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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.81"




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A gift of 

Associated 

Medical Services Inc 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 




DICTIOMVA1RE ENCYCLOPED1QUE 



i>i 



SCIENCES MEDICALES 



TAIUS. IMP. SIMO.V IU?O.N ET COMP., RUR D KRFDRTH, I. 



/I/I O 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS 

ARCHAMBAULT, AIENFEI.n, BAILLARGER, DAILI.ON, BALBIANI, BALL, EARTH, DAZIX, BEAUGRAND, BECLAIIIl, 

BEHIER, VAN BENEDEN, DERGER, BEBNE1M, BERTILLON, BERTIN, ERNEST BESNIER, BLAC1IE, BLACHEZ, B01NET, IIOISSEAU 

BOB.DIER, BOUCHACOCRT, CD. BOBCHARD, BOUISSON, BOOLAND, BOULEY (ll.), BOUVIER, BOVEB, BRASS.1C, BIIOCA, 

BT10CIIIN, BROUARDEL, BROWN-SEQUARD, CALMEIL, CAMPAISA, CABLET (G.), CElllbE, CIIAHCOT, CIIAJSAIGMAC, 

CHACVEAl , CHlillEAU, COLIN (L.), CORNIL, COCL1ER, COCBTY, DALLY, DAMASCHINO, DAVAINE, DECIIAMBRE (A.), DELENS 

DELIOU5L DE SAVIGNAC, DELPECH, DENOV1LLIERS, DEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DUGUET, DUPLAT (s.), BUTROULAU, 

ELY, FAI.RET ().), FARABEUF, FERBANB, FOLLIIS, F01SSSAGR1VES, 

GALTIER-BOISSIERE, GARIEL, GAVARRET, GERVAIS (P.), GILLETTE, GIRAUD-TEULOn, GOBLEY, GODELIER, ORttMIIII . 
GH1SOLLE, GUBLER, GUEMOT, GUERARD, GU1LI.ARD, r.UII.LAUME, GUILLEMm, GUYON (F.), 

HAMELIN, IIAVEM, HECIIT, HENOCQUE, ISAMBERT, JACQUEMIER, KIIISIIARER, I.ABRK (I.KDM), IAKIU.I , i M .DRDE, 

LABOULBENE, LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCIIER (o.), I.AVKI1AN, I.ECI.KIIC (L.), LEKdHT II.KII\ . 
LEGOUEST, LEGROS, LEGHOUX, LEIIEBOULLET, LE BOY DE MEIUCOIRT, I.ETnuilNEAU, LEVIN, ll.\l iMICMKI.), 

LIEGEOIS, L1ETARD, LINAS, L10UVILLE, L1TTRE. LUTZ, MAGITOT (E.), MAGNAN, MALAGUTI, MAUCMAM), MAIU.V, MAIIIIM- 

MICHEL (DE NANCY), MILLARD, DANIEL MOLLIERE, HONOD, MONTANIER, MOHACIIE, MOREL (B. A.), MTUM:, 
OLLIER, ONIIIUS, OnFILA (L.), PAJOT, PARC1IAPPE, PAIIROT, PASTEUR, PAULET, 1-EBRIN (MAt lllCE), PEIER ^M.), 

PLANCIIOX, POLA1LLON, POTAIN, TOZZI, REGNARD, REGNA11LT, REYNAL, BOBIN (CH.), DE HOCIIA:., FOGKII (II.), 
ROLLET, BOTUREAU, ROUGET, SAINTE-CLAIRE DEVILLE (ll.), SCHiJTZENUERGEH (CM.), SCHOMEKBBH6EB (P.), 

SEE (MARC), SEBVIEH, DE SEYNES, SOUBEIRAN (L.), E. SPILLJUNN, TARTIVEL, TERRIER, 
T1LLAOX (P.), TOURDES, TRELAT (.), TI1IPIER (LEON), VALLIN, VELPEAU, VERNEU1L, VIDAL (BM.)l 
V01LLEMIER, VULPIAN, WARLOMONT, \\011MS (}.}, WUBTZ. 

D1REGTEUR : A. DEGHAMBRE 



TROISIEME SERIE 

TOME DEUXIEME 

RAD RED 



IIBUOTHfcQUES 




WRARttS 






G. MASSON 

LJBIUIHE HE L ACADEMIE DE IIEDECINE 



PARIS 



P. ASSELIN 

L1BBA1RE DE LA PACILTE DE ItEDECJRE 



PLACE DE L ECOLE-DE-NEDECINE 
MDCCCLXX1V 













9 [ 



DICTIONNAIRE 



ENCYCLOPEDIQUJi 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



(MUSCLES) on Radiaux externes. I. ANATOMIE. On donnc cc 
nom a deux muscles situes a la region externe du bras et de 1 avant-bras ; on a 
aussi applique au grand palmaire le nom de radial antcrieiir, de radial interne; 
mais il est beaucoup moins connu sous ces dernieres denominations quo sons la 
premiere. Nous ne le decrirons done pas ici [voy. PALMAIHE (Grand)]. 

Les duux muscles radiaux exteraes sont distingues en premier et second, on 
longet court. 

LE PREMIER RADIAL EXTERNE (Extensor carpi radialis longior, radialis e.rternus 
longior, Albinus), ou long radial externe, ou liumero sus-metacai irien (Cbaus- 
sier), s etend de 1 extremite inlerieure de I limnerus au second meHacarpien. I n 
peu aplati d un cote a 1 autre, dans sa portion supeiienre, il le devient bientot 
d avant en arriere, et se termine par un tendon qui occnpe les deux tiers de sa 
longueur totale. Il nait du bord externe de 1 humerus, au-dessous du long supina- 
teur qu il semblecontinuer; il prend aussi des insertions a la cloison intermusui- 
laire externe et a la face anterieure du tendon commun d origine des muscles de 
la region posterieure de l avant-,bras. 

Le venire charnu descend siir la face externe du radius; le tendon plat qui lui 
fait suite se devie un peu en dehors, puis en arriere, et se place dans une coulisse 
du radius qu il partage avec le second radial externe. II va s inserer en arriere 
et en dehors de 1 extremite superieure du second metacarpien. 

Rapports. Le long supinateur et 1 apooevrose anlebrachiale recouvrent ce 
muscle dans la plus grande partie deson etendue; il est croise; au cote externe 
de 1 avant-bras, par les muscles long abductenr et court extenseur du pouce ; 
au niveau du poignet par le tendon du long extenseur du pouce et par le liga 
ment annulaire posterieur du carpe qui complete le- canal osteo-libreux dans 
lequel glisse son tendon. Au dos de la main, il est revetu par 1 aponevrose et la 
peau; il y est place en dedans de 1 artere radiale, et contribue a limiter la de 
pression que forme la saillie des muscles du pouce, conaue en anatomic cbirur- 
gicale sons le nom de tabatiere anatondque. II recouvre le second radial, la 

PICT. ENC. 5* S. II. i 



2 RADIAUX (MUSCLES). 

jiartic inferieure du radius, 1 articulation radio-carpienne, le scapho idc ct Ic tra- 
pezoi tle. 

LE SECOND RADIAL EXTERNE (Extensor carpi radialis brevior, radialis ex- 
ternus brevior Albinns) on court radial e.iierne, ou epicondylo-sus-metacarpien 
(Chaussier) est situe au-dessous du premier radial ; il est moins long que lui, mais 
plus epais. Conime lui du reste il est charnu et aplati dans son tiers superieur, 
tendineux dans ses deux tiers inferieurs. 

Jl s insere, en haul, a 1 epicondyle ; il y confond ses attaches avec celles de 1 ex- 
tenseur des doigts dont le separe une lame aponevrotique ; ses fibres proviennent 
encore d une aponevrose tres-forte qui occupe sa face posterieure! De ces divers 
points part un ventre charnu fusitorme ; il se termine par un tendon qui d abord 
large et mince occupe son epaisseur, et qui ne se degage entierement des fibres 
musculaires qu au-dessous de la par tie moyenne de 1 avant-bras. Ce tendon se 
devie inferieurement vers la face posterieure du radius, s engage dans une gout- 
tiere qu il partage avec le premier radial et y glisse a 1 aide d une meme syno- 
viale. Iteimis dans cette coulisse oil iis ne sont separes que par une crete osseuse, 
les tendons des deux radiaux s ecartcnt ensuite ; le second radial se porte en 
arviere, et, passant sur les os du carpe, va s inserer a 1 extremite superieure du 
troisieme metacarpien sur 1 apoiibyse pyramidule qu on y remarque; cette inser 
tion se fait done notablement en debors de 1 axe de 1 os. 

Rapports. Le second radial externe est reconvert superieurement par le pre 
mier, et plus bas il est croise comme son congenere par les muscles long abduc- 
tcur, court extenseur, et long extenseur du pouce ; il n est separe de la face 
externe du radius que parle court supinateur ; en haul, et vers la partie mediane 
par le rond pronateur. 11 repond ensuite a la face poslerieure de cet os, a 1 articu 
lation radio-carpienne, et au carpe. Une petite bourse synoviale existe, suivant 
M. Sappey, au devant de son attache a 1 apophyse pyramidale du troisieme meta 
carpien. 

Les rapports internes des tendons des deux radiaux avec 1 epiphyse radiale, sur 
laquellc ils sont maintenus par une meme gaine fibreuse rendent compte d un 
signe tres-frequemment observe dans les fractures de 1 extremite inferieure de cet 
os. Le doigt qui explore la face posterieure du poignet sent alors les deux tendons 
souleves et tendus comme des cordes de violon, pour nous servir d une expression 
familiere a Velpeau. Le fragment inferieur, incline en arriere, constitue le 
chevalet. 

Ces deux muscles sont innerves par le nerf radial. 

Anomalies. Elles out ete pour la premiere fois biendecrites par J. Wood (On 
Variations in Human Myology in Proceedings of the Royal Society of London. 
Vol. XV (1866-67), p. 256). 

Avant les observations de cet analomiste, les auteurs avaient seulement signale 
la fusion possible des deux muscles, les anastomoses que s envoient parfois leurs 
ventres charnus on leurs tendons et la division de ceux-ci en diverses languettes 
ITlieile. Encycl. anat. trad. Jourdan, t. Ill, p. 225, 226. Cruveilhier. Traite 
d anat. descr., 4 e edit., t. I, p. 685). Wood a propose le nom ^extensor carpi 
radialis intermedius pour un petit muscle supplementaire qu il n est pas rare de 
rencontrer ; ses fibres naissent avec Tun des radiaux et sou tendon va s inserer a 
cote" du tendon de 1 autre radial. Wood a, deplus insiste, sur une autre anomalie 
plus rare, qui conslitue ce qu il a appele Y extensor carpi radialis accessorius ; 
ainsi que nous le venous plus loin, Weckel seul, avantlui, avail mentionne une 






II 



-a- 



RADIAUX (MUSCLES). 3 

disposition analogue, mai* d nnc facon tres-incomplete ct en rapporlant 1 ano- 
malie a un autre muscle. Wood a done pu croirc qu il etait le premier a 1 nbserver, 
lorsqu il 1 a signalee dans une communication faitea la societe Royal e de Londres 
le 28 avril 186-i ct publiee dans les Proceedings de la meme annee (vol. XIII). 
II n ena donne la description detaillec quo dans nne commu 
nication de 1866 (ibid. vol. XV, p. 256), a laquelle nous 
rempruntoiis ainsi quo la figure qui I accompagne. Otic 
figure dessinee d apres nature, presente la coexistence des 
deux muscles surnumeraires dmit nous venons de parler ; cVsi 
un fait exceptionnel, et quc Wood n a rencontre quo cctlc 
seule fois (fig. 1). 

Le radial accessoire (e.rtcnsor c. r. accessories) (a) nail 
du bord cxterne de rimmerus au-dessous du premier radial 
externe (f) et se tronve situe entre ce muscle et le ratlin! 
intermediate (extensor c. r. inter med ins) (c) qui le separe 
du second radial externe (d). 

II presente un tendon distinct assez volumineux, qui croisr 
celui du premier radial, traverse la gaine du long alxliirlnir 
et du court exlenseur du ponce, et se divise en drnx lan^nel. 
tes, dont 1 iiue s attache ;> IY.\ir< mii.< suprieure du ( innier 
metacarpien, et dont 1 antrc forme 1 une des insertions d un 
aljdiicleur du pouce double (b). Le tendon du radial inler- 
mcdiaire (c) s inserc an second metacarpien avec le premier 
radial. 

Cette anomalie double n existait que du cote droit chez cc 
sujet ; au bras gauche il y avait seulement un radial inter- 
mediaire. 

Oa peut se rendre compte, d apres Ja figure, de 1 etroite re 
lation qui existe entre ces deux dispositions irregulieres. En 
effet, le radial accessoire presente une origine a peu pres 
identique a celle du radial intermediate ; d un autre cole, 
ses rapports avec le court abductenr du pouce sont precise- 
ment les memes que celles qu on observe souvent entre ce muscle et le tendon du 
long abducteur; on sait enfin quelles connexions etroites unissent frequemment 
les insertions des radiaux et du long abducleur qu il n est pas rare de rencontrer 
double. Gela pose, on peut comprendre sans difficuHe la production d un radial 
accessoire; il suffit desupposer 1 existence d un double long abducteur du poun- 
et la fusion de ce muscle par sa partie superieure et externe avec le germe d un 
radial intermediate. C est ainsi que la combinaison do deux anomalies communes 
pourrait donner naissance a cette anomalie exceptionnc lle, dont Wood nous par.iit 
avoir peut-etre exagere la frequence lorsqu il dit qu on doit la rencontrer une fois 
sur 55 cadavres. 

Wood a trouve sur un autre sujet une terminaison un peu differente du radial 
interme diaire ; il allait entitlement seperdredans 1 epais seur du court abducteur 
du pouce (Proceedings, vol. XIII, p. 301). C est une disposition analogue qui 
avait certainement ete observee par Meckel (Uandbuch. des mensch. Anatomic, 
Muskellehre, p. 517, 1816). Dans Je cours de la desciiption que donne cet an.i- 
tomiste du long abducteur du pouce, il mentionne 1 existence rare d un muscle 
irregulier qui, ne du condyle externe de 1 humerus, irait ^ inseier a l ex I remits 



fig. 1- 



4 RAOIAUX (MUSCLES). 

superieure de la premiere phalange du ponce apres avoir presente siiccessivement 
deux venires charnus. Qui ne voit que cette description s applique a 1 existence 
d un radial accessoire dont le tendon se perd dans le chef extenie d un court ab- 
ducteur du pouce double? 

Chez be;iucoup d animaux, et parfois chez rhomme (Henle), les radiaux sont 
represented par un seul gros muscle d ou parlent deux tendons pour le second et 
troisieme rnetacarpien. Le radial intermediaire vie Wood, qui relieles deux mus 
cles eutre lesquels il est place, ne peut-il pasetre considere comme se rapprochant 
de ce type ? Chez le fourmilier on trouve un muscle qui nait de Thumerus au- 
dessus du long supinateur, etqui va s inserer soil a 1 os ensiforme, soil a la sub 
stance musculaire de la paunie de la main (Meckel, Anal, compar., 1829-50, 
vol.VJ, p. 327-8). Ce muscle pourrait hien etre 1 honiologue du radial accessoire 
de Wood. 

Une anomalie des muscles radiaux, un peu differente des precedentes, a ele 
mentionnee par M. Perriu (Medical Times and Gazette, 1872, vol. 11) et rencon 
tre egalemcnt par J. Cunow (The Journal of Anatomy and Physiology, 1875, 
11 Xll, p. 306). II s agit d un troisieme muscle radial, d un volume egal au deux 
autres, qui nait par deux venires charnus des Lords des muscles normaux entre 
Irsquelsil est situe ; 1 origine qu iltiredu second radial est la plus importante; les 
librcs de ce muscle se terminent sur un tendon unique, deux pouces au-dessus de 
1 extremite iuferieure du radius, et ce tendon s insere au cote interne du second 
metacar|iien. On voit quece muscle surnumerairc dine re du radial intermediaire 
et du radial accessoire de Wood. 

II. PHYSIOI.OGIE. L action des muscles radiaux etait fort imparfaitement connue 
avant les travaux de M. Duchenne de Boulogne, qui les a etudies a 1 aide de 1 ex- 
perimentation electrique et de 1 observatioii clinique, et parait avoirdefinitivement 
clabli leur role respect!!. Tout ce qui va suivre est done emprunte a ce sagace 
observateur (Physiologic des mouvements, Paris, 1867, p. 149 et suiv.). 

Lorsqu on excite successivement, a Taide du courant electrique les muscles ex- 
leuseurs de la main, celle-ci etant tenue en pronation et inflechie sur 1 avant-bras, 
on observe les mouvements suivants : par la contraction du premier radial, la main 
se meut obliquement en haut et en dtbors, et sa face dorsale regarde en dehors. 
Est-ce le second radial qui est mis en action ? 1 elevation de la main sur 1 avant- 
bras a lieu directement, et alors la face dorsale de la main regarde un peu en 
dehors. 

Pendant que, par la contraction electrique du second radial, la main est ainsi 
tenue dans 1 extension sur I avanl-bras, vient-on a diriger le courant d un second 
appareil d induction sur le premier radial, la main, obeissant a 1 action laterale 
}H opre a ce muscle, n eprouve pas d obstacle pour se porter en dehors et en 
dedans. 

Lorsque le cubital posterieur et le premier radial sont mis simultanement en 
contraction avec deux courants d induction de force egale, 1 elevation de la main 
se fait directement sur 1 avant-bi as et la face dorsale de la main regarde en haut. 

II est done demonlre par 1 experimentation electro-musculaire que les trois 
muscles exlenseurs de la main sur 1 avant-bras agissent chacun d une maniere spe- 
ciale; le second radial etend directement la main, en exercant son action sur le 
troisieme metacarpien aans contrarier les mouvements de laleralite de ses conge- 
neres pour 1 extension ; le premier radial produit 1 extension abductrice, tandis 
que le cubital po.-terieur ameue rcxlension adductrice. 



RADIAUX (MUSCLES). 5 

On enseignait avant Ics Iravanx de M. Dncbcnne, quo les deux radiaux posse*- 
daient la meme action abductrice, et que 1 extension directe de la main resultait 
de la contraction combinee de ces muscles avec le cubital posterieur. S il en 
eutete ainsi, 1 extension directe de la main eut toujours exige ime plus graiule 
depense de forces, en mettant alors en action trois muscles dont deux sont antu- 
gonistes pour leurs mouvemcnts de lateralile ; 1 cffort que ce inonveinent n ll. 
ainsi exige aurait nui a 1 habilcte manuclle. 

Mais, en raison de 1 action propr e dont jouit heurenscment le second radial 
(extenseur direct de la main), cette combinaison musciilaire complcxe n cst pins 
necessaire a 1 extension direcle habituelle de la main; elle a lieu seulement lors- 
qucl on doit etendre la main avec effort. G est ce ijuc Ton pcut constalor pi-ndanl 
1 extension volontaire de la main, etce que dcmonlre micux encore 1 observation 
clinique ainsi que nous le dirons plus loin. 

L exislence d un muscle extenseur direct de la main facilite les divers mou\r- 
mentsdelateralite intermediates, qui se produisent sans effort, pendant 1 extension 
de la main ou pendant ses mouvements de circumduction. 

Voyons, en effet, ce qui se passe dans ce dernier cas. Supposons la main a smi 
plus bant degre d extension abductrice. Si le muuvement se fait sans dfort, le 
premier radial sera seul alors en contraction. Si la main est rameiuV vers rextrn- 
sion direcle, le second radial combinant son action avec, cclle dn precedent role 
seul conlracte, quand la main est arrivee a Intension direcle; ma is dcs i|iic son 
abduction commence, le cubital postri ienr vient s associer a lui, culminant pro- 
gressivement la main vers le cubitus ct rcstant enlin seul contracle lorsque la 
main se trouve en extension abductrice extreme-. 

S il n exislait, ainsi qu on 1 enseigne generalement, que des extenseurs abdnc- 
teurs ou adducteurs de la main, le mouvement de circumduction de cette parlie 
ne se ferait pas avec la meme facilite* a cause de 1 antagonisme musculaire qne 
1 ondevrait alors (aire intervenir. 

III. PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. La paralysie et surtout 1 atrophie partielle des 
muscles extenseurs de la main out fourni a M. Duchenne 1 occasion d observer 
1 action individuelle de ces muscles, qui se prodnit alors sous [ influence de la vo- 
lonte, et aussi de confirmer par 1 observation clinique les fails qui ressortent de 
I expcrimentation electro-physiologique. 

En effet, les sujets prives du concours du second radial et du cubital posterieur 
ne peuvent etendre la main sur 1 avant-bras, sans la porter a son plus haul degre 
d abduction. 

N ont-ils conserve que 1 action du cubital posterieur ? 1 adduction de la main, 
au contraire, devient inseparable de son extension ; enfm, la contractilite volon 
taire du second radial est-elle seule conservee? la main peut etre etendne directc- 
ment sur 1 avant-bras, mais dans cette altitude, elle ne jouit plus de ses mouve 
ments lateraux. 

Lorsque 1 un des muscles, extenseur abducteur (premier radial) ou extenseur 
adducteur (cubital posterieur), est seul paralyse ou atropbie, le sujet peut etendre 
a volonte sa main directement ou lateialement, dans la direction de I extenseur 
adducteur intact. II est evident que s il n avait pas la facilite de contractor isole- 
ment son second radial, il ne pourrait oblenir 1 extension directe de sa main siir 
son avant-bras, car la rnoindre contraction synergique de 1 autre muscle imprime- 
rait a la main un ruouvement plus ou moins lateral. 

Ce fait de pbysiologie patbologique tend a demontrer que, dans 1 extension vo- 



6 RADIAUX (MUSCLES). 

lontaire dc la main sur 1 avant-bras, chacun de sestrois muscles extenseurs peut se 
contractor isolement pour produire le mouvement qui lui est specialement affecte. 
Ge qui fait ressortir aussi 1 utilite du second radial pour le mouvement de cir- 
cumduction de la main, c est que, pendant ce mouvement, le passage de 1 exlen- 
sion abductrice a V extension adductrice se fait difficilemeut et brusquement lors- 
que ce muscle est atrophie. 

L observation clinique fait aussi connaitre comparativement le degre d utilite de 
chacun des muscles extenseurs de la main sur 1 avant-bras, soil au point de vue 
de 1 attitude de ce membre, soit au point de vue de ses mouvements. 

Ainsi, consecutivement a la paralysie ou a 1 atrophie du premier radial, la main 
est entrainee vers le cubitus par la force tonique predominante des muscles ad- 
ducteurs; si, en outre, le second radial est lose, ce mouvement pathologique de 
la main est encore phis prononcu. 

A la longue, cette attitude pathologique deforme les surfaces articulaires dans 
le sensde la deviation de la main; certains ligaments se raccourcissent, les mus 
cles adducteurs se retractent et s opposent au redressement de la main. II en 

resulte une gene considerable dans 1 usage de la main 
i|iii, en restant toujours inclinee vers le cubitus, sert 
difficilement la partie anterieure de la tete et du tronc. 
C est ce qn on peut voir sur la figure ci-contre, 
cmpruntee au livre de M. Duchenne (de Boulogne), 
elle represente 1 altitude d adduction de la main chez 
un enfant dont le premier radial etait atrophie depuis 
plusieurs unnees. On comprend combien une pareille 
deformation nuit aux usages de la main, surtout lors- 
qu elle doit se porter vers la partie anterieure de la 
tete et du tronc. 

La pathologic musculaire fait connaitre les fonc- 
tioiis synergiques dont sont chargees les muscles 
extenseurs de la main. 

Des que 1 extension de la main est abolie, la flexion 
des doigts est extremement affaiblie par le fait du 
raccourcissement ou se trouventaloi s places lesflechis- 
seurs superficiel et profond. Les observateurs qui ont 
ignore le mecanisme de ce trouble fonctionnel ont attribue, a tort, cet aflaiblis- 
sement apparent de la flexion des doigts a une cause paralytique. Ce phenomene 
pathologique demontre que 1 action synergique des extenseurs de la main est 
absolument necessaire a la flexion des doigts et que la force de leur contraction 
est alors proportionnelle a Fenergie de cettc flexion. 

C est, en effet, ce qu il est facile de constater. Que Ton compare, a 1 aide du 
dynamometre, la force de flexion de la main tenue inflechie sur 1 avant-bras et de 
la main a laquelle on laisse la liberte de s etendre pendant la flexion des doi^ts, 
on constatera alors que, dans le premier cas, la flexion a perdu les trois quails de 
sa puissance. 

Ce mouvement d extension du poignet, pendant la flexion des doigts, est telle- 
ment instinctif et imperatif, qu il faut un effort pour 1 empecher. Si, en effet, la 
main etant flechie et ouverte, on vient a la fermer subitement, cette main se re- 
dresse et ses extenseurs se contractent d autant plus iortement que le poin^ est 
plus fortement serre. 




Fig. 2. 



RADICAL. 1 

Ce n cst pas tout; il cst un fait diniquc qui montre combien la contraction 
instinctive des extenscurs de la m;iin est liee a la flexion des doigts. Tonics les 
fois que M. Duchenne, de Boulogne, a vti les muscles flechisseur, superiiciel et 
prolbnd, atrophies (dans ratrophiemusculaire-graissense progressive), ila constate 
que pendant les efforts faits pav les malades dans le but d executer ce mouvenicnt, 
la main elail entrainee malgre eux dans une extension exageree sur 1 avant-bras. 

Voici comment M. Duchenne essaye d expliqner ces mouvemcnts patbologi- 
ques : la fonction qui consiste a fermer la main est executee par la contraction 
synergique et inseparable des muscles flechisseurs des doigts et extenseurs do la 
main. Si les flechisseurs des doigts sont atrophies, 1 effort pour fermer la main 
est considerable, et alors un courant nerveux arrive aussi intense aux extenseurs 
de la main qu aux flechisseurs des doigts. De la cette extension exageree de la 
main, lorsque les flechisseurs des doigts sont atrophies pendant les efforts pour 
fermer la main. 

IV. PATHOLOGIE. Ce n est pas ici le lieu d etudier la paralysie des muscles ra- 
diaux, qui trouvera sa place dans un autre article (voy. PARALYSIE [radiale]). 

On a observe la rupture du tendon d un des musctes radiaux pendant de vio- 
lents efforts muscnlaires. 

J. Grantham (London Medic. Gas., 1851, vol. XLVIl, p. 228) rapporte 1 his- 
toire d un homme qui eprouva une douleur tres-aigue au poignet en enlevant 
une longue echelle qu il ne soutenait qu avec les doigts. Immediatement apres, il 
ne put plus serrer la truelle, et, en examinant 1 avant-bras, on constat.i unr riqi- 
ture dans le point ou le premier radial externe devient superiiciel, cntre le long 
supinateur et le second radial externe. 

L mflammatiott des gaines synoviales qui facilitent le glissement des tendons 
des radiaux, donne parlbis lieu a une crepitation qui pourrait elre confondue avec 
celle d une fracture, tout aussi bien que celle des extenseurs et du long abduc- 
teur du pouce, ainsi que Desault 1 a, le premier, signale (OEuvres chirurgi- 
cales, edit, de Bicliat, t. I, p. 192-195). 

Pour plus de developpemeiits, nous renverrons a 1 article d ensemble dont la 
pathologic des muscles sera le sujet. Nous nous bornerons a mentionner, au snjet 
des tumeurs dont les muscles radiaux peuvent etre le siege, et a cause de la rarete 
d un pareil fait, 1 observation suivante due a Latour (Essai sur le rhumatisme, 
these, Paris, 1803, p. 102). Un malade atteint de tuberculi S et de rhumatismes 
avail une tumeur de 1 avant-bras gauche dont on n avait pu reconnaitre la nature. 
A 1 autopsie on trouva qu elle avail pour cause un abces des muscles radiaux 
externes, rempli d un pus sereux. Le malade e"tait du reste tuberculeux et avail 
du pus caseeux dans le deltoide. SAMUEL Pozzi. 

RADICAL (CHIMIE). On donne le nom de radical a un corps simple, ou a 
une combinaison de deux ou de plusieurs elements jouant le role d un corps 
simple, et pouvant contracler des combinaisons par simple addition, ou pouvant 
etre transporle dans un autre corps par 1 eifet d une double decomposition. 

L idee premiere des radicaux composes remonle a Lavoisier. 11 a pense que 
dans les malieres organiques oxygenees 1 oxygene jouail le meme role que 
dans les oxydes el les acides de la chimie minerale, et que les autres elements 
(carbone, hydrogene, azole) etaient grouppes de maniere a constiluer une sorte de 
radical compose, qui combine avec 1 oxygene formenl les oxydes el les acides 
lujdwcarboneux. II y aurait done suivant lui, presque autant de radicaux que de 



8 RADICAL. 

substances organiques differentes ; et il a demontre que cos radicanx differaient 
entre eux, nou-seulement par la nature, mais encore par la proportion des ele 
ments qu ils renferment. 

Berzelius a mis cette conception des radicaux en harmonie, avec la theorie elec- 
tro-chimi(|ue. D apres lui, dans les composes organiques, le radical hydtocarbone, 
constitue 1 element electro-positif, et I oxygene, le soufre, le cblore, on le brome 
forment 1 element electro-negatif, de telle sorte que les composes organiques ?ont 
des composes binaires comme les composes mineraux. Selon lui, 1 oxygfcne, le 
soufre, le cblore ne peuvent jamais faire partie du radical. 

La tbeorie des substitutions, dont 1 idee appartient a M. Dumas, a fait justice de 
cette exageration. On sail, en t ffet, que le chlore, le brome, peut se substituer a 
1 bydrogene d un compose organique, atome par atome sans lui faire perdre ses 
fonctions cbimiques; aussi admet-on aujourd bui des radicaux, oxygenes, chlores, 
bromcs, etc. 

Rarement les radicaux existent a Tetat de liberte pouvant contracter directe- 
ment des combinaisons; comme exemples de radicaux isole.s, nous citerons : 
1 ethylene, le propylene, limiylene, et leuis bomologues; le plussouvent quand on 
cbercbe a isoler le radical de sa combinaison, il se combine a lui-meme, double 
ainsi la formule, et ne constitue plus un radical, exemple : 



2C H 7 ,I + 2Na == 

lodure Sodium. lolure Propyle 

de propyle. de sodium. double. 

Cette difficult^ s explique quand on considere qu un radical ne peut jamais etre 
un corps sature, car, par sa definition meme, il doit pouvoir entrer dans de nou- 
velles combinaisons, ce que ne peut pas un corps suture ; or 1 etat de saturation 
comporte un etat d equilibre moleculaire stable. Ainsi, par exemple, I liydrure de 
propyle C 8 H 8 est un corps sature, il ne peut se combiner avec aucun element nou 
veau, de la sa stabilite; mais vient-on a lui soustraire un atome d hydrogene, on 
le transforme en propyle, corps incomplet, puisque la place de cet hydrogene n est 
pas occupee, et par cela meme peu stable; et pour que la stabilite moleculaire soil 
retablie, il faut que le propyle se sature de nouveau, en se combinant avec un 
atome de chlore, de brome, oude propyle lui-meme, c est ce qui a eu lieu dans 
1 equation ci-dessus. 

La plupart des radicaux organiques sont done des radicaux hypothetiques, puis- 
qu on ne les coimait que dans leurs combinaisons. 

Nous allons dans quelques exemples, tires de quelques groupes organiques faire 
comprendre la signification et I utilitedes radicaux. 

Radicaux ulcooliques. La constitution des alcools a ete comparee a celle de 



1 eau 



11 



O 2 , dans laquelle un atome d hydrogene a ete remplace par un radical 



alcoolique. 



HI 

Eau. Alcool. 



On voit que le radical C 1 !! 5 , Yethyle, s est substitue a H, duns 1 eau, il en est 
resulte un nouveau corps, 1 alcool, mais dont la constitution ne dilfere nullemeat 
de cellede 1 eau. 

En traitant 1 alcool par 1 acide chlorhydrique, on obtient de 1 eau et de 1 etber 
clilorhydrique C*H B .C1. 



RADICAL. - 
Voyons comment les cliosesse sont passees : 

C 4 H 5 ; 

s + II Cl = IPO 2 -r C 4 I1 5 .C1 

Alcool. Acirle Eau. Chlorure 

chlorliydrique. dYtliyle. 

On voit que, par double decomposition, 1 ethyle, faisant fonction de corps 
simple (radical), s est combine en chlore comme 1 aurail fnit le potassium ou le 
sodium, et Toxygene et 1 hydrogene se sont combines pour former de 1 eau. 

Voyons maintenant 1 action d un acide organiqne, 1 acide acetiquc, par exemple, 
sur 1 alcool. 

L acide acelique, lui aussi, rentre dans le type eau, dans laqnollc nn atonic 
d hydrogene est remplace par un radical compose oxygnie, Vacc tyle C 4 II 3 2 , el 

C 4 I1 3 2 J 
1 acide acetique monohydrate C 4 H*0 4 , prend la forme [0, dans laqurllr. 

) 
on voit qne 1 acide acetique differe de 1 alcool, en ce que le radical basiqueCMl 5 , 

y est remplace par le radical acide C 4 H 3 2 . 

Mettons maintenant en presence, 1 alcool et 1 aoide acedque, nous vcrrons ipi il 
se formera de 1 ean, et de 1 acetate d oxyde d etliylccn ether acetiquc. 



G "% 2 - 


CMFIP 


Q2 _ C 115 ( 


Hj 


H 


= CMPO 8 ! 


Alcool. 


Aride fitlier 




acetique. acetique. 



Eau. 

En traitant 1 alcool par du potassium, cclui-ci se substitue a \ atome d liydro- 
gene et il se formn de 1 alcool polasse. 



Alcool. Potassium. Alcool Hydrogcne. 

potasse. 



Eii traitant cet alcool potasse par de 1 iodnre d elliyle, il y a double decomposi 
tion et formation d iodnre de potassium et d ether ou oxyde d etliyle. 



Alcool lodure lodure dc Ether. 

polasse. d ethyle. potassium. 

On voit done que 1 ether est de 1 eau dans laquelle les deux atomes d hydro 
gene, ont ete remplaces chacnn par le radical C H 5 , I elhyle; de 1 equation prece- 
dente il resulte clairement que la formule de 1 ether n est pas : C 4 II 5 0, mais qne 
cette formule doit etre doublee, c est ce qui resulte d ailleurs de sa densite dc 
vapeurs. 

Radicaux polyatomiques. Si nous examinons 1 hydrure d etliyle C 4 H 6 nous 
trouvons que ce corps ne peut plus s assimiler aucun element, ni groupe d ele- 
ments, on nepeut pas non plus 1 introduire, par double decomposition, dans au- 
cune combinaison : c est un corps salure, dont toutes les affinites sont satisfaites, mais 
vient-on a soustraire a ce compose un atome d hydrogene, leresidu C 4 H 3 , 1 ethyle, 
presente un vide produit par la soustraction d un atome d hydrogene; ce corps 
n est plus sature, et il peut se combiner avec un autre element, de meme atomi- 
cite que 1 hydrogene, avec un atome de chlore, de brome ou d iode. En un mot 



10 RADIO-CA.RPIENNE. 

le corps C 4 H S est un corps incomplet, auquel il manque une unite de combinaison 
on d alfinite pour qu il arrive a 1 etat de saturation. Voila pourquoiil joue le role 
d un radical monoatomique. 

Si nous enlevons maintenant 2 atonies d hydrogene a 1 hydrure d ethyle G*H 6 , 
le reste C 4 H 4 , 1 ethylene, represente une combinaison saturee, moins deux unites 
d affinites. Pour le saturer il faut done, qu il se combine avec deux atonies de 
chlore, ou de brome, qui equivalent a deux atonies d hydrogene, ou avec un atome 
d oxygene, element diatomique qui equivaut aussi a 2 d hydrogene. Mais de 
meme qu il faut le combiner a 2 atonies de cblore, il peut aussi se substituer 
a 2 atonies de chlore ou d hydrogene; il equivaut a 2 atonies d hydrogene ; 1 ethy 
lene C*H 4 est done un radical diatomique. 

Si nous appliquons le meme raisonnement a 1 hydrure de propyle G 6 H 8 , nous 
voyons qu en en retranchant successivement 4 atonies d hydrogene, il en derive 
le 4 radicaux suivants : 

C"H 8 . C 6 H 7 C 6 H 8 . G 6 H 5 . C 4 H 4 

Hydruro de propylo Propyle. Propylene. Glyceryle. Allj Ieae. 

corps saturfi. 

Les combinaisons saturees de ces radicaux avec le brome presentent la composi 
tion suivante : 

C 6 H 7 Br. C 6 H 6 Bi a . C 6 H 5 Br. G 4 II 4 Br*. 

liromure Bromurc Bromure Bromure 

de propyle. de propylcne. de glyceryle. d allylene. 

Les radicaux homologues les plus connus peuvent se representer par les for- 
mules generales suivantes 

Radicaux vlonoatomiques. 

Radicaux d alcool C^ H* 1 - 1 . 
de phenols C 2S H 2B - 7 . 
d aldehydes C 


d acides 




Radicaux diatomiques. 

Radicaux de glycols C^H 278 . 

> d acides bi-basiques tf W 1 -^. 



Radicaux triatomiques. 
Radical de glycerine C^H 8 "- 1 . LCTZ. 

RADICES. On a designs sous ce nom un groups de la famille des Compo- 
sees, caracterise par la disposition des fleurs qui composent les capitules de ces 
plantes. Ces inflorescences ont des fleurons au centre, et a la circonference une 
rangee de demi-fleurons dont la partie etalee en ligule forme comme des rayons 
autour du disque- Un grand nonibre d especes entrent dans ce groupe des Syn- 
antherees; on y a distingue les tribus des Senecionide es , Aste roide es, Eupa- 
loriace es, Vernoniace es (voy. ces mots). PL. 

BADIO-CARPIEIVIVE (ARTICULATION). Voy. PoiGNET. 



RADIO-CUBITALES. H 

RADIO-CUBITALES. (ARTICULATIONS.) I. Anatomic. Lc radius ct Ic 

cubitus s articulenl outre eux par leurs deux extremites; en outre ils sont unis 
par leur diaphyse a 1 aide d un ligament qui occupe 1 espace interosseux, On a 
donne assez improprement a cette derniere connexion le nom d 1 articulation radio- 
cubitale moyenne. Je decrirai successivement Varticulation radio-cubitalesujK^ 
rieure, Varticulation radio-cubitale infe rieure, et le ligament interosseux, puis 
les mouvements de ces articulations. 

1 ARTICULATION RADIO-CUBITALE SUPEUIEURE. C est une articulation pivotanle 
ou trochoide. 

A. Surfaces articulaires. Du cole du radius, la surface arliculaire cst formec 
par le contour de la tete de 1 os, au-dessous de la cupule; ce petit cyliiidrc est 
encroule de cartilage, et il est d une hauteur un peu plus grande du cole de la 
petite cavite sigmoide du cubitus, qui constitue la parlie osseuse de 1 anneau 
osteo-fibreux dans lequel roule la tete radiale. Le cartilage qui tapisse cette 
petite cavite, selon M. Sappey (Traite d anat. descr., 2 e edit., t. I, p. 617), ne 
serait pas une simple dependance de celui qui revet la giande cavite sigmmdo. du 
cubitus, avec lequel il se continue pourtant sans ligur dr. demarcation appn - 
ciable a 1 oeil nu. Mais, au niveau de 1 arete qui les si parr, il se modifier ait dans 
sa structure et il deviendrait fibro-cartilagineux ; il cst tivs-souplr, m smlc quo 
sur ce point, oil trois surfaces articulaires se trouvent en contact, il se moult- 
sur les deux autres a Tangle rentrant qu ils forment, et la contigui te des trois 
surfaces reste ainsi toujours parfaite. 

Chez le foetus et 1 enfant, comme Bichat 1 a le premier observe, 1 extrt milr 
supcrieure du radius est beaucoup plus anterieure et plus saillante que chez 
1 adulte, ce qui parait dependre du grand developpement du condyle humeral au 
premier age (Anat. descr. : Des membres supe rieurs. Article IV). 

B. Moyens d union. Un seul ligament les constitue : c est le ligament annu- 
laire du radius (licj amentum annula re sen orbiculare radii}. II a la lorme d une 
bandelette et represente les trois quarts d un anneau complete en dedans par la 
surface articulaire du cubitus. Ses extremites s inserent, 1 une au bord an .erieur, 
Tautre au bord posterieur de la petite cavite sigmoide et un peu a son bord inle- 
rieur. Sa face interne est lisse, humide, en contact avec le cartilage radial ; sa 
face externe fournit des insertions au court supinateur. Superieurement, il rst 
fortifie par 1 insertion du ligament lateral externe qui parait souvent se contiuucr 
avec sa moitie poslerieure, dis|osition qui a fait dire que le ligament lateral ex 
terne s insere au cubitus, aiusi que le remarque Cruveilhier. Weitbrecht decrit et 
figure encore deux ligaments accessoires entrelaces avec la capsule articulaire du 
cubitus et qui vont se jeter dans le ligamentum annular e. Le premier faisceau 
Hgamenteux, ligament accessoire anterieur (ligamentum accessorium anticum), 
vient de 1 apophyse corono ide, et 1 autre, posterieur (ligamentum accessorium 
posticum), nait de 1 olecrane au-dessous du condyle externe de I liumerus (Syn- 
desmoloyia, fig. lOp et fig. 11 p). Mais on ne pent guereetablir entre ces minces 
plans fibreux qu une division artiticielle. Quoi qu il eii soil, les fibres venues de ces 
differents points retiennent manifestement le ligament annulaire ap|ilique et tendu 
sur la bordure radiale. Si Ton vient a les diviser, 1 anneau fibreux se relache et se 
retire vers le col du radius; ce mouvement s opere d autant plus aisement que 
la circonference superieure de 1 anneau est plus grande que sa circonlerence infe 
rieure. Celle-ci est entierement libre et n est en connexion avec le radius que par 
1 intermediaire de la membrane synoviale. 



12 RADIO-CUBITALES. 

LA structure de ce ligament cst cello du tissu fibreux et ses proprietes sont 
identiques. G est done a tori que Scemmerring (Encyclop. anal., trad. Jourdan, 
t. U, p. 209), lui applique le nom de faisceau elastique; s il n etait inextensible il 
serait impropre a remplir ses fonctions. 

Les faisceaux lamiueux qui le composent presque exclusivement lui sont pro- 
pres pour la majeure partie ct offreut une disposition annulaire et liorizontale. 
Les interieurs sont situes au-dessous de la petite cavite sigmoide et decrivent un 
cercle complet autour du col radial qu elles embrassent etroilement. Les fibres 
extrinseques, venues des points que nous avons indiques, affectent une direction 
oblique; elles renforcent tres-notablement 1 anneau, en arriere, ou se trouve sa 
plus grande epaisscur. 

G. La synoviale de cette articulation se continue directement avec celle du 
coude dont elle est une sorte de diverticule. Elle deborde inferieurement le liga 
ment annulaire et se reflechit de bas en haul sur le col du radius en formant une 
rigole circulaire; cette laxite de la synoviale est en rapport avec 1 etendue des 
mouvements qui se passcnt dans cette articulation. 

2 ARTICULATION RADIO-CUBITALE INFEIUEUKE. C est, comme la precedents, une 
articulation trocboide. 

A. Surfaces arliculaires. La disposition qu offrent les surfaces en contact 
est 1 inverse de celle qu elles affectent superieurement ; ici, c est le radius qui 
presente une petite cavile sigmoide ou glenokle, le cubitus qui se reufle en uue 
petite tete articulaire dans les deux tiers externes de sou pourtour. Enfin, on doit 
faire entrer dans 1 articulation radio-cubitale infericure 1 articulation de la face 
inferieure de la lete du cubitus, encrouteede cartilage, avec la face superieure du 
fibro-cartilage interarticulaire du poignet. 

La direction de 1 interligne articulaire est sensiblement oblique de bas en baut 
et de dedans en dehors, en sorte que le cubitus surmonte un pen le radius et recoil 
une partie des forces qui agissent sur le poignet; sans cette disposition, ce der 
nier os, qui s articule seul avec le carpe, eut seul ete appele a soutenir les chocs 
que la main pent subir. 

La cavite sigmoide du radius offre une hauteur qui ne depasse pas en general 
un centimetre ; le cartilage qui Tencroute est reconvert lui-meme d une couche 
de fibro-cartilage (Sappey). La tete du cubitus est articulaire par sa partie inl e- 
rieure et par son pourtour, lequel est un peu oblique de bas en bautet de dedans 
en dehors, et plus haul a sa partie moyenne qu a ses extremites. Une coucbe de 
cartilage et de fibro-cartilage recouvre ces parties jusqu a une depression profonde 
qui repond a la base de 1 apophyse stylo ide. 

D. Moyens d union. Quelques fibres transversales, disposees sous forme 
de deux lamelles minces, Tune anterieure, 1 autre posteiieure, ne meritent 
guere le nom de ligament anterieur et ligament posterieur qu on leur a im 
pose ; ce sont de simples revetements fibreux de la synoviale, qui se fixent, 
eu partie, d une part aux extremites anterieure et posterieure de la facette sig 
moide du radius, et, d autre part, en avant et en arriere de la polite tete du 
cubitus au voisinage de 1 apopbyse stylo ide. Leur bord inferieur se continue avec 
le ligament triangulaire. Celui-ci est le veritable moyen d union de cetle articula 
tion ; on I appelle encore fibro-cartilage triangulaire, cartilage intermediaire 
de lextremite inferieure du cubitus (cartilago intermedia triangitlaris extremi- 
tatum inferiorum cubiti). II continue en quelque sorte viu-dessous du cubitus la 
surface articulaire du radius. II a la forme d uu triangle equilateral. Sa base s at- 



UADIO-CUBITALES. 13 

tache a la partie infcrienre do la petite cavite signio idc, son sommet se fixe a la 
fossette situee entre la tele du cubitus et son apophyse slyloide; suivant Cru- 
veilhier, cette derniere insertion serait bifide et se t erait par deux faisceaux diver- 
gents, d une part dans Tangle rentrant que forme la petite tele du cubilus avec 
son apophyse styloide, d autre part a la petite facette oblique que prcsente, en 
dehors, le sommet de cette apophyse; cette disposition existe souvent, a la veritc, 
mais n est pas constante. Les bords du libro-cartilage sont unis avec les ligaments 
anterieurs et posterieur des articulations radio-cubitales et radio-carpienne. Mince 
a sa base et a son centre, ou son epaisseur n excede pas deux millimetres (Sappey), 
il clevient plus epais vers ses bords et surtout a son sommet ou il atteint quatrc a 
cinq millimetres. La partie moyenne de sa base est parfois amincie an point de 
ne plus adherer au radius, en sorte que 1 articulation radio-cubitale infurieure 
ne se trouve separee, sur ce point, de 1 articulation radio-carpienue, que par les 
deux synovhiles adossees 1 une a 1 autre. Frequemment les synoviales font defaut, 
et les deux articulations communiquent; 1 orifice de communication est allonge 
d avant en arriere et assez semblalle a celui que produirait la pointe d un scalpel 
perpendiculairement plonge dans 1 epaisseur du ligament (Sappey). 

La direction du cartilage triangulairc est transversals et horizontal ; il rctahlit 
ainsi le niveau de la surface raclio-cubitale inlri -inure, qui, s.ms cela, serait formce 
de deux plans, le radius debordant infe rieurement le cubitus. 

Suivant Goyrand (d Aix), ce fibro-cartilage pourrait se deplacer dans les mou- 
vements forces en avant de la petite tele du cubitus, ce qui donnerait lieu aux 
symptomes attribues par la plupart des auteurs a une luxation incomplete de 1 ex- 
tremite superieure du radius et decrits parfois sous le nom ft elongation. Cette 
opinion n a pas rccu un accueil favorable des chirurgiens (Bullet, de la Soc. de 
c/mv, t. II, 2 e serie, 1861, p. 596). 

G. Synoviale. Elle est commune a I articulation du cubitus avec le radius et 
a 1 articulation du cubitus avec le fibro-cartilage triangulaire ; elle est indepen- 
dante de la synoviale radio-carpienne, sauf dans les cas que nous avons signales 
plus haul. Sa disposition offre une certaine resemblance avec celle de 1 articula 
tion radio-cubitale superieure. Elle presents une reflexion superieure en cul-de- 
sac analogue au cul-de-sac inferieur de celle-ci, ce qui lui a valu le nom de mem- 
brana sacciformis. Cette laxite de la synoviale est egalement en rapport avec 
1 etendue des mouvements qu executent Tune sur 1 autre les surfaces articulaires 
dans les mouvements de pronation et desupination. 

3 LIGAMENT INTEROSSEUX. Cetle membrane fibreuse (membrana interossca 
anti-brachii, sen ligamentum interosseum), est tendue entre les deux bords Iran- 
chants du cubitus et du radius. Elle ne remplit pas completemeut 1 espace inter- . 
osseux ; en haul et en has elle laisse un intei valle libre qui sert au passage de nerfs 
et de vaisseaux; le vide superieur, qui est considerable, sert en outre a favoriser 
le libre jeu du radius sur le cubitus, et aussia permettre 1 insertion du court supina- 
teur. La forme de cette membrane est a peu pres elliptique comme 1 espace 
qu elle occupe. Chez 1 enlant, cet espace a une largeur uniformement decroissante 
de haul en bas, a cause du defaut de la courbure qui elargit un peu le milieu de 
cet espace chez 1 adulte (Bichat). Sa face inferieure donne insertion au flechisseur 
profond des doigts, au flechisseur propre dn pouce et au carre pronateur. A la face 
posterieure s attachent le long abducteur du pouce, son long extenseur et 1 exten- 
seur propre de 1 index. Ces faces sont planes et presenterit quelques orifices pour le 
passage des vaisseaux. On a decrit, sous le nom de ligament interosseux supe- 



14 RADIO-CUBITALES. 

rieur, ligament oblique du cubitus, ligament rond, corde ligamentcnse de Weit 
brecht (chorda t ransversalis sen ligamentum tercs. s. obliquum cubit ), un fais- 
ce au fibreuxetendu de la partie externedc 1 apophyse corouoide du cubitus au cote 
interne du radius, au-dessous de la tuberosite bicipitalc. Sa direction est done 
oblique de haut en bas et de dedans en dehors, tandis que les faisceaux de la mem- 
Inane interosseuse offrent visiblement une direction inverse (J. Weitbrecht, Syn- 
desmolagia sive Historia ligamentorum corporis humani, Petersbourg, 1 742, 
in-4 avec 26 planches, tabl. Ill, fig. 10 q). Le professeur Sappey soutient que ce 
pretendu ligament rond est loin d avoir 1 independance qu on lui avail attribuee. 
Son bord inferieur et interne se continue avec une lamelle tres-mince, cellulo- 
fibrcuse, presentantdeux ou trois orifices que traversent 1 artereet les veines inter- 
osseuses posterieures. Le plus habituellement on enleve cette lamelle, en sorte 
qu il existe alors un notable intervalle entre le ligament de Weitbrecht et la partie 
sous jacente du ligament interosseux. Mais en le preparant chez plusieurs indi- 
vidus, avec les managements qu il reclame, on pent reconnaitre qu il fait reelle- 
ment partie de ce ligament, qu il se continue avec celui-ci par 1 intermediaire de 
la lamelle criblee d orifices vasculaires, et qu il n en differe que par sa situation 
plus anterieure et la diretlion de ses fibres. On pourrait objecter a cetle re- 
marque que la membrane celluleuse, dont il est ici paile, est lamineme et con- 
slitue un organe d interposition, tandis que le ligament interosseux est fibreu c 
et forme une veritable aponevrosc d insertion ; leur juxtaposition ne detruit pas 
leur independance, etablie par 1 anatomie generale. 

La ligament interosseux est forme de faisceaux larges et aplatis, de couleur 
nacree. Son usage parait etre surtout de fournir une surface pour les insertions 
musculaires, et, accessoirement, d etre un moyeu d union pour les os de 1 avant- 
bras. En outre, le ligament de Weitbrecht, suivant 1 anatomiste dont il porte le 
nom, limiterait les mouvements du radius dans la supination; cette opinion nous 
parait insoutenable. 

II. Physiologic. Pronation et supination. Comme toutes les articulations 
pivotantes, ces articulations ne permettent qu une seuleespece de mouvements: la 
rotation. Ge mouvement j qui est communique a la main et qui est d une importance 
capitale pour ses lonctions, constitue ce qu on appelle la pronation et la supination, 
suivant que la rotation a lieu en avant ou en amere. Dans la supination, le bras 
etant suppose pendant le long du corps, la facepalmaire de la main est tournee en 
avant ; le radius est situe au cote externe du cubitus et parallele a lui. Dans la prona 
tion complete, la face palmaire de la main est tournee en arriere, et le radius croise 
le cubitus en avant, de fagon que sa partie inferieure se place en dedans du cubitus. 

Trois articulations prennent part a ces mouvements: les articulations radio-cu- 
bitales superieure et inierieure, et 1 articulation humero-radiale. 1 Dans 1 articula- 
tion radio-cub itale superieure, le radius tourne autour de son axe en glissant par 
la surface convexe de son rebord articulaire dans la petite cavite sigmoide du cu 
bitus ; 2 dans 1 articulation radio-cub itale inferieure, le radius tourne autour 
de la tete du cubitus et entraiue dans son mouvement le ligament triangulaire 
mobile a son insertion a 1 apophyse styloide, et avec lui toute la main ; 5 dans 
1 articulatiou humero-radiale, la cupule du radius tourne sur le condyle de 1 hu- 
merus en meme temps que son bord tronque glisse sur la surface oblique interme- 
diaire au condyle et au bord externe de la trochlee, a la maniere des roues 
d angle (Beaunis et Bouchard) . 

La pronatioii a pour ageuts le rond et le carre pronateur, ainsi que le long su- 



RAMO-CUBITALES. 15 

pinateur qui est, en realite, uu flechisscur semi-pronateur (Duchenne). La snpi- 
nation s oll ectue a 1 aide du biceps liracliial qui est un llerhisseur supinateur 
(Winslow), et du court supinateur dont 1 excitation electriquc sul fit a produire ener- 
giquement et completement la supination, independamment de tout aulrc mou- 
vcment (Duchenne). Eufui, suivant la remarque du nienie autctir, rancour prelr 
un concours tres-utile aux mouvements de pronation et de supination, en impri- 
mant a i cubitus un mouvement de lateralite en dehors, grace a 1 obliquite de 
ses fibres qui vont de 1 olecrane a 1 epicondyle. 

Quel est 1 axe autour duquel s el fectuent la pronation et la supination ? E;-t-il 
unique ou double? Ouelle part revient a chacun des os de 1 avant-bras dans ce 
mouvement complexe? Ces questions ont ete diversement resolues paries di Hi- 
rents auteurs; encore aujourd hui Ton est loin d etre d accord sur ce mecanisme. 

C est le role du cubitus dans la pronation et la supination qui a ete prineipide- 
ment discute. On pent dire que, sur ce point, anatomistes et physiologistes se 
divisent en deux camps opposes. Les uns rejetant les mouvements du cubitus, les 
autres les admettant et s efforcant de les preciser. 

Berlin ne pouvant y parvenir, prit le parti le plus simple, il les nia el .sYlliura de. 
se persuader qu ils provenaient d une illusion. Ce n est, dit-il, qu unc appareiin- 
trompeuse et semblable, enquclque sorte, au mouvement dont lo eloiles parais- 
sent jouir lorsque quelques corps opaques passent cntre elles et nos yeux, on an 
mouvement apparent du rivage lorsqu on est porte sur un vaisseau (Tniite d os- 
teologie, t. Ill, p. 545). Malheureusement une metaphoiv >t impiiissante a re- 
soudre un probleme. Gependant M. Cruveilhier la reproduit et la tient presqne 
pour une raison suiflsante. II y joint, il est vrai, une experience 1 aite sur le ca- 
davre, a 1 aided un membre superieur ou toutes les articulations ont ele IHJM s a 
nu (Cruveilhier, Traite d anat. descript., t. I, p. 368). Mais il nous senihle qu on 
ne saurait rien conclure de decisif, d apres les mouvements communiques d une 
maniere artificielle a un membre depouille de toutes les parties molles qui main- 
tiennent entre les os, une etroite solidarite, et en faisant abstraction de 1 action des 
muscles qui peuvent modifier leurs rapports reciproques. Ajoutons que ces obser 
vations sont en opposition formelle avec celles de Vicq-d Azyr, que nous rapporte- 
rons bientot. 

M. Sappey croit aussi que le cubitus reste immobile et fournit seulement un 
point d appui. 

En Angleterre, Ward et Humphry ont soutenu une opinion qui se rapproche 
de celle de Berlin. Us lui ont, en outre, donne une forme plus precise. D apres 
ces auteurs, c est le radius qui esl 1 organe essentiel de la pronation , c est lui 
qui execute tous ou presque tous les mouvements, le cubitus restanl sensible- 
menl immobile. Dans cet acte, le radius tourne aulour d un axe rectiligne, 
dirige verticalement a partir de la porliou la plus proeminente du condyle hu 
meral. La parlie superieure de cet axe passe par le centre de la cupule du ra 
dius, qui esl appliquee sur le condyle. Mais, a mesure que eel axe vertical 
descend suivanl la direclion du til a plomb, a cause de 1 inclinaison de 1 avant- 
bras sur le bras et de Tangle ouvert en dehors forme par ces deux segments 
du membre, 1 axe cesse de suivre le radius; il traverse obliquement 1 espace 
interosseux jusqu a 1 extremite inferieure du cubitus; il passe ensuite le long 
de 1 extremite inferieure du cubitus, dont il suit la partie moyenne de nieme 
qu il avait suivi le milieu de 1 epiphyse radiale. Par consequent, dans les 
mouvements de pronation et de supination, 1 extremite superieure du radius 



10 RAD10-GUBITALES. 

tourne autour de son axe cle figure, en glissant sur le condyle de 1 bumerus 
et la petite cavite sigmo ide du cubitus, tandis que 1 extremite inferieure du ra 
dius lourne autour de 1 extremite inferieure du cubitus, et decrit autour d elle 
un arc de cercle suivant un axe qui passe par le centre de cette epiphyse cu- 
bitale. Done, si d une part les axes de mouveinent des deux extremites du ra 
dius, dans la pronation et la supination, se trouvent places sur le prolongement 
d uue meme ligne verticale, d autre part il faut remarquer que la partie de 1 axe 
autour duquel se meut Tune traverse 1 extremite superieure du radius, tandis que 
la portion de 1 axe autour duquel se meut 1 uutre passe par 1 extremite inferieure 
du cubifus. Get axe vertical, prolonge du cote de la main, vient passer par 1 annu- 
laire. En resume, d apres les anatomistes anglais, dans le mouvement qui nous 
occupe, la main tourne avec le radius autour d uu axe allant du milieu du con 
dyle de 1 humerus a 1 extremite de 1 annulaire, ct cet axe passe par 1 extremite 
inferieure du cubitus quioffre un point d appui pour la rotation du membre. Celte 
extremite est fixe ou a peu pres. II est possible, a la rigueur, que durant des mou 
vements rapideset forces elle offie une legere inclinaison en sens inverse de celle 
du radius, c est-a-dire qu elle se porte en dedans pendant la supination, en de- 
hors pendant la pronation; mais ce mouvement est tres-peti marque, et dans les 
ch Constances ordinaires il parait manquer tout a fait (Humphry, The Human Ske 
leton, p. 577; Ward, Human Osteoloyy, p. 512). 

Les deplacement du cubitus, nies par les auteurs que nous venous de citer, 
ont etc, au contraire, admiset etudies par plusieurs autres. Le premier nom qu il 
convienne ici de citer est celui de 1 illustre Winslovv. Cet anatomiste avail fort 
bicn observe les mouvements notables de 1 extremite inferieure du cubitus dans 
la pronation et la supination ; au lieu de les attribuer, comme ses devanciers, a un 
deplacement lateral du ginglyme, qui constitue 1 articulation du coude, opinion 
a laquelle on est revenu recemment, il en avait donne une explication tres-simple 
en apparence. Suivant lui, ces petits mouvements seraient produits par une rota 
tion de 1 humerus sur la cavite glenoide de 1 omoplate (Exposition anatomique, 
t. II, n os 996, 997). Pour ruiner cette theorie, il suffit de remarquer que les pheno- 
menes de la pronation et de la supination se.passent exactementde meme lorsqu on 
a supprime, pour ainsi dire, 1 intervention de 1 articulation de 1 epaule, en rappro- 
chant le bras du corps et posant 1 avant-bras demi-flechi sur un plan horizontal. 

Vicq-d Azyr, pour s eclairer sur 1 existence des mouvements du cubitus, a fait 
les tentatives suivantes : 1 le bras et 1 avant-bras ayant etc mis absolument a nu, 
et 1 avant-bras ayant etc flechi et maintenu vers son extremite numerate, par une 
pcrsonne vigoureuse qui 1 embrassait avec les deux mains, il a place 1 apophyse 
stylo ide du cubitus au-dessus d une pointe fixee sur une table; ayant ensuite 
roule doucement la main sur elle-meme, il a observe que 1 os du coude avait cesse 
de corresponds au corps aigu, et qu en executant la pronation, cet os avait ete 
au-devant de la pointe, dont il s etait ecarte dans la supination. 

2 Ayant place 1 avant-bras ploye et mis a nu sur une couche de glaise horizon- 
tale, et ayant execute ensuite la pronation, il a observe un enfoncement oblique 
dans la glaise qui n a point eu lieu dans la supination. Si a ces deux essais ajoute 
Yicq-d Azyr, on joint la simple inspection, on ne pourra revoquer en doute le 
Kiouvement du cubitus dans cette circonstance. L eminent anatomiste explique 
ensuile les phenomenes de la fagon suivanta : en meme temps que le rond le 
carre pronateur et le radial externe font rouler le radius en dedans et en bas les 
extenseurs du coude se contructent assez pour porter un peu 1 extremite carpienne 



RADIO-GUB1TALES. 17 

de I os du coude en arriere, et la pronation devient, par ce moycii, plus facile et 
plus complete. 

Dans la supination, an conlraire, tandis quo les radiaux, le biceps et le court 
supinateur poiteut le radius en dehors, le brachial anterieur fleclut uu pen I os 
du coude, et accelere la supinatiou en relevant I exlrennite carpienne de cet os. 
Si Ton se rnppcllc que la poulio qui le recoit sur I lmmei us est, oblique de dehors 
en dedans, on concevra aisemeut pomquoi, en se flechiss.mt, il so rapproche do- 
la poitrine, et comment il s en ecarte dans rextension. Par la meme raison, la 
ligne decrite parson extremite carpienne dans la pronation et la su|iination doit 
ctre oblique, et d autant plus sensible que le cubitus pent etre regarde comme le 
rayon d un cercle dont le mouvement a la circonference est lies-marque, landis 
qn il est imperceptible au centre. Ces legeres extensions et flexions se combinent 
si I acilemenl avec la pronation et la supination, dit en terminant Vicq-d Azyr, que 
dans I avant-bras d un cadavre de"pouille de tons ses muscles, la deruierc ue va 
jamais sans la premiere; il s en est convaincu par des exgeriences d des dissec 
tions multipliees, qui no concordant guere, on le voit, avec celles qu a faites plus 
tard Cruveilbier (Recherches sur diffe rents points de I anatomic de I ltomme et 
des animanx, in OEuvres de Vic(f-d Azyr publiees par Moreuu (de la Sarlhe), 
Paris, 1805, t. V, p. 547). 

La theorie que nous venous d exposer est bien pres, nous semble-t-il, de satis- 
fairc 1 esprit, et M. Duchenne (de Boulogne) s en est assurcment souvenu dans les 
developpements que nous lui emprunlerons plus loin. 

Gerdy, preoccupe de ramener la physiologic des mouvements aux regies precises 
de la meeanique, a essaye de donner de la pronation et de la supination une 
theovie plus complete. D apres lui, tandis que le radius tourne par son exlivmite 
superieure dans 1 anneau osteo-fibreux qui 1 embrasse, son extrcmile iulerieure 
execute, deux mouvements de rotation ; par le premier, cet os tourne sur la petite 
tete du cubitus, parce qu il y est attache, sans pouvoir s en sqianT, el par eon- 
sequent il tourne sur un axe qui passe obliquement par son extremite superieure 
et par le centre de revolution de la pelite tele du cubilus; par le second, il decrit 
un demi-cercle en avant et en dedans, pendant qne I extreinilo inieiieure du cu 
bitus en decrit un en sens inverse, en arriere et en dehors, en sorte qu ils tourneiit 
tous deux a la fois, par ce second mouvement, sur un axe commun qui passe par 
leur espace interosscux. 

D un aulre cote, la main se meut en meme temps autour d nne ligue qui passe 
par sa longueur et a peu pres par Tintervalle du doigt annulaire et de celni du 
milieu. G est certainement, suivaut Gerdy, le meme axede rotation que celui qui 
est commun aux deux os de I avant-bras ; car, tandis que le pouce, 1 indicateur et 
le meilius se portent en dedans avec le radius, 1 annulaire et le petit doigt se 
dirigent en dehors avec le cubitus. >< En voulez-vous d autres preuves, ajoute 
cet anatomiste : observez avec attention les changements que Ton pent volontaire- 
ment imprimer a 1 axe de la main; ils s acccmpagnent constamment de change 
ments semblables dans 1 axe de rotation commun aux osde I avant-bras. Appuyez 
successivement la main, par le bout du doigt indicateur, et ensuite du me dius, 
puis de 1 annulaire et enfiu du petit doigt, contre un plan vertical, un mur par 
cxeni[)!e ; puis executez alternativement des mouvements de pronation el de supi 
nation sur le bout de chacuu de ces doigts, appliques seul a seul, vous vcrrez 
chacun d eux devenir tour a tour 1 axe de rotation de la main ; mais le radius 
exectitera d abord, par son second mouvement de rotation et sur 1 indicateur, des 

DICT. ESC. 5 e s. II. 2 



18 - RADIO-CUBITALES. 

arcs si peu considerables qu il semblera tourner sur son axe, tandis que la petite 
tete du cubitus executera de tres-grands arcs de cercle et tournera en outre sur 
elle-meme dans son articulation ; vous verrez ces arcs changer en raison inverse, 
a mesure que les mouvements de la main s accompliront sur les doigts medius, 
annulaire et petit doigt. Quand la main tournera, appuyee sur le bout de ce der 
nier, vous verrez alors le radius executer de grands arcs de rotation autour d un 
. axe passant par 1 extremite inferieure du cubitus et du petit doigt, et le cubitus 
executera ses deux mouvements sur le meme axe, en sorte qu alors ses mouve 
ments dans la pronation et la supination n en torment plus qu unseul. D apres 
cette theorie, le radius forme, suivant 1 expression de Gerdy, un levier bien 
singulier et, je crois, bien peu soupQonne. Son extremitu superieure figure un 
levier complexe ; c est une roue tournant autour d un axe central, dans sa partie 
superieure, dans sa tete, et le col de 1 os. L extremite inferieure du radius, au 
contraire, se meut comme un levier du troisieme genre, ou la puissance va s ap- 
pliquer au meme point quo la resistance; peut-etre faudrait-il en fa i re un genre 
particulier, en un mot un quatrieme genre. En effet, ce levier a son appui sur la 
pelite lete du cubitus, ses puissances inserees depuis le point d appui jusque sur 
le cole externe du radius et de la main, ou les resistances s appliquent aussi, en 
sortc que les puissances et les resistances agissent directement sur le radius, ou 
indirectement, par I interme diaire de la main, tirent le radius en sens oppose, les 
puissances par devant et les resistances par derriere. 11 est vrai qu ou pourrait 
aussi considerer 1 extremite inferieure du radius comme un levier du premier 
genre, qui a ses puissances et ses resistances par devant et par derriere le radius, 
et son appui entre ces deux forces, sur la petite tete du cubitus. Quant a ce der 
nier os, il forme encore un levier particulier dans 1 espece de mouvement de 
circumduction qu il execute dans la pronation (Gerdy, Physiologic medicate, 
didactique et critique; t. I, 2 e partie, p. 556 et suiv.). 

On le voit, la theorie de Gerdy est si compliquee, que 1 auteur eprouve lui- 
nieme quelque peine a s en rendre compte. Cela seul suffit pour la juger. Si nous 
1 avons rappoi tee in extenso, c est simplemenl a titre de document historique, et 
pour montrer a quel point un probleme facile en apparence a embarrasse les 
hommes du plus grand merite. 

M. Duchenne (de Boulogne) dont les beaux travaux ont eclairci tant de questions 
obscures, a etudie ce point controversy avec sa sagacite ordinaire, et c est a son 
opinion qu il faut, croyons-nous, se rattacher. Fait-on abstraction de tous les 
mouvements articulaires, dit cet eminent physiologiste, pendant la pronation ou 
la supination, on observe que les extremites inferieures du radius et du cubitus 
decrivent deux arcs de cercle en sens contraire et d egale etendne autour d un 
axe fictif, qui passerait par le troisieme metacarpien . II en resulte que si, pendant 
ces mouvements de pronation et de supination, les doigts de la main sont etendus 
parallelement a la direction de 1 avant-bras, la main tourne sur ua axe represente 
par le medius. Celui qui, ne possedant aucune notion auatomique, verrait ces 
arcs de cercle egaux decrits en sens contraire par 1 extremite inferieure du cu 
bitus et par Textremite inferieure du radius, n aurait certes pas 1 idee d expliquer 
les mouvements de pronation ou de supination qui en resultent, par la rotation 
du radius sur le cubitus. En realite, tout le monde peut constater, en effet, que, 
dans leur quart inferieur, ces deux os se meuventalors en sens contraire, dans 
une etendue egale, et qu ils sont solidaires. 

Voici comment M. Duchenne s est convaincu que ces faits ne sont point illusoires. 



RADIO-CUBITALES. 10 

II a fixe au niveau de TexIreniiLr inferieure de mon cnbitus, dans la direction 
du diametre transversal de 1 avant-bras, une petite tige de 10 a 15 centimetres ; 
alors, en executant des mouvements de pronation et de supination, il a vu 1 ex 
tremite libre tracer de cette tige des demi-cercles en sens contraire, ce qui n eut 
pas eu lieu evidemment si cette extremite osseuse etait restee fixe. H autre part, 
lorsque, par mie cause quelconque, ce mouvement de 1 extremite inferieure du 
cubitus est empeche, pendant la pronation ou la supination, le mouvement de 
rextremite inferieure du radius est singulierement gene et devient tres-lim; ay 
c est ce que, du reste, tout le inonde peut constater sur soi-meme, en fixant 
solidement 1 extremite inferieure du cubitus. 

Void, en outre, ce que M. Diiclieiine a observe sur des sujets dont les muscles 
et les articulations du membre superieur avaient ete disseques. Fixant solide- 
raent le bras, soit a 1 aide de la main, soit dans un etau, et puis ayant etendu 
I avaul-bras sur le bras, il a imprime lentement a la main des mouvements de 
pronation et de supination; alors il a vu 1 extremite inferieure du cubitus decrire 
des arcs de cercle alternativement en sens contraire. Une tige metallique longue 
de 15 centimetres, enfoncee transversalement dc dedans en dehors dans 1 extre 
mite inferieure du cubitus, reiulait ccs mouvements de quart de cercle d elendue, 
des plus evidents. Dans cetlc experience, lorsque la main elail an plus liaut degre 
du supination, il lui a imprime lenti incut un mouvenu-nt tie pronation, il a 
constate que le cubitus executait, dans son articulation avec rimmerus : 1 un 
mouvement d extension pendant le premier tiers du quart dc cercle decrit par son 
extremite inferieure; 2 un petit mouvement d inclinaison laterale de dedans en 
debors, pendant son tiers moyen; 5 un mouvement de ilexion pendant son der 
nier tiers. Lorsque la main elait arrivee a son plus baiit degre de pronation, 1 ob- 
servateur 1 a ramenee lentement en supination. Alors rextremite inlerieure du 
cubitus a decrit, dans un sens oppose, une nouvelle courbe resultant aussi de la 
succession et de la combinaison des trois memes mouvements, dans I articulation 
cubito-humeiale : 1 d extension pendant le premier tiers, d inclinaison laterale de 
dehors en dedans pendant le second tiers, et de flexion pendant le dernier tiers. 

On doit comprendre, remarque M. Duchenne, que 1 extension et la flexion 
alternatives du cubitus ne peuvent mouvoir 1 extremite inferieure de cet os qn en 
ligne droite, et que la combinaison de ces deux mouvements du cubitus avec son 
mouvement d inclinaison laterale, lelle qu elle a ete exposee ci-dessus, etait abso- 
lument necessaire a la production de la ligne courbe decrite par 1 extremite infe 
rieure de cet os, pendant la pronation etla supination. La plupart des anatomistes 
ont soutenu que I articulation ginglymo idale du coude etait trop serree pour per- 
mettre le moindre mouvement de laleralite du cubitus ; M. Ducbenne croit avoir 
demontre cependant qu il est produit naturellement et incessamment, pendant la 
supination et la pronation, comme je 1 ai decrit ci-dessus. Qu on 1 explique ou 
non, le mouvement lateral du cubitus pendant la pronation ou la supination, est 
done incontestable. II suffit du plus petit mouvement lateral du cubitus, dans son 
articulation avec 1 humerus, pour que, a 1 extremite de cet os qui devient ainsi 
un long levier, ce mouvement ait d un centimetre a un centimetre et demi. 11 ne 
faut pas s etonner si ce mouvement lateral du cubitus, dans I articulation du 
coude, ait pu etre nie par un grand nombre d anatomistes ; car il peut echapper a 
1 observateur qui n y preterait pas une grande attention. Le savant que nous 
citons 1 a vu se reproduire de dedans en dehors, et vice versa, toutes les fois 
qu il 1 a cherche, pendant la pronation ou la supination, que j imprimais sur des 



20 RADIO-CUBITALES. 

membres disseques. De ce mouvement lateral en dedans ou en debors d un centi 
metre a ua centimetre et denii a 1 cxtre/nile inferieure du cubilus, combine avec 
les deux autres mouvements d extension et de llexion, resulte la ligne combe; 
decrite par cet os, pendant la pronation ou la supinatjon. 

Le mouvement du cubitus, pendant la pronation ou la supination, parait etre 
passif ; ou du moins on pent 1 obtenir passivement, comme le prouvent les expe 
riences suivantes : Sur des sujets morts recemment, - et dont I irritabilite existait 
encore, M. Ducbcnnc a provoque la pronation et la supination a 1 aide de la fara 
disation localise, et il a vu se produire successivement les trois mouvements 
decrits ci-dessus. II a fait cette meme experience sur un membre fraichement 
(1 mpute, apres en avoir enleve la p eau. Les muscles elant mis a nu, on elait 
certain que I excitation etait exactement localisee dans les muscles pronateurs ou 
supinateurs. Dans cette experience, situt (|iie la pronation ou la supination com- 
mencait, on voyait le cnbilus cxrcuter, dans 1 articulation du conde, ses trois 
mouvements successifs d extension, d inclinaison laterale et de flexion. On a con 
state alors qu en tournant, en [ironation ou en supinalion, 1 extrcmitc inferieure 
<lu radius iaisait dccnic a 1 extremitd inferieure dn cubilus avec laquelle elle 
s articnlc une courbc eg ah a la sicnne d. dans un sens oppose. Si, en-suite, au 
moment de la contraction energique de 1 un des pronateurs ou du court Mipina- 
teur, on maintenait solidement IVxlrc inite inferieure dn cubitus, on observait 
qu en s opposant au niouvenient de rotation qui lui est imprinie par le radius, le 
mouvemenl de rotation de ce dernier s en trouvait tres-limile. On a constate eiiliu 
dans ces experiences, ipie, j)endant la relation du radius, les ligaments de 1 arti- 
culation cubito-carpienne < laintt distendus, et que, par leur resistance, ils im- 
primaient a 1 exti emite inferieure du cubilus le mouvement en arc de cercle dout 
il vient d etre question. 

A ce mouvement passif du cubitus, produit par la supination et la pronation, 
j ajoute-t-il un mouvement actif? ^experimentation electro-physiologique n a 
ricn appiis sur ce sujet a M. Duchenue (de Boulogne) ; cepen.lant 1 observatioi] 
clinique le pbi te a 1 admettre. 

Si Ton etudie les mouvements de supination et de pronation au point de vue 
de 1 usage de la main, on comprend 1 utilite de ces mouvements en arc de cercle, 
decrits par le cubitus et le radius autour d un axe central qui leur est commun. 

En et l et, cet axe central fictif, prolonge en bas, divise la paume de la main en 
deux parlies e^ales, et se continue avec le medius, de telle sorte que, pendant la 
pronalion ct la supination, Ja main tounie sur son axe represente par le medius. 

II en resulte que la main peut se placer a tons les degres de pronation ou de 
supination et passer de 1 une a 1 autre, sans jamais s ecarter de I objet avec lequel 
elle se trouve en rapport. Tout le monde peut prevoir ce qui seiait arrive si la su-r 
pination ou la pronation avaient ete uniquement produites par 1 1 rotation du radius 
sur le cubitus qui alors reslerait toujours fixe, ainsi que le pretendent quelqnes 
anatomistes. La main, au lieu de tourner sur son axe fictif, eiil pivote sur son 
Lord interne. Alors trop eloignee cie Tobjet avec lequel elle doit conserver ses rap 
ports, en dehois par la supination, ou en dedans par la pronation, elle eiit dii etre 
incessamment ramenee vers lui. Combien 1 habilete manuelle en aurait ete lesee! 
Quelle gene, par exemple, on aurait eprouvee pour se servir de la vrille ou du 
tournevis et dans bien d autres usages ou la main doit touruer sur son axe ! 

Toutes les fois que les mouvements de supination et de pronation sont executes 
cans efforts, les supinateurs et les pronateurs independants (court supinateur, 



RADIO-CUB1TALES. 21 

rond ct carre pronateurs) entrent seuls en action. Mais des que ces monvements 
rencontrent de la resistance, les rotateurs du bras vienncnt en aide a ces derniers, 
isolcmcnt si 1 avant-bras se trouve dans 1 extension, et avec le concours des adduo- 
tenrs et des abducteurs du bras, si J avant-bras se trouve flecbi sur le bras, en 
d autres termes avec I elevation dn bras en debors pour la pronation ct avec son 
abatement en dedans pour la supination. 

Un mot d explication sur cette espece de monvement qui est assez complexe. 
Si, 1 avant-bras etant intlechi, on imprime a la main un puissant monvement de 
supination, comme pour serrer une vis, unecrou, etc., les supinateurs qui men- 
vent 1 avant-bras n ayant pas nne force sulfisante ct ne donnant pas an moiivement 
de supination assez d eteudue, le bras est ecarte en deliors, pnis il cst rappr.tchi 1 
du tronc avec force par ses muscles abaisscurs, en memo temps qu il tonnie snr 
son axe sous 1 influence du sous-epinenx. Pendant ce monvcinent du bras, si la 
main qui tient 1 ontil est en pronation, on observe qu clle tourne snr son axe ii 
se place en supination. Ce mouvement de supination est d nn quart de ccrcle, 
lorsqu en le commencant le bras a ete eleve en dehors jusqu a la direction bori- 
zontale, de sorte que la supination complete de la main a un drnn-n ivlr apivs 
que 1 avant-bras a execute son mouvement dc siipinalimi (jni, on le sail, a anssi 
un quart de cercle d t lcndne. Vent-on, an contrahr, rxeculer nn pui-sant mou 
vement dc pronation en s aidaut des muscles auxiliaircs dc ce mouvcincnl, [iar 
exemple. pour devisser on desserrer un ecrou, 1 avant-bras etant intleclii, le 
bras en supination est ecarte en debors par le deltoide, et la main qui tient 
1 instrument, I cstant fixe, deer it un monvement de pronation en tournant snr 
son axe (Duchenne, de Boulogne, Plnjsiol. des mouvements, Paris, 1867, 
p. 150 et suiv.). 

La supination complete est ime attitude forcee qui devient promptemenl gfi- 
nante ; on peut en dire autant de la pronalion compete. C est dans nn ctat inter- 
mediaire enlre ces deux positions que Favant-bras est Ic pins a 1 aise ; c est ainsi 
qne la main se place naturellement quaud les bras tombent libremcnt le long du 
corps, et Cb. Martins a demontre rjne cetle attitude de demi-supination, parallels 
au plan de symetrie ou vertebro-sternal, etait veritablement 1 attil.iule normale et 
originelle de la main chez Thomme ; aussi propose-t-il avec raison de l ado[iter 
jpour telle dans les ouvrages d analomie bnmaine au lieu de siipposer toujours 
i avant-bras en supination absolue (Bull, de la Soc. d antlirop . , t. VII, 2 serie, 
p. 452). 

Cette position, intermediaire a la flexion et a la supination, est celle que Ton 
cboisit lorsqu on immobilise 1 avant-bras dans un appareil ; on sait qu on doit y 
joindre !a demi-flexion de 1 avant-bras sur le bras. 

Pendant les mouvements de pronafion, 1 cxtreniite supericnre du radius et 
1 extremite Jnferieure dn cubitus tendent a rompre lenrs ligaments et a _se luxer 
en arriere. C est ainsi que Desault dit avoir vu le cubitus se luxer dans les violents 
efforts de pronation que font les blancbisseuses pour tordre le linge. Uu pareil 
fait est exceplionnel. Par centre, la luxation incomplete de 1 extremite superienre 
dn radius en arriere serait tres-frequent dans 1 enFance, d apres Crnveillier, ce 
qui dependrait de la laxite pins grancle a cet age dn ligament annnlaire; la cause 
delerminante de ce d&placement est la pronation forcee si fiequente cbez les en- 
fanls qu on tient a la main et qu on vent retenir dans Icurs clmtes. Nous avons 
dit plus haut que Goyrand assignait a ce traumatisme de tout autres lesions. 
Dans la supination, c est en avant qne- le displacement de la tetc; du radius 



22 RADIO-CUBITALES. 

tend a s effectuer. II est rare que ]a supination soil exageree au point de produire 
ce deplacement; il aurait pourtant ete observe en pareil cas par Dnges ct par 
Cruveilhier (loc. cit.). 

Chez I liomme, 1 elendue du raouvement de rotation du radius sur le cnbitus 
est de 180. Mais il ne i aut pas croire que ce fait constitue pour 1 espece humaine 
im caractere distinctif. La pronation et la supination sont en eifet a peu pres aussi 
developpees chez les singes superieurs. 

II iaut pourtant remarquer que, tandis- que 1 attitude normale de 1 avant-bras 
et de la main est chez I homme la demi-supination, chez les anthropoinorph.es 
c est la pronation qui parait 1 etrc ; cela ticnt a ce que ce membre anterieur sert 
chez eux toujours plus ou moins a la marche. Le mouvement de supination ne 
se produit que lorsque l animal emploie ses membres anterieurs a d autres 
r;ages, et pour cela il tourne les paumes de ses mains vers les objets qu il 
veut saisir et manier. L etendue des mouvemcnts de supination donne done en 
quelque sorte la mesure de la facilite avec laquelle il peut se servir de ses 
mains (P. Broca. L Ordre des primates. Paris, llcimvald, 1870, p. 74). C est 
ainsi que le mouvement de supination a etc trouve de 180, corame chez I homme, 
sur un gorille R uielle, observe par M. Broca dans le laboratoire de M. Auzoux, et 
sur le clumpan/e disseque par MM. Gratiolet et Mix. II |iarait meme que la supi- 
nution des gibbons va un peu au delii de cette limile (Broca). 

Dans les autres families de 1 ordre des primates, Tetendue de ce mouvement 
decroit, mais sans jamais disparaitre. Chez la mone (Cercopithecus mono), 
M. Broca 1 a trouve d environ 100 degres; chez un cynocephale sphinx (singe de 
1 ancien continent) et chez un cebien (nouveau continent), ce meme auteur a 
trouve 90 degres; telle parait etre la limite inferieure de ce mouvement. En re 
sume, on voit qu il n y a pas, sous le rapport de la supination, de difference 
notable entre I homme et les anthropoicles, tandis qu il y en a une tres grande 
entre ceux-ci et les autres singes. 

Le mouvement de rotation du radius disparait a peu pres dans les pachydermes 
et les ruminants, ou 1 avant-bras est fixe en pronation complete. Mais, en descen 
dant dans la serie des mammiferes, nous voyons reparaitre ce mouvement parti- 
cnlier de 1 avant-bras; il existe chez les marsupiaux. Quand un kanguroo pait 
dans une prairie, il appuie a terre ses membres anterieurs, son avant-bras est en 
pronation ; an contraire, lorsqu il se tient debout sur ses pattes de derriere, 1 avant- 
bras est le plus souvent en demi-supination, surtout lorsqu il s en sert pour frap- 
per. Ce mouvement de demi-supination est aussi tres-visible chez les tardigrades 
quand ils grimpent sur un arbre; chez les rongeurs clavicules tels que les cam- 
pagnols, les ecureuils, les castors. Ces animaux, quand ils portent un aliment a 
leur bouche, en le prenant entre les deux mains et quelqucfois avec une seule, 
out le bras en demi-supination; quand ils marchent, 1 avant-bras est en prona 
tion. La demi-supination est egalement possible dans toutes les especes du genre 
felis et chez les ours ; c est la position de la patte anterieure d un chat quand il 
joue avec une pelotte (Ch. Martins, loc. cit.). 

Toutefois, il serait bon de rechercher si chez ces divers animaux la rotation du 
radius efiectue seule le mouvement et si 1 articulation scapulo-humerale y de- 
meure etrangere. C est ainsi que chez un homme dont les deux os de 1 avant-bras 
ont ete immobilises par un cal vicieux ou une ankylose, on voit un certain degre 
de pronation et de supination apparentes etre encore possible grace a un mouve 
ment de totalite du mombre superieur. SAMUEL Pozzr. 



RADIS (BOTANIQUK). 23 

RAJHO-BUMERALE (ARTICULATION). VOIJ. COUDE. 

RABHOLAIRES. Les radiolaires, dont les premiere? especes connues avaient 
ete rangees parmi les infusoires, ressemblent davantage par leur structure aux 
foraminiferes ; mais elles ne doivent pas etre classees avec ess derniers dans un 
meme groupe, bien que leur place soil egalemcnt marquee parmi les protozoaircs 
de la grande division des rhizopoiles. Ce sont des etivs de tres-petite dimension, les 
uns marins, les autres fluviatiles, a corps tantot rayoune, tantot bilateral, parfois 
meme asymetrique, dont la cbarpentc cst constitute par un let siliceux, souvent 
tres-elegant, et dont la substance organised est de nature sarcodique. Gomme les 
foraminiferes, ils emettent des filaments conlractiles, et ces pseudopocles sont ega- 
lement rdtractiles ; dans beaucoup d especes, ils partent de tous les points du 
corps. 

M. Elireuberg a decrit un certain nombre de ces animaux, soil vivants, soit 
fossiles.et il les a rapproches des vorticelles; tels sont les podophrys et les aci- 
netes, parmi lesquels il y a des especes fluviatiles. J. Muller a mieux ctudie leur 
organisation, et il les a rapprocbes des polyeistines du meme autc-ur pour les 
reporter avec ces dernieres parmi les rbizopodes. Les acanthometres sout aussi des 
animalcules du meme groupe. On doit a M. Haeckel une monographic des radio 
laires. P. GERVAIS. 

RADIO-PA LIMA IRE (ARTERE). VoiJ. MAIN. 

RAIIS (Raphanus). I. itotaniquc. Genre de plantes, de la famille des 
Gruciferes, serieou tribu des Raphanees, dont les fleurs,reguliereset hermaphro- 
diles, sont constrtiites comme celles des Cruciferes en gi neral. Elles out quatrc se- 
pales uu pen inegaux, les deux lateraux etant uu peu gonfles on sac au-dessus et en 
dedans de leur insertion. Les quatre petales onguicules forment unecorolle cruci- 
forme. L androcee est tetradyname. Le gynece e supereest forme d un ovaire allonge, 
surmonte d un style cylindrique a tete stigmatifere concave, emarginee au som- 
met. Get ovaire est d abord uniloculaire, avec deux placentas parietaux pluriovu- 
les, etune fausse-cloison semblable a celle des Cruciferes en general, .t Mais dans 
le fruit, qui est allonge ou cylindro-conique, continu on moniliforme, lisse ou 
parcouru par des cotes longitudinales, subereux ou fongueux, indebiscent, les 
placentas, la cloison et les parois internes du pericarpe se sont hypertrophies de 
facon a remplir la cavite d une substance analogue a de la moelle, creusee de lo- 
gettes alternatives, separees les unes des autres en travers par la meme sul stance 
et contenant, toutes ou en pai lie, une graine descendante, presque globulcuse, a 
gros embryon charnu, dont les cotyledons sont condupliques. A la pailie infe- 
rieure du fruit, il y a souvent une logette separee par une articulation ttamver- 
sale et qui est vide ou ne renferme qu une graine rudimentaire. Les Radis Mint 
des plantes herbacees, annuelles, bisannuelles ou vivaces. Leur racine est souvent 
charnue, pivotante, gorgee de sucsalimentaires. Leurs feuilles sontalternes,etleurs 
lleurs, blanches ou jaunes, dispoeees en grappes simples ou composees, terminates 
ou oppositifoliees, sans bractee. Les especes, au nombre d une demi-douzaine, sont 
originaires des regions temperees de 1 Europe et de 1 Asie ; plusieurs d entre elles 
sont cullivees de temps immemorial et out donne un grand nombre de formes et 
de varietes horticoles. 

Le plus connu des Radis est leR. cultive (RapJianus sativus L., Spec., 955), 



24 RADIUS. 

* 

type dc 1;\ section du genre que Ton a nominee Raphanis, et qui est caracterisee 
par des fruits oblongs-coniques, indehiscents, avec un mesocarpe spongieux. C est 
une plan to trop connue pour qu il soit ici necessaire d en rappeler les caracteres; 
et c est a cette espece qu appartiennent comme varietes, suivant les differences de 
forme et de couleur que prcsente la raciue pivotante, les Kadis (blancs, gris ou 
roses) proprement dits, les Kaves et les Radis noirs. 

Le R. Raphanistrum (L., Spec., 935; R. sylvestris LAWK; Rapixtrum ar- 
vense ALL.), ou Rapistre, Rosse, Russe, Ravenelle, Ravenaille, mauvaise lierbe 
de nos champs, a ete considere souvent comme le type d lin genre particulier, sous 
le nom de Raphanistrum, plus souvent, d une simple section dans le genre 
Ra/ihanus, parce que son pericarpe presente autant d articulations transversales 
qu il y a de graines dans le fruit, qui se separe plus ou moins facilenient a sa ma- 
turite en autant d acliaines distiucts. H. BN. 

TOURNEF., In.it. BK I herb . 229, t. 114. L., Gen., n. 882; Spec., 935. ADANS., Fum. 
des plant , II, 424. J., Gen., 238. G^BTN., De fruct., II, 209, t. 14", (i-. 5, 6. DC., 
Prodr., I, 228. ENDI.., Gen., n. 4972. Guic., Drag, ximjil., t d. 6, III, 074. PAYEK, 
Organog., 212, t. 44. , GBEN. et Gomi., / /. de 7<Y., I, 71. ROSENTH., Sijn. pi. diaphor., 
645. H. BAILLON, Hist, des plant., Ill, 195, 225, 250, fig. 242, 243. 

g II. Emploi. Ou sait assez I emploi qu on fait du radis et de la rave dans 
I alimenlation. Lc radis Mane, le radis rose, sont d une digestion facile, a la con 
dition d etre tendres. La saveur legerement piquante dont ils sont clones excite 
ranpi lit et stimule Faction digestive. Mais le radis noir, a chair dure, compacte, 
est malaisement assimilable ; il I aut, quaiid on en fait usage, le soumettro a uue 
longue mastication. En raison de sa saveur cliaude, acre et comme pimenteuse, 
il ne convient pas aux estomacs irrites ou cnllanmies; mais ou pent le depouiller 
de cette saveur en enlevant Pecorce noire ou elle reside en grande partie. Ce 
radis n est, en general, bien Mipporte que par les enlants ou par les pei\sonnes 
dont les fonctious gastriques sont demeurees intactes. 

Dans la medeciue populaire, les radis, rriais surtout le noir, sont employes 
centre le rbume. On en fait une decoction ; ou bien on en mele la chair avec du 
sucre, et il en resulte une sorte de sirop qu on prend par petites cuillerees. Tissot, 
dans son Avis au peuple. conseille de plonger les parlies atteintes d engelures 
dans une decoction de radis, additionnec d un peu de vinaigre. Le radis noir jouit 
d ailleurs de proprietes excitantes qu on peut utiliser diversement en niedecine. 
II convient, a quelque degre, comme antiscoibutique ; les rapures de sa surface 
noire, appliquees sur la peau, sulfisent, suivant Loiseleur-Deslongchamps, a y 
determiner, en quelqnes heures, une vive rubefaction ; elles pourraient-ainsi laire 
office de sinapismes mitiges. D. 



Le radius ou rayon (radius, focile minus, canna minor, addita- 
menlum ulnce) est un os long, pair, non symetrique, situe a 1 avant-bras, dont 
il conslitue le squelette avec le cubitus ; il est place le long de cet os en dehors et 
un peu en.avant de lui ; cette disposition s exagere, comme nous le venous, chez 
la plupart des animaux. 

Le nom de radius vient de ce que cet os a ete compare au rayon d une roue. 

Plus court que le cubitus de toute la longueur de 1 oli crane, il ol fre a beaucoup 
d egaids une torme inverse de celle de cet os; tandis que celui-ci est mince infe- 
rieuienient et epais dans sa partie superieure, le radius est effile vers son extre- 



RADIUS. 25 

mite humerale et s epaissit considerahlement en bas pour s articiiler avcc le 
carpe. II en resulte une sorte de compensation qui rend la resistance de 1 avant- 
bras a peu pres egale dans tons ses points ; il en resulte en outre que le radius 
re^oit presque seal les chocs subis par la main, et qu il est plus expose a se frao- 
turer que son voisin. 

Les proportions de cet os relativement a celles de 1 humerus et du cubitus out 
ele etudiees a 1 article MEMBRES (Antliropologie) ; sa comparaison avec son homo- 
logue a la jambe a ete I aite a 1 arliclc MEMBRES (Comparaison). 

Nous n a\ons done ici a nous occuper que de I anatoniie descriptive. Nous y 
joindrons quelques considerations relatives a I anatomie comparee, et nous men- 
tionnerons les notions patbologiques qui trouvent ici natnrellement leur place. 

I. Anatomic. Comme tous les os longs, le radius peut etre divise, pour 
la commodite de 1 etude, en corps on diapbyse et extrenntes on epiphyses. 

A. CORPS. II presente deux conrbures distinctes qui sont assez marquees sur 
les os des individus forlement muscles, mais qui sont parfois a peine sensibles sur 
les enfants, les homines peu vipoureux ct les Icinmes. La premiere conrbure est 
la plus courte. Elle part du col dn radius et ne s elrml pas au dela dn quart 
superieur de 1 os ; sa convexile est dirige e en dedans et en avant. La seconde 
courburc apparlient a un rayon beaucoup phis grand ; elle occupe les deux tiers 
inferieurs et sa convexite est externe et posterieure. 

Le cnbilus presente des courbures sensiblement inverses; par suite, les deux 
os s inclinent 1 un vers 1 autre superieuremenl ct s eloiguent inferieurement ; 
1 espace interosseux, tres-reduit en haul, s elargit done beaucoup en bas. 

Outre ces deux courbures laterales, le radius presente ainsi que le cubitus une 
legere courbure anterieure qui occupe tonte son I tendne a partir de la tuk rosite 
bicipitale ; elle est en rapport avec le grand developpement des muscles anterieurs 
de 1 avant-bras; elle leur t ournit une insertion plus hr^e etun point d appui plus 
avautageux pour leur action sur la main et sur les doigts. 

On distingue au radius trois faces, circonserites par trois bords, dont 1 un est 
interne, un autre anterieur et un autre posterieur. 

La face anterieure plane, un peu concave a sa partie moyemie, etroile sii|ie- 
rieurernent, s elargit beaucoup en bas. Elle est boruee en haut par une eretc 
osseuse oblique de haul en bas et de dedans en deliors, qui part de la tuberosite 
bicipitale ; on y remarque 1 orifice du conduit nourricier de 1 os, fres-oblii|ite de 
bas en haut et crcuse en bee de flute. II est silue un pen plus bas que celui du 
cubitus. Cette face donne attache dans ses deux tiers superieurs au long flechisseur 
du pouce et dans son tiers inferieur au carre pronateur. 

La face posterieure est arroudie dans son tiers superieur, que recouvre le court 
supinateur, plane dans le resle de son etendue, ou s inserent les muscles long 
abducteur et exieuseurs du pouce. 

La face externe convexe, arrondie, empiete urt peu superieurement sur la 
partie anterieure de 1 os ; c est en ce point que s attache le court supinateur ; vers 
sa partie moyenne est une surface rugueuse, deslinee a 1 insertion du rond prona 
teur, tandis que sa partie inferieure, lisse, repond aux tendons des muscles ra- 
diaux externes. II est boa de remarquer que I insertkm du rond pronateur se fait 
precisement sur le point le plus convexe de la courbure inferieure de 1 os. L action 
de ce muscle est ainsi rendue bien plus efficace, car le bras de levier de sa puis 
sance s en trouve augments. Dans 1 amputution de 1 avant-bras, on doit autant 



26 RADIUS. 

que possible porter la scie au-dessous de cette insertion, afin de ne pas priver le 
moignon de la pronation. 

Le bord anterieur part de la tuberosite bicipitale et forme d abord une crete 
osseuse assez saiilante, oblique de haul en bas et de dedans en deliors. Mais 
cette crete s efface au voisinage du conduit nourricier, et vient se confondre a\ec 
la face externe de 1 os. On voit done que le bord anterieur est en realite borne a 
ce que Ton pourrait appeler la racine inferieure de la tuberosite bicipitale. 

Le bord poste rieur est mousse et etablit une demarcation tout a fait ideale entre 
les faces posterieure et externe. 

Le bord interne ne commence qu a un travers de doigt au-dessous de la tube 
rosite bicipitale. Plus haut, en efl et, il eut gene les mouvements de pronation 
et de supination. 11 est mince, tranchant, le plus souvent un peu concave danssa 
partie moyennr, mais parlbis aussi convexe. 11 donne attache au ligament inter- 
osseux. II se divise dans son cinquieme inferieur de maniere a limiter sur la 
partie correspondante de 1 os une sorle de petite face interne triangulaire a 
sommet superieur, encroutee de cartilage au voisinage de sa base seulement, ou 
elle fait parti* 1 de 1 articulation radio-cubitale inferieure. 

B. KXTUI MITK sur-KitJEurtE ou HUMEBALE. Elle prescnte une partie arronclie 
appelee tete dn radius, rvasiV en entitle, dite aussi cavite yleno ide, qui repond 
a la convexile dn condyle de rbunu ius. Son diametre varie de 18 a 22 milli 
metres (Sappey, Traite d anat. descr., 2* edit., t. f, p. 579). Le cartilage qui 
1 encroute a 1 etat frais se continue au-dessous d elle sur son pourlour ; cette bor- 
dnre en forme de cbapiteau offre une hauteur un peu moindre en dehors qu en 
dedans, on die attcint environ 7 millimetres; elle iait partie de 1 articulation 
radio-cubitale superieure. Sa portion la plus haute est habituellement en rapport 
avec la petite cavite sigmoi de du cubitus. II n est pas rare que ce point se distingue 
par une verilable facette. 

La tete du radius est supported par une portion retrecie ayant de 11 a 15 milli 
metres de longueur d apres Cruveilhier, 1 centimetre d apres Sappey; cet auteur 
lui assignu un diametre moyen de 15 millimetres. G est le col du radius. Son axe 
est un peu oblique de bant en bas et de dehors en dedans, ce qui contribue a 
former la courbe superieure de 1 os que nous avons signalee. 

Immediatement au-dessous du col, a la partie interne, se trouve une eminence 
ovo ide a laquelle s attache le tendon du muscle biceps, d ou le nom qui lui a ete 
donne. Gette tuberosite bicipitale mesure 18 millimetres, suivant son grand axe, 
de 12 a 14 suivant son petit axe (Sappey). On observe souvent a son niveau une 
depression qui siege parfois a son centre, parfois en avant d elle et meme au- 
dessous. La tuberosite est rugueuse dans sa moitie posterieure ou elle donne 
attache au tendon du biceps, lisse dans sa moitie anterieure sur laquelle glisse 
ce tendon a 1 aide d une petite synoviale. Grace a cette sorte de reflexion du 
tendon sur la tuberosite, le biceps agit dans la supination et augmente beaucoup 
la force de ce mouvement ; on peut dire que c est cette disposition particuliere 
qui permet de developper une plus grande force dans la supination que dans la 
pronation ; aussi les outils des ouvriers, tournevis, vrilles, etc., sont construits 
de telle sorte qu on les manie par un mouvement de supination. 

La tuberosite bicipitale donne naissance inferieurement a la crete saiilante 
oblique en bas et en dehors qui constitue le bord anterieur du radius ; superieu- 
rement une seconde racine s en detache et se porte en haut et en dehors versla 
tete de 1 os. Ges deux racines fortifient le radius dans les deux directions quo pren- 



RADIUS. 27 

nont les forces qui resultent dc la decomposition de celle que developpe le biceps 
duns les grands efforts du supination (llumpliry, The Human Skeleton, p. 385). 

C. L EXTREMITE INFERIEURE ou CARPIENNE est la partie, la plus voluraineuse de 
1 os ; elle est plus large qu epaisse. En ce point le radius forme a pcu pres une 
pyramide triangulaire ou les faces anterieure et posterieure sont les plus larges et 
dout 1 arete externe est fortement emoussee. 

La base de cette pyramide s articule avec le carpe ; elle est allongce transver- 
salement, triangulaire et concave ; elle est divisee en deux facet les par une ligne 
antero-posterleure ; une facette externe, triaugul;>ire rcpoiid an scaphoide ; unc 
interne, quadrilatere, s articule avec le semi-lunaire. 

En dehors de cette surface se trouvc unc apophyse saillaulc puamidale, 
appelee apophyse stylo ide du radius (y>/wr.w/x sli/loideus). Kile est sous-mlanee 
et descend pins bas que 1 apopliyse slylo ide du cubilus, on sail comhien cette 
particularite est imporlanle pour le diagnostic des fractures dc I extremite radiale. 
Cette apophyse donne insertion au ligament lateral externe de ^ articulation de 
1 avant-bras avec le carpe. 

En dedans de la surface qui s arlicnle avec le carpe, on remarque u Vban- 

crure lisse, encroulce a 1 etatfrais dc cartilage qui s anicnle avec la tele du cubitns. 

En avant, I extremite carpienne du radius est limitee par un bord saillanl 
inegal, qui deborde de quelipies millimetres la face antericuic du corps ; il 
donne attacbe au ligament anlerieur de 1 articulation du |ioii;net. 

En arriere et en dehors, on observe sur { extrcmite inferieurs du radius des 
gouttieres destinees au passage des tendons ; lour profondeur esl considerable- 
ment accrue a 1 etat frais par la presence des parties iibreuses ; a 1 clat sec, on ne 
les voit toutes nettement que sur les os de snjets adultes et vigoureux. Ge sont, 
en procedant de debors en dedans : 

1 Une coulisse oblique et superficielle qui occupe la face externe de 1 apophyse 
stylo ide et presente rarement une legere division longitudinale qui determine la 
formation de deux coulisses secondaires ; elle loge le long abducteur du pouce 
et son court extenseur. Cet.te coulisse est presque invisible sur certains os. 

2 Une coulisse large, bordee de cretes prononcees, est situee immediatement 
en dedans et en arriere de la precedente, sur le prolongement de la face externe 
du radius ; elle est destinee aux deux muscles radiaux, et une petile saillie me- 
diane la subdivise quelquefois. 

5 Une coulisse tres-petite, mais tres-distincte, oblique, limitee par deux tuber- 
cules saillants qui loge le tendon du long extenseur du pouce. 

-4 Une large coulisse qui, sur les os greles, se confond avec la precedente; elle 
recoil les tendons de 1 extenseur propre de 1 index et ceux de 1 extenseur commun 
des quatre derniers doigts. 

CONFORMATION UNTERIECRE. La diapbyse du radius est creusee d un canal me- 
dullaire tres-etroit, surlout vers sa partie moyenne ; en haul il se prolonge jus- 
qu au col. Les epiphyses sont formees de tissu celluleux ; on connait la frequence 
des ecrasements de I extremite inferieure apres les chutes sur le poignet. Cette 
partie de 1 os est aussi, comme nous le verrons, tout specialement predisposee a 
1 osteite, et il n est pas rare de la trouver deformee et alteree sur les cadavres des 
individus scrofuleux. 

g II. Anatomic comparee. Caracteres particuliers du radius dans les 
diffc rents groupes de mammiferes. (Nous adopterons dons cetle enumeration 



28 RADIUS. 

rapide et forcement tres-incomplete la class-fication et les denominations etablies 
par le professeur Huxley, dans son Introduction to the Classification of Animals, 
1869.) 

Dans 1 ordre des PRIMATES, le radius est toujours distinct du cubitus. Chez les. 
Anthropomorphes, et particulierement chez le gorillc, cet os est fortement arque 
et 1 espace interosseux est, par suite, tres-elargi. La supination et la pronation 
sont aussi developpees chez les singes superieurs qne dans 1 espece humaine ; 
on les voit decroitre dans les singes inferieurs, mais sans jamais disparaitre; 
leur limite inferieure parait etre 90 degres [voy. RADIO-CUBITALES (Articu 
lations)]. 

Dans 1 ordre des CARMVORES, 1 extremite superieure dn radius est large, aplatie, 
et affecte avec I humerus des rapporls plus etendus que chez 1 homme ; il sc, place 
plus en avant du cuhilus, et-se meut avec lui snrla troehlee liumcrale. Bien que 
jamais ces deux os ne soient fusionnes, c esta peine s ils peuvent se mouvoir 1 un 
sur 1 autre. 

Dans la plupart des INSECTIVORES, le radius est distinct du cubitus ; pourtant ils 
sont confondus inferieurement chez le Galeopithecus, le Macroscelides et le Pe- 
trodromus. 

(ihez les CiiEinoPTKRrs, le radius forme a lui seul presque tout le squelelte de 
1 avant-bras; le tiers superieurdu cubihis fusiomie avec le radius, existe seul. 

Che/ Irs HONGEURS, les deux os de 1 avant-hras sont presque toujours distincts, 
mais ils sont etroitement juxtaposes ; le volume de IVxtremite superieure du 
radius et le degre de rotation qu il est susceptible d eflectuer sur le cubitus, varie 
consideralilenient dans les divers genres. 

Dans le grand ordrc des ONGULES, les deux extremites du radius sont volumi- 
neuses, et 1 extremite superieine repond a toute 1 etendue de la trochle e hume- 
rale. Le cubitus est un os complet et distinct chez le tochon, I hippopotame, le 
tapir et le rhinoceros. Dans les Ruminants, il est plus ou moins rudimentaire et 
(ixe derrieie le radius. Dans le genre chameau, les deux os sont completement 
fusionnes. Chez le cheval, 1 olecrane et la partie superieure du corps du cubitus 
sont unis au radius. 

Chez les PI;OBOSCIDIENS, le radius est entierement distinct du cubitus, qu il 
croise. Son extremite snperieure est petite; c est le cnbitns qui fournit presque 
toute 1 etendue de la surface articulaire qui repond a 1 humeras ; 1 extremite in 
ferieure du radius est elle-meme plus petite que celle du cubitus, fait presque 
unique dans toute la serie des mammiieres. Dans le genre Daman (Hyrax), le 
radius se soude souvent avec le cubitus chez les vieux animaux. 

Dans les CETACES, les os de 1 avant-bras, comme celni du bras, sont courts, 
larges et ofirent des caracteres tres-simi les ; le radius et le cubitus s arliculeat 
chacun avec une petite facette plate placee cote a cote et a angle obtus sur Tex- 
tremite inlerieure de 1 humerus. Cette articulation n est susceptible de presque 
aucun mouvement, et chez les vieux animaux elle est le plus souvent ankylosee. 

Le radius est parallele au cubitus, sans aucune trace de croisement; il est 
d une forme tres-rudimentaire, un peu plus gros vers son extremite inferieure 
(jue supei ieurement. 

Chez les SIP.E.NES (Lamautins et Dugongs), les os du membre an terieur for- 
ment au coude une veritable articulation trochleenne ; le radius olYre du reste 
un volume sensiblement egal a celui du cubitus et les deux os se soudent le 
plus souvenl a leurs deux extremites. 



RADIUS. 29 

Orclre des EDRNTES. Chez les parcsscux, Ic radius et le cubitus r.ippcllcnt par- 
fois par leur forme celle qu ils out cliez les Primates, et sont susceptibles cl un 
degre considerable de pronation et dc supination. Dans les autres Edentes, le 
radius est egalement distinct dn cubitu>, mais les mouvements de ces deux os 
sont beaucoup plus limites. 

Ordre des MARSUPUUX. Le radius est toujours bien developpe et distinct ; sun 
extremite superieure est petite ct arrondic ; une rotation plus ou moins grande 
sur le cubitus est possible menu: dans les especcs carnivores. 

Ordre des MONOTREMES. Dans les deux genres qui le constituent, le radius est 
fort, un peu aplati a son extrctnilu inferieure. II en c>t de meme du cubitus ; 
les deux os sont de dimensions a pen pies egales et etroitement appliques Tun 
contre 1 autre. 

III. Dcvcloppemcnt. Voy. MEMBRES. 

IV. Pathologic. Malformations. Je me borne a signaler 1 abscnce du 
radius avec persistance du cubitus dans, certains cas d ectromelie (voy. cc mol). 
Remarquons a ce propos I etroilc correlation qui semUe exislcr euhv Ic radius 
etle pouce. Gette correlation csl. drjii imliipnr a I eial physiologique par Ic pa- 
rallelisme de leur duveloppenient ; c est ainsi que I ossilic.alion do phalanges du 
pouce est aussi preeoce qnc crlle du radius qui seinhle preceder ccllc du cubitus 
(P. G. Illiquid-. Considerations anatomises ct physioloyiques sur /c mlc du 
pouce et sur la cliirur<jie de cet orrjanc. In Arc/lives yen. de medecine, octobrc 
1875, VI e si jrie t. XXII p. 405). Les fails tcratnlo-iques accnsent encurc 
plus nettetnent cette connexion, et lorsque par suite d un vice de conformation 
age nesique le pouce fait dcfaut, le radius (ainsi <|iie le trapeze et le si ;n>lii)idc) 
n existe pas, ou bien, s il cxi-te, il n est rcpresente que par sa parlie superimre 
(Ch. Davaine, De labsence conye nitale du radius chez, Vhomme. In Cuij>tes 
rendus des seances de la Socie te de Biologie, l re serie, t. II, p. 59, Paris 1850; 
J. F. Larcher, Note sur un cas d absence congenitale du radius. In Etudes 
physiologiques et medic-ales sur quelqnes lois de I organisme, p. L )k 21-"J l 25, Paris 
1868). Au contraire, dans la vatiete d ectrodactylie oa le pouce et I indicateur 
seals existent, on trouve toujours le radius. 

Affections traumatiques Fracture du radius (voy. AVANT-BRAS). Luxations du 
radius (voy. GOUDE et POIGNET). 

Affections inflammatoirea et organiques. Le corps de 1 os peut etre affeiut 
par 1 inflamrnation ou les degenerescences et nous citons plus bas des cas ou Ton 
a pratique 1 ablation totale du radius. Mais ces fuits sont excessivement rares, et 
c est 1 epipbyse interieure qui e<t presque toujours seule le siege du mal. Sa posi 
tion superficielle, sa vascularite, sa composition spongieuse lui donnent une veri 
table i>redisposition morbide. 

La carieTatteiul asscz frequemment chez les sujets strumeux, et y presenteles 
alterations et la marcbe qui la caracterisent partout ailleurs. 

On observe aussi assez frequemment, dans les memes conditions, la necrose 
invaginee du tiers inferieur de 1 os, en particulier chez les adolescents. Petrequin 
a trouve dans deux de ces cas un raccourcissement notable du radius, et il attribue 
ce fait a un arret de developpement ; il est probable qu il y avait eu soudure rre- 
maturee de 1 epiphyse inferieure avec la diaphyse. Quoi qu il en soil, le cubitus 
de passait de beaueoup, en bas, le radius; le cole radial, jilus court, a\ait entraine 



30 RADIUS. 

la main dans ce sens, contrairement a ce qu on observe normalement. II y avail 
ainsi une difformite consecutive a la maladie de 1 os. 

Le radius est difficilement accessible au chirurgien, parce qu il est de toute.s 
parts enveloppe de tendons, de nerfs, d arteres et de veines; Voici comment Pe- 
trequin attaqua le sequestre dans les faits que nous venous de citer ; sa conduite 
serait avantageusement suivie en pareille circonstance : en faisant partir de la 
lace posterieure et nioyenne de 1 article radio-carpien une incision oblique et 
ascendante qui aboutisse au bord externe du radius, vers son tiers inferieur, on 
tombe a cote des brandies dorsales de la veine radiale qu il est facile d ecarler ; 
puis, incisant 1 apouevrose, on trouve les faisceaux reunis de 1 abducteur et de 
1 extenseur du pouce, qu on releve en dehors en les detachant un peu du perioste, 
de maniere a decouvrir une largeur suflisante de 1 os, circonscrite en dehors par 
les deux radiaux externes. Une on deux petites couvonnes de -trepan mettent a 
nu le sequestre, qu il est facile d extraire. Plus tard on peut, s il en est besoin, 
redresser la main avec une palette inclinee sur le cubitus (Petrequin, Traite 
d anat. medico-chirurg. Lyon, 1844, p. 605). 

Un cas, cite" dans le J ahresbericht, 1852-53, peut etre rapproche de ceux-ci. 
11 est du a J.-F. Heyfelder. Une paysanne de 18 ans avait garde a la suite d une 
violent.* pi riostite deux fistules qui penetraient dans le radius a 2 et 4 centi 
metres au-dt>sus du poignet, et qui permettaieut de reconnaitro un sequeslre 
mobile. On I enlcva en r\ns;mt le pont ossenx intermediate, et la malade yuerit 
en yardant les mouvements de la main parfaitement libres (0. Heyfelder, Traite 
des resections, traduit par Eug. Boeckel, p. 202). 

D.uis les cas d osteite chronique avec hyperostose et douleurs persistantes, et 
dans les cas ou la carie entretient une suppuration intarissable, entin, dans cer 
tains traumatismes de 1 extremite inferieure du radius, on est autorise a en jira- 
tiquer la resection. Voici le precede qu a suivi M. Ricord dans un cas semblable : 
II fit une incision longitudinals sur le bord externe du radius, prolongee en bas 
jusqu au-d esjous de I apophyse styloide, apres avoir prealablement attire la peau 
en arriere pour prevenir le parallelisme entre la plaie exteiieure et celle des 
parties profondes. Le radius fut ensuite isole dans tout son tiers inferieur a 1 aide 
d un bistouri courbe sur le plat, en grattant sur 1 os de maniere a menager les 
muscles et leurs tendons. Puis a 1 aide de la scie a chaine on scia vers 1 union du 
tiers moyen avec le tiers inferieur ; et enfin, en ecartant les bords de la plaie 
avec des crochets mousses, on divisa avec le bistouri les ligaments externes et 
antero-po^terieius de 1 articulation radio-carpienne ; apres quoi 1 articulation 
radio-cubitale ne necessita que deux coups de cisailles de Liston. 

II fallut six mois pour obtenir la cicatrisation. Un an plus tard le sujet fut pre- 
sente a 1 Academie de medecine ; la main, bieti qu en partie prive e des mouve 
ments de pronation et de supination, ainsi que de ceux d extension et de 
flexion, pouvait tres-bien e er ire- et servir a porter des choses d un poids assez 
considerable, telles qu unseau d eau (Gaz. me d. de Paris, 1842, et Malgaigne, 
Manuel de me d. ope r., 7 e edit., Paris, 1861, p, 251). 

On modifierait utilement le precede de M. Ricord en conservant exactement le 
perioste suivant les indications de M. Oilier. On aurait ainsi grande chance de 
voir 1 extremite osseuse enlevee se reproduire en totalite ou en partie. 

D apres Heyfelder (loc. cit., p. 214), cetle operation a ete faite 15 fois, 6 fois 
pour traumatisme, 5 fois pour carie, par differents chirurgiens dont les noms 
sont consignes dans le tableau suivant : 



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32 RADIUS. 

On y voit que 4 des operas succombercnt, 7 farent gueris et garderent un 
membre propre a Ions les usages, malgre une demi-ankylose qui suivint dans 
3 cas. Dans 2 cas la terminaison est inconnue. 

II est bien rare qu une alteration <lu radius soit limitee a son extremite supe- 
rieure et necessile une resection partielle du coude. Ce cas pent cependant se 
rencontrer, et Malgaigne rapporte dans son Manuel de medecine operatoire 
(7 e edit., p. 235), que Gliampion a vu resequer pres de 5 centimetres de 1 extre- 
mite superieure du radius seul. Les mouvements de flexion et d extension furent 
conserves. 

En pareille occurrence, le precede de Nelaton pour la resection du coude serait 
le plus convenable. On sait qu il consiste en uric incision verticale le long du bord 
extcrne dc 1 humerus aboutissant au niveau du col du radius, et retinie a ce 
inveauavec une incision transv.T^ale. Le lainlieau triangulaire qui en resulte est 
disseque et releve, 1 articulation humero-radiale ouvertc, le radius eearte en de- 
hors et scie uu-dr>M>us de sa tete avec la scie a chaiiie ou simplement avec la scie 
a main sur une sonde de Blandin. 

Bull, en ISj t (Cm. rne iL, 18 II I), ct Carnochan, en 18u8 (Amer. Journ. of 
Mai. Sciences, April 1858) mil fail [ extirpation totale du radius avec un succes 
complet. Pour faire cetle operation, dont les indications ne s offriront que Ires- 
exceptionnellement au cliirurgien, on se Irouvera bien de diviser prealablemenl 
1 os en deux mollies et de premier sn ici -> \rinenl i\ 1 ablatiou de chacune d elles. 
On pourrait a la rigucur eulever 1 os entier, en commeiiQant Textirpatiou par 
I cxlreinite superieure. Mais ce proce le offrirait de bien plus grandes difficultes. 
Dans lous les cas, il faut avoir grand soin de menager la gaine fibro-periostique 
dans Jaquelle Tos malade esL contenu. 

Quant aux d^generescences organiques formant tumeur qui peuvent affecler 
le radius, elles sont r.ires, et il n y a guere que les extrenntes del os qui en soient 
le siege. Le snrcome pent se developper primitivement dans 1 epiphyse supeiieure, 
ainsi que M. Leuiaitie en a montre un bel exemple a la Societe anatomique, au 
mois de mai 1873. Mais 1 epiphyse inferieure est presque toujours le point de de 
part de la neoplasie; bieu qu elle subisse cette alteration n.oius Convent que 1 ex- 
tremite superieure du tibia ou inferieure du femur, on y a parfois observe ces 
productions singulieres, accompagnees parfois de kystes ou de dilatations vasculair^s 
qui rendent le diagnostic si hesitant, je veux parler des productions qu Eug. Ne 
laton a le premier bieu deerites dans sa these (th. de Paris, I860, n 58) sous le 
nom de tumeurs a myeloplaxes, d apres le professeur Ch. Robin, et que M. Vir- 
chowappelle sarcomes myelogenes, cystiques ou telangiectasiques (Pathologic des 
tumeurs, t. II, 19 e lecon). Ces neoplasmes seront 1 objet d une etude a[iprulbndie 
relativement a 1 anatomie pathologique dans 1 article special qui sera consacreaux 
afi eclions du ti^su inedullaire en general [voy. MOELLE (Pathologie)]. Mais je dois 
rapporter ici les partieularites cliniques en rapport ave.: 1 1 region ou la tumeur a 
pris naissance, qui ont pu induire en erreur les plus habiles chirurgiens. 

Le premier exemple de ces tumeurs qui ait ete rapporte avec quelque detail, a 
ete consigne par lioux dans une communication a I Academie de medecine au mois 
de fevrier 1845 sous le nom Je tumeur fonyueuse sanguine ou ancvnjsmale. 
Voici les points principaux de cette iuteressante observation : II s acissait d uu 
homme de36 ans, fort et bien constitue. Sept mois avant de consulter le chirur- 
gien, ala suited un effort pour exprimer completement uneepouge, il avail eprouve 
unedouleurviveaupoigneldioit, bienlot une tuuieui tres-peu voluumieuse d a- 



RADIUS. 53 

bord, ctque Roux prit pour unc hydropisie synoviale, s etait montreca la partie 
anterienre du radius, sous 1 artere radiale, uon loin de 1 articulation dupoignet; 
elle fit des progres assez rapides. L extremito inferieure du radius etait gonllec 
dans tous Jes sens, et Ton pouvait produire dans 1 os, par des pressious en sens 
contraire une fluctuation sourde; Ton sentaitalors flechir sous le doigt la couche 
exterieure de substance compactc, convertie en une sorte de membrane seche. 
Une ponction exploratrice donna issue a du sang vermeil, ot a partir de ce mo 
ment, la tumeur prit un rapide developpement ; elle devint plus molle, bosselee, 
et des battements isochrones a ceux du pouls s y firent sentir ; la compression de 
1 humerale les faisait cesser et rendait la tumeur moins \oliimincuse. Roux, 
voulant essayer de sauver le membre, fit la ligature de 1 artere bracliiale au 
milieu du bras. Apres une amelioration de courte duree, le mal lit des progres si 
rapides qu il fallut amputer I avant-bras et le malade succomba a I inl ection puru- 
lente. La tumeur du radius etait parfaitement limitee du c6te du corps del os; 
tous les tendons du poignet ecartes les unsdesautres etfortement souleves, etaient 
presque tous comme renfermds dans des goutlieres creusees a la surface. 11 n y 
avail plus que quelques lamelles eparses de la couche compacte de 1 os et tous les 
tissus de la tumeur avaient une couleur brune tres-foncee. Ce tissu pn scnlait au 
centre de areoles de grandeur diverse qui contenaient du sang, en partie liquidr, 
en partie coagule, vers la circonference, il avait 1 apparence du squiirhe tres-ra- 
molli. G etait peut etre la meme substance a 1 interieur et a I extcrieur, inais 
d autant moins areolaire, d autant moins coloree et moins penetree de sang, ou 
si mieux Ton aime, d autant plus homogene et plus ferme, tout en t tant irr- 
fiiable, qu on la considerait plus pres de la periphcrie de la tumeur. Le radius 
etait done completement detruit dans le quart de son etendue, le periosle a\aii 
completcment disparu;on n en voyaitpasle moindre debris ; maisen bas, diuolr, 
de la main, toutela masse degeneree titait separee del articulation par le cartilage 
d encroutement qui avait conserve toute son integrite, et formait la comme une 
sorte decloison mobile (Bull, de I Acad. de me d., t. X, p. 380. 1845). 

Malgre 1 absence d examen microscoiuque, il est bien dilticile de douter qu il 
s agisse la d une tumeur a myeloplaxe. Tel est 1 avis d Eug. Nelaton qui cite cette 
observation dans sa these. 

Un cas de M. H. Larrey, communique en 1856 a la Societe de cbirurgie, a etc 
Fobjet d une etude anatomique plus complete ; les dilTicultes de diagnostic de- 
vaient etre bien grandes, puisqu e, dans la discussion soulevee a cette occasion a la 
Societe de chiruigie on avait etc jusqu a meconnaitre le siege de 1 afiection au 
sein du tissu osseux, et puisque des chirurgiens eminents avaient pu s aneter a 
1 iflee d uue tumeur developpee aux dejiens des gaines synoviales, ou meme de 
1 aponevrose d enveloppe. La encore, on trouve aux commemoratifs un effort ; le 
malade avait ressenti une douleur assez vive en luttant avec un de ses amis. Au 
bout de six mois, une petite tumeur apparait au poignet gauche a 1 endroit meme 
ou s etait manifestee la douleur. La tumeur acquiert rapidement "20 centimetres de 
circonference et son accroissement se fait des lors par des bosselures ajoutees les 
unes auxautres. En 1856, dix ans environ apres le debut de I alfection, la tumeur 
est plus volumineuse que la tete d un enfant nouveau-ne, circonscrivant toute la 
region du poignet d une maniere assez trancliee, irreguliere, tres-saillante surtout 
a la region dorsale ou elle otfre des bosselures semblant superposees les unes aux 
autres. La peau est tendue mais sans ulceration. La consistance generale est dure 
a differents degres, elle est molle et meme semi-fluctuante en quelques points ; 
DICT. ESC. y s. II. 5 



54 RAFRAICIIISSANTS. 

sur d autres, la pression du doigt peut sentir une crepitation fibro-cartilagineuse. 
On percoit le pouls radial. Les rapports exterieurs sont les suivants : la tumeur 
forme un bourrelet vnlumineux enveloppant tout le tiers inferieur de 1 avant-Lras 
qui, au-dessus, est intact jusqu au orude, tandis que du centre de ce bonrrelet 
sort comme d un manchon la main tout entiere, parfaitement conformed, sans 
gonflement, sans odeur, sans decoloration ni amaigrissement, conservant enfin 
presque toute 1 agilite de ses doigts pour les mouvements usuels, aussi bien que 
pour le jeu du piano, a moins de fatigues ou d exercice trop prolonge. 

M. H. Larrey pratiqua 1 amputation de 1 avant-bras, et dissequa la piece avec 
grand soin. Les muscles et les tendons de 1 avant-bras, s etaient pour ainsi dire 
adaptes au mode de developpement et a la disposition de la tumeur, les uns,ceux 
de la region anterieure, en s etalant a sa surface ; les autres, ceux de la region 
posterieure, en traversant son epaisseur sans perdre leurs proprietes pbysiques et 
physiologiques. 

Quant a la tumeur elle-meme, elle etait essentiellement constitute par une 
coque osseuse renfermant des kystes nombreux qui contenaient de la serosite 
roussatre etun tissucharnu; M. Robin a pu etudier ce tissu, et 1 a trouve presque 
exclusivement forme" de myeloplaxes. 

Quatre ans apres 1 operation, le malade jouissait d une sante parfaite. 

Nous avons cru devoir analyser rapidement ces deux observations en insistant 
surles particularity symptomatiques speuiales a la region. Elles nous presentent en 
effet tin tableau tres-net des deux formes cliniques principales de ces tumeurs sin- 
gulicres (la forme telangiectasique et la forme cystiqne), et sont comme des types 
dont tons les cas analogues seront i acilement rapprocb.es. SAMUEL Pozzi. 

it AIM 1.1 n. Petit genre de champignons sarcodes, basymenies (Hymenomy- 
cetes et basidies des auteurs), de la famille des HYNDES (voy. ce mot). B. 



On donne ce nom aux feuilles d une plante indigene de 1 Inile 
centrale, le Bertholetia lanceolata. On leur attribne des proprieU s aperitives, et 
le docteur Falconer les regarde comme un excellent sucaedane du sene. D. 

R4FFEI\EAL T -DELILLE ( ALIKE). Ne le 25 Janvier 1778 a Versailles, mort 
le 5 juillet 1850 a Montpellier. II fit partie, comme botaniste de la commission 
scientilique de I expedition d Kgypte et fut cliarge de 1 organisation d nii jaidin 
d agriculture et d bistoire naturelle, fonde au Caire. En 18UT) il fui charge d une 
seconde mission scientin queaux Etats-Unis, et fut ensuite noninie vice-consul de 
France dans la Caroline du nord. G est pendant son sejour a New- York, qu il 
recnt dans cette ville, le diplome de medecin-chiiurgiea. En 1818 il revint a 
Montpellier, ou il fut pourvu de la cliaire de botanique. II etait nussi membre 
correspondant de 1 Academic des sciences. Outre un grand nombre de memoires 
inseres dans les recneils speciaux, on a (ie 1m : 

I. On Pulmonary Consomption. New-York, 1807, in-8". II. Sur les effeis de I upas- 
tieute et les diverses espZces de strychnos. Paris, 1809, in-8 . HI. Centurie des planlcs 
d Afrique. Paris, 1827, in-8. A. D. 

BAFFIXERIES. Voy. SuCRERIES. 



. Co mot a un sens -vague et complexe. On appeflc 
rafraichissantes les boissons propres a calmer la soif, a abaisser la temperature 
du corps, a rendre le sang moins excitant; mais on appelle aussi rafraichissants 



RAGE. 55 

les boissons on les aliments susceptibles d entretenir la liberte du venire. C est la 
contre-partie des echauffants. 

n\GAZ. (EAU MINERALE DE) voy. HOF-RAGAZ. 



La question de la rage, vieille de tant de siecles, est toujours nouvelle 
cependant, car cette maladie reste toujours grosse de toutes ses menaces et tout 
autant leconde en desastres qu elle en a ete fertile dans le passe. Ge n est pas, 
loutefois, que le chiffre de la mortalite qu elle cause soit un chiffre bien eleve. II 
n y a peut-etre pas cent personnes en France qui menrent cbaque annee des 
etreintes de la rage, tandis que Ton compte par milliers les victimes de la phthi- 
sie, de la fievre typhoide, du cholera au temps des epidemies, ct de tant d autres 
maladies que Ton pourrait enumerer : maladies communes, banales peut-on dire, 
et qui, au point de vue de la mortalite qu elles causent, semesurent certainement 
par un chiflre beaucoup plus gros que ne le fait la rage. 

D ou vient done que celle-ci inspire tant de terreurs, que le seul bruit de son 
nom fasse trembler d effroi, et qu en definitive, on la considere parlout comme 
une calamite publique, dont 1 autorite a le devoir de prevenir et d attenucr les 
dangers par des mesnres speciales de police sanitaire ? 

Plusieurs causes expliquent ce phenomene ct justifient 1 impression dc terreur 
que 1 idee de la rage exerce sur les esprits. D ubord, la rage est unemaladie qui ne 
laisseaucuneesperance. Ouiconque en estatteint est infailhblement destine a perir, 
et la mort qui le saisit ne s en empare cependant qu avec une certaine lenteur, en 
lui laissant toutes les facultes de son intelligence qui le livrent tout entier en 
proie a ses souffrances physiques et a ses angoisses morales, les unes et les autres 
excessives. 

En second lieu, 1 inoculation de la rage, par quelque voie qu elle se soit pro- 
duite : morsures, blessures accidentelles, lechements, depot sur les muqueuses de 
bavevirulente, etc., etc., condamne ceux qui 1 ont subie aux plus terribles atten- 
tes. Les echeances de la rage n ont rien de fixe, et il y a beureusement des chan 
ces, en assez grand nombre, pour que leur jour n arrive jamais, meme lorsijiie 
toutes les conditions semblent realisees pour qu une inoculation rabique ait etc 
complete et produise ses eifets. Mais ces chances sont incertaines et, pendant les 
jours trop longs qui succedent a une inoculation vii ulente, les malheureux qui 
1 ont subie et qui sont conscients de leur etat ne restent plus maitres de leur 
esprit. Un seul souvenir s est empare d eux, toujours nouveau et toujours ravive : 
c est celui de la morsure recue ; une seule pensee les preoccupe et les occupe tout 
entiers : c est celle de 1 avenir qu ils se croient fatalement reserve. Us passent des 
nuits sans sommeil et des jours sans espoir, victimes d eux-memes et i aisant des 
victimes detousceux qui les entourent, qui parta gent leurs souffrances morales 
et ne savent ou trouver 1 esperance et les consolations pour les sauver de leurs 
terreurs et se rassurer eux-memes. 

Voila ce qui donne a la rage son cachet particulier et explique le sentiment 
public a son egard. Elle transforms le malheureux, qui en a regu le germe, en une 
sorte de condamne a mort, dont la date du supplice est incertaine, et qui doit 
passer, sans presque aucun espoir de remission, -- c est du moins 1 opinion com 
mune par toutes les transes d une attente presque aussi cruelle que le supplice 
lui-meme. Si la rage tient et conserve dans les preoccupations publiques cette 
grande place qu elle y a prise dans tous les temps, c est bien moins par le nombre 



56 RAGE. 

de ses viclimes que par la nature du mal ctrange qu elleconstitue et par le carac- 
tcre tout particulier des tortures morales et physiques qu elle inflige. La sympa- 
thie publique s attaclie au raalheureux qui succombe a ses atteintes; il semble 
que chacun souffre de ses souffrances et, pour quiconque en a ete le temoin, le 
souvenir en resle longtemps nouveau et ne s efface que bien dilficilenient. 

Si ia rage est une maladie incurable, ou tout au moins si elle 1 a ete jusqu ici, 
car il faut toujours reserver 1 avenir il y a possibilite de diminuer de beau- 
coup les chances de la contracter, auxquelles 1 homme se trouve expose, par suite 
de 1 intimite des rapports qui 1 unissent au chien et qui font de cet animal comme 
un membre d ordre inferieur de la societe humaine. Et pour cela que faut-il ? une 
seule chose : savoir comment cette maladie se manifeste, non pas a 1 epoque de 
ses fureurs, lorsque le chien a perdu sa raison, je me sers a dessein de cette 
expression et n est plus domine que par les instincts feroces que la maladie a 
cveilles en lui, mais bien a sa periode initials, alors que 1 animal se counait 
encore, que le sentiment afi ectueux qui est la caracleristique essentielle de sa 
nature est encore toute vivace, et que, loin de fuire preuve de malfaisaiice, vis-a- 
vis des personues qui lui sont familieres, il se montre souvent au contraire plus 
caressant aleuregard, elperfide sans le savoir, se livre a des lechements dange- 
rcux, car deja a cette epoque sa have est virulenle et peut inoculer le germe 
du mal. 

Voila ce qu ignorent la plupart des personnesqui possedentdes chieus, soit pour 
1 usage qu elles en retirent, soit pour leur agrement; et voila ce dont il faudrait 
qu elles fussent bien penetrees. Uue fois prevenues, le danger serait mil pourelles 
et pour lesaulres; car on enchainerait le chien, des 1 apparition de ces signes pre- 
curseurs, et on 1 empecherait, par cette captivite preventive, d obeir a linstiuct 
qui le pousse toujours a fuir la maison de ses maitres, comme s il avail le pressen- 
timent du mal qu il peut faire, et a aller exercer ses fureurs au loin. On eviterait 
de cetle maniere la dissemination des germes de la contagion, par la serie des 
morsures que 1 animal inflige a tous les animaux qu il rencontre, et surtout 
aux chiens qui se trouvent a la portee de ses dents sur les routes qu il 
parcourt. 

11 y a pres de trente ans que j ai tente mes premiers efforts pour vulgariser les 
syn. ptomes de la rage canine et inspirer a tous les possesseurs de chieus 1 esprit 
de prevoyance coutre cette maladie, dont les dangers sont evitables, je ne saurais 
trop le mlire, quand on sait les deviner et en prevenir 1 imminence aux signes 
certains qui les acousent. Depuis lors, j airenouvele cestent;itives en plusieurs cir- 
constances : notammeut a 1 Academic de medecine en 1 865, dans un rapport qui 
a eu quelque retentissement, et que la plupart des journaux ont reproduit a cette 
epoque; et dans une conference faite a la Sorbonne en 1868, 

J ai ete aide dans cette ceuvre de propaganda par un assez grand nombre de col- 
laborateurs, a la tete desquels se place M. le professeur A. Sanson, de 1 Ecole 
d agriculture de Grignon, dont 1 opuscule sur la rage dit son but par son titre. 
Dans la pensee de M. Sanson, comme dans la mienne, le meilleur pre servatif de 
la rage est d tn bien connailre les sjmptomes, chez le chien, qui est, a coup sur, 
le plus actif des propagateurs de cette redoutable maladie. 

Ces considerations expliquent et justifient 1 etendue des developpements qui 
vout etre donnes dans ce livre a 1 etude de la rage canine. II est necessaire, en 
eifet, que les medecius n ignorent rien de cette maiadie, et qu ils s inspirent cte 
leurs connnissances a ce sujet pour mettre eu garde les populations COiiti 6 les 



RAGE. 57 

dangers auxquels elles sont exposes par suite de leurs rapports avec le cliien, 
dont nous avons fait notre hote, notre commensal, noire gardien, notre compa- 
gnon, notre ami meme, mais qui, a un moment donne, peut commettre a noire 
egard, et sansle vouloir, la plus perfide des traliisons, celle qui se cache sous les 
dehors du plus affectueux de vouement. 

Cependant ce n est pas seulement la rage du cliien que nous nous proposons de 
faire connaitre dans cet article; nous exposerons aussi, dans des paragraphes spe- 
ciaux, les caracteres de cette maladie chez les omnivores et les differentes especes 
d herbivores. 

Ces notions connues, 1 etude de la rage de 1 homme completera ce travail et il 
sera facile alors de reconnaitre 1 unite de nature de cette maladie, sous la diver- 
site de ses formes, dans les differentes especes qui sont susceptibles de la con- 
tracter. 

Mais avant de donner la description de la rage suivant les especes, il convient 
d embrasser, dans un chapitre preliminaire, tout ce qui est relatil a la definition 
de cette maladie, a son historique et a son etiologie. 

CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES. Definition. La rage peut etre definie une 
maladie virulente, non infectieuse, reputee parliculicre aux animaux des especes 
canine et feline, et ne s attaquant jamais a ceux des autres especes qu a la suite 
d une inoculation. 

Si la spontaneite de la rage est admissible pour les especes canine et feline, 
elle reste cependant tout a fait exceptionnelle, comme CL la ressorlira des docu 
ments que nous aurons a produire dans le courant de ce travail, et, dans rimmense 
majorite des cas, c est de la contagion que la rage precede. En sorlcqu il est vnii 
de dire que, dans toutes les especes et pour tous les animaux, la contagion joue \c 
role principal comme cause de la rage, puisque, en dehors du genre cliien, c est 
elle exclusivement qui la determine, et que, meme dans les especes ou la spoil ta- 
neite de cette maladie est admise comme possible, c cst cependant encore a la 
contagion que la rage doit etre raltachee pour le plus grand nombre des animaux 
qui en sont atteints. 

Annuler les effets de cette cause, ce seraitdoncresoudre presque completement 
le probleme de 1 extinction de cette redoutable maladie. 

Dans le langage medical et, par suite, dans le langage usuel, les mots rage et 
hydrophobie sont devenus synonymes et sont indifleremment employes pour 
designer la rage de 1 homme et des animaux. Si cette synonymie n avait d autre 
consequence que de faire attribuer deux denominations differentes a une memo 
chose, elle pourrait etre conservee sans inconvenients. Mais 1 expression d hydro- 
phobie a une signification determinee ; elle impliqne 1 idee que la rage est caracte- 
risee d une maniere conslante par Uhorreurde lean, et logiquement elleentraine 
cette autre que 1 animal qui n a pas horreur des liquides ne doit pas etre consi- 
dere comme un animal enrage. Grave erreur et feconde en desastres ! 1 experience 
en temoigne. II faut done faire disparaitre cetle synonymie malheureuse conlre 
laquelle proteste la nature des choses, et ne plus appliquer a la rage le nom d un 
symptome qui, s il est, assez communement, caracteristique de cette maladie, duns 
1 espece humaine, peut cependant se manifester en dehors de 1 etat rabique; et 
qui, d antre part, dans les especes animales, ne caracterise, jamais cet etat. Un 
chien enrage n est pas hydrophobe; mais quoiqu il n ait pas horreur de feau, il 
n en est pas moins enrage. 

Et d un autre cote, 1 liommc peut avoir horreur de 1 eau et, quoique hydro 



38 RAGE. 

phobe, n etre pas affecte de la rage. Double raison, on le voit, pour que ce soil un 
vrai non-sens d appliqucr a la rage le nom d hydrophobie. Mais il est inutile d in- 
sister plus longuement ici sur ce sujet, la question que je ne fais qu effleurer 
maintenant devant etre fraitee, avec tous les details qu elle comporte, dans un 
article special (voy. HYDROPHOBIE) . 

L idee de qualifier la rage, chez 1 homme, par un de ses symptomes plus ou 
moins constants, a donne naissance a d autres denominations, derivees du grec, 
comme celle d hydrophobie, mais qui n ont pas recu comme elles la consecration 
de 1 usage. Telles sont celles de phobodipsie, A ae rophobie, de pantophoUe, de 
cynanthropie, de brachypotie, et d hygrophobie. 

De fait, 1 homme qui est victims de cettc etrange maladie craint d avoir soif, 
taut la deglutition lui est penible; un courant d air fioid exerce sur lui une 
impression qu il redoute ; tout I elfraye. 

II s imagine que le chienqui 1 a mordului a communique ses instincts; il bolt 
peu, et ce n est pas seulement 1 ean qui lui fait horreur, mais encore tous les liqui- 
des. II est done hygrophobe encore plus qu hydrophobe ; il est cynanthrope; il est 
pantophobe ; il est acrophobe; il est phobodipsique. Mais ces expressions n ont 
jamais eu cours comme synonymes de la rage; tout au plus s en sert-on, a 1 occa- 
sion, pour designer le symplome auquel elles correspondent. Nous ne les rappelons 
done ici que pour memoire. 

HISTORIQUE DE LA RAGE. L bistovique de la rage exigerait un grand nombre 
de pages si Ton voulait presenter une analyse, meme des plus sommaires, de tout 
ce qui a ete ecrit sur cette maladie depuis les premiers temps ou il en est fait 
mention jusqu a 1 epoque actuelle. Mais comme ce travail n aurait d autre interet 
quecelui de la curiosite, car, dans ce long amas d ecrits, entasses sur la rage, la 
part de 1 erreur et meme de la deraison est bien plus considerable que celle de la 
verite, nous nous bornerons ici a une rapide esquisse ou nous mettrons en relief 
les fails principaux sur lesquels il nous parait utile de fixer plus particulierement 
1 alten tion. 

Aussi bien cette tache va nous etre rendue facile par un chapitre du livre 
Rabies and hydrophobia , que vient de publier un veterinaire de 1 armee an- 
glaise, M. G. Fleming (Londres, 1872), et ou se trouvent rassembles des docu 
ments historiques tres-interessants sur la rage. 

La rage, sans doute, a du etre connue des les premiers ages dumonde,ou, pour 
mieux dire, des les premiers temps ou 1 homme s est associe le chien et a mis a 
profit ses instincts et sa force. Mais de ces premiers temps on ne sait rien. 

La Grece parait etre restee longtemps exempte des atteintes de cette maladie, 
car Hippocrate n en parle pas, et il n est pas probable que si la rage eut existe de 
son temps, elle n eut pas trouve sa place dans 1 une ou 1 autre des pages qu il a 
leguees a la posterite. II est vrai qu on invoque contre cette maniere de voir 
Ilomere et les injures que s adressent ses heros. Hector, pour Teucer, n est qu un 
chien plein de rage. Mais le mot >>u;?, comme notre mot rage, n a pas qu une 
seule signification; il exprimela colere, la fureur, la haine, tout aussi bien qu un 
etat maladif special, et il n y a aucune raison pour ne pas admettre que c est la 
medecine qui 1 a emprunte au langage usuel lorsqu elle a eu a qualifier uue mala 
die dont la fureur est le signe caracteristique essential. 

Si Hip[iocrate ne semble pas avoir connu la rage, Aristote, soixante ans plus 
tard, en parle dans son Histoire des animaux, et il est remarquable qu il la con- 
sidcre comme une molaclie que 1 homme ne serait pas susceptible de contracter. 



RAGE. 39 

La rage (lyssa), dit-il, est fatale aux chiens, et a tous les autres animaux, 
rhomme excepte, que les chiens peuvent mordre. 

II est probable qu Aristotu ne s cst e taye, pour formuler cette opinion, que sur 
quelques cas d immunite qu il avait ete a meme-d observer, et qu il aura conclu 
tin particulier au general. Mais quoi qu il en soit de la justesse de sa maniere de 
voir sur ce point, on peul conclure da silence sur la rage des livres hippocratiques 
et des affirmations d Aristote a 1 endroit de la non-contagiosite" de cette maladie a 
1 horame, qu en definitive les accidents rabiques devaient etre rares, dans la 
Grece, sur 1 espece humaine, aux temps de ces deux grands observateurs. 

L ecole d Alcxandrie a laisse* quelques ecrits sur la rage, mais nous les neglige- 
rons pour arriver de suite a Gelse, 1 elegant ecrivain latin du premier siecle de 
noire ere, qui a si bien ddfini la rage : Miserrimum genus morbi; in quo simul 
ceyer et siti et aquce metu cruciatur. Quo oppressis in anyusto spes est. Le 
traitement des blessures rabiques, que Celse a inslitue, est remarquableraent 
adapte a son but, et si complet, qu il estvraide dire que, depuis dix-huit siecles, 
on n a pas su faire mieux ni autrement. Celse recommande en effet, pourempe- 
cher d agirle venin depose dans une morsure, de recourir, suivant ) org;misation 
des parties blessees, soit a 1 extirpation, soit a la cauterisation avec le feu ou avec 
les caustiques, soit a la succion directe avcc la bouche, operation qu il dit pouvoir 
etre faite toujours avec impunite, lorsque la persoune qui la pratique n a dans la 
bouche aucune excoriation. Toutes ces prescriptions sont tres-bien concues et 
iinpliquent, de la part de celui qui les a formulees, une parfaile connaissance de 
la nature contagieuse de la maladie et des ressourcesdont 1 art peut disposer pour 
prevenir les consequences funestes de son inoculation. 

Mais quand la maladie est declaree, 1 art n est-il pas completement impuissant ? 
Celse ne le croyait pas absolument, et il preconise, comme moyen unique, de jeter 
inopinernent les malades dans un reservoir d eau froide et, s ils nesavent pasnager 
de les laisser couler a fond, en ayant soin de les rameuer a temps a la surface, 
pour les plonger de nouveau, afin, dit-il, qu ils puissent boire malgre eux et 
qu ainsi on les delivre, tout a la fois, et des tourments de la soif et de la terreur 
de 1 eau. Apres cette immersion violente, et pour en contre-balancer les effets 
sur les natures trop faibles, Gelse recommande de plonger les patients dans un 
bain d huile chaude. 

Ce traitement, que Ton peut appeler formidable, quand on pense a 1 etat ner- 
veux des malades pour lesquels Celse 1 a preconise, est aujourd hui tombe en 
desuetude ; mais il parait que, meme dans le dix-septieme siecle, on y avait en 
core recours, car Van Helmont alfirme 1 avoir vu appliquer, et avec un complet 
succes, sur un vieillard atteint d hydrophobie. Quoi qu il en soit de cette affirma 
tion et de la nature reelle de la maladie dont cet homme pouvait etre atteint, la 
desuetude complete dont se trouve aujourd hui frappe le precede therapeutique 
de Gelse centre la rage confirmee temoigue, a coup sur, de son inefficacite re- 
connue, car on peut avoir la certitude qu al aurait ete religieusement conserve si 
1 experience avait montre qu il pouvait etre utile. 

Apres Celse, la rage a ete le sujet, dans la serie des temps et danstous les pays, 
de mille et un traites. Mais malgre tant d efforts appliques a 1 etude de cette ma- 
ladie et a la recherche des moyens propres a la combattre, aucun resultat, il faut 
bieu 1 avouer, n a ete obtenu. L art est tout aussi impuissant aujourd hui contre 
la rage declaree qu il 1 etait au temps des Asclepiades ; et, quant aux moyenspre- 
ventils a 1 aide desquels il est possible d empecher les inoculations de produire 



40 RAGE. 

leurs effVts, les ressources actuelles de 1 art ne sont pas autres que celles qui se 
trouvent indiquees dans le livre de Celse : succion, extirpation, cauterisation a 
1 aide du leu ou des caustiques. 

Gc n est pas a dire, cependanf, que dans ce long amas de livres, consacres a la 
rage, qui ont ete produits pendant dix-huit siecles, les recettes therapeutiqucs 
fassent defaut; elles foisonnent au contraire. Mais quel ramassis de choses insen- 
sees dans un trop grand nombre de ces ouvrages, depuis celui de Pline, qui sert 
de receptacle a toutes les recettes connues de son lemps, jusqu a ceux qui ont vu 
lejour, meme dans le siecle dernier ! Beaucoup de ces recettes sont innocentes, 
mais il y en a, dans le nombre, qui, loin de conjurer le mal, devaient avoir pour 
consequence presque infaillible d en inoculer le poison, a closes que j appellerai 
volonticrs intensives, aux malheurcuses victimesde cette tberapeutique insense e ; 
celles, par exemple, qui prescrivent de leur faire manger, a titre de preservatif, 
soit le foie cru tout entier, soil touts la tete, erne egalement, du chien qui les a 
mordues ; ou encore de leur faire avaler la salive visqueuse, raclee sous sa langue 
et incorporee a une pilule. Ces pratiques et bien d autres, tout autant marquees 
au sceau de la dcraison, se perpetuent d age en age, et on les retrouve dans la 
serie des livres qui se succedent, seniblant par cela meme avoir pour elles la sanc 
tion de 1 experience, tandis qu elles nefontqne temoigner du defaut dejngement 
et de la credulite servile de tous les auteurs qui les ont preconisees, a 1 envi les 
uns des autres, par la seule raison que d autres avant eux avaient fait de meme, 
sur la foi, eux aussi, de leurs devancicrs. 

On comprend mieux les pratiques superstitieuses. 

Dans les siecles de croyance, elles devaient avoir tout au moins 1 avantage de 
rassurer les personnes auxquelles les morsures rabiques avaient ete infligees, de 
relever leur moral et de les delivrer de 1 eflroyable cauchemar dont elles etaient 
accablees. De fait, aujourd hui meme encore, ceux qui ont conserve la foi de leurs 
peres beneficient, corume enx, de ces pratiques, dans lamesure ou elles peuvent 
etre efficaces ; grace a elles, ils peuvent rentrer dans le calme de leur esprit et 
voir disparaitre les symptomes qui les obsedent. 

G est ce qui explique la vogue que le pelerinage a la chapelle de Saint-Hubert, dans 
les Ardennes, a conserve depuis le neuvieme siecle, et qui n est pas pres de cesser. 
La medecine etant et se declarant impuissante, beaucoup de gens, inspires par la 
foi ou par la terreur, vont demander au pouvoir surnaturel du saint des secours 
et des esperances qu ils ne trouvent nulle part ailleurs. II n y a pas a protester 
au nom de la science et de la raison contre ces pratiques. La raison doit avouer, au 
contraire, qu elles constituent un traitement moral qni ne laisse pas d avoir son 
importance ; et, quand meme Saint-Hubert ne reussirait aprus tout, a 1 aide de sa 
clef d or, de son etole et desa chasse,qu a delivrer ceux qui ont foi en lui detous 
les tourments, de toutes les tortures, deces affres mortelles auxquelles ils sont en 
proie pendant touteladureedelaperioded incubation, il y auraitlieude reconnai- 
tre le pouvoirbienfaisant de ce saint, ou , pour mieux dire, de son culte, et de faire 
des vceux au nom de ceux que le Christ a appeles les pauvres d esprit, pour que 
sa bienheureuse influence ne cesse pas desitot. II faut, du reste, quela croyance 
en Saint-Hubert ait de bien profondes racinespour qu elle se soit perpetuee toujours 
vivace, depuis plus de neuf siecles deja, malgre les protestations qu elle a soule- 
vees a differentes epoques^ et malgre 1 affaiblissernent de la foi relinieiise. Le ce- 
lebrc tbeologienGerson, dans le quinzieme siecle, avait dt?ja conteste les miracles 
du saint des Ardennes, et il est remarquible que la Sorbonne, par une declara 



RAGE. 41 

tion du 10 juin 1671, comlnmnacomme supcrstitieuses les pratiques usitees dans 
sa chapelle, pour prevenir les consequences des morsures rabiques. Mais le clerge 
de Saint-Hubert les defendit, cela va de soi, centre la Sorbonne , et la faculle de 
theologie de Louvain intervint, de concert avec I eveque de Liege, pourleur donner 
une complete approbation. Plus tard, en 1709, un chimoinede Reims entrepritde 
demontrer 1 inanite des miracles attribues ci Saint-Hubert, en prouvant qii un cer 
tain nombre de malades avaient contiacte la rage, malgre larigoureuse observance 
des prescriptions imposees pendant la neuvaine. Leclerge de Saint-Hubert se defen 
dit de plus belle et, en resultat dernier, Saint-Hubert reste toujours plus ou moins 
(i fertile en miracles, aujourd bui, commc par le passe, gracea laloi, je ne dirai 
pas qni sauve ses croyants, mais qui attribue a sa bienheureuse intercession le 
salut de tous ceux, hommes ou animaux, qui echappent a la rage malgre les mor 
sures qu ils out subies. 

L enumeration des nombreux ecrits publics sur la rage de 1 homme et des ani 
maux sera faite, aussi complete que possible, dans 1 index bibliographique qui 
fera suite a cet article. Ge serait empieter sur le domains dc celui des collabora- 
teurs de cet ouvrage qui doit cxposer la rage de I cspece humaine, quc. dc donner 
ici a cet apercu historique un plus long dt-veloppement. Aussi me bornerai-jc a 
ces quelques jwges, en fuisant observer toutefois quo si, an point de vuc tln i;i- 
peutique, ou je me suis place particulierement pour faire [ appreciation qui pre 
cede, les travaux sur la rage sont remplis des rccettes les plus etranges et meme 
les plus deraisonnables, et aussi des alfirmations les plus incroyables; cepeiulant 
un grand nombre d entre eux ne laissentpasque d avoir unegrandevuleur au point 
de vue de la symptomatologie surtout, qui s y trouve exposee souvent de la ma- 
niere la plus rernarquable et la plus lidele. Sur ce point, on voit que I esprit, 
sachant ou se prendre, a pu appliquer ses facultes avec fruit el imprimer au\ 
ceuvres cecaractere de veritequi les rend durables et les sauve, malgre les erreurs 
dont elles sont entachees par la force, tout a la fois, et des choses et du temps on 
elles out ete produites. II y a done tout avantagea les consulter pour en extraire 
cette part de verite qu elles renferment et en faire beneflcier noire temps et uos 
propres ffiuvres. 

ETIOLOGIE DE LA RAGE. 1 CONTAGION. Ce qui est certain dans 1 etiologie de 
la rage, ce qu une experience souvent bien cruelle demontre tous les jours de la 
maniere la plus irrefragable, c est qu elle est contagieuse par inoculation. 

La contagion : voila sa cause absolument certaine, et, a supposer qu il y en ait 
d autres, chose que nous aurons a rechercber tout a 1 heure, c est aussi sa cause 
principale et dominante, de telle sorte que cette cause supprimee, les chances dc 
la manifestation de la rage se trouveraient singulierement reduites, si non com- 
pletement abolies. 

Mais, si la rage est contagieuse, elle ne 1 esC que par inoculation ; il faut que 
rimmeur qui en contient le germe soil deposee sur une partie susceptible de 
1 absorber, comme par exemple, et surtout, la surface d une plaie recente. C est 
cette condition que realise la morsure. La transmission de la rage ne peut pas s o- 
perer par Tintermediaire de 1 air, comme c est le cas pour la peripneumonie, la 
peste bovine, la clavelee du mouton et la variole de 1 homme ; rien done ne se de- 
gage du malade par les voies respiratoires ou par la transpiration, rien non plus 
ne se degage de la salive, epanchee hors de la bouche, qui soit susceptible d etre 
tcnu en suspension dans 1 air et de servir d agent de transmission de la maladie a 
distance. 



42 RAGE. 

Mais oii resident les principcs contagieux? C cst ce qu il s agit dc rechercher, 
ea passant successivement en revue les differentes parties de 1 organisme, tair 
lesquelles des experiences out ete faites. 

a. Salive. La salive est virulente. Les inoculations experimentales sont d ac- 
cord avec les inoculations faites accidentellement par des morsures pour prouver 
que la salive possede, au plus haul degre les proprietes virulentes, caracteris- 
tiques de 1 etat rabique. Les premieres experiences demonstratives de ces 
proprietes de la salive auraient ete faites, pour la premiere fois, d apres Virchow, 
par Gruner et un comte de Salm-Reiferschied (1813) ; mais ce sont principa- 
lement celles de Mogendie et de Hertwig qui out fourni sur cette question les 
premieres donnees les plus exactes. Hertwig n a pas fait porter ses recherches, 
comnie Magendie, exclusivement sur le liquide recueilli dans la cavite buccale. 
II a experimente aussi sur la salive pure, extraite des parotides, et il lui are- 
connu des proprietes virulentes comme a la salive buccale. 

b. Chair crue et sang . Mais est-ce la salive seule qui est virulente? Cette 
question restc encore inclecise, parce que les resultats donnes par I experimenta- 
tiou sontcontradictoires. Gohier, professeur a 1 ecole veterinaire de Lyon, fit don- 
ner a un chicn, le 8 juillet 181 1, de la viande provenant d un cheval enrage, mort 
dans les hopitaux de 1 ecole. Ge chien resta jusqu an 23 du meme mois sans 
manifester aucun symplome de maladie. Mais le meme jour, a deux heures, onle 
vit tout a coup se jeter sur un morceau de bois et le ronger fortement. Un instant 
apres, il eprouva un spasme general accompagne d une dilatation excessive des 
juipilles et d un ecoulement tres-considerable d ecume par la gueule. Tous ces 
symptomes ayant disparu une heure apres, 1 animal reprit son etat naturel ; il 
mangea et but un peu. 

Le 24 au matin, ce chien etait si faible qu il pouvaita peine se soutenir. A 
deux heures apres midi, il retomba dans le meme spasme que les jours prece 
dents, il cherchait a mordre tous les corps qu on lui presentait. 

Les 25, 26 et 27, la faiblesse augmenta encore ainsi que 1 envie de mordre, 
quoique ce chien fut etendu sur la litiere. 

Le 28, a huit heures du matin, il eprouva de nouveau un spasme convulsif 
tres-fort, avec une grande dilatation des pupilles ; il resta trois heures dans cet etat 
etilmourut. Pendant les six jours que dura sa maladie, il ne temoigna aucune 
espece d aversion pour 1 eau. 

A 1 autopsie, tous les visceres parurent dans leur etat naturel, a 1 exception 
du poumon, qui etait unpeu enflamme; lesang contenudans le ventricule gauche 
du cceur avait une couleur tres-noire. 

Une seconde experience de la meme nature est relatee dans les Me moires de 
Gobier. Le 12 fevrier 1815, il fit donner a un chien et a une chienne plusieurs 
morceaux de viande d une brebis morte de la rage, qui lui avait ete inoculee par 
une morsure de chien enrage. Le chien soumis a cette experience n en ressentit 
aucun ei fet ; mais la chienne montra des symptomes de rage le } er mai suivant. 
Elle etait pleine et avorta dans la nuit du 2 au 3. Elle aboyait souvent et sur le 
meme ton qu aboient les chiens enrages. Elle avait des yeux hagards et grattait 
souvent sa litiere ; sa gueule etait toujours ouverte et elle cherchait a mordre tons 
ceux qui s en approchaient ; mais elle n avait pas 1 eau en horreur. 

Le 4, memes symptomes, a la dilference pres qu elle se levait et se couchait 
de temps en temps ; elle eprouvait parfois des convulsions assez fortes ; elle cher 
chait moins a mordre. 



RAGE. -13 

Le 5, cette chienne etait tres-abattue ct no pouvait plus se tcnir sur ses mem- 
bres. Quand on lui preseutait de 1 eau, elle essayait d cu boirc, mais elle ne pou 
vait avaler. Lorsque sa guculeen etait pleine, elle la laissait retomber tres-chargee 
de bave. 

Le 6 au soir, cette bete mourut. L ouverture n en fut pas faite, 1 eleve qui 
devait la faire ayant temoigne a cet egard quelque repugnance (Goliier, Me- 
moires et observations sur la chirurgie et la me decine ve te rinaires, t. II, p. 1 77 
a 180, Lyou et Paris, 1816). 

Les deux sujets de ces observations sont-ils morts de la rage ? A cette question 
on pent repondre par une affirmative complete. Point de doutes possibles sur ce 
point, d apres les symptomes que Gohicr a relates. Mais cette rage procedait-ellc 
de la viamle que ces animaux avaient ingerce, ou bien etaient-ils sous le coup 
d une inoculation anterieure, sans que Goliier 1 ait su?Cela est possible, et quoique 
Goliier soitunexperimentateur en qui on puisse avoir confiance, on est bien oblige 
de se poser celle question, parce que les faits qu il rapporte sont, nous devous le 
dire des maintenant, restes exceptionnels. Delafond, professeur a 1 ccole d Alfort, 
n a pas reussi a transmettre la rage a un cbion ;mqiu-l il fit manger la langue tout 
entiere d un cheval mort enrage (Traite sur la police sanitaire des aiiniinii.r 
domes tiqucs). M. le professeur Lafosse, de 1 ecolc vetcrinaiiv di- Toulouse, a 
fait manger de la viandc fraicbe dc boeuf, de mouton ct de cbini rnragrs a 
buit chiens et a une brebis. Pour cette dcrniere, la diair avail d abord etc 
hachee, puis enfermce dans de la mie de pain. Tons les sujets de ces expe 
riences, dit M. Lafosse, se sont conserves en parfaite sante. Un seul chien qui avail 
consomme de la brebis enragee mourut au bout de cent cinquaute jours, apres 
avoir presente des symptomes que nous ne pouvons rapporter a ancune maladic 
connue : il devint d abord taciturne, se tint constamment coucbe et assoupi au 
fond de sa loge, refusa absolument de boire et de manger, tomba dans la con- 
somption et mourut treize jours apres 1 invasion dc cette singuliere affecliou sans 
avoir jamais manifesto 1 envie de mordre. L autopsie ne devoila aucune alteration 
ayant pu determiner la mort, que rien ne permit d attribuer a une amputation de 
la jambe, subie parcel animal plus d un an avant d avoir servi a 1 experience qui 
vienl d etre rapportee (Lafosse, Traite de pathologic ve terinaire, t. Ill, 
2 e part., p. 839). 

M. Lafosse se demande si la maladie a laquelle a succombe 1 animal dont il vieiit 
d etre question, n etait pas de nature rabique, et il incline a le penser, quoi<|iic. 
1 inoculation de la salive soil restee sans elfets. La question reste necessairemcut 
indecise ; mais ce fait ne laisse pas cependant que d avoir quelque importance, 
surtout quand on le rapprocbe de ceux de Gobier qui etablissent, dans une cer- 
laine mesure, la presomption de 1 inoculabilite possible de la rage par 1 ingestion 
dans les voies digestives de cbairs provenant d animaux enrages. 

Mais Renault a repete, en les multipliant et en les variant, les experiences de 
Goliier; il a fait avaler a des cbiens, a des moutons et a des cbevaux, de la salive 
virulente, seule ou associee a des aliments, du mucus buccal et du sang, pris sur 
des cbiens ou sur des herbivores vivants ou venant de mpurir; il a fait aussi 
manger des chairs extraites,immediatement apres la mort,de cadavres d animaux 
enrages, et jamais, malgre le nombre considerable de ses tentalives, il n a pu 
reussir a transmettre la rage par 1 ingestion dans les voies digestives, soil de sub 
stances reellement virulentes comme la salive et le mucus buccal, soil de sub- 
stonces douteuses a ce point de vue, comme les chairs et le sang. 



44 RAGE. 

M. Decroix, veterinaire militaire, attache a la garde municipale de Paris, pous- 
sant le devouement jusqu a faire sur lui-meme une experience de cet ordre, a 
avale avec une complete impunite un morceau de chair detachee du corps d un 
chien enrage, et qu il avait trempe dans la bave afin de rendre 1 experience plus 
concluante, au point de vue de la demonstration qu il se proposait de donner de 
1 innocuite des matieres, meme incontestablement virulentes, lorsqu elles sont 
introduites dans les voies digestives. 

Qne conclnre des faits que nous venons de reproduire? En ressort-il, d une 
maniere absolue, qu aucune propriete virulente n est inherente aux chairs et au 
sang desanimanx enrages? Non, car les faits de Gohier et celui dont M. Lafosse a 
etc le te"moin sont la qui laissent a cet egard quelques doutes dans 1 esprit. Ces 
f;iits sont d ordre posilif, en effet, et s ils etaient plus circonstancies et qu aucun 
doute ne put etre congu sur la parfaite sante, au point de vue de la rage, des su- 
jets dont Gohier s est servi, tous les taits uegatifs de Renault ne pourraient pas 
faire que ceuxde Gohier ne fussent pas, avec leur signification positive. 

Maintenant, les experiences de Renault, si on les considere exclusivement au 
point de vue de la virulence, n etablissent pas la preuve certaine que les chairs et 
le sang des animaux enrages sont destitues absolument de proprietes virulentes, 
car il faut tenir compte de Faction digestive .qui a pu etre une condition pour que 
ces proprietes, si elles existent, fussent annulees et ne produisissent pas conse- 
quemment leurs effets. L epreuve de la virulence, faite par ce mode, ne saurait 
done donner des resultats certains, a cause de 1 inlervention de cette circonstance 
importante. 

On a eu recours, pour resoudre cette question, a 1 inoculation directe, et ici 
encore les resultats obtenus par les differents experimentateurs ne sont pas con- 
cordants. Herlwig affirme, dans sou livre sur les Maladies des chiens et leur trai- 
temenl, que le virus de la rage est de nature fixe et se trouve dans la salive et la 
mucosite de la bouche, dans les glandes salivaires et dans le sang (traduit par 
Scheler, Rruxelles et Paris, 1860). Virchow, qui invoque les experiences du pro- 
fesseur de 1 ecole veterinaire de Berlin, semhle admettre que les proprietes viru 
lentes resident surtout dans le sang des veines jugulaires et dans celui des cavites 
droites du cosur, sans doute parce que ce sang, auquel celui qui est exporte des 
glandes salivaires vient de se meler, contient le principe virulent a un plus haut 
degre de concentration. Mais quel est le nombre des experiences qu a faites 
Hertwig, et combien de fois a-t-il reconnu 1 etat de virulence du sang des jugu 
laires et du coeur droit? Sur ces deux points, aucun detail n est donne ni par lui 
ni par Virchow, dans les ouvrages que nous avons pu consulter, et faute dece ren- 
seignement, il ne nous est pas possible de savoir jusqu a quel point ces deux au- 
teurs sont autorises a formuler leurs affirmations. Gohier n a fait que deux expe 
riences sur la transmissibilite de la rage par les voies digestives, niais les resultats 
qu elles out donnes etant restes une exception, on est forcement conduit a penser 
qu elles n ont pas ete faites dans les conditions de rigueur absolue qui etaieiit ne- 
cessaires pour que ces resultats fussent incontestables. Si les experiences de 
Hertwig ne sont qu en tres-petit nombre comme celles de Gohier, elles doivent 
aussi laisser prise au doute relativement aux conditions dans lesquelles elles out 
pu etre faites, car les tentatives faites ulterietirement poui 1 reconnaitre 1 etat de 
virulence du sang rabique sont loin d etre concordantes avec les siennes d;ins leurs 
resultats. Breschet, Mngendie etDupuytren n ont rien obtenu, ni pai-rinoculation, 
nipar 1 injection directe dans les veines de sang d animaux enrages, Renault u a 



RAGE. 45 

pas ete plus heureux et par la transfusion dii sang de deux chicns enrages dans 
les veines de deux chiens sains, et par 1 inoculation aux animaux sains du sang 
arteriel et veineux recueilli par piqures sur des chiens enrages (Recueil denied, 
vet., 1852). 

Cependant on cite deux experiences du professeur Eckel, de 1 Institut veterinaire 
de Vienne, que Ton invoque en faveur de la virulence du sang des animaux rabia 
ques. Un mouton, inocule au nez, aux levres et a la queue avec le sung encore 
chaud d un bouc affecte de la rage, devint malade le vingt-cinquieme jour et 
mourut le vingt-huitieme,apres avoir offert des symptomes qui n etaient pas ceux 
de la rage et qui n etaieut pas non plus assez significatifs pour qu on put les ratta- 
cher a une maladie determinee. A 1 autopsie, aucune lesion pouvant expliquer la 
mort. 

Gette premiere experience d Eckel peut tout au plus servir de base a une pre- 
somption. Quant a la seconde, il n y a rien a en conclure evidemment au point de 
vue de la virulence du sang. La have d un goret enrage est iuoculee pur Eckel aux 
oreilles et a la tete d un chien. Au bout de quatre mois, aucun symptome de rage 
ne s etant encore manifeste, Eckel fait servir ce sujet tres-suspect a une nouvi lle 
experience d inoculation, rnais cetle fois avec le sang d un compagnon serrurier 
mort de la rage. Le soixante-deuxieme jour qui suivit cette deuxieme inoculation, 
ce chien etait affecte d une rage Ires-caraclerisce, a luquelle il succomba. Mais 
rien ne prouve que cette rage procedait de la deuxieme inoculation plutot quo de 
la premiere, et comme les e.\emples ne sont pas r.ires d incubation rabique d une 
duree de six mois, il reste fort probable que la rage qui s est declaree sur rauimal 
a double inoculation etait celle du goret et non pas celle du compagnon serrurier, 
car 1 inoculation de la bave se montre souvent eificace, tandis que c est une ques 
tion de savoir si le sang est virulent. 

M. le professeur Lafosse, de Toulouse, rapporte dans son livre trois experiences 
d inoculations faites sur des chiens avec dn sang de chiens enrages. Un seul des 
trois sujets inocules tomba malade le vingt-cinquieme jour et presenta pendant 
onze jours des symptomes assez vagues. II etait taciturne, restait couche dans un 
etat constant d assoupissement, refusant toute nourriture et toute boisson, mais 
sans manifester la moindre envie de mordre. A son autopsie, on ne constala aucune 
lesion. La maladie de ce sujet etait identique dans son mode d expression a celle 
que M. Lafosse avait observee sur des chiens auxquels il avait fait manger de la chair 
d une brebis enragee. Etait-ce la rage sous une forme effacce, et s acctisant d em- 
blee par cette profonde depression des forces qui est la caracteristique de la rage 
a sa periode ultime? G est possible, comme il est possible aussi que le mouton de 
la premiere experience d Eckel soit mort egalement du poison rabique ne se 
traduisant pas de la maniere accoulumee ; mais en definitive la question reste 
indecise et reclame pour sa solution de nouvelles experiences. 

M. Lafosse, qui incline a penser que le sang, dans la rage comme dans beau- 
coup d autres maladies contagieuses, est impregne de virus, invoque a 1 appui 
de cette presomption le fait tres-inleressant d une vache pleine qui, ayant con- 
tracte la rage quarante jours apres avoir ete mordu par un chien enrage, rnit 
has, pendant sa maladie, un veau sur lequel les symptomes de la rage se decla- 
rerent le troisieme jour apres sa naissance. On avait pris des precautions, dit 
M. Canillac, veterinaire dans 1 AHier, auquel on doit cette observation, pour em- 
pecher la vache de lecher son veau, qui fut allaite pendant deux jours par une 
autre nourrice. Ge fait unique aurait effeclivement une grande valeur proba ive 



46 RAGE. 

de 1 elat virulent du sang si toutes les precautions avaient ete prises pourprevenir 
1 inoculation. On a empeche la vache de lecher son veau ; mais il y avail de la have 
sur la iitiere de la vache ; les personnes qui ont recueilli le veau pouvaient en 
avoir les mains impregnees. On a pu se-servir de cette Iitiere pour le secher plus 
vite. Dans une question de cette nature, on ne saurait se montrer trop exigeant a 
1 egard des preuves. 

M. Fleming rappelle dans son livre qu un jeune eleve de 1 ecole vete- 
rinaire de Copenhague est mort des suites de la rage qu il s etait inoculee 
par une blessure accidentelle, en pratiquant 1 autopsie d un chien enrage. 
Est-ce le sang ou la salive qui, dans ce cas particulier, ont servi de vehicule 
a la matiere virulente ? On ne saurait le dire, mais la tres-forte presomption est 
pour la salive, car dans les autopsies des clu ens enrages, les investigations sont 
surtout dirigees du cote de la cavite buccule et de 1 estomac, et il y a hien des 
probabililes pour que 1 inoculation se soil faite par suite du depot sur la blessure 
de liquides salivaires, soit ceux de la bouche, soit ceux de 1 interieur de 1 es 
tomac. 

L etat virulent du sang des animau.v enrages ne ressort done pas des frits et des 
experiences connus jusqu a present. Au contrail s, le plus grand nombre des fails 
recueillis, soit parvoie experimentale, soit par 1 observation, tendenta etnblirque 
cet etat virulent n existe pas. Mais une affirmation absolue dans ce dernier sens 
ne nous semble pas permise, parce que les faits de Hertwig, d Eckel, de Lafosse, 
s ils n ont pas un caractere suffisamment probatif, ne laissent pas cependant que 
de I aire naitre quelques doules dans 1 esprit et obligent, par consequent, a une 
certaine reserve. De nouvelles experiences sont necessaires pour eclairer cette 
question. 

c. Lait. Le lait des femelles enragees possede-t-il des proprieties virulentes? 
A cetle autre question, on peut aujourd hui reponclr.- d une maniere tres-nette par 
la negative. Non, le lait des femelles enragees n est pas virulent, meme pendant 
la periods rabique, et a plus forte raison pendant la periode d incubation. II est 
vrai que quelques faits sont cites par quelques auteurs, qui contredisent cette ma 
niere devoir. On lit dans la Police sanitaire de Delafond, qui empruntece fait a 
Baudol (Essais antihydrophobiques , 1770), que Balthasar ThiiEeus assure qu un 
paysan, sa femme, ses enfanls et plusieurs autres personnes furent alleints de la 
rage pour avoir bu du lait d une vache enragee, que le mari et 1 aine de ses enfants 
furent sauves par les remedes qu on leur fit prendre, que la fcmme, deux de ses 
fils et deux fillesperirentde la rage, que trois ou quatre mois apres, la servants et 
une voisine, avec quatre enfants qui avaient bu du hiit de la me me vache, perirent 
miserablement et apres avoir eu tous les acces de la rage. Ce recil n a aucune 
signification au point de vue de la rage, faute d etre suffisamment circonstancie, 
et quoiqu il soit par trop sobre de details, celui qui a trait a la guerison du pere 
et de 1 ahie de la famille, grace aux remedes qu on leur donna, autorise lous les 
doutes, pour ne pas dire plus, a 1 egard de la nature reelle de la maladie a laquelle 
succombersnt les membres et les domestiques de la famille dont B. Timfeus trace 
dans son recit la lamentable, mais trop couite histoire. Qu etail cette maladie? 
C est difficile a dire. Mais ce pere et eel enfant sauves par des remedes donnent 
foitement prise a 1 incredulite. Ce recit ne doit done etre rappele que pour mon 
trer combien il a peu de valeur, au pomt de vue qu ont voulu lui faire si^nifier 
ceux qui 1 ont invoque comme preuve de la virulence da lait des femelles en etat 
de rage. 



RAGE. 47 

Les faits qui tcmoigncnt centre cctte virulence sont plus conclunnts : Baudot, 
cite par Delafond, rapporte qu une vacheetant devenue enragee, sans quc Ton sc 
reudit compte de la nature de sa maladic, fut traite, comme de coutume, apres 
cependant qu on 1 eut attachee pour se rendre maitre de ses mouvements, et quc 
1 on donna son hit a boire a un enfant de quiuze mois, sans que, apres ringcstion 
dece lait, cet enfant ait cesse de se bien porter. Uu autre enfant, d apres le rccit 
du meme auteur, fut allaite par une chevre jusqu au jour ou Ton reconnut qu clle 
etait enragee. et uucune consequence facheuse ne resulta de 1 usage du lait dc 
cette chevre pour son nourrisson. 

Gelle, professeur a 1 ecole veterinaire de Toulouse, envoye en mission dans la 
commune de Cognac, par le prefet de la Haute-Garonne, pour constater un cas dc 
rage, a rapporte que plusieurs personhes, ayant bu chaque jour du lait d une vadir 
enragee, depuis le debut de sa maladie meconnue jusqu a sa niort, n en eprouvercnt 
aucun accident, malgre la frayeur extreme dont quel((ues-unes d entre elles furent 
saisies lorsqu elles connurent la nature de la maladie a laquelle avail succombe la 
vache dont elles avaient bu le lait. 

Des experiences directes, faites en Allemagne par Baumgarten et Valentin, ct 
en France par Renault, ne laissent aucun doute sur la complete innocuite du lait 
pcovenant de femclles en ctat rabique. Renault a constate que la ra-c uc s t tail 
pas developpee sur des jeuncs cliiens qui avaient tete lenr mere avanl rt apres Ja 
manifestation de la rage. Ccs cliiens out ete conserves en observation pendant plus 
d une annee. Uu chevreau, dont Renault rapporte 1 histoire, a vecu pendant vmi;t 
jours du lait de sa mere, chez laquelle la rage ctait a 1 elat d incnbation; il 1 a 
encore tetee pendant les trois premiers jours du developpement de celtc m iladie, 
et, pendant les deux ansqu il est reste en observation, ce jeune animal a ton jours 
conserve les caracteres de la plus parfaite saute. Renault relate encore qu il con- 
nait des exemples d ingestion, par des personnes, de lait non bouilli et pris im- 
mediatement apres avoir ete tire. Ce lait provenait de \ aches, de chevres ou de 
brebis mordues par des chiens enrages, et on avail continue a les traire jusqu an 
moment des premieres manifestations rabiques; cependant, malgre la frayeur qtie 
ces personnes ont ressentie, lorsqu elles out su la provenance du lait dont elles 
s elaienl nourries, toutes sonl restees exem[ites de maladie. 

A ces fails tres-concluants, par leur nombre ct par leur concordance, on peut 
etre tente d opposer celui de cette negresse de I Algerie dont M. Fleming a re- 
cueilli 1 histoire dans son livre. Cette negresse contracta la rage a la suite d une 
morsure de chien, et son enfant, allaite par elle, mourut avec les symptomes de 
cette maladie avant qu elle y succombat elle-meme. Mais rien ne prouve que, dans 
ce cas, la maladie de la mere ait etc inoculee a 1 enfant par le lait. Les baisers out 
pu etre un mode de transmission beaucoup plus energique et efficace, d autant 
que cette maladie a souvent pour effet de developper au plus haul degre le senti 
ment aifectueux, qui se manifesto avec une sorte d ardeur, dans 1 espece hu- 
maine, par des baisers, chez le chien, par des lechements. On doil done tenir pour 
suspects, au point de vue de leur signification reelle, les cas pen nombreux que 
1 on a rapportes de la transmission de la rage par des chiennes nourrices aux pe- 
tits qu elles allaitent. Dans ce cas, comme dans celui de la negresse dont 1 his 
toire est rappelee plus haul, on peut considerer comme certain que la trans 
mission a ete produite, non pas par 1 ingeslion d un lait que tout demoutre n etre 
pas virulent, mais bien par les iechements tres-ardenls de la mere qui, malgre 
son etat rabique, n iiiflige pas de morsures a ses petits. 



48 



. i i i j 



Lc lait dcs femelles en ctat de rage ne possede done pas de proprietes virulen- 
tes. II en est de meme des aut r es liquides de 1 economie, la salive exceptee. bien 
entendu. Les quelques reclierches faites, par Renault notamment, pour eprouver, 
au point de vue de la virulence, 1 urine, les differentes serosites, les mucus, etc., 
n ont donne que des resultats negatifs. 

d. Nerfs. LTidee que le principe de la rage pourrait bien resider dans le sys- 
terae nerveux a fait tenter 1 inoculation de fragments de nerfs provenant de cbiens 



enrages. 



Au commencement de ce siecle, le professeur Rossi, de Turin, a avance que, 
encore fumants, les nerfs partageaient avec la salive la propriele de communi- 
quer la rage. II dit avoir inocule une fois cette maladie en introduisant, dans 
une incision, un morceau du nerf crural retire d un chat enrage vivant (Diet, 
des sciences me dicales, art. RAGE). Ce fait est reste absolument exceptionnel. 

Vircbow, qui mentionne des experiences du meme ordre, faites en Allemagne, 
dit qu elles ont loujours etc inefiicaces ; mais il pense qu il ne faut pas conside- 
rer ce vesullat comme decisif, attendu que chaque fois que celte sovte d inocula- 
tiou a cte faite, la plaie entra immediatement en suppuration. Si 1 insertion dcs 
nerfs sous la peau est restee inefficace, cela nous parait dependre de ce qu il 
n existe dans les nerfs aucune activite virnlente, et non pas de cette suppuration 
immediate qui aurait empeche 1 absorption, car, entre le moment ou le nerf fai- 
sant 1 oflice de corps elranger est mis en conlact avec les tissus et celui ou la 
suppuration s etablit, uu certain temps s ecoule, mesurable par quelques beures, 
pendant lequel le nerf a pu s imbiber de seVo.-ite epanchee et echanger avec elle 
celle qui est contenue dans les interstices de sa substance. 

En definitive, ce qui ressort de tous les fails observes et de toutes les expe 
riences qui ont ete faites, c est que la salive surtout est virulente, aussi bien dans 
les glaudes qui la secretent que duns la cavils buccale; et meme ces fails, comme 
ces experiences, tendent a etablir que c est dans la saiive exclusivement que resi 
dent les proprietes virulentes. Toutefois, rappelons-le bien, a 1 egard de la deuxieme 
parlie de cette proposition, il faut se tenir dans une certaine reserve qni est com- 
mandee par les quelques cas ou 1 inoculation du sang est signalee par les experi- 
mcntateurs comme ayant donne lieu a des manifestations morbides d ordre rabi- 
que (Gohier et Hertwig) ou s en rapprochanl (Eckel et Lafosse). 

2 CONTAGION DANS LES DIFFERENTES ESPECES ANIMALES. Cela pose, une question 
importante doit maintenant etre examinee : la rage est-elle contagieuse dans toutes 
les especes qui sorit susceptibles de la contracter, ou, autrement dit, tous les ani- 
maux qui sont affectcs de la rage ont-ils une have virulente, a quelque espece que 
ces animaux appartiennent? Cette question, longlemps indecise, peut etre resolue 
aujourd hui par uue complete affirmative. Oui, la bave est virulente chez tous les 
animaux, 1 bomme y compris, chez lesquels la rage s est developpee. Pour ceux 
des especes canine et feline, la virulence de la salive est 1 evidence meme, car 
elle est demontree, on peut le dire, journellement, par les morsures qu infligent 
les chiens enrages, et les resultats que donueut les inoculations experimentales 
sont parfaitement concordants avec ceux des inoculations accidentelles. Inutile 
d insister sur ce premier point. 

a. Herbivores. Mais la virulence de la bave des herbivores enrages a ete 
longtemps conlestee. Huzard, au commencement de ce siecle, dans un memoire 
lu devant 1 Academie des sciences, a donne 1 affirmation que les quadruples her 
bivores atteints de rage n elaienl pas susceptibles de transmeltre cette maladie. 



RAGE. 40 

Le professeur Dupuy, d AIfort, partageait cette maniere de voir et s appuyait, 
pour la soutcnir, sur des experiences ct des observations qui lui ctaient persor- 
nelles. Dupuy disait, en el i et, n avoir jamais reussi a transAiettre la rage a des 
vaches et a des moutons, en frottant une plaie qu il leur avail faite avcc nne 
eponge que des animaux enrages des memes especes venaient de mordre, landis 
que la rage utait la suite des essais d inoculations semblables, quand il laisait 
mordre 1 eponge par un chien enrage. II invoquait, en outre, pour contester 
1 etat virulent de la bave de? lierhivores, ce qu il avail observe dans des trou- 
peaux de moutour, ou la rage s etait declaree sur un certain nombre d animaux, 
a la suite de morsures de cbiens. Bien qu en pareil cas les moutons enrages s at- 
laquent souvent a lours camaradcs, meme avec les dents et les mordent sur des 
parties depouillees de laine, et qu a 1 endroit des morsures la peau se trouve plus 
ou moins ecorchee, jamais, cependant, d apres Dupuy, ces inoculations de mou 
tons a moutons ne seraient suivies d effets (Diet, des sciences medic.). 

L opinion de Huzard et de Dupuy sur la non-virulence de la bave des herbi 
vores enrages se maintint en France, comme 1 expression lidele de la verite, jus- 
qu en 1841 . Les experiences laites, a ce sujet, dans les ecoles vdterinaires d Alfoi t 
et de Lyon par Girard, Vatel, Renault et Rey semblaient toutes couspirer pour la 
conlirmer. Plus tard, celles que M. le professeur Lafosse entrepiit, a uVnle de 
Toulouse, avec la salive du mouton, sur une vaclie, deux clicvaux et un cliieu, et 
avec la salive du boeuf, sur un cbeval et trois cliiens, donnerent les memes resul- 
tats negatifs. Cependant quelques faits existaient dt jii, qui avaient une tout autre 
signification. Delafond, dms sa Police sanitaire, rapporte, d apres le Journal 
general de me decine (2 e serie, t. I, p. 204), un cas d inoculalion diiecte de la 
rage sur un liomme par la morsure d une vaehe. Celte bete, a laquelle la rage 
avait ete communiquee par la morsure d un chien, mordit a 1 i paule le patre qui 
la gardait. Un mois et demi apies, les symptomes de la rage se declarerent sur 
cet enfant, qui succomba aux suites de la maladie que la morsure de la vache lui 
avait communiquee. 

En 1822, le professeur Berndt, de Greswald, fit connaitre les resultals de 
quatre expciiences qu il avait tenlees de transmission, par inoculation, de la 
rage des berbivores. Voici le resume du comple rendu qu il en a donne ft qui a 
ete public dans le troisieme volume du hecueil de me decine ve terinaire (1826) : 
La rage regnait depuis quatorze semaines parrni le troupeau de boeufs et de 
chevaux du village de Tucbebandt, pres Custriu, communiquee par le chien du 
bouvicr. Un boeuf fort robuste, age de six ans, etait aft ecte d une maladie ayant 
la marche de la rage tranquille... Le dixieme jour, sa boucbe etait pleine de sa 
live ecumeuse, une bave abondante en baignait 1 exterieur. Quatre moutons forts 
et sains furent inocules le 9 aoiit 1822, avec la bave de cet animal. On leur fit a 
cbacun une incision longue d un pouce, a travers la peau, au cote interne et non 
garni de laine des deuxjambes de derriere et d une jambe de devant. Ces plaies 
furent Irottees avoc de la bave prise sur la boucbe du boeuf malade, piris aban- 
donnees a elles-memes sans etre pansees. Ces plaies donnerent lieu, pendant les 
quatre premiers jours, a une fievre traumatique qui se caracterisait par de la Iris- 
tesse et la perte de 1 appetit; puis elles suivirent une marche reguliere vers la ci 
catrisation. 

Le mouton de cette serie, iuscrit sous le u 1 , tomba malade le 31 aout, trois 
jours apres la cicatrisation des plaies, et, eu vingt-quatre heures, il offrit les symp 
tomes de la paralysie la pins intense, avec gonflement du venire. Le n 2 tomba 

Bid. ENC. 5 e S. 11. 4 



50 RAGE. 

malade, a son tour, le 9 septembre; le n 3, le 4 du meme mois, ct le n 4, le 4. 
Chez ce dernier, 1 invnsion de la maladie fut si subite, qu ayant encore mange la 
vcille, il etait deja toiit paralyse et pres d expirer le Jendemain matin. Sur les 
deux premiers sujcts, Berndt avail fait 1 essai de medicaments preconises comme 
preservatifs. Le premier avail recu, tons les jours, ,"> gros de Genista-lutea tinc- 
toria meles dans une bouillie; au second, on avail administre, tons les jours ega- 
lement, 12 grains de calomel avec 16 grains de poudre de la racine de belladone. 
Ce fut lui qui tomba malade le dernier (9 seplembre). 

Au momenl de I invasiou de la maladie, on ne conslala pas [ inflammation des 
cicalrices. 

L autopsie ne fil voir aucune lysse sous la langue. 

Berndt conclut de ces experiences : 

1 Que la have d un animal affecte dc la rage peut communiquer la maladie a 
un autre, sans 1 intervention d une morsure; 

2 Que ce n est pas la have des cbiens seuls qui communique la maladie, mais 
que tout autre animal, affecte de la rage, peut aussi la transmettre. 

Berndt, comme on le voit par cet expose, ne semble pas metlre en doute que 
les qualre moutons, anxquels il a innculi la have du brent enragi -, n aient SHC- 
lombe a une affection rabiqur revrlanl d enililec la forme d une paralysie. Toutes 
les probability sont elTectivement en 1 aveur de cette conclusion ; mais ce ne sont 
que des probabilities, car, sur aucun de ces moutons, les symplomes vraiment 
caractdristiques de la rage ne se sont manifestos. Peut-etre est-ce pour cela que 
ces experiences, si interessantes, de Berndt, n ont pas ete prises en consideration 
dans la mesure qu elles comportaienl, et que, malgre ce qu elles onl de significa- 
tif, on a continue a mettre en doute la communicabilite de la rage des herbivores 
par la morsure ou par 1 inoculation experimentale? 

Brescliet, d apres ce qu a rapporte Boclioux, dans son article RAGE du Diction- 
naire de medecine (l re edition, 1827), aurail reconnu, par des experiences, que 
la rage des cbevaux, des anes et des boeufs etait contagieuse, comme celle des 
carnivores el de la meme maniere, c est-a-dire par 1 inoculation de la have. Mai< 
cette mention de Rochoux est la seule Irace qne Brescbel ail laissee de ses rc- 
cherches, qui n ont pu cxercer sur 1 opinion 1 influence qu elles auraient eue, s 
elles avaient ete exposei s par leur auteur avec tous les details que comportait 
1 importance de la question qu elles devaient eclairer. 

Renault, a 1 ecole d AUbrt, avait ete moins heureux que Brescbet. Pendant pres 
de dix-huit ans, toutes les experiences qu il avail poursuivies, en vue de recon- 
naitre et de mettre en evidence, par 1 inoculation, les proprietes contagieuses de 
la rage des herbivores, ne lui avaient donne que des restdtats absolument nega- 
tifs; aussi inclinait-il a penser que cette maladie, en passant par Forganisme des 
herbivores, s y depouillait de sa virulence, lorsque, en 1841, M. le professeur 
Hey, de 1 ecole ve teiinairedeLyon, qui, lui aussi, avail fait des tentatives du meme 
ordre et avec tout autanl d insucces, aunonca, dans le compte rendu des travaux 
de sa chaire. que Tune de ses experiences lui avail enfin reussi. Un belier, age 
de quinze mois, mordu a la levre par un chien affecte de rage spontanee, ayant 
contracle la maladie onze jours apres, sa bave fut inoculee a un autre belier du 
meme age, sur lequel la rage se declara au bout de trente-cinq jours (Rec. de 
med. vet., 1841, p. 761). 

L annee suivante, M. le professeur Rey, dans un memoire intitule : Experiences 
sur la rage. Transmission de cette maladie dans I espece du mouton (liec. ds 



RAGE. 51 

me d. vet., 1842, p. 529), rendit un comple detaille des premieres experiences 
qu il avail faites et d experieuces nouvelles qu une sorte d epizootie rabiqiie, qui 
s etait declaree a Lyon, surl espece canine, lui avail permis d entreprendre. 

M. Rey ne s est pas contente, comme Berndt, de donner les resultats sommaires 
produits par ses inoculations; il a fait connaitre les symptomes quo presentaient 
les animaux snr lesquels le virus a ele puise et ceux auxquels il a ete traiisniis ; 
et, grace a la fidelite de son recit, il n y a pas possibilite que le moindre doute 
puisse etre coiicu sur la nature des resultats oblenus. 

Voici le resume de eel interessant travail 

Premiere se rie d experiences. Un belier de dix-buit mois est mordu, le 

14 juin 1841, an bout dn nez el a la patte droite par un chien alfecte de la rage 
spontauee; le 27, treizieme jour, apparition chez ce belier des premiers sympto 
mes de la rage. 

Le 24 juin, inoculation de sa salive a uu belier age de deux ans par des pi- 
qures penelrantes, a la profondeur de quelques millimetres, dans la substance de 
la levre superieure. 

Sur un autre belier, de meme age, 1 experience consista a irotter a plusieurs 
reprises ses levres centre celles du belier enrage. On lit de meme pour dm\ 
chiens. Ges trois animaux resterent indenmes de loule iiil rdioii \h nlente; ni 1 un 
ni I autre ne contracta la rage; mais cette maladie se munilesla, au bout de trente- 
huit jours, sur le belier auqiu 1 on avail pratique I inoeiilaliou a I aide de la laneette. 

Deuxieme se rie d experiences. Le 21 decembre 1841, on lilmordre, an bout 
dunez, un belier, age de quinze mois, par un chien affecte de la rage sponlamV. 
Les denls du cbien firenl, sur cbaque cole des ailcs dn nez et a la levre supe 
rieure, des blessures qui (urent suivies d une legere hemorrhagie. 

Quinze jours apres, le 4 Janvier 1842, se montrerent les premiers syni|ilniiii ;, 
de la rage ; le 5 Janvier, deuxieme jour de la maladie de ce belier, 11 1 , sa bave ful 
inoculee aun mou ton, n 2, par despiqures profondes, laites avec la lanceltesur 
deux points de la face interne de la levre superieure, et sur le bout du nez. 

Trois cbiens furent iuocules de la meme maniere, mais sur aiicun d eux la rage 
ne se declara. 

Le 27 Janvier, apres vingt-deux jours d incubalion, le moutoii n2 presenla des 
symptomes derage et mourut le 50, apres quatre jours de maladie. 

Quelques minules avant sa mort, sa salive ful inoculee, par des piiplres, au pour- 
tour de la boucbe, a deux moutons iuscrils sous les n" s 3 el 5 bis. Le premier 
contracta la rage, apres vingt-trois jours d incubalion, et le second, an bout de 
trente-six. 

Le 8 mars, la salive du n 5 bis fut inoculee a un mouton, age de deux ans, 
portant le n 4, qui devint enrage, apres trenle-liuil jours d incubation, le 

15 avril. Un chien barbel, inocnle en memelemps que lui, resta indemne. La vie 
de ce mouton se prolongea pendant buil jours. 

Le 20 avril, sa bave fut inoculee sur les levres et le nezd uu belier n 5, age 
de deux ans, et a un chien matin de trois ans, snr lequel cette inoculation resta 
sans effets ; mais la rage se declara sur ce belier 11 5 au boul dequarante-quatre 
jours. 

Le 2 juin, inoculation de la salive du belier n 5 a une agnelle, n 6, agee de 
sept ahuit mois ; a deux chiens, 1 un de deux ans, 1 autre de trois, etenfm aux 
levres d uue anesse ageedequmze ans, abaudonuee al ecolepour une fracture de 
1 ilium. 



52 RAGE. 

De ces inoculations, celle de 1 anesse seule parait avoir etecfficace. Le 5 juillct, 
cettcbetc dcvint tristc, refusade manger et mourut dans la nuit sans avoir presente 
des symptomes bien caracterises de la rage, mais aussf sans qu a son autopsie on 
constatat aucune lesion qni rendit compte de sa mort. Sa Iracture, parfaitement 
consolidec, n y etait pour rien. II y a done une for lepresomption qu elleestmorte 
des suites de son inoculation. L agnelle vivait encore au moment on M. Key ren- 
dit compte de ses experiences par la publication dn Memoire que nous venous de 
resumer, en nous plagant au point de vue exclusif des resultats produils par ces 
inoculations successives, et sansentrer dans les details de lasymptomatologie,sur 
lesquels nous auronsa revenir dans un chapitre special. 

Du jour de la publication du Memoire de M. Key, la question de la contagion 
de la rage des herbivores s est trouvee decidement resoluc. Cette seric d inocula- 
tions efilcaces, que M. Rey a fini par rencontrer, apres un grand nombre de tenta- 
tivt S iniructueuses, n est sans doute pas le fait d un pur liasard, ou de quelques 
conditions d intensite plus grande que la rage canine a pn revetir a un moment 
donne. Elle doit tenir plutot au precede d inoculation. Au lieu de faire des inser 
tions sous-epidermiques, M. Rey s cst decide a faire penetrer le virus a de plus 
grandes profondeurs, en plongeant sa lancctte aquelijues millimetres au-dessous 
dela peau, et sansdonte. que, par la, se sont trouvees realisees des conditions de 
traumatisme et d insertion proionde du virus, analogues a celles qui resultent des 
morsures. II peut se faire, en eii et, quo la salive, liquide visqueux et peu diffu 
sible, ne soil pas aussi facilement absorbee par une plaie superncielle que dans 
une plaie plus profonde, ou sa dilution avec les liquides exsiules lend, ultt rieure- 
meiit, son passage plus facile a travers les paroisvasculaires. Quoi qu il ensoitde 
cctte interpretation, une lois connus les experiences de M. Rey et leurs resultats, 
Renault qui, pendant dix-huit ans, avait toujours vu I inoculation de la have des 
herbivores sterile en tre ses mains, finit par la trouver fecomle, conime soncollegue 
de Lyon, dont il suivit sans doute les precedes; el, en 184 6, il annonca, dans les 
Gomples rendus des travaux del ecole d Alfort, qu il etait enfin parvenu a trans- 
met tre la rage d unmouton a unchevreau et a un cheval. La maladie se declara, sur 
le premier de ces animaux, apres un mois d incubation, et sur le second au bout 
de six semaines. Chez ce dernier, elle fut remarquable par 1 intensite de ses paro- 
xysmes, intensite telle que 1 animal tournait coutre lui-meme sa propre fureur, et 
s enlevait avec les dents, aux avant-bras et aux flancs, des lambeaux de cbair etcle 
peau, On voit, par cet exemple, pour le dire en passant, que le virus rabique ne 
s atteuue pas et ne perd pas de ses proprietes, si violemment excitatrices du sys- 
teme nerveux, en passant par l organisme du mouton. 

Un fuit s est produit dans la serie des experiences si interessantes dont M. Rey 
arendu compte : c est que tous les chiens, au nombre de neuf, auxquels il a ino- 
cule la rage en meme temps qu aux betes ovines, sontrestes refractaires al inocu- 
lalion, tandis qu elle areussi sur 5 des 6 ruminants qui 1 ont subie. M. Rey avait 
de la tendance a admettre, lorsqu il publia son Memoire, que le virus rabique, 
apres avoir passe par l organisme des moutons, n etait plus susceptiblede repulluler 
dans l organisme du chien et de donner lieu cbez lui a la manileslation de la rage. 
Mais nous avons vu, parl experience de Renault, rappelee plusbaut, que ce virus 
etait transmissible au cheval et susceptible d allumer chez lui des fureurs rabiques 
d urie intensite extreme, ce qui prouve que 1 inlluence de l organisme du mouton 
n exerce sur lui aucune action minorative. D autre pait, M. Tardieu a fait con 
uaitre, dans un de ses rapports sur la rage au Comite comultatif d hygiene 



RAGE. 55 

publique, un cas de transmission de cette maladie a nn hcrpor par la morsurc 
d un de ses moulons. 

Quoique les experiences d inoculation avec la have des betes bovines enragces 
ne soient pasaussi nombrenses que celles qui out etc faites avec la bave des mou- 
tons, on peut conclure des fails coimus, et en invoquant 1 etroite analogic d orga- 
nisation, que la bave des grands ruminants est tout autant viriileute que cello des 
petits, et qu en definitive, la rage de ces herbivores est une maladie contagieuse 
par inoculation. II en est de meme de celle du cheval. Elle se Iransmet par 1 ino- 
culation experimentate de la bave, et meme par cello qui resulte d une morsure. 
Youatt a fait connaitre un exemple de transmission de la rage a riiomme par une 
morsure de cheval. 

Mais s il n est plus contestable, anjourd hni que la rage ties herbivores soil nno 
maladie contagieuse virnloute, ou, autrement dit, transmissible par inoculation, 
il ne semble pas que, metne experimentalement, elle le soil au memo dogir qne 
celle des carnivores, [/experience demontre, en effet, que 1 inoculation de la bave 
des herbivores enrages est bien plus souvent infidele que celle des carnivores ; les 
tcntatives si longtemps infructtieuses des experimentateurs ensont mie pieme. 
II semble aussi que relcment de la virulence dans la bave des herbivores u ail pas 
la proprietc.de ivpnllulor dans tons Ics orgauismes ou il est seme avec la meme 
facilile que celui de la bave des carnivores. 

Dans les experiences de M. Rey, les cliiens, si constamment refiMHaires anx 
inoculations qui se moutraient si efficaces sur lesmoutons,donnent quelquefonde- 
ment ace qui n est encore anjourd hui qu une presomption. Mais ce qui ressort 
actuellement des fails observes et des resultats des experiences, c est que la have, 
des herbivores possederait un degre de virulence inferieur a celle des carnivores, 
que cela depende de 1 activite moindre des germes d ou la contagion precede, ou 
de la qualite particuliere des liquides qui serventde vehicules a ces germes. Dans 
les ruminants, par exemple, les glandes a salive visqueuse predominent sur les 
glandes a salive aqucuse. Est-ce cette viscosite plus grande de leur salive qui, en 
rendant sou absor[ition plus difficile, serait la condition pour que 1 inoculation de 
leur bave restat plus souvent infidele que celle des carnivores? On ne pent aujour- 
d hui que se poser celte question. II faudrait pour la resoudre essayer, par 1 ino- 
culalion, les differentes salives sur le meme animal enrage, et voir si la propriete 
virulente est plus manifesto clans la salive de la parotide que dans celle des glandes 
maxillaires et s-ous-linguales, ou la viscosite predomine. Quoi qu il en soil, un 
premier point reste etabli, c est que, a neconsidererque les proprietes des liquides 
qui servent d excipient aux elements de la virulence, la rage des herbivores est 
moius communicable que celle des carnivores. Mais il existe une autre condition 
essentielle quidiminue de beaucoup les chances de la transmission dela rage par 
1 intermediaire d un herbivore, c est le mode meme de manifestations de celte 
maladie dans les animaux de ces especes. Les herbivores n etaut pas determines 
par leurs instincts naturels a faire usage de leurs dents pour attaquer et se clefen- 
dre, il est rare que, meme sous le coup de 1 excilation rabiquc, ils aient de la 
propension a s en servir. Quand ils obeissent dans cet elat auxfureurs auxquelles 
la maladie les pousse, les armes dont ils se servent soivt leurs armes habituelles : 
Je taureau, le belier et le bouc frappent de leurs cornes fronfales ; le cheval et 
1 ane attaquent avec leurs pieds de devant ou de derriere et, dans ces cas, ils ne 
sont dangereux que par la violence de leurs coups et non, cela va de soi, par ie 
fait de leur etat rabique. 



54 RAGE. 

Toutefois, ce serait une erreur de croire que les herbivores, sous le coup de la 
rage, ne font jamais usage de leurs dents; 1 etat rabique finitiiarles y determiner, 
dans un assez grand nombre de cas, mais non pas au meme degre dans toul.es les 
especes, et, pour cbaque espece, dans tous les individus. A ce point de vue, la 
difference est grande entre les ruminants et les animaux des especes equine et 
asine. Dans 1 etat physiologiqne, il n cst pas rare que le cheval et 1 ane se servent 
de leurs dents, soit pour altaquer, comme c est le fait des chevaux d un naturel 
mediant, soit seulement pour defendre leur nourriture, quand on la leur a 
distribute, et empecher leurs voisins de venir en prendre leur part. Certains 
chevaux, du reste parfaitement maniables, ne veulent pas qu on approche de 
leur mangeoire quand ils sont en train de manger 1 avoine, et distribuent des 
coups de dents meme a I homme qui les aborde. Gette propension naturelle 
qu ont les chevaux a faire usage de leurs dents s exagere sonvenl a un degre 
extreme dans Fetal rabique, et pent transformer le cheval le plus inoffensif en la 
plus redoutable des betes feroces. Nous le verrons bien au chapitre de la sympto- 
matologie. 

Les ruminants, dont une des machoires est inerme, ne sont jamais portes a se 
servirde leurs machoires conmie moyen de defense ou d attaque. Le taureau le 
plusfurieux ne fait usage que de ses comes oude scs pieds ou encore deson poids, 
mais I idee ne lui vient |>;is, meme dans ses eniportements les plus furienx, de 
dechirer yvec ses dents 1 objet de ses fureurs, homme ou chien, ou animal quel- 
conque.-l)e meme lebelier. Aussi, dans 1 etat rabique, les animaux de ces especes 
sont-ils plus (hmgereux par leurs conies et leurs pieds, ou par les ecrasements sous 
le poids de leur corps que par leurs dents. Mais s ils ne mordent que rarement, 
ils peuvent mordre par exception, sous 1 incitation virulentequi modifie ou, pour 
mieux dire, t.ransforme leur caractere et leursdispositions naturelles ; et alors leurs 
morsures sont susceptibles d inoculer la rage, comme celles des carnivores, mais 
non pas cependant avec autantde chances pour que 1 inoculation soit efficace. C est 
que, effectivement, la morsure des herbivores, celle du cheval particulierement, 
ecrase plutot qu elle ne penetre, et quand meme elle fait plaie, 1 etat d ecrasement 
danslequelse trouventles vaisseaux qui ont subil enorme pressiondes meulesden- 
taires, empeche I absorption de la have deposee sur leurs parois. Quand la partie 
saisie parun cheval enrage est couverte d un vetement, comme le bras sousl habit, 
la morsure peut etre terrible par sa violence, mais non pas autrement. Aucune 
inoculation ne peut s ensuivre, les dents incisives ne pouvant faire de plaies pene- 
trantes a travers le vetement. Ici cependant, ily a lieu de faire une reserve a regard 
du cheval male, doat les machoires sont armees de crochets, placees en arriere 
des incisives, et qui peuvent etre asse/ aigus, chez les jeunes sujets notamment, 
pour faire plaie meme a travers une etoffe epaisse. Dans 1 appreciation de la gra- 
vite desblessures que le cheval enrage est susceptible de faire a I homme, le chi- 
rurgien ne doit pas ignorer cette particularity . 

b. Omnivores. La rage du pore est transmissible anssi par inoculation. Mais 
dansquelle mesure? Se rapproche-t-elle, au point de vue de 1 activite de la conta 
gion, de celle des carnivores ou de celle des herbivores, ou tient-elle le milieu 
entre les deux? Sur ces dil ferents points, on sait peu de choses, parce que peu 
d experiences ont ete faites et peu d observations recueillies. Mais le fait principal 
est acquis, cette rage est virulente et I 1 animal est susceptible de la transmettre par 
ses morsures et ses coups de crocs. 

La contagion est done la caracterislique de la rage dans toutes les especes mam- 



RAGE. 55 

mileres, I homme y compris, comme cela sera demontre dans le ebapitreconsacre 
a 1 etudede cette maladic dans 1 espece humaine. 

c. Oiseaux. Les oiseaux sont-ils susceptibles de contractor la rage comme les 
mammiferes? Renault avail fait a cet egard un grand nombre d experiences, mais 
toujours sans success. Cependant, le docteur Zinke, d lcna, est parvenu a la trans- 
mettre au coq, et King, de Clifton, au dire d Ashltm ncr, auraitreussi a inocnler 
la rage d un bocuf a unc poule (|ni en serait morle apres soixante-quinze jours 
d incubalion (Diet, des sciences medic.}. D un aulre cote, il y a des exemples de 
poules, de coqsct d autres oiseaux de basse-cour, devcnus enrages a la suite de la 
morsure de chiens en etat rabique. On -ait pen de chose de cette maladie, consi- 
deree au point de vue desa transmissibilite, cliez les volatiles. Mais comme 1 appa- 
reil salivaire des oiseanxse lednit aux Claudes vigqueuses qui versentdanslacavitd 
buccale un mucus gluant dont le bee n est pas iimmlle, les chances son t faibles 
pour que ces auiniaux inoculenl, par leursmorsures, la rage dont ilspeuvent etre 
atteints. Y en a-t-il des exemples bien authentiques? Nous ne saurions le dire. 
Lecat, cite par le Dictionnaire des sciences medicates, rappoiie 1 observation 
d une personne qui mourntde la rage a la suite de la morsure d un canard, irrite 
dece qu on le privailde sa femelle. 

L histoire de ce canard, qui ne brulail (pie des feux dc ramour, et qui dans sa 
furcur, aurait transmis la rage a un homme par line mm-Miie, n esl e\i lennnent 
qu une fable qne Ton pourrait qualifier, en eiii|)ninlaiil uiie loeulioa populaire, 
du nom meme de 1 oisean qni e>t le heros de cette etrange anecdote. 

Un autreexemple derage iransmisea unjardinierpar un CIHJ enrag^est cite dans 
le meme ouvrage, d apres Andre Baceius. Si cecoqetait reelleinent enragi 1 , d n esl 
pas inadmissible que par la blessure de son bee, il ait pu inoenler la rage : vnilii 
tout ce que nous pouvons dire sur ce point; mais comme, en definitive, la contagion 
est le caraclere commun de la rage dans toutes les especes on celle maladie a ete 
etudiee a ce point de vue, 1 analogie d une part et la prudence de 1 autre veulent 
que 1 on admette Ja meme propriele dans la rage des oiseaux, etipie Ton se tienne 
en garde centre ses consequences. 

d. Animaux sauvacjes . Ge n est passenlement parl interm^diairedesanitnaux 
domestiques enrages que larage peut se trai ismeltre et se propager, des animanx sau- 
vages peuvenl ecre aussiet sont frequemment les propagateurs de cette elTrayante 
contagion. Dans nos pays, ce sont les loups qui en sont le plus comniunementaifec- 
tesetqui, en s attaquantaux bommeset aux bestianx, la repandent d unemaniere 
d autant plus redoutable qu il semble qu en passant par Kair orgaui^ne, le virus 
rabique y acquiert une plus grande activile. Les statistiques sont, enelTet, d accord 
pour attribuer une plus grande gravite, au point devue de leurs consefiiiences, aux 
blessures infligees par les loups qu a celles qui sont failes par des chiens. Apres les 
loups viennent les renards. II est vrai que, dans les statistiques officielles de la 
France, il n est pas fait mention des accidents de rage qui procederaient des rnor- 
sures de cet animal; mais M. Roulin, de 1 Institul, a bien vonlu nous comnmni- 
quer une note snr une sorte d epizootie rabique qui a ete observee, en 1858, dans 
certains cantons de 1 Allemagne et de la Snisse, et dont la description a ete donnee 
parM. Weissenborn dans le Magazine of Natural History (nouvelle serie, t. II). 
Nous reviendrons sur le caractere decetle singulieie maladie, au chapitre de la 
Symptomatologie ; qu il nous suffise de dii^, pour le moment, que la mortalite 
qn elle causa fut enorme, et telle qne, dans le Wnrtemberg, par exemple, elle 
aneantit presque, enquelques mois, la race de ces animaux, de sorte que 1 annee 



50 RAGE. 

suivante le nombre des fourrnres a renardotfertes sur le marche atteignita peine 
le dixieme du chiffre ordinaire. 

On cite aussi quelques exemples de rage observee sur les blaireaux et sur les 
lapins. 

11 est assez remarquable que la rage n ait jamais ete signalee chez les rats, 
quoique plus d une fois des animaux de cette espece aient du recevoir des mor- 
sures de chiens et de chats affectes de cette maladie. D ou \ient 1 imnmnite dont 
paraissent jouir ces rongeurs a 1 endroit de cette contagion ? Serait-ce qu ils ne 
seraient pas aptes a la contracter? G est possible, mais peu probable, d apres ce 
que Ton sait des aptitudes de tant d organismes d especes et de genres difie rents 
a servir de terrain propice an virus rabique. II est plus probable que lorsqu un rat 
passe a la portee d un cbien ou d un cbat enrage, il est a 1 instant nicine mis a 
mort, et 1 on peut admettre aussi que, s il lui ecbappe et contracte la rage a la 
suite d une morsure qu il a pu recevoir, les rats dc la bande a laquelle il appar- 
tient ne lui laissent pas le temps de comniL ttre des seviccs, et qu ils le tuent, 
cornnic ibnt,en pareil cas,les cbiens de Constantinople sur un des lenrs, lorsqu ils 
le voicnt se livrer a des attaques centre les uns on les antres. Quoi qu il en puisse 
elre ici des interpretations, constatons ce fait des plus beureux, que les ruts, qui 
sont nos boles malgre nous et nos commensaux forces, ne sont jamais transformes 
par l,-i rage en ces enneniis bien plus redoutables ijn ils deviendraient pour nous 
si, sous les incitations de cette maladie, ils etaient pousses a nous attaquer et a 
nous inoculer ce terrible mal par leurs morsures. 

Dans I lnde anglaise, c est le chacal qui serait I agent principal de la propaga 
tion de la rage, au rapport de Daniel Johnson, qni a public dans le Medical and 
Chirurgical Journal (avril 1819) ses Observations on Hydrophobia <nul Rabid 
Animals, dont nous devons la communication a 1 obligeauce de M. Roulin, de 
1 Institut : Le nombre des personnes, mordues par des chacals enrages, qui sont 
venues reclamer mes soius paraitra presque incroyable, dit cet auteur en com- 
mentjant le recit des resultats merveilleu>; qu il dit avoir obtemis par 1 emploi de 
la medication mercurielle comme moyen preventif. Souvent il arrive, dit-il dans 
mi autre endroit de son recit, que des chacals enrages penelrent dans les chenils 
ou se melent anx meutes pendant les cbasses. Ces animaux ne sont alors qu a la 
premiere periode de leur maladie et ils peuvent fournir une longue carriere, atta- 
quant et mordant tous les chiens qui sont a la portee de leurs dents. 

L byene et le renard, d apres le meme auteur, seraient aussi dans I lnde des 
agents de propagation de la rage. 

SroNTANEiiE DE LA RAGE. Si la question de la contagion dela rage dans toutes 
les especes mammiferes est aujourd hui incontestable, demontree, comme elle 
1 cs.t, par les inoculations accidentelles et experimentales ; si, d autre part, il res- 
sort des fails accumules que, dans le plus grand nombre des cas, c est de la conta 
gion que la rage proce.de et que c est par elle qu elle se propage, une autre ques 
tion est a examiner dans 1 bistoire ctiologiqne de cette maladie : celle de son 
developpement spontane. Bisons tout d abord que cette queslion nepeut etre posee 
que pour les animanx des genres canis et felis ; pour tous les nutres, elle est re- 
solue par la negative; pour eux, la rage )Va qu une cause, une seule cause, la 
contagion. Mais ne peut-elle pas se developper spontanement dans 1 organisme du 
cbien et du loup, dans de certaines conditions de climats, de saisons, de tempe 
rature exterieure, d excilations, de privations, etc., etc., qui donneraient lieu a un 
trouble morbide dont la rage serait 1 expression derniere? Grave question que 



RAGE. 57 

celle-la, et des plus difficiles a resoudre, car 1 experimentation direcle n a pas 
fourni, pour 1 eclaircir autant de ressources que pour la contagion. C est par 1 ob- 
servation presque exclusiveraent que 1 ou a pu recueillir les documents rein til s a 
cette importante matiere, et il est si dilficile desaisir la veritable signification des 
f aits, tant les circonstances au milieu desquelles ilsse produisentsont complexes, 
que les esprits restent forcemeat irresolus a Tendroitde la spontanite du la rage, 
parce que Ton n a pas prouve qu elle lut et qu en meme temps il est diliirile de 
dire qu i lie n est pas. 

Voyons les fails et les raisons que Ton a invoques pour et centre; nous fornm- 
lerons ensuite les conclusions auxquelles nous croyons que Ton doit s arreler dans 
1 etat actuel, nous no dirons pas de la science, mais de ce que Ton sail, ou plulot 
de ce que 1 on ne sail pas. 

a. Documents geographiques et historiques. Les elements de la cause qu il 
s agit d inslruire se trouvent d abord dans 1 evolulion de la rage dans quelques 
pays, ou, dit-on, cette mahulie etait inconnue et ou elle aurait apparu soudaiue- 
ment, sans qu elle y eut ete importee par des cbiens ou d autres aniiiiaux qui la 
recelaient a 1 etat d incubation. 

Le recit le plus interessant que nous connaissions sur ce point est celui que 
M. Fleming a extrait d uu article de [ Edinburgh Med. and Surgical Journal, 
1841 , sur les Maladies du Pe rou (Diseases in Peril), par A. Smith, et d un livre 
du memeauteur : Peru as it is, vol. II, p. 248. Voici ce recit, tel que M. Fleming 
1 a rcproduit dans son livre : Rabies and Hydrophobia. 

Avant 1803,on n avait jamais eu connaissance qu aucun chien eut ete attaque 
de la rage soit dans le Peron, soit dans les contrees qui 1 entourent. Mais a cette 
epoque, cette maladie fit explosion, pendant les chaleurs de 1 ele, dans les vallees 
des cotes du nord ; de la die se repandit vers le sud, le long des pi. lines mari- 
times, atteignit la cite d Arequipa,au commencement de 1807, et s etendil jusqu a 
Lima, a la fin de la meme annee. 

Cette maladie se de veloppa spontane ment sous 1 influence de la temperature 
excessive des annees 1805 et 1804. Sur la cote nord, communement appelee costa 
abajo, ou elle commenca, le tbermometre Reaumur marquait 50 degres dans 
quelques-unes des vallees. L air etait immobile; aucune brise ne lidait la surface 
de 1 Ocean. Les animaux se precipitaieut instinctivement dans les eaux inanimees 
des lacs et des etangs pour trouver quelques soulagements aux souflrances que leur 
infligeait 1 exces de la chaleur. 

La maladie s atlaqua a tons les quadruples, sans distinction d espece, et elle 
donna lieu a de tels acces de frenesie que quelques-uns d entre eux, dans leur 
fureur, se mordaient eux-memes et se mettaient en lambeaux. Dans les localiles 
ou la chaleur etait extreme, plusieurs personnes presentment tons les symptomes 
de I hydrophobie sans avoir ete mordues. 

Ce lut parmi les animaux de 1 espece canine que la maladie fit le plus de vic- 
times, et elle revetit sur quelques-uns un tel caractere de benignite que leurs 
morsures ne laient pas mortelles. Mais le plus grand nombre etaient gravemont 
atteints, et par leur intermediate, la contagion se propagea aux animaux de leur 
espece, aux autres quadrupedes et a 1 homme lui-meme. 

Dans line plantation de Cannes a sncre, le contre-maitre, dans un but d eco- 
nomie sordidc, avail fait dislribuer a des negres, et sans les prevenir, quelques 
pieces de viandes de besliaux morls de la rage, les croyant seulement ce que Ton 
appelle tocado, c est-a-dire touches par la maladie qui, dans les fortes chaleurs de 



58 RAGE. 

Tete, s attaque communement au betail des montagnes. Cette alimentation eut 
pour consequence de fa ire mourir, avec tons les symptomes de I hydrophobie, 
un grand nombre de pauvres negres qui avaient mange de ces viandes. 

Dans les villes d Ica et d Arequipa, le nombre des personnes qui moururent 
des suites de morsures de chiens enrages fut plus considerable encore, et les cas 
observes moins equivoques que ceux dont il vient d etre question. Dans lea, une 
seule chieime enragee mordit, dans une nuit, quatorze personnes, dont douze 
moururent; les deux qui survecurent avaienl ete souraises a un traitement me 
dical. 

... Dans la cite d Arequipa, on discourut beaucoup sur la question de savoir 
si la maladie a laquelle on avail affaire etait une lt//drophobie vraie (legitimate 
hydrophobia), et de savanls ecrits furent publics pour et contre par les docteurs 
Rosas et Salvaui. Beauconp de temps fut perdu a eelle guerre de plumes... 

Desquc le vice-roi du Perou, Abascal, fut aviso que I hydrophobie epidemique 
s approchait de la capitale, il ordonna qne tous les chiens de hi ville fussent mis 
a inort ; et, par cctte mesure prevoyanle, il sauva Lima du fleau qui la menacait. 
Les quelques malades hydrophobes qui, a cctte epoque, furent admis clans les ho- 
pilanx, n elaient pas des habitants de la cite, mais veuaient des vallees et des 
formes environnantes. 

Lorsque cette calamiteuse epidemic fit son apparition dans les vallees de 
Costa-Abajos, les cliiens, d apres la relation de don Jose Figuera, s en allaient la 
queue |iei)(lante outre les jambes, et la bave A eoulait aboiulamment de leur gueule; 
ils fii\aieiil la |>nVenre de I lionum 1 , |K>ii>siient des lnii lements retentissants, 
puis ils s al faissaient sur leurs inembres et restaient sans mouvements. Les chats, 
aver leurs poils herisses, se sanvaient sur les toits des maisons. Les cbevaux etles 
a les se |ireei[iilaieiit lurieux, les uns contre les autres ; ils se jetaient a terre, se 
roulaient et mouraient comme fondroyes. La decomposition des cadavres etait im 
mediate. Les bestiaux, au noir pelage, beuglant et mugissant, se precipitaient, en 
bondissant les uns centre les autres, et luttaient avec tant d acharnement qu ils se 
brisaient leurs comes. Leur mort etait aussi loudroyante. 

Le professeur Estrada a constate que, sur les quarante-deux personnes qui 
moururent a lea des suites des morsures de chiens enrages, le plus grand nombre 
succomberent du douzieme au quatre-vingt-dixieme jour apres 1 accident. Leur 
maladie se caracterisa par des convulsions, une grande oppression de la poitrine, 
des soupirs, de la tristesse, une respiration laborieuse, 1 horreur des liquid es el 
des.objets brillants, des furcurs, des vomissements de matieres bilieuses. et enfin 
des jirieres inslantes adressees par les patients a ceux qui les assi^laient, afin qu ils 
s ecartent d eux, car ils se sentaient domines par le besoin imperieux de les atta- 
quer, de les mordre et de les mettre en pieces. Pas un ne survecut au dela de cinq 
jours. 

Depuis I annee 1808, cette terrible epidemie a completement disparu. De 
temps en temps cependant, on voit encore des chiens se precipiter avec violence, 
ca et la, et mordre tous ceux qu ils rencontrent sur leur route, absolument comme 
lefont les chiens reellement enrages. 

O 

Smith ajoute, apres avoir fait cette relation dans Y Edinburgh Med. and Surgical 
Journal, que durant sa longue residence au Perou il n a jamais ete temoin d un 
seul cas d hydfophobie declaree. 

Qu etait cette maladie frenetique qui est venue sevir en 1805 sur tous les ani- 
maux du Perou et sur 1 homme lui-meme? Etait-ce la rage? Les circonslances dft 



RAGE, 59 

ce recit portent a admettre que cettc frenesie singnliere a revetu le caractere de 
la rage, chez les chiens tout anmoins, puisqu elle a ele inoculable par la morsure 
et que son inoculation s est traduite par la manifestation d accidents rabiques. 
mortels sur un grand nombre des personnes qui 1 avaient subie. Malheureuse- 
ment, cette observation n a pas etc recueillir avrc la siireie de vne que donne la 
competence medicale, et il faut bien avouer que 1 histoire des negres, mourant en 
grand nombre, avec tous les symplomes de 1 hydrophobie, pour avoir mange la 
viande de quelques animuux inorts de la rage, ue inerite pas beaueoup (!< i re a nee 
et diminue quelque peu celle que Ton pourrait etre enclin a doiiuer an reste de la 
relation de Smith. 

En sorte qu en definitive, le recit de Smith ue force pastes convictions; illaisse 
au contraire 1 esprit tout inccrtain. Cello In m sir, s altaquant dans lePerou,sous 
forme cpidemiqne, a tous les animauxet meme a 1 homuie, est d autant plus sin- 
guliere qu elle constitne un fait unique, qui csf, apparu tout a coup et tout a coup 
a disparu, bien que les chalcurs de 55 Reaumur ne doiveutpas etre considerees 
com me qtielque chose de tout a fait exceptioi:nel pour ce pays. 

Avant comme apres 1805, le thermometre a du s elevi-r plus d nnc Ibis a la 
meme hauteur. Comment se fait-il alors que la rneme cause, qnc I mi suppose 
avoir ete determinante, en 1805, des singuliers pli. mmiencs ipn- Smilli a rarontes, 
n ait pasete suiviedes memes el fets toutes les fois quYlle a exerce MHI inllnnnce 
avec la meme intensite, au I erou on ailleurs ? Evidemment, au point de vue 
eliologique, cette maladie frenetique du Perou e^t des plus obscure^, ct la meme 
obscurile regne a 1 endroit de ce qu elle a pu etre essentiellement : est-elle nee sur 
place ou n a-t-elle pas ete importee par quelques animaux (pii rccelaient en eux le 
germe d une contagion dont 1 eclosion a pu etre favorisee par des conditions dc 
cli-mat et de saisous ? Autant de questions auxqtielles il n est pas possible de re- 
pondre. La relation de Smith ne peut done donner lieu qu a des presomplions, 
relativement a la nature rabique de 1 epizootie canine dc 1805, sans eclairer en 
rien son etiologie. Une couturne conservee, depuis cette epoque, appuie peut-etre 
ces presomptions-. Au rapport d Unanue (Observationes sobre el clima de Lima), 
que cite M. Fleming, le massacre annuel des chiens a Lima est devenu, depuis 
1805, une mesure sanitaire rigoureusernent observee. K Dans les belles matinees du 
printemps, les bateliers precedent a cette execution avec leurs batons armes d un 
fer pointu. Us poursuivent les cbiens dans les rues et los tuent jusque sur les 
portes des maisons, ou ils vont en vain chercher une protection. Le spectacle qu offre 
alors Lima est lamentable et degoutant, dit le narrateur. Les chiens, lies ensemble 
par le lazzo des bateliers, sont traines par les ruesou ils laissent leiii s traces en- 
sanglantees ; et, pendant plusieurs jours, on peut voir leurs cadavres umonceles 
sur les squares publics. Ces scenes sanglantes depassent en liorreur c elles des 
combats de taureaux. II faut que le souvenir de 1 epidemie frenetique de 1805 
ait creuse une bien profonde impression dans 1 esprit de la population de Lima 
pour que les procedes de police sommaire, dont parle Unanue, aient pu etre pra 
tiques, non-scLilement sans protestation de- la part des habitants, mais meme, 
parait-il, avec leur consentement, puisque les portes des maisons restent impi- 
toyablement fermees, malgre les cris de detresse que poussent les malheureuses 
victimes. 

Maintenant si, interrogeant les documents historiques, nous suivons 1 histoire 
de la rage a travers le temps et 1 espace, un fait general en ressort, qni estl ex- 
pression d un caractere commun a toutes les maladies contagieuses, a savoir qu il 



60 RAGE. 

y u des epoques et des pays ou la rageeprouve des recrudescences, et se manifesto 
dans un temps donne, snr un plus grand nombre d individus a la fois. Quelleest 
la signification do ccs sortes d acces dans revolution de la rage, qui donnent, par 
moments, a cette maladie, un coracle re comme epidemique? Nous anrons a la 
rechercher tout a 1 heure ; donnons d alord 1 indication des dales principals et 
des pays, on ces sortes d explosions rabiques out etc signalees depuis le sememe 
siecle. 

Les deux livres de M. Fleming : Rabies and Hydrophobia et Chronological 
History of Animal Plagues, vont nous fournir les principaux elements de celle 
esquisse. . 

1586. Epizootic de rage canine dans lesFlandres, enTurquie, en Hongn e eten 
Autriche, pendant I epidemic de pestc qui regnait a cette epoque. 

1590. Epizootic de rage sur les loups a Montbeliard (J. Bauhin, Memorabilis 
liistoriu luporum). 

1604. Grande explosion de rage canine a Paris (Journal de Fleunj, IV, vol. Ill, 
[. 221). 

1712. Grande mortal! to snr toutes les especes animales en Hongrie. Les 
Jiommcs niordns par les chiens etaicnt affectes de frenesie et d liydrophobie, imi- 
t;iient leurs aboiements et cherchaient a mordre ceux qui les approchaient. Plu- 
;-ieurs pcrsonncs conlrarlnvnl la la^e en administrant des gargaiismes aux 
hiMianx malades (GenseUeif, const, epid.inf. Hungarice). 

De 1719 a 1721. Frequence imisitee de la rage dans differents pays, particulie- 
ivnient en France et en Sile.sie (Wirth). 

1722. Apparition de cette maladie en Hongrie. 

1725. En Silesie, elle se propage aux loups. 

1754 et 1755. En Angleterre. 

1741 . Aux Barbades. 

1748. EnEcosse, dans le comte de Fife. Beaucoup de vaches et de cochons en 
perissent. 

1750. La r;ige est signale e a Charlestown, dans 1 Amerique du Sud, par mi 
correspondant du Gentleman s Magazine (Janvier 1751). 

Depuis le commencement de 1 annee 1750, y est-il dit, une espece de rage 
s est manifestee sur les chiens du pays, eta necessite 1 abataged un grand nombre. 
Dernierement, on 1 a observee s-ur quelques-uns des chiens de la ville. On ne se 
souvient p;is que jamais, a une epoque anterieure, aucun cas de rage ait etc con 
state dans celte province. Je n ai pas entendu dire qu aucune personne ait ete mor- 
due. Mais des que les premiers symptomes de la rage se manifestent, les chiens 
s attaquent a tous les chiens qu ils rencontrent et ceux-ci, peu cVheures apres 
avoir ete mordus, sont dans le memee tat que leurs agresseurs (?). On suppose, 
a defaut d aulre cause apparente, que cette maladie a ete determinee par les 
cliairs en decomposition des bestiaux morts dont les chiens font leur nourriture. 
La dnree de la maladie n est que de deux a trois jours. Les pores en out ete 
affectes egalement. 

D apres Layard, la rage sevissait sur les chiens de Londres et des environs, 
dans les annees 1759 et 1760. II I attribue a la douceur exceptionnelle de Fhiver 
et ala venue hative duprintemps. Unordre futrendupar les magistrals pour que 
tous les detenteurs de chiens eussent a les tenir en captivile pendant un mois et 
pour que les sergents, et autres agents de i autorile, missenta morttous les chiens 
orrants. Une recompense de deux schillings elait accorclee pour chaque victime. 



RAGE. 61 

Cette epizootic rabique semblc avoir dure jusqu en 1762. 

En 1763, une epizootie canine, se terminant par des symptomes rabiques, est 
signalee en France, en Italic ct en Espagne, par Sagar. Le massacre general des 
chiens fut ordonne a Asti, a Alexandrie et dans d autres villes. A Madrid, on en 
tua plus de 900 dans une seule journee. 

1768, 1770 et 1771. Apparitions frequentes de la rage dans Boston et dans 
d autres villes de 1 Amerique du Nord. Un grand nombre de chiens ct do miards 
en furent atteints, et les cochons furent les victimes principales de leurs mor- 
sures. 

Cette maladiefut considered comme nonvclle dans cette partiedu nionde. 

1774. Invasion de la rage dansle Lancashire et toute 1 Angleterre. 

De 1776 a 1778, la rage apparait, pour la premiere fois et eons la forme epi- 
zootujne, dans les Indes occidentals franchises. On avait cru jusqu alors les An 
tilles a 1 abri de la rage, car jamais cette maladie ne s y etait montree. A la 
Guadeloupe, la maladie revetit le caractere de rage-mue sur les premiers chiens 
affectes, puis ensuite elle prit celui de la rage furieuse. Beaucoup debestiaux 
niordus devinrent enrages. Beaucoup de personnes aussi de race blanche et noire 
perirent de cette maladie (Animal plagues, p. 486), 

1785. Apparition de la rage, sons forme epizootique, a Hispaniola (Saint-Do- 
mingne) eta la Jamaique ou cettemaladie etait inconnue. Beaucouj> df. nrnivs, de 
chevaux, de cochons et de chevres subirent des morsures et contracterent la 
rage. L origine de cette invasion n a pas ete decouverle. 

1785. Ravages de la rage dans les Etats dc 1 Amerique dn Nord ; les gazettes du 
temps abondent en details sur les terribles diets dc cette maladie. 

Dans le dix-neuvieme siecle, 1;\ rage s est montree plus frequemment que dims 
les eres precedents, notamment en France, en Allemagne et en Angleterre, et 
elle a aussi remarqu:iblement etendu ses limites geograpliiques. Nous avons donne 
[ilns haul la relation de son apparition au Perou, en 1803. 

Eile fut importee, en 1806, a la Plata, par des chiens de chasse, appartenant 
a des ofticiers anglais, et depnis cette epoque elle n ena jamais disparu. 

1803 est la date du debut d une epizootie de rage vulpine des phis extraordi- 
naires, qui a fait en Europe de grands ravages pendant de longues annees. Elle 
apparut, en decembre, au pied des Alpes jurassiennes, dans les districts d Au- 
bonne, de Gussonay, d Orbe et d Yverdon, et, dela, se repandit dans toute la 
Suisse. En 1804, elle avait envahi le royaume de Wurtemberg et le grand-diiche 
de Bade. En 1819, elle s etaitconsiderablement accrue en intensite et en ctendue. 
Tout le cercle dn Danube superieur ainsi qne la Baviere elaient envabis ; et en 1 8 1 25, 
cette epizootic sevissait dans la foret Noire avecune extreme intensite. En 1821 et 
1822, elle regnaitdans la foret de Thuringe. En 1824, les renards de la Hesse su- 
perieure en etaient affectes, et Ton a observe qu elle se propagea, a la maniere 
des maladies contagieuses, de district en district et du sud an nord. A cette 
epoque, elle se repandit dans la Hesse inferieure, jusqu aux frontieres duHanovre. 
Dans 1 Allemagne du Sud, la maladie se prolongea pendant qiulques annees ; en 
183i,onen constata des casnombreux dans la principaute de Hohenzollern. Dans 
1 hiver et le printemps de 1837, des renards enrages furent abattus a Ulm. 

II ne [larait pas que cette epizootie de rage vulpine se soit etendue jusque dans 
I Allemagne du Nord. 

Les symptomes observes etaient bienceux de la rage : les renards s attaquaient 
a riiomme, dans les boiset jusque sur les grandes routes, et meme entraientdans 



62 

les villages. Pendant la duree de cette epizootic, un grand nombre d animaux do- 
mestiques de toutes les especes, y compris les oiseauxde basse-cour, contracterent 
la rage a la suite des morsures. Des blaireaux en furentaussi infectes. Dans quel- 
ques pays, tons les renards moururent ; la panique etait generale parmi les paysans. 

En 1806, au rapport de Delabere-Blaine, la rage etait tres-commune en Angle- 
terre, et surtout dans les environs de Londres. Dans les deux annees suivantes, 
elle continua a sevir, puis elle diminua peu a peu d intensite ; mais elle continuaa 
rc.ster phis frequente dans ses manifestations qu ellene 1 etait dans les annees ante- 
rieures a eette derniere apparition. 

1807. La rage revet a Douvre et dans les villes environnantes une forme qu- 
zootiquc. Les accidents sur 1 espece humaine sont nombreux. 

1810. Apparition de la rage sous forme epizootique dans TAmerique du Nordet 
plus particulierement dans 1 Etat del Ohio, ou les chiens, lesloups et les renards 
sont atteints. 

1815. Frequence de la rage dans 1 Ukraine. Marochetti 1 observe sur qua- 
torzc personnes. 

18iri. Au rapport d Unienville, la racie apparait, pour la premiere fois, a 1 ile 
Maurice. Ou a suppose qu elle y avail etc inlroduite par un vaisseau anglais, ve- 
naut dr la hair dr l.mgalr, qni avail a son borcl des cliieus de puie race an.laise. 

1815. Frequence iuusilee de la rage en Autriclir. H p ns particulierement a 
Viriini . Au lieu de quatre ou cinq ras de rage sporadique, quo 1 ou avail con- 
states annuellemenl a Virmu d d.-ms l!s nivinms de 1808 a 1814, on en compte 
jusqn a quarante-six cas dans rannee 1815. An dircdu professeur Waldinger, qui 
a donne la relation de cette rauc qu il a|.ip lle epizootique, les chiens, au nomine 
de 43, donl. il a ivcueilli I observation, n auraienl pas etemordus. Waldinger in- 
voque des influences meteorologiques pour cxpliquer la multiplicite des cas quise 
sont manifestos a Vicnne. 

1815. Apparition de la rage sous forme epizootique, en Danemark, d apres 
Viborg. 

1818. Frequence de la rage en.Podolie, ou Marochetti donna ses toins a vingt- 
six personnes affectees d hydrophobie. 

1819. Mort du due de Ricbcmond, gouverneur general en Canada, a la suite 
de la morsurc quelui lit un renard prive, affecte de la rage. 

1822. Frequence dela rage en Hollande, d apres Forster. 

1824. Rage en Suede, sous forme epizootique. Les renards, les loups, lescbats 
et meme les mines en sont affectes. 

A la meme epoque, celte maladie est signalee, sous la meme forme, en Angle- 
ten e, en Norwege et en Russie. 

De 1825 a 1824, frequence usitee de la rage a Berlin, d apres Herlwig. 

1829. Ravages que fait cette maladie a Dresde, d apres le professeur veterinaire 
Prinz. 

De 1824 a 1830, au rapport de Bobme, la rage fut tres-frequente en Saxe. De 
meme, en Angleterre et a Vienne, trente-neuf cas out ete constates dans cette 
derniere \ille. 

1831 et 1852. Grande extension de la rage dans le duche de Posen. 

1833. Cette maladie prend aux Barbados un developpement alarmant. 

1834 et 1855. Extension de la rage en Saxe et dans la Pomeranie. 

Le gouverneur du canton de Thurgau ordonne la destruction generale de tons 
)es renards sur lesquels la maladie sevissait. 



RAGE. 65 

Au rapport cle Fitzroy, a cede date, la rage avait envahi lc Chili, et tout parti- 
culierement la vallee de Gopiapo. 

1856. Progres de celt; maladie en Pomeranie. Beaucoup d accidents rabiquos 
sur les personnes, les chevaux, les boaufs, et Ics moutons. A Paris aussi, ces acci 
dents sont signales plus frequents que d liabitude. 

De 1858 a 1841. Frequence de la rage a Vienne. 

De 1850 a 1858, tres-peu de cas sont signales a Vienne; un seul est inscrit 
dans 1 ete de 1858 pour cette ville et ses environs immediats ; mais en 185S, 
\ 7 cas sont constates ; en 1859, il y en a 69 ; 42 en 1840 ; et en 1841 , le chiffre 
s eleve tout a coup a 141 ; 1 annee suivante, il retombe a 42, et il n est plus que 
de deux en 1845. 

Le rapport aiinuel de 1 ecole veterinaire de Dresde, par le professeur Prinz, 
signalela frequence dela rage en 1858. 

De 1859 a 1842, elle revetit une forme epizootique. Le professeur Hering atlri- 
bua sa frequence a la morsure des renards. Le nombre des chiens enrages, con 
states du l er Janvier 1840 a la fin de fevrier 1842, a ete de 250 males et de 
21 femelles. 

1859-1840. Le compte rendu de 1 Ecole vc terinaire de Lyon signalc tivs-pcu 
de cas de rage. Mais celni de 1840-1841 accuse la reception, dans Ics liopilaux de 
1 Ecole, de soixante-quatre chiens suspects par suite de morsures. Sur ce nombre, 
trente-trois contracterent la rage et en moururenl. 

De 1841 a 1842. La rage tut encore tres-frequente a Lyon, an rapport du pro 
fesseur Rey; buit personnes y perirent des suites de morsures recues; soixante-six 
chiens moururent de la rage dans les hopitaux de 1 Ecole. Par ordre de 1 aulorite, 
plus de trois mille de ces animaux fureut abattus dans la ville. 

L annee suivante, grace a 1 energie de cette mesure, les hopitaux de 1 Ecole ne 
recurent que 14 cliiens. 

En 1847. La rage aurait apparu, a Malte, pour la premiere fois, d aprcs un 
rapport transmis a M. Fleming, par un de ses amis, le depute controleur Rogers. 
Elle y causa des accidents tres-serieux ; plusieurs personnes perirent des suites des 
morsures des chiens et des chats. Au moment de cette invasion a Malte, la rage 
sevissait sur un grand nombre de chiens, a Roscommon, en Irlande. 

1851. Une epizootic de rage canine est signalee dans 1 Allemagne du Nord. A 
Hambourg seule, on ne constata pas moinsde 267 cas sur les chiens; et, au rapport 
deSchrader, ily avait vingt-trois ansquela ragene s elait montree dans cette villo. 

De severes mesures de police furent adoptees et pres de 1,800 ehiens furent mis 
a mort, tandis que les survivants devaient etre tenus rigoureusement a 1 attache. 
Grace a ces moyens rigoureux, le chiflre des accidents rabiques sur les chiens 
baissa considerablement, pour se relever des que, avec la securite revenue, on se 
relacha de la contrainte a laquelle les cliiens avaient ete assujettis. Ce ne futqu en 
1856, que cette sorte d epizootie s eteignit tout a fait. 

Le nombre total des cas releves pendant sa duree s eleva a pres de 600, au rap 
port des autoiites veterinaires de Hambourg. 

Schrader a etabli que, bien que la rage sevit sur les deux rives de 1 Elbe, cepen- 
dant on n en observa aucun cas sur les iles de cefleuve, probablement, dit-il, 
parce que la contagion n y fut pas importee. 

1857. La rage aurait ete introduite, pour la premiere fois, a Hong-Kong, lie de 
la baie de Canton, par un chien limier anglais (Blood-Hound). Depuis cette epoque 
auc un cas nouveau ne s est manifeste. 



64 RAGE. 

De 1855 a 1860. Developpement de la rage dans 1 AHemagne da Nord, eu 
France, eten Espagne. A Vienne, au contraire, les cas en sont peu nombreux, 
pendant cette periode, si ce n est en 1855, ou leur chiffre s eleve a 60. 

1858. La maladie revet en Algerie un caracterc tellement inquietant, que le 
gouverneur dut prescrire, par une circulaire, les niesnres preventives. 

I860. La rage prend une grande extension dans 1 Ouest de 1 Amerique, grace 
an chiffre considerable de la population canine, et a la libeite complete de divaga 
tion t]ui lui est laissee. 

Frequence inusitee de la rage, a cette epoque et dans les annees suivantes, dans 
les provinces rhenanes, a Vienne et en Saxe, ou elle se repandit dans tout le 
royaume. Les chiffres releves par Haubner, sont les suivants : 1865, 10 cas; 
1X04, 33; 1865, 227; 1866, 287; I860, 250. An dire de re proiesseur veteri- 
naire, les cas observes en Saxe, av.mt 1860, etaient Ires-pen nombreux. 

Samuel Baker, a constatr ipi en Abyssini", la ra^r elait une maladie qui 
regnait souvent, sous la forme epizootique, eL les babitants, pour en preserver 
leurs cbiens, out recours a la singuliere pratique de les faire passer a travers un 
foyer embrase. 

1864. La rage prend de telles proportions, dans le Lancashire, que, pour pre- 
venir son developpement, ou dut mettre a mort, a Liverpool, seulement, plus de 
mille cbiens. 700 liirent delruils par la police et 500 par leurs proprietaires. 

Kn 1865. Le nombre (Irs ras a l.midres et dans ses environs fut tres-conside- 
rable pendant le milieu de 1 annee. 

II i ii I utdr iiiriue a L\on. Au rap|iort du professeur Saint-Cyr, les hopitaux de 
Tlv die vrU riiudre rec,urent 78 ebirus enrages et 81 suspects, dont 9 out suc- 
comb6; ce qm constitue pour celteannee une mortalite par la ragu de 87, sur les 
159 animaux, admis dans les hopitaux de 1 Ecole pour cause de morsures 
rabiques. 

1866. La maladie parait affecter, en Angleterre, un caractere de virulence ex- 
ceptionnelle, specialement dans le Lancashire, oupasmoins detrente-sixpersonnes 
se trouvent inscrites sur le Registrar general comme morls d hydi opbobie. Une 
ordonnance de police metropulitaiue ayant ordonne la sais.ie de tous les chiens 
errants dans Londres, les cas de rage diminuerent considerablement dnns cette 
ville et aux environs. 

1867. La rage se declare sur des chiens anglais a Shangai, dans la Chine 
du Nord, pendant le courant de 1 ete , et, dans les deux mois qui suivirent, un 
grand nombre des chiens des residents europeens contracterent cette maladie. 

1868. Frequence des cas de rage en Belgique, ou cette maladie est rare d or- 
dinaire. De Janvier en mai, au rapport des prui esseurs Delays et Tbiernesse, trente- 
deux chiens, un chat, et un cheval enrages furent recus a 1 Ecole veterinaire de 
Bruxelles. 

1869. Manifestation de la rage, sous forme dite epizootique, dans le Lancashire, 
d ou elle se propage dans le Yorkshire, et jusqu aux frontieres de 1 Ecosse. En 
1872, elle sevissait encore avec une intensite quise traduit par des cas nombreux 
de transmission aux hommes et aux betes, dont M. Fleming donne les details 
dans son livre. 

L exlension si considerable que, dans ces derniers temps, la rage a prise dans 
les differents comtes de 1 Angleterre, doit etre attribute, d apresM. Fleming tout 
a la fois a 1 insuffisance des mesures de police, adoptees dans les villes ; et dans 
les dislricts, oil ces oidonuances ont ete rendues, au defaut d une organisation 



RAGE. 65 

sanitaire convenable et uniforme pour combattre hi rage aussi bien que les aulres 
maladies contagieuses des animaux ; et enfin a 1 ignorance ou Ton est partout 
des symptomes caracteristiqucs de cette terrible maladie chez les animaux de 1 es- 
pece canine tout particulierement. 

Conclusions en faveur de la contagion. Que ressort-il de ces documents, 
queM. Fleming a rassembles, avec (ant de patience, et dont nous venous de repro- 
duire les plus esseutiels au point de vue de la question etiologique qu il s agit 
d eclaircir? Parmi eux, il eu est qui n expriment, purement et simplement, que Jc 
fait de 1 apparition de la rage, dans un temps et dans un lieu, sans que rien puisse 
en etre deduit relativement aux circonstances dans Icsquelles cette maladie s est 
manifeslee. 

Mais un certain nombre ont, ace point de vue, une signification importante; 
ils precisentla condition a laquelle peut etre rattachee 1 apparition de la rage dans 
des pays, ou on ne la connaissait pas. Ainsi, en 1806, c est par des cbiens de 
chasse, appartenant a des officiers anglais, qu elle est imported a la Plata. G est 
par les monies intermediaires qu en 1813, elle est introduite a 1 ile Maurice ; en 
1847, a Malte ; en 1857, a Hong-Kong ; et en 18G7, a Shangai. On pcut adnict- 
tre comme assez probable, en presence de ces fails, qu eu 1750, la rage que Ton 
a vu se manilester a Charleston, dans 1 Amerique du Sud, a du y etreimportee par 
un navire, ayant a bord quelques cliiens qni en recelaient le germe. Memes pro 
babilites pour Boston, aux Etats-Unis, que nous voyons infecU e de cette maladie, 
de 1768 a 1771 ; la, encore, un port se trouve ouvert, par lequel 1 importation a 
pu s effectuer. Memes probabilites encore pour les Indes occidentales francaises, ou 
la rage apparait pour la premiere fois en 1771. De meme, pour Saint- Domingue ct 
la Jamaique, ou cette maladie etait egalement inconnue, a la date de 1785. Celte 
particularity que la rage se manifesto en Amerique, d abord dans des villes mari- 
times du continent et des iles, milite fortement en faveur de la probabilite do 
1 importation. On ne sail rien des conditions dans lesquelles la fre ne sie rabiiinc 
s est manifested au Perou en 1803, mais par le long littoral dece pays, la ia-r a 
pu etre importee egalement, a 1 insU des bistoriens qui ont donne le recit de cet 
etrange evenement. 

La question de la spontaneite de la rage n est done pas eclairee par le fait de sa 
manifestation dans des pays, ou on ne la connaissait pas, parce que rien ne prouve 
que ce soit spontauement qu elle ait apparu dans ces pays, et qu au contraire, les 
probabilites sont grandes, d apres les fails connus ailleurs, pour que cette appari 
tion doive etre rattachee a une importation. 

Maintenant, un fait des plus considerables ressort de I ensemble des documents 
qui \iennent d etre reproduits, c est que la rage, au lieu d etre uniforme dans ses 
manifestations, et de suivre, si I oii peut ainsi dire, un cours regulier dans 1 espace 
et dansle temps, se caracterise, au contraire, par de grandes irregularites : tantot 
rare, et tantot frequente ; dans une annee, menageant ses coups, et dans une 
autre, les multipliantau point que ses victimes, dans une meme ville, secomplent 
par centaines, alors que 1 annee d avant, c etait seulement par des unites. Tenioin 
ceque les documents nous apprennent sur le mouvement de cetle maladie, tout 
particulierement a Vienne, aHambourg, a Londres, et a Lyon, pour ne citer que 
ces exemples. Quelle est la signification de ces faits? Evidemment, ces recrudes 
cences intermittentes de la rage ne laissent pas que d etre embarrassantes a expli- 
quer, mais il est dilficile de nepas admettre que c est la contagion qui est la con 
dition essentielle de ces grandes manifestations rabiques. Si elles se rattach ient a 

DICT ENR. o e 8. II. 5 



66 RAGE. 

des causes en dehors d elle, comme par exemple les influences meteorologiques 
qu invoquait Layard en 1759, et Waldinger en 1815, on ne s expliquerait pas 
rimmuiiite de la population canine des iles de 1 Elbe en 1851, pendant que la 
rage scvissait sur les deux rives du fleuve avec une si grande intensite, et dans la 
ville de llanibourg tout particulierement. Les documents historiques nous ensei- 
gnent que, dansces cas de grandes recrudescences rabiques qu ils signalent, des 
mesures sanilaires, rigoureusement appliquees, ont ete efficaces a reduire les 
ravages de la maladie a de faibles proportions d abord, et ensuite a les faire dispa- 
raitre. Sans doute qu en voyant ces grands massacres de chiens que 1 on a execu 
tes, a Madrid, en 1763; a Lyon, en 1841-42; a Hambourg, en 1862 ; a Liver 
pool, en 1864, etc., on peut dire que ces mesures ne sont elficaces a faire dispa- 
raitre la rage que parce qu ellesfont la solitude devantelle, et qu elles suppriment 
les sujcts qui pouvaient servir de prise a ses atteintes. Mais cette objection 
munque de justesse. Tous les chiens, dans les cas d epizooties rabiques, ne 
sont pas victimcs des mesures de police sanilaires ; beaucoup sont maintenus 
en caplivite par leurs proprietaires pendant tout le temps prescrit pour leur 
sequestration par 1 autorite ; et si ces chiens, ainsi sequestres, restent in- 
dt innes de la rage, c est qu ils sont sous traits, par ce fait, a la cause contami- 
naiitc, c est-ardire a la contagion par les rnorsures. Or, comme les influences me- 
ti iimlogiqucs ou autros, snpposees determinantes, continuent a regner, il faut bien 
admcttre qu elles sontinellicaces a faire developper la rage, puisque les chiens 
sequestres ne la contractent pas. 

Une antre preuve de 1 action principale de la contagion est donnee par ce qui se 
passe des qu on vient a se r.elacher de la rigueur des mesures sanitaires, et qu on 
rend aux chiens captifs la liberte de la divagation. Les accidents rabiques ne tar- 
dent pas a se multiplier de nouveau, a la suite de cette liberte rendue, etdonnent 
ainsi la preuve, comme experimentale, de 1 influenceque la contagion, qui devient 
alors agissante, exerce a 1 exclusion des actions me"teorologiques dont les effets ont 
e"te nuls, tant que la sequestration rigoureuse a mis les chiens a 1 abri des 
morsures. 

Ces massacres, qu a differentes epoques, la police municipale a fait executer 
dans de grandes villes comme Londres, Vienne, Hambourg, et Lyon, donnent la 
preuve, par le nombre de leurs viclimes, des conditions favorables que la rage a 
trouvees pour se developper anx dates ou ses grandes recrudescences ont ete si- 
gnalees. A Lyon, en 1841-42, le chilfre des victimes s eleve a 3,000; il est de 
1,800 pour llanibourg, en 1862; de 1,000 pour Liverpool, en 1864; etc., etc. 
On conceit qu au milieu d une population aussi dense que celle qui est denoncee 
par ces grands abatages, la contagion avail de larges prises, surtout dans les con 
ditions excessives de divagation que 1 incurie des municipalites laisse partout aux 
chiens quand la rage n est pas menagante; et Ton peut trouver dans ces circon- 
stances 1 explication de ces grandes recrudescences rabiques, que signalent; dans 
les grandes villes, a des epoques trop rapprochees, les documents historiques. 

Les epizootics rabiques de 1 Amerique se rattachent comme celles de 1 Europe 
a des circon stan ces identiques. G est dans les graudes villes que nous les voyons 
regner, la ou la population canine est tres-nombreuse et jouissait d une liberte 
d autant plus illimitee qu aucun danger de contagion morbide ne pouvait en resul- 
ter pour les populations humaines, avant les dates nefastes ou la rage s est mon- 
tree pour la premiere fois dans ces villes, importee probablement, comme nous 
1 avons dit, par des chiens etrangers qui en recelaient le germe. La rage qui, 



RAGE. 67 

eu 1860, a pris une si grande extension dans 1 ouest de 1 Amerique, cst attribute 
par ceu\ qui en out donne la relation au chilfre considerable de la population 
canine dans cette parlie du continent americain, et a la liberte complete de diva 
gation qui lui etak laissee. 

Cette grande epizootie de rage vulpine, qui a dure pres de trente ans, rava- 
geant la Suisse, legrand-duche deBade, le Wurtemberg, les provinces du Danube 
superieur, la Baviere, la Foret-Noire, la foret de Thuringe et les Deux-Ilesse, 
jusqu aux frontieres du Hanovre, c est evidemment par la contagion qu elle 
s est entretenue si longtemps, et repandue sur une si grande surface, s avancant 
de district en district, et du sud au nord, a la maniere des maladies contagieuses 
virulentes, qui ne peuveut progresser qu autant qu elles trouvent de nouveaux 
organ! s m es ou leurs germes regus peuvent incessammentrepulluler. Laconlagion 
seule peut done donner la raison de la persistance et du developpement de cette 
terrible epizootie, sur les fauves de 1 Europe centrale, car les influences metenro- 
logiques sont trop ephemeres et trop variables pour produire des efiets qui out une 
aussi longue duree. 

Mais si c est la contagion qui est la condition essenlielle de ces grandes recru 
descences de la rage, que 1 histoire nous signale dans toutes les villes ou la popu 
lation canine est tres-nombi euse, cette cause est-elle exclusive, ou ne vient-elle 
qu en secondc ligne, pour ajouter ses efiets a ceux de la rage sponlanement deve- 
loppee, sons I influence de certaines conditions, plus ou moins bien determinees, 
de clinial, de saisons, de temperature, de regime desanimaux, de privations aux- 
quelles ils scraient soumis, des irritations, des t ureurs qui s empareraient d eux 
quand ils luttent, soit pour se del endre, soit pour la possession d une femelle 
convoitee et poursuivie par un grand nombre? On congoit que si 1 une ou 1 autre, 
ouplusieurs de ces influences etaient demontrees capablesd engendrerla rage dans 
1 organisme du chien, les grandes recrudescences de cette maladie seraient moins 
mysterieuses, car on en trouverait 1 explication dans les foyers multiples que 
feraient naitre des influences, ayant une action plus ou moins generale, et dans 
1 irradiation de ces foyers par la voie de la contagion. 

Mais est-il demontre que la rage puisse se developper spontanement? C est 
toujours a cette question qu il faut revenir. Les documents historiques que nous 
venons d interroger sont loin, on vient de le voir, de nous avoir fourni les elements 
d une solution positive. Voyons maintenant, pour apprecier la part que Ton peut 
attribuer sur le developpement de cette maladie, a ces influences, que Ton invo- 
que, de climat, de saisons, de temperature, de privations et d irritations, voyons, 
dis-je, ce que nous enseigne 1 histoire geographique de la rage. S il est demontre 
que la rage ne soit pas une maladie de tons les pays, qu il en est ou elle est restee 
longtemps inconnue, et qu il en reste ou on ne la connaisse pas> ncore ; comme 
dans tous regnent ces influences que Ton suppose determinant s, 1 faudra bien 
admettre, ou bien qu elles n ont pas 1 action qu on leur attnbue ; o\ bien, ce qui 
serait assez singulier, qu eiles ne produisent pas leurs effets, sous tc tes les lati 
tudes, sur 1 organisme du chien. Nous allons encore demander au livre de 
M. Fleming les renseignements qui vont nous servir a discuter cette question. 

a. Le premier fait qui ressort de 1 etude geographique de la rage, c est que 
cette maiadie etend de plus en plus son domaine, a mesure que se multiplient les 
relations entre les differentes parties du globe. II en est, du reste, a cet egard, de 
la rage comme des autres contagions. Celles qui sont propres aux bestiaux se 
repandent avec eux, partout ou le commerce les porte, et la plupart du temps, 



68 RAGE. 

elles restcnt ou elles out et6 importees, a moins que la grandeur des ravages 
qu elles entrainent a leur suite ne decident les gouvernements a latter contre elles, 
en metlant obstacle a leur propagation par des mesures judicieuses de police 
sanitaire. 

L expansion des maladies contagieuses par les voies commerciales est done un 
fait general, et si quelque chose doit etonner, c est, non pas qu elle se produise, 
mais bien, au contraire, qu elle ne se produise pas toujours et partout, et quc 
dans les conditions actuelles de la viabilite du globe, par terre et par mer, il reste 
encore des pays qui aient 1 heureux privilege de demeurer exempts de certaines 
contagions. L Australie, parait-il, et la Nouvelle-Zelande, sont de ce nombre a 
1 egai d de la rage, d apres les recherches et les informations auxquelles M. Fle 
ming s est livre. u J ai consulte, dit-il, les ecrits de tous les auteurs ayant quelque 
autorite, et je n ai trouve nulle part la trace de 1 apparition de la rage en Australie 
et dans la Nouvelle-Zelande, quoique le nombre des chiens importes dans ces con- 
trees soil ties-considerable. II en serait de meme pour la terre de Van-Biemen, 
d apres Darwin, et aussi pour les Azores et Sainte-Helene. Dans TAmerique du 
Nord, la rage a etc importee au dernier siecle, comme nous 1 avons vu dans le 
paragraphs precedent. Dans 1 Ameriijue dn Slid, elle est inegalement repartie. II 
ressort des documents relates plus baut qu elle a sevi au Peiou en 1805, et au 
Chili en 1855. Au recit des voyageurs, elle bevirait, de temps a autres, dans le 
Ilivsil. 

l> ;i|ires Azura, cette maladie serait inconnue sur le versant oriental des Andes 
( Voyaye dans I Ame rique meridionale de 1781 a 1801), et Ullca declare n en 
;i\oir jamais entendu parler a Quito, capitate de 1 Equateur (A Voyage to South 
America.) 

Au rapport de M. Liguistin, veterinaire en premier de Tun des regiments fai- 
sant partie de 1 expedition du Mexique, la rage serait rare, mais non pas inconnue 
dans ce pays, puisqu une plante appelee Huaco en est consideree comme le 
specifique. 

Les Barbados ne la connaissaient pas avant 1741, Saint-Domingue avant 1776; 
laJamaiqueet la Guadeloupe avant 1783. L ile Maurice n aurait ete envabie pour 
la premiere ibis qu en 1815. 

D apres Marsden, historien de Sumatra, la rage n aurait jamais fait son appari 
tion dans cetle ile, quoique des chiens europeens y aient ete importes. Au dire de 
cet auteur, ces cln ens y perdraient en pen d annees leurs quahtes distinctives et 
degenereraient, a la longue, jusqu a revetir le caractere uniforme du chien a 
oreilles droites que Ton appelle vulgairement le Pariah-Dog. Pendant tout le 
temps de ma residence a Sumatra, dit Marsden, aucun cas de rage sur le chien n a 
ete signale. La rage est connue dans les hides occidentals, dans 1 Inde anglaise, 
dans 1 Afghanistan, ou elle affecte les loups, les chacals et les chiens, et est attri 
bute a 1 influence du simounn. Elle est assez repandue sur le continent de 1 Asie, 
mais d une maniere inegale. On la connait de longue date en Syrie et dans le 
^Levant, ou les remedes specifiques sont la propriete de certaines lamilles qui tien- 
nent leur composition secrete. 

Ahmed-Effendi, professeur veterinaire de 1 Academie militaire de Constantinople, 
a etabli devant le congres veterinaire lenu a Vienne en 1865, que la ra<*e existe 
en Turquie, et que, quoique rare, on 1 observe non-seulement sur les chiens de 
la eampagne, mais encore sur ceux des grandes villes. 

En Ronmanit, la rage est une maladie commune, piincipalement au voisina^e 



RAGE. 69 



des montagnes ou les cliions de bergor sont exposes aux movsures des 

Tons les documents fournis par les voyageurs sont d accord pour afiirmer que la 
rage est une maladie tout au moins tres-rare, sinon tout a i ait inconnue, au sud, 
a Test et a 1 ouest de 1 Afrique. Livingstone doute de son existence dans la partie 
de ce pays qu il a parcourue, et il est porte a croire que c est une maladie incon 
nue sous les tropiques. 

De nombreux voyageurs affirment que la rage n a jamais ete observoe au cap 
de Bonne-Esperance ; Clarke dit qu elle est inconnue a la Cotc-d Or (Guinee). 

Mais au nord de 1 Afrique, il en est tout autrement. G est une maladie com 
mune en Abyssinic, d apres Ics rapports de Baker et de Rocliette d Uericonrf. On 
croyait, au siecle dernier ct an commencement de celui-ci, d apres les rapports dc 
Volney, de Larrey, de Brown, de Prosper Alpinus ct dn professeur Prince, dc 
1 Ecole velerinaire d Abouzabel, que 1 Egypte avail le privilege d en etre exempttV ; 
mais des informations nonvelles et plus completes out demontre que c elait une 
erreur. La rage a ete observee a Alexandria par le docteur Punel de 1850 a 1857 , 
etau Caire par le docteur Burguieres-Bey, medecin sanitaire de cette ville en IS 57 . 

L Algerie aussi avait la reputation, dans les premieres annees de la conqm le, 
d etre exempte de la rage ; mais des rechercb.es ullerieuresont mis bors de dontc 
que la rage etait tres-bien connue des Arabes comme une maladie commune, a 
laquelle ils out donne un nom tres-caracteristique, qui impliqne la connaisvance 
qu ils out de sa cause Voici comment s exprime a cet cgard M. le docteur Dns- 
sourt, le premier auteur qui ait contribue a eclairer cette question : << Contraire- 
ment a ce que la plupart des auteurs ont avance, dit-il, nous ferons remarqner 
que l bydro[)hobie rabique est loin d etre rare en Al rique, dans notre colonie alge- 
rienne tout au moins. Les Arabes la connaissent parlaitement et s accorden 
meme a la regarder comme tres-commune cbez eux, surtout chez les animaux 
qu ils abattent et dont ils mangent la cbair, qunnd elleprovient d nn herbivore. Le 
nom qu ils donnent a la rage et a 1 individu enrage, en fait loi. Ils 1 appellent 
mkloub, qui veut dire enchienne, de kelb, cbien, et de mkelb, cbien enrage. 
(Rec. demem. de med. chir. etpharm. milit., 1856). 

M. Dussourt invoque encore, a 1 appni de I anciennete de la rage en Algerie, les 
pratiques des jongleurs, qui se sont donne pour mission la guerison de cette 
maladie, et les recettesquc possedent certaines families, et qu elles se leguent de 
pere en fils. Dans son tres-bon memoire sur la Rage en Algerie, M. le docteur 
Roucber a, du reste, accumule sur cette question tant de preuves, qu on doit Ja 
considerer comme resolue : la rage en Algerie est anterieure a la conquete, cela 
ne pent faire de doute aujourd bui. Mais on peut considerer aussi comme certain 
que, depuis notre occupation, les accidents rabiques sont devenus plus frequents 
dans la colonie qu ils ne 1 etaient avant, parce que la population canine s est accrue 
proportionnellement a la population bumaine, et que son agglomeration dans 
les villes et dans les villages a realise une des conditions les pins favorables a la 
propagation de la contagion rabique. 

Les regions froides du globe ne sont pas exemptes de la rage ; on la connait en 
Suede, en Danemark, en Norwege, en Russie, en Laponie, ou on 1 a vue revetir 
assez frequemment tine forme epizootique, comme en 1815 et en 1824. Mais dans 
les pays ou la temperature est la plus basse, comme en Siberie et au Kamschatka, 
cette maladie serait inconnue, d apres les affirmations de deux auteurs autorises, 
Erman et Steller, dont M. Fleming, a qui nous empruntons ces details, in 
voque le temoignage (Ermaii. Travels in Siberia, vol. ]{}. Toutefois dans un 



70 RAGE. 

pays situe a une plus haute latitude, dans le Greenland meridional, une epide- 
mie singuliere qui a, avec la rage virulente les plus gramles analogies, sevirait 
sur les chiens, au rapport de Hayes et menacerait d entrainer le depeuplement 
de cette region, car sans le chien, 1 homme ne saurait y vivre (Hayes. La mer 
libre dupole, 1872). 

Ainsi, comme on peut le voir, d apres ce resume, la rage n est pas, aujourd hui 
meme encore, une maladie de tons les pays, malgre les relations multiples qui 
sont actuellement etablies entre toutes les parties du globe. L Australie, la Nou- 
velle-Zelande, les Acores, Sainte-Helene, le versant oriental des Andes, les regions 
equatoriales, 1 ile de Sumatra, dans 1 Oceanie, le continent africain, a 1 exception 
de ses regions du Nord, enfin, la Siberie et le Kamschatka, toutes ces regions, si 
differentes de latitude, ne connaitvaient pas cette terrible makidie. 

D un autre cote, il y a des pays, en grand nombre, qui n ont etc envahis par elle 
que dans le dernier siecle, on meme dans celui-ci, et qui, avant ces epoques, 
etaient restes exempts de ses atteintes, tels que 1 Amerique du Nord et celle du 
Sud, les Antilles, 1 ile Maurice. 11 en est d autres, enfin, ou cette maladie est ine- 
galement repartie, sevissant avec inteusite dans de certains moments, puis dis- 
paraissant pendant de longues annees, comme au Perou, au Cliili, au Bresil, etc. 

G est dans les regions temperees de I Eiiropc que le fleau de la rage sevit avec 
le plus d intensite et sur une plus grande etendue de pays. 

Conclusions contre les influences me te oroloyiques. Que conclure de ces ren- 
seignements, qui nous sont fournis par ce que Ton sait de 1 histoire geographique 
de la rage? Viennent-ils apporter quelques temoignages en faveur de 1 aclion pre- 
jionderante de quelque influence meteorologique ? Evidemment non. On invoquc 
les cbaleurs excessives comme une des causes les plus favorables au developpe- 
ment spontane de cette cruelle maladie, et les voyageurs qui font le plus autoiite 
par leur savoir et la justesse de leurs observations, sont d accord pour affirmer 
que la rage est une maladie inconnue dans Jes regions du globe ou la temperature 
est le plus elevee, comme Quito et Sumatra, par exemple, dans les regions equa 
toriales ; ou encore les contrees. les plus cbaudes de 1 Afrique, que Livingstone a. 
visitees, sans y constaler 1 existence de cette maladie sur les animaux reputes 
susceptibles de la contracter spontanement. Mais ne peut-on pas inlerer alors de 
cette immunite de quelques pays tres-chauds, que 1 elevation de la temperature 
est la condition a laquelle cette immunite se rattache? Non, car la rage sevit 
dans d autres contrees ou les chaleurs sont souvent excessives, comme 1 Abys- 
sinie, I lndoustan, 1 Afghanistan, le nord de 1 Afrique ; on 1 a vue faire aussi 
irruption au Perou, au Chili, au Bresil, etc., etc. En sorte qu en definitive, en 
presence de ces fails, on ne saurait attribuer a 1 elevation de la temperature 
atmospherique une influence telle sur 1 organisme du chien, qu elle serait sus 
ceptible d y faire developper le germe de la rage ou d empecher son eclosion. 

Quand on a vu, en Europe, les recrudescences de la rage coincider, dans les 
grandes villes, avec un hiver doux et un printemps precoce, on a rattache cette 
manifestation morbide exceptionnelle, a ce que revolution des saisons presentait 
d exceptionnel elles-memes; et, d un rapport de coincidence, on a fait un rapport 
de causaiite. Mais ia rage ne regne pas en Australie, ou la moyenne de 1 hiver est 
de 12 efc celle du printemps de 18. Et puis, est-ce que, dans tous les cas ou, en 
Europe, 1 hiver s est montre exceptionnellement doux et le printemps precoce, 
toujours et par une consequence comme necessaire, on a vu les cas de rage se 
multiplier et accuser ainsi 1 influence causale dont ils dependraient ? En aucune 



RA GE. 71 

facon; bien des fois, au contraire, malgre cette influence presumee causale, aucnne 
recrudescence rabique ne s est manifested dans les contrees ou les saisons n avaient 
pas preseute leur caraclere normal. Une cause veritable n est jamais aussi infi- 
dele dans ses manifestations, et quand une circonstance meVite vei ilablement ce 
nom, les fails qui en precedent se produisent d une maniere que Ton peut dire 
fatale, et donnent la preuve de la relation de causalite qui les rattache a cette cir 
constance qui leur est anterieure. 

Ce qui vient d etre dit, relativement a 1 influence sur le developpement spon- 
tane de la rage, de quelques conditions meteorologiques, est applicable a toutes 
les autres, car toutes ont ete, a tour de role, invoquees, suivant les hasards des 
coincidences. Quand on a vu la rage eclater a la suite d un rude hiver avec une 
intensite exceptionnelle, c est a la rigueur exceptionnelle de la saisou qu on a cru 
pouvoir s en prendre, comme on s en etait pris a 1 exces des cbaleurs dans les 
circonstances opposees. Meme maniere de raisonner et tout aussi peu fondec, et 
que les fails contrarient lout autant. Si le froid avail sur le developpement de la 
rage spontanee cette influence qu on a cru devoir lui attribuer, on devrait tou- 
jours voir les cas de cette maladie se multiplier dansl espece canine a la suite des 
hivers rigoureux, et proporlionnellement a Tiutensile et a la dim e du I roid. Est- . 
ce la ce qui se passe dans nos pays? Evidemment non. On a vu liien des !<>is des 
hivers excessifs sans que, a leur suite, des recrudescences dc rage se soient mani- 
festees; et, du reste, 1 immunite des cbiens de la Silie rie et du Kamchatka 
n est-elle pas contre cette maniere de voir la plus irrefragable des protestations? 

&. Influence des saisons. Rien n autorise done a raitadier la manifestation 
de la rage aux influences meteorologiques predominantes d un climat ou d un 
autre. Rien n autorise non plus, sous un meme climat et dans un meme pays, fi 
attribuer cette maladie a ce qu il peut y avoir d aaormal dans 1 evolution des sai 
sons, et aux caracteres excessifs que, respectivement, elles peuvent revetir. Ni le 
froid, ni le cliaud, ni le sec, ni Tbumide ne peuvent etre consideres comme ties 
conditions predisposantes au developpement spontane de la rage canine. 

Gependant c est une opinion bien repandue et bien fortement ancree dans les 
esprits que la rage se manifesto plus particulierement dans la saison chaude, et 
plus particulierement encore dans les jours caniculaires ; et cette opinion n est 
pas seulement populaire, les administrations publiques la considerent comme 
1 expression de la verite, el s en inspirent pour renouveler leurs prescriptions 
sanitaires, au retour de 1 ele, et tenir la main, un peu plus que d babitude, a 
leur execution, pendant la duree de cette saison. Quelle est la base de cette 
crojance? est-elle fondee sur l observation?ou bien n existe-t-elle etne dure-t-elle 
encore que parce que, transmise d age en age, depuis la plus baute antiquite, 
elle a acquis la consistance que donne une longue duree et, grace a cela, s est 
fait accepter, jusque dans ces derniers temps, sans discussion et sans examen ? 
Pour repondre a ces questions, nous allons demander a la statistique les rensei- 
gnemenls qu elle peut nous donner. 

Depuis une trentaine d annees, d assez nombreux documents ont ete publics 
sur ce cas particulier par MM. Rey, Saint-Cyr et Pencil, soil dans le liecueil de 
me decine veterinaire, soil dans le Journal de medecine vete rinaire, pultle a 
1 ecole de Lyon; par M. Tardieu, dans son Dictionnaire d hygiene publique 
et de salubrite; par 0. Delafond, dans le Recueil de medecine vete rinaire, par 
M. Bourrel, veterinaire a Paris, dans le Traite de police sanitaire, de M. Rey- 
nal ; par MM. Boudin, U. et G. Leble. dans le Bulletin de I Academic de me de- 



72 RAGE. 

cine; par M. H. Bouley, dans les Comptes rendus de I Academic des sciences; et 
par M. le docteur Roudier, dans les Annales d hygiene puldique. En recapitulant 
tous les cas de rage canine dont ces diderents auteurs out donne remuneration, 
oti arrive au chiffre deja considerable de 5,096, dont la repartition par groupes 
de trois mois, correspondant aux quatre saisons, donne les resultats indiques dans 
le tableau suivant : 



H 


















H 


H 


H 


pa 

a 

M 
O 


Ed 


H 

5 


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s 


a 


R 

B 


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3 


I 


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a 

H 


ce 

CQ 


H 

CJ 


a 

a 






















O 






















O3 






HIVER . 


PRINTEMPS. 


ETfi. 


AUTOMNE. 


755 


857 


788 


696 



Un premier (hit ressort de cette statistique, c est que la rage, loin d etre une 
maladie d une saison on d une autre, sevit pendant toute la duree de I annee avec 
une intensity quelque peu variable. D apres le releve ci-dessus, ce serait a 1 epoque 
du printemps que ses manifeslations seraient ordin^iirement le plus frequentes ; 
puis viendrnient 1 ^te, 1 biver et 1 automne. Mais il faut considerer que ces re- 
snltats ot;iblissent, non pas un fait constant, mais seulenient la plus grande fre 
quence, dans un certain norabre de cas, des accidents rjbiques, a 1 epoque du 
printemps, que dans les autres saisons. 

En el let, si au lieu de s en rapporter a la somme totale des cbiffres fournis par 
les statistiques individuelles, on les consulte separement, on verra ces accidents 
predominer, suivant les chances de I observ.ition, tantot en ete, tantot au prin 
temps, tantot meme en biver, mais, chose assez remarqtiable, jamais en au- 
iomne. A ce dernier egard, tontes les statistiques sont concordantes. Dans celles 
que M. Tardieu a etablies, d apres le depouillement des documents officiels 
adresses au comite consultatif d hygiene pnblique, ce serait dans les trois mois do 
juin, juillet et aout, que les accidents rabiques seraient le plus nombreux. Aussi 
M. Tardieu se montre-t-il porte a considerer 1 elevation de la temperature comme 
une condition, tout au moins, predisposante a leur manifestation. Mais les re- 
sultots donnes par le depouillement qne nous avons fails de documents de mcme 
ordre, relatifs aux six annees de 1863 a 1868, ont ete autres que ceux que 
M. Tardieu avail obtenus dans la serie des annees pr6cedentes. Celte 1 ois, c est 
dans la periode du printemps que le chiffre des cas de rage canine s est montre 
le plus eleve, tandis que celui de 1 hiver etait, a une unite pres, egal a celui de 
1 ete. 

Dans les deux statistiques, embrassant des chiffres considerables, que M. Bourrel 
a communiques a M. Reynal, la somme des chiffres donne des resultats presque 
identiquement semblables. L hiver et 1 ete comptent le meme nombre de cas : 
354 pour chacune de ces saisons ; pour le printemps, ce nombre s eleve a 550 
et il s abaisse pour 1 automne a 321. Dans tine des statistiques de M. Saint-Cyr^ 
le chiffre de 1 hiver est de beaucoup superieur a celui de 1 ete : 54 contre 58 ; 
dans une autre il lui est superieur : 27 contre 6. 

Somme toute, ce qui ressort de ces releves statistiques, c est d abord, que la 



RAGE. 73 

difference n est pas tres-accusee cntre les saisons sons le rapport du nombre dcs 
accidents rabiques; en dcuxieme lieu, que c est au printmips t|iie ces accidents 
paraissent le plus nombreux et en automne lemoius; en troisicme lieu, que la 
saison d hiver ne differe pas tres-sensiblement, a ce point de vue, de celle des 
grandes chaleurs ; et que, consequemment, 1 opinion qui aninistie 1 liiver a 1 en- 
droit de la rage et incrimine 1 ete de preference a tout autre saison, ne scinblc 
pas 1 expression veritable des faits. Si, malgre les resultats donnes par les clnl lres 
que nous venons de reproduire, nous ne nous prononcons sur ce dernier point 
qu avec quelque reserve, c est qu il se pourrait que la presque equivalence, au 
point de vue de la rage, que les statistiques denoncent entre 1 ete et 1 hiver, et 
menie rinferioiite de Fete, relativement au printemps, eussent leur cause dans la 
plus grande rigueur avec laquelle les prescriptions de la police sanitaire sont 
observees en ete a 1 egard des cbiens, fandis ((uc duns les autres saisons, et sur- 
lout en biver, elles sont, a peu |>res, lettre niorte. Mais, quoi qu il en puisse etre 
de la valeur de cette interpretation, il demeure certain que la rage canine est une 
maladie de toutes les saisons, et que, consequemment, il faut s en mefier en 
tout temps et prendre, en tout temps, a 1 egard du cbieu, des mesures de precau 
tion identiques. 

Si, maintenant, une fois ces faits etablis, nous nous demandons ce qu ils pen- 
vent avoir de demonstratif a" 1 egard de la spontaneite de la rage canine, force 
nous sera de reconnaitre qu il est impossible de les invoquer a 1 appui de la 
croyance qui rattache les manifestations de la rage a rinfluence determinante ou 
predisposante de I elevation de la temperature sur 1 organisme du chien. Si cctte 
influence avait I efficacite que la tradition lui a attribute de temps immemorial, 
elb se traduirait par la Constance de ses effets, tout a la fois, et dajis la saison 
meme ou regnent les grandes cbaleurs et dans la saison qui la suit. Dans la piv- 
miere, le nombre, considerablement accru des accidents rabiques, developpes 
spontanement, devrait temoigner de 1 activite de la cause qui est reputee les en- 
gendrer ; et dans la seconde, ces accidents devraient etre plus nombreux encore 
par suite de I intervention de la contagion, tout chien chez lequel la rage se serait 
developpee spontanement, devant propager sa maladie par les morsures qu il est 
determine a infliger aux autres cbiens, plus particulierement, ou aux autres ani- 
maux. Est-ce la ce qui ressort des faits rassembles par les statistiques ? Nullement. 
La rage est demontree par ces faits etre une maladie de toutes les saisons ; ct les 
cbiffres par lesquels ses manifestations sout accnsees, ne sont pas assez predomi- 
nantes dans une saison ou dans uue autre, et sui tout d une maniere assez con- 
stante, pour que Ton soil en droit de les rattacher a une influence saisonniere 
quelconque : soil 1 exces des chaleurs, soil Texces du froid, ou de I humidite, ou 
de la secheresse. 

Que si, maintenant, les cbiffres des accidents rabiques varient, dans une cer- 
taine mesure, d une saisou a une autre, peut-etre cela depend-il de ce que le 
nombre des faits recueillis n est pas encore assez considerable pour permettre 
d apprecier si ces variations ne sont pas purement accidentelles ou sont 1 expres- 
sion de circonstances constantes qu il y aurait a determiner. Par exemple, les 
statistiques sont toutes d accord pour accuser un cbiffre moindre des accidents 
rabiques dans 1 automne que dans les autres saisons. La difference entre cette 
saison et celle du printemps est assez accusee dans le tableau elabli plus haut; 
elle se mesurerait par le cbiltre 161. Quelle est la signification de cefait? Veut-il 
dire que les influences determinates de la rage, plus actives au printemps et en 



74 RAGE. 



ete, s attenuent en automne, on n est-il pas p] utot 1 expression des mesures sanitaires 
que 1 on observe plus rigoureusement en ete que dans tout autre saison et qui, 
tout incompletes qu elles soieiit generalement, anraient cependant pour conse 
quence de diminuer les conditions de la propagation de la rage dans la mesure 
q ii se traduirait par la difference que nous venons d indiquer ? Nous sommes 
tres-portes a admettre que c est la la veritable cause a laquelle il faut attribuer le 
chifl re inferieur des accidents rabiques dans la saison de 1 automne, et nous nous 
fondons, pour appuyer cette opinion, sur ce que Ton voit toujours le meme fait 
se produire, lorsque les recrudescences de la rage determinent les polices munici- 
pales a executer avec une grande rigueur les mesures sanitaires. Toujonrs alors, 
dans les saisons et meme dans 1 annee qui suivent 1 execution de ces mesures, on 
voit le chiffre des cas de rage canine baisser considerablement et meme se re- 
duire a des proportions les plus minimes. Puis, des qu on se relache des mesures 
tutclaires dont la grandeur du mal avait inspire 1 execulion, et que le cliien re- 
cupere sa liberte de divagation, les accidents rabiques se multiplient de nouveau 
et toujours ainsi. Nous concluons done en disant, que si 1 automne est une saison 
favorisee, an point de vue du cbiffre moindre de ces accidents, cela depend, non 
pas des influences meteorologiques qui regnent a cette epoque, mais bien dece 
que les prescriptions sanilaires ext cnu es pendant 1 ete, a\ant diminue, dans une 
certaine mesure, les cbances de la contagion, le nombre est ainsi d autant 
amoindri des animaux inocules par des morsures, sur lesquels la rage peut se 
manifester dans la saison automnale. 

Maintenant on peut trouver aussi, dans quelque circonslance de la saison de 
I luvtT, I explication du chifl re plus eleve des cas dc rai:e canine dans la saison du 
printemps : lait, non pas constant, mais qui sereproduit assez frequemment pour 
que le total de toutes les stutisliques donne un nombre plus considerable pour le 
pvintemps que pour les autres saisons. Les cbiennes entrent en rut au mois de 
fevriiT, et, lorsqu elles sont dans cet etat, leurs eflluves attirent uu certain 
nombre de cbiens qui rodent autour de la maijon, si elle est sequestree, ou lui 
font cortege si elle est libre. En laissant de cote, pour le moment, rinfluence de 
1 excitation genesique, sur laquelle nous aurons a revenir tout a I beure, n est-il 
pas admissible qne ces rassemblements des chiens, autour d une femelle en rut, 
constituent une condition toute materielle favorable a la propagation de la rage? 
Que vienne a passer un chien enragi , au voisinage d un de ces groupes, et ilfera 
ses victimes d un certain nombre des individus qui le composent, et ceux aux- 
quels la rage aura ete ainsi inoculee en devieiidronl les propagateurs, au bout de 
deux ou Irois mois que dure la periode d incubation, c e^t-a-dire, pour le cas que 
nous considerons, en mars et meme en avril. Peut-efre est-ce bien la la condition 
de la predominance des cas de rage au printemps? Mais quoi qu il en soit de cette 
interpretation, rien n autorise a admettre que les influences qui regnent dans 
cette saison soient pour quelque chose dans les manifestations de cette maladie. 

La conclusion derniere a tirer des developments- dans lesquels nous venons 
d entrer, c est qne si la rage du cliien est susceptible de se de\ elopper spontane- 
ment, rien ne demon tre que les conditions de sa spontaneite se trouvent soit dans 
les climats, soit dans les saisons, et dans les influences meteoiologiques qui s y 
rattachent. 

c. Influence de Vorgasme genital. A cote de 1 opinion qui attribue a 1 in- 
fluence des grandes clialeurs un role principal dans le developpement de la rage 
canine, s en trouve une autre, moins repandue peut-etre, mais qui ne laisse pas 



RAGE. 75 

de compter un tres-grand nombrc de croyants, et des pins convaincus : c est 
celle qui fait proceder eette maladie de I iuassouvissement des desirs, ou, pour 
mieux dire, des besoins sexuels chez les mules de 1 espece canine, dont les ardeur 
genitales sont excitees par la presence d une femelle en rut. Qu y a-t-il de fonde 
dans cette maniere de voir? On a invoque pour la soutenir le raisonnement d a- 
bord, puis les fails que Ton considerait comme pi obants, et enfm 1 experimenta- 
tion. Voyon s si, par 1 ensemble de ces moyens, on est parvenu a donner reelle- 
ment la demonstration que la rage peat se developper spontanement chez les ani- 
maux des genres canis et felis dont les passions genesiques excitees ne pen vent 
etre satisfaites. 

Le docteur Capello a soutenu cette opinion des 1825, mais sans 1 appnyer de 
preuves. D apres lui, la rage proviendrait d une excitation amonreuse qui, apres 
avoir tourmente 1 animal a plusieurs reprises, n anrait pas ete satisfaite. L absence 
de la rage, en Egypte et dans les autres provinces mahometanes, serait due a la 
liberte des cbiens dans leur communication avec leurs femelles (Arch. yen. de 
med.,L 6, 1824, p. 271). 

L auteur de 1 article GHIENS du Dictionnaire universel d histoire naturelle de 
d Orbigny, partage aussi cette maniere de voir, qui (Hail, e^alement celle de Bonr- 
gelat, de Chabert et de Hnzard . Quant a moi, dit-il, jc crois que si la rage rst 
une maladie spontanee, ce que nient la plupart des plus savants velerinaiivs an 
glais, la cause qui la produit n est ni dans la chaleur atmospherique, ni dans la 
soif et la faim, ni dans la mauvaise qualit6 des aliments, dernier fait, suffisam- 
ment etabli par les experiences de Magendie, mais dans une privation longue et 
totale de la reunion des sexes. 

Ces difierents auteurs n ont emis, sur ce point, que des affirmations ; mais 
MM. les docteurs Bacbelet et Froussard ont ete plus loin; partisans chaleureux et 
convaincus de cette croyance, ils ont ecrit pour sa defense un long plaidoyer a>i- 
quel il ne manque, pour entrainer les convictions, que d etre appuye par de so- 
lides arguments. MAI. Bachelet et Froussard, acceptant sans discussion que la 
rage du chien peut se developper spontanement, avancent hardiment, ce sont 
leurs propres expressions, que la cause de cette maladie reside uniquement, quand 
elle est spontanee, dans la privation de la ibnction generatrice. n A I appui de 
leur these, ils invoquent d abord 1 analogie; pour eux, le satyriasis chez I homme 
et la nymphomanie chez la femme ont, dans leur expression symptomatique, de 
remarquables ressemblances avec la rage; done la rage, qui leur ressemble, doit 
proceder de la meme cause. Chez les chiens, les effets de 1 orgasme genital doivent 
etre bien plus energiques que dans 1 espece humaine, parce que ces animaux 
n ayant pas de vesicules seminales, il ne peut pas y avoir chez eux emission de 
sperme en dehors des rapports sexuels, et il faut que ces rapports soient tres- 
prolonges pour que satisfaction complete soit donnee aux besoins genesiques. 
Quand le male, faute de pouvoir s unir a sa femelle, ne peut pas ejaculer sa 
liqueur seminale, une sorte d infection spermatique en resulte et le sperme re- 
sorbe se transforme en virus, qui est elimine par la salive, parce que la peau du 
chien ne secretant pas de sueurs, c est par les glandes salivaires que s effectue 
chez cet animal lasecretion sudoripare. Telle est leur doctrine, toute d imagina- 
tion, au developpement de laquelle MAI. Bachelet et Froussard ont consacre I o- 
puscule qu ils ont intitule : Cause de la rage et moyen d en preserver I huma- 
nite (Paris, 1857). 
Malgre ce travail et les efforts dont il temoigne, la demonstration reste encore , 



76 RAGE. 

a fairc quc la continence forcec a laquelle le chien est souvent eondamne peut 
faire developper chez cet animal la rage spontanee. 

Cette demonstration, M. U. Lcblanc 1 a tenlee, en 1865, devant 1 Academie de 
medecine. Mais malheureusement il n a pu invoquer, a 1 appui de la these qu il 
s etait propose de soutenir, que les souvenirs de sa longue pratique et les impres 
sions qu avaient faites sur son esprit les circonstances dans lesquelles il pensai.t 
que s etaient produits les fails qu il avail eu 1 occasion d observer M.. U. Leblanc 
croyait a la spontaneite de la rage canine, et il y croyait si bien qu il lui attri- 
buait une parl principale dans le developpemenl de cetle maladie, la contagion 
n ayant, suivant lui, qu un role sccondaire; et si la rage spontanee etait si fre- 
quente a Paris, comme il se croyait en droit de 1 affirmer, c est que les chiens 
etaienl maintenus par leurs proprietaires dans un etat d etroite sequestration, soil 
dans les appartements, soil dans les cours, et mis ainsi dans I impossib ilite de sa- 
tisfaire leurs appetits sexuel?, d antant plus exciles.que ces animaux etaienl dans 
de meilleures conditions hygieniques. II suffit, disait M. Leblanc dans sa com 
munication academique, d avoir ete temoin une seule fois de 1 elat d exasperation 
d un chien qui est a cote d nne cbienne en cbalenr, pour comprendre combien 
peuvent etre grands les (roubles fonclionnels qui resultenl des besoins sexuels 
non satisfails. J ai vu encore toul recemment un cbien qui etait reste pendant tin 
assez long lemps a cole d une cbienne en cbalcur, donl il etait separe par une 
barriere a claire-voie. Ce cbien avail ete constamment agile et en erection. Son 
maitre, qui le conduisil a la promenade pour le dislraire, remarqua qne, contre 
son habitude, ce chien cherchail qtierelle a lous les chiens qu il renconlrait dans 
la rue. Qnelques jours plus lard, les signes formels de la rage se manifeste- 
rcnt. 

Suivant M. Leblanc, c est presque loujours dans des circonstances idenliques 
que Ton voit la rage se manifester a Paris : Aux queslions, disait-il, que j a- 
dn-ssc toujours aux personnes qui me conduisent des chiens enrages, il est Ires- 
rare que Ton ne me reponde pas que ces chiens onl manifeste le vif desir de cou- 
vrir les chiennes. 

Dans les grandes villes, les chiens males sonl condamnes a la conlinence, non- 
seulemenl quand leurs proprietaires les tiennent en captivite, mais encore lors- 
qu ils sont libres de divaguer, parce que le nombre des chiennes est de beaucoup 
inli riinir a celui des chiens : en moyenne, d apres les releves staslisliques qu a 
fails M. U. Leblanc, il n y aurail que 30 femelles pour 100 males. 

Cette disproportion si considerable donnerait la raison, suivanl lui, de ce fait 
donl temoignenl les statistiques cliniques, a savoir que le chiffre des males enra 
ges, relativemenl aux femelles, esl de beaucoup superieur a celui qu il devrail 
etre s il etail seulement 1 expression du rapporl des males aux femelles dans la 
populalion canine. Sur 100 chiens males, les statistiques signaleraient en moyenne 
14 cas de rage et 1 seulemenl sur 100 femelles. 

D ou vient celle difference? Pourquoi le chien male conlracte-l-il plus souvenl 
la rage que sa femelle? Parce qu il est condamne a la conlinence, repond M. Le 
blanc, el que Tinassouvissement de ses besoins donne lieu chez lui a des troubles 
fonclionnels excessifs, Les ardeurs sexuclles sonl, en eftet, plus intenses chez les 
chiens qtre chez les chiennes el bien plus frequentes; car la chienne n entre en 
rut que deux fois dans 1 annee, tandis que, dans 1 etat de domesticite, le chien est 
loujours ardenl au coil el n a pas besoin des excilations de sa femelle pour que 
ses desirs s allument et qu il les manifeste. On sail, en effet, quc bien souvent 



RAGE. 77 

1 orgasrae genital se produit chez lui sous I lnfluence settlement du sentiment af- 
fectueux qu il temoigne a ses mailres. Si, dans certains pays, cdmme ceux de I O- 
rient, la rage est une maladie si rare que, pendant longtemps, son existence y a 
etc meconnue par les voyageurs, c est que les chiens y vivent en liberte, que le 
nombre des femelles y est, a celui des males, dans le rapport naturel, et que, con- 
sequemment, les conditions se trouvent ainsi realisees pour 1 execution reguliere 
des i onctions sexuelles de tous les individus. 

M. Leblanc a-t-il resolu, par cette argumentation, la question complete de la 
spontaneite de la rage du chien et de 1 influence sur son developpement drs ar- 
deurs genetiques et des appetits sexuels non satis faits? Evidemment non. Ce ijui 
ressort de son discours academique, c est que pour lui la solution de celte double 
question etait trouvee et ne devait plus e"tre 1 objet d un doute. Ses impressions 
cliniqiies 1 avaient conduit a croire a la spontanuile de la maladie, parce qu elles 
1 avaient conduit en meme temps a admettie 1 influence toute puissante de la 
continence 1 orcee des males; et il admeltait cette influence avec une tres-prof onde 
conviction, parce qu il croyait a la spontaneite : ces deux idees, qui se trouvaient 
etroitement associees dans son esprit, se renforc.aient 1 une par 1 autrt:. Mais si, 
pour lui, elles etaient demontrees vraies, elles n a|jparaissent pas avec le memo 
caractere a ceux qui, n ayant pas subi les memes impressions que M. Leblanc, ne 
trouvent pas dans ce qu il a ecrit tout ce qu il leur 1 audrait pour qu ils pussent 
partager sa croyance, c est-a-dire sinon des preuves experimentales, tout au nioins 
des faits bien circonstancies, bien recueillis et assez nombreux surtout pour forcer 
les convictions. 

Vopns maintenaiit s il existe dans la science des faits de cet ordre que Ton 
puisse invoquer comme reellement demonstralifs. 

Lors de la discussion academique sur la rage, en 1863, j en ai fait connaitre 
deux dont je devais la communication a M. Leblanc ills et a M. Weber, veteri- 
naires, a Paris. II me parait interessant de les reproduire ici. 

Voici d abord 1 observation de M. Leblanc ills : 

Un chien de race epagneule, age de cinq mois et demi, fut conduit a 1 inlir- 
merie de MM. Leblanc le 18 du mois d octobre 1865; il presentait tous les sym- 
ptomes de la rage: yeux brillants et lixes; aboiement caracteristique; tendance 
a se jeter sur tous les objets qu on lui preseatait ; rongement du bois de sa 
nicbe, etc., etc. 

Le proprietaire de cet animal donna sur son compte les renseignements que 
voici : ce chien etait ne chez lui et, depuis sa naissance, il n avait pas quitte sa 
mere. Jamais il ne sortait ; son naturel etait tres-donx. 

Yers le commencement d cclobre, la mere donna des signes de chaleur; elle 
entra en rut, et le jeune animal, excite pjr ses eifluves, fit des tentatives infruc- 
tueuses pour la couvrir. Ses ardeurs etaient extremes, ses agitations incessantes, 
et il en avait presqne perdu 1 appetit. 

Le mercredi 14, la fille du proprietaire voulant jouer avec ce jeime chien, fut 
mordue legerement par lui. 

Le 16, la chienne, latiguee sans doute des caresses comme des tentatives du 
jeune chien, se defeadit en le mordant, et celui-ci s echappa de la maison dans 
Ja soiree. Son absence se prolongea jusqu au lendemain samedi a une heure de 1 a- 
pres-midi. 

A sa rentree, on lui offrit une jatte de lait qu il but avidement, puis il s en- 
dormit jusqu au soir. Lorsque 1 ouvrier, charge d allumer le gaz, entra dans la 



78 RAGE. 

boutique, le chien sortit de sa torpeur et se jeta sur cet homme qu il essaya de 
mordre au talon, mais sansentamer la peau. La trace de ses dents laissa settlement 
une marque rouge, mais sans ecoulement de sang. 

Le chien fut conduit, le dimanche 18, a 1 infirmerie de M. Leblanc fils, qui 
recounut la presence d un animal enrage parmi ses malades, rien qu a son 
aboiement. 

Le 19, le 20 et le 21, le jeune chien refusa toute espece d aliments, liquides 
ou solicles ; frappe de paralysie dans 1 apres-midi du 21, il mourut le 22, et a son 
autopsie, on constata dans son eslomac la presence de debris de paille et de 
bois. 

Voici maintenant 1 observation deM. Weber : Un chien d un grand prix etaiten- 
ferme dans unestalle d ecurie et on ne le laissait jamaissortirseul. Dans unestalle 
voisine, se trouvait nnc chienne qui entra en rut, et dont les elfluves allumerent au 
plus haul degre les ardeurs gcnesiques de son voisin. Pendant pres de quinze jours, 
ce malheureux animal, condamne a un supplice de Tantale d une espece particu- 
liere, fut dans un etat d a^italion extreme ; il faisait des bonds de la plus grande 
bauteur possible pour t;u her de Irauchir la barriere qui le separait de 1 objet deses 
desirs, mais ses aspirations resterentinfructneuses, comme ses efiorts. Quinze jours 
.npres, ce chien que son proprietaire al lirmait n avoir jamais etc mordu, etait pris 
d une rage furieuse. 

Dans un memoire lu reeemment al Acaddmie de medecine, M. Leblanc fils, qui 
partage Jes idees de son pere sur la spontaneite de la rage et sur sa cause, a fait 
connailreune seriede onze observations du memeordre que les deux qui viennent 
d etre reproduiles. Dans toutes, 1 aflirmation des proprietaires que leurs cliiens 
n ont pas etc exposes a une inoculation virulente est 1 unique garantie sur laquelle 
on ait pu s appuyer pour considerer comme spontanee la rage reconnue sur ces 
anmiaux. Or cette garantie est si souvent sujette a caution, qu il est impossible de 
1 accepter comme element de certitude. En pareille matiere, rien n est possible 
comme Terreur, en raison de toutes les circonstances quiconcourent a cacher lave- 
rite et de toutes les intentions qui trop souvent aussi conspirent a la dissimuler. En 
voici quelques exemples qui vont en teinoigner: J empruntele premier a Youatt : 
On peut admeltre ai-emenl, dit cet auteur, qu un chien favoii soit perdu devue 
ne fut-ce qu un moment, loisqu il marche avotre suite et qu il subisse une mor- 
sure sans que son proprietaire le sache on le soupconne. Un chien epagneul, ap- 
partenant a une dame, devint enrage. Cet animal etait son compagnon, dans sa 
maison de campagne, et elle 1 avail bien ravement perdu de vue, si ce n est dans 
les quelques moments de la matinee, ou le valet de pied leconduisait deliors. Elle 
n avait en aucunefacon connaissance que son chien ait pu etre mordu et sondomes- 
tique leniait de la maniere la plus energique. Ce chien mourut. Quelques semaines 
apres, le valet de pied tomba malade et les symptomes de 1 hydrophobie ne tar- 
derent pas a se manifester. Dans un de ses moments de calme, il fit 1 aveu qu un 
matin, le chien dont il avail la garde avail ele attaque et roule par un autre chien. 
II ne constata sur lui aucnne morsure apparente, mais comme il etait couvert de 
boue, il diit le laver avant de le laisser rentrer dans la chambre de sa maitresse. Le 
chien qui s etait attaque a 1 epagneul devait elre enrage, el le domestiqne a du 
etre inocdle par la salive qui restait sur les poils de ce dernier. (Youatt, the 
Dog. London, 1845). 

En 18ti3, lors de la discussion sur la rage a 1 Academie de medecine, voici com 
ment je m exprimais a propos de la question de la spontaneite etde la difficultede 



RAGE. 79 

la resoudre a 1 aide des seuls faits que peuvent fonrnir les hasards de la pratique : 

La preuve scientific] ue de la rage spontanee n a pas encore eledonnee, disais- 
je; M. Bouilin a eu raisou de le dire. II n y a que des presumptions, de Ires-fortes 
probabilites; on n a pas de certitudes absolues relativement a 1 existence de la rage 
spontanee. Les causes des dilficultes des investigations eu parcille matiere sont 
nombreuses. II est bien rare qu un chien soit si etroitement surveille, que jamais il 
nese separe de son maitre. Leschiensles pluschoyes, les pluscheris, sont conties 
souvent a des domestiques qui les menent promencr. Que d;ms ses peregrinations, 
ils fassent la rencontre d un chien qui les attaque et qui les morcle, croyez-vous 
que le domestique va s empresser d en faire 1 aveu? Loinde la, il dissimulera 1 ac- 
cident. Que la rage se manifesto ensuite, le proprietaire ponrra affirmer,avec bonne 
foi, que son chien n a jamais etc mordu. Mais une pareille affirmation ne sauiait 
etre prise que pour ce qu elle vaut. Jamais elle n equivaudra a une preuve experi- 
mentale et cette preuve n existe pas encore. 

Voici deux faits qui vont vous prouver combien, en pareille matiere, la verite 
estdiflicile a decouvrir: 

18G5. Gliienne. Affirmation du proprietaire que jamais elle ne le qui .te. 
Chacune de ses portees lui rapporte 120 francs. 11 n uurait jias voulu courir la 
chance de la laisser sortir seule. Laderniere fois qn ellc cstdevenue en cbaleur, il 
lui a refuse le male ; c est a la suite de cette privation que la rage s est declaree. 
Voila qui etait clair et positif. 

J appelai sur ce fait 1 atlention des eleves, et lent 1 dis qifil y avail de Men 
grandes probabilites que nous avions affaire a la variele de rage spontanee donl 
1 origine probable etait la non-satisfaction des besoins sexuels. La bete inournt au 
bout de trois jours. Et a 1 autopsie, qu avons-nous trouve sur cette bete dont les 
chaleurs n avaient pas ete satisfaites, d apres les affirmations si positives de son 

maitre? Quatre foetus dans la matrice. Voila comment on eerit 1 histoire des 

chiennes ! 

L aulre fait dont je veux parler est relatif a un chien, de la categoric desfami- 
liers, petit roquet de douze ans, auquel son maitre tenait beaucoup. D apres les 
renseignements donnes, iletai I depuis huit jours dans un etat de grande agitation, 
sans appetit, mais ses sentiments alfectueuxelaient developpesa 1 exces. Cetaient 
les preludes de la rage dont les symptomes furent constates une ibis que ce chien 
fut mis en niche. 

Comme j interrogeais son maitre sur la question de savoir si son chien ne 
sortait jamais seul: Jamais, me fut-il repondu. G est avec vous qu il sortait? Tou- 
jours depuis douze ans. II n a jamais ete mordu ? Jamais. Mais il y a deux mois, 
un chien-loup que fai rencontre s est jete dessus sans lemordre. J avais oublie 
cette circonstance, vos questions me la remettent en memoire. Supposez que ce 
chieri ait ete conduit par un domestique le jour de 1 attaque, et sur les affirma 
tions de son maitre, homme de Ires-bonne foi, on aurait range sans doute la rage 
de ce chien dans les cas de rage spontanee (Bulletin de I Acad. de Med., 
1864). 

Rien ne prouve mieux que le fait de M. Weber reproduit plus haul, combien 
il faul se montrer scrupuleux a 1 endroit des fails cliniques que Ton croil pouvoir 
invoquer comme preuves de la spontaneite de la rage canine. Depuis que nous 
1 avons communique a 1 Academie, en 1865, ce fait est reste dans la science et 
vient a 1 appui de 1* opinion qui atlribue a 1 orgasme genital une influence deter- 
minante sur le developpement de la rage du chien. Lorsque M. Weber fit connaitre 



80 RAGE. 

ce i ait, qui paraissait si demon stratif en faveur de cettc opinion, il avait une pleine 
confianee dans les affirmations qui lui avaient ete donnees cpi&jamais le chien, 
dontil a raconte 1 histoire, ri avait ete inordu. Mais ici encore, comme danslecas 
rapporte par Youatt, se trouvait un domeslique qui avait tout interet a cacher la 
veiile, etqui la caclia elfectivement jusqu a ces derniers temps ou sa laugue s ust 
eiifin deliee. 

D apres les nouveaux renseignements qu il a transmis a M. Weber, le chien dont 
il est question, dans la relation precedente, avait etemordu, et ce cas de rage que, 
depuis dix ans, on croit spontanee et determinee par 1 exces des excitations gene- 
siques, n est pas autre chose qu un cas de rage communiquee. M. Weber s est em- 
presse de rectifier, devant la societe meclicale de 1 arrondissemcnt donl il est mem- 
bre, 1 erreur qu on lui avait fait commettre, a 1 aide de renseignements fallacieux. 
On voit, par ces quelqiiL s i aits, conibien grandes sont les difficultes que Ton ren 
contre a rccueillir p;ir 1 observation, sur cette question d etiologie, des fails qui 
aient le caractere absolu de la certitude. 

II est done necessaire de recourir a 1 experimentation pour que cette question 
puisseetre decidement resolue; mais les elements de sa solution n* existent pas en 
core, faute d experiences snffisamment nombreuses. Nous ne connaissons, en effet, 
sur ce sujet que celles qui out etc entreprises, en 1859, par L. Toffoli, de Bassano, 
et dont il a ele rendu compte a I atheuee de Brescia, en 1840, parun rapport du 
docteur Giacommo Uberli, medecin principal de 1 hotel-Dieu de cette ville, rapport 
public en 1845 par le journal vete rinaire et ayricole de Belyique, tome XI, 
p. 126. Toffoli fut conduit a faire ses experiences par 1 observation du fait sui- 
vant, dont nous extrayons le recit du rapport ou il est reproduit : A Compese, 
petit village a quelques milles de Bassano, une chienne metis etant entree eu rut 
fut entource immediatement, comme c est 1 habitude en pareil cas, par une 
foule de pre tendants qui lui faisaient cortege. Parmi eux, se trouvait un chien 
batard, hargneux, tres-ardent et jaloux, qui s etait, pour ainsi dire, accroche a 
elle et suivait tous ses pas. Mais comme ce chien etait toujours maltraite et re 
pousse par des rivaux plusvigoureux, toutes ses tentatives pour obtenir les faveurs 
de celle qu il poursuivait, resfaient infructueuses. Malgre tout cependant, il con- 
tinua jour et nuit a braver tous les dangers, luttant toujours centre ses rivaux et 
subissant leurs sevices, jusqu a cequ enfin, decourage et accable, ilse retira de la 
lutte. Alors son changement de caractere se manifesta par une morsure faitea un 
chat qui etait auparavant le compagnon de ses jeux. 

Puis il s attaqua a tous les chiens qu il rencontrait, et particulierement a ceux 
qui avaient ete ses rivaux, et les blessa plus ou moins, eu depit de leur force et 
de leui- (erocite. Enfin, il fit a un enfant de cruelles morsures, ce qui decida a le 
mettre a mort, pour eviter la repetition de pareils accidents. 

Le docteur G. Uberti dit qu a 1 occasion de ce fait, Toffoli prit de nombreux 
renseignements et se livra ade soigneuses investigations qni le convainquireut que 
le chien dont il vient d etre question, avait ete atteint de la rage primitive, et ayant 
vu la un exemple authentique ie rage spontanee, developpee sous 1 iniluence d une 
excitation genesique inassouvie, et des irritations causeespardesluttesincessantes 
avecdes rivaux plus heureux, il se proposa de faire des experiences pour tacher 
d obtenir la reproduction du fait dont il avait ete temoin, en mettant des animaux 
dans des conditions identiques. 

A cet effet, il s associa, dit le docteur Uberli, un vieux chasseur qui avait 
pa?sc cinquante ans de sa vie au milieu d une uombreuse meute de chiens, et il 



RAUli. 81 

alia avec lui habiter urie maison decampagne, loin de tout commerce des homines, 
pour repeter ses experiences et ses investigations, et se tirer ainsi de toute espece 
de doutes. 

II reunissait ensemble, par exemple, une chienne en chaleur avec un cliien 
qu elle n aimait, ni ue caressait et il s appliquait a provoquer 1 orgasme genital 
chez ce derniei 1 . Quant la salacite etait arrivee a son comble, il fais;dt cesser les 
accointances et s opposait a la copulation; et alors aticun cas do ray hylropho- 
bique ne se declarait. Mais il n cn etait pas ainsi lorsqu il y avail beaucoup de 
cbiens rassemble s dans 1 endroit ou la femclle en rut se trouvait. II arrivait, dans 
ce cas, que tandis que tons les males etaient libres de se livrer a la copulation, la 
chienne tachait de se soustraire aux poursuites de celui d entre eux qui la couvoi- 
tait avec le plus d ardenr et qui, nagiinvs, son unique comp iumii, redoublail, 
d elforts pour assouvir sa passion. Dans ces cir Constances, les resultats furent si 
de cisifs etsi constants quon ne put s empecher (Ty ajouter foi. 

Malheureusement, le rapport d ou nous extrayons ce passage ue fait pas con- 
naitre combiuu de fois se sont produits ces resultats, si de cisifs et si constants, 
des experiences de Tolfoli, et c est la une laciine Ires-regrettable, car en pareille 
matiere, le nombre est un des elements necessaires de la conviction. 

Quoiqu il en soit, ce qui parait ressortir dn Memoir/ tic Tofioli sur la rage 
canine, c est que la continence seule ne sul lirait pas pour donuer na^sance, cliez 
le cliien, a la rage primitive. Le cliien que Ton obsorve attenlivement, soit senl, 
soit en cumpagnie de chiennes, n est jamais ultaque deragc primitive, dit Tolfoli, 
si, al apparition du premier iudice du rut, on a soiu do. le separerde sa femelle. 

Mais si le chien reste en presence de sa femelle en chaleur et qu i! soit dans 1 im- 
possibilite de satisfare les desirs que ses efflaves allumeul eu lui, si surtout les 
obstacles qu : il rencontre lui sont opposes par des rivaux plus vigourenx, qm exci- 
tent sa jalousie, sa haineet sa colere et le poussent a la vengeance, alors loutes les 
conditions se trouvent realisees pour que le principe de la rage s engendre dans son 
sang. Aussi obscrvc-t-on que celui qui succombedans la lutte, celun|ui est de 
race batarde ou qui, trop petit, no pent quc difficilement apaiser la snrexcitation 
venerienne qu il t-prouve est precisement celui die/, lequel la rage spoutanee se 
developpe de preference. 

Tol tbli ajoute vine telle creance a 1 efCicacite de cette cause qu il dit dans son 
Memoire que les femelles dans le genre canis, sont la cause prochaine du deve- 
loppement de la rage spontanee et qn ii elles seules, on doit preter attention, on les 
tenant soigneusement separt-es des chiens et soumises a une surveillance diligente, 
pendant les vmgt-quatre jours que dure leur pas-ion ainonreuse. )) 

Nous ne sachions pas que les experiences de Tofioli aieut ete repetees imlle part, 
et il ne s.emble meme pas qu elles aient ete connues en Allemagne, malgre la publi- 
cite que leur a donuee le Journal veterinaire et agricolede llelgique, en 1843. 
Ni Herlwig, ni Roll, ni Vircbow n en font mention dans leurs traites. En France 
aussi, elles out passe tellemont inapercues qu ou ne les voit citees dans aucun des 
ecrits relatifsa la nge que nous avons consultes. C est M. Fleming qui, dans son 
livre, a rappele 1 attention sur le Memoire de 1 experinlentateur de Bassano. 
Quelles peuvent elre la valeur et la portee de ces experiences? 11 est diitiule de 
le dire aujourd hui, faute de renseignements sur lenr nombre, laute aussi delout 
controle et de toute verification. Tontefois, les resultats si decisi/ set si constants 
que Tofioli auvait vn se produii e sous ses yeux,en expferimentant comme il 1 a indi- 
que, out quelque chose de si contradictoire avec les fails, qu au lieu de forcer les 

DICT. ENC. 5 s. 11. C 



82 RAGE. 

convictions, ils font naitre Ic doute. Que si, en effet, les excitations genesiques et 
les passions ardentes auxquelles les chiens sontenproie, lorsqu ils entrenten lnltc 
pour la possession d une lemelle en chaleur, etaient efficaces a produire la i 
dans la mesure que-1 impliqueraient les experiences et surtont les affirmations de 
Toffoli, cette maladie devrait etre une maladie de tons les pays, et dans tous, sa 
frequence devrait etre remarquablement plusgrande dans les semaines et dans les 
mois qui suivent la peiiode du rut chez les chiennes, car tonjours un certain nom- p 
bre de cas de rage devraient se manifester, parmi les competiteurs souvenl tres- 
nombreux qui poursuivent une chienne en chaleur et dont un seul : sort vain- 
queur d ua combat dont la chienne est le prix. Or, c est ce qui n est pas; il y a 
des pays oil la rage est inconnue, quoique les chiens y soient aiiimes des memes 
passions que dans les pays moins favorises, qu ils y brulent des memes ardeurs et 
qu ils luttent entre euxavecles memes fureurs ; il y en a d autres ouellc estrare; 
et en fin dans cenx ou, comme en Fiance, c est une maladie trop commune, les 
saisons du rut et celles qui leur succedent immediatement ne paraissent pas, 
d apres les statistiques, etre invariablement plus fecondes que les autres en acci 
dents rabitjucs. Done, ni les faits cliniques que Ton a pu recueillir, ni les Irop 
rares experiences tentees ne donnent la preuve certaine que la rage puisse se 
developper spontanement, sous 1 influence des ardeurs genesiques, inassouvies et 
contrariees. 

Gependant nous devons dire quo, dans ces derniers temps, a la suite d une en- 
qufite que nous avons ouvcrte dans \ellecueil de me dccine ve teriitairc, pour 
rassembler le> renseignements propresa eclairer cette importante question d etio- 
logie, quelques i aits out ete publics qui, rapproches de ceiix de Toffoli, donnent 
a relied! ir ; et s ils ne sout pas encore suflisants pour permettie de resoudre la 
question d une maniere decisive, il serait imprudent, croyons-nous, de ne pas en 
tenir grand compte dans la pratique, et de no pas admettre comme possible Tin- 
fluence de la circonstance etiologique dont ils paraissent lemoigner. 

Void, parmi ces faits, ceux qui sont le plus signiticatifs : 

Premiere observation. Un joli chien de chasse, braque pointeur, age de 
deux ans, etait encliaine a quulque distance de sa mere qui etait en feu depuis 
trois jours. Ge voisinage le mettait dans un etat continue! d excitation qui allait 
toujours crescendo, a proportion de 1 obslacle qu il rencontrait. Halelantet epuise, 
il ne paraissdil cuiiserver de forces que pour exprimerses desire; il refusait toute 
nourriture et cherchait a mordre les personnes qui 1 approchaient bien qu ordi- 
nairement il fut d un caractere tres-doux. Sa voix utait cliangee, son regard, etin- 
celant, i gare, et ses gebtes etaient toujours 1 expression de 1 ardeur genesique 
portee a 1 extreme. 

Ge chien se portait a merveille jusqu au joar on il s est trouve dans ces con 
ditions de vuisinage et ce n est qu apres le deuxieme jour de cette situation au- 
pres de sa mere en chaleur qu il parut indispose. D apres les affirmations de son 
maitre, qui etait medeciu et comme tel ne devait pas avoir de tendance a donner 
de faux renseignements, il n avait jamais etc mordu. 

La rage etant bie n caracterisee, ce chien fut abattu. 

Deuxieme observation. Un tres-1 ort ehien de garde, age de quatre ans, 
avait pour compagne ordinaire une petite chienne caniche avec laquelle il etait 
renferme. Elle entra en chaleur vers le mois de mars 1870. Leur taille etant 
disproportionate, le cbien s epuisa en d inutiles efforts et les diiticultes accrurent 
ses desiis. Loisque M. Cons tan tin, veterinaire a Pont-Audemer, qui relate ces ob- 



RAGE. 83 

servations fut appele, il constatala rage sur legros chien ctil lefit abattreen meme 
temps que la chienne qui avail ete mordue par lui. 

Troisieme observation. Au priutemps de 1 annee 1870, une chienne en 
feu courait par les rues de la ville de Pont-Audemer, suivie d unefouledecliiens, 
parmi lesquels se trouvait un petit grilTon, age de cinq ans, qui etait le plus ar 
dent de tons, mais aussi le plus faible; aussi etait-il repousse par ses rivaux. On 
le vit alors se precipiter tout a coup avec fureur sur la bande et la disperser, en 
mordant tous les chicns qn il pouvait atteindre. La rage ayant ete constatee sur 
lui, il fut abattuainsi que tous les chiens qu il avail mordus. (Gonstantin, Re- 
cueil denied, vet., 1875). 

Quatrieme observation. i( Unc grande chienne de chasse avail pour compa- 
gnon habituel un loulou de tres-petile taille. Le 27 oclobre 1875, cette chienne 
enlra en chaleur et son compagnon, d uu temperamment iirrveux et tres-irritable, 
essaya mais en vain de la couvrir. Constamment en erection, ne parvenant, par 
suite de sa petite taille, qu ii se 1 rotter contre les jambes de la chienne, il de- 
meura ainsi, pendunt deux jours et deux nuits, dans un etat de surexcitation c\- 
cessif, les domestiques s amusant du speclacle qu il leur donnait. Hans la journce 
dn 51 octobre, ce chien qui ne quittait jamais le domestique uuquel il apparte- 
tenait, disparut. Vers huilheures du soir, M. Fitle, vetdrinaire a Vic-en-Bigorre, 
auqnel nous devons la relation de ce fail, i ul I uppi par un hurlement oaracte- 
ristique, parti d un des coins de la maisoii. II etuit pousse" par le petit loulou 
blotti sous unlit, au premier etage. Ge hurlement etait Irop connu de M. Fitte 
pour qu il n en comprit pas la signification. Aussi s empressa-t-il dc faire solide- 
ment attaclier le petit animal, malgre les delegations des gens de la maison qui 
voulaient lui arracher un os arrete, disaient-ils, dans le fond de la gorge. Pen 
dant Irois jours, dit M. Fitte, j ai pu, a mon aise, suivre les divers symplonies 
que 1 animal a presentes, et aucun n a fait dci aut: acces de iureurs, diminution 
notable de la sensibilite, hurlement rabique, hallucinations, depravation de 1 ap- 
petit, manifestations de fureur a la vue d un animal de la memeespece, mort jiar 
la paralysie. L autopsie ne laissa non plus aucun doule : Inlegnte parfaite des 
divers organes ; estomac coutenant une foule de corps de nature differente (mor- 
ceaux de tapis, cuir, paille, sainfoin), vessie vide, crispee et pelotonnee sur elle- 
meme. 

Ge chien ne sortait jamais sans le domestique auquel il appartenait ; il n avail 
jamais ele mordu, et il y avail plus d un an qn on n avait vu de chien enrage dans 
le pays. 

Ces fails sont de la meme nature que ceux de Toffoli, avec cette seule diffe 
rence qn au lieu d avoir ete determines experimentalement, ils se sonl produits 
d une maniere accidentelle. On ne saurait nier que cette concordance grandit sin- 
gulierement 1 importance des uns et des autres; el qu en definitive si le doule est 
encore permis a 1 endroit del influence de 1 orgasme genital, parce qu il ne semble 
pas que le nombre des effets de cetle cause soil en rapport avec la frequence des 
cas ou elle se fait sentir, cependant la prudence exige que, des maintenanl, on se 
tienne en garde conlre elle, comme si son activite etail certaine et incontestable. 
En pareille maliere, du moment que le doute existe, la sagesse veul qu on ne 
s abstienne pas. 

d. Influence de la soif et de la faim. La rage, re*pulee spontanee, a ele 
attribuee a d autres causes encore. En premiere ligne, il faut placer les tourments 
de la soif et dela faim, pour le role principal qu on a voulu leur faire jouer dans 



84 RAGE. 

le developpement de cette maladie. Mais rien ne justifie cette conception toute 
theoriquc,ou, pour mieuxdire, cette supposition par laquelle on a cru, sans donte, 
pouvoir expliquer la manifestation de la rage sur les loups et sur les renards. 
L histoire geographique de la rage lui est absolument contraire. La rage est, sinon 
inconnue, du rnoins asse/ rare pour avoir ete longtemps meconnue dans les pays 
les plus chauds et dans les plus fmids, c est-a-dire dans ceux ou les cliiens soutle 
plus exposes a soullrir de hi soil ou de la faim. Livingstone n a pas entendu parler 
de chiens enrages dans les deserts de 1 Afrique. Cette maladie est tres-rare en Tur- 
quie, ou 1 ou voit communement des chiens affames errer par les campagnes; on 
ne la connait pas an Kamchatska etdans la Siberie ou les chiens patissent si souvent 
de la faim et memo dc la soil . 

Mais 1 opinion qui altribue ui) role, dans !e developpement de la rage spontanee, 
a la privation d aliments el. de lioissons n est, pas srulrmrut dementie par lesluits 
d observation, elle 1 est aussi par em\ de [ experimentation directe. Bourgelat a 
fait mourir des chiens par inanition complete, sans renssir a les rendre enrages. 
Magendie, l)ii|iuylreii, I .resdiol. out repele ces experii nces, mais sans plus de 
succes. M. Colin, dans ses iioinlucn-es pecherclies sur I inanition, n a jamais vu se 
produire la rage sur les e;inn\invs, i lnen-. on dials, sur lesquels il a experiments. 
II est rapporle, f.epcudant , dans le DiclimiiKiire des sciences medicates 
(Art. RAGE), que le |irnl e>senr \\<^^i, du Turin, ;mi;iil pn teiilu avoir fait develop- 
per la rage die/, drs dials, en les tenant dans une chambre lennee. 11 est ptobable 
qu on aura pris pour un etat rabique I etat d excitation de ces animaux a Ja pre 
miere pi iiode de 1 inanition, et comme la prenve par rinoculatinn n a pas ete 
1 aile, [ affirmation du professcur de Turin ne pent peser d aucun poids comme 
preu\r. 

e. Influence de I alimentation avec des matieres juttrides. 11 en estde meme 
de 1 usage des viandes putrelieeset des eaux corrompnes, auxquelles on a iaitjouer 
aussi le role de cause. Pourquoi ? II serait dillicile de le dire, car on ne voit pas la 
lelalmn ipn priil exister entre I etat rabique et 1 ingestion de matieres putrides 
donl I estomac etles intestins savent extraire un chyme et un ehyle aussi purs que 
des malieres milriiives non-decomposees. Cette ojtinion que rien n appuie et qui 
eiaii, tombee justement dans un eoni|ilet oubli, vient cependant de trouver tout 
dernierement un delenseur dans M. le docteur Chairou? auteur des Lettres sur la 
raije, adr<-x*<rx a M. dc Qnalrefages, membrede llnstitut, par rintermediairedu 
journal le XIX s siecle et reuniesen un opuscule publieen 187 J. Quelle estla cause 
reelle de la rage, sedemande M. le docteur Chairou? et voici commentilreponda 
celte question : Cette cause, je crois la trouver dans 1 alimentation. La rageestau 
chien ce que la fievre typhoide el le typhus sont a 1 espece humaine. L aiinual, en 
effet, en raison de sa predilection native pour toutes sortes d inmiondices et d or- 
dures doit elre un foyer de putrefaction permanent. Taut que la saute est dans son 
etat normal, taut que les fonctions physiologiques accomplissent parlaitement 
toutes leurs^)hases, que lous les organes sont dans un etat d integrite satisfaisaut, 
1 equilibre se maintient. II pent hitter pour 1 existence, vivre. 

Mais des que cet equililjre est roiupu, la nutrition est incomplete, la maladie 
arrive , le foyer de putrefaction qui existe d une maniere latente dans le chien, ne 
se trouvant plus brule et regenere a chaque instant, donne naissance a ces produits 
veneneux et septiques qui alterent 1 oj ganisme et determinent ks modifications 
mole culaires des centres nervenx dont Jes manifestations sont la ra^e. En meme 
temps, tous les liquides ph^siologique?, vicies, alteres, communiquent le virus par 



RAGE. 85 

la morsnre, comme ils lo communiqueraient par le sang, si on inoculait dans une 
plaie quelque parcelle du li(|uide nourricier. 

Mais si les matieres putrides ingerees sont efficaces a rendre virulents tons les 
liquidesphysiologii|U( S, et virulents suivant le mode particulier qui caracterise la 
rage, comment se fait-il quc de parcils effets ne se produisent que chez le chien, 
et quele pore, le corbeau, le vaulour, et tous les animaiix qui se nourrissent vo- 
lontiers de matieres aaimales putrefiees ne soient pas exposes a contracter cette 
maladie spontanement ? Comment se fait-il qu a Constantinople et dans les autres 
villes de 1 Orient, la rage soil une maladie si rare, malgre 1 office que remplit le 
chien qui, seul propose, d apres ce que clit M. Cliairou lui-meme, a la proprete et 
a 1 hygiene des cites et des camps, s acquitte de sa fonction en devorant toutes les 
immondices et toutes les matieres putrescibles ou pntridcs que 1 incurie des habi 
tants laisserait s amonceler dans les rues, si lechieu n etait pas la pour les revivitier 
en les faisant passer par son organisme, et prevenir ainsi leur influence nuisible? 
Mais il est inutile d iusister : la leltre d ou est extrait le passage que nous venous 
de reproduire est inlitnlee : Philosophic de la rage. C estpour cela, sans doute, 
queM. Cliairou a cm pouvoir se dispenser de fournir aiicune preuve a 1 appui dc 
sa Ihcoiic, toiile de i antaisie du reste, et qui ne peut qu obscurcir la question 
d etiolniiir i| ic son i.uteur s elait pniposr dYvl;iiirir. 

f. Influence de la colere et de la souffrance. La rage peut-elle sc deve- 
loppin 1 spontanement sur les animaux des genres felis et canis, sous rinflu>?nce 
de la colere on de la souffrance? Dans la discussion acadrmii|uc de lX(>r>, 
M. Tardieu a fait connaitre deux faits, recueillis dans 1 enquete de 1858, qui lui 
ont semble de nature a permettre de resoudre cette question par I affirraative. 
Dans 1 un, a-t-il dit, un chat est devenu enrage a- la suite des douleurs que lui 
avail infligees une large brulure ; dans 1 autre, il s agit d unc chatte, mise en 
fureur par 1 enlevement de ses petits. Ces deux animaux communiquerent la 
rage, par leurs morsures, a des personnes qui perireiil vidimcs de la contagion. 
Un lait analogue a ete publie par le docteur Allevin, dans la Gazette des hopitaux 
(1864). Due chienne de chasse av;\it mis bas pendant les grandes chalenrs. On 
detrnisit ses petits et les symptomes de la rage se declarerent. Cette chienne 
s echappa de la maison et mordit plusieurs chiens et plusieurs personnes, entre 
autres un homme de trente-si\ ans, qui est niort hydrophobe des suites de cette 
morsnre. M. Tardieu a donne comme parfaitemen^ authentiques les faits qu il 
a publies, et il n y a pas a douter qu elfectivement on ait vu un chat, une chalte 
et une chienne devenir enrages dans les circonstances qui viennent d etre S[ieci- 
fiees. Mais cette rage, dont les symptomes se sont ainsi manifestes, procedait-elle 
de la douleur dans un cas, de la fureur d;ms 1 autre, ou bieu ces animaux n etaient- 
ils pas, 1 un et 1 autre, inocules par une morsure anterieure, et la fin de la periode 
cl incubation de leur maladie n a-t-elle pas coincide avec les deux circonslances 
que Ton a considerees comme des circonstances causales? On a le droit de se 
poser ces questions, d abord parce que ces trois faits de rage, developpee inopi- 
nement sous I influence de la souffrance ou de la colere sont, sinon uniques, au 
moins des plus exceptionnels, et contrastent, par leur rarete meme, avec la fre 
quence des cas ou la rage trouverait 1 occasion de se declarer, si la douleur ou la 
fureur etaient efficaces a la produire. Les cbiens, dans les amphitheatres de chi- 
rnrgie et de physiologie, sont mis bien souvent a la torture; et jamais, que nous 
sachions, ou n a vu la rage se declarer sur 1 un d eux a la suite des souffrauces 
inlligees, quelque violentes qu elles aient ete et longtemps prolongees. Le chat 



86 RACK. 

sert moins soirvent devictime aux experimentateurs, en raison des difficultes que 
Ton eprouve a lemanier sans danger. Mais quelquefois 1 indication se presente de 
pvaliquer sur lui des operations ehirurgieales. Avant 1 iuvL iilion de 1 anesthesie, 
le precede le meilleur anquel on pouvait rccourir, pour se meltre a 1 abri de ses 
coups, etait de 1 introduire clans un sac de grosse toile, sur laquelle on faisait 
une incision, an niveau meme de la region ou 1 operation devait etre pratiquee. 
Les animaux ainsi fixes devenaient lurieux des qu ils sentaient les atteintes des 
instruments, et ils exprimaient leurs fureurs par leurs rugissements et par la 
violence de leurs mouvements. On voyait leurs grifl es sortir a travers la toile qui 
leur servait de camisole de force, et ils mordaient sur elle a pleines dents et 
avec une sorte de rage. Cependant nous n avons jamais vn la rai:e veritable se 
produire a la suite des fureurs excessives auxquelles les animaux s etaient livies 
pendant toute la duree de I operalion. Quant on laisail porlir le patient de son 
sac, il y avait dans ses regards et dans ses attitudes quelque chose de veritable- 
ment terrifiant, et il ne fallaii jias s exposer immediatement a ses vengeances de 
tigre. Mais cet etat moral ne durait pas et, une fois calmee la souffrance de 
1 operation, 1 animal mlevenait ce qn il elail avant. 

Maintcnant, une autre consideralion non< lait concevoir de grands doutes sur 
la real iti de la cause a laquelle la rage est attrilKiee dans les faits rapportes par 
M. Tardien el. M. .\llr\in : c est I instantaneite du developpement de la maladie. 
Ce dnil - ire an moment meme ou on lui cnlevait ses petits que la cliatte de 
M. Tardieu est de\rniio fnrieusc et a mordu la personne qui commettait 1 acte 
dont die se venge;iil; de meme pour la chienne de M. Allevin. Or la soudainete 
de la manifestation de la maladie, apres 1 action de la cause qui doit la deter 
miner, u esl [ias le fait de Li rage. Toujours, entre la morsnre virulente et la 
manifestation rabique, un certain temps s ecoule, celui de 1 incubation. Meme 
dans les cas de rage reputee spoutanee, on signale un certain delai entre 1 action 
de ce qne Ton considere comme la cause et 1 eclosion du mal. Si les deux chats, 
dont parle M. Tardieu, sont devenus enrages tout a coup, il y a forlement lieu de 
douter que leur maladie ait eu pour cause la colere ou la donleur. Une observa 
tion publiee dans le Recueil de me decine vete rinaire, en 1872, prouve combien 
il faut se tenir en garde, en pareille matiere, coutre les conclusions que 1 on 6St 
enclin a tirer de la coincidence des faits. II s agit d un cas de rage developpe sur 
un chien d une maniere si soudaine et dans de telles conditions de sante appa- 
rente, qu il semblait bien que ce fut la un exemple, et des plus probatifs, de 
rage spontanee. Le chieu dont il s agit, appartenant a un capitaine, avait ete 
conduit an bain parson maitre et jete a 1 eau trois fois de suite. La troisieme iois, 
il en sortit avec les machoires ecartues Tune de 1 autre et sans qu il lui lilt possible 
de les rapprocher, malgre tous les elforls qu il tentait lorsqu on lui jetait quelque 
chose a manger ou a rapportcr. Ce symptome, 1 evenement 1 a pronve, etait le 
premier signe d nne manifestation rabique sons la forme de rage-mue. Si 1 on 
n avait eu sur ce chien ancuu renseignement, comme c eut ete le cas si son pro- 
prietaire actuel ne 1 avait eu en sa possession que depuis quelques semaines, il 
est bien probable que Ton aurait considere comme spontanee la rage developpee 
tout a coup dans les circonstances qui viennent d etre relatees. Cependant elle 
procedait d une inoculation par morsure, faite trois mois auparavant, et que Ton 
avait si completement oubliee que le souvenir n en revint au cai>itaine, anquel ce 
chien appartenait, et an veteriuaire, M. Brissi, qui le soignait, que lorsque 1 ani- 
mal, devenu ?gressif, eut fait le simulacre de s attaquer a 1 un et eut blesse 



RAGE. 87 

1 autre. On se souvint alors que, trois raois avant, un chien enrage avail parcouru 
le camp, ct mordn une douzaine de chiens qu on avail dii fa ire abatlre : celui du 
capitaine n avait < le epargne que sur une affirmation, doniu e par le soldal d or- 
ilonnance, qu aucune morsure ne lui avait ete faile par Fanimal enrage. 

On voit, par eel exemple, combien facilemenl un rapport de coincidence peut 
etre pris pour un rapport de causalite. 

Cerlains auteurs out admis que la salive pouvait devenir accidentellement viru- 
lenle sous 1 influence de la colere, et, qu inoculee par morsure, elle clail suscep 
tible de transmetlre une rage morlelle, bien que 1 animal d ou celle salive prove- 
nait ne presentat aucun symptome de maladie. LYtat nerveux, dans lequel se 
trouve les cliiens en prbie a une colere furieuse, aurait pour efi ot de transformer 
leur salive en une sorle de venin virulent dont la production scrait completement 
independanle de 1 elat de sante generate, comme la production du vcnin de la 
vipere et d autres reptiles. Qu y a-t-il de fonde dajis cette maniere dc voir? 
Existe-t-il vraiment, cbez le chien, un etal rabiquc, local et ephemere, qui ne se 
traduirait que par la virulence accidentelle et passagere de la salive ? 

M. Tardieu, dans la discussion de 1865, a cite 1 hisloire d un garcon boucher 
de la Villette qui, en 1860, ayant ete monlii par un cliim <lii voisina^c, vint 
mourir neul mois apres, a riioj.ital de Lariboisiere, avec les symplomes les plus 
manifestos de la rage. L enquete tres-complete a );iquellc je tis pi oceder, dit 
M. Tardieu, rn appiil, a ma grande surprise, que 1 animal qui avait fait les mor- 
sures auxquelles il avait paru si naturel d attribuer la contagion virnlente et la 
mort, n avait nas cesse de vivre en liberte cbez son maitre et etait encore parfai 
tement bien portant. 

M. Tardieu a ajoute que ce fait etait devenu, a son instigation, le point de de 
part de recherches fort interessantes qui firent le sujet de la these d un de ses 
internes les plus distingues, M. le docteur C. Gros. Les fails reunis dans relte 
these etabliraient cliez 1 liomme 1 existence de cas d hydrophobie non rabique, 
suivis de moii, et pouvant quelquefois succeder a Ja morsure d animaux non 
atteints de la rage. 

A la meme epoque, M. Decroix, alors veterinaire de la garde municipale de 
Paris, a rassemble dans un memoire, public par YAbeille me dicale, trois fails du 
meme ordre dont voici le resume : 

Premier fait. II a ete adresse a 1 Academie de medecine, en 1847, par 1 un 
de ses correspondants, le docteur Putegnat, de Luneville : Le 1" Janvier 1847, 
un enfant de 9 ans est mordu u 1 avant-bras gauche par un chien de haute taille, 
chasse d une maison ou il poursuivait une chienne en chaleur. Le 18 fevrier, 
1 enfant tomba malade; symptomes inquietants : constriction pharyngienne, sali 
vation abondante, horreur des liquides et des corps brillants, frayeur, tressaille- 
menls au moindre bruit...; cris percants et hurlements, sanglots; envies de 
mordre ; paralysis des jarnbes, etc., etc. Mort a midi, forte odeur de putrefaction 
du cadavre deux heures apres. 

Le chien qui avail inflige la morsure a laquelle la maladie de eel enfant a ete 
rattaohee, elait, parfaitement portant, an moment ou cette maladie s est declaree, 
et a continue a se bien porter longtemps apres. Done il n etait pas enrage. D ou 
M. Putegnat a conclu qu un chien peut, dans un violent transport de colere et 
de fureur venerienne, et sans donner plus tard de signe de maladie, donner la 
rage par morsure. 

Deuxieme fait. II a ete public par M. Pietrement, dans le Journal de mede- 



88 RAGE. 

cine velerinaire militaire (1865, p. 82). Deux chiens se battent pour la pos 
session d un os, le 21 juia 1*62. L un d eux recoil, sin 1 le front, deux coup-; de 
dents. Le 6 juillet, un prurit se developpa a lYndroit de celle blessiiru et, sous 
1 influence des frottements cju il delrrmiua, In p an du front fut depouillee de sou 
epidemic. On cut recours a la liqueur de Yillatte pour secher cette plaie. Le 
10 juillet, 19 e jour apres la morsure, M. Pietremenl est appele pour examiner ce 
chien, qui sY^.jde snr plusieurs autres, pendant ia promenade, et a mordu un 
cheval an no/.. Li vcille il avail mordn t ^aYmenl son adversahv du 21 jnin ; et, 
le jour meme, ces deux chiens s olaiciit encore Latins. Le 11 juillei, M. Pie I re- 
men t constate que 1 animal pour lequel on le consnlte est triste, faiLIe, sans 
appclil, mais non irrile par la vue d un anlrr ehien. Le lendeniam, re chien etait 
dans nn etat de coma prol oud ; roule en manclion, il ne se leve que lorsqn on 
lYxcilo avec, MM baton. Son appctit est nnl ; aurnn ahoiemcnt. Le 15, eel animal 
n nirl sans a\oir fail entendre ni Imrlement, ni aboiement, sans avoir eu d acces 
livneliqiie, sans av< >r iiianM esle lYnvie de mordrc, meme lorsqu on 1 excitait 
avec un baton on qu w nietla\t nncbien en sa presence. 

Etait-ee la rage? on reslait inmlaiu, Inrsipii- di\ niois apres, le 14 mai 1865, 
Je cbeval mordu par le cliien dont I lii-loiiv vient d etre rapportee, pi e-enta des 
syinplnnirs inqnirlaiils. Lorsipn- M. PirlrciniMit. lt> visila, il s elail fait an bout du 
a IViidmil de la nioiMirc, si\ lon^nrs di diirniTs, m sr Irotlant centre une 
inal jointe de la maiiuroiir. Lt- 15, il sYsl. rM-oi ii le ncx d les parties 
saillanlrs de la tete, et s est prol ondement di -chin - la nan n- droiic avec leciochet 
dr sa rbaine. Ghaque niouvement convulsil des menibres est suivi d une cliute. 
Le clieval moid avec fincur |c b"rd de la inan^coiiv, rcvrln d une lame defer 
battu et se brise trois dent>. II laiuv des niadi s el frappr le sol avcc taut de force, 
qu il arracbe ses deux Icrs de derriere. .Mori a une benre de Tapics-midi. 

Ce cbeval etait moil c\idcmm< iit de l.i ram 1 . 

Cepindant, le chien qui avail mordn le 21 juin 1862, celni auqnel ce cheval 
devait sa propre morsure, etait reste bien porluit. Sequestre pendant ijuatre- 
vin^ls jours, apres la mort de son adversaite, il avail continue a se bien porter. 
llonc, il n etait pas enrage au moment oil, dans sa lutte avec ce dernier, il lui fit 
sur le front la morsure a laquelle a ete rattachee la maladie a laquelle celui-ci 
sucromba. 

Troisieme fait. Le 19 fevrier 1862, un chien suspect d etre enrage est 
envoye a M. Decroix, et meurt pendant la nuit. A 1 autopsie, on constata, dans 
1 estomac, la presence de parcelles de paille, de pdits morceanv de hois et de 
denx morceaux de cnir. D apres les renseignements recueillis, ce cliien anrait tie 
mordu tres fortement a la tete, le 9 fevrier, cYst-a-dire dix jours avant, par un 
cliien connu dans le qnartier, et qui continna a. bieti se porter apres la morsure 
qu il avail faite. Celui qui P avail subie, cbangea de caractere d t-. le lendemain, 
dit M. Decroix; de donx el inoffensif qu il etait, il devint hargneux el mordit 
indislin clement les chiens et les chiennes qn il trouvait sur son passage. Le pro- 
prielaire, sans inquietude, pansa Ini-rneme les plaies de son cliien Slais au Imitt 
de cinq a six jours, d autres symplomes apparurenl : regard etrange, appetit 
dimiuue. L animal ne se defendait pas quand on le corrigeait pour avoir attaque 
les auires chiens, sans y etre provoque. Et commeil obeissait toujours a la voix 
de son maitre, qu il ne cherchait a mordre ni les hommes, ni les chevaux, que 
surlout le chien qui 1 avait mordu continuait a jouir d une bonne sante, et a se 
promener comme d habitude dans le quartier, 1 idee de rage fut reponssee. Mais 



RAGE. SO 

le 18 fevrier, 1 etatdu sujet s aggravant de plus en plus, on se decida a 1 envoyer a 
M. Decroix, qui ne put en voir que le cadavre, la mort etant survenuc pendant 
la nuit. 

Ce chien elait enrage, car un autre chien, qu il avail morclu le 15 fevrier, con- 
tracta la rage le 18 mars 1862, et mourut le 26, apres en avoir prcsente tous les 
symptomes de la maniere la plus incontestable. 

Ges fails aulorisent-ils a admettre, comme M. Decroix incline a le penser, avrc 
M. Tardieu qu nn chien pent determiner la rage par une morsiire, et contiiuier 
a jouir d une bonne sante ? Avantde repondre a celte question, il me paiail 
necessaire d examiner la valour et la vorilaMr signification des observations sur 
lesquelles on croil pouvoir s appuyer pour formuler celte proposition qu on peut 
appeler formidable. 

Une premiere circonstance doit etre signalee, relativement au garcon boucher 
doal M. Tardieu a tail connaitre tres-sommairement 1 histoire a 1 Academic ; rVst 
que cet homme n est venu mourir a Lariboisiere que ncuf mois apres la morsnre 
non rabiijiie qui aurait ete la cause -de 1 arfection rabiforme a laquelle il a suc- 
combe. Neuf mois, c est une periode d incubalion exceptionnelle par sa longueur. 
Qui peut dire que ce gargon qui, par sou etat, elait continuellement en rapport 
avec des chiens, n a pas siibi, sans qu on Tail su, dans cille lon^nr pdriode de 
temps, une autre morsnre, celle-ci veYilablement virulente, a laquelle la maladie 
qui 1 a tue, devrait etre attribute ? II y a ici des motifs si serieux de douter, que 
ce fait ne saurait clre considere comme demonslralif. 

Dans 1 observation de M. Putegnat, il ue semble pas contestable que la moi>ure 
subie par 1 enfant ait ete le point dc depart de la maladie a laquelle il a sur,rombe 
Mais celte maladie elail-elle la rage ou n en avail-rlli; <|iie les apparences? Et si 
c etail la rage, n est-il pas possible que cet en (tint ait suli nue aulre morsure, sans 
qu on 1 ait su? On est bien oblige de se poser ces qiieslions, taut il repugue a la 
raisoii d admettre le developpement instantane d un virus ( pbr uii-re, qni, naissant 
sous 1 influence de la colerc, disparaitrait avec elle. 

Quant au fait, donl M. Decroix a emprunle le recit a M. Pietrement, rien 
n etant plus incertain que I elat de sante d un cbien, au point de vue des 
inoculations rabiques qui peuvent lui etre failes pendant ses divagations, il est 
impossible d en tirer aucune conclusion m-oureiise, relativement a 1 oriiiine de la 
maladie de 1 animal qni esl le snjet de celte observation. D abord, celle maladie 
elait-elle la i age? G est presumable, mais non absoluinent drmontre par 1 ex 
pression symplomatiqne. Ou invoque, il est vrai, comme preuve de sa nature, 
la rage qu a conlraclee le cbeval mordu an boul du nez. Mais cette rage ne s e^t 
declaree qu au bout de dix mois, et, dans une si lorn ne periode de lemps, une 
autre cause de virulence a pu inlervenir. Concedons cependant que le cbien dont 
il s agit etait bien enrage, et que la rage dn cbeval doit etre allribure a la mor 
sure que ce chien Ini avail faile ; ou esl la preuve que la rage de celui-ci procedait 
de la morsure qu il avail regue en luttant, pour la possession d un os, avee un 
aulre chien, parfailemenl eu sante? Cetle preuve manque evidemment. Done, le 
doute est aulorise, el puisqu il 1 esl legitimement, rien n antorise a lirer de ce fail 
la conclusion que, sons 1 influence de la colere, la salive d un chien peul deveuir 
accidenlellemenl virulente, el Iransmeltre la rage parl inoculation d une morsure. 

Pieste la derniere observation. Celle-d a une tout autre signification que celle 
qui lui a ete donne par M. Decroix, a qui elle est personnelle. 11 nous parait res- 
sortir, en effet, de la relation qui en est faite, que le chien qu on suppose avoir 



90 RAGE. 

contracte Ja rage a la suite d une morsure d un chien biea portant etait, an con- 
traire, hel et Lien enrage deja an moment ou cette morsure lui a etc infligee par ce 
chien divaguant, bien connu du quartier, qui, probablement, dans ce cas particu- 
lier, n a fait que se defendre. II est dit, en effet, que, des lelendemain, le cliien 
mordu avail change de caraelere ; que de doux et inoffcnsif, il etait devenn liar- 
gneux, et qu il mordait imlisl inclement les chiens et les chiennes, tout en respec- 
tant son maitre, par lequel il se laissait panser, etc., etc. Evidemment, ces signes 
etaient ceux de la ra_e. Mais est-cc qu on peut admettre qn une rage inoculee la 
veille par une morsure, pnisse arriver le lendemain, a la finde sa periode d incu- 
bation else traduire immedialement par une piopension a mordre ? Evidemment, 
cela n est jus possible. Tamils que tout s explique le plus naturellement du monde, 
si J on admel quo I animal dontil est question ici, etant deja le fevrier, sous le 
coup de la rage a sa periode iniliale, aura voulu s attaquer au chien divaguant des 
ce jour memo, comine il 1 a fait le lendemain pour les aulres chiens qu il rencon- 
trait. La morsure. qu il a rceue n est done pour rien dans la manifestation de sa 
rage, veritable, el il faut rayer ce fait du nomltrede ceux que Ton croit devoir invo- 
quer a l a|ipni de la these el range ipn 1 la salive d un chien him poitant pourrait 
devenir accidentellement virulente sous 1 inlluence de la colere, ce qui implique- 
rait. dan . IY^|>e< ( canine, 1 exislence d un etat rabique intermittent, mais tout 
provisoire ct, ephemere, | emlant lequel la salive serait virulente et passe lequel 
elle rt viendrait physiologique. 

Mais s il en elait ainsi, la rage serait une maladie bien autrement freqnente, et 
bien antremen! repandue qu elle ne Test, car on peut dire que, tons les jours, a 
toule heine el. dans I cms les pays, les ehiens se livrcnt entre eux a des combats 
aeliarnes, soit qu ils luttent pour la possession d une femelle en rut, soil qu ils se 
dispulent une proie, sot qu ils n obeissent qu a leurs antipathies ou a leurs 
inslin is balaillenrs. Malgre ces milliers etces milliers de morsures qu impliquent 
tons ees combals sur tonte la surface du globe, il y a des pays ou la rage est 
inconmie; il en est d autres ou elle est rare, et dans ceux ou, comme en France, 
e e4 une maladie trop frequente, les cas ou Ton a cm constater la transmission de 
la ra:. e par la morsure d un chien bien portant sont tellement rares, qu ils ne se 
comptent quo par des unites clont, encore, la signification est contestable. Est- 
ce quo si vraiment 1 organisme du chien etait construit de telle facon que, a un 
moment dcnne, ses glandes salivaires pussent se transformer en glandes viru- 
lentes, sous J incitation nerveuse dont la liireur serait le point de depart, .est-ce 
que ce plieiiomenc serait si exceptionnel? Est-ce que sur tant d hommes mordus 
par des chit. us en colere, sur iant de cliiens qui se mordent entre eux, on n en 
verrait pas un grand nombre contracter la rage par le fait de morsures devenues 
virulentes ? Evidemment si ; et puisque cela ne se voit pas, il faut bien en conclure 
que, dans les circonstances tout exceptionnelles ou Ton a-cru voir le fait se pro- 
duire, les apparences out ete trompeuses et qu on a ete conduit a des conclusions 
inexaclcs, faule d avoir pu reunir tons les elements de la solution du probleme. 

Conclusions generates sur le tiologie de la rage. En resume, nous croyons 
pouvoir conclure de toutes les considerations qui viennent d etre exposees dans ce 
chapitre que la spontaneite cle la rage canine n est qu uiie croyance a 1 appui de 
laquelle, si on peut invoquer un certain nombre de probabilities, on ne saurait 
produire une seule preuve veritablement scientifique. Ni les climats, ni les sai- 
sons, ni leurs influences meteorologiques, ni les ardeurs sexuelles inassouvies, ni 
les passions furieuses, ni la faim, ni la soif, ni le mode d alimentation, ni les souf- 



RAGE. 91 

f ranees excessives, aucune de ces circonstances en fin, dont les unes ou les autres 
ou toutes ensembles, out ete considerees et sont admises encore comme cau- 
sales, ne peuvent etre acceptees comrae telles, faule de preuves qui en demontrent 
IV fficacite certaine. Et s il existe, pour les admeltre a ce litre, un certain nomhre 
de probabilites qui expliquent que 1 on continue a croire a leur action, on peut 
direque les probabilites contraires sont infiniment plus nombreuses, car si tonics 
les causes que Ton itivoque, ou seulemeiit celles d entrc files qui comptent le 
plus de partisans, comme 1 orgasme genital exagere, etaient reellement efficaces 
a produire la rage spontaiiee, ces causes etant incessamment agissantes, on 
les verrait traduire leurs effets par des cas innombrables et dans tons les pays. 
Or c est ce qui n est pas. De 1 aveu de presquc tous les observateurs, les cas 
de rage spontanee sont les plus rares ; ils sont si rares memo que Renault, 
qui avait fait de la rage nne etude si prolongee, declarait que de tous les 
cas de rage reputee spontanee qu il avait ete appele a observer, trois seulement 
lui paraissaient reunir toutes les conditions de 1 authenticite. Mais comme ces 
faits n ctak nt pas des faitsd experimentation, Renault lui-meme, malgre toute sa 
se verite, pouvait fort bien, meme dans ce champ si retreci, avoir encore ele induit 
en erreur. Quoi qu il en soit de ce point particulier, la rarete excessiv< <l< s < as de 
rage spontanee, relativertient a la frequence 1 des circonstances qui sont reputes 
efficaces a la fairenaitre, ne temoigne-t-ellepas a elle seuleque cette efficacite est 
tout au moins des plus douteuses. Les causes veritables ne sont pas, ce nous 
semble, aussi capricieuses, et le nombre de leurs effets se proportionne tonjours a 
leur aclivile dans 1 espace et dans le temps. 

Des 1828, un veterinaire anglais d une grande autorite, Delabere-Rlaine, dont 
le livre a ete traduit en francais par Delaguette, s etait deja tres-categoriquement 
prononce centre la spontaneite de la rage du chien : D apres ce que m enseigne 
mon experience, disait-il, etd apres ceque j ai pu retirer d une observation assi- 
due, je n hesite pas a expriraer 1 opinion que la maladie aujourd bui u a jamais 
d origine spontanee. Parmi les occasions si nombreuses que j ai eues d observer ce 
sujet, je n ai jamais vu un seul exemple de rage dans un cbien entierement separe 
des autres. Je sais qu on en cite des exemples, mais j ai ete si souvent temoin de 
la facilite avec laquelle on peut etre trompe sur ce point, outre la grande masse 
de preuves directement contraires a 1 origine spontanee, que je suis dispose a attri- 
buer 1 impression qu en avaient les ecrivains au defaut de renseignements neces- 
saires ou a des fausses informations donnees par d autres personnes. Et pour 
donner la preuve de la facilite de 1 erreur en pareil cas, Elaine cite deux cas de 
rage ou toutes les probabilites etaient en faveur de la spontaneite, et qui furent 
cependant demontres, par nne enquete approfondie, n etre que des cas de rage 
communiques a 1 insu des personnes, aiaitres ou domesliques, qui avaient affirme, 
avec la meilleure foi du monde, que les chiens enrages n avaient pas pu etre mor- 
dus tant ils etaient soumis a une surveillance severe. Nous devons done ici rendre 
justice aBoudin; il etait dans le vrai, en 1863, lorsqu il disait dans le Memoire 
qui a fait le sujet de la discussion academique a cette epoque : Que panni les 
innombrables documents publies sur la matiere, il n avait pas rencontre un seul 
fait capable de constituer une preuve scienlifique serieuse de la rage canine spon 
tanee. Nous ne partagions pas alors sa maniere de voir et nous 1 avons combattue, 
tout en admettant cependant que les cas de rage spontanee ne constituaient qn une 
tres-minime exception. L etude nouvelle que nous avons du faire de la question 
pour rediger ce travail nous a rallie a son opinion. 



02 RACK. 

M. ie profcsseur Saint-Cyr, de 1 ecole velt rinaire de Lyon, croyait aussi a a 
spontaneite tie la ra^e, siir la foi dc la tradition et sous 1 inlluence ties impressions 
que vous laissent les affirmations constantcs donnees par les proprietaires que 
leurs chiens n ont pas ete mordus. Mais il a ele conduit a modifier sa maniere de 
voir par une etude plus approfondie tie la question, et apres avoir reconnu combien 
les causes repniees do la rage sponlanee, telles que I inflnence des saisons par 
cxemple, etaient infideles dans leurs efl ets, les mois les pins charges, mie annee, 
pouvant etre cenx qui le sont le moins 1 annee suivante et reciproquement, il 
tiraitcette consequence de ses Remanjues sur les cas de rage observes a la cli- 
mV/e de I e cole de Lyon en 1865, qu on dehors de la contagion, nous ignorons 
absolnnient, completement, les causes capables de fa ire naitre 1 1 raje ; et sans 
oser aller jusqu a nier d uno, mauiero absolue le developpement spontane tie la 
rage chez lochien, il se d<V,larait enlrainc \ers la doctrine (|n il n est pour les 
maladies viruleates i|n un seul modi- dc propagation, la contagion; (jii une seule 
cause spt ciliquc, le virus ; (|iic ces maladies en mi mot, lie sont jamais sponta- 
nees i) Uinini. tic i.ial. vcl th / emir de Lyon, 1866, p. 47). 

Dans son Truilr dc jmlirc su/iitii/re, M. Ritual, sans se prononcer formelle- 
nicnl siir la valenr tic ro|iinion ijni adnief, .|iic le diicn pent devenir enrage 
sans i|iic la maladic lui ait ete transmise, )> n hesite pas a declarer que la part de 
la >|i[inlain itc sin- le developpement dc la i a-e e.-l. dc> [iliis ininiines, car, dit-il, 
les cinpielcs minutienses auxquelles nous imns sonnnes livre pour connaitre 
1 origine de pins de denx mille cas tie rage canine, nous out I ait ivconnaitre que 
|ON>, a part ((in lipics rarcs exccplions pour IcsqiiellfS le donte etait commande,se 
rallai haicnl a rinofulalion par inoi snres. Nous sommes done conduit a coi:clure, 
dit-il pins loin, que nous ignorons a |ieu pres tout, pour ce qui conc"nie 1 etiologie 
dc la rai;e ditc sponlanee. l/elnde atlenlive des laits nous montre seulenient qu il 
y a lieu de renoncer aux croyaiices re|iaiidues a 1 elat de prejii".e<; une senle chose 
i- 1 liorsde doute, c est la transmissibilite dc celte alfection de 1 animal malade a 
1 individn sain de tout genre (Traite de la police sanitaire, p. 869 et sui- 
vanti 

La contagion senle est prouve e. La contagion, voila done la cause certaine de 
la rage, et probablement la cause unique, et quelles quesoient les dissidences qui 
peiivent encore persister sur ce dernier point, comme 1 accord est unanime pour 
reconnailre qu elle est la cause preponderance, c est elle surtout que Ton doit avoir 
en vne dans les pn sci iptions de mesures sanitaires que comporte cette redoutable 
maladie, car s il etait possible, comme le ditavec raison M. le professeur Saint- 
Cyr, d ancantir au meme jour et a la meme lienre tons les cbiens qui recelent le 
virus rabiqne a 1 etat patent on latent, on aurait de grandes chances d aneantir du 
meme coup et a tout jamais la rage. 

Repartition des cas de raije par races. Cela etant, la question de la repaiti- 
tition des cas de rage, snivaut les races, n offre plus d interet au point de vue de 
la spontaneite, puisque les races ne peuvent plus etre considerees comme predispo- 
sanles a une maladie que tout tend a demontrer n avoir d autre o> igine que la 
contagion. Tout ce qui ressort d un tableau de repartition des accidents rabiques, 
d apres les races, c est que ces accidents se trouvent en rapport, d une part, avec 
le nombre des individus par cbaque race ou chaque variete dans les races, et, de 
1 autre, avec celui des chances plus ou moins grandes de conlrader la rage qui 
resnltent, pour lesanimaux, de la liber te dont ils peuvent jouir. Ici encore la con 
tagion apparait comme la cause predominante, pour ne pas dire exclusive. 



RAGE. 93 

Ainsi, par exemple, sur im chiffre de 1,525 chiens enrages, que donnent trois 
statistiques additionnees, de MM. Saint-Cyr, Bourrel et G. Leblunc, plus du quart, 
419, soit27 pour 100, appartieuneiit a la race des terriers aujourd hui si repun- 
due, eu nu son des grands services qu ils rendent comme destructeurs de rats. Ges 
chiens logent d habitude dans recurie, mais ils n y sontpas d ordinaire a 1 altache, 
et les cochers leur laissent, au moment dti pansage des chevaux, uneassez grande 
liberte de divagation, qui les expose aux morsures des chiens enrages dont ils peu- 
vent faire la rencontre. 

Apres les terriers, viennent ces chiens sans race, que Buffon appelait chiens de 
rue, animaux sans grande valeur auxquels onlaisse, parcela meme, d autanl plus 
de liberte, car on est sur qu ils ne serontconvoites par personne, si ce n est peut- 
etre par les expei imenlateurs. Le cliiftre des cas de rage, parmi eux, est de 545, 
soit 22 pour 100 ennombrerond. 

Puis viennent les chiens clils loulous, qui etaient tres-repandns il y aqnelques 
annees, et dontle nombre parail tendre adiminuer. Lechiflre des cas de rage sur 
cette raceest de 206 : soit 15 pour 100. La proportion de ces cas, parmi les chiens 
de chasse, n est que de 1 a 2 pour 100: (105). Pour les grilfons et Je.sr|;i:jiiciils, 
elle est au-dessous de 1 unite. Ensuite, on arrive a des chillivs tres-faibles. Sur les 
1,525 chiens enrages, on necomplc que 58 terre-neuve ; 58 caniclies; 571e\Tirrs ; 
24 havanais; 19 braques. Les carlins, les clanois, les bichons, les king-charles, 
les chiens les plus precieux enlin, ne coniplenl. qur. par quelques unites. 

Dansune statistique de 1841 clu pmfesseur Eckel, de Vienne, les chiens malines 
de toutes vaiietes donuent 55 pour 100; la petite race anglaise, 12 id.; les 
foxhounds (chiens de chasse au renard), 6 pour 100. Puis viennent, pour les 
chiffresde2a 1 pour 100, les chiens de Pomeranie, les dauois, les bassets a jam- 
bes torses, \esmastiffs ou dogues de grande race, les chiens de chasseet les chiens 
de berger. 

Toujours, comme on le voit, les cas de rage les plus nombreux appartiennent 
aux categories d aniinaux les plus exposes a la contagion. 

Repartition des cas de rage siiiuant I dge. La repartition des accidents rabi- 
ques, suivant 1 aye, domic di-s requitals qui out la meme signification. Sur un 
effectif de 1,488 chiens enrages, iburnis par les statistiques de MM. Bourrel, 
C. Leblancet Peuch, la proportion des cas de rage est de 15 a 14 pour 100 dans la 
periode d un an a deux; dans la periode suivante, elle s eleve a 17; puis elle 
descend a 15, a 11 et a 10 pour 100 dans les anwecs suivaiites, c est-a-dire de 
trois aquatre, de quatre a cinq et de cinq a sixans. Au dela, cette proportion n est 
plus que de 6, 4, 2 pour 100. Pnis dans les annees de la vieillesse, elle ne se 
mesure que par des unites sur le nombre total. Dans la premiere annee, le chiffre 
est assez eleve : 146 sur 1488 ; soit environ 9 pour 100 On voit par ces chil fres 
que le nombre des cas de rage est en rapport avec les periodes de la vie ou le chien 
est le plus coureur et developpe le plus d aclivile. Meme dans la premiere annee, 
le jeune chien est expose a la contagion, parce que malgre la surveillance dont il 
est I objet, il s echappe volontiers dela maison pour se livier a ses ebats. Dans les 
annees suivantes, aux heroins de 1 activite se joint I instinct genesique qui le pousse 
a faire des fugues, pour suivre des femelles en rut, et alors les chances de mor 
sures angmentent pour lui. Les chiffresen temoignent. Puis a mesure qu il vieillit 
et qu il devient plus sedentaire, ces chances dimimient, les cas de rage correspon- 
dant aux dernieres annees de la vie decroissent proportionnellement. Sans doute, 
qu il faut faire entrer en ligne Je compte, dans 1 interpretation des faits^ le nomDre 



<- / ilJlUJJ. 

des chiens ages, inferieur a celui des jeunes; mais, meme cette reserve faite, il 
nous parait bien probable que la plus grande proportion des accidents rabiques, 
dans la premiere moitie, dela vie du chien, se trouve correlative a la plus grande 
activite de ses mouveraents et aux peregrinations auxquelles ses instincts le pous- 
sent a. se livrer. 

En sorteque toujours nous revenons a la contagion, comme a la cause domi- 
nante, et, nousle repetons, probablement exclusive de la rage. 

Cela dit,exposons maintenant les symptomes de celte maladie dans nosdiverses 
especes domestiques. 

SYMPTOMES DE LA RAGE. I. RAGE CANINE. La rage du chien est caracterisee 
par une serie de signes et de symptomes, la plupart moins significatifs par eux- 
inemes, quc par la maniere dont ils se groupent et sesuccedent. An point devue 
de la prophylaxie de ccttesi ivdimtaUe maladie, ce sont surtoutceux de la periode 
iniliale (jni dllVi iil, Ir plus d interet. 

En general, on se figure que lorsqu un cbien cst affecte de la rage, sa maladie 
se caracterise d emblee par des manifestations furieuses et des transports frene- 
tit/iies;]e me sers a dessein de cette expression, car a une certaine periode de la 
ragole chien a penlu .</ mixti; on s imagine qu il est devenu tout a coup plus 
feroce qiHin tigrc on (|ii uu ehaeal, et qu il n obeit plus qu ii de rruels instincts 
soiidaineinent developers en lui, qni le |>oiis-riit irresistiblement a mordre et a 
deehirer reiix qui rapprochciit, meme I lines qui lui sout le plus cheres. 

C est launeiileel ans>e, niaison comprend lies-bien qu ellc legne Buries esprits, 
car le mot rage, duns noire langue, comnic djms toutes les autres, du reste, 
n exprime pasaulre chose qur les passions furieuses, la colere, la haine, la cruaute. 
Dans le style eleve, eoiiiine dans le langage nuiuiiiin, il a la ineme signification, et 
ineine lorsqne ce inol esl enqiluye d tine maniere liuiii ee on i amiliere, il expiinic 
qiie|i[iu! chose d excessif et d outre. On ne saurait trop se tenir en garde centre 
oette idee M fausse tuie Ton se fait de la rai;e du chien, sur la 1 oi meme du mot qui 
set! a la qualifier. Cede maladie ne se caracterise pas, dans les premiers temps de 
sa inanile.-lation, par des acees d,. I ureur et des actes deferoeite. Souvent merae, 
c est le contraire qui a lieu. Uu seal jour ne fait pas d un chieii alfectneux, cet 
animal feroce, furieux et cruel a I exces que tout le monde croit. C est par une 
transition insensible qu il arrive a la periode de la irenesie rabique. Mais quand 
bien meme cette periode n estpas encore declaree, il faut que Ton sache bien que 
du moment que les premiers symptomes de la maladie out apparti, deja la salive 
du malade estvirulente et que ses lechements peuvent etreloutaussi danyereux 
que ses morsures. Deja, des 1828, un ve ennaire anglai<, Delabere-Blaine avait 
insiste sur cetle particularite importante. u On suppose naturellement, disait-il, 
qu un chien afl ecle dela rage doit necessairement etre farouche et furieux, etdans 
tous les tableaux que Ton en a fails, cette maladie est ainsi decrite. Mais bien loin 
que ce soil le fait constant, a peine ai-je trouve uu seul chien adulte qui ait eu 
une alienation totale ; pendant qu au contraire, dans le plus grand nombre, les 
facnlle s mentales ont ete a peine derangees. Les malheureuses victimes de cette 
maladie reconnaissent ordinairement la voix de leur maitre, et y obeissent et cela 
souvent jusqu au dernier moment (Pathol. canine, par Delabere-Blaine. 
Tuiduct. de Delaguette. Paris 1828). 

On ne saurait trop se penetrer de cette verite, car c est un prejuge bienredou- 
table que celui qui admetque la rage, chezle chien, estnucessairement et toujours 
nne maladie caracterisee par la fureur. De tous ceux qui sont accredits dans le 



RAGE. 95 

moncle au sujet de cette etrange affection, c est peut-etre le plus fecond en clcsas- 
tres, puisqn il enleve ou etcint toute deu ance a l egard du cliicn malade qui nc 
manifests aucune propension a. mordre. Or, a sa premiere periode, la rage se 
montre, on pent dire toujours, surtout chez les cliiens familiers, sous les 
apparences d une extreme benignite ; mais, malgre cette apparence, elle n eti 
existe pas nioins, elle ne possede pas moins deja cetle terrible realite que Ton 
appellc la virulence. 

Ccla dit, nous allons essayer maintenant de depeinclre la rage canine et dc la 
caracteriser par ses traits les plus saillants dans ses periodes successives, en 
tachant d interpreter les faits a 1 aide des lumieres que 1 etude de la rage de 
1 homme pent jeter sur celle du cliien. Si les animaux n existaient pas, adit 
Buffon, la nature de rhomme serait encore plus incomprehensible. Celle pensile 
est juste ;mais il nous semblequ on pent dire avec une egile verileque la nature 
de 1 homme, eclairee par sa conscience dans les faits d ordre psychologique, peunet 
de mieux comprendre et de mieux interpreter les manifestations instinctives et 
intellectuelles des animaux. Inexactitude de cette proposition se trouvera verifieo 
lorsqne nous demanderons aux faits de la rage humaine [ interpretation de quelqucs- 
uns des symptomes par lesquels celle du cliien se traduit. 

La rage du chien affecte deux formes principales, qui en constituent deux 
varietes, identiques 1 unea 1 aulre, quanta leur nature, puisque toutes deux sont 
virulentes, mais remarquablement differentes par leurmode d expression. L une 
de ces varietes, la plus commune, est celle qui limt par se caracteriser par des 
envies de mordre et que Ton designe, a cause de cela, sous le nom de raye 
furieuse, expression qui n est pas heureuse, puisqu elle cntraine 1 idee fausseque 
la fureur est le caractere constant de la maladie a toutes ses periodes. L autre 
variete est la rage tranquil le, encore appelee silencieuse, muette, et phis commu- 
nement rage mue, qui dilfere de la premiere par un mode different dc 1 et ;.t 
du systeme nerveux, car le chien, sous cette forme de la rage, n a pas de tendance 
a attaquer, et il n en a pas non plus la puissance, ses machoires etant paralysees. 
Mais qu oti he 1 oublie pas, cette rage est virulente comme 1 autre; et si d ordi- 
naire 1 animal ne 1 inocule pas par des morsures qu il ne veut ni ne pent faire, il 
est possible qu elle soit inoculee par des hlessures accidentelles, lorsque, dans le 
but de rechercber la cause de 1 ecartement des machoires, qui est un des faits les 
plus caracteristiques de cette forme de la rage, des personnes, inconscientes de sa 
nature, portent inconsiderement les doigts dans le fond de la cavite buccale pour 
s assurer si quelqne corps etranger ne se serait pas arrete dansle pharynx. 

Nous allons etudier dan? des paragraphes speciaux ces deux formes de la rage 
canine. 

1. RAGE FURIEUSE. Dans la description que nous allons donner, nous distin- 
guerons deux periodes de la rage furieuse : 1 la periode iniliale ou (jruilromique 
ou 1 animal n est pas encore agressif et ne manifeste encore aucune tendance a 
mordre; et2 la periode que 1 on peut appeler de la rage confirmee, oil la maladie 
se traduit par les symptomes de fureur qui lui out valu son nom, L ordre que 
nous suivrons pour exposer les symptomes sera celui des fouctions : nous dirons 
d abord ce que sont 1 habitude exterieure, la physionomie, les attitudes, les 
modifications et les particularites de caractere que presente 1 animal ; puis nous 
passerons en revue successivement les symptomes qui precedent plus particuliere- 
ment desdifterentes fonctions. Ces divisions sont necessairementun pen artificielles, 
mais il est utile de les adopter pour eviter la confusion dans Indication des 



symptomes multiples et tr&xliversifies par lesquels la rage se characterise dans la 
succession cle ses periodes. 

A. PERIODE INITIALE. 1 Symptomes fournis par I habitude exterieure et le 
caractere du chien enrage. An debut de la rage, le malaise interieur que le 
cliicn eprouve se traduit par un changement de son humeur. Le plus souveiit, il 
devient triste, sombre et Ton pent dire taciturne, car il u est plus determine a 
aboyer comme il le faisait en sanle, quand sa vigilance etait excitee. II cherchea 
s isoler, se complait dans la solitude et dans I ol^curite et va se cacher dans les 
coins des apparlcments, sous les meublos ou dans le fond de sa niche. M;iis deja 
pour !ui, il n y a plus de repos ; a peine s eM-il couche, dans 1 attitude habituelle 
du chien quis endort, <pic par un a-coup subit, il se redresse, s agite, vaetvient 
dans la chambre, s ll est lilnv, puis se ivinet en position pour dormir, y reste 
quelqnes minutes, en change encore, et toujours ainsi. En d autres termes, 
1 animal est dansun rial, ctuitiiiuel d inquietude et d agitation, qui contraste avec 
ses habitudes et doit, par ccla iiieme, uxeiller et. fixer 1 attention. 

Dans quelqnes cas, le chien chc/ I. qurl la rage, prelude, au lieu de se montrer 
agile, reste an contraire somnolent, inattentif a ce qni Tentonre, etil repond par 
des grognemcnh qnand mi vent le determiner a se lever, en le poussant du pied 
ou de toute anl.n: maiiiere. 

Mais dans I mi ou 1 autre de ces etats, il ne montre aucune propension a 
moniic. II e>l encore docile fi la voix dcson niailre el va vers lui qnand ils entend 
.ipi dcr. Toub iois ce iiYst pas avec !< memo empressemeiit que par le passe et 
surtonl avec la nieme expression de physionomie. Si sa queue est agitee, elle est 
lente dans ses moincinents. Son regard a quelque chose d etrange; destitnede 
son animal ion haliitne.le qn: 1 la voix du mailre u a n vcillcc ipi iin instant, il 
n ex prime pins iju ime sombre tvistesse, et, des que 1 animal ne se sent plus sous 
( excitation de ci I appel, il r.tounu: a s;v solitude. Ces premiers symplomes 
s accusent de ))lus en plus, [/agitation du malheureux animal va croissant; s il 
cst sur une liiiere, tantot il la disperse et 1 eparpille sous le grattement de ses 
patics, tanlot il la ra-s ml le en un tas sur lequel il semblese complaire a reposer 
sa poitriuc, puis lout a coup il se redresse et rejelte tout loin de lui. Dans un 
appariemeut, il retouuie et.bouleverse les coussins, les tapis ou les lits sur lesquels 
il se couche d ordinaire. Mais r.ullepart, il ne trouve ou se reposer et selivreaun 
va-et-vient conliuuel, lai>aut sans cesse releutir le parquet du I lappemeut de ses 
ongles, iiraitant le sol, flairant dans les coins, sous les portes, commes il etait sur 
une piste ou u la recherche de quelque ohjet perdu. 

Cette agitation continuelle du chien enrage cst un symptomed une tres-grande 
importance, que Youatt a signalc avec beaucoup de raison comme ties-caracte- 
ristique dans les prodromes de la rape. Delabere-Blaine, dans s>i Palhologie ca 
nine, donne comme signe prodromique d une gran cle signification, la tendance a 
ledier les olijets f Voids comme le fer, la pierre. Je predis une fois, dit Elaine, 
1 approclie de la maladie par 1 attachement extraordinaire d uu petit roquet a un 
petil chat qu il h chait eontinuellemenl, ainsi que le nez froid d nn aulre roquet 
qui vivait avec lui. 

11 est une autre particularite remarquable de la periode prodromique de la rage 
chez le chien, que Youatt a le premier signalee et bien deciite: c est 1 aberration 
de ses sens qui lui font voir, entendre et sentir des objets tout imaginaires ; ei. un 
mot, le chien enrage eprouvede veritables hallucinations. Peut-etre s etonnera- 
t-on de voir employer ici cette expression? Mais elle est, Ires-legitime. Est-ce que 



RACK. 97 

le cliien n est pas intelligent? Est-ce qu il n a pas ses reves qui se traduisent, pour 
ainsi dire, objectivement a nos sens, quand nous 1 observons pendant son somnieil, 
par 1 agitation de sa queue, ses jappements, son sifflement nasal ou ses gronde- 
ments sourds? II n y a done rien d extraordinaire a ce que, lorsqu il se trouvesous 
le coup de 1 excitation nerveuse dont 1 etat rabique est la cause, son cerveau per- 
goivedes sensations qui sont du meme ordre quecelles qui constituent les revcs. 
De fait, c est ce qui a lieu. Quand on observe attentivement un chien enrage sans 
le troubler et sans 1 exciter par aucune manifestation qui pourrait detourner son 
attention, on peut deviner, d apres ses gestes et ses attitudes, la nature des sensa 
tions qu il pergoit et qui le delerminent. Tantot, en effet, 1 animal se tient immo 
bile, attentif etcommeauxaguets; puis tout a coup, il se lance devant luiet mord 
dans 1 air, ainsi qu il le fait, dans 1 etat de saute, lorsqu il veut attraper une 
mouche au vol. D autrefois, il se precipite furieux et hurlant centre un mur, 
comme s il avait enlendu de 1 autre cote des bruits menagauts. 

II ne faut pas croire, cependant, que lorsqu il est ainsi determine a se servir de 
ses machoires contre des etres imaginaires, et qu il se livre a de tels mouvements 
agressifs, les instincts feroces soient deja developpes en lui. 11 n eii est rien ; a 
cette epoque de sa maladie, 1 animal est encore docile et soumis; il suliit pour le 
faire sortir de son etat de delire passager, que la voix de son in ait re se fasse en 
tendre et 1 appelle : Disperses par cette influence magique, dit Youatt, tous les 
objets de sa terreur s evanouissent, et il rampe vers son maitre avec 1 expression 
d altacbement qu il avait coutume de moutrer. 

Alors vient un moment de repos; les yeux se ferment lentement, la (etc se 
penche, les membres de devant semblent se derober sous le corps el 1 animal est 
pret a tomber. Mais, tout a coup, il se redresse ; de nouveaux fantomes viennent 
1 assieger ; il rcgarde autour de lui avec une expression sauvage, happe comme 
pour saisir un objet a la portee de ses dents, aboie et se lance a Texti-omite de sa 
chaine, a la rencontre d un ennemi tout imaginaire. 

Ge symptome, la somnolence de 1 etat rabique initial, a ete bien indique aussi 
par M. Duluc, veterinaire a Bordeaux : Quand on examine en silence un cbien 
enrage, on le voit qui s endort ; ses yeux se ferment, sa tete s affaisse, puis quand 
elle arrive trop bas et qu elle rencontre les pattes ou un obstacle, 1 animal se re 
veille subitement, pour se rendormir de suite apres, comme fait un liomme qui 
dort debout et dont la tete s abaisse et se releve automatiquement. J ai vu fre- 
quemment, dit M. Duluc, des petits chieus qui, etant couches sur les cbaises, 
presentaient ce symptome. Emportes par la somnolence, ils glissaient de dessus 
le siege, tombaient sur le plancher, la tete la premiere, et n etaieut reveilles que 
par la chute (De la rage des cliiens, etc., par Duluc. Bordeaux, 1875). 

II ressort deja, de ces premiers faits, que la rage du chien, a sa periods ini- 
tiale, loin de se caracteriser par la 1 ureur, comme on a de la tendance a 1 admettre 
generalement, se manifeste, au contraire, avec les appareuces d une extreme 
benignite, tout au moius dans un grand nombre de cas. 

II y a plus maintenaut, non-seulement le chien enrage est inoffensif au debut 
de son mal, en ce sens qu il s abstient de toute attaque, mais il arrive souvent 
encore que, chez lui, les sentiments affectueux grandissent et s exagerent, pour 
ainsi dire, proportionnellemental intensite du malaise qu il eprouve. Son instinct 
le pousse, a de certains moments, a se rapprocher de son maitre, eomme pour 
lui demander un soulagement a ses souifrances, et,si on le laisse faire, il temoigne 
volontiers sa reconnaissance pour les soins qu on lui donne par Tardeur de ses 
DICT n.\c. y s. II, 7 



98 RAGE. 

lechements sur les mains ou le visage. Ce sont la de perfides caresses car, tout 
aussi surement que les morsures, elles peuvent inoculer la rage, si la langue 
liumido d une have deja virulenle vient a toucher des parties ou la peau est excoriee 
ou blessee. Plus d un accident mortel a ete la consequence de ces caresses empoi- 
sonnees, d autant plus dangereuses, que ceux qui les subissent, n etant pas prc- 
venus, ne peiivent en comprendre la signification et \oir vine manifestation rabique 
dans une manifestation al fectueuse qui, d apres le sentiment conimun, est ab-o- 
lument 1 opposee de celles par lesquelles la rage se traduit. On a peine a croire, 
en ell et, qu un animal actuellement encore si doux, si docile, si humble, qui 
leche, avec une sorte d ardeur, les mains ou le visage et manifeste son attache- 
ment par des signes si expressifs, soil a ce moment sous le coup de la rage, et qu il 
n agisse ainsi que parce qu il eprouve les premieres sensations interieures que 
cettc maladie determine. De la \ient une confumee et, qui pis est, une incredulite 
dont sont viclimes trop souvent ceux qui possedent des chiens, surtout ces chiens 
intimes qui sont pour I liomme le plus sur des amis, tant qu ils out leur raison, 
mais qui, < ^aivs par le delire rabique, peuvent devenir et deviennent trop sou- 
vent 1 ennemi le plus traitre el le plus cruel. 

Ce sentiment alfectueux du chien enrage pour ses maitres est, dans le plus 
grand nombre des cas, tellement puissant et tenace qu il le domine, meme dans 
la piiriode furieuse de sa maladie, s impose a lui et demeure plus fort que 1 impul- 
SKIII rahique, c est-a-dire que cet instinct leroce et tout morbide qui le determine 
a mordre d une maniere que Ton peut appeler fatale ; mais cette fatalile peut etre 
snrmonlee, et Test souvent, par un effort de la volonte de l animal, ou, pour 
iiiicux dire, par la puissance de son atlachement. En cela, on peut dire que le 
chien participe de la nature de I homme qui, dans les memes conditions mor- 
bides, a la conscience du mal qu il pent faire et sail I epargner aux autres. 

Si le chien cnr.ige respecle leplus souvent ses maitres et leur epargne ses mor 
sures, meme a la periode la plus furieuse de sa maladie, de leur cote ceux-ci 
exercent presque toujours sur lui une puissante influence, assez efficace, dans un 
assez grand nombre de cas, pour que la rage de leur animal soit contenue, pour 
ainsi dire, et ne se maniie^te pas par des acces de iureur el des emks de mordre. 
(Test encore la une parlicularite bien remarquable, qui est souvent une condition 
de salut pour le gronpe de personnes que leur relation de voisinagi 1 ou d intimite 
exposent a etre les premieres alteintes par un chien malade de la rage. Tant que ses 
maitres agissent sur lui par leur presence ou par leurs paroles qui ont, senible/t- 
il, quelque chose de fascinateur, ses instincts feroces sont contenus et ne font 
pas explosion. L animal reste doux, meme abordable encore pour des personnes 
etrangeies; le sentiment de la soumission et celui de l attachement demeurent su* 
perieurs en lui a ceux que 1 instinct rabique fait naitre et developpe, cependant 
il ne faut pas trop s y fier, car il peut arriver que 1 instinct rabique 1 emporte. 

Cet etat, que Ton peut appeler moral, du chien enrage est alteste par mille et 
un fails. Bien souvent, dans la cour des hopitatix de 1 ecole d Alfort, j ai vu des 
chiens atteints de ra_e que Ton tenait simplement en laisse et non muscles, et 
qui, grace a la presence de leur maitre, restaient completement inoffensifs au 
milieu de la foule dont ils elaient entoures, et ne manifestaient leur fureur ra 
bique qu apres leur separation d avec la personne qui les avail amenes. Combien 
de fois n a-t-on pas vu des chiens malades de la rage, laisses libi es dans les mai- 
sons, continuant a vivre dans 1 intimite de leurs maitres, couchant dans leurs 
chambres et jusque sur leur lit, et s abslenant de commettre aucun mefait sur 



RAGE. 90 

eux, sur les personnes de leur famille, sur les enfants eux-memes, malgre leurs 
taquiueries, et sur les personnes de la domesticite ; et cela, notons-le bien, pen 
dant une periode de temps suffisante pour que la maladie arrive a son plus haul 
paroxysms. 

II faut ajouter mainteuant que, meme dans cette periode de paroxysme, lorsque 
la rage est, pour ainsi dire, dechainee etque 1 animal se livre a tous les emporte- 
ments de la fureur, eh bien, meme encore dans ce cas, la voix du maitre et, 
volontiers dirai-je, sa parole peut etre ecoutee. 11 suffit souvent qu elle se fasse 
entendre pour que 1 animal rentre quelques instants dans le calme, au milieu de 
ses acces, qu il essaye meme quelques mouvements de sa queue, et qu a travers 
son osil fauve et sombre passe comme un eclair de ce sentiment affectueux qui 
I animait autrefois. 

Cette parole amie et aime e, que le pauvre animal comprenait si bien avant 
qu il iut en proie a son terrible mal, elle peut encore exercer sur lui assez d em- 
pire pour le ramener meme lorsque, echappe a toute entrave, il erre en liberte 
dans les cours, dans les jardins, sur les routes, et que deja il s est livre a desactes 
de ferocite. Meme dans ces conditions, il n est pas rare que le chien reponde 
encore a 1 appel de son nom, lorsque c est son maitre qui le prononce et que, 
dompte et comme resigne, il aille a lui avec soumission et se laisse remettreau 
cou sachaine d attacbe. Heureuse circonstance, grace a laquelle bien des malbeurs 
peuvent etre evites, lorsque les proprietaires de chiens echappe"s en plein acces de 
rage, savent dominer leurs propres frayeurs et mettre a proflt cette sorte d immu- 
nite que leur assure 1 attachement encore vivace de leur pauvre bete. Dire qu en 
pareil cas ils ne coureut aucun danger personnel, ce serait aller au dela du vrai, 
car il y a des chiens que la fureur rabique egare au point qu ils meconnaissent 
jusqu a leurs maitres ; mais ce qui est certain, c est que ceux-ci, dans le plus 
grand nombre des circonstances, out pour eux le benelice d une sorte de grace 
d etat et qu eri definitive, dans le danger commun, ce sont eux qui sont le moms 
menaces. 

Ces caracteres prodromiques, que nous venons d assigner a la rage, sont ceux 
que Ton observe plus particulierement sur les chiens que Ton peut appeler fami- 
liers, en raison de 1 intimite de leurs rapports avec la famille, dont ils sont comme 
des membres inferieurs. C est chez ceux-la, en effet, que les sentiments affec 
tueux sont le plus developpes et qu ils demeurent le plus vivace, meme lorsqu une 
inoculation rabique eveille dans 1 animal des instincts de ferocite et le pousse a 
les manifester. 

Cependiint, meme chez ces chiens familiers, il y a des nuances dans les mani 
festations prodromiques de la rage, nuances qui dependent des caracteres indivi- 
duels et en sont 1 expression. Ainsi, lorsque les chiens sont d un naturel irritable, 
cette disposition s exagere au moment ou 1 animal ressent le trouble interieur 
que la rage determine et elle se traduit, comme Blaine B l a tres-bien vu et exprime, 
par une impatience de toute contrainte. Alors meme, ajoute-t-il, que 1 animal 
ne parait pas avoir de propension a attaquer les personnes qui sont aupres de lui, 
cependant il se montre dispose a ressentir les offenses, et si on lui presente un 
baton, on est sur d exciter sa colere, meme envers ceni qu il aime le plus, et ii 
le prend et le secoue avec violence. Ainsi fait-il encore quand on 1 excile avec ie 
pied. 

Cette epreuve du baton a, pour le traducteur de Elaine, une telle signification 
qu elle lui suffit pour affirmer la rage : On ne saurait trop fortement persuader, 



100 RAGE. 

dil-il dans une note, ceux qui y ont interet, que quand un cliien qui, dans 
d autres moments, est doux et tranquille, saute apres un baton qu on lui pre- 
sente, surtout si c est quelqu un qu il connait, on peut, sans hesitation, declarer 
que ce chien est enrage. Delaguette a, sans aucun doute, donne a ce signe une 
trop grande portee diagnostique ; mais il taut en tenir un grand compte, car il 
lieut avoir effectivement la signification qui lui a etc attribute. 

Chez les cliiens de la categorie de ceux qui sont naturellement irritables et liar- 
gneux, une autre disposition parliculierement traitresse, comnie il le dit, a ete 
signalee par Blaine. u Sans aucun avertissement, dit-il, ils se tournent tout d un 
coup sur les persounes qui les caressent et leur font une morsure ; ou bien ils 
viennent volontiers quand on les appelle, paraissant avoir toute la douceur possi 
ble et exprimant leur bonne humeur par 1 agitation de leur queue. Puis tout a 
cniip ils semblent subir une autre impression, et ilsdonnent sournoisemenient un 
coup de dent sans que, en apparence tout an moius, rien les ait irrites. 

Dans les cliiens de garde, de berger ou de bouvier, dans ceux qui ont ete dres 
ses pour le combat, dans les gros dogues et voire meme les chiens de montagne, 
les symptoms de fureur sont bien plus prompts a se manifester que dans les 
cliiens familiers, chez lesquels les sentiments affectueux pour 1 homme sont plus 
developpes ct continuent a exercer leur empire, meme dans 1 etat rabique, tandis 
i jue diez Irs autres, les instincts feroces etant moins centre-balances par 1 influence 
de 1 homme, sont plus promptement eveilles sous 1 incitation de la rage, else 
manifestent avec une plus grande intensite. 

C est la, bic n entendu, la reijle ^enerale qui, comme toujours, comporte des 
exceptions, car il y a des chiens des categories dont il vient d etre parle, qui, 
d humeur tres-pacifique, en deliors de leurs functions, et Ires-devoues a leur 
mailre, peuvent etre domines par ce devouement, comme les cliiens plus iulimes, 
ct s abslenir comme eux des actes rabiques, au moins dans la premiere periode 
dc leur maladie. 

1 aM-ons maintenant en revue les symptomes plus speciaux de la periode pro- 
dromique de la rage, en les rattachant successivement aux differentes lonctions, 
du trouble desquelles ils sont plus direclement 1 expression. 

2 Symptomes qui precedent de I appareil digestif. La premiere proposi 
tion qn il taut inscrire sous cette rubrijue, c est que le chien enrage n est pas 
hydrophobe. I/opinion si accreditee qui admet que la rage canine se caracterise 
loujours et necessairement par Ylwrreur de lean est complement fausse. Le 
chien enrage n est pas hydrophobe; 1 eau ne lui fait pas horretir; quand on lui 
offre a boire, il ne recule pas epouvanle. Loin de la, il s approche du va^se, il lape 
avidement le liquide, il le deglutit toujours dans les premieres pc nodes de sa 
maladie, et lorsque la constriction de sa gorge rend la deglutition difficile, il n en 
essaye pas moins de boire, et alors ses lapements sont d autant plus repJles et 
prolonges qu ils demeurent plus inefficaces. Souvent meme, on le voit alors, en 
desespoir de cause, plonger le museau tout entier dans le vase et mordre, pour 
ainsi dire, 1 eau qu il pompe inutilement et a laquelle il ne peut faire frandiir le 
detroit de son gosier convulsivement resserre. 

Les chiens enrages ont si peu horreur de 1 eau qu on en a vu traverser les rivie 
res a la nage, pour aller se jeter sur des troupeaux de moutons qu ils avaient 
apercus de 1 autre bord. 

D ou vient done, a 1 egard de la rage, ce prejuge de 1 hydrophobie, aujour- 
d hui si profondement enraeine dans les esprits ? G est que ce terrible symuLome 



RAGE. 101 

etant presque constant dans la rage de rhomme, on a aclmis, par un a priori et 
sans autre informe, en substituant 1 analogie a 1 observation directe, que le chien 
devait etre hydrophobe, dans 1 etat rabique, puisque rhomme 1 etait. Cependant, 
les protestations contre cette erreur, se sont fait entendre depuis longtemps. Dela- 
bere-Blaine est sur ce point des plus affirmatifs dans sa Pathologic canine : 
Depuis le premier jusqu au dernier moment, jamais on n observe d aversion pour 
1 eau. Dans les premiers moments, 1 animal prend les liquides comme a I ordinaire, 
et il y en a qui continuant a les prendre pendant toute la maladie. D autres ne 
peuvent, a cause de la tumefaction et de la paralysie des parties de 1 arriere-bou- 
che, avaler si facilement lorsque la maladie est avancee ; mais dans ceux-la 1 effort 
ne cause aucun spasme et aucune douleur on crainte. Au contraire, a cause dt; 
la chaleur et de la soif occasionnees par la fievre, 1 animal cherche de 1 eau et, 
dans la plupartdes cas, il temoigne en avoir le plus grand desir. A 1 appui de 
ses affirmations, Blaine invoque les temoignages de Meynell, de Jobn Hunter, du 
docteur Hamilton, de Youattet de Trolliet qui tons sont, sur ce point, en parfait 
accord, etil proteste assez energiquement contre le docteur Parry qui pour eta- 
blir, dit-il, une theorie visionnaire et de courte duree, et evidemment sans un scul 
fait pour la soutenir, a cherche a dctruire, de la maniere la plus deloyale, la 
foi que Ton doit donner aux te*moignages de ces savants ; et, par des raisonnc- 
ments les plus faibles et les plus futiles, s est ei force de prouver qne necessaire- 
ment le chien etait hydrophobe parce que rhomme le devient. 

Youatt, dans son traite publie vingt ans apres, n est pas moins affirmatif que 
Blaine : Loin que la rage du chien, dit-il, soitcaracteriseepar 1 horreurde 1 eau, 
elle est, au contraire, signalee par une soif qui souvent est tout a fait inextingui- 
ble. Mais Youatt avait sans doute oublie ce qu avaient aflirme ses prede cesseurs 
lorsqu il ajoute qu il y a vingt ans, une pareilte assertion aurait etc deniee 
peremptoirement. Parry s inscrivait contre elle, il estvrai, vingt ansauparavant, 
mais deja elle etait soutenue par des hommes d une autorite considerable, tels que 
John Hunter, Meynell, Hamilton, Blaine et Trolliet; ce n etait done pas la, 
en 1845, une idee nouvelle, comme Youatt semble le croire et le donne a penser. 
Mais si, pour les hommes competeiHs, le fait que les chiens enrages ne sont pas 
hydrophobes, est aujourd hui hors de toute contestation, il n en est pas encore 
ainsi, loin s en faut, pour 1 opinion commune. Les deux idees de rage et d hydro- 
phobie se trouvent toujours si etroitemeut associees dans les esprits quelenomdu 
symptome repute constant est le synonyme de la maladie. On ditd un chien enrage 
qu il est hydrophobe, et I hydrophobie c est la rage, comme la rage c est I hydro 
phobia. C est la une funeste erreur qu il faut s efforcer de deraciner, car elle a etc 
et restera fertile en desastres tant qu elle durera. Le chien enrage devant etre 
hydrophobe, on en conclut necessairement que la rage n existe pas chez un chien 
quund on le voit boire ; et, partant de ce raisonnement qu autorise une malheu- 
reusesynonymie, un trop grand nombre de personnes s endorment dans une secu- 
rite trompeuse, a cote de chiens enrages qui vivent avec elles et couchent mem. i 
sur leur lit. 

On ne saurait done trop le repeter : le chien enrage n est pas hydrophobe ; et 
c est par la plus grande des erreurs que le mot hydrophobie a ete propose et est 
journellement employe comme synonyme de la rage canine. 

Dans la periode prodromique de la rage, le chien ne refuse pas d ordinaire sa 
nourriture et quelques-uns meme font preuve, lorsqu on la leur presente, d une 
voracite qui ne leur est pas habituelle. Mais tous ne tardent pas a perdre complete- 



102 RA.GE. 

merit I appetit ; et alors tantot ils s eloignent de leur pitance, sans y toucher et 
comme deputes, et d autrcs iois ils en mangent quelque pen, puis ils la rejettent 
en renversant I ecuelle qui la contient. Gette manil estation de degout est, d apres 
Youatt, un signe dans lequel il faut avoir une grande confiance. 

l/appetit du chien enrage n est pas seulement dirninue ou nul. II fi nit touj ours 
par se depraver; et cette depravation va jusqu a lui fairelaper sa propre urine et 
manger ses excrements ou ceux de 1 homme ou du cheval. En meme temps, soit 
sous I influence de cette depravation, soit sous 1 incitation d un besoin fatal et 
imperieuxdemordre auquel 1 animal obeit, onle voitsaisir avec ses dents, dechirer, 
broyer et deglutir enfin une ibule de corps etrangers a 1 alimentation. Laliliere sur 
laipiellc il repose dans les chenils, la laine des coussins dans les appartements, la 
couvorture des lils, quaiid, chose si commune, il couchc avec ses maitres, les 
tapis, Ir lias des iide;ui\, les |iaut<nilles, le bois, le gazon, la tenv, les pierres, le 
verre et, comme nous venous de In dire, la fiente meme ; tout y passe. Les chiens 
niamleuus a I allachr s altaipienl ,ui\ planches de leurs niches et mettent a les 
diVlnier une Idle leiiaeiu i|iie souveut ils y hriseiit leurs dents. Ces signes sont 

l.ellemenl earaelerisl hpies lie I l tat rahiqile que lorsiju a 1 aillopsie d llll dlieil SUS- 

|ieet, on reiiriiiil re dans MID esliniiac. une foule de cnrps disparates de leur nature 
sin lenpieU s esl exerce e I m tmn de >es denls ou qu il a deglntis, quoiqu ils dus- 
si iii I ii i iii-pn er i In de- 1 IN I mi de l.i iv i H i^ i la i ire, le sen I fait de la presence de ces 
mi (is etian-eis siillii jiinir elalilir la I iv. forte presomption, sinon meme la cer- 

tllllile i|lie ce i lilell el;ill CDragS. 

(iii dull (lime se tenir liirieineiit en garde centre un chien qui, dans les appar- 
tcninils, di i hire ;i\e, nli>lination les tapis, les couvertures ou les coussins; qui 
ronge le bois de sa niche, mange la in rc dans les jardins, devore salitieie, du-alutit 
va tiente, |,-i|i|ie -un urine, etc.., et tniit cola, le | lus soiuent, sans manifestation 
aiieuiie de iih rhaiicele miilie les (ici snnncs. Celles-ci, lie se voyant pas attaquees, 
!.-ni |nes(|iie tmijnuis sans defiaiico, parce qu elles ne se rendent pas comptc 
de la Mumliealion des tails hi/arrcs dont elles sont temoins. Et, cependant, rien 
de plus important que ces tail-, ear ils sont un prelude. L animal assouvit sa fu- 
ivur ralu ijiie ii;ii>sante sur des corps inanimes, mais le moment est bieu proche 
ou I liomme lui-meme ne sera pas rpargne et oii le chien en delire pourra porter 
ses dents meme sur son maitre, si alfectionne qu il soit. 

Le vomissement est qnelquefois un symptome du debut de la rage, et quelque- 
fois ans-i les matieres rejete es sont sanguinolentes, ou meme formees par du sang 
pur, liquide ou coagule, qui peut provenir des blessures faites a la muqueuse de 
1 estomac par des corps durs a angles aceres que 1 animal a pu deglutir. II faut 
se mefier de ce symptome, et, tout except mimel qu il est, 1 associer a 1 idce do 
1 existence possible de la rage, de mam ere a se tenir en garde centre 1 animal qui 
peut le presenter. Youatt cite, dans son livre, un cas ou il en a meconnu la signi 
fication et ou son erreur aurait pu avoir une tres-grave consequence, car la per- 
sonne chargee d administrer a ce chien la potion prescrite pour remedier au vo 
missement, s ecorcba a la main sur les dents du patient, en voulant le forcer a 
boire. En 1863, j ai confesse, devant I Acadeihie de medecine, avoir ete mis en 
defaut, dans les memes circonstances, par un cbien qui m avait etQ presente a la 
clinique d Alfort et qui, an dire de son conducteur, vomissait du sail"- depnis la 
veille. L idee ne me vinl pas, je 1 avoue, en voyant ce malade, qu il fut affecte de 
la rage, et je prescrivis une potion alunee. Heureusement qu une fois cet animal 
soustrait a I influence de son maitre et encage, son etat morbide reel se denonca 



RAGE. 105 

par des signes non douteux ; la proscription ordonnee ne fnt pas excculec par 1 e- 
leve aux soins duquel ce chien etait commis, des qu il eut recounu a quelle raa- 
ladie il avail affaire, et ainsi 1 erreur de diagnostic que j avais comnn se, dans un 
examen trop rapide, n eut pas les consequences terribles qu elle aurait pu 
avoir. 

La bave ne constitue pas, par son abondance exageree, un signe caracteristique 
de la rage du chien, comme on 1 admet generalement d apres les prejuges popu 
lates. G est done une erreur d inierer de 1 absence de ce symptome que la rage 
n existe pas. A la periode initiate de cette maladie, alors que les animaux ne sont 
pas encore determines a mordre, la bouche n est ni plus ni moins humide que 
dans 1 etat. normal; mais la secretion salivaire devient plus active ]orsi|U ! elle est 
excitee par la presence des corps etrangers sur lequels se porte Faction des dents, 
et qui sont fragmentes par elles et deglutis. Toutefois, cette excitation salivaire 
n arrive jamais a determiner la formation de ces flocons de bave qui, d apres la 
croyance vulgaire, rendrait la bouche du chien plus ecumeuse que celle du che- 
val qui mache son mors. 

Existe-t-il des lysses sons la langue des chiens enrages? Un ingenieux et inlali- 
gable chercheur, Anssias-Turenne, a In sur ce sujet, a 1 Academie de niedecinc, 
dans sa seance du l cr septemlire 1868, un memoire plrin d interet intitule : 
Aperfu historique et philosophique sur les lysses ou ve sicules de la rage, ou se 
trouvent des renseignenients tres-curieux, a tous les points de vue, sur cette sorte 
d eruption qu Auzias-Turenne assimilait volontiers a cdles des affections erup- 
tives proprement elites. La valenr et la signification de ce fait devant etre discutees 
a propos de la rage de I homme, nous nous abstiendrons d entrer ici dans les dr- 
veloppements que son examen pourrait comporter. Auzias-Tnrcnne a demontre 
incontestablement par ses recherches que les vesicules rabiques out ele vues par 
un certain nombre d observateurs a 1 autopsie de chiens qui etaient morts de la 
rage. Mais cette eruption est-elle constaute? et, qnand elle se montre, a quelle 
periode apparait-elle apies 1 inoculation rabique? Est-ce avant la manifestation 
des symptomes? est-ce a leur periode initiate? est-ce a la fin? A ulant de ques 
tions qu il faut se contenter de poser, car leur solution n est pas actuejlement 
possible. 

Un fait tres-interessant a ete exhume par Auzias-Turenne : c est 1 inoculabilite 
du liquide des vesicules rabiques demontree une fois par des experiences de Bar- 
thelemy aine. Voici le passage de la these du docteur Vianna de Resende, presen 
tee a la Faculte de Paris en 1831, ou ce fait est inscrit : u J ai eu lieu d observer 
une seule fois, a la base de la langue d un chien mort a 1 ecole d Alfort, pendant 
1 annee 1825, les vesicules dont le docteur Marochetti a parle. Elles etaient au 
nombre de quatre, occupant le frein de la langue du cote gauche, et la plus 
grande pouvait avoir le volume d un haricot asscz gros; les autres etaient bien 
plus petites et toutes contenaient un liquide limpide, blanchatre et comme se- 
reux. Des experiences furent tentees par Burthelemy aine, alors professeur de 
clinique a cette ecole; plusienrs chevaux furent inocules : tons moururent de la 
rage (Rec. de med. vet., 1868 et 1869). 

5 Symptomes qui precedent de I expressian. vocale. L aboiement du chien 
enrage est tout a fait caracteristique; si caractenslique qne, lorsqu on en connait 
la signification, on peut, rien qu a 1 entendre, aifirmer a coup sur 1 existence d un 
chien enrage, la ou cet aboiement a retenti. 

II ne faut pas, pour arriver a cette surete de diagnostic, que 1 oreille ait ete 



104 RAGE. 

longtemps exercee. Cdui qni a entemlu une ou deux lois hurler le chien qui 
rage, en demeure si fortement impressionne, quand on lui a donne le sens de ce 
hurlement sinistre, que le souvenir en reste grave dans sa memoire, et, lors- 
qu une autre fois, le meme bruit vient frapper son oreille, il ne se meprend pas 
sur sa signification. Au rapport de Youatt, lorsqu un piqueur, qui connail la 
voix de chacun de ses cliiens dans sa ineute, vient a entendre un aboiement 
Strange, il separe immediatement le chien qui 1 a profere et il le maintient en 
quaraiitainc, car 1 experience lui a appris a etre attentif a cet avertissement; ct, 
de fait, quelques jours ne se passent pas sans que la maludie se manifesto par les 
symptomes les plus redoutables. 

II est difficile de bien faire comprendre par des paroles ce que c est que le 
hurlement rabique; c est l imitatioii scule qui peut en donner une idee. On peut 
dire cependant que 1 aboiement dn chien, sous le coup de la rage, est remarqua- 
blcment modifle* dans son timbre et d;ms son mode. Au lieu d eclater avec sa so- 
norite normale, et de consister dans une succession d emissions egales en duree 
et en intensite, il est rauque, voile, plus bas de ton, et, a un premier aboiement 
fait a pleine gueule, succede immediatement une serie de cinq, sixou huit hurle- 
nients i|in parlent du loud de la ^nr-f, ct pendant 1 cmission desqui-ls les ma- 
choires ne sc ra|>|iroehent qu incompletement, an lieu de se fermer a chaque coup 
coiiiine dans I aboiemenl ordinaire. Ulaiiie s exprime aiusi ace sujet : Lc chan- 
^ement ronsisle d abonl dans une inauiere d aboyer plus prompte et plus preci- 
|niee, aver ijiielques diiierences anssi dans les tons ordinaires. Par degres, mi 
hurlement se mele a I ulioiement ou le remplace eiilierement. L annotateur ile 
Blaine ajunic a cda que le hurlement de la rage peut etre assez bien compare 
an\ (mis iirovenaiii. dr S ebims ipii ilmnx til de. la voix en suivant un lievre. II pa- 
rail eoinpoM de quclque chose eiitre raboienient et le hurlement, forme de tons 
plus IOMLJS que I liu el plus courts qiie I autre. 

I nui ^uiiiilt, il n y a lien ipii resseinble a 1 aboiement de la rage. Lorsque 
I animal fail entendre, dit-il, ce son singulier, le plus souvent il est debout, quel- 
quefuis assis, le museau toujours porte en 1 air. II commence par un aboiement 
ordinaire ijui se termine tout a coup et d une maniere tout a fait sin" U biere, en 
un hurlement a cinq, six ou huit tons plus eleves que le commencement. 

Eirfin voici eomnii nt Ilertwig essaye de donner une idee de cet important 
symplome : La voix bjisse un peu de ton, devient en meme temps un peu rude 
I rnliii, apies ,j uc les chiensont beaucoup aboye, elle est tout a fait rauque. La 
mauiere d aboyer est tout a fait caracteiistique ; les cbiens enrages ne font pas, 
eoniine les cbiens bien portants, entendre chaque aboiement d une maniere isolee. 
c est-a-dire separee de 1 aboiement precedent, mais ils commencent par un aboie 
ment, trainant la voix en burlant et en haussant un peu le ton, de maniere que 
le tout tient le milieu eiitre 1 aboiement et le hurlement. 

De toutes ces descriptions, necessairement incompletes et insuffisautes un fail 
important ressort : c est que toujours la voix du cbien enrage change de timbre 
et que toujours son aboiement s execute sur un mode completement different du 
mode physiologique. Mais ce qu on ne peut rendre, c est ce qu il y a de luubre 
et de siuistre dans les hurlements prolonges de la rage. Gelui qui les entend ct 
qui sait ce qu ils veulent dire, en recoit une impression comme de terreur et il 
est probable que les presages de malheurs qui, d apres les traditions populates, 
se rattachent aux hurlements deschiens centre la lune, n ont pas d autres fonde- 
ments que les souvenirs laisses dans les esprits des desaslres causes par des chiens 



FUGE. 105 

enrages qui avaient fait entendre, la nuit, leurs hurlements sinistres quelque 
temps avant de se livrer a leurs fureurs. 

Ces changements dans le timbre et dans le mode de 1 aboiement out, nous le 
repetons, une telle signification au point de vuede la rage que, seuls, ils suffi^cnt 
pour faire diagnostiquer cette maladie a distance. Combien de fois, en effet, 
n est-il pas arrive a des personnes competentes de reconnaitre et de signaler la 
rage dans 1 interieur des maisons, rien qu aux hurlements si caractei isliques 
pousses par des chiens et de prevenirainsi, par une sequestration faite a temps, les 
malheurs que ces animaux n auraient pas manque de causer si leurs maitres, in- 
conscients de leur etat maladif, les avaient laisses libres cornme d ordinaire. On 
ne saurait done trop se teniren defiance quand la voixconnued un cbien I amilier 
vient a se modifier tout a coup, et a s exprimer par des sons qui n ayant plus 
rien d accoutume, doivent frapper par leur etrangete meme. 

4 Symptomes qui precedent de I impressionnabilite et de la sensibilite. 
L un des symptomes les plus curieux et Its plus caracteristiques de la rage, est 
1 impression qu exerce -sur un chien qui en est affecte la vue d un animal dc sou 
espece. Cette impression est tellement puissante, elle est si eflicace a doaner lieu 
immediatement a la manifestation d un acces qu il est vrai de dire que le chirn 
est comme un re aclif, a 1 aide duquel on peut deceler la rage encore latenle dans 
1 animal qui la.couve. Tous les jours, dans la pratique, on se sert de ce moyen 
pour dissiper les doutes dans les cas ou le diagnostic peut etre incertain et il est 
bien rare qu il laisse les observateurs en defaut. Des que le cbien qu il s agit d e- 
prouver se trouve en presence d un sujet de son espece, si ce cbien est reellement 
enrage, il prend une attitude agressive vis-a-vis de son semblable et, s il peut 1 at- 
teindre, il le mord avec fureur. 

Et chose remarquable, cette excitabilite toute speciale de 1 etat rabique n ap- 
partient pas au chien exclusivement. Tous les animaux enrages, 1 homme peut- 
etre excepte, subissent la meme impression a la vue d un sujet de 1 espece canine. 
Tous en le voyant s excitent, s exasperent, entrent en fureur, s elancent contre 
lui et 1 attaquent avec leurs armes naturelles : le cheval avec ses pieds etsesdents, 
le taureau avec ses cornes, de meme le belier. II n y a pas jusqu au mouton qui 
ne depouille, sous 1 empire de la rage,sa pusillanimite naturelle. Loin deressentir 
de 1 effroi a la vue du chien, il lui en inspire, au contraire, et, fondant sur lui, 
tele baisee, il 1 obbge a fuir devarit ses attaques. C est la, comme on le voit, une 
interversion de role bien extraordinaire, et il ne faut rien moins que la rage 
pour animer le moutou d une pareille ardeur belliqueuse contre son puissant 
maitre, le cbien. 

Voici parmi un grand nombre, deux fails qu on peut citer comme des preuves 
bien demonstratives de 1 excitation si energique que la presence du chien exerce 
sur les animaux enrages. Un cliien fut conduit, il y a quelques annees a la 
consultation d Alt ort, dans un cabriolet de place a deux roues. G etait 
un fort joli chien de chasse qui fut place, non musele, dans le fond de la voi- 
ture, c est-a-dire sous les jambes de son niailre et du cocher. Pendant tout Je 
trajet et, malgre 1 excitation que pouvait lui causer la presence d une personne 
qui lui etaitetrangere, ce chien resta inoffensif. La voiture entra dans 1 ecole, jus- 
qu a la cour des hopitaux, et, la, le proprietaire prit son chien dans ses bras et le 
porta dans mon cabinet ou je me rendis. 11 me donna pour renseignement quo, 
depuis deux jours, cet animal etait triste et refusait de manger. N etant pas alors 
en garde, comme je le suis devenu depuis,, conlre la rage et ses modes insidieux 



106 RAGE. 

do manifestation, je plagai ce chien surmes genoux pour I examiner de plus 
J etais en train de soulever ses levres pour me rendre compte de la coloration de 
sa bouche, lorsqu un caniche qui m appartenait entra dans le cabinet. Des qu il 
I . ipiTcut, le chien quej examinais m echappa des mains sans essayer de me mor- 
dre et se rna sur le caniche qui parvint a Teviter. Ce mouvement inatlendu et 
tout a lait inhabituelau caractere de cet animal, d apres ce que me dit son m;iitre, 
fut pour moi im trait de lumiere. Je soupconnai la rage ; le chien iut immediate 
mcnt sequestre et, trois jours apres, il succombait a celte maladie. 

Dans 1 autre circonstance que je vais rapporter, c est d un cheval qu il s agit: 
on 1 avait conduit a la consultation de 1 ecole parce que, depuis un ou deux jours, 
il avail de la peiue a deglutir les liquides. Cet animal paraissait et etait, de fait, 
un animal exlremement doux. Je lui avaisouvert la boucheetsaisi la langue pour 
en faire I examen, lorsque le cliien caniche, dont j ai parle tout a 1 heure, vint a 
ruder autour de moi. Des qne le cheval 1 apercut, il se depagea de mes mains par 
un mouvement brusque et se jeta de cote, les machoires ecartees, a la poursuite 
du chien qui s empressa de fuir et ne put etre atteint. Chose remarquable, ce 
cheval contiuuait a se montrer extremement doux pour rhomme, obeissant a la 
voix dc son conducteur, il le suivait docilement, sans qn il Cut necessaire de le 
tcnir pur la longe, et apres son mouvement agressif contre le canicbe, il restatout 
;"i fail inol l i iisif pour lal ouledes eleves qui Cormaieut cercle autour de lu . D ha- 
bitude il 1 etait ogalement pour le chien ; mais, an recit de son conducteur, il 
s etait jete, comme il venait de le Caire, sur tous ceux qu il avail rencontres dans 
le trajet de Vitry a AlCort. Cet homme n avait altachea ceCail aucune importance, 
anssi n en avait-il ricn dit, en me presentanl son cheval, et il ne le relalail que 
parce qu il venail de )e voir se reproduire. II n en Callul pas davantage pour m e- 
clairer. L animal fill fixe solidement dansle pare, enlre deux gros arbres, par un 
double licol de force, et Ton reputa plusieurs fois 1 experience d exciter les acces 
par la vue d un diien qu on presentait devant lui. Sons 1 influeace de ces excita 
tions, la rage ne larda pas a atleindre son plus haul paroxysme ; en quelques 
heures elle parcourut sespeiiodes. L animal tomba dans 1 epuisemcnt el mourul 
peu de temps apres son entree a 1 ecole. 

M. Sauson, dans son livre intitule le meilleitr pre servatif de la rage rapporte 
avoir fait la meme experience sur un taureau qui etait a la periode initiale de la 
maladie. La vue du chien dela ferme, qu on fit passer sons ses yeux, provoquaun 
acces terrible et, sous I lnfluence des excitations repetees auxquelles eel animal 
etait soumis, la maladie precipita son cours. 

De son cote, "M. Fleming rapporte 1 bistoire d un chien de Terre-Neuve errant, 
qui brise de fatigue et couverl de boue, etail venu se refugier dans la cuisine de 
la maison d un fncteur, et aveclequel des enfants jouerent, pendanl une heureon 
deux, sans qu il essayal de les mordre. Comme on pensait que ce chien appartenait 
ii un garde-chasse dont le chenil etait a un mille de la, un jeune gurcon fut charge 
de 1 y condnire a 1 aide d une corde passee autour de son cou. Le chien qui avail 
fait la route tres-paisiblement, arriva a la porte du chenil, juste au moment ou le 
garde rentrait, suivi de deuxpoinlers (chiensd arrets). La vue de ces animauxre- 
veilla le terre-neuve que le jeune garcon conduisait, el echappanl a son conduc 
teur, il s attaqua avec ferocile a 1 un des pointers et le roula. Pin s sansessaver de 
mordi e le garde qui 1 avait frappe d uu coup de pied, il prit la fuite et on nele 
revilplus. Trois mois apres, le chien qu il avail roule elmordu contracta la rage, 
et le mois suivant, d autres thiens du chenil furent attaques de cette maladie. 



RAGE. 107 

Ainsi, cela est incontestable, la presence d un animal dc I especc cinine met on 
jeu la susceptibilite nervouse des animaux enrages, lesfait sortir du calme dans 
leqnel ils sont encore et les determine a des manifestations agressives, d une intcn- 
site cioissante, proportionnellement a 1 intensite et an nombre des excitations 
produites. C est la un fait d une telle Constance qu on peut le considerer com me 
1 expression d une loi falale dont le secret nous echappe. 

Si le chien, qui est I instrument principal dela propagation de la rage dans les 
pays d Europe, produit sur les animaux des differentes especes, quand ils sont en 
rages, cette impression et ces excitations singulieres dont nous venons de donner 
des exemples, est-ce que dans le cas ou la maladie a ete transmise par un herbi 
vore, ce ne serait plus le chien qui serait alors I excitateur, mais bien un su jet de 
I espece d ou la rage provient? II pent sembler etrange qu une tellc question soit 
posee, mais voici le fait, tout a fait extraordinaire, qui nous determine a la for- 
muler: a Un chevalanquel Renault avail inocule la rage d un mouton, contricta 
cette maladie qui revetit chez lui des caracleres d une telle in tensile que 1 animal, 
tournant sa fureur contre lui-meme, se dechira, a coup de dents, la peau des 
avant-bras. Sur cet animal, si exalte dans sa rage, la vue d uu chien ne produisit 
aucune excitation. Celni qu on lui jctu dans sa mangeoire fut dpargne, il le re- 
poussa du bout de sa tete sans lui faire aucun mal. Mais qnand on lui |uvM iila un 
monton, il entra A 1 instant dans un acces de fureur terrible; il bondit sur lui, 
pour ainsi dire, et lapauvre bete, saisie entre ses puissantes machoires, fut al in- 
stant meme broyee sous ses dents. 

Qnelle est la signification dece fait, encore unique, que nous sachions? fividem 
ment on ne saurait le dire. Mais si d aiitres semblables se produisaient en assez 
grand nombre, ils conduiraient a formuler cette loi : que les animaux inocules de 
la rage, par une morsure on de tonte autre maniere, sont determines a manifcstn- 
leur fureur a la vue d un animal appartenanta la meme espece que celuisur lequel 
a ete puise le virus dont 1 inoculation les a rendus malades. 

Ce qui ressort de cet expose, c est que, a pail 1 exception qui vient d etre si- 
gnalee, ce sont tou jours les sujets de I espece canine qui mettent en jeu 1 excitabi- 
lite des animaux atteints de la rage. On doit comprendre toute 1 importance qni 
se rattache a la connaissance de ce fait, et combien Tenseignement qui en rc^scil 
pourrait etre utile si les proprietaires des chiens, eclaires sur sa signification, sa- 
vaient en profiler. Tous les jours on acquiert la preuve, en interrogeant lesper- 
sonnes auxquelles appartiennent les cm ens enrages, que ces animaux, avant de 
diriger leur agressions contre 1 homme, se sont montres tres-excitables a la vue 
dun animal de leur espece. Mais malheureusement, dans la plupart des cas, celte 
particularite si significative n eveille pas 1 attention de celui qui 1 observe, et ne 
fait naitre dans son esprit ancun soupgon, et cela, parce que, vis-a-vis des maitres 
et des familiers de la maison, rien ne parait encore change dans le caraclere de ce 
chien que la vue de son semblable irrite et rend exceptionnellement hargneux et 
niechant. 

II y a done lieu de se mefier des chiens qui, contrairement a leurs habitudes 
et aux inspirations de leur natnrel, semontrent tout a coup agressifs pour les ani 
maux de leur espece. De pareilles manifestations sont tres-significatives, et si Ton 
sail les comprendre on peut mettre a 1 abri les siens, les autres et soi-meme, des 
ilesastres que peut causer la maladie dont ces signes sont les precurseurs infail- 
libles. 

Voici maintehaflt une particularity tres-remarquable de 1 etat rabique du chien, 



108 RAGE. 

c est son analr/esie, ou antrement dit 1 affaiblissement de sa sensibilite. La sensi 
bilite du chien enrage parait etre conipletementemoussee, et il semble avoir perdu 
la faculte d exprimer, dans le langage qui lui est propre, les sensations qu il 
eprouve. Le chien enrage est muet sous la douleur. Quelles que soient les souf- 
frances qu on lui inflige, il ne fait entendre ni le silflement nasal, premiere ex 
pression de la [ilainte du chien, ni le cri aigu par lequel il traduit les douleurs les 
pins vives. Frappe, pique, blesse, brule mime, le chien enrage reste muet, mais 
il n est cependant pas denue de sensibilite d une maniere complete. Le sentiment 
de sa conservation existe encore chez lui. Quand on a allume sous lui la liliere 
de sa niche, il s echappe du foyer et se tapit dans un, coin pour echapper aux 
atteintes de la flammes. Lorsqu on lui presents une barre de fer rougie au feu et 
qu emporte par la rage, il sejette snr elle furieux etla mord, il recule immedia- 
tement apres 1 avoir saisie. Le ler rouge applique sur ses pattes le fait fuir de 
meme. 11 est evident que, dans ces diverses circonstances, 1 animal souffre, 1 ex- 
pression de sa figure le dit; mais malgre tout, il ne fait entendre ni plaintes ni 
gemissements. 

Tontefois, si la sensibilite" n est pas eteinte dans le chien enrage, comme en 
temoignent les resullats des experiences qni viennent d etre rapportees, elle est 
moindre evidemment q\ie dans I etat plvysiologique. Quand on a jete sous lui de 
1 etoupe enllammee, ce n est pas immediatementqu il sedeplace. II y met du temps, 
c est le cas de le dire, et quand il se decide entin a s echapper, deja le feu lui a 
fait de prolondes atteintes. Certains sujets, mais ceux-la iont exception, ne 
l;u In nl, |i;is la barre de fer rouge qu ilsont saisie entre leurs dents. 

On est autorise a conclure de ces fails que les cliiens atteints de rage ne percoi- 
vent pas les sensations douloureuses aussi vite et au meme degre que dans I etat 
physiologique, et c est ce qui explique comment ils peuvent assouvir leur fureur 
jusquesur eux-memes. Bien des fails, dans 1 histoire de la rage des animaux, 
temoignenl de leur insensibilite contre leurs propres atteintes. Youatt dit avoir vu 
a I oeuvre un chien qui se rongeait et s arrachait completement les chairs des mem- 
bres et des pieds. Voici maintenant un fait du meme ordre que j ai ete appele a 
observer et que jecrois devoir reproduire ici, parce qu il donne une idee complete 
de la benignite que peut revetir la rage, chez un chien familier: Je fus appele, 
il y a plus de trente ans pour examiner, chez M. le comte Demidoff, a Paris, uu 
chien epagneul qui portait a la base de la croupe et a 1 origine de la queue une 
petite plaie vive et saignante, qui n avait apparu que depuis quelqnes henres. L a- 
nimal paraissait tres-gai, obeissaita la voix qui 1 appelait, venait a vous docilemeut 
en agitant la queue. Rien ne faisait soupconner le debut de la rage, aussi fus-je 
misendefaut d autant plusfacilement que, debutant alors, je ne connaissais cette 
maladie que dans sa periode d exacerbation et de fureur. Jamais a cette epoque 
en France, on ne Favait depeinte autrement. Je pris la plaie pour une de ces dartres 
vives qui sont si communes chez le chien, et ordonnai un traitementapproprie en re- 
commandant toutefois, pour motif de proprete, de ne pas laisser coucher le chien 
dans 1 appartement et sur le lit de son maitre, comme il en avail 1 habitude. Onle 
fit coucher sur le palier de 1 escalier. Le lendemain matin, un domestique trouva, 
sur la premieres marche, la queue de I epagneul favori, completement separeedu 
tronc, et c est lui-memequi s etait inflige cette mutilation. Etonne etdegouted un 
pareil accident, M. Demidoff, sans se rendrecompte de ce qui avail pu determiner 
son chien a commettre ce mefait sur lui-meme, lui fit mettre un collier et ordonna 
a un domestique de le conduire en laisse a Alfort. Le chien fit sur se s jambes le long 



RAGE. 109 

tra.jet de la rue Saint-Dominique a 1 ecole, sans presenter aucun signe extraordi 
naire et sans que le domestique qui le tenait a 1 extremite de sa chaine se doutat 
qu il etait suivi de si pres par un chien enrage. 

Arrive dans la cour deshopitaux, cet animal avec sa queue tronquee etsaignanle, 
sa gueule bleuatre et son ceil egare, avail une physionomie trop caracterislique 
pour que je ne fusse pas mis sur la vole de sa maladie. II fut conduit prud eminent 
au chenil, et, sous 1 influence de 1 excitation des aboiements des aulres chien, un 
acces de rage furieuse ne tarda pas a se declarer. Deux jours apres il etait 
niort. 

On voit reams dans cette observation les traits principaux que nous avons dit etre 
ceux de la rage canine a sa periode initiale : un chien familier, tellement dominc 
par le sentiment affectueux et les influences de la maison que, bien que di ja 1 en- 
vie de mordre soil developpee chez lui, il respects son maitre et les gens de la 
domesticite, et ne porte ses atteintes qtie sur lui-meme, sans paraitre les senlir ; 
qui soumis pendant tout le trajet de Paris a Alfort a l homme qui le conduit et 
qu il connait, ne se laisse emporter par aucun acces; qui, enlin, ne fait eclater 
sa rage, avec toutes sesfureurs, qu apres sa separation d avec son conducteur et 
alors qu il est, pour ainsi dire, livre a lui-meme et a son delire. 

La conclusion a. tirer de 1 etat analgesique du chien enrage, c est qu il y a lieu 
dese mefier des animauxde cette especequi ne se montrent plus sensibles aladou- 
leurdans la mesure qu on sail leur etre particuliere, et qui supportent les coups 
sans faire entendre aucune plainte et aucun cri. Lorsque, par exemple, un chien 
est poursuivi dans une localite parce qu il est inconnu et sans maitre, s il reste 
muet, malgre les menaces et les coups dont on I accable, il faut le tenir pour 
suspect. 

II faut tenir pour suspect egalement le chien qui se mord lui-meme avec per- 
sistance, sur un point de son corps, et ne s arrete pas devant les douleurs qu il 
devrait ressentir. On pent croire qu il n agit ainsi que parce qu il y est determine 
par une deces demangeaisons auxquelles le chien est si sujet. Sans doute que ce 
pent etre la 1 unique cause de son action ; mais d un autre cote, ilest possible que 
1 animal ne soil pousse a porter ses dents sur lui-meme que par 1 instinct de 
mordre, deja developpe en lui, on, peut-etre par la sensation que lui faiteprouver 
la cicatrice de la morsure rabique qu il a subie ; et il suflit que ce symptome 
puisse avoir cette signification pour qu on se tienne en garde centre 1 animal qui 
lepresente. 

A la peiiode initiale de la rage, le lieu de la morsure devient-il le siege d un 
mouvement vasculaire anormal et de sensations co incidantes de prurit on memo 
de douleur? Delabere -Elaine, n hesite pas a resoudre cette question par 1 allirma- 
tive. Un des premiers symptomes assez frequents, dit-il, est celui de lecher con- 
tinuellement ou de gratter avec violence quelque partiedu corps. En examinant 
depres cette partie, on devouvrira souvent une cicatrice, ou le reste de quelque 
blessure par ou le poison aura ete recu. Si Ton peut, en effet, savoir la verite, on 
verra toujours que 1 inoculation a ete recue par cette partie ainsi egratignee ou 
lechee, et j ai lieu de croire que cette sympathie morbide dans la partie mordue 
existe plus ou moins dans tousles cas. Dans une note, ce passage est complete 
de la maniere suivante: J ai vu un chien, que Ton savait avoir ete mordu a la 
patte, commencer quelques semaines apres a lecher cette partie d abord legerement, 
puis avec violence, geinissant continuellement dessus, comme s il connaissait la 
cause de sa douleur, jusqu a ce qu eufm il se mit a la ronger. J ai vu arrive! 1 la 



110 RAGE. 

meme chose a d uutres parties, telles qu aux levres et aux oreilles, que les mal- 
heureux chiens frotlaieut ou grattaient depuis le commencement de la maladie, 
loixjue les morsures dela rage y avaient etc recues. 

Youatt, s inspirant de ce que les observateurs signalent dans 1 espece humaine, 
admet aussi qae les cicatrices peuvent devenir douloureuses, chez le chien, a la 
periode initiale de la rage. Lorsque, dit-il, les morsures ont ele faites aux 
oreilles, --la region du corps qui y est le plus exposee, --la douleur peut ctre 
alors d une extreme intensite. On voit les chiens frolter Voreille blessee contre 
tous les corps saillants ; ils s obstinent a la dechirer, et, sous I aiguillon de la souf- 
france, ils se rouleat sur eux-memes. 

Aussi Youatt s applique-t-il a mettre les jeunes praticiens en garde contre les 
ciTcmsque peut entramer la ressemblance qui existe entre cessymptomes etceux 
par lesquels se caracledse cette muladie si commune chez le chien, que Ton 
;i|t|ielle le chancre de 1 oreille. Le mouvement de roulis que le chien execute 
sur lui-meme, a la mam ere d un ballon, dit Youatt, est un signe tres-diffe- 
rcntiel, car c est seulement dans 1 etat mbique qu on 1 observerait, el jamais 
lorsquc la sensation qui determine 1 animal a se 1 rotter procede d un cliancrc 
auriculaire. Dans cetle derniere maladie, la membrane interne de la conque est 
tres-rouge, vivement enflammee et ulceree ; tandis que, dans I .etat rabique, c est 
a peine s il existe une legere rougeur, et meme cette nuance peut manquer. 
Quand un chien se frolte incessamment et avec une grande violence, dans cet 
elut apparent de la muqueuse auriculaire, il n y a que trop de probabilites, dit 
You;ilt, que la rage est bien proche. 

D apres llerlwig, les sensations dont la cicatrice est le siege determineraient 
les chiens a y porter les dents et a s y mordre avec violence. Virchow partage 
cette opinion. La cicatrice, suivant lui, est irritee, et les sensations dont elle est 
le siege se reconnaissent a la manie que montre ranimal de lecher ou de gratter 
d une maniere persislante, et, avec ou sans grognements, la partie sensible. 

M. le professeur Lafosse s exprime de la maniere suivante a 1 egard du cas par- 
ticulier que nous examinons. Un prurit parfois irresistible survient a 1 endroit 
de la cicatrice an moment de 1 invasion : les animaux se grattent, se lechent a 
ou trance en ce point; bien ot un boursouflement se produit, la cicatrice se rompt, 
la plaie est violacee, saignante, et ne fait que s agrandir jusqu au moment de la 
mort. 

Ges phenomenes sont d autant plus surprenants, que nous les avons vus se 
produire, sur des animaux, soixante-dix jours apres la morsure \irulente. II est 
moins etonnant et plus commun de les voir apparaitre, lorsque la ra^e se de 
clare, qumze jours, un mois, apres 1 inoculation et la morsure. 

Ilatons-nous de declarer qu ils manquent plus souvent qu ils n apparaissent. 
Nous les avons constates seulement chez le tiers des animaux chez lesquels la rage 
avail ete communiquee par morsure. Toutefois ce fait, lorsqu il se manifeste, doit 
etre pris en serieuse consideration pour asseoir le diagnostic. 

Voila, a coup sur, un concert d avis qui emanent d hommes trop autorises, 
pour que le fait qu ils affirment ne soit pas reel. On va voir, du reste, dans la suite 
de ce travail, que 1 hyperesthesie des cicatrices a ete constatee dans les autres 
especes animales, comme signe de la periode initiale de la rage. 

Parmi les symptomes qui precedent de la sensibilite, il fant signaler maintenant 
1 orgasme genilalqui,chez le chien, est une manifestation tres-frequente de la rage a 
sa periode initiale, et meme ulterieurement. On sail que, meme dansl etat physiolo- 



RAGE. HI 

gique, au moment ou le chien temoignc a ses maitres ses sentiments affectneux, cct 
orgasme intervient assez communement et se traduit parl erelhisme du penis et par 
des attitudes etdes mouvements dont la signification n est pas donteuse. Rien d e- 
tonnant done, que, dans 1 etat rabique, 1 exageration de ces sentimenls donnent 
lieu a des manifestations de memo oidre, elles-memes exagerees. C est ce que 
Ton observe effectivement sur un certain nombre de cliiens familiers. 

Quand ils se trouvent en rapport avec d autres chiens, tout a fait au debut de 
la maladie, et avant qu ils n aient encore de la propension a mordre, ils expri- 
ment 1 etat de surexcitation sexuelle ou ils se trouvent par 1 ardeur avec laquelle 
ils leur lechent 1 anus etles parties genitales. c. Je predis une fois 1 approche de la 
rage, dit Blaine, par 1 attacliement extraordinaire d un petit roquet a un petit 
chat qu il lechait continuellement. Vircliow signale aussi cette surexcitation de 
1 instinct sexuel qui porte 1 animal malade a flairer et a lecher 1 anus etles parties 
genitales des autres chiens, avec une ardeur particuliere et une grande persis- 
tance. 

II y a done lieu de se mefier d un chien chez leqnel ces phenomenes de surexci 
tation sexuelle se manifestent d une maniere exceptionnelle; conime tant d antivs, 
que nous avons enumeres d< ja, ils ne sont qu un prelude, et il y a tout ;1 ivdouliT 
de ces ardeurs inusitees, qui bientot vont se transformer en fureurs rabiques. 

Tels sont, dans leur expression la plus ordinaire, les symptomes de la periode 
initiate de la rage. 

Voyons maintenant ceux qui caracterisent la rage confirmee. 

B. RAGE CONFIRMEE. La rage confirmee ne se caracterise pas necessairement 
sur tous les chiens par des envies de mordre ct des acces de fureur. II est des ens 
ou ces symptomes ne se manifestent pas. Youatt en cite un exemple des plus 
remarquables. Un beau chien de Terre-Neuve, ayant ete mordu par 1111 roquet, 
cessa de jouer, devint sombre et refusa toute nourriture. 11 epiait des elres imagi- 
naires, mais ne happait pas apres eux. II ne poussait pas de hurlements et ne 
montrait aucune disposition a mordre. II recherchait les caresses et ne se montrait 
content que lorsque on lui avait pris la patte qu il presentait. Lorsque Youatt le 
vit le deuxieme jour de sa maladie, il guettait avec une anxiete particuliere tous 
les obiets qui passaient devant ses yeux, et suivait avec une grande attention les 
mouvements d un cheval dont il etait le compagnon, mais il ne fit aucun effort 
pour s echapper, et ne manil esta aucune tendance a iaire du mal. 11 ivpoudit, aux 
caresses qui lui furent faites, par 1 expression de ses yeux et par ses attitudes, et 
il temoigna, par une sorte de plainte atlristee, de la sat^faction qu il eprouvait. 
Le troisieme jour, il etait mourant et ne put ramper jnsqu a la porte de son 
chenil, mais il passa sa patte a travers les barreaux, et Youatt dit qu en la pres- 
sant il percut la contraction tetanique qui se manifeste au moment ou la vie va 
s eteindre. 

Delabere-Blaine dit aussi qu il y a des cas ou la docilite et la bonte de caractere 
du chien sont augmentes par la maladie... Tout le monde serait all ecte, dit-il, 
eil voyant le regard pitoyableque j ai souvent observe chez de malheureux chiens. 
Ils temoignaient 1 attachement le plus sensible envers ceux qui etaient a 1 entour 
d eux, meme dans leurs plus grandes souffrances, lechant, avec plus d amitie qn a 
1 ordinaire, avec leur langue dessechee, les mains et les pieds de ceux qui les 
caressaient. Cette disposition a continue, duns plusieurs cas, jusqu au dernier 
soupir sans la moindre tendance a vouloir mordre ou a faire le moindre mal. 
Je 1 ai surtout observee dans les chiens d appartement. 



112 

Ce type d<e rage, chez l> chien, contraste singulierement avec 1 idee que 1 on 
se fait de cette maladie dins 1 espece canine, car on ne la congoit d oidinaire 
qu avec des manifestations de fureur qui rendent 1 animal qui en est affecte plus 
redoutable que le serpent le plus venimeux. Mais ce cas de Y^uatt constitue une 
exception. Toutefois, il est vrai de dire que si les chiens sont si souvent vus en 
etat de fureur, soil dans les niches ou on les enferme, soil dans les rues ou sur les 
routes qu ils parcourent quand ils se sont echappes de leurs demeures, cela de 
pend des causes nombreuses d irritatiou auxquelles ils sont exposes. 

Ouand on observe un chien enrage, dans une cage isolee, loin des bruits et 
surtout des aboiements qui peuvent mettre en jeu sa susceptibilite nerveuse, loin 
des excitations produites par la presence des hommes et des animaux, on ne con 
state pas qu il se livre a des acces de furem-. Tan tot il est agite, va et vient dans sa 
niche, bouleverse son lit, poursuit des fantomes, hurle centre eux; lantot, au 
coritraire, il est calme, immobile, somnolent, avec des intermittences d agitation 
sur place, qui semblent denoncer les reves dont il est poursuivi, mais il n entre 
on rage veritable, ne se livre a des acces agressifs et furieux, que lorsqu il y est 
determine p;ir des excitations exterieures. 

La plus [uiissante de ces excitations e?t celle que lui cause la presence d un de 
ses semblubles. Des qu on le lui monire a distance, il bondit vers lui et mord avec 
violence les barreaux qui Ten separent. Mais si on Pintroduit dans sa cage son 
premier mouvement n est pas toujours de 1 attaquer et de le mordre. Au contraire, 
la presence de la malheureuse viclime qu on lui livre, surexcite ses ardeurs 
uelles et il les exprime par 1 avidite avec laquelle il lui lecbe les parties geni- 
tales. La signification de ces premieres et rapides caresses n est pas douteuse. 
Puis dans un meme instant par un effet contraire, vous voyez ^es yeux s en- 
flammer de fureur, il entre en rage et sejette a pleine dents sur sa victims. 
Celle-ci reagit rarement, elle ne repond d ordinaire aux morsures qu en poussant 
des cris aigns qui contrastent avec la rage silencieuse de 1 agresseur, et elle s ef- 
torce de derober sa tete aux atlaques dirigees surtout contre elle, en la cachant 
profondement sous la litiere et sous ses pattes de devant. Une fois passe ce premier 
mouvement de fureur, 1 animal enrage se livre a de nouvelles caresses, tout aussi 
avdentes que les premieres, mais bientot suivies d un nouvel acces. Puis lorsque 
ces fnits se sont ainsi repetes plusieurs fois, le malade epuise s affaisse, tombe 
dans une somnolence inquiete, et lorsqu il a recupere quelques forces par le repos, 
il recommence ses attaques jusqu a ce que la paralysie s ensuive, ce qui ne tarde 
pas, car les acces ainsi repetes precipitent singulierement le cours de la maladie. 

La physionomie du chien en etat de rage est lerriblemeut modiiiee. Ces yeux, 
ces bons yeux du chien, si pleins d amour quand il les fixe sur son maitre, d ou 
se degagent, si Ton peut ainsi dire, des eftluves de passion aifectueuse , ils onl 
maintenant une expression indefinissable de tristesse sombre et de cruaute. A 
travers 1 ouverture de leurs pupilles excessivement dilatees, ils laissent echapper 
par moments des lueurs comme fulgurantes, produites par le reflet de la lumiere 
sur leur tapetum interieur, et qui leur donnent 1 apparence de deux globes de 
feu. Mais lorsque ces lueurs passageres s eteignent, ils redeviennent ternes, et 
sombres, et si farouches, qu on ne peut se deiendre d un sentiment d efiroi, quand 
on se trouve en presence de 1 animal, alors meme qu on est protege contre ses 
atteintes par la grille de sa cage. S il est dans une periode d excitation, comme 
c est le cas au moment ou on vient de 1 enfermer, des qu il vous voit il se lance 
vers vous, poussant son hurlrnient caracterislique et, furieux, il mord les bar- 



RAGE. 115 

rcaux qui l iempechent de vous attaqucr, et y fait eclater ses dents. Si on lui 
presonle uno lige de hois ou de fer, il se jetle sur elle, la saisit a pleines maclioires, 
et y mord a coups redoubles, mais sans faire entendre ni cris ni grondemerits. 

Ce sont la les symptomes de la rage furieuse observes sur le chien cnferme et 
examine a travers ses barreaux. Quand le chien est libre dans les demcures, ces 
symptomes se presentent avec des caracteres a quelques egards dillerents, en 
raison de leur intensite moindre, tout au moins dans leur premiere manifes 
tation. 

Lorsqne 1 envie de mordre commence a se faire sentir chez le chien qni jouit 
encore desa liberte, c est d abord centre les animaux qn il dirigd ses monvements 
agres^fs. Lc cbien de berger tourmenle les moutons dont il a la garde, il les 
pouisuit et leur dislribne des morsurcs, au lieu de se bonier, commc il le fait 
d ordinaire, dans 1 elat de s.inte, a des menaces, toujours suffisantes pour qu il 
soit obei. De meme fait-il a regard des bceufs ou des vaclies dans les paturages; 
il les poursnit et en mord autant qu il peut. Le chien decbasse, au lieu de rap|ior- 
ter le gibier, le dcchire a pleines dents. Dans les fermes, c est sur la volaille quo 
le cliien de garde assouvit sarage, ou encore sur les moutons et sur les cochons, 
s il s en trouve a la portee de ses morsnres. Dans les apparlcmnils enfin, c est aux 
chats ou aux autres cbiens que s en prend d abord le cbien familier. Les pi-r- 
sonnes de la maison, et les maitres surtout, sont d abord epargnes. Quand, par 
exception, le chien familier s attaque a 1 une d elles, c est qu il y est determine 
par un motif d irritation, comme un coup qn on Ini a donne, nne contrariety 
telle que celle qu on a pu lui causer en le forcant a se deplacer, ou encore des ta- 
quineries d enfants. Dans ces cas, il est pos>ible que le chien enrage cede au be- 
soin de mo: ore qni le domine, etinflige line morsure meme aux personnes alTec- 
tionnees. Muis meme alors, suivant la ttes-judicieuse remarqne de Hertwig, les 
morsnres tout souvent pour ainsi dire hesitees; il sernble qu an moment meme 
ou, obeissant a une imperieuse impulsion, I aniinal s est deride a mordre, la re 
flexion 1 empecbe de serrer les machoires sur la partie saisie et de faire une pro- 
fonde morsure. 

Lorsque le cbien en est a cette periocle, ou il peut a peine se contenir a 1 egard 
de ses maitres et des familiers de la maison, il se montre tres-agressif pour les 
etrangers, et s il s en presente, c est a eux qu il s attaque de preference et celte 
fois sans limitation, d autant plus energique contre eux que, dans 1 etat physiolo- 
gique, il etait de meilleure garde. 

Si, [irevenu par ces symptomes deja menagants, on enferme le chien dans une 
cbambre, il la parcourt dans tous les sens et son agitation est d autant plus 
grande qu il n est pas habitue a etre sepaie de ses maitres. On entend ou Ton 
voit son va-et-vient continuel ; il rode, il cherche, il flaire, hurle contre les murs, 
se jette sur les fantomes qui le poursuivent, rouge le has des portes, les pieds 
des meubles, etc. A ce moment de la rage, le cliien est domine par un autre be- 
boin imperienx, celui de s echapper de la maison et de luir LUI loin. Ouel est le 
mobile de cette determination? Delabere-Blaine croit qu elle precede d une dispo 
sition inslinctive qu aurait ranimal a propager sa maladie. Cette raison de fmalitt. 
est des plus singulieies et des moins admissibles, car elle est en contradiction 
avec ce que nous savons des moeurs du chien enrage. Get anima! n a cei lainement 
pas conscience de 1 eteiidue de son pouvoir mallaisant, mais lorsqu il est deter 
mine a mordre par son etat morbide, il est certain qu il se deleud contre cette 
impulsion qui n est pns d abord irresistible et qu il parvient pendant un certain 

DICT. ENC. 3 S, II. 8 



114 RAGE. 

temps a se contenir. Cot instinct qui le pousse a deserter le logis ne procederait-i) 
pas plus tot de cette conscience qu il aurait du mal qu il peut faire, et neserait-ce 
pas pour eviter d etre nuisible a ceux auxquels il est attache qu il les fuirait? ou 
bien cette desertion n est-elle que la consequence de cet elat du systeme nerveux 
qni pousse I animal enrage a s agiter sans cesse? 

Quoi qu il en soit des interpretations, le fait reste incontestable et si constant, 
que Ton pent donner comme caracteristiques de la rage confirmee, cette tendance 
qui pousse le chien ii deserter le logis. Enferme dans une niche, il mord les bar- 
reaux de sa cage comme pour les briser ; dans nne chambre, il en rouge le basde 
la porte et si, par imprudence, on vient a 1 entr ouvrir, il se precipite dans 1 en- 
tre-baillement, chercbe a su faire savoie et s echappe s il le peut. Les vitres des 
portes ou des fenetres ne lui sont pus une barriere. On en a vu qui, surexcites 
par la vuc des personnes qu ils voyaient au travers, se lancaient contre elles pour 
aller les mordre, et brisant par leur choc le fragile obstacle qni les en separait, 
profitaient pour s echapper de Tissue qu ils venaient de s ouvnr d une maniere 
inconsciente. Enlin si le chien enrage n est attache que par des cordes, il les rouge 
et les rompt. Si c est une cbaiue qui le retient, il tuclie de la briser par ses elans 
et sous 1 aclion de ses dents. 

Due iois libre, le chien enrage va devant lui, d une allure rapide d abord, car 
il est encore en plcim 1 . puissance de toutes ses forces, et il obeit a ce besoin si iui- 
pi rieux qu il ressent de se mouvoir. S il vient a rencontrer mi autre chien, il se 
precipite a 1 instant sur lui et le mord en silence. Quand celui-ci se tait, malgre 
la morsure qu il a rec.ue, ne regimlic pas et s echappe, son adversaire ne se met 
pas a sa poursuite et continue sa route ; mais s il fait entendre des ciis, 1 enrage 
qui n en devient que plus furieux, se pnVipite dr nouvi-.m ^ur lui, lerouleetlui 
infligedes morsures reiti rees. II en est dr mrm quand le chien attaque se de 
fend, et la lutte qui s engage alors a cela de particulier que, tandis que I animal 
attaque fait entendre les grondeinents de sa colere, 1 enrage reste silencieux. Au- 
lant de cbieus qu il renconlre dans les premieres heures de ses peregrinations, 
autant de morsures simples on multiples qu il distribute; autant de conditions 
consequemment pour que la rage se propage. 

Quand la malecliance veut qu un cbien enrage errant vienne a rencontrer un 
troupeau d animaux, moutons, vaches ou bceufs, porc>, volailles, ce lui est un 
puissant excitant de ses fureurs et une occasion de les satisfaire. A 1 instant meme 
il se met a leur poursuite et distribute parmi eux ses morsures, on peut le dire, a 
gueule que veuv-tu. 

L bomme peul aussi en etre la victimc, mais moins communement que le chien 
et les autres animaux qui exercent sur I animal enrage nno action excitatrice plus 
puissante, et deviennent, par consequent, de preference, 1 objet de ses fureurs. 
Aussi est-il vrai de dire que, pour 1 homme qui peut etre expose aux atteintes d un 
cbien sous le coup des fureurs rabiques, c est une beurense chance que, dans sou 
voisinage immediat, un autre chien se rencontre a propos qui lui serve de palla 
dium. 

Dans les premieres heures de ses peregrinations, quand le chien enrage est en 
core dans toute sa force, y a-t-il dans son habitude exterieure et dans son allure 
quelque chose qui le distingue d un chien divaguant en etat de saute ? Non. Quand 
le chien est encore dans sa force, vu de loin, il a son allure ordinaire et porte sa 
queue dans 1 attitude qui lui est habituelle. Hertwig le fait justement observer et 
Virchowdit, a cette occasion, que dej a Saint-Mar tin avait fait la remarque que les 



RAGE. 115 

chiens enrages errants, loin d avoir la queue entre les jambes, la porlaient, an 
contraire, elevee et la balangaient activenient. 

Mais le chien enrage ne conserve pas longtemps une demarche libre. Epuise par 
les i atigues, par les aeces de fureur auxquels il a trouve en route 1 occasion de se 
livrer, par la faim, par la soif, et sans doute aussi par 1 action piopre de sa mala- 
die, il ne tarde pas a faiblir sur ses membres. Alors il ralentitson allure et marche 
en vaciilant ; sa queue pendante, sa tete inclinee vers le sol, sa gueule beante, d ou 
s echappe une langue bleuatre et couverte depoussiere,lui donnent une physiono- 
mie tres-caracteristique. Dans cet etat, il est bien moins redoutable qu au mo 
ment de ses premieres fureurs. S ll attaque encore, c est lorsqu il trouve sur la 
ligne qu il parcourt 1 occasion de satisfaire sa rage. Mais il n est plus assez exci 
table pour changer de direction etallera la rencontre d un animal ou d nnhomme 
qui ne se trouvent pas immediatement a la portee de sa dent. Sans doute aussi 
que sa vue obscurcie et son flair emousse 1 empechent d etre aussi impressionnablo 
qu il 1 etait auparavant. 

Bientot son epuisement est tel qu il est force de s arreter; alors il s accroupit 
dans les fosses des routes et y reste sommeillant pendant de longues hcu res. Mal- 
heur a Timprudentqui ne respecte pas son soinmeil. L animal reveille <lr s;i tor- 
peur rcuupere alors souvent assez de force pour lui Cairo une moisure. Dien des 
enfants ont peri pour avoir commis cette imprudence. 

G est un fait bien remarquable que le chien enrage, apres avoir deserte la mai- 
son de ses maitrcs et s en etre eloigne meme a de longues distances, s y trouve 
souvent ramene par son instinct, dans une periode de remission de ses I ureurs, 
lorsqu il a echappe anx poursuites qu ont fait diriger centre lui, duns les localiu s 
populeuses, les sevices qu il a pu commettre sur les animaux ou sur les homines. 

C est alors surtout qu il est dangereux et d autant plus qne, lorsqu on le voit 
revenir, apres une course vagabonde de plusieurs -heures, et meme souvent d un 
jour ou deux, dans 1 etat le plus miserable, amaigri, reduit a rien, convert de 
bone ou de poussiere et meme de sang, on s empresse vers Jui pour le secourir et 
que, dans 1 etat de remission ou il se trouve, il re-pond par des caresses a celles 
qu on lui donne, et ne laisse rien paraitre, a des yeux inexperimentc-s, quipnisse 
mettre en defiance centre lui. Mais cette remission, qui lui a lendu assez de luci- 
dite pour retourner a son logis, est de courte duree, et si, dans 1 elat d epuise- 
ment ou il se trouve, 1 animal n est plus susceptible de grands acces de fureur, sa 
propension amordre dure encore et elle est devenue assez imperieuse chez lui pour 
dominer le sentiment afi ectueux, si vivace qu il puisse etre. Aussi le porte-t-elle 
trop souvent a repondre par des morsures aux caresses qu on lui fait, aux soins 
qu on veut lui donner ou aux taquineries dont il peut etre 1 objet, de la part des 
enfants tout particulierement qui, tout joyeux d avoir retrouve leur chien favori, 
vont le provoquer par des caresses trop assidues. 

II y a done lieu detenir, tout au moins, pour suspect le chien qui revient sous le 
toit domestique, apres 1 avoir deserle. pendant un jour ou deux, surtout si ce 
chien est dans cet etat de misere et de souillures dont nous venous de donner un 
apergu. 

La ragefurieuse se termine toujours par une paralysie. 

A la periode ultime de sa maladie, le cliieu enrage a peine a se tenir sur son 
arriere-train qui s amaigiit rapidement. Quand 1 animal veut se mettre en mou- 
vement, les membres posterieurs commencent par se derober de temps a autre, 
puis ils ne tardent pas etre frappes d une inertie complete et le corps ne peut 



116 RAGE. 

plus alors el re, deplacSque par une sorte de reptation dont les membres anterienrs, 
encore actil s, sontles agents. Rien de plus frappanl, a ce moment, ijue la | hy>io- 
nomie de 1 aninial : les globes des yeux fortement retractes dans les orbites sont se- 
pares des paupieres inferieures par un profond sillon rempli d un mucus puru 
lent,; la luenr en est eteinle; souvent meme la cornee dessechee a perdu de sa 
transparence ct presente une teinte un peu opaline. Duns quelques cas, les 
yeux sont convcrgents, ainsi que Youatt 1 a Ires-bien observe, et la peaudu front 
est froncee longitudinalement. 

Tons ces signes, ces plis de la peau frontale, ce strasbisme, cette excavation des 
yeux, cette opacile des cornees donnent a la physionomie de 1 animal une expres 
sion Grange de tristesse sombre et d abattement farouche, (jii il est difdcile de bieii 
rend re, maisqu on n oublie pas (jiuuid on 1 a vne. Somenl. anssi,a cette epoque, la 
paraUsie de la marlntirc iiilericiiiv vient, ajouler son raraclcre lout particuliei 1 a 
[ expression de la physionomie et la lendre plus ctran^e encore. Iians ce cas, Ja 
iiiiculc licanl.c, en ddiors dc laqnelle la langue pend comme inerte, laisse voir la 
(cuite rouge bleuatre dc sa ninqucuse dessechee, que la souillure des poussitTo 
nuance dc plaques noires ilisscimnces. 

Si le cliicn Imile encore a ce. nioinciit, son hurlement est faible et tres-voile. 
Mais le pin- souvent, il restc nniel, dans un etat comateux dont il ne sort ques il 
esl. \iolcmniciil, excite. 1,1 alors c. est encore par des envies de mordre qu il mani- 
1 cstc !c |icn i|iii lui reste d activite ; quand une fois sorli de sa torpeur, on 
continue a Tiiiilcr aver, un baton dans sa cage, il rampe jusqu aux barreaux 
pour larlici dc saisir avec ses dents le bout dece liaton qui raiiime ses fureurs. 
Sans doule, que dans cet etat, c est avec une grande peine qu il rapproche ses 
macboires rl (pie lenr elreinte est generalement impnissante; niais qu on ne s y 
trompe pas : par moment Tamma! lecupere assez de force pour les termer avec 
violence et fanv une moi snre Unit autant redoutable a cette periode ultime dela 
mahulic (pic dans eellc des acees les plus furieux. 

Une question maintenant doit etre examinee : celle de savoir si, dans la rage 
furieuse du cbien, il y a de veritables remissions ou seulement des moments d in- 
tensite moindre dans 1 expression symptomatique, sans que, pour un ceil exerce, 
tous les caracteres de la maladie aient completement disparu. Vnici d abord quel- 
ques fails qni penvent servir a eclairer ce sujet : 

En 1815, un enfant qui voulait, d apres ce que rapporte Youatt, enleveraun 
cbien sa pitance du matin, recut de celui-ci une legere morsure qui ne paraiss;iit 
en aueuiie i acon dangereuse. Unit jours apres, les symptomes de la rage apjjjru- 
rent die/, le cbien, la maladie suivit son cours et 1 animal niourut. Au bout de 
peu temps, 1 enlant tomba malade, les symptomes caracteristiques de la rage se 
manifesterent d une maniere non douteuse; ils suivirenl leur cours habituel et 
1 enfant succomba. 

Dans ce cas, la duree de la remission et d une remission complete aurait ete 
d une linitaine de jours. Youatt dit qu il connait d autres fails analogues, mais 
qu ils sont tres-rares et que fort beureusement la disposition a mordre se mani- 
feste rarementavant que la maladie soit tout a fait declaree. S il en etait autre- 
ment, ajoute-t-il, il y aurait a se demander si ce ne serait pas pour nous un devoir 
d exterminer toute la race des chiens. 

J ai rapporte en 1847, 1 bistoire d un chien de basse-cour de forte tazlle, qui 
avait mordu cruellement une dame au bras, avail enleve aux fesses d un cheval 
ua enorme lambeau de peau, el presquo litteralement devore le poignet du mede- 



RAGE. 117 

cin son maitre, au moment ou il lui remettait courageusement son collier pour le 
rattachcr clans sa niche ot prevenir de nouveaux accidents. 

Ce chien, le matin encore, avail joue avec un enfant, sans lui faire de mal, ct 
cependaut la veille il s etait jete, sans provocation, et contreson habitude, sur un 
petit chien qui passait a sa portee, et 1 avait mordu. La rage exUtait snr cct ani 
mal, depiiis hi veille, niais entre le premier acces et le second, il y avail cu une 
remission de douze heures. 

Ce qui caracterise ccs deux fails assez exceptionuels, croyons-nous, c est le long 
intervalle qui s ecoule entre le premier acces el le deuxieme : intervalle pendant 
lequel les animaux out paru presenter lous les caracteres exterieui s de la saute. 

Mais il est probable que, s ilsavaient etc soumis a une observation attentive, on 
auraittrouve, sons res apparences, quelques siunes de la realiie qu elles rarhaient, 
com me, par exemple, ceux qui temoignent du delirc rabique et des I automes dout 
est obsede le chien en proie a ce delire, plus ou moins passager. 

Virchow admet que, dans sou stade, ( u il appelle 6. irritation, (( la rage canine 
n a pas une marche ivguliere, uiais qu elle precede par acces, dout le nombre et 
la dnree nesont, a propremeuient. parler, ({lie des manifestations plus violenles de 
1 elat d exallaliou deja eonslalee dans la pcriode prodromiijue, el qu ils vaneutsni- 
vant Irs individus. 

(( D ordinaire, dit-il, c est le premier acces qui est le pins violent et dure le plus 

longtemps, eu sorte que la nialadie paraitsouvent se iv.-iiiuec tout entiere dans un 

seul acce>, comme c est le cas quaud il se prolonge pendant toute une jourm e et 

memo au dela. Quelquefois, cependant, il ue dure que quelques heuivs. Pnis il est 

suivi d une remission, parfois tellement complete que presque tout sigue de prr- 

turbations evaiiouit. C est surtout sur leschieus i amiliers qu on la conslato,el bicu 

moins souveut surceux qui ne viveut pas etroitement dans I intimite de riioiiiiiic. 

Dans les considerations sur la rage, qu il a exposees devant la Snci( t< <!< inf ilc- 

cine et de cldrurgie de Bordeaux, en avril 1872, M. Dupout, velui iuaire dans 

cette ville, a fortemeut iusiste sur ce eanuiere de remittence que presente la rage 

et dout on n a pas, dit-il, tenu un compte sul iisant. <( Dans le debut, ajoute-t-il, 

cette remission ne pen! iVhapper a 1 observateur. Elle a ceci de caracteristique que 

le chien nialade, apres quelques heures de peregrinations rabiques ou de morsures 

distribuees dans les tapis, les boiseries ou les murailles, redevient iuoffensif, pai- 

sible, obeissant et affectueux. II cesse de mordre, il cherche le repos. On dirait 

qu un [ten de repit lui est indispensable pour remplacer le virus epuise. Ce qui 

senible corroborer cette idee, c est que, pendant ce court intervalle qui separe les 

acces, I aUilude du chien esl normale, la secretion salivaire, la have mousseuse 

qui, pendant le paroxysme, debordait a travers les levres, a momentanement dis- 

paru. J njoute que la remission est si complete dans la majorile des cas, si breve 

qu elle soil d ailleuis, que le chien le plus terrible pent etre manie sans danger, 

en ce moment, explore dans la gueule, soigne, medicamente, sans qu il donne le 

moindre sigue de resistance ou de colere. 

a J ai des vaisons de croire que, dans ces moments de calme et de prostration 
physique, la salive du chien u est pins virulente au meme degre et qu il y a epui- 
sement moraentane du virus rabique. 

Cette derniere opinion de M. Dupont demanderait, pour etre acceptee, a etre 
demontree experimentalement et, eu attendant que la preuve eu. soil donnee, il sera 
toujours prudent de considerer comme virulente la salive du chien enrage a tous 
les moments de sa maladie, depuis 1 heure ou elle debute jusqu a celle ou elle se 



118 

tcrmine, dans cet etat d extreme epuisement et de prostration excessive que nous 
avons indique tout a 1 heure. Cela dit, nous devons reconnaitre qu il y a dans la 
rnge.du chien despcriodes, non pas de remission absolue de tous les symptomes, 
niais de cessation momentanee de ceux qni sont particulierement caracteristiques 
de 1 etat rabique furieux. En d autres termes, dans ces periodes de suspension, le 
chien a momentanement cesse d etre agressif, il ne cherche plus a inordre, il est 
redevenu docile et il pent se montrer affectneux plus que de coutume. Mais qu on 
y regarde bien, il n a pas cesse pour cela d etre malade; il y a quelque chose chez 
lui dc different de lui-meme, dausl expression de ses yeux, dans son habitude e.\te- 
rieure, danssa manic re d etre enfm. II cherche le repos et ne le trouve pas com- 
plet; son sommeil n est pas calme. Si on le reveille et ijn nn veuille le faire jouer 
comme d habitude, il nc s y domic pas avec le memo entrain. En un mot, il n est 
plus Ic iiicme, sans i|iir ecltc difference d avec ce qu il elait soil bien accusee et 
puis ..( el re facilement spe cifie e. Mais si eel. eiai dc calme, qui succede aux acces de 
1 ureur, u est, pas urn- remission dans le sens absolu dn mot, dans la pratique des 
clioses, il peul . t - iv roiisidcrc comme id, et e,V4 la un point de vue important sur 

Inpiel M. |)ii| t. a en raison d ;:ppder el. dc fixer I .illcnlion, car, ainsi qu il le 

dit, on n cu a pa-, t.ciui mi < [iic snilisant, en Fiance tout an moins, dans les 

dirrerenl.es eludes quioiil, ele I nifc^ dc la ra-c. Si ccltc parliciilaiitc a etc mecon- 
iinc, ci la (Icpciiil suilonl. dc cr que les observations rerueillics sur la rage canine 
(ml e|i - lailc~, dans Ic pins maud nomine d s cas, Mir des cliicns deja mis en cage 
el, i|iii, loin d cl ic -ouniis a riulliieiice nindi i atrice dn milieu ou ils avaient 1 liabi- 
ludcde \ivrc, I laienl, au r.nul i airc, enlreleinis dans un etat continuel (1 irritation 
pir lenr rapiiviir- meine, par Icur separation d avec leurs maitres et aussi par les 
criset les aboiements des autreschiens dans les chenilsou, Ic plus souvent, onseques- 
tre les chiens enrages ou menaces de le devenir. Dans de lelles conditions, laragene 
Miil \y\< sun coins re-ulicr et elle se traduit pur un long acces de fureur; tandis 
que, oliMTvce dans la umisoii, sur I animal qui en subit 1 influence et qui y reste 
MMiniiN, la ra^e revet unc pliysioiiomie autre, et ses acces fatals sont separcs par 
des intermittences dc calme relatif, qui penvent faire ilhijion sur la nature reelle 
des syni|itoiiics qni les ont precedes. II faut se tenir en garde coutre ces illusions 
daiigerciiseset attaclier toujoms nne grande importance aux premieres manifesta 
tion- qni peiiveul. denoncer la rai:e, quand bien nieme ces manifestations n ont eO 
ipi iui" diiici- passigcre. C est la 1 enseignement important qui ressort du fait que 
M. Dupout a su mettre en relief. 

Un dernier point doit etre maintenant cousidere pour epuiser tout ce qui e?t 
rdatif a 1 iiulication des signes, des symptomes et des moyens qui pern cut servira 
f.iii (! reconnaitre si uu chien est atteint de la rage. C est uue opinion tres-repandue 
que le cliieu ensanit- | os: ede line perspicacite tout instinctive, grace a laquelle il 
sait deviuer 1 exislence decette maladie sur un animal de son espece ou de son 
genre et, si courageux qu il soit, et si vigoureux aussi, eviter d entrer en lutte 
avec un adversaire, meme des plus infimes, quand sou instinct lui a fait recon 
naitre qu il etait enrage. Pourne citer qu un seul exemple parmi beaucoup d autres, 
nous trouvons cette opinion reproduite par Ambroise Pare. Dans le cbapitre ouil 
Indique les signes pour connoistre le chien estre enrage t il dit expressement que 
les autres chiens le fnyent et le sentent de loing ; et s il s en trouve quelqu un 
pres de luy, il ie ilatte et luy obeit et tasche a se derosber et fuir dc luy, encore 
qu il soit plus grand et plus fort (Amb. Pare. QEuvres comp., t. Ill p 505 
Paris, 1841). 



RAGE. 119 



Qu y a-t-il de fonde dans cette affirmation? Uti certain noiubre de i aits 
blent en attester la justesse, mais il faut voir quelle est leur signification reelle. 
Ainsi, il est incontestable que lorsqu on introduit des chiens dans la cage d nn 
cbien enrage, souvent il arrive que les plus courageux et les plus forts, et meme 
les chiens de combat, font preuve devant lui de lachete et de faiblesse, et qu au 
lieu d engager la lutte avec lui, ils exprimeut leur effroi par le tremblement de 
tout leur corps et cherchent a se tapir dans un coin de la niche. Manifestement, le 
chien soumis a cette epreuve a peur, et il le temoigne par des signes non douteux. 
Mais cela veut-il dire qu il a le pressentiment du danger special auquel il est 
expose, et que son instinct 1 avertit que les morsures qu il va recevoir sont 
des morsures empoisonnees ? Aller jusque-la ce serait donner au chien une 
faculte d intuition qui, evidemment, ne saurait lui appartenir. Si le cbien a 
peur, en pareil cas, c est que 1 animal qui le menace est vraiment effrayant 
par I expression de sa physionomie, par ses yeux qui lancent des lueurs som- 
bres, par toutes ses attitudes, ct qu il en est comme fascine. L impression qu il 
subit lui fait pressentir un danger qn il ne connait pas, et comme il arrive, 
meme a I homme, en pareil cas, il se trouve desarme de son energie et de ses 
facultes pour la lutte. Je puis citer ici un exemple bien frappant de cette impres 
sion d epouvante que le chien enrage est susceptible d exercer sur ses semblables. 
II y a unevingtaine d annees, la meute du prince de Wagram, au chateau de 
Gros-Bois, regut la rage d un chien errant <|iii, dans nnc chasse a courre, etait 
venu se meler dans ses raugs. Dans les conditions habituelles, les chiens courants 
nelaissent pas d etre un peu hargneux les uns centre les autres, et memo centre 
1 homme, etil est prudent de ne pas se risquer dans leur chenil sans etre annr 
d un fouetquiles tieune en respect. Si deux d entre eux viennentase prendrede 
querelle, malheur a celui des deux adversaires qui temoigne sa faiblesse de coeur 
par des cris ou par des plaintes ; les autres se jettent sur lui impiloyableuient, le 
pillent, pour employer I expression usitee en pareil cas e.t, souvent meme, le met- 
tent en lambeaux. Eh bien ! voicice qu il y cut de plus remarquabledans la meute 
de Gros-Bois. Un premier chien devenu enrage s etant attaque a I mi de ses com- 
paguons, toute la meute se tint a 1 ecart dans un coin du chenil, et aurait fui 
volontiers si elle avail trouve une issue ouverte. Malgre ses habitudes cruelles et 
ses moeurs quelque peu faroucbes, elle fut prise comme de lachete, et le chien 
enrage resta seul a piller sa premiere victime. Lorsqu il en choisit une antre, 
I isolemcnt se fit a 1 instant autour d eux, comme dans le premier cas. Voila, 
sans doute, un fait des plus etranges, mais il est authentique. M. Fleming 
rapporte un cas analogue qu il a observe person nellement. Un cnorme chien 
de garde, bete sauvage qui s attaquait cVordinaire a tous les chiens qui passaient 
asa portee lorsqu il elait a 1 attache, se refugia tout tremblant au fond de sa niche, 
al approche d un chien couchant enrage qui avait mordu des chiens, des chevaux 
et des bestiaux. Maintenant il faut dire que tous les chiens ne subissent pas cette 
terreur et qu il y en a qni se regimbent contre lui, meme dans les cages on on les 
enferme ensemble. Je fis introduire un jour, a Alfort, dans la cage d un chien 
enrage, unbnll terrier, tres-habile lutteur. Unefois enferme, la premiere impres 
sion qu il subit fut manifestement celle de la peur, mais il lasurmonta, et au lieu 
d attendre 1 attaque, c est lui qui commemja la lutte. D un bond, il se jeta sur son 
adversaire, et le saisissant a pleines dents par le derriere du cou, il le terrassa et le 
mit hors d etat de lui nuire. Vingt lois cette experience lut repetee avec les dif- 
ferenls chiens enrages qui se succederent dans les hopitaux de 1 ecole, et toujours 



120 

jc bull en sortit a son lionneur. Dans toutes ces Inltes, il sut evitcr les morsures 
et ne contract a pus lit rage. Les exemples ne sont pas rares de rhirns qm, dans 
les rut s ou sur les routes, au lieu de 1 uir les cliiens enrages dont ils font la ren 
contre, hittent avec cux qiiand ils en sonl atlaques, et souvent memo les roulent 
et les pillent vigoureusement ; ou bien les laissent passer sans s en emouvoir et 
sans qne leur instinct, les previenne qvi ils ^ontsous le coup immediat d uu grand 
danger. Ce qne ditAmbroise Pare des attitudes du chien bien portrait vis-a-vis de 
celui qni est en proie a la rage, est purement imaginaire. Le grand chirurgien a 
liop prefe a r.inimal les sentiments et la reflexion de 1 homme. 

La conclusion qui semble devoir elre tiree de ce qui precede, c est que, si reel- 
lenient le diien enrage est susceptible d in^pirer de la terreur a ses semblables, 
re n est que dans des cas particuliers, lorsi|ue, par exemple, il se trouve lace a 
lace avec eu\ dans I elmit champ clos d nne cage ou d un chenil, et qu il peut 
les laseiner, non p;is parce qu il est enrage, mais parce que la rage donne 
A sa phjsioiioinie une expression Icrrili mlc ijiii produirait tout aulant d eflets 
si die | Tnee iait de toule aiilrc cause quo dn principe raliique. U.iant a la 
laculte intuitive dn diieu, qui lui pennettrait de reconnaitre la rage, en tant 
i|iic rage, c est-a-dire coiiiinc nnc maiadiit dont il aurait a redouler la conta- 
gi in, c csl cncorii la une conception Inntc imaginaire, qui ivsulte de ce que 
I lin a IIK II trop liberalement an di n ii les idees de rimmnie. Les signes fournis 
|i,ti- I impressionnabilitd dn r.liicn bien pintant, \i-a-vis dc celui (|iii e-t nialade 
de iage, dnneiii <!nnr elre eon^ideres, sinon comine mils, tout au moins 
connne des pins inlideles ; et il I aut bien se garder de leur accordur une telle 
crdance qu on aille jusqu a n attacher aucune importance, au point de vne de 
1 inoculation, a la inoiMire q\i nn dnen pent avoir recue, par cola ineine ijue la 
\ue de 1 aiiiinal qui la lui a inlliiiee ne lui aurait inspire aucune terreur, et ne 
I aurait pas determine a prendre immediatement la fuite. 

Tels sont, avec (ous les d6veloppements qu ils comportent, les signes et les 
symplmnes ipii earacleri^ent la variete de la rage du chien que 1 on est convent! 
d a|i|ie!er jitriense, parce qne la fureur, caracterisee surtout par 1 enviede mordre 
est, en ifl et, une de ses expressions ordinaires a sa perioAeconfirm.ee. 

Nous allons maintenant exposer les car.ieleivs de i autre variete de rage canine, 
que Ton appelle rage-mue on rage muette, Dumb-madness, comme la designent 
les Anglais. 



& 1 



2. RAGE-MUE. La rage-mue est la rage, car elle est inoculable comme la 
rage fmieuse, et son inoculation peut donner lien a la manifestation dela maladie 
sous cette derniere forme, de meme que, reciproquement, la rage liniense ino- 
culee pent aussi se traduire par la manifestation de la rage-mue. Enfin, celle-la, a 
sa periode ultime, se transforme souvent en celle-ci ; on, pour mieux dire, il est 
commun de voir la paralysie de la macboire inferieure itilervenir a cetle periode, 
et donner a la physionomie du chien tout a 1 heure furieux la meme expression 
symptomatique que celle qui caracterise la rage-mue. Identite de nature des deux 
rages, unicite de la maladie sous la diversite de ses formes ; voila ce que les iaits 
d observation et d experimentation mettent absolumeut hors de doute. 

Mais la rage-mue diflere de I autre rage par deux caracleres essentiels. Daus cette 
variete de la rage, 1 animal ne pent pas mordre, parce que sa macboire inferieure 
est paralysed, et il ne le veut pas ; il n y est pas determine, comme dans la rage 
furieuse confirmee, parson irritabibte actudle. Impuissance physique de mordre, 



RAGE. 121 

inwlonte de le faire; voila les deux caracteres essentials qni differencient, I une 
cle 1 antre, les deux varieles de la rage, canine. 

Les symptomes de la periode initiale sont les memes que ceux de la rage 
furicuse, a queli|iies variantes pres dans leur intensite, generalement moindre 
pour celle-la que pour celle-ci ; et quaiul lYvoluli m rahique est achevee, la para- 
lysie de la machoire inlerieure se manifeste soit d emblee, soil d une maniere pro 



gressive. 



La physionomie du chien affecte de la rage-mue confirmee est des plus caracte- 
ristiques. Son ceil est sans lueurs et d une ctonnante fixite ; rien ne ranime ct 
n y rallume le regard. Mais il n a rien de farouche ; son expression est celle d une 
tristesse un pen sombre qui inspire plutdt la pitie* que la crainte, et elle traduit 
bien la nature inoffensive du chien malado, de cette \ariele de m-e, nature qui 
n sulte, non pas de la non-virulence de la have, mais hirn de 1 etat du sysleme 
nerveux qui ne determine pas a des manifestations agressives. 

A ce premier caracterc, que donnent 1 atouie et la tristesse du regard, se joint 
I exprejsion si etrange qui resulle de 1 etat tonjours leant do sa gucule, d ou la 
langue pend inerte, et d ou s ecoule, dans les premieres heures, uue salive vis- 
qiieuse et abondante. Dans le principe, la iniiqiieusr Imccalc relleie la lemte nm^e 
qui lui est propre et presenle son humidil.i nurinalc, mai-. les muscles de la nia- 
choire inferieure etant impuissants a la soutenir et en II|M TI -\- It- rapprochement, 
1 action incessante de I air sur les parois inlcrienres de la houclu 1 , nc lanlc pas a 
secher la muqueuse qui se fonce en couleur, par suite dc la paralysis des vaso- 
moteurs de son appareil vasculaire, et se nuance , en ontiv, dcs tcmti s somlu es 
exlerienres que lui donne la poussiere adlu rente a sa smfacc di-ssrclit e. 

Rien de plus expressif alors que I ensemble de ces symptomes : la physionomie 

que donnent a 1 animal 1 ecartement de ses machoires, la couleur presque hleue, 

tantelle est foncee, delamuqueusebuccale, la langue pendante,l expression de Iris- 

tesse du regard, presque atone cependant, et singulierement fixe, tout cela est 

lellement significa tif, qu il est lieu difficile de s y meprendre, pour peu qu on soit 

mis sur ses gardes. Mais ce n est pas d emblee que la rage-mue revet, ces complets 

caracteres; elle n y arrive que par gradation, et, dans le principe, la paraljsie de la 

machoire inferieure peutdeja exister sans que 1 ocil ait perdu toute sa vivacite, et 

sans que la physioiiomie ait immediatement cette expression pito\able dc tristesse 

sombre qui appartient a la rage-mue, quand son evolution est complete. Dans 

Fun des chiens dont 1 observalion est rapporlee plus haut, a propos de la question 

de la spontaneite dela rage, la paialysie de la machoire s est deelaree a| .res une 

troisieme immersion de 1 animal dansun bain d eau courante. ("elle parahsiea ele 

le seul symptome, sinon visible, tout an moins reconnu de 1 etat rahiijue. L ani- 

mal etait, semblait-il,comme d ordinaire, doux, obeissant et meme joueur; ipiaud 

on lui jetait des moraaux de sucre, il se precipitait pour les saisir, mais il ne 

pouvait y reussir. Ce chien, la suite 1 a bien pronvc, ctait enrage et sn rage proce- 

dait d uuu inoculation par morsure, dont le souvenir s etait cl face. 

C est quand il se presentc dans ces conditions que le chien affeete de rage-mue 
est souvent des plus daugereux ; non par des morsures,car il est de sarme, etvou- 
lut-il mordre qu il ne le pourrait pas. Mais on ne saurait trop rappeler que sa 
salive n en est pas moins virnlente, et que si on se 1 inocule par des manoeuvres 
imprudentes, on pent etre aussi fatalement voue a la rage que si I inoculation etait 
i aite par une morsure. Or Familial chez lequel la rage-mue debute paraissant 
tout a fait inoffensif, on se laisse volontiers entrainer a faire avec ses doigts, des 



RAGE. 

explorations dans 1 interieur de sabouche, pours assurer si 1 obstncle qui s oppose 
au rapprochement de ses machoires ne serait pas un os arrete entre les dents ou 
dans le pharynx Car c cst a cette idee qu on se fixe naturellement, quand on ne 
.conn, lit pas la signification des choses ou qu on la meconnait; et si le cliien est 
affectionne 1 , on vent hii porter secours en le debarrassant de la cause presumee 
dcsessoutfrances. Mais sa sail ve est virulente, il faut le repeter : et si Ton porte 
anx doigts quelque ecorchure, si Ton seblesse contreles dents ou si encore, chose 
possible an debut de la maladie, par un mouvement convulsif, animal parvient 
a rapprocber ses machoires etfaitune morsure, danstoutes ces conditions le germe 
du nial pent etre inocule, et les plus funcstes consequences sont a craindre. Pour ne 
nl-r i|iie deux rxeniplrs, entre beaucoup d autres, un veterinaire de Lons-le-Saul- 
IIHT, i\ieulin,rsl iiKirl. < ii novethlire IS di, drs suiti sdela ra^c qu il avail contracted 
en examinant la eavile hieea e d nnc pclilc dueime qni, au dire de son maitre, 
devail. avoir dans la rur^c i|iie|i|ue rlm.se ijni rempechaikde manger. Ce malheu- 
reux pialieieu. Imp conlianl dans e.e qii on Inidisail, n avait pas assez examine 
lachienne, en apparmir inoffensive, qu on hii presentait et s etait mepris sur la 
nature n vlle -le la cause t|in empechait chez elle sa deglutition. La mememeprise, 
coiuiiiise en ISC> |, par un elrve (le lYrole \vlei iiiaire de Toulouse, lejeune Tim- 
bale, a en les mimes funestes nuisequences. 

(hi in 1 .SHU ail. done (i<>|> se uu lier des eliiens dont les maclioires se maintiennent 

irt^es, car cet dcartement peul etre le signe de la IMLT, suit qu il caraeterise 
eelle ijiie I mi ijiialilie de )ltn\ soil i|u il ait apparu dans line des phases de la rage 
luneiise ; ei il I aut lonjmirs eviier dans les explorations auxquelles on peut etre deter- 
mine eu pareillecirconstance,d introduired emblee li^dnigts dans la gueuledel ani- 
mal die/ Icijucl et> s\ ni|ilnuie s csi nianiieste. Tonjoiirs il est prudent de se servir 
d iiislrumeiils explorateurs a Taide di^qnelson pent mamlenir ses mains a 1 abri 
des atteinles des ilenls et des souillnres de la have. 

l,es symptomesde I agitalion sont bien moins accuses, a la periode initiale, dans 
la rage-nine qu<- daus la ra^o ijiii doit devenir furieuse. Si avant la paralysie de la 
maclioireinfei icnre, le diiense monlre inquiet, change sou vent de place, disperse sa 
liliere ou la rassemMe un tas, hurle etc., etc., des que cette paralysie > est declares, 
sa tendance a 1 agiLition cesse etranimal restedansun etat d immobilite querien 
ne trouble, ni les fantomes,ni les objets reels. Tout indique que, chez lui,l irritation 
cerebrale du debut if a que peu de duree et est bien vite remplacee par une de 
pression. Le sentiment affectueux qni s exalte a nn si bant degre, dans 1 autre 
1 orme dc la rage a sa periode initiale, est plntot diiniinie ou meaie eteint dans la 
rage-mue, car Tanimal sort a peine de son etat detorpeur a la parole de sonmai- 
tre, etsouvent meme il y reste completement insensible. 

L envie de mordre est nulle, dans la plupart des cas, lorsque la rage-mue s est 
etablie d emblee. Quelquefois cependant, quand on irrite 1 animal avec un baton 
oude toute autre maniere, comme par exemple en introduisant dans sa gueule 
beaiite, soil les doigts, soit unautre instrument d exploration, on pent donner lieu 
a une excitation nerveuse suffisante pour mettre en jeu, tout a la fois, etla volonte 
d attaquer et la motilile, dans une certaine mesure, des muscles rapprocheurs des 
machoires : d ou la possibilite de quelques morsures et la manifestation de 1 envie 
de les faire. Mais ce sont la des fails exceptionnels, et le plus souvent le chien ma- 
lade de la rage-mue ne montre ni cette envie, ni ne la realise. 

Dans la rage-mue, 1 hydrophobie n existe pas plus que dans 1 autre forme de la 
maladie. Au contraire, Tetat de dessication de la muqueuse buccale eveille da- 



RAGK 125 

vantage peut-etre la sensation dela soif, et Ton voit les cliiens, dit Youatt plon- 
ger la tete jusqu aux yeux dans le fond du vase rempli d eau qu on lenr ofl re, 
afin de pouvoir introduire quelques gouttes de liquidc jusque dans lour arriere- 
gorge et d en hnmecter et d en rafraichir la membrane dessechee et ardente. 

Le sentiment de 1 appetit n est pas non plus eteint, m.iisla paralysie de la ma- 
choire, que complique celle du pharynx, empeche 1 animal dele satM aiie. Ouand 
on lui jette une substance qu il appele, il lachc de la saisir, tout an moiusau debut 
de sou mal, mais il n y peut reussir, et il se trouvc meme incapable de la deglutir 
quand on la lui porle dans le fond dela bouche, sans doutefautedes actions ^yi i r- 
giqnes dela langue et de la machoire, necessaires pour que la deglutition s accom- 
plisse. Sielle est empechee, d unc nianierea peupres complete, lorsqne la paralysie 
s est declaree, avant ce moment, 1 influencerabiqueadonne lieu le plus souvent a 
une depravation de 1 appelit dont temoigne la presence dans I otoiuac de corps 
etrangers que 1 ou rencontre a 1 autopsie. 

Le chien aifecte de rage-mue n est pas toujours muet, comme 1 impliquele nom 
desa raaladie, et quand il burle, son hurlement se module de la meme manic-re et 
avec le meme timbre quecelui dela rage i urJeiise. Mais ce phenomene ne se pro- 
duit qu au debut ; quaiul la piiaiv.-ic s est declaree, 1 auimal ilcviciit silencieux, 
parce que, insensible aux excitations, ricn ne le determine plus a aln\ci- d pairr. 
qu aussi probablement la paralysie dc sa machoire rend impossible I aboiement 

veritable et ne permet plus que le hurlement. 

Les excitations prod uites par la presence d un de ses semblables sont nullcs 
pour 1 auimal affecte dc rage-mue, et ne le font pas sortir de sa torpeur et do sou 
immobilite. Insensible moralement, si le mot n est pas excessif, et physiquement 
aussi, il ne nrniil este en leur presence, aucuneenviede mordre, aucune tendance 
a attaquer. Us sont pour lui comme s ils n etaient }>as et probablement qu ils 
n exercent aucune impression sur sou sensorium deprime. 

Daus 1 etat ou les met h rage rage-mue, Jes animaux ne sont pas determines a 
diriger coutre eux-ir.emes des atteintes qu ils seraieut, du reste, impuissants a 
s inlliger puisqu ils sont desarmes de leurs machoires. 

Aucim signe, non plus cbez eux, d excitatiou genesique ; aucune tendance a 
deserter la maison. Du reste, quand bien meme, ce qui n est pas, ils seraieut de 
termines a celte desertion par une sorte d impulsion falale, comme dans 1 autre 
variet^ de rage, ils se trouveiaient empecbes dans IV xecution par leur faiblesse 
motrice, prelude de la paralysie generate, plus prompte a se inanilester dans la 
rage-mue que dans 1 autre. Cette faiblesse musculaire est une des causes, avec la 
depression cerebrale, decette immobilisation du cliien malade de rage-mue dans le 
decubitus sternale, qu il affecte communement jusqu a ce que la prostraction le 
force a 1 abandonner, pour se coucher sur un flanc et mourir. 

Dans les derniers temps de la rage-mue, 1 oeil se cave, comme a la periode 
ultiuie de la rage furieuse et prend la couleur terne que produit 1 opacite des 
cornees qui souvent meme s ulcerent, comme dans les animaux qui meiirent 
d inanition. 

La rage-mue parcourt toutes ses periodes sans remission, depuis le moment ou 
la paralysie de la machoire s est declaree jusqu a la fin. Qu avant la paralysie, a 
la periode initiale, quand la rage n a pas encore affecte sa forme definitive, il y 
ait des intermittences dans 1 intensite des syui|itomes ;que le calme, par exemple, 
succcde a 1 agitation, au point de dissimuler completement 1 etat morbide a des 
observateurs qui ne sont pas suffisamment attentils et prevenus, cela est possible. 



124 

ff 

Mais line fois la paralysie dela machoirc elallie, la maladie ne fait que progresscr 
pour se terminer inevitablement par la moil. 

Com me on pent en jn-i T par eel examen comparatif des deux varietes de la 
rage canine, celle que Ton appelle nine on iimette est remarquablement dilfr- 
renle, dans son expression symptomalique, dela rage dont la Inreur, manifested 
par I envie de inordre, esl la caiaclerisliqne la plus ordinaire. Cette difference re- 
sulle de Fetal de I appareil ceidnal, dans nn cas (res-irritable; dans 1 aulre, au 
conlraiiv, tendaiit a se deprimer, el se deprimant a 1 exces a mesureque la ma 
ladie pniLMTSse. 

Mais la r ge furionse pent sc translormer else transforme souvent en rage-mue. 

Sonvenl. en diet, a la periode d irrit ,lion extre qni s est hadmle p.u- toutes 

les fun nr- de la ra-e, siiccedo mi" periode de, depri ssion qni s accuse, comme 
dans la rair-miie snneime d emlu e, par la paralysie de la madioire inferieure, 
1 atoino dn irgard, I insensibilile anx excitations et la parah-ie progressive de 
I ai i iere-!ia .\\. Id en I ile en 1 1 e ies deiix \arieles de la ra^e a ee moment, mais pas 
abso ne loulel ois, en ee sens que I animal ullede de la ra-e-nme CO isecutive se 
nionlre i njoiirs pins exeilable qne celui clie/ leqnd elle s esl inamleslee d einblee 
Cl qne, s d ne monl pas, c e-t lien plntot par impiiissaiu e ipie par del aut de vo- 
lo:i(e. Dans la rage-mue primili\e. an conlraire, le chien ies[e mollensif, dans le 
phisurand nmnlire des cas, lout a la lois parce ipnl n esl pas determine a moi dre, 
i I parce qn il ne le pei I, pis. 

La lair canine, qndle quo soil la forme qn elle affecte, se Irmime par la niort 
dans line pd mile de t. nip- qni vai ie enlre viiigl-ipialre henrc> el une dizaine de 
jours. I .ien pen d animanx iirages arrivenl a cello pei iode extreme; le plusorili- 
nairemeiil, ils niriiienl enlre le Irni-ienie el le qualrieme jour. 

Dll re-te, les excilalions anxqildles les dli IIS enra-es | eilVeill Cll C SOlimis ill- 
flnenl liianronp sur la rapidile de la inaivhe de lenr maladie. Lenr vie pent se 
prolonger pendant nn septennaiie et an dd,- i meme, qnand on les laisse a eux- 
menies, dans nn calme absola, en deho;> de toutes les causes qui peuvent niettre 

1 ( 

en Jen lenr susceptibilite neivense et donner lien a la manifestation tt a la repta- 
lilion des acces, landis que, dans les eireonslanees opposees, la maladie precipile 
son cours el si le chien esl d un naturel irritable, elle peut l a\oir acheve en uu 
on deux jours. 

Mainlenanl, grave question a examiner : La rage est-elle tonjonrs et inevitable- 
meiit mni idle dans 1 especc canine? 

Voici une seiie de tpielqiies fails publics qni semblenl demontrer que la rage 
d(S animanx pent n elre pas toujours une maladie mortelle. 

1 Uu chien Bull-dog, de moyenne taille, entra dans les hopilaux de 1 ecole 
de Lyon, le 17 juillet 1851. Depuis trois jours, FappOlil elait perdu, le timbre de 
la voix avail eprouve ralleration particuliere a cette maladie; la gueule etait 
enlr ouverte et il s en ecoulait de la lave ayant un pen de ielidite ; le re-ard 
elait menacant et pourlanl I animal n avait pas une grande propensiou a mordre. 
Le train poslerieur etait affaibli d nne maniere remarquable el la constipation 
portee a un haut point. On se borna a lui faire prendre de 1 eau d orge; le lende- 
main, on put avec les precautions d usage lui donner des lavements qni entrai- 
nerenl des matieres dures et Jelides, d nne conleur rouge brun. Trois jours se 
passerent sans que ce chien changeat de posilion ; il se bloltit dans un coin de 
sa loge, la tete appiuee sur le sol. On le deplaea plnsieurs fois, en se servant de 
sa chaine, pour s assurer si son train de deiriere etait paralyse ; son regard resta 



RAGE. 125 

sombre et menaoant. Le 21, pres de cintj jours apres son entree, il commenc,a a 
lever la tele, mangea avec avidite do la soupe et stirtout des morceaux de viande 
qn on lui preseuta. Lo lendemaia, il.agita sa queue en signe de caresses a 1 eleve 
qui le soignait ct il se redressa. A compter de ce moment jusqu au 25, sa force et 
sa gaiete revinrent. II fut rendu a son m litre qui 1 a surveille attentivement ct u a 
apcrcu, depuis lors, aucun signe de maladie (Rec. de med. vet., 1851, 
p. 590). 

2 Dans le compte rendu des hopitaux de 1 ecole de Lyon, pendant 1 annec 
scolaire 1856-1857, on trouvele passage suivant : Tout le monde salt que, sous 
la forme de rage-mue couime sous cellc de rage nialigne, la guerisoti soft sponla- 
nee, soit par le secours de 1 art, est Ires-rare. Nous compton^ ccpcnd.ml cclte 
annee deux guerisons de chiens, apparti iiant 1 nn a un olficier de la garnison, 
1 autre a un projirietaire de Lyou. On ne fit prendre aucun remede an premier, 
on saigna le second a I une des saphenes et Ton fit cesser la forte constipation 
qu il eprouvail par des lavements emollients, Pas d autres details (lice, vet., 
1858, p. 544). 

5 On Irouve dans le meme journal, annee 1850, 1 cxtrait d nn article public 
par la Revue medicate francaise (novembre 1850), sur un iiKiycu repute noinc.ui 
de guerir riiydro|iliobie. Ce inoyc.u uY.4 autn: qiie, 1 immersion dans IV MI Iroide 
que preconisait Celse, alin, disait-il, quc Ics m.dadcs puissentboire maLiv cux et 
qu ainsi on les delivre lout a la Ibis cl des louiMicnts dela soif et de la terreur de 
1 ean. Le docteur Chardou qui revcnait saus s eu douter, parait-il, an traite- 
ment de Celse y avail ete coiiiluit par 1 observation du fait suivant : Uu cbicn 
ayantcte reconnu atteint de rage fut noye, et on ne le rcliia de 1 eau que lorsqu il 
ne presenta plus aucune apparence de vie. L etat d aspliyxic duns lequel se trou- 
vait 1 animal disparut pen a pen et il reviut a hi vie s.uis presentu- aucun tics 
symptomes de cette cruelle maladie. Lo redacteur ajoute, ajires avoir rcproduit 
ce lait, que M. Chardon, qui en avail ete Icmoin, coiiQut Tcspcraiice de jiunrair 
employer I asphyxie dans le traitenient de 1 hydrophobie. Avant tout, il dicirha a 
reuouveler la premiere experience qui avail ete due au hasard et sur cinq cltiens 
hydrophobes qu il asphyxia de cette maniere, il y en eut deux qui furent parfai 
lenient gueris. 

Le meme moyen essaye sur une femme hydrophobe ecboua. Mais on avail fixe 
la malade sur uue plauche pour la plouger dans une baignoire remplie d eau 
tiede. L immersion ayant ete incomplete, dit le narrateur, 1 elal de la malade hit 
considerablement aggrave, et elle mourut pen de temps apres la tentative. 

II parait qu une commission formee dans la Societe de medecine de Lyon a du 
se livrer a de nouveaux essais sur le moyen propose par M. Clnrdon. Cette com 
mission a-t-elle fonctionne? G est ce que nous ne saunons dire (Rec. de med. 
wef.,1850, p. 715). 

4 Youatt aftirme avoir vu se deronler, 1 un apres 1 autre, tons les symptomes 
de la rage sur un chien qui cependant a gue ri. Ce cbien, dit-il, etait evidem- 
ment enrage et de la manierelaplus indeniable ; je ne pouvais m y tromper. Aussi 
pensai-je qu il etait perdu. Mais au bout d uu certain temps, les symptomes s at- 
tennerent peu a pen ; puis ils disparurent graduellement et J animal recupera com- 
plijtement sa sante (Youatt. The dog., page 145). 

5 Voici maintenant deux cas de guenson de rage canine dont M. Decroix, ve- 
terinaire en premier de la garde muuicipale, a donne communication U Academie 
de medecine en 1864. M. Uecroix avail ete determine a faire des experiences sur 



126 RAGE. 

1 inoculation de la rage pour dormer la prenve del existence de cette maladie en 
Algerie, et convaincre par des fails ccux qui s obstinaient a la nicr. 

Le "21 juillet 1860, un chien, de dix-huit niois a deux ans, est inocule par lui a 
Mu4apha (. \lgerie) avec la have d uu chien sur lequel la rage a etc constatee. 
L inoculation fut faite par sept piqures aux oreilles et sur le nez et ce chien fut 
enfenne dans une boxe d ecurie, en compagnie d un autre egalement inocule, qui 
mourut de la rage calme, le 7 aout et fut remplaee par un second, exempt, ce- 
lui-la, de toute inoculation. 

Du K an 15 aout, on constata sur le sujet d experience quelques signes anor- 
maux : vomissemenls apres les repas ; moins de gaiete, insensibilite aux caresses. 
Le 15 aout, en presence de M. Decroix et sans aucunc provocation il donne 
trail ivusement un coup de dents a son camarade de captivite, mais sans faire 
plaic. 

Lei 5, dix-neuvieme jour de 1 inoculation, grandc agitation de lanuit, denon- 
eee par le bouleversement de la litiere et son amoncellement dans un coin de la 
boxe. Nouvcau coup de dents donne a son compagnon, sans grognement d impa- 
lienc.e on de menace, de la mauiere iraiiresse qui e>l particuliere au chien enra 
ge. I lus :l ;ili(iieinenls. Alteration de la physionomie. M. Decroix recounail la rage 
a I eiisemMe de c,es s\ mptomes, dont la signification lui parait d autant moins 
dnnleii<e i|u"ds se soul manilesles a la suite d une inoculation rabique. II s atten- 
dall. done a voir ce malade succomber a la rage, mais ses previsions ne se sent 

pas realisees. 

Le 1C), I animal continua a s agiter, a bouleverser sa litiere et a la rassembler 
en tas. De plus il y cut encore des vomissements ; mais le 17 et le 18, cette agi 
tation diminuagraduellement. Le malade epnise et a bout de forces resta constam- 
ment couehe, et nerepondit [ias quand on 1 appela. Les sauts, les aboiements et 
1 agitation joyeuse de son compagnon ne purent le faire sortir de son etat de som 
nolence. 

Le 19 et le 20, quelques signes d anxiete et d agitation se manifestent de nou- 
veau, mais le sujet est plus eveille, moins triste et plus fort que les jours prece 
dents. Au moment de 1 arrivee de M. Decroix, il se leve et se dirige de son 
cote en aboyant. Les jours suivants, le niieux se confirma, la gaiete reparut, 1 a- 
boiement reprit son mode et son timbre normal. Bref, I animal gnerit si bien 
que, le 50 septembre, on lui rendit la liherte ainsi qu a son compagnon de 
captivite qui, tons les deux, au bout de quelque temps out eteperdus de vue. 

II est regrettable que M. Decroix n ait pas conserve ce dernier, mordu plusieurs 
fois et mis en liberte avant 1 expiration du plus Ion- delai de la [leriode d ineuba- 
fion. S il avail conlracte la rage dont le sujel inocule parait avoir gueri, 1 experience 
quivicnt d etre rapportee aurail ete bien aulrement concluante. 

Dans laseconde experience, cefut larage d un homme queM. Decroix inocula a 
une chienne de deux a trois ans. L inoculation fnt iaite le 18 juillet 1862 par des 
piqures multiples et des erosions a la face interne de chaque oreille, et par 1 in- 
troduclion d une certaine quanlile de bave dans une poche sous-cutanee faite de 
chaque cote, a la region du llanc. La chienne fut raise en boxe avec un petit com 
pagnon de captivite. Gomme elle etait Ires-caressante, toutes les fois qu on allait 
la voir, elle manifeslait sa joie par son agitation et ses sauts, suivant le mode ha- 
bituel au chien en sante. 

Tons ces signes de sante se conserverent jusqu au 5 aout, jour ou la chienne 
ne mangeaplus comme d habitude. A sa visile, M. Decroix reconnut lessin;s 



RAGE. 127 

non douteux de la rage ; grande agitation dc la nuit denoncce par le raccourcisse- 
raent de la chaine d atlaehe, que 1 animal a torduc sur elle-menie par >es niouve- 
ments incessants; des brandies de saule, a la portee de ses dents sont depouillees 
de leiu ecorce ; tristesse; queue abaissee ; la soupe offerteet goutee du bout de la 
langue puis refusee, apres quelques gorgees degluties avec dil liculle. Dans la jour- 
nee, mordillements des roseaux qui servent de litiere, grande agitation dans 1 es- 
pace que laisse la longueur dcla chained attache ; courtesintermittencesdecalme, 
pendant lesquelles 1 animal tombe dans un etat de somnolence apparente, le nez 
appu^esur la litiere, et les jeux a demi-fermes. Mais le moindre bruit suffit pour 
1 evL iller ; les oreilles se dressent, 1 ceil se raninie et 1 agilation recommence. Pen 
dant les periodes de calme, respiration lente, profonde, un pen ronllante, avccun 
lemps d arret apres 1 expiration. 

Dans 1 apres-midi, la deglutition continue a etre difficile ; modification du 
timbre de la voix. L animal ne cbercbe pas a fuir le baton dont ou le menace, 
ni a se precipiter sur lui. 11 est attentit aux mouvements de son compagnon 
qui reste en debors de ses atteintes ; yeux alternativement sombres ou llam- 
boyants. 

Le soir, la chienne a coupe avec ses dents une corde a I aidedelaqnelleon avail 
voulu 1 empecber de tourner incessamment sur elle-meme: die tixe sur moi, dit 
M. Decroix, de .grands yeux saillauts et ctincelants ; sa queue rsl borizontale rt 
non plus roulee en trompette comme a 1 elat normal. L agilation, 1 anxiele sont 
plusgrandes qu a midi ; toutes les cinq a dix minutes, Tarn mal change de position, 
se leve, se coucbe alternativement. Le decubitus a lieu tantot en long, tanlot en 
rond; tantot sur le cote, tantot sur le ventre. Lorsque 1 animal cst debout, il est 
sans cesse en mouvement ; quelquefois il se lance de toutes ses forces jusqu au 
bout de sachaine, comme s il voulaitla rompre ; voyantsos efforts impuissants, il 
entre en fureur et mord les brancbages et les roseaux qni sont pres de lui. Pour 
les mettre plus promptement en morceaux, il emploie les pattes, qn il contiaclo 
convulsivement enpietinaut et en s agilanl avec colere. II refuse d abord de 1 ean, 
puis il y trempe deux iois la langue et se retire saus avoir bu et en se plaignant. 
II fait entendre de tempsaautre un aboiement plaintif, enroue et rauque. II refuse 
les aliments ; quelquefois il gratle sa liliere el la tire sous lui. Je le vois ans-si mor- 
dre sa chaine, se dresser sur ses pattes de derriere, et essayer de monter dans la 
mangeoire qui est au-dessusdesatete. II a la salivation abondanteet la respiration 
anxieuse, baletante. 

Tons cessymptomes se continuent la nuit en s aggravant. Le lendemain -iaout, 
ils persistaient encore, mais avec uue intensite moindre. L agilation etait moins 
grande, les acces moins frequents. Cependant 1 animal, pour la premiere ibis, mor- 
dit avec fureur le baton dont on se servil pour le faire tourner et pour detordre 
sacbaine. 

Le 5 et Je 6, il reste couche une partie de la journee, dans un grand ( tat 
d abattement, mais son appetit se reveille. Du 7 au 11, les symptomes dimi- 
nuent peu a pen; 1 appetit revient d abord; puis avec lui les forces, la gaiete; et 
le 16 aout, la guerison etait complete. 

Le l ev octobre, cette chienne, revenue a son etat normal depuis longtemps, 
etait rtndue a la liberte avec son compagnon de captivite. 

II est difficile de ne pas voir la rage dans cette observation que nous avons re- 
produile dans ces details principaux. Tout y est : d abord la cause, une inocula 
tion intentionnelle, faite dans toutes les conditions voulues pour en assurer le 



128 RAGE. 

succes; et, particularity interessante, an point de vne de 1 histoire generate de la 

maladie, la rage inonilee est celle de 1 homme. Quinze jours apres celte inoeula- 
tion, les symptomes caracteristiques de lu rage sc deroulent, d autant plus frap- 
panls dans leur manifestation qu ils etablissent un plus grand contraste avec I elat 
habituel (In sujet do rexperienee qui etail doux, caressant, joueur et prompt 11 
exprimer sa joie. Co tie agitation ince*sante, ce b-soiu de mordre, ce dogoul des 
aliments, olio dillicullo de la deglutition, ce changement de la voix, cetle expres 
sion dii regard, celle fureur centre le baton presente, etc., etc.; il n y a pas a s y 
meprendre . ce sont bion la les symplomes de la rage ; et cependant celte chienne 
a fini par sortir saine de cette epreuve. La rage incontestable dont elle a etc 
aU eelee s est dlcinte ct elle a recupere la sante. 

Hans nn anlre inemoii e, puMie en IXli i duns le Journal des vete rinaires du 
Mitli, M. Deeroix a domie 1 obsei valiou delaillee d un cheval qui a presonte tons 
les Miuplnmes de la rage et ipii cepeiidanl a ,yuen, comnie le> deux chiens des 
obsirvalions pmrdoulos. Mais etait-ce b.en la rage ? on n a pu quo prosumer 
line iiiniMU e sans ralliriner. Ce lait n a done pas le raraelerc de certitude que 
doiiiio riiKienlalion inlenlionnelle praliqnoe par M. Decroix sur les deux chiens 
dont Tbisloire vient d etre relalee. 

M. LeblaiK- Ills a lail connailiv aiissi un CMS de gnerison de rage-mue, sur un 

jeiuie chien d un an, donl deux roini a-i s rtaient nmi is anterieurement de la 

rage. .le n eus ainnn dunle, ill M. Lelilane, Mir la nature do sa maladie. Ce- 
jinnlm! malgr4 ma certitude, et en pre-enee de la douceur de raiiimal, on le 
soi-ua ( (11111110 (iii pill ; (iii In 111 a\a!or du lait el du liouillon, noil sans p, inc. A 
parlir du i|iiali ionic jonr, un niienx relatif apparul ; !. eliiou put boiro un peu 
saus elie aide ; le cimpiieme .junr, il man^ea dr la vianile et depni* cell. epoijue, 
la guerison inareba a\ec rapidilo L aniinal soitit do 1 bopital apros un sejour de 
on/o j liirs. 

|lapio> les laits, vonaut de dirierontes sources, qui viennent d etre rassembles, 
il I aiil ciiiicliu e que, M dans 1 iinuiense majorite des cas, la ra^e canine est une 
maladie moi telle, il y a cependant, a cette regie, quolquos lieuiensos exceptions, 
ipii M laienl sans donlo plib. noiulu euses, si los obicns enrages etaieiil laisses clans 
nn calme absoln ajnos la manifestation de lour maladie, au lieu d etre expo -es 
a do.s causes multiples d irrit ition, comme c e^t le cas le plus ordinaire dans les 
lioux on on les soquestre, et tout particulierement dans les hopilaux veteiinaires. 

Ces faits de guerison doinoiilroo possible de la rage no sauraient olre trop mis 
en rebel , car ils sont un encouragement a ne pas deeper, r des ressources de la 
nature et aussi, sans doutc, de celles de la medecine, alors memo qu il ne senible 
plus (ju il y ait aucun motif d espoir. 

AUTOPSIE DES CHIENS ENRAGES. L autopsie des chiens enrages n a encore fait 
reconnailn rien ipii puisse eclairer sur le siege precis de cette etrange maladie 
et donner 1 interpretation physiologique de ses symptomes. Toutes les modiflia- 
lioii^ d apparence et de structure, que Ton a signalees jusqu a present, doivent 
tre considerees comme des efl ots de 1 etut rabiijue, et non pas comme des condi 
tions organiques de ses manifestations. La preuve, c est que lorsqu un chien est 
tue, a la periode initiale de la rage, le cadavre ne laisse rien voir des modifica 
tions qui se produisent a mesure que s acheve 1 evolution morbide. Si elles etaient 
la cause, elles devraient evidemment lui preexister. 

Consi lerons d abord ce que laisse voir le cadavre du chien enrage, lorsque la 
maladie a suivi son cours et s est ternnnee par la mort ualurelle. 



RAGE. 129 

Nous nous [iroposons, en redigeant ce paragraphs, non pas de faire unc dtude 
anatomo-palholo:ji(|ue de la rage, raais simplement d exposer ce que, a premiere 
vue, Ton constate le plus eommunement a 1 aulopsie des chiens enrages, laissant 
a notre collaborateur le soin de J aire connaitre les lesions anatomiques que 1 exa- 
men microscopique a pu faire constater. 

Le premier fait qu il faut signaler est la couleur noire du sang, resultant de ce 
que, a la periode extreme de la maladie, Fhematose ne s opere plus que d une 
maniere imparfaite, et qu en definitive la vie s eleint par I asphyxic. Get etat du 
sang se reflete dans tous les ti-sus, et c est de lui que precedent, pour une bonne 
part, les apparences de congestion et d inflammation que les auteurs signalent, 
comme des realites, dans un grand nombre d appareils, que nous allons passer 
successivement en revue, en indiquant toutes les particularites qui se rattaclient 
a 1 etat rabique. 

1 Appareil digestif. La muqueuse buccale reflete toujours, a la periode 
ultime de la rage, une teinte rouge fonce, avec une nuance bleu.3tre, qui est 
1 expression, tout a la fois, de la couleur du sang et de la distension de ses vais- 
seaux, par suite, probablement, de la paralysie de leuvs nerfs moteurs. Cette cou 
leur noire, que Ton pent appeler intritueque, de la muqueuse buccale, est 
encore exageree par la teinte foncee que lui tlonne la poussirre adhe rente a sa 
surface dessechee. 

Quaud, dans le cadavre d un cliien poursuivi et tue comme suspect ou comme 
atteint de la rage, on constate ces premiers caracteres, donnes par 1 examen de la 
cavite buccale, les probabilites sont deja bien fortes que 1 accusation portee contre 
ce ehien clait foudee. 

Mais existe-t-il des lesions speciales de la muqueuse buccale? Voici sur ce point 
un certain nombre de documents qui servironl a 1 eclairer : 

En 1823, le Compte rendu des travaux de I e cole veterinaire de Lyon 
signale 1 existence, suv un chien, de pustules, et sur un autre de legeres ulcera- 
tions, de chnque cote du frein dela langUe, les premieres observees sur le vivant, 
et les secondes apres la mort. 

En 1824, Antonio Soares, velerinaire portugais, qui avail fait ses etudes a 
1 ecole d Alfort, publia dans le Recueil de me decine veterinaire, une note sur 
1 existence des lysses ou ve sicules rabiques, qu il avail observees a 1 ouverture 
d un chien enrage. 

Dans le Compte rendu des travaux de I e cole d Alfort, pour Vannee scold ire 
1824-25, M. le professeur Vatel a constate la presence de lesions semblables duns 
la bouche d une chevre et d un chien, morts tous deux de la rage. 

Dans le compte rendu de 1 anuee precedeute, les professeurs Dupuy et Barthe- 
lemy avaient annonce les avoir egalement rencontrees. 

Dans une these, soutenue en ] 831 , devant la faculte de medecine de Paris, par 
le docteur Vianna de Resende, qui avait suivi les cours de 1 ecole d Alfort, en 
1825, les pustules, dont le professeur Barlhelemy fait mention dans le compte 
rendu decette annee, sont decrites, et il estaffirme que 1 inoculation duliquiclede 
ces pustules, faitepar Barthelemy, a plusieurs chevaux, les fit tous perir dela rage. 

En 1826, les lysses rabiques, au dire d Hurtrel d Arboval, out etc observees a 
A 1 fort sur le cadavre de deux chiens. 

En 1835, Maillet, chef de service des hopitaux a Alfort, publia, .dans le Recueil 
veterinaire, une observation sur un chien enrage , a 1 ouverture duquel on a 
trouve des lysses sur la muqueuse de la lan^ue. 

DICl. ENC. O c S. 11 9 



130 RAGE. 

Enfin eu 1867, M. Pcuch, chef de service des hopilaux a 1 ecole de Lyon, a 
public, dans le Journal vderinaire de cette ecole, les observations qu il avail 
recueillies sur cetle lesion. M. Peuch declare que, sur 27 chiens enrage> clout il a 
fait 1 autopsie, il a rencontre les lesions de la langue dans 14 cas, 12 fois sous 
forme ([ ulcerations et 2 fois a 1 etat de pustules. Les ulcerations ont ete con- 
statees sur les chiens qui avaient eu la rage furieuse, et elles existaient plus sou- 
vent de 1 un ou de 1 autre cote de la langue que des deux a la fois. Quelquelbis, 
on les a rencontrees pres du frein, et presque toujours dans une region ou les 
dents ne pouvaient pas les atteindre. Du diametre de 3 a 5 millimetres, elles 
etaient tantot irregulieres et tautut parfaitement circulates. Toujours superfi- 
cielles, elles ne s etendaient jamais au dela de la muqueiue. II n y avait aucune 
induration sur leur circonference, et les glandes sublmguales etaient exemptes 
de toute alteration. 

Les pustules avaient une couleur opaline ct occnpaient le meme siege que les 
ulcerations. Du volume d un grain de millet, elles ne faisaient pas une saillie 
bien appaivnU; an-dessus de la surface do la membrane et etaient toujours en- 
lourccs d une aureole rouge. Elles presentaient, a leur centre, visible a 1 ceil nu, 
une petite ouverture, qui, examinee avec la loupe, parut etre celle d une glaude 
linguale. 

Cetlc di-MTiplion, donnee par M. Peuch, des lesions buccales, constatees dans 
1 elat rabique, est paifailrment concordaute avec celles qni out ete failes par ses 
devanciers, ct Ton pent en conclure que c est a loi t qne Ton a designe les unes 
sous le nom de pustules, et les autres sous celui d ulcerations. Ces pretendues 
pustules, comme nous avons pu nous eu convaincre de visu, dans quelques cas 
ou nous avons ete a meme de les observer, ne sont que des vesicules, ou autre- 
meiit lit des aphthes, formees par le soulevement de 1 epithelium, lesions tout 
ephemeres, <[ui ne laissent a leur place que des erosions toutes superficielles ; et 
ces erosions sont de celles qui, dans les maladies apbtheuses simples, disparais- 
sent absolument par le reiiouvellement tie 1 epithelium, sans laisser aucune trace 
persistante, comme celles que toujours on rencontre, sur les muqueuses aussibien 
qu a la peau, quand 1 eruption dont elles sont le siege est de nature pustulense. 

Getlc icsc i ve faite, il resulte niauifestement de la serie des documents <jui vien- 
nent d etre reproduits, que la membrane buccale peut etre le siege de lesions 
special s, particulieiement dans la region sous-linguale , lesions constitutes, 
tantot par des vesicules encore intactes, tantot par les exulcerations qui leur font 
suite. Mais ces lesions possibles seraient plutot rares que fre quentes, si Ton en 
juge [>ar le petit nombre des observateurs qui en ont parle. Cqiendant il se pour- 
rait qne leur rarete nefut pas reelle et qu elle dependit exclusivement de ce que 
Ton ne se serait pas suflisamment applique a les recheicher. C est au moins ce 
qne donnent a penser les resultats obtenus par M, Peuch qui, sur 27 cadavres 
de chiens enrages, n a pas rencontre moins de 14 fois les traces de 1 eruption 
rabique dans la bouche. 

Quoi qu il en soit de la signification de cette eruption, il est certain que lors- 
qu on la constate sur une membrane, presentant deja les premiers caracteresde 
coloration foncee, que nous avons signales, elle renforce les presomptions, deja 
etablies par ces caracteres, de 1 existence de la rage. 

L estomac est, de tons les organes, celui qui fournit, sur 1 existence de 1 etat 
rabique, les renseigiiements les plus posilifs, non pas par des alterations propres 
qui auraient un caractere univoque, mais bien par la nature des matieres qu il 



RAGE. 131 

contient. Delabere-Blaine a fortement, et avec juste raison, insistc sur cette par- 
ticularite des plus significatives. En dirigeant I altention vers 1 estomac, dil-il, 
on est d abord frappe de sa distension, et, en 1 ouvrant, onvoit que la cause en 
est dans line accumulation d une masse considerable, souvent meme enorme, de 
substances etrangeres a [ alimentation, telles que du loin, de la paille, dn bois, du 
charbon, des cendres, des morceaux de nattes, en nn mot, de substances assez 
petites pour que la deglutition ait pu en etre f;iite... II est certain que la presence 
dans 1 estomac de celte matiere indigeste est si ordinaire, qu elle devient un signe 
pathognomonique de la premiere importance, et qu il faut le cbercher toutes les 
fois qu il existe des doutes. De toutes les marques caracteristiques de la ma- 
ladie, ajoutc Elaine duns une note, je regarde celle-ci comme la plus vnie et 
comme la moins assujettie a aucune variation. Je ne dirai pas que je n ai j;un. is 
vu, apres la mort d tin chien enrage, 1 estomac sans cette masse indigeste; mais, 
apres en avoir examine plus de deux cents, je ne me rappelle pas en avoir trouve 
plus de deux on Irois sur lesquels ce symptome manquait. Ce vrai signe caracte- 
rislique ne peut done s imprimer trop fortement dans 1 esprit, puisqu il pent etre 
verifie par tout individu, par le plus ignorant, comme par 1 amateur et I liomme 
de 1 art. II est d autant plus important (jn on peut le trouver lougtcmps apres la 
mort, quand bien meme les autres signes sout conlbndus par la decomposition 
generate du corps. Et filaine ra[iporte, a cette occasion, qu ayant ele consults 
juridiquement pour examiner le cadavre d un cbien sur lequel on avail des soup- 
cons, et qui elait enlerre di ja depuis trois semaines, il put affirmer que cet animal 
etait enrage, grace a ce signe infuillible qui etait, du reste, bien accuse, et qui 
seul persislait au milieu de la decomposition cadaverique. 

Youatt attache aussi la plus grande importance a la presence dans 1 estomac de 
matieres etrangeres a 1 alimentation : Si, dit-il, on y rencontre un melange 
etrange de poils, de foin, de paille, de fiente de cheval, de terre, ou encore des 
debris du lit sur lequel 1 animal etait couche, on peut affirmer sans crainte de 
beaucoup d erreur qu il est mort enrage, -car ce n est que sous [ influence de la 
depravation d appetit, qui est le propre de la rage, que cet amas de substances 
a pu etre devore. Mais la presence isolee de 1 un ou de 1 autre, du charbon, du 
bois et meme de la fiente, ne sullit pas pour autorisera affirmer la rage. Ce qui est 
particulierement caracteristique, c est le melange de paille, de poils et d ordures 
de differentes especes. 

D apresune statistique que M. Fleming a empruntee a Bruckmuller, professeur 
d analomie pathologique a 1 Institut veterinaire de Vienne, la presence des corps 
etrangers dans 1 estomac des cbiens enrages ne serait pas aussi frequente que les 
affirmations de Delabere-Blaine et celles de Youatt le doiment a penser. Sur 
575 chiens enrages, dont Bruckmuller a fait 1 examen aulopsique, dans une pe- 
riode de vingt annees, il n a rencontre des corps etrangers dans 1 estomac que 
199 fois, soit dans la proportion de 54 pour 100 environ. 

Quoi qu il en soit de cette divergence d opinions, au point de vue de la fre 
quence de ce fait, il n en conserve pas moins, quand il existe, une grande signi 
fication diagnostique, et, lorsqu on le constate a Tautopsie d un chien soupconne 
de rage, on peut, sans crainte d erreur, comme le disent Blaine et Youatt, affir 
mer que ce chien etait enrage, pourvu qu on trouve dans I estomac le melange 
etrange sur lequel Youatt insiste avec raison; car les chiens mangent assez souvent 
del lierbe, surtout les jennes pousses fraiches et sucrees ; les jeunes rongent des 
morceaux de bois pendant la dentition, et enavalent des parcelles; il est commun 



152 RAGE. 

aussi de voir des ohiens en saute manger la corne du sabot du cheval, et particulie- 
rcment celle de la fourchette, ou encore deglutir des etoupes on des rubans qui 
out scrvi ;\ des pausements et qui sont impregnes de pus ou de sang putrefie. 
D autre part, il existe chez certains chietis des perversions singulieres d appetit. 
M. Weber a fait voir a la Societe centrale de medecine veterinaire, en 1875, un 
animal de cette espeee, appartenant a une couturiere qui se complaisait a avaler 
des aiguilles, des epmgles et des agrafes apres les avoir brisees sous ses dents. 
Lorsqne ccs corps etrangers avaient ete accumules en trop grande quantite dans 
1 estomac, ils etaient rejetes sous la forme d une sorte de pelote dont les differentes 
parties composantcs etaient comme feutrees et maintenues reunies pur du mucus. 
Ccs jours derniers (fevrier 1874), j ai vu a 1 ecole veterinaire de Lyon une sorte 
d dgagropile lormce exclusivement par des dieveux, que Ton avait rencontres dans 
1 estomac d un chien. Cette masse pil<use, feutree et tres-dense, comblait exacte- 
ment la cavite de I organu, dontelle repctait la forme interienre comme le platre 
celle dumoule. L animal a 1 aulopsic dinpu lon a trouve cette piece curieuse ap- 
pai ten, lit a un perruquier de Lyon, et il avail pris 1 habitude d avaler les cheveux 
qui tombait iit de la lete des clients de son maitre sous la coupe de ses ciseaux. 

La presence de corps etrangers a 1 alimentation dans 1 estomac des cliiens nc 
sanrail done etre nuiMilrn v CDHIIIIC a\ant une signification diagnostique univoque. 
Mais dans les cas ou leur iiigcslion nc icsulte pas de rincilation rabique, ces corps 
soul homo-rut s, on | om mieiix dire d unc senle sorte, et souvent on trouve, en 
nieine temps qii eux, dans h slnmac, des maliercs aliinentaires, tandis que, en 
cis dc rage, ils soul des plus divers et des pins disparates. 1 aille, loin, laine, 
crins, I ragnicnU d clofl cs, moireanx de ciiir, de bois, de fer, de verres, berbes, 
tene, pierre., (roiliiis, litiere, inaliere- excrementielles, ete., tout ce que 1 animal 
a troiis i ; a la poiiee de ses dents, il s y est altaqne et il en a degluti plus ou 
moins. Asse/ souvent 1 estomac enreufeime une masse considerable qui se trouve 
associee au liqtiide noir extravuse dans .sa cavite, mais il est tres-rare qu on y ren- 
conlre, en meaie temps, des matieres alimentaires veritables, car generaleraent, 
dans la rage, le sentiment reel de la I aim n existe plus et les animaux eprouvent 
de la repugnance pour leur nourriture. Si quelquefois ils la deglutissent, c est au 
menie litre que les autres corps etrangers et sous 1 impulsion des memes incita- 
tions, mais non pas par la determination de la faim. 

Si la presence dans 1 estomac de matieres etrangeres a 1 alimentation a celte 
grande si-nilic:ation diagnostique dont nous venous de parler, il faut en atlribuer 
une tout opposee a la plenitude de 1 estomac par des matieres alimentaires en voie 
de digestion, car le chien enrage refuse d ordinaire les aliments, ou, s il mange, 
ee n est que du bout des dents, et jamais au point de se gorger. La presomption 
est done bien forte qu un chien qui a commis une morsure n etait pas enrage, 
lorsque, a son antopsie, on trouve son estomac rempli de matieres alimentaires. 

l,a muqueuse de 1 estomac, dans le chien mart de la rage, reflete presque tou- 
jours une conleur rouge intense, .plus foncee au sommet des plis, avec des mai 1 - 
brures irregulieres, constituees par des taches qui ressemblent a de veritables 
ecchymoses ; et, avec cette couleur de la muqueuse, coincide la presence, dans la 
cavite de 1 organe, d un liquide de couleur tres-ioncee, melange de salive, de bile 
et de sang epanche, analogue par son aspect, dit Elaine, a du mare de cafe. Souvent 
cnlinil existe des erosions del a muqueuse, partieulierement sur les points qui sont 
le plus fortement ecchymoses, soit qn elles resnltent d un travail ulcerateur, ou 
qu eiles aient ete produites par le contact des corps etrangers, souvent anmleux et 



RAGE. 

aceres, que 1 incitation rabique determine les animaux a deglutir. Youatt attache 
une grande importance a la presence et aux caracteres du liquide de 1 estomac, 
au point de vue diagnostique de la rage, si, en meme temps qu ou le trouve dans 
1 estomac, on rencontre dans le duodenum et le jejunum, meme en ties-petite 
quantite, des corps etrangers a 1 alimentation, qui ont franchi le pylore. Cos corps 
sont pour lui 1 indice de la depravation de 1 appetit qui earacterise la rage, ct si 
1 eslomac n en contient plus, c estqu ils ont ete njetes par le vomissement. 

Elaine avail vu dans la coloration rouge de 1 estomac et ses taclies ecchymo- 
tiques les signes certains de son etat inflammatoire. II est bien plus probable que 
cette coloration et J etat de distension, qu elle exprime, de l a|>p;iri il v;is<;iilaiir, 
se rattache, comme celle dc la muqueuse de la bouche et celle de 1 arriere-bouche, 
a la paralysie dcs vaso-moteurs. Le sang stagne ct s epanche parce que les tu- 
niques des capillaires, frappe"es d inertie, n ont plus 1 activite necessaire pour le 
faire circuler. 

L ensemble de ces fails : la coloration foncee de la muqneuse stomacale, ses 
tacbes ecchymotiques, la presence dans 1 estomac d un liquide noiratre analogue 
par ses apparences a du marc de cafe, et enfin 1 existence dans sa raviir <lrs corps 
les plus disparates, etrangers a 1 alimentation, voila ce que Ton rencontre deplus 
constant et de plus caracteristique dans le cadavre du chien enrage. 

L intestiu grele presente aussi, comme 1 estomac, une coloration generalc plus 
foncee et des tuches eccbymotiques disseminees, notamment dans la region duo- 
denale, et le liquide qu il contient est souvenl colore en rouge brun, comme celui 
de 1 estomac, mais ces lesions y sont toujours moins accusees que dans ce dernier 
organe, et elles y sont aussi bien moins constantes. 

Quant au restant de 1 appareil digestif et de ses annexes, on n y a jamais con 
state aucune lesion d un caractere determine. Bruckmuller, dans les rechcrcbes 
qu il a poursuivies, sur les 375 chiens dont il a fait 1 autopsie, n a jamais pu 
constater la congestion des glandes salivaires et des nerfs qui s y rendent. 

Dans le foie et dans la rate, les difficultes ou les empechements de la circula 
tion capillaire se traduisent par des byperemies lobulaires et des foyers bernorrha- 
giques d apres Prinz, Veith, Bruckmuller et Schrader, cites par Virchow ; mais on 
ne sail pas ce que pevit etre un exantheme variolo ide de la rate, decrit par Locher. 
Hertwig declare, de son cote, 1 avoir cherche en vain sans jamais le rencontrer. 

2 Appareil respiratoire. Les lesions de 1 appareil respiratoire, que Ton a 
signalees dans la rage, n ont aucune signification, au point devue de cette mala- 
die. Elles consistent dans une coloration plus rouge de la muqueuse depuis les 
cavites nasales jusqu a 1 extremile des broncbes, et dans 1 etat de congestion ap- 
parente des poumons, ou le sang est reste en stagnation, comme il arrive dans 
1 aspbyxie. Lorsque les animaux ont succombe a la rage mue, la muqueuse de 
1 arriere-bouche est recouverte, au dire d Hertwig, d une mucosite sale, mi peu 
grisatre, qui se continue par 1 ouverture superieure du nez jusque dans les 
narines. 

3 Appareil urinaire. L etat de la vessie pent-il fournir quelques indications 
diagnostiques au point de .vue de la rage? En 1831, Chardon, veteiinaire a 
Provins, ayant ete appele a faire 1 autopsie d un loup qni s etait jete sur un vigne- 
ron et 1 avait mordu cruellement, ne constata, comme particularite qui lui parut 
digne de fixer 1 attention, que Tetat de la vessie, qui etait tellement retractee, qu il 
fut oblige, pour la troirver, de se guider sur les ureteres : II apergut alors au 
bout de ces conduits une espece de petit corps glandiforme, ovo ide, gros tout an 



154 RAGE. 

pluK comme un de h condre; c etait la vessie tout a fait retiree sur elle-meme. n 
Une incision, i aite sur son fond, laissa voir la muqueuse tellement ridee et res- 
serree, qu on fut oblige d employer une certaine force pour introduire un doigt 
dans son interieur, qui ne contenait pas une seide goutte de liquide. 

Lcs reins etaient petits et durs, et aucun suintement de liquide ne se produisit 
sur leur coupe. 

(Ihardon, ratlacliant cet etat de 1 appareil urinaire a I hydrophobie, qui etait 
alors consideree comme un signe certain de la rage des animaux, crut pouvoiren 
conclure que le loup etait atteint de la rage; et revenement ne lui donna que 
l.rop raisoit, car, quarante deux jours apres sa morsure, le malheureux vigneron, 
|n ifciaii. parvenu a maitriser son eimevni quYn lui saisissant la queue d une 
111:1111 et la laiigui! dc I anln 1 , mourail. virlimc do la raL c ijui lui avait etc 
iiionilce par une mulliludo de moiMirrs (,lnnrn. jirtit. de me d. ve te rin., 
1829). 

lirlic retraction excessive de la vessie, signalce pour la premiere fois, que nous 
sarhimis, par CJiaidon, a clo dcpuis tres-communement constatee. M. le profes- 
snir l,alo--sr dil, dans MHI li aili de pathologic, quc sur ciiupiante-trois autopsies, 
il no 1 a vn maiiqiicr qii unc I OK. Hcnanll appdait aussi [ attention sur cette par- 
hcnlaiilc dans scs conrs cliniqiirs a Allbrt. Enfin tout rccemment, M. Dupont, de 
r.ordcaiu, dans la discussidii sur la ragr, devant la Socie te de medecine et de 
rliirun/ir, a loilcnirnl insi^ic sur eel. c lat pnrticulier de la vessie, qu il croyait 
avoir iVIiappr jnsipi alor< a ratlciition dcs observateurs : Cet organe, dit-il, est 
conslaninicnl. cnspc ot pclotonnc sur lui-nicme, dur comme un petit caillou, et 
raincnc en arricrc, sans modifications profondes dans sa texture. Depuis vingt-cinq 
ans, que je pratique 1 anlopsie des aniniaux morts on abattus pour cause derage, 
je if ai jamais trouve la vessie dans d autres conditions. Jamais non plus je n ai 
trouve cet organe dans le meme etat sur des animaux morts a la suite d autres 
maladies. 

Cependant d^ja, des 1829, Rigot, professeur d anatomie a Alfort, faisait obser 
ver qnc la petitesse de la vessie, sur laquelle Chardon avait cru pouvoir etablir 
le diagnostic de la rage, etait telle dans les carnivores, lorsqu elle etait entiere- 
ment vide, qu elle ne constituait plus alors qu un tres-petit corps spheroide, loge 
dans le fond de la cavite pelvienne, contre le perine. 

D un autre cote, si la retraction extreme de la vessie est un fait frequent dans 
la rage, comme MM. Lafosse et Dupont 1 ont constate, ce n est pas un fait 
constant. 

II y a des cas ou, malgre la rage, la vessie se trouve dans des conditions ordi- 
naires de plenitude, et il faut que ces cas ne soient pas rares puisque ni Elaine, ni 
Youatt, ni Hertwig, ni Bruckmuller n ont fixe leur attention sur cette particularity 
et nel ont signalee. Si elle etait aussi constante qu il a ete donnea M. Lafosse eta 
M. Dupont de la rencontrer, il est evident qu elle n aurait pas echappe a ces 
observaleurs. 

Ouant a nous, tout ce que nous pouvons dire a ce sujet, c est qu ayant rencontre 
la vessie tantot vide et tantot pleine, nous n avons pas attache d importance a son 
elat eta sa signification, au point de vue du diagnostic de la rage. 

II nous pa rait probable, du reste, que cet etat doit differer siiivant le moment 
de la maladieou 1 autopsie est pratiquee ; qu a la periode initiale, par exemple, la 
vessie doit encore contenir de 1 urine, tandis que plus tard, 1 animal ne buvant 
plus, non pas par horreur de 1 eau, mais par 1 impossibilite de la deglutition, la 



RAGE. 155 

secretion urinaire doit se tarir : d ou la condition pour que la vessie, ou rien n at- 
flue plus, se retracte et se pelotonne dans 1 arriere-fond du bassin. 

Gette retraction, pour n etre pas constante, ne laisse pas cependant d avoir de 
rimportance, et quand elle coexiste avec d autres signes, comme 1 etat de la bou- 
che etla presence des corps etrangers dans 1 estomac, elle constitueun element de 
plus de certitude. Seule, elle ne pourrait servir de base qu a une presomption. 

4 Appareil nerveux . L appareil nerveux n a encore rien Laisse voir qui soit 
propre a eclairer la question du siege precis et de la nature de la rage. Sans doute 
qu il n est pas exempt de lesions : on constate souvent, a la periode ultime de la 
maladie, 1 etat d injection des vaisseaux du cerveau et de la moelle, ainsi que de 
leurs enveloppes, avec des exsudations partielles plus ou moins etendues. Les 
recberches de Bruekmuller 1 ont conduit a cet egard aux resultats suivants : 

Sur les 575 cbiens enrages dont il a fait 1 autopsie il a constate : 

1 L hemorrhagie dans la substance du cerveau, sans intervention de causes 
mecaniques (5 i ois) ; 

2 La congestion du cerveau (26 fois) ; 

3 L osdeme du cerveau generalement accompagne d un grand ramollissement 
des membranes (74 fois) ; 

4 L bydrocephale aigue avec inflammations des membranes (27 lois) ; 

5 L hydrocepliale chronique avec graude distension des ventricules (10 fois). 

II resulte, en definitive, des cbiffres donnes par Bruckmuller que les altera 
tions du cerveau et de ses enveloppes se montreraient, chez les cbiens enrages, 
dans la proportion de 40 p. 100; ce qui implique evidemment qu elles ne sont 
qu une consequence de 1 etat rabique et non pas une cause, puisque cet etat peut 
exister, sans elles, dans la proportion de 54 p. 100. 

Des lesions du meme ordre ont aussi elementionnees dans lesnerfs, iiotanunent 
dans le pneumogastrique, les ganglions du grand sympathique a la region cervi- 
cale et dans la poitrine, I liypoglosse, le lingual. II est probable, en efk t, que ces 
nerfsjouent un role preponderant dans la manifestation des symptomes les plus 
immediats et les plus caracteristiqnes de la rage. L injection de la muqueuse de 
la bouche, de rarriere-bouclie, et des premieres voies respiratoires, les ditficultes 
et les empecbements de la deglutition, les modifications du timbre de la voix, la 
paralysie de la machoire inlerieure et de la langne, tous ces faits se rattachent 
manifestement a un trouble de 1 action propre des nerls qui viuiuiL-ut d etre enu- 
meres, et n en sont que 1 expression. II en est de meme des stases sanguines des 
poumons, de 1 estomac, de 1 intestin, de la rate, et du foie, qui se traduisent 
par les fortes colorations et les hemorrbagies partielles dont ces organes sont 
le siege. 

D un autre cote, les premiers symptomes caracteristiques de 1 etat rabique, 
1 agitation incessante, le delire, le developpement exagere du sentiment affectueux 
et plus tard la manifestation de 1 instinct feroce, etc., tous ces fiiits precedent evi 
demment des modifications subies par 1 appareil cerebral. 

Enfin, la paralysie de 1 arriere-train qui apparait, d une maniere presque con- 
stante, dans la periode ultime dela rage est 1 expression certaine des alterations de 
la moelle dans la region lombaire. 

D ou il ressort, en definitive, que la rage, dans 1 evolution de ses symptomes, 
denote que 1 appareil cerebro-spinal est le siege de modifications successives, depuis 
le cerveau dont les troubles se manilestent les premiers, jusqu a la partie poste- 
rieure de la moelle. 



1EC 

G est d abord, en effet, dans la partie du cerveau qui est le siege de 1 intelli- 
gence et de 1 instinct que la condition des manifestations morbides s etablit. 1 uis. 
la base est envahie etle bulbe rachidien; et alors, aux premieres manifestations, 
procedant des hemispheres cerebraux, s ajoutent celles qui resultent des troubles 
de la fonctiou du pneumogastrique, du spinal, de 1 hypoglosse, du lingual, et 
meme du trifacial, car c est de lui que proce.de 1 expression si caracteristique de 
la physionomie du chien enrage. Enfin la moelle, a son tour, subit des alterations, 
dont la paralysie est 1 expression, paralysie qui commence generalement par 1 ar- 
riere-train et n envahit 1 avant qu en dernier lieu. 

Mais en quoi consistent les alterations de 1 appareil cerebro-spinal qui se tra- 
duisent par 1 evolution des symptomes successifs de 1 etat rabique? A cet egard 
rien n est encore connu, car ce n est pas assez, pour donner 1 interpretation phy- 
Mologique de ces symptomes, des injc-etions vascuiaires, et des exsudations par- 
tifllrs que Ton a signalers dans le cerveau, dans la moelle, et dans leurs enve- 
loppes. II y a autre chose e\i<lenmieut, et c est a Tbistologie, sans doute, qu il est 
reserve, sinon de resoudre ce probleme peut-etre impossible, au moins de fournir 
de nouveaux elements propres a I eeLunT davanlage. 

II. KACE FKLINE. La rage du chat est une muladie beaucoup plus rare que celle 
du chien, et dont la symptotnatologie <-( bien moins connue, a cause d ubord de 
celie plus gnmdc rarele el, ensuite, parce qne le chat enrage disparait tres-vite 
lorsi|n il ressent les premieres alleintes de sa maladie et que, generalement, ou 
lie le re\oil pas. 

A sa periode initiale, la rage est denonce"e, cbez le chat, comme chez le chien 
par un ensemble de signe qui doivent d autant plus eveiller 1 attention que tout, 
dans la physionomie, 1 habitude et les attitudes de 1 animal, contraste avec son 
etat ordinaire. 

Le chat, en effet, malgre son extreme agilile, se complait au repos dans nos 
maisons et, liors 1 epoque de son jeune age, ou il se livre a ses jeux si connus, 
on le voit le plus souvent dans un etat de demi-somnolence ou de sommeil com- 
plet, tantot coucbc en rond, tantot reposant sur la poitrine, ses deux pattes ante- 
rieures repliees sous lui. Voila notre chat domestique. 

II y a done lieu de se metier grandement d un animal de cette espece, lorsque 
contrairement a des habitudes que Ton peut appeler seculaires dans nos races 
domestiques, on le voit devenir tout a coup triste, inquiet, sombre, selivrera des 
mouvements sans cause et exprimer par ses attitudes et son facies quelque chose 
d insolile. II n est jamais trop tot, des que ces signes apparaissent, de prendre des 
mesures de precaution et de se rendre maitre de 1 animal par une etroite et sure 
sequestration, car nous allons voir combien il est terrible lorsque la rage, qui 
s est emparee de lui, le determine a devenir agressif. 

II est bien probable, qu outre ces signes de tristesse sombre, d inquietudeet d agi- 
tation, la rage se caracterise encore, chez le chat comme chez le chien, par 1 appetit 
supprime et deprave, ensuite, par le changement de la voix, par un etat nerveux 
nouveau qui le rend plus impressionnable. Peut-etre meme que, par exception, cbez 
ceux des animaux de cette espece qui sont le plus afieclionnes, le sentiment a flee- 
tueux peut s exalter et donner lieu a des manifestations excessives, etc. 

Mais sur tous ces points, on ne peut emettre que des probabilities, basees sur 
1 analogie, car la rage du chat n apas ete bien observee a sa periode initiale. Pour 
ma part, il ne m a etc donne de la voir qu a sa periode furieuse, et alors elle est 
des plus caracterisees. 



RAGE. 1.17 

De fait, lorsque le chat est a la periode furieuse de la rage, sa nature de tigre 
se reveille, ses grands yeux deviennent fulgurants et expriment une indicible 
ferocite. 

Rien d effrayant comme de le voir, dans sa cage, la gueule beante et baveuse, 
le dos voute et la queue batlant ses flancs. Ses gril fes sorties et tendues rendent sa 
marche diificile; elles s accrochent au parquet et y laissent leur empreinte. Lors- 
qu on se presente devant lui, 1 animal se lance vers vous d un seul bond, aussi 
eleveque le permet la hauteur tie sa cage, et visant evidemment a votre figure, 
car c est toujours la qu il