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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.49"


A gift of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 





DICTIONMIRE ENCYCLOPEDIQUE 






SCIENCES MEDICALES 



PARIS. TYPOGRAPHIC A. LAIIURE. 
Rue de Fleurns, 9. 



DIGTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQIIE 



DBS 



SCIENCES MED1CALES 

DIREGTEURS 

A. DECHAMBRE L. LEB.EBOULLET 

DE 18Ci A 1885 UMM IS 1HS8 

DIRECTEUR- ADJOINT : L. HAHN 



COIXADOHATEURS : MM. I.KS DOCTEUBS 

ARCHAMBAULT, ABI.01NG, AliN.UM. M. , ARNOZAN, ARSONVAI. (D ), AUBRY (j.), AlVvIUi, urxFFin, BMLLARGER 

l:\III.ON, IIALUIANI, BALL, BARIE, livuril, BVZIN, UIVM.IiVMi, BKCI. vlili. 1:1 III! n , III M HI N i \ v \ . DERI 
BEBXIIEIM, BER.TILI.OX, BFIlTIN -M-v-.. BI>MII; BLACIIE, HMCm/. BLANCIIARD (R . in Mil/. ..... 

BOIS in niPiuili n, muni >, inn T:II vcnriir, !i ...... IIVIUP fen.), BUI cm 111 vr. IIIIII-,MIN, IIIHI.\M) (p.), n ..... . 

BOUREL-RONCIERE, BnHIIROIN, llnl Illil , mil II-.M. n , ii.ii MJI I i , HIM \nii DOVER, Bli \-s\i , nlinCv, mmCIIIX, mini AIHH I . 

BROWN-Slior\Hh, URUN, BURCKER, BURLUREAUX, 1JUSSARD, CADIAT, C.VLJJEIL, CAHI ANA, CARLET (O.), CERISE, CIIAIIIIABD 

CIIARCOT, CIIARVOT, CIIASMIRX \C, rilM viM, CIIAUVEL, MM HIM, .:IIII(M\, i inn I ll. MUM Ml V Clllil-mv 

CI.ERMONT, COI.IN (l,.l, Culi MI,, COTARD, CUM n 11, ..HUM, COYNE, DALLY, DAJAINE, hi i in MI LI > MM 

ni I mix m-: ^VVICNM:. IIH.UIIK, DKLPKCII, DEMA.\i;r, BENONVILLIERS, DEPADL, niinv. H.U in \i Dl CAZAL, 

III CI.M i. DILI IT, DliJAIIIUN-IIEAUMKrZ, III I l.AY I S. i , III III VI. hlinOUI.AU, DH\VIZ, IH/.IV, ..... II, MiiV. I 

FAUIET (J.), FAKABF.CF, F^LIZET, FEB1S, FERRAND, FLELRY DE), FOLLIN, FONSSAGRIVES, FORGUK, FOUBMEB I , 
FOUBNIEK (ll.), FllANCK-FIIA.\i:OI>, f, V I, I I l.ll-lllHSSIEIIE, GAHII I , I. V\ VII 111 I, i: v\l I , l.vVIIVrn, (,l h\ VIS (p. , ..II I I III, 

GIHAUD-TEULON, GOI1LKY, GRAM. Ill n. GRASSET, i, nil Mini, GR1SOI.LE, GIIBI.EB, GUENIOT, GVEHM1U, c.l II l.Mili, 
GU1LLAUUK, GU1LLEUIN, GUYO.NIF.i, IIAIIM (l..l, II \ VIII. IN, IIAV1-.M, 1IICIIT, III . Kl 1., UBNNEGUT, m.Mnyii, iniiinl\\\, 
IIEYDENREICII, IIOVEI.ACQUE, IHMIll-lir, IIIIIML, ^vvlllllll, .l.vrnl 1 Ml I H, .HIM I. -Ill M IV, hvlllll, Kll.-i .ll. KlllMK-u\, 
KBISIIABER, LABBE (l.EON), LABBEE, I.ABullIii:, I. Ml ....... M. LACASSAGNE, Ivlililil in IV Cllvllliir.lu , IV..SIVI 

RANGE, LANCEREAUX, I. MICIITK 10. , I M 111 , I VM 11 W I v\l I; VN , A . , I v\l I , LECLERC I , 
I.E DOUBLE, LEFEVRE (Ell.), LEFOBT i|.f:ci>), I.KI.UI I - I , ...... VI. i i lUIOS, I.EGBiMX, I I III B..I I I I r, ilimx, 

LE ROY DE MERICOURT, I.KTOITIMI.VL , I.I.MN, ll\v MICIIII , IIICIul^, LIETARD, l.INAS, I.1OUVI1.I.K, I.ITTI I 

LONGUET, LUIZ, M Vl.l I ll f K. I, MAIIK, MAI. VGI. Tfl, M MICIIANU, MVIIKV. MVIill. MMIflN V.-.l , 1IVI1II\-, MV^SE, 
MATIIIEl , MIMlKI.EN, MEBRY-DEI.ABOST, MICIIKI. (llK NVNCV, MII.I.AKD, Mill. I, Hill HVMII II. , M.IMVMII:, 

MOBACIIE, MORAT, UOIll I U. v.. HOSSE, HDSELIER, N1CAISE, Mil. olil m:\vlii:, ul.lll:li, uMMls. olilliv I,.), 

OUSTALET, 1 AJOT, HABCIIAITF., rvllli.M, I VMIIIl, PAIII.r, PECHOL1EB, PElllll N . M V 1IUCI , I l I EIIT (A.) 

I ETIT (L.-ll.), I KVHOT, I lcnl i:. l-l.,\nl, I lsvnn, Hv.vil), PITRES, POI.VII.luN, ruNMr (ANT.), POTA1N, 

POUCUET (GABR.), POZZI, nviuv, UAVM.IMI. RECLDS, REGIS, I;M. \vi.n. nn. \viii., RENAUD i . RENADT, HF.NHU, 

EENOU, BETTEREH, HTY, HEYXAL, IIICIIF, 111. 11,1 IN, I1HTI, RiilllS (ALBERT . IculllN Cll.i, In " II V I. n, ROCIIAS (DE), 
ROCIIEFORT, ROOM (ll.), IlOIIMEIl, IIOM.KT, ROIIREAl 1 , lull ill r, Imui- CLEIIENC] , SAINTE-CLA1RI HI VII I r. (II.), 

StXNli, SAXSOX, SAUVAGK, SCIIUTZENUERGEH 1:11 . 5CIIUTZENUERGEP r . SEDILLOT, -I I i MARC), SEli 
SEYNES (HE), SINtTY (nr), SIRY, SOUIIEIKAX (l..), MII.IUvNN I. . STEPHANOS CLON , 5TRABSS II.), IVLIIMI 

TESTELIN, TEVfl f, Tlllllll.Rllf, THOMAS (I..), Tll.LAUSi (l 1 .), K" I;IH 5, nil l.Nl l \ . I la I v r (u.), Ilill ll i 
TROIS1EB, VAI I IN, \Mlll.\V (I.I , VKI.I EAU, VERXI I II . \I.^MN, \ I v I H-i. I; v MI- VI v I, VIS, VIDAL (KM.-IDiU, VII.I.IMIN 

vixrrXT, voii.i.rMUi:, viii iw. \\VIHCIMII.NI, \vii.imiMri:. \vm\i \VIIIM. \VORIIJ 



QUATRII- .ME -il llll 

F K 



TOMK TREIZIEME 

HEM HER 




PARIS 



ASSELIN ET IIOUZEAU 

LIBRAIRES DE LA FACUI.TR DK MEDECINE 

Piarn ile I Ecole-dc-Mciloi ine 



G. MASSON 



LIBRAIRE DE L .VC ADl Mir DH MEIIEC1NE 

Bouleiard Saint-Germain, en fare de I Ecole de L^decine 



SfDCCCLXXXVIlI 



n 






DICTIONNAIRE 

ENCYCLOPEDIQUE 



PES 



SCIENCES MEDICALES 



UKMATOCELE v,tGi\"ALE. Cetle denomination, imposee par Heister, est 
impropre et devrait disparailre de la nosograpliie : bematocele signifie hernie ou 
turaeur sanguine : or le sang peut manqucr dans Ics bematoceles. Nous preTere- 
rions les noms de vaginalite chroniqiie propose par certains auteurs, et de 
ue riorchite employe par Kocher. Encore semblent-ils mieux applicables aux 
vieilles bydroceles a parois alte rees ou aux adherences des deux feuillets de la 
sereuse. Le terme de pachyvaginalite nous parait seul donner une notion 
exacte sur 1 amtomie pathologique qu il raltache d un mot aux lesions sem- 
blables des meninges. Aussi dirons-nous, et ce sera notre definition : la paeliy- 
vaginalite, mal nommee hematocele vaginale, est une aM irtion car.iclerise e par 
un epaississement considerable, une abondante neoforraation des parois de la 
sereuse qui enveloppe la glande spermatique. 

HISTORIQUE. > os vieux auteurs ne mentionnent pas 1 hematocele. Ambroise 
Pare nous decrit a la bargne cliarneuse, la hargne venteuse, la hargne vari- 
queuse, la bargne humorale, la bargne aqueuse nommee hydrocele n, mais nous 
ne trouvons nulle part la moindre allusion aux neomernbranes de la vaginale et 
aux epancbements sanguins qui souvent distendent la <ereuse. Les chirurgiens 
du siecle suivant ne sont pas mieux renseignes. Cependant on rencontre ca et 
la, au basard des observations, quelques cas non douteux de pachyvaginalite. 
Saviard, sous le titre de : Hydrocele extraordinaire et Autre hydrocele, nous 
parle d un courrier de Bourdeaux nomme Monsieur Framboise qui, en 1697, 
vit son scrotum prendre un volume considerable; la tumeur etait dure, non 
fluctuant, sauf en un point; la bourse fut ouverte avec un cautere et il s en 
ecoula une bonne chopine d une couleur noiratre et semblable a la laveure 
d un sang corrompu. La guerison fut obtenue par bourgeonnement. D ailleurs, 
plusde cent ans auparavant, Vigo, en 1532, ne semblait-il pas connaire la pachy 
vaginalite et la distinguer du sarcocele malin?... Et apres 1 ouverture faite, 

DICT. ENC. 4* S. Xllf. | 



2 11EMATOCELE. 

ifault regarder si le lesticule n est point corrompu; il faull separer toute la car- 
nosite avec un instrument convenable el bien tranchant el 1 oter et, pour reduire 
le testicule en son premier lieu, fault coudre 1 incision... 

Au dix-huitiemc siecle, John Ilunler pose neltement la question : La sereuse 
ontient parfois du sang dont 1 extravasation n est pas toujours le resultat imme- 
<liat d une violence exterieurc ; clle peut etre 1 effet d une action morbide ou 
d un mode particulier de secretion. Get admirable analyste avail bien vu que 
la pachyvaginalile ne ressemble point aux suffusions ordinaires, Ics violences 
exterieures manquant souvent dans les commemoralifs. II sut reconnaitre, 
distinction bien rare a cette epoque, que cette tumeur epaisse, dure et soulevee 
par de volumineux caillots, n etait point un cancer hematode. Elle donne la 
sensation d une hydrocele obscure ou de quelqur chose d intermediaire cntre 
1 hydrocele ct le squirrbe du testicule; 1 iucertitude est telle, qu il a toujours 
conseilh de faire une ponction Mais 1 ensemble dcs caracteres qui permeltent 
"le diagnostic est encore assez incK-cis pour que J illustre physiologiste s y trorapc 
lui-meme, et de ses deux observations 1 une a certainement trait a un carcinome. 

Cette doctrine, pen claire drj i, va s obscurcir encore chez les auteurs du 
commencement de ce siecle, sauf peut-etre chez Astley Cooper. Celui-ci, du 
moins, sail que I liemaloccle n est pas toujours d origine traumatique, et il cite 
deux observations ou 1 epanchement du sang et 1 epaississement de la vaginale 
survinrent sans que le malade put invoquer la moindre violence exlerieurc. 
dependant, lorsqu on veut remonter un peu haul dans I liistoire de 1 affection 
qui nous occupe, il faut r viler uiu; erreur fondamentale, il faut savoir que nos 
predecesseurs, en ccla plus sages que nous, n etiquetaicnt pas d un meme nom 
des affections aussi dissemblables que la contusion des bourses et la pachy- 
vaginalite. Sous le nom d hematocele, its decrivaient un epancbement sanguin 
brusquement survenu dans la vaginale a 1 occasion d une violence exterieure , 
affection d un mediocre interet et dont 1 etude se confond avec celle des trauma- 
tismes des bourses. Par celui de hydrocele a parois e paisses , ils entendaienl 
une alteration de la sereuse qui se developpe lentement et que caracterise la 
formation de neomembranes a vaisseaux nombreux et de rupture facile. 

Ne nous a-t-on pas dit que Boyer ignorait la pachyvaginalitc parce que, sous 
ie nom d hematocele, il decrit un epanchement sanguin provoque par une con 
tusion violente, ou par la piqure d un vaisseau dans la ponction de 1 hydrocele? 
Mais qu on arrive au chapitre De quelques tumeurs des bourses auxquelles on 
a donne impropremenl le nom de sarcoceles, on y trouvei a une etude precise 
dont nous devons au lecteur 1 analyse rapide. La vaginale acquiert une epais- 
seur considerable. Dans quelques cas elle est telle, et d une si grande consis- 
tance, que la tumeur presente les apparences du sarcocele, sans etre cancereuse 
toutefois, puisque, le plus souvent, le testicule ne participe en rien a 1 affection 
de ses enveloppes. Le mal a ete tout d abord une hydrocele simple; ensuite la 
sereuse s est epaissie par une inflammation chronique survenue spontanemenl 
ou determinee par une contusion. Boyer nous rapporte trois cas ou la castra 
tion permit d etudier la tumeur. Dans le premier, la vaginale etait epaisse 
de 8 a 10 lignes, son tissu lardace contenait plusieurs foyers ichoreux; sa cavite 
etait remplie de serosite sanguinolente, le testicule occupait la partie posterieure 
et n offrait aucune alteration de forme, de volume ou de tissu. Dans le deuxieme. 
le liquide etail semblable a de la decoction de cafe, la vaginale avail environ 
lignes, et sa surface etait couverle de concretions membraniformes, comme 



HEMA.TOCELE. 5 

celles qu oa rencontre dans les autres sereuses chroniquement enflammees. 
Enfin, dans la troisieme, il s ecoule un liquide noiratre, cpais, semblable a 
du sang coagule; la vaginale a une epaisseur et une durete considerables sans 
que la glande soil affectee. On le voit, 1 esquisse est exacte, il ne manque 
qu un mot pour designer ces tumeurs auxquelles on a improprement domic 
le nom de sarcoceles. 

La doctrine est la memo dans 1 oeuvre de Dupuytren; il fait de la pachyvagi- 
nalite une simple variete de 1 hydrocele, mais la description en est bien moins 
nette. Quelquefois, nous dit-il, j ai vu le feuillet sereux etre le siege d exha- 
lutions sanguines plus ou moins abondantes ou presenter des plaques osseuses 
d une etendue variable. II cite trois observations dont deux sont des types 
d hematoeele, liquide couleur lie de vin, roussatre et inodore, analogue a 
celui que Ton trouvedans les cellules des tumeurs degene rees; vaginale e paissie 
et inegale, lesticule sain. Mais le chirurgien en cbef dc I Hotel-Dieu n entrc 
dans aucun de tail et reste muet sur les symptomes, le diagnostic ou la patho- 
m liie de celte affection. Blandin est aussi pen prolixe et il nous parle d hydro- 
celes dont les parois sont epaisses de plusieurs lignes, opaques, dures, 
cartilagineuses, et dans les cas rares de consislance ostco-crctacee...; elles sc 
sont accrues par superposition de couches pseudo-membraneuses. Ou trouve 
dans les cavites dc la serosite des flocons albumineux ou du sang. 

Ce sont la des descriptions bien vagues, ct il faut reconnaitre que vers cetle 
epoque, aux environs de 1840, la pacliyvaginalite est mal connue. Jules Cloquet, 
dans le Dictionnaire en 50 volumes, dit que 1 hematocele succede toujours i 
uue ponction des bourses; la vaginale, longtemps distendue par la serosite, est 
sillonnee, suivant Pott, par des vaisseaux sanguins variqueux; la pointe du 
trocart ou de la lancette en ouvre quelques-uns et I epanchement se produil. 
Roux nous donne une opinion curieuse a 1 article TESTICULE du meme diction- 
naire : la vaginale ou perididyme est parfois atteinte de sarcocele. Mais qu on 
se garde bien, insiste-t-il, de considerer comme sarcocele tout epaississement du 
perididyme; dans quelques bydroceles auciennes, la pocbe a beaucoup d eji;iis- 
seur, et ce qu on prendrait facilemcnt pour une veritable induration n esl 
qu un depot de fausses membranes consecutif a des inflammations cbroniques 
ou repetees. La doctrine ancienne est la tout entiere : on ne sail 1 aire le depart 
de la pacliyvaginalite, que Ton confond dans ses formes legeres avec 1 hydrocele; 
avec le cancer lorsque ses alterations sont avancees et etendues. 

La these d Ernest Cloquet, a la dale de 1846, est considered comme dc 
majeure importance dans 1 histoire de 1 hematocele. Nous ne partageons pas cet 
enthousiasme; bien des opinions y sont erronees. Gloquet s empare d une idee 
developpee deja par Velpeau : la pachyvaginalite aurait pour origine une effusion 
sanguine dans la sereuse dont les parois s epaississeiit par depots successifs de 
librine et par exsudation de lymphe plastique. 11 y aurait done a la fois produc 
tion de fausses membranes et de neomembranes. Quant a I liemorrhagie gene- 
ratrice de 1 affection, elle est tantot traumatique et succede a une contusion ou 
a une ponction d hydrocele simple; elle est tantot spontanee, et 1 auteur cite 
huit observations ou la tumeur est survenue sans qu on puisse trouver la 
moindre violence exterieure pour en expliquer 1 apparition. La est le seul point 
bien observe, car, en definitive, Cloquet met au premier rang I effusion san 
guine, episode pourtant sans importance qu il regarde comme la generatrice de 
1 epaississement des parois, le phenomene primordial, celui qui domine This- 



4 HEMATOCELE. 

toire de 1 affection. Comment d ailleurs explique-t-il I hemorrhagie? D apres 
lui, 1 exhalation sanguine est sous la dependance d une hydrocele preexistante 
ou d une dilatation des vaisseaux qui serpenlent a la surface d une sereuse. II 
invoque meme une perversion dansl exhalation modifiee souvent par la puberti 1 . 
Gelte pathogenic est pauvre; elle ne lient aucun compte des excellenls materiaux 
amasse s depuis le dix-septieme siecle : aussi, malgre le retentissement de cette 
these, nous preferons la breve description de Hunter et surtout Je sobre tableau 
trace de main de maitre par Boyer. 

Le memoire de Gosselin, dans les Archives generates de me decine, marque 
un tournant de la question. 11 separe nettement 1 hematocele traumatique parie- 
tale, effuse dans les enveloppes du scrotum, de 1 hematocele spontanee de Cloquet. 
L auleur renoue la tradition rompue depuis Coyer et prouve que 1 epaississe- 
ment de la sereuse precede 1 epanchement sanguin; les vaisseaux jeunes et 
friables de la ncomembrane se dechirent et inondent la vaginale que viennent 
obslruer les cnillots. L hemorrbagie est un resultat, et non un point de depart 
comme le voulait Velpeau. II est a regretter que 1 eminent clinicicn ait adopte 
la designation sans relief d lieaiatotele consecutive. Pourquoi ne pas lui substi- 
tuer celle de vaginalite pseudo-menibraneuse qu il prononce au cours de 
son travail? II cut relegue an rang qui lui convient cet episode sans grande 
importance et qui du reste fait purfois defaut dc 1 irruption du sang dans 
la sereuse, pour fixer d abord 1 attention sur le point capital, I epaississement 
de la sereuse, la neoformation des tissus. 

L objection est si pressante que Jamain, dans sa remarquable these d agrega- 
tion et dans le cinquieme volume des Elements de pathologic chirurgicale de 
Nelaton, redige par lui, se demande : Lorsque le liquide contenu dans le 
kyste est sereux, doit-on considerer 1 affection comme une hematocele? Quoi 
qu il en soil, comme c est surtout 1 etat de la poclie qui donne le cachet spe cial 
a 1 affection que nous decrivons, nous rapprocherons cette forme de 1 hematocele 
proprement dite. II eut ete plus bardi, non de rapprocher, mais de confondre 
les pacbyvaginalites sereuses et sanguines. II 1 aurait fait sans doate, s il avail, 
comme nous et comme tant d autres, retire par deux ponctions successives, 
d abord une substance epaisse, brun chocolat, et une seconde fois un liquide 
transparent, citrin, semblable a celui d une hydrocele banale. En verite, a-t-on 
pu dans un cas pareil porter d abord le diagnostic d bematocele, puis celui 
d hydrocele, et quelques globules rouges en plus ou en moins sultisent-ils pour 
faire glisser, de 1 une dans 1 autre, deux affections d une marche et d une tbera- 
peutique si differentes? 

Desormais la doctrine est stable; nous la trouvons remarquablement exposee 
par Kocher dans le Compendium de Pitha et Billroth, sous le nom de peri- 
orchite plaslique; il nous y donne une etude excellente des diverses formes de la 
pacbyvaginalite, dont il a le tort, cependant, de trop multiplier les varietes. Les 
contemporains n ajoutent que peu aux connaissances deja acquises. Nous essaie- 
rons cependant d eclairer 1 anatomie pathologique de la pachyvagiualite par les 
recherches des medecins sur les inflammations plastiques et hemorrhagipares des 
meninges, du peritoine, des plevres et du pericarde. Nous ajouterons quelques 
notions eliologiques nouvelles ; avec Tedenat, nous montrerons que les hemato- 
celes sont parfois d origine syphilitique; nous avons depuis longtemps insiste 
sur les periorchites d origine tuberculeuse : nous generalisons maintenant tous 
ces faits et pour nous, comme pour Kocher, la pachy vaginalite est, dans 1 im- 



HKMATOCELE. 5 

mense majorite des cas, pour ne pas dire toujours, nnn une m:iladie primitive 
de la sereuse, mais une affection consecutive a une lesion epididymairc. 

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. Les alterations de la v;iginale ne retentissent guere 
sur les tuniques scrotales. La celluleuse, 1 erythroule, le dartos et le scrotum, 
n ont subi que des atteintes legeres ou nullcs. Dans les H7 observations que 
nous avons compulsees, nous ne trouvons que quelques cas d e paississement et 
d induration, un oedeme chronique des enveloppes; leur paroi cependant a pu 
mesurer jusqu a 2 centimetres, un tissu lardace les constitue, slrie ca et la de 
cristaox hematiques; la peau est rugueuse, ehagrinee, violacee ou rouge; des 
vaisseaux la siJlonnent commc on en voit dans certaincs degenerescences cance- 
reuses. Gerin Roze a public une observation d hematorele bilalerale ou les 
tuniques scrotales, epaisses de 2 centimetres 1/2, I aisaient" croirc au premier 
abord a une bourse elephanliaque. Ces troubles nutritifs et circulatoires sont 
d habitude le fait d inllammations aigues ou larvees que provoquent les froisse- 
ments ou les contusions sur 1 organe malade ; parfois meme la vaginale ?e fissure, 
et nous-meme avons vu, deux Ibis, le sang amasse dans la sereuse ou t -pancln 
des vaisseaux rompus s inh llrer en longues fraim vs ecchymotiques. Annandale 
nous parle d une liematocele datant de vingt-sept ans, grosse comme une tele 
d adulteet diviseeen deuxpoches dont 1 une ctait la vaginale, tandis que 1 autre, 
creusee lors d un traumatisme, avail envalii le peri nee et la racine de la cuisse; 
cas semblable de Thiebault : la vaginale, distendue par 2 litres de liquide 
chocolat, communiquait avec un kyste parietal tres-volumineux, par 1 orifice 
artificiel qu un coup de trocart avail cree dans une ponction anterienre. 

Autrement frequentes sont les lesions du testicule et de IVpididyme, et nous 
ne voulons parler ici que des lesions grossieres, celles qu ont pu noter les 
cbirurgiens au cours de leurs operations. Souvcnt, il esl vrai, ils se taisont sur 
1 etat de la glande, mais les observations sont nombreuses ou Ton constate des 
degenerescences. 11 en est d e videmment secondaires et provoque es par la com 
pression; 1 organe est enserre dans des couches de tissu fibreux dont on ne le 
degage que par une veritable sculpture; il a sa forme ordinaire, mais il est 
anemic et la spermatogenese y est nulle ou moins active; d autres fois 1 albu- 
ginee est alteree, e paissie, les travees fibreuses empietent sur les tubes semini- 
feres atrophies, et la glande perdue dans la masse morbideest aplatie, rubaivV, 
et semble faire partie de la paroi kystique. II est drs ens ou une dissection 
attentive n a pas permis de reconnakre les vestiges de la glande. Besnier et 
Gotlard nous parlentd un testicule aplati, allonge, a tunique albuginee epaissie; 
son parenchyme est pale, decolore, ramolli; 1 examen microscopique n y montre 
que de rares animalcules. Velpeau incise une hematocele et cherche inutilement 
la glande; 1 opere mcurt. A 1 autopsie, on la decoiivre au milieu des masses 
corticales, mais absolument membraniforme. Dolbeau chiitre un pretre pour une 
tumeur vieille de vingt ans, l examen ne permct pas de retrouver les elements 
de 1 epididyme et du testicule. Nous pourrions multiplier les exemples de dispa- 
rition complete oud atrophie considerable et citer les observations de Dupuytren, 
de Brodie, de Curling, de Dubreuil, de Chaillier, de Gripat, plus deux fails 
personnels qui etablissent sans conteste la grande frequence de ces alterations. 

On a voulu determiner la place exacte qu occupe la glande dans les neofor- 
mations de la pachyvaginalite ; point interessanl lorsque le chirnrgien ponctionne, 
incise ou decortique la tumeur. D ordinaire elle est, comme dans 1 hydrocele, 
accolee vers la partie moyenne du segment posterieur. En effet, si le develop- 



6 IIEMATOCKLE. 

pement est regulier, 1 epanchement sereux ou sanguin distend la vaginale doubiee 
de ses neomembranes; elles cedent et la cavite se forme surtout en haut et en 
avant. Aussi, dans les explorations cliniques, est-ce en arriere qu on essaie de 
provoquer par la compression la sensation speciale de testicule froisse; mais 
les anomalies sont frequentes. Parfois le liquide exagere le eul-de-sac qui exisle 
cutre le testicule et 1 epididyme, et celui-ci s etale sur Tun des poles de la 
tumeur, tandis que celui-la est refoule vers 1 autrc pole; neanmoins 1 epididyme 
en forme de croissant adhere encore au testicule par sa tete et par sa queue; 
le corps seul s en est e loigne. Parfois des adherences partielles des deux feuillets 
da la vaginale n ont laisse libre qu une faible portion de la sereuse, siege de la 
future hematocele. Si cette cavite se trouve en bas et en avant, son extension 
rejettera la glande en haut et en arriere; en bas, si la cavite est en haul. Et 
nous ne parlons pas ici des inversions, qui sont loin d etre rares ; lorsque 1 organe 
sera atrophie, voile par des neomembranes trop abondantes, ou qu il aura perdu 
sa sensibilite speciale, le chirurgicn pourra blesser, malgre une incision correcte, 
le testicule ou ses annexes. Nous avons ainsi fendu un epididyme, faible malheur, 
car les lesions etaient assez profondes pour necessiter la castration. 

La sereuse epaissie et ses neomembranes limileut une cavite dont les varietes 
sont, pour ainsi dire, infinies. Kile est jiarfois assez considerable pour contenir 
\ , 2 ou 5 litres de liquide. Nous avons opere a Lariboisiere un individu dont 
la vaginale e tait distendue par 1500 grammes de sang et de eaillots. Dans une 
observation de Gerin Roze, I hematocele est bilaterale; des deux tumeurs, I line 
renferme 1000 grammes et 1 autre 2000 grammes d une substance visqueuse 
et noiratre. Ces cas, pour n etrc pas In regie, se mon treat assez souvent, et les 
pachyvaginalites sont une des affections qui peuvent donner aux bourses le plus 
grand developpement; encore ne parlons-nous pas ici dc ces cas exceptionnels 
dont Rochard n a pu reunir que trois et ou il existe deux pocbes, 1 une dans le 
scrotum, 1 autre dans la cavite abdominale, et qui communiquent par un goulet 
retreci a travers le trajet inguinal. Une de ces hematoceles en bissac con- 
lenait 5 litres de substance hematique. Les pachyvaginalites ordinaires ren- 
ferment dc 50 a 500 grammes de liquide, mais la quantite peut etre moindre 
et a peine trouve-t-on quelques grammes de sang sous les epaisscs couches 
stratiliees. Sur un sujet de 1 ecole pratique, le liquide faisait defaut, il a existait 
qu une poussiere hematique pen abondante et quelques cristaux de cbolesterine. 
On ne saurait toujours dire, d ailleurs, si ces substances, serosite, sang, eaillots, 
cristaux de toute sorte, sont bien dans la cavite de la vaginale, ct s il ne s agit 
pas de lacune ou de kyste creuse entre deux neomembranes. Fleury (de Cler- 
mont) a vu un vestige de la sereuse distendu par un peu de liquide et, en avant 
d elle, un large espace rempli de sang modifie se developper au milieu des 
feuillets durs et fibro-carlilagineux des neomembranes. 

Par definition meme, le liquide de 1 litmalocele devrait etre du sang et des 
eaillots. Le plus souvent il en est ainsi; leur consistance et leur aspect sont 
d ailleurs tres-variables. Parfois, c est une masse homogeae, une substance 
visqueuse et e paisse, pailletee de cholesterine, noiratre, lie de vin, chocolat ou 
marc de cafe, et dans ces nuances on a epuise tous les genres de comparaison. 
Parfois le contenu est en proportion inegale, solide et liquide; il n est pas rare 
de trouver du sang presque pur, diffusion en apparence recente, ou surnagent 
des flocons fibrineux rouges ou -gris et pleins d hematies ou de leucocytes. Mais 
les liquides clairs, a peu pres limpides, citrins ou verdatres, ne sont pas rares. 



IIEMATOCELE. 7 

Gripat cite un cas ou la tumeur datait de trente ans ; le contenu etait d une 
transparence paifaitc. Bauchet, Levasseur, nous dotment, a eux deux, quatre 
observations, et nous possedons six fails personnels de pachyvaginalite a contenu 
sereux. Dans deux de ccs cas, la ponction donna un liquide hematique une 
premiere fois, et se rcux une seconde. Mieux encore, cette annee meme, nous 
avons soigne un individu donl la tumeur droitc etait distcnduc par de la serosite 
citrine, et la gauche par un liquide brun, sirupeux et rempli de globules 
rouges. Cliaillier a publie un exemple semblable. On a cite des he matocelcs u 
liquide blanc on galactoeeles, des choleceles, a liquide semblable a de la bile. 
Bisons cnfm que dans les tumeurs a loges multiples, dues a des cloisons de la 
sereuse ou a des lacunes entre les feuillets stratifies, les different s kystes nous 
offrent toutes les varietes possibles. 

Les neomembranes presentent des varietes plus nombreuses encore, mais 
tout d abord il nous faudrait determiner ou finit la vaginalite cbronique et ou 
commence la pacbyvaginalite. Nous avons vu que les hydroceles a parois epaisses 
de Boyer, de Dupuytren et de Blandin, rentrent pour la plupart dans la classe 
des hematoceles; nous avons public avec Brissaud des observations ou la sereuse 
epaissie et recouverte d arborisalions vasculaires pouvait <Hre considi ivc romme 
un premier degre de 1 affection qui nous occupe. Avaut nous, en 1870, Mubsse/ 
etudie un cas ou le feuillet parietal de la vaginale est blinde de plaqurs sail- 
lantes, byalines et d une durete cartibgineuse; elles sont formecs a leur surface 
de lames superposees, peu vasculaires, comme celles des libromes corneens; 
dans leur profondeur, la structure change, la substance fondamentale dcvient 
ondulcuse, fibrillaire, parcourue par des faisceaux ramifies; le feuillet visceral 
est, lui aussi, epais, irregulier, rugueux. 11 faut teuir compte de ccs fails, inais 
n oublions pas que nombre de ces vaginalites chroniques durent des annees, 
incrustant (out au plus leurs plaques fibreuses de concre tions calcaires, sans 
accumuler les unes sur les autres les couches stratiliees des neomembranes. 
Elles different par consequent des pachyvaginalites dont le tissu reste embryon- 
naire et dont les feuillets se superposent incessamment. 

D apres 1 epaisseur, la consistance et 1 anciennete de leurs neomembranes, 
les pacbyvaginalites sont divisees par M. Gosselin en premier, deuxieme et troi- 
sieme dcgre. Bcins le premier, la sereuse ne mesure guere que 1 a 2 millimetres ; 
elle est encore souple et molle et, lorsqu on a enleve les caillots qui 1 encom- 
brent, elle revient sur elle-meme adossant son feuillet parietal a son feuillet 
visceral. Les couches superficielles de ces stratifications, celles qui sont au con 
tact du liquide, sont tapissees de depots de fibrine ineguliers et qui donnent 
a sa surface un aspect lomenteux et semblable a la peau du crapaud ou du cai- 
mam. On les gratte avec les ongles et on trouve la neomembrane plus resis- 
tante, quoique friable cependant, puisqu on peut en decbirar des lambeaux. On 
les separe assez aisement de la vaginale, plus blanche et plus mince. Son 
epaisseur n est pas partout e gale : en general elle est moindre en avant et en 
haul, dans les points les plus eloignes du testicule. Ces strates se multiplient 
en arriere, au point de reflexion de la vaginale sur la glande. Aussi, meme dans 
les he matoceles au premier degre, 1 epididyme est perdu dans une atmosphere 
fibreuse dont on 1 isole a grand pcine. Meme inegalite dans les neomembranes 
du feuillet visceral ; d un facon absolue, elles sont beaucoup moins epaisses que 
celles du feuillet parietal ; souventmeme elles font defaut. En definitive, lorsque 
la glande est en position normale, c est en arriere, autour de I dpididyme, que 



8 HEMATOC 

s accumulent les lissus neoformes. Recemment nous avons controls de 1 oeil et 
du doigt Unites ces particularite s de la pachvyaginalite au premier degre chez 
un major d artillerie dont nous avons incise la vaginale, alteree depuis moins 
d un an. 

Le deuxieme degre, qui se confoncl, a ses limitps, avec le premier et le troi- 
sieme, se caracterise par une epaisseur plus considerable, 2 ou 5 milli 
metres environ; les strates sont beaucoup plus nombreuses; eependant elles 
restent flexibles, encore assez pour permettre, apres evacuation de la poche, 
1 obliteration du kyste hematique. Les depots fibrineux sont abondants a la 
surface libre, irreguliere et tomenteuse; la surface profonde adhere mal, et 
d ordinaire il suffit d une traction peu considerable pour la decoller. Parfois 
une spatule, le manche d un scalpel, en certains points le bistouri ou les ciseaux, 
deviennent necessaires. Les vaisseaux sont abondants et fragiles; leurs parois 
dilatees forment de veritables ampoules, des anevrysmes mi!iaire; leur tunique 
se rompt et Ton trouve de petits lacs sanguins que remplacent des caillots et 
plus tard descristaux d hemato idine. L organisation des strates estplus avance e ; 
des faisceaux fibreux se montrent au milieu des elements jeunes et de la matiere 
amorphe. Nous pensons que la consistance, plus que 1 epaisseur des parois, 
doit determiner le degre de la pachyvaginalite, car il en est de fort anciennes 
dont les enveloppes dures, fibro-cartilagineuses et deja incrustees de sels 
calcaires, mesurent a peine 2 a 5 millimetres. 

Le troisieme degre est celui que nous observons plus frequemment dans 
nos hopitaux. Comme la tumeur esl d ordinaire indolente, les neomembranes 
s organisent sans bruit et n augmenlent que peu le volume des bourses, si 
tant est qu un traumalisme ne dechire les jeunes vaisseaux et ne provoque un 
epanchement dans la cavite vaginale. Les lesions peuvent etre deja fort avancees 
lorsque les pachyvaginalites sont soumises a notre examen. Les parois ne s effa- 
cent plus apres 1 evacuation du kyste; on les deprime comme une ventouse en 
caoutchouc, mais elles reprennent bientol leur forme premiere. Leur epaisseur 
varie de quelques millimetres a 1, 2, 5, 4 centimetres. Nous avons opere a 
Lariboisiere un maraicher dont les neomembranes mesuraient 5 centimetres 
en arriere et en haut ; un cas a peu pres semblable est signals par Polaillon : 
les vaisseaux du cordon qui emergeaient d une pareille masse battaieut comrne 
des radiales, et leur ensemble avait K le volume d un intestin distendu. Par 
fois les coaches juxtaposees s ecartent, sous la pression du sang epanche et for 
ment un kyste dont la substance, suivant son age, est rouge, noire, brunatre ou 
ocreuse. Les strates superficielles, celles qui Jimitentla cavite kystique, sont les 
plus anciennes; elles sont plus denses, moins vasculaires, et incrustees de sels 
calcaires. Chez un vieillard de Bicetre dont la tumeur contenait 1 litre 1/2 
de sang et de caillots, ces concretions pierreuses tapissaient la neo-membrane 
d un revetement integral. Astley Cooper et Kocher ont vu des depots superficiels 
ossifies. 

Cette division de Gosselin en trois degres est contestable. Nous la preferons 
eependant a la classification de Kocher, qui distingue trois formes de perior- 
chite chronique. D abord, sa premiere variet.e, la periorchite a adhesive, ne 
renlre pas dans notre description. Elle consiste dans une obliteration de la 
cavite par fusion des deux feuillets de la vaginale. Cette u symphyse de la 
sereuse, si frequente apres les orchites et que provoquent si souvent les injec 
tions de teinture d iode, differe trop de notre pachyvaginalite pour que nous en 



HEMATOCELE. 9 

fassions ici 1 e tude. Sa deuxieme variete, la periorchite pro lifera live ou defor- 
mante , que caracterise un epaississement considerable des parois avec cavite 
persistante a 1 elat de fente etroite, ne se distingue quc bien peu de la troisieme 
variete, la periorchite hemorrhagique ou vasculaire , car la couleur et la 
nature de I epanchement, screux dans un cas, sanguin dans 1 aulre, ne suffisent 
pas pour legitimer meme une simple variete. Kocher invoque bien un autre 
caractere, 1 epaississement plus considerable de la periorchite deformante et 
la tendance de son tissu embryonnaire a devenir adulte, mais nos recherches 
ne justifient pas cette assertion, et la vaginale e"tait distendue par du sang 
et de volumineux caillots dans un de nos fails ou les parois mesuraient plus 
de 5 centimetres. 11 n est pas rare non plus de trouvcr des pachyvagina- 
lites hemorrhagiques dont les ne omembranes sont ^libreuses, du moins en 
grande partie. 

Le mode de formation de ces neomembranes rappelle trait pour trait le deve- 
loppemcnt des couches stralifiees de la pachymeningitc, la mieux etudiec dc< 
inflammations chroniques des sereuses : un petit cailiot fibrineux se depose sur 
la sereuse sans 1 alterer, malgre son adherence il nc parail, an microscope, 
constitue que par un rcseau ou les leucocytes abondent; ou trouve bien quel- 
ques globules rouges, mais dissemines, tandis (jue les glohiik s blancs sont 
groupes en amas qui ne sont autre chose que des centres de coagulation. Des 
le debut, I inflammation chronique est done sechc; bientot ce petit cailiot 
fibrineux s etend et prend les apparences d une lamelle facile a decollcr avec 
1 ongle, sans adherence intime avec le revetement endolht -lial. Ce n est qu une 
sorte de placage, car 1 eiulothelium est sain et, lursque la lamelle est enlevee, 
alors rneme que son epaisseur egale 1/2 millimetre, la sereuse sous-jacente 
n a subi aucune alteration, a tel point qu une fois la fibriue detachee on u en 
saurait plus trouver le siege primitif. La fausse membrane, encore simple 
coagulum emprisonnant des leucocytes dans ses mailles, commence a s oi_:i 
niser. Sa couleur se modilie ; elle devient plus blanche, plus re?istante, et ses 
leucocytes, loin de mourir, se transformed en cellules rtoilees qui deviennent 
bientot cellules a grands prolongemeiits angiojtlastiques : des lors nous avons 
une petite neomembrane qui contracte des adherences plus inlimes avec les 
parois de la sereuse, dont ( epithelium se laisse pe netrer par des poinles angio- 
plastiques. 

Les cellules angioplastiques vont parcourir le cycle de leur evolution natu- 
relle : elles deviennent des vaisseaux sanguin? qui s alimenlent aux rcseaux 
sous-sereux. Ces capillaires out d enormes dimensions; ce sont, pour la plupart, 
de petites arterioles possedant une tunique moyenne et une (unique adventice, 
mais les anastomoses sont rares entre les vaisseaux de la neomembrane et ceux 
du tissu sous-sereux ; les adherences, plus resistantes cependant qu au premier 
jour, ne sont jamais bien intimes; quelle que soit 1 epaisseur de la neomem 
brane, elle se detache facilement et la sereuse sous-jacente conserve son apparence 
normale et son aspect primitif. La fragilite des parois vasculaires en explique 
la facile rupture et les hematomes qui s accumulent parfois entre la sereuse et 
la neomembrane. La collection se resorbe le plus souvent et ne laisse a sa place 
qu un interstice ocreux, mais elle peut persister lorsqu elle est plus abondante 
et le sang rester liquide prcsque indefmiment. Quoi qu il en soit, le depot cruo- 
rique sert d appel a une nouvelle formation fibrineuse d ou resulte un nouveau 
placage, de nouvelles neomembranes, des formations vasculaires nouvelles, avec 



10 IIKMATOCKLE. 

de nouvelles hemorrhagies. Et c est ainsi que la sereuse accumule ses stratifi 
cations. 

Nous avons vu que la rupture des gros capillaires peut amener des epanche- 
ments sanguins considerables, veritables hematomes situes entre les stratifica 
tions de la neomembrane; mais, d autres fois, le sang fait irruption a la surface 
de la neomembrane et comble 1 ancienne cavite d un melange de serosite et de 
sang. Souvent le liquide ne remplit qu impari aitemcnt la poche ; 1 exsudation 
fibrineuse etablit alors des adherences entre les deux feuillets ; la fusion est 
plus ou moins etendue : de la le volume pins ou moins considerable de la 
cavite kystiqtie. D apres ce qui precede, on comprend lesvarieles que pre sentcnt 
nos pachyvaginalites : ou bien 1 hematocele est un epaississement de la vaginale 
compose de coucbes stratifiees avcc infiltrations hemorrhagiques, et, dans ce 
cas, il cxiste tantot une adherence generale des deux feuillets, tantot un ecarte- 
ment de ceux-ci par un liquide citrin d hydrocele; ou bien la vaginale est 
remplie par du sang, plus ou moins fonce selon raneicnnete de son effusion. 

11 arrive ninue ;\ ne plus avoir de coloration rouge, mais seulement au bout 
d un temps tres-long. 

ETIOLOGIE. Nous venons de voir combien sont pen precises les limites de la 
pachyvaginalite : on ne s;iit ou ellc commence et ou iinissent certaines hydro- 
celes a parois epaisses. Aussi ne pcut-on so prononcer sur la frequence absolue 
de cettc affection, assez rare, si on 1 entend a la maniere des anciens auteurs, 
de rencontre courante, si nous comptons CDmme hematocele un epanchement 
verdatre ou citrin qu enveloppc une sereuse hyperplasiee. Cette annee, dans 
notre petit service de I hopital Broussais, nous n avons traite qu une he matocele 
au vieux sens du mot, tandis que nous avons excise cinq vaginales, epaisses de 
2 a 5 millimetres, chagrinees, rugueuses, et abondamment vascularisees. Nous 
les rangeons, sans respect, ou, pour mieux dire, par respect de la nosograpbie, 
parmi les pachyvaginalites dont la classe s etend ainsi au detriment de 1 by- 
drocele. 

C est une affection de tous les climats : elle doit etre tres-fre quentc en 
Egypte. Osman Wacil ne dit-il pas qu au Caire les vaginalites cbroniques sont 
si nombreuses qu un specialiste a pu faire une fortune considerable en 
les operant a 60 centimes? Elles est a pen pres de tous les ages, pourtant 
exceptionnellc avant la puberte, et, si Bryant nous parle d un enfant de deux ans 
attcint d bematocele, dans nos 117 observations nous n cn trouvons que 5 on 
la pacbyvaginalite ait debute avant douze ans. 4 seulement des 48 fails de 
Kocher ont trait a des individus au-dessous de vingt. La frequence s accroit 
avec l age ; on rencontre surtout ces tumeurs dans les services de vieillards, et 
c est de Bicetre que je tiens mes cas les [dus nombreux. La statistique dc 
Kocher et celle dc Jamain confirment la notre : 55 individus sur 48 et 15 sur 25 
avaient depasse la quarantaine. On a incrimine certaines professions : les cava 
liers dont les bourses trop longues heurtent sans cesse le pommeau de la selle 
sont parmi les plus souvent atteints. 

Certes, le traumatisme joue un role considerable dans la production des 
bematoceles, mais il y en a beaucoup qui naissent et se developpent d unc 
maniere insidieuse, ct les malades ne peuvent retrouver dans leur memoire le 
souvenir d une violence quelconque. Pres d un tiers de nos observations ren- 
trent dans cctte categoric; encore, parmi ceux qui accusent un effort ou un 
coup, nous soupconnons que souvent ce traumatisme a ete 1 occasion d un exa- 



IIKMATOCfiLE. 11 

men attontif de la glande, ou Ton a reconnu une tumeur deja existantc dont le 
volume, du reste, a pu s accroitre d une maniere snbite. Nous devons tenir 
compte de toutes ces causes d errenr, mais im traumatisme indiscutablc se 
de couvre a I origtnc de trop de pachyvaginalites et chcz des individus evidem- 
ment intacts jusque-la, pour qu on ose re voquer en doule sa valour pathogenique. 
Un malade de Chassaignac saute, pour se mettrc en selle, sur un cheval lance 
an galop. Un de nos clients provoque 1 apparition de la maladie en rapprochant 
violemment les cuisses. Les coups dc poing, les coups de pied, les pressions 
et les pincements dans les jeux ou dans les pugilats, les chutes a califourchon, 
les contusions sur les coins de table, sur les barrieres, centre des pieux, sc 
retrouvent en nombre d observations. 

Les ponctions d hydrocele sont une des causes le pins souvcnt invoquees. Ou 
evacue la vaginale, on fait line injection, et la tumeur recidive avcc des p.irois 
epaisses et du liquide brun noir ou cbocolat. L inflammation provoque e par 
1 iode pent bien irriter la sereuse, mais nous croyons quc, le plus souvent, la 
pachyvaginalite cxiste deja ; c est meme a sa presence qu est du I ccliec du trai- 
tement : les feuillets trop rigides n ont pu so juxtaposer ct la fusion n a pas en 
lieu. Nous admoltons cependant que tello vaginal! fe chroniquc dont revolution 
lente eiit abouti a quelque plague douse el pen vasouhmv s accroisse tout a 
coup ct so double do neomembranes embryonnaires irriguees par dos vaisscaux 
sans re sistance et que rompra le premier choc. En resume, la pond ion et 1 in- 
jection iode e n ont fait qu aggraver une pachyvaginalite en formation ou di ja 
formee, car ici nous ne voulons pas parler des cas incontestables ou, dans le 
traitement de 1 hydrocele, un vaisseau de la glande a old ouvert par la poiute 
du trocart. Nous laissons aussi de cote les fails ou le sani^ pi oviout d une source 
extra-vaginale et pe nelre dans la sereuse par I orifice qu a cree le trocart. Cos 
accidents ctaiont beaucoup plus frequents lorsqu on se servait de la lancdtc, 
qu on ne faisait pas d injections ct qu on permottait an malade do ivprendre 
aussitot ses occupations. La section des tissus e tait plus grande, lo rotrait des 
parois plus brusque, la pression exercec sur la vaginale cessait plus vile, la 
marche pouvait provoquer la rupture des petits vaisseaux : toutes raisons qui 
suffisent pour expliquer I hemorrhagie. Mais ces e panchements sanguins ne nous 
regardent pas, et nous no compronons guere que Kocher leur consacre, dans ses 
excellents travaux, un article a part sous le nom d he matoceles traumatiqucs. II 
s agit d une simple complication a signaler tout au plus a propos du traitement 
i!e 1 hydrocele. 

L eifort cst incrimine dans un tres-grand nombre d observations : ici encore 
une distinction est afaire. Tres-souvent la pachyvaginalite oxiste deja, les feuil 
lets de la se reuse sont epaissis et los vaisseaux jeunes qui les parcourent se 
rompent sous 1 influence d une tension plus grande. La tumeur alors double 
ou triple de volume. Mais du sang peut-il s epanchor dans une vagiuale saine, 
sous 1 impulsion d un effort? Des observations indiscutables le prouvent. An 
cours d une secousse de toux survient, cliez un cordonnier cite par Svalin, une 
large ecchymose du scrotum ; ou incise, et Ton trouve, en dehors de la suffu 
sion sanguine parietale, un gros caillot qui distendait la sereuse. L liemonhagie 
avail pour cause la rupture d un vaisseau arleriol de la lete de 1 epididyme. 
Kocher cite le cas d un lieutenant qui, au commandement de Marche ! 
s e lance ct sent une douleur tres-vive, la bourse se tumelie et noircit. et Ton 
retire de la cavite vaginale deux verres de sang noirutre. 



12 IIEMATOCELE 

Une experience de Koclior nous donne 1 explication de ce phenomena bizarre. 
Sur le cadavre d un homme jeuneet vigoureux, le cordon spermutique est mis 
a nu et on lie une canule le long du canal deferent ; on pousse une injection 
de gelatine; ellc produit une tumefaction de la grosseur du poing, qui cache 
en partie le teslicule : la masse molle a penetre dans le tissu cellulaire qui 
entoure 1 epididyme et affleure le hord postericur du testicule ; en ce point la 
vaginalc, soulevee par la gelatine, cst fortement tendue et presente une foulede 
petites fissures a travers lesquelles I injection filtre duns la cavile de la sereuse, 
ipii contient une couche de gelatine cpaisse de I centimetre. Pendant 1 effort, 
le sang de 1 abdomen est refoule dans les vaisscaux qui peuvent se rompre, un 
hematome difliis du cordon spermatique se produit, il fuse sous la sereuse, la 
perfore, et 1 epanchement sanguin intra-vaginal cst bientot constitue. 

Done les violences sur le scrotum, les ponctions dans les hydroceles, 1 effort 
et la jtresse abdominale , peuvent provoquer dans la vaginale une irruption 
df sang qui provicnt du testicule ou de I epididyme, dcs enveloppcs des bourses 
on de la sereuse cllc-meme. Get epanchement, simple episode dans 1 etude des 
traumatismes de la glande ou de la contusion des bourses, nous interesse pour- 
l.uil, car, selon les itlees de Velpeaii, il pent avoir pour consequence une pachy- 
\a^iiuililt! veritable, non, comme le voulait 1 illustre cliuicien, par une organi 
sation directe du sang, mais ce sang irrite la sereuse comme le ferait un corps 
ei ranger : les globules blancs, issus par diapedese, s organisent alors en neomem- 
branes. Me voyons-nous pas meme certains he matomes des mailles cellulaires 
sous-cutanees, en particulier les hematoceles parietales de Beraud, s eu- 
lourer de strates multiples, de couches concentriijiies epaisses? Or le tissu con- 
jonctif est moins apte que les sereuses a 1 organisation de ces neo membranes. 
Gosselin discute ce point dans son fameux article des Archives, mais, s ll conclut 
a la possibilite de la pachy vagi nalite, il ne croit guere a sa frequence, et pour 
lui les tumeurs conse cutives a une hemorrbagie traumatique ne fourniraient 
(|u un maigre apport au nombre total des hematoceles. Ne sait-on pas, depuis 
les experiences de. Trousseau, que le sang non endamme injecte dans les 
sereuses se resorbe le plus souvent sans en alle rer les parois? 

Mais il faudrait s entendre sur ces mots de pachyvaginalite u primitive ou 
spontanee . La pathologic generale nous apprend que les se reuses, peu 
susceptibles par elles-memes, sont au contraire tres-sensibles aux alterations 
des organes qu elles enveloppent. Les arthrites aigues ou chroniques deviennent 
de plus en plus une affection des extremites osseuses ; les synovites sont souvent 
des tenosites ; les pleuresies evoquent 1 ide e d une le sion pulmonaire, et, pour 
ce qui est de la glande spermatique, M. Panas ne soutient-il pas depuis long- 
temps que les hydroceles ont pour origine quelque tare de 1 organe? Pour nous, 
noire conviction est t aile, et nous en dirons autant de 1 hematocele. Je sais bien 
que, dans certaines observations, testicule et epididyme sont declares sains, 
mais je m imagine que nombre de poussees fluxionnaircs, de congestions de 
courte duree, dc contusions legeres et repetees, peuvent, a cliaque coup, laisser 
un stigmate sur Li sereuse, qui s epaissit de plus en plus. N explique-t-on pas 
ainsi les adberences pleurales que revelent les autopsies, les fibromes corneens 
du foie et de la rate, les leucomes du pe ricarde et nos pacbyvaginalites 
spontances? Dans les irritations habituelles et nonpercues, tant elles sont faibles, 
comme la contusion des bourses du cavalier sur le pommeau de la selle, la 
glande souffre plus que la sereuse, mais la congestion momentanee dans la pre- 



HEMATOCELE. 13 

miere se repercnte sur la seconde qui reagit par la production d une neo- 
membrane. Nous parlerons a cette place de 1 influence incontestable des liernies 
scrotales, influence que nous ne voyons pourtant mentionnee nulle part. Les 
irritations du sac doivent relentir sur la vaginale qui lui est juxtaposee : en 
tout cas, dans nos 117 observations, nous en trouvons pres d un tiers ou il y a 
coincidence, et la hcrnie est toujours du meme cote que J hemalocele. 

On admet que les inflammations aigues de la vaginale sont secondaircs la 
plupart du temps. Pourquoi n en serait-il pas ainsi pour les inflammations 
chroniques? D ailleurs, les alterations visibles et sensibles de la glande sont tres- 
frequentes et nous en trouvons un bon nombre d exemples dans nos 117 obser 
vations. Moulinie constate dans unc hematocele bilalerale 1 atropliie du testicule 
droit et rhypertrophie du gauche. Dans une seconde observation la glande est 
dure, tumeiiee, raboteuse, el 1 epididyme considerablement developpe. Dans le 
fait de Bouchard, le testicule inclus dans les membranes ne mesure que la moi- 
tie du volume habituel ; 1 epididyme du congenere est indure. Quenu cite un 
cas ou 1 epididyme est tumelie et dur. Ericksen parle d un kyste sanguin intia- 
( pididymaire et Poinsot d un ramollissement dc la glande. Les ne omembranes 
provoquees par les affections indusculables du testicule ne soul pas raivs; nous 
les avons renconlrces dans quclques cas de sarcome, el m>tiv llirsr dc 
sur la luberculose du testicule contient une foule d exemples ou des 
didymites et des pcriorchites tres-intenses enveloppaient des organes degeneres. 
Quelques auteurs, Chassaignac entre autres, ont aussi parle d he matoceles pro 
voquees par la tuberculose. 

Enfln Tedenat et nous-meme n avons-nous pas appelc ivci mmenl I attention 
sur les pachyvaginalites survenues au cours d une syphilis de la glande? Dans 
noire memoire de 1882, nous insistons sur les ncomembranes epaisses qui 
entourent 1 epididyme d une atmosphere fibreuse de 1 ou "2 centimetres; nous 
montrons que dans les formes sclero-gommeuses les deux fcuillets de la sereuse 
hypertrophiee se fusionnent, et nous relatons nn cas ou les enveloppes des 
bourses se confondaient en une membrane unique de consistance fibro-cartilagi- 
neuse. Le tissu sclereux formait une coque qui triplait le volume de 1 epididyme ; 
le canal deferent a son origine et les vaisseiiux du cordon etaient perdus dans 
cette gangue. Tedenat nous montre des neomcmbranes vascularisees circon- 
scrivant une cavite remplie de liquide hematique. Nous exhumons un vieux 
cas de Nelaton ou une tumeur des bourses, vieille de sept ou huit mois, se 
rompt pendant une marche forcee, et une ecchymose enorme apparait au scrotum : 
on ponctionne la vaginale, d ou il s ecoule 80 grammes de sang ; le testicule est 
engorge, indolore, les membranes qui 1 enveloppent sont epaissies. On donne 
par doses ascendantes jusqu a 20 grammes d iodure de potassium par jour, el 
la tumeur disparait. En ce moment nous observons un cas remarquable : un 
malade entre a Broussais pour une double pachyvaginalite : ponction et issue a 
droite de 250 grammes de liquide sereux ; a gauche, de 80 grammes de liquide 
hematique. La vaginale est encore flexible et revient sur elle-meme a droite ; a 
gauche elle crepite comme du cuir neuf et s aplalit comme une ventouse en 
caoutchouc. Des deux cotes nous reconnaissons les signes du testicule syphili- 
tique : indolence, durete ligneuse, irregularite de la glande : 6 grammes 
d iodure de potassium, et la tumeur fond sous nos yeux, la pachyvaginalite 
s assouplit et nous touchions a la guerison totale, lorsque le malade, fort 
indocile, quitta furtivement Thopital. 



U IIEMATUCELE. 

La pachyvaginalite est done pour nous uue affection secondaire; une lesion, 
cachee ou patente, de la glande spermatique, la precede et 1 engendre ; 1 inflam- 
mation du viscere a comrne corollaire { inflammation de la sereuse. qui devient 
parfois la maladie principals. Voici comment nous et notre ami Ed. Brissaud, 
qui nous a beaucoup aide dans ce travail, reflet de notre commune opinion, 
comprenons I enchainement et la succession des phenomenes. La glande est 
irritee, la circulation se ralentit et les globules blancs quittent les vaisseaux au 
niveau des bouclies absorbantes. Ces leucocytes sont un centre de coagulation 
pour la fibrine qui s etale en minces couches au-dessus de 1 epithelium sain 
encore ; 1 exsudat fibrineux ne se depose pas indistinctement dans tous les 
points; il s accumule dans les regions ou les lymphaliques visceraux sont le 
plus abond;ints ct, regie grncralc, plus sont elroiles les connexions des lym- 
plialiques visceraux avec les lymphatiques sous-sereux, plus facile et plus intense 
sera la reaction de la sereuse. Cette loi nous explique une particularite bien 
remarquable, 1 abondance des ne omembranes au niveau de 1 epididyme, leur 
absence ou leur extreme tenuilc a la surface du testicule. 

En effet, les lympliatiqnes de la membrane albuginee n ont aucune connexion 
avrc ceux du feuillet screux qui 1 enveloppe et les unset les autres, sans reseau 
commun et sans anastomose, convergent vers 1 epididyme. On n a point ces 
inosculations a plein canal observees a la plevre, au pericarde et au peritoine. 
Cetle independance singuliere, ce manque de solidarile cesse au niveau de 1 epi- 
<lidyme oil capillaires sereux et parenchymateux se melent et confluent. Aussi, 
selon la regie, le testicule et son albuginee reagissent a peine sur la sereuse, 
presque toujours intacte, tandis que 1 epididyme imprime a son feuillet unt 1 
activite remarquable. Et les occasions sont nombreusts : 1 epididyme est bien 
souvent malade, ce n est point un conduit excreteur banal ce role est de voln 
au canal deferent c est un organe tres-delicat et sensible pur excellence. Son 
atmosphere cellulcuse lacbe le protege a peine, tandis que le testicule est a 1 abri 
sous sa carapace albuginiquc ; sa ricbesse vasculaire est extreme; il est le centre 
d irradiation des arleres, le point de convergence des veines, et a ses lympba 
tiques il ajoute ccux du testicnle. Aussi voit-on se developper dans 1 epididyme 
les inflammations qui, parties de 1 urethre. ont traverse impunement la prostate, 
les canaux. ejaculateurs, les vesicules seminales et le long trajet du caual 
deferent. 

La conclusion est facile a lirer : la palbologie generale nous apprend que les 
inflammations des sereuses sont presque toujours secondaires; elles succedeut 
aux lesions des organes qu elles enveloppent. La vaginale n ecbappe point a cetle 
loi, et 1 examen des conditions etiologiques, la lecture des observations, nous 
monlrent que 1 hematocele, en particulier, doit avoir pour origiae non une 
irritation directe, mais quelque affection de la glande spermatique. Encore 
faut-il distinguer, et nous voyons que le testicule, isole dans sa membrane 
albuginee, sans relation intime avec le feuillel de sa sereuse, est a peu pres 
sans influence sur la production des neomembranes absentes ou peu epaisses a 
son niveau, Au contraire, 1 epididyme delicat, sensible, mal protege, tres-vascu- 
laire, reagit d autant plus sur la vaginale que leur deux reseaux lympbatiques 
s anastomosent largement : c est done a son niveau que s accumuleront les neo 
membranes, el leurs feuillets seront d autant plus epais qu ils se rapprocheront 
de ce centre originel. 

SYMPTOMES. La pachyvaginalite moyenne , celle qui nous servira de type, 



UK MATOCKLE. 15 

est une tumeur du volume d un oeuf dc dindc, piriforme ou arrondie, en general 
unilaterale. La peau qui la recouvre est souple, normale, a peinc un pen tcndue ; 
la surface en est lisse, sans rugosites, sans bosselures ; elle est resistanle, mais 
elastique, et la pression qu on exerce en un point se trausmet dans son integra- 
lite a toute la peripherie, sauf en arriere. ou Ton trouve un tissu d une densite 
differente, saillant et qui, lorsqu on le pince, reveille chez le malade la sen 
sation speciale du testicule froisse. Si on interpose les bourses soulevees a 
une lumiere et a 1 oeil du cliirurgien, on n apercoit aucune transparence. La 
ponction donne issue a un liquide rouge, brun, dioeolat ou noiratrc; la cavite 
ne s affaisse pas comple tement, et ses parois rigides rappellent le paivln iiiiu ou 
le cuir neuf. Du reste, le patient raconte que I alTection, nee peut-etre a 1 occasion 
d un coup, s est developpee lentemcnt, d une maniere iusidieuse, bien que, en 
une ou deux cireonstances, un beurt, une fatigue excessive, aient provoque tout 
a coup une sorte de poussee aigue ; jiuis tout est rcntre dans 1 ordre et la masse 
siationnaire evolue, nc genant guere que par sou volume et par son poids. Elle 
s eternise ainsi des mois et des anuees sans troubler aulreineut I oriMmMiir. 
Tel est 1 aspect ordinaire de la pachyvaginalite, mais il ii i-sl pas un des traits 
de ce tableau qui ne puisse se modilier. 

C est ainsi que le volume est des [this variables : on a cite des bematoceles 
Crosses a peine comme une noix et Marce a \u, dans un cas de pachyvaginalite 
bilalerale, Tune des tumeurs coiffer le testicule d un kyste a parois libro-carli- 
lu^iiieuses, epaisses de 5 millimetres et distendues par du liquide chocolat : 
1 ensemble avail les dimensions du pouce. D aulre part, le developpement peut 
elre excessif ; dans 1 1 de nos 117 observations les bourses etaient comparables 
a une tete d adulle; dans uu cas de Polaillou, le scrotum mesurait 58 centi 
metres de circonference. 11 en est qui contiennent "2 litres, 2 litres 1/2, 5 litres 
cle liquide : telle est 1 observation de Kocliard, ou la tumeur, non contente de 
distendre les bourses, s etranglait a travels le canal inguinal et s epanouissait 
dans 1 abdomen jusqu a la hauteur de 1 omhilic. lluguier et Dupuytren out vu 
chacun un cas analogue. Ce sont la les fameuses bydro-bematoceles en bissac 
dout le nom a prete deja a tant de confusion. Entre les grosses et les petites 
pachyvaginalites s echelonnent tons les degre s intermediaires. 

La forme est plus constante, la tumeur est en general ovalaire, allongee, avec 
une sorle de cote un peu saillante en arriere, au niveau du point ou d babitude 
se trouve la glande spermatique. Dans d autres cas, elle est presque ronde, et la 
regularite de sa courbe n est troublee que par la voussure du testicule sain 
applique sur Tun des cotes de la tumeur. Assez souvent la pachyvaginalite est 
bilaterale 22 fois sur 117 observations et les bourses prennent des aspects 
differents selon la predominance de 1 une ou 1 autre sereuse dont les lesions ne 
sont pas toujours identiques. Les parois de 1 une peuveut etre epaisses, fibro- 
cartilagineuses, cretacees, dislenclues par une substance bematique ; les feuillels 
de 1 autre sont souples encore et remplis d un liquide citrin. Dupuytren, Yel- 
peau, Gosselin, Duhamel, Cbaillier, en ont cite des exemples. et nous en posse- 
dons deux dont 1 un a trait a une hematocele d origine syphilitique. 

La peau, avons-nous dit, est souple, normale, parfois un peu tendue. On 1 a 
trouvee cependant epaissie, rouge, et comme atteinte d oedeme chronique. Dans 
un fait deja cite de Gerin Roze, le scrotum etait dur, violace, comme elephan- 
tiaque, et sa surface de section mesurait 2 centimetres 1/2. L byperplasie se 
montrait tres-notable encore dans un cas de Garcia ; les teguments etaient bruns 



16 HEMATOCKLE. 

et sillonnes par des veines abondanles et volumineuses. Ces \aisseaux, que Ton 
retrouve duns les observations de Poinsot, de Polaillon, d Ore et de Dem:\rqnay, 
ont ete causes dc cerlaines erreurs de diagnostic et d une castration trop native. 
On comprend 1 origine de ces alterations de la peau : { inflammation n est pas 
toujours limilee a la vaginale; elle gagne les couches sous-jaccntes et se traduit 
par des redemes chroniques et des troubles circulatoires. 

Li palpation est loin de donner des sensations toujours identiques, et si, d or- 
dinaire, la peau roule sur une tumeur lisse, egale, sans bosselures, de iiom- 
breuses observations relatentdes rugosites, des saillies, des depressions. Le doigt 
est arrote par une durete lignensc ou s cnfonce dans des lissus qui cedent faci- 
lement. Kl, de fait, les neomembran.es de la pacbyvaginalite n ont point partout 
memeepaisscur. A coucbcs rcdoublecs en certains endroits. fibro-cartilagineuses, 
blindees de sels calcaires, elles sont souplcs, amincies en d autres, ct le liquide 
les distend d unc manic-re inegale. 11 n est pas besoin de remonter a 1 observa- 
tion de Saviard ou M. Bessie-re decouvrit un petit endroit ou Ton sentait 
quclque peu dc mollcsse , et oil Ton appliqua le cautere ; les fails abondent : 
Bauchet signale des bosselures dans deux cas, et Caucliois insiste sur I inegalile 
des parois qui cedent en quelques points. Dans quelques fails, la cavile, a demi- 
vide, produit sous la pression line crepilation parcheminee. Rieu n est plus 
inconstant que la fluctuation, d babitiule obscure, mais indiscutable. D autres 
fois la consistance est pierreuse a lei point que Ton a pu croire a de 1 enchon- 
drome. Dans une observation de Gerard Laurent, la durete etait inlermillenle, 
la tumeur diminuail a la suite de Iranspiralions, ou apres des urines tres- 
copieuses. 

La presence de la glande spermatique en arriere ou elle forme une legere 
saillie est un signe d une grande importance et la rechercbe doit en etre i aite 
avec le plus grand soin, mais 1 anatomie palbologique nous en a appris deja 1 in- 
conslancc: le lesticule peut etre en inversion ou aplali, alropbie, perdu dans 
une gangue fibreuse ; sa sensibilite esl obtuse ou abolie et la pression ne reveille 
aucune sensation speciale dans cette masse sclereuse qui n a ni forme ni slruc- 
ture. Que de fois, meme lorsque les lesions sont loin d etre aussi profondes, les 
investigations du chirurgien ont ete infructueuses ! Demarquay, Velpeau, Gos- 
sclin, Uicbet, Verneuil, Poinsot, Polaillon, Trelat, Donnay, explorenl en vain la 
tumeur dans lous les sens. Nous voyons dans nos noles que, sur 15 observations 
personnelles, 5 fois la position de la glande n a pu etre determinee ; dans un 
aulre cas elle le fut, mais d une maniere erronee, comme le demontra 1 examen 
de la lumeur apres castration. Avec noire conception de i hematocele, 1 opaciU- 
elle-meme n est pas un signe constant et, dans les cas de liquide citrin, on 
observe la transparence, si la cavite esl Ires-dislendue et si les neomembranes 
ne sont pas Irop epaisses. 

L absence de douleur esl de regie ; elle peul elre absolue el cerlains malades 
n onl meme pas ces tiraillements dans 1 aine, ces pesanteurs du perinee el des 
lombesqui accompagnent les tumeurs volumineuses des bourses, mais d autres 
fois les souffrances sont vives, et nous ne parlons pas ici de celles qui peuvent 
survenir a 1 occasion d une contusion des bourses et d une suppuration du kyste 
sanguin. Non, le scrotum est bien soutenu, rhemalome n est pas echauffe, et 
cependant des elancemenls, des irradialions fort penibles, se fonl senlir. A 1 epoque 
oil la douleur eveillail facilemenl 1 idee de cancer, on s y est Irompe et, sur ce 
signe, Dupuytren a pralique la caslralion pour une bemalocele qu il croyait etre 



HfiMATOCELE. 17 

un sarcocele; Bauchet, Ballue, Gosselin, Poinsot, Cioquet, pour ne citer que 
ceux-la, ont publie des fails ou la pachyvaginalite s accompagnait de douleurs 
plus ou moins intenses. Chez un de nos clients nerveux, inquiet, un peu hypo- 
chondriaque, les elancemenls etaient inlolerables et la palpation des bourses 
impossible. 

Devolution del liemalocele est essentiellement cbronique. Au debut le patient 

croitque le testicule atteinl c>t ^implement plus gros ; la tumeur augmentepeu 

a peu et finit par gener grace a son poids et a son volume. Des malades ont garde 

quarante ans leur pachyvaginalite sans en eprouver d autre trouble. La marche 

pcut etre la meme quand un traumatisme est a 1 originc du nial : il y a eu 

souffrance vive, gonflement, ecchymosc, inflammation de la glandc, puis ces 

phenomencs sc dissipent, saul la tumefaction qui s accroit. Les cas d iodoleuce 

complete sans episodes aigus sont rarcs ; a [ occasion d uu k urt, d une violence 

quelconque, d une maladie gene rale, et qnelqucfois spontanement, les bourses 

arossissent tout a coup, elles doublent ou triplent de volume, le scrotum et le 

fourreau de la verge noircissent et leur coloration cbangeante vient deccler 

1 exislence d un epanchement sanguin dans I epaisseur des tissus. 

Les observations en abondent : Dniuo : nous raconle qu un individu, altcint 
d hematocele depuis deux ans, sc reveille en sursaut pendant la unit; il a senti 
un craquement dans les bourses et s apercoil qne son scrotum est deja tout 
noir; les neomembranes fissurees avaient permis au sang de fuser dans les 
bourses. Nelaton a publie un cas et Ernest Cloquet deux cas qui sont absolu- 
ment semblubles. Le malade de Godard et Besnier avail sa tumeur depuis sept 
ans : il se beurle, elle grossit, s enflamme, et I incision devient m vrssaire. Dans 
nn fait de Jouon, I liematocele datait de sept mois : elle s accroit lout a coup a 
la suite d uu violent effort. Dans celui de Peulevey, c est une seance de lithotritie 
qui provoque 1 augmentalion de volume et les phenomenes douloureux. Dans 
celui de Cauchois, une variole hemorrliagique eclate et la tumeur, stalionnaire 
depuis dix ans, acquiertun developpement et une tension extremes. Les fatigues 
du mariage doublent une pachyvaginalite observee par Ballue, et une autre 
traitee par Thibault.Cet accroissement subit de la tumeur a son explication dans 
la rupture des vaisseaux fragiles de la neomembrane. Le sang sVpanclie dans la 
cavite qu il distend ou entre les feuillets des parois qu il separc. Ainsi se deve- 
loppent des kystes hematiques plus ou moins volumineux. La pression est 
parfois assez forte pour franchir les limites dc la vaginale hyperplasiee qui se 
fissure, et le liquide fuse dans les enveloppes scrotales : d ou les colorations 
noires et marbrees, les ecchymoses a teinte changeanle. Le sang a pu meme 
s amasser hors de la vaginale et de ses neomembranes el former clans les enve 
loppes scrotales un hematome en communication avec la cavile sereuse. Nous 
avons deja signale le remarquable exemple qu en donne Annandale : la poche 
parietale empietait sur le perinee et sur la racine de la cuisse. 

Le traumatisme peut etre 1 occasion d une poussee inflammatoire : k 1 kyste 
s echauffe et du pus se melange aux substances hematiques; le scrotum gonfle 
et rougit; des douleurs eclatent ; la tension est extreme, 1 etat general devient 
grave et la vie est menacee, si une rapide evacuation du pus, provoque e ou spon- 
tanee, ne conjure 1 empoisonnement septique. Lorsque le phlegmon s ouvre de 
lui-meme, en general une eschare se forme, qui se souleve. et un flot de pus et 
de caillots putrides s ecoule a 1 exterieur. On cite quelques cas ou les neomem 
branes se detaclient en bloc ; Panas les vit tomber au trenlieme jour. Les parois 
D:CT. EXU. 4 e s. Xllf. 



18 HEMATOCELE. 

granulent alors jusqu a obliterer la cavite, mais pariois une fistule persiste, ct 
il faudra, pour la tarir, une intervention chirurgicale. Gosselin a du pratiquer 
une double decortication dans une hematocele bilaterale abcede e et devenuc 
fistuleuse apres une injection de teinture d iode. 

Ces phlegmons developpes en pleine pachyvaginalite sont loin d etre toujours 
innocents : ils ont provoque de nombreux desastres, et la mort par infection 
purulente termine plus d une observation d he matocele. Les simples ponctions 
exploratrices suffisent pour determiner rinflammation du. kyste, sa suppuration 
et la pyohemie. Dans la seule these de Donnay nous en trouvons 7 cas, et 
1 auteur n aurait eu qu a feuilleter quelques recueils pour en decupler facile- 
ment le nombre. Tout conspire pour engendrer les accidents septiques : la region 
pen propre a 1 asepsie ; la proximite du meat urinaire et de 1 anus , surtout la 
structure des neomembranes a tissu embryonnaire, a vaisscaux mous et fragiles, 
toujours ouverts pour 1 absorption des substances virulentes. A cette heure, le 
danger a beaucoup diminue ; nous pourrions cependant citer un cas ou une 
pachyvaginalite enorme traitee par 1 incision et pansee sous un Lister rigoureux 
granulait depuis huit jours lorsque 1 opere, sous 1 influence d une e motion 
morale violente, est pris d un frisson et meurt au bout de quarante-huit heures. 
Nous tenons d uu dc nos amis le fait suivant : pachyvaginalite du volume 
d une letr d enfant; une ponction exploratrice donne issue a quelques grammes 
de liquide sanguin. Trois jours apres fievre vive; la bourse se tumefie, et uu 
emphyseme sous-cutane envahit la paroi abdominale jusqu a la poitrinc. Les 
conjunctives sont icteriques, In temperature s eleve a pres de 40 degres ; 1 e pi- 
derme du scrotum est souleve par une phlyctene gangreneuse d oii s exhale une 
odeur de maceration cadaverique. Une large incision livre passage a un Hot de 
liquide letide. La cavite est lavee avec soin, mais des accidents redoutables s al- 
lumcnt, on vent pratiquer la decortication; on y renonce apres une vaine 
recherche du teslicule ; on lie le cordon, aussi volumineux que 1 index et le 
medius reunis, et on extirpe la tumeur. On badigeonne la perte de substance 
avec du chlorure de zinc au 1/8; on draine, on suture, et la gue rison a ete 
complete. 

Nous avons observe a Bicetre des accidents graves chez un individu de soixante- 
douze ans dont la tumeur etait vieille de quatorze ans. Comme elle grossissait 
etfaliguait le malade, nous y plantons le trocart et 300 grammes de liquide s eu 
ecoulent. Nous lavons la cavite avec une solution phe niquee a 2 1/2 pour 100. 
Des le lendemaiu. douleur vive, gonflement et rougeur des bourses, funiculite 
qui remonte jusque dans le trajet inguinal. Une incision de la vaginale donne 
issue a des caillots fetides et a des gaz. La poche est incrustee de sels calcaires 
qui lui forment une carapace ; tout le segment anterieur du kyste est enleve de 
deux coups de ciseaux; la temperature redevient normale et la suppuration est 
peu abondante. Tous les trois ou quatre jours se detache quelque 1 ragment des 
concretions interieures, mais, cinq mois apres notre intervention, il existe 
encore des plaques sous les teguments en partie cicatrises, car une fistule per 
siste par ou uotre stylet se heurte a des ilots cre taces. 

DIAGNOSTIC. Lorsqu une hematocele se presente avec ses caracteres clas- 
siques, tumeur de volume moyen, piriforme ou arrondie, lisse, sans bosselures, 
elastiquc, fluctuante et opaque, avec la glande refoulee en arriere ; lorsque, par 
surcroit, ses parois rigides crepitent comme du cuir neuf, on ne saurait avoir le 
moindre doute sur 1 existence d une pachyvaginalite, surtout lorsque la bourse 



11KMATOCKLE. 19 

indolente s est accrue lentement ou par a-coups subits ct dure depuis ilcs annees 
sans retentir sur 1 organisme par un affaiblissement des forces on par de la 
cachexie. Mais ne savons-nous pas que cliacun de ces sigues peut manquer on 
meme etre rcmplace par un signe conlraire? Kt Ton voit des pachyvaginalites, 
petites ou enormes, dc consistancc molle ou ligneuse, bosselees, rugueuses, de 
Ibrme rcgulierc, Iransparentes meme, ou sans localisation du tesliciile atropliie 
ou perdu-, la inarche de I affection peut etie rapide et, dans quelques cas, on a 
note un etat general miserable. 

Lorsque la tumeur se presente ainsi commc une enigme a devincr , toules 
les erreurs sont possibles, et toutes out ete commises. Nous puisons au hasard 
dans les observations : Ricord ct Demarquay ddclarent qu un tesliciile esl tuber- 
cnleux, la castration prouve qu il s agit d une hematocele. Cruveilbier fits dans 
un cas, Benjamin Anger dans un autre, croient a un encliondrome ; la dissection 
leur montre une accumulation de neomembranes ligneuses. Roycr et Deschamps 
pensent extirper un kyste, ils n enlevent cliacun qu une sereuse opaissie ; Dupuy- 
tren, Poinsot, Ore, diagnostiquent un hydrosarcocele, on constate, pieces en 
main, toutes les alterations d nn kysle hematique. L inverse est plus frequent 
encore : hematocele d un sac herniaire prise par Rourdon pour une bemalocele 
vaginale ; sarcome nevrogliquc du testiculc et de ses enveloppes declare pachv- 
vaginalite par Verneuil ; myxome draine par Trelat, qui suppose un epanchemcnt 
sanuin dans la sereuse; carcinome developpe en quatre ans, a la suite d un 
traumatisme, et considerc par Uichet comme une hematocele. Gosselin, LeForl. 
Rerger, out commis de semblables meprises. En 1851, \ ? idal de Cassis presenta. 
a ses collegues de la Societe de chirurgie un individu porteur d une tumeur des 
bourses; Cliassaignac et Maisonneuve concluent a une hematocele, Guersant et 
Vidal a un cancer, Giraldes a un enchondrome et Denonvilliers ne se pro- 
nonce pas. 

Nous croyons qu a cette heure les elements du diagnostic sont moins pre caires. 
Les tumeurs du testicule sont mieux etudiees, et. si les erreurs sont toujours 
possibles, elles deviennent moins iVe quentes. Nous ne cliercherons pas a distin- 
guer les hematoceles des hydroceles a parois e paisses, puisque nous les conside- 
rons comme de meme origine et que nous rangcons les unes et les aulres dans 
nos pachyvaginalites. Parmi les tumeurs liquides, nous ne voyons guere que les 
hematoceles d un sac herniaire et les he ma to coles d un kyste spermatique avec 
lesquelles la confusion soil possible. Dan s le cas de Bourdon, la tumeur e tait 
ahsolument irreductible, fluctuante, opaque, sail s gargouillements, mais un peu 
sonore en haul; les adherences des intestins empechaient le reilux du liquide 
dans le peritoine. On ponclionne et il s ecoule 4 litres de substance semhlable a> 
du Curasao; on cherche en vain la position du teslicule; il est facile de com- 
prendre que, dans ce cas, 1 autopsie ait seule etabli le diagnostic d hematocele 
d un sac herniaire. Certains epaississements vasculaires des parois d un kyste 
spermatique avec effusion de sang dans la cavite sont encore bien difficiles a< 
reconnaitre : on n y parviendra que par la determination precise du testicule 
situe en has de la tumeur et par la recherche altentive des spermatozoides dans 
le liquide et sur les caillots. 

C est avec les tumeurs solides et tres-dures, le squirrhe, les enchondromes,, 
que les pachyvaginalites petites, a parois epaisses, ligneuses, incrustees de sels 
calcaires, out etc surtout confondues. Lorsque 1 hematocele est volumineuse, 
irreguliere, bosselee^ resistante par places et depressible en certains points, on 



20 IIEMATOCKLE. 

pourra les prendre pour des tumeurs mixtes du testicule, pour desencephalo ides 
a marche rapide, de surface inegale aussi et ou les parties solidos alternent 
avec deskysteset des tissus ramolliset regresses; lorsqu on se rappelle en outre 
que ces neoplasmes malins sedeveloppent parfois a 1 occasion d un coup, qu un 
traumatisme peut doubler ou tripler leur volume, presque aussi rapidement que 
pour une pachyvaginalite dont les vaisseaux sont rompus, on comprend les hesi 
tations, les incertitudes, et tinalement la meprise du chirurgien. En pareil cas, le 
plus sur indice est encore la recherche du testicule ; si on le trouve en arriere 
avec sa sensibilite caracteristiqne, il y a des chances pour la pachyvaginalite : 
mais comhien sont nombreuses les causes d erreur! i inversion de la glande, son 
atropliie, 1 epaississement des neomembranes. 

II nous reste la ponction exploratrice : le liqnide hematique d une part et la 
palpation qui perniet de reconnaitre les alterations de Ja vaginale sont des signes 
pathognomoniques. Encore fant-il savoir que parfois la ponction a ete blanche 
dans une veritable pachyvaginalite. Le kyste hematique peut etre presque obli- 
tere, et les neomembranes constituent la totalite de la tumeur ; dans d autres 
cas il n y a memo pas de liquide, mais des flocons d albumine, des caillots 
ci iinriques qui obslruent la canule : rien ne s ccoule au dehors. Knlin la pointe 
du trocart peut refouler devant elle un des feuillets stratifies des parois ; elle 
s cn coiffe sans penetrer dans I iuli rii iir dc la sereuse. Nous trouverions dans 
nos notes un fail cliuique pour legitimer chacune de ces assertions ; ne cite-t-on 
pas meme des cas ou 1 instrument traverse la cavite et s engage dans 1 epaisseur 
de la glande qui donne a peinc quclques gouttes de sang? 

La ponction n est pas seulement inlldele, elle est dangereuse, et nous connais- 
sons des accidents qu elle a provoques, meme quand on I entonrede precautions 
antiseptiques. En quelques heures, en quelques jours, des decompositions 
putrides se font dans la cavite, et des phlegmons diffus, des gangrenes envahis- 
sanles, des septicemies, des infections purulentes, en ont ete la consequence. Ce 
n est pas tout, le trocart a pu provoquer des he morrhagies; Bouilly en a cite un 
exemple; nous pourrions y ajouter le fait de Polaillon, celui de Velpeau et celui 
de Percival Pott, ou 1 ecoulement sanguin dura plus de quatre jours et faillit 
emporter le maladc. Aussi preferons-nous a la ponction 1 incision franche et 
large sous le chloroforme ; on divise couchc par couche, on evite le testicule 
inverse et 1 epididyme refoule, on peut lier les vaisseaux au fur et a mesure 
qu on les coupe; d ailleurs on n a point fait un delabremenl inulile, puisque 
celte incision exploratrice sera, ou 1 operation toul cntiere, ou le premier temps 
de 1 operation. 

PRONOSTIC. Pour avoir beaucoup perdu de sa gravite, la pachyvaginalite n en 
reste pas moins une affection serieuse qui peut compromettre la vie. Taut que 
son evolution est froide, la tumeur n est genante que par son poids, les tiraille- 
menls qu elle provoque et les rares douleurs qui s irradieut dans l aine ou dans 
les lombes. Elle est encore une difformite que dissimulent mal nos vetements 
masculins. Mais les hematoceles s enflamment et nous avons vu quelle fievre 
septique elles peuvent allumer. Lorsque le phlegmon se circonscrit et que les 
accidents restent locaux, la gangrene des neomembranes et leur chute sont par 
fois suivies d une guerison radicale, mais des fistules peuvent persister, et nous 
avons cite une observation de Gosselin et un fait personnel oil les incrustations 
pierreuses de la paroi s opposaient encore plusieurs mois apres la suppuration 
des bourses a la cicatrisation de la cavite. 



HfiMATOCfiLE. 21 

Quand le chirurgien intervient, son acte ope ratoire n est pas toujours inno 
cent, et meme depuis 1 antisepsie des inflammations eclatent qui peuvent avoir 
la gravite des suppurations spontanees. Les injections iode es, si benignes dans 
les liydroceles a parois souples, deviennent dangereuses dans les pachyvagina- 
lites ou la poche, epaissie et rigide, nc peut revenir sur elle-meme. Elle se rem- 
plit d air, les liquides se decomposent, des gaz putrides se forment, et 1 empoi- 
sonnemcnt septique est imminent. Nous avons rcleve plus de 50 observations 
ou ces accidents ont debute, pour avorter le plus souvent, il est vrai, apres une 
intervention energique. Mais les cas de mort ne sont pas rares ; Gosselin, Demar- 
quay, Donnay, Lannelongue, en ont cite des exemples. 

Et puis la 1 onction est souvent compromise : elle 1 est d une maniere excep- 
lionnelle par le volume de la lumeur. Un de nos malades, dont la verge dispa- 
raissait derriere la double saillie d une pachyvaginalite bilaterale, en e tait devenu 
impuissant. Berger rapporte le cas d un individu qu une liematoccle droite avait 
mis dans une situation semblable ; les rapports purent reprendre apres la castra 
tion. Cesfaits sont rares, mais ce qui ne Test pas, c cst la perle de la virilite 
par trouble de la spermatogenese. Lorsqu une seule glande est atteinle et que 
I autre est saine, passe encore, mais lorsque les ilru\ lolicules sont pris, le cas 
est grave. Nous avons vu que souvent les canalicules se*miuiferes soul anemies, 
atrophies par la compression des neomembranes mi rimil fi s |i,ir les tissus scle 
roses developpes en plein parcnchyme, nous ne reviendrons pas sur ce point que 
Gosselin a bien mis en lumiere ; il nous dit ipie. si parfois on trouve encore 
quelque animalcule, le plus souvent les tubes n en contiennent pas. 

Et la spermatogenese ne fut-elle pas entravee ou supprimee, nous doutons 
que la semence put franchir 1 epididyme e tale comme un ruban dans la paroi 
kystique ou etouffe par la gangue fibreuse plus abondante a son niveau que 
partout ailleurs. Elle forme la des couches redoubles qui opposent un obstacle 
mecanique a 1 excretion du sperme. Gosselin, cependant, a vu, sous une petite 
pression, le liquide, pousse dans le canal deferent, parcourir le tube enroule de 
1 epididyme et arriver jusqu aux cones ; ces cas doivent etre d autant plus rares 
que 1 organe est altere pour son propre compte, inde pendamment des neomem 
branes qui 1 enveloppent ; ces dernieres meme seraient le plus souvent consecu- 
tives, ainsi que nous avons essaye de 1 etablir a propos de la pathogenic. 

Ce n est pas a dire que nous sacrifierions sans regret une glande, meme 
inutile, et nous trouvons irreprochables la plupart des arguments qu invoque 
M. Gosselin en faveur de la conservation. Avec la securite que donnent les pan- 
sements antiseptiques, nous devons preferer, s il est possible, le traitement qui 
garde le testicule : d abord parce que dans des cas tres-rares il secrete des 
spermatozoides, puis, lorsque la fonction est abolie, il laisse a l opere, non- 
seulement 1 illnsion d une fecondite qu il ji a plus, mais parfois la realite d une 
puissance incontestable. Dans sa Lettre a M. Polaillon, M. Gosselin nous parle 
.d un individu atteint de pachyvaginalite bilaterale et chez qui 1 injection iodee 
avait provoque une double suppuration et une fistule double. Le chirurgien de 
la Charite praliqna la decorticaticn; la virilite fut conservee; le malade avait 
des rapports sexuels avec emission d un liquide dans lequel, du reste, on ne 
trouvajamais la presence de spermatozoides. 

TRAITEMENT. La pachyvaginalite ne guerit pas spontanement, et les cas ou 
ses neomembranes et son kyste restent stationnaires sans accroissement subit, 
sans fissure, sans ecchymose scrotale et sans menace d inflammation, sont meme 



HEMATOCKLE. 

assez rarcs. On pouvait autrefois, lorsque 1 infection purulente guettait tout 
opere, attendre les complications, car les interventions dans les hematoceles se 
chiffraient par une mortalite de 45 a 50 pour 100. Maintenant 1 indication est 
precise, et reconnaltre une pachyvaginalite, c est du meme coup decider qu on 
se prepare a operer. Les methodes sont tres-nombreuses, mais 1 ordre commence 
a se faire dans le chaos des procc de s qui, pour la plupart, ne peuvent etre ni 
ecartes ni generalises. Us repondent cliacun a une indication spe ciale, et Ton a 
recours a Tun ou a 1 autre suivant I anciennete et 1 epaisseur des neomembranes, 
selon que la glande est integre ou alteree. 

Quand les neomembranes sont jeunes et souples, et qu apres 1 evacuation du 
liquide les deux feuillets de la sereuse se juxtaposent, comme dans I hydrocele 
simple, I 1 injection iode e, nous dit-on, est efficacc et sans danger. Rien que dans 
les recueils on trouve quelques fails autlientiqucs de guerison, nous ne recom- 
mandons pas ce precede ; la re cidive est de regie, le kyste se remplit de nou- 
veau et la tumeur reprend une marche ascendante. Ne lisons-nous pas dans la 
plupart des observations que des injections ont ete faites, mais sans succes, et 
qu au bout d un ou deux mois on a du recourir a une mctbode plus radicale? 
La perte de temps n est pas [ inconvenient unique, et nous avons cite de fre- 
quentes complications, hemorrhagies dans la poche, inflammation, gangrene, 
septicemie : il i aut alors intervenir, quelquefois trop tard, et au milieu d un 
etat general grave. Mieux eut valu accepter d cmblee le precede que les acci 
dents actuels nous forcent de choisir. 

Donnerons-nous quelques fails a 1 appui de cette opinion? Demarquay, Chas- 
saignac, Velpeau, Donnoy, Tliibault, Gloquet, Bauchet, Nelaton, Polt, tous les 
chirurgiens. pourrions-nous dire, ont publie un ou plusieurs exemples de reci- 
dive. Tous ou presque tous ont encore signale des accidents inflammatoires 
ou gangre neux. Nous avons pratique trois fois des injections iodees ou pheni- 
que es ; une fois le kyste se reproduisit rapidement, deux fois la tumeur 
s echauffa et, sous peine de voir eclater des complications redoutables, nous 
dumes fendre la vaginale dans toute sa bauteur. Dans ces trois cas, il nous a 
i : U ; possible d etudier les modifications que subissent les parois de I liematocele 
sous 1 influence de 1 inflammation aigue ; la cavite est cloisonnee en tous sens 
par des diapbragmes fibrineux limitant des alveoles irreguliers, independants 
les uns des autres, et qui contiennent un liquide de coloration souvent diffe- 
rente. Outre ces lames librineuses parfois incompletes, dentelees, perce es a jour, 
avec des prolongements analogues aux cordages tendineux du co?ur, la sereuse 
est tapissee de caillots decolores semblables a des rayons de miel, et abondant 
surto.ut au point ou le feuillet parietal se reflechit pour envelopper la glande. 

Ces recidives fre quentes et ces complications imminentes nous font done 
repousser 1 injection, meme dans les cas de pachyvaginalite au premier degre, 
et, d emblee, nous avons recours a Y incision. On examine 1 epaisseur de la 
sereuse et, si les feuillets en sont encore souples, on excise la partie anterieure, 
ne laissant, en dehors et en dedans, que juste ce qu il faut. du feuillet parietal 
pour reformer une cavite; nous operons, en un mot, comme pour la cure radi 
cale de 1 hydrocele, selon 1 ancienne me thode, renouvelee recemment par 
Volkmann et Juillard. Les deux lambeaux de la sereuse sont sutures en avant 
par quelques fils de catgut tres-fins, pour que la resorption en soit facile, puis 
nous mettons un petit drain entre la vaginale ainsi reconstitute et 1 incision 
scrotale dont les deux levres ont ete rapprocbees par des points au crin de Flo- 



HKMATOCELE. 25 

rence. Cette pratique est sure, nous y avons eu recours cinq fois cette annee a 
Broussais, et cinq fois le succes a etc complet : du douzieme au dix-septieme 
jour, nos operes ont quitte 1 hopital. diaries Nelaton, qui nous a succede dans 
le service, a traite de la meme maniere, et avec semblable resultat, une hema- 
tocele recidivee apres injection de teinture d iode. 

Lorsque les neomembranes ne sont plus ilexibles, cette excision partielle avec 
reconstitution de la cavite vaginale n est plus possible ; on se trouve alors en pre 
sence du drainage, de Yincision simple, de Y incision avec excision partielle, 
de Y excision totale, de la de cortication et de la castration. Nous ne parlerons 
guere du drainage, defendu cependant par Chassaignac et par Uichet : il compte 
des succes, mais aussi de nombreux revers; d ailleurs, n est-il pas une sorte de 
sous-procede de I incision, laissant comme elle subsister les neomembranes 
dans toute leur epaisseur et la cavite kystique dans toute son etendue, mais 
moins Tranche qu elle, et mettant moins a 1 aliri des retentions de pus et des 
inflammations consecutives? On ne voitguere ce que Ton fait; le trocart aveugle 
perfore parfois 1 epididyme separe du testicule, ou le testicule inverse. Aussi, 
entre deux operations incompletes, nous prefererions 1 incision comme plus nette 
et plus efficace. 

Cette incision doit se faire couche par couclie, a la parlie anterieure de la 
tumeur, et comprendre toute la hauteur du kyste hematique. On avance len- 
tement en se preoccupant de la position du testicule et de 1 epididyme, souvent 
bors de leur place babituelle. L ceil est un conseil insuffisant, car les neomem 
branes peuvent, avec leur coloration et leur structure cliangeante, simuler tous les 
tissus normaux ou pathologiques ; le doigt est un meilleur guide : si le malade 
ne dort pas, la pression reveille la sensibilite spdciale de la glande; s il dort, la 
palpation revele au niveau du testicule une mollesse particuliere. Quand cc 
mode de recherche n amene aucun resultat, le testicule est altere et la section 
serait moins grave. Des que la cavite est largement ouverte, on la lave avec la 
liqueur de Van Swieten, on en saupoudre la surface avec de 1 iodoforme, et on 
remplit la poche d ouate hydrophile; les bourses, bien maintenues par un spica 
ou par un suspensoir large et souple, sont recouvertes de gutta-percha laminee 
qui, par sa mince feuille malleable, protege le pansement centre Faeces de 
1 urine. 

La vaginale ouverte par 1 incision se depouille d abord de ses couches fibri- 
neuses, puis elle se recouvre de bourgeons charnus et une membrane vermeille 
ou rosee remplace la surface inegale et tomenteuse de 1 ancienne neomembrane. 
La granulation est surtout abondante dans la profondeur au point de reflexion 
de la sereuse : cette depression est bien vite comblee; les deux feuillets s ac- 
colent et s unissent, de la profondeur vers la superficie; a la section cutanee les 
deux levres doivent etre ecarteesjusqu a cicatrisation complete de la cavite sous- 
jacente. 11 y a trois ans, nous avons incise une pachyvaginalite dont les neo 
membranes mesuraient 5 millimetres d epaisseur. Le kyste, assez vaste pour 
contenir un ceuf, s est oblitere en vingt-cinq jours. Notre opere, major dans un 
regiment d artillerie, est revenu nous voir apres une campagne lointaine et des 
plus fatigantes : I hematocele n a pas reparu, et il ne reste, comme vestige de 
notre intervention, qu une cicatrice line aire, adherant a la face anterieure du 
testicule. Les neomerabranes des parois, les masses fibreuses qui entouraient 
1 epididyme. se sont resorbees, et les deux glandes out maintenant un aspect, une 
forme et une consistance a peu pres semblables. 



24 1IKMATOCELE. 

Nous avons ope re, a 1 hopital du Midi, un menuisier de trente-sept ans, chez 
qui deux ponctions simples avaient etc deja pratiquees ; chaque fois la tumeur 
avail repris son volume primitif, et, lorsque nous 1 examinons, elle etait grosse 
comme un oeuf de dinde : une incision est faile a la parlie anterieure de la 
tumeur, et nous penetrons dans la cavite qne remplissent, avec des caillots 
librineux et mioriques abondants, 250 grammes de liquide hematique. La 
sereuse cst recouverte d une couche continue de fibrine areolaire qu on detaclie 
avec 1 ongle ; sa surface est chagrinee, irreguliere, irriguee par de nombreux 
vaisseaux; elle est epaisse de 5 a 4 millimetres, friable, et se dechire facilement. 
La neomembrane viscerale nou moins vasculaire est beaucoup plus mince : le 
simple passage de 1 eponge ouvre les capillaires dilates d ou s echappe une vraie 
pluie de sang ; la cavite lave e avec une solution phe niquee est remplie de tarla- 
tane. L operation a ete faite le 28 aout ; le 21 septembre noire menuisier quiltait 
1 hopital ne conscrvant de sa pachyvaginalile qu une cicatrice lineaire sur le 
scrotum. 

Ce sont la de bons resultats, niais on ne les obtiendra guere que dans les cas 
oil les neomembranes sont encore souples et pen e paisses. Lorsqu elles sont 
\ieilles et calcaires, elles deviennent un maigre sol pour le developpement des 
bourgeons charnus rares et peu vivaces. On ne saurait d ;iillours faire disparaitre 
les amas sereux, les epanchements sanguins qui separent souvent les diver? 
feuillets de la paroi kystique; cependant, meme lorsque la pacbyvaginalite est 
jeune, nous preferons a 1 incision le procede de Juillard, plus rapide, plus sur et 
plus exempl de danger. Nous avons vu, pour nn cas on nous pratiquerions 
maintenant la castration, un malade de Lariboisiere emporte en deux jours par 
une septicemie suraigue. Blandin, Gosselin, Demarquay, Denonvilliers, Nelaton, 
Curling, ont constate des fails semblables. Dans 16 observations relevees par 
Beraud, 1 incision simple a provoque 6 fois la mort, 4 fois des accidenls fort 
graves, gangrene, infeclion pulride, el les malades n ont gueri qu apres avoir 
couru de grands dangers ; 2 fois on ful oblige de pratiquer la castration, 1 fois 
la cicatrisation ne fut obtenue qu au bout de trois mois, el 2 fois seulement le 
re sullat ful bon. II faul savoir aussi qu elle est souvent inefficace : chez un de 
nos operes, les plaques calcaires des neomembranes n etaienl pas eliminees au 
boul de quatre mois et il restait a ce moment une fistule intarissable. Berard, 
Gosselin, Roux, ont public des faits semblables. Voila pourquoi nous rejetons 
1 incision dans les pachyvaginaliles anciennes, parce qu on observe des suppu 
rations abondantes, des complicalions redoutables, une reparation des plus 
lentes qui peut meme ne pas etre complete ; dans les pachyvaginalites jeunes, 
parce que 1 operation de Juillard est plus efficace. 

L excision totale ne se contenle pas, comme le procede prece dent, d ouvrir la 
cavite sur sa face anterieure; les deux segments on les deux valves, 1 interne 
et 1 externe, sont isoles avec le bistouri jusqu a leur insertion posterieure sur la 
glande, puis on les seclionne avec les ciseaux. Cetle methode esl radicale ; elle 
ne laisse pas de tissus alteres, mal nourris. peu propres au developpement des 
bourgeons charnus, mais elle favorise les bemorrhagies et n est trop souvent 
qu une mauvaise castration. Le testicule, cache dans les enveloppes du kyste 
hematique, est difficile a reconnaitre; parfois une sensibilite speciale, une mol- 
lesse plus grande, une sorte de fluctuation, indiquent sa place, et on en evite la 
section ; mais 1 epididyme etale comme un ruba.n dans les couches stratifiees, 
les elements du cordon epars dans la paroi, echappent a toute recherche, et Ton 



1IEMATOCKLE. 25 

ne compte plus les observations ou 1 instrument tranchant a compromis 1 inte- 
grite de la glande spermatique. Gosselin, apres sa premiere incision, examine la 
coupe des enveloppes, 1 epididyme s y trouvait compris ; il dut finir par une 
castration. 

La de cortication est peut-etre, apres la castration, le plus ancien dcs precedes : 
elle fut executee par Savard an dix-septieme siecle; dans la premiere de ses 
deux observations d hydroceles singulieres , il cnleva la fausse membrane 
comme on separe la membrane interne des gesiers de la volatile >>. Malgaigne 
y revient en 18-48 et Hattier, qiii en public 1 observation dans la Revuemedico- 
chirurf/icale, croit a la nouveaute de la melhodc. Mais ce n est qu en |S,M, dans 
un remarquable memoire, que Gosselin dccrit ncllement la de cortication. Plus 
tard, il la commente, I explique, la developpe, I appuie sur de nombreuses 
observations dans les articles de nos recueils, dans les discussions de nos socirtcs 
savantes, dans les cliniques de la (llinrite. L annec dernicre, a propos d nnc 
discussion a la Socie te de chirurgie ou la decortication avail cte quelque pen 
malmenee, M. Gosselin reprend la plume ct, dans une lellre publice par les 
Archives generates de medecine, expose a nouvcau les avanla.ucs du procedu. 

Debarrasser les malades par une operation qm nc soil pas plus daiiLMTcuse 
que la castration et qui les guerissc vile eu laissant inlacts le teslicule ct ses 
dependances, tel est le probleme a n sondrc. La solution en est simple : 1 in- 
flexibilite des parois, les dangers de 1 inflamimtion consecutive, les lenteurs de 
la cicatrisation, sont dues a la presence d une fausse membrane mal organisee et 
tres-peu adherente; otex-la sans enlever aacune des parlies naturelles . Voici 
comment 1 auteur pratique cette operation qui sc compose de trois Icmps prin- 
cipaux. 11 essaie de determiner la position cxacle du testicule, alin de ue pas le 
blesser ; si la glande ne sc revelc pas par la sensation speciale qu cveille la 
pression, le chirurgien est tcnu a la plus grande prudence dans ses incisions. 
On fait, sur la partie anlerieure de la tumeur. une section verticals, et Ton divise 
les tissus couclie par couche. Lorsqu il n cn rcste plus qu une petite epaisseur, 
on plonge le bistouri en bas de 1 incision que 1 on agrandit un pen en se dirigeant 
vers le bant; le liijuide s ecoule, on chercbe si le testicule n est pas compris 
dans la partie anterieure des enveloppes et, des qu on a reconnu qu il n en est 
rien, on elargit encore la section avec un bistouri boutonne. 

Le deuxieme temps consiste dans le decollement de la fausse membrane : on 
se sert des doigts comme on fait pour detacher une ecorce d orange ou de 
citron; des tractions Icgeres sufiisent a dechirer les adherences molles qui 
unissent les neomembranes aux feuillets sereux. On saisit avec des pinces sur 
un cote de 1 incision la couclie la plus interne et la plus dense, on 1 atlirc 
en dedans, tandis qu avec les doigts de 1 autre main on retient les enveloppes. 
Si Ton cprouve trop de resistance, on donne quelques coups de bistouri ou de 
ciseaux. Des qu un espace commence a s etablir entre les deux feuillets, on 
acheve la separation avec le doigt, le mancbe d un scalpel ou une spalule, 
pendant qu avec 1 aufre main on exerce toujours des tractions sur la fausse 
membrane. Lorsqu on arrive a la partie ;posterieure, dans le voisinage du tesli- 
cule, la ou la pseudo-membrane est plus adherente, on s arrele, et on fait le 
decollement de la meme maniere, du cote oppose. II ne reste plus, et c est la le 
troisieme temps, qu a exciser les deux valves flottantes : le bistouri et les 
ciseaux coupent la fausse membrane decollee au niveau du point ou elle est 
adherente. Le sang qui s ecoule se tarit promptement. Avec les pansements 



26 1IEMATOCKLE. 

anciens, on ne cherchait pas la reunion immediate; maintenant on pratiquerait, 
je crois, le drainage et la suture. 

M. Gosselin compare la decortication a la castration, la derniere des methodes 
dont il nous reste a parler et dont nous n avons pas a decrire ici le manuel 
operatoire. La decortication lui semble preferable, car elle procure, nous dit-il, 
une gucrison aussi prompte, tout en respectant les organes secreteurs du sperme. 
La premiere de ces assertions est contcstable, et si autrefois 1 une et 1 autre de 
ces methodes n amenait la cicatrisation qu apres suppuration abondante, a cette 
beure, avei 1 , 1 asepsie, la castration, operation reglee, nelte, facile en plein tissu 
sain, sera mieux drainee, mieux suturee et plus vile guerie que la decortication, 
qui laisse au-dcssous d elle des vaisseaux a hemostase plus difficile, une large 
surface contuse et arrachee, dans un tissu fibro-sereux enflamme cbroniquement. 
Mais nous n insistons pas sur cet argument, car quelques jours de plus ou de 
moins pour obtenir la cicatrisation ne sont pas un avantage tel que nous le 
preferions a celui de conserver au malade 1 integrite des voies spermatiques. 

Malheureusemcnt, il n en est pas toujonrs ainsi ; 1 anatomie patbologique 
nous a montre que dans les pachyvaginalites anciennes le testicule est atrophie 
et perdu au milieu de masses fibreuses; meme pieces en main, sa presence n a 
pas loujours ok - reconnuc. En parcil cas, comment en eviter la blessure et 1 extir- 
palion? La decortication ne sera-t-elle pas impossible? Qu on le veuille ou 
qu on nc le veuille pas, la castration s impose ; en emportant les fausses mem 
branes, on exlirpera tout ou partie de la glande. Mieux vaut alors agir de parti- 
pris : 1 ope ration y gaguera en vitesse et en surete. D ailleurs, autant vaudrait 
laisser un lambeau de ne omembrane que cet organe fletri , sans forme, sans 
structure et surtout sans fonction. Les tubes semiuiferes, etouffes dans une 
gangue sclereuse, ne sont plus deroulables, et ce qui persiste de leur epithe- 
lium est devenu impropre aux dedicates metamorphoses de la spermatogenese. 
M. Gosselin lui-meme nous a fourni, dans ses travaux anterieurs, les documents 
les plus precieux sur cette question, ct ses recbercbes nous demontrent qu en 
pareil cas la decortication conserverait, nou le testicule, mais 1 illusion d un 
testicule. 

Nous ne voyons pas trop 1 avantage de conserver un tel moignon quand la 
pacbyvaginalite est unilaterale. Le malade fait assez facilement 1 abandon d une 
glande ; il sait assez de physiologie pour connaitre la faussete du vieux jeu de 
mots : Tentis unus, testis nullus. Mais nous deviendrons aussi conservateur que 
M. Gosselin du testicule moral , si I hematocele est bilaterale. Nous nous 
livrerions a une recherche patiente, minutieuse, difficile, incertaine,pour essayer 
de conserver a 1 opere 1 apparence d au moins uue glande spermatique. Nous ne 
croyons pas que dans ces cas extremes -- je ne dis pas la fecondite, mais la 
virilite soit sauvee du naufrage, mais il restera 1 esperance et, grace a son espece 
de fibrome, au fond de ses bourses plates, le malade se dit qu un jour sans 
doute reviendront les attributs de ce qu il nomme son testicule. 

Nous avons raille comme tant d autres 1 illusion consolante sous les especes 
d un scrotum iistuleux et suppurant, couvert de cataplasmes ; 1 experience nous 
a converti : Un jeune homme nous consulte pour un double sarcocele tubercu- 
leux; a gauche, plus de glande; I epididyme s est evacue par une foule de fis- 
tules qui trouent le scrotum, et le testicule n est plus qu une albuginee dis- 
tenduepar le pus. Nous 1 enlevons et le malade, apres cette premiere mutilation, 
reste gai, bien que la seconde glande, tres-alteree, ne se prete ni aux ejacu- 



HUMATOCKLK (BIBLIOCRAPHIE). 27 

lations ni memc aux erections. Au bout de deux ans, les de gats deviennent si 
profonds que jft pratique, non line castration nouvelle la nature I avait deja 
faite, mais un grattage de ses abces, une sorte de regular isation de son 
scrotum en ecumoire. Depuis, lout accident a cesse : notre jeune homme ne passe 
plus des heures a garnir ses bourses de linges et d emollients ; il monte a 
cheval, il chasse, il marche, il dunse, tous plaisirs qu il n avait plus goutes 
depuis deux ans : eh bien, il est devenu triste, morose, desole. A sa derniere 
visite il me disait: J ai un si grand regret de n avoir jamais commis de 
faute ! 

S il nous fallait resumer en quelques lignes notre opinion sur les diverses 
methodes operatoires qui se disputent I hdmatocele, nous dirions : Tout depend 
de I anciennete et de 1 etendue des neomembranes. Au debut, lorsqu elles sont 
encore jeunes et souples, an lieu de perdrc son temps a des injections iodees, 
douloureuses et qui aggravent le mal, nous pratiquerions 1 operalion de Juillard 
pour la cure radicale de 1 hydrocele. Si les parois sont epaisses et rigides, leur 
conservation partielle pour la reconstitution de la vaginale n est plus possible : 
alors, laissant de cote le drainage, 1 incision simple, 1 cxcision partielle ou 
totale, nous aurions recours a la decortication de M. Gosselin, ne nous resolvant 
a la castration que dans lescas, malheureusement peu rares, ou le testicule 
atrophie, sclereux, perdu dans la sereuse hyperplasiee, serait d une recherche 
trop difficile ; encore tenterions-nous cette recherche et reviendrions-nous a la 
decortication ou du moins a son semblant, si la pachyvaginalite t-lait bilaterale. 
Ici comme ailleurs la forme emporle le fond et nous savons que 1 opere veut, 
quand meme, croire a sa virilite. PAUL RECLUS. 

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28 HEMATOCHYLURIE. 

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HEHATOCHLORIXE. Ge nom a ete donne par Preyer au pigment trouve 
dans le bord du placenta de la chienne et qui est de coloration verle ; ce pigment 
a ete signale comme forme de biliverdine par Hoppe-Seyler et Etti. A. H. 

HEMATOCHYLURIE. Voy. HEMATORIE EINDEMIQUE. 



HEMATOME 29 

HEIIATOCRISTAI.LINE. Voij. HiiMOGi.Oiil.NK. 

HEMATOCYANINE. Voij. HKMACYAXI.\E. 
IIEMATODi: (FONGUS). VOIJ. FONGUS, p. 287. 

HEMATOiDBNE. C 15 H 1K Az 2 O r . Substance cristallisec en aiguilles microsco- 
piques, d un rouge vif, qu on rencontre dans les nucleus lovers hemorrhagiques. 
L hematoidine est insoluble dans 1 eau, 1 alcool, Tether, 1 acide acelique, soluble 
dans rammoniaqite. On a cru longlemps qu clle elait idenliqne avec 1 1 liiliru- 
bine, mais celle-ci a des proprietus et unc composition diflerentes : C lc II l8 Az 2 O r> . 

On a ex trait des corpuscules jaunes et rouges de 1 ovaire de la vaclie une 
variete d bematoidine soluble dans le chloroforme, le sull ure decarbone, 1 acide 
acelique crislallisable cband, insoluble dans I ammoniaque et la plupart des 
autres reactifs. 11 s agit peut-etre la d un corps dilferent de 1 hematoidine 
(voy. HEMATO-LUTEINE). 

Du resle, 1 existence de I hematoidine en taut IJIK- principe hnmedial a ek 
constatee par Cb. Robin el par Hoppe-Seyler. L. Ib. 



Nom donnc ])ar Prcyer a un prodnit de dedoublement de 
riiemoglobine qui est probablement un melange d bemaline et d hematopor- 
pbyrine. A. II. 

IIEMATO-LUTKIXE ou IIEMO-MJTEIXE. Matiere pigmentaire jaune 
extraite des corps jaunes de 1 ovaire de la vaclie, considrree par les uns comrae 
Ibrmeede biliverdine, par d autres conime un compose distinct de la biliverdine 
et del hematine (Gorup-Besanez, Traite de physiologic chimique, edition I ran- 
caise.t. I", p. 280). A. II. 

nEMATOME. Le mot he matome, d apres son sens elymologique, signifie 
tumeur constiluee par du sang. Ce noin est surtout applique anx collec 
tions sanguines d origine traumalique, mais on I cmploie aussi nour designer 
certaines tumeurs bematiques nees spontanement et il semble cpi on puisse 
aujourd hui meltre ces fails en serie. Noln- tacbe, pour ccla, sera d ailleurs des 
plusaisees, car nous n aurons qu a renvoyer aux articles deja partis ou a paraitre 
dans le Dictionnaire. 

Parmi les tumeurs sanguines d origine Iraumalique, il en est qui tirent un 
caractere tout special, au double point de vue clinique et the rapeutique, de leur 
communication avec un vaisseau artencl important, dont la blessure leur a 
donne naissance ; a cplles-la on doit donner le nom d ane vrysmes (voij. AIITERES, 
PLAIES, AJSEVRYSMES), tout en reconnaissant qn il y a une gradation insensible 
de Vhemorrhagie cellulaire de Cruveilhier au veritable aiievrysme dil t us. 

Le nom d he matome traumatique est, en somme, reserve aux epanebements 
sanguins produits par \JL\\Q contusion (voy. ce mot). Certains d entre eux meritent 
d etre etudies a part, et nous signalerons ici Failure et Fetiologie toutes parti- 
culieres de certaines tumeurs sanguines de la voute du crane (voy. CEPHAL^EMA- 
TOME et CRANE, p. 580), du pavilion del oreille (voij. OKEILLE, p. 174). 

L evolulion anatomo-patbologique de la. masse hematique qui forme toutes ces 
tumeurs n a pas a etre reprise ici. Nous ne ferons que mentionncr un fait> r 



^0 HEMATOPOTE. 

lequel il y u quelques anuees I oncet (de Lyon) a attire 1 attention. Nous voulons 
parler de 1 ictere hemapheique consecutif a la resorption des vastes epanche- 
ments sanguins. Nous signalerons encore la persistanee d une lumeur librineuse 
(Trelat), d une collection sere-sanguine d ou certains kystes neogenes he ma- 
tiques (voy. KYSTES). Ces modifications tardives peuvent donner naissance a 
quelques erreurs de diagnostic. D autre part, clles conduisent a des interven 
tions chirurgicales speciales, car ces reliquats de contusion doivent etre extirpe s 
comme de veritables tumeurs. 

A cote de ces hematomes traumatiques, il en est d autres ou aucune injure 
exte rieure ne semble inlervenir, et ces hematomes spontanes ont donnr lieu a 
des discussions nombreuses, d abord limite es a quelques fails particuliers, puir 
generalisees. Aulour de ces collections sanguines, en effel, on trouve une paroi 
pseudo-membraneuse ou des depots statifies de fibrine enlremeles de quelquei 
petits foyers hemorrhagiques reposent sur une couche de granulations inilamma- 
toires pourvues de vaisseaux tres-delie s et fragiles. Longtemps on a admis que 
la fausse membrane etait une consequence de 1 epanchement sanguin, mais on 
a reconmi ensuite qu il s agissait d une neo-membrane et non d une pseudo- 
membrane ; que cette ne o-membrane rtait cause et non effet de 1 hemorrhagie. 
Cela a d abord et< ; rlndir pmir I hemorrhagie me ninge e, a laquelle les travaux 
allemands ont J ait attribuer le nom d he matome de la dure-mere (voy. MEMXGES, 
p. 558), pour Yhematocele vaginale (voy. ce mot). 11 y a avant tout inflamma 
tion, d ou pachymeningile, pachyvaginalite. Plus reccmment aussi, des faif.s 
du meme ordre ont etc observes dans le peritoine, et la pachyperitonite esfc 
venue expliquer certaines he matoceles ri tro-uterines (voy. ce mot et PELVI- 
PEEIDNITE) ; le meme processus peul engendrer certaines pleurisies et pericar- 
dite* hemorrhagiques (voy. ces mots). Dans les articulations enlin, la pachysyno- 
vite hemorrhagique existe egalement,et nous citeronsa ce propos une observation 
de Saxtorph reproduce par Jalaguier (De I arthrotomie, th. d agr. en chir., 
1886). Un peut done dire, d une maniere generale, que toutes les sereuses sont 
exposees a ces inflammations lentes, remplacant la surface sereuse par une 
paroi embryonnaire, dont les vaisseaux fragiles se rompent et sont la cause 
d epanchements sanguins enkystes, auxquels on peut appliquer le nom generique 
A he matome. Mais nous n avons pas besoin de faire une etude d ensemble sur ce 
point. On trouvera tous les venseignements necessaires dans les articles auxquels 
nous venons de renvoyer. A. BROCA. 

HEMATOMKTRE. VoiJ. IlEMODVJiAMOMETRE. 

HEMA.TOMYELIK. Varieted bemorrhagie racbidienne(w#.MoELLE, Patho 
logic, p. 784). L. H.N. 



HEMATOPOTE (ATpa, aroj, sang, et TTOTO?, buveur). On designe sous ce 
nom un genre d insectes Dipteres brachoceres, de la famille des Tabanidfe ou 
Taons (voy. TAONS), etabli par Meigen en 1805, adopte par Latreille, Fabricius, 
Macquart. Les caracteres des Hematopotes sont tires de la forme des antennes 
longues et avance es, point d ocelles, les ailes couchees en toit, rapproche es au 
repos, avec la premiere cellule sous-marginale appendiculee. Les males different 
des femelles par leurs yeux tres-grands et velus, par leur trompe borizontale, 
tandis qu elle est verlicale chez celles-ci. La face, avec une ligne enfonce e de 



llEMATOPOTE. 31 

chaque cote chez le male, ofl re de nombrenx poils; le front cliez la femelle est 
large et saillant. Le premier article des anlennes du male est vein, oblong, epais, 
tandis qu il a une forme conique ct qu il est glabre dans 1 autre sexe. 

Les femelles des Ilematopotes sont avides de sang ; les males sont rares, 
tandis que les femelles tres-nombreuses, tres-communes surtout dans les bois, 
tourmentent les grands quadrupedes et 1 homme, en se posant sur les parties 
decouvertes du corps et en cnfoncant leur puissante armure buccale dans les 
teguments. 

L HjEMAiopoTA pLuvuLis Linne (Tabanus, 1761), Hcematopota pluvialis 
Meigen, longuede 8 a 10 millimetres, est noiratre en-dessus, cendrec en-dessous 
avec la face d un gris clair; trompe noire, palpes jaunatres. Les antennes a 
peine plus longues que la tele, a premier article epais et ovale, base de la troi- 
sieme division fauve; une bande noire, luisante, sur le devant du front. Los 
yeux verdatres, a partie inferieure pourpre avec des lignes jaunatres sinue es. 
Thorax a trois lignes blanchatres longitudinales. Abdomen a ligne dorsale, deux 
rangs de laches blanc jaunatre sur les cote s, bonl posterieur des segments bianc 
on cendre jaunalre : les trois premiers segments latcralement fauves chez le 
male. Paltes noires, base des jambcs anterieure fauve ou jaunatre, ainsi que 
deux anneaux sur les autres tibias et presque tout le premier article des tarses. 
Ailes d un gris brun, marbrees et tachees de blanc; quelques-unes des taches 
sont circulaires. Le male a les yeux. contigus sans bande frontale. 

Cette cspece d Hematopote, la plus abondanlc dans nos climats, est parfois 
tellement commune, principalement de juin, juillet, jusqii a la (in ile septembre, 
qu il est incommode, surtout quand le temps est convert et ora^eux (d ou son 
nom & Hcematopota pluvialis) de pouvoir traverser les eudroits boises. Les 
paysans et les chasseurs de la Champagne, de I Anjou, des Landes, etc., la 
connaissent sous le nom de Petit Taon ou tie Taon gris. Les essaims a vol lourd 
de ces buveursdesang tourbillounent, puis s abattent brusquement sur 1 homme, 
sur les animaux, chevaux et boeufs, et des qu ils sont poses entament la peau et 
font senlir une piqure dont la douleur est ordinairement de courte duree. Les 
animaux deviennent ensanglantes, ils eherchent a fuir en pressant le pas. Hors 
du couvert, les Hematopotes sont moins redoutables, devenant plus clairsemes. 

La piqure de I iusecte normal esl ordinairement sans resultat desagreable ou 
facheux. Pour ma part, j ai ele pique un grand nombre de fois; a deux reprises 
seulement j ai eprouve un effet tres-marque, assez prolonge, parce que rilema- 
topote avait du piquer avant moi quelque animal malade. Une premiere fois, a 
Bar-sur-Seine, j ai enleve une Hematopote qui venait d introduire son rostre sur 
le dos de ma main droite; il s ecoula une gouttelette de sang. La nuit suivante, 
la main etait enflee. Le docteur Cartereau, avec Jequel jcme trouvais, me donna 
de 1 eau fortement pheniquee et, apres quelques applications internes, 1 enflure 
n eut pas de suite; elle disparut en quatre jours. 

Au mois d aout 1882, le 11, a cinq heures du soir, en Anjou, une petite 
douleur au medius gauche me fit regarder la main sur laquelle une Hematopote 
etait posee. J enlevai 1 insecte, je constatai une forte piqure d ou je fis couler 
par pression une gouttelette de sang. Pen apres autour du point louche, place 
exactement a la base du me dius, sur la phalange un peu en dedans, il existait 
un point central ecchymotique, avec un cercle eleve, pale, et autour une are ole 
rosee de 1 centimetre de diametre. Quelques heures plus tard, oademe dur, peu 
etendu; le doigt est facilement plie, puis dans la soiree sur le dos de la main 



52 IIEM.VTOPOTE. 

des taches rouges, des marbrures par places qui arriverent a se confondre. 
Pendant la nuit, douleur le gere ou plutot sensation de tension et de gonllement 
du dos de la main. 

Le lendemain 12 aout, 1 endroit pique offre une elevation legere a depression 
centrale. La leinte est un pea jaunatre, a reflet lauve rougeatre, bien visible a 
contre-jour. Legonflement du medius alteint la deuxieme phalange; le dosdela 
main est oedematic, empale, gardant 1 irapression du doigt. La douleur est tres- 
supportable. Le soir douleur plus vive, gonflement et rougeur marques. Petites 
elevures autour de la piqure s etendant vers le haut de la main; articulation 
metacarpo-phalangienne sensible a la pression, main pliee avec peine; pour tout 
traitement lavages a 1 cau fralche. Le 1,", peu de sommeil, lourdeur de la 
main, tension, engourdissement. Petiles papules autour de la piqure. pas de 
vesicules. Moins de douleur qu liier a la pression de 1 articulation me lacarpo- 
phalangienne, rien sur le bras comme lymphangite, pas de douleur ni de gonfle 
ment intra-axillaire; mal local. ;qp: ; lil conserve. Le soir toujours cedeme, 
i iiii^eiir dill use. Le 14, lourdeur de la main, sur I out autour de la piqure, uedeme 
nioiiis eleuilu, mais marque sur le dos de la main. Demangeaisons vives autour 
<lu point pique, saillies rugueuses moins prononcees. Le 15, nuit sans douleur 
dans la m:iin. Umigeur unilbrme, d un rouge net et sans teinte assombrie, 
oedemc devenu dur autour de la piqure. Le 10, la main se ferme avec facilite, 
aiieiine douleur spontaue e arliculaire, il faut presser fortement sur les deux 
oxlremiles nielai aipo-pbalangicnne du medius pour produire de la douleur, 
prurit leger de 1 endroit pique, s exasperant des qu un grattage a eu lieu. 
Rougeur nolle, vive, se produisant alors en petite zone eleve e, peripherique, sur 
le dos de la main, teinle jaunatre, rappelant la fin des ecchymoses; cetle teinle 
s efface par pression. Le 17, toujours elevure de la partie piquee, dont le 
centre est blanc jaunatre avec une rougeur rosee, surtout en baut et en bas. 
Le 18, encore rougeur legere avec de mangeaisons par instants. Sensibilite 
a une forte pression sur 1 articulation metacarpo-phalangienne du medius. 
Le 21, il existe toujours une petite elevation rouge et sous une Ires-forte pres 
sion 1 articulation precitee est douloureuse. Le 22, en mouillant avec 1 eau ou 
Ja salive la petite saillie, on y distingue des points jaunalres places sous 1 epi- 
dcrme, dans le derme. Desquamation autour de la piqure. Le 28, bier et avant- 
liier constalalion de pelits points jaunalres profonds autour de la piqure. Aujour- 
d hui, point exact pique devenu sec et corne. Le 50, hier le point corne est 
tombe; autour il reste une elevure d un rouge vineux, de la grandeur d une len- 
tille. Octobre, j ai enuclee deux fois avec la poinle d une epingle le point 
pique et quclques-uns des points jaunes. .le n observe plus qu unc tache rouge 
qui fin octobre avail disparu. 

N ayant a ma disposition eu ce moment aucun instrument d optique a fort 
grossissement, je n ai pu examiner le contenu des points jaunalres. 

La larve de 1 Hcematopota pluvialis a ete trouvee par Edouard Perris et 
decrile par lui avec grand soin dans les Insectes du Pin maritime (Annales de 
la Socie te entomologique de France, 4 e serie, t. X, p. 196-201, pi. II, 
fig. 62 a 69, 1870). Suivant son habitude, Perris compare cette larve a celle des 
Tabaniens; il repre sente aussi la nympbe et montre les stigmales thoraciques 
et abdominaux. Fabricius avail avance que les larves A Hematopote vivaienl dans 
le fumier; je serais porte a croire qu elles doivent plutot se trouver dans la terre 
ou le lerrcau. 



IIEMATOSCOPIE. 35 

L H.EMATOPOTA iTALiCA Mcigeii (1804). //. longicomis et tenuicornis 

Macquart, a les memes moeurs qne 177. plninale, mais elle est moins com 
mune et un pen plus gramle. Sa couleur est plus noire ; les antennes sont 
une fois et demie plus longucs que la tete, le premier article cylindrique 
est d un brim noir. L abdomen est pen tnclie, le bord posterieur des seg 
ments est nettement blancbatrc on blanc (voy. DIPTEIIES, IXSECTES, SIMULIES, 
TAO.NS). A. L.YBOULBEJNE. 

HEMATOPORPIIYRIXE. Vni/. HEMOGLOBINS. 

HEMATOR&CIIIS. YaritUiMriirmorrliagic rachidionne (voy. MOEU.E, Pnllm- 
logie, p. 776). L. Ih. 

IIEMATOSCOPIE. HEMATOSCOPE. HE NATO -SPECTROSCOPES. 

L hematoscopie est la metliode d analyse du sang que j ai institute; elle est 
basee sur 1 examen spectroscopique du sang et lYmploi d instruments de pn-ci 
sion appele s lie matoscopes, hemato-speclroscopcs. Elle comprcml deux modes 
d obscrvalion : 1" 1 analyse spectrale du sang pur, non dilue, determinant la 
quantite d oxyliemoglobine contenue dans le sang; 2 1 cludo de la diuvi- de la 
reduction de I oxyhemoglobinepar rcxamru spectroscopique de 1 oDgle du pouce. 
Le rapport entre ces deux donne*es ctablit I l valualion de 1 aclivile de la reduc 
tion de 1 oxyhemoglobine dans le poucc. Les precedes accessoircs d examen 
diaphimometrique, de reproduction photographique, viennent completer 1 etudf. 
du sang par cette methodc (Complex rendiis de I Acad. ties sc., 1* nov. iXSti . 

I. MESURE DE r.A QTANTITE D OXYIII MOGI.OBIXE. Le dosage de la quantite 
d oxyliemoglobine du sang se pratique an moyen dc 1 hematoscope d llenocquc. 

L hematoscope est esscntiellement conslitue par deux lames de verre de 
largeur inegale. Elles sont superposees de l a<;ou ijue, maintenues en contact 
a l une de leurs extremites, ellcs s ecarlent a 1 aulre extremite d une distance 
de SOmilliemesde millimetres, limitant ainsi un espace prismatique eapillairc; 
la position des lames est assure e an moyen de deux agrafes en laitou nickele , 
supportees par la lame de verre inferieure, et formant deux coulisses dans 
lesquelles la lamelle superieure est introduite a froltement doux (voy. fig. 1). 




Fig. 1. II. iiiaKH-cope vu de face, grandeur naturelle. 

La disposition de ces diverses parties est representee en coupe dans la 



figure 2. 



La lame inferieure (li) est separee de la lamelle superieure (Is) par un 
espace prismatique S represente en noir (et un peu exagere dans la figure). 

La lame inferieure porte a ses deux extremites les agrafes de laitou, celle de 
gauche a, g, maintient les lames en contact, cclle de droite presente un talon 
i s. XIII. 5 



DICT. ENC 



54 IIEMATOSCOPIE. 

(t), ayaut 5 dixiemes de millimetres d epaisseur, qui determine 1 e cartemenl des 
deux lames ; ces deux agrafes forment les deux rainures ou coulisses dans 
lesquelles la lamelle superieure glisse a frottement doux (voy. fig. 1 et 2). 

Une echellc graduue en millimetres est gravee sur la plaque inferieure, elle 
s etend de a 60 millimetres. II resulte de celte disposition que, si Ton fait 
penetrer du sang entre les deux lames, celui-ci forme une couche dont 1 epais- 



a.d. 




Li, s 

Fig. 2. Coupe de I hematoscope. 

seur varie de gauche a droite entre et 7*00 milliemes de millimetres ou 
micra. 

On pent mesurer 1 epaisseur de celte couche au niveau de chaque division 
de 1 echelle : en effet, chaque longueur de 1 millimetre correspond a -j mil- 
liemes dc, millimetres, en d aulirs termcs, la pente de la lamelle superieure est 
ilr . ) millii ines di> millimetres pour 1 millimetre. 

Pour t-alculer I cpaisseur en milliemes de millimetres ou micra il faut simple- 
ment multiplier le chiffre de 1 echelle par 5. 

Lorsqu oii introduit du sang entre les deux lames en en deposant quelques 
gouttes sur la tranche inferieure, ce liquide pt netre par capillarite et s etend 
en couche d une epaisseur graduellement progressive, de sorte que la colora 
tion nulle a devient rougcalre, rouge, carminee et de plus en plus intense 

M Ts 00. 

Le sang presente done une teinte progressivement plus foncee de gauche a 
droite, ainsi qu on peut le voir daus la iLure 1. 11 est evident que la teinte sera 
d auhuit plus foncee que le sang contieudra une plus grande quantite d oxyhe- 
nioglohiue uu matiere colorante active, ce qui permet la mesurc comparative 
et meme quantitative de la richesse du sang en matiere colorante active. 

Introduction du sang dans I hematoscope. Pour examiner le sang recueilli 
sur un animal, il sultit d en laisser tombor quelques gouttes dans la rainure 
inferieure que forment les plaques de verre, au-dessus de 1 inscription hema 
toscope d Henocque , cu inclinant les plaques de fagon que le sang penetre 
enlre elles par 1 action de la pesanteur et par capillarite. 

La capacite de 1 espace prismatique est de 90 millimetres cubes, mais en 
pratique il faut obtenir six gouttes de sang pour bien remplir 1 hematoscope. 

Pour examiner le sang de Thornine il faut pratiquer a la partie externe de 
la pulpe du petit doigt une piqure a 1 aide d une lancettc ou, de preference, 
au moyen de Yaiguille he matoscopique ; dispose e de manic-re a pouvoir prati 
quer une piqure ne depassant pas une ctendue lineaire de 1 millimetre ; cette 
lancette minuscule porte un talon qui en limite la penetration dans les tissus, 
elle peut elre remlue aseptique par le flambage, ou par tout autre moyen. 

Pour faire penetrer le sang entre les lames, on applique le hord inierieur de 
1 hematoscope au niveau de la piqure, et le sang tombant directement dans la 
rainure se distribue egalement entre les deux lames : 

L hematoscope simplifie 1 analysc spectrale de la matiere coloranle du sang et 
de ses di verses modifications. 

En effet, si 1 hematoscope charge de sang pur est place devant la fente d an 



IIKMATOSCOPIE. 35 

speclroscope, on peut eludier les bandes d absorption que prcsente roxyhemo- 
globine sous diffe rentes epaisseurs. En faisant niouvoir lentemcnt I liematoscope 
de gauche a droite, on constatera successivement 1 apparition des deux bandes 
(I absorption caracle ristiques de roxyhe moglobine, puis leur elargissement, et 
entin leur confusion, en meme temps que la disparition de 1 espace vert qui les 
separait ; en d autres termes, on observe le sang sous des epaisseurs variant de 
a 500 milliemes de millimetre, et par consequent c cst a pen pies comme si 
Ton examinait des dilutions graduees de sang variant entre 1/60 ct 1 (en admet- 
tant que le liquide servant a la dilution n ait aucune action sur les principes 
colores du sang) (Comples rendus de la Soc. de biol., p. TOO, 7(10, I ill ISS-i]). 
Toute modification de la niatierc coloranlc est facilement ctudiee ; le melange 
d oxyhemoglobine ct d hemoglobine reduite, la presence dc la methe moglobine, 
de I hemoglobine oxycarbonee, et en definitive tons les derives dc rhemoglobine, 
presentent dans 1 hematoscope leurs reactions spectrales caracteristiques. 

L he matoscope peut servir non-seulement a I an.ilyse qualitative de ces divers 
composes, mais encore a 1 analyse quantitative du plus important d enlre eux, 
1 oxyhemoglobine (Complex remlus de la Soc. dc biol., p. 12, 62, 70, US I [ 1 S85]). 
Principe de la rnethode. Lorsqu on examine, avcc le spectroscope le sang 
contenu dans riicmatoscope, et qu on eludie 1 espace inlcrmediaire enlre le 
moment d apparition des deux bandes caracteristiques de 1 oxyhdmoglobine et 
celui oil les bandes sent confondues, c est-a-dire la disparition du vert, on 
percoit, a une certaine epaisseur du sang, un aspect caractenslique des bandes, 
que j ai decrit sous le nom de phe nomene des deux bandes cijalement obscures 
et qui peut elre formule comme il suit : 

The ureme. Le sang contenant 14 pour 100 d oxyhemoglobine, examine a la 
lumiere du jour sous une e paisseur de 70 milliemes de millimetre avec un 
spectroscope a vision directe, a une distance ne d^passant pas 1 millimetre, 
presente les deux bandes caracteristiques de I oxyhemoglobine avec une teinte 
noire egalement obscure. Elles ont aussi une elendue ega e dans le spectre, si on 
les mesure en longueurs d ondes ; elles occupcnt les espaces de 5"(J a o-jO et de 
570 a 590 millionimetres ou ).. 

11 est facile de comprendre que le phe nomene des deux bandes e gales etant 
pris pour type se produira sous des epaisseurs difterentes suivant que le sang 
est plus ou moins riche en matiere colorante active ou oxyhcmoglobine, et, 
lorsqu on etudiera le sang dans un bematoscope, on percevra les deux bandes 
e gales sous une epaisseur d autant plus graude que le sang sera plus anemique. 
C est 1 etude cle la loi dc ces variations qui permet de faire 1 analysc quanti 
tative de 1 oxyhemoglobine avec 1 hematoscope. 

Precedes. Tous les spectroscopes peuvent servir a examiner le sang dans 
I hematoscope, a condition d appliquer la plaque sur la fente, ou a distance fixe, 
de 1 eclairer convenablement et d en presenter successivement les diverses divi 
sions de a 60, au-dessous de la fente. 

Le premier precede Ires-simple est applicable aux examens rapides que corn- 
portent la clinique et les experimentations ou les observations doivent etre 
multiplie es en un court espace temps. 

II consiste a examiner le sang a 1 aide d un spectroscope a vision directe : 
tenant I liematoscope de la main gauche et verticalement, on se place devant une 
fcnetre de fagon a recevoir la lumiere solairc diffuse on d un redecteur de 
porcelaine blanche. 



56 1 1 KM A TO SCO I IE. 

Prenant Ic spectroscope de la main droite, on applique la fente en dedans de 
1 agrafc gauche de 1 hematoscope, pres du zero, et on fait glisser 1 instrument de 
faron a examiner success! Yemeni les diverges parties de la division a la divi 
sion 60. 

On pent ainsi observer des phenomenes identiques a ceux que pre sente 
I ex amen de solutions plus ou moins concenlrees dc sang. I.es deux bandes 
apparaissent vers 5 a i millimetres; eilcs deviennent phis foncees, e gales vers 
1 \ ; puis elles s elargissent en s estompant vers leurs bords, 1 espace interme - 
diaire vert se retrecit, diminue, et entin disparait. 

On note les divisions auxquelles ces trois phenomenes sont observes, de facon 
a pouvoir comparer les (mis n -sultats. 

Une cchclle de concordance penret dc lire sans calculs la quantite d oxyhe- 
moglobinc contcnue dans le sang, sous les diverses epaisscnrs auxquelles on 
observe le phcnomene dcs deux bandes egales. II est indispensable, si Ton veut 
ponvoir comparer et discuter les rcsullats obtenus, de les exprimer suivantcetle 
notation qui est basce sur les lois &. absorption spectroscopiqne, et sur des 
examens r< ; | clcs dc sang pur, de sang defibrine, de sang dont le fer a etc dose, 
et dont la capac.ilii respiraloire a clc mesnree. 

Getle ( rhclle indiqiie quelle est la qnantile d oxyhemoglobine correspondante 
a la distance en millimetres a laqnelle la fente du spectroscope est placee pour 
constater le phenomcne dcs deux bandes egales. 

Ihtns le second prmvdr-, an lieu do praliquer les recherches avec les mouve- 
mcnts de la main, on emploii dcs appareils denommes he mato-spectroscopes qui 
sont disposes de maniere (pie, I hematoscope riant fixe sur uu support com 
parable a celui d un microscope, on pent exeeuter tons les mouvements me ca- 
niqnemont et en outre, grace a une echelle late rale, determiner en longueur 
d ondc I elendue et la position dcs bandes. Ces appareils servant a 1 etude et a la 
demonstration. Enfin [ hemato-spectroscope double, instrument forme de deux 
hematoscopes a vision directe reunis sur une fente commune, permet a deux 
personues d ctndier les phenomenes spectroscopiques et de se controler recipro- 
quement dans leurs examens. En somme, avec Ibematoscope on determine la 
quantite d oxyhemoglobine, on connait la richesse du sang en matiere colorante 
active; il reste a apprecier la durec de le reduction de I oxyhemoglobine dans les 
tissns. 

II. Mi-:srr,r, PR i.\ ni iiKK I>K i,\ KKIHT.TION BE L OXYHKMOGLOUINE A LA SUF.FACESOVS- 
INGUKAI.K nu rorcE. Lorsqu on examine a la lumiere du jour la surface de 
1 oiiiile du pouce avec un spectroscope a vision directe, on apercoit la premiere 
bande d absorption du sang, masquant le jaune et s e tendant a droite de la 
raic I); quelquefois on reconnait aussi nn pen plus loin vers la raie E, dans le 
jaune \ert, la seconde bande, mais plus etroite et moins foncee. Si Ton applique 
autour de la premiere phalange du pouce une forte ligature avec un tube de 
caoutchouc, ct (pie Ton observe 1 ongle avec le spectroscope, on voit, au bout de 
quelques secoudes, la deuxieme bande palir et disparaitre, puis apres un temps 
de vingl-cinq a trente-cinq sccondes on voit apparaitre le jaune, la premiere 
bande palit peu a peu et tinit par disparaitre, de sorte que le spectre est con- 
tinu, quoique presentant assez longtemps une legere teinte sombre entre D et 
E. Ces phenomenes se succedent en un temps variable, entre quarante et quatre- 
\ingt-dix secondes. J appelle virage le moment d apparition du jaune, et dure e 
de la reduction tout le temps qui separe 1 application de la ligature de la dispa- 



HfiMATOSCOPIE. 37 

ritiou complete de la bande priucipale (a), la suuledont on ait a se pre occuper. 

Aussitot qu on enleve la ligature, on voit reapparaitre celte bande el elle oi l re 
meme une plus grande intensite qu avant 1 application du lien. 

Ces phenomenes s expliquent facilernent : en efi et, la ligature isole dans le 
pouce une certaine quantite de sang arterialisc, on perroit pendant quelque 
temps les bandes de I hemoglobine oxygi-nee, puis la reduction par les echanges 
interstitiels se fait, 1 ox.ygene est consomme et, 1 hemoglobine reduite ne presen- 
lant pas de bande d absorption assez intense pour elre percue a travers 1 ongle, 
le spectre reapparait sans bande d absorption. 

Diverses experiences ont demontre que le sang extrait alors de la pulpe du 
pouce est de coloration veineuse et contient de riiemoglobine reduite. On peut 
done considcrer la duree de la reduction comme represenlant le temps neces- 
sairepour la consommation de 1 oxygene du sang dans le riche rcseau vasculaire 
place sous 1 ongle du pouce. 

Pour appre cier cette duree de reduction il faut proceder methodiquement ; 
on peut pour la clinique se servir d un spectroscope a vision direcle tel que le 
fabricjue a Paris M. Lutz, suivant incs indications, ou bien des pelits spec 
troscopes de poclie de Duboscq, de JNachet, de Verlein, etc. Le sujet a observer 
etant place pres d unc fenelre de laeon que 1 ongle receive la lumicrc solaire 
plus ou moiiu diffuse, on applique la parlie inierieiire du disque, qui porte la 
lente snr la portion cutanee de la pbalangette du pouce situce entre la lunule et 
1 arliculation de la phalangette, on incline le spectroscope au-dessus de 1 ongle 
de facon a voir le spectre et la bande a de 1 oxyh^nioglcbiae, et alors 011 
enroule rapidement autour de la phalange un tube de caoutchouc de facon a 
faire une ligature bien serree ; on note alors au moyen de la montre a secondes 
le moment ou la bande caracteristique disparail, et Ton a ainsi la dnre e de la 
reduction (Gazette hebdom., 1886, p. 69^). 

La duree de reduction varie entre vingt-cinq et quatre-vingt-dix secondes, la 
moyenne oscille entre cinquante-cinq et soixante-cinq secondes, elle varie chez le 
meme individu suivant les diverses conditions de 1 etat physiologique, la diete, 
le repos, le sommeil, 1 etat de la digestion, les efforts, 1 iniluence du froid, des 
bains, des ablutions, mais ces variations sont peu etendues et passageres. Les 
oscillations normales se font entre cinquante-cinq et soixante-cinq secondes, des 
efforts repetes, les bains, peuvent faire varier la duree entre quarante-cinq et 
soixante secondes, mais les modifications sont bien plus considerables suivant 
les e tats pathologiques et suivant les medicitions. Je n insiste pas sur les nom- 
breuses observations que j ai faites a ce sujet, parce que, la duree de la reduction 
dependant non-seulement de 1 activite des echanges entre le sang et les tissus, 
mais aussi de la richesse du sang en oxyhemoglobine, il est indispensable de 
reunir ces deux facteurs et de les comparer 1 un avec 1 autre pour apprecier 
1 activite des echanges qui determinant la reduction de 1 oxybemoglobine ou en 
d autres termes la consommation de 1 oxygene. 

III. MESURE DE L ACTIVITE DE^LA REDUCTION. Pour rendre ces resultats compa- 
rables, il a fallu etablir une unite d aclivite de reduction et je 1 ai determinee 
de la maniere suivante : 

L experience m a montre que chez I homme vigoureux et bien porlant dont le 
sang contient \\ pour 100 A" oxyhemoglobine la duree de reduction est de 
soixaute-dix secondes, chez les individus dont le sang contient 15 pour 100 
d oxyhemoglobine la dure e de reduction est de soixante-cinq secondes. Si Ton 



38 11EMATOSCOPIE. 

admet que la reduction se fait uuiformement, on concltira que le premier en 
une seconde aurait consomme 14/70 pour 100; le second 13/65 pour 100, soil 
1 un et 1 autre 0,2 de la quantite d oxyhe moglobine du sang. C est cette quan 
tite qui est prise pour unite d activite de reduction ct une formula Ires-simple 
permet de calculcr 1 aetivite correspondante a des durees de reduction ct a des 
quantiles d oxyhemoglobine determinees. 

quantite d oxyhemoglobine 

Lactmte de reduction oaz= - X^, en d autres 

duree dc reduction 

termes, 1 activite de reduction exprimee en unites d activite est egale a 5 fois le 
(jiitilient du chiffre exprimant la quantite d oxyhemoglobine pour 100 par le 
cliiffre exprimant la dure e de la reduction. Dans la pratique cette formule peut 
etre simplifiee de la maniere suivanle : on divise par 2 le quotient de la quan- 
tile par la duree et Ton multiplii 1 par 10. 

L aclivile dc reduction ainsi cvaluee exprime 1 aclivite des echanges entre le 
sang et les tissus dans une partie de 1 organisme, la phalange du pouce, c est-a- 
dirc nn organe compiv.naut la pcau ct son tissu sous-cutane, les vaisseaux sous- 
< pii!rrmi<jiies, en plus du tissu tcndineux et un os : la phalangette. On peut 
consid Vrr los re sultats obtenus comme exprimant une grande parlie des.phe- 
nomeues d ecliaugcs ct en jiartieulier le plu iiomene de la consommation de 
rosy-gone du sany par les tissus ; nuus possedons par consequent un moyen nou- 
\raii (l a|pivcic r I ar.liviti - des ( changes et 1 etude de ses variations, dans 1 e tat 
de maladie. qui ol l re une importance considerable. 

Variations de Vaclivite de rrJudion. J ai fait un grand nombre d observa- 
lions sur les modifications de 1 activite cbez deux cents individus diffe rcnts et 
dans les conditions les plus diverses de sante, de makdie, et sous 1 influcnce 
des medications les plus habituellement appliquees. 

Je ne puis ici qu en resumer les principaux re sultats. L activite de reduction 
oscille au-dessus et au-dessous de la normale egale a 1. Elle peut elre voisine 
de la normale, c est-a-dire de 0,80 a 120. Elle peut elre augmentee et exa- 
geree, c est-a-dire de 1,25 a 2,50. Elle pent etre diminue e, c est-a-dire de 
0,40 a 0,75. 

La diminution de Yaclivite a varie entre 0,40 et 0,75 dans 25 cas, dans 
9 cas, elle a cle voisine de la moitie de la normale, dans 16 cas, elle est 
au-dessous des 5/4 dc celle-ci. II s agit dans la plupart des observations de 
chloro-anemies, d anemies par metrorrhagies repeteeset dephthisie. L aclivite la 
plus faihle a cte trouvec dans des cas d anemie pernicieuse, d anemie chez des 
cuisiniers, enfin dans le diabete et chez des epileptiques. 

En general, la diminution d activite est en rapport direct avec la diminution 
d oxyhemoglobine, mais il y a des exceptions. Par exemple, des epiletiques avec 

11 et 15 pour 100 d oxyhemoglobine out presente une activite faible de 0,60. 
Dans un cas d embarras gastrique avec 13 pour 100, 1 activite n etaitque 0,75. 
Dans la chlorose avec 11 pour 100, 1 activite peut descendre a 0,60. Dans la 
croissance au moment de 1 ctablissement des regies, j ai note une activite de 

12 pour 100 d oxyhemoglobine; enfin, chez les individus obeses, 1 activite se 
ralenlitnotablement et independamment de 1 ane mie. 

11 augmentation de 1 activite de reduction a e te observee dans 29 cas se 
repartissant ainsi: 9 cas de 1,50 a 1,75 et meme 2, soit 1 fois 1/2 a 2 fois la 
normale, avec une quantite d oxyhemoglobine de 8 a 14 pour 100 ; 15 cas de 
1,40 a 1,45, avec une quantite d oxyhemoglobine de 10 a 14,5 pour 100; 



HEMATOSCOPIE. 59 

5 cas de 1,22 a 1,26, avec unc quantite d oxyhemoglobine de 10 a 11,5 pour 

100. 

Ces fails comprennent des observations prises a 1 etat de sante, ou chez des 
hommes a temperament sanguin, des arthritiques, des herpetiques, pendant les 
manifestations congestives ou inflammatoires, telles que les congestions pulmo- 
naires, 1 angine et la fievre herpetique, les acces de rhumatisme subaigu, le 
purpura rhumatismal, enfin certains cas de glycosurie. 

L exageration de 1 activite pent avoir lieu meme avec des quantites d oxyhe- 
moglobine faibles, de 8 a 9 ou 9,5 pour 100 dans 1 irritation spinale, 
1 alcoolisme, chez des individus sanguins a la suite d hemorrhagies. 

L influence de douches cliaudes, de bains de piscine, peut doublor momen- 
tanement 1 activite de reduction. Unc marehe prolongee, des efforts musculaires 
repetes, augmentent 1 activite cle reduction. 

L activile moyenne, c est-ii-dire variant de 0,80 a 1 et 1,2, a ete observee dans 
cent soixante-quinze cas et dans des conditions si variees qu il n est pas possible 
d en donner un resume meme succinct. Un fait predominant et remarquable 
est que 1 activite de reduclion peut atleindre la normale, alors meme qu il 
y a une quantite faible d oxyhcmoglobine : par exempli , rhez un goultnix, 
a la fin d un acces, 1 activite a i l< : dc I aver 7,- > pour 100 d oxyhcmoglobine; 
elle a ete egalement normale avoc 9 pour 100 chez un arthritique alcoolique, 
avec 9,5 pour 100 chez une cuisiniere anemiee, avec 9 pour 100 chez une tuber- 
culeuse, 10 pour 100 chez une femme affectee d asystolie. II n est pas rare de 
trouver 1 activite normale avec 11 pour 100, et ce fait s est pivsenle chez 
plusieurs medecins. 

II s etablit dans ces cas une sorte de compensation cntre la duree de la 
reduction et la quantite d oxyhe moglobine, d tm il resulte qu avec un sang 
pauvre les fonctions s executcnt d une maniere satisfaisante, grace an ralentis- 
sement ou a la rapidite des e changes suivant les cas, mais cet equilibre peut 
etre rompu par une complication accidentelle ou pathogenique. C est ce que 
1 etude de 1 activite de reduction demontre, soil dans le sens de la diminution, 
comme chez les chlorotiques au moment de 1 etablissement des regies et pen 
dant la croissance, soit dans le sens de 1 exageration, comme chez les arthri 
tiques, les herpetiques, les cardiaques, les emphysemateux. 

Applications therapentiques. Les medications produisant des modifications 
de 1 activite de la reduction, qu il est tres-intc ressant de constater et de suivre 
dans le cours du traitement, afin d apprecier 1 effet produit par les agents the- 
rapeutiques sur la quantite d oxyhe moglobine et sur 1 activite des echanges. C est 
ainsi qu on peut determiner 1 action de la medication ferrugineuse arsenicale, 
sull ureuse, par 1 arseniate de fer, les alcalins, les iodures, et en gene ral de 
tous les me dicaments qui agissent sur la composition du sang ou modifient la 
nutrition. 

Par exemple, chez un plethorique emphysemateux. 1 iodure de potassium a 
la dose quotidienne de 1 gramme pendant vingt jours a moditie 1 activite de 
reduction de facon a 1 abaisser de 1,25 a 0,80, en meme temps que la quantite 
d oxyhemoglobine est descendue a 15 pour 100. Dans des conditions opposees 
un vieillard atheromateux, avec congestion pulmonaire, dyspnee, cyanose des 
extre mite s, presentait une hematose incomplete, de faon que le sang ne ren- 
fermait que 9 pour 100 d oxyhemoglobine melangee avec de I he moglobine 
reduile et une activite de 0,50 ou moitie de la normale ; chez ce malade 1 u- 



40 1IEMATOSCOP1E. 

sage de 1 iodure de sodium (6 grammes en six jours) a double 1 activite de la 
reduction, c est-a-dire 1 a ramenee a 1 unite, pendant que le sang renfermait 
10 pour 100 d oxyhemoglobine. 

L hematoscopie offre une utilite incontestable pour 1 etude des medications 
thermales ou hydrotherapiques ; elle permet d apprecier 1 aclion thermale 
et hydrominerale pour ainsi dire jour par jour et avec les incidents divers qui 
peuvent se produire : c est ainsi que j ai constate que les grandes douches d Aix 
pcuvent amener l exage ration de 1 activite de reduction de 1 a 2 et meme davan- 
tage. La piscine avec mouvements de natation a amene une elevation de 1 acti 
vite de 1,20 a 2,50, c est-a-dire qu elle a double. De meme a Saint-IIonore-les- 
Ijains j ai constate une augmentation de 1 activile de reduction. A la suite de 
bains de piscine, celle-ci s est elevee dans les premiers bains de 0,75 a \ ou 
de I a 1,2 ), la rapidilt 1 de la reduction apres la piscine a etc observee chez 
plusieurs individus concurretnment avec L elevation dn pouls. 

L hematoscopie permet en outre de reconnaitre le melange de 1 hemoglobine 
reduite avec 1 oiyhemoglobine, et ce phenomene se produit dans les etats 
aspbyxiques, dans 1 agonie, dans 1 etat de cyanose et en general lorsque 1 hema- 
tose e.-t incomplete; ce melange existe dans le cas de maladie bleue on il est 
cependant possible d observer le phenomene de la reduction au pouce. 

L hematoscopie pent dcmontrcr la presence de la methemoglobine dan.-; le 
sang, mais jusqu a present cette constatalion n a ele i aite que sur des animaux. 

Les applications de 1 hematoscopie it la physiologic et a la toxicologie ne sont 
pas encore nombreuses, cependant mes recherches sur la paraldebyde, sur 1 anti- 
pyrine, 1 acetophenol, la tludline et I anliGbrine, out demoiitre que, lors meme 
ijiie ces toxiques donnes comme agents therapeutiques n amenent pas de pro- 
fondes modifications dans le sang, ils agissent sur 1 activite de la reduction en 
meme temps que sur la quantile d oxyliemoglobine contenue dans le sang. 

A doses toxiques, on pourra retrouver par 1 hematoscopie la me themoglobine 
et meme en apprecier la quanlite relative. J ai pu ainsi determiner chez ce 
cobaye 1 epoque d apparition de la transformation du sang en methemoglobine 
et la duree de 1 elimination de la methemoglobine. Les deux modes d examen 
du sang qui constituent 1 hematoscopie peuvent etrc employes conjointement ou 
separemcnt (Complex rendtis tie la Soc. de biol., 188o, p. 669; 1884. p. 1 iti . 

Chez les cobayes on peut etudier la duree de la reduction par un precede 
analogue a celui de 1 examen du pouce chez 1 homme : en effet, si Ton examine 
au spectroscope la surface plantaire de ces animaux lorsque celle-ci n est pas 
noire, on peut observer la bande principale de 1 oxyhemoglobine et, si Ton 
applique une ligature avec un tube de caoutchouc autour du cou-de-pied, on 
peut observer la disparition de la bande et mesurer la dure e de reduction : celle- 
ci est en moyenne de 60 a 70 chez les cobayes dont le sang contient 15 a 
14 pour 100 d oxyliemoglobine. 

Les precedes complementaires de 1 hematoscopie sont la reproduction photo- 
graphique du sang contenu dans 1 hematoscope, et 1 etude diaphanometrique ou 
chromometrique du sang a 1 aide d un hematoscope d email. 

La photographic du sang sera decrite a Tarticle PHOTOGR.U HIE (medicale) du 
Dictionnaire, il nous suffit de dire qu elle est un moyen de controler les re sultats 
observes au spectroscope. Le second procede est base sur 1 appreciation de la 
transparence da sang observe en couche mince d epaisseur progressive. 

Sur une plaque d email blanc sur laquelle sont traces des chiffres, des lettres 



HEMATOXYLOIS (F.JIPLOI). 41 

et des divisions millimetriques servant d echelle, on superpose Tbematoscope 
cliariie de sang. La partie pea epaisse et peu coloree du sang laisse lire les 
lettres et les chiffres, mais les uns et les autres disparaissent dans la partie 
epaisse et plus coloree; il est evident qu on lira d autant plus de lettres et de 
chiffres que le sang sera moins charge de matiere colorante ou oxyhernoglobine. 
L echelle de chil lres a etc etablie de iacou que les chiflVes correspondent a 
des quantites d oxyhemoglobine determinees, et le dernier chiffre lu distinc- 
teraent indique la quantite d oxyhemoglobide conteuue dans 10 1.) grammes de 
san iT avcc une approximation suflisanle pour que ces re sultats soient couipa- 
rables. Le precede diaphanometrique pcrmet d apprecier la quantite d oxyhe- 
mo^lobine I tsurtoutla presence d humoglobine reduite dans le san- u.vtrait des 
vaisseaux et introduit dans Thematoscope. A. HI : ,M)I:QUE. 

HEMATOSIXE. Lecanu a deceit sous oe nom I he inatine (voy. Ilibio- 
GLOKISE). A. II. 



IIEMATOXYLINE. C W O 5 H-TiH*! >. Matiere colorante, isolee du bois de 
campeche pour la premiere fois, en 1810, par Chevreul, sous Ir imm ijfhematine ; 

ce nom a ete change depuis en cclui i\ lirin<tlo.ri/linr pour uc pas la conlbndre 
avec I hematine du sang. En 1842, Ei-Jmnnn a extrait ce corps, non plus au 
nioyen de I cau et de 1 alcool, comme ses predecesseurs, mais au moyen de 1 elhcr, 
et 1 a obtenu sous forme de petits prismes jaune de miel, dont la poudre est 
blanche ou jaune pale ; ces cristaux possedent une saveur douceativ (jui rappelle 
celle du jus de reglisse et se dissolvent peu dans 1 eau I roiilc, aisemeiit dans 
1 eau chaude, 1 alcool et Tether, qu ilscolorent en jaune. L hematoxylina se dissout 
dans les alcalis avec une coloration rouge pourpreou violette qui passe au jaune, 
puis au brun. L alun et Jes sels de plomb la pre cipitent de ses solutions. 

La solution ammoniacale laisse deposer par evaporation des cristaux violet 
fonce d hemateine ammoniaque ou hemate ate d aininoniitrjuej dont 0. Hesse, 
en 1858, a determine de linitivement la composition, ainsi que celle de 1 liema- 
toxyline. L he mateine (C 6 H 15 8 ) 3 Az s obtient en precipitant la solution d bema- 
teine ammoniaque par 1 acide acetique; elie constitue un depot rouge brun, 
volumineux. Ou peut 1 obtcnir sous forme de grains cristallins d nn noir violace, 
a reflets metalliques; elle se dissout dans 1 eau et la colore en pourpre fonce . 
Elie repasse a 1 etat d bcmatoxyline quand on la traite par le zinc et 1 acide sul- 
urique, ou par 1 acide sulfureux. 

L hemateine colore 1 alcool en brun rouge et Tether en jaune d ambre; elle 
^precipite en bleu les sels de plomb et de cuivre. Enfin sa solution ammoniacale 
donne avec la plupart des sels metalliques des laques blenes ou violettes. C est 
Themateine qui agit dans la teinture par le campeche. 

Rappelons encore que Thematoxyline est tres-employee dans la technique 
bistologique a Te tat de solution dans Talcool ; ce reactif colore specialement les 
noyaux des cellules. On Temploie en outre melangee avec Teosine. 

L hematoxyline n est guere employee en medecine (voy. HEMATOXYLON). L. HN. 

DEMATOXTLOX. I. Botaniqiie. Voy. CAMPECHE, 1" ser., t. XII, p. 30. 

II. Empioi medical. C est en 1746 que ce medicament fut introduit 
pour la premiere fois dans la pharmaoope e de Londres sous le nom de Lignum 



12 IlfiMATOXYLON (EMPLOI). 

tinctile Campechense. Aujourd hui ee sont les medecins de langue anglaise 
qui le prescrivent encore soit en Grande- Rretagne, soil aux colonies. 

L hematoxylum n est autre que les copeaux du bois de Campeclie, employe 
dans 1 industne et designe par les botanistes sous le nom KHematoxylon Cam- 
l>rcliianum (Logwood, Peachwood ou Campechy-wood des Anglais; Kam- 
peschenhoh et Blauhoh des Allemands et Campeggo des Italiens). 

Importe sons forme de buches de teinte brim noiratre a 1 exterieur, rouge 
fonce a 1 intericur, ce bois est reduit en copeaux de couleur d uu rouge vio- 
laei , d odeur douce ct de saveur astringente, qualites qu ils parlagent avec les 
produits d autres vegdtaux de la famille des Legumineuses-Ce salpiniees. 

La subslance colorante qu il renfcrme a recu le nom d hematoxyUne. Les 
copeaux dc bonne provenance en contieunent 9 a 10 pour 101) de leur poids. 

ACTION ET USAGES THERAPEUTIC.^?. Les propnt k s physiologiques du bois de 
Campeclie et de 1 hematoxyline sont encore a rlinlirr. On le considere cependant 
ct on 1 emploie comme aslringent ct comme tonique. 

En Angleterre, Ralfe, Corrigan, Wilks, Wilshire, Budd, ont fait connaitre 
des cas de dysenteric et de diarrbees rebclles contre lesquelles ils en firent 
iiMigr avcc succes. On 1 a recommande ( iralcincnt centre la diarrlu u clirunique 
des 1 iil anls, mais en vemarquaiit la fivquence des phlebites apres son admi 
nistration. 

C cst encore a litre d astringcnl et de tonique que 1 hematoxylon a etc admi- 
nistre contre les fievres adynamiques des pays chauds,que M. Cotton 1 a employe 
comme lopique sur les plaies et que 1 extrait de Campeclie a servi an pansement 
des cancers, des fongus bematodes et des ulcercs phagedeniques dans les obser- 
\ations publices en Angleterre par Woodward, Donihiles et autrcs. 

MODE D ADMIMSTRATION ET DOSES. La decoction de bois de Campeclie s obtient 
avec tin melange de 50 grammes de bois de Campeche et de 2s r ,75 de cannelle 
pour 000 grammes d eau. Telle est la decoction antidysenterique de Ralfe. 

Le meme observateur recommande encore Yextrait aqueux du boh de Cam 
peche, prepare par 1 infusion pendant vingt-quatre heures d une partie du bois 
concasse dans dix parties d eau bouillante. On reduit ensuite au bain-marie 
jusqu u consistance convenable. La dose d extrait varie de 10 a 50 grammes. 

Dans le traitement de la dysenteric, Ralfe combine 1 emploi de 1 hematoxyline 
avec celui de 1 huile de ricin. D apres ses statistiques, il aurait obtenu six gue- 
risons dans nne serie de onze dysente riques chez lesquels la durce du traitement 
aurait etc de trente-trois jours. Comme le remarquent les auteurs qui ont fait 
1 essai de ce medicament, ces statistiques ne sauraient etre decisives, puisque 
dsns plusieurs cas le medecin anglais prescrivait 1 ipecacuanha en meme temps 
que 1 extrait de Campeche. 

Un des effets les plus constants est la coloration rouge des urines apres 
1 administration de la decoction de bois de Campeclie. Quant aux vertus thera- 
peutiques de ce bois, elles sont fort douteuscs. CH. ELOY. 

BIBLIOGRAPHIE. CORRIGAN. The L. Med. Record, 1848, t. I, p. 43. HUTCHIXSOJT. Eodcin 
loco, 1858, p. 276. BUDD. Eodem loco, 1856, p. 49. WILES. Med. Times and Gaz., 18iV2, 
t. I, p. 258. -- WILSHIRE. The Lancet, 1862, t. II, p. 65. DESMARTES. Eodem loco, 1862, 
t. II, p. 252. WOODWARD. Eodem loco, 1862, t. II, p. 562. COTTON. Med. Times and Gaz., 
1875, t. II, p. 125. FLUCKIGER et HANBURY. Histoire des drogues d origine ve ge tale, trad, 
par de Lanessan, 1878. RALFE. The Lancet, 1880, t. I, p. 521. GOELER et LABBE. Com- 
mentaires tke rapeutiques du Codex, 1885, p. 45. Roux. Traite des maladies des pays 
chauds, 1886. CH. E. 



HfiMATOZOAIRES. 43 

III:JIVTO/OVHU:M. On appelle llemalo:-<>aii-< x ( lu. K , sang; <:>, animal) 
les animaux qui vivent. soil normalement, soil accidentellement, dans le sang 
d autres animaux. Ces parasites ne constituent point un groupe zoologique na- 
turel, puisqu on trouve parmi cux des Protozoaircs et (les Vers (Trematodes, 
Nematodes). 

Une etude generate des hematozoaires nc saurait etrc presentee ici, en raison 
merae de la grande diversite de ces etres. Nous ne pouvons que considerer suc- 
cessivement les hematozoaires appartenant aux differents groupes zoologiques. 

Si nous devious n envisager ici quc ceux de ces aniniaux qui se pcuvent ob 
server cbez 1 Homme, noire lache serait aisee : il nous sr.flirait de faire 1 histoirc 
de la Bilharzia haematobia, de consacrer quelques lignes a un helminthe clou- 
leux, Hexathyridium venarum, et dc dire qnelques mots des cas, d aillcurs 
fort rares, oil des Distomes erraliqucs ont ete renconlres dan> I amiaivil nrenla- 
toire; il nous faudrait encore raUacher secondairement a noire etude Ja Filer/it 
sangulnis hominis qui, malgre son nom, cst reellement parasite du 
lymphatique, mais dont les embryons se Irouvcnt en grande nbondance dans le 
sang (Feu/. HELMINTIIES, n oi). Ainsi compris, cct article cxposn-aii suns Joule 
ce qu on sail a 1 heure actuelle des he inalo/oaiYes dc I lionunc, mais il ne don- 
nerait qu une idee fort impaiiailc des hematozoaires en ^( -neral el. de leur 
importance pathologique : nous etudierons done non-seulement les lujmalo/naiivs 
de 1 Homme, mais aussi ceux des divers animaux. 

HEMATOZOAIUES APPARTE.NANT AI cr,oui E DI:S PHOTOZOAIRES. Les Protozoaircs 
hematobies appartiennent au groupe des Flagelles. Dans Fetal aetnel de ims 
connaissances, il serait premature de charcher a en donncr une classification 
methodique : leur structure et surtout lenr prnvenance sont en eliel si impar- 
faitementconnues, que certains auteurs serefusent encore a les considuvr o>mme 
des parasites veritables et ne voient en eux que de simples elements anatomiques 
modifies. 

Des recberches ulterieures demontrcront sans doute lenr presence possible 
dans le sang d animaux appartenant aux dilTerenls ordres de Vertebres. Jusqu a 
present, on les a surtout rencontres chez les animaux a sang froid (Datraciens, 
Poissons). Us semblent etre rares cbez les Oiseaux; quant aux Mammiferes, on 
ne les connait encore que chez les Rongeurs et les Insectivores. 

Kiinstler a rencontre un organisme de ce genre dans le sang du Cobaye. Avant 
Jui, Gros, Ghaussat et Lewis, avaient vu des parasites analogues. 

Gros assure que le sang d un Mulot lui a presante des vermicnles si nom- 
breux, que tous les globules en avaient 1 air animes. Ces bematozoaires etaient 
si petits qu ils etaient a peine reconnaissables a un grossissement de 400 dia- 
metres. Suivant le meme observateur, le sang des Taupes renlerme souvent les 
memes animalcules. 

Chaussat a rencontre plusieurs fois dans le sang du Rat noir (.l/s rallu* Lin.) 
des animalcules microscopiques ayant la forme de Filaires : leurs mouvements 
etaient tres rapides. Ces parasites ne s obscrvent presque jamais cbez les jeunes 
Rats, mais se voient presque toujours cbez les adultes : Chaussat semblc les 
considerer comme de jeunes Nematodes, mais nous ne doutons pas qu ils 
soient fort analogues, sinon identiques a ceux dont il va etre question ; la meme 
remarque est applicable aux hematozoaires signales par Gros. 

Lewis a observe a Calcutta, dans le sang de plusieurs J/.s decumamis et 
Mus rufescens en parfaite sante, un nombre considerable d organismes en forme 



41 IJEMATOZOAIRES. 

de batonnets, capablcs de modifier plus ou moins leur forme et pourvus, a 1 une 
de leurs exlremiles, d un long flagellum au moyen duquel ils se deplacent avec 
une grande vivacite; 1 animalcule en mouvement a son flagellum dirige en 
arriere. Le corps est transparent, anhiste, Jong de 20 a 50 p et large de 0,8 
a 1 fx; le flagellum est d une extreme linesse et au moins aussi long que le 
corps. 

Les organismes dont il s agit apparticnnent incontestablement au groupe des 
Flagelles, plus specialement a celui des Monades; ils different des Trypanosomes 
par I absencc de membrane ondulante. Ces parasites sont tres-frequents dans les 
especcs dont nous avons cite les noms, puisque Lewis les a rencontres dans 
21) pour 100 des cas. Ils n exercent aucune inlluence sur la sante de 1 animal. 
Hecemnit iil, l)aiiilt v\sk\ les a designi s sous le nom d llerpelomouas Lewisi. 

C est a. \\cdl (|iie icvicnt le merile d avoir le preinier constate d une facon 
certaine 1 exislence de Prolozoaires dans le sang des Oiseaux; ses descriptions 
sont malheureusement Irop vagues pour qu on puisse se prononcer sur la veri 
table nature des nr-anisnies observes par lui. 11 decrit et figure ebez Loxia 
coccothraustes des bematozoaires ovales, a pen pres aussi gros qu un globule 
san-iiiii cl dniil I nii (!(< pules, scpan par mi etraiuilement, porte une couronne 
de dis vibraliles; I organisme tournc en rond sur lui-meme. 

\\etll signalc encore, cbe/. le meme Oiseau, 1 existence d hematozoaires si 
iiumlnvux que cbaque gonllc de sang en renfermait de 50 a 50; ils mesuraient 
75 a 150 [A de long sur 5 a 6 u. de large et se deplacaient par un mouvement 
en lielice; ils elaient asscz epaissis, elfiles a une extremite, obtus a Fautre. 

Ces organismes, que AVedl decrit trop sommairement, ont la plus grande ana 
logic avec les bematozoaires decrits plus haul cbez le Hat. Ils ne ressemblent 
pas moins a ceux qnc Danilewsky a observes cbez des Oiseaux de groupes assez 
divers (Accipitridae, Laniadae, Corvini, etc.). Le naturaliste de Charkow rat- 
taclie, il est vrai, ces productions aux Cytozoaires, dont il sera question plus 
loin, et veut voir en elles dejeunes Gregarines. 

Ce dernier observateur a encore rencontre dans le sang des Oiseaux un Tnjpa- 
nosoma avinm, organisine lusiforme plus ou moins allonge, el iile a ses deux 
cxlreniites. L une de celles-ci porte un flagellum assez long, de la base duquel 
part une membrane ondulante qui s etend jusqu a 1 extremite opposee, en faisant 
autour du corps un a deux tours de spire. Le corps renferme un noyau arrondi 
et homogene; au moment de la mort apparaissent aussi des vacuoles qui parfois 
se fusionnent en une seule. Get hematozoaire se meut en spirale: le flagellum 
est dirige en avant. Les j)lus grands individns sont trois a cinq fois aussi longs 
qu un globule rouge du sang. 

Le sang des Gbeloniens peut egalement renfermer des parasites de cet ordre : 
Leydig y a observe des Trypanosomes et Kiinstler a vu chez la Tortue boueuse 
un parasite fort rare, qu il croit elre tres-voisin du Trypanosoma. 

Danilewsky nous a fourni a ce propos des renseignements plus precis. Dans 
le sang de Tortues (Etnys lutraria) qui etaient restees plusieurs mois sans 
manger et se trouvaicnt par consequent fort amaigries, cet observateur a trouve 
un nombre immense de Monades tres mobiles; ces memes parasites se voyaient 
aussi dans la lympbe, 1 urine, labile, etc. G etaient des He.ramitus, c est-a-dire 
des Flagelles caracterises par la presence de quatre flagellums mobiles en avant 
et de deux longs tentacules immobiles en arriere. 

Quant a la provenance de ces Monades hematobies, Danilewsky pense qu elles 



HEMATOZOA.IRES. 45 

sont venues de 1 inteslin et que les alterations subies par la muqueuse intesti- 
nale pendant la periode d inanition ont favorise leur passage dans le sang. 

La premiere observation de Protozoaires dans le sang des Batraciens est due 
a Glu-eet date de 1842. Gel observateur trouva dans le coaur d une Grenouille 
un organisme microscopique de forme allongec, termine en pointe a ses deux 
extremites et portant sur le roti ; droit trois appendices asscz longs (probable- 
ment une membrane ondulante) qu il faisait mouvoir avec beaucoup de rapidite ; 
en meme temps il se deplacait tres-vivemcnt. Le corps etait transparent et ne 
presentait pas la moindre trace d organisation. 

Peu de temps apres, ce meme animalcule fut rctronve par Mayer, qui lui 
donna le nom A Anuvba rotalnria, puis par Gruby, qui le designa sous celui de 
Trypanosoma sanguinis. 

Von Siebold admit 1 identiU- de \\\itiu-ba rotatoria Mayer avec le Tnjpano- 
soma sanguinis Gruby : semblable manic-re de voir a ete adoptee par Chaussat, 
auquel le Trypanosome n a pas paru aussi rare qu a Gruby. 

\Yedl, en 1850, retronva cet organisme dans le sang de la Rainelte. Hay 
Lankester le revit cbez la Grenouille en 1871 ; le croyant nouveau, il lui donna 
le nom d Undulina ranaruin. Par la suiie, Grassi le vit rgalement chex la llai- 
nette et le Crapaud commun. Davaiur, an dire de Chan-sal, I avait Ini-meme 
observe chez 1 Alyte accoucheur; on I a vu encore chez les I.elards. 

On considere actuellement les Trypanosomes comme des ctres particuliers : 
on s accorde a les ranger parmi les Flagelles, dont ils constituent le genre le 
plus simple. Mais, avant que cette notion fut generaleraent admise, on a emis 
sur leur nature les opinions les plus diverses. Remak, Civplin et von Siebold, 
ne pouvaient consentir a voir en eux de veritables animanx; cc dernier anteur 
les considerait comme des membranes flottantes, de provenance inconnue. Gaule 
a emis une opinion non moins s-iuguliere : pour lui, il ne s agirait point la de 
parasites, mais de simples leucocytes, dout il amait pu suivre sous le micro 
scope la transformation en Trypanosomes; inversement, les Trypanosomes pour- 
raient re Jevenir des globules blancs. 

Le Trypanosome n est point le seul Protozoaire qni se rencontre dans le sang 
de la Grenouille. Mayer y a encore observe un autre organisme, qu il appela 
Paramaecium loricalum o\i cosladim. Cet hematozoaire a etc revu et figure par 
Wedl chez la Grenouille (fig. 5, h, i; fig. 6) et chez la liainette (fig. 9 et 10); 
Rattig, Gaule et Grassi, eurent egalement 1 occasion dc 1 observer : ce dernier 
lui donna le nom de Paramecioides costatnx. 

Enfin, Danilewsky a pu rencontrer encore, dans le sang de Grenouilles qui 
avaient passe 1 hiver dans le laboratoire, des Hexamitus analogues a ceux qu il 
avail vus deja chez la Tortue. 

Les Protozoaires hematobies sont connus chez les Poissons depuis 1841. A 
cette epoque, Valentin dccrivit dans le sang de la Truile commune des animal 
cules longs de 7 a 15 p, doues de mouvements amiboides ; ils exccutaient des 
mouvements tres-rapides, le plus souvent sans changer de place, mais pouvaient 
aussi se deplacer, en decrivant dans leur marche de veritables cerclcs. 

Remak observa lui-meme dans le sang de la plupart des Poissons de riviere, 
et particuherement chez le Brochet, des hematozoaires qui n etaient sans doute 
aulre chose que des Trypanosomes. 11 leur reconnait une partie membraneuse 
transparente et des prolongements denies, qui disparaissent quand ranimalcule 
reste en repos. C est assurement le meme organisme qui a ete revu par Berg et 



4li HEMATOZOAIRES. 

Creplin clicz le Broclict et par Gros chez diverses especcs (Goujon, Motelle, 
Perche, Sterlet, Lotte, Tanche, etc.) : les animalcules de la Motelle etaient nom- 
breux, tres-vil s, arniboides, et presentaient 1 aspect d un ruban qui se lord else 
plisse dans tons les sens; ils etaient longs de 45 ^, larges de 1 p. seulcment. 
Gros dit encore avoir vu quelques-uns de ces organismes a 1 interieur des glo 
bules sanguins; pent-etre s agit-il, dans cette observation, des curieuses pro 
ductions celluluires quo nous e tudierons plus loin sous le nom de Cytozoaires. 

I ll luhnalozoaire different de ceux-ci a e te rencontre par Chaussat dans le 
sang du Barbeau : cet auteur le compare avec raison a V Amoeba rotatoria Mayer, 
qui n est, com me nous 1 avons dit, qu une forme du Trypanosome de la Gre- 
nouille. 

\\edl a oltMTvv dans le sang de la Tanche des parasites fort analogues a ceux 
qu avail decrils Uemak; il les rctrouva cbex le Goujon et vit en meme temps, 
cbex cr dernier, des organismes dil fe rents qu il appela Globtilaria radiata san- 
<li<iiiis. 11 est difficile de se prononcer sur la nature de ce dernier, dout la 
description est incomplete ct les dessius assez imparfuits : on est frappe seule- 
inrnl (le MHI analogic avei; TrirliDilinii i>et!icithix, Inl usoire peril riebe assez fre- 
quenl dans I mlesl m de la Grenouille. L belminthologiste viemiois reiicontra 
egalenieiit dans le sang du Goujon et de la Tanche, purfois en nombre conside 
rable, des u jieliles r llaires un pen plus longues que les globules rouges. Ces 
productions nv^euiMenl beancoup a relies ipie Gros a observees chcz la Motelle 
et, coniine eelle ci, doivcnt sausdoute etre considerees comme des Cytozoaires. 

I ne elude plus reeente, et aussi plus complete, des heinatozoaires des Poissons, 
est due a Mitrophanow. Le naturaliste moscovite de erit sous le nom d Haemn- 
luiiiutHix cobili; un organisme rencontre parlui dans le sang de Cobitisfossilis. 
C est un eli-e long de 50 a 1U u., large da 1 a 1,5 u., done d une extreme agilitc; 
le corps pre senle sur un dc ses cote s une large membrane ondulanle entouree 
en spirale et est pourui, a 1 uue de ses extremites, d un long flagellum qui 
est toujours dirige en avant pendant la marclie. An moment de la mort, fla 
gellum et membrane se retractent et 1 organisme prend 1 aspect d un simple 
grumeau sarcodique. 

Milropliaiinsv fait e*galement connuitre sous le nom d Hcematomonas carassii 
un bematozoairede Carassiiis rulyaris. Ce nouvel organisme est tres-semblable 
au precedeiil, .-i ce n est que sa taille est plus forte, sa membrane ondulante 
plus etioiteel sou a^ihte moins grande. 

tulin, l)ani!e\\>ky a relrouve ces meraes organismes cbex dilierents Poissons 
(Cyprinus carpio, C. tinea, Cobilis fussilis, C. barbattda, Esox Indus, Perca 
jliiviatilis, etc.). 11 leur donne Je nom de Trypanosoma piscium et en distingue 
deux vaiietes, qui correspondent as^ez exactement a celles qu a reconnnes Mitro 
phanow. 

CYTOZOAIRES. Nous devons maintenant dire quelques mots de productions 
5-iugulieresque Ray Lankester avait apercues deja dans le sang de k Grenouille 
en 1871, mais dont 1 etnde de taillee a e te laite par Gaule et par Danilewsky. 

En examinant les globules rouges du sang de Grenouille defibrine et porte a 
une temperature de 50 a 52 C, dans une solution de chlorure de sodium a 
0,6 pour 100, Gaule vit apparaitre dans la cellule, a cote du noyau, des cor- 
puscules mobiles, allonges et pointus li leurs deux extre miles (tig. 1, B). Ces 
corpuscules, que Gaule a^ipelle Cytozoaires, sortent de la cellule, qu ils peuvent 
trainer un certain temps apres eux, accomplissent des mouvements pendant un 



UEMATOZOAIRES. 47 

laps dc temps plus ou moins long, puis entrent en repos, meureut ct dispa- 
raissent par dissolution dans le plasma. 

Les Cytozoaires ne sont point preformes dans le sang; ce ne seraient point 
davantage des parasites, et 1 opinion d Arndt, qui les prenait pour des Spiroclietes, 
serait inexacte. 11 faudrait les conside rer commc des partieules de la substance 
du noyau. 

Dans des organes comme la rate, le foie, la moelle des os, ils se developpent 





Fig. 1. Cytozoahes Jo la Grcnouille, d apres Gaulc. 

A. Cellule splenique avec Cytozoaires. B. Globule rouge du sang dont le protoplasms renferme un 

Cytozoaire. 

aux depcns des hematies bien plus facilement et bien plus vile que dans le sang 
lui-meme. Pour la rate, 1 intervention de la clialeur est inutile et il sullil 
d ajouter hi solution saline au sue de cet organe pour les voir apjiaraitre; (iaule 
pense meme que les globules routes acquierent seuleraent dans la rate la fanilte 
de leur donner naissance. II est du reste a noter qu ils se developpent tout aussi 
bien dans les cellules propres de la rate (fig. 1, A), dans les cellules he patiques 
et dans les cellules de la moelle des os. 

L epoque ii laquelle les Cytozoaires se montrent le plus facilement, et en plus 
grand nomLre, coincide avec le moment ou la Grenouille ne prend plus ancun 
aliment et vit uniquement des reserves qu elle a failcs pendant sa periode d ac- 
tivite ; ce sera, pour les grosses Grenouilles en automne, pour les petites an 
printemps. 

Ges organismes s observent e galement dans les tissus des animaux vivants. 
Qu oti fixe instantanemcnt les tissus par le sublime corrosif en solution aqueuse 
concentree ou par 1 acide nitrique a 5 pour 100 et qu on fasse intervenir les 
reactifs colorants (violet de genliane), on verra frequemment dans les cellules 
a cole des noyaux, de petils noyaux accessoires qui se comportent a 1 egard 
des reactifs de la meme faron que le noyau lui-meme et qui ne sout aulre chose 
que les Cytozoaires. 

Si on dissocie dans 1 acide osmique une rate fraiche de Greuouille, on ne 
tronve point de Cytozoaires et on ne voit dans chaque cellule quo le noyau et le 
protoplasma granuleux, mais, si on laissc mourir les elements de la rate et 
qu ensuite on provoque, par les moyens enonces plus haul, 1 apparilion de ces 
organismes, on pourra deslors les fixer par 1 acide osmique. 

Ces productions out uue structure compliquee : par 1 action des reactifs, on 



i8 1IEMATOZOA1UES. 

y pent reconnaitrc un noyau et un protoplasma forme de deux substances bien 
distinctes : Tune, qui se colore par la nigrosine, occupe les deux extremites; 
1 autre, sur laquelle se porte 1 eosine, se presente sous 1 aspect de deux grains 
entoures d un espace clair et disposes dc chaque cote du noyau. 

Les hematics nc sont pas les seuls elements capables de produire des Cyto 
zoaires, encore que le phenomene s observe plus aisement chez clles : chaque 
especc de cellule peut avoir les siens. De plus, leur aspect vane d une espece 
animalc a 1 aulre : cctix de la Grenouille rousse different de ccux de la (in - 
nouille vertc. Chez les Batraeiens urocleles (Salamandre, Triton), ils sont, comme 
les globules rouges, de grandes dimensions, et pre sentent un llagellum. Les hema- 
tozoaires Handles ipie Danilewsky a Irouve s die/ la Torluc et dont nous avons 
parly plus haul ne seraieut aulre chose que des Cytozoaires, d apres 1 opinion de 
Gaule. Chez I llomme lui-meme, on pent observer de semblables organismes, et 
on en reconnaitrait meme dcu\ Inrmcs : 1 une llagellee, 1 autre vermiculaire, 
eomme chcz la Grennuille; il> preimeiit naissance au moment pre cis oil le sang 
quiltc. les vaisM niix. et sc londcnt aussitol dans le plasma : pour les voir, il faut 
done avoir nrours a des [iroirdrs dc lixalion instautanee. 

(Jnulle est la signification physiologique des Cytozoaires? A 1 etat normal, 
c est sriileinenl dans la rate, quelquefois aussi pourlant dans le foie, qu ils sor- 
tent des globules san-nins : ils penetrent alors a rintcricm- de certaines cellules 
>jdcni(|iics particulieremeiit riches en protoplasma. Ces cellules, que Gaule de- 
signe sous le nom de cclli/lcx nourricieres, forment des amas e pars dans la 
substance dc la rate, a la facon des follicules chcz les Mammiferes : c est a leur 
interieur (|iie preiidraienl. naissance les jcunes hematics. 

I .n antomne, les Cytozoaires commencent a s emmagasiner dans les cellules 
nonrricieres. Celles-ci augmcntent alors de taille et se chargent, vers le milieu 
de 1 liiver, d un pigment particulier ayant la meme couleur que I lie raoglobine. 
Au commencement du printemps, on distingue deja a leur interieur de jeunes 
globules rouges, qui seront mis en liberte au moment ou 1 animal sortira de son 
sommeil hi vernal. 

Tandis que les jcunes hematics se forment de la sorte, les vieilles, celles qui 
ont dnune naissanee aux Cytozoaires, se detruisent peu a pen : elles s accumu- 
lent dans la rate et dans le foie. Pendant 1 hiver, la masse totale du sang de la 
Grenouille va done sanscesse en diminuant; au printemps, elle augmente brus- 
quement. 

II cst interessant de remarquer que certaines conditions peuvent provorjuer 
1 apparilion de ces phenomenes qui, normalement, s accomplissent pendant la 
saison froide : la captivite, un hiver particulieremeiit chaud, la se cheresse, la 
lumiere, sont de ce nombre. II en est de meme pour certains poisons : par 
exemple, une dose de 0,6 a 1 milligramme de pilocarpine determine la pro 
duction de jeunes globules rouges dans 1 espace de quelques heures : on voit 
alors le nombre des globules augmenter dans une proportion considc rable, grace 
a 1 apparition d elements encore incompletement developpes. 

Telle est. exposce dans ses traits essentiels, la theorie de Gaule. Pour cet au- 
teur, les Cytozoaires ne seraient nullement des parasites, mais bien des produc 
tions normales de 1 organisme. Nous devons ajouter que cette opinion, defendue 
avec perseverance par son auteur, n a rencontre jusqu a ce jour que des con- 
tradicteurs. 

Ray Lankester n hesite pas a considerer les Cytozoaires du sang de la Gre- 



IIEMATOZOAIRES. 40 

nouille comme de veritables parasites ; il vent y reconnaitre les corpuscules 
falciformcs d un Sporozoaire (Coccidie) et propose de leur donner le nom de 
Drepanidiitm rancmtm. 

L etude de ces productions a ete reprise avec details par Danilewsky. A 
1 exemple de Ray Lankester, le naturaliste russe les considere comme des para 
sites, qu il rattacbe aux Sporozoaires; il les decrit sous le nom general de Haemo- 
gregarina. 

Chez les Oiseaux, les Cytozoaires prennent encore naissance a 1 interieur des 
hematics : ils grandissent peu a pen, s allongent et prennent une forme vermi- 
culaire; ils finissent par devenir libres et par acquerir un noyau. Nous avons 
indique plus haul, a propos des Protozoaires hematobies des Batraciens, qnelles 
semblaient elre alors leurs relations avec les organismes filariformes qu il n est 
point rare de voir nager librement dans le plasma. 

Danilewsky a pu suivre d une fucon plus complete 1 evolution des Cytozoaires 
cbez la Tortue (Emys lutraria). Ces organismes se montrent enfouis dans la 
substance d un plus ou moins grand nombre dc globules rouges, a cole du 
noyau (fig. 2, A, B, C, D); on peut les voir encore, mais bien plus rarement, 





A 



3 








Fig. 2. Haemogregarina Stepanowi des globules rouges du sang de la Tortue (Emijs litlraria) 

d apres Danile\v>ky. 

A, B, C, D, differentes formes de Cytozoaires renfermes daus les globules rouges, a col& du noyau. - 
E, F, le Cytozaire sort du globule. G, Cytozoaire nageant librement dans le plasma sanguin. 

nageantdans le plasma, G. Les globules qui les hebergentne se distinguent des 
normaux ni par la forme ni par la structure; on les voit seulement acquerir 
de grandes dimensions, quand le parasite augmente lui-meme de taille et 
acquiert son complet developpement. Celui-ci tranche sur la substance du 
globule par sa plus grande transparence et par son aspect gris clair; il rejette 
le noyau sur le cole. Quand il a atteintson maximum de taille, il peut mesurer 
jusqu a 50 jjt, c est-a-dire qu il est souvent plus de deux Ibis plus long que le 
globule, a 1 interieurduquel il se replie sur lui-meme. 

La croissance du parasite se fait aux depens de la substance du globule, qu il 
absorbe peu a peu : ce dernier est reduit tinalement a une mince couche peri- 
pherique, qui forme autour du Cytozoaire une sorte de capsule incolore. Quand 
celui-ci a acheve sa croissance, il dechire son enveloppe, E, F, et commence a 
nager dans le plasma ; jusqu alors il etait reste immobile ; les restes du globule 

DICT. EKC. l e S. XIII. 4 



:>0 UK MATOZOAIRES. 

se rctrouvent alors dans le sang, sous forme d un sac perce a 1 une de ses 
extremiles ; le noyau se voit encore a 1 interieur on a cote de ce sac. 

Lc Cytozoaire devenu libre a une structure des plus simples, G : c est un 
corps cylindrique, allonge; 1 unedes extremites est arrondie etdirigee en avant, 
1 autre est effilee et tournee en arriere. La partie moyenne du corps renferme un 
noyau elliplique, pourvu d un nucleole. 

La forme libre representerait 1 etat adultc d un Sporozoaire que Danilewsky 
appelle Haemogregarina Stepanowi. L opinion du naturaliste russe differe done 
nolablement de celle de Ray Lankester, qui rattachait aussi les Cytozoaires aux 
Sporozoaires, mais les considerait comme analogues aux corpuscules falciformes. 

Les Cytozoaires du Lc zard (Lacerta viridis, L. agilis) ressemblcnt beaucoup 
aux precedents : ils sont parfois si nombreux, qu on les trouve cbez plus dc 
20 pour 100 des globules. Pour la commodite de la description, on en peut 
distinguer deux formes, 1 une inlra-cellulaire, 1 autre libre dans le plasma, mais 
ces deux formes ne repivsentent que deux etats successifs d un meme parasite; 
les animalcules libres sont toujours bicn plus rares que les intra-cellulaires. 
Danilew.ky distingue encore trois formes parmi ces derniers. 

Tous ces fails rendcnt assurement fort vraisemblable l opinion d apres laquelle 
les (Mn/iiniivN, loin d avoir la signification et 1 importanee histogenique qui 
lour est attribute par (iaule, seraicnt de simples parasites du groupe des Spo 
rozoaires. Ne anmoins, dans 1 etat actuel de la science, il est bien difficile de se 
juononcer sur ce point. On n est pas mieux fixe sur I origine de ces parasites 
et sur leur mode de penetration dans le sang. 

Les Cytozoaires n ont pas encore e te etudies d une facon suivie dans le sang 
de 1 llomme, bien que Gaule disc les y avoir rencontres. Danilewsky croit pou- 
voir leur rapporter les organismes trouve s dans le sang par Richard, Laveran, 
Marchiafava et Celli, dans les cas de malaria. En effet, les a elements cylin- 
driques en croissant n decrits par Laveran et les formes en croissant signalees 
par Marcbiafava et Celli se developpent a 1 interieur des globules rouges. 

HEMATOZOAIRES APPARTENANT AU GRODPE UES TREMATODES. A part les Billiarzies, 
dontnous aurons a parler longuement a la fin de ce chapitre, les Trematodes se 
voient rarement dans le sang. Parmi les observations actuellement connues, 
quelques-unes sont indiscutables, quelques autres sont douteuses : de ce nombre 
est celle de Treuller, sur laquelle les auteurs sont loin d etre d accord. 

Get auleur a decrit, en 1793, sous le nom d Hexathyridium venarum, un 
Vcr |ilat qu il aurait exlrait de la veine tibiale anterieure, ouverte spontaneraent, 
chez un jeune homme, pendant que celui-ci se baignait a la riviere. 

L observation deTreutler a donne lieu a bien des controverses : ile tait en effet 
difficile de I admettre, tant qu on ne connaissait point d exemples plus authen- 
tiques de la presence de Distomes dans les vaisseaux sanguins. Mais ce fait, 
longtemps considere comme douteux, est aujourd lmi demontre. On peut done 
admettre que les Hexathyridium venarum de Treutler n etaient autre chose 
que des Distoma lanceolatnm ou, plus vraiseniblablement, de jeunes D. hepa- 
ticum, ainsi que semblent 1 indiquer les ramifications laterales portees parchacun 
des deux csecums intestinaux. 

Uu cas plus remarquable, et dont 1 aulhenticite ne peut etre 1 objet du plus 
leger doute, est celui de Duval, professeur d analomie a 1 Ecole de me decine de 
Rennes. On en trouvera 1 histoire detaillee a 1 article DODVES. 

II convient de rapprocher de ce cas ceux ou des Distomes ont ete trouves dans 



HEMATOZOAIRES. 



51 



ties tumeurs sous-cutane es. Ces Vers, sans aucun doute, e laient primitivemcnt 
libres dans le sang : entraines avec celui-ci, ils se sont arretes dans les capil- 
laires et leur presence s est manifestee par la production d une tumeur. A cette 
categoric appartiennent les cas de Giesker, de Penu Harris, de Fox et de Dionis 
des Carrieres, dont on trouvera le resume a 1 article DOUVES. 

A cote de ces observations, citons encore celles de Leared, de Schmitz et de 
von Baer, qui, il est vrai, ne se rapportent pas a 1 Homme. Le premier de ces 
auteurs a trouve, dans les cavile s du cccur d une Tortue, de jeunes Distomes 
longs de 5 millimetres, largesde \ millimetre environ : il leur donna lenom de 
Distoma constriction. Des ceufs qui provenaient sans doute de ce parasite 
e taient en suspension dans le sang; ces memes ceufs ont encore etc rencontres 
dans le cceur d une aulre Tortue appartenant a une espece differente. 

Schmitz a observe a Berlin, en 1826, dans les vaisseaux mesenteriques du 
Sonneur a venire de feu (Bombinator igneus), des bematozoaires dont il donne 
une description trop incomplete pour qu on puisse les classer surement. It 
semble du moins probable qu il s a^issait de petits Tremalodes; Iliesing leur a 
donne le nom d Hexathyridium affine, les rangeaut ainsi dans le meme groupe 
que le parasite vu par Treutler. 

Des bematozoaires appartenant a 1 ordre des Trematodes ont encore <ite trouves 
par von Baer dans le sang de certains Mollusques lamellibrancbes (Anodonta 
ventricosa) : ce celebre anatomisle leur donna le nom de Distoma duplicatum. 
Ils nageaient librement dans le sang de 1 oreillette et du ventricule et des para 
sites de meme espece se trouvaient loges dans 1 organe de Bojanus, sous la peau 
du dos, dans le foie, le pied, les branchies, etc. 

BILUARZIA HAEMATOBIA Cobbold. Ce Trematode appartient a un groupe remar- 
quable de Distomes unisexues. II a ete decouvert 
en 1851 dans le sang de la veine porte par Bil- 
harz, alors professeur a 1 Ecole de medecine du 
Caire. On trouvera a 1 article REIN, relativement 
a cet helminthe, quelqucs documents auxquels il 
ne sera pas bors de propos d adjoindre ici le re- 
sultat d observations plus recentes. 

Le male (fig. 5, f,g,h) est long de 11 a 14 mil- 
limelres; sa largeur peul alteindre 1 millimetre; 
il est a peu pres gros comme un Oxyure et d un 
blanc d opale. L extre mile anlerieure du corps est 
nettement aplatie et porte les ventouses : celles-ci 
sont a peu pres d egale taillc, situees a peu de 
distance 1 une de 1 autre, et font une notable saillie 
a la surface du corps ; elles ont un diametre d en- 
viron 260 ft. 

En arriere de la ventouse ventrale, le corps Fig. o.-Biiharziesmaieetfemeiie 

,, .. fortement grossies, d apres Bilharz. 

sepaissit assez brusquement , puis conserve la a ^ femelle en partie contenue 

meme epaisseur jusqu a 1 extremite caudale, ter- dans le canal gynecopiioreduma- 

minee en poinle arrondie. Le corps semble tout 

d abord cylindrique, mais un examen plus attentif 

permet de reconnaitre qu il est lui-meme aplati, 

plus aplati meme que la partie anterieure. L apparence cylindrique tient a cc 

que la face ventrale s est enroulee sur elle-meme en gouttiere; cet enroule 




V 



raie. 



52 IIKMATOZOAIRES. 

ment est si complct, que les deux bords chevauclient 1 un sur 1 autre. II se iorme 
de la sorte, a la partie posterieure du corps du male, un canal incompletement 
clos qui sert d abri a la feraelle. Cc canal a e te reconnu par Bilharz, qui lui 
donna le norn de canalis gynaecophorns ; quand la f emelle est fecondee et 
qu ellc grossit par suite dn developpement des ceufs, les levres du canal s ecar- 
tent 1 une de 1 autre, mais jamais assez pour ne plus la retenir et pour la Jaisser 
tomber. 

La partie antorieure du corps n occupe que la huitieme ou la neuvieme partie 
de la longueur totale; le tegument en est lisse et mou. Le reste du corps est an 
contraireorne, sur saface superieure ou externe, d un grand nombre de papilles 
surmontees de petites epines. La face ventrale, c est-a-dire 1 interieur du canal 
gynecophore, est olle-mome pourvue d innombrables petites saillies coniques, 
tres-serrees les unes contre les aulres; seule, la lignc mediane du canal reste 
lisse. Les deux ventouses out un aspect chagrine, grace a la juxtaposition d un 
nombre considerable do granules aplatis qui se trouvent disposes a leur sur 
face interne. 

Au-dessous de la culicule se voit une double assise musculaire : la couche 
longitudinale, qui est la plus importante, est forme e de cellules fusiformes, 
|),iralleles entre elles, bien distinctes les unes des autres et longues de 50 p; 
Ja coucbe diagonale est constitue e par des faisceaux tres-espaces les uns des 
autres. Le parencliyme du corps est forme de cellules conjonctives serrees, dont 
le noyau mesure 4 \i. L enroulement de la partie posterieure du corps n est 
point dii a 1 action des muscles. 

L appareil excreteur est represente par deux canaux clairs et etroits, de 
largeur inegale, non ramifies, qui sont situes dans les parties laterales du 
corps, mais se reunissent en arnere, suivaut la ligne mediane, en un canal 
unique; celui-ci, apres un court trajet, s ouvre a 1 extremite de la queue. An 
point ou les deux branches laterales s anastomosent, on voit e galement aboutir 
un fin canalicule, qu il est possible de suivre quelque temps sur Ja ligne 
mediane. 

Le tube digestif commence a la ventouse anterieure ou buccale ; il se renfle 
en un pharynx de petites dimensions, puis se continue, sous forme d un canal 
elroit et sinueux, jusqu a la ventouse ventrale ou posterieure. Immediatement 
en avant de celle-ci, il sc divise en deux branches, dont chacune se porte dans 
la parlie laterale correspondante, et presente un diametre transversal de 40 ^ 
au maximum. Les deux branches intestinales poursuivent leur trajet d avant en 
arriere, puis finissent par se reunir en un seul csecum, dont le fond se trouve 
situe a pen pres a O mm ,34 de 1 extremite caudale. 

Les organes genitaux ont une structure des plus simples. Un peu en arriere 
de la ventouse posterieure, au point precis ou la partie anterieure du corps, 
lisse et aplatie, se continue avec la partie posterieure, on voit cinq a six vesi- 
cules testiculaires arrondies, serrees les unes contre les autres, larges de 120 /^ 
et disposees en alternance suivant la longueur. Ces vesicules aboulissent a un 
canal deferent que limite une paroi propre et qui s ouvre presque aussitot dans 
le fond du canal gynecophore par un orifice qui semble etre circonscrit par un 
bourrelet. A sa terminaison, ce canal presente du cote gauche un diverticule 
constitue par une vesicule seminale a paroi contractile. L appareil copulateur 
fait defaut : il n existe pas de poche du cirre. 

La femelle (fig. 5, a, b, c) est plus longue que le male, dont elle differe con- 



HEMA.TOZOAIRES. oo 

siderablement par sa complication anatomique; elle mesure de 15 a 20 milli 
metres. Son corps est plus elance, presque cylindrique, et rappelle par son 
aspect general celui des Nematodes. Elle est d une grande tenuitc, fine comme 
un fil de soie, et passe aisement inapeirue dans le sang de la veine porte, si on 
n a soia de verser celui-ci en mince nappe sur une assiette, pour 1 examincr 
attentivement : elle se presente alors sous la forme d un filament blanchatre, 
tandis que le male, environ quatre fois plus epais, est enroule sur lui-meme 
en une sorte de grumeau. 

Sur une coupe transversale, le corps de la femelle presente une forme tres- 
variable. Depuis la venlouse buccale jusqu a la vcntouse ventrale, la section a 
1 aspect d un ovale aplati. La distance entre ces deux ventouses est seulement 
de O mm ,225, malgre la taille relalivement considerable de 1 animal; elles font 
saillie a la surface du corps et ont un diametre de O mm ,08. A la ventouse pos- 
tcrieure commence un profond sillon qui s elend le long de la ligne me diane 
de la face ventrale et qui correspond au canal gynecophore du male; ce sillon 
s efface vers la partie moyenne du corps, mais reapparait dans la region caudale 
et se continue jusqu a 1 extreniite posterieure. 

Le corps s epaissit progressivcmeiit d avant en arriere et son epaisseur va de 
O mm ,07 a O aim ,28. La cuticule uYst pas completement lisse, mais porte de fines 
opines cylindriques, qui sont particulierement developpees dans la region cau 
dale, ou elles ibrment un revetement serre a la surface du sillon ventral : ces 
opines sont dirigees en avant et s opposent peut-etre a ce que la femelle glisse 
dans le canal gynecophore. 

La ventouse buccale, etiree en avant en une pointe mousse et profondement 
e chancree sur les cotes, conduit par uu etroit orifice dans un large pliarynx en 
forme de bocal et afaible musculature. A celui-ci fait suite un ossophage sinueux 
qui, immediatement en avant de la ventouse ventrale, se divise en deux bran 
ches dont la largeur est considerable, mais qui se retrccissent notablement, aux 
points ou les organes genitaux viennent a les comprimer. En arriere de ces der- 
niers, les deux brandies intestinales se reimissent, comme chez le male, en 
un tube assez large, qui se contourne d ordinaire legerement en spirale et se 
termine en un cul-de-sac dont le fond est separe de 1 extremite caudale par 
une distance de O mm ,12 a O mm ,28. 

Dans les premieres portions du tube digestif, l epitbelium est souvent mal 
developpe, surbaisse, indistinct; plus loin, mais surtout apres la fusion des 
deux brandies laterales, il est encore irregulier, mais devient plus puissant, 
sans que pourtant on y puisse reconnaitre de bautes cellules cylindriques. Les 
cellules cubiques ou cylindriques surbaissees portent a leur surface libre des 
filaments protoplasmiques granuleux analogues a ceux qu a decrits Sommer 
cbez la Douve hepatique. Ces prolongements remplissent en grande partie la 
cavile intestinale; ils se separent parfois des elements sous-jacents, sous forme 
de masse coherente, et laissent derriere eux des cellules a contours bien accu 
ses et a sommet arrondi. Plus 1 intestin est etroit, plus sa paroi devient visible ; 
celle-ci est certainement contractile, bien qu on ne puisse encore rien dire de 
pre cis sur les muscles qui enlrent dans sa structure. 

L appareil excreteur est tres-developpe ; sa disposition gene rale est la meme 
que chez le male. Deux larges canaux, qui occupent les cotes et qu il est facile 
de suivre jusque vers le milieu de la longueur du corps, s anastomosent entre 
eux; a leur confluent aboutit e galement un petit canal median. Ces difterents 



5i HEMATOZOAIRES. 

canaux sont tapisses par un epithelium vibratile; ils constituent par leur ren 
contre une poche collcctrice longue de 80 a 180 n; cette poche communique 
avec 1 exterieur au moyeu d un orifice ettoit ct contractile, perce a rextreinit, 
caudale. 

Les organes genii anx femelles out la meme structure generale qne chez les 
Distomes, si ce n est qu ils sont plus dissocies, en raison de I allongemenl 
exceptionnel du corps. 

L ovaire ou germigene est de forme ovale allongee; on le trouve dans Tangle 
que constituent les deux branches intestinales en se fusionnant en un cul-de-sac 
unique. II est lobe, epais, long de O mm ,4 ; son epithelium est forme de cellules 
polyedriques tres-distinctes et de faille differente, suivant leur etat dc maturile. 
Les cellules ovulaires les plus mures sont ovales et enlourees d une couche d al- 
bumine, substance qui s accumule <;i et lit en grande quantite a 1 interieur de 
1 ovaire et separe les ovules les uns des autres. 

De 1 extremite posterieure de 1 ovaire part un canal qui se rellechit aussitot 
en avant ct sr diri-e \ers 1 orifice sexuel : ce canal est 1 oviducte ; on voit sou- 
vi iil a son intiirieur des ovules en plus ou moins grand nombre, reconnaissable* 
;1 la refringence de leur vesicule genninative. Apres un assez long trajet, il 
s est uni au conduit qui provient des vitellogenes. 

Cenx-ci sont repre sentes par deux organes glandubires longs de 12 a 14 mil 
limetres et situes de chaque cole du caecum intestinal. 11s emettent de toutes 
parts des canaux courts et a mince paroi, de 1 union desquels resulte un canal 
unique, le conduit vitellin. 

L oviducte et le conduit vitellin suivent la meme direction ; ils s enroulent 
1 un autour de 1 autre, mais sans quitter pourtant la ligne medianc, serre s 
qu ils sont de part et d autre par les branches inlestinales. Ils sont d ailleurs 
assez faciles a distinguer 1 un de 1 autre : le conduit vitellin augmente progres- 
sivement de calibre, jusqu a acquerir une largeur a peu peu pres egale a celle 
de 1 oviducte; il est en outre caracterise par son contenu, forme d e lements 
vitellins cellulaires, a grosses granulations, agglomeres entre eux et de meme 
taille que les ovules. 

L oviducte et le canal vitellin finissent done par s anastomoser : le canal 
unique qui resulte de leur fusion se jette immediatement dans la glande coquil- 
liere. Celle-ci a la forme d un fruit legerement effile par sa partie superieure 
et supporte par un court pedoncule; clle semble ne pouvoir contenir qu un 
seul 03uf a la fois. Elle est revetue interieurement d un epithelium glandulaire, 
dont les cellules cubiques sont disposees en series longitudinales, ce qui deter 
mine une sorte de striation ; cet epithelium se surbaisse peu a peu, pour se 
continuer jusque dans le pedoncule. Le produit secrete par la glande se dispose 
autour de 1 oeuf dont il forme la coquille ; la cavite du pedoncule produit elle- 
meme 1 eperon dont tout a 1 heure nous reconnailrons 1 existence a la surface de 
1 oeuf. Cet eperon, d apres Fritsch, serait exactement terminal, quand 1 uterus 
debouche dans le fond meme de la glande coquilliere; il serait late ral, quand 
1 orifice uterin est situe en dehors de 1 axe de la glande. 

Par son extremite anterieure, situee a O mm ,6 en arriere de la ventouse ventrale, 
la glande coquilliere donne naissance a 1 uterus, canal large et sinueux, limite 
par une mince paroi, qui se dirige d arriere en avant et se termine par un 
retrecissement subit. Au dela de cclui-ci se voit une chambre spacieuse, a paroi 
epaissie, longue de 160 //, large de 100 p.. Cette chambre ou reservoir seminal 



HEMATOZOAIRES. 



55 



sc continue fmalement par un vagin etroit et musculeux, long de 180 p, lar-e 
de 30 a, qui debouche au dehors par une vulve situee immediatement en arriere 
tie la ventouse ventrale, comnie 1 orifice scxuel du male. 

Nous avons dit deja que le canal gynecophore, forme par 1 enroulemcnt du 
corps du male sur lui-meme, etait destine a donner abri a la femelle, lors de 
1 accouplement. Le corps de cette derniere est trop long pour etre contenu en 
entier dans le canal : il s en echappe par cbacune de ses extremites, mais sur- 
tout en arriere; les parties qui sont ainsi pendantes representent plus de la 
moitie de la longueur totale de la femelle. 

Les deux animaux en copulation sont disposes ventre a venire. Par suite de 
1 absence de tout organe d accouplement, le sperme s ecoule dans le canal gyne 
cophore et fuse sans doute, le long du sillon ventral de la femelle, jusqu a 
1 orifice vaginal qni 1 aspire par capillarite. Cetle maniere de voir est d autant 
plus vraisemblable, qu on n a pas observe jusqu a present d une facon certaine 
le canal de Laurer qui, chez les Distomes, servirait de poche copulatrice et fait 
communiquer avec 1 exterieur le point du tube genital femelle mi 1 oviducte et 
le conduit vitallin se fusionnent. 

L ceuf (fig. 4, a, b) est de forme allongee, assez regulierement ovale, et 
mesure 160 u. sur GO [*; il porte a 1 un de 
ses poles un eperon eflile, long de 20 p. et 
termine par une poinle tres-aceree. A part 
cet appendice, dont le role important va 
nous etre revele tout a I lieure, la coque de 
I o3uf est absolument lisse; elle est du reste 
tres-mince, doublee interieurement d une 
seconde enveloppe ovulaire et depourvue du 
clapet caracteristique de 1 oeuf des Dis 
tomes hermaphrodites. 

L eperon est d ordinaire exactement po- 
laire, c est-a-dire situe a 1 une des extre 
mites du grand axe de I osuf ; parfois, il est 
plus ou moins lateral : nous avons indique 
plus haul quelle disposition anatomique 
semblait etre cause de cette variation. Cer 
tains observateurs ont voulu en conclure a 
1 existence de deux especes distinctes de 
Bilharzies, mais cette maniere de voir doit 
etre definitivement rejetee : on trouve en effet 
tous les intermediaires entre 1 oeuf a e peron polaire et I oauf a eperon franche- 
ment lateral. De meme, on peut voir, dans certains cas, 1 eperon diminuer de 
taille, au point que 1 oeuf semble de pourvu d appendice, mais on ne saurait 
considerer cette variete d ovule comme caracteristique d une espece particuliere 
de Bilharzie, puisque, cette fois encore, on peut trouver toutes les transitions 
entre I ceuf a eperon et I o3uf a coque inerme : Barley admettait que cette der 
niere variete etait propre a 1 espece nominate Bilharzia capensis, du Gap de 
Bonne-Esperance, alors que B. hcematobia d Egypte avail toujours des ovules 
eperonnes. 

L embryon ne se developpe qu apres la ponte, mais son evolution commence 
frequemment avant que I ceuf soil expulse : aussi, en examinant avec atten- 




Fig. 4. (Eufs de Bilharxia haematobia. 

a, oeufs renfermes dans un mucus epais 
(i,0 diametres). b, oeufs contenus dans 
1 urine (100 diaraetres). c, erabryon-. 
libres cilies. 



56 UEMATOZOA1RES. 

lion un assez grand nombre d ovules I liinines avcc 1 urine, en trouve-t-on tou- 
jours quclques-uns a 1 interieur desquels I embryon est deja completement 
forme. 

La segmentation est totale et senible etrc reguliere. Ellc aboutit a la formation 
d un embryon eilie, assez semblable a celui des Distomes et ressemblant, comme 
lui, a un Infusoire holotriche; sa masse interne est encore remplie par un amas 
cellulaire et ne presente aucune trace de differentiation. Ccpendunt une cavitu 
somatique n tarde pas a se creuser, en meme temps que la region cephalique 
se trouve indiquee par la production d une sorte de mamelon conique, au niveau 
duquel les cils vibratiles disparaissent. En ce meme point nait alors par inva- 
gination un organe parliculier qui plonge dans la cavite somatique ; on voit en 
meme U inps apparaitrc, vers le pole oppose , deux ou trois grosses masses 
arrondies et refringentes, vrri tables germcs de Re dies qui se men vent librement 
dans la cavite et donl le nombre ira en augmentant. 

Le caecum nc se devi. Ioppe parfois qu apres 1 eclosion; plus rarement, ses 
branches luU -rales se sont deja formees avant I eclosion. 

Jusqu a ce moment, I embryoD ( bit demeure immobile; il devient alors le 
siege ilc \inoiireuses contractions, qui se produisent surtoul dans la region 
anlerieure. (>Ile-ci vient lieurtci p,u- saccades et a dc courts inlervalles la paroi 
de 1 ovule, qu elle clierche a briscr comme 1 erait un belier. Sous ces chocs 
iv|u les, la coque M I dirliire longitudinalement sur les deux tiers de sa longueur; 
presque toujours la premiere rupture se fait entre 1 eperon ct la region mediane. 
L embryoa apparait done au dehors, mais il est rare qu il parvieune a se degager 
d un seul conp,et de nouveaux efforts sont necessaires pour qu il puisse atteindre 
ce resultat. Au moment de sa sortie, il s elrungle en son milieu a la iacon d un 
sablier, par suite de Tetroitesse de la dechirure pratiquee dans la coque; quaud 
il est definitivement mis en liberte, sa forme redevient promptement ovalaire 
(fig. 4, c). 

La rapidile avec laquelle 1 embryon sort de I osuf varie notablement suivant la 
nature du liquide au scin duquel se fait I eclosion : d apres Cobbold, deux 
minutes sufliraient dans 1 eau pure; si Ton ajoute quelques traces d urine, 
I eclosion serait beaucoup plus lenle et exigerait cinquante-cinq minutes; elle 
ne se ferait pas dans 1 urine pure et les embryons ne donneraient aucun signe 
de vitulite. Zancarol a eu pourtant 1 occasion. de trouver 1 embryon libre dans 
la vessie et meme dans le parenchyme renal ou dans la muqueuse du gros 
intesLin. 

A partir du moment de J eclosion, le tegument cilie de 1 embryon s epaissit 
notablement et Ton voit s y developper un appareil aquifere, constitue essen- 
tiellement par deux troncs principaux qui se dirigent d avant en arriere en sui 
vant un trajet sinueux et en emeltant un certain nombre de branches anasto- 
moliques; on ne trouve pas de pore excreteur a 1 extremite posterieure. 

Pendant que eel appareil se developpe, le caecum que nous avons vu se former 
au pole anterieur de 1 embryon donne bientot naissance, par une invagination 
nouvelle, a deux poches lale rales, que Cobbold croit pouvoir comparer aux lem- 
nisques des Echinorhynques. Finalement, les masses sarcodiques refringentes 
augmentent de nombre et de volume, a 1 interieur de la cavite somatique. 

Quand la formation de ces corpuscules a pris fin, 1 embryon cilie ne tarde pas 
a se ronipre : les globules sarcodiques, dans lesquels il faut sans doute voir des 
Redies en voie de devcloppemeut, sont ainsi mis en liberte, et on les trouve 



UK M.YTO/OAIRES. 1,1 

nagoant et se conlractant au sein du liquicle amhiant. L cmbryon se vide done 
peu a peu, comme le lait le Sporocyste des Distomes; quand tous les globules se 
sont separes de lui, il continue encore a nager pendant quelque temps, bien que 
re duit a sa cuticule ciliee. 

A cela se bornent nos connaissanccs sur le developpement de la Bilharzie; les 
pbases ulterieurcs de 1 evolution sont encore inconnues et on ne pourrait sans 
Joule les etudier avec succes que dans les pays infestes. Cobbold a entrepris le 
premier des experiences d infestation avec 1 embryon infusoriforme : il le mil en 
presence de Mollusques d eau douce, de petits Crustaces, de Poissons; il essaya 
de faire penetrer les oeufs cliez des larves de Dipteres, cbez des Enlomostraces, 
des Ecrevisses, des Limne es, des Paludines, des Planorbes, et cbez d autres 
especes de Mollusques fluvialiles : toutes ces tentatives demeurerent infruc- 
tueuses, il vit simplement les cmbryons eclore et ennitre leurs germes contrac- 
tiles. Dans une autre serie d expe riences, le meme observateur put voir 1 embryon 
essayer de penetrer dans le corps de I Helix alliaria. 

Des tentatives du meme genre furent faites par Harley : pensant que la Bilbarzie 
sc de veloppait directement, sans passer par un hole intermediaire, cc dernier 
lit avaler des enibryons a des animaux verte bre s tels que le Cbien et le Lapin: 
il n obtint aucun resullat. 

Cette meme question fut encore reprise, sans plus de succes, par Sonsino; 
les experiences elaient faites avec des mils x parcs de Turine aussi soigneuse- 
ment que possible, puis divises en deux lots : un premier lot scrvait pour les 
experiences faites directement sous le microscope, le reste etait mis dans un 
aquarium renfermant un certain nombre de (lastropodes d eau douce (Vivipara 
nnicolor, Cleopatra cydostomoides, Cl. buliinuiilex, I hysa ahxandrina et 
Melaniatiiberculuta) ; on ne retrouva pas la moindrc trace des ueul s ni de leurs 
coques dans aucun organe de ces Mollusijues, malgre 1 examen le plus attentif. 
Le resultat ne fut pas plus favorable avec des larves d Insectes, avec de petits 
Coleopteres ou Nevropteres aquatiques. 

En presence de tentatives aussi infructueuses, Sonsino considere comme assez 
probable que la Bilbarzie, qui s eloigne a taut de points de vue des autres genres 
de Distomes, ait pour botes intermediaires des animaux appartenant a d autres 
classes que ceux chez lesquels se fixent ces derniers, on meme puisse accomplir 
tout son cycle evolutif en passant par unc premiere pbase de libcrte dans les 
eaux, puis en penetrant chez un note unique et detinitif (Homme, Singe) ; peut- 
etre meme se developperait-elle sans generation alternante. 

,\ous croyons devoir faire les plus expresses reserves a 1 egard de cette opinion; 
malgre 1 insucces des experiences que nous venons de rapporter, il demeure 
probable que la Bilbarzie passe par un bole intermediaire et que celui-ci est un 
Gastropode. 

L infestalion se fait par les eaux de boisson, soit qu on ingere 1 bote inter- 
me diaire lui-meme, et alors il s agirait d un Mollusque de petites dimensions, soit 
plutot qu on avale la Cercaire nageant librement dans 1 eau. Cette lane, autant 
qu on en peut juger par analogic, doit etre armee d une dent perforante, grace 
a laquelle elle s enfonce dans les parois intestinales et tombe dans une des 
brandies d origine de la veine porte. 

On a suppose que le parasite pe netrait dans 1 orgamsme a travers la peau et, 
par suite, on a interdit formellement les bains de riviere. Cette interdiction 
ne nous semble aucunement justifie e : encore que nous ignorions les phases 



58 HEMATOZOAIRES. 

ultimcs du (leveloppement, il y a de serieuses raisons d admettre que I helminthe 
penetrc reelleihent par la voie que nous avons indiquee plus haul. G est done 
1 usage d eau non filtree ou bouillic qu il faut rigoureusement proscrire dans les 
pays contamines; 1 usage des bains esl indifferent. 

La Billiarzie se rencontre a 1 etat adulte dans la veine ports et ses branches 
(notamment dans la vcine splenique) dans la veine renale et dans les plexus 
veincux de la vessie et du rectum. On a vu de quelle maniere la larve pouv;dt 
s iutroduire dans le systeme porte, mais la presence du parasite dans les veincs 
du petit bassin ou dans les branches de la veine cave est moins facile a com- 
prendre. Le fait n est pourtant pas inexplicable. 

Les veines du systeme porte sont, comme on sail, depourvues de valvules : 
rien ne s oppose done a ce que la Billiarzie descende, par la veine mesenterique 
infe rieure, jusque dans les veines rectales. De celles-ci elle pent passer egale- 
inent dans les veines hemorrhoidales moyennes et inferieures, qui s anastomosent 
avec les branches pelviennes de la veine cave; des hemorrhoidales inferieures 
clle pent remonter dans les veines honteuses internes et gagner les veines vesi- 
cales par 1 intermediaire du plexus de Sanlorini. 

Le parasite se nourrit de sang : on en retrouve les globules en grand nombre 
il.uis sun tube digestif. Kiiehenmeisler admct qu il puise ce sang dans les vasa 
rtixai inii hii ii [ilus que dans le torrent circulatoire au sein duquel il est plonge; 
celte opinion nous semlile pen soulenable. 

Les O3iifs sont pondus par amas dans les vaisseaux sanguins : le cours du sang 
les enlraitie dans les capillaires de divers organes, ou ils s accumulent et de ter- 
minent a la longue des lesions dont la nature est tres variable, suivant 1 organe 
qui en est le siege. Ces lesions et les symptomes qui les accompagnent ont etc 
etudies deja par de nombreuxobservateurs : Bilharz, Griesinger, Harley, Sonsino, 
Manlcy, Guillemard, etc. Les recherches les plus completes et les plus recentes 
sont dues a Zancarol, Damaschino, BelleJi et Kartulis. 

Quand le parasite est loge dans les jdexus veineux de la vessie, les voies uri- 
naires deviennent le siege de graves lesions pouvant amener la mort. La vessie 
presente des dimensions fort reduites, mais ses parois sont extraordinairement 
( puisscs; la muqueuse est imluree en certains points par des depots d acide 
urique, mais la lesion principale consiste en des ulcerations recouvertes de pus 
sanieux. 

En incisant 1 organe, on constate que la muqueuse est tres-epaissie ; elle crie 
sous le couteau et a presque la consistance cretucee. Au microscope, le chorion 
muqueux se montre infiltre d un grand nombre de leucocytes et d une petite 
quantite d oeufs. Ceux-ci sont au contraire en extreme abondance dans le tissu 
conjonctif sous-muqueux ; ils remplissent egalement la lumiere des vaisseaux 
sanguins. La plupart de ces oeufs sont morts et ont subi deja la degenerescence 
calcaire, mais quelques-uns, pondus plus recemment, etaient encore vivants au 
moment de 1 autopsie : ils sont reconnaissables a ce qu ils fixent plus ou moins 
energiquement les reactifs colorants. 11 est interessant de noter que, suivant 
Sonsino et Belleli, les ceufs qui farcissent ainsi les parois de la vessie sont presque 
toujours armes d uu eperon terminal, tandis que les ceufs dont nous constate- 
rons plus tard la presence dans 1 epaisseur du rectum ont d ordinaire un eperon 
lateral. 

La couche musculaire de la vessie a acquis elle-meme une epaisseur conside 
rable : le tissu conjonctif intermusculaire est hypertrophie, mais I hypertrophie 



I1EMATOZOAIRES. .v.i 

porte principalement sur les fibres musculaires. Celles-ci sont tout a fait nor- 
males; la degenerescence hyaline qu on leur a parfois attribuee n est peut-etre 
qu un phe nomene cadaverique. Dans les parties les plus superticielles de la 
tunique musculaire on trouve encore un assez grand nombre d amas d o?ufs, 
notamraent an voisinage des vaisseanx. Des rt ufs isole s s observenl encore dans 
les parties profondes, mais on les voit devenir de plus en plus rares a mesure 
qu on se rapprochc de la coucbe conjonctivc sous-peritoneale et finalement ils ne 
se rencontrent ]>lus au sein de cette derniere. Nous avons dit deja que la vessie 
etait considerablement retrecie: sa cavite interieure est si restreinte que par 
fois elle pent a peine contonir une grosse noix. Cette modification tient unique- 
inent a 1 epaississement excessif de la couclie musculaire. 

Quant au fait que les ceufs s acrumulent surlout dans la couche sous-muqueuse 
de la vessie, il semblc tenir a une cause purement mecanique. Les veinules de la 
couche nmqueuse sont dc dimensions capillaires et sont, par consequent, trop 
etroites pour livrer passage aux 0211 fs : ceux-ci s arretent done dans les vaisseaux 
plus larges de la couche sous-muqueuse; il en resulte que des ruptures vascu- 
laires se feront dans ce meme tissu, au sein duquel les ceufs pourront de la sorle 
s accumuler en extreme abondance et d une facon continue. 

Les oeufs qui se deposent ainsi dans la couche sous-muqueuse se comportent 
a la facon de corps etrangcrs, et leur presence, joinle aux hemorrhagies conse- 
cutives a la rupture des veinules, suffit a expliquer les lesions presentees par la 
vessie. L inflammation de la muqueuse est le phenomene initial : an debut, lc& 
elements cellulaires se multiplient activement, des lambeaux d epilhelium se 
detachent; par la suite peuvent intervenir des alterations secondaires de I tirim , 
la muqueuse peut s ulcerer et suppurer, des depots uriques ou calcaires se font 
dans son epaisseur et finalement elle s hypertrophie de facon a presenter a sa 
surface des sortes de verrues ou de papilles. 

Ces papilles s observent frequemment : elles se herissent en colonnes et sont 
de plus grande taille que dans les cas de catarrhe simple de la vessie. 11 faut 
reconnaitre aussi qu il est difficile de rencontrer des circonstances qui favorisent 
davantage la production d un catarrhe cxceptionnellement grave : le passage des 
oeufs dans les veines vesicales est continu, I accumulation de ceux-ci dans les 
tissus va sans cesse en augmentant et les alterations consecutives de 1 urine vont 
elles-memes en s exagerant. 

Les 03ufs ne se trouvent qu en tres-petite quantite dans 1 e paisseur de la couche 
musculeuse : aussi 1 enorme hypertrophie de cetle derniere ne peut-elle elre 
attribuee a la presence de ces corps etrangers; elle est plutot consecutive au 
catarrhe de la mnqueuse. 

Des le sions analogues a eel les que nous venons de rencontrer dans la vessie 
s observent egalement dans le tiers inferieur des ureteres. Ici les oeufs sont en 
tres-petit nombre, en sorte que la lesion doit encore etre considered comme con 
secutive a la lesion vesicale et a 1 alteration de 1 urine : comme il arrive dans les^ 
cas de catarrhe chronique de la vessie, la lesion se propage le long de 1 uretere 
et remonte finalement jusqu au bassinet et au rein. L uretere est elargi, tortueux 
et retreci par places; sa muqueuse est irreguliere et comme tomenteuse ; d autres 
fois, son canal demeure a peu pres normal, mais sa paroi acquiert une enorme 
epaisseur. 

Les modifications dont les ureteres sont le siesre ont un retentissement imme- 

O 

dial sur le rein. Par suite des retre cissements que nous avons signales sur le 



60 IIEMATOZOAIRES. 

trajetde ces conduits, le cours de 1 urine setrouve plusoumoins gene, d autant 
plus (|ue le retrecissemcnt va parfois jusqu a 1 obliteralion complete : 1 urine 
s accumule en amont de 1 obstacle, d ou les dilatations dont nous avons e gale- 
ment park . Le meme effet mecanique determine, dans les cas particulierenaent 
graves, une prolbnde alteration des reins : 1 organe augmente conside rablement 
de volume, le bassinet se dilate, la distinction des deux substances corticale et 
medullaire devient fort difficile et le tissu renal peut se reduire a une couche 
presque homogene, bosselee et dont 1 epaissein 1 est au plus de 5 a 4 millimetres; 
oa et la, quelques petits abces miliaires se voient dans le parencbyme, surtouta 
la surface. II s agit, en somme, d une veritable hydronephrose, qui determine 
tout d abord des lesions atrophiques <lu rein et qui finalement peut tuer le 
nialade par uremie ; la mort arrive encore assez souvent par albuminurie. 

Par quelle voie les oaufs de la Bilharzie arrivent-ils jusqu aux ureteres? Les 
veines de ces organes vont se Jeter, les superieures dans la veine renale, les 
moyennes dans la veine spermatique et les inferieures dans la veine iliaque pri 
mitive. L oeuf, pondu dans les plexus du petit bassin, pent etre entraine par le 
courant sanguin jusque dans les veines hypogastrique et iliaque primitive; mais, 
en rnison de son inertie, on ne concoit guere comment il peut renionter de cette 
derniere jns(|iic dans 1 epaisseur de I urelere. Aussi doit-on croire a une migra 
tion accomplie par la iemclle suivant le trajet que nousvenons d indiquer plutot 
qu u une communication anastomotique entre les veines du petit bassin et celles 
de la partie inferieure de 1 urelere. 

Ccttc migration est, d autrepart, le seul phenomene ([tii nous explique les cas 
ou les oeufs se rencontrent dans le rein, dans le bassinet et dans les portions 
superieures de 1 uretere. Les O3ufs sont toujours trop peu nombreux dans le 
parencbyme re nal pour ([if on puisse leur attribuer les graves le sions dont nous 
avons dc crit plus baut le type extreme: dans des cas plus benins, 1 affection 
renale consiste en une simple inflammation, eu une nephrite parencbymaleuse ; 
il peut se former aussi des kystes ou des calculs renaux (d ou les coliques neplire- 
tiques notees deja par Harley), 1 organe peut devenir le siege d une cirrhose plus 
ou moins intense. 

Le point de depart est, comme nous 1 avons vu, 1 alteration vesicale : celle-ci 
consiste essentiellement en une cystite cbronique avec bypertropbie de la tunique 
musculeuse. Dans les premiers temps, la maludie est caracterisee par une bema- 
turie fiequente, s accompagnant de cuisantes douleurs etde lenesme. L hematurie 
a semble si caracteiistique que 1 on designe ordinairement sous le nom d hema- 
turi.e d fiyypte la maladie parasitaire qui nous occupe, maladie dont suivant la 
gravite des cas les manifestations sont diverses et qu il serait preferable d appeler 
bilharziose. Le passage du sang dans 1 urine ne se fait pas dans le rein au 
niveau du glomerule de Malpighi, mais bien dans I liretere ou dans la vessie : 
nous savons deja que les oaufs du parasite s accumulent dans les capillaires de 
ces organes et en provoquent la rupture; la petite hemorrhagie ainsi produite 
se fraie un cbemin vers la cavite de la vessie d autant plus aisement que la 
muqueuse est elle-meme fortement enflammee et que son epithelium se 
desquame. 

L urine est d abord tout cntiere sanguinolente, mais peu a peu elle devient 
plus claire, etc est seulement a la fin de la miction que sontexpulses des flocons 
muco-purulents, a 1 interieur desquels le microscope permet toujours de recon- 
naitre la presence d un grand nombre d ceufs et meme d embryons libres. On 



HEMATOZOAIRES. 61 

trouve encore dans 1 urine des lambeaux d epithelium, dc nombreux globules 
de pus et line qnantite variable d oeufs et parfois merne d embryons libres. 
Aioutons que le diagnostic de bilharziose ne saurait etre porte avec certitude, 
tant qu on n a pas rencontre dans 1 urine 1 oeuf caracteristique. 

Nous avons vu que des calculs sc forment parfois dans le rein. De semblables 
productions pathologiques prennent encore plus souvent naissance dans la 
vessie. Le nodule central de ces calculs est toujours constitue par un ou plu- 
sieurs oeufs. 

On doit encore ranger au nombre des accidents consecutifs a 1 accuniulation 
des reufs dans 1 epaisseur de la vessie la production frequente de listules uri- 
naires, qui viennent s ouvrir a la surface du pe rinee, plus rareinent dans le 
rectum. Ces listules s etablissent dans les cas les plus graves, quaiul des inliltra- 
tions purulentes, parties de la muqueuse, se repandent dans toule 1 epaisseur 
de la vessie, puis se fraient un chemin au dehors. Dans certains cas, ou voit 
pourtant la fistule s etablir cbez des individus ne presentunt que des lesions 
vesicales peu accuse es et s ouvrir dans la portion membraneuse de 1 uretlire : la 
fistule est alors probablement occasionuee par des abces dus eiix-memes a 
l arret des reufs dans 1 epaisseur des lissus du perinee. 

Pour en linir avec les lesions de 1 appareil gi -nito-urinaire, ajoutons que les 
oeufs de la Hilliarzie se rcncontrent encore tres-frequemmenl dans l<s u siniles 
seminales et dans la prostate; ces organes sont alors plus ou moins hyper 
trophies. 

Le gros intestin, et en particulier le rectum, presente ordinaireinent des 
lesions analogues a celles que nous venous de decrire longuement dans la 
vessie et les organes voisins. La surface muqueuse est herissee d une 1 oule de 
saillies mamelonnees et rapprochees les unes des autres. Ces saillies, tres-volu- 
mineuses pour la plupait, ressemblent a de petits polypes dont la longueur 
atteint et depasse parfois 10 a 15 millimetres; leur surface est legerement 
villeuse et est criblee de petits orifices glandulaires. Dans 1 intervalle de ces 
tumeurs, la muqueuse inteslinale est tanlot d aspect a peu pres normal, tantot 
au contraire lisse et comme vernissee ; ce dernier aspect lient a ce qu une cica 
trice s est formee a 1 endroit qu occupait precedemment une ulceration consecu 
tive a une perte de substance. 

Si Ton fait au niveau des saillies polypiformes une section comprenant toute 
1 epaisseur de 1 intestin, on constate que les oeufs du parasite sont surtout 
accumules dans 1 epaisseur de la coucbe muqueuse, a 1 inte rieur de laquelle ils 
forment des amas considerables, visibles a 1 ceil nu : a la lumiere oblique, ces 
amas se presentent sous 1 aspect de trainees miroitantes, ayant jusqu a 1 mil 
limetre 1/4 d e paisseur et se poursuivant au sein meme des excroissances 
morbides. On voit en outre un certain uombre d oeufs epars dans la muqueuse, 
entre les glandes en tube ou plus rarement dans leur lumiere ; quelques autres 
sont loges dans les follicules clos. En revanche, on n en rencontre aucun ni 
dans 1 epaisseur meme des tuniques musculaires, ni dans la couche sous- 
se reuse. 

Sonsino, Zancarol et Damaschino s accordent a reconnaitre que la plupart des 
ceufs renfermcs dans 1 epaisseur du gros intestin out une e pine laterale; Belleli 
dit au contraire que cet appendice est d ordinaire exactement terminal. Cette 
difference d opinion entre des observateurs egaleuient distingues montre bien le 
peu d imporlance qu il faut attribuer a 1 eperon, puisque sa situation est diffe- 



6-2 HKMATOZOAIRES. 

rente sur les ceufs pondus par deux individus distincts et peut-etre meme varie 
sur les oeufs d un meme individu. 

L examen histologique demontre que les productions polypiformes sont en 
grande partie constitutes par la muqueuse ; dans leur partie axile penetre pour- 
tant une mince couche de tissu sous-muqueux. Le point le plus interessant est, 
sans contredit, le dcveloppement excessif des glaudes en tube, hypertrophie 
decrile d abord par Zancarol et Damascbino, puis revue par Kartulis et Belleli. 
Ces glandes, dont la longueur normale est d environ O mm ,5, atteignent parfois 
jusqu a 2 ou 5 millimetres, et meme jusqu a 5 mm ,5 de longueur ; leur diametre 
transversal mesure jusqu a O mm ,06 et meme O mm ,08, en sorte qu elles sont 
perceptibles a 1 oeil nu. 

Dans 1 intervalle des productions polypiformes, la muqueuse montre les alte 
rations classiques de la dyseiUeric chronique. Toutes les tuniques de 1 intestin 
prcsenteut des traces non equivoques d un processus pblegmasique a evolution 
lente. La sous-muqueuse, inde pendamment des oaufs dont elle est en quelque 
sorte criblee et qui se disposent de faron que leur grand axe soil parallele a 
la surface intestinale, est tres-epaissie ot partout infiltree d une grande quan- 
tite de petiles cellules rondes. Les couches musculaircs ellcs-memos sont nota- 
blement hypertropliie eset peuvent clre troisfois pins upaisses qu a 1 etal normal. 

Les ruptures capillaires qui se produisent dans la muqueuse out pour but de 
determiner tie logeres he morrhagies rcctales, qui viennent s ajouler a la dysen 
teric. On trouve alors dans les matieres fecales des oeufs en plus ou moins 
gvande abondance. II est a remarquer que ceux-ci sont d ordinaire infiniment 
plus nombreux dans la vessie que dans le rectum : alors que la vessie presenle 
les lesions les plus graves et que 1 urine renferme une masse d oeufs, il n est pas 
rare de ne noter aucune alteration de 1 intestin et dene trouver aucun ceufdans 
les excrements. 11 est enfm des cas exceptionnels ou les lesions du rectum 
predominent. 

Les lesions que nous avons jusqu a present etudie es sont les plus importantes 
et les plus constantes, mais les oaufs de Bilharzie peuvent encore etre porte s 
dans d autres organes et y provoquer des alterations dont nous devons dire 
quelques mots. 

Les ganglions mesente riques sont frequemment hypertrophies : leur substance 
est comme tumefiee et presente en son centre de petits foyers hemorrhagiques ; 
on y trouve egalement des osufs, ainsi que Zancarol 1 a constate le premier. 

Leuckart admettait que les oeufs doivent se renconlrer dans le foie : la 
demonstration de ce fait interessant est due a -Kartulis. Dans deux foies prove- 
nant d individus ayant succombe a la bilharziose, cet observateur a trouve une 
grande quantite d oeufs : 1 organe est Jegerement cirrhotique; il est dur et 
opaque. Les ceufs sont accumules d ordinaire dans les branches de la veine porte, 
mais on les voit aussi dans le parenchyme hepatique, ou ils ont penetre par 
dechirure des parois vasculaires. Ils se liennent alors en petit nombre dans les 
espaces interlobulaires ; plus rarement ils penetrent dans les lobules eux- 
memes, mais sans s ecarter de la peripherie. Quand ils sejournent depuis long- 
temps dans le parenchyme, ils s entourent d une couche conjonctive qui devient 
progressivemeiit plus compacte et plus epaisse. 

La presence des oeufs dans le foie jette un jour nouveau dans 1 etiologie de 
certaines maladies hepatiques qu on observe en Egypte. On doit neanmoins sc 
garder d attacher une trop grande importance pathogenique a ces oeufs qui, 



HEMATOZOAIRES. 63 

corame nous 1 avons vu, sont loujours en fort petit nombre et s cnkystent dans 
une coque conjonctive; il importe notamment de ne pas considerer la Bilharzie 
ou son oeuf comme la cause de 1 hepatite suppuree des pays chauds, erreur qui 
trop longlemps a eu cours dans la science. 

Les oeufs de la Bilharzie n ont pas encore ete observes dans certains organes, 
tels que la rate, le pancreas et 1 estomac, dont le sang se deverse dans la veine 
porte. En revanche, on les a Irouves dans des organes tels que le poumon, qui 
sont tributaires de la circulation veineuse generale. Ce fait n a rien de surpre- 
nant, qnand on se rappelle quelles larges anastomoses font communiquor les 
plexus veineux de la vessie avec la veine hypogastrique et, par son intermr- 
diaire, avec la veine cave inferieure ; peut-utre meme le Ver adulte suit-il cette 
meme route, ainsi que nous 1 avons suppose plus haul en signalant la presence 
des oeufs dans le parenehyme du rein. 

La decouverte des oeufs dans le tissu pulmonaire est due a Mackie. L obser- 
vation a ete faite chez un individu mort de pyemie consecutive a une cystite 
purulente. Le poumon renfermait un grand nombre d abces metastatiques de 
volume variable, les plus gros ne depassant pas la taille d une pelite noisette; 
ces abces etaient limitcs par un tissu necrose; leur contenu rtait forme de pus 
sanieux. A part les points oil its siegeaient, le resle du poumon rlait absolu- 
ment sain. Dans le pus des abces ct dans le lissu pulmonaire frais, on trouvait 
quelques oeufs, loges en dehors des vaisseaux sanguins, dans le tissu conjonclif 
intra-lobulaire et dans le tissu peribronchique. 

Dans cette longue etude anatomo-pathologique, nous avons cherche surtout a 
montrer quelles lesions pouvaient produire les oeufs de la Bilharzie, dans les 
cas les plus graves. On peut elablir en regie generale que la gravite des sym- 
ptomes et des lesions est en raison directe du nombre des parasites logi-s dans les 
vaisseaux. Kartulis a Irouve dans les veines du sy&teme porte d un seul individu 
jusqu a 500 Vers, dont la plupart etaient en voie d accouplemenl ; le nombre 
des parasites est parfois encore plus considerable. 

Ce ne sont la, fort heureusement, que des cas exceptionnels. Le plus souvent 
1 affection est assez benigne, sans doute parce que les parasites sont en petit 
nombre; elle se reduit alors a une cystite chronique peu intense, presentant des 
exacerbations au cours desquelles le patient emet a la fin de la miction un peu 
de sang melt: a du mucus filant. La maladie peut durer des annees sans s ag- 
graver davantage, sans meme que le malade juge a propos de consulter un 
medecin. 

Quand, par exception, la maladie s aggrave au point d amener la mort, 
celle-ci peut survenir de diverses manieres : par rupture de la vessie, par pyelo- 
nephrite ascendante, par uremie, par albuminurie; le malade peut encore 
mourir dans le marasme, epnise par la dysenteric ou par 1 anemie consecutive a 
des hematuries abondantes et repetees. 

II est done tout a fait inexact de considerer la bilharziose comme une affec 
tion toujours mortclle ; il est aussi peu justifie de la croire incurable ; quoi 
qu en disc Cobbold, qui condamnait tout traitement, medical ou chirurgical, et 
qui se bornait a prescrire aux malades de bonnes conditions climatologiques, 
des toniques generaux et des moyens analogues pour seconder les efforts cura- 
tifs de la nature, le traitement est souvent suivi de sucees. Dans les cas de 
moyenne intensile, et ce sont les plus communs, on peut procurer au malade 
uiie amelioration notable, au point de le considerer comme gueri. 



61 IIKMATOZOAIRES. 

Diverses medications ont etc proposees, mais les resultats n ont pas toujours 
etc des plussatisfaisants. Fouquet semble avoir obtenu des succes rcmarquaWes 
par 1 emploi des antltelminthiques, administres avec persistance et a doses peu 
elevces. II emploie les capsules d extrait elherede Fougere male qui se trouvent 
dans le commerce ; il donne d abord une capsule par jour, puis deux, uue avant 
chacun des deux principaux repas de la journee; chez les individus vigoureu.x, 
on peut porter la dose a trois capsules par jour. On continue aiusi jusqu a ce 
que la guerison paraisse acquise; a partir de ce moment, on donne encore 
pendant un mois une seule capsule par jour, afin d eviter plus surement le 
retour de tout accident. Pendant le cours du traitement, on present encore au 
malade un regime tonique, des frictions stimulantes, 1 hydrotherapie et, comme 
moyen prophylactique, 1 usage d eau iiltree ou bouillie. 

A ce traitement general il est avantageux d adjoindre, au moins dans les cas 
les plus graves, un traitement local, consistant en injections intra-vesicales 
d une solution de bichlorure de mcreure ;\ 1/5000. Ces injections., repetees 
cliaque matin, soul lacilement supportees par le malade: elles sont tres-eftkaces 
i t, des le Iroisieme ou le qualrieme jour, la cystite diminue considerablement. 
On 1 ait, avec un rgul surer-, des injections au nitrate d argent, a 1 acide phe- 
niijue ou a 1 acide borique. <>> inrmcs suh>t t mces rendent encore de grands 
M-nici s pi iir le trailcment local des phe nomenes intestinaux ; on les administre 
sous 1 ornie de lavements. 

Dans certains cas, 1 intervention chirurgicale peut devenir necessaire. Quand 
I hematurie et la cystile sont Ires-graves, Mackie n hesite pas a pratiquer la 
r\stutomic; le plus souvent, I liemalurie cesse instantanement et les lavages 
intra-vesicaux amenent une amelioration (jui est presque equivalente a la gue- 
rison. L ablation des tumours rectales se fait avec 1 ecraseur ou par toute autre 
melbode ; le traitement des fislules urinaires se fait par les precedes liabituels. 

La bilharziose, dont 1 u hematurie d Egypte n est que la manifestation la 
plus ordinaire, n a encore ete observt -e qu en Afrique ou cbez des individus 
ayant fait dans ce continent un sejour plus ou moins long. Comme on sait, le 
parasite qui la cause a ete decouvert en Egypte, et c est encore dans ce pays 
que la maladie semble etre le plus repandue. Elle y est si frequente que Grie- 
singer trouvait le Ver 117 fois sur 565 autopsies, et Sonsino 50 fois sur 54 autop 
sies de sujets arabes ; ces chiffres suffisent a montrer que le parasite reste tres- 
frequemment a peu pres inoffensif, sans doute parce que le patient n a ete 
soumis qu accidentellemenl et pendant un temps fort court aux causes d infes- 
tation. 

La race semble n etre pas sans influence sur la production de la maladie, 
mais ce n est la qu une simple apparence, due a ce que certaines castes, par 
leur habitat et par leur genre de vie, se trouvent particulierement exposees a 
ses atleintes. G est ainsi que I hematurie est surtout frequente dans les villages 
et chez les individus de la classe pauvre qui ne font jamais usage d eau filtree; 
elle est plus rare chez lesfemmes. D apres Bilharz, les Fellahs et les Coptes sont 
le plus frequemment atleints; on observe la maladie chez la moitie des indi 
vidus, puis viennent, par ordre de frequence, les Xubiens et les Xegres. Quant 
a la provenance du parasite, Belleli accuse formellement 1 eau du Nil et note 
qu il est a peu pres inoonnu dans les villes qui recoivent de 1 eau filtree. 

La bilharziose s observe dans toute 1 Egypte, notamment dans le delta du 
Nil. Les medecins qui nous ont laisse des relations de 1 expedition d Egypte en 



BtMATOZOAIRES. 05 

1799, out note quc les solclats francais avaient sonffert d hematurie; il cst a 
pen pres certain que ces desordres etaient causes par la Billiarzie. 

D Egypte le parasite s e tcnd tout le long de la cote orientale d Afrique jus- 
qu au cap de Bonne-Esperance ; il est vrai que sa presence n a pas ete suffisam- 
ment observee sur toute 1 etendue du littoral, mais on 1 a notee sur des points 
si divers, qu on est autorise a penser que des recherclies ulterieures nous la 
i eront connaitre dans les regions oil on ne 1 a point encore signale e. Les habi 
tants du Tibbu, du Tciad, du Darfour et du Kordofan, sont frequemment atteints 
d hematuries que Nachtigall attribue a la Billiarzie. Au bord du lac Nyassa et 
dans tout le bassin du Zambezc, les habitants sont egalement atteints d hema 
turie et en font remonler la cause a des Yers qu ils verraient sortir de temps en 
temps par le canal de 1 urethre. 

Le parasite a ete du moins reconnu d une facon certaine a Zanzibar, a > atal 
{Cobbold), a Pietermaritzburg (Allen). On le voit aussi, mais plus rarement. dans 
la Cafrerie anglaise; Spredy 1 a observe a East London, ville cohere a 1 embou- 
chure du Buffalo, et a King-Williams-Town, ville sitin e plus haut snr ce meme 
lleuve: on ne le cite pas plus avant dans les terres. On le rencontre assez fre 
quemment au Cap, ou John llailey 1 a vu le premier en 1864; on 1 a vu notam- 
ment a Uitenhage, ville situee sur le Zwartekop river, a 7> lieuesde son embou- 
clmre dans la bale d Algoa, et a Port-Elisabeth, ville situee sur la baie meme et 
tirant ses legumes d Uitenbage. 

Quant aux cas que certains auteurs disent avoir observes a Madagascar, a 
Maurice et a La Reunion, nous les considerons comme insuffisamment demon- 
tres et nous les rapportons a I hematurie intertropicalc, causee par la Filaire 
du sang. 

Nous avons vu deja que Sonsino a de couvert chez le Boeuf et le Mouton une 
espeee particuliere de Bilharzie, qu il appelle Bilharzia crassa. L espece 
B. lucmatobia n est point particuliere a lilomme; Cobbold 1 a retrouvee cbez 
un Singe egyptien (Cercopithecus fuliginosus), mort au Jardin zoologique de 
Londres. 

HEMATOZOAIRES APPA.RTENANT AD GROCPE DES NEMATODES. La presence possible 
de Nematodes dans le sang de I llomme est aujourd hui un fait acquis; nous 
avons parle ailleurs (voij. HELMINTHES, n u 34) de la Filaire du sang, dont les 
larves se rencontrent en nombre immense dans les vaisseaux sanguins, cbez les 
individus atteints d hemato-chylurie et d elephantiasis des Arabes. 

Get helminthe est le seul Nematode dont 1 existence dans le san:; 1m main est 
certaine, mais on est autorise a penser que le sang est sinon le sejour habitue 1, 
du moins le lieu de passage et le moyen de transport d un certain nombre de 
Vers qui se trouvent dissemines en divers organes, plus ou moins loin des voies 
respiratoires et digestives, qui sont la voie d infestution la plus babituelle. 
L^opinion que nous emettons ici est notamment applicable aux embryons de la 
Trichine, aux larves du Leptodera Niellyi, aux Filaria Loa, F. labialis et 
F. oculi humani. 

Des faitsnombreux, emprunte s a la pathologic et a 1 helminthologie compare es, 
viennent corroborer notre maniere de voir : en effet, les cas sont loin d etre 
rares, et nous aurons par la suite a en citer quelques-uns, ou Ton trouve tout 
a lafois dans le sanget dans les organes une seule et meme espeee d helminthes. 
En ce qui concerne la Filaria oculi humani, la certitude est meme a pen pres 
absolue, si on considere que la F. papillo?a, qui se voit dans 1 ceil du Cheval 

DICT. EKC. 4 e s. XIII. 5 



66 BEMATOZOAIRES. 

dans les memes conditions, a ete rencontree on bien d autres points du corps 
par divers observaleurs, et particulierement dans le sang par Cobbold. 

On sait d ailleurs quc 1 embryon hexacanthe des Ta^nias, pour passer de 1 in- 
testin dans 1 organe au sein duquel il doit se transformer en Cysticerque on ci\ 
Echinocoque, so laisse ordinairement porter par le courant sanguin. Si le Ci/*tt- 
cercxs pisiformis du Lapin so developpe de preference dans le foie, cela tiont, 
comme 1 a montre Laulanie, a ce que 1 embryon hexacanthe dont il provient a 
e te amene dans le viscere par la voine porte. 

L opiuion que le sang de 1 Homme peut parfois contenir des Vors est fort 
ancienne : un grand nombrc d auteurs out pre tendu avoir rencontre des hel- 
minthes dans le coeur ou dans les vaisseaux, mais l examen attentif de lours 
ecrits amene a conclurc que, le plus souvcnt, on a pris pour des parasites de 
simples caillots fibrineux et quc, dans d autres cas, 1 existence d un veritable 
hematozoaire n a pas etc constatee d nue maniere positive. 

Sans entrer dans le detail de cos observations, rappelons celles qui ont ete le 
plus souvcnt citees ou reproduces. Los fails rapportes par Welsch et par Poli- 
sius, a propos de Vcrs vus dans le coeur do I llomme, ne sauraient etre aJmis; 
ces auteurs ont pris evidemment pour des lielininllies des concretions fibri- 
neuses. La nirme remarque est applicable a plusieurs observations cite es par 
Senac. 

l.cs I aits dont font mention Borelli, Peter de Castro, Kircber. etc., ne 
merilent pa> davantage ereance; il en est de meme pour les pretendues 
obsorvaliiins de liartbolin, de Fabricc d Acquapendente, de Spigel, etc. Les 
auteurs, dans tous ces cas, ne donnent ni descriptions, ni dessins, mais se 
bornent a de simples assertions. On trouvera dans le livre de Davaine la 
lisle a pen pros complete et la critique de ces anciennes observations de Vers 
dans le sang. 

S il est rare, a part les cas d hematurie intertropicale ou d elephantiasis des 
Arabes, de trouvor des Nematodes libres dans la cavite du coeur ou des vais 
seaux sanguins de 1 Homme, une semblable trouvaille n est pas rare cluz les 
animaux ; dans certaines especes, clle peut meme etre considered comme assez 
commune. 

Dans 1 etat actuel de nos connaissances, le Chien est le Mammifero dont le 
sang ronferme le plus souvent des Nematodes ; on en connait au moins quatre 
especes, mais ne se renconlrant pas toutes avec une egale frequence. Sans 
attacber plus d importance qu il ne conviont a une observation de Jones (de 
Philadelphie), qui aurait recueilli un Slrongle geant (Eustrongyltis f/igas Die- 
sing) dans le coeur d un Cbien, en meme temps quc cinq Filaires (Filaria 
iminitis Leidy), nous croyons devoir dire quelques mots de certains autres 
hematozoaires plus communs et aussi plus importants. 

STRO.NGYLVS VASORUM Baillet, 1866. Get helmintbe a ete de couvert en 1855 
par Scrres, professeur a 1 Ecole veterinaire de Toulouse, dans le coeur droit et 
jusque dans les plus fines branches de 1 artere pulmonaire d un Cbien ; il s y 
trouvait en quantite innombrable ; 1 orifice de 1 artere pulmonaire etait presque 
entierement bouche par de petits pelotons vermineux. La mort subite a laquelle 
avail succombe 1 animal trouvait son explication dans ce nombre prodigieux 
d entozoaires. L animal fut decrit par Baillet, auquel Serres en remit, a quatre 
reprises, quelques exemplaires. 

M. Laulanie a recemment ajoute des fails importants a 1 histoire du parasite; 



I1EMATOZOAIRES. 117 

il a fait connaitre son mode de reproduction, ses migrations ct les lesions qu il 
produit. 

Les embryons devenus lihres seraient de glutis accidcntellement par des Chiens 
et subiraient dans 1 appareil digestif ou le systeme veineux de ccs derniers les 
modifications qui les amenent a 1 etat adulte dans le coeur droit. Laulanie tire 
du moins cette conclusion d experiences dans lesquelles un grand nombre de 
Chiens, a qui il avail fait manger des fragments de poumon atteint de granulie 
parasitaire, ont ofiert a I autopsie, pratiquee un mois apres I infestation, toutes 
les alterations caracteristiques de la strongylose. Ainsi s expliquerait comment 
cette affection pent revetir la Jbrme en/ouliijue et aUeimlre plusieurs Cliiens 
dans une seule meute. 

M. Laulanie a decrit avec soin IPS lesions produites par 1 ccuf dans le tissu 
pulmonaire. L animal adulte n est pas davantage un parasite indifferent; sa pre 
sence determine une arterite. Les produits de 1 inflammation vasculaire afl ectent 
ici une forme tres-irreguliere, celle de bourgeons, de lames ou cordons resis- 
tants et anastomoses ; la paroi interne e talee de 1 artere offre alors un aspect 
re ticulaire comparable a celui qui caracterise la surface des orcillettcs, sauf, 
bien entendu, le volume des tr;i\ves, qui est pen considerable. 

Ces lesions ne sont pas constantes, mais, a la limitc du tcrritoiie pulmonaire 
affecte par la granulose et du terriloire suin, les petites brandies arlerielles 
presentent toujours une thrombose plus ou moins elendue. La lumiere du vais- 
seau est remplie par un caillot dur et jaunatre : cclui-ci est hbre par son extre- 
mite centrale et plonge par 1 extremite peripberique dans un foyer d eiidarte- 
rite au dela duquel le vaisseau parait singulierement retreci, sinon obliten 1 . 

STRONGYLUS SUBULATUS Cobbold, 1879. Get belmintbe a ete dccouveit par 
Leisering (de Dresde), qui lui donna le nom d llceinatozoon subulalum ; il 
habile le systeme veineux du Chien. lln a encore ete vu que deux fois, en 1864 
et 1865. Dans le premier cas, on en trouva de trente a trente-cinq exemplaires 
dans une sorte de nodule que presentait le poumon ; dans le second cas, on le 
renco .tra dans la veine dorsale de la verge, dans les tissusdes corps caverneux; 
chaque goutte de sang en renfermait de quatre a six. 

FILARIA IMMITIS Leidy, 1856. Cette Filaire habile le coeur droit et les arteres 
pulmonaires du Chien; on ne trouve souvent qu un petit nombre d iadividus 
(7 dans le cas de Silva Araujo) , mais parfois les Vers sont au nombre de 
plusieurs centaines, comme dans le cas rapporte par Megnin ; les cavites du 
coaur sont alors obslruees par une sorte de bouchon qui en occupe lout 
1 espace et qui est constitue par les parasites enchevetres les uns dans les 
autres d une facon inexlricable. On trouve en moyenne un male pour deux 
femelles; dansun cas, Manson a compte 41 Vers, dont lo males et 28 femelles; 
parfois pourtant, comme dans le cas de Silva Araujo, on ne rencontre que 
des males. 

En raison de leur etroitesse, qui est inferieure a celle des globules rouges, 
les embryons sont entraines dans tout 1 organisme par le torrent circula- 
toire ; on les trouve dans le sang pris en un point quelconque du corps et leur 
nombre est si considerable que Gruby et Delafond n exagerent certainemenl pas, 
et sont peut-etre meme au-dessous de la verite, en l evaluant a 1 1 000 ou 
224 000, suivant les cas. On observe parfois ces hematozoaires alors que le 
coaur ne renferme pas la Filaire adulte ; celle-ci se retrouve alors dans le tissu 
conjonctif sous-cutane, comme Ercolani 1 a fait voir. 



68 HEMATOZOAIRES. 

On ignore encore quel sort est reserve a ces embryous. II est probable qu ils 
doivent sortir dcs vaisseaux sanguins pour conlinuer leur evolution dans un 
hole intermediate, conime fait la Filaire du sang humain. Bancroft dit avoir vu 
des embryons dans 1 intestin dcs Tricbodectes, Insectes qui vivent dans le pelage 
du Chien, ctconsidereces Hemipteres comme les veritables hotes intermediaires; 
cette maniere de voir est peu admissible, car il n cst point prouve que les Tri 
cbodectes sucent le sang. 

Quoi qu il en soil, les embryons de la Filaire peuvent civculer pendant long- 
temps avec le sang du Chien ; Gruby et Delafond ont pu les observer pendant 
dcs annees sur un meme animal, sans les voir subir la moindre transformation. 
11s sont capables de passer du sang de la mere dans celui du foetus, comme 
1 ont demontre Caleb ct I ourquier, mais il ne faudrait pas partir de la pour 
expliquer la propagation du parasite et son endemicite. Plus d un auteur a pre- 
tendu que celui-ci pouvail se trausnieltre par heredite; cette opinion insoute- 
nable a eu un regain d aeluulite a la suite des observations de Caleb et Pour- 
quicr ; ellc nYn est pas moins inexacte, car il nous semble amplement demontre 
quel embryon nc pent devenir adulte dans les vaisseaux de 1 animal cbez lequel 
il a pris naissance. 

La Filaire du sang du Chicn n est [>as un parasite tres-rare. Elle avait dej& 
ele vuc en Europe par dilferents anatomistes, quand Gruby et Delafond la ren- 
contrerent a leur tour et firent sur sa frequence d interessantes observations; 
ils la trouverent 5 fois sur 250 Chiens. Cliaussat cxamina plusieurs animaux, 
mais sans la rencontrcr. Elle a ete rctrouvee en Danemark par Krabbe; aux 
Etats-Uuis, par Jones, Leidy et Schuppert ; an Bresil, par Silva Araujo. Nulle part 
elle n est plus frequente qu aux Indes et en Chine, ou Lewis et .Manson 1 ont 
bien etudiee; elle est aussi tres-commune au Japon. 

Manson considere cet helmintbe comme assez inoffensif. C est la une exagera- 
tion evidente. Le Chien peut sans doute rester quelque temps sansetre incom 
mode, mais tot ou tard se manifestent des accidents dont la gravilc est ordinai- 
rement subordonnee au nombre des Vers adultes contenus dans le cceur ou les 
arteres pulmonaires ; les fonctions du coaur se trouvent genees, le cours du sang 
vers le poumon pent etre entrave , d ou des symptomes variables sur la nature 
desquels il est difficile de se prononcer. Assez souvent 1 animal semble presenter 
des acces d hydrophobie (cas d Osborne, de Rivolta et de Iloysted) ; la mort 
arrive plus ou moins rapidement (cas de Scbuppnrt). Les embryons, en raison 
de leur petite taille, qui leur permet de circuler dans les vaisseaux les plus 
delies, ne paraissent pas avoir grande influence sur la sante; Gruby et Delafond 
ont garde vivants, pendant des annees, des Cliiens dans le sang desquels on en 
rencontrait des quantites innombrables. 

SPIROPTERA SAHGUINOLENTA. Rudolpbi, 1819. Cet helmintbe, signale pour la 
premiere fois par Redi en 1684, se rencontre chez le Chien, le Loup et le 
Renard, dans des tumeurs de 1 oesophage ou de I estomac ou libredans la cavite 
de ces organes. Le Spiroptere ensanglante, ainsi nomme a cause de sa coloration 
rouge de sang, se rencontre encore parfois dans des tumeurs de 1 aorte. Ce fait, 
constate tout d abord par Morgagni et Courten, a ele revoque en doute par les 
meilleures autorites : il est pourtant incontestable, comme le prouvent de re- 
ccntes observations. 

Patrick Manson en Chine et Lewis aux Indes ont en effet frequemment observe , 
sur le trajet de 1 aorte du Cliien, des tumeurs vermineuses dues a ce parasite. 



HEMATOZOA1RES. 69 

Ces tumeurs sont de grosseur variable, depuis la taille d un grain de plomb do 
chasse jusqu a celle d une noisette ou d unenoix. Les plus petites renferment des 
Nematodes a 1 etat larvaire, les plus grosses contiennent des animaux adultes, 
parfois au nombre de cinq a six. Les dernieres raues du parasite et son passage 
a 1 etat sexue s accomplissent a 1 interieur de ces tumeurs. Gelles-ci font saillie 
a la faceexterne du vaisseau, dont elles rendent laparoi mince et fragile. Quel- 
quefois le Ver rampe entie les tuniqucs de 1 aorle et fait sortir par un petit 
orifice 1 une de ses extremites, qui pend alors librement dans la cavite de 1 ar- 
tere; on peut voir alors le calibre du vaisseau presque oblitere par un caillot 
forme autour de I helminthe. 

La tumeur vermineuse se vide parfois dans 1 aorte : on trouve alors dans le 
san des ceufs ou des embryons a differents degres de developpement; 1 animal 
adulte n y a pas ete rencontre. 

Les tumeurs dont nous venons de parler ont encore cte vues par Oreste sur 
le trajet de 1 aorte thoracique : elles renfermaient jusqu a dix-sept Vers. Enlin 
Me<min a montre que, lorsqu elles siegent sur 1 aorte abdoniinale, elles peuvcnt 
causer la mort subile de 1 animal qui les heberge, par rupture du vaisseau. 
Manson avail constate d autre part quo. la rupture des tumeurs aortiques ou 
oesophagiennes pouvait determiner des pleuresies et que la penetration des ceufs 
dans les capillaircs dc la moelle epinierc occasionnait parfois la paralysie des 
membres posterieurs. 

Silva Araujo a retrouve au Bresil le Spiroptere ensanglante, raais constate la 
production de tumeurs aortiques. 

Pas plus que les Carnassiers les Pinnipedes ne sont a 1 abri de 1 attaque ties 
hematozoaires. A quelques semaines d intervalle, Joly (de Toulouse), J. Leidy 
(de Philadelpbie) el C. Heller (de Vienne), llrent connaitre des Nematodes trouves 
dans le cceur droit du Phoca vitulina. Leidy leur donna le nom de Filar ia 
spirocauda et Joly celui de F. cordis pliocae, qu ils doivent conserver, la prio- 
rite appartenant au naturaliste francais. G est peut-etre encore la meme cspece, 
ou du moins une espece voisine, que Cobbold a decrite chez le Stemmatopus 
cristatus sous le nom de F. hebetata. 

Nous ne connaissons qu unc seule observation de Nematode dans le sang des 
Ruminants : elle se rapporte a la Filaria Evansi, de couverte par Evans chez un 
Chameau et decrite par Lewis. 

11 n est point rare d observcr des Nematodes dans le sang des Solipedes, encore 
que ce phe nomene soil moins frequent que chez le Chien : c est chez le Gheval 
que la plupart des cas ont ete constates. 

SCLEROSTOMA EQuiwDM Dujardin, 1845. Le Sclerostome du Cheval ou Strongle 
arme des veterinaires (Strong yliis armatus Rudolphi) vit dans le caecum du 
Gheval, de 1 Ane, du Millet et de quelques autres Equides. 

Les ceufs sont expulses avec les matieres fecales ; en quelques jours ils 
eclosent dans 1 eau ou dans les excrements. Les embryons ressemblent a de 
petits Rhabditis; quand ils ont acheve leurs premiers de veloppements, ou bien 
si les conditions favorables a leur evolution viennent a leur manquer, ils muent 
et s enfcrment dans leur vieux te gument comme dans un etui : Baillet a pu 
les conserver ainsi en vie latente pendant plusieurs mois. Amene s dans 1 intcstin 
du Cheval par les eaux de boisson, ils sortent de leur capsule, traversent les 
parois intestinales et pe netrent dans les vaisscaux sanguins, ou ils peuvent se- 
journer plus ou moins longtemps. On ne sail pas encore si leur passage dans 



70 IIEMATOZOAIRES. 

le sang est normal ou simplement accidentel; il est du moins certain que le 
phenomena s accomplil avec une extreme frequence. 

Quoi qu il en soil, le parasite s observe principalement dans 1 artere mesen- 
terique anterieure ou grande mesente rique, ou Ruysch 1 a rencontre pour la 
premiere fois en 1G<> >. 

A la suite de Ruysch, le Selerostome du Clieval a ete rencontre par un grand 
nombre d observateurs : on trouvera dans le memoire de Rayer le resume de 
leurs travaux, ainsi qu une etude des lesions produites par le parasite. 

Les individus renfermes dans les vaisseaux sont a 1 etat larvaire; lour bouche 
est deja armee de denticules et la bourse caudale trilobee du male est indi- 
quee : les sexes sont done reconnaissables, mais les organes genitaux ne sont 
pas encore developpes. Nous avons dit que les Vcrs siegeaient de preference dans 
la grande tnesenterique, mais on les voit encore dans les arteres he patique, 
renales, testiculaires, ainsi que dans les branches de la mesenterique qui se 
rendent au colon et au caecum; par exception, on les a rencontres dans 1 artere 
occipitale. On les a Irouvcs aussi dans le pancreas, dans le foie et dans les 
(uniques du testicule. Enfin, Valentin ra|i|mrle qu ou en vit un cxemplaire 
dans la veine |iorte , : i I Kcolc \clcrin;iiiv do lierne. 

Ces Vers sout loin d etre inoffensifs : ils de terminent des auevrysmcs vermi- 
neux, auniveau dcsquels se d&veloppe un caillot adherent a la paroi du vais- 
seau ct off rant a sa surface des depressions qui donnent abri aux helminthes : 
ceux-ci sont ordinairement peu nombrcux, ils sont colore s en rose ou en rouge 
par le sang qu ils out avale ct mesurent en moyenne de 1 a 5 centimetres de 
longueur. 

Les ancvrysmes vermineux soat Ires-frequents ; il est rare dc ne point les 
rencontrer chez les vieux Chcvaux. Ils ne se rompent qu exceptionnellement, 
leur paroi acquerant une e paisseur considerable et subissant meme la degene- 
rescence calcaire. En revanche, le caillot forme a leur interieur est souvent le 
point de depart d embolies ayaut pour consequence de graves accidents que 
Rollinger a eludies avec soin sous le nom de colique des Chevaux. 

Dans les cas ou le Ver s arrete dans le foie, il peut amener dans cet organe de 
profondes alterations. Megnin a vu le lobe moyen du foie d un Clieval trans- 
forme en uue veritable tumeur fibro-plastique dans laquelle le tissu propre du 
foie avail completement disparu. Ge lobe elait parseme dans toute son etendue 
de petits kystes sanguins contenant chacun un helminthe replie sur lui-meme. 
Les vaisseaux qui parcouraicnt la tumeur contenaient des helminthes sem- 
blables, a divers degres dc developpement. 

Cagny et Railliet considerent le passage du parasite dans les vaisseaux comme 
un phenomene normal. Pour eux, les Yers reviennent detinitivement dans 
1 intestin, apres avoir forme ces petits kystes sous-muqueux si communs 
dans le caecum et dont chacun renferme une jeune larve de Sclerostome 
enroulee sur elle-meme : celle-ci s accroit peu a peu, de meme que celle 
des anevrysmes, rompt son kyste et tombe dans 1 intestin, ou elle acquiert sa 
maturite sexuelle. 

FILARIA PAPILLOSA Rudolphi, 1810. Cet helminthe se logo dans le thorax, 
1 abdomen, les meninges, le tissu conjonctif, les muscles, etc.; son habitat est 
variable, et on le trouve encore tres-frequemment dans la chambre posterieure 
de I oeil. II se rencontre chez le Clieval, 1 Ane, le Mulet et les Ruminants a 
cornes. 



IIKMATOZOAIRES. 71 

Dans les cas ou le Ver adulte s observc chez le Cheval, il est frequent de ren- 
contrer la larve dans le sang. La premiere observation de ce genre cst due a 
Wecll. En Egypte, Sonsino a pu constater aussi la coexistence de la Filaire adulte 
dans les visceres abdominaux et de larves dans le sang ; il dt crivit ces dernieres 
sous le nom de Filar in sang inn is equi. Enfin, Lange rapporle que Jakimoff 
trouva dans le sang d un Cheval hematurique dcs larves de Filaire en telle 
abondance, que chaque gouttc de sang en contenait deux on Irois; 1 autopsie du 
Cheval n a pas etc faite. 

On n est pas encore fixi : sur la veritable nature dcs Ni matodes rencontres par 
Burke dans le sang et 1 urine de Chovaux affectrs d influenza : ce sont des hel- 
minthes longs de 6 centimetres auxquels Burke donnc le nom d Hsematobium 
eqni. 

Les Cetaces semblent etre eux-memes frequemment atteints d hematozoaires; 
ceux-ci se rencontrent exclusivement dans le systeme veineux, ou ils acquierent 
leur complet developpement. Ils out ete etudies chez le Marsouin (Delphinus 
phociena] par un grand nombre d observateurs, entre autres par Rudolph! , 
Raspail, von Baer et Davaine : on les rencontre, principalement dans le cceur 
droit et dans 1 artere pulmonaire ct ses brandies; le systeme a sang rouge n en 
renferme pas. 

L hematozoaire du Marsouin a etc appele Strongylus inflexus par Rudolph!, 
Sir. inflexus var. major par Raspail, Pseudalius filum par Dujardin, Prosthe 
cosacter inflexus par Diesing : aucun de ces noms ne saurait convenir, mais le 
nom defmitif doit etre Pseudalius inflexus. 

D autres helminthes vivent encore dans le sang du Marsouin : dans les sinus 
de la base du crane et dans les vaisseaux du poumon se trouvc le Stenurns in 
flexus Dujardin (Strongylus inflexus Bud. Str. minor Kuhn, Sir. vagans 
Eschricht, Prosthecosacter minor Diesing). Dans les vuisseaux pulmonaires du 
meme animal, on trouve encore le /Y. convolutus Diesing (Sir. convolutus 
Kuhn); dans les sinus cranicns du Narval, le Pharurus alatus R. Leuckart; 
dans les corps caverneux du penis du Balaenoptera rostrata, la Filaria cras- 
sicawdaCrepIin. 

Bien qu on ne connaisse encore que fort peu de chose de 1 helminlho- 
logie des Edentes, on sait pourtant que ces animaux peuvent heberger egale- 
ment des hematozoaires. Da Silva Araujo rapporte que le professeur Rosendo, 
de 1 Universite de Bahia, rencontra dans le cosur d un Tatou trois Vers longs 
de 3 centimetres et larges d a peu pres 1 millimetre; ils avaient 1 aspect de 
Filaires. 

Nous abordons maintenant 1 etude des hematozoaires des Oiseaux. Ces para 
sites ne sont pas rares, mais ils semblent etre surtout abondants dans le sang 
des Corbeaux. 

La premiere observation d hematozoaires chez les Oiseaux est due a Barkow, 
qui aurait trouve dans le ventricule droit du coeur d un Horon (Ardea cinerea) 
deux Nematodes que Ton conserve, au dire de Creplin, au Musee zootomique de 
Greifswald. 

Gros a signale le premier, en 1845, un hematozoaire microscopique, parti- 
culier aux Corbeaux et ayant 1 apparence d une Filaire. Bien que des myriades 
de ces Filaires se rencontrent dans le sang, les organes de 1 Oiseau n offrent 
aucune lesion qu on puisse leur attribuer. 

Le professeur Ecker, de Bale, a egalement constate la presence de larves 



72 IIKMATOZOAIRES. 

de Filaircs dans le sang de onze Freux (Corvus frugilegus), notamment dans 
le cceur, dans les \eines pulmonaires et dans 1 aorle. C etaient des animal 
cules longs de 100 p, larges de 5 a 6 //, animes de mouvemenls tres- 
rapides; 1 eau les tuait presque instantanement. Le mesentere de ces memes 
Oiseaux renfermait des Filaires adultes, longues de 2 ou ."> lignes, libres ou 
enkystees et pleines d embryons un peu plus petits que les he matozoaires. 
Ecker pense que les embryons pondus pciietrent dans les vaisseaux, d ou ils 
sortent, apres un sejour plus ou moins long, pour se de velopper dans diffe - 
rents organes. 

Des he matozoaires analogues ont encore etc vus dans le sang du Freux par 
Follin, Rayer et Ch. Robin. Cette observation cst rapportee par Chaussat, qui 
reproduit meme (pi. 11, lig. 2) un dessin de Ro)>in. 

Ilerbst, en 1852, vit egalemment dejeunes Nematodes dans le sang de divers 
Oiseaux (Corneille, Choucas, Geai, Autour, etc.). II les prit pour des Trichina 
sjnrdlis, mais Diesing crut devoir les rapporter a son espece nominale Tr. af- 
finis : il est difficile, en raison de la connaissance incomplete que nous en avons, 
de leur donncr nn inun sp c ilique; i! est dn moins certain que ce ne sont point 
des Trichines. 

Nous en dirons aulant des ISYmatodes a 1 etat larvaiie que Borell observa en 
1874 dans le sang d un Corbeau et qu il considera e galement comme des Tri 
chines : ces vermisseaux longs de 150 p, larges de 4 ^, tres-agiles, etaient tres- 
abondants dans les veines et dans les arteres; on les trouvait encore dans la bile, 
dans 1 lmmeur aqueuse et dans le corps vitre. Ajoutons enfin que Jakimoff, 
eleve du professeur Lange, de Kazan, a trouve lui-meme dans le sang des Cor- 
neilles une grande quanlitr d hematozoaires. 

On ne sail rien encore de 1 existence de Nematodes dans le sang des Reptiles, 
a moins que la Filaria cittinlinis, decrite par Leidy comme provenaut du cceur 
de la Cistudo Carolina, ne soil un veritable hematozoaire : la description de 
cet auteur n est pas snfiisamment precise, et il est difficile de dire si 1 hel- 
minthe a ete trouve dans 1 epaisseur ou dans la cavite de 1 organe. 

Des Nematodes a 1 etat larvaire out ete vus maintes fois dans le sang de la 
Grenouille. La premiere observation est due a Valentin. De son cote, Carl Vogt 
observa des belminthes analogues dans les capillaires de la membrane nicti- 
tante d une Grenouille qui venait d etre tuee, puis dans tous les vaisseaux san- 
guins de ce meme Batracien ; par la suite, il retrouva des Yers semblaLles dans 
le sang de plusieurs Grcnouilles. C etaienl des animalcules tres-agiles, obtus a 
une extremite, effiles a 1 aulre ; leur longueur etaita peu pres egale a trois fois 
le grand diametre d un globule rouge, leur largeur etait celle de ce meme 
globule vu de proGl. Vogt admet que ces embryons de Filaire circulent ainsi 
dans tout le corps pendant un certain temps : ils fmissent par s arreter dans 
les visceres, s y enkystent, ache vent leur developpement et arriveut a matu- 
rite sexuelle; ils tomberaient alors dans la cavite abdominale et donneraient 
naissance a des embryons qui penetreraient dans les gros vaisseaux pour recom- 
mencer le meme cvcle. 

*i 

Cette opinion a ete confirmee par les observations de Vulpian. Chez plu 
sieurs Grenouilles dont le sang renfermait des hematozoaires cet habile ob- 
servateur a toujours rencontre dans la cavite generale, au milieu des gros 
vaisseaux de la base du coaur , des Filaires adultes , enroule es sur elles- 
memes el pleines d un nombre incalculable d embryons vivants; ceux-ci 



HEMATURIE. 75 

etaient en tout point identiques aux jeunes Ncmatodes du sang; ils sont 
longs d environ 100ft. La facon dont ils penetrent dans les vaisseaux n cst pas 
encore elucidee. 

La premiere observation de Nematodes dans le sang des Poissons est due 
a Prenant. Cot auteur decrit sous le nom de Filaria obturans un Ver long 
de do a 20 centimetres et provenant des arteres brancliiales du Brochet; 
le parasite se rencontre aussi parfois dans la cavite branchiate. Tons les indi- 
vidus observes etaient des femelles ; celles-ci sont d ordinaire remplies d em- 
bryons. RAPHAEL BLANCHARD. 

HEMATIRIE. DEFINITION. L liematurie consiste dans 1 emission d un 
liquide urinaire contenant du sang en melange; c est cctte excretion sininl- 
tane e el melee du sang et de V urine qui constitue le caractere important en 
clinique et le point delicat en definition. Par cette acception, en effet, le sujet 
se trouve allege des ecoulements sanguins qui suintent du meat en dehors du 
moment de la miction; par la aussi on separe, a 1 exemple dc Thompson, de 
1 hematuric ces ure llirorrhagies, contemporaines de la miction, mais qni pro- 
viennent d une atteinte traumatique laite a I liretlin 1 anlmeur : en ces cas, en 
effet, 1 urine et le sang ne se brassent point en un melange plus on moins 
intinie; ou bien le sang cotoie le jet urinaire en jet isole, ou bien il le suit ou 
le precede, mais sans jamais se meler a lui. Au contraire, et nous y insiste- 
rons, les traumatismes urelhraux, en arriere du sphincter de la region inem- 
braneuse, se comporlent, an point dc vue de 1 he maturie, comme les alterations 
vesicales elles-memes : coloration brun fonce des urines, caillots, melange du 
sang et de 1 urine, 1 analogic symptomatique est complete. 11 nous parait done 
qu on doit accepter au chapitre He matitrie ces ure throrrhagies par traumalisme 
de 1 urethre poste ricur, et que, en formule definitive, [ apparition du sang pen 
dant la miction et son melange a 1 urine sont les deux termes qui defmissent 
I hematurie. 

Cette definition etant admise, la question que nous allons trailer sc pose dans 
les termes suivants : Voiei une urine sanglantc : d ou ce sang provient-il? Quelle 
est la valeur diagnostique de ce pissement sanguin? Quelles lesions peuvent 
produire ce symptome, et suivant qnelle frequence relative? Quel pronostic 
entraine-t-il et quel traitement peut-il reclamer? C est qu en effet (et Thompson 
combat cette tendance qui fait d un phenomene symptomatique une veritable 
enlite fixe) 1 liematurie n est qu un symptome : son etude ne peut done etre 
qu un chapitre de diagnostic differential. Or, on eomprend quelle diiTiculte 
clinique il y a a preciser la source de I hemorrhagie dans cet appareil urinaire 
si complexe qui des corpuscules dc Malpiglii s etend jusqu au meat cxterne ; 
combien c est une enquete delicate que d en apjirecier la cause productrice 
quand on songe aux lesions multiples (traumatismes et corps etrangers; lesions 
inflammatoires et congestives ; alterations organiques) qui peuvent atteindre les 
divers departements des voies urinaires. 

En face d un echantillon d urines sanglantes, c est done un probleme complexe 
que d indiquer la signification diagnostique de cette liematurie. Et on ne peut 
le resoudre que par une analyse methodique des symptomes : 1 examen atlentit 
des urines, 1 etude du malade dans laquellc on recherche quelles peuveiit 
etre, pour les differentes regions de 1 appareil urinaire, les diffe rentes causes 
provocatrices de I liemorrhagie, et aussi quels en sont les precedes palhoge- 



74 IIKMATUUIK. 

niques, telle est la marche liabituellement suivie dans 1 exameii clinique; tel 
aussi sera noire plan. 

EXAMEN DES IRISES. Cciracteres generaux. Si Ton excepte les cas dans 
lesquels le sang plus ou moins pur apparait soit a 1 etat liquide, soil a I etat 
solide, il faut convenir que les caracteres physiques des urines hematuriques 
exposent a de nombreuses chances d erreur. G est qu en effet la coloration rouge 
pent etre produite par une serie de principes tres-varies : les uns sont de nature 
vegelale (sene, rhubarbe, semen-contra), les seconds ont une origine minerale 
(acide phenique), les derniers et les plus importants proviennent de 1 organisme 
(bilo, matieres colorantos dn sang, hematine, lie matoidine, hemoglobine). Si la 
distinction cntre 1 hematurie et ces diverses urines rouges est relativement 
facile, il n en est pas de meme lorsqu il s agit ile I lu moglobinurie. C est qu en 
dirt les resemblances entre I hematurie et riiemoglobinurie sont nombreuses 
< l pnifoiulcs : aussi une serie d alterations urinaires, indument attributes 
jusqu ici a 1 hematuric, ont-elles dd renhvr dans le domaine de Yhemoglobi- 
nu/ic (roij. ce mot). En presence de ees redles diflicultes, il importe done de 
luM r le diagnostic. <!<> uniics he maturiques : 

I" Snr l ( \;uiini inici-nsc(i]>ii/iit; du depnt ( >t de 1 urine; 

"2" Snr I iuialvse spectroscopique ; 

." " Snr les reclierclirs <-liinii</ii< s. 

(.i s points bien et.ilili^ perinettront alors de deceler aisemeat dans les urines 
loners le principe V( ; gd;il. iiiiueral on organique, auquel est due cette coloration 
rougeatre si fertile en erreurs. 

Ex \MK.N MII i;os( opii.K i;. Globules sanguins. Les bematies sont rarement en 
piles comme dans les preparations histologiques du sang; le plus ordinairement 
elles se presentent a I etat isole. Les globules sanguins ont alors une forrne 
arrondie, disco ide ; leur centre est aplati, leur coloration est jaunatre. Leur 
diametre est de 6 a 7 milliemes de millimetre, leur epaisseur est habituelle- 
mentde 2p; quelques globules sont creneles, muriformes. Dans les urines tres- 
conccntrees, acides, riches en sels mineraux, les globules prennent quelquelbis 
un aspect comparable a celui des marrons d Inde (Ultzmann). Dans une urine 
acide, les globules restent inlacts pendant deux ou trois jours, mais dans les 
urines alcalines ils ne tardent pas a se deformer, a se gonfler ; leur contour 
devient festonne. Enlin,si le liquide est ammoniacal, les globules se transformed 
en petites utricules sphe roi dales qui se decolorent et finissent par se vider. Le 
globule peul se trouver reduit a une enveloppe degonfle e, 1 hemoglobine diffuse, 
et le stroma disparait. 

La recherche de ces hematics est facile; si le sang est en petite quantite, 
1 examen d une gouttelette du depot de 1 urine devient alors ne cessaire. Rare 
ment la diffusion de I liemoglobine necessitc 1 emploi des re actifs colorants tels 
que 1 iode et la fuchsine. D apres Beale, les globules sanguins pourraient etre 
confondus avec des spores analogues de forme et de couleur. Ces spores se 
distinguent des globules du sang, a un tres-fort grossissement, par une certaine 
variabilite de leurs dimensions, le developpement frequent d expansions germi- 
natives arrondies, leur pullulation rapide dans 1 urine placee dans un endroit 
chaud et 1 absence d albumine (Danlos). II ne faut pas non plus confondre les 
hematies soit avec de petites formations discoides d oxalate de chait.c, soit avec 
des noyaux d epithelium renal. A 1 etat isole, les globules sanguins ne peuvent 
donner d indicalions sur leur provenance. Cependant Friedreich considere les 



IIEMATUR1E. 75 

mouvements amibo ides et la scission des corpuscules sanguins comnie des 
signes des he morrhagies re nales (Virchow s Archiv, Bd. XIV). D apres Beale, 
lorsque le sang sejourne quelque temps dans les tubuli avant de passer dans 
1 urine, on trouve des cristaux d une apparence etoilee irre guliere. 

Cylindres fibrineux. Mais lorsque les globules sanguins sont imprimes a la 
surface des cylindres fibrineux plus on moins allonge s, du diametre d un cana- 
licule urinifere,on peut alors al lirmor 1 origine re nale de I liematurie. Ge moule 
h bi ineux ne se detache pas toujours dans son entier du canalicule droit qui le 
contient, il se morcelle, il apparait alors dans 1 urine sous la forme de petites 
masses fibrineuses irregulieres. Enfin ces globules sont quelquefois moules sur 
des caillots allonges, vermiformes, decolores, d aspect fibrineux on gelatineux. 
Lorsque la fibrine du sang se presente sous la 1 orme de caillots noirs, cet 
examen est naturellement inutile. 

Les urines hematuriques contiennent non-seulement la partie solide du sang 
(globules, fibrine), mais elles renferment encore la partie liquids, le serum. 
Comme le serum possede de 1 albumine, toute urine sanguinolente est force- 
ment albumineuse; si la quantite d albumine est trop forte, elle provicnt 
encore d une autre source, d une affection des reins, par exemple. 

Mais 1 urine peut renfermer les elements du sang sous une autre forme. Si le 
sang est extravase dans 1 urine longtemps avant remission, on si 1 urine est 
deja decompose e, les globules detruits ne forment plus qu un depot rougeatre. 
Cela arrive toutes les fois qu une urine sanglante est devenue ammoniacale dans 
la vessie. Dans ces conditions, la matiere colorante du sang, 1 liemoglobine, est 
melange e a 1 urine et dissoute dans ce liquide, et des lors ces urines ne s eclair- 
cissent pas par le repos (Yvon). 

L examen spectroscopiqite et Y analyse cliimiqite font reconnaitre cette 
maliere colorante du sang et permettent de faire le diagnostic avcc les urines 
colorees en rouge par des principes vegetaux, mineraux ou organiques. Mais il 
ne faut pas oublier que ces deux derniers precedes ne s adressent qu a rhemo- 
globine, et, lorsqu on voudra nettement distinguer I liematurie de 1 hemoglobi- 
nurie paroxystique ou symptomatique, il sera necessaire de proceder a 1 examen 
microscopique et de trouver 1 ele ment caracteristique, le globule sanguin. Etu- 
dions ces deux moyens de diagnostic. 

Analyse spectroscopique. On apercoit un spectre interrompu par deux 
bandes noires : 1 une est situee dans \ejaune, 1 autre dans le vert. Ce spectre, 
designe sous le nom de spectre de 1 oxyhemoglobine oxygence, peut etre encore 
obtenu avec une dilutionjde sang a un dix-millieme (Hoppe-Seyler). Si, dans 
1 urine sanguinolente, on verse quelques goultes de sulfliydrate d ammoniaque, 
au lieu d une bande d absorption, on n en observe plus qu une seule. 

RECHERCHES CHIMIQUES. Les proce de s chimiques ont une moindre valeur que 
1 examen microscopique. 

1 Almen a propose de caracteriser la presence du sang par son action bien 
connue sur la teinture de ga iac. On mele dans un tube a essai quelques centi 
metres cubes de teinture de gaiac avec une quantite egale d essence de te reben- 
thine et on l agile, puis on ajoute 1 urine : si elle ne renferme pas de sang, il 
se produit un precipite bleu verdatre, tandis que le precipite est d un bleu 
intense, si 1 urine contient du sang. 

2 Un second procede pratique pour la recherche clinique dusang dans 1 urine 
est base sur 1 action de la potasse. Si 1 on fait chauffer le depot dans un tube 



76 IIKMATURIE. 

avec uue pastille de potasse caustique, OQ obtient une coloration brune avec 
relicts verts par reflexion ; cette coloration estdue a I hematine, qui prcud nais- 
sance dans ces conditions. On peut faire cette reaction sur 1 urine meme, sans 
attend re qu elle ait depose, si elle renferme une quantite assez considerable de 
sang (Yvon). Le precipite hematique se dissout dans 1 acide acetiqueen donnant 
.me teinte rouge qui se decolore peu a peu a 1 air (Neubauer). II faut eviter 
de le confondre avec un precipite de couleur analogue determine par la potasse 
dans les urines qui contiennent le prncipe courant du se ne, de la rhubarbe 
(A. chrysophanique) ou celui du semen-conlra : mais celui-ci n est pas di- 
chro ique et se dissout dans 1 acide acetique sous forme d un liquide jaune citron 
qui prcnd a 1 air une teinte violette ; de plus, 1 urine n est pas albumineuse, 
elle est jaune brune, plutot icterique que sanguinolente, a vant d etre alcalinisee, 
et la couleur rouge developpee par la potasse disparait par 1 addition d un 
acide (Ultzmann). Enfin 1 examen spectroscopique fera facilcment reconnaHre 
les urines hematuriques. 

Principes mineral^. A cote de ces principes vegetaux susceptibles de 
donncr aux urines une coloration analogue a celle des urines hematuriques, il 
faut placer certaines substances mine rales telles que V acide phe nique, par 
example, ( .cite, substance donne anx urines une coloration noiratre qui peut 
preler a 1 erreur. Mais ces urines out une teinte un peu vert fonce que Ton 
n observe jamais dans I hematurie, elles ne contiennent pas d albumine, elles 
degagent sous 1 influence de J acide sulfurique une odeur caracteristique d acide 
phenique, etc. 

Principes organiques. Entin des principes provenant de 1 organisme : henia- 
toidine, melanine, bile, hemaphe inc, peuvent faire prendre aux urines une colo 
ration qui parfois est presque identique a celle des urines hematuriques. II 
importe de faire la distinction de I liematurie avec les diverses urines qui n ont 
avec elle d autre ressemblance que la coloration rouge. Une note de M. le 
docteur Corre (de Brest [insereedans Is. Gazette hebdomadairedo. 15 mai 1881]) 
resume bien les differents caracteres differentiels des urines rouges. 

1 Urines colore es par le sang en nature, sang (antes ou sanguinolentes 
(he matiirievraie). Globules constates au microscope dans les urines; bandes 
de reduction de 1 heraoglobine au spectroscope, albumine en notable proportion 
dans le liquide. 

2 U Urines colore es par I hemoglobine (hemoglobinnrie}. Pas de globules au 
microscope, ou globules bors de proportion numerique avec 1 intensite de la 
coloration rouge des urines ; bandes de reduction caracteristiques : 1 une 
etroite, foncee, nette comme un trait d encre, dans le jaune, rapprocbee de la 
ligne D de Fraunhofer; 1 autre plus large, mais moins foncee, sur la limite du 
jaune et du vert, rapprochee de la ligne E ; albumine en proportion notable 
dans le liquide. 

r" Urines colore es par I he matine (he matinurie). La transformation de 
1 hemoglobine en hematineest exceptionnelle dans 1 organisme; elle aurait pom 1 
caracteres 1 absence de globules au microscope et la bande unique de re duction 
de I liematine sur la limite du jaune et de 1 orange (entre G et D, hernatine 
alcaline) ou en plein orange (c, hematine acide). 

4 Urines colore es par la melanine (me lanurie vraie, me laninurie) . Ce 
sont celles de 1 etat melanenique a tous ses degres; elles sont caracterisees par 
la presence de granulations pigmentaires, immediatement derivees de 1 hematine. 



IIOIATUIUE. 77 

5 Urines colorees par Vhe maphe ine el les principes supposes analogues. 
Certaines urines qui se produisent an cours d affcctions febriles sont colore es 
par un principe (urosacine, uroerythrine) forme en quantite considerable aux 
depens du sang ou par un principe tres-voisin, I uroxanthine on 1 heraapheine. 
A 1 examen spectroscoptque, ces premieres urines donnent une bande ordinai- 
rement peu foncee dans la portion du vert qui avoisine le bleu et une pen ombre 
etendue sur le bleu, 1 indigo et le violet. Ces urines ne renferment pas de glo 
bules et elles ne sont pas albumineuses. 

6 Urines colorees par la bile (chohjurie). Cos urines out souvent un aspect 
rougeatre ; elles donnent par 1 acide azotique une coloration spccialc ; le pigment 
bilinire verdit, puis devient jaune acajou, et le spectroscope donne avec une 
penombre etendue sur les rayons extremes urie bande diffuse, peu foncee, dans 
la portion dn vert qui avoisine le jaune. 

PRINCIPAUX SPECIMENS GLiNiQDEs o uRiisEs sANGLANTEs. Mais il y a une grande 
diversite de types d urines sanglantes, et il convient d en pre senter les princi- 
paux specimens cliniques. M. Guyon en a fait une etude remarquable. Si Ton 
examine 1 urine d un he raaturique dans un vase a essai, on la voit sY-claircir 
plus ou moins completement et se disposer en deux zones, tantot nettement 
separees, tantot presque conlbndues ; au-dessous d une couche liquide surna- 
geant on voit une bande inferieure qui constituc le depot, melange de sang et 
d autres matieres. Son apparence est variable : tantot c est un depot jaunatre, 
a striations sanguines dedicates, qui rappellent, par leurs dispositions en lignes 
ondulees separant le depot en plusieurs couches, 1 apparence de strates gcolo- 
giques ; tantot c est une masse filante, visqueuse et glaireuse, adlii rente aux 
parois du vase, ponctuee de toute part de filets sanglants qui la colorent vive- 
ment. Dans ces deux types d urines sanguinolentes le sang est melange au 
depot purulent ; la couche liquide, au contraire, l urine surnageant, demeure 
incolore ou faihlement coloree : suivant lu tres-heureuse expression de M. Guyon, 
(( le pus a englue les globules sanguins . 

D autres echantillons d urines sanglantes monlrent bien quelques glaires et 
flocons muco-purulents, mais qui demeurent distincls du depot sanguin. C est, 
en ces cas, l urine qui, a la zone superieure, sc colore d unc teinte sanglante; 
a la moindre agitation d ailleurs toutes les couches pre*sentent une rougeur 
uniforme. 

Les premiers specimens sont les urines sanglanles qu on observe dans les 
cystites : la valeur semeiologique de ces depots composes de sang et de pus, de 
ces glaires hemo-purulentes, est done imporlante. S il s agit, au contraire, de 
ces types d urines rouges a depots purcment sanglants, 1 examen des echantil 
lons urinaires perd sa valeur diagnostique pour 1 appreciation exacte de la nature 
et du sie ge de la lesion hemorrhagipare. Voici quel est 1 aspect habituel de ces 
depots sanglants ; ils presentent deux parties distinctes : des caillots et une 
sorte de creme rougeatre. Les caillots, dit M. le professeur Guyon, sont plus 
ou moins nombreux, assez mous, tres-t aciles a dissocier ; lorsqu on n agite pas 
le contenu des vases, ils conservent a peu pres la forme sous laquelle ils ont 
ete rendus. La plupart sont irreguliers; si on pouvait defmir leur forme, on les 
<lirait semi-ovoides. Dans quelques circonstances, Tindecision de la forme 
n existe plus; le caillot est franchement allonge , quelquefois assez de lie, ver- 
miforme, d autres fois plus e pais, en forme de sangsue bien gorgee. Nous avons, 
dans bien des circonstances cherche a savoir si cette forme bien definie avail 



18 II KM \TUUIK. 

line signification precise. Le seul resell tat auquel nous soyons arrive, c est a 
constater que les caillots allonges se forment souvent dans I urethre, dans sa 
partie profonde, commc dans sa partie anterieure; mais il ne nous a jamais ete 
permis tie voir, comme d aulres observateurs paraissent 1 avoir fait, que les 
caillots allonges et delies eussent 1 uretere pour origine . La configuration des 
caillots ne peut done devenir un element de diagnostic du siege de la cause de 
I hematurie ; les formes en sont indistinctes et variables. Ulzmann admet cepen- 
dant que Ton peut quelquefois, d apres la forme des caillots, determiner avec 
certitude le siege de I bemorrbagie; si les coagula sont allonges et en petit 
balonnet, ils reproduisent le moule des conduits urinil eres, et I hemorrhagie 
provient du rein ; si au contraire les caillots sont irre gulicrs et grossiers, 1 he- 
maturie est d nrigine vesicale >>. 

La fnlni-iiiioii des caillots f-i importante a considerer ; ils sont generalement 
de teinte noire, quelquefois de nuance rouge fonce, parfois rouge vif; ils peu- 
veiit aussi sc |ire>enler sous 1 appareiH-e de masses librineuses, de colorees ; 
parfois encore un pn|iirie sanglant ponctue le fond grisatre du eaillot. Ainsi que 
le l;iii i vni;iK|iiei M. Guyon, il y a un interet de diagnostic diflerentiel a la 
de e.es eu;imi|;i lil>riiHMi\ , di pnuillrs de toute coloration be matique : 
eli el, |r inaladc s en, alarme et lev eon-iderc comme des morceau.r, 
de c/i/i/i- dmil rexpiilsimi repouvante; le medecin y reconnait la plupart du 
temps de simple- llneuns librineux ; 1 evacuation de vt i i tables fragments de 
tissus neoplasiques demeure un fait clinique rare, mais (ju il est possible d ob- 
r et i|u il est ulile dc rappeli-r. 

(Juniil a la coin-lie m-in.iiiv ipii ^nrn.i-i au-dosus de ces depots sanglants, la 
coloration varie de nuance et d intensite. Ce n est, comme nous I aviins vu, que 
dans les urines liL-inaturiques des cystites, au-dessus de ces depots melanges de 
sang et de pus, que le liquide urinaire demeure incolore ; en tous les autres 
ecbantillons d urines sanglantes, au contraire, on voit dans le verre a essai la 
zone superieure teintee d une rougeur variable ; les principes colorants bema- 
tiques sont dilues dans 1 urine, et d autant plus completement que la densite du 
liquulc s aiti iiue. Dans les urines aqueuses, en effet, la fonte globulaire s ac- 
centue, la coagulation se retarde et les caillots se desagregent ; et c est la un 
resultat tberapeutique utile qu on obtient en prescrivant aux bematuriques des 
boissons delayantes. Ajoutons ici que la puissance de coloration du liquide 
sanguin est telle qu une hemorrhagie mediocre suf it a teindre une quantite 
considerable de liquide urinaire : c est une consideration qui a sa valeur 
clinit|ue, et qu il faut rappeler pour eviter toute fausse alerte et toute appre 
ciation inexade do la spoliation sanguine, en face d une perte bematurique 
inquietante. 

La nuance est un element qui se doit e tudier a cote de Yintemite chroma- 
tig lie. Ici, il y a une riche gamine de teintes qui varie du rouge clair, du rouge 
rose (rouge sirop de groseilles) aux varie tes eclatantes on fonce es du rouge. Et 
dans ces teintes assombries les types de coloration sont varies : ce sont des 
teinles troubles, grisatres, parfois tirant sur 1 orange, pour lesquels d ailleurs 
on multiplie les comparaisons et les appellations. On les de nomme : urines 
couleur de fumee (Tbompson) ; on les compare a un melange d urine et de 
marc de cafe, ou bien encore d urine et de suie ; on en rapproche la teinte du 
porter et des bieres brunes anglaises. Tout cela est variable et sans signification 
diagnostiqueabsolue; la coloration brunatre n est point, comme on 1 a pretendu, 



HEMATUR1E. 79 

un indicc dc 1 origme renale de 1 hemorrhagie. Sa-ns doute, c est un fait admis 
qu apres uu certain temps de contact avec 1 urine le sang perd sa couleur ver- 
meille ettireau brun : il est done rationnel d admeltre avec Thompson que le 
sang venu d un departement recule de 1 appareil urinaire, a moins d etre tres- 
abondant, teint en brun le liquids urinaire ; qu au contraire une urine d un 
rouge vif est 1 indice probable d une hemorrhagie plus voisine, et d origine vesi- 
cale. Mais c est la un element de diagnostic bien infidelc; apres des lithotrities, 
apres des fausses routes, on voit des malades pisser des urines brunes, tandis 
que des urines rutilantes peuvent etre, comme 1 a monlre M. Guyon, fournies 
par un ma lade atteint de cancer du rein. An lieu de voir dans la coloration un 
signe patbognomonique de la provenance de I hemorrhagie, il faut done n y voir 
qu une probabilite diagnostique, qu un rlcim-nt contingent, variable suivant 
1 abondance de 1 ecoulement sanguin, la dure e de son contact avec 1 urine, 
1 intensite de son melange. 

De cette etude des varietes d urines sanglantes il faut conclure qu il est, en 
general, impossible a la simple inspection d accoler a chaque eeliantillon 
urinaire son etiquette cliniqne cxactc. En dehors en effet de ces urines he- 
mopyuriques de la cystite (qu on nous passe le mot en raison de sa commo- 
dite) a depot purulent caracteristique ponctue on strie de sang, on ne pent 
point conclure de 1 examen des urines sanglantes a la nature ou au sie ye 
de la lesion hemorrbagipare. C est a 1 examen du malade qu il faut demander 
ce moyen de diagnostic etiologique; 1 hematurie ne se presenters point avec 
la meme allure clinique cliez le calculeux, chez le prostatique, chez le m o- 
plasique; elle ne relevera point, en ces divers cas, des memes causes pro- 
vocatrices et des memes conditions palliogeniqnes ; c est la description de 
ces tableaux symptomatiques differents qu il nous faut fa ire maintenant, c est 
aussi la discussion des divers precedes pathogeniques qu il nous faut entre- 
prendre. 

Etant donne un echantillon d urine sanglante, il faut, ainsi que le dit 
Thompson, passer en revue, comme si vous les comptiez sur les doigts, les 
sources les plus ordinaires de 1 extravasation sanguine, les reins, !a vessie, la 
prostate, 1 urethre . De plus, pour chacun de ces departemenls de 1 appareil 
urinaire, la lesion hemorrhagipare peut varier : la cause de 1 hematurie peut 
etre: 1 me canique (traumatisme ou corps etrangers) ; 2 inflammatoire et con 
gestive; 5 organique. 

1" He maturie d origine traumatiquedans les traionatismes de Vurethre. Les 
hematuries dans les traumatismes urethraux peuvent se rapportcr a deux types 
bien distincts. Elles peuvent se produire ou dans l urethre ante rieur qui s e tend 
du meat au pubis ou dans l urethre profond, qui va du pubis au col de la 
vessie. Yoici, par exemple, un blennorrhagien qui se rompt la corde; un re lreci 
chez lequel on vient de faire la section operatoire d un retrecissement situe dans 
la region penienne ou bulbaire; unblessedont l urethre subit une rupture trau- 
matique en sa portion libre ou en avant du sphincter membraneux : en ces cas 
1 urethrorrhagie est continue. veritable epistaxis urethrale (Guyon), et sans 
rapport avec la miction. Que si le traumatisme atteint l urethre dans sa re gion 
post-sphincterienne, 1 urethrorrhagie prend Failure d une hematurie vesicale ; 
un retentionniste habitue a se sonder se fait une fausse route prostatique ; une 
chute avec fracture du pubis dechire 1 uretbre en sa region profonde ; les 
mictions sanglantes se presentent alors avec les caracteres des he maturies par 



SO IIEMATURIE. 

lesions de la vessie : melange intime du sang avec le lirjuidc urinaire, colora 
tion brun fonce et caillots de toute sorte dans les urines ; 1 analogie clinique est 
complete avec une bematurie dont la source est dans les voies urinaires supe- 
rieures. 

ti" llematurie dans les traumatismes de la vessie et des reins. L hematurie 
traumatique dans les cas de plaie de la vessie n est point a etudicr longuement 
ici ; elle n est en ces cas qu iui detail clinique surajoute a un apparcil sympto- 
malique caracteristique. Lc sang s accumule generalement dans le reservoir 
urinaire, d ou il s ecoule au dehors, soil par la plaie elle-meme, soil par 
I urethre; tantot il se melange a Furine, tantot, dans le cas d bemorrhagie abon- 
dantc, il se coagule el provoque une obstruction mecanique du col ou le deve- 
loppement d une cystite intense. Les lesions traumatiques atteignant isolement 
I uretcre sont une raretc clinique, el riiematurie y a e te exceplionnellement ob- 
servee. Au contraire, riiemaluric fait rarement defaut dans les cas de trauma- 
tisme renal : elle en est Ir symplwne capital et pathognomonique. Lesmictions 
sanglantes, constantes et copieuscs, qui suivent la contusion et la blessurc des 
reins, peuvent se montrcr sous des aspects diffe rents : les caillots peuvent otre 
plus ou moins abondants, le sang pcut etre plus ou moins complelement dilue ; 
la constatatioD au microscope de globules sanguins monies sur des tubes urini- 
devient un indicc prccieux de I origine renale de riiemorrbagie. Ajou- 

s, pour complete! 1 cctte breve esquisse clinique, que riiematurie peut etre 
immediate et se montrcr des la premiere miction; que parlbis elle est tardive 
et n apparait qu apres quelques jours; que. dans quclques cas, un bouchon 
iibrineux obturant 1 uretere, on voit l : he maturie se suspendre, la douleur 
prendrc une exacerbation souduine, le ventre se ballonner et les vomissements 
apparaitre, puis 1 uretere se desencombre, Tbemalurie reapparait ; quelquefois 
ces oscillations et ces alternatives se peuvent repeter. 

A cote des traumatismes francs, il faut etudier 1 influence de certaines causes 
provocatriccs de 1 hematurie qui ne sont, pour ainsi parler, que des trauma 
attenues et continus. En voici le plus interessant type clinique : a la suite d un 
exces de fatigue, d une secousse inopportune, d une marche forcee, d une course 
en voiture, un malade qui auparavant aura presente un depot briquete dans 
ses urines, qui aura expulse quelques graviers et souffert de quelques crises 
nephretiques, qui urinera plus souvent le jour et pendant le mouvement, qui 
pourra ressenlir comme un coup d aiguille vers 1 extremite du penis a la fin de 
la miction, ce malade aura une miction sanglante. Notons ici que cette bema 
turie peut survenir sans trouble antecedent et se montrer comme le premier 
symptome revelateur d un calcul renal. En tous cas, le malade se repose, 
s abstient de. tout mouvement exagere, les symptomes douloureux s attenuent, 
et les urines reprennent leur coloration normalc. 

Cette bistoire clinique est patbognomonique et ces hematuries d un ordre 
mecanique special sont le propre des calculeux. Cette subordination de leur 
pissement sanguin a la fatigue et au mouvement est un trait clinique bien 
personnel. 

Le mecanisme patbogenique semble ici indiscutable : c est le calcul secoue 
dans la cavite vesicale, qui en contusionne les parois et provoque la rupture 
vasculaire. Cela est si vrai que, suivant la remarque de M. Guyon, tel malade 
qui ne peut aller en voiture a deux ou qualre roues, parce qu il souffre, parce 
qu il pisse du sang, supporte bien le cbemin de fer, et supporte mieux encore 



IIEMATURIE. 81 

I omnibus et surtout 1 imperiale, dont le mouvement plus e tendu, non saccade, 
n imprime a la pierre ni secousses brusques, ni e braiilcment considerable. 

Toutefois, le trauma vesical est-il la condition exclusive et immediate des 
he maturies des calculeux? Son influence eliologique est preponderate, a coup 
sur; mais elle s exerce grace a des causes auxiliaires. Assure mcnt, c est un 
point bien etabli de la physiologic vesicale (Guyon) quc la vessie, si excitable 
par la distension, est obscurement sensible an contact; il est dcmonfre que la 
pierre la plus irre guliere peut demeurer longtemps silencieuse et tole ree. Mais 
il est indeniable aussi que la presence des calculs determine une hypere mie 
vesicale ; si la vessie saine tolere bien les concretions calculeuses, il u en est 
plus de meme de la vessie enflammee dont la sensibilite an contact s exagere, et 
pour laquelle la pierre devient une epine cxcitatrice qui provoque des pln ; no- 
menes congestifs. Sans doute, ainsi que nous 1 avons entendu enseigncr par 
M. Guyon, la cystite des calcnleux est plus rare et surtout plus tardive que Ton 
ne 1 admet classiquement, mais il convient d etablir des distinctions cliniques : 
la cystite est frequente dans les cas de calculs phosphatiques, les urines puru- 
lentes sont alors alcalines et souvent ammoniacales ; la cystite est d ;iilleurs ici 
la cause et non la consequence du calcul ; la vessie d uu pareil calculeux sc 
vide mal; il y a stagnation urinaire, distension et congestion : ce sont la des 
termes cliniquement enchaines. En une vessie ainsi alle ree, toute secousse du 
calcul devient un traumatisme facheux : autant I he maturie est, dans ccs cas, 
frequente et facilement provoque e, aulant ellc est rare quand il s agit de ces 
calculs d acide urique, d urates, d oxalate de cliaux, de provenance re nale, et 
qui ne s accompagnent que de modifications insigniilautes de la muqueuse vesi 
cale, bien que cependant les chances de cystite augmentent beaucoup avec 
1 anciennete et le volume du calcul. G est a ces memes conclusions qu Ulzmann 
s arrete : C est dans les cas de calculs phosphatiques on oxaliques qu on 
renconlre hahituellement les plus fortes he maturies ; les calculs lisses d acide 
urique ne provoquent que de mediocres he morrhagies. Le poids de la pierre 
importe aussi beaucoup : tandis que les calculs lourds d oxalates et d urates 
determinent de violenles hematuries, les pierres legeres de cystine sont rare- 
ment accompagnees de mictions sanglantes . 

L hematurie symptomatique du calcul renal est spontanee ou de termine e par 
la fatigue el les secousses : c est ainsi que 1 equitation et les cahots de voiture la 
provoquaient chez Sydenham, qui etait goutteux et calculeux. Elle est parfois 
1 unique symptome de la lithiase renale ; parfois aussi elle peut par sa fre 
quence ane mier le maladc, au point de simuler un cancer renal. Dans quelques 
cas, 1 hematurie, qui durait depuis plusieurs jours, disparait brusquement pour 
reparaitre ensuite; sa disparition est accompagnee de douleurs sur le trajet de 
1 uretere ; les urines deviennent limpides et normales ; cette brusque suspension 
de I hematurie tient a 1 obstruction de 1 uretere paruncaillot librineux. Lecorche 
admet que beaucoup d hematuries dites essentielles, a retours paroxystiques, 
reconnaissent pour cause la formation dans la portion droite des canalicules 
uriniferes ou dans les tubes de Bellini des calculs d oxalate de cliaux moules 
sur ces canalicules. C est a 1 irritation determinee dans les reins par ces calculs 
que seraient dues ces hematuries paroxystiques qui ne cessent qu apres 1 expul- 
sion de la concretion renale ; elles reparaissent au bout d un temps plus ou 
moins long, apres la reproduction du calcul oxalique intra-canaliculaire. 

A cote de ces he maturies par irritation traumatique due a des calculs ve. i- 

DICT. EKC. 4 e S. XIH, 6 



82 HEMATURIE. 

caux ou renaux il convient de placer des formes cliniques que leur etiologie en 
rapproche : ici, c est un parasite qui joue le role de corps etranger et de cause 
hemorrhagipare. 

Parasites. Les principaux parasites du rein susceptibles de determiner 
1 hematurie sont au nombre de trois : 1 le strongle geant ; 2" le pentastome 
denticule; 5 le distoma hcematobium. Us out ete etudies et decrits au mot 

IIlhlATOZOAIRES (vOtJ. CC ITlOt). 

HEMATURIES D ORIGINE INFLAMMATOIRE oa CONGESTIVE. II est des hematuries dont 
la cause provocatrice est une alteration phlegmasique ou simplement hypere- 
niique des voies urinaires. Mais, en pratique, ces groupes etiologiques ne sont 
point aussi ncttement distincts. Dans I hematurie des ne oplasiques, par exemple, 
nous verrons quel role important revient a 1 element congestion, quelle part 
etiologique secondaire est attribuable a 1 allrration organique des parois vesi- 
cales. Meme remarque pour 1 hematurie de la tuberculose vesicale, symptome 
presque initial et qui fait cortege a la pcriode congestive : il y a done la des 
influences etiologiques associees ; c est en raison de cette pathogenic complexe 
(|u il nous faut etudier, commc deux groupes etiologiques voisins, les hematuries 
d origine inllammatoire et les hematuries d origine congestive : nous ferons 
ainsi un rapprochement ulileet nous aurons une transition commode entre les 
lirmaluries congestives et les hematuries par lesions organiques, puisque dans 
les ndoplasmes et dans les tubercules de la vessie les mictions sanglantes 
relevent d ua processus congestif plus encore que de destructions ulcereuses. 
Hematuries inflammatoires dans les, phleymasies urethrales. L hcmaturie 
dans les phlegmasies urethrales est une variete clinique sur laquelle il n est 
point necessaire d insister. Dans une blennorrhagie urethrale, il peut, ainsi que 
1 a etabli Diday, sortir du sang par le canal dans quatre cas distincts : 1 quand 
la blennorrhagie est suraigue, par intensite du travail phlegmasique et u 1 occa 
sion du moindre traumatisme : alors, le sang est combine a la secretion puru- 
lente ; 2 pendant les erections forceesct apres la rupture de la corde par redres- 
sement violent du canal erige ; c est alors un sang pur qui s ecoule, c est une 
urethrorrhagie qui se fait goutte a goutte en dehors des mictions; o u a la suite 
d injections caustiques de nitrate d argent : alors le sang sort mele , mais non 
combine avec 1 urine, et il sort des le commencement de 1 emission de 1 urine; 
ce qui distingue ce cas du quatrieme, hematurie a la suite d une cystite ou le 
sang ne commence a couler qu a la fin de la miction. 

Dans rinflammation chronique de la portion prostatique de rurethre, 1 hema- 
turie peut se montrer le plus souvent apres une blennorrhagie opiniatre; un 
homme de vingt a trente ans voit apparaitre chez lui et d utie fac.on graduelle 
les symptomes suivants : mictions frequentcs suivies de douleurs a 1 extremite 
du penis, de temps en temps un peu de sang vient rougir les dernieres gouttes 
d urine qui se trouble et renferme un depot muco-purulent ; sentiment de 
chaleur et de pesanteur au perinee et vers le rectum ; tous ces malaises s aggravent 
par 1 exercice et la fatigue. Ce tableau clinique peut donner 1 illusion d un 
calcul; les anamnestiques et la sensibilitc au catheter dans la portion prosta 
tique de 1 urethre permettent d etablir le diagnostic. 

Dans la cystite. L hematurie s observe dans les differentes formes de la 
cystite : elle se repete sans cause appreciable, persiste assez longtemps, ne se 
calme ni par le repos, ni par le lit; on peut la rencontrer aussi bien dans la 
cystite aigue que dans la cystite chronique, dans la cystite du col que dans la 



HEMATUR1E. 85 

cystite du corps. Elle est surtout intense dans les cystites aigues et souvent 
localisees qui compliquent la ])lennoiThagie. Nous ne pouvons ici que tracer a 
grands traits 1 esquisse clinique de ces hematuries. Voici un malade atteint de 
cystite du col : extreme frequence des envies d uriner ; douleur intense qui 
accompagne le debut et surtout la fin de la miction et determine un spasme et 
des epreintes penibles. Ce spasme douloureux peut provoquer un le ger ecoule- 
ment du sang du a une sorte d expression de la muqueuse hyperemiee ; onn observe 
ordinairement d hemorrhagie appreciable que d une lacon tout a fait passagere, 
et le plus souvent { exhalation sanguine, insuffisante pour modifier la coloration 
de 1 urine, s attache seulement au produil de secretion du col. Nous avons plus 
haul mentionne quelle valeur diagnostique M. le professeur Guyon attribue a la 
presence au fond du verre a examen de ces grumeaux muco-purulents stries de 
sang; meme caractere de depot purulent dans la cystite du corps : en ces cas, 
1 he maturie s accompagne d irradiations douloureuses a siege hypogastrique 
plutot que perine al. Nous n etudions pas ici I hematurie de la cystite tubercu- 
leuse; nous la placons au groupe des hematuries par lesions organiques de la 
vessie. Est-il necessaire, pour que la miction sanglante se produise dans la 
cystite, qu il y ait ulce ration, ou bien 1 hyperemie de la muqueuse suffit-elle a 
former 1 extravasation sanguine? II serait difficile d admeltre que dans les 
cystites blennorrhagiques ou le debut est si rapide et 1 hematurie souvent 
intense il y ait un travail ulce ratif. II est aussi bien rare que 1 autopsie montre 
des ulcerations dans les cas de cystite chronique avec hematurie abondante ; en 
ce cas, il est possible que Immigration globulaire a travers les vaisseaux intacts 
joue le principal role dans la production de ces hemorrhagies : les modifications 
de pression intra-vasculaire, les desordres de 1 innervation vaso-motrice, les 
phenomenes congestifs, sont les causes productrices dominantes de 1 exhalation 
sanguine et nous sommes ici encore conduits a reconnaitre le role pathologique 
considerable de la fluxion hyperemique. 

Pyelite. Qu elle soil consecutive a un empoisonnement (canlharide, tere- 
benthine), qu elle survienne dans la fievre typhoi de, la p venue, le typhus, la 
scarlatine, la rougeole, le charbon, etc., la pi/elite s accompagne d urines hema- 
turiques. 

D apres Lecorche, un des premiers symptomes de la pye lite catarrhale est le 
pissement de sang, mais le plus ordinairement le pus a precede I apparition du 
sang. C est dans cette hemorrhagie pyelitique que Ton peut constater ces caillots 
vermiformes. La presence, dans les sediments, de cylindres fibrineux qui rap- 
pellent le diametre des tubes de Bellini, distingue 1 hematurie renale, canalicu- 
laire, de Themorrhagie pyelitique ; ce signe offre d autant plus d importance que 
la pyelite occasionnee par les dyscrasies, les exanthemes, s accompagne d hema- 
turies abondantes. Elles de passent de beaucoup en quantite les hemorrhagies 
paroxystiques produites par les calculs. 

La pyelite provoquee par des parasites ou des neoplasies est en connexion avec 
une production analogue des reins. 

Nephrites aigues. Les urines hematuriques sont fre quentes dans les nephrites 
aigiies, qu elles soient ou non produites par les maladies infectieuses. L hemor- 
rhagie est uu accident initial surtout marque dans les formes de signees par 
Wagner sous le nom de formes he morrhagiques catarrhales du mal de Bright. 
En voici des exemples : ainsi un scarlatineux, a la periode de desquamation, 
se refroidit. L urine devient rare, epaisse, brune, noiratre ou rosec, suivant la 



84 1IEMATURIE. 

proportion de sang. La coloration rougeatre ressemble souvent a celle cle la 
lavure de chair. Rarement on a note remission de sang pur. Les sediments 
contiennent des cylindres fibrineux ct un grand nombre de globules sanguins 
tumefies, parfois ratatines et en partie deformes. D apres Bull, lorsque les 
lesions predominent notablement dans le tissu interstitiel, I hematurie est la 
regie. La nephrite aigue : s observe aussi dans les brulures etendues, la diphtheric 
et plus rarement dans les exanthemes febriles (variole, rougeole, e rysipele), 
ilans le cours de la fie v re typho ide, de la fievre re citrrente (Ponfick), de la 
me ningite cere bro-spinale, de la fievre intermit ten te, de la fievre jaime. 

Nephrites xi i>li</nes. Dans ces cas, I hematurie est rare et liabituellement 
les globules sanguins et les leucocytes sont peu abondants (Labadie-Lagrave). 

Dans l,i nephrite parenchymateuse chronique, une coloration rougeatre due 
a la presence drs I li mmis du sang dans le liquide est chose rare. 

h.ms l.i m : i>ltrile interxlilirlle chroniqnf, seul 1 appareil genito-urinaire est 
habituellemenl ivs|iecte par la tendance hemorrhagique si particuliere a 1 une 
dcs prrindrs <k ralTrclion (Lahadie-Lagrave). Knfm 1 lieinaturie ne se rencontre 
dans la iic/ilii itr <iiiiyl<>i<l<- quo lorsqu a cette degenerescence s est ajoutee de 
l.i IK |I|II -iic parenchymateuse (Lecorche). Dickinson n a trouve I hematurie que 
sur 48 cas de in plirile amylo ide, niais la nephrite interstitielle peut 
drs lirmaturies par nn autre mecanisme; sous 1 influence de la 
athe romatense lice a la nephrite inlerstitielle il survient chez 
les vieillards des hemorrliagies du bassinet qui determinent parfois des hema- 
turies ahondantes (Lecorche). 

HlMATLRIES DANS LES MALADIES GENERALES. Pdthoge nie. C& SCrait UH6 

crreur de croire que les hcinaturics observees dans les maladies infectieuses 
sont toujours lie es a une nephrite : ainsi que 1 a fait justement remarquer 
Lahadie-Lf grave, tres-souvent I hematurie se produit en pleine periode d erup- 
tion chez les scarlatineux, a une e poque ou les complications renales ne se 
rencontrent qu exceptionnellement. Chez les varioleux, I hematurie a pour 
siege habitnel la mnqueuse des calices et dcs bassinets ; c est du moins ce qui 
resulte des recherches d Oscar Unrub. Sur 212 autopsies de varioleux pratiquees 
par Unrub a Dresde, 28 fois les bassinets etaient la source d hemorrhagies 
abondantes. Le point de depart de ces hematuries d origine infectieuse 
devient encore plus difficile a preciser, si les recherches de Forster et Klebs sont 
a uffisamment etablies. Ces auteurs rapprochent des cystites puerperales decrites 
par Hervieux les inflammations graves de la vessie qui, sous 1 influence d orga- 
nismes inferieurs retrouves dans 1 urine, peuvent se developper dans la pyohe- 
mie, le typhus, la variole, la scarlatine et le cholera. 

Enfin, dans les formes malignes de la scarlatine, de la rougeole, de la 
variole, les alterations du sang determinent une sorte de diathese hemorrha 
gique. Au milieu de ces hemorrhagies multiples et variees, I hematurie n ap- 
parait que comme un epiphenomene d une signification pronostique de la plus 
haute gravite (Sydenham). II faut rapprocher de ces faits les he maturies de 
1 ictere grave, de la peste, de la fievre jaune, du scorbut. Dans toutes ces 
maladies infectieuses, les alterations sanguines jouent le principal role et faci- 
litent singulierement 1 extravasation du sang, non-seulement dans les reins, 
mais encore au niveau des bassinets et de la vessie ; souvent en pareil cas les 
globules sont detruits et les modifications de 1 urine se rapportent alors a 
I hemoglobinurie. C est surtout dans les differentes formes de 1 impaludisme 



IIEMATURIE. 85 

que cette distinction presente tie telles difficultes, que Ton comprend bien la 
variete des opinions soutenues a propos de la fievre bilieuse bemorrhagique, la 
fievre bilieuse melanurique. 

Impaludisme. Dans ces manifestations de 1 impaludisme les urines sont 
souvent rulilantes au moment de 1 emission; elles ont 1 aspect sanguinolent 
absolument commc si elles etaient composees de veritable sang pur. Mais, dans 
hftevre bilieuse me lanuri que, Daulle, Beranger-Feraud, Trouette, n ont jamais 
retrouve les globules sanguins mentionnes par Hugolin (Arch, de me d. navale, 
1865), Borius et Pellarin. De plus, I cxamen spectroscopique des urines noires, 
fait par Corre et Venturini, a prouve que les deux bandes d absorption se rap- 
portent bicn a I hemoglobine (Arch, de me d. navale, 1878). D apres Beranger- 
Feraud, il faudrait distinguer cette fievre bilieuse melanurique de la fievre 
bilieuse hemaitirique. Mais la plupart des medecins qui ont observe an Senegal 
et aux Antilles les considerent comme une seule entile morbide. Les observa 
tions de Dutrouleau, Lebeau, Le Boy de Mericourt, ont exagere la frequence de 
riiematurie vraie dans la fievre palustre pseudo-continue, grave, remittente, 
biliaire, dans la fievre bilieuse bematurique : il n est pas ctonnant que les 
hematies disparaissent rapidement duns les urines des malades atteints de fievre 
bilieuse. Les bistologistes savent bien que la bile dclniit rapidement les glo 
bules du sang. L action de la bile sur les globules sanguins a ete experimentee 
par Kiihne. Elle est extremcment curieuse : les globules palissent d abord, puis 
tout a coup disparaissent sans laisser aucune trace (Banvier, Traile de 
technique kistologique, p. 188. 

Enfin, dans un travail tout re cent sur la Malarial Ilcematttria (the Medical 
News, p. 251, mai 1883), James Tison distingue deux formes d accidents 
hematuriques lies a la malaria. LA premiere forme, be nigne et le yere, a deja ete 
1 objet des rechercbes de Dressier (Virchow s Arch., 1854) et de Ilarley (Medico- 
Chir. Trans., 1865). Elle consistc dans [ apparition d urines sanguinolentes, 
qui reviennent quotidiennement ou par intervalles, d une facon paroxystique, 
chez des sujets en puissance d acces palustres ou anterieurement atteints de 
fievres intermittentes. Les urines sont fortcment teintees en rouge, tres-albumi- 
neuses, mais pauvres en globules; souvent meme on ne trouve pas une seule 
hematie sous le cbamp du microscope. II s agit done la d une variete d he mo- 
globinurie en rapport avec rimpaludisme. La forme grave de 1 hematurie 
palude enne ne se rencontre guere que sous les tropiques et dans le sud de 
1 Amerique. Au bout d un ou deux acces de iievre apparait une urine noire, 
acajou, tres-abondante, dont recoulement dure aussi deux ou trois heures. Des 
vomissements, parfois des hematemeses, comme dans la fievre jaune, se 
montrent concurremment avec un ictere intense. La mort peut survenir au 
milieu de ces accidents pernicieux, plus souvent un nouvel acces emporte le 
malade. Ici encore 1 examen de 1 urine montre qu il s agit d une he moglobi- 
nurie et non d une bematurie veritable (in Revue des sciences me dicales, 
Hayem, 24 e annee, 1884). L bcmaturie apparait aussi dans une autre serie 
d etats generaux : 

Ainsi, sur 216 cas tfhe mophilie, Grandidier a note 11 fois 1 hema- 
turie ; 

Dans la leucocythemie, Isambert a mentionne 2 fois 1 hematurie sur 41 cas ; 

L he maturie est encore signalee dans le scorbut, dans le purpura hemor- 
rhagica. 



86 IIEMATURIE. 

Autant dans les premieres maladies 1 alte ration sanguine et vasculaire joue 
un role capital, autant dans certaines humaturies du purpura hemorrhagica 
1 action nerveuse serait preponderante. 

HEMATURIES D ORIGINE CONGESTIVE. Les hematuries, qui reconnaissent pour 
facteur etiologique preponderant la congestion, offrent un tres-grand interet 
clinique; cet element hyperemique doit etre eludie comme cause productrice 
des mictions sanglantes qu on observe chez les prostatiques, les retrecis, les 
ne oplasiques, les malades atteints de tuberculose urinaire. C est surtout avec 
les travaux de M. le professeur Guyon et de 1 e cole de Necker que se soot 
dcgagees ces notions etiologiques nouvelles sur le role des phenomenes con- 
gestifsen pathologic urinaire; c est dans la these de notre ami Tuflier qu elles 
ont trouve leur expression claire et complete. 

Hematuries supplement air es. Voici d abord une categoric de fails ou le 
role pathogenique de 1 hyperemie est indiscutable ; qu un ecoulement sanguin 
habituel vienne a etre supprime, que 1 appareil urinaire soit le siege d uue 
fluxion pathologique continue, on voit alors en ce cas la dilatation congestive 
des vaisseaux de la muqueuse urinaire pri-parer I hematurie en ces points oil 
le regime circulatoire est ainsi modilir. 

Ces hematuries sont etudiees avec soin par les vieux autcurs (Pinel, Salmnth, 
Choppart). Dans certains cas, le meeanisme pathogenique est simple et indis 
cutable ; c est le precede de la fluxion compensatrice en toute sa nettete. En 
d autres cas, ce sont des fatigues, des contusions continues, qui congestionnent 
les voies urinaires et preparent 1 hematurie (he maturic des cavaliers) ; quel- 
quefois enlin il existe un developpement marque du reseau veineux, sous- 
muqueux an niveau du bas-fond et du col vesical; les veines dilatees se 
developpent eu bourrelets variqueux : de la des envies frequentes d uriner et 
une dysurie qui peut aller jusqu a la retention. Le malade eprouve de la 
pesanteur a 1 hypogastre, au perinee, a 1 anus, puis il rend par 1 urethre une 
grande quantite de sang et se trouve soulage jusqu a une nouvelle crise dysu- 
rique. L hematurie peut etre parfois assez abondante pour devenir mortelle 
(fait de Laugier rapporte par Guyon). Ces varices vesicales, signale es par Bonet, 
Morgagni, Vidal, Guyon, Baraduc, n ont encore qu une histoire clinique ina- 
chevee et qu une demonstration anatomique incomplete; on conceit cependiint 
combien est predispose a la stase sanguine et a la dilatation variqueuse cet 
appareil veineux de la vessie au triple reseau (sous-muqueux, intermusculaire 
et sous-peritoneal). 

Hematuries par hyperemie re nale. Les he maturies par stase ou flu.rio/t 
renale surviennent : 1 dans les hyperemies des reins; 2 dans la thrombose 
des veines du rein; 3 dans les infarclus, les embolies. 

1 Hyperemie ties reins. D apres les observations de Liebermeister r 
lorsque Thyperemie par stase est assez considerable pour donner lieu a vine 
exsudation d albumine, 1 apparition simultanee du sang dans 1 urine est si 
fre quente, que 1 existence d albumine dans 1 urine sans trace de sang permet 
d exclure avec vraisemblance une simple hyperemie par stase et tend a faire 
admettre un trouble inflammatoire de la nutrition. Ge fait pathologique que Ton 
constate dans chaque affection du cceur de longue dure e et qu on peut y pour- 
suivre dans ses clifferentes phases repond a une experimentation physiologique : 
apres la ligature de la veine renale ou de la veine cave, au-dessus de I embou- 
chure de la veine renale, on observe constamment de I albuminurie et de 



UK. \I\TURIE. 87 

1 hematurie (Niemeyer, t. II, 1869). Cette derniere experience est renouvelee 
en partie dans les thromboses des veines renales. 

2 Thromboses des veines <lu rein. Ces lesions se rencontrent principale- 
ment chez les nourrissons atteints d athrepsie. L urine est rare, d un brun noir, 
et les sediments renferment des cylindres renaux et des corpuscules sanguins 
agglomeres. Ces fails ont ete decrits d une facon magistrals par Parrot. Cliez 
les adultes, ces hematuries s observent dans les etats cacbectiques, la fievre 
puerperale, et dans les thromboses resultant de la compression exercee par les 
tumeurs voisines du bile. 

5 Enfin, dans les infarctus he morrhagiques, 1 urine prend une coloration 
d un brun fence, quelquefois noiralre. A 1 examcn microscopique, on y decouvre 
des globules rouges en grand nombre. Ces modilications de 1 urine sont passa- 
geres. La brusque apparition d une doulcur lombaire unilaterale avec hematurie 
et albumiuurie chez un sujet atteint de rhumatisme articulaire aigu, d endo- 
cardite ou de toute autre affection predisposant aux embolies arterielles, le 
peu de duree de ces accidents, permettent le diagnostic de 1 infarctus du rein. 
A moins qu une stase extreme ne provoque une hematurie abondante, le plus 
ordinairement la congestion passive des reins n enlraine [ extravasation que d un 
petit nombre de globules rouges ; la coloration rouge fonce des urines tient a la 
presence d une grande quantite d acide urique et d urates. 

Hypere mie aigue. Mais il n en est plus de meme dans les hyperemies 
aigues consecutives a 1 absorption de cantha rides, ({ essence de te rebenthine, 
d essence de inoutarde, de baume du Pe rou, de sublime, d" arsenic, de sulfate 
de quinine. Dans les premiers cas surtout, 1 urine trouble, de couleur foncee, 
noiratre, tient en suspension un grand nombre de globules rouges plus ou 
moins alteres et renferme des quantites notables d albumine et de librine. 

Mais souvent aussi ces hyperemies aigues continent a 1 inflammation franche, 
et les remarquables experiences de M. Cornil ct de M. Browicz demontrent 
que, cbez les animaux, la cantharidine en injections sous-cutanees developpe 
une nephrite parenchymateuse aigue. A cote de ces hematuries par hypere mie, 
il est necessaire de placer les hematuries dites ne vropathiques qui re sultent, 
elles aussi, d une dilatation vasculaire par action vaso-motrice. 

Hematuries ne vropathiques. Dans 1 etude des hemorrhagies il y a un ele 
ment qui a ete souvent neglige, c est 1 element nerveux. Jl existe une classe 
d he maturies sans lesions vasculaires, sans alteration du sang, et ces hemorrhagies 
sont sous la dependance immediate du systeme nerveux. M. Lancereaux cite un 
certain nombre de cas de ces hematuries nevropathiques deja mentionnees par 
Latour (d Orleans), Van Hur, Lordat, Gendrin, Parrot, et etudiees au point de 
vue experimental par M. le professeur Vulpian. D apres M. Lancereaux, qui a 
fait une bonne etude des fails de ce genre, ces hemorrhagies d origine nerveuse 
sont assez ordinairement precedees desensalions douloureuses ; d aulres fois, elles 
apparaissent apres une vive emotion, une grande colere, une frayeur soudaine 
ou une attaque de nerfs. Elles ont pour caracteres de ne produire que peu de 
desordres fonctionnels et de ne pas alterer, comme les hemorrhagies d une 
autre origine, la sante generale. La marche de ces hemaluries, rarement con 
tinue, est le plus souvent intermittente, quelquefois pe riodique; la re cidive est 
la regie. Quant au pronostic, il est relativement benin; pourtant une mort 
rapide en a quelquefois ete la consequence (Traite d anatomie pathologique, 
Lancereaux, t. I, p. 562). Leur e tiologie est assez vague. Les agents physiques 



88 IIEMATLRIE. 

predisposent a ces hematuries. Latour (d Orleans) racontc qu un eveque, fai- 
sant sa tournee pastorale pendant une grande chaleur, fut pris d hematurie dans 
sa voiture (Lancereaux) . Parmi les influences palhologiqu.es se presentent tout 
d abord les ne vroses, ct avant tout Yhijste rie. L e pilepsie est quelquefois suivie 
des memes accidents. Les lesions materielles des nerfs et des centres nervenx 
sont dans qurlques cas 1 origine de ces hemorrhagies (Marrotte, Charcot, Olli- 
vier). En ce qui concerne leur pathogenic, on croit que le systeme nerveux agit 
dircctement sur les vaisscaux pour en produire soit la dilatation, soit le resser- 
rement. II y a probablement diapedese et non rupture des vaisseaux. 

HEMATCRIE CHEZ LES PROSTATIQUES. Abordons maintenant 1 etude de 1 he- 
maturie des prostatiques, qui cst un type clinique d observation frequente. 

L hematurie est, nprcs la retention, une des complications les plus frequentes 
de 1 hypertrophie prostatique. Elle est rare pendant la premiere periode de la 
maladie, alors qu il n y a encore que la frequence nocturne des mictions, la 
leiiteur et la faiblesse du jet d urine; elle apparait le plus souvent dans la 
secondc pt riode, alors que le prostatique ne vide plus sa vessie et que 1 urine 
stagne dans le bas-fond vesical (ray. PUOSTATE). Le pissement de sang chez le 
pro>talii|ur prut succAlrr a un cathethdrisme, nienic prudent; il pent aussi 
apparaitre spontancment comme traduction symptomatique de 1 etat congestif 
de la vessie. Ouand I lieniaturie succede a un cathete risrae, elle peut survenir 
par craillure trauinatique de la muqueuse ou sans blessure du canal. Dans le 
premier cas, ce qui frappe, c est la disproportion du trauma urethral insigni- 
fiant et de 1 hemorrliagie abondante, persistante et rebelle. 

Parfois 1 urotlire catheterise n a subi aucune atteinte traumalique, et cepen- 
dant il survient spontanement une hemorrhagie si abondante, si persislante, que 
le malade peut succomber a ces pertes bematuriques. On trouve dans le Boston 
Medical de 1881 1 observation d une de ces hematuries spontanees, a termi- 
naison funeste. 

Les pertes hematuriques incoercibles et mortelles sont chez les^ prostatiques 
les formes cliniques rares; elles peuvent aller jusqu a provoquer une crise syn- 
copale (cas de Chopart) ; le plus souvent, 1 hematurie s arrete apres une duree 
moyenne de deux a trois jours (statistique de Benoit [Etude sur I hematurie dam 
la retention a" urine] th. de Paris, 1886), portant sur 17 cas). C est souvent 
apres le premier cat,heterisme, dans un cas de retention, que se fait un ecou- 
lement d urines noiratres, fortement bematiques ; plus souvent encore, c est au 
cours d une evacuation methodiquement conduite que I hematurie apparait. 
Voici, par excmple, un retentionniste dont la vessie distendue et impuissante a 
se vider retient 2 a 5 litres d urine; on fait 1 evacuation, par catheterisme 
intermittent et progressif, jusqu a reduire a une minime quantite la retenue de 
1 urine : 1 urine s est ecoulee d abord claire, puis rosec, puis sanguiuolente, 
enfm c est du sang pur qui est evacue. 

II est evident, en tous ces cas, qu il y a disproportion entre le trauma du 
catheterisme et 1 abondante hematurie qui le suit. Pour qu une insignifiante 
eraillure, accident negligeable_d exploration, pour qu un catheterisme correct et 
prudent, puissent devenir les causes occasionnelles d ecoulements hemorrha- 
giques semblables, il faut des influences pathogeniques auxiliaires, il faut une 
congestion des plexus veineux pelviens, et un etat de fluxion hyperemique des 
voies urinaires, toutes pretes a saigner au moindre pretexte traumatique. 

On saitque, chez le vieillard, le systeme veineux prostatique, quintuple, decuple 



HEMATURIE. 89 

meine (Tuffier) ses dimensions premieres : 1 appareil arteriel, au contraire, se 
modifie peu ; bien plus, il devient le siege d une endarterite qui en retrecit le 
calibre et affaiblit 1 impulsion a teryo. On voit quel etat de gene circulatoire 
cree cette disposition d un appareil arteriel sclerose et affaibli venant se perdre 
en un lac veineux anormalement developpe ; on concoit aussi avec quelle faci- 
lite retentiront sur ce systeme circulatoire tout pret a la stase toute difficulte 
dans 1 evacuation veineuse, tout raptus congestif dans les plexus voisins. Qu une 
constipation habituelle, que des exces sexuels, que 1 apparition d un flux hemor- 
iho idaire, entravent la depletion des veines du petit bassin, les plexus peri- 
prostatiques et perivesicaux, en connexion vasculaire directe avec ces voies vei- 
neuses, subiront une dilatation congestive ; de meme, un refroidissement 
amenant une congestion vesicale violente, des exces de boissons forcant la vessie 
a un fonctionnement exage re, les fatigues d un voyage, une station assise pro- 
longee, congestionneront cet appareil veineux a circulation languissante : de la 
une hyperemie vesico-prostatique qui fait que la moindre offense traumatique, 
le catheterisme le plus mcthodique deviendront 1 occasion d hematuries abon- 
dantes. Notons a ce sujet que cet e*tat de congestion passive ne se limite point a 
la vessie; chez les prostatiques relentionnistes, il y a un etat de congestion per- 
manente dc toutes les voies urinaires, de la prostate jusqu au rein, et la polyurie 
est 1 indice clinique de cette vascularisation renale exageree. Tout cet appareil 
congestionne est pret a 1 hemorrhagie ou a I lnflammation : entre les trois 
organes de celte triade urinaire, prostate, vessie et reins, il y a une association 
pathologique intime qui fait qu aucun ne peut s hyperemicr on s enflammer 
isolement. On peut done se demander si, chez les prostatiques, I hematurie peut 
etre produite par 1 extravasation sanguine au niveau du rein hyperemie : c est 
peu admissible, car le rein laisse difficilement passer le fluide sanguin. II faut, 
ainsi que le dit Tuffier, les lesions tres-etendues du carcinome renal ou 1 inflam- 
mation suraigue d une nephrite parenchymateuse pour provoquer une hemorrha- 
gie abondante : le rein temoigne sa congestion par la polyurie plutut que par 
1 hematurie. Cependant, dans un cas, Picard (France medicate, 1879) a note 
des foyers hemorrhagiques dissemines dans le parenchyme renal. 

En formule resumee, 1 hematurie des prostatiques est done d ordre congestif : 
il nous faut maintenant penetrer plus avant dans 1 analyse de son precede 
pathogenique. C est un theme, brillamment developpe par quelqucs auteurs 
(Thompson, Lefons cliniqnes), que le parallele pathologique de 1 uterus et de la 
prostate : or, en demeurant sur le terrain theorique, comment ne point rap- 
procher ces metrorrhagies reflexes provoquees par la presence de fibromes intra- 
uterins, des hematuries que determinent par fluxion hyperemique les fibromes 
intra-prostatiques, sans ulcerations de la muqueuse du canal ou de la \essie ? 
c est un rapprochement legitime et une analogie clinique interessante. Quant 
aux causes determinantes de la rupture vasculaire en ces voies urinaires ainsi 
hyperemiees, elles sont multiples et de valeur diseutable : Benoit en a etudie, 
dans sa these, le me canisme pathogenique. Les uns voient dans 1 hematurie le 
resultat d une veritable expression de la muqueuse vesicale, congestionnee, par 
la tunique musculaire revenant sur elle-meme et vidant comme une eponge les 
plexus veineux gorges de sang (Mercier, Reliquet) ; quelques autrcs, dans les cas 
oil 1 atonie vesicale est complete et ou la paroi est impuissante a se contracter, 
parlent d une succion operee par la vessie sur ses propres parois ; d autres font 
jouer un role considerable a la decompression brusque qui succede a 1 evacuation, 



90 IIEMATLR1E. 

quelqueiois incorrcctement faite, d une vessie habituee a la distension (Legraud, 
Union medicals, 1800. Picard, France medicate, 1879. Yoillemier et 
Ledentu). Le mieux est d admetlre, avec e clectisme, ces diverses iniluences : on 
comprend que dans ces vcssies de prostatiques oil les faisceaux musculaires, 
ceux surtout de la couche plexilbrme, s hypertrophient en colonnes saillantes 
(these de Jean), ou le glissement des couches les unes sur les autres est gene 
par le travail de proliferation selereuse qui amene la fusion de la muqueuse 
avec la celluleuse sous-jacente, la circulation veineuse parietale de la vessie 
eprouve des obstacles; on comprend aussi qu une vessie chroniquement dis- 
tendue, hyperemie e, tronve dans la masse liquide retenue une contre-pression 
utile; cet appui inte rieur vient-il a etre brusquement supprime, les capillaires 
gorges eclatent, <>l L hematurie apparait amesureque 1 urine s uvacue et que les 
vaisseaux, desormais sans soulicn, se dilatent. OYst une he morrhagie ex vacuo 
dont les types cliniques analogues sont nomhreux : hemorrhagies pleurales u la 
suite d une thoracentese trop radicalc ; infiltration sanguine sous-periloneale 
apres une pouction d ascite (Verneuil). 

On pent done rondure que, chez le prostatique, ce qui prepare I hematurie 
c est la congestion reflexe on nn -cauique de tout 1 appareil urinaire; ce qui la 
provoijiic , c. est ou une occasion traumatique (catheterisme), ou une depletion 
(roji r. midi! dii globe vesical chroniquement disteiulu. 

llc nui/iirir chez les relre cis. Chez les rctrecis, les phenomenes congestifs 
n out point la meme importance, comme conditions productrices de 1 heraaturie. 
A la suite d un exces de boisson, d une fatigue sexuelle, d un refroidissement, 
un unlade jennr. ancien blennhorragique, est pris d une retention complete 
d urine : le catln -tcr explorateur est arrete dans la region perineo-scrotale; celle 
n trillion brusque est d ordre congcslif et cede a une medication antiphloyis- 
tique; que si, au contraire, on veut a tout prix forcer 1 obstacle urethral, ce 
sont des liemorrhagies redoutables qui sont le resultat de ce catheterisme inop- 
portuu. Le plus souvent alors c est une fausse route qui conduil dans la vessie. 
Alors que 1 hematurie constitue, chez le prostatique, une complication redou- 
table, elle n offre done chez le retre ci qu un mediocre inte ret clinique. G est que 
1 etat des voies urinaires est different dans les deux cas : alors que la vessie du 
prostatique retentionniste, congestionnee et distendue, perd son energie contrac 
tile, alors que son rein et sa prostate s hyperemient passiveme.nt, au contraire, 
la vessie des retrecis reste le plus souvent puissante, en depit du degre avanci- 
de la coarctation urethrale : par la est supprime cette influence de la stagnation 
urinaire, si feconde en poussees congestives reflexes; par la est evite ce danger 
des hematuries par evacuation d une vessie habituellement distendue. Ce qui 
prouve que 1 obstacle urethral n est point tout, mais que le maintien de la 
vigueur contractile du muscle vesical, la regularite de la circulation veineuse 
pelvienne, I inte gnte de la propulsion cardiaque et de 1 elasticite artcrielle, sont 
des elements preponderants en la production de ces hematuries par hypere mie 
des voies urinaires. 

II est des cas, toutefois, ou la vessie des re lrecis ne conserve point son inte- 
grite de structure et de Ibnctions : en ces types si bien decrits par M. le profes- 
seur Guyon (Atlas des maladies des voies ge nito-urinaires, p. 144) sous le nora 
de cystite interstitielle, le globe vesical ratatine et sclerose se cache derriere le 
pubis, ou il est enveloppo dans une couche libreuse dense. C est que le muscle 
vesical est ici envahi par une abondante proliferation conjonctive qui etouffc 



HEMATTJRIE. 91 

1 element contractile; on comprend que le jeu des fibres vesicales soil singulie- 
rement entrave par ce tissu sclereux ; on comprend aussi que le reservoir vesical 
devienne inextensible et intolerant. De la des mictions frequentes; de la un etat 
congestif de la muqueuse urinaire; de la une hematurie qui a le plus souvent 
un caractere intermittent, apparaissant et disparaissant sans cause connue, 
souvent assez abondante pour donner une teinte rouge foncee a 1 urine, ne se 
montrant pas babituellement sous la forme de stries sanglantes, comme c est le 
cas pour les cystites aigue s du col. L autopsie fournit en ces cas la raison 
anatomique de ces hematuries chez les retrecis a petites vessies contractees : on 
trouve la muqueuse sclerose e, contenant en son epaisseur des traine es embryon- 
naires ; clle est fortement arborise e, rouge et tomenteuse ; elle off re par place 
des tacbes rougeatres, violacees, ecchymotiques : on croirait voir une plaie dont 
les bourgeons sont cfidematies et eccbymotiqucs (Guyon et Bazy). On conceit 
des lors avec quelle facilite se produira une hcmorrhagie intra-cavitaire ; deux 
conditions viennent encore favoriser cette production ; en ces parois vesicales 
hypertrophiees par la neoformation conjonctive, les vaisseaux presentent une 
augmentation de leur volume et une proliferation parietale embryonnaire : do. 
la un afflux sanguin plus considerable, de la une fragility des parois vasculaires, 
toutes conditions favorables a 1 hemorrhagie inlra-vesicale. 

HEMATURIES PAR LESIONS ORG.Y.MQUES. He maturir* duns les ne oplnsmes vest- 
caux. L hematurie est un des symptomes fondamentaux des neoplasmes de la 
vessie; c est M. le professeur Guyon qui en a e crit 1 etude clinique la plus com 
plete : grace a son enseignement, grace a la these de Tuffier, ce point interessant 
de semeiologie vesicale est maintenant precise, au point de vue de sa valeur 
diagnostique, de ses conditions productives et de son precede pathogenique 
(voy. VESSIE). 

C est qu en effet ces hematuries des neoplasiques presentent des particularities 
symptomatiques qui jusqu a present etaient demeurees obscures et inex[ili- 
quees : elles sont persistantes ; elles surviennent sans cause appreciable et dis- 
paraissent sans raison determined ; elles sont abondantes et s accroissent avec les 
progres evolutifs de la tumeur vesicale. Voila, esquissee a grands traits, la phy- 
sionomie clinique de 1 hematurie des neoplasiques, bien differente, on le voit, 
de 1 hematurie des calculeux que la fatigue provoquc et que le repos suspend ; 
bien distincle aussi des mictions sanglantes des tuberculeux peu abondantes, 
symptomede debut disparaissant quand les lesions atteignent un degre avance. 

Si, dans les neoplasmes en general, les heraorrhagies rebelles et dangereuses 
sont le propre des tumeurs dites malignes, et le resultat de destructions ulce- 
reuses par le processus morbide, au contraire, quand il s agit de tumeur vesi 
cale, cette regie n est plus applicable : une petite tumeur papillomateuse non 
ulceree, un myome de volume mediocre, suffisant a provoquerune hemorrhagie 
dangereuse. 

Ulzmann (Ueber ticematurie, etc., 1878) a appele 1 attention sur un carac 
tere particulier que lui ont presente les urines dans trois cas de tumeurs 
villeuses. Ces urines, de couleur rouge jaunatre, se coagulent vite apres leur 
emission, et forment une masse adherente au vase qui les contient. Stein a 
observe le meme phenomene chez un de ses malades atteints de cancer villeux . 
II explique ainsi cette hematurie : Les puissantes contractions de la vessie 
empechent la circulation de retour dans les villosite s et produisent la tur- 
gescence des petits vaisseaux; si la tension est trop grande, les vaisseaux se 



92 III-. \IATURIE. 

rompcnt et une hemorrhagie se prodnit; si la tension est plus fuible, Ic plasma 
seul transsude et sa fibrine se coagule aussilot apres 1 atlniission des urines. En 
un mot, il y a fibrinurie . 

Qu on accepte ce mc eanisme de 1 exsudalion sanguine sans solution de conti- 
nuite de la muqueuse, ou que, avec plus de verite analomique, on admetle 
qu une lissure vasculaire a permis I hemorrhagie, il n en faut pas moins recon- 
nailre un role considerable a la turgescence congestive des voies urinaires. La 
disproportion manifesto en tre la lesion anatomique, souvent simplefissure insigni- 
liante et difficilement retrouvee a 1 examen necropsique, et ces be morrhagies 
abondantes, rebelles, quelquefois mortelles, indique qu il faut pour expliquer 
des accidents aussi graves, aussi persistants, d autres facleurs palbogeniques 
tju une rupture vasculaire restrcintc, qu un frottement bypotlietiquc de la paroi 
de la vessie sur la surface bourgeonnante de la lumeur, souvent non ulceree. 
Ainsi que le dit Hollin (tliesc de 1 aris, 1885), partant de ce principe que ces 
lirmaturies sont capriciciises, qnr 1 exlirpation ne provoque pas d ecoulement 
s;in-iiiii en proportion avec les lie morrhagies sponlanees, il faut chercher comme 
I li iiR ul palliogcnique un processus qui presente les memes variations brusques, 
les nit iiics diets violents el rapides, les memes attenuations subites . Or, 
roinment lie point rapprorlirr cos lieinaluries des ne"oplasiqiies, avec Jeurs 
r;ipn<TS Imrs soiidaincle s, leurs fugaciles, des pheiiomenes congestifs si mobiles 
en leurs manifestations, si invguliers en leurs causes, si variables en leurs 
troubles dynamiques? 

Comment ne point opposer a ces liemorrliagies sponlanees abondantes des 
iiruplasmes vesicaux ce fait qu on pent les gratter et les exlirper a sec sans 
perte sanglanle? Comment ne point rappeler qu une sonde a demeure supprime 
ces he maturies, alors que ce contact devrait aggraver ces accidents, s il s agissait 
d liemorrliagies mecaniques? Comment ne point citer les fails necropsiques 
demontrant 1 existence de eel etat congestif? (Observations de Fere.) Comment ne 
pas mentionner que dans certains cas le mecanisme de la congestion re llexe est 
inde niable (be maturie apres un catbeterisme, apres un travail vesical exagere)? 

Comme le dit Tuflier, la vessie est un organe essentiellement congestif, et 
par son anatomic, etpar sa physiologic : sa congestion est son mode de reaction 
le plus frequent : des lors, la presence d un neoplasme doit etre pour 1 organe 
une cause excitatrice incessante. II se fait sous cette influence une vaso-dilatation 
du cote de la vessie : dVi ruptures consecutivcs des vaisseaux friables du neo 
plasme . Ce qui favorise, en effet, ces ruptures he morrliagiques, ce sont les 
conditions de structure et de fragilite vasculaire des tissus neoplasiques 
(voy. VESSIE). 

llematurie dans la luberculose vesicate. Un malade de vingt a quaraute ans, 
jusqu alors bien portant, a pisse du sang en plus ou moins grande quantite, et 
cela sans douleur, sans cause locale plausible. Puis, soil que cette miction san- 
glantc demeure isolee, soil qu elle se reproduise par repetitions, le col vesical 
se contracture spasmodiquement; les envies d uriner deviennent de plus en plus 
frequentes et imperieuses ; les mictions sont douloureuses au commencement et 
a la fin, le repos ne les calme point; le malade expulse a grand peine de sa 
vessie quelques gouttes d urine, laissant au fond du vase un depot purulent 
a stries sanglantes, et par intervalles rend abondamment une urine, tantot 
claire, presque normale (urine uerveuse), tantot trouble et coloree (urine des 
affections profondes du rein). On explore 1 uretbre, une blennorrhee existe dans 



HKMATUIUE. 93 

sa partie profonde ; on examine la vessie, elle est petite ou clilate e ; le col est 
douloureux, le bas-fond indure ; les epididymes souvent sont hypertrophies et 
noueux; la palpation de la region renale est douloureuse et la prostate se 
montre bossele e. 

Tel est le tableau symptomatique resume d une hematurie dans la tubercu- 
lose ve sicale : ici encore le role de la congestion est manifeste et preponderant. 
C est un parallele partout reproduit que celui qui rapproche de la tuberculose 
pulmonaire la cystite tuberculeuse. Sans forcer les analogies cliniques, on peut 
voir dans les hemoptysies initiales le symptome correspondant aux hematuries 
premonitoires : 1 expectoration bacillaire devient 1 analogue de la pyurie bacil 
laire; aux elancements douloureux perineo-peniens re pondent les points nevral- 
giques intercostaux et les quintes de toux douloureuses. Ce rapprochement est 
legitime; c est que dans la phthisie vesicale comme dans la tuberculose du 
poumon les phe nomenes congestifs ont un role considerable. De meme, en effet, 
que la tuberculose traduit l envahissement pulmonaire a son debut par d abon- 
dants crachements de sang, de meme I hematurie, ve ritable hemoptysic vesicale, 
est un symptome precoce de la cystite tuberculeuse. Dans les deux cas, 1 he- 
morrhagie n est point le fait de la lesion destructive, de la fonte caseeuse de 
1 organe tuberculisc; deux arguments le prouvent : 1 abondance de la perte 
he morrhagique, alors que les alterations sont encore peu etendues, et son atte 
nuation a mesure que les lesions s aggravent. G est done la congestion pretuber- 
culeuse qui constitue le facteur pathogenique dominant de ces hematuries. 
Voici, en effet, un malade, dont les lesions tuberculeuses n ont encore provoque 
aucun travail ulce reux, aucune induration vesicale notable. Cependant les dou- 
leurs vesicales deviennent violentes et repetees; les hematuries sont abondantes, 
capricieuses. Chez ce malade, qu on place une sonde a demeure; si les mictions 
douloureus( s et sanglantes persistent et legitiment une intervention decisive, 
qu on pratique la boutonniere perine ale de Thompson ou mieux la taille hypo- 
gastrique : des qu on a suprime 1 activite contractile du muscle vesical, des que 
le reservoir urinaire est mis au repos, la congestion disparait et 1 he maturie 
douloureuse se dissipe. C est un resultat the rapeutique remarquable que nous 
avons pu constater dans le service de M. Guyon : des que la vessie ferme e revient 
a sa besogne de reservoir contractile, 1 hyperemie reapparait, et avec elle 1 he- 
maturie. Ces hematuries congestives de la cystite bacillaire sont d ailleurs aide es 
par toutes les conditions qui hyperemient la vessie : c est ainsi que les retenues 
d urine, le decubitus, lefluxmenstruel, peuvent exagerer cette repletion vascu- 
laire des plexus vesicaux et provoquer les mictions sanglantes. 

Cancer du rein. Dans le cancer du rein, les hematuries sont frequentes. 
Elles apparaissent dans les proportions de 51/59 (Roberts), 2i/50 (Ebstein). Dans 
ces cas, Thematurie a pour principal caractere d etre intermittente. Elle se 
montre sans cause appreciable, a des intervalles irre guliers de quelques jours a 
quelques semaines. Cette hematurie ne se presente pas toujours avec les memes 
particularites : 1 Dans les cas de Roberts, The raaturie existe au debut, dure 
quelques semaines, puis cesse tout a coup pour ne plus reparaitre. Parfois le sang 
disparait subitement quand 1 uretere est obstrue par des caillots ou quand il est 
comprime par la masse cancereuse. En general, suivant M. Lancereaux, 1 hema- 
turie se fait remarquer par sa persistance dans les premiers temps du mal; 
2 quelquefois 1 he maturie ne se produit qu a la fin, bien apres la tumeur can- 
ce reuse. Dans le fait de Townsend, 1 he maturie u eut lieu que quelques jours 



94 HKMATUR1E. 

avant la mort. Parfois ce n est qu a la suite d un traumatisme que 1 ecoulement 
survient; c est ce qui arriva dans le cas de Brinton dans lequel on trouva a 1 au- 
topsie un cancer du rein qui ne s etait revele par aucune autre manifestation. 

Tantot 1 hematurie est pour ainsi dire excessive, elle est alors suivie d un e tat 
ge ne ral des plus graves; tantot le sang n est reconnaissable qu au microscope. 
Mais le plus souvent le sang colore assez fortement 1 urine qui contient des 
cylindres parsemes de globules sanguins. On observe quelquefois des cellules 
provenant du neoplasme (Moore). L urine renferme aussi des caillots qui sont 
vermiformes lorsqu ils onl ele pour ainsi dire moules dans les ureteres. 

Tuberculose ren/ile. Dans la dege ne rescence cate euse des bassinets et des 
reins, 1 urine presents ordinairement les caracteres de la pyelite avec hemor- 
rhagie. Le sediment est abondant et Texamen microscopique y fait decouvrir des 
globules rouges, des globules de pus dr> detritus caseeux, des cellules epithe- 
liales provenant du revetement des voies urinaires, quelquefois aussi des fibres 
elastiques et des fragments de tissu conjonctif. D apres Lebert et Vogel la pre 
sence au milieu de cos detritus de masses caseeuses insolubles dans 1 acide ace- 
tique devienl caracterisliijue. Souvent aussi 1 hematurie est transitoire et ne se 
moiitre iju au debut. I.e plus souvent, il n exists dans 1 urine que de legeres 
stries sanguinolentes. Mais ces modilications des urines appartiennent le plus 
sou vent a la |p\elile purulente et ne caracterisent que mediocrement la tubercu- 
losc reiude <lout le diagnostic sera corrobore par les anamnestiques et 1 exameu 
general du malade. 

DIAGNOSTIC DIFFKRENTIEL. Une urine sanglante etant donnee, une double 
question se pose : Quelle est la nature de la lesion? Quel en est le siege? Yoila le 
problems diagnostique : quels seront, en cette enquete clinique, nos elements d in- 
formation, quels renseignements utiles pourront nous etre fournis parlesmoyens 
liabituels d investigation : interrogatoire metbodique et clair du malade, examen 
des secretions, observation clinique, exploration manuelle et instrumentale? 

Examen des urines. Prenons, par exemple, comme premier element d en- 
quete, V examen des urines sanglantes : nous avons deja vu que nous n y trou- 
verons point de renseignement diagnostique bien precis. A part les depots puru- 
lents, melanges de sang, caracteristiques de la cystite, dont nous avons longue- 
ment etudies la valeur semeiologique, ou trouverons-nous, au simple examen, 
un e le ment de diagnostic decisif? Sera-ce dans la coloration, aux teintes som- 
bres dans riu-morrbagie renale, aux nuances rutilantes dans les hematuries 
d origine moins eloignee? Mais nous avons demontre quelles reserves il conve- 
nait de faire sur la valeur symptomatique de la nuance des urines brunes. 
Sera-ce dans la forme des caillots ? Mais ils sont polymorphes et le plus souvent 
indistincts. Sera-ce dans 1 examen microscopique de debris neoplasiques? 
C est possible, mais cela est rare. Cependant Thompson insiste sur cet examen 
des depots urinaires qui peuvent contenir des debris organiques, veritables 
epaves ddtacbees de la tumeur; de Yolkmann put, a 1 examen de fragments 
neoplasiques, diagnostiquer un myome vesical. Ce n est que la constatation, au 
microscope, de la presence d epithelium renal, ou mieux encore de cylindres 
proteiques, qui seraitun exact renseignement et deviendrait un indice indeniable 
dans le cas d une nephrite existante. On peut cnfin, comme 1 a conseille Reli- 
quet (Societe de medecine, novembre 1885), etre mis sur la voie d une affection 
des reins par 1 analyse des urines et la constatation de la diminution de 1 uree, 
indice de 1 insuffisance renale. 



HKMATURIE. 95 

Examen des conditions productrices et de Tallure clinique. Si 1 examen 
des mictions sanglantes est pen instructif, il n en cst pas de meme de la deter 
mination de leurs conditions productrices. Y a-t-il eu traumatisme anterieur? 
Cela devient un element precieux d enquete : eliminons, des 1 abord, les contu 
sions dorso-lombaires violentes, les atteintes traumatiques graves du rein, de la 
\essie, de 1 urethre ; rien de plus simple alors que d etablir le lien entre 1 he- 
maturie et sa cause. Faisons aussi des reserves sur la pact etiologique prepon- 
derante que le malade est loujours dispose u accorder aux causes traumatiques; 
tel cancereux. attribuera ses troubles vesicaux a un traumatisme trop ancien 
pour etre coupable : il faut done suspecter toute hematurie non immediatement 
consecutive au traumatisme, sans rapport avec lui et sans regularite. 

Ces cas elimines et ces reserves failes, voici une de ces actions traumatiques 
souvent incriminees par les malades (fatigues, secousses, mouvements exageres), 
qui esl suivie d une hematurie; le repos la supprime; 1 indication diagnos- 
tique est ici precise ; ce malade est calculeux, et 1 exploration vesicale vous le 
demontre. 

Les memes traumatismes provoquent le pissement de sang dans le cas de 
lilhiase renale : ici, des elements auxiliaires du diagnostic interviennent; les 
crises de coliques nephretiques a irradiations douloureuses voisines, la sensi- 
bilile lombaire, les complications possibles des concretions rcnales (hydro- 
neplirose et pyelo-nephritel sont des details symptomatiques utiles a rappeler. 
Ouelle difference clinique entre cette hematurie du calculeux que le repos 
suspend et ces pissements sanguins irreguliers, spontanes, abondants, quo le 
repos ne modifie point, que le decubitus meme prolonge est impuissant a arre- 
ter ! Aux hematuries de ce type repondent des affections diverses; on peut 
les observer dans les differentes formes de la cystite; on les observe surtout 
dans les neoplasmes et dans la tuberculose de la vessie. Dans les hematuries 
par cystite chronique, les douleurs et le trouble des urines ont precede le pisse 
ment de sang ; elles sont spontanees et a repetition comme les hemorrhagies des 
tumeurs, mais elle ne sont pas aussi prolongees et sont rarement indolentes. 
Leur marche, leurabondance Ires-variable qui en fait tantot de veritables hema 
turies, tantot de simples stries sanglantes dans 1 urine; I efficacite d un traite- 
ment convenable qui reste au contraire sans action sur les hematuries sympto 
matiques de la tuberculose ou des neoplasmes de la vessie : voilli autant 
d elements utilisables pour un diagnoctic differentiel. 

C est entre rhemalurie des neoplasiques et celle des tuberculeux que des 
difficultes de diagnostic peuvent se poser et se discuter. Toutes deux indiffe- 
rentes a 1 influence du repos, elles sont toutes deux capricieuses, persistantes 
et spontanees; cette spontaneite est un signe commun, et sur ce point, neopla- 
sie cancereuse et neoplasie bacillaire se touchent. II est aussi un caractere 
commun qui les rapproche : la quantite de sang ne demeure point egale pen 
dant le cours d une meme miction; claire ou a peine teinte e au debut de 
1 expulsion, 1 urine se fonce en couleur, a mesure (jue par la depletion vesi 
cale la pression interieure diminue; 1 epreuve de la miction en des verres 
successifs est demonstrative, cbez le tuberculeux, comme chez le neoplasique. 
Mais la marche de 1 hematurie les differencie, dans les deux cas : alors que, 
dans les neoplasmes de la vessie, les hemorrhagies vont en se rapprochant 
et en augmentant (rarement elles disparaissent spontanement sans laisser de 
traces), celles de la cystite tuberculeuse vont ordinairement en s attenuant, 



06 HEMATURIE. 

quoique 1 affection progresse ets aggrave ; alors que les premieres pcuvent durer 
plusieurs annees sans s accompagner de cystite, et qu apres que 1 hematurie a 
cesse les urines reprennent leur aspect normal jusqu a une nouvelle crise hcma- 
turique, au contraire on voit les lubereuleux vesicaux presenter bien tot des 
urines troubles et le douloureux cortege de la cystite. Rappelons que la limpi- 
dite des urines contribua ;\ consolider, dans 1 esprit de M. Bazy, 1 opinion que 
son malade avail, non pas de la cystite, mais une tumeur vesicale; a la iin, 
toutefois, les urines des neoplasiques se troublent, deviennent epaisses, flocon- 
neuses, boueuses, et peuvent snrtout dans les tumeurs malignes presenter tine 
odeur infecte de maceration anatomique. Ajoutons que les pissements des 
tuberculeux sout pen sanglunls (bien que I be maturie premonitoire soit quel- 
quefois abondante), qu au contraire les cancereux urinent beaucoup desang; 
ajoutons aussi les plus grands intcrvalles qui separent, du moins au de but, les 
apparitions de riienialiirie chez les neoplasiques; joignons-y 1 e poque d appari- 
tion de la maladie (les neoplasmes se montrent dans le jeune age et dans la 
VK illesse, la tuberculose chc/. les .-idulles), ct nous aurons complete la mention 
de ces symptomes dislinrtil s Iburnis par 1 etude de la marcbe des symptomes. 

Soils It s ndoplasmes du rein pmvenl donncr lieu a des be mnturies de meme 
allui i 1 clinique <|iie les mictions sanglantes qui aeeompaguent les tumeurs vesi- 
cales : IVxislfiu-e df crises douloureuses analogues aux coliques nephretiques ; 
la moindre duree des he inalurics; les plus longs intermedes entre leurs appari 
tions; 1 examen de la region renalf, la constatationd nnvariuocele symptomatique 
d une tumeur irnale, seront des ressources utilisablesde diagnostic differentiel. 
Uiiant a fa ire le diagnostic Iristologique (hi neoplasme vesical, c est une difficulte 
ile clinique qu on no pent resoudre qu avec les renseignements babituels : etude 
df fragments du neoplasme (naturellement expulses ou chirurgicalement extir- 
pe*s) ; etude de 1 etat gene ral du malade et de la marche de 1 affection (duree 
indeterminee du fongus benin; accalmies completes et souvent prolongees). De 
riiematurie, on ne peut rien conclure, pnisque les tumeurs vesicales benignes 
saignent plus que les neoplasmes histologiquement malins. 

Le repos et le de cubitus prolongs qm, nous 1 avons vu, suppriment 1 hematurie 
des calculeux et demeurent suns influence notable sur les mictions sanglantes 
des neoplasiques et des tuberculeux, vont devenir chez certains malades un 
lacteur e tiologiijue important; et cette influence etiologique est un pre cieux 
renseignement de diagnostic. Voici un homme deja avance en age, dont nous 
avons plus longuement retrace 1 liistoire clinique, qui se plaint d une frequence 
nocturne de la miction, surtout accentuee pendant la deuxieme moitie de la 
nuit, d erections douloureuses, d impuissance et de chute du jet urinaire, et qui 
devient incapable de vider sa vessie; vienne une cause de stase vesico-protas- 
tique : la retention apparait, et 1 hematurie se montre a la premiere evacuation 
vesicale. Ici 1 image clinique est bien distincte : il s agit d une he maturie chez 
un prostatique. 

La frequence et la duree des hematuries peuvent-elles fournir au diagnostic 
des renseignements importants? Ainsi que le dit M. Guyon, leur frequence n a 
de valeur symptomatique reelle que si la reapparition du sang est independante 
de toute cause appreciable. Le renouvellement des acces, lorsqu il n est pas pro- 
voque, est un indice grave qui permet de penser a une lesion organique, telle 
que le fongus, le tubercule ou le cancer. La persistance de 1 hematurie suffit 
pour faire soupconner la presence d une tumeur du reservoir urinaire. 



IliiMATURIE. D7 

St/mpt6mesge>ieraux concomitants. L hematurie sepresente parfois, com me 
un simple detail symptomatique, dans unc al l ertion dont le diagnostic s impose: 
ainsi, les hematuries du scorbut et du purpura ; les hematuries des lievres 
eruptives et des maladies infectieuses. L hematurie n est plus alors qu un sym- 
ptome surajoute : tout 1 interet clinique se reporte sur 1 aiTection primitive. 

Examen objectif du malade. Restent enfin, comme precedes d investiga- 
tion clinique, 1 examen local et 1 exploration des voies urinaires, qui seuls 
peuvent prononcer en certains cas d indecision diagnostique. L exploration dc 
la region lombaire, la constatation precise de la douleur rcnale provoquee, vien- 
dront confirmer un diagnostic d hematurie renale. Si Ton hesile entre une 
tuberculose et un neoplasme de la vessie, le palper hypogastrique combine au 
toucher rectal pourra ajouter une notion decisive; au lieu de 1 epaississement 
et de 1 hypertrophie de la vessie tuberculeuse developpee en une tumeur ovoide 
retro-pubienne, ondecouvrira, dans certains cas de neoplasmes viseeraux malins, 
des masses morbides developpe es en bosselures appreciates, en reliefs mame- 
lonnees, en plaques indurees : la tumeur est le plus souvent accessible a I in- 
vestigation rectale. Comme nouvcaux elements d information, on rechercliera !< 
retentissement neoplasique dans les ganglions iliaques; on notera les nodosite s 
epididymaires, les bosselures des vesicules seminales et de la prostate, qui 
feront reconnaitre la tuberculisation genito-urinaire. 

Eufin, apres avoir ainsi epuise tous ces moyens d enquete clinique, le calbe- 
terisme explorateur sera la supreme ressource de precision diagnostique. Mais 
il couvient de 1 employer avec indications et precautions : le passage du cathe 
ter explorateur est mal tolere par les tuberculeux> difficilement suppoiie dans 
les cas de fongns benin : cbez le cancereux, il peut provoquer des troubles dou 
loureux de la miction, des crises longues et rebelles. II 1 aut, a ce propos, rap- 
peler les utiles preceptes de M. le professeur Guyon : Je vous engage a ne 
pas pratiquer le catheterisme explorateur dans les cas de cancer, a moins d in- 
certitude dans le diagnostic, et d une fucou geuerale a n en user qu avec beau- 
coup de discretion lorsque vous serez en presence de malades qui ont a plu- 
sieurs reprises pisse du sang, sous toute autre influence que celle des secousses, 
ou desmouvements, ou des congestions actives de la cystite. En general done la 
riche symptomatologie des neoplasmes vesicaux doit dispenser de 1 intervention 
cxploratrice; toutefois, la necessite d un diagnostic rigoureux et d une action 
therapeutique precisee autorisent 1 infractioii a cette regie. 

Que dire maintenant des operations exploratrices (dilatation des conduits 
naturels et incisions vesicales), sinon qu en France un interet de diagnostic 
pur ne suflit point a justilier ces interventions ; elles ne deviennent legitimes 
que quand elles sont un temps operatoire preliminaire, et quaud elles servent 
en meme temps a reconnaitre et a trailer 1 affection productrice de I liematurie. 

TRAITEMENT. La therapeutique de I liematurie a beneficie des revisions 
pathogeniques et des acquisitions physiologiques nouvelles ; cette demonstration 
clinique du role des processus congestifs en pathologic urinaire, cette notion 
neuve de la sensibilite vesicale a la distension, ont eclaire et guide 1 interven- 
tion therapeutique. En meme temps que s est etablie 1 influence palhologique 
de 1 hyperemie dans les hemorrhagies de 1 appareil urinaire, la symptomato 
logie des tumeurs de la vessie a ete debar rassee par M. le professeur Guyon de 
ses obscurites diagnostiques, et la methode antiseptique a permis une chirurgie 
plus heureusement active ; nous avons appris a diagnostiquer plus tot et a 

DICT. ENC. 4 e S. Xllf. 7 



98 IIEMATURIE. 

trailer plus rariicaiement les tumeurs vesicalcs et leurs hematuries sympto- 
maliques. 

Ccs remarqucs cle Iherapeulique gene rale une fois etablies, discutons les cas 
diffe rents et les dil fcrenles rcssources de traitement. Et d abord faisons une 
breve e lude de tlierapeutique preventive : elle est, en certains cas, de toute 
importance. S agit-il, en el fet, d un protastique demontre, comme ici la con 
gestion c est 1 ennemi, c est a prevenir ou a combattre cet accident qu on doit 
s appliquer. 11 y a toute une hygiene des voics urinaires qu il faut observer 
pour einpi cher la stase dcs plexus vesico-prostatiques : les refroidissemenls, 
les fatigues exagere es, les exces sexuels, les retenues volontaires d urine, sont 
des menaces de congestion vesicale. On les evitera ; on prescrira une alimenta 
tion moderee, un exercice regulier, des frictions seches; on aidera a la regula- 
rite circulatoire par quelques grammes d iodure de potassium. La constipation 
engorge les plexus prostatiques ; on doit maintenir vide le rectum des prosta- 
liqiiL s [>ar les laxatifs Irgers, par les lavements reguliers, et non par les pra- 
liques qui amenent une liypcn -mie hemorrhoidaire. Si le prostatique ne vide 
plus sa vcs^ie, si 1 virine stagnedans lebas-fond, la distension vesicale, source 
de congestions ve sico-r&iales, doit Cire combatlue par lecathelerisme, mais non 
point par mir ( vacualion complete, en un seul coup, supprimanl soudainement 
la contre-pression salulaire qu exerce la masse liquids inlra-vesicale sur les 
parois cbroniquement distendncs el hyperemie es, et provoquant une abondante 
he morrhagie c.r vncim. Suivaut la formule de M. Guyon, la vessie doit etre videe 
progreisivement, par soustractioiis successives, jusqu a sa mise a sec, apres 
cinq a six jours de cat belerisme, et antisepliquement, c est-a-dire en rempla- 
cant le quart du liquide enleve par une solution boriquee a 4 pour JOO. Ces 
precautions hygieniques sont applicables a 1 hemorrhagie des neoplasmes et de 
la tuberculose de la vessie; les niemes influences qui peuvent hyperemier les 
voies urinaires et provoquer le raptus hemorrhagiqne doivent etre evile es avec 
la meme attention. Chez les calculeux, ce sont les mouvements exageres, les 
secousses, les exces de faligue, qui provoquenl les crises hematuriques ; le repos 
en esl le traitement efficace; s il s agit de calcul vesical, 1 aclion operatoire 
s impose, et 1 extraction supprime le symplome en suppriniaut la cause. 

Supposons mainlenant 1 hemalurie etablie, et cherchons a en pre ciser les 
indications et les ressources the rapeutiques. S il s agit d une simple ure- 
Ibrorrbagie survenue au cours d une phlegmasie urelhrale (rupture de la corde, 
par exemple), I liemostase est aisee : la compression de 1 urethre sur une sonde 
sul tit a arreter le suintement sanguin. Quand on se trouve en presence d uue 
hematurievraie, onpeut, a 1 exemplede Reliquet(Socielede medecine, 14novem- 
bre 1885), sans s inquie ter des origines probables du sang, courirsusa la cause la 
plus frequente de congestion des voies urinaires ; la stagnation fecale dans le 
gros inteslin. J impose loujours, dil Reliquet, le grand lavement donne matin 
et soir, le malade etant couche sur le cote droit, la canule souple en gomme 
introduce d au moins 10 centimetres dans le reclum, et le liquide n arrivant 
que Ires-lenlement dans 1 intestin. J ai vn chez plusieurs malades 1 hematurie 
cesser immediatement. Je me rappellerai toujours un malade chez lequel 1 accu- 
mulation des matieres dans 1 inleslin avail fait croire a un cancer de cet organe, 
et dont 1 hematurie cessa des qu on eut vide et maintenu vide 1 intestin. 
Toules les ressources de la methode antiphlogistique peuvent etre concurem- 
ment mises en oeuvre ; un grand bain chaud et prolonge, une saigne e locale 



BEMATURIE. 00 

de quinze ou vingt sangsues au perinec, aideront a la decongestion des voies 

Urinaires. 

Tout cela rentre dans les indications generates et les ressources therapeutiques 
communes aux diverses varietes d hematurie; qu on y ajoute le regime hemo- 
statique (repos, temperature fraiche, aliments froids) ; les prescriptions obligees, 
mais trop souvent inefficaces, d agents plus on moins puissants (potions tan- 
.niques, perchlorure de fer, ergot et injections d ergotine, infuse de matico), et 
Ton aura complete tout 1 arsenal tin traitement medical usuel. Et ces ressources 
constituent bien souvent les seules armes centre les hemorrhagies urinaires 
-dont le point de depart est en amont de la vessic : que 1 epanchement sanguin 
provienne d uno degenerescence organique du rein, ou d unc irritation par un 
calcul, le repos et le decubitus horizontal sont les premiers et les nieillcurs 
remedes. 

Quand il s agit d une abondante hemorrhagie vesico-prostatique, quand le? 
caillots intra-ve sicaux solliciteront douloureusement la contraction de la pocba 
urinaire, les narcotiquesseront ntiles pour supprimer ce tenesmc et cesepreintes. 
Les refrigerants pourront aussi rend re service : un sachet de glace a 1 hypo- 
^astrc, un morceau de glace dans le rectum, sont des expedients therapeutiques 
a ne point negliger. 

Ici se place un point souvent debattu de pratique chirurgicale. Dans les cas 
d hematurie avec retention urinaire et distension vesicale, quelle doit etre la 
conduite du chirurgien? On ne peut ici fixer une formule operatoire absolue, 
t se declarer partisan exclusif de 1 abstention ou de 1 evacuation vesicale; c est 
dans 1 apprecialion judicieuse des cas qu on trouve les indications d interven- 
tion. La formation de caillots dans la vessie est de regie constante dans les cas 
d hemorrhagie renale ou ve sicale abondante, mais il est rare de voir un bou- 
chon cruorique obstruer hermetiquement le col vesical; le plus souvent le 
caillot, progressivement engage dans 1 uretlnv, s effile, se segmente, s expulse, 
sans que la veritable retention apparaisse (1 cas sur 40 hematuriques, Guyonj. 
Get accident ne se montre guere que dans les essais de miction debout ; si au 
contraire (et c est une position instinctive que prcnnent les vicux hematu 
riques) le malade urine dans le decubitus dorsal, le bassin releve de fagon a 
modifier I orientation de 1 axe vesical et a faire tomber dans le bas-fond le cail 
lot obturateur, la miction devient facile ; le repos et les boissons abondantes 
qui dissocient les coagula completent ce traitement exclusivemcnt medical. Le 
catheterisme ne sera done, en ces cas, qu une ressource exceptionnelle; c est 
souvent d ailleurs un moyen dangereux. La partie oculaire de la sonde s obstrue, 
en effet, plus aisement encore que le col cervical; les injections poussees pour 
desencombrer ces orifices ne font qu ajouter au trop-plein vesical et a la disten 
sion angoissante, et les caillots font soupape et retiennent le liquide injecte : si 
alors on veut recourir a 1 aspiration, aux evacuations forcees, on ne fait qu aug- 
inenter les dangers de 1 hematurie. Done, ainsi que le prescrit Guyon, si la 
retention d urine est purement accidentelle et n est que le fait de 1 hematuric 
elle-meme, n intervenez a 1 aide du cathelerisme que s il vous est bien demontre 
qn il est impossible de s en abstenir. G est aussi la regie indiquee par Thompson : 
a Quant a la sonde, laissez-la decote, si vous pouvez vous en passer. II y a des 
personnes qui se font un epouvantail de 1 existence d un volumineux caillot 
dans la vessie, et je sais des chirurgiens qul n ont pas recule devant une cysto- 
tomie sus-pubienne dans le seul but d evacuer un coagnlum sanguin. Vous 



100 IIKMATURIl*:. 

aurez bien soin de laisser ce caillot trunquille : 1 acliun continue de I unue le 
liquefiera et 1 expulsera peu a peu. 

Mais voici un cas qui reclame une conduite chirnrgicale differente : 1 hema- 
turie est survenue chez un malade qui depuis longlemps est impuissanta vider 
sa vessie; 1 urine sanglante ne peut elre expulsee, et les coagula sanguins 
encombrent le globe vesical distend u. Le catheterisme evacuateur devient alors 
obligaloire en ces cas de retentions anciennes compliquees d he maturie, mais 
c est tres-souvcnt unedifiiculte que de deblayer le reservoir urinajre. Le cathe 
ter ost introduit, ricn n est expulsu. Les injections penetrent dans la vessie, 
mais les caillots qui obstruent la partie oculaire de 1 instrument les retiennent. 
KM ces ilil licultes d evaruation, on essaiera, quelquefois avec succes, une grosse 
sonde, -- a 1 t, a grands yenx ; on aura soin de sonder le malade couche; on 
cherchera a deplacer lescaillols par une pression hypogastrique, en faisantfaire 
au malade quelques el lets de toux ou d expulsion mode ree. Si ces subterfuges 
sont iiR i licaces, il landra reeourir ;i ( aspiration avec une seringue a hydrocele 
ou line pompe stomacale; il i audra aspirer a petits coups, courts et brusques, 
plutot pour deplacer les caillots que pour oblenir par une evacuation Ibrcee 
1 expulsion violente des caillots cruoriques. 

Ce n est qu apres ces jiremiers et indispensables resultats que des lavages 
antiseptiques peuvent completer le nettoyage vesical, et qu on peut utiliser les 
injections astringentes : ces dernieres, en elTet, poussees en pleine crise hema- 
turique, agissent beaucoup plus sur le liquide epanche que sur les parois du 
reservoir vesicid; leur efiet, tres-malencontreux, est la coagulation du sang et 
la formation de caillols durs, dilliciles a dissocier et a expulser. Les injections 
bemostaliques ne sont utilement poussees qu au de clin des hematuries et apres 
evacuation vesicale. 

Les progres dans 1 e tude clinique des ne oplasmes vesicaux (tumeurs ettuber- 
cules), les notions nouvelles sur le precede patbogeniqne de leurs complications 
liematuriques, ont eu, comme resultat, de diriger 1 action therapeutique et d en 
pre ciser les ressources. Puisque I hemorrhagie des ne oplasmes et des tubercules 
\csicaux est d origine congestive, c est cette congestion qu il faut combattre : 
or c est une cause puissante d hyperemie pour le reservoir vesical que sa 
besogne de contraction ; le meilleur nioyen de le decongestionner, c est de le 
placer au repos. Lors done que les ressources medicales et les precautions 
bygieniques, plus baut enoncees, se seront montrees impuissantes contre 1 liy- 
peremie vesicale; lorsque les hematuries, persistanteset abondantes, menaceront 
la vie du malade, on pourra se resoudre a cette intervention soil par la bou- 
tonniere perineale de Thompson, soil plutot par la cystotomie sus-pubienne, 
dont nous avons pu constater les heureux resultats dans le service de M. le pro- 
fesseur Guyon ; on translbrmera la vessie, de reservoir contractile expose a la 
fatigue, a la distension et a 1 hyperemie, en un simple conduit inerte. Nous 
n avons point a exposer ici les precedes operatoires ni les indications d operations: 
tous ces details sont entre s dans la pratique chirurgicale commune. Quand il 
s agit d une tumeur polypiforme, bien circonscrite, facilement accessible, histo- 
logiquement benigne, 1 incision hypogastrique permet 1 extirpation radicale et 
la guerison complete; lorsque c est une masse neoplasique, a large base etalee 
et infiltree, dont on ne peut racier que la superficie, meme en 1 absence d une 
eradication complete, le resultat est remarquable; la mise eu non-activite (qu on 
nous passe le mot) de la vessie supprime les bemorrhagies abondantes, les 



HEMATUR1E. 101 

epreintes douloureuses, la distension hyperemiante. La boutonniere perineale 
ou 1 incision hypogastrique out la meme efficacite therapeutique centre les 
hematuries de la cystite bacillaire : le muscle vesical une Ibis mis au repos, la 
congestion disparait et 1 he maturie se supprime. FORGUE et BOINET. 



EXDEMIQUE DES PAYS C1IAUDS. Que faut-il entendre, 
actuellement, par ce terme general, he inatiirie endemique des pays chauds? 
Jusqu ici, on a toujours englobe sous cette denomination Yhematurie dite 
d Eyypte, da. Cap, etc., qui reconnait pour cause indiscutee le distome de Bil- 
harz, et rhemato-chylurie, confondant ainsi dans une meme description deux 
maladies aussi distinctes par leur etiologie que par leurs caracteres cliniques. 
Un seul symptome, pourtant, leur est commun, le pissement de sang, et encore 
semble-t-il manquer parfois dans la chylurie proprement dite, car il est des 
urines qui presentent d emblee une apparence purement chyleuse, mais par 
ailleurs rien ne justifie ce rapprocliement: la cause cssentielle probable (le 
parasite), les troubles moi bides, 1 anatomie pathologique, le pronostic surtout, 
le traitement meme, tout differe ; la distribution geographique sert elle-meme 
de caraclere differentiel, car on n a encore rencontre le distome bnematobie qti en 
Afrique, et la cbylurie a ete vue presque partout dans les zones cbaudes, Bresil, 
Antilles, Inde, Cbine, Oceanic et Afrique egalement; enfin son sjmptome palho- 
gnomonique, la lactescence de 1 urine, est etranger a 1 liematurie par Bilharzia. 
11 imporlerait done demettre tin a cette confusion en dissociant a 1 avenir 1 histoire 
des deux maladies; des 1878, nous en avions montre la necessile (Arch. iri/., 
nov., t. XXIX), mais dans ce present travail une description se paree exposant a 
des repetitions et a des longueurs, nous avons cm devoir rattacher, chemin fai- 
sant, a Yhemato-chylurie endeniii/i/i /imprement dite, 1 e tude comparative des 
caracteres speciaux a la cystite vermineuse de Bilharz. L bistoire naturelle du 
din tome hcematobie a ete traitee aux mots KEINS, DISTOME, ENTOZOAIRES; elle 
n entrera pas dans le cadre de cette etude. 

HEJUTO-CHYLURIE ENDEMIQUE DES PAYS CHAUDS. Maladie endemique dans les 
regions tropicales et sub-tropicales, tres-rare partout ailleurs, offrant comme 
caractere le plus saillant 1 emission d urines sanglantes, ou lactescentes, ou 
mixtes, se coagulant spontanement; le plus souvent chronique et d une duree 
variable, irregulierement periodique dans ses manifestations, assez rarement 
grave, et susceptible de guerison spontanee, tels sont ses traits les plus generaux. 
Ajoutons que les caracteres anormaux de 1 urine sont vraisemblablement dus a 
des ruptures des capillaires lymphutiques et sanguins de 1 appareil urinaire et 
que la maladie, du moiiis dans les zones chaudes, ne represente aujourd hui, 
d apres 1 opinion la plus gencrale, qu une modalite d uu groupe d etats patholo- 
giques assez nombreux, le plus souvent isoles, parfois simultanes ou alternant 
entre eux, et toujours coexistant avec la presence d entozoaires particuliers. 

Ses synonymies repondent pour la plupart aux theories qui, tour a tour, ont 
prevalu, et leur multiplicite montre combien a ete jugee difficile la caracterisa- 
tion nosologique de cette enigmatique maladie : Pyurie lactee (Sauvages, 
Yieussens, Diemerbroeck) ; diabete laiteux du Bresil ; polyurie case euse (Alibert) ; 
lacturie, galacturie, urines laiteuses, lactescentes, appellations anciennes qui 
ne s appliquent qu aux caracteres objectifs de 1 urine, car sa composition ne 
rappelle en rien celle du lait ; ylus, de Linne", genre GXCIX ; urines chyleuses 
(Klug, Requin); butyrace es (F. Martins) : c/ra ileuses (Pereira Rego) ; albumino- 



102 IIEMATURIE. 

f/raisseuses (Bouchut) ; chijlurie (Prout) ; chylorrhe e (Ploucquet); diabete chy- 
leux (Imberl) ; lymphurie, tymphorrhe e re nale, lymphorrhagie de lappareil 
Kropoe lique (Gubler) ; pime lurie endemique des pays chauds (Couchardat) ; 
albumino-pimelurie (Marlins Costa, P. Guimaraes) ; hematurie tropicale, inter- 
ropica/e(Sigaud), terme impropre, car la maladiese rencontre jusqu aux 55degres 
latitude; intermittente, endemique de Hie de France (Chopotin, Salesse); chy- 
leuse, chyh ide (Crevaux) ; hematurie essentielle endemique (Rayer) ; hemato-lym- 
l>lmrie (Sonsino) ; enfin, hemo-ckylurie, ou mieux he mato-chi/lurie dc Prout et 
des Bresiliens, dernier terme tju 1 usage a consacre. II exprime la coexistence 
des deux sympt&mes objectifs fondamentaux, la presence du sang dans 1 urine 
et 1 apparence cliyleuse decclle-ci; nous 1 adoptons, quoiqu il soit aussi possible 
de quelques critiques: il y a bien, en effet, pissement de sang, hematurie vraie, 
avec contraction de la vessie et presence constants d hcmaties dans 1 urine, mais 
le terme complementaire chj/lurie, pissetncnl di- chyle, est discutable en ce qu il 
implique trop rigoureusement 1 idec du passage du chyle dans les voies urinaires, 
la it probable, il est vrai, et considers comme reel par quelques-uns (Beale, 
V. iVrrira, Manson, etc.), mais dont 1 anatomie pathologique n a pas encore 
fourni la preuve certaine. 11 ne i nut done 1 entendre que sous la reserve d une 
rrilaine restriction dans son sens etymologique ; jusqu a plus ample imforme, 
il doit designer, non nu j>isscment de cJiyle propreraent dit, mais 1 emission 
d une urine qui rappelle jusqu a un certain point 1 aspect du chyle et en con- 
tient les elements principaux, des globules, de 1 albumine et de la graisse. Du 
reste, ce mot chylurie a pris droit de domicile dans le langage medical depuis 
Prout (1818) ; il est court, euphoniquc, expressif, et aces divers litres il merits 
d etre conserve. L hematurie par Bilharzia porte generalement le nom d he ma- 
turie d ftgypte, du Cap, de I lie de France, etc. 

ETIOLOGIE. La decouverte d entozoaires embryonnaires dans 1 urine et dans 
le sang des chyluriques, etplus tard de progeniteurs, en divers pays d endemie, 
Australie, Chine, Inde et Bresil, a ele le point de depart d une the orie pathoge- 
nique qui sera exposee plus Join ; mais en dehors de celte cause, essentielle pour 
la plupart, hypothetique pour d autres, on a invoque des causes predisposantes 
ou occasionnelles dont le role et la valeur sont diversement apprecies. 

A. Causes soinatiques. La maladie frappe tous les ages, de la premiere 
enfance a la vieillesse, mais dans une proportion tres-inegale. 

Pour les Bresiliens, le sexe fe minin y predispose, du moins dans leur pays; 
les comptes rendus de 1 Academie de medecine de Rio (1835-1856), les statis- 
tiques de S. Lima, 10 femmes sur 18 cas; d A. Couto, 4 sur 6; de J. da Silva, 
40 sur 65 cas, etc., semblaient avoir etabli ce fait d une facon indiscutable. Ce 
rapport a etc conteste par J. de Moura (1877) qui, sur un total de 99 fails, est 
arrive a une proportion inverse, 47 femmes et 52 hommes ; Claudio de Lima a 
releve 15 hommes et 11 femmes et C. Rebello signale, sur 90 hematuriques, 
55 hommes, 52 femmes, 5 inconnus. Cassien, qui a la Reunion n a trouve que 
2 femmes sur 12 sujets, en a conclu aussi a 1 influence preponderate du sexe 
niasculin; Torres-Ilomem, a Rio, ne comptait, en 1877, que des hommes dans sa 
pratique. D un autre cote, Clarac dit que la maladie a la Martinique parait 
incomparablement plus frequente chez la femme. Les opinions ne sont pas moins 
divergentes au sujet de 1 hematurie d Egypte qui, selon Bilharz, s adresserait 
moius sou vent au sexe feminiu, mais pour Sonsino c est une erreur attri- 
buable a 1 abseace de femmes dans les hopitaux du Caire, et il croit que la 



HEMATURIE. 101 

Bilharzia s attaque indifferomment aux deux sexes. C est done une question a 

revoir. 

Quelle est I iaflucnce du role physiologique devolu a la fern me ? Existe-t-il 
une relation entre ses fonctions genesiques et les manifestations de la maladie? 
Peu de renseignements precis a cet egard ; la plupart nous viennent des mede- 
cins bresiliens. L etat de gestation ne serait pas sans action, parait-il, sur 1 ex- 
plosion et la marche des acces chyleux. 

La race ne cree pas d immunite: si aux Mascareignes et au Bresil les Creoles 
sont surtout predisposes (15 Bresiliens sur 18 cas, S. Lima, A. da Luz, Azema), 
les Europeens qui font un long sejour dans ces pays conlractent aussi des hema- 
turies continues, simples ou mixtes. 

B. Causes cosmiqnes. Domaine ge ographique. La coexistence d ento- 
zoaires identiques dans la chylurie et dans quelques autres maladies plus spe- 
cialemenl propres aux pays chauds egalement souleve de telles pre somptions de 
communaute etiologique qu il y aurait lieu, aujourd hui, d etudier de front la 
distribution geographique de ces affections. Ce serait surcharge! ce travail, et 
nous renverrons a 1 article ELEPHANTIASIS, en nous bornant a signaler ici cette 
correlation frequente sur laquelle nous reviendrons plus loin. 

La chylurie ne se rencontre gucrc que dans les pays a temperature moyenne 
elevee ; on ne connait qu un asscz petit nomhre de fails plus ou moins aulhen- 
tiques d urines lactescentes chez des sujets n ayant jamais quitte 1 Europe. 

Asie. Les Anglais ont signale la chylurie a "Bombay (Carter, Makuna), a 
Calcutta (Lewis), a Amoi (Chine, P. Manson), dans 1 empire de Siam ; Crevaux 
mentionne un cas observe a Saigon. Baelz et Remy, parmi les parasites des 
japonais, indiquent la filaria sanguinis Iiomini* (1885) ; la maladie filarienne, 
d apres Scheube, au Japon, est presque exclusivement limitee a Kiu-Siu, la plus 
meridionale des quatre grandes iles, et aux ilots voisins, Goto, Hirado-Shima, 
Amakusa, etc. ; elle serait fort rare et non indigene sur Nippon et inconnue dans 
Yeso. Van Leent ne s est jamais trouve en presence de I liematurie endemique 
dans les possessions neerlandaises de la Malaisiedurantun sejour dedix ans, et les 
mudecins du pays n en voierit jamais ; il croit qu elle n existe ni a Batavia, ni dans 
les iles de la Sonde ; pourtant Bouchardat a traite, a Paris, un sujet atteint 
d urines chyleuses contractees a Java. 

Afrique septentrionale. Les pissements de sang par cystite vermineuse de 
Bilharz sont d une extreme frequence en Egypte et en Nubie, chez les Fellahs 
et les Copies, d apres Renault, Bilharz, Griesinger, A. Reyer, Sonsino, Zancarol, 
Mackie, etc. Fouquet, du Caire (1884), ditque les Europeens sont moins atteints 
que les Arabes. L hematurie chyleuse s y rencontre egalement (Lombard, Son 
sino, Fayrer), mais moins frequente qu au Bresil et dans 1 lnde ; les seuls ren 
seignements que Ton possede sur sa frequence relative dans ces pays ont ete 
fournispar Pr. Sonsino qui, sur 10 cas d infection filarienne, en a compte 5 avec 
lymphurie (1882). Leared dit 1 hematurie frequente en Algerie etauMaroc; 
Cauvet a egalement retrouve a Alger les caracteres de 1 endemie tropicale, sauf la 
lactescence. 

Afrique orientale. On rencontre a Madagascar I hematurie pure ou chyleuse ; 
Grenet, qui dit la premiere frequente a Mayotte, n en a pourtant releve que 9 cas 
dans 1 espace de quatre annees passees sur 1 ilot de Dzaoudzi et chez des enfants 
mozambiques ; nous n en avons pas vu un seul pendant une annee de sejour dans 
cette merae colonie; elle y est, croyons-nous, moins commune qu on ne 1 a dit. 



Hit IIKMATURIE. 

Deblenne cite 2 observations a Nossi-Be. Citer Maurice el la Reunion, c est rap 
peler la patrie classique de 1 endeniie; les premieres observations nous sont 
venues des Mascareignes ; en 1812, Chapotin voyait des pissements de sang diez 
tous les enfants de 1 ile de France, mais il ne cite que 4 cas d urines chyleuses. 
Au dire de Salesse (1854) les trois quarts des enfants de Maurice sont atteints 
d hematurie, mais il ne parle pas du caractere graisseux de 1 urine ;a la Reunion, 
les enfants sont quelquefois atteints, mais dans une proportion bien moindre que 
ne I iiidiqiie Je medecin de Maurice (Cassien) ; les medecins de la marine sont 
unanimcs a reconnailre que la maladie y est assez rare. Cependant Nativel (1886) 
affirme qu a Bourbon les cas de chylurie sont tellement nombreux qu un tiers 
seulcment de la population est epargne (?). 

Afrique occiilenlale et centralc. Griffon du Bellay, seul, signals un cas de 
chylurie chez un laplot, an fiabon (Arch, mi d., nov., t. 1); c est a la Cote-d Or 
qu on a plus specialement rencontre le craw-craw (O Neill). 

Ame rique septentrionale. La Nouvelle-Orleans, Vera-Cruz.possedentl hemato- 
cbylurie (Juvenoi), (jui a peut-etre ete observee aussi dans la Caroline du Sud. 
L urine est (|iieli|iicfois pale conunc du lait et de 1 eau, spe cialement pendant 
les cliiilenrs de I de el die/ les [idits garcons au-dessous de sept ans; on pense 
que cet rial indique la presence de u-rs (L. Cliulmcrs, cite par Rayer). On cite 
un cas pro Vena nt des lienuudes; die n a pas ete signalee dans le Centre-Amerique. 

\iitillcs. lleale a Cuba, Delioul a Port-au-Prince, Tbomas a la Barbade, 
nientionncnt de nombreux cas de chylurie ; Rufs de Lavison affirme que 1 liema- 
tm ie, telle qu elle est decrite pour les Ues Maurice et Bourbon, n existe pas a la 
Martinique ; il signale poui tant 5 cas d urines blanchatres dites chyleuses, clont 
2 cbez des Negres; Saint-Val cite un lait dans la meme ile ; nous pouvons cerli- 
lier, d apres des renseignements dignes de confiance, que la chylune n y est pas 
une maladie rare et qu elle y est assez souvent observee depuis que 1 attention 
a etc appelee sur ce sujet. A la Guadeloupe, dit Crevaux, elle est consideree 
comme une curiosite patbologique ; pourtant, Venturini en a observe 2 cas en 
1878. Bence Jones 1 a vue chez un Anglais ayant passe la majeure partie de sa 
vie a la llavane. 

Ame rique me ridionale. Puerto-Cabello et la Guayra (Juvenot) ; Guyane 
anglaise (Bouyura et ilillis) ; semble beaucoup plus rare a la Guyane francaise oil 
Dupont n a observe que 5 cas en sept ans. Van Leent n en fait pas mention dans 
la pathologic de la Guyane neerlandaise. G est au Bresil que la maladie a ete le 
mieux etudiee (diabete laiteux du Bresil), mais on y a exagere sa frequence. 
Nous croyons avec Souza Lima, J. de Moura, et d apres les chiffres fournis par 
les medecins bresiliens, qu elle est moins commune a Rio et a. Bahia qu on ne 
le suppose, et on peuten dire autant du Bresil en general. Parmi une clientele 
e tendue, S. Lima, a Bahia, n avait enregistre en 1876 que 18 cas; Wucherer, 
en cinq ou six ans, n a pu reunir que 28 observations appartenant a divers mede- 
ins ; A. Couto n apporte qu un faible contingent ; a Rio-de-Janeiro, Torres- 
Homem ne mentionne que 12 cas dans sa pratique (1877) ; Joao et Jose Silva, 
14 observations, etc. Les medeciiis bre siliens, loin d etre appeles chaque jour 
a trailer la maladie (Juvenot), la considerent comme relativement rare. Nous 
avons sejourne trois ans sur les cotes du Bresil sans la rencontrer dans nos equi 
pages, et les rapports des medecins de la marine sur ces memes campagnes n en 
font aucune mention. Juvenot dit qu elle existe a 1 embouchure des Amazones ; 
elle ne doit pas y etre commune ; G. du Rocha n en a jamais trouve un seul 



HES1ATURIE. 105 

exemple sur plus de 1000 mahules et durant un assez long sejour dans le fleuve ; 
F. S. Castro 1 a pourtant rencontree au Para ; on la voit aussi a Maranhao. Pour 
ce qui est de 1 interieur, Noranha Gonzaga, d apres W. Lee, medecin anglais a 
S. Joao d El-Rei, a signale dans la province de Minas une grande frequence de la 
maladie et sa predilection pour les ages de quarante, cinquante ans, et pour la 
vieillesse. Ces fails ont ete contested par Felicio dos Santos qui, pendant dix ans 
de pratique medicale dans le nord de la province, n a jamais observe un cas de 
chylurie; Er. Ottoni, apres plusieurs annees de sejour dans ces memes regions, 
affirraene pas 1 avoir trouvee plusfrequentequ a Rio et sans predilection marquee 
pour l age avance (C. Bebello). A. da Luz nous a communique 4 observations 
provenant de Yalenca. Peu de renseignemenls sur les provinces meridionales ; la 
maladie serait assez commune a Santos (Havelburg), inconnue ou fort ran- a 
Sainte-Catherine et dans la colonie d ltajaby (Martins Mendes). J. de Moura, qui 
accuse la race africaine d avoir imporle au Bre sil les Boubas, la lepre grecque, 
l ainhum, 1 hypohemie intertropicale etd autres maladies encore, se demande si 
la chylurie est reellement une espece nosologique engendree dans le pays sous 
1 influence des conditions climatologiques du milieu, ou si elle est aussi le fait 
de 1 importation, comme le dra<ronneau pe.ut-elre; question que les documents 
bre siliens sont pour le moment impuissants a resoudre. 

D apres Juvenot, 1 hematurie simple on cliyleuse existerait sur les deux rives 
de la Plata et des grands fleuves qui s y dcvei sent. Nous avons passe, a plusieurs 
reprises, de longs mois sur rade de Montevideo, visile 1 hupital irancais, el n y 
avons jamais vu la maladie ; elle doil etre au moins fort rare dans le bassin de 
la Plala. P. Guimaraes ne 1 a jamais rencontree a Monlevideo, Buenos-Ayres, 
Corrienles, Bella-Visla, Rosario, etc., et sur les rives de la Plala et de ses aftluents 
on a vu seulement des he maturies ordiuaires. G est aussi sur des te moignages 
tres-vagues que Juvenot en a signale I exislence sur les cotes du Chili et du Perou. 

Oceanic. Jusqu en 1877, la chylurie n avait encore ete conslale e qu en 
Auslralie (Queens land) par Bancroft ; mais cette meme annee Cbassaniol ct 
Guyol observaienl a Taiti un cas des mieux caracterises, chez un Europeen habi 
tant le pays depuis trente ans, el retrouvaient le ver de Wucherer avec tous ses 
caracteres. Loupy 1 a renconlree en Xouvelle-Caledonie chez un indigene des 
Nouvelles-Hebrides (Nielly, Path, exotique). 

L hematurie par Bilharzia possede un domaiue geographique beaucoup plus 
restraint, car jusqu ici on n a rencontre le distome haBmalobie que sur le con 
tinent africain, quelques iles avoisinantes, et peut-etre le long de la cote arabe de 
la mer Rouge. Elle abonde en Egypte ; sur 500 enfants de 1 ecole de Tantah 
examines en 1880 parSonsino, plus du tiers etaient ouavaient ete he maturiques, 
et dans 75 examens de la vessie, seulement, post mortem, 58 fois il a decouvert 
la presence du ver; il est convaincu que parmi tous ceux, quelle que soil la race, 
Arabes, Copies, Nubiens, etrangers, qui boivenl des eaux impures, il n en est 
gucre qui n aient souffert de la Bilharzia dans le cours d une longue vie. Dans 
tout le bassin du Zambese et sur les rives du lac Nyassa, 1 hematurie serait fort 
commune, d apres Kirch. En diverses localites de la pointe sud de 1 Afrique, le 
long de la cote sud-est, dans la baie d Algoa, a Uilenhage, fort Beaufort, Alice, 
Grahamstown, et en quelques points de la Cafrerie libre (Spranger), la maladie 
est assez repandue, ainsi que dans la colonie du Cap et a Natal (Dunstroville, 
Spranger, Rubidxe, Barley, Guillemard) ; la plupart des jeunes gargons a Pieter- 
maritzburg en sont atteints (Batho, Army Med. Rep., vol. XII), exage ration pro- 



I Oli IIKMATTUIE. 

bable, d apres Guillemanl, Hen quo 1 lirmalurie soil assez frcquente dans celte 
ville. Guillemard incline a pcnser qu elle existe aussi sur la cote occidentale et 
probablement dans 1 interieur, sur les rives de 1 Orange. Le distome se relrouve 
a coup sur a Maurice (Ilarley), on ne sail trop s il existe a la Reunion; il est 
extremement probable que I hematurie que Ton observe en quelques points de 
Madagascar reconnait cetle derniere cause, mais ceci est encore conjectural ; en 
tout cas, c est le distome que Corre, Brejon et Deblenne, ont vu a iXossi-be ; Corre 
y auroit peut-etre aussi rencontre le ver de Bancroft (Deblenne, th. Paris, p. 256). 

Cette revue nous conduit a conclure que 1 hematurie des pays chauds, pure, 
ur.iisseuse ou mixte, associee au distome ou a la filaire wucherienne, ou a ces 
deux entozoaires a la fois, est exclusivement bornee aux latitudes cbaudes, mais 
ijue sun domaine gdographique francliit en bien des points la limile des tro- 
piquesets etend entre les 55" parallMos dans les deux hemispheres ; au dela de 
ces limites generates, elle peril le carat-tore d ende micite. 

L hematurie chyleuse s ame liore et guerit souvent, non toujours, parunsejour 
prolonge dans les climals tempeivs el froids, ou par 1 ascension a des altitudes 
qui rappellenl los conditions thermiques de ces climats; on la rencontre sur le 
lilloral ilf la lU union, climat hyperthermique (moyenne annuelle superieure a 
-htio ile^ivs, Fonssagrives), mais elle ne se developpe jamais dans les localite s 
i leu ; es de Tile qui jouissent d une temperature fraiche ou temperee ; a Salazie 
i *1- metres d altitude, temperature moyenne -+- 19degre s)on ne 1 observequesur 
des muladcs provenant des parlies basses et chaudes de 1 ile. Harley aflirme, de 
meme, qu elle est inconnue dans les terres eleve es de la colonie du Cap. La cha- 
leur joue done un role preponderant unanimement admis ; doit-on altribuer la 
meme importance aux autres elements meteorologiques, aux conditions topogra- 
phiques, ge ologiques, etc., des regions ou la maladie regne avec le caractere 
d endemicite? Causes banales. invoquees trop souvent et qui ne peuvent, il nous 
semble, entrer en ligne de compte. Chaque pays, chaque localite, possede du 
reste une telle multiplicite, une telle inconstance d elements contradictoires r 
que la valeur etiologique de ces influences si varie es echappe a toute analyse : 
c est ainsi que 1 hematurie, endemique a Bahia, ville montueuse oii elle se 
montre aussi bien dans la partie basse que dans Jes quartiers sees et salubres 
des hauteurs, se voit egalement dans les plaines inondees et marecageuses de 
Calcutta (S. Lima). Comment admctlrc avec Manson Tinfluence exclusive du 
voisinage de la mer et des vents marins, alors que la maladie est inconnue a 
Formose (Myers) et qu on 1 observe dans la province de Minas auBresil? 

Les conditions climatologiques des pays d endemie, 1 actiondes saisons surtout^ 
ont souvent ele interrogees et leur influence a ete exagere e a ce point qu un role 
palhoge nique exclusif a ete attribue aux climats caracte rises par un exces de 
chaleur et d humidite, a 1 association des pluies torrentielles et des chaleurs 
excessives des hivernages, etc., opinion qui, du reste, n a guere trouve de par 
tisans au Bre sil ; Souza Lima la repousse et pour J. de Mount Je climat ne pos 
sede qu une influence indirecte sur la genese de la maladie. Aze ma, au contraire, 
accuse avant tout les influences de climat auxquelles seraient uniquement subor- 
donnes les troubles physio-pathologiques et les modifications subies, dans les 
pays chauds, par le systeme lymphatique et par les grands appareils organiques ; 
ces modifications, inne es chez le Creole, ne seraient acquises qu apres plusieurs 
aunees par 1 Europeen en voie d indigenisation ; elles se traduisent chez 1 un et 
chez 1 autre par un ensemble d alterations dans lesquelles predominent la sur- 



HEMATURIB. 107 

charge et la distension ties vaisseaux blancs ct qui aboutit, en passant par 1 ane- 
mie, a une dialhese lymphatique particulierc, toute difierente de celle qui con 
fine a la scrofule et propre aux pays chauds (Tr. de la li/mph. end.). Mais on 
ne devient pas forcement lymphatiqne par un sejour de cinq ou six ans a la 
Reunion ou a Maurice, et chez un anemique la repletion du systeme lympha 
tique n enlrainc pas necessairement 1 explosion d un acces de chylurie, pas plus 
que 1 apparition d un elephantiasis ou d inlumescenccs inguinales. Par ailleurs, 
rien de plus variable que 1 influence des saisons sur le developpement et sur la 
marche si capricieuse de la maladie. 

L hematurie d Egypte diflere de la chylurie par 1 epoque de ses explosions et 
par la regularite de ses retours paroxysliques : elle apparait, en effet, plus 
frequemment de juin a juillet et aoiit, et devient plus rare de septerabre a 
Janvier (Copland, art. WORMS; Davaine, Entoz., p. 518). 

C. Causes pathologiqnes. Dans ce groupe etiologique, il importe de men- 
tionner plus specialement les relations qu on a reconnuescn divers pays, Bresil, 
Inde, Chine, Australie, entre la chylurie et certains etats morbides, et sur les- 
quelles on s est appuye pour en eclairer la pathogenic. Des 1855, Meirelles, a 
liio de Janeiro, faisait remarquer que le plus grand nombre des chyluriques 
sont lymphatiques et sujets aux erysipeles ; une chylurique presentait des 
attaques periodiques d erysipele tons les quinze jours ; la maladie cessa par 
un voyage en Europe, mais se reproduisit par le retour au Bresil. Chez une 
negresse, la chylurie precedait presque toujours les acces d epilepsie ou d erysi 
pele elephantique auxquels elle etait sujette (De Simoni et Jubim); le Bresilien 
observe par Gaffe et Haver avail souvent eprouve sur les jambes, dans son cnfancc, 
des eruptions qu il caructerisait d erysipeles erratiques, et qui reparaissaient 
periodiquement toutes les semaines; Catta Preta, Souza Lima (1864), ont vu 
deux malades dont les urines devenaient laiteuses toutes les fois qu ils etaient 
pris d erysipele du scrotum; une malade de J. Sylva, souffrant depuis long- 
temps de frequents acces d erysipele et de lymphatites, est prise brusquement, 
en pleine periode d allaitement ; la chylurie cesse pendant un violent acces 
d erysipele du sein, pour revenir apres la guerison. Martins Costa menlionne 
egalement la coexistence des deux maladies. S. Araujo a rapporte, en 1877, ce 
fait curieux d un individu sujet depuis neuf ans a des erysipeles periodiques du 
scrotum, et qui fut pris successivement de chylurie, de craw-craw et d ele- 
phancie scrotale avec lymphectasies. Ferreira Pinto (1858) a vu 1 elephancie 
comcider avec des urines cbyleuses ; \V. Roberts a observe, en Europe, un cas 
de pachydermie lymphorrhagique de I liypogastre chez un individu atteint en 
meme temps de chylurie ; aux Indes et en Chine, la chylurie accompagne sou- 
vent le lympho-scrotum (Lewis, Manson, etc.); Bancroft, en Australie, a vu ces 
urines associees a des abces lymphangitiques, des hydroceles ; Chassaniol, a des 
hemoptysies, etc... Nous reviendrons plus tard sur ces rapports a propos des 
theories pathogeniques. 

La maladie a quelquefois marche de front avec une phthisie commencante, 
une fois avec une hepatite chronique (Sigaud) ; ailleurs, elle alternait avec des 
diarrhees sanglantes ou chyleuses, ou avec une affection bronchique fluxionnaire 
et de 1 asthme (Jubim), ou bien c est un epanchement sereux du cerveau, 
suivi d hemiple gie, qui entraine la mort. Cassien signale comme cause occa- 
sionnelle la deterioration de la constitution a la suite d une fievre typhoide; 
Torres Homem, la coqueluche chez un enfant de deux ans. J. Silva a fait jouer 



108 1IEMATUR1E. 

un role etiologique a la syphilis et a. la lepre : deux de ses malades sont lepreux, 
et il rattache eel etat a la syphilis; quelques-uns sont syphilitiqucs par leurs 
ascendants; chez d autres, la chylurie coincide avec une eruption dartreuse liee 
a la verole; 1 un a des boubas et sa tille est lepreuse, elc. Jubim, de Simoni, 
de Bento da Roza, A. Chevalier, out vu aussi des syphilitiques avec des urines 
chyleuses, mais combien d autres ve roles qui n ont jamais ete chyluriques ! 
On a quelquefois observe des urines blanchatres dans le carreau et dans cer- 
laines maladies du pancreas (Chomel, Moyse). Ouelques medecins anglais ne 
sont pas eloignes d admeltre une correlation entre la maladie et I impregnation 
nialarienne (obs. de Habershon, Listen, Monvcnoux); jusqu ici on ne possede, 
ii ce sujet, rien de positif qui autorise a voir dans 1 association de la fievre 
intermittente et de la chylurie autre chose qu une pure coincidence facile a 
expliquer, du reste, par le rapprochement du domaine ge ographique des deux 
maladies (voi/. ELEPHANTIASIS). 

Les medecins de la Reunion ont trop volontiers mis en cause 1 abus d une 
alimentation riche en condiments excitants, poivre, piment, gingembre, elc.; 
1 usage en cst tellement repandu, et les cas d be*maturie sont comparativement 
M rail s, i|iic eel t lriiiriil Etiologique doit eiiv Iciiu |iour tres-problematique. 
Salcssc a\ait aussi acr.usr |c-, nu-ls < |iiccs, l,i masturbation chez les enfants, et 
la mauvaisc qnalite des eaux, dcrniere cause pns>ib|e. probable meme, si ces 
rynx sont rcellcnient le vehicule d enlozoaires aptcs a se developper dans 1 or- 
Lanisme. Leared attribue la maladie, en Algerie et auMaroc, a I exces de I luiile 
d olivcs dans [ alimentation, cxplic.iiion hypothetique qui ne pourrait s appliquer 
ijii a un clat graisseux accidentel des urines, et non a I hemo-cliyiurie vraie. 

Voici maintcnant d autres causes plus oti moins prolileinatiques et le plus 
souvent inexplicables : 1 alfection s est parlbis de claree apres un bain glace 
de riviere, le corps etant en transpiration (Crevaux), on a la suite d une equita 
tion prolongee ; un medecin de Rio voit ses acces chyleux reparaitre toutes les 
Ibis qu il la it un trajet en voiture apres ses repas, a ce point qu il pent provo- 
quer a volonle une attaque; \V. Roberts cite un cas provoque par un ebranle- 
ment physique et moral dans une rencontre de deux trains, etc. On a invoque 
sans preuves a 1 appui 1 intluence des professions sedentaires et de celles qui 
exposent a 1 action d une chaleur continue, marechal-ferrant, boulanger, cui- 
sinier, etc.; les chauffeurs denos navires n ont jamais ete, que nous sachions, plus 
particulierement atteints dans les regions tropicales ; entin, 1 abus de 1 alcool, 
une alimentation trop riche en graisse, etc. En sonime, il est souveiit impossible 
d assigner une cause predisposanle ou occasionnelle justifiee. 

D. Causes spe cifiques. Ue redite. Son role n est pas determine. Pour ce 
qui est de la transmissibilite d un sujet a 1 autre, Wucherer dit que tous les 
cas qu il a observes etaient sporadiques, et il ne connait pas d exemple d atteintes 
simultanees dans une meme maison. 

SYMPTOMATOLOGIE. Presque toujours 1 acces chyleux se declare brusquement 
et surprend le sujet en pleine sante, sans le plus leger prodrome; parfois il 
n y a eu qu un malaise insiguifiant, et le patient constate tout a coup, et non 
sans effroi, 1 aspect insolite de ses urines. Ge mode de debut est commun au 
Bresil (V. Pereira, J. dos Reys, G. Rebello), et a la Reunion (Gassien). Quel 
quefois, seul accident precurseur, une diarrhee sereuse survenant sans cause 
appreciable, ou une soif insatiable quelque heures apres les repas, quelle que soit 
du reste la nature de 1 alimentation (Martins Costa), ouune diarrhee sanguino 



HKMATURIE. 109 

lentc avec phenomenes d enterite asscz intense (Ferrand). Assez sou vent, pour- 
tant, 1 invasion est precedee de legeres douleurs lombaires ayant plutot le carac- 
tere de douleurs musculaires que de douleurs renalcs proprement dites, ou 
d une sensation de tension et de pesanteur dans les lombes et au perinee ; 
d autres fois leur point de depart est dans le rein meme, et el les se propagent 
alors par les ureteres jusqu a la vessie, et s etendent meme au cordon, au testi- 
cule et a la cuisse (Wuclierer) ; en general passageres, elles cessent d ordinaire 
avec 1 apparition du sang; ou bien c est une sensation de battement dans les 
reins, sensation subite, tres-violente, et dont la disparition est aussi brusque 
que le debut. Dans quelques cas, tres-rares, 1 invasion s est accompagnee de 
voritables col.ques nephretiques, avec retraction des testicules, accidents qu ou 
a expliques ijar la coexistence d une gravelle urique qui n existe presque jamais 
au Bresil et dans 1 lnde, et que P. Guimaraes met plus justement sur le compte 
de coa <T ula dans les bassinets et les ureteres; ou bien encore ce sont de vives 

n 

douleurs vesicales se propageant jusqu a 1 extremite du gland, et tres-souvent 
de 1 iscliurie (Sonsino, P. Guimaraes). Dans la periode d etat, le symptome 
douleur disparait presque toujours pour ne plus revenir qu a de longs inter- 
valles, lors de quelque recrudescence, par exemple. Ces paroxymes douloureux 
semblent plus specialeniont lies aux periodes hematuriqiies; quand 1 urine 
prend 1 aspect francbement laiteux, la douleur s apaise ou disparait, d ou quel 
ques auteurs ont conclu que le pbenomene douleur, dans sa plus grande acuite, 
correspond a la dechirure des capillaires sanguins en quelque point des voies 
urinaires (reins ou vessie) ; cependant, nous avons assisle a la Reunion a une 
crise cliyleuse pure, avec urines tres-abondantes, sans dysurie, mais accom 
pagnee de douleurs hypogastriques assez intenses pour eveiller des idees de 
suicide. 

En general, peu de retentissement vers 1 appareil digestif; un peu d inappe- 
lence, de 1 anorexie, precedant cliaque acces, des nausees, plus rarement des 
vomissements. V. Pereira a note des digestions difticiles et de la flatulence; 
lialfe, de la dyspepsie avec douleurs gastriques et coliques suivies de jaunisse; 
une malade de Gubbitt se plaignait de perte d appetit, de douleurs e pigastriques 
apres les repas, de cepbalalgies avec nausees, palpitations et autres symptomes 
dyspeptiques ; J. Silva mentionne ces memes phenomenes alternant avec une 
exageration notable de 1 appetit. Ces accidents se dissipent, d ordinaire, une 
lois 1 acces etabli, et 1 appetit augmeute, comme chez le Bresilien de Rayer ; 
certains malades sont boulimiques (Gaffe, Grevaux), fait que V, Pereira explique 
par une bypocholie due a la soustraction des principes gras, et a la necessite, 
pour 1 organisme, de contre-balancer ses pertes par 1 acquisition de nouveaux 
elements. Havelburg a note une soif inextinguible chez une femme. La constipa 
tion est assez habituelle ; Crevaux 1 attribue egalement a 1 elimination de la 
graisse et a la diminution correlative de la bile secrete e en moindre quantite, 
ce qui n a pas ete verifie; cependant les fonctions du foie ont paru troublees 
dans quelques cas tres-rares; Crevaux a constate des douleurs dans 1 hypochondre 
droit ; Sigaud uue hepatite chronique concomitante ; Ralfe une jaunisse passa- 
gere. Ce point appelle de nouvelles recherches. 

Du cote de la circulation, quelques acces hematuriques ont etc precedes de 
frissons et accompagnes d un etat febrile d une duree variable de un a trois et 
dix jours (Crevaux), qui cessait avec 1 apparition du sang. Cette reaction febrile 
du debut est fort rnre au Bresil ; S. Lima ne 1 a jamais constatee, et a 



HO HEMATURIE. 

Bahia L hematurie chyleuse est generalement consideree comme une affection 
essentieilement apyretique; elle a ete notee, cependant, par Ferrand, Datnas- 
chino et Seheube. 

On a rarement evalue avec exactitude la quantite de sang perdue; a 1 ile de 
France, chez les enfants, elle est parfois si faible qu il ne se forme pas de call- 
lots, et remission de 1 urine n eprouvant aucun obstacle se fait sans douleur 
(Rayer). Ghassaniol a vu les pertes s elever a un demi-litre par vingt-quatre 
heures, ct pendant plusieurs jours. Les he morrhagies du debut sont peut-etre 
les plus abondantes, mais presque jamais assez copieuses pour entrainer des 
accidents ; on a pourtant note, au moment des crises, specialement chez les 
enfants, des frissons, de 1 anxiete, le refroidissement des extremiles, des sueurs 
i roides, 1 alt^ration des traits, un certain degre d acceleration, de concentration 
<1 de faiblesse du pouls, enfm tons les signes ordinaires des hemorrhagies abon 
dantes, mais ces cas sont rares. Au bout d un temps variable, le sang diminue 
<-t disparait; le malade pourrait se croire gueri, mais ce n est qu un temps 
d arret, nne intermittence qui varie de quelques jours a plusieurs mois ; une 
imuvelle iittaque ne tarde pas a ramener la meme serie d accidents. 

(in no pt^sede rien de precis sur les rapports de I liematune avec les autres 
eruulemeiits de sang patliologiques ou physiologiques. Crevaux a note, comme 
pliriiuiiieiies [ire curseurs pendant un an, des epistaxis abondantes qui cessercnt 
avec 1 invasion do la mahidie; Chassaniol, des he moptysies rebelles precedant 
de six mois 1 acces hdmaturique et disparaissant ensuite graduellement; dans des 
casdece genre, il serait intcressant de s assurer si les caillots hcmoptoiques con- 
tiennent le meme helminthe que ceux de 1 urine. Chez une malade de Cassien, 
la menstruation, peu abondante depuis le passage du sang dans les urines, 
devint tres-copieuse apres la guerison de I hematurie. 

Ces deperditions, a la longue, retentissent plus ou moins sur la sante generate; 
on lit partout que les malades, malgre quelques annees d urines chyleuses, con- 
servent generalement les apparences d une bonne sante : il y a, en effet, quel- 
quefois de 1 embonpoint (G. Bird, Cosset, Cassien, S. Lima), mais presque tou- 
jours, surtout lorsque les urines out ete longtemps sanguinolentes, on de couvre 
des signes d anemie plus ou moins prononcee ; ces malades se fatiguent promp- 
tement, sont apathiques, sans courage, sans energie et sans forces, menent une 
vie molle et effemine e, redoutent la marche qui a pour effet d augmenter la 
sensation de pesanteur dans la region lombaire, et le plus petit exercice phy 
sique (Cassien). Salesse dit qu ils sont en general d une faible constitution et 
ont le teint pale; J. de Moura, qu ils sont maigres et parfois d une extreme 
maigreur. Le Bresilien de Raver, qui paraissait jouir d une sante assez bonne, 
etait moins bien portant quand 1 urine dtvenait fortement laiteuse ; une malade 
de Cubbitt etait incapable de tout effort, avail diminue de poids et pre sentait 
d autres symplomes d affaiblissement general; un chylurique de Sonsino, 
emacie et tres-faible, ne pouvait supporter aucuue fatigue, la marche etait chan- 
celante, et il se plaignait de spasmes dans les fle chisseurs des mains et d en- 
gourdissement dans les jambes; celui de Ferrand accusait une fatigue assez 
marquee et une faiblesse generate ; 1 examen du sang de cela une diminution 
notable des hematies. Generalement, les malades se sentent affaiblis par ce 
drainage de la lymphe, et au bout de quelque temps devienneut maigres et ema- 
cies ; quelquefois cependant cette perte de lymphe est bien supported, ce qu on 
peut attribuer aux bonnes conditions hygieniques du malade (Sonsino). Un 



HEMATURIE. Hi 

Creole de Maurice etail attcint de pete chies (Rayer) ; un autre, d amaurose qui 
avail coincide avec 1 epoque de la transformation tie I liematiirie en urines chy- 
leuses; Sonsino relate une double luxation du cristallin, etc. Cependant, ces 
complications sont tout a fait exceptionnelles; a Maurice, la maladie n entrave 
pas 1 evolution physiologique des enfants; le malade de Crevaux avail ete attaint 
a quatorze ans, mais n en a pas moins continue a grandir ct a se developper. 

Les fonctions de reproduction chez I liomme ne subissent aucune alteinte ; 
Miranda Azevedo rapporte, il esl vrai, une anaphrodisie succe dant a la dispari- 
tion des urines laiteuses, mais c est le seul fail de ce genre qui ail ete signale. 

Du cote de Yappareil urinaire, les symptomes sonl des plus caracterisliques. 
D ordinaire, la miction a lieu sans douleur, sans ardeur, sans prurit, exactement 
comme dans 1 etat normal, mais elle peut etre precedee de frequentes envies 
d uriner, et a chaque fois il est emis une petite quantite d urine (Salesse). Clarac 
a connu une jeune femme de dix-neuf ans, chylurique, qui dans son enfance 
etait 1 objet des railleries de ses compagnes, tant elle urinait souvcnl (conun. 
manuscr.}. Les derniercs contractions de la vessie peuvent aussi s accompagner 
de douleurs vives et cuisantes, mais ce fait est plus special a 1 hematurie d Egypte. 
L expulsion des coagula accumules dans la vessie pent provoquer aussi de tres- 
vives douleurs et devient dans les premiers temps une preoccupation continuelle 
pour le malade ; des accidents de dysurie, d ischurie, de strangurie, peuvent 
survenir el exiger 1 inlervention du calhete risme; J. dos Reys fut une fois 
oblige de dilater le canal. Cependant il est rare que 1 intervention cliirurgicale 
devienne necessaire ; quand la vessie est pleine, les caillots franchissenl 1 urelhre 
sous 1 impulsion de conlraclions energiques; au boul de vingt-quatre beures 
ilscommencenl, du resle, a se desagreger, el n offrent plus de re sislance; Jes 
urines, generalement acides, deviennent alors alcalines et laissent deposer 
des cristaux de phosphale ammoniaco-magnesien. M. G. Theodoro, Argollo, 
V. Pereira, onl signale des palpitations cardiaqucs pendant 1 expulsion des 
urines chargees de gros caillots. 

Urines. A. Caracteres physiques. Us different sensiblement dans I bema- 
turie de Bilharzia et dans la chylurie (voy. DIAGNOSTIC). Les urines hemato- 
chyleuses, au momenl de 1 emission, al fectent des colorations tres-variees : 
rouges sang, ou d un blanc laiteux comme une emulsion, dans les cas les plus 
tranches, elles sont parfois seulement rosees ou legeremenl sanguinolenles ; ou 
bien, limpides et naturelles a la sortie, elles deviennent opalines apres un repos 
de quelques heures, et presenlent alors des reflets ambres, azures, marbres, etc. 
On a admis dans la maladie deux periodes, distinctes souvent, mais non tou- 
jours, et caracterisees par la difference de couleur des urines : une pe riode 
hematurique franche, celle du debut, et une autre signale e par 1 apparition de 
la graisse et de 1 aspecl cbyleux, et J.-J. Silva a meme vu, dans ces periodes, 
deux enliles morbides, he maturie el chylurie, ce qui esl vrai, s il ne s agit que 
de 1 he maturie par Bilharzia, dans laquelle on ne rencontre jamais 1 aspecl chy- 
leux, mais ce quin esl plus juslifie par 1 observation cliniqueen ce qui concerne 
1 hemo -chylurie proprement dite. Ici, une des periodes peut manquer, la der- 
niere, par exemple, et apres une ou plusieurs atteintes d hematune simple les 
urines reviennent definilivemenl a 1 clal normal, el la guerison a lieu sans 
aulre transformation; ou bien le sang parait faire de faut, quoique ces urines, 
quelque lactescentes qu elles apparaissent, renferment toujours des hematics : 
mais, en ne tenant compteque de la couleur, il est certain que frequemment au 



112 HEMATURIE. 

Bresil les urines sont chyleuses d emble e (J.-J. Silva, S. Araujo), malgre 1 asser- 
tiou central re de Rayer, Requln, etc., pour lesquels la chylurie n est jamais 
primitive, et de S. Lima, qui ne connait non plus un seul cas ou les urines se 
soient montrees purement laiteuses des les premiers jours de 1 invasion, ses 
malades ayant accuse unanimement la presence du sang en proportion variable 
<],ms la periode initiale. Mais d autres cas observes au Bresil ne peuvent laisser 
de doutes ; Bueno Ma more, a Belem du Para, cite un fait tres-pre cis dans 
I i|iiel 11 n a jamais remarque 1 aspect sanguinolent, soil avant, soil apres les 
acceschyleux; \\alcrs, Araujo, J. Silva, Sonsino, ont relate des fails semblables; 
Lewis dit meme que le mot lie maturie serait un terme impropre dans quelques 
ras, \u que parl nis, du debut jusqu a la fin de 1 altaque, il est impossible de 
decouvrir de< haees dr matiere colorantc rouge dans 1 urine, etil cite un creole 
eunipeeii tie 1 Iude qui, a la troisieme attaque, n y avail jamais constate la plus 
Irjere trace de sang. Ccpendant la maladie debute souvent aussi par un pisse- 
menl <le sang pur, ou par des urines sanguinolentes, 1 aspect laiteux n appa- 
raissaut qur eonserutivement ; la couloir varie alorsdu rose, ou Hour de peclier, 
ou teinle rli.-iir uniloniie, a celle du vin de IWlo (Hellis), ou an rouge fence; 
mi bien on apcrcoil seulemerrt des trainees roses ou rougeatres et quelques 
iiidiiles libreuv mi san^lants que le inalade pivnd pour des lambeaux de chair 
-mn . Avec le leiiijis, la proportion dii sang diminue peu a pcu, et la teinte 
de\ieut uniformement liiitriixi-, ou chocolat (Cbassaniol), ce qui est plus rare, 
mi plus Miiiveiit cti/ c ai( lail, nuances dont 1 urine esl redevable a un melange 
de saui: en proportions variables; pourtant, J.-J. da Silva a vu des urines cafe 
<iu lull, dans Icsqnelles le sang manquait (!) et dont la coloration provenait, 
dit-il, de 1 acide urique en poudre amorpbe tenu en suspension par 1 albumine. 

1 rout a donne le nom de lymphatiques \lijmphous) a des urines dans les- 
quelles la graisse ne se montre qu en faible proportion, et qui, de pourvues de la 
teinte opaque des urines dites chyleuses, contiennent neanmoins de 1 albumine 
et de la fibrine, et se coagulent spontanement. Get aspect particulier. assez 
mal defini et qui semblerait impliquer la presence de la lympbe seule, n aurait 
pas encore ete rencontre au Bresil. 

Sous diverses influences mal appreciees, 1 aspect et la composition de 1 urine 
changent, non-seulement d un jour a 1 autre, mais pour ainsi dire a toutes les 
beures de la journee, et jusque dans une meme miction. Quand 1 alYection esl 
benigne, 1 urine du matin est generaleiuent moius trouble, et a premiere vue 
se rapproche de 1 urinc normale ; elle est de couleur citrine, sans pellicule 
cremeuse a sa surface, mais donne encore un coagulum sensible par la chaleur 
et 1 acide azotique. Meirelles avail signale des 1855 qu au lit les urines restent 
limpides, fait confirme depuis par Bence Jones, Cassien, F. dos Santos, mais 
contredit par d autres observations de Bueno Mamore , de Crevaux et de Sonsino : 
ce dernier dil que le decubitus et le sejour au lit semblent faciliter 1 echappe- 
ment de la lymphe ; P. Guimaraes et C. Rebello ont vu 1 urine rosee le matin 
et laiteuse dans la soiree ; Sonsino, cafe au lait ou brune dans le jour et plutot 
blanche au reveil ; ou bien le sang ne se montre que dans la seconde partie de 
la nuit, de douze a six heures du matin, et dans la journe e les urines restent 
simplement lactescentes (Ferrand). On possede deux observations (Oebme. 
Siegmund), de malades n ayant jamais quitte 1 Allemagne centrale et chez 
lesquels 1 urine chyleuse n etait invariablement excretee qu une fois dans les 
vingt-quatre heures, et la nuit a partir de deux ou trois heures du matin ; le 



HEMATURIE. 

jour, 1 urine etait normale; le malade d Oehme clait atteint dc cancer stomacaL 
Quelle explication donner a cet autre fait non moins bizarre rapporle par Acker- 
mann? 1 urine etait parfaitement normale quand le malade se coucliait sur le 
cole droit, et reprenait 1 aspect chyleux aussitot qu il se levait. Ce sont les urines 
du jour et celles du soir qui presentent manifeslement la couche cremeuse 
(Ch. Robin); elles sont sensiblement plus blanches trois ou quatre heures apres 
le repas (Cassien, Obs. IV ; Dickman) ; cbez un malade de Bence Jones, 1 urine- 
elait plus frequemment chyleuse apres un repas de viande qu apres 1 ingeslion- 
d aliments ve getaux ; elle reprenait sa transparence pendant le reste du jour. 
Pourtant, ce n est pas une regie generate que 1 exces des matieres grasses ani- 
males dans le regime influe sensiblement sur la couleur de 1 urine; Scbeube a 
bien vu chez nn Japonais la graisse augmenter par 1 usage de l biiile de foie de 
morue, mais Brieger dit, au contraire, que ce medicament n exerce aucune- 
influence; toutefois, la matiere grasse diminua quand il soumit son malade a 
un regime prive de graisse. Par ailleurs, aucun fait nouveau n a continue 1 as- 
sertion de Leared au sujet de 1 abus dc 1 huile d olives. Moitessier, comparant 
les urines du matin, des repas, et des boissons, n a trouve aucune concordance 
entre leur aspect et leur composilion, et les conditions physiologiques de son 
malade. L abstinence, pourtant, uVst pas sans action : Morrissou a vu unc juive 
dont 1 urine devenait beaucoup plus claire pendant la peiiode du jeune annuel. 
Cbez la malade de Cubbilt toute fatigue du corps ou de 1 esprit, tout effort inac- 
coulume, toute excitation, la veille, 1 ennui, le cbagrin, avaient pour effet d exa- 
ge rer immediatement 1 aspecl laitenx de 1 urine; l eau-de-vie la rendait transpa- 
rente. Cassien dit, au contraire, que 1 alcool a pour effet immediat d augmenter 
la proportion du sang. Sous 1 influence du repos ou d un exercice mode re, le 
depot est seulement rose ; une marcbe forcee ou un long trajet en voiture ou 
a cheval rendent 1 urine sanguinolente dans toute sa masse; cbez un malade de 
Goodwin, tout travail penible ramene la coloration cbyleuse; un chylurique- 
provoque a volonte un acces par un trajet en voiture apres ses repas, etc. Ges 
fails n ont rien de constant : chez le Bresilien de Raycr, 1 e quitation a quel- 
quefois ramene passagerement les urines a 1 etat normal ; on a vu aussi le sang 
diminuer apres un bain froid ou une marcbe forcee ; Salesse dit que chez un de 
ses malades indemne de graviers les exces ve ne riens ou ceux de la table ren- 
daient parfois les urines moins sanglantes; cbez le meme, le sperme e pancbe- 
dans des pollutions nocturnes etait sanguinolent. Noronha Gonzaga affirme aussi 
qu apres le coit 1 urine semble faire retour a son aspect normal. II est, duresle, 
fort rare que 1 aspect laiteux persiste d une facon constante ; il y a de temps en 
temps, sinon cessation complete, du moins remission plus ou moins marquee- 
dans 1 abondance de 1 emission sanguine ou laclescente. Tantot la chylurie- 
alterne avec le pissement de sang ou 1 accompagne; celui-ci a disparu dcpuis- 
longtemps de ja que les urines se montrent encore laiteuses ou qu elles le 
deviennent pour la premiere fois (Robin). Un Porlugais cite par Meirelles pissait 
une fois par jour du sang pur aussitot. coagule; d autres fois 1 urine etait claire r 
ou bien cafe au lait et trouble. Roza rapporte que chez un viveur le coagulunv 
prenait souvent une teinte azure e. 

Les urines reprennent parfois leur aspect habituel pendant une maladie inter- 

currente; chez 1 un, la chylurie disparait pendant deux mois a la suite d une- 

fievre pernicieuse syncopale (J. iMoura); pendant une angiuc, chez un aulre 

(Salesse), ou un acces de goutte (flayer), ou a 1 occasion d un embarrasgastrir^ie 

DICT. EKC. i* s. X11I. 8 



114 HKMATURIE. 

febrile (Ferrand). Nativel avancc que les exacerbations dans la coloration lai- 
teuse coincident d ordinaire avec des acces de fievre palustre, fait qu on ne 
trouve mentionne par aucun observateur. Nous avons signale I alternance dcs 
pcriodes hemato-chyluriques, de 1 erysipele et des lymphorrhagies cutanees. 

L urine conserve generalement Yodeur qui lui est propre; Sobrini et Jubira 
lui ont trouve celle du blanc d oeuf ; Cubbitt, de pommes mures ; Havelburg, 
uue forte odeur de graisse ; pour Rosenstein, elle est fade com me celle d un 
exlrait vegetal en voie de decomposition ou d un sirop; le malade de Crevaux la 
comparait a celle du cafe au lait; Mebu aurait percu une odeur de lait tellement 
prouoncee qu il soupconna tout d abord une supercherie. Au bout de vingt- 
quatre beurcs, clle devient ainmoniacale, puis sulfhydrique et des plus repous- 
santes (Jubim, Crevaux). Ces urines se putrefienj, rapidement cbez quelques 
malades, moius vite chcz d autres ; la decomposition serait d autant plus prompte 
qu ellos sent plus chargees de caillots rouges, et quelquefois tellement rapide 
qu elle a lieu aussitot apres la miction ; pourtant, Ghassaiiiol en a vu de com- 
|letcment blanches dont 1 odeur au sorlir memo du canal etait extremement 
frlide ct fiirlement ainmoniacale; d autres Ibis, on peut les garder deux et trois 
jours sans quYIIrs ^ allrrriil assez pour offenser 1 odorat (J. de Moura, Bouchut), 
D. Cann-tl-n-i fhhniijucs. En ivgle grnerale, les urines sont acides au. 
moment de 1 emission, alcalincs parfois (Ralfe, Souza-Lima), reaction que leur 
imprime une grandc quantitc de pbospbate ammoniaco-magndsien (Priestley), 
ou un commencement d alteration dans la vessie ; on les a trouvees neutres 
quelquefois (Hillis). 

La qualification A albumino-graisseuses rappelle la presence constanle, mais 

en proportions valuables, de deux elements etrangers, 1 albumine et la graisse. 

Debarrassee prealablement de la matiere grasse par 1 ether ou le chloroforme, 

1 urine presente toutes les reactions des urines albumineuses dans la maladie de 

Briglit; elle donne par 1 acide nitrique et par la cbaleur un coagulum epais, 

blanc ou jaunatre, qui offre au microscope les caracteres de 1 albumine (Gubler), 

ct qui s clend parfois au 1/5 ou a la 1/2 du liquide total; quand la matiere 

blanche n est pas en forte proportion et que 1 urine est alcaline, la chaleur seule 

peut ne pas donner de coagulum, et pour 1 obtenir il faut ajouter quelques 

gouttes d acide ace tique. Quelquefois on n obtient qu un le ger precipite ; vers 

la fin de la maladie et pres cle la guerison on n en trouve plus. Dans la periode 

d etat, 1 urine, quoique accidentellement claire, contient presque toujours de 

1 albumine (elle manquait dans une analyse de Cubitt), et celle-ci peut se coa- 

guler spontanement par le refroidissement. Cette coagulation spontanee serait 

la regie, d apres Wucherer; une fois operee, ni la chaleur ni 1 acide azotique ne 

produisent plus de coagulum. Bence Jones a montre que 1 albumine cessait 

d etre rendue pendant le repos absolu (Phil. Trans., 1850). Fait remarquable, 

malgre la presence presque constante de Talbuminurie, il est extremement rare 

de trouver de 1 oedeme des extremites ou des signes d bydropisies ; nous avons 

relcve deux fails seulement ou 1 oedeme a ete signale, dans un cas cite par 

Priestley, chez un enfant mort tuberculeux avec les lesions renales de la maladie 

de Bright, et dans un autre rapporte par Lewis chez une femme qui presenta 

une ou deux fois de 1 cedeme de la face et dcs membres. Les quantites d albu- 

mine sont variables ; en general, 1 urine en renferme une proportion egale ou un 

peu superieure a celle de la graisse ; pour 1000 : Cubitt, 15 dans les urines lai- 

teuses du matin, dans les urines transparentes de la journee ; Bence Jones, 



IIEMATURIE. 115 

14,0") et 15,95; Quevenne, 7; Bouchardal, 2,1 ; Waters, 6; Ralfo, 14,5; Damas- 

chino, 20,65; Scheube, G a 27; W. Begbie, 1,70; Niemeyer, 6,18 et 5,15; 

Moitessier, 11,2; Barbour, 28 et 15,9; Brieger, 2,6 a 4; Collignon, 19,4; 

> T ativel, 6, etc. ; les analyses de Lehmann et de Le Conte n en font pas mention. 

C est principalcment de 1 albumine du serum, mais les recherches de Thudichum, 

E^el et Oehm, ont prouve qu a cote d elle existait encore au moins une autre 

espece d albumine (Spring) ; Boucbut et Senator ont vu le precipite obtenu par 

1 acide nitrique se dissoudre par la chaleur et reparaitre par le refroidisse- 

ment : 1 albumine s y trouverait done en partie a 1 etat modilie (albuminose). 

Pour Menu, 1 albumine facilite 1 emulsion de la matiere grasse et la rend plus 

stable. Quant a la caseine que Ton a pretendu avoir extraite des urines dites 

laiteuses (voy.Ch. Robin et Verdeil, Chimanat., t. Ill, p. 345), et que 1 acide 

acetique n a jamais revelee, on sail aujourd hui que ce n est autre cbose que de 

1 albumine (Ch. Robin). Le tannin et Talcool donaent des pre cipiles tres-abon- 

-dants. 

Quand on a elimine la matiere grasse par le chloroforme ou 1 etber, 1 albu 
mine par la chaleur, qu on a (litre et evapore a consistance sirupeuse, si Ton 
ajoute au liquide reslant quelques goutles d acide azotique, on obtient encore 
une certaine quanlite de cristaux d azotale d uree. La petite proportion de 
1 uree et des aulres principes fixes montre qu il y a la un etat general, ou au 
moins de 1 excretion urinaire qui est morbide GU. Robin). 

La matiere blanche n est qu en partie et lentement soluble dans Tether ; 2 a 
3 heures de contact sont generalement necessaires pour obtenir la transparence 
du liquide; il faut souvent attendre 12 heures et agiter pour que la reaction 
soit complete. L ether qui surnage prend une tcinte jaunatre ; decante et eva 
pore, il laisse un residu de meme couleur, onctueux au toucher, faisant tache 
sur le papier, saponifiable par les alcalis, et degageant par la combustion 
Podeur de 1 acroleine (Sonsino), rappelant, en un mot, tous les caracteres de la 
graisse. La quantite de graisse atteint quelquefois 40 pour 1000 et au dela 
(47, Miller Ord) ; cependant, en general, ellc n est que de 3 a 15 (Ch. Robin) ; 
5 a 15 (Bouchut) ; d autres analyses ont fourni : Bouchardat, 15 et 25; Que 
venne, 19; Cubitt, 13,9; Bence Jones, 7,46 et 8,37; Crevaux, 22; Le Conte, 
11,8 a 19 et 20; Walters, 9,9; Ralfe, 7,8; Eggel, 7; B. Scheube, 6 a 55; 
Ferrand, 8,27; Barbour, 1,5 et 59,1; Brieger, 0,30 a 7,2; Ollivier, 0,42; 
Collignon, 8,12; M-Jhu, 4,25 et 8,37; Nativel, 9,4, etc.; seule une analyse 
de Lehmann n en accuse pas de traces. Isolee, cette graisse est neutre (Eggel, 
Ackermann), ou a 1 etat d acide gras, acide sebacique (Scheube), mais ne posse- 
dant qu une action tres-faible sur le tournesol; une partie seulement est soluble 
dans 1 alcool chaud ou froid. Elle est doue e d une odeur aromatique (Quevenne, 
Bouchardat) comparee parfois a celle du beurre de cacao, ou rappelant celle de 
1 acide benzoique dont Bouchardat a trouve des traces. Les opinions varient sur 
sa nature; on en a fait une graisse phosphoree comme la lecy thine; pour Thu 
dichum (1864) c est un compose de palmitine et d acide stearique emulsionne s 
par le sulfate de soude; Ord y a trouve de 1 oleine, de la palmitine et de la 
stearine, et une petite quantite d acides gras d un point de fusion different des 
acides stearique ou margarique. D apres Rosenstein et Ackermann, elle serait 
maintenue en emulsion par 1 albnmine. Elle fond a 56-58 (Ackermann). Lang- 
gaard a verifie la pre sence de la cholesterine et de la lecythine (Arch. f. Anat, 
med. physiol., t. LXXVI, p. 545). 



U6 HEMATURIE. 

En deliors de ccs elements constants, albumine et graissc, il s ajoutc encore 
le plus souvent de la librine, quelquefois en notable proportion, qui entre clans 
la composition cles caillots ; Golding Bird, Magalhaes, Yogel, la signalent 
dans plusieurs analyses, et la coagulation spontanee de 1 urine en est une autre 
preuve ; chez le sujet de Ferrand, il existait, pour 1000 d urine, 0,58 de fibrine 
aussi elastique que celle du sang recemment sorti de ses vaisseaux ou du 
]ii|uidede la pleureMe Tranche recente (Mehu). Selon Thudichum, elle se pre 
sente sous forme de caillots ou de pellicules renfermant des globules sanguins 
et s elevant au sommet du liquide par le repos; ils sont retenus par le filtre ; 
lorsque la librine se presente a I etat de simple coagulum, celui-ci peut etre 
petit et n occupcr que le centre du recipient, ou bien c est la masse enliere de 
1 urine qui seprend en un bloc tremblotant qui reproduit la forme duvase. Dans 
1 iin et 1 autre cas, le coagulum brise par I agitation se separe en deux parties, 
J une lluide et sereuse, plus ou moins opalescente ou laiteuse, comme 1 urine 
i-llc-niemo, et qui, par le repos, presente bienlot une couche cremeuse a sa 
surface, 1 autrc constituee par une masse fibrineuse delicate, petite en compa- 
raison du volume piiiuitil de la masse coagulee, d apparence charnue, et en 
:ji : ii( ral plus ou moins coloree en rose par les hematics. Ce sont ces caillots 
librinrux qui, se formant parlbis dans la vessie meme, apporlent des obstacles 
a l;i iniclion. Pour A. Schmidt, 1 urine doit contenir en dissolution les elements 
liimiques necessaires a la production de la fibrine, a savoir : la substance 
librinogene, la substance librino-plastique et le ferment de la fibrine ; quand 
1 uiiue cbjleuse ne se coagule pas, c est la premiere qui parak faire defaut 
(Spring). 

Les elements inorganiques de 1 urine normale nc paraissent pas, dans la 
majorite des cas, modifies dans 1 urine chyleuse. 11 est pourtant des circon- 
stances ou 1 acide urique s est presente en exces, libre, et formant un depot 
scdimentaire plus ou moins abondant ; on a meme vu parfois 1 uriue graisseuse 
alterner avec des urines sanglantes chargees d acide urique : de la le role qu on 
:\ fait jouer a la gravelle dans la production de 1 hematurie endemique, ainsi 
qu il sera (lit plus loin. Cetle complication serait, dit-on, commune a Maurice, 
tant dans les urines sanguinolenles que dans les urines chyleuses ; Raver en 
rapporte plusieurs cas, avec coliques nephretiques et emission de graviers, et 
s est appuye sur ce fait pour diviser 1 hematurie essentielle endemique en 
hematurie simple, avec gravelle urique et chyleuse. Salesse rapporte qu un de 
ses malades, sujet aux coliques nephretiques, rendail des graviers; chez un autre, 
1 urine deposait un sediment rougeatre, rugueux au toucher. Cassien n en fait 
pas mention a Tile Bourbon ; au Bresil, le fait doit etre fort rare ; a part Paula 
Candido (1855), qui dit avoir constate de 1 acide urique libre et rarement de 
1 uree, et J.-J- Silva (1875), qui aurait trouve cet acide a I etat amorphe dans 
une urine purement chyleuse, les medecins bresiliens ne mentionnent pas cette 
complication ; Wucherer ignore si la pre sence des graviers a e te constatee dans 
le pays ; A. Couto n en a jamais vu ; les analyses de Bouchardat, Cubbilt, Walters, 
Lehmann, ne signalent que des quantites tres-faibles ou des traces d acide 
uriciue libre ; beaiu-oup d autres ne la mentionnent pas. Mais ceci ne s applique 
a I hematochylurie ; dans 1 hematurie d Egypte, les concretions urinaires, 
trraviers et calculs, sont une consequence cojnmune de la presence du distome, 

oeufs de la bilharzia pouvantpar eux-meraes en constituer les noyaux, comme 
Sonsino s en est assure. 



I1EMATURIE. 117 

Si la maladie etait seulement une lymphurie , on devrait trouver toujours 
dans les urines unc certaine quantite de sucre, la lymphe etant constamment 
plus charge e de glycose que le chyle. Or, la presence du sucre a ete rarement 
constatee. Nisseron, il est vrai, a mentionne 1 action reductrice de ces urines 
sur la liqueur cupro-potassique, mais Gubler qui, par la liqueur deBarreswill, 
a vu la couleur du reaclif virer au violet, ajoute que I ebullilion prolongee ne 
determine pas de precipite jaune; Cassien dit egalement que le meme reactif ne 
provoque pas de precipite d oxydule de cuivre ; Priestley, Bouchut, A. Pinto. 
Scheube, Havelburg et d autres, n ont jamais obtenu de sucre; Bouchardat 1 a 
recherche par la polarisation et par I ebullition avec un exces de chaux sans en 
decouvrir une quantite appreciable, et il en conclnt que, bien qu on ait avance 
que le diabete sucre suivait souvent le diabete cbyleux, les preuves de cette 
coexistence font completement defaut. G. Ilarley a neanmoins soutenu que la 
glycosurie pouvait etre associee a 1 urine chyleuse, et que des observations de 
Babington on pouvait presque conclure que la presence du sucre dans le sang 
predispose a la chylurie ; Babington, ayant examine le sang d un grand nombre 
de diabetiques, les aurait trouves positivement atteints de piarrhemie (Cyclop, 
of Anal, and phys., Todd). Morrisson pense aussi que la glycosurie peut pre- 
ce der la cbylurie et lui donner naissance. En presence de ces assertions contra- 
dictoires, il est prudent d atlendre dc nouvelles observations. 

En resume, 1 urine cbyleuse diflere dc 1 urine normale par la presence de la 
matiere grasse, de 1 albumine, de la fibrinc et de 1 acide benzoique (Bouchardat), 
et eventuellement de 1 acide urique et du sucre; prive e de ces elements, elle 
reproduit les principes caracteristiques de 1 urine normale. 

c. Caracteres microscopigues. 11s sont [des plus remarquables. Outre les 
entozoaires dont il sera question plus loin, on rencontre de nombreux elements 
figure s. La teinte cerise, rouge, ou plusou moins rosee de 1 urine on du depot, 
est due presque uniquement a des hematics. 11 s agit ici de veritable sang, et 
non d une simple coloration sanguinolente provenant de la dissolution des cor- 
puscules sanguins, semblable a celle qui se rencontre dans certains cas de fievres 
graves, d intoxication par 1 arsenic, etc., quo Vogel appelle hematinnrie. Ici, on 
relrouve les globules sanguins intacts (Wucherer). Un grossissement de 550 a 
400 diametres suffit pour les bien voir ; leur presence est constante, quoique 
souvent 1 aspect exterieur de 1 urine ne 1 indique pas ; Coquerel les a toujours 
rencontres chez les malades de Cassien. Dans des urines blanches, avec lecompte- 
globules de Malassez, Crevaux en a compte 1 1 000 par millimetre cube, preuve 
que, si la teinte lactescente masque la couleur rouge des bematies, la coexistence 
de celles-ci avec la graisse n en est pas moins constante. Reconnaissables a leur 
coloration jaunatre, a leur groupement, a leur insolubilite dans 1 eau, les glo 
bules hematiques des urines different cependant des memes elements dans le 
sang normal ; un certain nombre seulement conservent leur forme de disques 
bi-concaves; beaucoup sont devenus completement globuleux, d un diamMrc 
inferieur a celui des corpuscules sanguins, etse sont de colores. II se produit ici 
ce qui se passe quand le sang a sejourne dans 1 urine, dans I albuminurie avec 
iiephrorrhagie, par exemple ; sous 1 influence de phenomenes diosmotiques, 
1 he matosine s echappe des globules, ceux-ci absorbent de 1 eau et se gonflent en 
se decolorant. Us represented alors non plus des disques rougeatres, mais des 
utricules spheriques a pen pres incolores et dont il est facile de reconnaitre 
Torigine par I ammoniaque qui les dissout imme dialcment, ou par 1 acide ace- 



118 11KMATURIE. 

tique qui dissout seulement lenr cnveloppe et met le noyau en liberte. Cette 
configuration tout aceidentelle n aurait-ellc pas induit en errenr Wucherer, 
V. Pereira, etc., qui ont pris ces hematics deformees pour des globules blancs 
du sang, et par suite ont suppose que ces derniers circulaient dans le sang en 
proportion beaucoup plus considerable qu u 1 etat normal, ce qui n est pas suf- 
fisamment dcmontre? Ces globules deforme s mesurent 1/200 de millimetre 
environ en moins que les globules bi-concaves, et cette diminution de diametre 
doit avoir pour cause le passage de 1 etat discoi de a 1 etat spheroidal (Crevaux). 
Regulieremcnt sphcriques ct lisscs pour la plupart, parfois avec un double 
contour, ils offrent aussi une surface chagrinee, ou bicn sont creneles sur leur 
pourtour par de petits prolongcments (jui lour donnent un aspect framboise , 
Viuiil onne. ll autivs <ml la forme il un bonnet ou d une coupe, d aulres enfm 
sont ovoi des (Crevaux). 

I aimi Irs liomatios, mi dislingiio dos corpuscules lympbatiques, globules 
blancs, analogues 5 ceux du sang, plus volumineux, et d autant plus nombreux 
quo los oaillols sont plus opaques. Leur proportion est d environ 1 pour 500, un 
pin plus forto quo d;uis lo sang normal, \ pour 400 (Longet), ou 555 (Moles- 
cholt), "1 ii o ptinr 101)0 (Frey). On nvonnait aussi au microscope que 1 aspect 
laitonx osi du essentiellemenl a >!o> granulations do nature graisseusc dans un 
rial tlr division oxtrome; sous 500 a 550 diametres, elles n apparaissent que 
commo mio lino poussiere dis>c niinee dans tout le liquide et agitee d un mou- 
vcinonl luownien conlinuel. Les fillres en pnpier ne les retiennent pas aussi : 
1 uriiir lillree reste-t-elle aussi trouble qu aiijiaravant. Le cremor de la surface est 
forme par une agglomeration plus grande de granulations. Elles ne se rassem- 
blent ni nc sr dt |Kisont par le repos ; elles sont brillantes et trop tenues pour 
parailre jaunos au centre comme lesgoutles ordinaircs degraisse: c est une veri 
table emulsion. Habuteau estimc leur diametre variable a 1/500 1 de millimetre, 
Bouchardat a I sOO% Gubler a i/600 e . Ces molecules sont solubles dans 1 elber, 
mais, la dissolution n ayant pas lieu instantanement, on est porte a supposer 
qu elles sont revalues d une mince enveloppe proteique ; celle-ci delruite par la 
decomposition putride de 1 urine ou par 1 acide acetique, la grf,isse est mise en- 
liberle et se reunit en gros globules huileux. Les urines chyleuses ne renfer- 
ment, en fait de matieres grasses, que ces granulations pulverulentes, differant 
en cela dcs urines grasses, qui sont caraclcrisees par la presence, soit d une 
couche huileuse plus ou moins divisee et surnageante, soit de gouttes grais- 
seuses a la surface ou dans la masse, qui refi actont forlement la lumiere. Les 
observations de Coquerel ne lui ont jamais montre que de la graisse a 1 etat 
moleculaire, et jamais de globules granuleux ni huileux comparables aux glo 
bules du lait. Pourtant, Bence Jones, Beale, Waters, Lberilier, Franz Simon r 
disent avoir observe d emblee des globules de graisse et d huile dans 1 urine, et 
Ton a vu parfois des urines laiteuses presentant sous le champ du microscope 
une multitude de globules huileux bien definis; Crevaux a rencontre ces glo 
bules dans des urines examinees au sortir de 1 urethre, avant tout phenomene de 
decomposition : ils sont caracterise s, dit-il, par leur forme spherique, 1 incon- 
stance de leur volume, et surtout par leur forte refringence; les uns ne sont 
qu un peu plus volumineux que les granulations moleculaires, d autres ont a 
peu pres le diametre des globules blancs du sang, et ils s en distinguent par 
leur aspect plus brillant, mais il ajoute que : plus les urines ont sejourne dans 
la vessie, plus elles contiennent de globules huileux. Ces fails ne represented 



HEMATURIE.] ]\9 

pas pourtant la regie commune ; en general, la presence de ces globules serait le 
signe patliognomonique de la degenerescence graisseuse des voies urinaires dans 
la maladie de Bright, parenchyme et cellules epitheliales des reins, cellules epi- 
Iheliales des ureteres, de la vessie ; dans les urines chyleuses, au contraire, la 
graisse parait etre de nouvelle formation et semblable a la graisse emulsionne e 
qui se rencontre dans le chyle et dans le sang apres la digestion, ou dans le 
sang des animaux soumis a 1 engraissement force. II est evident, d ailleurs, 
qu il ne s agit pas ici d une degenerescence des reins, supposition qu excluent la 
marche ct la terminaison habituellement heureuse de la maladie (Wuclierer). 

Outre ces elements, hematics, leucocytes, granules graisseux, etc., 1 urine 
contient vine innombrable quantite de cyliudrcs librineux semlilahlcs a ceux que 
Ton observe dans beaucoup d affections des reins, mais ici ils sont transparents 
et tellement decolores qu il est difficile de les distinguer. Ouand 1 urine est tres- 
laiteuse, ils se reconnaissent mieux a 1 aspect de tubes vides, translucides, de 
forme allongee, ou manquent les molecules graisseuses. Rarement ils sont gra- 
nuleux, etil ne nous souvientpas deles avoir vus contenir des corpuscules san- 
guins ou porter, adherents a leur surface, des cellules epitheliales des tubes 
uriniferes (Wuclierer). Cassien et Primavera out vu de leur cote des cylintlrcs 
liyalins brillants et blanchatres, probablement fournis par la hUmr co;igulee et 
moulee dans les tubes uriniferes ; ils se rencontrent aussi dans le mal de Bright, 
mais accompagnes de globules graisseux et buileux et de cellules renales alterees. 
De 1 absence des corpuscules sanguins clans ces cylindres librineux \Yucherer 
avail conclu que le sang ne vient pas des tubuli, mais, tout en faisant des 
reserves, faute de donnees necroscopiques, il njoutc que de la presence simul- 
lane e du sang et des tubes fibrineux cylindriques, qui sont deja unepreuve suf- 
fisante d une affection renale, il resulte d une maniere a peu pros evidente que 
le sang dans 1 urine des hematuriques provient des reins . D un autre cote,. 
Priestley, IViemeyer, St. Mackenzie, n ont pas trouve ces cylindres de 1 urine, et 
Seheube en nie formellemcnt la presence ; la curieuse autop^ie d Havelburg 
P jrmet, en effet, de supposer que 1 appareil re nal n est ni toujours, ni exclusi- 
vement, le siege de I hemorrhagie. 

Les cellules epilheliales qu on de couvre isolees ou en groupes proviennent de 
tous les points des voies urinaires, calices, ureteres, vessie, etc. ; quelques-unes, 
prismatiques, contiennent un ou plusieurs noyaux; Mitchell Bruce en a ~vu 
suinter de grosses gouttes huileuses ; elle sont tout a fait identiques aux cellules 
du rein iigurees par Beale (Crevaux). Gubler a decouvert egalement un grand 
nombre d animalcules infusoires d une te nuite excessive et d une forme impos 
sible a determiner, meme a un grossissement de 500 diametres; on y trouve 
presque toujours de grandes quantites de vibrions (\Vucherer). Des cristaux de 
phosphate ammoniaco-magnesien se forment lorsque 1 urine devient fe tidc; on. 
les trouve parfois sous forme de petits graviers ou nageant dans la pellicule 
superiicielle du liquide, associes a de pelits corps informes, jaunes, verts et 
blancs (Crevaux). Enfin, le microscope de voile la presence d orgamsmes parasi- 
taires qui seront etudies plus loin (voy. NATURE DE LA MALADIE). 

Diagnostic differenliel. Ouand la maladie se presente d emblee sous sa 
forme laiteuse, ou quand, ayant debute par des pissements de sang pur, elle 
passe a la periode chyliforme, le diagnostic s appuie sur un ensemble de 
symptomes lellement caracte ristiques qu il serait bien difficile de la me con- 
naitre. 



120 HEMATURIE. 

Les urines jumenteuses ou pumlentes pourraient, au premier aoord, entrai- 
ncr une meprise; la gravelle phosphatique, ccrtaines nephrites, une marche 
forcee apres un repas copieux (Requin), etc., expliquent 1 aspect trouble et 
fclanchatre des premieres, du a des urates et phosphates a 1 etat de particules 
lenues et renducs insolubles par 1 alcalinite accidentelle de 1 urine. Mais ces 
urines sont toujours alcalines au moment de 1 emission ; dans le cas de phos 
phates. I opacite disparait par 1 addition de 1 acide acetique; 1 urine chargee 
<T urates reprend sa transparence par la chaleur,qui n y determine pas de coagu- 
lum ; elle ne conlient pas, en effet, d albumine. Sous le microscope, on trouve 
le plus generalemenl une poudre amorphe (phosphate calcique) et des cristaux 
*caracteristiqncs de phosphate ammoniaco-magnesicn ; pas de traces de granules 
graisscux, pas de globules sanguins, pas d organismes vivants. 

L urine }intl< j nle est liee a quelque inflammation aigue ou chronique de 

Tappareil genito-urinaire, pyelite, nephrite, cystite, etc. II y a eu, au debut, 

des phenomenes inflammatoires locaux qui n ont pas etc sans retcntissement sur 

1 etat i;riic Tal, cl Ton retrouve, soil dans le passe, soit dans les symptomes 

pivsmls, des caracteres qui .issurent le diagnoslic differcnliel. L urine puru- 

Irnlr cst alraliiii- ri drpuM 1 par le repos une couclic plus ou moins epaisse d nn 

Idanc mat qui i^t du pus; le liquide siirnageant rcste legerement trouble, mais 

.ne se prend pas en eoagulum gelalineux comme dans la cliylmie; le rcfroidis- 

-sement ne determine [;is de cnJnior a la surface. S il reste des doutes, trailer 

1 urine par Tether ; on voit bientot surnager, si elle est chyleuse, une masse de 

gros globules huileux comparablcs aux yeux du bouillon, fait qui snffit pour 

en determiner la nature. Unde pot purulent agite avec partie e gale d une solution 

de potasse se prend en une masse gelalineuse, dense, transparente, plus ou 

.moins adherente au vase ; dans le liquide dccanle et traite par 1 acide azotiqne ou 

la chaleur il se forme un preuipile d albumine provenant du serum, reactions 

4es plus sures pour determiner la presence du pus (G. Bird). Enlin, chercher 

les globules purulents reconnaissables a leur surface grcnue et a leurs bords 

irreguliers. L ammoniaque ferait reconnailre les urines chargecs de pus et de 

mucus a la fois. 

Dans les urines grasses proprement dites (lipurie) on distingue facilement au 
microscope dc nombreuses gouttelettes for tement refringentes qui ne sont qu acci- 
-tlentelles dans 1 urine chyleuse : ce sont des globules gras beaucoup plus gros 
que dans In chylurie. Ces urines peuvent etre parfois albumineuses, mais ne 
montrent jamais les elements du chyle. La matiere grasse cst principalement 
formee de margarine; 1 oleine domine dans les urines huileuses (elaiurie) ; dans 
ces dernieres, la surface du liquide est recouverte d une coucbe huileuse surna- 
geante, pellicule surmonlee elle-meme de petits cristaux d acide urique, d urate 
d ammoniaque et de phosphate ammoniaco-magnesien. Elles different des prece- 
dentes en ce que la matiere grasse y est a 1 etat liquide. D apres Rassmann (1880), 
<lans 1 urine grasse par degenerescence du sysleme uropoetique la graisse se 
a-encontre. non-seulement a la surface du recipient sous forme de goutteleltes, 
mais aussi dans le sediment sous forme de petites molecules ou gouttelettes, 
-rsnfermees dans les cellules epitheliales, dans les globules purulents ou les 
cylindres urinaires. 

Quant aux urines ve ritablement laiteuses, si Ton soupconnait quelque snper- 
-cherie, chez des hysteriqucs particulierement, le catheterisme, 1 acide acetique 
et la presence des globules laiteux, suffiraientpour ladevoiler. 



HKMATURIE. 121 

La polyurie, simple on glycosique, a de tels caracteres qu il nous semble 
inutile de nous arreter sur son diagnostic differential. 

Dans la periode d hematurie pure, lors de la premiere atteinte surtout, le 
diagnostic peut hesiter entre divcrses maladies des pays chauds donnant aussi 
des urines rougies par le sang. Ainsi, il est d un haul inte ret de distinguer 
I hematurie par Bilharzia et I hemato-chylurie, car, bien que rapproche es par 
des analogies symptomatiques et par une origine parasitaire, elles different Tune 
de 1 autre au point de vue pathogenique comme sous le rapport du pronostic. 
En dchors memo des elements de diagnostic fournis par les localites et par les 
entozoaires, une analyse attentive des symptomes permcttra de les distinguer: 
Hiematurie d Egypte possede des signes cliniques tres-speciaux, assez uniformes 
en general, quel que soil le mode, peu variable dureste, suivant lequel a debute 
1 attaque : le pissement de sang est rarement le premier et le seul symptome ; 
le plus souvent il a ete prece de par une irritation de la vessie et par des mic- 
tions douloureuses, avec sensation de brulure, lorsque le col et 1 urethre sont 
envaliis, ce qui a lieu en regie generate. Le malade a ressenti tout a coup, en 
urinant, une vive douleur dans le canal, douleur dont 1 acuite va en croissant, 
ou bien elle siege au perine e et s accompagne d un besoin frequent d uriner ; au 
bout de quelque temps, un mois plus ou moins, il peut se produire une remis 
sion attribuable a une sorte de tolerance de la vessie et de 1 urethre. Assez sou- 
vent aussi des douleurs hypogastriques, ni aigues ni durables en general, mais 
qui parfois reviennent par paroxysmes, sont accrues par 1 exercice, et courbent 
le malade pendant la rnarche (Guillemard) ; quelquefois enfin, mais plus rare 
ment, des douleurs a 1 anus et dans les aines, et une excitation assez habituelle 
des organes genitaux; Guillemard cite un malade qui avail quatre et cinq pol- 
Jutions nocturnes. La dure e de 1 attaque varie ; pendant les pe riodes de calme, 
la sanle est assez bonne, les ibnctions digestives restent intactes, mais il y a de 
ramaigrissement, une diminution de poids et des signes d anemie ; le malade 
se sent faible, irritable, et re pugne a tout exercice; malgre 1 absencede douleurs 
et de malaise, il est rare qu il accuse un etal de sante satisf;iisatit ; il persiste 
des signes d irritalion constante du cote de la vessie, specialement lorsque le 
malade reste absteme ; quelques douleurs hypogastriques ou rectales, de temps 
en temps des douleurs lancinanles au perinee et dans I urethre, assez vives et 
assez soudaines pour provoquer un cri involontaire, mais aussi fugitives qu elles 
sont aigues; parfois enfin une douleur obtuse a la base du sacrum (Guillemard). 
Quelques malades percoivent, disent-ils, les mouvements de I helminthe dans 
I urethre, fait possible, vu les dimensions du ver, 9 a 11 millimetres (Sonsino). 
Comme dans les hemorrhagies de la vessie et de 1 urelhre, remission du sang a 
lieu presque toujours a la fin de la miction (Renoult, Sonsino, Guillemard), le 
sang ne colore que les derniers jets, et a ce moment seulement le malade expulse 
une cuilleree a the environ d urine sanguinolente ; il est tout a fait exceptionnel 
que le liquide rendu soit purement sanglant, bien que le sujet expulse quelque 
fois des caillots de sang assez epais pour entraver le jet de 1 urine. Pour Son 
sino, Tissue du sang avec les dernieres gouttes de 1 urine seulement est plutot 
<un signe de Bilharzia que d infection par la filaire; I liematurie abondante et 
soudaine a plulot une origine filarienne. D apres Salesse, quand le sang pro- 
vient des reins, les caillots sorlent au commencement ou a la fin de la miction, 
et les douleurs se portent a 1 extremite du gland; quand il provient de la vessie, 
la douleur siege dans cet organe eta 1 anus. Lelinge est souvent tache en rouge 



122 IIKMATURIE. 

par unc pelile quanlilu de sang ct d urine melanges qui, apres la miction, a 
sejourne dans 1 urethre et ne s echappc que quelques instants plus tard ; il 
semblerait que 1 energie des muscles acceleraleurs de 1 urine a diminue; ui> 
malade dr (.inillemard obviait a cette difficulte d urinalion en pressant avec la 
main le long du canal jusqu a la lin de la miction. 

11 cst done rare quo 1 urine des billiarziques conlienne du sang pur; celle du 
debut cst souvent transparenle, claire, ambree, et la presence du sang ne s y 
revele que sous form*? de points nombreux, d un rouge brillant, de la grosseur 
d une tele d epingle, qui finissent par se tasser an fond du vcrre ; parfois le sang 
n ;i])parait qu au bout de uu on deux inois, ct toujours dans les derniers jets de 
1 urine. I lus lard, on trouve du sang, des mucosites, de I albumine qui manque 
au drbui. mi du pus. mais janiais de graisse; j ai examine plusieurs centaines- 
de sup I- allriiilsde Bilharzia, janiais elle ne donne lieu a une lymphorrhagie 
(Sonsino). L urinr pcul nll rir uu aspect lacle quand clle contient beaucoup de 
pus ou unc graude quaiitHe de phospliates et d urates, mais janiais, dans ces 
cas, ellc ne se coagulr ^pontanrmriil ; dc plus, 1 opacite due a des phosphates 
disparail par [ addition dc qudqiirs goullcs d acidc acelique, et la chaleur seule 
ivnd Icui- Irauspiiiviirr ;m\ iiniics cliarge cs d urates (Sonsino). 

1, arivs liaiiclicincut etabli, la quantite d urine varie de 15 a 1800 grammes 
d plus parjimr, ipialic mictions en mnyennc ; la vacnite de la vessie determine 
toujours dc U llcs (liiii. cuis ipu: quelques malades prenncnt 1 habitude de n uriner 
qu une l di> par jour (Guilh-iuard). L urine du matin est la plus trouble, mais 
la moius fhar-ce de ces corps elrangcrs designes par les Anglais sous le nom de 
(li-trilns de la bilharzia; laicment aussi des caillots sangnins, sauf quelques 
pd its coagula expulses par le jiremier jet; reaction ordinairemenl acide et cou- 
leur un pen loncee, odeur particuliere forte et douceatre. Dans la journee, 
1 urine est plus pale, mais Ires-trouble egalement, neutre ou alcaline en gene 
ral, conlenant une grande quantite de detritus. Au moment du coucher, beau- 
coup plus claire, ellc presente ordinairenient deux ou trois caillots de sang sou- 
vent volumineux et une assez forte proportion de ces debris. Ces etats divers de 
1 urine, caracterisliques de cette hematurie, se lienl invariablement a ces trois 
moments de la miction. L albumine manque souvent au debut, ou bien ne se 
trouve qu en faible quantite; au bout de quelques mois, 1 urine est le plus sou- 
vent acide ou neutre. 

Les detritus iburnissent des caractercs pathognomoniqnes. On voit flolter, 
jusqu au moment oil ils se deposent, de nombreux filaments incolores, tronques, 
longs de 2 a 3 centimetres et plus ; les plus petits sont simples, les plus longs, 
souvent rameux, avec des exlre mites recourbees, tous offrant dans leur e paisseur 
de petites taches d un blanc opaque, ou jaunes, plus rarement rouges. Au fond 
du verre s amasse un depot caracleristique dans lequel on trouve : 1 des petiles 
masses arrondies, opaques, de la grosseur d une tete d epingle, blanches, jau- 
uatres ou d un rouge vif ; 2 des plaques sanguines dont quelques-unes ont le 
diametre d un schelling; 5 des corps d un rouge vif de sang, ressemblant tout 
a fait a de petits fragments, souvent avec deux ou trois ramifications, de toutes 
grandeurs jusqu a 1 a 2 centimetres de longueur sur 58/100 de millimetre a 
2 mm ,5 en largeur; leur surface externe est formee d une mince membrane 
blanche qui se prolonge souvent au dela des extremites ; ils sont cylindriques, 
mais parfois avec de legers renflements fusiformes. Ces longs filaments blan- 
chatres ou rouges-sang, caracteristiques de cette hematurie, sont formes de 



HK.VLVTURIE. 

fibres bomogenes et de cellules mucjueuses constituant nne sorte de stroma dans 
lequel sont enfouis des ceufs en grand nombre, du pus, du sang, dcs cellules 
epitheliales ou pigmentaires, des granulations et autres debris; d autres ceufs 
sont libres d adherences, d autres agreges en blocs de 20 a 50. Enfin, on trouve 
quelques moules renaux finement granuleux, mais peu abondants en moyenne. 
La nature de ces filaments semblables a des troncons veineux n a pas recu d cxpli- 
cation satisfaisante ; Harley croit qu ils sont forme s par le mucus provenant des 
cavites ou le distome a elu domicile, et oil les corpuscules muqueux se multi- 
plient sous 1 influence de 1 irritation provoquee par le parasite et par ses oeufs, 
puis il arrive un moment oil ce mucus, repousse au dehors sous forme rle moules 
grossiers par la production incessante des ceufs, apparait dans I lirine sous 
1 aspect de petites pelotcs ou de rubans. Le reste des depots organiques est prin- 
cipalement forme d hemalies, de globules de pus et de debris e pitheliaux ; ces 
derniers, nombreux, comprennent des cellules de toute dimension et de toute 
figure, quoique les formes prismatique et conique soient rarcs; quclques-unes 
proviennent des reins, mais la plupart, ovales et de grandes dimensions, sonl 
d origine extra-renale ; enfin, des granulations pigmentaires amorpbes et libres. 
A mesure que la maladie progressc, le nombre croissant des cellules de pus 
indique que le distome a determine un certain drgre d inflammation autour des 
points oil il a elu domicile, et, en effet, les desordres de 1 urine par bilbarzia 
durent des annees, et le liquide excrete linit par revetir les caracteres propres a 
I lirine de la cystite. Enfin, lorsque la maladie a deja une certaine duree, on 
apercoit au fond du verre des flocons jaunes ou gris-fonce dans lesquels on 
de couvre les ceufs du distome. 

En fait de depots inorganiques, on trouve parfois des cristaux de pbosphate 
ammoniaco-magnesien et du pbospbate amorpbe de chaux ; les cristaux d acide 
urique sont assez peu communs, ainsi que ceux d oxalate de chaux, mais assez 
souvent on rencontre de petites masses arrondies, jaunes ou rougeatres, sans 
apparence cristalline, couvertes de petites protuberances, et de formes irregu- 
lieres ; ce sont de petits calculs d acide urique probablement (Guillemard). La 
gravelle et les calculs accompagnent, en effet, tres-frequemment, I hematurie de 
bilbarzia, car les flocons muqueux qui contiennent les ceufs peuvent constituer 
par eux-meraes des noyaux, comme Sonsino s en est assure, et eel te complication 
si frcquente est une preuve manifesle de la nature parasitaire de 1 hematurie 
d Egypte : or, aucun fait n autorise a admettre que la maladie filarienne puisse 
donner Jieu, par ce proce de, a la formation de calculs ; on a rarement trouve 
chez les chyluriques des ceufs de nematoides dans les urines, ce sont des larves 
qu on y rencontre, ce qui peut expliquer 1 absence des concretions dans cette 
forme d be maturie par la difference des entozoaires. 

Contrairement aussi a ce qui se passe dans la chylurie, il est rare que 1 hema- 
turie d Egypte precede par crises intermittenles laissant entre elles de longues 
periodes de gue rison apparente ; ces remissions ne depassent pas quelques jours 
ou quelques mois. Elle pent cependant disparailre apres une duree de plusieurs 
annees, modification qui semble souvent se produire vers 1 age de la puberte, a 
Maurice, ainsi que Chapotin 1 avait remarque, mais ce n est pas le cas le plus 
commun, comme on 1 a dit. J. Harley croit que cette amelioration apparente est 
probablement due a 1 enkystement du distome. Un fait certain, c est que riiema- 
turie de bilharzia s adresse le plus ordinairement aux jeunes enfants a partir de 
3 ans (Guillemard) ; on Fa vue cependant debutcr dans l age mur (50 ans, Ensor). 



124 HEMATURIE. 

et meme dans la vieillesse (76 ans, Spranger). L affection qui offre avec elle le 
plus d analogie serait le calcul vesical ; la douleur, 1 irrilation de la vessie, le 
tenesme et enfin 1 expulsion de quelques gouttes de sang a la fin de la miction, 
sont des symplomes communs; par le cathete risme meme on peut quelquefois 
rencontrer des surfaces raboteuses qui pourraient elre prises pour des calculs 
(Leuckart), mais elles sont immobiles et donnent une sorte de toucher laineux ; 
enfin, ni les cahots de la voiture, ni les autres mouvements, ne provoquent de 
douleur; il n y a pas de douleur dans le gland, et pas de sensation de corps 
etrangers dans la vessie. 

D un autre cote, dans 1 infection par le ver de Bilharz, outre les desordres de 
la fonclion urinaire, dysurie, ischurie, cystite subaigue (Guillemard), on trouve 
des accidents inflammatoires, de la fievre, des troubles uastro-inteslinaux, depuis 
le simple catarrbe jusqu u la diarrliee muco-sanguinoleute et a la dyseaterie, 
phenomenes assez exceptionnels dans 1 aulre hemalurie, et des symplomes 
rapides d anrinie en rapport avec la repetition des pcrtes sanguines; les forces 
declinent, puis survirmimi la cucbexie et la mort amenee le plus souvent par 
la dysenteric, la pneumonic, 1 uremie, ou quelque autre maladie aigue a forme 
I \phmde. Ces inflammations (millionaires, terminaison frequente de 1 helmin- 
lliiase ilc la Itilharziu, seraient, d apivs \nvlio\v ct Hirkes, des pneumonies 
cmlioli(|iies pri)vit(|U( es par le transport des ceufs que Griesinger a trouves dans 
le cwur gauche. Ces symplomes et d autrcs encore sont etrangers a I liemato- 
cliylurie : ainsi, rhematurie d Kgyple est plus frequente en etc (le printeraps 
serait 1 e poque du developpcment des cen-iiirrx (Cobbold); 1 aulre se declare au 
P.resil dans toutes les saisons indifferemment; jusqu ici, du reste, on n a trouve 
le ver de Billhar/ ni dans 1 lnde, ni an Bresil, ni en Chine. En tout cas, la 
recherche microscopique des entozoaires tranchera la question. 

On se demande comment, dans la periode hemalurique, la maladie a pu elre 
confondue avec les hemorrhagies renales de certaines pyrexies graves des pays 
chauds, la Jievre jaune, la fievre bilieuse hematurique, les fievres palustres de 
type periodique avec urines rouges. Klebs a bien signale des hematuries dans 
des fievres remittentes relevant du miasme paludeen et gueries par la quinine 
(Handb. der path. Anal., 1870) ; Elliotson en a observe dans la periode de 
concentration, Gcrgeres dans le stade de chaleur; J. Tyson a decrit (the )Ied. 
iVeu s, 1885) sous le litre de Malarial llcemaluria, et chez des impaludes, une 
forme d hematiirie grave qui ne semble etre que 1 acces ictero-hemorrhagique, 
et une forme benigne, signalee deja par Harley (Med.-Chir. Trans., J865), 
caracterisee par des urines sanguinolentes, a retours paroxystiques; dans cette 
derniere forme, les urines sont fortement teiutees en rouge, ties-albumineuses, 
mais pauvres en globules ; souvent meme il y a absence complete d hematies. 11 
s agit done la d une variete d hemoglobinurie en rapport avec Timpaludisme. 
Ouaud ce symptome est prononce, il s associe frequemment a la presence d un 
ictere leger, d origine evidemment hemapheique (Hayem. 1884). Mais ces 
nephrorrhagies, ou ces colorations de 1 urine, s accompagnent d accidents ge ne- 
raux assez accuses pour rendre toute me prise impossible. Dans I liematurie 
tropicale, le pissement de sang constitue pour ainsi dire toute la maladie, la 
presence des hematics est constante, et le retentissement des desordres materiels 
de 1 appareil uropoetique est a peu pres nul sur 1 etat general. Quant aux nephror 
rhagies de la fievre jaune, de 1 ictere grave, etc., elles coincident avec d autres 
hemorrhagies membraneusesetparenchymateuses toujours abondantes, et repre- 



HEMATURIE. 125 

sentent une complication d un etat general toujours empreint d un cachet de 
haute gravite. 

11 est pourlant une affection deerite par Pavy et Wickhara Legg sous le nora 
d he malurie a paroxysmes qui pouirait causer quelque embarras. Elle est 
caracterisee par la presence dans 1 urine d une certaine quanlite de sang ou 
d e lements chimiques du sang (Hematinurie), et par des symptomes generaux 
qui rappellent assez bien ceux de la fievre intermitteiite. Apres 1 emission d urines 
chargees de sang, la secretion renale reprend rapidement ses caracteres normaux 
et les garde jusqn a la prochaine attaque. Legg 1 a deerite comme une hematurie 
d hiver, ne s observant guere que chez les homrnes, et ne se renconlrant que 
dans les pays humides et par les lemps froids en Angleterre. Pourtant Druilt 
assure que les medecins de 1 lnde sont habitues a la renoontrer dans ce pays, et 
le nombre des fails observes s accroit dans les pays cbauds et dans les contrees 
a malaria. Dans le tiers des cas on a note la preexistcnce d une fievre intermit- 
lente et parfois de 1 ictere accompagnant la fievre ou existant seul. Les urines 
ne contiennent ni ocufs ni parasites ; 1 anatomie morbide est inconnue, faute 
d autopsies. Ces retours paroxystiqucs etablissent entre les deux maladies cer- 
taines analogies qui expliquent peut-etre comment quelques medecins anglais 
out cru decouvrir des rapports entre la chylurie, 1 elephantiasis, etc., d une part, 
et 1 intoxication paludeenne de 1 aulre (On paroxysmal Hcematuria Saint-Bar- 
thol. Hosp. Reports, 1874, v. X, p. 71]). 

Le pissement de sang est un symptome commun a une foule d autres etals 
pathologiques des organes urinaires, reins, ureteres, vessie, etc., sur lesquels 
nous ne pouvonsnousarreter, carlcscirconstances qui les accompagnent excluent 
toute difticulte de diagnostic. Dans I hematune tropicale, toute 1 afiection se 
resume pour ainsi dire en une miction sanglante, sans autres accidents ; ce 
symptome n est que secondaire dans les aulres. La marche offre aussi des carac 
teres tres-diflerenls : 1 invasion, dans I hematurie commune, est presque toujours 
precedee de (roubles fonctionnels ou pathologiques, generaux ou locaux, plus ou 
moins accuses ; clans 1 autre, elle est ordinairement subite, et la maladie ne se 
revele souvent que par 1 aspect insolite de 1 urine. La premiere continue tant 
que persistent les desordres locaux ou generaux qui 1 ont delerminee et 1 etat 
general est subordonne a leur gravite ; la seconde a une marche intermittente 
avec des intervalles tres-inegaux, et plus rarement continue; l alteration de la 
sante n est en rapport, ni avec sa duree, ni avec sa resistance aux moyens thera- 
peutiques. 

L hematurie vraie et 1 liematiuurie n ont de commun que la coloration de 
1 urine; outre les renseignements fournis par le poids specifique, les depots, la 
presence des globules sanguins et autres elements morphologiques, il y aurait 
lieu de rechercher les entozoaires propres a 1 hematurie endemique. Du reste, 
toutes les fois que, dans les pays chauds, on se trouve en presence d urines 
sanglantes que ne justifie pas un elat pathologique generr.i nettement accuse, 
il imporle d en faire un examen microscopique attentif. Pour la distinction 
entre les entozoaires des organes urinaires, echinocoques, distome haematobie, 
Strongles, etc., nous renvoyons aux Traite s d helmintholoyie et aux articles 
REINS, HELMIXTHES, etc., du Dictionnaire. 

MARCHE. DUREE. TERMINAISON. PRONOSTIC. Entre I aclion des causes, 
quelle que soil leur nature, et les premieres manifestations de la chylurie, 
quel serait 1 intervalle, ou, si Ton veut, quelle est la duree de la periode d in- 



126 HfiMATURIE. 

cubation? Aucun renseigncment positif a eel egard ; Aze ma croit qu un long 
sejour dans Irs pays d endemie est necessaire ; les Bresiliens seniblent professer 
cette meme manierr de voir. Nous rappellerons, sans commentaires, ce cas 
observe par Damuse.bino d un negre de Zanzibar atteint brusquement de chylurie 
avec filaires dans le sang apres un sejour de six ans a Paris, et eelui d Ollivier, 
jirosqno identique. Celte periode d incubation serait quelquelbis assez longue 
dans riie maturie de Bilbarz; un malade de Guillemard fut alteint neuf mois 
apres son depart de 1 Afrique meridionale, alors qu un de ses compagnons de 
voyage etait pris depuis plus d un an; mais beancoup de coolies des plantations, 
;i Natal, devienncnt bilharziquos six mois apres leur arrive e dans la colonie; 
dans nn cas cite par Roberts, I bematurie commenga quatre mois apres 1 arrivee 
an Caire. 

Ne e souvont sans r.mse appreciable t d une t amn subite, cessant parfois 
brusquement pour ne plus reparailre, rhcmato-chylurie affecte presque toujours 
ine inarchc chronique capricieuse, inemiliere, et variable meme suivant les 
pays. An I rrsil, rile surviont par acces plus ou moins longs, dont les intervalles 
IM-IIM-M! Ir.nirliir drs annees (jnsqu a dix ans, Marlins Costa) pendant lesquelles 
!r> palirnis JDiiissoul il mir Mintr jilus on iimins parfaite. Sonsino rapporte une 
ilir-ri \.ilniii ;ni;ilo:, iir rhr/ uiii- inaladc lilarire ijiii n eul que deux attaques a 
vin-i-i-iiiij ans d niiri-vallc. Kn ivdc g( ; neralc, ces intermittences, avec le temps, 
d.-\ irnnriil plus rare* rt plus courles, et la maladie devenue continue marche 
vrr- l.i rlininiriir; Irs lt ; sions sont sans doute [>lus profondes et plus etendues. 

S I! -In I -i Mauricr. ces periodes d intermittence seraient moins tranchees, 

et la iiiardie esl plus onlinairetueut cnntinue a partir de 1 invasion; plusieurs 
iiiedecins out conseille de respecter la maladie <juand elle revet une allure 
])(-riudique. 

Rarement un seul acces; quelquefois aussi tout se borne a la premiere periode, 
c est-a-dire a 1 bematurie pure qui peut, comme a Maurice surtout, durer tres- 
longtemps et meme sans que la transformation chyleuse apparaisse jamais. Rien 
de [dus variable que la dure e des attaques : quelques heures, quelques jours, 
deuxet trois semaines chez les uns, plusieurs mois ou des annees chez d autres. 
hez le malade de Crevaux, les acces duraient quatre mois environ, separe s par 
des periodes au moins egales pendant lesquelles les urines restaient comple- 
tement limpides ; le debut de chaque nouvelle crise etait marque par des urines 
sanguinolcntes qui ne passaient a 1 etat chyleux qu au bout de quelques jours. 
Sonsino a note une attaque dont la dure e fut de trente-deux mois ; Scheube, de 
deux ans. La ditre ede la maladie reste indeterminee; abandonne e a elle-meme, 
I affection peutguerir spontanement, meme saus emigration, au bout d un temps 
tres-variable, mais frequemraent aussi, en depit de tous les moyens, elle se 
prolonge pendant une longue periode de 1 existence que le plus souvent elle ne 
semble point compromettre ; une dame Creole morte a 80 ans etait chylurique 
depuis 50 ans (Cassien) ; une juive de 55 ans, depuis plos de 20 ans (Sonsino) ; 
deux malades de S. Lima etaient atteints depuis 14 et 22 ans, etc. 

La maladie se termine, ou par disparition spontanee, ou par une gue rison 
plus ou moins solide, ou bien elle accompagne 1 individu jusqu a la mort deter- 
ininee toutefois, le plus ordinairement, par une autre maladie. 

Le pronostic n a rien de grave dans la majorite des cas, et il est etonnant com- 
bien peu 1 affection retentit parfois sur la sante generale, meme apres de longues 
annees. Les forces ne s alterent que peu a peu, et la maladie n affecte un carac- 



HEMATURIE; 127 

tere dangereux et ne sc lerminc fatalenient que par exception (Ilirsch). Dans un 
cas cite par Ellioston, elle durait depuis 28 tins, avec quelqucs repits, et n avait 
pas sensiblement affecte la sante generale; chez une maladc de J.-J. Silva, elle 
avail commence pendant une premiere grossesse et avail dure treize ans et 
hull mois pendant lesquels il y eut trois couches heureuses; 1 individu donl parle 
Abernethy etait gros et fort apres douze ans de maladie. Ces exemples sont 
oombreux. 

Les hemorrhagies sont raremenl assez abondanles pour inspirer des inquie 
tudes immediales; elles ont pu parfois se produire par rupture des vaisseaux 
sanguins de 1 appareil urinaire pendant des efforts de miction; mais, lorsque les 
aeces se rapprochcnt, que les deperditions sanguines soul abondanles, des 
troubles serieux dans les fonclions d assimilation et de nutrition peinvnt survenir, 
determiner un etat cacbectique irreparable, el predisposer ainsi a I exploMon de 
la tuberculose pulmonaire. Celte derniere complication n csl pas rare; Sigaud, 
Roberts, Isaacs, Priestley, Sonsino, Martius Costa, J. de Moura, A. du Luz, en 
capportent des exemples ; J.-J. Silva a note buil cas oil la maladie se compliqua 
de tuberculose generalisee. La nephrite catarrbalc ou parenchymateuse, les con 
gestions renales, les douleurs, les coliques nephre tiquSs, lo.-arridrnis dc dy.>urie 
^t d ischurie par coagula intra-ve"sicaui, represented d antres complications non 
moins graves qui, non enrayees, peuvent conduire a I affaiblissement et an 
marasme. La maladie semble plus severe au Bresil qu a la Reunion; Wucherer 
cite deux cas dans lesquels la mort esl survcnue. pendant les atlai|ues. La perle 
continue d albumine ne pent que constituer une facheuse predisposition a des 
desordres ulterieurs. Dans le petit nombre de fails observes en Kurope, la 
maladie se serait parfois associe e a une polyurie glycosique, complication qui 
cntraine une grande gravite dans le pronostic. Sonsino estime (jue la presence 
de la Filaria sanguinis hominis doit etre consideree cornme une eventualile 
serieuse, bien que certains sujets porteurs de ce ver n offrent aucuii tlesordre 
grave appreciable pendant longtemps : S il peut sortir a travers un abces 
glaadulaire, comme cela est presumable, il peut aussi parfois se frayerune issue 
-a travers quelque organs important et y provoquer ou des abces, ou des tbrom- 
lioses, ou des embolies, et des accidents graves et meme mortels : on doit done 
le regarder comme un parasite dangereux qui menace constammenl la vie de 
i hote qui en est porteur . 

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. Les renseignemcnts necroscopiques, dans 1 hema- 
turie chy lease, sont tout a fait insuftisants ; la maladie enlraiue rarement la 
mort; dans 1 Inde et en Chine les prejuges sociaux et religieux des indigenes 
s opposent aux necropsies, et depuis la decouverte de Wucherer nous ne connais- 
sous qu une seule autopsie pratiquee au Bresil, celle de Ilavelburg. Quelques 
examens macroscopiques datant deja d epoques eloignees n ont rien appris de 
satisfaisant. 

Les lesions anatomiques du distome htematobie, etudiees par Bilharz, Grie- 
singer, Leuckart, J. Harley, Sonsino, Zancarol, Mackie, etc., sont mieuv connues. 
Dans 1 appareil urinaire, le parasite envahit les veines vesicates, celles du rein, 
de 1 uretere et de 1 urethre; sans action ff.cbeuse peut-etre dans les troncs, il 
determine des de sordres varies dans les capillaires et dans les muqueuses. Par 
sa presence seule ou par 1 accumulation de ses reiifs, il provoque une irritation 
bientot suivie de phenomenes inflammatoires plus ou moins circonscrits dont les 
effets varient avec la localisation du oarasite. Du cote de la vessie, tt aussi des 



128 IIEMATUR1E. 

ureteres, les alterations debutent habituellement par une inflammation catar- 
rhalc; dans une premiere periode, on trouve sur la muquense des plaques 
saillantes, lisses, d uu rouge fonce, circonscrites par des capillaires variqueiu; 
ccs taclies varient de la dimension d une lentille a celle d un schelling; Sonsino 
en a trouve de forme annulaire, du diametre d une piece de 5 francs, a centre 
normal, a periphene grise ou rougealre, intgale, rugueusc, granule e. Elles 
siegent en un point quelconque de la vessic et peuvent meme couvrir plus de la 
moilie de sa muqueuse ; habituellement c est sur la paroi posterieure et sur le 
fond qu on les rencontre; le trigone, rarement envalii par les infarctus hemorrha- 
giques, garde ordinairement sa couleur normale (Sonsino). A leur surface s etale 
une couclie constitute par du mucus ct des cellules cpilheliales, qu on peut sou- 
lever sous forme d une mince pellicule, ct qui recouvre un fond piquete de points 
sanglants. Le mucus vesical et 1 urine, le sang extravase des plaques, la muqueuse 
congestionnee et meme le tissu conjonctif sous-muqueux, renferment d innom- 
brables quantites d oeufs de distome qui, parfois, semblent simplement deposes 
a la superficie, el ailleurs sont reunis en masses par une membrane d enveloppe. 
Generalement, ces ceufs s ofJrent sous toutes les phases de Jeur developpement 
jusqu a 1 embryon mur, et 1 on peut meme sou vent dislinguer des coques crevees 
et vides que les embryons out deja abandonnees. Dans la pluparl des cas, cette 
inflammation aboulit a 1 absorption des liquides exsudes et a 1 induration des 
vaisseaux obstrues. 

Parfois, au lieu des alterations ci-dessus, c est un epaississement incolore, 
pigmente, sans traces de sang, souvent jaune ou vert, coriace corame apres un 
certain temps de sejourdans 1 alcool, ct d un aspect finement grenu. On y voil 
quelques grains brillants qui crient sous le scalpel ; ce sont des oeufs du distome^ 
mais vides depuis longtemps et pour la plupart remplis dc carbonate de chaux. 
Plus tard, il arrive souvent qu a la surface des plaques s etend une couche 
rugueuse de I e paisseur d une toile, assez forlement adhe rente et formee de 
cellules epitheliales desagregees ; elle correspond a la pellicule deja signalee sur 
la muqueuse pendant la periode inflammatoire aigue; ces couches contiennent 
les memes oeufs que la couche couace plus prolbnde, mais, de plus, un grand 
nombre de concretions plus ou moins volumineuses jusqu a la dimension d un 
grain de millet, et qui semblent pour la plupart formees d acide urique. Ces 
concretions adherent quelquefois lachement a la couche rugueuse, mais parfois 
aussi elles y sont etroitement incluses, et d apres les caracteres de leur noyau 
semblent s etre formees par incrustation sur les oeufs du distome. On trouve 
parmi ces concretions de petites molecules microscopiques d urate d ammoniaque. 

A un degre plus avance de la maladie, la muqueuse vesicale est surmontee 
d excroissances particulieres, groupees ou isole es, assez semblables a des con- 
dylomes ou a des productions poly|iiformes pediculees ou non, de figure tres- 
variee et du volume d un pois a celui d un haricot ou d une feve; elles sont 
mollasses, jaunalres, ou d une couleur vineuse due aux nombreux vaisseaux 
sanguins qui les parcourent. Leur surface est verruqueuse, arrondie, facilemeiit 
saignante, et souvent couverte d une croute formee en par tie par les oeufs, en 
partie par les sels de 1 urine, comme les concretions superlicielles des plaques. A 
la section, la muqueuse est epaissie, le tissu conjonctif sous-muqueux, base de 
ces productions, hypertrophie. Ces lissus sont penetres par un riche reseau de 
capillaires quelquefois ties-dilates, et ca et la convertis en cavites assez larges 
pour contenir souvent des specimens adultes du distome. Dans le parcnchyme de 



BEMATUR1E. 1-29 

ces cxcroissances forme principalement de lissu sous-muqueux on rencontre uu 
grand nombre d oeufs, pour la plupart encore pen developpcs. Zancarol n y 
aurait trouve que des oeufs a epine termimile, landis que les memes productions 
polypiformes de 1 intestin ne possedent que des oeufs a epine laterale. 

[/explication de ces deux formes si differentes d alterations anatomiques, 
plaques et excroissances, est assez embarrassante; Leuckart fait remarquer qu il 
existe entre ces deux types de nombreux ctats iiitermediaires, souvent dans la 
meme vessic, ce qui prouverait que les deux formes ne sont que des phases 
differentes du meme processus : La difference provient peul-etre de ce que 
dans un cas ce sont les oeufs, dans I autre les animaux vivants, qui agissent 
comme corps irritants sur la muqueuse et le tissu sous-muqueux (Leuckart). 
Grenet, a Mayolte, cliez des negrillons mo/ambiques, a vu la muqueuse du 
trigone epaissie, formant une plaque grise devenue rude uu toucher par uu 
depot de sels ; il y a trouve un petit corps pedicule grisatre, analogue par la 
forme et le volume a la glande pineale. 

A ce degre avance la vessie a quelquefois une ampleur inusitee (Sonsino) ; ses 
tuniques soat epaissies; la muqueuse garde neanmoins sa consistance normale 
(Davaine), mais le tissu sous-muqueux est souvent d un jaune grisatre, 
ramolli, diffluent, infillre de sang coagule et de pigment . La lunique muscu- 
laire de la vessie et des ureteres, quoiquc rjrcment alteree meme vers la fin de 
la maladie, s hypertrophie facilemenl; Zaucarol cite un cas ou celle de la vessie 
atteignait 2 centimetres d t-paisscur. Une fois seulement on a rencontre sur la 
screuse ve sicale et la coiiche voisine du pe ritoine des excroissances avec pigment 
tres-fonce et semblables a des cretes de coq (Leuckart). Daus un cas observe par 
Bilbarz, I luflammation primitive uvait abouti a 1 ulceration, sans induration ni 
hyperlrophis polypiforme ; la paroi posterieure de la vessie, dans 1 etendue d un 
ecu, etait induree et coriace, et sur le plancher existait un ulcere du diametre 
d une piece de 50 centimes, rugueux et pulpeux, circonscrit par des bords 
tumefies d un rouge fonce, rappelant les ulcerations du gros intestin dans la 
dysenterie; le plancher conlenait des coques d oeuf. 

Dans les ureteres, ces memes dcsordres anatomo-pathologiques se presentent 
d habitude sous forme de depots annulaires qui retrecissent le calibre du conduit 
au point qu un stylet Ires-tin n y penetre que difiicilemeut. Cette constriction se 
produit le plus communement tres-bas, au point meme oil 1 uretere s ouvre dans 
la vessie, et la dilatation qui en est la consequence s etend alors au conduit tout 
eulier, puis au bassinet et aux calices ; Bilharz et Zancarol rapportent deux cas 
d hydronephrose atrophique du rein par obliteration complete des ureteres. 

Zancarol n admet pas que les alterations habituellement trouvees dans les 
reins soient, comme celles de la vessie et de 1 urelere, le resultat direct de la 
presence du parasite; il fait remarquer que les oeufs et les embryons sont prin- 
cipalement confines dans les parties les plus declives des voies urinaires, et il 
pense que les alterations renales sont subordonnees a la cystite. Des lesions sem 
blables a celles de la vessie et des ureteres out bien ete rencon trees sur la 
muqueuse du bassinet, mais ces cas sont plus rares : La muqueuse du bassinet 
et des calices est injectee ; les reins sont ge neralemeiit volumineux et gorges de 
sang. Ces organes finissent par subir une degenerescence graisseuse, ou bien 
Ton observe la pye lite, la dilatation du bassinet et des calices, et 1 atrophie de 
la substance renale (Davaine). On trouve aussi des graviers dans les reins. 

Nature et pathogenic. G est la question, sinon la plus obscure, du moins 

Did. E.NC. 4 6 S. XII I. 9 



150 HEMATURIE. 

la plus embrouillee de 1 histoire de la raaladie. Propre aux pays chauds, extre- 
mement rare dans les autres climats, la chylune n a e te 1 objet de bonnes obser 
vations qu a parlir de 1812; jusque-la, on ne rencontre que des cas d une 
authenticite douteuse, et presque tous observes en Europe. 

En somme, jusqu a 1850. 1 etiologie reste completement hypothetique, et les 
theories tour a tour proposees, chylaemie, piarrhemie, etc., sont impuissantes 
a eclairer la nature et la pathogenic de 1 affection. La decouverte de Bilbarz fut 
le point de depart d une doctrine nouvelle ; en 1851 , il decouvre dans le systenie 
porle les premiers specimens du parasite qui a garde sonnom, et demontre la 
nature parasitaire de 1 hematurie d Egypte; Griesinger le rencontre egalement 
dans les plexus veineux du rectum et de la vessie ; Reinhard, Lautner, trouvent 
ses ceufs dans le parencbyme du foie, entre les tuniques de 1 intestin grele, mais 
surtout et en enorme quantite dans la muqueuse et le tissu cellulaire sous- 
muqueux de la vessie, des ureteres, des vesicules seminales et du rectum; 
A. Reyer saisit des distomes vivants dans la vessie, etc. La coincidence du para 
site, les desordres en rapport constant avec le n ombre des entozoaires, 1 evolution 
iKuallele du distome et de la maladie, ne laissaient aucun doute sur les relations 
de cause a efl et entre la Bilbarzia et cette forme d hematurie signalee depuis long- 
temps par Larrey, Renoult, etc., et qui meriterait a juste titre le nom de cystite 
vermineuse endemlque J Egijpte propose par J. Rochard. Ce n est pourtant que 
dix ans plus tard qu on a cherche, en divers pays, a verifier si les hematuries 
de forme endemique n e taient pas aussi subordonnees a 1 existence du rneme 
parasite, et il est surprenant que ces decouvertes soient reste es si longtemps 
ignorees en debors du milieu ou elles s etaient produites. Les medecins de Cap- 
Town, Ion- temps avant la decouverte de Bilharz, avaient cependant soupconne 
que 1 affection devait avoir pour cause premiere quelque alteration des muqueuses 
urinaires par des parasites; en 186i, J. Harley, confirmant cette hypothese par 
des observations directes, rencontre dans les urines des embryons, puis des oeufs 
et des fragments d un distome auquel il donna le nom de Bilharzia ou Disto- 
mum capensis, convaincu qu il s agissait d une espece distincte du distome 
hsematobie, erreur que Cobbold a, depuis. refutee. Mais jusqu en 1869 ces 
recherches semblent completemeut meconnues; Juvenot, .Noronba Gonzaga, 
Catta Preta, qui ecrivaient deux et trois ans apres la decouverte de Bilbarz, 
paraissent 1 avoir ignoree; Gubler expose en 1858, sans mentionner le parasite, 
sa tbeorie de la lympburie; Dutt et Carter dans leurs observations (1862) mettent 
seulement en relief la part que prend le systeme lymphatique dans la production 
de la chylurie; "NYaters ne voit dans la maladie qu un relacbement des capillaires 
du rein; Owem Rees et Babington signalent la presence du sucre; Priestley 
apporte une observation suivie d autopsie ; Fr. Pavy (1865) cbercbe a de montrer 
que la cbylurie est due a un trouble de Tassimilation; Bouchardat lui impose 
le nom de piinelune. Ackermann, L. Beale, donneut de bonnes descriptions de 
la maladie, etc. IS ulle part il n est question de parasites. En 1865 egalement 
1 Academie de medecine de Rio revient sur ce sujet sans que 1 association de ces 
corps animes soit signalee; A.-J. Souza Lima et J. Pereira Guimaraes (theses 
de Rio, 1864) semblent avoir ignore" les travaux de Bilharz; pour le premier, la 
maladie depend d un vice de 1 assimilation du a une cbylobemie par atonie des 
lymphatiques ct specialement des chyliferes. Cette meme annee pourtant. 
Demarquay avail publie une observation d hydrocele chyleuse des bourses avec 
presence d animalcules particuliers dont les caracteres sont identiques a ceux de 



HEMATURIE. 

la filaire de Wucherer et de Lewis, et que Davaine considera comme des nema- 
to ides embryonnaires ; le malade etait originaire de la Iluvane, mais ce fait passa 
inapercu, et c cst trois ans apres settlement que les fails signales en Egypte et 
au Cap out conduit indirectemeut aux curieuses decouvertes qu il nous reste a 
exposer. 

En 1806, Otto Wucherer (a Bahia), recherchant vainement les oaufs du distorae 
de Bilharz si faciles a reconnaitre a leurs dimensions et a leur configuration- 
speciale, decouvre dans les coagula d urines chyleuses, et au milieu des globules 
sanguins, des embryons d un nematoide et des oeufs tout differents, ct acquierl 
bientot la conviction que, si I hematurie d Egypte, du Cap, de Maurice, est due 
au distorae haematobie, celle du Bresil devait avoir uue autre origine. Ses- 
recherches dans le sang aboutirent a un resultat uegatif. Leuckart vit dans ces 
parasites des embryons d un nematoide inconnu, de la famille des Slrongylides, 
qui devail liabiter un point quelconque des voies urinaires, les reins probablement, 
en raison des cylindres fibrineux meles aux residus de Turine; il trouva, de plus, 
des oeufs, mais dont les dimensions ne lui parurent avoir auciinc connexion 
avec celle des embryons. Wucherer les avail deja vus sans y attacher d impor- 
tance, elCrevaux les chercha vainement plus tard ; depuis, ils out ele retrouves 
avec leur couleur marron, leur contenu granuleux, leur forme ovoide ou sphe- 
rique, et un grand diametre d environ 25-50 /*, par S. Lima, S. Araujo, Paci- 
iico, A. Coulo, V. Pereira, Cobbold et Cauvet. 

En 1868, Salisbury, en Amerique, rencontre aussi dans les urines d une 
femme atteinte de cystinurie, sans hematurie ni chylurie, des ovules el des 
embryons d un nematoide qu il crut devoir placer dans le genre trichine et 
nommer trichina cystica; mais 1 entite du nematoide de Salisbury est resl.ee 
Ires-indecise, soil comme espece distincte, soil dans ses rapports avec la Bil- 
barzia el avec la filaire de Wucherer. En 1870, Crevaux observe dans les urines 
d un jeune Creole cbylurique de la Guadeloupe, et relronve pendant quatre annees 
consecutives, des vers en loul semblables a ceux de Wucherer, el que Davaine 
ct Balbiani considerent comme des embryons d uu nematoide. Peu apres, les 
Anglais font connaitre des recherches fecondes en resultats inaltendus : Sp. Cob- 
bold rencontre dans 1 uriue d une petite tille atteinle d hematurie endemiquc 
de Natal, non-seulement les oeufs de la Bilharzia, mais aussi d aulres oaufs 
(une cinquantaine) d oii s echappaient des embryons d un nematoide ayant loule 
1 appaience des vers du Bresil ; 1 enfanl, au dire de sa mere, aurait reudu 
longtemps auparavant, par 1 urethre, Irois petits vers filiformes de la longueur 
du doigl, peul-etre, d apres Cobbold, des specimens sexuellemeiit murs de la 
filaire de Bancroft decouverle plus tard (?). Les differences observees entre les 
oeufs et les embryons excluaient, du reste, toute affinite specifique entre ce 
nemaloide et le distome hcematobie. Ce iv etait pas non plus le ver de Bilharz 
sous des phases differentes de developpement, car on ne retrouvait ici, ni les- 
dimensions, ni les cils, ni les papilles buccales, ni 1 eslomac rudimenlaire de 
1 embryon du dislome. Cobbold en conclut a la coexistence des deux vers ei> 
Afrique, coexistence que les observations ulterieures de P. Sonsino et de Fayrer 
ont confirmee. En mars 1870, J.-R. Lewis et Cunningham, dans 1 Inde, avaiert 
aussi decouvei t dans les urines chyleuses de tres-petits vers filiformes, tres- 
actifs, depourvus de bouche et d anus, et enveloppes d une game Iransparente. 
Jusque-la 1 urine semblait elre 1 unique habitat du parasite, mais en juillet 1872 
Lewis le retrouve dans la circulation, dans le sang d un Hmdou atteint de 



152 HEMATURIF. 

diarrhe e chronique, ct au niois d oclobrc suivant il apercoit des embryons 
microscopiques dans le sang du meme chyluriquc dont les urines, deux ans 
auparavant, lui avaient fourni les premiers microzoaires. D apres Parkes 
et Busk, ils appartenaient auxfilaires. Lewis, les considerant commc des hema- 
lozoaires, leur donna provisoireraent lenom de Filaria sanguinis hominis, et les 
regarda commeles plus importants des hematozoaires. Plus tard, et chez plus de 
tronte sujels chyluriques observes jusqu en 1875, il retrouve constamment ccs 
memes formes embryoitnaires dans 1 urine, ou dans le sang, on dans ces deux 
Jiquides a la fois et dans divcr.-es secretions, constate que la plupart de ces 
malades elaient atteints en meme temps d elephanliasis ou de lymphectasies 
scrotales, ct recueille 1 embryon dans le liquide exsude p;ir les tissus malades; 
a pltisieurs reprises aussi, le parasite eluit rencontre dans le sang d individus 
sains et en apparence bien portanls. 

En 1875, Gh. Robin reconnait le meme entozoaire dans un di ; pot d urines 
chyleuses provenant de la Reunion (Foncervincs), et peu apres (fevr. 1874) 
Prospero Sonsino, a Zagazig, cher chant a s assurer si Ja Bilbarzh n avait pas 
dans le systeme circulatoire une distribution plus generate qu on ne le sup- 
posait, decouvre dans le sang d un juif egyptien, liemat jrique par Bilharzia, 
sans lymphurie toulefois, un ver nematokle nageant au milieu des globules et 
semblable au vers decrit par Lewis cbez les chyluriques de Calcutta ; cependant, 
I etui d cnveloppe manquait, et le ver ne fut pas recherche dans 1 urine. Sonsino 
en fit une espece distincte sous le nom de Filaria sanguinis hominis ^yyptiaca. 
Dcpuis, reconnaissant que cette enveloppe n est pas constante et qu elle ne 
represente probablement que la premiere membrane legumentaire, c est-a-dire 
ur.c simple mue de 1 embryon, il n a plus hesite a admettre 1 identite du ver 
observe en Egypte et de celui que Lewis a decouvert clans 1 Inde. Tous ces para 
bles embryonnaires observes au Bresil, a la Guadeloupe, dans 1 lnde, a la 
Reunion, en Egypte, ot fraient dans leurs caracteres la plus complete similitude. 
Silva Lima, qui a pu comparer, a I bopital Neltley, des filaires envoyees par 
Lewis, ne doute nullement de 1 identite des deux vers trouves au Bresil et dans 
1 Inde; c etait aussi 1 opinion de Grevaux. 

Peu apres, nouvelles de couvertes de Lewis tendant a etablir des affinites etio- 
logiques, soupconnees deja par sir J. Fayrer, entre la chyluiie et d autres affec 
tions plus specialement propres aux pays cbauds. II signale la coexistence 
frequente de 1 elephaucie (elephantiasis des Arabes) et de 1 heniaturie chyleuse 
cbez le meme individu, et constate la presence des memes entozoaires dans le 
sang, dans 1 urine chyleuse et dans la lymphe exlraite des tumeurs elephan- 
toides elles-memes. Dans 1 interpretation pathologique de ces fails, il presente 
la chylurie et relephancie comme associees a la presence de 1 hematozoaire; voici 
ses conclusions : dans les regions tropicales, le sang est assez souvent envahi 
par des microzoaires (ililbrmes qui peuvent y pulluler longtemps sans reveler 
leur presence parun trouble quelconque, mais qui, a un moment donne, peuvent 
determiner de graves accidents. Ceux-ci se manifestent sous deux modes princi- 
paux : par issue dans un canal excreteur quelconque, et apparition du parasite 
dans les urines, les larmes, les procluits secretoires de 1 intestin, etc., et par 
des epancbements dans le tissu cellulaire sous-cutane ; ils sont dus probablement 
a des obstructions mecaniques des lymphatiques par des tumeurs vermineuses 
parietales, ou a la formation d embolies. ou a des ruptures des parois dedicates 
fles capillaires sanguins, lymphatiques ou chylenx, par 1 accunmlation accidentelle 



HKMATUIUE. 153 

ties filaires, et a 1 cxtravasation des liquiiles nourriciers dans divers organes ; en 
general, 1 etat chylcux de 1 urine ne constHue qn nn dcs symptomes, mais un 
des plus caracterisliques, de ce desordre circulatoire. Lewis conseille enfin de 
toujours soumettre le sang a 1 examen micro?copique, beaucoup de manifesta 
tions obscures, dc phe nomenes jusqu ici inexplicables dans la pilhologie Iropi- 
cale, pouvant elre eventuellemcnt rapporles a la meme cause ou a unc cause de 
meme ordre. 

L identite etiologique et palhogenique des deux maladies, chylurie et ele- 
phancie, nc fut d abord acceptec an Dresil qu avec unc ccrtaine reserve, car 
jusqu en 1877 le sang et les e coulcments lymphorrheiques des elephantiasis du 
scrotum ct desjambes n avaienl fourni qne des re sultats negatifs, et il en avait 
ete de meme toutes les Ibis qu on avait cherche les fdaircs dans le sang des 
chyluriques. Mais bienlot (fevricr 1877), F. dos Santos reconnait dans le sang 
d une tumeur elepbanliasique du scotum la Wuchereria /ilarin, idenlique a 
cclle de la chylurie, et quelques mois plus tard (20 seplembre) la rctrouve 
chez deuxsujets dans le liquide de lymphorrhagies cutanees provennnt dejambos 
elepliantiques ; S. Araujo et V. I ercira, a l!;diia, rcncontrcnt des lilaires vivantes 
dans la lymphe exsudaut d nn scrotum elephantiasiquc, chez un hemato-chylu- 
rique alteint en meme temps de lympboscrotum et de craw-craw, el en 1878 
le premier recueille la meme micro tilaiie dans le sang d une region parfaite- 
ment saine, sur un malade porteur de varices lymphatiques des bourses. Deja a 
Rio-de-Jar.eiro (decembre 1877j P. 8. Magalhaes I avait reconnue dans 1 epais- 
seur meme des tissus du scrotum die/ un malade opere par Saboia, et eu 
mars 1878 il 1 apercevait de nouveau dans le sang et dans la lymphe d une 
femme atteinte d elephantiasis lympbangieclode de la grande levre. Le ver iHait 
semblable aux filaires dcs urines chyleuses et mesurait 52/100 de millimetres en> 
loogueur, dimension quc lui assignentLeuckart et Lewis, 1/5 de millimetre, mais- 
superieure a celle qu indiquent d autres observateurs (Corre,20/100). Ces dimen 
sions importent pen, en somme, car il est certain que les lilaires de 1 urine n oct 
pas toujours une longueur rigoureusemen! egale; 1 extremite cephalique ?e 
detacbait avec un double contour tres-mauifeste, rappelant 1 etui d enveloppc- 
signale par Lewis. 

Ln an apres la publication des travaux de Lewis, Patrick Manson, d AmoiV 
appelle de nouveau 1 atlcntion sur la coincidence de I heinato-cliylurie. du, 
lympho-scrotum, du lympbocele, etc., et, s appuyant sur des observations irrecu- 
sables, plaide cette meme cause de 1 identite etiologique probable enlre ces 
afi ections si dissemblables en apparence. Ses recbercbes lui montrent la filaire 
chez de nombreux maladesparmi lesquels plusietirs elaient precisemeut atteints,. 
oude chylurie, ou d elephancie, ou des deux affections a la fois, ou de di verses 
maladies offrant avec ces dernieres des rapports plus ou moins etroits. 11 ra[i- 
porte 1 aspect lactescent dc 1 urine an passage du chyle, et avec Boale et 
\\. Roberts pense que eel etat cbyleux depend de conditions particulieres des 
lymphatiques dans quelque point de 1 apparcil urinaire, i-ondilions semblablcs a, 
celles qu on a rencontrees dans des cas connus de lymphorrhagies en divers 
points du corps. S appuyant sur des observations multiples, il conclut : 1 a la 
rupture des lymphatiques obslrues et variqueux, rupture ouvrant un passage 
au chyle ou a la lymphe vers les voies urinaires ; 2 a Fetiologie commune de 
1 liemato- chylurie, de 1 elephantiasis et du lympho-scrotum. 11 fait en outre re- 
marquer que ces maladies sout ende miques dans les memes pays, et qu elles 



154 I1KMATURIE. 

oflYent dcs remittences et des intermitlences dans leurs symptomes les plus 
aigus; que, patbologiquement. elles sont presque identiques ; qu on rencontre 
ciiez loutos un etat particulier du sang (Ics parasites de Lewis) et qu enfin 
dies coexistent, ou alterncnt, ou se succedent souvent chez le meme individu. 

Yers la meme e poque. 1875, on mentionnait, mais cette fois en dehors de 
toute connexion avec I appareil iirinaire, diversesdecouvertesde micro-organismes 
dans lesquelles on a cm tronver des analogies qui les feraient rentrer dans la 
categoric des fails reveles par Lewis. O .Xeill avail rencontre chez des negres de 
la Cote d Or atteints d une eruption cutanee designee dans le pays sous le nom 
de crau -crair, el dans des lames minces du dorme exeisees a la base des papules 
des filaires vivantes offranl la configuration et 1 agilite motrice qui caracterisent 
celles de Wucherer et de Lewis ; leurs dimensions s en rapprochaient aussi plus 
ou moins. L observation ne dit pas si les preparations contenaient aussi dusang, 
ce qui est supposable, les papules ayant etecoupces au ras de leur base; le sang 
des regions saines ne fut pas examine, et on ne sail s il contenait ou non les 
nu iiirs puasites. Un second fait qui ressemble etroitement au precedent a ete 
observe au Bresil; c est encore la decouverte d une filaire avcc des caracteres et 
dans des conditions identiques par S. Araujo, en 1875 egalement. On trouve ici 
les memes papules, le memo animalcule vivant, semblable par son aspect et ses 
dimensions a celui du craw-craw d Atrique et au ver de Wucherer. S. Aruujo, qui 
1 avait d abord considere comme une epece parasitaire nouvelle (Filaria ilerma- 
themica] et avail donne a la maladic le nom de filariose, a reconnu depuis que 
sa filaire n est autre que celle de Wucherer el de Lewis; il esl convaincu que les 
vers siegenl dans l^s capillaires du derme, mais ne s esl pas assure si la circu 
lation g^nerale contenait ou non le parasite rencontre dans les papules. Toute- 
fois, si 1 observation d O Neill est insuffisante pour determiner 1 espece du 
inicrozoaire du craw-craw (Xielly, Un cas <le dermatose parasitaire), il esl 
difficile en se reporlanl a la description et aux figures du memoire de S. Araujo 
de ne pas reconnaitre d intimes analogies entre sa filaire el celle de Wucherer. 

Mentionnons, pour memoire seulement, les entozoaires trouves en 1874 par 
F. "Winckell dans un epanchement ascitique chyliforme chez une femme ayant 
habile Surinam; ^Yinckell signale la ressemblance qui existe entre ces animal 
cules filiformes el la filaire de 1 Inde, mais les dimensions, la presence de cils 
sur 1 extremite cephalique, 1 absence du fourreau d enveloppe, ne permettent 
pas de ranger ces organismes dans les embryons filaires de Lewis. La meme 
annee, B. Cauvet avail aussi decouvert dans I urine d un Arabe algerien atteint 
d hematurie intermittente non chyleuse : 1" des ceufs a divers etats de develop- 
pemenl, depuis la formation de deux gros noyaux jusqu a celle d un embryon 
cylindrique enroule sur lui-meme ; 2 un embryon a extremile anterieure 
arrondie et obtuse, el effile a son exlremite caudale : (( Je pense, dil-il, que ce 
ver est probablemenl celui que Wucberer et Crevaux onl trouve dans I hematurie 
intertropicale, celui donl Leuckarl de couvrit les oeufs, mais dont il ne pul eta- 
blir la nature. 

Enfln, en 1876, Col-bold decouvre dans du sang recueilli par Bancroft chez 
an chylurique de Brisbane (Queens land, Australie) une vingtaine de ces micro- 
zoaires semblables a ceux de 1 Inde, et des oeufs de nematoide ; peu apres, Chas- 
saniol et Guyot conslatenl a Tai li Texislence de la chylurie associee a la filaire 
Wucherienne, et en 1878 Yenturini recueille des filaires dans I urine et dans 
le sang d un creole de la Guadeloupe. Mais jusqu en 1876 on n avail vu que 



HEMATURIE. 155 

les parasites embryonnaii-es; la de couverte d une premiere forme de progeni- 
tcur appartient a Bancroft : le 21 docembre 1876, il recueille cinq specimens 
du ver adulte, Tun dans un abces lymphangitique du bras, mais qui e tait mort, 
les autres clans une hydrocele du cordon, pelotonnes sur eux-memes et qui 
s engagerent dans 1 ceil du trocart. II put les garder vivants pendant un jour ; 
ils avaient 1 epaisseur d un cheveuet 7 a 10 centimetres de longueur (54 pouces 
anglais); des embryons en nombre prodigieux s echappaient par deux ouvertures 
vers le centre du corps. Bancroft avait deja constate a cette e poque la presence 
d embryons dans une vingtaine de cas, et il vit dans sa decouverte la solution 
pathogeuique de la chylurie, de certains abces 1\ mphatiques spontanes et d hydro- 
celes a liquide iibrineux ou chyleux, de varices molles particulieres de 1 aine, etc. 
La colonie de Brisbane ne lui avait fourni aucun cas d elephantiasis des jambes 
ou des bourses. Sp. Cobbold donne bientot apres (1877) la description de ces 
filaires adultes sous le nom de Filaria Bancrofti, en 1 honneur du medecin de 
Brisbane dont la decouverte justifiait les presomptions qui avait fait naitre celles 
de Wucberer et de Lewis. II n hesite plus des lors a admettre 1 action commune 
de filaires microscopiqucs dans tout un groupe de processus morbides jusque-la 
fort obscurs quant a leur mode d origine; de plus, a son sens, toutes les diverses 
formes larvales de crites par Wucherer, Salisbury, Lewis, Crevaux, Sonsino, 
S. Lima, Bancroft, et par lui-meme, se rapportent a une seule et meme espece 
(Lancet, 6 octobre 1877), assertion que ne legitime pas encore 1 etude impar- 
faite de tons ces spe cimens tant embryonnaires qu adultes. 

Ces de couvertes, et deux autres de Manson en 1880, portent a cinq ou six 
pour le moment le nombre des progeniteurs nematoides connus donnant nais- 
sance a des formes embryonnaires qui, toutes, rappellent exactement la Filaria 
Wuchereri. Ces parasites adultes sont-ils identiques? Est-ce le meme entozoaire 
que Bancroft a decouvert en Australie, Lewis a Calcutta, S. Araujo a Babia, 
F. Santos et J. de Moura a Bio-de-Janeiro, Manson en Chine? L anatomic de ces 
divers specimens ne permet pas encore d affirmer leur identite specifique ; les 
descriptions et les figures de Cobbold et de Lewis offrent de grandes analogies, 
mais aussi des differences faciles a saisir. Ouoi qu il en soil, apres ces decou- 
vertes le role pathogenique du parasite devenait de plus en plus probable, mais 
son histoire nnturelle, meme apres la decouverte de ces formes sexuees, restait 
encore fort obscure; sa provenance, son habitat, sa forme dans le nionde exte - 
rieur, son mode et sa voie de penetration dans 1 organisme, le degre d evo- 
lution sous lequel il 1 envahit (ovulaire ou larval, agame ou sexue), son habitat 
organique a 1 etat adulte, le sort ulterieur des embryons rejetes au dehors, etc., 
toutes ces questions n avaient pas encore recu de solution. C est en 1877 seu- 
lement que P. Manson apublie sur les maladies filariennes a Amoi des statistiques 
et des de couvertes infiniment curieuses, comple te eseu 1885-1884, par lesquellcs 
il croit etre parvenu a reveler toute la serie des transformations intermediaires 
entre 1 elat embryonnaire et 1 etat adulte du parasite. 11 a reconnu que la pre 
miere phase de 1 evolutiou de la filaire s effectue dans la lymphe et le sang ; elle 
est representee par les jeunes d une filaire mure vivant dans les vaisseaux lym- 
phatiques, et qui penetrent dans la circulation sanguine en meme temps que 
la lymphe : mais ces embryons n arrivent pas a maturite dans le corps humain, 
du moins on n a trouve jusqu ici chez I horame aucune forme interme diaire 
entre la filaire adulte et son embryon ; aucun fait ne prouve que dans 1 orga 
nisme humain le developpement du parasite depasse la forme embryonnaire, et 



156 HEMATURIE. 

dans celle-ci on n a de couvert non plus aucun detail de structure qui autorisc a 
penser qu il puisse passer d un sujet a 1 autre. 11 e tait done presumable que, 
comme plusieurs autres parasites, 1 embryon filaire a besoin d emprunter les 
services d un hole intermediaireaptea le soustraire du sang humain, a lenourrir 
jtisqu a ce qu il soit organise pour une vie independanle, el a le placer dans 
des conditions favorables qni lui permeltent 1 acces dans son hole definitif. De 
plus, 1 animal servant d intermediaire devait avoir une distribution geographique 
en correlation avec celle de la filaire, et il lallait aussi qu il fut nocturne dans 
ses habitudes, derniere condition indique e par ce fait bizarre dans 1 histoire de 
la filaire que 1 embryon n apparait dans le sang que pendant la nuit. Pour 
Manson, cet hole intermediaire n est autre que le moustique (Culex) qui, par 
ses habitudes nocturnes, par sa diffusion dans les regions cbaudes, et par le 
milieu ou finalement il vient deposer ses oeufs et mourir, est 1 animal le plus 
apte a realiser toules ces conditions requises. L idee que le moustique pouvait 
ici jouer le role d babitat transitoire a du, sans doute, se presenter a 1 esprit 
de plusieurs observateurs. Bancroft ecrivant a Cobbold (the Lancet, 12 Jan 
vier 1878) faisait incidemment cette remarque : Je me suis demande si les 
moustiques pouvaient sucer les hematozoaires et les transporter dans 1 eau ; 
ils pavais-onl y mourir. La demonstration pratique du fail apparlicnt a 
1 . Manson il s est procure des moustiques gorges du sang de sujets infectes 
par des microfilaires, et il a vu que 1 hematozoaire, qui avail penetre dans 1 es- 
tomac de 1 insecte sous la forme d un animalcule sans structure apparente, le 
ijuittait apres avoir passe par une serie de transformations au terme desquelles 
il se presente tres-agrandi, pourvu d un lube digestif et peut-etre d organes de 
generation, dcpouille de sa gaine embryonnaire, et devenu par ailleurs apte a 
une existence independante. A ce moment la filaire s echappe dans 1 eau ou le 
moustique estvenu mourir apres sa ponte, et le parasite mis en libertese trouve 
ainsi dans les conditions les pins favorables pour etre introduit de nouveau dans 
1 organisme humain par 1 intermediaire de 1 eau. 

Comment a lieu cette introduction? II n est guerc possible de le dire aujour- 
d hui, mais deux hypotheses sont acceptables : on bien, et c est le cas le plus 
probable, le parasite en vole de maturation est, ingere avec 1 eau potable et se 
1 raye une route a travers les parois du tube digestif jusqu au poinl ou il doit se 
fixer definitivement, c est-a-dire jusqu au systeme lymphatique selon toute pro- 
babilite ; en cc point son developpement est achieve, la fecondation s est effectuee, 
et finalement les embryons sont de verse s dans la circulation lymphatique, puis 
dans le torrent sanguin psr essaims successifs et en quantites innombrables; le 
cycle genetique que parcourt 1 animal est ainsi paracheve ; ou bien penetre- 
t-il peut-elre par les teguments; c est la premiere [hypothese de Manson, qui 
pensait pouvoir expliquer ainsi la frequence de 1 elephancie des jambes chez 
les Chinois qui marchent sou vent dans 1 eau . S. Araujo, comparantles dimen 
sions de sa Filaria dermathemica et celles des orifices cutane s des glandes 
sudoripares et des follicules pileux-sebaces, avail pense que I mtroduction 
devait s operer par ces voies, de meme que la Filaria sanguinolenta du chien 
penetre tres-probablement par les follicules muqneux de 1 cesophage, et que 
le parasite entrait dans 1 organisme a 1 e tat de larve ou d ovule. II rapporte 
qu un Portugais fill atteint de craw-craw et de lymphectasies scrotales a la suite 
de bains pris dans la lagune de Feiticeira, province de Bahia, lagune connue 
des riverains comme provoquant le developpemenl de la premiere de ces derma- 



HEMATURIE. 157 

loses; mais cet homme etait depuis longtemps sujet a des e rysipeles du scrotum, 
etail porteur d une clephancie scrotale et avail ete cliylurique; du reste, rien 
ne confirme encore Ja croyance populaire des riverains a la nocuite de ces eaux 
(Cos. met!. Bahia, 1877), el d un autre cote les observations de Manson sont en 
de saccord avec 1 hypothese de S. Araujo ; ce n est ni a 1 etat larval ni a Fe lal 
ovnlaire que le parasite s introduit dans I organisme; si la filaire pe netre chez 
1 homme par la peau, ce doitetre sous Ja forme et arrivee au degre de develop- 
pement qu elle possede au sortir de 1 estomac ou des tissus du mouslique ; a ct 
momenl elle mesure de 5 a 5/100 de millimetres en largeur et pourrait encore, 
il est vrai, franchir les canaux excrdteurs des grosses glandes sudoripares dont 
quelques-unes ont un diametre de 10 a 15/100 de millimetres; mais jusqu ici 
cetle penetration n a pas ete demontree, quoique le fait soil acceptable. P. S. de 
Magalhaes croit avoir retrouvc la filaire dans les eaux de la Garioca (Rio-de-Janeiro), 
mais la descripliori qu il en donne s eloigne trop des caracteres indiques par 
Manson dans le developpemenl de la FUaria sanguinis hominis pour qu il soil 
permis d affirmcr 1 idenlite dc ces vers; les nematoidesaquatiques comprennent, 
du reste, de Ires-nombrcuses especes qu il est forl difficile de determiner dans 
leurs formes embryonnaires ; Cobbokl, malgre les analogies entre ceux de la 
Carioca el du Jardin botaniquc de Rio, et les embryons de Wucherer, se refuse 
a admettre loutc relation genelique entre ces animalcules. 

Ouoi qu il en soil, la decouverte de Manson, bienlol confirmee partie