A gift of
Associated
Medical Services Inc.
and the
Hannah Institute
for the
History of Medicine
DICTIOmiRE ENCYCLOPEDIQUE
SCIE^ES MEDICALES
IMP. SIMON IIACON I.I nir., lll E n EnFLnill, 1.
DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE
DES
SCIENCES MEDICALES
COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS
ARC1IAMBAULT, AIENFELD, BAILLARGEK, BAILLON, I;AI,I:IAM, BALL, EARTH, DAZIN, BEAUGHAND, BECL.IR.li,
BEHIER, VAN BENEEEN, BEBGEB, BERNEIM, BEI\T1LLON, BERTIN, ERNEST BEbNIER, BLAGUE, BLACHEZ, BOINET, BOISSEAIJ,
BOBDIER, BOUCBACOURT, CH. BOUCHARD, BOUISSON, BOULAND, BOULEY (|I.), BOUVIER, BOYEn, BBASSAC, BliOCA,
BROCHIN, BROUARDEL, BROWti-SE QUARD, CALMEIL, CAJIPANA, CABLET (O.), CERISE, CIIARCOT, CllAsSAIGNAC,
CHAUVEAU, CHEREAU, COLIN (L.), CORN1L, CODHER, COURTY, DALLlf, DAMASCHINO, DAVA1SE, DECIIAMBRE (A.), DELE^^,
DELIODX DE SAVIGNAC, DELPECH, DENONVILLIERs, DEPAUL, DIDAY, OOLBEAU, BUGUET, DUPLAY (s.), DUTRODLAU,
ELV, FALRET (j.), FARABEUP, FERRAND, FOLLIN, FONSSAGRIVES, GALTIER BOISblEdE, OAIUEL, GAVABRET, GEHVAIS (p.),
GILLETTE, G1RAUD-TEULON, GOBLEV, GOBELIER, GREENHILL, GRISOLLE, GUBLEli, GUENIOT, GUEBARD, GUILLARD,
liUILLAl ME, GUILLEMW, GUYON (F.), 1IAVEM, HEC1IT, 11ENOCQUE, ISAMDERT, JACQUEMIER, KRISIIABER, I.ABBE (LEiON),
LABBEE, LABOULBENE, LAGNEAU (G.), LANCEBEAUX, LARCIIER (O.), LAVERAfi, LECLERC(L.), LEFOBT (LEOM),
I.EGOUEST, LF.GROS, LEGHOUX, LEREBOULLET, LE ROY DE MERICOURT, LETOUI1NEAU, I.EVEN, LEVY (MICHEL),
LIEOE01S, LIETARD, LINAS, LIOUVILLE, LITTRE. LUTZ, SIAGITOT (E.) , UAGNAN, HALAGUTI, MUICIIAMI, MABEY, MAHTIjNj,
MICIIEL (DE NANCY), MILLARD, DANIEL MOLLIERE, JIONOD, MONTANIEII, MORACHE, MOIIEL (u. A.), NICAISE,
OLLIER, ONIMUS, OKFILA (L.), PAJOT, PARC1IAPPE, PARROT, PASTEUR, PAULET, I EHRIX (MACR1CE), PtrEIi (M.),
PLANCIIOX, 1 OLAILLON, POTAIN, POZZf, REGNARD, REGNABLT, BEYNAL, ROBIN (CJI.)i DE BOCIIA>, BOGEIi (H.),
ROLLET, ROTUREAU, ROUGET, SA1NTE-CLAIHE DEVILLE (H.), SCUUTZENBEHGER (CU.), SCUUTZE?IBEHGER (f.), 5EDILLOI,
SEE (MAHC), SERVIER, DE SEYNES, bOUBEIRAN (L.), E. SPILLM\NN, TARTIVEL, TERRIER, TEsTELIN,
TILLADX (P.), TOCRDES, TRELAT (ll.), TRIPIER (LEON), VALLW, VELPEAU, VERNEU1L, VIDAL (EM.),
VOILLEMIEB, VULP1AK, WARLOMONT, WORMS (}.}, WURTZ.
D1REGTEUR : A. DEGHAMBRE
TROISIEUE SEIIIL
TOME PREMIER
QUA HAD
BIBLlOTHlQUES
PARIS
G. MASSOlN
. ASSELIN
MBRAir.E PE L ACADEMIE DE JIBDECIJIE MSRAIRE DE LA FACULTE DE MEDECIXE
PLACE DE L ECOI,E-DE-MEDECINE
MDCOCLXXIV
D1CTIONNAIKE
ENCYCLOPED1QUE
DES
SCIENCES MEDICALES
Q
Les Quadi, de la famille des Sueves, habitaient la Moravieactuelle
et une partie de la Hongrie. Us se confondent trop intimement avec les Sueves
depuis Ja fin du quatrieme siecle , pour que leur histoire puisse interesser 1 eth-
nologie. D.
QUADRI (LES DEUX).
Quadri (Giov. BATTISTA). Ne a Vicence, en 1780, Quadri s etait surtout con-
sacre a I etude de 1 oplithalmologie ; d abord prosecteur et repetiteur d anatoniie
a Bologne, vers 1811, il se rendit ensuite a Naples, oil ses sueces dans 1 enseigne-
ment et la pratique des maladies des yeux engagerent 1 autorite a creer pour lui,
en 1815, une clinique d ophthalmologie, dont I heureux amenagement a servi de
modele, pour des institutions du meme genre, dans differentes localites. Appuye
sur nne profonde instruction medicale, Quadri s est attache a faire sortir 1 oculis-
tique des voies de la routine, appliquant a cette branche de la pathologic ses con-
naissances generales ; il cherchait, avant tout, a determiner la nature particuliere
de chaque forme de maladies des yeux, afin d y adapter un traitement et une pro-
phylaxie appropries. Son but constant etait de recourir, le moins souverit possible,
aux operations chirurgicales, que, malgre sa remarquable babilete manuelle, il
s efforQait de remplacer par des moyens therapeuliques. II professa ainsi pendant
plus de trente ans avec autant d eclat que d autorite, et mourut a Naples a la
fin de 1 annee 1851. II etait chevalier dela Cotironne de fer et de Saint-Ferdinand
de Naples. Get habile et savant praticien a laisse d assez nombreux ecrits dont nous
ne citons que les principaux.
I. Annotazioni pratiche suit malattie degh occhi, racolte nella reale scuola clinica di
Napoli. Napolj, 1818-24, in-4, 4 vol. II. Cure del gozzo. Napoli, 1818, in-8. HI. La
morfina in praltica, o cennisulla medesima. In Ann. univ. di med., t. XXXI, p. 169, 18 24
et t. XXXIV, p. 100; 1825. IV. Des articles tires de ses legons inse re s dans difterenls
recueils (Observat. di Napoli}, et, en anglais el en allemand, dans des journaux de ces divers
pays.
tncr. E.NC. y s. 1. i
2 QUA1N.
Quadri (AiESSANDRo), filsdu precedent, se voua comme lui a rophthalmologic.
Ne a Naples en 1827, c est dans cette ville qu il fit ses etudes medicales. II com-
menc.a sa reputation en publiant des lecons de son pere qu il avail soigneusement
recueillies, et Ton put juger des lors qu il pouvait hardiment et sans desavanlage
marcher sur ses traces. A lamort de celui-ci, Alessandro sollicita tout naturelle-
ment une place de suppleant a la chaire d ophthalmologie dout il s etait montre
digne ; mais il fut nommg a celle de la cliirurgie militaire. Tout en s occupant
serieusement des devoirs de sa cliarge, il n en continua pas moins la science here-
ditaire; il donnait des cours publics et des lemons particulieres d oculistique, et
contribua beaucoup a 1 introduction et a 1 emploi de 1 ophthalmoscope en Itaiie.
Apres bien des travaux et des deceptions immeritees, Al. Quadri s eteignit, a 1 agede
quarante-deux ans, le 27 jnin 1869, sans avoir puobtenir, cetobjet si legitimede
son ambition, la chaire creee pour son pere.
Quadri n a pas produit d ouvrage de longue haleine; la plupart de ses travaux
ont ete inseres dans les annales d ocutatique.
I. De I utilite de la decoction de ratanhia dans la keralite, etc. In Ann. d ocul., t. XXXIII,
p. 87, 1855. II. Cas remarquable de gue rison d une fistule lacrymale. Ibid., p. 128.
III. liecherches et observations sur les tubes canteens. Ibid., 153. IV. De { operation tlu
staphyl6rnc parliel de la corncc. Ibid., t. XXXIV, p. 14, fig. ; 1855. V. Melanges ophtlial-
Hiologiqiies. Ibid., t. XXXVI, p. 5 2, 1856 et t. XXXVII, p. 25, 1857. VI. Compte rendu
des maladies oculaires Iraite es a l /i6jnlal mililaire de la Trinite. Ibid., t. XL, p. 185, 1858.
VII. Cliniijiu- o l lill<(iln<, l lji<nie. Ibid., XLII, p. 151, 200, 1859; t. XLIV, p. 202,1860
VIII. De V ophthalmic militaire dans i Italic meridionale. Ibid., t. XLV1, p. 205, etc.
E. BCD.
QUADRIGA. Ge bandage, qu on employait autrefois dans les fractures des
cotes, du sternum et de la clavicule, consistait en des jets entre-croises devant et
derriere la poitrine et passant sur les epaules et sous les aisselles. D.
QUADRI JUHEAUX. VoiJ. IsiHME DE L EKCEPHALE.
QUADRIO (JOSEPH-MARIE), 116 le 11 murs 1707, a Ponte ; inedecin italien,
1 un des meilleurs eleves de Morgagni, est mort a Milan, le 26 septembre 1757.
11 s est occupe sur tout du traitement des maladies cancereuses. On a de lui :
I. Usu, utilita e storia delle acque termali di Trescorio, net territorio di Bergame. Venise,
1749, in-8. II. Nuovo metodo per curare il cancero aperto, e specialmente le ghiande
scirrose. Venise, 1750, in-8. A. R.
QUADRUMANES. On donne ce nom aux Primates, quand on ne considere
dans cet ordre que les singes et les lemurides. Les Quadrumanes ont le pouce se-
pare desautres doigtsaux membresde devant et de derriere (voy. PRIMATES). D.
QD^EQU-E. Nom que se donnent les Hottentots (voy. HOTTENTOTS). D.
QUAIN (JONES), celebre anatomiste anglais, ne vers 1795, mort le 51 Janvier
1851. Sontraite d anatomie fut longtemps classique, et lui-meme enseigna cette
science a 1 ecoled Aldersgate, qui, grace a ses talents unis a ceux de W. Lawrence,
jeta pendant quelques annees un si vif eclat. II passa ensuite comme piofesseur en
titrea 1 University College, position que son caractere modeste et reserve, ennemi
des contestations, lui fit abandonner pour se soustraire a certaines hostilites.
Voici les litres de ses principaux ecrits :
QUARANTAINKS. 3
I. Elements of Descriptive and Practical Analumij, for the Use of Students. London, 1828,
in-8 et t> a edit., maintenue au courant de la science par SHARPEY et ELLIS. Lond,, 1856, in-8,
5 vol. II. Two Lectures of the Study of Anatomy and Physiology. Lond., 1830, in-8. -
III. Paralysis of the Left Extremities, with Remarks, etc. In The Lancet, t. X, p. 567; 1825-
1826. IV. Diagnosis in Cerebral Diseases. Ibid., 1830-1831, t. I, p. 668. V. Iie/>li/ to a
Charge of Plagiarism. Ibid., p. 757. VI. Trad, du Manuel de Pathologic de Martinet
c notes. Lond., 1826, in-12. E. BGD.
QUALEA. Genre de Dicotyledones, etabli par Aublet et appartenant a la fu-
raille des Vochysiacees. Ce groupe contient des arbres qui laissent decouler de
leurs tioncs un sue resineux. Leurs feuilles sont opposees, coriaces. Les fleurs ont
cinq sepales libres, un seul petale, une on deux examines fertiles avec un a quatre
staminodes steriles; un ovaire libre, auquel succede une capsule ligneuse, oblon-
gue, a trois loges, contenant chacune deux series de graines imbriquees, ailees au
sommet. L embryon est droit, sans albumen.
Quelques-unes de ces plantes et, en particulier, les Qualea yrandiflora et Qualea
multiflora contiennent duns leur capsule une certaine quantite de resine, qui
rappelle un peu celle des Guttiferes; et leur ecorce d un jaune rougealre contient
une matiere colorante, qu on utilise dans la province des Mines, au Bresil. On les
connait dans ces contrces sous le nom de Pao-terra.
AUBLET. Plant. Guijan. I, 5, tab. I, fig. 2. MARTIDS. Nova Genera et Species plant.
Brasil. I. 153-155, tab. 78 et 88. AUG. DE SAINT-HILAIRE. Mdmoire sur la nouvelle famille
des Vochysiacees. In Memoires du Museum, V, 255. DE CANDOLLE. Prodromus, III, 28.
EXDLICHER. Gener. Plant., 6069. BENTHAM et HOOKER. Gener., I, 975. PL.
QUAMOCLIT. On donne ce nom a quelques especes du genre Ipomcea de la
famille des Couvolvulacees, etparticulierementaux Ipomcea Quamodit L. Ipomcea
Cathartica Poiret et a 1 Ipomcea triloba L. (voy. IPOMCEA). P.
(AOBL.) Genre propose dans la famille des Guttiferes ou Clu-
siacees, pour plusieurs plantes de 1 Amerique tropicale, remarquables par le sue
propre, blanc ou jaunatre (ju elles possedent. Le Q. scandens, AUBL. (Guian.,
II, 897) laisse suinter de ses feuilles et de son ecorce un sue re"sinoide visqueux,
blunchatre, qui est purgatif. Ghoisy (in/)C. Prodr.,l, 559) anomme cette plante
Clusia Quapoya. Ses proprietes sont les memes que celles de la plupart des
Clusia. Le Q. Panapari d Aublet (Gmaw.,900, t. 344) donne un sue resinifere,
jaune, soluble dans 1 eau etsemblable a la Gomme-gutle, dont il a a peu pres les
proprietes, quoiqu a un degre inferieur. Nous avons (in Payer, Fam. nat., 269),
comme beaucoup d autres auteurs, rapporte ces Quapoya au genre Clusia. Le
Q. scandens a ete nomme (in Ann. sc. nat.) ser. 4, XIV, 236) par MM. Trianu
et Planchoa, Rengifa scandens. H. BN.
MER. et DEL. Diet. Mat. medic., VI, 568. ROSENTH., Synops. plant, diaphoric., 740.
Indigenes de 1 lle de Vancouver (voy. BRITAMNIQCES [Posses
sions], p. 646). D.
DEFINITION. DIVISION DO SUJET. On donne le nom de
quarantaines aux mesures d isolement imposees aux personnes et aux objets
susceptibles, en raison de leur provenance, ou de leur contact avec des personnes
ou des objets contamines, de transmettre une affection epidemique ou contagieuse
de provenance exotique. Ce mot indiqua d abord la limite de temps qui avail
semble necessaire a 1 observation des individus soupconnes de receler le contage
4 QUARANTAINES.
pestllenliel ; il n exprime plus, depuis longtemps, la duree de cette epreuve, et
aujourd hui, dans le langage special aux pratiques sanitaires, comme dans la con
versation banale, le mot quarantaine signifie, avant tout, isolement et sequestra
tion, quelle que soit la duree duplication de ces mesures, duree qui a varie si
frequemment suivant les tem.ps, qui varie encore aujourd hui suivant les lieux,
et qui varie surtout suivant la nature et les conditions diverses du danger reconnu
aux provenances suspectes.
Considere dans ses rapports avec 1 ensemble du systeme sanitaire, le terme
quarantaine exprime plus specialement la serie des mesures reslrictives destinees
a entraver la marche d une affection epidemique ou contagieuse ; d autres me
sures, d un caraclere bien different, completent ce systeme, en agissant non plus
a litre de simples barrieres centre le fleau que Ton redoute, mais a titre de mo-
dificateurs du milieu necessaire a son developpement. La marche de toute affec
tion transmissible par 1 homme est en effet subordonnee a deux conditions qui ne
sont point peut-etre d une importance egale, mais dont le role est evident :
\ contagion plus ou moins intense, quel qu en soit le vehicule; 2 influence du
degre de receplivite des populations menace.es, dont les immunites ou les pre
dispositions morbides, quelquefois inappreciables dans leur cause intime, depen
dent beureusement le plus souvent des conditions hygieniques de ces populations.
Toutes les mesures restrictives, isolement, quarantaine, cordon sanitaire, out
exclusivement pour objet d entraver, souvent aux depens de la liberte humaine,
la propagation de la cause morbide ; les mesures hygieniques locales out pour
but, elles, de rendre une localile, une region souvent considerable, parfois un
peuple entier, refractaires a 1 action de cette cause, sans empecher celle-ci de
penelrer dans un milieu ou elle ne se developpera que difficilement ; on s est
malheureusement Jaisse aller a considerer ces deux ordres de mesures conirne
constituant deux methodes distinctes, inconciliables. La premiere a ete exclusi
vement pronee par les contagionnistes a outrance qui ne voient dans toute propa
gation epidemique qu une serie d actes morbides, fatalement imposes a des milliers
d organismes semblables, par le contact d un germe identique; la seconde est la
devise des partisans de la spontaneite morbide, des anticontagionnistes qui, non
contents de reconnaitre 1 influence enorme que possedent sur ce germe les condi
tions du milieu ou il penetre, oublient trop souvent a leur tour que Ton voit
souvent les epidemics se propager dans les localites les plus salubres, et qu il y a
par consequent a opposer, aux affections transmissibles, d autres entraves que
celles d une hygiene banale qui jamais n aura la vertu de conferer aux masses,
centre les causes morbides specifiques, une immunite comparable a celle que
produit Taneantissement ou 1 eloignement de cette cause. Chacune de ces
methodes peche par son exces el surtout par son caractere d exclusivisme :
A. La methode des restrictions absolues est contraire a la dignite de l homme,
par la frequence et 1 abus de& sequestrations qu elle lui impose ; elle est con
traire au bien-etre et a la saute meme des populations en negligeant, parce
qu elle les meconnait, tous les dangers des foyers d infection locale; et nous
verrons cette melhode constituer encore aujourd hui , au temps des grandes
calamites epiderniques, toute la sauvegarde de certains peuples arrieres, dont
la misere morale egale la misere physique, et qui, superstilieux en tout, s atta-
chent aux mesures de sequestration quarantainaire avec le fanatisme de toutes
leurs croyances, et sont prets, au premier signal, a les soutenir par les actes les
plus violents et les plus aveugles. B. La methode de prophylaxie locale, par
OUARANTA1NES. 5
1 assainissement du pays menace, par 1 amelioralion de toutes les conditions so-
ciales de ses habitants, est plus specialement adoptee par les peuples civilisrs ;
elle a toujours cet avantage immense d inaugurer, et d affirmer pour ces peuples,
une ere de bien-etre et de prosperite ; on sail tout ce que 1 Angleterre doit aux
immenses travaux hygieniques accomplis chez elle depuis quelques annees. Gi;u r
a ces travaux, grace aussi a son isolement naturel des masses continentalus,
grace encore a certaines conditions climatiqnes sur lesqucllcs nous insislerons
plus loin, la Grande-Bretagne semble pouvoir impunement maintenir la libre pra
tique de ses ports; attribuer son immunite contre diverses affections pestilentielles
aux heureux resultats de son assainissement, c est encourager en ce sens tons les
peuples chez lesquels les prescriptions de 1 hygiene ne sont point encore passives
en pratique, mais c est ne reconnaitre qu une seule des raisons de cette immu
nite ; c est oublier 1 importance des influences climatiques et topographiques sur
la marche des epidemies. La France ou 1 hygiene publique a fait tant de progies,
les Etats-Unis d Amerique qui devariceront bientot a cet egard tout le moncle ci
vilise, doivent cependant a leurs conditions speciales de geographic et de climat
I 1 obligation d adopter, contre la propagation des epidemies, un systeme plus com-
plet de preservation, et de chercher sinmltanement: 1 a entraver, par les me-
sures restrictives, la propagation du germe morbide; 2 a rendre leur sol plus
refractaire a son developpement.
Dans ces deux pays on a chaque jour la preuve que les deux methodes pn n -
dentes, au lieu de s exclure mutuellement, doivent s adjoindre pour constituer la
double base de la prophylaxie locale et internationale ; loin de se contredire, ces
methodes se completent, et aujourd hui, en France comme dans 1 Amerique du
Nord, le systeme quarantainaire embrasse i ensemble des mesures prophylactiques
opposees a la propagation des maladies epidemiques, que ces mesures aient pour
objet d entraver la transmission du germe morbide, ou qu elles doivent seulemenl
en empecher le developpement par les progres de 1 hygiene publique. Be cet
heureux accord resulte un regime sanitaire plus rationnel et plus complet, dont
on pent, au gre des circonstances, appliquer plus specialement 1 un ou 1 autre
element, et grace auquel les mesures quarantainaires, si aveugles et si impar-
faites jadis, ont emprunte deja a la prophylaxie hygienique les principes fonda-
mentaux de leur installation actuelle.
La question des quarantaines est certainement une des questions les plus
complexes de 1 hygiene et de la medecine. Si 1 on reflechit a 1 obscurite qui pese
encore a notre epoque sur les conditions de developpement des epidemies ; si Ton
reflechit que sur le globe il n est pas un continent, que dans un continent il n est
point un pays qui ne presente des conditions differentes de predisposition ou
d immunite a 1 egard de ces fleaux ; si 1 on se rappelle enfm que tout systeme
quarantainaire, s il confere des avantages a ceux qu il protege, entraine souveut
de graves prejudices pour ceux qu il met en interdit, on comprendra combien il
est difficile de traduire, en formules administrates determinees, des indications
reglementaires applicables en tous lieux, et combien est penible et digne de re
connaissance le role des savants qui ont pris a tache de poser les bases d une pro
phylaxie internationale.
Cette solidarite si necessaire entre les peuples, puisque les mesures les plus
rationnelles, les plus absolues prises dans un pays, peuvent etre annulees dans
leurs resultats par 1 indiflerence d un pays voisin, sera, de longtemps encore, bien
difficile a obtenir; pour etre scientifique et pratique, elle devra necessairement
6 QUARANTAINES.
aboutir a des conclusions variables suivant les pays anxquels s appliqueront les
reglements, variables aussi suivant la nature des affections qui en seront I objel ;
ces reglements nippelleront done, par leur diversite, combien sont differents les
dangers qu ils doivent prevenir, combien est differente aussi la receptivite mor-
bide des diverses populations qu ils ont a proteger.
G est faire entrevoir deja combien il est essentiel que cette grande question des
mesures sanitaires devienne de plus en plus le privilege des homines competents,
des hommes qui connaissent le mode de propagation des epidemics, les condi
tions locales et geographiques de leur deyeloppement, la specialite des methodes
prophylactiques reclamees par chacune d elles; et Ton verra des lors combien
peuvent rendre de services ces mesures essentiellement perfectibles dont 1 igno-
rance et 1 orgueil des anciennes administrations sanitaires voulaient faire des types
immnables contre lesquels la science et la raison eurent a latter si longtemps,
pour en demontrer 1 insuffisance et les dangers. Bien que parfois 1 exagerat.ion de
certaines doctrines medicales ait entraine 1 application systematique de moyens
dont I evenement infirma la valeur, on n oserait plus aujourd hui repeter, avec
Papon, au sujet des reglements de police sanijaire : Pour cette espece de guerre
ili fcnsive, il ne faut pas etre medecin; il suffit de rassembler ce qu ont pratique
les hommes de cette profession, et les bureaux de sante, lorsque des epreuves
repetees ont prouve la bonte de leurs preservatifs. Le sujet est purement histo-
rique, il suflit de lire beauconp et de bien lire : Multa et multum. II est diffi
cile de dcfier plus cate"goriquement les esperances et les progres de la science, et
de se renfermer davantage dans une sorte de fatalisme administratif qui n avail
sa raison d etre que dans 1 insuffisance des connaissances medicales. Gontraire-
ment a 1 assertion de Papon, nous pouvons dire que 1 etude plus approlbndie
faite dans les temps modernes, et uniquement par les medecins, du mode de
transmission de quelques epidemics, comme la peste du Caire, en 1855, la fievre
jaune de Saint-Nazaire, en 1861, le cholera de 1865, a ete cent fois plus utile a la
cause du regime sanitaire, que la fastidieuse compilation des reglements mis en
honneur par une aveugle routine dans les grands lazarets du littoral de la Medi-
terranee.
Les regies etablies par la tradition presenteraient sans doute, grace a leur uni-
formite, une grande facilite" d applicalion pratique; mais les imposer toujours
identiques a elles-meme dans les conditions les plus diverses de temps, de milieu,
et meme de nature de 1 affection epidemique qu il faut arreter, ce serait agir en
depit des connaissances acquises aujourd bui a la science, et dont a cbaque page
de ce travail nous aurons a faire ressortir la valeur. Nous accepterons, avec le
respect qui lui est du, la grande autorite des fails, qu ils aient ete observes soil
par des medecins, soil par des administrateurs ; mais nous verrons qu ici, comme
dans tant d autres institutions, le progres a etc maintes fois retarde par des erreurs
traditionnelles, et que certains pays, comme 1 Amerique du Nord, ont du peul-
etre la superiority des resultats de leurs mesures quarantainaires, a ce que ces
mesures, toules modernes dans leur creation, ont ete d emblee organisees par des
hommes de science, sans avoir a se degager comme en Europe d une foule de
pratiques inspirees par des prejuges seculaires.
Si, parfois, on ne nous trouve pas absolu dans nos conclusions, c est que rien
n est plus difficile et souvent plus dangereux que de vouloir ramener aux termes
d une seule et meme reglementation la propliylaxie des maladies pestilentielles,
ont les formes et le mode de propagation varient si completemenl suivant les
QUARANTAINES. 7
lieux ou Ton observe. Nous ne serons point embarrasse de dire comment doit etre
installe un lazaret; les etablissements sanitaires, comme les installations nosoco-
miales, ont aujourd hui des types, indiques ou crees par les medecins et les
hygienistes, types qu il sera toujours possible de reproduire et de perfectionner ;
maisles reglements, malgre les grands travaux accomplis en ces dernieres annees,
n en sont pas encore la. Lorsque nous aurons demontre : qu en Europe seulement
les mesures quarantainaires ne peuvent et ne doivent etre les memes partout; que
sur les cotes de la France, elles ne reclament point, dans tous les ports, le meme
mode d application ; que, dans telle ville, il y a des conditions topographiques ou
sociales qui modifient le degre de receptivite morbide des divers groupes de la
population; et qu enfin les interets sanilaires ont souvent a plier Hovant des
exigences majeures qui sont entierement opposees a toute mesure restrictive, on
comprendra que nous n ayons pas cru pouvoir generaliser, a 1 egard du regime
quarantainaire, des conclusions prophylactiques adoptees souvent dans un milieu
restreint, ou sous la pression d explosions epidemiques qui reclamaient une so
lution immediate et formelle de ces graves questions.
La diversite meme des mesures quarantainaires ne permet pas d en formuler la
valeur d une maniere absolue, exclusive; nous verrons combien different, duns
leur mode d application et dans leurs re"sultats, les diverses pratiques qui se r.-ii-
tachent a ce regime: quarantaine proprement dite, cordons sanitaires, camps
sanitaires, deplacement ou arret des populations et des armees ; et, quand nous
aurons demontre que telle de ces pratiques est avantageuse la ou telle autre est
inefficace ou meme dangereuse, on se mefiera peut-etre de 1 opinion de ceux qui,
a priori, proclament, en tous lieux et en toutes circonstances, la necessite ou
I inutilite des quarantaines.
GHAPITRE i. PERIODE HISTORIQUE ET REGLEMENTS JUSQU EN 1850.
GENERAL. II nous parait doublement utile d exposer, dans un meme cbapitre, 1 his-
torique des mesures quarantainaires et les divers reglements qni ont determine
leur application. En effet, le caractere de ces mesures a ne*cessairement varie* sui-
vant la nature et la gravite des affections qui les ont motivees ; dans notre Europe
occidentale, nous les voyons employees succcessivement contre des maladies dil fe-
rentes; d oti, en nos pays seulement, trois periodes principales fort inegales par
leur duree : la premiere comprenant tout le moyen age et que Ton pourrait appe-
ler la periode de la lepre ; la seconde commenpant a la fin du quatorzieme siecle
pour cesser au milieu du siecle actuel, c est la periode des quarantines contre la
peste ; la troisieme, enfin, toute moderne, correspondant aux mesures sanitaires
employees contre la fievre jaune et le cholera. Un autre avantage de cette etude
simultanee des reglements quarautainaires et des periodes auxquelles ils corres
pondent, c est qu uncertain nombredes modifications imposees aux mesures pri-
mitivement adoptees, soit dans telle localite, soil contre telle maladie, onteu leur
raison d etre dans les changements subis, soit par cette maladie, soit par cette
localite : changements dont il faut tenir grand compte avaut de taxer d insuifi-
sance telle pratique, qui, efficace a certaines epoques, ne le sera plus a certaines
autres, et dont la valeur a pu reposer sur un certain nombre de circonstances
dont les epidemiologistes tiennent aujourd hui si grand compte ; les plus impor-
tantes de ces circonstances sont : 1 les conditions de lieux, conditions que les
hygienistes, grace aux resultats acquis deja, esperent modifier au point d exclure
desormais d une localite la possibilite de 1 apparition d une maladie pestilen-
8 QUARANTINES.
tielle; 2 les conditions du mode epidemique, si variables a chaque explosion de
Tune de ces maladies, et dont, malgre leur obscurite, il faut bien admettre
1 influence; quand, en effet, nous voyons telle de ces affections couvrir parlois
le monde entier dans une de ses manifestations, parfois au contraire se limiter
en epidemies tres-eirconscrites; quand encore, en suivant leur histoire dans la
suite des siecles, nous voyons soit la peste, soit le cholera, soit la fievre jaune,
jouer successivement le role principal parmi les fleaux qui menacent la vie hu-
maine, nous sommes bien oblige de reconnaitre la variabilite des conditions de
de veloppement des maladies epidemiques, et par consequent I inegalite des circon-
stances dans lesquelles on a cherche a s en preserver.
Nous verrons, dans cet apergu historique, que la periode des quarantaines
proprement dites, on quarantines des maladies pestilentielles, qui ne commence
qu au quatorzieme siecle, a ete precedee d une pbase de plusieurs siecles, pendant
laquelle 1 homme isolait deja, pour des motifs de plusieurs ordres, les individus
atteints de lepre. La sequestration des lepreux donna 1 icleedes pratiques sanitaires
qn allaient entrainer les ravages fails au quatorzieme siecle par la peste noire et
par la peste a bubons. Ges pratiques, nees de 1 instinct de conservation des popu
lations qui ne songeaient qu a repousser le danger, consisterenttout d abord a eloi-
guer le malade et ceux qui avaient communique avec lui, sans se preoccuper en
rien du sort des individus atteints ou suspects. Celte indilference resultait des
moeurs barbares de 1 epoque, de 1 absence de tout sentiment de solidarite iuterna-
tionale, des luttes incessanles qui divisaient les peuples riverains de la Mediterranee,
et surtout de 1 ignorance absolue des lois de 1 hygiene. Au seizieme siecle, 1 ceuvre
de Fracastor donne un caractere plus scientifique, mais souvent aussi plus rigou-
reux a tous ces reglements qu on pourrait appeler d interet local ; pendant long-
temps, les gouvernements ne firent guere que confirmer 1 autorite des mesures
adoptees par les bureaux de saute" des ports; la loi meme de 1822 consacre avant
tout les prescriptions et les croyances emanees de nos lazarets de Marseille et de
Toulon; ce n estqu en 1845 que semble s etablir officiellement le droit d inter-
vention et de controle des hommes le plus naturellement designes pour juger la
valeur et 1 opportunite de ces mesures d interet public : La question des quaran
taines, dit le ministre de 1 agriculture et du commerce (seance de la chambredes
deputes du 14 jviin 1845) est une de ces questions d hygiene publique que le
Gouvernement ne peut pas trancher, et qui ne peuvent etre resolues que par 1 A-
cademie de medecineou 1 Academie des sciences (Prus). La question entre des
lors dans une phase toute nouvelle, consacree par le decret du 24 decembre 1850,
et qui clot cette periode historique des quarantaines.
1 PERIODE DE LA LEPRE. La lepre est une des affections les plus ancienne-
meut connues; d autre part, aujourd hui encore, elle regne, a 1 etat endemique,
sur de vastes regions de 1 Asie, de TAfrique et de 1 Amerique. On pourrait done
nous objecter que les mesures restrictives, opposees a la propagation de cette ma-
ladie, ne se bornent point a une periode historique determinee, et surtout qu elles
ne s arretent point avec le quatorzieme siecle ; des masses de leproseries existent
en eflet, aujourd hui encore, et consacrent ainsi la continuation de ces mesures
bien au dela de cette epoque. Mais, si Ton tient compte de ce fait que dans 1 Europe
o:cidentale, la lepre a commence a diminuer, a disparaitre meme tres-viteen cer-
taines localites au moment ou la peste noire (1348-50) allait inaugurer le regime
des quarantaines contre les affections pestilentielles, on admettra avec nous que
dans cette partie du monde qui en absorbait alors le commerce et la civilisation,
QUARANTA1NES.
la lepre et les mesures prophylactiques qu on lui oppose ont immediatement pre
cede la peste et ses quarantines.
L isolement des lepreux semble etre une loi des societes : present par Moi se,
applique successivement dans loutesles regions du monde sur lesquelles s etait re-
pandue cette affection, cet isolement est encore observe de nos jours dans la plu-
part des pays ou regne 1 Elephantiasis des Grecs. Entre cette sequestration des
lepreux, et les mesures quarantainaires proprement dites, on admet les differen
ces suivantes : 1 dans le premier cas, 1 isolement ne s applique qu a 1 individu
malade; dans le second il s etend a 1 individu et aux objets suspects ; 2 la se
questration des lepreux est generalement definitive, tandis que, dans nos lazarets,
cette sequestration est toujours temporaire, subordonnee aux limites de duree
reconnues suffisantes pour affirmer la validite de cette epreuve ; 3 enfiu, la se
paration des lepreux du resle de la societe a souvent eu d autres motifs que la
croyance a la transmissibilite de leur affection; pour la peste, an contraire, comme
pour le cholera, la lievre jaune, etc., le mode et la nature des mesures restriclives
n ont d autre raison d etre que cette transmissibilite.
II faut prendre garde de donner a ces differences un caractere trop absolu ; la
faible contagiosite de I Elephantiasis nous enseigne pour quel motif on ne pouvail.
songer a des mesures d isolement a 1 egard d autres individus que les malades ;
la sequestration meme de ceux qui etaient declares lepreux n etait pas toujours
definitive; et, d apres la loi de Moi se, les pretres pouvaient n en prononcer que
1 eloignement provisoire. Mais ce qui, suivant nous, rapproche surtout les mesures
adoptees centre 1 Elephantiasis de celles que depuis on a dirigees contre les maladies
pestilentielles, c est que les leproseries et leurs reglements ont ete, dans maintes
localites, le point de depart des institutions sanitaires fondees contre la peste.
Certains auteurs fort competents ont admis que le terme Lazaret etait relati-
vement moderne, qu il n avait ete cree qu au quinzieme siecle, derivant par une
simple corruption de langage, du nom de Tile Sainte-Marie-de-Nazareth ou, pom-
la premiere fois, les Venitiens isolerent leurs pestiferes. Nous ne pensons pas que
lellesoit 1 etymologie reelle de cette expression. Si Ton se rappelle que la lepre
etait le mal de Saint- Lazare, que la plupart des etablissements consacres a ces
malades etaient places sous 1 invocation de ce saint, a tel point qu en Espagne
presque chaque grande ville avait un hopital special de ce nom eleve pour les
lepreux, et qu a Marseille meme 1 hopital qui leur etait destine s appelait hopital
Saint-Lazare, on admettra plutot avec nous que le mot Lazaret n a point ete
cree pour les quarantaines de la peste, et qu il derive d une des nombreuses appel
lations employees pour designer les lieux d isolement des lepreux : leproseries, la-
dreries, maladreries, misellies, etc. En Italie, du reste, on a presque toujours
donne le nom de Lazaretti a ces leproseries.
Une autre preuve de cette analogic c est que, dans plusieurs villes du littoral
mediterraneen, les reglements adoptes a 1 egard des lepreux furent le principe des
reglements quarantainaires de la pesle, en Provence, par exemple, ou, d apres
les ordres du roi Rene, le regime des leproseries fut applique, a la fm du quin
zieme siecle, aux etablissements speciaux qui recevaient les pestiferes.
Rien de plus variable, au reste, que les prescriptions dont les lepreux furent 1 ob-
jet aux differentes periodes de 1 histoire, et dans les divers pays. La methoded eloi-
gnement la plus elemenlaire pour sauvegarder une societe est 1 expulsion de 1 indi-
vidudangereux: au temps de Moi se, les lepreux etaient cbassesdu camp des Hebreux;
empruntee sans doute a 1 Egypte, cette coutume se retrouve egalement en vigueur,
10 QUA CANT A INKS.
bien avantl ere chretienne, chez les Perses et les peuples voisins qui expulsaient
ces malades de 1 interieur des villes ; a Jerusalem, ils se tenaient hors des portes,
demandant de loiu aux gardiens ce quileur etait necessaire; cette methode expedi-
tive est appliquee maintes ibis en Europe pendant le moyen age ; depuis quelques
annees seulement, un asile leur est consacre au Bresil , ou auparavant, exclus des
centres depopulation, ils habitaient de miserables huttes sur le bord des chemins.
Quant aux efablissements destines a recevoir les lepreux, ils ont aussi bien
varie depuis 1 epoque de leur premiere fondation : au commencement de 1 ere
chretienne, 1 antique basilique de Cesaree fut transformed en leproserie; des le
quatrieme siccle, dit Gregoire de Tours, un etablissement special avail etc fonde
pres du Jourdain, non-seulement pour 1 installation de ces malades, mais encore
pour leur traitement dont les bains etaient la base principale. Lorsque la peste
devint endemique, du septieme au quatorzieme siecle, dans 1 Europe occidentale,
les leproseries furent, en general, installeesa certaines distances des villes, excepte
en Espagne, peut-etre, ou frequemment les hopitaux de Saint-Lazare se trouvaient
au centre des quartiers les plus peuples, promiscuite empruntee sans doute aux
Musulmans qui se bornent encore en notre siecle, comme a Fez-en-Maroc, a rele-
guer les lepreux dans un faubourg de la ville.
Les mesures quarantainaires contre la lepre ont etc portees plus loin dans les
temps modernes, et Ton a cherche en divers pays a isoler plus completement ces
malades, a soustraireentierement les populations a leur contact ; tel a ete le butde
1 installation de leproseries dans 1 ile de Samos pour tous les malades de 1 Archi-
pel ; telle a ete la tentative faite au commencement de ce siecle par 1 administra-
tion de Vile de France pour transporter tous les lepreux, de race noire ou blanche,
dans 1 ile de Co itivy, operation que rendit impraticable le nombre de ces malades.
Un autre caractere special de la sequestration des lepreux a 1 epoque histo-
rique qui nous occupe, c est qu elle etait fondee sur les raisons les plus diffe-
rentes : dans certains pays, a 1 horreur du contact et de la vue de ces malades,
s etaient joints les sentiments d aversion religieuse inspires par la pensee que la
lepre etait une punition divine ; et des ceremonies solennelles, lugubres, comme
un enterrement, inauguraient la separation du malade de la societe. Ailleurs, au
contraire, les superstititions de Tepoque ou du lieu entouraient le lepreux d une
certaine aureole de gloire et de martyre ; Josephe 1 historien nous apprend que
dans I antiquite deja, chez certains peuples, ces malades etaient Tobjet d une ve-
in ration speciale, qu ils etaient eleves aux premieres dignites de 1 Etat et de
1 armee, avaient des places d honneur dans les temples, etc. ; on sait que non-
seulement les cbevaliers de 1 ordre de Saint-Lazare devaient se consacrer aux
lepreux, mais qu au nombre de ces chevaliers etaient admis un grand nombre
d individus atteints de cette aftection; depuis la constitution de cet ordre en 1048
par lepapeDamase II, jusqu en 1253, ce fut meme constamment parmi les le
preux qu on enchoisitles grands maitres. On voit combien differaient les condi
tions d isolement de ces malades ; ici des reglements d une severite draconienne
leur interdisaient tout contact, tout rapprochement dela societe; leur costume spe
cial, leurs crecelles ou leur cloche avertissaientchacun des eloignerd eux ; ailleurs
au contraire, la terreur n etait pour rien dans cette sequestration qui avaitpresque
un caractere honorifique ; dans beaucoup de localites, le costume du lepreux etait
une recommandation a la charite publique ; la ville de Harlem avait le droit d au-
toriser des gens sains a s habiller en lepreux pour pouvoir mendier impunement.
Un fait remarquable du reste, c est que, dans les pays ou la reglementation des
QUARANTAINES. 11
leproseries avait tout d abord etele plus severe, dans 1 Eurnpe occidental, la tole
rance devint bientot excessive : des le douzieme siecle, grand nombre de leproseries
commencent a s ouvrir a une foule d individus atteints ou non de cette affection.
Pour reconnaitre la maladie on ne s en rapportait plus seulementaux signes exte-
rieurs, mais a diverses epreuves dont chaque localite importante avait la sienne ;
les anciennes chroniques de Lorraine nous apprennent qu au treizieme et an quator-
zieme siecle, on etait juge ladre par les epreuves soit de Toul, soil de Verdun, soit
de Treves. Le diagnostic en etait confie le plus souvent a des gens etrangers a la
medecine, a des chapelains, a des membres de diverses corporations religieuses.
Lemnius (De occult, natur. mirac. Francof. 16H) raconte qu en Hollande, il y
avait des censeurs publics charges de reconnaitre ceuxqui pouvaientetreatteintsde
cette affection; ils avaient recours a des moyens cmpiriques comme de Jeter, dans
1 urine de la personne suspecte, de la poudre de plomb brule, et de la declarer le-
preuse si cette poudre ne surnageait pas ! on comprend des lors combien de ma-
lades divers furent admis dans ces asiles ; le nombre etait grand parmi eux do
phthisiques, d epileptiques, d individus atteints d ergotisme, d ulceres, de teigne.
Qu on y joigne, comme 1 a demontre Volz, la masse de personnes, de toutes le
classes, qui, entrances par les superstitions de I epoque, s imposaient une reclusion
perpetuelle, et cherchaient, dans leur contact avec ces malades, dans leur sou-
mission a une regie dont 1 Eglise etait le plus ordinairement la dispensatrico, Irs
merites et les recompenses d une vie de privation. Les leproseries, enfin, etaient
devenues le lieu de refuge d une foule de vagabonds, de paresseux simulant l.i
lepre; une consultation de Baillou demontre egalement que parfois des families y
firent inlerner a tort quelques-uns de leurs membres pour s emparer de leur for
tune; anssi, lorsqu en 1626, Louis XIII chargea les medecins David et Juste Lai-
gneau de parcouiir toules les leproseries du royaume de France, pour determiner
ce qu elles renferrnaient de lepres vraies et de lepres fausses ou faclices, on ne
trouva plus, dans ces asiles, aucun des malades pour lesquels ils avaient ete fondrs.
Beaucoup de ces etablissements furent des lors transformed en bopitaux, et con-
serverent meme, comme nous le verrons, en partie, leur ancienne destination en
devenant des asiles pour des malades sequesfres a divers litres, les pesliferes, les
veneriens, etc.
2 PERIODE DE LA. PESTE. Quatorzieme siecle. L etablissement methodique
des mesures quarantainaires devait etre, au seizieme siecle, 1 application de la
doctrine de la contagion dont Fracastor sera le revelateur. Mais, bien avant cette
epoque, Texplosion de graves epidemies pestilentielles avait inspire au public,
plutotqu aux medecins, la notion de leur transmissibilite par ceux qui en etaient
atteints. Thucydide, dans sa description de la peste d Athenes (450 av. J.-C.),
indique 1 apparition de la maladie dans 1 Attique, immediatement apres 1 arrivee
en cette province des habitants du Peloponese. Si, dans leurs relations de la pre
miere grande epidemie de peste a bubons de 1 ere chretienne (peste de Justi-
nien 542), Evagre et Procope semblent, au contraife, l un et 1 autre frappesdela
puissance de developpement de cette alfeclion, independamment de loute condi
tion de transport par les malades ; s ils insistent sur 1 immunite complete de cer
tains quartiers des grandes villes d Orient ravagees par ce fleau ; s ils font remar-
quer : combien 1 affection fut commune chez des individus qui n avaient approche
aucun pestifere ; combien elle fut rare relativement chez les medecins et les
gardes-malades, temoignages d autant plus precieux que n ayant alors aucune
doctrine a soutenir, en fait de contagion, ces deux auteurs ecrivaient avec la plus
12 QUARANTINES.
grande independance d esprit ; d autrc part ils notent, tous les deux aussi, ce ca-
ractere important de la marche de la maladie qui s attachait d abord aux villes
du littoral, pour penetrer ensuite peu a peu dans 1 interieur des lerres, mode de
progression qui deviendra plus tard Ja base des etablissements quarantainaires du
littoral mediterranean.
G est la peste noire du quatorzieme siecle (1548-50) qui devait commencer la
serie des fleaux contre lesquels 1 homme voulut enfin se proteger ; en bien des
contrees ravagees par cette grande epidemie, le developpemenl en fut, il est vrai,
rapporte a de tout autres causes qu a la contagion ; et le meurtre des medecins,
les persecutions les plus sanglantes contre les Juifs, les souffrances qu une foule
d individus s imposaient a eux-memes pour conjurer la colere divine, temoignent
et de la superstition et de la barbaric de cette malheureuse epoque. En bien id <
lieux, on ne songeait meme a aucune mesure de preservation. A Paris, en 154$,
au moment ou elle faisait 1500 victimes par jour, la peste noire etait considered,
ce semble, comme un mal peu transmissible : C est une chose etrange, dit
Mezerai, que ni le fleau de la guerre (avec les Anglais), ni celui de la peste ue
corrigerent notre nation. Les danses, les pompes, les jeux et les tournois conti-
nuaient toujours ; les Francais dansaient, pour ainsi dire, sur le corps de leurs
parents ; ils semblaient tfimoigner de la rejouissance de I embrasement de leuvs
maisous et de la mort de leurs amis. Peut-etre, pour quelques-uns, de telles re-
jouissances avaient-elles pour effet de relever le courage en faisant oublier le dan
ger, et ne reprfeentent-elles que la premiere application d une methode morale
conseillee frequemment, contre la peste, en notre pays, methode que, quatre siecles
plus tard, recommandait encore Chirac, quandil voulait qu on payat, a Marseille,
en 1720, des violons et des tambours pour donner aux jeunes gens occasion de
s egayer, et pour eloigner la tristesse et la melancolie.
Mais, en d autres pays, le voisinage des malades atteints de peste noire etait
singulierement redoute ; Boccace qui, lui aussi, cherchait de puissantes et
joyeuses diversions, ne s eloignait pas de Florence uniquement dans ce dernier
but; il s en eloignait a cause des dangers sans nombre dont chaque malade deve-
nait la source; pour lui, le toucher, le regard, la parole du pestifere donnuit la
maladie ; des cette epoque, les cadavres meme des individus morts de la peste
etaient considered comme des vehicules du contage ; et, lorsque les Tartares qui
assiegeaient la ville de Caffa, ou s etaient refugies les habitants europeens de 1 Asie
Mineure, furent atteints de celte affection, ils placerent sur des catapultes les
cadavres de leurs morts, et les lancerent dans la ville pour y repandre la maladie.
Pour 1 etablissement de lazarets destines a I isolement et a l observation non-
seulement des malades , mais de tout ce qui etait suspect de contamination, il
fallait qu a la notion du danger du contact des pestiferes vint se joindre celle de
la transmissibilite de 1 affection, par des iudividus et des objets intermediaires.
Quoiqu on ait soutenu le contraire, des 1548, annee de 1 expansion epidemique
de la peste noire, la contagion mediate, le transport du germe morbide par les
navires et les passagers venant d Orient, bien que non atteints de la maladie,
avaient ete constates par les observateurs de 1 epoque ; aucun ne s exprime, a cet
egard, d une maniere plus explicite que Gabriel de Mussis, cet avocat de Plai-
sance, qui, habitant la Crimee au moment ou eclatait cette epidemie, s embarqua
pour en fuir les atteintes, et qui fait ressortir, dans les termes suivants, le danger
que courent a son approche, et a celle de ses compagnons de fuite, les parents et
les amis pres desquels il retourne. Malheur a nous, dit-il ; Heu nobis qui mortis
QUARANTAINES. 15
jacula porlabanws ; (him amplexibus el osculis nos lenerent, ex ore, dum verba
loquebamur, venenum fundere cogebamur.
Quant aux actes administratifs qui furent la consequence de la terreur inspiree
par le contact des individus atteints ou suspects de peste noire, nous n en con-
naissons d autre que la creation a Venise, en 1548, annee de 1 invasion epide-
mique, de trois prove diteurs de sante charges de pouvoirs exceptionnels, mais
completement indetermines, pour les mesures a prendre contre le fleau. Venise
etait alors le centre le plus vivant, le plus commercant du monde civilise; par ses
relations avec 1 Orient, son port etait sujet, plus qu aucun autre, aux invasions
non-seulement de la peste noire, mais surtout de la peste d Egypte qui fut si
frequenle, on le sail, dans les annees qui suivirent Texplosion de cette derniere
maladie. Aussi 1 institution des provediteurs de sante fut-elle non-seulement main-
tenue a partir de leur creation, mais le nornbre en fut double au siecle suivant ;
sans doute ils adopterent, des le debut, certaiues mesures restrictives contre le
debarquement en libre pratique des pestiferes ; mais aucune installation speciale
n est mentionnee dans 1 histoire de Venise , pour 1 application de ces mesures
uvantla fin du quatorzieme siecle.
Certains auteurs ont pretendu que Venise avail ete imitee ou, plutot meme, de-
vancee, dans ces tentatives prophylactiques contre la peste noire , par d autres
grandes villes d ltalie, spe"cialement par Florence et Milan qui, cependant, situees
a 1 interieur des terres, ne pouvaient trouver, dans leur voisinage, de lieux d isole-
nient aussi complets pour leurs pestiferes; quelques families de Florence, d apres
les historiens de 1 epoque, auraient echappS au fleau en barricadant leurs maisons
ou leurs rues pour les preserver de toutc communication avec les quartiers
atteints, methode en somme qui n a rien d une mesure administrative, et qui
nous rappelle ce qu en temps de peste ont fait, jusqu au commencement de ce
siecle, soit en Egypte, soil a Constantinople, soil dans les villes principales de
1 Asie Mineure, les babitants d origine etrangere, les Francs en particulier, pour
se creer une sauvegarde privee dans des pays ou le fatalisrne musulman n admet-
tait aucune mesure de preservation publique. Quant a Milan, qui fut une des
dernieres villes atteintes par la peste noire, car cette affection n y penetra
qu en 1350, on a pense, mais sans preuve aucune a 1 appui, que ce retard de
1 invasion epidemique avait pu resulter de mesures prises pour mettre la ville a
1 abri de communications avec les pays enviionnants.
La premiere ordonnance sanitaire qui, a notre connaissance, ait ete publiee
dans tout le cours du quatorzieme siecle, et que nous ait transmise 1 histoire, est
un arret rendu, en 1374, a 1 egard des pestiferes de la ville de Reggio, arret mo
tive non plus pur les ravages de la mort noire, mais par une de ces explosions
pestilentielles qui furent si communes en Italic pendant la seconde moitie du
quatorzieme siecle. Plusieurs epidemiologistes , et recemment encore Haeser
(Geschichte der epidemischen Krankheiten, lena, 1865, p. 167), ont, par erreur,
attribue cette ordonnance a un gouverneur de la ville de Reggio en Calabre, sur
le detroit de Messine ; il s agit ici de 1 aulre ville de ce nom, situee au nord de
1 Italie, sur le Tessone, dans le duche de Modene ; cette ville dependait des sei
gneurs de Milan ; et 1 ordonnance en question dont voici le texte, que nous avons
retrouve* dans la collection de Muratori, emane de 1*1111 de ces seigneurs, Barnabo
Visconti, qui en present 1 application au podestat de Reggio :
Nos Dominus Mediolani, etc. Imperialis Vicarius, etc.
Yolentes subditos nostros a contagione morbi quanto plus possuraus conservare, lecimu
14 QUARANTINES.
quffidarn decreta, qua? tibi in hoc inclusa mittimus, et qujevolumus in Rhegio observari, e<
in volumine Statutorum nostrorum inseri.
Dnta Mediolani 17. Januarii 1574. Nobili Viro Potestati nostro Rhegii.
Yolumus, quod quaelibet persona, cui nascentia, vel brosa veniet, staiim exeat Urbem, vel
Castrum, vel Burgum, in quo fuerit, et \adat ad campos in capannis, vel in nemoribus,
donee aut moriatur, aut liberetur. Item qui servient, stent post mortem alicujus decem die
antequam habeant consortium cum aliqua persona. Item Sacerdotes Ecclesiaram Parochia-
lium inspiciant infirmos, et videant quod malum est, et statim notilicent Inquisitoribus de-
putatis sub poana ignis. Item quod omnia bona tarn mobilia, quam immobilia appliceiitur
Camera Domini. Hem qui aliunde portaverint Epidemiam, similiter ejus omnia bona sint
CameriB Domini, de quibus nulla unquam fiat restitutio. Hem quod sub pcena bonorum et
vitze nullus alius vadat ad serviendum infirmis, prseterquam ut supra. Et de prsedictis fiat
omnibus subditis notitia (Voy. Clironicon Kegiense, auctoribus Sagacio et Petro de Gazata,
ttofjiensibus, ab anno 1272 usque ad 1588 ; in Muratori, Rerum italicarum Scriptores. Milan,
1751, t. XVIII, p. 82).
Cette loi injuste et cruelle, qui, en donnant a 1 Eglise les biens des malades,
excitait la cupidite d une classe de la societe ; qui remettait le soin de reconnaitre
la peste, comme on le faisait alors pour la lepre, a des personnages incompetents;
qui encourageait une de ces pratiques immorales et dangereuses dont les institu
tions sanitaires de 1 avenir devaient pourlant faire un de leurs principes, la denon-
cialion ; qui, enfin, livrait le malade au denument le plus absolu et le depouillait
meme de ses biens apres sa mort, fut en vigueur jusqu a la tin du siecle dans
cette ville de Reggio ou elle ne fut amendee qu en 1399. Barnabo Visconti, 1 auteur
de cette loi, etait, il est vrai, 1 un des princes les plus cruels de cette epoque bar-
bare; les prescriptions eussent te plus severes encore, si lui-meme cut reside sur
le theatre de cette epidemic ; deja en 1361 , au moment ou la peste sevissait a Milan,
il se retirait a Marignano; puis, ne se croyant pas en surete dans cette derniere
\ille, il se refugiait dans un asile au fond des bois, faisant planter, sur le chemin
de cette nouvelle retraite, une potence avec un ecriteau menac.ant de mort tout
voyageur qui oserait passer outre (Muratori, loc. cit., t. XIV, p. 664) ; en 1575,
la peste regnant de nouveau a Milan, il ordonnait la destruction des palais et des
maisons ou se trouvaient des malades ou des cadavres de pestiieres, et prescrivait
de mettre a mort ceux qui etaient atteints de 1 epidemie ainsi que leurs gardiens
(Muratori, loc. cit., t. XVIII, p. 80).
Evidemment ces ordonnances ne furent point des actes isoles, et toutes les villes
du littoral adriatique de 1 Italie, region de 1 Europe oil debarquaient alors le plus
grand nombre des navires provenant de 1 Egypte et de Constantinople, durent se
premunir plus sp6cialement a 1 example de Venise. A cette epoque, les peuples
riverains de la Mediterranee etaient completemeut etrangers les uns aux autres ;
le plus souvent ils etaient entre eux soit en guerre ouverte, soil en lutte de pira-
terie; on comprend des lors a quelles consequences pouvaient les entrainer les
instincts de la peur, de 1 egoisme, de la superstition, et combien ils tiendraient
peu de compte, a 1 occasion, de la vie et des droits naturels de tout individu de
provenance etrangere et suspecte.
Chaque municipalite un peu importante fit ses lois, lois de defiance dont
1 instinct penetra profondement dans 1 esprit populaire, et lui inspira, dans cer-
taines villes de 1 Italie du Sudj des sentiments d eloignement et d hostilite qui
persistent aujourd hui encore a 1 egard des etrangers. La periode d isolement de
dix jours, prescrite par 1 ordonnance precedente, a tout individu qui avail ete au
contact d un pestifere, sembla meme insuffisante.
Des cette epoque, le terme de quarante jours fut choisi par 1 usage, pour
1 examen des personnes simplement suspectes , examen qui conbistait a les se-
QUARANTAINES. 15
parer pendant quelque temps des aulrcs homines, atin de voii 1 si fafleetion se de-
velopperait; ou. se faisait cette quarantaine? Etait-ce dans un lieu particulier?
etait-ce parfois dans la propre maison de la personne suspecle l Nous 1 ignorons ;
mais, sans doute, les mesures adoptees alors dans ce but revelaient I eufaace do
la pratique sanitaire, et 1 oubli le plus elementaire des droils de 1 homme.
Qidnzieme siecle. De la creation des provediteurs de sante a Venise, en 1348,
et du reglement sanitaire proclame a Reggio, en 1574, nous pouvons done con-
clure qu il y avait, des la fin du quatorzieme siecle, une tendance geaerale a
1 adoption de mesures quarantainaires contre les maladies pestilentielles. Le pre
mier lazaret fut fonde en 1403; c est 1 hopital que les provediteurs de Venise
firent installer dans une ile voisine de la ville pour y recevoir exclusivemeilt les
pestiferes; il n est point question, dans cette organisation, d etablissement special
pour les individus simplement suspects, et dont 1 isolement constitue plus parti-
culierement la quarantaine de la peste. En ce meme siecle, Genes aussi fondait un
lazaret (1467), et les consuls de Marseille convertissaient la leproserie de la ville
en hopital pour les pestiferes (1476). Dans son liistoire de Geneve, Spon nous
apprend qu en 1482 on y installait un hopital special pour les pesti feres; quelques
annees phis tard, en 1490 et 1493, une ordonnance fut promulguee en celte ville
interdisant, durant 1 epidumie, les assemblies ou reunions publiques, et meme
particulieres, lelles que : veillees, vogues, danses, bouffons, e luves, bains, jeux
de paume et de billard.
De ces differents actes il ne faut point conclure a I unanimite des opinions sur
la necessite des mesures quaranlainaires ; il n y avait d autre mobile, a ces insh-
tutions, que la gravite et la frequence de plus en plus considerables des explo
sions epidemiques de la peste a bubons, et, fort souvent, apres le passage d une
de ces epidemics, les mesures de precaution etaient raises de cote pour reparaitre
plus absolues et plus severes a 1 approche d un nouveau danger. Leur emploi ne
pouvait se generaliser de peuple a peuple, ni meme de ville a ville : 1 en raison
du manque complet de solidarite commerciale et polidque ; 2. en raison de 1 ab-
sence de relations scientitiques inlernationales ; 3 mais surtout en raison du
respect des medecins pour les doctrines medicales de 1 epoque, doctrines dans
lesquelles dominait, au point de vue etiologique, 1 influence des causes occultes
qui ne devaient perdre leur importance qu apres les travaux de Fracastor.
II est remarquable cependant de voir, en ce quinzieme siecle deja, se poser le
probleme dont la solution est la clef de voute, pour ainsi dire, des institutions sa-
nitaires; quelques medecins s attachaient a determiner des cette epoque, non plus
seulement a 1 aide des arguments scolastiques, mais par 1 etude des fails, quelle
part revenait a la contagion dans la transmission de la peste, et 1 un d eux, Sala-
dino Ferri, de Milan, posait, des 1422, cette question qui est encore en partie a
resoudre aujourd hui, et qui, en notre siecle meme, a reveille tant d agitation dans
le monde medical : La peste est-elle spontanee parmi nous, ou se developpe-
t-elle par une transmission qui permette d en constater la filiation ?
Seizieme siecle. G est en ce siecle que les institutions sanitaires, au point de
vue pratique aussi bien qu au point de vue doctrinal, firent les plus grands pro-
gres. II n existait pas a Marseille d autre lieu d isolement que I hopital des pesti
feres ; ce lazaret fut agrandi ; mais la mesure la plus essentiellej prise a cette
epoque (1526), et qui devait donner un nouveau caractere aux installations qua-
tainaires, ce fut 1 etablissement simultane 1 , dans une ile voisine de cette ville, 1 ile
de Pomegue, d un port, dit port de quarantaine, auquel etaient renvoyees toutes
16 QUARANTAINES.
les provenances suspectes pour y subir une premiere periode d isolement, periode
d observation pour les passagers, de ventilation pour les marchandises, apres la-
quelle seuleraent etail aulorisee 1 admission au lazaret de terre ferrae, contigu a
la ville.
On sait quelle lut, sur ce siecle et les siecles suivants, 1 influence du livre de Fra-
castor (De contagionibus et contagiosis morbis et eorum curatione, Venetiis, 1 546) .
11 est le premier qui ait pnrle de la contagion, telle que nous 1 entendons. Selon lui
un virus specifique sort par exhalation du corps des malades, se repand a une
tres-faible distance dans 1 air, s attache a certains corps appeles contumaces, sus-
ceptibles de le garder intact trente ans et plus, et consequemment de le trans-
mettre a des distances illimitees, et d infecter des villes entieres; tandis que
d aulres corps, non contumaces, n ont aucune affinite pour lui. A 1 apptii de son
opinion, il cite, entre autres exemples, 1 observation d un bonnet de cuir qui
donna la peste a sept personnes qui le porterent 1 une apres 1 autre. II est evident
que Fracastor a contribue largement aux croyances populaires sur la propriete des
bardes, et des marcbandises, de receler, conserver, et par consequent introduire
les germes des maladies. L esprit saisit le rapport de cette doctrine a la division de
ces marchandises en susceplibles, demi-susceptibles et non susceptibles, division
dont la determination a ete la source de tant de discussions et de taut de diver
gences d appreciation. On sait tout ce que ces distinctions ont, depuis Fracastor,
coute au commerce de difficultes, de temps et d argent. Mais, malgre ses exage-
rations, 1 oeuvre du grand novateur de Verone avail le double avantage : 1 de
demontrer certains dangers bien reels qu on ne soupgonnait pas avant lui, et de
ramener a une observation rationnelle tant d esprits egares par la croyance aux
influences des astres, ou par leur foi au dogme galenisle des qualites occultes ;
2 de faire disparaitre, au contraire, ce qui fut egalement lent et difficile, certains
projuges qui exageraieut la puissance de transmissibilite des maladies peslilen-
tielles, et admettaient encore que ces affections pouvaient se communiquer par la
voix et le regard dos malades.
Les observations medicales confirmaient au moins l ensemble de la doctrine de
Fracastor; deja un auteur du quatorzieme siecle, Chalin de Vinario (De peste, libri
ires, Lyon, 1552) avail demontre le role dela contagion dans la peste de 1582 : ex
neutra causa nee aliunde quam contagione malo transeunte. Mais c est en Italic
siulout que les dogmes de Fracastor rencontraient les meilleures conditions pour se
transformer presque immediatement en mesures de propliylaxie quarautainaire.
Une des pestes les plus redoulables de ce siecle (1554-58) ful 1 occasion du livre
de Buonagenti qui en avail observe les ravages a Venise, et en demonlrait la
transmissibilite suivant la nouvelle doctrine. Vingt ans apres, une nouvelle explo
sion pestilentielle, celle de 1575-1577, fournissait a la cause des systemes quarau-
taiuaires la confirmation la plus importante ; celte peste avail envahi loute la
Venetie, en 1576; au lieu de s en rapporter a leurs prove diteurs et aux ressources
de leur lazaret, les Veniliens firent venir deux celebres professeurs de 1 Universite
de Padoue, Mercurialis et Capivacci qui, encore imbus des doclrines Iradition-
nelles de 1 ecole, rappoiterent le developpement de 1 affection a des causes, soil
locales, soil occulles, en tous cas forl elranges, puisque parmi ces causes Us in-
voquaient cette particularile que 1 annee etait bissextile ; naturellement ils decla-
rerent inutile 1 isolement des malades et des suspects ; les ravages de la mala-
die furent effrayants a Yenise, et on les attribua d autant plus volontiers a la
negligence de toutes precautions quarantainaires, qu au meme moment Alexandre
QUARANTAIMES. 17
Massaria, dans un livre important et celebrc (De peste, libri duo), demontrait
rimmunite des personncs qui, durant cette epidemie, avaicnt pu se renfermer
dans des chateaux ou dans des monasteres; charge lui-mcme de pleins pouvoirs,
a Yicence ou le mal avail penetre, Massaria limitait ses ravages en isolant les
malades dans des locaux speciaux en dehors des portcs de la ville. Le livre de
Massaria eut un grand retentissement ; ses prescriptions sanitaires devinrent
autant d avticles de foi mis a 1 epreuve avec succes pendant 1 epidemie sui-
vante (1587-88). G est de cette epidemie que date I impulsion la plus generate, la
plus puissante en faveur des institutions quarantainaires ; les plus grandes villes
du littoral mediterraneen, Genes, Toulon, Livourne, etc., prennent exemple sur
Marseille pour 1 isolement des individus simplement suspects ; partout on consi-
dere comme indispensable la creation tfinfirmeries speciales, permanentes, qui
seraient toujouvs en exercice, meme en dehors des periodes epidemiques, et qui
devaient, jusqne dans les temps modernes, couvrir le littoral mediterranean d une
serie de barrieres toujours pretes u se fermer, parfois infranchissables, meme dans
1 intervalle des explosions pestilentielles.
En resume, les pratiques quarantainaires sont plus frequemment et plus me-
Ihodiquement appliquees pendant le conrs du scizieme siecle ; mais, en dqiit des
livres et des enseigneraents qui en vulgarisaient la connaissance, et en systema-
tisaient l emploi,ces mesures consistent toujours en reglements locaux, differents
suivant les dispositions des populations et des municipality s. Seulement la conti-
nuite de leur application et la necessite d une surveillance quotidienne de tous
les arrivages, entrainent, dans la plupart des ports de la Mediterranee, la creation
de fonctionnaires speciaux, analogues aux prove diteurs de sante de Venise ; ces
fonctionnaires, qui furent tout d abord de simples delegues, charges par les habi
tants de veiller a la sante publique, devaient, par une emancipation progressive,
s atthbuer une autonomie qui les affranchirait entierement des autorites admi-
nistratives de la cite, et constituer ces intendances sanitaires dont les gouverne-
ments consacrerent les privileges, et dont il leur devint si difficile d entraver les
abus.
Dans les localites de 1 interieur, les diverses reglementations presentent beau-
coup moins d uniformite que dans les villes du littoral. Au lieu d ordonnances,
nous ne voyons guere que des penalites tres-graves, arbilraires, centre les preten-
dus delinquants; a Geneve, en 1550 comme en 1545, quand nombre de malheu-
reux furent tortures et brules sous pretexle d avoir propage le conlage par des
liardes ou des chiffons; en 1568 encore, dans cette meme ville, on livrait aux
flammes plusieurs individus accuses, par 1 opinion publique, d etre des boute-
pestes.
Dix-septieme siecle. Des le commencement de ce siecle, 1 Europe se trouvait
relativement a la peste dans des conditions analogues a celles on nous la voyons
aujourd hui relativement au cholera. La maladie s elevait a son maximum de dif
fusion dans tout le moncle civilise dont elle devait frapperd une maniere si terrible,
pendant cette nouvelle periode,les diverses capitales ; aussi, chez certains savants
du dix-septieme siecle, vit-on reapparaitre la pensee d une etiologie, locale, ende-
mique, ou occuitede 1 affection, plutot que cellede sa transmissibilite ; Sydenham
1 atlribuait aux vapeurs sorties des entrailles de la terre ; Diemerbroeck, 1 observa-
teur de la peste de Nimegue, consacre un long chapitre a la nature divine de la
maladie et a sa prophylaxis tke oloyique. Mnis ces doctrines n eurent aucune in
fluence sur la confiance du public dans les institutions quarantainaires, speciale-
D1CT. EttC. 5 S. 1. S
18 QUARANTAINES.
ment clicz les peuples du sud de 1 Europe; et il etait reserve a ce siecle de voir
promulguer les instructions et les reglements les plus severes centre les infrac
tions aux mesures de police sanitaire. Dans la periode seule de 1625 a 1650, du-
rant laquelle la peste regna sur 1 Italie et sur la France meridionale, les mesures les
plus rigoureuses sont adoptees pour la sequestration des pestifeies ; la pcnie dc
raort est prononcee centre toute infraction a cet isolement ; on ne peut anvter la
maladie, dit lecelebre observateur de lapeste dePalerme (1625), Ingrassias, quu
par 1 or, le feu, et la potence, auro, foco, furca ; en France, Digue, Aix, succes-
viment atteintes, sont cernees par des troupes et par des paysans repoussant a coups
de fusil les malheureux habitants qui cherchent a s echapper, et ne renoncanta in-
cendier ces deux villes qu en voyant la maladie eclater sur plusieurs points envi-
ronnants.
Notons bien qu une partie de ces dernieres mesures etaient autorisees par un
arret du parlement d Aix qui defendant, sous peine de mort, aux habitants de sortir
de la ville et du territoire.
Quarantaines des villes pestiferees. C est en ce siecle, ou la peste penetr;),
plus que jamais elle ne 1 avait fait, dans I interieur de notre continent, que Ton
etudia plus specialement et que Ton mil en pivtique les mesures quarantainaires
applicable^, non plus seulement aux provenances arm ant dans les ports de mer,
mais aux populations des villes atteintes de I epidemie. 11 n y cut ni loi ni de<
pour regularise! 1 application de ces mesures, mais la toute-puissance des parlc-
ments dans chaque province, le zele et la terreur des municipalites firent passer en
usage un ensemble de coutumes dont malheureusement plusieurs de nos grandes
villes eurent a subir la rigueur.
La premiere precaution a prcndre, suivant les auteurs qui nous en out traib-
mis les principals dispositions, consistait a etablir un bureau ouconseil desante,
compose de gens e claires, wrcrcs et rigoureux, dit Ranchin, parce quen fait
de peste, lafaveitr et I indulgence ydtent lout. Ce bureau supprime toute autre
autorite; il a sur les habitants : 1 le droit de peine de mort pour tons les casqui
compromettraient le salut public ; 2 U le droit de taxe, de requisition, en argent,
en denrees, en corveescle toute sorle; ses sentences serontpromptes, martiales; il
jugera d apres le fait inciimine, sans tenir comple ni des observations, ni des ila-
nieurs publiques : Sola veritate inspecta, denegatis defensionibus, more, belli.
Le premier acte de ce bureau sera la declaration de la peste donmnt un dulai dc
quelques heures aux habitants pour s enfmr, et n exceptant de cette permission
que ceux qui logentdans la rue ou la peste s est manifested ; on fera meme sortir
par iorce, s ils ne veulent pas sortir volontairement, les gens sans aveu, les vaga
bonds, les mendiants, les etrangers.
Applaudissons, en passant, a celles de ces mesures qui, en favorisant 1 emigra
tion, diminuaient en somme la masse des futures victimes de 1 epideraie et de la
sequestration quarantainaire qu on allait prononcer. La fuite, comme onle recon-
naissait alors deja, etait le meilleur parti a prendre, et les sages de 1 epoquese
rappelaient la parole d Ezechiel : qui in civitate sunt, fame et peste devarabuntur,
et salvabuntur qui fugerint ex ea. Le parlement d Aix fit bien voir sa propre foi
en ces paroles par son empressement a s enfuir lui-meme de cette malheureuse
ville des le debut de Tepidemie de 1721 ; il alia s installer dans une localite voi-
sine ; en 1629, au debut de la peste de Monlpellier, tous les membres du conseil
de saute s enfuirent successivement aussi de la ville ; ils n etaient pas medecins.
A 1 expiration du delai accorde aux fugitifs et aux expulses, le bureau de sante
QUARANTINES. 19
ferafermer les portes de la ville, sauf celles qu il jugera necessaires pourles commu
nications indispensables ; on ctablira liors d une de ces porles, et a unc certaine
distance, un marche ou les vendeurs et les acheteurs seront separes par un petit
espace de terrain, ou les unsdeposeront, les autresiront prendreles marchandises
et les denrees sans se toucher. Rien ne sortira de la ville qui n ait passe par Ic
vinaigre, par le padum, ou par 1 event, et sans un certificat du bureau qui 1 at-
testera.
Le Gouvernement de son cote, comme il le fit plusieurs fois pour les pestes de
Provence, completera 1 isolement de la ville pestiferee en la faisant investir par un
cordon de troupes pour empecher que rien n en sorte ; si le chiffre des soldats
employes le permet, le cordon sera a une distance d une lieue au moins de la ville,
afin de laisser aux habitants quelque terrain a cultiver ; aucun soldat ne pourra
s avancer de dix pas dans ce terrain intermediate qui est considere comme faisant
pavtie des lieux infectes; il est ordonne aux postes de tirer sur ceux qui enfreiu-
draient cettc consigne, de meme qu ils tireraient sur les habitants qui voudraient
franchir les limites du blocus. On detruira tout ce qui peut servir de vehicule au
contage et specialement les chiens et les chats qui avaient paru jouer un role im
portant dans la transmission de la peste.
La ville ainsi isolee, le bureau dc sanle entre dans le principal excrcice de ses
fonctions, ( administration sanitairc de la ville; son autorite absolue met a son
cntiere discretion toutes les classes de la socicte; il dispose de la force publiquc,
de 1 armee, repartit, comme il 1 entend, les medecinx, chirurgiens, gardes-ma-
lades, accoucheurs, etc., impose, de force, a qui lui convient, les fonctious d iu-
firmiers, et d infirmieres, etc. (Papon).
Un principe generalement suivi pour faciliter la surveillance du bureau de sante,
principe que nous voyons appliquer dans la plupait des \illes pestife re es , audix-
septieme siecle (Milan, 1629), au dix-huitieme (Toulon, 1720), et meme
au dix-neuvieme (Noi a, 1815), c est la division de la ville en plusieurs quartiers
administres par des commissaires particuliers que delegue ce bureau ; ces quar
tiers pouvaient etre fort nombreux ; il y en eut 155 a Toulon pendant la peste
de 1720.
A ces commissaires appartenait le soin de veiller : a la sequestration des malades ;
a la constatation de 1 etat sanitaire de chaque maison devant laquelle un appel
etait fait chaque jour pour s assurer du nombre et de la sante de ses habitants ; a la
designation par un signe particulier des maisons atteintes ; et enfin a la surveillance
des medecins, chirurgiens, gardes-malades qui devaient eux-memes porter sur
leurs habits le signe des suspects, pour qu on ne les aborde qu avec precaution.
Tous les lieux de reunion, spectacles, eglises, tribunaux, ecoles, sont fermes
ainsi que les magasins de luxe, et Ton ne laisse -ouvertes que les bouliques de
marchandsde comestibles.
Ces principes, destines a diminuer les dangers du contact quotidien entre les di
vers habitants, sains ou suspects, furent frequemment violes, ou rendus complete-
ment inutiles dans leur application par des reunions populaires qu aucune autorite
ne pouvait empecher, comme les processions publiques inspirees par la terreur,
comme parfois les rejouissances consacrees par 1 usage, et dont Je peuple de Milan
(1629) vonlut en pleine epidemic courir tous les risques, en celebrant comme
d habitude les fetes du carnaval.
Mais, en revanche, combien de circonstances dans lesquelles, au lieu de se re-
lacher de leur rigueur, les lois d isolement s eleverent encore a un redoublement
20 QUARANTINES.
de severite ! Dans certains cas, en voyant continue! 1 les ravages de 1 epidemie, on
n hesita pas a ordonner line quarantaiue generale de tous les habitants; c est a
dire que chacun devait se reniermer chez lui, la circulation dans les rues n etant
autorisee que pour les employes charges de la surveillance, et pour les pourvoyeurs
auxquels les chefs de famille indiquaient les objets dont ils avaient besoin ; pour
recevoir ces provisions, on descendait par la fenetre un panier de fer blanc, sus-
pendu par une chtfne ; 1 osier etle chanvre prenant la peste, il eut ete dangereux,
suivant Papon, d employer un panier ordinaire muni d une corde.
Cette quarantaine generale de toute une \ille fut prescrite a Genes en 1576 et
en \ 630 ; nous la voyons prescrite encore et appliquee dans toute sa rigueur a
Toulon, et a Aix, en 1720 ; dans la premiere de ces villes, sur 155 boulangers,
115 etaient morts en un mois, en raison, suivant les autorites locales, de 1 af-
fluence chez cux du petit peuple; dans Time et 1 aulre ville, la quarantaine ge
nerale fut prononcee ; chaque district eut des jiourvoyeurs sous 1 ordre d nn com-
missaire; et Ton entalors, a Aix comme a Toulon, ce spectacle elfrayant d une
ville ou tous les habitants, renfermes dan? leurs maisons, ignoraient non-seule-
ment ce qui se passait dans lereste du royaume, mais encore les moindres evene-
in inents qui arrivaient dans leur qnartier, n ayant que la liberte de se voir et de
se parler par les fenetres, etant aussi peu instruits les uns que les autres cles
progres de la maladie, dn nombre des personnes qu elle enlevait chaque jour,
el crnignant a tous les instants qu elle n eut intecte les aliments qn on leur appoi-
tait (Papon).
Ne fallait-il point, pour assurer 1 execution de toutesces mesures, lesecoursdes
delateurs, dont parfois les faux rapports servirent a 1 accomplissement de ven
geances particulieres, et d antres actes criminels?
Un des droits les plus redoutables des bureaux de sante etait celuide sequestrer
non-seulement les pestiferes, mais tous ceux qui etaient suspects de 1 etre, on de
le devenir, de penetrer par consequent dans les families pour en enlever parfois
tel ou telmembre sans que souvent aucun medecin en eut constate 1 etat sanitaire;
ce droit d isolement etait devenu une sorte de droit public (Zacchias, qucest.
med. leg.), et tout individu soupgonne, meme injustement, de contage, ne pouvait
pus plus eviter 1 infirmerie speciale, que les criminels n evitaient les cachots. Cette
loi deja ancienne, et qui avait, aux yeu\ de Papon et de Ranchin, cet avantage
pour les maladesde leur assurer des soinsque le nombre -restreint des medeciusne
permettait pas de repartir dans tous les quartiers, fut encore appliquee, onle sait,
en 1720 a Marseille, par le bailli de Langeron qui ordonna d envoyer a 1 hopital
tous les pestiferes.
Le plus souvent ces hopitaux etaient installed dansl interieur des villes; ce n est
guere qu a Montpellier, a Lyon, et a Milan, qu ou eut soin, pendant la memeannee
epidemiijue (1629), d imiter la conduite de Massaria a Vicence, et de transporter
les malades hors de 1 enceinte.
Lu sequestration des malades et des suspects s etendait parfois aux medecins ;
en 1656, annee oil la peste sevissait a Rome, les medecins refusant de se laisser
renfermer, sans plus sortir, dans les infirmeries des pestiieix-s, ils durent tirer au
sort, et 1 un d eux fut ainsi oblige a cette reclusion par la sacree congregation de
sante; cette congregation etait presidee par le cardinal Gastaldi, auteur d un
traite qui fait autorite en la matiere (De avwtenda et projliycmda peste, Bologne
1684) ; de cet incident on fit une question de droit. Paul Zacdiias, consulte a cet
egai d, et considerant la question aussi bien comme medecin que comme juriste
QUA RANT A INKS. 21
et commc the*ologien, conclut : qu en semblable circonstance, le saint public I om-
portant sur le salut particulier, la profession de medccin constituait une veritable
charge publique qui imposait les memes obligations d obcissance passive quc celle
de soldat.
Quant aux morts, ils devaient toujours etre enterres, hors de 1 enceinte, dans des
fosses profondes creusees a 1 avance.
On redoutait lespauvres et les mendiants qui pouvaient, repandus dans toute
une ville, en corrompre 1 air par leur negligence, leur mauvaisenourriture, et leur
malproprete (Hecquet) ; et frequemment il arriva qu ou les rcunit pour les se-
questrer dans desbaraques, ou leur agglomeration devenait bien autrenient clan-
gereusc pour eux-memes et pour le reste de la ville.
Quant aux personnes que leur profession exposait plus generalementaucontage,
elles devaient attenuer, aulant que possible, leur propre receplivite par quautite de
precautions minutieuses. 11 fallait absolumcnt ne rien porter qui fut de nature
susceptible, ne porter par consequent ni laine, ui colon, ni fourrures, ni velours,
mais adopter des vetements de camelotou desoie, ne tralnant point a terreet ne
faisantaiicunpli. Le meilleur preservatif pour les medecins etait de nYnlivr dans
la cbambre des malades, que garantis par un masque en maroquin a lunettes,
chansses de sabots, vetus d un pantalon, d un gilet et de gants en toile ciree ; ils
ne devaient point se placer vis-a-vis les malades pour nc point etre dans la direc
tion de leur sonlfle. II en etait de meme des confesseurs: Qu on aborde tie deux
pas les malades, dit Ranchin, et qu on se tienne a cote pour ne p*is recevoir leur
baleine. Pour donner la communion, sera bon d dvoir une vergette (petite verge)
de la longueur d un pan et demi (treize a qnatorze pouces) ou environ, et au bout
d icelle un petit croissant d argent, pour porter le Saint-Sacrement daus la boucbe
du malade, lequel avant lui donner, le prelre serrera fort etroitement la manche
de son habit et surplis, afm qu il ne toucbe rien du malade, tenant le flambeau
entre eux deux.
Qu on se tienne toujours debout, sans s asseoir ou se mettre a genoux, et faut
prendre garde que 1 habit ne louche du bord a terre. Les habits les plus uses et
peles sont les meilleurs pour visiter les malades.
Les homines convaincus, comme Papon, de I efficAcite de ces mesures, declarent
que si de semblables quarantaines sont bien observees, on a tout lieu de croire
qu en moins de quinze jours, la peste aura cesse entierement dans la ville, fautede
vehicule pour la repandre.
Ajoutons de suite que, dans tous les cas ou I experience a donne tort a de pa-
reilles affirmations, on a su trouver, pour expliquer la persistance de 1 epidemie,
riafluence d infractions commises aux regies prescrites par le bureau de sante.
Combien, en revanche, dans ce malheureux dix-septieme siecle, ne trouvons-
nous pas de preuves des funestes consequences entrainees par les exces de ce re
gime quarantainaire? combien d habitants, ainsi renfermes dans un foyer infec-
tieux,ont succombe non-seulementa la peste, mais a la famine et aux mauxqu elle
produit? Pendant la peste de Digue en 1629, les paysans des environs, qui gar-
daient les passages, confisquaient le peu de provisions que ccrtaines personnes du
dehors envoyaient a leurs parents et a leurs amis ; puis ils venaient revendre aux
malheureux habitants, sequeslres dans la ville, les denrees qu on ne pouvait rece
voir que par leur intermediaire, et dontilsexigeaient des prix exorbitauts. Ilsde-
libererent meme de mettre le leu a la ville et de la faire consumer par les flammes,
avec les habitants, pour preserver le pays de la peste qui ne paraissait pas devoir
22 QUARANTAINES.
sYieindre de longtemps, a cause du progres qu elle y avait hit et parce quon ne
voyait aucun moyen d enterrer quinze cents morts qui restaient encore dans les
rues ou dans les maisons. Papon, qui cite ce fait, ajoute: Get acte de rigueur eut
ete sage, pourvu qu on eut eu la precaution de faire sortir de la ville les personnes
en vie. Mais au moment ou on allait 1 executer, on appritque la peste s etait
manifestee dans quatre autres villes des environs.
Or, dans cette ville si Men gardee, 1 epidemie fut si terrible que de 10,000 ha
bitants, il n en resta que 1500; et, sans doute, les ravages du mal eussent ete
plus considerables encore si les survivants, revokes enfin de la bafbarie des me-
sures de sequestration dont ils etaient 1 objet et que personne ne songeait a sup-
primer, n avaient pris les armes, etchasse, apres en avoir tue plusieurs, lessoldats
ct les paysans auxquels avait ete confiee la garde dc la porte priucipale de la
ville.
La premiere origine de tous ces malheurs avait ete, cette fois encore, un arret
du parlement defendant, sous peine de mort,aux habitants de Digne de sortir de
la ville, arret qu on interpretait d une maniere toute litterale, et dont aucun ne
songeait qu il y eut a demander la revocation ou la suppression.
Quant aux conseils renouveles de I exemplede Boccace, etadresses au peupledes
villes pestiferees, d eviter les coleres et la tristesse, et de vivre joyeusement, ils
faisaient ordinairement partie de 1 ensemble des prescriptions promul^uees. Ces
conseils figurent au nombre des principles recommandations de Ranchin.
Les mesures d isolement pendant 1 epidemie etaient toujours secondees par
1 emploi des fumigations; cette-pratique, fort ancienne, semble s appuyer snrl au-
torite d un textc de Galien suivant qui Hippocrate, en brulant des aromates et en
faisant allumerde grands feiix, avait arrete la peste d Athenes. On tenait enorme-
ment compte de 1 intensite de 1 odeur produite par ces suffumigations ; on admet-
tait meme tout d abord rinfluence preservatrice des emanations de la putrefaction
animate, de cetles qui sont prodnites par 1 abandon dans les rues des cadavres de
chiens, ou par certaines industries : a II y en a aussi - qui estiment , dit Querce-
tanus, que telles puanteurs servent plutot a cbasser et corriger fair infect et cor-
rompu qu a 1 infecter et corrompre davantage; Calais est delivree de la peste au
temps de la Harencherie, c est-a-dire quand on parfume les barencs, ce qui rend
une puanteur parmi la ville.
Les medecins avaient pris 1 habitude, pour diminuer les dangers du con-
tage, de faire porter devant eux des flambeaux de poix et de fleur de soufre, don-
nant une fumee epaisse et sul focante ; pendant la visite, on allumait dans la
cbambre du malade un rechaud ou brulaient des baies de genievre et autres
aromates.
On voit done que les substances, auxquelles on avait recours, pour la desin-
fection, possedaient une action tres-marquee sur le sens de 1 odorat ; peut-etre
devons-nous nous demander si cette action, d ou resultait une secretion abondante
des muqueuses buccale et nasale, ne se rapprocbait pas de celle que provoquait
egalement 1 emploi des diverses substances sialagogues, gentiane, genievre, girofle,
vinaigre, conseillees par un grand nombre de loimographes, pour diminuer les
dangers des rapports avec les pestiferes ; 1 augmentation de la secretion salivaire
n entrainait-elle pas 1 elimination ou n entravait-elle pas 1 absorption du miasrae
par les voies digestives superieures ou respiratoires?
On donnait, au reste, le nom de parfum a des substances de composition va
riable, mais fournissant par la combustion une quantite considerable de produiis
QUARANTAINES. 23
gazeux ; celui qui etait en usage dans les villes de Provence , au dix-scptieme
siecle, etait ainsi compose :
*0
aa
7 livres.
aa
1/2 livre.
Graines de lierre .
On attribue la recette de ce parfum a un moine francais, le pere Leon, qui, dc
1666 a 1669, avait ete employe par le roi, pour guerir les personnes atteintes de
la peste dans diffeientes villes du royaume. Jete sur un rechaud, ce parfum servait
it la desinfection des individus, des hardes, des meubles, etc. ; mais, dans les
villes frappees de quarantaine, il servait surtout, apres 1 epidemie, a purifier les
maisons, et a diminuer d autant Implication d une mesure plus radicale, maintes
fois proposce, et employee encore au dix-nevwieme siecle lorsde la peste de Noia,
I incendie des locaux ou avaient scjourne les malades. Pour purifier line niaisou
contaminee ou suspecte, on mettait, au milieu de chnque charnbre, une botte de
foin de trois ou quatre livres; sur ce Coin on repumluit la dose de parfum jugee
necessaire; apres quoi, on y mettait le feu, en se retirant promptement et en fer-
mant la portc. Vingt-quatre lieures apres, on ouvrait les portes et les lenetres ; on
recommencait 1 operation une ou deux fois ; alors on effacait la marque placee sur
la porte pour indiquer quelu maison etait suspecte, et les proprietaires y rentraient
apres avoir passe eux-memes par le parfum. La desinfection etait quelquefois pra-
tiquee dans toutes les habitations de la ville.
En Orient, on avait en outre le soin, dit John Howard, degratter, dans les mai
sons, le crepi des murs que Ton jetait dans la mer ; puis on les blauchissait de
notiveau avec de la chaux et de 1 eau de mer.
Ces pratiques quarantainaires, pour les villes pestiferees, furent appliquees en
maintes circonstances, bien que n ayant jamais ete consacrees par une legislation
speciale; elles firent partie de ce code usuel et tacite inspire partout par les ravages
de la peste ; et, dans les pays qui sont demeures refi actaires aux progres, elles out
ete, de nos jours encore, mises en vigueur avec autant de severite qu aux seizieme
et dix-septieme siecles (peste de Noia). Elles ont pour principaux interpretes :
Ranchin, lemoin de la peste de Montpellier en 1629 ; le cardinal Gastaldi, temoin
decelle de Rome en 1656 ; et en fin Muratori. Ges denx derniers auteurs, cepen-
dant, eurent le grand merite de recommander, au lieu de la sequestration quarau-
tainaire des habitants des villes pestiferees, 1 evacuation immediate des maisons
atteintes, leur aeration, leur purification, methode appliquee a Ferrare des 1650,
a Geneve quelques annees plus tard (Reglementdu% avrilWSl, cite par Spon,
Histoire de Geneve), et renouvelee en notre siecle, a Constantinople, depuis
1859.
En meme temps que les villes pestiferees subissaient de semblables epreuves,
les autres localites cherchaient, par les mesures les plus rigoureuses, a se preser
ver des dangers des communications avec les pays atteints. Je me borne a emprun-
ter, comme exemple, le passage suivant a un magistral qui a ecrit 1 histoire de la
justice criminelle en Lorraine : des que, dans le voisinage, la mortalite passait
24 QUARANTAINES.
pour s6vir, 1 autorite superieure intervenait; c etait sous les peines les plus se-
veres qu il etait defendu d aller aux lieux infectes on d en revenir. En 1610,
c etait la peine de moil, meme centre les gardes des portes qui auraient laisse
penetrer dans la ville, sciemment on par maladresse. En 1625, on vit le bailU des
Vosges etablir, a cliaque porte de la ville de Mirecourt, un bourgeois cbarge de
deferer le serment a tons les arrivants, sur la question de savoir si, depuis six
semaines, ils avaient ete dans les pays soupconnes ; en cas d affirmative, on leur
intimait 1 ordre de partir au plus vile, et en cas de negative, si quelqu un digne
de foi se trouvait la pour attester le contraire, execution du parjure etait faite sur-
le-champ a la potcnce (Dumont, Justice criminelle des duche s de Lorraine et
de Bar, etc. Nancy, 1848).
Ce qu il y a de remarquable en ce dix-septieme siecle, au point de vue qui nous
occupe, c est que 1 attention des intendances sanitaires du littoral, malgre la veri
table endemicite de la peste dans 1 interieur du continent europeen, etait plus
que jamais attiree vers les moyens d en empecher la penetration dans les ports par
les provenances d Orient.
Aim derendre cette penetration plus diflicile, on reduisait autant que possible
le n ombre des ports par lesquelles elle pouvait avoir lieu. Pour la France, par
excmple, ou le littoral seul de la Mediterranee etait expose, on avaitetabli sur tout
ce littoral deux lazarets maritimes senlemcnt : 1 un a Toulon, ou les vaisseaux de
1 Etatfaisaient leur quarantaine ; 1 autrea Marseille, reserve aux vaisseaux du com
merce venant du Levant ou des cotes de Barbarie ; ces deux lazarets se partageaient
la juridiction sur tous les ports frangais de la Mediterranee; la sphere d action de
leur police sanitaire depassait deja les limites, non-seulement des pouvoirs munici-
paux, mais meme celles des circonscriptions territoriales des districts. Le lazaret de
Toulon exercjait son autorite depuis le Brusc jusqu au Yar ; celui de Marseille avail
sous sa dependance le reste des cotes jusqu aux frontieres d Espagne.
Les droits de ces deux centres d administration sanitaire sont confirmes par le
premier reglement qui ait ete promulgue en France pour empecher 1 introduction
de lu peste et dont voici la teneur :
25 aout 1683. Reglement sur les precautions a prendre pour empecher 1 introduction de
la peste.
Art. \". Sa Majeste ordonne aux capitaines et autres officiers de ses vaisseaux, galeres et
autres batiments, d eviter, autant qu il sera possible, toute sorte de commerce dans les
lieux suspects de mal contagieux ; et en cas que par une absolue necessite d y iaire du bois
el de 1 eau, etd avoir des rafraichissements et autres besoins indispensables, ils fussent obli
ges d y envoyer des clialoupes ou caiques a terre, Sa Majeste veut qu ils y fassent embarquer
un officier, pour empecher que les mariniers desdites chaloupes ou caiques n y acbetent
aucunes marchandises ni autres hardes que celles qui leur seront indispensablement neces-
saires pour etre en etat de faire le service.
Art. 2. Les vaisseaux, galeres et autres batiments qui reviendront a Toulon ou a Mar
seille, mouilleront, savoir : Les vaisseaux et autres batiments a Saint-Georges, ou devant le
Lazaret, et les galeres aux iles de Marseille ; et aussitot qu ils y seront arrives, et que le
temps le permettra, le commandant de 1 escadre ou le capitaine particulier du vaisseau ou
de la galere, en fera avertir 1 Intendant de la marine ou des galeres, par une cbaloupe ou
caique, qu il enverra avec un officier, au bureau de la sante, et ne permettra a aucun
ofiicier, matelot, marinier de rame ou soldat, d aller a terre, qu auparavant un commissaire
de marine ou des galeres, assiste des medecins et chirurgiens du port et d un officier de la
^ante, n ait ete aupres des batiments s informer du lieu d oii ils viennent, s ilsont eu quel-
ques pratiques en des pays infectes dudit mal, et s il n y a personne qui en soit attaque.
s lls y out ernbarque quelques marchandises ou moutons, volailles et autres refraichisse-
ments ou passagers et le temps qu il y a qu ils en sont partis.
Art. 3. Ledit commissaire de marine ou des galeres et officiers de sante, etant assures
QUARANTAINES. 25
par le rapport du commandant et par le rapport du maitre-cliirurgien, qu il n y en a aucun
altaque de ce mal, et que Ton n a pratiquiS aucune ville infeclee de peste, ni eu commerce
avec aucun bailment venant du levant ou autres iieux suspects de ce mal, ni embarque
de marchandises ou rafraichissements susceptibles de peste, ou passagers venant desdits
Iieux ; lesdits commissaire, medecin, chirurgien du port, et 1 officier de la sante entreront
dans lesdits batiments, et iront recevoir la declaration signee des capitaines, de 1 exposition
qu il auront faite, qu il seront obliges de donner fidele, sous peine de cassation ; pour elre
lesdites declarations enregistrees au bureau de la sante, en suite de quoi les susdits olfi-
ciers feront leur visile, et 1 entree du port leur sera donnee sans retardemenl.
Art. 4. Les batiments qui auront etc obliges de mouiller en des Iieux atlaques de peste,
sans y avoir eu commerce, et qui auront ensuite demeure douze ou quinze jours en mer,
seront pareillement regus dans les porls de Toulon ou de Marseille, apres avoir etc visiles en
la maniere ci-dessus prescrile.
Art. 5. S il avail etc embarque sur lesdits bailments quelqucs marchandises ou rafrai-
chiisemenls susceplibles de peste, Sa Majcsle veul qu a leurarrive e loulesles marchandises et
hardes des officiers et des equipages et chiourmes soient de-barques au Lazaret, pour y faire
la quarantaine ordinaire; que les vaisseaux, galeres et autres batiments, et les hommes
soient parfume s avec un tres-grand soin ; les voiles, pavilions et autres choses susceptibles
de peste soient e vente s ; et ne paraissant aucune marque de peste, huit jours apres le com
mencement de la quarantaine, 1 entree du port soil donn6e aux susdils batiments, ofliciers,
hommes de 1 equipage et cliiourmes.
Art. 0. S il arrivait qu il se trouvat quelqu un attaqne de ce mal, Sa Majeste veut que les
officiers, les equipages, chiourmes, leurs hardes et toutes les choses susceptibles de conta
gion, soient mises au Lazaret, et que les vaisseaux, galeres et autres batiments, apres avoir
ete parfumes, fassent quarantaine entiere, savoir: les vaisseaux el autres batiments au
Morillon, en observant de s eHoigner le plus qu il se pourra de la ville de Toulon, et les
galeres aux iles de Marseille; lesquels vaisseaux, galeres ct autres batiments soient gardes
par les gardes de la sanle.
Art. 7. A 1 egard des officiers, Equipages et chiourmes, ils seront parfumes, quatre fois,
a trois jours d intervalle; ensuite de quoi, apres avoir change de tout habillemcnt, ils se-
ronl visiles de nouveau, et en cas qu il ne s en trouve aucun altaque dudit mal, 1 enlree
leur sera donnee.
Art. 8. Les vaisseaux, galeres et autres batimenls qui reviendront a Toulon ou a Marseille
pour carener, espalmer, se remater ou prendre des vivres, mouilleront savoir: les vaisseaux
et autres batiments au Cros Sainl-Georges, et les galeres aux iles de Marseille et y recevront
tous leurs besoins avec les precautions dont il sera convenu avec les intendants de marine
et galeres et les officiers de sante.
Art. 9. Sa Majesle veul que, dans les cas inopines qui pourraient arriver a 1 avenir, il y
soil pourvu par les inlendanls de marine ou de galeres, el par les officiers de la sanle de
Toulon el de Marseille, el qu ils en donnenl avis aussilol au commandant de la province et a
1 inlendanl de juslice, police et finances qui y esl etabli.
Art. 10. Sa Majesle defend, sous peine de cassation a regard des officiers el de punition
corporelle a 1 egard des matelots, mariniers de rame et autres gens d equipape, de descendre
a terre aux environs de la rade de Toulon et de Marseille, qu apres que 1 entree aura ete
donnte auxdits vaisseaux ou galeres.
Art. It. Defend pateillement Sa Majeste auxdits capitaines de vaisseaux, galeres et autres
balimenls venanl du Levant el autres Iieux soupc,onnes de peste, d envoyer a terre, aucun
homme de leur equipage, ni de laisser debarquer aucune chose en quelque endroit de la
cote de Provence, ou ils se pourront Irouver, si la necessite du service n y oblige, et sans la
permission des officiers de sante qui se trouvenl sur les Iieux.
Ce reglement determine done d une maniere absolue le fonctionnement et
la diversite des attributions des deux lazarets franejais de la Mediterranee. No-
tons, dans ce document, 1 absence de toute mention relative aux patentes, que
les reglements ulterieurs reclameront aux consuls nationaux habitant les points de
depart des navires, et qui prendront une si grande importance, pour la constata-
tion officielle de 1 etat sanitaire de toute provenance exotique et pour le genre et
la severite de 1 epreuve d observation a lui imposer. On s en rapporte done unique-
ment pour 1 application du reglement du 25 aout 1683, aux recits des autorites
du bord et aux lesultats d une enquete administrative et medicale au moment de
J arrivee ; remarquons enfin la benignite des peines edictees, la toute-puissance
dos autorites sanitaircs locales se reservaut sans doute de suppleer, en ccrtames
circonstances, a I indulgencc de la loi.
Dix-huitieme siecle. Dans ce siecle, nous verrons , d une part, s accentuer d i
maniere plus complete I infhience et 1 autorite des administrations des lazarets rm
ritimes, car la peste, plus rare sur le continent, arrive a cette periode de decrois-
sance qui, pour 1 Europe occidentale au moins, en re-lreini les apparitions
littoral ou aux villes voisines, donnant ainsi une valcur presqtie exclusive aux
mesures sahitaires adoptees dans les ports; nous constaterons, d autrepart, une in
tervention plus frequente du gouvernement dans la promulgation de ces mesures,
non pas dans le but d invalider les decisions des bureaux de sante maritimes, ni
d attenuer leur autorite, mais au contraire dans la pensee evidente de confirmer
davantage encore la puissance des administrations locales el de laire tout plier
flrvant elles. Les penalites deviendront plus graves: el la peine ca|>italf elle-
meme consacrera plus frequemmenl ces li-ueurs croi-smlr^ des codes sanitaires.
L explosion de la peste a Marseille, c-n 1720, avail ele I ob.jet des prescriptions
li *; plus rigoureuses; cette Ibis encore leparlement d Aix avail defendu,sous peine
deniort, de communiquer avec les Marseillais, ct auxMarseillais, sous les memes
|ieiiirs, de communiquer avec leurs voisin* ; un cordon do troupes, etabli autour de
la \illc, avail onlrede tirer MII i-ru\ (|iii fuiraieiil cette ville sousquelque pretexte
ijiie ce lut; inalgrc la rc|ii( ^ei.il:ilinu des ( clievins, on se trouva oblige de garder,
outre les pauvres appartenant a la |ioj)iilation, trois mille mendiants etrangers qui
s ]j trouvaient alors. Dans la ville meme, des perquisitions minutieuses etfrequentes
Mjrenl tailrs dans les maisons pour decouvnr ceux qui avaient communique avec
les malades au debut de I epidemie; on conduisaitaux infirmeries ceux quiparais-
saient le plus su>pects, et on enfermait les antics dans leurs maisons, avec des
gardes pour les empecherde sortir; lamoindre delation suffisait a determiner ces
nulres de sequestration. On sait combien cependant fut terrible cette epidemic
de Marseille qui perdit cinquante mille lialntants, combien furent terribles aussi,
en la meme annee et nvilgre 1 application de mesures plus rigoureuses encore, les
pestes d Aix et de Toulon. On accusa d insuffisance les precautions quarantai-
naires prises centre le navire du capitaine Gbataud qui avail ete le vehicule de
la contagion : la sequestration des passagers n avait point ete rigoureuse, les
bardcs n avaient pas ete suffisamment desinfectees ; les medecins avaient perdu
trop de temps a hesiter devant le diagnostic de la peste. L irritation des habitant? et
du gouveruement fut vive surtout centre les hommes de 1 art ; malgre 1 autorite
df Uiiroyneau ct des autres anticontagionnistes de 1 epoque, on les accusa aussi
\iolenmient que les Milanais en 1G-9 avaient accuse les plus aeeredites de leurs
medecins, et que les Venitiens en 1576 avaient accuse Mercuriali et Capivaeci.
Deux ordonnances tres-severes furent successivement promulguees (14 sep-
tembre 1720, et 6 septembre 1721). 11 etait enjoint aux medecins, sous peine de
la vie, d avertir le magistral des qu ils apercevraient quelques symptomes de peste ;
ils devaient, en temps de contagion, faire chaque semaine une declaration du
genre de maladies qu ils traitaient, et des causes de mort de ceux qui succom-
baient. On comprend combien, dans la pratique, devait etre difficile et pouvait
devenir dangereux 1 accomplissement d une semblable obligation.
Ces memes ordonnances prescrivaienl 1 application de mesures destinees a limiter
la peste qui, apres avoir envahi ces trois villes, penetrait dans le Gevaudan et le
Languedoc ; ces deux provinces furent aussitot cernees par les troupes ; le roi en-
voya vingt hataillons pour s emparer de tons les points de communication entre
QUARANTINES. 27
les pays suspects et le reste de la France, mesures qui, en supprimant tout com
merce, faillirent produire la famine dans ces malheureuses provinces. La crainte
du mal se communiqua aux pays limitrophes, ct les autorites de Geneve firont
etablir, en avant de leur ville, deux lazarets pour les voyageurs et les marchan
dises venant de France.
Mais c est surtout vers la police sanitaire des ports de la Mediterranee, et spe-
. cialement vers celle des lazarets de Marseille et de Toulon quo furent dirigvs tous
les efforts, et du gouvernemcnt, et des autorites locales, pour empecher le relour
de fleaux comparables a ceux de 1 aunee 1720; on prit atachc, non-seulement,
d obvier aux dangers que pouvaient receler les passagers, leurs hardcs et les niar-
cbandises ; mais la vigilance des administrations quarantainaires s etendit, plus
energiquement que jamais, a la disinfection eta 1 observation des navires suspects;
on sait que le butiment du capitaine Chitaud, accuse de 1 importation de la peste
de 1720, avail ete incendie, par ordre du bureau de sanle, avec les precieuses
marchandises qu il renfermait ; non-seulement cette mesure fnt declaree appli
cable a tous les bailments contamines, mais il fut ordonne que tout navire venant
des Echelles du Levant ne repartirait de Marseille, pour cetle destination, qif a|>ivs
avoir complete dans le port special annexe au lazaret son temps dc quarantaine.
Ces dispositions sont reproduces dans la declaration suivaiilr; en rappi laul.
la severite de la loi qui punit de mort les principaux delits en matierc dc qnaraii-
taine, cette declaration indique cependant la preoccupation du goiivcmrinent
relativement aux interets du commerce et surtout de 1 alimentation publiquc
compromis par les ordonnances de 1720 et 1721.
1729. Declaration concernant le commerce dans les Echelles du Levant.
Louis, etc..., notre attention a faciliter par toutes sortes de moyeras le commerce que font
nos sujets dans les Echelles du Levant et de Barbarie, et a pourvoir en meme temps a la con
servation de la santedans notre royaume, nous a porte a examiner ce qui pourrait etreajoute
aux ordonnances et reglements rendus a ce sujet, alin d augmenter ledit commerce et d em-
pecher que les batiments qui y sont employes ne puissent introduire le mal contagieux qui
se fait ressentir souvent dans lesdites Echelles. Nous sommes informes que Ton observe avec
exactitude les precautions etablies pour s en garantir dans les lazarets de Marseille et de
Toulon, ou il est ordonne aux capitaines ct patrons desdits batiments de se rendre venant
du Levant ou de Barbarie, pour faire quarantaine, sans pouvoir aborder dans les autres
ports de Provence et de Languedoc, ni communiquer a la cote, et qu il n est pas permis a
ceux qui y sont en quarantaine, d en partir avant que de 1 avoir finie pour faire un second
voyage au Levant, comme ils avaient la liberte de le faire par le passe. Nous avons cepen
dant estime que cette liberte pouvait etre rendue sans inconvenient aux batiments destines
a la traite des bles qui seraient venus dans lesdits ports avec patentes nettes, et nous avons
cru qu il etait du bien du commerce et de 1 avantage des provinces de notre royaume, qui
sont quelquefois exposes a la disette, d accorder cette facilite auxdits batiments employes
a leur procurer 1 abondance. Mais nous avons en meme temps juge necessaire d etablir des
peines severes, non-seulement contre ceux qui, au mepris des defenses de communiquer
aux cotes de notre royaume et de debarquer des marchandises ou denre es en d autres endroits
que les lazarets de Marseille ou de Toulon, pourraient y contrevenir soit en venant des
Echelles du Levant etde Barbarie, soit en partant de nosdits ports avant la un de leur qua
rantaine, mais encore contre ceux qui pourraient aider et favoriser 1 entree et le developpe-
ment desdites marchandises ou denrees.
A ces causes, etc.. . , voulons et nous plait, que les batiments venant des Echelles du Levant
et de Barbarie, charges de ble seulement et avec patenle nette, puissent etre expe dies et y
faire un second voyage apres avoir debarque leurs cargaisons sans etre obliges d achever
leur quarantaine.
Ordonnons aux capitaines et patrons desdits batiments de faire route en partant pour se
rendre en droiture a leur destination, sans aborder ni communiquer aux cotes de notre
royaume, sous peine de la vie.
Voulons que les capitaines et patrons des batiments venant desdites Echelles qui, au lieu
28 QUARAN.TAINES
de se rendre d abord a Marseille ou a Toulon pour y faire quarantaine, iront communiq
auxdites cotes et y debarqueront des marchandises ou denrees, soient pareillcmei
de mort, ensemble ceux qui auront aide ou favorise 1 entree et le debarquement <
marchandises ou denrees.
Cette declaration, qui donnait une nouvelle importance aux autorites sanitaires
de Marseille, n etait pas, a leur gre, sulfisantc pour assurer completementla secunte
du litloral meiliterraneen ; cetle surveillance etait entravee par les communications
maritimes des divers points de la cote; il eut fallu multiplier outre mesure le
nombre des agents subalternes dissemines loin du bureau central; 1 intendance
sanitaire provoqua 1 ordonnance suivante, qui placait entieremenl sous sa juridic-
tion le petit comme le grand commerce, et lui assujettissait meme les bateaux de
peche.
1748. Ordonnanrc portant rcqlemcnt au sujet des patentes de sante que les capitaines,
patrons et entires marinicrs, qui navigucnt il un port a lautre de Provence, Languedoc
ct liutissillon, doivent prendre, tant pour eux que pour les pcrsonncs quih embarquent.
Sa Majoste etant inl ormee que, nonobstant les precautions portees dans les differents
ir-li innnts ivudus sur lc fait de la santii, les capitaines, patrons et autres mariniers qui
luvi^iicnl d un port a 1 autre, de Provence, Languedoc et Roussillon, negligent de prendre
des patentes de sante, tant pour eux, que pour les passagers qu ils embarquent, ce qui fa-
vorise lc di liarquement clandcstin dc ces passagers ct le versement des marchandises qu ils
out finbsrquees, et cstimant necessaire de ivmcilier ; i un pareil abas, qui pourrait avoir des
suites dangereuses pour la sante publiquc, Sa Majotc ordonne et a ordonne ce qui suit:
Art. l or . Tout capitaine, patron ou mariniei 1 , naviguant d nn port a un autre des provinces
dc I rovence, Languedoc et Roussillon, sera ob .i^c, avant son depart, de prendre une pa-
tente de sante, contenant le nombre d hommes qui composeront son equipage, conforme ment
aurdle arrete au bureau des classes, qu il sera tenu de representer aux olficiers de sante;
et ne pourra embarquer aucuns passagers, s ils ne sont pourvus d une patenle de sante,
laquelle ne pourra etre expediee qu en vertu d un billet que lesdits passagers auront pris
prcalablement au bureau des classes, pour justider qu ils se sont pre sentes audit bureau
et qu ils y ont e te inscrits sur le role d equipage, conformement a ce qui est porte par
le reglement du 2 mars 1759, a peine par les contrevenants, de six mois de prison et de
trois cents livres d amende applicables a I hopital le plus prochain du lieuou le cas arrivera
Art. 2. Lesdits capitaines, patrons ou mariniers, feront viser leurs patentes par les offi-
ciers de sante, dans tons les ports ou ils relacheront, et feront leur declaration, non-seu!e-
ment du lieu de leur depart, des relaches qu ils auront faites pendant leur route, mais
encore des batiments qu ils auront rencontres, soit qu ils aient communique avec eux ou
non, sous les peines porte"es par le precedent article.
Art. 3. Les passagers qui se debarqueront a 1 insu du maitre du batiment, et avant qu il
ait rempli les formalites ci-dessus etablies, seront condamnes a trois mois de prison, et a
payer cinq cent dix livres d amende ; les capitaines ou patrons seront tenus d en avertir les
ofiiciers de sante des qu ils auront regu 1 entree, et, au cas qu ils se cacbent, les capitaines
ou patrons seront condamnes a la peine portee dans 1 article premier.
Art. 4. Les passagers qui se debarqueront de force, et apres avoir etc avertis par le
maitre du batiment des peines portees par le present reglement, subiront la peine portee
dans I article premier, dans le cas ou il ne s agira que du simple debarquement de leur
personne.
Si les capitaines, patrons, mariniers ou passagers debarquent furtivement des marchan
dises ou pacotilles, qui doivent toujours etre regardees comme suspectes, tant pour les in-
terets de 1 Etat que pour la conservation de la sante publique, lesdites marchandises et
pacotilles, seront conflsquees, savoir : un tiers au prolit du denonciateur, et les deux autres
au profit de Sa Majeste ; et les contrevenants seront condamnes aux galeres pour le terme de
trois annees.
Entend neanmoins Sa Majeste que le present reglement ne derogera en rien aux peines
etablies par celui du 25 aout 1683, au sujet des batiments venant du Levant ou de Barbarie,
ou de tout autre pays suspect ou condamne. Enjoint sa Majeste a tous les intendants et
officiers des bureaux de sante etablis dans les ports de Provence, Languedoc et Roussillon,
de faire transcrire ledit reglement sur les registres des deliberations de leurs bureaux
pour y avoir recours en cas de besoin. Mande et ordonne Sa Majeste.
QUARANTAINES. 29
Le lazaret de Marseille prenait done chaquc jour une importance plus conside
rable; pendant pres cl un siecle encore, son intendance devait decider les questions
les plus graves an point de vue de 1 etat sanitaire et du commerce, non-seulement
de la France, mais de presque toute 1 Europe. Tout semblait conspirer pour assu
rer et legilimer la haute influence de cette institution. Si Marseille, dit Fodeie,
a pu et a du servir d exemple aux autres ports de mer pour 1 etablissement des
lazarets, elle se trouve aussi dans une des plus heureuses situations pour toutce
qui est necessaire a V ensemble d une institution, de laquelle dependent la surete
et le bonheur des habitants de 1 Europe entiere. Terrain calcaire tres-ctendu sur
nne presqu ile, parfailement venliie, rochers tout alentour qui le rendent inabor-
dable, excepte par quelques points; iles et ilots, avec des ports suffisamment
siirs, pour la quarantaine des vaisseaux, le de|iloicment des ballots et l exposition
des marcbandises a 1 air libre ; reglements sanilaircs, dont 1 esprit est juslilie par
la sanction de 1 experience, et dont I execution, quoique rigoureuse, est etablie
sans murmure par un long usage; conservateurs, quo leur experience dans le
commerce du Levant et la tradition recueillie par leurs predecesseurs, rendent les
bommes les plus propres a de si graves fonctions : tels sont les elements que la
nature et 1 art out fourni a Marseille pour presenter an monde uu modele de
lazarets qui devraitla rendre 1 aboutissant unique de toutle commerce du Levant,
non-seulement pour la France, mais pour tous les ports de la Medi terra nee,
puisque la difference des dominations no pent pas donner les localites que la na
ture a accordees a Marseille.
Get enthousiasme de Fodere exprime bien le sentiment general de toute la po
pulation du Midi de la France, pendant le dix-huitieme siecle, sentiment que nous
revels aussi Papon donnant au monde comme excmple le lazaret de Marseille
qui est devenu le plus celebre par 1 excellente police qui y regne . Des cette
epoque, les autres administrations de sante de la Mediter ranee envoyaient quel-
quefois a ce lazaret des navires pestiferes ou suspects, pour les faire desinfectcr,
operation qui, nulle part, ne s accomplissait avec autant de soin et de methods
qu a Marseille. D autres raisons ajoutaient encore a la reputation de cet etablisse-
ment : D apres le bureau de sante, plusieurs fois, pendant le cours de ce siecle,
depuis I epidemie de 1720, la peste avait penetre dans le port de quarantaine
assigne aux bateaux du Levant, et, grace aux mesures energiques prises sous sa
direction, le fleau avait ete eloufle sur place.
Gette institution etait ardemment defendue non-seulement par les medecins
contagionnistes de 1 epoque, par les membres de 1 administration sanitaire elle-
meme, et par les habitants de la ville encore effrayes des souvenirs de la derniure
epidemic ; mais la situation geographique de Marseille, et les usages quarantainaires
de 1 epoque donnaient a son lazaret une importance speciale dont il est aise de se
rendre compte, et qui avait le singulier resultat de creer en faveur de cette ville
un monopole commercial d une immense valeur : En effet, a cette epoqne, tout
hatiment provenant du Levant, n importe en quelle saison de 1 annee, et n imports
sa patents, elait assujetti, a son entree dans nos ports, a une quaranlaine deter-
mince ; cette quarantaine ne datait que du jour de 1 arrivee du bailment, et le
temps du voyage n y etait pas compris. Jlarseille etant , de tous les ports francais
ouverts aux navires de commerce, celui qui etait le plus rapproche et des Echelles
du Levant et des cotes de Barbarie , c etait la que les capitaines avaient le jdus
d interet a debarqucr , pour commencer immediatement leur purge, et obtenir
plus rapidemenl la libre pralique pour leurs passagers et pour leurs marchandises.
50 QUARANTAINES.
Certains evenements politiques de la fin du dix-huitieme siecle mireut encore
davantage en evidence 1 autbrite de 1 adrainistration de sante de Marseille. Les
armees franchises allaient se trouver aux prises avec deux affections pestilentielles
dont il y avait lieu d entraver la propagation sur notre territoire, avec la peste
en Egypte, avec le typhus en Italic. Aussi cette periode de 1790 a 1800 est-elle
riche en documents olficiels dont la plupart ne sont que des deliberations du
bureau sanitaire de Marseille, sanctionnees par des lois (lois des 21 juillet 1791,
9 mai 1793), et par des arretes du Gouvernement (arretes du 18 floreal an III,
l er ventose et 7 messidor an VI, 8 brumaire et 5 frimaire an VII). L omnipo-
tence des administrateurs de Marseille, en un moment ou les conditions de
guerre modifiaient tant d autres institutions, est confirmee par ces lois et arretes
qui prescrivent : non-seulement de veiller a 1 execution des lois sanitaires, mais
par lesquels encore il est ordonne que les quarantaines ne puissent se faire que
duns les ports de Marseille et de Toulon; il est egalement ordonne a toutes
les autorite s de consulter les administrateurs de sante de Marseille dans tous les
cas qui exigeront des precautions, pour leurs instructions etre executees dans
toutes leurs dispositions, sous les peines les plus graves, dans les ports de la Medi-
terranee, avec defenses aux corps administratifs et municipauxde s immiscer dans
les fonctions et operations des conservateurs de la sante de Marseille et de
Toulon .
Papon et Fodere se sont faits les historiens des mesures quarantainaires de cette
epoque, mesures dontils etaient les partisans et les admirateurs convaincus. Nous
passerons successivementen revue les trois bases principalcs de la police sanitaire,
telle qu on la pratiquait dans les ports de la Mediterranee au dix-huitieme siecle :
1 les bureaux de sante ; 2 les lazarets ; 5 les epreuves et les disinfections im-
posees aux diverses provenances.
1 Bureaux de sante . Un choix serieux doit presider a la composition du
personnel de ces bureaux, puisque a eux seuls appartient le droit de regler les
quarantaines et les entrees des navires, de delivrer ou de signer les patentes de
sante. Us doivent etre composes de preference des principaux negociants de la
ville, pris autant que possible parmi ceux qui ont passe quelques unnees dans le
Levant, ou la peste est endemique, et qui tous, par leur position de commercants,
sont plus specialement appeles, en temps d epidemie, a subir les inconvenients ou
a recueillir les avantages des lois sanitaires. Suivant Papon, la vertu de ces admi
nistrateurs etant souvent mise a 1 epreuve par des interets particuliers qui ne s al-
lient pas toujours avec la rigueur de la police, il ne faut point que le bureau ne
soit compose que de negociants, et Ton doit y admettre egalement les proprie
taries, Appeles d abord intendants de la sante, puis conservateurs de la sante, ils
sont au nombre de seize qui entrent en service actif a tour de role, et sont annuel-
lement renouvelables. Dans certaines villes d ltalie, ils etaient nommes a vie a
Florence , presque tous etaient senateurs ; cette inamovibilite des conservateurs
de la sante semblait, en ces dernieres villes, necessitee par la difficulte du renou-
vellement annuel d hommes d une integrite exceptionnelle, d une fortune ind-
pendante, et subitement investis d une autorite souvent sans bornes, non-seule
ment dans le port oudans la ville qu ils habitaient, niviis dans tous les ports et
dans toutes les rades des cotes de leur ressort ou ils etaient representes par leurs
uombreux preposes.
II fallait bien qu il y eut aussi, ne fut-ce qti a titre de conseil, quelques mede-
cins dans les bureaux de sante ; mais ils etaient relativement peu nombreux, deux
QUARANTAiNES. 51
au plus, et en general, plutot designes par la faveur que par Ic merite; tel est
au moius 1 avis de Fodere qui, d une extreme indulgence pour lu valour des
hommes qui composaient le bureau de Marseille, ne trouvait a redire qu au ehoix:
des medecins qui en faisaient partie ; il eut voulu que pour de semblables ser
vices, on familiarisat quelques jeunes docteurs avec les symptomes de la peste et
de la fievre jaune, et que cette instruction medicale, qu il etait facile preeise-
ment de puiser dans la pratique des lazarets, constituat un des titres mdis|irii-
sables a 1 exercice des fonctions de medecin du bureau de sante. Cette pensee
de Fodere etait excellente; mais ce que nous savons des mobiles qui doniinainif.
les membres des intendauces sanitaires, nous inspire la conviction que cette
pensee n etaii pas alors realisable ; il iall ait peut-etre, dans ces bureaux, des
hommes dont le litre de medecin put salisfuire a I opiniou publique; mais il n y
fallait aucun homme douf, la superiorite n cut pu s accommoder d une legislation
pour laquelle les progres de la science n etaient rien, et qui frappait d avanci 1 <!<
sterilite toute tentative d innovation, en reprochant souvent au corps medical les
doutes que plusieurs de ses membres avaient cmis sur la valeur des mesures
quarantainaires, au moment meme ou une invasion epidemiquc semblail, en
exiger la plus severe application.
La plus grande prudence devait egalement diriger le clioix de tout le person-
,nel soumis au bureau de sante: Capitaines des ports de (|uaraiitaine, capitaines
des lazarets, gardes de sante, bateliers, portefaix, tous devaient etre des types de
fidelite et de probite a toute epreuve. Reussissait-on facilcment a reunir des
Ibnctionnaires aussi parfaits? La reponse semblera doulcuse a ceux qui peseront
la nature des conseils qu on leur domic, des services qu on en reclame et qui
nous paraissent si peu compatibles avec les sentiments de dignite liumaine in >
saires pour garantir 1 accomplissement de la mission qui leur etait impos.ee :
Tout employe adjoint, dit Papon, doit etre le surveillant du titulaire; il ne
faut pas qu il en soit le calomniateur. G est aux snperieurs a distinguer , dans
les denonciations, 1 ouvrage du zelc d avec celui d uue basse jalousie. Le capi-
taine du lazaret, et autres employes devraient etre garcons; une feuime et des
enfants entrainent trop de distractions, et sont quelquefois des sujets de contra
ventions aux lois sacrees de la- saute; il serait meme a souhaiter qu il fut etran-
ger; moins ou a de rapports, plus on est bouuete homme .
De semblables appreciations , dont les fonctionnaires du bureau de Marseille
etaient le principal objet, sont bieu faites pour nous iuspirer quelques doutes
sur la valeur du personnel sanitaire du premier lazaret de 1 Europe; c etait
bien pis ailleurs , et dans ce meme dix-huitieme siecle , John Howard disail
d un autre lazaret celebre, et a juste titre : Les Yeuitiens etaient autreibis une
des premieres nations commercantes de 1 Europe, et les reglements qui s ob-
servent dans leurs lazarets, pour les quarantaines, y sont sages et bons; mais
maintenaiit, dans presque tous ces etablissements de sante que j ai eu 1 occasion
d observer, ily a taut de nonchalance dans 1 execution de ces reglements, tantde
corruption dans ceux qui les dirigent, que la quarantaine y est devenue presque
inutile, et que les lazarets ne servent plus qu a placer les officiers et les gens
infirmes.
La toute-puissance accordee aux plus infimes employes par leur droit absolu
de surveillance, de denonciation, la solde speciale dont ils jouissaient pendant
1 application des quarantaines exceptionnelles, out ete le point de depart d une
massed abus dont les passagers et les commercants etaient les premieres victimes :
32 QUARANTAINES.
les principaux de ces abus c etait la prolongation arbitraire, interminable de la se
questration des individus et des marchandises, 1 arrogance et les vexations de tout
genre des employes de la quarautaine. 11 y a quelques annees, nous avons conslate
nous-memes ces exces dans un port de la Mediterranee qui avail conserve
en parlie les anciens errements de la legislation sanitaire du dix-huitieme siecle;
c etait a Civita-Vecchia ou la quarantaine avail etc prononcee, en 1866, centre
toutes les provenances de la Mediterranee, provenances suspectes alors de cho
lera ; nous vimes aussitot une foule d individus de la localite se transformer en
fonctionnaires arrogants, epuisant, sur les quelques passagers sequestres clans le
lazaret de cette ville, la serie des tracasseries traditionnelles et onereuses des
anciens bureaux de sante.
2 Lazarets. L autorite si considerable des bureaux de sante, la conviction
de 1 arret, grace a leur vigilance, de plusieurs epidemics pestilentielles, 1 igno-
rance de moyens sanitaires autres que la sequestration et la disinfection don-
naient, au div-luiitieme siecle, une importance eiiorme au role du lazaret; il
elait le tombcau de la pesle, le lieu ou elle va expirer, puisque les hommes et
les cboscs aehevent d y clre purifies de toutes les souillures qui pourraient les
reproduire. Places sous la direction immediate du bureau de sanle, devant etre
a proximitu des principaux points d arrivage maritime, surveilles et desservis par
des fonctionnaires et employes habitant la ville, les lazarets ou grandes infirme-
nV.s claient contigus aux ports duns la plupart des villes principales de la cote.
Marseille, Toulon, Livourne. On choisissait, autant que possible, pour les cou-
struire, un endroil isole, bien aere, oflrant en un mot les conditions des empla
cements salubres ; il lallait que le sol calcaire ou sablonneux, a defaut de fontaines
et d eaux courantes, put, par le forage de puits, fournir une quantite d cau suffi-
sante, non-seulement pour la consommation, mais surtout pour la proprele des
passagers, lelavagedes bardes, la disinfection, etc.
Une condition esseutielle etait de rendre 1 acces de 1 etablissement aussi difficile
que possible ; la mer servait de barriere d un cote ; du cote de la terre on elevait
deux on trois murs d f enceinte assez eleves et asset distants pour que des objels qu on
lancerait de 1 iuterieur ne pusseut arriver au dehors. Le lazaret ne s ouvrait que
du cote de la mer, par deux portes- distinctes, 1 une destinee a 1 entree des indivi
dus et des marchandises dont la quarantaine commencait, 1 autre a la sortie des
provenances qui avaienl termine leur temps de sequestration ; le contact de ces
deux categories sous une porte unique aurait frequemment aneanti les effets de la
purge subie, et en aurait exige le renouvellement.
Les arrivages successifs de passagers dans le meme lazaret constituant autant de
categories distinctes comme date del enlree en quarantaine, lY tablissement etait
divise en un certain nombre de compartiments entierement isoles les uns des au-
tres, et gardes chacun par un concierge. Dans cbacun de ces compartiments, etait
disposee une serie de locaux, separes aussi les uus des autres, et destines a main-
tenir en groupes distincts les passagers d une meme quarantaine, suivant qu ils
etaient sains, suspects, malacles, convalescents, etc.
On comprend combien devait etre dangereux pour les populations des grandes
villes maritimes, le voisinage de semblables etablissements ; mais, dans la plupart
des ports qui avaient pris modele sur 1 : installation adoptee a Marseille des le
commencement du seizieme siecle, ces lazarets possedaieut une annexe de la plus
haute importance, et qui, suivant nous, en conjura maintes fois les dangers ; cette
annexe etait un port, dit port de Quarantaine, situe dans une ile plus ou moius
QUARANTINES. 33
eloignee dela ville meme, et dans lequel etaient obliges de se rendre, a leur an ivcc,
lous les batiments contamines ou suspects.
Ces ports de quarantaine, separes completement des grands centres populeux du
littoral, n ayant aucune communication avec les rades et les ports de commerce,
sont en sommele point de depart des etablissements quarantainaires actuels, dont
malheureusement ils ne presentaient pas toutes les conditions hygieniques inte-
rieures.
A. Marseille meme, il e*tait etabli expressement quetout batiment, provenantdes
Echelles du Levant, serendrait directement dans ce port de quarantaine, installr
d abord dans 1 ile de la Jarre, puis dans celle de Pomegue ; le capilaine seul avait
le droit de se faire conduire en chaloupe a 1 entree du port de Marseille ou, a tra-
vers les grilles du bureau de la sante, il transmettait aux administratenrs sa pa-
tente, et son manifeste ; ces deux pieces elaient jete"es par lui dans un bassin
rempli de vinaigre. Le propose a la purge plongeait cette patente et ce manifeste
dans la liqueur avec des pinces de fer , puis les etendait sur une planche, et les
presentait au conservateur de la sante qui les lisait sans les toucher : au lieu de
vinaigre, on se servait parfois de parfum, comme a Livourne; puis le capitaine
retournait, sans toucher terre, (aire executer a son batiment, Equipage et passa-
gers, les prescriptions sanitaires qui lui etaient imposees suivant les circonstances.
Rien , dans le port de quarantaine, ne devait etre debarque, ni liommes, ni
marchandises ; les divers bailments ne pouvaient communiquer entre eux, et ils
occupaient des emplacements differents suivant la diversite des dangers presumes,
et surtout suivanl celle de lenrs provenances ; un navlre arrivant du canal de
Constantinople, lieu suspect alors par excellence, etait soigneusement mis a 1 ecart
de tous Jes autres arrivages du Levant.
Quand on lit les differentes instructions sanitaires de 1 epoque, on reconnait de
quelle importance tait, pour 1 administration des Quarantines, cette pei iode in-
termediaire entre 1 arrivee du navire et Tadmission de ses passagers el de son
chargement au lazaret ; cette periode pouvait se prolonger fort longtemps, en rai-
son de certaines mesures, le sereiiiage en particulier, dont on exigeait ( application
a bord, et qui constituaient la premiere phase de la disinfection; si la maladie n a-
vait point eclate pendant la traversee, on augmentait la duree des conditions de
son developpement en maintenant ainsi, dans le foyer suspect, un certain nombre
d individus voues, comme de veritables reactifs, a deceler, par leur atteinte, la
somme des dangers qu ils colportaient avec eux. C est dans le port de la quaran
taine, dit Papon, que Ton fait les premieres tenlatives pour decouvrir si la peste
est sur un batiment; car, suppose qu elle soil dans quelqne balle de colon, dans
une piece de marchandises, dans la petite pacolille d un matelot, dans quelque
piece de ses hardes, c est a Pomegue qu on s en apercoit, parce que, dans le loisir
que donne le mouillage, chacun visite ses hardes, sa pacotille, et meme on louche
et Ton remue les balles de marchandises, pour voir s il y en a quelqu une de gatee.
C est a ce premier remuement que la peste se decele, par les atteintes qu elle
porte aux gens de 1 equipage.
II y avait un interet majeur a isoler aussi completement que possible ces divers
etablissements, lazaret proprement dit et port de quarantaine, de toute commu
nication soil avec les habitants du littoral, soil avec les batiments admis ou circu-
lant en libre pratique.
Cetisolement, qui fut maintes fois recommande par les instructions des autori-
tes locales, devint en 1786 1 objet de 1 ordonnauce royale ci-apres:
DtCI. ENT. a* S.I. 3
34 QUARANTAIISES.
1786. Ordonnance qui interdit Vapprochc dcs lieux destines a la quarantine a Marseil
a tons ceuz qui ne seront pas dans le cos de le faire, ou qui ne sont pas cotnmis pa
le bureau de sante.
Sa Majeste etant informee que des personnes autres que celles qui sont employees au ser
vice de la saute, parcourent ILbrement 1 ile de Pomegue, ou est le port de la quar
et s approchent du rivage ou est situe le lazaret de Marseille ; et etant convamcu que
frequentation peut compromettre la sante publique par la facilite qu elle donne de commu-
niquer avec les objets qui sont soumis a la quarantaine, et qu il est instant de poi
a de pareils abus, qui pourraient avoir les suites les plus dangereuses ; elle a fait et
fait de tres-expresses inhibitions et defenses a tous les maitres, patrons, et mariniers de
batiments, bateaux, chaloupes de quelque espece que ce soil, des c&tes de Provence, Lan-
guedoc, Roussillon, d Espagne, de Genes, des deux Sidles, et a toutes personnes de quelque
etat et de quelque condition qu elles soient, qui ne sont pas en purge ou commises par le
service du bureau de la sante de Marseille, d aborder 1 ile de Pomegue et son port ni dans
es environs des infirmeries du lazaret de Marseille, depuis la pointe de la porte Galle, jus-
qu acellede Saint-Martin-d Arene, et notamment de descendre sur le rocherdit 1 Emeraude,
sous quelque pretexte que ce puisse etre, meme ceux de peche ou de bain, a peine d une
annee de prison, de 500 livres d araende, de confiscation tant des batiments que des filets,
diandises et autres effets qui y seront trouves, et de plus grand e s il y ecboit, suivant
l;i drconstance des cas; voulant, Sa Majeste que tant lesdites amendes que le produit des
confiscations soient appliques, savoir : un tiers au denonciateur ou a ceux qui feront la cap
ture des contrevenants, un autre tiers aux h6pitaux de la ville de Marseille et le dernier tiers
aux reparations et augmentations des bailments des infirmeries; fait aussi defense aux
maid 1 - el |iat,rons des vaisseaux, barques et autres batiments etant en purge et mouilles
,nn I it. port de Pomegue, de soull rir I approcbe d autres batiments non sujets a quarantaine,
sous les peines ci-dessus prouoncees.
Eujoim Sa Majeste aux employes des fermes de Marseille, et a ceux repandus sur l.i
qui auraient lait des saisies ou des visiles a la mer, de n aborder a terre qu apres avoir lait
leur ihVlaration aux ofliciers de sante, et de ne se rendre sur Tile de Pomegue, dans les
cas qui 1 exigeront, qu apres s etre munis de la permission desdits olliciers qui leur don-
neront mi Lsuilr s il y a lieu. Enjoint aussi Sa Majeste au commandant du chateau d lf, de
; rocrire au corps de garde d invalides qui servent la batterie de Pomegue, d empecher
1 .iliord sur 1 ile dcs personnes qui ne seront pas munies d uu urdre dudit commandant pour
le service du roi, ou d une mission du bureau de la sante pour le service de la quarantaine.
Veut Sa Majeste que les intendants de la sante de Marseille tiennent la main a 1 execution
de la presente ordonnance, qu ils la fassent signilier, lire, publier, afficher a qui et dans
tous les lieux ou besoin sera, a ce que personne n en pretende cause d ignorance.
5 U Temps d epreuve et disinfection imposes aux diverses provenances. Les
dangers de transmission pestilentiellepar lesarrivagesmaritiruesvariaientsurtout,
aux yeux des bureaux de sante, d apres : 1 le point de depart du navire ; 2 la na
ture de la patente delivree par les consuls au lieu d embarqueraent ; 5 1 etat sa-
nitaire du bord ; 4 la nature ou plutot la susceptibilite de la marchandise au
point de vue de sa receptivite par le contage. D autre part, les pouvoirs de ces
bureaux etaient tellement discretionnaires, que de ces elements si multiples de
leur appreciation ils tiraient, pour chaque cas eu particulier, des consequences
tres-variables, et pronongaient souvent des mesures de sequestration d une dui ee
et d une nature toutes dilferentes.
L influence du point de depart du navire sur la decision prise a I arrivee ressort
des coutumes suivantes adoptees au lazaret de Marseille: tout batiment quiprove-
nait soit de Constantinople, soil du canal des Dardanelles, c est-a-dire d une re
gion qui, pour les epidemiologisf.es modernes, est cependant en debors duberceau
endemique de la peste, etait, par le seul fait de cette provenance, classe de droit
parmi les plus suspects, et, comme tel, recevait un emplacement special au port
de la quarantaine ; il mouillait, n importe 1 etat sanitaire du bord, a 1 ecart des
autres navires, dans une anse speciale, dite ause des suspects et des pestiferes.
Tout batiment, provenant des autres Ecbelles du Levant, ou des cotes de Barbarie,
si la ptente etait nette et qu il n y eut pas de pestiferes a bord, etait admis plus
QUA1UNTA1NES. 55
avant dans ce port de la quarantaine, et n etait consign^ dans 1 anse des suspects
que s il etait arrive avec patente brute. Somme toute, c etait toujours en dehors
de la ville que mouillaient tous les navires provenant du Levant ou du sud de la
Mediterrannee, et quelle que fut leur patente, quel que fut leur etat sanitaire, il
n y avait jamais lieu, comme autrefois d apres le reglement de 1685, a 1 admis-
sion immediate soit des passagers, soil des marchandises au lazaret de terre
ferme.
C est alors que commencait la serie des pratiques quarantainaires, determinees
surtout d apres la nature de la patente ; cette patente dtait la declaration officielle
de 1 etat sanitaire du port d embarquement, declaration e"tablie par les consuls et
les chanceliers francais elablis dans le Levant ; on ne saurait croire quelle masse
de subtiles distinctions on avait cherche a etablir dans ces foimules si souvent eta-
blies par des hommes d une competence douteuse; ce n est qu a la fin du dix-hui-
tieme siecle que Ton considera comme suffisante la distinction des patentes, en
patente brute, suspecte, ou nette ; auparavant on en distinguait au moins quatre
sortes: 1 patente nette, indiquant les conditions parfailes de 1 etat sanitaire du
lieu de provenance ; 2 patente touch e e, declarant les relations commereiales de
ce lieu, encore intact lui-meme, avec des lieux infectes ou suspects ; 3 patente
soupfonnee dans les cas ou regne au point de depart une maladie soupc.oimr<
d etre pestilenticlle ; 4 patente brute, quand la peste regne incontestablement
dans le lieu d embarquement.
A cette declaration, chaque capitaine de naviredevait joindre, pour le remettre
aussi au bureau de saute du lazaret, un manifeste emanant egalement des con
suls et cbanceliers, et qui renfermait 1 enumeration exacte de toutes les hardes et
marchandises embarquees, dont la connaissance complete etait indispensable pour
determiner les chances de receptivite du navireau contage pestilentiel, et le degre
de disinfection a imposer a ces provenances.
Une fois les declarations faites, et le navire mouille au port de la Quarantaine,
commenc.aient les operations sanitaires, qui, jusqu au moment de 1 admission en
libre pratique, comprenaient deux periodes bien distinctes : A, pe riodede sereine
a bord; B, periode de quarantaine au lazaret.
A. La periode de sereine a bord etait le temps d observation impose aux passa
gers et aux marchandises avant 1 admission au lazaret. Ces marchandises etaient
placees sur Je pont, les ballots etaient ouverts, leur contenu etait etale en
plein air, afin de subir une ventilation aussi complete que possible; le termeserei-
nage, employe pour designer cette operation, indique 1 importance considerable
qu on attribuait a un tout autre element meteorologique, a la rosee nocturne. Les
administrations sanitaires de 1 epoque consideraient 1 action de cette rosee comme
speciale pour la destruction du miasme pestilentiel ; ils se rappelaient cette obser
vation faite en Egypte, et confirmee par un voyageur ecossais, Bruce, a savoir que,
dans ce berceau de la peste, la rosee nocturne devient plus abondante a partir de
la fin du mois de juin, epoque ou le Nil commence a grossir, et ou cesse d une
maniere fatale 1 epidemie ; des lors, les vetements et les hardes des pestiferes ces-
sent aussi d etre dangereux, comrne 1 avait note deja Prosper Alpin au seizieme
siecle. Cette coincidence entre I apparition de rosees abondantes dans la basse
Egypte, et la disparition saisonniere 3u fleau, prenait done aux yeux des contem-
porains la valeur d une relation de cause a efiet ; on ajoutait, avec Bruce, que cette
rosee avait des proprietes corrosives speciales sur les metaux, proprietes sur les-
quelles insistait aussi Ramazzini dans ses Constitutions epidemiques ; on connais-
56 QUARANTAINES.
salt au reste 1 influence decolorante de cette rosee, ntilisee de nos jours encore
pour blanchir certaines etoffes; des medecins faisaient meme ressortir, avec
Fodere, les effets purgalifs de la rosee, lorsqu on mange de grand matin des raisins
et autres fruits quien sont humectes; de tous ces fails on concluait a une action
soil chimique, soil eliminatrice , de 1 humidite nocturne a 1 egard a 1 egard des
germes de la peste ; et, en somme, on attribuait au serein nne valeur antimiasma-
tique telle que, dans beaucoup de bureaux de sante, on hesita longtemps a sup-
primer la periode de sereinage pour s en tenir exclusivement a 1 emploi des desin-
1 ectants chimiques, et a la ventilation en plein jour ou sous des hangars. Cette
epreuve etait souvent ruineusejpour le commerce ; grand nombre de marchandises,
comme meubles, etoffes, objets d art, ainsi deballees, exposees en plein air, sou-
mises a 1 impregation de 1 humidite atmospherique , se trouvaient defraichies,
salies, etperdaient une partie de leur valeur.
Suivant la provenance, et la nature de la patente, la duree de la sereine a bord
pouvait etre de deux a huit jours.
B. Periode de quarantaine au lazaret. Alors settlement commencait la qua-
rantaine des passagers et des marchandises au lazaret de terre ferme. Gette qua
rantaine, de dix-huil jours au moins pour les provenances du Levant, alorsmeme
qu elles etaient munies de la patente nette, pouvait en durer 20, 25 ou 50, sui-
vant que la patente etait louchee, soupconnee, ou brute. Elle ttait moindre pour
les batiments dont les points de depart etaient plus eloignes, le temps de la travel-
see etant regarde comme une epreuve d autant plus certaine que cette traversee
avail etc plus longue. Les batimenls venant des cotes de Barbaric (Alger, Tunis,
Tripoli) pouvant arriver a Marseille en trois jours, la quarantaine imposeea leur
arrivee etait plus longue que celle des provenances des Echelles du Levant dont
la traversee exigeait trenteet quelquefois quarante jours. Cependanl les batiments
provenanl de Conslantinople, ou de son canal, meme avec patenle nette, etaieal
en principe declares dangereux, et, comme tels, soumis toujours a la quarantaine
de patente brute (50 jours).
Mais il y avail a compter en oulre avec les circonstances qui pouvaient motiver
1 application de quarantines extraordinaires ; pleine el entiere liberte elait
laissee aux intendanls du bureau de sante pour determiner la duree des epreuves
dans les cas ou un deces , par maladie pestilentielle, etait survenu pendanl la
Iraversee. Lorsque la mortalile elait exceptionnellemenl grande dans les pays ou
regnait la peste , les provenances de ces pays subissaient egalemenl une quaran
taine extraordinaire, sans meme qu il y ait eu des cas mortels a bord dnrant la
traversee.
Ainsi en 1784 et 1785, celle des batimenls parlis de Tunis el de sa cote fut
portee, a Marseille, a cinquante jours, parce qu il mourait a Tunis jusqu a 400
pesliferes par jour. Les memes mesures furent adoptees, pour une raison analo
gue, en 1785-6 a 1 egard des provenances de Bone el La Calle, et en 1787 a 1 e
gard de celles d Alger.
Enfiu, un balimenl avail-il la peste a bord au moment de son arrivee au port de
quarantine , le temps d observation lotale, soil avanl 1 admission au lazaret, soit
apres cette admission, etait de soixante jours ; si, duranl celte observation, quelque
malade succonibail, la periode quaranlainaire recommengait, el Ton vit ainsi des
passagers delenus plus de six mois, sans communicalion autorisee avec leur fa-
nnlle, dans quelque lazaret de la Mediterranee ; parfois la mort subite ou rapide
dc quelque pei sonne placee en quarantaine, et enlevee par toule autre maladie
QUARANT.UNES. 37
que la peste, entraina, pour toute la categorie des voyageurs provenant da meme
batiment, une sequestration indefiniment prolongee.
C est pendant la periode de quarantaine au lazaret, que s operaient la plupart
des mesures de disinfection speeialement applicables aux matieres dites suscepti-
bles: laine, colon, )in, sole, pelleteries, draps, eloffes, crin, eponge, etc.
L application de ces mesures etait proportionnee al etendue presumee de 1 in-
fection de ces diverses marchandises ; en cas de patente nette, un parfum etait
considere comme suffisant, on en employait deux si la patente etait suspecte, trois
si elle etait brute. A la fin du siecle dernier, 1 importance de ces parfums etait
assez grande pour que ce terme fut, relativement aux hardes et marchandises,
considere comme synonyme de quarantaine ; comme on admettait qneces dernieres
substances pouvaient conserver le germe morbide durant des mois et des annees,
on comptait tres-peu sur Icur isolement pour les assainir, et Ton redoublait par
consequent de zele dans la recherche des moyens capables de reduire la dureede
cette epreuve.
Les Marseillais etaient considered comme d excellents desinfecteurs ; en 1675,
1 ordre de Make en fit venir un certain nombre auquel on attribua le salut de la
population de toute 1 ile.
Outre le parfum employe dans les villes pestiferees places en quarantaine au
dix-septieme siecle (voir plus haul), on recourait aux vapeurs nitreuses; on sail
aussi qu une des premieres applicalions des fumigalions guytonniennes, mises en
pralique vers 1780, fut leur emploi centre le miasme peslilenliel ; par leur action
sur les diverses muqueuses, ces fumigations repondaient a 1 opinion qui regnait
alors de la necessite de gaz irritants comme condition de 1 action des parfums,
soit sur 1 homme, soit sur les matieres susceplibles ; Brayer raconte avec quelle
confiance et quelle tenacite 1 on recourait encore au commencement de noire
siecle au precede de Guyton de Morveau, auquel ilreproclie avec juste rnison les
accidents qui en resultentparfois chez les individus nerveux ou atteints d affections
thoraciqnes.
La desinfection s etendait egalement aux navires qu on lavait a 1 eau de mer,
ou a 1 eau de chaux ; on y brulait ensuite soit du soufre, soit du parfum ordi
naire apres avoir hermetiquement ferme les ecoutilles. Les Venitiens faisaient
plus et mieux ; avant de parfumer, ils promenaient partout, a I interieur, le long
des parois de vaisseaux, une torche enflammee, afin de briiler toute la matiere
susceptible restee adherente a ces parois. Nous verrons, en tragant les regies de
1 hygiene sanitaire des vaisseaux, au point de vue special qui nous occupe, que
cette pratique etait 1 enfance, pour ainsi dire, de la meilleure des methodes actuelles
de desinfection navale.
Pendant que, sur le littoral mediterranean , les bureaux de sante voyaient
s accroitre chaque jour leurs privileges et la confiance des gouvernements en leurs
institutions, confiance que justifiait la rarete de plus en plus grande des epidemics
sur ce littoral, une opinion completement differente surgissait a I interieur du
continent, et preparait la violente reaction qui, au siecle suivant, devait ebranler
ces puissantes administrations. Les mesures quarantainaires appliquees aux villes
pestiferees ne pouvaient que bien difficilement etre maintenues aussi longtemps
que Taurait exige la prudence de leurs bureaux de sante ; il survenait un moment
ou, fatigues d une longue sequestration, et des miseres qu elle entraine, les habi
tants bravaient les consignes qu ils avaient tout d abord considerees comme
sacramentelles ; ils rentraient de force dans les maisons declarees suspected, pre-
58 QUARANTAINES.
naient possession des hardes des decede"s, franchissaient les barrieres d isolement
des quartiers les plus dangereux, et bien souvent , en somme, ils n etaient pas
attaints, parce que le cycle epidcmique etait accompli ; on revoquait des lors en doute
ces dangers si excessifs des matieres contumaces, et Ton accusait d abus certaines
precautions qui semblaient exagerees, et desormais nuisibles par la prolongation
de cette vie de misere subie pendant la periode de quarantaine. A Marseille meme,
quelques casdepeste ayant reparu en 1721, et le bailli de Langeron, gouverneur
de la ville , ayant propose des mesures de disinfection generale, comme celles
qu on avaitemployees 1 annee precedente, les notables consulted declarerent que les
inconvenients de ces mesures 1 emporteraient de beaucoup sur leurs avantages,
que le commerce en serait ruine par 1 obligation de livrer a la purge, pendant un
temps plus ou moins long, les enormes quantites de marchandises accumulees
dans les entrepots de la ville, et chez les particuliers; leur avis triompha, le
malne s aggrava point, et en somme, I evenement leur donna raison.
En Angleterre, durant cette peste de Marseille, 1720-21, le gouvernement
avail pris les memes precautions qu en France ; des troupes avaient ete envoyees
en divers endroits, pour empecher les communications ; ces communications de-
vaientetre interrompues a la moindre apparence de dangers, etles soldats feraient
feu sur ceux qui entreprendraient de passer les lignes ; mais ces mesures parurent
tellement graves qu avant leur promulgation definitive elles furent combattues
vivement dans le sein du Parlement, et declarees inapplicable^ : la seule appre
hension de ces prohibitions, si le bill n etait immediatement retire, chasserait du
pays tous les gens riches et aises , et par la, de meme que par les empechements
qui en re"sulteraient pour la libre entree des vivres, elles feraient mourir de faim
les pauvres, ruineraient le commerce , et au lieu de contribuer a faire cesser
la calamite qu on redoutait, attireraient en outre de nouveaux malheurs (R. de
Thoyras, Histoire d Angleterre).
Des medecins s associaient avec vigueur a ces tendances de 1 opinion publique.
On connait 1 oeuvre de Chicoyneau et des autres observateurs anticontagionnistes
de la peste de 1 720. Suivant Hecquet (1722), la gravite des pestes anciennes etait
moindre qu aux dix-septieme et dix-huitieme siecles, parce que les anciens s in-
quietaient moins de la sequestration des malades et des suspects : La methode
des infirmeries pnbliques est de fraiche date ; 1 ltalie et la France paraissent y
avoir donne origine, et la piet6 de quelques religieux plus zeles qu habiles y aura
donne cours et attire creance. Mais fut-il rien de plus capable d abattre les esprits
et d intimider les hommes au sujet d un mal contre lequel on a vu employer des
moyens si durs, si violents et si imperieux, puisqu ils vont a separer des families
et a diviser ce que Dieu a uni, c est-a-dire les mariages, en separant inhumaine-
ment, comme on 1 a fait, les maris de leurs femmes, les femmes de leurs maris?
Cette violence faite a la liberte publique etait bien propre a imprimer la frayeur
que Ton voit aujourd hui saisir si promptement les esprits au seul bruit d une
peste, formidable meme, tout eloignee qu elle soit.
En aurait-ilfallu davantage pour causer la mort de tarit d hommes glaces de
crainte et abattus de peur, laquelle, influant autant qu on le sait dans les desastres
que fait aujourd hui cette maladie, en aura augmente le pouvoir, et fait la plus
grande partie de sa malignite?... Cependant c est 1 etat du monde d aujourd hui ;
ses citoyens sont en proie a la peste depuis 1 jnvention des infirmeries ou hopitaux
publics, qu on etablit pour les enfermer malgre eux, non-seulement des qu ils
seront pris de la peste, mais encore du moment qu ils en seront soupconnes. Car
QUARANTINES. 39
rien n est ici exagere ; tout pestifere, tout soupconne de 1 etre, et tout convales
cent de cette maladie,sont autant de suppots acquisa ces infirmeries tant vantees,
qu il ne leur est non plus possible d eviter que les cachots aux criminels; on en
fait meme une sorte de droit public, qui y assujettit tous les elats, les sexes, les
ages et les conditions, depuis surtout qu on a mis en question si 1 on pouvait
contraindre a ces emprisonnements ceux qui ne voudraient point s y soumettre.
La securite oil Ton vivait dans le temps passe a 1 encontre de ces sortes d insultes
faites au droit des gens avail beaucoup moins d inconve nient, et Ton etait quitte
avec elle a avoir la peste, au cas e"cheant, mais au milieu des secours de sa famillc
et de ses amiscapables d adoucir les ennuis et les peines du plus affreux etat. Un
malade, ainsi situe, etait visile, secouru et observe par des yeux atlentifs a son
soulagement; et, n ayantpoinl le cceur saisi par la delresse du cachot, ni son corps
malmene par des mains etrangeres, il guerissait avec d autant moins de frais, ou
avec d autant plus de facilite, que les nerfs, ne se trouvant poinl en conlrainte,
entretenaient au sang un cours libre et une circulation aisee : conditions si neces-
saires pourle retablissement de la sante.
Une autre sorte d esclavage qu on exerce encore en temps de peste, sont les
baraques dans lesquelles on renferme les pauvres, commes il etait possible d ima-
giner que 1 art de purifier 1 air ful 1 assemblage en des lieux resserres de tout ce
qui pent contribuer le plus a son infection ; car, s il est convenu que les pauvres,
repandus au large dans loute une ville, peuvent, par leur negligence, leur mauvaise
nourriture et leur malproprete, en corromprel air,que n aura-t-on point a craindre
de toutes ces causes d infection ramassees et concentrees dans un seul endroil?
Mais, d ailleurs, les devoirs de la charile chrelienne peuvenl-ils s accorder avec
1 impitoyable durete d oler a des gens, destitues de lout, le seul bien qui leur
reste, c est-a-dire !a liberte? On sail deja, et c est 1 avis de toutle monde, que les
pauvres sont la partie des habitants d une ville pestifeYee sur laquelle la peste
exerce le plus de furie ; serait-ce done que Ton voulut lui en faire le sacrifice en-
tier en les exposant a une infection plus certaine? II paraitrait du moins qu on
voudrait s en defaire, tant on se permet de cboses a leur desavantage et pour les
eloigner; car le parti en est pris, il faut, ou les enfermer, ou les baraquer, sinon
les obliger a quitter leurs maisons, leurs metiers et les villes ; et ce n est pas
seulement sur les mendiants, ou gens sans feu et sans lieu, qu on exerce cette
inquisition, on 1 etend aux artisans memesdont on ordonne de vider les boutiques,
en obligeant les maltres de renvoyer la plupart de leurs compagnons.
Nous donnons en entier ces passages d Hecquet, parce qu il y exprime, plus ener-
giquement que beaucoup deceux qui ont adopte ou partage son opinion, cette aver
sion pour les mesures quarantainaires appliquees dans toute leur rigueur.
Sans attaquer 1 ulilite absolue de ces mesures, plusieurs auteurs en demande-
rent I attenuation et meme Tabrogation en quelques circonstances. Pour Stoll
(Ratio medendi) , comme pour von Ferro (De la contagion des maladies epide-
miqnes et surtout de la peste, Vienne, 1782), la peste n est transmissible qu au
momentde racmederepidemie; en maintes circonstances, 1 isolement des suspects
et meme celui des malades est inutile; 1 isolement et la disinfection des mar-
chandises Test toujours. Telle etait aussi 1 opinion de Brunner. Un autre medecin
viennois, Martin Lange (Rudimenta doctrines de peste, Vienne, 1786), demande
egalement la suppression des entraves, mises au commerce avec le Levant , par
1 application des quarantaines aux marchandises. Un des livres les plus importanls
de cette periode est celui de Ghenot, I liistorien de la peste de Transylvanie. Lui
40 QUARANTA1NES.
aussi reclame la libre pratique pour les marchandises; mais il formule en outre
cevoeu si rationnel et qui ne devait etre couronne qu en notre siecle, la suppn>-
sion de toute mesure quarantainaire en temps non epidemique ; pendant les pc-
riodes epidemiques elles-memes, la duree des epreuves doit etre considerablement
reduite, et il faut diminuer les chances d invasions pestilentielles par 1 assainisse-
ment des localites, des maisons, etc. Cette influence des conditions hygieniques
sur la receptivite du miasme pestilentiel etait mise en lumiere par nombre d ob-
servateurs distingues, la meme ou Ton accordait le plus d importance aux mesures
quarantainaires : Parmi tant de morts , dit Mertens en parlant de la peste de
Moscou de 1771, je ne sache que trois gentilshommes qui aient ete attaques de
cette maladie, tres-peu de bons bourgeois, et seulement trois cents Grangers du
plus bas etage ; tout le reste etait du petit peuple russe.
Les arguments des anticontagionnistes recoivent encore en ce siecle 1 appui des
observations laites par deux hommes qui allerent etudier la peste dans sonberceau,
commengant ainsi la serie de ces croisades scientifiques qui, au siecle suivant,
devaient etre continuees, dans 1 interet de la meme cause, par Chervin, Brayer,
Segur-Dupeyron, Aubert-Roche, et aboutir a une reforms si radicale de la police
sanitaire de 1 Europe.
Le premier, Russel, dans son ouvrage sur la peste d Alep, raconte que les ne
gotiants europe*ens, voyant I immunite des moines cophtes isoles dans leurs
couvents, out pris 1 habitude de se renfermer dans leurs maisons, soil au Caire,
soil a Alexandrie, durant 1 epidemie, alors que les Turcs, enchaines par leurfata-
lisme, ne prenaient aucune mesure d isolement. Mais la se bornent les precautions,
toutes de nature privee ; et ce meme auteur affirme que la maladie n est trans
missible que par le pestifere lui-meme, ses habits et ses hardes.
Le second, John Howard, est, des le dix-huitieme siecle, le promoteur de re-
formes fondamentales du systeme quarantainaire de la peste; il visite successive-
ment les hopitaux, les lazarets de la Mediterranee ; il attaque energiquement
leur installation defectueuse, etablit 1 importance des conditions hygieniques de
ces etablissements , soutient 1 inutilite des quarantaines imposees aux marchan
dises, et jette reellement les bases de la legislation anglaise si liberale au-
jourd hui en cette matiere ; il observe I innocuite des cadavres des pestiferes :
II est a remarquer, dit-il dans son Histoire des lazarets, que, quand le corps
d une personne morte de la peste est refroidi, il n infecte alors par aucune exha-
laison nuisible : cette opinion est si generalement recue en Turquie, que les gens
du pays ne craignent aucunemeut de toucher ces cadavres. Telle devait etre, on
le sail, 1 opinion de Desgenettes, opinion qui, plus tot vulgarisee, aurait sans
doute evite 1 les dangers de raccumulation, dans les maisons et les rues des villes
pestiferees, des cadavres dont on s eloignait avec terreur. John Howard combat
egalement avec autorite tout le luxe de precautions grotesques dont s entouraient
medecins et gardes-malales pour eviter tout contact immediat des malades, etil pose
en principe ce fait, maintes fois constate depuis, specialement en Egypte en 1855,
que la transmission du contage a lieu par inspiration.
Rappelons enfin que, dans les dernieres annees du dix-huitieme siecle, 1 expe-
dition d Egypte amenait, dans le berceau meme de la peste, un groupe d illustres
savants qui devaient en etudier de pres et l origine et la prophylaxis.
Sous les auspices glorieux de Desgenettes et de Larrey, les medecins militaires
de 1 expedition abordaient conrageusement les pestiferes en supprimant, pour les
soigner, toutes les entraves imposees jusqu alors a ces malheureux ; grand norabre
QUAIUNTAINES. 41
de ces medecins furent viclimes de leur devouement, d nufant plus digne d admi-
ration , qu a la raeme epoque les administrations sanitaires de Marseille et de
Toulon epuisaient leur activite a la recherche de perfectionnements pour les appa-
reils qui devaient preserver de tout danger de contagion les chirurgiens et magis
trals de leurs bureaux de sante.
3 PERIODE DE LA PESTE , DE LA FIEVRE JAUNE ET DU CHOLERA. Premiere
moitie du dix-neuvieme siecle (1800 a 1850). Dans cet espaced undemi-siecle,
la question des quarantaines devait passer par les phases les plus diverses pour
aboutir au decrel de 1850, qui clot, d une maniere naturelle, ce que Ton peut ap-
peler la periode historique du regime sanitaire.
Nous verrons, des les premieres annees de ce siecle, la doctrine des quarantines
affirmee awec une nouvelle energie, soit par des homines de science, tels que Fode.re ,
Pariset; soit par des administrateurs, tels que Boisbertrand, se heurter, d aulre
part, aux convictions d adversaires representant aussi la science et 1 adminis-
tralion : Ghervin, Aubert-Roche, Segur-Dupeyron. Cette lutte deviendra vive ,
surtout a partir de 1 annee 1822, celebre dans les fastes de la police quaran-
tainaire par la promulgation d une loi qui en consacra les privileges et lui doim;i
une extension inconnue jusqu alors ; puis une appreciation plus exacte des fails
amenera peu a peu les esprits a une tendance ecleclique qui les engagera a con-
server ce qui esl nlile, a rejeler ce qui esl exagere" dans les praliques quarantui-
naires ; on verra enfm se prononcer les premiers efforts entrepris pour eloufter a
leur origine ou arreter loin du monde civilise les maladies pestilentielles ; et cette
premiere moitie du dix-neuvieme siecle se terminera au debut des tentatives si
glorieuses, faites par la nation du monde qui a rendu les plus grands services a
1 hygiene publique et internalionale, la France, pour amener les savanls de tous
les pays a conslituer enfm, comme arbilres de ces grandes queslions, les seuls
Iribunaux dont on ne puisse revoquer en doute la competence.
Ce qui donne en outre a cette periode un interet nouveau, c est la modificalion
du cadre des affections auxquelles s appliquent les mesures sanitaires de prophy-
laxie; jusqu au commencement du dix-neuvieme siecle, il n elail question que de
peste dans les reglements quarantainaires ; a partir de 1821, les preoccupations
relatives a cette affection diminueront peu a peu pour abandonner une place de
plus en plus grande a celles que feronl surgir la fievre jaune et le cholera.
Des le debut du dix-neuvieme siecle, tous les ports riverains de la Medilerranee
faisaient observer les quarantaines de la pesle avec d autant plus de rigueur quel on
redoutait le retour des armees anglaise et franchise qui se trouvaienl alors en Egypte;
il avail ete question dejuger elmeme de fusilier Bonaparle pour elre rentre d Orient
enl an VII (1799) sans vouloir s astreindre a aucune des epreuves quaranlainaires ;
etFodere, entraine sans doute aufant par 1 esprit de parti de 1 epoque ou il ecri-
vail (1818) que par ses conviclions &i profondes en maliere sanilaire, appreciail
ainsi cette infraction : Depuis plus d un siecle, on n avait pas vu violer cette loi
protectrice des nations, lorsqu en Tan Vll un vaisseau qui portait Bonaparte et
autres deserteurs de 1 armee d Orient, et qui venait du berceau meme de la peste,
1 a violee a Frejus ; tous les bons esprits fremirent de cette transgression, qui pou-
vail couvrir la France et 1 Europe de deuil par les ravages de la peste ! Puisse-t-il
elre le dernier exemple semblable pour 1 Kurope civilisee! (Diet, des sciences
med. art. LAZARET).
Le renouvellernent de semblables violations, sans prejudice pour la sanle pu-
blique, devait etre, au contraire, un des arguments des partisans absolus de la libre
42 QUARANTAINES.
pratique. Mais les habitants de la Provence etaient en general tellement imbus de
la necessite des mesures quarantninaires qu ils les auraient appliquees a toute
sorte d affections, et que Fodere lui-meme etait oblige, dit-il, de dissuader les
habitants de la bonne ville de Martigues de leur croyance a la contagiosite des
fievres palustres. Le rigorisme des lazarets de Marseille et de Toulon fournit aux
medecins militaires francais de 1 armee d Egypte une occasion de comparer la po
lice sanitaire de nos ports a { indifference des Musulmans dans le berceau de la
peste. Les uns donnerent raison aux Musulmans, et Ton connait la phrase d As-
salini : Une pareille inhumanite n a lieu ni en Asie, ni en Afrique. Si je devais
etre attaquS de la peste, j aimerais mieux etre entre les mains des Turcs qu entre
celles des Europeens. D autres,aucontraire, jugeant aussi par comparaison,qua-
lifiaient de crime contre I humariite 1 incurie des gouvernements orientaux ; telle
fut surtout 1 opinion de Pugnet qui admettait qne les germes de la peste pouvaient
demeurer, dans un etat d ihertie apparente, attaches a certains corps pour se re-
veiller au bout d un temps fort long , opinion qui rappelle celle de Fracastor
et qui a etc nouvellement emise dans les temps actuels pour la fievre jaune
et pour le cholera. Aussi proposait-il rapplicalion immediate des mesures
quarantainaires les plus rigoureuses, dans les grandes villes de la Basse-Egypte,
au Caire principalement ; il voulait que les lazarets y deraeurassent en activite
de service durant toute 1 annee, sans nucune interruption, ne tenant ainsi aucu-
nement compte de 1 extinction periodique de la peste au mois de juin. Tout
malade ou suspect de contage peslilentiel devait etre enleve a son domicile, a sa
famille, et place dans les lazarets ; la cloture, sous scelles, des maisons suspectes,
puis la disinfection de ces maisons, de tous les meubles et hardes qu elles renfer-
ment, la peine de mort contre toutes les infractions, completent le reglement en
quatorze articles propose par Pugnet, etdont il voulait que 1 execution flit assuree
par Je commissaire ordonnateur en chef, et le medecin en chef de 1 armee d Egypte.
A cote de ces mesures si severes, on est heureux de voir Pugnet insister energi-
quement aussi sur 1 importance des mesures d hygiene locale : On tachera, dit-il,
de faire concevoir au peuple que c est le defaut de proprete qui va chercher dans
sa classe, pour les livrer a la peste, un aussi grand nombre de victimes. Ce fleau
epargne au contraire, au moins le plus souvent, les maisons aisees, parce que la
proprete y est eminemment entretenue : c est elle seule qui les met a 1 abri, et non
le luxe ou 1 abondance qui y regne.
<iu sail combien, jusqu en 1820, fnrent communes, dans la Mediterranee, les
occasions de s opposer aux explosions de la peste d Egypte; pendant que le fleau
ravageait successivement les iles Ioniennes,lesilesBaleares, on attribuait la preser
vation de Malte ou plusieurs fois la peste avait ete etouffee dans le lazaret, a la seve-
rite des mesures adoptees par le conseil de sante institue dans cette ile par le
gouvernement anglais ; 1 Espagne repoussait egalement la peste en 1818; aVenise,
enfin, elle aurait egalement penetre dans le lazaret en 1819, mais grace aux pre
cautions quarantainaires, n aurait point atteint la ville.
C est durant cette periode pestilentielle que Noia (royaume de Naples) etait at-
teinte, subissant sous la direction de Morea, chet de la commission sanitaire et
historien de cette epidemic, une quarantaine dont les rigueurs rappellent celles
des seizieme et dix-septieme siecles, et qu Ozanam donne comme un modele des
mesures a suivre en pareil cas : la ville fut renfermee par deux fosses de six pieds
de largeur, le premier a soixante pas des habitations, le second a trente au dela;
1200 homines de troupes empechaient soit la penetration dans cette enceinte, soit
QUARANTINES. 45
la sortie ; on ne laissa qu une seule entree fermee par un pont-levis. Toute tenta
tive d infraction etait menaceedemort,et cette peinefutappliquee en efi et plu-
sieurs fois (Lassis dit que trois personnes furent fusillees, un citadin, un sergent et
unsoldat).
L hopital des pestiieres etait dans la ville meme; lesmedecinscirculaient vetus
de toile ciree, portant un masque, des gants et des sandales debois; pour soulever
la couverture des malades on se servait de longues perches ferrees ; et Ton ne
touchait aucun objet dans leur chambre qu avec de longues pinces. Apres le der
nier deces, on ordonna une triple quarantaine; puis on penetra dans les quartiers
qui avaient ete separes les uns des autres par des balustrades, et Ton proceda a la des-
infection; cent quatre-vingt douze pauvres maisons furent brulees; et, pour mo
difier 1 air aussi bien par les commotions physiques que par la deflagration de la
poudre, on tira cent cinquante coups de canon. Ces fails se passaient en 1815,
a uneepoque ou, tout pres de la, le general anglais Muitland employait, pour faire
cesser la peste dont etait frappee la population de la ville de Lavalette, une me-
thode bien plus rationnelle, le campement de cette population dans des baraques
elevees en dehors de la ville.
Enfin la meilleure preuvedu progres desidees quarantainaires, c t hil la imid;t-
tion du premier lazaret en pays musulman, le lazaret d Alexandrie (1818).
L ecrivain qui, durant ces vingt premieres annees de notre siecle, reagissait le plus
energiquement centre les pratiques sanitaires des contagiomu stes, c est Mac-Lean ;
dans deux publications (1800 et 1817) dont la premiere indique suiTisamment par
son litre (the Plague no Contagious) les idees doctrinales de 1 auteur, Mac-Lean
proclame 1 inutilite des mesures quarantainaires , et il insiste sur 1 importance
bien autrement considerable des conditions d hygiene locale, destinees, par leur
amelioration, a rendre partout impossible le developpement de celte affection.
Un medecin francais, Valentin, publiait a. la meme epoque une serie de notices
(Marseille 1807-1809) destinees a premunir les medecins Europeens contre 1 uti-
lite des quarantaines a opposer a une affection qui allait jouer un si grand role
dans la question qui nous occupe, la fievre jaune. Valentin taxait d absurde et
mensongere la doctrine de 1 importation de cette maladie ; il affirmait que ce
systeme etait completement abandonne dans TAmerique du Nord, ou seul, le col
lege de Philadelphie persistait dans la conviction qu il avail emise des 1795
sur la necessite des lazarets contre les marchandises suspectes. En fin de compte,
Valentin traitait d esprits systematiques, obstine s, d hommes sans experience, et
d une instruction borne e, ceux qui croient a 1 importation de cette maladie ; et il
tendait a detruire toutes les pensees de precautions prophylactiques qu avaient
inspirees a 1 Europe les graves epidemics d Espagne, et celle de Livourne (1805).
Ces oppositions isolees au systeme des mesures quarantainaires ne devaient
point prevaloir contre la terrible invasion de la fievre jaune en 1821 ; on sail com-
bien fut grave 1 epidemie de Barcelone, dont la transmission par mer etait inile-
niable, et tous les arguments que Pariset el Bally tirerenl de cette epidemic en
faveur de 1 importation et de la contagion de cette maladie; la meme annee, les
iles Baleares etaient cruellement atteintes de ce fleau, qui envahissait jusqu au
port de quarantaine de Marseille (Pomegue) mais sans penetrer plus avant grace
a 1 interniption do toute communication enlre ce port et la ville.
Cette invasion nouvelle de la fievre jaune au moment meme ou la peste etait
encore si commune dans la Mediterranee supprimait toute hesitalion pour les
gouvernemenls des pays doublemenl menaces; et, sous la pression de 1 opinion
4i QUARANTINES.
publique aussi bien que sous 1 influence des rapports medicaux de 1 epidemie de
Barcelone, les chambres francaises voterent, le 3 mars 1822, une loi relative a la
police sanitaire, loi bien differerite, par 1 importance des legislateurs et 1 etendue
des limites de son application, des anciens reglements destines a consacrer 1 au-
tonomie exclusive des lazarets de Marseille et de Toulon.
5 mars 1822. Loi relative a la police sanitaire.
TITHE 1". Art. l er . Le roi determine par des ordonnances : lles pays dont les provenances
doivent etre habituellement ou temporairement soumises au regime sanitaire; 2 les mc-
sures a observer sur les cotes, dans les ports et rades, dans les lazarets et autres lieux re
serve s; 3 les mesures extraordinaires que 1 invasion ou la crainte d une maladie pestilen-
tielle rendrait necessaires sur les frontieres de terre ou dans 1 interieur.
II regie les attributions, la composition et le ressorl des autorites et administrations char-
gees de 1 execution de ces mesures, et leur delegue le pouvoir d appliquer provisoirement
dans le cas d urgence, le regime sanitaire aux portions du territoire qui seraient inopine-
ment menacees.
Les ordonnances du Roi ou les actes admimstratifs qui prescriront 1 application des dispo
sitions de la presente loi a une portion du territoire frangais, seront, ainsi que la loi elle-
meme, publics et afiiches dans cliaque commune qui devra etre soumise a ce regime ; les
dispositions penales de la loi ne seront applicables qu apres cette publication.
Art. 2. Les provenances par mer, de pays habituellement sains, continueront d etre ad-
mises a la libre pratique, immediatement apres les visiles et les interrogatoires d usage,
a moins d accidents ou de communications de nature suspecte survenus depuis leur depart.
Art. 3. Les provenances, par la mfime voie, de pays qui ne sont pas habituellement sains,
ou qui se trouvent accidentellement infect6s, sont relativement a leur etat sanitaire, rangees
sous 1 un des trois regimes ci-apres determines:
Sous le regime de la patente brute, si elles sont ou ont etc, depuis leur depart, infectees
d une maladie reputee pestilentielle, si elles viennent de pays qui en soient infectes, ou ?i
elles ont communique avec des lieux, des personnes ou des choses qui auraient pu leur trans-
mettre la contagion.
Sous le regime de la patente suspecte, si elles viennent de pays ou regne une maladie
soupconnee d etre pestilentielle, ou de pays qui, quoique exempts de soupQon, sont ou vien
nent d etre en libre relation avec des pays qui s en trouvent entaches, ou enfin, si des com
munications avec des provenances de certains pays , ou des circonstances quelconques font
suspecter leur etat sanitaire.
Sous le regime de la patente nette, si aucun soupcon de maladie pestilentielle n existait
dans les pays d oii elles viennent. si ce pays n etait point ou ne venait point d etre en libre
relation avec des lieux entaches de ce soupgon, et enfin si aucune communication, aucune
circonstance quelconque, ne fait suspecter leur etat sanitaire.
Art. 4. Les provenances specifiers en 1 art. 3 ci dessus, pourront etre soumises a des
quarantaines plus ou moins longues, selon chaque regime, la duree du voyage, ou la gra-
vite du peril. Elles pourront meme etre repoussees du territoire, si la quarantaine nepeut
avoir lieu sans exposer la sante publique.
Les dispositions du present article et de 1 art. 3 s appliqueront aux communications par
terre, toutes les fois qu il aura etc juge necesaire de les y soumettre.
Art. 5. En cas d impossibilite de purifier, de conserver ou de transporter sans danger des
animaux oudes objets materiels susceptibles de transmettre la contagion, ils pourront etre,
sans obligation d en rembourser la valeur, les animaux tues et enfouis, les objets materiels
detruits et brules.
La necessite de ces mesures sera constatee par des proces-verbaux, lesquels feront foi jus-
qu a inscription de laux.
Art. 6. Tout navire, tout individu, qui tenterait, en infraction aux reglements, depene-
trer en libre pratique, de franchir un cordon sanitaire, ou de passer d un lieu infecte ou
interdit, dans un lieu qui ne le serait point, sera, apres due somrnation de se retirer re
pousse de vive force, et ce sans prejudice des peines encourues.
TITRE II. Des peines, delits et contraventions en matiere sanitaire. Art. 7. Toute viola
tion des lois et reglements sanitaires sera punie :
De la peine de mort, si elle a operee communication avec des pays dont les provenances
sont soumises au regime de la patente brute, avec ces provenances, ou avec des lieux des
personnes ou des choses placees sous ce regime.
De la peine de reclusion et d une amende de deux cents francs a vingt mille francs si
elle a opere communication avec des pays dont les provenances sont soumises au regime de
QUARANTINES. -45
la patente suspecte, avec ces provenances, ou avec des lieux, des personnes ou des choses
placees sous ce regime.
De la peine d un a dix ans d emprisonnement et d une amende de cent francs a dix mille
francs, si elle a opere communication prohibee avec des lieux, des personnes ou des choses
qui, sans elre dans un des cas ci-dessus specifies, ne seraient point en libi e pratique.
Seront punis de la meme peine ceux qui se rendraient coupables de communications in-
lerdites entve des personnes ou des choses soumises a des quarantaines de differents termes.
Tout individu qui recevra sciemment des matieres ou des personnes en contravention aux
reglements sanitaires, sera puni des mSmes peines que celles encourues par le porteur ou
le delinquant pris en flagrant delit.
Art. 8. Dans le cas ou la violation du regime de la patente brute, mentionnee a 1 article
precedent, n aurait point oceasionne d invasion pestilenlielle, les tribunaux pourront lie
prononcer que la reclusion et 1 amende porlees au second paragraphe dudit article.
Art. 9. Lors meme que ces crimes ou delits n auraient point occasionne d invasion pesti-
lentielle, s ils ont ete accompagnes de rebellion, ou commis avec des armes apparentes ou
cachees, ou avec effraction, ou avec escalade :
La peine de mort sera prononcee en cas de violation du regime de la patente brute. La
peine des travaux forces a temps sera substitute a la peine de reclusion pour la violation du
regime de la patente suspecte ; et la peine de reclusion a 1 emprisonnement, pour les cas de
termines dans les deux avant-derniers paragraphes de I arlicle7.
Le tout independamment des amendes portees audit article, et sans prejudice des peines
plus fortes qui seraient prononcees par le code penal .
Art. 10. Tout agent du gouvernement du dehors, tout fonctionnaire, tout capitaine, of ii -
cierouchef quelconque d un bailment de 1 Etatou de tout autre navire ou embarcaiion, tout
medecin, clnrurgien, officier de saute attache soit au service sanitaire, soil a un bailment de
1 Etat ou du commerce, qui, olficiellement, dans une dOpeclie, un certilical, un rapport, une
declaration ou une deposition, aurait sciemment alttire ou dissiimile les fails de maniere a
exposer la sante publique, sera puni de mort, s il s en est suivi une invasion peslilenlielle.
II sera puni des travaux forces a temps, et d une amende de mille francs a vingt mille
francs, lors meme que son faux expose n aurait point occasionne d invasion pestilentielle,
s il etait de nature a pouvoir y donner lieu en empScliant les precautions necessaires.
Les memes individus seront punis de la degradation civique et d une amende de cinq cents
francs a dix mille irancs, s ils ont expose la sante publique en negligeant, sans excuse It-g-i-
time, d informer qui de droit de fails a leur connaissance, de nature a produire ce danger,
ou si, sans s etre rendus complices de 1 un des crimes prevus par les articles 7, 8, et 9, ils
ont, sciemment et par leur faute, laisse enfreindre ou enfreint eux-memes les dispositions
reglementaires qui eussent pu le prevenir.
Art. 1 1. Sera puni de mort tout individu faisant partie d un cordon sanitaire ou en faction
pour surveiller une quarantaine, ou pour empecher une communication interdite, qui aurait
abandonne son poste ou viole sa consigne.
Art. 12. Sera puni d un emprisonnement d un a cinq ans, tout commandant de la force
publique, qui, apres avoir ete requis par 1 autorite competente, aurait refuse de iaire a^ir
pour un service sanitaire la force sous ses ordres.
Seront punis de la meme peine et d une amende de cinquante francs a cinq cents francs.
Tout individu attache a un service sanitaire, ou charge par etat de concourir a 1 execution des
dispositions prescrites par ce service, qui aurait, sans excuse legilime, refuse ou neglige de
remplir ses fonctions.
Tout citoyen faisant partie de la garde nalionale, qui se refuserait a un service de police
sanitaire pour lequel il aurait ete legalement requis en cette qualite.
Toute personne, qui, officiellement chargee de lettres ou de paquets pour une autorite
ou une agence sanitaire, ne les aurait point remis, ou aurait expose la sante" publique en
tardant a les remettre, sans prejudice des reparations civiles qui pourraient etre dues aux
termes de 1 art. 9 du code penal.
Art. 13. Sera puni d un emprisonnement de quinze jours a trois niois, et d une amende
de cinquante francs a cinq cents francs, tout individu qui, n etant pas dans un des cas
prevus par les articles precedents, aurait refuse d obeir a des requisitions d urgence pour
un service sanitaire, ou qui, ayant connaissance d un symptome de maladie pestilentielle
aurait neglige d en informer qui de droit
Si le pre"venu de 1 un ou de 1 autre cas de ces delits est medecin, il sera, en outre, puni
d une interdiction d un a cinq ans.
Art. 14. Sera puni d un emprisonnement de trois a quinze jours et d une amende de cinq
a cinquante francs, quiconque sans avoir commis aucuu des delits qui viennent d etre spe
cifies, aurait contrevenu, en matiere sanitaire, aux reglements g6neraux ou locaux aux
ordres des autorites competentes.
46 QUARANTAINES.
Art. 15. Les infractions en matiere snniiaiio PONITOMI n rtre passibles d aucune peinc,
lorsqu elles n auront ete commises que par force majeure, ou pour porter secoiu s en eas de
danger, si la declaration en a ete immediatemcnt laile a qui de droit.
Art. 16. Pourra etre exempte de toute poursuite et de toute peine, celui qui, ayant d a-
bord altere la verite ou neglige de dire la verite dans le cas prevu par Tart. 10, reparerait
1 omission ou retracterait son i aux expose a\ant qu il eut pu en resulter aucun danger pour
la sante publique, et avant queles fails eussent ete comius par toute autre voie.
TITHE III. Des attributions des autorites sanitaires en maliere de police judiciaire de
I etat civil. Art. 17. Les membres des autorites sanitaires exerceront les fonctions d of-
liciersde police judiciaire exclusivement, et pour tous crimes, delits et contraventions, dans
1 enceinte et les parloirs des lazarets et autres lieux reserves. Dans les autres parties du
ressort de ces autorites, ils les exerceront concurremment avec les offlciers ordinaires, pour
les crimes, delits et contraventions en matiere sanitaire.
Art. 18. Les autorites sanitaires connaitront exclusivement, dans 1 enceinte et les parloirs
des lazarets et autres lieux reserves, sans appel ni recours en cassation, des contraventions
de simple police. Des ordonnances royales regleront la forme de proceder : les expeditions
des jugements et autres actes de la procedure seront delivres sur papier libre et sans
frais.
Art. 19. Les membres desdites autorites exerceront leurs fonctions d officiers de I etat
civil dans les mSmes lieux reserves. Les actes de naissance et de deces seront dresses en
presence de deux temoins, et les testaments conformement aux articles 985, 986 et 987 du
code civil.
Expedition des actes de naissance et de deces sera adressee, dans les vingt-quatre Leures,
a rofficier ordinaire de 1 elat civil de la commune ou sera situe 1 etaJblissement, lequel en
1 era la transcription.
TITRE IV. Disposition generate. Art. 20. Les merchandises et autres objets deposes
dans les lazarets et autres lieux reserves qui n auront pas ete reclames dans le delai de deux
ans, seront vendus aux encheres publiques.
Ils pourront, s ilssont perissables, Sire vendus avant ce delai en \ertu d une ordonnance
du president du tribunal de commerce, ou, a defaut, du juge de paix.
Le pm en provenant, deduction 1 aite des frais, sera acquis a 1 Etat, s il n a pas ete reclame
dans les cinq annees qui suivronl la vente.
Gette loi qui, en somme, est encore aujourd hui, la base sur laquelle repose
juridiquement notre regime quarantainaire, confirmait done la plupart des me-
suies sanitaires en pratique sur le littoral mediterraneen ; 1 ordonnance du
7 aout 1822, qui la meltait immediatement en vigueur, entrainait la construction
de nouveaux etablissements de Quarantaine, et 1 ile de Ratonneau, pres Marseille,
etait munie d un vaste lazaret specialement destine aux provenances suspectes de
fiuvre jaune. La loi de 1822 maintenait la rigueur des prescriptions du siecle
precedent, et reconnaissait un droit enorme de juridiction aux autorites sani
taires ; non-seulement la peine de mort devait etre frequemment appliquee pour
toute infraction volontaire a ces prescriptions, mais de plus, le nouveau reglement
autorisait impliciteraent a repousser par la force, meme en cas de peril, toute
provenance suspecte; comrae consequence, on devait voir des bailments en de-
tresse chasses de 1 entree des ports a coups de canon, et des naufrages deraeurer
sans secours faute d une autorisation reguliere des preposes a la sante. Fodere,
partisan de ces rigoureuses mesures, nous peint bien i esprit dominant a cette
epoque: On voit combien sont coupables, non-seulement envers rhumauite,
mais encore envers la sante publique, les habitudes brutales, je dirai presque an-
tbropophages de certains paysans de la Corse et du departement des Landes qui,
encore en 1 an dernier, 1817, se sont jetes avidement sur de malheureux nau
frages, pour les depouiller! Et ces crimes lui paraissent graves surtout par
1 atteinte qu ils peuvent porter a h sante publique, en introduisant le <*erme
d une affection pestilentielle. Les legistes ne firent point defaut pour appuyer de
leurs raisonnements la seveiite de la loi, meme quand elle s appliquait a des indi-
vidus qui ne 1 avaient enfreinte que par imprudence: La peine de mort, dit La-
QUARANTAINES. 47
lerriere (cite par Depautaine), peut s appliquer a un fait de simple imprudence;
mais ce n est pas alors la moralite du fait, c est le dommage social qui est la
cause de la penalite, par exception aux regies ordinaires du droit penal, qui ne
separe point le fait de la volonte.
Notons enfin que, d apres 1 ordonnanee (7 aout 1822) annexee a cette loi
de 1822, les patentes etaient divisees en trois especes: brute, suspecte, nette;
mais pour les provenances d Orient, la patente nette n entrainait point encore la
lilre pratique; on appliquail en ce cas la simple quarantaine d observation, ou
passagers et marchandises pouvaient rester a bord, tandis que la quarantaine de
rigueur entrainait le dechargement des hardes et des marchandises, le sereinagc,
la deselection, etc.
Cette ordonnance presentait en outre ce caractere completement nouveau de ge-
neraliser, aux ports de 1 Ocean et de la Manche, des mesures dont il n avait ete
, naturellement question, a 1 epoque ou Ton ne redoutait que la peste, que pour les
ports de la Mediterranee. Sur le littoral de cette derniere mer, on s empresse a
1 envi d appliquer ou d imiter partout la nouvelle legislation franchise ; Genes, Li-
vourne, Trieste, Ancone adoptent nos reglements, avec toute leur severite contre
les delinquants ; peu a peu 1 entente devient plus generate encore, en raison des neces-
sites du commerce; les ports les plus importants de la Mediterranee s eri^rnt,
sans distinction de nationalite, en ports de grande qtiarantaine; ce sont Marseille,
Toulon, Villefranche, Genes, Livourne, Ancone, Venise, Trieste, Corfou, Maltc ;
tout batiment, provenant d un pays suspect, pouvait elre admis a purger sa qua
rantaine dans 1 un de ces ports, et obtenir ensuite libre pratique dans tous les
autres. Dans les autres ports, on n etait pas admis, on etait paiiois meme repousse
par la force; et, en tout cas, si le batiment obtenait 1 autorisation d y mouiller,
il y etait place simplement en quarantaine d observation, c est-a-dire prive, pen
dant son sejour, de toute communication, sans acquerir aucun droit a la purge
definitive.
Certains ports furent declasses pendant cette periode, et apres avoir joui du droit
de grande quarantaine, n eurent plus que le rang de ports d observation ; tels fu
rent les divers ports du royaume de Naples, ceux de Sicile en particulier ; peu
hospitallers du reste, toujours prets a repousser a coups de canon les batiments
pestiferes comme ils 1 auraient i ait plus tard pour les navires suspects de cholera,
ces ports avaient en outre perdu tout credit aux yeux des autres bureaux de saute,
a cause de leurs frequentes infractions a la regie commune, et de la facilite avec
laquelle leurs administrations delivraient aux capitaines du commerce des certili-
cats de purge quarantainaire sans que les conditions de duree de 1 epreuve eussent
ete regulierement accomplies.
La solidarite des grands ports de la Grece, de 1 Autriche, de 1 Italie et de la
France etait au reste la consequence du maintien en suspicion permanente de
tous les arrivages du Levant, de ceux de Constantinople en particulier ; tout port,
qui n aurait pas adopte les mesures communes contre ces arrivages, eut ete lui-
meme declare suspect par les autres, et ses provenances soumises aux rigueurs
de la quarantaine.
On sail de combien de dil licultes se trouvait ainsi entouree la navigation de la
Mediterranee pour les passagers venant de Constantinople ; Brayer nous raconte
les dilficultes de son retour a Marseille en 1827 ; apres une traversee de cent cinq
jours, durant laquelle le batiment fut menace des canons de Syracuse et de
Messine, il arrive au port de quarantaine de Pomegue ; et, bieu qu adniis en pa-
48 QUARANTINES.
tente nette, il dul subir encore quinze jours de sereine, puis quinze jours de lazarel
et plusieurs fumigations guylonniennes.
La severite msme de cette loi de 1822, dont les penalites, en opposition avec
nos mceurs, devaient rester forcement inappliquees, allait contribuer a en atte-
nuerla valeur; presque a la meme epoque, )e gouvernement anglais, entraine
dans un courant d idees completement opposees, abrogeait, au lieu de les confir-
mer, toutes les anciennes institutions quarantainaires de la Grande-Bretagne (Acte
du parlement qui abroge les lois relatives a la pratique de la quarantaine, et
qui etablit de nouvelles dispositions, 1825). Dans cetle loi anglaise, non-seulement
les peines sont moins fortes, consistant, non plus en condamnations soil a. des pu-
nitions corporelles, soil aux travaux forces, soit a la mort, mais en simples amen-
des, ce qui rend toujours ces peines applicables et des lors plus elficaces; mais, en
outre, toutes les administrations sanitaires locales sont supprimees, et 1 observa-
tion de la loi nouvelle est directement surveillee et controlee par 1 autorite la plus
elevee du royaume, le conseil prive du roi.
En France, la loi de 1822 eut successivement de nombreux adversaires qui
prireut pour texte de leur opposition 1 etude de la transmission des trois maladies
pestilentielles dont la prophylaxie lui semblait confiee : la fievre jaune, la peste,
le cholera.
A. Pour la fievre jaune, on sail avec quelle vigueur Chervin attaqua la loi de
1822, meme avant la construction des lazarets qui devaient en etre la consequence:
G etait, disait-il, une loi atroce, toute empreinte de la terreur qui dominait les
esprits a 1 epoque ou elle fut presentee. II porta le debat non-seulement devant
les socielessavantes, Academic des sciences, Academie de medecine, mais encore
devant la Chambre des deputes, et se crea, par consequent, de nouveaux adver
saires, non-seulement parmi les medecins, mais encore parrai les jurisconsultes et
les administrateurs. On connait les trois points principaux de la these de Chervin :
1 la fievre jaune n etait point importee, elle naissait sur place par infection
comme les fievres palustres ; 2 elle n etait point transmissible par I homme en
dehors de son foyer ; 5 les mesures quarantainaires etaient inutiles contre elle. La
premiere proposition de Chervin tombe evidemment devant 1 observation pure
et simple des fails; il est peu d afi ections dont 1 importation s accomplisse, en
dehors de son berceau endemique, avec une nettete comparable a celle de 1 im-
portation de la fievre jaune. Quant aux deux autres, s il est faux et dangereux de
regarder comme inutiles les mesures quarantainaires appliquees a cette aifection,
nous dirons plus loin combien, a notre sens, Chervin avail raison de regarder
comme imparfait le systeme sankaire adopte contre elle a cette e"poque; nous nous
Loi nons a alfirmer ici que Chervin plaidait une cause prolondement juste enatta-
quant ce qui se faisait alors, en demontrant qu il y avait peu de danger a laisser
penetrer, dans l inlerieur des terres, les habitants des villes atteintes de fievre
jaune, tandis qu il y avait un danger certain et redoutable a cerner ces villes par
des cordons sanilaires. Pour nous, Chervin avait, a ce dernier egard, incontesta-
blement raison contre Pariset et Bally, et il avait le droit de taxer d imprudente
et d erronee cette assertion emise en pleine chambre des deputes par Boisbertrand,
directeur, a cette epoque (1826), de radmiiiistration generale des etablissements
d utilite publique : La maladie (fievre jaune) se repand dans les campa CT nes avec
les iamilles qui out quitte la ville, et elle ne s arrete que devant le cordon sani-
taire. Au contraire, cette penetration de la fievre jauiie dans les campa a nes,
loin de la mer et des grands fleiives, est un fait exceplionnel ; elle ne semble avoir
QUARANTAINtiS. 49
etdincontestablernent observee qn a 1 epoque des gnerres d Espagne au commen
cement de cesiocle, elcesont les fails de cette epoque qui nous paraissent, aujour-
d lmi encore, constiluer la seule objection absolue qu on puisse adresser a la
generalisation dc la deuxieme proposition de Chervin.
B. Pour Ic cholera, Lien que i Europe ait espere, pendant de longues aunees,
voir le llean indicn s arreter aux frontieres de la Russie, la teireur inspiree par
ses ravages en Asie, dont Moreau de Jonnes surtout avail signalc la gravile an
gouvernement, elait deveuue un des arguments invoques pour le maintien et la
pratique absolue de la loi de 1822. Le mal envaliit 1 Europe par voie de terre. On
songea des lors a se preserver par des cordons quarantainaires et par 1 etablisse-
menl d intendances sauitaires dans les departements limitrophes de la France.
Tel flit Tobjet de rordonnance suivante :
1831, 25 aout. Ordonnancc du roi portant formation d intendances et commissions sanilaircs
conlre I invasiun du ckolera-morbus.
Louis-Philippe, etc..., vul art. l er de la loi duSmars 1822, portant: Le Roi determine par
des ordonnances : 1 les pays dont les provenances doivent liabiluellement on Icuiporairc-
ment elre soumises au regime sanitaire ; 2 les mesures ii observer sur Ics eotrs, dans les
ports et rades, dans les lazarets et-autres lieux reserves; 5 les mesun^ (Aii-aonliiiaiiv^ <| l|r
1 invasion ou la crainte d une maladie peslilentielle rendrait necessaires sur les Ironii-
de terre ou dans 1 interieur; il regie les attributions, la composition et le ressort des auto-
rites et administrations charge es de 1 execulion de ces mcsures, et leur delegue le pouvoir
d appliquef provisoirement, dans des cas d urgence, le regime sanitaire anx portions du
territoire inopinement menacees ; vu 1 ordonnance royale du 7 aout 1822, concernant 1 exe-
cution de ladite loi; vu 1 avis du conseil permanent de sante en date du 20 juillet 1(S51, et
1 avis de la commission permanente de ce ineme conseil, en date du 12 aout; considerant
que des mesures sanitaires ont ete prises sur toule 1 etendue des cotes du royaume, en
execution de 1 ordonnance du 7 aout 1822, pour prevenir 1 invasion du cholera-inorlms [iar
la voie des communications maritiroes; mai.s qu il importe egalement deprcvoir le cas ou ce
fleau, franchissant les barrieres qui 1 eloignent encore du ten iloire de la France, parvien-
drait jusqu aux frontieres du pays; sur le rapport de notre ministre de 1 agriculture et des
travaux publics, etc.
Art. 1". Des intendances sanitaires seront formees dans les chefs-lieux des vingt dvparte-
mcnts ci-apres designes: Pas-de-l .alais, Somme, Nord, Aisne, Ardennes, Marne, Meust 1 ,
Moselle, "Vosges, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Doubs, Jura, Ain, Rhone, Isere, llautes-Alpes,
Basses-Alpes, Var.
Art. 2. Des commissions sanitaires, agissant sous la direction des intendances seronl
creees dans les chets-lieux de sous-prefecture desdits departements, sauf 1 exception qui sera
ci-apres etablie.
Art. 3. Les inlendances et commissions seront formees et composees comme il est dit au
litre i de 1 ordonnance du 7 aout 1822 ; neamnoins noire ministre secretaire d Etat du com
merce et des travaux publics, pourra deleguer aux prefets des departements ci-dessus de
signes le droit de nomination qui lui est attribue par 1 article 56 de ladite ordonnance.
Art. 4. Dans les departements du Pas-de-Calais, du Nord et du Var, ou il existe des inten
dances et des commissions deja etablies pour le littoral, ces intendances et commissions
conserveront leur ressort et leurs attributions, et ne seront pas soumises a 1 autorite de
1 intendance a creer au chel-lieu du departement.
Si lesdites intendances et commissions se trouvent etablies dans des ports de mei 1 qui sont
eu meme temps chels-lieux de sous-prefecture, leur autorite s etendra a tout le territoire de
I aiTondissement.
Art. 5. Independamment des commissions sanitaires qui seront eiablies dans le clicf-lieu
de chaque arrondissement de sous-prefecture, les pretets pourront former d autres commis
sions egalement placeessous 1 autorile des intendances, dans les lieux ou cette mesure pour-
rait etre jugee utile. Le ressort de ces commissions sera determine par les prelets, sauf
1 approbation de notre ministre du commerce et des travaux publics.
On fit plus encore, et Ton chercha, par 1 ordonnance suivante, a restreindre
plus specialement les communications de la France avec les divers pays voisins
alteints deja ; nous donnons cette nouvelle ordonnance parce qu elle est un
DtCT. ENC. 5 S. I. 4
50 QUAKANTAINES.
exemple des conditions d installation et de fonctionnement des quarantines im-
posees aux provenances par voie de terre.
1851, 15 septembre. Ordonnance du Roi qui prescrit des mesures sanilaires pour les
provenances de Francfort et des pays adjacent* d outre- Rhin.
Louis-Philippe, etc , vu 1 urticle premier de la loi du 3 mars 1822 portant : Le roi
determine par des ordonnances : 1 les pays dont les provenances doivent Ijabituellement ou
temporairement etre soumises au regime sanitaire; 2 les mesures a observer sur les coles,
dans les ports et rades, dans les lazarets ou autrcs lieux reserves; 3 les mesures extraordi-
naires que 1 invasion ou la crainte d une maladie pestilentielle rendrait necessaires sur les
frontieres de terre ou dans 1 interieur.
11 regie les attributions, la composition et le ressort des autoptes et administrations
charge es de 1 exe cution de ces mesures, et leur delegue le pouvoir d appliquer provisoire-
ment, dans les cas d urgence, le regime sanitaire aux portions du tcrritoire qui seraient
inopinement menacees. Vu I ordomumce du 7 aout 1822 portant reglement pour 1 execution
de cette loi; vu notre ordonnance du 16 de ce mois, qui prescrit la formation d intendances
et de commissions sanitaires dans tous les departemenls qui bordent les frontieres au nord
et a Test du royaume ; considerant que la foire de Francfort-sur-le-Mein qui doit ouvrir le
8 du mois prochain, attire un grand concours de voyageurs, et que le commerce y lait arri-
ver ordinairement beaucoup de marchandises provcnant des contrees ou regne le cholera-
morbus, tellcs que la Russie, la Pologne, la Gallicie, la Hongrie et les provinces d Autriche
et de Prusse qui bordent les pays infectes; que, si les mesures prises dans ces dernieres
contrees, pour preserver leur territoire de 1 invasion du cholera se irouvuuiit iusuffisantes
ou vrniih ni ; i etre eludees, la ville de Francl ort pourrait recevoir des personnes ou des mer
chandises venant de pays suspects ou meme infectes, sans avoir subi les purifications re-
quises dans 1 interet de la sante publique ; que la ville de Francfort serait exposee, dans ce
cas, a devenir elle-mSme un foyer d infection d autant phis dangereux, qu elle n est se-
paree des frontieres du royaume que par une faible distance, et que des voyageurs ou des
transports de marchandises, partis de cetle ville par terre ou par eau, pourraient arriver en
peu de temps a la limite des departements du nord et de Test du royaume.
Qu en consequence, il est urgent de prendre, dans 1 inte ret de la conservation de la sante
publique, des mesures temporaires, jusqu a ce que 1 on ait acquis la certitude que la tenue
a la foire de Francfort ne donnera lieu a aucun inconvenient ; de 1 avis du conseil superieur
de sante, sur le rapport de notre ministre secretaire d Etat au departement du commerce et
des travaux publics, etc.
Art. 1". Les provenances entieres de la ville de Francfort et de son terriloire, de la prin-
cipaute de Nassau, du grand-duche de Hesse-Darmstadt, du grand-duche de Bade et des pro
vinces rhenanes de la I russe etde Baviere situees entre Francfort et les frontieres de France,
sont temporairement soumises au regime sanitaire.
Ce regime sera applique pendant toute la duree de la foire d automne de Francl ort,
commengant le 8 septembre prochain, et continuera pendant un mois apres la cloture de la-
dite. foire.
Art. 2. Les transports de marchandises composes en tout ou en partie d objets de genre
susceptible designes aux pages 78 et 79 de 1 Instruction generale sur la police sanitaire,
arrivant des pays qui viennent d etre indiques, ne pourront etre introduits en France que par
les bureaux de douane de Strasbourg, Lauterbourg, \Yissembourg, departement du Bas-
Rliin , de Forbach , Sierck, departement de la Moselle, et Sedan, deparlement des Ardennes.
11 sera e tabli, en avant de ces derniers points, des lazarets provisoires, ou les marcban-
dises seront soumises aux purifications indiquees pages 87 et 92 de 1 Instruction generate
ci-dessus cite e; elles sont neanmoins admises a libre pratique, s il est justifie par les con-
ducteurs, et de la maniere la plus positive, qu elles ont ete purifiees arant leur entree dans
les pays d Allemagne reputes sains.
Les marchandises du genre non susceptible continueront d etre admises aux autres bu
reaux de douane situes sur les frontieres des departements des Ardennes, de la Jfeuse, de
la Moselle, de la Meurthe et du Bas-Rhin.
Continuera d etre interdite 1 entree en France des marchandises prohibees par notre or
donnance du 16 de ce mois.
Art. 5. Les provenances de Francfort et de ?on territoire seront, si elles sont de genre
susceptible, soumises au regime de la patente brute et a une quarantaine de vingt a trente
jours avec purification.
Art. 6. Les provenances des autres pays designes en 1 article I" ci-dessus, seront, si elles
sont de genre susceptible, soumises au regime de la patente suspecte et a une quarantaine
de dix a vingt jours avec purification.
QUAJUNTAINES. 51
Neanmoins, les intendances et commissions sanitaires pourront reduire la quarantine a
une simple observation dc cinq ou dix jours, sielles reconnaissent, par 1 exhibition dts cer-
tificats d origine re guliere, que lesdites provenances n ont pas louche le territoire de
Francfoi t.
Elles pourront meme les admeltre a libre pratique, s il est reconnu que les autorites des
pays designes en 1 article l er prennent des precautions s uffisantes a Tentrue des provenances
de Francfort sur leur territoire.
Art. 1. Les conducteurs des bateaux, des voitures et des betes de somme employes au
transport, suivront le sort des marchandises confiees a leurs soins, et subiront les memes
quarautaines.
Art. 8. Les personnes venant des pays qui bordent la frontiere des de partements de3
Ardennes, de la Meuse, de la Moselle, de la Meurthe et du Bas-Ilhin, pourront se presenter a
tous les bureaux de douane, et seront admises a libre pratique, si elles juslifient de leur
point de depart, par des passe-ports, livrets ou certifieats juges satisfaisants par des autorilcs
sanitaires, et taut que les pays d ou elles viendront seront reputes sains.
Art 9. Les voyageurs venant de pays nctuellement infecte s parle cholera-morbus, ou de
Francfort ou de ses environs, ne pourront entrer en France que par les bureaux de douane
indiques en 1 article 2 de la presente ordonnance. II en sera de meme des voyageurs qui ne
pourront justifier d une maniere satisfaisante de leur point de depart.
Les uns et les autres seront soumis a une quarantaine d observation de cinq a dix jours
pendant laquelle les hardes et el fets a leur usage personnel seront purifies et vriuilrv
Art. 10. Les intendances et commissions sanilaires conservent la faculle, conforinoineiit
aux lois, ordonnances et instructions sur la police sanitairc, tie prolonger les quaraniaines
ci-dessus, toutes les fois que les circonstances du voyage connues par les iiUHTt>"aii>nrs
les accidents survenus pendant les quarantaines, et les notions obtenues sur 1 elat sanitaii e
des pays de provenance leur paraitront 1 cxiger.
On sait combien furent inutiles toutes ces prescriptions, dont le Gouvernement
reconnaissait lui-meme Tinefficacite par tine circulaire du l er mai 1832, suiiiiri-
matit les intendances et les commissions sanitaires creees en vertu des deux
oi donnances precedentes.
Gette marche rapide, a travers 1 Europe, de la premiere epidemie de cholera au
moment meme ou Ton avail le plus grand espoir dans I induence prophylactique
des cordons sanitaires, la preservation de tant de pays qui, au contraire, etaient
demeures en libre communication avec les regions atteintes, diminuerent anssi de
beauconp la confiance pnbliquedans les mesnres quarantainaires. On sait qu alors
on revoqua en doute d une maniere absolue la transmissibilile de cette nuladie
de 1 homme a 1 homme, et qu on en revint a la doctrine du genie epidemique; la
contagion fut presque, d une maniere generate, traitee de croyance chimerique,
le progres semblait etre du cote de ceux qui ne I admettaient plus; leurs idees
etaient consiJerees comme des idees de nature liberate par excellence, d autant
plus en rapport avec la dignite humaine que leur consequence pratique etait la
suppression de tonte entrave portant atteinte a la liberte de 1 homme; 1 esprit du
temps etait, en un mot, 1 inverse de celui d aujourd lmi; et, au lieu d etre voue
au culte de la specificite* etiologique, on traitait volontiers d esprits retrogrades
ceux qui admettaient encore la contagion du cholera, du typhus, et de beaucoup
d autres maladies.
C. Mais ce fut surtout la peste qui fournit 1 occasion des plus puissants argu
ments centre la loi de 1822. Un nombre imposant de fails, de la nature la plus
diverse, se succederent, pour ainsi dire, jour par jour, pour demonlrer la neces-
site d une reforme quarantainaire. On sait le role glorieux accompli en Egyple,
par les medecins frangais, durant 1 epidemie de 1855 : Ferdinand de Lesseps ra-
conlait alors avec admiration le courage et le devouemenl de Rigaud et d Aubert
tous deux medecins francos (clonl le premier devail plus tard payer de la vie son
devouement), recherchant les malades atleinls de peste et les touchant pour les
12 QUARANTAI.NES.
(assurer, quand nombre tie medecins elrangers parcouraient les rues et faisaient
leurs visites dans un appareil fait pour Jeter 1 epouvante, enveloppes d un niaa-
teau de toile ciree, et armes d un long baton (F. de Lessrps, lettre d Alexandne
au Ministre des Affaires etrangeres, 14 mars 1835). Dans un travail empreint
peul-etre d un certain reflet de fatalisms oriental, Clot Bey proclame 1 inutilite de
toute mesnre restrictive al encontre d un maJ plus puissant que I lioninie.malqui
n en viendra pas moins a son heure, et n en suivra pas nioins sa route, quelles que
soient les barrieres qu on veuille lui opposer. Mais c est par des fails suitout que
la question devait entrer dans une nouvelle pliase : les cent mille balles de colon
expedites d Alexandrie, sur tons les marches de 1 Europe, pendant la periode
pestilentielle, n avaient entrains aucun accidenl ; les essais fails d abord par la
commission russe, puis par Clot Bey, avaienl prouve 1 innocuite, au moins en
une certaine saison, ou apres 1 action d une certaine temperature, des hardes des
pestiferes : a Constantinople, Brayer avail constate 1 immunite des marchands et
des chalands de Pitt-Bazar, ou les Juifs a achelent les effets, non-seulement des
pcrsonnes mortes de maladie ordinaire, mais encore des persounes mortes de la
peste, pen importe qn elle soil benigne, maligne, ou cruelle. Si la peste est
cruellc, le mai die regorge d elfets ; tie croyez pas qu on se soil occupe de les
diVmlerlrr, jamais on n y a pense. C est la que se rendent tous ceux qui out be-
sniii d babils a lion marclie. C est la que furent reunies en trss-grands partie les
depouillfs des cent ciinpi.inte mille victimes de 1 epidemie de 1812 . (Brayer,
Neuf anne es a Constantinople.)
Les ivsnltats douteux des inoculations pestilenlielles, 1 innocuite des cadavres
ouverts en grand nombre pendant I epidemie du Caire, confirmerent les opinions
emises cinquante ans auparavant par John Howard et par Desgenettes.
Tous les bons esprits de I epoque, soil medecins, soil adminislraleurs, devaient
etre frappes de 1 evidence de fails d un aulre genre : 1 Depnis la conquete de
1 Algerie, le Gouvernenient 1 raiiQais enfreignait quotidiennement, et malgre les
reclamations de 1 intendance sanilaire de Marseille, toutes les lois et ordonnances
qui, depuis deux siecles, mettaieut en suspicion constants les provenances du
nord de 1 Afrique. D autres provenances des cotes de Barbaiie, celles du llnroc,
etaienl admises en iibre pratique a Gibraltar, d ou elles arrivaient rapidement en
France avant que les marcbandises, parties le menie jour du meme pays, eussent
accompli, dans le lazaret de Marseille, la moitie de leur temps d epreuve. Enfin,
tandis qu a Marseille, a Venise, on souniettail aux mesures les plus rigoureuses de
quarantaine et de disinfection tout cequi arrivait de Conslantinople par mer, ces
mcmes provenances, voyageurs ou marchandises, penetraient facilement par terre,
de Turquie en Hongrie, ^ans subir a la station sauitaire de la frontiers (Rothen-
Tburm, sur les bords de 1 Olt) d autre epreuve que quelques formaliles onereuses
et vexatoires. Et cependant toutes ces infractions partielles au regime quarantai-
naire, pas plus que celles de Bonaparle, en \ 799, ne portaient nulle atteinte a la
sante publique. 2 des commissions franchises et etrangeres prenaient a tache, a
la meme epoque de determiner, d une maniere rigoureuse, les limiles de dure e,
dans leur berceau originel, des explosions peslilentielles; or, ces commisions
constataient d une maniere irrefutable la non-existence de cas de peste sporadique
en Egypte dans 1 intervalle des epidemies, faisant ainsi ressortir Tinutilile de
mesures quarantainaires pendant cet intervalle. 3 enfin on cherchait a elablir
un rapport scientifique entre deux fails consideres comnie toujours connexes dans
un reglemenl sanilaire ralionnel : A. Duree de la periode d incubation de la peste;
QUARANTAINFS. 55
B. duree dela periode d observation a imposer a tout sujet contumace, et qui doit
etre, aux yeux de bien des medecins, le corollaire pur et simple de la connais-
sance du ternps exact de 1 incubation.
Des 1845, Aubert-Roche etablissait, d apres soixante-quatre faits authentiques
etune experience de 124 ans sur les bailments venus du Levant dans Ics ports
de France, d ltalie, d Autriche et d Angleterre :
1 Que si la peste s est monlree apres 1 arrivi e, des cas se sont toujours maiii-
festes pendant la traversee.
2 Que tout batiment, arrive sans attaque de peste en mer, n en a jamais eu
apres 1 arrivee.
5 Que les marchandises du batiment, sans attaque de peste en mer, n ont
jamais communique la peste dans les lazarets.
4 Que, s il existe un cas de peste a bord, la maladie s est dedaree huit jours
au plus apres le depart.
De ces faits on pouvait tirer la consequence rigoureuse du droit a la libre pra
tique de tout batiment, qui n a pas eu de cas de peste en mer, et dont la Ira-
versee a dure au moins buit jours. On pouvait egalement conclure a la legitinnle
d une diniinution notable de la quarantaine pour les marchandises, diminution"
qiii fut concedee peu a peu, grace a des enquetes analogues de Segnr-Dnpeyron ;
on ne vit plus, a partir de 1837, de provenances frappees de sequestration
pendant 60 ou 80 jours.
Mais les conclusions d Aubei t-Roche lui-meme etaient moins radicales qu on ne
1 aurait suppose d apres les resultats ci-dessus enonces de sa laborieuse enquete,et
il propo-ait ^implement les modifications suivantes : 1 Admettre seulemenl deux
patentes, une brute en cas d epidemie, une nette lorsqu il n y aura pas dYpidi 1 -
mie; 2 avec la patente brute, soumettre les batiments de guerre ou paqui-liots
ai rivant huit jours apres le depart, ainsi que les passagers des batiments marchands
debarques au lazaret, a cinq jours de quarantaine d observation ; ces derniers
batiments eux-memes a dix jours, avec maniement des effets a bord; 3 avec la
patente nette, soumettre, quand Tarrivee a lieu huit jours apres le depart, les
paquebots, les batiments de guerre, et les passagers des batiments raavchands
debarques au lazaret, a vingt-quatre heures d observation; les batiments mar
chands eux-memes a cinq jours, avec maniement des marchandises a bord ; 4 pour
tout batiment nrrivantavec uncas de pesteou de maladie suspecte a bord, ou ayant
eu un mort pendant la traversee, le soumettre a la quarantaine jugee necessaiie.
Dans le systeme d Aubert-Hoche, le temps de 1 epreuve pouvait done ctre
absorbe presque entierement par celui de la traversee , doctrine a laquelle on
s empressa d opposer 1 exemple de certaines maladies peslilentielles qui con
stituent a bord des batiments des foyers bien plus tenaces que la duree d une
longue traversee, et qui, peut-etre, avait 1 inconyenient d entrainer les comman
dants de navire a diminner la rapidite de leur marche afin d ^puiser en mer le
temps d epreuve auquel ils seraient soumis en arrivant moins de huit jours apres
leur depart.
Neanmoins les recherches d Aubert-Roche eurenf. la plus heurcuse influence
sur les progres scientifiques de la question des quarantines; il y joignit 1 lion-
neur d avoir vulgarise cette idee trop absolue peut-etre, mais fecondec heureiise-
nient depuis, a savoir que la seule prophylaxie de la peste c est la civilisation,
e est-a-dire le bien-etre quel agriculture, 1 induslrie et la science developpeut sous
les auspices de 1 hygiene publique .
54 QUARANTA1NES.
A cette meme epoque.s elevait, al Academie de medecine (1845-46), la celebre
discussion sur les quaranlaines de la peste, discussion qui mettoit en relief la
valeur scientifique de tant d orateurs, et la difficulte de reduire, en maximes pra
tiques et en formules adrainistratives, les lois de prophylaxie d une affection dont
on ne connait qu imparfaitement et la genese et les conditions de transmissibi-
lite. De cette discussion ressortait cependant un resultat d nne haute valeur:
Depnis quinze ans, avail dit Begin (7 juillet 1846), quelques medecins, pousses
en Egypte par le devouement a la science, ont plus fait pour 1 histoire de la peste
que la plus grande partie des medecins des siecles anteiieurs; et il reclamait la
creation des medecins sanitaires, creation qui fut sanctionnee par une ordon-
nance du 18 avril 1847, avec promulgation des instructions suivantes :
Ins/ructions pour les mfrlecins sanitaires europeens dans \c Levant.
Chnpitre I". Regies generates. Art. i er . Le but principal de la mission des medecins
sanitaires europeens dans le Levant est de constater 1 etat sanitaire des pays de leur residence
et d en informer les diverges autorites locales.
Art. 2. Les medecins sanitaires europeens ne^seront responsables que devant leurs gouver-
ni iiients respectif s, dont ils recevront des instructions speciales.
Cliaque medecin sanilaire se mettra a cet el fet en rapport direct avec le delegue de son
gouvernement, membre des conseils de sante de Constantinople ct d Alexandrie.
Art. 5. Tout en conservant, autant que possible, la liberte dans Vaccomplissement de leurs
functions medicales, les medecins se trouveront, dans 1 endroit de leur residence, sous la
protection et juridiction des consuls generaux et consuls de leurs pays respectit s. auxquels
ils s adresseront. dans toutes les difficulties qui pourraient s elevcr entre eux et les autorites
locales.
Art. 4. Les medecins sanitaires entretiendront de bonnes relations non-seulement entre
eux, mais encore avec les corps consulaires, avec les habitants en general, et surtout avec les
autorites sanitaires et lesautres medecins locaux des pays de leur residence.
Art. 5. Le medecin sanitaire charge de surveiller une certaine circonscription ne devra
prendre nucun engagement qui pourrait le lier a 1 endroit de sa residence.
Pour cela et pour d autres raisons encore, il lui sera interdit de pratiquer la medecine
comme profession dont il tirerai t profit.
Cela, d ailleurs, ne I empechera pas de se rendre utile au pays, de prendre part meme aux
consultations medicales et de donner des conseils gratuits aux indigents.
Chapitrc II. Constatation de I etat sanitaire du pays. Art. 6. Le medecin sanitaire se
livrera a une enquete attentive et incessante sur I etat de sante des populations au milieu
desquelles il reside.
A cet effet, il devra parcourir sa circonscription toutes les fois qu il le jugera utile et ne-
cessaire (en Egypte, aussi souvent que possible), et se meltre en rapport avec les autorites
sanitaires locales, consuls, officiers, deputations ou bureaux de sante.
D autre part, il se mettra en rapport avec les medecins, les pharmaciens et toutes les per-
sonnes dont il pourrait obtenir des renseignements utiles; il visitera les hopitaux, lesquar-
tiers les plus miserables et les plus insalubres des villes et des villages de la circonscription
qui lui est confiec.
Art. 7. En cas de suspicion de maladies pestilentielles, le medecin sanitaire en informera
tout de suite 1 administration sanitaire locale, ou vice versa, et des ce moment, il s etablira
une consultation medicale dont le resultat sera immediatement communique au corps con-
sulaire de 1 endroit, et, s il en est besoin, a loutes les autorites enumerees dans 1 art. 15.
Art. 8. Le medecin sanitaire se tiendra, a 1 aide de documents officiels, s il en existe, ou
par toute autre voie, au courant du mouvement de la population, c est-a-dire du nombre des
naissances et des de ces ayant lieu chaque mois.
Art. 9. II s efforcera de connaitre la maniere dont la peste aura pu s introduire, de meme"
que les circonstances locales qui peuvent avigmenter 1 intensite de cette maladie.
II tachera particulierement de recueillir les 1 aits qui pourront eclaircir la question de
1 introduction de la peste par voie des effets et des marcliandises. II (era son possible pour
connaitre les conditions de sante des arrivages par terre et par mer. II portera, entre autres,
son attention particuliere sur les caravanes venant de 1 interieur de 1 Asie et de I Airique.sur
les circonstancos hygieniques dans lesquelles se trouvent les caravanes durant leurs tra-
versees, et sur la nature des maladies quii ! y developpent,
QUARANTINES. 55
Chapitre III. Surveillance de I execution des mesures sanitaires. Art. 10. Le mddecin
sanitaire europeen portera toule son attention sur la maniere dont s executent les mesures
sanitaires, tant quarantainaires qu hygieniques, par les ionctionnaires des administrations
sanitaires du pays, sans s immiscer d ailleurs dans cette execution (une exception est admise
a 1 art. 13).
Art. 11, II surveillera autanl que possible 1 inspection de 1 etat hygienique des navires et
de 1 e tat de sante des equipages et des passagers partant pour I Europe. Cctte inspection meme
est confiee aux administrations sanitaires locales.
Art, 12, Pour satisfaire aux articles 6 jusqu a 12, le medecin sanitaire entretiendra des
rapports officiels avec les administrations sanitaires locales. Ces administrations, a Icur tour,
auront 1 obligation, non-seulement de fournir aux medecins sanitaires des renseipin- n. nls
dcrits sur tout ce qui a trait a 1 execution de ces instructions, mais encore de recevoir ces
medecins dans le local de 1 administration sanitaire, toutes les fois que ceux-ci jugeront
u propos de s y rendre pour obtenir des renseignements ou des eclaircissements verbaux.
Art. 13. Dans le cas ou le medecin de radminislration sanitaire locale serait malade ou
absent, et ou cette administration mSrne inviterait le medecin sanitaire europeen a remplir
temporairement la place vacante ou a executor quelques mesures qui ne sauraient etre con-
lieesqu u un mddecin, le medecin sanitaire europeen sera tenu de preter son concours au aui
que cela sera en son pouvoir.
Chapitre IV. Correspondance. Art. 14. Le medecin sanitaire europeen sera oblige d en-
tretenir une correspondance reguliere et extraordinaire avec le medecin central de son
arrondissement, avec le corps consulaire de sa circonscription, et, dans certains cas, avec
qnelques autres medecins sanitaires. Le but general de celte correspondance est d assurer
une information incessante sur I e lat de sante de la circonscription et sur 1 eie cution de
mesures sanitaires, tant quarantainaires qu hygieniques.
Art. 15, Dans les circonstances ordinaires, le medecin sanitaire europeen adressera son
rapport regulier au medecin central de 1 arrondissement et au corps consulaire de sa circon
scription, deux fois pas inois en Turquie, et chaque semaine en Egypte.
Art. 16. Dans le cas de quelque malaclie suspecte ou epidemique, et dans tous les cas
extraordinaires en general, le medecin sanitaire europeen fera son rapport immediatement
et sans de lai, non-seulement aux autorite s ci-dessus mentionnees, mais aussi a tous les me-
decins sanitaires des circonscriptions voisines, et, s il est besoin, aux medecins et consuls
plus eloignes, a qui ces informations pourraient etre uliles.
Art. 17. Dans tous les rapports adresses aux consuls, le medecin sanitaire formulera clai-
remenl ses conclusions pour la patente nette ou pour la patente brute, conclusions dont les
consuls auraient besoin pour viser les patentes. Des cas suspects quelconques seront re-
gardes comme raison suffisante pour tormuler la patente brute.
Chapitre V. Tenue des registres sanitaires. Art. 18. Aim de pouvoir en tout temps se
rendre compte de ses operations, et pour etre toujours a meme de t ournir des documents au-
thentiques et precis aux autorites superieures, chaque medecin sanitaire europeen tiendra
avec le plus grand soin les registres suivants, cotes et paraphes par le corps consulaire de
sa residence :
1 Registre de tous les ordres et de toutes les instructions qu il a recus dans le cours d une
annee. Les originaux de ces ordres et instructions formeront 1 annexe de ce registre.
2 Registre renfermarit les copies textuelles de tous les rapports reguliers et extraordi
naires adresses au medecin central, aux administrations sanitaires locales et aux divers
consuls de la circonscription.
3 Registre renfermant la correspondance entretenue avec les autres medecins sanitaires.
Les copies textuelles des lettres ecrites dans 1 interet du service et de la mission commune
y doirent Stres conservees avec les originaux des lettres recjies.
Chapitre VI. Etudes scientifigues. Art. 19. Le medecin sanitaire sera oblige d etudier,
sous le rapport de la sante publique, le pays ou il se trouve, son climat, ses maladies, et
toutes les conditions qui s y rapportent. Le plan general de ces etudes comprendra :
1 La topographic medicale complete de sa circonscription ;
2 s L etude des maladies ordinaires et accidentelles de cette contree ;
5 De nouvelles recherches sur 1 epidemie pestilentielle et sur les caracteres symptoma-
tiques et anatomiques de la peste;
4 L etude des conditions etiologiques en general (voy. 1 art. 9) et 1 etude comparative des
lieux, et jusqu aux quartiers des \illes et villages dans lesquels la peste se developpe, et des
lieux appartenant au m6me pays et habites par les memes populations ou la peste ne s en-
gendre jamais.
Cette comparaison a pour but de faire connaitre les causes de la peste et les moyens d ea
prevenir le developpement dans les pays qui 1 enfantent encore aujourd hui.
Art. 20. Le medecin sanitaire communiquera, de temps a autre, les resultats de ses etudei
56 QUARANTAINES.
scientifiques au medecin central el a son gnuvernement respectif, qui aura soin d en pu
ceu\ qui lui parailrnient dignes d attention.
Cliapitre VII. Instructions particidieics pour les medecins centrnux.
lation de medecins centraux sur quairc points du Levant a pour but de centraliser
respondance des medecins sanitaires ordinaires, dont ils recevront les rapports reguliers et
extraordinaires, commc il a ete dit plus haul.
Cette correspondence, d ailleurs, ne donnera aux medecins centraux aucune supre matie
sur Icnrs autres collejiues.
Art. 22. Le medecin central, tout en remplissant les fonctions de medecin sanitaire ordi
naire, selon les chapitres precedents, sera, en outre, charge de redisrer des rapports generaux
bases sur les rapports speciaux des medecins sjnitaires de son arrondissement.
Ces rapports generaux seront a leur tour adresses, une fois par mob en Turquie et deux
fois par mois en Egypte, au corps consulaire local et au con^eil de suite de Constantinople.
Le medecin central d Alexandnecommuniquera, en outre, son rapport general au conseil
de sante d Alexandrie.
Art. .!.". Cli:i([iie medecin central redigera, au commencement de chaque annee, un rap
port dctaillu sur 1 etai de santo de son arrondissement pendant 1 annee precedente, et sur
innies les conditions sanitaires qui s y rattachent
Ait. 24. Ces rapports annuels, ecrits en franqiu s, seront imprimes duns le lieu de la resi
dence du medecin central, et seront. distribues en nombre sul fisant d exemplaires :
1 A tons les representants des puissances europeennes interessees qui en feront purt a
leurs gouvernements respectifs; 2 a tons les dele^ues europe ens membres des conseils de
sante de Constantinople et d Alexandrie. qui les communiqueront en entier pu en partie a
ces conseils memes; et 3 a tons les medecins sanitaires en Turquie et en Egypte, qui les
communiqueront egalement eu partie ou en entier aux autorites sanitaires locales.
Ouant a 1 intendance sanitaire de Marseille, elle avait, malgre 1 autorite des
evenenients et des discussions academiques, cherche a maintenir 1 integrite de
ses privileges; elle traitait d t-gale a c gale avec le pouvoir, conferait directement
avec le ministre du cummerce; et ses decisions, au lieu de se borner a 1 adminis-
tration de la sante du litiurnl mediterraneen, s imposaient encore a tonte la France
(seances de la Chambre des deputes, 1844) ; elle avait consenti neanmoins, en sep-
tembre 1844, a reduire la duree des quaiantaines donl le minimum, avec patente
nette, demeurait cependant encore de neuf jours ; mais elle avait maintenu la
distinction des trois patentes : brnte, nette et suspecte. Cependant le monopole
commercial que son lazaret creait a cette ville (voy. p. 29) devait se changer en
consequence d un tout autre genre : quelques ports de la Mediterranee, Malte,
Trieste, s etaient peu a pen relaclies de leur severite; Genes, Naples, Livourue,
relevant alors de gouvernements differents, et parfois en lutte, moditiaient aussi
leurs reglements sanitaires. L Angleterre enfm venait de lever toute quarantaine,
en cas de patente nette, sur tous les arrivages d Alexandrie a Southampton; par la
voie d Angleterre, on arrivait ainsi plus vite a Paris que par Marseille, et la France
perdait 1 avantagede sa position geographique.
L heure avait sonne d une reforme complete des institutions sanitaires de la
France, et un decret du 10 aout 1849 supprimait,de fait et de nom, 1 intendance
de Marseille. Avec elle disparaissait la serie des entraves traditionnelles imposees a
une application scientifique des regies de la prophylaxie des maladies epidemi- 1
ques; peut-etre laissait-elle, comme dernieres traces de sa longue influence sur la
population du littoral, quelques prejuges inveteres qui devaient faire obstacle aux
innovations les plus rationnelles, toujours considerees ou rejetees comme teme-
raires.
La transformation du regime sanitaire fut consacreepar le decret du 24 decem-
bre 1850; ce decret fnt hate, dans sa promulgation, par la seconde invasion du
cholera en Europe; on redoutait, en effet, dans le midi de la France, 1 apparition
du fleau qui alors regnait a Tunis eta Make ; toute mesure quarantainaire avait ete
QUARANTAINES. 57
supprimee centre lui en 1848, parce qu en 1832 on avait cm en reconnaitre 1 inu-
tilite ; inais les populations maritimes fie noire littoral mediterranean, voyant les
precautions dont s entouraient les ports d Halie, reclamerent energiquement
en 1850 un nouveau systeme de prescriptions sanitaires. Ce decret du 24 de-
cembre 1850, tout en formulant des mesures restriclives, supprimait ou reduisait
un grand nombre d entraves imposees aux relations maritime*; il dispensait, et
de la patente et des formalites administratives, beaucoup de bailments entrant
journellement dans les ports, bateaux pecheurs, bateaux piloles, navires faisant
le cabotage entre les divers ports d un meme littoral ; on n imposait a ces derniers
qu un droit de reconnaissance sanitaire a 1 arrivee. Parmi les dispositions les plus
importantes de cet acte, il /but ranger 1 adoption du principe d un minimum et
d un maximum pour la duree des qnarantaines, principe qui devait etre consacre
desormais par la pralique, et supprimait ainsi tant d abus. Le decret moditiait
completement le personnel et les attributions des autorites sanitaires dans les
ditierents ports : Un agent principal du service sanitaire est nomme, dans chaque
departement maritime, par le ministre de 1 agriculture et du commerce. Cet
agent principal a sous sa direction des agents ordinaires, a chaeun de.squels
est attribute une circonscription dont les Hmites furent determines par un
arrete ministeriel du 27 fevrier 1852. Dans les ports ou il existe des lazarets,
V agent principal du service sanitaire prend le litre de directeur de la sante. II
est en outre institue, dans chaque departement maritime, une commission sani
taire ayant le droit non-seulement de donner son avis sur les questions hygieni-
ques relatives au regime interieur des lazarets, anx moditications a leur faire subir,
aux emplacements a assigner aux navires en observation, etc., mais encore, encas
d urgence, de voter des reglements provisoirement executoires, et de controler
les operations sanitaires du service confie au directeur de la sante. Ges commis
sions differaient essentiellement par leur composition des anciennes intendances
sanitaires. Elles se composaient, avant tout, d une serie de membres competents a
divers litres, cboisis parmi les fonctionnaires du rang le plus eleve, dont plusieurs
en taisaient parlie de droit ; c etait : 1 le directeur de la sante; 2 le maire de la
ville; 5 le plus eleve en grade des generaux ; 4 dans les ports militaires, le prefet
maritime, le major general, le president du conseil de sante de la marine ; 5 le
directeur des dnuanes; 6 deux conseillers de prefecture; puis 1 election designait
en outre six membres, dont un tiers nomme par le conseil municipal, un tiers par
la chambre de commerce, un tiers par le conseil d hygiene publique, et, u def aut
de conseil d bygiene dans la circonscription, par les medecins de la locality.
Ce qui justitie enfin la valeur du decret du 24 decembre 1 850, c est qu il fut
confirme en bien des points par la conference Internationale qui allait inaiigurer
1 ere actuelle du regime sanitaire, et dont 1 ceuvre, que nous exposerons avec de
tails, nous dispense de reproduire in extenso la teneur de ce decret.
Remarquons,en terminant 1 expose de cette periode histoi ique desquarantaines,
que la France a jusqu ici marcbe a peu pres seule dans la voie de ces transforma
tions des reglements sanitaires locauxeudecretsd utilite publique; les autres Etats
de 1 Europe semblaient unirmement disposes a laisser s el l acer leurs anciennes in
stitutions quarantainaires. L Angleterre avait peu a peu aboli toute entrave imposee
au commerce du Levant, et ne songeait nullement a se premunir centre la fievre
jaune. Elle mettait en honneur et en pratique les inspirations de John Howard, de
Mac-Lean, de Cbervin, d Aubert-Roche. En Autriche, on avait maintenu des regle
ments d une excessive severite; mais, dans la pratique, ces reglements etaient in-
o8 QUARANTINES.
cessamment eludes pour les provenances de Turqnie par voie de terre; quant aui
relations maritimes, on admettait des exceptions frequentes pour les paquebots de
la ligne de Trieste, afin d assurer a cette ligne le benefice de la rapidite des commu
nications avec Alexaudrie et Constantinople. En Russie, les communications avec
la Turquie n etaient entravees ou facilities que d apres les dangers on les craintes
du moment, et il n existait aucune regie permanente a cet cgard ; le plus souvent
memo, les relations commerciales du vaste empire russe avec la Turquie etaient
soumises a des mesures quarantainaires entitlement dilferentes comme duree,
suivant que ces relations s operaient par le Danube, ou par les divers ports de la
mer Noire, notumment par Odessa.
Un fait non nioins remarquable a constater, a cote de ces hesitations ou de ces
differences completes depreciation des divers Etats de 1 Europe, c est la persis-
tance des Etats-Unis d Amerique dans la voie ou ils etaient entres en 1821 ; c est
en cette annee qu avait commence 1 organisation de leurs etablissements quarantai-
naires sur le littoral atlantique; depuis lors, jusqu en 1850, la fievre jaune ne
|iriielra plus une seule fois dans dilferentes cites, New-York, Pbiladelpbie, Mobile,
Baltimore, si cruellement alteintes au siecle dernier. Si 1 on refit-chit que. c est
presque uniquement par ce littoral atlanlique que les Etats-Unis sont en relation
avec le reste du monde, que c est par la que leur sont parvenus si souvent, de
I anrien continent, les germes du typbus, du cholera, de la variole meme, et que
res lleaux out tie frequemment arretes dans 1 enceinte des lazarets americains, on
compreud quel inleiet avaient ces grands ports du nouveau monde a maintenir
ime pureille ligne de defense sanitaire. Ajoutons que si, durant cetle premiere
moitie de notre siecle, 1 Amerique n a songe qu a affermir de plus en plusses in
stitutions quarantainaires, c est que, n ayant jamais eu a compter avec la peste,
elle n avait pas du, avant d arriver a un systeme de protection rationnel et scienti-
fique, laire disparaitre d abord toutes les pratiques et les prejuges enfantes en
Europe depuis des siiYlos par les ravages de cette affection ; le jour ou les Amen-
euins admirent la necessite d une police sanitaire, la science etait assez avancee et
assez degagee des doctrines surannees des vieux lazarets pour que leurs reglements
presentassent, desTorigine, les conditions de raison et de moderation qui devaient
en assurer le mainlien.
CHAFITRE II. ETUDE DU SYSTEME QUARANTAIKAIRE ACTUEL. Dans ce chapitre,
nous ourons a etudier le systeme quarantunaire tel qu il existe aujourd hui, tel
qu il semble pouvoir etre accepte d apres les donnees de la science moderne,
et d apres les exigences sociales de notre siecle.
Nous ex poser ons successivement dans ee but : 1 les bases du regime sanitaire
actuel ; 2 la valeur prophylactique des mesures quarantainaires; 5 les regies a
suivre pour leur application rationnelle ou leur amelioration ; 4 les conditions
speciales de prophylaxie sanitaire reclamees par les diverses maladies importables.
1 REGIME SANITAIRE. Avant 1 850 deja, Segur-Dupeyron, inspecteur des eta
blissements sanitaires, avait fait ressortir, a la suite de deux missions, les vices et
les incoherences du systeme quarantainaire adopte par les differentes puissances
de 1 Europe; ces inconvenients s etaient aggraves cependant depuis que rinstitu-
tion de nombreuses lignes de paquebots-poste avait multiplie les communications
Internationales; des plaintes s elevaient de toutes parts sur la diversite des re^le-
ments et des pratiques sanitaires qui etaient en vigueurdans les differents ports de
la Mediterranee : chaque Etat avait a cet egaa d un regime particulier. La ou re-
QUARANTAINES. 59
poussait les provenances qui ailleurs etaient admises sans difficultes ; ici on consi-
derait comme contagieuse et importable une maladie qui, dans les pays voisins,
etait declaiee non contagieuse et non transmissible; les quarantaines n avaient
d autres limites que celles que fixait la volonte d administrations toutes a peu
pres independautes du pouvoir central ; les droits les plus divers, et souvent les
plus exageres etaient imposes a la navigation sous la denomination de taxes sani-
taires. De la resultaient pour le commerce une gene et souvent des frais conside
rables, suvtout en temps d epidemie. On ne pouvait prevoir quel Lrailemeut un
navire aurait a subir dans un port ou il devait aborder, s il venait d nn pays
place plus ou moins arbitrairement en etatde suspicion, et il devenait des lors im-
posfilie d etablir aucun calcul sur les chances d une operation commerciale
(Instructions sur I execution du decret du 4 juin 1855). Le cholera n etait pas,
a lui seul, 1 occasion de ces vexations arbitraires. Depuis la reduction, a Marseille,
de la duree des quarantaines imposees, avant la conquete de 1 Algeiie, aux Etats
barbaresques, les magistrals de sante de 1 Italie accusaient la France d onvrir
la porte a la pesle, et souvent appliquaient a noire commerce les entraves sani-
taires reservees aux batiments suspects.
Les negotiations entamees, sur les instances deSegur-Dupeyron, n avaient point
abouti cependant a une entente des divers gouvernements europeens ; ces negocia
tions devaient etre reprises avec plus de succes en 1 850, grace a la sa vante et cner-
gique initiative de Melier, grace aussi au surcroit de desoidre et de malentendus
que soulevait dans les divers lazarets de 1 Europela seconde explosion epidemique
du cholera. Apparaissant a une epoque ou Ton croyait peu a sa contagion, et ou
semblait definitivemenl triompher la doctrine de la libre pratique, ne rencontrant
sur sa route que des institutions sanitaires discreditees ou complelement delaissees,
le cholera sembla cette fois de pendre beaucoup plus, dans sa propagation, des
communications humaines, et causa d autant plus d emoi dans les ports de la Me-
diterranee que 1 application de la vapeur aux relations maritimes en augmentait la
rapidite, la frequence et les dangers. On vit se renouvelerdans quelques villes, en
Italie surtout, 1 application des anciennes ordonnances, inspirees par la terreur
de la peste, ou fondees sur des hypotheses entierement gratuites. II etait urgent
de demontrer, par 1 analyse des fails, tout ce que ces pratiques avaient d inutile
et de contradictoire, et de ramener enfin la police sanitaire, redevenue de nouveau
si redoutable pour les personnes, si genante pour la navigation, aux bornes que
la science reconnait indispensables et que la raison peut admettre.
Melier, bien que partisan alors tres-modere des mesures quarantainaires, redi-
gea, comme base de la discussion, un programme qui fut agree par les gouverne
ments interesses ; une conference a laquelle prirent part les delegues de douze
puissances (France, Autriche, Deux-Siciles, Espagne, Etats-Romains, Grande-Bre-
tagne, Grece, Portugal, Russie, Sardaigne, Toscane et Turquie), fut ouverte a
Paris en 1851 ; dans cette conference figuraient, a la fois, des medecins et des con
suls charges specialement de soutenir lesinterets commerciaux de leurs pays. On
fit acte de sagesse en ecartant toutes les discussions purement scientitiques, par
lesquelles on fut difficilement arrive a 1 unanimite; on s en tint aux fails le plus
generalement acceptes, et, a 1 aide de quelques concessions mutuelles, on parvint
a conclure un projet de convention auquel etait annexe un projet de rcglement sa
nitaire international; ces deux actessont exposes et ratifies dans le decret suivant
en date du 27 mai 1853.
60 OUARANTAINES.
Decrcl imperial porlant promulgation de la convention sanitaire inlernntinnnle cnncluc
en/re la France, la Sardaigne et divcrses autres puissances maritime*, le 27 mai ISo.j.
NAPOLEON-,
Par la grace de Dieu et la volonte nalionale, Empereur des Frangais,
A tous presents et a venir, salut ;
Sur le rapport de notre ministre secretaire d Etat au departement des Affaires etrangeres,
Avons decrete et decretons ce qui suit
Article l er . La convention sanitaire Internationale conclue entre la France et diverses autres
puissances maritimes ayant ete raliliee par nous et S. M. le roi de Sardaigne, et les actes de
ratification ayant ete echanges le 18 du present mois de mai, entre les deux gouvernements
contractanls. ladite convention, suivie d un reglement sanitaire, desquels la teneur suit, re-
cevra, par rapport a la Sardaigne, sa pleine et entiere execution a dater du 15 juin prochain.
CONVENTION.
Article \". Les hautes parties contractantes se reservent le droit de se premunir, sur
les frontieres de terre, centre un pays malade ou compromis et de mettre ce pays en qua-
rantaine.
Quant aux arrivages par mer, elles ronviennent en principe .
1 D appliqner a la prste, a la fievre jaune et au cholera, les mesures sanitaires qui seront
spe ufH i^ dans les articles ci -apres;
2 De considerer comme obligatoire pour tous les bailments la production d une patente,
sauf les exceptions mentiomuVs dans le reglement sanitaire international annexe a la pre-
sente convention.
Tout port sain aura le droit de se premunir centre un bailment ayant a bord une maladie
reputec importable, telle que le typhus et h petite v^role maligne.
Les administrations sanitaires respeclives pourront, sous leur responsabilite devant qui de
ilrit, ,-hlopter des precautions centre d autres maladies encore.
II rsi him iMiiriulii, toutefois :
1 Que les mesures exeeptionnelles mentionnees dans les deux paragraphes precedents ne
pourront Stre appliquees <iu aux navires infectes, et ne compromettront dans aucun cas le
pays de provenance ;
2 Que jamais aucune mesure sanitaire n ira jusqu a repousser un batiment quel qu il
soil.
Art. 2. L application des mesures de quaraniaine sera reglee, a 1 avenir, d apres la decla
ration officiellement faite par 1 autorite sanitaire instituee au port du depart, que la maladie
existe reellement.
La cessation de ces mesures se determinera sur une declaration semblable que la maladie
est etemte, apres toutefois 1 expiration d un denial fixe a trente jours pour la peste, a vingt
jours pour la lievre jaune et a dix jours pour le cholera.
Art. 3 A partir de la mise a execution de la presente convention, il n y aura plus que
deux patentes, la patente brute et la patente netie : la premiere, pour la presence constatee
de malaiiie ; la seconde, pour 1 absence attestee de maladie. La patente constatera 1 etat hygie-
niijiie du batiment. Un batiment en patente nette, dont les conditions seraient evidemment
mauvaises et ccmpromettantes, pourra etre assimile, par mesure d hygiene, a un baiinient
en patente brute et soumis au meme regime.
Art. 4. I our la plus facile application des mesures quarantainaires, les hautes parties con
tractantes conviennent d adopier le principe d un minimum et d un maximum.
En ce qui concerne la peste, le minimum est fixe a dix jours pleins, et le maximum a quinze.
Des que le gouvernement ottoman aura complete, dans les termes prevus par le reglement
annexe a la presente convention, 1 organisation de son service sanitaire, etque des medecins
europeens auront et6 etablis, a la diligence des gouvememenis respectifs, sur tous les points
ou leur presence a ete jugre necessaire, les provenances de 1 Orient, en patente nette, seront
admises en libre pratique dans tous les ports des hautes parties contractantes En attendant,
il est convenu que ces memes provenances arrivant en patente nette seront recues en litre
pratique, apres huit jours de traversee, lorsque les navires auront a bord un medecin sani
taire, et apres dix jours lorsqu ils n en auront pas.
Le droit est reserve aux pays les plus voisins de 1 empire ottoman, tout en continuant
leur regime quarantainaire actuel, de prendre, dans certains cas, telles mesures qu ils croi-
ront indispensables pour le maintien de la sante publique.
En ce qui concerne la fievre janne et lorsqu il n y aura pas eu d accident pendant la tra
versee, le minimum sera de cinq jours et le maximum de sept joins.
Ge minimum pourra etre abaisse a trois jours, lorsque la tr;iversee aura dure plus de
trente jours et si le batiment est dans de bonnes conditions d hygiene; quand des accidents
QUARANTAINES. 61
se seront produits pendant la traversee, le minimum de la quarantaine a imposcr sera dc
sept jours et le maximum de quinze.
Enfin pour le cholera, les provenances des lieux ou regnera cette inaladie pourront <Hre
soumises a une quarantaine d observation de cinq jours pleins, y compris le temps de la
traversee. Quant aux provenances des lieux voisins ou intermediaires, noloirement com-
promis, elles pourront etre soumises a une quarantaine d observation de trois jours y com
pris la duree de la traversee.
Les mesures d hygiene seront obligatoires dans tous les cas et contre toutes les maladies.
Art. 5. Pour 1 auplication des mesures sanitaires, les marchandises seront rangees en
trois classes : la premiere, pour les marchandises soumises a une quarantaine obligatoire
et aux purifications; la seconde, pour celles assujelties a une quarantaine facultative; la
troisieme, enfin, pour les marchandises exemptes de toute quarantaine.
Le reglement sanitaire international specifiera les objets et marchandises composant
chaque classe, el le regime qui leur sera applicable en ce qui concerne la peste, la fievre
jaune et le cholera.
Art. 6. Chacune des haules parties contract antes s engage a maintenir ou a creer, pour la
reception des bailments, des passagers, des marchandises et aulres objets sournis a quaran
taine, le nombre de lazarets reclames par les exigences de la sante puldique, par le bien-
etre des voyageurs et par les besoins du commerce; le tout dans les lermes enonce s par le
reglement sanitaire international.
Art. 7. Pour arriver, autant que possible, a 1 uniformite dans les droits sanitaires, et pour
n imposer a la navigation de leurs Etats respectif s que les charges ne cessaires pour couvrir
complement leurs frais, les haules parties contractantes, sous la reserve des exceptions
prevues dans le reglement sanitaire international, arretent en principe .
1 Que tous les navires arrivant dans un port payeront, en outre, un droit journalier de
station ;
2 Que les navires soumis a une quarantaine payeront, sans distinction de pavilion, un
droit sanitaire proportionnel sur leur tonnage ;
3 Que les personnes qui sejourneront dans les lazarets payeront un droit fixe pour chaque
journee de residence dans ces etablissements ;
4 Que les marchandises deposees et desinfectees dans les lazarets seront assujetties a une
taxe au poids ou a la valeur.
Les droits et taxes mentionnes dans le present article seront fixes par chaque gouvernement
et signifies aux autres parties contractantes.
Art. 8. Afin d amener egalement la plus grande uniformity possible dans [ organisation des
administrations sanitaires, les haules parties contraclantes conviennent de placer le service
de la sante publique dans les ports de leurs Etats qu elles se reserveut de designer, sous la
direction d un agent responsable, nomme et retribue par le gouvernement, et assiste d un
conseil representant les interets locaux II y aura, en outre, dans chaque pays, un service
d inspection sanitaire qui ser;i regie par les gouvernements respectifs.
Dans tous les ports ou les puissances contractantes entretiennent des consuls, un ou plu-
sieurs de ces consuls pourront etre admis aux deliberations des conseils sanitaires, pour y
faire leurs observations, fournir des renseignements et donner leur avis sur les questions
sanitaires.
Toutes les fois qu il s agira de prendre une resolution spe ciale a I egard d un pays, et de le
declarer en quarantaine, 1 agent consulaire de ce pays sera invite a se rendre au conseil et
entendu dans ses observations.
Art. 9. L application des principes g6neraux consncres par les articles qui precedent, et
1 ensemble des mesures adminibtratives qui en decoulent, seront determines par le reglement
sanitaire international annexe a la presente convention.
Art. 10. La faculte d acceder a la presente convention et a son annexe est expressement
reservee a toutes les puissances qui consentiront a accepter les obligations qu elles con-
sacrent.
Art. 11. La presente convention et le reglement sanitaire international y annexe auront
force et vigueur pendant cinq annees.
Dans le cas ou, six mois avant 1 expiration de ce terme, aucune des hautes parties contrac
tantes n aurait, par une declaration ofucielle, annonce son intention d en faire cesser les
effets en ce qui la concerne, ils resteront en vigueur pendant une annee encore, et ainsi de
suite, d annee en annee, jusqu a due denonciation.
Art. 12. II est bien entendu que les hautes puissances contractantes s engagent recipro-
quement, les unes enversles autres, pour tout ce qui concerne 1 ensemble comme les details
de la presente convention, dont le protocole demeurera ouvert a la signature des plenipoten-
tiaires respectifs.
Art. 13. La presente convention et son annexe seront notjfiees suivant les lois et usages de
62 QUARANTAINES.
cliacune des hautes parties contractantes, et les ratifications en seront echangees a Paris dans
le plus bref delai possible.
En foi de quoi les plenipolentiaires respectifs ont signe la presente convention ainsi que son
annexe, et y ont appose le cachet de leurs arrnes.
Fait et conclu a Paris, le 5 fevrier 1853.
REGLEMENT SANITAIRE INTERNATIONAL.
Conformement aux principes poses dans la convention sanitaire qui precede, les hautes
parties contractantes ont adopte le reglement general suivant, pour etre observe dans tous
les ports de la Mediterranee et de la mer Noire, et servir de base aux reglements particuliers
de chaque pays ; ces reglements, dont les gouverneinents res|iectifs se communiqueront le
texte, seront fonnules de maniere a e tablir dans le service sanitaire des differents pays la
plus grande uniformite possible.
litre I er . Disposition* generates. Article 1". Conformement a 1 art. 1" de la conven
tion, les mesures de precaution qui pourront etre prises sur les frontieres de terre, seront
L isolement,
La formation de cordons sanilaires,
L e lablissement de lazarets permanents ou temporaires pour raccomplissement des qua-
rantaines.
Art. 2. Le droit accnrde a tout port sain de se premunir contre un batiment suspect ou ma-
lade, pourra aller jusqu a 1 isnlement du navire et 1 adoption des mesures hygieniques que
les circonstances rendraient necessaires.
Art. 5. Quels que soienl le nombre des malades qui se trouveront a bord et la nature de
la maladie, un navire ne pourra jamais etre repousse, mais il sera assujetti aux precautions
que commandont la prudence, tout en conciliant les droits de I humaniie avec les inU ivts
de li\ >;n)ti ; puliliijiii-.
Dans les ports qui n ont pas de lazarets, [ administration sanitaire locale determinera si le
bailment suspect ou maladc doit etre dirige sur un lazaret voisin, ou pent roster au mouil-
lap> dans un lion reserve et isolo, SOIK Ja garde de I aulorito sanitaire.
II ne pourra etre dirige sur un autre lazaret qu apres avoir regu les secours et soins que
rrdamerait son edit ou celui de ses malades, et avoir obtenu les moyens de continuer sa
route.
Art. 4. La peste, la Cevre jaune et le cholera etant, d apres la convention, les seules ma
ladies qui entrainent des mesures generales et la mi-e on quarantaine des lieux de prove
nance, les precautions prises contre les autres maladies, quellos qu elles soient, ne s appli-
qurrnnt jamais qu aux seuls batiments suspects ou malades.
litre II. Mesures relatives au dff/wrt. Art. 5. Les mesures relatives au depart compren-
dront 1 observation, la surveillance et la constatation de 1 e tat sanitaire du pays; la verification
et la consolation de Tetal hygienique des batiments qui en partent, de leurs car^aisons ct
vivres, de la sante des equipages; des renseignements, quand il y a lieu, sur la sante des
passagers, et enfin les patentes de sante et tout ce qui s y rapporte.
Ait. 6. Ces observation, surveillance, constatation et verification seront confiees aux auto-
rites ci-apres desipnees (litre VIII).
Art. 7. Tout batiment doit etre, avant le chargement, visite par un delegue de 1 autorite
sanitaire, et soumis, s il y a lieu, aux mesures hygieniques jugees necessaires.
Art. 8. Le batiment sera visite dans toutes ses parties et son e tat hygionique constate.
Art. 9. Le chargement ne pourra avoir lieu qu apres cette visite, et raccomplissement des
mesures preambles de proprete etde salubriteque Tautorite sanitaire jugera indispensables.
Art. 10. L autorite s enquerra de 1 etat des vivres et boissons, et en parliculier de 1 eau
potable et des moyens de la conserves Elle pourra s enquerir aussi des vet.ements de
1 jquipage, et, en general, de toutes les mesures relatives au maintien de la sante a )>ord.
Art. 11. Les capitaines et patrons seront tenus de fournir a cet egard a 1 autorite sani
taire tous les renseignements et toutes les justifications qui leur seront demandees
Art. 12. Si 1 autorite sanitaire le juge necessaire et ne ae croit pas sutu samment eclairee par
le capitaine, il pourra etre procedd a une nouvelle visile apres le chargement du navire,
afm de s assurer si toutes les precautions sanitaires et liygieniques prescrites onl ete ob-
servees.
Art. 15. Les hommes de 1 equipage seront visiles par un medecin. L embai quement de
ceux qui seraient atteints d une affection transmissible pourra etre refugee par 1 autorite
Banitaire.
Art. 14. Ces di verses visiles devront etre faites sans delai et de maniere a eviter tout
retard aux batiments.
Art. 15. A 1 egard des navires portant un pavilion autre que celui des pays dans lesquels
QUARANTAlNES. 63
ils sont mouilles, la visite et les constatalions preserves par les art. 9 et 14 inclusivement
seront faites par 1 autorite sanitaire de concert avec le consul ou 1 ageut consulaire de la
nation a laquelle appartient le navire.
Art. 16. Le nombre des passagers a embarquer sur les navires a voiles ou a vapeur, 1 e-
tendue de leurs logements et la quantite des approvisionneraents de bord, suivant la clure e
probable du voyage, seront determines par des reglements particuliers dans les divers pays
sbnataires de la convention du 1 J decembre.
Art. 17- l-es bailments de la marine militaire ne serontpas assujettis aux dispositions des
articles precedents.
Art. 18. Les bailments affectes au transport des personnes, quelque soil leur tonnage, et
tons les batiments d unecertaine capacite ou dont 1 equipage se compose d lin certmi nmnbre
d hommes, seront tenus de se munir d un coffre avec les medicaments les plus indi^p ii-
sables et les appaveils les plus ordinaires pour le (raitement des maladies et pour les acci
dents qui arrivent le plus frequemment a bord des navires.
L administration sanitaire superieure de chaque pays fera rediger le catalogue do ces
medicaments et appareils, ainsi qu une instruction detaille e sur la maniere de les employer.
Art. 19. Les patentes de sante ne seront delivrees, a 1 avenir, qu apres 1 accomplissement
des formahtes specifiees dans le present reglement.
Art. 20. Seront, en temps ordinaire, dispenses de se munir d une patente de sante : 1 Les
bateaux pecheurs ; 2 les bateaux pilotes; 5 les chaloupes du service des douanes et les I Ali
ments garde-cotes; 4 les navires faisant le cabotage entre difte rents ports du mumc |i;iys,
et qui seront determines par les reglements locaux.
Art. 21. Chaque bailment ne pourra avoir qu une seule patente.
Art. 22. Les patentes de sante seront delivrees au noiu du gouvernement territorial par
1 autorite sanitaire, pourront etre visitees par les consuls, el feront foi dans tous Irs |n. ri
des hautes parties contraclantes.
Art. 23. Outre le nom du navire et celui du capitaine ou patron, et les renseigiiMiii iiis
rehitifs au tonnage, aux marchandises, aux hommes d equipage, aux passagers, etc., la p,-i-
tente mentionnera exactement 1 etat sanitaire du lieu, tel qu il resulte des renseignemems
recueillis par 1 autorite sanitaire et 1 etat hygienique du batiment.
S il y a des malades a bord, il en sera fait mention.
l.a patente devra contenir enfin tous les renseignemeuts qui peuvent eclairer 1 autorilc
sanitaire du port de destination, et la mettre a meme de se faire une idee aussi exacte que
possible de la sante publique au point de depart et environs, de 1 ulat du navire et dc sa
cargaison, de la sante des equipages et de celle des passagers.
Sont considered comme environs les lieux en rapport habituel avec le port de depart, et
faisant partie de la meme circonscripiion sanitaire.
Art. 24. La patente sera, pourtoutes les nations contractantes, conforme au modele annexe
au present reglement.
Art. 25. Lorsqu il regnera au point de depart ou aux environs, une des trois maladies re-
putees importables et transmissibles, et que 1 autorite sanitaire en aura declare 1 uxistence,
la patente donnera la date de cette declaration.
Elle donnera de meme la dale de la cessation, quand cette cessation aura etc constatee.
Art. 26. Conformement aux dispositions de 1 article 5 dela convention, la patente ne pou-
vant etre que nette ou brute, 1 autorite sanitaire devra toujours se prononcer sur 1 esis-
tence ou la non-existence de la maladie au point de depart. Lc doute sera interpret^ dans
le sens de la plus grande prudence, et la patente sera brute.
Art. 27. Sauf le systeme des teskeres, tarit qu il sera juge necessaire dans 1 empire Otto
man, il ne sera pas exige de bulletins de sante individuels pour les passagers et les hommes
d equipage.
Toutelois 1 autorite sanitaire pourra exiger, pour ceux des passagers dont la sante serait
suspecte et pourrait devenir compromettante, le certificat d un medecin connu, a ce auto-
rise, et il en sera fait mention sur la patente.
L autorite sanitaire pourra meme s opposer a 1 embarquement d un passager dont la sante
serait compromettante pour les autres.
Art, 28. La patente de sante ne sera consideree comme valable que si elle a etc delivren
dans les quarante-huit heures qui ont precede le depart.
Si le depart est retarde, la patente devra etre visee par 1 autorite qui 1 a delivre e, laquelk 1
mentionnera si 1 etat sanitaire est reste le meme ou s il a e prouve quelque changement.
Art. 29. Elle ne cesserait pas, d etre consideree comme nette lors meme que dans le lazarel
du pays existerait un ou plusieurs cas de maladie reputee transmissible et importable.
TITHE III. Mesures sanitaires pendant la traversee. Art. 50. Tout batiment en mer
devra etre entretenu en bon etat d aeration et de proprete.
A cet el fet, chacune des nations contractantes fera rediger, dans le plus bref delai, une
64 QUARANTINES.
instruct ion pratique et suffisamment delaillee, prescrivant les mesures de proprete et d aera-
tion a observer en mer.
Art. 51. Les capitaines et patrons seront munis de cettc instruction et devront sy con-
former ; autrement ils pourraient etre consideres, a 1 arrivee, comme etant en patente brute et
etre traites en consequence.
Art. 5 2. Les batimenis a vapeur assujetlis a la patente, qui se livrent au transport des
voya^eurs, seront tenus d avoir un medecin sanitaire a bord. Ce me ;ecin aura pour mission
speciale de veiller a la sante des equipages et des voyageurs, de fa ire prevaloir les regies de
I hygiene et de rendre compte a 1 arrivee des circonstances du voyage.
II sera tenu, en outre, de consigner avec exactitude, et aulant que possible, jour par jour,
sur un registre ad hoc, les circonslances qui peuveiit etre de nature a interesser la sante
publique, en notaut, avec un soin tout particulier, les maladies observees, les simples acci
dents meme, ainsi que le traitement applique et ses suites.
Le mode de nomination des medecins a bord sera determine par les gouvernements re-
spectifs.
Art. 33. A defaut de medecins, les renseignements relatifs a la sanle seront recueillis par
le capitaine ou patron et inscrits par lui sur son livre de Lord.
II sera tenu note exacte de toules les communications arrive es en mer, pour en etrerendu
compte a 1 arrivee.
Art. 54. Tout capitaine ou patron qui relachera dans un port et y entrera en communica
tion, sera tenu de faire viser sa patente pur 1 autorite sanitaire, et, a defaut de celle-ci, par
1 administration chargee de la police locale.
Art. 55. II cst interdit aux autorites sanitaires de retenir, dans les ports de relache, la
patente deMivree au point de depart.
Art. 56. En cas de de ces arrive en mer apres une maladie de caractere suspect, les effets
d babillement et de literie qui auraient servi au malade dans le cours de cette maladie seront
brulcs, si le navire est au mouillage, et, s il est en route, jetes a la mer, avec les precau
tions necessaires pour qu ils ne puissent surnager.
Les autrcs eftets du meme genre dont 1 individu dece de n aurait point fait usage, maisqui
se seraient trouves a sa disposition, seront immediaiement soumis a 1 event ou a tout autre
purification.
TITHE IV. Mesures sanitaires a 1 arrivee. Art. 57. Tout bailment sera, a 1 arrivec, sou-
mis ;mx Ibrinalites de la reconnaissance et de 1 arraisonnement.
Art. 38. Toutefois, lorsque 1 etat sanitaire sera positivement sain, les navires venantd un
port a un autre du meme pays pourroat, en vertu des reglements sanitaires paniculiers a
chaque pays, etre affranchis de 1 arraisonnement sanitaire.
Art. 59. Pourront e galement, en temps ordinaire, etre affranchies de 1 arraisonnement par
voie de declaration echangee entre les nations contractantes, toutes les provenances ou des
provenances determinees allant de 1 un des deux pays dans les ports de 1 autre.
Art. 40. La reconnaissance et 1 arraisonnement seront faits par 1 agent que 1 autorite sani
taire deleguera a cet effet.
Les resultals en seront consigne s sur un registre special.
Art. 41. Ainsi qu au depart, les cas douteux, les renseignements contradictoires, seront
toujours interpre tes dans le sens de la plus grande prudence. Le batiment devra etre provi-
soireinent tenu en reserve.
Art 42. L admission a la libre pratique sera pre cedee de la visite du batiment toutes les
fois que 1 autoritc sanitaire le jugera necessaire.
Art. 43. Lorsqu il existera des malades a bord, ils seront, a leur demande, debarquesle
plus promptement possible et recevront les soins qu exigera leur etat.
Art. 4i. Si le navire, quoique muni d une patente nette et n ayant eu pendant la traversee
aucun cas de maladie, se trouvait, par la nature de sa cargaison, par son etat d encombre-
ment ou d hitVctiun, dans des conditions que 1 agent de sante jugerait susceptibles de com-
promeltre la sanle publique, le navire pourra etre tenu en reserve jusqu a ce qu il ait etc
statue par 1 autorite.
La decision devra etre rendue dans les vingt-quatre heures.
Art. 45. Selon les conditions de salubrite du navire, 1 autorite sanitaire pourra, si ellele
juge convenable, ordonner comme mesures d hygiene .
La bain et autres soins corporels pour les homines d e quipage.
Le deplacement des marchandises a bord.
L incine ration ou la submersion a distance dans la mer des .substances alimentaires et des
boi^sons gatees ou avariees, ainsi que des marchandises de nature organique fermentees ou
corrompues.
Le lavage du linge et des vetements d equipage.
Le netloyage de la cale, 1 e vacuation complete des eaux et la disinfection de la sentine.
QUARANTAINES. 65
L aeration de tout le butiment et la ventilation de ses parties profondes au moyen de la
pompc a air ou de tout autre moyen.
Les fumigations chloriques, le grattage, le frottage et le lavage des bailments
Le renvoi au lazaret.
Quand ces diverses operations seront juge"es necessaires, elles seront execute es dans 1 iso-
lement plus ou moins complet du navire, selon la disposition des plages et des localites, mais
toujours avant 1 admission a la libre pratique.
A part les formalites de reconnaissance et d arraisonnement, les batiments en transit ap-
partenant aux hautes parties contractantes seront dispenses, dans les ports intermediates,
des formalites prescrites pour le depart et 1 arrivee.
Art. 46. Sauf les dispositions transitoires enoncees aux paragraphes 4 et 5 de 1 art. 4 de la
convention concernant la Turquie d Europe et d Asie, ainsi que 1 Egypte, tout batiment muni
d une patente nette, qui.n aura eu en mer ni accidents, ni communications de nature sus-
pecte, et qui se presenters dans des conditions hygieniques satisfaisantes, sera immedialement
admis en libre pratique.
TITHE V. Des quarantames. Art. 47. Tout batiment arrivant en patente brute sera
declare en quarantaine.
Pourra etre mis en quarantaine tout batiment arrivant dans les conditions prevues par
1 art. 3de la convention, qui 1 assimilent a la patente brute.
Art. 48. Nulle provenance ne pourra etre mise en quarantaine sans une decision motivee.
Gette decision sera notifiee immediatement au capitaine ou pairon du batiment.
Art. 49. Sauf la presence a bord de la peste, de la fievre jaiine ou du cholera, un bati
ment r.ura toujours le droit de reprendre la mer, soil avant d etre mis en quarantaine, soit
en couvs de quarantaine.
La patente de sante lui sera rendue, s il n est pas arrive au port de destination, et 1 autoritr
sanitaire mentionnera, sur cette patente, la duree et les circonstances de son sejour, ainsi
que les conditions dans lesquelles il repart.
Un batiment pourra reprendre la mer nonobstant la presence a bord de maladies ordi-
naires. Toutefois 1 autorite sanitaire devra s assurer pr6alablement si les malades pourront
etre convenablement soignes pendant le reste de la navigation ; ceux qui voudront rester au
lazaret en auront toujours le droit.
Art. 50. La duree de la quarantaine sera la meme pour le batiment, les personnes et les
marchandises qui y sont assujetties.
Elle se distingue en quarantaine d observation et en quarantaine de rigueur.
Art. 51. La quarantaine d observation datera, pour les navireset toutce qui se trouve a
bord, de 1 instant ou un garde de sant6 aura ete mis a bord et ou les mesures d aeration et
de purification auront commence.
La quarantaine de rigueur datera, pour le batiment, les personnes et les choses a bord, du
moment ou les marchandises assujetties au debarquement auront ete enlevees ; pour les rnar-
chandises rtebarquees au lazaret ou dans un lieu reserve, du commencement, des purilica-
tions ; pour les personnes debarquees, du moment de leur entree au lazaret.
Une quaranlaine commencee a bord pourra toujours Sire continuee au lazaret.
Art. 52. La quarantaine d observation se bornera a tenir en observation pendant un temps
determine le batiment, I equipage et les passagers, et elle n entrainera pas le debarquement
des marchandises au lazaret.
Elle aura lieu, pour les hommes, a bord du navire ou au lazaret a la volonte des quaran-
tainaires.
Pendant sa duree, le batiment, tenu a 1 ecart et surveille par des gardes de sante en nombre
sul fisant, sera simplement soumis par mesure d hygiene a une aeration convenable, aux la-
vages et aux soins de proprete generale.
Art. 53. La quarantaine de rigueur ajoutera a la quarantaine d observation les mesures
de purification et de disinfection spe ciales qui seront jugees necessaires par 1 autorite
sanitaire.
Elle entrainera, en outre, dans les cas specifies par le present reglement, le debarquement
an lazaret des marchandises de lal re classe, et ; selon les circonstances etles reglements lo-
caux, celui des marchandises de la 2 6 classe (art. 63 et 64).
Art. 54. La quarantaine de rigueur ne pourra etre purgee, pour la peste, que dans un
port a lazaret. Celle qui est impose e a un navire, pour cause de malproprete, en vertu de
1 art. 3 de la convention sanitaire, pourra etre purgee dans une partie isolee d un port quel-
conque.
Art. 55. La quarantaine pourra etre purgee dans un port intermediaire cntre le point
de depart et le point de destination, et, en apportant la preuve de cette quarantaine, le bati
ment sera admis a libre pratique.
Art. 56. Le temps de la traverse e se comptera pour tous les batiments du moment du de-*
DtCT. ENC 5* S. I. 6
part, constate par le livre du bord et atteste par la declaration du capitaine ou patron du
navire.
.
Art. 57. Tout bailment a bord duquel 11 y aura eu, pendant la traversee, un c;
des trois maladies reputees intertables et transmissibles, sera, de droit, et quelle que !
patente, considere comme ayant une palente brute.
Art. 58. S il y a eu un ou plusieurs cas de cholera pendant la traversee ou pendant la qua
rantaine, cette quarantaine comptera du moment de I arrivee etde 1 execution des mesures
sanitaires ; il ne sera pas tenu compte de la traversee.
Art. 59. Saul les exceptions temporaires rappelees ci-dessus (art. 49), les marchandises et
objets materiels de toute sorte, arrivant en patente nette par un bailment en bon etat et bien
tenu, qui n a eu ni morts ni malades s.uspects, seront dispenses de tout trailement sanitaire
et ad mis immedialemenl a libre pratique comme le bailment lui-meme, les equipages et
les passagers.
Art. CO. Sont exceptes : les cuirs, les crins, les chiffons et les drilles. Ces marcbandises
pourront, meme en patente nette, devenir 1 objet de mesures sanitaires. L autorite sera juge
de ces mesures et en determinera la nature et la duree.
Art. 61. Conformement au paragraphe 4 de 1 art. 45, I autorite aura le droit de les faire
jeter a la mer ou d en ordonner la destruction par le feu.
Les formalites a remplir dans ce cas seront determinees par les reglements locaux.
Art. 62. Conformement a 1 art. 5 de la convention, et pour 1 application des mesures sani
taires, les marchandises seront rangees, a I aveiiir, en trois classes :
Composeront la premiere el seront soumis, a ce litre, a une quaraiitaine obligatoire et aux
purifications, savoir : les hardes el les etl ets a usage, les drilles et chitfons, les cuirs et peaux,
les plumes, crins et debris daiiimaux en general, enfm la laine et les matieres de sole.
Seront compris dans la deuxieme et assujettis a une quarantaine facultative, savoir : le
coton, le lin et le cbanvir.
Composeront la troisu iuc >l seront, a ce litre, exempts des mesures quarantainaires,
savoir : toutes les marchandises et objets quelconques qui ne rentreralent pas dans les deux
premieres classes.
Art. 63. En patenle brute de peste, les marchandises de la 1" classe seronl loujours de-
barqueesau lazaret et soumises aux purifications.
Les marchandises de la 2 e classe pourront etre livrees immediatement a la libre pratique,
ou di -barquees au lazaret pour etre purifiees suivant les circonstances et les reglements sa-
niiiiiri s particuliers de chacun di s pays control, ml-.
Les marchandises de la 3 e classe etant declare es libres pourront toujours etre livrees
immrdiatement au commerce, sous la surveillance de 1 autorile sanitaire.
Art. 64. En patente brute de lievre jaune, sans accident pendant la traversee, si cette tra
versee a ete de plus de dix jours, les marchandises seront soumises, par mesure d hygiene.
a une simple aeration sans dechargement.
S il y a eu des accidents, ousi la traversee a ete de moins de dix jours, les marchandises
pourront elre 1 objet des memes mesures qu en patente brute de peste, c esl-a-dire debar-
quees au lazaret et puriliees ; mais cette mesure sera facultative et laissee a 1 appreciation
de rautorile sanitaire.
Art. 65. En palente brute de cholera, les marchandises ne seront assujetties a aucune
mesure sanitaire carticuliere ; le bailment sera seulement aere et les mesures d hygiene,
toujours obligatoires, seront observees.
Art. C6. Dans lous les cas de patente brute, les lettreset papiers seronl soumis aux puri
lications d usage.
Arl. 67. Toute marchandise ou objet quelconque provenant d un lieu sain, qui sera con-
tenu dans une enveloppe scellee ofQciellement et d une maniere non assujettie aux mesures
de puriOcation, sera immediatement admis a libre pratique, quelle que soil la patente du
batiment.
Si 1 enveloppe est d une substance a 1 egard de laquelle les mesures sanitaires soient facul-
tatives, I admission sera e galement facultative.
Art. 68. Les animaux vivanls resleront soumis aux quarantaines et aux purifications en
usage dans les differents pays.
Art. 69. Tout batiment qui n aura pas de patente, lorsque, a raison du lieu de proven
il devrait en &ire muni, pourra, selon les circonstauces, etre soumis a. une quarantaine
d observation ou de rigueur.
La duree de cette quarantaine sera fixe e par 1 autorite sanitaire.
Elle ne pourra e:\ceder trois jours, si le batiment vient d un lieu notoiremenl sain et s il
est dans de bonnes conditions hygieniques.
Les cas de force majeure ainsi que la perte fortuite de la patente seront appre cies par 1 au
torite sanitaire.
QUARANTAINES. 67
Art. 70. Toute patente raturee ou surchargee sera consideree comme nulle, et placera le
navire dans les conditions prevues par 1 article precedent, sans prejudice des poursuites <|ui
pourruieut etre exercees centre les auteurs des alterations.
Art. 71. Si, pendant la duree d une quarantaine, et quel que soit le point auquel elle soit
parvenue, il se manifeste un cas de peste, de fievre jaune ou de cholera, la quarantaine
recommencera.
Art. 7 2. Outre les quarantaines prevues et les mesures specifiees, tant par la convention
du 19 decembre que par le present reglement, les autorites sanitaires de chaquc pays auront
le droit, en presence d un danger imminent et en dehors de toute prevision, de prescrire,
sous leur responsabilite devant qui de droit, telles raesures qu elles jugeront indispensaLles
ponr le maiutien de la sante publique.
A. defaut de batiments speciaux a terre, elles pourront disposer en lazarets des navires
isoles et gardes de maniere a empecher toute communication avec 1 exterieur.
TITRE VI. Des lazarets. I re Section. De 1 institntion et de la disposition des lazarets.
Art. 73. La disposition inlerieure des lazarets sera telle, que les personnes et les choses
appartenant a des quarantaines de dates diiferentes puissent etre facilement separees.
Ai-t. 74. Des parloirs vastes et commodes permettront d y recevoir les personnes du dehors
qui -voudront visiter les quarantainaires, sans prejudice des precautions necessaires poursau-
vegarder la. sante publique.
Les grillages seront supprimes ainsi que tout ce qui pourrait influer d une maniere
facheuse sur le moral des quarantainaires.
Art. 75. Des batiments ou corps de batiments seront affectes dans les lazarets au service
des malades. Us seront disposes de maniere a permettre la separation des ma lades eta assurer
en meme temps les meilleures conditions d uygiene, notamment 1 aeration.
Art. 76. II est interdit de se mettre en communication directe et immediate avec les per
sonnes et les choses suspectes ou reputees telles, qui sonten quarantaine.
Outre les peines portees par les lois et reglements, quiconque aura etc en contact avec ces
personnes ou ces choses sera declare en quarantaine et considere comme faisant parlie de
la meme provenance, sauf les exceptions que 1 autorite sanitaire croirait pouvoir admettre
et dont elle sera juge.
Art. 77. Tout lazaret doit etre pourvu d eau saine en quantite suffisante pour tous les
besoins du service.
Art. 78. II y aura, dans chaque lazaret ou dans ses dependences, un endroit convenable
destine aux inhumations.
11 Section. Du personnel, de la surveillance et du service interieur des lazarets.
Art. 79. Les ports et les endroits reserves affectes a la quarantaine des navires, les lazarets
destines a.celle des passagers et ma rchan discs, et les e tablissements quarantainaires en ge
neral, seront places sous 1 autorite immediate des administrations sanitaires.
Art. 80. II y aura, dans chaque lazaret, un directeur ou agent responsable, des employes
en nombre suffisant pour assurer la discipline sanitaire, et des gardes de sante charges
d executer ou de faire executer les mesures prescrites.
Art. 81. Un medecin sera attache au lazaret pour visiter et soigner les quarantainaires,
et pour concourir par ses conseils a 1 exacte execution des mesures sanitaires.
Art. 82. Les malades recevront dans les lazarets, sous le rapport religieux et medical, tous
les secours et tous les soins que 1 on donnerait a des malades ordinaires dans les etablisse-
ments hospitaliers les mieux organises, sauf a constituer en quarantaine les medecins et les
personnes compromises.
Art. 83. La faculte est laissee a chaque malade de se faire trailer par un medecin de son
choix, autre que celui du lazaret ; mais, dans ce cas, la visite du medecin etranger aura
lieu en presence et sous la surveillance du directeur du lazaret.
Ce medecin devra faire chaque fois, par ecrit, a 1 office de sante, son rapport sur 1 etat
de la maladie. L administration enverra neanmoins, de temps en temps, son propre medecin
pour visiter le malade, afin de connaitre la nature de la maladie.
Art. 84. Les personnes, dont 1 etat de pauvrete sera constate par 1 autorite sanitaire,
seront non-seulement admises, mais encore nourries et traitees gratuitement dans les
lazarets.
Art. 85. Chaque lazaret aura un tarif etabli par 1 autorite et revise trimeslriellement,
dans lequel le prix des vivres sera regie au taux le plus modere.
Art. 86. Les meubles et les effets de premiere necessite a 1 usage des quarantainaires letir
seront fournis gratis par 1 administration, immediatement apres leur entree au lazaret.
Art. 87. Les visiles sanitaires du medecin seront gratuites. Les quaractainaires ne payeront
que les soins Grangers au service sanitaire.
Art. 88. Outre ces regies generates, 1 autorite sanitaire, tout en veillant a la preservation
de la sant6 publique, sera tenue de prendre, par des reglements speciaux et selou les diife-
68 (JUAKAM AINES.
rentes localites, toutes les mesures convenables pour assurer, autant que possible, le bien-
etre des quaranlainaires.
Ill" Section. Da traitement des marchandises, effets d. usage et des depeches dan
lazarets. Art. 89. Les marchandises seront deposees dans des magasins speciaux
faitement sees; elles y seront soumises a la libre circulation de J air et remuees
en temps.
Les balles et les colis seront ouverts, afm que 1 air puisse y penetrer.
Cette aeration sera continuee pendant la quarantame.
Art. 90. Les marchandises appartenant a des quarantaines differentes seront sepal
lines des autres et placees autant que possible dans des magasins differents.
Art. 91. Les peaux, les cuirs, les crins, les drilles et les chiffons, les debris d animaux, les
laines et matieres de soie seront places dans des endroits elpignes des chambres occupies
par les quarantainaires, ainsi que des logements des employes.
En cas d infection notoire, de malproprete ou d alleration, ces matieres, et les marchan
dises en general, pourront etre soumises a tel moyen de purification que 1 autorite sanitaire
jugera necessaire.
Art. 92. Les substances animates et vegetales en putrefaction ne pourront jamais etre
regues dans les lazarets ; elles seront brulees ou jetees a la roer, conformement aux dispo
sitions de 1 art. 61 du present reglement.
Art. 95. II y aura dans chaque lazaret des magasins destines au depot des marchandises
purifiees.
Art. 94. Les effets des passagers devront etre, pendant la duree de la quarantaine, exposes
a la ventilation dans des pieces separees et appropriees a cet effet sous la surveillance des
gardiens.
L autorite" sanitaire veillera a ce que cette operation ne soit negligee dans aucune cir-
constance.
Art. 95. Les effets a usage, le linge et tout ce qui aurait servi aux personnes mortes on
atteintes de peste devront etre soumis a des purifications plus severes : aux fumigations de
chlore, a I immersion dans 1 eau de mer, a 1 actiou de la chaleur, selon les circonstances et
la nature des objets. II en serait de meme dans le cas de toute autre maladie contagieuse.
Art. 96. Les leltres et les depeches seront purifiees de maniere que 1 ecriture ne soit pas
alti n i
Art. 97. Cette operation aura lieu en presence du directeur du lazaret.
Art. 98. Le droit est reserve aux consuls ou representants des puissances etrangeres
d assisler a 1 ouverture et a la purification des lettres et depeches qui leur seront adresse es
ou qui seront destinees a leurs nationaux.
Le meme droit est reserve a l administration des postes.
TITRE VII. Des droits sanitaires. Art. 99. Seront exemptes du payement des droits sani-
taires determines par 1 art. 7 de la convention : 1 les bailments de guerre; 2 les navires en
relache forcee, meme lorsqu ils sont admis a pratique, pourvu qu ils ne se livrent a aucune
operation de commerce dans le port ou ils abordent; 5 les bailments pecheurs; 4 les navires
dispenses de 1 obligation de se munir d une patenie ; 5 les enfants au-dessousde sept ans et
les indigents embarques aux frais du gouvernement de leur pays ou d office par les consuls.
Art. 100. Tout droit sanitaire quelconque, non mentionne dans la convention, est forraelle-
ment aboli.
TITHE VIII. Des autorites sanitaires. Art. 101. Sauf les dispositions particulieres rela
tives a 1 organisation sanitaire de 1 Orient (litre IX) et conformement a 1 art. 8 de la conven
tion, qui place les autorites sanitaires sous la direction immediate du gouvernement, ces
autorites seront etablies partout sur des bases uniformes, et se composeront : 1* d un agent
responsable du gouvernement; 2 d un conseil local.
Art. 102. L agent representera essentiellement le pouvoir central. II sera pris, autant que
possible, dans le corps medical, et il aura le litre de directeur de la sante.
Art. 103. Le directeur ou agent sera le chef du service aclif ; il en aura la responsabilile.
Tous les employes seront sous ses ordres. II veillera a 1 execution des lois et reglements sani
taires ; il reconnaitra ou fera reconnaitre 1 etat sanitaire des bailments qui arriverout ; il
delivrera les patentes de sante a ceux qui partiront ; il aura la direction et la surveillance
des lazarets et ports de quarantaine.
Art. 104. Le conseil representera plus particulierement les interets locaux et se-composera
des divers elements administratifs et. scientifiques qui peuvent, dans chaque pays, veiller
plus efficacement au maintien de la sante publique.
Art. 105. Le directeur ou agent fera de droit partie du conseil.
Art. 106. Le conseil exercera une surveillance generate sur le service sanitaire. II aura
specialement pour mission d eclairer le directeur ou agent, et de lui donner des avis sur les
mesures a prendre en cas d invasion ou de menace d invasion d une maladie reputee impor-
QUARANTINES. 60
table et transmissible, de veiller a 1 execution des reglements genSraux ou particuliers re-
latit s ; i la police sanitaire, et, au besoin,de de noncer au gouvernement les infractions ou
omissions.
II sera consult^ sur toutes les questions administrates et medicales, et il concourra,
avec le directeur ou agent, a la preparation des reglements locaux ou inte rieurs.
Art. 107. Le conseil se re"unira periodiquement aux epoques que determinera 1 anlorite
superieure, et il sera convoque extraordinairement toutes les fois qu une circonstance re
lative a la sante publique paraitra 1 exiger.
Art. 108. Le directeur ou agent et le conseil auront pour devoir de se tenir constamment
informes de 1 etat de la sante publique. Us entretiendront a cet effet, soil directement, soil
par des dele gues, de frequents rapports avec 1 administration communale, et en recevront
toutes les communications necessaires a 1 accomplissement de leur mandat.
Art. 109. En cas de dissidence entre le directeur ou agent et le conseil, il en sera imme-
diatement reTere au gouvernement central; toutefois,s il y a urgence, le directeur ou agent,
sous sa responsabilite", pourvoira aux dispositions provisoires qu exigera la sante publique
ou le service.
Art. HO. II y aura, dans chaquepays signataire de la convention, un service d inspection
sanitaire. Ce service, regie par les gouvernements respectifs, consistera a visiter les ports du
pays, a y prendre connaissance de la marche du service sanitaire, a tenir compte des imper-
factions qui pourraient s y rencontrer, et a les signaler au gouvernement.
Art. 111. Dans Tinte re t de la sante publique et pour le bien du service, les autorite s sani-
taires des pays respectil s, signataires de la convention du 19 de cembre, sont autorises a com-
muniquer directement entre elles afin de se tenir re ciproquement informees de tous les
fails importants parvenus a leur connaissance, sans prejudice toutefois des renseignements
qu il est de leur devoir de fournir en mfime temps aux autorite s competentes et aux
consuls.
TITRE IX. Dispositions particulttres a VOrient. Art. 112. Outre les dispositions sani-
taires communes et applicables a tous les pays signataires de la conference, la Turquie
d Europe et la Turquie d Asie, ainsi que 1 Egypte, seront 1 objetde dispositions parliculieres
de^inees a prevenir le developpement de la peste, a arr&ter cette maladie quand elle existe, a
la signaler et a s opposer a son introduction 4ans les autres pays.
Art. 113. Ces dispositions, prises dans le double inter<H de 1 Orient et des nations en rapport
avec lui, consisteront dans le developpement .des institutions sanitaires e tablies par le gou
vernement de S. H. le Sultan etdans la presence des medecins qu entretiendront en Orient
les nations contractantes.
I re Section. Dispositions relatives a la Turquie. Art. 114. Sa Hautesse le Sultan promul-
guera une loi speciale pour assurer 1 existence et regler les attributions des autorites sani
taires de son Empire, et en particulier du conseil superieur de sante de Constantinople, qui
sera maintenu dans son organisation actuelle.
Art. 115. Place a la tete du service sanitaire, le conseil superieur de Constantinople en
surveillera les differentes parties et indiquera pour tout 1 empire les mesures d hygiene
publique et de salubrite qui seront jugees necessaires. 11 re digera les instructions qui s y
rapportent et veillera a la bonne execution des dispositions presentes, conformement aux
indications de la conference sanitaire Internationale, et fixera les lieux ou seront etablis les
divers agents du service sanitaire.
Art. 116. Les puissances interessees seront represented dans ce conseil par des dele gues
en nombre egal a celui des fonctionnaires ottomans, et ces de legue s y auront voix deli
berative.
Art. 117. Le conseil restera en possession de la prerogative de nommer lui-mSme et de
revoquer les employes sanitaires de tout rang.
Art. 118. Les delegues e trangers accredites aupres du conseil, pris autant que possible
parmi les homines speciaux, seront nommes par leurs gouvernements respectifs.
Art. 119. L institution des medecins inspecteurs charges de surveiller la marche du service
sanitaire sera maintenue. Outre ceux qui existent en Syrie et dans les pachaliks d Erzeroum
et de Bagdad, il en sera etabli deux de plus : Tun pour la Turquie d Europe, 1 autre pour
1 Asie mineure. Us auront leur residence habituelle a Constantinople.
Art. 120. Les olficiers sanitaires et les postes de pre poses seront maintenus dans leur
organisation actuelle. Le nombre des uns et des autres, les lieux ou ils seront etablis, leur
circonscription et leur hierarchie, seront regie s par le conseil superieur de sante de Con
stantinople.
Art. 121 Le droit de recevoir les provenances en patente brute de peste est restreint aux
seuls offices centraux munis de lazaret.
Art. 122. La faculte d admettre en libre pratique les provenances en patente nette sera
maintenue au poste de proposes tant que la peste n existera pas. Cette faculte cessera en
70 QUARANTINES.
temps de peste. Toutefois ces postes conserveront en tout temps la faculty d admettre les
bailments de cabotage.
Art. 123. Dans le plus bref de"lai possible, un code de delits et de peines en matiere sani-
taire sera promulgue en Turquie par les soins du gouvemement ottoman.
Un tribunal special, dont 1 institution sera concerted entre les hautes parties contractantes,
connaitra, a 1 avenir, de toutes les infractions aux lois et reglements sanitaires, et sera
chargfi de les juger, le tout sous la reserve expresse des dispositions consignees dans les ca
pitulations, et sans qu il puisse y etre porte atteinte.
II" Section. Dispositions relatives a VEgijpte. Art. 124. L intendance sanitaire d Alexan-
drie, composee des memes elements et etablie sur les memes bases que le conseil supe rieur
de Constantinople, aura des droits et des prerogatives semblables. Comme lui, elle veillera
a la sante publique du pays et a 1 execution des mesures qui s y rapportent, tant a 1 inte-
rieur que sur le littoral.
Art. 125. Des inspecteurs sanitaires et des m6decins de bureaux seront etablis et entre-
tenus aux frais du gouvernement 6gyptien, partout ou ils seront juges necessaires. Les uns et
Jes autres devront 3tre munis de diplomes delivras par les universites d Europe.
Ill" Section. Dispositions relatives a V Orient en general. Art. 1 26. Les patentes seront
di livre es par 1 office de sant6 et visees par les consuls competents.
Art. 127. Conformement a 1 art. 21 <iu present reglement, il sera formellement interdit a
tout batiment quelconquc d avoir plus d une patente.
Arl. 1 2X. l,r nombre des medecins sanitaires europeens actuellement 6tablisen Orient sera
augmente" jusqu a concurrence de vingt-six, re partis en quatre arrondissements. Les puis-
SMIKTS si-naiaires de la convention se concerteront ulte"rieurement avec le gouvernement de
la Sublime-Porte pour 1 exe cution en commun de cette mesure.
Art. 129. Les medecins sanilaires se divisent en medecins centraux et en mudecins ordi-
iMirf-s. Les medecins ordinaires seront repartis suivant le tableau annexe au present re-
glcinent.
Art. 130. 11 y aura un medecin central dans chacune des villes de Constantinople, Smyrne,
Beyrouth et Alexandrie.
Art. 131. Sans avoir aucune suprematie sur ses collegues, le medecin central sera oblige,
outre son service comme medecin sanitaire, de reunir et de coordonner en un rapport ge-
n6ral les rapports partiels de son arrondissement. Ce rapport general sera adresse, une fois
par mois en Turquie, deux fois par mois en .Egypte, au corps cousulaire et au conseil de
sante.
Art. 132. En cas de vacances, les medecins centraux seront de preference pris, a 1 ancien-
nete, parmi les ni6decins ordinaires du meme arrondissement.
Art. 133. Les medecins sanitaires europeens etablis en Orient conserveront toute leur
independance vis-a-vis des autorites locales, et ils ne releveront, quant a leur responsabilite,
que des gouvernements qui les auront constitue s.
Art. 134. Les fonctions de me"decins sanitaires consisteront : 1 A etudier, sous le rap
port de la sante" publique, le pays ou ils se trouvent, son cliniat, ses maladies et toutes les
conditions qui s y rattachent, ainsi que les mesures prises pour combattre ces maladies.
2 A parcourir, a cet effet, leurs circonscriptions respectives toutes les fois qu ils le croi-
ront utile ; en Egypte, aussi souvent que possible.
5 A informer de tout ce qui a trait a la sante publique le me decin central de 1 arrondis-
sement, le corps consulaire, et, si besoin est, les autorites locales du pays, deux fois par mois
en Turquie, toutes les semaines en Egypte.
Dans les cas d epidemie ou de maladie suspecte quelconqne, ainsi que dans les cas extraor-
dinaires en general, le medecin sanitaire expediera sans delai un rapport special a toutes
les autorites pre"citees et a tous les medecins sanitaires et consuls des circonscriptions voi-
sines, et, au besoin, a quelques medecins et consuls plus eloignes, auxquels ces informations
pourraient e"tre utiles.
Au surplus, ils seront tenus de se transformer, pour les details, aux instructions annexees
au present reglement.
Art. 135. En cas de soupcon d une maladie contagieuse, les medecins sanitaires en infor-
meront tout de suite 1 office de sante, et vice versd; et, des ce moment, on etablira une
consultation medicale dont le resultat sera imme diatement commnnique a toutes les auto-
rite s precitees,
Art. 136. De son cote*, les offices de sanle, postes, deputations, bureaux, etc.; auront
1 obligation de fournir aux medecins sanitaires, sur tout ce qui a trait a la sante publique,
des renseignements reguliers ecrits, et ils devront recevoir ces medecins dans les locaux de
1 administration sanilaire loutes les fois que ceux-ci jugeront a propos de s y rendre pour
obteriir des renseignements ou des eclaircissements verbaux.
TITRE X. Dispositions relatives a I Amerigue. Art. 157. Dans les pays sujets a la h evre
QUARANTAINES. 71
jaune, qui appartiennent aux puissances signataires de la convention et o ne sprait pas
etabli deja un service medical regulier, il sera institue, par les soins des gouvernements
respectits, des medecins sanitaires pour y etudier cette maladie, son mode de production <>i
de propagation, rechercher les moyens de la prevenir et de la combattre, en signaler 1 appa-
rition aux autorites et constater sa cessation ; pour y remplir enGn, officiellement, a IV
de la fievre jaune, la mission qu accomplissent, a 1 egard de la peste, les medecins sanitairrs
de 1 Orient.
Article transitoire. Quand le service des mSdecins sanitaires de 1 Orient, tel qu il est spe
cific, aura etc regie et partage entre les puissances contractantes, chacune de ces puissances
nommera aux postes qui lui auront ete assignes et dont elle sera chargee.
Toutefois les medecins sanitaires etablis par la France resteront personnellement en pos
session des postes qu ils occupent, et ne seront remplaces par des medecins appartcnant .1
d autres nations qu en cas de vacance. La France se reserve egalement le droit d operer end e
les medecins actuels telles mutations qu elle jugerait utiles au besoin du service.
Continueront d etre en vigneur, dans les fitats des autres parties contractantes, les disposi
tions sanitaires qui ne sont point contraires a la convention du 19 decembre 1851 et au
present reglement international.
Signe a Paris, les memes jour et an que dessus.
En conservant le droit de se premunir, suivant leur propre volonte, sur les
frontieres de terre, centre tout pays malade ou compromis, les douze puissances
qui avaient pris part a la conference acceptaient done, au moins en prqjet, des
mesures sanitaires identiques centre les arrivages maritimes. Elles admettaient,
chose importante et en rapport avec le progres des idees morales, que jamais aucune
de ces mesures n irait jusqu a repousser un batiment, quelque dangereux qu il
fut, quelle qu en fut la nationalite. La conference de Paris avait, en outre, 1 am-
bition : 1 d etablir une reglementation sanitaire applicable non-seulement aux
trois principales maladies pestilentielles, peste, fievre jaune, cholera, mais encore
au typhus et a la variole; 2 de baser cette reglementation sur des principes
assez larges pour qu elle fut praticable, non-seulement dans les ports de la Medi-
terranee et de la mer Noire, pour lesquels elle etait specialement faite, mais encore
dans les ports de 1 Ocean, auxquels, en effet, un decret du 4 juin 1853 en pres-
crivait 1 appli cation pour le littoral francais.
Comme modifications importantes au point de vue du personnel sanitaire, il est
recommande (art. 102) de choisir autant que possible le directeur de la santedans
le corps medical ; de plus, ce directeur repi esente desormais le pouvoir central ; a
lui seul incombera la responsabilite du service actif; le conseil local (commission
sanitaire de 1850) n a que voix consultative, et ne peut en rien mettre opposition
aux mesures prescrites par le directeur de la sante, tout en ayant mission de les
surveiller et, au besoin, de denoncer au gouvernement les infractions ou omis
sions commises. L article 110 complete, on le voit, Tensemble des attributions
accordees desormais au corps medical en creant, en chaque pays signataire de la
convention, un service d inspection sanitaire ; nous savons, en France, quelle est
1 importance de ce service et tout ce que notre pays doit deja de reconnaissance
aux eminents medecins qui en ont eu la direction.
Grace a cette centralisation du service sanitaire, grace a la composition des
conseils locaux ou figurent, non-seulement des medecins, mais les principaux
fonctionnaires de chaque administration, tout directeur et tout agent de la sante
sera constamment en mesurede recevoir les renseignements Jes plus complets et
les plus authentiques sur les condilions sanitaires du pays, au moment du depart
de tout batiment qui doit se munir d une patente. Enfin, grace a cet accord
international, les consuls des puissances etrangeres prendront part, avec voix
consultative, aux deliberations des conseils sanitaires locals, non-seulement afin de
72 OUARANTAINES.
faire beneficier leursnalionaux des renseignements qu ils y puiseront sur 1 etat de
la sante publique, mais encore pour faire valoir, devant ces conseils, les droits de
leurs pays respectifs, quand il y aura lieu d appliquer la quarantaine aux prove
nances de ces pays.
Au point de vue des mesures sanitaires elles-memes, une importante innova
tion, c est la constatation de 1 etat hygienique des bailments en parlance. Que de
fois des navires sont arrives dans les ports, introduisant avec eux les germes
d affections tres-graves dont cependant le developpement a ete spontan^ a bord, en
raison de 1 etat de malproprete des cales, de 1 insuffisance des moyens de ventila
tion, de 1 encombrement des equipages ou des passagers, de la mauvaise qualite
de 1 eau et des vivres. Que de ibis on a frappe de quarantaines, durant de longues
periodes, toiites les provenances d un pays, parce qu un navire en etait arrive,
ainsi atteint de maladies infeclieuses qui s etaient developpees pendant la traversee
sous 1 influence des conditions insalubres du bord ! Peut-etre y aurait-il abus d au-
torite aassimiler, comme le veut la convention (art. 8), un bailment a patente
nette, mais dont les conditions seraient mauvaises et compromettantes, a un b;i-
timent a patente brute; mais on ne saurait trop insister, comme nous le demon-
trerons plus loin, sur 1 importance des conditions hygieniques des navires, condi
tions que la conference place avec raison sous la sauvegarde et la surveillance des
medecins sanitaires dont elle prescrit la presence a bord de tout paquebot qui se
livre au transport des voyageurs. Quant aux mesures applicables dans les ports de
destination, elles sont 1 objet destructions annexees aux decrets du 24 decembre
1850, et du 27 mai 1855 ; nous ne pouvons en exposer ou en analyser ici que
les principals dispositions.
A 1 arrivee, les Verifications sanitaires qui precedent 1 admission a la libre pra
tique, sont distinguees sous deux termes : 1 reconnaissance; 2 arraisonnement ;
mots qui etaient souvent employes comme synonymes dans le langage sanitaire.
Cette confusion ne doit pas etre faite, car il est necessaire, dans 1 interet d un sys-
teme si frequemment applicable, de conserver a chaque expression sa valeur ; sans
quoi, Ton confondra des mesures insuffisantes, cellcs par exemple qu on applique
en temps ordinaire, avec les pratiques indispensables en temps d epidemie, ce qui
n arrivera pas si les enquetes prescrites sous 1 une et 1 autre de ces expressions
sont executees conformement au reglement.
Le reglement etablit done une distinction essentielle entre la reconnaissance et
1 arraisonnement.
La reconnaissance, applicable en principe a tous les navires, se borne a la
simple constatation de la provenance du batiment et des conditions generales dans
lesquelles il se presente ; un tres-petit nombre de questions adressees au capitaine
du navire suffisent pour l accomplissement de cette iormalite. Ces questions sont
indiquees dans 1 annexe B du decret du 27 mai 1855 :
ANNEXE B. Module d interrogatoire pour la reconnaissance sanilaire.
1 D ou venez-vous?
2 Avez-vous une patente de sante ?
3" Quels sont vos nom, prenoms et qualite?
4 Quel est le nom, le pavilion et le tonnage de votre navire? i
5 De quoi se compose votre cargaison ?
6 Quel jour Stes-vous parti ?
7 Quel etait 1 etat de la sante publique a 1 epoque de votre depart?
8 Avez-vous le raeme nombre d hommes que vous aviez a votre depart et sont-ce les
memes hommes ?
9 Avez-vous eu, pendant la traversee, des malades a bord ? En avez-vous actuellement ?
QUARANTAINES. 73
10 Avez-vous eu quelque communication pendant la traversSe? N avez-vous ricn recueilli
en mer ?
NOTA. Les reglements particuliers a cliaque port pourront supprimer quelques-unes ile
ces questions pour les navires qui ne s eloignent jamais de la c&le.
S il resulte de 1 acte de reconnaissance que le bailment vient d un port dont les
provenances sont soumises a 1 obligation de se munir d une patente de sante, on
doit, a 1 arrivee, exiger la production de cette patente, et, sauf les exceptions pre-
vues par 1 article 59, ily a lieu a une verification plus approfondie de 1 etat sani-
taire du navire, verification qui prend alors le nom d arraisonnement.
Dans les cas d arraisonnement, les autorites sanitaires pourront faire, indepeu-
dammentdes questions ci-dessus specifiers, Unites les autres interrogations qn elles
jugeront necessaires pour s eclairer sur 1 etat sanitaire du navire.
D apres les termes du reglement international, aucun navire dans la Mediter-
ranee ne peut etre exempte de la reconnaissance sanitaire, sauf les bateaux qui
font la peche, les bailments des douanes, les batiments garde-cotes, qui ne s ecar-
tent jamais du rivage, et qui sont reconnus a la simple inspection!
Les bailments qui font le cabotage enlre les ports francos de la Mediterranee,
elant dispenses de se munir d une patente, sont at i rancliis do I arraisonnement,
mais non de la reconnaissance; les bailments venant de 1 Algerie, quoique elant
ranges parmi ceux qui font le cabotage de port francais a port frangais, restent
soumis a 1 obligation de se munir d une patente de sante ; mais ils seront admis
sur le vu de cette patente, a moins que des circonstances particulieros n exigent
qu ils soient assujettis a des verifications plus rigoureuses. Un tableau special
(annexe A du decret) donne la nomenclature des navires qui sont dispenses, ea
temps ordinaire, de representer une patente de sante dans les ports de France.
D apres les resultats de la reconnaissance et de I arraisonnement, plusieurs cas
peuvent se realiser.
Ou le navire, venant d un lieu sain, se trouvera muni d une patente de sante
reguliere, n aura eu en mer aucune communication de nature suspecte, et se
presentera dans des conditions hygieniques satisfaisantes : dans ce cas, le navire
sera admis immediatement a libre pratique (art. 46 du reglement international).
Ou le navire, quoique venant notoirement d un lieu sain et n offrant d ailleurs
rien de suspect, arrivera depourvu de patente ou avec une patente incomplete et
irreguliere : il y aura lieu ici a 1 application des articles 69 et 70 du reglement
sanitaire international, et le navire pourra etre soumis par 1 autorite sanitaire
locale a une quarantaine qui ne devra pas exceder trois jours. Le directenr ou agent
qui aura prononce cette quarantaine en donnera avis immediatement au ministre
et fera connaitre les motifs de sa decision.
Enfin, le navire peut venir d un port infecte, soit de la peste, soit de la fievre
jaune, soit du cholera, ou avoir eu, pendant la traversee ou a son arrivee, des
accidents attribues a 1 une quelconque de ces trois maladies : c est le cas qui con-
stitue le regime de la patente brute.
Pour les patentes, la convention et le reglement annexe n en admettent plus que de
deux sortes, la patenle brute et la patente nette, supprimant ainsi une masse d abus
entraines dans les divers lazarets par la multiplicite des distinctions anterieures.
Voici les modeles : 1 de la patente de sante (annexe D) ; 2 du tableau des
quarantaines etablies en France depuis le decret de 1850, tableau ai fiche, aux
termes de ce decret, dans tous les lieux ou existe un conseil ou une agence sani
taire (annexe G).
74
QUARANTINES.
ANNEXE D.
T3
S
o
5 i
W
03
navire
2
s s
I -I" 1
g 2 ^
o? i-S*
- o
AN
5
5
S =
o"! H
13
H
Q
&H
W
-;
fr,
-w
" - <e I
O tt) ^> *
r s
"* -2
"S .*
.2
^
I
a,
~> a
~
MH
5
"8 S S
a
au por
3 II
C 3 QJ *-
Q) S * "> -S rt
t* <u e - C
s s c o -s
- 5 C S O- tn
* to O C3 O< IU
K Oi S-i U < Q
s,
c 8
3 8 3
tS T3 O
Q.-CU ,
s s
3 3
o -o
ge
s
n
a
e
i
a
g
i
CO
C = = 60
5 en i-
000*1150
5 K -W O. CJ
bord
Malades
<u
_Sj
o
exped
aa aaiYirnvs
o
B
3
3 -3
O
QUARANTINES.
-*!
CZ
fa-
01
I
-J
43
c/o
u
a.
o
03
Ed
g
O
Cd
u
g
i u . S =
V) ^
1 S S g ^ " M
S .S -^ 3 ^ 3
S g:|
r i VT p 3C<I
-v
o .2 3
SHOI1 1
J
J 1 1 _o 5, E |
^iss
_c -o o cu oj a D ^3
"1 ? 3
y a T3 T3 T3 J3
j-j i i >
b> *4) A S
3 T3 N ro
O ^ J3 oJ
o
(/>
If
3
C
^ ^ ^ rt
s <
CQ
2 2
ts a g J2 ^
O c.
S
*S ^ 3
t/1 H
5
o o
2 & S- S S
(A
r r2
(5 <U ^ *g _t/J ^
M^ nJ
3 *Q- ^S Ci *5
o
i/l O)
^
3 >
1
9
.1
(A
.2, S
T-
cd
^
S
*5 cu
o
5
5
cu "^
to
2
73 a
i= -J3
2
01
*
S
H
DQ
ffl
o
| S
5 a,
3 -<3
O
o
t^
"z;
a
1 1
2-S . S
ffl QJ ^ Q)
D
J
^ss. 2
H
Ed
S Q
/ .;
ffl
3 >
UJ
g
" ^2
^S o-
fa
CQ
ta
D
K
3 ,yj
M ^->
S
On
-a; .
cy LI t*
5 aj
<
5
T3
1
H
S
S
U
o o
_0 ..,&* o
a> ^ -a g.
O (_,
a -3
a a.
ta
J
* <
&
frj QH
^8
3
a
Qi
u
<b 3 rt k.
t- o CL. ^
C en
ils- I
a
EC
<
**^ . u 13
C* ""
X 1 tn Ul
S 13 S, 2
IS
a
t/l *3 -^ O3
9 ^
t
03
S a^ S- 2 *
S
ffl
Ed
. ^
a- <u
/I C3 C .
a
CQ
Q
S 5
53 > cJ t!j 3
-i -3
e
o
n
tf
M
a:
td
P
^ i >
ra J ^
S a,
-a
o
1
>U
t/) *j w (^
<) ti fl * tn
Is . s
en
ta
u
C-
|.|l ^ 3
1, -5.3; J
H
H
t/, "
yi QJ
en
c/i
ffl
lA
H
"">
o
5?
tfl
t-
cu
"^ fc-
01
g
B
1 ^
"3 CO ^
cr =- tj
"" 3 a
w ^
1
ffl
II
JI--* o3
O
5 .a
I
^
*J *J3 ^ co
c o.
B,
g; "^
2 -03 .^ p
ro *ett
0-3 (J <U
C t/>
.5 .
Ed
j J
re j- ,
d^~ 2
U
^H-S c
-1
o<
*H
1
fi il
t- "ri c^
^cA OJ O O
"o
O -3 cu
ft, -u 13
O "3 <U
fr s
w
G
}
<U
H
-c E
J i
U i
5 [d
J Q
*H
H
||
1 j
-!
a
e
<
L<
l
CH S
CO
i
U
1 ""
a
?
-ai
O<
a
a
1
0.
2
<
X
|l
1*"
QUARANTAINES.
3 -S &
I/
:
a
Z
<c
.i S
5J
C
c
u " -o cr
*U
?
g.
.- rt 3
o
4
-c
yj
>
a
b
CC
ti
|a|
5
1
c/
1
c
K
)
a
o
ssfll
"3
o
o e B.S
h
tl
u
a
|
C/3
s
Q)
3
O*
en
W
00
S
Z
I
cu
y
1
<
C^J
(X
a
Ui
a*
I
22 s
cs
<
s
c
o
s
-Q S
-3 a>
"j "
S
-j 2
O
-
o
"a,
^
(/i D - tn
a -a c t-
o- 3 ?
S
2
s.^ a |
H
1 sf
o
^
i/)
P
en
s "S
en
Q
ffl
.2 ^~
S
B
Z
O , -
SAMTAJRE (SA
i
-is c^ 3
S. & -o =S
a; en Jr ^
" * a
S S "" 45
2 S 3 S
- o.
CTT3 C8 ^
tn
H
C/3
TASSAGERS.
I |!
(" CO *<
.= 3-0
i.
o 1
a
2
O
ca
ca
y~,
o
H
.5 in ^ CJ
" S cJ as.
S|-S s-~J
1
M
en
Z
u
n <T a
i. = -3
O ^ tn
1
1
K
ca
.2" 5 1 > a
2 - a a .Sj>
-i= " g. 1 - >
-5 a J2 S
o e 2
S
CQ
ce
O
BATIU:
S S
u a> ; 3
31! 5 3
3
tr
S
u
CC
b
o
u; 3 Son
O O Q CT*^
c "" <u C tn cj
13 ** fr C9 Cb) *n
2 a s u -S^ 3
II s :^i
2 S j E .,
CHOL^RA-M
O 3
> c ~Z
.52 .S fe
a - g
= CO tf
2 cr^-
3-3 S5i
e
V
r
3)
t
3S
J
o
O C*
V
^?
CD
"S
a
CO
a
O
BQ
2 __^
K
E*
Ui
^
G)
^^
qj **
^-
^J
C
S
fl
^^ CO
E
3 C
A
a
5 1
cs
<!
a
s -5
,2 p
O
o :-
*
52
a CD
S
a
S
O.
en tn
g
S
O o
c. a.
* |
a
S .
QJ CO
H
LD
H
.n 5
z
S
=3 J
en
Q
V
j
Cd
A 3
8
1
U
Q
<D
|
I ^
U
a
E-" M
K
H
JE
g
H
Z
eg
*^
H
flu
c
i
1
a
1 1
c 3
.^
g
CO
tj
C3 ^
1
-<
z
u
|
_
,,
^ J
>
CS
S
CJ
to *
!
5
O
_o
g s
c.
a
O.
CO
c;
D,
w
bo
o
g
cy Q
-> _,
03
*3
C/3
^
-
o
en
5
~ 1
es
eu
>,
t.
ft,
^CB
QUARANTINES. 77
Ge tableau G merite quelques commentates : on y voit que. la patetite nette
n entraine pas lalibre pratique pour les provenances du Levant ; la suspicion donl
elles sont encore frappees devait disparaitre dedroit, au moment ou le gouverne-
ment turc aurait complete [ organisation de son service sanitaire en la rendaut
conforme aux clauses dureglement international; mais, de fait, ces entraves dis-
parurentdes le commencement de la guerre de Crimee. Comme autres modifica
tions a ce tableau, notons qu il indique comme facultative la quarantaine des
passagers contre le cholera, tandis que cette epreuve est obligatoire centre la fievre
jaune; nous verrons qu aujourd hui on est arrive a des pratiques absolument in
verses.
II en est de meme, du reste, des quarantaines et purifications prescrites par le
reglement pour les marchandises; d apres ce reglement, en cas de patente brute
de peste seulement, ces epreuves etaient obligatoires (art. 63) ; pour la iievre
jaune, elles etaient facultatives (art. 64) ; pour le cholera, elles etaient nulles
(art. 65); nous verrons qu ici encore des fails nouveaux ont modifie le reglement
del 853.
Enfin, comme complement indispensable de 1 amelioration des mesures quai an-
tainaires, la conference devait prescrire une reform e des etablissements sanitaires
eux-memes, et transformer en locaux vastes, salubres, largement aeres, ces con
structions cernees jadis de hautes murailles et n ayant qu une destination, la
sequestration aussi absolue que possible des provenances suspectes. Marseille pou-
vait cette fois encore donner 1 exemple, grace a 1 installation definitive, des 1850,
de son lazaret dans les iles qui sont au sud de la ville.
Mentionnons, en dernier lieu, I uniformite des droits sanitaires acceptee pour
leurs ports par les diverses puissances contractautes, la moderation de ces droits,
et la suppression de ceux qui autrefois etaient exiges : 1 pour la delivrance des
patentes; 2 pour le visa desdites patentes; 3" pour la delivrance des bulletins
de sante.
Bien que le plus grand nombre des gouvernements qui prirent part a cette con
vention n en aient point applique les principes, elle avail eu 1 avanlage immense
de provoquer, a 1 egard de la prophylaxie des maladies pestilentielles, un travail
scientifique et pratique emanantde presque toutes les nations de 1 Europe ; quel-
ques-uns des articles de cette convention sont certainement attaquables, mais
chacun d eux a ete precede, dans sa redaction, de 1 expose des interets sanitaires
et commerciaux de ces peuples divers dont les conditions sociales, topographiques,
sont si differentes, el ne peuvent legitimement conduire a des conclusions absolu
ment identiques au point de vue de la prophylaxie sanitaire. L elan etait donne
pour la reunion de nouvelles assises scientifiques dont Constantinople devait etre
le theatre; une impulsion 6nergique etait imprimee, non-seulement a Tetude des
mesures restrictives, mais encore et surtout aux applications de 1 hygiene publique
a la prophylaxie des epidemies, soil que Ton veuille remo^iter a la source meme
du mal pour 1 etouffer en son berceau exotique, soil que, par 1 assainissemenl des
localites vers lesquelles il se propage, on diminue chaque jour 1 etendue des zones
qu il peul atteindre.
En France meme on a du modifier notablement, depuis 1853, quelques-uns des
articles de la con ventionet dureglement ; nousdemontrerons, d apres les conditions
si differentes de transmissibilite des maladies pestilentielles, qu il sera necessaire
d introduire de nouveau des modifications plus prolbndes a ce regime, afin de pou-
voir fuire a chacune de ces maladies le genre de guerre qu elle semble reclamer.
78 QUARANTAINES.
Mais nous croyqns, malgre tout, que, pendant longtemps encore, le decret de
1855 servira de base principale a notre systeme sanitaire ; nous le croyons d autant
mieux, qu au lieu de pecher par un exces de severite, et de s alther le reprocbe
d intolerance qui a ete le premier molif de la chute des systemes anterieurs, le
reglement de 1853 est plus indulgent que la plupart des ordonnances qui, depuis,
out ete promulgnees; la convention au reste faisait preuve de sagesse extreme en
ne s imposant, a ceux qui 1 accepteraient, que pour une periode de cinq annees,
periode durant laquelle 1 experience ferait reconnaitre les modifications qu il se-
rait ulile ou necessaire d y ajouter. Les progres quotidiens de la science et de
1 observation medicale frappent d avance de sterilite toute formule administrative
qui voudrait s imposer indefiniment ; et les changements introduits en 1861, 1805,
1866, dans differentes clauses de notre regime sanitaire, loin de prouver centre
la valeur de la convention de 1853, etablissent qu elle est perfectible comme toutes
les institutions scimlifiijues, et susceptible de nombreuses ameliorations, sans qu on
ait a modifier profondement les principes qu elle a consacres. En attendant ces
perfectionnements, mieux vaut avoir une loi et une loi sage que de ne pas en avoir ;
les pays qui out abandonne a telle ou telle autorite le droit d imposer des mesures
discrelionnaires en cas d epidemie, at qui out aboli, dans ce but, tout reglement
sanitaire, sont entierement a la merci de ces autorites qui, parfois, seront d une
compromcttante facilite, d autres fois d une excessive severite. Le jour ou ces
autorites reconnaitront la necessite d opposer a une epidemie 1 emploi de mesures
restrictives , on les verra, comme on 1 a vudeja, promulguer, a la hate, des pres
criptions insuffisantes ou exagerees, en confier la direction a un personnel incom
petent, et, faute de lazarets convenablement installes, en prescrire 1 applicatioa a
bord de pontons, de navires hors de service, ou dans des locaux completement
impropres a cette destination.
2 VALECR PROPHYLACTIQUE DES QUAKASTAINES. L appn elation de la valeur des
mesures quarantainaires ne peut et ne doit se resoudre que par un examen im
partial et complet des raisons qu on a successivement invoquees pour en demon-
trer soil les avantages, soil les inconvenients.
Le principal obstacle au developpement du regime quarantainaire, a 1 epoque
oil 1 Europe semblait frappee d une veritable constitution pestilentielle, a ele,
nous I avons vu, la croyance a une influence occulte, inaccessible aux moyeus de
1 homme, et presidant au developpement et a la propagation de cette maladie,
Aujourd hui, et surtout depuis la grande epidemie cbolerique de 1852, grand
nombre d hommes distingues, de medecins eminents sont devenus les partisans
convaincus et exclusifs de ce principe mysterieux, insaisissable, des propagations
epidemiques; et, partant de cette opinion, ils out nie dogmatiquement 1 utilite
des mesures quarantainaires. D autres, ne voulant point admettre 1 iulluence sur-
naturelle, immaterielle d un genie epidemique, ont altribue la marche en appa-
rence fatale de tous ces fleaux, a 1 existence de courants atmospheriques charges des
germes morbid es, et franchissant sans obstacle toutes les barrieres insuffisantes
que 1 homme cherche a leur opposer. Mais, a cote de ces conceptions purement
speculatives, on s est adresse aux laits pour nier 1 importation des maladies pesti-
lentielles, et affirmer ainsi 1 inutilite, et par consequent la barbaric des mesures
quarantainaires. Que le cholera eclate dans un de nos ports; immediatement nous
voyons se prononcer deux opinions diametralement opposees : A. Pour les uns, 1 etat
sanitaire anterieur dela population ne laissait rien a desirer, c etait la reproduc
tion exacte de 1 etat sanitaire des annees precedentes ; aucune cause d insalubrite
QUARANTAINES. 79
nouvelle ne s etait manifestee, soil dans la ville, soil dans lc port lui-mcme ; un
seul fait s etait produit, Tarrivee d un batiment atteint dc cholera ou provenant
d un port infecte ; si la quaraataine avait ete imposee a ce bailment, on eut en-
trave le developpement de 1 epidemie. B. Pour les autres, il existait depuis qnelques
semaines des indices d une modification notable de la constitution medicate de la
population. Les diarrhees , les embarras gastriques , les atteintes de cholera
nostras avaient pris une frequence inaccoutiimee ; le cholera confirme apparais-
sait enfin comme terme ultime de cette transformation de 1 etat sanitaire, traiis-
formation toute de cause locale ; 1 arrivee du navire atteint n etait qn une coinci
dence; on n eut rien gagne a lui imposer la moindre epreuve quarantainaire ;
mieux eut vain s occuper d ameiiorer les conditions hygieuiques de la localite et
de la population. Ges dissentiments entre les partisans de 1 importation et des
quarantaines, et les partisans de la spontaneite locale des maladies infectieuso,
doctrine dont la consequence est la libre pratique avec n importe quellc pateulr,
ne se sont-ils pas reproduits egalement pour les autres maladies pestileiitiellrs ?
N onl-ils pas ete la base des conclusions complelement opposees, au point de vue
sanitaire, auxquelles sont arrives les differents observateurs de I epidemie de
peste de Marseille, en 1720? Ne se sont-ils pas reproduits plus reeeumient ct
avec autant d eclat pour la fie v re jaune? Tandis que les uns soutenaient que
jamais cette affection ne s etait developpee dans un port d Europe sans y avoir etc
importee, Cbervin et ses partisans afliimaient que cos explosions etaient d origine
toute locale, absolument comme les explosions de fievres intermittentes ; et, pom-
en prouver la spontaneite, on demontrait encore ici qu avant 1 arrivee du navire
pretendu infecte, la constitution medicale de la ville s etait notablement modiliec
en raison d une augmentation d insalubrite du port, que des fievres bilieuses
avaient apparu, prenant chaque jour un plus mauvais curactere, et que la fievre
jaune avait ete le dernier degre de cette aggravation de 1 etat sanitaire local.
A 1 appui de leur opinion sur 1 inutilite des quarantaines, les partisans absolus
de la libre pratique invoquent le nombre immense de faits qui prouvent la fre-
quente innocuite des provenances considerees, par les contagionnisles, comme les
plus dangereuses, les plus susceptibles de mesures coercitives. Ne voit-on pas
chaque annee des paquebots charges d emigrants descendre le cours du Gauge,
ayant a bord le cholera, et ne transmettant point cependant cette affection, soil a
1 ile Maurice, soit aux Indes occidentals? de 1850 a 1868, d apres Cunningham,
431 bateaux transports sont partis de Calcutta, en destination de Port-Louis, ayant
a bord 138,036 emigrants; le cholera existait au depart sur 75 de ces bateaux ;
tout semble prouver que 1 afiectiou s est eteinte pendant la traversee sans la
moindre propagation aux ports d arrivee. N avons-nous pas, en France meme,
certaineslocalites, tres-populeuses cependant et placees sur nos plus grandes voies
de communication, Lyon par exemple, qui paraissent temoigner d une maniere
convaincante de 1 innocuile des communications avec les regions infectees de
cholera? Malgre le maintien a peu pres complet de la libre pratique dans tous ses
ports, la Grande-Bretagne n echappe-t-elle point, dans certaines limites, et depuis
un grand nombre d annees, aux influences ailleurs si redoutees de toutes les pro
venances qui, chaque jour, lui arrivent des lieux ou regnaitla peste, ou regnent la
fievre jaune et le cholera? Pourquoi, depuis deux ans, malgre des communications
mcessantes et plus nombreuses que jamais, et en depit des predictions des obser
vateurs les plus distingues, le cholera, dissemine sur une vaste zone d*; 1 Enrope
orientale,nesepropage-t-il point aux autres regions du continent? Pourquoi, sur
80 QUARANTA1NES.
les navires atteints de fievre jaune, voyons-nous frequemment 1 affection ne frap-
per que les homm es d equipage sans atteindre les passagers? Pourquoi cette ma-
ladie, a laquelle on a consacre un regime quarantainaire special, semble-t-elle si
peu transmissible que la masse des habitants, qui s enfuient d une ville atteinte,
ne la donnent point anx populations des environs, bien qu allant parfois eux-
memes succomber au milieu de ces populations? Pourquoi eleverait-on des bar-
rieres au typhus, quand on 1 a vu si frequemment s eteindre de lui-meme au
milieu des populations ou le faisait penetrer une armee? Pourquoi enfin attribuer
le moindre role dans la proph-ylaxie de la peste aux quarantines qui n ont point
preserve les villes les plus rigoureusement isolees en apparence, tandis que jamais
1 affection ne s est manifested dans telle ou telle localite maintenue constamment
en libre pratique, et que jamais non plus, sauf une seule fois peut-etre, elle n a ete
importee en Arabic par les 80,000 pelerins qui traversent annuellement 1 Egypte
pour se rendre a la Mecque ?
Toutes ces considerations, dont nous pourrions si facilement grossir le nombre,
sont-elles de nature a permettre de revoquer en doute 1 utilite des quarantaines?
Eliminons d abord, s il est possible, les erreurs auxquelles conduit souvent en
medecine la deduction simplement analogique que Ton emploie si facileraent au
lieu d ernprunter aux fails eux-memes les seules conclusions que Ton soit en droit
de considerer commu cxactes. G est au nom d une semblable deduction que beau-
coup d ecrivains out nie 1 ulilite des quarantaines contre les maladies pestilen-
tielles ; pour eux, en effet, une affectionne peut etre consideree comme transmissible
par les communications huraaines, qu autant que cette transmission s eflectue
suivant les lois, sinon connues, au moins evidentes par leurs effets, de la contagion
des maladies virulentes ; elle doit done s accomplir suivant un mode uniforme et
regulier, et alors seulement on aura le droit d entraver ces communications, au
meme litre qu on isolera les \arioleux des autres malades, ou qu on sequestrera
la femme infectee de syphilis. Eh! bien, nous n hesitons pas a le dire, ceux qui
n admettent la transmissibilite rnorbide que d apres les modes propres aux affec
tions contagieuses habituelles dans nos climats, ne peuvent arriver qu a des doc
trines erronees sur les conditions de propagation des maladies pestilentielles,
c est-a-dire des maladies auxquelles s appliquent plus specialement les mesures
restrictives, en raison de leur provenance exotique ; ces maladies, comme nous
1 avons dit a 1 article MIASMES, n arriveront jamais a presenter, dans leur trans
mission de 1 homme a 1 homme, cette regularite, cette simplicite pour ainsi dire
d evolution des affections virulentes; bien que, dans ses recrudescences epide-
miques, la variole soit elle-meme soumise a des variations considerables de sa
puissance de transmission, fait qu Ernest Besnier a mis parfaitement en lumiere,
nous regarderions, comme presque fatalement dangereuse, l arrivee,dans un pays
vierge de variole anterieure, d un batiment charge des germes de cette affection,
n importe les conditions de milieu, de race, declimat de la population menacee; la
transmission des maladies pestilentielles est, au contraire, aleatoire, subordonnee a
une foule de conditions dont un grand nombre encore echappent a 1 analyse, mais
qui semblent se rattacher a deux ordres de fails : 1 variations, inegalites de la puis
sance contagieuse des maladies pestilentielles aux diveises periodes de leur evolu
tion ; bien que permanentes dans leurs berceaux d endemicite, le cholera, la fievre
jaune, comme autrelbis la peste, ne prennent qu a certains intervalles la puissance
d expansion qui leur est necessaire pour en franchir les limites ; ainsi s explique la
frequente innocuite des provenances de ces foyers pestilentiels. 2 variations aussi de
QUARANTAINES, 81
la receptivite des milieux suivantccrtaiues influences desaisons, declimats, dc loca
lites, de races qui peuvent, ici, etre assez importantes pour cnlever au germe mor-
bide toute sa nocuite, ou en centupler au contraire la puissance de diffusion.
Aussisommes-nous loinde pretendrequel ondoive constamment et uniquement
rapporler a 1 eraploi de mesures quarantainaires la preservation des loualiles epar-
gnees par une epidemic; nous avons vu trop souvent des administrations sam-
taircs se targuer, bien a tort, de semblables succes, alors que la meme immunite
se manifestait, pendant une aulre epidemic, sans qu on ait eurecours a des precau
tions de ce genre; il faut done, pour se prononcer en pareille matiere, connaitre
les conditions de receptivite du milieu auquel on applique les regies de la pro-
phylaxie sanitaire. Si, par exemple, nous voyotis, ainsi qu on a pu le voir en tv
siecle, tel port on telle ile de la Mediterranee, comme Malte, les Baleares, les
villes tie Sicile se maintenir indemnes soil en temps de psste, soit en temps de
cholera, lorsque toutes les communications sont impitoyablement repoussees, et si,
d autre part, nous voyons ces memes localites subir les ravages de 1 epidemie
aussitot qu elles suppriment les barrieres qui les protegeaient, nous sommes Lien
oblige de nous rendre a 1 evidence et de reconnaitre, en pareil cus, 1 utilite des
quarantaines ; le milieu etant demeure le meme, il n y a eu de modiiie, en pa
reille circons.tance, que les rapports de ce milieu avec le germe morbide, et nous
croyons etre autorise a penser que I immunite et 1 atteinte de ces localites out ete
en rapport avec 1 etablissement, puis avec la suppression des mesures prohibitives.
Mais, lorsquel on observe des milieux differents, on ne pent, sans s exposer a de
graves erreurs, atlribuer uniquement a 1 emploi ou a la negligence des pratiques
quarantainaires la diversite des atteintes epidemiques subies par leurs popula
tions, car ou ignore : lsi, dans ces milieux, les conditions de receptivite morbide
etaientidenliqu.es; 2 si, depart et d autre, les mesures quarantainaires etaient
applicables avec la mume facilile, avec les memes chances de succes.
Pour determiner, d une maniere essentiellement pratique, la valeur de ces me
sures, il est done essentiel, au lieu de se prononcer legerement d apres un nombre
trop restreint d observations, d etudier : A la valeur de la sequestration quaran-
tainaire absolue contre les maladies de provenance exotique; B les differences
d utilile du regime quarantainaire suivant les jiays a preserver, differences ba-
sees surtout sur les conditions de climat, de localite, de temperature saisonniere,
et de predisposition des populations par leur race ou par leur etat sanitaire ante-
rieur ; C la facilite plus ou moins grande d application du regime quarantainaire,
facilite tres-variable suivant les conditions topographiques et sociales de ces pays;
D la valeur differente de ce regime suivant la nature des maladies au.xquelles on
1 oppose ; E 1 examen des inconvenients reproches aux quarantaines.
A. Valeur de la sequestration quarantainaire absolue contre les maladies
de provenance exotique. Cette sequestration n est guere possible que dans les
localites dont 1 abord est d une surveillance facile, et qui sont entourees, en outre,
d une zone nalurelle d isolement contre les provenances suspectes ; telles sont
a une part les iles , d autre part un grand nombre de villes du littoral de cer
tains pays dont tout le commerce a lieu par les voies maritimes, et qui ne sont,
que par leurs ports, en communication avec les regions d ou proviennent habi-
tuellement les maladies epidemiques transmissibles par les relations internatio-
mdes. Dans ces conditions, on a, au point de vue qui nous occupe, les avanta"es
de la position iusulaire.
Ces localites sont la preuve la plus ceilaine de 1 inflnence preVrvatric^ du
DICT. E.NC. o S. I. g
82 ^QUARAiNTAlNES.
regime quarantainaire absolu, parce que ce regime y est facilement et rigou-
reusement applicable. L immunite acluelle de plusieurs grandes villes maritimes
du littoral Allantique du i\ouveau-.Monde, centre la fievre jaune qui pourlant
penetre si souvent dans leurs lazarets, I immunite contre le cholera, en 1865,
de certaines iles de la Mediterranee, Metelin, Rhodes, Crete, et meme des ports
de la Grece ou tant de choleriques furent cependant rec.us et sequestres, I immu
nite enfin, contre la peste, au commencement de ce sieele, de Malte, de Gozzo,
Gorfou, Cephalonie, grace a I isolement severe etimmediat des premiers pestiferes,
isolement prescrit par le commandant superieur des iles loniennes, le general
Maitland, peuvent etre invoquees, parmi un nombre considerable de fails iden-
tiques, a 1 appui de cette these.
En semblables circonstances, les mesures quarantainaires ontun resultatefticace
et absolu, parce qu elles empechent tout contact enlre les habitants d un pays sain
et la totalile des provenances suspectes.
Dans des conditions topographiques moins luvorables, on comprend combien
il serait difficile, parfois impossible d obtenir un isolement aussi complet et des
malades et des ohjcK nmiainun s, et combien, des iors, il serait pen logique
d imposer aux populaiions les riguems do prohibitions qui n arriveraient point
a les proteger; est-il, par exemple, dans 1 Europe occidenble, un pays que
Ton puisse esperer preserver ainsi tolalement contre une invasion epidemique ?
il est interessant, a cet egard, de Jeter un coup d oeil snr le nombre, I etendue et
la severile des mesures jugees necessaires pour entraver, en nos pays, la marche
d une epizootic, de provenance exotique aussi, la peste bovine; on verra ainsi tout
ce qui a ete fait et prescrit pour aneter ce lleau, et Ton se rendra compte phb
exactement de 1" incertitude des moyens relativement si incomplete, applicable?,
dans les memes regions, aux epidemics de I espece humaine.
D apres la legislation actuellement en vigueur, et qui est basee sur la loi du
juillet 1866, la suspicion de contage s etend non-seulement aux animaux de
I espece bovine, mais encore a tons les autres ruminants qui, bien que non suscep-
tililes d etre atleints eux-memes de cette affection, peuvent etre des agents tres-
actifs de la transmission ; on sail combien de fails interessants a i eunis a cet egard
Ghauveau dans ses etudes sur la contagion dite miasmatique, ou a distance, conla-
gion qui, pour lui, est toujours le resultat du transport des gern^es morbides par
des hommes, animaux, on substances intermediaires. Par consequent, en temps
de peste bovine, toutes les mesures edictees par la loi a 1 egard des bceufs, veaux,
vaches ou genisses, sont applicables aux chevres et aux mo u tons.
Gette meme loi de 1866 prescrit :
1 Dans les communes saines des pays infecles :
A. Des certiOcats d origine pour la circulation des bestiaux d une commune a 1 autre.
2 Dans les communes infectees :
B. L inierdiclion absolue de laisser sortir le betail du territoire de cette commune, pour le
vendre, 1 echangcr, ou le faire simplemenl chan ger de residence.
C. Le recensement du betail.
D. La marque de ce betail (au inoyen d une lettre, la lettre M (malade), par exeraple).
E. La declaration des cas de maladie aussitot qu ils se manifestent ou qu ils seront s oup-
gonnes.
F. La sequestration preventive dans le cas de simple suspicion.
G. L isolement des etables infectees.
H. L isolement des fermes saines.
I. L abattage du betail (sain ou malade) des etables infectees.
J. L enfouissement des animaux abattus (la peau devant etre tailladee afin que nul ne
puisse tenter d utiliser les cuirs de ces animaux}.
QUARANTAINES. 83
K. L interdiction de tran>porler hors des ioyers d infectiou desobjetsquelconques, capables
de porter la contayion par les matieres virulentes tixe es a ces objets.
L. L interdiction de trailer les animaux malades.
M. Les mesures de disinfection.
On voit, d apres ce reglement, de quelle puissance I homme cst arme pour eu-
traver la propagation de la peste bovine; grace a sou application stride et rigou-
reuse, plusieurs de nos departements eurent la chance de voir leurs tronpeaux
entierement preserves en 1870-71 alors qne le mal sevissait a leur frontiere,
importe par les armees allemandes, et que bien des incredules annoncaient 1 inu-
tilite des mesures sanitaires contre un mal que les conditions epidemiques propa-
geraient au loin en depit de tous les obstacles (Gbauveau).
Tout recemment, enfin, les gouvernements europeens comprirent combien se-
raient utiles des mesures prises en commun contre ce fleau qui continuait ses
ravages.
Une conference sanitaire Internationale futconvoquee a Vienne, le 16 mars
sur 1 initiative du gouvernement austro-bongrois, pour poser les bases cl im
ment de police sanilaire unilorme, grace auquel les memes moyens etant appliqin s ,
par les diverses puissances, soit pour prevenir 1 invasion de la peste bovine, soil
pour empeeber sa propagation d une ni.uiiri c ccrtaine, les relations commerciales
pourraient ne pas etre inlerrompues entre les pays signataircs de cette convention
sanitaire, quand bien meme, malgre les mesures preventives adoptees contre la
peste, cette maladie aurait pu s introduire clans une region ou clans une autre de
ces differents pays.
On/e Etats s etaient fait representer a cette conference par \ingt-six drli ^ui s,
savoir : 1 Allemagne, rAutriche-Hongrie, la Belgique, la 1 ranee, la (Irande-Bre-
tagne, 1 Ilalie, les principautes Roumaines, la Russie, la Servie, la Suisse et la
Turquie.
Nous indiquons, d apres H. Bouley, qui representait la France a cette confe
rence, les mesures dont 1 application, 1 aite d une maniere uniforme, pent don-
ner la garantie necessaire de 1 innocuite, au point cle vue commercial, des pays
dans lesquels la peste bovine a fait une invasion accidentelle et s est manifestee par
places isolees.
Les voici dans ce qu elles out de plus essential :
Abatage immediat, moyennant indemnite, de tous les animanx atteints de la
peste, et de ceux qui doivent etre considered comme suspects de cette maladie, en
raison des influences auxquelles ils out ete exposes.
Enfouissement des cadavres de tous les animaux malades de la peste, sans
que rien puisse en etre distrait pour etre utilise d une maniere quelconque.
L utilisation des viandes des animaux suins, abattvis pour cause de suspicion
pouvant etre permise, mais sous des conditions speciales, rigoureusement deter-
minees.
Destruction des germes de la contagion partout ou ils peuvent se trouver :
dans les etables, dans les fumiers, sur les fourrages, sur les barnais,sur les routes
dans les paturages, dans les cbarrettes, dans les wagons de cbemin cle fer, etc.,
partout enfin, et sur tout ce qui a pu etre expose a 1 influence de la contagion.
Isolement aussi complet que possible des lieux ou la peste s est declaree, de
telle sorte qu il ne puisse en sortir aucun animal susceptible de servir de vehiculea
la contagion, et qu aucun ne puisse y entrer qui soit capable de Fentretenir.
Get isolement doit etre prescrit et mis en pratique pour les fermes, pour les
84 QUARANTA1NES.
localites, pour les communes et enfia pour les circonscriptions plus ou moms
etendues, suivantl extension de la maladie.
Etablissement, autour des localites dont 1 isolement aete prescrit, et qui sont de-
clarees infectees, d une zone ou la circulation des ruminants est interdite, amsi
que le commerce et le transit de tout ce qui pom-rait servir de vehicule a la con-
ta"ion: fourrages, fumiers, produits et debris animaux de toutes sorles.
Suspension des foires et marches de bestiaux dans un certain rayon autour
des foyers d infectiou; recensement de tous les ruminants dans la localite infectee
et dans la zone suspecte, pour que 1 autorite ait une gara i je que ces animaux ne
seront pas deplaces, par des tiafics clandestins, des lieux qu ils occapent actuelle-
ment.
Des ipi im cas de peste a ete constate ofticiellement dans une localite, la de
claration immediate de tons les cas de maladies dont les animaux ruminants peu-
atteints devient obligatoire pour tous les proprietaries, detenleurs ou
ens de ces animaux.
Precautions toutes particulieres, prescrites apres la disparition de la peste
(I liiic, localite | [ application des mesures de disinfection, pour proceder auiepeu-
plciiient des elaliles H des herbages, ainsi qn au rctablissement de la liberte de
eii< illation du betail et des transactions coinmeiriales dont il est 1 objet.
A toutes ces mesures, de date aiiciemie pour la plupart, et dont I efficacite,
quand elles sont appliques dans leur ensemble, est attestee par Texperience de
tons les temps et de tun- les pays, la conference en a ajoule une toute nouvelle et
tres-importante, au point de vue, tout a la I nis, et des relations commerciales et
dc la poln-. sanitaire; elleconsiste dans 1 obligation, pour toutEtat oula peste bo
vine se serait nianilestee, d annoncer immediatement, par voie telegrapbique, 1 in-
vasion de la maladie aux gouvernements des pays voisins d abord, et ulterieure-
ment a eeux des Etats pluseloignes qui exprimeraient le desir d etre reiiseignes sur
eel le invasion.
II. Bouley rappelle de plus qu en Allemagne les wagons qui ont servi au transport
des bestiaux sont soumis a une disinfection avant d etre employes a de nouveaux
transports ; c est avec de 1 eau chauffee a 70 qu on y precede : 1 eau tombe d un
reservoir eleve, et par sa chute et la force de ses courants elle detache et entraine
les matieres organiques adherentes aux parois; en outre, par Televation de sa
temperature, elle aunule dans ces malieres toute activite virulente. (Gas.
ln tnl.l 872, p. 298, resume de la communication faite a ilnstitut, par H. Bouley.)
tin sail cependant que, malgrele luxe de precautions adoptees, la peste bovine
penetra, quelques semaines apres cette conference, sur divers marches de 1 Angle-
terre, et de TAlleniagne; mais ces atteintes nouvelles, resultats probables d infrac-
tionau.xreglemeiUsadoptes, ne diminuent pas la valeur des resultats obtenus sur
taut d autres points ; quel quesoitle lieu ou elle penetre, la peste bovine peut etre
arretee, car on a toujours la meme ressource, ressource absolue et radicale pour
supptimer le contage, en faisant disparaitre les malades, les animaux qu ils ont
contamines, et les objets qu ils ont souilles.
11 est evident que les mesures sanitaires ayant pour but d entraver la propaga
tion des maladies humaines laisseront toujours subsister, quelque rigoureuses
qu elles puissent etre, une source de causes de transmission bien autremeiit con
siderable que les reglements de la police sanitaire des epizootics ; nous ne pouvons,
surtout a 1 egard des epidemics qui envahissent les populations des pays conti-
nentaux et civilises, considerer les quarantaines ni comme susceptibles de detruire
QUARANTINES. 85
tous les agents morbides, ni commeconstituantdes barrieres infranchissables ; pour
les arrivages maritimes eux-memes, dont cependant il est plus facile de conjurer
les dangers, les mesnres de prophylaxie satiitaire ont a tenir compte, dans nne
large mesure, des droits de ceux auxquels elles s appliquent ; au lieu d y voir
des murailles et des obstacles impenetrubles, on pourrait comparer leur action
a cellesde vastes fiHres laissant passer, plus ou moins librement, 1 homme et ce qui
se rattaclie le plus essentiellement aux necessites de son existence, mais retenant,
autant que possible, ce qui semble le plus dangereux dans les provenances et le
milieu qui 1 accompagnent.
B. Differences d utilite du regime quarantainaire suivant les pays a pre
server. II est d abord un certain nombre de pays auxquels le regime quarantai
naire ne pourra, lors meme qu il y serait applique de la iagon la plus complete,
conferer qu un benefice restreint ; ce sont les pays qui se trouvent dans lu zone,
parfois si considerable, d endemicite de 1 affection que Ton veut combattre : que
le cholera eclate avec une intensite exceptionnelle dans une localite quelconque du
Bengale, il est certain que les cordons sanitaires et les entraves quarantainaires
pourront diminuer les chances de propagation de la maladie par contage, mais
n empecheront nullement le mal d appnraitre clans les localites voisincs sous la
simple influence des conditions voulues pour reveiller les germes morbides dans
tous les lieux ou cette affection est endemique. Dans de semblables milieux, la
propagation du fleau, par I intermediaire de 1 homme, est souvent une des
causes les plus secondaires de 1 expansion de 1 epidemie qui s accroit surtout parce
que la elle est sur son terrain originel ; c est tellement vrai que les auteurs qui ont pu-
blie les travaux les plus recents sur le cholera observe dans les possessions anglaises
des Indes, Bryden et Cunningham, semblent revenir exclusivement, pour expliquer
la diffusion de la maladie au moment de ses recrudescences epidemiqnes, a la doc
trine des influences meteorologiques, et specialement de celles qui resultent du
changement periodique du regime des vents sous 1 equateur et entre les tropiques.
II faut done peu compter sur 1 emploi des mesures quarantainaires, telles du
moins quenousles comprenons, pour preserver les localites situees dans les limites
memes d un foyer pestilentiel ; c est absolument comme si, en Europe, nous
voulions adopter quelques mesures restrictives generates centre le developpement
de la variole ou de la fievre typhoide; 1 isolement des malades atteints de ces
affections en restreindra sans doute les chances de propagation; mais on ne pour-
rait songer , en nos pays , a recourir aux quarantaines , pour lutter contre
la marche de ces fleaux , comme on lutterait contre une maladie de provenance
exotique; les germes de la variole et de la fievre typhoide existent en effet dans
les diverses regions de 1 Europe, y sont endemiques, si Ton veut , et y persis
tent a 1 etat latent , comme ceux du cholera aux Indes dans 1 intervalle des epi-
demies.
II est done essentiel, avant de se prononcer sur 1 utilite des quarantaines en un
lieu donne, de savoir jusqu a quel point la maladie que Ton pretend arreter n existe
pas deja, soit a 1 etat devolution complete, soit simplement a 1 etat de germe*
dans le pays, que Ton veut preserver : appliquer ces mesures, sans avoir determine,
dans ce pays 1 absence des conditions du developpement spontane, ou par germe
anterieur, de la maladie que Ton redoute, c est etablir, a grands frais, des bar
rieres inutiles, et renouveler, sous une autre forme, un des principaux abus re-
proches aux anciennes intendances ganitaires quand, une fois accomplie la trans
mission morbide, elles n en maintenaient pas moins avec rigueur les pratiques
86 QUARANTAINES.
quarantainaires qui devaient 1 entraver. II est parfois bien difficile de determiner
jusqu a quel point telle on telle localile se trouve en dehors de la zone d endemi-
cite d une affection pestilentelle, et appartient des lors aux conlrees que Ton peut
songer utilement a premunir au moyen des quarantaines. N avons-nous pas la
preuve de cette difficulte pour le cholera en Asie, ou certaines regions, comme
la Cochinchine, presentent, parmi les types les plus communs de leurs lievres
pernicieuses d origine palustre, un nombre si exceptionnellement grand de formes
choleriques, comme si, dans ces regions, il y avail une degradation insensible,
mais non un changement absolu de 1 etat sanitaire des bords du Gange? en Europe
meme, en presence de ces foyers adventices de cholera qui ont survecu aux der-
nieres expansions epidemiques de provenance indienne, savons-nous d une ma-
iiiere precise quelles limites pourraient determiner la separation de la zone oil le
mal semble etre passe a 1 etat endemique, etdes regions qu ilsei ait temps encore
de proteger par un systeme quarantainaire?
II i ii est de meme pour la fievre jaune; la difficulte de limiter d une maniere
exacte le domaine de son endemicite date deja de longtemps; elle a augmente
encore depuis le commencement de ce siecle, grace a la faveur avec hquelle grand
nombre de medecins du nouveau monde ont accueilli la doctrine de Chervin, doc
trine suivant l.iquelle il n y avail, en somme, au developpement oiiginel de cette af
fection, aucune liniite geographique plus etroite qu au developpement des fievres
palustrcs dont clle n etait, siiivdiit lui, qn une des nombreuses formes; depuis trente
ans, 1 installation d elablissements sanilaires a la Nouvelle-Orleans est entravee
par 1 opinion des partisans de cette doctrine, pour Usquels la fievre bilieuse he ma-
lurique, dont on ne peut contesler la spontaneile en cette ville, est de nature
iilrnlique a la fievre jaune, d ou inutilite des quarantaines centre cetle derniere
affection. Gonstatons, en passant, ce fait remarquable, qu en Amerique 1 etablisse-
ment de lazarets dans la plupart des villes du littoral atlanlique des Etats-Unis a
servi precisement a mieux determiner les limites du berceau endemique du
vomito; depuis le fonctionnement de ces lazarets, on a constate que presque tout
ce littoral etait en dehors de ce foyer, et que la maladie n y pouvait apparaitre que
par importation.
II est des conditions de lieux, completement opposees aux precedentes, et qui,
cependant, auront pour consequence aussi de diminuer 1 utilite des mesures qua-
r;ii>tainaires: certains pays sont trop eloignes des foyers pestilentiels, oujouissent
de conditions climateriques et saisonnieres trop differentes pour que ces affections
jini^eiit s y transmettre facilement. Prenons comme exemple 1 Angleterre; depuis
deux siecles, les ports de ce pays offrent, relativement aux autres ports de 1 Eu-
rope, une immunite remarquable, vu la frequence de leurs relations commer-
ciales, centre certaines affections pestilenlielles, specialement centre h peste et
centre la fievre jaune ; devons-nous en conclure que le systeme de libre pratique,
qui a fini par triompher en Angleterre, doive etre employe sur le continent? Evi-
demment non ; si 1 Angleterre, depuis deux siecles, n a pas eu la peste, c est que
depuis deux siecles le point de depart des epidemies de peste a toujours ete 1 Egypte
ou le Levant, c est-a-dire une region trop eloignee de la grande Br.tagne pour
permettre la transmissibilite de cette maladie par la navigation ; un bailment a
voiles n a jamais franchi en moins de quinze jours la distance d Alexandrie a
Gibraltar ; et, comme la pesle eclale toujours dans les huit premiers jours de tra-
versee si elle doil eclaler, les batiments a destinalion de 1 Anglelerre etaienl alteints,
en cas d epidemie, pendant leur marche a travers la Mediterranee, ou naturellement
QUARANTAINES. 87
ils cherchaient a purger aussitot que possible leur quarantaine ; on sait fort bien
qu aMalte, ou arrivaient si frequemment ces navires pestileres, les Anglais appli-
quaient eux-memes avec rigueur les mesures adoptees par les lazarets les plus
severes de 1 Europe. Quant a 1 immunite de 1 Angleterre centre la fievre jaune,
n est-elle pas la consequence toute naturelle des conditions de climat de ce pays?
Nous voyons les epidemics de vomito, si graves en Espagne et en Portugal, ne se
developper que bien plus 1 aiblement dans nos ports de 1 Atlantique; 1 Angleterre
touche bien plus encore, par sa position geographique, aux latitudes ou le vomito
perd la puissance de se manifester ; et il n existe cbaque annee, en ce pays, qu un
nombre restreint de jours presentant la temperature voulue pouryrendre possible
une epidemic de ce genre. Du pen d utilite pour 1 Angleterre de mesures sanitaires
contre la fievre jaune, nous ne saurions done conclure an pen d utilile de ces me
sures pour les regions meridionales du continent, pas plus que de 1 innocuite d nn
marais sous le 60" degre de latitude nord, nous ne conclurions o 1 innocuite du
meaie foyer palustre sous le 25 e degre. En resume, si nous reconnaissons que les
notables ameliorations introduites dans 1 etat sanitaire de la Grande-Bretagne,par
lesprogresde 1 hygiene publique, out contribue a preserver ce pays contre les
atteintes du cholera , il existe certaintment d autres motifs de son immunit6
presque absolue, relativement a la peste et a la fievre jaune; c est commettre une
erreur que d assimiler ce pays aux regions du bassin mediterraneen au point de
vue de 1 utilite des quarantaines.
Ces considerations nous pennettentde reduire a leur valour reelle certaines opi
nions et certaines mesures dont on ne doit pas generaliser la portee; ainsi Bryden,
d apres ses observations dans la presidence meme du Bengale, declare impuissant
tout regime quarantairiaire contre le cholera ; nous fadmettonS avec lui pour cette
zone d endemicite, area endemic, de la maladie; mais nous n en tirons aucune
conclusion pour 1 Europe ou 1 Amerique. Autre exemple, dans des conditions oppo-
sees : une loi du 10 mars 1852 abolit, en Danemark, toute mesure quarantainaire
contre les batiments suspects de fievre jaune; d apres les limites geographiques de
cette aifection, c est la une mesure d une evidente sagesse; mais 1 appliquerions-
nous aux ports de f Espagne ou du Bresil ?
Quant aux conditions proprement dites de localites, qui ne connait leur influence
sur la receptivite des populations, et qui ne sait que les grands ports de mer en
particulier semblent exiger plus specialement, contre les diverses maladies pesti-
lentielles, toutes les ressources de la prophylaxie sanitaire? 11 en est de meme des
predispositions qui resultent, et de la race, et de 1 etat sanitaire anterieur, et de la
densite meme des populations. Une ville dont les habitants seront surtout de race
blanche, comme laplupartdes villesmaritimesde 1 Europe, aura certainement plus
a redouter de I arrivage des provenances du golfe du Mexique que les villes du lit
toral de 1 Afrique dont la population, composee en majeure partie de gens de cou-
leur, est beaucoup plus refractaire a la fievre jaune ; le cholera semble se transmettre
plus facilement aux pays dont les habitants ont subi, comme consequence d au
tres affections, specialement a la suite des fievres intermittentes, un certain degre
d anemie, et sous ce rapport nos ports d Algerie sont plus exposes que les ports du
midi et surtout que ceux de 1 ouest de la France. Le chiffre meme de la population
a une grande valeur sur la receptivite morbide ; quancl ce chiffre est eleve, les
chances du danger augmentent devant toutes les maladies pestilentielles; mais
cette influence est remarquable surtout pour la fievre jaune ; cette affection ne se
developpe que dans les localites peuplees d au moins quatre a cinq mille per-
88 QUARANTINES.
sonnes; il est en Amerique certains centres depopulation, comme Galveston et
Houston dans le Texas, qui n ont ete atteints du vomito qu a 1 epoque ou le chiffre
de leurs habitants s est rapidement augmente, et ou, de simples villages, ils out
ete transformed en villes; n en est-il pas de meme sur les cotes du Bresil, ou la
necessite de mesures quarantainaires centre la fievre jaune s est fait vivement
sentir dans ces dernieres annees, cette affection y faisant de plus frequentes appa
ritions depuis que les centres de population situes sur le littoral out pris uu ac-
croissement considerable ?
C. Deyre de facilite d application du regime quarantainaire . Si la valeur
des mesures quarantainaires est subordonnee a un ensemble de conditions qui en
determinentrutilite pour certains milieux, elle depend egalement de circonstances
d un ordre tout different, mais tres-imporlantes aussi, puisqu elles peuvent en
permettre 1 application complete et par consequent efficace , ou rendre, au con-
traire, cette Duplication tellement difficile, qu on n en obtiendra que des re-
sultats completement insuffisanls. Ces inllnences nonvelles relevent principa-
lement de la topographic des lieux a preserver et des conditions sociales de
lours populations. Prenons oomme exemple de ces influences les regions occiden-
tales de I Europe, la France en particnlier; c est un des points du montle vers
lesquels se clirigent avec le plus d activite les courants bumains et les relations
comnicirialcs; en outre, par ses conditions climaleriques, la France est accessible
aux different i < maladies pestilentielles, et la density de sa population offre a ces
maladies des chances assun es de propagation interieure. Non-seulement nos difie-
rents ports soit de la Mediterranee, soit de F Ocean, peuvent servir de points d ar-
rive e et de lieux d introductjon aux affections epidemiques qui sont Fobjet prin
cipal de la prophylaxie sanitaire ; mais encore nous nous rattachons par de vastes
urfaces continentales, tres-peuplees elles-memes, aux pays d ou emanent le plus
frequemment ces affections ; pouvons-nous, en temps d explosion epidemique,
lorsqu il s agit d nne maladie transportable aussi bien par les voies de terre que
par les provenances maritimes, esperer obtenir un isolemeitt suffisant de toutes
nos frontieres pour empecher d une maniere absolue la penetration des germes
morbides? En supposant que les mesures sanitaires observees dans nos ports
soient suffisantes pour nous proteger de ce cote, que n avons-nous a craindre de
ces communications incessantes et rapidesqui etablissent, entre nosgrandes villes
et les regions les plus diverses de I Europe, une solidarite constante au point de
vue des imminences morbides? II est evident que ces conditions topographiques et
sociales ne nous permettent pas d adopter pour tout notre pays des mesures qua
rantainaires suffisantes pour le garantir completement; nous ne sommes point, a
vrai dire, maitres de la situation, et nos efforts ne pourraient aboutir qu autant que
les peuples nos voisins y joindraient les leurs pour entraver la marche de Fepidemie
avant I atteinte de nos frontieres. En supposant meme que le danger qui anjour-
d hui nous menace depuis deux ans, celui d une invasion cholerique nouvelle,
vienne a augmenter encore, songera-t-on jamais, dans les conditions actuelle? des
relations internationales, a garnir nos frontieres de cordons sanitaires qui suppri-
meraient toute communication, ne laissant ouvertes que quelques issues gainies
de lazarets pour les quarahtaines des rares voyageurs qu on autoiiserait encore a
circuler et pour la desinfection de leurs personnes et de leurs effets ? Quelle
date choisirait-on pour 1 application de semblables mesures , recommandees au
si&cle dernier, mais dont, a 1 epoque actuelle, notre esprit n admet plus meme la
I ossibilite ? Quelle garantie aurions-nous, avant d en ordonner la mise a execu-
QUARANTAINES. 89
tion, qu un point quelconque de cette vaste enceinte n a point ete franclii par
une provenance contaminee au moment meme ou la nouvelle de 1 approche du
fleau nous determinait a un pareil isolement ?
A cos difficultes de 1 application complete des mesures quarantainaires a 1 en-
semble de notre territoire, comparons la facilite relative de cette application a
une des regions les plus riches et les plus vastes du Nouveau-Monde ; nous voyons,
en Amerique, combien les quarantaines ont ete uliles et efficaces depuis le com
mencement de ce siecle, soil centre la fievre jaune qu elles ont presque entiere-
ment supprimee du cadre pathologique des grandes villes de ce littoral, soil
contre le cholera dont elles out maintes fois arrete les germes dans les -lazarets
de la cote. N est-ce pas grace aux mesures sanitaires adoptees a New-York a
1 egard des transports charges d lrlandais et d Allemancls fameliques, atteints de
typhus ou en transportant les germes, quo les Etats-Unis se sont cgalement pre
serves de cet autre fleau dont 1 ancien monde les a si frequemment menaces ? Ge
n est pas seulement a 1 energie du peuple amdricain et a la rigoureuse observatior
des lois quarantainaires qu il faut. attribuer ces resultats si evidents des mesures
employees; mais il faut tenir compte surtout des conditions topographiques de ce
pays qui, au lieu de se rattacher comme la France a de vastes regions continrn-
tales fort peuplees, est entierement isole a Test par I Atlantique, a I ouest par
d immenses deserts, et qui n a des lors a se preserver qu au point de vue des pro
venances maritimes, les. seules qui puissent lui transmettre les germes d une
maladie exotique ; sur cette ligne immense du littoral atlantique, les Etats-Unis
ont, relativement aux pratiques quarantainaires, les avantages de 1 isolement des
populations insulaires.
Faut-il, en presence de semblables differences des resultats que 1 on obtiendra
suivant les conditions topographiques, proclamer I inulilite complete des quaran
taines dans les pays dont on ne peut, au moment du danger, proteger suffisamment
toutes les issues? nous ne le pensons pas; la transmission des epidemics par les
communications humaines s accomplit u une maniere trop peu absolue , pour que
1 on regarde comme egalement dangereuses toutes les provenances et toutes les voies
d introduction du contage ; il y a une chose evidente, c est la susceptibilite speciale
des ports de mer, dont la surveillance doit elre la principale preoccupation des au-
torites sanitaires en temps d epidemie; si 1 on ne peut ainsi conjurer d une manitre
certaine la penetration d une maladie pestilentielle, on en diminuera au moins
considerablement les chances, et 1 on sauvegardera 1 etat sanitaire de ces grands
centres commerciaux qui sont la source principale de la fortune publique.
D autres conditions topographiques et sociales ont egalement une grande in
fluence sur la facilite d application des mesures quarantainaires ; les pays peu
" commerc,ants, a populations clair-semees, placees en debors des grandes voies de
communications, peuvent, sans grands inconvenients, s imposer a eux-memes
des mesures d isolement et refuser tout acces a des provenances etrangeres qui
n ont point, pour leurs populations, la meme importance que pour les habitants
des pays riches et commercants. La Grece a supporte, sans grand dommage , un
long regime d isolement pendant les dernieres epidemies de cholera; en Perse, en
Russie, des cordons sanitaires seront plus tolerable?, et ordinairement plus effi- .
caces, que dans TEurope occidentale; ils n auront pas au moins ces inconvenients
si frequents au milieu des populations trop denses, de servir eux-memes de recep
tacle et de moyen de transmission du contage.
Enfin, au point de vue pratique, 1 isolement de masses humaines considerables
90 QUARANTINES.
sera plus cm moins facile suivant les conditions de temperature des pays a pro
teger, et suivant les moeurs de leurs habitants ; en Egypte, en Algerie, aux Indes
orientales, on peut eloigner des grands centres de population des groupes paiiois
uombreux d individus attaints on suspects de contage epidemique; leur installa
tion en pleine campagne , sous des constructions legeres, sous des tentes a la
rigueur, sera suffisante dans ce but , toujours immediatement realisable ; mais,
dans nos pays, ou les conditions de temperature et de sooiete excluent une sem-
blalle installation, les limites de nos lazarets seront frequemment insuffisantes
pour 1 isolement de toutes les personnes contaminees.
D. Valeur du regime quarantainaire suivant la nature des maladies aux-
quelles on loppose. Enfm, les mesures quarantainaires, telles que les prescri-
vent les systemes actuellement admis, et specialement le reglement de 1853, ne
s appliqueront certainement point avec les memes cbances de succes aux diverses
maladies pestilentielles. Parmi ces maladies, il en est dont les dangers de trans
mission seront certaiuement beaucoup plus considerables, beaucoup plus durables,
et qui rendront souvent inefficaces ou moins utiles les mesures de preservation
suflisantes pour les autres; il ne serait point rationnel des lors de condamner en
general ou d exaller outre mesure les pratiques quarantainaires d apres les re-
sultats bons ou mauvais obtenus centre une seule de ces affections. Pour prendre
mi exemple, parmi ces maladies, il en est une dont la transmission, par les com
munications sociales, ne s opere que par les voies maritimes; pour laquelle, par
consequent, il sulfira de proteger nos ports, et de les proteger d un seul cole, du
cote de la mer, c est la fievre jaune ; la protection est done ici relativement facile ;
ce serait commettre une singuliere erreur que de croire qu il en serait absolument
ilc nu ine soit pour la peste, soil surtout pour le cholera ; ici le mal est trans
missible de tant de manieres, et par le commerce maritime, et par les voies de
terre, que les ports eux-memes sout quelquefois assieges de toutes parts ; et, sou-
vent, quand on a accumule les precautions d un seul cote, le fleau y penetre par
le cote oppose.
En attaquant 1 utilite des quarantaines de la peste, Aubert-Roche a mis en
doute, chez grand nombre d esprits, 1 utilite des quarantaines de la fievre jaune;
on a pu voir cependant. par 1 liistoire des dernieres epidemics de vomito, en Eu
rope, et surtout par 1 exemple des resultats obtenus aux Etats-Unis, combien est
fondee la valeur de ces mesures sanitaires. L identite que Chervin a voulu etablir
entre les fievres intermittentes, qui, elles pourtant, ne sont jamais transmissibles,
et d autre part le cholera, la peste, la fievre jaune, est susceptible, a nos yeux,
d entrainer autant d erreurs dans les applications de la police sanitaire, qu elle en
a entraine dans 1 etude clinique et surtout dans la theiapeutique de ces dernieres
affections. Nous verrons que chacune de ces maladies doit faire insister d uiie.
maniere plus speciale sur telle ou telle regie de la prophylaxie commune ; pour
1 une, le danger viendra surtout de l bomme et de ses hardes; pour 1 autre, des
produits excrementitiels de 1 organisme malade ; pour la troisieme, des moyens
meme de transport, du batimeut qui a etabli la communication entre le pays sain
et le pays infecte. Pour 1 une, le danger sera exclusivement sur le littoral ; pour
1 autre, il s etenclra a 1 interieur du continent, mais sans atteindre certaines re
gions elevees ; pour la troisieme, il ne semblera que peu influence par les condi
tions d altitude ou de voisinage des mers. Pour la fievre jaune, comme pour la
peste, ce danger ne correspondra qu a certains climats et a certaines saisons en
dehors desquels toute mesure quarantainaire sera inutile ; pour le cholera, les
QUARANTAINES. 91
conditions de saisons comme celles de climats, malgre leur valeur, seront d une
importance parfois toute secondaire, car, siellesimposentun temps d arret a 1 af-
fection, elles ne font souvent qu en retarder 1 explosion.
II ne faut done pas admeltre, comme base d une prophylaxie uniforme, es
similitudes que peuvent oft rir entre elles , a certains egards , les diverses
maladies importables de leurs berceaux endemiques dans un meme pays ; la con
clusion decesvues generates de 1 esprit anrait le double desavantage d etre erronee
et dangereuse, car appliquee pratiquement sous iorme de mesures sanitaires abso-
lument identiques, elle pourrait entrainer de graves mecomptes. C esl un re-
proche de ce genre que j adresserais a deux documents d une tres-haute valeur
dans cette question, aux deux rapports du Conseil general de sante de Londres
suv les quarantaines du cholera (Londres, 1849) et de la fievre jaune (Londres,
1855). Dans le premier de ces rapports, les conclusions, entitlement contraires a
1 application de toutes mesures restrictive, sont basees plutot sur des considera
tions dogmatiques que sur 1 observation de fails particuliers an cholera, qui seul
cependant devait etre mis en cause. Onetudie en effet, dans ce travail, le mode de
developpement et de propagation, non-seulementdu cholera, maisde toutes les alfec-
tions snsceptibles d un rapprochement qvielconq\ie avec lui,de la pcste, de la lievre
jaune, et aussi du typhus, de la variole et meme de I iiilluenza ; cette derniere ma-
ladie, qui frappe, d une maniere soudaine et presque simullanee, les regions du
monde les plus eloignees les unes des autres, n appftrtient certainement pus au
groupe des affections susceptibles d etre entravees dans leur mnrche paries mesures
quarantainaires ; et 1 exemple de sa propagation ne pouvait qu etre conlraire a 1 a-
doption de mesures restrictives contre 1 une ou 1 autre des maladies precedentes. Le
rapport anglais admet done que toutes les maladies epidemiques dependent de cer-
taines conditions atmospheriques, que loutes obeissent aux memes lois de diffusion
et ont la meme affmite pour telles localites determiners, pour telles classes de la
societe; que toutes, enfin, varient en intensile suivant le niveau des conditions so-
ciales et sanitaires anterieures du pays atteint. Gette absence de toute influence
contagieuse dans leur propagation et ces tendances communes des epidemics vers
certains milieux, toujours remarquables par 1 inferiorilede leurs conditions hygie-
niques et sociales, constituerait une excellente raison de supprimer toute mesure
quarantainaire ; or, ce que nous reprochons a ce rapport, du reste si remarquable,
c estd avoir accepte, par simple analogic, au lieu de la prouver par des fails spe-
ciaux, la non-contagion du cholera ; mais ces conclusions du Conseil general de
sante avaient en revanche cet immense avantage d indiquer, comme base de la
prophylaxie de cette affection, toute une seiie de mesures locales d assainissement,
mesures dont 1 application aete poursuivie avec energie, et a certainement contri-
bue a rendre le sol de 1 Angleterre plus refractaire a certaines invasions epide
miques.
Quant au second rapport, relatif a la fievre jaune, c est surtout au nom des
doctrines de Ghervin que les quarantaines sont declarees inutiles, c est-a-dire en
raison de 1 identite de nature admise entre le vomito et les affections qui peuvent
naitre partout de certaines conditions d infection du sol ; c est done encore d apres
une vue dogmatique que le Conseil general de sante admet la spontaneite de la
fievre jaune sur le littoral meme de 1 Europe, specialement dans les ports insa-
lubres de la peninsule iberique, et que par consequent il nie son importation et
la necessite de mesures quarantainaires.
En resume, les pratiques sanitaires qui ont pour but d entraver la marche des
92 QUARANTINES.
epidemies ont des influences tres-variables, suivant nombre de circonstances
extremement complexes dont 1 analyse est indispensable pour en reconnaitre la
valeur. II est evident, d apres toutes les explications qui precedent, qu il existe
des conditions de lieux, de climats, de saisons, de relations sociales, dans lesquelles
non-seulement le commerce des hommes favorise la transmission des maladies
pestilentielles, mais dans lesquelles il la favorise suivant une voie determinee,
nous indiquant ainsi les points sur lesquels il sera utile d etablir des barrieres a la
propagation de ces maladies. Chaque jour, malheureusement, grace alarapidite et
a la frequence plus grandes des communications, s opere une veritable diffusion
de quelques-unes tie ces affections exotiques, ensorteque chaque jour s elargissent
les foyers contre lesquels nous avous a nous preserver.
En certains cas done, [ application des mesuresquarantainaires est une pratique
rationnelle, efficace ; et qui doit s imposer im|jerieusement ; nous isolons les va-
rioleux de nos hopitaux, ne devons-nous pas isoler d une maniere plus complete
les individus porteurs de germes morbides elrangers a nos climats et contre
lesquels nous ne possedons aucun autre moyen absolu de preservation? A ceux
qui pensent que les mesures sanitaires locales, non restrictives , sont sufGsantes
pour abolir la receplivite morbide et conjurer 1 explosion des germes epidemiques,
nous demanderons si reellement en temps de cholera ils ne redouteraient pas,
pour les nicmbres de leur famille, le sejour d une ville, dont uue administration
vigilante eloiguerait tout foyer d infection, rnais dans laquelle penetreraient sans
obstacle des malades choleriques, beaucoup plus que la residence dans un milieu
moins remarquable par ses conditions d hygiene publique, mais entierenient pro
tege, par des mesures quarantainaires, contre toute provenance suspecte.
Dans les circonstances ou il ne sera pas possible de proteger tout un pays, en
raison de son etendne, de sa position continentale, de la densite de sa population
et du nombre de ses relations exterieures, il faudra cerlainement insister, plus
que partout ailleurs, sur les conditions d assainissement local ; mais nous regar-
dons encore en pareille cit Constance, comme une regie, de proteger, par des me
sures sanitaires speciales, les localites de ce pays les plus menacees de 1 invasion
epidemique, et d accorder aux grands ports maritimes, autant dans leur propre
interet que dans 1 interet general de la population, 1 application des mesuresqua
rantainaires dont ils ont eprouve si souvent les benefices et que parfois ils sont les
premiers a reclamer. Ne sera-ce point un grand resultat deja que d eviter une
somme considerable de dangers, en pla<jant des obstacles sur les principals \oies
suivies par les epidemies ?
II est un dernier argument qu on a fait valoir en faveur des avantages des me
sures quarantainaires : on les a considerees comme necessaires, non point pour en-
traver la propagation d une maladie transmissible, mais pour tranquilliser les
populations qui en sont menacees ; cet aveu, dont nous trouvons 1 expression
dans quelques documents officiels, a eu pour but principal de calmer les vives
oppositions des partisans absolus de la libre pratique ; mais il a eu la consequence
faclieuse de discrediter les mesures prescrites, de laisser entrevoir qu elles se-
raient appliquees pour la forme, avec la negligence qu on apporte aux pratiques
dont on fait peu de cas, et dont on reconnait meme, au fond, Tinutilite. Si les
quarantaines n avaient d autre but que celui-la, nous demanderions immediate-
rnent la suppression des etablissements sanitaires qui garnissent notre littoral, et
qui n ont, a nos yeux, d autre raison d exister que leur valeur incontestable contre
la propagation des maladies pestilentielles. La guarantaine, comme toutes les insti-
QUARANTINES. 03
tutions d utilite publique, doit etre appliquee par des horames qui out la conviction
de sa valeur et de 1 importance de leur devoir ; si parfois on a viole ces re-le-
ments sans qu il en soil requite de danger pour la sante des populations, il n y a
pas a remonter bien haul dans 1 histoire pour voir combien ces violations out eu
parfois de terribles consequences ; les capitaines des navires qui, en 1865, out
propage le cholera a Suez et a Constantinople, avaient fait de faussus declarations
sur la sante de leurs equipages. Les mesures quarantaiiiaires, a part bieu entendu
les cas de force majeure et les necessites de la guerre, dout peut dopendre, a un
autre point de vue, le salut d un pays, devront s imposer a tous, et s imposer d une
facon assez egale pour leur enlever ce caractere vexatoire que leur donne toute
exception non motivee; si, en raison des progres de la science, 1 opinion a pu
changer frequemment sur la valeur de ces mesures et sur la maniere dont on doit
les appliquer, il est une verite qui, elle, a ete de tous les temps, c est que les con
ditions de receptivite des germes morbides se retrouvent assez marquees dans
toutes les classes sociales, pour que, dans un milieu donne, il n y ait qu un seul
mode d application des reglements de la police sanitaire, et que ce mode soit iden-
tique pour tous.
E. Examen des inconvenients reproche s aux quarantaines. On a adresse, et
souvent avec raison, les reproches les plus divers aux reglements de police sani
taire ; il sulfit d en avoir etudie les dispositions principals aux differentcs epoques
de 1 histoire, d avoir apprecie la valeur des autorites qui fonderent ces institutions
et en appliquerent si frequemment toutes les rigueurs, pour comprendre les plain tes
qu ils out soulevees et qui en ont heureusement entruine la modification.
Des reproches leur ont ete ailresses au nom de la liberte humaine, au nom des
droits de I homme qu ils ont parfois atteints si gravement ; et 1 histoire de ces
villes completementsequestrees, meme en notresiecle, est, aux yeux dela science
moderne, une protestation contre 1 exces de semblables mesures ; mais, ramenees
meme aux limites du systeme quarantainaire moderne, les entraves qu il impose
encore sont toujours peniblement supportees, et voyageurs, negociants, medecins
meme qui ont du en subir 1 application, ont maintes fois proteste contre ces pra
tiques qui leur semblent plus vexatoires qu elficaces. 11 faut bien cependant ad-
mettre qu en acceptant 1 etat de societe, I homme doit tenir a exclure autaut que
possible les dangers qui en resultent, exclure ceux surtout dont lui-memc peut
etre le propagateur, et abandonner au besoin une partie minime de sa liberte indi-
viduelle au profit de 1 interet public; cette liberte ne doit-elle pas etre assujettie a
certaines restrictions, des qa elle devient incompatible avec la surete d atitrui?
Lorsqu on voit limite aux flancs d un navire le foyer d une aflection pestilentielle
qui pourra faire explosion etcouvrir de deuil toutun continent, si, a 1 arrivee, on
ne retarde pas de quelques jours la libre pratique de ses passagers et de ses mar-
chandises, on comprend a quelle protection ont droit les populations ainsi mena-
cees, et combien il est urgent d arreter, avant son expansion, un mal encore si faci-
lement saisissable. J ai vu, pour mon compte, une grave epidemic de cholera ecla-
teren 1854 dans la province d Oran (Algerie), epidemic qu on aurait tres-pro-
bablement evitee si un batiment contarnine avait ete mis en quarantaine, et si
Ton n avait cede aux doleances de quelques passagers reclamant leur admission
immediate en libre pratique.
On a reproche a la police sanitaire les exces auxquels elle pourrait en trainer les
populations aveuglees par la terreur et toutes pretes a detruire la ou il n y avait
qu a detourner ou a arreter ; on sail avec quelle ferocite se sont defendus contre
94 QUARANTAINES.
toute communication, en temps de cholera, les habitants de certaines villcs d Itahe,
de Sicile, et de differentes iles de 1 arcliipel lonien ; mais faut-il attribuer des actes
aussi honteux aux quarantaines elles-memes? ne tenaient-ils pas a 1 imperfection
de cesmesures, a la faiblesse et a la negligence de gouvernements sur lesquels ne
comptaient plus suffisamment ces multitudes ignorantes? On ne verra point
d exces pareils dans les pays civilises, ou le systeme sanitaire est empreint de jus
tice de moderation, et n evoque plus, en aucune de ses prescriptions, le clroit
de se defendre par le meurtre et 1 incendie.
11 ne faut point oublier, pour juger de la valeur des plaintes de ce genre, que,
par leur nature meme, les quarantaines donneront lieu necessairement a deux
courants d opinions souvent opposees; elles protegent en ef let 1 homme contre
1 homnie lui-meme; et, a cote des conditions de securite qu elles creent a 1 un,
elles imposent a 1 autre les consequences jienibles ou onereuses de leurs prohibi
tions. Les Anglais, partisans de la libre pratique, subissent, dans nos ports, les
entraves imposees par notre regime sanitaire en temps d epidemie ; ces entraves
leur semblent d autant plus immeritees que nos batiments de commerce ne sont
en revanche assujettis a aucune mesure de ce genre dans les ports de laGrande-Bre-
tagne. Devons-nous oublier cependant que la France est plus exposee que 1 An-
gleterre aux invasions epidemiques? Nous verrons que Ton a clierche a conjurer
1 explosion, danslemonde civilise, des maladies pestilentielles enfrappant, deme-
sures quarantainaires rigoureuses, certains pays places ainsi au ban des relations
internationales; peut-etre en pareille circonstance , a-t-on fait trop completement
abnegation des droits et des interets des habitants de ces pays, qui n etaient point
en mesure de soulenir leur propre cause avec une autoritc suffisamment re-
connue.
Les rigueurs du regime sanitaire ont eu parfois des consequences deplorables
pour ceux-la meme auxquels ce regime ne ilevait point s appliquer ; dans la
crainte d une augmentation de severite des epreuves qu ils auraient a subir a
leur arrivee en Europe, des capitaines de navire ont refuse d embarquer, dans
les pays les plus insalubres, des malades atteints d affections non transmissibles
mais exigeant un rapatriement immediat, cachexie palustre, hepatite, dysen
teric; la presence de ces malades a bord, leur mort pendant la traversee jiouvait
entrainer , de la part d administrations ignoranles , I application de mesures
quarantainaires exceptionnelles. Aujourd hui encore ces craintes persistent dans
les pays ou la police sanitaire a laisse de profonds souvenirs de son ancienne
rigueur. Durant mon sejour a Civita-Vecchia, j ai du plusieurs fois insister poar
vaincre les scrupules de divers commandants de navire, et obtenir l embarque :
ment de malades epuises par les fievres, et qu il etait urgent de soustraire au
sol qui les avail empoisonnes.
On a reproche aux quarantaines de tromper les gouvernements et les adminis
trations sur la nature des precautions a prendre en temps d epidemic, et de creev
frequemment une fausse securite ; il est certain que les mesures restrictives em
ployees n ont pas toujours correspondu au but que Ton s etait propose : les cor
dons sanitaires opposes a la fievre jaune ont detourne longtemps 1 attention de la
necessite de la desiufection du navire qui, dans la prophylaxie de cette affection,
est, de toutes les precautions quarantainaires, la plus essentielle ; 1 isolement des
pestiferes, des typhiques a semble suffire la ou la premiere condition a remjjlir
etait la dissemination et Paeration des malades. Enfin, dans grand nombre d epi-
demies, ce n est qu au moment meme ou la transmission etait accomplie, et ou,
QUARANTINES. 95
par consequent, il y avail a s occuper surtout Acs conditions hygieniques de la lo-
calite, que les mesures quarantainaires ont etc appliquecs et maintenues aver la
plus aveugle et la plus inutile obstination ; ce sont la des fails de plus en plus
rares, grace a 1 observation des prescriptions relatives a 1 etablissemenl des pa-
tentes qui permettent, sauf dans les cas de propagation exceptionnellement rapide,
d appliquer la quaranlaine en temps utile et avant Pintroduction du contage.
Les partisans de la libre pratique ont adresse aux quarantaines ce singulier re-
proclie d augmenter la duree des epidemics ; il est Ires-vrai qu ime epidemic met Ira
un temps plus long a envahir un pays protege par ces mesures qu un pays libre do
loute entrave de ce genre ; les epidemics de cholera, en Russie, mardu-nt plus len-
tement que dans le sud de 1 Europe, vu la densite moindre des populations, et la
ravete relative des communications; la derniere epide nie de cholera a sevi pen
dant trois ans sur 1 Italie dont toutes les villes s rtaici, . plus ou moins mises en
garde contre sa propagation, tandis qu elle n a dure qu u;; ou deux ans au plus en
France et en Allemagne. De la faut-il conclure a I mutilile des quarantaines qui ne
feraient que retarder un evenemenl fatal, et reculer 1 invasion epidemique? Nous
ne le pensons pas, il est certain qu un semblable retard dans 1 envahissemenl drs
localiles protegees est deja un indice dela valeurdes mesures saintaires adophrs;
si, maintenant, il est incontestable que les localiles ainsi preservees d ahoid out lini
quelquefois, mais non certainement toujours, par tHre alteintes a leur tour, c est
qu en somme il n est gucre possible, sauf dans les cas de position insulaire, ou de
situalion dans des regions peu habilees, de se maintenir, pendant un temps pro-
longe, a 1 abri de toute communication dangereuse avec les pays environnants at-
teints del epidemie ou encore infectes de ses germes. Notons bien que de pareilles
objections n auraient aucune valeur contre les quarantaines de la peste et de la
fievre jaune, alfections dont les germes ne semblent point, en dehors de leurs
foyers originels, doues d une vitalite assez grande pour subsister pendant plus
d une saison.
Un danger reel des quarantaines, c etaitd inspirer la croyance que, seules, ellcs
devaient suffire a entraver la propagation d une epidemic et rendre completement
superflues toules les autres mesures propliylactiques ; les populations, comme les
gouvernements, crurent naturellement que, grace aux applications rigoureuses de
la police sanitaire, rien neserait a modifier dans certaines pratiques dont les fails
anterieurs demontraient les dangers ; c est ainsi que dans la plupart des villes
d ltalie qui accepterent ces mesures sanitaires avcc tant de conviction, on conli-
nuait, pendant les epidemies, le systeme des prieres et des processions publiques,
si favorable a la dissemination des germes morbides, et qui nous rappelle 1 aggra-
vation des fleaux epidemiques les plus divers dans des circonstances analogues ;
telle 1 aggravation de la mort noire a la suite des processions des flagellants, qui
parcouraient les villes et les campagnes ; telle 1 aggravation de 1 epidemie pestilen-
tielle de 1575, annee ou le jubile avail attire a Rome des masses nombieuses de
pelerins; telle enfin 1 aggravation, si frequente aux Indes, de 1 endemie cholerique
a 1 epoque ou d autres pelerins constituent, par leur immense agglomeration, des
foyers redoutables par leur receplivile morbide.
L inslallalion meme des lazarets a ete souvent 1 origine de nouveaux dangers,
plus graves quelquefois que ceux qu ils devaient conjurer. Lefebure, dans la topo-
graphie medicale de Spalato (Dalmatic), nous apprend que le lazaret de cetle ville
en occupe le centre ; qu avanfc d y arriver les caravanes, provenant de Turquie,
parcourent ainsi forcement les divers quartiers de la ville ; que les troupes, char-
96 QUARANTA1NES,
gees de maintenir la police sanitaire; favorisent au contraire, pour de 1 argent,
le commerce clandeslin des habitants et des individus sequestres, etc. ; en pa-
reille condition, un pays gagnerait beaucoup a la suppression de toute institution
quarantainaire.
Mais, en general, les lazarets ont ete surtout dangereux parce qu a 1 epoque de
leur fondalion, la science de 1 hygiene existait a peine en principe, et parce que
Ton n avait alors aucune notion d une cause morbide plus redoutable souvent que
la contagion : 1 infection ; personne, surtout parmi ces magistrals de la sante pu-
blique, ne soupgonnait qu il y eut grand inconvenient a reunir dans un local bien
sequestre, soigneusement clos, comme Ton disait quelquefois, un nombre plus ou
moins considerable d individus malades ou suspects, auxqucls ne parvenaient que
difficilement quelques moj MS d existence, et qui devenaient des lors et par leurs
privations, et par lavici.tion de I atmospliere, les faciles victimes clu mal que
Ton redoutait, ou des affections que produisent 1 encombrement et la misere. L in-
stitution des lazarets a done offert cet inconvenient trop reel de surgir a un mo
ment ou Ton ne se doutait nullement des dangers des agglomerations humaines,
moment ou Lind et Pringle n avaient point encore revele la cause la plus habiluelle
des fievres putrides et des typhus, 1 inl ection de 1 hommepar 1 homme; il suffisait,
d apres 1 application etroite de la doctrine de Fracastor, qui, lui pourtant, admet-
tait le contage atmospherique, de supprimer tout contact pour supprimer la
transmission morbide, et Ton ignorait le double danger de ces agglomerations :
A. creation de foyers contagieux miasmatiques (contagion volatile, atmospherique,
a distance) si redoutable pour ceux qui approchent des malades; B. creation de foyers
infeclieux, qui enfantent, de toutes pieces, les plus redoutables des affections noso-
comiales. II y a plus : mise en vigueur a une epoque ou il n existait, de pays a pays,
de ville a ville, aucun sentiment de solidarite reciproque, soil au point de vuede
la charile publique, soit au point de vue des interets commerciaux, la police sani
taire n avait qu un but dans chaque milieu ou on 1 appliquait : I eloignement de
tout danger de provenance exotique, sans preoccupation aucune de la nature dece.
danger, sans egard pour 1 etranger qui pouvait en etre 1 occasion; le seul resultat
en vue en pareilles circonstances, etait 1 isolement, la sequestration aussi absolue
que possible des choses et des hommes suspects dont les droils n etaient meme
pas en question. Avecune indifference aussi complete et pour les maLides etpour
tous ceux qui etaient simplement soupgonnes, on n hesitait point a renfermer
des populations entieres dans les villes pestiierees qui devenaient des lors de
redoutables foyers de contage miasmatique ; on n hesilait point a entasser
malades sur malades dans des locaux insuffisants. Tadino rapporte qu en 1629,
beaucoup de pauvres, atteints de peste, etant venus a Milan, lurent renfermes
dans un lazaret ou il s en trouvait jusqu a trente dans une petite chambre, n ayant
absolument d autres couchages que de lapaille, qui, non renouvelee, pourris-
sait en quelques jours; d ou survinrent des fievres malignes et une enorme mor-
talite.
Dans les meilleures conditions d hygiene generale, au moins en apparence, les
lazarets ont parfois ete centre leur but par la negligence de precautions essen-
tielles : en 1835 la peste se propage par les individus preposes a la garde de 1 e-
cole de cavalerie de Ghiseh; a Livourne, en 1804, le lazaret semble etre le point
de depart de la propagation de la fievre jaune a la population civile ; enfin, tout
recemment, en 1865, les lazarets d Ancone, de Beyrouth, des Dardanelles, con-
tribuent certainernent a la dissemination de 1 epideniie cholerique. Doit-on voir,
QUARANTAINES. 97
dans ces fails, des arguments bien serieux centre le systeme quarantainaire dontils
accusent simplement soit les imperfections, soil la negligence? la plupart des la
zarets dangereux sont ceux qui avoisinent trop immediatement les centres de po
pulation; la plupart des transmissions pestilenlielles qu on leur reproche resultent
d infractions de leurs employes qui deviennent, des lors, pour la sante publique,
aussi dangereux que les fraudeurs communiquant avec les malades, et sont sou-
vent eux-memes les premieres victimes de leur imprudence.
Nous ne reprocherons pas davantage aux lazarets en general une consequence
Ires-grave de 1 installation defectueuse de quelques-uns d entre eux ; il est arrive,
dans cesderniers, quedespassagers, retenus en observation, ont ete mis au contact
d autres passagers de provenance differente, ont file inl ectes par ceux-ci, et natu-
rellement on a incrimine, avec raison, le sejour force de ces malheureux dans uii
milieu dangereux ; les conditions d installation du sysleme quarantainaire actuel
empecheront toujours de semblables malheurs.
11 est a craindre enfin que les lazarets, en raison du nombre des matieres mor-
bides qui s y accumulent, ne deviennent le receptacle de germes susceptibles de se
reveiller apres un temps plus ou moins long, pour reproduire 1 affection doal ils
provienneut; il semble que les germes du cholera peuvent persister assez longtemps,
que, dans les pays chauds, les germes de la iievre jaune peuvent conserve! ;m>si
leur vitalite longtemps apres la cessation apparente de I epidemie ; c est dire com-
bien est necessaire dans ces etablissements 1 application des mesurcs propres a de-
truire, aussi completement que possible , les miasmes pestilentiels.
Mais, de tous les inconvenient s reproches aux mesures quarantainaires, celui qui
est le plus frequemment invoque, c est la gene qu elles imposent aux relations
commerciales. Par les entraves qu elles apportent subitement a ces relations, les
quarantaines compromettent non-seulement les elements geneiaux de la fortune
d un pays, mais elles peuvent atteindre parlois la sante publique en amenant misere
et famine, comme dans ces malheureuses provinces sequestrees, au seizieme et au
dix-septiemesiecle, par des cordons infranchissables menieaux appro visionnements.
De semblables fails ne se renouvelleraient plus aujourd hui : nos provinces nes ad-
ministrent plus comme autrefois, independamment les unes des autres ; des voles
rapides et nombreuses etablissent une repartition plus equitable des ressources
generales du pays en fait de subsistances ; et, comme la prescription quarantai
naire est formulee par le pouvoir central , jamais cette prescription n ometlra les
precautions exigees par le bien-etre et la sante de ceux qui en subiront les conse
quences.
C est done surtout le grand commerce qui eprouve aujourd hui plus speciale-
ment 1 influence paralysante du systeme sanitaire ; cette epreuve est d aulant plus
grave que ce commerce a pris, dans les temps modernes, et surtout depuis 1 em-
ploi de la vapeur dans les relations de terre et de mer, une expansion enorme el
une activite qui est a son maximum sur les voies habituellement suivies par les
maladies transmissibles. Les entraves, susciteesau commerce, s appliquentnon-seu-
lement aux provenances des pays originellement suspects, mais encore les villes
les plus salubres qui u adoptent point les mesures quarantainaires pratiquees ail-
leurs, sont miseshorsla loi paries ports a lazarets; leurs transactions commer
ciales sont des lors bien plus compromises que celles des autres villes, car leurs
propres provenances sont declarees suspecles, et frequemment soumises a des
quarantaines exceptionnelles. G est ainsi qu en 1865, Marseille, demeuree en iibre
pratique malgre le cholera, vit la plupart des villes delaMeditenanee interrompre
DICT. ENC. 3* s. I. 7
U8 QUARANTINES.
leurs relations avec elle; c est ainsi que le commerce anglais a souffert recemment
des mesures sanitaires imposees .a ses batiments dans nos ports de 1 Ocean et de
la Manche, et que, plus recemment encore, bien que ne redoutaut pas la fievre
jaune pour la Grande-Bretagne, le conseil prive a du adopter des pratiques quaran-
tainaires centre les provenances du golt e du Mexique etdu Bresil, ah n de conserver
a 1 Angleterre la liberte des transactions commerciales avec les autres nations mari-
times ( The Lancet, 1871). C est ainsi, enfin, qu a chaque epidemie delievre jaune,
la Nouvelle-Orleans, qui admet en libre pratique les provenances du golfe du
Mexique, voit immediatement ses navires sequestres par les grandes villes du
Word de 1 Amerique, New-York, Boston, Philadelphie, et su j nt ainsi des pertes
enormes; la depense qu entraine chaque epidemie, dit Carpenter, estdix fois plus
forte que ne le serait celle de I etablissement quarantainaire le plus dispendieux
du monde.
Les quarantaines entravent done, soit directement, soit indirectement, les rela
tions commerciales, et Ton comprend 1 aversion dont ces mesures peuvent etre
1 objet dans les pays dont la fortune repose principalemet sur des operations de ce
genre; mais, en revanche, dans ces memes p;ys, bien des commercantscomprennent
aussicombien plus mlontable encore serait, pour leurs interels, la propagation du
mal qu on pent cspcrcr arreter par ces mesures; de la, de profonds dissentiments
dans certaines villus au moment ou il cst urgent d adopter un parti; on sait
a quelles exagerations se laisseraient entrainer les partisans de ces opinions
opposees; pour les uns la sante publique est tout, et le commerce rien; ils
detruiraient les marchandises les plus ntiles , les moins susceptibles ; ils
noieriiient des cargaisons dc ble; pour les autres, le commerce est tout, et ils
voudraient la libre pratique pour le* chiffons des pestiferes (voir Espagne,
Cholera et Quarantaines en 1865, in Gaz. hebd., 1865); ces dissentiments
ne se revelent-ils point dans les proces-verbaux des conferences sanitaires ou
tant de fois les votes des representants des diverses nations ont eu, pour mobile
principal, 1 importance plus ou moins grande de la liberte du commerce pour ces
differentes nations? Les opinions varient naturellement aussi suivant le degredes
dangers de contamination courus par les divers ports ; tandis que les populations
maritimes du Sud de la France, si frequemment dprouvees par la peste, le cho
lera, si souvent menacees par la fievre jaune, appellent souvent avec instance la
promulgation de mesures quarantainaires, les habitants des ports de 1 Ocean et de
la Manche supportent bien plus difficilement de semblables entraves a leur com
merce; recemment encore (1870) un medecin distingue, Lecadre, reclamait la
suspension des mesures sanitaires etablies pour proleger le Havre centre les prove*
nances d Allemagnesuspectes, abondroit, de cholera; le danger etait grand et reel
cependant a cette epoque, puisque, durant cette periode, des transports partis de
Hambourg transportaient le fleau en Amerique ; le Havre eut pu certainemeat
echapper a la contagion, mais nous ne saurions trop approuver Fauvel d avoir
soutenu 1 utilite des mesures adoptees, et d en avoir maintenu 1 application.
Dans les pays ou sont frequentes les invasions epidemiques, il y a toujours una-
nimite presque absolue entre la science et le commerce en faveur des mesures
quarantainaires: Ces mesures, dit Carpentier, ont pour but de faciliter les opera
tions de commerce ; les restrictions qu elles peuvent apporter aux transactions ne
sont que temporaires, et n atteignent qne le petit nombre, tandis qu elles profitent
a la masse d une maniere permanente.
Ne remarque-t-on pas que ce dommage momentane et partiel est, en general,
QUAIUNT1INES. 9 J
suivi d une reprise des affaires qui, par son activite, compense frequemment Je
temps etrargeutperduspvecedemment? Jamais semblable dommage ne sera com
parable, du reste, aux catamites qui accompagnent 1 invasion d une epidemic dans
les pays les plus commercants du monde. Dans son rapport a la conference inter-
nalionale de Constantinople, Fauvel conclut ainsi: La commission est d avis que les
mesures restrictives, connues d avance et appliquees convenablement, sont beau-
coup moins prejudiciables pour le commerce et les relations internatioiiales qur l.i
perturbation qui frappe 1 industrie et les transactions commercials a la suite
d une invasion de cholera.
Veut-on connaitre maintenant 1 opinion motivee, sur les quarantaines de la fievre
jaune,-des membres du bureau de la sante d une des villes les plus commercantes
du monde, de New-York? Voici ce qu ils ecrivaient en 1845 :
Les soussignes affirment qu il est universellement reconnu aujourd hui que
1 application des reglements sanitaires et I etablissement d une quarantaine out etc
une source de profits incalculables pour New-York, en eloignant la maladie de
cette importante cite commerciale. Us ont, en outre, de puissants motil s de croire
que cette ville a quelquefois paye tres-cherement, soil les imperfections qui exis-
taient primitivement dans notre code sanitaire, soil la negligence que Ton appor-
taitdans son application. Depuis que notre code convenablement modifie est stric-
tement mis en vigueur, nous avons toujours eu le bonheur d etre exempts de
F epidemic, et, la iievre jaune qui ne nous a pas visiles depuis vingt ans, n est
aujourd hui connueque de iiom de notre jeunesse medicale. Nous pouvons ajouter
que, presque tous les ans, il arrive des cas de fievre jaune dans notre lazaret dc
Staten Island; ils sont soumis a la discipline medicale par les offieiers-medecins
de cet etablissement, et, grace aux dispositions de notre code sanitaire, ils n en
franchissent jamais 1 enceinte, bien que la maladie se soit quelquefois propagee
aux individus qui donnaient des soins aux malades (Faget). Depuis que ceci a
ete ecrit, trente annees de plus sont ecoulees, et les medecins de New- York ne
pourraient que repeter les memes cboses.
3 REGLES A SUIVRE POUR L/APPLICA.TION RATIONNELLE ET L AMELIORATION DES ME-
SURES QBARANTAIN AIRES. Les institutions empruntent frequemment leur valeur et
leurs perfectionnements aux critiques dont ellesont ete 1 objet; c est depuis la lutte
inauguree en France par Ghervin centre les lazarets et leur administration, depuis
les rapports faits en Angleterre par le Conseil general de sante en faveur de la Jibre
pratique, que les bases du regime sanitaire se sont peu a peu elargies ; on a compris
toute 1 importance des conditions d hygiene publique dont il etait a peine fait
mention dans la propbylaxie des epidemies, et qui tendent chaque jour a devenir
le principe de cette prophylaxie. Mais il y a justice a reconnaitre surtout la part
qui revient, dans ces ameliorations, a la feconde initiative prise par la France, a
plusieurs reprises, pour 1 institution d un systeme quai antainaire international ;
dans 1 etude speciale des quarantaines du cholera, de la fievre jaune, du typhus,
nous verrons tout ce que ces graves questions ont du a 1 intervention des inspec-
teurs generaux de notre service sanitaire, a celle des inspecteurs du service de
sante de notre armee, aux etudes speciales et a 1 experience de nos collegues de la
marine ; grace a ces efforts et aux resultats qui les ont couronnes, le mot quaran
taine n evoque plus uniquement la pensee d une entrave a la liberte humaine,
mais celle d une lutte scientifique et rationnelle contre les affections transmissibles
lutte pour laquelle l homme choisira son terrain partout ou il y aura chance d at-
100 QUARANTINES.
taquer le mal avec succes, et n attendra point son invasion pour en prevenir, soil
la propagation, soit meme Je developpement originel.
On sail quels progres on ete, depuis trente ans, realises dans les institutions sani-
taires de la France : la base des operations transported du point d arrivee an point
de depart du mal, grace a la creation des medecins sanitaires du Levant, creation
faite en vue de la peste, et qui, depnis 1 extinction dece fleau, conserve touteson
utilite centre le cholera; 1 assainissenient des navires considere comme aussi im
portant que celui des grands foyers miasmatiques; T unite administrative, et Ja
direction medicale substitutes dans nos ports a 1 institution des anciennes inteu-
dances; des mesures rationnelles mises partout a la place de pratiques arbitrages;
les quarantaines considerablement reduites, supprimees meme dans un grand
nombre de cas, et tendant a disparaitre par la transformation successive du service
(Melier) ; les lazarets si completement modifies dans leur installation et dans leur
but qu au lieu d etre considered comme le mode d application d une mesure siin-
plement restrictive, ils se transformeront parfois en simples stations sanitaires
aussi favorablesa ceux qu ils arretent qu aux populations qu ils protegent; telles
sont les bases principals des ameliorations modernes du regime sanitaire qui
cherche aujourd hui a combattre ou a limiter le developpement et la transmission
des maladies epidemiques par des moyens qui s adressent : A, au foyer meme de
leur cndemicitc ; B, aux localitcs susceptibles d en etre atteintes ; C, a 1 hygiene
des bailments susceptiblcs de les transporter ou de les engendrer. D, aux diverses
conditions sociales qui en favorisent aussi 1 explosion ou la propagation.
A. Mesures sanitaires applique es au foyer originel des maladies pestilen-
tielles. La difticulte d arreter ces affections quand elles sont parvenues au milieu
de pays riches, peuplcs, commercants, a inspire la belle pensee d aller au-devant
du mal pour 1 etouffer, s il etait possible, a son foyer originel; n est-ce pas la, du
reste, 1 application de la devise de 1 hygiene : Principiis obsta ? il est naturel
d admettre, a priori, qu aux environs meme de ce foyer, quand la maladie sera
encore circonscrite dans son developpement, les mesures quarantainaires en auront
plus fdtilement raison qu au moment ou les limites de ce foyer auront ete fran-
chies en tous sens; de toutes ces affections on peut dire ce que Fauvel a dit de
1 une d entre elles : Si les inconvenienls des mesures de quarantaine augmentent
avec la diffusion du cholera dans les pays civilises, en meme temps qu ajors leur
efficacite diminue, il s ensuit tout naturellement que plus ces mesures seront
appliquees pres du foyer originel, dans des pays moins peuples que 1 Europe, ou
les relations sont moins actives, et ou existent des obstacles naturels a la marche
du fleau, plus les chances de 1 arreter augmenteront, et moins les mesures restrio
lives, fussent-elles meme tres-severes, seront onereuses.
Gomparativement aux difficulles qui surgissent de toutes parts des 1 envahisse-
ment de regions riches et peuplees, il semble que ce soit peu de chose d arreter le
mal encore limite soit a la caravane qui, de 1 Inde, nous apportera le cholera, soit
au batiment qui, du Mexique, nous apportera la fievre jaune ; nous verrons cepen-
dant, dans Tetude des diverses quarantaines, combien cette determination exacte
de la voie suivie par les diverses maladies pestilentielles est souvent difficile a eta-
blir assez a 1 avance pour y placer a temps les entraves dont on voudrait delivrer
le monde civilise.
Dans les cas meme ou 1 ou n a aucun doute sur la direction suivie par 1 epide-
mie, il peut devenir impossible d entraver sa marche, a cause du grand nombre
d indivulus qui se pressent sue cette voie, nombre s augmentant incessamment de
QUARANTA1NES. 101
celuidesfuyards qui chcrchenta devancer 1 expansion du fleau. Lcs grands mouve-
ments humains sont difficiles a suspendie d une maniere complete; et nous consta-
tonsmeme souvent 1 impuissance, dans des cas analogues, de la police sanilaire la
plus rigoureuse et la plus rationnelle contre les epizootics. En Angleterre, pour em-
pecher la propagation de la peste bovine, on a place, aux ports meme dedebarque-
ment, un marcheet des abattoirs ou sont immediatement mis a morl les animaux
de provenance etrangere ; leurs viandes seules ont la liberte de circulation. De
plus, avant cette importation, les compagnies anglaises mettent en quarantine,
et en observation, dans les parages du Holstein, les bestiaux qu elles achetent a
Riga, sur la Baltique, bestiaux de provenance des steppes, conduits a Riga par les
voies rapides, et pouvant avoir en eux les germes de la peste ; et, malgre ces pre
cautions cependant, la peste bovine est recemment entree au port de debarque-
meut, en Angleterre, a Hull. (Bouley, in Bulletin de I Academic demedecine,
1872, p. 171.)
G est par des mesures d un tout autre genre, et uniquement empruntees a
1 hygiene, que 1 on se propose de remonter plus haut encore et de conibattre cba-
cun de ces fleaux, dans sa source meme, en s adressant a son foyer primitif;
c est la une idee toute francaise, maintes fois exprimee dans ces dernieres annees,
mais que personne peut-ctre n avait formulee avant Papon, dans un passage qui
nous semble devoir 1 absoudre de son admiration pour les vieilles pratiques saui-
taires : Que sait-on meme, si en rassemblant sur ce sujet les lumieres de 1 Eu-
rope et de 1 Asie, on ne viendra pas about d etouifer un jour la peste dansle lieu
meme de son origine? Cette idee a quelque chose de si consolant, que, ne fut-elle
qu une brillante chimere, j aime a m y livrer ; j aime a croire que le Caite et Goa-
stantiiiople deviendront, par la suite des temps, un sejour aussi sain que Londres
et Paris. 11 y avait autrefois en France et en Italic le meme foyer de corruption qui
entretient la peste en Egypte et en Ethiopie : les lumieres 1 ont detruit. Pourquoi
ne penetreraient-elles pas un jour dans ces climats eloignes pour y operer le meme
miracle? (Papon, loc. cit., t. I, p. 9.)
La disparition actuelle de la peste de son berceau, disparition qui a coincide
avec V application, a 1 Egypte, des conditions hygieniques du monde civilise, sem
ble ju stiller les esperances de Papon.
Dans les efforts entrepris pour supprimer le developpement primitif des ma
ladies pestilentielles, on a etc guide surtout par les analogies admises entre la
cause de ces affections, et le miasme tellurique qui est 1 origine des fievres inter-
mittentes ; dans la pratique, cependant , on est bien oblige d admettre que les
foyers de la peste, de la fievre jaune, du cholera, sont loin d etre toujours des
foyers de malaria ; de cette similitude on ne saurait done conclure a une prophy-
laxie identique, que Ton puisse resumer sous forme de regie generale, et nous
indiquerons plus loin, dans une etude speciale , les principals mesures quaran-
tainaires applicables a chacuno d elles en particulier.
B. Mesures sanitairej applicables aux localite s susceptibles d etre atteintes
de maladies e pide miques . Les theories modernes sur 1 influence des conditions
,du sol dans la propagation des epidemics, et specialement la theorie des oscilla
tions des nappes d eau souterraines de Pettenkoffer (Grundwassertheorie), out in-
contestablement exagere la valeur de ces conditions, mais ont rendu les plus
grands services & 1 hygiene publique. II est certain qu en general la pes-te, le
cholera, quelquefois la fievre jaune, semblent avoir une affinite specjale pour les
localites dont le sol est charge d humidite et de detritus organiques, sol qui re-
10-2 QUARANTAINES.
dame les deux principaux benefices du drainage, 1 assechement et 1 aeration. La
modification de ces conditions locales, au lieu d avoir une influence prophylactique
limitee a une seule affection, comme la plupart des agents therapeutiqnes, pri-
sente done le grand avantage d etre, au meme titre, avantageux contre le devc-
loppement de touteune serie de germes pathologiques. On ponrra done recueillir,
contre la propagation d une maladie epidemique, les avantages de moyens hygie-
niques employes a litre prophylactique contre une autre affection. Dans sa circu-
laire n 1 (Washington, juin 1868), le chirurgien general de 1 armee des Etats-
Unis attribue 1 immunite relative de la garnison de la Nouvelle-Orleans contre le
cholera aux precautions hygieniques prises en vue d nne invasion de fievre jaune.
Les mesures d hygiene, quelle qu en soit la nature, out, en outre, comme 1 a dit
Monlau (Fauvel, p. 326), 1 avantage de produire des resultats efficaces et perma-
nents, ce qu on ne peut dire toujours des moyens quarantainaires et curatifs.
L hygiene ne perd jamais aucune de sesconquetes ; 1 assainissement et 1 immunite
qui en resultent survivront aux relations Internationales des gouvernement et des
pcuples qui, dans tant de circonstances provoquees soit par les necessites de la
guerre, soit par de simples interets commerciaux, peuvent etre amenes a oublier
on a denoncer leur solidarity quarantninaire.
Les frais necessites par des mesnres preventives de ce genre sont des frais essen-
tiellement reproductifs, et Ton sait tout ce que rapporte de richesse a 1 agiiculture
1 assainissement des egouts de Londres. Dans les circonstances enfin on, comme
aujourd hui (1873), 1 Europe est couverte d un si grand nombre de foyers epide-
miqnes dont aucnne mesure quarantainaire ne saurait entraver toutes les irra
diations, n est-il pas evident que c est surtout a 1 assainissement des localites qu il
faut demander les chances principales de lenr preservation ?
C est surtout dans les ports de mer qu il y a lieu de combattre la receptivite
morbide entraine e par les causes d insalubrite locale ; la plupart de ces ports, sur
tout dans les climats chands et dans la zone avoisinante des pays temperes, sont a
la fois infectes et par les produits excrementitiels des equipages d une masse consi
derable de navires, et par les egouts et les latrines de la ville elle-meme; Bourel-
Ronciere nous apprend (Arch, de me d. nav., 1872, t. XVIII) combien, malgre
les tentatives les plus energiques et les mieux dirigees, il est difficile d obtenir
1 assainissement d une ville aujourd hui gravement atteinte par la fievre jaune,
Rio-Janeiro ; cette infection est plus marquee encore dans les localites riveraines
des mers interieures, comme la Mediterranee, ou n existe pas un mouvementde
reflux suffisant pour entrainer au large toutes les immondices ; il en resulte une
insalubrite redoutable, dans toutes ces localites, pour les quartiers maritimes,
voisins du port, ou vit habituellement entassee une population pauvre, composee
d ouvriers, de calfats, de portefaix, de bateliers, population qui sera la premiere
au contact de toutes les provenances suspectes, etsubira, avant toute autre, les
emanations du dechargement des marchandises et 1 influence des foyers morbides
renfermes dans les flancs de tant de navires, et subitement mis a jour au moment
du debarquement.
Les conditions deplorables de malproprete de certains ports, ont servi d argu
ments a ceux qui ont nie la transmission des maladies pestilentielles et affirme
leur spontandite sans importation exotique; telles sont aujourd hui encore les
conditions de la Nonvelle-Orleans ou 1 application de tout systeme quarantainaire
est entravee, parce que 1 insalubrite de la ville semble a beaucoup de personnes
la cause unique des epidemics de fievre jaune.
QTTARANTAINES. 105
Mais 1 application de ces mesures d assainissement nous parait peut-etre plus
necessaire encore dans les villes maritimes situees, d une maniere completement
certaine, en dehors de la zone des foyers originels de ces affections; dans ces villes,
en effet, se trouvent des masses d habitants qui n ont pas le privilege de 1 assue-
tude dont jouissent, jusqu a un certain point, les indigenes des pays qui sont les
berceaux de ces maladies, de la fievre jaune en parliculier ; quand le fleau est
transporte au milieu de ces populations neuves, pour ainsi dire, il y trouve des
conditions toutes particulieres de diffusion et de gravite ; autant les epidemics de
vomito seront en general restreintes et parfois benignes sur les cotes memes du
Mexique, autant elles seront terribles, comme on n en a eu que trop d exemples
en ce siecle, dans les grands ports de la pe ninsule iberique ou meme de 1 Italie.
L assainissement du sol des villes et 1 assainissement de leurs eaux de consom-
mation, 1 isolement parfait des egouts et de toutes les sources de putrefaction or-
ganique seront les points de depart principaux de cette prophylaxie anli-epiilemi-
que; c est a 1 application de ces mesures que Ton attribue la preservation relative
d un grand nombre de localites, en Angleterre, durant la derniere epidemic ; c est
aux modifications du sol oblenues furtout par le drainage et conformement aux
conclusions de la doctrine de Pettenkoffer, que Ton attribue le pen d inlensite du
cholera de 1871 dans la population de Dantzig, qui depuis 1831 avail eu a suliir
des atteintes si terribles de cette meme affection.
De semblables resultats sont les preuves certaines de cette influence si conside
rable des considerations de localite* sur le developpement des affections d origine
miasmatique. Malgre notre foi aux avantages des mesures quarantainaires d ordre
restrictif, nous reconnaissons a chaque pas que 1 homme, a lui seul, ne reproduit
pas les germes de ces maladies comme il reproduit les germes des maladies conta-
gieuses proprement dites ; on peut entraver dans certaines limites cette puissance
de production parune modification du milieu ; on n arrivera pas sans doute a con-
ferer aux populations centre les epidemics, une immunite" comparable a celle que
donne la vaccine centre la variole; maisen imprimant une impulsion energique a
ces grandes et belles mesures d hygiene publique, on pourra diminuer d autant la
rigueur des mesures restrictives et donner ainsi double satisfaction a la fortune
publique eta la dignite humaine. Quels sont les pays dans lesquels on applique le
plus rigoureusement les mesures quarantainaires les moins rationnelles ? Ce sont
ceux ou Ton neglige toutes les regies de la prophylaxie hygienique locale ; nous en
trouverions des preuves nombreuses sur le littoral mediterranean.
Les mesures sanitaires conseillees, a cet egard, par le Gonseil general de sante
d Angleterre, sont la destruction de tous les foyers d infection dans les villes et
dans les campagnes, 1 amelioration des habitations au point de vue de 1 hygiene,
des reglements rigoureux et severement executes pour prevenir l encombrement
et assurer les soins de proprete, la bonne qualite des vivres et de 1 eau a bord des
navires ; enfin si, malgre ces precautions, une epidemic pestilentielle vient a se
manifester, 1 abandon des localites malsaines et le campement des habitants dans
des lieux ou ils se trouvent soustraits a Tinfluence des causes d insalubrite qui ont
favorise le developpement de 1 epidemie (Tardieu, Diet, d hyg.publ., t. IV, p. 53)
On comprend combien il est necessaire, pour 1 application de semblables me
sures, d obtenir des habitants eux-memes le devouement et les sacrifices indis-
pensables pour feconder 1 initiative des gouvernements. Michel Levy a rappele a
1 autorite les devoirs qu elle avait a remplir a 1 approche des epidemies : elle veil-
lera avec plus de rigueur a 1 execution des reglements de grande et de petite
104 QUARANTINES.
voirie, elle fera visitor les maisons insalubres, pour les ameliorer d oftice ou pom
farmer celles qui ne peuvent etre assainies ; elle fera enlever les amas d iminon-
dices, nettoyer les egouts, ecouler les eaux croupies, laver journellement les ruis-
seaux, cesser 1 encombrement des ouvriers dans les garnis, et to Ues les agglo
merations insolites, car elles netardentpas a se convertir en foyers epidemiques;
elle favorisera J ernigration des divers elements de la population flottante, si elle
est devenue trop considerable ; elle previendra 1 encombrement des casernes, des
hopitaux, des prisons, etc.
Parmi les etablissements designes d avance pour de telles ameliorations, figu-
rent au premier rang les lazarets. Une erreur autrefois commune etait de consi-
derer comme suffisant aux malades atteints d affections transmissibles, tout local
facile a isolcr, quelle qu en fut la destination primitive ; c est ainsi qu en temps de
guerre comme en temps d epidemie on entassait, dans n importe quels bailments,
les typbiques et les pestiferes ; les intervalles des grandes calamites humaines,
guerres ou epidemies, sont bien faits pour donner a l homme le temps de mettre
a profit les enseignements de la science et de 1 experience, et de preparer, en vue
du retour de semblables fleaux, 1 installation de milieux salubres ou les malades et
les suspects ne soient pas seulement isoles, mais places dans les conditions les
plus avanlageuses au traitement et a la prophylaxie des affections dont ils sont
atteints ou menaces.
Nous avons dit, en traitant des miasmes, combien les maladies qui en resultent
sont snsceptibles d aggravation et surtout de propagation par la persistance de
la cause qui les a produites, ou tout au moins des conditions au milieu desquelles
elles surgissent le plus souvent : la dissemination est indispensable aux pestiferes
et aux typhiques pour eux et pour ceux qui les entourent; la transmissibilite du
chole ra est egalement de beaucoup moindre dans les milieux moins peuples; enfin
on sail que la fievre jaune ne se developpe guere que dans des centres d une cer-
taine importance comme chiffre des habitants. Voila done, pour chacune des affec
tions soumises au regime quarantainaire, des raisons suffisantes pour releguer
loin des villes 1 installation des lazarets; on soustraira ainsi a leur dangereuse in
fluence toule cette population maritime si predisposee aux contages par sa misere
et ses relations; combien vovons-nous de villes encore, en Italie, par exemple,
ou les lazarets sont voisins des prisons et des bagnes, dont parfois les habitants out
e"te employes aux has emplois du service de la quarantaine, d ou ces epidemics si
frequemment transmises aux populations environnantes !
L installation des lazarets a une certaine distance des grandes villes maritimes a
de plus I avantage de soustraire entierement 1 application des regies sanitaires aux
influences des prejuges populaires et a la pression des interets commerciaux.
Choisir un emplacement insulaire ou peninsulaire plus ou moins eloigne du port
d arrivee, c est rendre aussi complet que possible 1 isolement des provenances sus-
pectes ; c est supprimer en grande partie la redoutable influence, sur les quaran-
tainaires, de ces foyers de decomposition organique si abondants autour des villes
maritimes, et a leur interieur, et remplacer une atmosphere et un sol dangereux
par le milieu, de tous le plus salubre, le milieu maritime. II faut, autant que pos
sible, pour assurer le benefice de cette situation, choisir des iles depourvues de
population, granitiques, a surface impermeable, et n offrant ancunedes conditions
de structure necessaires pour s impregner des produits excrementitiels et devenir
a la longue de vrais foyers infectieux.
Depuis J850, et grace surtout aux efforts perseverants de Melier, le lazaret de
QUARANTAINES. 105
Marseille est completement installe dang les iles situees au sud de la ville, et se
compose de pavilions isoles, largement espaces, tous confortables ; au lieu des an-
ciennes murailles et des fosses de circonvallation, des grilles et des verrous, ce
lazaret n a d autres Hniites que les limites memes des iles toujours balayees par
les vents de la cote ou les brises maritimes. Des conditions hygieniques tout aussi
bonnes se retrouvent dans le lazaret de Toulon, a I extremite de la grande rade ;
dans celui de Bordeaux, a Pauillac ; dans celui de Brest, dans Pile de Treberon ;
dans celui de Cherbourg, a Tatihou. Dans la plupart des grandes villes maritimes
etrangeres, on a egalement utilise, pour le meme but, la presence de quelques iles
a proximite du port, et, imitant 1 exemple de Venise, Naples a place le sien dans
1 ile de Nisida.
Dans les pays peu habites et jouissant d une temperature plus douce que cello
de nos climats, on a le double avantnge de pouvoir, au gre des epidemics, installer
d urgence des constructions legeres, des baraques ou meme simplement des tentes,
et de trouver toujours facilement des emplacements suffisamment eloignes des
centres de population. En 1865, la Grece a rec,u dans ses lazarets plus de 10,000
passagers venant des pays infectes ou suspects de cholera; elle est restee saine et
sauve malgre 1 apparition, parmi ces passagers, de plus de 150 cas de cholera,
dont 100 furent mortels. Les lazarets etaient installes, a mesure des besoins, dans
les petites iles desertes situees a 4 ou 5 milles au moins des ports et villes mari
times (Revelaky, Gaz, hebd., 1865, p. 749). On sait les mesures que Baudcns
avail prises en \ 856 pour ecbelonner les typhiques de notre armee d Orient sur
un certain nombre d iles desertes placees sur le trajet de Constantinople a Mar
seille. Ces lazarets temporaries ont 1 avantage de disparaitre avec 1 epidemie qui
les a crees, et de ne pas constituer, comme les lazarets fixes, des centres d accu-
mulation de germes morbides.
Dans les lazarets des pays moins chauds, nous regarderions comme utile I an-
nexion de locaux suftisants pour qu il soit toujours possible de faire descendre a
terre les passagers des batiments mis en simple quarantaine d observation. G est
faire une experience sur l homme que maintenir a bord, dans un foyer presume
daugereux, des passagers dont 1 atteinte nous signalera la realite de ce que nous
redoutons. Une telle sequestration sur un navire suspect sera redoutable, surtout
en cas de peste, de typhus, plus encore en cas de fievre jaune. Elle est bien moins
dangereuse en cas de simple suspicion de cholera ; mais elle doit etre interdite s il
y a des cas a bord ; dans les rapports du Conseil general de saute de Londres centre
les quararitaines, on invoque, comme principal argument, les mauvais resultats
obtenus par 1 application de ces mesures au port de Hull, sur 1 Humber, ou debar-
quent presque toutes les provenances de la mer du Nord et de la Baltique; or, a
Hull, les quarantaines ne se sont jamais faites qu a bord; en 1866, encore, on im-
posait aux passagers trois jours de residence sur les navires venant d Allemagne et
ayant eu des cas de cholera pendant la traversee, avant d autoriser leur debar-
quement ; on comprend facilement qu un pareil systeme ne pent offrir que des
inconvenients, quand le mal regne a bord; mieux vaut cent fois avoir des lazarets,
meme delectueux, que d imposer aux passagers la prolongation de leur sejour dans
un milieu d infection.
On peut, dans le cas d urgence, et a defaut de local convenable, utiliser, comme
on 1 a fait quelquefois en Angleterre, dans la rade de Spithead, centre la fievre
jaune, comme on 1 a iait aussi a New-York centre le cholera, des ponlons et des
navires hors de service qu on amenage aussi bien que possible; ces lazarets flat-
100 QUARANTAINES.
tanfft ne doivent servir qu a sequestrer, au premier moment, les provenances des
arrivages suspects et trop considerables, car ils ne reunissent nullement les con
ditions necessaires de salubrite iulerieure pour constituer de veritables lazarets.
Dans 1 epidemie de Saint-Nazaire (1861), on avait amenage immediatement une
fregate en lazaret flottant.
La pensee de 1 installation de lazarets inter nationaux, repond aux tentatives en-
treprises dans les temps modernes pour arreter le mal aussi pres que possible de
son lieu d origine et avant sa diffusion dans le monde civilise. Situes dans un
endroit convenable, sur une voie maritime tres-frequentee, ou a 1 entree d une
mer, tous les navires provenant d un lieu infecte seraient obliges d aller y faire
quarantine (Fauvel, Le cholera, p. 452). De semblables institutions sont-elles
pratiquement realisables? Si tous les bailments suspects de fievre jaune partaient
exclusivement d un meme point et suivaient des directions analogues, peut-etre
pourrait-on leur imposer 1 application de mesures sanilaires dans une ile de
1 Atlantique ; si tous les bailments susceptibles de nous ameuer le cholera pro-
venaient, comme jadis les navires pestiferes, exclusivement de TEgypte ou des
Eclu lles du Levant, peut-etre pourrait-on installer dans une ile de 1 archipel
ionien, un lazaret international pour proteger 1 Europe occidenlale et merne le
nouvean monde. Malheureusement la marche des epidemics n offre pas cette unite
de direction necessaire pour I etablissement de pareilles entraves ; une semblable
institution n cntrainerail-elle point, comme 1 a redoute la conference sanitaire
internalionale de Constantinople, la formation de vastes foyers d infection, et de
nombreuscs difficultes d application soit par 1 obligation imposee aux navires du
commerce de se detourner de leur destination, soit par les dilferences d apprecia-
tion qui diviseraient a chaque instant les representants delegues par les gouver-
nemeiits interesses pour constituer le personnel administratif de ces lazarets ?
II existe cependant, dans la mer Baitique, un lazaret qui apparlient a la Suede
et ou sont admis a faire quarantaine les navires des etats riverains de la Baitique;
c est 1 etablissement de Kanzoe, ilot situe dans le Cattegat, sur la cote occidentale
de Suede; cet etablissement donne des resul tats satisfaisants (Fauvel, Le cholera,
p. 453) ; mais il faut observer qu il se trouve sur une voie maritime tres-etroite,
presque obligatoire pour la navigation de ces differents Etats ; de plus, il ne peut
s elever aucun conflit de pouvoir ni d attribution, la Suede seule administrant ce
la/aret et se dedommageant par un droit convenu qu elle preleve sur les navires
russes, allemands et danois.
Ea resume, tout etablissement quarantainaire, s il est permanent, doit etre
suffisamment isole, situe dans un milieu salubre, pourvu abondamment d eau de
bonne qualite ; il doit etre compose de plusieurs categories de pavilions isoles,
largement espaces, munis de toutes les dependances necessaires a 1 installation
confortable des passagers, surtout a leur proprete corporelle, et posseder speciale-
ment un systeme de latrines (fosses mobiles) qui permettent la souslraction imme
diate des produits excrementitiels les plus dangereux.
La valeur des mesures sanitaires aux ports d arrivee des provenances suspectes
sera garantie enfin, dans les cas ordinaires comme dans les cas urgents, par la
competence des medecins auxquels doit etre confiee la direction de la sante, et par
celle des membres des conseils sanitaires. A cote des administrateurs et des sa
vants, auxquels pourront etre devolues la mission de 1 assainissement soit de la
localite, soit des arrivages, et la surveillance des mesures quara ntainaires pres-
crites, s elevera pour avertir du danger et pour indiquer 1 application de ces me-
QUARANTINES.
sures, I autorite des hommes familiarises avec les symptomes des maladies trans-
missibles de provenance exotique; Fodere aurait voulu un systeme d education
medicale pour ceux qui devaient etre appeles a ces fonctions si dilficiles et si
importantes. Aujourd hui, en France, le service sanitaire estconfie a des medecins
que des residences anterieures et de longs voyages out places frequemnient au
contact des fleaux qu ils ont a reconnaitre et a combattre sur notre littoral. La
base rationnelle de toute mesure prophylactique, quarantainaire ou aulre, c est, en
effet, absolument comme pour la therapeutique, la connaissance du mal a pn -
venir. Quand on se rappelle les erreurs commises, dans nos ports de la Mediter-
ranee, par tant d hommes qui ont considere, comme maladies pestilentielles ct
transmissibles, les fievres pernicieuses cachees sous le masque du cholera ou dc la
fievre jaune, on comprend combien est indispensable, pour ceux qui sont les di>
positaires de la sante publique, 1 habitude de ces diverses formes morbides. Aussi
de qui obtiendrons-nous les meilleures indications et les reform es les plus utiles
dans le systeme sanitaire ? Des epidemiologistes. G est a 1 etude speciale qu ils ont
faile des maladies de provenance exotique que nous devons les resultats heureux
des mesures proposees et appliquees, a 1 epoque actuelle, ])ar Melior, Fauvel,
Baudens, Michel Levy, par grand nonibre de nos confreres de Tamiir dc lerre et
de la marine. L autorite de ces confreres est consacree non-seulement par leur
connaissance speciale des affections a prevenir, mais encore par 1 obligation ou ils
ont ete maintes fois d assister aux peregrinations des armees, ces foyers de diffu
sion et de propagation des epidemics. Chez nos voisins, egalement, quelle que soit
la base de leur systeme sanitaire, n est-ce pas encore a 1 etude des maladies epiili -
miques, bien plus qu au culte traditionnel de reglements surannes, que nous
devons les lumieres qu ont jetees sur la question des quarantaines les travaux de
Parkes, W. Budd, Simon, Babington, en Angleterre ; Hirsch, Pettenkoffer, en
Allemagne; quant aux Etats-Unis, les circulaires du chirurgien general de 1 armee
constituent la meilleure preuve du rapport qui a toujours existe, en ce pays, entre
la connaissance des manifestations epidemiques et les conclusions sanitaires qui en
decoulent.
Grace a 1 intervention du comite consultatif d hygiene publique, charge specia-
lement en France de 1 examen de toutes les questions qui concernent les quaran
taines, les mesures adoptees soit par les directeurs de la sante des ports, soit par
1 inspecteur general des services sanitaires, sont toujours soumises au controle
d une assemblee scientifique dont la competence s impose avec une egale autorite
aux populations et au gouvernement. II serait en effet dangereux, dans des ques
tions aussi graves, de s en remettre absolument au jugement d un seul homme
qui, dans les meilleures intentions, mais sous I influence d une doctrine exclusive
ou d une appreciation incomplete, pourrait prescrire ou supprimer a tort 1 appli-
cation de mesures dont depend la sante de tout un peuple. Le controle scienti
fique de toute decision relative aux quarantaines est non-seulement tres-important
dans les circonstances speciales qui motivent cette decision, mais, en outre, il
ecarte de nos codes sanitaires toute prescription hative, quelquefois mal fondee,
dont plus tard des administrateurs incompetents pourraient s emparer pour revo-
quer en doute la valeur reelle des mesures fondees sur la science et 1 observation
medicale.
Nous considerons done la France comme un des Etats dont le regime quaran
tainaire est le plus sagement garanti par le savoir et les connaissances speciales
des hommes qui en assurent 1 ex^cution a divers degres. Nous pensons meme que
108 QIURANTAINES.
les ameliorations rSallsees, grace a ce personnel, dans toutes les branches de nos
services sanitaires, doivent servir d exemple aux autres institutions ou il s agit a
la fois et des interets des malades et de la securite de la societe, et faire attiibuer
aux medecins une plus large part dans la direction des etablissements de 1 assis-
tance publique.
C. Mesures applicalles aux bailments susceptibles d engendrer ou de trans
porter les maladies pestilentielles. La menace, faite par le reglement de 1855,
de soumettre au regime de la patente brute tout bailment arrivant dans un etat
manifesto d insalubrite, prouve 1 importance accordee par notre regime sanitaire
aux conditions hygieniques des transports maritimes. On salt combien cette impor
tance devait augmenter encore par les etudes modernes sur 1 importation de la
fievre jaune.
L assainissement des navires est d autant plus indispensable, que ces navires
pcuvent non-seulement constituer des I oyers de transmission epidemique, mais
encore devenir eux-memes le point de depart de miasmes susceptibles d engendrer
de toutes pieces des maladies Infectieuses. Ges maladies, nees a bord, sont celles
que nous retrouvons dans toutes les circonstances ou il y a infection de 1 homme
par 1 liomme et par les produits de decomposition organique qni s accumulent
autour de lui ; ce sont les typhus, la dysenteric, les erysipeles malins, la pourri-
ture d hopital, affections taut de fois nees en mer puls importees dans Jes ports,
et dont, pendant les guerres de la republique et du premier empire, la flotte
anglaise rapporta si souvent les germes dans les villes maritimes de la Grande-
Bretagne et dans les hopitaux de Londres.
D apresles rechercbes de nos collegues dela marine, specialement de Dutroulau,
Fonssagrives, Le Roy de Mericourt, on sail combien sont redoutables les foyers
d alr confine de la cale, rendus plus dangereux encore par les exhalaisons du char-
gement et la presence d une quantite parfois considerable d eau corrompue,
agltee a chaque instant par les mouvements du navire el degageant ainsi d une
maniere incessante des gaz deleteres et des emanations putrides. Ges conditions
sont plus insalubres que le sejour dans les demeures les plus miserables de nos
grandes villes, car les passagers et les bommes d equipage en subissent nuit et
jour 1 influence, et, meme pendant leur sommeil, ne sont isoles qu incomplete-
ment du foyer d infection qui les accompagne ; 1 insalubrite s aggrave pour le
marin au moment ou il est place plus encore au voisinage de ce toyer pendant les
operations de dechargement et de desarrimage ; c est alors qu eclatent si frequem-
ment ces epidemics qui indiquent 1 intoxication miasmatique dans ses formes et ses
varietes les plus nombreuses et dont nous avons ailleurs expose les manifestations.
Quant aux trois affections pestilentielles qui sont plus specialement 1 objet des
mesures quarantainaires, la peste, le cholera, la fievre jaune, il semble, d apres
1 art. 44 du reglement de 1853, qu il y ait exclusivement danger de transmission
quand 1 insalubrite du navire se revele par 1 accumulatlon, dans la cale ou les divers
compartiments, d une quantite plus ou moins considerable de matieres en putre
faction, qui constituent pourl o3il et Todorat ce que Ton appelle vulgairement des
foyers d infection. II est done necessaire de rappeler ici que ce dernier terme est
habituellement employe en medecine sous deux acx;eptions fort distinctes, signi-
fiant dans 1 une les qualites nocives d un milieu souille de matieres putrides,
signifiant dans 1 autre la puissance morbifique d un milieu dont 1 apparence ne
trahit pas toujoui-s les dangers et qui renferme les germes d une affection trans
missible.
QUARANTAIiNES.
Or, il est incontestable que les conditions d encombrement et d insalubritd ilu
navire pourront lui donner plus de receptivite pour les germes soil du cholera,
comme on 1 a vu en Crimee, soit de la fievrc jaune, comme 1 a prouve notre expe-
dition du Mexique ; mais de ces laits il ne faut point conclure que ces conditions
soient indispensables pour assurer 1 importation de ces maladies a bord des
na vires.
On a constate maintes fois que les butiments qui ont importe la fievre jaune
n offraient, ni dans la nature de leur chargement, ni dans 1 etat de leur cale, des
conditions speciales, apparentesau moins, d insalubrite. II en est de meme pour It-
cholera ; d apves les statistiques de Bryden et de Cunningham, la mortalite causee
par le cholera est plus considerable a bord de 1 escadre auglaise des Indes orien-
talesetde la Chine (2, 8 deces sur 1,000 homines d equipage, de 1830 a 1861)
que parmi les emigrants generalement entasses sur les transports qui du Bcngale
se dirigent, soit vers 1 ilede la Reunion, soit vers les Indes occidentales (nioins de
2 deces sur 1,000 emigrants, de 1850 a 1861, periode durant laquelle il y eut
178,000 transportes). Parfois meme le cholera se developpe a bord des navires
auxquels on croit avoir soustrait, p;ir les pratiques les mieux entendues de la pro-
pbylaxie speciale, les causes principales de la reproduction des germes morbides ;
Lawson rapporte 1 histoire d un batiment de la marine anglaise, le Windsor
Castle, qui, en 1866, partde Londres avec un detachement de troupes en destina
tion des Indes orientates ; on redoutait naturellement, vu les conditions epidemi-
ques du moment, toute cause d insalubrite; les precautions les plus absolues dc
disinfection et de proprete furent appliquees a bord; les latrines etatent lav< r>
toutes les deux heures ; la maladie eclata cependant parmi les passagers, et nc
cessa qu a 1 arrivee au cap de Bonne-Esperance.
La premiere condition pour le developpement de maladies pestilentielles d ori-
gine endemique, pendant les traversees, c est que la navire ait ete au contact du
foyer ou regnent ces affections. Comment s etablit ce contact pour etre dangereux ?
suffit-il au batiment de s impregner du miasme atmospherique emanant du littoral
ufecte, et le mal penetre-t-il a bord avant les passagers ou les provenances conta-
minees? Je regarde ce mode de contamination comme fort rare; malgre I opimon
d hommes bien autorises, j hesite a croire que les navires prennent frequemment,
soit la fievre jaune, soit le cholera, sans qu il y ait eu communication entre eux et
Jelieu infecte. Pour 1 une et 1 autre de ces affections, pour la premiere surtout, on a
attribue aux courants atmospheriques lerole predominant comme agents de trans
mission des germes morbides, et Melier rapporte a cet intermediate le plus grand
nombredes cas secondaires qui se tont developpes a Saint-Nazaire en 1861 ; des fails
analogues auraient ete observes en Anierique : Strobel aflirme que, dans le port de
Charleston, en 1839, trois transports furent attaints se trouvant a une distance d un
quart a un demi-mille d un vaisseau infeote ; d apres le rapport officiel sur 1 epi-
demie de Norfolk en 1855, cette ville aurait ete atteinte en 1855 par le vent souf-
flautdu faubourg de Gosport ou regnait la maladie; enfin, a Tampico, en 1863,
Jaspard attribue egalement le developpement de 1 epidemie a la direction du vent
passant sur des casernes atteiritesdu vomito. Nous pensons que plusieurs de ces fails
meritent d etre controles; quand nonsvoyonsdes batiments infectes mouiller parfois
pendant plusieurs mois au voisinage des villes mari times des Etats-Unis, dans des
emplacements voisins et des ports et des quartiers les plus peuples de ces villes,
sans qu il y ait transmission de la maladie, nous hesitons a admettre la facilite du
transport du miasme atmospherique de la fievre jaune; nous croyons qua dans
110 QUARANTAINES.
bien des cas il n a point ete suffisamment etabli qu il n y avait eu aucnne commu
nication entre 1 equipage et le littoral, et que des observations plus completes
permettront de revoqiier en doute, commc pour le cholera, 1 etendue si conside
rable qu on a voulu attribuer a la dilTusion de ces germes morbides. Quoi qu il en
soit, il est important de savoir que les batiments peuvent se mettre a 1 abri de
rinl ection du liltoral dans ces deux cas, en choisissant un mouillage salubre a
distance suffisante des rades atteintes par 1 epidemie et sans communication avec
la terre. Nos confreres de la marine out etabli la valeur de ce precepte pour la
lievre jaune, et c est a son application ou a sa negligence qu il faut attribuer, dans
le plus grand nombre des cas, les ravages produits par la maladie a bord de certains
vaisseaux, tandis que, dans la meme division navale, d autres batiments sont en-
tierement exempts. Quaut au cholera, dans la zone meme de son endemicite, les
navires en soufl rent aussi d autant moins qu ils sont moins au voisinage des terres ;
il est rare que, durant la saison epidemique, cette affection ne se manifesto pas a
bord des batiments qui se trouvent, soit dans les eaux de 1 Hoogly, soit dans les
eaux du Gange (Macpherson, Cholera in its home, Londres, 1866); le mal di-
minuesi ces batiments descendent le corn s des fleuves, et surtout s ils vont mouiller
au large.
Un autre fait essentiel a connaitre, c est que dans le bailment infecte lui-meme,
soit par le cholera, soit par la fievre jaune, le mal se localise frequemment dans
tel ou tel compartiment, sans en depasser les limites ; Lawson rapporte plusieurs
observations de transports a vapeur quittantles Indes orientales en pleine epidemic
de cholera, charges a la fois de troupes et de passagers, et a bord desquels la mala
die se limita exclusivement, soit aux soldats, soit aux civils, soit aux hommes d e-
quipage ; dans 1 epidemie du Windsor-Castle, il n y cut d atteints que les homines
d une compagnie installee separement dans une batterie.
II en est de meme pour la fievre jaune : dans nombre d epidemies eclatant en
mer, les gens de 1 equipage ont seuls ete atteints ; plus rarement un groupe de
passagers a ete exclusivement frappe ; tel i ut le cas du navire la Plata, arrive en
iKivembre 1852 a Southampton, et qui avait pris la lievre jaune a Saint-Thomas ;
durant toute la traversee, la maladie tut confinee dans un compartiment special
ou il y eut 14 malades dont 7 succohiberent.
Ces fails sont importants a connaitre en matiere sanitaire, non-seuleraent
parce qu ils prouvent une fois de plus que les maladies d origine miasmatique
ollient toujours, dans leur propagation, une dependence marquee des conditions
d influence locale souvent dilliciles a determiner, dependance que nous trouvons
bien moindre dans les maladies virulentes proprement dites que riiomme trans-
mettra presque indifleremment en tous sens, mais surtout parce qu ils prouvent
aussi que 1 assainissement des navires ne doit pas se bonier a la cale, et que les
lieux les plus dangereux ne sont point toujours les plus malsains en apparence. L in-
salubrite des navires, qu elle soit d origine spontanee ou qu elle releve d un foyer
d endemicite morbide dont ce navire a subi 1 influence, peut persister plus ou
moins longtemps. II a ete difficile de faire disparaitre, de certains batiments de la
flotte anglaise, les germes d erysipele qui s etaienl dereloppes a bord ; on commit
la tenacite des germes du typhus, prouvee, pendant 1 expedition de Crimee, par
un vaisseau transport de notre marine, le Duperre, qui, malgre les nettoyages,
1 aeration, les mesures de disinfection qu on lui fit subir, n en demeura pas moins
une cause persistante d infection pour tous les hommes d equipage et les passagers
qui se succedereut pendant plusieurs mois a son bord. On sail combien est plus
QUARANTAhNES. Ml
tonace encore le foyer de la fievre Jamie; quant an cliolem, c est pcut-ehv l ;iH(r-
tion dans laquelle on a le moins constate cette persistance du foyer morbigene a
bord des bailments; en general le danger cesse avec le dechargement.
Des questions afferentes a 1 hygiene navale, nous n avons a trailer ici que celles
qui se rapportenl aux quarantines. La preu\e de la puissance de 1 homme a mo
difier rinsalubrite du milieu nautique, c esl le resultat obtenu en Angleterre, a
bord de cerlains transports d emigrants, en stipulant avcc les capitaines de navires
que les prix de passage ne seraient payes que pour les individus debarques vivants ;
il en resulta d heureuses reformes a bord, et une diminution de mortalile des
passagers. Quant aux pratiques suivies dans les ports de debarquement, nousvoyons
encore en ce siecle appliquer aux navires infectes les mesures les plus rigoureuses.
A Marseille, en 1821, on brulait un bailment qui avail eu a bord la fievre jaune;
on agissait de meme, en 1823, au porl du Passage (cole nord de 1 Espague), ou
1 on incendiail en pleine mer le Donastierra, navire qui avail importe cette affec
tion. Ailleurs, comme a Barcelone, on coulaitlesbatiments a fond. Si Ton a renonce
a des pratiques aussi rigoureuses , 1 incerlitude et I inefficacite frequente des
moyens chimiques de disinfection ont fail cependant songer a 1 emploi do me
sures suffisamment radicales pour obtenir I aneaulissemenl complet du foyer nmr-
bide. A Saint-Nazaire, Melier eul recours au sabordeinent de I Anne-Marie, dojit
le dechargement avail cause 1 epidemie de fievre jaune ; cette inesure consist^ a
echouer le navire sur un bas-fond, et a le percer d puvertures latorales suflisanlo
pour permettre a 1 eau de la mer d entrer dans son interieur el de le laver ; le
flux 1 emplil, le reflux le vide, et il se Irouve ainsi, deux Ibis par jour, soumis au
va-et-vienl de la mer. L absence de maree rendrait cette operation difficile dm.
les mers interieures, comme dans les ports de la Mediterranee, ahisi qu a une
cerlaine distance au-dessus de 1 embouchure des grands fleuves, comme a la
Nouvelle-Orleans. Mais celte operation, propre peut-etre, comme elle le ful a Saint-
Nazaire, a rassurer les populations par sa rigueur appareute, doit etre a tousegards
bannie du nombre des pratiques sanitaires. Pouvant supprimerun danger actuel,
cette mesure serait, non-seulement, ruineuse pour le commerce en diminuant la
valeur des navires, mais encore elle irail entieremenl contre le but que se propose
1 hygiene, en rendant ces navires plus accessibles a de nouvelles causes d infec-
tion; on sail combien est redoulable 1 action de 1 eau de mer sur la charpente des
bailments; son Jnfillration dans leurs parois, comme 1 a dit Fonssagrives, a fait
plus de victimes dans noire flotle que les orages el los tempetes. Rien n est
plus propre a perpetuer 1 humidite et a favoriser le mephitisme que 1 eau salee qui
impregne indefiniment le bois d un navire saborde; les miasmes demeurent adhe
rents au bois de son vaigrage, et ce serait une illusion de croire qu on les adelrnits
(Le Roy de Mericourt). La submersion ne detruit poinl les germes morbides, elle
les dissimule ou les recouvre momenlanemenl ; el, a ce tilre, le sabordemenl n esl
pas une methode plus radicale que I inondation de la cale employee au siecle der
nier par des marins qui conseillaienl de noyer sous 1 eau de mer les parlies basses
du navire, afin de diminuer rinlensite des emanations putrides comme on diminue
1 intensite des effluves paltislres en inondant les marais. Eafiii la cale n est pas>
dans un navire infecte d une maladie pestilentielle, le seul foyer dangereux. G est
a nos collegues de la flotle qu il appartenait de substituer des moyens plus efiicaces
et moins onereux a ces methodes primitives et si dispendieuses : Si les germes
infectieux resistent a la submersion, ils ne resislenl pas a 1 aclion du feu, le grand
purificateur par excellence. Le precede de carbonisation superficielle du bois par
11-2 (JUAUANTA1NES.
le gaz inflammable force de M. de Lapparent offre un moyen rapide, sur et, peu
coiiteux, d assainir a fond la coque la plus infectee. Avaut de 1 employer, il faut
decharger le batiment en entier et le nettoyer. Cette operation preliminaire, jus-
qu a present si dangereuse pour les hommes qui en sont charges, est desormais
inoffensive si on a soin deles munir, pendant toute la duree du travail, de 1 ap-
pareil respiratoire Rouquayrol ou de 1 appareil Galibert. En combinant ces appli-
calions recentes de la science, les navires sortent des mains du service sanitaire,
apres ce traitement, aussi sains et plus sains meme dans le present et dansl avenir
que lorsqu ils ont etc lances (Le Roy de Mericourt).
Cette methode d assainissement preventif est meme actuellement employee dans
la construction d nn grand nombre de batiments de guerre ; on dirige sur les sur
faces du bois un jet de flamme de gaz ; 1 epaisseur charbonnee ne depasse pas un
quart ou un tiers de millimetre. Par cette operation, dit de Lapparent, on deter
mine a la surface du bois une cbaleur considerable qui a pour premier effet de
chasser 1 eau seveuse de la couche superficielle et de faire passer a 1 etat sec les
parties fermentescibles : c est le resultat que produit une longue exposition a 1 air.
En second lieu, au-dessous de la couche exterieure completement carbonisee, se
tronve une couche torrefies, c est-a-dire en partie distillee ft impregnee des pro-
duits de cette distillation dontles proprietes antiseptiques sont bienconnues.
Le systeme d arrimage, c est-a-dire le mode d arrangement adopte pour loger
dans la cale rimmense quantite d objets de toute nature qui doivent y trouver
place, a une importance capitale, main tenant surtout qu a bord des batiments a
vapeur I installation de la machine reduit considerablemient la place necessaireaux
hommes et au chargement; c est en effet de ce systeme que depend la possibilite
d aeration de Tintcrieur du iwire. Or, nous voyons actuellement s operer dans
1 arrimage des batiments a vapeur une reforme destinee a assurer simultanement
la proprete de la cale et son aeration; ce double but est atteint en remplac.ant
tous les disinfectants liquides dont I humidite compromet la charpente du bati-
ment par une methode completement opposee, celle de 1 assechement; bien des
systemes ont ete proposes dans ce dernier but, depuis les manches a vent dont le
capitaine Cook faisait usage deja pour secher les entre-ponts de ses navires, jus-
qu aux pompes d assechement employees recemment a bord du vaisseau ecole le
Jean-Dart (Bourel-Ronciere, Rapport medical sur la campagne (1864-1865)
du vaisseau ecole d application le Jean-Bart). Mais 1 assainissement des cales
deviendra tres-simple et tres-cornplet, suivant Le Roy de Mericourt, des qu une
chambre a air sera menagee sous le chargement : On comprend 1 importance de
celte chambre a air qui rend accessibles tous les recoins de la cale, assure la libre
circulation des eaux et devient un point de depart indispensable de tout systeme
vraiment efficace de ventilation. Le jour ou-elle sera etablie a bord de tout navire,
concurremment avec un ensemble de tuyaux d aspiration entrant dans la construc-
lion meme du batiment, et communiquant, soit avec la cheminee de la machine,
les cendriers des fourneaux ou la base des mats de fer creux, le navire respirera
par lui-meme comme un organisme vivant. On aura assure, du meme coup, la
sante des equipages, la conservation du chargement, 1 integrite des carenes, et la
partie la plus importante du probleme si complexe de 1 assainissement des navires
sera resolue.
Ces dispositions, qui, adoptees sur plusieurs baliments de la compagnie royale
de 1 emigration anglaise, ont donne d excellents resultats, acquierent une impor
tance autrement grande lorsqne le navire, pendant une relache sur un point du
QUARANTAINES. 1^
littoral, a contracte les germes d une epidemic transmissible et importable. S il
n est point dote d un systeme de ventilation constant et pour ainsi dire automa-
tique, qui, a chaque instant, vient renouveler toutes les couches d air de la rale et
des faux pouts, le navire contamine restera lui-meme un foyer flottant qui mena-
cera la sante des populations de tous les points avec lesquels il communiquera.
Le danger est d autant plus grand aujourd luii queles traversees sotit singuliere-
ment abregees. Au contraire, avec une ventilation constante, aspirant les couches
d air inferieures au chargement supporte par des parquets metalliques a clain;-
voie, la purification du navire momentanement infecte d une epidemic commen-
cera des le jour ou il quittera le mouillage, et durera autant que la traversee.
Quand il jettera 1 ancre au port d arrivee, des millions de metres cubes d air
auront traverse son chargement en (ous sens, la quarantaine n aura plus de raison
d etre; il suftira d isoler les malades, s il c-n existe encore, et le dechargement
n oflrira plus auciine chance funeste (Le Roy de Merieourt, Rapport sur les
progres de 1 hygiene navale, 1867).
Nous n avons rien a ajouter a un tcmoignage aussi competent ; un fait qui
prouve, entre hien d autres, toute 1 importance de la ventilation, a ete observe du-
rant 1 expedition franchise en Chine; sur dix-huit navires, un seul I nt uieserve de
toute affection typhique pendant cette expedition ; c etait, de 1 escadre, le seul
bailment muni d un veutilaleur mecanique.
Une des conquetes les plus avantagruses de 1 hygiene navale c est 1 installation
des equipages et meme de 1 hopital du bord, tant dans les bailments du commerce
que dans les navires cuirasses de noire finite, sous nn spardeck place a 1 avant
du pont ; eel emplacement vaste, lien aere, bien eclaire en tout temps, remplace
heureusement les obscures et etroites cabines, privees d air et de lumiere, qui ne
tardent pas a devenir de vei ilables foyers d mfeclion, el des receptacles de germes
morbides. Toutes ces questions sont traitees, avec 1 autoiite que reclame leur im
portance, dans le rapport de Le Roy de Merieourt (1867), u qui revient une grande
part de 1 initiative de leur application.
On ne saurait trop insister, en matiere sanilaire, sur la necessite d utiliser ainsi
les progres de la science pour diminuer les chances d importation des epidemics.
Grace a la part qu elle prendra ainsi a 1 assainissement du navire, la vapeur re-
duira les dangers des communications qu elle a mnlti|iliees; on ne verra plus se
renforcer a bord les causes d infection puisees parlois sur un littoral c loigne, et
Ton arrivera a considerer la duree de la traversee comme un temps d epreuve
quarantainaire, au lien de la regarder, ce qu on faisait pariois avec raison, comme
constituant au contraire, pour les passagers et les merchandises, une cause nou-
velle d impregnation morbide reclamant un surcroit de rigueurs au debarque-
ment.
S il est un milieu que les applications de la science moderne puissent rendre pins
salubreque tout autre, c est le milieu nautii|ue. Dans un aulre travail nous avons
rappele que le sejour en mer constitue la sauvegarde la plus absolue de 1 homme
centre les emanations du sol, et specialement centre les emanations febri tores ;
1 histoire de Texpedition d Abyssinie, dont tous les malades furent recus a bord
d hopitaux flottants, prouve a quel degre de salubrite peuvent alteindre, par 1 ap-
plication incessante et complete des lois de 1 hygiene moderne, des navires ou
cependant viennent s accumuler a la fois les germes morbides des afleclions les
plus graves que puisse produire le sol, et des maladies enfantees par le miasme
hnmain. Esperons que ce grand exemple ne sera point perdu, et qu en semblable
Dili!. EKC. Z" S. I. 8
1U QUARANTAINES.
cii constance on se souviendra du benefice obtenu par Implication de mesures
dont 1 bonneur revient exclu^vement au medecin en chef de cette expedition.
D. Mesures d ordie social. A cote des applications de 1 hygiene quiout pour
objet de rendre telle ou telle localite, tel ou tel milieu, refractaires a 1 explo-ion
des germes morbides, il faut mentionner des mesures d un ordre plus general
concourant au meme but. II est certain que la ricbesse d un pays diminue certaines
chances d explosion epidemique en attenuant les conditions de receptivite morbide
creees par la misere. Mais, d autre part, richesse et prosperite ont pour resultat:
1 augmentation de densite de la population et 2 rapidite des communications,
deux faeteurs importants de la propagation epidemique, par la multiplicite qu ils
impriment aux di\ers modes de transmission morbide. Jusqu a quel point, en
deliors d- 3 * mesures quaruntainaires proprement dites, doit-oa intervenir pour en
hniiter Faction?
Faut-il, dirons-nous avec Michel Levy, comhattre ou encourager en temps
d epidemje, les emigrations indiviiluelles et collectives? Elles protitent a la cite
envahie, elles y diminuent la deusile de !a population, elles en, event au fleau un
aliment, elles en atteiment la I orce et la dune; dans toutes les epidemics, 1 en-
combrernent joue un role funeste, et comme cause productrice du mal, et comrae
cause d aggravation ; elle le rend pins transmissible par la multiplicite des rap
prochements, elle exalte 1 activite des germes morbides, 1 energie des contagions,
[ influence deletere des sources d infection. Les emigrants augmentent-ils leur
chance de salut? sans nul doute. On il s agisse d une affection contagieuse ou
infectieuse, comment nier qu en s eloignant du foyer morbide, on s eloigne du
peril ? Cette question ce|ienduiit est, dans la pratique, plus complexe qu elle ne
le semble, et il faut, pour la resoudre, dans chaque cas particulier, tenir compte
de plusieurs conditions importantes a divers tilres, et dont les prinripales sont:
1 les predispositions morbides et 1 etat de sante de ces emigrants ; 2 les condi
tions topographiques et sociales des pays ou regne 1 epidemic ; 5 la nature de
cette epidemie.
II est certain qu avant toute explosion epidemique dans une localite, quand,
par la dissemination des habitants on ne risquera ni d asgraver le mal dont ils
n ont pas encore le germe, ni de propager ce mal aux populations voisines, on fera
tonjours bien de dissoudie toute agglomeration humaine, veritable foyer anticipe
du tleau dont on redoute 1 aiteinte. Tels sont les avantages des mesures adoptees
anx hides par les Anglais qui reconnaissent, a 1 avance, aux environs de chacune
de lenr garnisons, les emplacements convenables pour y etablir des camps sani-
taires des qu il y a imminence d une explosion de cholera. Ces mesures ont ete
aussi appliquees avec succes a notre armee d Alrique, a 1 occasion des nombreuses
epidemies ile cholera qui ont envahi 1 Algerie. La dissemination, sous des tentes
ou des baraques, des soldats entasses dans d etroites casernes, n est-elle pas, a litre
analogue, une excellente mesiire preventive centre le developpement des epide
mies typliiques ?
Quant anx mouvements d emigration des masses atteintes deja d une affection
pestilentielle, la valeur et la facihte d application de ces mesures variant singu-
lierement suivant les conditions sociales de ces masses, suivant les pays, et suivant
la nature du mal dont elles soni frappees.
En general ces mouvements sont faciles a accomplir pour des agglomerations
d hommes mobiles, comme les armees qui n adherent pas, pour ainsi dire, aux
localites ; il sont on outre faciles a reaiiser dans des pays d uiie part assez
QUARANTAINES H5
vastes ou assez deserts pour permettre ces deplacements et ces disseminations,
d autre part assez chauds pour que le moindre abri suffise a proleger ces emi
grants; dans ces derniers pays, la population elle-meme est assez mobile, en ge
neral, et assez habituee a la vie en plein air pour rechercher le benefice de ces
camps sanitaires etiuir 1 infection des villes atteintes d epidemie.
Des fails nombreux nous prouvent 1 utilite des emigrations en pareilles circon-
stances. Lorsqu en 1855, la peste envahit le Gaire, Gaetaiu-Bey donna le conseil
d envoyer a quelques lieues de la ville, et de faire camper sous des tentes, dans
un lieu sec et bien aere, 22,000 liommesde troupes actives composant la garnison,
en ne laissant pour le service de la ville que 2,000 invalides. La peste n exerc,a
aucun ravage parmi les troupes actives, tandis qu ello sevit sur les 2,000 invalides
comme sur le reste de la population. Clot-Bey avail, a la meme epoque, disseminc
la flotte, maiutenue en severe quarantaine dans le port d Alexandrie. On observe,
a deux reprises, des exemples analogues de preservation de la garnison de Da-
miette: 1 en 1 an VII, epoque ou la peste faisait de nombreuses victimes dans la
garnison franchise de cette ville, el ou il suffit de faire iranchir le Nil a cette gar
nison pour oblenir la cessation du fleau ; 2 en 1841, annee ou Ton avail mis en
quarantaine dans cette meme ville, atteinte encore de la peste, le T 1 " 6 regiment
d infanlerie egyptien; le docteur Masserano fil lever cette quarantaine qui main-
tenait le regiment en plein foyer d inieetion ; les troupes camperent liors la ville,
et 1 epidemie cessa. Dans son memoire sur la peste en Perse, Lacheze rapporte
que, lorsque la peste eclate dans une ville de ce dernier pays, tous les habitants
jouissant de quelque aisance, se retirent au loin dans la montagne. Quoique la
communication reste libre avec la ville infeetee, ilsne sontpas atteints de la peste.
Des fails analogues n ont-ils [loinl ete observes bien frequemmenl, sin tout de-
puis le commencement de ce siecle, pour la fievre jaune, ou Immigration soil sur
des bauteurs, soil dans 1 interieur des terres, constitue certainement la premiere
des lois sanitaires ?
II est plus delicat de trancher celte question relalivemenl aux emigrations de
masses atteintes de cholera ; 1 experience de 1 aimee anglaise aux Indes, de 1 armee
franchise en Algerie, prouve qu en general les troupes en marche souffrent infi-
niment plus del epidemie que les troupes en station ; a Gallipoli, la dissemination
de nos troupes en 1854 a ete, il est vrai, le signal de 1 airet de 1 epidemie. Mais,
en general, pour etre utile, celle mesure d emigration des masses clioleiisees doil
se limiter a une translation a d assez faibles dislances pour que les fatigues du
deplacement n augmentent pas 1 intensite du mal.
Toutes ces mesuies sont bien plus difiicilement applicables, on le comprend,
dans les pays ou la densite de la population, et la rigueur de la tem* ( jeralure s op-
posent au deplacement et a la dissemination de masses trop considerables ; per-
sonne ne songera certainement a 1 einigration, en cas d epidemie, de la population
des villes principals de France, et ne conseillera, par exemple, aux Parisiens
d aller, en pareille circonstance, camper sur les hauteurs de Saint-Cloud ou de
Saint-Germain. On devra cependant veiller a 1 evacualion melhodique de certains
foyers notoirement insalubres ou il est du devoir du medecin de ne pas laisser se-
journer les victimes designees par la concentration du fleau sur des milieux de
termines. De meme que 1 evacuation d une caserne ou d un couvent fait cesser
subilement parfois une epidemie de lyphus, qui aurait pu entrainer les plus gi aii-
des pertes, de meme on devra, dans les villes maritimes, atteinles de fievre jaune,
faire toujours evacuer les quartiers voisins du port, dans lesquels 1 afi eclion fait
Ill* QDARANTAINES.
liabituellement les plus grands ravages; de meme enfin on enlevera an cholera qui
sevit sur tel cote d uno me, sur telle maison, tout ce qu on pourra lui enlever <1
viclimes. En 1855, dit Jules Worms le cholera uclate a Bale. Les premieres rnai-
sons atteintes out ete evacuees par mesure de 1 autorite, et 210 personnes qui y
logcaient, out ete installecsdans une vaste caserne, et surveillees par lesmedecins
de 1 Etat. Pas un seul cas de cholera ne s est monlre pyrmi elles. Que pense-t-o:i
qu il serait arrive si ces 210 individus etaient restes dans le foyer infecte, et quc!
est 1 appoint qu ils auraientpu fournir a la mortalite et a la propagation ?
II i aut, en dernier lieu, tenir compte, avant de conseiller ou de prescrire ces
emigrations, de la nature de [ epidemic dont on veut entraver la marche ; il ne
s agit pas seulement ici du benefice que peuvent retirer de ces mesures les masses
atteintes deja par le germe morbide, mais encore du danger que leur deplacemenl
pent entrainer pour les populations voisines. Or, si Ton tient compte de ces deux
considerations, 1 une ell autiesi importantes, onverraque, parnii les affections
transmissibles paries communications humaines, il en e.4 ou ces emigrations offrent
bien plus d iuconvenienisque d avantages, lorsqu elles ne se bornent pas a 1 instal-
lation des masses intectees dans un camp sanitaire voi-in ; td e4 par exemple Je
cholera, dont eu somme la diffusion epidemique s opere principalement par le
courant des lionimes, comme on 1 a vu en 1865, anuee ou 55,000 personnes par-
taut d un mi iiie foyer, Alexandrie d Egypte, out infecte dans le court espace de
quelques semaines, la plupart des ports de la Mediterranee ; rappelons-nous en
outre ijiiede ces foyers secondaires I emigration se dirig> ant sur un grand nonibre
d aiilivs Idi ;ilites,a repamlu les germestlu cholera sur toute la surface du continent
europeen. Ce fait s est particulierement fait remarquer en Espagne, ou remigra
tion des villes avail pris, pendant la derniere epidemie, des proportions e\lraordi-
naiies. Onl emigre de Valence 4 >, 000 habitants sur 107,000, donl se compose sa
population ; Palmaa vu la sienne, ordinal rementde 50,000, reduite a 10,000, etc.
Aussi, des quarante-neuf provinces du ro^aume, trente et une ont ete envahies et
fort maltraitees [>ar le cholera (Faiivel).
On sail le role de propagation, joue par les mouvemenls de notre propre arraee
dnns toutes les epidemics de cholera, el le role analogue des armees elrangeres,
comme ou le vit encore en 1866, lorsque 1 armee prnssienne, apres la bataille de
Sadowa, fut renvoyee dans ses foyers et dissemina, dans toute 1 Allemagne, 1 epi-
demie dont elle etait atteinte. Dans les pays dont la population est nombreuse et
dense, on doit done entraver d une maniere speciale les emigrations en masse
durant le regne des epidemics de cholera; et, en restreignant les rnouvements de
troupes, on agira d une maniere d autant plus rationnelle que les fatigues des
marches augmentent la frequence et la gravite de 1 affeclion dans les milieux merae
qui en sont atteints. Ici, 1 individu isole lui-merne est dangereux ; un soldat, ren-
voye dans ses foyers, et provenant d une ville infectee, peut repandre la maladie
parmi toute uue population.
11 en est tout autiement du typhus et de la Gevre jaune; en general la dissemi
nation des individus provenant d un foyer ou regne le typhus, n a point d eiTet
bien (uneste pour les populations au milieu desquelles s opere cette dissemination ;
le miasme typhique u ;i de puissance de contamination qu autatit qu il est
transporte, non par des individus isoles, mais par une masse humaine plus ou
moins considerable , les cas isoles de typhus re-tent d oniinaire steriles au milieu
des populations saines, et Fodere observait deja qu a la rentree des troupes d ltalie
a lafindu siecle dernier, 1 armee frangaise repandait le typhus sur son passage,
QUARANTAINES. 117
tandis qne les soldats qui regagnaient isolement leurs foyers n cn transmettaient
pas les germes. II y aurait plus de danger certainement si ces individns, memo
isoles, se trouvaient au contact de personnes predisposecs par des conditions spr-
ciales, encombrement, misere, qui out une part si considerable dans la genese tl.-
celte affection.
Pour le typhus done, la dissemination des malades semble une loi, memo dims
les pays ou Ton ne pent eviter le contact qui en resultera avec un plus grand
nonibre de personnes ; cette mesure est ici d autant plus rationnelle qne pour I.-
malade atteint deja ou seulement en puissance d infection typbique, le niouve-
vement et 1 aeralion entraines par un defacement quelconque impendent aux in
dications propbylactique et llierapeutique principales de cette maladie ; il y a done
pen de danger "pour les populations saines, et grand benefice pour les group s
infectes.
Quant a la fievre jaune, nous arriveronsa des conclusions encore plus absolues.
Quandonvoit combien est minime, nous dirions presque nul, le danger d impor-
talionde celle maladie par Immigration, a 1 interieur du pays, des populations
alteintes snr le littoral, quand on voit.d autre part combien est dangereuse la pro
longation du sejour dans un port inlecle, endehois duquel il ne semble pas qne
la cause morbide puisse se developper, on ne comprend pas qne Ton n ait pas
fletri plus energiquement encore 1 applicalion de ces cordons saniiaires plan s
autour des villes atteintes de I epidemie, coinme on en placa a Barcelone en I,y21 ,
cordons qui rejettent impitoyablement dans un foyer mortel des masses de victinu s
qui n eussent, sans dou e, cte dangereuses pour personne. Comme nous 1 avons
rappele deja (p. 48), Chervin qui a n.e a tort ( importation de la fievre jaune dans
nos ports, a eu cent foisraison en alfirmant la tendance du mal a se limiler dans
ces foyers; et, aux altaques dirigees, de nos jours encore, contre la doctrine d nii
homme qui a coasacre sa fortune et sa vie a 1 etude de ces grandes questions, nous
repondrons que non-seulement 1 emigration doit etre conseillee an\ habitants des
villes atteintes de fievre jaune ; niais qu elle est tellement avantageuse pour eux,
et tellement inoffensive, en general, pour les pays environnants, que cette emi
gration devrait etre presciite, et, au besoin, pour les habitants voisins dela radeou
du port infectes, assuree par Tinteiventiun de I autorite.
On voit done, encore une fois, combien les maladies d origine miasmatiqne
different, dans leur mode de propagation, des maladies contagieuses propremeut
dites. Pour ces dernieres, il faudia, dans tons les cas, empecher la dissemination
des germes par le contact des malades et des populations saines ; on sail combien
les mouvements de troupes en 1870 out contribue a 1 expansion de la variole qui,
avant la guerre, etait limitee a quelques provinces de la France. Pour les maladies
pestilentielles, au contraire, il existe, suivant leur nature, et leur origine, des in
dications prophylactiques conipletement dilferentes qui prouvent combien on a tort
de les regarder comme astreintes simplement aux loisde transmission contagieuse
des affections virulentes.
Une mesure aussi importante, au moins, et s appliquant cette fois a toutes ces
maladies, c est d empecher, en temps d epidemie, tout mouvement de population
qui enlrainerait vers un foyer infecte des individus provenant d une region encore
respectee par le fleau. On sail que les personnes vivant dans 1 atmosphere de ces
foyers finissent parcontracter une certaine immunite contre le mal; pendant la
guerre de Crimee, on a note, aussi bien a bord de notre flotte, que parmi les
troupes de I armee de tcrre, que les corps nouvellement venus fournissaient au
QUARANTINES.
cholera un nombre de victimes bien plus considerable que les regiments qui
avaient ete les premiers debarques a Gallipoli. Nombre de fails semblables out ele
recueillis par les membres de la conference sanitaire de Constantinople ; il est inu
tile de rapporter des exemples analogues pour la fievre jaune qui est la maladie
par excellence de 1 etranger, de 1 arrivant ; on empechera done ces renforcements
du foyer epidemique par 1 introduclion d individus qui n ont pas le benefice d une
certaine assuetude. On empechera surtout, quand ce sera possible, 1 envoi, dans
les pays atteints, des soldals, ces veritables reatifs des infections miasmatiques,
qni doivent plus specialement a leur qualite de nouveaux venusleur predisposition
si marquee aux affections produites soit par les emanations du sol, soil par les
miasmes de provenance humaine.
4 MESDRES SPECIALES DE PROPHYLAXIE SANITAIRE A OPPOSER ADX DIVERSES MALA
DIES IMPORTABLES. A. Qiiarantaines de la peste. An point de vue des quanm-
taines, la peste nous offre ce caractere particulier qu apies avoir ete la base des
regie-men ts et des lois sanitaires, apres en avoir motive les reformes consacrees
par le systeme actuel, elle semble disparaitre du cadre des maladies epidemiques,
et n a donne lieu, depuis 1855, a aucune de ces prescriptions quarantainaires im-
portantes dont le cholera, la fievre jauue, et meme le typhus ont ete a tour de
role 1 occasion.
II semble, au premier abord, que la disparition de la peste dans la Basse-
Egypte, principal berceau de son endemicite, doive faire considerer com me de<or-
mais supeiflues toutes les mesures prescrites par le reglemeut de 1855. Jamais,en
Egypte, les epidemics n avaient ete separees par un intervalle de plus de six a huit
;uis ; voila trente ans bientot que le mal n y a plus ete observe, au moins a 1 etat
epidemique, et cerlainement, depuis le moyen age, jamais le monde civilise n aeu
autaat de droits de croire a rextinction definitive d fleau.
En maliere si grave, il est cependant interdit de se prononcer a la legere, et de
reduire a neant, sans plus ample examen, 1 ceuvre prophylactique etablie sur une
observation seculaire et sur les donnees de la science moderne. La question est
d aulant plus serieuse qu aujourd bui notre littoral mediterraneen se rattacbe plus
intimement que jamais au littoral egyptien, et que, si ] antique berceau de la peste
doit son assainissement actuel aux influences bienfaisantes de 1 hygiene des pays
civilises, la frequence et la rapidite des communications exigent que ces memes
pays n oublient pas immediatement combien furent dangereuses ces communica
tions aux epoques ou elles etaient relativement si rares. Ce qui nous inspire pour
notre compte la pensee que la prudence ici est chose necessaire, c est 1 observalion
faite, dans d autres regions que 1 Egypte, d un intervalle beaucoup plus conside
rable entre les explosions pestilentielles, intervalle qui serai t parfois de vingt-cinq
a trente ans. Les germes de 1 affection sont-ils definitivement aneantis sur lesbords
du Nil, ou bien sont-ils encore susceptibles d un reveil centre lequel il faudrait
se tenir en garde ? Si, en Europe, certaines regions considerees encore a la fin du
siecle dernier, ou au commencement de celui-ci, comme des foyers pestilentiels,
la Moldavie, la Valachie, les rives du Danube semblent aujourd hui affranchies de
cette imminence permanente du fleau, et si la guerre de Crimee a prouve, d une
maniere incontestable, qu il n etait plus exact de considerer 1 apparition delapesle
comme fatale chaque fois que des masses humaines subiraient sur les bords de la
mer Noire les miseres de la guerre, il semble qu en Asie et en Afrique pareille
immunite n existe pas encore: 1 epidemie de Bengazi (1858-59), celle de Meso-
potamie (1867), et celle du Kurdistan (1871) sont les preuves encore actuelles de
QUARANTA1NES.
la persistance soil dans le nord tie 1 Afrique, soit en Asie, et sperialoment an voi-
sinage de I Enphrale, des conditions d endcmicite pestilentielle ; enfin l e-is-
tence, actnelle aussi, d une forme speciale de la pesle, qu on a comparee a s,i
forme la plus redoutable, la moit noire, au sud de 1 Himalap, est egalement in
contestable; et Ton ne peut, des lors, considerer comme lettre morte tout ce qm
a ete dit et present relativement aux quarantines de la peste, en proclamant
inutile la prophylaxie d un mal qni n existe plus.
La these, soutenue par Aubert-Roche centre les quarantaines de la peste, a
semble recevoir une eclatante confirmation par la disparition presque absolue de
cette maladie depuis qu en France on a reforme les mesures si rigoureuses des
anciens bureaux de saute. Mais cette opinion n a-t-elle point eu 1 heureuse cliance
de co incider avec 1 epoque ou le regne de la peste toucbait a son terme, et ou celie
affection allait disparuitre presque entierement du cadre pathologique? N existe-t-
il point en medecine des exemples de modification analogue de la nature des ma
ladies predominates? et 1 histoire des fievres e.ruplives, celle du typhus, celle du
cholera, de la fievre jaune ne nous donnent-elle* pas a cliaque pas les preuves de
cette apparition successive de different* (lenux appeles tour a tour a caracteriser
les phases d une incessante transformation?
Dans les pays meme ou la peste a fait le plus de ravages, dans 1 Asie Mineure,
en Turquie, et meme en Egypte, on rapporte aux mesures quarantainaires, a|)|ili-
quees pour la premiere fois en ce siecle, la disparilion d une maladie entretenue
par 1 incurie et le fatalisme musulmans.
Dans son memoire sur la contagionabilite de la peste (1842), leconseil snpe-
rieurdesante de 1 empire Ottoman attribue 1 immunite de Constantinople, df-
puis 1859, ciux lazarets etablis en cette annee et aux mesures quarantainaires pn-<-
crites : Leseffets avantageux obtenus jusqu ici ne doivent pas etre rappoi tes a 1 as-
sainissement des \illes de Turquie, a 1 elargissement des rues, a la surveillance
exercee sur les comejtibles, a la creation de places qui favorisent la circulation
de 1 air, a un systeme d inhumation mieux entendu, ameliorations et reloimrs
vainement reclamees jnsqu a present. Les habitants d Alexandrie n ont-ils pus
egalement altribue 1 immunite relative de leur ville a retalili>sement d un lazaret,
oil le comite sanitaire eut a sequestrer plusieurs fois depuis 1820 les provenances
de navires pe^tiferes partis d autres point de la Mediterranee?
Dans les petites epidemics toutes modernes de peste, le peu de diffusion du
mal pent etre rapporte soit a la dilficulte des communications des pays atteints
avec le reste de 1 Europe, soit aux mesures d isolement adoptees a I egard de ces
foyers. L epidemie de Bengazi n a pas pris de grandes proportions, grace sans
doute aux barrieres naturelles de ce petit district du nord de 1 Afrique, borne
d un cote par la mer, de 1 autre par le desert, grace aussi aux precautions adop
tees par les medecins Turcs delegues sur le theatre de cette epidemic.
Le savant historien x de la peste de Mesopotamie et de la peste du Kurdistan,
Tholozan, nous apprend que la premiere de ces epidemics denieura limilee grace
aux mesures prises par I administration sanitaire de Turquie; quant a la seconde
le gouvernement persan ordonna aux gonrverneurs de prendre des mes^ires
restriclives tres-severes ; on defendit toute communication avec les pays infectes ;
on prescrivit, des le debut de 1 epidemie, 1 abandon des villages et la dispersion
de la population dans la campagne sous des tentes ou sous ces abris en bran-
chages tres-usites dans le Kurdistan pendant la saison d ete. On conseilladescam-
pements separes pour les malades et pour la partie saine de la population ; la des-
120 QUARANTAINES.
truction, par le feu, des liardes, des effets, des tapis; le netloyage a fond des
loralites infectees; I abandon com plet de certains villages ou la population avail
presque totalement disparu (Tholozan).
Quant a la peste de 1 lnde (peste noire? peste de Pali, de Maliamurree) dont le
berceau endemique s etend au nord des possessions anglaises, die a etc egalement
1 objet de pratiques analogues a I epoqiie de ses dernieres manifestations. Une
commission fnt chargee d etudier les causes et le traitement de cette affection;
les mesures sanitaires appliquees, autant qu il est possible en Asie, rendirent un
veritable bienfuit aux populations en prevenant, dans beaucoup de local ites, la
genese du poison rnorbide des le debut (W. Curran, On some Points of Interest
in the Medical History of the Himalayas, in Dubl. Quart. Journ. of Med.
Science, aout 187 I , et in Arch, de med. nav.).
Les mesures sanitaires a employer specialement contre la peste a son berceau ne
peuvent etre determinees en raison de 1 ignorance ou Ton est des causes reellesde
cette aflection ; la lormule etiologique de Prus qui rapporte son developpement
anx influences complexes : Des maisons basses, malaere es, encombre es; del air
chaud ethumide; de I action des matieres animates et vegetates en decomposi
tion; de I alimentation malsaine et insuffisante; de la yrande miser e physique
et morale, cette lormule, disons-nous, auraii pour resullat pratique [ application
des lois elementaires et banales de 1 hygiene publique ; il est certain que de sem-
blables mesures, si elles ne detrnisent pas directement le germe morbide, peuvent
en entraver les conditions de developpement ; il I aut esperer que 1 assainissement
aclnel de 1 Egypte la rendra desoimais refractaire au fleau ; il faut esperer que les
ameliorations du Bas-Danube, dont la France a pris ( initiative, et qui ont consiste
en endiguements, terrassements, etc., transformeronl avantageusement et defini-
tivement ce foyer redoule de maladies dangereuses qui ont souvent fait croire a la
peste.
M;iis il sera sage de tenir compte, en meme temps, de certains faits qui em-
pechent de placer toute 1 etiologie de la peste dans Finsalubrite du sol, et par
consequent toute sa pro) hylaxie dans les emanations de ce sol ; a Bengazi, par
exemple, on ne retrouve ni les terrains d alluvion du Delta du Nil, ni des fleuves
a inondations periodiques qui deposent un limon susceptiLle d exhalaisons dange
reuses au moment du retrait de leurs eaux.
Pour la determination des mesures quarantainaires proprement dites, ilfaut se
rappeler les conditions qui peuvent, a divers titres, en faire adopter, rejeter ou mo
difier 1 application. Les principals de ces conditions sont : lLes limites babituelles
d expansionepidemiquede la peste d Egypte qui semble n avoir eujamais de ten
dance bien marquee a se propager qu aux regions centrales et meridionales de
1 Europe; 2 IJ rimmunite incontestable d un certain nombre de locahtes, meme au
voisinage des foyers de 1 endemicite pestilentielle, comme la citadelle du Caire
(Desgenettes, Clot-Bey), la montagne d Alem-Daghe , pres de Constantinople
(Breyer), les regions montagneuses de la Syrie et de la Perse, etc. ; 3 les limites
de temps qui s imposent habituellement ainsi a cbaque epidemic, et qui rendent
efficaces ou inutiles les mesures restrictives employees ; en Egypte, il n y a danger
qu en hiver pendant les annees epidemiques; a Constantinople, au contraire,
comme dans le reste de 1 Europe, ce danger est plus grand du mois de juin au mois
de novembre. Dans lecourant d une epidemic, les mesures restrictives nesont point
constamment necessaires au meme degre ; en general le pronos.tic est bien plus
redoutable au debut de 1 explosion; tous les observateurs ont note la benignite re-
QUAI5ANTAINES.
lative des dernieres atteintes; en 1841 encore, a Damiette, Mnsserano ne consta-
tait plus que deux deces sur soixante malades atteints a la fin d une epidemic dout
les premiers cas avaient ete presque tons mortels, et ibudroyanls ; 4 la base des
mesures prophylactiques est naturellement la duree de 1 incubation, ou, pour parler
plus exactemenL, le temps qui s ecoule entre le moment ou 1 on a ete expose au
contage et celui ou apparaissent les premiers symptomes ; les divers auleurs cites
par Prus font varier ce temps de trois a quinze jours; mais, parmi ces auteurs,
ceux qni out etudie plus specialement la question au point de vue des mesures
quarantainaires, Grassi, Valli, Segur-Dupeyron, Clot-Bey, attribuent a ertte pe
ri ode une duree de six a huit jours au maximum, duree infei ieure en soinme aux
deux termes extremes de la quarantaine imposee en cas de patente brute de peste,
et qui sontdedix jours pleins pour le minimum (convention de 1855, art. 4) ;
5" il faut enfin se rappeler que la peste est surlout transmissible, non par le con
tact des pestiieres, ou de leurs cadavres, non par celui des hardes et des mar-
chandises, mais prineipalement, comme les affections typhiques, par I atmosphere
des salles de malades; ce qui nous explique la mortalite des medecins militaires
fivmcais pendant J expedition d Rgypte, celle du personnel mrdical de I hopital du
Caire, de I hopital de Moscou, etc. ; on sail le mot de Rigaud, atteint de la peste
qui devait 1 emporter, a de Lesseps : Venez me voir vingt fois p;\r jour, si vous
le pouvez, mais ne reslez jamais plus de cinq minutes dan* ma chambre.
Si le germe de la peste ne semble pas tres-persitarit a bord di-s imires, il pent
au contraire conserver fees dangers, sa vitalite si Ton veut, pendant assez long-
temps, dans une localite qui a renferme des pesliferes : Prus rapporte (p. 122)
1 histoire d un couvent voisin de Jerusalem, dans lequel s etaient refugies grand
nombre de Chretiens atteints de 1 epidemie ; apres le depart de toutes ces personnes,
les religieux se renfermerent dans ce couvent en stricte quarantaine, croyant se
preserver par 1 isolement ; il en mourut vingt-deux sur soixante-trois. Aussi de
lonue datea-t-on 1 habitude, en Orient, de gratter les murs des maisons des pes-
tiferes, mode de purification bien inferieur a celle qu on obtiendrait par le feu.
L Ecole de medecine d Abouzabel a donne un excellent exemple de la meillenre
methode a suivre pour eviter la formation de semblables foyers, en installant les
malades dans des baraques construites en un lieu eleve et sur un lerrain sec.
Nous avons vu combien avail ete funeste la quarantaine imposee jadis aux villes
pestiferees; le conseil de sante de 1 empire ottoman, en inaugurant en 1859
1. application du regime sanitaire contre la peste, a sagement present, comme pre
miere mesure, 1 evacuation des quartiers atteints par I epidemie, et le campement
des habitants hors de la ville.
B. Quarantaines de la ftevre jaime. Si la peste ne devait plus, a partir de
la promulgation du decret de 1855, donner a noire administration sanitaire 1 oc-
casion d apprecier par de nouveaux fails la valeur de ce decret, il en est tout au-
trement de la tievre jaune. L extension geographique considerable prise par cettc
maladie soit au \oisinage de son berceau endemique, soit dans certaines regions
du monde (jui lui semblaient jusqu alors inaccessibles, comme le littoral du Paci-
fique, n a que trop demontre qu il y avail ici a lutter contre un ennemi de plus
en plus envahissant, et contre lequel notre sieele n avait point, comme pour la
peste d Egypte, a compter sur un mouvement spontane de decroissance. Avant ces
dernieres annees, 1 utihte des mesures de preservation contre I lmportation de la
fievre jaune etait admise en France, surtout d apres les observations recueillies
soit en Italie (Livourne, 1804), soit en Espagne (Barcelone, 1821; port du Pas-
122 QUARANTAINES.
sage, 1825; Gibraltar, 1829); il n y avail guere eu en ce siecle qu un seul fmf,
mais d une tres-liaute valeur, observe sur notre littoral et semblant aussi promvr
1 utilite de ces nnsnres; c est celui de Tile de Pomegue, port de quarantine de
.Marseille, ou en 1821 la fievre jaune avait ete importee, mais avail ete aneiu
sur place par 1 isolement et 1 incendie du bailment contamine. Des circonstance
d un ordre tout differenl allaient donner une impulsion nouvelle a 1 etude de
cette prophylaxie : places, dans nos colonies des Antilles, au voisinage du foyer
de cette affection, nos collegues dela marine en etudiaient le mode de developpe-
ment, la distinguaient, d apres son origine comme d apres ses symplomes, des
fievres palustres avec lesquelles Chervin pretendail la confondre, et nous indi-
quaient deja Tune des mesures sanilaires les plus efticaces a lui opposer, la resi
dence a uue certaine altitude; puis venait 1 expedilion du Mexique qui allait
mettre, au contact de ce foyer, des milliers d bommes predisposes par leur race
et leur provenance des climats tempcres, et qui, elle anssi, devait consacrer,
pendant cinq ans el sur toute une armee, la valeur prophylactique des conditions
de n sidence; eiifin une derniere source d oliservalion surgissait sur le littoral
iiiemr de la France; IYpid inir de Saint-iNazaire trouvait, pour la decrire et pour
la combaltre, riiomme auquel nous sonimes redevaldes de noire regime quaran-
lainaire actuel, et qui, dt puis de longiies annees deja, avail ;icquis une si graiule
experience des pratiques sanilaires, Melier. C est cette epidemic de Saiut-Nazaire
ipii de\ait enlrainer la suppression de la difference admise encore, par les regle-
nienis, en malicre sanilaire, entre les ports franrais de fa Mediterranee et ct-ux
de roeean ; ((iinnie I indique I annexe G du reglemenl de 1853, tout navire arri-
\aul en paleiile lirule de lievre jaiuie dans uii port de la Mediterranee, Marseille,
Toulon, Cette, etc., subissait une quarantaine de 5, 5, 7 jours pleins suivant les
cas; land is qu arrivant dans un port dc 1 Ocean, le Havre, Cherbourg, Brest, il
e tait admis a libre pratique si, dans les dix derniers jours de la navigation, il
n avait eu ni niorts ni malades. Celte difference de reglementation fut abolie, en
consideration des fails de Saint-Nazaire ; cette suppression eut lieu par un arrete
minisleriel eu date du 10 juin 1862, ainsi COUQU :
Art. 1". Les dispositions de la convention sanilaire internationale du 3 fevrier 1852, et
du riflemen! du 27 mai 1855, sont declarees applicables a tous les ports et rades de la
5I;ilK lie rt ilr rOce. ill
Art 2. Les prefets sont charges, dans leurs departements respectifs, de 1 execution du
present arrStc.
De toules les maladies importables, la fievre jaune esl celle peut-elre dont on
aborde avec le plus de confiance la prophylaxie quarantainaire ; pour aucune autre,
la Iransmission de la maladie ne semble plus facile a determiner, a eutraver, par
consequent ; aucune n offre, en general, d itineraire aussi bien trace ; presquejaraais
le fleau ne s avance sur de larges surfaces qui rendraient difficile a reconnailre le
fil conducteur de sa propagation; et, chose importaute, cette jiropagation s accom-
plit exclusivement par les voies mar i limes ou flnviales ; le mal ne penl aboutir
qu a un port, el pour proteger ce port il suffit de diriger d un seul cnte les me
sures preventives, les provenances par voie de terre n offranl aucun danger el ne
reclamant 1 application d aucune de ces mesures.
Nous ne nions nullement 1 induence des conditions d insalubrite d un milieu
quelconque sur 1 explosion des epidemies de fievre jaune ; uous accordons une
part considerable, dans la gravite et la diffusion de la maladie, aux foyers d infec-
tion crees par la negligence des hommes dans certains grands ports, comme ceux de
QUARANTINES. 123
Barcelona ou de la Nouvelle-Orleans ; nous verrons la part que la disinfection est
appelee a jouer dans les pratiques sanilaires exigees par la tievre jaune. Mais eomlnm
d autres fails prouvent que la premiere mesure a preudre, pour les localites silners
en dehors du ioyer d endemicite de cette affection, est d en interrompre les com
munications avec ce foyer, si ces localites, bien que tres-salubrcs, presentent les
conditions de climat, de topographic maritime, necessaires pour assurer leur re-
ceptivite : comme 1 a dit paiidtement Melier, 1 epidemie de Saint-Nazaire, cette
ville complement neuve, veritable type des conditions de salubrite creees ]>;u
1 hygiene moderne, est une des meilleures preuves de la possibilite du developpe-
ment de la tievre jaune importee sans qu il y ait aucune cause d infection locale;
dans les navires, ne voit-on pas egalement 1 explosion de la maladie s accomplir
sans qu il y ait souvent a bord aucnn Ibyer special apparent d insalubrite? lei
done plus qu ailleurs la quarantaine semble devoir etre la mesure dominanle; de-
puis 1822, New-York et Philadelpbie etablissent une quarantaine rigide. centre la
fievre jaune, et depuis un demi-siecle, grace a cette pratique, ces grandes villes
n ont plus eu d epidemies de fievre jaune, bien que 1 affection ait e*te maintes fois
apportee des Antilles dans leurs etablissements quavantainaires.
En 1864, dit Faget (2 e memoire), la quarantaine n a etc appliquee a la Nou
velle-Orleans qu a la marine marchande ; il n y eut, cette annee, de cas de vomito
que dans la marine militaire. Veut-on des preuves plus generates de I ulilite des
mesures restrictives? Voici celle que nous en donne Carpenter : Toutes les fois
que les Etats-Unis out eu la guerre et que leur commerce a etc plus ou moins
interrompu par les blocus et les embargos, les visiles de la iievre jaune y ont
cesse, meme dans les ports les pins habitues a ces visiles ; au contraire, ces visiles
du fleau ont recommence des que les communications ont ete retablies avec les
Antilles et les difierents ports du golfe du Mexique.
Veut-on enfm une preuve plus actnelle encore de la superiorite relative des me
sures purement restrictives? La fievre jaune, ditle chirurgien general de 1 armee
des Etats-Unis (Circular n I, Washington, juin 1868), est moins influencee que
le cholera par les mesures hygieniques prises contre son developpement;... plu-
sieurs medecins de cette armee accusent d incurie les antoriles civiles qui ont
lais^e penetrer la maladie ; en differents points, les troupes furent entierement
preservees grace a une quarantaine rigoureuse et a 1 interruption des communi-
calions avec la population civile.
L hygiene n en aura pas moins pour but de limiter les ravages de 1 affection im
portee, par I assainissement des grands ports du sud de 1 Europe et de la zone du
continent americain correspondant aux limites des climats chauds et des climats
temperes ; le conseil extraordinaire de sante de Lisbonne, dans son rapport sur
1 epidemie de 1857, a de nouveau demontre, par la repartition et la gravite du
mal suivant les quartiers de la ville, 1 influence considerable des conditions hygie-
niqnes locales.
G est surtout dans son foyer criginel que la fievre jaune doit etre combattue par
toutes les mesures d assainissement ; Coindet, Fuzier, a la Vera-Gruz, ont etabli,
une fois de plus, 1 influence, sur son developpement, de 1 infection prodnite par la
decomposition des matieres organiques, de provenance animale surtout ; et, en
quittant cette redoutable residence, notre armee y laissait, comme trace de son
passage, une amelioration notable des conditions hygieniques. Melier aurait vculu
la creation de medecins sanitaires specialement destines a remplir au Mexique,
relativement a la peste d Amerique, le role des medecins sanitaires d Orient rela-
1-24 QUARANTAINES.
tivement a la peste d Egyptc ; 1 experience de nos collegues cle la flotte, leur se-
jour frequent au voisinage ou au centre meme du foyer de la fievre jaune, nous
semblent realiser de la maniere la plus complete les vceux de AK lier, et nous
donner toutes les chances de garaulie qu on demanderait a un personnel special.
Quant aux mesures quarantainaires proprement dites, nous avuns egalement a
etudier ce qu elles doivent ici presenter de particulier, etude d autant plus neces-
saire que le decret de 1853 fut promulgue a line epoque ou il y avail encore taut
a apprendre de la genese et de la transmissibilite tie la fievre jaune, et qu il y eut
lieu de faire snbir a ce decret des modifications importantes.
II est d abord evident que, pour la fievre jaune comme pour la peste, ces me-
sures doivent avoir un caractere essentiellement temporaire; elles n auraient
aucune raison d etre, dans le foyer meme originel de la maladie, du mois d oc-
tobre an mois de mai, epoquc ou n existe pas J epidemie ; cbaque annee done,
sur les cotes du Mcxiqne, il est possible, durant line longue periode de plusieurs
mois, d afl ronter impunement les influences du milieu ou nait cette affection et
les individus, meme les pins predisposes par leur race, y debarqueront alors sans
danger; il est egalement possible, durant cette meme pi riode, de faire partir du
foyer d infection des bailments qui ne propageront le mal iiulle part, et Ton a
utilise ces intervalles d innocuite des germes moi bides pour le rapatriement de
noire anuee du Mexique. II en est de meme dans les villes susceplibles d etre
atleiiites par importation ; le developpement de la maladie ne pent avoir lien
qu avec une temperature de 18 a 20, et son extinction a fatalement lieu quanil,
a un moment quelconque du nyctemere, le thermometre descend a 0; la premiere
gelee est sin tout le signal de son anet, et par consequent de I inutilite de la con
tinuation des mesures quarantainaires.
Ces mesures seront done susceptibles d une application plus ou moius longue
suivant qii il y aura imminence d importalion : a, soil dans un pays ou la tempe
rature annuelle est comparable a celle des terres cbuudes du golfe du Mexique
(Guiuee, Senegambie, Antilles) et ou la moyenne thermometrique de 1 biver ue
descend pas au-dessous de 20; &, soit a une latitude plus elevee, ou les isoclr.-
menes sont infeiieurs a 20 (Nouvelle-Orleans, Mobile, Charleston) ; c, soit enfui
dans des regions ou le Ihermometre ne depasse, que. pendant une periode plus cu
moins courte, cette temperature moyenne de 20 (Ameri.jue du Suet jusqu a Rio
de la Plata ; littoral atlantique de TEurope, de Cadix a 1 enibouchure de la Loire;
littoral atlantique des Etats-Unis, depuis la Floride jusqu a la Nouvelle-Anglc-
terre) (A. Hirsch). Preuve nouvelle que, devant ces ^dangers d impoitation, si va
riables deja par les simples conditions de latitude, il ne peut etre question d un
regime sanitaire uniforme pour tous les peuples.
D autres circonstances limitent davantage encore la zone duplication de ce
regime ; on ne peut plus dire aujourd hui que le systeme quarantainaire de la
fievre jaune doive elre borne au bassin de 1 Atlantique et des mers qui en depen
dent ; depuis plus de vingt ans, la cote du Pacifique est atteinte a son tour, et Ton
connait la grave epidemic qui, de 1867 a 1869, s etendit de Panama a San Sal
vador (cote occidentale de Guatemala). Mais, enfin, il est des conditions de lieu
qui s imposent toujours d une maniere presque absolue au developpement soit ori-
ginel, soit secondaire, de cette affection; sauf peut-etre pendant I epidemie qui
sevit en Espagne de 1800 a 1804, la fievre jaune s est limitee toujours aux villes
maritimes ou situees sur de grands fleuves navigables, sans penelrer a plus de
quelques milles dans 1 interieiir des lerres. Une autre condition tout aussi impor-
QUARANTAINES. 1 2
tante de son developpemcnt, c est la necessitc d agglomerations linmaiiies asscz
considerables, atleignuit au moins le chifl re de 5,000 personnes; c est la une cir
constance d une haute valeur, donl on n a pas tenu compte quand on a voulu im-
poser a cette affection des limites invariables de diffusion geographique, limites
qui devaient etre reculees ou modiliees par le mouvement des peuples ; si, dans
1 aucien monde, nous voyons encore, malgre 1 elevation de la temperature an-
nuelle, la cote occidentale d Afrique snbir moins les ravages de la (ievre jaiine qnc
Ics cotes de Portugal et d Espagne, c esl iante de ces milieux de population neces-
saires a 1 expansion du fleau. Le mouvement exceptional d emigration, qui s ac-
complit actuellement vers 1 Amerique du Sud, transforme au contraire incessam-
ment en centres populeux, parfois en villes importantcs, les anciens villages du
liUoral du Brcsil, transformation d autant plus favorable a 1 importation de la fievre
janne, que les relations maritimes out pris une activite inaccontumee et que 1 an-
cienne immunite de ce littoral avail eloigne, jusqu en ces derniers temps, la pcnsee
d y installer aucun etabli^sement quarantainaire. Les iaitsde Saint-Nazaire, ou plu-
sieurs bailments furent infecles dans le port, etablissenl enfin Je danger des arri-
vages des foyers secondaires de la maladie.
Pout-on, d apres 1 itineraire suivi par le navirc, prrjuger 1 utilite des mesures
quarantainaires a lui im poser dans un port susceptible? Des le COIIINICIIK nicut dc
ce siecle, on avail 1 habitude, nous apprend Keraudren, aussilot que la lievre
jaune se manifestait parmi les equipages de 1 escadre des Antilles, dc mellre a la
voili j et de diriger les vaisseaux vers ie nord, Terre Neuve on les lies Saint-Pierre
et Miquelon. En general, le nial s arrelail a la latitude de 48 nord et quand le
tliennometre s abaissait au-dessous de 20 Reaumur ; mais pour qne les germes
du vomito fnssenl completement aneanlis, il faudrait un i-ejour prolonge a cette
latitude, car la maladie peut reparaitre, comme on 1 observa sur la Ne reide, >\
le batiment se dirige de nouveau vers le sud, sans avoir subi assez longtemps ni
assez profondement celte action du froid. On peut conclure de ces con>iderations
que tout batiment, provenant d un port infecte de fievre jaune, devra etre con-
sidere comme suspect, quelles qu aient ete les cireonstances speciales de son
itineraire.
Le mode et la nature du chargement, la duree plus ou moins longue de la tra-
versee, le systeme de locomotion du navire, suivant qu il esla voiles ou a vapeur,
les divers usages auxquels il a ete anlerieurement consacre onl ete regardes, par
divers auteurs, comme ayant une influence notable sur le developpement, a bord,
des conditions voulues pour 1 explosion ou la transmission de la fievre jaune. On a
consideie comme parliculierement susceptibles les bailments qui avaienl ete con-
sacres a la Iraite des negres (Audouard); nous pensons que la frequence actuelle
de la maladie sur taut de navires qui n ont rien eu de commun avec ce trade
est la meilleure preuve du peu de valeur de cette opinion ; la race noire n est-elle
pas du reste refractaire au vomito ? pourquoi aurait-elle eu la singuliere puissance
de 1 engendrer ? Cptte supposition n a pu avoir d autres bases que le developpement
frequent de la maladie a bord de batiments provenant des Antilles a 1 epoque ou
si grand nombre d enlre eux. y avaient aupjravaiit aborde, charges en efiet de
negres de la cole d Afrique. Nous n altacbons pas beancoup plus de valeur a la
nature du chargement, bois, sucre, cbarbon meme, qu on a plus specialement
incrimines. Les dangers tiendront davantage au mode meme de ce chargement
et aux entraves qu il peut creer a 1 aeration du navire; rien ici n esl plus dange-
reux que les obslacles a la circulation de 1 air, qu ils existent soil dans la cale.
126 QUARANTAlNliS.
soit dans les divers compartiments (postes, cambuse, roufle) occupes on non par
lYquipage ou les passagers, et c est en vue surlonl du developpement de la fievre
jaune que Ton doit insister avec le plus de rigueur sur les me&ures saiutaires
exigees a bord de tout bailment pvovenant d un foyer pestileutiel.
Le rand interetde la question des quarantaines de la fievre jaune, c est I etude
des mesures sanitaires a prendre a 1 arrivee. Le decret de 1855 est a cet egard
explicite, et dans ses articles 50 et 51, il est formellement etabli que la duree de
la quarantaine sera la meme pour le batiment. les personnes et les marchandises
qui v sont assujetties; or, ici, le progres allait consister a demontrer combien, au
contraire, sont differents les dangers reveles par ces diveTses provenances, com
bien differentes des lors doivent etre les mesures quarantainaires applicables a
chacune d elles.
Navires. Plus on etudie le mode de transmission des epidemics de fievre
jaune, plus on est frappe de 1 independance qui existe entre les dangers de propa
gation que recele le batiment lui-meme et les conditions. sanitaires de 1 equipage;
dans aucune autre affection pestilentielle, n existe semblable independance qui est
la regie dans la plupart des fails de transmission de fievre jaune dont nous con-
naissons la relation : pour n en citer que quelques-uns, rappelons : 1 I epidemie
de Barcclone, en 1821, ou le navire iniecte, le Grand-Turc, debarque un equi
page bieii |iortantqui ne communique le mal a personne, alors que les visiteurs
attires sur le pout de ce batiment allaient subir une intoxication aussi rapide que
s lls eussent ete places au foyer originel de la maladie ; 2 1 epidemie du port du
Passage (cote nord d Espagne), ou un navire, le Donastierra, admis en libie pra
tique apies quelqnes jours d observation qui avaient prouve la bonne sante de son
equipage, communique les germes de 1 epidemie aux charpentiers charges de re-
parer a son bord quelques avaries ; 3 1 epidemie enfin de Saint-Nazaire ou 1 equi-
page aussi debarque a peu pres en bonne sante, et ou la maladie fait explosion
parmi des ouvriers de la localite employes au debarquement de I Anne-Marie.
II y a longtemps que le peuple americain connait cette difference du danger des
diverses provenances : liommes, marchandises ou navires, et en applique ration-
nellement les consequences ; je lis, dans Keraudren, que la division navale com-
mandee par le contre-amiral Jurien fut soumise, vers 1820, a une quarantaine
au lazaret de Staten-lsland, avant de pouvoir mouiller seulement sur la rade de
New- York. Les equipages enrent la faculte de debarquer sur 1 ile et de s y pio-
mener; mais la quarantaine imposee aux batiments fut d une plus loiigue duree.
Quelque bizarre que cette distinction puisse paraitre au premier apercu, ajoute
Keraudren, elle n est peut-etre pas moins ulile dans son application, et je ne
suis pas non plus eloigne de penser que les navires offrent par eux-niemes plus
de danger que les hommes qui y sont embarques.
S il est une affection importable dans laquelle la date du dernier deces a bord
doive perdre complelement sa valeur au point de vue du regime sanitaire a imposer
a 1 arrivee, c est certainement le vomito ; quand un navire part de la Havane a
1 epoqne de la fievre jaune, en destination d une localite susceptible du deve-
loppement de cette maladie, le danger de ce navire ne se mesure nullement a la
sante de son equipage au moment meme du debarquement; a 1 appui de cette
asssertion, nous invoquerons toutes ces epidemies analogues a celle de Saint-
Nazaire, dans lesquelles le dernier deces a bord remontait a plusieurs semaines,
et ou Teijuipage jouissait d une sante assez complete pour quitter immediate-
ment le navire, des son entree au port ; nous citerons . egalement les epidemies
QUARANTINES. 127
qu on voit se developper a 1 arrivce d nn bailment qui, parti en mauvaises con
ditions, a change tout son equipage pendant la traversee, el dont no drbarquc-ut
que des homines qui tons out joui, a Lord, de la plus complete immunitc ; tel
est lecas de I Anna-Maria, ce navire espagnol, qui, en lSu5, ini|iorta la lit-vre
jaune a Livourne, et qui cependant avail, a Cadix, change son equipage, et
arrivait avec patente nette a sa destination. Tous ces fails prouvent, que dans
1 immense majorite des epidemics, la fievre jaune, apportee par les navires, so
transmet non point comme les autres maladies infectio-contagieuses, dont 1 orga-
nisme humain regenere le virus pour le propager a son tour, mais que .les germes
morbides, puises au foyer originel, demeurent a bord dans des conditions de latence
ou d aelivite determinees par les circonstances exterieures, et y constituent un
milieu comparable a ce foyer originel ; si la contamination du navire n etait enlre-
tenue que par les atteintes successive;* d homme a homme, non-seulement la difiu-
sion epidemique augmenterait a cbaque jour de la traversee, mais une fois le der
nier cas accompli a bord, I epidemie pourrait etie considered comme tcrminee, la
source de 1 affectiou ne s etant point renouvelee. Cette succession des malades
rappellerait ce qu on obtenait, au commencement de ce siecle, sur des navires
charges de transporter du vaccin aux Indes, en embarquant des jeuncs gens que
1 on vaccinait dans la traversee, a des intervalles convenables pour avoir encore du
virus frais a 1 instant ou Ton parvenait au terme du voyage; si les gerim s i|<> ] ;i
fievre jaune avaient a se renouveler de la sorte durant la traversee, tout butiment
arrivant sans avoir eu de malade pendant une periode superieure a celle de 1 incu-
bation ordinaire du vomilo, devrait rationnellement etre admis en libre pratique.
Malheureusement il n en est point ainsi; suivant nous, la propagation de la fievre
jaune a bord des navires a lieu surtout par rimpregnation miasmatique de ces
navires, veritables foyers fioltanls, comme on 1 a dil, el non par 1 intermediaire de
1 organisme qui, transformant en virus les germes miasmatiques des autres ma
ladies infectio-contagieuses, devient la cause habituelle de leur propagation en
dehors de leurs berceaux endemiques.
Dans nombre de cas de transmission de la fievre jaune par mer, la cause nior-
bide voyage tout a fait independante de 1 homme, se revelanl au moment ou, a
1 arrivee, on ouvre un compartiment clos au depart, et dans lequel porsonne n a
penetre pendant la traversee. Chervin commettait certainement une grande envur
en alfirmant que dans nos ports la fievre jaune etait d origine locale, indepen
dante de toute provenance exotique; mais il avail, mieux que ceux qui Tout cri
tique, la conscience de la nature du danger recele parfois par les navires ; et,
quand il dit que le bailment qui inlecta le porl du Passage, le Donastierra, ne
porlait pas la maladie, mais en portait la cause dans ses flancs, il determine par-
faitement le caractere principal du mode d importatiou de la fievre jauue.
G est precisement parce que les circonstances du developpement de 1 epidemie
de Saint-Nazaire mettaient en evidence, mieux que jamais, celte specialite du
danger des navires provenant d un foyer de fievre jaune, que Melier insista si
energiquement sur la necessite des precautions a observer pour leur decharge*
ment et leur desmiection. Un arrele ministeriel du 3(f aoul 1861, conn rmait les
dispositions reglementaires adoptees des le 16 de ce meme mois, qui interdisaienl
aux navires arrivant de la Havane d entrer dans le port et dans la rade de Saiut-
Nazaire (art. 1), ordonnaient le debarquement immediat et la raise en observa
tion de toutes les personnes dont la presence a bord n etait pas indispensable
(art. 10), et enlin prescrivaient (art. 12 et suivants) d ouvrir les ecoulilles et
12S QDARANTAINES.
d enlever les panneaux, d etablir on de faire fonctionner les venlilateurs, avant de
proceder aux operations du deYbargement. Toutes ces prescriptions sont parfaite-
ment rationnelles ; ellcs avaient non-seulement pour but 1 assainissement du bati-
ment infecle, mais encore la soustraction immediate, des leur arrivee, des pas-
saers et de la plupart des bommes d equipage aux dangers qu allait faire naitre
1 jnfluence des foyers renfermes dans les flancs du navire. Je ne menlionne qu en
passant, car elle n eut heureusement aucune occasion d etre appliquee, une
instruction ministeiielle du 14 juin 1862, dans laquelle, a cote de mesures fort
sages, il etait prescrit de retenir sur le navire, jusqu a la fin des operations de de-
chargement et de purification, tons les bommes d equipage et tous les passagers;
une semblable pratique, bien qu ordonnee seulement pour les arrivages prove-
nant de lieux atteints de fievre jaune sans qu il y ait eu d accidents de cette mala:
die a borcl, aurait pu entrainer, a notre sens, les plus facheux resultats, et nous
anrait rappele 1 epoque ou, durant la peiiode de sereine a bord, on maintenait
aussi, sur le bailment soupconne de contamination pestilentielle, tous les pas.-a-
gers et tous les bommes d equipage.
La frequence de plus en plus grande de nos communications avec le Mexique,
et la rentree des troupi-s t|iii avaient pris part a I expedition rendaient indispen
sable un reglement qui, tout en tenant compte de la necessile des mesures sani-
taires exi^ees pour 1 assainissement du navire, diminnat, sans porter atteinte a la
saute publique, les cnlraves quarantainaires