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A gift of
Associated
Medical Services Inc.
and the
Hannah Institute
for the
History of Medicine
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DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DES
SCIENCES MEDICALES
PARIS. - TYPOGRAPHIE A. LA1IURE
Rue de Fleurus, 9.
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DBS
SCIENCES MEDICALES
COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS
ARCHAMBAOLT, ARLOIXG, ARNOULD (j.) , ARXOZAX. ARSOXVAL (D ), AL BRT (j.), AXENFELB, BAILLARGER, BAILLON,
BALBIAM, BALL, BARTH, BAZIN, BEABGRAND, BECLARD, BEHIER, VAN BEXEDEN, BERGER, BERNHEIM, BERTILLON,
BERTIX-?ANS, BESXIER (ERNEST), BLAGUE, BLACHEZ, BOIXET, II01SSEAU, BORDIER, BORIL S, BOBCIUCOURT, Cll. BOUCHARD,
BOUCHEREAU, BOUIS^OX, BOULAND (p.), BOULEY (ll.J, BOUHEL-ROXCIERE, BOBRGO1N, BOL RSIER, BOUSQUET, BOUVIEB,
DOVER, BROCA, BROCII1.N, BROUARDEL, BROWN-SEQUARD, BCRCKER, BISSARD, CALJIEIL, CAMI ANA. CAHLET (G.), CERISE,
CHAMBAIID, CIIARCOT, CUARVOT, CIIASSA1GXAC, CHABVEAU, CHABVEL, CHEREAB, CllOtPI ES, CHRETIEN, CHRISTIAN,
COLIN (L.), CORN1L, COTABD, CODI.IEB, COURTY, COYNE, DALLY, DAVAINE, DECHAMBRE (A.), DELENS,
BELIODS DE SAVIGNAC, DEI.ORE, DELPECU, DEMANGE, DENONVILLIERS, DEPAL L, D1DAY, DOLBEAU, DLBUISSOX, DU CAZAI.,
DBCLAUX, DUGUET, DUPLAY (s.), DUREAD, DLTROUL4C, DDWEZ, ELOY, ELY, FAI.RET (j.), FARAUEUP, FELIZET, FERIS,
FERRAND, FLEL RY (DEI, FOLLIN, FONSSAGRIVES, FOURNIER (E.), FRAXCK (FRANgOIs), CALTIER-BOISSIERE, GARIEL,
GAYEI, GAYRAUD, GAVARRET, GERVAIS (P.), GILLETTE, GIRAUD-TEULON, GOBLEY, GODEL1ER, GBANCBER, CRASSl r,
GREEN1IILL, GIlISOLLE, GL BLER, GUE.VIOT, GUERARD, GL ILI.ARD, GUILLAUME, GU1I.LEMIN, GUYON (F.), UAUN (L.), 1IAMRL1N,
HAYEM, UECIIT, HECKEL, HENNEGBY, IIENOCQUE, BEYDENRE1CU, HOVELACQUE, HUMBEUT, ISAMBERT, JACQUEMIER,
EELSCH, KRISUABER, LABUE (LEON), LABB!?E, LABORDE, LABOCLUENE, LACASSAGXE, LADREIT DE LACHARR1ERE,
LAGNEAC (G.;, LANCEREAOX, 1ARCHER (O.), LAVERAN, LAVERAN (A.), LAYET, LECLERC(L.), LECORCUE, LEDOUBLE,
IEFEVRE (ED.), LE FORT (LEON), LEGOUEST, LEGOYT, LEGROS, LEGROUX, LEREBOL LLET, LE ROY DE HERICOURT,
LETOURNEAU, LEVEN, LEVY (MICHEL), L1EGE01S, L1ETARD, L1NAS, L10UV1LLE, LITTRE, LL TZ, MAGITOT IE.), MAIIE,
JIALAGUTI, 1IARCUAND, MAREY, MABTINS, MATHIEU, UIC11EL (DE NANCY), MILLARB, MOLL1ERE (DANIEL), MOXOD (CH.),
MONTAXIER, MORACHE, MOREL (B. A.), NICAlbE, NUEL, OBEDEXARE, OLL1ER, OXIUUS, OI .FILA (L.), OCSTAI.ET, PAJOT,
PARCHAPPE, PARROT, PASTEUR, PADLET, PERRIN (MAURICE), PETER (il.), PETIT (A.), PETIT (L. -II.), PEVIIOT, P1XAIID,
PINGAUD, PLAXCIIOX, POLA1LLON, POTA1N, POZZ1, RAULIX, RAYMOND, REGNARD, REGNAULT, RENAUD (j.), REXAIT,
REXDO, RENOU, REVXAL, R1CIIE, BITTI, ROB1X (ALBERT), ROBIN (CH.), DE ROCIIAS, ROGER (il.), ROLLET, ROTL REAU,
ROUGET, ROYER (CLEMENCE), SAINTE-CLAIRE DEVILLE(H.), SANNE, SANSON, SAUVAGE, SCHUTZEXBERGER (en.),
SCUUTZENUERGER (P.), SED1LLOT, SEE (MARC), SERVIER, SEYNES (DE, SIRY, SOL BEIRAX <L.J, SPILI.MANN (E.),
STEPHANOS (CLOX). STRADSS (H.), TARTIVEL, TESTEL1N, THOMAS (L.), T1LLAUX (P.), TOURDES, TRELAT (U.),
TRIPIER LEOX), TR01SIER. VALLIX, VELPEAD, VERXECIL, VEZIAN, VIAUD GHANU-MAI1A1S, VIDAL (EM.), VIDA J, VILLE1IIN,
VOILLEMIER, VULPIAN, WARLOUOXT, W1DAL, WILLM, WORMS (j.), WBRTZ, ZUBEII.
DIREGTEUR : A. DEGHAMBRE
SECRETAIRE DE LA REDACTION : L. HAHN
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PREMIERE SERIE
A E
TOME TRENTE ET UNIEME
DYN EBE
UPRARIfS
PARIS
P. ASSELIN ET G ie
LIBRAIRE DE LA FACBLTE DE MEUECIN6
Place de 1 Ecole-de-Medecine
G. MASSON
L1BHAIHE DE L ACADEMIE DE HEDECINE
Bjiilerard Samt-Germiin, en fact do I Ecolt de Hidetmt
MDCCCLXXXV
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DICTIONNAIRE
EMCYCLOPEDIQUE
DBS
SCIENCES MEDICALES
A proprement parler, tout appareil qui permet de
mesurer une force, c est-a-dire de la comparer a la force prise pour unite, est un
dynamometre (de J Jvaut; etpfrpov). En realite, on reserve ce nom aux appareils
dece genre dans lesquels on utilise 1 elasticite des corps solides.
Lorsqu un corps solide elastique est soumis a 1 action de deux forces oppo-
sees, il subit une deformation dont, pour une forme et des dimensions don-
nees du corps, la grandeur varie avec 1 intensite de la force. La grandeur
de la deformation pourra done servir a determiner la grandeur de la force :
il en sera ainsi du moins, si Ton opere a la meme temperature, ou du moins
a des temperatures peu differentes, et si Ton n a pas depasse la limite d elasti-
cite du metal.
II existe des formules qui etablissent une relation entre la grandeur de
1 action et la valeur de la deformation, mais, outre que ces formules ne se
presentent pas toujours sous une forme commode a appliquer, comme elles
contiennent des coefficients numeriques dependant de la nature du metal et
dont la valeur est grandement affectee par des modifications de composition,
meme tros-minimes, on ne peut s appuycr sur ces donne es theoriques, et la
graduation se fait toujours par coinparaison, methode generale trop simple pour
qu il soil necessaire d insister.
Les deformations simples que peu vent subir les solides se rattachent : 1 a la
traction ou a la compression; 2 a la flexion; 5 a la torsion. Des modeles divers
de dynamometres ont ete construits, bases sur ces modes de deformation ; on en
a egalement imagine qui correspondent a des deformations complexes.
On a introduit avec avantage un dynamometre base sur 1 elasticite de traction
dans les appareils a extension continue employes en chirurgie : son emploi
renseigne a cbaque instant sur la grandeur de 1 effort, et Ton peut eviter de
depasser une valeur determinee. Ces appareils comprennent entre le point fixe
et 1 organe auxquels ils sont appliques des cordes inextensibles et une partie
DICT. ESC. XXXI. 1
2 DYNAMOMETRE.
extensible constitute par du caoutchouc dont 1 epaisseur a etc convenablement
choisie. L effet exerce sur 1 une des cordes est transmis a 1 autre extremite de
1 appareil par les cordes et par le caoutchouc qui s allonge par le fait meine : la
grandeur de son allongement fait connaitre la valeur de 1 effort. A cet effet, on
place parallelement a la bande elastique un ruban flexible, mais inextensible,
qui donne a chaque instant la grandeur de la bande etiree, et sur laquelle on a
trace a 1 avance des divisions qui indiquent par un numerotage convenable la
grandeur de 1 cffort correspondant.
L elasticite de flexion a ete utilisee dans la construction de plusieurs modeles
de dynamometres parmi lesquels on peut citer le peson constitue par une lame
de ressort plie en < et dont les branches s ecartent plus ou moins suivant la
grandeur des forces qui y sont appliquees ; le dynamometre de Reynier, celui de
Poncelet, dans lesquels deux lames paralleles sont relie es par leurs extremites,
tandis que les forces sont appliquees au milieu des lames et sont mesurees par
1 ecartementj etc. G est e galement la flexion qui est raise en jeu dans un modele
de dynamometre medical qui est frequemment utilise. II consiste en une ellipse
d acier qui peut se deformer : deux tiges sont fixees aux sommets du petit axe,
1 une est une cremaillere qui engrene avec une roue dentee portee par 1 autre ;
sur 1 axe de cette roue est fixee une aiguille qui se meut sur un cadran divise et
dont le deplacement fait connaitre le raceourcissement du petit axe de 1 ellipse;
pour que les lectures puissent se faire facilement, celte aiguille en pousse une
autre, folle sur 1 axe, qui reste a la position la plus eloignee qu elle ait atteinte,
alors que I aiguille principale revient au zero;avant de faire une nouvelle obser
vation, il faut ramener au zero I aiguille indicatrice.
Ce dynamometre peut etre utilise soil pour mesurer la compression, soil pour
evaluer des tractions. Dans le premier cas, celui ou Ton veut etudier la force
musculaire, par exemple, on serre le dynamometre dans la main en agissant
ainsi directement sur le petit axe, ce qui tend a donner a 1 ellipse une forme
plus allongee et, par suite, a raccourcir le petit axe.
Lorsque Ton veut operer par traction, on agit sur les extremites du grand
axe que Ton s efforce d allonger, ce qui a pour consequence de raccourcir le petit
axe et par suite de provoquer le mouvement de I aiguille. Mais a egalite d inten-
site 1 efiet produit sur le petit axe par la traction est beaucoup moindre que
par la compression directe. II en resulle que le cadran sur lequel se meuvent
les aiguilles doit porter deux divisions differentes.
On a construit quelques modeles de dynamometres, bases sur 1 e lasticile de
torsion; il n y a pas lieu d insister, et nous nous bornerons a rappeler que la
balance de Coulomb est un veritable dynamometre dans lequel on utilise la
torsion des fils elastiques.
Les tiges elastiques enroulees en he lice constituent ce que Ton appelle des
ressorts a boudin; cesressorts soumis a des forces paralleles a leur axesubissent
des modifications de longueur, allongement ou raceourcissement, suivant que
les forces agissent par traction ou par compression. Dans ces deformations, il y a
pour chaque spire flexion et torsion ; mais il est inutile d etudier separement ces
deux effets et il suffit de savoir que, au moins entre certaines limites, les varia
tions de longueur sont proportionnelles aux forces.
Divers dynamumetres sont formes par des ressorts a boudin ; ils sont constitues
par un ressort enferme dans une enveloppe cylindrique a laquelle il est fixe par
une extremite. L autre exlremite porte une tige par 1 intermediaire de laquelle
DVRSEiN (LES DEUX). 3
.agira la force; la variation de longueur est mesurce soil sur cetle tige meme,
soil sur une echelle divisee par un index lie au ressort.
Les dynamometres pen vent servir a evaluer des poids, a peser; des formes
tres-diverses peuvent etre utilises, suivantles usages auxquels les appareils sont
destines. Nous citerons settlement comme exemple des applications possibles los
pese-lettres, le pese-bebe s du docleur Bouchut, etc.
Les dynamometres peuvent elre disposes de maniere a enregistrer sur une
leuille de papier mobile les de placements qu ils stibissent et par suite les
variations des forces qui leur sont appliquees; ces dynamometres enregistreurs
sont employe s duns un certain nombre de circonstances. Tantdt le papier se
deroule uniformemeut, et alors du trace obtenu on peut deduire la loi de
variation de la force en fonction du temps; tantot, alors qu il s agit, par exemple,
dYtudier les conditions de la traction des vehicules, le deroulement du papier
est obtenu par le mouvement meme des roues du vehicule, c est-a-dire que le
papier se meut proportionnellement auchemin parcouru. Si alors les indications
du dynamometre sont proportionnelles aux forces, on reconnait que 1 aire de la
courbe trace e mesure le travail effectue; on sail 1 importance de cct element
mecanique et Ton comprend que cet ;qip;ireil puisse rendre de reels services; le
nom dc dynamomelre enregistreur sous lequel on le designe ordinairement
n indique pas suffisamment les donne es qu il peut fournir. C.-M. G.
M. Collongues a ainsi appele (de 5uvay.t;, force, et
<r,co;:w, observer) 1 auscultation des bruits musculaires (voy. MUSCULAIRE
Tissu], 2 C serie, t. X, p. 667 et 668). I).
DYRSEX (Li-:s DEUX).
i>i-s-i (JOHAN.N-HEI.NRICH). Fils d un marchand. de Riga, commenca a
Berlin, en 1788, 1 etude de la me decine; il se rendit a Gottingue deux ans apres
et y fut recu docteur en 1791. 11 entreprit alors un long voyage medical, visiia
Francfort, Strasbourg, Lyon, Marseille, s embarqua pour Genes, alia a Florence,
a Rome, a Naples, passa parVeniseet le Tyrol, traversa la Suisseet les provinces
rhenanes, et rentra a Riga en octobre 1792. Ses qualites et son savoir le firent
distinguer et il ne tarda pas a avoir une pratique e teudue. II mourut a la fleur
de 1 age, le 6 avril 1804; il etait ne le 29 septembre 1770 (Dezeimeris). On a
de lui :
I. Dissert, exhibens primas lineas systematic morborum cetiologici. Gottingae,
in-8. II. Notfi- und Hulfstafel, enthaltend die Rettungsmittel in p/otztichen Lcbens-
qefahren und anderen Zufdllen zum Gebrauch des Laiidvolks. Insere dans les Mem. de la
Soc. e conomique de la I.ivonie, t. II, p. 161, 1X02. III. Das alte und ncue Riga, dans
1 ouvrage de Storch intitule : Russland unter Alexander I, Bd. II, p. 209. IV. Bemerk-
unqen tiber das Schwefelwassersloff-Amoniak. In fiusslands Jahrb. der Pharmacie, Bd. I.
p. 85, 1803. L. HN.
(LUDWIG). Fils du precedent, ne a Riga le 24 aoiit 1797, fit ses
humanites dans sa ville natale, puis e ludia la medecine en 1814 a Dorpat, en
1816 a Gottingue, en 1818 a Wurtzbourg et a Yienne, visita en 1819 la Suisse,
1 Italie et la France, vinten 1820 a Moscou ety prit le grade de docteur en 1821.
II alia se fixer a Riga et y fut aussitot attache a Fadministration medicale dont
il devint 1 inspecteur, en 1830, a la mort de son beau-pere (sa mere s etant
remarie e en secondes noces avec le conseiller d Etat Kurtzwig, qui etait investi
4 DYSENTER1E.
de ces fonctions). De 1823 a 1860, Dyrsen fut medecin de 1 hopital catholique, a
partir de 1824 medecin du comptoir de la banque commerciale, etc.,fonda en
1828 un bureau de nourrices qu il dirigea jusqu en 1850. Pendant 1 epide mie de
cholera, il deploya une aclivite et un zelefort lou.ibles, et devint en 1852 asses-
seur du College imperial de Russie.
II contribua a fonder en 1854 un etablissement pour la fabrication des eaux
minerales artificielles. Enfin, il mourut de la fievre typho ide le 15 mai 1855.
Dyrsen etait chevalier de 4 e classe de 1 ordre de Saint-Stanislas et membre
d un grand nombre de societes savantes. Callisen mentionne de lui :
I. Dissert, inaug. de scabie, imprimis vero de ejus curatione. Mosquae, 1821, in-8.
II. Anweisung zur Behandlung des Cholera-morbus. etc. Riga (1850), in-8. III. Kurz-
gefasste Anweisung die orienlische Cholera zu verhuten, zu erkennen und zu behandeln.
Riga, 1851, gr. in-8. IV. Avec Raerens : Beobaclitungen und Erfatirungen iiber die
ejiif/finische Cholera, etc. Riga u. Hamburg, 1851. gr. in-8. V. Un grand nombre de
travaux restes manuscrits, se rapportant particulierement a la police medicale, les mesures
prophylactiques centre les maladies contagieuses, etc. L. HN.
DYSCRASIE. Etat vicieux des humeurs; par suite, mauvais temperament,
le temperament dependant de la erase ou melange des humeurs (voy. CRASE).
La dyscrasie n est jtas la diathese ; celle-ci, differente de hpre disposition, est une
disposition morbide confirme e, un etat pathologique general susceptible de se
localiser en divers endroits de 1 econotnie ; la dyscrasie, quoique pouvant aussi
s accuser par des accidents locaux nombreux et varie s, est plus limitee que la
diathese; seulement il ne faut pas oublier que la composition vicieuse des
humeurs est elle-memele resultatdu fonctionnementanormal de certains organes
et quelquefois de 1 etat diathesique lui-meme. La diathese syphilitique, la diathese
scrofuleuse, etc., menent a des dyscrasies de meme espece (voy. CRASE). D.
DTSCnROMATOPSIE. Yoy. CHROMATOPSEUDOPSIE.
DYSDERE. Voy. ARAIG.\EE.
DYSENTERIE. La dysenteric, par sa frequence et sa gravite, tient, parmi
les maladies populaires, un rang dont 1 importance est a peine soupconnee daus
les pays relativement preserves, comme le notre, de cette redoutable affection.
Son role sur la mortalite humaine est bien autre que celui de la peste, de la
fievre jaune, du cholera. Elle n est pas, comme ces affections, astreinte a des
circonscriptions regionales limitees; son foyer d cndemicite, ce n est pas telle ou
telle portion d un littoral ; c est une large ceinture entourant le globe, compre-
nant toute la zone des climats chauds et empietant largement sur les limites
meridionales des climats temperes; et la elle reapparait chaque annee, n offrant
pas ces periodes d intermission multiannuelles qui separent les explosions des
maladies pestilentielles.
Alors meme qu elle regne dans le foyer de ces dernieres affections, elle les
depasse frequemment en mortalite. Les Anglais, aux Indes, meurent plus de
iysenterie que de cholera; pendant la campagne d Egypte (1798-1801), elle a
tue plus de soldats francais que la peste qui sevissait alors, et au Mexique
(1860-1865) elle a ete plus fatale a notre armee que la fievre jaune.
Contrairement a ces maladies, elle n a pas de date de naissance : elle a ete de
DYSENTERIE. 5
tout temps, constituant, d apres les temoignages d Hippocrate et de Celse, une
raaladie aussi populaire de leurs jours qu au siecle actuel.
Quelle est 1 affection qui, presque a toutes les epoques et en tous lieux, s est
developpe ea la suite de guerres prolongees? Ce n est pas le typhus qui, malgre
son imminence en pareilles conditions, est en somme une maladie moderne,
qui a manque dans nos guerres les plus recentes, et dont le role est nul ou a
peu pres dans les expeditions de la zone intertropicale. G est la dysenteric dont
les historians de 1 antiquite indiqueut tous les dangers pour les armees en cam-
pagne; dont les guerres les plus modernes n ont pu s affranchir, cornme on 1 a
vu dans les expeditions de Criraee (1854-1856), d ltalie (1859), du Mexique
(1860-1865), pendant la guerre de 1870-1871, et qui durant la lutte de
secession aux Etats-Unis constituait, avec le groupe des affections connexes,
le tiers des cas de maladie (2 000 000 environ sur moins de 6 000 000 d en-
trees aux hopitaux) ; dont enfin le^role est assez considerable dans les guerres
des pays chauds pour qu elleapparaisse a peu pres fatalement a la suite de chaque
expedition an Senegal, aux Indes, et en compromette souvent les operations.
Veut-on la comparer aux affections specifiques plus vulgaires, fievre typho ide,
fievres eruptives, qui prelevent uu si lourd tribut sur certains ages de la vie?
Au lieu de se restreindre comme elles a certaines categories d individus, elle est
susceptible d apparaitre cbez tous, tuant aussi bien 1 enfant que le vieillard, ne
conferant point d immunite ulterieure a ceux qu elle atteinl, entrainant au
contraire chez eux une aptitude nouvelle a ses atteintes.
A cet egard, comme au point de vue de son anciennete et de son immensite
geographique, elle ressemble aux fievres intermiltcntes.
HISTORIQUE. Des les temps les plus recules de la medecine, la dysenteric
etait connue et decrite avec sa lesion capitale : 1 ulceration de 1 intestin, et ses
principals causes : refroidissement en ete, mauvaise nourriture, usage d eau
corrompue.
Pendant tout le moyen age, durant cetle longue periode ou par ses retours
frequents la peste a bubons dominait les preoccupations des contemporains, la
dysenteric, par sa frequence et sa gravite, s impose ne anmoins encore aux de
scriptions des medecins et des chroniqueurs.
Comme principaux jalons de ses apparitions, nous pouvons citer, pour le moyen
age, les epidemics de 538 et 548, sevissant sur la France et racontees par Gre-
goire de Tours, de 820 sur 1 armee allemande en Hongrie, de 1113 sur tou!e
1 Allemagne, de 1530 en Ligurie, de 1401 a Bordeaux, qui perdait 14 000 habi
tants, de 1414 sur 1 armee anglaise qui en]fut decimee au lendemain de la bataille
d Azincourt.
Peut-etre 1 affection, a mesure qu on se rapproche des temps modernes,
perd-elle la physionomie nette et precise que lui avaient donnee les auteurs de
1 antiquite ; aux tableaux frappants de Celse et d Are tee, decrivant de main de
maitre les douleurs et 1 anxiete du malade, les alterations anatomiques de
1 intestin et meme son elimination partielle, succedent les conceptions doctri-
nales qui devaient aboutir, pour une longue periode, a la scission de cette unite
morbide si bien etablie, pour la transformer en une serie de formes diverses
par leur origine : dysenteries catarrhale, bilieuse, putride, pestilentielle, autant
de denominations sous lesquelles 1 affection etait consideree comme constituant
une se rie d entites difforentes, sans nul souci de la communaute des carac-
teres cliniques et anatomiques de ces diverses formes.
6 DYSENTER1E.
Si nous suivons la maladie dans les temps modernes, nous la voyons d abord
en 1538, 1540 et autres annees exceptionnellement chaudes du seizieme siecle,.
couvrir toute 1 Europe de veritables pandemics.
Au dix-septieme siecle, elle co incide avec de graves epidemics de typhus,
notamment de 1620 a 1625 a Lyon, a Tulle, ainsi que dans toute la Lorraine
et aux environs de Metz, oil elle trouva pour la decrire Charles-le-Pois, doyen
et professeur de 1 Universite de Pont-a-Mousson, qui sut en formuler tres-judi-
cieusement le traitement et la prophylaxie.
Des le commencement du dix-huitieme siecle, 1 affection sevit, s associant: en
1719 a une recrudescence des Sevres eruptives sur toute 1 Europe; en 1728 au
typhus qui desolait 1 Irlande; c est a la persistance et a la generalisation de la
maladie en ce siecle que nous devons les relations, presque coup sur coup, de-
Degner de 1 epidemie de Nimegue (1736), de Cleghorn, de la dysenteric sevis-
sant, de 17-44 a 1740, sur la flotte anglaise devant Minorque; de Pringle obser
vant la maladie dans 1 armee anglaise des Pays-Bas, duront la guerre de Sept ans,
puis, quelques annees pins tard, celles de White a Copenbague ; de Zimmer-
mann a Zurich; de Mertens a Vienne.
Les epidemies sont ininterrompues, a vrai dire, jusqu a la fin du dix-huitieme
siecle; nous nous contentonsde signaler : celle qui fut appelee par le populaire
Coiirree prussiennc. epidemic d i i it par II. de Mont^arny et par Chamberiu
et dont furent atteintes en 1792, apres leur defaite a Valmy, les armees alle-
mandes qui avaient envalii la France, et la seconde epidemic observee en 17i>"
par Van Geuns, a Nimegue, qui en fut aussi cruellement eprouvee qu en 1756.
Dans le siecle actuel enfin la dysenteric s associe e troitcment aux manifes
tations du typhus durant les guerres du premier Empire, surtout de 1805 ;i 1*1 5
et parliculu rement pendant 1 annee 1811, d une chaleur exceptionnelle ; c est
a tel point que les deux affections sont souvent confondues sous le litre commun
de fievre nerveuse. fievre putride, la dysenteric devenant, surtout a Leipzig,
puis lors de la retraite de Russie, la plus latale et la plus terrible complication
pour les soldats attaints du typhus de guerre. A partir de 1825, le bassin de la-
Loire parait speeialement atteint; les epidemies s y succedent coup sur coup,
observees, en 1825 par Mondiere (a Loudun) et Lacheze (Maine-et-Loire), en
1826 par Trousseau et Parmentier (Indre-et-Loire), en 1851, par Gendron
(Blois et Chartres) ; en 1855, par Thomas (Tours), en 1854 par Gueretin
(Maine-et-Loire). Cetteanneel854, remarquable, on le sait, par 1 elevation de la
temperature, fut d ailleurs une des principales epoques de 1 histoire de 1;>
maladie qui, pendant 1 ete, prit un grand developpement en France, en Suisse r
en Allemagne, entrainant en certaines localites, notamment a Riga, un chifiVe
enorme de mortalite, et s endemisant d une maniere toute spe ciale, pour une
serie d annees, dans le royaume de Wurtemberg.
Deux autres expansions epidemiques se manifesteiH : 1 une de 1840 a 1845.
couvrant la Belgique, la Suisse, la France, oil elle atteint surtout la Meurthe,.
la Moselle, les environs de Paris, et donne lieu a la relation de Masselot et
Follet (epidemic de Versailles); la seconde de 1845 a 1848, pendant laquelle la
maladie s etendit a presque toute 1 AJlemagne, occasionnant, entre autres-
epidemies remarquables, celle de Dorpat (1846), et en Belgique devint la
plus grave complication des accidents causes par la famine de 1846-1847.
Cette recrudescence atteignait 1 Amerique du Xord, et dans le Massachusetts la
mortalite annuelle par dysenteric s elevait de 236 a 2455.
DYSENTERIE. 7
Meme tendance pande mique enfm de 1854 & 1859, surtout pendant 1 ete
chaud de 1857, oil la maladie s etend jusqu a Bergen en Norvege, causant de
Craves epidemics en France, surtout en Bretagne , et sur nos armees en Crimee
(1854-1856) et en Lombardie (1859).
GEOGRAPHIE. Deux ordres de fails principaux a signaler d;ins la geographic
de cette affection :
1 Une premiere se rie, la plus importance, etablit 1 affinite de la maladie
pour les climats chauds : une des zones de predilection de la dysenterie, c est le
littoral sud-est du continent asiatique et 1 archipel qui lui est conligu, zone ou la
frequence reelle de 1 affection est singulierement grossie du fait de la frequence
parallels d une affection connexe : la diarrhee endemique des pays chauds.
Cette predominance de 1 affection en cette region du globe a ete demontree
par la serie des observateurs : Bontius, Henderson, Tytler, Annesley, Marshall,
Balfour, qui nous ont transmis 1 histoire medicale des expeditions hollandaises
et anglaises en ces pays.
II en est de meme en Afrique : Morbus, post pestem marime timendux,
disait Frank en Egypte, dysenteria quss huic cliniati inhceret. Si aujourd hui
la peste a disparu d Egypte, la dysenterie s y est maintenue, et en ces dernieres
anne cs a constitue la plus meurtriere des affections qu aient cues a subir les
travailleurs du canal de Suez et les soldats anglais. Quant a 1 Algeric. les rela
tions de Catteloup, Haspel, Cambay, ne sont que des episodes isoles des ravages
causes par celte affection, que nous retrouvons plus intense encore a mesure
que nous approchons de 1 equateur, en Guinee, en Sene gambie, a rembouchure
du Niger, et d autre part sur la cote oricntale d Afrique et les grandes iles
avoisinantes : Bourbon, Madagascar, Maurice, ou, suivant Tulloch, elle a tue
plus d Anglais que les fievres.
Dans le Nouveau-Monde enfiti on sail les ravages causes par la dysenterie dans
les Etats-Unis du Sud, an Mexique, a Panama, a la Guyane, an Perou, mais
surtout dans les Antilles ou les Europeens subissent des atteintes plus nom-
breuses et parfois plus graves qu aux Indes Orientales.
Cette affinite de la dysenterie pour les climats chauds est specialement mise
hors de doute par certaines statistiques militaires qui en demontrent 1 accrois-
sement a mesure que Ton se rapproche de 1 e quateur : tandis qu en France le
chiffre des deces par dysenterie dans 1 armee ne de passe pas le vingtieme de la
mortalite totale (0,5 deces par dysenterie sur 1000 hommes d effectif, d apres
la statistique offlcielle de 1865), ce chiffre est 4 fois plus considerable en
Algerie (2 deces par dysenterie sur 1000 hommes d effectif), et au Senegal il
repre sente plus du tiers du total des deces (37 deces par dysenterie sur 100 deces
annuels).
Memes resultats pour 1 armee anglaise : tandis qu en Angleterre la mortalite*
des garnisons par dysenterie est plus rare encore qu en France, les regiments de
1 armee des Indes et des stations de la Chine perdent, par dysenterie seulement,
plus de soldats (13 a 25 sur 1000) qu ils n en perdent, en Europe, par 1 ensemble
de toutes les causes de deces.
Dans les garnisons de 1 armee egyptienne, la dysenteric diminue de frequence,
suivant Pruner, a mesure qu on descend le cours du Nil.
Les statistiques de 1 armee des Etats-Unis prouvent enfin que la dysenterie,
peu grave au Nord (par 47 degres de latitude, regions des grands lacs), ou il
ne meurt annuellement que 0,3 sur 1000 homines d effeclif, devient plus
8 DYSENTERIE.
serieuse et plus commune dans la zone moyenne (par 40 degre s de latitude
nord), oil celte mortalite est d environ 1 sur 1000 hommes d effectif, plus encore
en Floride (50 degres de latitude nord), ou la meme mortalite s eleve a 5 sur
1000 hommes.
En resume, 1 affection est une des caracteristiques des climats chauds, c estla
seulement qu elle est endemique sur de vastes surfaces de territoire.
2 D autres fails te moigncnt d une affinite marque e non plus pour I ensemble
d une zone climatique, mais pour telles localites ; il y a des foyers dysenteriques
a toute latitude.
C est ainsi qu en Europe elle apparait plus communement en Touraine et en
Bretagne; elle a une grande affinite pour certaines villes de garnison : Metz,
Strasbourg, Versailles, demeurant fort rare en d autres garnisons parfois voisines
de 1 une ou 1 autre des precedentes, comme Paris, Nancy, etc.
Dans les climats froids, elle sevit souvent avec une extreme gravite : ainsi de
1859 a 1862 la dysenteric regne epidemiquement en Norvege ; de 1853 a I860,
elle occasionne en Suede 9000 atteintes et 2500 deces annuels, et dans la seule
annee 1857 elle aurait, en ce pays, frappe 57000 personnes et cause 10000
deces; meme frequence dans quelques districts de la Russie du nord, au Kamt-
schatka, aux Feroe, en Islande.
Et enfin dans la zone tropicale elle-meme elle s attache de preference a cer
taines regions limitees comme Ceylan, Java, la cote de Malabar, le littoral de la
Cochinchine, pour menager, relativement au moins, Bombay, Ahmedabad, la
presqu ile de Malacca (roy. A. Hirsch) ; il en est de meme de certaines lies du
groupe des Antilles, cruellcment atteintes par la dysenteric, qui respecte par
fois absolument des regions ou des localites voisines. Differences en rapport
sans doute avec la diversite des conditions respectives d alimentation, de purete
des eaux, de moyens de protection soil naturelle, soit artificielle, centre les
variations atmospheriques.
TOPOGRAPHIE ET SOL. Les localites declives sont plus aples en general au
developpement des epidemics dysenteriques, et nous verrons plus loin que cer
tains auteurs ont demande la raison de ce fait a une relation qui existerait pour
eux entre ces epidemics et les influences palustres. Nous nous bornons a dire
ici qu il existe de nombreuses exceptions a cette pre dilection de la dysenteric
pour les lieux bas et humides et a signaler les deux suivantes. Aux Indes on a
donne le nom de hill-diarrhoea a la diarrhee et a la dysenteric observers sur
les plateaux eleves ou les refroidissements sont plus communs ; de meme, au
Mexique, Coindet a signale la predilection de la maladie pour les altitudes.
Harris, puis Boudin, ont emis 1 opinion dela preservation du sol calcaire, et
ce dernier auteur invoquait a 1 appui de cette these la pretendue immunite des
terrains calcaires de la Guadeloupe; mais les preuves sont nombreuses de
1 apparition de la dysenterie sur les terrains de ce genre non-seulement en
France, mais aux Indes, en Amerique et meme aux Antilles.
GENESE. La dysenterie depend sur tout de trois ordres de causes : causes
meteoriques, causes alimentaires, causes infectieuses.
A. Causes meteoriques. La part qui revient a chacun de ces ordres de causes
est loin d etre identique.
Le plus important est celui des causes meteoriques entrainant a mon avis,
elles surtout, I endemicite de 1 affection dans les pays chauds, ses explosions
estivales dans les climats temperes. En chacune de ces circonstances, 1 action
DYSENTERIE. 9
meteorique se decompose liabituellement en deux temps successil s : 1 action
prealable sur 1 organisme d une temperature elevee, c est la condition prepara-
toire, predisposante, souvent determinante a clle seule; 2 abaissement plus ou
moins brusque de cette temperature, c est la condition occasionnelle. L in-
fluence de la premiere de ces conditions ressort evidente de I endemicite de
la dysenterie dans la zone la plus chaude du monde, de sa limitation a la saison
estivale dans les climats tempe res, de sa diminution dans un meme pays a
mesure qu on remonte vers le nord ou qu on s eleve sur des hauteurs. L histoire
nous a prouve qu en ce siecle c est pendant les annees exceptionnel lenient
chaudes que 1 Europe a etc frappee des epidemics les plus generates; il on est
de meme des observations des siecles passes; ainsi pour 1624 : Ea enim cali-
ditas et siccitas aeris fuitqualem vix ullus hominum hie meminit (Sennert).
Passons a la seconde condition : le refroidissement, moins necessaire que la
precedente, mais qui neanmoins est relevee par le plus grand nombre des obser-
vateurs.
Dans les pays chauds, ou 1 absence de crepuscule rend si subit le passage
du jour a la nuit, cette double circonstance : chaleur, puis refroidissement, se
reproduit chaque jour; au nord, la temperature quotidienne est insuffisante a
preparer 1 organisme a 1 influence morbifique du refroidissement nocturne ; pour
la meme raison, les refroidisscments n agissent point pendant 1 hiver des cli
mats temperes. G est done surtout dans les climats chauds que cette transition
a e te leplus frequemment incriminee : Comme partout, dit Johnson, aux
Indes, la dysenterie est due ici aux vicissitudes atmospheriques . G est a ces
vicissitudes plus vivement ressenties sur les lieux eleves que Grant et Murray
rapportent les atteintes decertuines localite s de 1 Inde ; a Java, Heymann attribue
1 affection a 1 amplitude des variations nychthemerales du thermometre au com
mencement de la saison des pluies.
De meme en Egypte, ou Pruner mentionne la frequence des apparitions de la
dysenterie au moment des grandes oscillations thermiques; a Sainte-Lucie ou
les negres, dit Levacher, sont decime s par la dysenterie a cause de I intensite
du froid nocturne ; a la Guyane, ou la dysenterie est permanente mais se vissant
surtout, dit Laure, quand la fraicheur de la nuit contraste le plus avec la cha
leur du jour (A. Hirsch, loc. cit.).
Dans les climats temperes, c est. a la fraicheur subite des premieres nuits
automnales, apres les chaleurs de 1 ete, que la plupart des observateurs ont
attribue son apparition.
Autres preuves : 1 amplitude des oscillations thermiques la rend plus fre -
quente a 1 interieur des continents que sur le littoral. Elle atteint surtout les
habitants des campagnes plus exposes a 1 influence des mete orcs ; au meme
titre, elle est plus commune dans les arme es en temps de guerre qu cn temps
de paix, et la frequence en est d autant plus grande que les soldats ont moins
d abri centre le milieu ambiant. Pendant 1 expedition d Egypte, dit Bruant,
les militaires qui ont ete caserne s de bonne heure s en sont peu ressentis; elle
n a guere altaque que ceux exposes a l humidite de la nuit .
Au cap de Bonne-Esperance, le mal a ete grave dans les armees hollandaise et
anglaise, au debut de ce siecle, epoque ou les troupes non casernees etaient
soumises aux intemperies ; en Algerie, depuis que nos soldats sont installes
dans des casernes, qu ils ne portent plus le simple paiitalon de toile en expedi
tion, qu ils ne couchent plus sur la terre humide, ils en souffrent bien moins
10 DYSENTERIE.
qu au debut de 1 occupation. En France meme, c est presque toujours hors des
casernes que la dysenteric prend naissance; telle fut 1 epidemie qui en 1844
frappait les troupes installees autour de Metz, pour un simulacre de siege
(Didion, Histoire des epidemics qui ont re gne dans . le de partement de la
Moselle}. La preservation relative des officiers et des cavaliers depend en partie
de ce qu ils sont mieux pourvus de vetements que les fantassins.
Marechal (de Metz) a constate que pendant 1 e pidemie qui, en 1835, frappa les
villages d Ancy et de Dornot, pendant 1 ete, le plus grand nombre des malades
fut fourui par des maisons adossees a une montagne, et par cela meme froides
et bumides.
A ceux qui, cependant, se laisscraient entrainer a ne voir en la dysenterie
qu une affection, a frigore, des saisons et des climats chauds, resteraient a
resoudre de serieuses objections.
Pourquoi observe-t-on des epidemics si graves en dehors des saisons et des
climats chauds? Pourquoi dans les pays froids 1 affection eclate-t-elle et persiste-
t-elle parfois durant 1 hiver, comme en Irlande, ou Gbeyne a vu la dysenterie
durer du commencement de 1 automne au commencement du printemps (Du
blin. Hosp. Reports, vol. Ill, p. 16); comme en Siberie, ou la grave epidemie
de 1732 e clatait au mois de Janvier par un hiver rigoureux? Pourquoi meine
en des annees tres-chaudes comme 1874, y a-t-il eu peu d epidemies ? Nous
1 avons dit, ces exceptions prouvent que les meteores n absorbent point toute
cette etiologie; elles temoignent de 1 intervention d autres causes et surtout des^
deux suivantes :
B. Causes bromatologiques. La simple penurie alimentaire provoque souvent
le catarrbe intestinal et la dysenterie consecutive (entente famelique). L affection
a diminue de frequence dans les peiiitenciers de Londres, grace a une simple
augmentation de nourriture. En 1865, une epidemie se developpe dans la prison
de Gaillon, epidemie strictement limitee aux detenus, et dependant de 1 insufn-
sance de regime (Kergaradec, Rapports snr les epidemics de 1864 [in Mem.
Acad. de me d., t. XXVII]).
En bien des cas celte penurie agit indirectement, la misere entramant d e
force recours a une nourriture grossiere et indigeste.
Suivant Gestin, une des causes principales de 1 epidemie du canton de Pont-
Aveu (Finistere), en 1856, aurait ete 1 hygieiie alimentaire tres-defectueuse des
habitants dont la nourriture consiste en bouillies d avoine, de sarazin, en soupe-
de lard sale, en pain lourd d orge et de seigle, en sardines salees, les plus
riches seuls mangeant de la viande deux a trois fois par an.
Les vices alimentaires les plus varies concourent done au meme resultat patho-
logique. La dysenterie se developpe : 1 par Tabus des fruits mal murs, comme
dans les armees alliees en 1793; 2 sous I lnfluence d une alimentation viciee
par Fexces de corps gras et feculents, comme en Russie, en Suede, en Bretagne
meme; 5 par 1 usage exclusif ou trop frequenl des viandes salees, comme dans
1 armee anglaise, dont la mortalite aux hides, par dysenterie, a ete reduite de
50 a 5 sur 1000 hommes d effectif par la suppression de ce dernier mode
d alimentation. Durant uiie epidexmie de dysenterie qui frappa I armee des
Alpes a Entrevaux, en 1793, Fode re vit cette epidemie coincider avec 1 arrivee
de boeufs tres-echaufi e s, attaques d uu pissement de sang, boeufs dont la
chair etait tres-rouge et se corrompait tres promptement .
Certains aliments d une mastication difficile, comme le biscuit, paraissent
DYSENTERIE. 11
aider au developpement de I affectiou par 1 irritation mecanique des parois
intestinales.
En tete des causes bromatologiques figure 1 eau de raauvaise qualite ; suivant
mes recherches (L. Colin, De I ingestion des eaux mare cageuse* comme came
de la dysenteric et des fievres inlermittentes [Ann. d hyy., 1872]), apres Iss
mete ores il n est pas d ele ment aussi important dans la genese de la dysenterie.
Les preuves abondent du rapport qui existe entre I immunite ou les atteintes
dysenteriques de bien des populations et le degre de purete des eaux qui les
alimentent ; en tous climats, 1 impurete des eaux est une des conditions de ter-
minantes de 1 endemicite dysenterique. G est a la purete des eaux consommees a
Rome que nous attribubns la rarete de la dysenterie en cette ville ou, pendant
seize ans (18-49-1860), nos troupes en furent moins atteintes qu en France.
Dans nombre de postes d Algerie, a Orleansville notamment, la dysenterie a
diminue notablement a la suite des travaux d amenagement qui ont assure a
leurs populations 1 usage d une eau suffisammentpure. Les travailleurs employes
au canal de Suez ont ete relativement menages par la dysenterie qui les decimait
aupaiavant, a partir de 1 annee 1865, epoque ou les eaux du Nil, superieures
aux eaux saumatres du desert, ont pu etre derivue* jusque dans leurs cbantiers.
A la Guadeloupe, on a vu les epidemics de dysenteric notablement attenuees
dans les circonstances ou, au lieu de recourir forcement a des eaux impures,
les colons et les soldats ont pu faire usage d eati de pluie recueillie dans
des citernes.
Xous inclinons a croire que rimmunite si remarquable de certaines localite s
des pays cliauds a 1 egard de la dysenterie tient a 1 cxceHence des eaux de
consommation ; rinfluence meU -orique reste seule pour la production du mal,
et n est pas secondee par 1 agent bromatologique. N est-ce point la la cause prin-
cipale de rimmunite de certaines localites des Antilles, du Senegal, voisines
d autres localites cruellement atteintes ?
On a reproche plus specialement la production de la fievre intermittente a
1 usage alimentaire d eaux 1 souillees par des matieres vegetales en decompo
sition. C est bien plutot la dysenterie qu elles produisent.
Leur usage constitue a nos yeux 1 une des principales raisons de la pre do-
minance de 1 endemie dysenterique sur le littoral sud-est du continent asiatique.
Tous les medecins de 1 armee anglaise des hides sont d accord a cet egard, et
nos collegues de la flotte ont apporte de nouvelles preuves du role considerable
de cette influence. Lalluyaux d Ormay a prouve qu a Thu-dau-Not, en Cocbin-
chine, on faisait naitre ou disparaitre la dysenlerie a volonte, en se servant de
certaines eaux ou en en suspendant 1 usage. Les eaux du Gambodge, dit Foucaut
(Essai sur les eaux du Cambodge \Archives de me decine navale, t. IV,
p. 228]), sont tellement cbargees de matieres organiques qu apres trois filtra-
tions successives elles donnent encore un precipite caracteristique par le
chlorure d or ; celte eau est la cause d une endemic aussi fatale aux Annamites
qu aux Europeens, de la dysenterie, qui est d autant plus commune qu on en
boit davantage. Les eaux de certains fleuves de Cbine sont notoirement infectes
et dangereuses comme boissons; c est encore la dysenterie qu elles produisent,
notamment celles des fleuves NYanpoo et Yang-tse-Kiang.
Si, en nos climatb, 1 eau marecageuse produit moius souvent la dysenterie,
comme en Hollande et en Hongrie, ou les habitants la boivent impunement
(Finke, in OEsterlen Handbuch der Hygiene), ce fait tient sans doute a ce que,
12 DYSENTERIE.
la soif e tant moins vive a ces latitudes, la consommation d ean y est plus
moderee.
Cependant les epidemies dues a cette cause ne sont pas rares en des pays de
latitude tout aussi septentrionale, et Grellois cite, entre autres, celle dont fut
frappee 1 armee danoise en 1677, et celle qui eclita a Zurich en 1749.
Dans le travail cite plus haul (L. Colin, De I ingestion des eaux mare ca-
geuses, etc.), nous avons meme demontre que la plupart des relations cite es
par F. Jacquot comme preuves de la production de la fievre intermittente par
ingestion d eaux marecageuses se rapportaient a des epidemies non pas de
fievre, mais de dysenteric.
Le temoignage le plus frequemment invoque est celui de Dazille, auquel on
altribue une observation de la plus haute importance : il aurait constate que
1 ende mo-epidemie de fievres qui menacade destruction la colonie naissante de
Saint-Louis, ile Bourbon, avail cesse des que le gouverneur La Bourdonnais fit
venir de 1 eau de la Grande-Biviere, pour remplacer 1 eau corrompue dont on
s etait servi jusqu alors (F. Jacquot, De I origine miasmatique des fievres
intermittentes, p. 90). Or voici, d apres notre enquete, le texte meme de cette
observation : Le Port-Louis, de l ile-de-France, est entoure de hautes monta-
gnes a une certaine distance. On trouve dans ces montagnes des eaux tres-
pures a leur source, qui, en parcourant le court espace qui les conduit a la
mer, acquierent des qualites malfaisantcs en passant sur des couches de terre
chargees de particules cuivreuses. Sous le gouvernement de M. de la Bourdon
nais, 1 usage de ces eaux ayant occasionne une epidemic dysenterique, qui
enleva un grand nombre d hommes, il prit le parti de faire venir au port des
eaux de la grande riviere, par un long canal bien pratique, dont la maconnerie
n est pas encore linie, etc. (Dazille, Observations sur les maladies des negres.
Paris, 1776, p. 285, note 45).
II n est pas question de fievre, on le voit, mais simplement de dysenteric ; de
plus, il n est rien dit la qui ressemble a la description d une eau corrompue.
c est-a-dire alte ree par des matieres organiques en putrefaction.
F. Jacquot, dans ce meme travail sur VOriyine miasmatique des fievres inter
mittentes, a invoque I autorile de Thevenot a 1 appui du developpement de ces
fievres par 1 usage interne de 1 eau marecageuse ; or The venot, apres avoir indique
1 insalubrite des eaux du Senegal, alterees lant par leur melange aux eaux de
la mer que par une ma-se e norme de matieres organiques en decomposition,
ajoute seulement : Bien ne dispose, comme les eaux impures, aux disorganisa
tions du gros intestin. G est aux mauvaises eaux que Ton a attribue le grand
nombre de dysenteries developpe es en 1835, et la grande mortalite qui les a
suivies . (The venot, Traits des maladies des Europe ens dans les pays chauds,
p. 513 et 314).
Ces deux auteurs ont done ete regardes a tort comme ayant observe le deve
loppement des fievres par 1 usage interne des eaux corrompues ; leurs te moi-
gnages viennent simplement faire nombre avec tons ceux que nous avons pre-
ce demment cites comme preuve de Tinfluence de ces eaux sur la production de
la dysenteric.
On comprend des lors que dans tel pays marecageux, dont les effluves
produiront la fievre intermittente, 1 usage alimentaire de certaines eaux pourra
provoquer la dysenterie.
Nous avons maintesfois insiste sur ce fait si removqunble de la production dr>
DYSENTERIE. 13
la dysenteric par 1 ingestion des eaux marecageuses, alors que cette ingestion
semble bienmoins susceptible d entrainer la maladie rapportee, avant toute autre,
a 1 influence de la putrefaction vegetale, la fievre intermittente. Mais notons bien
que, en produisant ainsi la dysenterie, ces eaux n agissent nullement a la faeon
d un agent specifique. En effct, ce ne sont pas seulement les eaux souillees par
la putrefaction vegetale qui sont a craindre pour la production de cette maladie.
Ici encore, comme pour 1 alimentation, aucun mode d alteration de 1 eau n est
exclusivenient dangereux. Les eaux souille es par des produits de decomposition
animale (putrefaction des cadavres d homme ou d animaux, malieres excremen-
tilielles, comme les eaux du Gange), par les egouts des grandes villes, comme
dans certaines localites d Europe, entrainent tout aussi bien la dysenterie. Cette
alteration des eaux sera naturellement plus dangereuse aux individus soumis en
meme temps a 1 influence des intemperies, au danger de la vie en plein air sur-
tout dans les pays chauds ; on se rappelle la grave epidemie dont fut atteintc
en Algerie la colonne du general Bedeau, en 1845, e pide mie rapportee a
1 usage d eau infectee par des debris d animaux.
Mais, en France meme, des garnisons ont ete atteintes de dysenterie pour
avoir fait usage d eau souillee de detritus organiques d origine animale; Ram-
baud attribue 1 origine de la dysenterie de la garnison de Sedan en 1776 a 1 usage
d eaux souillees par des infiltrations de fumiers.
Autre exemple observe a Metz par Read en 1770 : Le regiment de
Beam qui occupait la caserne Cbambiere avait pendant les mois d aout et de
septembre 91 dysenteriques, tandis que les autres regiments n en avaient
que 7, 10, et les plus maltraites, 13. Frappe de cette difference et n en
voyant aucune antre cause, j examinai attentivement les quatre puits affectes a
ces regiments, pour y puiser 1 eau qui servait a la preparation de leurs aliments
et aleur boisson ordinaire ; par 1 analyse exacte que j en (Is, je trouvai dans les
deux puits, qui etaient a 1 usage du regiment de Beam, une eau seleniteuse abon-
dante en foie de soufre, que lui fournissaient les matieres fecales filtrantes des
latrines placees vis-a-vis de ces puits, le foie de soufre etant d autant plus abon-
ilaiit que les soldats dysenteriques restaient quelquefois sept a liuit jours dans
leur cliambre avant de venir a 1 hopital. M. le marquis d Armeutieres, a qui je
presentai mon analyse et mes reflexions, ordonna la fermeture des puits, et huit
jours apres cette operation les dysenteries diminuerent sensiblement dans ce
quartier, et on ne remarqua presque plus de difference entre les regiments qui
en etaient encore affliges (Read, Journ. de me d. milit., 1782).
II en est de meme de 1 alteration des eaux par des substances salines ; les eaux
de la province d Oran, chargees d une quantite relativement considerable de sels
de magnesie, sont probablement la cause de la predominance de 1 affection
dans cetle partie de 1 Algerie.
A Joigny, en 1876, les soldats specialement atteints de dysenterie ne parta-
geaient pas le benefice de 1 eau fraiche et limpide distribute a la population
civile, et ne consommaient que de 1 eau de puits (Aron).
A cote des eaux de mauvaise qualite figurent enfm cerlaines boissons, le tafia
en particulier, dont 1 abus, suivant des auteurs de grand merite (Barallier.
art. DYSENTERIE, in Kouv. Diet, denied, et de chir. prat. Paris, 1869, t. XI),
constitue 1 une des raisons de la frequence de la dysenterie dans la population
indigene de la zone intertropicale.
C. Causes infeclieuses atmosphe riques. Ces causes, d une efficacite re elle,
14 DYSENTERIE.
constituent, parmi les trois groupes etiologiques de la dysenteric, celui dont on
s est le plus exagere Finfluence. On lui a instinctivement attribue la dysenterie
dcs pays chauds ; la croyant, vu sa gravite, d une tout autre nature que cellc des
climals froids et temperes, on ne pouvait admettre qu elle aussi dependit avant
tout d une inlluence aussi banale que celle des meleores, bien que nulle part
cependant les oscillations nychthemerales n aient autant de prise sur 1 organisme
pour la procreation de cette maladie.
Pour certains auteurs, 1 infection par 1 air est surtout palustre, et ils font
intervenir directcment la malaria dans la pathogenic de la dysenterie.
Pour Torti, Morton, au siecle dernier, comme au siecle actuel pour les pre
miers observateurs des maladies d Algerie, et parmi eux. les plus autorises,
Maillot, Haspel, etc., 1 air des marais est la cause principale de la dysenterie.
Memes convictions en des regions ou cependaut les lie vres palustres sont infini-
mentmoins communes :
La dysenterie de la garnison de Versailles en 1842 aurait frappe les casernes
les plus salubres en elles-memes, mais les plus voisines des fosse s marecageiu
avoisinant le chemin de fer de la rive gauche, qui venait d etre construit ; le
vent d est qui souftla constamment durant les mois de septembre et d octobre
apportait ces eshalaisons qui entrainerent dans les memes regiments grand
nombre de iievres intermittentes (Masselot et Follet).
La dysenterie du canton de Pont-Aven (Finistere) en \ 858 se manifesto sur 1111
soleleve, constitue jiar des terrains primitifs, et nulle part on n y voil de marais ;
mais, suivant Gestin, la dysenterie relevant de la meme cause que la fievre palustre.
Inflection a du son developpement aux miasmes exhales par divers travaux ou
industries : defrichements, routoirs, elc.
Pendant la grande epidemic de 1854, on observa que la dysenterie avail pris
naissance dans certaines localites humides marecageuses avant de gagner la hau
teur. Meme observation faite a Dorpat durant la recrudescence generale en 1846 :
Fahlmann constate le debut de la maladie dans la population de villages entoure s
d une zone palustre, etl atteinte secondaire des regions plus elevees(A. Hirsch).
Nous ne nous arreterons pas a demontrer, d apres les de tails fournis par ces
derniers observateurs eux-memes, combien, acotede 1 influence malarienne, ils
ont, pour chacune de ces epidemies, cru devoir evoquer d autres causes: chaleur
extreme, mauvaise alimentation, fatigues exceplionnelles qui sans doute ont tenu
la place la plus imporlante dans leur developpement; nous ne nous demanderons
pas si 1 humidite atmospherique, qui atteint son maximum dans les regions
palustres, n a pas favorise, chez la plupart des sujets atteints en ces regions, le
refroidissement qui est ordinairement le signal de la maladie.
Nous preferons re pondre par des arguments de portee plus generale, quoique
deduits eux-memes de 1 observation rigoureuse des faits. Pien n est plus vrai, ni
meme plus naturel, que la coincidence de deux affections assujetties, comme les
fievres et la dysenterie, a une meme loi generate de repartition geographique, a
une aggravation simultanee a mesure qu ou se rapproche de Fequateur. Sur
certains theatres, fievre et dysenterie pourront coincider avec une Constance
qui semblera affirmer leur identite originelie. Nous venons meme (voy. page 12)
de donner la demonstration du role des eaux marecageuses dans la production
de la dysenterie, role aussi certain que Fingestion des eaux impures a n im-
porte quel litre. Mais Finspiration de Fair des marais, de la malaria, ne la
produit pas.
DYSENTERIE. 15
Rome est une station admirablement bien faite pour en donner la preuve. Dans
cette ville et dans sa campagne, oil la malaria regne au point d absorber toutes
lesautres affections, la dysenterie est extremement rare. Pendant les anne es 1864
et 1865, sur toute la garnison francaise qui occupait le territoire pontifical, il
n est mort que deux hommes de dysenterie (voy. Statistique offtcielle) ; je n ai
pas connu 1 un de ces malades, mais 1 autre a succombe dans mon propre ser
vice a I hopital Saint-Andre de Rome, et c est en Algerie, d ou il etait recem-
uient arrive, qu il avail con trade son affection.
Si Ton penetre plus largement dans la ge ograpliie de ces deux affections, on
voit la dysenterie causer des epidemics redoutables soil a des hauteurs inaccessibles
alafievre(Wurtembergenl854, montagnes de Suede 1857-1860), soitenplcine
mer, loin de toute cote insalubre, et de plus, par sa repartition endemique, dilferer
singulierement, dans le detail des localites, des fievres intermittentes. Auxpreuves
fournies de ja je pourrais ajouter toutes celles qu en out donnees mes collegues
de la marine et de 1 armee. Qu il me suffise de rappeler: 1 qu en France meme,
c est celui de nos ports militaires ou la dysenterie est le moins commune (Roche-
fort) qui offre le plus grand nombre de Sevres intermittentes ; 2 que, dans la
zone mediterraneenne, nous constatons 1 absence complete de dysenterie dans tel
foyer bien determine de malaria, a Rome, parexemple, ou pendant 1 occupation
francaise il y avail, annee moyenne, un deces dysente rique dans notre armee
dont la moitie environ, pres de TiOOO hommes, etaient atteints de fievre ; 5 que,
plus au sudenfm, dans les regions tropicales, Dutroulau a demontre la distinction
geographique des foyers de dysenterie et des foyers de fievre intermittente. Qui
ne sail combien la dysenterie etait grave a Tile de la Reunion, bien avant 1 epoque
ou celte ile est devenue un foyer de malaria !
11 serait done absolument faux de pretendre avec Aitken (The Science and
Practice of Medicine, p. 618) que pas une contree n existe oiiil yait des fievres
sans qu il y ait de dysenterie. Tous les medecins d Algerie sont actuellement revenus
d une semblable erreur.
La dysenterie, nous le verrons dans sa description clinique, est surtout redou-
table aux individus atteints d anemie palustre; mais elle ne les atteint, eux
aussi, que dans les pays oil elle trouve elle-meme ses conditions de devtloppe-
ment; elle n est pas la consequence directe de 1 intoxication qui les a e puises;
elle nait sous 1 inlluence de conditions toutes differentes de la malaria ; mais, si
elle rencontre alors des organismes affaiblis par 1 intoxication palustre, elle les
prend de preference, comme en d autres circonstances elle le fait des scorbu-
tiques; et sur un terrain pareil, des lesions anatomiques et leurpronostic acquie-
rent une gravite peut-etre sans e gale.
11 importe en outre de noter que ces cachectiques, elle les frappe surtout non
pas a 1 epoque de 1 elaboration du miasme tellurique, mais aux premiers froids
de 1 automne et meme en hiver, quand ce miasme cesse de se produire ; elle est
encore d originemete orique, survenant avec le refroidissement de F atmosphere,
et trouvant seulement une aptitude speciale dans les organismes epuises par la
fievre.
11 en est autrement de 1 infection de 1 atmosphere par les emanations ani-
males. Nous avons prouve le role des miasmes putrides dans la production
de la diarrhee, ce premier echelon de la dysenterie (voy. art. MIASMES). L ac-
tion des e manations des matieres fecales est hors de doute ; a Lalla Maghrnia,
oil les soldats avaient rempli de leurs evacuations les silos et les champs avoi-
16 DYSENTERIE.
sinant le camp, Cambay voit e clater la dysenteric; et moi-meme en 1855, a
Oran, j assistais a une epidemie de dysenteric localisee a un petit bailment mili-
taire silue au voisinage des latrines d une grande caserne; c est a la souillure
du sol par des prodnits excrementitiels qu est du le principal danger subi par les
armees stationnaires.
La putrefaction cadaverique entraine e galement la dysenteric, et nous avons
vu cette affection resuller des emanations des champs de bataille, couverts de
cadavres d hommes et dechevaux. Les observations dePringle, constatant le deve-
loppement de la dysenteric consecutivement a 1 infection cause e par du sang
corrompu, de Desgeneltes la voyant se manifester a la suite de la putrefaction
d un cerf, de Yaidy atteint, ainsi qu un certain nombre d assistants, pour avoir
assiste a 1 inhumation d un grand nombre de cadavres d liommes et d animaux,
celle enfin de Chomel qui voit survenir la maladie chez des e tudianls pour avoir
fait 1 autopsie d un liommeasphyxie dans une fosse d aisances, te moignent qu ici
encore il n y a pas un miasme dysenterique univoque (miasma dysentericum,
de Kreysig).
C est a 1 association des emanations animales les plus diverses que sont dues
les epidemics eclatant a bord des batiments dont la cale renferme parfois tant
de sources de mephitisme (Barailier, art. DYSENTERIE, in Nouv. Diet, de med. et
dechir. prat. Paris 1869, t. XI).
F. Contagion. La coutagiosite de la dysenterie serait une preuve imposante
de sa specificile. Dans sa relation de Tepidemie de Nimegue, Degner proclame la
contagion cause principale de 1 explosiou de cette epidemie, qu il attribue a
1 arrivce, en cette ville, d une personne infectee. Pour Linne existait un contage
de nature parasitaire, opinion professee de nos jours par YV. Dudd, et re cemment
formule e, sans grand succes, il est vrai, par Dounon, qui a pretendu etendre a
la dysenterie en general le role pathogenique attribue a certains nematoides
dans la diarrbe e de Cochincliine.
Nous laisserons de cote certains faits etranges qui ne meritent pas d etre pris
en consideration, comme celui de Hnfeland, qui pretend avoir vu la maladie
communique e par 1 usage d une pipe qui avail servi a un dysenterique.
Des auteurs du plus grand merite on I compare le contage dysenterique aux
virus les mieux determines ; il adhererait aux murs et aux parquets ; dans le
departement d Indre-et-Loire il aurait frappe des ouvriers ayant travaille a reparer
les salles d un hopital et par leur interme diaire aurait atteint leur famille (Trous
seau, Clinique med. de Ttiotel-Dieu, 5 e edit. Paris, 1877) ; il serait transportable
a des distances considerables et des moissonneurs revenant de la Beauce, ou
re gnait la dysenterie, 1 auraient importe a Yillerval, pres d Arras (J. Bergeron,
Rapp. sur lese pid. de 1865, in Mem. de I Acad. de med., i. XXVIII); 1 arrivee
d un dysenterique dans tel village aurait contamiue successivement les habitants
d une maison, puis ceux des maisons voisiues, et enfin toute une rue (Gaullier
de Claubry, Rapp. sur les e pid. de 1852, in Mem. de I" Academic de mededne,
L XVIII).
Tissot cite (Ains au peuple, t. II, p. 27) un fait du memo genre : un
dysente rique arrivant de Hollande a Lausanne aurait communique sa maladie a
une famille de six personnes.
Suivant Latour d Orleans, un habitant de cette ville est frappe de dysenterie
pour s etre arrete dans la chaumiere d un paysan dont les enfants en e taienl
alteints (cite par Fournier et Yaidy)
DYSEJNTERIE. 17
Lachcze entin rapporte le fait d un dysenterique qui, transporle dans un pays
eloigne tres-salubre, transmet sa maludie non-seulement u ses parents, mais
encore aux habitants de ce pays (Lacheze, Arch. gen. de med., 1826).
II est certain qu une affection, transmissible de la sorte, possederait une puis
sance de contamination comparable a cclle des maladies les plus emiuemment
contagieuses. Et neanmoins cequi frappe en son histoire, c est la tendance gene-
rale des auteurs qui 1 ont le mieux observee a revoquer en doute sa transmis-
sibilite.
Je ne parle pas de Stoll, qui semble avoir pris a lache de nier la contagiositt:
de toute affection, y compris celle de lapeste, mais de la generalite des e crivains
les plus autorises par leurs observations personnelles.
lien est un grand nombre qui nient formellement la coutagiosite de la dysen-
terie, qui ont constate 1 immunite la plus absolue des personnes exposees aux
emanations des dysenteriques, morts ou vivants, et de leurs dejections : tels
Cambay, Laveran, Gatteloup, Masselot et Follet, c est-a-dire ceux qui dans les
temps modernes ont, en poursuivant leurs etudes cliniques el analomiques de
1 affection, subi impunement, ainsi que leur entourage, les chances les plus
nombreuses de contamination.
II en est d autres qui acceptent la realite^d un seul mode de contagion qui
s accomplirait par les emanations des matieres fe cales des dysenteriques.
Linne eluit convaincu que la dysenteric se propageait chez les personnes d une
meme maison par 1 usage des memes latrines.
Un des exemples les plus frequemment invoques a e te recueilli par Pringle
pendant la guerre de Sept ans : c est celui de 1 immunite de trois compagnies
de 1 armee anglaise alors que le reste de 1 arme e etait frappee de 1 epidemie,
immunite qui cessa le jour ou ces compagnies qui avaient jusque-la fait usa^e
de latrines separees durent recourir a celles des compagnies atteintes.
Aussi, dit-il, la grande source de 1 infection vient des prives, apres qu ils ont
re?u les excrements dysenteriques de ceux qui tombent malades les pre
miers.
Recemment Czernicki a observe un fait du meme genre dans 1 armee fran-
caise : deux escadrons du 8 e regiment de dragons, dont 1 etat sanitaire ne
laissait rien a desirer, viennent occuper, le 26 uout 1875, la ferme de Vadenay
au camp de Chalons ; la dysenteric eclate des le l er septembre. Ce n est qu au
moment de 1 explosion de cette epidemie qu on apprit qu un autre regiment de
cavalerie, cantonne dans cette meme ferme imme diatement avant le 8 e dragons,
y avail eu de nombreux cas de dysenterie, et avail laisse a moitie remplies
de ses dejections les fosses d aisances qui allaienl servir a ses successeurs ;
1 epidemie frappa les hommes loges le plus pres de ces foyers d infection, et
cessa par 1 evacuation des locaux occupes.
C est sous la meme influence que certains hopitaux auraient ete conta-
mines.
Pinel (Nosographie philosophique, t. II, p. 595) attribue 1 epidemie qu il
observa lui-meme parmi les alienes de Bicetre a 1 arrivee dans cet. etablissement
d un dysenterique provenant de I Hotel-Dieu. Je pre sume, dit-il, que la dysen
terie fut propagee par les vapeurs elevees des lieux d aisances, qui etaient com-
muns a tons les alienes, et qui furent d abord infecles par les selles du premier
homme allaque de la dysenterie. Observation analogue a celle que nous a
transmise Pringle, suivant qui la maladie aurait ete importee a I hopital de
DICT. EKC. XXXI. 2
18 MSENTERIE.
Fiikenheim par Ics troupes campe es a Hanau (guerre de Sept ans). De ces fait s
on peut rapprocher la contamination de 1 liopital d Ostende en 1794 par les troupes
francaises qui assiegeaienl le fort de 1 Ecluse.
C est a I mfluence de ces dejections que paraissent se rapporter les principaux
dangers de 1 approche des malades eux-memes.
A 1 epoque ou il etait premier medecin de 1 armee francaise aux Etals-Unis,
pendant la guerre d lndependance, Coste eut a soigner 400 dysenteriques
debarques a New-Port ; ils etaient couches pele-mele sur de la paille et par terre,
dans une eglise. Oblige, afm de later le pouls de ses malades, de s agenouiller
sur cette paille infectee de leurs dejections, il contracta une dysenlerie violente
et rapide, car elle se declara des la premiere nuit.
Pringle insiste, lui egalemenl, sur le danger des txhalaisons de la paille pourrie
sur laquelle ont couche les dysenteriques.
C est meme aux exlmlaisons des secretions intestinales que des auteurs ont
pretendu rapporter entierement la cause des atleinles couseculives aux autopsies.
Vaidy, a ce qu il raconte, aurait ete atteint d une dysenteric grave en faisant
1 autopsied un sujet mort de cette affection, et il attribue sa maladie aux ema
nations des matieres fecales renfermees dans le rectum.
Ce meme observaleur avail cependant des raisons personnelles de croire a 1 iri-
lluence nocivenon-seulemeul des secretions intesliuales, mais de la putrefaction
cadaverique, lui qui dans une autre circonslance, au mois d aoiit 1796, avail
ete atteint egalement, ainsi que deux de scs quatre campagnons, pour avoir par-
couru la plaine situee enlre Bamberg et Nuremberg oil 1 armee francaise, victo-
rieuse quatre jours auparavant, avail laisse abandonnes des cadavres d hommes
et de cbevaux.
C est pour determiner experimentalement la contagiosite des selles dysente
riques que Moty a pratique des injections inteslinales avec le bouillon de
culture des microbes recueillis dans ces selles, injections dont les resultats ont
d ailleurs ete negatifs.
Je me range au nombre des anticontagionistes. J ai assiste a plusieurs epi-
demies de dysenteric sans observer un seul fait de Iransmission : en 1859 notam-
ment, au retour de 1 arme e d Halie, les grands bopitaux mililaires de France,
notamment ceux de Paris, furenl remplis, presque encombres de dysenleriques ;
aucun deces malades ne transmit son affection. II en a ete de meme de I liopital
de Versailles en 1846; il en est de meme depuis longues annees de celui de
Saint-Mandrier a Toulon, ou sont admis tanl de dysenteriques revenanl des
colonies.
11 en eul ele autrement sans doute, si, au lieu d avoir ete places dans des
bopitaux bien amenages, ces dysenteriques eussent ele reunis en des locaux mal
iuslalles, comme ceux auxquels il faut souvenl recourir en cas de guerre el ou
Ton nepeul qu imparfailemenl soustraire, annihiler les evacualions inleslinales.
En ces dernieres circonslances surgit uue des causes d infeclion les plus efficaces
dans la production de la dysenterie : mais est-elle plus spe cifique que les miasmes
provenanl des aulres matieres animales en putrefaction? Nous avons dit a quel
degre 1 infection pouvait envabir un camp atteinl de dysenlerie sans que cepen-
danl les selles fussenl le vebicule d un virus special. Aussi pensons-nous qu en
mainles circonslances ou Ton a invoque la contagion la maladie n a fait que se
developper de toutes pieces dans les conditions qui lui donnent babiluellement
naissance.
DYSENTERIE. 10
Telle cette e pide mie frappant I equipage du Loiret, pendant qu il remor-
quait, du Gabon a Goree, un autre butiment, VAigle, atteint de dysenterie et
naufrage dans une riviere de Cochinchine; I equipage du Loiret auvait ete, a-t-on
,dit, infect e par celui de I Aiyle, qui comptait 28 dysenteriques.
jVest-il pas sage, avant d admettrc cette contamination, de se rappelerque la
Cochinchine est 1 un des pays oil la dysenterie se developpe avec le plus de fre-
quence et d intensite, et de se demander si 1 equipage du Loiret n a pas simple-
nient subi cette influence? ^Vest-on passpecialement autorise a concevoir de sem-
blables doutes sur rintcrvention d un contage en pareille circonstance quand on
songe a la frequence des epidemics de dysenterie surgissant spontanement a bord
des navires?
Les e crivains les plus autorises, Desgenettes en Egypte, Annesleyaux Indes,
ont affirme que la dysenterie n e tait contagieuse que la ou il y avail cntassement
de malades; en pareilles conditions, ou il y a infection atmosplierique, la
maladie ne trouve-t-elle pas ses conditions d explosion spontanee en dehors de
toute influence virulente? Nous apprecierons an meme litre la valeur de celte
affirmation de Zimmermann, suivant qui la dysenterie pestilentielle seule,
c est-a-dire celle qui naissait dans les agglomerations miserables et encombrees,
etait susceptible de transmission.
La pretendue contagiosite de la dysenterie n est enfin le plus habituellement
que le fait de son association a quelque maladie virulente, notamment au ty-
plms.
Tel fut le cas de I e pidemie de Nimegne qui, d apres Degner, se propageait
de rue en rue, de maison en maison ; tel fut celui de 1 epidemie observee par
Pringle sous Maestricht, en 1747, et qui de 1 armee anglaise se communiqua aux
villages environnants. D apres les descriptions cliniques des deux auteurs, il est
evident pour tout lecteur attentif que la fievre des camps, le typhus, re gnait en
meme temps que la dysenterie, et la se trouve pour nous le veritable secret dc
la propagation de ces epidemies.
N en est-il pas de meme des observations recueillies par les me decins de la
Grande Arme e, au moment ou le typhus la decimait : On ne pent concevoir la
rapidite avec laquelle la dysenterie se communiquait d un malade a ceux qui
habitaient les lits voisins. La paille qui leur avait servi etait contagieuse ; les
lieux prives e taient des foyers de ces miasmes ; des medecins ont contracts la
maladie pour avoir un instant examine les selles avec attention (Gilbert,
Tableau historique des maladies qui ont afflige la Grande Arme e en Prusseel
enPoloyne en 1806-1807.)
D. Predispositions individuelles. Les ages extremes de la vie sont loin d etre
indemnes de la dysenterie ; cette affection a cause la ruine de plusieurs colonies
des pays chaudsparla mortalite des enfants en bas age. D apres Strack et Zimmer
mann, des enfants nes de meres atteintes de dysenterie seraient venus au monde
avec cette maladie. Et, a 1 autre extreme de la vie, on cite le role nefaste de la
meme affection dans la mortalite des vieillards a Batavia, a Saint-Domingue,
a la Guyane.
Annesley a observe la predilection de la maladie pour les recrues recemment
debarquees aux Indes specialement pour les soldats age s de seize a vingt-un ans ;
Cambay, en Algerie, note les nombreuses atteintes des jeunes soldats, deceux en
particulier qui ont moins de six mois de service. Laveran etablit qu a Alger, en
1 840, le nombre des malades ayant moins d un an de sejour a ete aux autrcs
20 DYSENTERIE.
: : 5,33 : 1 . Gestin insiste sur la frequence de la maladie chez ies apprentis marins
nouvellement incorpores a Brest oil pendant 1 hiver 1866-1867 ilyeut 167malades
dont 75 arrives dcpuis moins d un mois, 59depuis moins de quatre, 20 moins de
trois ; observations qui rapprocheraient la dysenterie de la fievre lyphoide, cette
maladie d acclimatement du soldat, et de la plupart des autres maladies
specifiques aigues.
Mais des observations plus nombreuses demontrent que Ies vieux soldats ne
jouissent contre celte affection d aucune immunite relative; si, aux Indes, la
mortalite par dysenterie est moindre en apparence chez Ies militaires anciens de
service et de residence, c est que ces militaires y sont relativement tres-peu nom-
breux. G est en outre parce qu ilsne sont pas frappes simultanement, par groupes
plus ou moins nombreux, comme Ies soldats nouvellement arrives, et souvent
appeles par Ies neeessites d une expedition qui Ies livre immediatement a 1 action
meurtriere du climat. A effectif egal, non-seulement la mortalite par dysenterie
serait aussi considerable dans un regiment arrive depuis longtemps que dans un
corps nouvellement debarque ; mais il est meme probable qu elle le serait plus.
D apres la declaration de Mac-Tulloch, Ies troupes anglaises out subi a Tile Mau
rice une mortalite annuelle par dysenterie s elevant a :
Sur 1000 homines de 18 a 24 ans 6
de 2j a 35 ans 11
de 34 a 40 ans 19
de 41 k 50 ans 36
chiffres prouvant 1 accroissement de la mortalite avec 1 age des soldats.
11 suffit, du reste, de noter la frequence des atteintes des regiments Ies mieux
acclimates de tous, puisqu ils sont originates de ces climats, Cipayes aux Indes,
troupes noires aux Antilles, et celle enfin des indigenes civils dont si grand nombre
succombent a la dysenterie chronique, pour voir combien est restreinte cette
pretendue influence des immunites personnelles. Peut-etre Ies troupes indigenes
offrent-elles moins d atteintes ; mais ces atteintes en general sont plus graves ;
d apres Tytler, Hutcbinson,Balfour, le pronostic est beaucoup plus fatal chez Ies
indigenes ; et ily a deux siecles que Bonlius a etabli que sur le littoral S.-E. du
continent asiatique et dans 1 archipel contigu la dysenterie etait la plus grave de
toutes Ies maladies populaires.
Nous en avons egalement la preuve en Afrique : pendant 1 expedition anglaise
de la Cote-d Or de Guinee (1874), la dysenterie fit de cruels ravages dans
1 armee des Ashantis ; au cap de Bonne-Esperance, elle est avec le rhumatisme
la maladie la plus redoutee du Gafre.
11 en est de meme dans le Nouveau Monde ; 1 endemicite de la dysenterie en
Floride, enYirginie, son role considerable dans la mortalite generale de la popu
lation noire du sud des Etats-Unis, en sont la preuve.
11 n y a pas d acclimatement contre la dysenterie ; ici encore elle se rap-
proche des fievres palustres, dont une premiere atteinte en appelle v une seconde,
mais avec cette difference que Ies recidives de dysenterie sont en general de
plus en plus graves, tandis que Ies rechutes de fievre intermittente peuvent se
renouveler sans aggravation croissante. Aussi, dans Ies pays chauds, Ies indi
genes meurent-ils de dysenterie plus que Ies etrangers.
Si la dysenterie des camps est specialement dangereuse, en raison. des causes
d infection qui s accumulent autour d une arme e stationnaire, il ne faut pas en
DYSENTER1E. 21
conclure que les emplacements soientsans inconvenient. Parmi les predispositions
individuelles, il en est une qui joue souvent un role important dans 1 atteinte
desarmees, c est la fatigue, qui nous explique pour sa part la pre dilection de la
maladie pour les troupes en marche, sa rarete relative dans les villes de gar-
nisons.
Tout affaiblissement anterieur augmente la receptivite de 1 organisme. Les
diverses cachexies, notamment les cachexies palustre et scorbutique, constituent
des conditions tellement favorables au developpement du mal, que 1 affection
s y montre d emblee sous sa forme la plus grave, la forme chronique.
Tel est le motif pour lequel il est peu de maladies qui s adaptent, aussi indif-
feremment que ladysenterie, aux milieux epide miques les plus divers; qu une
population, une armee soil atteinte de scorbut, de fievre intermittente, de
typhus, ily aura grande chance, si 1 epidemie se prolonge, de voir la dysenteric
intervenir, pour achever, d une maniere plus funeste, 1 ceuvre commence e par
Cun de ces fleaux.
E. Conclusions. Si la dysenteric est susceptible d apparaitre en taut de lieux
et de circonstances, cette ubiquite tient a sa banalite etiologique. Au lieu d etre
determinee par un agent morbide unique, comme un virus frappant tout 1 orga-
nisme avant de produire la lesion, elle peut etre entrame e par toutes causes
d irritation du gros intestin. Malgre mes etudes ulterieures sur cctte question,
je professe encore 1 opinion que j exprimais en 1864 (L. Colin, Etiides cliniques
deme decine militaire. Paris, 1864) en conside rant ladysenterie comme le resul-
tatdel inflammationdecet organe, que cette inflammation soil directement prn-
duite par 1 usage de boissons ou d aliments de mauvaise qualite, quel que soil le
genre d alteration ; qu elle resulte d emanations putrides animales, d origine
egalement variee, dont la diarrhee, premier degre de la dysenterie, esl un des
resultats vulgaires ; qu elle succede enfin a un refroidissement pe ripherique
brusque, comme dans une armee exposee, en plein etc et sans abri, a une
pluie tovrentielle (armee anglaise le soir de la Lataille de Dettingen, pendant la
guerre de Sept ans), ou comme en cette colonne expeditionnaire francaise qui
fill atteinte apres avoir traverse a gue une riviere en Afrique.
Dans la pensee d expliquer 1 action pathogenique commune, sur le gros intes
tin, d influences aussi dissemblables, des auteurs ont admis que la nature de
1 affection diffe rait suivant celle de 1 agent producteur, que la dysenterie, due
aux emanations putrides, etait une forme morbide toute differente de la dysenterie
catarrhale a frigore. La gravite de la dysenterie des pays chauds a surtout fait
attribuer a celle-ci une origine exclusivement infectieuse et, une nature spe-
cifique.
Or, suivant nous, ce qui domine surtout ici, c est une difference, non de
nature, mais de degre, difference qui parfois s attenue et disparait devant des
e-pidemies exceptionnellement graves observees en nos climats.
Les autopsies que j ai faites a Strasbourg d une part, en Algerie de 1 autre,
m ont demontre 1 identite anatomique de la dysenterie des climats chauds et de
celle des climats temperes, de la dysenterie qu on a appelee catarrhale et de
celle qu on a appelee infectieuse ; il en a ete de meme des recherches qui ont
amene Parkes, Baly, Kelsch et, de ja au siecle dernier, Pringle, a proclamer
1 identite anatomique de la dysenterie de nos climats et de celle des Indes ; c est
parce qu on a, longtemps et a tort, doute du caractere ulcereux des dysenteries
de nos climats, qu on a surtout repousse cette identite. G est par une reaction
22 DYSENTERIE.
aveugle centre Broussais qu on a nie si longtemps jusqu a la possibilite dansles
climats temperes del existence,cependantsi evidente, des lesions inflammatoires
du gros intestin.
L extreme gravite de quelques epidemies de dysenterie en ces climats, en
Bretagne, par exemple, et meme en des regions bien plus septentrionales, comme
le Danemark, ou des armees ont ete aneanties par la dysenterie, comme le
Kamtschatka, ne prouve que trop combien cette affection demeure au fond la
meme ct partout susceptible de la meme gravite.
Rien d etonnant a ce que la lesion progress s ne anmoins suivant le degre de
latitude.
Si, dans les pays chauds, en Cochinchine, a la Reunion, la le sion du gros^
intestin arrive plus rapidement a la gangrene de sesparois, aleur perforation, aux
hemorrhagies rapidement mortelles, cette difference de gravite tient, sans doute,
a ce que, dans ces climats, le gros intestin est plus pre dispose a rinflammation
en raison de 1 etat congestif habituel des visceres abdominaux, a ce que le raptus
sanguin s y effectue aussi plus rapidement sous 1 influence de violentes oscilla-
tinns de tempe rature dans le cours de chaque nycthemere, et enfin a ce que les
muqueuses presentent, comme la peau, une tendance spe ciale a ces profondes
mortifications, reunies sous le titre de phagedenisme de la zone tropicale.
Peut-etre en ces climals la lesion est-elle aussi immediatement plus grave en
raison des modifications subies par les secretions, notamment par la secretion
biliaire. Annesley considerait la dysenterie aux Indes comme le resultat possible
de 1 irritationintestinale du fait du contact de labile alteree. La cuisson, 1 e ry-
tlieme, parfois les ulcerations qui se manifestent au pourtour de 1 anus, peuvent
laisser supposer que ces liquides ont du parfois agir, avec un certain degre de
causticite, a la surface de la muqueuse.
La dysenterie des pays chauds differe done de celle de nos climats par sa gra
vite immediate, elle en differe par sa tendance a la chronicite, resultat de la
permanence de la cause morbide ; mais elle n en differe pas, a notre avis, par
une genese plus infectieuse ; je dirai plus, c est peut-etre dans les epidemies
graves de nos climats qu il faut le plus songer a 1 infeclion, car 1 influence
meteorique y est moins energique que dans la zone tropicale. Ce sont les
medecins qui ont observe aux Indes, au Senegal, au Mexique, qui ont peut-etre
le plus energiquement insiste sur les dangers des refroidissements subits au
milieu des chaleurs.
La plupart des epidemies de dysenterie indiquent bien plus une association
de causes que 1 action d un facteur isole, spe cifique.
Pourquoi 1 agriculteur, soil dans les saisons, soil dans les pays chauds, est-il
plus frequemment atteint de dysenterie que 1 habitant des villes? Pourquoi le
soldat en campagne l est-il plus que le soldat en garnison ? C est a la fois en
raison de 1 action plus puissante des me teores dans le premier cas ; en raison de
la difference des eaux de consommation qui,purifieeset salubres dans les grandes
villes, sont parfois si mauvaises dans les campagnes, en ete surtout, epoque ou
1 evaporation augmente regulierement la quantite proportionnelle de principes
nuisibles renfermes dans les sources, les rivieres, les fosse s, les mares auxquelles
il faut quelquefois recourir ; en raison enfin du voisinage, plus intime a la cam
pagne, des foyers d infection putride.
Dans 1 armee meme, nous voyons 1 affection frapper principalement les fan-
tassius, non-seulement parce qu ils sont moins converts, mais parce qu ils se
DYSENTERIE. 23
fati^uent davantage, ont plus frequemment soif, et font plus grand usage des
eaux souillees auxquelles, durant les marches, le soldat est frequemment oblige
de recourir.
Parmi ces epidemics a causes multiples, il en est qui, par leur role nefaste
sur les armees, ont acquis un renom particulier de gravite et fait donner a
1 affection la denomination speciale de dysenterie des camps. On sail, depuis
Ve^ece, combien 1 afr ection a d affinite pour les camps permanents.
La maladie trouve alors ses conditions de developpement dans 1 exposition
plus complete du soldat aux influences atmospheriques, et, dans les cas surtout
ou 1 armee est stationnaire, a cette cause primordiale viennent se joindre les
autres conditions generatrices de la dysenterie : ce sont d abord les exhalaisons
fournies par les matieres putrides qui s accumulent chaque jour et auxquelles on
ne peut ecbapper qu a la condition, parfois irrealisable, de changer le lieu de
campement.
Ce n est pas 1 air seulement qui est souille du voisinage de ces matieres; ce
sont les sources, les ruisseaux qui fournissent an camp son eau de consommalion,
et deviennent ainsi une cause nouvelle d infection, a laquellc viendra a pen pres
I atalement s ajouter, en temps de guerre, 1 insuflisance ou la mauvaise qualite
de 1 alimentation, sans parler, bien entendu, de la realisation, jadis si frequente
en pareilles circonstances, des deux affections auxquelles s associait si facilement
la dysenterie : le scorbut et le typhus.
Une fois 1 epidemie commencee dans un camp, 1 expansion en est rapide.
Que les selles des dysenteriques soicnt reellement chargees d un contage
special, ou qu elles ne possedent, comme les selles ordinaires, qu une influence
miasmatique banale, elles multiplient singulierement la cause morbide, par
leur abondance, leur frequence, leur liquidite, I impossibilite pour les malades,
dans les camps surtout, de se rendre aux fosses d aisances, d ou les nombreuses
souillures dont le sol est rapidement impre gne dans un camp atteint de
dysenterie.
La repartition geographique de la dysenterie dans les diverses circonscriptions
d un meme pays tient egalement a ce concours etiologique. Les rapports a 1 A.ca-
de mie de medecine temoignent de la frequence de la maladie en Bretagne : le
Morbiban, 1 llle-el-Vilaine, le Finistere, les C6tes-du-Nord, figurent parmi les
dix departements qui ont ete le plus souvent atteints de dysenterie de 1858 a
1868 (Briquet, Rapp. sur les epid. de 1868, in Mem. de I Acad. de med.,
t. XXIX). II en etait de meme avant cette periode, d apres les rapports relatifs
aux annees 1850-1856. Les uns ont incrimine la salete des habitations, la gros-
sierete de 1 alimentation (Fouquet, cite par Bergeron, Rec. des trav. du Com.
d hyg. publ. de France, t. Ill, page 279 et suiv.); d autres, 1 influence plus
marquee, en cette periode, des brusques vicissitudes atmospheriques, consecutives
aux sautes de vent du nord et du nord-est (Barth, Rapp. sur les epid. de 1854,
in Mem. de I Acad. de med. Kergaradec, id., 1864, id. Bergeron, id.,
1865, id.); nous pensons que ces elements etiologiques se sont reunis dans les
epidemies de Bretagne pour constiluer un milieu epidemique specialement favo
rable a la dysenterie.
EVOLUTION EPIDEMIQDE. Comme les maladies meteoriques, telluriques, et
contrairement aux affections virulentes, les epidemies de dysenterie sont
d emblee genera les, frappant quelquefois brusquement un nombre considerable
d individus, une armee, par exemple, un village entier, corame 1 a vu Tonnelier
24 DYSENTERIE.
aux environs de Journal en 1811, si la cause surgit soudaine et suffisante
comme un violent refroidissement atmosplierique, ou se developpant plus len-
tement, mais encore parallelement sur tous, quand la cause agit lentement elle-
meme, comme en cas de mauvaise alimentation ou d emanations putrides.
Les epidemics de dysenterie cesseront de meme, simultanement, sur 1 en-
semble de la population atteinte, laissant quelquefois nombre d organismes
deteriores par la persistance des lesions, mais ne se perpetuant pas, comme les
maladies transmissibles, par reproduction de la cause morbide. C est comme le
scorbut.
Dans nombre d epidemies, 1 affection se circonscrit a une agglomeration deter-
ininee, se limitant a une ville, a un village, a une caserne, un hopital ou un
camp ; c est alors quo la maladie offre le plus habituellement une tenacite
exceptionnelle, son origine ne se rattachant plus seulement a une constitution
saisonniere provisoire, mais a quelque influence alimentaire ou infectieuse
parliculiere qui nous explique et la localisation de 1 epidemie et sa tena-
eite.
Dans les climats chauds, la dysenterie predomine en ete et en automne,
de juillet a decembre pour 1 hemisphere nord (Indes, Soudan, Abyssinie), de
mars a avril dans I liemisphere sud (iles Bourbon, Maurice, Perou).
Dans les pays intertropicaux, les epidemics se prolongent sous forme d en-
demie ininterrompue, vu la permanence de 1 influence climatologique.
Dans les climats temperes, elles sont presque toujours saisonnieres. En France,
par exemple, sur 546 epidemics, il y en aurait eu 404 en ete, 113 en automne,
16 au printemps, 13 en hiver. Sur 508 epidemies, 283, soit 14 sur 15, auraient
debute de juin a septembre (A. Hirsch.). Comme au temps de Sydenham, ces
epidemics apparaissent surtout au mois d uout, habituellement prece dees et
accompagnees d un nombre considerable de flux intestinaux, dont la dysenterie
est le terme extreme, et disp;iraissent des la fin de septembre, ne trouvant que
pendant les quelques semaines les plus chaudes de 1 annee leurs conditions de
production et de duree. Moi qui ai assiste a tant d epidemies de dysenterie,
disait P. Frank, je n en ai jamais vu persister apres le mois de novembre.
Toute epidemie qui, en nos climats, depassera les limitcs saisonnieres habi-
tuelles, celle surtout qui regnera pendant 1 hiver, sera vraisemblablement la
consequence d une alimentation vicieuse ou d une infection.
La preuve que ces dysenteries hivernales dependent souvent de causes infec-
tieuses exceptionnellement puissantes, nous la trouvons dans la concomitance
habituellede ces epidemies avec la maladie qui est le plus frequent resultat des
causes en question, le typhus.
Telle fut la dysenterie observee par Fournier dans la garnison deBouchain, en
decembre 1793, puis dans 1 armee de Sambre-et-Meuse durant 1 hiver 1796-
1797, et dont 1 auteur nous dit que 1 armee etait alors en prise aux horreurs
d une dysenterie compliquee de typhus (Fournier et Vaidy).
Les epidemies de dysenteric se presentent, suivant les climats, a des degres
de densite differente; tandis que, dans les regions tempere es, 1 affection se
bornera a un groupe specialement expose a 1 une des causes de la maladie, aux
moissonneurs pendant la saison chaude, aux malades d un hopital soumis a une
cause localisee d infection, aux soldats d une armee obligee en marche de faire
usage d eau corrompue, il n en est pas de meme dans les climats chauds, ou, a
cote des dangers speciaux crees a chacun par ses imminences personnelles,
DYSENTERIE. 25
domine une cause generate, la chaleur, tendant a faire de 1 affection une mala.-
die populaire. Dans ces regions la maladie peut etre non-seulement tres-gene-
rale, mais tres-dense, et les epidemics de dysenterie revenir chaque annee
avec un degre de morbidite comparable a celui des fievres intermittentes.
L affection ne reconnaissant aucune immunite personnelle, le nombre des cas
annuels egalera parfois ou depassera celui des individus. Aux Antilles, aux
Tndes, et jadis en Algerie, il y avail annucllement, vu les re cidives, 1 1 ou
1 JOOcasde dysenteric sur 1000 hommes d effectif ; a notre latitude, la morbidite
s eleve souvent assez haul, mais grace surtout alors au grand nombre simultane
de diarrhees simples.
DYSENTERIE AIGUE. Definition. La dysenterie est une affection caracterisee
par les tranchees, le tenesme anal et 1 expulsion de mucosites sanguinolentes.
Nous tenons, avant d en exposer 1 histoire, a replacer sous les yeux du lecteur
le passage dans lequel, au premier siecle de notre ere, Celse resumait 1 his
toire clinique de la maladie dans une description dont cliaque trait est consacre
par 1 observation moderne :
Iniiisintestina exulceranlnr : ex his cruor manat, isque modd cum stercore
aliquo semper liquido, modd cum quibmdam quasi mucosis excernitur ;
interdiim simul qmedam carnosa descendunt; frequens dejiciendi cupiditas,
dolorque in ano est; cum eodem dolore exiguum aliquid emittitur, atque eo
quoque tormentum intendititr (A. Corn. Celsi, de Medicina, lib. IV, cap. xv,
de Torminibus).
Prodromes. Dans la majorite des cas, la dysenterie est precedee d une
periode prodromique caracterisee soit par une diarrhe e bilieuse, indolore, sans
trouble febrile, soit par les symptomes d embarras gastrique banal avec elevation,
generalement peu considerable, de la temperature.
Chez les sujets anterieurement anemies par une dyscrasie avec tendance aux
raptus sero-sanguinolents, comme dans 1 iinpaludisme, le scorbut, la cachexie
famelique, il arrive souvent que la maladie s etablit d emblee, sans trouble
prealable des fonctions intestinales.
Le mode etiologique traduit egalement ici son influence.
En nos climats le debut par diarrhee est commun surtout dans le cas ou
1 affection est determinee par sa cause la plus habituelle, le reiroidissement
pendant la saison chaude, ou par une influence alimentaire ; quand le mal est
d origine infectieuse, comme sous 1 influcnce des miasmes putrides, il se mani-
feste souvent, des le debut, aveo les symptomes complets de la dysenterie.
L existence de cette periode prodromique, et surtout sa duree, sont enfin
subordonnees aux conditions de climat, et a 1 intensite de I epidemie ; ce n est
guere que dans les foyers les plus intenscs de la zone intertropicale, et dans les
epidemics exceptionnellement graves des autres climats, que cette periode
prodromique fait absolument defaut, le patient etant brusquement pris des
symptomes caracterise s : tenesme, coliques et selles sanglantes de la maladie
confirmee.
L opinion du role etiologique de la constipation parait remonter a Sydenham,
qui pretend 1 avoir maintes fois observee, et qui sans doule assistait alors a des
crises de colique saturnine. Pour Cullen, la dysenterie resultait de la consti
pation et de 1 irritation intestinale par 1 accumulation et 1 endurcissement des
matieres fecales ; cette singuliere doctrine a e te acceptee par Annesley et recem-
ment reproduite par Yirchow et divers auteurs allemands qui pretondent trans-
26 DYSENTERIE.
former en regie generale 1 existence a titre de periode prodromique d une consti
pation plus ou moins prolongee ; ces auteurs insistent sur le caractere des garde-
robes constitue es par desmatierestres-dures, des scybales, se recouvrant destries
sanglantes au moment ou se confirme 1 affection. Sans nier, on 1 a vu plus haul,
1 influence e tiologique de 1 irritation du gros intestin du fait de la presence de
ces matieres, nous pouvons affirmer que ce mode de debut de 1 affection est
absolument exceptionnel.
Inutile d insister sur la pretendue frequence de 1 angine et du coryza, consi-
deres, eux aussi, comme des prodromes de la dysenteric par quelques medecins
qui, prenanta la lettre la doctrine deStoll sur la nature catarrhalede 1 affection,
ont cm devoir egalement transformer en regie les cas exceptionnels ou ils ont
note la coincidence de ces symptomes.
La diarrhee prodromique n a pas de duree fixe, pouvant s etendre de deux a
vingt jours, et plus; elle determine de la soif, de la sensibilite au froid, quel-
quefois meme des frissons et, au bout de quelques jours, un affaiblissement
musculaire parfois considerable.
Maladie confirmee. Premier degre. L aggravation de la maladie, sa
transformation en dysenteric, sont generalement annoncees par 1 endolorisseroent
du venire, avec un peu de chaleur et d intumescence decette region, 1 appa-
rition de douleurs lancinnntes, mais encore mobiles, peu localisees, et surtout
par la modification des evacuations intestinales.
En augmentant de frequence, les selles bilieuses de la diarrhee prodromique
perdent peu a peu leur abondance et Jeur fluidite ; elles deviennent plus
\isqueuses, renfermant des gmmeaux jaunatres stries de sang, et englobes dans
une matiere transparente et mousseuse.
La coloration jaune de ces grumeaux tend bientot a disparaitre ; la dejection
ne renferme plus ni residu alimentaire, ni pigment biliaire, et perd en partie
son odeur fecale.
Elle offre alors cet aspect qui 1 a fait comparer tantot a du blanc d auf, a du
frai de grenouille plus ou moins teinte de sang, et avec plus de raison encore,
a notre sens, aux crachats de la premiere periode de la pneumonic ; on y retrouve
la viscosite, la transparence, la teinte rougeatre de ces crachats; il est bien rare
qu a cette periode de la dysenteric le sang soit rendu pur et en abondance , et,
malgre sa presence dans les garde-robes, il n y a pas, a vrai dire, plus d he mor-
rhagie intestinale que dans la pneumonie il n y a d hemorrhagie pulmo-
naire.
Ce n est guere, nous le verrons, que dans les formes graves des pays chauds r
que le raptus sanguin peut etre assez considerable pour constituer une hemor-
rhagie veritable et entrainer, des les premiers jours, un danger imminent.
Comme 1 indique leur aspect physique, ces garde-robes contiennent une
quantite considerable de mucus vitriforme du a I hyperemie et a 1 hypertrophie
des glandes intestinales ; les grumeaux qu elles renferment sont constitues par
des amas pelliculaires au milieu desquels on trouve des masses de corpuscules
blancs et rouges, et qui temoignent ddja de 1 exfoliation de la muqueuse.
On ne constate pas encore, il est vrai, en ces dejections, la presence de lam-
beaux de muqueuse; c est 1 epoque ou cette tunique s en va en squames,
en parcelles pelliculaires dont la recherche, dit Kelsch, est entoure e de difficultes,
parce que ces parcelles sont perdues ordinairement au milieu d une grande
quantite de liquide, et parce que cclui-ci exerce sur elles une action dissolvante
DYSENTERIE. 27
qui commence deja alors qu elles sont encore adherentes a la celluleuse. II
m esl cependant souvent arrive, continue notre collegue, de trouver sous le
microscope des tubes libres ou des series de tubes lieberkuhniens impregnes
de bile, de matiere fecale, et ces produits sont a la fois pour 1 anatomo-
pathologiste la preuve de 1 exfoliation, et pour le clinicien 1 indice revelateur de
ce travail.
Moty a constate dans ces garde-robes la presence d une grande quantite de
microbes vulgaires, aussi nombreux d ailleurs dans les cas benins que dans les
formes les plus graves.
Le second signe important de la dysenteric confirmee est fourni par les
douleurs abdominales qui prennent un caractere tout particulier d acuite, de
localisation et d intermittence ; partant de 1 hypogastre, 1 epreinte qui constitue
chacune de ces crises parait suivre le trajet du gros intestin, s etendant en baut
le long du colon ascendant, puis gagnant le flanc gaucbe et redescendant par
1 S iliaque jusqu au rectum et a 1 anus.
La sensation d elancement et de torsion (tormina de Celse) qui caracterise
cette douleur dans son parcours le long du gros intestin se translbrme en sen
sation de pesanteur et de cuisson au moment ou elle parvient a 1 anus, provo-
quant alors un besoin insurmontable d expulsion, besoin qui bientot persiste
dans 1 intervalle des epreintes, d ou envie incessante d aller a la garde-robe, et
contracturedouloureusedes sphincters : c est le tenesme dysenterique, la contrac-
ture excitee par la sensation de pre sence d un corps solide a expulser : Cum
sensu tanqnam quidquam corporis solidioris inesse putetur (Goelius Aurelianus,
cap. i, p. 525).
En dehors meme des coliques, le malade recourt aux plus violents efforts
pour se debarrasser de cette penible sensation ; il y consume toute la puissance
contractile des muscles de 1 abdomen ; il lui semble, dit Sydenham, que toutesses
entrailles vont sortir du corps, et le resultat est 1 expulsion d une quantite
minime de matiere et une exacerbation de ce tenesme ; plus ce dernier est
prononce, moins la dejection est considerable.
En quelques cas meme, des les premieres heures de la maladie, ces efforts
incessants out entraine la procidence du rectum.
Certains auteurs qui, sans doute, ont eu raremcnt occasion d observer les
dysenteriques, ont decrit 1 agitation febrile des malades, [ elevation de leur
temperature, leur tendance au delire ; il est probable qu en pareilles circonstances
il s agissait de dysenteric associee a quelque pyrexie, fievre intermittente,
fievre typhoide, typhus, etc., car, en general, 1 appareil febrile est peu marque,
ne se manifestant que pendant les deux ou trois premiers jours, le pouls s ele-
vant a peine a 100 pulsations et la temperature demeurant inferieure a
-+- 39 degres: il existe en meme temps un peu de cephalalgie : symptomes qui
nous ont paru constamment en rapport avec le degre d embarras gastrique
concomitant, comme 1 indiquent alors 1 inappetence, 1 enduit blanchatre de la
langue et quelquefois les vomissements bilieux.
Gatteloup a pu dire : La dysenteric, en Afrique, est loin de determiner
la reaction febrile qu on observe dans la meme affection sous des climats tem-
peres. Le plus generalement, a moins de complication, elle est apyretique.
Opinion diametralement opposee a celle de Gruveilhier, pour qui la dysen-
tcrie grave, celle des pays cbauds, est esseutiellement febrile, par opposition a
celle de nos climals. D ou vient untel dissentiment entredeux excelleuts obser-
28 DYSENTERIE.
vateurs? De la conviction ou ils etaient 1 nn et I autre, d apres la lecture de
certaines descriptions infideles, que la fievre constituait un caractere essentiel de
la dysenteric sur les theatres ou eux-memes ils n avaient pas observe.
Coninie 1 a prouve Wunderlich, c est la une affection essentiellement atypique;
au lieu d offrir la turgescence febrile, le facies est tire, aminci ; les forces sont
brisees; le plus simple mouvement est suivi d affaissement et d anxiete.
Peu a peu le venire se retracte, et tons les efforts des patients semblent
tendre a eviter tout mouvement, toute impression de froid susceptible de ramener
une epreinte ; c est pour en conjurer lo rctour qu ils cherchent chaleur et repos
en s immobilisant dans le decubitus lateral, les cuisses ramenees et flechies sur
1* abdomen, la tete enfoncee sur la couverture ; c est pendant la nuit, et en
raison sans doute de 1 abaissement de la temperature ambiante, que ces crises
reviennent plus frequcntes et plus intenses, se renouvelant jusqu a quinze ou
vingt fois par heure, entrainant une insomnie absolue qui vient encore augmenter
1 affaiblissement et la prostration des malades.
La peau devient seche, tontes les secretions diminuent ; les urines sont sedi-
menteuses, brulantes, puis tres-rares, rendues parfois goutte a goutte sous
1 influence d un besoin constant, veritable tenesme vesical.
Aucune modification des facultes intellectuelles, les cris des malades n etant
que 1 expression de ses douleurs et de son anxiete.
Tels sont les principaux symptomes du premier degre de la dysenteric
contirmee, degre auquel s arrete habituellement la dysenterie estivale, et qui,
d une facon plus generale, constitue le terme de 1 evolution morbide dans la
plupart des cas ou elle doit beureusement aboutir.
En cette derniere circonstance, la diminution progressive des donleurs, la
disparition du sang renferme dans les selles, leur retour a la consistance et a
la coloration normale, sont les indices du retour a la sante.
Les lesions anatomiques n ont pas depasse, en ce degre, Thyperernie des
tuniques intestinales et 1 elimiualion de la couche la plus superh cielle de la
muqueuse.
2 e degre. Le second degre clinique correspond a des alterations plus pro-
fondes dont la modification des dejections intestinales va egalement f ournir la
preuve.
Ces dejections perdent leur viscosite, vu la disparition des glandes qui four-
nissaient le mucus (Kelsch) ; elles deviennent liquides, constitutes par une
serosite sanguinolente, ordinairement comparee a de la lavure de chair.
Dans cette serosite, dont 1 odeur fetide rappelle celle de la putrefaction
animale, nagent souvent des debris, des lambeaux de chair dont la nature ne
justifie que trop cette autre appellation vulgaire : raclure de boyaux, attribute
aux selles dysente riques, mais dont 1 examen a donne lieu a des interpretations
diamelralement opposees.
On sait, en effet, combien ont varie les appreciations emises sur la compo
sition de ces lambeaux.
Les uns ont pretendu n y voir que des productions exhalees a la surface de la
muqueuse intestinale sans aucune alteration de cette muqueuse, des pseudo-
membranes, en un mot, absolument comme il s en forme et comme il en est
rejete dans les affections diphtheritiques ; sous I influence de Chomel, cette opi
nion predominait il y a cinquante ans, et la conviction des auteurs etait telle
qu ils invoquaient parfois a 1 appui de leur these 1 autorite des Anciens, comme
DYSENTERIE. 29
Pringle, Morgagni, qui cependant avaient relate des fails bien probanls de
destruction de la muqueuse.
Geux memes des anciens auteurs qui admettaient 1 ulceration du gros intestin
ne consideraient pas toujours ces lambeaux comme la preuve de cette ulceration
et de 1 elimination de la muqueuse, bien qu ils en off rissent toute Fapparence :
Nonnumquam oblongum quiddam ab intestino sano non discernendum dejici-
tur, multisque veritatem ignorantibus excreti ipsius tennis intestini metum
injicit (Aretee, De morbis chronicis).
Les autres, au contraire, n ont vu en ces debris que le resultat de 1 exfoliation,
plus ou moins large, plus ou moins profonde, de la muqueuse intestinale, et
parlois des tuniques sous-jacentes; telle est 1 opinion qui a justement prevalu,
et qui a ete, en fin de compte, etablie par les medecins francais, specialement
par ceux d Algerie, et par les medecins anglais de 1 arme e des Indes.
Le microscope a nettement demontre la nature organises de ces lambeaux, et
prouve que leur structure etait identique a celle des organes dont ils sont eli-
mines. Suivant 1 etendue et la profbndeur de la necrose des tuniques intes-
tinales, on rencontrera des fragments de muqueuse plus ou moins larges, les
uns minces comme des pellicules, ne comprenant que la superficie de la
muqueuse, les autres offrant une epaisseur de 2 a 3 millimetres, consti-
tues par la muqueuse et la celluleuse a la face profoude de laquelle on
remarque parfois des stries noiratres qui ne sont autre chose que des fibres de
la tunique musculeuse ; il en est de meme de la dimension en largeur de ces
lambeaux : les uns n auront que quelques millimetres ; les autres seront
constitues par de vastes plaques de plusieurs centimetres, de deux ou trois deci
metres meme, ou encore se presenteront sous forme de manchon, le produit
necrosique ayant envahi toute la peripherie du gros intestin et entraine I elimi-
nation d un cylindre complet de la muqueuse de cet organe ; parfois enfiu ces
fragments seront perces a jour d une masse de petites ouvertures, reguliere-
ment circulaires, leur donnant 1 aspect d une dentelle, autant de lesions dont
nous constaterons egalement 1 existence a 1 interieur de 1 intestin des sujets
ayant succombe a 1 affection, et que nous verrons se rattaclier etroitement a
1 ensemble du travail de disorganisation de la muqueuse et des tuniques sous-
jacentes.
A cette periode le ventre s excave de plus en plus ; la palpation permet,
suivant Cambay, de reconnaitre, surtout dans le llanc gauche, les bosselures de
la tunique celluleuse tumefiee, sensation dont il faut, suivant nous, avoir
soin de savoir bien distinguer les inegalites passageres dues a la contraction,
sous la main de 1 explorateur, des muscles abdominaux.
Au tenesme du sphincter succede peu a peu son relachement, et meme sa
dilatation favorisee par la resorplion du tissu graisseux des fosses iliaques
rectales, d ou saillie relative de 1 anus qui demeure entr ouvert; de facon que
chez les malades memes qui ne sont pas atteints de prolapsus du rectum il est
possiblede constater, a travers 1 anus, les ulcerations de la muqueuse de 1 extre-
mite inferieure du gros intestin.
La bouche devient seche, la langue effilee est depouillee de son epithelium,
rouge comme une tranche de viande crue; la soif est vive; 1 urine supprimee,
quelquefois remplacee par 1 emission douloureuse de quelques gouttes de liquids
purulent ; les extremites se refroidissent, et la voix s oteint aussi complctement
dans le cholera.
50 DYSENTERIE.
Terminaisons. Si 1 affection va s aggravant, les douleurs abdominales
diminuent brusquement et parfois s eteignent tout a fait; les selles prennent
une horrible fetidite; il survient du hoquet ; la face est violette, cadavereuse ;
le pouls de plus eu plus rapide devient filiforme ; la respiration s accelere egale-
ment, devient de plus en plus courte, et sans qu il se manifeste de rales, ni
d expulsion de mucosites, 1 individu succombe par asphyxie, ayant conserve
d ordinaire jusqu a la fin I integrite de son intelligence.
Dans les cas oil 1 affection n aboutit pas aussi directement a une terminaison
fatale, la situation du malade reste encore tres-grave; nous ne saurions trop
rappeler, ici en particulier, que 1 evolution de la dysenteric differe absolument
de celles des pyrexies a cycle determine, et qu il ne suffit pas au malade d en
avoir parcouru les diverses periodes pour etre considere comme heureusement
arrive au terme de 1 affection.
Tout est subordonne a 1 etendue et a la profondeur de la plaie intestinale ;
autant de cas particuliers, autant de malades differents au point de vue de la
gravite et de la duree. de 1 affection ; il en est des dysenteriques comme des
individus atteints de plaies exterieures, dont la marche variera suivant le degre
de disorganisation subie et la somme de reparation a obtenir, avec le danger
en plus pour le dysenterique d aggravations rcdoutables par le fait d influences
atmospheriques ou alimentaires auxquelles un blesse demeurerait en general
indifferent.
Dans les cas beureux se manifestera une certaine tendance a la reaction :
retour de la chaleur peripherique, un peu de moiteur a la peau, disparition de
1 apbonie, retablissement de la secretion urinaire, en meme temps que les
dejections alvines diminuent de frequence ; parfois eruptions de miliaire, d urti-
caire, d herpes labial.
C est en general I extri mite inferieure du gros intestin qui guerit le plus
lentement. [1 ne reste plus qu un te nesme ou une dysenteric partielle, comme
1 a dit Stoll ; de nos jours on a donne plus particulierement le nom de rectite
dysenterique a 1 affection ainsi limitee au rectum ou meme seulement a son
extremite inferieure ; et alors les evacuations alvines, redevenues normales
comme consistance, comme forme, sont teintees de sang par leur passage a
travers cette portion ulceree du gros intestin.
II est enfin une terminaison, rare heureusement dans nos climats, mais dont
la frequence dans les pays chauds nous explique pour une large part la gravite
de 1 affection en ces pays : c est le passage a la forme chronique qui fera ci-apres
1 objet d une description speciale.
FORMES. II est peu d affections dont les formes aient ete multipliers autant
que celles de la dysenteric.
Nous ne parlerons pas des distinctions etablies entre la dysenteric epidemique
et la dysenterie sporadique, entre la dysenterie des climats chauds et celle des
regions temperees, distinctions capitales aulrefois et que des investigations plus
scientifiques et plus dedicates ramenent chaque jour davantage a de simples
differences de degre.
Quant aux varietes de forme basees sur la predominance de tel ou tel symp-
tome, il en est qui doivent egalement etre ecartees, bien qu ayant ete longtemps
absolument classiques ; la distinction fondamentale etablie par Gruveilhier et
formulee par nombre d auteurs, Valleix, par exemple, entre la dysenterie febrile
et la dysenterie non febrile, la premiere constituant la forme grave, la seconde
DYSENTERIE. 31
la forme benigne de lamaladie, estune pure conception de cabinet, la fievre ne
jouant qu un role nul ou secondaire daus les manifestations morbides et, lors-
qu elle sepresenle, ayant, nous le verrons, une signification presque opposee a
celle que lui attribuaient ces deux auteurs.
Pour ne pas nous egarer en des enumerations interminables, nous nous
bornons a signaler les formes indiquees par les auteurs qui out ete le plus
a meme d observer la dysenteric :
1 Forme simple ou catarrhale, qu on pourrait e galement appeler forme
benigne, dite encore dysenteric blanche en raison de 1 aspect des secretions
intestinales qui, a cotedeleurs autres caracteres, n offrent que peu ou point de
coloration sanguinolente ; a cette forme, signalee surtout par Sydenham, Willis,
Stoll, se rattachent les cas dans lesquels 1 affection s est arretee" a son stade de
diarrhee prodromique.
2 Forme inflammatoire. Quand la maladie apparait chez un sujet d une
sante ante rieurement bonne, comme, par excmple, cbez un individu jeune,
brusquement transporte dans les pays chauds, elle est accompagnee d un appareil
febrile plus ou moins intense et babituelleinent en rapport avec 1 embarras
gastrique concomitant ; il n en est pas de meme dans ces pays chez les accli
mates, ou les indigenes, et, dans nos climals, cbez les individus anterieure-
ment affaiblis par une dyscrasie quelconque; dans ce second groupe, 1 affection
debute d ordinaire sans fievre, sans cephalalgie, sans aucun symplome de reac
tion generale.
La denomination de dysenteric inflammatoire s applique ainsi, en somme, a
une variete symptomalique dependant de la puissance reactionnelle de 1 orga-
nisme atteint.
Mais 1 expression a ete employee dans un sens completement different par les
observateurs qui 1 ont appliquee aux cas dans lesquels le travail de pblogose
locale repond aux conditions qui represented 1 inflammation arrivant a son
dernier terme : la suppuration.
G est ainsi que pour Annesley, Cambay, Delioux de Savignac, la dysenterie
inflammatoire, ou mieux encore la dysenterie phlegmoneuse, est celle dans
laquelle le tissu cellulaire sous-muqueux devient le siege de bosselures abou-
tissant, comme les phlegmons de tissu cellulaire, a la formation de collections
purulentes plus ou moins vastes.
Suivant Annesley et Gambay, ces bosselures de la dysenterie phlegmoneuse
offriraient les caracteres de chaleur locale, de douleur lancinante, pulsative, des
autres phlegmons, et Delioux de Savignac incline a penser que ces conditions
locales doivent etre accompagnees de symptomes febriles plus marques que dans
les autres cas.
Nos recherches cependant ne nous permettent pas d accepter cette regie ;
d apres nos observations personnelles ct nos lectures, nous estimons que le
mouvement febrile n est pas specialement intense dans la dysenterie phlegmo
neuse, et nous pensons avec Catteloup qu elle ne differe guere a cet egard des
autres formes graves, la faiblesse et la prostration du malade constituant, meme
ici, des symptomes plus constants et plus importants que la fievre.
5 Forme hemorrhagique. Malgre 1 opinion de Sydenham, il est rare qu en
nos climats 1 hemorrhagie intestinale constitue le caractere capital de la dysen
terie; nous pouvons citer comme exceptionnels ces deux malades observes a
Joigny en 187G par Aron, et dont les garde-robes etaient exclusivement com-
32 DYSENTERIE.
pose es de sang pur, puis en caillots; il en est autrement dans les pays chauds;
en Alge rie deja, coiume 1 ont constate L. Laveran, Catteloup (observations 5 et 6),
1 he morrhagie peut etre assez abondante et assez soudaine pour compromettre
imme diatement 1 existence ; cet accident est plus frequent encore clans la zone
interlropicale ; nos collegues de la flotte, a Tile de la Reunion, les me decins
anglais sur la cote de Guinee, notamment en 1824, epoque de la premiere
expe dition contre les Asliantis, out rapporte nombre de cas de dysenteric ainsi
devenus rapidemenl mortels.
11 arrive souvent, et alors aussi bien dans la zone temperee que dans les pays
chauds, que la tendance hemorrhagique, au cours de la dysenteric, soil le fait
d une influence morbide surajoute e. Ainsi dans la dysenteric palustre, scorbu-
tique, le malade subit les conditions de dangers spe ciales aux individus simul-
tanement atteints de plaies plus ou moins vastes et d une alteration du sang
favorable aux transsudations de ce liquide a la surface de ces plaies.
II en sera de meme de 1 interveution, au cours de la d ysenlerie, de toutc
affection, meme aigue, ayant pour efi et de favoriser 1 hemorrhagie par une alte -
ration du liquide sanguin.
J ai rapporte, dans mes Etudes cliniques de me decin militaire (p. 175),
un fait de ce genre qui me semble de Ires-grand interet.
11 s agissait d un jeune soldat entre le 11 aout 1859 dans mon service du Val-
de-Grace, atteint d une dysenteric contracted deux mois auparavant pendant la
campagne de Lombardie. Les evacuations sanguines avaient diminue, ainsi que
le tenesme, 1 apyrexie etait complete, lorsque le 19 aout suivant le malade est
pris des symptomes avant-coureurs d une fievre typho ide : cephalalgie, courba-
ture, epistaxis, fievre, etc. ; le mete orisme se developpe les jours suivants, et
le 25 aout survient une hemorrhagie intestinale mortelle.
A 1 autopsie, nous constatames les lesions de la periode initiale de la fievre
typho ide : gonflement des ganglions mesenteriques et tumefaction sans nice-
ration, ni teinte ecchymotique, des glandes de Peyer; ce n est pas la qu etait la
source de 1 he niorrhagie.
L examen du gros intestin nous permit de constater un grand nombre d ulce-
rations dans le colon ascendant et descendant; de ces ulcerations, il en etait trois
Jarges en moyenne comme des pieces de 1 franc, d un noir de jais, et tranchant
sur la paleur de la muqueuse comme des laches d encre sur une feuille de
papier blanc ; la raclure de leurs surfaces se composait de globules de sang
de forme s.
Voila done un dysente rique chez lequel 1 he morrhagie intestinale parait avoir
etc le fait d une fievre typhoi de intercurrente.
La fievre typho ide a-t-el!e provoque des complications par les modifications
du liquide sanguin devenu plus fluide, moins coagulable sous son influence? Ou
encore 1 intensile plus grande du choc sanguin par le fait de cette complication
de fievre typho ide a-t-il contribue a une rupture vasculaire dont 1 apyre tie
dysenterique avail jusque-la preserve ce mulade?
4 Forme gangreneuse. On donne habituellement ce nom aux cas dans
lesquels les secretions intestinales reiifermenl des lambeaux de muqueuse
alteree, presentant alors une odeur d une extreme fetidite.
11 y a surement gangrene, dit Huxham, quand les dejections sont noires,
fetides, renferment des lambeaux livides, qu il se manifeste des sueurs froides,
du hoquct et du delire.
DYSENTEIUE. 33
Si Ton y reflechit, on verra qu il est peu rationnel an fond de separer cette
torme de la dysenteric phlegmoneuse, 1 elimination de ces lambeaux etant
generalement consecutive a la congestion inflammatoire de la tunique cellu-
leuse, a la compression de ses vaisseaux et a sa fonte pyogenique.
On comprend des lors que la gangrene intestinale ait ete, elle aussi, plus
souvent observee dans les pays chauds ; neanrnoins il cst peu d epidemies graves
de nos elimats dans lesquellcs elle ne se manileste, corame le prouvaient deja
Prin ff le et Zimmermann an siecle dernier, comme on 1 a vn, au siecle actuel,
soit dans les epidemics de guerre du premier Empire, soil meme en certaines
epidemies de garnison, notamment a Versailles et a Strasbourg.
II est des cas, qui ont ete qualified egalement de dysenteric gangreneuse, et
dans lesquels se manifestent anx extremites des inflammations de mauvaise
nature, aboutissant a la formation de gangrenes localisees, externes, surlout aux
orteils, accidents analogues a ceux qui se produisent dans le cholera, et, comme
dans cette derniere affection, en rapport sans doute avec 1 insulfisance de la
circulation peripherique.
5 Forme algide. 11 s agit ici, suivant nous, de la predominance d un
symptome normal pour ainsi dire et nullement exceplionnel, constituant 1 un
des traits de la physionomie de la dysenteric grave. Nous ne partageons done
pas a cet egard 1 opinion de Delioux de Savignac qui, frappe de la frequence de
ce symptome chez les dysenteriques soignes a I hopital maritime de Toulon, en
rattachait la manifestation a une influence morbide surajoutee, a celle du
cholera qui avait rigoureusement sevi en cette ville quelque temps auparavant,
et dont 1 impression aurait ainsi survecu en dormant un caractere special aux
maladies qui le remplacaient.
Loin de nous la pensee de contester la coincidence possible de ces deux
affections chez le meme sujet, coincidence dont la realisation n a ete que trop
souvent demontree par 1 insigne gravite des epidemies choleriqucs passant sur
les populations prealablement atteintes de diarrhee on de dysenteric epide-
mique.
Mais ce que nous tenons a etablir, c est qu en dehors de toute influence chole-
rique, 1 algidite, au meme titre que les autres symptomes conne.ves : faiblesse
et disparilion du pouls, cyanose, aphonie, anurie, etc., est la regie chez les
sujets gravement attcints, et ne manque a peu pres jamais dans les cas mortels.
II suffit d elargir le champ d observation ou pratiquait Delioux de Savignac pour
enconstater la banalite.
Jenel ai jamais vue manquer pour mon compte dans les principales e pide mies
que j ai pu suivre notamment a Mascara en 1856, a Strasbourg en 1850, et a
Paris en 1859 (fipide mie de 1 arme e franpaise a son retour de la campagne
de Lombardie).
6 Forme rhumatismale . Rappelons d abord la similitude e tiologique de
la dysenteric et des affections a frigore, similitude admise par tous les auteurs,
et que nous ne pouvons mieux affirmer nous-meme qu en proclamant que la
dysenteric ainsi produite est non-seulement tres-frequente, mais de toutes peut-
etre la plus commune ; mais dans cette analogic entre la dysenteric et le rhuma-
tisme, il ne s agit que d etiologie ; et nous estimons que la plupart des e crivains
qui ont applique a la dysenteric la qualification de rhumatismale, a commence r
par Goelius Aurelianus, qui definissait I affection : Rhumatismus intestinorum
cum ulcere, ont eu en vue purement et simplement le mode de production
DICT. ENC. XXXI. 5
34 DYSENTERIE.
tie 1 affection, son origine analogue a celle des autres affections rhumatiques-
ou catarrhales, sous I influence des variations du milieu ambianl.
Dans son excellente relation d une epidemic saisonniere de dysenteric observe e
sur la garnison de Joigny, Aron fait remarquer 1 aptitude speciale des casernes
de cette ville aux ecarts de temperature aussi favorables a 1 explosion du rhu-
matisme qu a celles de la dysenterie.
II en est autrement des auteurs qui out base la denomination precedente non
plus sur 1 etiologie, mais sur les caracteres cliniques de 1 affection, et affirme
que dans son decours morbide se manifestaient des symptomes idcntiques a
ceux du rhumatisme, voire meme les de terminations articulaires propres a
cette affection ; opinion emise par Stoll, qui citait comme etant d observation
banale, soit la simultaneite de 1 atteinte du gros intestin et des articulations,
soit la cessation subite de la dysenterie au moment ou se developpaient la
douleur et la tumefaction des articulations, insistant en outre sur 1 identite du
traitement a instituer, que 1 affection fiit intestinaleou articulaire ; meme convic
tion chez Baglivi : Colica et dysenteria mutantur in arthritidem et contra
(Baglivi, Prax. med., lib. I).
Une pareille doctrine s imposera d une maniere specialement facile aux
me decins qui, etudiant la marche annuelle des epide mies, ont presque chaque
annee, pendant 1 automne, epoqne ou les dysenteries regnent encore, 1 occasion
de les voir co incider avec les rlmmatismes qui entrent alors en scene. Nous
en trouvons la preuve dans les observations de Sydenbam, dePringle, qui a note
tous les ans, de 1744 a 1749, la coincidence de ces deux affections sur 1 armee
anglaise en Hollande, et enfin dans celles de Stoll ; nous nous bornons a
emprunter a ce dernier auteur le passage suivant de ses epheme rides pour
l annee!779 :
Apres cette epoque (onetaita la mi-septembre), les maladies rhumatismales.
qui etaient assez fre quemment d un caractere inflammatoire, se multiplierent
considerablement, et resterent presque seules de toutes les autres maladies, les
dysenteries etant deja beaucoup plus rares.
Le siege de ces rhumatismes etait fixe dans la poitrine, le cou, la tete; dans
les extremites tant superieures qu inferieures, mais rarement dans 1 abdomen.
Comme ils avaient accompagne la constitution dysenterique dans sa vigueur, et
qu ils regnaient encore epidemiquement lorsque celle-ci tirait a sa fin, je me
fortifiai dans mon opinion qu il existait une certaine affmite entre elle et eux,
une certaine identite d origine.
En effet, ces maladies, qui attaquent 1 espece humaine en nombre e gal et dans
le meme temps, et qui semblent reunir contre elle leurs forces, ne prouvent-elles
pas par la meme qu elles sont les rejetons d une meme famille et qu elles ont
le meme caractere (Stoll, Me decine pratique, trad. Mahon, t. Ill, p. 112).
Depuis lors, divers medecins ont insiste non-seulement sur lapossibilite, mais
sur la frequence des complications rhumutismales chez les dysente riques ; spe
cialement Thomas, qui en 1834 aurait ete frappe de plusieurs cas de ce genre
dont l un termine par suppuration avec destruction des cartilages; Trousseau,
qui insiste sur le caractere variable de ces complications, les accidents rhuma-
tismaux etant parfois erratiques, tres-mobiles, et pouvant se manifester succes-
sivement sur les masses musculaires et les articulations des regions les plus
cloignees, tandis que chez d autres la fluxion rhumatismale, limitee a une
grande articulation, peutetre portee a un tel degre qu on aurait vu 1 epanohemeat
DYSENTERIE. 35
synovial devcnir assen considerable pour occasionner une rupture de la capsule !
Quinquaud, dont le travail, base sur quatre observations, tendji etablir la relation
de cause a effet dans 1 apparition des phenomenes rhumatoides survenus dans le
cours ou au declin de la dysenteric ; 1 auteur demontre que ces phenomenes se
manifestent surtout dansles articulations des genoux, du cou-de-pied, du ster
num et de la clavicule, et rapproche cette filiation de celle qui determine
egalement des arthropathies dans la blennorrhagie, 1 infection purulente.
L absence de complications cardiaqucs, 1 absence egalement de 1 appareil febrile
et des sueurs particulieres au rhumatisme, la fixite plus grande de 1 artro-
palhie dysenterique, sa non-reeidivite, son independance ctiologique du froid
humide, paraissent indiquer, suivant ce dernier observateur, que cette arthro-
pathie a quelque chose de special a la dysenterie et diflere des rhumalismes
vulgaires.
Nous avouons notre incompetence absolue a trancher la question d apres nos
observations personnelles, qui ne nous ont pas fourni un seul exemple de
pareilles associations morbides; les principaux historiens de la dysenterie,
Cambay, Catteloup, Berenger-Feraud, ont constate quelques cas , mais dans
une proportion tellement minime qu on se demande s il n y a pas eu la coin
cidence toute fortuite ; cette maniere de voir ne s impose-t-elle pas en par-
liculier a Tegard de cet officicr dc vaisseau atteint a la Martinique de dysen
terie rhumatismale, et qui avail commis rimprudence, revenant d une longue
promenade a terre, de se laver a grande eau dans sa chambre, en s exposant a
un courant d air assez frais ? II ne nous semble pas bien etrange que cet offieier
observe par Berenger-Feraud ait presente simultanement des symptomes de
dysenterie et de rhumatisme arliculaire.
Nous estimons qu en somme cette coincidence n a ete observee que dans un
nombre restreint d epidemies, qu elle est relativement tres-rare dans les climats
chauds, bien que les deux affections y soient communes, et qu en nos climats
meme, oil elle parait avoir ete surlout observee, elle est encore tres-exception-
nelle ; il est en effet bien remarquable qu en ces derniers climats, ou les influences
saisonnieres determinent incontestablement le retour annuel et de la dysenterie
et du rhumatisme, ce retour se fasse a des epoques differentes, la dysenterie
eugendree par ces influences etant d ordinaire strictement limitee a la saison
de Tannee ou les manifestations rhumatismales sont reduites a leur minimum
(voy. SAISONS ET MALADIES SAISOKNIERES).
7 Forme bilieuse. Celle-ci est une des formes les plus fre quemment cite es
et avec leplus d autorite. II est des auteurs, parmi ceuxqui ont le plus observe
la dysenterie, pour lesquels la dysenlerie bilieuse parait constituer le mode
habituel, essentiel, pour mieux dire, de 1 affcction, qui ne serait que la resul-
tante d une perversion des fonctions hepatiques.
L apparition de la dysenterie dans 1 armee anglaise de Hollande, pendant la
guerre de Sept ans, au moment ou predominaient les fievres remittentes bilieuses,
a determine les convictions de Pringle a cet egard ; c est encore a la coincidence
de ces fievres avec la dysenterie que la plupart des inedecins anglais qui ont
ecrit sur les maladies des Indes doivent d avoir partage les doctrines de Pringle
sur la nature bilieuse de la dysenterie.
II y a la certainement une grande part a faire a 1 identite des affmites saison
nieres des deux groupes d affections : intestinales et hepatiques, 1 une et 1 autre
dominant pendant la saison chaude; mais il ne nous repugne nullement de
36 DYSENTER1E.
reconnaitre, avec Annesley, 1 influence irritante que peut avoir sur le gros
inlestin la secretion exagere eou modifiee du foie.
Dans cette forme 1 affection est habituellcment precedes de diarrbee bilieuse,
de vomissements de meme nature qui persistent une fois la maladie confirmee ;
les conjonctives, la muqueuse sublinguale, la peau elle-meme, prennent une
teinle subicterique ; le malade eprouvc de la gene, rarcment de la doulcuv
dans 1 hypochondre droit.
G est en general dans la forme bilieuse de la dysenteric que le mouvement
febrile se caracterise le plus, sinon par la frequence du pouls enrayee par
1 ictere, au moins par 1 elevation de la temperature, la moiteur de la peau, la
cephalalgie, 1 agitalion nocturne, etc.
Nous ne faisons pas rentrer en cette description la forme decrite par Cambay
sous le nom de forme he patique ; nous y reviendrons en parlant des complica
tions de la maladie, et en parliculier des suppurations du foie qui lui sont con-
secutives.
8 Forme maligne. II est inte ressant d observer que cette denomination, qui
evoque tout de suite la pcnsee d un danger special, n est cependant guere
usitee, malgre leur gravite particuliere, pour la designation des dysenteries les
plus redoulables des pays cbauds; elle est reserves, en general, aux cas dans
lesquels 1 affection se manifesto sous 1 influence de cerlaines conditions d insa-
lubrite toute locale, eri particulier des emanations putrides ; c est ce qu on a
appele aussi, suivant les circoustances : dysenteric infectieuse, dysenteric des
camps, des prisons, des navires.
G est cette forme qui a regne si frequemment a bord des liatiments consacres a
la traile des negres, naissant au milieu des miasmes les plus infects de 1 encom-
brement et de la misere, elle encore qui regnait de 1813 a 1815 sur les arme es
de 1 Europe, a la fin du premier Empire, devant reparaitre dans des circonstances
a peu pres analogues sur 1 armee francaise en Crimee et a Constantinople (1855-
1856).
Les conditions communes a ces divers the atres de son apparition doivent faire
pressentir deja que, si la maladie presente alors des caracteres speciaux genera-
lenient determines par la profonde adynamie des malades, elle le doit bien moins
u sa gravite propre qu a la deterioration des organismes sur lesquels elle se
developpe, et surtout a sa frequente associntion avec d autres groupes morbides,
notamment avec les deux suivants : l u affections alimentaires, et surtout avec
le scorbut; 2 maladies d encombrement et surtout avec le typhus.
II est certain pour nous, et nous 1 avons indique plus haul, que [ epidemic
observee a Nimegue en 1756 par Degner, qui voyait I 1 affection se propager de
maison en maison, de lit en lit, et dont les malades offraient de la fievre et du
delire, etait une epidemie mixte de dysenteric et de scorbut ; absolument comme
celles dont Fournier et Vaidy nous racontent Textreme contagiosite. En est-il
autrement de ces dysenteries malignes au cours desquelles et comme symptomes
principaux Zimmermann observait aussi la fievre et le delire, ct qui se develop-
paieiit, dit 1 auteur, quand il y avail entassement de malades en des locaux
insufiisants ?
D ou pour Zimmermann celte definition qui ne prete a aucune equivoque :
La dysenterie maligne est celle a laquelle il se joint une fievre maligne,
soit par des causes externes, soil par un amas de matieres putrides in
ternes (Zimmernann, Traite de la dysenterie, trad, de Yillebrune, p. 583).
DYSENTERIE. 57
I\icn il eli ange, des lors, a ce que cette forme maligne de la dysenteric ait
sa pliysionomie a elle; mais en decrire 1 evolution clinique serait empieter sur
1 exposition symptomatique du typhus ou des autres affections qui lui confevcnt
rette allure speciale.
9 Forme pahistre. Nous arrivons a une forme dont non-seulement 1 exis-
tence, mnis la frequence extreme, apparaissent consacreespar la tradition, et en
particulier par h conviction des plus grands observateurs d autrefois : Tovti,
Borsieri, Morton, etc. ; tradition confirmee a son tour par la plupart des mede-
cins qui, dans la premiere moitie de ce siecle, ont observe sur les principaux
theatres de dysenterie et de fievre intermittente, notamment les medecins
anglais aux Indes, et les medecins francais de 1 armee d Afrique.
Cette opinion a trouve des adeptes jusque dans nos climats, ou Ton a decrit
des acces palustres a forme dysenterique.
Un des cliniciens modernes les plus convaincus de 1 existence de la fievre
intermittente dysenterique, c est incontestablement Trousseau qui, en France
meme, considers cette affection comme frequente. A cet. c gard Trousseau
partage les convictions des premiers observateurs des maladies d Algerie, pour
lesquels toutes les affections aigues, et en particulier les trois plus graves :
iievres mtennittentes, dysenterie, abces du foie, depentlaicnt de 1 inloxation
pa lustre.
Nous avons dit plus baut combien depuis on a reagi contre cette confusion
( tiologique ; la geographic medieale nous a permisd abord d etablir la difference
des foyers de la dysenterie et de la fievre intermittente, et ensuite de demontrer
dans telle region commune aux deux affections, 1 independance de leurs con
ditions de production ; nous avons a indiquer maintenant comment une obser
vation clinique plus scientifique et plus complete est venue a son tour dissocier
ce faisceau patbologique.
Nous avons reconnu nous-meme en divers travaux Sur les fievres inlermittentes
que la dysenterie tuait par centaines les fievreux des arme es europeennes dans
les climats chauds ; mais c est parce que la dysenterie trouve, dans les organismes
debilites par la cacliexie palustre, un terrain favorable au developpement de ses
lesions anatomiques les plus redoutables.
Quant a 1 acces dysenterique, nous ne 1 avons pour notre compte jamais
rencontre en certaines localites, ou cependant 1 impaludisme atteint sa plus
violente energie et se manifeste sous les modes les plus varies de pernicio-
site .
A Rome, nous n avons pas vu un seul casde pernicieuse dysente"rique, etnous
croyons pouvoir rapporter 1 absence d observations de ce genre a cette insigne
rarete des dysenteries qui ne vienneut pas, dans cette localite, compliquer les
affections palustres : nous concluons done sinon a 1 impossibilite, au moins a
1 extreme rarete du soi-disant acces pernicieux dysenterique, la ou normalement
la dysenterie ne regne pas a cote de la fievre (Leon Colin, Traite den fievres
inter mitten tes, p. 204).
Dans 1 evolution clinique de la dysenterie elle-meme, non compliquee de fievre
intermittente, il est d ailleurs un symptome trop souvent cite comme preuve
d une origine palustre : c est 1 algidite dans laquclle succombent la plupart des
malades; on s est appuye sur ce symptome pour decrire, comme fievres perni-
cieuses dysenteriques, des affections qui etaient simplement des dysenteries "se
terminant, comme d habitude, dans 1 algidite.
38 DYSENTERIE.
En Algerie, comme dans grand nombre de nos colonies des pays chauds, oil
la fievre et la dysenteric regnent simultanement, il n y a rien d etrange a ce que
ces deux affections y atteignent frequemment le meme sujet et a ce qu on voie
succomber a des accidents djsenteriques rapides un individu qui a presente un
certain nombre d acces de fievre; nous admettons meme que les congestions
viscerales, qui ont lieu pendant le stade de froid des acces, puissent entrainer,
quand il y a complication de dysenterie, une congestion suivie d hemorrhagies
a la surface de la muqueuse du gros intestin, bemorrhagies qui, par ce me ca-
nisme, se reproduiront periodiqucment, si elles ne tuent pas tout d abord le
malade, et auxquelles on a donne le nom de pernicieuses enterorrliagiques.
Dans 1 epidemie de Breslau qui nous a valu les remarquables recherches de
Frerichs sur la melanemie, cet observateur vit des malades atteints d hemorrha
gies intestinales paroxystiques, et meme de dysenteries qu il attribuait a la gene
de la circulation de la veine porte, dont les ramifications hepatiques etaient
gorgees de pigment.
Mais Frerichs ajoute que ces accidents intestinaux, diarrhee et dysenterie,
apparaissaient surtout chez les individus qui, pendant 1 inondation de 1854,
avaient du travailler dans 1 eau.
II y a done eu, dans ces faifs, une etiologie double : miasme palustre d une
part, impression de froid humide de 1 autre, dont la conse quence a ete une
double condition palhologique : la fievre et la dysenterie.
Ges observations nous rappellent 1 histoire de nos armees en Algerie, armees
qui, frappees de la fievre par 1 influence du sol, contractaient en outre la
dysenterie, quand certaines necessites militaires leur faisaient subir un re-
froidissemcnt identique a celui qu avaient eprouve les rnalades de Frerichs,
quand, par exemple, il fallait passer a gue un torrent ou une riviere a 1 e poque
des chaleurs ; les fantassins, ayant de 1 eau parfois jusqu au ventre ou jus-
qu aux epaules, presentaient des accidents dysenteriques qui epargnaient les
cavaliers.
Voyons cependant les exemples fournis par d autres auteurs :
Berengor-Feraud dit avoir vu des malades atteints uniquement d intoxication
palustre et, au moment du retour des acces, offrant dons leurs dejections une
masse de sang caille assez considerable pour atteindre la quantite de 5 litres dans
1 espace de deux heures, ces dejections, frequentes pendant 1 acces, se suppri-
mant pendant la periode apyretique; on peut se demander si des he morrhagies
de ce genre constituent reellement des selles dysenteriques dont, en somme,
elles n offrent pas le caractere habituel.
La description suivante est donne e par Daulle comme representant la fievre
pernicieuse dysenterique :
La fievre dysenterique est remarquable par la brusquerie avec laquelle elle
se montre dans certains cas.
Au milieu d un frisson qui ressemJDle a celui d une fievre intermittente
simple, puis qui augmente, le malade estpris tout a coup de coliques tres-vives,
de borborygmes bientot suivis de garde-robes excessivement abondantes composees,
les premieres, des matieres contenues dans 1 intestin, les suivantes, d un liquide
sanguinolent tres-peu muqueux, ressemblant a de la lavure de chair, fetide
d abord, inodore ensuite. Les evacuations se succedent rapidement; dans les deux
ou trois premieres heures, elles sont colorees en rouge plus ou moins intense;
cette coloration va en diminuant a mesure qu elles deviennent plus frequentes.
DYSENTERIE. 39
Ouelquefois le tenesme apparait apres les cinq on six premieres. Le malade
tombe bientot dans un abattement tres-grand; il n a plus la force de se lever,
et laisse aller sous lui. Le ventre est peu douloureux, conserve sa souplesse on
se retracte. La pbysionomie s altere, les traits du visage se tirent ; le pouls,
Ires-petit, acquierl une grande frequence, et les extremite s se refroidissent; le
danger est imminent. Cependant, le plus ordinairement, les selles s arretent
tout a coup sous 1 influence de la medication, vraisemblablement. Le flux intes
tinal est remplacc par des sueurs abondantes, et 1 acces se termine.
Le plus ordinairement, ce premier acces qui, dans notre pratique, a toujours
ele le plus grave, est suivi d un ou deux autres acces dans lesquels il n y a
plus d evacuations.
Ce qu il imporle de noter en cette description, c est precisement la limitation
des symptomes dysenteriques au premier acces et 1 absence d evacuations dans
les acces conse cutifs ; il semble bien que ces symptomes ne soient pasfondamen-
talement associes a ccux de I impaludisme.
Plus on observera, plus, a notre sens, on distinguera davantage les cas de
dysenteric, a marche rapide, foudroyante parfois, dcs acces d impaludisme dont
ils presentent parfois, dans les pays chauds, la soudainete d explosion et la
rapidite devolution; et cela meme dans les localites soustraites a toute influence
febrigene.
9 Forme seche. Les auteurs des seizieme et dix-septieme siecles out
fre quemment parle d attaques de coliques analogues a celles de la dysenteric,
mais sans evacuations et survenant au milieu de cas caracterises de dysen-
terie.
C est cette affection que Stoll qualifiait de dysenteric imparfaite, de colique
bilieuse, et qu il affirmait guerir par 1 emploi de la medication emeto-cathar-
tique.
Sydenham y revient souvent dans ses Constitutions. Ainsi, dit-il, en 1669,
au mois d aout, des tranchees de ventre horribles, sans dejections, et une
dysenterie, durerent ensemble jusqu a la fin de 1 automne; les coliques etaient
les memes, le traitement fut identique. Le meme auteur les signale encore dans
les coliques bilieuses des anne es 1670, 1671, 1672, caracterisant la douleur
des malades en disant que les intestins sont serres comme par une bande, ou
comrae perces par une tariere. C est la meme affection a laquelle Lind a con-
sacie le nom de mal de ventre sec : II est rare, dit-il, qu on en perisse, a
moins qu on 1 ait contracted en couchant, a 1 air de la nuit, sur un terrain
decouvert ou en buvant immoderement des liqueurs nouvellement distil-
lees.
II est inte ressant de trouver en ce passage de Lind comme la prevision de la
veritable etiologie de ces dysenteries seches appartenant, suivant nous, au cadre
dela colique saturnine; cette identite, au moins en ce qui concerne les obser
vations de Lind, ne s affirme-t-elle pas encore davantage, quand 1 auteur signale
plus loin les paralysies et les rhumatismes consecutifs ?
Les observations de Lind sont textuellement confirmees par son traducteur,
Thion de la Chaume, qui fait observer qu a Gibraltar cette colique a frappe
beaucoup de soldats, surtout les buveurs d eau-de-vie. Or, on sail que les
preparations alcooliques, en raison de 1 irnpurete des recipients ou elles ont etc
distillecs, constituent 1 une des causes les plus freqtientes de la colique satur
nine.
40 MSENTERIE.
Tout en reconnaissant cette influence toxique dans la production d un grand
nombre de fails de dysenteric seche, Delioux de Savignac estime ncanmoins que
clans la majorite des cas, surtout a bord des navires, cette derniere affection est
absolument iudepcndanle dc toute etiologie saturnine, et mitre entierement
dans le cadre de la dysenteric.
Nous pensons qu aujourd hui cette opinion n est pas acceptable, et tous les
travaux sur cette question, depuis la decouverte de Lefevre jusqu aux dernieres
communications a 1 Academic de Le Roy de Mericourt, ont elabli delmitivement
combien est rare, sinoa liypothetique, toute colique des pays chauds, indepen-
dante de 1 intoxication saturnine.
MARCHE ET DUUEE. 11 n est pas rare que dans une epidemic se vissanl sur un
groupe d individus comparables comme age, profession, regime, etc., atteints
de I affection sous 1 inlluence de causes identiques, et soignes dans des conditions
absolument uniformes, I affection evolue avec un certain parallelisme, offrant
chez tous des conditions analogues de marche et de duree, qui permettent,
pour 1 epidemie en question, d etablir apres coup cerlaines regies generates
devolution clinique.
Telles sont les epidemics observees dans une garnison, dans un lycee, etc.
Mais c est tout ; si Ton etend le cercle des observations, on voit disparaitre
cetle uniformite de I affection, et 1 on ne trouve plus, dans la marche et la
duree de la dysenteric, aucun de ces caracteres constants qui sont 1 attribut des
affections specifiques ; rien de comparable surtout a la regularite devolution
des maladies virulentes.
Alors que, dans la zone temperee, on voit la diarrhee prodromique durer
parfois plus d une semaine, et la maladie confirmee persister pendant huit a
dix jours en moyenne, si elle est benigne, vingt a viugl-cinq jours, si elle est
grave, sous les tropiques I affection evolue parfois avec une rapidite telle que
des malades brusquement atteints, sans diarrhe e premonitoire, sont enleves en
deux ou trois jours, quelquefois en vingt-quatre beures; en revanche, chez ceux
qui survivent a ces atteintes dans les pays chauds, la convalescence est loin de
s etablir avec la meme faeilite et survient beaucoup plus tard qu en nos climats,
en sorte que la duree de la maladie qui, en Europe, sera en moyenne de huit a
vingt jours, pourra s etendre aux Indes et meme en Algerie de deux jours a
plusieurs mois.
La dysenteric des impaludes et des scorbutiques sera egalement bien plus
longue en son decours que la dysenterie franclie.
C est qu en somme la duree de la maladie est subordonnee avant tout a la
reparation de la plaie intestinale; plus cette plaie sera etendue et pro-
Ibnde, plus en general la cicatrisation en sera lente et difficile, surtout si
1 organisme est dans des conditions d affaiblissement defavorable a ce travail
reparateur.
La proposition, naive en apparence, emise par nombre d auteurs, que cette
malndie durait d autant plus longtemps que le traitement en etait plus tardif,
est profondement vraie. Ilimportera habituellement peu a la duree de la variole,
de la scarlatine, ou de toute autre maladie specifique, d avoir etc combattue des
1 origine; 1 aifection ne persistera, en general, pas da vantage chez les malades
dont 1 indifference ou la pauvrete a retarde 1 assistance medicale, que chez ceux
oil elle a etc reconnue et soignee des ses premiers symplomes; difference pro-
lo.nde avec la dysenterie qui, sur un meme theatre d observation, et sur des unites
DYSENTERIE. /d
alteintes au meme degre, durera pour chacune d elles d autant moins longtemps
que 1 influence morbifique aura etc plus tot supprimee, etlemalade plus rapide-
ment soumis aux indications de 1 hygiene et fie la therapeutique.
ASSOCIATIONS MORBIDES. Nous ne reviendrons pas ici sur 1 associalion fre-
querite de la dysenteric avec deux affections, le scorbut et la fievre intermit-
tentc, association dont nous venous de donner de ja tant de preuves; il en
cst de meme du typhus dont 1 histoirc, dans Jes principaux evenements de
guerre du siecle dernier, se confond si frequemment avec celle de la dysenteric.
L observalion faite par Sydenham de la concomitance, a son epoque, de la
dysenteric et de la variole, parait confirmee par 1 histoire des epidemics mixtes,
observees en ce siecle, a bord des bailments negriers dont la cargaison humaine
a e te parfois entierement detruite par ces deux affections.
Dans son bistorique de la dysenteric, Hoeser insiste en maint passage sur le
J ait de 1 association de cette maladie, dans ses retoursepidemiques, aux maladies
rruptives, notamment a la variole; le rapprochement etabli par Sydenham, et
surtoutpar Pringle, entre la pustule variolique et les tuberculcs du gros intestin
dans la dysenteric, a contribue certainement a fa ire considerer cette simullaneile
devolution comme leresultat d une idcntite de nature entre les deux affections,
et c est sans doutc sous 1 influence d une preoccupation do ce genre que Van Geuus,
auteur d un Rapport d ailleurs tres-remarquable sur 1 epidemie dysenterique
de Nimegue de 1783, conseille, a tilre de moyen prophylaclique, 1 inoculation
du pus variolique.
Nous comprenons qu a des epoques ou la dysenteric e tait commune en raison
des nombreux desiderata de 1 hygieue, et oil la variole 1 etail plus encore, puisque
la decouverte de Jenner n en avail pas reduit les ravages, ces deux maladies
aient eu des cbances trop frequentes de se rencontrer sur la meme population,
sur les memes sujets, et de fournir des arguments a de semblables concep
tions.
Mais 1 observation moderne vient singulierement rcduire la valeur de ces
doctrines; les grands retours de la variole observes ces dernieres annees, notam
ment en 1869-1875, ont ete absolument independants de toute reapparition de
la dysenteric.
Un coup d osil jete sur les Rapports annuels des epidemics a 1 Academie de
medecinc suffit a de montrer la diversite en France des foyers de ces deux affec
tions, et a n en rencontrer la coincidence qu en ceux de nos de partements qui
sont restes en arriere au point de vue de 1 hygiene preventive de chacune d elles,
comme certains departements de Bretagne.
C est ce que nous-meme avons mis en evidence dans le dernier de ces
Rapports, ayant pour objet les epidemics observees en France en 1881.
Nous avons signalc plus haul (voy. p. 52) un cas de coincidence de dysenteric
ct de fievre typhoide.DeliouxdeSaviguac, de son cote, cite 1 exemple d uue asso
ciation de ces deux maladies sur un groupe de condamnes re cemment arrives
de France a la Guyaneet observes par Golson en 1854; latraversee, surun navire
a voiles, avail etc fort difficile, el les transported avaient subi une longue periode
(rencombrement; chez 14 malades dont 7 succomberent se manifesterent simul-
lanemenl les symptomes des deux maladies, loutes deux representees a 1 autop-
sie. Meme coincidence conslate e par Jules Perier :
Gerlains des malades du camp de Chalons, en 1859, furenl alteints simul-
tanemenl de fievre typhoide et de dysenteric; ils succomberent dans 1 adynamie.
-42 DYSENTERIE.
A 1 autopsie, nous avons pu voir, reunies sur un meme tube digestif, les lesions
anatomiques partieulieres a ces maladies, indiquees pour chacune, normale-
ment, sur la partie de 1 intestin qu elles ont coutume d atteindre (Jules Perier,
in Inde complemeniaire et critique sur les observations de Pringle,
p. 147).
Des faits du meme genre ont ete observes dans 1 epidemie d Indre-et-Loire
de 1826, et relate s par Trousseau et Parmentier; mais, en somme, ils sont
exceptionnels.
Quant aux rapports signales par Desgenettes entre 1 ophthalmie purulente
d Egypte et la dysenteric, ils nous paraissent reposer sur la frequence en ce
pays de ces deux affections. Nous ne sachons pas d ailleurs que d autres obser-
vateurs aient constate ce role de metastase de 1 ophthalmie, signale par Bruant,
me decin de 1 armee d Egypte, dans la lettre qu il adressait a Desgenettes le
9 vende maire an 7 : L ophthalmie apportait toujours un soulngement marque
lorsqu elle survenaitdans les dysenteries de longcours; les douleurs des yeux et
celles du bas-ventre se remplacaient mutuellement, mais lesdemieres reparais-
saient peu apres la cessation des premieres.
COMPLICATIONS. Les deux principals complications sont : la peritonite et la
suppuration du foie, notablement plus communes, cette derniere surtout, comme
d ailleurs tous les accidents graves de la dysenterie, dans les climats chauds et
surtout dans la zone intertropicale.
La perilonite est chose tres-fre quente dans le cours de la dysenterie aigue,
comme nous le demontrera la frequence, dans les autopsies, d exsudats parfois
tres-epais aux points de la surface peritoneale qui correspondent aux principales
ulcerations; elle est le point de depart principal des douleurs observees le long
du trajet du gros inteslin, specialement au niveau de 1 S iliaque et du caecum.
Ces peritonites localisees, souvent latentes, a manifestations peu bruyantes, ne
constituent pas en somme des complications tres-redoutables.
Ce qui heureusement est beaucoup plus rare, c est la perforation intestinale
et la peritonite generalisee a marche suraigue et a terminaison constamment
mortelle.
Cette rarete de la perforation complete des tuniques parait singuliere au
premier abord, vu 1 e tendue et la profondeur habituelles des lesions intestinales,
plus developpe es, engene ral, que celles delafievre typho ide oil proportionnelle-
ment les peritonites par perforation sont neanmoins plus frequentes.
Nous estimons que cette difference peut tenir a plusieurs raisons : tendance
plus considerable dans la dysenterie a la formation des exsudats de protection
a la surface du peritoine, vu la plasticite du sang plus grande que dans
la fievre lyphoide ; absence, dans la premiere de ces affections, du meteorisme
qui, dans la seconde, distend les parois intestinales et peut en favoriser la
rupture au niveau des plaques profondement ulcere es. Nous ne nous rap-
pelons, pour notre compte, avoir rencontre aucun cas de peritonite genera
lisee par perforation chez les malades observes a 1 hopital militaire de Stras
bourg, en 1849, pendant une grave epidemic de la garnison, ni a Mascara,
en 1855, durant une epidemic du meme genre, ni enfin au Val-de-Grace, en
1859, parmi les nombreux malades fournis par notre armee rentrant de la
campagne de Lombardie. Non pas que cet accident ne puisse etre observe en
nos climats : a Versailles, Jules Perier a constate une perforation de 15 centi
metres de long.
DYSENTERIE. 43
Cambay, dans ses nombreuses autopsies, a Tlemcen, n en a observe que 3 cas.
II en sera autrement dans les pays plus cbauds, ou la lesion marche plus rapi-
dement, ou la debilitation prealablede 1 organisme seprete mieux a 1 ulceration
qu a la reparation des tissus; dans la campagne de Cochinchine de 1861, sur
108 deces observes, il en est 10, proportion relativement enorme, qui auraient
ete la consequence de pe ritonites par perforation.
Cette frequence serait ddpassee encore dans I ensemble des observations
analysees par Berenger-Feraud, qui aurait trouve 85 perforations sur 580 cas
analyses par lui, c est-a-dire 1 sur 7.
La seconde complication principale est, avons-nous dit, la suppuration du
foie.
II existe, entre les abces du foie et la dysenteric, un rapport qui s appuie sur
deux ordres de fails, tous deux d une grande valeur : 1 analogic de repartition
ge ograpbique entre les abces du foie et la dyscnterie des climats chauds, analogic
telle que, d apres toutes nos recherches, nous n avons pu decouvrir aucune
localite ou ces abces soient endemiques sans que la dysenterie y regne sous ses
formes graves ; 2 affinite dans le processus morbide des deux affections,
demontree par cette circonstance importante que 1 immense majorite des indi-
vidus atteints d abces du foie sont des dysenteriques ; il y a des exceptions,
nous-meme en avons observe, mais elles sont fort rares, et la plupart des
medecins qui ont pratique en Algerie, aux Indes, au Senegal, ont constate les
lesions de la dysenterie dans les autopsies de lous les sujets morts atteints
d abces hepatiques.
La frequence du developpement de ces abces, a la suite de la dysenterie,
nugmente notablement a mesure que du 40 e degre de latitude, point ou elle
est a son minimum, on se rapproche de 1 equateur; en Egypte, en Algerie, il
est rare de rencontrer des abces dans une proportion tres-considerable chez les
dysenteriques. En certaines localites d Algerie, au de but de 1 occupation fran-
caise, il y a eu cependant une frequence remarquable d abces du foie : a Laghouat,
par exemple, a Tlemcen, ou sur 240 autopsies Catteloup en a rencontre
47 fois ; mais de telles proportions, a cette latitude, sont exceptionnelles, et
n ont plus ete observees depuis que les troupes n ont plus a subir les memes
fatigues. II en est autrement au Senegal et aux Indes, ou dans 51 autopsies de
dysenterie Annesley a rencontre 26 fois des abces hepatiques, par consequent
dans plus de la moitie des cas.
Pour expliquer 1 affinite de ces deux maladies, de.s auteurs se sont contentes
d attribuer au pretendu miasme dysente rique la puissance d entrainer aussi les
suppurations du foie. Pourquoi ce minsme n aurait-il cette double puissance que
dans les pays chauds?
On a dit que, dans ces pays, la dysenterie predisposait specialement
a ces complications par sa nature infectieuse; nous avons vu que cette nature
n etait pas le propre de la dysenterie des climats cbauds. II est meme a
remarquer que ce sont les individus atteints de dysenterie chronique, subaigue,
et chez lesquels la periode d impregnalion miasmatique est passee, qui sont
plus specialement atteints de ces abces.
La pensee qui vient la premiere a 1 esprit, et qui a ete frequemment for-
mulee, est celle de la re sorption, dans la cavite du gros intestin, soit de gaz
pntrides, soit de detritus des ulcerations intestinales, par les radicules de
la veine porte. Tel est le processns des accidents observes a la suite de cer-
44 DYSENTERIE.
taines affections de 1 extremite inferieure du gros intestin, ou des operations
pratiquees en cette region, en cas de fistules, d hemorrhoi des, etc. Alors sur-
viennent sonvent dans le foie des collections purulentes, rappelant celles
que Ton produit chez les animaux par 1 injection du mercure dans les veines
mesarai ques.
Mais en ces derniers cas, commc en tous ceux de resorption purulente, les
abces hepaliques sont petits ct nombreux, au lieu d etre volumiiieux et en
nombre reslreint comme dans les pays chauds; il y a en merae temps des traces
d inflammation veineuse, de pyle phlebite ; enlin des collections purulentes se
retrouvent en d autres visceres que le foie, contrairement encore a ce qui a lieu
dans les abces qui nous occupent.
Si, d aillcurs, le point de depart des abces des pays chauds e tait exclusivement
1 ulceration dysenterique, comment expliquer 1 absence de ces abces dans la
dysenteric des climats temperas, ou on ne les trouve pas 1 fois sur 100 autopsies
dans les cas meines ou les lesions sont aussi profondes que dans les pays chauds;
leur absence, chez les sujets enlcves, soil par la fievre typhoi de, soit par la
tuberculose intestinale, ou 1 inleslin grele et quelquefois le gros intestin sont
parsemes souvent d ulcerations vastes et protondes? Comment expliquer le
developpement d abces du foie, dans les pays chauds, chez un petit nombre de
malades qui n ont pas eu la dysenterie, et, en revanche, la rarete extreme des
abces du foie chez les indigenes pour qui la dysenterie est un fleau si terrible,
qu aux Indes, par exemple, elle represente les trois quarts de leur mortalite
totale?
Est-ce a dire que Ton doive contester a la dysenterie un role palhogenique
quelconque dans le developpement de 1 hepatite? Ce serait fermer les yeux a la
himiere, et je ne comprends pas qu on ait pu voir une simple coincidence dans
1 association de ces deux fails; mais la dysenterie n en est pas la cause unique,
ct son action doit etre completee par le concours d autres influences dont nous
ne pouvons ici que dire un mot.
De ces conditions-, la plus importante, c est le fait de la residence, dans
les pays chauds, des individus provenant d un climat septentrional. Les abces
du foie, sauf en certaincs circonstances que nous rappellons ci-apres, sont
extrememcnt rares chez les indigenes des pays chauds. Suivant Balfour,
la proportion du chiffre des alteintes des Europeens serait, dans le gouver-
nement des Indes, a celui des indigenes, comme 120 est a 1 ; pour More-
head, elle serait comme 100 est. a 2; a Ceylan, Twining a constate qu elle
e tait comme 100 est a 12. Sur 209 cas observes en Algerie, 7 seulement
1 ont ete sur des indigenes (Rouis) ; et cependant 1 indigene, en tous ces pays,
partage, nous 1 avons vu, les aptitudes a la dysenterie des elrangers nouvel-
lement arrives.
Une autre condition e galement adjuvante du developpement des abces du foie,
c est 1 abus des boissons alcooliques; si les abces du foie sont communs actuel-
lement parmi les populations de couleur de la cote occidentale d Afrique, c est,
^uivant Daniell, depuis quel usage et bientotl abus des alcooliques s est introduit
parmi ces populations; a plus forte raison cet abus sera-l-il pernicieux chez
1 Europeen.
En resume , la dysenterie, le plus efficace des ele menls morbifiques suscep-
libles de produire les abces du foie, n agit en general en ce sens qu a la con
dition d etre secondee, pour ainsi dire, par 1 influence sur le foie de divers
DYSENTERIE. 45
autres facteurs dont les deux principaux sont : sejour dans les climats chauds
des individus provenant des zones froides ou temperees, abus des boissons
alcooliques.
Quant a la description anatomique et clinique de cette complication de la
dysenterie, ellea ete faile a 1 article FOIE.
Certains auteurs ont considere la paralysie comme une des consequences de la
dysenterie.
Nous eliminons, bicn entendu, les observations qui se rapportent a des affec
tions confondues avec cette derniere maladie, comme la colique saturnine.
Dans la description de la dysenterie epidemique de Foi ges en 1767 ct 1768,
Lepecq de la Cloturc nous apprend que la plupart de ceux qui echappyient
a la mort restaient perclus de lenrs membres et y souffraient des doulcurs
considerables.
Chez quelques sujets qui avaient ete violemment attaques, dit Zimmermann,
il arrivait une paralysie a la boucbe, a la langue ; cbez d autres, a toute la
partie inferieure du corps ; cliez quelques-uns elle etait universelle au moment
meme ou la maladie paraissait comme ne plus exister.
Nous citons textuellement ces deux passages, parce que leurs auteurs ont etc-
specialement invoques a 1 appui de la frequence des paralyses consecutives a la
dysenlerie. II est bien difficile cependant de reconnaitre en ces citations la
valeur reelle de semblables complications, dont ni Tune ni 1 autre ne nous indique
le degre, revolution, ni la duree definitive de ces symptomes sur lesquels ils ne
nous Iburnissent mil autre detail.
Si nous ajoutons que les auteurs modernes, ceux en particulier qui ont fait
de la dysenterie le sujet de leurs principales etudes, ne citent aucun fait sem-
blable, on arrivera a conclure qu il n y a pas lieu de donner aux fails signales
par Zimmermann et Lepecq de la Cloture plus d importance qu ils ne leur en
ont eux-memes accorde.
Ce sont cependant ces passages que Gubler a pris comme point de depart de
cette affirmation que, dans la dysenterie. les paralysies generates ou parlielle;
constituaient une des manifestations communes de la convalescence (Gubler, Des
paralysies dans leurs rapports avec les maladies aigites, Pans, 1861).
II a appuye cette affirmation sur d autres documents :
1 Sur cette phrase de P. Frank : Les douleurs sont si inlenses en certains
cas, qu elles occasionnent la paralysie de 1 un des bras ou de 1 une des jambes
comme dans la colique de plomb , phrase devant laquelle nous nous deman-
dons si reellement il ne s agissait point, en ces cas, de veritables intoxications
saturnines;
2 Sur le titre d un memoire de Ph.-G. Fabricius : De paralysi brachii
unius et pedis alterius dysenteriis familiari, titre semblant indiquer que cet
auteur aurait frequemment observe ici la paralysie croisee que personne n a
rencontree apres lui ;
5 Sur un cas, communique par Moutard-Martin a la Societe medicate des
hopitaux de Paris, de paraplegic s etant developpee, quelques scmaines apres son
entree a I hopital, cbez un malade recu dans le service de Chomel pour dysen
terie, paraplegie qui se dissipa tres-lentement;
4 Sur une serie de symptomes assez discordants, observes dans un groupe
de 16 dysenteriques du service deBouillaud, consistant en : faiblesse ou extinc
tion de la voix chez quatre de ces malades, douleurs et crampes dans les
46 DVSENTERIE.
jambes chez trois autres, douleur de siege indetermiue dans 5 autres cas,
1 fois des fourmillements, 5 fois de la i aiblesse paralytique des jambes et
1 fois des mains; 4 fois dela faiblesse generate, etc., etc.
Nous avouons qu aucun de ces exemples ne nous semble bien probant, et
nous avons toujours e te etonne de voir un esprit aussi distingue que Gubler,
pretendre trouver dans ces manifestations si peu uniformes un ensemble com
parable a celui des fails qui constituent les paralysies consecutives a la diph-
tlierie; paralysie dont nous venions a cette epoque (1861), avec G. See, Trous
seau, de demoutrer le caractere re gulier que Gubler affirmait ne pas lui
etre plus special qu aux autres maladies aigues.
J. Frank a donne le nom de dysenterie paralytique aux formes dans les-
quelles la prostration atteint rapidement le plus haul degre, le malade
epuise tombant dans uu affaiblissement tel, qu il peut a peine se lever, et
ne fait aucun effort pour prendre le decubitus habituel a cette affection ; il
demeure en supination, se refroidissant peu a peu, 1 oeil fixe, indifferent a
tout ce qui 1 entoure, offrant, comme 1 a dit Ehrarter, 1 aspect d un mort qui
respirerait.
II ne peut evidemment etre question, en ces cas, d une paralysie consecutive.
Nous en dirons autant des complications tboraciques ; suivanl Stoll, le catarrbe
pouvait, au cours de la dysenterie, se porter sur les plevres, les bronches, le
poumon, autant d incidents qui n ont etc releves par aucun des observateurs
les plus autorise s de ce siecle.
Suivant Degner, la dysenterie provoquerait 1 avortement, opinion formelle-
ment contredite par J. Frank, Vogel, van Geuns, etc.
DIAGNOSTIC. Le diagnostic de la dysenterie aigue merile a peine qu on s y
arrete, tant cetle affection est facile a reconnaitre. Nous eliminerons d abord,
des maladies susceptibles d etre confondues avec elle, la colique saturnine. Cette
confusion n a pu etre faite qu a 1 epoque ou les medecins admettaient une forme
seche de dysenterie, forme aujourd hui rayee du cadre de celte affection, car elle
n est elle-meme qu une manifestation saturnine.
Les hemorrhoides internes donnent lieu non-seulement a un ecoulement
sanguin, mais a des sensations de tenesme extremement penibles, avec anxiete
et tendance syncopale. II arrive, dans ces cas, que le sang, au lieu d etre rendu
pur et par consequent sous un aspect tres-different de celui qui entre dans la
composition de la selle dysenterique, est associe a une matiere visqueuse, qui
n est aulre cbose que le produit du catarrbe de la muqueuse rectale, et, comme
tel, analogue a celle qui est rendiie dans la dysenterie.
L exploration du rectum permettra de reconnaitre en un cas le bourrelet
hemorrhoidal, dans 1 autre les ulcerations.
En d autres circonstances encore on observe quelques-uns des symptomes de
la dysenterie ou plutot de la reclile.
Laroyenne a donne le nom de colite puerperale a une affection decrite par
Vinay (de Lyon), sous le nom de dysenterie des accouche es, survenant trois ou
quatre jours apres raccouchement, caracterisee elle aussi par le tenesme,
1 emission de mucosite s glaireuses et sanguinolentes, et due vraisemblablement
a Tafflux plus considerable du sang vers le rectum pendant la grossesse, a la
constipation, au volume de 1 enfant, etc.
II est evident que 1 expression de dysenteric n est pas plus justifie e dans ce cas
que chez les individus signale s deja par Stoll et qui, porteurs de calculs vesi-
DYSENTERIE. 47
caux, offrent des crises de tenesme anal avec expulsion de mucosites sauglantes.
Nous avons insistesur la frequence, dans lescas graves de dysenterie aigue,
de symptomes d algidite comparables a ceux qui se manifestent dans le cholera;
jamais cependant Ton ne pourra confondre ces deux affections, et il suffira, pour
le diagnostic, de 1 examen des dejections inteslinales qui offrent des caracteres
entierement diiferents.
Le diagnostic est plus delicat entre la dysenlerie chronique et diverses ma
ladies; nous laissons de cote le cancer du rectum dont 1 exploration locale
suffirait a demontrer 1 absence ou 1 existence. L entero-colite des tuberculeux
serait difficile a distinguer de la dysenterie chronique, si, a part les commemo-
ratifs, ne venaient s ofl rir la consideration de symptomes concomitants,
envahissement tuberculeux des autres organes, infiltration, exsudation du
peritoiue, sueurs nocturnes, presence de bacilles dans les matieres expec-
torees, etc.
II est des dysenteries chroniques dans lesquelles, les ulceralions du gros
intestin etant completement cicatrisees, il ne reste plus trace de sang ni de
pus dans les dejections intestinales, et ou Ton n observe que de la lienterie,
sans douleur interieure. La maladie alors ressemble singulierement a la diarrhee
endemique des pays chauds, et de part et d autre I affaiblissement progressif
et la cachexie des malades dependent d une atrophie identique de 1 intestin grele
et de son appareil lymphatique.
On arrivera au diagnostic par 1 etude des commemoratifs, qui reveleront
peut-etre 1 existence anterieure d une phase de dysenterie aigue, et par 1 examen
de 1 abdomen, qui pourra permettre de constater dans les memes cas les bosse-
lures de la dysenterie chronique.
RECHUTES ET RECIDIVE. La tendance aux rechutes et aux recidives de la
dysenterie est une des lois qui ressorteut de son histoire.
Comme le disait Zimmermann, il n est pas d affection dont les rechutes soient
plus frequentes. II suffit d un ecart d alimentation, d une impression de froid,
pour ramener tout 1 appareil symptomatique, et habituellement sous une forme
plus grave qu auparavant.
Quant aux recidives, elles constituent egalement la regie, devenant de plus
en plus frequenles, et conslituant une veritable diathese dysenterique.
Sous ce rapport encore, la maladie differe absolument des maladies virulentes
et en particulier des fievres eruptives ; si, au siecle dernier, van Geuns a pu
emettre 1 opinion que la dysenterie ne recidivait pas, c est sans doute parce
que, observant au nord de la Hollande, il se trouvait dans les conditions clima-
tiques oil en ge iieral la maladie ne se manifeste qu eventuellement.
Plus on descend vers 1 equateur, au contraire, plus on voit se manifester la
receptivile des malades a de nouvelles atteintes, et la necessite, de ce fait, du
rapatriement des Europeens transported dans les pays chauds.
MORTALITE. La predominance relative des formes legeres explique la
benignite habituelle des dysenteries saisonnieres des climats temperes; elles le
doivent non-seulement a la moindre intensite de la cause, mais a ce que, dans
la /one temperee, la dysenterie, ne trouvant ordinairement qu une periode tres-
courte d apparilion possible, de la fin de juillet au 20 seplembre, n a pas le
temps de passer a la chronicite, rarement celui de recidiver dans la meme
saison, ce qui est presque la regie plus au sud; la lethalite ne depasse guere le
chiffre de G a 8 sur 100 malades.
48 DYSENTERIE.
CechiflVe, clonne par Ilirsch, comme indiquant la moyenne des deces dans la
dysenteric d Europe, est notablement superieur a celui de la mortalite des
dysenteriques de 1 armee francaise, en temps dc paix, non-seulement en France,
mais meme en Algerie.
D apres les indications fournies par la statistique officielle, nous trouverons
qu en Algerie notre armee a subi :
En 1866 : 1618 atteinls de dysenteric 23 deces.
1867 : 1347 55
1*68 : 1625 "2
1869 : 10-29 31
Soil, au total, 5619 cas et 181 deces, ou 3,2 deces sur 700 malades. Nous
tenons a faire remarquer que, si nous emprimtons ces chiffres a la periode dej;i
reculee de 1866-1869, c est que depuis cette epoque la statistique a ccsse de
fournir 1 un des elements de ce calcul, le chiffre des atteints; elle continue a
indiquer celui des deces, dont le nombre restraint (27 en 1876, 44 en 1877)
permet de supposer que la maladie n est pas redevenue plus grave dans notre
armee d Afrique.
Quant aux epidemies des garnisons de 1 interieur, elles sont moins meurtrieres
encore; en totalisant celles de ces epidemies qui ont e te signalees depuis dix
ans, sur divers points du territoire (La Rochelle, Joigny, Chalons, Bourges),
Moty constate qu elles ont occasionne 7 deces sur 589 malades, soil 1,18
pour 100.
Nous empruntons des documents plus complets aux medecins des epidemies
de I eusemble du territoire irancais. Les rapports fails a 1 Academie de mede-
cine, et bases sur leurs relations, etablissent que sur 17935 habitants des com
munes atteintes de cette affection de 1841 a 1846, il y a eu 1752 malades
dont le 10 e environ a succombe (Gaultier de Claubry, Rapport sur les epidemies
de 1841 a 1846, in Mem. de lAcad. de me d., t. XII), proportion analogue a
celles de Hirsch.
Dans la plupart des autres annees, les epidemies de dysenterie entrainent en
general en France une morbidite variant du 10 e au 35 e du chiffre des habitants,
et une chance de mort a peine pour chaque habitant sur 100 ou 200.
11 en est tout autrement de quelques epidemies regionales ou plus circon-
scrites encore.
Ainsi, pendant les annees 1836, 1837, 1838, les epidemies limitees a la Bre-
tagne occasionnent une mortalite de 417 sur 21 70 malades (plus de 25 pour 100)
(Piorry, Rapport sur les epidemies qui ont re gneen France en 1836, 1837, 1838,
in Mem. de lAcad. de me d., t. VII). En 1854, sur 42 014 habitants de diverse*
communes de la cii conscription du Mans, il y a eu 7016 malades ou un 6 e , et
743 deces (Barth, Rapport sur les epidemies de 1854, in Mem. de I Acad. de
med., t. XX). En 1857, les epidemies locales sont si graves en Bretagne surtout,
qu il y a 7119 deces sur 37264 malades, soil 1 moit sur 5 (Trousseau, Rap
port sur les epidemies qui ont re gne en 1857, in Mem. de I Acad. de me d.,
t. XXIII).
Si nous penetrons plus avant dans les details de ces epidemies, nous trouvons
des fails bien plus graves, comme le temoignent les chiffres suivanls empruntes,
eux aussi, aux rapports annuels lus a 1 Academie de medecine :
DYSENTERIE.
EPIDEMIES LOCALES Dli DYSSENTERIE
49
ANNfiES.
NOMS
DES RAPPORTEURS.
NOMS
DES LOCAUTES.
POPULATION
TOTALE.
ATTEINTS.
MORTS.
1849
1851
IfiX 6 )
Gaullier de Claubry.
Roussillon
WoUchwJller. . . .
800
660
420
133
78
135
33
16
16
40-Z Z
120
52
11
ISlS
Barth
Bar (commune pres).
330
106
15
IftHfl
Poiit-Aven (canton) .
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S2I
173
Iftfil
Jolv .
Saint-Guinoux. . . .
1049
3-24
61
Enresume, dans ces epidemics locales, morbidite variant ducinquieme au tiers
des populations avec une mortalite qui atteint la proportion de 50 a 40 sur
100 malades. Ces observations, qui nous permettront d etabJir un trait d uuion
entre Je pronostic de la dysenteric des climats temperes et celui de la dysente
ric des pays chauds, ont leurs analogues dans les epidemics de quelques garni-
sons europeennes ; si les statistiques oificielles demontrent que le role nosolo-
gique et mortuaire de la dysenteric est en general secondaire pour 1 ensemble
de ces garnisons, les graves epidemies de caserne observees a Strasbourg, a
Metz, a Versailles, ont represenle, elles aussi, a plusieurs reprises, 1 image de la
dysenterie des climats chauds.
Comme toutes les autres maladies populaires, la dysenterie preiid done, en
certains foyers, une gravite speciale que nous avons signalee ailleurs (Traite
des maladies epidemiques, p. 386) pour chacune de ces affections.
Dans 1 epidemie de Torgau, observee par Zimmermann, il y cut 158 deces
sur 200 malades, et, plus au nord encore en Irlaiide, au Kamtschatka, le
pronostic de la maladie a quelquefois egale en gravile celui qu elle presente
sous les tropiques.
Les observateurs de ces severes epidemies europeennes ne seraient-ils pas tons
foudes a affirmer avec Pringle que la maladie qu ils ont eue a combattre etait
uussi grave que celle que d autres observaient a Minorque, en Amerique, aux
lodes Orientales?
Dans les climats chauds , la mortalite moyenne s eleve singulierement,
atteignant, pour la dysenterie aigue seule, la proportion de 25 sur 100 malades,
proportion enorme, vu la tendance de 1 aflection a la generalisation pande mique.
Cette gravite du role de la dysenterie commence des le littoral mediterranean;
pendant la campagne d Egypte, Desgeneltes relevait 2468 cas de mort par dysen
terie contre 1649 par la peste.
En Algerie, au debut de la conquete, la mortalite par dysenterie seulement
egalait ou depassait celle de 1 ensemble des autres affections, figurant a Bel
Abbes pour 50 deces sur 100, a Tlemcen pour les cinq huitiemes de la morta
lite totale, et a Oran pendant les annees 1838, 1839, sur un ensemble de
544 deces, en occasionnant 435 a elle seule. En certains services on perdait
alors jusqu a 43 malades sur 100 entrees (Cambay, loc. cit., p. 108).
Les statistiques tirees des mouvements des hopitaux sont impuissantes a
exprimer reellement 1 elevation de la mortalite par dysenterie des pays cbauds.
Nombre des malades succombant a cette derniere affection e taient entres
anterieurement plusieurs fois aux hopitaux, et plusieurs fois aussi avaient ete
Did. ENC. XXXI. 4
50 DYSENTERIE.
comples comme gueris, absolument comme pour les fievres intermittentes, circon-
stance qui explique la benignile apparente de certaines statistiques.
Telle est celle qui a ete recueillie pour les hopitaux militaires du Senegal et
de la Martinique par Berenger-Feraud et d apres laquelle la mortalite sur 100
entrants pour dysenteric a ete de 8 dans la premiere de ces colonies, de 2,8 dans
la seconde.
G est en analysant plus completement les faits et en evaluantles pertesnon
d apres le chiffre des entrees, mais d apres la liste nominative des militaires
atteints, qu on arrive a constatcr, comme 1 a fait Dutroulau, de 25 a 50 deces sur
100 malades. Tandis qu aux Antilles franchises la mortalite par fievre palustre
est, suivant Godineau, de 1 sur 8,5 malades, quela mortalite par fievre jaune est
de 1 sur 3, celle de la dysenteric s eleve au chiffre moyen de 2 sur 5 malades.
Mais il y a lieu de reconnaitre, ici encore, combien sont variables les chiffres
de mortalite dysenterique dans les theatres les plus voisins, et aux epoques suc-
cessives d observation sur un theatre uiiique. D apres les releves de Hirsch, dont
les elements ne sont pas tous comparables, car ils sont bases sur des periodes
d observations tres-differentes suivant les localites, nous voyons la mortalite
pour 1 00 malades s elever en Asie, suivant les stations, de 9 a Bombay a 20 a Hong-
Kong ; de meme nous voyons certaines epidemics occasionner 30 deces sur
100 malades a 1 ile Maurice, tandis qu en cette meme localite la mortalite
moyenne par dysenteric a ete pendant dix-neuf ans de 5 sur 100 malades.
C est qu ici encore, et c est une analogic de plus avec ce qui se passe dans la
zone temperee, la dysenteric est une affection essentiellement variable dans son
intensite, en raison sans doute de la difference des conditions hygieniques dn
lieu et de 1 epoque oil on 1 observe.
Sa be nignite acluelle en Algerie ne donne plus 1 idee de la terrible maladie
qui, de 1830 a 1840, a change en desastres plusieurs expeditions, de meme
qu au Cap de Bonne-Esperance les troupes europeennes ne subissent plus que
sous ses formes attenuees 1 aifection qui les a si cruellement decimees en \ 804
et!805.
PRONOSTIC. Le pronostic differe notablement, sur un meme theatre d obser
vation, suivant les conditions individuelles despersonnes atteintes; il estetroite-
ment lie, dans sa gravite, a la force de re sistance de 1 organisme, a 1 intensite et
a la duree des causes subies, a la rapidite plus ou moins grande de 1 interven-
tion therapeutique. C est surtout a la fin des expeditions militaires que la dysen-
terie prend une gravite particuliere en raison de 1 epuisement, par les fatigues
et les maladies anterieures, du sujet qu elle frappe alors.
Plus la maladie dure, plus elle devient incurable, non-seulement en raison
de la difficulte croissante de cicatrisation des lesions du gros intestin, mais
encore par le fait des modifications egalement croissantes de Tintestin grele qui
s amincit, perd ses glandes et devient impropre au role qui lui est devolu dans
le travail d absorption et de nutrition indispensable a la convalescence.
Yoila pourquoi des dysenteries, meme peu intenses, mais ayant dure un cer
tain temps, fmissent par etre au-dessus de toute ressource the rapeutique,
tandis que tel malade aura survecu ayant rendu un lambeau de muqueuse long
de 1 decimetre et large de 4 centimetres, comme 1 a vu Cambay, ou meme un
cylindre complet de muqueuse, comme 1 a rapporte Laveran. L evacuation d un
mucus concret, etpresenlant 1 apparence d une membrane, cause ordinairement
beaucoup d inquietude aux malades, quicroient rendre la tunique de 1 intestin.
DYSENTERIE. 51
dependant les malades qui rendent ces fausses membranes guerissent le plus
souvent. II en est de meme des pre tendus morceaux de chair que les malades
croient reconnaitre dans leurs dejections, et qui ne sont que des concretions
d une portion de sang retenu dans 1 intestin; ces concretions ne sont point d un
augure defavorable n (Foamier et Vaidy).
Cette opinion nous parait neanmoins d un optimisme exagere ; nous estimons
que de telles guerisons sont rares et n enlevent guere d autorite a 1 aphorisme
d Hippocrate : Inteslinorum difficultate vexato si veluti caruncuhe dejiciantitr,
lethnle (Hippocrate, Aphor. sect. 4, apli. 26); apliorisme consacre encore dans
les temps modernes : Carunculce et solidce membranorum paries si excerne-
banlur, fnnesttts erat status (Degner, loc. cit., p. 27).
Sur 506 deces survenus en quatre ans dans la garnison de Tlemcen, il n en est
que 2, audire de Gambay, qui aient frappe des officiers, en raison, sans doute,
de la superiorite relative des conditions d alimentation, d equipement, de cette
classe speciale de 1 armee, d ou gravite moindre de 1 atteinte; en raison aussi de
1 empressement plus grand de cette categoric de malades a re clamer les secours
medicaux, que la plupart des soldats, par timidite ou indifference, ne viennent
souvent sollicker qu au dernier moment. C est pour la meme raison que, dans
1 ensemble de la population, la dysenteric est plus mortelle en general chez le
riche que chez le pauvre, chez 1 habitant des campagnes que chez le citadin.
Sans affirmer avec Zimmermann que la gravite de 1 affection soil en raison
inverse de 1 intensite de la fievre, on pent dire que d une maniere generale c est
plutot dans les cas a terminaison heureuse qu on a observe le mouvement febrile
le plus considerable.
Le caractere atypique de revolution morbide ne permet guere de baser le
pronostic avec certitude sur I amendement general des symptomes; tant que la
guerison n est pas parfaite, il y a toujours lieu de craindre quelque aggravation ;
dans les cas memes ou I amelioration parait confirmee par une se rie de jours
favorables, il sulfit de la moindre rechute pour ramener un danger plus serieux
qu auparavant.
Les signes pronostiques les plus graves sont fournis par la dyspnee, la fre
quence et la petitesse du pouls, 1 abaissement de la temperature et 1 affaiblis-
sement du systeme nerveux, les vomissements ; quand les pulsations radiales
deviennent rapides et filiformes, que la chute de la temperature du nez, de la
langue, des pieds et des mains, se prononce et gagne les regions centrales, que
1 aphonie survient avec diminution ou cessation des douleurs abdominales, et
selles involontaires, la situation est fatalement compromise.
La fetidite de garde-robes, 1 apparition de lambeaux noiratres dans les dejec
tions intestinales, sont egalement de tres-mauvais augure.
Les aphthes buccaux, Terysipele de la face, ne se manifestent en general que
dans les cas graves; le danger est bien plus certain encore quand il est annonce
par les signes d une atteinte plus profonde de la nutrition : gangrene des extre-
mites, ulceres de la col-ne e, odeur cadaverique, etc.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. L ouverture de la cavite abdominale fait constater
la repletion du reseau veineux mesaraique, la coloration violacee, parfois ecchy-
motique, de la surface exterieure du gros intestin.
Des plaques blanchatres, quelquefois a peine proeminentes, epaisses parfois
de plus dc 1 millimetre, font ressortir mieux encore cette coloration ; ces plaques
correspondent aux lesions intestinales les plus prolbndes, et constituent souvent
52 DYSENTERIE.
la seule barriere qui ait preserve la cavite peritoneale de la penetration des ma-
tieres intestinales a travers une ulceration complete, une veritable perforation
des tuniques du gros intestin.
On rencontre assez frequemment dans les pays chauds, tres-rarement en nos
climats, les lesions de la peritonile generate entrainee par ces perforations quand
le travail d exsudation plastique n a pu etre accompli a temps.
Si la maladie a dure quelqnes semaines, on constate la resorption du tissu
graisseux epiploique, la tumefaction, la coloration violacee, le ramollissement,
exceptionnellement la suppuration des ganglions mesaraiques.
Les lesions intra-intestinales ne s etendent pas indifteremment a toute la sur
face du gros inteslin; commencant habituellement a la valvule ileo-caecale,
sur la face inferieure meme de cette valvule, elles predominent d une part dans
le caecum et le colon ascendant, d autre part dans 1 S iliaque et le rectum, mena-
geant soil relativement, soit souvent d une maniere absolue, le colon transverse.
A 1 oeilnuet a la main, on constate : 1 epaississement des parois de 1 intestin,
d ou reduction plus ou moins considerable de son calibre ; la coloration rouge
vif de sa surface interne; 1 irregularite de cette surface qui, par places, est
devenue mamelonnee, comme herissee de bourgeons cbarnus de i a 2 milli
metres de relief, parfois de veri tables vegetations de 5 a 6 millimetres et plus
d elevation. Ces vegetations sont molles, depressibles, ovalaires, leur petit axe
etant parallele a celui de 1 intestin et long de 12 a 15 millimetres, tandis que
leur grand axe, dirige transversalement, offre une longueur de 2 a 5 centi
metres.
Lorsque ces lesions, au lieu d etre disseminees, sont confluentes sur une
etendne plus ou moins considerable de 1 intestin, comprenant parfois toute la
longueur du colon ascendant, de 1 S iliaque ct du rectum, les vegetations
donnent un aspect mamelonne a la surface interne de ces divers segments; par
fois elles sont pressees les unes contre les autres, separees par des fissures, ce
qui rappelle 1 aspect rugueux de certaines ecorces, comme celle du chene; res-
semblance augmentee encore par 1 exislence, a la surface de ces saillies, d exco-
nations et de plaques grises jaunatres rappelant les productions lichenoules qui
recouvrent habituellement ces ecorces.
C est en ces derniers cassurtout que des observateurs ont considere les lesions
de la dysenteric comme constitutes par le depot, a la surface libre de la mu-
queuse, de pseudo-membranes, etaltribue a un exsudat fibrineux, analogue a
celui de la diphtheric, toutes les rugosites et toutes les plaques proeminant a
1 interieur du gros intestin : conviction augmentee du fait du peu de consistance
de ce pretendu depot et de la facilite de le detacher.
Ainsi, en signalant ces lesions, Fournier et Vaidy, qui cependant paraissaient
au premier abord disposes a y trouver la preuve d un travail d ulceration et
d elimination de la muqueuse, ecartent cette pensee parce que, disent-ils, il
suffit de laver ces surfaces et de les racier avec le scalpel, pour en enlever les
inegalite s et mettre a nu la surface de la muqueuse. D apres nos propres
recherches faites durant une pratique de plus de vingt annees dans les hopitaux
ou nous avons vu la dysenterie, tantot sporadique, tantot epide mique, prendre
toutes les formes que peut affecter cette maladie, nous nous croyons fondes a
affirmer que les ulcerations sont fort rares, et ne s observent guere que dans les
dysenteries chroniques! (Fournier et Vaidy, art. DYSENTERIE [in Diet, des
sciences medicates],) Erreur d observalion et d interpretation, depuis repete e
DYSENTERIE. 53
bien des fois, et qui avail son excuse d une part dans 1 ignorance ou Ton etait
alors de 1 anatomie normale du gros intestin, d aulre part dans les croyances
imposees par 1 autorite de certains cliniciens du siecle dernier qui avaient
revoque en doute les dogmes emis sur les lesions de la dysenterie par les e cri-
vains de 1 antiquite.
(Test chose etrange en effet que la diversite des opinions formulecs sur 1 ana
tomie de la dysenterie depuis Hippocrate jusqu a nos jours, d autant plus
qu apres toutes ces variations la question devait, avec la science moderne,
revenir a son point de depart.
Considered comme le resultat de 1 ulceration des intestins par Gelse : Intus
intestina exulcerantur (de Torminibus, trad. Vedrenne, p. 164), par Ccelius
Aurelianus, qui la de finit : Rhumatismus intestinorum cum ulcere, 1 affection,
jusqu a la fin du seizieme siecle, a toujours ete regardee comme etroitement liee
a 1 inflammation, a la disorganisation des tuniques intestinales; nous en trou-
vons la preuve en ce passage de Fernel : Primum quidem intestinorum
mucus egeritur, deinde adeps intus ill is adhcerescens exiguo cruore perfusus;
eaque prima est dysenterice species. Alteraqunm interior intestinorum tunica
corroditur, cujus pellicuUe et fibrce dejectionibus permistce apparent. Tertia
qunm, altiiis penetrante et depascente ulcere, ipsa caro putris vel exesa pro-
cidit.
C est au moment meme ou Fernel venait de resumer aussi exactement 1 ana
tomie pathologique de la dysenterie qu ou allait la revoquer en doute.
La dysenterie, en effet, a partir surtout des ecrits de Sydenham, Willis et
Stoll, a ete regardee comme independante de toute lesion intestinale; ce qui
dominait, c etait le catarrlie, la modification purement fonctionnelle, d autant
plus evidente aux yeux de ces auteurs que dans leurs relations de dysenterie ils
out maintes fois englobe et les coliques seches, saturnines, et les flux sereux des
causes les plus diverses; Willis, assurant que la plupart de ses malades ne
rendaient que des selles aqueuses, avail eu affaire evidemment a diverses dyscra-
sies, comme le scnrbut, les maladies du coeur, la tuberculose, etc.
Tout en reconnaissant qu il avail peu pratique 1 anatomie pathologique de la
dysenterie, vu la difficulte d examen d organes profondement corrompus, Mor-
gagni diminue pour sa part aussi 1 autorite des Anciens en attribuant a la for
mation de concretions fibrineuses du sang les debris d apparence membraneuse
trouves dans ces autopsies : Sic enim, dum sanguinis pars in coli intestini
restitabit, secedenle aquea et subsidente rubra portions, ecequce relinquentur
sanguinis, ut vocant, fibrce facile poterunt in concretiones polyposas compingi.
Loin de nous la pensee de rappeler ici les fluctualions d opinion, les incerti
tudes soulevees, dans le monde medical de 1 epoque, par les professions de foi
de ces auteurs des dix-septieme et dix-huitieme siecles; il nous suffira de
demontrer en quelques mots, par un exemple emprunte a 1 un des hommes qui
pouvaient compter parmi les cliniciens el les epidemiologistes les plus eminents
de 1 epoque, Pringle, combien les preoccupations scolastiques mettaienl alors
deja obstacle a 1 expression de la verite la plus evidente.
A 1 aulopsie du premier des soldals morts en Hollande de dysenlerie pendant
1 aulomne de 1744, et dont il pratiqua 1 autopsie a 1 hopilal de Bruxelles,
Pringle constate que les intestins sont noirs et putrides, les membranes
intestinales extraordinairement epaissies et ulcerees a leur face interne, surtoul
dans le rectum et a la parlie inlerieure du colon ou la membrane villeuse est.
54 DYSENTERIE.
tout a fait emportee ou changee en une substance gluante et putride d une
couleur verdatre (Pringle, Observations sur les maladies des arme es, 5 e partie,
ch. vi). Chezun second malade, observe a la meme epoque, egalement soldat de
1 armee anglaise, et enleve aussi par la dysenterie, Pringle reconnait que le
rectum etait putrefie, que de la la gangrene avail gagne jusqu au colon, qui etait
evidemment mortifie ; que la membrane villeuse etait en partie consumee, que
ce qui en restait paraissait noiratre, mou, et se se parait aisement. On trouva
pareillement une partie du caecum mortifie (Pringle, loc. cit. t chap. vi).
Dans sa quatrieme autopsie de dysenteric, notre auteur trouve egalement les
intestins mortifies.
Dans lacinquieme enfin, qui apoursujet un liomme de quarante-six ans mort
de dysenterie a Londres en 1762, Pringle rapporte qu a premiere vue la mem
brane villeuse paraissait dissoute et n etre plus que de la mucosile (Pringle,
loc. cit., etc.).
G est apres avoir enume re ces fails, apres avoir ajoute a son opinion per-
sonnelle celle de Cleghorn, qui, ayanl eu a Minorque 1 occasion de voir la
dysenlerie epide mique, avail egalement reconnu la mortification entiere ou
partielle du gros intestin, que Pringle, renongant au temoignage de ses sens,
accepte 1 interpretation de deux autres de ses confreres et revient en ces termes
sur sa premiere opinion : J ai dit, dans la description des premieres dissec^
tions, que la membrane villeuse avail ete emportee, et peut-etre aurais-je
fait la meme observation dans les dernieres, si M. Hewson et le docteur Hunter
n eussent ete portes a penser difieremmenl. Ce dernier, a la vue de la prepa
ration ci-dessus, fut d avis que la membrane villeuse n avait pas ele separee
dans cetle portion de 1 inteslin, bien qu elle ful peut-etre fendue et un peu
emporlee vers le sommet de quelques-uns des tubercules. 11 pensa aussi r
d apres la descriplion que nous lui fimes, M. Hewson el moi, du dernier sujet r
que 1 abrasion n avait pas ele plus considerable dans ces intestins que dans
la portion de 1 intestin qu il avail sous les yeux (Pringle, loc. cil.}.
Ne peut-on pas, jusqu a un certain point, rapprocher ces hesitations de Pringle
de celles que devaieut eprouver maintes fois, un siecle plus tard, les observa-
teurs de la dysenterie en Algerie, constatant, eux aussi, 1 ulceralion el la de^
struction des tuniques intestinales, mais, devant la negation de 1 Ecole, se lais-
sanl quelquefois aller a se mefier du temoignage de leurs sens.
Que s est-il passe, en elTet, au siecle acliiel? Dans son Traite des phleymasies
chroniques, Broussais etahlit de nouveau, et d apres 1 observation, non-seule-
ment la frequence des ulcera lions, mais encore Jeur predilection pour le voi-
sinage des follicules autour desquels debule principalement le travail inflam-
matoire.
Ces propositions de Broussais devaient rencontrer une opposition puissante,
allant jusqu a la negation absolue, pendant la periodede reaction qui surgissait
contre ses doctrines.
Malgre les preuves donnees par Trousseau et Parmentier de la frequence des
ulcerations inleslinales chez les victimes de 1 epidemie observee en 1824 dans
le departement d lndre-et-Loire, nous voyons les hommes les plus autorises de
1 Ecole de Paris revoquer en doute ce mode d alteralion ; c esl Cruveilhier emel-
tant 1 opinion que, si parfois les tuniques intestinales peuvent etre enliammees,
et meme sphacelees, il n y a jamais localisation de cette inflammation ni aux
follicules ni aux glandes solitaires ; c est Andral conside rant comme des lames
DYSENTERIE. 55
de mucus concret les lambeaux rcndus par les selles; c est Cliomel niant toute
espece de travail d ulceration soil generalise a la muqueuse, soil localise aux
"landes du gros intestin, et critiquant la doctrine des Anciens, pour substituer
I erreur a la verite qu il devait cependant lui-meme rcconnaitre plus tard :
(( La presence du sang dans les matieres avait conduit les Anciens a supposer ici,
comme ils le supposaient dans toutes les hemorrhagies, une solution des vais-
seaux, une ulceration de la membrane muqueuse. Cetle ulceration, qui n est d ail-
leurs pas necessaire pour concevoir la couleur sanguinolente du mucus excrete,
est si rare dans la dysenteric qu il en existe a peine quelques exemples, et qu il
est permis de croire que dans le petit nombre de cas ou on la rencontre elle
pouvait etre accidentelle ou meme tout a fait etrdngere a 1 affection qui nous
occupe. Quelquefois la membrane muqueuse des gros intestins oflre une appa-
rence d erosion tres-propre a induire en erreur : il suffit alors de la ratisser
legerement avec le dos d un scalpel pour detacher une fausse membrane reti-
culee qui avait produit 1 illusion.
Depuis, il est vrai, la verite n a cesse, en depit de ces oppositions souvent
systematiques, de se t aire jour de plus en plus, s appuyant des lors sur des
masses de faits recueillis sur nombre de theatres differents, notamment en
France (Gely, Thomas, Masselot et Follet, Gintrac), en Algerie (Gatteloup,
Cambay, Haspel, Laveran), aux hides (Bayle, Parkes). Sur cos divers theatres
nous constatons des lors 1 unanimite des observateurs; aux Indes, c est Parkes
affirmant qu il n y avait jamais dysenterie sans ulceratiou; en Algerie, ce sont
Catteloup, Cambay, envoyant a Paris, pour en demontrer la nature, les vastes
lambeaux de muqueuse evacues par leurs malades et qu on voulait considerer
comme des pseudo-membranes: en France enlin, c est, parmi beaucoup d autres
et des 1853, Thomas, resumant en ces quelques mots, d apres ses observations
a Tours, Fhistoire anatomique de la dysenteric : J ai reconnu, apres avoir fait
avec le plus grand soin un nombre considerable de necropsies, que les Anciens
avaient des opinions fort justes, tandis que les modernes sont dans une com
plete erreur .
I.a membrane muqueuse est promptement envahie par des ulcerations si
nombreuses, si bien caraelerisees, si constantes, que j admets comme un fait
inconstestable que 1 ulceration de la muqueuse est un caractere aussi essentiel
dans la dysenteric que les phlyctenes dans 1 erysipele, le bourbillon dans le
furoncle, le pus dans la phlegmasie du tissu cellulaire.
Emanant ainsi et presque simultanement de medecins qui, eloignes les uns
des autres, constataient les memes faits dans les pays les plus differents, ces
observations etablissent 1 unite a la surface du globe de 1 anatomie pathologique
de la dysenterie, dont les lesions ne different que d apres 1 intensite du mal, et
demontrent en outre que ces lesions represented les manifestations les plus
incontestables de ce qu on est convenu d appeler inflammation ; que ces mani
festations soient visibles a Trail rru, comme dans les cas d ulcerations a pic et
d elimination de lambeaux de la muqueuse, de suppuration de lacelluleuse, de
peritonite generalised ou circonscrite, ou qu elles ne soient encore appreciables
qu au moyen du microscope, comme dans la congestion de ces membranes, le
bourgeonnement de leurs cellules, 1 accumulation des leucocytes, c est-a-dire
dans le stade preparatoire de la suppuration et de la gangrene.
Est-ce a dire que jamais il n y ait d exsudat librineux de pose a la surface des
tuniques intestinales, et analogue aux fausses membranes de la diphtheric?
i>6 DYSENTERIE.
Nous ne partageons pas sous ce rapport les doutes emis par les auteurs les
plus modernes, el nous considerons ces exsudats comme constituant egalement
une des manifestations de I inflammation des tuniques sous-jacentes. iNous
sommes convaincu de la nature purement fibrineuse de certains depots qui se
font a leur surface, offrant parfois une e paisseur de plus de 1 millimetre, et
dont nous avons specialemenl constate la frequence, en 1856, a Mascara, au
cours d une epidemic dysente rique compliquee de scorbut qui sevissait sur un
penitencier militaire.
G est egalement dans la dysenterie associee au scorbut que Parkes a rencontre
cette lesion a son maximum de developpement; elle a ete notee en particulier a
Scutari, en 1855, chez les soldats anglais enleves par la dysenterie durant la
guerre d Orient. II est certain que la physiologic pathologique du scorbut,
ou les exsudats fibrineux jouent un role si important, parait, a priori, favoriser
des lesions de ce genre.
Ce qui domine neanmoins de beaucoup dans 1 alteration anatomique de la
dysenteric, c est 1 alteration des tuniques elles-memes.
L examen des derniers vestiges de la muqueuse, adherents sous forme d ilots
aux tuniques sous jacentes, a permis a Kelsch d etudier les alterations subies
par cette membrane avant son elimination.
Les Hots on question sont constitues en grande partie par des glandes de
Licberkiihn, auxquelles les transformations survenues dans le tissu fibro-vascu-
laire intermediate ont fait perdre les dispositions regulieres de 1 etat normal.
Au lieu d etre paralleles, elles sont devices, soulevees, deformees, ici atrophiees,
la etrangle es, plus loin fortement dilatees; neanmoins, toutes elles sont pourvues
encore de leur epithelium cylindrique on cupuliforme, qui a du conserver
jusqu a la fin son activite fonctionnelle, car toutes ces glandes sont gorgees du
mucus coagule par les reaetifs (Kelsch, Contribution a I anatomie paiholo-
gique de la dysenterie aigiie^.
Celte dissociation, ces modifications de forme des follicules, paraissent
entrainees pour une large part par le developpement extraordinaire du reseau
vasculaire qui les enlace et dont les branches sont gorgees de globules rouges et
blancs, quelquefois meme engagees dans un reticulum fibrineux, au milieu
duquel se trouvent de larges amas de globules de pus.
Ce sont ces depots de h brine et ces amas purulents qui concourent avec les
vaisseaux engorges non-seulement a dissocier et a deformer les elements glan-
dulaircs, mais ales eliminer par compression.
Quant a la tunique sous-muqueuse, Kelsch a egalement etabli que c etait a
son hypertiophie qu etait du le mamelonnement signale plus haul a la face
interne de 1 intestin, et que cette hypertrophie devait elle-meme etre rapportee:
1 a la tumefaction des faisceaux du tissu conjonctif; 2 a la distension san
guine des vaisseaux du reseau vasculaire superficiel; 5 aux ne oformations
cellulaires qui s accomplissent dans les mailles de ce reseau et sont le point de
depart des amas de pus qui se combinenl avec les globules purulents constates
dans la trame de la muqueuse entre les glandes de Lieberkiihn.
C est a ces alterations que nous demanderons compte non-seulement des
exfoliations superficielles de la muqueuse, mais encore des disorganisations
plus profondes et plus evidentes a 1 oeil nu des tuniques intestinales, disorgani
sations reconnues de longue date et dont il nous reste a nous occuper.
1 liberations circulates. Ces ulce rations ont pour point de depart les
DYSENTERIE. b7
follicules clos qui abondent surtout dans le caecum et le rectum, ou bien les
tissus qui environnent ces follicules.
L ulceration est precedee d une phase bien observee par Cambay, durant
laquelle la tunique cellulaire denudee apparait parsemee d une masse de
points gris entoures d une aureole rouge; c est 1 alteration egalement reconnue
par Thomas, signalant, surtout dans le caecum, des masses de points noirs
correspondants aux follicules, et par Charcot, qui demontre, apres leur etude
histologique, que les points gris en question sont bien ces follicules, que vient
bientot soulever 1 hypertrophie de la celluleuse qui les environne.
Du fait de ce soulevement resulte une sorte d eruption granuleuse, dont
chaque elevure offre un point central noiratre, eruption signalee par Masselot et
Follet, correspondant a la troisieme variete de Cambay : incrustations de points
gris, d aspcct terreux, rugueux au toucher, gros comme des grains de sable,
presque contigus, et a la description de Parkes signalant les masses d elevations
rondes, variant de la grosseur d un grain de mil a celle des objets accessibles
seulement a la loupe, elevations rudes dont la plupart ont a leur centre unc
tache noire, et sont entoure es d un cercle vasculaire; si on perce ces elevations,
comme 1 a fait Parkes, on donne issue a une matiere blanchatre provenant de
1 interieur des follicules.
G est a notre sens a cette eruption que Pringle, au siecle dernier, en Hollande,
et Murray, en ce siecle, aux Indes, ont donne le nom d eruption varioliforme.
Ce sont ces petites elevations qui sont le point de de part de la formation des
ulcerations circulates, dont le developpement s accomplit de deux manieres
differentes :
Tantot 1 ulceration se fait au pourtour de 1 elevation, au niveau de la zone
vasculaire qui entoure lefollicule ; il en resulte ce mode d alteration sur laquelle
a principalement insiste Thomas (de Tours), et dans laquelle on constate, a la
surface interne de 1 intestin, 1 existence de petites pellicules adheraut par leur
centre au sommet saillant du follicule, tandis qu elles sont libres sur leurs
bords que 1 on peut soulever ; ces pellicules ne sont autre chose que la muqueuse
intestinale se separant par ulceration des tuniques sous-jacentes au pourtour du
follicule.
C est bien a la me me le sion, mais interpreted dans un sens different, que
Gely a eu affaire a Nantes, lorsqu il a constate la presence de petites squames
pseudo-membraneuses de couleur tres-variable, placees sur 1 orifice des cryptes
auxquels elles adherent centre pour centre .
Si le travail de destruction continue, 1 ulceration devient de plus en plus
profonde, penetre largement dans la tunique celluleuse, detruisant toutes les
connexions peripheriques du follicule qui est entraine bientot lui-meme, lais-
sant a sa place une cavite profonde de 2 a 3 millimetres de forme circulaire et
de dimension correspondante a celle de la pellicule qui avail commence a se
detacher.
Ce mode de destruction a ete confirme par les recherches plus re centes de
Charcot, qui a signale I hypertrophie de la celluleuse au pourtour des follicules
elos souleve s par cette hypertropliie, puis la formation autour de ces follicules
de petites eschares comprenant le follicule lui-meme et 1 entrainant avec ellcs :
d ou formation, apres cette elimination, d ulceres ronds, tailles a pic, ressem-
blant a des trous fails a 1 emporte-piece.
Ou bien 1 ulceration est centrale; elle debute alors par le point noir sail-
58 DYSENTERIE.
lant qui couronne le sommet de la granulation folliculaire ; 1 orifice ainsi
produit communique avec lacavite du follicule clos, rernplie en ge neral de pus^
que Ton peut faire sourdre a travers une ouverture circulaire, a bords amincis,
de 1 a 2 millimetres de diametre ; cette ouverture a etc bien decrite par Gely,.
Colin; on peut apprecier les dimensions de lacavite oil elle penetre en soufflant
a travers 1 orifice de facon a remplir d air cette cavite, ce qui en souleve les-
parois et fait apparaitre une petite tumeur arrondie, en saillie au-dessus du
niveau des tuniques intestinales.
Ici encore 1 ulceration folliculaire conserve en s agrandissant sa forme regu-
lierement circulaire; c est quand ces ulcerations toutes semblables entre elles
sont groupees dans une meme region comme le caecum, comme 1 S iliaque, que
la muqueuse prend cette apparence de dentelle sur laquelle ont insiste taut
d auteurs. Plus tard elles se fondent entre elles etperdent ainsi la regularite de
cet aspect general.
2 Ulcerations ovalaires et irregulieres. Dans les formes plus graves,,
notamment dans la dysenteric des pays chauds, 1 ulceration, aulieu deselimiter
au tissu perifolliculaire, sc rattache a un processus necrosique beaucoup plus
diflus comme surface et comme profondeur.
Les mamelonnements de la tunique sous-muqueuse, intiltres rapidement de
pus, deviennent le point de depart des ulcerations ovalaires par suite de 1 exfo-
liation de la muqueuse qui les couronne; ces ulcerations transversalement diri-
gees offrent generalement en ce sens un diametre de 1 a 3 centimetres et une
largeur moitie moindre. Dans les cas a evolution plus rapide il arrive que la
muqueuse, au lieu d etre exfoliee petit a petit, a mesure des progres de I infil-
tratiou inflammatoire des tissus sous-jacents, soil immediatement et totalement
frappee de necrose par le fait de la soudainete de cette inllammation ; c est alors
qu on decouvre a 1 autopsie, a la surface des mamelons, ces eschares jaunes
transversales, bien de crites par Catteloup et par Cambay, et comparables aux
eschares produites a la surface du derme par 1 application de la potasse
caustique. Quelquefois ces eschares sont encore adherentes par toute leur
peripherie, quelquefois elles sont flottantes, n adherent plus que par quelques
filaments au bord de 1 ulcere qui s est forme au-dessous d elles et penetre sou-
vent jusqu au peritoine.
En decrivant ces lesions, Cambay les a rapprochees avec raison des processu*
inflammatoires banaux du tissu cellulaire sous-cutane. Tout, dit-il, la vive
injection, les boursouflures, le pus de la celluleuse, prouve que ces eschares
sont dues a la violence de 1 inflammation ; c est comme dans les phlegmons sous-
cutanes ou la suppuration du tissu cellulaire entraine souvent la destruction de
la peau par gangrene.
L infiltration purulente du tissu sous-muqueux peutsimultanement agir sur des
zones bien plus etendues et entrainer des decollements considerables de la tunique
muqueuse qui se detache, soit par fragments qui tlottent dissocies a 1 interieur de
1 intestin, soit sous forme de larges bandes, ou meme de manchons circulaires.
Les premiers exemples irrefutables de ce dernier mode d alteration, signales
au cours du siecle actuel, appartiennent a Catteloup, a qui nous empruntons le
passage suivant de sa description d une autopsie pratiquee a 1 hopital militaire
de Tlemcen, au mois de juillet 1840 :
En ouvrant 1 S iliaque du colon et le rectum, nous avons trouve une mem
brane cylindrique de 52 centimetres de longueur et ressemblant tellement a
DYSENTERIE. 5
une portion d intestin grele, qu a un examen superficiel on aurait pu s y
tromper et la prendre pour le veritable intestin. Cette membrane etait encore
adherente, par quelques points, a la face interne de I iutestin ; nous avons
pense d abord que ce n etait qu une fausse membrane organisee et detachee;
mais, comme on voyait tres-distinctement, apres sa separation, les fibres de la
tunique musculeuse, quelques assistants ont cru devoir la considerer, au
premier apercu, comme etant la membrane muqueuse elle-meme detachee par
la suppuration w.
Une deuxieme autopsie faite, coincidence remarquable, deux jours apres la
precedente, permettait a Catteloup de recueillir encore dans le gros intestin
d un malade mort de dysenteric a Tlemcen un large ruban de 55 millimetres
de largeur et de plus de 25 centimetres de longueur, adherant, lui aussi,.
par quelques points aux tuniques intestinales.
Ce sont ces deux pieces qui, recueillies en Algerie et rapportees par Begin an
Val-de-Grace, permirent a Lacauchie de constater 1 identite de leur structure
avec celle de la muqueuse du gros intestin, et de prouver ainsi que c etaient la
deux faits incontestablcs de detachement, dans la dysenteric, de la membrane
muqueuse du colon.
Chez quelques sujets le phlegmon interslitiel de la cclluleuse a donne lieu a
des collections de pus relativement volumineiises, soulevant d une part la
tunique muqueuse, de 1 autre le peritoine ; ce sont ces phlegmons qui represen-
teraient, suivant Cambay, la terminaison des bosselures douloureuses, percepti-
bles a la main durant la vie des malades; le meme observateur a vu flotter dans
ces clapiers des lambeaux provenant des couches plus profondes de 1 intestin.
Parfois enfin cette disorganisation generate du gros intestin s accompagne de
suffusions sanguines donnant une coloration noiratre a toute la surface, colora
tion de plus en plus fonce e a mesure qu on se rapproche de I anus ; on constate
alors, a la face externe des lambeaux flottants de muqueuse, des stries hemorrha-
giques paralleles aux fibres musculaires, stries egalement perceptibles par
transparence u travers la tunique peritoneale.
Ces lesions appartiennent-elles toutes au meme litre a la dysenterie?
Les recherches toutes recentes de Kiener et Kelsch leur paraissent demontrer
la predominance, comme caracterislique anatomique de 1 affection, de la gangrene
due, suivant eux, a 1 action d un poison special, de nature necrosique.
Quel que soit Faspect varie des desordres produits dans 1 intestin par la
dysenterie, c est toujours en derniere analyse une eschare de dimension et de
profondeur variables, de marche plus ou moins rapide, laissant apres son elimi
nation une perte de substance qui constitue la lesion elementaire et initiate de
tout le processus.
A cette lesion primitive et circonscrite, danslaquelle le caractere inflamma-
toire est quelquefois a peine marque, et qui est comparable a 1 action des
poisons caustiques les plus energiques, s associent dans une mesure variable,
tantot des le debut, tantot dans une periode ulterieure du processus, une serie
de phenomenes inflammatoires diffus, qui rendent compte des lesions complexes
rencontrees a 1 autopsie .
De telle sorte que les lesions que nous avons decrites jusqu ici ne seraient
pour la plupart que les vestiges d un catarrhe et d une inflammation vulgaires
qui sont venus compliquer la lesion caracteristique et primitive : la gangrene.
Les auteurs ont rapproche cette alteration necrosique des resultats obtenus
60 DYSENTERIE.
dans les ententes qu ils ont developpees experimentalement chez des chiens, par
1 injection de solutions ammoniacales, et qui leur ont paru egalement resulter
de 1 association de la necrose du tissu avec des phenomenes inflammatoires
banaux.
Si Ton cherche a ramener a un schema les alte rations constate es, il semble,
ajoutent Kelsch et Kiener, qu on n en puisse trouver de plus exact que 1 action
d une pastille causlique agissant sur la muqueuse, determinant dans le tissu
serre de celle-ci une eschare bien limitee, et diffusant ensuite dans le tissu plus
lache de la sous-muqueuse dans un rayon plus etendu, ou se trouvcnt reunis les
caracteres de la necrose et de I inflammalion. Cette inflammation est caracterisec
par I cedeme et 1 hemorrhagie, accompagnes d une diapedese de leucocytes en
general assez pen abondante. Les elements cellulaires infiltres dans le tissu sont
en general si peu nombreux, qu il est absolument impossible d attribuer la
necrose a la compression des ele ments du tissu par les produits de rinflamma-
tion. La necrose est evidemment le caractere primilif et essentiel de 1 agent
toxique.
II semble impossible d assignerune signification diffe rente a la necrose et a
I inflammation, de considerer, par exemple, celte derniere comme un phenomene
reactionnel produit au voisinage de 1 eschare; les deux ordres de phenomenes,
la necrose et Tin flamma lion, sont tellement associes. qu il est evident quc
1 inflammation represents le premier degre de 1 action du poison caustique, et
que la necrose en constitue le plus haul degre (voy. Kiener et Kelsch,
Arch, de phys., 15 fevricr 1884).
Nous avouons que de nouvelles recherches sont necessaires pour bien nous
convaincre de la legitimite depreciation de ces deux observateurs si auto-
rises. Bien qu admettant la rapidite du sphacele dans les cas a marche suraigue,
nous hesitons a voir en ces necroses de la dysenteric un fait special toujours et,
partout initial, independent de 1 infiltralion des tuniques par des produils
inflammatoires.
Quand la maladie a persiste pendant quelques semaines, aux lesions du gros
intestin viennent s ajouter des alterations des autres segments du tube digestif,
notamment de 1 intestin grele, alterations qui, suivant Parkes, seraient conse-
cutives a un raptus congestif subi egalement par ce dernier organe. A ce raptus
succedera 1 anemie, puis 1 atrophie de la muqueuse de 1 intestin grele.
Quelle que soit la marche de ce processus morbide, que 1 atrophie intestinale
ait ete precedee d une phase de congestion, qu elle soit simplement la conse
quence directe, sans congestion prealable, de 1 appauvrissement de Torganisme
et de la reduction de tous lestissus, elle u en est pas moins reelle et redoutable
en ce sens qu elle s accompagne de la resorption des glandes de Peyer, et par
consequent de la suppression d un des elements indispensables a 1 absorption
intestinale et a la nutrition.
Le foie, sauf les cas de suppuration- consecutive, offre en general peu d altera-
tions dans la dysenterie ; le seul fait qui ait frappe la majorite des observateurs,
c est la consistence de la bile devenue visqueuse, tres-e paisse, ne s affaissant
pas quand on ouvre la vesicule.
La rate, sauf les cas de complication palustre, est petite, exsangue, seche, et
sa diminution de volume est accusee par les plis de son enveloppe sereuse.
Gambay n a jamais trouve de pus dans la veine-porte, ni dans les branches
mesaraiques.
DYSENTERIE. 61
Dans la vessie, an voisinage du col, on rencontre parfois des ulcerations recou-
vertes d un exsudat muco-purulent.
Les poumons sont a 1 etat normal, les bronches libres de toutes mucosites, le
coeur petit renfermant des caillots blanchatres.
Dysenteric chronique. Nous 1 uvons dit plus haul, la dysenteric chronique
compte au nombre des types morbides particuliers aux pays chauds, mais sans
qu on puisse voir en cette affinite une preuvede difference fondamentale entre la
patliologie de ces foyers et celle des climats temperes.
Ici encore il ne s agit que des modifications de degre imposees par les diffe
rences de milieux ; ce qui, dans la zone tropicale, occasionne la frequence
relative si marquee de la dysenteric chronique, c est la persistance et 1 energie
des causes de production ; a une latitude plus elevee, en Egypte, par exemple,
en Algeria, cette forme apparait encore en raison de la dure e des conditions
saisorinieres favorables au developpement de 1 affection, tandis qu a notre lati
tude, ou la maladie ne trouve guere a se developper que pendant quelques
semaines de 1 annee, 1 impression morbide est trop passagere pour en trainer des
alterations profondes et durables.
Dans 1 immense majorite.des cas, la dysenteric chronique succede a la forme
aigue sans qu il soit bien facile, comme d ailleurs dans la plupart des maladies
apyretiques ou peu febriles, de determiner, meme approximativement, la date
de transition. Nous n avons pas ici, comme a la suite des pyrexies, ce mouve-
rnent de defervescence, de detente marquee signalant le terme d une evolution
febrile; dans la dysenterie aigue, comme dans la pleuresie aigue, le bien-etre
rclatif eprouve par les malades, au moment de la cessation des douleurs,
vient parfois signaler le passage du mal a la chronicite.
11 n y a pas lieu d insisler sur le peu de valeur des prelendues limites de
temps a partir desquelles la dysenterie d aigue deviendrait chronique ; rien de
plus arbitraire que la fixation du vinglieme jour par Fournier et Vaidy, du
trentieme par Broussais, comme indiquant la date a laquelle s accomplirait une
transformation dont on n a cliniquement la preuve que par des modifications
symptomatiques qui ne s accomplissent que graduellement, en quelques jours,
plus souvent en quelques semaines.
De meme que la cachexie palustre qui, en general, ne s etablit qu apres la
reapparition de plusieurs series d acces, la dysenterie chronique succedera
surtout aux recidives de dysenterie aigue, chaque atteinte nouvelle laissant
une somme nouvelle de desordres ; elle est le terme ultime de la diathese
dysenterique.
11 est cependant des malades chez lesquels la dysenterie chronique semble
pouvoir s etablir sans avoir ete precedee de la forme aigue de 1 affection ; ce sont
les individus atteints de dyscrasies, comme le scorbut, comme la cachexie
palustre, chez lesquels 1 atteinte du gros inlestin prend quelquefois d emblee
ies allures de la chronicite, absolument comme sous 1 intluence de ces memes
dyscrasies les ulcerations de la peau presentent des 1 origine les caracteres
d atonie, d indolence, qui sont les attributs des anciennes lesions.
11 en est de meme de 1 affaiblissement interieur de 1 organisme par les priva
tions, par la famine et par les progres de 1 age; chez les vieillards 1 affection est
bien plus souvent chronique d emblee qu aux autres periodes de la vie, ou tout
au moins precedee d une phase d acuite beaucoup plus courte.
62 DYSENTERIE.
G est surtout pendant Farriere-saison, au moment de 1 abaissement de tempe
rature, que les rechutes de dysenteric entrainent definitivement son passage a
i etat chronique; c est une des raisons pour lesquelles, dans les climats chauds,
les manifestations populaires de 1 affection se continuent d une annee a 1 autre,
au lieu de presenter, comme dans les zones froide et tempere e, les intermissions
absolues que nous avons pignalees.
L individu atteint de dysenteric chronique souffre bien plus de sa faiblesse, de
sa sensibilite au froid, de son anxiete respiratoire, que de douleurs abdominales;
couche dans le decubitus late ral, toutes les articulations flechies, les cuisses
ramenees centre le ventre, la tete enfouie sous les couvertures, le malade est
sans fievre ; il a conserve la plenitude de son intelligence ; en ge neral les selles
ne renfermeiit pas de sang rose ou rouge; elles sont brunatres, quelquefois
purulentes, souvent enfin lienteriques, compose es de matieres alimentaires a
peine altere es ; cette transformation des garde-robes a ete nettement indique e
par Celse : Ex torminibus interdiim intestinornm hevitas orilur; qua conlinere
nil possunt, et quidquid assumplum est imperfectiim protiniis reddunt (Celse,
De medicina, lib. IV, cap. xvi, De Iccvitate intcstinorum). Ces besoins inces-
sants, evoques par le froid, le moindre mouvement, la moindre ingestion de
liquide ou d aliments solides, ne sont plus eux-meroes accompagnes d epreintes
douloureuses ni des plienomenes spasmodiques du lenesme, mais les ulce ra-
tionsde 1 anus, 1 inflammation erysipelateuse au pourtour de cet orifice, rendent
tres-penible chaque evacuation.
La maigreur atteint et de passe celle des phthisiques, le ventre s excave de
plus en plus, et cette depression permet de sentir a la moindre palpation le
relief de la colonne vcrtebrale, parfois les bosselures du colon ascendant, sur
tout au niveau de 1 S iliaque.
L appetil est conserve, aiguise encore par la severite du regime impose; les
auteurs rapportent de nombreux exemples de malades s ingeniant a se procurer
des aliments, meme les plus indigestes, cachant sous leurs matelas les provi
sions achetees en cachette : pain de munition, jambon, fruit, fromage, et succom-
bant parfois a une indigestion.
La langue est depouillee de son epithelium, rouge, profonde ment fendille e,
saignante, comparee a une tranche de viande crue ; les gencives sont egalement
saignantes; 1 odeur de 1 haleine est fetide, comme cadavereuse.
Les secretions sont supprimees, la peau est devenue seche, rugueuse au
toucher, ichthyosique, brunatre, comparee par Desgenettes a la patine du vieux
bronze.
La secretion urinaire est supprimee, ou transformee en melange de pus et de
mucus, provenant de 1 ulceratioa de la muqueuse vesicate. Cette ulceration est
1 origine d un tenesme vesical souvent insupportable ; certains malades deman-
dent a grands cris a etre sondes, bien que le catheterisme ne donne issue a
aucun liquide, n entrame aucun soulagement.
Malgre l amaigrissement ge neral, il se manifesto parfois des oedemes, mais
tres-localises, dus, suivant les auleurs : soil a la diminution d albumine du
sang, et Ton a rapproche a cet e gard la dysenteric de la maladie de Bright,
I evacuation de I albumine s accomplissant dans la premiere de ces affections par
le gros intestin ; soit a la coagulabilite du sang, a 1 inopexie, d ou formation de
thromboses et infiltrations cedemateuses du tissu cellulaire des regions corres-
pondantes; Haspel, enfin, a attribue a la compression de la veine iliaque gauche
DYSENTERIE. 63
par 1 S iliaque induree et hyper trophiee la limitation, en certains cas, de 1 ce-
deme au membre inferieur gauche.
La duree de la dysenterie chronique est Ires-variable, pouvant s eteudre de
plusieurs mois a plusieurs annees.
Quand le mal s aggrave, le facies devient de plus en plus squelettiquc,
et il se mamfeste de nouveaux symptomes de disorganisation : les yeux
s excavent, les paupieres deviennent rouges, purulentes, la cornee s ulcere;
d autres ulcerations se produisent egalement dans la bouche, dans la gorge,
rendant la deglutition douloureuse ou impossible ; des excoriations tres-doulou-
reuses sur les points soumis a la pression du corps, sacrum, trochanters, coudes,
talons, enlevent au malade la ressource de 1 immobilisation ou il cberchait un
peu de soulagement.
J ai appele, en 1860, 1 attention sur 1 apparition, dans les cas mortels, de
sugillations rouges ou violacees, de forme poncluee ou arborescente, ne disparais-
sant pas a la pression, et se produisant surtout a 1 epigastre et aux alentours ;
ecchymoses resultant sans doute d un arret local de circulation, peut-etre de la
rupture de quelques rameaux vasculaires consecutivement a 1 atrophie de leurs
parois.
L erysipele de la face constitue non pas une complication, mais un symptome
normal, pour ainsi dire, tant il est frequent dans les derniers jours de la
maladie.
La circulation s enlrave de plus en plus, la respiration s accelere, toujours sans
bruit de rale, lepouls devient rapide, filiforme ; les extremites froides, violacees,
sont frappees parfois de gangrenes peripheriques ; tout le corps du malade
exhale une odeur cadavereuse.
A cetteperiode ultime, il n est pas rare de constater quelques troubles inlel-
lectuels, d ailleurs peu bruyants, ne se developpant en general que la nuit,
consistant en revasseries, subdelire, etc.
Les symptomes de la dysenterie chronique rappellent singulierement ceux de
la diarrhee endemique des pays chauds, surtout quand la maladie est arrivee a
la derniere periode; similitude explicable d ailleurs par 1 analogie des troubles
fonctionnels qui, en chacune de ces deux affections, sont caracteri?ees principa-
lement par la suspension de 1 absorption intestinale, sous I influenoe d une
meme alteration : atrophie de 1 intestin grele et de son systeme lymphatique.
Le pronostic de la dysenterie chronique est extremement grave, plus grave
encore quenel indique le chiffre de mortalite qui lui est generalement attribue:
80 sur 100 malades; ici, en effet, les malades sont facilement perdus de vue
en raison de la duree meme de leur affection ; beaucoup sont comptes comme
gue ris qui sont demeures sous 1 influence de leur diathese et qui, apres une
amelioration passagere, sont enleves par une rechute.
C est cette insigne gravite de la maladie qui lui a valu le nom de phthisic
des pays chauds ; nous n avons eu que trop souvent occasion de voir se confir-
mer une pareille analogic devant 1 impuissance de nos moyens de traitement
des militaires atteints dans les colonies des pays chauds et venant succomber, en
depit de 1 emploi de toutes les ressources de 1 hygiene et de la therapeutique,
dans nos hopitaux de France.
Les dangers de 1 affection restent meme souvent superieurs, pour ainsi dire, a
ceux des complications cependant si graves dont elle peut etre le point de
depart ; des dysenteriques, consecutivement atteints de suppuration du foie, ont
64 DYSENTERIE.
gueri de leursabces, soil par Tissue spontanee du pus, soil apres intervention
chirurgicale, qui ont ete miserablement enleves par la persistence de 1 affection
intestinale.
Les sujels morls de dysenteric chronique sont d une maigreur squelettique, et
1 autopsiepeimetde constater la resorption du tissu graisseux de tous les tissus :
le periloine renferme hubituellement de la se rosite, et des depots pseudo-mem-
braneux a la surface exterieure du gros intestin ; les ganglions meseateriques
sont tumefies, gris rose a la coupe; des foyers purulents ont ete trouves par
Cambay dans les replis peritoneaux, notamment dans le mesocolon, le meso-
caecum, et dans le tissu cellulaire des foyers ischio-rectaux.
La pression du gros intestin fait reconnaitre son e paisissement et, dans un
certain nombre de cas, 1 induration de ses parois, induration lardacee, criant
sous le scalpel, et dont la coupe a rappele, a quelques observateurs, la consi-
stance du gesier des oiseaux, a d autres, celle du squirrhe de 1 estomac. Par-
Ibis cette consistence ne differe pas de celle de la dyscnterie aigue : il arrive
meme que les parois, devenues friables, se dechirent a la moindre traction.
Le meme sujet peut offrir ces differences d epaisseur et de consistance, et
Cambay cite des cas dans lesquels les tuniques amincies au voisinage du caecum
etaienl hypertrophies a la partie inferieure du rectum.
En general, il semblerait, d apres les observations de Catteloup, que les alte
rations accompagnees d induralion et d liypertropbie se rapportent aux cas ou
la dysenteric a debute par une phase aigue tres-intense, tandis que dans les cas
de moyenne intensite, mais passes a 1 etat chronique par suite de fautes de
regime, de rechute, etc., on constate plutot 1 alrophie.
Ce qui est plus constant et plus uniforme, c est la reduction generate de
volume du gros intestin; comme 1 a dif. Catteloup, il parait raccourci, il a
diminue de calibre, en meme temps que 1 epaisseur de ses parois a augmente.
Souvent, ajoute avec la meme justesse d expression cet observateur, il ressemble
a un lube uni, cylindrique, par la disparition de ses appendices et de ses
bosselures.
Au lieu de la coloration rose ou rouge de la forme aigue, la surface inte-
rieure du gros intestin offre une teinte grise, violacee, bleuatre, noiratre meme,
due au depot de la matiere colorante du sang.
Cetle coloration noire atteint son maximum de frequence dans les pays chauds,
si Ton en jnge d apres 1 opinion de Parkes, qui la regarde comme caracteristique
de la dysenterie chronique ; c est d ailleurs en ces regions que la maladie, en sa
phase aigue, ale plus de tendance aux extravasations sanguines dont la pigmen
tation melanique constituera plus tard la trace.
Tantot la surface interne est mamelonnee, couverte de vegetations uombreuses,
rugueuses, qui rappellent encore les inegalites d une ecorce d arbre; taiitot, au
contraire, elle apparait recouverte d une membrane lisse, d apparence sereuse,
parfaitement plane ou parsemee de depressions peu profondes, a bords arrondis,
les unes tres-regulieres succedant aux ulcerations circulaires, les autres ayant
les dimensions plus grandes et les varietes de forme des ulcerations ovalaires
et irregulieres. Ou bien cette surface est recouverte d une couche pelliculaire
soil continue, soil interrompue, ou parseme e de trous, facile a enlever, qui,
naturellement, a ete prise par beaucoup d observateurs pour une pseudo-
membrane et qui, en somme, n est habituellement que la muqueuse a divers
degres d exfoliation.
DYSENTEIUE. 65
Les depressions que nous venous de signaler, biea que rappelant par leur
forme arrondie, ovalaire ou irreguliere, les ulcerations qu elles remplacent,
sont moins etendues que ces ulcerations, en raison du retrecisscment occasionne
par le travail cicatriciel.
Au niveau de ces depressions, on observe le froncement des brides cicatri-
cielles, tranchant sur le reste de la surface par leur coloration plus foncee.
Suivant Cambay, et d apres des autopsies pratiquees plusieurs mois apres la
guerison ou I attenuation des symptomes, ces depressions disparaissent et de
1 ulceralion il ne reste plus qu une ligne noindre, vestige du travail cicatriciel.
Les alterations bistologiques de la dysenteric cliconique ne sont que 1 affir-
mation des lesions constatees dans la forme aigue.
Ici encore Kelsch a constate le developpement du tissu embryonnaire entre
les glandes tubulaires de Lieberkiihn, tissu renfermant un lacet de jeunes vais-
seaux disposes entre les tubes, et paralleles a eux, vaisseaux pourvus de nom-
breuses anastomoses. Le developpement de ce nouveau tissu ne se fait pas
e galement dans toute 1 epaisseur de la muqueuse : il est plus actif vers la
surface ou le tissu morbide, se developpant par-dessus 1 ouverture des glandes,
se termine en pelites masses arrondieset epanouies qui, semblables a des bour
geons charnus, se substituent pcu a peu aux follicules tubules et donnent a la
surface 1 aspect d une plaie granulee.
Ces follicules, sous la pression de ce tissu, se developpent, se dilatent et fina-
lement s atrophient.
Quant aux follicules clos, les recherches de Kelsch nous demontrent la dispa-
rilion progressive de leur tissu, et la substitution, ace tissu, de glandes en tubes
enormement dilatees : peu a peu la cavite folliculaire est totalement envahie
par ces tubes qui prennent la place du tissu propre et communiquent large-
ment avec le dehors. Cette alteration de structure rend compte de 1 elimina-
tion par les follicules d un liquide filant, glaireux, transparent, de mucus, en
un mot. Ce n est pas le follicule lui-meme qui elabore ce liquide, ainsi que
1 admettent certains observateurs, mais bien les glandes muqueuses qui en ont
pris la place (Kelsch, Anatomic pathologic/tie de la dysenteric chronique}.
Cette penetration des tubes, de Lieberkiihn dans les follicules clos, et la
repletion de ces follicules par le mucus des tubes, rendent compte d un certain
nombre d observations dont 1 explication etait auparavant bien difficile :
Nous avons vu quelquefois, dit Catteloup, au-dessous de la pseudo-mem
brane (il s agit evidemment ici de la muqueuse), au milieu d une couche rou-
geatre et tres-vasculaire, constitute par la muqueuse et le tissu celhilaire sous-
muqueux, de petits corps globuleux, transparents comme 1 humeur vitree de
1 oeil, et s ecrasant sous les doigts .
Aux lesions du gros intestin viennent s ajouter spe cialcment ici, avec une
gravite croissante, les alterations de 1 intestin grelc que nous avons signalees
deja dans la forme aigue.
La muqueuse en est presque entierement transformee, representee, dit
Kelsch, par une zone mince de tissu conjonctif, a cellules tres-petites, maintenues
par des fibrilles conjonctives a peine appareutes : d ou atrophie simultane e des
villosites des tubes de Lieberkiihn et des glandes lymphatiques, le sions qui
nous expliquent la permanence de la gravite de la dysenterie, alors meme
que la marche des symptomes (disparition des douleurs, des selles sanguino-
lentes ou purulentes, etc.) denote la restauration du gros intestin, et la fre-
DICT. ENC. XXXI. 5
66 DYSENTERIE.
quence des autopsies demontrant la cicatrisation, la guerison de ces organes.
La mort, en ces dernieres circonstances, est la consequence de I atrophie de
Tintestin grele, dont les aliments ingeres trouvent la muqueuse depourvue
de toutes ses aptitudes fonctionnelles, taut au point de vue de la secretion des
sues digestifs que de 1 absorption du chyle : divises, insalives, ils traversent
1 intestin comme un tube inerte sans etre modifies, et sont finalement elimines
sous forme de selles lienteriques qui marquent toujours la derniere periode
de la vie de ces malheureux (Kelsch).
NATURE. Suivant nous, la dysenteric est le type de I inflammation, sous
toutes scs formes, et a tous ses degres, du gros iutestin.
Sous ce rapport nous nous separons, a regret, de bien des auteurs les
plus e minents. Applique a la dysenterie, dit Trousseau, le mot de oolite
n est pas meilleur que le serait celui de cutite pour signifier rougeole, variole,
scarlatine; Delioux de Savignac estime au meme titre que la phlegmasie dugros
intestin dans la dysenterie ne doit pas jouer dans la denomination de 1 affection
un role plus considerable que celui de 1 intestin grele dans la fievre typho ide.
Pour ces auteurs, 1 affection procede d un virus; Delioux de Savignac accepts
meme I hypothese de 1 impression premiere de ce virus sur des organes bien
eloignes du gros intestin; il agirait d abord sur les centres nerveux, notamment
sur la moelle, d ou les horripilations et la faiblesse ressenties des le debut
dans les cas graves, d ou paralysie indirecte des nerfs vaso-moteurs de 1 appareil
intestinal, stase sanguine dans les vaisseaux de cet appareil, et accroissement
des secretions comme dans la section du plexus ganglionnaire.
Ces opinions nous paraissent le reflet des dogmes emis au siecle passe,
soit par Stoll, qui considerait 1 affection comme une lievre rhumatismale, soil
par Morton, qui la regardait et la traitait comme une fievre intermittente, par
Sydenham, qui, la rapportant, comme la variole, a une inflammation du sang,
pretendait la guerir, au meme titre que cette derniere affection, par les saignees-
et la diete ; par tous les auteurs enfin qui substituaient les doctrines de leur
e poque aux notions si precises de 1 antiquite, et donnaient d ailleurs une
extension demesuree a la signification du terme dysenterie.
C est au siecle dernier surtout que des auteurs, comme Zimmermann, ont pu
affirmer que, malgre le sang renferme dans les evacuations, la dysenterie n etait
souvent accompagnee d aucune inflammation intestinale ; on le repetait encore
il y a cinquante ans; mais aujourd hui que le microscope a devoile 1 alteration
profonde, quelquefois 1 exfoliation complete de la muqueuse, la ou il semblait
a 1 oeil nu que les surfaces etaient absolument intactes, une telle opinion n est
plus soutenable.
Suivant nous, la dysenterie differe des maladies virulentes :
1 Au point de vue etiologique, par 1 absence de contagion, la multiplicite de
ses causes, son extreme recidivite;
2 An point de vue epidemiologique, par la difference de son evolution :
dans la plupart des cas, debutant simultanement sur l ensemble d une popula
tion, comme toute affection meteorique, se terminant regulierement au moment
ou cette influence meteorique arrive a son terme, 1 epidemie se compose de
cas paralleles et non successifs.
3 Au point de vue clinique, la dysenterie ne presente pas les allures des
maladies specifiques : elle n a pas de periode d incubation ; suivant que la cause
a ete plus ou moms violente, 1 individu est pris plus ou moins rapidement des
DYSENTERIE. 67
symplomes du mal continue; quelques lieures apres 1 action de cette cause, les
selles peuvent etre caracteristiques ; d autres fois il y aura une periocle prealable
de diarrhee, pouvant durer des semaines et meme des mois. En general, il n y
a ni fievre d incubation, ni fievre de decours, et 1 affeclion appartient au groupe
des maladies atypiques ; c est au point que les auteurs, contrairement a tout ce
qui existe pour les maladies specifiques, ne sout pas d accord sur la duree de la
dysenteric aigue; et, nous 1 avons dit, c est en vertu d un simple compromis et
independamment de toute consideration basee sur 1 evolution symptomatique,
qu on est convenu d appeler aigue une dysenteric qui dure moins de vingt
jours, la qualifiant de cbronique au dela de ce terme.
4 Meme difference enfm au point de vue anatomique; rien, suivant nous,
de specifique dans la lesion.
Toujours nous avons professe que Finflammation etait ici essentiellement
banale; pour nous, c est une colite, pouvant offrir toutes les manifestations
analomiques de 1 inflammation : catarrhe, exsudats pseudo-membraneux, ulce-
rations, gangrene, etc.
Ici, enfin, ni du cote du sang, ni du cote de la rate, ni du cote des organes
bemato-poetiques, aucune des modifications habituelies rcncontrees dans les
maladies virulentes.
PROPHYLAXIE. Comme 1 etiologie de la dysenterie, sa propbylaxie doit etre
multiple, et s adresser en particulier a cbacun des elements morbifiques capi-
taux : mete ores, infection, alimentation vicieuse, alteration des eauxde boisson.
Cette derniere cause est celle pent etre dont la suppression a donne les meil-
leurs re sultats, et uous en avons fourni la preuve dans 1 etude de 1 etiologie de
1 affection. II est certain, pour nous, que la diminution si notable de la dysenterie,
en maintes villes d Algerie qui pendant les premieres armees de 1 occupation
avaient acquis a cet egard une reputation si justement ne faste, est sous la
dependance principule des travaux entrepris pour doter ces villes d eau de
bonne qualite ; travaux que nous indiquaient d ailleurs les vestiges de la domi
nation romaine en Algerie, et en particulier ces restes d aqueducs qui temoignent
aujourd hui encore de 1 importance accordee par les conquerants de 1 epoque a
la purete des eaux consommees dans tous leurs postes militaires. Sous ce rap
port il nous reste encore beaucoup a faire. La filtration des eaux, la precipitation
par 1 alun des matieres en suspension, et surtout 1 ebullition prealable, s impo-
sent dans les localites qui n ont pas la ressource de pouvoir se procurer de 1 eau
de bonne qualite; nous considerons 1 ebullition comme la raison principale de
I immunite acquise par les voyageurs qui, en traversant des pays insalubres,
n ont bu les eaux qu ils rencontraient que sous forme d infusions.
II faut au meme titre, dans tous les pays sujels aUx manifestations de U
dysenterie, veiller a la bonne qualite de I alimentation. II appartiem aux gou-
vernements d assurer l amelioration du regime alimentaire de ces popu
lations assez miserables pour etre frappees de dysenterie dans les pays memes
oil 1 affection, vu 1 insuffisance des conditions de temperature, ne devrait jamais
apparaitre, comme en certains districts de Suede, d Allemagne, en Irlande, et,
chez nous, en quelques departements de 1 Ouest.
A plus forte raison devra-t-on veiller au ravitaillement des troupes exposees
d une maniere toute speciale par leur sejour dans la zone d endemicite de la
dysenterie, et exclure de leur regime, dans la mesure du possible, tous ces
aliments indigestes : biscuit, lard sale, etc., qui parfois en forment la base ; les
68 DYSENTERIE.
/
preceptes de Moise, interdisnnt 1 usage de la viande de pore, sont encore de
notre epoque, et leur application a diminue dans Tine proportion considerable
la mortalite de I armee anglaise aux Indes.
Nous avonsete appele, en 1856, a visiter en Algerie, aux environs de Mas
cara, un bataillon d infanterie travaillant a. la construction d une route, et
atteint d une double epidemic de scorbut et de dysenterie; le changement de
regime, et en particulier la substitution de vivres frais aux conserves distributes
chaque jour, suffircnt pour enrayer cette epidemic.
line indication de premier ordre est la protection de 1 individu, pendant la
saison cliaude, centre toute cause de refroidissement ; nous avons vu, dans
1 etude des causes, que 1 insuffisance de vetements suffisait a expliquer la pre
dilection de la maladie pour certains groupes d individus.
C est surlout la region abdominale qui doit etre protegee ; c est la que la
moindre impression de froicl parail avoir jiour consequence la congestion et les
contractions du gros intestin.
Aussi altarbons-nous une importance singuliere a 1 usage de la ceinture de
flanelle. Nouscroyons que c est a Dewar, medecin en chef de I armee anglaise pen
dant la campagne d Egyptede 1801, qu est du le precepte, mais a titre surtout
curatif, de 1 application sur le ventre de plusieurs doubles de flanelle, appli
cation qui anjourd bui figure en tele des moyens prophylactiques.
G est la un moyen simple, discredite meme parfois, en raison precisement de
cette simplicite, mais qui, suivant nous, constitue 1 un de nos moyens de
defense les plus preeieux centre cette affection.
Nous sommes inlimement convaincu que c est grace a la distribution, faite
aux soldats, de ceintures de flanelle, qu est due, pour une large part, la dimi
nution de frequence et de gravite de la dysenterie dans I armee francaise
d Algerie.
Aussi ne le recommandons-nous pas seulement a 1 attention des niedecins
militaires qui en connaissent toute la valeur, mais surtout a celle du comman-
dement, qui doit veiller rigoureusement a ce que les militaires soient toujours
ponrvus de cette ceinture dans les circonstances pour lesquelles elle leur a ete
distribute.
Les gens de la campagne, par la nature meme de leurs travaux, sont parti-
culierement exposes a Textreme chaleur de la journee et aux refroidissements
du soir et du matin : ils doivent diminuer la somme de leurs occupations
aux cbamps aces divers moments du nyclliemere,et augmenterd autant la dure e
de leur repos a la maison.
Durant les gucrres europeennes, il faut s attacher d une maniere toute spe-
ciale a eviter aux soldats 1 impression glaciale des nuits de bivouac, surtout
pendant la seeonde quinzaine du mois d aout et dui ant le mois de septembre :
a defaut de cantonnement possible cbez l habitant, a defaut de tentes, il importe
de leur creer des abris sommaires en paille, branchages, etc., pour les
soustraire, dans la mesure du possible, aux refroidissements nocturnes.
Ges precautions s imposent d une maniere plus imperieuse dans les pays
chauds, oil le soldat comme 1 habilant devra, pendant la periode bien plus
longue des chaleurs, trouver abri centre 1 abaissement quotidien de la tem
perature.
Les epreuves subies au cap de Bonne-Esperance par 1 arme e Hollandaise,
-n 1805, alors qu elle campait sur la terre nue, celles qu a subies egalement
DYSENTERIE. 69
1 armee franeaise d Egypte (1798-1801) dans les memes conditions, et qu elle
retrouve encore en Algerie chaque fois que pendant la mauvaise saison clle est
obligee de quitter ses cantonnements, demontrent la necessite de 1 installation
des troupes dans des casernements bien installes.
Contrairement a la prophylaxie des epidemics de fievre typhoide, de fievres
eruptives, la prophylaxie de la dysenteric reclame la rentree des troupes dans
leurs quartiers; il en est de cette derniere affection comme de la fievre inter -
niittente : il faut quitter la campagne et revenir en ville.
Les soldats y trouveront non-seulement une protection plus complete centre
les influences atmospheriques, mais encore le repos, des eaux de consommalion
plus pures, et le plus souvent aussi moins de chances d infection par les residus
excrementit ; els.
C est surtout a 1 infection du sol par le sejour prolonge de masses humaines
que les generaux remains attribunient le danger des Camps permanents, for-
mulant comme une regie absolue la necessite de changer frequemment 1 empla-
oement des troupes.
En 1745, dit Pringle, le flux de vcntre fut moins dangereux qu on ne
I avait jamais vu auparavant ; on en altribue la cause non-seulement a la frai-
cheur de la saison, mais encore aux frequents changements de camps, pendant
que 1 armee etait le plus en proie a celte maladie. On laisse ainsi derriere
soi, avec les prive s, la paille pourrie, et toutes les autres immondices du
camp.
Quand on est oblige de rester sur place, la plus rigoureuse surveillance doit
etre exerce e sur les feuillees servant de latrine : tous Jes jours les matieres
devront etre recouvertes d unecouche deterre; si les circonstanceslepermettent,
on substituerail avantageusement a ces feuillees des tonneaux mobiles garnis
comme ceux du systeme Goux ; renouveles chaque jour et places au voisinage
des tentes, ces tonneaux seraient plus accessibles aux hommes que les feuillees,
et protegeraient ainsi le sol du camp centre les souillures les plus dangereuses.
II en sera de meme de la population des campagnes : c est a la purete des
eaux, a la suspension des travaux pendant les heures les plus chaudes du jour,
a la suppression des foyers putrides locaux, autant de mesuresdontrapplication
rapprochera 1 habitant des campagnes de celui des villes, qu on aura recours
contre les epidemics de village.
Dans notre Traite des maladies e pide miques, nous avons rapproche la
dysenterie du cholera au point de vue de sa prophylaxie, en la considerant,
elle aussi, comme justiciable d un traitement preventif.
Elle est precedee, en effet, au moins dans 1 immense majorite des cas, d une
phase parfois assez longue de diarrhee qu on peut egalement qualifier de pro-
djx>mique ou premonitoire.
Aussi eslimons-nous qu en cas d epidemie de dysenterie, soit dans un village,
soit surtout dans une agglomeration soumise a une regie commune, comme la
population d une ecole, d un lycee, d un regiment, il y a lieu d instituer un
service de visiles medicales en faveur de ceux qui sont atteints du moindre
derangement intestinal.
Par des moyens simples et efficaces en cette periode, enveloppement du
ventre dans la flanelle, administration d opium et de bismuth, a doses ordi-
naires, on aura bien des chances d enrayer le developpement complet de la
maladie.
70 DYSENTERIE.
Cette methode calmante nous parait beaucoup plus certaine que 1 administra-
tion preventive de purgatifs, moyen que je considere, avec Stoll, comme aussi
imprudent en celte circonstance que dans la prophylaxie du cholera.
TRAITEMENT HYGIENIQUE. Quand les malades ont ete atteints de dysenterie
dans nos climats tempere s, c est-a-dire sous 1 influence de causes en general
transitoires, qu en outre ils ont pu etre installes immediatcment en des maisons
a 1 abri des influences meteoriques, il n y a pour eux aucune indication de
deplacemenls, qui ne pourraient qu augmenter leur fatigue et peut-etre aggraver
leur maladie.
II en est tout aulrement des circonstances dans lesquelles 1 individu atteiut
continue a vivre dans un foyer dysenterique, soit dans les pays chauds, par
exemple, ou 1 influence morbide qui 1 a frappe va persister encore pendant une
longue periode, soit dansun camp ou le malade demeure soumis aux conditions
speciales d insalubrite dont il estdeja la victime.
Une des premieres conditions a remplir, c est de soustraire 1 individu a
1 influence du foyer ou s est developpee son affection, et ou elle continue a
s aggraver.
Dans notre Traite des maladies e pide miques, nous avons, d autre part, rap-
proche (p. 949) la dysenterie des fievres intermittentes au point de vue des
regies administratives qui s imposent alorsuon-seulement a 1 egard de ceux qui
en sont menaces, mais encore a 1 egard des malades.
Ces deux affections offrent, en effet, ce caractere commun qui les distinguent
de la plupartdes autres maladies populaires, de s attenuer : \ par 1 evacuation
de la campagne sur la ville, evacuation en rapport avec 1 e tiologie de chacune
d elles, et absolument inverse des deplacements reclames par la plupart des
maladies specifiques : fievre typhoide, fievres eruptives, etc. ; 2 par le rapa-
triement des malades, leurretour des climats chauds dans les climats tempe res.
Mais 1 application de ces mesures est specialement delicate quand il s agit de
dysenteriques, dont le rapatriement exige des precautions toutes speciales en
rapport avec I extreme affaiblissement des malades et 1 aggravation possible
de leur etat sous 1 influence des moindres fatigues.
Dans ses Notes pour servir a Fhistoire de I arme e d ltalie, Desgenettes rap-
porte un exemple lamentable des souffrances imposees, malgre ses protestations,
pendant la campagne de 1792, aux soldats atteints de I epidemie qui regnait
alors sur toute 1 armee : Les militaires atteints de cette cruelle maladie, aux
avant-postes, etaient force s, la plupart, de faire dix, quinze lieues de marche,
et souvent davantage, avant de trouver des secours suivis. On les transportait,
malgre nos vives remontrances, qu une insouciance homicide traita souvent
d importunites, on les transportait sur des chariots decouverts, dans les heures
les plus brulantes du jour. Accables de tant de souffrances, a peine arrivaient-
t-ils dans les hopitaux fixes qu ils creusaient dans leurs paillasses une espece de
fosse ou, mornes, silencieux, immobiles, ils paraissaient attendre patiemment la
mort.
Le transport, par terre, du dysenterique, devra s effectuer dans les conditions
qui le garantiront, de la facon la plus absoluc, contre toute cause de fatigue ou
de refroidissement.
Au point de vue du mode de rapatriement, la dysenterie se rapproche encore
de fievres intermittentes, par Theureux effet sur les malades du sejour en mer,
et par consequent du retour par les voies maritimes.
DYSENTERIE. 71
Le passage suivant de Fournier et Vaidy (art. DYSENTERIE) nous en fournit
des preuves :
Ceux qui sont ne s en Europe n ont d autres moyens de guc rison que d y
retourner, lorsque leurs forces leur permettent encore de supporter ia navi
gation. Les Europeens dans la vigueur de l age, et bien qu acclimates a Saint-
Domingue, y sont ne anmoins exposes a la dysenterie chronique ; il est rare qu ils
en guerissent, s ils ne se decident a retourner dans les contrees septentrionales.
Mais aussi 1 expedient est infaillible, et souvent a peine le vaisseau cingle-t-il
vers les mers du Nord, que les dysenteriques cntrent en convalescence. Le meme
inoyen qui convient aux dysenteries chroniques de Saint-Domingue, c est-a-dire,
le relour vers un climat tempere, est egalement favorable a celles qui se deve-
loppent dans tous les lieux de la zone torride et les pays tres-cbauds. Le fait
suivant, qui nous a ete communique par M. le professeur Desgenettes, en con-
firmant noire opinion, paraltra d un grand interet au lecteur. Quatre cents
hommes de 1 armee francaise, en Egypte, etaient affectes d une dysenterie chro
nique, portee a son dernier periode ; ces malheureux, extenues par cette cruelle
maladie, furent embarque s dans le port d Alexandrie, pour etre conduits en
France. L t tat deplorable dans lequel Us etaient ne permettait guere d esperer
qu ils revissent jamais la terre natale ; cepcndant leur perte etait certaine, s lls
lestaient sous 1 influence du climat auquel leur maladie etait due. Le vaisseau
mil done a la voile : dix-neuf de ces moribonds succomberent dans les premiers
jours de la traversee ; mais le mouvement de la mer fut favorable aux autres, et
tous etaient en pleine convalescence, lorsque le vaisseau relAcha a 1 ile de Malte.
A leur arrivee en France, ils etaient entierement retablis. Ce fait est vraiment
extraordinaire, mais il est autbentique, et le temoignage deM. Desgenettes, dont
on connait la ve racite, ne peut etre revoque en doute. Ce savant pense que 1 ap-
procbe d un climat plus tempere et moins insalubre, et que 1 atmosphere nou-
velle dans laquelle se trouvaient les dysenteriques, pendant la traversee, n ont
pas seuls contribue a leur re tablissement, mais que les oscillations du vaisseau
y ont puissamment concouru, en determinant des nausees, des vomissements,
qui ont interverti le mouvement peristaltique excessif des intestins.
Nous estimons pour notre compte que, pour expliqner ce benefice dusejouren
mer, il y a grand lieu de tenir compte de 1 egalite relative de temperature de
1 atinosphere maritime, ou se trouvent si notablement reduitesles oscillations du
nyctbemere, causes principales, a terre, des recrudescences nocturnes eprouvees
par les malades.
Mais il ne faut pas s exagerer, en la regardant comme absolue, 1 heureuse
influence de toutes les traversees, surtout s il est question de groupes conside
rables, comme les malades d une armee; des dysenteriques embarques a Alger,
a une epoque trop avancee de 1 annee, et laisses sur le pont, faute de place dans
J interieur du batiment, ont subi une notable aggravation de leur etat.
L installation, a bord, des malades, et de ceux surtout qui reclament des soins
incessants, est loin d etre aussi confortable qu on 1 admet en general ; Le Roy
de Mericourt en a donne la preuve dans ce Dictionnaire (voy. art. NAVIGATION).
Nous savons d ailleurs tout ce qui peut se developper d insalubritc a bord des
navires. Cette insalubriteest parfois plus redoutable que celle des plus miserables
demeures, car nulle part autant que dans certains navires 1 homme n a ete
place au voisinage force de foyers d air confine et d emanations putrides dont les
pide mies de dyseuterie a bord des bailments negriers nous paraissent avoir ete
72 DYSENTERIE.
sou vent la simple consequence. Le navire,en effet, recueilleet conserve dans ses
flancs la plupart dc ces elements de decomposition organique qui s accumulent
partout autour de I homme ; elements soumis parfois a une temperature eleve e,
soumis toujours a des mouvements qui mulliplient la masse d emanations des
liquides infects renfermes dans la cale.
Comme dans les villes assiegees, I homme reste plus completement au contact
de tous les dangers dont il est 1 origine, et dans son etiologie la dysenteric des
vaisseaux se rapproche de la dysenteric obsidionale elde celle des camps.
G est dire combien doivent etre rigoureusement appliquees les prescriptions de
1 hygiene a bord des batioients charges de ramenerde loin de nombreux dysente-
riques, et combien il importe de veiller a leur appropriation.
Sous ce rapport il y a beaucoup afaire en France ; si nous avons parfois installe
dans quelque rade des navires qui, amenages specialement en vue de leur desli-
uation nosocomiale, ont constitue, au voisiuage de certains cotes insalubres, des
hopitaux flottanls, precieux pour un nombre limite de malades, il nous arrive
trop souvent, au retour des expeditions d outre-mer. de consacrer des bailments
en marcbe, n ayant recu aucune appropriation spe ciale, au rapatriement d un
nombre de malades et de cacbectiques trop considerable pour ne pas compro-
mettre leur bien-elre individuel et leur innocuite reciproque.
II faut veiller enfin a ne pas ramener trop brusquementvers le nord, et pendant
la saison froide, les individus attaints de dysenteric dans les pays chauds. Beau-
coup de ces malheureux sont venus de nos colonies, par exemple, succomber en
vue des cotes de France, tues par le froid de 1 atmosphere continentale.
11 importe, pour ne pas augmenter les dangers de semblables transitions, de
cboisir alors, comme points d atterrissement des vaisseaux charges de dyseiUe-
i iques, les localites les plus meridionales du territoire, et, pour la France en
particulier, les ports de son littoral mediterraneen.
Comme organisation nosocomiale, il faut a ces malades une installation qui
leur cree un abri aussi complet que possible centre les refroidissements, et sup-
prime pour eux, grace al uniformile de la temperature, le danger des oscillations
thermiques du nycthemere.
Une chose, dit Stoll, qui rend le traitement fort difficile, c est que les malades
en se levant presque continuellement, peu couverts, les pieds nus, et dans des
nuits le plus ordinairement froides, renouvellent de temps en temps la cause de
leur maladie, je veux dire*le refroidissement. De la vient aussi qu ils eprouvent
tant de soulagement lorsque, restant constamment dans leurs lits, ils rendent
leurs selles dans un bassin qu on glisse sous eux, et qu on leur rechauffe le
ventre avec des cataplasmes cliauds (Stoll, Me decine pratique, trad. Mahon r
t. Ill, p. 290).
Nous considerons, nous aussi, comme de la plus haute importance, 1 entretien
autour du malade, surtout s il doit quitter son lit pour satisfaire a ses frequents
besoins, d une temperature uniforme et suffisamment elevee ; mais il importe,
dans les hopitaux surtout, et en temps d epidemie dysenteriqne, de bien veiller
a ce que ce maintien de la temperature des salles ne s oppose pas a une aeration
qui doit etre aussi liberale que possible. Nous avons dit combien l encombrement
etait prejudiciable aux dysenteriques et avail eu sa part dans la manifestation
des fievres malignes observees par Zimmermann, Stoll, Gilbert.
Nous avons eu nous-meme 1 occasion de constaler le danger des accumulations
de dysenteriques dans un meme hopilal; c etait pendant 1 ete 1859, au moment
DVSENTERIE. 75
ou 1 arinee franoaise, rentrant de Lombardie, vint camper au voisinage de Paris,
atteinte de dysenterie conlractee pendant Ja campagne qu elle venait d accomplir.
Sous 1 influence du grand nombre de militaires envoyes a 1 hopital militaire
du Yal-de-Grace pour cette affection, de graves modifications se mauifesterent
dans 1 etat des autres malades de 1 hopital, ou la rougeole qui regnait alors prit
une insignegravite, el ou se developpa une epidemic de diphtheric; cette observa
tion confirms encore I opinion de Stoll sur le danger d infeclion causee par les
dejections dysenteriques, point de depart, suivant lui, non pas de la dysenterie
elle-meme, mais des maladies putrides, des maladies d hopital (voy. Stoll, Mede-
cine pratique, t. Ill, p. 287).
Le dysente rique peut d ailleurs subirsans grand inconvenient les legeres varia
tions de temperature qu entrainerait la ventilation des locaux ou il est installe,
a condition de ne pas quitter son lit, ou de ne le quitter que bien velu, et d y
etre chaudement couvert, et entoure d appareils calefacteurs. Cette derniere
recomniandatiou est capitale; elle fait, pour nous, partie de la medication, ct
nous eslimons qu il faut lui faire bonneur, pour utie large part, dans les cas
legers, des succes attribues aux medicaments simullancment donnes.
Dans les formes plus graves, la protection du maladc centre les causes de
refroidissement doit etre encore plus rigoureusement surveillee ; il faut hitter
centre toute chance de refroidissement peripherique, et maintenir autant que
possible la temperature a sa moyenne normale sans cbercber cependant ici a
provoquer, comme dans les formes legeres, la transpiration par [ application de
moyens calefacteurs Irop energiques, qui auraient le double inconvenient
d augmenter la soif et la prostration des malades.
Sous ces divers rapports, le traitement hygienique de la dysenterie se rap-
[Jioche de celui du cholera; iloffrea\ec ce dernier un autre caractere commun,la
necessite de la suppression aussi rapide que possible des dejections intestinales.
Dans les villages, dit Zimmermann, je faisais emporter les excrements hors des
maisons, lorsque je pouvais, et je les faisais enterrer dans des fosses profondes
faites expres dans les prairies eloignees, et toutes les fois on recouvrait la fosse
d uneterrefraichemenl remuee i> (Zimmermann, Traite dela dysenterie, p. 540).
Puissent de pareilles prescriplions, formulees il y a plus de cent ans, a 1 epoque
ou il semble que i hygiene n ctait pas encore nee, trouver quelque chance
de realisation dans nos malheureux villages de Bretagne oil le fumier des rues,
le receptacle babituel de ces dejections, devient I intermediaire de 1 infection
de 1 atmospliere et des eaux consommees par les habitants.
Dans les bopitaux, les selles devront etre neutralisees par les disinfectants
places a 1 avance dans les vases, et immediatement sequestre es.
La determination du regime alimentaire des dysenteriques est extremement
delicate, comme d ailleurs celle du regime de tous les malades atteints d une
affection grave du tube digestif.
L apyrexie babituelle du dysenterique, apyrexie d ou resulte la conservation de
i appetit, et d autre part 1 exquise susceptibilite du gros intestin, dont les con
tractions sont provoquees non-seulement par le contact accompli des substances
alimentaires ingerees, mais par leur ingestion meme, une epreinte succedant
immediatement a 1 introduclion de la moindre quantite d aliment solide ou de
liquide, viennent augmenter d une maniere speciale cette difficulte.
En premier lieu, il importe de ne donuer aux malades que tres-peu d aliments
et de les engager a manger aussi peu que possible a la fois.
74 DYSENTERIE.
II est sage, en second lieu, suivant les preceptes de Delioux de Savignac, de
recourir aux aliments dont la digestion doit etre consommee dans 1 estomac,
comme la plupart des substances proteiques et albumino ides : chairs musculaires,
pates riclies en gluten, oeufs, etc.
L emploi des oaufs figure a titre de medicament antidysenterique en bien des
pays : Blankaart recommandait comme boisson la biere sucree dans laquelle on
avail delaye des jaunes d oeufs (Eierbier des paysans saxons). Broussais con-
seillait les oeufs parce qu ils ne donnent lieu, dit-il, a aucun residu fecal. En
revanche, on rejetlera de 1 alimentation les legumes aqueux ou farineux, les
viandes chargees de graisse, celle de pore en particulier.
Delioux de Savignac comprend, dans la meme exclusion, diverses substan
ces, dont quelques-unes cependant ont joui d une veritable vogue, comme,
par exemple, le riz, les fruits acides, et en particulier les raisins, que Zimmermann
conseillait aux malades. Nous eslimons que ces fruits peuvent etre donnes non
pas en abondance, de fagon a constituer la pretendue cure de raisin, mais en
petites quantites, comme d ailleurs les autres fruits susceptibles de calmer la
soif, citron, oranges, etc.
Parmi les fruits cuits, il en est un, la pomme, qui nous a semble toujours
acceptee sans danger et avec plaisir par les malades.
II en est des boissons comme des aliments ; il est sage de ne les administrer
qu en petites quantites a la fois, mais souvent repe tees.
Dans la dysenteric chronique, 1 emploi ou tout moins 1 essai du regime lacte
s impose d une maniere toute particuliere. Les observations modernes ont fait
justice des apprehensions de Zimmermann, et rendu non-seulement au regime,
mais a la therapeutique de la dysenteric, 1 usage du lait recommande de ja par
Hippocrate, et dont plusieurs praticiens eminents, Sydenham, Pringle, avaient
aussi reconnules avantages. Ge dernier medecin, pour en favoriser la digestion,
y ajoutait une certaine quantite d eau de chaux, indication conformed la pratique
de nos contemporains, qui augmentent la digestibilite du lait en associant a cc
liquide des principes alcalins, specialement de 1 eau de Vichy, afin d attenuer
1 acidite du sue gastrique (voy. Dujardin-Beaumetz, Lemons de clinique thera
peutique, t. I, p. 315).
Quant le lait est supporte dans la dysenterie chronique, et on y parvient en
general en 1 administrant d abord, comrne toute autre boisson, a petites doses
frequemment repetees, on peut arriver a retablir la diete lactee, comprenant les
potages an lait et plusieurs litres de ce liquide dans la journee.
L emploi du lait n est pas limile a la dysenteric chronique: Berenger-Feraud
a ete amene a 1 employer dans la dysenterie aigue, soit pur, soit e tendu d une
certaine quantite d eau, et en a obtcnu d assez bons resultats pour le considerer
comme un des agents les plus certains de la guerison.
G est egalement au traitement de la dysenterie chronique que convient le
regime de la viande crue ; pas plus que le regime lacte celui-ci ne constitue un
moyen specifique, car il est aussi bien indique dans les diarrhees chroniques de
causes varie cs que dans la dysenterie. Comme pour le lait, il faut tenir compte
ici aussi des aptitudes personnelles des malades, dont les uns non-seulement
accepteront la viande crue, mais en profiteront immediatement, dont les autres
seront absolument refractaires a ce mode d alimentation. A ces derniers pourra
convenir le jus de viande ou le bouillon concentre, soigneusernent de graisse.
Quant aux alcooliques, ils ne doivent etre prescrits qu avec grande reserve.
DYSENTERIE. 75
surtoutau point de vue du choix ; les vins reconstituanls du Midi, vinde Banyuls,
<le Saint-Raphael, les vieux vins de Bordeaux, sont egalement recommandables, a
condition d etre consommes a petites doses.
TRAITEMENT PHARMACEUTIQUE. Le traitement de la dysenterie a varie natu-
rellement aux diverses epoques, suivant 1 opinion qu on s est faite de la nature
de la maladie ; mais malgre les progres de la science, et en particulier malgre
les lumieres jetees sur cette maladie par la notion moderne de son anatomie
pathologique, 1 accord est loin d exister entre les praticiens, et Ton pourrait,
en ce siecle meme, trouvcr 1 application des reflexions qu inspiraient les dissen-
timents de ses contemporains a I historien de 1 epidcmie Nimegue :
Alter vomitoria, purgantia, vence sectiones suadet, alter quam maxime
damnat; hie dysteres recipit, alter releyat; hie adstringentia, bezoardia et
sudorifera commendat, alter rejicit; hie opiatis summas et singulares vir-
tutes tribuit, alter nihil aut parum illis confidit, etc. (Degner, Hist. med. de
dys. bil. cont. qnce 1756 JSeomagi, etc., p. 89).
II est juste cependant de reconnaitre qu a 1 epoque actuelle la predilection
<lu medecin pour tel ou tel medicament ne va plus jusqu a 1 exclusion absolue
des remedes pre conises par les autres observateurs, et que plus on avance, plus
on tend a se convaincre que les indications therapeutiques varient singulicrement
noa-seulement suivant la forme et le degrc de la maladie, mais encore suivant
la date de son evolution, de facon a inspirer au praticien recours parfois simul-
tane a des medications tres-differentes enlre elles et meme presque opposees.
Ce sont ces medications que nous allons successivement etudier.
Medication calmante. Le but de cette medication est d enrayer les douleurs
et les contractions intestinales; ses moyens sont les emollients, les narco-
tiques et les antiphlogistiques.
Les emollients s adressent soit a la surface intestinale elle-meme sous forme
de tisanes etde lavements, soit a la surface cutanee : cataplasmes, fomentations,
bains de siege, ou bains generaux.
Les boissons babituellement administrees sont les tisanes mucilagineuses et
feculentes : solution de gomme, decoction de riz, de mie de pain, qu il est
bon d aromatiser avec un peu d eau de fleurs d oranger, de menthe, de cannelle,
pour les rendre plus acceptables a bien des estomacs qui ne pourraient supporter
des preparations aussi insipides.
L association a ces tisanes de phosphate de chaux, comme dans la de coction
blanche de Sydenham, en augmente la consistance et semble repondre a la
pensee de lubrifier la paroi intestinale au moyen d un vernis protecteur.
G est ainsi que parait agir le sous-nitrate de bismuth que depuis son inscrip
tion dans nos formulaires nous avons toujours administre a cette periode de la
maladie; il en est de meme du bol d Armenie, de la craie, des ecailles
d huitres, etc.
La gelatine a etc donnee dans le meme but ; suivant Hufeland, les medecins
de son epoque administraient meme de preference la colle forte du commerce.
La cire a ete pre conisee par nombre d auteurs, associee soit au lait, soit a
l esprit-de-vin, et plusieurs d entre eux, Arnold, Hoffmann, Haner, en auraient
obtenu des succes remarquables.
De ces preparations se rapproche la formule de Mondiere, qui, pendant 1 epi-
de mie de Loudun en 1832, a eu recours a 1 emploi de 1 albumine a haute dose,
1 administrant sous forme de blancs d osuf (10 par litre) battus dans 1 eau, puis
70 DYSENTERIE.
sucres et aromatises a la fleur d oranger; 1 auteur prescrivait simultanement
des lavements prepares de meme, de facon a administrer au total de 20 a
30 blancs d ceuf par jour; les succes ainsi oblenus auraient ete merveilleux et
nous paraissent tenir surtout a 1 effet des lavements, car il n est guere admis
sible que l albumine ingeree par la bouche soil arrive e sans modification j usque
dans le gros intestin.
Les lavements emollients soil a 1 eau tiede, soit a la decoction d especes
emollientes, soit a l amidon, administres a liautes doses et frequemment repetes,
ont etc conseilles par certains auleurs, qui out considere comme d une grande
importance le lavage du gros intestin et la suppression aussi frequente, et aussi
complete que possible, des secretions morbides deposees a sa surface.
On a meme invente, dans ce but, des appareils destines a porter tres-haut,
par 1 introduction de tubes dans le gros intestin, les liquides de ces lavements.
C est la une erreur, erreur souvent dangereu^e et en tout cas, dans ses appli
cations, tres-penible pour le malade; rien n est fatigant pour lui comme la
repetition frequente de ces manoeuvres et la douleur anxieuse cbaque fois pro-
duite par 1 introduction de la canule; sans parler de 1 irritation des plaies
intestinales, qui avoisinent 1 anus, quand 1 operation est confiee a des mains peu
expertes ouindifferenles. Mais, en outre, ces lavements, par leur masse, excitent
les contractions intestinales, et sont presque aussitot rendus sans avoir eu
ccrtainement d aclion dissolvante bien energique sur la couche de rnucus vitri-
forme qui tapisse la paroi intestinale.
Nous sommes done de 1 avis de Fournier et Vaidy quand ils recommandent de
ne jamais injecter plus de 5 ou 6 onces de liquide (150 a 180 grammes);
dc plus nous estimons que 1 operation ne doit jamais etre vepetee coup sur
coup, mais a intervalles de plusieurs beures, afin de laisser au malade, dans la
limite du possible, la quietude qui est un de ses principaux besoins.
Les cataplasmes de farinc de lin, d amidon, de mie de pain, etc., sur 1 ab-
domen, ont rinconvenient de leur pesanteur et de leur deplacement quand le
malade est oblige de se lever ou de s asseoir; ils sont plus nuisibles qu avan-
tageux dans les bopitaux et chez les indigents, ont dit Fournier et Vaidy, en
raison de 1 insuffisance ou de la negligence du personnel qui doit veiller au
maintien de leur temperature.
II sera plus facile et tout aussi efficace d envelopper 1 abdomen de compresses
trempees dans 1 eau tiede, vecouvertes d un tissu impermeable et retenues en
place par un bandage de corps ; nous prefe rons ce pansement aux embrocations
liuileusesapres lesquelles certains praticiens recouvrent 1 abdomen d une couche
epaissc de flanelle et qui procurent en general moins de soulagement aux
malades.
Les grands bains tiedes ont ete conseilles par nombre d auteurs ; Fournier et
Vaidy les placent au nombre des moyens les plus utiles, et, meme dans la forme
inflammatoire de 1 affection, ils leur attribuent une puissance heroiique et en
conseillent radminislration quotidienne. Leur indication dans la dysenteric
cbronique a ete formulee avec la meme conviction, et repond evidemment a
1 etat de la peau qui est seche, encroutee et destituee de ses lonclions.
Nous engageons neanmoins les praticiens a n employer les bains qu avec une
extreme prudence, et en entourant le malade de toutes les precautions voulues
poureviterla moindre cause de refroidissement; 1 observation, faile par Fournier
et Vaidy eux-memes, des excellent? resullats obtenus de leur emploi chez les
DYSENTERIE. 77
officiers, tandis que 1 etat des simples soldats en etait aggrave, demontre bien la
necessite des soins accessoires dont les malades doivent etre alors entoures.
Ce qui importe surtotit, c est de les debarrasser aussi completcment que pos
sible de toute trace d humidite, et de les envelopper chaudement assez vitepour
leur eviter toute chance de refroidissement pendant leur passage du bain
dans le lit.
C est pour celte raison, crainte du refroidissement, que nous avons presque
touiours hesite a prescrire des bains de siege preconises cepcndant par nombre
d auteurs, et pendant la duree de<qucls il est difficile d eviter au malade 1 im-
pression dufroid peripherique aussi complelement que par 1 immersion complete
dans un grand bain.
Nous ne les avons conseilles que dans les cas de tenesme anal spe cialement
douloureux, s accompagnant de tenesme vesical.
C est a ces bains de siege que Segond associait avec avantage une certaine
quanlile de vinaigre, methodc qui rapproche en somme cette medication de la
medication revulsive.
Le refroidissement considerable de la peau dans les formes graves de dysen
teric aigue, sa secheresse et la suppression de ses functions dans la dysenteric
chronique, la coincidence habituelle de 1 amelioration des symptomes quand se
manifeste de la diaphorese, out fait recourir parfois a 1 emploi des bains de
vapeur; en faisant figurer ces bains au nombre des moyens ressortissant a la
medication calmante, nous nous eloignons des praticiens qui ont voulu les
employer a titre d excitanls, de derivatifs cutanes, etqui, cherchanf a produire de
ve ritables sndations, sans s arreter a la pense e de 1 affaiblissement conseculif
du malade, sont alles jusqu a vouloir en seconder 1 action par [ administration
a haute dose de boissons chaudes et diaphoretiques.
Nous pensons que ces moyens ne doivent etre administres qu avec la plus
grande reserve : nous donnons volontiers a ces malades du the, du tilleul, pour
satisfaire a certaines exigences de 1 estomac, et meme pour hitler contre la
tendance au refroidissement, mais sans en exagerer les doses pour obtenir
la sudation : nous sommes done a cet egard pleinement d accord avec Fournier
et Vaidy quand ils disent : Les sueurs excitees par des moyens violents, quelle
que soil leur abondance, sont bien loin de remplacer cette moiteur qui accom-
pagne souvent la terminaison des maladies aigues, ou qui tempere leur inten-
site, et les substances dont on s est servi pour obtenir ces transpirations arti-
ficielles peuvent devenir funestes en augmentant I irritation et les accidents
inflammatoires . Opinion confonne a cette observation faite par Hippocrate
lui-meme, a savoir que : la sueur chez les dysenteriques etait de bon augurt
dans les cas seulement ou elle n etait pas artificiellement provoqnec.
La medication calmante est completee par le concours d un certain nombre
de medicaments dont le plus important est 1 opium.
II est remarquable de voir ce medicament preconise deja par 1 un des auteurs
qui cependant placaient au premier rang les e missions sanguines, dans la pensee
que 1 indication principale etait 1 evacu.ition du poison renferme dans le sang,
Sydenham, que nous voyons adresser a la Providence ses actions de graces pour
tous les bienfaits qu il avail retires de 1 opium; son contemporain Willis, qui
avait administre 1 opium dans la meme epidemic, en avail egalement obtenu
les plus grands succes. Convictions analogues chez Ettmiillcr, suivant qui il est
tres-difficile, sinon impossible, de remedier a une dy sen terie grave sans opium;
78 DYSENTERIE.
chez Wedel, qui affirme qu on ne peut bien trailer Taffection sans ce medica
ment; chez "Wepfer, qui dit avoir gueri 600 dysenteriques par le seul laudanum
(Wedel, Dissertatio de dysenteria) .
Pourquoi done, en ce siecle surtout, a-t-on vu surgir de si nombreuses oppo
sitions a 1 emploi de ce remede, et a-t-on entendu formuler de si graves
accusations centre son emploi? nous pensons que cela tient surtout a 1 augmcn-
tation du champ d observation de la dysenteric, et particulierement a la diffe
rence des indications qui s imposent, suivant que Ton a a combatlre 1 affection
dans les climats chauds ou dans les climats temperes, et suivant le degre auquel
elle est arrivee.
Ce que nous pouvons affirmer pour notre compte, c est que 1 opium est
pour nous, d apres les fails, leplus precieux des medicaments de la dysenteric;
qu il est puissant surtout dans la zone temperee, et que dans les regions plus
cbaudes il rend encore de grands services quand il est administre au debut de
la maladie.
Nous sommes done loin de nous associer a la maniere de voir des auteurs
qui non-seulement contestent a 1 opium 1 importance du role que lui attribuait
Sydenham, mais qui en outre, dans les quelques circonstances ou ils veulent
bien en conceder 1 usage, pretendent qu il ne doit intervenir que secondairement,
quand, par exemple, il n y a plus qu a calmer 1 irritation intestinale cause e par
1 administration des emeto-catbartiques.
Nous aussi, nous estimons qu a ce dernier litre 1 opium peut rendre de
grands services, et nous acceptons les diverses formules ou il a ete associe a
1 ipeca, au calomel, comme 1 a fait Segond, ou a la rhubarbe, comme 1 ont con-
seille des auteurs allemands.
Mais ce n est la, pour nous, que 1 un des modes d intervention de 1 opium
dans la therapeutique de la dysenteric, et ce n est pas a nos yeux le plus
important.
Les preparations opiacees, en effet, represented 1 element le plus actif, et en
general sulfisant a lui seul, de la me dication calmante ; c est a ces preparations
que nous avons eu presque toujours recours d emblee, soit dans tout le de cours
de la dysenlerie de nos climats, soit au premier degre de celle des pays chauds,
n excluant de leur administration immediate que les malades chez lesquels pre-
dominaient les symptomes de gastricite.
Chez les autres, 1 extrait gommeux d opium, a la dose quotidienne de 5 a
15 centigrammes, ou le laudanum de Sydenham, de 10 a 50 gouttes dans une
potion renfermant 8 a 10 grammes de sous-nitrate de bismuth, a constitue
habituellement notre premiere prescription, secondee par celle de lavements
d amidon opiaces.
Nous nous sommes toujours garde, en cette cale gorie de cas, d administrer an
pre alable, soit un vomitif, soit une purgation, comme beaucoup le font dans
lapensee d eliminer le poison morbide, avant d enrayer par 1 opium les contrac
tions intestinales; nous avons pu voir, au contraire, que chez la plupart des
malades soumis a une purgation pre alable Faction de 1 opium e tait beaucoup
moins rapide que chez les autres.
On a pretendu que c e lait une medication contre nature que celle qui sup-
primait brutalemenl les secretions pathologiques de 1 intestin, que c etait enfermer
le loup dans la bergerie. Suivant nous, ce raisonnement purement doctrinal ne
correspond nullement a la realite des fails, et surtout a la realisation de ce que
DYSENTERIE. 79
nous considerons comme 1 indication capitale : la suspension ou an moins
1 attenuation des douleurs et des contractions intestinales.
Zimmermann critique amerement la pratique d un des medecins rontiniers
de Thurgau qui administrait le laudanum de Sydenham jusqu a ce que le flux
de venire cessat. De cette met bode allaient decouler tous les dangers de la
suppression dece flux : Le premier dedecembre, dit-il, lorsqu on m e crivit ceci
du district de Thurgau, les malades de ce routinicr etaient, sans exception,
presque tous morts d hydropisie, ou dans les plus cruelles douleurs arthritiques ;
quelques-uns n attendaient plus que la morl pour terminer leur triste vie
(Zimmermann, Traite de la dysenteric, p. 544).
Une telle exageration ne doit-elle pas avoir eu son point de depart dans des
considerations d ordre surtout personnel?
En tous cas, nous ne trouvons nulle part ailleurs pareil exemple des dangers
d une methode en laquelle nous placons tant de confiance.
Nous n entrerons pas dans le detail des formules sous lesquelles a ete admi-
nistre ce medicament : theriaque, diascordium, sirop diacode, pilules de cyno-
glosse, etc., qui, fort usitees autrefois, nous paraissent devoir ceder la place au
mode si simple que nous venons d indiquer.
Les cataplasmes laudanises, les onctions sur le ventre avec 1 buile de jus-
quiame et 1 extrait de belladone, sont frequemment employees ; ce n est pas
seulement dans le but de calmer les tranchees qu on a eu recours a ce dernier
medicament, c est aussi dans la pensee de diminuer le tenesme; et plusieurs
auteurs (Delioux, Segond) out pense y parvenir plus directement en faisant
ajouter quelques feuilles de belladone ou meme de tabac a 1 eau des bains de
siege.
Nous avons dit combien il nous repugn ait de prescrire ces bains de siege dans
la dysenteric aigue ; nous avouons n etre pas plus dispose a nous en servir
comme vehicule des medicaments narcotiques. La belladone d ailleurs ne nous
parait pas meriter tout le cas qu en faisait Delioux, pour qui elle avait sur
1 opium le grand merite de ne pas exposer u la constipation; ce pretendu danger
de 1 opium est au contraire, nous le repe tons, un de ses principaux merites
dans le traitement de la dysenteric.
Quant aux autres medicaments calmants, notamment le camphre et le muse,
preconises au siecle dernier, surtout dans les formes adynamiques, ils ne nous
paraissent pas meriter qu on s y arrete.
Ce ne sont pas seulement les narcotiques qui sont appeles a concourir a la
medication calmante; ce sont egalement les antiphlogistiques, et en particulier
les emissions sanguines. L introduction, que nous faisons ici, de ces derniers
moyens au nombre des remedes simplement calmants, demontre immediatemcnt
que nous n attribuons pas aux antiphlogistiques la valeur capitale qu ont pre
tendu leur conferer les auteurs pour lesquels ils constituaient la regie absolue
du traitement, que ce soit Sydenham ouvrant la veine pour faciliter Tissue de
la matiere peccante renfermee dans le sang, que ce soit Broussais demandant a
la saignee la guerison de la phlegmasie intestinale dont il avait si bien d ailleurs
demontre 1 existence.
Ni a 1 un ni a 1 autre de ces illustres maitres nous ne reprocherons les exces
de leurs contemporains, ceux, par exemple, de ce medecin anglais qui, au com
mencement de ce siecle, traitait la dysenteric de la garnison de Gibraltar en
ouvrant la veine le malade etant couche liorizontalement, et laissait couler le
80 DYSENTERIE.
sang jusqu a la syncope, sauf a rcvenir a d autres saignees les jours suivants
(Halloran, Lond. Med. Repos., 1824, n 8).
On a laisse definitivement de cote, et avec juste raison, en cette inflammation
comme en tant d autres, 1 abus des emissions sanguines. Mais faut-il en proscrire
meme 1 usage? Nousne le pensons pas; si la saignee gene rale me rite un abandon
complet, il n en est pas de meme des saignees locales : les applications de
sangsues, au debut de 1 affection, chez les malades nouvellement arrives d Eu-
rope, ont rendu de grands services aux medecins militaires d AIgerie, notamment
a Catteloup et a Cambay, qu on les applique a 1 anus ou 1 ecoulement sanguin
parait devoir degorger. le rescau mesarai que, mais ou les piqures ont eu quel-
quefois, suivant Catteloup, 1 inconvenient de se transformer en ulceres et d aug-
menter, au contact des dejections, le tenesme et la cuisson; qu on les place a
1 liypogastre ou le long du trajet du colon. Lesventouses scarifiees sur 1 abdomen
paraissent produire un cffet pins salutaire encore par 1 adjonction d une revul
sion puissante a 1 ecoulement du sang. Catteloup les appliquait au nombre de
trois a six, sur le trajet du colon et sur les autres points de 1 abdomen ou la
douleur se faisait principalement senlir.
Medication perturbatrice. Nous donnons ce nom a 1 ensemble des moyens
qui, au lieu de concourir directement a la guerison de la dysenterie par 1 atte-
nuation dc la douleur et de la contraction intestinales, paraissent au contraire
redevables de leur efficacite a un mode d action completement oppose.
Ce sont les emeto-cathartiques.
A. Vomitifs. L importance des vomitifs dans le traitement de la dysenterie
est atlestee par le seulfaitdu grand nombre d auteurs qui, a toutes les epoques
de son bistoire, en ont pre conise 1 usage.
Hippocrate deja en conseillait 1 emploi, dans la pensee des resultats avanta-
geux, non-seulement de leurs effets vomitifs, mais de la diaphorese qu ib
produisaient.
Consacres par la pratique de Stoll, Sydenham, Clegborn, Pringle, les emetiques
se maintenaient dans la pratique courante de la medecine au moment meme du
triomphe de la doctrine physiologique. Le moyen le plus opportun au debut de
la dysenterie simple, ecrivaient Fournier et Vaidy en 181 4, est un vomitif, sur
1 efficacite duquel tous les praticiens sont aujourd bui d accord.
Ce qu il imporle de noter cependant, c est qu a cette epoque encore 1 indica-
tion de ces medicaments etait a la fois plus restreinte, et bien moins specifies
qu aujourd bui.
Plus restreinte en ce sens que le medicament n etait donne qu au debut,
comme moyen preparatoire pour ainsi dire et a seule fin d arriver a quelques
vomissements; on conside rait comme une grave imprudence la pratique de
certains medecins qui avaient conseille d administrer Tipeca, a petites doses
repetees, de facon a entrainer 1 etat nauseeux, sans donner lieu a un ve ritable
vomissement, et qui, en somme, disait-on, n etaient ainsi parvenus qu aaugmen-
ter la fatigue et la faiblesse de leurs malades.
Les premiers observateurs des maladies des soldats francais en Algerie
furent extremement sobres de cette me thode. Tres-utiles dans certaines cir-
constances determinees, dit Catteloup, les vomitifs ne doivent pas, suivant nous,
etre employes d une mamere generale, comme traitement fondamental dans
tous les cas nidans toutes les periodes de la dysenterie ; etplus loin il exprime
a leur egard des craintes exagerees : Nous pensons, dit-il, que, si une maladie
DYSEM E RIE. 81
a besoin de ne pas etre troublee par des moyens violents comme les vomitifs,
ce doit etre une dysenterie legere qui guerit toujours par le moyen d aaents
therapeutiques les .plus simples. Lorsque 1 action de 1 emetique et de 1 ipeca-
cuanha est salutaire, elle s explii|iic par une reaction directe sur 1 eslomac et
par une modification dc 1 exhalation intestinale, et, secondairement, par une
diaphorese sur 1 ensemble de 1 organisme. Mais, lorsque la maladie est trop avan-
cee, lorsque 1 inlestin colon est le siege de profonds desordres, pourra-t-on
altendre les memes succes d une revulsion sur la partie superieure du canal
digestif? ne s exposerait-on pas memo a provoquer une pcritonite mortelle par
les secousses abdominales, dues a des vomissements penibles, repetes? Les
vomitifs ont un grand inconvenient, c est de trop epuiser par leur stimulation
le pen de forces dont les malades ont besoin, ou bien d ajouter une nouvelle
inflammation conlre laquclle 1 economie, at faiblie par la fatigue et la maladie,
aurait beaucoup de peine a reagir. Donne s imprudemment dans la dysenterie,
ce sont les agents therapeutiques qui nous ont paru produire les accidents les
plus graves.
II y avait, d autre part, grand desaccord sur la determination des vomitit s
a employer.
Des son entree dans la matiere medicale, 1 ipeca avait ete accueilli avec
un enthousiasme qui lui avait fait decerner le nom de radix </>iti<lt/sen-
lerica; le livre de Pison (De Indice ntriusque re naturali et medica), qui
en revelait 1 existence et les vertus medicales, la guerison du dauphin, Ills
de Louis X(V, par Daquin, a qui Helvetius avait fait connaitre la composition
de son remede, avaient valu subitement au nouveau medicament une immense
notoriete.
Nombre de praticiens en firent le specifique de la dysenterie, lui attribuant
contre cette maladie une puissance analogue a celle du quinquina dans le
traitement des fievres intermittentes.
La reaction ne devait pas manquer de se produire; Pringle, Saunders, Boker,
chercherent a demontrer la superiorite des antimoniaux, et, au commencement
de ce siecle, 1 ipeca etait en general considere comme n ayant pas une action
curative notablemenl superieure a celle des autres vomitifs : Celte substance,
disent Fournier et Vaidy, qui naguere a ete preconisee comme le remede speci
fique de la dysenterie, est aujourd bui plus justement appreciee par les praticiens,
et ils se bornent a la ranger parmi les vomitifs les plus convenables au traite
ment de la maladie ; et le comparant plus specialement a 1 emetique, ils
ajoutent : Nous pensons, apres vingt annees d experiences, quele tartre stibie
et 1 ipecacuanha, consideres comme vomitifs, sont egalement convenables;
cependant le tartre stibie, agissant comme purgatif d une maniere plus marquee
que 1 ipecacuanha, merite sans doute de lui etre prefere lorsque les dejections
sont nulles on peu abondantes; si, au contraire, le flux est considerable, 1 ipeca
cuanha semble etre le vomitif le mieux indique (art. DysENTERiE, in Diction-
naire des sciences medicales, t. X, p. 374).
Sous ce dernier rapport, la question a fait certainement de grands progres ;
s il y a encore aujourd hui des praticiens, et nous avouons etre de ce nombre,
pour lesquels 1 indication des vomitifs doit etre limitee a certains cas determines,
comme la dysenterie a reaction febrile et a symptomes gastriques tres-marque s,
ainsi que le pensait Stoll (Me decine pratique, t. I, p. 121), il y a presque una-
nimite dans la preference accordee a la racine d ipecacuanha ; et quoique cette
DICT. ENC. XXXI. 6
82 DYSENTERIE.
interpretation ne soit pas acceptee de tous, nous pensons que cette preference
est due a ce que 1 ipeca ne purge ni n affaiblit comme le tartre stibie.
C est aux travaux de nos collegues de la flotte qu il y a lieu d attribuer pour
une large part la reputation de superiorite definitivement acquise au premier de
ces medicaments; c est par leurs observations qu ont ete confirmees les vertus que
lui attribuent, depuis plus de deux siecles, ceux qui ont eu a trailer la maladie
dans les pays chauds.
II ne s agit pas seulement ici de 1 administration de 1 ipeca a dose vomitive,
au debut de 1 affection, prescription qui, encore une fois, possecle a nos yeux,
dans les cas que nous venons d indiquer, une utilite incontestable : il s agit de
son administration gene rale a tous les cas et, dans chacun d eux, continue e pen
dant plusieurs jours, parfois jusqu a la guerison.
Parmi les differentes methodes, la plus celebre est celle de 1 ipeca a la bresi-
lienne, dans laquelle le medicament, d apres Delioux de Savignac, se prepare
de la maniere suivante :
On prend une quantite donnee de poudre d ipeca, 2 a 8 grammes, suivant
1 energie des effets a produire ou la gravite des cas, ordinairement et terme
moyen, 4 grammes; on la depose aii fond d un vase de verre, et Ton verse
par-dessus 250 a 500 grammes d eau bouillante]; on laisse 1 eau et la poudre
en contact pendant dix a douze heures. Au bout de ce temps, on decante avec
precaution la liqueur qui surnage, et Ton jette sur le marc une nouvelle et
meme dose d eau bouillante. On laisse encore en contact pendant dix a douze
heures et Ton opere la decantatiou, toujours en re servant le marc. On fait ainsi
une troisieme et rarement une quatrieme infusion.
Quant a 1 administration et aux effets produits, nous empruntons encore au
meme auteur les citations suivautes :
La premiere infusion, surtout si elle est bue d un seul coup ou a coups
rapproches, determine presque constamment le vomissement que Ton favorise ea
faisant boire plusieurs verres d eau tiede. II survient aussi, assez ordinairement,
des selles nombreuses ; les selles sont parfois d autant plus nombreuses que les
vomissements sont moins abondaiits, ou reciproquement.
La seconde infusion amene rarement des vomissements, surtout lorsque Ton
n a employe qu une faible dose de medicament, 2 grammes, par exemple, mais
elle provoque des nausees. Le nombre des selies n est pas aussi sensibleraent
accru que sous 1 influence de la premiere infusion; il est souvent diminue .
La troisieme infusion ne fait presque jamais vomir, et tres-souvent meme
elle ne produit aucune nausee ; le nombre des selles diminue ou reste station -
naire.
Dans les dysenteries plus graves, trois infusions d une dose de 2 a 4 grammes
peuvent suffire pour modifier les evacuations alvines et amender la maladie.
Dans les cas contraires, on revient a une ou deux nouvelles series d infu-
sions.
Les vomissements et les purgations procures par les infusions bre siliennes
ont certainement leurs avantages. Cependant il n est pas rigoureusement neces-
saire de rechercher ces evacuations ; et c est meme la plus remarquable propriete
de 1 ipeca dans la dysenteric de moins augmenter le nombre des evacuations
alvines que de les modifier dans leur nature. Ce medicament determine souvent
avec plus de rapidite, et d une maniere plus durable qu a 1 aide des purgatifs,
le retour du caractere fecal des matieres : aussi, en commencant la medication
DYSENTERIE. 85
par I ipeca, peut-on obtenir une amelioration si prompte que les purgatifs
deviennent ulterieurement inutiles.
L avantage de la methode bresilienne est de temperer Faction puissante de
1 ipeca en la prolongeant par des infusions de plus en plus affaiblies, et de
combiner ses proprietes vomitives, purgatives, et ulterieurement modih catrices
des secretions inteslinales. Elle raerite done de rester dans la pratique.
Malgre sa confiance en cette methode, Delioux de Savignac recourait de
preference a la formule suivante :
i 1 oudre d ipeca 4 grammes.
Failes bouillir cinq minutes dans :
Eau 300 grammes.
Fillrez, ajoutez a la liqueur :
Sirop d opium . 50 trammes.
Hydrolat de cannelle 50
A prendre par cuillerees d heure en heure, ralentir en cas de nausees ou de vomissemenls.
Et ici la confiance de 1 auteur est plus absolue encore; elle s eleve au degre
de conviction inspiree par les medications specifiques les plus inconlestables :
L ipeca, dit-il, me parait agir, surtout lorsqu on 1 administre d apres la
methode queje viens d exposer, comme une sorte d antidote qui tend a nculra-
liser le poison dysenterique. II se comporte, en effet, beaucoup* plus comme un
alterant que comme un evacuant. II a, dans 1 espece, une valeur comparable a
celle de la quinine dans les maladies periodiques.
Bien d autres formules peuvent etre introduces encore. Berenger-Feraud,
suivantl exemple de Beaujean, prescrit presque exclusivement non pas 1 infusion,
mais la poudre d ipeca qu il melange simplement a 1 eau ordinaire, dans la
proportion de 2 a 4 grammes pour 100 grammes, et qu il administre par
cuillerees a cafe d heure en heure ; en repetant cette prescription plusieurs
jours de suite, il arrive aux memes resultats que par la methode bresilienne.
Bourdon a conseille 1 emploi de 1 ipeca en lavement (10 grammes en infusion
dans 200 grammes d eau).
Dans ces derniers temps, on a cru trouver un succedane de 1 ipeca : c est la
racine de 1 e corce de YAilanthus glandnlosa, appele vulgairement vernis de la
Chine.
Voici, d apres Robert, quel en est le mode d emploi : Quand la racine estfraiche,
on en prend 50 grammes que Ton coupe en morceaux tres-fins; on les met
dans un mortier et on verse dessus 75 grammes d eau chaude, on triture un
instant, pour mieux ramollir 1 ecorce, puis on passe a travers un linge. C est
cette forte infusion qui est administree a la dose d une cuilleree a cafe, matin
et soir, pure ou dans une tasse de the. En general, les hommes preferaient la
boire pure; prise de cette facon, elle provoquait les vomissements ; a une dose
plus elevee, 1 action vomitive etait manifeste. Pendant trois jours, on administre
le medicament de cette facon, et le malade est tenu a la diete la plus complete.
On cesse alors 1 emploi de 1 ailanlhe, et on donne, comme regime, des panades
jusqu a ce que les selles soient redevenues tont a fait normales ; on revient alors
au regime ordinaire. II peut arriver qu apres les trois premiers jours de traite-
ment les selles, reduites a une ou deux par vingt-quatre heures, soient encore
liquides ; cela n oblige pas a prolonger 1 emploi de 1 ailanthe ; son action se
continue pendant que le malade est soumis au regime des panades. D apres les
indications du medecin chinois, si, dans les huit jours qui suivent le trailement,
81 DYSENTERIE.
le malade n cst pas gue ri, on recommence encore 1 emploi de 1 ailanthe comme
precedemment. Je dois dire que je n ai pas encore rencontre un seul cas qui ait
necessile cette nouvelle administration du medicament. La moyenne des traite-
ments a ele de huit a dix jours; et ce fait est d autant plus remarquable, qu en
Chine et au Japon les diarrhees sont extremement tenaces (Robert, Note sur
1 ailanthe glandnleuse comme moyen de traitement de la dysenteric, in Arch.
deme d. nav., t. XXI, p. 107, 1874).
Un autre medecin de la flolle, Giraud, a e galement obtenu de bons resultats
de 1 emploi de 1 ailanthechez desmalades en traitement a 1 bopilal Saint-Mandrier
de Toulon, pour diarrbee et dysenterie chroniques, contracte es dans les pays
chauds ; seulement, pour attenuer le degout impose aces malades par 1 infusion
d ailanthe, il la prescrivait selon la formule suivante qui etait renouvelee trois ou
quatre jours de suite :
Infusion d ailante 15 a 20 grammes.
Eau de fleurs d oianger 10
Sirop de sucre 20
II ne semble pas cependant que 1 usage de cette racine se soil generalise,
et nous inclinons a croire que les observations ulterieurement recueillies n ont
pas repondu a 1 esperance que pouvaient faire concevoir les fails signales parces
deuxmedecins.
Nous en dirons autant de 1 emploi de Ylxora dandanea, dont la racine serait
employee aux Indes et constituerait, suivant Deb, un excellent remede, anssi
efficace que 1 ipeca, mais bien plus facilement tolere par les malades. Le fruit du
Bael ou Bela, recoltc sur les coles de Malabar et de Goromandel, est actuellement
inscrit, dans les pharmacopees anglaises, comme antidysenterique ; on en admi-
nistre 1 ex trait aqueux.
B. Purgatifs. A peinesuspendu durant la periode de triomphede la doctrine
de Broussais, 1 emploi des purgatifs a ete presque conslamment, a partir surtout
du seizieme siecle, considere comme une des bases du traitement de la dysenterie.
Get emploi correspondait d ailleurs a 1 opinion qu on se faisait des celie
epoque dela nature de 1 alfection, que 1 on conside raitmoins comme le resultatde
1 inllammalion et de I ulceration intestinale que comme le fait de 1 exhalation
d une bile corrompue et de la presence de saburres amassees dans les intestins;
tels sont les principaux motifs des indications formulees a cet egard par Pringle,
Degner, Zimmermann, etc.
Ici encore nous ne saurions admetlre cette medication comme absolument
indispensable et d une indication generate; loin de nous la pensee de vouloir
exclure de cetle therapeutique des agents auxquels nous-mcme avons recouru
avec succes ! mais nous ne les avons non plus employe s que dans les cas de
dysenteric compliquee d embarras gastriques.
Sans accumuler tous les faits signales par les auteurs qui, comme Quarin,
assurent avoir gue ri nombre de dysenteries sans recourir aux evacuants,
qui, comme Dehaen el Vogel, onl observe des cas nombreux dans lesquels ces
moyens ne convenaient pas, nous nous bornons a dire que presque jamais
nous n avons eu a y recourir dans les dysenteries que nous avons soigne es en
France.
On est loin d etre d accord sur le mode d action de ces agents therapeutiques
dans la dysenterie. Nous inclinons a croire que les purgatifs agissent ici non pas,
DYSENTERIE. 35
surtout comme le pense Delioux, en sollicitant le mouvement peristaltique, d ou
evacuation des secretions morhides, non pas en substituant, comme le supposent
Bretonneau et Trousseau, une inflammation banale, tendant a la guerison, a
une inflammation de mauvaise nature, mais en modifiant les conditions subies
par la tunique celluleuse et les glandes qu elle renferme, par le fait du mouve
ment d exosmose qu ils sollicitent.
Nous dirons plus : anotresens, il y aurait inconvenient a donner les purgatifs
dans le but soil de provoquer les contractions intestinales, soil d entrainer a la
surface des tuniques ulcerees n importe quelle irritation; il y a la pour nous,
non pas deux avantages, mais deux inconvenients a eviter. Telle est pour nous
la raison priucipale de la valeur de certains remedes composes dans lesqucls la
presence de 1 opium enleve aux purgatifs leurs qualites irritantes sur les tuniques
intestinales. Telle est aussi la justification de la pratique de ces deux grands clini-
ciens, Stoll et Sydenbam, qui, en general, n administraient le purgatif qu apres
le laudanum, comme s il eut ete dans leur pensee d obvier d avance aux incon
venients que nous venons de signaler.
Les recherches modernes] ont prouve que bien des purgatifs agissaient d ail-
leurs sans occasionner d irritation intestinale, c est done a eux qu il faut recourir;
c est dire qu il y a lieu d exclure les drastiques, aloes, coloquinte, cro-
ton, etc., en general, tous les agents qui, a 1 elat normal, entrainent congestion
ou inflammation du gros intestin.
Quant au choix a faire entre les purgatifs doux, il est rendu Ires-difficile par
le nombre meme de ceux de ces medicaments auxquels differents auteurs ont
attribue des vertus toutes speciales, les contestant avec la meme energie a ceux
qui etaient prunes par d autres observateurs ; ce qui nous permettra a notre tour
de faire bon marche de ces preferences exagerees.
. Sydenliam recommandait specialement les purgatifs vegetaux associant, dans
une meme potion, la manne, le sene, le tamariu.
Degner, Pringle, donnaient presque exclusivement la rhubarbe, et le dernier
de ces auteurs revenait avec insislance sur 1 administration de ce medicament,
prescrivant cliaque jour 2 a 4 grammes de poudre a prendre par doses frac-
tionnees. Quant a Degner, il 1 administrait egalement pendant plusieurs jours,
sous forme de teinture aqueuse.
Zimmermann lui aussi, parmi les observateurs du siecle dernier, est un
de ceux qui ont le plus frequemment recouru a la rhubarbe, mais pour arriver
en fm de compte a reagir centre la confiance que lui avaient tout d abord inspire,
a 1 e gard de ce medicament, ses predecesseurs, notamment Degner.
La rhubarbe, dit-il, opere trop lentement, ne resiste pas assez a la putridite
et laisse monter la maladie au plus haut degre. Elle augmentc toujours la
douleur, au lieu que le tamarin opere des evacuations promptes, abondanles, et
sans susciter de nouvelles douleurs. On voit par la, conclut-il, que de grands
medecins, et Degner memo, regardent avec trop peu de fondement la rhubarbe
comme le purgatif le meilleur de la nature, dans la dysenteric, par rapport a
sa qualite purgative, et que, dans une dysenteric accompagnee d une fievre
putride, la rhubarbe sans 1 addition de medicaments acides laisse la maladie
aller son train et se prolonger. La rhubarbe n est done pas un specifique dans
la dysenteric (Zimmermann, Traite de la dysenteric, p. 549).
Zimmermann ne se bornait pas a 1 administration du tamarin qu il prefere de
beaucoup a la rhubarbe; il associait aux purgntifs vegetaux la creme de tartre
86 DYSENTERIE.
et les autres purgatifs salins, en particulier le suJfate de magnesie; c est a ce
dernier sel que Stoll recourait de preference.
II en est de meme encore en ce siecle; Dutrouleau a considere la manne
comme le plus efficace de tous les purgatifs; il la prescrivait a 50 grammes
par jour, dissoute dans 500 grammes de petit lait, a boire par demi-verres
toutes les heures, pendant trois jours au moins, et meme pendant huit jours
consecutifs, si 1 amelioration attendue tardait a se produire. La confiance de
Dutrouleau etait absolue et basee sur sa foi en 1 action non pas purgative, mais
specifique, pour ainsi dire, de cette preparation. II faut, disait-il, que le
petit-lait manne soit tolere, qu il n agisse comme e vacuant que les deux ou
trois premiers jours, quelquefois meme pas du tout, ce qui prouverait qu il a
une action particuliere.
Barallier a obtenu de son cote les meilleurs effets du sel de Seignette, tartrate
de soude et de potasse, a la dose de 15 grammes par jour.
Pour Delioux enfm, 1 huile de ricin devait etre preleree a tout autre purgatif,
et il la prescrivait a la dose de 12 grammes durant plusieurs jours.
En somme, ces appreciations si diverses temoignent de 1 analogie, sinou de
1 identite d action de ces differents purgatifs.
Ce qui nous parait plus important a etablir que 1 espece medicamenteuse
elle-meme, c est la facon de 1 employer au point de vue de la dose, du mode et
de la dure e de 1 administration.
Nous estimons, d une part, que la dose doit etre peu elcvee, demeurani
toujours au-dessous des quantiles prescrites pour une purgation ordinaire, de
facon -a ne pas entrainer de coliques, s il est possible : nous n admettbns done pas
avec Trousseau que le sulfate de soude, par exemple, doive etre administre quo-
tidiennement a la dose de 30 a 60 grammes par jour. Pour nous, il suffit
d une ou deux doses de 25 grammes cbacune.
Nous pensons d autre part que le medicament doit etre supprime des que son
action purgative s est manifested; en prolonger radministration, c est augmenter
les chances d inflammation intestinale.
II nous parait sage de toujours faire prendre les purgatifs par la bouche,
leur administration en lavement pouvant avoir pour re sultat une irritation
directe, trop intense, de la muqueuse du gros intestm.
Parmi ces remedes il en est un qui me rite une place a part, soit en raison
de la specialite d action physiologique qu il possede et qu on lui a demandce,
soit en raison des succes tout particuliers que nombre d observateurs en auraient
obtenus : c est le calomel, auquel sont revenus definitivement aussi un grand
nombre de cliniciens.
Ce n est, dit Catteloup, qu apres avoir essaye successivement riniile de ricin,
le jalap, la scammonee, les purgatifs salins, sulfate de soude, de magnesie, le
protochlorure de mercure, etc., que nous avons fini par accorder la preference
a ce dernier medicament.
II semble que ce purgatif, comme base du traitement de la dysenteric, ait ete
employe d abord par Anicet, chirurgien de 1 arme e anglaise, qui en a le premier
generalise 1 emploi, pendant une epidemic de dysenteric qui regnait en 1812
dans la garnison de Gibraltar. Employe specialement par les medecins anglais
aux Indes, ce medicament a ete surtout preconise par Copland, qui le considere
comme le meilleur purgatif auquel on puisse avoir recours dans la dysenteric
asthenique ou maligne, et par Annesley, qui en a bien autrement generalise
DYSENTERIE. 87
1 emploi et en a fait la base de son traitement de la dysenteric. Le point de
depart de cette determination therapeutique etait, chez Annesley, la conviction du
role de la constipation dans la production de la dysenteric. Pour lui, les cas qui
reclament plus specialement le calomel, ce sont ceux dans lesquels la retention
des matieres fecales est demontree par une serie de symptomes : langue sale et
cbar ee, plenitude de 1 abdomen, particulierement dans la region ctecale et sur
le trajet du colon, presence dans les selles de fragments de matieres fecales, etc.
D ou necessite de relacher le spasme du colon qui, pour 1 auteur anglais, est
une des conditions physiologiques de la dysenterie, et contre lequel il unissait
d abord la medication calmante a la purgative, prescrivant des le premier jour
1 gramme de calomel associe a 5 ou 10 centigrammes d opium.
Des le lendemain le calomel etait administre seul a la meme. dose, et repete
les jours suivants.
Tant que la medication d Annesley ne provoque que des effets locaux, elle
rentre en somme dans la categorie des methodes purgatives, et comme telle
elle a trouve de nombreux adherents en raison meme du peu d intensite de son
action : Donne a dose purgative, dit Catteloup, le calomel nous a rarement
semble augnienter la frequence et la quantite des evacuations alvines. Lorsque
nous serions en droit d attendre de son influence un surcroit d inflammation
locale et une superpurgation momentanee, il arrive le contraire : les selles
diminuent frequemment des la premiere journee, les matieres perdent rapide-
ment le caractere sanguinolent, les douleurs et les epreintes se calment. Ordi-
nairemcnt les matieres alvines prennent la couleur verte que Ton sail leur
appartenir a la suite de 1 ingestion du calomel, mais elles ne tardent pas a
revenir graduellement a leur etat normal.
Mais le but principal d Annesley et de ses partisans, mus par la conviction de
Tinfluence spe cifique du calomel, etait une action generate sur l organisme,
action se traduisant habituellement par 1 apparition de la slomatite mercurielle.
La salivation est le terme auquel il lui parait necessaire d arriver, surtout
dans les dysenteries bepatiques, et, sous ce rapport, il se rapproche des auteurs
qui, en ce but, ont preconise non-seulement le calomel, mais les autres prepa
rations de mercure, le bicblorure, par exemple, administre en lavement et
preconise specialement par Kopp (Hufeland s Journ., t. IV, p. 94), on encore les
frictions mercurielles, que Iloulston faisait pratiquer jusqu a salivation, sur la
region du foie.
G est sous ce dernier rapport que la doctrine d Annesley a rencontre le plus
d opposition, et c est precisement en raison des inconvenients entraines par
I iiitoxication mercurielle que le calomel a ete abandonne par nombre de
praticiens.
Aujourd hui, il est beaucoup plus dans les usages de 1 administrer une ou
deux Ibis a doses purgatives, sans lui demander d autres resultats que ceux de
son action sur les secretions intestinales, que de le donner a doses re fracte es,
dans la pense e d une modification generate de 1 economie qui ne peut etre que
prejudiciable au malade; c est meme dans les cas d imminence de complications
hepatiques que Berenger-Fe raud s en abstient le plus.
Nous dirons plus : employe a doses purgatives, le calomel gagne a etre
associe, comme les autres medicaments de ce genre, a un agent qui en altenue
1 action sur 1 intestin; voila pourquoi de la methode d Annesley nous retenons
encore comme excellente 1 association de ce remede a 1 opium.
88 DYSENTERIE.
Toujours est-il qu on en est actuellement bien revenu des pretendues pro-
prietes specifiques du calomel contre la dysenteric, et que ce medicament chez
les medecins anglais eux-memes est tombe dans la categorie banale des pur-
gatifs a opposer a cette affection.
Les deux medications precedentes, calmante et perturbatrice, ont ete fre quem-
ment assoeiees, on vient de le voir par le nombre des formules ou I opium et
autres narcotiques venaient s ajouter a quelques medicaments emeto-cathartiques;
au siecle dernier, Brocklesby donnait avec succes des pilules renfermant deux
grains d opium et trois grains d ipeca. De ces preparations mixtes, il en estune
qui jouit depuis un demi-siecle d une grande notoriete : ce sont les pilules de
Segond, qui en emprunta la formule aux medecins de la colonie anglaise de
Demerary, et qui sont ainsi composces :
Ipeca 40 centirrnmmes.
Calomel a la vapeur . . 20
Extrait aqueux d opium 5
Sirop de nerprun . Q. S.
Pour 6 pilules.
Cette formule ressemble singulierement, comme on 1 a remarque, a celle que
prescrivaient au debut de 1 occupation d Alger les freies Monard ct qui ren-
fermait :
Ipeca 60 centigrammes.
Calomel 50
Extrait d opium . . 10
Gomme 9
Pour 9 pilules.
Quoi qu il en soit, les pilules de Segond, que lui-meme n employait qu apres
radministration prealable de 1 ipeca, sont demeurees dans la therapeutique de
la dysenterie, et representent un des modes nombreux dont 1 opium peut inter-
venir pour enlever aux emeto-cathartiques leur action irritante sur les voies
digestives, et ne leur laisscr d autre effet que la transsudation sereusc et la
liquefaction des matieres intestinales dont 1 intestin supporte des lors plus
facilement le contact.
Medications diverses. L emploi de la noix vomique, a la fin du siecle der
nier, a ete 1 objet de tentatives tberapeutiques assez nombreuses et assez
diverses dans leurs resultals pour permetlre a Hufeland de rcunir dans son
Journal de medecine pratique plusieurs mtSmoires pour et contre 1 emploi
de ce medicament. Hsegens 1 a trouvee avantageuse en quelques cas, Michaelis
dit qu elle est inutile ; quant a Hufeland lui-meme, si, chez quelques-uns de
ses malades, la noix \omique a semble calmer coliques et douleurs, chez
d autres elle n a produit que de 1 anxiete, des vertiges, au resume d assez
graves malaises, pour que 1 auteur en soit arrive a la considerer comme un
medicament bien suspect.
Geddings, medecin americain, dont les recherches ont ete consignees par
Delioux de Savignac, 1 a essaye a 1 hopital de Baltimore, dans des cas de dysen
teries qui restaient rebelles a tous les moyens, et il en a obtenu les resultats les
plus avantageux. La reussite, toutefois, n etait pas constante, mais elle avait
lieu souvent, et alors le medicament faisait disparaitre les coliques, le tenesme,
les envies frequentes d aller a la garde-robe, et supprimait dans les evacuations
les mucosites sanguinolentes. M. Geddings adminislrait ia poudre de noix vo-
DYSENTERIE. 89
mique a la dose de 7 grains (55 centigrammes) trois fois par jour; dose un peu
forte et par laquelle il serait peut-etre bon de ne pas debuter, sauf a y arriver
plus tard, si le ma lade la supporte. Parfois aussi il donnait 1 extrait alcoolique
a la dose de 2 grains trois fois par jour, et la strychnine sous forme d ace tate,
depuis l/6 e jusqu a 1/1 2 e de grain. Les essais taits par ce me decin ne
sont pas assez nombreux pour qu il puisse decider a laquelle de ces trois
preparations on doit donner la preference. II pense qu il serait utile, sous
quelque forme que Ton administrat la noix vomique, d y joindre une petite
quantite d opium.
En resume, nous estimons que ce remede si dangereux a manier, en temps
d epidemie surlout, ce qui est la regie pour la dysenteric, offre d autre part trop
peu de garantie therapeutique centre cette affection pour ne pas etre, comme le
pensaient deja Fournier et Vaidy,relegue parmi la foule de ceux qu il est prudent
d abandonner.
L ergot de seigle ne nous parait pas avoir e te frequemmcnt employe centre la
dysentcrie ; notre opinion sur la rarete de 1 hemorrhagie comme phenomene
capital en cette affection nous explique le peu de frequence des indications de
cet agent a titre de medicament he mostatique.
Les rechei clics de Luton, communiquees a 1 Academie de medecinc en 1871,
paraissent etablir que 1 ergot ne s aclresse pas seulement a 1 element hemorrha-
gique de la dysenteric, mais a la maladie totale ; sous son influence 1 auteur a vu
cesser rupidement les secretions glaireuses, les epreintes, les coliques. II 1 a
administre en poudre jusqu a la dose de 5 grammes par jour, divise s par
prises de 50 centigrammes; il a egalement present 1 ergotine, soil en pilules,
soit en potion, aux memes doses et avee le meme avantage.
Ces resultats, obtenus a Reims sur un petit nombre de malades, demandenl
confirmation, d autant que ce medicament avail ete, apres essai, de finitivement
abandonne par Delioux de Savignac.
Les acides out fourni la base du trailement. d un certain nombre d observateurs
anglais, Weight., quiprescrivait 1 acide citrique, Goedin, qui associait 1 acide tar-
trique a l opium, Bang et Hope, qui preferaient, le premier 1 acide sulfurique, le
second 1 acide nitrique.
La creme de tartreet le tamarin, presents si fre quemment par Zimmermann,
avaient 1 avautage, dit 1 auteur, de s opposer aux effets des fievres putrides par
leur nature acide. Cette preoccupation de Zimmermann de 1 emploi des acides
comme antiseptiques est certainement pour beaucoup dans sa tendance a les
presciire, et sans doutedans sa confiance en certains fruits, comme les raisins
dont il rapporte les bons effets en quelques cas.
Nous lisons dans les Archives dedeHom que nombre de medecins anglais ont
preconise, mais surtout dans le traitement des formes malignes, putrides, et spe-
cialement aux Indes, les substances aromatiques et excitantes : poivre noir ou de
Cayenne, cannelle, muscade, etc., qui nous paraissent indiquees surtout dans la
dysenlerie chronique.
Suivant Stoll, la racine d Arnica avail, d apres les observations faites a la
meme e poque en France par Colin, la vertu de rendre plus beuignes les
matieres morbifiques, de J agon a pouvoir entrainer a elle seule la guerison
sans qu il ait e te necessaire de recourir aux evacuants.
Stoll lui-meme insiste sur la grande ef ficacite de ce remede pour reprimer les
dysenteries les plus putrides. Certainement, dit-il, je ne connais aucuu medi-
90 DYSENTERIE.
cament qui puisse revendiquer a plus juste titre le nom de specifique antidysen-
terique (Stoll, Medecine pratique, trad. Mahon, t. Ill, p. 570).
11 importe toutefois, avant d accepter un eloge aussi absolu d un remede
cependant si neglige, de remarquer que ce passage du medecin de \ienne est
extrait du chapitre de son livre consacre a la vertu antiseptique de Vamica,
chapitre dans lequel 1 auteur temoigne de la toute-puissance du remede non-
seulement centre la dysenterie, mais centre les fievres malignes, centre les fievres
colliquatives consumant les individus atteints de traumatisme considerable, de
vastes suppurations, etc.
Dans toutes ces formes morbides, il prescrivait toutes les deux beures un gros
(2 grammes environ) de racine d ornica en poudre, soil une once et clemie
(45 grammes) en vingt-quatre-heures.
Quel avantage, dit-il en terminant, ne serait-ce point pour la medecine des
arraees, si les vcitus si precieuses d un remede si puissamment antiseptique
elaient plus connues ! Cette tendance a faire de 1 arnica une veritable panacee
ne nous rappelle-t-elle pas la vogue rendue a cette substance a une epoque bien
voisine de nous, sans que cependant cette vogue nouvelle ait ete scientifique-
ment consacn e .
Ami de mieux nous edifier sur la valeur des arguments de Stoll, nous nous
somnus repurte aux details des fails consignes dans ses Constitutions medicales
et nous avons constate :
1 Qu en 1770 il n avait encore personnellementtraite aucun cas de dvsenterie
par 1 arnica dont il ue connaissait que la reputation donnt e a ce medicament
paries experiences de Colin (Stoll, Medecine pratique, trad. Mabon, 1. 1, p. 129);
2 Ou en 1777, il traita pour la premiere ibis un cas (un seul le 20 join) de
dysenterie par 1 arnica en poudre, apres avoir au prealable fait prendre im
vomitif (Stoll, uZ.,sft.;t II, p. 52);
5 Qu en 1779 enfin, pe riode pendant laquelle il eut specialeraent recours a
cette medication (Stoll, id.,ib., t. Ill, p. 142), il s agissait non pas de dysenterie,
mais de fievres putrides, appartenanl probablement etau typhus, vu la presence
despe tecbies, eta la fievre typhoide, vu la miliaire qui sans doute representait
lessudamina de cette derniere affection. On voit,en somme, de combiendoit etve
reduite la confiance que pourrait inspirer en ce remede la pratique de Stoll.
On a preconise centre la dysenterie toute la serie des astringents: bistorte,
tormentille, yire conisee surtout par Quarin qui en auraitobtenu de bons resultats
pendant 1 epidemie de 1702, et jusqu a la noix de galle, medicaments tombes
entierement en desuetude, mais remplaces par leurs equivalents dont les plus
frequemment employe s sont les suivants qui ont ete particulierernent prescrits
pendant la convalescence : racine de gentiane sous forme de vin, d infusion ou
d extrait ; racine de Colombo recommandee par Merlons et Ricbler, et aclministree
en infusion a la dose de 4 a 8 grammes dans un verre d eau ; 1 ecoree de sima-
rouba, qui aurait rendu de grands services au siecle dernier et sur les theatres
les plus divers : a Paris (Jussieu), en Allemagne (Rniphof j , en Hollande (Degner),
a Londres (Monro), etc. ; le bois de campeche, qui a trouve un apologiste dans
Hunnius, etc.
Au Caire, les drupes desse chees et pulverisees du myrobolan sont un remede
populaire parmi les Arabes, qui 1 emploient a la fois comme laxatif et comme
antidysenterique. Komanos aurait obtenu, tout recemment, de bons resultats de
cette poudre administree a la dose de 2 a 5 grammes suivant les ages.
DYSENTERIE. 91
Nous admettons, avec Delioux de Savignac, les Lons effets comme tonique et
astringente de 1 ecorce de quinquina, mais nous avouons que nous 1 avons fort
rarement prescrite dans la periode d acuite de la maladie. II nous parait meme
bien difficile d accepter sans reserve 1 indication de ce medicament lorsque la
gangrene est imminente, et a plus forte raison si ellc se declare ; peut-etre alors
pourra-t-on 1 associer en lavement a d autres substances astringentes ; mais le
donner en potion, a 8 ou 10 grammes meme, nous parait une methods bien
moins souveraine qu a 1 auteur en question.
La medication astringente ne merile d ailleurs, a vrai dire, ce uom que dans
1 association, aux diverses potions indique es ci-dessus, de lavements susceplibles
de meltre les substances medicamenteuses au contact direct de la surface intesti-
nale ulceree.
Les anciens observateurs prescrivaient volontiers ces lavements astringents,
d autant que pour eux les medicaments de ce genre figuraient, et avec raison
pour le plus grand nombre, parmi les antiseptiques.
Zimmermann, Pringle, Lind, avaient specialement confiance dans I infusion
de camomille, qu ils administraient tres-frequemment dans la dysenteric, tant par
la bouche que par le rectum.
Les plus usites des astringents exotiques sont le cachou, jirescrit souvent par
Stoll, employe par Brandt dans la dysenteric des nc-gres, ct sin-tout i cxtrait de
ratanbia, simultanement administre en potion et lavement a dose variant de 4
a 1 grammes. Onyjoindra avanlageusement le tannin, le diascordium.
Quant aux astringents mineraux, ils ont eu grand peine a s inlroduire dans la
therapeutique de la dysenterie. Au siecle dernier, Quarin protestait. contre les
tentatives faites avec Tallin par Adair, Kargens, etc., qui cependant 1 associaient
a 1 opium et aux mucilagineux, et declarait que malgre cette association Falun
n avait jamais produit que 1 exacerbalion des coliques et ile la diarrhee.
Ce medicament aurait cependant ete employe avec succes par plusieurs pra-
ticiens, entre autres Piedvache, qui a prescrit des lavements alunes au cours tie
plusieurs epidemics ; la formule a employer serait de 2 a 4 grammes pour
200 grammes de vehicule.
11 en a ete de meme de 1 acetate de plomb ; propose par Ewel de Washington,
absolument proscrit par Fournier et Vaidy, suivant qui cette proposition, qui
decele une ignorance complete des proprietes deleteres de ce poison, est une
vision si absurde qu elle ne merite pas refutation , 1 acetate de plomb a re ussi
cependant a quelqucs medecins anglais, Alison, Burke, et aMonin, qui, pendant
I epide nrie de Mornant en 1850, ou toutes les autres me dications avaient echoue,
oblint les effets les plus rapides et les meilleurs de I administration d une potion
a 1 acetate de plomb et a 1 extrait d opium.
C est surtout en lavements, et sous forme de sous-acetate liquide (extrait de
saturne), que le plomb a ete prescrit de nos jours, particulierement par Boudin a
Versailles, Delioux de Savignac a Toulon; ce dernier auteur considere comme
suffisante la dose de 4 a 8 grammes, et n a vu se developper ulterieurement
aucun accident d intoxication.
Lessulfates decuivre, de zinc, de fer, ont ete egalement administre s. Trousseau
employait indifferemment les deux premiers de ces sels, les prescrivant en
lavements a la dose de 5 centigrammes a 1 gramme pour 200 grammes de vehi
cule, suivant 1 age du sujet.
Ges prescriptions constituent une transition entre les astringents proprement
92 DYSENTERIE.
dits et les caustiques, medicaments dont 1 emploi devait s imposer a la pensee
des clinicians qui, conime Trousseau et Bretonneau, consideraient la dysenterie
comme line inflammation d une nature speeifique, a trailer, meme a I etat aigu,
ainsi qu ils le faisaient pour la diphtheric, par la methods & inflammation
substitutive.
La dose employee par Trousseau variait, suivant 1 age, de 5 a 75 centi
grammes d azotale d argent crislallise pour 125 a 200 grammes d eau
distillee. Presents, il y a plus de quarante ans, par Meyer dans nos hopitaux
militaires d Algerie, dans le traitement de la dysenteric aigue, employes comme
abortifs par Gestin dans 1 epidemie de Brest a la dose de I gramme dans
250 grammes d eau, ces lavements au nitrate d argent paraissent etre actuel-
lement en grande faveur en Amerique.
Delioux de Savignac attribue une grcnde superiorite a la forme speciale qu il
a introduite pour 1 administration en lavement du nitrate d argent.
Se basant sur la possibilite de maintenir a I etat de solution le nitrate
d argent en presence du chlorure de sodium, a la condition de choisir pour vehi-
cule une dissolution d albumine, cet auteur a conseille la preparation suivante:
Plane d ouif N" 1.
I . in disiiilee 200 grammes.
Azoiate d argent cristallisc 50 centigrammes.
Chlorure de sodium pur 50
Gette solution albumino-argenlique chloruree ne doit etre preparee qu au
moment de son administration.
11 ne semble pas cependant que les avantages de cette solution complexe, a
Jaquelle, outre refficacite, Delioux de Savignac attribue la vertu d etre moins
irritante, plus facile a garder, et par consequent a absorber, que la simple solution
de Trousseau, aient ete aftnmes par d autres observateurs.
Quant aux convictions de 1 auteur sur la possibilite plus grande par sa methode
de 1 absorption de 1 argent injecte en lavement, sur 1 action bicnfaisante de cette
substance eminemment sedative et nntispasmoiUque sur les elements nerveux
qui entrent dans la constitution de la dysenterie, nous estimons qu il serait
besoin d experiences serieuses pour en etablir la realite.
I artant de la pensee de 1 existeuce d un principe deletere localisant son action
sur la partie inierieure du tube intestinal, Toulmouche a soumis un certain
nombre de malades au traitement par les preparations chlorurees en y adjoignant
1 opium, pour cuntre-balancer leur action irritante.
11 a ainsi traite a Bennes et avec succes \ 1 cas de dysenterie en prescrivant :
deux tiers de lavement avec 50 grammes d hypochlorite de soude pour
500 grammes d eau; pour boisson une solution de 4 grammes du meme medi
cament dans 1 litre d eau ; le soir une pilule ou 2 de 5 centigrammes d extrait
gommeux d opium.
C est au meme titre, dans 1 hypotliese de !a nature parasitaire de 1 affection,
que Grede administre I acide salicylique uni a 1 opium, en potion et en lavements.
On a eu recours enfin ;\ Implication de revulsifs sur 1 abdomen, compresses
vinaigrees, sinapismes, liniments ammoniacaux, moyens qui nous paraisseiit
devoir etre specialement reserves, comme nous allons i indiquer, au traitement
de la dysenteric cbronique. Des praticiens tres-autorises, comme Gambay, out
cependant recouru au vesicatoire, des le troisieme septenaire de la dysenterie
DYSENTERIE. 93
aigue, et 1 ont specialement applique sur le cote g.iuclie cle 1 hypogastre quand
cette region etail demeure e douloureuse a la pression, et qu il y avail lieu par
consequent de presumer I imminence d tin phlegmon des parois intestinales ;
nous nous liornerons a rappeler, sans comraenlaire, I usage attribue aux Arabes
par le meme auteur, et approuve par lui, de pratiquer la cauterisation ponctuce
a ce niveau.
Le traitement de la dysenterie chronique a ses indications speciales.
La plupart des medicaments dits stimulants ont ete prescrits contre cette
forme de la dysenterie. J.-P. Frank rccourait frequemment aux macis qu il faisait
preparer sous forme d electuaire, et aromatisait avec la noix muscade tons les
medicaments admiuistres dans cette affection. C est au meme litre qu on
present la cannelle, habituellement associe e dans nos hopitaux a la decoction de
quinquina.
Le simarouba, trop oublie aujourd hui, suivant Dclioux de Savignac, et trop
capricieux en ses effets pour ponvoir etre uniformement present a tous les
malades, aurail rendu a eel observateur de reels services en quelques cas de
dysenterie chronique, ou il 1 a prescrit en infusion a la dose de 8 a 20 grammes
par jour pour un litre ou un demi-litre d eau ; il a parfois prescrit jusqu a
50 grammes.
On a vu, dit Bursierius (Insl. med. pract., Leipzig, 1790), des diarrhees
anciennes, des dysenteries rebelles, gueiies par la suppuration prolongee de plaies
aecidentclles, de ganglions engorges et enflammes (Journ. de med. de Paris,
1756, t. IV, p. 559). Se fondant sur ces fails, Ecker el Miiller ont applique des
vesicatoires aux cuisses, Hunnius, Stoll, au sacrum (en cas de persistance du
tenesme), Lind, Annesley, sur I abdoinen; Dreyssig considere ce dernier moyen
comme un des plus efficaces conti-e la dysenterie chronique.
Les vesicatoires et les sinapismes, appliques sur 1 abdomen, sont, disent
Fournier et Vaidy, de la plus graude efiicacite. Nous en avons fait tres-frequem-
ment usage dans notre pralique, et nous sommesbien convaincus que ces moyens
sont, avec les bains, les prisicipaux remedes contre la dysenterie chronique.
C est souvent en agissant sur la vitalite de la peau que Ton guerit les maladies
des intestins, comme on guerit les maladies de la peau en agissant sur le tube
intestinal.
En preconisant les vesicatoires dans la dysenterie chronique, nous ne nous
etayons pas seulement de notre experience, nous avons encore pour nous 1 au-
torite d un savant praticien ; M. Desgenettes a constamment employe les vesica
toires largement employes sur le bas-ventre, dans les dysenleries chroniques, et
il en a tres-frequemment obtenu d heureux re sultats. Gette methode bardie,
opposee a une grande prostration des forces vitales, et dans des cas souvent deses-
pe res, est devenue un objet d observatiou pour les jeunes medecins des armees ;
elle est usitee aujourd hui dans nos hopitaux militaires, apres les exemples
donnes et les resultals publics par le praticien que nous venons de citer.
On a egalement eu recours aux frictions avec la pommade stibiee, vantees
par Cornuel j nous nefaisons que mentionner, sans la conseiller, vu les douleurs
intolerables qu elle provoquait, la methode employee a la Havane par Belot qui,
combinant les ventouses scarifiees avec les frictions slibiees, faisait frotter avec
la pommade d Autenrieth la surface de 1 abdomen apres y avoir fait appliquer
10 a 15 ventouses de ce genre; a part la douleur atroce qu il provoque, ce
94 DYSENTERIE.
moyen doit etre rcjcte comme introduisant, dans le traitement de la dysenteric
chronique, un element nouveau d affaiblissement : 1 emission sanguine, dange-
reuse, quelque minime qu elle soil.
C est egalement dans la dysenteric chronique qu il y a lieu de recourir aux
medications topiques susceptibles de modifier les surfaces ulcerees.
Maury, de New- York, a applique cette indication, dans toute sa precision
chirurgicale, sur 16 malades atteints de dysenteric chronique.
Le malade etant anesthesie par Tether, on dilate le sphincter ; on introduit un
speculum et toute la circonference du rectum est ainsi exploree directement. Les
ulcerations cavacteristiques de la dysenteric sont energiquement eaute risees :
avec 1 acide nitrique, si elles sont profondes ; avec le nitrate d argent, si elles sont
superficielles.
L auteur estime que 1 action salutaire de ce traitement se propage a tout 1 in-
testin malade; chez 11 de ces dysenteriques, les resnltats furent excellents.
Avant de se prononcer sur la valeur de cette methode, il importerait de savoir
s il ne s agissait pas la surtout de rectites chroniques, souvent compatibles avec
un etat de sante relativement satisfaisant.
Les bains de siege medicamenteux, au chlorure de sodium, a la decoction de
feuilles de noyer, au vin aromatique, ont d autant plus de chances d agirque la
paralysie des sphincters en permetle contact avec les ulcerations rectalcs. Comme
nous 1 avons dit precedemment, c est en cette forme de la maladie que nous
paraissent le mieux indiques les lavements au nitrate d argent; il est un autre
medicament topique introduit dans la the rapeutique de la dysenteric par Delioux
de Savignac, c est le lavement iode, qui, malgre 1 opinion de cet auteur, nous
parait devoir etre exclusivement reserve a la forme chronique de cette affection.
Ce qui caracterise surtout la formule preconise e par notre confrere, c est
1 elevation de la dose de teinture d iode, variant de 10 a 30 grammes pour
200 d eau distillee avec la quantite voulue (5 centigrammes a 1 gramme)
d iodure de potassium pour en assurer la dissolution.
L auteur a vu 1 administration de ce lavement determiner un sentiment de
cuisson tan tot mode re et permettant au malade de le conserver quelques minutes
et meme plusieurs heures, tantot tres-vif, s accompagnant parfois de douleurs
intolerables et entrainant forcemeat le rejet du remede.
Dans ce dernier cas, le patient etait immediatement soulage par un lavement
laudanise et un bain de siege.
Jamais, malgre ces douleurs, il ne s est manifeste d accidents d inflammation
intestinale, ni d intoxicationiodique. Ces douleurs n ensont pas moins pour nous
une raison de plus de limiter absolument cette prescription a la dysenterie
chronique, dans laquelle d ailleurs les surfaces ulcerees, les engorgements a
resoudre, paraissent indiquer tout specialement une telle medication.
II en est de meme des lavements de charbon, des lavements de quinquina et
d ecorce de chene, et surtout des lavements disinfectants au chlorure de soude,
ces derniers prescrits specialement par Cornuel centre la purulence des evacua
tions dysenteriques, c est-a-dire contre des symptomes chroniques.
Mead recommande de faire journellement deux ou trois injections intestinales
avecun melange d eau tiede, 100 grammes, glycerine 15, et chlorate de potasse
environ 2 grammes. Les premiers lavements sont douloureux et supportes a
peine une demi-minute; mais la tolerance s etablit au bout de quelques jours.
Malgre la guerison ainsi obtenue d une dysenterie datant de sept ans, 1 auteur
DYSENTERIC ( B iBLior,p,APinE). ;,
rapporte trop peu de fails a 1 appui de cette methods pour qu elle puisse etre
des aujourd hui serieusement pre conisee.
Nous pourrions, disent Fournier et Vaidy, faire un long chapitre, si nous vou-
lions cnumeier tous les moyens absurdesou suspects qni ont cteconseilles contre
la dysenterie ehronique. Bood vaute 1 albatre; 1 cmeraude est recommandee par
Sennert, par Zacntus Lusitanus, et Diemerbroek donnait des os humains dans
du vin rouge ; il faisait prendre aussi de la sole cramoisie, effilee et maceree
dans ce \in. Le priape de baleine a ete lone par Et trim Her, Languis, Michaelis ;
Lentilius donnait du lait dans lequel il faisait bnuillir du papier. Le lait a ete
recommande par Hippocrate et Amatus Lusitanus; les excrements de chien ont
ete presents par Paul d Egine, Forestus, Ruland, etc. L herbe d anserina (?) a
ete appliquee a la plante des pieds par Borellus. Le phosphore a ete administre
par Ortel. Doloeus, Ettmiiller, Valentin!, ont conseille un moyen sympathique qui
consistait a meler du vitriol aux matieres fecales du malade.
Peut-on s etonner,apres semblable enumeration, de trouver au moins une these
intitulec : De vitandis sordidis et lascivis remediis antidysentericis (Tunk,
Viteb., 1770)? LEON Com.
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DYSLYSINE (CrWO 7 ). Corps pulverulent, blanchatre ou jaunatre, fusible
a 140 degrcs, insoluble dans 1 eau et 1 alcool, soluble en petite proportion dans
Tether bouillant. On 1 obtient en faisant fondre 1 acide cholalique (temperature
de plus de 200 degres), traitant la masse par la soude et lavant le rssidu a
1 eau et a 1 alcool (voy. BILE, 273, et NITROCHOLIQUE). I).
DYSMEXORRlfiEE. On designe, sous le nom de dysmenorrhee (\>-,, diffi-
cilement, p,v, menstruation, et puv, couler), 1 eruption difficile et douloureuse
du flux menstruel, que cet accident morbide se montre chez la jeune fille a
1 epoque de 1 instauralion catameniale, on qu il apparaisse seulement a une
periode plus tardive, chez la jeune femme adulte, anterieurement reglee de
facon plus ou moins normale.
11 serait a peine besoin d insister sur la difference essentielle qu il importe
d etablir entre cette difficulte de la menstruation, constituant la dysmenorrhee,
et les divers troubles locaux ou generaux, d intensite variable, qui precedent ou
accompagnent chaque mois 1 apparition physiologique des regies, et que Ton
designe sous le nom de moHmen menstruel (voy. MENSTRUATION), s ll existait
entre ces deux ordres de phenomenes une delimitation parfaitement nette et
precise. Mais il faut bien reconnaitre que la gradation s opere d une facon con
tinue, insensible, et que, si Ton doit separer, au nom de la palhologie, la mens
truation douloureuse de la dysmenorrhee veritable, le clinicien sera plus d une
fois embarrasse pour determiner avec certitude le diagnostic qu il convient de
porter dans chaque cas particuher. Aussi devra-t-il avoir present a 1 espritque
1 existence da la dysmenorrhee comporte a la fois lenteur et difficulte de
1 excretion catamrniale, irregularite dans la marche de la menstruation, dou-
leurs souvent tres-violentes, prece dant habituellement le flux sauguin, 1 accom-
pagnant quelquelbis; evacuation menstruellenulle dans certains cas insuflisante
dans d autres, pouvant eteindre les douleurs des son apparition, mais pouvant
se faire aussi sans que les douleurs cessent, et acquerant parfois une intensite
qui determine de veritables metrorrhagies (Courty, Traite pratique des
maladies de Interns, 2 e edit., 1872).
DIVISION. Si Ton parcourt, dans les principaux Traites de gynecologic francais
ou etrangers, les pages consacre es a la dysmenorrhe e, et en particulier les
DYSMENORRIIEE. 101
chapitres dans lesquels les auteurs etablisscnt la classification des diverscs
formes de cette perturbation mensfruelle, on est frappe tout d abord du
disaccord, au moins apparent, quiregne sur ce sujet. Le nombrede ces formes,
la denomination cjui leur convient et, fait plus important, la pathogenic qui
doit leur etre assignee, sont loin d etre les memes dans les differcnts auteurs :
par suite, les classifications ofl rent une variete d autant plus regrettable qu elle
conduit lorcement a la confusion.
Nous n avons nullement 1 intention de passer en revue toutes ces classifications,
mais nous croyons utile de nous arreter quelqucs instants sur les principaux
points de doctrine qu elles consacrent, et sur la fagon dont ils nous paraissent
pouvoir etre resolus.
Un grand nombre d auteurs, parmi lesquels nous citerons Aran (Lecons
cliniques sur les maladies de Vulerus et de ses annexes. Paris, 1858-1860),
Raciborski (Traite de la menstruation. Paris, 1868), Gourty (Traite pratique
des maladies de I uterus, des ovaires et des trompes, 2 e edit.. Paris, 1872),
Gaillard-Thomas (Traite dinique des maladies des femmes, trad, par Lutaud,
1879), admettent que la dysmenorrhe e peut etre, dans certains cas determines,
une affection essentielle, idiopathique, un simple trouble fonctionnel indepen-
dant de toute lesion des organes ge nilaux, de toute alteration de 1 etat gener.il
et, sous le nom de dysmenorrhec idiopathique, nerveuse, spasmodique ou con-
stitutionnelle, opposent cette forme particuliere des accidents a la dysmenorrhee
symptomcttique, consequence plus ou moins directe d une affection locale ou
generate.
D aulres gynecologues, non moins autorises, se refusent au contraire a recon-
nailre 1 existence de la dysmenorrhee, en tant qu essentielle, et la considerenl
comme constituant, dans tous les cas, un symptome d une maladie primitive
retentissant sur la fonction menstruelle. C est ainsi que Siredey (Nouveau Diet,
de med. et de chir. prat., art. DYSMENORRHTE) conteste la realile de la forme
idiopatbique de la dysmenorrbee, a laquelle cependant il accorde une description
particuliere sous le nom de dysmenorrbee nerveuse; il est vrai qu il la considere
comme etant sous la dependance d une affection nerveuse ou d une alteration
du sang.
Nous voyons egalement R. Barnes (Traite dinique des maladies des
fannies, trad, par A. Cordes. Paris, 1876) e mettre bien des doutes relatifs
a 1 essentialite des troubles dysmenorrheiques, et ne lui accorder qu a regret
une place dans sa classification, en la conside rant comme un asylum igno-
rantice, dans lequel viennent provisoirement se ranger tous les cas dont
I interpretation a e cbappe a la sagacite des observateurs.
De son cote de Sinety (Traite pratique de gynecologic et des maladies des
jemmes, 2 e edit., 1884), sans insister longuement sur la classification des
accidents de dysmenorrhee, semble rejeter la forme essentielle, puisqu il ne lui
accorde aucune mention particuliere, et qu il considere la dysmenorrhee dite
nerveuse, liee frequemment a une nevralgie lombo-abdominnle, non comme
une dysmenorrbee veritable, mais comme une nevralgie avec point uterin
devenant plus intense sous I influence de la congestion catameniale.
Enfm Gallard (Lemons sur la dysmenorrhee. In Annales de gynecologic,
mars 1884) se declare partisan convaincu de la nature constamment sympto-
matique du syndrome dysmenorrhee, et ne craint pas d alfirmer que toujours,
lorsqu on examine les malades avec un soin suffisant, on constate que le trouble
10-2 DYSMENORRHEE.
fonclionnel conslituant la crise dysmenorrhe ique est accompagne de Idsions
d organcs plus ou moins marquees, qui doivent etre considere es comme la
cause prochaine des accidents.
Nous sommes tres-porle, en ce qui nous concerne, a nous ranger a cette
opinion et a considerer la dysmenorrhee, ainsi que les autres perturbations
menstruelles, ame norrhee et metrorrhagie, comme etant, dans tous les cas,
symptomatique d une lesion pathologique des organes genitaux ou d une alte
ration morbide de 1 e lat general. Certes, les accidents dysme norrheiques se
montrent assez frequemment clicz les femmes ncrveuses, cbez les chloro-ane-
miques, chez les hysteriques en particulier; mais chez ces malades, alors
meme que 1 integrite absolue des organes genitaux internes serait nettement
etablie, n*est-il pas rationnel d admellre que, sous 1 influence de 1 affection
nerveuse primitive, se produiscnt des troubles vaso-moteurs congestifs au niveau
des ovaires ou de 1 uterus, ct d y voir la cause efficicnte de la dysmenorrhee? La
nevralgie lombo-abdominale ne peut-elle determiner 1 hyperemie vasculaire de
1 ulerus comme la nevralgie faciale produit celle de la conjonctive? Et d ail-
leurs ne peut-on, a bon droit, se demander si dans un certain nombre de cas
1 exislence de cette nevralgie n est pas, au meme litre que les accidents de
dysmenorrhee, symptomatique d une lesion des organes pelviens demeuree
meconnue ?
En un mot, si nous ne nous croyons pas suffisamment autorise a nier d une
fagon absolue 1 existence de la dysinc norrhe e nerveuse ou essentielle, du moins
pensons-r.ous que son domaine doit etre singulierement restreinl et que,
suivanl 1 expression de Gallard (loc. cit.}, faisant allusion a la sage reserve de
R. Barnes, le progres de la science doit avoir pour resultat de faire disparaitre
cet asile de Vignorance dans lequel nous devons faire tous nos efforts pour
eviter de cbercher a nous refugier.
Les autres formes de la dysmenorrhee, bien qu admises en nombre ine gal par
les divers auteurs, n ont point fourni, comme la precedente, matiere a contes
tation, et 1 accord est etabli sur le fond meme de la question, sinon sur les
details qu elle comporte : nous pourrons done etre plus bref relativement aux
varietes de dysmenorrhe e dont il nous reste a parler maintenant : dysmenorrhee
congestive, dysmenorrhee me canique et dysmenorrhe e membraneuse.
La dysmenorrhee congestive a I lesubdiviseeellc-meme par quelques gynecologues
en deux formes distinctes : c est ainsi que Raciborski, a cote de la dysmenorrhee
congestive, admettait la dysmenorrhee inflammatoire. Nous pensons qu il s agit
la d une distinction subtile et que la delimitation exacte est, la plupart du
temps, bien difficile, sinon impossible, a tracer entre les simples phenomenes
congestifs et les modes attenuc s de la phlegmasie veritable : aussi n hesiterons -
nous pas, d accord avec Gaillard-Thoinas, Siredey, Gallard, a ranger dans une
meme classe les accidents dysmenorrheiques reconnaissant pour cause les
lesions congestives ou inflammatoires des organes pelviens. On comprend
d ailleurs aisement qu il soit necessaire d etablir deux varietes principales dans
cette forme de dysmenorrhee congestive, suivant que la congestion, origine des
troubles menstruels, a son point de de part au niveau de 1 uterus ou de 1 ovaire,
quelle que soit du reste la cause ou la nature de cette congestion.
La variele ovarienne de la dysmenorrhee congestive, sur laquelle 1 aitention
n a peut-etre pas ete jusqu iui suffisamment fixee, se trouve cependant nette
ment mise en relief par R. Barnes (loc. cit.), qui lui accorde meme uneimpor-
DYSMENORRHEE. 103
tancc exage ree, seloa nous, en la considerant com me une espece particulierc,
sous le nom de dysootocie.
Nous reviendrons plus loin sur la valeur qu il convient d altribuer aux trou
bles ovariens dans la pathogenic cles accidents dysmenorrheiques.
Quant a la dysmenorrhee mecanique, resultat d une etroitesse conge nitale
on d un retrecissement plus ou moins r considerable du canal cervical ou de 1 un
de ses orifices, et de la difficulte apportee par cet obstacle materiel a 1 ecoulc-
ment du flux menstruel, elle est admise sans conteste par tous les auteurs. Nous
pensons, ainsi qu Aran 1 a du reste tres-judicieusement fait observer, que cette
forme de dysmenorrhee est essentiellement de cause uterine, et la definition
sommaire que nous en avons donnee exclut a dessein les imperforations ou les
retrecissements sie geant au niveau de la vulve ou du vagin; il ne s agit plus en
semblable circonstance d une dysmenorrhee veritable, mais bien d accidents
d arhenorrhee (voy. ce mot) par retention dcs regies.
Signalons encore 1 opinion de R. Barnes d apres laquelle il conviendrait de
subdiviser la dysmenorrhee mecanique en deux varietes : la premiere resultant
d un obstacle sur le trajet du canal cervico-uterin, la seconde trouvant son
origine dans 1 atre sie des trompes de Fallope. Malgre 1 autorite de 1 auteur et
les fails sur lesquels il s appuie, celte dysmenorrhee mecanique tubaire est pen
connuc et a etc passee sous silence dans la plupart des ouvrages qu il nous a
ete donne de consul ter.
Enfin, la dysmenorrhee membraneuse, dont 1 existence a ete etablie d une
facon incontestable depuis la celebre lettre de Morgagni (De sedibus et causis
morborum, lettre 48 e . Paris, 1824), a fait 1 objet de recherches tres-completes
sur lesquelles nous aurons a revenir longuemcnt. Considered generalement
comme une sorte d entite morbide, de maladie spe ciale, caraclerisee par la
se cretion ou 1 expulsionde membranes accompagnant le flux sanguin menstruel,
elle a ete decrite a part, et pour ainsi dire scparee des autres formes de dys
menorrhee. Tout en nous conformant a cet usage, afin de ne pas nuire a la
clarte du sujet, nous nous re servons de faire ressortir les liens etroits qui la
rattachent intimement aux divers autres modes des troubles dysmenorrheiques.
Ajoutons enfin que, si Ton envisage la dysmenorrhee dans 1 ensemble de son
evolution, au point de vue de la repetition des crises et de la duree des accidents,
onsetrouve forccment conduit a admettre deux formes : la dysmenorrhee habiluehe
et la dysmenorrhee accidentelle. On comprend d ailleurs facilement, d apres
les details dans lesquels nous sommes entre relativement a la nature des
diverses varietes de dysmenorrhee, que la duree plus ou moins longue de cette
perturbation menstruelle est intimement liee a celle des affections multiples
dont elle est le symptome, et depend, avant tout, de la persistance des lesions
qui lui ont donne naissance.
En resume, nous proposons d adopter la classification suivante, dans laquelle
nous ne faisons figurer la dysmenorrhee essentielle que sous les reserves
expresses deja formulees au sujet de 1 interpretation qu elle comporte :
/ Essentielle ou nerveuse (?).
I ( Uterine.
} Longestive ou inflammatoire . .< /)_,.-.,
DISMBNOHRHEE . ., I Uvcinenne.
I Mecanique.
\ Membraneuse.
ETIOLOGIE ET PATHOGENIE. On apretendu que les accidents dysmenorrheiques,
104 DYSMENORRHEE.
envisages d une facon generate, etaient plus frequents dans les classes aisees de
la sociele que parmi la population feminine qui frequente les hopitaux. G est la
line assertion inexacte et qui repose certainement sur une interpretation defec-
tueuse des fails. Les conditions socialcs differenles ne creent pas, pour le^
femmes de la classe ouvriere, unesorte d immunite, assez inexplicable d ailleurs,
a 1 egard de la dysmenorrhee; mais Ja rarete relative des fails de ce genre dans
les services hospitallers tient ace que les douleurs vives accompagnant la crise
dysmenorrheique sont ordinairement passageres et se Irouvent le plus souvent
dissipees avant que les malades aieut eu le temps de venir reclamer les soins
necessaires. Cependant, lorsqu on y regarde de plus pres, on renconlre, chez
les femmes admises dans les salles des hopilaux, des cas nombreux de dysme
norrhee a des degres plus ou moins aceentues.
La dysmenorrhee, on le comprend aisement, ne se montre chez la femme que
durant la periodc d activite des organes sexuels, depuis la puberte jusqu a la
menopause, mais elle seproduit, suivanl les cas, aux ages les plus differents de
la vie genitale. On 1 observe tantot chez la jeune fille vierge, tantol chez la
femme adulte ayanl eu des rapports conjugaux, suivis ou non de grossesse et
d accouchement.
11 u est du reste pas possible d eludier d une fagon generate 1 e tiologie des
accidents dysmenorrhciques, puisqu il ne s agit pas d une entile morbide rele
vant d un certain nombre de causes toujours ideiitiques, mais bien d un syn
drome clinique trouvant son origine premiere dans les affections les plus diverses :
aussi devons-nous envisager successivement le mode pathogenique des princi
ples varieles de dysmenorrhee.
a. On a admis, a 1 exemple d Aran, comme causes de la dysmenorrhee dile
essentielle ou nerveuse, le temperament nerveux, 1 hysterie, la chloro-anemie,
les nevralgies uterines ou lombo-abdominales.
Nous avons expose deja en partie la facon dont nous comprenons 1 action des
troubles nerveux sur le developpement des accidents dysmenorrheiques, et nous
avons emis 1 hypolhese que, dans bien des cas, la nevralgie lombo-abdominale
est elle-meme symptomatique, au meme litre que la dysmenorrhee, d une
lesion pelvienne, cause premiere de tous les accidents. Nous n ajouterons ici
que peu de choses a ce sujel, mais nous croyons ulile de faire remarquer que
Courly admet d une part la nevralgie uterine comme e lroitement liee a la dysme-
non-liee idiopathique, simple irregularile fonclionnelle, et que, a cole de cetle
hysleralgie catameniale, il signale la nevralgie lombo-sacree au nombre des
causes de dysmenorrhee symptomatique. N y a-l-il pas la une double assertion
conlradictoire, eln est-il pas plus simple et plus logique de voir dans la nevralgie
(peul-elre la ne vrile) lombo-abdominale la cause de troubles Irophiques ou
circulatoires au niveau de 1 ute rus ou de 1 ovaire, determinant les accidents de
dysmenorrhee, de meme que les groupes d herpes du zona sonl la consequence
directe de 1 affeclion primitive des rameanx nerveux cutanes.
Chez les hysleriques en particulier, les Iroubles vaso-moleurs sont assez
mulliples et assez frequents pour qu on puisse rapporter la dysmenorrhee dont
elles sont si souvent affectees a une cause de meme ordre, lorsqu on ne trouve
pas dans quelque lesion evidente des organes ge nitaux Implication de la dysme
norrhee en meme lemps que celle des accidenls hysleriques.
L influence palhogenique de la chloro-anemie parail devoir elre admise a coup
sur; mais nous comprenons difficilement que Ton considere comme idiopa-
DYSMENORRHEE. 105
thiqiies les accidents dysmenorrheiques qui accompagnent cet etat morbide
"eneral; d aulre part, les jeunes filles chloro-anemiques sont presque toutes
entachees d hysterie plus ou moins manifeste, et, des lors, ainsi que le fait
observer Siredey, il devicnt difficile de rapporter a 1 etat ncrveux ou a 1 anemie
la part exacte qui leur revient dans la production des troubles menstruels.
11 nous semble d ailleurs assez logique d admettre avec de Sinety que, chez
un certain nombre de jeunes filles chloroliques, 1 ulerus incompletement deve-
loppe presente une cavite insuffisante pour permettre le boursouflement regu-
lier de la muqueuse sous 1 influence de la congestion catameniale : la vascula-
risation est entravee, les extremites nervcuses sont eomprimees et par suite
apparaissent des phenomenes douloureux. Tous ces accidents cessent, du reste,
d eux-memes avec le developpement plus complet des organes sexuels, surtout
a la suite des modifications vitales qu entrainent les excitations genesiques dues
a la repetition plus ou moins frequents des rapports conjugaux.
C est egalement en vue d expliquer le mode de production de la dysmenorrhee
essentielle que Goocb a emis 1 hypolhese d une sorte de predisposition speciale,
d une excitabilite particuliere de 1 uterus a laquelle il a donne la denomination
A uterus irritable (Prefatory Essay to Neiv Sydenham Society s Edition ofGooch s
Works, 1859). 11 nous semble que c est se payer bien facilemcnt de mots que de
se retrancher derriere une expression aussi vague, et nous partageons entiere-
ment, a cet egard, 1 opinion de R. Barnes, lorsqu il fait judicieusement observer
qu un uterus sain est rarement un uterus irritable.
II faut du reste reconnoitre que la caracteristique principale des divers modes
palhogeniques invoques par les aufeurs pour expliquer la dysmenorrhee essen
tielle est fournie par 1 incertitude, le manque de precision et de nettete, qui
reguent dans tous les chapitres consacres a etablir ce point special de doctrine.
Nous n insisterons pas davantage sur ce sujet ; nous pensons en effet que
1 interpretation du role attribue au spasme muscuiaire, dans la variete dile
spasmodique de la dysmenorrhee essentielle ou nerveuse, trouvera bien plus
justement sa place lorsquenous etudierons la dysmenorrbee congestive ovarienne
ou la dysmenorrhee me canique.
b. L etiologie de la dysmenorrhee congestive ou inflammatoire presente des
caracteres plus precis et ne donne lieu qu a de faibles divergences d opinions de
la part des divers auteurs. L accord parait etabli pour reconnaitre qu elle peut
etre le resultat de toutes les phlegmasies aigues ou chroniques de 1 uterus et de
ses annexes. La metrite parenchymateuse, la metrite interne surtout, les mul
tiples lesions de la phlegmasie periuterine, sont une entrave a revolution
normale de la fonction menstruelle, et determinent, chez un grand nombre de
femmes. 1 apparition des crises douloureuses de la dysmenorrhee.
Est-il necessaire pour expliquer leur influence pathogenique d invoquer, ainsi
que le fait Siredey (loc. cit., p. 10), une plasticite trop grande du sang qui
ne peut s ecouler facilement a travers les capillaires de la muqueuse uterine ,
et, sans recourir a ces theories de 1 humorisme ancien , ne trouve-t-on pas
dans les modifications inflammatoires de cette muqueuse, dans 1 epaississement
et 1 induration dont elle est le siege, une cause plus simple et plus evidente de
la difficulte qu eprouvent a se rompre les capillaires turgescents, et des dou-
leurs dont s accompagne cette rupture? (T. Gallard, loc. cit. [Ann. degyne c.,
mars 1884]).
D ailleurs, si 1 exces de plasticite du sang parait pouvoir etre, a bon droit,
106 DYSMENORRHEE.
invoque cbez les femmes robustes offrant une constitution sanguine, pletborique,
ne faut-il pas necessairement recourir a une autre interpretation pour expliqucr
la dysmenorrbee si frequcnte des femmes chloro-anemiques ou convalescentes,
chez lesquelles, on le sail, les congestions pelviennes catameniales de passent
bien souvent les limites de la fluxion normale?
G est encore dans les lesions congestives ou inflammatoires de la muqueuse
uterine que reside une autre cause irideniable des accidents dysmenorrheiques :
1 obstruction plus ou moins complete du canal cervical. Bien que, dans ce cas,
le me canisme intime de la dysmenorrhee appartienne evidemment a la variete
que nous eludierons sous le nom de dysmenorrbee mecanique, nous pensons
qu il importe de rattacher a sa cause premiere le syndrome morbide, afin de
montrer, des a present, qu en pareille circonstance c est la lesion inflammatoire
de 1 ute rus qui commande a la fois le pronostic et le traitement. Ce n est pas,
en effet, un relrecissement organique permanent qui met obstacle a 1 ecoulemenl
du sang menstruel par lesvoies ge nitales, mais bien une obstruction temporaire
de nature congestive, produite par le boursouflement excessif d une muqueuse
infiltree, pblogosee, reduisant a un pertuis insuffisant la lumiere du conduit
cervical. On conceit qne, des lors, apparaissent les phenomcnes de la retention
menstruclle, et que, aux douleurs deja si vives qu elle determine, viennent se
surajouter cellos qui re sultent de 1 etranglement de la muqueuse enflammee
dans un canal etroit, et aussi celles qui accompagnent bientot 1 expulsion dif
ficile des caillols sanguins formes en amont de 1 obstacle, contusionnant au pas
sage cette muqueuse dont la sensibilite est considerablement exalte e par 1 in-
flammalion.
La forme congestive de la dysmenorrhee peut egalement etre rapportee aux
lesions de 1 ovaire; c est cette variete speciale a laquelle Simpson (Clinique
obste lricale et gynecologique, trad, par Chantreuil, 1874) a donne le nom de
dysmenorrhee ovarienne et que R. Barnes (/or. cit.) a decritc sous la denomina
tion de dysootocie.
L interpretation des fails de ce genre fournie par les divers auteurs est loin
d etre uniforme, et 1 accord semble d autant plus difficile a etablir de facon defi
nitive, que les differents me canismes invoques paraissent pouvoir etre tous
considered comme exacts, suivant les cas que 1 on envisage.
C est ainsi que Simpson admet un exces de congestion localisee au niveau de
1 ovaire, et determinant par lui-meme les douleurs speciales qui accompagnent
lacrisecatameniale; Scanzoni, Barnes, Gaillard-Thomas, invoquent, pourexpli-
quer ces phenomenes congestifs et leur prolongation insolite, une dilficulte dans
la rupture du follicule de de Graaf renfermant 1 ovule parvenu a maturite. On
conceit, en effet, que la situation profonde de la vesicule, une resistance ou un
epaississement anormaux de sesparois, ou meme, ainsi que le fait observer de
Sinety, les lesions de la periovarite chronique, aient pour resultat 1 exageration
morbide de cette sorte de lutle qui s etablit au moment du molimen menstruel
entre le bulbe ovarique tui gescent et le follicule ovarien distendu, dont la
rupture est imminente. 11 est facile de comprendre qu un retard apporte a cette
rupture pourra, dans quelques cas, prolonger la congestion pelvienne catame-
niale et determiner, au niveau de 1 ovaire renfermant la vesicule, des douleurs
vives irradiees a tout le petit bassin.
D autre part, Gallard (loc. cit.) professe a cet egard une opinion quelque peu
differente. Tout en acceptant, pour certains cas determines, 1 explication ration-
DYSMENORRHEE. 107
nelle sur laquelle nous venons d insister, il croit pouvoir adraettre, d apres ses
recherclies et ses observations personnelles, le retentissemeat sur 1 ute rus des
affections inflammatoires de 1 ovaire; et c est a la congestion de la muqueuse
uterine qui en est la consequence constante qu il rapporte la production des
accidents dysmenorrheiques. Ainsi, dit-il, la dysmenorrhee congestive d origine
ovarienne reconnait probablement pour cause prochaine, non la lesion ellc-meme
de 1 ovaire, mais la lesion secondaire de la muqueuse uterine, developpee sous
1 influence de 1 affection ovarique .
On pourrait encore trouver dans la condition sociale, dans la maniere de vivre
de la femme, une cause efficients des accidents de la dysmenorrhee congestive ;
c est ainsi que Gailiard-Thomas incrimine les habitudes d onanisme, et que,
d apres Courty (loc. cit.), 1 irrilation del appareil genital, dependant d unexces
des fonctions sexuelles ou d un manque de satisfaction de 1 inslinct genesique,
n estpas sans influence sur son developpement; c est pour cela qu on 1 observe
frequemment, d une part chez les filles publiques, de 1 autre chez les vieilles
filles ou les jeunes veuves .
Cette meme interpretation des phenomenes douloureux a ete proposee par
Bernutz, en vue d expliquer les crises dysmenorrheiques qu il est assez frequent
d observer chez les femmes sejournant depuis un certain temps dans les sailer
d un hopital pour une affection uterine : ces accidents disparaissent des que la
malade, rendue a la vie commune, peut satisfaire ses tlesirs sexuels par un coil
regulier.
Signalons encore 1 influence etiologique attribute par West (Lefons sur lex
maladies des femmes, trad. parMauriac. Paris, 1870) et par Simpson (loc. cit.}
<\ la diathese rhumatismale ou goutteuse qu ils considerent comme la cause
premiere de poussees congestives localisees au niveau de 1 uterus, et celle, plus
douteuse, que Gailiard-Thomas accorde a 1 intoxication palustre.
Enfin Bixbi (Boston Med. and Surg. Journal, 1879), cite par de Sinety, auraii
observe des accidents dysmenorrheiques dus a la presence d un ta3iiia, et ayanl.
disparu enlierement apres 1 expulsion du parasite.
c. A la dysmenorrhee de cause mecanique se peuvent assigner une etiologie et une
pathogenie mieux connues, plus cerlaines, plus faciles a concevoir et a inter
preter. Ici 1 accord est etabli, 1 entente est unanime, au moins sur le plus grand
nombre- des points importants.
La seule cause veritable des accidents douloureux de la periode menstruelle,
dans cette forme de dysmenorrhee, peut etre exprime epar une formule des plus
simples : la retention des regies.
En effet, s il ne s agit point en pareille occurrence dela retention complete des
menstrues, telle qu on 1 observe dans les cas d imperforation de I hymen, du
vagin ou du col de 1 uterus, que cette atresie des voies genitales soil congenitale
ou acquise, on a du moins affaire a une retention partielle du flux catamenial,
resultant d un obstacle materiel quelconque qui s opposeplus ou moins comple-
tement, au niveau du canal cervical, a I e coulement facile et regulier du sang
exhale dans la cavite uterine.
Cette diminution de calibre du conduit cervico-uterin de pend, le plus souvent,
de 1 etroitesse ou du relre cissement del undes orifices du col. Presque toujours
situee au niveau de 1 orifice externe, l e troitesse congenitale accompagne cette
forme particuliere du museau de tanche a laquelle on a donne le ncrc de col
conique ; dans d autres cas, il s agit au meme niveau d un retrecissement patho-
IDS DYSMENORRHEE.
logique acquis, resultant de cicatrices vicieuses consecutives a des dechirures, a
des manoeuvres obstelricales, a des cauterisations multiples et mal dirigees, a
une operation chirurgicale quelconque. Dans ce dernier cas, la coarclation peut
porter sur un point plus eleve du col : c est ainsi que Gallard relate Pobserva-
lion d une femme atteinte de dysmcnorrhee symptomatique d un retrecisse-
ment considerable de Tori/Ice uterin, a la suite de Poperation de Pevidement
conoide du col, pratiquee par Huguier lui-meme. II est bien evident que, chez
cette malade, 1 orifice externe, siege du retrecissernent, avait ete cree, par Pope-
ration, en un point plus ou moins eleve de la portion sus-vaginale du col hyper-
trophie.
D ailleurs, 1 occlusion partielle du canal cervical peut ne pas porter seulement
sur 1 orifice du museau de tanche, mais sur une plus ou moins grande longueur
du conduit : tels sont les retrecissemenls consecutifs aux cauterisations intra-
cervicales, surtout lorsqu elles ont ete pratiquees avec le fer rouge.
Enfin, 1 obslacle peut sieger au niveau de 1 orifice interne et resulter, ici
encore, d une etroitesse congenitale ou d un retrecissernent acquis. Un certain
nombre de gynecologues, et Simpson en particulier, ont admis que 1 orifice
interne constitue le lieu de predilection du retrecissement du col uterin, tandis
que R. Barnes pense. avoir demontre que cet orifice presente un calibre constant
admettant la tige de 1 bysterometre ; en depit de cette affirmation, Courty dit
avoir constate le relrecissement de Poritice interne, egalement admis par Gallard
et Siredey.
Scbullze (Traite des deviations uterines, trad, par Hergott. Paris, 1884)
partage cette opinion et indique, d apres un grand nombre de mensurations, un
diametre minimum de 4 millimetres pour 1 orifice interne normal. Au-dessous
de 4 millimetres, il doit etre considere comme retreci. Ceretrecissement, d apres
Pauteur, existe incontestablement dans un certain nombre de cas ; il dit avoir
observe plusieurs uterus dont 1 orifice cervical interne laissait a peine passer
une sonde de 2 millimetres.
G est encore en ce point que se produirait, sous diverses influences, un
letrecissement temporaire tout particulier, du au spasme ou a la contracture du
sphincter musculaire decrit par Bennet autour de 1 orifice interne du col. La
realite de cetle forme de retrecissernent spasmodique est loin d etre admise sans
conteste par tous les gynecologues ; si Pon voit Bernutz et Courty adopter volon-
tiers cette manierede voir, peut-etre un peu hypothetique, et Duncan considerer
ce spasme comme frequent et le comparer au spasme vesical qui se produit chez
Phomme affecte d etroitesse du meat urinaire, on trouve au contraire, dans la
plupart des auteurs speciaux, les reserves les plus formelles, non-seulement a
1 egard de celte prctendue contraction spasmodique, mais^ encore au sujet de
Pexistence du sphincter musculaire lui-meme.
Enfin, 1 occlusion partielle du conduit cervico-uterin peut elre egalement le
resultat de causes toutes differentes : il ne s agit plus de la reduction du dia
metre de ce canal ou de ses orifices, mais de son obliteration plus ou moins
complete par un corps etranger ou une tumeur faisant saillie au niveau de ses
parois.
G est ainsi qu un bouchon muqueux, plus souvent un caillot sanguin ou ua
debris membraneux provenant de la cavitc uterine, peut venir obstruer la
lumiere du col et determiner la retention du flux menstruel, jusqu a ce que les
efforts de contraction, provoques par la distension du muscle uterin, aient reussi
DYSMENORRIIEE. 100
a expulser 1 obstacle. et a chasser le sang accumule dans le viscere. De meme,
dans d autres cas. 1 arret ou la difficulte de 1 ecoulement des regies peut re sulter
de la presence, dans la cavite ute rine, d une production morbide venant s ap-
pliquer plus ou moins exactemcnt sur 1 orifice interne du col a la facon d une
soupape: tels sont les polypes muqueux ou fibreux, les vegetations de certains
cancers, etc. Enu n, on peut egalement rencontrer des tumeurs, principalement
des fibromes, situees dans 1 epaisseur des parois du col et determinant un apla-
tissement parfois tres-prononce de son canal.
II nous reste encore a signaler une autre cause de dysmenorrhee mecanique
presentant un interet particulier, bien moins par suite du mode d obstruction
partielle du canal cervical, consistant comme precedemment dans une deviation
et un aplatissement de ce conduit, qu a cause des discussions pathogeniques
auxquelles il a donne lieu et des consequences importantes qui en decoulent au
point de vne du traitement.
11 s a^it des deviations uterines dont 1 existence a ete frequemmerit observee
chez les femmes atteintes de dysmenorrhee, mais dont 1 influence etiologique
directe, relativement aux crises douloureuses menstruelles, n a pas ete admise
par tous les auteurs, ou du moins a recu une interpretation assez variable.
Lorsque 1 uterus est simplement incurve en avant ou en arricrc, on concoit
que le diametre du conduit cervical soil peu modifie; mais, lorsqu il existe une
veritable flexion a angle aigu du corps sur le col, il se produit, au point meme ou
s inflechit 1 axe de 1 organe, c est a-dire au voisinage de 1 orifice interne, une
disparition presque complete de la lumiere de son canal, par un mecanisme ana
logue a celui que Ton observe dans la flexion brusque d un tube de caoutcbouc.
On concoit, des lors, facilement 1 obstacle apporte a 1 ecoulement du flux mens-
truel et 1 apparition des phenomenes douloureux dus a la retention des regies.
Le sang, dit Schroder (Traite des maladies des organes genitaux de la
femme,fc edition, 1879), est repandu dans la cavile uterine, mais est empeche
de s en econler librement en raison de la flexion de la region cervicale, si bion
que les contractions repetees de 1 appareil musculaire de la matrice sont neces-
saires pour lui faire franchir ce passage retreci.
Cette pathogenic de la dysmenorrhee qui accompagne les deviations angulaires
de 1 uterus est loin d etre acceptee sans conleste par tous les auteurs: Scanzoni
et le professeur Schultze (loc. cit., p. 92) rejettent Interpretation de Schroder
etbasent leurmaniere de voir sur cc fait que le catheterisme uterin, pratique au
moment ou les douleurs vives de dysmenorrhee sembleraient indiquer la retention
du fluxmenstruel, ne donne lieu a aucun ecoulement de sang. Poureux, comme
pour Bernutz et Siredey, les phenomenes douloureux, la dysmenorrhee, en un
mot, sont sous la dependance non pas de la flexion uterine, mais des lesions
vitales de 1 organe ou de ses annexes, dont la deviation elle-meme n est que la
consequence. A 1 appui de cette opinion, Bernutz produit une statistique portant
sur 19 casde flexions uterines sans autres lesions concomitantes et dans lesquels
il ne s est montre aucun accident de dysmenorrhee ; inversement, Siredey, chex,
17 femmes atteintes de deviations angulaires et souffrant de crises dysmenor-
rheiques, a note la coexistence d un certain degre d inflammation uterine ou
periuterine. II est vrai que le meme auteur a constate cinq fois la dysmenorrhee
accompaghant la deviation simple de 1 uterus, situe quatre fois en anteflexion
et une fois seulement en retrollexion ; dans 50 autres cas, la deviation angulairc
simple n a donne lieu a aucun phe nomene douloureux catamonial. Nous
110 DYSMENORRHEE.
sommes done autorise a conclure, ditSiredey, qu une deviation seule de 1 uterus
determine rarement la dysmenorrbec.
L obstacle mecanique apporte par la flexion est au contraire admis sans reserve
par Courty, Gaillard-Thomas, R. Bnrnes ; peut-etre meme Barnes se laisse-t-il
aller a exagerer quelque peu 1 importance de cette cause speciale, lorsqu il con-
sidere que 1 obstruction siegeant au niveau de 1 orifice interne est presque
toujours le resultat d une deviation angulaire de 1 axe de 1 uterus. On peut
d ailleurs se rendre compte du role preponderant qu il accorde aux retrecis-
sements du canal cervical dans la pathogenic generale de la dysmenorrhee, en
lisantce passage deson Traite des maladies des femmes: La cause essentiellede
la dysmenorrhee au moins dans le plus grand nombre descas est la reten
tion de la secretion menstruelle. Jene connais que peu d exceptions a cette regie.
[/influence etiologique de la flexion uterine simple a 1 egard des accidents
dysmenorrheiques aete bien mise en lumiere par Gallard (loc. cit.), qui cite plu-
sieurs observations de malades atteintes de deviation angulaire simple et chez
lesquelles la gue rison des crises douloureuses catameniales a pu etre obtenue
par le redressement methodique de 1 uterus.
La flexion uterine est, ilest vrai, frequemment accompagnee de lesions inflam-
matoires de 1 uterus ou de ses annexes, souvent meme elle est la consequence
dirccle de la pblegmasie periuterine, et dans ces cas complexes il semble phis
difficile d attribuer a chacune des lesions la part qui lui revient dans la patho-
genie du symptome dysmenorrhee ; mais ce n est pas une raison suffisante pour
refuser a la deviation angulaire un role qu on lui Voit jouer alors qu elle existe
seule. Si la dysmenorrhee est plus fre quente lors de la coexistence des deux
ordres d alteration pathologique des organes genitaux, ce fait demontre seulement,
ainsi que le fait observer Gallard, que les accidents dysmenorrheiques se pro-
duisent d autant plus facilement qu il existe au niveau des organes pelviens une
double lesion capable d engendrer le syndrome morbide : la flexion de 1 uterus
et la phlegmasie chronique.
Toutes les varietes de deplacements de la matrice ne produisent pas la dysme-
norrhe e avec la meme frequence ; nous nous sommes deja explique au sujet des
courbures de 1 organe et nous avons montre qu elles n amenent pas une dimi
nution assez marquee du calibre du conduit cervico-uterin pour pouvoir etre
incriminees. Parmi les flexions angulaires, seules capables de produire un apla-
tissement presque complet du canal au niveau du point flechi, la retroflexion
s accompagne bien plus rarement de dysmenorrhee que 1 anteflexion ; cette diffe
rence tient sans doute, ainsi que 1 admet Siredey, a ce que Tangle forme par
1 axe de 1 uterus est plus aigu dans cette vaz iete de deviation ; peut-etre aussi a
ce que la flexion en avant est plus frequemment observee que celle qui a lieu en
arriere. Quelle que soil d ailleurs la raison de ce fait, il n en est pas moins
nettement etabli par tons les auteurs.
Enfin, les deviations laterales, accompagnees de torsion de I isthme de 1 uterus
et, par suite, de retrecissement du canal cervical, ainsi que les recherches de
Guyou 1 ont demontre, peuvent egalement s accompagner de retention plus ou
moins complete du flux menstruel et donner lieu aux symptomes douloureux de
la dysmenorrhe e.
Rappelons encore qu il est un element d obstruction du col dont il est neces-
saire de lenir grand compte pour apprecier avec justesse la pathogenic de la crise
dans les diverses formes de dysmenorrhee : nous voulons parler du boursouflement
DYSMENORRHEE. HI
excessif, de la tumefaction pathologique de la muqueuse uterine, dont 1 epais-
seur peut etre telle qu elle remplisse lacavite cervicale, s oppose a Tissue du flux
menstruel et meme, comprimee et comme etranglee dans un conduit trop etroit,
devienne le point de depart de douleurs speciales vives rendant plus pe nible
1 acces dysmeiiorrheique. G est surtout dans la forme congestive que 1 on observe
cette tumefaction de la muqueuse, et nous 1 avons deja signalee dans un precedent
paragraphc, mais il ne nous a pas paru inutile de rapprocher ici ce phenomene
des diverses autres causes de retrecissemeut du col, d autant que certains
auteurs, ainsi que nous 1 avons dit deja, considc-rent la diminution de calibre
du conduit cervical et la retention menstruelle comme les seules causes reelles
de dysm^norrhee. Nous aurons a revenir sur cette opinion lorsque nous nous
occuperons de la dysmenorrhee membraneuse.
Inversemcnt, il est un certain nombre de cas dans lesquels le retrecissement
a seul exisle pendant un temps plus ou moins long, determinant les crises dou-
loureuses des epoques menstruelles ; puis il s est produit, en amont de 1 obstacle,
une dilatation de la cavite uterine avec inflammation de la muqueuse, et des
iors la metrite interne est venue se joindre au retrecissement primilif pour
produire les accidents de dysmenorrhee.
Nous ne pensons pas que dans des cas semblables on puisse admcttre a bon
droit, ainsi qu on 1 a dit parfois, que la dysmenorrhee a engendre par sa repe-
lition la metrite interne, en un mot, que le trouble fonctionnel peut en se
reproduisant periodiquement donner lieu a une lesion materielle. C est le retre
cissement cervical, lesion primitive, cause de la dysmenorrhe e, qui a donne
naissancc a une autre lesion secondaire, de meme que I emphyseme pulmonaire,
cause de 1 acces d asthme, determine, a la longue, la dilatation du coeur droit,
qu on ne peut considerer comme relevant directement des crises aslhmatiques.
II est, d autre part, facile de comprendre qu un meme retre cissement du
conduit cervico-uterin ne s accompagnc pas forcement de dysmenorrhee pendant
loute la periode d activite sexuelle : en effet, si 1 hemorrhagie mensuelle est peu
abondante, se produit lentement, pour ainsi dire goutte a goutte, et ne s accom-
pagne de la formation d aucune coagulation intra-uterine, le diametre du canal
retreci peut etre suffisant pour permettre a 1 ecoulement sanguin de se faire sans
douleurs; mais si, cbez la meme femme, les regies deviennent plus abondantes,
bien que I orifice n ait pas change de diametre, leur issue au debors ne peut
plus se produire assez rapidement pour eviter la stase au-dessus de 1 obstacle et
la formation des caillots, et, par suite, la crise dysmenorrbeique est constitute.
C est ainsi que, chez un certain nombre dejeunes filles presentant une etroitesse
eongenitale de 1 un des orifices du col, les regies, suivant la remarque de
liusserow (Veber Menstruation und Dysmenorrhcee), se passent normalement
pendant un temps plus ou moins long, alors qu elles sont encore peu abon-
lantes, tandis qu elles deviennent ensuite douloureuses, le sang affluant en
quantite plus considerable, chez la jeune femme, sous 1 influence d un fonction-
nement plus actif des organes genitaux.
II est a peine besoin de faire remarquer que la dysmenorrhee, parfois habi-
tuelle et accompagnant chacune des epoques menstruelles, peut etre au contraire
passagere ou accidentelle, quelle que soit d ailleurs la variete que Ton consi-
dere: en elfet, la repetition periodique, la Constance des accidents douloureux,
ou leur disparition plus ou moins durable, dependent essentiellement d un
ensemble de conditions pathogeniques locales ou generates, sujelles a des varia-
112 DYSMENORRHEE.
tions multiples suivant 1 etat de saute et le genre de vie, sur lesquelles nous
croyons avoir suffisamment insiste.
SVMPTOMATOLOGIE. Si les phenomenes cliniques de la crise douloureuse qui
conslitue la dysme norrhee presentent, suivant les differents cas, dans Jeur
allure et leur intensite, des variations asscz considerables, nous pensons cepen-
dant qu ils peuvent etre reunis dans une description d ensemble, ct qu il y a
avantage a ne pas creer une symptomatologie, quelque peu artificielle, corres-
pondant a chacune des formes de la dysmenorrhee. On peut, en effet. se rendre
lacilement compte, en parcourant les auteurs, des inconvenients que presente
cette maniere de faire., et acquerir la conviction qu il est bien difficile, pour
ne pas dire impossible, de reconnaitre, a la simple lecture, les descriptions qui
ont la pretention de se rapporter a telle forme plutot qu a telle autre. D ailleurs,
ainsi que nous 1 avons fait remarquer pre cedemment, plusieurs causes con-
courent dans la plupart des cas a engendrer les phenomenes dysmenorrheiques,
et, des Jors, il est evident que toute description trop particuliere ne saurait
donner une ide e exacte de 1 ensemble des symptomes. Nous ferons cependant
ressortir, chemin faisant, les signes physiques ou fonctionnels qui se rencontrent
plus accenting suivant la cause predominant des accidents.
11 est rare que la crise dysraenorrheique debute brusquement, sans avoir ete
precedee de quelques phenomenes douloureux premonitoires, sur la significa
tion desquels les malades ne sauraient se meprendre lorsqu elles les ont deja
ressentis un plus ou moins grand nombre de fois. Pendant les quelques jours
qui precedent les regies, ou tout au moins pendant un certain nombre d beures
avant 1 eruption sanguine, la nialadc est en proie a un malaise ge neral plus ou
moins accentue; elle eprouve une sorte d inquietude vague, d agitalion anxieuse,
elle a comme le pressenliment de la crise penible qu elle va traverser. Dans cer
tains cas, on observe du ptyalisme.
En memo temps apparaissent d autres phe nomenes morbides, plus directe-
ment en rapport avec les lesions du systeme genital et le trouble de la fonc-
tion menstruelle. C est tout d abord une sensation de chaleur et de pesanteur
au niveau de la vulve et du vagin, accornpagnee parfois d un prurit penible;
une douleur profonde, avec coliques plus ou moins violentes, sie geant gene ra-
lement au niveau de la region hypogastrique qui presente une tension, un
ballonnement manifeste. De ce point la douleur s irradie dans diverges direc
tions : aux aines, a la partie superieure des cuisses, quelquefois dans les fesses,
et surtout a la region lombaire ou elle se montre fre quemment tres-penible.
Des ce moment la muqueuse vulvaire et vaginale est rouge, congeslionnee,
epaissie ; le museau de tancbe lui-meme offre une coloration violacee et ses deux
Jevres sont assez souvent tumefiees ; on voit un ecoulement glaireux plus ou
moins abondant se produire par les organes genitaux externes; la mulu le accuse
de la dysurie ou du tenesme vesical et rectal. On observe, cbez un certain
nombre de femmes, une sorte de poussee congestive douloureuse du cote des
seins, qui sont tendus et augmentes de volume.
Ces symptomes ont ete decrits comme appartenant en propre a la forme con
gestive de la dysmenorrhee, et comme la caracterisant avant tout exainen plus
approfondi. Peut-etre sont-ils plus accenlues ou plus constants dans la forme
congestive, mais ii s en faut de beaucoup qu ils viennent toujours a manquer
dans les autres formes, et en particulier dans la forme dite nerveuse. L obser-
vation clinique etablit le fait d une facon incontestable, et d ailleuis Yalleix
DYSMENORRIIEE. <H3
(Bulletin de therapeutique), Neucourt (Arch, de me decine, 1858, t. II) et Mar-
rotte (De quelyues e piphe nomenes des ne vralgies lombo-sacre es pouvant
simuler des affections idiopathiques de I uterus et de ses annexes, in Arch, de
me decine, 1860), n ont-ils pas signale la congestion active, la rougeur et la
tumefaction des organes genitaux sous I influence directe dc la nevralgie lombo-
sacree; insistent meme sur 1 apparition de phenomenes dysmenorrheiques,
comme consequence imme diate de cette congestion uterine.
Inversement, quelques auteurs accordent aux douleurs nevralgiques intenses,
aux points douloureux plus ou moins voisins du petit bassin, une valeur semeio-
logique importante relativement au diagnostic de la dysmenorrhee nerveuse. Or,
dans la plupart des observations, quelleque soil la cause du trouble menstruel,
on trouve mentionnees des douleurs irradiees, des points douloureux fixes; et
il nous a ete donne dernierement d observer une dame de quarante-quatre ans,
sotiffrant depuis pres de sept ans de crises dysmenorrheiques violentes conseni-
tivement a un phlegmon du ligament large gauche, et qui presente, presque
constamment, a chaque retour periodique des accidents, des douleurs nevral-
giques extremement vives dans les cuisses et principalement dans les fesses,
plus marquees d ordinaire du cote gauche, correspondant au siege dc la
phlegmasie periute rine ancienne. Quoi qu il en soitde ces pretendus caracteics
distinctifs, auxquels on a, selon nous, accorde uue importance qui peut parailre
exageree, les phenomenes douloureux ressentispar les malades s accentuent plu-i
ou moins rapidement, et enfin la crise elle-meme eclate avec une intensite
variable pour chaque femme, et, chez la meme femme, pour des epoques de
regies differ entes.
Le facies exprime la souffrance; les yeux sont cernes, les traits tires; les
teguments du visage sout tantot rouges, vultueux, tantot pales, jaunatres, ter-
reux; souvent meme les alternatives de coloration et de paleur de la face se
succedent a des inlervalles plus ou moins rapproehes. Les douleurs, qui se loc;i-
lisent plus specialement au niveau de 1 uterus ou des ovaires, acquierent une
violence parfois extreme ; elles offrent le caractere de coliques tormineuses, de
veritables tranchees uterines, et s accompagnent, le plus souvent, de sensations
expultrices fort penibles. Les malades emploient pour decrire leurs souffrances
des comparisons assez diverses; celles qui ont ete meres insistent generalement
sur 1 analogie de ces douleurs avec celles de I accouchement et surlout de 1 ex-
pulsion placentaire.
Ge caractere de la douleur serait un bon signe de la dysmenorrhe e mecanique
par etroitesse ou retrecissement du col uterin, s il n existait pas d autres causes
de retention du flux sanguin dans la matrice. Aussi ne doit-on considerer ces
douleurs vives, evpultrices, que comme une manifestation apparente de 1 exis-
tence d un obstacle materiel quelconque a Tissue du sang accumule dans 1 uterus,
cet obstacle pouvant etre aussi bien un fibrome cervical qu un polype, un caillot,
ou une membrane muqueuse exfoliee.
Les malades en proie a ces tranche es uterines sont dans une agitation
extreme, elles ne peuveut rester dans le decubitus dorsal, et se livrent a des
contorsions inccssantes dans I espoir presque toujours de cu de calmer leurs
souffrances en prenant une position nouvelle. C est ainsi que Siredey cite
1 exemple d une dame atteinte de corps fibreux, qui resta trente-six heures
assise sur son lit, le corps fortement plie en avant, sans qu il lui fut possible
dc quitter cette position faliganlc. La plupart ponsseut des cris qui le ir sont
DICT. ENC. XXXI. 8
114 DYSMENORRHEE.
arraches par 1 intensite ile la douleur; quelques-unes meme, dans les cas d une
acuite extreme, ont des convulsions ou des syncopes. En meme temps se mon-
trent ou s accentuent, s ils avaient fait deja leur apparition, les symptomes
reflexes du cote des divers organes : en particular la dysurie, le tenesme
vesical et rectal, les epreintes. Les nausees sont frequentes et vont parfois jus-
qu au vomissement repete.
Malgre ces desordres bruyants, cette perturbation tres-marquee d un certain
nombre de fonctions, malgre 1 aspcct general de la malade, 1 apyrexie est la
regie, a moins de la coexistence de quelque complication inflammatoire, ou
jilutot de quelque lesion plilegmasique, origine immediate des accidents dys-
menorrheiques.
Si Ton vient, a cette periode, a examiner 1 ubdomen de la malade, on con-
slate le plus souvent qu il est dislendu, douloureux a la pression, principale-
ment au niveau dc 1 bypogastre ou de la region ovarienne, surtout la gauche;
on pergoit ordinairement par la palpation le corps de 1 uterus augmente de
volume, et dont le fond remonte a une plus ou moins grande hauteur au-dessus
de 1 arcade pubienne. Gc devcloppement de 1 uterus est marque surtout dans le
cas de dysmeuorrhce mecanique, alors que le flux sanguin s etant produit au
niveau de la muqueuse ne peut trouver issue au dehors et distend progres-
sivement la matricc pour constituer une hematometrie plus ou moins con
siderable.
Qu il nous suffise de signaler la possibilite de la production, dans des cas
semblables, d une hematocele periuterine, par dilatation des ostia uterina et
reflux du sang de 1 uterus dans le peritoine. Cette complication grave, sur le
mecanisme de laquelle a insiste Bernutz, accompagne trop rarement les acce*
de dysmenorrhe e pour meriter que nous nous y arretions plus longuement.
Nous croyons egalement devoir rappeler tres-brievement que 1 examen local
des organes genitaux et en particulier le toucher vaginal, uni a la palpation
liypogastrique, permettra de reconnakre 1 exislence des lesions diverses pre exis-
tantes a la crise, fibromes, tumeurs inflammatoires, deviations, etc. (voy. UTE
RUS [Pathologic]). Leur constatation aura, du reste, la plus grande importance
au point de vue du diagnostic etiologie, et du traitement qu il conviendra d in-
stituer.
La crise dysmenorrheique arrivee a son paroxysme subit bienlot une remission
plus ou moins marquee : en effet, il est rare que les douleurs n affectent pas
une marche intermittente, et qu apres quelques heures de souffrances crois-
santes la malade n eprouve pas un amendement notable, suivi lui-meme d une
crise nouvelle. D ailleurs, apres un nombre variable de paroxysmes successifs,
les accidents vont entrer dans une seconde phase, par suite de 1 apparition du
sang a la vulve.
Le plus souvent, en effet, 1 ecoulement de quelques gouttes de sang, qui
paraissent tout d abord sortir avec peine et comme expulsees par les contrac
tions uterines, amene une detente marquee plus ou moins durable; parfois
meme, si les regies s etablissent rapidement et trouvent une issue facile, le sou-
la gement est immediat et complet.
L aspect et la quantite du sangevacue sont, du reste, des plus variables, sui-
vant les cas. Tantot le sang est liquide, pale, rose, tantot au contraire il offre
une coloration foncee, noiratre, il est epais, visqueux, et renferme des caillots
abondanls. Ceux-ci presentent des caracteres extremement variables : les uns
DYSMENORRHEE. -115
sont volumineux, mous, noirutres, ce sont de veritables caillots cruoriques ; les
autres sont petits, dechiquetes, grenus, paraissent organises et composes de
parties foncees et de parties plus claires, jaunatres, stralifiees ; quelques-uns
meme sontentierement jaunes et rappellent les caillots actifs des anevrysmes ;
ils afiectent parfois une forme allongee, triangulaire, off rant le moule plus ou
moins complet tie la cavite uterine, disposition que nous retrouverons bientot
en etudiant les membranes dysme norrheiques dont 1 expulsion accompagne,
cbcz certaines femmes, celle des caillots.
Cenx qui sont volumineux et mous n ont pas, dans 1 espece, une importance
particuliere ; ils proviennent du vagin dans lequel le sang s est accumule et a
subi la coagulation, surtout lorsque la malade garde le decubitus dorsal; lour
expulsion esl facile et se produit sans douleurs a 1 occasion d une secousse, d une
contraction musculaire, d un effort, d un mouvement quelconque. Les petits
caillots re sistants et grenus proviennent, au contraire, de la cavite uterine ou
ils se sont formes, et jouent, par eux-memes, un role important dans la produc
tion des phenomenes douloureux de la dysme norrhee. En effet, les contractions
du muscle uterin, sollicitees par la presence de ces corps etrangers dans 1 in-
lerieur du viscere, sont une cause puissante des souffrances ressenties par la
malade; et d autre part Tissue de ces caillots par le conduit cervical se trouve
enlravee dans un grand nombre de cas, ainsi que nous 1 avons iudique, par
I etroitesse, congenitale ou acquise, de ce canal, a 1 orifice interne duquel le
caillot forme bouchon, retenant en amont de 1 obstacle le sang qui continue a
etre exhale par la muqueuse : aussi 1 expulsion de caillots semblables est-elle
presque constamment suivie de I ecoulement d une quantite de sang assez con
siderable, apportant dans Tintensite des douleurs un soulagement marque.
Ces phenomenes alternatifs d arret du flux sanguin et de reprise d un econle-
ment abondant peuvent se montrer plusieurs fois pendant la duree d une meme
crise, suivant le nombre et le volume des coagulations intra-ute rines.
11 est d ailleurs evident qu en 1 absence de toute diminution de la lumiere du
conduit cervical les caillots intra-uterins sont presque constamment trop volu-
mitieux pour francbir ses orifices sans que 1 uterus reagisse plus ou moins ener-
giquement pour les expulser. De la Torigine des tranchees uterines que Ton
observe, meme en debors de toute stricture du col, pour peu qu une coagula
tion sanguine d un volume appreciable se soit formee dans 1 uterus.
(Test la, il est vrai, le cas le plus rare, et la presence dans le flux sanguiu
d un certain nombre de caillots fibrineux, granuleux, plus ou moins exactemenl
moule s sur la cavite uterine, est ordinairement un bon signe de slenose du
conduit cervical, quelle qu en soit d ailleurs 1 origine. Courty fait remarquer
a ce sujet avec raison que 1 existence de caillots semblables est plus souvent le
signe d une augmentation de capacite ou d une dilatabilite de la cavite uterine
lorsqu elle coexiste avec la meuorrbagie chez des femmes ayant eu des eufants,
et dont la capacite uterine est augmentee non-seulement dans le corps, mais
dans le coL
La quantite de sang qui s ecoule pendant toute la duree de la crise dysme-
norrbeique est essentiellement variable, avons-nous dit: en effet, chez un certain
nombre de femmes, on observe, en meme temps que la dysmenorrbee, une
amenorrhee presque complete (voy. AMEJNORRHEE), le sang apparait a peine a
la vulve pour produire sur le linge de la malade quelques rares taches isolces,
offrant en general une coloration peu foncee; il semble que 1 uterus laisse
1!6 DYSMENORRHEE.
exhaler goutte a goutte une hemorrhagie insignifiante : c est la le veritable stilli-
cidium uteri d Aetius.
II ne faudrait pas, du reste, dans des cas semblables, secroire toujours auto-
rise a pronostiquer un ecoulement menstruel pen abondant, car il n est pas
rare de voir, apres 1 expulsion d un caillot qui enlravait 1 issue du sang, un
flux abondant se produire tout a coup, et parfois avec une telle intensile qu il
peut mellre les jours de la malade en danger. Dans d autres cas, la metrorrhagie
est constitute presque d emblee, et cbaque retour des crises dysmenorrheiques
esl le signal d une perte de sang considerable. On comprend, d ailleurs, aise-
nient, qu entre ces deux modalites extremes du flux catamenial, amenorrhee
et metrorrhagie, on observe chez les femmes dysme norrheiques tous les degre s
intermediaires duns 1 abondance des regies.
Ici encore, on a voulu trouver dans les variations de ce symptome, d une
conslatation facile, siuon d une interpretation loujours aussi simple, uu indice
permetlant d etablir le diagnostic differentiel de la forme de dysmenorihee en
presence de laquelle on se trouve place. C est ainsi que Siredey pense que dans
la dysmciiorrb.de congestive 1 ecoulement du sang est le plus souvent tres-abon-
dant et conslituc de veritables menorrhagies; mais, d autre part, d apres Aran,
la diminution dans la quantite du sang menstruel est presque caracte ristique de
la dysmenorrhee qui se lie a la congestion, ou dysmenorrhee congestive.
Comment ne pas voir dans une divergence d opinion si trancbee entre deux
observateurs d un merite aussi incontestable une riouvelle preuve de la diffi-
culte extreme, pour ne pas dire de I impossibilite qu e prouve le clinicien adiffe-
rencier cbacune des formes de la dysmenorrhec d apres la seule symptomatologie
de la crise catameniale.
II est plus rationnel, a notre avis, de considerer I amenorrhee ou la metror
rbagie qui accompagne les accidents douloureux, comme 1 expression symptoma-
tique de la lesion d ou procede la dysmenorrhee elle-meme. A la metrite interne,
aux polypes, aux corps fibreux, se rapporte la dysmenorrhee avec hemorrhagie
abondante ; 1 amenorrhee au contraire accompagne la dysme uorrhee dont la cause
reside dans une metrite parenchymateuse chronique , une phlegmasie des
annexes. 11 reste d ailleurs bien entendu que cette specialisation n est pas, en
pareille circonstance, plus absolue qu en 1 absence des accidents dysmenor
rlieiques, et que la phlegmasie periuterine ou 1 ovarite peuvent dans certains
cas donner lieu a la metrorrhagie.
Quoi qu il en soit de cette interpretation pathoge nique, un fait important doit
rester present a 1 espril, c est le soulagement plus rapide et plus complet qui
suit presque toujours uri e coulement de sang facile et abondant ; 1 hemorrhagie
joue dans ce cas le role d une veritable saignee depletive. C est, dit fort juste-
ment Siredey, une crise qu il faut savoir respecter, et qu il serait imprudent de
combattre, a inoins qu il n en resulte un grand dommage pour la sante gene-
rale.
En effet, ainsi que nous 1 avons dit deja, lorsque les regies ont paru, un
amendement notable des phenomenes douloureux se montre dans la plupart des
cas, et, s il est parlbis interrompu par de nouvelles crises occasionnees surtout
par la retention de caillots ou de debris de membranes, on voit cependant, apres
un nombre plus ou moins considerable d alternatives semblables, les accidents
s attenuer de plus en plus et disparaitre completement.
La crise terminee, la malade conserve en general, pendant un temps plus ou
DYSMENORRHEE. 117
moins long, de I endolorissement an niveau de 1 utcrus, accompagne d une
sensatioa de fatigue et d e puisement en rapport avec 1 intensite des douleurs
qu elle vient d eprouver; puis ces phe nomenes cux-memes se dissipent, niais
laissent apres eux le souvenir des souffrances passees et surtout la crainte trop
souvent justifiee de leur prochain retour. Pour hi plupart des fcmmes atteintes
de dysmenorrliee, la periode de calme relatif qui sc pare deux epoques de regies
conse cutives est en effet le plus souvent empoisonnee par 1 angoisse bien natu-
relle que leur inspire la prevision d une crise nouvelle.
La sante de ces femmes est, d ailleurs, moins parfaile dans 1 intervalle des
regies qu on ne ponrraitle croire au premier abord, et Gallard dans ses Lefons
cliniqiies (loc. cit.) insiste a juste litre sur les accidents divers qu clles pre-
sentent pendant les pe riodes intercalaires. En effet, si dans quelques cas la
lesion qui est la cause des accidents dysmenorrheiques reste pour ainsi dire
latente entre les epoques des regies, le plus souvent elle se manifesto par
des troubles locaux ou generaux sur la nature desquels tin exameii minutieux
ne laissera bientot aucun doute. Et cet examen est d autant plus indispensable
a pratiquer pendant la periode de calme qn il permeltra, par la connaissance
de la cause prochaine des accidents, d arriver a institucr une the rapeutique
reellement efticace. Les de tails dans losquels nous sommes entres au sujot de
I etiologie de la dysmenorrhee nous dispensent de revenir plus longuement sur
ce sujet; aussi rappellerons-nous seulement que c est tantot unc affection des
organes genitaux, tantot un etat morbide general, que Ton aura a combattre par
des moyens ap[Topries.
L intervalle qui se pare deux epoques catameniales consecutives pent presenter,
chez les femmes dysmenorrheiques, sa duree normale; mais il n est pas rare
que les regies offrent dans leurs retours une assez grande irregularite sur
laquelle, a 1 exemple d Aran, ont insiste les divers auteurs. II faut voir dans ce
fait bien moins une consequence directe des accidents dysmenorrheiques eux-
memes que le re sultat du retentissement sur la fonction menstruelle des
affections multiples qui president a 1 apparition de la dysmenorrbee. C est ainsi
que la periodicite menstruelle est bien moins souvent troublee chez les femmes
qui pre sentent une stenose simple du canal cervical que chez celles qui souffrent
d une pblegmasie des organes genitaux, ou qui sont atteintes de chloro-
anemie.
On voit egalemcnt, dans quelques cas, une nouvelle crise doulourcuse se
produire pendant 1 cspace intercalate et tons les phenomenes djsmenorrheiques
reparaitre, a 1 exception cependant du fluxcatamenial. Cet!e dysme norrhee inter-
menstruelle ou intermediate signalee par Priestley (Proceedings of the Med.
Chir. Soc., 1871 ; Cases of Intermenstrual or Intermediate Dysmenorrhcea]
correspondrait a la forme ovarienne, a la dysootocie de Barnes, et tout cet
appareil symptomatique douloureux serait 1 expression d une ovulation lente ou
difficile. Une semblable interpretation parait tout d abord peu plausible, et si
la plupart des observateurs ont passe le fait sous silence, on trouve dans 1 ou-
vrage de Gaillard-Thomas la mention de la crise intermenstruelle entoure e de
prudentes reserves; de Sinety considere meme 1 explicalion pathogenique fournie
par Priestley comme une hypothese qui n est base e sur aucun fait anato-
mique.
Les crises de dysmenorrliee se montrent a une periode variable de la vie
sexuelle de la femme ; elles sont assez fre quentes a 1 epoque de 1 instauration
118 DYSMENORRIIEE.
catameniale chez Jes jeunes filles, et nous avons vu que, le plus souvent, dans
des cas semblables, elles resultent soil de difficultes dans les phenomenes de
1 ovulation, soil d un developpement encore insuffisant de 1 uterus ; cette dcrniere
cause peut, il est vrai, n etre 1 origine d accidents douloureux qu a une periode
un peu plus tardive lorsque le flux catamenial se produit en suffisante abon-
dance, pour trouver difficilement issue par un canal cervico-ute rin de dimensions
inferieures a la normale.
Chez un grand norabre de femmes, au contraire, la dysmenorrhee ne fait son
apparition que plus tard, apres qu elles ont ete bien reglees pendant un plus
ou moins grand nombre d annees ; c est alors a la suite d un accouchement,
d une fausse-couche, d une phlegmasie des organes sexuels, d une cauterisation
fre quemment repetee de quelque ulcere du col, qu e clatent les acces douloureux.
En un mot, c est le moment d apparition de la cause qui fixe le debut du trouble
menstiuel.
La duree des accidents, envisagi e au point dc vue de la lotalite des retours
periodiques de la crise, est egalement des plus variables, et se lie etroitement a
la persistance ou a la disparition de la cause qui les engendre. On concoit que
la dysmenorrbee symptomalique d une stenose du col puisse etre rapidement
supprimce, si cette stenose est elle-meme facilement curable, tandis que la dys-
me norrbe e qui est sous la dependanoe de lesions cbroniques des annexes, d un
noyau de phlegmasie avec adherences multiples et deviation uterine, persistera
avec une desesperante tenacite jusqu a 1 epoque de la menopause.
PRONOSTIC. G cst sur les probabililes de cette persistance plus ou moins
Jongue des crises qu il faut baser presque tout le pronostic d un syndrome tel
que la dysmenorrbee, qui n offre en general par elle-meme aucun danger pour
1 existence, mais constitue un ve ritable supplice pour les malheureuses femmes
auxquelles chaque epoque de regies ramene tout un cortege d angoisses et de
souffrances.
II est vrai que Ton a siguale parfois 1 apparition d accidents graves, et meme
mortels, au cours des paroxysmes dysmenorrheiques : tels sont 1 henaorrhagie
pulmonaire, 1 apoplexie cerebrale, etc. Peut-etre de semblables complications,
heureusement foil rares, ne sont-elles pas sous la dependance absolument imme
diate de la dysme norrbe e elle-meme?
Les poussees congestives aigues au niveau d un ancien foyer inflammatoire
periuterin, les metrorrhagies et rbematocele periuterine par retention, peuvent,
au contraire, etre considere es comme offrant avec la crise dysmenorrheique des
rapports beaucoup plus intimes sur lesquels nous n avons pas a revenir.
II est enfin deux points speciaux dont 1 etude nous semble particulierement
interessante, a 1 occasion du pronostic de la dysmenorrhee ; nous voulons parler
des rapports conjugaux et de la fe condation.
Nous avous monlre de ja que, dans certains cas, le coit modere peut avoir une
influence heureuse sur revolution de la dysmenorrbee et contribuer a amener
la disparition des accidents : c est ainsi que le mariage peut etre conseille pour
les jeunes Giles chez lesquelles les pbenomeues douloureux accompagnant la
periode menstruelle sont le resultat de ce developpement incomplet de 1 uterus,
qui entrave la congestion physiologique catameniale et cree un obstacle physique
au boursouflement regulier de la muqueuse et a Tissue du ilux sanguin. Les
excitations sexuelles ont pour effet, chez elles, d augmenter la vitalite des
organes de la generation, de leur permettre d achever leur developpement jusque
DYSMENORRHEE. 119
la imparfuit, et enfin de donner a la fonction ovarienne le stimulus suffisant
pour que la ponte spontanee s accomplisse periodiquement sans efforts.
Rappelons encore, d apres Courty, 1 action heureuse des rapports sexuels
chez les jcunes veuves ou chez les femmcs privees, pour une cause quelconque,
pendant un assez long temps, des satisfactions legitimes de 1 instinct gcnesique.
On voit parfois dans des circonstances semblables les crises de dysmenorrhee
s c loi a ner et disparaitre entierement.
Chez d autres femmes, c est en amenant la fecondation suivie de revolution
normale d une grossesse terminee par un accouchement a terme que 1 acte
coniual manifesto ses bons resultats; la guerison dans ce cas de pend tantot
d une modification vitale imprimee par la gestation a la saute generate, tantot
d une action directe exercee sur 1 etat anatomique des organes genitaux, et en
particulier de 1 uterus, soil pendant la grossesse, soil pendant le travail de
1 accouchement. C est ainsi, par excmple, qu une flexion uterine peut dispa
raitre ou se trouver modifiee, a la suite du travail d involution post-pnrtutn.
ou encore qu une stenose du canal cervical peut etre de truite de 1 acon defi
nitive. Hatons-nous d ailleurs d ajouter que ce dernier cas se presente rare-
ment, la stricture du col, ou sa forme conoide, etant une cause puissante de
sterilite.
Ilest, par contre, d assez nombreuses circonstances dans lesquelles les rapports
sexuels soat nuisibles, et qui doivent par consequent etre envisage es comme
une centre-indication au mariage, s il s agit d une jeune fille offrant cette variete
d accidents dysmenorrheiques : ce sont les affections inflammatoires de I titcrus
ou de ses annexes, 1 ovarite, la pelvi-peritonite aigue ou subaigue, qui sont le
plus souvent aggravees par le coi t, ainsi que la dysmenorrhee a forme congestive
qui en est la consequence imme diate.
La plupart des auteurs ont signale la relation evidente qui existe entre la
dysmenorrhee et la sterilite ; il resulte d une statistique de Sims (Notes diniques
sur la chirurgie uterine dans ses rapports avec le traitement de la ste rilite .
Paris, 1866), portant sur 250 femmes steriles, que 129 d entre elles souffraient
de douleurs dysmenorrbeiques. Peut-etre faut-il voir 1 origine de cette sterilite
si frequente, moins dans les accidents eux-memes de dysmenorrhee que dans
les lesions des organes genilaux, cause premiere de la perturbation menstruelle,
et en particulier dans les deviations uterines ou les retrecissements du conduit
cervical. llconvient,dureste, de distinguer la sterilite absolue, le defaut complet
de conception, de la sterilite relative resultant d avortements rcpete s cbaque fois
que la fecondation a pu se produire. Siredey insiste avec raison sur ce point
particulier et fait observer que, chez les femmes dysme norrheiques, au debut
de la grossesse, ce qui est a craindre, c est non-seulement une congestion plus
active, permanente, habituelle, mais encore des contractions uterines faciles a
reveiller et qui, une fois determinees, ne peuvent guere s arreter qu apres avoir
produit le decollement des membranes de 1 ceuf et l avortement.
Ajoutons enfin que si la grossesse developpee chez une femme dysmenor-
rheique peut parfois avoir, comme nous 1 avons indique, une influence favorable,
plus nombreux, pcut-etre, sont les cas ou elle ne modifie en rien revolution
ulterieure des accidents, si meme el!e ne vient pas aggraver les lesions pre exis-
tantes.
On comprend egalement que la gestation et raccouchement puissent entrainer
a leur suite des affections diverses du systeme genital et devenir par la une
120 DYSMENORRHEE.
cause efficiente de dysmenorrhee, chez des femmes anlerieurement reglees ne
facon normale.
DIAGNOSTIC. Le diagnostic de la dysmenorrhee comporte la solution de deux
questions connexes, mais qui presentent au point de vue pratique une importance
tres-differente : il s agit, en un mot, d etablir le diagnostic symptomatique et le
diagnostic etiologique de 1 affection.
Nous ne pensons pas qu il soil necessaire d insister beauconp sur le premier;
il est presque tonjours facile a porler et nous avons, croyons-nous, suifi>amment
lait connaitre dans leurs diverses manifestations les accidents caracle ristiques de
In crise de dysmenorrhee, pour qu aucune hesitation serieuse ne puisse se pro-
duire en presence de semblables phenomcnes morbides.
Tout autres sont les difficulties qne rencontre le clinicien pour arriver a se
prononcer sur la nature d un cas donne de dysmenorrhee, pour determiner la
1 orme purliculiere du syndrome, c est-a-dire pour reconnaitre sa cause deter-
minante et ctahlir les lesions locales ou generates auxquelles on doit en rapporter
I origine.
Nous ne pouvons entrer ici dans les details de ce diagnostic etiologique qui
comporte la connaissance de questions multiples de pathologie traitees dans
d autres parties de ce Dictionnaire auxquelles nous devons nous contenter de
renvoyer le lecteur (voy. les articles AMMIE, CHLOROSE, AMENORRHEE, METRITE,
UTERUS [Pathologie]) ; mais il nous faut indiquer a grands traits les sources ou
1 observateur pourra puiser les renseignements necessaires pour arri\er a la
solution du probleme.
L interrogatoire mclhodique de la malade au sujet de ses antecedents patho-
logiques, des troubles de sa sante generate, du fonctionnement plus ou moins
regulier de ses organes gcnitaux, surtout au point de vue de la menstruation,
s impose comme complement obligatoire de 1 examen des phenomenes constituant
la crise actuclle de dysmenorrhee. Celle-ci par sa peiiodicite plus ou moins
parfaite, par son mode de debut, par 1 evolution de ses symptomes dominants,
son intensite, sa duree variable, fournit des notions d une certaiue importance
et qu il ne faut jamais negliger, mais qui ne doivent etre regardees que comme
des signes de probabilite. C est aux signcs physiques qu il faut avoir recours;
seuls, dit Siredey, ils pcuvent donner quelque certitude au diagnostic.
G est ainsi que la palpation abdominale et le toucher vaginal ou rectal, pra
tiques seuls ou combines suivant les cas, permettent de deceler la forme, le
volume et la situation de 1 ulerus, 1 existence de fibromes, de tumeurs pcri-
uterines, etc. ; 1 examen au spe culum, et surtout le calheterisme du canal
cervical, fournissent la notion, du diametre de 1 orifice externe et de la permeabi-
lite du conduit cervico-uterin; c est encore au moyen de 1 hysterometre que Ton
acquiert la connaissance plus precise et plus certaine des dimensions de la cavite
de la malrice et des deviations, versions ou ilexions, que presente 1 axe de
1 organe.
On arrive aisement, en coordonnant ces divers renseignements, a poser un
diagnostic etiologique precis au s^ujet des accidents dysmenorrheiques; dia
gnostic sans lequel il est impossible d elablir un pronostic de quelque valeur
et surtout de recourir a un traitement rationnel et veritablement efficace.
Dysmenorrhee membraneuse. II est des C3S, avoilS-HOUS dil, dans lesquels la
crise de dysmenorrhee s accompagne de 1 expulsion de produits d apparence
DYSMENORRHEE. 121
memLraniforme, melanges au sang des regies ; c est a cette forme de dysme-
uorrhee que 1 on a reserve le nom de dysmenorrhee membraneuse.
Nous verrons, par la suite, que cette denomination comprend sous un litre
unique nou pas une entile morbide, une affection particuliere toujours iden-
\ique a elle-meme, mais plusieurs phenomenes pathologiques de nature tres-
(iifferente qu il importe de separer nettement les uns des autres, pour leur
ussigner la ve rilable place qu ils doivent occuper clans Fe tude des troubles de
k menstruation.
Peu tie sujets, a coup sur, out souleve plus de discussions contradictoires que
la nature et meme 1 existence de la dysmenorrhee membraneuse, surlout si 1 on
considers la date recenle des premiers fails de quelque valeur qui en onl ete
public s. En effet, si Plater parait avoir entrevu 1 expulsion d un produil mem-
braneux au milieu des regies douloureuses, c est Morgagni le premier qui, en
1760, a rapporte une observation complete de ce curieux phenomene (De sedibus
et causis morborum, letlre XLVIII). S il n a pas su determiner I origine exacte
de la membrane rendue par sa malade, il en a du moins donne une description
i ort minutieuse accompagnee de details cliniques du plus baul interet et sur
lesquels nous aurons a revenir.
C est surtout a Oldham (Membranous Dysmenorrhcea [London Med. Gaz-., New
Series, V. Ill; April, 184G]) et a Simpson (On the Nature of the Membrane occa-
sionnally expelled in Dysmenorrhcea [Edinburgh Monthly Journ. of Medic.
Sciences, Sept. 1846]) que revient 1 bonneur d avoir appele 1 attention sur la
dysmenorrhee avec membranes, el d avoir chercbe a elucider la pathogenic de
celte perturbalion menslruelle. Cependant il convienl de signaler la description
donnee par Tb. Denman, des 1795 (Introduction to the Practice, In Midwifery.
London), des membranes rendues pendant les crises de dysmenorrbee : J ai
cunstamment vu, dit-il, 1 une des faces de ces membranes avoir un aspect
lomenleux el 1 autre une surface polie; elles e taienl absolumenl semblables a la
membrane que Ruyscb appelle villeuse, dont Harvey a donne une si curieuse
description, que Hunler a decrite et qu il a appelee caduque. Pour mettre le
fait bors de doute, j ai prie, il y a plusieurs annees, Baillie de bien vouloir exa
miner des debris de ces membranes ; il pensa comme moi que c etaient des
membranes orgaiiisees dont le tissu etait semblable a celui de la caduque.
11 est impossible de ne pas voir dans les caracteres de la membrane, telle
que la depeint Denman, la preuve qu il a eu entre les mains des lambeaux plus
ou moins considerables de la muqueuse ulerine exfolie e, el nous retrouverons
ce meme aspect tout special dans les descriptions plus completes des auteurs
qui lui ont succede.
En effet, les recbercbes se multiplierenl et les travaux de Cbaussier, Boivin
ot Uuges, en France, vinrent apporter des donnees plus precises sur I origine et
la nature du produit membraneux; sa structure histologique etudiee par Coste,
Robin et Davaine, Follin, Laboulbene, permit de demontrer d une facon
peremptoire que, dans la plupart des cas, il s agit d une portion exfolie e de la
muqueuse uterine, parfois meme de cette muqueuse entiere, reconnaissable a
sun epithelium, a ses vaisseaux et a ses glandes. L ensemble de ces recherches a
etc resume dans la these de Semelaigne en 1851 (De la dysmenorrhee membra
neuse et de la membrane dusmenorrhe ale}.
Enfin, depuis lors, de nouveaux fails ont ete publies par un grand nombre de
gyuecologues, et des examens microscopiques pratiques par Kolliker, Cornil,
122 DYSMENORRIIEE.
de Sinety, etc., ont confirme la realite de 1 exfoliation de la muqueuse uterine
dans cette forme de dysme norrhee qui s accompagne de 1 expulsion de mem
branes plus ou moms considerables.
Mais, a cote de ces fuits, quelques autres ont etc produits dans lesquels les
caracteres propres a la muqueuse uterine n ont pas c te retrouves dans la mem
brane expulsee; ils sont devenus le point de depart de theories nouvelles sur la
nature de la dysmenorrhee membraneuse. C est ainsi que Montgomery, Copland
(Diet, of P met. Med.}, Ashwcll, Rigby (Essay on Dysmenorrhcea) , Churchill,
ont considere la membrane dysmenorrheale comme une exsudation de lymphe
coagulable ou de fibrine a la face interne de la muqueuse de 1 uterus.
Barnes, qui admet cette interpretation dans quelques cus, pense qu il s agit
d une sorte de couenne composee de mucus et de fibrine : c est I endometrite
croupale exsudative des auteurs allcmands.
Cette question a ete traitee par Troque (fitude critique sur la dysme norrhee
membraneuse. Paris, 1869), qui semble n accepter qu avecune certaine reserve
la realite de cette variete de dysmenorrhee membraneuse, a laquelle Bernutz a
donne le nom d exsndative, pour 1 opposer a celle qu il nomme exfoliatrice et
qui s accompagne de 1 expulsion de lambeaux de la muqueuse uterine elle-meme.
Troque fait remarquer d ailleurs avec raison que les examens histologiques sont
peu nombreux, et que la texture de la membrane ne pent etre etablie d une
facon certaine qu au moyen des recherches microscopiques. II relate neanmoins
un cas de ce genre, rapporte par Bouchacourt et dans lequel 1 examen histolo-
gique a ete pratique par L. Tripier; un autre cas semblable a ete presente a la
Societe auatomique en \ 834 par Vernois et Cruveilhier.
Plus re cemment, dans leur revue si complete sur la dysmenorrhee membra
neuse, Ilucbard et Labadie-Lagrave ont reuni les divers documents epars relatil s
a ce point particulier de doctrine (Contribution a Ve tude de la dysmenorrhee
membraneuse [Arch, de me d., 1871]). Apres avoir rappele que 1 existence de
pseudo-membranes uterines, expulsees au cours des crises dysmenorrheiques, est
explicitement signalee par les auteurs les plus competents, entre aulres par
Scanzoni (Traite pratique des maladies des or (janes sexuels de la femme, 1858),
par Krieger (Die Menstruation. Eine gyiuikologische Studie. Berlin, 1869),
parllcrvieux (Traite pratique des maladies puerpc rales, 1870), qui cite un cas
dans lequel Cornil a precede a 1 examen de la pseudo-membrane; par Bennet
(he. cit.), etc., ils se prononcent dans le meme sens et admettent, a cote de la
dysmenorrhee membraneuse exfoliatrice, la dysmenorrhee pseudo-membraneuse
exsudative, la premiere se caracterisant par 1 exfoliation et le rejet d une portion
dela muqueuse uterine; la seconde s accompagnant de 1 expulsion d une couenne
ou pseudo-membrane, exsudee a la surface de la muqueuse pendant la crise
catameniale.
Courly, qui tout d abord n avait de crit que 1 exfoliation de la muqueuse
uterine, se montre plus eclectique dans ses publications ulte rieures, et donne
une large place a la dysmenorrhee pseudo-membraneuse qu il subdivise meme
en deux varietes d apres la composition de la pseudo-membrane : mucus coagule
dans un cas; epithelium, mucus et fibrine dans 1 autre.
Cette distinction pent paraitre un peu subtile, si Ton s en rapporte aux
descriptions des autres auteurs, et Ton serait tente, avec Huchard et Labadie-
Lagrave, de voir dans ces deux varietes deux degre s d intensite differente du
processus exsudatif de la meme forme pseudo-membraneuse.
DYSMENORRHEE. 12~>
Enfin Siredey mentionne egalement les pseudo-membranes dysmenorrheales
et rapporte un examen histologique pratique par Cornil et E. Lallement (de
Nancy), mais il eniet 1 opinion que peut-elre ne sont-ellos qu un degre ou
qu une phase de la dysmenorrhee avec exfoliation de la muqueuse. Nous revien-
drons sur ce point special en eludianl la pathogenic de la dysmenorrhee mcm-
braneuse.
On trouve egalement, dans le Trails de gynecologic de deSinely, une descrip
tion breve, mais precise, de cette pseudo-membrane uterine.
A cote de ces deux especes distinctes de produits membraniformes, auxquels
la dysmenorrhee membraneuse a emprunle sa denomination, il nous faut en
signaler deux autres, d origine et de nature differentes, ayant donne lieu a
autant de theories pathogeniques trop exclusives de la part des observateurs qui
les ont recueillis. En effet, le disaccord (on pourrait presque dire la confusion)
qui a regne pendant long temps sur ce point special, et n est peut etre pas encore
entierement dissipe, provient de ce que certains observateurs, s etant trouvcs en
presence d un cas bien determine, particulierement net ct facile a interpreter,
ont voulu generaliser et etendre a tons les autres fails la theorie pathogenique
dont 1 evidence les avail frappe s.
C est ainsi que Raciborski s etaitcru autorise a nier 1 existence de I exfoliation
de la muqueuse uterine en se basant sur plusieurs fails dans lesquels il avail
reconnu au produil membraneux expulse les caracleres indisculables d une
caduque d avortement, conservant des traces plus ou moins nettes d inscrtion
d un ovule feconde, parfois meme accompagnee de 1 oeuf lui-meme en voie
devolution. 11 est certain qu un avortement de quelques semaines donne ordi-
nairement lieu a un ensemble symptomatique toul analogue a celui de la
dysmenorrhee membraneuse, mais il ne s ensuil pas que toutes les membranes
expulsees au moment d une epoque de regies douloureuses soient consti luces par
une caduque renfermant un produit de conception. Les avortements sont, a coup
sur, assez frequents, mais ils n offrent pas, dans leurs retours, une regularite
aussi parfaile que les crises de dysmenorrhee membraneuse. Alors meme que
Ton admettrait, pour expliquer la repetition des accidents chez une meme
femme, I influence persislante de la cause qui a determine une premiere fausse-
couche, il n en reste pas moins demon tre par les fails que 1 avortement s ac-
compagne presque toujours d un retard plus ou moins considerable dans 1 ap-
parilion du flux sanguin, landis que la menstruation suil une marche absolu-
menl reguliere dans un grand nombre de cas de dysmeuorrJiee membraneuse.
II esl d ailleurs des signes physiques propres a la membrane expulsee qui per-
mcltent d elablir facilement le diagnostic, et sur lesquels nous insisterons plus
loin.
Enfin, on (rouve parfois, dans les condilions memes au milieu desquelles se
sont produits les accidents dysmeuoriheiques, des partieularites assez significa-
tives pour de montrer qu il ne s agil poinl d un produit de conception. Nous
voulons parler de 1 eclosion des crises de dysme norrhe e chez des jeunes filles
vierges ou chez des femmes qui se sont abstenues de tout rapport sexuel depuis
un temps plus ou moins long.
Sur une statistique de 14 cas, Williams (Archives de tocologie, t. V, p. 355,
1878) a releve deux fois 1 existence de la dysmenorrhee membraneuse chez des
filles vierges. Beigel (Die Krankheiten des weiblichen Geschlechtes, t. I, Erlan-
gen, 1874), esl egalement tres-explicite a ce sujet et rapporte succinctement
DYSMENORRHEE.
[ observation d une jcune fille de ungt ans, presentant encore la membrane
hymen intacte, et chez laquelle Alex. Solowief (Decidua menstrualis. In Arch,
fur Gyncekologie, t. II, p. 66) a constate tous les signes de la dysmenorrhe e
membraneusc. Courty a public quatre observations analogues, et Siredey cite un
fait du me me genre.
Dans 1 observalion si curieuse de Morgagni, la repetition des accidents pen
dant une periode d abstinence sexuelle est notee de la facon la plus precise,
puisque IVuteur nous apprend que quatre de ces sortes d avortements se sont
reproduits dans les quatre mois pendant lesquels la malade s etait abstenue de
communiqner avec son mari. Gallard a egalement observe, chez une de ses
malades, 1 expulsion d une membrane dysmenorrheique apres une periode
intercalate pendant laquelle tout rapport sexuel avail ete suspendu.
S il reste done indeniable que, dans un certain nombre de cas, on a pu
prendre des membranes d avorlemcnt pour des produits dysmenorrheiques, il
n en est pas moins dcmontre, et Raciborski lui-meme 1 a reconnu par la suite,
que la dysmenorrhe e membraneuse, caracterisee par 1 extoliation de la muqueuse
uterine a 1 epoque des regies, a une exislence propre, absolument independante
des phenomenes de conception, et qu il faut la separer entierement des accidents
de la fausse-couche.
II est encore une opinion formulee par quelques auleui s, et qui ne pent plus
etre aujourd hui soutenue, du moins lorsqu on a la prevention de vouloir la
ge neraliser & lous les faits, au lieu de la restreindre a 1 interpretation d un
petit nombre de cas. Pour ces observateurs, les membranes recueillies au milieu
du sang menstruel cbez certaines femmcs dysmenorrheiques ne seraient que des
caillots sanguins fibrineux, decolores par le lavage, presentant au premier abord
un aspect membraniforme, feuillele, et affectant paribis la forme triangulaire de
la cavite uterine sur laquelle ils se sont moules plus ou moins exactement.
Certcs, on trouve frequemment des caillots fibrineux dans I e coulement san-
guin de la dysmenorrhe e, et nous avons vu precedemment le role qu ils jouent
dans la production des divers plienomems de douleurs et de retention des
regies, mais si 1 erreur a pu etre parfois commise, les caractercs histologiques
de ces caillots, tres-diffe rents de la structure des membranes resultant de 1 exfo-
liation de la muqueuse, ne peuvent permettre plus longtemps une confu.-ion que
condamnent egalement la pathoge nie et la marche clinique des accidents.
En jetant un coup d osil retrospectif sur 1 historique de la question et sur les
differentes theories emises a diverses epoques au sujet de la dysmenorrliee
membraneuse, nous voyons qu onne peut, ainsi que nous le disions en commen-
ant, la considerer comme une entite morbide, et que, meme en ecartant de son
iHude les accidents menstruels qui la peuvent simuler, tels que l- avortement du
debut de la conception tt 1 expulsion de coillots fibrineux membraniformes, on
doit encore admeltre deux varietes distinctes, au moins jusqu a plus ample
informe : la dysmenorrhe e pstitdo-membraneuse caracterisee par le rejet de
i ausses membranes conenneuses, sans dotite d origine exsudative, et la dysme
norrhe e membraneuse constitute essentiellement par 1 exfoliation de la muqueuse
uterine a 1 epoque des crises catamenialcs.
Bisons tout de suite, du reste, que, si la premiere forme est rare et ne semble
admise par les divers auteurs qu avec des reserves qui paraissent justifiees, la
seconde represente la regie, et que c est elle qu il faut considerer comme le
prototype de la perturbation menstruelle a laquelle convient 1 expression si
DYSMENORRHEE. 125
umversellement adoptee de dysmenorrhee membraneuse. C est elle surtout que
nous aurons en vue au cours de notre description.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. Morgagni, dans la Letlre deja citee, dit que sa
malade, toujours a une certaine epoque, a savoir celle des menstrues, rendait
par 1 uterus un corps qui paraissait membraneux et qui etait d une forme et
d une grosscur qui repondaient assez bien a la cavite triangulaire de 1 uterus ;
il etait un peu convexe exterieurement, et cette face externe etait inegale et non
sans un grand nombie de filaments qui paraissaient avoir etc arraches dcs
endroits ou ils etaient adherents; maisil etait creux en dedans ou il se trouvait
lisse et humecte comme par une humeur aqueuse qu il aurait contenue aupara-
vant et qu il aurait repandue, en sortant, par un grand trou qui existait a 1 uii
de ses angles et qui s etait sans duute ouvert par 1 effet du tiraillemcnt. Quel-
quefois, ajoute Morgagni, ce corps sortait, non pas en entier, mais divise en
pelits morceaux qui etaient rendus les uns apres les autres.
On a peu ajoute depuis a cette description si precise des caracteres macrosco-
piques de la membrane dysmenorrheale resultant de 1 exfoliation de la rnuqueuse
uterine; on observe, en effet, tantot une sorte de petit sac triangulaire repre-
sentant le moule de la cavite de 1 ulerus et offrant, comme elle, trois orifices,
a chacun de ses angles : 1 un d eux, le plus considerable, repond au canal cer
vical; les deux autres, plus petits, aux ostia uterinn ; tantot des lambeaux plus
ou moins etendus et en nombre plus ou moins considerable. Dans quclqucs cas,
ainsique 1 a signale Charpignon (Gaz. des hop., 1854), on arrive, en juxtaposant
ces divers lambeaux, a reconstituer assez completement le petit sac triangulaire
representant la muqueuse uterine entiere.
Le plus ordinairement, la surface exterieure de cette petite poche est inegale,
tomenteuse, herissee de saillies qui correspondent aux couches profondes de la
muqueuse, dont la dechirure a amene 1 exfoliation des couches superficielles sur
une epaisseur plus ou moins considerable. Ces petites villosites sont mieux
appreciates encore en plongeant la membrane sous 1 eau, elles sont constitutes
par des filaments irreguliers du cborion muqueux et par des vaisseaux ; entre
elles existent presque constamment de petits caillots sanguins assez adherents.
La cavite de la poche, debarrassee du sang coagule qui la remplit d ordinaire
plus ou moins completement, offre au contraire une surface lisse, unie, corres-
pondant a I epithelium de la muqueuse uterine ; on peut, a un examen altentif
avec la loupe, y decouvrir assez facilement d innombrables petits orifices qui ne
sont autre chose que 1 ouverture des glandes de I ulerus.
Depuis Chaussier et Vannoni, cite par Tilt, la plupart des auteurs ont signalo
la possibilite d une disposition precisement inverse des deux surfaces du sac
triangulaire. On concoit en effet que la muqueuse, demeuree adherente, au
moins en partie, au pourtour du col, tandis qu elle etait deja detachee dans le
resle de son etendue, a pu se trouver, pendant le travail d expulsion, retourne e
comme un doigt de gant sous les efforts de contraction de la matiice. G est la
un fait fort rare a la verite, mais dont il importe cependant d etre prevenu.
Lorsque la muqueuse, au lieu d etre expulsee dans son entier, sans dechi-
rures, se trouve entrainee au milieu du flux sanguin sous forme de lambeaux
d une eterulue variable, ceux-ci presentent constamment sur chacune de leurs
faces tous les caracteres que nous venous de decrire, et qui permettent de
reconnaitre la situation qu ils occupaient a 1 interieur de 1 uterus.
Enfin, Gautier (de Geneve) (De la pathogenic de la dysmenorrliee membra-
DYSMENORRHEE.
neuse [Congres international des sciences medicales, 5 e session. Geneve, 1877])
aurait observe dans quelques cas exceptionnels qu aux portions plus ou moins
considerables de la membrane muqueuse de 1 uterus s ajoutent, sous forme
d appendices, des fragments de la muqueuse vaginale ou de celle de la portion
vaginale du col . Troque avail deja mentionne le fait de I exfoliation concomi-
tante de la muqueuse du vagin; cette vaginile exfoliatrice etudie e par Farre
(Arch, of medic., 1858), Scanzoni, Graily-Hewit, Tyler Smith, parait copendant
Otre moins Irequente que ne 1 a cru Dewes (Treatise on Diseases of Females.
Philadelphia, 1854), ou du moins s associer raremeiit aux phenomenes de ladys-
menorrhce membraneuse.
Mais, si les caracteres macroscopiques des membranes ne sont pas sans impor-
lance, ils sont loin cependant d avoir la meme valeur que leurs caracteres
liistologiques pour etablir la nature, 1 origine et la pathogenic du produit expulse.
Lcs descriptions de la structure elementaire de ces membranes sont aujour-
d hui re pandues dans tons les traites classiques et dans toutes les monographies
sur la matiere : anssi nous contenterons-nous de rappeler les points principaux
qui etablissent l origine muqueuse et la provenance uterine des lambeaux exa-
mine s au microscope. On voit ordinairement, sur une coupe de la membrane un
strouia compose de tissu conjonctif renfermant des elements cellulaires en
grande quantite, des vaisseaux et des glandes tubuleuses, tapissees d un revete-
ment de cellules epitheliales seprolongeant, par places, avec la couche d e pithe-
lium cyliudrique a cils vibratiles qui recouvre la surface externe de la muqueuse.
Tilt, Courty, Cornil, Laboulbene, de Sinety, etc., ont publie le resullat d un
certain nombre d examens liistologiques ou Ton retrouve decrits ces elements
constitutifs de la muqueuse uterine.
C est encore une structure identique qui a e te constate e par P. Richer, a
1 examen de membranes rendues pendant les crises dysme norrhe iques par une
inalade dont Gallard a relate 1 observation : i< Les debris membraneux, d une
coloration grisatre, d une epaisseur maxima dc 1 millimetre, sont composes
d un stroma forme par 1 accuniulation d un grand nombre d elements cellulaires
de formes variees, ronds, ovales ou fusiformes, et de dimensions assez diverses.
Les plus petits, ronds pour la plupart, mesurent 4 p., tandis que les plus grands,
ovales, ont en moyenne 10 ^ dans leur plus grand diametre. En quelques
points de ce stroma on rencontre des debris d epithelium cylindrique glandu-
laire, ct Ton voit un certain nombre de vaisseaux sanguins de petit calibre,
variant de 12 a 16 p. L examen d un autre lambeau, provenant de la meme
malade, a fourni des resultals identiques; les vaisseaux, plus abondants, etaient
volumineux, tortueux, et, en quelques points, obstrues par un coagulum fibri-
neux. Autour de ces vaisseaux on distinguait ncltement de petites hemorrha-
gies interstitielles dissemine es dans la trame du chorion muqueux. De bris de
glandes en tube, revetement d epithelium cylindrique.
L existence de ces petits foyers d hemorrhagie interstitielle egalement signale e
par Courty, Siredey et de Sinety, offre un certain inte ret au point de vue de la
palhogenie de 1 exfoliation de la muqueuse uterine, sur laquelle nous aurons
bientot a revenir. 11 en est de meme des signes non douteux d un processus
phlegmasique, constate s a 1 examen d une membrane offrant 1 aspect d un sac
triangulaire et recueillie par Gallard au milieu du flux menstruel chez une
femme dysme norrheique depuis plusieurs annees. Les glandes en tube presen-
taient un developpement assez considerable . Leur paroi elait infiltree de
DYSMENORRHEE. 127
iiombreux elements ernbryonnaires. Dans leur cavite se montraient quelques
cellules troubles. Le tissu conjoiiclif interglandulaire renfermait de nombreuses
cellules embryonnaires, de nombreux globules blancs ; il offrait les caracteres
du tissu conjonctif jeune. Les capillaires etaient dilates. Par place, des amas de
globules sanguins.
On rencontre aussi parfois quelques cellules hypertrophiees elites cellules de
la caduque, mais elles n indiquent nullement un produit d avortement. En e/fet,
Huge (Zur jElioloyie und Anatomic der Endonielritis [Zeitchr. fiirGeb. und
(iyn., t. V, 1881]) et de Sinety en ont signale 1 existence dans plusieurs cas de
dysmcnorrhee menibrancuse vraie provenant de femmes non gravides.
Nous n avons pas a revenir ici sur les diverses lesions uterines ou periuterines
que nous avons deja signalees a propos dela dysmenorrhe e sans membranes; la
me trite et la stenose du canal cervicai sont mentionnees dans un grand notnbre
d observations ; il est permis sans doute de voir la plus qu une simple coinci
dence, et de rattaclier, au moins en partie, a la lesion de 1 uterus la production
des accidents de la dysmenorrhee membraneuse.
Quant aux pseudo-membranes, nous les trouvons decrites par Huchard et
Labadie-Lagrave comme presentant tous les caracteres de la fausse membrane
exsudative des muqueuses : aussi la rapprocbent-ils des productions nienibrani-
formes de certaines broncbiles ou de I euterile pseudo-membrancuse. Elles sonl
constitutes par la desquamation epitbeliale de la muqueuse uterine accompa-
nee de produits inflamniatoires composes de fibrine sous forme fibrillaire ou
grauuleuse et en voie de regression. Au milieu de celle-ci, ou a sa surface, se
trouvent des cellules epilbeliales et des leucocytes.
Dans 1 observation deja menlionnee due a Siredey, la membrane, plus mince
que celles qui avaient ete expulsees pendant les crises precedentes et que
1 examen histologique avail reconnues pour des lambeaux de muqueuse, etait
depourvue de vaisseaux, de glandes, ou meme de debris de glandes. Elle etait
formee par des cellules epitheliales et par une substance filamenteuse, fibro ide,
sans structure, granulee, se dissolvant dans 1 acide acetique et dans la soude, et
paraissant etre de la librine.
Presque toujours, les cellules epitheliales sont mentionne es en plus ou moins
grand nombre; cependant, parfois, elles n ont pas ete retrouvees, et la pseudo-
membrane semblait alors composee par une sorte de concretion de mucus.
Chez les femmes dont les crises dysmenorrbeiques s accompagnent de 1 expul-
sion de ces pseudo-membranes, la plupart desauteurs, eten particulier Bennet,
Tyler-Smith, A. Boggs, Huchard et Labadie-Lagrave, signalent 1 existence de
I endometrite, a laquelle ils attribuent un role etiologique preponderant sur
Jequel nous aurons bientot a insister.
ETIOLOGIE ET PATHOGEME. Nous abordons ici le point le plus obscur et le
plus controverse de 1 bistoire de la dysmenorrbe e membraneuse. Nous n avons
pas, d ailleurs, la pretention d apporter une solution complete a cette difficile
question non encore resolue de la cause et du mccanisme intime qui president
a la production des membranes uterines pendant la crise catameniale; et si nous
proposons, avec quelques reserves, une interpretation qui nous semble ration-
nelle, nous reconnaissons qu elle se retrouve en substance dans les travaux de
divers auteurs francais ou etrangers.
La dysmenorrhee membraneuse exfoliatrice est une affection plus frequente
qu on ne le croit generalement, et Gallard, qui en a observe un assez grand
128 DYSMENORRHEE.
nombre de cas, affirme qu oa rencontrerait plus souvent les lambeaux mem-
braneux au milieu du sang menstruel des femmes affecte es de dysmenorrhee, si
on avail la precaution de les y recherclier avec tout le soin necessaire chez clia-
cune de ces malades .
Elle a etc rencontree chez les femmes de toute nationalite et, quoi qu on en
ait dit, elle n esl pas plus frequente en Angleterre ou en Amerique qu en
France. On a invoque egalement parmi les causes predisposantes la scrofule, le
lympliatisme, rarlliritisme, et Dernutz a vu dans 1 influcnce qu il altribue a ces
etats diatbesiqucs 1 explication de certains fails dans lesquels la dysmenorrhee
membraneuse aurait sevi sur plusieurs membres d une meme famille, ainsi que
Siredey en rapporle un exemple d apres le recitqui lui en a ete fait par Brouardel.
11 s agit de six sosurs observees par le docteur Duplan, et qui toutes ctaient
atteintes de dysmenorrbee membraneuse. II faut recoimaitre, avec Gallard et de
Sinety, que 1 exfolialion uterine se rencontre cbez des femmes offranl les tempe-
ramenls les plus divers, et ne presentant meme aucune alteration de leur etal
dc sante generate .
Chez quelques femmes, elle debute avec les premieres epoques des regies,
avant lout rapport sexuel; chez un plus grand nombre elle n apparait que plus
tardivement, apres une fausse-coucbe ou quelque accident inflammatoire localise
au niveau des organes genitaux inlernes : c est surlout I endomelrile et la
stenose du col qui semblent coexisler plus frequemmenl avec les accidents de
dysmenorrhee membraneuse; cependant on 1 observe aussi chez les femmes
atteintes d ovarite, de phlegmasie periuteriue, etc. On voil done qu il est nalurel
d admellre avec Gallard que, si I expulsion de membranes conslitue une variete
des accidents dysmenoi rbeiques, elle ne peut neanmoins etre conside ree comme
une maladie speciale, distiucte de la dysmenorrhee sansjnembranes, puisqu elle
peut se montrer dans toutes les formes de celle-ci, el reconnait des causes effi-
cientes identiques. La similitude presque complete du syndrome clinique et
I alternance de ces deux varietes de la crise dysmenorrheique observes parfois
chez une meme malade viennent encore corroborer cette maniere de voir ;
ajoutons enfin que Ton peut invoquer en faveur de cette opinion un adage bien
connu, en se basant sur les effets curalifs identiques d uu meme trailement.
C esl done moins la pathogenic de la dysmenorrhee membraneuse que celle
de la production des membranes pendanl la crise dysmenorrheique qu il s agit
de determiner.
Nous ne nous arrelerons pas longlemps a la tlieorie de I ovarian influence
d Oldham, qui placail dans 1 ovaire le poiiil de de parl de 1 excitation des glandes
uterines secretant la membrane dysmenorrheale ; celte influence de 1 ovaire a
ete admise par Rigby, Swalt, Coley, contestee par Scanzoni, Courly, Siredey.
Nous nous sommes explique deju sur ce sujet a 1 occasion de la forme ovarienne
de la dysmenorrhee simple, et nous avons formule une opinion tres-voisine de
celle que Till a emise au sujel de la dysmenorrhee membraneuse, el d apres
laquelle les accidents dependraient plus directement d un processus inflamma-
loire ulero-ovarien. Mais, laissanl de cole loul ce qui ne se rapporte pas directe
ment a la formation de la membrane, nous voyons Scanzoni insisler sur ce fait
que toujours, exceptedans un seul cas, il a constate chez les femmes atteintes de
dysmenorrhee membraneuse 1 existence de lesions uterines, metrite chronique,
flexions, fibromes, polypes, et rapporter a la congestion de 1 uterus 1 exfoliation
de la muqueuse accompagnant les crises douloureuses. De son cote, Courty
DYSMENORRHEE. 120
declare ne connailre aucun cas dans Icquel lesmemes accidents se soient jamais
etablis d emblee; ils out loujours ete precedes par des troubles plus ou moins
urononces de 1 ceonomie ou de 1 uterus, qui se trahissaient par des regies dou-
loureuses, irregulieres dans leur apparition .
Kolb, Braiin, Gillct de Grandmont et nombre d auteurs out egalement si-
<>nale le role pathogenique qu ils accordent a 1 inflammation de la muqueuse
uterine et, a part quelques differences d interprelation dc detail, c esl a cette
inanierede voir que semblent se rallier actuellement la plupart des gynecologues.
Quant au mecanisme intime de 1 exfoliation de la muqueuse, presque tous
egalement le rapportent a un meme phenomcne : congestion excessive de celte
muqueuse et formation, dans ses couclies profondes, de pelites hemorrhagies
interstilieiles qui facilitent le decollement de la membrane sous 1 inlluence des
contractions du muscle uterin. Celte theorie de 1 apoplexie capillaire sous-
muqueuse cst acceptee par Goste, Ghristo, Solovvief, Gourty, Siredey, et demon-
tree par le resultat de la plupart des examens histologiques pratiques sur les
membranes expulsees ; elle est implicitement exprimee par la denomination de
endometrite catarrliale hemorrhagique , adopte e par Yirchow, et par celle
de (( dysmenorrliee apopleclique , proposee par llegar et Eigenbrodt.
Pour Barnes, un liquide sereux ou sanguin exsucle entre les parois uterine?
et la muqueuse qui doit etre expulsee; les contractions ou les coliques uterines
qui s etablissent alors achevent ledetachement et 1 expulsion de la membrane >>,
Enfin, deSinely (Des rapports qui existent entre la dysme norrhe e mernbraneuse
et la menstruation normale, Ac-ad, de med., 1881) montre que 1 hemorrhagie
menstruelle normale a lieu par le reseau vasculaire superficiel de la muqueuse,
mais que cette hemorrbagie, alors qu il existe des conditions entravant Tissue
du sang en ce point, se fait aux depens du reseau vasculaire profond; le sang
infiltre les tissus, comprirae les vaisseaux et detaclie toute la portion de la
muqueuse situee au-dessus de cette couche.
II est difficile en effet de ne pas etablir un rapprochement tout naturel entre
les phenomenes de desqnamation epitlirliale et d hemorrhagie dans la menstrua
tion normale, et cette exfoliation de la muqueuse accompagnee ordinairement
d uu llux sanguin aboudant qui s observe dans la dysme norrhe e membraneuse.
Nous savons aujourd hui, dit West, que pendant la menstruation 1 epithelium
de la cavite uterine est elimine en plus ou moins grande partie, et 1 examen des
membranes dysmenorrheales montre que leur formation et leur expulsion ne
sont pas autre chose que Texageration du processus qui, a un plus ou moins
liaut degre, se manifeste achaque periodecatameniale. Cette relation entre la
mue epitlieliale menstruelle et la dysmenorrb.ee membraneuse a ete egalement
mise en relief par Robin, Rokitansky, Mayer, Simpson, Gallard; elle nous parait
assez frappante pour justifier la classification que nous adopterons plus lorn des
diverses manifestations dysmenorrheiques.
Signal on s encore, pour me moire, 1 opinion de Gautier (de Geneve), qui assimile
1 exfoliation de la muqueuse uterine a 1 ichthiose, opinion qui a trouve peu
d ecbo et semble contredite par Hegar et Mayer, qui nient 1 epaississement de la
muqueuse exfoliee.
La patbogenie de la formation des pseudo-membranes nous semble etre pen
diiferente de celle de 1 exfoliation muqueuse, et comporte, en consequence, des
considerations de meme nature. Mais il faut, avant tout, distinguer avec soin
es pseudo-membranes de la diphtheric de celles qui se forment sur les diverses
DICT. ENC. XXXI. 9
J50 DYSMENORRHEE.
muqueuses par le processus inllammatoire interstitiel auquel 1 ecole allemande
a donne le nom de diphtheritique par opposition au processus analogue, mais
superficiel, qui a recu le nom de croupul. La diphtheric de 1 uterus existe a coup
sur, mais elle est fort rare, elle se montrc ordinairement au milieu des accidents
graves d une diphlherie plus ou moins generalised, et ne constitue dans ces
circonstanccs qu une complication de minime importance eu e gard aux autres
phenomenes plus saillants de la maladie infectieuse. D ailleurs, elle n offre
aucune periodicile, aucun des caracteres typiques de la crise dysmenorrheique.
Peut-etre faudrait-il lui ratlacher quelques-uns des exemples de dysmenorrheY
pseudo-membraneuse au cours de la scarlatine et des affections puerperales sui
tesquels Scanzoni et Alex. Boggs out particulierement appele 1 altention. Cepen-
dant une semblable interpretation ne saurait convenira tous les cas relates par
ees observateurs, et Boggs (Notes et reflexions me dico-chirurgicales sur la
phlegmasie de la matrice. Paris, 1806), laissant de cote la diphlherie, admel
comme cause des productions pseudo-membraneuses uterines une phlegmasie
exsudative plastique pseudo-membraneuse ; opinion qui se retrouve enoncee
sous une forme presque identique par Huchard et Labadie-Lagrave. Ces auteurs,
ainsi que Tyler Smith, Graily Hewitt, Dubois, Bemutz, signalent, a ce propos.
1 existence presque conslante de la leucorrheechez lesfeinmes sujeltes aux crises
de dysmenorrhee pseudo-membraneuse, et en tirent un argument en faveur de
la nature iullammatoire des lesions uterines qui agissent comme cause prochaine
des accidents. C est done a 1 endometrite qu il faut vraisemblablement rapporter
Forigine de la pseudo-membrane dysmenorrheale, et la texture de ce produil
semble venir confirmer cette maniere de voir.
Un rapprochement logique s impose a 1 esprit, il nous semble, entre la patho-
geuie de la dysmenorrhee membraneuse et celle, presque identique, de la dysme
norrhee pseudo-membraneuse; la structure hislologique de la membrane expulsee
parait seule differer et etablir une ligne de demarcation entre ces deux formes
de dysmenorrhee. Mais cette demarcation elle-meme n est peut-etre pas aussi
complete, aussi absolue qu on pourrait le croire, et Siredey, frappe de la suc
cession des deux ordres de phenomenes morbides chez une meme malade a
1 epoque des crises dysmeuorrheiques, pose, avec un grand sens clinique, la
question de savoir si ces deux etats differents ne doivent pas etre regardes
comme n etant que les deux periodes d un seul et meme etat morbide? )>
Pour nous, nous n hesilons pas a nous rattacher entierement a cette opinion
qui nous parait la plus conforme aux fails. Depuis la mue epitheliale mens-
truelle physiologique jusqu a 1 expulsion de la muqueuse uterine dans son entier,
la filiation nous semble pouvoir etre logiquement etablie dans des termes precis.
A la congestion catameniale normale correspond la mue epithe liale de la
muqueuse ute rine; mais, lorsque cetle muqueuse est le sie ge de lesions inflam-
matoires plus ou moins anciennes, d une modification pathologique plus ou
moins profonde, atteignant ses elements constitutifs et en particulier son reseau
vasculaire, la congestion catameniale, ordinairement accompagnee de vives dou-
leurs, devient la cause occasionnelle non plus seulement d une simple desqua-
mation epitheliale, mais de la formation, au-dessous de I epilhelium caduc,
d une pseudo-membrane exsudative qui est expulsee avec le flux menstruel :
c est la dysmenorrhee pseudo-membroneuse. Un degre de plus, et de petites
hemorrhagies interstitielles, une veritable apoplexie sous-muqueuse provenant
du reseau vasculaire profond, se produisent au moment de la crise dysmenor-
DYSMENORRHEE. 151
rlieique; la muqueuse detachee sur une plus ou moins grande etendue par les
contractions uteiines est expulsee apres des efforts parfois tres-penibles; c est la
dysmenorrhee raembraneuse exfoliatrice.
Nous ne pensons pas utile d insister sur le mode de formation des caillots
llbrineux, ou sur la pathogenic de 1 avortement au debut de la gro.ssesse; nous
avons montre deja que Tissue des produits d apparence membraneuse observes
dans ces deux cas a pu preter a 1 erreur et faire croire a une dysmenorrhee
membraneuse veritable. II est evident que Ton a affaire, en pareillecirconstance,
soil a une dysmenorrhee simple aveccaillots fibrineux membranilbrmes, soil a une
lausse-couche de quelques semaines.
Nous resumons cette maniere d envisager la question de la dysmenorrhee
.membraneuse dans le tableau suivant ;
vrniAiE .Mue epitlieliale menstruelle physiologique.
/ 1 Mue epitlieliale avec pseudo-membrane
^ exudative.
MEMBiiANEusE vriiif . 2 Mue cpitheliiile avec apoplexie et exfolia-
/ lion des couches plus profondes de la
muqueuse.
DYSMESORRUEE MEMDRA.NE, >E /<,.,* . .( Caillots librineux membraniformes.
I Produit d avortemenl.
On ne manquera pas de nous faire 1 objection, bicn souvent reproduite deja,
que toutes les i emmes qui sont affectces de lesions uterines, et en particulier
d endometrite aigue ou chronique, ne presentent pas d accidents de dysmenor
rhee membraneuse. Le fait est certain, mais ici, comme pour beaucoup d autres
phe nomenes morbides, il faut tenir compte de cetle predisposition individuelle
d essence inconnue qui a rec.u, faute de mieux, le nom d idiosyncrasie, et que
Ton est oblige d invoquer, dans bien des cas, en pathologic; peut-etre quelquo,
solution plus precise et plus scientilique sera-t-elle un jour fournie de ce
probleme encore fort obscur, mais nous n avons pas en ce moment la prevention
de cbercher a resoudre une question semblable.
SYMPTOMES. Les symptomes de la crise dysmenorrheique sont presque identi-
yjuement les memes que ceux dont avons donne la description dans le chapitrc
precedent : nous aurons done peu de cbose a ajouter au tableau et nous nous
contenterons de faire ressortir les quelques points speciaux au cas parliculierqui
nous occupe.
La douleur lombaire et periombilicale observe e par Scanzoni chez une
raalade, et signalee par lui comme un phe nomene premonitoire, est fort incon-
stante et ne parait avoir aucune importance particuliere. Les douleurspelviennes,
la leucorrhee, qui se rencontrent durant les pe riodes intercalaires ou se mani-
festent a 1 approche des epoques menstruelles, ne sont que les symptomes appa-
rents des lesions du systeme genital qui tiennent la dysmenorrhee sous leur
de pendance.
Les epoques de regies conservent une grande regularite dans la plupart des
cas; lorsque celle-ci vient a etre troublee, il s agit le plus souvent d un retard
dans 1 e ruption sanguine, et nous avons deja signale rimportance de ce fait au
point de vue de la confusion possible avec un debut de grossesse et des accidents
d avortement.
Lorsque la crise douloureuse debute, elle augmente ordinairement d intensite
pendant un ou deux jours, jusqu a ce que I exfoliation de la muqueuse soil
DYSMENORRHEE.
accomplie; puis, gendralement apres une detente plus ou moins longue et plus
ou moins prononcee, un nouveau paroxysme eclate accompagne parfois d un arret
Ju flux sanguin.
Les souffrances deviennent alors extremement vives, les contractions uterines
doiiloureuses se produisent avec une energic croissante, eufin la membrane
retenue au niveau du canal cervical est expulsee et la malade eprouve un soula-
ff ement immediat annoncant la fin de la crise. Cependant, si 1 exfoliation de la
muqucuse s est faite par lambeaux, Tissue de chacun de ces debris a travers les
orifices du col peut etre 1 origine d un nouveau paroxysme plus ou moins
penible, ainsi que Morgagni 1 a signale dans son observation : Quelquefois,
dit-il, ce corps (le sac membraneux) sortait, non pas en entier, mais divise en
petits morceaux qui etaient rendus les uns apres les autres et, dans ce cas, les
douleurs recommencaient aussi alternativement .
Le meme fait a ete signale depuis un grand nombre de fois, et il a contribue
a faire admettre par certains observateurs que les douleurs de la dysmenorrhee
membraneuse sont uniquement dues a 1 obstruction momentanee du canal cervi
cal par les membranes, et a la retention menstruelle plus ou moins complete qui
en est la consequence. Nous avons deja traite en partie cette question a Toc-
casion de la stenose du col et de 1 entrave qu elle apporte a Tissue des caillots
formes dans la cavile de Tuterus; mais, si Tarret de la membrane joue un
role considerable incontestable dans la production des phenomenes douloureux,
il seraitacoup sur exagere de leur assigner exclusivement une semblable cause,
a Texemple de Barnes, de Beigel, de Gaulier (de Geneve), etc.
C est dans la beance des orifices permettant Tissue facile des debris membra
neux que ce dernier auteur trouve Texplication des fails de dysmenorrhee
membraneuse sans dysmenorrhee rapporles par L. Maier (Beitrage zur Geburts-
kunde und Gynaekologie, vol. IV, Berlin, 1875), J. Williams (loc. cit.), et dont
lui-meme cite un exemple. Bernutz, de Sinety, Gallard, ont observe des cas
semblables, mais Tabsence de douleurs est rarement complete el c est, en tout
cas, un phenomene exceptionnel dont la cause reelle doit sans doute elre plus
logiquement cherchee dans des conditions particulieresquepresenle la muqueuse
uterine et qui rendent son exfoliation plus facile et moins douloureuse. II est
probable d ailleurs que, si loute souffrance avait fait defaut au moment de
I epoque des regies, la membrane eut passe inapergue, faute de recherches, au
milieu du flux sanguin, Tattention n etant sollicitee par aucun accident penible
pour la malade.
Nous n avons pas a revenir sur Taspect et les caracleres macroscopiques de*
membranes; nous en avons donne une description suffisamment detaillee.
L ecoulement sanguin qui accompagne la dysmenorrbee membraneuse est
presque toujours abondant; parfois meme il revet les allures d une verilable
menorrhagie. Cette augmentation du flux menstruel est la consequence des
ruptures vasculaires produites par le decollement de la muqueuse et aussi, dans
un grand nombre de cas, de Tendometrite hemorrhagique dont nous avons
signale la frequence. On voit assez souvent cet ecoulement sanguin se prolonger
plus ou moins longtemps au dela des limites ordinaircs de la periode catame-
niale. Presque toujours il est suivi d une sorte d ecoulement lochial, d abord
roussatre, puis muqueux, durant environ un septenaire.
Chaque epoque de regies ramene les memes accidents, la meme expulsion de
membranes, et cela pendant uu temps souvent fort long, quelquefois meme
DYSMENORRHEE. loo
pendant toute la periode d aclivite genitale. On a cite quelques cas d une crise
unique, isole e, de dysme norrhe e membraneuse, mais 1 absence d examen histolo-
gique, ainsi que le i ait remarquer de Sine ty pour le cas de Schroeder, permi t
d elevcr bien des doutes sur 1 exactitude du diagnostic en semblable circon-
stance.
MARCHE. PROJIOSTJC. L evolution des lesions diverses qui president a l app;i-
rition de la dysmenorrhee niembraneuse, et surtout les modilications apportees
par le traitement dans 1 etat morbide local qui agit comme cause procliaine des
accidents, tiennent sous leur dependence directe la duree variable de 1 affection :
elle decroit et disparait avec la cause qui lui avait donne naissance. Elle pent,
du reste, cesser pendant un temps plus ou moins long, pour se montrer lie
nouveau avec son intensite premiere; c est ce qu on observe parfois lorsi)ur
la malade esl devenue enceinte et a mene sa grossesse a terme, ou a fail une
fausse-couche de quelques mois, ce qui est plus frequent. La dysmenorrhee
niembraneuse semble elre tout d abord supprime e a la suite de la parturition,
mais apres un nombre variable d e poques de regies normales elle se manifesle
a nouveau avec les memes symptomes qui 1 accompagnaient avant la conception.
II est d ailleurs assez rare dc voir la conception se produire en pareille circon-
stance, et la slerilite parait etrc une consequence de la dysmenorrhee niembra
neuse dans la grande majorite des cas. II semblerait, dit Beigel (loc. cit.),
que le travail morbide qui donne a la muqueuse uterine nne consistance par-
ticuliere lui permettant de resister a 1 ecoulement sanguin, et par consequent
favorise sa dilaceration en grands lambeaux, lui ferme la possibilite de la con
ception . Cependant, il ne faudraitpas eriger la sterilite en regie absolue, el
Ton a pu fournir un certain nombre d exemples de grossesse survenue cliez des
femines atteintes de dysmenorrbee membraneuse; il est vrai que, le plus sou-
vent, la gestation a ele interrompue par un avortement.
Ajoutons que la tendance aux me trorrhagics et la possibilite de la production
d une hematocele periuterine par retention des regies doivent entrer en lignu
de compte dans la gravite du pronostic. Dans tous les cas, la menopause met un
terme force au retour des accidents.
DIAGNOSTIC. Le diagnostic comporte trois points principaux : reconnaitre
1 existence de la dysmenorrbee; elablir qu il s agit d une dysmenorrbee membra
neuse et determiner la nature des membranes expulsees; enfm rechercher la
cause des accidents.
Nous n avons a insister ici que sur la seconde partie de ce diagnostic, les deux
autres ayant etc deja traitees a propos de la dysmenorrhee non accompagnee dc
membranes.
Les caracteres macroscopiques des produits membraneux entraines avec le flux
menstruel peuvent, par eux-memes, fournir d utiles renseignements ; mais
1 examen hislologique permettra seal d affirmer leur nature.
La presence de 1 epithelium uterin surmontant une couenne muco-fibrineuse
melangee d un plus ou moins grand nombre d elements figures, ou un stronia
cellulaire au milieu duquel on distingue des vaisseaux et des debris de glandes
en tube etablira, ainsi que nous 1 avons montre precedemment, 1 existence de la
dysmenorrhee membraneuse vraie avec exfoliation de la muqueuse uterine.
Les caillots fibrineux membraniformes se distinguent des lambeaux de prove
nance muqueuse par 1 absence de villosites sur 1 une de leurs faces et par leur
texture specialc : absence d epitheliura, coagulation de fibrine amorplie ou
154 DYSMENORRHEE.
granuleuse, formant partois un reticulum emprisonnant des hematics alte rees
et des globules blancs, ou disposee, sur quelques points, en lamellcs superpo-
sees, d apparence feuilleiee. Janiais on n y constate aucune trace de glandes ou
de vaisseaux.
Quant a la caduque uterine re sultat d un avorteraent, bien que la confusion
ait ete faite assez frequemment, elle presente des caracteres dislinctifs faciles a
reconnaitre. Elle est expulsee sous forme d un sac complet plus souvent que la>
deciduc menstruelle de la dysmenorrhee membraneuse, dont on ne retrouve
ordinairement que des lambeaux d etendue variable; du reste, lorsque celle-ci a
ete e ntrainee sans subir de dilaceration, elle affecte une forme triangulaire,
tandis que la caduque estovo ide, ainsi que I a fait remarquer Bernutz. En outre,
d apres Beigel, la caduque presente des saillies a sa face interne et generale-
ment pres d un orifice tubaire uno loge pour 1 oeuf bumain qui, a ce moment,
n a pas encore contracts d adberenees . Cetle loge a ete mise en evidence par
Farre, sur une coupe de la caduque, reproduite dans V Encyclopedic de Todd
(London, vol. VI, p. 653). Enfin de Sinety (Comptes rendus de la Socie te de
biologic, 1876, t. XXVIII) a indiqueun procede technique qui permet d obtenir
i acilemenl des preparations caracteristiques, meme a 1 ceil nu, lorsqu on a
affaire a un avortement. II suffit de plonger la membrane a examiner dans une
solution d acide picrique pendant un quart d heure environ ; on saisit ensuite
avec des pieces une parcelle du tissu et on 1 agite dans 1 eau. Tous les elements
etrangers a la villosite choriale sont ainsi expulses et celle-ci reste isolee. On
n a plus qu a 1 etendre sur une lame de verre, ajouter un peu de glycerine el
recouvrir d une lamelle, pour oblenir ainsi une petite masse arborescente,
rappelant la disposition de certaines algues marines et qui nepeut etre confondue
avec aucun autre tissu (Traite pratique de gynecologic, 2 e edit., 1884).
On puisera egalement des renseignements precieux dans 1 etude, des circon-
stances an milieu desquelles se sera produite la crise douloureuse et 1 expulsion
du produit membraneux : la presence de 1 bymen, la suspension de tout rapport
sexuel depuis la derniere epoque de regies eloigneront toute idee d avortement,
auquel devrait au contraire fuire songer, dans des conditions opposees, un retard,
meme minime, apporte a la dale reguliere de 1 apparition des regies.
Les membranes de provenance vaginale sont reconnaissables a lour structure;
elles se composent uniquement de grandes cellules d epitbelium pavimenteux.
D ailleurs, leur expulsion n est pas accompagnee d un apparcil symptomatique
qui puisse preter a 1 erreur.
On comprend aisement de quelle importance sont ces caracteres differentiels,
pour arriver a formuler un diagnostic exact, precis, et a instituer, en connais-
sance de cause, une tberapeutique appropriee.
TRAITEMENT. Le traitement de la dysme norrhee doit satisfaire a un certain
nombre d indications base es sur les notions pathogeniques, que nous avons fait
connaitre, et aussi sur les manifestations symptomatiqties diverses qui consti
tuent la crise menstruelle douloureuse.
II sera d ailleurs different, suivant la periode pendant laquelle on devr*
1 instituer, suivant qu il sera dirige contre la crise elle-meme ou centre la
le sion permanente qui provoque le retour periodique des acces : palliatif, dans
le premier cas, il aura pour but de combattre les phenomenes douloureux et de
procurer a la malade un soulagcment plus ou moins durable; curatif, dans le
second, il devra tendre a s opposer au retour des accidents paroxystiques.
DYSMENORRHEE. 135
11 est a peine besoin de faire remarquer que ce traitemeut curatif sera essen-
tiellemcnt variable, suivant cliaque cas particulier, puisqu il devra, pour etre
cfficace, s adresser a la maladie, ou mieux, a la lesion dont la dysme norrhec est
le symptome dominant. Si nous necroyons pas devoir nous contenter de renvoyer
le lecteur aux divers articles ou le traitement de chacunedeces lesions setrouve
decrit, du raoins nous sera-t-il permis d etre plus bref sur un certain nombre
de points et de n exposer que les precedes therapeutiques les plus imporlants et
dont 1 action s adresse plus directement an syndrome dysmenorrhee.
Ajoutons enfin que 1 expulsion de membranes au cours de la crise ne consti-
tue pas, par elle-meme, une indication specials bien evidente au point de vue des
regies gene rales du traitement, puisqu elle accompagne, ainsi que nous 1 avons
vu, les diverses formes de dysmenorrhee sans qu on puisse Ten separer pour en
faire une espece particuliere. Elle est done, comme ces dernieres, justiciable
d un traitement base sur le diagnostic etiologique de 1 affectiou.
Le traitement palliatif applicable a 1 attaque de dysmenorrhee proprement
dite n est pas, comme le traitement curatif, sujet a varier, suivant chaque cas
particulier, et peut etre institue dans toutes les circonstances ou se manifestent
les symptomes de la dysmenorrbee.
La premiere indication a laquellc le medecin doit satisfaire est d apporter un
soulagement rapide aux douleurs si vives qui tourmentent les ma lades, et de les
faire disparaitre autant qu il le peut. Nous disposons, du reste, pour arriver a
cc but, de moyens varies et d une efficacite non douteuse, au premier rang
desquels figurent les narcoliques et les antispasmodiques sous toutes les
formes.
On peut recourir a leur administration par la boucbe, par la voie intestinale,
ou par la voie hypodermique. Dans le premier cas, une potion calmante anti-
spasmodique, le chloral, le bromure de potassium ou les divers bromures asso-
cie s suivanl diffe rentes formules, a la dose de 5 a 4 grammes dans les vingt-
quatre heures, les pilules de Meglin, d asa foetida, d extrait de cbanvre indien,
uni ou non au lupulin, d extrait thebai que, pcrmettent d obtenir une sedation
marquee des souffrances. On se trouvera bien cependant de leur adjoindre les
lavements avec lade coction dejusquiame et de pavot, et mieux encore les quarts
de lavements renfermant de 12 a 15 gouttes de laudanum de Sydenham. On
peut egalement par la voie rectale recourir aux suppositoires belladones
(5 centigrammes d extrait de belladone pour 4 grammes de beurre de cacao), dont
1 emploi demande cependant a etre surveille par suite des accidents d intoxica-
tion qu ils determinent dans quelques cas, chez les sujets tres-sensibles a
I action de la belladone. Ces suppositoires pcuvent d ailleurs etre places dans le
vagin, et 1 absorption parait moins rapide dans ces conditions.
Ces divers moyens sont surtout utiles pour prevenir la crise, pendant les
quelques jours qui precedent immediatement 1 epoque des regies, alors que la
femme ressent deja des douleurs prodromiques au niveau de 1 abdomen, accom-
pagnees d une excitabilite nerveuse insolite; rmiis, si 1 acces paroxystique eclate,
il devient necessaire d agir promptement et de procurer a la malade un soula
gement qu elle reclame avec insistance : c est aux injections sous-cutanees qu il
faut alors recourir. Celles-ci sont faites, la plupart du temps, avec une solution
de chlorhydrate de morphine au cinquantieme doat on injecle 10 ou 20 gouttes
(1 a 2 centigrammes du sel de morphine) suivant 1 intensite des douleurs. Nous
pensons qu il est plus prudent de s abstenir des injections hypodenruques
156 DYSMENORRHEE.
d atropine, dont 1 aclion est infidele et qui cxposent les raalades a des accidents
plus o moins serieux.
II est, du reste, assez souvent necessaire d user en meme temps des aulres
moyens que nous avons indiquos, et qui constituent de precieux adjuvants a
1 action des injections de morphine. C est dans ce but qu on prescrit avec avan-
tage les onctions ou les embrocations, au niveau de 1 hypogastre ou de la partie
superieure des cuisses, avec les divers liniments caiman ts ou chloroformes.
Si les douleurs devenaient excessives et intolerables, en depit du traite-
ment mis en ceuvre, Courty conseille, a 1 exemple d Aran et de Bennet, de
recourir a I anesthesie par le chloroforme ou Tether. Nous pensons que dans la
pratique il laut elre tres-sobre d un precede qui n est pas sans dangers, et nous
nous rangeons volonliers a 1 opinion de Siredey., qui considere les anesthesiques
comme devant etre reserves pour les cas extremes.
A ces divers moyens on peut en joindred autres qui presentent dans laplupart
des cas une utilite incontestable. C est ainsi qu on se trouvera bien de prescrire
des tisanes chaudes, legerement diaphoretiques ou stimulantes : le tilleul, la
sauge, 1 armoise, le the leger; des injections vaginales chaudes avec les decoc
tions emollientes; les bains de siege ou les grands bains tiedes prolonges. On
obtient egalement assez souvent de bons eflcts de 1 emploi de la chaleur, sous
forme d applications chaudes au niveau de 1 abdomen ou des lombes; c est
principalement chez les jeunes lilies dont la menstruation s etablit avec peine,
et dont les douleurs uterines s accompagnent d irradiations ponibles 3 la region
lombaire, que 1 action sedative et emmenagogue des fomentations chaudes
procure un soulagement marque. C est la d ailleurs une pratique tres-re pandue ;
quelle est la mere de famille qui ne s empresse de calmer les douleurs mens-
truelles, chez sa fille, au moyen de 1 application de serviettes chaudes sur
1 hypogastie ou la region lombaire?
11 est encore un mode de traitement de la crise dysmenorrheique qui merite
d etre employe, ne fut-ce que pour fixer d une facon plfis certaine sa valeur
reelle, c est 1 electricite. D apres Onimus, 1 application quotidienne ou meme
repetee matin et soir, pendant huit a dix minutes, d un courant continu de 30 a
40 elements, dont le pole positif est place sur la region lombaire et le pole
negatif a la region ovarique, procure une se dation manifeste des douleurs,
accompagnee de la cessation des contractions uterines et des tranchees si
penibles qui en sont le resultat. Gallard, qui a experimente ce precede a diverses
reprises, declare qu entre ses mains il n a pas produit des effets aussi remar-
quables, et semble croire que, dans les cas ou 1 eiectricite a paru procurer quelque
soulagement, son emploi a, sans doute, coincide avec 1 accalmie spontanee qu on
observe vers la fin de la crise. 11 ne signale cependant aucun des accidents
serieux que Siredey impute a ce meme moyen therapeutique, et le considere,
sinon comme tres-efficace, du moins comme inoffensif. De Sinety mentionne
element les bons effets qu il est permis d attendre de 1 electricite dans le
traitement de la dysmenorrhee, et Alexander Solowief (Dysmenorrhcea membra-
nacea geheilt durch die Anwendung der Electric itat. In Arch, fur Gyn.,
t. VIII, 1875) preconise son emploi comme un moyen d aclion precieux centre
les phenomenes de la dysmenorrhee membraneuse.
II est a regretter que, dans la plupart dts auteurs, il soil fait simplement
mention de Ye lectricite sans autres details relativement au mode d eleclrisation
employe et au manuel operatoire adopte par les experimentateurs; en effet,
DYSMENORRHEE. 157
dans les Lemons cliniques de A. Tripier (Lefons cliniques stir let maladies
des femmes ei applications de I electricite a ces maladies, Paris, 1883).
on Lrouvc preconises, non plus les courants continus, mais la faradisation
uterine. II est vrai que 1 auteur parait avoir pour objectif de guerir la con
gestion uterine ou les deviations, et par la de faire disparaitre la dysmenorrhee
symptom.! tique, plutot que de s attaqucr directement anx acces paroxystiques
menstruels.
C est, du reste, a leur action curatrice sur les affections diverses, dont la
dysmenorrhee est le symptoms, que la plupart des moyens therapeutiques qui
nous restent a decrire doivent leur efficacite a 1 egard des accidents dysmenor-
rheiques. Aussi devons-nous logiqucment les ranger sous la rubrique de traite
ment pre ventif, curatif ou radical.
Nous signalerons touf d aborci, sans y insister plus longuemcnt, 1 incontestable
utilile, dans un grand nombre de cas, du traitement approprie a 1 etat general
de Ja malade. Les toniques, les amers. les preparations martiales, les alcalins,
J arsenic, 1 hydrotherapie, doivent etre presents suivant les indications particu-
lieres fournies par la constitution de chaque malade ; enfin le regime aliment aire,
1 exercice musculairc, les conditions hygieniques d habitation, le genre de vie,
demandent a etre soigneusement reglementes en vue de faire disparaitre les
troubles de la sante ge nerale, et de placer la femme dans les mcilleures condi
tions pour 1 evolution normale de la fonction menstruelle. Ce mode de traitement
ne presenle d ailleurs rien de special au cas particulier qui nous inte resse, et les
regies en ont etc tracees dans d autres parties de cetouvrage.
Lorsque les troubles dysmenorrheiques paraissent etre sous la dependance
moins d une lesion veritable de 1 uterus ou de ses annexes que d un fonctionne-
inent relativement imparfait du systeme genital, d une sorte d atonie des organes
sexuels, principalement chez les jeunesfilles a 1 epoque de 1 instauration catame-
niale, on peut recourir utilement a la medication emmenagogue. On adminis-
trera, en pareil cas, vers la fin de la periode intercalaire, les preparations de
safran, le seigle ergote et surtont 1 apiol sous forme de capsules renfermant
25 centigrammes, a la dose d une a deux capsules matin et soir, pendant les
trois ou quatre jours qui precedent les regies. L apiol offre 1 incontestable
avanlage d avoir une efficacite au moins egale a celle des autres medicaments
emmenagogues et de ne pas determiner, comme la plupart de ceux-ci, des acci
dents d irritation intestinale parfois tres-prononces.
Mais le medecin se trouve, a coup sur, plus frequemment en presence de
phenomenes congestifs ou inflammatoires au niveau des organes pelviens, et
c est centre cette cause puissante de dysmenorrhee qu il doit diriger ses efforts
pour combattre le retour des accidents. Un des plus puissants moyens d action
que nous puissions mettre en oenvre consiste dans les emissions sanguines; il
faut cependant, meme pendant la crise, avoir rarement recours a la saignee
general e depletive, qui affaiblit les malades et peut les plonger par la suite dans
un etat d anemie regrettable, mais on use avec le plus grand avantage des
emissions sanguines locales, dont la repetition et 1 abondance doivent etre
proportionnees a 1 intensite des accidents.
G est un trailement a la fois palliatif et curatif suivant la periode a laquelle
onTempioie. Pendant la crise catameniale, en effet, lorsque celle -ci s accompagno
de congestion pelvienne intense et d un leger mouvement febrile, 1 application
dc venlouses scarifiees ou de quelques sangsues a 1 hypogastre ou a la partie
138 DYSMENORRHEE.
superieure des cuisses procure un soulagement immediat et suivi d une detente
rapide dans 1 acuite des souffrances.
Mais les emissions sanguines locales trouvent mieux encore leur indication
comme traitement preveutif de 1 acces, et, dans ce cas, 1 application de trois ou
qualre sangsues, faite directement sur le col uterin, dans les jours qui precedent
la dale probable de 1 eclosion des accidents dysmenorrheiques, a pour effet,
non-seulement une amelioration considerable des phenomenes congestifs, rnais^
la suppression fre quemment observee de la crise douloureuse an moment de
1 eruption des regies. Ou pent egalement, dans le meme but, recourir aux
scarifications plus ou moins profondes des levres du museau de tanche, mai&
ce raoyen donne des resultats moins certains et, en tout cas, moins satisfaisants.
II va sans dire qu en pareille circonslance 1 action antiphlogistique des emis
sions sanguines sera completee par celle des injections emollientes, des bains,
des calmants divers, sur Jesquels nous avons deja suffisammcnt insiste, et
auxquels on adjoindra utilement les lavements laxatifs, ou meme quelques pur-
gatifs doux tels que 1 huile de ricin ou le calomel, dans le but de vider le
rectum et d exercer un leger degre de revulsion sur le tube intestinal.
S il existe une lesion inflammatoire subaigue ou cbronique des organes geni-
taux, telle qu une metrite interne, une metrite parenchymateuse, une ovarite,
un noyau de plilegmasie pcriuterine, il faut s adresscr aux precedes de traitement
propres a combattre ces affections, si Ton veut agir d une facon efficaco contre
les phenomenes dysmenorrhe iques qui en sont la consequence. Les revulsifs
cutanes, teinture d iode, \csicatoires, pointes de feu, les purgatifs et, selon les
indications, 1 hydrotherapie sous ses diverses formes, les eaux minerales, le&
douches sulfureuses, etc., composent un ensemble therapeutique qui, sagement
utilise, fournit la plupart du temps de bons resultats.
II est encore un moyen d action energique, sur lequel nous croyons devoir
insister avec quelques details a cause des discussions auxquelles il a donne lieu,
et aussi parce qu il s adresse plus directement peut-etre a certains accidents de
la crise dysmenorrhe ique. Nous voulons parler des cauterisations intra-uterines
pratiquees eu vue de modifier la muqueuse de 1 uterus dans la metrite interne.
Ces caute risations, lorsqu elles sont faites avec prudence, en 1 absence de toute
complication inflammatoire recente ou ancienne des tissus periulerins, presen-
tent une innocuite aujourd bui reconnue par le plus grand nombre des gynecolo-
gues, qui s accordent egalement pour leur attribuer une influence heureuse sur
les phenomenes de dysmenorrhee symptomatiques de la metrite, et en parliculier
sur Pexfoliation de la muqueuse uterine dans les cas de dysmenorrhe e membra -
neuse. Mais 1 accord est moins unanime relativement a la facon dont il convient
de pratiquer ces cauterisations, et a la nature du caustiqtie qu il faut employer.
Les uns pre ferent se servir des caustiques solides et en particulier du nitrate
d argent fondu : tcl est le procede dont Siredey se declare partisan, et il a fait
construire a cet effet un hysterometre a rainures dont 1 extremite trempee dans^
le nitrate d argent fondu retient une mince couche du caustique et peut ensuite
servir a le porter jusque dans la cavite uterine. D autres, pensant qu il est
difficile d atteindre par ce moyen tous les points de la muqueuse, emploient les
caustiques liquides ou incorpores a une pomma.de plus ou moins epaisse. Pour
porter le medicament dans 1 uterus on peut, a 1 exemple de Woodbury, se servir
du petit appareil qu il a invente afin de badigeonner la cavite uterine avec 1 acide
azotique, ou encore recourir aux divers porte-topiques intra-uterins, dont un
DYSMENORKHEE. 159
modele fort simple a etc recemment propose par Tenneson (Bulletin de la
Socie te medicale des hopitaux, 27 juin 4884). Enfm, on peut egalement prati-
quer les injections caustiques intru-iite rines qui offrent de grands avantages
sans presenter les dangers, un peu theoriques peut-etre, qu on a voulu leur
attribuer. Elles exigent a coup sur quelque habilete de main et un certain
nombre de precautions nettement formulces par Gallard (Lepons diniques sur
les maladies des femmes, Paris. 1879), mais, pratiquees dans ces conditions,
clles ont donne entre les mains de Barnes et de Gallard d excellents resultats.
Nous avons vu nous-memo Itien souvent Gallard recourir a cette petite operation
alors que nous etions son interne, et jamais nous n avons observe a la suite
aucun accident de quelque importance.
Quoi qu il en soil, 1 efiicacite des cauterisations intra-uterine est affirmee par
tous les auleurs, qui fournissent a 1 appui de leur assertion un certain nombre
d observations de dysmenorrhee simple, ou accompagnee d exfoliation de la
muqueuse, gnerie par ce precede.
Avec les cauterisations intra-uterines nous sommes enlre dans 1 ctude du
traitement, dit chirurgical, de la dysmenorrhee; c est encore a des manoauvres
opeiatoires qu il faut recourir dans les cas de dysmenorrhee mecanique dont il
nous resle actuellement a parler.
Lorsque la dysmenorrhee est due a un retrecissement congenital ou acquis
du canal cervico-uterin ou de 1 un de ses orifices, 1 intervention au moyen d un
traitement approprie est d autant plus importante, que cette forme de dysme
norrhee s accompagne presque fatalement de sterilite, et qu il est possible de
guerir a hi fois celte derniere et les accidents douloureux menstruels. C est
ainsi que, d apres une statistiqne de Mackintosh, la dysmenorrhee disparut, a
la suite du traitement, chez 24 femmes sur 27, et que, parmi ces 24 femmes
gueries, 1 1 eurent par la suite un ou plusieurs enfants. Courty cite a ce propos
des cas de guerison analogue tires de sa pratique personnelle, et Gallard en a
egalement observe un certain nombre.
Pour faire disparaitre 1 obstacle qui s oppose a Tissue facile des regies dans
le cas d etroilesse ou de retrecissement du col uterin, le premier moyen qui se
presente a 1 esprit est la dilatation, soit brusque, soit lente et progressive.
Disons tout de suite que la dilatation extemporanee, brusque (on pourrait presque
dire brutale), obtenue au moyen d instruments plus ou moins perfectionnes,
mais reposant tous sur le meme principe que ceux de Bucli ou de Perreve, est
une mauvaise operation qui doit etre absolument rejetee de la pratique gyneco-
logique, et qui expose a de graves accidents par suite du traumatisme inflige
au parenchyme et aux vaisseaux de la portion cervicale de Tuterus.
De ce moyen se rapproche a certains egards 1 action des corps dilatateurs,
tels que 1 eponge preparee et la laminaria digitata, qui en se gonflant sous
1 influence de 1 humidite acquierent un volume trop considerable la plupart du
temps, et produisent des contusions ou meme de petites dilacerations au niveau
du canal cervico-utcrin. Cependant leur action est bien mains nocive que celle
des dilalateurs mecaniques, et surtout se produitavec plus de lenleur : aussi
peuvent-ils etre employes utilement dans quelques cas, suivant des indications
speciales; mais il est bon d etre prevenu des dangers qui accompagnent parfois
leur application intempestive. Simpson, Courty, H. Bennet, Siredey, en font assez
frequemment usage et en retirent des resultats satisfaisants.
Reste enfm le moyen le plus simple, et dans bien des cas preferable, par
li l DYSMENORRHEE.
suite de son innocuite presque complete mise en regard des bons resullats qu il
fournit : c est le catheterisme et la dilatation lente au moyen de soades d un
calibre progressivement croissant. Gomnie precede general, c est incontestablement
le meilleur, mais il existe a cet egard, dans le manuel operatoire des divers gyne-
cologues, des differences assez trancliees pour nieriter de nous arreter un instant.
A 1 exception de Rigby qui employait un instrument dans lequel 1 elasticite de
lames d acier etait mise en oeuvre, tous les autres ope rateurs se sont servis, ou
se servent encore de sondes soil en metal, soit en gomme. Simpson accorde la
preference aux tiges metalliques montees sur une sorte de pessaire ovoide, et
laissees a demeure dans 1 uterus; ce precede de dilatation parait n etre pas
exempt de dangers, suivant 1 irritabilite plus ou moins marquee de 1 uterus,
et suivant 1 integrite plus ou moins parfaite des annexes- Les bougies dilata-
trices en gomme sont employees do preference par H. Bennet et par Gallard;
ollcs permettent d obtenir, sans aucun inconvenient pour la inalade, des resul-
tats satisfaisanls dans un grand nombre de cas, alors meme que la stenose du
col est de nature cicatricielle. Gallard cite