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A gift of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 



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r. 




DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



PAIUS. TYPOGRAPHIC LAIIURE 
Rue de Fleurus, 9. 



DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE MO 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS 

ARCHAMBAULT, ARNOULD (j.), AXENFELD, BAILI.ARGER, BA1LI.ON, BALEUNl, BALL, EARTH, DAZIN, BEAUGRAND, 
BECLARD, BEHIER, VAN BENEBEN, BERGER, BERNIIEIM, BERT1LLON, BERTIN, ERNEST BESMEI1, 11LACI1E, BLACIIEZ, BOINET, 

BOISSEAU, BORDIER, BOUCHACOURT, CH. BOCCHARD, BOCISSON, BOULAND (P.), BOULEY(ll.), BOUREL-RONCIEUE, 
BODVIER, BOYER, BROCA, BROCIIIN, BROUARDEL, BROWN-SEQUARD, BDIlCKER, CALMEIL, CAMPANA, CARLET (G.), CERISE, 

CHARCOT, CHARVOT, CUASSAIGNAC, CHAUVEAU, CHAUVEL, CHEIIEAl , CHRETIEN, COLIN (L.), CORN1L, COUI.1ER, COL III V , 
COYNE, DALLY, DAVAINE, DECIIAMBRE (A.), DELENS, DELIOUX DE SAVIGNAL, DELOHE, DELPECH.DEKONVILLIEBS, DEPAUL, 

DIDAY, DOLBEAU, DDCLADX, DUGKET, DUPI.AY (s.), DCREAD, DUTROULAU, ELY, FAI.RET (j.), FARAUEUF, 

FEL1ZET, FERRAND, FOLLIN, FONSSAGIUVES, FRANCOIS FRANCK, GALTIEll-BOlsSlEHE, GA111EL, GAYET, GAVAUUET, 

GEliVAIS (p.), GILLETTE, 61HAUD-TEULON, GOBLEY, GODELIER, GRKENIIILL, GRISOLLE, GUBI.ER, GUEMOT, GUERABD, 

GUILLARD, GUII.LAUME, GUILLEM^ , GUYON <F.), IIAUN (L.), IlAMELIN, HA^EM, HECIIT, UENOCQUE, 1SAMUEHT, 

JACQUEMIER, KELSCH, KRISHAIIER, LABBE (LEON), I.ABBEE, LABORDE, LAIiOULBENE, LACASSAGNE, 
LAGNEAU (G.) F LANCEREAUX, I.ARCHER (0.), LAVERAN, LAVERAN <A.), LAYET, LECLERC (L.), LECORCIIE, LEFEVRE (ED.), 

LE FORT (LEON), LEGOCEST, LEGROS, LEGROUX, LEREBOULLET, LE ROY DE MERICOL RT, LETOL HNEAl , LEM-..N, 

LEVY (MICHEL), LIEGEOIS, LIETARD, LINAS, LIOUVM.LE, LITTIIE. LI TZ, MAGITOT (E.), MAIIE, MALAGI TI, M.inciiANb, MAREY, 

MARTINS, MICHEL (DE NANCY), MILI.ARD, DANIEL MOLLIEIIE, MONOD (en.), MONTANIER, MORACIIE, UOREL (B. A.), 

NICAISE, OLL1ER , ONIML S, ORFILA (L.), PAJOT, PARCIIAI l E, PAIlHOT, PASTEUR, PAULET, PERII1K (HAL llICE), 1 EI EK(M.) , 
PINARD, PINGAUD, PLANCHOX, POLAILLON, POTAIN, POZZI, RAYMOND, REGNARD, REGNAl LT, REKAUH (j.), RENHU, 

REYNAL, ROBIN (ALBERT), ROBIN (CH.), DE ROCIIAS, ROGER (H.), ROLLET, ROTUHEAU, ROUGET, 

SA1NTE-CLAIRE DEV1LLE (H.), SANNE, SCBUTZENbERGEH (CU.), SCUiJTZENBEHGER (P.), SED1LLOT, SEE (MARC), sERVIER, 
DE SEY.NES, SOUBEIHAX (L.), E. SPILLMANN, TART1VEL, TESTELIN, TILLAUX (P.), TOURDES, TRELAT (U.), 

TRIPIER (LEON), TROISIER, VALLIK, VELPEAU, VERNEUIL, VIDAL (EU.J^IDAU, 
VILLEMIN, VOILI.EHIER, VULPUN, WAHLOMONT, WIDAL, VS ILLH, \\ORJIS (}.), WURTZ, ZUBER. 

DIRECTEUR : A. DECHAMBRE 



T110IS1K.ME SEUIE 



TOME S E P T I E M E 



SAR - SCL 




PARIS 



P. ASSEL1N 

LIURAIRE DE LA FACDLTE DE MEDECINE 

Place de l Ecole-de-Medecine. 



G. MASSON 



LIBRAIRE DE L ACADEMIE DE MEDECINE 

Bouleiard Saint-Germain, en face de 1 Ecole de 



JIDCCCLXXIX 



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y 






DICTIONNAIRE 

ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MKDICALES 



SARCOMK (PATHOLOGIE) (de aap, xo?, chair). On designc ainsi des tumeurs 
de consistance clianiue ct qui pivsrnlrnl les earaclrri s analomiques du tissu 
conjonctif ou lamiueux dans ses phases de developpement embryonnaire. 

On peut considered comme synonymes les tumeurs embryoplastiques de 
.Kobin, les tumeurs fibroplastiques de Lebert, Broca et Robin, les plasmomes de 
Follin, les fibrocellular tumours ou recurring fibroid dc Paget. 

HISTORIQUE. Les origines du mot sarcome sont fort obscures, et il y a bicn 
longtemps qu on a designe sous le nom de lumcurs charnues des productions 
morbides oflrant les caractercs anatomiques les plus varies. Bien que certains 
auteurs aient recounu dans Celse la description des sarcomes, c est plutot sous 
les noms de myrmecia, acrochordon, steatomes, que nous reconnaissons les 
caracteres cliniques des sarcomes. Galien a decrit sous ce nom des polypes du 
ncz, et les polypes volumineux de consislance cbarnue situes sur d autres parties 
du corps; mais la denomination generate de sarcome a ete remplacee par celle 
de Fongus, de Steatome, sous laquelle on a reuni des lipomes, des iibromes, des 
cancers encephaloides, et meme des kystes congenitaux renfermant des pelotons 
de poils (Celse) ; dans Paul d Egine, dans Galien et dans Avicenne, c est plutot 
sous le titre de steatomes qu il conviendrait de rechercher des notions chirur- 
gicales applicables aux sarcomes. 

Au dix-huitieme siecle, la meme confusion existe, mais deja les chirurgiens 
essaientune classification des tumeurs; c est ainsi que Saviard (1702), Boerhaave 
(1751), Heister (1750), decrivent comme sarcomes des tumeurs fibreuses de 
1 uterus, ou des osteosarcomes, mais les observations de Hundertmark (1757) et 
de Gotthelf Hermann sur les osteosteatomata prouvent que la distinction 
n etait pas encore precise entre les sarcomes et les steatomes ; en effet, Astruc, 
qui donne une description fort complete de polypes et de tumeurs graisseuses ou 
sarcomes, semble confondre les lipomes, les tumeurs fibreuses et les sarcomes, 
car il leur donne pour origine commune : quelque portion de la membrane 
cellulaire ou graisseuse qui est etendue sous la peau. 

Astruc ajoute dcs details anatomiques qui s appliqueraient asscz exactcment 

D1CT. ENC. 3* S. VII. \ 



2 SARCOME (PATHOLOGIE). 

aux sarcomcs, il en decrit les complications, 1 inflammation, la suppuration, et 
pense qu ils peuvent devenir squirrheux ou carcinomateux ; Astruc semble 
d ailleurs attacher une grande importance a 1 examen de la coupe de latumeur, 
des vaisseaux etdesnerl s, et ila soinde nous dire que les Grecs, qui n y regar- 
daient pas de si pres, prenaient ces tumeurs pour de la chair. II a cependant 
fallu bien du temps pour voir un peu clair dans 1 etude de ces tumeurs, car, 
malgre les premieres tentatives de classification de Mangel (1721), de Grashuis 
(1741), de Lorry (1779), il faut rapporter a John Abernethy (1809) 1 introduc- 
tion du terme generique de sarcome dans le classement dcs tumeurs. Virchow, 
dans son traite des tumeurs, a montre comment 1 influence d Abernethy a con- 
tribue a transformer 1 acception de ce mot, de telle facon qu il etait devenu trop 
general pour representer un groupe de tumeurs bien defini. Virchow a raconte 
cette phase de 1 histoire des tumeurs dans laquelle ce terme de sarcome est 
devenu tellement vague qu il en est resulte la confusion la plus deplorable dans 
la denomination des tumeurs. Ainsi que 1 ecrit Virchow, c est juslement cet 
etat de choses arbitraire qui a provoque la reaction, lorsqu on s est mis a exa 
miner les tumeurs au point de vue anatomique et histologique plus precis ; on 
a pense qu il ne restait rien a faire que de renoncer entierement a un nom aussi 
incertain dont on avail tant abuse et de designer d une autre maniere les diffe- 
rentes especes de productions comprises sous cette denomination... (Patholog. 
des turn., t. II, p. 172, trad, francaise.) 

Lebert et ses eleves pensaient ainsi lorsqu ils s efforcerent de delimiter les 
tumeurs fibreuscs, les tumeurs fibroplastiques ; Birkett, Paget, en Angleterre, 
Broca, Follin, Verneuil, Robin, en France, out dirige ce mouvement qui a eu 
pour resultat immediat une etude Ires-complete des tumeurs fibroplastiques, 
des fibromes, des adenomes, de sorte qu on aurait pu croire 1 accord etabli entre 
les anatomo-pathologistes de 1 epoque ; il en eut ete ainsi, s il s etait simplement 
agi de definir les fibromes et les tumeurs a tissu fibroplastique, mais a la meme 
cpoque Lebert poursuivait un autre but, la specificite de la cellule cancereuse 
etait devenue une croyance, et Ton ne pouvait plus expliquer les tumeurs mali- 
gnes generalisees qui n etaient pas le cancer avec ses cellules specifiques. On dut 
multiplier les divisions : c est ainsi que Follin admit les plasmomes et la fibro- 
plastie generalisue, on separa les tumeurs myeloides des tumeurs fibroplas 
tiques ; enfm, observant certains caracteres particuliers des tumeurs fibro 
plastiques suivant leur siege, suivant qu elles occupent la moelle des os, le 
tissu interstitielducerveau, de la retine, le tissu muqueux, Bobin dislingua les 
tumeurs a medullocelles, a myeloplaxes, a myelocytes, et alors rapprocha les 
tumeurs embryoplastiques des formes malignes du cancer a base epitheliale. 
C etait un grand progres que dc prendre pour base des descriptions 1 etude 
analyliijue des tumours, la connaissance exacte de la texture et de la structure, la 
predominance de chacun des elements on les alterations des tissus; telles etaient 
les bases en quelque sorte purement anatomiques de la classification proposee 
par Robin, et cependant les denominations professees par Robin n ont pas pre- 
valu; nous n avons pas ici a examiner les causes multiples qui out contribue 
a remettre en faveur le terme general de sarcome, mais il faut constater que 
les travaux de Virchow cl la theorie du tissu conjonctif qui en a ete le resultat 
ont transforme les termes de la classification des lumeurs de tissu conjonctif; il 
semble qu il y ait un accord, du moins pour les denominations des groupes princi- 
paux, entre les anatomo-pathologistes : Rindfleisch, Billrolli, Liicke, Cornil et 



SARCOME (PATHOLOGIE). 5 

Ranvier, Vulpian et bien d autres acceptent en grande partic la classification 
que Yirchow a proposee. D ailleurs, il taut bien le reconnaitre, il cst facile, lors- 
qu une description anatoiniqiie est bien complete, d etablir une concordance 
entre ces diverses classifications ; ces termes en apparence multiples ne sont pour 
les histologistes une complication que lorsque les documents de texture et de 
structure sont incomplets. Nous allons done exposer brievement les caracteres 
generaux des sarcomes, ct nous indiquerons les modifications que ces tumeurs 
peuvent presenter, ainsi que les varietes qu il est utile de distinguer. 

Definition, D apres Yirchow, le sarcome est une production dont le tissu 
suivant le groupe general appartient a la serie des tissus conncctifs et qui ne se 
distingue des especes nettement tranchees du tissu connectif que par !< develop- 
pement predominant des elements celluluires (Path, des turn., t. II, p. 175). 
Cette definition, qui repond aux notions generates de la pathologie cellulaire, ne 
precise pas suffisamment au point de vue histologique. Nous preferons adopter 
celle que Cornil et Ranvier ont donnee dans leur Manuel d histologie ]>atln>- 
logique, a savoir que les sarcomes sont des tumeurs constitutes par du lissu 
embryonnaire pur ou subissant une des premieres modifications qu il presente 
pour devenir un tissu adulte. Cette definition a le merite d exclure immediate- 
ment de ce genre de tumeurs les (ibromes que Rindfleisch avail reunis aux sar 
comes, et de plus, elle permet de comprendre en un meme groupe loutos les 
varietes de tumeurs qui ont pour point de depart le tissu coujonctif embryon 
naire, quels qu en soient le siege ou les caraqteres particuliers. Ainsi compris, les 
sarcomes renferment les tumeurs a medullocelles , les myeloplaxomes, les 
tumeurs a myelocytes, les tumeurs embryoplastiques et les tumeurs fibroplasti 
ques. En maintenant dans ce groupe les gliomes et les psammomes que Virchow 
en avait separes, Cornil et Ranvier ont complete toute la serie de ces tumeurs 
qui sont si bien comparables entre elles. 

CA.RACTERES GENERA.UX. C est dans le tissu embryonnaire en transformation 
que se trouvent les caracteres du tissu des sarcomes ; les divers elements de ce 
tissu se retrouvent dans les tumeurs, comme partie fondamentale, c est-a-dire 
que les cellules ou noyauxembryoplasliques ou cellules embryonnaires, les corps 
fibroplastiques ou cellules fibroplastiques, qui sont le premier degre de transfor 
mation des e lements du tissu embryonnaire en elements du tissu fibreux, ces 
elements sont les plus babituels, mais nous verrons qu il y a d autres formes non 
moins importantes qui servent a etablir des varietes. Cependant le caractere com- 
mun dominant est le point de depart de la tumeur dans le tissu conjonctif ou 
lamineux, que celui-ci appartienne aux tissus sous-muqueux, ou sous-sereux, 
aux aponevroses, aux tendons, ou bien au tissu cellulaire mou des visceres, 
comme dans le cerveau et la rctine, ou enfin au tissu conjonctit de la moelle 
des os, de Fosmemeet du perioste. Avec une telle variete d origines, on s expli- 
que les aspects si divers des sarcomes, parce que la disposition histologique du 
lissu d origine indue constamment sur la marche de la production nouvelle : 
:c est ainsi que dans le sarcome issu du perioste on trouve des ossifications; dans 
celui des aponevroses, on trouvera une plus grande abondance d elements fusi- 
lormes; dans la choroide, sous la peau, la pigmentation dominera; dans la moelle, 
1 aspect de la tumeur rappellera ou bien la moelle jaune ou la moelle rouge ; 
dans le tissu des centres nerveux, comme dans les ganglions, les elements cellu- 
laires dominent egalement. Si Ton ajoute a ces caracteres 1 analogie que presen- 
tent les cellules embryonnaires et les corps fibroplastiques des sarcomes avec ces 



\ SARCOME (PATIIOLOGIE). 

memes elements dans les bourgeons charnus et dans les cicatrices, c est-a-dire 
au moment ou ce tissu se transforme en un tissu normal adulte, on voit que le 
sarcome se rapproche des tumeurs constitue es par un tissu completement forme, 
bien qu il en ditfere par 1 etat incomplet de la formation du tissu, mais que 
dans un memc sarcome on peut assister a des phases diverges du developpement 
de ces elements ou a des groupements varies de ces elements constituant un tissu 
qui ne reste pas toujours imparfait ; de sorte que Ton peut dire avec raison 
qu un sarcome est toujours une tumeur complexe qu il faut etudier en tous ses 
points, et qui peut presenter en une de scs parties 1 aspect des tumeurs consti 
tutes par un des types du tissu conjonctif, par exemple, les fibromes, les myxo- 
mes, les lipomcs, etc. 

Nous devons examiner plus completement les caracteres histologiques des 
sarcomes. 

Les sarcomes sont composes d elements cellulaires ou figure s et de substance 
intercellulaire, qui sont en proportion Ires-variable. 

Les elements cellulaires sont represented par des cellules qui offrent une 
grande variete de formes, qu on peut ramcner a trois principales : 1 les cellu 
les rondes a noyau arrondi pre sentent les caracteres qui ont ete assignes aux 
cellules embryoplastiques (Robin), aux cellules embryonnaires (Ranvier, Cornil), 
aux leucocytes ou aux globules blancs; elles offrent 1 aspect des medullocelles, 
des myelocytes, ou enfm des corpuscules de la lymphe, c est-a-dire que leur 
assiette varie entre 5 et 10 milliemes de millimetre, et qu on peut rencontrer 
des noyaux entoures d une quantite de protoplasma a peine appreciable sans 1 u- 
sage des reactifs, ou bien des cellules arrondies, ayant jusqu a 10 a 12 millie 
mes de millimetre, et plus encore, qui rappellent par leur aspect les grosses 
cellules arrondies du tissu conjonctif ou lamine decrites comme cellules embryo 
plastiques par Robin ; le nombre, la grandeur des noyaux, sont variables, le proto 
plasma est plus ou moins granuleux, infiltre de graisse, de matieres albumi- 
no ides ou de granulations brillantes ou grisalres proteiques ; ils peuvent etre le 
siege de depots pigmentaires. Ce qui domine dans leur structure est 1 absence 
d une enveloppe cellulaire resistant aux acidestelle qu on 1 observe dans les ele 
menls epilbeliaux. Le protoplasma est quelquefois si peu abondant, si peu resis 
tant, que Ton apercoitj seulement des noyaux ovalaires contenant un ou deux 
nucleoles brillants au milieu d un conteuu granuleux grisatre ; on peut trouver 
dans ces elements les caracteres assignes a tous les elements cellulaires que nous 
venous de citer, et qui d ailleurs offrent enlre-eux des differences si peu faciles 
a apprecier qu un grand nombre d histologistes les considerent comme nulles et 
sous le terme de cellules embryonnaires les decrivcnt comme des elements a 
peu pres equivalents, siaon identiques. 

Les cellules fusiformes, ou corps fibroplastiques ou corps e toile s, qui repre- 
sentent une phase plus avancee dans le developpement du tissu conjonctif ou 
lamineux, se reucontrent dans la plupart des sarcomes, sinon comme elements pre- 
dominants, au moins comme elemenls accessoires, mais constants ; ils pre sentent 
les formes les plus variees : ou bien ce sont des corps fusiformes nettement lo- 
sangiques, ou seulement des noyaux ovalaires presentant a leurs extremites des amas 
de protoplasma qui leur donnent 1 aspect de fuseaux plus ou moins allonges, et 
enfm des cellules fibroplastiques aaastomosees, c est-a-dire qui offrent des pro- 
longements ramifies se continuant avec des prolongements de mcme genre pro- 
venant des cellules voisines. Lorsque la disposition du protoplasma autour du 



SARCOME (PATIIOLOGIE). 5 

noyau est moms reguliere, 1 elcment prend une forme moms bicn definie, celle 
d un quadrilatere allonge, ou d un polygone irregulier a 5 ou 6 coles; les pro- 
longements nes des angles aigus donnent a ces cellules 1 aspect d etoiles ramifiees 
caracteristique des Corps etoiles . Ces elements sont aussi variables de volume 
que de iorme, et c est dans les sarcomesdes os qu ils atteignent leurs plus grandes 
dimensions. Enfin il est une troisieme cspece d elements qui ne se rencontre pas 
d une maniere conslante dans tous les sarcomes, mais qui appartient surtout au 
sarcome des os ou tumeur myelo ide, ce sont les plaques a noyaux multiples 
de Lebert ou myeloplaxes de Robin, les Riesenzellen de Yirchow, cellules mul- 
tinucleaires de 1 aget, cellules meres dc Midler; ces elements n ont pas de forme 
definie, ce sont des amas de noyaux plus ou moins nombreux entoures d un pro- 
toplasma granuleux contenu dans une membrane si peu resistante que quelques 
auteurs Tout mise en doute : en effet, on ne pent la bien voir que dans des liqui- 
des neutres et a 1 etat frais; la tenuite de cette membrane expliquc la variete des 
formes; ces cellules presenteraient des mouvements amiboules (suivant Li icke), 
et d ailleurs elle se rompt avec la plus grande facilite, mettant en librrli les 
noyaux qu elle renferme seuls ou unis a des portions de protoplasma i>lus ou 
moins epaisses. Le nombre desnoyaux varieentre dix et cinqiianle el iiiriiic plus 
encore, le protoplasma est finement granuleux, et la forme des I lrmrnis est tout 
a fait variable; a 1 etat frais clle presente des prolongements urioiulis plus ou 
moins irreguliers rappelant par leur aspect les expansions amibo ides ; lorsque 
les elements sont alteres, ils prenncnt la forme de plaques polyedriqucs. Les 
myeloplaxes, ainsi que 1 a montie Robin, sont des elements normaux de la moelle 
foetale, ils se rencontrent comme element fondamental dans certains sarcomes des 
os (myeloplaxomes, tumeurs pulsatiles des os, epulis) et comme elements acces- 
soires dans la plupart des tumeurs myeloides ; cependant ce ne sont pas des ele 
ments caracterisliqueSjCaronlesrelrouve dans le cancer des os,dans des myxomes, 
et meme, suivant les observations de Billroth ct de Virchow, de Cornil, il y aurait 
lieu de distinguer plusieurs especes de plaques a noyaux multiples dont les unes 
appartiendraient au tissu conjonctif, ct dont les autres correspondraient a une 
des phases de developpement des fibres musculaires , ces formes sc rencontreraient 
dans les myxosarcomes ou tumeurs mixtes des muscles. 11 faut cependant eviter 
de prendre pour une striation 1 aspect de certaines plaques a noyaux multiples, 
qui disparait sous 1 influence de 1 acide acetique faible, suivant 1 observation de 
Cornil et Ranvier. Yircbow a propose de designer ces elements sous le nom de 
cellules gigantesques multinucleaires, et Ton emploie en effet souvent en Alle- 
magne I expression correspondante de sarcome giganto-cellulaire. 

La substance intercellulaire est plus ou moins developpee dans les sarcomes, 
elle presente toutes les varietes de substance intercellulaire du tissu conjonctif 
en voie de developpement, tantot tellement molle que le sarcome presente 1 as 
pect de laitance ou 1 aspect encepbaloide ; elle ne se reconnait alors qu a 1 aide de 
reactifs durcissants : tels sont les cas de gliomes, de sarcomes myeloides dans 
lesquels il semblerait que les cellules sont simplement juxtaposees ; tanlot au 
contraire la substance intercellulaire est plus developpee et forme en certaines 
parties un stroma qui circonscrit des sortes d alveoles oil sont disposes les ele 
ments cellulaires en forme de faisceaux allonge s ou concentriques : tel est le cas 
des sarcomes fibroplastiques qui atteignent leur developpement histolugique le 
plus parfait, et dans lesquels on retrouve une substance intercellulaire qui pre 
sente 1 aspect fibrillaire analogue a celuides vrais fibromes, et quipeut d ailleurs 



6 SARCOME (PATHOLOGIE). 

correspondre a des portions de tissuconjonctifconservees au milieu des elements 
en voie de formation. C est principalement dans les tumeurs secondaires qu on 
observe cet aspect de la substance intercellulaire. 

On peut retrouver dans les sarcomes des nerfs et des vaisseaux qui appartien- 
nent aux tissus d origine, mais il semble se faire un veritable developpement de 
vaisseaux dans les sarcomes. Ces vaisseaux out une organisation tres-simple ; bien 
qu ils soient souvent tres-volumineux, c est-a-direvisibles a 1 ceil nu, ils presentent 
une structure des plus elementaires, celle des capillaires en voie de formation ; 
on distingue tres-difficilement leur paroi, qui semble formee seulement de cellules 
arrondies, aplaties ou fusiformes. Ges caracteres de texture expliquent la facilite 
avec laquelle se rompent ces vaisseaux, d ou la formation de kystes sanguins on 
d infiltration sanguine qui modifient Taspect des tumeurs, qui peuvent se pro- 
duire a la suite d explorations brusques ou repetces ou meme de manipulations 
diverses, ainsi que je 1 ai deja fait remarquer a 1 article MALAXATION. 

Especes et varietes du sarcome. 11 serait difficile de trouver parmi les 
auteurs qui out traite des tumeurs deux classifications analogues des diverses 
especes de sarcomes, parce que les uns ont pris comme caracteres les plus impor- 
tants la structure, et les autres 1 aspect exterieur et la consistance, d autres 
enfm ont voulu combiner entre elles les diverses conditions anatomiques de 
siege et de texture, ou meme des notions de clinique ; il en est resulte des groupes 
mal definis, et des denominations tres-multiples pour designer une meme 
tumeur. 

Nous croyons cependant qu il est possible d etablir un accord indispensable, 
et le moyen serait de prendre comme base des types ou des especes les caracteres 
bistologiques, c est-a-dire les differences de structure les plus importantes ; on 
n emploierait les denominations tirees de certaines alterations secondaires dans 
letissu primitif qu a litre de qualificatif, et enfm la notion du siege viendrait en 
dernier lieu. II faut le constater, a regret, la plupart de ceux qui ont ecrit sur 
le sujet semblent plutot s etre preoccupes d etablir une classification originaledans 
le groupement des varietes que de simplifier la synonymie, en faisant quel- 
ques concessions aux diverses doctrines pathologiques. Un rapide apercu des 
classifications les plus recentes demcntre la verite de ces remarques. 

Yirchow, separant les fibromes, les gliomes et les psammomes des sarcomes, 
decrit les varietes suivantes : 1 le sarcome fibreux ou fibro-sarcome ; 2 le sarcome 
muqueux, gelatineux ou colloide, myxo-sarcome ; 3 le sarcome glieux ou glio- 
sarcome; 4 le sarcome melanotique, melano-sarcome, sarcome pigmentaire; 
5 sarcome cartilagineux, chondro-sarcome; 6 le sarcome osteoide, osteo- 
sarcome. Et cependant il rappelle en outre les denominations basees sur la con 
sistance : tels sont les sarcomes durs et les sarcomes motis, puis des formes 
medullaires ou encephaloides, sarcomes a petites cellules, a gran des cellules, 
a cellules gigantesques, des series d aspect particulier, les sarcomes telan- 
giectasiques, hemorrhagiques, le sarcome kystique, enfm, suivant la forme gene- 
rale, les sarcomes lobulaires, polypeux, tubereux; il admet encore a titre de 
subdivisions les distinctions basees sur la forme des cellules, telles que le sar 
come reticulo-cellulaire, les sarcomes a cellules fusiformes, le sarcome globo- 
cellulaire, le sarcome giganto-cellulaire. 

Rindfleisch (Traite d histologie pathologique) decrit les formes typiques sui 
vantes : 1 le sarcome globo-cellulaire ; 2 le sarcome globo-cellulaire lymphade- 
noide, comprenant comme varietes le sarcome lipomateux, le sarcome muqueux ou 



SARCOME (PATIIOLOGIE). 7 

myxomateux, le sarcome globo-cellulaire a grandes cellules ; 3 le sarcome globo- 
cellulaire alveolaire de Billroth ou sarcome medullaire ou carcinomateux, avec 
la variete sarcome alveolaire pigmente; 4 le sarcome fuso-cellulaire a petites 
cellules ou sarcome fuso-cellulaire dur; 5 le sarcome fuso-cellulaire a grandes 
cellules; 6 le sarcome pigmente ou sarcome melanique, et 7 le sarcome libroide 
ou fibrome, et 8 la tumeur caverneuse. Rindflcisch, on le voit, fait rentrer dans la 
description generate le fibrome et certains angiomes, mais il reserve pour la 
partie speciale de son anatomic pathologique la description du sarcome ossifiant 
du perioste, le sarcome giganto-cellulaire de la moelle osseuse, le gliomc, les 
cysto-sarcomes des differentes glandes 

Billroth nous offre une classification beaucoup plus simple et qui, a pre 
miere vue, semble faire intervenir plus directement les caracteres cliniijues ; 
c est ainsi que, les fibromes etant separes a juste litre, le professeur de 
pathologic chirurgicale decrit plus partieulierement : 1 les sarcomes par 
excellence comprenant les gliomes, les myxosarcomes, les tumcurs myeloides 
ou osteo-sarcomes centraux, les periosto-sarcomes ; 2 les cysto-sarcomes et les 
cystomes composes, dont les cysto-enchondromes ou tumeurs gelatineuses 
areolaires sont une subdivision, et 3 les adeno-sarcomes ou sarcomes qui 
naissent dans des glandes. 

Nous pensons que Billroth a voulu etablir un classement dc chapitres et dc 
paragraphes pour ses lecons, plutot qu un essai de classification des sarcomes, 
puisqu il conlbnd sous cette denomination tons les myxornes, les tumeurs 
colloules, les adenomes, et que sous le titre d adeno-sarcomes il a provoque une 
confusion entre des tumeurs bien distinctes, car les glandes lympbatiques 
different autant des glandes salivaires que les lymphomes ou lymphadenomes 
s eloignent par leur structure des adenomes vrais. 

Liicke, dans le Handbuck der all. u. spec. Chiruryie dirige par Pitha et 
Billroth, a voulu prendre pour principes de divisions des caracteres histologiques 
et des caracteres cliniques ; il a ainsi constitue les groupes suivants : les sarcomes 
a cellules rondes, les sarcomes a cellules fusiformes, les sarcomes a cellules a 
noyaux multiples (Riesen-Zellen-Sarcome) ; ces trois groupes comprennent tous 
les sarcomes; les fibro-sarcomes, les myxo-sarcomes et les glio-sarcomes etant 
considered comme des groupes voisins.Mais, au point de vue clinique, comine il 
est difficile de determiner les caracteres parliculiers aux sarcomes a cellules 
rondes ou a cellules fusiformes, il n y a guere que les sarcomes a cellules 
multinucleaires (tumeurs a myeloplaxes de Robin et .Nelaton) ou bien certains 
glio-sarcomes avec affections de la moelle ou du cervcau, dont on puisse pendant 
la vie specifier la structure histologique ; en raison de ces dilfioultes Liicke pre- 
fere les divisions ayant les caracterisliques cliniques : c est ainsi qu il decrit les 
varietes suivantes : les sarcomes durs (fibro-sarcomes, tumeurs iibroplastiques), 
les sarcomes mous (encepbaloides, fongus medullaire, fongus haBinatode), les 
sarcomes pigmentes ou melanotiques, les sarcomes verruqueux ou papillaires, 
les sarcomes des parties molles, les sarcomes des os, les cysto-sarcomes et les 
lympho-sarcomes. 

Nous doutons fort que ces divisions puissent satisfaire les anatomo-patholo- 
gistes, et Ton n a pas lieu de s etonner que dans la plupart des descriptions de 
tumeurs on choisisse parmi tant de titres celui qui repond plus immediatement 
au siege de la degenerescence qu a sa structure ; cependant Cornil et Ranvier ont 
pu, en se basant sur les caracteres histologiques, constituer une classification qui 



8 SARCOME (PATIIOLOGIE). 

me parait satisfaire aux notions les plus generalement admises sur la clinique et 
la pathologie des tunieurs. 

Cornil et Ranvier separent les fibromes et les lymphadenomes des sarcomes, 
mais ils comprennent dans ce dernier genre de tumeur les gliomes et les psam- 
momes, les premieres especes caracterisees par leur structure elementaire et en 
meme temps par leur siege, ou mieux encore par le type meme du tissu origi- 
naire. C est ainsi qu ils distinguent : 1 le sarcome encephalo ide, ou tumeur a 
cellules embryoplastiques de Robin ; 2 D le sarcome fascicule ou tumeur fibro- 
plastique de Lebert ; 5 le sarcome mye ldide (comprenant les tumeurs myeloides 
et les tumeurs a medullocelles, les tumeurs a myeloplaxes de Robin) ; 4 le 
sarcome ossifiant ; 5 le sarcome ne vroglique (gliome et glio-sarcome de Vir- 
chow) ; 6 le sarcome angiolithique (psammome de Vircbow), puis trois especes 
basees sur des modifications tres-imporlantes des elements qui autorisent cette 
distinction ; 7 le sarcome muqueux (myxo-sarcome) ; 8 le sarcome lipomateux 
(lipo-sarcome de Virchow) et 9 le sarcome melanique. 

Les divisions secondaires en varietes correspondent aux lesions qui peuvent 
accompagner, compliquer, envaliir plus ou moins completement la plupart des 
especes prece dentes, ce sont : la degenerescence graisseuse, la production d in- 
farclus, la degenerescence calcaire, la transformation en kystes hematiques, 
1 inflammation avec production de villosites ou papilles. On remarquera que 
Cornil et Ranvier n ont pas cru devoir considerer comme une espece particuliere 
les sarcomes glandulaires kystiques ou cysto-sarcomes,mais, a part cette lacune, 
nous pensons que Ton peut provisoirement admettre leur classification, et c est 
en la suivant que nous indiquerons les caracteres essentiels de cbacune de ces 
especes de tumeurs. 

Le sarcome encephalo ide correspond a la tumeur embryopkstique de Robin 
et aux sarcomes mous ou globo-cellulaires des Allemands ; son aspect rappelle 
celui de la substance cerebrale, il est pulpeux grisatre ou gris blanchatre ; il est 
caracterise par la predominance dans sa texture des elements cellulaires du 
tissu conjonctif, qu on designe ceux-ci sous le nom de cellules embryonnaires ou 
dc cellules et noyaux embryoplastiques (voy. plus baut structure des sarcomes 
en general). La substance inlermediaire est a peine reconnaissable, elle a 1 as- 
pect de gelatine ou d albumine et se ramollit tres-peu de temps apres 1 ablation 
des tumeurs; elle renferme cependant des vaisseaux souvent nombreux a struc 
ture de capillaires ; ces sarcomes presentent un developpement rapide, ils attei- 
gnent de grandes proportions, envabissent la plupart des tissus, ils repullulent 
et se generalisent sous forme de masses secondaires, ils sont la forme la plus 
maligne de ce genre, et peuvent etre considered comme des cancers ; c est sous 
ce nom qu on en a decrit le plus grand nombre. Le sarcome encephalo ide pre - 
sente souvent les degenerescencesgraisseuses, muqueuses, hemato-kystiqucs etpig- 
mentaires, et il peut occuper la plupart des organes, les glandes en particulier, 
le sein, le testicule, les reins, 1 uterus, les muscles, les os et la peau. 

Le sarcome fascicule ou tumeur fibro-plastique. Cette espece est Tune des 
mieux defmies, et c est sous le nom de fibroplastique qu on en trouve la plupart 
des exemples cites depuis vingt-cinq ans par les chirurgiens (voy. FIBROPLASTI 
QUE). L element fondamental de ces tumeurs est la cellule fusiforme, ou corps 
fibroplastique; la substance intercellulaire est plus ou moins developpee, 
on peut y trouver entre les elements cellulaires un stroma conjonctif, surtout a 
la penpherie. Les elements fusiformes affectent la disposition de faisceaux for- 



SAKCOME (I 

mes par la juxtaposition de ces cellules, qui sont disposecs concentriquement 
autour de petites masses centrales formees elles-memes par la coupe de fais- 
ceaux perpendiculaires ou par dcs elements moins avances, lels que des corps 
etoiles ou des cellules embryonnaires ou embryoplastiques avec des amas de pro- 
toplasma plus ou moins considerables. Cette disposition rappelle celle des fibro- 
mes et dcs liomyomes, elle se rctrouvr indue a la coupe, et elle a souvent con- 
tribue a faire confondre ces diverses tumeurs entre elles ct avec les adenomes. 
Les sarcomes fibroplastiques out une ronsistance cbarnue, une certaine elasti- 
cite, ils ne presentent pas de sue a ret.it IVais, ils off re nl d-< variete*s hv-nom- 
breuses suivant leur siege ou suivant les alterations consecutive- de lei u-s elements; 
on y observe en effet toutes les degenerescences que nous avons dei i -i^nalecs. 

L accroissement de ces tumeurs est moins rapide que celui des autiv< sar 
comes, cependant au scin et dans les os ou le prrin-tr ellr- pen\vnt pn srntiT 
un volume considerable. Elles s ulcerent quelquefois, d alnrs pcuvent s enflam- 
mer et donner lieu a des hemorrhagies uu a une suppuration ::;m::iviiriise. Les 
sarcomes fascicules peuvent re cidiser sur place, -Vtemlre aux \ai-M. ,ui\ d aux 
ganglions et former des tumeurs secondaires. On Ir- observe principalement dau- 
les os ou ils ont ordinairement pour point de depart le |u Tin-te, dan- Ir- glandes, 
en particulier le tcsticule, la parotide, It-s glandi 1 - >.di\.-iiiv>, le- ^l 
pares, mais surtout la mamelle. Dans les glandes les sarcomes fascicules 
des caracteres de structure tres-remarquables qui nut ele surtout eludies a la 
mamelle, mais que j ai plusieurs fois retiuiivr- d.m- des lunn iirs parotidiennes 
ou cutanees;cesparticularites de trxlinv ticnu lit a la distribution de la dc^i ii - 
rescence autour des culs-de-sac glandulaires et de- caiiaux exeu d m-. Dillroth 
a de crit dans le sein la formation de lacunes, par dilatation des culs-dc-sac ou 
des conduits galactophores ; la tumeur pent aiasi elre translbrinei 1 d presi iile 
les aspects de kystes proligeres avec tonnation de sortes de grappes mi d vege 
tation en choux-ileurs. Ces sarcomes out ele tres-souvent conlbiulus avee les 
adenomes, parce qu au debut on retrouve les culs-de-sac glandulaires dans la 
masse de la tumeur, et meme, lorsque ceux-ci soul hypertrophies ou que les la 
cunes sout developpees, on pent a un exanien superlicicl croire a [ existence d une 
bypertrophie des elements glandulaires. Ces transformations out ele etudin s avec 
grand soin par P. Coyne i Traite ilex tinnetirx beniynes <lu .<t-in, par 1 . CoVne 
et Labbe, Paris, 1876), pour les tumeurs du sein. 

Les sarcomes fascicules recidivent sur place, et ordinairement la tumeur se- 
condaire presenteune texture plus molle et se rapproche davanta^e du sarcome 
muqueux ou meme du sarcome eneephaloide; les culs-de-sac glandulaires, !;- 
lacunes, les kystes et les vegetations proligeres disparaissent dans les tumeurs 
recidivees. 

Les sarcomes mye loides ou tumeurs myeloides de Paget, tumeurs a medullo- 
celles et tumeurs a myeloplaxes, sont particulicrement observes dans les os, ils 
sont constitues par des elements cellulaires presentant les caraderes indique s 
par Eobin pour les me dullocelles, c est-a-dire ressemblant aux elements cellu 
laires que Ton trouve dans la moelle des os et qui sont considered comme des 
cellules embryonnaires par Cornil et Ranvier ; les myeloplaxes y existent tantot 
comme elements accessoires, tantot comme elements fondamentaux de ces tu 
meurs. 

Nous n insisterous pas sur les caracteres particulicrs a ces tumeurs, qui sont 
de crites par Robin (arlicle MOELLE. Anatomie, medulloeelles, myeloplaxes), 



10 SA.RCOME (PATHOLOGIE). 

et (article MOELLE, patliologie) par Verneuil et Marchand, sous le nom de 
tumeurs myeloides. Au point de vue clinique il y a lieu de distinguer entre les 
diverses especes de sarcomes myeloides, car ceux dans lesquels les myeloplaxes 
predominent offrent des caracteres cliniques particuliers soil par leur siege, 
soil par les battements qu ils presenlent, ce qui les a lait designer sous le nom de 
tumeurs pulsatiles des os, soit par leur benignite relative. Les sarcomes myeloides, 
ou 1 element cellulaire domine (les tumeurs a medullocelles), oi frent au con- 
traire un developpement plus rapide, ils atteignent un volume plus considerable 
et peuvent se reproduire a distance, en un mot, se generaliser ; ils pourraient 
meme etre multiples d ernblee, comme il resulte d une observation de Ledentu 
(Union me dicale, 1877, p. 125). 

Le sarcome ossifiant est caracterise par la production du tissu osseux compose 
de veritables osteoplastes et de substance fondamentale ; on les observe a la sur 
face des os et en particulier dans certaines epulis et dans 1 exostose sous-ungueale; 
ces tumeurs sont distinctes des productions osseuses qui sont tres-frequentes dans 
les sarcomes des os on d autres organes, mais qui sont dues a une simple cal 
cification des elements. 

Le sarcome ne vroglique (gliome de Virchow, glio-sarcome, tumeur a myelo- 

cytes de Robin) est decrit comme un genre particulier par la plupart des patho- 

logistes, mais, comme il est constitue par un tissu qui rcpresente les elements 

de la nevroglie en voie de developpement, on peut avec Cornil et Ranvier le 

considerer comme un sarcome. Ces tumeurs ont pour siege les centres nerveux, 

les nerfs et la retine ; elles sont caracterisees par leur aspect encepbaloide, et 

anatomiquement par la presence de cellules et d un reticulum qui offrent les 

caracteres des elements constituants de la nevroglie, qui sont d ailleurs sembla- 

bles a ceux du tissu cellulaire de la retine. L etude des gliomes de la retine 

(voy. article RETINE, patliologie, p. 208), celle des gliomes du cerveau (CERVEAU, 

patliologie, p. 452), nous dispensent d insister sur ces tumeurs. Hen est de meme 

des sarcomes anyiolithiques qui sont observes dans la durc-mere et qui sont decrits 

sous le nom de psammomes. Nous n avons pas non plus a decrire les antres 

especes de sarcomes que leur nom caracterise suffisamment, et nous nous bornons 

a rappeler la definition qu en ont donnee Cornil et Ranvier. 

Le sarcome muqueux est celui dont les cellules ont subi la transformation 
muqueuse (voy. notre article MYXOME). 

Le sarcome lipomateux est caracterise par la transformation adipeuse des 
cellules fusiformes qui prennent 1 aspect des elements du tissu adipeux sous-cu- 
tane en voie de developpement. 

Le sarcome me lanique est celui dans lequel les cellules ou les elements fusi 
formes sont remplis de granulations pigmentaires melaniques vraies, qu il 1 aut 
distinguer des colorations dues aux infiltrations sanguines ; il offre en outre un 
caractere clinique important, c est-a-dire qu il se generalise prcsque constamment 
par des tumeurs secondaires multiples. 

A la suite de ces especes et varietes nous donnerons la definition de certains 
termes qui ont amene souvent uue confusion dans 1 etude de ces tumeurs, c est 
ainsi qu on a fait des sarcomes papillaires (verucce sarcomatosce) une espece a 
part : or ces tumeurs sont des sarcomes de la peau presentant un aspect parti 
culier qui est en rapport avec leur siege et certaines conditions morphologiques 
communes aux tumeurs de la peau, mais ces tumeurs appartiennent leplus sou- 



SARCOME (PATHOLOGIE). H 

vent a 1 espece de sarcomes fascicules, quclquefois dans les cas de re*cidive aux 
sarcomes encephalo ides. 

II en est de meme des lympho-sarcomes, qui ne sauraient designer que les sarco 
mes des ganglions lymphatiques, et doivent etre completement separes des lijm- 
phadenomes. Enfin les myo-sarcomes sont des tumeurs mixtes dont la description 
telle que 1 a donnee Billroth nous laisse quelques doutes sur lour nature et qui 
nous semblent devoir etre considered comme des sarcomes des muscles. Sous le 
nom d osteo-sarcomes on a decrit les sarcomes des os, mais on a conlbndu aiusi 
des tumeurs d origine et de structure tres-differcntes (voy. article OSTEO-SARCOME. 
os, pathologic). 

ETIOLOGIE. Les causes de la production des sarcomes sont fort mal connues, 
ou du moins la plupart des auteurs ou des observateurs rappellent 1 etiologie 
banale de la formation des tumeurs. Et en effet les exemples ne manquent pas 
pour invoquer les causes ordinaires des degenerescences. C est ainsi qu ii la sur 
face de la peau les anomalies ou les vices de conformation d origine cougcmtule 
tels que les verrues, les ncevi, les petits papillomes qu on observe si frequeiu- 
ment, peuvent devenir le point de depart des sarcomes de la peau ; il en est de 
meme de certaines alterations congenitales que Yirchow considere comme un 
certain degre de debilite ou d imperfection de la partie ; ces termes sont peu 
explicites, mais Virchow cite comme example un cas de Paget qui observa unc 
tumeur fibroplastique a 1 avant-bras d un enfant de dix ans qui present ait depuis 
son enfance une indentation . G est probablement une cause analogue qui 
expliquerait pourquoi on a observe des sarcomes a 1 ombilic originaires de la pre 
miere enfance (Leydecker et Virchow). Et en definitive il y aurait une sorte de 
predisposition soil individuelle, soil locale, favorisant le developpement d un sar- 
come sous 1 influence de causes exterieures : c est ainsi que Larrey signale la 
pression d un ceinturon comme cause de developpement d un sarcome ; Bryant 
cite un cas de tumeur fibro-nucleaire attribute a un choc a la region ombilicale ; 
Bourdy, dans sa these sur les tumeurs fibroplastiques sous-cutanees des membres 
(Paris, i 868), cite deux exemples ou une chute sur la fesse, un choc a la region 
lombaire, semblent etre le point de depart de tumeurs fibroplastiques. Liicke a 
decrit un sarcome pulsatile de 1 os frontal ayant pour origine un coup, et d ail- 
leurs Yirchow cite de nombreux cas ou le sarcome a ete consecutif a une irritation 
locale, sans parler des keloides decrites par nombre d auteurs et dont il est dif 
ficile d apprecier 1 origine aussi bien que la nature. Virchow cite des laits qui pa- 
raissent plus precis, c est ainsi que Ton pent expliquer par des irritations repe- 
tees 1 apparition de sarcomes, telles que 1 excoriation produite par une dent gatee 
(Bendz), une pression habituelle par unc anse de panier (Birkett), un sarcome du 
vertex produit par la pression de charges portees sur la tete depourvue de ch: - 
veux (Vix). Et comme exemple principalement de monslratif Virchow insists sin- 
la frequence des sarcomes aux orteils ou a la voiite du pied, dont les observations 
ont ete rapporte es par Liicke, Lebert, Beclard, Rayer et Olivier, Bentz, Gluge, 
Bennett, Hutchinson (Pathologic des tumeurs, t. II, p. 245). 

L origine congenitale des sarcomes est des plus rares, puisque c est a peine 
si Ton peut en citer quelques exemples qu il ne faut pas confondre avec les 
tumeurs developpees pendant 1 enfance. Nelaton a observe une tumeur fibro 
plastique chez un eniant de trois jours, et Yirchow cite quelques exemples de 
sarcomes verruqueux d apres Holmes et Bryant, et un fait de sarcome myeloide 
du tibia d apparence congenitale observe par Billroth. A ces laits nous pouvons 



12 SARCOME (PATHOLOGIEJ. 

en ajouter de plusrecents: c est ainsi que Smith (in the Lancet, II Janvier 1875) 
signale un fait de sarcome cerebral chez un enfant de cinq ans; Marsch (the 
Lancet, 14 fevrier i 875, p. 254) a observe un sarcome de la vessie, du vagin et de 
1 uterus, chez une enfant de trois ans ; Martineau (Union me dicale, 5 juin 1875) 
a decrit avec Cornil un sarcome fascicule du rein chez une fille de deux ans et 
demi ; Fereol et Audain (Union me dicale, n 56, 1875) ont egalement observe 
un sarcome fascicule du rein chez un enfant negre age de dix mois ; enfin Fitz 
a public dans le Boston Medical and Surgical Journal (avril 1875) une obser 
vation de degenerescence sarcomateuse generalisce chez un enfant de trois ans. 

Les diverses periodes de la vie semblent avoir une influence marquee sur le 
developpement de certains sarcomes : c est ainsi que les medullaires des organes 
sexuels, le teslicule en parliculicr, apparaisscnt souvcnt dans la puberle ; Liicke 
cite un fait qui montre 1 influence de la grossesse sur le developpement d un 
sarcome (Ueber Entstelien und }\uchsthuin von Geschwuhten wdhrend der 
Schu anf/ersciiaft. In Monalssch.f. Gebnrlxkunde, Bd. XIX, p. 261) ; les sarcomes 
myelo ides apparaissent souvenl pendant la periode du developpement des os, 
et en effet Pagct sur dix-neuf cas de sarcomes myeloides en compte cinq entre 
di.v et vingt ans. En definitive, les tumeurs appartiennent en general a ux pre 
mieres amiees de l age moyen, on du moins c est entre trente et cinquante ans 
qu on observe le plus grand n ombre de ces tumeurs. Lebert pour les tumeurs 
fibroplastiques compte sur soixanlc cas seize jusqu a ticnle ans et vingt-neuf de 
trente a cinquante ans. Pour le sarcome melanique, Eiselt sur cent quatre cas 
a Irouve pour l age des malades la proportion de 55 0/0 entre quaraiite et 
stii xante ans et de 78 0/0 sujcls ages de plus de trente ans. 

Nous possedons peu de documents concernant la frequence relative du siege 
des sarcomes, ce qui s explique par la difiiculle de comparer entre elles les tu 
meurs qui ont ete decrites sous des noms si divers, et qui d ailleurs peuvent 
cnvahir la plupart des organes, ainsi que nous 1 avons indique a propos des 
especes particulieres. 

DEVELOPPEMENT. ACCROISSEMENT. On n a pas de notions precises sur le mode 
d apparition des sarcomes, parcc qu on n a pu encore eludier ces produc 
tions dans leur premiere phase de developpement, mais on peutserendre compte 
des phenomenes d originc en eludianl sur les parties peripheriques des tumeurs 
qui sont en vole d accroissement les nodules d origine recente, ou bien les 
petites tumeurs secondaires dans les cas de generalisation. 

C est avec raison que Rindfleisch a compare le developpement des sarcomes 
avcc le mode de formation des bourgeons charnus inflammatoires, et Ton peut 
rapprocher la premiere etude de la production du sarcome des premiers pheno 
menes de la formation des bourgeons charnus ; ces derniers d ailleurs sont tout 
a fait analogues aux phenomenes de la transformation du tissu embryonnaire 
conjonctif en tissu conjonclif ou lamineux completement constitue, de sorte qu a 
un certain moment la formation inflammatoire des bourgeons charnus, 1 appa- 
rition des premiers elements des sarcomes, offrent des caracteres histologiques 
presque identiques ; et il est possible de constater ces fails dans les parlies des 
sarcomes qui sont en voie de developpement dans le tissu osseux et dans les 
tendons. Cornil et Ranvier onl decrit en quelques mots les phenomenes qu on 
y observe, et qui sont resumes avec une grande concision. Dans les os, ecri- 
vent-ils, le developpement du sarcome est exactcment le meme que celui du 
tissu inflammatoire : la proliferation des cellules de la moelle, la disparition 



SARCOME (PATHOLOGIE). 15 

des vesicules adipeuscs, la resorplion consecutive du tissu osseux, sont absolu- 
ment identiques... Dans les tendons les cellules plasmatiques si atrophiees a 
1 etat adulte se gonfleut, Icurs noyaux sc diviseut, s entourent isolement de 
masses distinctes de protoplasma ; et les cellules embryonnaires nouvelles se 
disposent en longs boyaux de cellules, pendant que la substance intercellulaire 
disparait; il en resulte alors un tissu embryonnaire qui cst le meme que celui 
du sarcome encephaloide, mais qui pent devenir, par les modifications des cel 
lules et de sa substance fondamentale, un sarcome fascicule, osteoi de, etc. 
(voij. Manuel d histologie pathologique, l re partie, p. 141). 

Cette analogic du developpeineut du sarcome avec celui des tissus des granu 
lations ou du tissu conjonctif n cst que momentance, car les elements des sar- 
comes different, dans leur evolution, des tissus normaux ou des byperplasies 
inflammatoires. Les elements qui le composent continuent leur evolution, ils 
se multiplient, peuvent envahir les tissus voisins, mais sans atteindre un degre 
complet d organisation en tissu normal. Leur evolution prise en elle-memcsuffit 
a les distinguer histologiquement, mais la cause meme de cetle evolution nous 
est absolument inconnue ; les partisans de la theorie des blastcmes croient elu- 
cider la question en admettant que le blasteme au sein diiquel se developpent 
les premiers elements du sarcome a des caracteres particuliers, tjui n pon- 
draient a une sortc d infection toute speciale, et qui se transmettraient de pro- 
cbe eu proclie aux elements de nouvelle formation, ou meme aux elements de 
voisinage. Les travaux recents sur les mouvements amiboides des cellules em 
bryonnaires qui se retrouvent dans les elements jeunes des sarcomes (Li icke) 
ont eu quelque sorte transforme cette theorie du blasteme, en remplagant ce 
sue epanche ou blasteme par la migration de cellules entourees de protoplasma, 
de sorte que 1 infection primitive se transmettrait ainsi de proche en proche; 
malheureusement, quelque seduisantes que paraissent ces hypotheses, il faut 
reconnaitre que dans 1 etat actuel de nos connaissances bistologiques elles 
ne peuvent etre considerees comme demontrees. Cependant des son ori- 
gine le sarcome s accroit en conservant des caracteres histologiques parti 
culiers, et nous pouvons etudier les conditions de ce developpement qui 
s opere par deux modes differents. Le premier est 1 accroissement par proli 
feration des elements; le second est 1 envabissement des tissus voisins; 
cette distinction histologique correspond a des caracteres macroscopiqucs et 
cliniques fort importants. 

L accroissement par proliferation est caracterise par la multiplication des 
elements propres a la tumeur, suivant les phases habituelles a ce processus; 
on peut dire quo dans ces cas la tumeur s accroit dans sa prop re substance, et 
c est dans ces cas qu clle lend a s isoler des autres tissus en les repoussant, les 
comprimant, de sorte qu clle semble en quelque sorte enkystee ou circonserite, 
circonstance ires-favorable pour 1 extirpation et qui est malheureusement la 
moins frequente, elle s observe principalement dans les organes glandulaires, 
les lympathiques, le perioste, et clans le tissu cellulaire sous-cutane. 

L accroissement par envahissement correspond aux lormes diffuses du sar 
come ; dans ces cas, les elements embryoplasliques se retrouvent irregulierement 
au voisinage de latumenr; tanlot on observe des nodules qui se continuent avec 
elle, tantot il y a une veritable infiltration des tissus voisins, dans certains cas 
on ne peut suivre la conlinuite de la tumeur primitive avec les petits nodules 
peripheriques ; il semble alors qu il y ait une reproduction au voisina*e ou, en 



14 SARCOME (PATHOLOGIE). 

d autres termes, des foyers secondaires, et comme ces nouvelles productions pre- 
sentent les elements cellulaires analogues a ceux des tumeurs originaires, cel 
lules rondes ou corps fibioplastiques, suivant que 1 une des deux formes predo- 
minait, on a pu supposer que le tissu conjonctif normal se transformait ainsi 
sous rinfluence d une sorte de sue infectieux, ce qui revient a admeLtre un 
blasteme infectieux; dans tous les cas, le type primitif du sarcome est conserve 
dans les tumeurs secondaires et chaque espece se reproduit ou se multiplie en 
conservant ses caracteres. 

Le mode d envahissement des nerfs, des muscles, par les elements du sarcome, 
a ete 1 objet d etudes histologiques tres-remarquables de la part de Billroth 
(Etudes microscopiques. In Virchow s Archiv, Bd. VIII, 1855, et Gazette hebdo- 
madaire,^. 244, 1856), quiont montrc que les elements musculaires prenaient 
eux-memes unepart active dans le processus d envaliissement ; les recherches plus 
recentes de Sokolow (Revue des sciences medicates et Virchoiv s Archiv, Bd. 57, 
p. 521) sont confirmatives des precedenles. En effet, les nerfs et les muscles en- 
vabis par la degencrescence presenlent des alterations qui ne sont pas seulement 
dues a la compression, mais qui ont les caracteres d une inflammation a marche 
lente; de sorte que dans les organes comme dans les os les premiers phenomenes 
d envaliissement sont comparables a ceux de I inflammation. 

GESSEBALISA.TION. RECIDIVES. Lorsque Lebert separa les tumeurs fibroplastiques 
des especes voisines qui forment le groupe sarcome, il crut pouvoir al firmer la 
benignitc dc ces ne"oplasmes; mais, a ne considerer que les sarcomes fibroplas 
tiques ou fascicules, des exemples nombreux ont demontre que ces tumeurs ont 
une grande tendance a des reci dives et enfin se generalisent a distance. Aux ob 
servations de Birkett, de Woillez, de Larrey, de Chassaignac, de Wilks (de 1850 
a 1859), se sont ajoutes des fails qui, pour ne pas etre fort nombreux, n en sont 
pas moms demonstratifs.Les comptes rendus des societes savantes en rapportent 
des exemples multiples, mais, en ne tenant compte que des observations les 
plus completes et les moins discutables, on pent en citer un nombre relative- 
ment satisfaisant, ainsi que le prouve le resume suivant que j ai fait aussi suc 
cinct que possible. 

Simon (Berliner hi in. Wochenschr. n 25, 1870, et Gazette hebdomadaire, 
1872, p. 185) avu la generalisation de sarcomes cutanes s etendre au sternum, 
au crane, au mediastin, au foie. 

Pollock (the Lancet, 14 June 1875) a trouve des depots secondaires dans les 
poumons a la suite d un osteo-sarcome du femur pour lequel la desarticulation 
de la hancbe avait ete pratiquec; Johnston (the Lancet, 51 May 1875) decrit des 
sarcomes multiples du rein, des poumons et du cerveau; Deffaux (Bullet. Societe 
anatomique, 1872, p. 555) a montre un sarcome du testicule generalise au cosur, 
a 1 endocarde, al epicrane ; Green a presente a la Societe pathologique de Londres 
(the Lancet, 22 Februar 1875) un cas de tumeurs sarcomateuses multiples du 
cerveau et du poumon consecutives a une tumeur du genou pour laquelle on avait 
fait ramputalion de la cuisse ; Douglas (the Lancet, 22 Febr. 1871) presente a 
la meme societe un cas d osteo-sarcomes du mediastin et des poumons conse cu- 
tifs a une tumeur du genou- Tillmanns (Archiv der Heilkunde, 1875, p. 550) 
a decrit des sarcomes metastatiques du poumon consecutifs a un sarcome perivas- 
culaire dc la jambe droite ; Headland (Medical Times and Gazette, 50 March 1874) 
a trouve dans le cerveau et dans le poumon d un hommede dix-neufans des sarco 
mes secondaires a une tumeur du genou pour laquelle on avait ampiite la cuisse 



SARCOME (PATHOLOGIE). 15 

quatre ans auparavant; Hayem ct Graux (Gazette me dicale de Paris, 11 24, 1874, 
p. 298) ont observe dans le poumon des noyaux secondaires dc sarcome em- 
bryonnaire consecutifs a un sarcome primitifdu tendon rotulien; Martinet (Bullet, 
de la Soc. analomique, 1874, p. 862) a trouve un sarcome secondaire du poumon 
chez un bomme mort a la suite d une desarticulaliondelahanchepoiir unostco- 
sarcome du femur; Pienaziek (Centralblatt f. Ckiritrgie, n 19, p. 501, 187, r >) 
a presente a la Societe medicalc de Cracovie plusieurs observations de generali 
sation de sarcome, dont les plus remarquables sont : un cas d osteo-sarcome du 
femur generalise au coeur et aux poumons, un sarcome medullaire de la trachce 
avectumeurs secondaires des poumons, du ibieet de la rate, enfin tumours secon 
daires de la plevre et des poumons chez une femme operee d un sarcome du 
sein dix-huit mois auparavant. Terminons par le fait de Le Dentu (Union me di 
cale, 1876, p. 165) dans lequel des sarcomes multiples des os ont produit des 
tumeurs viscerales secondaires. 

On ne peut done douter de la tendance des sarcomes a recidiver et a sc 
generaliser ; on voit que la recidive peut etre rapide ; la malade de Birkett fut 
operee dix-sept fois en neuf ans. Letenneur a observe un melano-sarcome de 1 or- 
bite qui a recidive sept fois en huit ans (Gazette des hopitanx, n 51, 1875, et 
Societe dechirurgie). La generalisation marche ordinairement lenlcnienl ot pour 
certains sarcomes elle estexceptionnelle: tels sont les epulis, les sarcomes angio- 
lithiques; elleest plus rare dans les sarcomes ossifiants et dans certains sarcomes 
myelo ides, tels que les tumeurs a myeloplaxes ; elle devient au contraire la 
regie dans les sarcomes embryoplastiques, les sarcomes nevrogliques, et en ge 
neral les sarcomes des organes internes. Ce qui domine dans le mode de genc - 
ralisation,c est la propagation par les vaisseaux, et dans plusieurs cas le mode de 
transmission a distance a ete parfaitement demontre : tels sont les cas dans 
lesquels de grosses veines, la crurale, la veine cave, etaient envabies par la dege- 
nerescence:Tillmanns,JHayem et Graux, Nicoladoni (Deutsche Zeitschriftf.Chi- 
rurgie, n 6, 1875), Stabbe (Archiv der Heilkunde, 1876, p. 465). La generali 
sation peut cependant etre tres-rapide et rappelle alors les cas de carcinose aigue, 
soil qu il y ait une sorte de production multiple de tumeurs, comme dans le 
fait rapporte par Le Dentu, dans lequel il s agit de sarcomes des os multiples 
d emblee, et ayant produit des manifestations secondaires, soit qu on observe une 
sorte de sarcomatose aigue, comme dans le fait rapporte par Simon (Berlin, him. 
Wochenschr., n 25, 1870, et Gazette hebdomadaire, p. 285, 1872), ou il ren- 
contra chez un jeune homme de vingt-trois ans atteint de sarcomes multiples de 
la peau, des accidents aigus, de la fievre, une sorte d infection aigue avcc depots 
secondaires au sternum, au crane, aumediastin, au foie, en meme temps que dans 
le sang il y avait exageration considerable des globules blancs ; cette sarcomatose 
avail dure deux mois; ajoutons que souvent apres une ou plusieurs ixvidives la 
generalisation apparait brusquement. Woillez avait des 1852 donne le nom de 
libroplastie generalisee aux cas de ce genre. 

On retrouve done dans les sarcomes les divers modes de propagation, soit 
par embolie ou transport vasculaire, soit par apparitions multiples, ou enfin par 
les lymphatiqucs ; ce dernier mode est bien plus rare et particular aux sarcomes 
des ganglions lymphatiques, ou aux sarcomes de 1 inleslin. L analogie qui existe 
entre la marche des sarcomes et celle des carcinomes esl done complete dans 
certains cas ; a cet egard on insiste peut-etre trop dans les ouvrages classiques 
sur la lenteur de la marche des sarcomes et sur 1 absence de cachexie : celle-ci 



16 SARCOME (PATIIOLOGIE). 

peut se montrer dans les cas de tumeur ulceree, sphacelee, ou donnant lieu a des 
liemorrhagies, et enfin lorsqu il y a des depots secondaires : neanmoins il faut 
reconnaitre que le plus generalement la sante generate parait recevoir peu d at- 
teintes tant qu il n y a pas generalisation, et encore celle-ci peut-elle passer 
quelque temps inapcrcue. Ces remarques d ailleurss appliquent surtout aux sar- 
comes a elements cellulaires et fusiformes, et aux myeloides. 

INOCULATION. Quelques auteurs ont pu croire a un mode de propagation plus 
direct encore que les precedents, F inoculation. Eiselt a pretendu que des pale- 
freniers avaient contracte des tumeurs melaniques en soigiiaiit des animaux; la 
plupart des experimentateurs qui ont pratique des inoculations de tumeurs can- 
cereuses ont essaye egalement I inoculation du sarcome : or Lebert et Wyss, 
Billroth, Weber et nous-mi-nif, nous avons echoue dans les tentalives de trans 
mission de I liomme aux animaux (Henocque, De I inoculation du cancer (Gazelle 
hebdomaire, 1867, p. 705, elBullet.de la Societe anatomique, tome XIII, p. 255, 
1868).D aulre part Goujon, en 1807, a demontre que la matiercmelanique pou- 
vait etre inoculee, et qu elle se mullipliait dans les tissus, en particulier les gan 
glions et les os (Goujon, Comptes rendus et me moires de la Soc. de biologic, 
juin 1867). Nous avons repele avec Goujon ces experiences en inoculant un sar 
come meluuique a des rats et nous avons vu cette multiplication de la matiere 
melanique, mais nous n avons pas trouve de formation de sarcome, et nous ne 
c.royons pas qu il existe un fait prouvant 1 inoculabilite du sarcome proprement 
dit. 

PUONOSTIC. DIAGNOSTIC. II resulte des notions prccedentes que les sarcomes 
sont des tumeurs malignes par la rapidite de leur marche, la frequence de leurs 
recidives et leur generalisation. Cependant, si elles se rapprochent par ces carac- 
1eres du carcinome, elles ont un degre moindre de malignite, parce qu elles ont 
une action moins prononce e sur 1 etat general ; mais il y a des degres divers de 
malignite pour les diverses especes de sarcomes : c cst aiusi que les plus graves 
sont les sarcomes medullaires ou ence phalmdes, tandis que les sarcomes fibro- 
plastiques semblent avoir un accroissement moins rapide et presenter une repul- 
lulation moins frequente. Parmi les sarcomes des os, ceux qui sont principa- 
lement constitues par des myeloplaxes paraissent etre benins dans bien des cas, 
et les recberclies de Nelaton sur le resultat defmitif des premieres observations 
recucillies par lui demontrcnt que pour ces tumeurs la recidive et la generali 
sation ne sont pas la regie. Les tumeurs myeloides sont plus graves. En gene 
ral on peut dire que les cliances de recidive sont d autant moins grandes que la 
tumeur est enkystee ou plus exacteincnt limitee, et Ton comprend qu a la peau, 
au perioste d un os, ou dans la mamelle, on puisse par une operation pratiquee 
a temps enlever toute la tumeur, mais dans les formes diffuses ou lorsqu il y aeu 
deja generalisation, comme dans les sarcomes melaniques, les sarcomes multiples 
des os, la recidive redevient la regie. 

Les sarcomes nevrogliques sont graves plutot par leur sk ge, puisqu on ne 
cite pas encore d exemple de generalisation de ces tumeurs. Les sarcomes angio- 
litbiques ne sont ordinairement reconnus qu apres la mort et ne donnent habi- 
tuellement pas lieu a des symptomes qui permeltent de les reconnaitre pendant 
la vie ; ce sont les plus benignes parmi ces tumeurs ; les sarcomes ossiii ants (epu- 
lis, exostoses sous-ungueales) sont relativement benins, et d ailleurs on les en- 
leve ordinairement avant qu ils n aient atteint un volume considerable, et il est 
assez facile d extirper toute la production morbide. 



SARCOME (PATFIOLOGIE). 17 

II est inutile de faire ressortir 1 utilite d uu diagnostic precis, nous h avons 
pas a insister sur les signes particuliers a ces tumeurs qui d ailleurs pivsenlonl 
les phis grandes differences; la consistance, par exemple, est tellement variable 
que, depuis la sensation de lumeur a coque osseuse jasqu a la mollesse de 1 crr- 
eephaloidc, on pent observer les sensations d elasticitc, de tissu fibrcux, oirplu- 
sieurs de ces sensations dans les diffeYents points de la tumeur, en y ajontant la 
renitence, la lluctuation, s il y a des kystes, et enlin des battements (tumeurs a 
myeloplaxes). 

Ces signes de meme que 1 aspect de la tumeur, sa forme, ses limites, lYla! 
de la peau, la moibille, ont leur importance pour etalilir la eoimaissanee com 
plete de la lumeur, mais c est principalement sur la marche da developpemetil 1 , 
sur 1 absence de propagation aux ganglions, sur 1 ab-ence do troubles gene- 
raux graves, qu on s appuie pour etablir le diagnostic. Knlin, si les carac- 
teres exterieurs accessibles a 1 exploration manucllc pcavcnt suffire pour 
.decider 1 intcrvenlion cbirurgicalc ct meme la gnider, ce u esl quo par 
1 etude histologique complete qu on ponrra etablir an pronoslic raisoMiie. II 
importe done d etndier avec soin toates les parlies dc la tumeur, d en efa- 
Mir 1 espece et la variele et d imliqucr les alleralions on les modilications tin 
lissu, d examiner surlout la periphcrie, ct 1 elat des vaisseaux compris dans la 
tumeur et qui peuvent etre envabis ]iar la de^eiieresefence; il Caul en delinilive 
reconstituer I lnstoire complete do la ne oformafion, parce qu une descnpuqp 
detaillee csl bien plus importanle encore qu une simple delinition ; cu effet, si 
ia "place ou le nom des tumeurs peut varier suivant les elassiliealions, il rsl 
toujours interessant de pouvoir comparer entre-elles les produdiiMis morbides 

et ce n est qu a 1 aide dc descriptions completes que ces etudes d ensemble sont 

i i 
possibles. 

Le diagnostic des sarcomes internes offre de^ diflicaltes |>lus ^ramies encore 
que lorsqae les sarcomes sont accessibles aux moyens d exploralion oxlerieare ; 
c est a peine si on peut reconnaitrc Texistence de la tumeur (comine dans le cas 
de sarcomes des reins, de sarcomes intra-abdominaux) ; leplus souvent les syrap- 
tomes sont ceux d une affection mal delinie. C est ainsi qne dans un cas dc sai - 
come angiolithique (Desplat, 13 aout 1869, Societe me ilicale f/t .s lii ijiitnii > ) mi 
put faire le diagnostic de tumeur cerebralc et que, dans un cas de sarcoma du cer- 
veau, Huguemn diagnostiqua un bematome cerebral (Archiv der Ileilkundc, Bd. 
V, p. 290, 1875); d aulre part, dans le fait de sarcome de la inoelle rapporti 
par Bulteau (Bull. Soc. anatomique 1877, p. 63 i) les symplomes furent ceux 
d uhe sclerose laterale. 11 est tout anssi dilficile de reconnaitrc la generalisa 
tion aux poumons ou aux visceres, cependant dans plusieurs cas les troubles 
respiratoires , la dyspnee, ont etc assez pronouces pour que, dans des cas 
analogues , on puisse desormais etablir un diagnostic avec des probabilities snfti- 
santes. 

LE TRAITEMENT des sarcomes est presque essentiellcment cbirurgical ; bien 
qu on ait pu croire a 1 efticacite des moyens generaux , on ne saurait quant a pre 
sent considerer le traitement interne que comme un adjuvant : a cet egard tous 
les moyens reconstituants peuvent avoir leur ulilite, et il y a inlenM a no }>as 
negliger cette partie du traitement en recherchant les etats diathesiques qui 
peuvent donner des indications therapeutiques. En effet Tripier a cite recem- 
ment un example dans lequel des tumeurs multiples de la peau presentant les 
caracteres histologiques du sarcome auraient gueri pendant I emplor d huile de 

DICT. ENC. 3 C S. VIL 



IX SAKCOPHAGES. 

foie de morue; clans ce i ait il peut y avoir plus qu une coincidence, et il serait 
I acile d en essayer la verification. 

Le Iraitement local ne doit etre considere que comme un adjuvant provisoire, 
et encore peut-il etre dangereux, s il est un prelexte pour temporiser, mais il fauL 
certaiueiuentrejelertout traitement local irritant, lespommades, lescuule iisations 
supcrficielles, les piqures, les ponctions, les explorations repelees. Le traitement 
rationncl est 1 ablalion, et 1 ablation aussi etendueque possible, pratique e le plus 
tot possible. Quant au moyen d exerese a employer, il appartient au cboix du 
chirurgien, et il n y a pas lieu dans cet article d apprecier les causes multiples 
qui servent de guide a 1 operateur et qui sont eminemment variables suivant la 
disposition et le siege de la tumeur. A. HKNOCQUE. 

BIBIIOGIIAFHIE. Dnns le cours de cet article nous avons donne les indications bibliogra- 
l>hii|ues en meme temps que les exemples que nous avnns dies, nous sign^lerons spulement 
les ouvrages qui traiient des Sarcomes en general. Celte biblio^raphie sera complelee par 
celles des articles Uetine;gliomes), Cerveau, Moelle, Jlelanose, Moelle des os, Lymphaliques, 
pour IPS Srcomcs nevrogliques, Lymphbsarcomes, Sarcomes myeloi des. LKIEHT. Traite 
d analomie patltologique generate, t. I. I AGET. Lectures on Tumours. BIIIKETT. Contri 
bution* tit the practical Surgery o/ New Grout h, on Tumour. In Guys Hospital fie/>., 3 e serie, 
volume IV. VGHNEUIL. Quelques propositions sur leu fibromes, etc. In Mem. de la Soc. bio- 
logiqiic, 2 i-erie, t. II, p. 183. FOI.LIN. Tunteiirs fibro\>lastiques, plasinome. In Traite de 
patft ilnf/ic- e.rterne, t. l er , p. 2<>0, 1871. BKOCA. Classification des tuineurs. In Traite des 
titnieurs, t. I", p. 150. Du MKJIE. infection generate et generalisation. Ibid , p. ^89. - 
IliNDFLKiscn. Traile kis .oloyiqiie pathoiogique, traduit par Grow, 1813. BILI.HOTU. Elements 
de pnt/iologie gendrale chiiurgicale, Iradudtion franyaise, 1871. LOCKK. Die Lchre der 
Gesclnvalsle. In Handbiicli der allg. u. sp<-c. Chirurt/ie von Pilha u. Billrolli, 2 volume, 
l re division, 2 et 3 lit 1 ft. GOSSELIN. Cluiifjite cliirurgicale de la Cliarite, t. 11, p. 069. 
ct lU.NViKii. Manuel d /tislologie pal/wloyiquc, t. l er , p. 1T2. A. II. 



s%iu <>\i; (MICHEL). A 1 occasion de ce medecin, nous copious Dezeimeris, 
et nous ne pouvons mieux i aire : 

Sarcone (Michel), 1 un des bons observatcurs du dernier siecle, naquit a Ter- 
lixzi, dans la I ouille, en 1752. 11 fit ses etudes medicales a 1 Universite de 
Naples. Recu docteJr, il tenta, mais sans succes, d arriver a une cbaire de 
I Uuiversile. Muconlent de son insucces, qu il avail des raisons de considerer 
comme une injustice, il quitta Naples et se rendit a Rome, ou il avail intention 
de se fixer. II en i ut delourne par une dispute Ires-vive qu il eul a soutenir 
avec un medecin a 1 occasion d un malade qu ils avaient traite ensemble, et donl 
ils se reprocliaienl mutuellement la morl. Sarcone revinl a Naples, s y lixa, et 
I ut nomine secretaire perpetuel de 1 Academie des sciences. II observa en 1764 
la maladic epidemique qui regna a Naples, et en publia une bisloire qui le 
|)laga au rang des cpidemiologi=tes les plus distingues. Depuis 1784, Sarcone 
vecut dans la retraile, et il mourut le 2-4 Janvier 17 J7. 

I. htoria rngionata deimali osservati in Napoli, ne I cor so dell anno 17GI. N.iples, 1764, 
in-8. Tr.id. en frangais par Bellay. Lyori, I8(U, 2 vol. in-S. II. Tratlalo dd contagi o 
del vajuolo, e delta neces.\ila di tentarne I estirpatione. Part. I. Naples 177". _ III. Am- 
miz/one caritntevole all autore del libra inlitulalo : Del dialetto napolilano, leltera 
za. Naples, 1183, in-8. IV. Sr.rittura medico-legale. Naples, 1787. A. C. 



moi 
ter 



S.tKCOPBIAGES. (sapxoyiyo;, mangeur de chair, de o-o?, et yayiiv, man 
ger). Oa eoniiait sous ce nom des iiisectes Dipleres, composaut une famille 
intermediaire entre les Dexiaires et les Muscides, ou mooches propremcnl diles. 
Ges iiisectes oat le corps allonge, le iron I proeminciil, les anteuncs a style long, 
ordinairement velu a la base. Les yeux sont separes dans les deux sexes et non 



S1RCOPTIDES. 19 

reunis chez les males. Ailes hyalines. Abdomen cylindro-conique chez le male, 
ovale chez la femelle, avec deux soies fortes au bord postcrieur des segments. 
L aramre genitale est developpee, repliee en dessous, les paltes ont des pelok s 
elargies et des crochets. 

Le corps dc ces inscctes est gris, raye , mouchete ou quadrille de noir veloutr 
sur le thorax et 1 abdomen. Us sont fort communs, se plaiseut sur les lleurs 
principalement au priatemps et a 1 automiie. Les femelles sont vivipares, <! oe 
fait a ete signals pour la premiere Ibis par Sealiger. 

Les Sarcophages femelles deposent leurs larves sur lescadavres etsur les ma- 
tieres azolees en decomposition. Oil a trouve leurs larves dans des plaies, dans 
des ulceres des animaux et de 1 liomme. Leur developpement est des plus rapidcs 
(voy. INSECTES et UIPTEKES). A. LABOULUENE. 

SARCOPTES. Voy. SARCOPTIDES. 

SARCOPTIDES (de <rap;, chair, et XOTTTSW, couper). Kamille de 1 ordre des 
Acariens (voy. ce mot), etablie par Sundewal (1833) et caraclerisec de la ma- 
niere suivanle par Robin et Megnin (1877) : anim;uix grisiHres ou roussatres 
tres-petits (variant de volume entre 1 dixieme de millimetre d I millimMic 
environ), a corps mou aon cuirasse, sansycux ni stigmates respiratoires ; a ros- 
Ire pourvu de machoires inermes tres-petites porlant des pulpcs maxillaires 
lateraux souvent volumineux, a trois articles, munis de un a trois poils, soudt s 
dans une pariie de I eteudue de leur bord interne a une levre membraneuse, 
depassee par les mandibules (cheliceres), portant deux poils a sa face inl e rieure 
et une languette lanceolee a sa face superieure; paltes a cinq arlidcs disposees 
en deux groupes de deux paires chacun, places, Tun pros de la tetc, I aiilre pres 
de 1 abdomea, avec un intervalle parfois considerable eutre eux ; tarses termines 
par une caroncule cupuliforme onguiculee ou par une ventouse, avec ou sans 
crochet, aux pattes anterieurcs au moins, et pediculee ou non, mais manquant 
sur les femelles adultes de quelques especes. 

Dans cette famille rentrent les genres Tyroglyphe (Latreillc), Glt/ciphaqe 
(Hering), Psoropte (Gervais), Symbiote (Gerlarch), Sarcopte (Latreillc), etc. 

Le genre Demodex (Owen) ou Simonea (Gervais) (voy. DEMOHEX), qu on a 
considere, pendant longtemps, comme faisant partie de la famille des Sarcopli- 
des, en est distinct, car ses paltes ne presentent que trois articles (voy. Me^nin : 
Memoirs sur le Demodex folliculorum, in Journal de I anatomie et de la jiliysio- 
/oyie, 1877). Enfui, comme le fait remarquer Robin, il est tres-imporlant de 
rappeler que le genre Acarus de Linne n existe plus en fait, et que dopuis assez 
longlemps nulleespece de 1 ordre des Acariens ne pent y rentrer, car les Acarus 
de la gale determinant des affections cutanees chez 1 homme ct les animaux 
rentrent dans les genres Sarcoptes, Psoroptes, Symbioius, etc. ; les Acarus du 
fromage, de la poussiere, des collections, des pelleteries, etc., renfj ent dans les 
genres Tyroylyphits, Glyciphagus, et ainsi des autres. Tousces genres a ppaitien- 
nent a la famille des Sarcoptides, et nous allons jeter un coup d oeil rapide sur 
leurs caracteres, les empruntant aux travaux de Ch. Robin, qui sont les plus 
exacts que possede la science sur ces malieres. 

Tyroglyphe (de 7up6;, fromage, et yXu^rJc, sculpteur). Corps grisatre, a surface 
lisse, offrant entre la deuxieme et la troisiemepairede patlcs un silloii circulairc. 
Rostre conique a palpes etroits portant trois poils coiuis. Cheliceres dentelees. 



20 SARCOSINE. 

I a lies cylindriques, poilues; larses sans mamelon, a caroncule membraneuse, 
onguicule e, sessile. Vulve longitudinale situce entre les dernieres paires de pat- 
; tes com me 1 organe sexuel male. Anus ventral avec une paire de ventouses copu- 
lalrices laterales chcz le male. Celui-ci toujours plus petit et plus trapn que la 
femellc. C est a ce genre fju appartiennent le J. entornophagus Labonlbene >! 
Robin, qui atlaque les insectes des collections, et le Ciron du fromage T. Sim 
Latreille, le plus comiu de tous. 

Glyciphage. Voisin du genre precedent dont il ne possede pas I etranglement 
median. On en connait snrtout des especes sur le corps des oiseaux. 

Psorojite. Corps large, ovalaire, obtus aux deux extre miles, convcxe en 

-di ssus, |il,il en dessons. llostre conoidc a cheliceres sans denlelures. Pattes coni- 

<jiies, rtjgulieres. Pedicnle on ambulacre des ventouses articulc. Les Psoropfces 

sont des parasites culanes du cheval, du bosuf et dn mouton (P. eqni Hering) ou 

ils causent deux varietes de gale. 

Symbiote. Se rapproche du genre Psoroptes dont il differe par nn rostre 
.massif rl (ingnil orine, par les niandibules eourtes et Ibrlement dentees, par 
Irs paltes cylindro-coniques", anguleuses, onfin par 1 ambulacre des ventousi 1 - 
niarUciilt - 

Sarcofitc. Genre type de la lamiHr des Sareoptides delini de la maniere sni- 
vaulc par Cb. Robin : coi |is l.n-e, ovalaire, nbtus aux deux bouts, convexe en 
dc.ssiis, plal ni dcssoiis, a tegniiietit inaKjiK; de slriesou sillons lins, sinueiix. 
synietrii|ues; depas^e en a\anl par un roslre mobile, incline, aplati, oniMiilorme, 
en parlie cache sous repistome, ct poiirxu de palpes elargis, a trois article-. 
bordes par deux Jones eai enees, menibraneuses, transparentes ; cbeliceres epaisses, 
courles, en pinces didad\li-s dentelees; pattes epaisses, eourtes, coniques, bs 
iiiilerieurcs un pen retractiles a la base ; tarses pourvus de deux mamelons coni- 
ijues el d nne ventonse arlicnlee sur une pedicnle d nne seule piece; vulve Irans- 
vrisale sur le troisieme anneau cepbalo-thoracique ; organe m;ile entre les dn- 
uieres pattes; anus retrodorsal. 

L espece la plus importante est le Sarcoptes scabiei Latreille ; on tronvera ^y 
.description an mot GALE. Le Sarcopte cbangeant (S. mutans Lanquelin et Robin) 
cause line maladie psorique chez les oiseaux de basse-cour. Cette affection para- 
gitaire, Iransmissible au cheval, a t -tt decrite par Reynal ct Lanquetin. G. C. 



C 6 IFAzO l (cbimie). Pour preparer cet alcaloide, on ajoute a 
,j,ine solution de Creatine (voy. ce mot) saturee et bouillante dix iois son poids 
d by d rate de baryte. La solution, d abord limpide, se trouble par rebullition, 
il se degage beaucoup d ammoniaque, et les parois de la capsule se recouvrent 
d unc poudre blanche cristalline qui augmente tant que dure le degage- 
ment d ammoniaqne. II fant renouveler de temps en temps les .additions d eau 
et d hydrate de baryte jusqu a cessation de toute odeur ammoniacale. On laissf 
refroidir alors, et on filtre; on oblient ainsi un liquide incolore contenant, en 
dissolution, de la baryte caustique et de la sarcosine, le carbonate de baryle 
ibrme pendant la reaction reste sur le iiltre. On prccipile par un courant d acide 
carbonique la baryte en dissolution, ou porte a 1 ebullition et on filtre, la liqueur 
evaporee en consistance sirupeuse laisse deposer, par le repos, de larges feuil- 
lets incolores et transparents. Le degagement d ammoniaque provient de la 
decomposition de 1 urec qui a pris naissance en meme temps que la sarcosine 
aux depens de la crealine. 



l j our oblenir la sarcosinc completement pure, on la translbrme en snltale; l, 
solution de ce sulfate est evaporee en corisistance sirupeuse; on y ajoulc di 
1 alcool concentre; le sulfate se pre cipite alors sous la fonne d une poudrc. 
blanche cristalline, on le lave avec de 1 alcool froid, on le fait dissoudrf 1 (bus 
1 eau et on le decompose par dii carbonate de baryte ; il y a effervescence, lonna- 
tion de sulfate de barvte insoluble; la sarcosine pure resle en dissolution dans 

J 

1 eau. On filtre et on e vapore en Consistance sirupeuse. Les cristaux se lomient 
au bout de vingt-qualre ou trente-six beures. 

La sarcosine cristalline dans le systeme rhombique. Ces cristaux, asse/ -ros, 
sont incolores et transparent^;. 11s fondent a une temperature pen supeneiire 
a 100, et se volatilisent sans residu. Its sont tres-solublos dans 1 eau, pen solu 
bles dans 1 alcool, et insolubles dans 1 ethcr. 

La sarcosine a la meme composition que la lactamide, 1 uretlrane etl alloxane. 
son insolubilite dans I etlier la differencie de ccs corps. 

Si-Is dc sarcosine. On connait le chlorbydratc, qni se presente sous la I m me 
d une masse blanche qtii, cristallisc e dans 1 alcool, forme des |ielits grains ou 
des aiguilles transparentes. 

Le sull ate, dont nous avons deja paiie, cristallise dans 1 alcool, -forme des ; 
tables quadrangulaires, transparentes et incolores, d nn ^rand eclal,etesleiilieiv- 
n>ent semblaldes aux cristaux de chlorate de polassc. 

\A- c-hhiniplalinate donne par 1 evaporatkm spontanee de sa solution aqueuse 
des octaedres aplalis, de couleur jaunc, group^s en tremies, et dont les faces 
out souvent de 1 a 1 i/2 centimetre de devcloppement. 

Une solution aqueuse.de sarcosine, diaul fee avec le peroxydc ile (doudi, si- 
decompose avec une vive effervescence, la liqueur proud une re aclion alralme, 
et renferme alors de la mdlhyJamine. 

Chauflee avec de la chaux sodce, la sarcosine degage egalomunt de la incthyla- 
mine. LUTZ. 

SARCOSTEMME. Genre de planted Dicotyledones, appartenant a la famille 
des Asclepiadees, et dont une espece, le Sarcostemma glauca Kutith, est appehie 
dans 1 Amerique meridionale ipeca par les naturels, ce qui fait supposer ip-i elle 
est emetique. 

C est un arbrisseau volubile, a sue laiteux, dont les feuilles oppose es sont 
lanceolees-acuminees, entieres sur les bords, glabres, glauques en dessous. Les 
tleurs en ombelles axillaires out une corolle a cinq lobes, avec une double cou- 
ronne a -1 interieur; elles sont d un beau blanc : les fruits sont deux follicules 
lisses et greles. 

La plante croita Caracas, sur les bords de la mer des Antilles. 

- 

lluiiBOLDT, LDXI-LASD et KUMTII. Nova yenera et Species, III, 194, tab. 239. PL. 

S\KI\H.M, (GEOGRAPHIE MEDICA.LE). L Ue de Sardaigne, la plus grande des 
iles de la Mediterrane e apres laSicile, bien qu elle ait, dans 1 histoire, une place 
beaucoup moins importante que certaines autres, et en de pit dii role passit 
auquel les evenements 1 ont depuis longtemps reduite et du peu d attention dont 
1 aient honoree. pendant d^s siecles les voyageurs et les geographes, n en pre 
sente pas moins, au point de vue de la geographic medicale, un grand interet. 
Elle fut conuue des anciens de tres-bonne heure. Depuis Herodote presquc tous 



22 S.V 



II II I I II : 1 I . 



les auteurs de 1 antiquite en ont fait mention. Elle fut d abord appelee Ichmisa, 
mais ce nom fut bientot remplace par celui qui existe encore aujourd hui. 

La situation geographique de cette ile est de limitee par Jes points extremes 
suivanls : an nord, la poiiite de Falcone (4115 42"IO N), au sud, le cap Teulada 
(5851 52"58N), a Test, le cap Comino (7 50 06" 20 E), a 1 ouest, le cap de 
1 Argenliera (5 U 48 I5"62 E). D une forme sensiblement rectangulaire, 1 ile de 
Sardaigue a environ 1480 kilometres de circonference. On pourrait ajouter a ce 
developpement de cotes la longueur du pourtour des vingt iles ou ilots qui 
dependent d elle, ou lui sont adjacents, ce qui donnerait encore 570 a 580 ki 
lometres. Sa longueur, de la pointe Falcone au cap Teulada, est d a pen pres 
268 kilometres, et sa plus grande largeur, du cap Comino au cap de 1 Argen- 
tiera, atteint 144 kilometres. C est entre la Torre-grande d Oristano et la tour 
de Bari que Tile est le moins large ; cct espace est d environ 100 kilometres. 

La superficie de File de Sardaigne a ete evaluee par le comte A. de la Marmora 
a 25 667 kilometres carres (soil G901 milles gcogr. carres), non compris les lies 
adjacentes; avec celles-ci, la superficie totale alteindrait, d apres le meme obser- 
valcur, 25 920 kilometres carres. Une evalution plus rccenle porte la superficie 
totale a 24250 kilometres carres. 

Oroc/raphie. La Sardaigne doit etrc considered commc un pays montueux; 

mais un certain dcsordre scmble re gner dans les groupes elevcs qui de ler- 

minenl le relief dc son sol. Neanmoins, on peut rapporler a deux systemes assez 

facilement reconnaissables 1 ensemble de ses montagnes. La parlie orientale de 

l ile en est la plus c levee ; une seriedc petites chaines, s etendant de la cote du 

canal de Corse au cap Carbonaro, traverse l ile du N. au 3. La portion la plus 

importante de ces chaines, plus specialement designe e sous le nom de Gen- 

"nargenlu (porle d argent) occupe la region centrale; elle est traverse e au milieu 

par le 40 e parallele. Les deux pics les plus eleves, qui sont en meme temps les 

deux plus hautes montagnes de l ile, sont le Bruncu de Spiua (1917 metres) et le 

Su Schiuscbiu (1864 metres). Apres elles vient le piccalcaire voisiu d Uliena, au 

nord des deux aulres (1558 metres); il se rattacbe au groupe du Gennargentu. 

Ce groupe, qui separe, au centre, les eaux des deux versants, a sa direction prin- 

cipale a peu pres du N. au S., ainsi que les monts d Ogliastra, qui lui sont 

paralleles a 1 Est ; mais plus au nord, ou ces montagnes se relient au groupe du 

Monte Limbara, a travers des regions toujours elevees, la direction change et c est 

du N. E. au S. 0. que s orientent les cretes dominantes. Le point le plus eleve du 

Limbara est a 1519 metres. On voit deja, par ces exemples, combien la Sardaigne 

est inferieure a la Sicileet meme a la Corse, en hautes altitudes. Au sud du groupe 

central, et en se rapprochant de la cote, on trouve la petite chaine du Sarabus, 

qui determine le cours du Mumendosa ; et enfin, tout a fail au sud, la chaine 

se termine par les monts dits Setle Fralelli, dont le point le plus eleve ne 

depasse pas 960 metres. Les montagnes de Test ne sont pas completement 

separees de celles de-1 ouest; elles y sont au contraire relices par plusieurs 

cbaines de hauteurs plus ou moins elevees. C est d abord, au nord, paries hauts 

coteaux qui separent la plaine de Sassari du Campo d Ozieri, puis d une fagon plus 

evidenle, vers le centre de l ile, entre 40 20 et 4040 i\, par la chaine du 

Raza ou Razo, eleve e en un point a 1247 metres. Celle-ci separe le Campo 

d Ozieri de la grande plaine d Oiistano et rejoinl les monts Marghine, lesquels 

s etendent jusqu a la mer a 1 ouest. 

On ne peut vraiment, sans forcer le sens des mots, donner le nom de chaine 



SAKDA1GJNE. ^ 

a la seric interrompue des montagnes qui bordent le rivage occidental de 1 ile. 
Entrecoupees et separees les uncs des autres, tantot par la mer, comme vers 
le golfe d Orislano, tantot par des vallees larges, elles commcncent au N. par 
la petite cliatne qui occupe la plus grande partie de la sauvage province de 
Nurra. Cette chaine est isolee par la plaine de Sassari. Vers Alghero, le terrain 
se releve, et reste montueux, accidente et extremement pittoresque jusqne dans 
la vallee du Tyrse oil commence la grande et fertile plaine d Oristano. Celle-ci, 
etendue obliquement duN. 0. au S. E,, va d Oristano a Cagliari; ellr srpare ainsi 
du reste de 1 ile un espace triangulairc considerable allant du cap della Fresca 
au cap Spartivento. Ce triangle est divise lui-meme en deux fragments monlueux, 
les Monti di Arbus au nord et le groupe. du Monte Santo au sud, ou se trouvc 
Punta Severa (983 met.), par une des contrees les plus delicietises de toute 
1 ile, la vallee d Iglesias ou de Domus novas qui se confond a Test avec la grande 
plaine d Oristano. Cefameux Campidano, si connu pour sa prodigicusc feililite. 
n a pas moins de 100 kilometres dans sa plus grande etendue. C est prcs de la 
que se trouvent les deux iles monlagneuses de San Antioco et de San I irtm 
qui sont avec 1 ile dell Asinara, au N., les plus grandes, parmi les depnidanrrs 
insulaires de la Sardaigne. 

Mais, pour avoir de la topographic grin-rale du pays imr id re rvrele, il laul 
tenir compte, au milieu de ce Ibuillis de montagnes, des plainrs donl nous 
venons de signaler la plus grande. C est d abord, en partant du nord, la plaine 
de la Nurra, qui va de Porto Torres a Alghcro et de Sassari aux monls della 
Nurra; puis le Campo d Ozieri, separe du premier Campo par unc chaine dr 
coteaux; il s etend au N. E. jusqu aux monts Limbara ; enfin, en debors du 
.grand Campiaano, les rivages bas et fertiles de Palmas au S. 0., de Tbrtoli, 
d Orosei, a 1 E., etc., etc. 

Les differences que Ton constate, au point de vue orographique, entre la chaine 
orientale et la sene des montagnes qui s etendent sur la pai tie occidentale dc 
Tile, se retrouvent aussi marquees dans leur contexture geologique. La chaine 
orientale est esseiHiellement constitute par les terrains primitifs, qui occupent 
ainsi presque le tiers de la surface de 1 ile, en formant les contrees alpeslres et 
abruptes deGallura, d Ogliastra, de Barbagia, deSarabus et de Budiu. Au centre 
de cette chaine, le groupe du Gennargentu, granitique a sa base, est forme en 
partie de schistes talqueux, finement feuilletes, et parfois micace s, qui sont tres- 
repandus surtoat vers Aritzo, oil ils vont du N. E. au S. 0. Le Bruncu de 
Spina (cimc de 1 epiue) est compose de schiste verdatre, qui est plus micace 
vers Fonni, le point habite le plus eleve de 1 ile. Ce meme terrain se retrouve 
a Punta florissa. Entre les deux on rencontre le Schiuschiu, a la base duquel 
se trouve le porphyre en grands filons. Sur le llanc oriental de la cbaine, 
memes dispositions jusqu a Villagrande et Villanuova, ou commence le granit. 
A Test de ce bourrelet schisteux, on rencontre le granit jusqu a la mcr: il se 
retrouve partout, si on excepte deux lambeaux d alluvion c\ 1 emboudhure de 
1 Ogliastra et d un autre ruisseau. Au nord, ccs memes terrains s etendent sur 
1 espace triangulaire ayant la cote pour base, d Orosei au cap Coda Cuvallo ; les 
plateaux sont grain tiques, mais les terrains scbisteux enclavent de grands espaces 
converts de couches calcaires. Souvent les formations calcaires sont superposees 
aux schistes; elles appartiennent en grande proportion aux terrains secondaires. 
Au point de contact de ces terrains, se trouvent souvent des minerals abondants 
de zinc et de plomb argent ilere. 



24 

Les montagnes de la partie occidentale de la Sardaigne, separees entre elles, 
split denature diverse. Le triangle sud-ouest, determine par la cote et la vaste 
plaine etendue de Cagliari a Orislano, est occupe par un groupe montagneux a 
base granitique, et en grande partie forme de schisles auxquels suceedent les 
formations calcaires. Enlre ces couches apparaissent les lilons metalliferes : ces 
pheuomenes sont surlout apparents dans les environs d Iglesias, qui estle centre 
ile I iudustrie ininiere de ce pays. D Oristano a la plaine de Sassari alternent 
des series de montagnes tantot granitiques ou schisleuses, tanlot formees par 
les, diverses couches du terrain secondaire, tantot encore dues a des formations 
volcaniques. Une autre region volcanique considerable existe vers le centre de 
! ile,. en partant de Monastor, au N. de Cagliari; elle s etend jusqu a Alos, Miles 
et San Lussurgiu, qui est construct dans un ancien cratere. Ces monies terrains 
volcaniques se retrouvent encore plus au centre et jusque dans les regions. 
lout a fait septentrionales de 1 ile. Dans la grande plaine de Giavesu, autour dc 
Bonarva el dc Queremula, les rocjies volcaniquos soul d origine moins ancieiinc ; 
au-dessus des roshes calcaires, les terrains sont converts de pouzzolanes, de 
scories infonncs, avec des collmes entieres de luf porphyroide. Les terrains 
d origine volcanique s elendenl au nord, a travcrs le pays d Osilo, jusqu u la 
mer, ou ils se terminent par de haules ialaises. Les terrains plus recents jus- 
qu aux alluvions moderues occupent non-seulement les embouchures el les , 
dellas des cours d eau, mais encore une partie des.campidani du nord et du 
midi. Ccla revient a dire que ces lormalions recentcs sont beaucoup plus 
ivpaiidues dans la partie occidentale de 1 ile que dans 1 autre. 

Hydroyraiihie. 11 resulte de 1 etude orographique de 1 ile de Sardaigne que 
la chaine orienlale, qu on peul aussi designer comma centrale, parce qu elle se 
rapproche beaucoup plus que 1 autre du meridien median, est reellcment cello 
qui decide du parlage des eaux entre les deux cotes lalerales de 1 ile. La chaine 
occidenlale, nalurellement entrecoupee de vallees mulliples et souvent pro- 
fondes, se laisse facilemenl Iraverser par les nombreux ruisseaux nes dans la 
region cenlrale. A en juger par la quanlite des cours d eau qui sillonnent on 
tous sens le sol de la Sardaigne, on la prendrait facilement pour un des pays 
les mieux arroses de 1 Europe. Mais il est loin d en etre aiusi. Les cours d eau 
sont tres-nombreux en Sardaigne, c osl vrai, maisil n ont que pen d imporlance, 
moins merne qu aulrefois, et la plupart d entre eux soul, en ele, completement 
a sec. 

Le plus remarquable, comme le plus anciennemenl connu des fleuves sardes, 
est le Tirse ou Fiume d Oristano, autrefois le Tirsus ou Torsus. II descend des 
montagnes granitiques do Buduzo et se dirige sensiblcment du N. au S. 
jusque vers I aiili Lalino. A parlir de la, il descend vers la mer a I O. apres 
avoir recu les eaux de plusieurs affluenls du cole de 1 E. ; il passe tout a cote 
d Oristano. Tel est le plus grand cours d eau de la region 0. A 1 E., le plus 
important est le Flumendosa, 1 ancien Soeprus. C est, pendant une partie de 
Tannee, uu torrent impetueux qui, des montagnes de la Barbagia, appelees 
Correboi (corne de bosuf), ou il prend sa source, descend en bouillonnaut a 
travers des murailles de rochers, d abord du N. au S., parallelement a la grande 
crete du Gennargcntu, puis de 1 E. a 4)., en sens inverse du cours du Tirse, 
ramassaiit sur son passage, dans un parcours de 80 milles, un limon fertilisa- ; 
teur qu il vienl deposer, apres avoir ralenli sa marche, sur une sorte de delta 
qui precede son embouchure, aux environs de Maravera, dans la mer Tyrrlie- 



SAKDA1GNE. 25 

nieimc. Apres lui, il faul citcr le Coghinas qui, ne au pied des nionlagnes de 
Badduso, au N. de la cliaiue, recoil sur sa rive gauche les ruisscaux des munis 
Limbara dont il contournc les sinuosites, et au pied desqucls lui arrive, a droile, 
le Piio d Ozien; il deerit cnsuile une courbe vers le N.- pour se jeter dans la 
mer de Corse, pres de Castel Sardo. 

Entre Sassari et Oristano sout situes des amas montagneux que nous avons 
decrits plus haul, et des flancs desquels descendant, de noiubrcux ruisseaux 
dont la plupart se reunisscnl en un courant pennuiient assez fort, qui traverse 
de delicieuses contrees, toules enriehies de plantations d oliviurs. C est le Teuio 
(in Fiume di Bosa, le seul cours d eau de la Sardaigne qui pnisse porter de gros 
bateaux. Pendant la suison ehaude, son iinporlance dimiimr, el, sur ses 
bords, de grandes llaques marecageuses, sanscesse. en voie d dvaporalion, lais- 
>ent ediapper par torrents des emanations peslilentielles qui eiigendrenl, la 
malaria. Cette circonslance iniilbeureuse n est pas cxceptionnclle dans la Sar- 
daigue; elle se relrouve dans beaucoup de localiles et tout parliculieremenl sur 
les rives du Flume di Porto Torres qui, sorli des meincs inoiils, M- diri-r en 
sens inverse du cours du Terno. Ce dernier petit lle.uve conserve ponrtant pen 
dant 1 ele un filet d eau permanent. Tous les aulres rnisseanx de I ile soul 
reg-ulieremenl desseclies peiid.mtla saison ehaude. Cette circonslaner, osenl.iel- 
lement del avorable au point de vne sanitaire, a encore ete aggravee par le dcboi- 
sement des forets elevees el la denudation des tnonta^nes, (pii en est la emi-r- 
i[uence. 

On rencontre, dans les montagnes de la Sardaigue, uu assez grand uonibre de 
sources d eau douce; mais elles se trouvent tout particulierement dans ie^ 
regions peu Jjabitees de I ile, taudis que dans les plaines el notaiumenl ilans la 
partie meridionale elles sont plutol rares, et presque toujours plus ou moiiis 
.saumatres. Aussi, dans les. villes, et surtout a Cagliari et dans les localiles du 
midi de I ile, en est-on reduit a faire usage de 1 eau des citernes. La plus 
remarquable parmi ces sources est celle du Gennargentu. Situee presque 
au sommet de la cbaine, elle est toujours abondaute et fraiche ; sa tempera- 
lure varie enlre 5 et 4 R. Le comte de la Marmora cile aussi_ specialemeiil 
la source dile Fontana -Franzoni, siluee sur le flanc meridional du mont Lim- 
bara (7 a 8 R.). 

La Sardaigne renferme un grand nombre d etangs ; on a en signalc soixante- 
(juinze, sans tenir compte de tous. Lesuns, comme la Scal fa, pres de Cagliari, 
sont en communication naturelle ou artilicielle avec la mer; il en est de meme 
du Sassu, pres d Oristano, presque aussi etendu, ainsi que des etangs moins 
importantsdeCabras, de Palmas, d Alghero, etc. Ces etangs, tres-riches en pois- 
sons, et surtout en anguilles, sont exploites par le commerce. D autres etangs 
comme celui de Quartu, dit de Molentargiu, recoivent les eaux de la mer sans 
que la communication soil apparente; le niveau de leurs eaux varie selon la 
direction du vent qui les remplit ou les degage de 1 eau de mer; cclle-ci les 
alimente toutautant que les eaux des torrents. Enfin, dans 1 interieur des terres, 
on rencontre un grand nombre d autres etangs plus ou moins importants, 
isoles de la mer, mais renfermant neanmoins de 1 eau salee, et laissant, quand 
leur niveau baisse, d e pais depots de chlorure de sodium impur et de soude 
carbonatee. 11 existe aussi dans I ile quelques marais dont rappauvrissemenl 
contribue a I lnsalubrite proverbiale d une portion de ee pays. 

Les eaux minerales ne mauquent pas en Sardaigne, mallieureuseinent les ruines 



26 SAKDA1GJNE. 

romaines sont a peu pres les seuls etablissements qu on trouve jusqu ici pres de 
beaucoup d entre elles. L etude de leurs proprietes therapeutiques est encore 
presque entierement a faire. Nous citerons d abord les eaux chaudes et salines 
dc Sardara (60 C.) (I42 m alt.), de Fordungianus (68 C.) (212 U1 alt.), toutes 
deux ricbes en sels de soude et de magnesie, sulfatees et chlorurees; les eaux 
sulfatecs et ioilees d Acquacotta ou de Villacidro (40 C.), celles de Dorgali 
(31 c.) (386 111 alt.), de Castel d Oria (66 C.), les eaux tbermales sulfureusos de 
Beneltuti (40 C.), enfin, les eaux acidules i errugineuses de Codrungianus-San- 
Marlino (147" 1 .), dont la temperature n est guere superieure a 2(J C. Cette 
simple enumeration suffira pour donner line idee de la richesse de la Sardaigne 
en sources minerales variees, et des bienfaitsque la medecine en pourra retirer, 
le jour ou des amenagements suffisants en rcndront 1 emploi facile. Actuelle- 
ment, les habitants seuls du pays en font un rare usage, et encore au prix de 
quels ennuis et de quelles difficulties! 11 faut ajouter aussi qu une parlie d entre 
elles sont siluees dans des regions de 1 ile extremement peu salubres, et que ces 
conditions hygieniques defavorables s opposeront longtemps au developpement 
des etablissements qu on pourrait y creer. 

Climatologie. 11 a etc fait relalivement aux conditions climatologiques de la 
Sardaigne un certain nombre d observations precises , concernant surtout la 
temperature, la pression barometrique et 1 elat atmospherique; mais nous ne 
croyons pas qu il en ait ete publie, comparativement, sur les diiferenles parties 
de 1 ile; celles qui sont rapportees par les auteurs proviennenl toules de la capi- 
tale. On n a recueilli, croyons-nous, pour les autres points de 1 ile, quo desobser- 
\ahoiis temporaires, qui ne legitimeraient aucune conclusion. 

Le climat de la Sardaigne peut etre considcre comme meritant la qualification 
significative de climat insulaire; les dimensions de 1 ile ne sont, en effet, pas 
suffisantes pour qu elle ne jouisse pas des avantages reserves aux regions 
colic-res et aux ilcs, qui recoivent de la brise de mer une action tempi rante du 
froid en biver et de la cbaleur en ele. Les differences dans le relief du sol, sui- 
vant les regions, enlrainent necessairement de grandes variations dans les condi 
tions climalologiques; ces differences sont encore exagerces par la nudit des 
plaines. En elfct, tandis que celles-ci, pendant les mois d ete, privees d eau 
et d ombre, deviennent lout a fait inhospitalieres par leurs mauvaises conditions 
hygieniques, les localites montagneuses jouissent, au contraire, d une atmo- 
spbere pure, d un ciel serein, d une temperature delicieuse. Viennent les plui(^ 
d automne, suivies de la saison froide, et des conditions exactement inverses se 
produiront. En ete, les plaines basses ne sont pas toujours brulees par le soleil ; 
souvent aussi elles sont couvertes de vapeurs epaisses qui s ecbappent des 
etangs et des fleuves. Les rosees sont frequentes et d une extreme abondance; 
elles ressemblent a une petite pluie et arrosent, pendant la nuit, les plantes et 
le sol desseches pendant le jour. Elles remplacent dans une certaine mesure les 
pluies qui, en Sardaigne, ne sont jamais tres-abondanles, quoique assez regu- 
lieres, comme d ailleurs la marche generale des saisons. Le mois de Janvier est 
ordinairement agreable; pendant les premieres semaines au moins, il ne tombe 
pas, ou presque pas de pluie, et 1 air reste serein; c est le temps des Secche di 
Gennaju; mais, comme le remarque le comte de la Marmora, des le mois de 
fevrier commence 1 inconstance de la temperature. Pendant ce mois, et le sui- 
vant, les pluies sont frequentes et le froid se fait sentir; la vegetation est lente, 
ainsi que pendant le mois d avril, ou elle est tourmenlee par de grands vents 



SARDAIGNE. 27 

Ires-frequents et tres-penibles. Enmai, 1 ete commence et dure jusqu cn octobrc, 
qui rameiic les plwies et les vents du S. 0. et du N. E. Vers la fin de 1 annec, 
tout cela s apaise, et il arrive tVequemment que le mois de dccembre a Unite la 
fraicheur du mois de Janvier. A Cagliari (3912 k J7"N. ,645 15"E. ), ou le 
niveau dubarometre varie de 729 mm a 782 mm , la hauteur moyenne de la colonne, 
calculee d apres trois annees, est de 751 mm ,et la temperature moyenne de 1 annee 
de 166 C., environ 1 degre de moins qu a Naples et 4 dcgres de plus qu a 
Pekin (59 54 15"N.,H47 90"E.). 

Les renseignements contenus dans le grand ouvrage de la Marmora sur la 
Sardaigne ont donne les moyennes contenues dans le tableau ci-dessous. 

Tableau de la temperature a Cacjliari pendant les differentes c poques de 
Vanne e. 



NOUS DBS MOIS. 


TEMPERATURE CENTIGRADE. 


MAXIMA. 


MINIMA. 


MOTENX] 


PAH MOIS. 


IMII SAISON. 




17, 25 
15, 25 
10, CO 
14, 75 
22, 5 
28, 
28, 
32 , 5 
33 , 6 
30, 9 
27 , 5 
20", o 


:; i 
:. 8 
3 8 
i .1 
6 9 
12 9 
16 2 
18 7 
17 8 
12" 9 
12 8 
7 2 


11", 70 
8",!i:> 
III", 8 
10",:,-, 
li",55 
17",65 
21", 47 
24", 25 
2o,37 
19, 12 
I .i MO 
14", 75 


10", ill 

14", 56 
22", 9 j 
14", 75 










Mai 




Juillet 


Aout 


Septembre 


Octolire 


Novembre 





Les vents, extremement frequents dans 1 ile de Sardaigne, sont un des plu< 
grands incoavenients de son climat. Le vent dominant, tant par son intensite 
que par sa frequence, est le mistral on vent du N. 0. II regne, en moyenne, un 
tiers de 1 annee, au moins pendant quelques heures chaque jour, portant lonjours 
avec lui une certaine bumidite qu il abandonne en traver-ant 1 ile; il arrive 
a Cagliari compleletnent desseche. faraissant venir des Pyrenees, il traverse lr 
golfe de Lion sans reneontrer d obslacle. Sa force et sa continuite sont lelles, 
que dans les regions centrales et occidcntales, ou on le ressent particulierement, 
il donne aux arbres une forme caracteristique. De longues branches horizontalcs 
s etendent vers le S. E., vers lequcl s incline le tronc, presque nu dans le sens 
oppose. Ce vent, neanmoins, est considere comme salulaire, il emporte les 
miasmes et rafraichit 1 air desseche par le Levante (vent d E.) et surtout par le 
Sirocco (vent du S. E.), dont 1 influence est toute delelere, et rendue enervante 
par les masses de vapeurs humides qui accompagnent ses bouflees brulantes. 
Le vent du N. est rare en Sardaigne ainsi que le vent d O. En resume, les vents 
les plus frequents sont d abord les vents du N. ()., puis ceux de 1 E. et du S. E. ; 
le premier concourt a diminuer 1 insalubrite attribute aux deux aulres. Les 
brouillards ne sout pas rares en Sardaigne, et se prolongent quelquefois pendanl 
des semaines entieres. 

Flore et Faune. La flore de Sardaigne a ete depuis longtemps deja 1 objet 



28 SA.UII 

ilc travaux. important*; le tableau tout enticr en est contenu dans ..es grauds 
ouvrages de Bertuloni ct dc Moris. Elle est d une tres-grande>richesse, renl er- 
m;inl prcsque toutes les especes propres aux regions mediterraneennes de I Kn- 
rope meridionale, et quelques representaiils des (lores oricnlales. Xeanmoins, 
il esl remarquable qu en resume la vegetation est, dans les regions les plus 
la.vorisces, a peine aussi active et aussi riche que sur le rivage de Genes. De 
plus, il est esseutiel de disliaguer, en Sardaigne, la flore des plaines et des- 
has coteaux, c est-a-dire celle des regions inferieures, de cellos des montagn< 
oil il faut encore separer les regions moyennes des regions elevees, ou al- 
peslres. Les cainpidaui, dcsscches pendant une partie de 1 annee, sont sou- ; 
vent, en certains points, absolument prives d arbres, el tres-pauvres en vegeta 
tion. Ailleurs, qnand 1 eau ne fait pas defaut, la vegetation est, des le moi> 
d avril, extremement vigoureuse. Dans les plaines, coupees par les grandes 
haics d opnntia ou figuicr de Barbarie, s ^talent de veritable* tapis de liSeToTIsH 
de denial iles, de pois a Hears, de resedas, de elirysanthemes, de stellaires, de 
ferula, etc., an milieu desquelles serpcnleiit la bryone, le chevreleuille, le- 
i un\ii|\ nliiv, |rs cleinalites. Dans les plaines plus elevees abondent, des le 
printemps, les ^ramies Ibiigeres, les cytises aux longucs grappes, 1 asphodele, 
les cystes, 1 e-lanlier, les genets, 1 eriea mediterranea, rat lntlns, ;i n milieu 
desijiids s t -levenl les lentisques, les ebenes-lieges, les ilex, etc. 

} L oraiiiier pi-i^|ien; bien en Sardaigne et donne des recoltes abondantes. On 
en iviicnniie d^ ja aux en\ irons de Sassari, ainsi que des oliviers ; mais c esl 
surtoul. dans les regions centrales et meridionales que 1 oranger reussit le 
micux, el donne des produits satisfaisants, non-senlement dans lesplaiin 1 -, mai^ 
dans les baiiles vallirs liien exposees. II est assez frequemment accompagne par 
les citronniers, qui vivent et murissent bien, quoique beaucoup plus raiev. 
G est a Milis, non loin d Oristano, que se trouve, an pied de la montagne, a 
1 abri des \ents du Nord, une veritable loiet il orangers, de buit kilometres 
carres, qui fournit presque tous les fruits consommes en Sardaigne. Les oran- 
gers ne necessitent d autres soins que 1 arrosage pendant 1 ete. Aulour de 
Cagliari, on relrouve ces precienx arbres, mais beaucoup moins vigoureux, et 
sou vent rabougris ou languissants. Ceux des environs d lgiesias ofi rent uu 
bien meilleur aspect. Les Grangers se trouvent assez fre quemment dans les ver 
gers que Ton garnit d oliviers, d amandiers, de pechers, de figuiers, de vignes, 
et des principaux. arbres fruitiers de nospays. L olivier est tres-abondant surtotit 
sur les formations calcaires qui entourent Osilio, non loin de Sassari. Les cam-. 
pagnes y sont assez bien cultivees ; le ble y donne de bonnes recoltes, les cultu 
res de legumes et de cereajes s etendent jusqu aux limites des regions calcaires. 
A partirde la, le terrain, qui change de nature, s eleve. Pen ajieules arbres a fruits 
disparaissent et font place aux arbres resineux et aux grandes fougeres, qui se 
meleiit aux ormes et aux chenes de differentes especes. 

Le murier lui-meme donnerait des resultats satisfaisants, mais la culture 
en est tres-negligee. D ailleurs, quand on va de Sassari a Cagliari a travers les 
grands campidani, aujourd hui parcourus par les chemins de fer, on est frappe 

parlout de Tinsuffisance et du peu de soiu de la culture, ^eanmoins depuis 
quelijue temps de serieux efforts out ete faits dans ce sens, et la culture de 

la vigne, par exernple, donne deja de bons produits, assez abondauts. On exporte 

tout particulierement la malvasia de Quarto, dc Cagliari, de Sorso, le muscat 

d Algbero, le vin rouge d Oristano. 



SARDVIGNE. 5!) 

Sur lus plateaux elcves, dans les clairieres des hautes monlagnes, on relronve 
la (lore, entiere des maquis de la Corse : les lentisques, les cytises odorants, les 
gracieux cyclamens, 1 arbutus, les bruyeres, etc., puis les myrtes, les clt>- 
maliles, la salseparcille. Dans les granges 1 orets de chenes verts, les plantes 
grimpantes deviennent de vraies lianes ; les vignes sauvagcs, les lierres, enlacenl 
leurs rarneaux aux t onillis de chevrefeuilles et de elemalites, et couvrcnt lilte- 
ralement les troncs seculaires. 

La Sardaigne exporte un certain nombre de prodnits, comme le ble dont mi 
.recolte environ 300 000 hectol.; 1 avoine, dont 1 ilc produil plus de Kill Dili) lice 
tol.; 1 orge et le mais, qui donnent ensemble environ 40 (MM) liectol.; mais le 
niai s de Sardaigne est peu estimc. Le tabac est un monopole ilu gouvernement ; 
il est de bonne qualile. L ile exporte aussi des legumes sees. 

La Faune de I ile de Sardaigne, qui est fort riche, presente celle parheularile 
qu elle ne comprend aucun animal dangereux ou vcnimeux; le lonp est inromm 
dans le pays. Le betail est assez cheHif , parce qu il est neglige, \i\,uil preMpir 
toujours en plein air, sans abri et trop souvent sans can. Les monlons sanies ne 
jouissent pas d une excellente reputation; ils ne sont en el lei remanpiaMes ni 
par leur laine, ni par lelir ebair. Les chevaux, an contraire, sont exccllents. Ils 
appartiennent a deux types absolument (liftrrriifs. II y a d almrd uuo race cspa 
gnqle, andalouse, ayant conservi - toutes les qualites du type dont elle descend. 
11 y a ensuite le cbeval indigene, qui parait deriver du cbcval barbc. 11 n";i 
jias |dus d un metre ct demi en hauteur; en Sardaigne, il \il a pen pies lilne; 
on le prend au lasso selon le besoin, puis on le relaebe. Les anes en Sardaigne 
<.ont uoinbreux, petits et veins. Us jouent le role de betes dc somnre, et cclui 
de mcuniers (molentu), c est-a-dire qn ils sont utilises constamment pour toin- 
ner les meules a broyer le ble. Les pores abondent en Sardaigne, ou ils vivcnt 
a demi sauvages. On trouve des myriades de lapins dans les iles du littoral. Les 
:reptiles ne sont pas tres-abondants; la vipere ne se trouve pas dans 1 ilr. 

Les oiseaux sont tres-nombreux et tres-varies. Leurs especes sont presque le< 
niemes qne cclles des autres lies et des cotes mediterraneennes. On peut en 
dire a peu pres autaut des insectes. La tarentule (en sarde Arza, ou Argia) 
existe en Sardaigne. Elle est beaucoup moins commune qne ne le i eraienl 
croire les recits des habitants; celle qui a e"te rencontree, et a laquelle on attri- 
bue les piqures malfaisantcs, est le Theridion [7>-c/uttatum (Latrodecte mal- 
mignata). 

Les cotes de la Sardaigne sont tres-riches en poissons. La peehe commerciale 
est celle des sardines, des ancbois, et surtout celle des thons, qui se (ail snr la 
c.ote occidental de Tile, et particulierement aussi dans les lies de San Pieim el 
de San Antioco. On pecbe aussi sur les cotes occidental et meridionale de la 
^Sardaigne, et surtout dans les environs d Algbero, du corail en abondance, et 
.assez beau, ainsi que les perles du Pinna nobilis, qui se recueillent tout spccia- 
lement dans les baies peu profondes. C est le meme coquillage qui fournit le 
bissus des anciens. Ce tilament textile n est autre chose que le chevelu so\eu\ 
qui fixe le coquillage au rocher voisin. 

Population. La Sardaigne, comme toutes les iles importantes de la Medi- 
terranee, mais a un moindre degre pourtant que quelques-unes d entre clles, a 
vu pendant le cours de son histoire son sol foule par des races di verses, tantot 
attunes par le desir de la posseder, et amenees aussi quelquefois par le 
hasard des guerres. Parmi cos pcuples eavaliiss: 1 !!:---, IPS ii-a s f*brii ! ;::! 



50 SARDAIGNE. 

passer, detruisant tout ou pillunt sans rien produire; d autres au contraire out 
fourni a la population des elements durables et importants. Que furent les habi 
tants prehistoriques de la Sardaigne ? Comment se caraclerisaienl leurs mceurs 
et leur Industrie? A quelles autres races primitives est-il possible de les rat- 
tacher? C est ce que nous dira bientot la science nouvelle qui eclaire d uuc 
si vive lumiere Ics premiers ages de notre espece. Les nombreux monuments 
epars sur le sol de Tile (menhirs, tombeaux antiques, etc.) fourniront les 
elements de la solution de ce probleme, deja ebauche d ailleurs. Des explorations 
repetees des grottes de Tbarros, pres du golfe d Oristano, ont, en eflet, amene 
la decouverte de silex travailles, d objets en os et en ivoire, d idoles, etc. 

Des 1 antiquite, la multiplicite des types de la population a ete signalee dans 
Tile de Sardaigne. Strabon parle d une population indigene speciale, habitant 
les groltes lyrrheniennes. Des parlicularites analogues ont ete signalees par 
d aulres auteurs. La franchise du type semitique des premieres et abondantes 
immigrations pheniciennes et lybiques en a conserve les caracleres d age en age. 
[\icolucci a deja signale la persistance du type semilique dans 1 ilc de Sar 
daigne. Ncigebauer et la Marmora ont tous deux la it ressorlir la frequence 
preponderante du type dolichoccphale dans les provinces seplentrionales et 
du type brachycephale dans le sud de 1 ile. Les premieres colonies connues 
furent les immigrations pheniciennes suivies d invasions venant de Lybie, et 
anienant des populations dc meme race. C est a elles que beaucoup d archeo- 
logues attribuent les noraghes, ces etrangcs monuments si nombreux dans 
1 ile, et dout la signification et 1 origine sont encore indeuises aujourd hui. Ces 
colonies peuplerent reellement 1 ile de Sardaigue, en refoulaut la population 
primitive dans les regions les moins abordables. Les invasions etrusques et 
grecques qui vinrent ensuite ne modi Remit pas sensiblemcnt la population. 
ho Carthaginois, 500 ans avant Jesus-Christ, la deplacerent tout au moins, en 
contraiguaut les Lybio-Pheniciens a gagner les regions inte rieures de 1 ile, mais 
ils ne s claient eux-memes guere profondement implantes dans 1 ile, quand, 
250 ans plus tard, les Romains s emparerent de la Sardaigne et y etablirenf 
cctte domination a la ibis penible et florissante, pendant laquelle la population 
atteignit, dit-on, le chilTre enorme de deux millions d hommes. 

On sail qur, vingt ans apres Jesus-Christ, quatre mille Juil s furent envoyes 
en Sardaigne ; leur presence n a pu que renforcer les traces du type des pre 
mieres colonies. 

Les Validities occuperent 1 ile pendant quatre-vingts ans, et purent se meler a 
la population; mais leur administration toule militaire conlribua a les tenir 
en dehors de la vie commune. Et pourtant, ils semblent avoir fait corps avec la 
population plus encore que les Arabes, malgre le long contact de ceux-ci avec 
les Sardes. Pendant trois cents ans, du huilieme au douzieme siecle, tantot 
comme mailres el conquerants, tantol comme pirales, les Arabes gouvernent 
1 ile ou la ravngent, sans jamais y creer rien de stable, rien d analogue a leur 
brillant elablissement d Espagne ; ils n occuperenl d une maniere durable que 
les villi-s du littoral. 

Les dominalions genoise et espagnole, qui ont laisse des traces dans les dia- 
lecles du pays, ont aussi agi dans une ccrtaine mesure sur les elements deja si 
nombreux de la nation sarde. 

Nous avons dit plus haul que, sous la domination romaine, la population de 
1 ile passait pour avoir atleinl deux millions d habitants. Celte prosperite, sans 



SARDA1GNE. 



31 



doule fort exagerec, fut de courte duree ; hi population alia, dcpuis cette 
epoque, toujours en s appauvrissant, et no sc refit reellemeut qu au dix-scptieme 
siecle. En 1098, le recensement de 1 ile ne donnait qu un tolal dc 201 074 ha 
bitants. En 1728, la population etait de 309 994 habitants; en 1840, elle attei- 
gnait 543207 h ; en 1848, 5i7,112 h.; en 1857, elle etait monlee en totalite 
a 573115 h.; et en 1862, a 588004 h. Les cliiffres indiqueut nne augmen 
tation moyenne de 2007 h. par annee, de 1848 a 1857, soil 0,48 pour cenl. 
De 1857 a 1802, 1 augmentation atteint 2 989 par an, soil 0,52 pour cent. 

Cette prosperile va toujours croissant, et, en calculant, sur les douze amices 
qui ont precede 1875, on trouve un accroissement annucl de 0,80 pour cenl. 
Cela est en contradiction ibrmelle avec les conclusions un peu superficielles du 
docteur Bennet. 

En 1875, la population etait de 044 324 habitants, ce qui represente 20,08 ha 
bitants par kilometre carre, File ayant une superficie de 2 i 250 kilometres 
carres. 

Voici quelques renseignements de statistique demographique sur cetle popu 
lation de la Sardaigne, a la fois peu nombreuse, malgre sa prosperite crois- 
sante, et mal distribute sur le territoire. La race en est saine el robuste, en 
moyenne; elle a contre elle des obstacles puissants, en tele Jesqiiels il iaul 
citer 1 insahibrile des parties les plus fertiles de 1 ile, rinsul lisanee des vacci 
nations, la rudesse de la vie des pasteurs, qui representent la seplieme partio 
de la population, etc. 

Sur les 039 995 h. de la Sardaigne, au 51 decembre 1872, la population 
urbaine comprenait seulement 100400 h., tandis que la population rurale etait 
de 533 529 habitants. 

La plupart des renseignements qui precedent, comme tous ccux qui suivent, 
ont ete fournis ou etablis a 1 aide des statistiqucs oflicielles du gouvernement 
italien. Les tableaux suivanls dont les elements ont e te puise s dans la statis 
tique publiee, en 1873, pour 1 annee 1872, indiquent le mouvement annuel de 
la population. 

STATISTIQUE DES NAISSANCES EN 1872. 





iNOJIBllE 

TOTAL. 


NAISSANCES MALES 


NA 

_ 

TOTAL. 


ISSANCES 

--. 

LEGIT. 


FEMELLES. 


TOTAL. 


LEGIT. 


ILLEGIT. 


ABAND. 


1LLEG. 


ABAND. 


1 op. urbaine 
Pop. rurale. 

He entiere. . 


3838 
20769 


1995 

108-29 

12824 


1832 
9851 


129 

960 


54 

18 


1843 
9940 

11783 


1077 

9105 


i:,i 

815 


31 

20 


20746 


11683 


1089 


52 


107S2 


9JO 


51 



La comparaison de ccs chiffres indique une proportion de 1005 naissances 
leminines pour 100U naissances masculines. En 1872, la Sardaigne a doane, 
pour 100 naissances, 91,28 naissances legitimes, 8,29 naissances illegilimes et 
0,45 enfants exposes ou al andonnes. Si nous comparons ces chilfrcs a ceux des 
provinces le niieu.x et le plus mal favorisees, nous trouvons en Lombardie, sur 
100 naissances, 90,47 n. legitimes, 2,30 n. illegitimes et 1 ,25 enfants aban- 
dpnnes ; dans les Marches, qui se trouvent a 1 extreme oppose, les statisliques 



32 



s A Hi) \H;NK. 



nous donnent 84,58 naissances legitimes pour 100 naissam-es, 12,18 naissainv- 
illegitimes et 5,24 enfants abandonnes. La moyenne de dix annees (1865-1872) 
donne pour les enfanls illegitimes ou abandonnes une moyenne de 4,8 pour 100 
pour la Sardaigne seule, et 5,8 pour 1 Ilalie entiere. 






STATISTIQUE PES ENFANTS MORTS-NES EN 1872. 







GAP.gONS. 


F1LLES. 




NOMBRE 








TOTAL. 






















TOI1L. 


LEIUT. 


ILLEG. 


ABAKIl. 


TOTAL. 


LEGIT. 


ILLEG. 


AltA.NL . 


I up. urhaine 


130 


77 


07 


10 




73 


63 


8 




Pop. rui-ule. 


508 


171 


146 


24 


1 


137 


123 


14 


1 






















Pop. totiilu. . 


458 


248 


215 


54 


1 


210 


188 


22 






STATISTIQCE DES DECES EN 1872. 





NdMliUK 

TOTAL. 


HOMMES 




FEM 

. 

CELIB. 

895 
5223 


IES. 

^ 

MARIES. 
IS1 

1606 


VLLVES. 


TOTAL. 


CEL1U. 


VARIES. 

3S8 
1924 


VEUKS. 

145 

869 


TOTAL. 


Pop. urbaine 
Pop. rurale. 

Pop. total c. . 


2994 
16785 


17111 
8620 


1203 
3827 


1290 

8165 

9435 


_ l(i 

i:,:,2 


19777 


10524 


7050 


2282 


1012 


6118 


1787 


i:;48 



Pendant la periode undecennale de 1865 a 1872, la moyenne proportionnellr 
des decesa ete de 110 dec. M. pour 100 doc. F. II y a eu pendant cette periode 
June moyenne annifelle"cle"l deces pour 30,4 hab., c est-a-dire 5, (55 (fcces"pbur 
^100 hab. Sur 1 00 decedes, on trouve 66,48 celibataires, 20,58 personnrs manee^ 
et 12,94 veufs ou veuves. La Sardaigne a fourni, en 1875, 12 octogenaires sur 
100 deces, tandis (jue la moyenne du royaume n est -que 5,97 pour 100. L 
proporlion des deces se repartit ainsi, suivant les differents mois de 1 annee 
J. 1611; f. 1514; 1. 1759; A. 1660; M. 1515 ; Ju. 1555; il 1568, A. 1675 
S. 1718; 0. 1859; N. 1606; D. 1759; ce qui donne en proportion, pou 
12 000 deces, les nombres suivants : J. 959; F. 998rW- 1047; A. 1021 
M. 902 ; Ju. 956 ; Jl. 955 ; A. 997 ; S. 1057 ; 0. 1095 ; N. 988 ; D. 1047. 

Ku Sardaigne, pour4(K>0 D. natureh, il y a 7,90 cas de ntert-viefente, tandis 
que la Sicile en fournit 15,52 et Rome 14,76. Les suicides y sont rares ; on 
n en cite que deux cas en 1875. Dans la menie annee, on a releve 67 cas d ho- 
micide, soil tine proportion de 10,52 pour 100 000 h. Cette proportion a ete en 
Sicile de 16,02, dans la province de Rome, de 12,55, tandis qu elle n est que de 
1,55 dans Ja Venelie, et de 5,56 pour 1 ensemble du royaume ilalien. 

Le mouvement ascensionnel que nous avons remarque dans la j)opulation, a 
jiropos des naissances, se retrouve necessaircmcut lorsqu on etiulie les manages. 
I. c rrmbre de ceux-ci a e le, en 1873, de 4807; it n avait ete que de 4401 en 



SARDAIGNE. 33 

187 2, et de 4266 pour la moyenne decennalc precedente. Gela indique urn* 
augmentation, pour cent, de 9,23 sur 1872 ct de 12,68 sur laperiode dccennalc. 
Les 4807 manages de 1873 se repartissent ainsi : entre celibataires, 3815; 
entre celibataires et veuves, 318; entre veufs et celibataires, 469; entre veul s 
et veuves, 205. Soit, pour 1000 maries, ime proportion de 794 (Mitre celiba- 
taires ; 205 entre celibataires et veufs; 97 entre veufs et celibataires; 43 enlre 
veufs et veuves. 

L etude de la statistique des manages nous fournit des renseignements inte- 
ressants sur 1 etat de 1 instruction primaire dans 1 ile de Sardaignc. Les duff res 
nous apprennent, en effet, que cette ile n est pas, loin de la, an dernier rang 
parmi les provinces du royaume d ltalie. Voici, en effet, quelle est, comparali- 
vement en Sardaigne et dans tout le royaume, la proportion pour 100 des actes 
de mariage signes par 1 un ou 1 autre des epoux, soil en 1873, soit en moyenne, 
pendant le septennaire 1867-1873. 

PROPORTION POL R 100 DES ACIES DE M.VRIAGE SIGNES. 







E.N ] 


873. 






DE 1867 


A 1873. 




REGIONS, 


P.I. EPOCX 


PAR 


PAR 


PAR 


PAR l.ES 


PAR 


PAR 


I AB 




KT 


I. EPOUX 


L EPOUSI: 




IIEUX 


L EPOUX 


L EPOUSE 






L EPOUSE. 


SEUL. 


SEC I.E. 


AUCUX. 


EPOUX. 


SEUL. 


SEULE. 


AUCU.N. 




10,78 


18 83 


2 18 


08,21 


8,79 


() 30 


1 7 i 


00 (17 


L<; Royaume Ualien. . 


21,59 


22,15 


2,97 


00,. il 


19,86 


21,74 


2J1 


55,69 



Eii comparant la Sardaigne non-seulement avec 1 ensemble du royaume, mais 
aussi avec la province la plus favorisee, et avec cellc qui Test le moins, nous 
trouvons pour 1873 les proportions suivantes pour 100 cpoux, qui ont : 



signe les actes : 

IIOMMES. FEIIMES. 

Sardaigne 29,60 12,96 

Pieir.ont 76, 55,07 

Basihcate 16,21 4,35 

Royaume d ltalie . . 43,52 24,3:> 



declare ne savoir signer : 



HOMMES. 
70,40 

23,53 
83,29 



FEMME-. 
87,01 

44.93 
95,95 



Suv 100 conjoints, consideres sans distinction de sexe, la proportion des 
itlettres varie, en Italic, de 25 en Piemont a 90 dans la province de Bari delle 
Puglie; la Sardaigne donne les chiffres dc 76 pour la province de Sassari et 
80 pour celle de Cagliari, soil, en moyenne, 78. 

Le coefficient de la fecondite en Sardaigne est represente par une conception 
pour 25,52 h., soit 3,92 conceptions pour 100 bab. Sous ce rapport, la Sar 
daigne est a un tres-bon rang parmi les provinces italicnnes ; le maximum de 
la fecondite se trouve en Basilicate, oil on trouve une conception pour 24,15 h., 
et le minimum en Ombrie, ou une conception correspond a 30,10 h. 

Les renseignements donnes ici sur la population sarde seront completes 

ailleurs (voy. Italic) par letir comparaison avec ceux qui concernent le royaume 

entier, et pour lesquels il sera fait appel a tous les documents que fourni- 

ront les excellentes publications du gouvernement italien. Les notions statis- 

DICT. E>G. 3* s. VII. 



34 SARDA1GJNE. 

tiques renfermees dans 1 inteiessant ouvrage do M. Jjoullier sur la Sardaigue 
different seiisiblement de celles qui sont inserees ici; eela tient a ce que cet 
auteur a du faire usage des premieres slatistiques, lesquelles ne sont reellemenl 
exactes y de 1 aveu memo des redacteurs, qu a partir de 1866. 

Dialectes. L ile de Sardaigne possede des dialectes qui lui sont propres el 
conservent encore aujourd hui beaucoup de vitalite, bien que dans les villes 
une partie des habitants ait pris 1 habitude de faire usage de 1 italien modern* 1 . 
Les dialectes sardes sont paries dans 1 ile entiere et ses dependances, a 1 excep- 
tiou des localiles suivanles. On parle, dans 1 ile de la Maddalena, un dialecte 
corse corrompu, tandis qu a I extremite opposee de la Sardaigne, dans 1 ile San 
Pietro, on parle le genois ; enfin, dans la ville d Alghero, qui recut au xiv 1 siecle 
une colonie espagnole considerable, sous la conduile de Pierre d Aragon, on fail 
encore presquc uniquement usage du Catalan. 

Les dialectes sardes, qui ont ete etudies attenlivement surtout par Spauo, 
sont au nombre de trois principaux. Gitons d abord le dialecte de Gallura, qui 
est parle dans le N. de 1 ile jusqu a une ligne sinuease se dirigeant des environs 
de Terranova a TO. vers le golfe d Alghcro a 1 E. Ce dialccte est fort analogue 
au toscan, auquel il ressemble plus que certains dialectes continentaux. II faut 
y considcrer deux varietes principales qui ont pour centres, 1 une Sassari el 
1 autre Tenipio. On les distingue surtout par la facon dont y sont traitees les 
consonncs iniliales des radicaux latins, qui sont modifiees dans le sous-dialedr 
de Tenipio et conservees dans celui de Sassari. 

Au sud regne le dialccle de Campidano, qui comprcnd Cagliari, Iglesias, 
Oristano, Tortoli, et occupe presque la moitie meridionale de 1 ile. II a conserve 
quelques eraprunts remontant aux dominations espagnole et pisane. 

Entre ces deux dialectes, celui de Logudoro occupe le reste du pays, et pre- 
sente ce caraclere particulier, tenant a la disposition accidentee des regions ou 
on le parle, qu il se subdivise en presque autant de sous-dialecles qu il y a de 
localites , et que malgre cela il ne s y est introduit presquc aucun element 
etranger. 

Nous ne pouvons entrer ici dans les details philologiques qui caracterisenl 
les principaux dialectes sardes, et les differencient des autres langues ita- 
lienncs. Ces dialectes, en raison de certaines particularites pbonetiques, comme 
la conservation des consonnes finales, et notamment de 1 s et du f, gardcnt 
une ressemblance frappante avec le latin, auquel ils doivent a peu pres tons 
leurs mots. L accentuation de la langue se rapprocbe beaucoup de celle de 
1 italien. En sarde, les consonnes fortes latines sont souvent remplacees par 
les douces correspondantes : Cfr. Causa, fatum, pauper, finis, et Gosa, fadu, 
boveru, vine; facere donne faghere. Une particularile notable est rapparition 
frequente du son 2 : Cfr. ital. bracchio, genti; sarde : brazzu, zente; it. oglio. 
sard, ozu, lat. oleum; sard, fizu, lat. lilius, etc. II faudrait faire ressortir 
aussi 1 influence des assimilations de consonnes, de la suppression des con 
sonnes avoisinant 1 accent, etc., sur la pbysionomie de la langue sarde, mais, 
ce serait empieter sur un domaine qui n est pas le notre. 

Pathologic. L ile de Sardaigne est une contrce peu salubre, et cela pour des 
causes en grande partie naturelles, c est-a-dire contre lesquelles il serait pos 
sible de lutber, mais seulement a 1 aide de travaux considerables et de mesures 
energiques, qui auraient pour resultat, tout au moins, de diminuer considera- 
-blement le danger. Jusqu a ces derniers temps, peu d efibrts ont ete tentes dans 



SARDAIGNE. 35 

ce sens; ils ont etc tout a fait locaux, et dans le reste du pays, 1 insouciance, Ic 
defautd initiativc des habitants, leur regime vicieux, onttendu plutot aaggravor 
le mal qu a le diminuer. Le fieau pathologiquc qui doraine toute la nosographie 
sarde, c est la malaria, connue dans 1 ile depuis un temps immemorial sous lo 
nom d Intemperie. Signalee des Fantiquite par divers autenrs, Strabon, Ciceron, 
Tacite, Pomponius Mela, Corn. Nepos, etc., elle a etc depuis longtemps di ja 
Fobjet d ctudes repctees auxquelles se rattachent les noms de Farina, Aquenza, 
Pietro Leo, Sachero, Moris, etc., sans compter le porme latin que le jrsuilr 
sarde Francesco Garboni consacra, en 1774, a sa description. Nous signalerons 
tout specialement la notice du docteur Moris, qui s est charge- de la n darl mn 
des renseignements medicaux contenus dans Fouvrage du general de la 
Marmora . 

Nous commencerons Fetude de la patliologie dc File par quelques renseignr- 
ments sur Fintemperie, dont nous allons esquisser la repartition geographique. 

II y a dans File certains cantons qui ne sont malsains en aucune saison, ri 
que 1 intemperie n atleint pour ainsi dire jamais: ce sont particulierernml Ir- 
vallees elevees, situces dans les regions montagneuscs de File, ot on urn- |ai In 
des habitants se refugie pendant la saison nialsaiuc. 

Parmi les localites insalubres, il en est qui nc le sont que tout a fail immirii- 
tanemcnt : ce sont celles que le fleau n envahil que par voisinage, c esl-a-dirr 
par extension de Finflus epidrmique ne dans les localites environnantes. 

Nous allons, parcouranl File du sud au nord, indiquer, particulieremenl 
d apres Moris eV Sachero, lescontrees les plus exposees aux atteintes de la malaria . 

Dans le cap meridional, il faut signaler specialement les environs dc Cagliari, 
y compris la campagne de Campoterra, oil se trouvent de nombreux etangs et 
de grands mare cages desseches pendant Fete ; leur influence est diminuec par la 
nature de leur cau, qui est salee. G est par cctte particular! te* que le ddcleur 
Bennet explique la difference entre Fintensite de la malaria aux environs de 
Cagliari et dans le Campo d Oristano. La fertile plaine de Pula, dont le sol liv>- 
fertile a des portions presque toujours submergees en hiver, exposees aux vents 
du S. et de FE., n est guere plus saine. On pent en dire autant de Teulada, 
separee de Pula par une serie de coteaux, entouree de bas-fonds ou croupissent 
au printemps les eaux des torrents voisins, et meme de toutes les cotes du 
petit golfe de Palmas, borde d etangs sales, qui ne sont submerges que pendant 
I hiver et le printemps. La delicieuse vallee d Iglesias, actuellement parcourue 
par une voie ferree, et centre de Findustrie miniere dans le pays, n est pas a 
Fabri des influences paludeennes, car de juin a octobre on est oblige d inter- 
rompre le travail des mines. 

En remontant de Cagliari a Oristano, on traverse une grande plaine, un vaste 
campidano qui, en grande partie, est expose aux influences miasmatiques, lesquel- 
les ont leur maximum d intensite aux environs d Oristano. Les pluies d automne 
et de printemps amenent chaque annee des inondations superficielles et momen- 
tanees de ces basses regions II en resulte qu Oristano, qui est la ville la plus 
considerable du centre dc File, est tout a fait inhabitable de juin a octobre, 
periode pendant laquelle la plupart de ses habitants Fabandonnent, pour gagner 
les hautes vallees. Les amoncellements de gravicrs et de sables boueux a Fem- 
bouchure du Tirso augmentent encore les desastreuses conditions hygieniques 
de cette ville, avoisinee aussi par de nombreux etangs. A Bosa, les eaux de la 
mer remontent le lit du fleuve qui deborde ct inonde les campagnes. Plus au 



36 S.VRD.V1GNE. 

nord, toujours pres de la cote occidentals, la plaine de la Nurra est exposee aux 
inondations periodiques, ce qui diminue beaucoup la salubrite de ces pittores- 
ques regions ; la ville catalane d Alghero elle-meme n est pas a 1 abri de ces 
miseres. A Porto-Torres, la malaria regne en maitresse pendant cinq mois, et le 
p;i\s devient inhabitable. La ville de Sassari, elevee de 200 metres au-dessus 
du niveau de la mer, echappe souvent a 1 influence miasmatique. Mais 1 action 
niali aisante des eaux stagnantes se fait ressentir trop souvent a Longo-Sardo. 
dans la vallee du Cogninas, et dans les bas-fonds marecageux, autour d Asse- 
quena. 

Sur la cote orienlale, les memes fails se reproduisent, sous 1 influence dc- 
causes analogues. Au fond du golfe de Terranova est une grande plaine entouree 
d t tangs sales, au milieu d un terrain marecageux. A Siniscola, a Orosei, l\ 
Muravera, et sur beaucoup d aulres points, le peu de declivite du sol amenc la 
slagnation des eaux dans de petits deltas a renibouchure des rui-MMiix, et 
alimente ainsi 1 infection paludeenne. 

Dans I inlerieur de 1 ile, les campidani offrent presque tous des bas-fonds oil 
s uceumulent les eaux de pluie. Cela est vrai des campagnes de Samassi, d Ales, 
des plaines inegales et accidente esdeSant Anna, qui s etendent du Rio d Oris- 
tano a Fordungianus , de Ghilarza, de Pauli-Latino. Les vallees circulaircs 
retiennent a la Ibis les eaux de pluic comme des citernes naturelles, et celles 
des torrents voisins, puis ces eaux s evaporent avec une facheuse lenteur, on 
M journent, faute d issue, comme celles du Campo Giavesu, pres de Bonorva. 

L intemperie sarde se manifeste sous toutes les formes de 1 intoxication palu 
deenne, fievre intermittente simple, remittente, remittente pernicieuse, avec 
complications viseerales, et aussi sous la forme d affections continues. Le doc- 
teur Sachero a etudie les diverses formes pernicieuses, qui sont tres-frequentes, 
et les a decrites sommairement, mais avec soin. 11 arrive frequemment que 
sous 1 influence du quinquina le caractere intermittent ou remittent de la 
maladie disparait, et celle-ci continue sa marche sous la forme d une fievre 
continue. Dans beaucoup de cas, les symptomcs se rapprochent de ceux qui 
caracterisent les diverses formes de 1 affection typhoide, bien qu a 1 autopsie les 
ulcerations intestinales caracteristiques soient assez rares. On observe assez fre 
quemment a 1 autopsie { inflammation violente de 1 appareil gastro-intestinal, 
la gangrene du grand epiploon, la peritonite suppuree ; le foie est ordiiiairemenl 
dur et hypertrophie, la rate ramollie. Quelquelbis les meninges portent les 
traces de processus inilammatoires. 

L intemperie dure pendant une assez grande parlie de 1 annee ; ordinairement, 
cette affection, plus grave que la malaria corse ou italienne, commence au mois 
de juin et se prolongs jusqu au commencement, et meme jusqu au milieu du 
mois de novembre, avec des variations selon les lieux et les circonstances. 
Elle est plus forte, dit le docteur Moris, dans les points qui ont ete plus long- 
temps submerges par les eaux, dans les regions plus basses ou plus e.xposees aux 
vents meridionaux, et dans celles qui sont cultivees. La maladie prend une 
grande intensite apres le labourage des terres ; elle diminue au contraire des 
que, dans les bas-fonds, le niveau de 1 eau s eleve. Mallieureusement, les regions 
les plus intemperieuses sont ordinairement les plus argileuscs, c est-a-dire les- 
plus fertiles et les moins permeables. 

Les elrangers sont plus exposes a la malaria que les habitants du pays, soil 
en raison d an del aut d acclimatement, auquel ceux-ci sont arrives, soit acau-e 



SA11DA1GNE. 57 

di certaines precautions hygieniques que les premiers negligent de prendre. 
Pourtant, il resulte d observalions souvcnt repetees, ainsi que le font remarquer 
Sachero et le docteur Moris, que 1 humiditc et le iroid sont sans influence sur 
la maladie. Ce que nous avons dit plus haul de la salubrite relative de Cagliari 
tend a le prouver. Celle localite est en effet soiimise tres-frequemment aux vents 
humides du S. E. Sachero signale, sans 1 expliquer, 1 intluencc pernicieuse du 
melange, dans les marais des cotes, de I eau de mer et de 1 eau douce. 

En Sardaigr.e, comme dans tous les pays ou rinfluence miasmalique pivdn- 
mine, la forme intermittente ou remittenle s attache souvent a des affections 
qui ne revetent pas ordinairement ce caractere. 

En automne et surtout en hiver, et sous 1 influence des brusques variations 
de temperature, les affections rhumatismales, articulaires ou autres, nesont pus 
rares, et les maladies des voies respiratoires : angiues, broncliites, pneumouics, 
pleuresies, etc., sont communes comme dans nos regions. Les inflammations <ln 
foie, de la rate, du tube intestinal : diarrhees, dysenteries, etc., sont plus iv- 
pandues que dans 1 Europe continentale moyenne. La phlhisie est assez freqnmir 
en Sardaigne. La vaccine n etant pas encore suffisamment vulgarisee, les rpi<lr 
mies de variole affligent de temps en temps In population. On a garde dans Tile 
le souvenir tout parliculier de celle de 1826, qui fnl Ires-grave. La si-arlalim- 
est plusfrequente encore que la variole ; elle se montre de temps a autre pendant 
des mois enliers, comme en 1824, epoque a Liquelle elle fit beaucoup de 
victimes. Les grands lleaux epidemiques de 1806 ct de 1816, qui parcourniviil 
1 Europe sous formes d affections contagieuses de nature lypliique, pesercnt 
lourdement sur 1 ile. La rougeole semble plus rare que sur le continent; hi 
Sardaigne a diverses reprises est restee pendant long temps a 1 abri de ses attcin- 
tes. 11 en est de meme de la coquelucbe qui, par exemple, n a pas fait d appari- 
tion dans 1 ile de 1811 a 1826. Les medecins qui ont ecrit sur la pathologic de 
la Sardaigne signalent la rarete des epidemics de croup, malgre une certaine 
frequence des cas sporadiques. Nous devons pourtant indiquer comme etant en 
contradiction avec cette assertion une epidemie d angine diphtheritique qui, ;i 
Cagliari, enleva, il y a quelques annees, jusqu a huit cents enfants sur une popu 
lation de trente-trois mille habitants. 

Le docteur Moris signale la fievre jaune comme inconnue dans 1 ile jusqu a 
lui. La peste n a pas fait d apparition depuis 1528, a moins qu on ne considere 
comme ayant ce caracteie une epidemie assez mal connue, en 1708. 

Le cholera n a pas lonjours epargne la Sardaigne ; c est ainsi qu en 1855 il 
y eut a Sassari une epidemie qui fit des victimes par milliers. Plus de six mille 
personnes moururent. 

L epilepsie, le tetanos traumatique, 1 hydrophobie , sont notes comme tres- 
rares par tous les observateurs ; les nevroses en general sont peu repandues. II 
n en est pas de meme pourtant de 1 anemie, et 1 affection scorbutique exercc 
ses ravages avec une grande intensite surtout sur les classes pauvres. Les 
auteurs anciens signalent de nombreux cas d ascite, dus sans doute aux maladies 
hepatiques inflammatoires. 

Si Ton excepte le village d Aritzu situe au fond d une gorge etroite, on ne 
trouve dans toute 1 ile a peu pres ni cretins ni goitreux. Neanmoins les manifes 
tations diverses de la diathese scrofuleuse ne sont pas rares, et se rencontrent 
partout. Le docteur Pitalis, de Sassari, a cherche a etablir que 1 extension de 
la scrofule est consecutive a la dilfusion de la syphilis. On observe en Sardaigne 



r.S S AH DINE. 

les differentes formes d affections cutanees; elles se rencontrent dans 1 ilc avec 
unc frequence au moius aussi grande que sur le continent. II en est de nirim 
des ophlhalmies di verses ; celles qui se rattacherit a la diathese scrofulense, on 
tout au moins au temperament lymphatique, sont les plus communes. 

Le docleur Moris signale la rarete tout a fait exceptionnelle des calculs 
urinaires dans toute 1 ile de Sardaigne. G. LIETARD. 

liiBi.iocRAPHiE. -- MAXNERT (K.). Geographic der Griechen u. Romer aus i/iren Schriflen 
dargestelll. Nouv. ed., 10 vol. in-8. Leipzig, 1801-1829. V. t. IX. Italien, Sicilicn, Sardi- 
nicn, Corsica. DE I,A MARMORA (A.). Voyage en Sardaigne, ou description statistique, phy 
sique, etc., de celtc He. l rc parlie, Statistique proprement dite, 1826, in-8 ; 2 Edition, avcc 
alias, in-8% 1839. 2 parlie, Antiquilds, 1 v. in-8, I8i0. 5" parlie. Geologic, 2 vol. 
in-8, atlas. Paris et Turin, 1859. FAHA (J.-F.). De Cliorographia Sardinia libri II. De 
rebus Sardois libri IV. Edid. A. Cihrario, in-4% Turin, 1835. DE LA MAK.MOKA. Itineraire de 
I Uc dc Sardaigne. Turin, 1X60, 2 v. in-8". -- FORESTER (T.). Rambles in the Islands of 
I .orsica and Sardinia, with Kotes on their History. Antiquities a. Present Condition, 2 e ed. 
Londres, 1801, in-8. MALTZAN (lleinr. liuron von). Reise auf der Insel Sardinien, nebst 
c /ncnt An/tang iiber die pluenicischen Inxcripten S(in/iniens, Leipzig, 1809, in-8. MURRAY. 
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daigne ; description, statistique, maeurs, etc. Paris, 1865, in-8. Slatislica del Regno 
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18(i2. SPAXO (G.). Emendamenli ed agi/iunte all ilinerario dell isola di Sardegna del 
conte A. della Marmora. Cagliari, 1874, in-8. SABA (s.). Itinerario-Guida storico-slatis- 
tira dell isola di Sardegna. Cagliari, 1870, in-8. AXTONII BEIITOLOXII. Morn italica sislens 
filnnliifi in Italia el in insults circunixtantibus sponte nascentes, 10 v. in-8, Bonotiiir. 
1833-1834. Moitis (J.-ll.). Flora sardoa sen historia plantarum in Sardinia el adjacen- 
liliiix in/itilis v/ l njionlc nascenlium vcl ad utililatcm lalius cxcullarnin, 2 v. in-i, atlas. 
Turin, t. I, 1837; t. II, 1810-1843. -- AII.ONIUS (Car.). Fasciculus stirpium Sardinia; in 
diocesi Calaris lectaruni u Mickaele Antonio I tt/zza, c/tinti-i/o Taurortensi, quas in usum 
tiotfinicoruin reccnsel, etc. In Miscell. philosophico-mathemat. Socict. priratcv luurin., t. I, 
p. 88. SPANO (G.). Qrlografia Sarda nazionale. Cagliari, 1<S40, 2 vol. in-8", av. une carte 
linpuistique en dialecles sardes. DC MEME. Vocabolario sardo-itulitino et italiano-sardo 
ntir aijiuntadei proverb! nm-di. Cagliari, 1851-1852,2 vol. in-4. BOULLIER (A.). L lle dc 
Sardait/nr. Dia/cctes el Cltfinls populaires. Paris, 1865, in-8. ZLTCAGM OHLANDINI. Haccolla 
di dialetti italiani. con illustratione etnologiche. Firenze, 1864, in-4. 1 iuz. Grammaire 
des langues romanes. Trad, franchise par Brachet, G. Paris et Morel-Falio, 5 vol. in-8. 
Paris, 1873-1870. Passim. FARIN A (G.). Medicinale palrociniitm, etc., in quo natura- 
febris Sardinia?, etc., describilur, ejusdemquc Sardinia? calumnia, quam a priseis ntcru/1 
/ifibere, vindicatur; Venetiis, 1651, in-8. AQCENZA (D. Petro). Trartalus de febre i/item- 
jier ue, sive de mittat. vul/jariter dicta ret/ni Sardinia, etc. Matrili, 1 7(12. IGXOCIIERRA (Ant.). 
Di due morbi febbre inlemperie c p/enrilide die nella cilia di Cfigliari xprxxi-i/iano. dni 
doltor... Napoli, 1740. LEO (P. Ant.). Di alcuni prci/iudiii nnticlii xulla <nxa della snr/la 
intemperie e sulla nifilatiia conosc/uta con que.sto nome ; lezione fisico-medic... Cagliari, 
1801. MORIS. De prcecipuis Sard/nice morbi a ve I a locis vel ab aerc effluentibus. Taurini, 
1823. Cfr. Traduction franc, use du meme travail. SACIIERO (C.-G.). Dell inlemperie di 
Sardegna e delle febri periodiche pernici6se. Torino, 1833, in-8, carle. MASSA. Sulle 
intemperie di Sardegna. Turin, 1801, in-8. DE LA MARMORA. Carla dell isola e regno di 
Sardegna, etc., au 1/250000, 2 gr. feuil. Paris, Andriveau-Goujon, 1845. Du MEME. Carta 
dell igotadi Sardegna, an 1 250000", 2 feuil. Turin, 1854. Du MEME. Carta dell isola di Sar- 
derjna colle indicazione delle nuove Strode, au 1/500000, 1 IVuil. Paris, Andriveau-Goujon, 
1855. V. aussi la carte linguist ique qui accompagne le livre de G. Spano, et les cartes 
geologiques du voyage de A. de la Marmora. G. L. 

SARDINE. La Sardine est un poisson de la famillc des Clupeides, famille 
qui fait partie de 1 ordre des Malacopterygiens abdominaux et a laqnelle se 
rattachent aussi 1 Alose, le Hareng, 1 Anchois, etc., etc. 

Ce poisson est tres-abondant sur notre littoral, il frequente surtout les cotes 
de Norhiandie, de Bretagne, de Gascogne, de Languedoc et de Provence, et sa 
peche, qui occupe des milliers de marins, donne lieu a un commerce qui se 
Iraduit pour les populations qui s y livrent par un revenu considerable. 



SARDINE. 59 

La Sardine (Clupea .san/ma), que Ton designe aussi sur nos cotes sous les 
noms de Sarde, Celan, Celerin, Royan, etc., de Pilchard, sur celles d Angle- 
Icrre, a le corps moins elevc que celui du Hareng; son dos est presque droit el 
arrondi, son ventre assez saillant presente une carene tranchantc et dentelee. 
La nageoire dorsale a dix-sept on dix-huit rayons, dont les premiers sotil asse/ 
eleves ; elle diminue ensuite graduellement de hauteur jusqu a sa terminaison. 
Les, nageoires pectorales oat dix-huit rayons, les ventrales six, 1 anale de dix- 
ueufa vingt et un et la caudale dix-neuf. Les ecailles qni reeouvrent le corps 
du poisson sont grandes, minces et transparenies. La tele a la forme d une 
pyramids triangulaire ; 1 oeil est grand; les raSchoires soul sensiblement egEfes 
en longueur, I inferieure depassant cependant lasuperieure, qui seule est pourvue 
de quelques dents lines et a peine apparcntes. 

L opercule est strie et son bord poste rieur ccmpe presque verticalemenl. Les 
rayons branchiosteges sontau nombre de six. 

Le tube digestif de la Sardine, dont la conformation ne difiere JKIN 
essentiellement de celle des autres Clupeides, est pourvu de sept r;vrums 
pyloriques. Le foie est peu volumineux ; la vessie natatuirc, an contrairc, est 
grande. 

Ce Clupe a les regions superieures du corps d un vci I Meuatre, les partio 
laterales de la tete sont teintees de jaune, les flancs et le venire soul arycntes. 
11 se nourrit de petils poissons, de crustaces, de innllusqiu s, ainsi que d autres 
animaux inferieurs. 

La Sardine fraie vers le milieu de 1 autom-ne ; au printemps elle se rapproche 
de nos cotes et on en fait par occasion unepeche tres-abondante. Conime leSaumou, 
les Aloses, le Hareng, etc., c esl un poisson migrateur, dont les niceurs mx j rite- 
raient d etre mieux connues. Les Sardines niarchent generaleiueiit par bandesin- 
nombrables, elles s avancent chaque annee vers les cotes de France, suivant une 
direction a peu pres la meme, direction qui correspond probablement a celle 
des grands courants sous-marins. Lorsqu un bane de Sardines est signale, on 
voit la surface de la mer se couvrir de pelites bulles d air que les pecheurs desi- 
gnent sous le nom de bonrbouille ; ils jettent leurs filets a 1 eau et sont surs de 
I aire une abondante provision de poissons. Les embarcations garden t le plus 
profond silence, car le moindre bruit ferail disparailre leur proie, et c est en 
grande partie au bruit que Ton fait dans le voisinage des coles, |irincipalcmenl 
aux environs de nos ports militaires et de nos ecoles d arlillcrie navaie, cpie 
certains pecheurs, parmi lesquels nous citerons M. Cuillou, de Concarneau, uu 
de nos plus habiles pisciculteurs, font remonter la cause principale du peu de 
rendement de la peche de ce precieux poisson, dans des parages qu ils frequen- 
taient autrefois en troupes nombreuses. 

Les pecheurs de nos cotes attirent les Sardines au moyen d un appat designe 
sous les noms de rogue, resure, ou rave; il se compose principalement d ceufs 
de morue expedies pour la plus grande partie de Terre-Neuve. On emploie 
aussi la r/tieldre, espece de patee faite avec de petits crustaces broyes et melan 
ges a des detritus de poissons sales. Pendant que 1 un des pecheurs met le filet 
a la mer, un aide jette, o droite et a gauche de cetengin, la rogue sur laquelle 
le poisson se precipite avec avidite. Si la Sardine donne contre le filet, elle s en- 
maille, comme disent les pecheurs, et reste fixee generalement par la tele. 
Les filets les plus employes pour cette peche sont le sardinal, la senne, les 
carabins et la folle. Les plus grosses Sardines, celles qui portent le frai, sont 



40 SAKlMiMi. 

designees sur les cotes de Brctagne sous le nom de Sardine* <le Drive, ou Sar 
dines courcuses. 

La peche de ce poisson a produit en France, en 1871, un revenu de plus de 
onze millions de francs ; elle s est dcpuis sensiblement accrue. 

On retire de la Sardine une huile que Ton emploie aux memes usages thera- 
peutiques que celle fournie par le foie de la niorue ou par celui des squales. On 
mango ces poissons; a 1 elat 1 rais c estun mets assez delicat ; on les sale, on les 
fume, on les fait mariner dans 1 huile, et on les expedie sous ces differents etats 
dans toutes les parties du monde. Ensomme,la Sardine joueun grand role dans 
1 alimentation. Celles qui sont conservees dans des boites de fer-hlanc etamees 
avec de retain impur peuvent occasionner parfois des accidents assez graves. 
On prend encore dans la Mediterranee une autre espece de Sardine qui est 
assez commune sur les coles d ltalie, de Provence et de Languedoc; on la 
retrouve aussi sur les cotes d Espagne et dans 1 ocean Atlantique, aux environs 
de 1 ile Madere: c cst la Meleltc mediterraneenne (Clupea mediterranea), dont 
on a fait quelquefois un genre a part, genre dans lequel on a place aussi la Melelte 
veneneuse (voy. ce mot), poisson trcs-abondant dans 1 occan Indien et jusque 
sur les cotes de la Nouvellc-Caledonie. La Melette mediterraneenne, que Ton 
appelle sou vent Arengue, rappelle assez comme forme la Sardine commune ; son 
corps est cepcndant moins eleve et ses machoires sont toutes deux depourvues 
dc dents. II y a pourtant quelques-uns de ces organes sur la langue, caractere 
qui distingue cc poisson de la Sardine proprement dite, chez lnqueUe cet organe 
est completement lisse. Les rayons branchiosteges de la Melette mediterraneenne 
sont an nombre de six. Les couleurs de ce poisson sont a peu prcs celles de la 
Sardine commune. 

On range aussi parmi les Sardines le Cailleu Tassai t (Clupea thrissa), appele 
aussi Sardine dore e. Ce Clupeoide, qui liabite les mers des Antilles ainsi que 
celles de la Chine, devicnt dangereux, suivant quelques auteurs, a 1 epoque du 
frai ; d autres naturalistes pensent que sa chair est toxique suivant les parages 
qu il frequente et le genre d animaux dont il fait sa nourriture. Tandis qu il se 
mange a la Martinique, il est au contraire considere comme malsain a la Guade 
loupe et a Saint-Domingue. 

Citons encore la Sardine dn Senegal (Clupea Senegalensis), dont la chair sou- 
vent inoffensive donne lieu, parfois, a des accidents assez serieux occasionnant 
meme la mort. 

Les signes de 1 empoisonnement par la chair de ces differents poissons, daus 
les cas les plus graves, se manifestent generalement par des nausees, des vomis- 
sements, des coliques violentes, des borborygmes , des selles frequentes, du 
meteorisme ; le pouls s affaiblit bientot ainsi que la temperature gvnerale du 
corps ; le malade souffre de crampes atroces, ses membres ne peuvent plus le 
porter, ses forces 1 abandonnent, la respiration devient anxieuse, et, apres des 
alternatives de coma et de delirc, il finit par succomber, apres avoir souffert 
un temps plus ou moins long. II. GERVAIS. 

BIDLIOCEAPHIE. PouppE-DESPORiES. Histoire des maladies de Saint-Domingue, 1110, t. I, 
p. 108. PAYEN. Rapport sur la campaync de Tlsere dans I lnde, 1835-36-57. CUVIER et 
VALEKCIENNES. Histoire naturclle. Poissons, t. XX, 1847. CHEVALIER et DUCHESKE. Annales 
d hygiene navalc, 1851, t. XLVI, p. 121. GERVAIS (P.) et VAN BENEDEX. Zoo/, med., 1850. 
FONSSAGRIVES. Traile d hijgicnc navale. Paris, 1856. 



SARGASSE. 41 

s \ititov Les Anciens doimaient ce nom a une plunte vencncuse de 1 ile 
de Sardaigne qu ils disaient produire le rire sardonique. On lil dans Salluste : 
In Sardinia qucedam herba nascitur quce Sardoa dicitur. Ora hominum et 
rictus dolore contrahit et quasi ridentes interimit. On s accorde a reconnaitre 
dans celte plante une Renoncule. Ce serai t le Ranunculus sceleratus L. d apres 
les Bauhin, Rosel et Linne; le ft. hirsutus Ait. d apres Sprengel (voy. RE 
NONCULE). 

DIOSCORIDE. Materia medico, II, 206. VIRGILE. Eglogue, VII, vers 42. SPRENGEL. ///.s- 
toria Rei herbaria}, I, 145 et 178. J. BAUHIN. Historia Plantarum. PL. 

x\iciM\am i (Rire). Voy. RIRE. 



(ERNST-RINNA VON). Celcbre medecin autricliien, naquit le 
11 Janvier 1793 a Gorz dans le Frioul. II fit ses etudes medicales a Vienne, oil 
il prit le bonnet de docteur en 1816. La meme annee il fut nomnie deuxieme 
medecin a 1 hdpital general et, en 1817, medecin du district de Mariazell en 
Styrie, et dcs fonderies imperiales etablies dans cette localite ; apivs plusieurs 
mutations, il vint enfin se fixer a Vienne et devint en 1825 medecin dr I adiiu- 
nistration de la police et en 1824 medecin de la cour ; il acei>iii|>ai;ii;i hi 1 ainille 
imperials dans divers voyages, et fut 1 un des commissaires designcs pour pre- 
sider a 1 autopsie du due dc Reichstadt. Rinna von Saivnharli rlail incinbre de 
plusieurs societes savantcs. II mourut a Yienne le 2o in;ii INTi7, laissant : 

I. Diss. inaug. med. de nulrice optima. Vicnnse, 1816, gr. in-i. II. Repertorium der 
vorztiglichsten Curarten, Heilmitlel und Opcrations-Methodcn, wclclie waltrnid den Iclzten 
i Jahn-ehenle anyewendet oder empfohlen warden sind. Wien, 183.", gr. in-8, 2 vol. 
III. Klinisches Jahrbuck des luufenden Jahrzehends, oder Kurarten, Heilmitlel, Operalions- 
melhoden, etc. Guns, 1835-36, gr. in-8, 2 vol. L. UN. 



(SARGASSUM Ac.). Algues du groupe des Fucacees, remarqualilc-; 
par le developpement de leurs frondes qui paraissent composees d axes ou tiges 
et de feuilles distinctes. Les appendices foliaces sont tantot sessiles, tantot 
petioles, coriaces, de couleur brune ; ils presentent a leur aisselle des aerocystes, 
ou vesicules spheriques, oblongues, ou piriformes, contenant des gaz qui per- 
mettent a ces Algues de flotter, alors meme qu elles out pris naissance a de 
grandes profondeurs. C est encore a 1 aisselle des frondes foliacees que s observent 
les receptacles en grappes ou dichotomes variant de forme et contenant les 
conceptacles dans leur coucbe externe ; dans ces conceptacles se forment laspore 
brune et les antherozoi des qui doivent les feconder. 

Le Sargasaum baccifenim forme pres des Acores une immense prairie connue 
sous le nom de mer des Sargasses ; ces Algues se rencontrent aussi en grande 
abondance dans le golfe de Mexico; elles ne depassent pas dans les deux hemi- 
spheres le 40" degrc de latitude. On en compte plus de cent especes. La grande 
quantite de substance gelatineuse qu elles produisent les fait recberchcr comme 
comestibles surtout en Asie; on y consomme les S. acanthocarpum et piri forme, 
et dans les iles Sandwich le S. cuneifolium ; on cu fait aussi des conserves 
dans du vinaigre. 

Comme cbez la plupart des Fucus, 1 iode que conliennent les Sargasses les 
a rendues d un usage medical populaire dans plusieurs pays. Dans 1 Amerique du 
Sud on mache des fragments de S. baccifenim centre le goitre; on s en sert aussi 
centre les tumeurs, la dysuric, et dans les Indes portugaises on emploie le 
S. vulgare centre les calculs vc sicaux. J. DE S. 



42 SA.R1GUE. 

SARGENT (RicHARD-Si iioNf,). Medecin irlandais distingue, nacjuit a Dublin 
en 1805; il commenca ses etudes litteraires a 1 Universite de sa ville natale en 
1822 et prit ses premiers degres en 1827 ; a partir de 1825, il etudia la mede- 
cine a Richmond School, devint en \ 829 aide de cliniijue de John Crampton au 
Sir Patrick Duns Hospital et peu apres preparateur de M Dowell au Richmond 
Hospital. En 1852 il fut attache par le gouvernement a I hopital temporaire de 
Granard pour le cholera, dans le comte de Longford, et s acquitla avec zele et 
devouement de ces penibles fonctions. En 1855, il fut nomme medecin au Royal 
Free Hospital de Londres, et exerca ces nouvelles fonctions pendant deux ans, 
pour les resigner ensuite et accepter un poste plus lucratif dans les Indes occi- 
Imtales, oil on lui confia la direction de 1 un des grands hopitaux de 1 ile 
Saiute-Lucie. Le climat etant defavorable a sa sante, il relourna en Irlandc en 
1856 et s etablit dans sa ville natale; peu apres il devint membre du College 
des medecins de Dublin, et en 1842 fut elu fellow ; il avait pris en outre ses 
degres medicaux aux Univcrsites de Dublin et de Cambridge. Pendant plusieurs 
annees il remplit la charge de secretaire de 1 Association anglaise pour la 
section des sciences medicales. 

Sargent etait mc dccin de la Sick Poor Institution etablie dans Meath-street ; 
il quitta cet cmploi en 1845, al epoqueou il fut nomme medecin de Whitworth 
Hos/iilnl, Dmincondra; il conscrva cette charge jusqu a sa mort. De plus il tit 
pendant plusieurs annees des lecons sur la medecine pratique a 1 ecole de mede 
cine de Peter-street. Knfm en 1847 furent crees plusieurs services de fievreux, 
annexes au Dublin North Union Workhouse, et pour sa part Sargent eut a en 
soigner cent; il continua ces fonctions plus que penibles, jusqu a ce qu il tomba 
malade d epuisement; finalement atteint lui-meme de typhus, il succomba le 
27 Janvier 1847, age seulement de quarante-deux ans et laissant une veuve avec 
sept enfants. 

Sargent etait un homuie erudit et doue d un talent vraiment litteraire ; il n a 
pas laisse d ouvrage de longue haleine, mais seulement de bons memoires dissti- 
jnines dans divers recueils periodiques ; le plus remarquable, surtout au point 
de vue des recherches qu il dut necessiter de la part de son auteur, est le suivant : 

On flte Condition of Medical Science in Egypt under its Different Dynasties. In Dull. 
Journ. ofMed. Sc., t. XX, p. 81, 1842. L. Us. 

SAISIUI a:. Les Sarigues on Didelphides sont les plus anciennement connus 
de tous les animaux Marsupiaux, a 1 ensemble desquels ils ont fait donner 1& 
nom de Didelphes, sous lequel on les de signe encore quelquefois aujourd hui. 

Ces mammiferes sont exclusivement americains. Comme tous ceux de la 
sous-classe a laquelle ils appartiennent, ils ont une double gestation, c est-a- 
dire que leurs petils, apres avoir sejourne peu de temps dans 1 uterusde la fe- 
melle et depourvus d un veritable placenta, sont expulses au dehors encore impar- 
faitemcnt developpes, aveugles et depourvus de poils, pour achever leur deve- 
loppement dans une poche (marsiipium) formee aux depens de la peau de la 
paroi abdomiuale, poche tantot complete, tantot incomplete, et seulement formee 
dans ce dernier cas par deux replis cutanes longitudinaux. Cette poche est soute- 
nue par deux os, dits os marsupiaux ; ils s inserenta laparlie antero-superieure 
de la symphyse pubienne. Sur la paroi ventrale de la poche sont implantees les 
mamelles; a chacune d elles se fixe un petit, et pendant tout le temps qu il y 
adhere il est gorge par le lait maternel, dont remission est produite par la con- 



SARKiUE. te 

traction de faisceaux de fibres niusculaires dependant du muscle cremaster, 
muscle qui prend chez ces animaux un trcs-grand developpement. 

Les Sarigues sont des maramiferes nocturnes, qui viventle plus souvent sur los 
arbres ; leur taille est peu considerable. Les plus grandes especes atteignenl a 
peine les dimensions de nos chats domestiques, les plus petites sont a peine de 
la grosseur de nos mulots. Leur regime est en partie carnassier, et ils se nour- 
rissent surtout d insectes, de crustaces, de mollusques ct d autres animaux in- 
vertebres ; ils s attaquent parfois aux petits mammiferes ainsi qu aux oiseaux 
qu ils egorgent et dont ils detruiscnt les couvees. Les Sarigues ne dedaignent pas 
nun plus les j ruits. 

La tete de ces animaux, plus ou moins allongee, se termine par un musean 
pointu; leurs machoires sont armees de cinquante dents : les superieures porlenl 
dix incisives, les inferieures huit seulement. Les canines sont plus fortes en 
liaul qu en bas, et en arriere de chacune d elles se trouvent sept molaires indi- 
(inant par leur forme que les Sarigues ont un regime plus pailiculierement 
insectivore, bien qu elles aient une tendance a se nonrrir de lunte anlre pruie 
vivante. 

La formule dentaire des Sarigues doit etre exprimee. de la maniere siii\;mle : 

:. . l 7, 

//i ? " 

La dentition de lait des memes Marsupianx a etc etudiee pour la premiere 
Ibis par P. Gervais. Dans les jcunes Sarigues, ayant complete leur developpement 
pendant la gestation mammaire, on trouve en tout trente-quatre dents ainsi 
reparties : dix incisives a la machoire supe rieure, linil a rinl( ; rieiire, une 
canine de cliaque cote a cliaquc machoire, enliu des molaires de deux sortes se 
divisant en avant-molaires au nombre de deux, suivies d une arriere-molaire. 
Une seconde paire d arriere-molaires, puis une troisieme, puis une quatrieme 
el enfin une cinquieme, se montrent successivemenl ;\ chucuiie des niachoires, 
mais a cette epoquc rarriere-molaire de la premiere dentition a disparn pour 
elre remplacee par une avant-molaire, ce qui ncluisse subsister que qualre ar- 
riere-molaires. Une seule paire de dents de lait estconnue ; elle occupe la place 
ou se developpera la troisieme de la seconde dentition. Cette remarque, due a 
M. P. Gervais, a ete etendue a d autres Marsupiaux par M. Flower. 

Les yeux de ces Didelphes soilt assez grands, leurs oreilles sont membraneuses 
et bien developpees. Leur corps est reconvert de poils fins , courts et soyeux, 
du milieu dcsquels sortent, par intervalles, d aulrcs bcaucoup plus longs et 
dnrs. 

Sur la queue, qui est generalement assez longue, ces poils font a peu pres 
completement defaut : il n y en a guere qu a la base, le resle de cet organe elant 
protege par un epiderme epais et corne, simulant, par places, de veritables 
ecailles. Les membres des Sarigues sont termines par cinq doigts libres munis 
d ongles rc tractiles, sauf le pouce des pattes posterieures qui en est complete 
ment depourvu, et est, en outre, opposable aux autres doigts. Dans le genre 
Chironecte seul, les doigts sont palmes, c est-a-dire re unis par un repli de la 
peau, ce qui denote cbez cet animal des habitudes aquatiques. 

Le cerveau des Didelphides est peu volumineux ; les lobes olfactifs sont 
relativement tres-developpes, les hemispheres petits et lisses ne recouvrent pas 
le cervelet dont le vermis ou lobe median est le plus volumineux et envoie de 



44 SVU1GUE. 

chaque cote un prolongement passant au-dessous des lobes lateraux pour venir 
faire saillie sur la face externe de ces derniers, sous la forme d un petit cone 
arrondi. 

L estomac des Sarigues est presque spherique, leur intestin est assez court, 
leur caecum pen developpe. 

Lc male est pourvu d une verge peu allongee et bifide a son extremite. Enlrc 
ses deux prolongements qui constituent le gland se trouve 1 ouverture de 1 urethre. 

La femelle a le vagin cloisonne a sa paroi superieurc ; un peu avant 1 origine 
de la cloisou et an fond d unc legere depression s ouvre 1 urethre. Au fond de 
cliacun des culs-de-sacs du vagin se trouve un museau de tanche; les deux 
demi-uterus out des dimensions etune conformation qui varient un peu suivant 
les especes. Enlin les oviductes qui precedent ce double uterus sont surmonli s 
de leur pavilion, dans le voisinage duquel se trouve 1 ovaire ayant un volume 
qui egale a peine la grosseur d un pois. 

Le nombre dc pet its que pcut mettre au monde une sarigue, dans une seule 
portee, varie avec 1 espece a laquelle on a affaire : la Sarigue dorsigere en a 
generalement six, la Sarigue opossum peut en avoir treize et quelquefois 
davantage. 

Bien des noms sont employes par les babitants des deux Ameriques pour 
designer les Sarigues; les plus usuels sont ceux A Opossum, de Micoure, dc 
Winiicou, de Cariyuia, dc Tholtjuatzin, etc., elc., ces noms variant avec le 
pays. Ces animauxsont repandus depuis les Etats-Unis jusquVn Patagonie,mais, 
ainsi que nous 1 avons (lit, il n cn existe pas ailleurs que dans le nouveau con 
tinent; cependant il y en avail autrefois plusieurs especes en Europe; ces ani- 
maux se sont eteints lors de 1 epoque tertiaire moyenne. 

Cuvier, et les naturalistes qui 1 ont precede, classaient les differences especes 
de Sarigues dans un seul genre, le genre Didelphis. Et. et Is. Geoffroy-Saint- 
Ililaire, se basant sur des caracteres differents, d une importance reelle, out 
propose de reparlir ces auimaux en quatre genres qui sont : 1 le genre Sarii/ne 
proprement dit ; 2 le genre Chironecte ; 3 le genre M/i intre; 4 le genre 
He miitre, comprenant chacun, sauf le second, uu certain nombre d especes. 
iNous y ajouterons les especes qui ont vecu en Europe aux epoques eocene, pliocene 
et miocene iuferieure, et dont on a fait aussi un genre a part sous le nom de 
Peratherium. 

Les ossements de ces Didelpbes ne sont pas rares dans les depots lacustres de 
1 Auvergne, dans ceux de Vaucluse, etc., et c est Cuvier qui les a signales le 
premier. Il en avail recueilli a Montmartre, et par une circonstance heureuse il 
eut la possibilite de demontrer que ces petits animaux etaient bien pourvus d os 
marsupiaux, comme leurs representants actuels. D autres especes approchant 
des Sarigues ont encore ete signalees dans notre pays, mais iln est pas toujours 
aussi facile de les distinguer des petits Didelpbes australiens, et leur etude 
comporte a cet egard un nouvel examen. On signale aussi des Sarigues fossiles 
en Amerique, mais il n est pas certain qu elles different essentiellement des 
especes vivanl acluellement sur ce continent, et d ailleurs on n en connait que 
dans des depots remontant a une epoque peu eloignee. 

1 Genre Sarigue. Les animaux de ce genre ont une poche abdominale 
complete et profonde; leur queue est longue, prenante et ecailleuse. L espece 
la plus connue est la Sarigue des Illinois (Didelphis virginiana), que Ton 
de signe aussi sous les noms de Sarigue a longs poi/i 1 , Sarigue a oreilles bicolo- 



SARIGUE. 45 

rex, etc. Elle s etend des provinces les plus scptcntrionales des Elals-Unis jusqu a 
1 isUime de Panama. Son pelage est blanc jaunalre mele de brun, surtout aux 
pattes ; les oreilles sont blanches et noires ; la face est d un blanc jamiatre. 

Une seconde espece du meme genre, la Sariyue crabier (Didelphis cancri- 
<>om) v differe peu coinmc laille de la precedente, bien qu ellc soil un pcu plus 
petite; elle vit au Bresil et a la Guyane. Son pelage differe sensiblement, 
comme coloration, de celui de la Sarigue bieolore ; il est d un tonmarron tirant 
sur le noir. Cette espece habile le voisinage des cotes ou les marecages ; elle se 
nourrit principalement de cruslaces. 

Citons encore comme appurtenant a ce genre : 1 la Sarigue cayopolin 
(Didelphix philander), qui a le corps d un ronx cendrt- lirant un pcu sur le 
jaune et les yeux hordes de brun cendre; 2 la Sarigue d Azara (Didelplti* 
Azarce), qui a le poil blanc logerement tcinte denoir a la pointe, un cercle noir 
autour des yeux, une tache de meme coulcur sur le chanfrein, et les quatre pattes 
i.oires ; 5 la Sarigue opossum, d une taille beaucoup plus petite que cellr 
des especes precedentes et dont le dos, les flancs et la face externe des pattes, 
sont recouverts de poils roux. Le ventre et la partie interne des cuisses sont 
blanc jaunatre, et Ton voit au-dessus des yeux une grande tache blanche, ce 
qui 1 a fait designer sous le nom de Sarigue quatre-oeil. On rcmarquc aussi une 
tache de meme couleur un peu en arriere des oreilles. 

Mentionnons enfin la Sarigue de Derby, espece particulicre au Perou, qui est 
rune des plus faciles a distinguer des autres. 

2 J Genre Chironecte. Ce genre ne renferme qu une seule epece de petite 
taille, le Chironecte Oiapock, que Ton rencontre au Bresil et dans les Guyanes. 
Les habitudes de cet animal sont aquatiques, ce qui 1 avait fait decrire autrefois, 
par Button, sous le nom de petite loutre de la Guyane. Les principaux carar- 
ILTOS du Chironecte sont d avoir les pieds postcrieurs larges et palmes, i os 
jiisiforme tres-developpe, etc. Notons aussi que la poche de la femelle est 
complete. L Oiapock a les parties superieurcs de la tele et du dos de couleur 
noire, ses flancs sont teintes de gris. Ces deux couleurs sont disposecs de telle 
sorte qu en s entre-croisant elles formcnt de chaque cote de larges bandes trans- 
versales d un bel effet. La gorge, le ventre, la face interne des cuisses et 
1 extremile de la queue sont blancs, la base de ce dernier orgaue seule est 
teintee de noir. 

o Genre Micoure. Les Didelphides de ce genre se distinguent de tous les 
autres par 1 inferiorite de leur taille et la longueur de leur queue. La poche 
abdominale de la femelle est seulement indiquee chez eux par deux replis 
cutanes longitudinaux, et les petits, avant d etre susceptibles de se suffire com- 
pletement a eux-memes, se placent sur le dos de leur mere qui, disposant sa 
queue en arc de cercle au-dessus de son dos, leur fournit ainsi un point d appui 
auquel ils se fixent par leur propre queue, qui est prehensile comme chez la 
plupart des marsupiaux appartenant a la meme famille. 

Les principales especes du genre Micoure sont : 1 le Micoure laineux d Azara 
(Micoureus laniger), qui habile le Paraguay. Sa couleur generate est d un brun 
fonce, tirant un peu sur le roux, aux flancs et a la face exlerne des membres ; 
les parties inferieures du corps sont d un blanc tauve ; 2 le Micoure a grossc 
queue (Micoureus crassicaudatus); sa couleur generale est d un brun jaunatre, 
plus clair sur les parties inferieures du corps. Sa queue, noire a la base, a 1 extre- 
mitc leinlee de blanc; 5 le Micoure cendre (Micoureus t-Jiereus), de la laiiie 



46 hJAKLAlMMMtJi. 

de notre rat domestique. Le male a le dessus da corps d uu gris cendre, l;i 
femelle a lc pelage legerement fauve, 1 un et 1 autre ont le venire et la partie 
externe des membres d un blanc jaunalre; un cercle noir entoure les yeux. Ccttc 
espece habile le Bresil; 4 le Micoure a longue queue (Micoureus griseus), dont 
les polls grisalres sur lc dos se decolorenl peu a peu sur les flancs pour passer 
insensiblemenl au blanc. L oail de eel animal esl horde d un cercle blanc, entoinv 
lui-meme de noir. Cette espece habile le Paraguay. 

Citons encore le Micoure dorsigere, qui a Jes poils d un gris cendre a la base, 
brun fauve a I extremite, le fronl d un hrun jaunalre el les yeux hordes <!< 
brim fonce : on le trouve a Surinam ; el enfin le Micoure [eleganl (Miconreiix 
eleyans), qui habile le Chili. 

4 Genre Hemiure. Les cspeces de ce genre ont la queue moius longue qui- 
le corps, sans partie nue et non prehensile. Les plus connucs sont : lI Hemiure 
trislrie (llemiurus tristriatus) , qui a le dos de couleur brune ; 2 1 IIemiure tricn- 
lore (Hemiurus tricolor), ayanl les parties superieures de la tete et du dos de 
couleur noire a reflets d un blanc sale. Les coles du corps sonl roux, le ventre et 
la face interne des cuisses sont blancs. Celte espece habile la Gnyane ; 
.~ rilemimc a queue couiie (Hemiurus brachyurus), dont le pelage est gris 
sur le dos et la lele, jaune sur les flancs el le ventre. On le prend a Ja Guyane, 
au Bresil, et jusque dans la republique Argentine; 4 I llemiure de Hunter IHe- 
miuntx lliinleri), qui a les parlies superieures d un brim pale uniforme. 

La chair de tons ces animaux est dure et de mauvais gout; on les mange 
pourtanl quelquefois. Quant a leur fourrure, elle n a ancune valeur commerciale. 

II. GERV. 

SAiti,%\ii;i: (.JEAN-BAPTISTE). Xaquil a Ai\-la-Chapelle le 9 mai 1787 ; il 
etait le petit-fils et le neveu de medecins, tons deux attaches en cette qualile ; i 
la cour de Saxe ; sou pere, egalement medecin, attache a 1 hopital mililaire ilc 
Rocroi , i ut son premier maitre, et reussit si bien dans son enseignemenl que 
le jeune Sarlandiere fut, des 1 age de seize ans, adinis a I liopital de .Xoirniou- 
tiers en qualite de chirurgien sous-aide. II servil, commc lant d autres, daus 
1 armee, pendanl onze ans, et en 1814, licencie apres les desastres de 1 invasion, 
il revinl a Paris el repril avec courage ses eludes pour conquerir ses grades. II 
se livra avec une incroyable ardeur a 1 etude du latin, du grec, de la chimie, 
de la physique, de Thistoire nalurelle, etc. II fut heureusement nomine mede 
cin attache a 1 un des hopitaux militaires de Paris (seconde division du Val-de- 
Grace, etablie dans les balimenls de Montaigu), el alors il poursuivil el accoin- 
plit en meme temps ses etudes scolaires el ses eludes medicales, et, fecondanl 
desormais le i ondsinculte qu il avail acquis pendanl les campagnes de 1 Empiir 
par les connaissauces Iheoriques, il marcha d un pas ferine dans la voie des re- 
fherches physiologiques el des observalions therapeutiques, et obtint avec di- 
linclion le grade de docleur en medecine le 17 juiu 1815. 

Encourage el soulenu par 1 illuslre auleur de la medecine physiologique 
(Magendie), il en devient le collaborateur el 1 auai. Son gout le porte surtout 
vers 1 elude el le trai lenient des affections rhumalismales el des maladies ner- 
veuses ; il s y consacre presque exclusivement, et bientol, par la sage et metho- 
dique application qu il fait a la curation de ces cruelles maladies des procedt s 
du galvauisme, de 1 e lectricite, de 1 acupunclure, del electro-puncture, il obtienl 
de brillanls el verilables succes qui ne tardent pas a meltre son nom en lion- 



SARMIANTA. 47 

ncur parmi les classes les plus elevees dc la soriric, oil so renconlrenl le 
plus souvent les afi eclions de ce genre. 

Malgre les fatigues d une pratique tres-etendue, Sarlandiere publia un asNV, 
grand nombre d ouvrages; tant de zele devait trouver sa recompense dans les 
distinctions par lesquelles I honorerent les gouvernements et les corps savanN. 
En ef fet, en meme temps que les Societes de medecine de Louvain, de Ma 
drid, de Breslau et de Petersbourg, 1 appelaient a 1 honneur d etre leur coric^ 
pondant, en meme temps qu il siegeait comme membre de la Societe royale 
academique dcs sciences, de celle d emulation, etc., Sarlandiere recevait du 
roi de Prusse la decoration de premiere classe de 1 ordre du Merite, et du roi dr^ 
Francais celle de la Legion d honneur. C est an moment ou il mellail la dcr- 
niere main a son oeuvre capitale, son Traite du systeme nerveux, que la mort 
vint le surprendre a Enghien, le 25 juillet 185N. 

Nous citerons de lui : 

I. Effets des cosmetiques chez les dames. These de Paris, 1815, in-i, n 194. II. Hix- 
toire d un cataleptiqite, dont la maladic, qui a dure lespace de six mois, a c /e obttrrrri- n 
Vlidpital militairc de Mon/aigu. In Journ. denied, de Leroux, t. XXXVI, p. 252, ISld. - 
III. Memoire stir la circulation du sang eclairce par La physiologic cl la jta/ltn/ogic, In i i 
I Acad. rot/, des Sciences, dans sa seance du Q aofit 1819. Paris, 1822, in-8 (lixtr. dcs 
Annalcs de la med. pkysiol.}. IV. No/ire xur le bdellomclre. Paris 1X19, in-8 ; trad, 
allem. Berlin, 1820(1819), gr. in-8. V. Vade-mecum ou guide du chirurgien mili/airr. 
Paris, 1823, in-18; 2 edit. av. pi. 1831, in-8". VI. Memoires sur Velcclro-puncturc con- 
sideree comme moyen nouveau de trailer efficacement la goutle, les rltiunaliimes et les 
affections nerveuses, et sur lemploi du moxa japonais en France, etc. Paris, 1825, in-8, 
2 pi. VII. Observations de narcotisme offrant la forme de somnambulisme . In lln/lc/,,, 
de la Soc. med. d emulat., janv., p. 9, 18-1. VIII. Articles Uslion et Ventomes dans le 
Diet, des Sc. med., t. LVI, p. 353, 18 2t, et t. LVII, p. 174, 1821, 2 pi. ; tirage a part de 
1 art. Ventomes. Paris et Londres, 1854, in-8, 2 pi. -- IX. Cos de faililesse miixcu/aii-r 
avec impidssance . In Ann. de la med. physiol., l!S29 ; extr. in Journ. compl. du Diet, des 
Sc. med., t. XXXV, p. 290, 1829. X. Anatomic metliodique ou organographie huniaine en 
tableaux synojitif/iu-s a I usage desuniversite s, etc. Paris, 1830, in-lbl.,tig. col. Get ouvrage, 
divise en deux parties, renlerme 16 tableaux et 15 grandes planches, comprenant toute 
1 anatomie.) Le meme ouvrage en latin. Paris, 1831, in-lol. ; en anglais, New-York, 1835, 
gr. in-folio. -- XI. Physiologic de V action musculaire appliquee aux arts d imitation. 
Paris, 1850, in 8. XII. Examen critique de la classification des facultes cerebral* *, 
adoptee par Gall et Spurzhcim, et des denominations imposecs a ces faeullcs. Paris, IS.". 
in-8. XIII Comment on peul proceder a la decouverte des organes situis a la base du 
cerveau. In Journ. de la Soc. dephrenol. de Paris, t. I, n" 5, p. 263, 1832. XIV. Coii^i- 
drations sur les mesures du crane kumain. Ibid., t. II, p. 104, 1833. XV. Expose som- 
maire du livre de Spurzheim intitule : Essai sur les principes elementaires de Ve du- 
cation. Ibid.. n 7, p. ^91), 1834. XVI. Le craniome.tre. Ibid., p. 599. XVII. Traite du 
sysleme nerveux dans I elat actuel de la science. Paris, 1840, in-8 (poslhume, avec une 
notice biographique que nous avons largement utilisee). X.Y1I. Plusieurs connnunicaliona 
sur I electricile medicate inserees dans le Journ. dcs connaiss. med.-clur. L. HN. 



s%uni\\r\ ou SVRMII:\TI:. Sarmienta Ruiz et Pavon. Genre de 
plantes Dicotyledones, appartenant a lafamille des Gesneriacees, qui ne contient 
qu une seule espcce, la Sarmiante rampante (Sarmienta repens Ruiz et Pavon). 
G est une plante parasite, grimpante, dont les rameaux pendants portent des 
feuilles opposees, charnues, aigues ou un pen acuminees a leur sommet. Les 
fleurs sonten forme de grelot, a cinq decoupures, de couleur rouge; elles ont 
deux etamines seulement. Le fruit est une capsule ovale, a debisccnce trans- 
versale. 

Gette plante croit dans les forets du Chili. Les indigenes se servent de ses 



48 SARRACKNIA. 

feuilles, comme nous laisons de celles de 1 orpin, pour amollir et extirper les 
cors aux pieds et les callosites. 

FEUILLEE. Observations, III, p. 69, lab. 43. Ruiz et I AVON. Flora Peruviatui, I, p. I 
tab. 7. LAJIAHCK. Dictionnaire Encyclopedic, VI, 545. l i-. 

SARMATLS. Voy. SLAVES. 

SAROTHRE. Sarothra L. Genre de plantes Dicotyle dones, appartenanl a 
lu famille des Ilypericinees. Reuni par Michaux aux Hypericum, ce genre en a 
ete de nouveau separe par Poiret. II ne contienl qu une seule espece, Ie Saro- 
thra yentianoidcs L., petite plante grele, dont les rameaux diffus, la plupart 
trichotomes, sont garnis de feuilles tres-petites, opposees, lineaires, courtes. 
Les ileurs sont sessiles, petites, formees d un calice court, gamopetale a cim| 
pieces; d une corolle caduque, a cinq pe tales; de cinq ou dix etamines; d un 
ovaire surmonte de trois styles filiformes. Le fruit est une capsule oblongue 
ai<nie, a une seule loge, s ouvrant en Irois valves, qui portent de petites graines 
sur leur bord. 

LeSarothra gentlanoides L. habile la Yirginie et la Pennsylvania. Son ecorce 
est employee contre les inflammations. 

LINME. Genera, 38.~>. G/EUTNER. De fructibus, II, 168, tab. 44. ENDLICHER. Genera ]>lan- 
tarum, n ^464. PL. 

sucri (PIETRO). Celebre publiciste et theologien italien, ne en 15o2, a 
Venisc, et mort en cette ville, en 1623, se trouve mcntionne ici parce qu on lui 
a attribuc la decouverte de la circulation du sang. Sarpi n a jamais ete medecin, 
mais il ctait done d une vaste erudition, et il consacrait tons sesloisirs a 1 etude 
des sciences physiques et naturelles. II lut lie avec les grands medecins de son 
temps; outre la decouverte de la circulation du sang (voy. CIRCULATION), il 
passa pour avoir signale, le premier, la contraction de 1 uvee dans 1 oeil des 
animaux et les effets de 1 insufflation de 1 air dans les poumons, dans les cas 
de mort apparente. II a passe aussi, mais a tort, pour avoir invenle le tbcr- 
momctre ; il n a fait que s en servir en 1617. (Libri, Histoire des science* 
mathematiques, t. IV, p. 194.) A. D. 



L. I. Botaniqiie. Genre de plantes Dicolyledones, 
curieux par ses caracteres et quL forme le type de la petite famille des Sarra- 
ceniuce es d Endlicher. Les especes de ce genre sont des herbes vivaces, habitant 
les marais tourbeux de l Amerique meridionale. Leurs feuilles, toutes radicales, 
ont une forme toute speciale : leur petiole forme une espece de tube ou d am- 
phore, portant a son sommet une sorte de couvercle, qui represente le limbe 
de la feuille. Ccs urnes contiennent generalement une eau, dans laquelle les 
insectes viennent frequemment trouver la mort. Une hampe florale nue se 
detache du milieu des feuilles et porte a son extremite une fleur solitaire, 
Ibrmee d un calice a cinq sepales colores, tres-imbi iques a la base, persistants; 
de cinq pe tales libres, hypogynes, tombants; d un nombre inde fmi d etamines, 
et d un ovaire supere a cinq loges, surmonte par un style tres-court, dilate dans 
sa partie sligmatifere en une sorte de parasol petaloide a cinq nervures royon- 
nantes, a cinq angles ou a cinq lobes. Le fruit e?t une capsule a cinq loges, et a 



SARRACEMA (BMPLOI). 49 

dehiscence loculicidc : il conticnt de nombrcuses graines, a albumen abondant 
charnu, contenant un tout petit embryon . 

La singularite de leurs feuilles et la beaute de Icurs fleurs ont dcpuis long- 
temps attire 1 attenlion sur les Sarracenia ; le mode de nutrition qu on leur a 
-attribue dans ces derniers temps et qui les a fait ranger parmi les plantcs carni 
vores a augmente encore 1 interet de ces especes singulieres ; enfin les proprietes 
medicales dont les disent douees les medecins americains, les font enlrer dans 
le cadre des plantes officinales dont nous devons nous occuper. 

L espece la plus importante et la plus connue est le Sarracenia purpurea L., 
qui croit dans les marais fangeux de 1 Amerique, depuis la baie d Hudson j usque 
dans la Caroline. C est une belle plante a rliizomes epais, charnus, dont les 
feuilles ventrues et renflees en leur milieu se retrecissent a leur base, et sont 
legerement resserrces a leur ouverture superieure : le limbe est droit, cordi- 
1 orme ; ces feuilles sont verdatres et lisses exterieurement ; a I interieur, elles 
portent des poils diriges du baut verslebas. Labampe porte une grandc lleur de 
couleur pourpre melangee de verdatre. On a preconise les rhizomes comme un 
.propbylactique et un remede curatif contre la variole. 

Le Sarracenia flava L., qui croit dims les lieux humides et depuis la Caroline 
jusqu a la Floride, se distingue de 1 espece precedente par ses feuilles plus 
etroites, plus longues, non renflees en leur milieu, par 1 opercule fortement 
Tetreci a la base, glabre sur ses deux faces. Les fleurs sont d un jaune vcnhUre. 
On a attribue les memes proprietes medicales au Sarracenia flava et au Sarra 
cenia variolaris. 

BIBLIOGRAPHIE. CLusius. Historici plctntarum, II, p. 82. TOURNEFORT. Institutiones re/ 
herbaria?. LINXE. Species LAMARCK. Illustrations des genres, Encyclopedic, tab. 45*2. 
ENDLICHER. Genera plantarum, p. 23. LE MAOUT et DECAISNE. Trails general de bota- 
nique, p. 419. PL. 

II. Emploi in. <li; :il Historique. L emploi medical du Sarracenia est 
de date recente. Avant 1861 cettc plante etait a peu pres inconnue des mede 
cins, et c est a cette epoque seulement que leur attention fut vivement solli- 
citee sur clle par 1 annonce de ses yertus heroiques contre certaines fievres 
eruptives, particulicrement la petite verole. Anterieurement, les Sarracenias 
passaient simplement pour de curieuses plantes insectivores, depuis 1 interessante 
description qu avait faite de ce caractere special le docteur James Macbride en 
-1810-l811,etbienrarement onleurattribuaitquelques usages medicaux. Recon- 
naissons toutefois que, vers 1847, le docteur Porcher, de Charleston, adminis- 
trait la sarracenie contre la dyspepsie et la migraine. La suite de cet article 
montrera si les therapeutistes avaient a tort ou a raisoii neglige cette plante qui 
devait atteindre en quelques instants a une certaine renommee. 

Cetle renommee, elleladut, a deux medecins, 1 un anglais, 1 autre americain, 
habitant la Nouvelle-Ecosse, H. Chalmers Miles et Frederick Morris. A peu pres 
en meme temps ils signalerent au monde savant ce fait etonnant que le Sarra 
cenia purpurea pouvait etre considere comme un specifique de la variole. La 
decouverte etait assez importante pour que, a supposer qu elle fut reelle, cha- 
cun des deux confreres eut le droit de faire valoir ses titres a la priorite ; c est 
ce qu ils entreprirent sans trop se mettre d accord. Cette question de priorite est 
ici accessoire, aussi bien n en dirai-je que peu de mots. L invention n est pas 
d ailleurs tellement originale et bonne qu on doive en lirer vanite, comme nous 
le verrons. Voici toutefois les fails principaux de ce debat. 

PICT. E.NC. 5 s. YJI 4 



50 SARRACENIA (EMPLOI). 

Si I onlient compte exclusivement des dates des publications des deux rivaux, 
Miles a evidemment, il faut le reconriailre, devance son competiteur le docteur 
Frederick "W . Morris, d Halifax (Nouvelle-Ecosse), car il a donne les premiers 
renseignements sur les vertus anti-varioliques de la sarracenie. Si, au contraire, 
on s en refere surtout aux premiers essais the rapeutiques, il n est que juste 
de mettre au second rang le docteur Miles. Je precise : 

Le 4 novembre 18G1, Chalmers Miles faisait lire par le docteur William, a la 
seance de VEpidemiological Society, une note intitulee Remede indien contre 
la petite ve role, dans laquelle il altribuait a la sarracenie des effets merveilleux 
contre cette grave maladie. Cette note fut le point dc depart des premieres expe 
riences institutes en Europe; son retentissement, comme bien on pense, devint 
considerable dans le monde entier. 

En Amerique, on connut au bout de quelques mois le travail de Miles, et c est 
alors settlement que le docteur Frederick Morris crut devoir publier dans une 
lettre adressee a 1 editeur de 1 American Medical Times, parue dans le numero 
du 24 mai 1862, ce qu il savait de la plante anti-variolique. 

Morris indique dans cette lettre qu il connaissait depuis le mois d avril 1861 
les vertus du Sarracenia. Le 17, elles lui avaient cte signalees par un simple 
employe des douanes, M. John-Thomas Lane, qui a son tour tenait ses rensei 
gnements des Indiens de la tribu des Mic-Macs. 

Morris avait pris au serieux ces renseignements. Ayant achete a une vieille 
Indienne une certaine provision du precieux remede, il institua aussitot au dis- 
pensaire d Halifax des experiences pour le meltre a 1 epreuve. Done il connais 
sait des avril 18G1 , pour les avoir observe es, les proprietes speciales de la sarra 
cenie dans la variole. 

Faut-il des lors lui attribuer la priorite des etudes sur ce remede, en raison 
meme dc ses experiences? Pas le moms du monde; a nos yeux il n a d autre 
merite que d avoir controle les resultats que lui avaient fournis les Mic-Macs sur 
le Sarracenia. 

Quant a Chalmers Miles, il se borna a publier sans controle les faits qu il 
tenait, lui aussi, des mcmes Indiens. 

En definitive, la verite est que le Sarracenia, de meme que le quinquina, le 
jaborandi, et une foule d autres plantes dont la therapeutique utilise les reelles 
proprietes medicales, le Sarracenia fut decouvert par des sauvages, les Indiens 
de la Nouvelle-Ecosse, qui connaissaient de longue date ses vertus contre la 
variole, ou mieux qui les avaient invente es. 

La confiance de ces peuplades dans le Sarracenia est meme si grande qu ils 
en font un moyen sur de prevenir, comme de guerirla petite verole. 

11s ont toujours dans leurs campements une infusion prete de cette substance, 
dont ils boivent de temps en temps quelques gorge es pour maintenir a demeure 
dans leur corps 1 antidote qui les preservera du poison de la variole. 

Si 1 un deux a les prodromes de cette maladie, ils lui administrcnt une forte 
dose d infusion pour faire apparaitre 1 eruption. Celle-ci etant complete, ils lui 
donnent deux autres doses. II arrive en general qu a la troisieme les pustules 
s affaissent et perdent de leur vitalite. La fievre tombe, 1 urine devient abon- 
dante et limpidc, de rare et trouble qu elle etait auparavant, Fetat general est 
satisfaisant, et un mieux -etre complet se montre dans 1 etat du sujet, qui sent 
qu un cbangcment considerable s est produit en lui. Le remede a tue le mal, et 
celui-ci accomplit d ordinaire toute son evolution en quatre jours. 



SA.RRA.CENIA. (EMPLOI). 51 

C est a la faveur de ces recommandations que la sarracenie a ete acceptee par 
quelques medecins comme une arme puissante centre la variole et raise ainsi 
dans notre arsenal therapeutique. 

L espece ol ficinale, celle u laquelle on attribue des proprietes medicinales, 
est le Sarracenia purpurea. Les autres varietes, assez nombreuses, seraient, 
dit-on, a 1 exception de la variolaris et de la flava, preconisees centre la dys- 
pepsie et la migraine, depourvues d action. La description qui va snivre se rap- 
portera done exclusivement a la S. purpurea. On emploie surtout la racine ou 
mienx les rhizomes, qui rappellent un peu par leur aspect la racine de fraisier; 
voici leurs proprietes les plus importantes. 

Composition. Ellea ete tout d abord donnee, en 1866, par Stanislas Martin; 
1 analyse anterieure de Sheppart n avait pas Iburni de resultats bien precis. Sui- 
vant ce pharmacien, la racine de Sarracenia renferme un alcaloide, la sarra- 
ce nine, unere sine, un principe colorant jaune, de 1 extractif et la trame fibreuse 
ordinaire des ve getaux. 

La sarracenine est blanche, cristallisee en belles aiguilles, soluble dans 
1 alcool et Tether. Elle sature divers acides pour former des sels. 

La resine est friable, aromatique, soluble dans 1 alcool, 1 elher, le suli ure de 
carbone, les corps gras. Elle est saponifiee par les alcalis. Elle brule en exha- 
lant une odeur de terebenthine. Cette substance, qui se rapproche beaucoup du 
tannin officinal, entre dans la proportion de 6 pour 100 dans la composition de 
la racine de Sarracenia. 

L extractif est brun, aromatique, amer, soluble dans 1 eau et 1 alcool. 

Le principe colorant n existe que dans 1 epiderme de la racine. 

Une analyse plus recente de Scbmitt (de Nancy) a fourni des resultats tout 
autres. Ce chimiste-pharmacologue a trouve dans le rhizome de la sarracenie les 
substances suivantes : 



Squelette vegetal. 

Matieres gommeuses et albumineuses. 

Resines. 

Acide sarracenique. 



Tannin. 

Maiieres grasses et malieres cireuses. 

Eau 11,45V.. 

Cendre* 5,32. 



Dans ces dermeres, entrent comme composants des silicates, phosphates et 
sulfates; de la chaux, de lapotasse, des traces de chlorure, des sels de potasse 
et de chaux a acide orgamque 

Lorsqu on distille on ne recueille aucun produit volatil. 

On voit qu il n est nullement question, dans cette analyse, d alcaloi de. La sar 
racenine existe-t-elle reellemcnt dans la plante qui nous occupe? Tel est le pro- 
bleme a resoudre par les chimistes. 

Quant a Yacide sarracenique de Schmitt, c est simplement une matiere colo- 
rante, peu soluble dans 1 eau, 1 etheret la benzine, tres-soluble dans 1 alcool. 

Le tannin appartient a la variete des tannins du cafe, du cachou et du quin 
quina. 

Proprietes physiologiques et the rapeutiques. Les propriete s physiologiques 
de la sarracenie out ete fort peu etudiees. On signale cependant quelques effets 
d une certaine importance. Elle serait diuretique ; la chose est probable puis- 
qu elle renferme une certaine proportion de tannin et de resine ; legerement 
emetiquc et laxative a doses fortes. 

Les proprietes therapeutiques out ete singulierement exagerees. Au dire de 



52 SARRACENIA (EMPLOI). 

Morris et de Chalmers Miles, elles ne seraient rien moins que merveilleuses. Le 
premier indique que la sarracenie, veritable specifique centre la petite verole, 
expulse le virus varioleux par les voies renales, apres 1 avoir pour ainsi dire 
tue sur place : il s echappe, pour suivre sa comparaison, par les voies renales, 
comme le sucre dans le diabele. II donne entre aulres preuves dr la puissance 
de la decoction de sarracenie, qn elle detruit comple tement les qualites viru- 
lentes du vaccin et du virus varioleux. 

Cette plante etonnante aurait meme, suivant le medecin americain, unc spe- 
cialite d action curative contre les maladies du grand groupe des exanthemes, 
Kiiiucnlc, varicelle, et encore contre la lepre et la psore, si Ton a soin de lui 
donniT comme adjuvant le chlorure de calcium, qui exalte son action. 

Ces ecarts d imagination, ces illusions etranges se retrouvent egalement dans 
la note 1 dc. Chalmers Miles, non moins affirmatif que Morris en ce qui touche 
It s vert us antivarioliques du Sarracenia purpurea. Ce chirurgien militaire se 
hornait inallii-ureusemcnt a de simples allegations sans pmives a 1 appui. 

iNraiimoins mi certain nombre de medecins en Angleterre, quelques-uns en 
France, s empresserent, apres les communications de Morris et de Miles, d es- 
sayer If I ameux medicament, 1 admirable specifique de la petite verole. Tout 
d alionl Ifs rcsuliats parurent assez satisfaisants. Mais analysons sommairement 
les Hi i Is. 

S. K. llmvli cite trois observations de varioloides gueries facilement par la 
dfcodioii dc sarrarcmY. La simple lecture de ces observations suffit a montrer 
qu il s agissait de cas benins dont 1 evolution ne subit aucune modification reelte. 

J cii dii ai tout autant de 1 observation unique de Miles. 11 cut a trailer une 
variolo idc confluente a la face, discrete sur le reste du corps, dont la dessiccation 
dcs pustules I u l complete le huitieme jour de 1 eruption. N est-ce pas la un cas 
rclativcmciil commun ijuand la maladie suit son evolution naturelle? Ce n est 
pas douteux. 

J. Taylor a public egalement deux faits favorables a la sarracenie. La gue- 
rison lut obtenue le onzieme jour de 1 eruption. L auteur omet de dire si ses 
jeunes malades etaienl vaccines. Le chirurgien-major Logie est encore moins 
explicite. 11 se borne a dire qnc dans onze cas d cruptions varioliques, dont 
quatre de variole confluente, observes avec son collcgue Agnis, il n a eu qu ase 
louer des bons effets du rcmede indien, qui ameliora 1 etat general des patients 
et soulagea leurs soui frances. 

W. Henderson Grant vante aussi les merites de ce moyen de traitement et 
s etonne fort qu ou ait pu parler de mystification (hoax) a propos de la vertu 
antivariolique de la sarracenie. II n apporte d ailleurs pour preuves a 1 appui, 
dans sa defense du remede, que deux fails sans grande valeur. 

Enfm, recemment (1874), le docteur A. L. Griffith vint ajouter son temoi- 
gnage favorable aux precedents, celte ibis plus justifie et plus valable que les 
tdmoignages de ses confreres, car il s appuyait sur une experience de buit a dix 
ans. Suivant lui, il a toujours vureussir a soubaitle Sarracenia dans la variole. 
Sous 1 influence de ce medicament, 1 etat general devient meilleur, le malaise, 
la fievre sont calmes. L auteur present seulement le cinquieme ou le sixieme 
jour la decoction salutaire. 11 est facile de cornprendre que le Sarracenia peut 
avoir beau jeu dans ces conditions contre les accidents generaux de la varioloi de, 
ijui disparaissent generalement d eux memesa celte periode. Je pense, en efi el, 
[u il n a pas eu a trailer de veritable variole, car sans aucun doule il aurait con- 



SARRACENIA (EMPI.OI). 55 

state, comme plusieurs dc ses confreres anglais, 1 impuissance absolue du 
remede. 

Voici ce quenous apprennent, en effct, les observations prises soigneusement 
de J. F. Marson. Sur quinze sujels, non vaccines, atteints de variole confluente, 
auxquels on adrninislra la sarracenie au debut nieme de la maladic, on n eut 
a constater aucune modification appreciable dc 1 etat general on de 1 eruption ; 
tous succomberent. 

Le docteur Haldane n a pas eu non plus a se loner du Sarracenia dans 
cinq ou six cas dc variole sans vaccine. Le medicament parut parfaitement inu 
tile (perfectly useless) ; il ne produisit ni effet physiologique, ni effet tbera- 
peutique et fut impuissant a conjurer Tissue fatale cbez un malade. 

Knfm, les docteurs Goyder etS. Brown traitanl deux jeunes enfants atteints 
de variole, par le pretendu specifique indien, ne retirerent de son emploi aucun 
benefice. L un des enfants mourut, bicn qu il cut eprouve de la diarrhee et ce 
flux urinaire critique par lequel, suivant 1 expression de Morris, s eliminerait 
le virus varioleux epuisc. 

Je me bornerai a ces citations, pour ne pas allonger cet article deja bicn deve- 
loppe. Et d ailleurs n est-il pas evident qu il ressort de 1 ctude des faits cette 
conclusion fatale, a savoir que pas une observation ne prouvc la realite d une 
action therapeutique du Sarracenia dans la variole, tandis quc nombre de cas 
attestentson impuissance absolue contre cette maladie. 

Eu Anu rique, comme en Angleterre et en France, les insucces du remnle 
indien furcnt de la derniere evidence. Au dispensaire d Halifax oil les premieres 
experiences de Morris avaient ete institutes, comme on peut se le rappeler, les 
resultats furent sans doute desaslreux, car les collegues de cet ardent promo- 
teur du traitement des Mic-Macs . le mirent en demeure de cesser ses essais ou 
de quitter 1 etablissement. 

D autre part, une commission designe e par la Socie te de medecine de New- 
York, a 1 effet d eludier la valeur de la sarracenie dans la variole, conclut dans 
son enquete ce qui suit : 

L analyse chimique ne revele dans le Sarracenia 1 existence d aucun element 
special doue d une re elle puissance therapeutique. 

Les vertus qu on lui a done attribuees resultent vraisemblablement d un rai- 
sonnement faux, deduitdu post hoc, ergo propter hoc. 

Elle echoue completement dans les cas graves de variole, comme bien d autres 
remedes. 

En definitive, les esperances qu on avait pu fonder un instant sur la valenr 
du Sarracenia dans la variole, n ont pu tenir devant la realite des faits; aussi 
bienle medecin doit-il renoncer a prescrire, contre cette redoutablc maladie, 
un remede aussi impuissant qu inutile. 

Tel est notrejugement sur le Sarracenia, et dont la gravite meme vaut a cet 
article la longueur excessive qu on lui remarquera ; il fallait bien montrer que 
notre rigueur etait justifiee, en multipliant les preuves. Le lecteur a d ailleurs 
ainsi sous les yeux toutes les pieces du proces, et il lui devient facile de se faire 
une opinion. 

Maintenant on pcut se demandcr encore quellc a ete 1 origine de cet emploi 
empirique du Sarracenia dans la variole. 11 m a semble qu il etait possible, 
sans trop d invralsemblancc, dc rapporter cet emploi a 1 apparence speciale des 
feuillcs d une certainc varietc de cctle plante. Ces feuilles sont parsemees sur 



M SARRACE1NIA (EMPLOI). 

leur face dorsalc de taches blancliatrcs rappclant grossierement 1 aspect des 
pustules dc la petite verole, d ou Ic nom de variolaris, sous lequel on designe 
cctte variete. 11 cst probable, les exemplcs sont nombreux de pareilles idces pre- 
concucs en therapeutique vulgaire, quc la doctrine des signatures a seulc dote 
le Sarracenia de vertus antivarioliques, commc elle a, en d autres temps et 
d autrcs lieux, attribue aux bulbes des orcbis des proprietes aphrodisiaques, au 
Lithospermum cccruleum la faculte de dissoudrc la pierre dans la vessie, etc. , etc. 
La sarracenic n a pas non plus d action tberapeutique reelle dans la rougeole 
ou la Iqire ; et c est a peine si ses qualites bien secondaires d amer et & astrin 
gent permettent de la mainlcnir a un rang assez inierieur parmi les medica 
ments dcces deux groupes, dans notre matiere medicale. 

Matiere medicale. Parmi les sarracenies, I cspece officinale est le S. pur- 
purea; les autres varietes, a 1 exception des S. variolaris ct S. flava, sont inu- 
sitees. Le doctcur King, de Cincinnati, attribue cependant aux S. heterophylla, 
rubra, flava, etc., les memes vertus medicinalesquepossederait \eS.purpurea. 
On emploie plus particulierement les rhizomes, qui rappellent un pen par leur 
aspect la racinc dc fraisicr. 

Us sont rougcatres, flcxibles, tortueux ct bosseles ; ils out dc O m ,15 a O m ,50 
de long, et la grosseur d unc plume d oie. Leur structure est fibreuse et la 
cassurc en cst trcs-nette. Leur saveur, commc celle dc la plante entiere, a de 
1 analogic avec la saveur dc la sa Heine ou celle du saulc. 

On prepare avec la racine de sarracenie, ou plutot avcc sa poudre, une decoc 
tion, unc infusion, un extrait et unc leinture alcooliques. 

Scbmitt recommande ces deux dernieivs preparations, surtout la teinture, au 
cinquieme, parce quc 1 alcool enleve a la plante bcaucoup de scs composants 
importants : resine, principe amer, tannin, elc. 

La teinture n a pas d odeur ; elle est d un gout amer prononce et offre une 
reaction acide, probablement parce qu clle renferme beaucoup de tannin. 

La decoction, legerement aromatique, un peu amere et astringente, a les 
qualites gustatives de 1 infusion de busserole. Elle est egalement acide par le 
tannin qu elle contient. 

Voici le mode d emploi recommande dans la variole. 

Les Indiens de la Nouvelle-Ecosse administrent deux ou trois fois de suite la 
decoction de sarracenie, a intervalle de six heures, pendant la periode d inva- 
sion et le jour dc 1 eruption. 

Morris a imite cettc methode. 11 prescrivait 15 grammes de poudre, a faire 
bouillir dans 500 grammes d eau jusqu a reduction de moitie. Cette de coction 
etait prise, non sucree, en deux fois a trois beures d intervallc, le jour de 
1 eruption variolique. 

A titre d amcr astringent, on pourrait prescrire, soit 1 exlrait alcoolique, 
soit la teinture, aux doses de 1 a 4 grammes pour le premier, de 4 a 
20 grammes pour la seconde. 

Sarrace nine. Nous ne dirons qu un mot de ce principe actif que Stanislas 
Martin a signale dans le rhizome du Sarracenia, parce que son existence est 
douteuse. Ce chimiste affirme cependant avoir trouve un veritable alcaloide en 
procedant de la facon que nous allons indiquer. 

On commence d abord par enlever a la racine ses matieres resineuses par un 
traitement au sulfure de carbone, puis on la fait macerer dans de 1 eau acidulee 
avec de Tacide sulfurique. 



SARRASIN. 55 

Le residu ligneux, recueilli apres ces operations, contient la sarracenine. 
Pour Fen extraire, on Ic fail bouillir pendant une demi-heure duns 1 eau dis- 
tillee, ensuitc on passe avec expression, on filtre le liquide oblenu el on 1 eva- 
pore jusqu a consistance sirupcuse. Cela fail, on mel eel exlrail dans nn flacon 
avec le double de son volume d elher sulfurique, prolongeant le contact un 
jour ou deux en ayanl soin d agiler souvent, puis on decante I ether qu on laisse 
evaporer a Tair libre. Le residu de cetle evaporation esl Iraite par 1 eau dis- 
tillee; on fillre alors, on evapore au bain-marie, conservanl jnsle assez de 
liquide pour permettre la cristallisalion dn principe aclif qui apparait sous 
forme de sulfale de sarracenine. Pour obtenir 1 alcaloide on ajoute a ce sel du 
bicarbonate de soude. 

La sarracenine, dont nous avons donne plus haul les proprietes chimiques 
principales, n a ete 1 objet d aucune etude pbysiologique ou therapeutique. 

Ernest LABBEE. 

BIBLIOGRAPIIIE. Encyclopedic methodique, 1804. MACBRIDE (James). The Transactions 
of the Linnean Soc. of London, t. XII. Londres, 1818. MILES (Chalmers). Epidemiological 
Society, novembre 1861; the Lancet, 6 et 13 decembre 1862. MILKS (diaries). The Lan 
cet, aoiit 1862. MORRIS (Frederick). American Med. Times, mai 18(52 ;TAe Lana-i, decem 
bre 1862. GOYDER (David.) The Lancet, Janvier 1863. LOGIE. Ibid., mai. MARSON 
(J.-F.). Ibid., juillet. TAYLOU (J.). Ibid., decembre. - HALDANE. Edinliitrijk Med. J. 
vol. VIII, 2 partie. Consulter encore Archives medicalcs beiges, juin et octobre; An- 
nuaire de pharmacie, p. 255,1803. GRANT (Henderson). The Lancet, fevrier 186i; V.Med 
Times, Janvier. MILLE. Annuaire de pharmacie, \SH-T~2. DORVADLT. Officine, 1872. 
GRIFFITH (A.-L.). The Lancet, aout 1874. SCH.MITT. Journal de pharmacie cl chimic, i ser, 
t. XXI, p. 219, 1875. LAROUSSE. Dictionnairc. 1875. E. L. 

SARRACEMXE. Voy. SARRACENIA. 



Le nom de Sarrasins, que Ton a considere comme derive du 
mot arabe Charqin, signifiant orientaux, paraitrait plutot provenir de Sarracens 
ou Agarrazins, nom d un peuple qui, dcs les temps bibliques, aurait babite d;ins 
1 Arabie Deserle, au sud et a Test des Madianiles et des Ismaeliles. Ce peuple, 
de race semitique ou syro-arabe, serait longtemps reste ignore et sans aucune 
importance politique en Orient. Mais lorsqu au septieme siecle de 1 ere chro- 
tienne, Maliomet ou Mohammed, fondateur de 1 Islamisme, el Abou-Bekr, Omar, 
Amrou, ses belliqueux disciples, imposerent par les armes aux pcuplcs du 
Levant les dogmes du Koran, ces Sarrasins auraicnt, des premiers, pris part a 
la formation des armees musulmanes. Des lors, dans la Ghretiente, le nom de 
Sarrasins, applique a de nombreux peuples de race syro-arabe et de diverses 
autres races ayant adopte 1 islamisme, devint synonyme de Mahometans. Ces 
izeles propagaleurs du mahometisme, apres de nombreuses conquetes en Asie, 
envahirenl le nord de 1 Afrique, la Sicile. Au commencement du huitieme 
siecle, alors que le calife Walid II, de la famille des Ommiades, regnait a Damus, 
alors que son general Mousa-Ben-Nasser gouvernait le Magh-reb, 1 occident, 
c esl-a-dire la region nord-ouest de 1 Afrique, repondant actuellemenl A 1 Algerie 
et au Maroc, Ben-Zeyab-Tarik ou Tarif, abordant pres de la ville et de la mon- 
tagne qui rappellent encore son nom, pres de Tarifa et de Gibraltar, Gibel-al- 
Tarik, conduisit les armees sarrasines ou musulmanes a la conquete de 1 Es- 
pagne. Quelques annees apres, ces memes Sarrasins, melange de Berberes de 
1 ancienne Mauritanie, de Juifs, et de Sarrasins ou Arabes orientaux, franchissant 
les Pyrenees sous la conduite d Abd-el-Bahman ou Abde ram, premier calife de 



56 SARREGUEMINES (EAUX MINERALES DE). 

Cordoue, de la famillc Ommiade, envahircnt la France et vinrent se faire ecraser 
auprcs de Poitiers, en 1 an 752, par Charles, depuis surnomme Martel [voy* 
FRANCE (Anthropologie)]. G. L. 



On donne ce nom au Ble noir (Polygonum Fagopyrum L.) 
(voy. POLYGONUM). PL. 



(Les). Nous citerons les trois suivants : 

Sarrasin (jEAN-AwTOiNE), lie a Lyon, recu bachelier en 1572 et docteur 
en 1575. II est connu surlout par son edition des ceuvres de Dioscoride, qui est 
fort eslimee. On lui attribue aussi nn ouvrage sur la peste, ceuvre de jeunesse, 
dont Astruc ne parle pas en bons termes. 

I. DC pexle commentarius. Geneve, 1571, et Lyon, 1572, 1589, in-8. II. Pedacius Dios- 
coridex, dc mate/id medicd, gricce et latine. Francfbrt, 1598, ill-folio. 

Sarrasin (MICHEL), ne a Nuits le 15 septembre 1659, pratiqua d abord la 
chirurgie dans cette ville, puis enlra au seminaire des Missions Etrangeres, dont 
le superieur, apres lui avoir fait etudier la raedecine, I envoya a Quebec, ou il 
pratiqua avec distinction. La date dc sa mort n est pas bien connue ; on la place 
vers 17r>(>. Scs Iravaux, pen nombreux d ailleurs, se rapportent a 1 histoire 
nalmvlle et non a la mcdecine pratique. 

Sarrasin (.IKAM), (ju on rent aussi SARRAZIN, pratiquait la cliirurgie a Paris 
au commencement du siecle. On lui doit une brochure sur les causes generates 
deVanevrysmeetde larupture spontane ed&s vaisseaux sanguins arte riels (Paris, 
1799), et un memoirc sur 1 emploi de 1 oxygene dans la cure du tetanos (Ann. 
de chimie., t. XL11, 1802). D. 

* tiiit.vti:\i;. Nom donne auirefois a 1 Aristoloche (Aristolochia Clematitis 
L). PL. 



(EAUX siiNF.iuLES DE), atliermales, clilorure es sodiques 
fortes ou moyennes, carboniques moyennes on faibles, dans le departement de 
la Moselle, dans 1 arrondissement ct a quelques kilometres de Sarreguemines, 
emergent plusicurs sources dont nous citons les plus importantes, qui sont : 
1 la source de Saltz-bronn, dont nous avons parle (voy. ce mot) ; 2 la source 
de la Sarre ; ct 5 les sources de Cocheren, dans le canton dc Forbach. 

La source de la Sarre a ele examinee pai M. Tripier, qui n y a pas trouve plus 
de l gl ,6 de principes fixes par litre d eau, composes de 1 ,4 de scls solubles et 
de r ,5 de sels insolubles. 

Les sources de Cocheren sont au nombre de deux; on les designe paries 
noms de Grande source et de Petite source. Leur eau est limpide, transparente 
et claire ; elle a une saveur sensiblement salee et une odeur manifestement he- 
patique. L eau de la Grande source donne par 1000 grammes un total de prin 
cipes fixes de 7 gr ,6 ; le residu de la Petite source est de 7 gr ,2, composes surtout 
de chlorure de sodium. 

Les eaux des sources de la Sarre et de Cocheren sont employees en boisson 
exclusivement, par les malades de la contree. Ceux qui ont des affections des 
voies biliaires ou urinaires frequentent la fontaine de la Sarre. Les sujets Ivni- 
phatiques, scrofuleux et herpc tiques doivent preferer 1 cmploi de 1 eau de 1 une 



SAURIETTE. 57 

des deux sources de Coclieren et surtout cclle dc la Grande source, un pen plus 
chargee de matieres fixes et de principes chlorures. A. R. 

s IRICH"IT:. Serratula D. C. Genre de plantcs Dicolyledones appartenant a 
la famille des Composees ct a la tribu des Carduacees. Etabli par Linne, deve- 
loppe et mieux determine par de Candolle, ce genre comprend des plantes her- 
bacees, generalement inermes, dont le capitule porte, sur un receptacle muni de 
paillettes, des fleurs toutes egales, ordinaircment hermaphrodites, et, apres la 
fecondation, des akenes glabres, comprimes lateralement, a hile tres-oblique, 
entoure d un bord calleux et surmontes d une aigrette persistante, formec de 
poils denticules, disposes en plusieurs series dont la plus interne esl plus longue 
que les autres. 

L espece qui represente le mieux les Serratiila dans nos pays est la Sarrete 
des teinturiers (Serratula tinctoria L.), plante de 10 a 80 centimetres, dont la 
tige raide, dressee, porte des feuilles vertes, finement dentees en scie, les infe- 
rieures longuement petiolees, ovales-lanceolees, plus ou moins profonde ment 
pennatilobees, les superieures sessiles, pennatifides a la base ou entieres. Les 
fleurs sont purpurines, et les capitules dio iques. 

Elle est commune dans les pres et les bois de presque toute 1 Europe. Sa 
racine peut donner une teinture jaune assez belle qui, fixee par 1 alun, passe 
pour plus solide que celle de la Gaude et du Genet des teinturiers. Dans les prai 
ries elle n est generalement pas mangee par le betail. On lui attribue des pro- 
prietes vulneraires et detersives ; on la regarde comme propre a prevenir les 
suites funestes des chutes. 

Le Serratula Scordium Loureiro n est rapporte aux Serratula qu avec doute. 
G est une plante a racines rampantes, a feuilles lanceolees, dentees en scie, semi- 
amplexicaules, brillantes en dessus, tomenteuses en dessous; 1 involucre est 
presque cylindrique, et le receptacle nu. Elle croit en Chine et en Cochinchine, 
ou elle est reputee re solutive, antiputride et emmenagogue. On s en sert exte- 
rieurement contre les ulceres et la gangrene et a 1 interieur contre les hydro- 
pisies et la suppression des menstrues. 

D autrcs especes de Sarrete ont e te enlevees de ce genre et seront etudiees a 
part. Telles sont : 

Le Serralula amara Willd. qui est maintenant un Saussurea (voy. ce mot). 

Le Serratula arvensis L. et le Serratula oleracea Poir. qui sont des Cirsium 
(voy. ce mot). 

LINNE. Species, 1144. -De CANDOLLE. Prodromus. VI, 667 ; et Flore franqaise. IV, 85. - 
LOUREIRO. Flora Cochinchinensis. II, p. 590. GREMEU et GODROX. Flore de France. II, 268. 

PL. 

SARRETTE. Voy. SARRETE. 



Satureia L. Genre de plantes dicotyledones appartenant a la 
famille des Labiees et caracterise par un calice campanule, nu a la gorge, a 
cinq dents egales, a dix stries ; une corolle subbilabiee, alevre superieure plane, 
a levre inferieure a trois lobes obtus presque egaux ; quatre etamines didynames, 
arquees, rapprochees au sommet, antheres a loges divergentes a la base. Fruit 
quadrilobe renferme dans le fond du calice persistant et connivent. 

Les Sarriettes sont des herbss on des sous-arbrisseaux a feuilles opposees, a 



5S SARS. 

fleurs disposees en cymes verticillces a 1 aisselle des feuilles ou rapprochees en 
tetes terminates. II en existe unc vingtaine d especes dont les plus interessantes 
sont : 

1 La Satureia hortensis L., ou Sarrielte des jar dins, nominee vulgaire- 
ment Savoure e, Herbe aux pois, Herbs de Saint-Julien. C est une espece haute 
de 20 a 30 centimetres, a tige herbacee, dressee, rougeatre, tres-rameuse, a 
feuilles lineaires, lanceolees, glanduleuses. Les fleurs purpurines sont dispo 
sees en glomerules axillaires brievement pedoncules. Elle est originaire des 
conlrees meridionales de 1 Europe et croit spontanement dans les jardins. 

Toute la plante a une odeur fortement aromatique, une saveur chaude et 
amere : on 1 emploie d ordinaire dans les assaisonnements pour relever les legu 
mes fades ; elle est reputee slimulante, stomachique, tonique, vermifuge et 
carminative. Linne lui attribuait des proprietes aphrodisiaques. 

2 La Sarriette des montaynes, Satureia montana L.,est ligneuse a la base; 
les feuilles inferieures sont larges, obtuses, souvent obovees. Les fleurs sont 
blanches, plus longues que les feuilles, groupees en cymes axillaires, qui 
par leur ensemble simulent une longue grappe terminate. On lui a attribue des 
proprietes analogues a celles de la precedente. C est egalemcnt une espece de la 
region de la Medilerranee. 

3 Une autre plante interessante est le Satureia Thymbra L., le Ju6p des 
lii ees, le Tlit/inhra graviler spirans de Virgile, recherche des abeilles. C est une 
r-|iece dela Grece ct de la Palestine, dont les fleurs forment des verticilles denses, 
globuleux, et dont les proprieties sont analogues a celles des precedentes. 

D autres especes de Satureia, qui n ont d ailleurs qu un interet mediocre, 
sont passees dans des genres voisins : telles sont le Satureia Juliana, L., et le 
S. yrceca, L., dont on fait maintenant les Micromeria grceca, Benth., et 
M. Juliana, Benth., et le Satureia capitata, L., qui est devenu le Tliymus 
capitatus, Beuth. (Voy. THYM). 

BIBLIOGRAPHIE. TuEOpuRASTE. Historia plant., VI, 2. YIRGILE. Georgiques, IV, 31. 
LINNK. Genera, n 107, et Species, 794 et 795. BENTHAM el DE CANPOLLE. Prodromus, XII, 
p. 208, elLabiatce, p. 551. GHEMER et GODRO\. Flore de France, II, p. 660. PL. 



(MICHEL), 1 eminent zoologiste, 1 auteur de la decouverte des trans 
formations de la mcduse, est ne a Bergen, en Norvege, le 30 aout 1805. 
(( Lorsqu il eut acheve ses etudes academiques a Christiania, et, des sa jeunesse, 
manifeste le gout tres-vif qui le poussait vers les sciences naturelles, il entra 
dans lesordres ecclesiastiques, etdevint, en 1850, pasteur a Kinn, dans le dio 
cese de Bergen. Dix ans apres, il fut charge de la paroisse de Manger, dans le 
meme diocese. Comme ces deux localites sont situees 1 une et 1 autre sur le bord 
de la mer, Sars eut constamment des occasions de poursuivre ses recherches 
zoologiques. En 1829, il publia son premier essai intitule : Bidray til Soedy- 
renes Natur-historie, et en 1846, la premiere partie de son celebre ouvrage 
Fauna litlomlis Norvegiae. En 1854, il fut nomme professeur extraordinaire 
de zoologie a 1 universite de Christiania, et il occupace poste jusqu a sa mort, a 
1 honneur de sa patrie et a la satisfaction de tout le monde scientifique. Sa supe- 
riorite comme zoologiste, non moins que comme paleontologiste. etait pleinement 
appreciee par tous les naturalistes et les geologues, et il fut elu membre de plu- 
sieurs societes scientifiques elrangeres (Gwyn Jeffreys). Au moment ou Sars 
succombait, la section d anatomie et de zoologie de 1 Institut de France veiiait 



SARTORI. 59 

dc decider qu elle le presenlerait en premiere ligne poui une place dc corrcs- 
pondant. Sars est raort le 22 octobre 1869. 

Nous devons dire un mot ici dc la grande decouverte qui a immortalise le 
nom de Sars. Par suite des recherches de Sars, dit Blanchard, il a ete demontre 
quechez certains zoophytes un 03iif est 1 origine d une multitude d individus. Au 
debut de la vie, 1 animal semble avoir le meme caractere d individualite que les 
representants des autres groupes zoologiques ; mais bientot cet animal (Scy- 
phistoma) produit des bourgeons, des pousses qui se detachent et deviennent 
autant d individus semblables a lui-meme, pouvant e"galement se multiplier ; 
puis tons ces animaux, parvenus a une periode plus avancee de leur develop- 
pement, se fractionnent (Strobila) ; c est une association dont chaque partie 
detachee, retrouvant le caractere d individualite independante, represents 1 es- 
pece arrivee au terme de son evolution : la Meduse. 

En un mot, par la decouverte de Sars disparaissait la distinction etablio, autre- 
fois entre les polypes et les acalephes. Les resultats des recherches de Sars a ce 
sujet se trouvent consignes dans une lettre qu il adressa a 1 Academie des 
Sciences le 24 juillet 1837 (Lettre sur quelques especes d animaux inverte bre s 
delacotede Norvege. In Comptes rendus de I Academic des Sciences, t. V, 
p. 97 et Annales des Sciences naturelles, 2 C seric, t. VII, p. 2 i6, 1857). Nous 
signalerons encore de Sars un beau travail sur le developpement dc la Meduse 
Aurelie (Medusa Aurita) et de la Cyanee chevelue (Cyanea capillata) (Wieg- 
manris Archiv f. Naturgesch. Bd. I, p. 19, 1841 et Ann. des Sc. nat., 2 e ser., 
t. XVI, p. 521, 1841), un Memoir e sur le developpement des Aste ries (An 
nales des Sc. nat., 3 e serie, t. II, p. 190, 1844), un Memoire pour servir a 
la connaissance des Crino ides vivants. Proyr. de Vuniv. roy. de Norvc ge. 
Christiania, 1868, in-4 ; plus un certain nombre de memoires concernant la 
faune, la geologic et les fossiles de la Norvege, d apres des documents et des 
observations recueillis par lui dans differents voyages qu il iit en Norvege et 
aux iles Lofoden ; son voyage en Italic, pendant 1 hiver de 1852 a 1853, lui 
fournit un memoire sur la faune de la mer Adriatique comparee a celle de la 
mer du Nord : Bemaerkninger over det Adriatiske Ilavs Fauna Fammenliyset 
med Nordhavets (Nyt Magaz f. Naturvidensk, t. VII, p. 367, 1855) et un ant re 
sur la faune du littoral de la Mediterranee : Bidrag til Kundskaben om Middel- 
havets Littoral Fauna (Ibid., t. IX, p. 110, 1857). Tels sont les travaux de cet 
homme laborieux et infatigable, travaux resumes dans soixante-quatorze excel- 
lentes monographies. Comme tant d autres savants, il n a pas laisse de patri- 
moine, et apres sa mort sa nombreuse famille se trouvait dans une position tel- 
lement precaire, qu il fut necessaire de recourir a des souscriptions dans plu- 
sieurs pays pour subvenir a ses premiers besoins. L. UK., 



ou SARZA. Ce nom qui signifie ronce en espagnol est applique 
dans 1 Amerique du Sud a un certain nombre d especes de Smilax, qui four- 
nissent les Salsepareilles. I L. 

SARSAPARILUXE. VoiJ. SALSEPARINE. 



(FRASZ). Medecin autrichien, ne a Unzmarkt dans la Haute- 
Styrie le 7 mars 1782, enseigna d abord 1 histoire naturelle a Gratz, puis en 
1810 fut attache a Yienne a la censure ofiicielle de la librairie autrichienne et 



60 SASSAFRAS (BOTANIQUE). 

en 1815 devint premier censeur de 1 empire et secretaire d Etat. II est surtout 
connu par ses travaux balneologiques; nous citerons de lui : 

I. Taschenbuch fiir Carlsbads Curgaste, wie auc/t . fur Licbhaber von (lessen Naturschon- 
heiten, etc. Wien, Prap. u. Carlsbad 1818 (1817), in-8, 1 pi. II. Taschenbuch fiir Mar ten- 
bach Curgaste, oder voilslandige Beschreibitng dieses Heilorls und seiner Umgebungen, etc. 
Wien, Prag. u. Carlsbad, 1819, in-8. -- HI. Das Carlsbad in BiJhmcn. In N. Hannov. 
Magaz., Jahrg. XVIII, St. 93, p. 1473, 1808. IV. II est encore 1 auteur d ecrits anonymes 
et de publications sur 1 histoire naturelle (voy. Gel. Teulschl., Bd. XV, p. 260, 1811 ; Bd. XX, 
p. 54, 1825; et Kayser, Ind. libr., Thl. V, p. 42, 1835). L. UN. 

SARTORIUS (JEAN-GEORGES). Ne a Ramberg; fit ses eludes medicales a 
Altdorf, ou il fut recu docteur en 1680. Revenu dans sa palrie, pour y praliquer 
la medecine, il lit partie de 1 Academie des curieux de la nature, et a public 
dans les actcs de cette Compagnie un certain nombre d observations de medecine. 
11 est mort le 18 avril 1696. Nous citerons de lui : 

I. Discursus super malum Davidicum merito deflendum, das ist Rath in der Pest-Zeit. 
Nuremberg, l J80, in-1 2. II. Admiranda narium liccmorrhagia nuper observata et percu- 
rata. Cui adjuncta sunt alia slupenda, ex diversis authoribus collecta, sanguinis ex nari- 
bus profluviu. Altdorf, 1682, in-4. III. Ungarorum Modgier Avagij Betegsens, hoc est, 
de morbo militari sen castrensi, ungarico, communi nomine dicto, synopsis historico- 
phijs/co-botanico-chimico-lhcrapcutica. Bamberg, 1684, in-fol. IV. Miserere met Deus, 
sen plagtr Davidica das ixt Kitr/ier Enlwurf der pestilentischen Seuche, derselbcn Prce- 
servir-uiid Curirung. Bamberg, 1090, in-4. A.D. 

SARTORIUS (GEORG VON). Naquit a Gratz, en Styrie, le 11 Janvier 1787 et 
mourut a Aix-la-Chapelle le 6 fevrier 1856. Apres s etre fait recevoir docteur en 
medecine a Paris, en 1812, il devint la meme annee medecin a I hopital mili- 
taire de Mayence et prit part en qualite de chirurgien-major dans 1 armee fran- 
caise a la campagne de i 815. En 1829, il fut nomme inspecteur des eaux mi- 
neialesa Aix-la-Chapelle et peu apres medecin a I hopital civil de la meme ville. 
Nous connaissons de lui : 

I. Tentamen philosophico-medicum de intcllectus imperio. Diss. inaug. Parisiis, J81-, 
in-4. II. Avec J.-P.-J. Monheim : Medicinisch-ckemische Unlersuchung einer an dreien 
Personal veriibten Arsenikverqi flung.... Coin u. Aachen, 1826, gr. in-8. III. Avec 
J.-I .-J. Monheim : Medicinisch-chemische Untersuchuny zweier Zink-Vergiflungen. Coin 
u. Aachen, 1826, gr. in-8. L. Hx. 



Cemot nemerite de figurer ici que parce qu il designe dans 1 Inde 
une espece de pin (Pinus lonyifolia), de laquelle on tire un goudron ct une tere- 
benthine qui seraient de qualite superieure. D. 



On donne ce nom a une espece de legumineuse Mimosee, qu on 
fait entrer dans le genre Inga (Voi/. ce mot). Elle fournit une gomme qui a 
ete designe sous le nom de Gomme de Sassa (Voy. GOMMES). PL. 

SASSAFRAS, Bauliin. I. Rntaniquc. Genre de plantes dicotyledone^ 
appar tenant a la famille des Laurinees. Etabli par Banhin dans son Pina.r 
thealri botanici, ce groupe avail ete fondu par Linne dans le grand genre Lau- 
rus, dont il a ete de tache de nouveau par les botanistes modernes. Les caracteres 
qui le font recomuutre sont : des fleurs dioiques ayant au calice six divisions 
caduques ; neuf etamines toutes fertiles disposees en trois series, a filets bien 
developpe s, a aniheres cieusees de quatre loges, qui s ouvrent par de petites val- 



SASSAFRAS (EMPLOI). 61 

vules ; les trois etamines internes portant a la base des filets deux glandes libres 
stipitees. Le fruit est une baie ovalc place dans une cupule a marge simple, 
representant une par tie du calicc. 

II n y a guere que deux especes de sassafras, dont une seule presente dc 1 in- 
teret : c est le Sassafras officinale, Nees. (Laurus Sassafras, L., Persea Sassa 
fras, Sprengel), qu on nomme vulgairement Sassafras on Pavame. C est mi 
bel arbrequi croit dans 1 Ameriquc du Nord depttis le Canada jusqu a la Floride 
et au Missouri. II a ete transporte par la culture dans d autres regions, soil de 
1 Amerique meridionale, soil de 1 Europe : on en a meme trouve un pied, qui 
etait venn sans soins speciaux dans un bois des environs de Corbcil. Lcs feuilles 
du sassafras sont alternes, assez variees de forme; les unes ovales aigues, d au 
tres obtuses, d autres enfin divisees en deux ou trois lobes ; les jeunes sont 
pubescentes en dessous ; en vieillissant elles deviennent glabres, d un vert fonce 
a la face superieure, glauques a la face inferieure. Les fleurs sont disposees en 
corymbes laches ; elles sont petites, jaunes et donnent comme fruit une petite 
baie ovale bleuatre soutenue par une cupule de couleur rouge. 

La parlie la plus interessante du sassafras, au point de vue medical, est la 
racine, qui arrive dans le commerce en morccaux de la grosscur de la ciiisse ou 
du bras, et dont les deux parties essentielles e corce et bois sont toutcs deux 
chargees d une grande quantite d luiilc volatile fort odorante. On emploie tantot 
1 ecorce isolee (Ecorce de sassafras), tantot le bois pins ou moins depouille des 
parties corticales (Bois de sassafras}. L une et 1 autre montrent au microscope 
dc grosses cellules, qui contiennent 1 buile essentielle. 

Le Sassafras albidumHe.^, qui vientdans la Caroline, n est peut-etre qu une 
simple \ariete du Sassafras officinale. L ecorce de sa racine est de couleur 
blanchatre a 1 exterieur, plus odorante que celle du sassafras ordinaire ; les 
bourgeons et les jeunes rameaux sont mucilagineux. 

BIBLIOGRAPHIC. C. BiUHis. Pincix thcdtri botanici, 431. RAY. Historia plantantm, 
p. 1568. LINNE. Horf,us cliffortianus, p. 15i, ct Maleria mcclica, p. 108. ENDUCHER. 
Genera plantarum, p. 5 22. MEISSNEK et DE CAXDOLLE. Prodromus, XV, 170. BAILLON. Hist, 
des plantes. GUIBOIJRT. Drogues simples, 7 e edit., II, p. 593. G. PLANXHON. Traile pra 
tique de la determination des Drogues simples, I, 538. p L- 

II. Emploi medical. Le sassafras est un medicament qui appartient au 
passe; peu de medecins ont foi aujourd hui dans son activite therapeutique et il 
n intervient plus que comme comparse et par pur respect pour la tradition, dans 
des associations medicamenteuses dont la valeur est meme suspectee. Je ne ferai 
done jias longuement 1 histoire du sassafras, 1 heure d une restauration ne de- 
vant probablement jamais sonner pour cette substance, vantee jadis avec tant 
d enthousiasme. 

L ecorce de sassafras, dit Guibourt, est epaisse de 2 a 5 millimetres, tan 
tot recouverte de son epiderme gris, tantot raclee et d une couleur de rouille. 
Elle est spongieuse sous la dent, d une odeur tres-forte, d une saveur piquantc 
et tres-aromatique. La surface interieure, qui est unie et d un rouge plus pro- 
noncee que le reste, offre quelquetbis de tres-petits cristaux blancs assez sem- 
blables a ceux observes sur la feve pichurim. On trouve aussi dans Jes phar 
macies le bois de sassafras, mais il est inferieur comme activite a 1 ecorce, moins 
odorant qu elle, et celle-ci doit toujours lui etre preferee. 

A cote du sassafras vrai se trouvent les faux sassafras, tels que le Bois d anis 
ou Bois de sassafras de lOrenoque, qui n est peut-etre autre chose que le bois de 



62 SASSAFRAS (EMPLOI). 

1 anis etoile (lllicium anisatum], le Bois tie naglias sentant I anis, fourni vrai- 
semblablement par YOcotea cymbarum; Yecorce pichurim, provenant de 1 arbre 
qui fournit la feve dc cenom (Voy. FEVE TONKA) ; Yecorce demassoy; le sassafras 
de Guatemala. Nous ne nous occuperons ici qua du sassafras officinal. 

Le bois, mais surtout 1 ecorce de sassafras, contient une huile essentielle qui 
lui donne son odeur et dans laquelle resident probablement toutes ses proprie- 
te s. Cette essence a une couleur jaune, une savear acre ; il s en depose des 
cristaux volumineux de sassafrol (C 10 I1 3 2 ). Cette essence a ete jadis employee, 
ct elle pcrmettrait certainement de se passer du sassafras. Reinsch, qui a ?na- 
lyse recemment le sassafras , y a trouve , independamment de 1 essence du 
campbre, un principe particulier qu il a appele sassafride et qui ressemble a 
1 acide tannique. 

La question que nous nous sommes posee a propos de la salsepareille se pre- 
sentc ici : le sassafras est-il veritablement sudorifique? Sandras, qui a entrepris 
sur les medicaments incertains de ce groupe des experiences suivies, aconclu 
dans le sens de la negative. Ces recherches etant les seules qui, a ma connais- 
sance, aient eu un caractere de precision et de rigueur cliniques, offrent par 
ccla meme de 1 interet. Un tres-grand nombre de sujets, dit-il a ce propos, 
out fait usage du sassafras sous mes ycux. C est 1 infusion, la plus vante e des 
preparations de ce bois, qui leur a ete prescrite. Dans les bopitaux, on prepare 
les infusions en versant une pinte d eau bouillante sur chaque demi-once de ce 
bois rape. En ville, je 1 ai souvent administre a plus haute dose. Tres-souvent 
les malades ont pris deux et meme trois pots de cette infusion dans la journee, 
et cbez la plupart ce traitement a ete continue au dela de dix, de quinze et 
meme de vingt jours. C etaient des sujets ages, de constitution, de temperament 
tres-varies, affectes de rhumatismes, de goutte, de syphilis, de nevialgies di- 
verses, enfin d affections douloureuses des membres, des organes des sens ou du 
tronc, difficiles a localiser, et surtout apres la suppression de quelque transpira 
tion habituelle. Dans un tres-petit nombre de cas seulement les malades accu- 
serent un peu de sueurs. Ainsi, un jcune homme de vingt et un ans, affecte de 
lumbago, cut quelques sueurs la nuit pendant qu il faisait usage de deux pots 
d infusion de sassafras. Une femme frappee d amaurose a la suite de la suppres 
sion d une transpiration tres-abondante et tres-fetide de toute la peau du crane, 
sua quelquefois le jour pendant qu elle buvait une egale quantite de la meme 
tisane; mais on cessa le sassafras, et les sueurs n en furent que plus abon- 
dantes. Un homme affecte de rhumatisme goutteux prit de cette boisson pen 
dant vingt-deux jours, et il cut quelquefois la nuit un peu de sueur, mais tou- 
jours fort peu. Enfin, un autre homme, qui avait de vives douleurs le long du 
trajet des nerf s sciatiques, presenta le meme phenomene ; mais la sueur etait 
due certainement moins au sassafras qu a la fievre dont il etait pris chaque 
nuit et qui tenait a des desordres organiques fort graves que 1 ouverture du 
corps fit connaitre plus tard. Dans tous les autres cas, Tinfusion de sassafras 
s est montree a moicompletement inerte, et je dois dire, en resume, que toutes 
les observations que je possede et celles en bien plus grand nombre que je n ai 
pas recueillies exactement a cause de 1 inaction e vidente du medicament, me con- 
duisr-nt directemeut a une conclusion toute contraire aux proprietes sudorifiques 
generalement supposees au sassafras. (Sandras, Du Sassafras, de la Salsepa 
reille, de la Squine et de la Bourrache, etiidies comme moijens sudorifiques, 
in Bull, de the rap., 1834, t. VI, p. 551.) 



SASSAFRAS (EJIPLOI). 63 

Ccs resultats ne sont pas en effet de nature a inspirer une grandc considera 
tion pour ce sudorifique, et d autant moins qu il a ete pris sous forme liquide 
et sans doute a une temperature suffisamment elevee. Or, il est de regie, quand 
on veut experimenter convenablement les medicaments de ce groupe, de separer 
leur action propre de celle de tout vehicule aqueux et de la chalcur (Voy. Su- 

DORIFIQUES). 

An reste, les medecins du seizieme et du dix-scptieme siecle, en placaiit le 
sassafras comme sudorifique sur un rang inferieur a celui occupe par le gayac 
et la squine, ne nous ont pas laisse une haute idee de son aclivite. On serait 
mieux fixe sur ce point si on experimental 1 essence de sassafras. 

Le sassafras a ete longtemps en possession du privilege de guerir la syphilis 
au meme titre que le gayac, la salsepaveille, la squine, qu il accompagnait et 
qu il accompagne encore dans les entreprises, plus timides aujourd hui, que 
tente le traitement dit vegetal de la syphilis. Je le crois tres-impuissant ; mais jc 
ne voudrais pas, dans 1 interet de la logique, que Ton conclut a priori de son 
insignifiance comme sudorifique, a la millile de ses effets comme anti-venerien. 
Est-il done si bien demontre que la syphilis guerit par un mecanisme de suda- 
tion et pas autrement? S il en etait ainsi, que serait le pule sassafras en pre 
sence de I lieroique jaborandi? II y a la un a priori qui n est ni legitime ni 
justifie (Voy. SALSEPAREILLE). Meme observation pour le rhumatisme, pour la 
goutte, pour 1 herpetisme. Le sassafras peut n avoir pas d action physiologique 
apparente et n etre pas denue de proprietes therapeutiques. 

II faut reconnaitre cependant qu elles sont fort problematiques. Aussi ne se 
sert-on guere plus aujourd hui du sassafras. On est le temps oil on le vendait 
presque au poids de 1 or, ou on ne croyait pas pouvoir guerir la syphilis sans 
lui et ou Clusius le chantait en vers? 

Comme cependant tout medicament mort et enterre est sujet a des revivis- 
cences inopinees, je dois indiquer ici les formes pharmaceutiques sous les- 
quelles celui-ci est employe. 

1 Poudre de sassafras. On la prepare, suivant les prescriptions du Codex, 
avec les racines que Ton reduit en poudre grossiere, a la rape ; on la fait secher 
a 1 etuve, en ayant soin, pour eviter la perte de 1 essence, de ne pas clever la 
temperature au-dessus de 40, et dc ne pas laisser la racine rapee y scjourner 
plus de douze heures. La dose de cette poudre est de 2 a 8 grammes. Celle 
qui n est pas tres-odorante doit etre rejetce comme inactive. 

2" Tisane de sassafras. Elle se prepare par maceration et infusion, a la 
dose de 10 pour 1000. Employee dans le traitement des diverses affections dia- 
thesiques. 

5 L essence de sassafras est un parfum assez employe en Allemagne sous 
forme de teinture. On peut donner cette essence dans une potion a la dose de 
5 a 10 gouttes. C est elle qui donne son parfum a la fameuse Eau athe nienne, 
qui n est qu une decoction de bois de sassafras dans 1 eau de roses, avec addition 
d un peu d alcool et de potasse perlee. S il etait vrai que cette eau eut qualite 
pour empecher les cheveux de tomber, ce qu il serait hasardeux d affirmer, il 
faudrait rapporter cette action moins au sassafras, qui ne peut guere agir ici 
que comme parfum, qu a la nature alcaline de ces lotions, qui peuvent, en effet, 
avoir leur utilite contre 1 alopecie qui depend du pityriasis capitis. 

Le sassafras constitue avec la squine, le gayac et la salsepareille, les quatre 
bois sudorifiques. FOKSSAGRIVES. 



64 SASSOSIA. 

SASSAFRIDE. Substance peu connue et a peine etudie e. Elle existe dans 
1 ecorce de la racinc de sassafras (Sassafras officinale); elle forme des grains 
cristallins brunatres, insipides, qui chauffes a 1 air emettent des vapeurs acres. 
A la distillation, la sassafride fournit un precipite bleu verdatre avec les sels de 
peroxyde de fer (Reinscn, Repert. depharm., t. XXXIX, p. 180). M. 

SASSIA. Genre de plantes Dicotyledones, que Molina a decrit en le rappor- 
tant a 1 octa ndrie monogynie de Linne et dont la place dans les families natu- 
relles n est pas suffisamment determinee. Les caracteres principaux sont : un 
calice a quatre sepales oblongs ; quatre petales lanceoles; huit etamines plus ou 
moins courtes que la corolle, a antheres arrondies ; un ovaire supere ; un fruit 
capsulaire a deux loges contenant deux sentences. 

L espece la plus interessante est le Sassia tinctoria Mnlina, petite plante 
a feuilles toutes radicales, portant trois ou quatre flours pourpres a 1 extremite 
d une hampe nue. Cue seule de ces fleurs, quoique n etant pas beaucoup plus 
grosse qu une fleur de thym, colore plusieurs litres d une liqueur spiritueuse, 
que fabriquent les gens du pays. 

Les ebenistes s en servant pour colorer certains bois ; la teinture qu elle 
donue s attacbe fortement a la laine. 

Le Sassia tinctoria vieiit dans le Cbili, de meme que le Sassia perdicaria 
Mol. ou Sassie aux perdr uc, ainsi nommee parce que les perdrix 1 aiment beau- 
coup. 

. MOLINA. C/tili, edit, franchise, p. 117. PL. 



SASSOMA ou SAXOXIA (IlEucuLE). Xaquit a Padoue en 1551, d une fa- 
mille qui, depuis plusieurs generations, s etait illustree dans la medecine ; a 
1 exemple de son pere et de ses oncles, il etudia la medecine et prit le grade de 
docteur a 1 univci sitc de sa ville natale. D apres quelques auteurs, il accom- 
pagna en 1575 Mercurial!, quand ce dernier tut appele a Yienne pour donner ses 
soins a 1 empereur Maximilien II. Ce serait done a son retour, en 1574, qu il fut 
charge d enseigner la logique au gymnase de Padoue, et 1 annee suivante d ex- 
pliquer le troisieme livre du Canon d Avicertne. II quitta Padoue en 1579 pour se 
rendre a Venise, ou il exerca la medecine avec le plus grand succes ; en menie 
temps il y ouvrit des cours particuliers de medecine qui attirerent de nombreux 
eleveset fnrent pour lui la source d un grand revenu; il continua ces leconsjus- 
qu en 1589. Depuis un grand nombre d annees ilbriguait nne chaire publique; 
mais tous ses efforts et ceux de ses amis s elaient brises contre 1 opposition de 
Bottom, qui ne voulait pas 1 avoir pour collegue. Eniin, apres la mort de Capi- 
vaccio, en 159U, ilfut promu a la seconde chaire de medecine pratique a 1 uni- 
versite de Padoue; il y professa avec eclat jusqu a sa mort arrivee en 1607. 

Sassonia est I auteur d un traite sur la maladie venerienne, ou il soutient 1 ori- 
gine americaine de la maladie. On trouve dans son ouvrage le germe de la doc 
trine des maladies veneriennes larvees, car il soutient que la verole peut pren- 
dre toutes sortesde formes. II recommande le mercure comme le meilleur moyen 
pour la guerir. 11 pretend qu on se delivre de la gonorrhee en ayant commerce 
avec une negresse ou une fille vierge. (Jourdan.) 

Sassonia a encore ecrit deux autres livres pour demontrer que les vesicatoires 
et la theriaque sont le meilleur traitement du typhus, et a ce sujet eut une que- 
relle des plus violentes avec Massara, qui rejctait 1 un et 1 uutre de ces medica- 



SATYRIAS1S. C5 

ments; celte discussion s etait eleveea I occasion d une epidemic pourlaquellele 
ducd Urbiuo consulta les medecins de Padoue. 
On a de Sassonia : 

I. Diss. de phcenigmis, vulgo vesicantibus, et thcriacce usu in felribus pestilentialibiu. 
Padoue, 1591, in-4. II. D< plucn if/mis libri III, in quibus ar/ilur dr universa rubefican- 
lium natura, etc. Padoue, 1593, in-4. III. Tractalus perfectissimus dc morbo cjallico, 
scit dc lac vcnerea. Padoue, 1593, 1597, 1602, in- i; Fraiicf. 1600, in-8. IV. Tractates 
triplex, de febrium putridarum signis et symptomatibus, dr j>uhil>u*, dc urinis. Francfort, 
1600, in-8". V. Dc plica, quam Poloni girni zdzirc, Roxolani kortunum vacant. Padoue, 
1600, 160 2; in-4. VI. De pnlsibus tracl<ilit< tilixuliiiixshnus. Padoue, 1603, in-4. 
VII. Preelectionum praclicarum libri II. Francfort, 1610, iii-ibl. VIII. Opera practica. 
Padoue. 1659, 1658. 1681, in-fol. IX. Pierre Vllenbach a reuni les ceirvres de Sassonia 
sous ce titre : Pantheon medicinal selection, sen mcdicintv trinjilmn in libros XI d/stinclnm. 
Francforl, 1603, in-fol. L. UN. 

SATIX BLANC ou SATIXEE. Nom donne a la LL X AIRE. (Voyez ce mot). 

SATIX-WOOD. Les Anglais donnent le nom de Bois-Satine an Bois d His- 
panille, qui vient de Saint-Domingue. Us 1 appliqnent aussi a un bois de 1 Inde 
(fui est produit par le Chloroxylon Swietenia de la famille des Cedrelucues; 
au Ferolia guianensis (Voy. Bois SATIN i). PL. 

SATI RATIOX. In liquide cst sature d une substance quelconque quand 
il ne peut plus en dissoudrc da vantage. La combinaison de deux corps entre eux 
est arrivee a saturation quand la quanlite de cbacun d eux qui est entree dans 
cette combinaison a atteint la limite determinee par la loi de k-ur affinite reci- 
proque {Voy. SURSATURATION). D. 

s vi l it l,l v. Voy. SA.RRIETTE. 

SATCRXE. Les alchimistes avaient donne le nom de saturne au plomb, 
soil parce que ce dernier parait etre le plus anciennement connu des metaux, 
soit plutot parce qu il passait pour detruire les propriete s des autres metaux 
auxquels on I alliait, comme Saturne detruit ses enfants en les devorant. D. 

SATURXIXES (MALADIES). Voy. PLOMB et PARALYSIE. 

SATYRIASIS. Le mot aphrodisie a ete cboisi pour designer 1 exageration 
maladive de 1 appetit genesique dans 1 un et 1 autre sexe, le nom de satyri<i*is 
s appliquant parti culierement a 1 liommc, el celui de nyniphomanie a la femme. 
II serait assez naturel dereunir ces deux formes de I erethisme genital dans une 
description commune, en sebornanta signaler a I occasion les caracteres distinc- 
tifs que le sexe lour impose : cette marcbe ordinairement suivie dans les ou- 
vrages didactiques consacres a I alieuation mentale convient moins aux diclion- 
naires ; c est done pour nous conformer a 1 usage que nous parlerons ici separe- 
ment du satyriasis, reservant a un autre article 1 bistoire de la nyniphomanie. 
Nous chercherons autant que possible a eviter les inconvenients d une methode 
a laquelle nous sommes obliges de nous soumettre, sans pouvoir modifier en 
rien 1 ordre des matieres. 

Sous le nom de satyriasis, on comprend un etat d excitation morbide des 
fonctions sexuelles de 1 homme avec penchant irresistible pour lui de repeter 
fre quemmentracte venerienet faculte de 1 exercer un grand nombre de fois sans 

DICT. ENC. 5 s S. VII. 5 



66 SATYRIASIS. 

1 epuiser : il se developpe sous 1 influence de lesions organiques tres-nombreuses 
et de troubles fonctionnels les plus varies: aussi au lieu de considerer le satyriasis 
comme une maladie distincte, ayant son mode de debut, sa marche et sa termi- 
naison, on est conduit a 1 envisager comme un symptome dont il est curieux 
d etudier la genese et de poursuivre les manifestations multiples dans le cours 
des affections au milieu desquelles il apparait : les conditions qui president 
a son apparition doivent etre determinees avec precision : c est la voie la plus 
sure pour fixer la valeur de ce phenomene et de marqucr sa place dans le cadre 
nosologique. 

Le satyriasis a etc range tantot dans la manie dont il formerait une espoce, 
lanlot dans la monomanie, variete monomanie impulsive : ce n est pas ici le lieu 
do discuter les classifications admisesdans la psychiatric contemporaine ; aucune 
ne satisfait 1 esprit, mais la clarte exige que Ton suive un certain ordre. Ainsi 
on a etabli des monomanies intellectuelles, des monomanies sensorielles, et des 
monomanies impulsives, suivant que la folie se manifesto davantage dans les 
conceptions deliranles, dans les sensations, ou parlesactes impulsifs; exemple: 
un hoinme pourrait parler sainemenl et sa volonU- etre enchainee au point de 
1 exposer a commeltre Ics aclcs les plus extravagants ; il est bien rare de reu- 
contrcr des malades chez lesquels on puisse etablir des distinctions aussi subtiles, 
et le delire se n -u lr [tn-sque toujours par la pensee, le sentiment, ou 1 acte, 
mais il est plus visible a un moment dans 1 un ou 1 autre de ces divers modes 
de I aclivite humaine : a noire avis, il n est pas rare de voir des alienes s aban- 
donncr a des impulsions irresistibles, dangereuses, sous la consequence de 
leur manie, de leur melancolie, de leur delire partiel; ces faits merilent d etre 
signales au meme tilre que 1 Iiallucination, 1 illusion, le desordre des idees; ils 
sont un des phenomenes de la maladie, mais ils ne la constituent pas a eux seuls. 
Esquirol avail cherche a distingucr 1 erotomanie du satyriasis : 1 erotomanie 
etant pour lui une affection cerebrale cbronique, caracterisee par un amour 
excessif tantot pour un objet connu, tantot pour un objet imaginaire; danscette 
vesanie, 1 imagination seule est lesee, il y a erreur de 1 entendement ; c est une 
affection mentale dans laquelle les idees sont fixes, dominantes, comme les idees 
religieuses sont fixes, dominantes dans la theomanie, ou dans la lypemanie 
religieuse. 

Suivant cette maniere de voir, 1 erotomanie a pour point de depart les fonc- 
tions cerebrates, et dans le satyriasis la source du inal est dans les organes 
producteurs : or la distinction n est pas aussi facile qu elle parait au premier 
abord. Marc, partisan de la memo doctrine, ne cherche pas a nier que 1 Jroto- 
manienepeutse compliqueralalongue defureur genitale ou aidomanie; comme 
il arrive qu a celle-ci se lient des idees d erotomanie, d apres lui, ces deux etats, 
quoiquebien distincts, ne restent jamais assez isoles entre eux pour que Ton ne 
rencontre parfois une fusion ou bien une complication entre 1 un et 1 autre : il 
fournit lui-meme plusieurs observations, qui sont la meilleure preuve presentee 
en faveur de cette these ; les exemples abondent, dans lesquels un malade, apres 
avoir souffert durant uncertain temps de 1 erotomanie, est devenu plus tard un 
sujet de danger public par suite des impulsions violentes suscitees par le saty 
riasis ; aun moment les manifestations intellectuelles sont plus saillantes, tan- 
dis que dans la periode suivante les instincts prcdominent, enchainent la liberte 
et diminuent la responsabilite. 

Certaines constitutions, certains temperaments disposcnt plus particulierement 



SATYRIASIS. 67 

an satyriasis : les hommes a systcmc ncrveux vigoureux, aux muscles devcloppes, 
aux poils abomlants, au teint colore, aux dents blanches y sont plus souvent 
sujets. Frequemment ces tendances funesles leur ont ete transmises par 1 linv- 
dite avec beaucoup d autres vices d organisation, et quand 1 education ne par- 
vient pas a modifier, a calmer des instincts de cette nature, les causes les phis 
legeres les mettent au jour ; bientot la volonte se montre impuissante a regler 
la satisfaction d un appetit ordinairement tres-irregulier, le plus transitoire des 
besoius que riiomme ressent pendant son existence. 

L enfance, de meme que lavieillesse, ne met pas a 1 abri du satyriasis : c est 
surtout durant la periode d activite des fonctions sexuelles qu on le rencontre 
generalement : parfois il eclate a 1 epoque de la puberte, en meme temps que 
d autres phenomenes nerveux d une intensite variable, se presente sous la 
forme de 1 excitation maniaque ou de la manie : il en resulte souvent des actes 
qui reclarnent 1 intervention de la justice et 1 appreciation du medecin. Des 
vieillards d un age avance, cbez lesquels les fonctions intellectuelles sont pres_ 
que toutes eteintes, la vie re duite aux instincts les plus simples, sout pi-is 
subitement d un besoin presque automatique qu ils cherchent a salisfaire en 
public, sans conscience aucune, sur des personncs de 1 autre sexe, et meme sur 
des enfants en bas age. 

La fureur genitale a ete indiquee comme moins frequente cbcz I liomme que 
cbez la femme, parce qu il ne vit pas autant qu ellc sous la dependance des 
organes de la generation ; plus maitre de toutes ses actions, il donne moins 
satisfaction a ses appetits, mene une vie active, accomplit des travaux penibles ; 
il lui est aise de se soustraire a 1 empire que les organes genitaux pourraient 
exercer sur lui : le satyriasis atteint plus communement I liomme qui suit une 
existence analogue a la femme, adonne aux memcs habitudes et frappc de quel- 
(pies-uns des troubles qui s observent si frequemment chez elle. On le rencontre 
surtout parmi les etres et les races inferieurs; le negre obeit a ses sensations, et 
n est occupe que de satisfaire sa faim ; on le voit s abandonner sans reserve aux 
pluisirs sexuels, en revenant de ses voyages pendant lesquels tous ses instincts 
sauvages se sont exerces, et meme au milieu des pratiques de sa religion en- 
fantine : dans sa hutte creusee sous la neige 1 babitant des rivages "lace s du 
Greenland, durant ses longues nuits d hiver, excite par une atmosphere artili- 
ciclle, chaude et humide, une nourriture riche en principes comburants, est 
pris tout a coup d une frenesie erotique que rien n arrete, ni les liens du s;um, 
ni I age : ceux qui 1 ont visite et ont retrace sa physionomie, ses moaurs, son 
organisation sont convaincus d avoir assisteades scenes de delire. Les conditions 
niatericlles de la vie quotidienne sout plus puissantes que le climat, pour deve- 
lopper de pareilles dispositions morbides : aussi on les voit germer au sein des 
citos les plus renommees par tous les avantages sociaux, chez les gens d une 
instruction elevee, d une education perfectionne e, mais oisifs et predisposes a 
1 alienation mentale : ces hommes ont longtemps attire 1 altention par les irre- 
gularites de leur conduite ; ils passent subitement de la solitude aux agitations 
dc tout genre, de la continence la plus severe aux exces les plus plus coupables, 
des pratiques d une devotion exagerec au libertinage les plus ehonte. Dans ces 
natures souvent maladives tout s allie, se confond et se succede jnsqu au jour 
ou un grand scandale eclate et motive leur sequestration ; pour quelques-uns 
la raison n est pas eteinte, et il est juste de les frapper comme ils le merilent 
d autres au contraire subissent la fatalite morbide qu ils ont recue a leur nais- 



68 SA 

sance ; le germe a longtemps sommeille : ils out re siste, puis des exces alcooli- 
ques multiplies ou toute autre cause provoque 1 eclosion de la manie dans ses 
diverses formes. 

Le satyriasis spontane n apparait pas a 1 etat de simplicite ; il est associe a 
d autres maladies, c est une complication, qui s ajoute a. beaucoup d autres 
phenomenes plus importanls, mais moins frappants. 

L idiotie reduit dans ses limites les plus etroites la manifestation de la pensee, 
qui peut faire defaut; alors les sensations sont confuses, la perception nulle; 
done toute la vie se concentre dans quelques besoins, qui acquierent une puis 
sance d autant plus grande qu aucune force contraire ne parvient a en limiter 
1 exercice ; 1 idiot, 1 imbecile, et a un moindre degre le faible d esprit, quand 
1 appetit genesique parle, veulent lui donner satisfaction par tous les moyens ; ils 
se montrent violents s ils trouvent une resistance quelconque, et leurs coleres de- 
viennent de 1 agitation maniaque avec 1 impulsion la plus irresistible : c est parmi 
eux que Ton rencontre des types vraiment bien accuses de satyriasis d une duree 
tres-longue : mais ce phenomene prend rang au milieu de beaucoup d autres, 
ot au point de vue clinique on ne doit s attacher a lui donner que 1 importance 
qu il merite. 

Certains maniaques ont de 1 excitation genesique, qui peut etre grande, mais 
on en a trop generalise 1 existence ; cette exaltation est passagere, et tres-excep- 
tionnellement elle arrive a <Mre du satyriasis : dans la melancolie toutes les fonc- 
tionssont languissantes, ledesir du rapprochement sexuel manque leplus souvent; 
au debut dc la paralysie generale et dans cette periode nommee manie congestive 
1 appetit genital commande avec une force irresistible par instants ; c est meme 
qiielquefois le premier phenomene qui frappe une famille : un bomme jusque- 
lii reserve, continent, devient empresse pres des femmes, il quitte sa demeure, 
livquente la mauvaise societe, ne respecte pas meme son foyer domestique, il 
p.dre&se ses bommages a une personne inconnue, raconte ses bonnes fortunes 
imaginaires, en fait parade, provoque en public une actrice, ou toute autre 
femme, qui n a jamais autorise ses demarches et se fait arreter pour avoir pro- 
nonce des paroles obscenes ou commis des actes revoltants ; comme un chan- 
gement de condnite si complet et si subit etonne de la part d un individu aupa- 
ravant trcs-respecte et tres-estime, on ordonne une enquete, qui revele cbez lui 
un trouble mental meconnu, de 1 affaiblissement intellectuel, quelques idees 
delirantes, des accidents passagers du cote de la motilite, c est-a-dire des signes 
caracteristiques de la paralysie ge nerale. Parfois ces phenomenes demeurenl 
obscurs, la justice a suivi son cours, unepeine a ete infligee, et c est seulement 
apres un sejour de plusieurs mois en pj-ison que la maladie se montre d une 
maniere si nette que toute illusion cesse, et le detenu doit etre dirige sur un 
asilc. L agitation maniaque survenue a la suite d exces multiplies dans lesquels 
la jiaralysie generale et le satyriasis ont chacun leur part peut causer la mort : 
alors on ne parvient pas toujours a distinguer le role veritable qu on doit attri- 
buer a I un ou a 1 autre : il faudrait parfois pratiquer 1 autopsie pour resoudre le 
probleme, et un fait secondaire, le satyriasis, apparait comme 1 element princi 
pal, tandis que la maladie primitive, la meningo-encephalite diffuse, demeure 
clans 1 ombre : il n enest plus de meme quand le diagnostic de cette derniere af 
fection devient tacile, c est-a-dire pendant sa deuxieme ou sa troisieme periode; 
alors il y a incapacite de mettre a execution les idees erotiques qui se manifes- 
tcnt en grand nombre; cette opposition du delire en presence d une frigidite 



SATYIUAS1S. 69 

reelle est la regie; surce point comme surtant d autres le paralytique se vante. 

Le satyriasis est souvent le resultat d intoxications par les cantharides, le 
phosphore : alors il est accidentel, passager, provoque : il doit etre plus parti- 
culierement etudie en meme temps que ces agents; c est a ces mots qu il laut 
se reporter. 

Di verses boissons fermentees, 1 alcool a petites doses, 1 opium, le haschich sont 
une action excitante connue sur les organes de la generation : chez les buveurs 
d eau-de-vie, les mangeurs d opium, les fumeurs de haschich de profession, on 
observe 1 impuissance a un degre d autant plus avance que 1 organisme absorbe 
une quantite plus grande de poison : avec la cachcxie clle devient complete. 

Apres avoir enumere les conditions differentes an milieu desquelles le satyriasis 
se montre, il ne peut etre question de reprendre un a un chacundcs phenomenes 
propres aux maladies qu il vient compliquer : c est un accident, ayant sa valeur 
relative, subordonne a la cause qui le provoque ; tout le rcste est accessoire 
il n y a aucun interet a mettre en relief les paroles que prononce et les actes 
qu accomplit un homme atteint de satyriasis ; la litle rature ancicnne ou moderne 
offre des ecrits qui satisferont la curiosite de quiconquc desire* etre renscigne : 
mil ouvrage ne doit etre mentionne ici. Rappelons que le satyriasis sc caracterise 
par une agitation qui croit de fagon a devenir de la fureur : d abord a 1 lieure 
du reveil et du coucher des images voluptueuses s of front a 1 imagination ; 
vagues, confuses, ces images prenncut une forme, ellcs rappcllcnt des pcrsonnes 
connues, ou sont des creations fantastiques, empruntees a des lectures ante- 
rieures ; les organes des sens sont exaltes, et peniblemcnt affectes par les im 
pressions exterieures ; il arrive des illusions, des hallucinations, des spasmcs, 
des mouvements convulsifs : 1 impulsion est tellement puissante, le besoin si 
irresistible que des penchants au meurtre en sont la consequence : 1 homme ne 
pouvant assouvir la violence des besoins veneriens sur des personnes du sexc, 
s adrcsse a des animaux, a des cadavres; la crainte de la mort ne 1 arrete pas : 
prive de tout sentiment du danger, par suite de son delire, il s abandonne a son 
instinct aveugle. 

Le satyriasis n a qu une durec limitee, passagere, hormis chez les idiots et 
dans quelques cas tres-exceptionnels ; rarement il se termine d une maniere 
fatale, si ce n est dans les cas d cmpoisonnement ; les lesions trouvees sont celles 
produites par 1 agent criminel (cantharides, phosphore) avec injection des or 
ganes de la generation ct de 1 appareil L cerebro-spinal comme dans le delire 



aigu. 



La repetition frequente et maladive de 1 acte venerien peut douner lieu a une 
forme de vesanie nommue stupeur : c est la consequence de 1 epuisement dans 
lequel tombe tout rorganisme. 

Le traitement institue tout d abord est celui de la maladie principale avec 
recours a la medication speciale, aux anti-aj)hrodisiaques, du moment que le 
satyriasis fait son apparition. L hygiene fournit des moyens tres-actifs pour le 
combattre : 1 exercice musculaire et une vie occupee garantissent plus suremcnt 
que d autres moyens contre l impetuosite d un instinct qui, au lieu d assurer 
la perpetuite de 1 espece, devient une cause de mort (Voy. APHKODISIE). 

Les diverses questions de medecine le gale que le satyriasis souleve ont ete 
abordees et traitees avec beaucoup de developpements au mot APHRODISIE ( Voy. 
NVMPHOMANIE). BOUCHEREAU. 

BIBLIOGIUPHIE. Satyriasis. UONY. Diclionnaire des sciences medicates, 1. IV. Satyriasis. 



70 SAUCATS (AU MINERALS DE). 

LONDE. Dictionnaire de medecine et fie chirurgie pratiques, t. XIV. ESQUIROL. Des mala 
dies mentales, t. II. MARC. De la folie considtree dnns ses rapports avec les questions 
medico-judiciaires, t. II. BUISSON. Fureur genitals. Bibliotheque medicale, t. XIV. LLXAP. 
Trait^ de l /ieredite. - TRKLAT. De la folie lucide. CALJIEIL. Histoire de la folie. Dic 
tionnaire encyclopcdique des sciences medicales : Anaphrodisie, Aphrodisio. B. 



SATYRION ou SATYRIUJI. laruoiov. Ce nom se trouve dans Dioscoride 
applique a une espece d Orchis, probablement Orchis bifolia L. (Platanthera 
bifolia Rich.). Le meme nom se rapporte dans le meme auteur, mais avec 1 epi- 
thete d EouSpoviov, a VErythronium Dens Canis L. 

Enfm Linne a donnc ce nom a un genre d Orchidee dont 1 espece principale 
fst le Satyr ium hircinum. PL. 

s%i itrsi: (EAU MINERALE DE), alhermale, chhrure e sotlique faible, carbom- 
que faible, dans le departement dr>s Landes, dans 1 arrondissement de Dax, a un 
kilometre sculement dn bourg qui lui a donne son nom, emerge dans un bassin 
naturel et boueux une source d eau minerale en grande veneration dans le pays 
et connue sous le nom de Fontaine de Joanin. Cette eau claire, transparentc et 
limpide quand elle n est pas agitce, se trouble des que les personnes qui la fre- 
quentont se baignent dans son bassin, ou plutot dans le bourbior ou elle a son 
griffon. Elle n a pas d odcur, ct son gout est fade et peu prononce . Sa tempera 
ture est, en general, de 33, 75 centigrade. MM. Tbore et Meyrac en ont publie 
une analyse tres-incomplete ; ces cliimistes ont trouve dans 1000 grammes d eau 
les principes suivants : 

Clilorure de sodium ........... 0,080 

calcium ........... 0,095 

magnesium ......... 0,047 

Sulfate de chaux ............. 0,0i8 

Maliere gelatineuse ........... 0,010 

0,280 
Gaz acide carbonique .......... indetormine. 

L eau de Saubuse est prcsque toujours employee en bains, qui agissent plus 
commc bains de boue que comme bains d eau minerale dans les engorgements 
articulaires chroniques, dans les affections rbumatismales ancicnnes, qu elles 
siegcnt dans les muscles ou dans les jointures, dans les suites de traumatismes 
tels que fractures, luxations ou entorses, et entin dans les contractures qui ne 
sont pas causees par une affection cerebrale ou medullaire aigue ou clironique. 

A. R. 

SAUCATS (EA.U MINERALE DE), athermale, bicarbonalee ferrugineuse faible? 
carbonique moyenne, dans le departement de la Gironde, dans 1 arrondissement 
de Bordeaux, emerge une source dont 1 eau est transparente, claire et limpide 
sous une pcllicule irisee et jaune-brunatre qui recouvre sa surface; elle n a au- 
cune odcur, mais sa saveur est manifestement chalybee; des bulles gazeuses 
assez grosses et rares la traversent de temps en temps et viennent s epanouir a 
la partic superieure du bassin, ou se fixent en perles brillantes sur ses parois 
interieures ; sa temperature est de J2,8 centigrade, 1 air exterieur etant a 
19 centigrade. M. Faure a publie en 1855 1 analyse cbimique de 1 eau de la 
source de Saucats; il a trouve dans 1000 grammes les principes suivants : 



SAUCISSE. 71 



Carbonate cle chaut 0,217 

fer 0,012 

Crenate de fer 0,032 

Sulfate de chaux 0,058 

Chloi ure de sodium 0,047 

Silice et matiere organique 0,012 



TOTAL DES MATIEIIES FIXES 0,578 

P I acide cai bonique Olit.0100 

1 air atmospherique Olit.0020 



TOTAL DES GAZ Olit.0120 

L eau de Saucats est exclusivement employee en boisson par Ics personnes du 
voisinage portant des affections qui necessitent un traitement hydro-ferrugineux. 

A. R. 

SAUCEROTTE (NICOLAS). Ge celebre chirurgien est ne a Luneville (Meurthe) , 
le 10 Janvier 1741, et est mort dans la meme ville, le 15 Janvier 1814. Apres 
etre entre a 1 age de 19 ans dans la chirurgie militaire, apres avoir fait la guerre 
de Sept Ans, il se rendit a Paris, etudia sous le celebre Levret, fut recu maitre 
en chirurgie en 1761, et alia aussitot s etablir dans sa ville nalale. Les succes 
professionnels, les places, les honneurs 1 y attendaienl; nous le voyons succes- 
sivement : chirurgien ordinaire de I excellent roi de Pologne, Stanislas (1764), 
chirurgien pensionne de Luneville, greffier du premier chirurgien du roi (1770), 
chirurgien-major de la gendarmerie (1779), lit.hotomiste en chef des duehes de 
Lorraine et de Bar (1785), chirurgien en chef de I armee du Nord (1794), 
mernbre du Conseil de sante des armees (1795), associe non residant de 1 Insti- 
tut. Saucerotte meritait tout cela ; c etait un chirurgien habile, un operateur 
heureux, et un lithotomiste de premier ordre. Nous lui connaissons cinq ou- 
vrages : 

I. Elablir la theorie des contre-coups dans les lesions de la tcte, 1768. II. Examen 
de plusieurs prejuges et usages abusifs concernant les femmes enceintes, celles qui sont 
accouchees, et les enfants en Las dge. Nancy, 17"/7, in-8. III. Quelle est, dans le trailemenl 
des maladies, I influence des clwses nominees non naturelles? 1775. IV. De la conser 
vation des enfants pendant la grossesse, et de leur education physique depuis leurnais- 
sance jusqit a I dge de six a huit ans. Paris, an VI, in-16, etc. V. Melanges de chirurgie. 
Paris, 1802, 2 vol. in-8. 

Des six fils de Nicolas Saucerotte, quatre out scrvi sous ses ordres dans le ser 
vice de sante des armees : Victor Saucerotte a laisse une notice interessante sur 
la vie et les ouvrages de son pere (Paris, 1814, in-8) ; Se bastien Saucerotte. 
major des carabiniers, est mort du typhus a Gand, laissant une ttistoire abre ye e 
de I anatomie (Paris, 1790, in-8) ; enfin Constant Saucerotte, qui vit encore a 
Luneville, respecte et aime de tous, est auteur de precieux ouvrages sur 1 age 
critique, sur les alterations des liquides dans I economie animate, sur I hygiene 
des classes industrielles, sur I hygiene des ecoles, etc., etc. A. C. 

SAUCISSE, SAUCISSON. Lasaucisse est une portion deboyau de pore remplie 
de chair crue, fumee ou non, et hachee (chair de pore habituellement). On 1 as- 
saisonne au sel, au poivre, au piment, a Tail, etc. Le saucissou ne differe de la 
saucisse qu en ce qu il est plus gros et plus compacte, et generalement d un gout 
plus releve. L etude de la viande au point de vue bromatologique sera faite en 
temps et lieu, et particulierement cellc de la viande de pore (voy. PORC, TRI- 
CHIINES, VIAJJDES) ; nous dirons seulement ici que la saucisse et le saucisson sont 



72 SAUGE (BOTANIQUE). 

des formes de preparation de la viandc qui ont souvent donne lieu, surtout en 
Allemagne, ou Ton en fait grand usage, a des accidents gastro-intestinaux 
designes sous le nom de botulisnie, assez graves parfois pour i aire supposer 
la presence de quelque principe septique : vomissements opiniatres, coliques, 
diarrhee abondante, sueurs froidcs, lipothymie; le tout termine, dans quel- 
ques cas, par la mort. La cause reelle de ces accidents. (trichines et ladrerie 
a part) n est pas encore bien connue. On en a accuse en Allemagne un acide 
gras particulier ; on les a aussi attribues a la production d une mucedinee ou de 
vibrions. Pour 1 une comme pour 1 autre opinion, des doutes sont permis, ou 
tout au moins peut-on dire que 1 existence d un acide gras ne parait pas de- 
montree et quc les conditions de cuisson recente dans lesquellcs se trouvait parfois 
le saucisson nuisible rendent peu vraisemblable, pour ces cas, 1 actiou d un 
microphyte ou d un microzoaire. Beaugrand fait remarquer a ce sujet (Traite 
elementaire d hyyiene, 1877, p. 655) que la viande d animaux morts apres 
des fatigues excessives ou dans les angoisses de la souffrance, de 1 epouvante ou 
de la fureur, out quelquefois entraine des intoxications analogues a celles 
qui viennent d etre indiquc es. D. 

SAUGE. Salvia. L. I. Botanique. Genre de plantes Dicotyle dones ap- 
partenant a la famille des Labiecs. C est un groupe tres-ctendu, qui contient 
plus de quatre cents especcs, repandues sur toutes les regions du globe, rnais 
qui presente partout des caracteres bieu tranches, permettant de le reconnoitre 
facilement. Les fleurs ont un calicc a deux levres ; uuecorolle egalement bilabiee, 
conlenant deux etamines inserees pres de la gorge de la corolle et fovmees d un 
filet court portant un connectif transversal, generalement tres-allonge, lineaire, 
lermine a une de ses extremites par une loge fertile et a 1 autre par une loge 
generalement sterile. Le fruit est forme de quatre lobes ovo ides, glabres etlisses, 
contciumt chacuneune graine. 

Parmi les nombreuses Sauges, nous ne citerons que celles qui ont e te preco- 
nisees pour leurs proprietes medicales, laissant de cote lesespeces ornementales, 
telles que le Salvia splendeiis, S. coccinea, dout les magnifiques fleurs rouges 
jouent un role considerable dans les jardins. 

1 La Sauge officinale (Salvia officinalis L.), qui est spoutanee dans le midi 
de 1 Europe, estcultivec dans beaucoup de regions plus septentrionales. C est une 
espece frutescente, haute de 30 a 50 centimetres, dont la tige rameuse, blan- 
chatre, porle des rameanx tomenteux et des feuilles oblongues lanceolees, fme- 
ment cre nelees, d un vert cendre, epaisses, persistantes. Les fleurs en cymes 
verticillees a 1 aisselle des bractees forment un e pi interrompu et terminal : 
elles ont une couleur bleuatre. 

On a distingue trois varietes de cette espece : la Grande Sauge a feuilles rela- 
tivemcnt larges, d un blanc verdatre ; la Petite Sauge ou Sauge de Provence a 
feuillcs plus etroites, plus blanches, plus aromaliques ; enfm.la Sauge de Cata 
logue a feuilles encore plus etroites, blanches des deux cotes, et a fleurs blanches. 

La Sauge officinale a ete fort renommee ; son nom de Salvia parait avoir 
pour racine le verbe salvare, sauver ; et tout le monde connait le fameux apho- 
risme de 1 Ecole de Salerne. 

Cur moriatur homo, cui Salvia crescit in horto ? 
C est, de raeme quele S. cretica L.etleS. trilobaL., T E ^diayaxov d Hippo- 



SAUGE (BOTANIQUE). 73 

crate, YHerba Sacra dcs Latins. Les anciens medecinsllunaud, Wedel, Paullinus 
lui attribuent des proprietes heroiques. 

2 L^ Sauge Sclaree (Salvia Sdarea L.), Orvale ou Toute-Bonne cst aussi 
tres-renommee, ainsi que 1 indique le dernier de ses noms vulgaires. C est une 
grande espece a tige robuste, haute de 60 a 90 centimetres, garnie de feuilles 
ovales crenelees, cordees a la base, fortement chagrinees. Les fleurssont grandes, 
verticillees par six environ ; de couleur bleu pale, munies de grandes bractees 
concaves, colorees : elles ont au calice quatre dents terminees par une pointe 
setacee. 

La plante a, lorsqu elle est adulte, une odeur extrcmement penctrante, assez 
speciale, balsamique. Le nom de Sclarea lui vient d apres Matthiole de ce qu on 
1 emploie dans les maladies des yeux : on 1 a appelee egalement Matrisalvia 
parce qu elle est utile dans les affections hysteriques. Elle croit dans la region 
mediterraneenne et dans presque toute la France. 

5 Le Salvia Horminum L., qui vient dans la region de la Mediterranee el 
dans celle duPont-Euxin, se distingue de la Sclaree, avec laquelle on 1 a quelquc- 
fois confondu, par ses tiges moins rameuses, ses fenilles plus petites, ovales, 
non cordees, glabres. Ses lleurs forment des cymes verticillees, disposees en une 
sorte d epi termine par des bractees steriles, dont les plus grandes sont colorees 
en rougeatre. C est l "Opf*evov de Theophraste, "Opp.tvov de Dioscoride. Elle 
est reputce aphrodisiaque, bonne pour les maux d yeux, mais pen employee de 
nos jours. 

4" La Sauge glutineuse (Salvia glutinosa L.) , qui croit dans les forets 
ombreuses de 1 Europe moycnne et meridionale, dans le Caucase et 1 Himalaya, 
a dcs feuilles cordiformes, presque sagittees, ct de grandes fleurs jaunatres gln- 
tineuses. Les Tyrol icns cmploient centre la coqueluche son infusion melee avec 
du lait. 

5 Le Salvia pratensis L. ou Sauge des pre s se trouve abondamment dans les 
prairies seches de la France, de 1 Angleterre, de rAllemagne et du midi de 
1 Europe. Sa tige herbacee, de 40 a 70 centimetres, porte des feuilles ovales ou 
ovales lanceolees, echancrees en cosura la base, et des fleurs bleues en fascicules 
nombreux pauciflores,formantau sommet une longue grappe spiciforme. Elle est 
tres-odorante et on lui attribue dcs proprietes analogues a celles de la Sauge 
officinale. 

Dans d autres regions que 1 Europe on trouve des especes qui remplacent notre 
Sauge officiniale. Telles sont : 

6 Le Salvia leucantha Cav. du Mexique, dont la tige frutescente est toute 
eouverte de pois laineux blanchatres, et qui esl employee aux Antilles. 

7 Le Salvia sagittata Ruiz et Pavon, du Perou, dont la tige herbacee, 
porte des feuilles en fer de fleches, mollement pubescentes et des fleurs d un 
bleu fonce, pubescentes a riiiterieur. 

8 Le Salvia integrifolia Ruiz et Pavon, du meme pays, a tige frutescente 
se divisant en rameaux tetragones visqueux, garnis de feuilles entieres, presque 
charnues, est particulierement employe par les indigenes dans les cas de pleu- 
resie. 

Dans les Indes orientales on attribue les proprietes de notrc Sauge au Salvia 
bengalensis de Roxburgh, qui est devenu le Meriandra bengalensis Benth. 

Parmi les Sauges, il est quelques especes frntescentes de 1 Orient, curieuses 
par le developpement de galles qui se forment sous I lnfluence de la piqure 



74 SAUGE (EMPLOI). 

d un insecte. La plus connue de ces especes est le Salvia pomifera L., qu on 
rencontre en Orient, dans la Palestine, la Syrie, la Crete et la Grece continen- 
tale. Ces excroissances portent le nom de Pommes de Sauge ou de Baisonges. 

Belon, dans ses Sinyulariles dit quc sur le mont Ida de Crete il croit des 
Sauges qui portent des pommcs bonnes a manger, desquelles les paysans rem- 
plissent leurs sacs, qu ils chargent a leur col pour les porter vendre aux villes 
prochaines ; ils les trouvent attachees aux feuilles au commencement du mois 
de mai ; elles sont grosses comme une galle, couvertes de polls par dessus, 
et sont douces et plaisantes a manger. D autre part Olivier, dans son 
voyage, assure qu on en fait avec du sucre et du miel des confitures assez 
agreables. 

Enfin on rapporte a une espece de sauge des semences que les medecins 
homoeopatbes out introduites du Mexique sous le nom de Sentence de Chia. Ce 
sont de petiles graiues brunes qui ressemblent en miniature a celles du plan 
tain Psyllium. Vues a la loupe elles rappellent de tout petits ricins par leur 
forme ct leur robe luisante et grise, tachee de brun. Lorsqu on les met dans 
1 eau, elles s entourent d une substance mucilagineuse , qui se divise ou se dis- 
sout dans Feau par la chaleur en donnant une boisson adoucissante et agreable 
au gout. Guibourt, qui avail seme ces graines, en a obtenu une plante qui n est 
pas arrivee a son etal de complet developpement, mais qui se rapportait bien a 
une Labiee. C est au Salvia hispanica L. qu on les attribue generalement, mais 
avec quelque doute. La pbarmacopee mexicaine, publiee en 1874, indique la 
plante sous le nom de Salvia Chian, mais sans etablir suffisainment la syno 
nymic. 

BIBI.IOGRAPHIE. HIPPOCKATE. OEiivres, sparsim. THEOPHRASTE. Hisloria Plantarum, VI, 
2, et VIII, 7. DIOSCOIIIDE. Materia medica, III, 145. Paullini. Sacra herba seu Salvia 
nobilis. Aug. YIND. 1698. HUNAUD. Discours sur les proprieles de la Sauge. Paris, 1698. 
WEDEL (G.-M.). Disserlatio de salvia. lena, 1707. BELON. Singularites, 59. TOURXE- 
FORT. Voyage en Orient. LINNE. Genera, n 16, et Species, p. 34, etc. MERAT et DE LENS- 
Dictionnaire de matiere medicalc, VI, 190. GUIBOURT. Drogues simples, 7 e edit., p. 473. 
GRENIER et GODRON. Flore de France, II. BBSTHAM et DE CAXDOLLE. Prodromus, XII, 262. 

PL. 

11. Emploi medical. PnARMACOLOGiE. L espece de Sauge plus speciale- 
ment employee en medecine est la Sauge officinale, dont on connait d ail- 
leurs, ainsi qu il a ete dit, plusieurs varietes; mais d autres especes, telles que 
la Sauge hormin, la Sauge sclare e ou orvale, ou Toute-Bonne, etc., jouissent 
a pen pres des memes proprietes et sont egalement d un usage vulgaire. On 
utilise les feuilles et les sommites fleuries de la Sauge; on ajoute souvent a 
ces dernieres, du reste, les feuilles plus grandes des ramuscules non fleuris. II 
est bon d en laver les feuilles ou les sommites avant de s en servir, non a 
cause de la presence babituelle de vers entre les papilles des feuilles, ainsi qu on 
le croyait autrefois a tort, d apres les recherches du P. Atb. Kircher (Scmtin. 
pestis), mais a cause de la poussiere et des autres impuretes qui se fixent entre 
ces saillies de la surface des feuilles. 

La Sauge officinale a une odeur fortement aromatique, peu agreable pour la 
plupart des personnes, quoi qu en disc Alibert (Nouv. e lem. de the rap., t. II, 
p. 126); sa saveur est amarescente, chaude, legerement camphree et astrin- 
gente. La Sauge sclaree est douee d une odeur plus suave, qui rappelle celle du 
baume de Tolu. Les proprietes organoleptiques des Sauges ne sont pas alterees 



SAUGE (EMPLOI). 75 

par la dessiccation, et sont plus marquees chez celles qui proviennent des pays 
meridionaux ou qui sont r/coltecs dans des lieux sees et.eleves. 

Au point de vue chimique, on trouve dans la Sauge : de 1 acide gallique, un 
principe extractif amer et une huile essentielle ; celle-ci, de couleur ambive, 
presentant quelquefois nne legere odeur de terebenthine, a une densite de 
0,920 a 0,929, et laisse souvent deposer un peu de stearoptene; elle contienl, 
en effet, du camphre, d apres une analyse deja ancienne de Proust (Ann. de Chim. , 
t. IV, p. 180). Ce fait, conteste par Boullay (Journ. de P/iarm.,t. XlY,p. 497), 
a eteconfirme recemment par Rochleder (Ann. derChem. undPharm., t. LXIV, 
p. 4), qui a trouve 1 essence de Saugc composee d un hydrocarbure et d un 
principe oxygene identique au camphre des Laurinees, association ordinaire, 
du reste, dans les essences de Labiees. Soluble dans 1 alcool et Tether, insoluble 
dans 1 eau (bien que 1 eau distillee de Sauge soit tres-odorante) , cette huile es 
sentielle nedissoutpasles corps gras; ce caractere luiest commun avec les autres 
essences de Labiees et sert a distinguer celles-ci de 1 essence de terebenthine, de ci 
tron, etc. La Sauge sclaree renfermerait en outre des benzoates (Journ. dePharm., 
t. VI, p. 306). 1 kilogramme de sommitesfournit 4 a 6 grammes d essence. 

MODES D ADMINISTRATION ET DOSES. La preparation presque cxclusivcment usi- 
tee aujourd hui a 1 interieur est 1 infusion theiforme (15 a 50 grammes |i,u 
litre; quelques auteurs indiquent seulement 6 a 10 grammes) ; mais on pres- 
crit egalement la Sauge en poudre (1 a 4 grammes) ; on en fait une eau distillce 
(30 a 100 grammes, dans une potion); un vin (60 a 100 grammes, dans une 
potion) ; un extrait vineux (1 a 5 grammes, en bols ou pilules) ; une conserve 
(1 a 5 grammes, en bols) ; on en retire enfin un sue (4 a 16 grammes, en po 
tion ou incorpore a du miel, etc.), et une huile essentielle (10 a 60 centi 
grammes dans une potion). 

Pour 1 usage externe, on emploie les feuilles seches, en fumigations et en 
guise de tabac, dans une pipe, seules ou associees a d autres feuilles, comme 
celles de datura, par parties egales ; le vin et 1 infusion vineuse ou aqueuse 
(15 a 60 grammes de Saugc par litre de vehicule) en lotions, etc. La Sauge sert 
aussi a preparer des bains ; pour ceux-ci, on fait une decoction de 4 a 5 kilo 
grammes de Sauge et autres Labiees aromatiques, et on jette le liquide dans le 
bain. 

Les feuilles de Sauge (qui font partie des especes aromatiques) ou ses sommi- 
tes fleuries entrent dans la composition de 1 orvietan, de la poudre contre la rage, 
le vin et le vinaigre aromatiques des hopitaux, de 1 alcoolat vulneraire et la 
teinture vulueraire ou eau vulneraire rouge, qui sert a fabriquer le vin aroma- 
tique ; dans le the de Haller, le the suisse ou Faltrank, le baume saxon, le 
baume tranquille, etc., etc. 

ACTION PHYSIOI.OGIQUE. Les proprietes physiologiques de la Sauge seraient des 
plusaccentue es, s il fallait en croirc la plupart ties auteurs contemporains. L in- 
fusion d une demi-once de feuilles de Sauge, prise froide, au mois de juillet, 
disent Trousseau et Pidoux (Traite de therapeutique, t. II, p. 498, 1862), nous 
a procure pendant plusieurs heures d abondanles sueurs avec bouffees dc cha- 
leur insupportables, pouls un pen plus frequent (six pulsations de plus qu a- 
vant 1 experience), mais surtout plus plein et plus developpe ; agitation rendant 
le travail intelleciuel difficile, par 1 exces de stimulation sanguine et le senti 
ment de chaleur generate, laquelle n etait pourtant pas appreciable au toucher 
d une autre personne ; soif vive, secheresse de la bouche, constipation extraor- 



70 SAUGE (EMPLOI). 

dinaire; augmentation rapide de 1 appctit; un peu d insomme, qui nous semble 
devoir etre expliquee par 1 action dc la Sauge. M. Gubler abonde dans le meme 
sens. Elle cst (la Sauge) puissamment toniquc, ecrit-il, stomachique, slimu- 
lante de la circulation, de la calorification et de la diaphorese ; antilaiteuse et 
et anticatarrhale. (Commentaires therapeutiques, etc., page 563, 2 e edition, 
Paris, 1874.) 

On pourrait multiplier ces citations, echo des merveilleuses proprietes accor- 
dees jadis a la Sauge, ainsi que nous le verrons plus loin, mais que ne confirme 
guere une observation un peu rigoureuse. Nous aussi avons pris de fortes infu 
sions de Sauge : une fois de 20 grammes de sommites seches pour 200 gram 
mes d eau ; une autre fois, de 50 grammes pour la meme quantite de vebicule ; 
et, bien que I infusion fut chaude dans les deux cas, nous n avons observe, la 
premiere fois, aucun phenomene appreciable apres son ingestion, en dehors de 
sa saveur chaude et amere. La temperature ct la circulation, notamment, sont 
restees ce qu elles etaient auparavant; la seconde fois, apres dix minutes, la 
temperature axillaire a monte de 0,1, de 57, 2 a 57, 5, et entre dix et vingt 
minutes, a deux reprises, la circulation, devenue un peu irreguliere, a manifeste 
de la tendance a s accelerer de quatre pulsations par minute (a en juger par les 
nombres trouves au quart de minute), sans que cependant le nombre total des 
pulsations a la minute (72 pulsations) fut auiimente. II y a loin de ces modifica 
tions legcres, pcut-ctre accidentelles, aux phenomenes si accentues qu a ressen- 
tis I un des auteurs que nous avons d abord cites, et pourlant nous sonimes de 
ceux qu une tasse de the ou de cafe, prise le soir, empeche de dormir. 11 est 
vrai que c etait en juillet, epoque ou l ingestion d un verre d eau froide pure suffit 
a provoquer de la sueur, qu a experiments cet auteur, tandis que nous avons 
fait nos essais en septembre. Ce n est done pas dans les propriete s physiologi- 
ques de la Sauge qu il fatit rechercher 1 origine de sa grande reputation; ces 
proprietes sont, en effet, fort peu marquees, et ne distinguent en rien cette 
plante d une foule d autres Labiees ameres. 

EMPLOI THERAPEUTIQUE. L usage de la Sauge remontea une haute antiquite; 
c etait I sMio-yaxog et le /3/j/tov des Grecs. (Voir, pour la synonymie assez etendue 
de la Sauge, les notes fournies par Bod;eus a Stapel a 1 edition de VHistoria 
plantar um, de Theophraste, par Scaliger, lib. VI, cap. n, p. 570-571.) Le pre 
mier de ces noms provenait, soit de la teinte cendree, comme dessechee, tletrie 
par le soleil, des feuilles de la plante, soit de son efficacitc pretendue contre le 
sphacele ; le second etait tire de son emploi dans les maladies de poitrine. La 
Sauge cst mentionnee a plusieurs reprises dans la collection hippocratique, ou 
on la voit, bien que seche et resserrante (du Regime, en trois livres, liv. II; de 
VUsage des liquides, etc.), utilisee en cataplasmes pour rafraichir les plaies 
(des Affections, 58) ; mais rafraichir est probablement ici dans le sens de de- 
terger. En effet, elle est recommandee (en infusion ou dans du viu, avec la rue, 
1 hypericum, etc.) pour determiner { eruption dans les abces du poumon et au- 
tres maladies de la poitrine avec suppuration, ainsi qu en applications externes 
contre les douleurs decote (des Maladies, liv. II). L autcur, vraisemblablement 
cnidicn, du livre des Maladies des femmes et de son abrege, de la Nature de la 
femme, la compte parmi les moyens (en breuvages, pessaires, injections) pro- 
pres a provoquer la sortie du chorion et des regies, a guerir les ecoulements de 
mauvaise nature qui sont la suite de la retention des regies ou des lochies (en 
ce cas, il 1 utilise aussi en boisson, dans du vin noir, avec 1 hypericum) ; il 



SAUGE (EMPLOI). 77 

rindique, en outre, centre les eeoulements rouges (en cataplasmes), contrc la 
suffocation uterine (en boisson et en fumigations), pour rappeler le lait, etc. 

Dioscoride (de Materia medica, etc. , lib. Ill, cap. xxxx, p. 1 89, ex nova interpret. 
J.-A. Sarraceni Lugdunaei, MDXCVIH, in-f), qui la considere egalement comme 
emmenagogue et propre a faire sortir le foetus, reconnait de plus a la decoction 
des feuilles et dcs branches de Sauge les proprietes suivantes : elle fait uriner, 
est bonne contre les coups de la pastenaquc marine, noircit les cheveux, est vul- 
neraire, elanche le sang et mondifie les ulceres; enfin elle apaise, en fomenta 
tions, le prurit des parties genitales. A ces proprietes, Pline ajoute celle de 
guerir de la morsure des serpents (Hist, natur., liv. XXII). Nous ne ferons que 
signaler, pour indiquer 1 extension de 1 usage de la Sauge, les mentions qu en 
font Galien (de Simplic. medic am., etc., lib. VI, cap. v, 8 ; de Locis, lib. VII, 
cap. v) ; Anlliyllus, Zopyre (cites par Oribase, t. II, de 1 edit. de Biissmaker et 
Darembcrg). Avec Aetius (Tetrabibl., serm. I er , p. 24, ct lib. Ill, cap. XL), les 
vertus do la Sauge s accroissent ; non-seulement elle est emmenagogue et diure- 
tiquo-,, facilite la sortie du foatus, mais encore elle reprime les regies trop abon- 
daules, ct, d apres { opinion d Agrippa, relient le foetus vivant dans le sein ma- 
ternel, d oii le nom d herbe sacre e que lui donne ce dernier, qui considere en 
outre son sue, pris apres la periode menstruelle, comme eminemment propre ;i 
faciliter la conception. Nicandve la proclame souveraine centre la peste. Avec des 
proprietes aussi insignes, on ne s elonne pas que celle plante ait recu le nom de 
Salvia, des Latins quod salvos et incolumes homines prseslat, et ad mulla, pnr- 
sertim fecuudilatem, sit salutaris. 

Les vers consacres par 1 ecole de Salerne a la Sauge sont generalement con- 
nus ; nous les reproduisons cependant comme temoignage de 1 engouement sin- 
gulier que cette plante a suscite pendant de longs siecles. 

Cur morialur homo cui Salvia crescit in horto ? 

Contra vim mortis lion est medicamen in hortis. 

Salvia confortat nervos, mamimqne Iremorem 

Tollit, et ejus ope febris acuta f ugit. 

Salvia, castor eumque, lavendula, primula veris, 

Nasturtium, cilkanasia, kcec sannnt paralylica membra. 

Salvia salvatrix natures conciliatrix. 

(Schola Salernitana, cap. i.x, p. 283; Roterdami, 1649, in-18.) 

II semblerait impossible de rien ajouter a de si merveilleuses vertus ; il n en 
est rien. Avec Mattliiole, le commentateur de Dioscoride, la Sauge devient pres- 
. que une panacee : Elle est singuliere a toutes les affections froides et phleg- 
matiques des membres et de la tete, aux douleurs des jointures ; par ainsi, elle 
est bonne a 1 epilepsie, la lethargic, les etourdissements et paralysie, comme a 
tons catarrhes phlegmatiques et a tous defauts de poitrine procedant de froids, 
humcurs, etc... ; contre la defluxion de matrice (en fumigations) ; pour prevcnir 
1 avortement...; contre Themoptysie, la phthisie, etc., etc. (Commentaires de 
la Mat. medic., etc., traduclion Ant. du Pinet, p. 284, in-f, Lyon, 1542.) Les 
proprietes de la Sauge s augmentent encore avec le temps, et Dodoens la recon 
nait bonne a accroitre les sens et lamemoire, etc. (Stirpium historice, cap. xxn, 
p. 291), et a combattre le mal venerien; elle est en outre sudorifique, resolu- 
tive des tumeurs, etc. (Loco citato, cap. xxin.) 

Nous ne poursuivrons pas plus longuement 1 enumeration des vertus plus ou 
moins hypollie tiques qui oat encore etc attribuees acetteLabiee par les auteurs 



78 SAUGE (EMPLOI). 

des siecles suivants ; nous aurons d aillcurs 1 occasion de revenir sur les plus im- 
portantes de celles-ci, en relatant les applications les plus usuellcs de la Sauge a 
notre epoque. 

Si Ton recherche le lien commun de toutes ces applications, on le trouve 
dans une action supposee tonique et stimulante de cette plante, s exereant sur 
1 enserable des grandes fonclions de 1 economie, specialement sur le systeme 
nerveux et Tappareil circulatoire, aussi bien que sur les tissus, localement ; 
c est ainsi que nous la verrons employee a 1 interieur comme stomachique, 
cordiale et nervine, en meme temps que comme detersive, resolutive, a 1 ex- 
lerieur. 

A I interieur, on a done recommande la Sauge, comme alexipharmaque , dans 
les fievres infcctieuses, dans les fievres a caractere adynamique on ataxo-ady- 
namique, et dans celles qui prennent la forme muqueuse, pour accroitre 1 ener- 
gie du sysleme nerveux, solliciler une reaction jusqu alors insuffisante , ou 
comme tonique et astringente, pour assurer et abreger la convalescence souvent 
si longue et si difficile de ces sortes de maladies. (Alibert, Nouv. elein.de the r., 
[. II, j). 124; Gliaumeton, Flo re medic., t. VI, p. 101; Trousseau et I idoux, 
Trade de the r., t. II, p. 500, etc.) 

Ce n clait pas eu vue dc comktttre seulement 1 atonie digestive, 1 alanguisse- 
ment ties gnmdcs functions, qui se rencontrent si frequemment a la suite des 
maladies febriles de longue duivr, aiais surlout pour reprimer les sueurs qui 
tuii^iiriii huii ccriains convalescents, que Van Swieten preconisait la Sauge, en 
infusion dansduvin(5 aCcuillerees par jour), ou sous forme de teinture (2 cuil- 
Icrci s bis) (Com. in Boerh., t. Ill, p. 514, ed. in-4) ; et Quarin insistait sur celte 
propricte de la Sauge, en i aisant remarquer que ce n etait pas a 1 esprit-de-vin 
dc la teinlure qu il fallail atlribuer la disparition des sueurs, puisque 1 infusion 
iiijiieuse produisait le meme efl el (Method, med. febr., p. 57) ; mais il recon- 
nait (Animadver. pract., p. 92) qu elle nuirait dans la phthisic (oil elle a pour- 
tant etc preconisee en infusion froide centre les sueurs), en augmentant la se- 
clieresse et la chaleur de la peau. L assertion de Van Swieten, que jamais la 
Sauge ne lui avail ete infidele dans les circonstances precitces, autoriserait de 
nouveaux essais de celle-ci, qui, d apres le meme auteur, aurait en outre pour 
ei fet de produire le ralentissement du pouls. Ce grand medecin vantait egale- 
ment la Sauge contre la galactorrhee qui persiste apres la cessation de 1 allai- 
tement et epuise certaines femmes. (Com. in Boerh., t. VIII, p. 226, ed. in-4.) 

Ces deux emplois de la Sauge sont en opposition apparente, le premier, avec 
ses proprietes sudorifiques gcneralement reconnues ct qui la font vulgairement 
prescrire dans les lievres catarrhales avec predominance des phenomenes de 
concentration, pour determiner une sudation critique, et dans le premier stade 
des fievres intermiltentes, pourenrayer 1 acces; le second, avec 1 indication de la 
Sauge pour rappeler le lait, contenue dans le livre cnidien des Maladies des 
femmes. Mais il convient de remarquer, avec Trousseau et Pidoux, que les cir 
constances ou Ton ordonne cette herbe comme sudorifique et celles ou on 1 ad- 
ministre comme propre a combattre les sueurs exagerees etant parfaitement op- 
jiosees, c est precisement parce qu elle produit tel effet dans telle de ces 
circonstances, qu elle produit 1 effet contraire dans 1 autre . 

Les memes reflexions sont de mise pour la contradiction que presente la re- 
commandation de la Sauge pour faciliter 1 expulsion du foetus et du chorion, 
ainsi que pour rappeler les regies, et les eloges que les auteurs en font comme 



SAUGE (EIIPLOI). 79 

propre a empecher les avortemcnts, a reprimer les flux metrorrhagiques, sur- 
tout ceux qui viennent a la suite des couches ou qui sont lies a des lesions ute- 
rines. Mais, avant de discuter 1 interpretation de ces proprieles accordees si com- 
plaisamment a la Sauge, il ne serait pas inutile qu elles fussent elablics sur des 
fails nouveaux, recueillis avcc un pen plus de critique q*ue n en apportaient la 
plupart des therapeutisles on pharmacologues des temps passes, dans 1 admission 
des verlus curatives des plantes. 

La Sauge a etc conseillee dans les dyspepsies atoniques, contre la diarrbee, 
el ses qualiles organoleptiques rendent suffisamment comple de son efficacite 
dans ces cas. Nous n avons aucuii motif de nous inscrire en 1 aux contre 1 asser 
tion de Hunauld (Discours sur les proprietes de la Sauge, Paris, JG98) et de 
Boerliaave (Histor. plant, hort. Lugd. Batav., p. I, p. 254), reproduce par 
ValmontdeBomaie (Dictionn. d hist. natur., t. V, p. 645, nouv. edit.), que les 
Chinois et les Japonais preferaient la Sauge au the et faisaient avec les Holla a- 
dais echange de la premiere conlre une quanlite double de la seconde. C est pro- 
bablemeut a ces proprietes stomacliiques qu il faut attribuer les bons effets que 
nous avons dit avoir ele accordes a la Sauge dans 1 clal de langueur des conva 
lescences, ainsi que les avantages que lui reconnaissait Alibert (sous lorinc de 
vin) dans 1 atonie des visceres abdominaux, I hypochondrie, le scorbut et les 
bydropisies ; dans ce dernier cas, il faudrait peut-etre i aire intervenir, si les 
heureux effets de la Sauge etaient demonlres, les qualiles diuretiques dont 
1 avaient douee les anciens. 

La Sauge etait vanlee par 1 ecole de Salerne contre les tremblemenls des mains, 
par Mattbiole contre la paralysie, etc.; il n y a done rien d etonnant a la voir 
encore signalee dans le traitement de ces etals patboloyiques par Cbaumeton, 
Alibert et meme par des contemporains. Mais, en admettant que cette planle ait 
jamais rendu quelques services dans certains de ces etats patbologiques, il nous 
parait evident que c est seulement lorsqu ils reconnaissaient la faiblesse generale 
comme unique cause, ainsi qu il arrive, par exemple, pour 1 impotence ou 1 in- 
certitude des mouvements dans les convalescences dc maladies lonjmes et debi- 

o 

litantes. G est probablement aussi dans des cas semblables que Etlmuller et 
llulse out eu a se louer de 1 usage de la Sauge en gargarisme contre la paralysie 
de 1 oesopbage. 

Unc pratique qui parait appuyee sur des fails plus probants est celle de 1 em- 
ploi lopique, comme gargarisme ou colluloire, de l infusion vineuse de Sauge, 
additionnee ou non de miel, conlre les aphlbes des enfants el des femmes 
grosses. Depuis Wedelius (Dissert, de Sal via, lenae, 1714), Rosenslein (om 
Barnsjukd], qui insislail sur 1 associalion de 1 usage interne de la decoction de 
Sauge a son application locale, jusqu a Trousseau et I idoux, lous les auteurs 
sonl unanimes a reconnaitre refficacite de la Sauge dans cetle facbeuse 
maladie. 

On 1 a aussi conseillee conlre 1 elal fongueux des gencives, et nous avons dit 
qu Aliberl la prescrivail aux scorbutiques. 

Ces dernieres applications nous amenent a parler de 1 usage exlerne de la 
Sauge, qui jouil egalemenl d une grande reputalion comme moyen d exciter les 
plaics atoniques, de les delerger el d en activer la cicalrisation ; clans ces cas, 
on a recours a 1 apposition de cbarpie ou de compresses trempees dans une de 
coction vineuse de Sauge, miellee ou non, comme pour les gargarismes ; nous 
rappellerons d ailleurs que la Sauge enlre dans la composilion du vin aromatique, 



80 SAUL& (BOTANIQUE). 

si frequemment present dans les hopitaux pour le pansemenl des eschares de 
decubitus, des ulceres chancreux, etc. 

LaSaugepeut egalement etre ulilisc e sous forme dc bains, oude sachets appli 
ques sur des points limites de la surface du corps, ou de litiere, pour le coucher 
de certains malades. Dans ces cas, on a^socie ordinairement la Sauge a d autres 
Labiees aromatiques, telles que le thym, le romarin, la lavande, la mentlie, et 
nous croyons avoir retire de bons resultats de ce mode de literie cbez de jeunes 
enfants debiles. II va sans dire que ces plantes doivent etre prealablement desse - 
cliees, ce qui n enleve ricn a leurs proprietes odorantes. L osphre tique, pour 
nous servir d une expression du professeur Fonssagrives, est un mode d admi- 
nistralion des medicaments trop neglige, sauf pour quelques-uns, commc 
Tether, le chloroforme, et qui agit pourtant avec une grande puissance, sur- 
tout chez les sujets a systeme nerveux impressionnable, comme moyen stimulant 
ou deprimant, suivant les substances. Les bains de Sauge et des autres Labiees, 
qui ont 1 inconvenient de diminuer, par 1 cffet relachant de 1 humidite prolon- 
gee, les effets excitants que Ton recherche en ordonnant la Sauge, ont ete pres 
ents dans les monies cas que les matelas garnis de plantes aromatiques, c est-a- 
dirc chez les enfants faibles, soil originairement, soil par mauvaise alimentation 
ou par suite d un vice strumeux, soit consecutivement a des maladies exanthe- 
maliqucs ou autres. On les a encore administres, comme stimulants generaux 
ct locaux, ou resolnlifs, dans les cas de carie verte brale, de tumeur blanche des 
articulations et autres lesions scrofuleuses, dans les roideurs articulaires, avec 
ou sans gonflement, d origine rhumntismale; dans tons les engorgements chro- 
niques, dans les infiltrations sereuses des membres infe rieurs survenues pendant 
les convalescences, etc. Dans ces derniers cas, on a aussi rccours aux applica 
tions dc sachets medicamenteux sur les parties cngorgees ou cedematiees, ou 
inieux a des frictions avec 1 huile essentielle de Sauge, melangee a des liniments 
savonneux. On ne voit pas pourquoi, en effet, 1 essence de Sauge ne pourrait pas 
remplacer celle de romarin, par exemple, qui fait partie du baume Opodeldoch, 
du baume nerval , etc. Toutefois, si ces moyens peuvent avoir leur utilite 
comme moyens adjuvants, accessoires, nous ne pensons pas que beaucoup de 
praticiens aujourd hui fondent sur eux seuls 1 espoir de nombreux succes- 

La Sauge, enfin, sert parfois de condiment en Provence, en Grece, en Autri- 
che, etc. On utilise surtout pour cet usage la sclaree ou orvale, ou toute-bonne, 
dont le parfum est plus doux que celui de la Sauge officinale ; elle donnerait 
une odcur d ananas aux gelces de fruits. D apres Ettmuller, infusee dans du via 
blanc, elle lui communiquerait 1 arome du muscat et le rendrait enivrant; sui 
vant Ray, les Anglais en mettraient dans les galcaux pour les rend re aphrodi- 
siaques (Merat et de Lens, Dictionn. unirers. de therap.}. La Sauge hormin 
sert aux memes usages et partage avec la sclaree la reputation usurpee d anli- 
ophlhalmique. E. IL\. 

SAUL.CE (LA) (E.4.C MINERALE DE). Voy. LA SAULCE. 

SAULE. Salix. Tournefort. I. Botaniqne. Genre de plantes Dicotyle- 
dones appartenant a la famille des Salicinees, et representees par un tres-grand 
nombre d especes connues de tout le mondc dans leur apparence exterieure. 
Ces arbres ou arbrisseaux, qui, au voisinage des glaciers, peuvent devenir de pe- 
tiles planlcs prcsque herbacees, alteignant a peine un decimetre de haut, pre- 



SAL LE (BOTANIQUK). 81 

senient des caracteres botaniques bicn tranches et qui permettont de Ics recon- 
naitre facilement. Leurs Dears sont unisexuees et dioi ques, disposces males et 
femelles en chatons a ecailles entieres, etmnniesles lines et les autres de une ou 
deux glandes situees a la base des etamines et de 1 ovaire et tenant lieu de dis- 
que. Les fleurs males ont de d.eux a cinq etamines a filets tanlot libres, tanlul 
plus ou moins soude s, rarement monodeljihes; les fleurs femelles, un ovairc 
sessile on pedicelle, uniloculaire, surmonte d un style plus ou moins developpc 
et de deux stigmates entiers, echancres ou bifides. Le fruit est une capsule ovoide- 
conique, a dehiscence loculocede, s ouvrant du sommet a la base en deux valves 
roulees en debors, et laissant echapper de nombreuses graines petites, cnvelop- 
pees de longs polls, qui naissent presdu bile. Cessemenccsn ont pas d albumen : 
1 embryon est droit, a radicule tourne vers le bile. 

Dans un grand nombre d especes les cliatons naissent avant les feuilles : 
celles-ci sont alternes, simples, entieres ou dentees, caduques et munies de 
stipules libres et caduques, parfois nulles. Au milieu des formes tres-nom- 
breuses que presente ce groupe, il est tres-difficile de sereconnailn- ri dc distin- 
guer tres-nettement les especes des uncs des autres : aiissi les botanistes ne 
sont-ils guere fixes sur les limites et les caracteres de ccs lypcs spiVifiques. 
Nous nous bornerons a citcr ici, avcc une tres-courte description, celles de ces 
especes qui interessent le medecin. La plupart renferment dans leur ccorce des 
substances astringentes ou ameres, et particulierement la salicine, donl on a 
chercbe a tirer parti centre les fievres intermittentes, et qui a ete sou vent 
frauduleusement mele a la quinine. 

1 L espece la plus connue et le plus souvent employee est le Saule blanc, 
Salix alba L., qui vient au bord des rivieres, des ruisseaux, ou il fait un tres- 
bel effet par ses feuilles lanceolt es, acuminees, blancbcs, soyeuses des deux 
cotes. C est un arbre de dix a treize metres de baut, a rameaux ascendants 
grisatres ou jaunatres ; les cbatons naissent avec les feuilles, et les fleurs ont 
deux etamines. L ecorce est employee depuis plusieurs siecles par les me decins 
a des usages varies. 

Une variete, S. alba V. vitellina, ales rameaux flexibles, greles, d un beau 
jaune : c est i Osierou Amarinier, Salix vitellina L. 

2 I.e Saule fragile, Salix fragilis L., est voisin du precedent et vient conime 
lui atix bords des eaux. C est un arbre de moyenue taille, dont les rameaux 
brunatres ou rougeatres cassent tres-iacilement au point de leur insertion sur 
les brandies. Les feuilles sont lanceolees, vertes et luisanles en dessus plus 
pales en dessous. Son ecorce a ete tres-employee ; on 1 appelle en Allema"iie 
antifebrilis . 

5 Le Sanlea feuilles de Laurier ou Osier rouge, Salix pentandra L. croit 
sur les montagnes elevees, dans les lieux tourbeux et luimides des Alpes, des 
Pyrenees, du Jura, de la baute Auvergne, etc. G e.st un bel arbrisseau remar- 
quable par ses feuilles luisantes, ovales-elliptiques ou ovales-lanceolees rappe- 
lant celles du Laurier, un peu glutineuses. L ecorce est plus o iorante que celle 
de la plupart des autres especes : elle a ete vanlee comme toiiique, fe brifuo-e 
anthelmintbique, etc., etc. 

4 Le Saule pleureur, Salix babylonica L., originaire d Orient, a ete intro- 

duit successivement en Afrique et dans 1 Europe occideutale, Le port particulier 

de cet arbre, a rameaux pendants, a feuilles Janceolees lineaires, est connu de 

tout le monde. II est cbez nous cultive comme arbre d ornement ou encore 

met. EXC. 5 s. VII. 



82 SAULE (BOTANIQUE). 

comme arbre funeraire ; en Orient il est en outre utilise comme medicament. 
Loureiro rapporte que la fleur et les bourgeons sont employes centre les fievres 
lonles ol a 1 exterieur centre les ulccres, les pustules, etc. 

5Le Saule a feuille d amandier on Osier rouge, Salix amygdalinaL. (Salix 
triandra D uby),est un arbre ou un arbuste a rameaux effiles, llexibles et lisses, 
reneralement de couleur rouge fonce, quelquefois verdatre, qui sert a tous les 
usages auxquels on destine 1 osier. Les feuilles sont oblougues, lanceolees, 
glabres, d un beau vert en dessus, glauques en dessous. L ecorce contient de la 
salicine. 

C Le Saule pourpre, Salix purpurea L., appartient a un petit groupe dont les 
chatonsparaissent avant les leuilles et dont les etamines onl, avant I anthese, des 
antheres de couleur pourpre. Chaque fleur male contient deux de ces etamines, 
soudees par leur filet dans toute leur longueur el simulant une seule etamine a 
antliere quadriloculaire. Les feuilles sont lanceolees, oblongues et elargies supe- 
rieurement, finement denticulees, unpeu glauques en dessous. 

7 Dans le Salix halix L., qui n est probablement qu une variete du Salix 
purpurea L. , les rameaux effiles et dresses portent des feuilles tres-allongees. 

Les ecorces des deux varietes sont reputees febrifuges; c est de la derniere 
quc M. Leroux, pliarmacien a Vitry-le-Francois, a retire pour la premiere fois la 
salicine. 

8 V Osier blanc ou Saule pliant, Salix riminalis L. se distingue a ses rameaux 
Ires-longs, effiles, a ses feuilles presque entieres ou legerement ondulees, vertes 
en dessus, soyeuses en dessous. Les fleurs males ont deux etamines a filets 
libres. Elles sont odorantes et attirent les abeilles. 

L ecorce est astringente et conlient, parait-il, beaucoup de salicine. Les trou- 
peaux mangent volontiers les feuilles ; les rameaux servent dans la vannerie. 

9 Le Saule pre coce, Sali.r daphno ides Villars (Salix prcecox Willd), rappelle 
par son port les Saliv alba et pentandra; les rameaux out une ecorce brune et 
crevassee couverte d une poussiere glauque ; ils portent des feuilles lanceolees 
oblongues, fermes, trcs-vertes et luisantes en dessus; les chatons viennent avant 
les feuilles. Les fleurs males ont deux etamines plus ou moins soudees entre 
elles. 

On le trouve dans lesmontagnes du Daupliine. L ecorce contient de la salicine. 

10 Le Saule Marceauou Marsault, Salix coprxaL., se distingue de toutes 
les especes precedentes par ses feuilles larges, ovales elliptiques ou ovales 
sublanceolees, rugueuses, ondulees crenelecs, ou presque entieres, glabres et 
luisantes en dessus, glauques et plus ou moins blanches, tomenteuses en dessous. 
Les chatons naissent avant les feuilles. C est un arbre de moyenne ou de petite 
Lnllo, qui croit dans les forets, les bois, les bords des eaux. Son ecorce est 
axlringente et employee dans la Laponie pour tanner lescuirs ; elle a ete repute e 
l( ; lirifiige. On fait avec les branches des echalas, des cercles pour les tonneaux. 
l.cs bestiaux et surtout les chevres recherchent ses feuilles, et les abeilles, ses 
fleurs. 

En dehors de nos regions, nous indiquerons encore les especes suivantes, qui 
I rt sentent quelques particularites interessantes : 

11 Le Saule d Eyypte, Salix ceyijptiaca Forskal. C est, d apres Prosper 
Alpiu, le Galas, Calaf ou Ban des indigenes. C est un bel arbre a grandes et 
lai ges feuilles ovales, lanceolees, oblongues, tres-minces. Elle vient en Egypte 



SAULE (RMPI.OI). 83 

et dans la Barbarie. Forskaal rapporte qu on suspend les branches de cette espece 
dans les appartements pour attirer les mouches et qu on detache ensuite les 
excrements qu elles y laissent pour les administrer dans la strangurie. 

12 Le Saule de la Caroline, Salix nigra March. (Salix carolinicwa Mich.), 
croit le long des fleuves de la Caroline et de la Georgie. 11 a des feuilles lanceo- 
lees, alternes, presque seniles, finement dentees en scie. Les fleurs males ont 
dequatre a six etamines. Les racines en sont tres-ameres et leur decoction est 
regardee comme purgative et febrifuge. 

15 Le Saule du Chili, Salix chilensis. C est une espece peu connue, u 
laquelle Molina altribue des feuilles tres-entieres, lanceolees, acuminces. Get 
auteur rapporte que 1 ecorce de 1 arbre est employee comme febrifuge an Ghili 
et qu elle laisse decouler abondamment une espece de manne, dont on se sert 
dans le pays. Les naturels appellent ce saule Theige. 

Les Saules sont souvent mentionnes chez les auteurs anciens. Theophraste en 
indique di verses especes : le Salix helix, hix Zli%; le S. alba, irixlzwf), et peut- 
etre aussi le Salix babylonica sous le nom d e>iai-yvo;. Virgile cite surtout les 
Saules comme agre ables aux abeilles : 

Hyblaeis apibus floreni depasta salicti. 

Et dans les Ge orgiques : 

Pascuntur et arbuta passim 
Et glaucas salices 

THEOPHIUSTE. Historia Plantarum, III, 13, et IV, 11. VIRGILE. Eglogue I, vers 55, Geor- 
giquea, IV, 183. PROSPER ALPIN. De Plantis Mgyptl, p. 61, tab. 62. TOURNF.FOHT. Insti- 
lutiones Rciherborice, p. 590, tab. 368. LINNE. Genera, 1097, et Species, p. 1442 et suiv. 

DE CANDOLLE. Flore francaise, IV, 287. LAMARCK. Dictionnaire encyclopedic, VI, 642. 

FORSKAL. Flora (cgypliaca, p. 61. MOLINA. Histoire nalurelle du Chili, p. 145. END- 
LICHER. Genera Plantarum, a" 1993. GRENIER et GODHON. Flore de France, III, 122. Gui- 
EOURT, 7 edit., II, 312. PL. 

II. Empioi medical. Ce que j ai dit plus haut de la salicine me dispensera 
d entrer dans de longs details sur 1 histoire therapeutique du saule, qui ne doit 
vraisemblablement ses proprietes utiles qu a ce glucoside. 

Merat et de Lens ont fait un historique completdu Saule comme febrifuge, et 
ont relate les travaux de Ettner, de Stone, de Gunz, de Coste et \Villemet, de 
Gilibert, de Vauters, de Bremer, etc., sur ce medicament indigene. Sanscroire le 
moins du monde que 1 ecorce du Saule puisse suppleer celle du quinquina, on 
ne peut cependant considerer comme non avenues les observations nombreuses 
recueillies par des auteurs trcs-graves, qui constatent les proprietes febrifuges 
de ce medicament indigene. Qu on ne 1 oppose pas aux intermittentes rebelles, 
rl, a plus forte raison, a la perniciosite paludeenne, rien de plus legitime assu- 
rement, mais qu on le declare insignifiant, la commence 1 exageration. 

L analyse de Bouillon-Lagrange, faite en 1805, a constate dans 1 ecorce du 
Saule: de 1 acide gallique, du tannin, de la resine, de 1 extractif, une matiere 
colorante verte, une substance amere. En 1825, unpharmacien italien, Fontana, 
isola dans cette analyse la substance amere qu ildesigna sous le nom de salicine, 
et a partir de ce moment 1 interet therapeutique de 1 ecorce de Saule alia en 
s affaiblissant. II y a cependant, a mon avis, place a cette substance a upres de b 
salicine, comme il y a place aupres de la quinine pour 1 ecorce de quinquina. 



84 SAl LX (EAU MINERALE DE). 

Le Saule blanc (Salix alba] cst I espcce officinale, mais la plupart des Sanies 
out les memes proprietes : tels sont les Salix frayilis, vitellina, caprcea, etc. 

On se sert de 1 ecorce recueillie sur les branches de trois a quatre ans ; on la 
fait seeker et on la reduit en pondre. Les doses febrifuges de cette ecorce sont 
celles du quinquina, si meme on ne doit pas les porter au delii. On en donne de 
15 a. 50 grammes. On s cn sert quelquefois sous forme de decoction a la dose 
de 50 a 60 grammes pour un litre. On a prepare avec 1 ecorce un extrait resineux 
sec qui se donne aux doses de "2 a 4 grammes. Le vin d ecorce de Saule se prepare 
avec 50 grammes de cette substance pour un litre de vin rouge. 

En dehors de son emploi comme febrifuge, on a vante le Saule a divers 
titres : 

1 Comme aperitif et comme tonique; ses indications ici se confondent encore 
avec celle du quinquina ; 

ii Contre les diarrhees chroniques, dans lesquelles il est indique par ses pro 
prietes astringentes; 

5 En applications topiques sur lesplaies, soil en poudreou en lotions, comme 
substilulif des preparations analogues du quinquina. 

Quant a ses proprietes hypnotique, anthelminthique et anaphrodisiaque, elles 
sont encore completement a demontrer. FONSSAGRIVES. 

SAULT (EAU MiNtiuLE DE), uthermale, sulfate e calcique moijenne, sulfure e 
calcique faible, sulfureuse faible, dans le departemcnt de Vaucluse, dans 1 ar- 
rondissement et a o kilometres de Carpentras, a 8 kilometres de Montbrun 
(Drome), est un chef-lieu dc canton peuple de 2074 habitants, dans une belle 
et fertile vallee. C est pres de la qu emerge une source dont 1 cau claire, trans- 
parcnte et limpide. a une odour sulfureuse prononcee ; sa saveur est a la fois 
fade et hepatique; des bulles, d une grosseur moyenne et assez nombreuses, 
virmu iit s epanouira sa surface; sa temperature est de 14 centigrade. Ileun 
(Ossian) a fait son analyse chimique en 1860; il a trouve dans 1000 grammes 
de 1 eau de source de Sault les principes suivants : 

Sull ure de calcium 0,02 

Sullate de chaux. . 1,70 

soiule ot de nia^noiu. ..... 0,50 

Bicarbonate de clianx et :le magnesia . . . 0,40 
Chlorures de sodium el de calcium, silice, 

alumiiie, oxyde de fer (sesquioxyde), ma- 

tiere organique 0,07 



TOTAL DES MAiiFnEs FIXES ...... 2,49 

Gaz acide sulfhydrique .......... Ogr. HI 

Le degre peu clove de la sulfuialion de 1 eau de Sault la rapproche beaucoup 
des eaux douccs suliatees calciques qui, au contact de Fair, deviennent sulfu- 
rcuscs par les matieres organiques qu elles renferment. Cette eau, incompli tr- 
ment captee, est employee en boisson seulement par les personnos du voisinauc 
qui souffrent d affections catarrhales des voies aeriennes ou urinaires. A. R. 



(AU MiMiRALE DE) , athermale, sulfatee et Ucarbonatee sodique 
forte, ferrugineuse faible, carbonique forte, dans le departement de la Nievro, 
dans le canton de Decize et a 5 kilometres de cette ville, emerge, au milieu 
d une prairie, la source de Saulx, dont 1 eau claire, transparente et limpide, n a 
iiiiL-une odcur; sa saveur est un peu amere; des bulles gazeuses assez grosses ct 



SAUMAISE. 85 

assez noaibreuses viennent s epanouir a s;i surface; sa temperature n est pas 
constants, pavco que son captage est t res-imp ad ait. Son analyse chimique exacte 
n est pas connue ; les auteurs de YAnnuaire des eaux de la France disent seu- 
lement, d apres d anciens documents, que 1 eau de Saulx ne contient pas moins 
tie 6 grammes de principes fixes constitue s par du sulfate et du bicarbonate de 
soucle, de magnesie et de fer. Quoi qu il en soit dc la composition e le mentaire 
de 1 eau de Saulx, il n en est pas moins vrai qu elle est exclusivement employee 
en boisson par les personnes du voisinage, qui out grande confiance dans sa 
verlu centre les difficultes de la digestion, centre les troubles du tube digestif 
ou il est indique d obtenir cbaque jour un effet laxatif, et surtout centre les af 
fections urinaires, dans lesquelles il importe d obtenir a la ibis un effet diure- 
tique et calmant. A. R. 

Norn vulaire donne aux Saules. 



SAUMAISE (CLAUDE DE). Savant et laborieux commentateur, qui eut de son 
temps une renommee europeenne ; que Guy Patin qualifie d inimitable ; que 
Bayleproclamele heros, le grand homme de la litterature du dix-septieme siecle, 
ct que Boileau a immortalise par ce vers : 

Aux Saunia/ ne fulurs preparer des toiiures. 

Claude dc Saumaise naquit a Semur, en Auxois, le 15 avril 1588 ; des I age de 
dix ans, instruit par son pere, traducteur lui-meme et commentateur de Denys 
d Alexandrie, et conseiller au Parlement de Bourgogne, il expliquait Pindare et 
laisait des vers grecs et latins. II voulut aller a FUniversite d Heidelberg perfec- 
tionner ses etudes, ct abjura le catbolicisme pour embrasser la reforme. Cela 
fit qu il ne put succeder a la charge de son pere, et qu il dut se retirer en Hol- 
lancle. L Universite de Leyde lui confia le titre de professeur honoraire avec des 
emoluments. Une circonstance fortuite 1 ayant rappele en France, on lui offrit 
pour 1 y fixer le titre de conseiller d Etat, le collier de Saint-Michel et une grosse 
pension; mais ces promesses brillantes ne purent 1 engagcr a se separer de ses 
coreligionnaires de Hollande. Le cardinal de Piicbelieu fit une seconde tentative 
.lorsque Saumaise revint en 1640 recolter la succession de son pere ; une pension 
de 12000 francs lui eta-it offerte s il voulait ecrire en latin la succession du car 
dinal; mais il n accepta point, disant qu il ne savait pas flatter. Qualrc ans 
apres, Richelieu etant mort, Mazarin accorda a Saumaise une pension de 6000 li- 
vres, sans autre condition que de revenir en France. Pour toute reponse a cette 
faveur, il fit imprimer son livre de Primatu Papce, qui souleva centre lui 1 as- 
semblee du clergc, et fut denonce par elle a la reine-mere et au Parlement. Pour- 
tant, la reine Christine de Suede fut plus heureuse : declarant qu elle ne pou- 
vait vivre contente sans Saumaise , elle parvint a 1 attirer a sa cour. Ce ne fut 
pas pour longtemps. car il revint bientot a Lcyde comme frappe a mort. Etant 
alle demander aux eaux de Spa un soulagement a ses maux, il mourut dans 
cette station thermal e le o septembre 1655. Quelle perte pour la republique des 
lettres, pour ce beros des belles-lettres , ecrit Patin en annoncant la triste nou- 
velle a Charles Spon. En faisant la part de 1 exageration deTimmense reputation 
dont Saumaise a joui de son temps, tout ce que Ton sait de sa personne tend a 
le faire estimer. Independant par caractere, proclamant to uj ours les idees de 
liberte, ricn ne pouvait le distraire de 1 etude. 11 travaillait au milieu de ses 



86 SAUMON. 

enfants et des criailleries d Anne Mercier, sa femme, megere qui le maltraitait, 
et qui ressemblait singulierement a Mine Guy Patin. II embrassa toutes les con- 
naissanccs, etant verse aussi bien dans les sciences naturelles et medicales que 
dans la pbilologie, 1 bistoire, la littcrature, le droit public et celui des gens, la 
philosophic. II etait profond dans 1 hebreu, le grec, le latin; savant orientaliste, 
il emprunta aux Arabes et aux Persans de grandes lumieres sur la medecine, sur 
la botanique principalement, et repandit par ses ecrits ces connaissances acces- 
sibles a pen de monde. Mais, par centre, Saumaise se plaisait aux combats litte- 
raires, et s y monlrait comme un champion aussi violent que presomptueux. 
Les disputes etaient, en quelque sorte, son element, et le prince des commen- 
tateurs, commc on 1 appelait, trcmpait trop souvent sa plume dans la bile la 
plus amere. De la les luttes qu il cut a soutenir contre le P. Petau, jesuite, 
contre Milton, contre le P. Hardouin, le P. Briet, qui n hesiterent pas a deverser 
les plus grossieres injures contre le courageux reforme, sapant ce qu il croyait 
etre des erreurs, des prejuges et des blessures graves faites a la dignite de la 
raison humaine. 

La Bibliotheqtte des auteurs de Bourgogne donne la liste de tous les ouvrages 
do Claude de Saumaise : il y a quatre-vingts ouvrages imprimes, et soixante 
restes manuscrits. Nous retenons seulement ceux qui se referent a la medecine : 

I. Pliniance exercitationes in Caii Julii Solini Poly historic. . Item. CaiUJulii Solini Poly- 
hixturia ex nicn/i/i\ /;/</ 1\ emendata. I arisiis, 1629, 2 vol. in-folio. II. Significationes 
vocis <7UT//iw, Suidce Hallucinalio. Uippocratis locus explanatns. Epistola in Jolian. Beve- 
rnririi libra de calcu/o; Lugd. Datav., 1638, in-12. HI. Interpretatio Hippocratis Apho- 
rixii, LXXIX, sectione IV, de Calculo. Ad /ita- sunt Epistolce dues Joh. Beverovicii M. D. 
quibits rexjiondetur. Lupd. Batav., 1640, in-8. IV. De annis climaiericv; et antiqua As- 
tnilogia Diitlribti . Lugd. Batav., 1648, in-6. V. Judicium de Sanguine vetito, annexum 
Thoince Bai t/tolini Disquisitioni Mcdictz, de Sanguine vetilo. Francot urii, 1075, iu-8. 
VI. E]>istol(c aliquot : Cur xtcrnulamenluin vclenbus habitum pro deo? De P/atonis loco 
in TijmcFO ; Super loco Plinii de aperiendo capite ; Super loco Evangelii de Hyssopo; 
De voce Ramex ct gemino Plauti loco : refertur exemplum Calciilontm & renibu-s. In Yiro- 
rion cjii^/otte cum responses. Roterodami, 1665, in-8. VII. Dissertatio de Sacc/iaro et 
Manna. Parisiis, 1663, in-8. A. C. 

SA.UMAREX (PIICHARD). Nous n avons pu recueillir que des renseignements 
tres-incomplets sur ce savant medecin. Natif de Guernesey, il fit ses etudes 
medicales a Londres a la fin du dernier siecle, et plus tard se fit recevoir me 
decin dans la meme ville. Saumarez s est occupe avec distinction de pbilosophie 
et de pbysiologie. On connait de lui : 

I. A Diss. on the Universe in General, and on the Procession of the Elements in Parti 
cular. London, 1795, in-8. II. A Xcic Systrm of Physiology, comprehending the Laws 
by which Animated Beings in general and the Human Species, in particular, are governed 
in their several States of Health and Disease. London, 1798, in-8. III. Principles and 
Ends of Philosophy. London, 1811, in-8. IV. Principles of Physiological and Physical 
Science, comprehending the Ends for wliicli Animated Beings were created. London, 1812. 
V. Oration delivered before the Medical Society of London. London, 1813, in-8. 
VI. On the Function of Respiration in Health and in Disease, and more especially in Cho 
lera, Ty/ihus, etc. London, 1832. VII. Observations on Generation and the Principles of 
Life. In London Med. a. Physic. Journ., t. II, p. 242, 1799. L. HN. 



(Sahno Salar). Le Saumon appartient a la famille des Salmo- 
nides et a 1 ordre des Malacopterygiens abdominaux ; c est un des poissons les 
plus connus et des plus estimes pour la delicatesse de sa cbair. On le peche en 
abondance sur les cotes du nord de la Russie, de la Suede, de la Xorvege, du 
Daiiemark, des lies Britanniques, des Pays-Bas, de France, ainsi que dans les 



SAUMON. 87 

lleuves ou coai-s d eaii qm se jettent dans la mer Baltique, la mer du Nord, la 
Manche, 1 ocean Atlantique. On \e retrouve aussi dans 1 Amerique du Nord. 

Le Saumon a le corps allonge, arrondi sur le dos, comprime lateralement. 
Les ecailles qui le recouvrent sont petites, cycloides et plus longues que 
hautes. La ligne laterale est presque droite. 

La tete, qui est depourvue d eeailles, est assez developpee, et ses pi Vo- .iper- 
culaires scut striees, caractere qui sert a distinguer a premiere vue res IMUSSOHS 
des Truites. Les yeux sont grands. La bouche est bien fendue; sa machoire supe- 
rieure avance un peu sur 1 inferieure qui, chez quelques sujets, dans les vieux 
males surtout, se recourbant en haul et en avant et penetrant dans une fossette 
creusee dans 1 us incisif, a fait distinguer ces poissons sous le nom de Be cards. 
Ce fait constitue une espece d anomalie dans laquelle quelques auteurs out 
voulu voir un caractere specifique. Les dents qui arment ces machoires sont 
fortes, aigues et recourbees en arriere; il y a aussi de ces organes sur les pala- 
tins, le vomer et la langue. 

La nageoire dorsale, qui est assez haute, nail un peu en avant du milieu dc 
la courbure du dos; ses trois premiers rayons sont simples, les autres sont 
rameux; il y en a quinze en tout. L adipeuse, qui est placee beaucoup plus en 
arriere, est situee au-dessous de 1 anale. Les pectorales ont quatorze rayons; 
les ventrales neuf ou dix, 1 anale dix ou douze. Quant a la nageoire caudale, sa 
forme varie suivant 1 age du poisson ; legerement echancree cbez le jeune, son 
bord posterieur est au contraire presque vertical chez 1 adulte. 

Le squelette des Saumons ne devient veritablcment osseux que lorsqu ils sont 
alles a la mer, c est-a-dire dans le courant de leur deuxieme annee. Quelques 
auteurs ont meme pretendu que ces animau.v gagnaient les eaux salees pour y 
chercher les elements de cette ossification. La tete des femelles est generalement 
un peu plus longue que celle des males. La colonne vertebrale se compose de 
59 a 60 vertebres. Le tube digestif des Saumons decrit une courbe au niveau 
de 1 estomac, et 1 intestin, qui est presque droit, est pourvu de 60 a 67 cascums 
pvloriques. Le foie est volumineux et la vessie natatoire assez developpee. 

A 1 epoque de la ponte, qui a generalement lieu vers les mois de novembre et 
de decembre, les organes genitaux de ces animaux sont tres-developpes, ils 
envahisent une grande partie de la cavite abdominale. Les ovaires des femelles 
emettent une grande quantite d oeufs qui s accumulent dans la cavite perito- 
neale, y prennent un certain volume et sont ensuite rejetes au dehors. Us sont 
alors un peu plus gros qu une groseille, et leur couleur est d un beau rose- 
orange. La femelle les depose sur les fonds de gravier, le male les feconde nnssitot 
et ils eclosent generalement au bout de quatre-vingt-dix a cent jours d inciabation, 
Rien n est plus difficile que de donner une idee exacle de la coloration du corps 
du Saumon, tant elle est sujette a varier avec 1 age, le sexe, 1 epoque di 1 I miiiL-e 
et le milieu dans lequel vit le poisson. Un Saumon adulte a generalenaent les 
parties superieures du corps et de la tete d un vert-noiratre parseme de petites 
taclies cl un noir plus fonce ; les flancs sont argentes, le venire est blanc. La tete 
et les opercules sont en outre parsemes de taclies noires, que Ton retrouve, 
beaucoup plus petites et plus nombreuses, sur toutes les parties du corji-. A 
1 epoque des amours, le corps du poisson presente des taches rougeatres sur les 
cotes ; sa gorge et ses flancs deviennent d an rouge-orange tres-vif, couleur qui 
envahit aussi les nageoires, sauf sur la dorsale qui reste grise. 

Le Saumon, a Tetat d alevin, c est-a-dire peu de jours apres sa sortie d-; 



88 SAUMUiN. 

1 ceuf, est d un gris presque uniforme, marque de bandes transversales noires. 
Au Lout d une annee, il revet des teiutes plus vives, et 1 on remarque, sur ses 
tlancs, qui sont legerement teintes de rouge, de grandes taches rondes a reflets 
bleuatres. 

Les Saumons, sauf quclques rares exceptions, remontent de la mcr dans les 
lleuves a ccriaincs epoques de 1 annee; la montee a generalement lieu vers la 
fin de raulonme, mais quelques individus isoles passent quelquefois dans les 
fleuves avant ou apres cette saison. Lorsque les Saumons rcinonteut le cours dcs 
eaux douces, si un obstacle s oppose a lour passage, ils le franchissent. On a vu 
de ces poissons, foucttant 1 eau avec leur queue, franchir dcs barrages dc plus 
de 2 metres de hauteur. Ils viennent dans les fleuves pour fraycr, apres cela ils 
retourncnl a la mcr. Quant aux jeunes Saumons que Ton designe generalement 
sous le noiu de Saumoneaux, ils restent environ une annee dans le voisinage 
dcs cndroits ou ils sont nes; ce temps ecoule, ils vont a la mer pour ne revenir 
que 1 annce suivantc. L age auquel ils deviennent propres a la reproduction 
n est pas le mcinc pour tous les sujets d une meme ponte, leurtaille, lorsqu ils 
reproduisent pour la prcmirre fois, atleint une moyenne de 20 centimetres. 
Jeunes ou adulles, ils se nourrisssent de petits poissons, d insectes, d ceufs de 
cr us laces, etc., etc. 

Le Saunion est un des poissons les plus estimes, et la grande facilile avec 
laquelle on pent le transporter actuellement permet de 1 expedier., a 1 c lal frais, 
<ur tons les points de 1 Europe. Sa chair est d un gout agreable, mais elle ne 
saurait convcnir a des estomacs delieats. Nouvellement pecln , c est un mets 
t res-recherche ; sale et fume, on 1 expedie sur tons les points du globe. 

La chair du Saunion, rouge pendant une grande partie de 1 annee, se decolore 
un pen apres la ponte; sa couleur revient des que le poisson est retourne a la 
mer ou il rctrouve aussi son embonpoint. La nature chimique de la chair de ce 
Salmon ide a tie etudiee par MM. Valenciennes et Fremy au point de vue de la 
coloration. La substance colorante qu elle contient avail drja attire 1 attention de 
Humphry Davy, qui avail reussi a decolorer la chair du poisson en la lavant 
avec de I elher. MM. Valenciennes et Fremy ont isole cette substance et lui ont 
icconau les caracleres d un acide gras qu ils onl nomine acide salmonique. 

Pour isoler 1 acide salmonique, nous avons eu recours, disenl ces savants, a 
la inethode suivante : 1 huile rouge que 1 on exlrait avec facilite des muscles du 
Saunion, par 1 action de la presse, est agite e a froid avec de 1 alcool qui a etc 
rendu faiblcment ammoniacal; 1 huile decolore alors completement et aban- 
donne a 1 alcool la matiere colorante que 1 on exlrait ensuile en decomposant. 
par un acide, le sel ammoniacal. 

L acideainsi oblenu est visqueux, rouge, et presente lous les caracteres d un 
acide gras; cclui que 1 on retire des truiles saumonees est identique avec 1 acide 
qui existe dans les muscles du Saumon. 

Nous 1 avons trouve en quantite considerable et melange d acide oleophos- 
phorique dans les ceufs de Saumon, ce qui rend compte, jusqu a un certain 
point, de la coloration et de la perte de saveur qu eprouve la chair du Saumon 
au moment de la ponte. 

Les peches principales du Saumon se font sur les cotes et dans les fleuves de 
Suede, de Korvege et des lies Britanniques. La Norvege seule exporte chaque 
annee pour pres de 2 millions de francs de Saumons conserves dans la glace. 
Les pecheries d Angleterre fournissent a peu pres 200 000 Saumons par annee ; 



SAUNDERS. 89 

cclles de France en produisent beaucoup moins ; on on proud cependant en 
assez grande quantite sur les cotes de Picardie ct de Bretagne. 

Le Rliin, la Seine, la Loire, la Gironde et leurs affluents, tons les cours d eau 
(jui versent a lamer du A ord, a la Manche, a 1 ocean Atlantique, sont fmjuenles 
par les Saumons; mais le no in b re de ces poissoas tend pourtant a diminuer de 
jour en jour. On attribue, avec raison, le depeuplement de nos mii-res aux 
nombreux barrages qu ony a etablis pour les besoins de 1 industrie; et on a si 
bien compris dans plusieurs pays que c est la la veritable cause de la disparition 
du Saumon, que dans plusieurs contrees de 1 Europe, surtout en Angleterre el 
on Norvege, on a elabli depuis quelque temps des echelles a Saumons, la ou ces 
barrages et les chutes naturelles des rivieres empechaient le poisson de remon- 
tcr le cours de Teau. M. Baars, qui est si competent sur toutes les questions 
relatives a la pisciculture, pense que par ce moyen, et d ici a peu de temps, les 
cours d eau de la Norvege seront pourvus abondamment de ces precieux 
Salmonides. 

Pour lutter centre le depeuplement croissant de nos fleuves et de leurs 
diluents, de nombreux essais de pisciculture out ete entrepris en France depuis 
quelques anne es. Coste s etait beaucoup occupe dc la quostion de 1 empoissonne- 
inent des eaux, et un etablissement de pisciculture, <|ue nous avons malheureu- 
sement perdu, avait ete fondea Huningue, pour recueillir los cent s des differents 
Salmonides et les expedier ensuite sur differents points de noire territoire. De 
nombreux essais d acclimatation pratiques sur des poissons de diverses especes 
du memo groupe ont ete enlrcpris par JIM. Millet, de Vibraye, Lecoq, Rico, 
Paul Gervais, Cbavannes, etc. Des ceufs, envoyes de Huningue, ont ete amenes 
a eclosion par ces differents naturalistes, et des embryons ages de plusieurs 
semaines ont ete jetes par M. Ghavannes dans le lac Leman, par M. Paul Gervais 
dans le Lez, 1 Herault et differents cours d eau du midi de la France. Plusieurs 
de ces Saumons ont ete repris dans I lltrault quelques annees apres qu ils y 
avaient ete jetes; ils pesaient deja plus d un demi-kilogramme. Mais ces der- 
niers essais d empoissonnemcnt ont ete interrompus depuis plusieurs annees, et 
nous ne savons s il a ete pris depuis des saumons dans les differents cours d eau 
versant a la Mediterranee. II. GERVAIS. 

SAU.HURE. On appelle saumure le liquide qui se forme dans la salaison 
des matieres alimentaires, et dont 1 ingestion passe pour produire quelquefois 
des accidents (voy. CONSERVES ALIMENTAIRES). Certaines saumures contiennentde 
la propylamine (Voy. PROPVLAJIINE). D. 

SAUNDERS (WILLIAM). Ne en Irlande, en \ 745 ; fit ses etudes aEdimbourg, 
ou il fut recu docteur en 1765. II alia ensuite habiter Londres, devint me decm 
de 1 hopital Guy et membre de la Societe royale. Saunders a fait plusieurs 
voyages dans les Indes. II estmort a Enfield, le 21 mai 1817. On connait de lui : 

I. Dissertatio med. chini. de antimonio ejasque usu in morbis citrandis. Edimbourg, 
1765, in-8 ; Londres, 1775, in-12. II. A New and Easy Method of giving Mercury to 
those affected with the Venereal Disease, from the latin of Joseph James Plenck. Londres, 
1768, in-S. III. An Answer to the Observations of M. Gcach, and to the Cursory Remarks 
of M. Alcock, on D. Baker s Essay on the Endemial Colic of Devonshire. Londres, 1768, 
in-8. IV. Observations and Experiments on the Power of the Mep/tilic Acid in dissolving 
Stones of the Bladder. Londres, 1777, in-8. V. A Treatise on the Structure (Economy 
and Diseases of the Liver, with an Inquiry into the Proportions and component Parts of 
their bile and biliary Concretions. Londres, 1793, iu-S; 1795, 1803. VI. Oratio Harveii 



90 SAUNIERS. 

imtituta, habila in theatro collegii regalis mcdicorum. Londres, 1797, in-4. VII. A 
Treatise on the Chemical History and Medical Powers of some of the most celebrated 
Mineral Waters, with practical Remarks on the Aqueous Regimen. To which are added 
Observations on the Use of Cold and Warm Bathing. Londres, 1800, iu-S ; 2 Edition, 1806. 

A. D. 



Ce mot a des acceptions un peu differentes suivant les pays. 
Sur les cotes de 1 Of.ean, au snd de la Loire, il designe 1 ouvrier qui recolte le 
sel, le colon partiaire qui cultive un marais salant; il est le plus souvent syno- 
nyme de paludier, de marayon (homme de marais). Sur la rive droite, de Gue- 
rande an Croisic, et au-dessus, le saunier est plutol le marchand ambulant qui 
porte le sel dans les campagnes et qui en fait le commerce; le fermier salicole 
est appele d ordinaire paludier, ce n est que par extension qu on le nomme aussi 
saunier. Enfin, dans le Midi, aux Lords de la Mediterranee, le saunier est 1 ou- 
vrier special, le contre-maitre charge de la surveillance, de la conduite des eaux 
dans un sal in ; ce n est que par extension que Ton donne ce nom aux ouvriers 
qui travaillent sous ses ordres, ou aux journaliers qui, chaque annee, 
viennent pendant quelques jours s engager pour faire la recolte et le transport 
du sel. 

Nous parlerons surtout ici de I liomme qui cultive habituellement les marais 
salants, et, pour eviter les redites, nous renvoyons aux mots : MARAIS (salants) et 
SALINES. 

Celte population salicole est digne d interet a beaucoup de litres; elle est 
malheureuse et elle est tres-nombreuse. Sur les cotes de I Ocean, 1 industrie sa 
licole n occupe pas moins de 29 400 personnes, pour les 20 000 hectares de 
marais qui existent dans 1 ouest (1867-68); en realite, il n y a que 7000 palu- 
diers ou sauniers proprement dits, mais les autres membres de la famille, les 
femmes, les enl ants, prennent une part, active au travail qui reussit a peine a 
les faire vivre, ct d apres la st;itislitjue (Enquete sur le sel) leur nombre s eleve 
a 22 000. 

Dans le Midi, au moment de la recolle du sel, des travailleurs nomades vien 
nent s engager pour quelques semaines, comme dans d autres pays on s engage 
pour fa i re la moisson ; ces sauniers improvises sont extremement nombreux, 
mais aucun document precis ne permet d en fixer le nombre approximatif. 

La prosperite de cette industrie, la maniere de vivre et le bien-etre des ou 
vriers varient extremement a 1 ouest et au midi de la France, qui represented les 
conditions opposees oil se fail la culture du sel. Autant cette industrie est floris- 
sante dans le Mi<li, aulant elle est en souflrauce sur les cotes de I Ocean ; au 
Croisic, elle lulle avec energie et parfois avec succes ; mais au sud de la Loire, 
en Vendee, a Bourgneuf, a Beauvoir, aux Sables-d Olonne, comme aussi au nord, 
dans leMorbihan, cette industrie se meuVt, et sa disparition peut en trainer des 
consequences graves au point de vue de I hygiene publique, c est-a-dire 1 insalu- 
brite seculaire de 1 immense surface occupee par les marais abandoniies. Les con 
ditions hygieniques, la nature du travail et la maniere de vivre dilferent tellement 
dans les deux pays, qu il est impossible de les reimir dans une description com 
mune ; il vaut mieux les etudier sticcessivement et separement. 

Sauniers de rOuest. Les causes de la decadence des marais de 1 Ouest sont 
nombreuses. Le soleil est moins ardent, 1 air est plus humide et le ciel plus brti- 
meux ; les journees chaudes et seches sont plus rures, les jomnees plnvieuses 
plus frequentes; par suite d un mauvais emploi des eaux meres, le depot salin 



SAUNIERS. 91 

retient une grande proportion de sals deliquescents, toujours humides, do sorte 
que les droits, qui sont excessifs, s appliquent en pure perte a 10 ou 15 p. 100 
d eau retenue dans le sel; 1 extension des chemins de fer dans toute la France 
ne permet plus aux marais de 1 Ouest de supporter la concurrence des salines de 
1 Est ni celle des salines du Midi, dont Balard a transforms la production ; a toutes 
ces causes d inferiorite, a la division excessive de la proprietc et du fermage vient 
se joindre le poids trop lourd de Fimpot sur le sel, impot tel qu en 1868, a Gue- 
rande et a Bourgneuf, le muid de sel valant de 15 a 20 francs devait payer 300 . 
a 360 francs de droits. 

D un tel etat de choses il results que la misere est devenue extreme, que la 
culture ou la recolte du sel ne permet plus aux sauniers de 1 Ouest de gagner 
leur vie. On tend de plus en plus a abandonner ce travail, au moins sur la rive 
gauche de la Loire. Or, de 1 aveu de tous, le pur ou les marais salants cesseront 
d etre entrelenus ou cultives, ils se transformeront en marais gats, dont la pesti 
lence est extreme ; tout ce pays, situe au-dessous du niveau de la mer, disparaiti a 
sous une mince couche d eau saumatre, 1 eau des pluies se confondra avec 1 eau 
stagnante apportee par les marees; le sol, infiltre de principes salins, restcra 
pendant un grand nombre d annees impropre a toute culture, et les tlcvres y 
etabliront leur domaine, comme dans les marais de Brouage, dont 1 influence se 
fait sentir, depuis pres d un siecle, jusqu aux portes de Rochefort. La situation 
n est pas encore aussi mauvaise, meme au sud de la Loire, meme dans les marais 
de Machecoul et de Bourgneuf, ou depuis trente ans les salines out progressive- 
ment disparu. Toutcfois, dans tout le bassinde la Basse-Loire, la vie du saunier 
est difficile et miserable. 

A la fin de 1 hiver, les pluies ont inonde tout le marais; du 1" mars au 
15 avril, suivant les conditions annuelles, le paludier commence son travail : il 
repare et nettoie la vasiere, il rejette les bones du fond sur les bords ; pendant une 
partie du jour, souvent par un froid assez vif, les mcmbrcs inferieurs restent 
plonges dans 1 eau; il a toutefois a craindre en celte saison bien plus les refroidis- 
sements que les emanations palustres. Des le 15 avril, il repare les conduits de 
1 eau qtii circule entre les oeillets, il vide ceux-ci que 1 eau des pluies a remplis, 
il refait les digues, repare les appartenances, travail long et penible qui n est 
guere terrains avant le 15 mai. Cette besogne achevee, le marais est dit en etat, 
le paludier se repose et attend la recolte du sel. 

Gelle-ci commence a la fin de mai ou au commencement de juin. Des lors, 1 e- 
vaporation par Faction combinee dn vent et du soleil est active, on recolte le sel 
tous les jours ou tous les deux jours; le saunier, expose en plein soleil, racle 
avec son rdble le fond bien battu de 1 oeillet, et le travail doit se faire avec 
une grande legerete de main, sous peine de sonlever la vase qui enleverait au 
sel sa blancheur et sa puiele. C est encore sous un soleil ardent que se fait 
le portage du sel aux mnlons ou anias considerables disposes sur les berges 
des marais, a des distances variables. Dans certains pays, particulierement au 
voisinage de Guerande, le portage est fait par les fenimes et par les enfunts, 
au moyen de larges jattes en bois nomrnees jeddes, contenant 25 a 30 kilo 
grammes, et qu elles portent en equilibre sur leur tete, en courant, avec une 
adresse merveilleuse. Les liommes, au contraire, portent liabituellcment le sel 
dans des paniers d osier qu ils cbargent sur Fepaulc. Pour ne pas eiitraver ou 
ralentir la recolie, le portage se fait sans discontinue! depuis le matin jus- 
qu a une heure tres-avancee de la nuit, et ce travail est une cause d extreme 



92 SAUNIERS. 

fatigue, non-seulement par la depensc cle force musculairc, mais encore par 
la privation cle sommeil. 

Ce travail penible et non interrompu dure en general qnatrc-vingts jours ; 
pendant ce temps, le saunicr et sa famille sont exposes tour a tour a riui- 
midile, aux emanations d ailleurs restrcintes de cerlaines parties du marais, 
mais surtout a Faction directe du soleil, singulierement accrue par la rever 
beration a la surl ace d une nappe d eau encaissee, tres-etendue ct immobile. 
Pendant les beures de nuit, le> travailleurs subissent les fraicheurs des nuits 
d ele, surtout au bord de 1 Oceau ct dans un pays plat oil rien ne vient arreter 
les brises bumides qui vicnnent de la mer. 

En (. change de ce rude travail, le paludier de I Ouest recoil un si mince salaire 
(|ue lui et sa famille nc peuvcnt gagner avec le marais plus de 200 a 250 
francs par an! Aussi, dans la Vendee et dans la Basse-Loire, les paludiers et 
saunicrs representent-ils la classe la plus indigentc du pays, et tout le monde 
reconnait que le sort d un ouvrier des cliamps est bien supericur a celui de 
riii\rirr des marais. Ce dernier ne peut vivre et fa ire vivre sa famille qu a la 
condition d affermer et de culliver k S terres, souvent de qualite mediocre, 
qui avoisinent les marais; ces bossis, ou revers de talus, lui fournissent cha- 
(|nc aimre quatre ou cinq hectolitres de froment ou de feves qui constituent 
le fond principal dr sa nmiri ilure. Lorsque le saunier ne trouve pas de terres 
a cnlliuT an lour de son marais. il e>t reduit a se loner comme homme de 
jicinr pendant tout le temps que lui laisse libre le travail du salin, c esl-a- 
dire jiuidant trois ou qualrr mois; son salaire nc depasse guere, quand meme 
il alU inl, 1 franc par jour. 

L Enquete sur le ,se/, en 1808, a elabli quo, dans 1 Ouest, une famille de 
paludiers composee du mari, de la iVmme et de deux enfants, ne pent vivre 
a moins de 700 francs par an; or, la culture du maiais ne rapporte que 
275 francs, et parfois seulement 170 francs; on peut y ajouter le benefice 
de 50 journees a 1 fr. 75 ou 1 franc, pour charger et decbarger les navires 
du voisinage: le complement doit done etre demande a la culture des sillons 
ou bossis qni entourent le marais salant. 

On comprend des lors que 1 alimenlation des paludiers soit insuffisante et 
de ii;aii\a;M- qualile : elle se compose le plus habituellement de lait caille, de 
feves et de pommes de terre; peu de pain, tres-rarement de la viaude ; des 
coquillages el des poissons de rebut qui ne valent pas la peine d etre trans- 
porj.es a la ville voisine. 

On.voit qu il est peu d existences plus difticiles, sinon plus malheureuses : 
aussi les paludiers tendent a abandonner un travail qui les nourrit si mal. 
Dt ja, en 1868, an moment de l enquete, dans le Morbihan, les 9/1 O es des 
marais etaient exploites avec negligence, les oeillets etaient mal repares, les 
levees restaient souvent ineultes; le proprietaire, n ayant plus d interet a en- 
tretenir les digues, laissait tomber le marais en ruinc. La mer tend des lors 
a envabir, non-seulement la place occupee par les marais, mais encore les 
terres basses environnantes ; il se forme des cloaques infects, ou regne la fievre, 
et, lorsqu on a reussi a evacuer les eaux et a en prevenir le retour, le sol n est 
exploitable qu au bout d un grand nombre d annees, apres que les eaux pluviales 
out reussi a laver la terre et a dissoudre le sel dont elle est impregnee. Dans le 
marais de Bourgneuf, en Vendee, cet abandon des marais salants fait des pro- 
gres reguliers depuis plus de vingt ans, ct la fievre intermittente y est devenue 



SAUNIERS. 93 

firqueute. Sur la rive droite, ]cs marais sont encore en plcine activite, au grand 
profit de la salubrite publique; mais la condiliou trcs-mediocre des sauniers ct 
paludiers doit faire craindre pour ces raarais le meme sort que pour ceux do la 
zone sud. 

Malgrecesmauvaises conditions do, vie et de milieux, malgre 1 exces de travail 
et 1 insuffisance de la reparation, la smite des sauniers est meilleure qu on ne 
pourrait croire. Au moins dans les localites ou les salins n ont pas ete abandon- 
nes ou mal entretenus, la population se fait souvent remarquer par unc consti 
tution vigoureuse. Au nord de la Loire, les homines sont grands et bien decou- 
ple s; les femnies out une fraicheur de teint maintes fois cele bree, elles yjoigneul 
une force remarquable qui n exclut pas la souplesse. II suffit de voir, pour eu 
juger, les paludieres du salin de Gueraude ou du Bourg-de-Balz, portant sur la 
tete leurs lourds fardeaux, les pieds nus, en courts jupons, couranl plutot que 
marcbant sur le lalus des marais. Dans les villes voisines, ou elles viennent 
parfois s etablir ou prendre du service, elles sont reconnaissables, non-seule- 
ment par leur costume original, mais encore par la richessc de leur teint, la 
vigueur de leur constitution, 1 ampleur de leurs formes ; le nom, plus naif que 
grossier, de cuts-sale s, sous lequel tout le monde les designe par mi usage 
tres-ancien, ce nom est dans le pays synonyme en quelqne sorte de vigueur et 
de sante. 

Nous avons plusieurs ibis parcouru ces marais de la rive droite de la Loire, 
nous n avons jamais rencontre ces types degrades et diiformes qui sont si com- 
muns dans les pays pauvres et insalubres. Nous avons intcrroge recemment en 
core les medecins qui exercent depuis longtemps leur profession dans ccttr 
contree; nous leur demandions s ils avaient remarque que les honimes, les fem- 
ines ou les enfants, fussent sujets a quelque nialadie speciale, imputable a leur 
genre de vie. Tous nous out repondu que du Croisic a Guerande les radiitique-. 
les scrofuleux, les infirmes, sont rares; que les maladies n ont aucun caractere 
special: ce sont les maladies aigues, f ranches, a terminaison rapide, comine 
celles qu on- observe chez les sujets sains et exempts de diatheses oude cachexies; 
les affections rhumatismales sont pen communes chez les honimes, contrairement 
a ce qu on aurait pu penser; les affections uterines, puerperales, lesavortemeats 
sont LI peu pres inconnus chez les femmes. Nous avons recherche si cette exposi 
tion incessante de la peau a des particules salines predisposait a certaines affections 
de la peau ou des muqueuses decouvertes : en effet, apres une promenade de 
quelques heures au milieu de ces marais, le tegument est reconvert d une couche 
miuce de sel qu on reconnait au gout etau toucher; suivant nos confreres, les 
maladies de la peau seraient au moins aussi rares que dans les autres campa iT nes, 
et lesulceres desjambes, si comniuns parmiles travailleurs, n y auraient aucune 
frequence anormale. Sans doute, cet etat prospere ivpi i -smle pour une 
part, dans cette region au moins, le benefice d une race particuliere, egaree 
au milieu des populations voisines, dont 1 origine est encore incerlaine, et dont 
les anthropologistcs out note depuis longtemps lesqualites et les caracteres excep- 
tionnels ; sans doute aussi Phygierie des sauniers et paludiers, sans doute la 
situation des marais salants, sont beaucoup meilleures au nord qu au sud de la 
Loire ; il est difficile cependant de n y pas voir aussi I influence de la vie au rand 
air, de 1 exercice corporel, de 1 atmosphere maritime. Au sud de la Loire, par- 
tout ou Tabandon des marais n a pas engendre de foyers palustres trop actifs, 
la population des marais salanls, qiioique moins brillante qu au nord, conserve 



94 SAUNIERS. 

encore une vigucur et une sante relatives, malgre les mauvaises conditions de 
milieu et d alimentation qu elle subit. 

II est vraisemblable que celte vie en plein air, cette excitation incessante de 
la peau et des nmqueuses par les brises violentes et toujours chargees de parti- 
cules salines, peut-etre 1 action de 1 iode contenu dans 1 air, toutes ces causes 
agissent sans doute favorablement sur les natures molles et lymphatiques; elles 
previ n nnent ou font disparaitre les traces de scrofules, elles affermissent la con 
stitution, elles produisent, en un mot, les bons effets qu on observe chez les 
enfants a I hopital de Berck-sur-Mer. 11 y aurait a recbercber si cede atmo- 
splirie excitante ne produit pas uue selection des 1 enlance, si elle ne fait 
pas disparaitre, des les premieres annees, les enfants delicats et souffreteux; il 
ne parait pas cependant que la mortalite du premier age soit la plus forte 
qu ailleurs. II existe assurement des fievres dans le marais de Bourgneuf, dans 
les salins de la Vendee, dans le Morbiban, et ces fievres sont d autant plus fre- 
quentes et plus graves que les marais salants abandonnes out fait place a de ve- 
ritables marais; mais les habitants de ces localities marecageuses ne meritent 
plus en rien le nom de sauniers, puisqu ils out cesse de culliver et de recolter le 
sel ; beureusement, on previent de bonne lieure par quelques travaux d assainis- 
sement et de culture les consequences redoutables de Tabandon des marais. 
Dans les localities ou cet abandon est moins complet, ou Ton remarque seulement 
de la negligence dans les soins d entretien, les fievres sont assoz rares ; la vio 
lence et la conliuuite des vents qui souffic-nt de hi mer, dans ce pays plat et de 
nude, favurisent peut-etre la dispersion, la dissemination des miasmes que 
degage le sol des marais mal entretenus. Rien, dans la partie septentrionale et 
ccntrale de la cote de 1 Ocean, ne rappelle 1 etat deplorable ou se trouvaient en 
core, il y a peu d annees, les marais et les habitants du pays de Brouage, pres de 
Hochefort; la cachexie palustre, la misere, 1 anemie, donnaient un cachet parti- 
culier a cette population ((111 avait rcmplace les sauniers; ceux-ci, il y a deux 
siecles, etaient bien portanls et vigoureux, alors que les marais salants etaienl 
en pleine culture et en pleiue prosperite; a mesure que les marais se transfor- 
maient en marais gats, les i heroins etaient envahis par la fievre, et, il y a moins de 
cinquante ans, on aurait pu retrouvcr a Brouage quelques-uns des traits sous 
lesquels Hippocrate nous a represenle les tristes habitants du Phase et du Pains 
Mrolidc. II e*t rcmarquable, en effet, que c est au bord de la mer qu on rencon 
tre les marais les plus redoutables, et il est probable que 1 abandon progressif 
des marais salants, leur mauvais etat d entretien, ont conduit les auteurs anciens 
a considerer la profession de sauniers ou de fabricants de sel comme une de celles 
qui comprometlaient le plus 1 existence. 

Bamazzini, dans son Traite des maladies des Artisans, consacre un court 
cliapitre aux Maladies de ceux qui travaillent dans les salines, et s exprime 
ainsi : 

La ville de Cervia, situee sur le bord de la mer Adriatique, fournit du sel a 
presque toute 1 Itiilie. J. Lanzonius de Fen-are, qui pratique la medecine a Cervia, 
m a ecrit que 1 air de cette ville est rendu si actif par le melange des particules 
salines, qu il ronge le fer, le ramollit peu a peu et le reduit en poussiere; 
que les ouvriers y sont tous cachectiques, bydropiques, et ont aux jambes des 
plaies d un tres-mauvais caractere; qu ils sont affames etalteres, au point qu ils 
ne peuvent etre rassasie s, ce qui rend parmi eux les morts subites assez fre- 
quentes: que la maniere de les guerir est differente suivant les medecins 



SA.UNIERS. 95 

qu ils appellent, et qu il y a peu de remedes a employer dans leurs maladies aigue s, 
to uj ours accompagnees de stupeur. Je ne sais pas si tous ces maux sont pro- 
duits par les seules particules salines qu ils avalcnt avec 1 air, ou Lien si 1 air de 
la ville elle-meme, qui passe pour etre tres-malsaine, n y contribue pas pour 
beaucoup. 11 est certain que Cervia est abandonnee par ses propres babitants ; 
c est pour cela que les papes ont accorde a tous ceux qui ne peuvent pas payer 
leurs dettes la permission de s y choisir un asile, et de ue pouvoir y etre pour- 
suivis par leurs creaneiers ; malgre ce privilege, ils paicut un autre tribut a la 
nature, quine les en exemptepas. D ailleurs, dans d autres endroits ou Ton fabri- 
que du sel, les maladies des ouvriers ne sont ni si terribles ni si dangereuses qu a 
Cervia. Vcnise, la reine de la mer Adriatique,jouit d un ciel assez serein et d un 
air assez pur ; la population y est tres-nombreuse, malgre les exhalaisons de la 
mer qui I environne de toutes parts. Les nombreux ouvriers qui travaillent dans 
cette ville, dont les salines sont un des revenus les plus considerables, ne sont pas 
attaques de maladies aussi redou tables que ceux de Cervia. 

Cependant, il est fort probable que la fabrication du sel est dangereuse pour 
ceux qui y sont employe s et leur cause des maladies graves, non-seulement par 
les vapeurs nuisibles, mais encore par les travaux excessifs ct pdnibles qu elle 
exige. Agricola fait observer que la chaleur excessive des ateliers ou travaillent les 
ouvriers les force a rester presque nus, et a ne couvrir que leur tete avec des 
chapeaux de paille, et les parties gcnitales avec une sorte de bande. 

L etat deplorable ou se trouvait a cette epoque 1 hygiene publique dans toute 
1 Europe et particulierement dans les contrees meridionales permet de supposer 
que les salines de Cervia, mal entretenues et non surveillees, avaient transform^ 
en veritable marais toute une partie du littoral de I Adriatiquc. II est tres-proba- 
ble qu il faut attribuer a 1 intoxication palustre, et a des conditions tres-com- 
plexes d insalubrite, le mauvais etat sanitaire de Cervia ; Ramazzini semble 
partager lui-meme cette opinion. Et cependant il ajoute un peu plus loin : 

L endroit de 1 Halie ou Ton prepare le sel au moyen de fosses pratiquees sur 
le bord de la mer n olfre a leurs habitants qu un air malsain. infecte par les 
vapeurs de 1 eau salee et stagnante, et Ton nc voit aucun medecin y fixer sa 
demeure (sic!). Aussi les malheureux ouvriers, lorsqu ils sont attaques de 
maladies aigue s, perissent-ils faute de secours, ou tombent-ils dans des ma 
ladies de langueur, qui les menent au tombeau. Les medecins qui sont appeles 
pour trailer ces ouvriers doivent leur prescrire la saignee avec beaucoup de 
moderation : les evacuations sanguines causenl des defaillances et aggravent le 
mal. Les purgatifs paraissent mieux leur convenir; il en est de meme du bon 
\in et des aromates. 

Saunters du Midi. Le bon etat de sante des Sauniers du littoral tic la Medi- 
terranee prouve que 1 aclion du sel n a par elle-meme aucune influence perni- 
cicuse. Pendant une grande partie de 1 annee, les liommes employes en perma 
nence dans les salines sont en tres-petit nombre et appliques a un travail inte- 
ricur dans 1 usine ou les eaux meres subissent des traitements divers. En ete, 
vers la fin de juillet, et jusqu au 15 aout, dans le Var, dans les Douches du 
Rhone, commence la recolte du sel sur le salin lui-meme. Pour cela, on .embau- 
che un nombre tres-grand de journaliers ambulants et inoccupes. Un bon batteur 
peut dans sa journee^ at e/er, c est-a-dire amonceler en tas coniques, dixa douze 
tonnes de sel ; une femme porte par jour quatre a cinq tonnes, a 1 aide de paniers 
contenant 30 kilogr. de sel. Les ouvriers travaillent tout le jour sous un soleil 



96 SAUREL. 

brulant, et ils prolongent souvent leur travail jnsqn a line heure avancee de la 
nuit. Certains arrivent ainsi a gagner par jour 7, 8 et mniie 10 fr. Mais apres 
quelques semaines de ce rude labeur ils sont pour la plupart snrmene s, ils ont 
un besoin reel de repos. Leur salaire eleve leur permet de s alimcnter d une 
tacon convenablc ; tons les deposants dans 1 enqurte de 1868 sont unanimes pour 
reconnaitre que leur sante reste excellente, et qu en resume le travail du sel, 
quand les salins sont en bon elat d entretien, ne compromet en rien la sanle 
de 1 homme. E. VAI.LIN. 

BIBLIOGRAPIIIE. RAMAZZIM et PATISSIER. Trailc des maladies den artisans. 1822 (Maladies 
de ceux qui travaillent le sel). ENQUIRE sun LES SEI.S. Minislcre de I dgr/cullure. Paris, 1868, 
3 vol. in-folio. (Particulierement : t. I, p. 19 et suiv.; t. II, p. 15 a 93; t. Ill, p. 68 et suiv.) 
- A. AUDIGANNE. La region du ba.f de la Loire (les Paludiers des marais salants et les Pecheurs 
des cotes). Revue des Deux-Mondex, 1868, t. LXXV11I, p. 199. G. MERESSE. Lev Marai* sa- 
lants de I Ouest. Saint-Nazaire, 1868. (Voy. la bibliographic de SAI.INES etde MAR MS (salants). 

E. V. 

s%i it ou S%IT:K (LumviG). Medecin allemand, ne a Friedland, dans le 
Mecklembourg-Strelitz, le 22 novembre 1796, prit le bonnet de docteur a Ros 
tock en 1818, pratiqua son art d abord a Malchin, dans le Mecklembourg, puis 
a Sclvwedt, dans le Brandebourg, a partir de 1828. C etaitun praticien habile et 
lirs-aimede ses malades ; il etait me decin des pauvres. 

Saur est mort a Sclwedt le 27 mars 1855. Dans plusieurs de ses ouvragesil 
s cst spdcialement occupe d electricile et a cherche a prouver que les maladies 
dependent surtout des modifications que subit 1 activite electrique dans 1 orga- 
nisme et a baser sur ces donnees un traitement rationnel. Nous citerons de lui : 

I. Diss. innng. dc cihicnlioin infunluin, nulla adhihiln nulrice. Rostochii, 1818, in- 1 1 . 
II. Vi rxiidi d<is Wi sen der Krankheiten ini nu iischlichrn Orgnnismiis zu crlilitrcn. mid 
deren ralionelle Hcihing i l><-xlhnni<-n. Leipzig, 18 24, pet. in-8. -- III. Bi lraclitunyen 
dcr Electricitiit. Berlin, 1832, in-8. IV. D ass die Eiilstehun// uiul Udlnng der Kranh- 
lii ili-n hauptsachlich nur von dcr modificirten electrischen Tliiitigkeil in unserin Orga- 
nixtittix dlilu ingiij kind. Einc plnjsisch-mcdicinisclie Abliandlung. Landsberg- u. Schwedt, 
1837., gr. in-8. L. HN. 

SAUREL (Louis-JoLEs). Naquit a Montpellier, le 28 fevrier 1825, et mani- 
festa de bonne beure une ardeur extraordinaire pour 1 etude, jointe a une intel 
ligence vive et penetrante. 11 lit avec le plus grand succes ses etudes medicales, 
et ne tarda pas a recueillir le fruit de son travail. La medecine navale, les 
longs voyages maritimes avec leurs peripe ties, souriaient a cet esprit avide de 
science, de poesie et d emotions. Apres de brillants concours, il fut nonime. 
le l er avril 1845, chirurgien entretenu de troisieme classe dc Ja marine a Tou 
lon, et, le 1" octobre 1848, chirurgien entretenu de deuxieme classe de la 
marine a Brest. Dans le premier de ses grades il fit une campagne importimle 
sur les cotes occidentales d Afrique, en 1845 et 1846, sur YAube, le Caraibe et 
Vfilan; dans le second il fit, en qualite de chirurgien-major, une station de 
vingt-deux mois dans le Rio de la Plata, a bord de YAlcibiade. 

Apres huit ans de voyages, Saurel revint a Montpellier pour subir ?es exa- 
mens, et soutint brillamment sa these inaugurale le 25 fevrier 1851. Cette dis 
sertation est intitulee : Essai sur la dimatologie medicale de Montevideo et de 
la repnblique orientals de I Uruguay. II fit alors ses adieux a lamer et, en 
1852, prit avec Ch. L arbaste la direction de la Revue therapeutique du Midi, 
qui avait ete fondee en 1850 par M. Fuster; il en garda seul la direction de 
1855 a 1860. 



97 

Un concours pour 1 agregation dans la section chirurgicale etant ouvert en 
1855, Saurel se mil sur les rangs, mais echoua malgre les brillantes qualites 
qu il mit en lumiere dans la lutte. II reussit mieux deux ans apres, en 1857, 
ct fut nomme agrege stagiaire. II devait entrer en cxercice le 1" Janvier 1860, 
mais 1 etat de sa sante le forca a se tenir a 1 ecart des travaux dc 1 ecole. II suc- 
comba le 10 juin de la meme annee, laissant apres lui des regrets unanimes. 
Saurel etait membre titulaire de la Societe de medecine pratique de Montpel- 
lier, de 1 Academie des sciences et lettres de la meme ville (section de mede 
cine), membre correspondant de la Societe de chirurgie de Paris, des Societos 
de medecine de Gand, d Anvers, de Poitiers, de Bordeaux, de Paris, de 1 Aca- 
demie royale de medecine et de chirurgie de Madrid, etc. 

Nous avons emprunte a 1 allocution prononcee sur la tombe de Saurel, par 
M. Girbal, professeur agrege a la Faculte de medecine de Montpellier, les ren- 
seignements qui precedent. 

Saurel a beaucoup ecrit ; voici la liste de ses travaux principaux : 

I. Note sur les conditions sanitaires des possessions dc la France au Gabon (cdle occi- 
dentale d Afrique}.}\\ Jouru. de la Soc. denied, pratique de Montpellier, Janvier 18i7. 
Tirage a part : Montpellier, 1847, in-8. II. Emploide I acide arscnicux dans /es fievra, 
inter mittentes. In Gaz. md. de Montpcll,, 18i7, p. 7. III. Note sur nnc v/iric/e de plan. 
In Ann. de Ilicra/). ct de toxicologie, iSiS, p. 33. IV. Luxation du coudc en tn-r^ir // 
n deliors, etc. Ibid., p. 474. V. Quelques mots sur la therapeutique des fievrcs dc la 
cdle occidentale d Afrique, etc. In Gas. med. de Montpellier, 1848 et Gaz. des ktipit. 1848. 

VI. Essai sur la climatologie dc Montevideo ct de la republique orientalc de I Uruguay. 
(Ameriquc du sud). These de Montpellier, 1851, in-4. Paris, 1851, in-8. -- VII. Rcchcr- 
clies d hydrographie medicate. Montpellier, 1851, in-8. VIII. Du goitre et du crcti- 
nisme, etc. Montpellier, 1851, in-8. IX. Notice historigue, topographique ct medicale 
sur les bains denier de Palavas, pres Montpellier. Montpellier, 1851, in-8. X. Observa 
tions sur le priai>isme et I impuissance . Montpellier, 1851, in-8. XI. Expose hixturique 
ct critique de la vaccination syphilitique et de la syphilisation. Montpellier, 1852, in-8. 
XII. Observations de chirurgie pratique, trad, de I espagnol, etc. In Gaz. med. de Mont 
pellier, 1852, in-8. XIII. Let Ire sur I anatomisme et le. vitalisme. Montpellier, 1852, 
ia-8. XIV. De la rigidite du col de V uterus dans les cas d eclampsie avant ou pendant 
V accouchement , etc. In Union med., 1852, p. 589. Tirage a part. Paris, 1852, in-8. 
XV. De la medecine et des medecins en Espagne. In Gazelle medicale de Monlpellier, 1852. 

XVI. Effets du colt apres une amputation. In Presse med. beige, 1852 et Rev. med., 
chirurg., 1855. XVII. Menwire sur les applications de la melhode aneslhesique au trai- 
tement des maladies internes. In Gas. rued, de Paris, 1854. XVIII. Observations c/iniqucs 
sur un cas de paralysie musculaire atrophique, etc. In Bullet, de la Soc, de med. de 
Gand, t. XXI, p. 58; et. Montpellier, 185i, in-8". XIX. Memoire sur la luxation des 
cartilages costaux. In Mem. de VAcad. des sc. de Montpellier, t. II, p. 189; et Montpellier 
1854, in-8. XX. Des fluxions au point de vue chirurgical. Th. de concours pour Fagreg. 
en cliir. Montpellier et Paris. 1855, in-8. XXI. DM traitemcnt de la pourriture d hdpttal 
aumoyen des applications topiques de teinture d iode.ln Rev. therap. du Midi, 1856; et 
tirage a part : Montpellier, 1856, in-8\ XXII. Memoire sur les fractures des membres par 
armes a feu, etc. In Mem. de I Acad. des sciences de Montpellier, t. II, p. 3 27 ; et Montpel 
lier, 1850, in-8. XXIII. Du microscope au point dc vue de scs applications a la connais- 
sance et au traitement des maladies chirurgicales. Paris, 1857, in-8". XXIV. Chirurgie 
navale ou eludes cliniques sur les maladies chirurgicales, qne Von observe le plus commu- 
neinent a bord des bailments de guerre. Paris, 1859, in-18. XXV. Tra/te de cliirurqie 
navale, suivi dun resume de leyons sur le service chirurgical de la flotte, par M. J. ROCHARD. 
Paris, 1861, in-8. XXVI. Luxation sous-astragalienne lalerale, par suite d une chute de 
oheval sur le pied droit. etc. In Montpell. med., t. V, p. 471, 18hO. XXVII. Des fractures 
des membres che.z les petits enfants. Ibid., t. VIII, p. 72, 1862. -- XXVIII. Nombreux arti 
cles de bibliographie et de critique medicates dans la Gazette medicale de Montpellier et 
dans la Revue tlicrapeutique du Midi. L. H.\. 

S^UR1E\S. Ces animaux constituent un ordre de la classc des Reptiles-, 
remarquable par le nombre et la diversite de formes de ses cspcces actuclle- 
DICI. E.NC. 5 s. VIL 7 



98 - . 

ment existanlcs et pins encore cle cellos qui 1 ont represente pendant les pe"riodes 
tertiaire et secondaire. Les Sauriens se distinguent par lenr corps lacertiforme 
et pourvu d une queue habituellement allongee; ils out le plus souvent quatre 
pattes, mais ce caractere n est pas constant ; on pent toutefois les distinguer 
des ophidicns on veritables serpents meme sous cc rapport, lorsqu ils leur res- 
semblent le plus, soit exterieurement, soil par leur mode dc progression, comme 
cela a lieu pour les Orvets, les Scheltopusiks ou les Amphisbenes, par ce fait 
que leurs membres persistent, au moins a 1 etat rudimentaire, ou qu ils con- 
servcnt toujours unc e paule et un bassin sous-cutane s. Leurs machoires ne 
luriiu iil |>as une articulation mobile comme cela se voit chez les serpents, et les 
os dc leur crane sont parfois tres-solidement fixes les uns aux autres, en meme 
temps qu ils le sont a ceux des machoires. A 1 encontre des ophidiens ils out 
presque toujours des paupieres, et leur tympan est habituellement visible au 
debors, au lieu d etre sous-cutane. Leur peau est squameuse, et dans beaucoup 
de cas, les replis ecaillcux qu on y remarque sont soutenus parun encroutement 
osscux. OiKtiil a k-iir squelelte, les Sauriens presentent plusieurs particularite s 
importantes, suit dans la constitution de la tete, soit dans la forme des epaules; 
ees caratieres (tnl ele deceits par Cuvier, et j ai aussi donne des details a leur 
sujet. Les vertebresdes Sauriens soul procoeliennes, c est-a-dire a corps concavo- 
convexe, saul ce|iendanl chez les Geckotiens, Sauriens inferieurs aux autres, 
qui les mil amphicoeliennes ou biconcaves, tiinsi que je 1 ai montre. La fonne 
biplane des memes os se remarque chez quclques Sauriens fossiles des epoques 
aiicieimes; mi |;i irlrouse dans le genre lialteria, qui n est connu qu a la Nou- 
velle-Zdlande. 

|i ailleui> les S,m liens sont comme les Ophidiens desReptilesa penis dedouble 
(Ilispeiiicns ou Ophido-Sauriens, Mlainv.), et ceux de la nature acluelle ou dela 
lin do la periode lerliaire soul t aciles a distinguer des Che lonieus ainsi que des 
C.niemliliens, iiDii-seulement par la disposition de leurs organes males, mais 
aussi par d autres particularites importantes. II en est toutefois, parmi ceux 
a\aiil \( en alors que se di pos.-iieiil les terrains secondaires, qui semblent passer 
aux Crocodiliens par certains de leurs caracteres osteologiques ou dentaires, et 
d aiilres qui sont au contraire tres-differents de toutcs les formes qui se sont 
montn es de|iuis lors. De ce nombre, sont les Ichthyosaures, qui etaient pour 
;iiii>-i dire |r> ei iart es des liepiiles, les Pliosaures, les Ple siosaures et d autres 
encore. C.ertaius reptiles Sauriens appartenant a la meme periode geologique 
possedaient des cai acteres prupres aux Oiseaux, mais sans revetir la forme de 
ces deruiers (Campsognathus et autres Dinosauriens). 

On a propose plusieurs classifications des Sauriens, et 1 on s est souvent servi 
de la forme de leur langue pour arriver a ce resullat. Wagler deilnissait ainsi les 
prineipaux groupes adoptcs par lui : Platyglosses a langue charnue, plane et 
lilire a sa pointe (Geckos et Iguauiens) ; Pac/i yglosses qui 1 ont e paisse et presque 
completement adherente a la concavite de la machoire inlerieure (Agamiens) ; 
les Antharchoglosses chez qui elle est grele, libre et extensible (Scinques) ; 
Thecoylosses, ou elle est protractile et comme cneaissee (Camele ons, Helo- 
dermes) . Cette classification ne saurait etre maintenue. 

II est preferable de s enquerir de 1 ensemble des dispositions propres a 
chaque groupe naturel, attendu que Ton arrive ainsi a la distinction d un certain 
nombre de families veritablement distinctes, dont les principales sont celles des 
Varanides ou Varans; des Chalcide s, la plupart pourvus de membres bien deve- 



SAUROPHIDIENS. 99 

loppes maisquipeuvent les avoir rudimentaires, commecela sevoitchezles Shclto- 
pusiks ; des Scincide s dont les especes sont aussi tantot quadrupedes, ianlot 
presque apodes et dans certains cas absolument privees de traces exterieures dcs 
organes locomoleurs. Le scinque des boutiques (Scincus officinalis) qui est un 
objet de pharmacie fourni par les deserts de 1 Afrique appartient a cetle famille. 
Les Agcimides, nombreux dans 1 ancien continent, el dont il faut rapprocher sinon 
associer avec eux les Cameleons malgre les particularites de forme en rapport 
avec leur genre de vie qui les distinguent. Peut-etre meme, le Trogonopliis, 
espece africaine a forme d Amphisbenes, qui est acrodonte comme le sont aussi 
les Agames, constitue-il aussi, malgre Fextreme difference de forme exterieure 
qui le separe des Agames, une division du meme groupe naturel dans lequel 
il representerait la condition apode. 

Les Cameleons sont de tous les Sauriens ceux qui sont le plus rcmarquables 
par les changements de couleur qu ils eprouvent. 

Les Iguanides, reconnaissables a leurs dents pleurodontes et qui appartiennent 
surtout au uouveau continent, ferment aussi une des grandes families de 1 ordre 
des Sauriens. Quelques grosses especes de ce groupe sont alimentaires. 

Les Lacertides font partie du meme grand groupe ; ils forment une autre 
division dont les especes tres-diversifiees se rencontrent sur Lous les points du 
globe. Sauf le chalcide et 1 orvet, qui sont des Scincoi diens, ct le Gecko tic .Mau 
ritania, pour le littoral mediterraneen, nos differences especes de Sauriens de 
France sont des Lacertiens. 

Une derniere famille de Sauriens procosliens serait celle des Amphisbenes, 
animaux pleurodontes, dont la forme est assez etrange. 

Dans 1 e tat actuel des connaissances erpetologiques on est force de classer 
dans un groupe a part cependant peu eloigne des Varans, YHeloderme qui 
appartient a la faune du Mexique, tandis que les Varans sont particuliers a 1 an 
cien continent. 

Get Heloderme est un animal fort singulicr par son apparence exterieure ; 
il merite d etre signale ici d une maniere toute particuliere, attendu que, seul 
parmi les Sauriens, il passe pour etre veneneux a la maniere de certains oplii- 
diens, ce que la disposition de ses dents dont j ai etudie la structure microsco- 
pique parait confirmer. 

Les Sauriens amphicosliens ne comprennent qu une seule tamille, celle des 
Geckotiens, dont la peau est verruqueuse, et qui sont toujours d un aspect 
repoussant; les crochets qui arment le dessous de leurs doigts leur permet- 
tent de marcher centre les parois verticales des corps ou memo de s accrocbcr 
aux plafonds et de s y mouvoir. Les Geckotiens sont repandus dans toutes les par 
ties chaudes et tempeiees du globe. Ce sont des animaux inoffensifs ct qui ne 
meritent pas la mauvaise reputation qui leur a etc faite. [Voy. FRANCE (Faune 
de la.}\ P. GERV. 

.4L ao.\. Norn donneautrefois a la Moutarde sauvage (Sinapis arvensis L.). 

Pu 

SAUROPHBDIEXS. De Blainville a le premier reconnu ce fait interessanl, 
que les Sauriens et les Ophidiens sont des animaux d un seul et meme groupe, 
et qu ils sont lies entre eux par des caracteres importants tires en particulier 
de la conformation de leurs organes reproductcurs, ce qui las eloigne a la fois 



100 SAUbbUKL. 

des Crocodiles et des Tortues. Aussi a-t-il propose de leur imposer le nom qui 
precede, afin d exprimer Ics affinites qui les rapprochent. Celui de Bispeniens, 
par loquel il les designe aussi, indique qu ils ont les uns et les autres le penis 
divise en deux et pour ainsi dire double ou plutot dedouble, ce qui n existe ni 
chez les Cheloniens ni chez les Crocodiliens, dont le meme organe est simplement 
fendu en dessous, ce qui le fait resler pour ainsi dire dans les conditions d un 
hypospadias normal. P. GEKV. 

SAURY (1 abbe), ne pres de Rhodez en 1741, etait professeur de philosophic 
a 1 universile de Montpellier, docteur en medecine et correspondant de 1 Aca 
demic dc Montpellier. Nous ne connaissons pas 1 annee de sa mort. II a laisse 
un certain noiubre d ouvrages de mathematiques, dc pliilosophie, d histoire 
nalurelle, de medecine, etc. Nous citerons seulement : 

1. Cours de physique expirimentale et theorique, etc. Paris, 1776, in-1 2, 4 vol. 

II. Ilistoire, naturelle du globe, ou geographic physique, etc. Paris, 1778, in-12, 2 vol. 

III. DCS inmjens qucla sainc medecine pent employer pour multiplier un sc.rc plutdt que 
I attire. Paris, 1779, in-1 2. IV. Precis d histoire naturelle, etc. Paris, 1778-79, in-12, 
, r > vol. V. /ViV/.s dc physique. Paris, 1780, in-1 2, 2 vol. VI. QEuvres completes. Paris, 
1777, in-12, 7 vol. L. HN. 



(HOIUCE-BENEDICT DE). Savant physicien et grand geologue, ne 
a Geneve le 17 levrier 1740. II cut pouv pere Nicolas de Saussure, qui s est fait 
eoiinuiliv par que-lqucs cents rclatifs a 1 agriculture. Des 1 age de vingt ans, le 
jcunc Benedict elait en etat de concourir pour une chaire de mathematiqucs, 
et a vingt-dcux ans, il obtcnait celle dc pliilosophie. Des lors, sa vie fut 
consacree a la double carriere de renseignement et de 1 observation. Apres avoir 
ciilame, sous la direction de Charles Bonnet, son oncle maternel, et avec les 
encouragements de Ualler, quelques recherches dc physiologic vege tale, qui 
ivvi liVrut chez lui uu veritable talent d observation, de Saussure se vit bientdt 
comme force de ceder a 1 impulsion de son genie, et resolut d aller etudier sur 
les lieux memes la constitution des montagnes. Ecoutons-le raconter lui-meme 
les entrainements quile pousserent dans cette carriere, qui lui acquit le plusde 
gloirc : J ai eu pour les montagnes, des 1 cnfance, la passion la plus decidee; 
je me rappelle encore lesaisissement quej eprouvai la premiere fois quemesmains 
toucherent le rocher de Saleve, et que mes yeux jouirent de ses points d; vue. 
A 1 age de dix-huit ans (en 1758), j avais deja parcouru plusieurs fois les nion- 
Iji^ncs les plus voisines de Geneve. Mais ces montagnes peu eleve es ne satislai- 
saicnt qu imparfaitement ma curiosite : je brulais du desir de voir de pres les 
llautes-Alpes,qui, du sommetde ces montagnes paraissent si majestueuses. Enfm, 
en 1760, j allai scul et a pied visitor les glaciers de Chamounix, peu frequentes 
alors, et dont 1 acces passait meme pour difficile et dangereux: j y retournai 
I linnee suivante, et des lors je n ai pu laisser passer une seule annee sans fyire de 
grandcs courses, et meme des voyages pour 1 ctude des montagnes. Dans cet espace 
de temps, j ai traverse quatorze fois la cliaine entiere des Alpespar hint passages 
diffcrents; j ai fait seize autres excursions jusqu au centre de cette chaine ; j ai 
parcouru le Jura, les Vosges, les montagnes de la Suisse, d une partie de 1 Al- 
lemagne, celles de 1 Angleterre, de 1 ltalie, de la Sicile et des iles adjacentes; 
j ai visite les anciens volcans de 1 Auvergne, une partie de ceux du Vivarais, et 
plusieurs montagnes du Forez, du Dauphine et de la Bourgogne. J ai fait tons 
ces voyages le marteau du mineur a la main, sans aucun autre but que cclui 



SAUSSUREA. 101 

d ctudierl histoire naturelle, gravissant toutes les sommites accessibles qui me 
promettaient quclque observation interessante, et emportant toujours des 
echantillons des mines et des montagnes, de celles surtout qui m avaient pre- 
sente quelque fait important pour la theorie, afin de les revoir et de les -etudier 
a loisir. Je me suis meme impose la loi severe de prendre toujours sur les lieux 
les notes de mes observations et de mettre ces notes au net dans les vingt-quatre 
heures, autant que cela etait possible . Tous ces voyages, toutes ces excur 
sions furent couronnes par la fameuse ascension du mont Blanc au sommet 
duquel de Saussure, conduit par Jacques Balmat et dix-sept autres guides de 
Chamounix, parvint le 3 aout 1787 par un sejour de pres de trois semaines sur 
le col des Geants, dans le but principal d observer ct d etudier les phenomenes 
meteorologiques. Lc savant physicicn suisse peut etre a juste titre regarde 
comme le fondateur de la geologie, a une epoque ou la mineralogie et la chiiuie 
etaient encore dans 1 enfance. On lui doit encore des recherches sur les ballons, 
sur Felectricite, la temperature des eaux, 1 emploi du chalumeau, la decompo 
sition del air. Outre 1 hygrometre a cheveux qui porte son nom, il a imagine 
et fait construire des instruments propres a mesurer la force du vent, a appre- 
cier la temperature de 1 air, 1 intensite du bleu de ratmosphere. Ces instru 
ments sont I anemometre, le diaphanomctre, le cyanomctre. Ses Voyages dans 
lesAlpes (1779-1796, 4 vol. in-4) resteront toujours comme unmoilele d etude 
patiente, de savante observation et de rare modestie. Get ouvrage n est pas 
moins remarquable par le style que par 1 admirable philosophic qu on y voil 
partout empreinte. C est d ailleurs une mine inepuisable ou Ton trouve bota- 
nii|iie, zoologie, mineralogie, physique, meteorologie, geologie. Voila pourquoi 
le nom de Saussure figure dans ce dictionnaire. 

Horace-Benedict de Saussure est mort a Geneve le 22 Janvier 1799, dans sa 
cinquante-neuvieme annee. Son ills, Theodore de Saussure, s est fait un nom 
dans la science par ses beaux travaux sur la chimie vegetale, et sa iille, Mine Ncc- 
ker de Saussure est auteur d une notice remarquable sur Mine de Stue l, el de 
{ Education progressive, ouvrage d un grand merile. CHEREAU. 

SAUSSURE&. Genre de plantes Dicotyledones appartenant a la famille des 
Composees, tribu des Carduacees. Etabli par de Candolle pour un certain nom- 
bre d especes de Serratnla, ce groupe naturel contient des plantes a capitules 
multiilores dontlesfleurs, toutes egales, sont toujours hermaphrodites; les akenes 
sont allonges, presque cylindriques, a bile basilaire et non lateral, et surmonte 
d une aigrette de poils disposes sur denx series ; 1 externe persistante a poils 
denticules; 1 interne, caduque, a poils plumeux. 

L espece la plus interessante au point de vue de la medecine, est le Saussu- 
rea amara DC. (Serratula amara L.), qui vient dans les forets herbeuses de 
la S iberie. Toutes les parties de la plante ont une amertume tres-prononcee ; 
aussi est-elle employee par les Cosaques contre les fievres intermittentes ; el 
Pallas pense-t-il qu elle pourrait remplacer la Gentiane et le Rbaponlic. On 1 em- 
ploie aussi comme antiputride, et Ton repand la poudre sur les plaies pour les 
faire cicatriser. Enfm, d apres Martins, les Kalmoucks emploient sa decoction a 
1 interieur et a 1 exterieur contre la rage. 

LINXE. Species, 1145. DE CANDOLLE. Prodromus. VI, 530. LAMVRCK. Diclionnaire Ency 
clopedic. VI, 053. GMELIX. S/birica. II, 72. tab. 29. PALLAS. Voyage. II. FEUUSSAC. 
Bulletin des sciences medicales. XIII, 556. p L> 



10-2 SALiTER. 

SALT. Voy. LOCOMOTION. 

SALTER (JOHANN-NEPOMUK). Celebre chirurgien allemand, etait Ills d un 
institutcur. II naquit dans 1 ile de Reichenau, sur le lac de Constance, le 29 juin 
1766, utudin 1. diintrgie sous la direction d un praticien deReichenau, ct apivs 
examen ful admis a exercer cct art a Allensbach, pres de Constance, en 1788; 
nomme en 1800 medecin pensionne de hi principaute de Reichenau, il conserva 
cette charge, lorsqu en 1805 Heiclienau fut annexe a la principaute electorate 
de Bade, et peu apres obtint le titre de docteur en medecine et en chirurgie ad 
honor em (1806). II alia ensuite s etablir a Constance ou il devint premier me- 
decin de la ville et du cercle (1809), et en 1812 fut nomme conseiller medical 
grand-ducal. Cette mcme annee il obtint du grand-due de Francfort la grande 
mcdaille d or du merite pour son ouvrage sur le traitement des fractures sans 
attelles. Enfin, il se demit de ses I ondions officielles en 1855 etmourut dans le 
canton de Thurgovie le 30 decembre 1840. 

Sauter etait membrc de plusieurs societes savantes. Chirurgien habile, il a 
deceit divers precedes operatoires et a laissi- 1111 grand nombre de memoires inse- 
re s dans divers journaux medicaux; il donne, entre autres, la relation de 1 extir- 
pation totalc d un uterus carcinomateux ;ivec les regies pour 1 accomplir. Nous 
citerons de hii : 

I. \\i-itri\ijc :nr Kcnnlirisx nnd Ilci/ung tier Rindviehseuche. Dim, 1804 (1803 1 , in-8". 
II. .\i>idi>i/ic </i i/rii cinrii iif/ en/liclicn Verruf seiner Beitr. zur, etc. Rindviehseuche. Ibid.. 
1S().", ^r. in-S. HI. ^<n Inn-lit von di /n Gesundbrunnen mid Bad zu Aeberlingen mn 
Dodcnscc.... 180J. IV. Anweisung die Beinbriiche dcr Gliedmassen, ri>r:iii/li</i die com- 
plicirtcn, und den Schenki lbeinhalsbruch nach einrr nciii ii, leich/cn nnd einfachen nnd 
wohlfcilen melhode ohne Schienen zu Itcilcn. Freiburg, 1812, in-S, 5 pi. Trad, frang. 
par Mayor sous le tilre suivaut : Instruction pour trailer sans atlelles les fractures des 
extremites, principalemenl c> lles qui sonl complitjitci-s, rt ce lies du col du /etnur, d apres 
la melhode invcnter par M. Sauter, avec la description de nouveaux instruments pour 
la ligature des polypes. Paris et Geneve, 1813, in-8. V. Beschreibung des Getrai- 
deschiindr>-g (Tijiula cerealis), dues dem Getreide ho chst scliadlickcn Insects. ^Yil^ertlu^r, 
1817, gr. in-8. VI. Die ganzliche Extirpation dtr Gebdrmutter, ohne selbxt entstandencn 
oder kunstlich bcwirklen V or full vorgenommen und glucklich vollfiihrt ; mil nahercr Andeu- 
tung, wie diese Operation gemacht werden konne. Constanz, 18 2ii, pet. in-8, 2 pi ; trad. 
ital. par G. CANELLA. Milano, 18 23, in-8. VII. Eine Beobachtung iibcr den Gesic/tts- 
schmerz elc.In Museum der Heilk.Ed. I, p. 297, 1792. VIII. Zweites Fragm. zur Infarctus- 
Gescliichle, etc. Ibid. Bd. II, p. 71,1794. IX. I ersuche mil der Eichenrinde in au**<r- 
lichen Schdden. Ibid., p. 143. - - X. Beobachtungen von einer besondcm Krankheit der 
Augenwiinpern. Ibid. Bd. IV, p. 56, 1797. XL lleilung der schon ausgcbrochenen Hydro- 
pliobie durch Belladonna. In Hu f eland s Jour n. der Ueilk. Bd. XI, St. 1, p. 5, 1800. Trad, 
ital. Bologna, 1806, in-8. XII. Nittzen des Essigs bei eincr Vergiftung durch die Bella 
donna. In Ilu/ eland s Journ. Bd. XI, St. 3, p. 126, 1801. XIII. Bemerkungen iiber cine 
Scharlach- Epidemic, und die heilsamen \Virkungen des Mercurs in dersclben, etc. Ibid. 
Bd. XII, St. 2, p. 77, 1801. -- XIV. Ein ncues animal isches Anodynum. Ibid. Bd. MV, 
St. 2, p. 91, 1802 et Bd. XX.XI, Nov., p. 101, 1810. XV. Die E/nrichtung des verrenktcn 
Achsclgelenkes. Ibid. Bd. XLI1I, p. 39, 1816. XVI. Eine einfaclie und leichle Melhode tur 
Unterbindung der Gebarmutter-Pohjpen. In tiiebold s Chiron. Bd. II, St. 2, p. 420, 1JS09, 
lig. XVII. Einigc IIundswuth-Geschichlen, etc. la Jled.-Chir. Zeitung. Bd. Ill, p. 576, 
385, 1809. XVIII. Ueber die Krankheitsgeschichle eines Made/ten, etc. In Miscell. f. d. 
neueste Wellkunde. Jahrg. 1812. XIX. Ueber das Gas, welches bei der Weiin/ahrung 
entwickeltwird, etc. In Hesperus, H. VIII, [). 282, 1815 et in Hermbstadt s Museum. Bd. IX, 
p. 204. XX. Ueber die Maul und Klauenseuche. In Henke s Zeitschr. f. Slaatsann. 
Bd. IV, p. 147, 536, 1822. XXI. Beobacht. ub. die dchten Menschenblallern, die Kuhpoc- 
ften, etc. Ibid. Jahrg. XII, SuppJ.-IIeft 16, p. 242, 1832 et Bd. XXIV, p. 117, 1832. 
XXII. Beschreibung der Mineralquelle zu Ueberlingen am Bodensee, Hirer grossen hcil/iriif- 
tigen Wirkungen, etc. Konstanz, 1856, gr. in-8. XX11I. Die Behandlung dcr Jluiulswitlh 
in polheilicher, elc. Konstanz, 1858, gr. in-8"; nouv. edit. 1845, in-S". XXIV. Articles 
dans le Schwabischer Landbote, 1802. L. HN. 



S.VUTERELLES. 103 

SAUTERELLES. Insectes de 1 ordre des Orthopteres, repondant au genre 
Locusta de Linne, gene ralement verts ou grisatres, a longues antennes setacees, 
pourvus de paites posterieurs saltatoires etdont les femelles oi frcnt nn oviscapte 
saillant vulgairemeiit appele* : coutclas ou sahrc. 

L ensemble de la famille des Sauterelles, Locustides ou Locuslafres, est carac- 
terise par une tete grande, verticals, a fortes mandibules cornees, les palpes 
maxillaires de cinq articles, les palpes labiaux dctrois. Le thorax a le pronotum 
avec des cotes laterales subaigues, la poitrine ou mesosternum estsouvent munie 
de lobules ou d epines. Les elytres sont longues demi-coriacees avec Ic champ 
marginal deflechi, ayant des reliefs propres a la stridulation sur leur porlion 
posee a plat. Les ailes sont plus courtes que le corps, rarement plus longues 
(Phaneroptera), hyalines ou colorces ; les elytres ainsi que les ailes sont parfois 
representees par des ecailles courtes, rclevees on imbriquees (Ephippigera). 
Pattes posterieures toujours les plus longues , leurs jambes plus que les 
cuisses ; les tarses de quatre articles, munis de pelotes. Abdomen gene ralement 
comprime. 

Le plus grand nombre des Sauterelles, ou Locustides, vit dans les pres, les 
champs, sur les arbres, dans les vignes, parfois dans les hois, les plantations 
de chenes, de pins, etc. Leur nourriture est vegetale, cependant, par moments 
ces insectes deviennent carnassiers; j cn ai vu devorant des mouches et des 
individus souffreteux de leur propre espece. Leur salive est brune et acre. Les 
Sauterelles sont sedentaires, elles n emigrent point et tout ce qui a ete clit 
des Sauterelles devastatrices se rapporte aux Criquels proprement dits (Voy. 
CRIQUETS). 

Les Sauterelles ne volent pas facilement au moyen de leurs ailes, mais ces 
insectes les emploient apres avoir saute, en guise de parachutes et pour avancer 
plus loin. Les males stridulent assez fortemenl au moyen de leurs elytres seules ; 
les pattes ne prennent aucune part a la manoeuvre comme chez les Criquets. 
L accouplement est rarement observable : le mule est place sous la femelle, 
grimpee sur son dos, et il en feconde souvent plusieurs tour a tour. L oiitice 
genital de la femelle offre, dans les grosses especes, peu apres l accoupleraent, a 
la basse de 1 oviscapte, une masse lactescente de la grosseur d un petit pois, 
ressemblant a de 1 albumine coagulee. Au bout de quelques jours, cette masse 
tombe. Elle est formee de sperme du male, sperme qui penetre peu a peu dans 
les organes femelles appropries. Siebold a fait connaitre les curieux sperma- 
tozo ides des Sauterelles, pareils a ceux des Grylloniens, disposes en longues 
series a la maniere des barbes d une plume, et renferme s dans des sperma- 
tophores. Les 03ufs sont pondus par la femelle, a 1 aide de son oviscapte, dans 
une terre le"gere; ces oaufs s echappent un a un, d autres fois, le depot des oeufs 
se fait dans les plantes. Les larves eclosent a la fin de 1 ete, tantot de 1 automne 
ou au printemps de 1 annee suivante. 

Les Locust ides presentent des tympans aux jambes anterieures et dans Tangle 
postero-lateral du pronotum (Voy. OHTHOPTERES). 

Les Sauterelles sont bien moins nombreuses en individus que les Criquets 
proprement dits. L espece la plus vulgaire est la Sautereile verte (Locusta 
viridissima LINNE; Sautereile a coutelas, GEOFFKOY) longae de 27 a 52 milli 
metres, d un vert pale, avec le dessus de la tete et du corselet un peu ferrugi- 
neux. Le male stridule d une maniere aigue apres le coucher du soleil et dans 
la unit, meme en captivite. Cctte espece n est jaraais tres-nuisible aux plantes. 



104 SAUTE-VEAU. 

g^G cst a tort qu on a nomme Cigale, la Sauterelle verte et qu elle a ete, aux 
environs de Paris, figuree dans les anciennes editions des Fables de la Fontaine 
au lieu de la Cigale veritable, insecte hemiptere, qui ne saute point et qui est 
chanteur par excellence. ( Voy. CIGALE). 

Le Decticus verrucivorus LINNE ; Sauterelle a sabre GEOFFHOY, long, de 28 
a 50 millimetres, est grisatre varie de brunatre, parfois un peu verdatre. Les 
paysans suedois font mordre leurs verrues par cet insecte, d ou son nom spe cifi- 
que linneen. 

Les Ephippiyeres, communes dans les vignes en aout et en septembre, 
sont absolument prive es d ocelles ; la lemelle peut striduler et dans les deux 
sexes, des ecailles alaires remplacent les ailes ordinaires des Locustides. 

Tout ce qui a etc dit des Sauterelles voyageuses et des peuples mangeurs de 
Sauterelles doit etre rapporte aux CRIQUETS. (Voy. CBIQUETS, ORTHOPTERES.) 

A. LABOULBENE. 



(E.ux MIINERALES DE), athermales , bicarbonatees sodiques 
moyennes ou bicarbonatees ferrugineuses faibles, carboniques fortes, dans le 
di -parlcincnt du Cantal, dans 1 arrondissement ct a 5 kilometres de Murat, a 1 ki- 
lomrlrc a I rsl du bourg de Condat, pcuple de 800 habitants, sous le nom du- 
qucl cos sources soul quelquefois designees, pros du cours des petites rivieres 
<lr Saiiioiiv, dc liiui on dc Condat, dans une vallee remarquable par la bcaute 
du paysagc ctpar la douceur du climat, dans un lieu dit Savnto-Vedel ou Saute- 
Veau, aii-drssous d un escarpemcnt prononce, emergent trois sources d eau mi- 
nerale dont les bassins, creuses dans le roc meme, sont alimentes par des grif 
fons sortant d unc rocbe primitive. La fontaine Occidentale et la fontaine du 
Milieu sont a peine a 1 metre 1 une de 1 autre; leur eau est blanchatre, inodore, 
d un gout aincr ct sale; leur surface est recouverte d une pellicule irisee, tirant 
sur le jaunc. LVaii de ces deux fontaines parait venir d une nappe commune, et 
lenr debit est tres-peu considerable. Leur temperature est de 11, 75 centigrades. 
L eau de la troisieme source ou source Orientate est a 5 metres des deux 
premieres ; son debit est beaucoup plus abondant. Les caracteres pbysiques et 
chimiques de son eau sont notablcment differents; ainsi, elle ne laisse pas de- 
poser de sediment fcrrugincux sur les parois interieures de son bassin, comme 
les deux premieres sources. Sa saveur est franchement aigrelette, et elle est 
manifestemcnt plus gazeuse. L analysc chimique des trois sources n a jamais ete 
faite completement ; on n a, a cet egard, qu un commencement de travail, en- 
trepris en 1829 par le docteur Mourguye, qui a constate dans les caux des 
sources de Saute-Yeau, une assez grandc quantite de gaz acide carbonique sur- 
tout a la source Orientale, la presence de 4 r ,20 de principes fixes, composes de 
sulfates de soude et de magnesie, de bicarbotlates de cbaux, de magnesie et de 
fer. Cette derniere substance manque a peu pres dans 1 eau de la source Orien 
tale qui, en revanche, est plus chargee de sulfates et surtout de bicarbonates. 

Aucun etablissement mineral n existe a Saute-Veau, dont les eaux sont exclu- 
sivement employees en boisson par les gens de la contree, qui les frequentent 
depuis le commencement du mois de juillet jusqu au milieu du mois de sep 
tembre et qui ne craignent pas d affronter les mauvais cbemins qui y conduisent. 
La dose a laquelle ils la prennent le plus sou vent est de quatre a six verres, 
inge res le matin a jeun, a une demi-beure d intervalle. L eau des deux pre 
mieres sources, qui est bicarbonatee ferrugineuse, est employee et reus- 



SAUVAGES DE LA CROIX. 10r> 

sit dans 1 anemie, la chlorose, et dans tons les etats pathologiques ou Ics 
globules rouges du sang sont en quantite insuffisante. L eau de la troisieme 
source, qui est bicarbonatee calcique et magnesienne, est administree avec 
avantage dans les dyspepsies, les congestions hepatiques et les manifestations 
renales provenant de la trop grande quantite d acide urique et d urates que le 
sang fournit aux urines des calculeux et smiout de ceux qui ont la gravolle. 

On n exporte qu aux environs 1 eau de Saute- Veau, connue aussi sous le nom 
d eau de Condat. 

BIBLIOGRAPHIE. MounGUYE. Anniiairc du departement du Cantal, ann6e 1830, p. 107. 
NIVET (Victor). Dictionnaire des eaux minerales du departement du Cantal (Clermont-Fer 
rand, 1852, p. 58. A. R. 



DE LACROIX (FRANgois BOISSIER DE). Dezeimeris a raison 
lorsqu il qualifie ce medecin remarquable, le premier et le plus celebre des 
nosologistes . II naquit a Alais, le 12 mai 1706. L education qu il recut, con 
tinue Dezeimeris, auquel nous empruntons les principaux^ traits de cette exis 
tence consacre e tout entiere a la science, fut tres-soignec, et ses succes furent 
tres-precoces. Ge fut un penchant decide qui 1 entraina vers I elude de la mede- 
cine ; il la commenga en 1722, a la Faculte de Montpellier. Anime d un zele 
ardent pour toutes les branches des sciences medicales, il cultiva la botaniquc 
avec predilection, et ce gout fut sans doute 1 origine des liaisons d amitie qui 
s etablirent entre Sauvages et Linne. II fut recu docteur en medecine en 1726. 
En 1750, il vint a Paris ety passa environ quinze mois. Ce fut la qu il concut et 
amassa les materiaux de son premier el plus important ouvrage. En 1754, il 
obtint la survivance de la chaire occupe e par Marcot a la Faculte de medecine 
de Montpellier. Les doctrines mecaniques regnaient alors dans cettc Faculte. 
Sauvages entreprit de les renverser, et d y substituer le stahlianisme ; son 
influence a cet egard fut d autant plus puissante qu ayant cultive les mathe- 
matiques avec beaucoup de zele et de succes, les iatromathematiciens ne pou- 
vaient 1 accuser d incompetencc, et ceux de ses auditeurs qui n avaient point 
d idecs arretees attribuaient sur ce point d autant plus d autorite a sa parole. 
En 17-40, Sauvages fut charge de suppleer Chicogneau le fils dans 1 ensei- 
gnernent de la botanique, et en 1751, il eut le titre de professeur royal. 
Couronne dans les concours de plusieurs academies, il devint membre d un 
grand nombre de ces corps savants. Sa reputation a 1 etranger etait immense, il 
y mil le sceau en couronnant ses travaux par la publication d une edition 
refondue de ses Classes des maladies, ou plutot d un ouvrage nouveau n ayant 
de commun que son sujet avec le precedent, et qu on n a peut-etre pas surpasse 
dans le meme genre. II s agit de sa Nosolocjie methodique, dont on a souvent 
releve les defauts, ce qui n etait pas difficile, mais dont on a souvent meconnu 
le merite. C est certainement un des repertoires les plus riches qui existent de 
toutes les maladies decrites jusqu alors, et un repertoire dresse non d apres des 
systemes, mais d apres des observations rccueillies de toutes parts. Sauvage 
mourut le 19 fevrier 1767, apres deux annees de maladie. II avait enseigne la 
medecine pendant pres de trente-trois ans. Voici, dans 1 ordre chronologique, la 
liste de ses publications. Nous ne parlons pas de ses morceaux rimes, des 
nmdrigaux, des elegies, des sonnets qu il a semes ca et la dans le Mercure de 
France. 

I. Classes nouvelles des maladies... Paris, 1751, in-12. II. Memoire sur les eaux mi 
nerales d Alais, pour servir a I histoire de la Provence, 1756, in-4. III. Memoire sur 



lOfi SAUVEUR. 

les qualites nuisibles de certaines plantes ( Memoii es de V Academie des sciences , an 
nee 17."!)). IV. Palholoi/ia niethodica, seu.de cognoscendis niorbis. Luyduni, 1739, 1752, 
in-12; 1758, in-8. - V. Somni thcoria, Monsp., 1740, in-4. -- VI. Theoria febriy. 
Monsp., 1738, in-12. Naples, 1740, iu-8 . - VII. Disserlalio in ijud ml<i<il<i de f cbriitm 
causis hypothesis cjcamini subjiciuntur. Monsp., 1740. in-4. VIII. Mol/unn cit/ibiliunt 
cauxa. Jloni-p., 1741, in-i. IX. Hc/u/nni t/ unc fille a la foia stiiintninbule et cata- 
Icptiquc (Mem. de I Acad. des sc., annee 1712). X. Adnotationes ad Hcemaslaticam Ste. 
plituii ll<il<--. Geneva, 1743, in-i". -- XI. T/icoria inflammationi*. Bourg-Saint-Andeolj 
1743, in-1-. -- XII. Memoiresur la maladiedes ba ii/ x du Vivarais. Monsp., 1745, in-8. 
XIII. Dissertatio de vasoi uin capillarium corporis humani succione. Monsp., 1747. XIV. 
Disserlalitin sur hi nature et la cause dc la rage. Toulouse, 1749, in-4. XV. Dissertatio 
de hemiplegid per electricitatem curandti. Mon-p., 1749, in-4. \VI.Methodusfoliorum, 
sen rtiniln /lorn 1 Monspeliensis. Monsp., 1751, in-8. -- XVII. Conspectus physiologicus. 
Monsprl., I7.M. XVIII. Dissertation dans /m/uel/c on recherche s tl y a des medicaments 
qui <i/ // < tent certaines parlies du corps huniain phtldt quc d aulres, et sur les causes de 
cet cf/ cl. Bordeaux, 1752, in-4. -- XIX. Pulsits ct circulationis Idstoria. Monsp., 1752, 
in-i. XX. Einbri/nloi/ia. sen Dissertalio de fu-lu. Monsp., 1753, 1700, in-4. XXI. Dis. 
xcrlnlititi xiir It s niintt i-iiieiits des muscles. Berlin, 1755, iu-4. XXII. Synopsis inorborum 
aria inriiin ctcitlix insidentium, genera ct species e.i:/>o/iens. Monsp., 1753, in-4. XX.11I. 
flu-Hi- in I /i morn in. Monsp., 1 753, in- 4. XXIV. Dissert, dans laquelle on recherche comment 
I n i r, Kitivant scs diffefentes i/ua/iles, agit snr le corps humain. Bordeaux, 1754, in-4. 
XXV. IlirhciT/tes sur les lois tin inonvcment du sang dans les vaisseaux... (Mcmoires de 
i ,\: ml. ili- llt-r/in, annee 1755). XXVI. Physiologies elementa. Amstelod, 1755, in-l J. 
XXVII. liix^-rtalio ili- ri-sp/riitiniii- t/i/ /ici li. Monsp., 1757, in-4. XXY1II. T/teoria dolo- 
ri.-i. Mmisp., 17. >7, in-i". -- XXIX. Dissertatio de astrorum influxu in hominem. Monsp., 
1757, iu-4". XXX. Dissertatio devisione. Monsp., 1758, in-4. XXXI. Medicince Sinen- 
sis conspectus. Monsp., 175!), in-i". XXXII. T/ieoria cunculsionis. Monsp., 1759, in-4. 
\\XIII. Hi- iini i-iiii nniniir iii t-nrilf. Monsp., ITii K in-4". XXXIV. Dissertatio de amblijo- 
pia. Monsp., I7ti0, in-4. - XXXV. Itisxrrliiiin <le nnhna n-dirird. Monsp., 1701, in-4. 
XX\\I. liixxi-rlntio de suf/ usione. Monsp., 1701, in-4". XXXVII. De prognosi niedicd ex 
ni fi ti/iHj/.-, eriicinlii. tlixseri/ilio incdica, 17li2, in-4". XXX.V1II. Dissertatio de catliarticis. 
Monsp., 1 7(>2, in-i". XXXIX. Divert, dc virilnis viltilihus. Monsp., 1769, in-4 . XL. Xosolo- 
gica melhodica sistens morborum classes. Genev., 17G9, 5 vol. in-8. Lugduni, ITii^. 2 vol. 
in-4. Leipzig, 1797, 5 vol. in-8. Trad, en 1 ran^ais, par P.-F. Nicolas. Paris, 1771, 3 vol. 
in-S". Trad. ( gaU inrnl en 1 rangais, par Gouvion. Lyon, 177:2, 10 vol. in-12. XLI. De ve- 
iieiiti/is Gallice aniinatibus, in-4". XLII. Chefs-d oeuvre de Sauvac/es, ou Recueil de Disser 
tations de cct aiiteur, qui out remporte le prix dans differentes academies, corrigees, tra- 
duites et commentees, par M. J.-E.-G. (Gilibert). Lyon et Paris, 1770, 2 vol. in-12. 

A. C. 

SAUVKE (AMAND). Ne a Quiberon, vers 1 annee 1786, rccu docteur en 
medecine a Paris le 14 germinal an X, apres y avoir soutenu line excellente 
theses Mir In phthisic laryngee, alors peu etudiee, ancien eleve de 1 Ecole pra- 
tiijuc, membre de la Societe medicale d inslruction, ce medecin est auteur de 
plusicurs memoires, inseres dans le Journal de Leroux : 

I. Recherches sur la phthisic laryngee. Theses de Paris, 14 germ, an X. in-8, 38 pp. 
II. Mi initiic .^ur la fievre putride observee a Lor icnt pendant I etc de I mi XII. lnJourn.de 
Lcrmix, an XII, t. X, p. l07-l J-2. III. Corps elrangers (cartiiagincux) dans line lumtur 
siluce au poignct. In Journal de Leroux, 1815, t. XXVIII, p. 533-330. IV. Hydropisie du 
systcine niaxillairc. In Joitrn. de Leroux, t. Y, an II, p. 83-8 i. A. C. 

SAUVEUR (DiEUDOKNE-jEAN-JosEPH) lie a Liege (Belgique) le 5 octobre 1797, 
mort, dans la menic ville, le l er novembre 1862. Fils aine du docleur Toussaint- 
Dieudoune Sauveur, pralicien Ires-renomme qui occupa avec distinction 1 une 
des chaires de la Faculte de medecine de 1 universite de Liege et qui fut le 
premier recteur de cette universite, il cmbrassa la carriere de son pere et devint 
docleur en medecine, en chirurgic el en accouchements, en 18"20. En 1821, la 
Societe de medecine de Paris lui accorda une men lion honorable pour un 
travail en reponse a la question de concours : Determiner la nature, les 



SAUVEUR (SAINT-). 107 

causes et le traitement dcs convulsions qui surviennent peiulaut la grossesse, 
dans le cours du travail de 1 enfantemenl et apres la delivrauce. Le 27 aoiit 1831, 
il entra an ministere de 1 interieur de Belgique en qualite dc secretaire du 
Conseilsuperieurdesante, instituele 17 dumeme mois, et, le 10 septembre 1 850, 
fut investi des importantes fnnctions d inspecleur general pour les affaires du 
service medical civil, de 1 hygiene publiqiu-, de la medecine veterinaire el des 
etablissements insalubres. II fut appele a crcer en 1848, avec Vleminckx, 1 Aca- 
demie royale de medecine de Belgique, dont il fut le premier secretaire et le 
resta jusqu a sa mort. On lui doit les ecrits ci-apres : 

Dissertalio inauguralis cliirurgica de Icesionibus contondentibus . Th6se. Liege, 1820. 
Vegetaux fossiles des terrains houillers de la Belgique. I l. Bmxelles, 1818, in-4. Tra- 
vaux d hygiene et de salubrite publiques execulds en Belgique avec le concours de I Elat, 
dans les villes et les communes rurales. Rapport adresse a M. le ministre dc 1 interieur. 
Bruxelles, 1851. DCS maladies enzootiques et epizooliques observes en Belgique jn-inliiiit 
I annce 1850. Ibid., 1852. Notice sur les eaux inincrah s de la Belgique et sur les 
maladies epidemiques qui ont regne dans le royaume, de 1841 a 1850. Bruxdlcs, 1852. - 
Rapport a M. le ministre de I iitlcrieur sur la pleura-pneumonic des betes bovines en Bel 
gique. Bruxelles, 1855. Notice sur la Penghawar Djambi ct son emploi c;i tnt ilcclne. In 
Bull, de I Acad. de mcd., 1857. Et un grand noinbre de rapports, notices bio#r;i- 
phiques, etc., publics dans divers journaux de medecine et specialemenl dans le Bull, de 
i Academic royale de medecine de Belgique. E. W. 



(JOSEPH), malhematicien distingue , naquit a la Fleche le 24 mars 
1655 et mourut a Paris le 9 juillet 1716. Apres avoir etudie a Paris la theologie 
et la medecine, il s adonna aux mathematiques, les enseigna pendant plusicurs 
annees, et seconda Mariolte dans ses experiences hydrauliques; il devint profes- 
seur de mathematiques au College royal en 1686, membre de 1 Academie des 
sciences en 1686 et examinateur pour les ingenieurs en 1705. 11 est connu par 
ses belles recherches sur 1 acoustique. Nous citerons de lui : 



I. Determination d un son fixe. In Mem. Par., 1700, hist. II. Si/x/i-mr gi -neral des in- 
tervalles des sons et son application a tons les systemes et a tons les instruments de iiiu- 
sique. Ibid., 1701. - 111. Application des sons harmoniques a la composition des jeux 
d orgues. Ibid., 1702. IV. Du froltement d une corde autour d un cijlimlre immobile. Ibid., 
1703. V. Melhode generale pour former les sys/eines tcmpcrcs dc musique ct des c/ioix 
de celui qu on doit suivre. Ibid., 1707. VI. Construction generale des quarres magiqucs. 
Ibid., 1710. VII. Table generale des sysleme.t lemperes de musique. Ibid., 1711. VIII. 
Rapport des sons des cordes d instruments de musique aux flitches dcs cordes et nourclle 
determination des sons fixes. Ibid., 1713. L. UN. 



(SAINT-) (Eiux. MINERALES DE), me sothermales on luj pother males, 
sulfurees sodiques, azotees faibles, dans le deparlement des Ilautes-Pyrenees, 
dans 1 arrondissement d Argelez, a 770 metres au-dessus du nivcau de la 
mer, le village de Saint-Sauveur ne comprend qu une seule rue, formee par 
50 maisons, ne pouvant contenir a la fois plus de 1000 etrangers. La popula 
tion de Saint-Sauveur, pendant I biver, ne depasse guerelOO personnes. (Cbeinin 
de fer de Bordeaux, Dax, Tarbes et Pierrefitle.) Saint-Sauveur est bad dans un 
prolongement de la belle et fertile vallee duLavedan, adosse aunemontagne tres- 
elevee, suspendu au-dessus du gave de Gavarnie, dont les eaux coulent a 80 metres 
de profondeur, et expose aux premiers rayons du soleil. La petite vallee de 
Saint-Sauveur est encaissee entre deux des pics des Pyrenees centrales, le Ber- 
gons et 1 Aze, qui arretent les vents de Test et de 1 ouest et ne permeltent 1 acces 
qu a ceux du nord et du midi. Le vent du sud ou siroco, venant d Afrique, 
est plus difficile a supporter, quoiqu il se soit singulierement rafraichi sur les 



108 SAUVEUR (SAINT-). 

glaciers pyreneens ; il dure peu d ailleurs, c est le precurseur des pluies. Le 
vent du nord, le plus frequent, amene ordinairement les beaux jours ; il est 
aisement supporte par les poitrines les plus dedicates, grace a la colline de 
Sazos, qui abrite au nord le village de Saint-Sauveur. Malgre 1 etroitesse et 
1 encaissernent de la vallee de Lavedan, son atmosphere est frequemment renou- 
velee et sa temperature assez douce, puisqu il est exceptionnel que le ther- 
mometre depasse 25 centigrades pendant les mois de la saison thermale, qui 
commence le l er du mois de juin et finit c\ la fin du mois de septembre. Les 
baigncurs doivent choisir de preference les mois de juillet, d aout et la premiere 
quinzaine de septembre, car le temps est alors presque toujours beau, tandis 
que le mois de juin et la fin de septembre sont assez souvent pluvieux ou au 
miiins variables. En resume, le climat de Saint-Sauveur est tonique, nou exci- 
lanl, s( : d;iiif au contraire; il est tout 1 oppose de celui de Bareges et assez sem- 
blablc a cclui de Pan et des Eaux-Bonnes (voy. ces mots) : Saint-Sauveur est 
un vrai sejour d ete pour les personnes ncrveuses. Quoi qu il en soil, les mala- 
dfs duivfiil tMir prevenus que souvent le milieu du jour est assez chaud, tan- 
dis ijue les matinees et les soirees sont fraicbes et humides. Deux sources princi 
pal s (incr-t iit ; i Saiut-Saiivf ur : la source des Bains ou des Dames qui appar- 
lifiil a la \allff, ft h stiiircc <le Hontalade, qui est one propridte particuliere. 

1 Soun < i/cx Iliiiiix. ( flic sonn-f i>i la pnipriclf de la vallee de Luz, com- 
IHIM T ( |f sfi/c cniiiiiiiuif >, qui Muiiiiiifiil diacune un delegue, formant le syndi- 
i-;it administrateur. 

l.c dfliil de la somrr (Ics Mains est de 146 metres cubes en vingt-quatrc 
lifiires. Cette fan uc blanchit pas au contact de 1 air ; elle est en general claire, 
traiispnrente et incolore, sou ndciir csl hepatique, sa saveur sulfureuse: on s en 
:i|ifiviiit. surtout lorsqu elle est ingerce. Elle occasionne de la soif au bout de 
di\ minutes et des TU< -latious rappdant le gout du blanc d oeuf durci. Des 
Inillcs nombreuses traversent cette eau et montent lentement a sa surface; sa 
limpidite n esl complf le ipi a[)ivs leur degagement. Sa reaction est assez forte- 
iiifiil alcaliuc; sa lfiii|erature au griffon, d apres M. le docteur Caulet (1876), 
qui a liifii voiilu nous communiquer des notes auxquelles nous avons largement 
puisi , csl tic 7)1", I) centigrades. La source des Bains emerge du rocber sous la 
route df liavaiuif, dc\aut I flablissement ou se trouvent des galcries et un 
tunnel alu ilaul Ics deux reservoirs ou elles se rendent et d ou partent lestuyaux 
(|in la disti ibuciit au\ diverses parties de 1 ctablissement communal. L eau de 
la source des Bains ou des Dames est surtout appropriee aux usages externes; 
elle se distingue entre toutes, par sa douceur au toucher et 1 impression loute 
particuliere d onctuosite agreable, de veloute qu elle produit sur la peau, pro- 
pricle donl elle est redcvable a sou alcalinite et a une forte proportion de ma- 
tieres organiques (baregine) tenues en dissolution. 

Nous donnons son analyse chimique, en meme temps que celle de la source 
de Hontalade. 

2 Source de Honfalade. Hontalade veut dire en patois source de la Fee. 
Cette source emerge a environ 300 metres de la derniere maison de Saint-Sau 
veur et a 1 ouest du village. On s y rend par une allee sinueuse, qui adoucit la 
peute assez rapide qu il faut monter pour se rend re a la source et a 1 etablisse- 
ment de Hontalade. L eau de cette source est limpide, claire, transparente, in 
colore, d une odeur et d uue saveur legerement sulfureuses. Des bulles dc gaz, 
grosses et assez peu nombreuses, traversent 1 eau contenue dans le bassin du 



SAUVEUR (SAINT-). 109 

griffon de la source, et vienneiit, par intermittcnce et avec bruit, s epanouir a 
sa surface ; des bullcs petites et serrees s attachcnt aux parois des vases dans 
lesquels on la puise. Une couchc de baregine se depose au fond des bassins, clle 
se colore en rose fonce au bout d un certain temps, comme a Saint-Ilonore ct a 
ccrtaines sources sulfurees. Des confervcs vertes se deposent au-dessus des con- 
ferves rosees. La reaction de 1 eau de la source de Hontalade est beaucoup 
mo ins alcaline que celle de 1 eau de la source des Bains. Sa temperature est 
de 22 centigrades, celle de Fair etant de 18", -4 centigrades. 

M. Filhol, professeur a 1 ecole de Toulouse, a analyse, en 1857, 1 eau de la 
source des Bains ct M. Byasson a fait en 1878, 1 analyse de la source de Hontalade, 
ils ont trouve dans 1000 grammes de chacune d elles les principes suivants : 

FILHOL. BYASSON. 

SOURCE SOURCE 

DES BAINS. DE HO.MALADE. 

Sulfure de sodium 0,0218 0,0197 

Hyposullite de soudc 0,0028 

Sulfale de soude 0,0400 5,0215 

chaux 0,0572 

magnesie 0,0087 

Carbonate de chaux 

magnesie 

Chloi-ure de sodium 0,0695 0,0600 

Acide silicique 

Silicate de soude 0,0704 0,0896 

cliaux 0,0062 0,0076 

magne r-ie 0,0031 

alurnine 0,0070 

pola^se ,. traces. 

lode traces. 

Acide borique traces. 

Matiere organique 0,0320 0,0210 

Bare"ine 



TOTAL DES MATIERES FIXES 0,2500 0,2814 

Les eaux dc Saint-Sauveur sont peu alterables et presentent sensiblement 
a la buvette et aux bains, la meme composition chimique qu au griffon. 
M. Filbol a constate qu un bain de 500 litres, a 1 etablissement communal, 
contenait 6 grammes de sulfure de sodium.. 

ETABLISSEHENTS DE SAINT-SAUVEUR. 1 fitablissement communal. Get eta- 
blissement se compose de deux reservoirs, un petit qui a 9 metres de longueur, 
1 metre de largcur et 50 centimetres de hauteur, et un grand qui mesure 
ll m ,50 de longueur, 2 metres de largeur et 1 metre de hauteur. Ces deux reser 
voirs sont dc marbre blanc du pays et hermetiquement fermes. L eau du griffon 
de la source des Bains se rend dans le petit reservoir; son trop-plein coule dans 
dans le grand. Du griffon partent quatre conduits : le premier qui se rend au 
petit reservoir, comme nous venons de le dire ; le second alimente la douche 
ascendante ; le troisieme, la douche descendantc du cabinet n 20 ; et le qua- 
Irieme, la buvette de gauche. Cinq conduits partent de chaque reservoir, trois a 
gauche et deux a droite, qui fournissent les uns a deux cabinets, les autres a quatre 
cabinets. La baignoire de chacun des cabinets est done pourvue, de deux robinets 
donnant, I un 1 eau du petit reservoir et 1 autre celle du grand. La temperature 
de 1 eau varie dans chaque reservoir et a chacun des robinets des baignoires. 
Ainsi elle est de 34, 4 centigrades a la grande douche, de 55, 5 a la douche 
ascendante, de 53 a la buvette de gauche; aux cabinets de bains elle varie selon 



410 fcAUVbUK (6>AliM-). 

la distance de la source; au n os 11 et 20 les plus rapproches, cette temperature 
est de 34 C au robinet du jietil reservoir, et de 55,6 a celui du grand reservoir; 
an cabinet n 1 le plus eloigne, elle n est plus que de 55", 4 et 52, 8 aux rolii- 
ncts correspondants. 

La buvette de droite recoit son eau qui a 2H centigrades d un filet assez 
mince (lit source Fabas, emergeant du rocher, a une petite distance du griffon 
de la source des Bains. 

Les 22 cabinets sont precedes d un vestiaire : ils sont eclaires et ventiles 
par une ouverture pratiquee a leur partie supcrieure. L etablissement communal 
se compose a 1 extericur d un portique, sous un double rang de colonnes d un 
style aise et simple. Get etablissemeut vient d etre augmente d une annexe con 
siderable pour 1 administration des douches de toutes sortes, des bains d eau 
non mincrale (emollients) et de 1 hydrotherapie. Cette annexe comprend deux 
salles de grandes doucbes minerales avec cinq vestiaires attenants, deux cabi 
nets de douches ascendantes, un cabinet pour le bain de siege a eau courante, 
iiiii- yrande salle pour 1 hydrotherapie, munie de tons les accessoires, bains de 
pluie, de cercle, de ruisseau, piscine, etc., enfin deux cabinets de bain, alimen- 
tcs a la fois par de 1 eau ordinaire froide et chauflee et de 1 eau minerale a sa 
leiiipelalure naturelle. ( elle derniere innovation qui permet de prendre a 1 eta- 
hlisH iiient communal le bain mim rul mitige jiar de 1 eau douce, echauffe ou 
niruidi scion le besoin et des bains simples ou emollients, comble une laciine 
\i\( iiicnl rcssentie jusqu ici. Les malades qui trouvaient le bain des Dames trop 
chaiul ou trop froid etaicut obliges anterieurement, de se baigner a 1 etablisse- 
meiit de llontaladc difficilement accessible, vu son elevation ct 1 absence de 
roule carrossable pour s y rendre. 

2" fitablissement Hontalade. Get etablissement a ete inaugure en 1858; il 
cst assez elegant et sa distribution est commode. II se compose de deux sections; 
rune est destinee a I administration des bains et des doucbes minerales, elle a 
cinq cabinets de bains, une salle de douches et une piece ou se donnent les dou 
ches en cercle. Tous ces cabinets sont precedes de vestiaires. La seconde section 
a quatre baignoires dans 1 aile gauche du batimeut; elle est reservee aux bains 
d cau douce, aux bains emollients et aux applications hydrotherapiques ordi- 
naires. 

MODE D ADMIXISTRATION ET DOSES. La digestion des eaux de la source des Barnes 
n est pas toujours facile; aussi, peu de personnes frequentent-elles la buvette de 
gauche, dont 1 eau a 54 centigrades, et est aujourd hui presque exclusivement 
reservee pour les gargarismes. L eau de la buvette de droite, qui n a que 20 cen 
tigrades, est plus aisement acceptee par 1 estomac; mais elle s assimile moins 
promptement que 1 eau de Honlalade, qui est, de toutes les eaux de Saint-Sau- 
veur, celle qui se digere le mieux. L eau de Saint-Sauveur est done administree 
en boisson, en bains, en douches et en gargarismes. Ce n est guere que depuis 
la pratique de M. 1 inspecteur Fabas pere que Ton boit les eaux de Saint-Sau 
veur, et ce praticien eclaire en faisait commencer 1 usage par des doses tres-peu 
eleve es, comme une cuilleree a soupe ou un verre a vin de Madere, et encore il 
n insistait pas, lorsqu il rencontrait une repugnance marquee de 1 estomac. C est 
1 eau de la source de Hontalade qui est presque exclusivement employe e en 
boisson a la station de Saint-Sauveur. Elle est agreable et ingeree en quautite 
plus eu moins considerable, suivant les indications; mais le plus souvent, sui- 
vant le caprice des malades. La dose medicale varie entre un et quatre verres; 



SAUVEUR (SAINT-). Ill 

maisla dose fantaisistc s eleve quelquefois a deux litres dans la meme matinee, 
par verres de 125 grammes chacun, avales ordinairemerit a un quart d heuie 
de distance. 

La duree des bains avec 1 eau de la source des Bains de Saint-Sauveur est de 
5 a 45 minutes. Leur temperature varie, selon le cabinet, entre 5i et 52, S 
centigrade?, ainsi que nous 1 avons indique. L eau de la source des bains s cm- 
ploieaussien douches dontlachaleur est de 5i centigrades; mais il arrive assc/ 
souvent qu on abaisse la temperature dc 1 eau minerale en la coupanl avec une 
certaine quantite de 1 eau du Gave. fjiieli|iier<>i- aussi, 1 eau hyperthermale sul- 
furee ne duit pas etre administree seule, on fait alterner son usage avec celui 
de 1 eau froide du torrent, lorsqu on veul obtcnir les effets de la douclie ecos- 
saise. D autres fois enfin, les douches doivent etre interieures, rectales ou vaui- 
nales. Ces dernieres sont en grande laveur a celte station et se prenncnt dan- 
les baignoires au nioyen d un tuyau de caoutchouc visse a 1 ouverture dont la 
paroi de chaque baignoire est munie. Leur pression n est que de 20 ceiitiiuetie- 
dans les cabinets du n 1 au n 15 ; elle est de l ",50 aux autres salles de bain. 
La duree des douches de diverse sorte oscille entre 2 et 15 minute-. 

L eau de la source de Hontalade est lre^-em|>ln\ee cnboisson; mais elle NT! 
aussi en bains generaux a la temperature native de 22" centigrades, mi siuv- 
chauffee en la melangeant avec de 1 eau douce portee a 80 centigrades. LI - bains 
de 1 etablissement de Hontalade sont unc ressource precieuse pour la station dc 
Saint-Sauveur, car il est plusieurs personnes qui ne peuvent s habituer a la 
cbaleur, relativement elevee, de la source des Bains dans les diverses salles de 
1 etablissement de la Commune. 11s trouvent des bains plus frais a la maison 
de bains de Hontalade. 

EMPLOI THERAPEDTIQUE. Ce qui caracterise les eaux thermales de Saint-Sau 
veur, c est qu ayant un degre de sulfuration au moins egal a celle des Eaux- 
Bonnes, c est qu avec des bains trois ibis plus sullures que ceux de la source 
Cesar de Cauterets, par exemple, c est qu en conservant toutes les qualites medi- 
camenteuses des eaux suli urees, elles sont deuces dans leur action et essentielle- 
ment sedatives. Cette particularite est tres-remarquable, et elle de montre que le 
degre d excitation, produit par les eaux de cette classe, n est nullement eu rail- 
port avec la quantite des sultures qu elles renfermeut. Les eaux dc SaiiU-Sauveui 1 , 
dit M. Filhol, sont notablement sulfurees et un bain avec 1 eau de la Heine dc 
Bagneres-de-Luchon, a la temperature de 55 centigrades, contient moins de sul 
lures qu un bain de Saint-Sauveur; il est pourtant beaucoup plus excitant. 

Les vertus sedatives de 1 eau de Saint-Sauveur sont incontestables, quoiqu elles 
ne soient pas faciles a expliquer; ellcs sont assurement aidees par le climat de 
cette station, par la notable proportion de baregine que renlerment ces eaux et 
par leur temperature assez peu eleve e. Remarquons entln que 1 et t et hyposthe- 
nisant de plusieurs eaux a iaible sulfuration, commecelles des Eaux-Chaudes,se 
comprend aisement ; il ne pent en etre de meme a Saint-Sauveur ou nous avons 
note un degre considerable dans la proportion du sulfure qu elles tiennent en 
dissolution. Les eaux de Saint-Sauveur ont toutes les indications des sulfurees de 
premier ordre, et les personnes les plus nerveuses, au lieu d etre excite es, sont 
calme es au contraire, des les premiers jours d un traitement methodique et sage- 
meat conduit. 

Ce que nous venons de dire de Faction sulfure e et se dative de 1 eau de Saint- 
Sauveur conduit a son indication therapeutique. Ainsi cette eau est parfaite- 



112 SAuriiuu^oAiiii-;. 

ment appropriee aux affections chroniques et aux diatheses ou il convient d agir 
avcc des moyens sulfures qui, au lieu d exciter, hyposthenisent. Tous les e tats 
pathologiques compliques d erethisme qui existent chez les lenimes et ks nevro- 
[)alhes, tels que les maladies uterines, les affections nerveuses et les affections 
catarrhales, surtout celles de la vessie, sont principalement dans la sphere 
d action des eaux de Saint-Sauveur. 

Les affections de la matrice entrent pour moitie dans la statistique des etats 
morbides qui viennent chercher 1 amelioration ou la guerison a ces eaux des 
Pyrenees. Les desordres de la menstruation, tels que 1 ame norrhee, la dysme- 
norrhee, 1 hysteralgie catameniale resistent rarement a 1 eau de la source des 
Bains en boisson, en bains generaux et en douches vaginales. Dans la leucorrhee, 
reconuaissant pour cause un catarrhe uterin d origine scrofuleuse ou herpe ti- 
que, le meme traitement hydriatrique a un succes presque toujours certain. 
11 en est de meme dans plusieurs formes de metrites chroniques et particulie- 
rcment dans les inllammations anciennes ou meme subaigues de 1 organe ule- 
rin, alors surtout qu elles s observent chez des sujets nerveux ou au contraire 
lymphatiques ou scrofuleux. 11 est bien rare aussi que le traitement hydrosul- 
fure interne, mais surtout externe de Saint-Sauveur, ne donne pas de bons re- 
sultats dans la pelvi-peritonitc chronique, accompagnee ou non accompagnee 
des douleurs a redoublement ou des phlegmons qui 1 accompagnent souvent. 
II est bon d observer alors que la partie de la cure a laquelle medecins ct ma- 
lades attachent le plus d importance, la douche vaginale, ne doit pas etre indif- 
feremment appliquee a tous les cas. Ainsi elle sera severement proscrite toutes 
les fois que Ton peut craindre le retour a 1 etat aigu, la production de pertes 
sanguines et 1 excitation trop forte de 1 uterus ou de ses annexes. Parmi les 
accidents nerveux qui sont utilement traites a la station de Saint-Sauveur, il 
faut placer au premier rang la surexcitabilite nerveuse, le nervosisme, les di- 
verses formes de 1 hysterie, la migraine et les nevralgies. Nous avons souvent 
remarque, dit M. 1 inspecteur Caulet, que tandis que les phenomenes hyperes- 
thesiques sont souvent immediatement calmes, les accidents spasmodiques, 
comme la contracture et la paralysie, sont presque constamment exageres au 
debut de la cure ; et ce n est en general, qu apres huit ou dix bains qu on ob 
serve un commencement d amelioration , qui va progressivement jusqu a la 
guerison. Dans les divers etats maladifs dont il vient d etre question, le traite 
ment thermal est loin d etre uniforme, et il doit etre souvent aide de 1 applica- 
plication de 1 hydrotherapie a 1 eau temperee ou froide dc la source de Hontalade 
ou a 1 eau du torrent. 

Les gastralgies sont les affections les plus rebelles a toutes les medications et 
meme a toutes les prescriptions hydrominerales. Les eaux de Saint-Sauveur, 
en boisson, en bains generaux, en douches generales ou locales, en applications 
hydrotherapiques avec 1 eau hypothermale sulfuree de Hontalade, reussissent 
quand tous les aiitres moyens out prealablement echoue. 

Le calarrhe de la vessie, accompagne meme d un certain degre de paralvsie 
de la vessie, est heureusement influence par les bains de 1 etablissement com 
munal, et par 1 ingestion journaliere de 1 eau de la source de Hontalade, qui 
doit alors etre prise en assez grande quantite pour manifester franchement 
son el i et diuretique. 

Comme exemples de maladies complique es d un e tat nerveux d;ms lesqnellcs 
la cure de Saint-Sauveur rend d inappreciables services, tant par la douceur 



SAUXILLANGES. 115 

d action de ses eaux sulfureuses que par les vertus sedatives du climat, on cite 
encore le rhumatisme musculaire invetere, cerlaines varietes anomales du rhu- 
matisme articulaire chronique dites rhumatismes nerveux, et surtout ces formes 
graves d affections de poitrine avec erethisme nerveux ou vasculaire qui ne 
pourraient supporter les eaux plus actives generalement employees. 

Saint-Sauveur, eneffet, depuisla decouverte de la source de Hontalade, recoil 
chaque annee plusieurs tuberculeux qui out ete observes avec un grand interel 
et une grande attention par les medecins de cette station sulfuree. M. 1 inspee- 
teur Caulet assure que les eaux de Hontalade en boisson, a dose refractee et 
progressive, conviennent aux phtbisiques erethiques, qui se trouvent bien en 
meme temps de 1 administration de bains pris a 1 etablissement do la Com 
mune. Nous avons assez dit, en parlant des Eaux-Bonnes et de Cauterets (i uy- 
ces mots), combien ces eaux sont utilcs dans la tubereulose torpide ou scro- 
fuleuse, et combien il taut s en defier chez les sujets excitables et nervon\, 
pour que nous a|ipellions specialement 1 attention des medecins sur 1 indi- 
cation des eaux de Saint-Sauveur dans la forme erethique de la phlliisie uulino- 
naire, si rebelle a tout traitement par les eauv minerales dont 1 effet est presque 
toujours trop excitant. 

La duree de la cure est de vingt-cinq a trente jours. 

On exporte tres-peu les eaux de Saint-Sauveur. A. ROTUHEAU. 

BIBLIOGRAPHIE. FABAS. Observations sur la source thermal? dc Saint-Sauveur, 1808. 
FABAS (A.), petil-fils du precedent. Aperyu sur les proprietes de la source Ihermale sul fit- 
reuse de Saint-Sauveur [llautes-Pyrene es). Paris, 1845, brocli. in-8 de 16 pages. FABAS 
(J.), (ils du precedent. Nouvelles observations sur I etat actuel des montagncs des Hautes- 
Pyreuees, et des sources thermales qui en de coulent, en particulier de eel les de Snint-Sau- 
veur, nouvelle edition revue et augmentee par son lils FABAS (Xavier-Bernard). Tarbes, 1852, 
broch. in-8 de 272 pages. PEYRAMALE (J.-M.). Aperyu sur les eaux minerales de Sainl- 
Sauveiir-les-Bains, en particulier sur la source de Hontalade. Paris, 1854, in-12, broch. de 
55 pages. HEDOUIX. Des eaux de Saint-Sauveur et de leur influence curative dans les dif- 
fe rentes forme* dc la dijspepsie. Rapport sur ce travail. In Ann. de la Societe i/ /n/dm- 
logie med/cale de Paris, par M. Dciuxo- FARDEL, t. IV, p. 518-530, 1857-1858. CHAH- 
MASSON DE PUTLAVAL (A.). Eaux de Saint-Souveur, leurs speciali/es. maladies des frtnt< s_ 
maladies nerveuses. Paris, 1860, broch. in-8 de 183 pages. I>r MKME. Du trniteinrnt dr 
Saint-Saiiveur dans les affections inteslinales. In Ann. de la Societe d hydrologie mcd. de 
Paris, t. XV, p. 408. LECORCHE. Les eaux de Saint-Sauveur. Paris, 1865, brochure in-S 
de 203 pages. CAULET. Tribut a f etude de trailement tlici-mr/l printout la t/nixsessc. In 
Ann. de Societe d lnjdrologie med. de Paris, t. XXII, p. 00. Du MKME. Drs ii/-r.<tsions 
cutanees tactile* et thermiqnes pendant le bain de Saint-Sauveur. Ibid., t. XXIII. p. 35. 
DL- MEME. De V action uterine des eim.i- dc S/iint-Stiiivi-ur. Ibid., t. XXIV, p. 194. Df 
MEME. Notes innniixurites. Paris 1878. A. R. 



Nom donne a la Rue de$ murailles, Asplenium Ruta ,1/w- 
raria, L. (Voy. ASPLEMUM et DORADILLE.) 



(E\u MINERA.LE DE), athermale , bicarbonatee sodicjue 
nwyenne, bicarbonatee ferrugineuse faible, carbonique forte, dans le depar- 
temeut du Puy-de-Dome, dans 1 arrondissement et a fun kilometre d Issoire, 
chef-lieu de canton, peuple de 2057 habitants, ancienne abbaye de benedictins, 
fondee en 916 par Guillaume le Pieux, due d Aquitaine. La source emerge pres 
du chemin de Flat et non loin de la Gouze, a 1 kilometre au nord-ouest de 
Sauxillanges; elle est tres-connue dans la contree sous le nom tie source de la 
Reveille. Son eau limpide, incolore, inodore, a une saveur aigrelette, quoique 
sa reaction soit manifestement alcaline. Sa temperature est de 13 centigrade. 

D1CT. h^C. 5 e S. VII. S 



114 SAVAKlLljU. 

Son analyse chimique a etc faite en 1845 par M. le professeur Nivet, qui 
a trouve, dans 1000 grammes d eau transported, les principes suivants : 

Bicarbonate de soude -2,Ho77 

chaux 0,5448 

magnesie 0,0910 

fer traces. 

Chlorure de sodium 0,0600 

Sulfate de soude 0,02(10 

Siliee 0,0330 

Perte 0,1300 



TOTAL HE? MATIKRES FIXES ..... 2,7385 
Gaz acide carlionique .......... indetermine. 

L eau de Sauxillanges est employee en boisson seulement, a la dose de deux a 
dix verres pris le matin a jeun, a un quart d heure de distance. La source de la 
Reveille n esl frcquentee que par les personnes du voisinage, qui viennent lui 
demander la guerison, ou au moins le soulagement de dyspepsies anciennes, de 
congestions du foie ou de la rate, d anemies, de chloroses, ou d une diathese 
urique caracterisee par 1 excretion de sables, de graviers ou de petits calculs, 

HIBLIOGRAPHIE. NIVET (Vic.tor). Did ionnaire des eaux rninerales du department du Puy- 
de-Dome (Clermont-Ferrand), 1846, p, 257- 258. A. R. 

SAVANTS (HYGIENE PROFESSIONKELLE DES). Voy. LETTRES (Gens de). 
SAVARESI (LES DEUX). 

Snvaresi (AiNDREA). Ne a Naples le l" r fevrier 1762, mort dans la merae 
ville le 2 mars 1810. Ce savant medecin et mineralogiste etudia la mineralogie 
aux frais de 1 Etat a Freiberg et devint par la suite 1 un des administrateurs de la 
fabrique de poudre de Torre dell Annunziata. Nous connaissons de lui : 

I. Letlre a M. Fourcroy sur la metalUfication des terres. Chemnitz, 1790. II. Lettera 
su i lolcani al Sign. Thomson . >"apoli, 1798. III. Rapporto sopra un viaggio mineraln- 
gico nelle Calabrie. Napoli, 1801-1802. IV. Sulla minera doro di Magyag in Transil- 
vania. Napoli, 1808. L. Us. 

Savaresi (AnTONioM.-T. ). Ne a Naples versle dernier quart du dix-huilieme 
siecle, fut un medecin fort distingue. II servit dans 1 armee francaise en qualite de 
medecin en chef et prit part aux campagnes d ltalie et d Orient. Apres la chute de 
1 empirefrancais, il devint medecin en chef dans 1 arme e napolitaine, et en 1824, 
premier membre de la commission sanitaire militaire de Naples. Savaresi vivait 
encore en 1840. II a public entre autres : 

I. De la fievre jatme en general et particnlierement de celle qui rerjnait a la Martinique 
en 1803-1804; avec des observations siirles nittres maladies de celte lie mi des Antilles, el 
un essai siir son histoire naturelle. Naples. 1809, gr. in-8. II. Essai sur la topographic 
physique et medicale.de Damiettc ; suiti d obscrmtions sur les maladies qui out regne dam 
cettc place pendant le premier semestre de Ian VII. In Desgeneites. Histoire medicalede 
e il Onent ( 2 e edit. Paris, 1830), p. 3"28-340, et in Mem. et ojnisc. ]>/njsiq. et med. 



sur I Ei/upte, t. II. p. 330, etin la Decade egypt., t. II, p. 85. III. Description et traile- 
menl de i<>i-lithalmie d Ef/i/pte. In Desgenettes..., p. 541-549, et in la Decade egypt.. t. II, 
p. 159: en italien : Descrhione deli oftahnie d Egitto. Cairo. 1800, in-4". IV. Notice sur 
la topographic physique et medicalede Ssalehlnjeh. In Desgenettes.... p. 350-554. V. His 
toire medicate de I armec de Naples. Jn Journ. de mcd. de Leroux, t. XII, p. 3)5, 1806, et 
t. XIX, p. 5. 1810. VI. Avec Saxe : Sur la preparation de Vophim d apres la methode 
egyptienne. In Bullet, de pharm., t. VIII, p. 562, 1809. VII. Memoria sidle carattere 
fisico e morale de Creoli d America, sia della specie bianca sia della nera, etc. In Giorn. 
enciclop., 1820, Gennajo, p. 62. L_ H X _ 

SAYARIEGO (JuAN-JiMENEz). Medecin espagnol, naquit vers 1558 a Ronda 



SAVART. 115 

et etudia la medecine a I universite de Grenade. II fut mt decin titulaire de la 
ville d Antequera et premier medecin des galeres espagnoles et de la chambre 
de D. Martin Padilla, gouverncur supreme dc la Castille. II est conuu par ses 
travaux sur la peste; il combattit vivement les opinions de Francisco Sanchez 
de Oropesa et de Juan de Saavedra sur cette maladie. L un des premiers en 
Europe, dit Morejon, il reconnut la veritable nature de la peste et la distingua 
des autres maladies avec lesquelles on la confondait babituellement ; c est a ce 
propos qu il etablit la difference entre le? maladies epidemiques endemiques et 
sporadiques. L ouvrage de Savariego a pour titre : 

Tralado de peste, donde secontienen las causas, preservation y cura, con algunas cues- 
tiones curiosas al proposito. Antequera, 1602, in-4. 

Morejon cite de lui, d apres Nicolas Antonio, deux autres ouvrages : De cura- 
tione i>uerorum et De variolis, mais sans indication d annee ni de lieu de pu 
blication. L. H>. 

SAVART (FELIX). Medecin et physicien, d abord cbirurgien d arme e, 
ensuite docteur en medecine de la Faculle de Strasbourg (l er out. 18l6), pro- 
fesseur de physique dans une institution particuliere (fin de 1820), membre de 
1 Academic des sciences (5 nov. 1827), conservateur des Cabinets de physique au 
College de France. Felix Savart, qui naquit a Me zieres (Ardennes), le 
50 juin 1791, est mort a Paris le 16 mars 1841. Ne pour les sciences pures, 
doue du genie de 1 observation dans ses plus fins details, ingenieux, vif a saisir 
les plus petits details d une experience, sobre et prudent dans ses deductions, 
ce savant tail le plus grand honneur a la France. Ses nombreux et patients tra 
vaux en acoustique sont aujourd bui consulte s avec fruit, et ne peuvent vieillir 
parce qu ils sont dus a un investigates honnete, consciencieux, qui n a reudu 
public que ce qu il a vu et bien vu. Savart a enrichi les recueils de son temps 
d un grand nombre de ses productions scientifiques. Mais il a choisi surtout sa 
tribune dans les Annales de chimie et de physique. C est la qu on trouvera ses 
principaux Me moires, dont voici la liste : 

I. Memoire relatif a la construction des instruments a cordes et a archets (1819, t. XII 
p. 225-255). Rapport sur ce memoirs, par Haiiy, Charles, de Prony, L. Cherubim, Catel 
H. Berton, Le Sueur, Biot, rapporteur. -- II. Memoire sur la communication des mouve- 
mcnts vibratoires entre les corps sotides (t. XIV, 1820, p. 113-172). III. Reckerches sur 
les vibrations de lair (1823, t. XXIV, p. 57-88). IV. Memoire sur les vibrations des corps 
solides, consideres en general (t. XXV, p. 12-50 ; p. 138-178; p. 225-269). V. Reclierclies 
sur les usages de la membrane dutijmpan et de I oreille externe (1824, t. XXVI, p. 5_5y _ 
VI. Nouvelle* recherches sur les vibrations de I air (1825, t. XXIX, p. 406-i 26). _ VII. .Me 
moire sur la voix humaine * 1825, t. XXX, p. 64-87). VIII. De I influence exercee par 
divers milieux sur le nombre de vibrations des corps solides (1825, t. XXX, p. 264-209). _ 
IX. Xotc sur la communication des mouvements vibratoires par les liquides (t. XXXI, 1820 
p. 285-294). -- X. Memoire sur la voix des oiseaux (). V 26, t. XXXU, p. 5-2i; p. I13-J30 1 

XI. .\otc sur les modes de division des corps en vibration (1826, t. XXXU, p. .18 1-393). 

XII. Note sur les sons produits dans I experience de M. Clement (1827, t. XXXV. p. 53. 
56). xill. Recher. sur les vibrations nor males (1827, t. XXXVI, p. 187-208). XIV. 



. 

sur un iiirnii cinent ile rotation dont le si/steme de parties <ibr antes de certains corps dement 
le siege ( 1827,1. XXXVI, p. 257-264). XV. Sur la decomp. dc I ammoniaque par les me- 
taux (1828, t. XXXVII, p. .~2ii-~30). XVI. Hecherclies sur I elasticile des corps qui cris- 
tallisent regulierement .1829, t. XL. p. 5-30: p. 113-157). XVII. Reclierckes sur la struc 
ture des mctaux (1829, t. XLI, p. 61-75 . Me/noire sur la reaction de torsion des lames et 
des verges rigides (t. XLI, p. 575-r. .i7 . XVIII. Xote sur la sensibilite de forgone de 
louie (1833, t. XLIV, p. 357-5521). MX. .Vote sur la perception des sons graves it XLVII 
p. 6 .l-74) XX. Memoire sur la constitution des veines liquides lancees par des orifice s 
circulaires en minces }/arois (1830, t. LIU, p. 557-598). XXI. Memoire sur le choc d une 



M6 SAVAHY (L E s). 

veine tiquide lancee cont/r ttn plan circutaire (I8">3, t. LIV, p. 55-87; p. II 3-! 45). XXII. 
Mentoire sur le choc de deux retries liquides animees dr nwiiveinenls directement opposes 
(1834, t. LV, p. 257-510). XXIII. La these doctorale de Savart porte ce litre : Du Circosele. 
G est un in-4 de 10 pages. A. G 

SAYARY (LEs). 

Salary (.hrouEs). Yeeut au dix-huitieme siecle; il etait docteurenmedecine 
de la faculte de Paris et medecin de la marine a Brest ; sur le frontispice de 
sa traduction d un ouvrage de Monro il s intitule medecin du roi. Savary est 
mort en 1768, laissant : 

I. I.ettre sur le grand vocabulaire franfais. In Journ. des savants, janv. 1768. - 
If. Divers Memoirrs dans la Collection acadcmiqite. III. Traite du scorbut pnr LIND. 
Trad, de 1 angl. Paris, 1749. IV. Essai sur I hydropisie et ses differentes especes, pnr 
MONRO lils. Trad, de 1 angl. sur la seconde edit, et uugin. de notes et d observ. Paris, I o O, 
in- 12. 



(AuGusT^-CiuRLFs), nomme aussi SAVARY DES CRUSLOXS, appartenait a 
une famille noble ct tres-ancienne ; il comptait parmi ses ancetres des hommes 
distingues dans les sciences, dans la magistrature et dans 1 armec ; il etait le 
petit-fils de SAVAKY DF.SBRCSLO I \S (Jacques), inspecteur general des manufactures 
pour le roi, a la douane de Paris, ne en 1677 et mort en 1716, auteur du Dic 
tionnaire itniverselde commerce, d histoire naturelle, etc. (Paris, 1723, 2 vol.) ; 
son pere etait auditcur a la Chambre des comptes. Savary (Aug.-Ch.) naquit a 
Paris, en 1776, suivant Querard ; en 1781, suivant Lullier-Winslow, son bio- 
graplie, aiiquel nous enipruntons la jdnpart des details qui suivent. La revolu 
tion dc 1789 ruina sa famille ; mais il commenca neanmoins de bonnes etudes 
sous la direction d un precepteur habile, le benedictin ^Yarenflot. A 1 agede qna- 
tiir/e ans les mathematiques transcendantes lui etaientdeja familieres.Versla lin 
de 1 annec 1706, alors que la mine de sa fortune etait consommee, il dut songer 
a prendre une profession qui put, par la suite, assurer son existence. Son oncle, 
C.-N. de Jussieu, docteur regent de la faculte de medecine de Paris, et frere du 
celebre professeur du meme nom, lui proposa d entreprendre des etudes medi- 
cales; mais Savary rejeta ces offres, et, pour vivre, accepta pendant trois ans un 
emploi de precepteur; il se perfectionna dans 1 intervalle en physique, chimie et 
histoire naturelle, et peu a peu prit gout aux etudes physiologiques. II quitta 
Soissons, ou il habitait depuis 1789, vers le milieu de i an 1801, et arrivu a 
Paris pour y elndier la medecine. 11 triompha de sa premiere repugnance, ct des 
la premiere annee de ses etudes se lit distinguer parmi les eleves de Bichat, 
puis parmi ceux de 1 Ecole pratique; il devint membre de la societe anatomique 
de Paris et de la societe medicale d Amiens, et apres de nombreux succes sou- 
tint avec boimeur sa these inaugurale, excellente pour 1 epoque, le W 27 aoiit 1805 
(6 fructidor an XIII). 

DOS 180i, Savary avail entrepris avec Lullier-Winslow et Geoff roy un diction- 
naire de medecine a peu pres selou le plan adopte dans le Dictionnaire des 
sciences medicales ; la publication de ce dernier dictionnaire arreta net ce tra 
vail qui etait deja fort avance. En 18I>7 il commcnra a travailler pour la Biblio- 
theqiie medicale et y publia diverses analyses d ouvrages importants, de Mahon, 
d Alibert, de Dumas, de Chaussier, de Pincl, etc. II se chargea seul. en 1808, de 
la redaction du Journal de medecine, de chirurgie et de ph.arma.cie, et y lit 
paraitre une longue suite d articles. En 1815, il donna une nouvelle edition de 



SAVENKO. 117 

la. Medecine legate de Belloc, qu il modifia profondement. La meme annee il 
avait commence avec Nysten le Dictionnaire de me decine et des sciences acces- 
soires et le continua jusqu a la lettre D. 

Savary etait en meme temps un excellent praticien ; il jouissait d une grand e 
reputation ; il etait medecin du bureau de bienfaisance du douzieme arrondis- 
sement de Paris (quartier de 1 Observatoire), medecin pros la cour royale et pres 
le tribunal de premiere instance du departement de la Seine. Enfm un grand 
nombre de societes savantes le placerent au nombre de leurs associes : Savary 
etait membre de la societe academique de medecine de Paris, de la societe des 
amateurs de sciences physiques et naturelles, etc., etc. 

En 1812, malgre les souffrances physiques et les deuils de famillc qu il avait 
eprouves peu auparavant, il accepta 1 ordre qui lui fut donne, en mars 1812, 
par le ministre de 1 interieur, de se rendre a Auxerre, et de la a Avallon, pour 
combattre une epidemic qu un encombrement de prisonniers espagnols avait 
developpee dans le departement de la Cote-d Or; il partagea cette perilleuse 
mission avec Nysten; pen de jours apres son retour de Bonrgogne, il lul envoye, 
pour un motif semblable, a Melun. Savary succomba au typhus, qu il avait con- 
tracte en soignantplusieurs indigents atteints de cette maladie, le 1 8 mars 1814. 
II laissait une quantite prodigieuse de manuscrits, malheureusement incomplets, 
entre autres des travaux inacheves sur 1 aimant et sur les sons. Nous cilerons 
de lui : 

I. Essai sur V absorption examinee comparatlvement dans les differentes classes de corps. 
These de Paris, an XIII (180.">), in-4. II. Paralysie, suite de la suppression du flux 
mcnslruel, compliquee d accidents. In Jown. de med., chir. et p/iarm., mai, 1808. 
III. Considerations sur les calculs biliaires. Ibid., juin 1808. IV. Plan d un traite de 
toxicologie, ou propositions generales sur les poisons, etc. Ibid., dec. 1808. V. Observ. 
tur un vomissement de matieres noirdtres, occasionne par une affection organique du 
peritoine. Ibid., fevr. 1809. VI. Notes sur guelques vices de la vue. Ibid., mars 1809. 
VII. Observ. sur une degenerescence fibreuse de la matrice et des ovaires. Ibid., juin 1809. 
VIII. Observ. sur une tumeur hydatique situee entre If foie et Vestomac. Ibid., mai, 
1810. IX. Consid. p/iysiol. et medic, sur la lassitude. Ibid., juin 1810. X. Consid. sur 
faction des medicaments. Ibid , juillet 1811. XI. Observ. sur un pemphigus idiopathique. 
Ibid., sept. 1811. XII. Notes sur quelques affections periodiques avec ou sans fieire. 
Ibid., juin 1812. XIII. Fails pour servir d I kistoire des lesions des facultes inleliec- 
tuelles. Ibid , dec. 1812. XIV. Remarques sur les effets de quelques medicaments, etc. 
Ibid., mars 1813. XV. Remarques el observ. sur I incertitude des causes de I avortement. 
Ibid., mai 1813. XVI. Experiences relatives d I aclion de certaines substances irritantes 
et causliques sur la peau de I homme, etc. In Biblioth. med., t. XLII, 1812. XVII. Recher- 
ches historiques sur le pemphigus. Ibid., 1813. XV111. Travaux de matheniatiques, de 
physique, d histoire naturelle, etc., inseres par exti-aits dans la Notice des travaux de la 
Societe des sciences physiques et nature I les, annee 1808. XIX. Articles Anatomic, .!.- 
phyxie, Capillaire, Cellulaire, Convulsions. Dejections, etc., in Diet, des sc. medicates. 
XX. Nombr. mem. et observ. lus ou envoyes a la Soc. de med. de la Faculte et a diverses 
Soc. savantes. L. HN. 



(PIERRE). Medecin russe, exerca avec succes 1 art de guerir a 
Saint-Petersbourg ; il etait professeur ordinaire de chirurgie a 1 Academic me- 
dico-chirurgicale de cette ville, conseiller d Etat de 1 empire russe, etc. II prit 
sa retraite en 1841. On a de lui : 

I. Tentamen patkolog. anat. de melanosi. Petropoli, 1825, in-4, pi. II. Die zu Pom- 
peji ge/undenen chirurgischen Instrumente. In Froriep s Notizcn. Bd. II, p. 57, 1822. 
III. Beschreibung einer im Jahre- 1825 zu Oranienbaum beobachteten contagiosen Augenen- 
tzundung. In Pelersb. verm. Abhandl. der Heilk., Samml. Ill, p. 105, 1825. IV. Avec 
Salomon : Herniarum c. h. tabula. Petropoli, 1856, in-fol. V. Revue des meilleuis pro- 
cedes de litliotritie (en langue russe). Saiat-Petersbourg, 1840, in-8, lig. et pi. L. HN. 



118 SAVIARD. 

SAYERGXOLLES (EAU MixtRALE DE), athermale, bicarbonatee ferrugineuse 

faible, carbonique moyenne, dans le departement du Cantal, dans I arrondisse- 
ment de Mauriac, dans la commune de Champagnac, sur la rive gauche de la 
Dordogne, emerge du gneiss 1 eau de la source de Savergnolles, designee souvent 
par le iiom de source de Champagnac. Son eau claire, limpide et transparente 
au-dessous d une pellicule irisee et jaunatre, n a pas d odeur tranchee : elle a un 
gout ferrugineux prononce; des bulles gazeuses grosses et assez frequentes la 
Iraversent, viennent s epanouir a sa surface ou se lixent en perles brillantes sur 
les parois interieures de son bassin de caplage. Sa temperature et son analyse 
chimique ne sont pas exac lenient connues. On ne sail que ce qu en a dil M. le 
prufesseur Nivet, qui 1 a rangee dans les eaux ferrugineuses ; elle est adminis- 
tre e en boisson seulement aux persoimes des environs qui viennent la prendre, 
a dose plus ou moins elevee, dans I anemie, la cblorose et la cachexie consecu- 
tives a des fievres intermittentes rebelles, a des maladies longne> qui out 
necessite une diete prolongee ou un traitement antipblogistique energique. 
On nexporte pas 1 eau de Savergnolles. 

BIBLIOGBAPHIE. XivET (Victor). Dictioiuiaire des eaux minirales du departemenl du Can- 
t (Clermont-Ferrand). 1852, p. 39. A. R. 

SAVEUR. 

s \ % i (GAETAKO). Medeein italien, ne vcrs le dernier quart du dix-huitieme 
siecle. Apres avoir ele nru docteuren medecine, il s etablit a Pise, ou il deviot 
professeur de pbysique experimentale a 1 Atbenee imperial, en 1802, pnis pro- 
fesseur d bistoire naturelle a 1 Universite de la meme ville. II etait membre de 
plusicurs societes savantes. On connait de lui : 

I. Matcria medico vegetabile indigena. Firenze, 1804, in-8. II. Materin medico, vege- 
tabile di Toscana. Firenze, 1807, in-8". III. Notizie sid te della China. Pisa, 18."5, in-8. 

L. II x. 

On ne doit pas confondre cet auteur avec un autre : 



(PAOLO), ne a Pise en 1798, mort dans cette ville le o avril 1871. II 
fut successivement medecin, professeur d bistoire naturelle a 1 Universite de 
Pise (182."), professeur de geologic et de mineralogie a partir de J840. II a pu- 
blie : 

Ricerclte fisiche e chimicke sulla Char a o Putera onde conoscere se guesta pianta passa 
ave parte nell origins della cativ aria. Pisa, 1831, in-8. (Ouvrage redige en collaboraiion 
avec Passetini.) L. HN. 

SAVIARD (BARTHELEMY). Yoici comment s exprime Devaux , dans son 
Index funereus chintrc/orum parisiensium, a 1 egard de cot habile cbirurgien : 
Barlhelemy Saviardj ne dans un bourg du voisinage de Sens (a Marole-sur- 
Seinc, le 18 octobre 1656), avoit acquis sa maitrise apres dix-sept annees de tra 
vail a I Hotel-Dieu, oil il s etoit rendu fort habile dans toute 1 etendue de la 
cbirurgie, et surtout excellent lilhotomiste. Aussi fit-il dans la ville, apres sa 
reception, toutes les operations chirurgicales avec applaudissements, et il donna, 
peu de temps avant son deces, un tres-bon recueil d observations de chirurgie. 
II mourut le 15 me aout de 1 annee 1702. Ce livre porte le titre : Nouveaii recueil 
d observations chirurgicales. Paris, 1702, in-8. 

J ajoute qu en feiulletant autrefois un registre des manages celebres dans 
1 eglise Saint-Etienne-du-Mont a Paris, j ai pu apprendre que Barthelemy Saviard 
avait epouse une Jeanne-Catherine Heurte, laquelle fut veuve de bonne heure, 



SAVIGNY (LES). H9 

puisque le registre auquel je fais allusion et qui mentionne cetle derniere en 
qualite de temoinest de 1 amiee 17 3. A. C. 

SAVIGXT (LES). 

Savigny (JEAS-BAPT1STE-HE3RY). NeaRochefort, servitd abord dans la marine, 
en qualite de chirurgien, etfut 1 un desnaufrages dela J/e </se en!816. En 1818, 
il soutint sa dissertation inaugurale a Paris, puis alia s otablir dans sa villena- 
tale. On connait de lui : 

I. Observations sur les effets ri la faint cl de la soi/ cprnures apres le naufrage rle la 
fregale du roi la Meduse, en 1816. These de Paris, 18)8, in-4. Puns, 1818, iu-8. (Eugene 
Siie a fait de nombreux emprunts a ce travail pour son Ionian : la Salamandre.} II. Avec 
Correard: Naufrage de la fre gate la Meduse, faisant partie de V expedition du Senegal en 
1816 : relation contenant les evenements qui out eu lieu sur le radeau, dans le desert de 
Sahara, a Saint-Louis et au camp de Daccard ; suirie d un examen sous les rapports u</ii- 
coles de la par lie occidentale de la c6le d Afiique. etc. Paris, 1817, in-8. Edit. 2% ref. et 
augm. de notes par Bredif. Ibid., 1818, in-S. Edit. o e . Ibid., 18-21, in-8". Trad, lioll. Hai- 
lera, 1818, gr. in-8. Trad. allem. Leipzig, 1819, gr. in-8. L. HN-. 



y (MARiE-JcLES-CESAR LELORGXE DE), naluralistc distingue, mcnibre de 
1 Institut d Egypte, de 1 Academie de Marseille, de la Societe Wernerienne 
d Edimbourg et de 1 Academie royale des sciences ; naquit a Provins en avril 
1779. II accompagna 1 expedilion de Napoleon en Egypte ct rapporta en France 
une vaste collection d objets d bistoire naturelle recueillis dans la Mediterraiiee, 
la mer Rouge, etc., dont 1 etude lui fournit les materiaux de plusieurs excellentes 
monographic*. Malheureusement ce savant devint aveugle de bonne heure. 11 est 
mort a Paris le 5 octobre 1851. 

Savigny a eu le bonheur de trouver en Egypte meme le vrai ibis blanc, que 
Bruce avail decouvert avant lui en Ethiopie; c est bien 1 espcce que los anciens 
Egyptiens embaumaient et sculptaient sur leurs monuments. On lui doit encore 
une description exacte et detaillee dcs formes si multiples de 1 appareil buccal 
des insectes, et si utiles dans leur classification. Enfin il a egalement bien decrit 
les vers et perfectionne leur classification. Voici la liste de ses ouvrages : 

I. Histoire naturelle des Dorades de la Chine. Paris, in-fol., pi. II. Histuirc naturelle 
et mythologique de I ibis. Pai is, 1S05, iu-8, pi. 111. Memoim SHI lea nnnnau.c sans ver- 
tebres; l re partie : Description et classification des animaux invert ebre s el arlicules...; 
2 e partie : Reckerches anatomiques sur les ascidics composees et sur les ascidies simples. 
Systeme de la classe des ascidies. Paris, 1MO, in-8, pi. IV. Description du 5/jiphcea 
cccrulce. In Decade eyypt., i. I, 1799, et Annal. du Museum d kist. natur., 18 20. V. Re- 
chercltes pour servir a la classification des Anne lides, et tableau syslentaliyue de la classe 
des Annelides. Rapport par Cuvier, Lamarck et Latreille, rapporteurs. In Memoires du Mu 
seum d hist. natur., t. VI, p. 95, 1820. L. Hx. 



(J OHM-HENRY), ^on medecin, mcrile cepcndant de figurer dans ce 
dictionnaire, a cause des grands services qu il a rendus a la chirurgie en perfec- 
tionnant un grand nombre des instruments dont elle se sert; nous meutionne- 
rons specialement son nouvel instrument pour [ operation de la fistule a 1 anus. 
Savigny vivait a Londres a la fin du dernier siecle et au commencement de celui- 
ci. II a publie : 

I. On the Use and Management of a Razor. London, 1786, in-4. II. Description of the 
Construction and Uses of a Portable A]>paratus for the Recovery of Persons apparently 
Dead, as recommended in an Essay on the Subject by C. Kile, and approved by Ike London 
Humane Society. London, 1790, in-8. III. A Collection of Engravings, representing the 
most Modern and Approved Instruments used in the Practice of Surgery ; with appropriate 
Explanations. London, 1798, in-l ol. IV. Description o f a Xcw Key-Instrument for the 



120 SAVON (CIIIMTE). 

Extraction of Teeth. In Simmons Mcd. Transact, and Observat., t. VII, p. 90, 1"97, fig. 
V. Description of an Im]>rored Instrument for the Fistula in Ano. In London Med. Jouni., 
t. II, p. 2 28. VI. Noui eau tourniquet. In London Med. Review and Magaz., t. Ill, n 15, 
et Journal derausl. medic. Literalur, Bd. I, p. 78, 1802, fig. L. HN. 



. I. Chimie et pharmacie. Lcs corps gras naturels, d origine 
vegetale on animale, solidesouliquides, sont des ylycerides, composes analogues 
aux ethers composes, dans lesquels la glycerine, alcool triatomique, est unie a 
trois equivalents de Tun ou de plusieurs des acides gras suivants : acides stea- 
rii[iie, margarique, palmitique et oleique, moins 6 equivalents d eau. Ces com- 
binaisons portent les noms de : stearine, margarine, pahnitine et ole ine; les 
divers corps gras naturels sont des melanges en proportions variables de plu 
sieurs de ces corps. Sous 1 influence des hydrates alcalins, la stearine, par 
exemple, se decompose en stearate alcalin et en glycerine avec absorption 
d eau; il en est de meme pour la margarine, la pahnitine et 1 oleine. Les com- 
binaisons des acides gras avec les oxydes metulliqucs portent le nom de savons, 
et comme les corps gras d oii ils proviennent sonl des melanges, il est evident 
que les savoris aussi doivent etre des melanges. 

Tons les oxydes metalliques ne soul pas egalement aptes a saponifier les 
corps gras ; certains savons peuvent done etre prepares par voie directe, tandis 
i|iie d autres ne peuvent 1 etre que par double decomposition. Les alcalis, les 
IriTi-s alcalines, les oxydes de plomb et de zinc sont dans le premier cas; 
les oxydes de fer, de cuivre, de mercure, de cobalt, de nickel, etc., etc., sont 
dans le second. La combinaison des acides gras avec ces derniers oxvdes s ob- 

O 

liciit en de composant la solution d un savon alcalin par une solution d un sel 
soluble de ces derniers oxydes. Les savons a base alcaline sont solubles dans 
I eau ; c est sur cette propriete que repose leur action detersive. Us sont solubles 
aussi dans 1 alcool et dans Tether. Tous les autres savons sont insolubles. 

On dfstingue les savons durs et les savons mous. Les premiers out pour base 
la soude, et les seconds ont pour base la potasse. En general, les savons ont 
une consistance d autant plus ferme que les matieres grasses d ou ils provien- 
iient contiennent plus d acides solides. Cependant, 1 huile de ricin forme, meme 
avec la potasse, un savon dur et cassant. 

Savons durs. Dans le midi de 1 Europe et en France, on fabrique les savons 
durs avec une less! ve de soude caustique et de 1 huile d olive; mais le prix eleve 
de cette huile determina certains labricants a essayer des huiles de sesame et 
d arachide. 

Le savon de Marseille est aujourd lmi fabrique avec un melange d huile 
d olive et des huiles que nous venons d indiquer. Dans le nord de 1 Europe, on 
prepare les savons avec du suif, de 1 huile de palme et d autrcs matieres grasses 
communes, soil en les traitant directement par une lessive de soude caustique, 
soil en les saponifiant par la potasse caustique et en decomposant le savon de 
potasse par le chlorure de sodium. 

Le suif, riche en stearine, forme avec la soude un savon trop dur pour 
1 usage ; aussi a-t-on soin d y ajouter de 1 huile de graines oleagineuses. Cette 
huile, qui est siccative, amoindrit la durete qui est due a 1 emploi du suif, et 
on pent obtenir ainsi des savons qui rappellent une provenance a laquelle ils 
sont, en realite, etrangers. 

Saponification. La saponification s opere dans de grandes chaudieres en 
maconnerie, en fonte ou en fer battu ; le fond settlement des chaudieres en 



SAVON (CHIMIE). 121 

maconnerie est en cuivre on en tole ; dans toutes, ce fond cst concave, et porte 
a la partie inferieure un luyau d ecoulement muni d un robinet, appele robmet 
d epinage et destine a faire ecouler les lessives usees. 

On remplit la chaudiere au quart avec de la lessive de soude faible a 10, on 
verse peu a pen 1 huile et Ton fait bouillir le melange, puis on ajoute alternati- 
vement de la lessive et de 1 huile, jusqu a ce que la totalite de 1 huile soil entree 
dans la chaudiere ; pendant tout ce temps, on brasse energiquement avec un 
rable, jusqu a ce que la masse, bien liee, ait 1 aspect d un blanc mat; on fait 
bouillir pendant quatre ou cinq heures et on ajoute de la lessive plus forte, a 
18 ou 20. On continue a brasser jusqu a ce que la masse soit devenue tout 
a fait homogene. Cette premiere operation s appelle Yempdtage. 

Dans I empatage, les matieres grasses n ont eprouve qu un commencement de 
saponification ; elles torment une espece d emulsion avec la lessive, et se trou- 
vent dans un grand etat de division qui favorise la formation du savon. Dans cet 
etat, le melange renferme une trop grande quantite d eau pour que la saponi 
fication puisse s achever, car cette quantite d eau rendrait inactive la lossi\c 
concentree que 1 on pourrait y ajouter ; cet exces d eau doit done elre elimine; 
on y arrive en profitant de la propriete que possede le savon d etre complete- 
ment insoluble dans une solution de sel marin. On ajoute done a la masse 
pateuse une lessive de soude de 28 ou 30 melangee de sel marin. A ce mo 
ment, le savon vient nager a la surface ; on laisse tomber le feu et on retire le 
liquide en ouvrant le robinet d epinage. Cette operation porte le nom de relar- 
gage. La pate, ainsi privee de 1 exces d eau qu elle renfermait, est dans les con 
ditions favorables pour subir 1 operation suivante : la cuite. 

On ajoute alors, a plusieurs reprises, de nouvelles lessives concentrees et 
salees; on rallume le feu et Ton fait bouillir pendant trois ou quatre heures. 
On reconnait que la] cuite est achevee a ce que les grains de savon, presses 
chauds entre les doigts, forment des ecailles minces, dures, seches et flexibles, 
quand, en meme temps, la lessive salee est encore alcaline et caustique. 

Le savon ainsi prepare est d abord colore en bleu fonce ou en noir, a cause 
de 1 interposition dans sa masse d un savon a base de fer, de sulfurcs de 
fer, etc., provenant de la lessive employee. Pour le transformer en savon blanc, 
on le fait dissoudre a une douce chaleur, dans une lessive faible non salee, et 
on laisse reposer en couvrant la chaudiere. 

Le parties colorees, insolubles et plus denses, viennent se deposer au fond. 
Quand la pate s est completement decoloree, on la coule dans des monies ou 
mises, ou elle se prend en masse par le refroidissement. Le savon blanc de 
Marseille, seche a 1 air libre, renferme de 45 a 50 pour 100 d eau. Pour avoir 
du savon marbre, on ajoute a la masse bouillante assez d eau pour que le savon 
ferrugineux, le sulfure de fer, etc. , se separent, par le brassage, en veines plus ou 
moins grandes, et Ton coule la pate dans les mises, en refroidissant le plus 
promptement possible, de maniere que les marbrures n aient que le temps de se 
precipiter. Le savon marbre ne renferme que 30 pour 100 d eau; pour cette 
raison et malgre les impuretes qu il renferme, il est prefere au savon blanc. 

Salons mous. Les savons mous, dits aussi savons noirs, savons verts, sont 
toujours fabriques avec une lessive de potasse caustique et les huiles les moins 
cheres, telles que : huiles de lin,de chenevis, d oeillette, de colza, denavette, les 
huiles de poisson, 1 acide oleique, etc. On les fabrique principalement dans les 
pays du nord, ceux de la Hollande jouissent d uue certaine reputation. Les savons 



122 SAVON (CHIMIE). 

mous renferment toule la glycerine produite, tandis que, dans les savons durs, 
oette glycerine est eliminee dans les lessives usees, avec 1 exccs d alcali, par le 
linau d epinage; ils renferment aussi toute la lessive employee a la saponifica- 
tion. Aussi est-il convenable de ii iiit,niilmiv quc la quanlite de polasse neces- 
saire a la saponification des huiles ; d ailleurs 1 empatage et la cuite se font 
comrae pour les savons a base de soude. Lorsque la saponiiicatiou esl terminee, 
et que le savon est devenu transparent, on 1 amene, par 1 evaporation, a uue 
consistance convenable, on le colore en vert ou en noir, avec du sulfate de cui- 
vre ou de fer, de la noix de galle et du bois de cainpeche et on le coule d;iu< 
des tonneaux. Les savons mous renferment ordinairement pros de la moitie de 
leur poids d eau. En Normandie, on durcit les savons mous en y ialroduisant 
de la rcsine. 

Savons transparents. On les obtient en faisant dissoudre a chaud les savons 
durs dans leur poids d alcool, et coulant la dissolution encore chaude et filtree 
dans des monies en fer-blane. On les colore et on les aromatise a voloute. Le 
savon nedevient transparent qu apres trois ou quatre semaines. 

Savon a la neiye. Pour le pre parer, on fond du savon tres-blonc avec le 
quart de MUI poids d eau et Ton brasse avec un agitateur jusqu a ce que, par 
( introduction d air dans la masse, celle-ci ait atteint le double-de son volume, 
l/opeialion doit se faire a une temperature de 7u u a 80. On coule eusuite dan? 
des mises. 

S/ii nit ilr rcxine. La resine a la propriete de se dissoudre dans les lessives 
alcalines, mais elle ne se saponilie pas ; la combiflaison est sans consistance; 
mais, en incorporant la solution ivsineuse a du savon de suit tout forme et 
bouillant, on obtient, par le rcl roidissement, uu savon qui possede la couleur 
de la cire jaune, transparent, en ecailles minces, qui se dissout facilement dans 
1 eau et produit beaucoup de mousse. 

Savon medicinal. On prend : lessive de soude caustique marquant 56 a 
1 areometre de Baume, 1000 parties; buile d amande douce 2100 parties; on 
met les deux substances dans une capsule de porcelaine, on agite pour avoir un 
melange intime, on place la capsule dans un endroit chaud (18 a 20) et Ton 
agite de temps en temps jusqu a ce que la masse soit devenue e paisse, on coule 
alors dans des mises en faience que Ton place dans un endroit chaud jusqu a ce 
que le savon se soit soliditie. On le retire des mises eton le laisse expose a 1 air 
pendant un ou deux mois, ou plutot jusqu a ce que, triture avec un pen de 
calomel, il ne se colore plus en gris, ce qui est une preuve qu il ne renferme 
plus d alcali caustique. 

Pendant cette exposition a 1 air, la soude caustique de la surface da savon 
attire 1 acide carbonique de 1 air et se transforme en bicarbonate de soude; par 
capillarite, la soude caustique de I interieur est attiree a la surface et subit la 
meme transformation ; il ne reste plus qu a racier cette surface pour avoir un 
savon pur. Le savon medicinal renferme toute la glyce riue forme e. 

Savon de Starkey. On donnc ce nom a un melange de parties egales de car 
bonate de potasse bien sec, d essence de terebenthine et de te rebenthine de 
Venise. Le melange, d abord triture dans un mortier, est broye ensuite siir un 
porphyre, jusqu a ce qu il ait pris la consistance d un miel e pais ; on obtient 
ainsi un tout homogene, qae Ton conserve dans un pot de faience. 

Essai des savons. Dosage de I eau. On coupe un morceau de savon qui 
repj esente la moyenne de 1 exterieur et de 1 mte rieur, on le racle en copeaux 



SAVON (EMPLOI). 125 

minces et on enpeselO grammes que Ton place dans une capsule taree; on fait 
dessecher le savon a une temperature que 1 un eleve graduellement de 110 a 
120, jusqu a ce qu il ne perde plus de son poids; la perte de poids repre 
sents la quantite d eau. 

Dosage des acides gras et des alcalis. On decompose 10 grammes de savon, 
dans une eprouvette, par un melange d ether et d acide acetique : apres agitation 
et repos, il se produit rapidement deux couches, dont la superieure contient ies 
acides gras en dissolution; 1 infer ieure, aqueuse, renferme 1 acetate alcalin forme, 
et Ies sels du savon. A 1 aide d un entonnoir a robinet, on opere la separation 
des deux couches; la couche etheree est evaporee dans nne capsule taree; le 
residu donne Ies acides gras, dont on peut determiner le point de fusion; la cou 
che aqueuse evaporee et le residu calcine a 1 air renferment le carbonate alcalin 
produit par la calcination ; on le dose a 1 aide des precedes alcalimetriques. 

Les savons a bases alcalines etant solubles dans 1 alcool d une part et dans 
1 eau de 1 autre, toutes Ies substances insolubles dans ces ve hicules, ajoutees 
frauduleusement au savon, peuvent etre ainsi facilement eliminees et reconnues 
par Ies caracteres qui leur sout propres. Lcrz. 

II. Emploi medical. Nous ne reviendrons pas ici sur I emploides com 
poses connus sous le nom de sapones (voy. ce mot) et dont Ies proprietes the ra- 
peutiques sont celles des substances actives qui y ont ete incorporees. 

Les savons employes en medecine sont assez nombreux : 

1 Le principal est celui qui porte precisement le nom de medicinal et qu on 
nomme aussi amygdalin. Sa composition chimique et sa preparation ont e t. ; indi- 
quees plus hant. II participe des proprie te s des sels de soude et, a ce litre, peut 
passer pour diuretique; mais la dose a laquelle il ?.erait susceptible de produire 
la diurese ne serait pas sans inconve nient. Le savon medicinal irrile Ies 
muqueuses et produit assez aise ment 1 etat nauseenx. Aussi l associe-t-on, pour 
ce cas, au nitrate de potasse. A-t-il, comme on 1 a soutenn, la vertu de dis- 
soudre dans la vessie, seul ou associe a 1 eau de cliaux, Ies calculs uriques? C est 
la question qui s applique a 1 ensemble des lithontriptiques alcalins, depuis le 
remede de Mme Stephen (coquilles d oeufs ou de limacon) jusqu a 1 eau de Vichy. 
Elle sera e tudie e en son lieu [voy. URIXAIRES (voie> . 

Le savon amygdalin jouit de proprietes laxatives. On le met surtout en usage 
dans Ies affections hepatiques avec secretion insuffisante de bile ou obstruction 
des conduits biliaires, ainsi que dans Ies cas presumes d insufiisance du sue 
pancreatique. 

II parait en effet exercer une action stimulante sur Ies fonctions se cretoires du 
foie et du pancreas, et contribue d ailleurs a emulsiouner Ies matieres grasses 
contenues dans Ies aliments. On a pense aussi qu il pouvait desagreger, dis- 
soudre Ies calculs biliaires. Memeremarque que pour scs vertus lithontriptiques, 
et nous nous contentons de renvoyer a ce qui a ete dit sur ce sujet a Tarlicle 
BILIAIBES (voies) (p. 422). Quoi qu il en soil, quand on se propose uniquement 
d agir sur Ies fonctions du foie ou du pancreas, on peut employer le savon seul, 
bien qu il soit encore plus sur de Tassocier a quelque autre substance jouissant 
de proprieles analogues, comme la rhubarbe, 1 aloes, le calomel. Mais cette asso 
ciation est indiquee surtout quand il s agit d obtenir un effet purgatif. 

A 1 exterieur, on emploie le savon amygdalin dissous en petite quantite dans 
1 eau simple ou dans des infusions resolutives telles que celles de sureau, de meli- 



124 SAVON (EMI-LOI). 

lot, centre certains erytbemes cutanes, principalement ceux qui sont produils par 
le contact de la sueur, de 1 humeur sebacee, de 1 urine ou de toutautre liquide 
irritant. A dose plus forte, la dissolution de savon est e galement utile dans les 
affections chroniques superficielles de la peau, de 1 eczema par exemple, en y 
provoquant une irritation legere et une detersion. La teinture de savon s emploie 
avec avantage en friction sur les engorgements chroniques des parties molles, 
sur les articulations gonflees a la suite d anciens rhumatismes ou de la goutte. 
Un moyen pratique plus efficace peut-etre consiste a appliquer des cataplasmes 
prepares avec un liquide resolutif, et qu on arrose de teinture savonneuse ou 
qu on saupoudre fortement de savon. Le savon animal convient plus particuliere- 
ment a cet usage, en raison du sel rnarin qu il renferme. C est une pratique 
repandue chez les medecins militaires que de traiter les enflures des pieds, 
consecutives a la marche forcee, les engelures et les sueurs exagerees de ces 
parties, par 1 application d une sorte de bouillie faite avec 1 alcool et le savon; 
1 alcool s evapore et il reste sur le tegument une couche de savon par-dessus 
laijuelle le soldat passe sa chaussetle. L emplatre de savon. c est-a-dire 1 emplatre 
simple additionne de savon medicinal, est un excellent topique resolutif employe 
centre les tumeurs fruides, specialement centre les tumeursdes mamelles. 

Le savon amygdalin peut rendre d assez grands services en suppositoires ou 
en lavements <lms les cas dc constipation opiniatre, surtout quand il y ;i 
tendance a la formation de tummr stercorale. Dans la medecine domestique, on 
y substitue d ordinaire le savon blanc de Marseille ou tout autre savon de 
menage. 

Xous donnous ci-aprcs quelques formules se rapportant a 1 emploi interne 
ou externe du savon medecinal. 

Pilules de savon simple. 

Savon medicinal 20 grammes. 

Raclez le savon, epistez-le dans un mortier de marbre jusqu a ce qu il soil 
uniformement ramolli et divisez-le en cent pilules, que vous roulerez dans de la 
poudre d amidon (Codex). De six a vingt ou trente par jour. 

Pilules de savon nilre es. 

Savon medicinal 20 ?rammes. 

Pondre de ratine de guimauve 5 

Nitrate de potasse -2 

Faites des pilules de 25 centigr. De six a vingt-cinq par jour. 
Pilules de savon composes (purgatives). 

Calomel 1 gramme. 

Resine de Jalap 

Savon medicinal 2 

Faites des pilules de 10 centigr. De deux a quatre par jour. 
Pilules de rhubarbe savonneuses. 

Rhulwrbe 4 grammes. 

Savon medicinal 1 

Sirop q. s. 

Faites quinze pilules. 



SAVON (EMPLOI). 125 

Pilules de settle et de qomme ammoniaque savonneuse. 

Scille 4 grammes. 

Gomme ammnniariue 8 

Gingembre 1"2 

Savon 1"2 

Sirop i). s. 

Faites des pilules de 20 centigr. De cinq a dix par jour. 

Teinture de savon. 

Savon blanc 100 grammes. 

Carbonate de potasse 5 

Alcool a 60 500 

Melez le savon, coupe par petits morceaux, dans un flacon, avec le carbonate 
de potasse; ajoutez 1 alcool, agitez de temps a autre et filtrez au bout de dix 
jours. 

Empldtre de savon. 

Emplalre simple (savon de plomb) 2,000 grammes. 

Cire blanche 1(K) 

Savon blanc 125 

Faites liquefier 1 emplatre et la cire, ajoutez le savon prealablement divise et 
incorporez par agitation (Codex). 

Empldtre de savon camphre. 

Emplatre de savon 100 grammes. 

Camphre pulverise 1 

Melangez exactement. 

2 On peut confectionner des savons medicamenteux, soil en saponifiant diffe- 
rentes matieres grasses, telles que 1 huile de foie de morue, 1 huile de 
croton, etc., ou des resines, comme le ga iac, la gomme-gutte, etc.; soil en 
incorporant des medicaments dans une preparation de savon. 

Savon d huile de foie de morue. 

Huile de foie de morue 600 grammes. 

Soude causlique w 

Eau 20 

On fait dissoudre la soude caustique dans 1 eau, puis on mele la solution avec 
1 huile hepatique. Cette preparation peut servir a confectionner des pilules ou 
des emplatres. On peut, du reste, y faire entrer d autres substances, comme 
1 iodure de potassium prealablement dissous. Ge savou contient, par chaque 
X grammes, 5 grammes 50 d buile hepatique. 

Savon d huile de croton. 

Huile de crolon 2 grammes. 

Lessive des savonniers 1 

On verse 1 lmile dans une capsule, on ajoute la lessive par parties et Ton mele 
exactement. Faire des pilules de 10 centigr. Une, deux ou trois par jour. 

Savon calcaire. 

Huile d aimmle douce. 100 grammes. 

Eau de chaux 900 

Melez a froid par agitation ct culevez le savon qui vicnt a la surface. Centre 
les brulures. 



126 SAVON (EMPLOI). 

Savon de moelle de boeitf, dit savon animal. 

Moclle de bneuf puriliee 300 grammes. 

Soude caustique 250 

Eau 1,000 - 

Faites liquetier la moelle en la chauffant avec de 1 eau dans une capsule de 
porcelaine ; ajoutez-y en plusleurs fois la soude et agitez avec une spatule 
pendant une heure environ ; puis ajoutez : 

Sel marin purifie 100 grammes. 

Quand le savon vient nager a la surface de 1 eau, on laisse refroidir, on separe 
le savon, qu on exprime et qu on fait fondre pour le couler dans un moule. 

Savon mercuriel. 

Onguenl mercuriel 8 gr. 60 ceniig. 

Lessive des savonniers 4 

Triturez en ajoutant la lessive par parties. 4 gr. pour une friction. 

Autre savon mercuriel. 

Mcrcure me tallique 123 grammes. 

Acide azolique 123 

Faites dissoudre dans un matras. D autre part, faites dissoudre au bain-marie 
dans nn vase en poivelaine : 

Graisse de vcau lavde 530 grammes. 

Retires clu leu et ajoutez le dissolute mercuriel en remuant jusqu a ce quele 
melange ait pris de la consistance. De cette pommade on prend 150 grammes, 
on y ajoute : 

Soude caustique a 36 60 grammes. 

On mele par porphyrisation jusqu a combinaison exaete. Ce savon, parfaite- 
ment soluble, s emploie contre la gale et contre diverses affections herpetiques. 
Parmi les savons de re sine, nous citerons comme exemples les suivants : 

Savon de gaiac. 

Re sine de cafcic 10 grammes. 

Savon medicinal 14 

Alcool a 80" q. s. 

Dissolvez, filtrez et faites evaporer pour obtenir 20 grammes de savon (i gr 
contient 50 centigr. de resine de ga iac). 

Savon de jalap, d aloes, de scammone e, de gomme-gutte. 
Meme preparation que pour le precedent. 

Savon de Starkey. 

On donne ce nom a un melange de parties egales de carbonate de potasse bien 
sec, d essence de terebenthine et de terebenthine de Venise. Le melange, d abord 
triture dans un mortier, est broye ensuite sur un porphyre, jusqu a ce qu il ait 
pris la consistance d un miel epais ; on obtient ainsi un tout homogene, que 
1 on conserve dans un pot de faience. 

Un pharmacien mililaire, M. Tripier, a propose 1 emploi. pour usage exlerne, 
de savons d alcaloides (stearates, margarates, ole ates) qu on prepare en faisant 



SAVONA. 127 

agir directement les acides gras sur les bases organiques, ou par double dt eom- 
position du savoa medicinal par le chlorhydrate de ces bases. Dans ce dernier 
cas, on verse peu a peu le solute de savon dans le solute de chlorhydrate 
chaufie au bain-marie. On a soin d agiter. Le precipite obtenu, on le separe et 
on le fait se cher. On obtient ainsi des savons de morphine, de strychnine, d a- 
tropine, etc. Pour les employer en frictions, il n y a qu a les faire dissoudre 
dans de 1 huile ou dans de 1 axonge. M. Tripier pense que les corps gras ne faci- 
litent que tres-peu 1 absorption des alcaloides, si ceux-ci ne sont pas combines 
avec les acides gras. 

Parmi tous les savons medicamenteux il en est 1111 qui merite une attention 
speciale, parce que, employe dans 1 industrie (pour la preparation des depouilles 
d animaux), il peut dunner lieu a des accidents d intoxication, c est le 

Savon de Beccenr. 

Acide arsenieux pulverise. . 370 grammes. 

Carbonate de potasse deseeh6 120 

Eau dislillee 320 

Savon marbrc de Marseille ratisse 320 

Chaux vive en poudre line 40 

Camphre pulverise 10 

Mettezl acide arsenieux et 1 eau dans une capsule de porcelaine, cbauffez, 
ajoutez le carbonate par parties et agitez ; apres dissolution entiere de 1 acide 
arsenieux, ajoutez le savon, laissez-le dissoudre, retirez du feu, laissez refroidir, 
melez la chaux et le campbre et porphyrisez. Pour employer ce savon on le 
delaye dans 1 eau jusqu a production d une bouillie claire, qu on etend avec un 
pinceau sur les parties organiques a conserver. 

III. To vieologie. Le savon simple n est un poison irritant que par la pre 
sence de 1 alcali qui entre dans sa composition. L action irritante de celui-ci est 
necessairement attenuee par sa combinaison avec des acides gras ; niais elle est 
encore assez intense pour produire, si la dose de savon inge ree est un peu forte, 
des accidents considerables. 100 parties de savon blanc de Marseille renferment 
4,6 de soude. La proportion de soude est de 6 pour 100 dans le savon marbre. 
Quant a 1 expose des accidents produitsetau traitement a employer, il appartient 
a 1 histoire des alcalis qui entrent dans la composition du savon : de la soude, 
de la potasse, de la chaux, de l ammoniaque. 11 suffit de dire que Tindication 
therapeutique consiste naturellement a administrer au malade des boissons aci- 
dule es, et a combattre [ inflammation produite. 11 faut tenir compte d ailleurs, 
dans une certaine mesure, meme en deliors des savons medicamenteux, de cer- 
taines substances ajoutees au compose savonneux, comme le sullure et le sul- 
fate de fer dans le savon marbre ou le cblorure de sodium dans le savon animal. 

En ce qui touche 1 empoisonnement par le savon arsenical de Beeosur, la 
question est la meme que pour 1 empoisonnement par les couleurs arsenicales 
employees pour la peinture, ou pour les papiers de tenture des appartements. 
Nous renvoyons a 1 article ARSENIC (p. 255). 

Du reste le savon simple joue plus souveat le role d antidote que de poison. 
Dans les empoisonnements par les acides, le savon est un alcalin qu on peut tou- 
jours se procurer plus promptement que de l ammoniaque ou du bicarbonate de 
soude. On Fadministre en dissolution tres-etendue dans 1 eau. 

A. DECHASJCRE. 

S.ivovi (PHILIPPE). Xatif de Palerme, e tait docteur en medecine et en 



128 



Oil 



philosophic. II acquit une grande reputation en Sicilc et surlout a Naples ou il 
contribua au relablissement du comte d Olivares, gravement malade, en 1592. 
Savona mourut a Palerme en 1636, laissant la premiere partie d un ouvrage 
qui devait en avoir cinq : 

Decisionum medicinalium morborum, symplomalum, cvacuationum, abscessuum malitio- 
soruni et fallacium, quoad diagnosim et prognosim, novo scribendi inodo primum invenlo. 
Panormi, 1024, in-iol. L. HN. 

S%OMKI,% (JEAN-MICHEL), grand-pere du celebre predicaleur Jerome 
Savonarola. Ce savant homme, 1 un des medecins du quinzieme siecle qui pre- 
luderent a la renaissance des sciences, naquit a Padoue en 1584, et mourut, 
d apres van der Linden, a Ferrare en 1456. Dezeimeris assure qu il vecut au 
moiiis jusqu en 1440, et qu il faisait encore ses cours de medecine en 1436. 
Knlin Poggendorff le fait mourir en 1462. Quoi qu il en soit, Savonarola, qui 
avail ele particulierement protege par le prince d Este, et qui fut affilie al ordre 
des chevaliers de Jerusalem, a laisse des ouvrages qui prouvent que si, suivant 
1 usage du temps, il ne s est pas tout a fait debarrasse des sublilites scolastiques, 
il ne s est pas engage autant que ses contemporains dans cette voie ennemie du 
progrcs, et qu il a secoue le joug des Arabes. 

I. Practica de trgritudinibus a capite usque adpedes. Papise, i486, in-fol. Venetiis, 1498, 
jn-fol., etc. II. Practica canonica de fcbribus. Ejusdcm summa de pulsibus, de urinis, 
<lc cgestionibus, dc balneis omnibus Italia 1 . Tractatus de verminibus. Venetiis, 1498, in-fol. 
(avec I oiivi :i^e de Cesar Oplat : De febre hecticd) ; 1562, 1563, in-fol. Lyon, 1560, in-8" 
(avec le commentaire de Jacques SILVIUS sur les fievres). III. DC balneis omnibus Italia, 
sicquc toliiis orbis, proprietatibusque earum. Venetiis, 1592, in-4. IV. De arle confi 
dent] i aquam vitec simplicem et compositam, deque ejus admirabili virlute ad conser- 
vandam sanitatem. Hagonose, 1532, in-8. V. In medicinam practicam introductio. Argen- 
tinae, 1555, in-4". VI. Trattato utilissimo di molte regale per conservare la saiiita... 
Venezia, 155i, in-8 (edit, de M. Boldo). VII. Libra delta natura e virtu delle cose die 
nutriscono, ovvero traltati del grant, delle erbe, radici s agrumi, frutti, degli animali, 
pesci, del vino, etc. Venezia, 1576, in-4. A. C. 

s % \ <>\ M i it ou s \ % OMI:K Sapindus, Plumier. Genre de plantes Dicotv- 
ledones, appartenant a la famille des Sapindacees, a laquellc il donne son nom. 
Les planles de ce groupe sontdes arbres oudes arbustes, a feuilles allernes, im- 
paripennees, parfois reduites a une seule foliole. Les fleurs sont disposees en 
grappes axillaires ou terminales : elles sout regulieres, hermaphrodites ou 
polygames, parfois a quatre parties, plus souvent a cinq. Elles out sur leur recep 
tacle un calice a 4 ou 5 sepales imbriques; une corolle a 4 ou 5 petales, Ian- 
lot nus en dedans, tantot munis au point de reunion de 1 otiglet et du liaibe 
d un appendice petalo ide simple ou double. Les etamines sont en nombre double 
des petales, placees sur deux rangs en dedans d un disque glanduleux qui e,i 
entoure la base. L ovaire est supere, le plus souvent a 5 loges uniovulees, sur- 
monte d un style partage au sommel en trois lobes stigmatiferes. Le i ruil uuu 1 
n a geiieraleiiient qu une seule loge, par avorlcment des deux autres. Le 
pericarpe esl charnu ou coriace, indehiscent, et renferme une seule graine exal- 
buminee, a gros embryon charnu. 

Le Savonniers habiteut les regions chaudes du globe; on en comple une qua- 
rantaine d especes, donl nous ne cilei ons que celles qui out quelque utilitc. 
Plusieurs d enlre elles contiennent un principe acre et aiuer, et qui a la pro- 
priete de i airc mousser 1 eau, d ou le nom de Savonnier qu ou a duiiae au geai e 
entier. Ce sont : 

1 Le Savonnier mousseux ou arbre a Savunneltes, Sapin ins Si/pcnana L. 



SAVOMNIER. 129 

est un arbre de grandeur mediocre, qui se divise a une faible hauteur en bran 
ches etalees. Les feuilles sont composees pennees sans impaire; elles ont 
4 paires de grandes folioles, lance olc es, acumine es, entieres, reticule es veinees; 
leur petiole est muni d une aile courte et rnemhraneuse. Les fleurs sont petite, 
blanchatres, a cinq parties. Les fruits sont pendants, de la grosseur d une 
cerise, et renferment sous un pericarpe pulpeux, jaunatre, unc graiue a testa 
dur, noiiitre, et a amande huileuse, ayant le gout de la noisette. 

On donne aux Antilles le nom de Pommes de Savon ou de Cerises gour- 
meuses a ces fruits, qui servent aux Antilles aux memes usages que le Savon. 
Lorsqu on les met dans 1 eau chaude, on voit leur pulpe se dissoudre peu a peu; 
1 eau devient blanchatre, mousse par 1 agitation et nettoie fort bien le linge; 
seulement a la longue, le linge est attaque et comme corrode. La racine a des 
proprietes analogues a celles du fruit. On a employe quelquefois le pericarpe 
centre la chlorose. 

Le noyau noir qui reste, quand la pulpe du fruit a disparu, sert a faire di < 
chapelets ; 1 amande donne une huile comestible. 

2 Le Sapindus arborescens Aublet croit a la Guyane dans les grandes 
forets qui bordent la crique des Galibis. Ces derniers le nomment Maca-ajia- 
ipou. 11 a des feuilles composees de 5 paires de folioles coriaces, des fleurs en 
grappes axillaires, des fruits petits, de couleur rouge, marques d un sillon par 
lequel ils s ouvrent en deux parties. Ces fruits contiennent une substance ana 
logue a celle des fruits du S. Saponaria. II en est de meme du : 

3 Sapindus frutescens Aublet, dont les fruits sont plus gros, mais de meme 
forme, et qui croit aussi dans les grandes forets de la Guyane. C est un 
arbrisseau, a feuilles composees de 7 a 8 paires de folioles, ovales laneeoliv-. 
coriaces. 

4 A Tile Bourbon, les Savonniers mousseux sont represented par le Sapindus 
rigida Yahl, arbre a feuilles composees de 6 a 8 folioles opposees, ovales, lan 
ceolees, glabrcs et luisantes en dessus, legerement pubescentes en dessou . Le 
fruit est comple tement glabre, de la grosseur et de la forme d une cerise. 

5 Dans 1 Afrique tropicale occidentale, c est le Sapindus Seyeyalensis Poi- 
ret, qu on emploie. Les feuilles ont de 4 a 8 folioles, tres-glabres, reticule es ; le 
fruit est ovale, un peu globuleux, de la grosseur d une fraise. 

6 Dans les Indes orientales c est le S. laurifulia Yahl, dont on emploie, 
pour blanchir le linge, les fruits petits, arrondis et veins. On le nomme vulgai- 
rement Manipongou. C est le Pocrensie de Rheede. 

7 A Java, les fruits du Sapindus maduriensis Perrotet sont 1 objet d un 
commerce : ils sont de la grosseur d une noix, et leur chair, visqueuse, gluante 
et jaunatre, maceree dans 1 eau, sert a nettoyer le linge. 

8 Enfin au Bresil, c est le Sapindus divaricatus, appele pao de Sctbao, qui 
fournit les fruits recus par Guibourt et decrits par lui comme ce dant a 1 eau la 
matiere amere et mielleuse qui lui donne la propriete de mousser fortement. 
Ces fruits ont la grosseur d une cerise; ils sont d un roux jaunatre, et renfer 
ment une semence a testa noir et lisse. Ils ont une odeur assez prononee e d a- 
cide ace tique. 

D autres especes sont interessantes parce que leur fruit est comestible. Tel 
est : 

9 Le Sapindus emarginala Yahl, dont les feuilles courtes, obtuses, sont 
echancre es a leur sommet et velues en dessous, et dont les fruits sont forme s de 

DICT. EMC. 5 S. VII. 9 



130 SAVONNIERS (HYGIENE). 

3 carpelles comprimes ou globiilciix, couvcrls de polls epais et jaunatres. Ces 
fruits sont, dit-on, manges dans la Caroline et dans la Georgie. Dans les Indes 
Orientales, ils sont surtout employes comme medicament; on les do nne dans 
1 asthme muqucux comme nn bon expectorant, et les naturels sc laveut la tete 
avec 1 eau savonneusc qu il produit par sa maceration. 

De meme les naturels du Senegal paraissent rechercher les fruits du Sapin- 
dus Seneyalensis, qui a une saveur vineuse et sucree, et dont nous avons indi- 
que plus haul 1 action sur 1 eau. II faut mettre dans la meme categorie les fruits 
du S. esculentus Cambessedcs, qui vient au Bresil, et ceux du S. Fruticosus, 
du Malabar. 

BIDLIOUIUPIIIE. TOURMEFORT. Institutions Hei herbaria. G59, lab. 440. LIXXE. Genera. 
n o 419. AHAXSON. Familtc <lrs /iln/ilcs, II, 345. LAMAIICK Illustrations desgcnres. Encyclop., 
tab. 307, et Diction, encyclop., VI, CG2. AI-BLET. Plantes de la Guyane, I, tab. 138. 
RHEEDE. Malabar, IV, 43, tab. 19. ANISLIE. Mfileria nicdica. II, 319. GI-JLLEMIN et PER- 
ROTET. Florce Senef/alensis Tt iitaincn, 1,117. DE CAXDOLLE. Prudromus, I, 607. ENDLI- 
CHER. Genera planlamm, n" Mil5. HOOKEH ct BEXTIIAM. Genera plan/arum, 404, n" 43. 
GuiBOi RT. Drogues simples, 1" edit., Ill, 595. PL. 

SAVOXXIERS (HYGIENE pROFESsiosMELLE ET iis DUSTRiELLE) . Les differente.-. 
operations que comprend la fabrication des savons sont : la preparation des 
lessives, 1 cinpatage, le rclargage, la cuite on saponification proprement dite, 
le madrage ou liquidation et la mise en formes du savon. 

1 La preparation des lessives consiste a melanger, dans des bassins ou cuves 
appelcs barquieux, de la soude artificielle concassee et de la chaux eteinte que 
Ton c puise par des lixiviations successives, jusqu a transformation du carbonate 
de soude en soude caustique ; la chaux passee a 1 etat de carbonate forme la plus 
grande parlie du residu solide des lessives. Une ibis prepare es, les lessives sont 
conduites par des rigoles dans des bassins places sous les barquieux, a 1 e tage 
infericur; c est la qu elles sont conservees pour etre bientot dirigees dans les 
chaudieres. 

2 Uetnpdtage, qui n est que le premier degre de la saponification des corps 
gras employes, se pratique dans des chaudieres en maconnerie, comme cela a 
toujours lieu ti Marseille, ou bien dans des chaudieres en fer battu ou en fonte, 
generalement en usage dans les savonneries de Paris et dans celles des autres 
contrees de la France. G est dans ces chaudieres que s opere le melange des 
lessives ct des corps gras, a fin de les soumettre a 1 ebullition. Sous 1 influeuce 
de la chaleur, ce melange liquide devient pateux ; et, pour lui donner une con- 
sistance convenable, on le brasse constamment avec un rable, redable, sorte de 
palette en bois, ajoutant tantot de 1 buile si la pate est trop liquide par exces 
d alcali, tantot de nouvelles quantites de lessive alcaline si le liquide gras en 
execs vient surnagcr a la surface de la pate. Pendant cette operation, il s echappe 
de la cbaudicre des buees epaisses, contenant souvent des produits empyreuma- 
liques d une couleur noiratre et d une odeur nauseabonde, qui resultent de la 
decomposition d une petite quantite d buile par les i onds uchauffes de la chau- 
diere. 

5 Le relaryage a pour objet la separation du savon emulsionne par 1 adjonc- 
tion a la pate d une dissolution de scl niarin. Un ouvrier vide dans la chaudiere 
un certain nombre de seaux remplis d ean salee, de facon a recouvrir toute la 
superficie de la pate. Pour faire penelrer le liquide sale dans la masse, un autrc 
ouvrier, muni d un redable, se met sur une plancbe placee sur la chaudiere, et il 
agile verticalemcnt sun redable de bas en baut, afin que la lessive se metle sue- 



SAVONNIERS (HYGIENE). 151 

cessivement en contact avectoutes les parties Je la masse savonneuse. Le liquicle 
sale, en penetrant ainsi dans cette masse, provoque la separation de 1 emulsion 
savonneuse sous forme de grumeaux. 

Apres un repos de deux ou trois heures, on procede au soutirage de la partie 
liquide, au moyen d une ouverture qui existe au has de la chaudiere ; on de- 
bouche cette ouverture, et le liquide s ecoule laissant le savon dans la chaudiere. 
C est ce qu on appelle Yepinage. 

4 C est alors que Ton procede a la saponification definitive en versant sur la 
pate, a huit ou dix reprises differentes, soixante a soixantc-dix cornues remplics 
de lessives concentrees; c est ce qu on appelle des services. Entre cliaque ser 
vice, on e pine de nouveau, c est-a-dire qu on evacue, on debouchant le trou 
inierieur de la chaudiere, une quantite de liquide e^ale a celle que Ton vci-c 
dans un service. Sous 1 influence d un feu tres-actif, la pate se serre de plus en 
plus en se combinant avec la soude caustique de la lessive. 

5 Quand le savon est bien cuit, on passe a 1 operation du madrage qui a 
pour but, dans la confection des savons marbres de Marseille, de donner lieu a 
la marbrure. Dans la fabrication des savons blanrs, rotte operation proud le nom 
de liquidation et a pour objet de rendre la pate blanche et homogene, en desagre- 
geant les masses savonneuses et favorisant la separation du savon alumino-f erreux 
qui constitue ce qu on appelle : le gras. 

6 L operation qui vient ensuite est la mise en formes : elle consiste a enlever 
le savon de la chaudiere et a le faire couler par un long canal de bois qui 
descend vers les formes ou mises. Get enlevement se fait avec des poches a tres 
longmanche. Unefois le savon solidifie, on 1 aplanit et onle rend plus compacte, 
en frappant sur toute sa surface au moyen de larges battes en bois bien emman- 
chees. Puis on procede au coupage du savon en pains de forme voulue. 

Yoyons maintenant quels sont les inconve nients du travail profes?ionnel. 

Dans la premiere serie des operations que nous venons de passer en revue, les 
ouvriers savonniers sont particulierement soumis a 1 action caustique des alcalis 
et des lessives alcalines. Pendant le concassage des blocs (forme sous laquelle la 
soude artificielle est livre e aux savonniers), il se forme une veritable disse mina- 
tion de particules salines, dont le contact prolonge" avec la peau n est point sans 
inconveuients. 

Le maniement continu des lessives, leur transvasement successif qui, dans les 
petites abriques, s opere le plus souvent a bras d homme au moyen de seaux ou 
cornues, provoque a la longue une alteration particuliere de la couche e pider- 
mique de la peau des doigts, rappelant assez le pigeonneau des ouvriers 
taniieurs ; la coucbe papillaire du derme est souvent irritee et donne lieu a la 
formation de nombreuses vesicules; d autres Ibis, on rencontre de 1 engourdis- 
sement des mains, de 1 insensibilite au tact et de la raideur des articulations 
des doigts, accompagne e chez quelques-uns de douleur et d empatement. 

Les vapeurs epaisses et fetides qui s echappent de la chaudiere, surtout pen 
dant 1 operation de rempatage, alors que les ouvriers disent que la chaudiere taba- 
que, preunent a la gorge et provoquent des nausees et des troubles gastriques. 

Quelques-uns de ces ouvriers presentent une anhelation marquee, souvent 
acconipagnee d acces d oppression, veritables symptomes de 1 asthme essentiel. 

Ces bue es sont surtout incommodes, quand le corps gras employe dans la 
fabrication est de 1 acide oleique, dont la fonte donne lieu a des emanations 
empyreumaliques tres-prononcees, ou bien quand on se sert, dans la fabrication 



132 SAVONNIERS (HYGIENE). 

des savons destines au foulage des draps par exemple, de graisses provenant des 
intestins ou des os. 

L humidite des salles de travail jointe a Felevation de la tempe rature, 1 alte- 
ration de 1 air respirable par les exhalaisons malsaines qui s echappent des 
chaudieres ainsi que des residus qui impregnent conslamment le sol des ateliers, 
finissent par developper, chez la plupart de cesouvriers, un etat anemique plus 
ou moins accuse. Les affections dominantes sont les troubles dyspeptiques de 
1 estomac et de 1 intestin. Deja Fodere avail remarque que ces ouvriers out 
un leint bleme, et sont fort sujets aux engorgements des visceres du bas-ventre, 
aux infiltrations et a d autres maladies de faiblesse 

Les conjonclivites, provoquees par les vapeurs alcalines, ne sont pas rares. 

Nous devons mentionner les brulures auxquelles les savonniers sont exposes 
pendant la cuite du savon : a mesure que le savon augmente de solidite, la 
vapeur d eau resultant de F evaporation de la lessive se fait jour a travers la pate 
solidifiee, et determine des projections brulantes de savon et de lessive a I entour 
de la chaudiere. 

II est une cause de maladie qu il nous faut signaler, a cote des predispositions 
morbides que souleve 1 action du milieu professionnel : c est le travail excessif 
auquol les savoimiers sont le plus souvent soumis. Ramazzini en fait la cause 
principale de tonics les affections qui viennent les atteindre (Traite des maladies 
des artisans, chap. L1I: Malad. des savonniers}. Shann attribueaux mouvements 
ciinlinuels des bras que necessitent les diverses operations professionnelles, entre 
autres : le brassage de la pate, le madrage, Fenlevement du savon dans les poches 
a long manche, etc., la frequence des maladies de coaur qu il a constatee chez 
les savonniers anglais (Recherches statistiques sur les maladies des artisans, in 
British medical journal, 1852). On ne saurait accuser ici Finfluence du rhuma- 
li>me articulaire aigu, affection tres-rare chez tous ces ouvriers. 

Le madrage ou la liquidation expose a un accident des plus graves : la chute 
dans les chaudieres. Voici comment cette operation se pratique : nous en em- 
pruntons les details a Poutet (Traite des savons, Marseille, 1821) : 

On place sur la chaudiere une planche d une epaisseur suffisante et fort large 
(madrier, d ou vient le nom de madrage), pour que deux hommes etant dessus 
|inissent manoeuvrer facilement. Chacun de ces hommes est arme d un redable 
pour agitcr la pate, afin qu elle s impregne de la lessive qu un autre ouvrier y 
verse a plusieurs reprises. Cette manipulation se fait en deux temps. Le premier 
est preparatoire et s appelle rompre; le second termine Foperation et s appelle : 
tirer du fond. 

Comme Fhomme le plus vigoureux ne pourrait enfoncer au premier coup son 
redable jusqu au fund de la chaudiere, et le faire remonter par un mouvenient 
brusque, parce que la pate est trop consistante et la colonne a vaincre trop 
haute, on commence par n enfoncer Finstrument que jusqu au quart de la pro- 
fondeur de la chaudiere, et on Fen retire un peu obliquement ; lorsqu il est pret 
a en sortir, on accelere le mouvement jusqu a la surface, ou on 1 arrete tout a 
coup pour occasionner un jet qui determine Fexpansion de la lessive sur 
toute la superficie de la pate, en divise les grumeaux ct en facilite Fimbi- 
bition 

Le second temps s execute en plongeant le redable jusqu au fond de la chau 
diere, et en le retirant verticakment jusqu a la surface, oil le coup brusque, 
produit au moyen duredable, donne lieu a Fexpansion de la lessive qu on ra- 



SAVONNIERS (HYGIENE). 153 

mene du fond vers le clessus de la pate. Par ce moyen, toutcs les parties du 
savon sont transporters de has en haul de la chaudiere et resolvent li s dirts 
de la lessive, qui les tumefie et les humecte convenablement. 

Les deux madreurs parcourent peu a pen la longueur de la planche sur la- 
quelle ils se trouvent places, et par consequent tout le diametre de la chaudiere, 
en travaillant la pate sur tous les points. 

On comprend combien cette manosuvre presente de dangers serieux. Arme du 
redable dont le manche atteint parfois 6 metres de long, 1 ouvrier madreur, dont 
les mains et les pieds sont reconverts de savon fondu et dc lessive, marcbe sur 
une planche devenue glissante, au-dessus d une chaudiere de plusieurs mrttrs 
de profondeur et qui ne renferme pas moins de 1 2,000 a 15,<lOO kilogrammes de 
savon. Les efforts qu il est oblige de faire pour enfoncer et retirer le redable, 
1 exposent a chaque instant a perdre 1 equilibre et a tomber dans la masse savon- 
neuse. C est pour empecher un pareil accident que Darcet a propose et fait 
adopter un appareil de soutien, compose d une sangle et d une corde de sus 
pension fix Je a une barre de fer solide, appareil auquel s attache et se retient 
1 ouvrier charge de 1 ope ration (Description de V appareil a employer dans les 
grandessavonneries, par M. Darcet, Ann. d hyg., 1859, t. XXI). II esta regretter 
que son usage ne se soil pas plus generalise. 

L hygiene preservatrice professionnelle regarde a la fois 1 atelier et 1 ouvrier. 
En ce qui concerne 1 atelier : on devra maintenir dans les salles de travail une 
aeration suffisante, en elablissant des courants d air dans les parties superieures, 
pour que les ouvriers n en soient point incommodes. On condensera les vapeurs 
et les buees dans des hottes placees au-dessus des chaudieres a saponification et 
communiquant avec la cheminee centrale de 1 usine. Le sol de la fabrique sera 
pave en pierres dures, parfaitement rejointoyees a la chaux hydraulique, afin de 
permettre des lavages frequents, et mettre obstacle a son impregnation par les 
residus. Pour la meme raison, les murs seront reconverts a 1 interieur d une 
triple couche de chaux, alun et gelatine. 

Quant aux ouvriers, ils feront usage de vetements de travail, ils porteront 
des sabots. La plus grande proprete leur sera recommandee. Ils eviteront avec 
soin toute transition brusque du froid au chaud. Autant que possible, ils suivront 
un regime reparateur, ne se livreront a aucun exces de boissons, et feront, les 
jours de repos, un exercice salutaire au grand air. Enfin, la fatigue du travail 
sera en partie prevenue en substituant, quand on le pourra, le travail meeanique 
au travail des bras, c est-a-dire en etablissant un agitateur a palettes pour le 
brassage et des leviers mobiles pour le transport des cornues. 

La fabrication du savon est rangee par la loi dans la troisieme classe des 
industries iusalubres et incommodes (Decrets du 15 Janvier 1815 et du 51 de- 
cembre 1866 , par suite des odeurs desagrcables auxquelles elle soumet le 
voisinage. Elle interesse surtout I hygiene publique au point de vue de 1 ecou- 
lement des residus liquides et de 1 enlevement des residus solidcs. 

Les residus Jiquides provenant des lessives peuvent infecter le sol avoisinant, 
soit par infiltration a travers les parois des bacs a lessives, soitparce qu ils sont 
deverse s sur la voie publique. 

II est done necessaire de formuler un certain nombre de conditions, toutes 
les fois qu il s agit d autoriser 1 etablissement d une savonnerie. Elles peuvent 
se resumer de la maniere suivante : 

On tiendra exactement ferme es les portes et les fenetres de la savonnerie. 



134 SA.VOT. 

II n y aura d autrc ouverture que la porte d entree donnant sur une cour 
interieure. 

Si, dans la fabrication du savon, on se sert de matieres aniraales, on operera la 
fonle dcs corps gras en vase clos, et non a feu n\i[Voy. SUIF (fonderies de)]. 

On etablira Ics bacs a lessives sur un pave enduit d une couche de ciment; et 
le sol sur lequel seront places ces bacs sera entoure d une rigole de 10 centi 
metres de profondeur et de 20 centimetres de largeur, cimentee sur les fonds 
et les parois, se dirigeant vers un petit reservoir egalement cimente, destine a 
recevoir les liquides epanches, d ou ils seront extraits ulterieurement. 

Si Ton fait usage de fosses en maconnerie, les parois dcvront etre parfaitement 
etanches, de maniere a ne pcrmctlrc aucune infiltration de nature a vicier les 
puits ou les eaux du voisinagc. 

Aucun residu ue pourra sejourner sur la voie publique. 

Si Ton ilirigc les residus liquidcs vers mi cours d eau ou un c gout rapproches, 
cela ne devra se fairc quo par un conduit souterrain et apres qu ils auront ete 
prealablement debarrasses de toute nialiere organique ou putrescible par un lait 
de chaux suffisamment concentre. 

Ouaii! an\ n sulus solides provenant du lessivage des soudes, ils seront pro- 
visdiivinciit places sous un hangar, afin que les eaux pluviales ne puissent les 
delayer et iv|iainlic les parties solubles dans les terrains avoisinants. 

Knlin Irs luiresetla funu e seront enlrainees vers unechemineed appel, assez 
elevee pour en (leniietlrc la dissemination dans I atmospliere, sans que le voisinage 
ait a en soufl rir. ALEXAISDRE LVYET. 

* i VOM M:S, s tio\i M:S. Quand on fait uii melange intime d une huile 
grasse, I huile d amande douce par exemple, avec de 1 ammoniaque liquide, on 
obtient une espece d emulsion, qui est le resultat d un commencement de sapo- 
nification de 1 huile par 1 ammoniaque ; on a donne quelquelbis le nom de savo- 
nule a ce melange. Le nom de savonule a ete attribue a la combinaison 
des acides gras avec les alcalis organiques : quinine, cinchonine, morpbine, 
strychnine, etc., etc. L. 



(JOHN). Ne vers la findu dernier siecle, fit ses etudes a Edimbourg, 
y prit le grade de docteur en 1824, et s etablit a Londres ou il devint par la 
suite membre de 1 Institut royal, de Y Apothecary Hall, et de plusieures autres 
societes savantes, puis president de la Societe de pharmacie. Outre plusieurs 
opuscules peu importants, il a public : 

I. Diss. inaug. de febre. Edinburgi, 1824. II. A Companion to the Medicine Chest and 
Compendium of Domestic Medicine, comprising Plain Directions for the Employment of 
Medicines, etc. London, 1836, in -12 ; 2" edit., 1840, in-12. L. HN. 

SAVOT (Louis). Savant me decin numismate et architecte. II naquit a Sau- 
lieu, en Bourgogne, vers 1579, de Thomas Savot, homme de grande et forte 
tasture, noble et tres-vertueux, et scavant en tous arts et science universelle, 
et Franchise Simonnin, dit une notice manuscrite du temps, que nous 
possedons. Ce Thomas Savot etait noble et portait dans ses armoiries trois 
papeguaulx . Notre notice va nous dire.ce qu etaient ces papeguaulx. Ledit 
Thomas Savot portait pour ses armoiries trois papeguaulx, a cause qu ancien- 
nement et long temps auparavant 1 usage de la pouldre a canons, c estoit une 



SAW KEY. 155 

tres-grande vertu de sgavoir tircr droittemcnt de 1 arbaleste ; et pour adonner les 
homines belle excellente vertu, les dues de Bourgongne avoient institue des 
jeux de 1 arbaleste pour s y exercer. Et finalement, un jour de ban, ccux qui 
vertueusement et genereusement s adonnoient a tircr le mieux de 1 arbaleste, et 
qui par trois ans conse cutifs, emportoient de leur trait de fleclie la papegiiaul /, 
qui estoit une statue de petit oiseau verd, cstoient et acqueroient la qualite dc 
Roy du jeu de 1 arbaleste et reputes nobles.... A 1 expiration de sa carriere 
scolastique, Louis Savot vint a Paris et se mil sur les banes de la Facultc de 
medecine de cette ville. II n y acquit pourtant que le grade de liccncie (1610). 
Ses gouts le portaient ailleurs que vers la pratique dc la medecine ; la fibre artis- 
tique et historique le dominait, et il se livra enticrement a 1 e tude desmedailles 
antiques et de 1 architecture. Allie a de grandes families, parent, par les femmes, 
du president Janin, de Simon Nicolas, conseiller et secretaire du roi, Savot mou- 
rut dans la maison de ce dernier vers 1 annee 1640, et fut enterre dans 1 e glise 
de Saint-Germain-l Auxerrois, ou, au siecle dernier, on pouvait encore lire son 
epitaphe. On cite avec honneur son livre sur [ Architecture de* bailments 
particuliers, ouvrage public en 1624, et que Blondel lit re imprimcr en 1075 
et 1685, avec des notes, corrections, et un Eloge dc 1 Auteur. Un fait ignore, 
et que nous devoile la notice manuscrite citee plus haul, c est que Louis Savot 
ne fut pas etranger a I erection de 1 ancienne statue de Henri IV, oeuvre de Jean 
de Boulogne, que Marie de Mi -dicis fit placer sur le Pont-Neuf, au temps de la 
minorite de Louis XIII. II parait que ce fut notre medecin, dont les talents etaient 
apprecies, qui fut charge par le conseil de la couronne d ecrire 1 histoire des 
statues e questres. On voulait etre bien renseigne touchant les ceuvres de ce 
genre qui ornaient plusieurs villes de 1 Italie : avis aux curieux qui trouveraient 
cet ouvrage de Savot; il est rarissime, si meme il en existe encore un soul 
exemplaire, 1 auteur ne 1 ayant fait tirer qu a tres-petit nombre, pour etre dis- 
tribue seulement a la reine regente, aux membres du conseil et a ses amis. 
Voici la liste des ouvrages de Savot : 

I. De tetragohi Hippocratici signiftcatione, contra chijmicos, observatio. Parisiis, 1609, 
in-8. II. Nova, sen verius Nova-Antiqua, de camis cotonim, sententia. Parisiis, 1609, 
in-8. III. De I art de guerir par la saignee, traduit du grec de Galien, avec un discours 
pour la saignee. Paris, 1605, in-12. IV. U Architecture des bailments particuliers. Paris, 
1624 et 1644, ia-8. V. Discours sur les medalles (sic) antiques. Paris, 1627, in-i. Tra 
duit en latin par Lud. Neocore (Kuster), et insere dans le Thesaunnn antiquitatum roma- 
narum, de Groevias el Gronovius, t. XI. A. C. 



(Pn). Chirurgien anglais, connu par ses travaux sur la maladie 
venerienne et sur les membranes de 1 ceil, dont il decouvrit une en disse quant 
un ceil de bceuf, en 1805. II naquit vers 1765 et fit ses etudes medicales sous 
Marshall, dont il a ecrit la vie et edite unepartie des ceuvres ; il exerca son art a 
Londres avec distinction jusqu a sa mort arrive e vers 1825. Nous citerons 
de lui : 

I. A Popular View of ths Effects of the Venereal Disease upon the Constitution. London, 
1794, in-8. II. A Physiological Inquiry Into some of the Effects of the Venereal Poison 
on the Human Body ; ivith an Occasional Explication of Physiology, Observations on some 
of the Opinions of John Hunter and B. Bell, etc. London, 1802, in-8; trad, allem. par 
G.-W. TCEPELMANN sous le litre : Ueber die \Virkuncjen des venerischcn Giftes, etc. Leipzig, 
1805, gr. in-8. III. An Account of a Newly Discovered Membrane in the Human Eye; 
to which are added some Objections to the common Operation for Fistula Lacnjmalis, and 
the Suggestion of a new Mode of treating that Disease. London, 1807, in-4; av. 1 pi. _ 
IV. The Posthumous Works of D* A. Marshall; with the Life of the Author. London, 1814, 



136 OAAfc. 

in-8. V. T/te Morbid Analomy of the Drain in Mania and Hydrophobia ; with the Patho 
logy of these two Diseases, as collected from /lie Papers of the late A. Marshall. London, 
1815, in-8; trad. all. par HOMDEUG. Berlin, 1819, gr. in- 8. L. HN. 

SIM:. Indcpandemment de la province de Saxe qui fait partie du royaume 
do Prusse et sera decrite avec ce pays, cinq nations allemandes portent ce nom. 
L elude demographique qui suit ne porte que sur la Saxe royale. Quant aux 
ducbes, on comprendra la difficulte qui s oppose a leur etude detaillee. Nous 
donncrons seulement leur etendue et leur population : 

SITERFICIE. rOl ULATIOX. 

Grand-Duchr dc Sax. -Weimar 5,63 ,".SI> 286,183 

Duche do Saxe-AlL-nlmur"- . . . I,:.-.!! 1 ,. ;! 141,1 22 

Luchij dr -viM-il, aiingen "2,46S k ,ir. 18T,!I,,7 

Duche de Saxe-Cobourg-ct-Goilia l. ,iiM k ,"5 171,559 

SAXE ROYAI.E. Du 5010 au 51 "28 latitude nord, et 29r2 au 52 n 43 lon 
gitude E. de 1 ilc de Fcr. Superlicic : 14,989 kil. carres. Nous ne revien- 
drons pas sur la geograpbic de ce pays, qui a etc eludiee avec tant de superio- 
nle a I arhrle AM I:M \C..NE, par M. Acliille Guillard. Cependant cet article a etc 
eoneii dans un esprit trop general pour pouvoir accorder au petit pays saxon 
rimportance que merite sa population si active et si pressee. Avant d etudier 
ee |M ii|ili si reiiiar<|iial>le par sun industrie et par son accroissemeut rapide, on 
nous ptTiuellra dc deerire suiniuaii vmeiit le climat sous lequel il vit. 

Ti in/K-niliirc. A-.i lieu que la temperature dc> la plnparl des pays de notre 
hemisphere \a sc ivfioidissaiil du S. au N., on observe la loi contraire pour la 
Sa\e. La raison en est simple. Au N., la plainc saxunnc n a que 100 a 200 me 
tres d allitudc; Ics 11,7) environ du pays ont ecllc I aible altitude; la partie 
moyennc, ou has Erzgebirge, comprcud les 0,4 du pays ; son altitude est de 
200 a 4 Ml metres (en moyenne, 500 metres). Eufiii 1 Erzgebirge, qui comprend 
le dernier tiers du jtays, atteint 4MI a 900 metres (en moyennc 000 metres), 
et s etend sur tout le S. du pays. Son point culminant, le Fichtelberg, atteint 
121(1 metres. Au pied meme de ces regions elevees, se trouve au S.-E. un pays 
mareeagenx qui s etend sur toute la partie orientale de la fronliere N. du royaume 
(depuis Bautzen jnsiju a Moritzburg et Riesa). 

d.i estime tanlol a 500, tantot a 550 metres, 1 altitude moyenne de la 
Saxe. Ce qui precede moutre que ces cbiffres ne doivent etre regardes que comme 
des indices un pen trop generaux. 

La banteur du pays rend sa temperature inferieure a celle des pays voisins; la 
Saxe est plus froide que le Brandebourg, la Pomeranie, le Hanovre, etc.; son 
climat se rapprocherait de celui de la Silesie et de la Thuringe ; il serait plus 
cbaud que celui de la Boheme. 

Au reste, nous dounons les indications principales, mois par mois, pour trois 
stations, prises dans cbacune des trois regions dont nous venous d indiquer 1 al- 
titude (Leipzig, dans la plaine saxonne, est a 118 metres d altitude; Freiberg, a 
403 metres et Obenviesentbal a 917 metres). A defaut de cette derniere station, 
nous avons mis Reitzenhain (777 metres d altitude), qui est dans une region 
forestiere. 

Dans les parties boise es, onremarque un leger abaissement de la temperature 
moyenne. Rappelons a ce sujet que 1 action, si souvent contestee, des forets sur 
la temperature, sur la pluie, etc., a ete etudiee dans ces dernieres anne es avec 
soina 1 ecolc forestiere de Nancy, par M. Matthieu, sous-directeur de cette ecole. 



SAXE. 



157 





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138 SAXE. 

On reuuirque quc la difference moyenne dc temperature entre Leipzig et la 
montagne est d environ 4 degres centigrades, difference qui parait un peu plus 
forte en ete qu en hiver. 

Les premieres gelees (gelees blanches) apparaissent a Leipzig et a Dresde en 
moyenne vers le 25 octobre, rarement en septembre. Les dernieres gelees 
se font encore sentir en moyenne le 24 avril, quelquefois en mai. Dans la 
montagne, le regne des gelees dure plus longtemps; on les rencontre souvent 
des aodl, et elles ne sont pas rares a la fin de mai on au commencement 
de juin. Dans ccrtaines annees, ellcs ne laissent de repit a 1 agriculteur que 
pendant six semaines. 

t ression barometriqite. G est en aout et en septembre que les variations 
liaroinetriqnes sont les moindres ; c est aussi pendant 1 ete que le barometre est 
le plus bus, en general. Pendant les mois d hiver, la hauteur est plutot plus 
clever, mais sr.s variations sont plus considerables. En general, les variations 

har : l nones soul plus elendnes dans la plainc ejue dans les stations elevees. 

I ml*. Le sent (loininaiil en Saxe est le S.-W.; c est lui qui regne hiver et 
ete; on cslimc qu au printcmps il tourne a TO., et qu en automne il devient 
S.-S.-W. Sa loive depend naliirellement des temps et des lieux, de ceux-ci 
surlonl. Ihvsde nr.evrail, dil-on, plus de vent que Leipzig. 

l\tdi il/t i-ii-l. I. cs joins comple tement de gage sde images sont rares en Saxe; 
on les rein-outre mi jicii pin-, souvent en ele qu en hiver, mais la difference n est 
pa-; LMamle. I ji iiio\enne, on eslime tme les deux tiers du ciel sont obscurcis par 
les linage-. Dims la monia-iie, les journees tout a fait pures sont plus rares 
encore i|iie dans la plaine. 

Juin .s- di filnic ft orat/rx. Plus de la moitie des journees donnent de la pluie, 
les mois de mai el de septembre sont les moins pluvieux, les mois d hiver out 
le- maxiinnms. Xalurelleinent, la distribution est inverse pour les orages. 
II semlile que pluies ct orages soient un peu plus frequents dans l_es parties 
montagneuses. 

/ /(r//;//f .< atmosphe riques. Les stations situees dans la plaine ou sur des 
plateaux eleves recoivent moins de pluie que cellos qui sont entourees de mon- 
tagnes, et surtout de montagnes boisees. Dans tout le pays, la pluie est plus 
abondante en ete et notamment en juin. Ce sont d ailleurs des nombres assez 
semblables a ccux que nous observons a Paris ; voici quelles sont les hauteurs 
annuclles de pluie observees pendant la periode quinquennale 1864-1868 : 

HAUTEUR ANNUELLE DES PRECIPITES ATMOSPHERIQUES (1864-1868). 

millimetres. 

Leipzig 530 

Dresde 453,2 

Bautzen 510,3 

Freiberg 605 

Reitzenhain 781,5 

Oberwiesenthal 900,5 

EmpM des terres. Cette etude, jointe a celles qui precedent, suffira pour 
nous donner une idee sommaire de 1 aspect general de la Saxe. 



SAXE. 139 

EMPLOI DBS TERRES EN SAXE, EN 1878. 

hectares. 

Champs cultivcs et jardius 51,5 pour 100, soil en nombres absolus 812,268,21 

Pres 12,5 186,137,18 

Etangs 0,6 9,107,60 

Vignobles 0,08 l,2S-_ ,!i;i 

Paturages 1,02 15,52:i,i;7 

FortHs 27,8 -il. i, Kil ,55 

Indetermines (coursd eau, chemins, etc.) 3,6 57,403,15 



100,00 1,496,890,32 

Les etangs ou marais sont surtout repandus clu cote de Bautzen. 

II n y a que 56 600 hectares de forels dans le cercle de Leipzig, qui est pays 
de plaine. Sur 152 700 hectares de forets qui appartiennent a 1 Etat, en Saxe, 
141 000 sont plantes de coniferes. 

Les champs cultives sont principalemcnt consacres auxcereales (478 000 hec 
tares). Le seigle (225000 hectares) et 1 avoine (174000 hectares) sont de 
beaucoup les plus cultivees; le froment n occupe que 46 000 hectares de terre 
et 1 orge 55 000 hectares seulement. Mais les pommes de terre emploient 
114800 hectares 

POPULATION. Densite. Le royaume de Saxe doit a ses ressources industrielles 
de nourrir plus d hommes qu aucun autre pays de 1 Europe (184 hah. par kil. 
carre en 1875). La Belgique elle-meme, si celehre par la densite de sa population, 
reste un pen au-dessous de la Saxe royale. L etude de la population par profes 
sions nous montrera la cause de cette paiticularite. 

Malgre cette densite exceptionnelle, la population saxonne se multiplie et 
s accroit avec une rapidite extraordinaire. Nous ne parlons pas ici de 1 exces des 
naissances sur les deces. On sait que les Saxons emigrent beaucoup ; malgre cela, 
les recensements montrent que ce petit pays presente une population de plus en 
plus nombreuse. En 1815, on n ycomptait que 1 178802 habitants; depuis, ce 
nombre s accroit progressivement, atteint 1 158 000 en 1852, depasse 2 000 000 
en 1855, et atteint 2 760 586 le l er decembre 1875. En un demi-siecle, la popu 
lation a plus que double ! 

Voici quel a ete le detail de cet accroissement d autant plus remarquable 
qu il s est produit dans un pays tres-peuple. 



ACCROISSEMEST MOYEN AKNUEL SUR 1000 HABITANTS. 



1815-18 11 

1818-21 12 

1821-24 13,3 

1824-27 12 

1827-30 11 

1832-54 12 

1854-37 12 

1857-40 11 

1840-43.. . 10 



15 



1846-49 ............ 10,5 

is 19-52 ............ 16,6 

1852-55 ............ 6,3 

1855-58 ............ 13,5 

1858-61 ............ 16 

1861-64 ............ 18 

1864-67 ............ 11,6 

1867-71 ............ 15,4 



1815-71 15 

Si Ton songe que 1 accroissement moyen parait etre en Europe de 7 par 1000 
environ, on jugera considerable celui qui signale le royaume de Saxe. 

Naturcllcment, cet accroissement est beaucoup plus rapide pour les villes que 
pour les campagnes. Ainsi, pendant laperiode 1858-1849, tandis que 1 accrois 
sement moyen annuel des villes etait de 16 pour 1000, celui des campagnes ne 
s elevait qu a 9, 5, proportion deja considerable, comme on le voit. 

Si Ton compare la population saxonne de 1854 a celle de 1875, on trouve que 
pendant ce long espace de temps, elle s est accrue de 54 pour 100 a la campagne, 
et de 111,7 dans les villes. 



140 SAXE. 

CARACTERES PHYSIQUES. Taille moyenne. La Zeitschrift de 1 856 fournit les 
comptes rcndus du recrutement del 852-1 854, avec des details qui seraient extre- 
mement precieux, si le nombre des consents observes etait plus considerable. 

Pour la Saxe en general, on a observe entre les consents les proportions 
suivantes : 

SUR 1000 CONSCRITS, COMBIEN DE CIIAQUE TAILLE (l8b-K >i). 

Au-dessous de 66 pouces de Di^sde (soil l ",."i:>7) 117,2 

de 66 a 67 (de l-,557 a 1-,581). . . 65,6 

de67a68 (de l-,58l a l ",GOi). . . 111,1 

deG8 a 69 (de 1,604 a l",G28j. . . 141,1 

Moyenne . . li!> |>., 29 1-.6352 

deli9a70 (de l ",C.2S a l",f,:>2). . . 116,0 

de 70 a 71 (del*,652a 1,675). . . 1T>3,7 

de 71 ;i 7-2 (de I".(M.,;I l ".ti:i .i). . . 101,5 

de 7-2 a ~~> (de l ",(i .l!l a I 1 ", ""23) . . . 70,3 

de 77, a 71 (de I 1 ", 72:. a I ", 7 III). . . 11,1 

de -\. ;, ;:, (de 1-,7 n; :< i".:i;ii). . . 21," 
Au dula dc 7(1 pouces de Drcscle 6,8 



1000,0 

(liieniiienl sa\iin imblic mi di tail dcs plus curieux : c esl la taille par 
siini-. I., i |ilii|i;ii-i ri |iovriii sin- dt^ diil l ivs lni|i laiblcs pour inspirer une 
ulc rtinliiincc; ;niisi li- hiillrins p;ir;iissi nt avoir une laille au-dessous de la 

\rnnc; in. ii- Idisijii mi riuiviiuii lc diiiyi aiiinic (jui les coiiconie, on voit dans 

l.i ciMnln dliii iiuc drs inv-iilanii -s ijui, en ( -.-led an nombre d observations trop 
restreinl 1 1 100 environ), 6tenl li. ancoup de la vak iir dc culle slulisliipie. Les cor- 
dniinicrs (iTi.Mi observations) jpivsrnlcul. une courbe plus reguliere et qui, elle 
aiissi ; parait aii-dc-smis ( |c |;i HKIM IIIH . \0ila deux professions sedentaires ou la 
laille parail inrcrieiiiv ; lonld ois Irs dil ierences paraisscnt faibles ; sans doute, 
il y a la inalirir a dr- Iravaux plus approfondis. 

(Jiianl au\ aunnillrui s, la eourlie qui les concerne se caique presque exacte- 
jin iiL sur la nioyeiine generale. Les tisserands paraissent avoir en moyenne un 
IM ii plus de pelits homines quo de grands. Ce sont la des differences tres- 
minimes. 

lilo/ii/s et bntns. l.c ducleur Geissler a public, sur la proportion des blonds 
el dcs lii-iiiis dans les (Voles de Saxe, une elude statistique accompagnee d un 
(liagramme en c(inleiii- (/cilxr/u i/t fiir J!S7li, j>. 7d\). 11 y relate le resultat 
de 4.">8 Null obscrvalions. Nous regrettons de ne lui emprunter que ses princi- 
jiaux chill res. 

SUR 1 1. (H) ECOLIERS, COMBIEK \V\il\T LI-S YKl X, LES CHEVEUX ET LE TEKT 
DE CIIAQUE NUANCE (SAXE EN GENERAL). 

Enfanls purement Monds 547 -> 

plulot blonds liii,S 

Total des blonds 71-J,!) 

Fnfants plutot brims 

purement brims 53 t i 



Total des bruns 2^8,0 



Si, au lieu de considerer la Saxeentiere, on 1 etudie par subdivisions adminis- 
tratives, on trouve, surtout pour la couleur des ycux, des chiflres assez con 
stants. La subdivision de Bautzen, remarquable parce que les Wendes forment 
plus du tiers de la population, presente un pen plus de blonds. 



SAXE. 141 

SUR 10CO ECOLIERS, EN SAXE. 

Combien ont les yeux bleus 378 

gris 554 

bruns . 288 



Toul 1000 

Combien ont les cheveux blonds 691,8 

rouges 2,5 

chatains 296,5 

noirs 9,4 



Total 1000,0 

Combien ont la peau c-laire 959,7 

brune 60,3 



Total 1000,0 

Ces clriffres concordant imparfaitement avec ceux que M. Virchow a exposes an 
Trocadero. D apres ce dernier auteur, la Saxe presenterait sous le rapport du 
teint une situation intermediate entre 1 Allcmagnc du S. et les Etats du N. 

Population par habitats. La Saxe compte trois grandes villes : Dresde, 
Leipzig et Chemnitz, soit en tout 402 900 habitants (1875). Six autres ont de 
20 a 30000 habitants; dix villes plus petites ont de 10 a 18000 habitants. 
Enfin une centaine d autres ont plus de 2000 habitants, et porteraient officiel- 
lemenjt le nom de villes en France. La statistique officielle y joint vingt-deux 
villages dont la population est moindre encore, et comptait ainsi, en 1849, 
663 500 citadins, soit 555 pour 1000 de la population totale. Cette proportion 
n etait que de 328 en 1834. II est vrai qu a cette e poque, le denombrement dcs 
militaires se faisait assez imparfaitement, et n entrait pas dans le calcul de la 
population urbaine. 

En 1875, le nombre des citadins atteignait 1 109175 habitants, soit 402 
pour 1000. 

Statistique des lieux habile s. La densite extreme de la population et son 
caractere industriel font deja prevoir que les agglomerations d habitants doivent 
etre assez populeuses. On s en assurera paries chiffres suivants : 

NOMBRE MOYEX D HABITAXTS EN 1849 : 

Par ville 4,400 

Par village voue surtout a 1 agriculture 258,7 

Par village voue surtout a 1 industrie 704 

Par lieu habile en general 489,6 

11 est plus important encore de connaitre le nombre d habitants par maison 
habitee. 

NOMBRE MOVES D HABITASTS PAR MAISOK HABITEE : 

1849. 1875. 

Dans les villes 12,3 . . . 15,6 

Dans les villages agricoles 6,6 j g j. 

Dansjes villages induatiiels 8,2 . . . ) 

En general 8,5 10,5 

A Leipzig et a Dresde, cette proportion s elevait a 28,34 habitants par 
maison. 

Proportion des sexes. Les femmes sont, en Saxe, notablement plus nom- 
breuses que les homines. En 1867, pour 1000 femmes, on ne comptait que 
959 hommes (soit 1042 femmes pour 1000 hommes), proportion que la guerre 
a quelque peu abaissee encore (955 en 1871 et 960 en 1875). 



142 



SAXE. 



Mais au commencement du siecle cette difference etait plus accentuee encore. 
Le denombrement de 1815 ne comptait que 922 hommes pour 1000 femmes. La 
restauration des hommes s est faitc d abord assez rapidement, puis lentement et 
progressivement. En 1821, on comptait 928 hommes; cette proportion s est 
elevee brusquement en 1832 a 945. Depuis, le mouvement s est continue tres- 
regulierement, mais tres-lentement. 

L inegalite des deux sexes se remarque meme dans la population urbaine, 
quoique les hommes y soient naturellement moins rares que dans le reste du 
pays. Ainsi, en 1854, sur 1000 femmes on ne comptait dans les villes que 
975 hommes (il est vrai qu on ne comptait pas ici les militaires) ; en 1849, 
cette proportion est encore 980. En 1875, elle s eleve a 997. 

Dans les village 1 inegalite est tres-forte : 956 hommes seulement pour 
1000 femmes en 1875. 

Population par oriyinex etlmiques. La population de la Saxe n est pas tout 
enticre allemande. On y trouve encore des vestiges du peuple wende, population 
slave dont le rcste se trouve dans le royaume de Prusse. En 1849, on a recense 
49200 Wendes dans la kreiss-direction de Bautzen. Toushabitent la campagne. 
La proportion des sexes est encore plus inegale chez eux que chez les Saxons 
(940 hommes pour 1000 t ciumes). La population parlant le wende etait en 1875 
dc50757; on voit qu elle augmente, mais avec lenteur. 

On ne trouve que 5 500 Juifs dans la Saxe royale ; presque tous habitent 
Drcsde ct Leipzig. Leur nombre a quintuple depuis trente ans. 

Population par professions. Notre tableau II indique quelles sont les profes 
sions les plus repandues en Saxe. 

TABLEAU II. - - SUR 100 INDIVIDUS DE CIIAQUE SEXE, COMBIEN DE CHAQUE CLASSE 

DE PROFESSION. 



PROFESSIONS. 


ROYAUME DE SAXE 


3 BAUTZEN. 


DIIESDE. 


|Bri 

S LEIPZIG. 


ZWICKAU. 


18 

.. ~ 
h. 


49 

^1 

1 . 


18 

^ _ 

h. 


61 

^ 

f. 


18 

.- 
1). 


71 

^ 

f. 


1871 


1871 


Agriculture, puche, etc. 


20,86 
48,61 
6,10 
15,09 
1,66 
3,97 
5,71 


22,84 
44,27 

5,52 
17,73 
0,15 
3,22 

6/27 


17,85 
52,22 
7,67 
14,11 
0,88 
.1,1)9 
5,18 


18,95 
48,64 
7,23 
16,57 
0,19 
5,40 
5,04 


15,83 

53,17 
9,91 
11,59 

1,71 
4,27 
3,49 


16,58 
50,55 
10,35 
12,05 
0,22 
4,05 
6,26 


20,59 
53,58 
6,97 
11,16 
0,9(3 
3,10 
3,84 


18,20 
40,70 
11,78 
14,18 
1,86 
5,63 
7,65 


18,55 
40,94 
12,75 
16,57 
0,92 
4,96 
5,31 


11,86 

65,88 
8,43 
7,45 
0,55 
2,96 
3,07 


Commerce ct transport. 
Services domestiques. . 


Autres professions. . . 
Sans profession 



On voit que I agriculture n absorbe pas meme un tiers de la population 
saxonne. L industrie en occupe an contraire un peu plus de la moitie. Et quelles 
sont les industries qui nourrissent le plus d habitants en Saxe? Notre tableau 
designe, sous le litre un peu general celle d industrie, de rhabillcment et celle 
des fabriques. Sous ce dernier litre, il faut entendre la grande Industrie qui 
parait un peu plus repandue que la pctife. C est notammcnt la filature du 
coton et le tissage. L industrie des vetements en Saxe consiste surtout dans la 
fabrication de la dentelle et celle du tricot ; ce sont des industries de femmes, 
ainsi que nous 1 apprend le tableau III. 



SAXE. 



143 



C est surtout le cercle dc Zwickau qui est voue a 1 industrie, et notamment 
aux deux genres d industrie que nous venons d indiquer. On remarquera que les 
villages sont tres-souvent voues entierement a 1 industrie. C est pour indiquer 
cette particularity que nous avons construit un tableau (tabl. IV) pour indiquer 
le nombre des villages consacres a telle ou telle Industrie. 

TABLEAU III. SUR 1000 IXDIVIDDS INDEPENDANTS (SEBSTTH^TIGE) DE CHAQUE PROFESSION, 

COMBIEN DE CHAQUE AGE ET DE CHAQUE SEXE (1849). 





AU-DESSOUS 


DE14 A 21 ANS. 


DE21 A 30 ANS. 


DE 50 A 60 ANS. 


AU DELA 




BE li ANS. 








DE 60 ANS. 


PROFESSIONS. 














h. 


f. 


h 


f. 


h. 


f. 


h 


f. 


ll. 


! 

f. 


Professions agricoles . . 


3,6 


2,1 


111,4 


179,6 


125,9 


255,8 


295,1 


70,1) 


48,2 


11,4 


Mineurs 


0,4 


0,1 


183,3 


0,5 


272,9 


0,6 


308,9 


0,8 


:>- 5 


o - 


Tricoteurs (ouvriers) 


0,1 


2,0 


150,4 


252,9 


260,8 


160,8 


70,7 


100,6 


4,4 


17,3 


Dentelles (ouvriers). 


0,9 


5,7 


17,8 


260,4 


4 


210,6 


6,5 


555,7 


4,1 


104,3 


Brodeurs (ouvriers) . 


0,2 


M 


19,5 


575,4 


2,6 


329,6 


2,2 


243,7 


0,2 


27,2 


Filateurs (patrons) . 











> 


41,6 


8,3 


766,7 


58,4 


123 





(ouvriers). 


9,5 


8,3 


124,8 


254,9 


125,1 


150,7 


21-5,7 


79,2 


12,5 


29,5 


Tisseurs (patrons) . 








)) 


H 


97,3 


1) 


730,4 


5,6 


143,1 


3,6 


(ouvriers). 


1,8 


5,5 


209,3 


178,3 


254,5 


128,5 


79,2 


79,8 


18,9 


16,5 


Industrie en general 


0,5 


0,9 


138,8 


77,7 


177,8 


69,3 


372,0 


84,9 


55,4 


24,7 


Commerce 


0,1 


> 


93,7 


5,3 


172,6 


11,9 


533,4 


7S,7 


. 


27 8 


Militaires 


9 


i 


59,8 





879,7 





77,8 





2,7 




Medecins, etc 


TO 


V 


0,3 


5 


60,9 


44,1 


408,7 


551,9 


64,3 


86 8 


Clerge et enseignemenl . 


75,2 


23,2 


242,9 


27,8 


160,4 


18,5 


534 


55,7 


47 


17,5 




0,1 


2,4 


25,5 2Q8.fi 


25,4 


584,1 


60,4 


174 5 


7 6 


o- s 










0,1 


0,7 


2,4 


5,4 


76,2 


1 i v) 


585 6 


591 4 


Assistes 


1.7 


C) 


5,8 


4,5 


7 


17,4 


101 7 


L) 4 i 1 


I M 7 


1^4 9 










110,8 














Professions en general. . 


3,1 


1,8 


12,5 


151,8 


92,5 


317,6 


89,1 


67,4 


42,9 



Nous attironsl attention sur notre tableau III, qui indique, pour cbaque pro 
fession, 1 age et le sexe des personnes qui s y livrent. Cc document est d une 
baute importance : car peu de gouvernements font ce releve si important pour 
1 etude d une population. Quand on songe aux differences si profondes que la 
profession cree entre les hommes, on s etonne que cc renseignement capital ne 
soit pas releve par toutes les statistiques de 1 Europe. Combien les mouvements 
de 1 etat civil, combien la mortalite notamment doit varier avec la profession ! 
Le jour ou on le comprendra, 1 hygiene professionnelle sera creee; aujourd hui elle 
ne fait que balbutier. Qu attend-on ? Est-ce la difficulte des releves qui empeche 
cette publication si necessaire? Mais la profession est releveedans tons les actes 
de 1 etat civil ; il n y a done aucune question nouvelle a inlroduire dans 
le questionnaire. II n y a qu a compter des resultats deja acquis. 

Nous ne connaissons pas de document qui nous donne les mouvements de 
population par professions pour la Saxe; mais cette nation a public, en 1849, 
les professions par ages, et ce seul document est fort instructif. Pour bien juger 
de sa valeur, il faut comparer les chiffres qui concernent cbaque profession 
a la repartition par ages et par sexes de la population generale. II faut se gar- 
der surtout de les prendre pour une sorte de table de survie. II est clair que si 
les vieilles dentellieres sont si nombreuses, ce n est pas que la fabrication de la 
dentelle conserve la vie humaine, mais c est parce que ce metier est praticable 



144 



SAXE. 



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J 

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INDUSTRIES. 


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. - 

** * ~ 

: : : | : j if 1 : : I : 

.= c 1 r s s 

= S J1 ) ^ 1 

3..-^ *jja.S 

-e c -3- <u 2 3 -C 

.2 S-s - |- -2 5 S 

.-" t-CajCC-. tiaj b 

t- *ea>ci0QS!*4.o 
I S -5 3g . 2-g -g 5 g> .1 | 

^ a 3 -a 5 " -- -a Sa.S 

1 iS 5 tS S 1 .2 S S J 




CB 
O 



SAXE. 145 

meme pour les vieilles femmes, et qu on le conserve plus longtemps. 11 en est 
de meme pour le metier de mendiant, qui n a jainais passe pour favorable a la 
conservation de la vie, mais qui, assurement, est un etat tres-diffici lea quitter: 
aussi, voyons-nous quantite de vieillards s y refugier. 

On remarquera le norabre enorme des femmes employees, surtout dans le 
jcune age, par la grande Industrie. Nous verrons pourlant que la mortinatalite* 
ne parait pas en etre augmentee. 

Population par religions. La population est presque entierement lutherienne 
(965,1 pour 1000, en 1875). Peu d habitants sont catholiques (26,6 pour 1000). 
C est surtout autour de Dresde et Bautzen qu ils habitent. Les reformes et les 
juifs ne ferment qu un nombre insignifiant. 

Le nombre des catholiques n a cesse d augmenter regulierement aux depens 
des lutheriens ; ils ne formaient en 1854 que 17,5 pour 1000 de la population. 
Le petit nombre des reformes et des juifs augmente aussi tres-regulierement 
d annee en annee. 

Reste a savoir le degre de sincerite de ces differences religions. C est un point 
delicat; dans la plupart des pays, cette question n a aucune solution statistique. 
Nous Irouvons une indication dans la Zeitschrift de 1855 (p. 51), pour les trois 
annees 1851-1855. On observe presque les memes chiffres pour.chacune deces 
trois annees; nous donnons ceux de Tannee 1850, qui est une annee moyenne : 

SOR 100 HABITANTS DE PLUS DE 14 ANS, COMBIEN DE COMMUNIONS 
CHAQUE ANNEE (l8SO) ? 

Dans les villes 80,8 

Dans les campagnes 131,9 

Dans le royaume 115,3 

On voit que dans les campagnes, les habitants communieat en moyenne plus 
d une fois par an; dans les villes, 1 esprit religieux est bien moindre. 

Si Ton etudie ce rapport dans chaque cercle, on voit que villes et campagnes 
sont moins religieuses dans les cercles de Dresde et de Leipzig. Le cercle de 
Bautzen en presente le maximum pour les deux habitats, qui arrivent presque a 
1 egalite (160 communions pour 100 habitants). 

L esprit religieux s affaiblit regulierement en Saxe, ce qui appert des chiffres 
suivants : 

PROPORTION DES COMMUNIONS POUR 100 HABITANTS AU-DESSUS DE 14 ANS. 

1834 154 

1836 146 

1840 138 

1843 137 

1846 130 

1849 116 

1850 116 

Quand on etudie ce mouvement par provinces, on voit que c est dans le 
cercle de Leipzig que Taffaiblissement de 1 esprit religieux parait le plus rapide; 
il est plus lent dans le cercle de Bautzen, ou la religion parait fortement 
enracinee. 

Population par ages et par e tats civils. Nous aurons souvent a nous servir 
de ce renseignement pour le calcul de la natalite et de la nuptialite. C est ce 
qui nous engage a en publier les chiffres absolus. 

DICT. ENC. 5* s. VII. 10 



146 SAXE. 

Le nombre des epoux, en Saxc, est tres-considerable. Cette nation depasse 
sous ce rapport meme 1 Angleterre, si remarquable pourtant par son amour pour 
la vie de famille. On s en convaincra en comparant notre tableau avec celui de 
la pae 593 de 1 article CRANDE-BRETAGNE. La comparaison des deux tableaux 
montre d ailleurs une similitude remarquable entre ces deux peuples industriels. 

La distribution des ages ressemble aussi beaucoup a ce qu elle est en Angle- 
terre. Les deux pays comptent beaucoup d enfants, assez peu de vieillards et 
enorme ment d enfants. La Saxe se distingue notamment sous ces deux rapports. 
Les deux pays ont une proportion identique d adultes. 

Naturellement les villes et surtout les grandes villes, contiennent moins d en 
fants que le pays en general (a Dresde, 170 enfants de zero a dix ans, sur 
1000 personnes). Au contraire, les adultesy sont nombreux. Les vieillards sont 
un peu moins nombreux a la ville qu a la campagne. 

L immigration des adultes a la ville d une part, 1 industrie nourriciere de 
1 autre sont ici, comme pour la plupart des villes, les causes de ces differences. 

L immigration des adultes s exerce surtout sur les homines ; aussi le rapport 
des sexes est-il le suivant a chaque age et dans chaque habitat : 

SL R 1000 FEMMES DE CHAQUE AGE, COMBIEN D lIOMMES DU MEME AGE (l875) ? 
j 

Dans les villes. Dans les villages. 

0-14 ans 991 98i 

14-10 ans 1072 903 

40- w 869 9-25 

On voit que dans les ages avances de la vie, les femmes sont beaucoup plus 
nombreuses que les hommes, et cela surtout a la ville. 

TABLEAU V. POPULATION DE LA SAXE KOYALE PAR AGE ET PAR ETATS CIVILS (1871) 

(NOMBRES ABSOLUS). 













Sur 1000 




CliLIBATAIRES. 


MARIES. 


VEUFS 
ET VEUVES. 


DIVORCES. 


de chaque sexe, 
combien 












a chaque age? 


AGES. 


^ -- ^ 


-^- 


" 


1^1 


. - 


^i^ - 


. 


^ ~^. 


^ ^ 


^^ j 


^ 




h. 


f. 


h. 


f. 


h. 


f. 


h. 


f. 


h. 


f. 


i 


10 ans. . . . 


505,924 


510,585 


, 


J> 


s 


B 


M 





245 


257 


241 


lO-^O . . . 


2i5 401 


" iS " ." 


14 


1,581 


, 


8 


), 


1 


204 


200 


201 


20-40 . 


175,883 


155,171 


197,869 


254,905 


3,252 


9,017 


564 


1,307 


505 


505 


503 


40-60 


15,249 


20,219 


202,506 


180,476 


11,875 


41,826 


1,122 


1,982 


185 


187 


188 


60-uj 


5,607 


6,570 


52,248 


53,535 


21,797 


52,781 


4U9 


797 


65 


71 


67 


























Su r 1000 de cha 




















que sexe, com- 


605,5 


575 


565 


544 


50 


80 


1,5 


5 




biende chaque 




















etat civil? 





















Alimentation. On sait que la viande de pore est d tm usage tres-frequent en 
Saxe ; quelquefois, il amene la trichinose, ainsi que nous le verrons plus loin. 
Voici a ce sujet, quelques chiffres que nous empruntons a M. Bohmert (Zeit- 
schriftfur 1876). 




SAXE. 147 

CONSUMMATION ANNCELLE DE VIANDE POUR UN HABITANT (oE TOUT AGE). 

Livres dc bceuf. Livres de pore. Total. 

1836-45 11,3 17,8 3-2, 1 

1846-55 It, 9 18,0 3-2,9 

1856-65 18,4 25,6 44,0 

1866-75 20,6 50,3 50,9 

On voit que 1 alimentation animale a fait en Saxe des progres constants; cette 
augmentation est reguliere d annee en annee. Si Ton veut comparer ces chiffres 
a ceux que fournissent d autres nations, on se souviendra qu on a compare ici 
la quantite de viande consommee a la totalite des habitants, quoique les enfants 
a la mamelle ne contribuent en rien a cette consommation. Une comparaison 
de ces chifi res avec la France par exemple, ou les enfants a la mamelle sont 
bien moins nombreux qu en Saxe, serait done fautive. 

La quantite de viande mangee est naturellement plus elevee a la ville qu a la 
campagne. A ce sujet, voici quelques chiffres qui se rapportent tous a 1 an- 
nee 1875 : 

CONSOCIATION ANNCELLE DE VIANDE POOR UN HABITANT (lS7.">). 

Livres de bneuf. Livres de pore, 

Drosile 57,9 45,8 

Leipzig fid, i 94,4 

Villes de plus de 80UO habitants . . . . 33,7 34,3 

Pntites villes et campagncs . ..... 17,4 29,2 

Royaume de Saxe 25,4 34,2 59,6 

MATRIMOJNIALITE ou NUPTIALITE. Mon pere a recemment substitue le mot 
ntiptialite au mot matrimonialite qu il avait pre cedemment cree, et qu il a 
trotive peu euphonique ; quoique un peu long, ce mot avait ete generalement 
adopte par les demographes frangais et etrangers. Lemot nuptialite a identique- 
ment le meine sens; il signifie rapport du nombre des manages annuels a la 
population generale. 

Quoique nous desapprouvions ce rapport (voy. UARIAGE, p. 8), nous le donnons 
pour facililer les comparaisons, par periodes triennales, depuis 183 {. 

POUR 1000 HABITANTS DE TOUT AGE, COMBIEN DE MARIAGES? 

1833-33 8,r,S 

1836-58 8,26 

1839-41 8,58 

184244 8,5 

1845-47 8,3 

1848-50 8,72 

1851-53 8,76 

1854-56 7,6 

1857-59 . . . . L :i,ii; 

1860-6-2 8,6 

1863-65 9 

1866-68 8,9 

1869-73 9,5 

Pendant la longue periode 1835-1849, ce rapport a atteint environ 8,4 et 
depuis, 1 on peut voir qu il a encore augmente; peu de nations en ont un plus 
eleve; en France notamment, ce rapport atteint a peine 8. 3Iais il est aise de 
voir qu il ne montre que tres-imparfaitement la frequence des mariages dans la 
Saxe. Ce royaume conlient, nous 1 avons vu, un tres-grand nombre d enfants; 
il est clair que, des qu il s agit de mariages, ces enfants sont absolument hors 
de cause. G est un point qu on trouvera developpe al article MARIAGE, page 8. 



148 SAXE. 

Les anciens documents de la Saxe ne permettent pas de distinguer 1 age de la 
population ceiibataire et veuve. Nous avons done du comparer le nombre des 
manages a la population non mariee au-dela de 15 ans, sans en retrancher 
les vieillards au-dela de 60 ans, qui pourtant ne se marient guere. 



POUR 10CO MARIABLES DE CHAQUE SEXE (CELIBATAIRES, VEUFS, DIVORCES), 

DE 15 ANS A LA FIN DE LA VIE, COMBIEN SE MARIENT CHAQUE AXNEE : 

Hommes. Femmes. Deux sexes. 

1853-53 57,7 48,8 52,9 

1830-38 51,7 ,4 50,8 

1839-41 5*. 6 47,3 50,7 

1842-44 55,3 48,0 51,5 

1845-47 55,7 48,3 51,8 

1848-50. 55,7 48,4 51,8 



Mouvements de la nujifiaUlc. On sail qu aucun mouvement de la popula 
tion n est plus sensible que la nuptialite, aux variations qui atteignentla popu 
lation dans son bien-etre ou mcme dans ses esperances (voy. BAVIE&E, g 34; 
GRAKDE-BRETAGNE, 52; MARIAGE, 6; voycz surlout Etude sur les mouv. de 
pop., du docteur Bertillon, dans les Ann. de De mogr., 1877). 

L etude de la nuptialite en Saxe, comparee d annee en annee avec le prix 
des cereales, dcmonlrc une fois de plus cette verite. Le prix de la viande est 
trop pen variable, et son usage n est pas assez general pour avoir la meme 
importance. 

Lorsqu on examine la nuptialite annee par annee pendant la periode de 1834- 
50, on voit trois chiffres descendre notablement au-dessous de la moyenne: r,e 
sont les annees 1859, 1845 et 1847; ce sont justement les trois seules annees 
ou le prix du seigle et celui du ble aient notablement depasse la moyenne. 
Ouatre autres annees se font remarquer par leur forte nuptialite; ce sont 1854, 
1855, oil le seigle et surtout le ble etaient tres-bon marche; 1842, ou le seigle 
etait abondant; enfm 1845, oil les deux cereales etaient a bon marche. 

Dans les autres annees, les deux termes (nuptialite et abondance) oscillent 
faiblemcnt autour de leurs moyennes respectives. Une seule exception merits 
une mention : c est 1 annee 1846, oil les manages out ete nombreux, nialgre la 
cherte des cereales. Mais il ne faut pas oublier que nous etudions un pays 
extremement industriel ; il est done naturel que la nuptialite ne depende pas 
autant qu ailleurs de la prosperite agricole. 

Nuptialite suivant i habitat. Les manages en Saxe sont beaucoup plus Ire- 
quents dans les campagnes que dans les villes. On sait que le fait n est pas 
general; a Paris notamment, les manages sont plutot plus nombreux, mais nota 
blement plus tardifs qu en France. 

L influence de I habitat sur la frequence des manages pourra etre apprecie e 
par le rapport suivant qui s applique a 1 annee 1849 : Sur 1000 mariables des 
deux sexes au-dessus de quinze ans, il s est conclu 42,4 manages dans les 
villes; 55,7 dans les campagnes. 

Remarquons une autre difference : c est que 1 ecart entre la nuptialite des 
hommes ct celle des femmes est beaucoup moins grand a la ville qu a la 
campagne. II y a a peine une difference entre les deux sexes a la ville (43,4 
pour les hommes et 41,5 pour les femmes). Celte difference, au contraire, 



SAXE. 149 

devient enorme dans les campagnes (61,6 pour les liommes et 50,7 pour les 
femmes) . 

Si Ton etudie la nuptialite des villes et des campagnes pendant une longue 
periode, soil 1840-1849, on voit que leur ecart tend a s accentuer, la nuptiulile 
ayant dans les villes une tendance a diminuer, et s accroissant lentement au 
contraire dans les campagnes. 

Nuptialite sidvant les professions dominantes. Nous n avons sur ce point 
que des indications assez vagues, precieuses neanmoins, vu notre ignorance de 
1 influence pourtant si certaine que les professions exercent sur les mouvements 
de population. 

M. Engel a distingue pour chacune des annees 1840-1849, les villages ou 
dominent les occupations industrielles, de ceux qui sont voues a I agricuHure. 
II atrouve que chez ces derniers les mariages sont plus nombreux (8,85 ma- 
riagespour 1000 habitants dans les villages agricoles, et 5 seulement dans les 
autres). Gette difference se retrouve assez regulierement pour chaque annee prise 
en particulier (sauf 1842 et d845). Mais il resulterait de documents plus re- 
cents qu elle n est due qu a un vice de methode. Si 1 on ne considere que les 
mariables, on obtient, parait-il, des resultats precisement opposes. Resultat qui 
montre une fois de plus 1 importance d une bonne methode en statistique ! 

Un fait qui merite surtout d etre remarque, ce sont les variations beaucoup 
plus considerables et plus brusques que subit la nuptialite des villages indus- 
triels. Les deux annees 1847 et 1848 presentent une nuptialite fort abaissee. 

Nuptialite par e tats civils. Les chiffres qui suivent nous expliquent pour- 
quoi la nuptialite deshommes 1 emporte sur celle des femmes ; c est que les veuves 
se remarient rarement, en Saxe comme dans tous les autres pays de 1 Europe. 
Du moins semble-t-il en etre ainsi quand on ne distingue pas les ages ; quand 
on les distingue, on voit que la faible proportion des mariages des veuves tient 
uniquement a leur age. Au contraire, les homines qui ont contracte un premier 
mariage senfent plus vivement encore que les celibataires, le besoin d une com- 
pagne. 

Mais c est surtout sur la nuptialite des divorces qui est faite pour surprendre. 
II semble, a priori, que 1 experience d un premier mariage malheureux doive 
detourner d une seconde epreuve, a la fois le divorce et son nouveau conjoint. 
G est le contraire qu on observe ! La nuptialite des femmes divorcees depasse 
notablement ceilc des filles ; quant a la nuptialite des hommes divorces, elle est 
plus du double de celle des celibataires ! 

On s en convaincra par les chiffres suivants : 

SUR 1000 MARIABLES DE CHAQUE ETAT CIVIL ET DE CHAQUE SEXE, COMBIEN SE MARIENT 

CHAQUE ANNEE (1847-48-49). 

Hommes. Femmes. 

Celibataires (de 15 ans a w) 48,3 55,1 

Veufs 74,2 15,07 

Divorces 124,0 64,4 

Mais il manque a ce tableau (qui repose sur des documents anciens) un ele 
ment capital en demographic. G est la distinction des ages. Le document saxon ne 
le fournit pas. L etude des mariages par ages et par etat civil dans quelques autres 
pays nous explique en partie ces differences singulieres (voy. Ann. de De moqra- 
phie, 1879). 

Si le lecteur veut bien se reporter a 1 article MARIAGE, p. 15, tabl. II, col. 1 a 



150 SAXE. 

16, il y verm qu a chaque age et dans Irois pays differents, les veufs se marient 
deux fois, et trois fois autant que les celibataires du meme age et quelquefois plus 
encore. Si, au contraire, on ne distingue pas les ages, on trouve des chiffres 
assez comparables, ce qui se comprend puisque les veufs sont presque tous 
vieux. 

Au lieu des homines, veut-on etudier les femmes, on trouve des resultats de 
meme ordre, excepte en France. Les veuves, surtout les jeunes veuves se ma 
rient beaucoup plus que lesfilles du meme age. En France, les veuves et les filles 
ont une nuptialite a peu pres pareille. Si Ton cesse de distinguer les ages, ce 
n est plus cela : les vieilles veuves, et elles abondent, se marient generalement 
plus que les vieilles filles; mais on ne pent leur demander de se marier autant 
que les jeunes filles. Comme clles sont tres-nombreuses, c est leur influence 
qui se fait sentir surtout dans une moyenne generale. Le chiffre 15 que leur 
assigne notre tableau n a done pas grande signification. 

Mais les divorces? Comment expliqucr 1 cxces de leur nuptialite ? L etude par 
ages etant impossible en Saxe, je 1 ai faite a 1 aide de documents bollandais et 
suisses (voy. Ann. de Demoyr., 1879). Ces deux pays sont les seuls qui publient 
les documents necessaires pour une pareille etude. Tous deux donnent des 
resultats analogues. Probablemcnt, on en retrouverait de semblables dans les 
autres pays. 

Dans leur jeunesse (jusqu a 25 ans en Suisse, jusqu a 50 ans en Hollande), 
les liommes divorces se marient a peu pres autant que les celibataires, plutot un 
pcu moins. Mais, des qu ils entrcnt dans leur seconde jeunesse, ils convolent 
au manage avec une ardeur extraordinaire; meme, a partir d un certain age, 
40 a 50 ans, ils depassent sous ce rapport les veufs eux-memes. II semble qu a 
cet age, ils ne divorcent que pour se remarier au plus vite. 

Pour les femmes, on observe des phenomenes analogues. Toutefois, jusqu u 
l a-e de 50 a 55 ans, elles se marient un peu moins que les celibataires. A partir 
de cet age, elles sont encore plus recherchees que les veuves. 

Ces re sultats ne s appuyant pas sur des documents saxons, nous ne faisons 
que les indiquer ici. Toutefois, on trouvera sans doute qu ils donnent a notre 
tableau un sens bien different de celui qu on serait tente de lui attribuer au 
premier abord. Si la nuptialite des divorces est plus forte que celle des veufs, ce 
n est pas qu ils tiennent plus au mariage, c est qu ils sont plus jeunes. 

Si les veufs se marient incomparablement plus souvent que les celibataires, 
c est sans doute parce qu ils appartiennent a la categorie des elus du mariage. 
Parmi les celibatai -es, il y a un tiers d impropres au service militaire (d apres 
le recrutement), une proportion plus forte encore depauvres, de debauches, etc.. 
et autres personnes impropres au mariage. Les veufs au contraire, surtout les 
jeuaes veufs, sont presque toujours aptes au maringe, puisqu ils en ont deja 
tate ; et il certain que 1 epreuve n a pas ete aussi douloureuse qu on se plait a 
le dire, puisqu a certains ages, la moitie ou le tiers d entre eux se marient dans 
1 annee. II est meme probable qu une premiere experience du mariage leur a cree 
des habitudes, des interets, etc., qui rendent une nouvelle union necessaire a 
leur bonheur. II semble que ceux qui ne se marient pas sont seulement ceux 
qui ne peuvent pas se marier, et on se demande si cette seconde selection du 
mariage ne contribue pas a expliquer 1 exces enorme de mortalite que presente 
la population veuve (voij. MARIAGE, p. 45). 

Combien les divorces devraient se marier moins que les autres ! Non-seule- 



SAXE. 151 

meat les enfauts qu ils peuvent avoir rend leur manage plus difficile, mais encore 
1 experience facheuse qu ils ont faite du mariage devrait les detourner d une 
nouvelle union. Mais admettons qu ils aient meilleure confiance dans leur 
etoile; la personne qu ils veulent epouser ne doit-elle pas logiquement leur 
dire : Vous etes un mauvais epoux, je ne veux pas de vous! Telle est 
pourtant la puissance de la selection du mariage, que cette influence ne se fait 
veritablement sentir que pour les femmes et meme pour elles, jusqu a trente- 
cinq ans seulement. A partir de cet age, elles sont plus recherchees que les 
filles, plus recherchees que les veuves elles-memes! Quant aux hommes, on leur 
pardonne leurs fautes passees a partir d un age moins avance, et quand ils sont 
un peu murs, ils se marient plus encore que les veufs. 

Nous ne connaissons de document qui nous donne le nioyen de verifier nos 
conclusions en ce qui concerne la Saxe, mais nous pouvons distinguer la nup- 
tialite (sans distinction d age) de chaque etat civil, suivant 1 habitat a la ville 
ou a la campagne. Nous en tirons peu de lumiere. On constate seulement que, 
dans tous les etats civils, on se marie plus a la campagne qu a la ville. II n y a 
d exception que pour les hommes veufs. 

Age des metrics . Les anciens documents de la Saxe ne publient rien sur 
1 age des maries. 

Voici a ce sujet quelques renseignements qui nous ont ete fournis par la Zeit- 
$chrift fiir 1877. Ils nese rapportent malheureusement qu a une seule annee. 

POUR 1(100 MARIABLES (CELIBATAIRES, VEUFS ET DIVORCES) DE CHAQUE SEXE 
ET DE CIIAQUE AGE, COMB1EN SE SONT MARIES EN 1876. 

Ages. Hommes. Femmes. 

15^19 . 26,3 

20-23 86 157 

24-28 185 169 

29-33 162 127,5 

34-38 143 73,5 

59-43 123 53,5 

4-1-48 100 50,5 

49-58 58,5 7,9 

59-68 lf.,6 1,3 

(In voit qu a tous les ages, excepte avant 24 ans, les hommes se marient 
beaucoup plus que les femmes. Ce que nous avons dit plus haul fait penser que 
c est aux mariages des veufs qu on doit cette difference toute entiere. C est sans 
doute ce que nous verrions apparaitre, si les etats civils etaient distingues dans 
le document. 

Relativemeut a 1 age relatif des fiances, nous donnons le tableau suivant, 
quoique nous n approuvions guere le principe sur lequel il est construit (prin- 
cipe qui d ailleurs est adopte par les meilleurs auteurs) 4 . 

1 Nous comptons publier sur ce point important un article dans un des prochains numeros des An- 
nales de Diimographie. 



152 SAXE. 

TABLEAU VI. - SUR 1 0,000 MAKIAGES, COMBIEN SE FONT ENTRE FIANCES 

AYANT RESPECTIVEMEiNT LES AGES I.NDIQUES (1876). 



AGE DE L HOMME. 


AGE DE LA FEMME. 


TOTAUX. 


a 

C3 

O 
11 

a? 

T3 


to 

OS 
CN 


06 

<?i 


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to 


GO 
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a 
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a 

a 


a; 


01 


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tc 


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1 


)as li 


s vilh 


>s: 














Moins de 20 ans.. . 


54 


22 


22 


10 


,, 





); 


n 














De 20 u 23 . 


2784 


608 


1419 


604 


105 


57 


9 


1 


1 








n 


De 24 a 28 . . . 


4049 


498 


1719 


1346 


359 


92 


24 


6 


5 


)) 








De 29 a 53 . 


1363 


127 


380 


467 


261 


77 


31 


10 


6 








1 


De 34 a 58 . 


655 


21 


117 


184 


159 


105 


49 


16 


5 





> 


1 


De 39 a 43 . 


591 


7 


30 


93 


101 


65 


60 


25 


10 











De 44 a 48 . . . 


265 


6 


16 


28 


50 


60 


56 


35 


15 


y> 


u 


1 


De 49 a 58 . 


319 


2 


5 


25 


51 


48 


79 


70 


52 


6 


1 





De 59 a 69 . 


101 


M 


2 


4 


9 


10 


12 


22 


29 


12 


1 


B 


Au dela de 68 . . 


18 


* 


X 


1 


2 


1 


1 


2 


7 


4 








Age inconnu. . . 


1 


>; 


" 


" 














126 





B 


1 


Tolaux 


10000 


1291 


3710 
D, 


2762 
ins la 


1077 
villa 


495 
<jes : 


521 


187 


22 


2 


4 




Moins de 20 ans. . 


85 


33 


41 


9 


1 


1 


B 














B 


De 20 a 25 . . . . 


5208 


655 


1697 


726 


101 


21 


5 


1 


1 





,, 


1 


De 24 a 28 .... 


3920 


551 


1667 


1309 


295 


68 


18 


6 


2 


1 





3 


De 29 a 35 .... 


1206 


100 


356 


427 


220 


70 


25 


1 


3 


,, 


D 


1 


De 34 a 58 . . . . 


583 


22 


102 


179 


157 


60 


59 


19 


4 


1 





M 


De 39 a 43 ... . 


554 


8 


50 


85 


91 


68 


43 


24 


4 








1 


De 44 a 48 . 


212 


3 


10 


24 


54 


51 


52 


36 


11 


1 








De 49 a 08 .... 


507 


2 


10 


16 


49 


55 


63 


55 


52 


5 


2 





De 59 a 68 . . . . 


84 





1 


5 


4 


8 


14 


18 


26 


7 


1 


X 


Au dela de 68 . . . 


9 


1 


D 


>r 


1 


2 


1 


j, 


1 


5 








Age inconnu. . . . 


2 





J) 





1 








> 


9 





" 


1 


Totaux 


10000 


1375 


3914 


2780 


974 


402 


262 


161 


104 


18 


3 


7 





Fecondite des manages. On salt combien il serait important, surtout en 
France, de connaitre le nombre d enfants que produit chaque mariage. Combien 
sont steriles? Combien n ont qu un enfant? Combien en ont deux, etc. Voila des 
questions d un tres-haut interet surtout pour les nations dont la population est 
stationnaire comme la notre. Aussi, le congres de demographie de Paris a bien 
senti cette lacune, et a formule un vceu pour qu elle ftit reparee. II suffirait de 
faire poser la question, soil lors du recensement, soit plutot lors de la dissolu 
tion du mariage. 

La Saxe ne recueille pas ce renseignement pas plus qu aucun autre pays 
de 1 Europe. Nous obtenons la fecondile moyenne des mariages, en divisant leur 
nombre annuel des naissances legitimes; nous trouvons que pendant la periode 
1847-1848-1849, elle a ete de 4,28 enfants par mariage. Elle est un peu plus 
forte dans les villes (4,6) qu a la campagne (4,1) difference qui se retrouve dans 
chaque annee prise a part. 



SAXE. 155 

La fecondite des manages (a en juger par ces calculs douteux) serait en de- 
croissance constante en Saxe; on en jugera par ces chiffres. 

FECOKDITE MOYENNE D~UiN MAP.IAGE EN SAXE. 

1831.39 4,15 enfants par manage. 

1S-W-19 -M-* 

1850-59 4,08 

1860-69 5,99 

1870-76 3 - 98 



Toutefois M. Geissler pense que ce n est la qu une apparence qui tien a 1 ac- 
croissement da nombre des manages; il resulte en effet de cette accroissement 
que, plus on etudie une periode recente, plus ce calcul porte sur de jeunes me- 
nages, et ceux-ci ne peuvent uaturellement atteindre d emblce la fecondite dc 
mariages plus anciens. 

Dure e du manage. La seule methode exacte de connaitre la duree du 
man age, consiste a relever cette dure e le jour de la dissolution du mariage. On 
a vu (art. MARIAGE, 42) par ou pecbent les methodes usitees pour su|i|lVr 
a cette lacune. Une de ces metbodcs conduit le docteur Engel, a ev;ilurr ;> 
22,8 ans la duree moyenne du mariage en Saxe. 

Divorces. Les divorces sont tres-nombreux en Saxe. On s en convaincra en 
parcourant le tableau de 1 article MARIAGE, page 40. 

On y verra que, pendant la periode 1840-1849, il y a eu, en Saxe, 1,19 di 
vorces par 1000 couples existants. Gette proportion est enorme ; en Belgique, 
elle ne s eleve, en confondant les separations de corps avec les divorces, qu a 
0,11 ; en Hollands, a 0,18, etc. Cependant, cette proportion s est encore elevee, 
et pendant la periode 1861-1870, elle etait de 1,9 (soil 442 divorces par an). 

Get accroissement du nombre des divorces ne doit pas nous surprendre; c est 
un fait general dans totite 1 Europe; en France, les separations de corps 
augmentent plus rapidement encore que les divorces (voy. MARIAGE) dans les 
autres pays. 

On sait qu en France, presque toutes les demandes en separation sont formu 
lees par la femme. Un dixieme seulement (105 sur 1000) sonl formulees par le 
mari ; les maris saxons se jugent moins beureux : sur 1000 demandes en 
divorce, 414 sont formulees par eux. En Saxe, sur 100 demandes, 41 environ 
sont repoussees, 12 environ sont abandonnees par leurs auteurs. Les motifs de 
divorce admis par les tribunaux sont surtout la quasi-desertion, les mauvais trai- 
tements ayant mis la vie en danger, et 1 adultere; chacun de ces trois motifs est 
invoque a pen pres dans le tiers des jugement.s. L impuissance et 1* alienation 
mentale sont des causes de nullite de mariage; on en a prononce 18 par an pen 
dant la periode 1861-1870. 

NATALITE. La natalite de la Saxe royale est une des plus fortes qu on ren 
contre en Europe : sur 1000 personnes il y a eu, annee moyenne, 40,65 nais- 
sances (mort-nes compris), pendant la periode 1854-1850. 

Lorsqu on etudie les mouvements de la population annee par annee, on trouve 
que la natalite est restee assez constante jusqu en 1842; dans les huit ans qui 
ont suivi, elle a fortement oscille; en 1842, 1845, 1849 et 1850, elle a atteint 
un peu plusde 45 ; au contraire, en 1845 et en 1848, annee ou les mariages ont 
ete rares, elle est descendue a 58,5. Telles ont ete ses limites extremes. 

En general, on constate que la natalite a augmente un peu pendant cette 
periode. II est utile de rappeler ici que la proportion des adultes est restee a peu 



154 SAXE. 

pres fa meme pendant toute cette periode et que, par consequent, ces rapports 
sont comparables entre eux. 

Si, au lieu de considerer 1 ensemble des naissances (morts-nes compris), nous 
n etudions que les naissances vivantes, nous trouvons les rapports suivants : 

POUR 1000 HABITANTS, COMBIEN DE NAISSANCES VIVANTES ANNUELLES. 



1834-40 58,11 

1841-45 59,10 

1846-ofl 59,40 

1851-55 59,15 



1836-60 39,7 

1861-65 40,09 

1866-70 40,72 

1871-75 42,56 



On voit que ce rapport, quoiqu il soil le plus eleve de 1 Europe (voy. NATALITE, 
p. 453, col. 1), tend sans cesse a augmenter. Ce mouvement se poursuit avec 
une regularite extremement remarquable, et temoigne de 1 extreme fecondite de 
la race germanique. 

Si Ton veut calculer plus exactemenl la fecondite saxonne, on trouve que 
pendant la periode triennale 1847-1849, ou les variations annuelles se sont 
compense es assez exactement, le rapport des naissances a la population feminine 
adnlte, a ete le suivant : sur 1000 femmes de quatorze a cinquante ans, il y a eu 
147 naissances. Pour rendre ce resultat comparable aux autres nations, c est 
aux femmes de quinze a cinquante ans, qu il faudrait comparer les naissances ; 
une correction approximative permet d evaluer ce nouveau rapport a 152,5. La 
natalite de Prusse et celle de Baviere, depassent seules ce chiffre en Europe. 

Et pourtant, quoique considerable, ce rapport est encore de passe aujourd hui- 
Les resultats de 1876 par exemple, donnent pour 1000 femmes de 15 a 50 ans : 
167 naissances dans les villes, et 189 dans les campagnes (en France, ce rap 
port n est que de 102 !). La natalite legitime est de 290 naissances dans les 
villes, et de 300 dans les villages pour 1000 femmes mariees de 15 a 50 ans. 
La natalite illegitime est considerable egalement (43 dans les villes, et 52 dans 
les villages pour 1000 femmes non mariees de 15 a 50 ans). 

Natalite suivant les provinces et suivant Thabitat. On observe des diffe 
rences assez constantes suivant les cercles. Ainsi la natalite ge nerale a ete : 

NAISSANCES ANNUELLES POUR 1000 HABITANTS DE CHAQUE CERCLE. 

1847-49 1867-71 1871-75 

Baas le cercle de Dresde 38 38,54 41,97 

Leipzig 40,5 40,61 43,71 

Zwickau 44,5 47,02 50,79 

Bautzen 34,5 So, 45 38,14 

Dans chaque cercle, on observe que la fecondite des villes est moindre que 
celle des campagnes. Mais il faut distinguer les villages voues a 1 agriculture de 
ceux qui sontsurtout industriels. Quellesque soient les variations annuelles, on 
voit toujours la natalile des villes 1 emporter sur celle des villages agricoles. Au 
contraire, les villages industriels i eniportent toujours sur tout le reste du pays. 
Ces differences peuvent se resumer par les moyennes suivautes : 

SUR lUOO HABITANTS DE CHAQUE HABITAT, COMBIEN DE NAISSANCES ANNUELLES. 

(1810-49). 

Villages surtout agricoles 58,8 

Villages surtout industriels ... 43,6 

Dresde et Leipzig 35,7 

41,1 

40,9 



SAXE. 



155 



Et ce qui m outre plus clairement encore que la vie agricole diminue pour unc 
raison quelconque la natalite, c est que lorsqu on divise les villages agricoles 
en plusieurs categories suivant que la population est tout entiere agricole, ou 
qu elle Test en partie seulement, on voit que, chaque annee regulierement, les 
villages les plus exclusivement agricoles ont la plus faible natalite ; au contraire, 
moins le village est agricole, et plus la natalite se releve. Les moyennes decen- 
nales suivantes donneront idee de ces differences, qui se retrouvent presque 
a chaque annee : 

NATALITE POUR 1000 HABITANTS DE CHAQUE HABITAT (1840-49). 



Villages comptant de 100 a 90 agriculteurs sur 100 hab. 
90 a 80 
80 a 70 
70 a 60 
60 a 50 
50 a 40 
40 a 50 



Naissances. 
29,9 
34,3 
36,3 
38,8 
40,9 
42,5 
37,7 



Villages agricoles en general ................ 58,8 

De meme, les villes sont d autant plus fecondes qu elles sont plus industrielles. 
Mais les differences sont un peu moins regulieres que pour les villages agricoles. 
Elles le sont moins encore pour les villages industriels. Cela tient sans doute 
au sens vague de 1 exprcssion industriel; c est un melange tres-complexe de 
professions entierement differentes. Rien de plus homogene au contraire que la 
population agricole. 

Mouvements de la natalite suivanl Vhabitat. La natalite a subi des varia 
tions de meme ordre dans les trois habitats et si Ton construil un diagramme a 
I aide du tableau suivant, on obtiendra trois lignes a peu pres paralleles. Les 
causes qui influent le plus sur la natalite saxonne sont done communes aux trois 
habitats. Notons pourtant que les variations subies par la natalite sont plus 
fortes dans les villages industriels que dans les villages agricoles : 



POUR 1000 P. DE CHAQUE HABITAT, COMBIEN DE NAISSANCES ANNUELLES. 



Villages agricoles. Villages industriels. 






| 6 

S4 ~ 
8i8 



1840-49 



37,5 
38,6 
41 
56,9 

* 8 - 2 

39,9 

39,1 

58 

37,2 

41,1 

58,8 



45,6 

43,6 

46,8 

40,0 

^,1 

46,1 

45,3 

41,2 

59,75 

47,0 

43,6 



Villes. 

40,1 
40,6 
42,5 
38,8 
39,6 
17,,- 
4"2, G 
40,4 
39,2 
42,7 

41,1 



Natalite suivant r altitude. M Engel a fait cette recherche pour les trois 
annees 1847-1849, et trois fois il a obtenu des resultats analogues : 



SUR 1000 HABITANTS, A CHAQUE ALTITUDE, COMBIEN DE NAISSANCES ANNUELI.ES. 

(1847-49). 



500 pieds de Paris ...... 59 

De 500 a 1000 ......... 57,5 



De 1000 a 1500. 
De 1500 a 2000. 



156 SAXE. 

Dans chacune de ces trois annees, on voit les naissances diminuer de frequence 
jusqu a la hauteur de quinze cents pieds. La, elles deviennent tres-nombreuses, 
pour diminuer au dela de quinze cents pieds. II est probable que des con 
ditions e conomiques ou autres dominent ici 1 influence de 1 altitude. 

Natalite illegitime. Un usage fautif veut que Ton compare le nombre des 
naissances illegitimes a celui des naissances en general (Voir la critique de cette 
methode a 1 art. NATALITE, p. 459). 

Nous commencons par nous y soumettre afin de rendre les comparaisons pos 
sibles. Ce serait d ailleurs exagerer que de refuser a ce rapport un certain 
interet. 



SUR 1000 NAISSANCES, COMBIEN D ILLEGITIMES. 



1827-29 11,91 

1850-52 1-J.66 

1855-55 13,56 

1856-58 15,95 

1859 14,32 

1810 14,08 

1841 15,00 

1842 14,95 

1843 ... 13,04 



1844 
1815 
1846 
1817 
1848 
1849 



13,84 
15,15 
15,52 
15,04 
14,27 
15,53 



1861-65 15,25 

1866-70 14,30 

1871-75 13,17 



On voit que la fre quence des naissances illegitimes a ete sans cesse s aggra- 
vant, excepte dans les dix dernieres annees, et qu elle etait en 1849 justement 
double de ce qu elle est aujourd hui cheznous. 

Ce rapport varie naturellement avec 1 habitat. Comme on devrait s y attendre, 
il est plus faible dans les villages agricoles que dans les villages industriels et 
dans les villes. A Leipzig et a Dresde, il est, comme dans toutes les grandes 
villes, grossi par 1 arrivee des filles-meres de la campagne. 

POUR 1000 NAISSANCES, COMBIEN o lLLEGITIMES. 

Villages exclusivement agricoles 11,38 

Villages agricoles en general 13,89 

Villages industriels 15,52 

Villes 15,36 

Dresde et Leipzig 21,64 

Si Ton compare les naissances illegitimes aux femmes qui les ont produites, 
c est-a-dire aux femmes non mariees qui ont plus de quatorze ans (les documents 
ne permettent pas d exclure les femmes de cinquante ans), on trouve les rap 
ports suivants : 

POUR 1000 FILLES, VEUVES OU DIVORCEES DE PLUS DE 14 ANS, 
COMBIEN DE NAISSANCES ILLEGITIMES. 



1833-35 31,8 

1836-38 31,8 

1839-41 52,8 



1842-44 53,6 

1815-47 56,5 

1848-49 57,6 



On remarquera que ce rapport, quoique tres-eleve, (en France, il est de 
18 environ pour les seules femmes non mariees de 15 a 50 ans) a une tendance 
constante a augmenter. 

Si, au lieu de considerer des moyennes triennales, on etudie la nalalite ille 
gitime, anne e par annee, on voit qu elle subit les memes variations que la nata- 
lite generale. II est remarquable qu elle les subit avec plus d energie encore. 
Les causes qui decouragent les epoux de la paternite, influent plus encore sur 



SAXE. 



157 



les amours irregulieres. On aurait pu attendrc le contrairc. Nous avons vu, en 
effet, qu en Finlande, oil les naissances illegitimes sont d aillcurs peu nom- 
breuses, les amours hors mariage montrent moins dc prevoyance ; la natalite 
illegitime est soumise a des variations profondes, mais moindres quo cclles qui 
affectent les naissances legitimes. 

Rapport des sexes. En moyenne, pendant la periode 1840-1849, il esl ne 
106,5 gargons centre 100 filles. Pendant cette periode, ce rapport n a pas 
depasse 107,6 (en 1845), son minimum a ete 105,5 (1845). 

Si nous conside rons une periode plus longue encore (1834-75), nous trouvons 
une proportion de 106,4 gargons centre 100 filles (mort-nes inclus). 

Gemellite. Mon pereamontre la Constance de ce rapport dans les differentcs 
races. L etude de la Saxe confirme ses conclusions. La gemellite y est de 
12,7 grossesses doubles pour 1000 grossesses en general. Celle de la Prusse, qui 
est a peu pres de meme race, est de 12,5, rapport qui est presque semblable. 

La gemellite presente en Saxe la Constance qu on lui voit ordinairement ; les 
ecarts sont pourtant plus grands que ceux de la Prusse. 

Nous donnons un tableau ou le rapport et les combinaisons de sexe sont 
etudiees annee par annee. Malbeureusement , ces chilfres se rapporlcnt a une 
periode assez ancienne. Yoici des renseignements plus recents : pendant la pe 
riode 1856-70, les grossesses doubles out constitue 12,8 pour 1000 de 1 cnsem- 
ble des naissances. 

TABLEAU VII. FREQUENCE ET COMPOSITION DES GROSSESSES DOUBLES EN SAXE. 



ANNfiES. 


sun 
1000 onossESSES 

EN GENERAL 
COMBIEN DE 
GROSSESSES DOUBLES. 


SUR 1000 GROSSESSES DOUBLES, COMBIEN DE 


UNISEXUliES. 


^ 
Total. 


SEXES HELliS. 

1 fille ct 1 gargou. 


2 ? argons. 


2 Giles. 


1834 


12,17 

15,62 
13,12 
15,04 
15,30 
13,27 
12,45 
11,75 
13,32 
12,02 
13,23 
15,54 
12 22 

11, TO 

12,35 
12,55 


55,7 
54,2 
59,5 
5.">, 7 
36,1 
55,7 
- 35,8 
53,5 
55 , 3 
53,1 
57,2 
58,1 
52,7 
57,4 
54,3 
5o,3 


28,9 
31,4 
52,3 
5r>, i 
34,8 
35,7 
35,3 
30,3 
32,6 
35,8 
34,1 
50,5 
31,9 
29,5 
51,9 
50,6 


64,6 

68,6 
71,8 
08,8 
70,9 
69,4 
71,1 
65,8 
67,9 
68,9 
71,5 
68,6 
64,6 
06,9 
66,4 
65,0 


55,4 
31,4 

28,2 
31,2 
29,1 
30,6 
29,9 
36,1 

-N> I 
O-, 1 

51,0 
28,7 
31,4 
35,4 

53, 1 
53,6 
54 


1833 


1836 


1837 


1838 ... 


1839. 


1810 


1841 


184-2 - . . 


1843 


1844 


1815 


1840 


1847 


1S4S 


1849 




Moyennes 


12,72 


5o, > 


52,5 


68,0 


52,0 





MORTALITE. Nous nous arreterons peu sur la mortalite generale. Nous savons 
que ce rapport ne fournit qu un renseignement des plus mediocres. En Saxe, il 
est considerable : 50,07 de ces pour 1000 habitants pendant la periode 1840- 
1849; chance de mort qui ne parait guere avoir vane depuis 1854. La plus 
forte mortalite qui se soit rencontree pendant ces seize ans est celle de 1846; 



158 



elle a atteint 517. La moindre (en 1844) n etait que de 26,4 : c est encore 
chiffre superieur a la moyenne franchise. 

POUR 1000 HABITANTS DE TOUT AGE ET DE TOUT SEXE, COMBIEN DE DECES ANNUELS. 

(MORT-NES COMPRIS.) 



un 



1867. 
1868. 

lSli ,1. 
1870. 
1871. 



29,5 

29,8 
29,7 
29,0 

"V* 7 
o-, i 



1872. 
1875. 
1874. 
1873. 



7,1,9 
30,5 
50,1 
32,0 
29,9 



Mortalite par habitats. La mortalite generate est moindre dans les villages 
agricoles (27,5 pour 1000 habitants) que dans les villages industriels (51,2), 
et moindre dans ceux-ci que dans les villes (52,15). Ces differences sont telle- 
ment constantes qu on les retrouve dans chaque annee prise isolement. 

SUR 1000 PERSONNES DE CHAQUE HABITAT, COMBIEN DE DECES ANNUELS (1840-49). 

Villages exclusivpmont agricoles 22,5 

Villages contenant de 50 a 40 agriculteurs pour 100 29,7 

Villages agricoles! en general 27,5 

Villages exclusivcment industriels 56,4 

Villages contenant de 30 a 40 ouvriers pour 100 30,9 

Villages industriels en general 51,2 

Villes 52,15 

Dresdc et Leipzig 29,5 

Mort-ne s. M. Engel definit les mort-nes de la Saxe d une facon qui rend 
assez difficile la comparaison avec les autres pays. Ce sont, dit-il, les enfants 
morts soil avant, soil pendant I accouchement ; les enfants nes avant terme et 
ceux qui sont morts immediatement apres I accouchement ou pen de temps apres 
la naissance peuvent etre comptes comme mort-nes au sens statistique. L ex- 
pression pen de temps est un pen vague. Pourtantil semble que 1 administration 
saxonne entend le mot mort-ne dans un sens plus rigoureux que 1 administra 
tion francaise, qui compte comme mort-ne tout enfant mort avant 1 inscription. 

Notre tableau VIII contirme hautement la plupart des regies posees dans 1 av- 
ticle MORT-NE. 

1 L illegitimite augmente en Saxe, comme ailleurs, la mortinatalite; cette 
difference est pourtant moins considerable dans ce royaume que dans la plupart 
des nations de 1 Europe. 

2 Cette aggravation est plus forte a la campagne qu a la ville. 

5 Elle pese sur les filles plus que sur les gardens. 

Ce sont la des fails absolument conformes aux lois etablies par mon pere. 
Ouelques autres sont particuliers a la Saxe. Ainsi, on remarquera que la morti 
natalite des villes est constamment plus faible que celle des villages. C est la un 
fait exceptionnel, qu on ne retrouve, je crois, qu en Danemark. 

Ce qui semble indiquer que cette difference n est pourtant pas accidentelle, 
c est que dans les villages industriels les mort-nes sont moins frequents que 
dans les villages agricoles (44 au lieu de 49,6) et plus un village est industriel, 
moins il a de mort-ne s. Ces chiffres absolument paradoxaux reposent sur dix 
annees d observation. 



SAXE. 

SUR 1000 NAISSANCES, COMBIEN DE MORT-NES (l8i<!-ifl). 



Dresde et Lcipziir 

Villes en general 

Villages industrials (90 a 80 imlustriels sur 100 liab.) 
(80 a 70 ) 

(70 a 60 ) 

(60 a 50 ) 

(51 a 40 ) 

Villages intlustriels en general 

Villages agricoles , . . 



45,5 

43,2 

41,35 

42,55 

45,1 

41,9 

47,0 

44,1 

49,6 



TABLEAU VIII. SUR 1000 NAISSANCES DE CHAQUE CATEGORIE, 

COMBIEN DE MORT-KES (1847-49). 











LA JlOIiTINAT.lLITE 










DES 




LEGITISIES. 


ILLKGIT1MES. 


ENSEMBLE. 


LEG1TIMES ETAM 100, 
Ql/E DEV/K.NT 




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f. 


ITIMES. 
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V! 


m. 


f. 


\ 
sexes. 








<J1 






<?i 






<n 






0-1 


Villes 


45,9 


35,9 


41,0 


50,5 


52,0 


51,4 


46,7 


38,3 


42,7 


110 


U4,8 


r2:i,l) 


Campagncs .... 
Uoyauvne de Saxc . . 


48,9 


59,5 


14,3 


60,3 


53,2 


50,9 


50,6 


ii,:; 


16,2 


123,3 


134,6 


130,5 


47,8 


38,2 


43,1 


56,8 


52, S 


55 


49,2 


40,4 


44,9 


118,8 


140 


127,5 



Nous devons remarquer 1 inegale mortinatalite des deux sexes. Elle ressort 
plus clairement encore des rapports suivants : 

LA MORTI.XATALITE DES FILLES ETANT 100, QUE DEVIEKT CELLE DES GAR^ONS (1847-49). 

Legitimes. Illegilimes. En general. 

Villei 128 96 122 

Campagnes 124 II." 122 



Saxe , 



125 



107 



Morlalite de zero a un an. La mortalite de la premiere enfance est enorme 
dans le royaume de Saxe. Pendant la periode 1854-1849, la probabilite mathe- 
matique de mort 1 s est elevee en raoyenne a 268 pour 1000 naissances vivantes. 
C est un nombre considerable. En France, ce chiffre n est que de 178 ; on voit la 
difference, et pourtant dans les pays scandinaves, ce nombre est moindre encore 
qu en France. 

POUR 1000 NAISSAKCES VIVANTES DE CHAQOE SEXE, CQMBIEX DE DECES AXKUELS 

DE A 1 AN. 



1834-40 

1841-45 

1840-50 
1S51-55 
1856-61 
1861-63 
1866-70 
1871-75 



Gallons. 
292,8 
284,1 
281,2 
273,5 
276,2 
290,1 
281,0 
504,4 



Filles. 
243,9 
259,9 
257,7 
252,0 
235,1 
246,9 
242,5 
261,2 



Deux sexes. 
269,0 
262,6 
260,1 
253,2 
256,2 
270,1 
262,3 
282,9 



II est important d etudier cette mortalite par etat civil et par habitation. Nous 
donnons ce detail pour deux periodes assez eloignees 1 une de 1 autre. 

1 Ou dime mortuairc (rapport des deces de a 1 an, aux naissances vivantes). 



160 



OAAJi. 

POUR 1000 KAISSAKCES DE CHAQUE HABITAT ET DE GHAQUE ETAT CIVIL, 
COJ1BIEN DE DECES ANNUELS DE 0-1 AN. 



1847-49 



Legilimes. Illegilimes, 

Villes 242,6 302,2 

Campagnes 224,0 282,7 

Saxe 230,1 288,6 



Legitimes. Iilc -giiime*. 
271,5 7>-rl,-> 

246, 4 "11,1 

256,0 355,2 



On rcmavquera que, pour les deux etats civils, 1 habitation a la campagne est 
bien plus favorable que celle de la ville. 

Le Jahresbericht des Landes-Medicinal-Collegiums de 1872-1873, publie 
une curieuse etude de la mortalite du premier age suivant sa repartition dans 
les differentes parties du royaume, par le docteur Reinhard. La probabilite de 
mort a ete pendant la periode etudiee (1865-1870) de 256 pour les legi- 
times, de 555 pour les illegitimes, soit en general de 270. 

Ce dernier rapport s eleve ju.<qu a 550 et meme plus de iOO a Test du 
royaume, soit dans la moitie orientale du cercle de Bautzen ; au contraire, a Touest 
de cette province (a Kamenz, etc.), elle s abaisse a 150 el 200. Les environs de 
Dresde, mais surtout les cantons qui entourent Chemnitz, sont remarquables par 
une mortalite de 500 a 550 par 1000 naissances. La mortalite infantile est 
assez uniformement repartie sur le reste du territoire, et elle y oscille assez 
regulierement entre 250 et 260. 

Pour montrer comment 1 illegitimite influe sur la mortalite infantile, nous 
avons dresse un tableau analogue a celui qu on a vu plus haut pour les mort- 
nes. On peut y voir que les memes lois se verifient exactement : toujours le 
sort des illegilimes est plus miserable a la campagne qu a la ville. Est-ce aux 
nourrices qu il faut attribuer ce resultat? Mais on ne peut leur attribuer 1 exces 
du nombre des mort-nes. L influence facheuse des mceurs de la campagne sur 
le sort des enfants illegitimes se manifeste surtout pour les filles. C est qu en 
Saxe, comme ailleurs et plus qu ailleurs, cette aggravation pese plus sur les 
clles que sur les garcons (voy. les colonnes 7 et 8). On remarquera a ce sujet 
combien Fillegitimite agit peu sur les petits garcons dans les villes de Saxe. 

TABLEAU IX. POUR 1000 NAISSANCES DE CHAQUE CATEGORIE, COMBIEN DE DECES 

DANS LA PREMIERE ANKEE DE LA VIE (1847-49). 





i 

- ^^ 
m. 


EG1TIMES 

. ~ 
f. 


2 sexes, I 


ii 

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m. 


I.I I.IUMI 

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f. 


3. 

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f. 


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g 
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1 


2 


3 


4 


5 


7 


8 


9 


Villes 


274,6 
254,5 


250,2 
212,1 


252,5 
234,0 


286,0 
295,1 


300,2 

275,2 


292,2 
285,0 


104,2 
116 


130,3 

128,8 


115,6 

1-22,0 






Royaume de Saxe. . . 


261,8 


218,2 


240,3 


291,4 


284,9 


288,5 


111,4 


130,0 


120,4 



SAXE. 



101 



M. Reinhard, dans 1 interessanl travail cite plus haul, a fait un calcul moins 
analytique que le noire, mais relatif a une periode plus recente et plus longue. 
II a trouve des resultats bien moins tranches; mais il ne distingue pas les 
sexes, et nousvenons de voirque la difference pesait surtout snr le sexe feminin 
en 1847-1849. 

LA MORTALITE DES EM ANTS DE A 1 AN ETANT 100, QUE DEVIENT 
CELLE DES 1LLEGITIMES (l86 .-70). 

Dans les villes 124,6 

Dans les campagnvs 125,9 

Ensemble 12. i,0 

M. Reinhard fait remarquer que cette difference est bien plus grande autour 
des grandes villes. Ainsi, autour de Dresde, la mortalite des legitimes est de 
250,etcelle des illegitimes de 705,4! Si Ton compare ce dernier rapport a ce 
qu il est dans la ville, on voit qu il est artificial, et qu il tient a 1 exporlalion des 
nourrissons dans les campagnes. La aussi s exerce I induslrie nourriciere. On la 
retrouve autour de Leipzig, de Chemnitz, etc. 

Mortalite aux autres ages. Notre tableau fournit ce rcnseigncment pour cinq 
periodes triennales. Les groupes d ages sont trop elendus pour pouvoir servir a 
des comparaisons bien exactes avec les autres pays. 

II est pouriant facile de voir que la mortalite saxonne est assez infericure a la 
noire a I age de quatorze a trente ans (9 deces environ an lieu de 0,4). An con- 
traire, au groupe d ages suivants (de trente a soixante ans), nous acquerons une 
superiorite sur la Saxe (moins de 13 deces au lieu de 16). 

Quant a nos vicillards, on sait que leur mortalite (70 deces environ pour 
1000 vivants au dela de soixante ans) est la plus faible qu on observe en Europe. 

TABLEAU X. - - SUR 1000 VIVAXTS A CHAQUE AGE ET DE CHAQUE SEXE, 

COMBIEX DE DECES ANNUELS. 





1834-35. 


1836-38. 


1839-41. 


1842-44. 


1845-47. 


AGES. 


m. 


f. 


2 sexes. 


in. 


^ 

f. 
15,00 


2 sexes. 


^ 
ra. 


^ --~-^ 

f. 
17,16 


2 sexes. 1 


-- "^ 

m. 


^ ^ 

f. 


2 sexes. ] 


i^ 

m. 


^-_^ 

f. 


2 sexes. I 


1-14. 


14,70 


13,90 


14,3 


16,00 


15,57 


17,76 


17,40 


15,68 


14,96 


15,32 


17,50 


15,80 


16,6 


14-50. 


6,36 


6,12 


6,25 


5,72 


5,68 


5,62 


6,80 


6,75 


6,77 


6,74 


6,66 


6,70 


6,63 


6,56 


6,6 


50-60. 


15,16 


16,15 


15,8 


16,37 


16,49 


16,45 


16,08 


16,14 


16,12 


16,03 


16,12 


16,10 


16,16 


16,30 


16,2 


60-u>.. 


89,20 


93,10 


91,15 


94,90 


93,30 


9-1,00 


87,10 


88,27 


88,00 


94,16 


92,90 


93,40 


94,40 


94,60 


94,5 



Yoici, avec plus de details, qnelques chiffres plus recents que nous tirons 
d un travail du docteur Heym dans la Zeitschrift de 1863. Us reposent sur une 
periode de huit ans d observation : 



DICT. ENC. 3 s. VIL 



11 



16 2 SAXE. 

TABLEAU \I. SUR 1000 VIVANTS DE CHAQUE CATEGORIE, COMBIE.N DE DECES ANNUELS. 





VILLES. 


CAMPAGN ES. 


TtOTACME DE SAXE. 


AGES. 


in. 


f. 


2 sexes. 


m. 


f. 


2 sexes. 


ra. 


f. 


2 sexes. 


0-6 . . 


116,1 


99,9 


107,9 


100,9 


83,0 


92,0 


106,3 


88,7 


97,4 


6-11 . 


i,6 


4,8 


1,7 


4,4 


4,3 


4,4 


1,5 


4,5 


4,3 


11-20 . 


1,8 


.,,0 


5,1 


.1,3 


4,1 


4,2 


4,4 


4,6 


4,5 


2050 


8,7 


8,5 


8,6 


6,4 


6,9 


6,7 


7,3 


7,5 


7,4 


30-40 . 


11,4 


12,9 


12,1 


8,1 


10,3 


9,2 


9,3 


11,2 


10,5 


4050 . 


1:1,11 


14,4 


16,6 


14,2 


13,4 


L3,8 


16,0 


15,6 


14,8 


50-60 . 


52,0 


25,9 


28,8 


26,9 


24,6 


25,7 


28,7 


25,1 


26,8 


60-70 . 


62,o 


56,9 


59,5 


58,8 


57,9 


58,3 


60,1 


57,6 


58,7 


70-80 . 


141,3 


149,6 


146,1 


117,6 


153,6 


125,9 


125,1 


139,4 


132,7 


80-90 . 


-61,5 


254,4 


258,6 


268,4 


265,8 


266,1 


267,2 


260,2 


263,3 


90 .... 


480,0 


435,8 


453, 4 


411,8 


405,3 


408,2 


i35,5 


416,0 


42i,8 





CRIMINALITE. La population des prisons augmenle en Saxe avec une regularite 
remarquable; les chiffres suivants le demontrent a premiere vue : 

SUE 1000 HABITANTS DU SEXE MASCULIN, COMBIEN DE PRISOXNIERS. 

isr,9-41 1,10 

1852-H 1,17 

is 15-47 1,11 

is is-, (i 1,115 

1831-53 1,45 



1854. 



1,44 



11 est clair quo pour avoir un rapport comparable aux autres nations, il faudrait 
rapporter le nonibre des prisonniers, a la population en age d etre susceptible de 
1 etre. La Saxe possedant un nombre enorme d enfants, on doit attendi e que 
le nombre de ses condamnes soil faible par rapport a sa population generate 
sans distinction d ages. Ontrouve, par exemple, que sur 1000 hommes au-dessus 
de quatorze ans, il y a environ 5 prisonniers (proportion qu il ne faut pas con- 
fondre avec celle des individus condamnes chaque annee). 

Pour les femmes, ce rapport est environ cinq fois plus faible. Sur 100 femraes 
condamne es, 60 le sont pour vol et 20 pour attentat a la vie (sans doute infan 
ticide). 

Yoici d ailleurs quelle est la criminalite des hommes a chaque age : 

POUR 1000 HOMMES A CHAQUE AGE, COMBIEN SONT CONDAMNES EN UN AN (1839-52). 
De 16 a 21 ans 0,9 



2L a 25. 
25 a 30. 
30 a 40. 



2,13 
2,1 

2,05 



40 a 50 1)31 

50 a 60 0,75 

60 a 70 0,35 

Au dela de 70 ans 0,13 

Presque regulierement a chaque age, la criminalite des femmes est cinq fois 
moindre que celle des hommes. 

Ajoutons que la Saxe a tres-sagement institue un asile pour Jes fous malfai- 
teurs (Irrenstation fur irre Verbrecher), quia ete ouvert dans les derniers jours 
de 1875. C est une institution qui manque a notre pays. 



SAXE. 



105 



PATHOLOGIE. Le Landes-Medicwal-Gollegium, dirige par le savant docteur 
Reinhard, publie depuis dix ana un bulletin annuel auquel nous empruntons 
d importants rensejgnements sur la pathologic de la Saxe. Cette utile institution 
n a encore fourni que pour quatre ans des resultats complets. M. Reinhard les a 
resumes dans le bulletin paru cette annee. Nous lui empruntons le tableau suivant : 

TABLEAU XII. POUR 10000 VLVANTS, COMBIEN DE IIKC.ES POUR cinoui: CAUSE DK MORT. 



ANNEES. 


VAniOLE. 


SCAUt-ATINE. 


CROLP 
ET 

nirimiERiE. 


FIEVP.E 
TYPlIii ilil . 


CANXI R. 


HITIIISIE. 

r 


187. 


22,85 


> 


t 


> 


i 


t 


1875 


t!,7. > 


1,93 


6,49 


1,12 


5,86 


23,01 


1871 . . . . 


2,57 


7,93 


7,51 


3,69 


6,03 


2-2,52 


187:; . . . 


1,79 


6,27 


9,90 


1,17 


,j, 


25 . 


1876 


0,06 


3,36 


8,26 


3,49 


6,39 


33.3S 

















Xaturcllement, la frequence des maladies epide miques est tort variable d une 
annee a 1 autre. L effrayante frequence de la variole en 1872 est une suite dc 
V epidemic qui fit tant de victimes en France et ailleurs pendant la guerre. 

Au contraire, les chiffres qui se rapportent au cancer et a la phthisie offrent 
une certaine Constance. 

Cette enquete sur les causes de deces, qui parait organisee avec beaucoup dc 
soin en Saxe, donnera sans doute de tres-importants resullats lorsqu on recher- 
chera la frequence des causes de deces par ages, element dont on nesaurait exa- 
gerer 1 importance. Faute de ce renseignement indispensable, les chiffres perdent 
une grande partie de leur valeur. 

Le tableau suivant, que nous empruntons a M. Reinhard, montre 1 influence 
des saisons sur la frequence des principles maladies pendant la periode 1873- 
1876 : 

TABLEAU XIII. POUR 1200 DKCES CAUSES PAP, CHAOUE MALADIE, 

COMB1EN EN CHAQUE 31OIS HE I/ANNKE. 









CROUP 




FIEVKC 




MOIS. 


nOUGEOLE. 


5CARIATIME. 


ET 


COQUELI rin:. 




DYSENTERIE. 








DIPUTHERIE. 




TYF1I01DE. 






110 


1 IK 


Ill 


v;^ 
















1V)2 




Fiivrier 


112 


102 


12G 


83 


93 


20 


JIars 


S t 


78 


ion 


<HJ 
















87 




\vril. . . . 


66 


63 


70 


Si 
















81 


lo 


Mai 


00 


"J9 


T" 


ss 






Ju lQ 


05 


t,g 


"71 


"71 


oil 


1^ 


Juillet 


95 


68 


KA 


Qii 


rj 


2.1 












JZ 


101 


Aout 


IH>() 


84 


Krt 


1/17 






Septembrc.. . . 


64 


113 


91 


118 


121 

151 


367 
55-2 


Octobre 


61 


loo 


119 


121 


126 


181 


Novembre. . . . 


119 


151 


155 


126 


105 


73 


Ddcembre. . . . 


176 


152 


14S 


111 


101 


33 




1200 


1200 


1200 


1200 


1200 


1200 



SAXE. 

On remarquera la frequence des trois premieres maladies contagteuses en 
hiver, et leur raretc relative en etc. Toutes trois suivent une marche presque 
parallele. La rougeole semble faire exception, mais c est par le fait d une violente 
epidemic qui eut lieu pendant 1 ete de 1874. Quand on etudie les quatre autres 
annees, on voit que c est decembre qui, en temps normal, est I epoque d election 
de cette mala die. 

La coqueluche est surtout frequente a la fin dc 1 automnc. Mais de toutes les 
maladies, celle qui de beaucoup offrc la repartition la plus curieuse, c est la 
dysenteric, dont presque toutes les victimes (les 4 cinquienr.es) succombent 
depuis juillet jusqu en octobre; pres des deux tiers meurent en aoutet septembre. 
11 est presque certain qu ici comme ailleurs ce sont les jeunes enfants qui four- 
nissent ces gros contingents. C est centre la chaleur qu il faut les premunir pour 
les garer de cette funeste maladie. 

Donnons encore quelques details sur une maladie plus celebre qu elle n est 
redoutable, meme en Saxe. Nous parlous de la trichinose. Nous avons vu 
quel grand usage les Saxons font de la viande de pore qui communique cette 
maladie. Depuis dix-sept ans qu on en recherche les effets (1860-1870), on en 
a observe 46 foyers epidemiques ; 1486 personnes ont ete reconnues atteinlesde 
trichinose, mais, sur lenombre, 25 seulement sont mortes (soit io pour 1000 ma- 
lades). 

DESCRIPTION MEDIC.VLE DE LA YILLE DE LEIPZIG. Plusieurs villes de Saxe out 
des bureaux de stutistique bien organises. II nous est difficile d exposer avec 
detail les resultats obtenus, mais comme la ville de Leipzig vient de publier un 
volume consacre en grande partie a 1 etude de sa population, et que cette publi 
cation est congue avec une methode qui ne se dement presque dans aucune de 
ses parties, on nous permettra d en donner une analyse succincte. Nous 
esperons qu elle donnera une idee suffisante de la situation hygienique de cette 
grande cite qui forme 1 un des centres intellectuels de 1 Allemagne. 

Nous esperons surtout que cette etude indiquera au lecteur combien est 
ieconde la demographic quand on 1 applique aux questions d hygiene, et quels 
immenses resultats elle donnera quand 1 adrninistration voudra i airc cette etude 
serieuscment. 

I. HABITATIONS. On compte a Leipzig 5455 maisons habitees (67 inhabitees). 
Sur ces maisons dites habitees ou sont comprises des eglises, des fabriques, etc., 
il est remarquable que 688 (soit un cinquieme), possedent des caves babitees, 
suivant une mode funeste qui existe dans plusieurs villes allemandes. 474 mai 
sons seulement ont des mansardes. 



PARMI 100 MAISONS HABITEES, COMBIEN ONT : 

1 rez-Je-chaussee seulement , . . * 

1 etage ...... 10 

2 etages 15 

5 etages 

4 etages 5 g 

5 etages 

001 

On peut encore diviser les maisons suivant le nombre de leurs logements, oit 
suivant le nombre de leurs habitants. On trouve ainsi les nombres suivants : 



SAXE. 



1G5 



Maisons ayant de 1 a 5 h 


aliii.i 


6 a 10 





It a 15 





16 a 20 





21 a 25 





26 a 30 





31 a 40 





.11 a 50 





51 a 60 





61 a 80 





81 a 100 





plus de 100 






5 habitants 158 

325 

324 

337 

319 

535 

481 

393 

252 

262 

131 

137 



La situation des logements est un clement important de I hygiene. Kile est 
bicn etudiee dans le volume de M. Hasse : 

SUR 1COO HABITANTS, COMBIEN SONT LOGES A CHAQUE ETAGE (1875). 



Leipzig. 

Dans la cave 25 

Entresol 5 

Parterre J 172 

1" etage 257 

2 228 

5" -- 2(15 

4 et 5 otage 70 



Drcsde. 

32 
1 

I!)!) 
239 
179 
127 
223 



Berlin (1871). 

108 
5 

195 
227 
210 

176 

79 



11 convient d aj outer que ces odieux logements souterrains sont surtout 
dans la partie exterieure de la ville. Leur nombre, meme relatif, parait tendre .\ 



augmenter. 



les logements 



Yoici un autre renseignement important pour I hygiene 
liabites comprennent 95 198 chambres, dont voici exactement la situation : 

Sur la rue 41,950, joit 17, 2 pour 100 

Sur une cour 15, list; 45,3 

Sur unjardin ou sur la riviere 7, IS:! 7,5 



95,198 

Mais ces chambres sont inegalement habitees. Celles qui sont sur la rue le 
sont malheureusement moins que celles qui sont sur la cour. On estimo 
que le quart des habitants ne tirent d air que de la cour, et que cette proportion 
s eleve aux trois quarts dans un grand nombre de rues. 

La ville de Leipzig couvre 16,6 kilometres carres, dont 1,5 est occupe par 
des constructions (cours interieures non comprises). 

Le nombre des corps de cheminees est un element important de I hygiene : 

SUR 1000 HABITANTS, COMBIEN V1VENT DANS DES LOGEMENTS (l875). 



N ayant aucune chambre a feu .... 

Ayant 1 

2 

3 . . . . 

4 

davantaee 



Leipzig. 


214 

259 
202 
128 

197 



Berlin (1871). 

16 
471 
249 
112 

55 
97 



1000 



1000 



On voit que les logements de Leipzig, paraissent encore mieux dispose s que 

1 Ces mots sont ceux dont on se sert a Leipzig. Quoique tiros du frangais, il est clair qu il s 
n ont pas dans cette ville la meme signification que chez nous. Sans doute, on entend par la 
sous-sol et rez-de-chaussec. 



46G SAXE. 

ceux de Berlin. A ce fait, il convient d en ajouter un autre. C est qu il resulte 
d enquetes plus anciennes que la situation de Leipzig s ameliore sous ce 
rapport, tandis que celle de Berlin retrograde. 

Quant a 1 importance de ce renseignement qui se lie a la situation pecuniaire 
des families, 1 auteur le fait solidement ressortir par les chiffres suivants : 

MORTALITE DANS LES RUES OU L O.\ COMPTE EN MOYENNE 

de ii 1 an de 1 a 5 ans 
Moins de 1 habitant par chambre a feu . Ill 13,9 



de 1 a 1 , , i 
1,5 a 2 
2 a 2,5 
2,5 a 3 



Au dela de 5 



iU.H , 

i is,s 41,4 

541,9 45,9 

530,5 ir>,ii 



Nous indiquons la mortalite pour les enfants (de a 1 an, et de 1 a 5 ans). 
Le document la donne en bloc pour les autres ages, ce qui estompe les diffe 
rences; elles res tent pourtant considerables (9,9 deces pour 1000 vivants dans 
les bons quartiers, et 18,4 dans les mauvais). 

Prix des logements. Quoiquece soil laun important element de 1 hygiene, 
il depend de circonstances nombrcuses dans lesquelles nous ne pouvons entrer 
ici. Nous donnerons pourtant le prix d une chambre a feu suivant 1 etage occupe, 
en marcs (1 marc = 1 fr., 25). 

% 

PRIX n o.NE CHAMBRE A FEU 

Dans un souterrain 1-jn 

parterre 177 

1" ctage 19S 

2- 182 

5- 170 

4- 158 

5" 129 

On calcule qu a Leipzig, un habitant ayant moins de 1275 francs de revenu, 
en consacre 66 pour 100 pour sa nourriture, et 22 pour son logement; il ne 
lui reste que 11 pour 100 de son revenu pour ses vetemenls et pour satisfaire 
ses besoins intellectuels ou ses fantaisies. Si son revenu est double, cette 
derniere proportion monte de 11 a 22, c est-a-dire qu en nombre absolu. 
la somme qu il peut consacrer a ses loisirs est quadruple; ce sont la descalculs 
interessants, mais qui paraissent bien hypothetiques. 

On compte que sur 100 menages, il y en a : 

Composes d une seule personne " :, 

2 11 

16 

4 ir; 

5 15 

6 17, 

7 9 

8 5 

9 4 

II. POPULATION. La ville de Leipzig (non compris ses faubourgs) compte 
127587 habitants (1875); en 1792, elle n en avail que 29400. Get accroisse- 
ment est de plus en plus rapide. II est du dans une forte proportion (81 pour 
100) a rimmigration, 1 exces des naissances n y contribuant que pour 19 pour 
100. Mais ce calcul, dans lequel on ne tient pas compte des emigrants, et no- 



SAXE. 167 

lammentdes enfants morts en nourrice, nous parait defectueux. A Berlin, la 
partdel immigration dans 1 augmentation de la population sembleplus marquee 

encore. 

La part de 1 immigration dans la population de Leipzig se laisse devmer 
quand on examine la proportion des sexes a chaque age. Quoique nous ayons vu 
qu en Saxe, les hommes sont assez peu nombreux, nous voyons qu a Leipzig (el 
aussi a Dresde) c est le contraire aux ages de travail. Get exces d hommes aux 
ages adultes vient de ce qu ils immigrent dans les villes plus que les femmes 
du meme age. 

SUR 1000 HOMMES DE CHAQUE AGE, COMBIEN DE FEMMES. 

Leipzig. Dresde. Saxe. 

0- 5 ans . 1015 987 1015 

5-10 1008 986 

10-15 942 969 1013 

15-20 886 1058 HHi 

20-25 786 6UO 1016 

25-50 929 9b2 1054 

50-55 1018 1067 1<>57 

55-40 995 1104 1059 

40-45 1027 1095 1H5-J 

45-50 1129 1222 1067 

50-55 1257 151"2 insr, 

55-60 1174 1408 HIM, 

60-70 1564 1482 1188 

70-u 1720 1786 1506 

0-u 976 1015 1011 

Le lieu de naissance de la population de Leipzig donne quelques renseigne- 
ments sur 1 origine des immigrants. 

SUR 100 HABITANTS DE LEIPZIG (1875) 

Hommes. Femmes. 

Nos a Leipzig meme 53,9 58,8 

dans le restc de la Saxe . . . 29,9 27,2 

dans le reste de I Alleinagne. 52,6 51,6 

1 etranger 5,4 2,4 




100,0 100,0 100,0 

Population par ages. II resulte de ce qui precede que le nombre des 
adultes doit etre notablement exage re a Leipzig, les immigrants e tant presque. 
tous adultes : 

SUR 1000 HABITANTS, ON COMPTE A LEIPZIG . 

De 1 a 15 ans 256,9 

16 a 30 391,0 

51 a 60 503,5 

60 a u 481,2 

Population par professions. II nous faudrait entrer ici dans trop de details. 
Disons seulement que le volume de M. Hasse conlient, en meme temps que 
la profession, des renseignements sur la situation sociale des hommes (patrons, 
ouvriers, etc.), et simultanement, donnee (peut-etre plus precieuse encore), des 
renseignements sur leur age. 

Nuptialite. L auteur compare le nombre des manages aux mariables 
au-dessus de vingt ans pour les hommes, et au-dessus de seize ans pour 
les femmes. Nous croyons qu il aurait mieux fait d exclure les vieillards qui, en 
fait, ne se marient pas. 



168 SAXE. 

POUR 1000 MARIABLES (DEFIXIS CI-DESSUS), COMBIEN DE MARIAGES 



1870 23,6 

1871 "23,6 

187-2 51,1 

1873 51,9 



1874 32,6 

1875 51,7 

1876 29,4 

1877 29,4 



La guerre a naturellement diminue le nombre des manages, qui s est, par 
compensation, trouve augmente dans les annees qui ont imme diatement suivi la 
paix. 

Nous passerons legerement sur 1 age du mariage et sur 1 influence des 
religions sur la nuptialite, parce que notre volume ne nous donne pas le 
moyen de presenter ces renseignements suivant line methode assez sure. 

L age moyen du mariage est de 28,9 ans pour 1 homme, et 26,2 pour 
la femme. 

SUR 1000 MARIAGES : (1874-1876) 
Les deux epoux ont le meme age dans 76,5 cas. 



I,E MAR I EST PLUS AGE 

De 1 a 5 ans dans 388 cas 

6 4 10 178 

11 a 15 62,5 

16 a 20 22,9 

21 a 50 15,1 

51 a 46 1,6 



LA 1 EJIME EST PLUS AGEE 

De 1 a 5 ans dans .... 184,7 cas 

6 a 10 50,7 

11 a 15 16,1 

It; a 20 2,8 

21 a 38 0,4 



251,7 



Dure e du mariage. G est un renseignemeut important qui, mallieureuse- 
ment, n est recueilli quc dans bien peu d Etats. 11 est releve a Leipzig, et voici 
les resultals resume s que donne ce releve : 

SUR 100 MARIAGES DISSOUS PAR LA MORT, COMBIEN OXT EU : 

L ne dunie de a 5 ans 18,6 

5 a 10 16,3 

10 a 15 12,75 

15 a 20 11,5 

2 J a 30 19,8 

50 a 40 14,3 

40 a SO 6,4 

au-dela de 50 0,35 

100,00 

Natalite. Dans les villes moins encore qu ailleurs, il ne convient de comparer 
les naissances a 1 ensemble de la population. On serait ainsi conduit a attribuer 
une natalite considerable aux populations les moins fecondes, car le seul fait 
que les adultes sont abondants dans une ville, fait que les naissances doivent y 
etre nombreuses. Ainsi, nous ne comparons les naissances qu au nombre des 
femmes capables de les produire. 

NATALITE SPECIALS A LEIPZIG (|86C-1875) 

Naissances 
aunuelles. 

Sur 1000 ferames marines au-dessous de 50 ans 240,8 

non-mariees de 17 2 a 10 ans 30,8 

sans distinction d etat civil, de 17 a 50 ans. 123,1 

1 Nous pensons que cette methode de calcul n est pas tres-bonne ; il vaudrait mieux, a 
notre avis, proceder pour les mariages comme on precede pour les personnes quand on 
calcule leur mortalite, et chercher : sur 100 mariages ayant atteint telle ou telle dure 
combien sont dissous par la mort? 

L age de 15 a 50 ans, qui est le plus genoralement adopte, serait certainement pre 
ferable. 



SAXE. 



109 



Les naissances ille gitimes pendant la periode 1851-75 constitueraient 22,5 
pour 100 des naissances en general, rapport legerement inferieur a celui qu on 
observe a Paris. 

Mortinatalite. On peut, a 1 aide des chiffresquinoussontfournis, construire 
le tableau snivant : 

TABLEAU XIV. SUR 1000 NAISSANCES DE CIIAQUE CATEGORIE, COMBIEN DE MORT-NES. 





LEGITIMES. 


ILLfiGlTIMES. 


EN 


s 








La mottinata- 








La mortinata- 


OLNKRAL. 


PER10DES. 


~ 


a 


fi 


lite des lilies .2 


^c 


r- 


lite des lilies 






*3 

y 


= 


O) 
X 

GJ 


eiant 100, qne "g 


5 




H 
O 


tant 100, <]iie 






Jl 

n 


o 


Jj 


devient celle a 


O) 




devient celle 


2 sexes. 




3 


fc. 




des gallons? 


<% 


to 


<s^ 


des garcons? 




180110. 


58,5 


17,0 


53,1 


124,5 


94 


66 


78,8 


112 


59,0 


1811-20. 


5.i,5 


47,6 


51,9 


114,5 


95 


52 


71,8 


178 


55,5 


1821 30. 


62,3 


12,3 


51,2 


151,7 


81 


49 


67,5 


171 


52,9 


185140. 


50,0 


57,5 


42,6 


154 


92 


80 


82,5 


115 


.SO, 5 


18H 50. 


47,0 


57,5 


45,0 


124,7 


83 


75 


76,9 


111 


19,0 


185161). 


.19,7 


56,9 


45,9 


150 


71 


65 


65,9 


109 


48,1 


186I-70. 


44,0 


58,2 


-10,2 


115 


79 


72 


73,6 


110 


46,8 


1871-75. 


48,5 


59,5 


15,9 


123,3 


90 


84 


90,9 


114 


51,6 



Les chiffres qui se rapportent aux mort-nes illegitimes sont un pen oscillants 
parce que, quoique reposant sur des periodes decennales, les observations 
sur lesquelles ils sont calcules ne sont pas tres-nombreuses. Toutefois, ce tableau 
nous indique nettcment trois conclusions : 

1 Les mort-nes legitimes paraissent avoir une tendance a diminuer; cette 
tendance est plus douteuse pour les illegitimes. 

2 La mortinatalite des garcons Tempoi to (ici comme ailleurs), sur celle des 
filles. 

T.^La mortinatalite des illegitimes 1 cmporte plus qu ailleurs sur celle 
des legitimes. Sous ce dernier rapport, la population de Leipzig se rapproche de 
la population francaise. Dans la derniere periode (1866-1875), la mortinatalite 
illegitime a etc justement double de la legitime (84 au lieu de 42). G est la une 
situation assez grave. 

La loi suivant laquelle rillegitimite pese moins lourdement sur les petits 
gargons que sur les pelites filles se verifie a Leipzig depuis cinquante ans avec 
exactitude. II semble, d apres ces chiffres, qu il n cn fiit pas ainsi au commen 
cement de ce siecle. 

Mortalite des jeunes enfants. Nous en parlerons pcu, car on sail combien 
cette question est particulierement difficile pour les grandes villes. A Leipzig, 
1 industrie nourriciere s exerce sur une large echelle. L auteur estime qu elle 
ne concerne jamais les enfants legitimes, mais qu elle attire hors de la ville 
la moitie des illegilimcs; j ignore sur quoi se fonde cette appreciation. 

Quoi qu il en soil la probabilite de mort de la premiere annee de la vie sur 
1 000 naissances vivantes serait (sans tenir compte de 1 industne nourriciere) de 235 
pour les garcons, de 205 pour les filles et de 219 pour les deux sexes (1866- 
1875). Ces chillres sont eleves, et 1 on vient de voir qu ils ne disent pas toute 
la verile. 



170 



SAXE. 



Mortalite des adultes. Un simple coup d oeil monlrera a quel point le 
petit tableau suivant conflrme les travaux de mon pere sur la morlalite par 
ages et par etats civils. On voit qu a Leipzig, comme ailleurs, les gens maries 
out une superiorite marquee sur les celibataires et surtoul sur les veufs (les 
irregularites qu on observe pour les premiers ages tlu manage tiennent sim- 
plcment a ce que les nombres de deces sont trop faibles). Le document donne 
pour les divorces des nombres enormes que nous ne reproduisons pas, attendu 
qu ils reposent sur des nombres beaucoup trop petits. Nous rappellerons pour- 
tant que 1 etude des documents suisses nous a montre que la mortalite des 
divorces valait a peu de chose pres cclle des veufs 1 . 

TABLEAU XV. POUR 1000 HABITANTS DE CHAQUE AGE ET DE CIIAQUE ETAT CIVIL, 

COMB1EN DE DECKS (1872-76). 



\ 
















HOMMES 






FEMMES 


















EX 


celibat. 


mark s. 


veufs. 


celibat. 


mariees. 


veuves. 


GKM : :RAL. 


i:; 20 ans . . . 3,6 






3,0 


11,0 , 




5,4 


2i> 2j 61 


8 6 


28,6 


5,0 


7 X 


11,6 


6,0 


2550 10 


9 i 




8 


8 6 




9,2 


3035 .... 17,0 


10 "2 


l) l i 


8,2 


11 


15 ii 


11,4 


5j -.in 20, i 


Hi II 


50 6 


9,1 


12,2 


15,6 


14,2 


4050 .... 51 


21,8 


47,8 


15,2 


12 -2 


li,2 


18,8 


50-60 . . . . 51 , 1 


31,0 


59,2 


-)-> -i 


17, i 


25,0 


26,6 


60-10 56,0 


55,2 


64,0 


54, (i 


55,2 


45,8 


18,8 


Audelade70 . . HO,! 1 , 


116,8 


162,0 


84,2 


85,2 


127,1 


125,0 



Causes de deces. Le releye des causes de deces est une des parties les plus 
inte ressantes du volume de la ville de Leipzig. II est consigne exacleraent 
pendant six ans; mallieureusement la ville n est pas assez considerable pour 
qu une analyse bien complete soil possible avec une periode de six ans seule- 
ment. Des qu on veut penetrer dans le detail, on tombe sur des nombres trop 
petits pour etre bien constants. C est sans doute pour cette cause que notre 
statistique ne donne 1 analyse des ages que pour la premiere enfance. Elle 
y joint 1 indication des mois de 1 annee ou se sont produits les deces dus 
a chaque cause. 

La lacon dont notre volume cherche a utiliser ces precieuses donnees n etant 
pas conforme a notre methode ordinaire, nous avons calcule la probabilite de 
mort 2 due a chaque maladie : 



! Bull, de la Soc. d anth., 1879, et Ann. de demogr. intern. 

- A distinguer de la mortality dans le sens ordinaire du mot. La mortalite a un ago donne 
est le rapport des deces produits a cet age au iiombre des vivants a cet age recenses. La 
probabihle de mort a dans un groupe d ages donne est le rapport des deces de cet aye au 
nombre de ceux qui sont entres dans ce groupe d ages[ V. MORTALITE, 9 et suivanls). 



SAXE. 

COMBIEN DE DECKS ANNUELS CAUSES PAR CIIAQL E MALAD1E 





1 dc a 1 an. 


2" d<: I a 5 ana, 




pour 


pour 




1000 naissances 


1UOO survivanls 




vivanles. 


a 1 an. 


FoiWesse native (morts pendant le premier mois) 


. . 34,5 





Conlormation defectueuse 


. . 5,5 


0,54 


Convulsions 


. . 25,65 


1,5 


Atrophie des enfants (alhrepsie) 


. . 21,:, 


0,55 


Variole 


. . 1.1,1-- 


0,27 


Rougeole 


. . 1,8 


1,8 


Scarlatina 


. . 0,Z6 


1,52 


Diplillierile et croup 


0,22 


6,1 


Coijueluche 


. . 5,9 


1,19 


Fievre lyplio ide 


. . 


0,17 


Dysenteric 


. . 1,2 


0,02 


Calarrhe intestinal 


. . 40,6 


1,05 


Diarrhce 1 


. . 21,8 


0,79 


Syphilis 


. . 1,76 





S-rofule 


. . 0,.T. 


0, , 


Phlhisie pulmonaire 


1,87 


1 ,2s 


Auties maladies generates 


1,75 


1,11 


MA1ADIES LOCALES. 






Cerehrite 


1,5 


0,7 


Meningite 


. . 0,7 


2,8 


Autres maladies du systemc nervi ux 


. . 2,5 


n i 


Maladies de= organes de circulation 


. . 1,15 


0,1 


Bronchite 


7,5 


1,56 


Pneumonic 


. . 11,7 


2,9 


Autres maladies des organes respiratoires. . . . 


. . 5,7 


0,7 


Maladies des orgar.es digests 


1,7 


0,5 


Mulailies des organes urinaires 


65 


0,2 


Maladies des organes de locomotion 




0,24 


Jtlaladies des teguments exterieurs 


. . 2,1. . 





Moi ls violentes 


1,9 


0,12 


Causes inconnues . 


1,2 


0,12 



La morlalite pendant la premiere annee de la vie a ete, pendant cette periode, 

dc 210 deces pour 1000, dont environ 167,5 causes par des causes diles gene- 
rales, et 42,5 par des maladies plus localise es. 

Sur 100 enfants arrivanl a 1 age de 1 an, il y en a 120,5 qui meurent dans 
les quatre annees d age qui suivent; soit, en moyenne, pour chacune de ces 
quatre annees 50,1. Notre tableau indique a quelles causes sont dus ces trente 
deces aimuels. 

Tous ces chil f res n ont pas la memc Constance. II est inutile de dire que 
ceux qui concernent les maladies contagieuses varient beaucoup d une annee a 
1 autre, et no peuvent passer pour une moyenne bien tixee quand ils ne depen 
dent que de six annees d" observation. Ceux qui concernent le Darmcatarrh 
(catarrhe intestinal) et surtout la diarrbee se rencontrent exclusivement en ete. 
La pneumonic et la broncbite sont loin d avoir un maximum aussi tranche 
en hiver. 

Nous prolongerions avec curiosite cette etude instructive, si nous avions 
a notre dispr sition une plus longue periode d observation. Deja, nous avons pu 
analyser un ouvrage de cet ordre, mais plus complet, sur Saint-Petersbourg (voy. 
art. RUSSIE), du a la plume de M. Giibner 2 . Notre but sera atteint si ces deux 

1 Brechdurchfall. 

- L c allemand se transcrit iou en russe. De plus, on met en liussie le nom des auleurs au 
genitif sur la couverture des livres. Ces deux circonstances in ont fait deliyurer le nom de 
M. Giibner. 



17-2 SAXIFRAGACEES. 

etudes ont persuade notre lecteur de 1 interet qu il y a pour cliaque grande ville 
de posseder un bureau de statistique sanitaire bien organise. La plupart des 
yrandes villes de 1 Europe paraissent s apercevoir de cette necessite. Nous nous 
en rejouissons cordialemenl. JACQUES BERTILLON. 

BIBLIOGRAPHIE. Le lecteur a pu remarquer que souvent notre etude a porte sur la periode 
1840-49 et surtout Fur la peiiode Iriennale 1847-49. C est qu en efiet, a cette e poque, la 
Saxe a public (rois volumes de chiffres, disposes suivant un ordre logique, et dans lesquels 
il est assez facile de sereconnakre. Depuis, cette administration, croyant bien faire, a aban- 
donne ce systeme. M. Engel a fonde en 1855 la Zeilschrift , revue officielle, interessante et bien 
faite d uilleurs, mais qui ne saurait remplacer la publication periodiquc et uni forme des 
documents originaux. 

Cette revue, en effet, est consacree a des etudes slatistiques (d ailleurs dignes d interet) 
plus souvent qu a des documents. En outre, ces etudes sont des genres les plus divers : la 
statisiique de population s y trouve pele-mele avec le prix des bestiaux, le mouvement des 
foires ou celui des posies, etc. Lorsqu on cherche une etude sur un point determine, il est 
de ja assez difficile de la trouver; mais si c est un chiffre original dont on a besoin, il faut le 
chercher au milieu d un texle et le secours de la table est insuflisant nour le faire de- 
couvrir. De plus, celte revue elant consacrce aux objets les plus divers, forme aujourd hui 
une collection enorme qu il est tres-difficile d avoir tout entiere, difficile de transporter et, 
comme on vient de le voir, difficile de consulter. 

iN oiis croyons done que les homines distin^ues qui dirigent la slatistique de Saxe devraient 
lacher de joindre a leur interessanle Zcitsdirift un recueil qui ne contiendrait absolument 
que les documents originaux, ordonncs suivant nn ordre regulier et toujours le meme, ce 
qui facilitcrait e trangement les rechercb.es. Ce second recueil pourrait, a la rigueur, ne pa- 
raitre que tons les deux ou trois ans. 

Ce qui nous a fait parler peut-etre avec trop d amertume de 1 elat actuel des publications 
statistiques de Saxe, c est que cet usage de substituer des revues aux publications originales, 
parait s etre re pandu dans plusieurs autres Etats. Ainsi 1 Autriclie a renonce a des publica 
tions qui offraient naguere un grand interet, pour faire une revue, bien faite d ailleurs, nmis 
qui est loin de les remplacer. 

Les publications statistiques qui concernent la Saxe sont les suivantes : 

Slatistischc MiUheillungen aus den Kcenigreic/i Sachsen, 3 vol., a savoir : 1 Stand der 
Be volkerung nacfi der Zdh ung, 1849 (Etatde la population d apres le recensement de 1849). 
2 Bewegung der Revolkerung (1834-1850) (Mouvement de P.), 5 Bevolkerung und Indus 
trie (1849) (population et Industrie). Le second de ces trois volumes est surtout consacre aux 
annees 1847-49, et nous a etc d un grand secours. 11 est precede d une preface celebre de 
M. Engel, dans laquelle on est, surpris de voir, a cote da considerations tres-ingenieuses, 
des recherches dirige es d une faQOii beaucoup moins logique et moins heureuse. 

Eu 1855, a e te fondee la Zeitsclirift des K. Sccclisischen statistischen Bureau s, dirigee 
aujourd hui par M. le docteur Victor Bcehmert. En 1867, a paru le Jahresbericht des 
Landes Medicinal-Collegium iiber das Medicinalwesen im Kccnigreich Sachsen, sorte d an- 
iiuaire de geographic medicale dela :-axequi parait tous les ans et que dirige M. le docteur 
Heinhard. Depuis 1869, parait tous les ans le Kalender und Statislisches Jahrbuch. 

Die Slerblichkeit imKcenigreich Sachsen, par M. Knapp. Leipzig, 1869. Die Stadt Leip 
zig, parM. Ernst Hasse, 1878. 

Nous devons des remerciements tout particuliers a M. Reinhard, directeur du College 
medical, et a M. le docteur Geissler, membre du bureau de slatistique. Ces deux savants 
statisliciens ont bien voulu lire nos epreuves et nous donner une quamite de renseignements 
<lont nous avons avidement profile. J- B. 

s\\ii i: v. t< i:rs (Saxifragacece). Famille de plantes dicotyledones poly- 
petales, dont les fleurs sont regulieres ou rarement irregulieres, hermaphrodites 
ou unisexue es. Leur receptacle est convexe, ou plus souvent concave, a des 
degi es tres-variables. Le calice, souvent 5-mere, peut avoir un nombre bien 
plus e leve de divisions, etil manque quelquefois. La coroJle est le plus ordinai- 
lement perigyne ou epigyne, rarement hypogyne ou a peu pres, polypetale ou 
nulle, regnliere ou quelquefois irreguliere, imbriquee ou valvaire. Les etamines 
sont en nombre egal a celui des pelales, ou double, plus rarement en nombre 



SAXIFRAGACEES. 175 

indetini ; leur insertion est la meme que cello des petales. Souvent lours antlie- 
res sont didymes, a logcs adnces, presque toujours extrorses, avec un connoctit 
i requemment glanduleux ou prolonge an dela des loges. Les flours ont presque 
toujours un disque entourant 1 ovaire ou sa base, eutier ou lobe. Le gyneeee esl 
libre, plus souvent adne a la concavite du receptacle, ct ordinairement dicar- 
pelle ; plusraremont a loges en nombro o gal ou superieur a celui des petales. 
Generalement les styles sont libres, lermines chacun par uno tote ou une sur 
face stigmatifere. Parfois, cependant, ils sont unis entre eux, et la dilatation 
stigmatifere est unique ou lobee. Les ovules sont ordinairement nombreux, sur 
des placentas panetaux ou plus rarement axiles, suivant quo los loges sont 
incompletes ou completes. Moins irequemment le nonibre des ovulos est defini : 
un ou deux dans chaque loge, ascendants ou descendants, anatropes. Le i ruit, 
souvent sec, est forme de follicules; ou capsulaire, plus raremont olianiu et 
indebiscent. Les graines ont presque toujours un albumen, si pen e pais qu il 
soit. C estla souvent le seul caractere qui distinguo dos Rosacecs dos phuites do 
cettefamille. Ce sont des arb res, arbustes, ou dos herbos, aiiuuollos ou vivaces ; 
leur port esl des plus variables, ainsi que leur inflorescence, conimo il doil 
arriver dans une vaste famille par encbainenient, lollc que colle-ci. Au<>i 
a-t-elle etc qualifiee de Ordo polymorphus. Nous lui nvmis arrorde drs limitrs 
plus larges encore que celles que lui donnent la pluparl dc^aulem-* dasMqucs ; 
et encore avons-nous maintenues se parees les Crassulacees, qui n cn sont dis- 
jointes que par des moyens purement artifioiols. Vii- v avons, dans noire His- 
toire des plantes (vol. Ill), distingue vingt series auxquelles nous avons depuis 
lors propose de joindre celle des Eupteleees, qui onl elt5 plus genera lenient 
rapprochees des Magnoliacees el qui d ailleurs ne presentent aucun intorct au 
point de vue medical. Ces vingt series sont les suivanles, avec leurs caracleros 
et 1 indication des principaux types qui offrent une application quelconque. 

I. Saxifragees. Plantes herbacees, a gyne cee souvent 2-carpelle, plus rare 
ment 5-carpelle, a loges incompleles, plus rarement completes, (le diagramme 
de YHistoire des plantes (fig. 355) est celui d un Saxifraga a loges fort ill- 
completes, et non celui du 5. tridactylites), plus souvent infere que sujiore. 
Souche souterraine dans les especes vivaces. Feuilles generalemenl alternes et 
sans stipules. Fleurs regulieres, plus rarement irrogulieres. Inflorcscenci- 
souvent scapiforme. Cette serie comprend, outre les Saxifrages, eludiees spe- 
cialement dans 1 article qui va suivre, les Chrysosplenium, Tellima, Mitella, 
Heuchera, Tiarella, Boykinia, Bolandra (?}, Sullivantia, Oresitrophe, Astilbe, 
Lepuropetalon, Leptarrhena, Tolmica, Tanakea, Eremosyne, Vahlia, Dona- 
tia(?) (rapporte aussi aux Stylidiees). La plupart sont sans usages. Los 
Chrysosptenium et Saxifraga ont seuls quelques especes utilcs. Beaucoup des 
aulres genres appartiennent a 1 Amerique septentrionalo, au Japon, a 1 Asie 
temperee ou montagneuse. Par les Astitbe, dont M. Decaisne a fait, on ne sail 
pourquoi, des Hoteia, ce groupe se rapproche extrememenl des Rosacees du 
groupe des Spireees, et Treviranus a meme confondu dans un meme ensemble 
les Astilbe et certains Spircea europe ens, infe rieurs en organisation au type do 
ce dernier genre. 

II. Penthore es. Formee jusqu ici du seul petit genre Penthorum, dont les 
affinites avec les Crassulacees sont tout a fait incontestables, mais qui n est pas 
formee de plantes grasses, celle serie ne nous a paru pouvoir a aucun lilre etiv 
ecartee de la famille qui renferme celle des Ge pbalotees (Adansonia, VI, 3-6). 



174 S 

Le receptacle est en forme de coupe dans laquelle les carpelles, verticilles et 
independants, sontplonges par leur extremite inferieure. L embryon est entoure 
d un albumen moderement epais. L insertion du perianthe et de 1 androcee se 
fait sur les bords de la coupe receptaculaire, et les petales n existent pas con- 
stamment. 

III. Ce phalote es. II n y a egalement qu un genre dans cette serie, le Cepha- 
lotus, qui a ete assez longtemps le type d une famille distincte et qui a aussi, 
quant aux caracteres floraux, de grandes ressemblances avec les Crassulacees. 
On 1 a rapproche aussi des Renonculacees, Rosacees, etc. Sa fleur a pelale a un 
receptacle en forme de coupe et des carpelles independants, en ineme nombre 
que les sepales (5, 6) avec lesquels ils alternent. L androcee est diploste mone , 
ct son insertion est rcellement perigynique. Quant aux ovaires, ils renferment 
chacuu, a l age adulte, un seul ovule ascendant, dontle micropyle est dirige en 
bas et en dedans. Dans le fruit mur, cbacun de ces carpelles est devenu un 
t ollicule brievement stipite et surmonte du style persistant. La graine ascen- 
dante est albuminee, et I embryon tres-petit se trouve vers sa base. Depuis qiiel- 
ques annees, on parle beaucoup, sui tout en physiologic, de la seule espece de 
ce genre, le C. follicularis, petite berbe vivace des localities marecageuses de 
1 Australie du sud-oucst. Son rhizome est entbnce dans la vase, et ses feuilles, 
disposees en rosette au-dessus du sol, sont de deux sortes : les unes, pleines et 
membraneuses, ne pre-entent aucune particularity remarquable ; les autressont 
transformces en ascidies ou urnes qui descendent du somniet du petiole et sont 
coiironiu es d une sorte de couvercle qui s attache et se releve comme par une 
charniere. Cette urne renferme du liquide dans lequel se noient souvent les 
insectes ou autres petlts animaux qui penetrent a 1 interieur ; il en resulte que 
le Ceplialntus a ete eompris parmi les plantes carnivores ou insectivores sur 
lesquelles on a tant dis>erte et ecrit depuis quelques annees. 

IV. Particissie es. Groupe forme du seul genre I arnassia, qui a eterapporte a 
diverses families, telles que les Hypericacees, les Tamariscinees, les Droseracees. 
On 1 a encore rapproche des Pyrolees, des Sarrace niees, des Gentianacees. 11 
parait se distinguer surtout des autres Saxifragacees par son receptacle floral en 
forme de cupule peu profonde, par des lames superposees aux petales et decou- 
pees superieurement en baguettes terminees par un renflement glanduleux, par 
des placentas parietaux, souvent au nombre de quatre, etmultiovules, ausommet 
desquels repondent les lobes stigmatiferes du stjle, par 1 enveloppe lache et 
celluleuse de ses graines. Ce sont des herbes peu elevees, qui habitent les lieux 
marecageux ; 1 espece qui croit chez nous est le Pfirnassia palustris. 

V. Francoees. Le nom de celte serie est tire de celui des Francoa qui la 
constituent avec un autre genre, les Tetilla. Ceux-ci out la fleur irreguliere, 
tandis qu elle est reguliere dans les Francoa, conslruite a la fois comme celle 
des Saxifragees et comme celle de certaines Crassulacees. Ce sont des herbes 
vivaces de 1 Amerique meridionale, que Ton a placees aussi dans une famille 
distincte (Francoace es) et qu on a encore rapprochees des Ericacees et Pyrolees. 
Elles ont des feuilles alternes, membraneuses, des fleurs rapprochees en cymes 
au sommet d un axe conimun scapiforme, isostemonees ou diplostemone es, avec 
un gynecee dont les loses, completes ou incompletes, multiovulees, sont en 
memo nombre que les petales. Ce sont des plantes generalement astringentes et 
contenant une sorte de tannin. 

VI. Hydrangees. Plantes ordinairement ligneuses, frutescentes ou arbo- 



SAXIFRAGACEES. 175 

rescentes, representees principalement dans nos jardins par une espece tres- 
connue, YHortensia: re/narquables par leurs leuilles presque loujours opposes 
et des inflorescences en cymes composees qui simulent des corymbes on drs 
ombelles. Les petales y sont ordinairement valvaires, et souvent les corullcs 
s arretent a de tres-petites dimensions, tandis que les sepales deviennent grands, 
membraneux et colores. L ovaire cst infere, en partie au nioins, a plusinirs 
loses completes on incompletes. Les etamines sont souvont en nonibre double 
de celui des petales, on en nombre indefini. Outre les lli/drom/ea, reUe srrir 
comprend les genres Platycater, Pileostegia, Dichroa et Broussaisia. 

VII. Philadelphees. Ont ete aussi placees dans nne limiille speriale, assez 
souvent rapprocb.ee antrefois de> Myrtace es. Les feuilles y sont presque toujours 
opposees, generalement deponrvues de stipules. Les etamines sont, comme dans 
les Hydrangees dont, ce groupe est tres-rapproche, ou en nombre double de 
celui des petales, ou en nombre indefini, et dans ce cas opposees par phalanges 
aux petales. L ovaire est plus oumoins infere, parfois presque eniierementsupere ; 
il devient un fruit capsulaire dont les graines sont pourvues d un albumen. 
Nous avons enumere dans cettc serie les genres Dcutzia, Pltil<i<lcli>hnx, 
maria, Fendlera, Jamesia, Carpenteria, Wliii>ji/< n rt Pterostemon. 

VIII. Escalloniees. Ce sont des plantes ligneuses, IVulrMvnirs lin 
rentes, a feuilles alternes, sans stipules, a (leurs ^nriMli iin-n 

L ovaire plus ou moins completement infere, a deux ou plusieiirs ln-es c(ini- 
pletes ou incompletes, presque toujours multiovulees. Le Dedea seul, anormal a 
cetegard dans la serie, n a que deux ovules sur chaque placenta. Le fruit sou- 
vent capsulaire, est une baie dans le Potyosma, qui a aussi donnesonnom a un 
groupe particulier. Xous rangeons dans celui-ci les Escallonia, Yultlivia, Ouin- 
tinia,Forgesia,Argophyllum, Carpodetus(?), Berenice, Poly osma, Dal, ,, y \.Itat 
PhyUonoma, Choristylis, Stichoneuron(?). Quelques E*callonia sont eninloves 
dans leur pays natal. 

IX. Venanees. Plus connues sous lenomdeBrexiees, les plantes de ce Croupe 
sont les Venana(Brexia), Anoptems, Ixerba, Roussea, Abrophijllum et Cultsia 
(]e sont des arbustes, comparables tout a fait aux Escallonia, mais avec cette 
difference que leur ovaire est libre, et que 1 insertion des etamines et de la 
corolle est presque completement ou completement hypogyne, a cause de la forme 
tres-peu profonde du receptacle. Le style est unique. On a fait, il y a quelque^ 
annees, une famille des Brexiacc es, qu on avait jugee voisine a la fois des Cuno- 
niees, Celastracees et Myrsinees. Le Venana (Brexia) spinosa a ete van IT -i 
Madagascar comme medicament resineux. 

X. Pittosporees. Celles-ci sont plus ordinairement conside rees comme consti- 
tuant une famille distincte, rapprocbee des Celastracees, des Bixacees, des Am- 
pelidees, des Olacinees, des Tremandrees, etc. Les Pittosporum sont ordinaire 
ment de crits comme ayant generalement deux loges a 1 ovaire ; mais ces loo-es 
sont presque toujours incompletes, c est-a-dire que les placentas sont parie tauV 
Ils sont presque toujours multiovules ; cependant le nombre des ovules devient 
quelquefois strictement defini, notamment dans certaines especes de 1 Afrioue 
australe et de Madagascar. En 1865, nous avons considere (in Adansonia V 
W 286) les Pittosporees comme des Escalloniees a ovaire supere, et il est toiit ! 
fait impossible de ne pas les placer dans la meme famille que les Venanees La 
corolle y est generalement imbriquee, 1 androcee isostemone, et le fruit sec ou 
charnu, avec des graines renfermant un petit embryon situe vers le sommet d ui 



1T( ; SAXIFRAGACEES. 

albumen ordinairement dur. Outre le genre Pittosporum, ce petit groupe reu- 
ferme les Marianthus, Bursaria, Sollya, Cheir anther a, Billardiera (?), Pronaya, 
Citriobatus. Les Pittosporees sontfrequemment resineuses-aromatiques, ameres. 
mais peu usitees. En Australie, les indigenes affames mangent, dit-on (EMDL., 
Enchirid., 572), leurs graines entourees d unc substance visqueuse, a gout peu 
areable. Ceci s applique principalement aux BzHordiera; comme le B. scandens, 
SM. et mutabilis, SALISB. Dans le meme pays, le Pittosporum acacioides, A. 
CDNS. donne une sorte de gomme. Dans 1 Asie boreo-orientale, le P. Tobira, 
souvent cultive chez nous pour ses fleurs qui ont une odeur suave, est employe 
pour son ecorce particulierement resineuse. Le P. filar turn, DC., des Molu- 
ques, a une ecorce flexible qui sert a faire des cordes. 

XL Ribesiees ou Grossularie es. Ce petit groupe, souvent rapproche des 
Cactees, ne renferme que le genre Groseillier (Ribes) et represente des Saxifra- 
o-acees a fruit charnu et pulpeux (Voy. GROSEILLIER). 

XII. Bauerees. Petite section formee du seul genre Bauera, qui a quelques- 
rapports avec les Rosacees, par 1 organisation de son receptacle, de sa corolle et 
de son -ynecee. Ses fleurs sont 6-10-meres, avec des etamines en nombre double 
ou multiple de celui des pelales. L ovaire est libre en partie. Le fruit est une 
capsule polyspenne, 2-loculaire. Ce sont des arbustes peu eleves, ;i feuilles oppo 
sees, sessiles, o-foliolees, les folioles simulant de grandes stipules. Le Bauera 
rubioides est une plante a tannin. 

XU1. Cunoniees. Famille distincte pour plusieurs auteurs, formee de planter 
li nieuses, a i euilles presque toujours opposees, simples ou composees. Corolle 
imbriquee ou nulle. Fleurs disposees engrappes de cymes ou en cymes composees, 
plus rarement en cymes. Celte serie comprend les Cunonia, Weinmannia, Spi- 
rceanthemum, Tetracarpcca, Geissois, Lamanonia, Gumillea, Ceratopetaliim. 
Aphanopetalitm, Anodopetahun, Caldcluvia, Schizomeria, Platylophus, Gill- 
beea, Acrophyllum, Ackama, Spirceopsis et Davidsonia. Beaucoup decestypes^ 
presentent d incontestables rapports avec les Hosacees. Ce sont souvent des 
plantes a tannin, astringentes, par consequent, et riches en sue gommo-resineux. 
Dans le Ceratopetaliim gummiferum, d Australie, 1 exsudation gommeuse est 
rougeatre. On trouve parfois melangees aux ecorces des Quinquinas celles des 
Weinmannia ovata, elliptica, Balbisiana. Plusieurs especes portent aux Antilles 
le nom significatif de Tanrouge ; telles sont les W . hirta ct glabra. Le Davidsonia 
pruriens est une plante extremement urticanle. 

XIV. Codie es. Petit groupe de la Nouvelle-Caledonie et de 1 Australie, forme 
des genres Codia, Pancheria, Callicoma, et qui, par ses inflorescences encapi- 
tules globuleux, sert de lien entre les Bruniees et les Cunoniees. On pent dire 
en meme temps que ce sont des Cunoniees a feuilles ordinairement simples, 
opposees ou verticillees ; ce sont aussi des plantes astringentes. 

XV. Bruniees. Generalement distinguees a litre de f;imille, sous le nom de 
Bruniacees, ces plantes ont presque toujours le port et le feuillage ericoides. 
Mais leur inflorescence est souvent un capitule, comme celle des Codiees. Leur 
fleur est isostemonee, avec un receptacle toujours concave de Cuuoniee, et un 
ovaire en partie ou en totalite infere, i-3-loculaire, avec cloisons completes ou 
incompletes. Les ovules peuvent etre en nombre indefini ; mais le plus ordinaire 
ment il n y en a qu un ou deux, descendants, et le fruit est sec, indehiscent, 
ou 2-3-coque. Les feuilles sont accompagnees de stipules peu developpees. Ce 
sont toutes plantes de 1 Afrique australe, et qn oa dit sans usages. 



SAXIFRAGACEES. 1/7 

XVI. Hamamelidees. Avec un port lout different de cclui des plantes du 
groupe precedent, et des feuilles qui ordinairement resseniblent a celles des 
Aunes, des Couchiers. de certains Bouleaux, ces plantes (qui represented peut- 
etreun type elevc et ordinairement petale des Corylees) ont des fleurs herma 
phrodites ou polygaraes, a fleurs ordinaireraent sessiles, disposers en e pis mi 
capitules, construites comme celles des Bruniees et tres-analogues en meme. 
temps a celles des Liquidambarees. Lesantheres peuvent s ouvrir par des fenti-, 
mais souvent leur dehiscence se fait par des panneaux. L ovaire est inlere o.i 
supere, avec presque tous les degres intermediaires. Chaque loge ovarienne ren- 
fermeun grand nombre d ovules, ou seulement uu on deux, et dans cc cas ils 
subissent, comme ceux des Bruniees, un mouvement de torsion sur leur axe, 
qui finalement "deplace leur micropyle. C.ardner a, du reste, place les Brun 
dans la meme famille que les Hainamelidees. Le IVuiL de celles-ci est capsnlaii , 
avec les graines generaleraent albuminees. Ce groupe renferme, outre 1 le- limn - 
me/is, les Dicoryphe, Corylopsis, Maim/ay a, Tricliodadus, En^fi ima. Tetrti- 
thijrium, Si/copsis, Parrotia,Distylium, F other gilla, Disantltin, Hliuduleia, etc. 
C est pres de lui et des Cunoniees qu il convient de placer les EuplrKV 
compris le Cercidiphyllum. Les Hamamelidees sout sou venl astringentes. Leur 
ecorce est amere, sedative. Aux Etats-Unis, on empluir cuiiiiin 1 uMiiMlc (n|ii([ ic 
des inflammations, notamment des ophthalmies, celle de VHamamei 
virginiana. 

XVII. Liquidambarees. Plantes dont les fleurs sont orgauisees comme cell > 
des Hamamelidees, unisexuees ou polygames, mais avec un pcrianthe mil on 
peu developpe, une corolle generalement nulle, quelquefois fort imparfaite. 
Ovules nombreux dans chaque loge. Fruit capsu aire. Ce groupe a recu ein 

le nora de Balsamiflue es (BLUME) et d. Altingiacees (LiMn,.]; il merite d rh - 
etudic a part, notamment apropos des Liquidambar, qui sont des arbres a - 
gummo-resiueux tres-celebres. Les Bucldandla forment avrc c\\\ ceil. -crie. 

XVIII. Platanees. Les jilantes de ce groupe, c est-a-dire les Platanes, nous 
paraissent ne pouvoir etre rapportes a une autre iamille natnrelle que les Liiji - 
dambar. L habitude s y oppose certainement, et les personncs qui jugent 
affinites des plantes par la place qu on leur a toujours domi V 1 . plutut, (jne p;:r 
1 ctude direcle des types dont il s agit de determiner la veritable situation, 
sauraient etre de notiv a\is. Longtemps les Platanes onh le rajqiortes, soit aux 
\mentacees, soit anx Urticees. En quoi les affinites (pie nous revendiquons pour 
eux sont-elles plus e tranges? Leurs lleurs sont celles des Liquidambar, avec un 
perianthe rudimentaire. L inflorescence est la meme, et le gynecee est reduit a 
un seul carpelle uni-ou plus rarement biovale. Lestiboudois en a fait en 1X^(1 
une famille des Platanees. Leur importance cstassez grande pour qu il leur 
consacre un article special dans cet ouvra^e (Voy. PL\TA>E). 

XIX. Myosurandre es, Petit groupe forme de deux genres de plantes a flems 
amentacees, unisexuees, aperianthees. Dans 1 un, les etamines sont libres 
(Myosurandra) ; dans 1 autre, elles sont monadelpb.es (Myrothamnus). Les car- 
pelles sont libres, pluriovules, et le fruit est sec. Ge sont de petits arbusti 
feuilles opposees, celles d une paire formant par leurs gaines convexes u:i etui qi-i 
entoure le iMineau, sans adherence avec lui. Par la ces planter rappellent le- 
Hetlyosmum. Ce sont aussi des plantes odorantes, aromatiques, peu connu s 
1 ailleurs jusqu ici, de 1 Afrique tropicale et de Madagascar. 

XX. Datiscees. Plantes lieneusesouherbacees, a fleurs dioiquesoupolvgam 

u r J D 

DIGT. ENC. 5 e S. VII. 12 



178 SAXIFRAGE 

amentacees on reunies en grappes ou en cymes axillaires. Receptacle male couvexe; 
receptacle femelle concave, enveloppant 1 ovaire infere, uniloculaire, a placentas 
Marietaiix pluriovules. Fruit capsulaire. Graiues avec ou sans albumen. Feuilles al- 
leuies, simples ou pennees, sans stipules. Oaa faitdece groupe unefamille (Da- 
iiscacees), rapprochee, suivantles auteurs, des Cucurbitacees, Begoniacees, Cac- 
tace es, Crassiuaeees, Saxitragacces, etc. Les unir a ces dernieres doit paraitre 
otranac aux personnesqui n ont vu que le Dalisca cannabina, tyjie exceptionnel 
de nos jardins. Mais cenx qui protestent contre cette union ne counaissent evi- 
deniment pas les autres genres de la famille, qni sont formes d arbres a port 
tout different, a tronc eleve, a feuilles allenies, ovules ou cortices, pe tiolees, ca- 
duques. lls ne connaissent pas non plus [ organisation des Myosurandrees, fort 

differentes en somme des Datiscees. Avec leurs arguments sans valeur sur les 
caracteres dil ferentiels des Datisca et des Saxifragacees en general, il est evident 
ijii ils se rcl useraient bien plus encore a placer dans uu meme groupe naturel 
pie les Dalisca les Octomeles et les Tetramele*. Ouand done comprendra-t-on 
jiie, pour disserter avec quelque cham-e de succes sur les allimtes d un groupe 

tal, il landrail, avant tout, 1 etudier et le connaitre? Les proprieles des- 
Dalisca smit assez accent uees ; il devra leur etre consacre un article special. 

II. I!.v 

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SAXIFRAGE. Sd.i ifraga L. Genre de planles Dicotyledones, appartenant 
iv la famille des SaxitVa^ac( ; o, ,\ laquelle il doiuie son uom. 

Les Saxiliages soul lies plantes lierbact es, aiinuelles ou vivaces, dont le port 

: i variable, les i euilles altcnirs <iu cmposees, les lleurs blanches, roses ou 

jauncs ili-jinMT S en cymes, simulant par leur ensemble des panicules ou des 

eorymbes; plus raremeul elles soul s >iil lires. Ces lleurs soul le plus souvent 

rc-u!ieres; dans quelques especes seulemeut !<< petales deviriment tres-iiie- 

gaux. Le calice a 5 sepales, plus ou moins soude< eutre eux el avec 1 ovaire; la 

orolle a 5 peialos libres, imbriijiics dans le boutou; les etainiues sont en nom- 

bre doulile des }etales, plaee es sur deux rangs, les plus exterieures opposees 

aux sepales, les plus iuterieures aux petales. Le gyuecee est I orrne de deux car- 

jielles lanlot superes, tanloi intrres parlbis libres les uns des autres, d autres 

Ibis plus ou moius soudi s enlre eux jusqu au style. Le fruit est sec, taulot 

i orme de deux follicules libres qui s ouvrcut par leur suture interne pour 

;r echapper de nombreuses graini s ; d autres lois devenant UIIL capsule par 

iiulure des deux carpelles. Les graines out uu albumen cbarnu, dont 1 axe 

est occupe par un petit embryou. 

Ce genre coatient de nombreuses especes repandues dans les regions tempe- 

. alpines ou froides de I hemisphere boreal et plus rarement de 1 Ame rique 

du Sud. Ce sont la plupart de cbarmantes especes, fraiches et delicales dans 

leur station des moutagnes, ou des planto d ornement cultivees comme telles 

dans les jardins. Un petit nombre out etc employees en medeciue, la plupart 

iiie lilbontriptiques. Pline pretend meme que leur nom de .S ,/ ./ i/ rai/e \brise- 

pierre) vient de cette propriete de dissoiulre les calculs; mais il e^t beaucoup 

plus probable que ce sont au contraire ces vertus qui leur out e te altribuee? .; 

cause de leur nom de Sax i fray e, qui rapjielle la station de la plupart de? 

e jieees au milieu des pierres ou dans lus leiites des rochei>. 



SAXON (EAO MI.NER.VLE DE). I" - 

La Saxifraga Cotyledon L. parait avoir ete utilisee par les anciens: d apre- 
certains autcurs, ce serai t le *mo6 v Sim d Hippocrate (Sprengel) ; d apres d au- 
Ires, le wA rc- ,-> dn meme auleur ; on 1 employait comme diuretique et litbon- 
triptique. C est une des belles especes du genre ; les leuilles radicales -mil di- 
posees en une belle rosette touffue ; elles son! t -paisses, eharnues, obtiisrs, bor- 
dees de fines dents blanchatres et cartilagincuses. Du centre de la rosette s eleve 
une bampe elevee portant une belle panicule de dears, dont les calicos soul 
poilus et glanduleux, et dont les corolles sont de couleur blanche. De nos joui> 
elle est tout a fait musilee. 

L ne autre espece qui a eu quelque reputation par les vertus medicales qu on 
iui attribuait. est le Sajcifaya yramilnlu L. qui, dans les offieines, portait le 
nom de Sazil runa alba. C est une plante des bois et des fort-Is d Europe, remai - 
quable par des rhizomes garnisde petits tubercules globuleux, d oii se detachent 
des lilies pubescentes et \isqueuses, a feuilles radicales reniformes, largement 
erenelees, terminees par de belles lleurs blanches, a pvltales obovales eune;- 
formes, dresses. On employait surtout les petits tubercules souterrains, |iii out 
une savenr un peu amere. 

On a aussi preconise une toute ]ieti!e Sixil ra-r annuelle, qu on tnmve sur le- 
vieux murs et dans les lieux sablonneux de presijiie tonte I Europe. C. e-l la S</ > i 
fraqa Iridactylites L. dont les feuilles radii-ales sont spatule.es, et les cauli- 
naires, portees sur une tige de 5 a 10 centimetres, divisecs en 5 lobes. L; 
plante est pubescente et visqueuse et donne, d apres M. Ghevallier, une espece 
de glu. On a vante 1 infusion de cetle espece dans la biere, comme bonne contre 
la jaunisse. 

Dans la Siberie, on prend eu infusion theiforme, contre le flux de venire, la 
Su i if rai/a crassi folia L., grande espece a feuilles glahres, epai-M s, oho\<v-. 
dentees en scie, dilatees a la ba-e en une gaine membraneuse, a fleurs pen- 
cbees, nombreuses, serrees les unes con Ire les autres, d une belle couleur rotue. 
C est une des Saxifrages qu on cultive dans les jardins comme plante ornemen- 
tale. A causes de ses usages, on 1 a nominee The dea Monynls. 

Enfm on utilise dans la meme region, comme planle medicinale, le Su ./ / - 
fraqa bronchialis L., dont la tige grelc porf.c des feuilles presque coriaet-s. 
lineaires, linement ciliees et de petites fleurs disposers en panicules on en 
corymbes. Elle croit sur les cotes occidentales de I Amerique boreale et dans la 
Siberie orientale. On 1 emploie dans ces derniers pays contre 1 angine rl la 
pleuresie. 

SPRENGF.I.. llisl jrin Jici herbaria , -i 2. MEI-. u el DK LENS. Dlctlonnaire dc maiii rc impli 
cate, \I, 25". LiNMi. Gencrn, n 70i, et S/iccics, ")70, etc. GMI.I.IN. Flora SH tricrt, IV, 

165. P.M.T.A-. Yniffi icx, III. J l. GAI-IUN. l- lnni Itt ! i:lica. III, p. 85. 1>E CAMiOLI.E. Pro- 

diumus, IV, I"/. Luui:ci{ Dictionnaire e/ici/clnprd., V!, 1)70. lllu*lrat. des genres, 
Lai). ~n~l. UCNTIIAH ct HOOXEK. Genera planturum, 1, (JjJ. B.ULLOX. Hisloire des pluidcs, 
III, 525. PL. 



EAU MiNJERALE DE), hypolhermale, ametalli e, carbonique faible. Eu 
Suis-e, dans !; Valais, est une station du chemin de 1 er d ltalie eloignee seule- 
inent de dix minutes de 1 etablissement thermal. (Chemin de fer par Geneve 
ou Lausanne.) La vallee de Saxon a de r>M:i -t 100 metres de largeur ; elle est 
uu.ei te an nord et an muli, et les montagnes ijui ]a limilent sont presque tou- 
jours couverles, de lour ba.-e a leur sonunet, d arbres verts et surtout de me- 
lezes. Les baigneurs de Saxon peuvent ainsi occuper lours loisirs a laire des 



180 MXON (AU MIXERALE DE). 

excursions interessantes ; le rocher de la Pierre a voir est le plus curieux et le 
idus eleve. 11 ne faut pas moins de six heurcs pour y monter a dos de mulet ; 
mais trente-cinq minutes suffisent pour en descendre en trameau. Le climat de 
Saxon n olTrirait rien de remarquable et ressemblerait a celui de tous les pays de 
monta T nes, si nous ne devions pas noter une particularity singuliere : un vent 
de sud-ouest commence a souifler, presque tous les jours, vers onze heures du 
matin et ne cesse qu a six heures du soir. Ce vent rc gulier s eleve an Bouveret, 
point ou le Rhone se jctte dans le lac de Geneve, et Unit a Sion, apres avoir pro- 
iv^ivement decline d inlen-ile. Saxon est a i"9 metres au-dessus du niveau de 
la nier ; la temperature des mois de la saison minerale, qui commence le 15 du 
moi> de mai et Unit le 50 du mois de septembre, e^t de IS" a Is .5 centi 
grade . 

L ne seule source emerge a Saxon : on 1 appelait autreiois la source Chaude ou 
la Fontaine au.r Cro/r; elle n a plus de nom special aujourd hui. La source de 
Saxon a un debit de 51111 iini.l litres en vingt-quatre heures. et ?ort directement 
du roc dans un puits entoure d une claire-voie ; sa margelle est rectangulaire et 
a 45 ceiilimetres de longueur et 25 centimetres de largenr ; sa profondeui est 
de 5 metres emiiMii. L eau monte jusqu a l m ,50 de I orih ee du puits; aussi est- 
011 ubli_e dVmplir le- rerres ; t 1 aide d un seau attache a une chaine qui roule 
sur une poulie. l"n pavilion abrite la smirci 1 d 1 S.ixon, dont 1 eau e-t elaire, 
limpide et transpaiente ; elle est absolument inodore, sa saveur est a peine 
marquee, elle a est, p.ir cnn-t ; 4i!rnt, nullement > inaction e-! 

neutre, sa temperature e>t dc ~2~ . centigrade, celle de 1 airetantde 17, i cen 
tigrade; sa densite n est pas connue. 

Nous croyons quelques explications nt cessaires avant de donner la composi 
tion cbimique de 1 eau de la source de Saxon. Nous avons quelquefois fait re- 
marquer que certaines des analyse- ijue nous rapportons etaient anciennes et 
meritaient d etre retaites ; nous avons dit aussi les raisons pour lesquelles tels 
ou tels resultats etaient sujets a controverse, et nous avons insiste souvent pour 
que des chirnistes plus consciencieux ou plus habiles vinssent nous c clairer de> 
lumieres de la science moderne. A Saxon, ce n est ni la date des travaux ni la 
capacite des chimistes qui sont la cause de 1 embarras du mcdecin. Ainsi, Py- 
rame Morin, pharmacien a Geneve, a public, en 1845, le premier travail ou Ton 
trouve des renseignements positifs sur les principes fixes et ^azeux contenus 
dans 1000 grammes de 1 eau minerale de Saxon. MM. Pignani ti, Rivier 

et Fellenberg out fait, en 1852. le dosage des matieres renfermees dans cette 
eau ; en 1S55. M. Crauns a communique a la Socic te d hi-l^ir. naturelle du 
Valais le resume de ses observations: MM. Ileidermann et Poselger. de Berlin. 
ont public, en 1855, dans le Journal fiir i>rakti$ehe Chemie. les resultals par 
euxobtenus avec dix-huit bouteilles d eau expediee de Saxon; MM. Sonnesheim. 
Chatin, Abbene de Turin, Kramer de Milan, Peyrona de Genes, et Henry (Os- 
sian) out examine tour a tour 1 eau de Saxon, et out fait connaitre dans les 
recueils scientitiques ou devant les corps savants les chifires auxquels ils sont 
arrives, en faisant leurs experiences par les precedes les plus inaenieux et 
les plus siirs. Mais tous les chimistes que nous venons de citer. regardes pour- 
tant a juste litre comrue des maitres en analyse d eaux miuerales, sont ar 
rives a des resultats differents. Les uns ont trouve des traces d iode (Brauns . 
d l utres des traces infmitesimales (0,000005, Chatin : (Jssian Ilenrv! au con- 
traire. n en a pas rencontre moius de 0,1100 sur 1000 grammes d eau. Le 






SAXON (E.vu MIXERALE DE). 

brome est sujet aux memes oscillations; ainsi, Ossian Henry 1 a dose ; 
0,0410, tandis que Pyrame Morin n a pu en constater aucune trace apres des 
e^ais perseverants et multiplies. Que conclure de ces dissidences? La tache est 
assurement difficile. M. le docteur Le Pileur, dans les Bains d Europe, guide 
descriptif et medical, dit : u Les analyses des eaux de Saxon, faites par un grand 
nombre de chimistes, out donne des resultats si diflerents pour la proportion 
d iode dans 1000 parties d eau, qu on a cru a des manoeuvres frauduleuses; 
mais un exameu attentif a fait reconnaitre que 1 eau puisee a la source avec 
tontes les garanties convenables, a quelques heures et meme a cinq minutes 
d intervalle et a des prolbndeurs diverses, donnait des proportions d iode tres- 
difierentes. Nous sommes embarrasse de formuler une opinion, en ce qui 
nous concerne; mais les essais que nous avons fails sur place, aide de M. le 
docteur Aviolat, alors medecin attache a 1 etablissement de Saxon, out etc com- 
pletement negatifs, et 1 amidon, le reactif par excellence de 1 iode, n a pas de- 
cele la presence de la plus petite quantile de ce corps simple ou de PCS compo 
ses. Faut-il en infe rer que 1 eau de Saxon ne contient aucune trace d iode? faut-il 
croire a des manoeuvres frauduleuses? Faut-il dire. a\n Mmin. que ce mctal- 
loi de et ses derives n existent que d une maniere intrnnillrnte dans 1 eau de 
Saxon? Faut-il affirmer, avec Ossian Henry, que cette can rciifmnc d une ma 
niere continue des iodures et des bromures en si grande quantite qu ils suftisent 
pour faire classer les eaux de Saxon au premier rang des eaux bromo-iodurees? 
L embarras est grand. Malgre notre peu d experience en semblable matiere, et 
sans ajouter une grande foi a des manipulations coupables habilement prati- 
quees, nous nous tenons sur la reserve, et nous voudrions etre plus amplement 
informe avant d elever les eaux de Saxon au premier echelon des eaux bromo- 
iodurees. 

La source de Saxon sort d une roche particuliere, que les geologues de signent 
par le nom de rauch-wack ou de cargneule. On en trouve un filon a 1 2 metres a 
tlroite de la porte d entree de la salle a. manger de 1 etablissement. La cargneule 
contient ordinairement de 1 iode ; mais celle de Saxon en renferme a un point 
tel que si Ton brise cette pierre, apres 1 avoir exposee a 1 air pendant un certain 
tumps, on ne tarde pas a constater le degagement et 1 odeur des vapeurs iodces. 
M. le pharmacien Blondeau a rendu la Societe d hydrologie temoin de ce jiln - 
nomene, et il ne resterait aucun doute dans notre esprit si nous c tions parvenu 
aux memes resultats ; mais les fragments rapportes par nous de Saxon et que 
nous avons ramasses en presence de M. le docteur Aviolat, ne nous out point 
offert les caracteres de ceux que M. Blondeau nous a montres. Quoi qu il en soil. 
Fanalyse publie e en 1855 par Ossian Henry donne par 1000 grammes d eau les 
principes suivants : 

Bicarbonate de chaux 0,3 200 

magnesie 0,0290 

Sulfute de magnesie 0,2000 

soude 0,0810 

chaux 0,0200 

Chlorure de sodium 0,0290 

loilure de calcium | 

magnesium. . i I Q 11 

Bromure de calcium . ) 

magnesium I 0410 

Seldepotasse , O.OOin 

Aeide silicique et alurnine 0,Oo!iO 

A reporter 0,8810 



182 SAXON (AU MINERALE DK). 

Report ...... 0,8(UO 

Scsquio .yde dc fcr ........... 0,0040 

Thosphate terreux .......... tr. sensible*. 

Principe arsenical ........... indiqueet sensible. 

Sel ammoniacal ............ imli<|ue. 

Mang-mose ............... traces. 

MuiiiM-o organique azotec (acidc creniquu). Ires-sensible. 

TOTAL UES MATIEBES FIXES ..... 0,8880 



j ai:iJe carbonique Hbre .... races l 

" az j sull bydriquelibre ou combine. sens, mais inapprecie. 

Nous avons dit que 1 eau minerale de Saxon etait completement inodore; lo 
gaz acicle suli hydriquc, s il cxisle, ce dont nous doulons avec presque tous les 
cliimisles qui oat visile Saxon et analyse ses eaux, no pent el re a 1 etat de 
liberle : car 1 odorat, qui est un de ses rcaclifs les meilleurs et les plus surs, 
n en decouvre aucune trace. 

ETAULISSKMKNT. LVtablnseuieiit de Saxon se compose de vingl-deux cabinets 
de bain, d unc piscine et de quatre cabinets de douches. Seize cabinets, a unc 
-rule baignoire, soul reserves an\ malades payants, sixaux habitants de la com 
mune. Trois salles ont une double baignoire, une a une baignoire emaillee el 
une a deux baignoires de cuivre, que I on remplit d eau acidul; : e pour 1 admi- 
nislraliou dcs bains eleclriqucs. Tous les cabinets qui soul a droile en descen 
dant de lYlahlisM-ment sont precedes de vesliaires, 1 uu de ces cabiuels a deux 
baignoires de hois; Irs baignoires des autres cabiuels sont aussi de hois, mais 
elles soul doublees de zinc. Les baignoires du cote gauche, pour adultes et pour 
enfanls, sont tout entirres de hois. La piece ou est la piscine est precedee d un 
vestiaire et entoiiree d un troltoir de (ill renlimetres de largeur. On descend par 
un escalier de trois marches a I inlericur de la piscine qui a r m ,,"ill d". longueur, 
7) metres de largeur et I 111 , 10 de profondeur. Un des quatre cabinets de dou 
ches est consacre aux douches en arrosoir, dont 1 eau arliliciellement chaufiee,ou 
a la temperature de la source, tombe d une hauteur de 2 metres sur le malade 
qui peut rester debout ou s elendre sur un cadre de bois. Les trois aulrcs cabi 
nets ou seprennent les douches, sont dalles de ciment. Des reservoirs de 4 me 
tres de longueur, de 5 metres de largeur et de 2 1U ,50 de profondeur sont situes 
au-dessus des ajutages de douches qui ont une hauteur et une pression tres- 
satisfaisantes. Un appareil de douche ascendante se trouve dans run des cabinets. 

MODE D ADJIKMSTRATIO.\ ET DOSES. L eau de la source de Saxon est employee 
en boisson, en bains, en douches chaudes, ecossaises ou froides, en bains de 
vapeur humide par encaissement, snivi ou non suivi d aspersion avec 1 eau telle 
qu elle vient du griffon. La dose ordinaire de 1 eau est de huit a seize verrespris 
le matin a jeun, dans le courant de la journee ou melee au vin pendant les repas. 
Deux bains j)ar jour sont le plus souvent presents a Saxon ; les malades y restent 
pendant trois heures pour les deux bains ; la temperature de 1 eau est, en general, 
assez peu elevee et varie en Ire 26" et 50 centigrade. Si 1 eau de Saxon est inodore 
a la source, celle qui est contenne dans les bouteilles prealablement exposees au 
soleil avant d etre portees sur la table de la salle a manger, laisse degager une 
odeur parliculiere qui rappelle celle des eponges avaut leur preparation. 

EMHLO I THERAPEUTIQUE. L eau de la source hypothermale de Saxon est tres- 
facilement acceptee par 1 estomac, elle a un effet diuretique assez prononce et 
elle communique a 1 urine une odeur particuliere. L usage interne et externc de 
celte eau minerale determine quelquefois une poussee ordinairement peu 
marquee et surtout peu tenace, elle est caracterise"e chez les sujets lymphatiques 



SAXON (EAU MINERALE DE). 

>et scrofuleux par line eruption sans secretion cutanee; il est tres-rare <|ii < lie 
prenne la forme pustulense. L eau de cette source enboisson occasionne sonycni 
la constipation pendant les premiers jours an moins. Les bains, plus quc 1 can 
a 1 interieur, sont excitants des systemes sanguin et nerveux, ils accelcrenl nota- 
blement lepouls; mais leur emploi determine rareraent la fievre thermale. On. 
eau agit pen en boisson et en bains sur Ic systeme uterin, elle avance seulemenl 
les epoques menstruelles. Les effets physiologiques des douches et des bains tie 
la vapour de la source sont ceux que Ton observe avec les bains et les douche? 
<le vapeur non mineralisee. 

On comprend, en se reportanl a re que nous avons dit des incertitudes (|iu 
existent sur la veritable composition elementaire de 1 can dc Saxon, combii 
est difficile dc parlor dc ses vorlns curatives. Ann- avoir consulte les ecrj 
des medecins qui ont exorce a Saxon, et nous etre renseigne anpres do M. Ic 
docteur Aviolat, nous allons c\|ioscr les observations recneillics d Ic- re-nlloN 
obtenus par 1 usage de ces eaux minerales. Elles sont principalemcnl mdi l; 
dans le lymphatisme exagcrc et la scrofule earaclcrisee par des engorgeraenl 
ganglionnaires on par des maladies articnlaires avec on sans abccs, aver on 
fistules. II est important de faire reniarquer qnc les ranx dc Saxon soul, d ar- 
tant plus efficaces <|iie les alleclions strumcnses des OS smil pins n n i 
I usage interne ct externe de ces eaux ne tarde pas a monlrcr leur lieun n . 
influence, surtont lorsqne la lesion osseusc reconnait pour cause I exisl 
d une syphilis. Ces eaux produisent une amelioration notable el quelquefois la 
guerison du goitre et de certains kystcsde 1 ovaire. L cau de Saxon, topiinicin/: 
appliqnee, a ete utile dans les affections do mauvaise nature; elle a la propriete 
de deterger promptement les plaies, memo evidemment canci ; ic i. ( >. h 
fections uterines avec engorgement du col oudu corps de la malricc, avec 
lenient leucorrheique, cedent en Leiieral assez vile a la medication jiai 1 
eaux de Saxon en boisson, en bains generanx, en douches chaudcs <ur les lom- 
bes et 1 hypogastre et en injections vaginalos. Les medecins des environs adic 
sent a Saxon les malades qui ont des phlegmasies chroniijnes du -loin.- oculaitv 
ou des paupieres, des iritis snrloul, des epanchements plastiques on sangnii. 
dans les divers milieux de 1 oi gane de la vision. Les eaux. do Saxon sont va: 
cnfm dans les affections anciennes des membranes muqnenses qui lajii-s 
canal digestif, le canal aerien ou les voies urinaires ; dans la gontlo, dai: le 
rhumatisme, dans les maladies de la peau, etc.; mais les eanx de beaucouj 
stations doivent etre preierees, et nous ne parlons ici de ees affections qi; a 
litre Vindication tres-secondaire pour les personnes qui ne pen vent se rend re a 
des eaux mieux appropriees a leur etat pathologiqne. 

La duree de la cure est, en general, de trente a quarante-cinq jours ; m;-.: 
les affections que Ton a le plus souvent 1 occasion de trailer a Saxon perm, 
moins que partout ailleurs peut-etre, de fixer, meme approximativemenl 
limites d un traitement hydromineral. 

L eau de Saxon est tres-peu exporte e. A. ROTUUEAU. 



BIBLIOGRAPHIE. Mo BIN (Pyrame). De I eau mineral? dc Saxon dnns le canton du 
JSuisse). Geneve, 1844, in-8 broch. de 48 pages. REINVILLIER. holier .<!/ lot raux 
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(H.). In Balneoloc/ische Zeilung, t. II. HENRY (Ossian). In Bull, de I Acad. de medcctnc 
dc Paris, t. XX, 1855. Du MEME. De I eau minerale naturcllc iodo-bromuree calcaire dc 
Saxon en Valais ct de la roche dolomitique guilui donnc naissancc. Paris, 1856-1859, in-S. 
FELLENBERG. Sur la presence de liocle dans I eau minerale de Saxon (Valais). In 



SAXONS. 

Rccucil de la Socie te vaudoise des sciences naturclles, 2 fevrier 1855. CLAIRVAZ et WAR- 
NERY. Notice sur les bains lodes de Saxon (Valais). Lausanne, 1857. GIULLET. Saxon-les- 
Bains, canton du Valais (Suisse). Sion, 1859. RICAIIDI. De I eau minerale naturelle iodo- 
hromuree dc Saxon en Valais (Suisse). Sion, 18CO. AVIOLAT (E.). Notice sur Veauminerale 
natvrelle iodo-bromurec calcaire de Saxon en Valais (Suisse). Clermont-Ferrand, 1861. 
Du MEME. Rccherchcs sur les caux mincrales naturclles iodurcex et bromurees ct en parti- 
cv Her sur I eau de Saxon en Suisse. Lausanne, 18(J5. BFRGERET BE SAINT-LEGER. tettre a 
won ami X...- sur les eaux naturelles iodo-bromo-phospltatces et arsenicalcs de Saxon- 
Ics-Bains, canton du Valais (Suisse). Paris, 1866, brochure in-8 de 1 29 pages. A. R. 



Le nom de Saxons, Sachsen, serait derive du mot sacks, qui au- 
servi a designer une sorte de couteau ou courte-epee, arme ordinaire de 
c.i-s Gormains. Ce radical sacJts se retrouve dans scramasaxe, scramasaxus, pe 
tite ep ee a rainure et a un seul tranchant, en usage chez les Franks lors de leur 
arrivee dans les Gaules. 

Ges Saxons, inconnus au premier siecle de notre ere, epoque a laquelle Tacite 

di ; crivait les peuples de la Germanie, sont mentionnes au siecle suivant, comme 

habitant pres de la ;mer du Word, au sud de la Peninsule ou Chersonese cim- 

hrique, c est-a-dire au sud du Danemark. Des la fin du troisieme siecle, parcou- 

ranl les mers sur leurs legers navires, les Saxons commencement a infester le 

littoral des Gaules. Bien que ce nom ou surnom de Saxons ait pu etre d abord 

tju eial a une certaine peuplade, il paralt avoir ete bientot applique comme 

denomination collective ou federative a de nombreuses peuplades de la Germa 

nic du nord, desquelles faisaient partie les Cherusques, les Angrivariens, les 

Ghauques. Cette denomination collective de Saxons, prise par les peuples ger- 

maniques du nord, est d ailleurs assez analogue a celle de Franks, de Sueves, 

d Allemans, prises a diverses cpoques par d autres peuples germaniques de 

1 ouest, du centre et du sud-ouest. Ces Saxons, dont les possessions territoriales 

paraissent avoir beaucoup varie d etendue selon les siecles, vers le commence 

ment du huitieme occupaient, au nord de la Germanie, une vaste region qui 

s elendait : a 1 ouest, pres de 1 embouchure de 1 Ems jusqu au pays des Prisons 

et a 1 Yssel ; au midi, jusqu au territoire des Franks des bords de la Sieg, jus- 

qu a celui des Thuringiens et a la chainc de 1 Erz-Gebirge ; a Test, jusqu a la 

Soale, affluent de 1 Elbe, et jusqu a ce fleuve, qui les s.i p;a;\it de divers peuples 

slaves, les Sorabes, les Lutizes, les Wilzes, les Obotrites, etc. Les Saxons pos- 

sedaient encore, au nord du cours inlerieur de ce fleuve, la contree re pondant 

au Holstein actuel. Ces Germains du nord, ces Saxons, se distinguaient en quatre 

groupes : les Westfalen, habitant a 1 ouest du AVeser, aupres des Prisons, dans 

la region encore appelee Westphalie : les Engern, au sud, sur les affluents du 

Haut-Weser ; les Oslfalen, a Test, entre ce fleuve, la Saale et 1 Elbe; et les Nor- 

dalbingen ou Transalbingiens, habitant au dela de ce dernier fleuve. Dissemines 

dans des cantons ou gam tres-etendus, gouvernes par des chefs particuliers, 

mais se reunissant en temps de guerre sous des chefs superieurs, comme \\~it- 

tekind, les Saxons avaienl peu de villes importantes. Au nombre de ces villes ou 

bourgades se trouvaient Ehrcsburg (Stadtberg), Teuthmold (Detmold), dans la 

partie meridionale de leur territoire ; Ferden (Verdcn), sur 1 Aller, affluent du 

V/eser. La population etait divisee en Edelinge ou Otlinge, ou nobles, en 

Freilinge ou hommes libres, et en Liten ou homines liges et affranchis. Leurs- 

divinites differaient peu de celles des Scandinaves : ils adoraient Wuotan on 

Wodan, homonyme d Odin, le pere des d cux; Dauar, comparable a Thor, 

dieu du tonnerre; Freijr, dieu du temps, de Fannee : Saxnot, dieu guerrier 



SAXTORPH. 185 

clont le nom signifiait porte-glaive. Us croyaicnt a des nains surnaturels, aux 
Kobold, aux Alp, comparable aux Elf des Scandinaves. 

Des Saxons, vers les derniers temps de la domination romaine, avaient de 
1 1. -I lies colonies, habitaient sur differents points du littoral des Gaules. Au hui- 
tieme siecle, a la suite de plusieurs campagnes, Charlemagne, par les victoires 
de Sigeburg, Buckholz, Teuthmold, en 784, soumit les Saxons, contraignit 
\Yittekmda recevoir le bapteme, etendit son empire jusqu a 1 Elbe, et transporta 
dans ses vastes Etats de nombreux Saxons transalbiens [voy. FRANCE (Anthro- 

pologie)]. 

Les Romains ayant abandonne les lies Britanniques depuis Tan 41 1 , des le 
milieu du cinquieme siecle, appelcs par Wortigern et les habitants du midi de 
la Grande-Bretagne alors en guerre avec les Pictes du nord de 1 ile, les Saxons, 
sous la conduite d Hengist et d Horsa, fondcrent success! vement, a 1 ouest et au 
sud, lesroyaumes de Kent et d Estseaxe, de Suthseaxe ct de Westseaxe. Les des 
cendants de ces Saxons doivent done surtout hahilcr les regions sml-cst et 
meridionale de 1 Angleterre. 

Appeles en 1145 par Geysa II, roi de Hongric, des Saxons vimviil se fixer .MI 
centre et au sud de la Transylvanie. Lcurs descendants, <pii, pour sc disliu-uci 
des populations circonvoisincs hongroiscs ct Szeklcres, conscrvcnt Ic nom plus 
i:rncr;d dc Tentsche, ont pour principales villes Hermanstadt, Kronstadt, Schass- 
bnrg, Bistritz, etc. Ce pays des Saxons transylvains aurait cnvirtin deux cent 
uiille habitants. 

Dans le nord et le centre de 1 Allemagne, sous les noms de Duches, de Mar 
ches, de Cercles, de Palatinat, d Electorat, dc Royaume de Saxc, on a designe 
de nombreux Etats constamment modifies par les evenements politiques. Ces 
divers et tres-mutables Etats, sV tendant vers Test bien au dela de la Saale, et 
meme du Haul Elbe, outre les descendants des anciens peuplcs germains appeles 
Saxons, comprenaicnt on comprennent encore beaucoup d autres peuplcs de race 
germanique, voirc merne quelques peuples d autres races, comme les Sorubes, 
les Luzizes de race slave des environs de Bautzen. [Sur les Saxons, voy. : All. 
Maury, Saxons (Religion des), in Encyclop. de F. Didot. Malte-Brun, 
Allgemeine deutsche Real-Encyclopadie ; Saclisen, t. XII, p. 857, etc. Leipzig, 
1867. - Abr. de ge ogr. univ ; p. 525, Transylvanie. Paris, 1842. 
Ilouze, Atlas univ., hist, et ge ogr., etc., etc.] G. L. 

!S VXTORPII (JOHAX-SILVESTRE). Ne a Copenhague, le 27 octobre 1772. Fils 
d un accoucheur celebre, fit ses etudes medicales dans sa -ville natale, et apres 
examen de 1 Academic de chirurgie, fut attache a 1 hopital Frederic en qualite 
de chirurgien adjoint ; puis charge du cours d accouchements pour les sages- 
lemmes a la Maternite. 11 prit son grade de me decin (kandidat) a la Facullc 
en 1795, celui de docteur en 1795, son pere, Mathias, etant president dujury. 
11 voyagea en Europe pour se perfectionner dans la pratique de son art, \isitant 
notamment : Gottingue, Vienne, Paris et Londres. 11 revint a Copenhague, en 
1798, fut nomme professeur extraordinaire de chirurgie et d obstetriquc ; puis 
en 1805 professeur ordinaire, recteur de 1 Universite et doyen de la Faculte 
de medecine. II etait en meme temps chirurgien accoucheur de la Maternite. 
Saxtorph jouissait d une grande notoriete et fit partie a ce titre d un grand nombre 
de societes savantes. II unissait un profond savoir a une grande amenite , et fut 
appele, en maintes circonstances, a pre sider des commissions medicales, le con- 



18(5 SBARAGL1A. 

seil de sante, etc. II a public un cerium nombre d observations inte ressantes, 
ayant la plupart I obslelrique pour objet, ainsi que des articles rediges pendant 
ses voyages, sur les etablissements scientifiques qu il visilait. II est mort ;i 
Copenhague, Ic 22 avril 1840. Nous citerons dc lui : 

I. Bemcirkning over en Sdrdelcs haard Fodsel, formedelst ct Mndentdfald. In Physicalsk 
Bill. t. I, 1704, p. 17 a 30. --II. Examen armamenlarii Lucinac. Dins, inaug. Copen 
hague, 1795. in-S. -- III. Urcvc fra en Dfinsk Jleiscndc. In Kordiskt Ar ku. for Natur, 
t.VI, 1795, p. 207 a 222. C est-a-dire : Leltre d un voyapeur danois; elle contient ses remar- 
ques sur la medecine a Gottingue. I\. Breve fra Paris over Medic inal-Anstalt erne Sam- 
nicslcds. Ibid., t. XI, 1197, p. 195 a 21 1 et 301 a 312. C est-a-dire : Lettre sur les institutions 
nu dieales do Paris. V. fruf/rfiiinii/i dc jiisln lent pore cl niodo ]>l/irciiltnn solvendi. Copen- 
liapuc, 1801, in-i". -- VI. Dc mennrrliarjin cum yrrtridilate npparcntc. In Act. Reg. Soc . 
Mi d . Havn, t. IV, 1803, p. 549 a 356. -- VII. l>c inversions uteri post parlurn, felicitei 
reposila puerpem su/>crstite. Ibid., p. 557 a 567. VIII. Behandlung des Piterperalfiebers. 
In Bill, for Ln-f/cr, t. IV, 1S15, p. 145 a 257. IX. Historia r/r(ividat>n ti/litiriir nd just urn 
i/rtit i(iu>iix lri/iii* prutrtn-tir nuilri et foelui Irllmlix. In Accrt Act. I\c(j. Soc. med. Havn. 
t. 1, 1H18, p. 1 a 17. X. Observatio de iji j nc nlii(it< extra-uterina abdominali. Ihid., p. 18 
a 26. XI. Observatio de jifir/u iifiturali ex utero hernia ventrali extra abdomen elapso. 
Ibid., p. 410 a 428. A. D. 

SBARAGLIA (JEJVN-JEROME) . Naquil a llologne Ie28octobre 1641. II etutlia la 
nii dcciiie dans sa viilc n.il.ilr el y pril le grade de docteur le 27 ievrier IGii". 
Le 6 mars de la mrnic anii . c il 1 ut nomme professeur c!e philosophic, mais 
n ouvrit scs cours qu en octobre KiC>i. 11 nc tarda pas a quitter celte chaire pour 
cclle d anatomie et de nn decinc. En 1688, 1 Universite de Padoue lui lit des 
offres qu il rclusa, en pretcxtant le mauvais etat de sa sante, mais ea realite 
par amour pour sapalrie. Apres avoir prolesse pendant quarante ans a Bologne, 
il fut nomme professeur emerite ; il mourut peu apres, le 8 juin 1710, d unc 
atlaque d apoplexie. 

II a public un assez grand nombre d ouvrages de mediocre valeur, et dans 
quelques-uns il se distingue par ses attaques acerbes contre Malpighi, Grew et 
de Leeuwenhoek, dont il cbcrche a rabaisser le merite, incapalile qu il elait de 
comprendre 1 importance des decouvertes microscopiques faites par ces auteurs, 
et les traitant d erreurs et d inventions. Contempteur de 1 anatomie, meme ma- 
croscopique, il pretend qu elle est inutile au medccin, que 1 etude des Guides 
lui est bien plus profitable, que la bonne medecine a toujours etc empirique 
et le sera toujours; son mepris de 1 anatomie 1 entraine jusqu a pretcndre que 
la conception se I ait exclusivement dans la matrice et a nier tout ce qu on 
avail observe jusqu alors sur les fonclions des ovaires et de la trompe. Cepen- 
dant on trouve quelques bonnes remarques dans ses livres et entre autres quel- 
ques fails d anatomie patbologique assez curieux, relatifs aux polypes du co?ur, 
a la rupture de cet organe et ;\ 1 hydropisie hydalidiquc. Voici le titre des ou- 
vrages de Sbaraglia : 

1. De recatliorum mcdicorum studio, dissert, epistolar/s ad amicurn. Gottingue (Bologne), 
1687, in-8; Panne, 1690, iu-S ; Tiologne, 1701, in-8 (Lettre publiu e sous le psnudonynn 1 
d Aristide). II. De recenliorum medicorum studio dissert, rpistolaris secunda ad ami- 
cum. Naples (Vienne), 1693, iu-8*; Bologne, 1701, in-8". -- III. De vivipara generatione 
scepsis, sive dub/a contra viviparam yeneralionem ex ovo per tubos ex ovariis ad ittennn (/ - 
lato. Vienne, 1091, in-8. IV. De vivipara generatione altera sccps/s, novis argumentis ct 
observationibus confirmnta ct prnpuguota. Cet opuscule re uni au precedent sous le titre : 
Exercilationes plnjsico-anatomicce, quibus in nova liac edit/one accesserunt ad epistolarea 
de recentiorurn medicorum studio disserlationes appendix et de vivipara generatione. Bo- 
Jogne, 1701, in-4. V. Ocit/nntm ct men/is vigilice ad distinguendum studium anatmni- 
citm et ad praxin medicam dirigendam. Access/t mantissa subsidiaria de vi vindication/* 



SCA.BIEUSE (BOTANIQUE). 187 

aparle.et tie usu microscopii. Bologne, 1704, in-4. - VI. Riposto a Teofilo AMino. Bo- 
logne, nil, in-4" (reponse anonyme a une luttre critique, altnbuee a Sbaraglia par Oi 
landi). VII. Enlelecliia, sen aninup scnsitivre bruiorum demonstrate contra Cartesium. 
Cologne, 1716, in-4. 

SCABIEUSE. Scabiosa L. I. Botanique. Genre de plantes dicotyle- 
dones, appartonant a la famille des Dipsacees, et caracterisee par un calice ga- 
mose pale a limbe membraneux termine par des aretes ; une corolle a 4 ou 5 
divisions; 4etamines; un ovaire adherent au calice uniloculaire, uniovule ; pour 
fruit un utricule, enveloppe dans le tube du calice, etrenfermant une graine in 
verse, a peine separable du pericarpe. 

Les scabieuses sont des planies herbacees, vivaces, ;\ iVuilles opposees, donl 
les fleurs, plus ou moins irregulieres, sontcbacune enveloppees par un involucelle 
caliciforme, a tube sillonne et creuse de fosseltes, a limbe scarieux ot dml. -. 
Get involucelle persiste autour du fruit. Les dears sont placees sur un receptacle 
garni de paillettes, entoure d un involucre polyphylle. 

Parmi les especes qui out ete employees en medecine, nous citerons : 

1 La Succise (Scabiosa Succisa L.), nomme e aussi Mors-du-Diable (.Marsit* 
fliaboli). G est une especc ;\ tige dressce, de T0 a 60 cculimMivs, a feuilles 
inferieures oblongucs, tres-entieres, a feuilles superieures laucrolt vs souvenl 
dentees. Les capitules, d abord hemispheriques, sont globuleux a la nialiini( : : 
ils ont un involucre a folioles lanceolccs, placccs sur 2 ou 5 rangs et plus 
courtes que les fleurs: les involucelles, qui enveloppent les fleurs, sont telraedri- 
ques, a limbe court divise en 4. dents licrbacees. 

La Succise est ainsi nommee a cause de sa racine courte, tronquee et, comme 
coupee par le bas ; c est aussi cette circonstance que rappelle le ternic de Morx/t* 
(UaboH; le diable, disait-on, 1 ayant mordue pour la priver de ses grandcs 
vertus. Elle est un pen amere et astringente. 

Mais 1 espece qui a eu le plus de vogue comme depurative est laScabieuse des 
champs (Scabiosa arvensis L.), qui rentre maintenant dans un genre voisin, 
les Knautia. 

Les [ilantes de ce groupe ne different des vraies Scobiosa que par la pre 
sence de soies, au lieu de paillettes, sur le receptacle, par 1 absencc de sil- 
lons sur 1 involucelle, couronne par 4 dents dont deux plus courtes que les 
autres. 

Le Knautia dipsacifolia llort. (Scabiosa sylvalica L.), Scabieuse des bois, a 
5 a 10 decimetres de hauteur, une tige arroudie, fistuleuse ; des feuilles d un 
vert tres-clair, lanceolees, acumine es, dentees en scie, a veinules nombreuses, 
entrelacees et saillantes ; des capitules longuemcnt pedoncules, presque bemi- 
spheriques, a fleurs purpurines ou de couleur lilas. Elle vient dans les bois til 
les lieux ombrages des montagnes. On 1 a cmplojee principalement centre les 
dartres et les maladies de la peau. Autrefois, on 1 utilisait contre la gale ; de la 
provient meme le nom de Scabieuse (Scabies, gale) qui a ete donne aux plantes 
de ce genre. 

La Scabieuse des champs, Knautia arvensis Pioch (Scabiosa arvensis L.), 
est generalement poilue ; ses feuilles sont d un vert terne et blanchatre, les 
inferieures, ovales lanceolees, dentees ou pinnatisequees ; les superieures, pin- 
natifides a lobes lanceoles, entiers, le terminal plus grand que les autres et 
quelquefois dente. Les capitules, longuement pedoncules sont hemispheriques, 
logerement aplanis ; les fleurs de la circonference sont tres-rayonnantes ; toutes 



188 SCABIEUSE (EMPLOI MEDICAL). 

sont de couleur lilas. La plante a ete employee comme depurative, de la meme 
facon que I espece precedente. 

BIBLIOGBAPIIIE. FUCHS. IHstoria, 716. LINNE. Genera, 115. Species, 142. DE CAX- 
DOLLE. Florefrancaise, IV, 226. KOCH. Synopsis, edit. 2, 570. ENDLICHER. Genera. - 
GRENIER et GODRON. Flore de France, II, p. 72 et 81. PL. 

II. Empioi nir-dical. Les Scabieuscs, tres en honneur dans la medecine 
des siecles passes etbicn dcchues aujourd liui de leur anciennc reputation, con- 
sacree p ; ir un vers salernitain qui deplore la condition des citadins qui n ont 
pas eprouve la vertu bienfaisanle des scabieuses, appartiennent a la petite fa- 
mille des Dipsacees. La cardere cultivee ou chardon a foulon (Dijisacus fullo- 
nitm), dont les racines etaicnt jadis reputees a litre de diureliques et de 
sudorifiques, et les Scabieuses appellent seules sur elle 1 altenlion du me- 
docin. 

Lc genre Scabiosa conlient plusieurs especcs pen interessantes : la Scabieuse 
des champs (Scabiosa arvensis) et la Scabieuse officinale (Scabiosa succisa) 
inleressent seules la matiere medicate. 

1 Scabieuse des champs. La Scabieuse des cbamps (Scabiosa arvensis ou 
jirntensis) est Ires-commune sur le bord des cheminsct dans les pres. Gette plante 
a une savcur amere et legerement astringente. On lui a attribue jadis une foule 
df proprielcs dont il ne reste pas grand cbose actuellement. C etait un depnratif 
puissant, un resolutif, un cicatnsant, un be chique, un antipscrique. II est 
imilile d insister sur le caracterc peu precis de ces determinations. La depu- 
raliou est un mot echappe au naulrage dc 1 humorisme hypothetique, ou enl air, 
la resolution des engorgements ou des indurations s opcre par une foule d agents 
de nature diverse et opcrant la resolution par des actions medicatrices diffe- 
rcntes; les cicatrisants sont les moyens qui detruisent les cntraves au travail 
cicatiiciel et non pas des medicaments a action speciale ; les bechiques 
englobent dans leur domaine indetennine toutes les toux (et Dieu sail si la 
cluiique en rcconnait un bonnombre) et toutes les indications, sou vent opposees, 
qui se rapportent aux crachats et a 1 expectoration ; enfin les antipsoriques 
s adressent a la ]>sore ou scabies que Ton ne saurait plus maintenant, sans uu 
singulier abus du langage. faire presider comme un vice aux maladies diathesiques 
dc la peau. Cette indication centre 1 herpetisme a toujours ete dominanie dans 
1 liistoire des scabieuses et elle a meme servi pour les denommer. Mais tout est 
cnglobe dans cette designation vague par les auteurs qui out ecrit sur la Scabieuse 
depuis le furfur capitis, ou pityriasis, jusqu a la lepre. Et comme si ce n etait 
jias assez, on a fait rentrer la syphilis dans le domaine de son action tberapeu- 
tique. Murray dit ace propos : Pro lue venerea nimis imbecillis videtur .Je 
lacroiseneffet impuissante nimis imbecillis ,mais non pas parce que ses pro- 
prietes apparcntes, organoleptiques et son action ne trahissent pas en elle un 
medicament energique. Ce raisonnement n est pas admissible pour les speci- 
fiijues des maladies virulenles. Le meme auteur, en regrettant que le plus habi- 
tuellement on ait associe la Scabieuse des champs a d autres medicaments, ce 
qui rendtoute conclusion ruineuse, a montre le peu de credit qu il accorde a la 
Scabieuse elle-meme : Quod dolendum, plerumque in aliorum connubio, ut 
quid ipsa prcestiterit non liqueat (Murray, Apparatus medicaminum. Got- 
tinga3, 1793, vol. I, p. 267). Combien est frequent aujourd liui encore ce vice 
d experimentation ! Le lecteur n exigera pas, ces observations critiques etant 



SGALA (LES). J9 

faites, que nous entrions dans 1 enumeration <les maladies auxquelles on a 
oppose avec succes (cela va sans dire) la scabieuse des champs : la peripneu- 
monie, la phthisie, 1 empyeme, les dermatoses chroniques, etc. Qu on n aille pas 
si loin : qu on reconnaissequ une plante qui a attire avec perseverance 1 attention 
des medecins n est pas indifferente, et qu il y a lieu de la remettre a 1 etude; 
t-lle a cte si mal experimented jusqu ici qu on n en peut rien dire de plus 
ou de mieux. 

2 Scabieuse officinale. La Scabieuse officinalc (Scabiosa succisa) a une his- 
toire medicale qui se confond avec celle de sa congenere. On la trouve en France 
dans les prairies humides. Sa racine est blanche, comme mordue et tronquee 
inferieurement, d ou le nom de morsus diaboli qui lui est donne et qui exprime 
1 idee assez aventureuse que le diable met la dent a cette racine, eminemment 
utile a 1 homme, pour faire piece a celui-ci. Les moyens de lui nuire ne lui font 
pas defaut, et celui-ci serait d imagination faible. Les propriety s liberalement 
accordees a la scabieuse des champs out aussi ete attributes a la scabieuse ol ii- 
cinale. On en a fait un sudorifique eprouve, mais moins parce qu on avail 
observe la sueur a la suite de son emploi que parce que, dans les maladies de 
la peau, on liait 1 action depurative a la sudation. Alibcrt, qui 1 a essayee comme 
sudorifique, ne s en est pas declare enlhousiaste. C cst surtout contre les ulce- 
rations de la gorge et notammcnt celles de nature venerienne, que la Scabieuse a 
ete preconisee. Oue dirai-je des eloges attribues a la Scabieuse comme emnir- 
nagogne et comme moyen dc repression de la leucorrhee? Rien dans mon expe 
rience et fort peu de chose en passant au crible dc la critique [ experience 
d autrui. 

Les racines et les feuilles des scabieuses sont les parlies usilees de ces 
plantes. Les doses de 10 a 20 grammes de feuilles par lilre d eau en infusion 
ne sont pas une presomption de grande activite. On a aussi preconise le sue a 
la dose de 60 a 120 grammes, un sirop, une eau distille e, des bains, etc. 

FCWSSAG RIVES. 

* 

SCACCHI (DURANTE). Exercait la medccine au seizieme siecle a Fabriano, 
dans la marche d Anconc. 11 est connu par un ouvrage de chirurgie plein de 
faits interessanfs et renfermant 1 indication d un grand nombre d operations 
originales, qui prouvent que 1 auteur maniait le fer et le feu avec une rare 



energie 



Subsidium medicines. In quo quantum docta manus praestel ad immanes morbos cvellen- 
dos mirum in modum elucescit. Urbino, 1596, in-8. L. UN. 

* 

SC ALA (LEs) . 

Scai:s (DOMINIQUE LA). Medecin sicilien, naquit a Messine en 1052; il lit ses 
etudes dans sa ville natale et ses progres furent si rapides qu il obtint les 
honneurs du doctoral a 1 age de vingt-deux ans. Peu apres il obtint une chaire 
de medecine; mais, partisan fanalique de Paracelse el de Van llelmont, irabu 
.des doctrines philosophiques de Democrite, il crea un systeme nouveau d apres 
les principes enseignes par ces savants et se vit bientot chef d une secte dont les 
partisans prirent le nom de Scalistes. II n eut pas seulement en vue de refor 
mer la theorie, et voulut faire secte aussi dans la pratique, en condamnant 
sans reserve la saignee et les vesicatoircs. 

La reputation de Scala ne s cn re pandit pas moins au loin, et en 1686 il fut 



l90 SCALENES (MUSCLES). 

appele a Padoue pour j occuper une chaire de medecine ; mais il ne voulut pas 
quitter sa ville nalale et il continua d enseigner jusqu a sa mort, qui arriva L 
7 seplembre 1697. En 1091, on lni avail olTert la charge de medecin du 
pape Innocent XII; mais il 1 avait refusce egalert^nt, pour rester au milieu de 
ses nombreux ele\cs qui 1 adoraient, et de ses malades qu il soignait avec la 
plus grande sollicitude. 

A la mort de sa femme, il etait entrc dans les ordres : mnis il n en continua 
pas moins a exercer la medecine et sc consacnt surlou*. anx pauvres qu il visituit 
avec un rare devourment. 

II n a laisse qu un ouvrage contre i saignee : 

I /t/ebo/omiadamitftta, sicr, Avidii, Clinjsip/ii Cnit/ii, Asrl,-/iiatl/a, Erasislrati et Arislo- 
gcnis contfii sniujuinix tii/snioin-iii t/nr/i inn , rrlufilntis Ifnebris in luccni sibl tlrbi/ain mvi- 
c<i/ii ft li(,\il<-nlin I linrlt ala juxla lrgrs ntotu.-i /ittiiionini in tirlir/n. 1 a iuue, 1696, in-4>. 

L. HN. 

Seala (JOSEPH). Autre medecin sicilien, naquit a Noto le 28 aoiit 1550. 
Doue de capaciles remaniuables, il etudia sans maitre les langues savantes, la 
pbilosupliic, Irs mathematrques et la medecine ; il prit le bonnet de docteur en 
cctte derniere science a 1 Universite de 1 adoue en 15oO. M;.iis il ne devait point 
retirer le fruit de ses |ialicnlcs c lutli .s, car il mourut la meme an nee age seule- 
ment de vingt-six ans. 

Scala JOSEPH). Fils posthumc du precedent, naquit egalement a >*oto. " 11 
sedistingua par son suvoir en pbilosopbie et en medecine, mais il surpassa son 
pere dans la geometric, rarithmetique et 1 astronomie qu il apprit sans maitre. 
Des talents si rares dans un jcune liomme le firent souhailer a Syracuse et a 
(lalane, ou il enseigna diflerentes parties des mathematiques. L Oniversite de 
Padoue le demanda encore pour professer les memes sciences clans ses ecoles. 
mais il s cn excusa sur le pen de temps qu il avail a vivre. En effet, il n avait 
que vingt-neuf ans lorsqu il mourut, en 1585, a Sabronetta. (Eloy.) Oa a de 
lui : 

Ephemerides ex tabulis Mang/ni, ab anno 158!) ml annum 1000 continuattc, una cutit 
introductionibutephemeridum Jos. Moletti. Veiiftiis, 15S!), in--4. I., llx. 

SCALEXES (Muscles). La region laterale du cou est constituee au point de 
vue myologique par trois muscles, qui naissent tous par des faisceaux distincts 
des tubercules anterieurs ou posterieurs des apopbyses transvcrses des vertebres 
cervicales pour aller les uns, lesscr//e/es, aux deux premieres cotes, le troisieme, 
Vangulaire de Toinoplale, au scapulum. 

.Multifides a leur extremite superieure, ces muscles s inserent tous en ba> 
par un tendon court et massif. Leurs fibres sont toujours un peu cantonnees 
sur elles-memes, de telle sorte que les internes deviennent inlerieuremeut 
anterieures, etc. 

Les anatomistes n ont pas toujours etc d accord sur le nombre des muscle- 
scalenes. Albinus en avail de crit cinq de cbaque cote. Sabatier reduisit ce 
nombre a trois, et aujourd hui encore Henle admet un scalene aiiterieur, uu 
scalene moyen et un scalene posterieur. Quain adopte. lui aiissi, celte classifica 
tion. En France, aucontraire, nous avons tous adopte la description de Boyei et 
de Cruveilhier, et ncus ne decrivons que deux scalenes, 1 un anterieur, I autre 
posterieur. La raison de celte divergence, hi vuici. Nous n euvisageons an point 



SCALENES (MUSCLES). 

tic vue de la classification queles insertions superieures aux tubercules lraus\er- 
ses antcrieurs et posterieurs, tamlis que llcnle et Quaintiennenlsurlout comple 
des insertions inferieures, et dans noire maniere de voir il nous 1 aul allribuer 
une insertion inferieure double au scalene posterieur, le faisceau de ce muscle 
qui va se fixer au bord posterieur de la gouttiere sous-claviere de la premiere 
cote etantpour les analomistes allemauds et anglais le scalene moyen. 

Scalene antc rieur. Ce muscle s insere en liaut par quatre digitations aux 
tubercules anterieurs des apopliyscs transverses des 5 e , 4 e , 5 et (> vertebres 
cervicales; ses faisceaux se rapprochent en descendant obliquement en bas et 
en dehors, constituent bientot une masse unique qui se (ixe en bas par uii ten 
don arrondi au tubercule de la lace superieure de la premiere cote, tubercule 
qui a pris le nom de tubercule du scalene anterieur el qui scrl de ^uide en 
medecine operatoire pour la rechcrclie de 1 action sous-claviere. Ce muscle est 
en rapport : en dedans et en bas avec 1 artere ver tebrale qui, avaut sou entree 
dans le canal des apophyses transverses, le separe du long du con, plus haul 
avec le grand droit anterieur qui recouvre ses insertions aux tubercules aule- 
rieurs; en avant et mediatement avec la clavicule dont le separcnt le muscle 
sous-clavier et la veine sous-claviere ; il cst croise plus liaul par 1 Qmo-hy.oidien 
et par le sterno-mastoidicn ; il est longparle nerf plnviiique. Mn bas, sou bord 
interne repond au cul-de-sac pleural. Nous reviendrons sur ses rapports on 
arriere apres avoir decrit le scalene posterieur. 

Les arterioles qui se rendent au muscle scalene anterieur proviennent de la 
cervicale asceiulante, brancbe de la Ibyroidienne inferieure. 

II estimierve paries branches anlerieures des quatre premiers nerfs cervicaux. 

Scalene posterieur. Aous decnvons sous ce nom les deux muscles sealenes 
moyen et posterieur des Allemands et des Anglais. Pour nous, le scalene posle- 
rieur nait des tubercules posterieurs des six dcrmrivs vertebres ceryicales; quel- 
quefois meme on voit un faisceau partir de 1 allas; les dictations les plus 
elevees soul tcndineuses a leur point d origine, contrairemenl aux plus inin-icnres 
qui sont cliarnues. Tous ces faisceaux sc reunissent en di ii\ clu i s dont Tun se 
fixe a la facesupe rieure de la premiere cote, en arriere de la i^oniiirn- de 1 aileic 
sous-claviere tandis que 1 aulre s insere sur le bord snpi rirur de la deiixieiiic 
cote. Tres-souvent le petit laisceau nodes tubercules posterieurs de la sepheme 
cervicale reste isole et se fixe sur la face siiporieure de la [iremioro eoto a cole 
et en dedans du faisceau principal. 

Les insertions superieures des muscles sealenes sont fort rapprochocs les unes 
des autres et ne sont separees que par la gouUiere ossensc tjni fait suite au trou 
de bonjugaison ; gouttiere litnitee en avant ct en arriere par les tubercules 
anterieurs et posterienrs des apopliyscs transverses. En bas, an coutraire, les 
insertions des deux sealenes sur la premiere cote sont sep.uees I mie de 1 autre 
par la gouttiere de 1 artere sous-claviere. 11 en resulte done que ces deux muscles 
circonscrivent enlre eux un espace tnangulaire dont la base est mesuree par la 
gouttiere sous-claviere qui traverse obliquement la face swperieurc de la pre 
miere cote. Dans cet espace triangulaire sont logees d abord et successivemeiit de 
baut en bas tonics les brandies anlorieures des norfs racbidions, qni vont con-" 
courir a la forma tu>n du plexus bracbial, et en bas, rejsosant sur la gouttiere de 
la cote, 1 artere sous-claviere. Le guide le plus sur pour trouver celte artere est 
done le tubercule de la premiere cote, tubercule du scalene anterieur on arriere 
duquel se Irons e loujours la sous-claviere. 



192 SCAL1GEH. 

Le muscle scalene posterieur recoil ses arterioles de la cervicale profonde et 
d une branche ascendante de la cervicale transverse. 

Les nerfs qui 1 innervent lui viennent des branches anterieures des troisienie 
et quatrieme nerfs cervicaux, de quelques filets du plexus brachial et en pyr- 
ticulier du nerf du rhombo ide. 

Anomalies des muscles sealeries. On a vu le scalene anterieur faire defaut ; 
1 artere sous-claviere est dans ce cas immediatement en arriere de la veine 
correspondante ; dans un certain nombre de cas on a vu le scalene anterieur 
divise en deux faisceaux par 1 artere sous-claviere, mais la description qui en a 
ete donnee n est pas assez explicite pour qu il soil possible d affirmer qu il n y 
a pas eu dans ces cas une erreur d interpretation, et que le faisceau anterieur, 
le veritable scalene anterieur etant assez grele,on n a pas pris le scalene moyen 
des Allemands pour un deuxieme faisceau du scalene anterieur. Une anomalie 
plus inkTcssanle au point de vue chirurgical est celle qne Henle dit avoir ren- 
contree deux ibis. L artcre sous-claviere etait limitee en avant et en arriere par 
un tubercule de chaque cote, et sur ces tubercules s inseraient des faisceaux du 
scalene anterieur. La reclierche de 1 artere devrait en pareil cas etre assez deli 
cate, le point de direction n offrant plus sa precision habituelle. II n est pas 
rare de rrnrmilrer des faisceaux musculaires se portant de 1 un des scalenes a 
Tantiv. - - On trouve souvent aussi des faisceaux du scalene poste rieur qui 
s etendent jusqu aux quatre premieres cotes. Tomblom a signale des faisceaux 
inter-transversaires dependant des scalenes qui,au lieu d aller gagner les cotes, 
s arrctent aux apophyses transverses des 6 e et 7 e vertebres cervicales. Enfiii 
on a signale un certain nombre de cas ou un faisceau parti de 1 apophyse trans- 
versale de la 7 e cervicale allait au sommet du cul-de-sac pleural. 

Action physiologique des muscles scalenes. Ces muscles sont e levateurs des 
deux premieres cotes et par celu me me ils jouent un role important dans la 
respiration amode costal superieur, cbez la femme par consequent. On a dit aussi 
t|if ils puuyaient dans le cas ou les cotes seraient lixees, agir dans 1 inclinaison 
laterale de la colonne cervicale ; mais d abord ce cas ne se presentera que rare- 
ment, et ensuite leurs insertions principales se font sur tout sur les apopbyses trans- 
verses des dernieres cervicales et le bras de levier sur lequel ils agiraient serait 
tres-raccourci compare a toute la bauteur de la colonne cervicale surmoul.ee de 
la tete. - - llciile fait ressortir une action des scalenes qui nous parait impor- 
tante. Par leur surface inferieure, ces muscles, surtout le scalene anterieuret le 
faisceau anterieur du scalene posterieur, reposent directement sur la face 
supiirieure du cul-de-sac pleural, ils ferment done ainsi 1 ouverture superieure 
de la poitrine et empechent, par leur tonicite, 1 enfoncement de ce cul-de-sac 
dans 1 inspiration et son bombement dans 1 expiration. Leur role peut done 
ainsi se rapp rocher de celui des muscles intercostaux. A. BOUCHARD. 

SCALIGER (JULES-CESAR). Philosophe et medecin celebre par sa profonde 
erudition, mais aussi par son excessive vanite. 11 naquit vers 1 annee 1484. 
Padoue, Verone, et Venise se sont dispute 1 honneur de lui avoir donnelejour. 
Sans nous arreter a la genealogie fabuleuse qu il s etait creee, ni aux evenements 
qui, selon lui, avaient illustre les premieres annees de sa vie, nous dirons que, 
selon toutes les apparences, Scaliger etait le fils de Benoit Bordoni, peintre en 
miniature. Done d une grande ardeur pour 1 etude, et d une facilite extraordi 
naire, il acquit dans les lettres, les sciences et la medecine une instruction pro- 



SCALPEL. l! r 

fondequ il augmenta par plusieurs voyages. Amene en France par Antoinc <!(. 
la Rovere, eveque d Agen, qui se 1 elait attache en qualite de medecin, ilresolut 
de s y fixer, et demanda ct obtint des lettres de naturalisation sous les noms dc 
Jules-Cesar Lescalle de Bordonis. Des lors, vouea la culture des lettres, Scaliger 
debuta dans cette carriere en attaquant les savants les plus illnstres de 1 epoque, 
et commenca ainsi la celebrite qu il ambitionnait. Poete mediocre, mais gram- 
mairien profond et prosateur excellent, il contribua a rappeler les regies ven- 
lables du style, eclaircit par ses laborieuses investigations le texle de plusieurs 
auteurs anciens, et rendit d importants services a la science botanique en mou- 
trant la ne cessite d abandonner la classification des plantes d apres leurs pro- 
prietes, et d en adopter une fondee sur leurs caracteres dislinctifs. A notve avis, 
c est la son plus beau titre de gloire. Scaliger raourut en 1558, admire de ses 
contemporains qui le nommaicnt le miracle et la gloire de son siecle, e\ull<. ; 
outre mesure, un siecle plus tard, par Guy Patin, mais range definitivement par 
la posterite an nombre de ces nombreux ecrivains qu on a appeles avec juste 
raison les restaurateurs ou les preparateurs de la Renaissance. On a de lui uu 
tres-grand nombre d ouvrages, parmi lesquels nous citerons : 

I. Oral io pro C.icernne contra D. Erasmum. Pnris, 1531, in-8. II. Aducrsus D. EKIX- 
mum orationes duce, eloqucntice romance vindices cum anctoris (>//. i/li*. Toulouse, lO ll, 
in-4. III. De conricis dimensionibus. Lyon, 1539, in-8. IV. De can*/* lin</im; ln/n/a 
UbriXlll. Lyon, 1559, in-8. Geneve, 1580,in-8. V. Exoticarum excrcilationum libri AT, 
de subtildale ad II. Cardanum. Paris, 1557, in-i; Dale, 1500, in-fol. VI. Poeliccs 
libri VIII. Lyon, 1561, in-fol. ; Leyde, 1581, in-8 ; Heidelberg-, 1000, in-S. VII. Poe- 
mata in duas partes divisa, 1574 (Geneve), in-8. VIII. Epistohc ct oraliones. Leyde, 
1000, in-8. IX. Commenlarii in Hippocratis librum de insoinn/is. Lyon, 1538, in-fol. ; 
Giessae, 1010, in-8 ; Amstelodami, 1659, in-1 2. X. Commenlarii et animadversioncs in 
sex libros de cansis plantarum Theophrasti... Lugxl., 1560, in-fol.; Genevsp, 1500, in-fol.; 
Lugd., 1586, in-fblio. XI. Animadversiones in hislor/as Tlieoplirasli. Lugd., 1584, in-S . 
XII. In libros de plantis Aristoleli inscriptos commentarii. Lulcti.o, 1550, in-8"; Lugd., 
1566, in-fol. X11I. Aristotelis Historia de animalibus . Jul. Caes. Seal., interprele. Tolosic, 
1619, in-fol. XIV. Commentani in Aristotelis librum, qui Decimus Ili&torlarum inscn- 
bitur. Lugd., 1584, in-8. XV. De subt ditatc libri vigintiunus. Basilea 1 , 1500, in-fol.; Lu- 
tetic-e, 1557, in-4; Hanovi.T, 1634, in-8. XVI. Disputatio de partu cujusdam infaniuUr 

Agennensis. An sen seplimestris ad novem mensium? (In opera Jacobi Sylvii,pars VI). 

XVII. Elecla scaliyercea, lioc est, scnlcnt ue, prcecepta, ex unicersis illius opcribus selects, 
Hanovi;e, 1034. A, C_ 

SCALPEL. Les scalpels sont les instruments tranchants destines aux di ;- 
sections. Telle est, du moius, la signification accordee de no* jours a ce moL, 
En se reportant a un autre article de ce Dictionuaire (Voy. Diet. Encyclop., art. 
COUTEAUX) on verra que, pour les anciens chirurgiens, scalpel etait synonyme 
de couteau a operations, et que c est sous ce nom qu ils designent la plupart 
des leurs, surtout ceux qui sont de faibles dimensions. 

Tout scalpel se compose essentiellement de deux parties : la lame et le manche 
celle-la beaucoup plus courte que celui-ci. La lame elle-meme se decompose en 
deux parties : la lume proprement dite, qui correspond a toute la longueur du 
trancbant, et le talon, non affile, qui relie la lame au manche. 

La forme de la lame est loin d etre indifferente. On voit encore certains scal 
pels d ancien modele, chez qui elle est massive, large, epaisse, et chez qui la 
courbure du dos, et surtout celle de la partie aiguisee, presente une convexite 
tres-accusee. Aujourd hui aussi, les fabricants d instrumeiils mej^tent dans 
chaque boite de scalpels de deux a trois de ces instruments a lame tres-con- 
vexe. Cetfe courbure exageree de la lame m a toujours paru incommode, et 

D1CT. ENC. 5 S. VII. 



tons ceuxqui ont 1 habitude de la dissection lui preferent de beaucoup les lames 
dites droites. Voici les dimensions que je puis recommander comme etant de 
beaucoup les plus commodes. La lame ct talon reunis ne doivent pas depasser 
6 centimetres, la lame ayant 4 centimetres 1/2 et le talon 1 centimetre 1/2. La 
pointe doit se trouver exactement a 1 extrcmite de 1 dxe de la lame, ou, ce qui 
revient au meme, de la pcrpendiculaire elevce sur le milieu de sa base. Le dos 
et le bord tranchant peuvent etre egalement convexes, ou le bord trancbant 
1 etrc davantage. Dans le premier cas, la convexite doit etre assez peu accusee, 
de telle sorte que la lame mesurant, par exemple, 6 millimetres de largeur a 
sajonction avec le talon, n ait que 2 millimetres en plus a sa partie la plus 
convexe. Dans le second cas, la plus grande largeur ne doit etre que de 7 mil 
limetres a 7 millimetres 1/2 en sa parlie renllee, pour 6 millimetres pres du 
talon. Pour les scalpels de moindre taille - - souvent utiles pour des prepara 
tions delicales - - les memes proportions doivent etre gardees entre les diverses 
parlies du trancbant. 

Le dos de la lame doit etre mousse jusqu a la pointe, non-sculement pour 
eviler les blessures qu on pourrait plus facilemcnt se faire, s il n en etait pas 
ainsi, mais encore pour eviter qu en relevant la pointe du scalpel pendant une 
dissection delicate, par exemple, on ne sectionne par megarde quelqu un des 
filets nerveux ou des arterioles qu on prepare. D apres les redacleurs du Dic- 
tionnaire de medecine en 60 volumes, certains des scalpels dont on se scrvait a 
1 epoque ou cet ouvrage paraissait, etaient aiguises sur le dos, depuis la pointe 
jusqu a moitie de leur longueur ; on a bien fait de renoncer a cette pratique. 

Quant a I epaisssur de la lame, en la portant a 2 millimetres pres du dos, 
elle est bien suffisante. 

Le talon, plus etroit que la lame, mousse sur ses deux bords, ne doit pas 
depasser 1 centimetre 1/2 de longueur. II est fixe sur le mancbe. Certains 
fabricants, pour diminuer le volume des boites a scalpels, ont imagine de rendre 
les lames montables et demontables a volonte sur un manche unique. Ce modele 
n est pas a conseiller : car, quand les instruments ont de ja quelque peu servi, 
on voit la lame moins devenir fixe sur le manche qu elle ne devrait 1 etre j 
en outre, en la montant et surtout en la demontant, on risque toujours, vu la 
brievete du talon par lequel il faut la saisir, de se faire des piqures anatomiques. 

Le manche est fait en bois, en os, ou, dans les scalpels de luxe, en ivoire. 
Dans sa confection deux ecueils sont a eviter : une trop grande longueur ou 
brievete, et une trop faible epaisseur. La bonne longueur, quelle que soil celle 
de la lame, me semble etre de 9 a 10 centimetres. L epaisseur, dans la partie 
qui avoisine le talon, doit etre d au moins 1 centimetre ; sans quoi la main se 
fatiguerait vile a tenir un instrument trop mince. 

La forme usitee pour le manche est la suivante : il est plat ou a peu pres sur 
ses bords, qui correspondent aux faces laterales de la lame, mais va diminuant 
d epaisseur vers son extremite. Ses bords s ecartent un peu en s eloignant du 
talon, puis se rapprochent plus loin, pour s ecarter de nouveau 1 un de 1 autre, 
au niveau de son extremite coupee carrement. Celle-ci est done assez large et 
mince, et Ton s en sert pour separer des parties qu on veut diviser sans les 
couper, mais en les dechirant, pour le decollement de membranes minces, par 
exemple. 

Le scalpel doit etre tenu habituellement comme une plume a ecrire, et son 
tranchant etre loujours conduit parallelement a la direction de la surface de 



SCAMMONEE (BOTANIQUK). 

1 organe, que Ton disseque ; dans la preparation des muscles, des iierl s, 
pa exemple, on dissi qucra loujouvs parallelement ii la direction de leurs 

fibres. 

On est assez souvent force de passer ses scalpels sur la pierre a. qiguiaer, 
surlout quand on disseque des pieces qui ont ete injectees avec certains liquids 
dits conservateurs et qui, souvent, ne le sont guerc pour les iiistriimcnK 
Pour cela, on doit presenter le scalpel a la pierre la lame en avail t, la pointe et 
la partic voisinc de la lame toucliant seules la pierre, pour commcnccr; puis, 
par un mouvement uniforme, faire glisser successivemenl sur celle-ci loulcs !<> 
parties de la lame, depuis la poinle jusqu au lalon. On repete de la ninnr 
maniere ce mouvemeut en sens inverse, le, trancliaut loujours en avanl, de 
maniere que les deux faces de, la lame passent succcssivement et a leur tour sur 
la pierre a aiguiser. Cclle-ci doit elrc an piraiablc humecfcc avcc de 1 eau ou 
de I lmile. " 



I. Botaniqiie. Le medicament de ce nom a elc c\| n ii , 
suivaut les pays et les qualites, de plusieurs especcs de plantes du -cure l.isci-,,n 
(Convolvulus), mais prineipalement du C. SYu/i/wo/ua L., tpii parail seul 
aiijourd hui produirc la bonne Scammonce, nolamment ccllc qn oii IHMHHIC 
S. d Alep. Les peres de la botanique modernc, trls quo Dodoens, Matlhiole, les 
freres Bauhin, ont generalement decrit on figure cetlc planle sous le nom de 
Scammonia syriaca. 

Le Convolvulus Scammonia L. (Spec, plant., 218) est un Liseron a tiges 
volubiles, qui rappelle par beaucoup de ses caracteres notre pelit C. arvensis. 
Ses axes sont greles, glabres et portent des feuilles allernes, tiMiiquees a leur 
base et sagittce, avec des auricules entieres ou allongees et laeiniees. Les llcur 
ont des pedoncules tres-longs, multirtores, des sepales colores, ties-ovales, 
obtus et tronques, mucronules, inegaux; les exterieurs, qui sont les plus courts, 
longs de 2, 5 lignes; une corolle blanchatrc campaiiulee, longue d un pouce. 
Tels sont les caractcres classiijues, donnes par Cboisy dans le Prodromns de De 
Candolle (IX, 412, n. 84) et tin s principalement des oiivrages de Sibtborp 
(Ft. grcec., t. 192) et Nees d Esenbeck (PI. off., L. IX, icon.). Le meme 
auteur donne comme synonyme C. elongatus SAL. (nee \V.). A cette diagnose 
classique nous pouvons ajouter quelques autres donnees, d apres 1 etude de la 
plante meme, aujourd hui cultivee dans le Jardin botanique de la Facullc 
de Paris et que nous avons deja fait connaitre en 1874, dans le Compti rendu 
de la 2 e session de I Association francaise pour I avancement des sciences 
(p. 452, t. VI). Nous disions, dans ce recueil, que latige herbacee de C. Scam 
monia se partage vite en un grand nombre de brandies greles et volubiles. Elles 
peuvent nou-seulement s etaler sur le sol, mais aussi, quand on leur fournit 
un support, s enrouler en s elevant a une grande hauteur, 5 ou 4 metres, par 
exemple. On peut dire de cette plante qu elle est tres-analogue a notre vulgaire 
C. arvensis, dont elle a presque les feuilles et les flours. Les premieres sont 
encore plus nettement triangulaires et sagittees ; le sommet de leur limbe 
et celui des deux ailes de la base est tres-aigu, et le bord interne de chaque 
aile, an lieu de figurer une ligne droite qui converge directement du cote 
de 1 insertion petiolaire vers 1 autre bord, est lui-meme ordinairement forme de 
deux lignes qui se coupent suivant un angle obtus, peu preeminent. La couleur 
du limbe est d un vert legerement sombre et terne (sur les jeuaes pousses, il 



19(, SCAMMONEE (BOTANIQUE). 

est rougcatre). Les fleurs sont chaque jour assez nombreuses el ne durent 
o-uere qu une demi-journee. Epanouies de quatre a huit heures du matin, 
elles ont de nouveau leur corolle enroulee vers qualre ou cinq heures du 
soir; apres quoi, elles s alterent et tombent. II ne reste que le pistil, 
etroitement enveloppe par le calice. Celui-ci a des sepales libres et ine- 
o-aux. Leur imbrication etant quinconciale, les sepales 4 el 5 sont les plus 
errands et les plus membraneux; les sepales 1 et 2, courts et epais. Us sont 
tous syme triques, avec un sommet tronque ou decoupe en court apicule termi 
nal ; landis que dans le sepale 3, intermediaire par sa taille, les deux cotes de 
Tangle apiculaire sont inegaux et inegalement obliques. Je ne sais quel est le 
but de ce mouvement de constriction des sepales qui, ici comme clans tant 
d autres plant.es, rapproche etroitement les sepales du gynecee en expulsant la 
corolle. Celle-ci, un peu plus grande que celle du Convolvulus arvensis, et a 
limbe un peu plus evase, est d un blanc cremeux, avec une tres-legere nuance 
jaune. Les cinq zones etroites dont elle est parcourue et qui, seules, sont 
a decouvert pendant la torsion de la corolle, sont exteneurement d une couleur 
pale, melungee de rose et de jaune. Les etamines sont blanches, et leur anthere 
est le siege d un phenomene non decrit, je pense, et qui se produit a divers 
degres dans plusieurs autres especes de genre. Ses deux loges sont etroites, 
allongees, adnees aux bords d un connectif qui presente une ligne longitudinals 
mediane, et trcs-nettement introrses dans le bouton, jusqu a la veille meme de 
1 epanouissement. Comment se fait-il done que leurs fentes longitudiuales de 
dehiscence se trouvent dans 1 anthese parfaitement extrorses? G est qu a cetfe 
epoque le connectif, de plan qu il etait, devient concave en dehors, ses deux 
moities s inclinant Tune sur 1 autre suivant la strie longiludinale, et que ses 
bords replies vers la corolle reportent du cote de celle-ci les loges et leurs lignes 
de dehiscence. Le gynecee est entoure a sa base d un style grele, cylindrique, 
partage superieurement en deux branches divergentes, subclaviformes, chargees 
de papilles stigmatiques blanches. 11 y a quatre ovules presque basilaires, ana- 
tropes, construits et diriges comme ceux des Convolvulus en general; mais les 
deux loges de 1 ovaire sont extremement incompletes et separees seulemcnt vers 
les parois par deux rudiments de cloisons. Le fruit de la Scammonee est tout a 
fait celui de nos petits Liserons indigenes, et il renferme de une a quatre graines 
brunes, egalement semblables a celles de nos Convolvulus. Ces graines levent 
tres-bien chez nous, et la plante se cultive parfaitement en plein air. Les inflo 
rescences sont axillaires, et a partir d une certaine hauteur il y en a une dans 
1 aisselle de chaque i euille des ramcaux. Le pedoncule, ordmairement plus 
long que la feuille, porle a son sommet une fleur solitaire, ou bicn une pelite 
cyme de deux ou trois fleurs. 

La portion souterraine, vivace, de la Scammonee, est une grosse racine pivo- 
tante, qui devient ligneuse, et qui se parbge souvent en quelques divisions 
secondaires. A 1 interieur, elle est charnue et blanche dans son jeune age. On 
dit qu en Orient elle atteint au bout de trois ou quatre ans une epaisseur d un 
pouceet plus de diametre et que dans les vieux sujets elle a quelquefois trois et 
quatre pouces de diametre. Dans nos jardins, son accroissement est au moins 
aussi rapide, Elle s allonge beaucoup quand le sol n est pas trop resistant, et 
elle a souvent deux ou trois pieds de longueur. Quand on 1 incise, a partir d un 
certain age, elle laisse, comme celle de tant d amres Gonvolvulacees, decoulcr un 
latex laiteux, qui se seche et devient d un brim dore, d apparence gommeuse. 



SCAMMONEE (EMPLOI MEDICAL). 197 

transparent. C est In, dit Hanbury, la Scammonee pure (dont le nom, dit-il, 
vient probablement de 2/^., tranche ou moelle). 

Cette espece croit, dit-on, dans toute la region mediterraneenne ; elle est 
principalement exploitee, dit-on, dans 1 Asie Mineure, depuis Brousse et Boliau 
nord jusqu a Macri et Adalia au sud, et dans 1 est jusqu a Angora. Mais le s 
localites les plus productives de cette circonscription seraient la vallee de Mcn- 
dereh, au sud de Smyrne, et les districts de Kirkagach et de Demirjik, au nord 
de cette ville. Le medicament est aussi recolte aux environs d Alep, quoique 
1 ancienne preeminence de la Scammonee d Alep surcellede Smyrne ait a peupres 
completement disparu. Plus au sud, en Syrie, on recolte aussi un peu de Scam 
monee, dans les vallees et les bois des collines qui entourent le lac de Tibcria 
et le mont Carmel. 

Guibourt (Drog. simpl, ed. 7, II, 557) pensait que la Scammonee etait pro- 
duite par deux Convolvulus differents, suivant qu elle venait d Alep ou de 
Smyrne. La premiere seule venait de C. Scammonia ; et la derniere du C. hir- 
sutus STEV. (C. sayittifolius SIBTH., C.Sibthorpii RCEM. Sen., C. betotucifoliiis 
MILL., C.piibescens I .uss.? ex GHOIS., Proilr., 408, n. 55). Slierard a copnidant 
fait savoir a Geoffroy qu aux environs de Smyrne on ne lirait ancun sue medi 
cinal de cette espece a feuillcs velues. 

La Scammonee de Montpellier esl produite, non par un Convolvulus, mais, 
a-t-on dit, par une Ascle piadee, le Cynanclium monspeliacum, espece grimpante 
quelquefois cultivee dans nos jardins. II parait, toutefois, que nulle part on 
France on n extraitdu Cynanclium cet extrait purgatif, noir ou d un brun rou- 
geatre, a saveur amere et a odeur nauseeuse, qu on nomme S. de Montpellier. 
On croit qu elle vient d Allemagne, notamment des environs deStuttgard, etl on 
ne sait trop avec quoi on 1 y prepare. II. B.\. 

BIBLIOGRAPIIIE. ROSENTH., Sijnops. plant, diaphor., 441. PEREIRA, Elem., Mai. med., 
ed. 4, II, p. 1, 598. BERG et SCHSI., Darst. offic. Gew., t. 15 c. HANB. et FLUCK., 
Pharmacogr., 594. 

II. Emploi medical. II sera surtout question dans cet article de la 
Scammonee d Alep; il ne faut pas oublier cependant, que dans la pra 
tique , de grandes diversites d action pourront etre observees , soit par 
suite des varietes d origine du purgatif, soit meme par suite de ses falsifi 
cations. 

ACTION PHYSIOLOGIQUE. II est impossible de trailer convenablement 1 emploi 
medical de la Scammonee, sans parler au prealable de son action physiologique 
depuis les phenomenes accessoires qu elle pcut produire sur les differents points 
de I organisme, jusqu aux phenomeres qu elle produit dircclement sur 1 intestin, 
et qui sont piecisement, ceux qu on se propose de t avoriser. 

La salive, a condition toutefois d etre alcaline, possede sur la Scammonee ou 
plutot sur sa resine qu elle dissout, une action tres-importante, parce qu elle 
nous monlre en reduction ce que produisent plus loin sur elle les secretions- 
intestinale et pancre atique. 

Cette action donne lieu meme, suivant la nature et 1 originc de la Scammonee, 
a des colorations qu il n est pas d tme bien grande importance de connaitre, au 
point de vue de la pratique medicale, mais qui montrent cependant et la diffe 
rence de composition des diverses Scammonees et la facon speciale dont elles 
se comporteront dans 1 intestin. 



i98 SCAMiMOJNEE (EMPLOI MEDICAL). 

Ces colorations donnent en outre au pharmacien un moyeu pratique et rapide 
<le verification. 

C est ainsi que la Scammonee dc Smyrne forme avec la salive une emulsion 
jaune verdatre, d odeur desagreable. La Scammonee blonde de Smyrne forme 
avec la salive une emulsion blanchatre. 

L impression gustative developpee par la Scammonee d Alep et par celle 
de Syrir, a ele comparee a celle du beurre cuit ou a celle de la brioche. 

iVscbier a signale dans le commerce une pretendue Scammonee d Alep a 
saveur fade, a odeur nauseeuse dure, insoluble dans Talcool, se ramollissant dans 
I eau et qui serait composee d un melange de fecule, de gelatine et d une 
matiere coloranle inerle. 

On additionne parfois aussi la Scammonee de la Scammonee de Montpelliei; 
Famse,Scammonee, sue du Cynancltum monspeliacttm: cette gomme-resine addi- 
tionnee donne dans la bouche un gout agreable, mais produit sur 1 intestin des 
effets tres-peu marques. 

II n yaurait pas eu lieu d en parlor ici si I honaonymie de 1 uneet de 1 autre, et 
surtoul la substitution de 1 une a 1 autre n etaient importantes a connaitre au 
point de vue meme del emploi medical. 

L action de la Scammonee sur 1 intestin est dra^iijiie ; mais cette action 
pivsente plus d une particularite iuteressante a connaitre taut au point de vue 
tbeorique qu au point de vue pratique merne. 

|)r;islique, elle Test a la facon du Jalap ; la resine de Tune et de 1 autre pre- 
sente une composition identique en proportion dii ferente. Cette proportion est 
de 80,85 pour 100 dans le Jalap. 

Cadet Gassicourt avail deja constate que 1 injection de 0,45 centigrammes et 
meme de 1 gr. 50 de Jalap dans la veine jugulaire d un chien ue produit aucun 
effet purgatif. 

L hypolhese fut done faite par le professeur Gubler, hypothese qui etait appuyee 
sur des fails d ordre chimique parfaitement demontres que la presence des 
alcalins : salive, sue pancreatique et bile surtoul etaient necessaires a la mise 
n liberte de la resine commune au Jalap el a la Scammonee. 

Du meme coup, c etail supposer que la resine injeclee dans le sang ne s eli- 
minail pas par le foie, sans quoi elle eut alors ete la mise en liberte et eiit 
produit ses effets sur 1 inlestin. 

C cst dans cette pensee de la nccessite des alcalins, pour assurer 1 action de 
la Scammonee, que flayer 1 associait a ce purgatif. 

I his tard les Iravaux de Hageudorn el les experiences de Bastyan donnerent 
plus de precision a tous ces fails. 

Ilagendorn trouva dans le Jalap et dans la Scammonee un glucosidc a reaction 
acide, la convolvuline. Bastyan soumit ce glucoside a 1 experimentation et vit 
qu en frictions sur la peau, sur les muqueuses, meme sur celle de 1 intestin, 
il ne donnait lieu a aucun effet; meme resultat negatif lorsqu onl injeete dans 
la jugulaire. Incorpore a la bile ou aux acides biliaires il presentail au contraire 
une action energique. 

Le principe actif de la Scammonee ne devient done purgalif qu a la condi- 
lion de rencontrer dans 1 intestin les liquides alcalins normaux, et en premier 
lieu la bile, capables de mettre sa puissance en valeur, mais une fois commencee 
son action s accroit par 1 hypercrinie reflexe qu elle excite du cote du pancreas et 
et du foie . 



SCAMMONEE (EBPLOI MEDICAL). I - 1 1 

De cette condition assez curieuse de 1 action de la Scammonee resulte 1 expli- 
cation d un phenomene qui n avait pas ete sans etonner. 

Rayer, puis Willemin avaient deja rcmarque que des doses elevees de Scam 
monee ou de sa resine purgent moins que des doses plus foibles. Ce fait pent 
s expliquer du moment que Ton considers qu une eertaine quantite de liquids 
alcalins est necessaire pour dissoudre une quantite donnee de resine; une 
masse trop considerable de Scammonee ne trouve pas alors dans 1 intestin la 
condition necessaire a la dissolution de sa masse entiere, dont une grande parlie 
reste sans effet; en outre, si toute la masse a pu etre dissoute, son action irri- 
tante sur 1 intestin devient alors energique ; elle depasse alors 1 hypercrinie, 
.arrive au contraire a I assechement ; 1 effet revulsif peut devenir, dans r,e cas, 
therapeutique ; mais 1 effet purgatif n est plus observe : bicn plus cet asseche- 
ment meme de 1 intestin rend inactive la quantite de principe qui aurait pu ne 
pas agir encore. 

Ces deux conditions peuvent se presenter soil tour a tour, soit simultanemenl ; 
on comprend d ailleurs que selon 1 etat individuel, selon I elat plus ou moins 
alcalin des se cretions, leur abondancc plus ou moins grande. selon la suseepli- 
bilite plus ou moins grande de 1 intestin a s assecher ou au emuraiiv a subir 
1 hypercrinie, la Scammonee aura une action diflerente et quo. quelque para- 
doxal que cela puisse sembler, il pourra lui arriver de purger d aulant niieux 
que 1 intestin sera plus sensible a son action. 

Fonssagrives a note 1 action diuretique de la Scammonee. 
USAGES. Ce que je viens de dire de son action physiologique suffit pour 
eclairer sur 1 usage que le medecin devra faire du medicament qui nous 
occupe. Toutes les fois qu on pourra supposer que la muqueuse duodenale est 
enflammee, il faudra eviter de faire intervenir un agent qui ne ferait que 1 en- 
flammer davantage ou qui resterait sans effet. Lorsque le cours de la bile aura 
ete suspendu, lorsqu on aura lieu de soupconner quelque alteration de la secre 
tion pancreatique, la Scammonee ne sera pas indiquee. II en sera tout autrement 
dans la constipation atonique, non-inflammatoire. 

On 1 associe frequemment au calomel pour obtenir une purgation forte, 
et a quelques minoratifs, quand on ne recherche qu un effet cathaitique 
mode re. 

En qualite de purgatif hydragogue, la Scammonee est un agent de la medi 
cation resolutive dans les maladies cerebrales ou thoraciques, pulmonaires et 
cardiaques, et dans leshydropisies. 

C est un vermifuge fort employe chez les enfants. 

MODE D ADMINISTRATION ET DOSES. La Scammonee se donne en poudre a la 
dose de 0,50 centigrammes a 1 gramme dans un cachet limousin, dans de la 
confiture ou simplemcnt delayee dans du lait. 

Autrefois il etait d usage d enfermer la poudre dans une pomme ou dans un 
coing qu on faisait cuire. C etait le diagrede pomme; expression qui ne visait 
pas a etre scientifique ; ou cydonie; on y ajoutait parfois du soufre, du sue 
de reglisse ; on disait alors diagrede sulfure , glycirrhise. 

La resine de Scammonee se present a la dose de 40 a 60 centigrammes, en 
potions dans du lait ou sous forme de savon et de sirop. 
II existe dans le Codex une teinture alcooliqne au 1/10. 
La preparation la plus repandue est celle qui prend la forme de biscuits 
purgatifs (Meynet) ; de pilules hydragogues compose es (Champouillon). 



200 SCAPHANDRES. 

La Scammonee entrait autrefois dans les pilules de Radius et dans 1 extraii 
pmichymagogue, dans 1 electuaire diaphcenix. 

Elle entre dans la potion purgative et dans le lavement purgatif des 

peiutres. 

Planche a fait avec la resine decoloree par le charbon animal, operation 
qui ne change rien a ses proprietes ainsi que 1 ont montre Chomel et Olli- 
\i"r, une potion dont voici la formule : 

grammes. 

Resine de Scammouee decoloree par le charbon animal . . 0,"ll 
Laitdevache ...................... 90,00 

Sucre ......................... S.OO 

liau di-tilli e ill- hairier-cerise .............. . t goulles. 

A. BORDIER. 

SCAMMONINE. Voy. J.U.APIXK. 

st AViROLS (ANTOINE). Medecin italien du quinzieme siecle, etait de 
Modene. Disciple de Leoniceno, il prit la defense de son maitre contre les 
attaques de Montesauro, et s attacha surtout ademonfrer que Leoniceno avail eu 
raison de reprocher a Avicenne de tout confondre et de manquer d experience. 
Son ecrit, purement polemique, est rempli d erudition, et encore cnrieux a lire ; 
on y trouve quelques renseignements qui ne sont pas sans interet, et qui peu- 
vent repandre du jour sur la theorie si obscure des maladies culanees chez les 
anciens. (Biogr. Panck.). Get ouvrage a pour titre : 

Disputatio utilis de inorbo gallico, et opinionis Lconiceni confirmata contra adverfarium 
eandcm opinionem oppugnantein. Bononire, 1498, in-4" (se Irouve en outre dans le tome 1 
de la collection de Yenise : De morbo gallico}. L. Hs. 

sr\\BM\inr Voy. SUEDE. 

X. Voy. CERFEOIL. 



SCAPDA. Genre de plantes dicotyledones appartenant a la famille des 
Ternstroemiacees, etablie par Horouha. Les botanistes rattachent maintenant ces 
especes au genre Saurauja, compose d arbres ou d arbustes, charges de poils 
rudes, parfois ecailleux, et portant des feuilles alternes, simples, a nervures 
secondaires paralleles et des fleurs a 5 sepales et a 5 petales blancs ou roses, 
avec de nombreuses etamines. Le fruit est une baie renfermant de nombreuses 
graines nichees dans la pulpe. La saveur acidule et mucilagineuse de cette 
pulpe dans quelques especes asiatiques, les a fait employer dans le pays d ori- 
gine. Horouha dit qu une de ces especes de Scapha a un fruit d une saveur ana 
logue a celle des tomates et sert, a cause de cela, d aliment aux Javanais, qui 
le designent sous le nom dc Koleho. 



D 



BIBLIOGRAPHIE. DE GANDOLtE. Prodromiis, 1, 525; Memoire sur les Ternstroemiacees, Zi, 
t, Mil. Essai sur les proprietes medicales des plaiitex, 203. ENDLICHER. Genera planta- 
rum, n" 5414. BAILLOX. Hisloire des plantes , IV, 234. PL. 

S.%IH1M>KI-:S et APPAREILS PLOXGEURS. PATHOLOGIE ET HYGIENE 

DES PLONGEDRS. On donne aujourd hui le nom de scaphandres a des appareils 
qui permettent a 1 homme de sejourner et de travailler sous 1 eau, en lui laissant 
la liberte de se deplacer plus ou moins. 



SCAPHANDRES. 201 

Les applications des scaphandres sont nombreuscs et varices. CYsl amsi ijn on 
les emploie dans la recherche des objets engloulis au fond des caux, dans 
les constructions sous-marines, dans le renflouage des vaisseaux echoues, le 
netloyage des carenes, la reparation des avaries dans la coquc des navires, etc. 
Depuis un certain nombre d annees, on s en sert avec avantage pour la cueillette 
du corail et la pcche des eponges, des perles et dc I ambre. D une parl 
le travail cst moins penible et le rendement plus considerable; dc 1 autre 
le plongeur, revetu du scaphandre, pent descendre a de plus grandes profondeurs, 
ce qui permet un cbamp plus vaste a ses reclierches. Aussi, ces diverses indus 
tries se sont-elles developpees sur un grand nombre de points, ou elles nYxis- 
taient pas jusqu ici. 

Dans ces derniers temps, les scaphandres out cte applique s aux mines. 
Un certain nombre de bassins houillers en Allcmagne possedent des associa 
tions privees qui out pour but la formation et 1 entreticn tie brigades de 
plongeurs. Cette application aux mines des scaphandres est un progres tn-s- 
reel; car ellepeut permettre de sauver unc mine dont 1 existence esl compromise 
par 1 inondation. 

A cote des scaphandres, nous devons ranger tonic nne serie d apparells ilonl 
le but et les applications sont les memes, etqui, sous le nom d appareils plon- 
geurs, trouvent naturellcment leur place dans un article coniniuu. 

Tels sont les differentes cloches a plongeur et les bateaux sons-niarins. 

I. Cloches a plonyenr. Le plus ancien de tous les appaivils invenles pour 
travailler sous 1 eau parait etre la cloche a plongeur. Sturm (1676) a cite, le 
premier, le passage suivant d Aristote, dans lequel il est I ait mention d unc 
cloche destinec a porter de 1 air a des hommes employes a la peche des e|Mm-e-,. 
On procure aux plongeurs la faculte de respirer, en faisant descendre dans 
1 eau une chaudiere ou cuve d airain. Elle ne se remplit pas d eau, et conserve 
1 air si on la force a s enfoncer perpendiculairement ; mais si on I iiicline, 1 cau 
y penetre. 

Taisnier dit avoir vu, en 1558, deux Grecs plonger a Tolede, dans les eaux 
du Tage, sans se mouiller et sans eteindre un feu qu ils portaient. Us s etaienl 
servi d un vaste chaudron, renverse, suspendu a des cordes et porlant un 
plancher dans son interieur. 

Francois Bacon, en 1620, parle de cuves en metal que Ton descendait renver- 
sees au fond de 1 eau. Elles etaient soutenues par trois pieds d unc longueur un 
peu moindre que la hauteur d un homme. Les plongeurs, au lieu de remonter a 
1 instant a la surface, allaient y reprendre haleine et recommencaient leurs 
operations. 

En 1669, Saint-Glair rapporta le fait d un mecanicien qui s etait servi d un 
appareil a plonger, compose d un escabeau sur lequel il se tenait debout, et d une 
cloche qui couvrait la partie supcrieure de son corps, pour retirer trois canons 
qui provenaient d un vaisseau de 1 Armada, coule depuis soixante-dix-sept ans 
dans un port de 1 ile de Mull, sur la cote occidentale d Ecosse. 

Ce fait a ete confondu souvent avec celui d un certain William Philipps qui, 
en 1667, reussit a retirer, du fond de la mer, des sommes immenses, provenant 
d un vaisseau espagnol qui s etait perdu sur les cotes de Saint-Dominie 
(Antilles). 

En 1678, un medecin nomme Panthot, ayant eu connaissance des reclierches 
de Sturm, ecrivit au redacteur du Journal des sarants (n d avril 1678) qu il 



202 SCAPHANDRES. 

avail vu une cloche fonctionner avec succes dans le port de Cadaques, en Cata- 
logne, pourretirer des piastres, de navires coules. Elle etait de bois, avec cercles 
de ier; de gros boulcts suspcndus a son bord formaient le lest necessaire a 1 im- 
mersion. Deux Maures s en servaient allernativcment. 

Dans tous ces appareils 1 air n etait pas renouvele, et, par suite il etait neces 
saire de les remonter souvent. D autre part, on ne pouvait descendre au dela d une 
certaine profondeur toujours tres-restreinte, sans que leniveau de 1 eau nes ele- 
vat dans I interieur de la cloche, et n exposat ainsi le plongeur a etre sub 



merge. 



Au commencement du dix-huitieme siecle, Halley modifia fort avantageuse- 
ment la cloche a plongeur, ct remedia a la fois a la viciation de 1 air et a 1 ascen- 
sion de 1 eau dans son interieur, en y faisant penetrer une quantite suffisante 
d air frais. 

Cependant, il paraitrait que, deja du temps d Aristote, on faisait usage d untuyau 
avec lequel on renouvelait 1 air de temps a autre dans la cloche a plongeur. Fi- 
guier parle d un apparcil, dont on se servait a Venise au commencement du dix- 
septieme siecle, connu sous le nom de cornemme ou capuchon de plongeur. II 
se composait d une grande cuve retournee dont le sommet recevait des tuyaux 
llcxibles. L un de ces tuyaux aboulissait a la tete du plongeur qu il coiffait entic- 
rement; des personnes placees sur le rivage insufilaient de 1 air dans les tuyaux, 
au moyen d enormes soul flets a main. 

Voici Fappareil dont Halley se servit : 

La cloche etait en bois; elle avail huil pieds de hauteur, et la forme 
d un cone tronque,de trois pieds de diametre en haul et cinq en has; elle etait 
surmontee d une toiture en plomb, et des poids suspendus a sa base la faisaient 
descendre a vide au fond de 1 eau ; un verre place en haut servait de fenetre pour 
donner du jour ; un robinet fixe au toil laissait echapper 1 air chaud et vicie ; 
au-dessous de la cloche etait un bane ou plate- forme suspendu a des cordes et 
fixe par des poids. C est sur cette plate-forme que se tenait le plongeur pour 
travailler. Tout 1 appareil etait suspendu au mat de beaupre d un navire 
qui dirigeait la cloche dans le lieu ou c etait necessaire. Pour renouveler Fair 
sous cette cloche, lorsqu elle etait immergoe, on avail des barils dont la capacite 
etait de 100 litres, et qu on enfoncait avec des poids ; chacun de ces barils etait 
perce en haut d un trou qui communiquait avec un tuyau de cuir, bien corroye 
par un melange de cire et d huile ; ce tuyau etait assez long pour se rendre au- 
dessous de 1 ouverture inferieure de la cloche ; un trou pratique au-dessous du 
baril etait destine a laisser entrer 1 eau, laquelle ne pouvait y penetrer sans en 
chasser 1 air qui venait renouveler celui de la cloche. Ces barils etaient ensuite 
remome s a un signal donne. et remplis d air pour servir au meme usage! 
c etaienl des reservoirs d air qu on monlait et descendait alternalivemenl comme 
des seaux. Le plongeur dirigeail lui-meme les tuyaux, les faisait penetrer sou$ 
la cloche ; et, a 1 aide d un robinet place a 1 extremite de chacun d eux, 
reglait ainsi I ecoulement de 1 air. 

C est en 1721 qu Halley experimenta lui-meme son appareil. II descendil avec 
quatre personnes, et pour arriver a une douzaine de metres sous 1 eau, il 
I allut inlroduire sous la cloche 7 a 8 barils d air. Une fois au fond, 1 air fut 
renouvele regulierement en laissant sortir une quantite d air vicie equivalente 
a celle fournie par chaque baril. 

Un inconvenient serieux qu eprouvait le plongeur dans 1 interieur de la 



SCAPHANDRES. 205 

cloche, resultait de 1 eehauffement de 1 air sons 1 influence de la compression ; 
ce qui en rendait encore le sejour plus penible. 

Pour eviter cet inconvenient, un ingenieur suedois, Triewald, suspendit la 
plate-forme a une telle distance de la cloche, que la tete du plongeur put 
surgir hnmediatement au-dessus du niveau de 1 eau, la ou 1 air est plus Irais 
qu a la partie supcrieure du recipient. 

Bans la manoeuvre de la cloche de Halley, 1 enfoncement et 1 ascensiou 
dependent absolument des personnes chargees de la diriger; il pouvait done 
arriver, ou que la cordc cassat, ou que 1 appareil rencontrant quelque obstacle 
situe assez profondement pour ne pas etre apercu d en liaut ne vint a chuvircr. 
Spalding modifia la cloche de Ihilley, dc fa con a permettre au plongeur lui- 
menie de manoeuvrer son appareil. II se servit pour cela d un poids suspendu 
au centre de la cloche, qui pouvait s abaisser ou s elever a volonte, et sur Icquel 
le plongeur agissait lui-meme pour regler 1 ascension ou renfoncement de tout 
1 appareil. 

Dn autre perfectionnemcnt, destine a devenir plus tard le principe de la cons 
truction des bateaux sous-marins, consista a diviser la cloche en deux compar- 
timents : Fun superieur et plus petit qui se remplissait d eau quand 1 appairil 
devait descendre, laquelle eau etait expulsee par le plongeur Ini-mrinc lorsqu il 
voulait remonter, au moyen dc 1 air comprinu -, du compartimcnt inferieur dans 
lequel il se tenait. 

La cloche de Spalding ne fut. employee que par son inventeur. En 1785, Spal 
ding et son fils, apres avoir opere plusieurs descentes avec succes pour reeurillir 
les debris d un batiment naufrage sur la cote d Irlande, pe rirent asphyxies par 
Fair de la cloche, a la suite d un sejour un pen prolonge sous 1 eau. 

En 1788, Smeaton se servit d une cloche en fonts pour des constructions 
sous-marines; cet appareil pouvait ainsi s enlbncer sous 1 eau sans 1 aide d aucun 
poids additionnel.Ilremplaca les barils pleins d air comprime, avec lesquels les 
plongeurs renouvelaient eux-memes 1 air necessaire a leur respiration, par une 
pompe foulante qui envoyait dans la cloche un courant d air continu. C est la 
premiere fois que 1 on trouvc une disposition qui devait plus tard, en etant 
appliquee aux scaphandres, donner un Ires-grand develo]jpement a ces derniers 
appareils. 

En 1808, Brize-Fradin (chimie pneumatique) songea a prevenir 1 alteration 
de 1 air de la cloche, en placant dans soil interienr plusieurs reservoirs d air 
comprime dont le plongeur pouvait regler la depense. B autre part, ayant 
remarque que 1 air expire par les ouvriers gagnait la partie superieure de 
la cloche, il faisait passer cet air a travers plusieurs couches superposeea de 
potasse caustique qui s emparaient de 1 acide carbonique. II avail enfin reconnu 
la ne cessite de combattre 1 echaulTement de 1 air comprime par les pompes, en 
faisant parcourir a cet air des surfaces de glace pilee. Cette idee, ainsi que 
nous le verrons, devait etre reprise plus tard dans la construction des 
scaphandres. 

En 1812, un ingenieur anglais, Rennie, se servit d une cloche en fonte 
analogue a celle de Smeaton, pour la fondation des quais de Sheerness, a 7 ou 
^melres sous 1 eau, et de la jete e de Howth, a trente pieds. Settlement au lieu 
d etre en forme de cone tronque, cette cloche etait quadrangulaire. 

Rennie etd autres apres luiapporterent des perfectionnements a la manoeuvre; 
mais les cloches n ont guere ete modifiees depuis lore. Bien qu on ait continue a 



204 SCAPHANDRES. 

les faire en fontc, cependant cellcs en bois n auraient pas ete abandonnees 
entitlement. 

II. Scaphandres. Ainsi quo nous 1 avons dit au debut de eel article, les 
scaphandres different de la cloche a plongeur en ce qu ils laissent une plus 
Trande liberte d allure aux travailleurs. Us s adaptent speeialement a chacun 
d eux, et lui ibrment comme une sorte de vetement. 

Ces appareils sont tres-anciens. Flavins Ve gece (de re militari) nous a trans- 
mis la description de plusieurs appareils avec lesquels les anciens penetraient 
au fond des eaux. On voit dans 1 ouvrage de son conimentateur Robert Valture 
un plongeur renferme dans une enveloppe en peau, recevant 1 air d un reser 
voir, afm de prolonger 1 acte de la respiration, et muni d un plastron flexible 
que Ton attachait au Ciirps, et qu oii enflait en introduisant 1 air par 1 em- 
bouchure. 

M. de la Gournerie, a qui Ton doit des renseignements historiques tres- 
drconstancics sur ce sujet, a U ouve dans les manuscrits de Leonard de Vinci 
la representation d un scaphandrc plongeur fait pour envelopper la tete et une 
petite partie de la poitrine. Un tube flexible fait communiquer 1 air interieur 
avec 1 atmosphere ; son extremite est soutenuo au-dessus de 1 eau par un flotteur. 
D apres Leonard de Vinci, ce scaphandre serait semblable a un appareil usite de 
son temps dans 1 Inde, pour la peche aux perles. 

Dans le recueil de Gerli, on trouve un dossin de scaphandre, compose d un 
lube flexible ayant 1 une de ses extremites soutenue liors de 1 eau par un flotteur, 
tandis que 1 autre s elargit et enveloppe la boucbe du plongeur. Avec cet appa 
reil on inspire par la bouche, et les expirations se font dans 1 eau par le nez ; 
1 air que Ton respire est ainsi toujours pur. 

On lit dans Turpin (Pastes de la marine francaise, 1784) que les pirates de 
la mer Noire se faisaient couler bas avec leurs barques, lorsqu ils e taient pour- 
suivis par les Turcs. Enfonces sous 1 eau, ils conservaient une respiration libre 
par le moyen d un roseau creux, dont ils tenaient un bout dans la bouche, et 
dont 1 autre sortait de 1 eau. Dans cette position, ils attendaient le retour de la 
nuit pour relever leur barque et se soustraire aux poursuites de Fennemi. 

En 1721, un certain John Lethbridge imagine un appareil en forme de ton- 
neau, avec deux trous pour passer les bras, et un ceil de verre, pour voir dans 
1 eau. Le plongeur etait oblige de se coucher sur la poitrine pour travailler, el 
devait remontcr frequemment a la surface pour respirer de 1 air frais. 

Pour permettre au plongeur de porter ses investigations dans un cercle 
moins restreint que la plate-forme de sa cloche, Halley avail imagine une dis 
position particuliere, dans laquelle on peut reconnaitre une sorte de scaphandre 
a casque. L air etait fourni au plongeur par un tuyau flexible qui etait m;iintenu 
be ant dans toute sa longueur par les circonvolutions d un til de fer place dans 
son interieur. Ce tuyau qui lui servait a se diriger autour de la cloche, repon- 
dait d une part a celle-ci pour y puiser 1 air, et de 1 autre a un bonnet 
de plomb qui enveloppait la tete du plongeur et tenait lieu d une petite cloche 
pleine d air. Tant qu il etait a meme hauteur que la grande cloche, 1 air 
y ayant la meme densite que sous le bonnet, la communication se faisait libre- 
ment ; mais si h plongeur en se baissant descendait au-dessous de ce niveau, il 
fermait un robinet qui bouchait ce tuyau, et lorsque 1 air contenu sous son 
bonnet de plomb etait devenu irrespirable, il se relevait en rouvrant le robinet, 
pour renouveler cet air vicie aux depens de celui de la cloche. 



SCAPIIANDRES. 205 

Mais le premier de tons les appareils qui pent cLre regarde comme un veri 
table scaphaiidre, est la machine a plonger de Klingert de Breslau, dont nous 
trouvons la description dans les Annales des arts et manufactures de O Reilly, 
t. Ill, p. 274. 

11 est un point sur leqnel nous devons insister. Dans les cloches a plongeur 
1 air destine a la respiration est comprime proporlionnellement a la proibndeur 
a laquclle on descend; de telle sorte que 1 air introduit dans les poumonsreagit 
contre la pression exlerieure de 1 eau, et il en resulte, si les deux pressions sont 
e gales, que le plongeur n eprouve aucune difficulte a respirer. 11 n en est pas dr 
raeme avec les appareils ou 1 air arrive par un luyau a la pression ordinaire. 
Dans ce cas, 1 equilibre enlre la pression interieure et la pression exlerieure 
ne tarde pas a etre rompu ; et le plongeur ne peut s enfoncer beaucoup sans 
sentir sa poitrine ecrasee, et eprouver line tres-grande difficulle a la dilater pour 
aspirer 1 air frais. 

Pour remedier a cette difficulte que le plongeur eprouve, sous la pressinn 
de 1 eau, a aspirer 1 air qui lui arrive par un tuyau conducteur, Ivliii^rit 
chercha a garantir le corps et la poitrine de cette pression, en invenlaul une 
cuirasse de fer-blanc de forme cyliudrique qui enveloppait la lele et le corps <!u 
plongeur en lui laissant libres les bras etlesjambes, lesquels sortaicnl a I ravers 
des especes de manches et de calefons de cuir bien serres. 

Un ouvrier, nomme Joachim, plongea avec cet appareil dans 1 Oder le 24 juiu 
1797, en presence d une foule de spectateurs. 11 scia en deux un tronc d arhiv, 
qui e"tait au fond de la riviere et y attacha des cordes pour le retirer, ainsi que 
plusieurs autres objets egalement pesants. II expirait par les narines dans 1 inte- 
rieur de la machine : a chaque mouvcraent d inspiration, 1 air vide, chasse par 
1 expansion du thorax, etait rejete au dehors par un tuyau, et immediatement 
remplace par une nouvelle quantite d air expire. Des poids attaches a la cein- 
ture enlrainaient le plongeur au fond des eaux. 

Cet appareil eependant ne permettait pas de descendre a de grandes profon- 
deurs. Klingert fut amene, pour cette raison, a construire une seconde machine 
ou Ton trouve le premier reservoir a air que le plongeur amene avec lui. 

Cette machine, represented dans O Reilly, consistait en un cylindre creux ter- 
mine par deux cones tronqucs et fortifie par une armure en fer. Elle elait rendue 
impermeable a 1 eau. Sa construction interieure devait permetlrc au plongeur 
deja arme du premier appareil, de descendre a une grande profondeur en I ali- 
mentant de 1 air qu elle contenait ; sa capacite etant dc 58 pieds cubes, cetle 
quantite devait suifire pour 1 entretenir pendant plus de deux heures. Place sur 
une espece d estradc, le plongeur pouvait en descendre, se mouvoir a 1 entour, 
et, au moyend un mecanisme interieur, s abaisser et s elever a volonte avec son 
reservoir a air. A cote de lui, etait une lanterne destinee a 1 eclairer dans des 
profondeurs inaccessibles aux rayons du soleil. 

Lorsque Smeaton eut employe les pompes pour refouler 1 air dans les cloches 
1 idee aurait du venir naturellemeut de s en servir pour les scaphandres. Gepen- 
dant, on ne songea tout d abord qu a un reservoir d air comprmie. Ce reservoir 
n etait qu un simple casque communiquant par un tuyau avec la pompe foulante 
et dont le plongeur se coilfait au moment de disparaitre sous 1 eau. L air vicit^ 
etait rejete au dehors par un robinet special. 

. On comprend que de graves accidents pouvaieut survenir quand la (ete etait 
ainsi entouree d un airechauffe par la compression, tandis que Je reste du corps 



200 SCAPHANDRES. 

etait plonge dans une eau plus ou moins froide. C est alors qu on songea a 
adapter au casque un vetement qui permit 1 acces de 1 air comprime sur loutes 
les parties du corps. Siebe, en Angleterre, et Heinke, en Amerique, appoi terent 
a 1 appareil les modifications essenlielles que Ton retrouve dans le scaphaudre 
frangais de Cabirol. C est avec ce scaphandre ainsi perfectionne que la plupart 
dcs grands travaux sous-marins furent enlrepris. 

Nous en empruntons la description au travail que M. Du Temple, capitaine 
de fregate, a public sur cesujet, en 1861. 

Le scaphandre Cabirol se compose de deux parties essentielles ; d uue part, les 
objets destines a couvrir, a proteger le plongeur; d nut re part, une pompe qui 
peut etre installee soil a terre, soil a bord d un navire, et qui envoie au plon 
geur la quantile d air respirable qui lui est indispensable. 

Les objets destines a isoler le plongeur sont au nombrc de trois : un casque, 
une pelerine metallique, un velement impermeable. 

Le casque est en cuivrc etame. En avant, se trouvent qnatrc glaces : Tune, 
celle du milieu, estcirculaire ; deux autres, place es sur les cotes, et une qualrieme, 
au-dessus. ^ont elliptiques. Tonics sont protegees conlre les chocs par un grillage 
en iil de cuivre. La glace du milieu permet au plongeur de voir devant lui ; 
les autres, celles de cote, lui permettent de voir a droite et a gauche ; celle du 
haul, de voir au-dessus de lui. 

Au-dessous de la glace de face, a 1 endroit qui correspond a la bouche 
du plongeur, est une espeee de soupape-robinet, que M. Cabirol appelle unsifilet. 
Cette soupape a une grande importance en ce qu elle permet au plongeur, lorsqu il 
reyoit une trop grande quantite d air de la pompe de 1 evacuer rapidement. En 
outre, lorsque par un motif quelconque le plongeur desire monter, il lui suffit 
de fermer ce sifflet et la soupape placee sur le cote droit du casque par 
ou s e chappe 1 air respire, pour qu immedialenient le vetement se gonfle d air et 
euleve le plongeur a la surface. 

Sur 1 arriere du casque, arrive la conduite d air envoye par la pompe ; cet 
air, deverse le long des parois inlerieures du casque par trois orifices plats, 
vient lecher toutes les glaces, et entraine ainsi la vapeur qui pourrait venir les 
ternir. Sur le cote droit de 1 arriere du casque est la soupape qui doit laisser 
ediapptT 1 air expire par le plongeur. 

Le casque porte en outre des crochets sur lesquels viennent se fixer les cordes 
de suspension, des poids ne cessaires pour que le plongeur puisse facilement 
rester au fond de 1 eau. 

La partie infericure du casque est a vis : disposition qui permet de le reunir 
avec la partie superieure de la pelerine metallique sur laquelle se fixe le vete 
ment, en caoutchouc. Le vetement est d un seul morceau ; il est fait en tissu de 
colon et en toile protegee d une epaisse couche de caoutchouc. Les mains seules 
sortent du vetement. Lesmanches sont terminees par des manchettes en caout 
chouc, par-dessus lesquelles on met encore des bracelets en caoutchouc qui 
ferment hermetiquement le vetement aux poignets. 

II peut s amasser une couche d air assez considerable entre le velement et le 
corps du plongeur pour que ses mouvements ne soient pas trop genes par 
la pression immediate de 1 enveloppe continue. 

La pompe est composee de quatre corps disposes de maniere a ce que 1 aspi- 
ration et le refoulement soient egaux. L air est refoule dans un tube couducteur. 
Ce tube est ibrme d une helice interieure en fil de fer etame, recouverte d une 



SCAiMIANDRES. 207 

premiere enveloppe en toile ; puis de deux feuilles de caoutchouc vulcanise ; puis 
de quatre bandes de toile caoutchoutee ; enfin d une forte cn\elu|ijie de toile a 
voile qui le protege centre les accrocs auxquels il est expose en frottant sur des 
corps durs. Le conduit sur lequel il est visse, porte un tube qui conduit a un 
maii .mietre destine a indiquer la pression que 1 eau exerce sur le plongeur, et la 
profondeur a laquelle il se trouve. 

En dehors de ces trois corps de pompe, il en existe un quatrieme qui a pour 
but d aspirer de 1 eau froide et de 1 envoyer dans le bassin qui enloure les trois 
corps de pompe qui refoulent 1 air, afin que les corps de pompe soient toujours 
a une temperature assez basse pour ne pas envoyer de l ;iir I diaiiHe. 

Le plongeur doit porter, sous le vetement du scaphandre, un vetement com- 
plet en laino applique direclement sur la peau. II est destine a absorber autant 
que possible la transpiration qui ne tarde pas a baigner son corps, et qui ne 
trouve pas d evaporation suflisante par suite de 1 obstacle qu y met le vetement 
impermeable. 

Une ceinture de cuir est bouclee a sa taille ; elle recoit une extremite d une 
corde qui y est fortement fixe e; 1 autre extremite est tenue a la surface de 1 eau 
par un homme intelligent. C est cette corde qui etablit sans cesse une commu^ 
nicaliou entre le plungeur et ceux qui sont restes a l.i Mirfaee. 

Malgre les perfectionnements incomtes tables rcalisr- p,-ir les scaphandres 
Siebe et Cabirol, des inconveaients serieux restenl ;ill,ifhes a ces appareils. En 
premier lieu, le plongeur est sous la dependance complete de la pompe foulante 
qui lui envoie 1 air necessaire a sa respiration. One par une cii Constance inde- 
pendante de la volonte des ouvriers qui la mettent en mouvement, on par un 
defaut d intelligence ou d attention de ces derniers, la pompe vienne a cesser de 
fonctionner sans qu on s en apercoive immediatement ; on bien encore que le 
tuyau vienne a se rompre; ou, ce qui est plus frequent, a etre comprime, bride 
centre un radeau, une carene de navire par exemple, le plongeur ne regoit plus 
d air et sa vie est fatalement en danger. D autre part, malgre 1 inlelligence et 
1 habitude qne les pompeurs peuvent avoir de la manoeuvre de 1 appareil, rien 
ne regie 1 equilibre entre 1 air comprime que le plongeur respire et la pression 
exte rieure de 1 eau qu il supporte. Tantot il recoit trop d air, et tantot il n en 
recoit pas assez; de la, des troubles fonctionnels et des accidents auxquels il est 
expose, et sur lesquels nous aurons a revenir. De plus, les pistons des pompes 
acquierent par leur frottement contre les parois du cylindre, une temperature 
sensiblement elevee, malgre 1 eau que Ton entrctient autour des corps des 
pompes, et la communiquent a 1 air que doit respirer le plongeur. 

En dernier lieu, ce n est point une chose facile que de revelir le scaphandre; 
il faut pour cela un assez long temps et 1 aide de deux hommes ; de la, 
un retard dans 1 immersion qui fait que cet appareil ne saurait etre employe en 
toutes circonstances. En outre, une fois au fond de 1 eau, le plongeur est plus 
ou moins gene dans ses mouvements par le fait meme du vetement qui 1 enve- 
loppe tout enlier. 

En 1867, la compagnie sous-marine de New-York cnvoya a 1 exposition uni- 
verselle de Paris un scaphandre dont le principal avantage, si e en est re ellement 
un, consiste a rendre le plongeur completement independant de ce qui se passe a la 
surface. 

Le scaphandre americain se compose d un casque metallique et d un ve 
tement impermeable comme ceux de Siebe et de Cabirol. Mais la partie priii- 



208 SCAPHAINUKJiS. 

cipale est un reservoir rempli d air comprime que le plongeur porte sur le dos. 
Get air est comprime a 17 atmospheres, c est-a-dire en quautite suffisatite pour 
faire respirer, pendant trois lieures, un homme descendu a la profondeur de 

20 metres. 

O reservoir, en metal comme le casque, est mis en communication avec celui- 
ci par un tuyau muni d une soupape. L air expire est expulse au dehors par un 
second tuyau situe a la partie superieure du casque. Deux petites vessies 
en caoutchouc, tout a fait independantes du vetement,. placees sous chaque 
bras, centre la poitrine du plongeur, sont relie es au reservoir par un tuyau 
muni d une soupape. Elles ont pour but de faire remonter le plongeur, lorsque 
celui-ci,les ayant remplies d air ernprunte au reservoir, a augmente leur volume 
et deplacc une certaine quantite d eau qui le rend plus leger. Ces especcs 
de vessies ualatoires laissent degager 1 air comprime qu elles renl erment, au 
moyen d un tube fixe au casque et termine par un robinet que le plongeur ouvre 
on ferme a volonte. 

Pour descendre a de grandcs profondeurs, on ajoute a cet appareil une espece 
de cuirasse formee par une serie d anneaux en bois articules les uns avec les 

autres. 

Ce protecteur empeche la pression dc I eau de s exercer directement sur le 
corps du plongeur et lui donne ainsi une plus grande liberte de mouvements. 

Avi c les ajtpareils que nous venous de passer en revue, 1 air que le plongeur 
respire n est jamais pur, il est plus ou moins melange avec 1 air expire. Bienque 
le courant continu d air comprime que la pompe envoie dans le scaphandre soit 
en "eneral suffisant pour permettre un sejour assez prolonge sous I eau, il n en 
est pas moins vrai que c est la un inconvenient avec lequel il faut compter. 

M. Charpy, lieutenant de vaisseau, a voulu y remedier en invenlantun nouvel 
apnaiv.il plongeur qui offre la plus grande analogic avec 1 appareil respiratoire 
de Galibert. 

Les parties qui le composent essentiellement sont : un tube en caoutchouc qui 
se place dans la bouche du plongeur et par lequel arrive 1 air necessaire a sa 
respiration ; un double ferme-bouche forme de deux rondelles de caoutchouc a 
travers lesquellcs passe le tuyau, et dont 1 une (1 embouchure) se place entre les 
levres et les dents, et 1 autre (le couvre-bouche) s attache sur la bouche par un 
cordon qui se noue derriere le cou ; un petit tuyau additionnel prenant jour 
d un cole sur 1 embouchure, et se terminant de 1 autre par une soupape bien 
etanche qui s ouvre de dedans en dehors, donne issue a 1 air expire, ainsi qu a 
la salive. 

Le casque et le vetement ne sont pas indispensables ; on preserve les yeux au 
moyen d un bonnet en caoutchouc garni de vitres ; une blouse et un pantalon 
en toile impermeable ont pour but de preserver centre le froid. Des poids en 
plomb oeuvent etre adaptes a la ceinture du plongeur qui presente une disposi 
tion telle qu il lui est facile de s en debarrasser instantanement. 

Mais avec cet appareil, qui a 1 avantage d une tres-grande simplicite, rien ne 
regularise le courant d air destine a la respiration du plongeur ; il faut a celui- 
ci une tres-grande attention pour respirer facilement ; et plus qu avec aucun 
autre scaphandre, il se trouve sous la dependance des ouvriers pempeurs. 

jXous arrivons maintenant a la description de 1 appareil de MM. Rouquayrol et 
Denayrouse, dont il est fait mention pour la premiere fois, en 1865, dans une 
brochure publiee par ce dernier. 



SCAPHANDRES. 



21 IK 



Avec cet appareil, la plupart des inconvenients signales disparaissent. Grace a 
un ingenieux systeme de regulation : le plongeur, par le simple jeu dc sa respira 
tion, introduit dans ses poumons la quantite d air qui lui est necessaire et a la 
pression voulne, c est-a-dire dans un rapport constant avec la pression qui 
s exerce a 1 exterieur. G est a la partie importante dc 1 appareil designee sous le 
nom de reservoir-regulateur que ce resultat est du. 

Le reservoir-regulateur se compose de deux parties : un reservoir a air corn- 
prime, et une boite regulatrice de 1 emission de 1 air ou chambre a air (v.fig. 1 et 2). 

Le reservoir d air comprime est en tole de fer ou d acier (A) d une forte epais- 
seur, afm de pouvoir register a la pression de 1 air et obtenir en meme temps un 
appareil d un poids suffisant. 11 a une capacite d environ 8 litres; et est 
etame a I interieur pour prevenir 1 oxydation. L air y arrive de la pompe par un 
tuyau (a) qui porte a sa base une soupape de retenue, que la pression inte- 



M 





Fig. 1. Apparuil RouquayroI-Denayrouse , 

reservoir-regulalcur, vue exterieure. 



Fig. 2. Coupe verticale intei ieure 
du reservoir-refrutoteur. 



rieure fait reformer en cas dc rupture de ce tuyau; de ccltc J acon, 1 eati lie 
peut entrer dans le reservoir. 

La chambre a air (R), faite en tole plus legere, est soude e sur le reservoir d air. 
Elle est fermee au dessus par un plateau en bois ou en metal (c) d un diameliv 
moindre que le diametre interieur de cette chambre ; le plateau est reconvert 
d une feuille de caoutchouc ou de cuir souple, d une surface plus grande que 
celle du plateau. Celte calotte relie hermetiquement ce dernier aux parois verti- 
cales de la chambre. En raison de 1 elasticite de la substance qui forme cette 
calotte, le plateau est susceptible de ceder a une pression, soil exterieure, soil 
inter ieure. 

II se laisse deprimer dans le premier cas, et se souleve, dans le second. Ces; 
mouvements sont transmis par 1 intermediaire d une tige metallique (t) verticale 
fixee au milieu du plateau, a une soupape conique (s), s ouvrant de haul en bas 
dite soupape de distribution d air et qui s appliquc sur un orifice qui fait com- 
muniquer entre elles les deux parties du reservoir regulateur : le reservoir d air 
(A) etla chambre regulatrice (R). A cette derniere est fixe un tuyau flexible (b] 
qui aboutit a la bouche. C est par la que le plongeur aspire 1 air ne cessaire a 
I entre ti en deson existence. Ce tuyau de respiration est muni d une soupape d ex- 
piration (e) placee sous le plateau ; elle sc compose de deux feuilles minces de 

DICT. ENC. 3 S. VII. J4 



210 SC.U llAISDKES. 

caoutchouc collees aux extremites dans le sens de leur longueur, et quc la pres- 
sion de 1 eau applique Ibrtement Tune centre 1 autre lorsque se produisent le* 
aspirations; mais qui s entrouvrcnt pour laisser sorlir 1 air expire. 

Nous nc saurions entrer ici dans tous Ics details de construction des diverses 
pieces qui composent cet ingenieux appareil. Ce que nous venous de dire suftit 
pour en comprendre le mecanisme. 

En efl et, quelle que soit la profondeur a laquelle le plongeur muni du re ser- 
voir regulateur descendc sous 1 eau, la pression du milieu ambiant fait abaisser 
le plateau; ce^mouvement transmis par la tige centrale a la soupape de distri 
bution d air, fait que celle-ci s ouvrant dehaut en bas laisse penetrer 1 air corn- 
prime du reservoir A dans la chambre superieure. L air entrera ainsi jusqu a ce 
qu il ait contrebalance, par sa pression, 1 effet de la pression exterieure de 1 eau ; 
alors, le plateau remonte et la soupape seferme. Ilest evident qu en puisant de 
1 air dans cetle chambre, le plongeur 1 introduira danssa poitrinea une pression 
I gale a celle que lejplateau supporte, et qui est aussi celle que supporte son corps. 
Mais, en enlevant ainsi une certaine quantite d air a la chambre, 1 equilibre est 
rompu ; le plateau presse par i eau s abaisse, la soupape s ouvre de nouveau, et 
1 air comprime passe du reservoir dans la chambre pour venir remplacer celui 
qu y a puise le plongeur, en respirant. 

L aspiration suivante renouvelle le jeu qui vient d etre decrit. 

MM. Rouquayrol ct Dcnayrouse ont supprime le casque; ils 1 ont remplace, 
avaiilageusement, par unferme-bouche et un pince-nez. Le ferme-bouche (M) est 
fixe a 1 extremitejdu tuyau (dej-espiration. II est en caoutchouc vulcanise et se 
place entre les levres et les dents. Deux appendices egalement en caoutchouc, mc- 
nages a droite [et a gauche du tuyau de respiration sont destines a etre saisis 
avec les dents. Avec ce petit appareil, 1 eau ne peut penetrer dans la bouche ; 
elle nepourrait le faire qu au moment de 1 inspiration, mais le premier effet de 
ce mouvcment est d appliquer Ibrtement la piece de caoutchouc sur les dents. 
Le ferme-bouche produit alors sur celles-ci un joint hermetique qui s oppose 
a toute introduction de 1 eau. 

Dans le mouvement d expiration, le ferme-bouche ne risque pas de s echap- 
per ; car il est maintenu entre les gencives et les levres. 

Le pince-nez consiste simplement en deux petites lames terminees par des 
pelotes recouvertes en caoutchouc et reunies a 1 autre bout par une vis de pres 
sion qui permet de regler le serrage, a la volonte du plongeur. 

Deux cordons 1 attachent derriere la tete pour le maintenir, dans le cas ou il 
slisserait sur les narines. 

Q 

Le regulateur est charge sur le dos au moyen de bretelles. La bretelle de 
droite se fixe par une boucle ; a celle de gauche est adapte un porte-mousque- 
ton qui s accroche a une boucle placee a la hauteur du sein gauche. Si 1 ouvriei 
veut quitter son appareil, il n a qu a pousser le ressort qui maintient le porte- 
mousqueton; la bretelle gauche tombe, et un mouvement de 1 epaule droite le 
debarasse du regulateur. 

Pour maintenir le plongeur au fond de 1 eau, il est necessaire de lui mettre 
des poids aux pieds. On se sert pour cela de semelles en fonte du poids de 
8 kilogrammes, soutenues par une talonniere a ressort, sur laquelle il n a qu a 
presser, pour se debarasser de ces poids additionnels 

Nanti de 1 appareil regulateur, du ferme-bouche et du pince-nez, un plongeur 
peut descendre immediatement sous 1 eau, pour obvier a quelque avarie dans 



SCAPHANDRES. 

laeoqued un navire, ou pour toute autre manoeuvre; celle de degager une 
par exemple (fig. 3). 

Mais, s il doit rester plusieurs heures sous 1 eau, il est indispensable <lc Ir 
proteger centre le froid par un vetement impermeable. II est aussi ne cessairc do 
garantir les yeux contre 1 action irritante que le contact de 1 eau entraine, a la 
longue. Pour cela, M. Denayrouse a ajoute a son appareil un habit fait 



etoffe enduite de caoutchouc, et un demi-masque portant des verres a travers les.- 




Fig. 5. Plongeur muni du reservoir-regulateur et du pince-nez. 

quels s exerce la vue, ainsi qu un trou qui laisse passer le tuyau de resjii ra 
tion. L ouverture de 1 habit est jointe hermetiquement au pourtour du masqiu- 
par un cercle de serrage. Sur un des cotes du masque se trouve un robinet 
(fig. 4) qui permetau plongeur de garder dansle vetement son air d expiration, 
ou de 1 evacuer plus ou moins completement^au dehors ; de sorte qu il peut, ;i 
son gre, augmenter ou diminuer son volume; et par consequent se mouvoir de 
haut en bas ou de has en haut (fig. 5). 
tl nous reste a dire un mot de la pompe a air ; celle-ci est construite de telK- 



212 



SCAPHANDRES. 



\ 



facon que i air est loujours comprime entre deux couches d eau; ce qui fait que- 

le plongeur respire un air qui n est point echaulfe. 
D une autre part, ces couches d eau appuient lorte- 
ment contre les parois du cyliiidre et la garniture 
du piston, et cela d aulant plus que I air est plus 
comprime ; de cette maniere il ne peut se produire 
aucune fuite entre le piston et le corps de pompe ; et 
on atteint ainsi, facilement, une pression tres-forte. 
Dans ce but le piston a etc fixe verticalement ; et le 
corps de pompe rendu mobile. 

III. Bateaux el appareils sous-marins. L ide e de 
naviguer sous 1 eau pour atteindre et detruire des 
batiments ennemis est deja ancienne. 
Les premieres tentatives serieuses faites pour la realiser datent de la guerre 

de 1 independance americaine. 




Fig. 4. Masque 




Fig. 5. Plongeur revetu de 1 habit en caoutchouc et du reservoir-regulaleur. 

C est, en eflct, a un Americain nomme David Buslinel) que You doit la premiere 



SCAPI1ANDRES. 

description d un navire sous-inarm. Toutefois, on trouve dans un ouvrage public 
en 1648, The Mathematical Magic de Wilkins, la relation d experiences faitcs 
acesujet par un medecinhollandais : Cornelius VanDrebell.quiconstruisit, vers 
1620, un bateau plongeur. Un pointinteressanta noter : c estque ce fut peul-eliv 
en pareille circonstance que 1 onse servit, pour la premiere fois, de I lnhalation 
del oxygene pour combattre 1 asphyxieprocluite par la respiration d un air vicie. 
Le chimiste anglais Robert Boyle nous apprend en effet que Kaiser, gendre de 
Corn Drebell, avail decouvert une liqueur qu il appelait : quintessence d air, dont 
les gens renfermes dans le bateau plongeur faisaient usage, lorsque 1 air etait 
echaul fe et ne pouvait plus scrvir a la respiration. II suffisait de deboucher le 
vase, plein de cetle liqueur, pour rcndre a 1 air assez de purete, pour qu on put 
encore le respirer un temps assez long. 

Nous devons aussi citer le P. Mersenne, comme ayant parle en 1658, d un 
navire sous-marin dans son Tractatus de magnetis proprietatibus. 

C est en 1787 que Bushnell donna la description de son bateau plongeur 
(Transactions of the American Philosophical Society V. /). 

Nous y trouvous toutd abord le principe des dispositions qui, depuis, ont ele 
appliquees a toute invention de ce genre ; une cbambrc interieure destinee a con- 
tenir le navigateur, avec une quantite d air capable de fournir a sa respiration 
pendant une demi-heure sans etre renouvele ; et un faux fond dans lequel, lors- 
qu il voulait descendre, il faisait arriver de 1 eau en pressant sur une soupape ; 
une pompe foulante faisait ressortir 1 eau quand il fallait remonter; un systeme 
de rames servait, en outre, a diriger le bateau dans ses mouvements de pro 
gression, d ascension et de descente. 

Enjuin 1800, Fulton fit, sur la Seine, 1 experienced un bateau plongeur auquel 
il donna le nom de Nautilus. Ce bateau, de forme ovo ide, avail dans son inte- 
rieur un metre dc diametre et Irois metres de long. Dans la partie inferieure, se 
trouvaitun reservoir destine, soil a 1 eau, soil a 1 air; suivant qu on voulait des 
cendre ou monter. Ce remplissage se faisait de 1 interieur par le moyen de 
pompes. Fulton s enferma dans ce bateau avec un matelotet une bougie allumee ; 
il plongea etalla reparaitre assez loin apres dix-huitou vingt minutes de dispa- 
rition ; il replongea de nouveau, et vinl sortirau point meme du depart. 

Dans le meme temps, un ingenieur anglais : Hodgman, faisait a Folkestone, 
pres deDouvres, des experiences a peu pres semblables dans la mer ou il par- 
courut environ un quart de mille sous 1 eau. 

Quelques annees apres, les freres Coessin construisirent au Havre, par ordre 
de Napoleon I er , un bateau sous-marin, auquel ils conserverent le nom de Nautilus 
adopte par Fulton. Ce baleau n avail d ailleurs aucun caractere qui le distin- 
guat deceux essayes avant lui; si ce n est que 1 air arrivait a 1 interieur par 
des tuyaux en cuir termines par un ilotteur ; installation qui faillit causer la 
perte de 1 equipage et du bateau dans une circonstance ou rimmersion avail 
eu lieu par megarde, a une prolbndeur plus grande que la longueur du luyau. 
Les bras des hommes elaienl les seuls moyens delocomolion. 

En 1861 un ingenieur francais M. Villeroi cxperimenta, en France d abord, 
puis en Ame rique, un bateau plongeur auquel il donna le nom de bateau cigare, 
a cause de sa forme. Pour s enfoncer sous 1 eau, il suffisait de remplir d eau, au 
moyen d une pompe, des tubes en gutta-percha, places a 1 interieur, et communi- 
quanl avec 1 ixterieur par un conduit a robinet ; pour s elever, on vidait ces 
memes tubes. 



Ji; SCAPIIANDRES. 

Kn 1858, 1 amiral Bourgois, alors capitaine de vaisseau, dans un memoire 
adresse auministre de la marine : Hamclin, exprima 1 idee d employer a la defense 
des ports, des bateaux sous-marins mus par des machines a air comprime; et 
dans lesquels, 1 air, apres avoir produit son cffet comme nioteur, devait servira 
la respiration de 1 equipage. Apres des experiences prealables, un bateau plon- 
geur fut construit sur les plans de M. Brun, ingenieur de la marine. 

A fin d obvier aux consequences d accidents imprevus, une cheminee, en tole, 
assez elevee pour deboucher au-dessus de 1 eau pendant les immersions, fut 
ajustee sur la coquc du plongeur. Cette precaution ne fut pas inutile. A la 
premiere experience, qui consista a descendre au fond de la mer, et a soumettre 
1 equipage aux effcts de 1 air comprime, la pression interieure ayant fait sauter 
mi verre lenticulaire, 1 eau s introduisit en abondance dans le bateau qu on dut 
evacuer par la cheminee. Mais enfin toutes les difficultes furent vaincues ; la 
sccurite parut assez grande, pour qu on ne craignit pas de supprimer la chemi 
nee; et le plongeur immerge, en equilibre sous 1 eau, effectua dans le hassin de 
Uochefort d abord, puis dans 1 Ocean, des experiences fort concluantes. Des 
bateaux de ce genre ont dcpuis etc proposes par M. Newton ingenieur a Londres. 
en 1856, et Laplace, en France, en 1859. 

(.iomme nous venons de le voir : la substitution de 1 air a 1 eau, et recipro- 
quement, dans des compartiments speciaux, de maniere a rendre 1 appareil 
plongeur plus leger ou plus lourd, suivant la volonte de 1 ouvrier, a servi de 
base aux differentes recherches sur la navigation sous-marine 

A ce point devue, ellencpouvait suffire, a elle seule, pour resoudre le pro- 
blcme de la propulsion; mais consideree comme moyen de perfectionnemeiit 
dc 1 ancienne cloche a plongeur, cette disposition, deja appliquee par Spalding, 
a permis de construire des machines, d une utilite incontestable dans les travaux 
de construction sous-marine; et bien superieures aux anciens appareils. Nous 
citerons par ordre d anciennete : 

a. Le bateau avec grande cloche a plongeur, dont M. Cave se servit, en 1848, 
pour les fondations du pont d Asnieres; et qui fut adopte par M. Mougel, inge 
nieur au service du vice-roi d Egypte, pour 1 etablissement du barrage du Nil. 

>.e bateau servait de reservoir a Fair comprime, dont on alimentait la cloche 
an fond de laquelle quarante ouvriers pouvaient travailler a la fois. 

b. Le nautilus experimente en France par M. Hallet, en 1858, se compose 
d un grand compartiment ou chambre de travail entoure d autres comparti 
ments plus petits, dans lesquels on peut, a volonte, faire penetrer de 1 eau ou de 
Fair. L appareil cst alimente, al aided un tuyau flexible, par une pompe foulante 
exterieure, mise en mouvementpar la vapeur. La manoeuvre qui guide le mou- 
vcment est extremement simple : 

Un grand trou d homme, place a la partie superieure du nautilus, permet d y 
penetrer facilement lorsqu il flotle a la surface de 1 eau. On ferine cette ouverture 
aussitot que les hommes, les materiaux et les outils sont entre s. 

A 1 aide de robinets dont la disposition est facile a concevoir, le conducteur 
de 1 appareil. placeal interieur, fait aussitot penetrer assez d eau dans les cham- 
bres a air pur pour que la machine s immerge. Un manometre lui indique, a 
chaque instant, la profondeur a laquelle il se trouve; et lui permet de regler la 
vilesse de la descente, en augmentant ou en diminuant le volume d eau des 
diambres a air. Arrive au fond de I eau on fait penetrer, dans ]$. chambre de 
travail, de 1 air a une pression egale a celle qui repond a la profondeur a la- 



SCAPHANDRES. 215 

quelle on se trouve ; ce qu un second manomelre permet de rcconnaitrc. On 
peut alors sans crainte de voir 1 eau penetrer dans la cloche enlever la partie 
mobile du plancher qui forme le fond de 1 appareil, et travailler sur le sol 
comme on le ferait a la surface de la terre. 

Quand on veut remontcr, il suffit d enlever, avec une petite pompe a main, 
une partie de 1 eau qui forme lest; 1 appareil revient ainsi de lui-memc flutter 
a la surface. 

L appareil de M. Sears des Etats-Unis (brevete en 1853) parail etre le nautilus 
de Ballet. 

c. L hydrostat de M. Payerne, dont le premier modele rcmonle ii 1 Si(>, n csl 
en somme, avec ses dernieres modifications, qu unc immense cloche a plongeur 
pouvant renfermer un nombre assez considerable de travailleurs. 11 est divise en 
trois compartiments : dans celui du bas, les ouvriers executent leurs travaux ; 
dans celui du haut, quelques autres montent les materiaux par un tube cylin- 
drique de communication ; et manoeuvrent la pompe qui sert a relbuler 1 eau 
contenue dans le compartiment du milieu et a la remplacer par de 1 air coin- 
prime. Un grand inconvenient de cet appareil, est la rapidite avec laqurlle 1 air 
se vicie par le fait de la respiration des ouvriers. C est la une cause d accidenls 
(|iie M. Payerne, a 1 exemple du Brize-Fradin, a cherche a eviter en lon.-ant 1 air 
a passer d un compartiment dansun autre, a travers une solution do potasso. 

d. Kn 1859, M. Maillefert, des Etats-Unis, sc fit breveter en France pour 
une cloche a plongeur, offrant, comme particularite : qu ello elait surmontee d une 
longue cheminee ou conduit, qui debouchait au-dessus de la surface de 1 eau. 
Ce conduit permettait de descendre dans la cloche ; et il etait garni, a cet effet, 
d echelles; et ferine par deux trappes, 1 une pres de la cloche ct 1 autre au 
soinmet ; de sorte que 1 espace compris entre ces deux portes fonnait une sortc 
d antichambre ou d ecluse a air, servant a passer del atniospliere ambiante dans 
1 air comprime, et recijiroquement. Une disposition analogue existait du reste 
dans le bateau-cloche de M. Cave. 

e. Dans ces dernieres annees, M. Toselli a invente une cloche deslinee a 
permetlre au plongeur qui y est renferme de diriger an fond dc la mer, des engins 
de prehension ou grappins automatiques, dans le sanvetage des objets en- 
gloutis. 

La cloche, en fer ouen bronze, pese trois tonnes et demio. Elle a la forme d un 
cylindre; le diametre extcrieur est de l m ,20, et Ja hauteur de 4 ", 20. On y 
entre par le haut qui s eleve au-dessus du dome, et qui reste. enlierement en 
dehorsde 1 eau, lorsque la machine flotte ; ce qui permet d y entrer facilement. 
La cloche descend, lorsque la pcrsonne qui y est renfermee fait entrer dans un 
reservoir inferieur de 1 eau de la mer; elle remonte, lorsque cette ea\i est chassee 
par le moyen d une pompe hych aulique. 

Le plongeur peut communiquer par un 111 metallique passant au milieu 
d une petite cordc, au moyen d un telegraphe, avec le bateau qui accompagne la 
machine; et lui donner les instructions necessaires pour le manicment des grap 
pins automatiimes. 

A la hauteur de l m ,50 du bord inferieur, on a dispose autour de la cloche 
desverres parlesquelsl observateur (le plongeur est reduit a ce role) peut voir 
dc 1 interieur tons les objets qui se trouvent en dehors. Ces verres out resiste a la 
pression de soixante atmospheres ; et, suivant M. Toselli, la machine pourrait des 
cendre jusqu a 600 metres! 11 est vrai qu il ne garantit pas sa cloche au dela de 



-216 SCAPHANDRES. 

"200 metres. A partir de 100 metres, il faut faire descendre une lampe sous- 
marine pour eclairer les objets. 

Le plongeurqui, a 1 aide du fil telegraphique, dirige lamarclie des grappins, 
ne subit aucune fatigue. La cloche est a double paroi ; et dans cct espace, on a 
emmagasine une quantite d air suffisante pour que deux homines puissent rester 
toute une journee an fond de 1 eau ; sans que la cloche ait besoin de tuyaux qui 
lui envoient de 1 air rcspirable. 

Les produits de la respiration sont absorbes, au fur et a mesure de leur pro 
duction, par des reactifs chimiques. 

III. HYGIENE DES PLONGEURS. La question du sejour et du travail de 1 homme 
au sein des eaux est assez importante, au point de vue pbysiologique comme an 
point de vue hygicuique, pour que nous ayons cru devoir passer en revue tous 
les moyens employes jusqu ici pour obtenir un pareil resultat. 

Avec lesappareils dont ils se scrvent actuellement, lesplongeurs sont exposes 
a tous les inconvenients du sejour dans 1 air comprime ; et les accidents dont 
ils sont victimes, out la plus gnmde analogic avec ceux que presentent les 
ouvriers qui travaillent dans les tubes qui servent a construire les piles de pont, 
en riviere. 

Dans radicle ATMOSPHERE de ce dictionnairc, il a ete traite des conditions de 
travail dans lesquelles ces ouvriers se trouvent, et des inconvenients qui en 
resultent pour eux. Depuis 1 impression de cet article, des experiences interes- 
santes et des observations nouvelles ont ete faites ; sur lesquelles nous croyons 
utile d insister; d autant plus qu elles concernent plus particulierement les 
plongeurs qui se scrvent du scaphandre. 

Ces derniers, en effet, sont soumis, pendant leur immersion, a des pressions 
plus considerables que celles qu ont a supporter generalement les ouvriers qui 
travaillent dans les caisses ou tubes a air comprime. Tandis que pour ceux-ci,il 
est rare que la pression depasse quatre atmospheres; les prolbndeurs auxquelles 
descendent les scaphandriers les exposent a subir des pressions de cinq, six 
atmospheres, et plus. Les accidents, consideres chez cette cate gorie d ouvriers 
offrent, par cela meme, un interet tout particulier. Mais, avant d aborder cette 
etude, il nous parait utile, ne serait-ce que pour etablir une comparison, de 
resumer les faits d observation qui se rapportent a 1 influence de la profession 
sur les plongeurs a nn. 

A. Plongeurs a nu. Tout ce que Ton trouve dans le recit des voyageurs au 
sujet du temps que les plongeurs restent sous 1 eau, estentache d exageration. 
C est un Anglais, Percival, qui, le premier, a fourni quelques renseignements 
exacts sur les pecheurs de perles de Ceylan (Voyages a Ceylan ; in Abrege des 
voyages modernes, par Eynie, t. XIII, p. 229). 

La baie de Condatchy, dit ce voyageur, est le rendez-vous le plus central 
pour les bateaux qui sont employes a la peche des perles. Ils se rassemblent 
en fevrier; etla peche se termine en avril. Les plongeurs vont a une profondeur 
qui varie de vingt a cinquante pieds; habitues des 1 enfance a cet exercice, le 
temps ordinaire pendant lequel ils sejournent sous 1 eau est de deux minutes; 
et Ton m a indique des plongeurs qui restaient plus longtemps. Lorsqu il 
sorteut de 1 eau ; ils rendent quelquefois le sang par la bouche, par les oreilles 
et par les narines. Ils peuvent aller dans 1 eau 40 ou 50 fois par jour. 

Un medecin de la marine, Ponty (A) a eu 1 occasion d observer les pecheurs 
de perles du golfe Persique. Certains plongeurs, dit-il, peuvent tenir quatre 



SCAPIIANDRES. 217 

et raeme cinq minutes sous 1 eau (I), cl il est liabituel de voir une immersion 
aussi prolonged determiner des flux hemorrhagiques par hi bouehe, par Ic ncz 
et les oreilles. Un danger permanent menace au reste la vie des plongeurs; et si 
1 intrepide chercheur de perles echappe a 1 asphyxie, a la dent des squales, aux 
accidents de toutes sortes qu il affronte ; la surdite, la cecite et divers troubles 
des organes des sens ne manquent pas de I accompagner dans sa retraite prema- 

turee. 

Mais ce sont surtout les pecheurs d eponges des iles de 1 Archipel grec, qui 
ont donne lieu aux observations les plus completes. Amedee Lefevre, ancien 
directeur du service de sante de la marine a Brest, dans une note publiee en 
1835 (Journal hebdom. des progresdes sciences et institutions medicates) a fixe 
a une moyenne de soixante-seize secondes le temps quo les plongeurs restaient 
sous 1 eau, par une profondeur de cent pieds environ. Nous pouvons, dit-il, 
regarder le terme de deux minutes, le plus restreint de ceux indiques par les 
voyageurs, comme deja fort long; et croire que bien des plongeurs habiles ne 
sauraient 1 atteindre. Lorsque ccs travailleurs sortent de 1 eau, ils ont presque 
toujours la face fortement injectee. Souvent ils sont pris d hemorrhagies nasales 
tres-abondantes. Dans quelques cas, on les a vus rendre du sang par les yeux et 
paries oreilles. Des qu ils sont hors de 1 eau, ils s envqloppent dans de grosses 
capotes de laine et attendent ainsi que leur tour de plonger revienne. Ils 
peuvent impunemenl repeter cet exercice trois ou quatre Ibis dans une beure. 
Malgre mes questions, je n ai pu savoir d eux, si dans un age avance, ils etaiont 
plus souvent que d autres hommes atteints de lesions organiques de 1 appareil 
circulatoire, ainsi que peuvent le faire presumer des suspensions aussi repetees 
de 1 acte respiratoire et par suite la stase du sang dans le systeme afferent du 
pounion. 

Le Roy de Mericourt (A), en 1867, a insere dans les Annales d hygiene 
publique, un travail tres-interessant sur les pecheurs d eponges. Nous lui 
.empruntons les details suivants : Les prolbndeurs auxquelles on recueille ce 
produit marin different beaucoup. Elles variant de 25 a 65 metres. C est sur la 
cote d Afrique et le long de cellede Caramanie que Ton descend leplus profonde- 
ment; c est la que se rassemblent les plus habiles plongeurs. En general, plus 
leseponges sont recueillies par de grands fonds; plus elles sont abondantes, fines 
et de belles formes. Dans 1 Archipel ottoman, c est surtout aux iles de Kalkit, 
Simi et Kalinnos que se trouvent concentres les hommes qui se livrent a cette 
peche dangereuse. Dans ces dernieres annees, on peut en evaluer le nombre 
a 4000. La peche commence ordinairement vers les premiers jours de juin; ct 
finit en octobre. Mais les mois de juillet et d aout sont particulierement favo- 
rables a la recolte. 

Le plongeur de 1 Archipel est bien fait, robuste ; il a la poitrine large, la 
demarche alerte; il est fier de son etat ; taut qu il est jeune, il peut atteindre 
de grandes profondeurs, etre maitre plongeur sarronda ories (qui descend a 
quarante brasses 70 metres), comme ilsdisen-t dans leur langage. 

Mais a ce metier, il perd 1 ouie de bonne heure, vieillit vite ; et la mortalite 
doit-etre grande parmi ces hommes, en raison des dangers qu ils affrontent et 
des perturbations que le sejour sous 1 eau doit entrainer dans les grandes 
lonctions. 

Les plongeurs habiles parviennent a rester au fond pendant deux, trois et 
meme, dit-on, quatre minutes. Ce dernier cliiffre pourtant est sans aucun doute 



218 SLAFUAJNURES. 

exagere. Un meme pecheur peut, dans sa journee, descendre au fond, de cinq a 
dix fois. 

Lorsque la profondeur atteinte a ete considerable ; la decompression rapide 
determine, au moment oil le pecheur arrive a Fair libre, 1 e mission d une quan- 
tite variable de sang par les oreilles, le ncz et la bouche. 

Pendant son sejour sous 1 eau, le plongeur est expose a deux grands dangers : 
il peut devenir la proie du requin ou bien si, attire trop loin de la corde de 
signal par 1 appat du butin, il quitte la corde conductrice, il ne peut plus la 
retrouver; impuissant alors a remonter lui-meme, il succombe aux progres de 
1 asphyxie par submersion. 

Quand les pecheurs de perles ou d e ponges plongent a de grandes profon 
deurs, ils se trouvent le plus souvent, leur recolte une fois faite, dans 1 impos- 
sibilitc de remonter a la surface de 1 eau. Aussi, est-ce 1 habitude a Ceylan 
comme dans le golfe Pcrsique, dans la mer Pionge et dans la Mediterranee, de 
passer autour du corps du plongeur une corde communiquant par son extre- 
mite avec une sonnette, a 1 aide de laquelle il fait le signal convenu quand il 
veut remonler. 

Dans 1 oce an Pacifique, a Panama, les pecheurs de perles se lancent a 1 eau 
sans corde d appel; mais ils ne peuvcnt plonger qu a de petites profondeurs; 
et c est a peine s ils demeurent sous 1 eau trente ou quarante secondes. 

Avec 1 application du scaphandre a la peche aux perles, au corail, aux 
cponges, a 1 ambre, 1 industrie du plongeur s est singulierement modinee depuis 
une dizaine d anne es. Cependant, les pecheurs a nu dominent encore dans 
1 Jnde, le golfe Persique, la mer Rouge et sur la cote occidentale d Amerique. 
Les lesions auxquellesces pecheurs sont exposes en pareil cas, sont, nous 1 avons 
vu, des congestions viscerales et des he morrhagies. Ces accidents sont d antant 
plus prononces quc Ton descend a une plus grande profondeur; ce qui ne 
saurait se faire sans 1 aide d une pierre attachee a une corde par laquelle le 
plongeur se laisse entrainer au fond. 

Quelle est la cause de ces accidents? Selon nous, elle differe completement 
de cclle qui donne lieu aux accidents qu eprouvent les plongeurs revetus du 
scaphandre, et qui respirent de 1 air comprime. C est la un fait surlequel il est 
bon d insister. 

Le plongeur a nu se lance a 1 eau apres avoir, par une forte inspiration, 
acciunule dans ses poumons autant d air que cela lui est possible; il ne 
remonte a la surface que lorsque, apres avoir epuise sa reserve d air, 1 irape- 
rieux besoin de respirer se f;iit sentir. Or dans ce cas, les accidents ne peuvent 
arriver que par suite de 1 obstacle a la circulation qu entraine 1 arret du mou- 
vement respiratoire ; de la, des congestions passives et des hemorrhagies capil- 
aires. 

La pression de 1 eau, quand on arrive a de tres-grandes profondeurs (ce qui 
est rare) ne saurait agir dircctcment sur la tension des gaz du sang, par la 
raison toute simple que cette pression, n e taiit pas celle de 1 air qui se trouve 
dans 1 interieur des poumons, il ne peut y avoir d autre influence sur les phe- 
npmenes d echange respiratoire que celle d une accumulation d acide carboni- 
que dans les vesicules pulmonaires. Le phenomene essentiel re side done dans 
le plus ou moins de temps que le plongeur peut mettre a garder sa respira 
tion. Or c est la une affaire d habitude; et la veritable education du plongeur 
a nu consistc a commencer, des le jeune age, a inspirer a pleins poumons; a 



SCAPHANDRES. 210 

developper, par 1 exercice, le jeu de sa respiration ; et a s habilucr, la poitrine 
une fois remplie d air, a rester le plus longlemps possible sans respirer. 

Chez un plongeur qui, sous le nom d homme poisson , se montrait dans 
les foires, nous avons constate un sejour sous 1 eau de deux minutes el demie. 
Get bomme, ancien plongeur americain sur la cote du Pacifique, avait la taille 
haute, la poitrine bien developpee et, possedait un notable embonpoint. Avant 
de plonger, il faisait a plusieurs reprises de larges inspirations ; accumulant 
ainsi, en lui-memc, une reserve d oxygene sufiisanle pour les echanges de gaz 
dans les poumons et les oxydations intimes des tissus, durant tout le temps de 
1 arret respiratoire sous 1 eau. 

C est la pratique que suivent en tous pays les plongeurs a nu. 

II est probable que, lorsqu apres un sejour relativement prolonge au fond 
des eatix, le plongeur se trouve dans 1 inipossibilite de remonter a la surface. 
I aneantissement qu il eprouve est du au defaut d excilation due aux combus 
tions respiratoires inlerstitielles;peut-etre meme a 1 arret complet de ce pheno- 
mene iutime, par suite de 1 epuisement de la reserve d oxygene inlroduil par les 
precedentes inspirations. En cas d accident, en effet, chez le plongeur a nu : 
le sang est noir, comme entierement prive d oxygene; il n en est pas de meme, 
ainsi que nous allons le voir, chez les scaphandriers, qui pre sentent au con- 
traire, sous 1 influence de la compression de 1 air qu ils respirent, un sang ruti- 
lant, eminemment arterialise. 

B. Scaphandriers. Les scaphandres sont employes dans les ports de mer 
pour ce qui concerne la reparation des navircs, la construction des jetees ou 
des quais, 1 exploration du fond des eaux. A bord des batiments, ce sont en 
general les mecaniciens qui, par une education prealable, doivent se fa:iiilia- 
riser avec ces appareils, afin de pouvoir, quand il est necessaire, visiler lacarcnc 
et en rechercher les avaries. 

La premiere application des scaphandres a la peche des eponges, dans 1 Ar- 
chipel de Grece, date de 18G5. Aujourd hui, les benefices que 1 emploi de ces 
appareils entraine sont si considerables, qu il en existerait, dit-on, plus de trois 
cents, dans ces parages seulement. Leur introduction dans la peche aux perles. 
n a pas amene les memes resultats ; bien qu elle ait eu lieu, a Ceylan entre 
autres, longtemps avant qu ils ne fussent connus dans 1 Archipcl. Dans ces 
dernieres annees, le scapliandre a ete employe sur la cote de la Baltique pour 
la peche de 1 ambre; et des observations ont ete recueillies, a cetegard, sur les 
avantages commc sur les inconvenients qu il presente. 

Le premier document qui nous ait fait connaitre les accidents, auxquels sont 
exposes les plongeurs munis d un scapliandre, est du a LeRoy de Mericourt. La 
plupart des faits cites sont, dit 1 auteur, empruntes a un memoire manuscrit de 
M. Auble, agent de la Societepour la peche des e ponyes, au moycn des appareils 
plongeurs Rouquaijrol et Dcnayrouse. II nous apprend ainsi que, pendant la 
campagne de 1867, il ne survint aucun accident serieux parmi les hommes qui, 
pour pecher, etaient munis de 1 appareil Rouquayrol-Denayrouse. Mais a la 
meme epoque, sur vingt-quatre homines qui se servaient de douze scapliandres 
de fabrication anglaise, dix succomberent. 

L absence de medecins sur les lieux de peche; et la difficulte d obtenir des 
renseignements de la part des pecheurs de 1 Archipel, qui sont d un naturel 
fort defiant, n ont pas permis d etre fixe, comme il eut ete a desirer, sur la 
nature des phenomenes qui- ont precede la mort de ces dix ploiiTeurs. On a pu 



220 SCAPHAWDRES. 

savoir seulcment que trois d entre eux ctaient morts subitement en quiltant le 
travail sous-marin ; et que les autres avaient langui de un a trois mois, paralyses 
des membres inferieurs et de la vcssie. En raison de la paraplegic chez les 
sept plongeurs qui ont survecu quelque temps, ajoute Le Roy de Mericourt, il 
est permis de supposer, jusqu a un certain point, que ce phenomene devait 
egalement exister chez les trois qui ont suecombe rapidement. 

Ainsi, dans ce premier travail sur la matiere, on trouve tout d abord relateesles 
deux principalcs sortes d accidents graves qui surviennent chez les scaphan- 
driers : les morts subitcs et les paralysies persistantes des membres inferieurs. 

En 1872, Alphonse Gal, dans sa these inaugurals intitulee : Du danger du 
travail dans 1 air compr une et des moyens de le prevenir, s est particuliere- 
ment occupe des plongeurs employes a la peche aux eponges. Ce document, 
riche de fails, a ete reproduit presque en entier dans le remarquable ouvrage de 
Paul Bert sur la Pression barometrique. C est du reste a ce dernier ouvrage 
dans lequel 1 auteur a accumule, a cote des observations connues jusqu a cc 
jour, les experiences les plus interessantes et les plus variees sur 1 influence 
physiologique et palhogenique de 1 air comprime, que nous eniprunterons la 
plus gramle partie de ce qui a trail aux inconvenients, auxquels sont sourais 
les ouvriers qui se servent du scaphandre. 

Dans une premiere serie d observalions, Alph. Gal a cherche a se rendre 
com pie des modifications apportees aux fonctions physiologiques par le travail 
sous 1 cau avec le scapli;mdre: Le plongeur, dit-il, soumis a une pression de 
deux, trois et quatre atmospheres, n eproiive nullement la necessite d agrandir 
sa cavite pulmonaire; cl je crois a 1 intervention des centres nerveux pour 
moderer 1 eteudue de I inspiration : eteudue devenue inulile en raison de la 
quanlite plus considerable d oxygene mise en rapport avec les capillaires du 
reseau pulmonaire, sous un volume simplement egal au volume normal. En 
somme, on observe plutot, sous I influence de ces pressions, une diminution 
dans 1 ampliation pulmonaire. 

Relativement au nombre des mouvements respiratoires : il a pu se rendre 
compte, en observant le degagement, a la surface de 1 eau, de 1 air expire par le 
plongeur pendant son travail, que: quelle que soil la profondeur a laquelle il se 
trouve, il respire facilement et librement ; mais les mouvemenls respiraloires 
augmentenl en nombre, a mesure que, s elevant du fond de 1 eau, il subit les 
effels de la decompression. 

Quant a la circulation : les phenomenes observes ont ete une diminution dans 
la force du pouls sans modification de rhythme. Mais, en remontant a la surface, 
il s est toujours manifesle une acceleration, d aulanl plus marquee que I ascen- 
sion avail ele plus rapide. Presque toujours le pouls du plongeur, au moment 
de 1 arrivee sur le pont de la barque ou on le recevait, battait plus de 80 fois 
par minute. Sur 240 observations il a ete trouve : 

\u dessous de 80 pulsations li fois. 

De 80 a 90 105 

De JO ;i 100 12i 

De 100 a iQ J 2 

Une demi-heure apres; 205 fois, le pouls e tail revenu a peu pres a la nor- 
niale ; o fois, il etait tombe manifestement au-dessous ; et 54 Ibis, il etait revenu 
entre 75 et 80 pulsations. 



SCAPHANDRES. 221 

Dans cette double acceleration de la respiration et de la circulation, on ne 
suurait faire intcrvenir la fatigue musculaire; car la montee est excessivcment 
facile pour les plongeurs, grace a 1 air contenu dans leur habit, qui se dilate a 
mesure que 1 ascension avance. 

Pour ce qui regarde les secretions : il a remarque que la pcau reste seche tant 
qu on ne remonte pas ; mais lors de 1 ascension, et par suite, pendant la decom 
pression, la secretion de la peau est considerablement augmentee ; el generale- 
ment, on est couvert de sueur au moment ou Ton arrive a la surface. C est sans 
doute a cette diminution prononcee de la transpiration cutane e, pendant le 
sejour sous 1 eau, qu est du le besoin d uriner qui se fait parfois vivement sentir. 
Chez tous les plongeurs observes, ce besoin devenait imperieux, generalement 
apres vine heure, une beure et demie, sous une pression de 20 metres d eau ; 
quelquefois meme il leur arrivait d etre obliges d uriner dans leur babit. 

Revenons maintenant sur la nature des accidents observes. 

La sensation intolerable de prurit qui a ete signalee par la plupart des obser- 
vateurs, entre autres par Foley, cbez les tubistes (Voyez art. ATMOSPHERE) n a 
jamais ete observe e cliez les plongeurs. Gal pensc que cela tient a ce que lem 
corps est toujours couvert de sueur, uu moinent de leur sortie de 1 eau. 

En revanche, cemedecin a constate chez tous les plongeurs, a deux exceptions 
pres, I apparition brusque de douleursexcessivement vives, bientot apres la sortie 
de 1 air comprime. Ces douleurs affectaieut plus specialement les parties du 
corps oil 1 effort musculaire aurait ete le plus longtemps soutenu : le deltoicle 
gauche en general; accompagnees presque toujours d un peu de gonflement de la 
partie, mais sans aucune rougeur; leur duree n a jamais ete de plus de deux 
jours, et le plus souvent, elles out disparu au bout de quelques heures. 

Des otalgies violentes, avec surdile plus ou moins passagere, sont aussi 
signalees chez quelques plongeurs. Ges otalgies se sont montrees, tantot pendant 
la compression; le plus souvent, apres la decompression; et parfois, sans que la 
profondeur atteinteait ete bien considerable. 

D autres fois, ce sont des hemorrhagies, la plupart du temps nasales; et, 
plus rarement encore, des troubles gastriques prononces, tels que crampes, 
nausees, etc. 

Mais les accidents les plus redoutables qui surviennent chez les plongeurs 
sont caracterises par des symptomes de congestion cerebrale ou pulmonaire 
entrainant presque subitement la perte de connaissance et la mort. 

A cote de ceux-ci se placent les troubles foiictionnels de la moelle dont la 
consequence peut etre egalement fatale pour le plongeur. 

Pour bien apprecier le caractere de ces divers accidents ; et, avant d en recher- 
cher la pathogenic, il nous parait utile d en citer quelques observations caracte- 
ristiques : 

Lc 25 juin 1868, a Navarin, Jorgieos Koutchouraki, descendu par une 
profondeur de 40 a 45 metres, est reste un quart d hcure au fond. Selon 
la coutume des plongeurs grecs, il s est fait hisser apres ce temps; il est 
arrive sur le pont du bateau en parfaite sante ; quelques minutes apres, il s est 
plaint de tournoiements de tele, et il est tombe sur le pont. Perte de la parole 
et de [ intelligence ; face rouge ; mort subite. (Obs. rec. par Gal, citee par 
P. Bert.) 

Le 10 juillet 1868, dans 1 archipel grec, Manolis Couloumaris, descendu par 
une profondeur de 25 brasses, c est-a-dire a peu pres de 40 metres, est reste 



222 SCAPHANDRES. 

environ trois quarts d heure an fond. Au bout de ce temps, il a fait le signal 
convenuetil a ete hisse : il etait sur le pont depuis un quart d heure a peupres, 
et, au dire de ses camarades, il pressait les eponges qu il avail remonte es, 
lorsqu il fut brusquement saisi par de fortes douleurs, et presque aussitot perte 
de connaissance absolue. II succomba rapidement. (Observ. de Gal. citee 
par P. Bert.) 

Le 15 juin 1869, surla cote de Bengasi, le nomme Xi Joannesppas descendit 
par 20 brasses de fond, c esl-a-dire de r >0 a 35 metres. Ce plongeur etait 
desccndu pendant cinq jours de suite, et a plusieurs reprises chaque jour, par 
des profondeurs toujours superieures a 50 metres; et jusqu alors il n avait rien 
eprouve de facheux, sauf un peu de douleur dans le bras gauche. Le 15 juin il 
en etait a sa seconde descente quand 1 accident lui arriva. Remonte apres un 
sejour de plus d une demi-beure, il nc parut tout d abord ricn eprouver de 
facheux, ct descendit sous le pont de son caique pour se reposer. Ce ne fut 
qu une heure apres, qu un deses camarades, descendant aupres delui, le trouva 
sans connaissance, la figure rouge, les membres completement inertes et converts 
de sueur froide. On essaya de le rechauffer sans pouvoir y parvenir. On mit a la 
voile pour Alexandrie, ou Ton esperait trouver du secours; rnais la rnort arriva 
au bout de vinyt-quatre hcures. (Observat. de Gal citee par P. Bert). 

Pendant 1 ete de 18G6, le docteur Sampadarios d Egine fut appele pour 
visiter le pecheur L. Get homme plongcait en scaphandre depuis quelque temps 
[tour peeher 1 cponge ; il avail quarante ans. La vcille etant retire du fond de 
la mer, il etait tombe dans un etat comateux; lorsque le medecin arriva, il 
etait aux derniers moments; la face bouffie, bleuatre, comme morl d asphyxie. 
(Observ. cit. par Bert.) 

Au commencement de seplembre 1868, le nomme Nicolas Kardachi est pris 
sur la cote de Bengazi, deparalysie des membres inferieurs, de la vessie et du 
rectum. 11 y avait chez lui paralysie complete des mouvements, hyperesthesie 
de la peau et vives douleurs depuis la hauteur des reins jusqu a 1 extre mite des 
doigts de pieds. L affection s elait declaree fort peu de temps apres qu il fut 
remonte sur le pout dc son caique. On le ramene aussi vite que possible a 
Calymnos; ou il arrive cinq jours apres le debut de la maladie. 11 n avait pas 
urine et n avait pas eu de selles ; la vessie fort distendue, lui causait de vives 
souffrances. Le catheterisme, 1 emploi des purgatifs et 1 application d un large 
vesicatoire sur le rachis, a la hauteur des lombes furent les premiers moyens 
employes. 

Le malade etait toul a fait sans fievre ; 1 appe tit etait bon ; le regime fut 
tonique des le debut. 

Le vesicatoire de la region lombaire ful renouvele; et les mouvemenls revin- 
rent peu a peu, en meme temps que la sensibilite normale. La paralysie de la 
vessie fut la premiere a ceder; et au bout d un rnois et demi, le malade put 
marcher en trainant les jambes, au bout de trois mois il etait parfaitement 
gueri. (Observ. deGal. citee par P. Bert.) 

Au mois d aout 1869, sur les cotes de Crete, le nomme Ph. Karaktoni est 
paralyse des membres infe rieurs apres avoir plonge a 35 ou 40 metres de pro- 
fondeur. La vessie et le rectum sontepargnes. On n a employe comme traitemenl 
que les frictions excitantes; et la guerison a eu lieu en quinze jours (id.). 

Au mois de septembre 1869 ; le nomme Georgios Baboris plongeait a Candie, 
il fut legerement atteint de paralysie. Traite a Megalo-Castro, il fut tres- 



SCAPIIANDRES. 223 

rapidement sur pied; et il ne lui resta qu un peu de faiblesse des membres 
inferieurs. 

Les troubles paralytiques durent, on le voit, plus ou moins longtemps suivanl 
la gravite des symptomes du debut. La guerison, il est vrai, est le plus souvenl 
la regie; mais quelquefois, les lesions de la moelle s affirment de plus en plus; 
et le mal persiste sans amelioration notable. 

Dans quelques cas rares, des troubles trophiques se manifestent assez rapide 
ment, et la mort arrive comme consequence des lesions essentielles du systeme 
nerveux. 

L observation suivante en est un excmple ; elle a ete publiee en 1871, par 
M. Cotsonopoulos de Nauplie en Moree, et citee par P. Bert : 

D. N. age de trcnte ans, marin bien conslitue, fort, travaillant depuis 
une annee avec le scaphandre anglais, a ete Iransporte le 2 mai a 1 hopital de 
Nauplie. II y a six jours, il travaillait aubord du golfe Argolique, a la profondeur 
de 50 metres, sur un sol boueux. Lorsqu on 1 a retire, il a senti une douleur aux 
lombes et un fort engourdissement des membres inferieurs, dont les mouvemenb 
apres une heure etaient tout a fait impossibles A son entree a 1 hopilal la 
paralysie etait complete ; aucun mouvement des membres inferieurs ; aucune 
contraction, rneme par I electricite ; perte dc la sensibilite et meme de la sensi 
bilite c lectrique. Le tiers superieur de la cuisse un peu sensible ; le malade avail 
quelquefois spontanement un sentiment de brulures aux jambes ; paralysie de la 
vessie, paresse du tube digestif, le venire gonfle ; la vessie etait videe deux fois 
par jour. La pression a la colonne vertebrate n elail pas douloureuse. Un 
erytheme douloureux existe a la region sacree : c est le commencement de la 
gangrene du decubitus qui se developpe plus tard. Pas de fievre. 

En presence de pareils symptomes survenus subitement ; on a admis une 
hemorrhagie dans la colonne vertebrale, et on a insiste sur 1 application de 
ventouses et de sangsues et sur 1 administration de purgatifs et de lavements. II 
y a eu une petite amelioration; la sensibilite a paru augmenter un peu a la 
partie superieure des cuisses; mais bientol, le mal a fait des progres : une 
cystite se developpe avec gangrene de decubitus, fievre, frissons, incontinence 
avec retention, evacuations involontaires ; enfin, par suite des progres de la 
gangrene, le sacrum est tout a fait denude. Aux derniers jours de la maladie, 
des eschares s etaient presentees aux talons. La mort survient le quarantieme 
jour; le malade ayant conserve ses facultes intellectuelles intactes jusqu a la 
fin. 

Dans quelles circonstances, et a quel moment du travail du plongeur se pro- 
duisent ces accidents? C est la un point sur lequel il nous faut maintenant 
insister. 

Nous avons vu qu en 1867, il y avail en Grece 12 scaphaudres monies par 
24 plongeurs ; il y eul dix morls. Les Grecs descendaienl par des profondeurs 
de plus de 45 melres ; se faisaienl hisser rapidemenl quand ils voulaienl 
remonter; et faisaient un nombre considerable de plonges pendant la journee. 

En 1868, il y avail au moins dix machines a Calymnos seulement. Elles 
employaient 50 plongeurs ; il y cut deux morts, et deux paraplegics suivies de 
guerison. 

En 1869, plus de quinze machines, occupant au dela de 45 plongeurs : il v 
euttrois morts et trois paraplegics. 

Alph. Gal qui donne cette slatistique pour un seul endroit de peche; 1 ile de 



SCAPHANDhES. 

Calymnos attribue la diminution qu il constate dans le nombre et la gravite des 
accidents, aux mesures prises pour rendre le travail journalier des plongeurs 
moins fatigant ; a la prudence avec laquelle on evitait de les faire descendre par 
de grandes profondeurs ; enfin a la lenteur qu on leur recommandait de mettre 
dans 1 ascension, afm d eviter les effets d une brusque decompression. 

Malgre de telles precautions, les accidents sont loin, en verite, d etre moms 
nombreux, puisque, si Ton s en rapporteaux renseignements donnes a Paul Bert, 
sur 300 scaphandrcs, employes actuellement dans 1 Archipel, le chiffre des deces 
s eleve a 50 par an ! 

Voici d aillcurs, a ce sujet, une note fournie en 1872, par M. Den.iyrouse lui- 
meme, note tres-explicite et par cela meme fort inte ressante : J ai fait pendant 
six mois, dit-il, plonger une centaine d hommes a des profondeurs variant de 
trente a qnarante metres ; 200 autres plongeurs etrangers travaillaient sous 
mes yeux dans les memes conditions. Tous ces gens-la respiraient de 1 air a la 
pression du milieu ambiant; soil a quatre ou cinq atmospheres. Cinq homines 
sont morts a ces pressions ; un grand nombre d aulres ont ete atteints de diverses 
affections, dont les plus fi equentes ont ete des paralysies des membres inferieurs 
et de la vessie, des surdites etenfm des anemies. 

Les hommes soumis a des decompressions brusques etaient en eifet plus 
exposes aux accidents que les auties. Ceux qui sont morts n ont jamais expire au 
fond de 1 eau ; ils remontaient, se plaignaut de douleurs internes, au coeur en 
particulier, se couchaient dans leur barque et s eteignaient au bout de quelques 
lieures. 

Ainsi, pour les plongeurs comme pour les ouvriers travaillant dans les tubes 
a air comprime (voy. article ATMOSPHERE), les accidents redoutables seraient 
dus, avant tout, a 1 influence d une decompression trop rapide. 

Toulefois, nous devons reconnaitre que pour les plongeurs, quelques observa 
tions tendent a demontrer que le malaise qui peut etre considere comme le 
debut des accidents, se manifesterait au fond de 1 eau, par 1 effet meme d une 
compression trop forte Bien certainement, dit le docteur Sampadorios d Egine 
cite par Paul Bert, le derangement de la sante commence au fond de la mer. 
Le pecheur sent qu il se trouve mal, et il donne le signal de le retirer. Le 
docteur Cotsonopoulos cite un cas ou Ton a retire le plongeur presque mort ; et 
il a ete mort apres quelques mouvements. C est principalement quand ils 
travaillent a une grande profondeur pendant un trop long temps : quatre ou 
cinq heures, que, au dire des plongeurs, ils sont exposes a se trouver mal. 
Lorsqu ils descendent a une profondeur depassant 30 metres, ils ne peuvent 
travailler longtemps ; et plus ils descendent has, moins ils sont susceplibles 
de prolonger le sejour sous 1 eau. D ailleurs, ajoute cet observateur, il fautnoter 
que lorsque le plongeur donne le signal qu il se trouve mal. on s empresse de le 
retirer bien vite ; et au premier derangement s ajoute peut-etre celui de la 
decompression brusque. 

Des experiences recentes de P. Bert sont venues jeter sur cette question un 
jour nouveau ; et, tout en reconnaissant, avec les auteurs, que la decompression 
est la cause generale des accidents qui se presentent chez les plongeurs, a leur 
sortie de 1 eau: on peut aujourd hui se rendre compte dece qui se passe, quand 
le mal debute au fond, avant que le plongeur ait commence a remonter. 

Nous n avons pas 1 intention de presenter ici le tableau fort interessant des 
experiences faites par cet eminent physiologiste ; mais il est utile d en signaler 



SCAPHANDRES. 225 

ce qui concerne plus particulierement le sujet que nous traitons, afin de bien 
comprendre la valeur des conclusions qu il en a tirees pour 1 hygiene specialc 
de la profession de plongeur. 

Ainsi, il a etabli d une facon incontestable : que 1 influence de la prcssion 
barometrique n est jamais directement la cause des phenomenes qui se mani- 
festent chez ceux qui en subissent les variations ; mais que c est a la tension 
desgaz du sang, dont elle est une des conditions essentielles, que ces phenomenes 
doivent etre rapportes. En effet, il a conclu de ses experiences, qu avec I aug- 
mentation de pression barometrique, 1 oxygene augmcnte dans le sang ; il en 
est de meme de 1 azote, ce dernier beaucoup plus rapidement pourtant que le 
premier ; quant a 1 acide carbonique, il diminue presque toujours. 

Cetle proposition, par laquelle il resume ses recherches, nous met tout de 
suite en presence de ce qui se passe chez le plongeur. A partir d une ccrtaine 
profondeur, la tension de 1 oxygene et de 1 azote augmeiite dans le sang. Cette 
augmentation de 1 oxygene explique la coloration rutilante de ce liquide, con- 
state e par tous les observatcurs. Mais, a cette quanlite plus considerable d ox\ _ 
ne repond pas une augmentation proportionnelle dans les oxydalions intersli- 
tielles de 1 organisme, car, au contraire, le gaz acide carbonique sc trouve 
diminue. L anemie, en effct, observec chez les plongeurs, dans certaines circ< in 
stances, ne saurait done elrc attribute a 1 exageration du mouvement nutritii , 
sous 1 influence d une action oxydante plus prononcee, ainsi qu on 1 a avainv. 
Au contraire, le mouvement de combustion respiratoirc interstitielle est moins 
energique; d ou le ralentissemcnt ct le calme dans la respiration et la circula 
tion du plongeur, sous 1 influence de Fair comprime. 

Lorsque le plongeur remontc a la surface de 1 eau, les phenomenes dont It- 
sang est le theatre viennent a changer; et c est dans ce changement que nous 
allons trouver 1 explication des accidents qui se presentent alors. 

Mais un fait a constater auparavant : c est que, a partir d une certaine pres 
sion, 1 accumulation de 1 oxygene dans le sang peutdevenir, par elle-meme, une 
cause d accident grave ; il resulte, en effet, des experiences de Bert que : deux 
animaux, dont 1 un respire dans un courant d air de plus en plus riche en 
oxygene, et dont 1 autreest soumis a une pression barometrique croissant de 1 a 
5 atmospheres, sont dans des conditions identiques ; que, au dela : 1 animal qui 
respire de 1 oxygene pur a 2, 5, 4 atmospheres et celui qui respire 1 air pur a 
10, 25, 20 atmospheres, tous deux sont, par ces precedes divers, menaces des 
memes accidents et de la meme mort, de la mort par exces d oxy^ene, d un 
empoisonnement d une espece jusqu ici inconnue. Certes, on est loin d arriver, 
en plongeant, a subir de telles pressions ; mais il ne faut pas oublier qu il a 
ete question plusieurs fois de 5 et 6 atmospheres ; et c est dans de telles condi 
tions, nous le savons, que le plongeur se trouve mal au fond de 1 eau. Or, 
dans ces cas-la, il n est que tres-plausible de supposer que les accidents de 
pendent de 1 exces d oxygene dans le sang ; et Paul Bert n hesite pas a 1 admettre. 
Maintenant, que se passe-t-il pendant 1 ascension du plongeur; c est-a-dire 
pendant la decompression. Sans revenir ici sur les di verses theories emises par 
les auteurs sur la pathogenic des accidents dus a cette cause (voy. ATMOSPHERE)- 
nous rappellerons que : avec Bucquoy, Le Roy de Mericourt, Gavarret, un certain 
nombre avaient deja admis que, au moment dc la decompression, il se produit 
un degagement des gaz du sang, qui tendent a redevenir libres et qui devien- 
nent la cause d hemorrhagies ou de congestions viscerales. Les rcmarquable 
DICT. ENC. y s. VII. 15 



220 SCAPHANDRES. 

experiences de Paul Bert sont venues confirmer I hypothese ; et preciser la cause 
exacte des troubles fonctionnels qui se inanifestent, en pareil cas. 

Ce sont bien, dit-il, les gaz du sang qui repassent a 1 etat libre sous 1 in- 
fluence de la decompression brusque, et occasionnent alors des accidents compa- 
rables a ceux d une injection d air dans les veines. Seulement, le phenomene est 
plus multiple et plus complexe qu on ne pouvait le supposer. L experience 
demontre que la plus grande parlie du gaz libre cst constitute par del azote; et 
tout d abord, nous aurions pu nous croire en droit d affirmer que c etait ce gaz v 
exclusivemcnt, qui devait, en repassant a 1 etat libre, menacer la vie, puisqu ii 
e"tait le plus notablement augmente dans le san.-. 

Sous 1 influence de ce degagement, il se forme dans le sang un veritable 
bouillonnement ; on trouve du sang mousseux dans les veines, dans les arteres,. 
dans tous les departements du systeme circulatoire. Les bulles de gaz, entrai- 
nees par le sang, peuvent on se dissoudre, ou bicn, en partie, projetees dans les 
capillaires des centres nerveux, viennent intercepter la circulation medullaire ; 
entrainant comme consequence une paralysie instantanee. 

Rien de plus saisissant que.de voir des animaux decomprimes de 6 a 8 atmo 
spheres bondiss.-iiit. bors de 1 appareil, comme joyeux de leur liberte, puis 
frappes an bout de quelques minutes d une paralysie qui debute toujours par les 
membrcs inferieurs, mais qui souvent envahit ensuite tout le corps. A la mort, 
on Irouvail un ramollissement plus ou moms etendu, et le plus souvent de la 
region lombairc dc la moello ; an milieu duquel se voyaient quelquefois, encore 
apres quatre jours, des bulles de gaz qu entouraient des processus inflammatoires 
qui avaient cause la mort. 

On comprend ainsi quels dangers courent les ouvriers dont la paralysie ou Ja 
mort dependent de la grosseur des bulles de gaz arretees dans les ramifications 
vasculaires ; et Ton s explique comment des accidents legers chez les uns,mor- 
tcl chez d autres, aient apparu dans la decompression trop brusque, aux envi 
rons de 4 atmospheres. 

Mais la presence de bulles d azote dans le sang, irritant les lissus par leur 
contact, lorsqu elles sout assez fines pour Iraverser les capillaires, ou entrainant 
des accidents plus graves et plus durables lorsqu elles interrompent la circula 
tion, ne constitue pas le seul danger auqnel soient exposes les animaux rapide- 
ment deeomprimes ; ni peut-etre le plus redoutable. En effet, les tissus memes 
de 1 organisme qui sont impregnes de liquide, les collections liquides autres- 
que le sang se cbargent, au contact du sang sursature d azote, d une proportion 
croissante de ce gaz. Et, lorsque sunienl la decompression, ces gaz doivent 
necessairement revenir a 1 etat libre, distendant et meme dilacerant les tissus 
au sein desquels ils sc degagent. Les douleurs, les gonflements locaux observes 
chez les plongeurs et les ouvriers tubistes doivent evidemment leur etrc 
attribues. 

C. -- Apres avoir presente les faits necessaires arintelligencedes phenomenes 
morbides que Ton constate chez les plongeurs revetus du scaphandre, nous 
pouvons aborder le cote veritablement pratique de la question : celuiqni a trait 
aux indications a formuler dans le but de prevenir ies accidents, autant que 
possible; d en diminuer, tout au moins, la frequence et la gravite en assurant a 
1 ouvrier les conditions les plus favorables de travail. 

1 Choix du plongeur. 11 faut, en premier lieu, apporter le plus grand soin 
an choix des hommes qui doivent etrc engages comme plongeurs. 



SCAPHANDRES. 227 

L age a une importance capitale. De vingt a trente-cinq ans, Ic plongeur 
sera, sous ce rapport, dans les conditions les plus favorables pour supporter Ics 
cffets de Fair comprime. G est ce qui a ete reconnu pour les ouvriers tubistes ; 
et ce que 1 observation a demontre, par la suite, chez les pccheurs de 1 Archipel 

Us doivent ne presenter ancun symptome d une affection pulmonaire ou car- 
diaque qui ne predisposerait que trop aux congestions et aux hemorrhagies aux- 
quelles on est expose pendant le travail sous 1 eau. A cet egard, le temperament 
sanguin a ete regarde comme prejudiciable au plongeur ; iuais 1 experience de 
montre aussi que la faiblesse de constitution ne lui est point favorable. Gui- 
chard cite le cas de sept plongeurs pris successivement d epistaxis, sous une 
pression d une colonne d eau de 9 metres. Mais, dit-il, Icur constitution 
etait debile. 11s etaient expose s, depuis plusieurs annees, a des fievres palu- 
deennes regnant dans le pays tout 1 ete. Ces hommes vivaient mal, se nourris- 
sant presque exclusivement de legumes et de fruits ; ils couchaient en plein air 
pendant six mois de 1 annee. Ils etaient en general nonchalants, et fournissaient 
une faible somme de travail quotidien. 

D autrepart, ondevra tenir compte, dans le choix des hommes, dcs habiludiv 
regulieres de vie, de leur sobriete. Les exces en tons genres, et parliculuTr- 
ment Tabus des boissons alcooliques, mettent les plongeurs dans de mauvaiM < 
conditions de sante pour supporter le travail a de grandes profondeurs. (ial a 
remarque que ceux qui venaient de se livrer a quelqtie ecart de regime, en 
satisfaisant leur penchant pour 1 ivrognerie, etaient presque toujours attaints 
de vives douleurs musculaires, et se fatiguaient tres-vile. Dans tons Jes cas 
il faut bien se garder de laisser plonger un homme ivre ; ou cclui qui viendra (\c 
prendre son repas. 

2 Education du plongeur. Bieu que eette education ne demande pas un 
long temps, il est cependant necessaire de vaincre 1 effet moral produit par les 
premiers travaux sous-marins. II sera bon pour cela d habituer le plon-eur 
novice a regler le jeu de sa respiration, dout les mouvements sont toujours 
precipites, lors du premier essai. On le revetira de 1 appareil en dehors de 1 eau; 
et on le i era respirer, muni des diverses pieces qui le composent. 

Avec 1 appareil Denavrouse, on ne manque jamais au debut, d ouvrir les 
levres dans le mouvement ^ inspiration et d introduire, ainsi, de 1 eau qui vient 
dans la bouche ; les plongeurs doivent respirer, sans ouvrir les levres. II faut, a 
cet effet, leur recommander de sucer, pour ainsi dire, constamment, le tuyau 
d aspiration. 

On 1 habituera enfin A respirer sous 1 eau, a depetites profondeurs, jusqu a ce 
qu il se soit rendu maitre de toute anxieteet de toute oppression; consequences 
d une respiration precipitee. 

5 Duree de la descents. La descente doit, en general, se faire assez vite ; et 
beaucoup de plongeurs employes a la pecbe aux eponges se laissent tout simple- 
ment couler au fond de 1 eau sans employer d echelle. Le principal inconvenient 
que cette maniere de faire peut provoquer consiste en de vives douleurs d oreille 
pouvant amener la perte de connaissance ; et, dans quelques cas, lasurdite en a 
ete la consequence. 

II faut done conseiller la descente par une echelle a barreaux de fer; ce qui 
permettra au plongeur de se comprimer plus ou moins rapidement. 

La recommandation de se livrer a des mouvements de deglutition et d u- 
valer sa [salive ne sera point inutile; et, pour eviter, quand on se sert de 



228 SCAPHANDRES. 

1 appareil Denayrouse sans casque, la sensation incommode de 1 eau dans les 
oreilles, il est bon de boucher ces dernieres avec un peu de colon imbibe d huile. 
Dureste, comme le fait observer Gal, telle vitesse de descente sera supported 
facilement si le pharynx et la trompe d Eustache sont dans lenr etat normal, qui 
provoqucra des douleurs insupportables dans le cas oil le plongenr aura une 



angme. 



4 Dure e du travail sous I eau. D une maniere generate, la dure e du travail 
sous I eau doit diminuer quand augmente la profondeur a laquelle on travaille. 
Nous savons, en effet, d apres les experiences de P. Bert, que les accidents sont 
d autant plus acraindre que les plongeurs sont soumis a de plus fortes pressions. 
(i Par des profondeurs de moins de 20 metres, dit Gal, la duree de la peche est 
imposee beaucoup plus par 1 impossibilite ou le plongeur se trouve d uriner au 
fond de I eau, que par les dangers dus a la compression ; la fonction des reins 
nous parait en effet augmentee dans 1 air eomprime, et la majorite des plongeurs 
ne peut restcr plus de deux beures sans miction. II faut d ailleurs faire 
remarquer que la profondeur atteinte par les pecheurs d eponges ou de corail 
ne depasse pas ordinairement 50 metres; et dans ces limites, la duree du travail 
peut, sans inconvenient, etre dc une heure a une beure et demie. 

Au dcla de 50 metres, il est necessaire d abord de ne faire descendre que 
des plongeurs presentant toutes les garanties de sante et d assue tude au travail 
sous-marin ; de plus, ainsi que 1 a reconnu Le Roy de Mericourt, les essais gra- 
ducls ne devront se faire que dans des limites de 5 metres au plus, chaquefois. 
Gal nous apprend que dans 1 Archipel, la nature accidentee des fonds par les- 
quels plongent les pechcurs d eponges les cntrainent parfois jusqu a 40 metres- 
Dans ces cas, on ne les y laissait au plus qu un quart d heure ; et on leur signa. 
lait alors de revenir a des fonds moins considerables. Jamais la dure e ne depas- 
sait, dans ces circonstances, trois quarts d heure. 

Voici d ailleurs les regies que 1 experience avait conduit a accepter : 

Jusqu a 25 metres, la dure e du travail etait de une heure et demie ; de 
25 a 50 metres, de une heure seulement; de 50 a 55 metres, une demi-heure ; 
entre 55 et 40 metres, les plongeurs ne restent plus qu un quart d heure. Quant 
au nombre des descentes par jour, il faut toujours se mettre dans le cas de n en 
faire effectuer qu une seule. Par un fonds de 40 metres, le plongeur subit une 
pression de cinq atmospheres. Or, d apres P. Bert, c est alors que les accidents 
de la compression dus aux effets facheux de 1 orygene en exces peuvent se 
presenter. On ne saurait dire jusqu a quel point 1 assuetude peut permettre de 
sejourner par des profondeurs plus considerables ; mais on pourrait peut-etre 
ici suivre le conseil de P. Bert qui, pour combattre le danger de 1 augmentation 
de la tension de 1 oxygene ambiant, voudrait qu on refoulat par les tubes, non 
de 1 air ordinaire mais de Fair pauvre en oxygene. II faut avouer toutefois que 
c est la un moyen peu pratique. 

5 Duree de la decompression, C est a la decompression que sont dus les 
accidents les plus graves qui se manifestent chez les plongeurs. 

Aussi, est-il necessaire avant tout, de surveiller le retour a la surface de I eau; 
et de rendre ce retour d autant plus lent que la profondeur atteinte aura ete 
plus grande. Lorsque dans 1 etendue du terrain de peche, il se trouve quelques 
hauts fonds, le plongeur ne devra pas negliger d y stationner pendant un temps 
suffisant. Le Roy de Mericourt a conseille une duree de une minute par metre, 
pans 1 ascension de retour. Mais, avec la tendance qu ont les plongeurs de re- 



SCAPHANDRES. 229 

venir rapidement a la surface, il est bien difficile de leur faire accepter unc pa- 
rcille rnesure. Les plongeurs de 1 Archipel observes par Gal n ont jamais pu se 
soumettre a la duree dc une demi-minute par metre; ils montaient environ 
4 metres par minute. Peut-etre serait-il bon, d apres cela, comme 1 a propose 
P. Bert, de remonter les pecheurs sur un siege que Ton hisserait du debors ; et 
qui permettrait de les retenir en chemin le temps convenable. 

6 Soins a donner, a la sortie. Ouand le plongeur sort de 1 eau, il est 
presque toujours dans un e tat prononce de transpiration. La circulation est plus 
rapide, et tout denote chez lui une reaction qu il faut considerer comme heu- 
reuse. Sous ce rapport, il est dans des conditions plus favorablcs que les ouvriers 
tubistes qui sont soumis dans les chambres, oil se fait la decompression, a toutes 
les chances d un refroidissement dangereux (Voy. art. ATMOSPHERE de ce Diction- 
naire). Cette reaction en effet, n est en rien arretee chez le plongeur pendant 
son retour a la surface; et Ton doit seulement prevenir tout refroidissement, 
lorsqu il change de vetement. A ce moment, une friction seche, geuerale, sera 
d un excellent effet, et Ton sehatera de le couvrir dc vetements de laine. L em- 
ploi des boissons excitantes et des sudorifiques, qui a etc conseillc, nc saurai! 
etre vraiment necessaire que dans les cas ou les phenomenes de reaction ne sc 
montreraient point. 

On a parle aussi de faire faire au sortir de 1 eau un exercice au plongeur, afin 
de le maintenir en etat de reaction convenable. Ce qu il y a de certain, c cst 
qu il y a, a ce moment chez lui, une tendance tres-marquee au repos. Ainsi que 
le fait remarquer Gal, il y aurait peul-etre de 1 inconvenient a combattre cette 
tendance ; car on ne doit pas oublier que la fatigue musculaire est ce qui do- 
mine alors chez le plongeur; et si la reaction se fait, rien nepeut lui etre plus 
utile que ce repos. 

Mais si, malgre toutes les precautions prises, des accidents survenaient ; 
quelle serait la conduite qu aurait a tenir le medecin? Nous n insisterons point 
sur le traitement a employer qui, jusqu ici, aconsiste a combattre les symptomes 
predominants ; et pour lequel on a presque toujours fait appel a 1 emploi des 
revulsifs. 

A cet egard, il nous parait indispensable de citer le passage suivant de 1 ou- 
vrage de Paul Bert, fort interessant en ce qu il fait connaitre 1 application 
pratique de ses remarquables recherches. Si, dit-il, 1 auscultation devoilc 
quelques gargouillements gazeux dans la region du cceur, on se hatera de faire 
respirer de 1 oxygene aussi pur que possible, qu on devra toujours avoir dans un 
ballon de caoutchouc, ou mieux, comprime en quantite dans quelque reservoir 
en acier. Puis, lorsque les gaz auront disparu du coeur ; et que la mort nc sera 
plus imminente ; il faudra aussitot soumettre le malade a une pression supe- 
rieure a celle d on il sortait ; pour le decomprimer ensuite avec une lenteur 
extreme. Du reste, quand la pression atteint quatre atmospheres, il serait 
prudent de faire respirer aux plongeurs de 1 oxygene, aussitot apres le retour a 
1 air libre ; et sans attendre 1 apparition d aucun accident. Lorsque la compression 
manifestera ses effets par la paraplegie, il faudra immediatement recomprimer, 
satis perdreson temps a faire respirer 1 oxygene; surtout quand 1 accident n est 
arrive que quelque temps apres le retour a 1 etat normal ; car il ne s agit plus 
la d obstruction generale de la circulation pulmonaire, mais de quelque bulle 
de gaz arretee dans les vaisseaux de la moelle, et dont il faut re duire aussitot 
le volume pour que le sang puisse I entrainer. 



230 SCAPHANDRES. 

Bien eviJemment, les mesures de recompression sont plus facilement appli- 
cables chez les ouvriers tubistes que chez les plongeurs ; et nous ne voyons point 
trop le moyen qu il serai I praticable d employer pour soumettre ces derniers a 
une recompression immediate. Aussi faudrait-il insister sur la respiration de 
l oxyene, toutes les fois que les plongeurs auront etc appeles a travailler par 
<Jc grandes profondeurs. On comprendra egalement que c est la le meilleur 
mode de traitement a appliquer dans le cas d accidents arrives chez les plongeurs 
a nu. 

Pour terrainer tout ce qui a trait a 1 hygiene des plongeurs, nous ajouterons 
qu une alimentation substautiellc, un regime reparateur, les mettent a merae 
<le register aux consequences d un metier penible, et deprevenir le plussouvent 
les facheux effets du travail sous 1 eau. L anemie, ainsi que nous 1 avonsvu, est 
un resultat presque inevitable d une longue periode de peche ; or, le plongeur 
anemique est, plus que tout autre, expose aux accidents graves. 

Enfin, nous ne saurions trop recommander la surveillance des appareils em 
ployes qui doivcnt etre maintenus dans un parfait etat de fonctionnement. De 
plus, on ne saurait apporter trop de soins dans leur fabrication. Nous cite- 
rons ici les accidents survenus chez un plongeur, par suite de 1 emploi d un 
tuyau en caoutchouc recemment vulcanise et laissant exhaler des vapeurs de 
gulfure de carbone qui se melangeaient a 1 airqui lui etait envoye par lapompe. 
Ce fait a etc signale par Thibault et Le Roy de Mericourt. 

Quant aux hommes charges de la manoeuvre de la pompe a air comprime : on 
ne saurait trop leur recommander d apporter la plus grande prudence et la plus 
scnipnleuse attention aux signaux qui peuvent leur etre transmis; aux mouve- 
mcnts du tuyau d injection d air; a 1 aiguille du manometre qui leur indiquera 
le degre dc pression a donner a Fair, en rapport avec la profondeur a laquelle 
truvaille le plongeur. 

En dernier lieu, ceux qui se trouvent dans la barque de peche doivent etre 
toujours pivts ;\ donner les secours convenables; pour cela, il ne serait pas inu 
tile de les instruire prealablement de ce qu ils out a faire en cas d accident. 
Ouoi qu il en soil, il est indispensable que, dans une station de peche, il y ait 
un medcein special, a portee des embarcations des plongeurs, et toujours pret 
u accourir. ALEXAXDRE LAYET. 

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p 408. Paris, 1878. Consultez en outre : Annalrs des arts et manufactures, t. XXXVII, 
p. 117; t. XXX, p. 53 et 115 ; t. IV, p. 1 ; t. V, p. 74; t. XVIII, p. ISO. Journal dcs sciemr* 
medicales,t. VI, p. 155; t. XIX, p. 129. Revue maritime el co/onialc, t. X, p. 804; t. XI, 
p. 379, et 812 (1865) ; t. XIII, p. 771 (1865) ; t. XVI, p. 867, et t. XVII, p. 590 et 851 (1866); 
t. XXIV, p. 923 (1868). Ann. d hijgiene pub 1. et med. legate, t. XXI (2 serie), 1864 ; t. XXV, 
p. 210, 1866; t. XXIX, p. 212, 1868; t. XLIV, p. 461, 1875. 

SCAPniUM. Genre de Malvacees-Sterculiees, dont quelques especes sont 
remarquables par la matiere mucilagineuse qu elles produisent. On sail aujmir- 
d hui que ce n est autre chose qu une section du genre Sterciilia anquei nou- 
venvoyons. " B ]1 - 

SCAPULAIRES (ARTEREs) . Nous n avons pas a nous occupcr ici de la scn- 
pulaire poste rieure, plus connue sous le nom de cervicale transverse, et dccrilr. 
a ce mot (voy. CERVICALES [arteres]). II nous reste a decrire I arlere sus-scapu 
laire ou scapulaire sitpericure et 1 artere scapulaire infe rieure. 

1 La scapulaire sitpe rieirre estune des branches externes de la sous-claviere ; 
cllo nait de la partie anterieure de cette artere, au-dessous de la tin ro idicnne 
inlcrieure. Quelquefois elle aunlronc commun avec celle-ci ou avccla cervicale 
transverse. Dirigee d abord de haut en has ct de dedans en dehors, elle passe 
derriere la clavicule et le muscle sterno-mastoidien, longe la base dn triangle 
sous-claviculaire, ou elle n est plus recouverte que par le peaucier, jtuis se por- 
lant plus en arriere s enfonce sous le trapeze, passe presquc toujours au-dessus, 
quelquefois au-dessous du ligament coracoi dien et penctre dans la fosse sus-epi- 
neuse entre 1 os et le muscle sus-epineux. 

Dans cetrajet 1 artere donne de nombreux rameaux, dont un est celui qui se 
rend au trapeze et qui pourrait etre pris pour la continuation du tronc. Ce gros 
rameau, qui alimente aussi le muscle sus-epineux, nait quelquefois de la sca 
pulaire superieure pres de son origine, et contourne alors les scalenes en suivant 
une direction analogue a celle de la cervicale transverse. D autres rameaux, plus 
petitset nombreux, se dislribuent a 1 os, auperioste, aux muscles, a 1* articulation. 

La scapulaire superieure s anastomose avec 1 inferieure et avec la cervicale 
Iran verse. 

2 La scapulaire infe rieure ou sons-scapulaire, dite encore scapulaire com 
mune est la branche la plus volumineuse de 1 axillaire. Elle nait du cote 
externe, vers la partie inferieure de la tete humerale, entre le nerf radial ct la 
grosse brancbe d origine du nerf median (voy. MEDIAN). Elle longe, avec quel 
ques flexuosites, le bord inferieur du muscle sous-epineux en distribuant des 
rameaux a ce muscle et au grand rond. Parvenue au-dessous dc 1 insertion du 
muscle sous-epineux, elle se divise en une branche descendante ou thoracique, 
qui se distribue au grand dorsal et au grand dentele, et une brancbe scapula ire 
proprement dite, dans laquelle Cruveilbier etudie trois rameaux, dont le moyen 
continue le trajet primitif.de 1 artere. Ge rameau moyen descend le long dubord 
axillaire de 1 omoplate, entre le grand et le petit ronds, jusqu a Tangle infe 
rieur de 1 os, on il s anostomose avec la branche thoracique indiquee plus haut 
et avec des rameaux de la scapulaire supe rieure. Des deux autres rameaux de la 
sous-scapulaire, Fun anterieur, sous-scapulaire, s enfonce dans la fosse sous- 



232 SCAPILALG1E. 

scapulaire etl autre, sous-epineux, contourne le bord axillaire de 1 omoplate et 
s enfonce dans la fosse sous-epiueuse,ou ils anastomose avec les divisions termi 
nates de la scapulaire superieure. 

L origins de la sous-scapulairc lui est quelquefois commune avec 1 une des 
circonflexes, la tboracique longue et 1 humerale profonde. (Voy. THORACIQVF. 
(artere) et (BRACHIALE artere). D. 

SCAPUL.4I.GIE (de scfipithtm, epaule, et ).yo;, douleur). Synonymie : 
Omalgie; omitis; omarthrocace ; tumeur blanche de r epaule; luxation spon- 
tane e ou consecutive de Tepaule ; artliralgie, periarthrite scapulo-humerale. 

G est encore la une de ces expressions hybrides que 1 usage a consa- 
crees et qui, comme ses congeneres coxalgie, gonalgie, etc., est destinee 
a disparailre de la nomenclature. S il est vrai que le plus souvent le 
terme Scapulalgie serve a designer la tumeur blanche de 1 epaule, il n en est 
pas moins certain qu on 1 applique aussi a des affections de cette jointure qui 
n ont de commun avec 1 arlhrite fongueuse que la chronicite, la douleur et la 
perle plus ou moins durable des fonctions de 1 articulation malade. 

11 en est, en effet, de la Scapulalgie comme de la Coxalgie (Voy. ce mot). 
Personne n ignore que par cctte derniere denomination on entencl, suivant les 
cas, trois affections distinctes : 1 la tumeur blanche vraie, autant dire 1 osteo- 
arthrite fongueuse; 2 1 arthrite plastique et ankylosante, qu en raison de sa 
nature souvent rhumatismale on appelle aussi coxalgie rlwmativnale; 5 cette 
contracture enfm des muscles dc lahanche, dont on a fait dans le principe une 
coxalgie hysterique et qu on tend a classer aujourd hui parmi les periarthrites. 
Or, il n en est pas autrement a 1 epaule ou les analogies sont d ailleurs com 
pletes. 

Rust separa, un des premiers, en 1817, la tumeur blanche proprement dite, 
le Fungus articulonnn de Reimar, des autres maladies inflammatoires articu- 
laires, pour en former la classe des arthrocaces qui s est conservee depuis lui 
en Allemagne. 

En 1855, Fricke de Ilambourg, etudiant specialement les maladies de la 
hanche, etablissait a son tour 1 existence d une nouveilc enlite pathologique, 
distincte des arlhrocaces et des arthrites. 11 1 appelait une coxalgie et en placait 
le siege, non point dans 1 articulation elle-meme, mais bien dans les muscles 
avoisinants, dont les conditions dynamiques, pensait-il, se trouvaient modifiees 
en consequence d une alte ration survenue dans les nerfs qui les animent. 
De la a generaliser 1 idee et a creer la doctrine des arthralgies, il n y avait 
qu un pas; M. Jules Guerin le franchit (1849); mais ce chirurgien alia trop 
loin en ne voyant plus, dans les maladies articulaires, que des contractures 
symptomatiques d une lesion irritative des nerfs du membre malade. Pour lui, 
plus d arthrocaces, a peine des arthrites tranches, rien que des arthralgies. 

Une doctrine aussi ahsolue ne pouvait prevaloir, comme bien on le pense, 
mais elle cut cetle heureuse influence d appeler 1 attention des chirurgiens 
jur toute une categorie de maladies articulaires, bizarres, sortes denevro- 
pathies, ou les trois symptomes : douleur, contracture et atrophic musculaire 
plus ou moins rapide, constituait a peu pres seuls toute la maladie et que, 
faute d une denomination meilleure, on continua d appeler : ici, une Scapulalgie, 
la, une coxalgie hysterique, ou plus simplement encore une arthralgie, sans trop 
se rendre compte de la nature intime du mal. C est ainsi que nous vimes, il y a 



SCAPULALGIE. 255 

quelques annees (1873), un des plus eminents professeurs de clinique de la 
Faculte dc Paris, montrer a ses eleves une femme atteinte a 1 epaule d une de 
ces affections etranges, disait-il, qui n etait point une arthrite, puisque tout 
phenomene inflammatoire faisait defaut, et qu il fallait, jusqu a nouvel ordre, 
appeler, avec M. J. Guerin, une arthralgte, parce que seule la doukur asso- 
ciee a la perte des fonctions de la jointure et a 1 atrophie rapide des^ muscles, 
constituait toute la maladie. Que cette meme malade eut etc soumise a 1 obser- 
vation d un collegue non moins distingue du professeur dont nous venons de 
parler, et elle eut ete probablement jugee atteinte, malgre 1 absence dc tout 
gonflement inflammatoire, d une arthrite plaslique et ankylosante qu il eut 
appelee une Scapulalgie. Que M. Simon Duplay enlin ait recu cette malade dans 
son service, etnoussommes convaincu qu il eut reconnu chcz elle la periarthrite 
scapulo-hume rale qu il a si bien decrite dans les Archives generates de me- 
decine. 

II y a done, et cela n est pas douteux, en dehors de la tiuneur blanche 
proprement dite, et des inflammations articulaires tranches, une entile 
pathologique encore mal definie, appelee arthralgie par l im, peiiarthrito 
par 1 autre; scapulalgic par un troisieme, a laqncllc il conviendrait pcul-iMiv 
d appliqucr exclusivement cette derniere denomination qui, toulc mauvaise 
qu elle soit, a 1 avantage de ne rien prcjuger sur la nature encore peu connue 
de la maladie. Cependant, pour nous conformer a la terminologie qui tend a 
prevaloir, nous lui conserverons le nom que lui a impose M. S. Duplay ct c est 
d elle que nous allons lout d abord nous occuper. 

PERIARTHRITE. Son bistoire est des plus singulieres. A 1 origine elle se con- 
fond avec celle de la luxation traumatique du tendon du biceps en dcbors de la 
coulisse que lui forme la capsule fibreuse de 1 articulation scapulo-humerale. 
La premiere observation d un pretendu deplacemenl de ce genre est consignee 
dans un auteur anglais de ;la fin du dix-septieme siecle G. Cowper (Myotomu: 
reformata. Londrcs, 1694, p. 149). Un cas extraordinaire, dit-il,s est presenU 
dans notre pratique. Une femme qui vint nous consuller trois jours apres 
1 accident, pensait s etre demis 1 epaule eu tordant du linge qu elle venait de 
laver. Elle racontait qu en raidissant le bras, dans le mouvement de torsion elle 
avait senti dans 1 epaule quelque chose qui s etait deplace. Examen fait de la 
region, nous constatames qu il n y avait point de luxation, mais observant une 
depression sur la partie externe du muscle dalto ide et d ailleurs la partie infe - 
rieure du biceps etant rigide en meme temps que le coude ne pouvait (Hn.- 
etendu, nous soupconnames que le tendon de la longue portion du biceps avait 
glisse hors de la coulisse humerale, quoique cependant nous n enssions jamais 
verifie ce fait. Le moignon de 1 epaulc etait le siege d une legere inflammation. 
La malade s etait servie de son bras quelques instants auparavant. G est pourquoi 
nous conseillames 1 application d un topique emollient et le repos. Aous trou- 
vames le lendemain ce que nous avions soupconne et, en imprimant au bras des 
mouvements dans divers sens, le tendon se remit en place et la malade recouvra 
immediatement 1 usage de son membre. 

Petit-Radel reproduisit cette observation dans 1 Encyclopedie methodique sans 
en indiquer la source. Bromfield affirma plus tard, 1775, que quelques chirur- 
giens avaient vu survenir, a la suite d un accident de ce genre, une immobilite 
complete de 1 epaule, et qu ils y avaient remedie en imprimant a la tete de 
1 humerus des mouvements de rotation en divers sens. Monteggia, de son coh . 



254 SCAPULALGIE. 

relata vers le commencement de ce siecle, le cas d une femmeagee qui, sontenue 
iiar le bras au moment de faire une chute, avail eprouve une forte douleur 
dans le moignon de 1 epaule, douleur qui ne cessa que lorsque la malade sentit 
ijuelque chose de deplace reinlegrer son domicile. Get accident, parait-il, se 
renouvela plusieurs fois, et chaque fois la malade y remedia d elle-meme, en 
appuyant la main du cote blesse sur 1 epaule d une autrc persoune, dc maniere 
a relacher le biceps. 

Jusque-la, aucune piece palhologique n avait etnbli la realite d un semblable 

deplacement. En 1829, Edouard Stanley trouva sur un cadavre servant aux 

dissections le tendon du biceps luxe bors de sa coulisse et arrete sur la grosse, 

I uberosite de 1 humerus. Une gaine membraneuse fixe e a 1 os et s etendant autour 

du tendon, retenait ce dernier dans sa nouvelle position. Cette gaine elait polie 

a sa surface interne : elle concourait a faciliter le jeu du tendon et il y avail 

tout lieu de presumer qu elle s etait formee de la meme maniere que se forme 

la capsule dans laquelle se trouvent renfermes les deux bouts d un os fracture. 

Etait-ce la un deplacement pvimilif? Ne s agissait-il pas au contraire d un 

deplacement consecutif a une luxation scapulo-humerale ? Bien que 1 auteur n en 

disc rien, cette derniere hypothese parait d antant plus probable que pen de 

temps apres (l8">-18ri) un autre chirurgien anglais, John Gregory Smith, 

rencontrait, egalement sur le cadavre, plusieurs exemples d une lesion analogue. 

associee manifeslement cliaque fois a d anciens displacements de la tele de 

rimmerus. 

Une autre piece, enlin, recueillie par John Soclen et que Richard Patridge 
presenta en 1 8 U a la Soc-.iete royale de medecine de Londres, est considered par 
.Malgaigne lui-meme (Lii.niiioit*, p. 560) comme un cxemple d hydropisie de la 
;_:aiuc ct noil de luxation du tendon. Au dcmeurant, il n existait pas, comme on 
In voit, et il n exisle pas encore que nous sachions, de dissection qui ait 
Iburni la preuve du deplacement incrimine. Autre etait done la lesion. 

En 1867, Jarjavay ayant eu 1 occasion d observer successivement quatre cas 
de ce pretendu deplacement de la corde du biceps, en faisait 1 objet d un impor- 
lanl memoire dans la Gazette hebdomadaire. De 1 analyse des fails observes, il 
<;n arrivait a conclure que le siege effectif de la le sion anatomique elait la 
bourse sereuse sous-acromiale dont les parois se tiouvaient distendues et frois- 
sees par un brusque mouvenient de torsion interne imprime a Vhamerus 
autour de son axe. il s en suivait naturellement une inflammation de la bourse 
M -reuse violentee et avec elle, un cortege de symptomes tout a fait caracteris- 
tiques de la lesion. 

Cinq ans plus tard, 1872, M. Simon Ouplay reprenait la question a son lour 
t publiait dans les Archiri 1 * (jcuerales de medecine, sous la rubrique de 
Pe ridrt/irite scapulo-humerale, un travail qui, par 1 originalile des apercus, la 
richesse des tails et aussi la nouveaule du tilre, fixa a juste litre 1 attention da 
nionde cbirurgical. 

Le memoire de M. Duplay avail a peine paru qu une these, ecrite sous I m- 
spiralion du professeur Gosselin, en infirmait les conclusions. L auteur de ce 
travail (Essaisurla Scapulalgie, par Edouard Duronea. Paris, 1875) eherchait 
a elablir que les symplomes rapportes par M. Duplay a une inflammation de la 
bourse sereuse sous acromio-deltoidienne n etaieut autres que ceux de 1 arthrite 
vraie, plastique et ankylosante, de la Scapulalgie, en un mot, ainsi qu il 
1 appelait. , 



SCAPULALG1E. 255 

Peu apres cependant, les idees clu professeur f,ossclin se modifieirnt ; non- 
seulement cet eminent clinicien tenait pour vraie 1 existcnce de la periarthrite 
scapulo-humerale, mais il decrivait lui-meme celle du genou. En 1875 eniin, il 
presidait une these (De la pe riarthrite scapulo-humerale, par Emile Gauthier. 
Paris, 1875) qui resumait assez exactemeut les idees de M. Duplay sur la matiere 
t leur ajoutait de nouvelles preuves a 1 appni. 

Symptomatologie. Avant d aborder la symptomatologie de la periarthrite, il 
importe que le lecteur soil bien prevenu que 1 affection que nous allons t tudier 
n a rien de commun avec les inflammations phlegmoneuses profondes du moi 
gnon de 1 epaule, phlegmon periostique, abces traumatique de la bourse sous- 
deltoidienne, etc., qui constituent a proprcmcnt parler la forme suppurantc 
.aigue de la periarthrite scapulo-humerale, et qui toutes peuvent laisser aprcs 
elles des lesions anatomiques identiques a celles de la maladie decrite par 
M. Duplay. Nous laisserious done volontiers de cote cetlo facheuse demmiinaimu 
pour lui substituer celle de scapulalgie qui n implique d autre idee que celle 
d une affection doulourcusc de 1 epaule, si, d une part, ce mot lui-memc ne 
pretait a 1 ambiguite puisqii ou s en sert aussi pour designer la luiurur Mauehc, 
<;t si, d un autre cote, il n etait aujourd hui passe dans I lisai^ jjr.Ve a 1 autorite 
du nom qui 1 a impose a la nomenclature 

De fait, la maladie de Duplay est bien moins une prriarlhrite, rVsl -i-dire unc 
inflammation franche des tissus periarticulaires, qu une arthralgic, ou, pom- 
pa rk-r plus exaclement, qu une periarthralgie dont les consequences, en taut 
que lesion> anatomiques, ne different de celles des pcriarihrites vraies, sponta- 
nees ou traumatiqucs, primitives ou seconclaires, que par 1 acuite de certaines 
alterations morbides qui out, pour siege principal les muscles, et pour point dc 
depart probable les nerfs qui avoisinent 1 articulation de 1 epaule. 

La maladie est cependant d ordre inflamrnatoire, ce qui semblerait justifier, 
dans nne certaine mesure, 1 expression que nous condamnous, mais elle se 
separe des inflammations ordinaires a plusicurs egards et notamment par 
1 absence de tous exsudats, si bien que I epithete de seche est celle qui con- 
viendrait le mieux, si Ton voulait qualifier la forme de periarthrite que nous 
avons en vue. 

Au debut, la maladie peut presenter une certaine acuite, et cela parce que 
la plupart du temps un traumatisme du moignon de 1 epaule en est le point de 
depart; mais cette periode n est que passagere, fugace meme, et parfois la 
chronicite s installe pour ainsi dire d emblee. Dans tous les cas, le processus, 
loin de lendre jamais a la suppuration, tend au contraire a des neo-formations 
conjonctivales, a des obliterations des appareils de glissement periarticulaires, 
a des scleroses musculaires, et, en dernier terme, a une ankylose peripherique 
plus ou moins complete de 1 articulation scapulo-humerale. 

La periarthrite offre a 1 observateur une physionomie speciale. Disons d abord 
que, hormis la douleur, les symptomes classiques de I inflammation y font le 
plus souvent defaut, meme au debut. C est a peine, en effet, si Ton trouve 
consigne, dans quelques observations, un peu de gonflement de la region 
oxterne du moignon de 1 epaule ; il est plutot note que cclui-ci est aplati, efface 
et parfois notablement amaigri. 

La douleur est un phenomene constant et primordial de la maladie, d ou, en 
raison de 1 absence de toute tumefaction inllammatoire appreciable, le nom 
d arthralgie qu on lui imposa dans le principe. La douleur provoquee existe 



236 SCAPULALGIE. 

toujours : il n en est pas de meme de la douleur spontanee qui fait quelquefois 
defaut. II est rare cependant que le malade n accuse point dans le principe 
une souffrance vague et continue, une sorte de lassitude, de malaise dans le 
moignon de 1 epaule, en meme temps que des douleurs irradiees sur le trajet de 
quelque tronc ou de quelque branche nerveuse emanant du plexus brachial. Ces 
douleurs, parfois, se montrent plus tard. 

La douleur provoquee est de deux ordres; on peut la faire eclater par la 
pression en des points determines, au voisinage de 1 articulation, ou bien en 
imprimant des mouvements a cette derniere. G est surtout en pressant sur le 
trajet des nerfs qui avoisinent la jointure qn on la determine. Teus les auteurs 
s accordent a signaler un point particulierement sensible au toucher sur le cote 
externe du moignon de 1 epaule, a deux travers de doigt au-dessous de 1 acro- 
mion, la precisement ou le circonflexe axillaire s epanouit en ses nombreux 
rameaux. 

II est d autres points douloureux, mais qui sont loin d avoir le caractere de 
Constance du precedent ; ils sont du reste de nature differente. On les rencontre 
au niveau d insertions musculaires, telles que celles du deltoide, a 1 acromion 
et a Thumerus ; du biceps, a 1 apophyse coracoide, a 1 acetabulum et meme a la 
tuberosite du radius. Bisons, a ce dernier propos, qu il n est pas rare d entendre 
les malades accuser une soul france persistante dans la region du pli du coude. 
On a enfin note, dans quelques observations, 1 existence d une vive douleur a la 
pression dans le sillon qui st pare le grand pectoral du deltoide. 

La douleur excitee par les mouvements ne fait jamais defaut, aussi les 
malades condamnent-ils d eux-memes le membre a une immobilite presque 
complete. S ils executent encore quelques mouvements, ceux-ci sont tres-borne s 
et se passent dans 1 articulation sterno-claviculaire, ainsi qu il est facile de s en 
convaincre en jetant un coup d oeil sur le scapulum que Ton voit suivre le bras, 
des que celui-ci se deplace au dela d une certaine mesure. Cherche-t-ou enfin a 
iv,irter*d une main le bras du tronc, pendant que de 1 autre on fixe 1 omoplate 
vers son bord axillaire, on provoque une douleur des plus aigue s, en meme 
temps que les muscles adducteurs de 1 humerus entrent dans une brusque et 
violente contraction. Du reste il n est pas que 1 abductiou qui soit douloureuse ; 
la rotation sur 1 axe, la circumduction, la projection en avant et en arriere, le 
sont egalement, si on prcnd soin de bien immobiliser 1 omoplate. 

La perle partielle OK totale des fonctions de 1 epaule malade est la conse 
quence obligee de la maladie. Ainsi que nous le disions plus baut, le malade 
execute bien encore quelques mouvements, mais c est 1 articulation sterno- 
claviculaire qui en fait tons les frais. II faut dire cependant, qu a s en rapporter 
a 1 analyse des fails observes, une certaine independance des mouvements de 
riiumerus sur le scapulum persisterait dans la plupart des cas. Mais les mouve 
ments ainsi conserves sont toujours tres-bornes ; on en juge bien en etudiant ce 
qui reste encore de 1 amplitude normale du mouvement d abduction; la chose 
est des plus faciles a constater si, comme le conseille M. Duplay, on examined 
(Jos le malade deshabille et place debout devant soi. 

On sait qu a 1 etat physiologique le mouvement d abduction du bras s exe cute 
jusqu a 1 horizontale sans aucune participation de 1 omoplate. Si Ton commande 
au sujet d accomplir ce mouvement simultanement des deux cotes et avec 
lenteur, on reconnait sans peine, en fixant son attention sur Tangle inferieur de 
chaque omoplate que celui qui correspond a 1 e paule malade s eloigue de la 



SCAPULALGIE. 237 

ligne mediane pour suivre le mouvement du bras bien avant que son voisin ne 
bouge. II est rare <{ue 1 abduction atteigne 45 degres sans que deja le mouve 
ment de bascule de 1 omoplate ne se soil dessine. Sur deux malades que nous 
avons observes recemment, chez 1 un, cet angle n atteignait certainement pas 
oO degres, et chez 1 autre, il etait nul ; la plus legere abduction entrainait Jc 
scapulum. Gette constatalion faite, il est inutile de pousser plus loin 1 analyse 
des troubles fonctionnels. On peut etre assure que les autres mouvements de la 
jointure sont limites en proportion de celui qu on vient d etudier. L impuis- 
sance oil [se trouve le malade d accomplir certains mouvements physiologiques, 
en tenioigne du reste surabondamment ; c est ainsi qu il ne peut porter la main 
sur sa tele, non plus que sur 1 epaule ou la fesse du cote oppose. G est a peine 
parfois, comme cela est relate dans quelques observations, s il peut atteindre le 
racbis. 

Si on ne se contente pas d observer, de visu, ce que devient 1 omoplate pendant 
ces mouvements et qu on la fixe vigoureusement d une main, pendant que de 
J autre on cherche a mobiliser I lmmerus en dehors, non-seulemeiit on s assure 
de la dependence mutuelle des deux os, mais on se rend parfaitement complc du 
siege et de la nature du lien qui les rivent 1 un a 1 autre. Ce sont les muscles 
qui font obstacle, et principalement les adducteurs du bras, que Ton sent so 
raidir et former corde sous la peau, des que 1 abduction attciat une certainu 
limite. Us opposent des lors a 1 achevement du mouvement un obstacle que 
1 anesthesie seule peut lever, et encore faut-il que la maladie ne soit pas trop 
ancienne, sans quoi les muscles retractes et scleroses se laissent plutot dechirer 
que de ceder. 

On entend quelquefois durant ces manoeuvres des bruits de frottement, des 
craquements sees, dont les malades ont, du reste, parfaitement conscience. 
Jarjavay avail fait de cette crepitation le signe, en quelque sorle pathognomo- 
nique de la maladie. A moins d anesthesier le malade pour relacher les muscles, 
ce signe fait, au contraire, babituellement de faut, ce qu a du reste fort bien 
indique M. Duplay ; et la chose est facile a comprendre. La douleur, en effet ne 
permet de mobiliser le membre que dans des limites si restreintes qu elles ne 
sauraient permettre aux frottements et aux bruits anormaux de se produire; 
alors meme que ces mouvements seraient plus etendus, les craquements n en 
feraient pas moins defaut dans la plupart des cas, par cette raison fort simple 
que des qu on cherche a ecarter le bras du tronc le malade raidit instinctive- 
ment ses muscles pour immobiliser 1 epaule, si bien que tous les mouvements 
se passent des lors dans { articulation sterno-claviculaire. II faut done, de toute 
necessite, anesthesier le malade pour mobiliser 1 epaule si Ton veut constater 
ces craquements. On est alors sur de les rencontrer. 

Les symp tomes que nous venons d enumerer ne sont pas les seuls. II en est un 
autre que nous venons de signaler en passant, et qui, a nos yeux, est capital, c est 
la contracture musculaire. On peut dire qu il n y a pas de pe riarthrite sans 
contracture, et Ton comprendra plus tard pourquoi. Gette contracture est 
surtout manifesto du cote des muscles de 1 aisselle; grand pectoral d une part 
grand dorsal et grand rond d autre part, et aussi du cote du biceps. Le bras est 
immobilise dans 1 adduction par les premiers, et 1 avant-bras Test dans la demie- 
flexion par le second. II suffit de chercher soit a ecarter 1 un, soit a etendre 
1 autre, pour voir aussitot les muscles former corde sous la peau et opposer une 
resistance presque invincible a la manoeuvre. Ce n est pas ici le lieu de recher- 



258 SCAPULALGIE. 

cher quelle est 1 origine de ces contractures, mais il faut prendre bonne note 
de leur existence. 

N y a-t-il point d autres muscles qui soient contractures? ~Sous n en savons 
rien ; du moins ceux que nous venons d enumerer sont les seuls dont le spasme 
soit evident. Jusqu ici, du resle, 1 attention s est peu portee sur ce point, ce qui 
est assure ment regrettable. Ainsi, ce n est qu incidemment et a propos du traite- 
ment qu on a note dans quelques observations 1 etat de la contractilite electrique 
du delto ide et du sus-epineux ; des autres muscles il n est pas question. M. Dupla\ 
lui-meme, qui pourtant a observe un bon nombre de periarthrites, senible n avoir 
jamais songe a s enquerir serieusement de 1 e tat fonctionnel des muscles, non 
plus que de leur cxciUbilile uux courants electriques. G est qu assurement son 
attention etait ailleurs. On sail que le groupe des adducteurs et surtout le 
biceps, car la chose frappe les moins clairvoyants, sont te lanises. Mais le del 
to ide? en quel etat se trouve-t-il? Kst-il contraclure aussi? et qu on le note 
bien, il n est pas impossible qu il le soit effectivement sans qu on s en apercoive, 
sa contracture pouvaut el re masquee par celle des adducteurs du bras, bien 
autrcniciit puissants que lui. Ne serait-il point paralyse? ou simplement pare- 
sie ? A lire les observations on peut faire toutes les hypotheses. Ici le muscle est 
dur, gonfle et douloureux; la il est au contraire aplati, efface, deprime meme. 
Dans uu cas il repond a 1 excitation faradique, dans 1 autre il y demeure abso- 
luiiu iil indifferent. One conclure de lout ccla? C est quedenouvellesrechercb.es 
dans ce sens sont necessaires. 

A ce spasme musculaire succede plus tard la retraction et \\itrophic. 
Celle-ci prend volontiers les allures d un processus cirrltolitjue aigu qui frapperait 
successivemeut la plupart des muscles de 1 epaule, eu commencaut par le del 
to ide. Celui-ci est, en effet, le premier atteint et il est rare qu a 1 epoque habi- 
tuelle ou les malades se presentent a 1 observation du chirurgieu, il ne soit pas 
dcja plus ou moins reduit d epaisseur, en meme temps que dur et comme 
plaque sur rimmerus avec lequel il semble faire corps. Quicouque a vu tine 
periarthrite un peu ancienne a ete certainement frappe de cet etat particulier 
du muscle. iNous avons enteuduM. Pachet appeler sur ce point rattention deses 
auditeurs et en faire le symptome presque pathognomonique de I artbralgie, a 
la seule condition que 1 element douleur y fut largement associe. Quand, ainsi 
que nous I avons vu recemment, la maladie est a uue pe riode avancee, non- 
seulemeut le delto ide, mais la plupart des muscles de 1 epaule, sont alropliies. 
scleroses et retractes. Ceux-la surtout qui forment les parois de 1 aisselle out la 
rigidite et la consistance du bois. 

On voit, qu au resume, ce qui caracterise essentiellement la periarthrite, 
c est un etat, plutot nevropathique qu inflammatoire, de la region de 1 epaule, 
escorte dans le principe de contractures musculaires et plus tard de retraclioii 
atropliique des orgaues primitivement coiivulse s. 

fitiologie. Un traumatisme est presque toujours le point de depart de la 
maladie. C est, ou une contusion dirccte, coup ou chute, du moignon de 1 epaule, 
ou bien une entorse, determinee par un mouvement de torsion exageree de 
1 humerus autour de son axe ; a cette torsion se trouve generalement assoc-iee 
1 abduction du membre. Sur 17 observations, nous en relevons 6 ou la maladie 
succeda a une contusion, et 7 ou elle eut une torsion du bras pour origine. 
Deux fois enfin ce fut une luxation de 1 humerus qui lui donna naissance. 
Dans certains cas, exceptionnels a la ve nte, I etiologie de la periarthrite semble 



SGAPULALGIE. 25 J 

se rapprocher decelle du durillon force. Ici, c est un forgeron; la, un corroyeur; 
ailleurs, un manoeuvre portant de lourds fardeaux sur 1 epaule, qui, apres un 
travail exagere, sont pris d une vive douleur dans 1 epaule et, consecutivement, 
des phenomenes de la periarthrite. 

II faut bien confesser que, dans les cas d entorse, il n est pas toujours facile 
de distinguer la part qui revient a la torsion de celle qui incombe a 1 abduc- 
tion. Ainsi, dans un des cas relates par Jarjavay, il s agit d un homme qui, en 
debouchant une bouteille, ressent un claquemeut, comme un coup d eclair, dans 
1 epaule, en ineme temps qu une douleur si vive qu il manque de s en trouvcr 
mal. Une autre fois, c est une femme, qui trainant derriere elle une petite voi- 
ture, tombe la face contre terre pendant que de la main droite elle tient tou 
jours le bras de la charrette. Jarjavay, n en afiirmait pas moins que la cause 
occasionnelle de la maladie etait toujours un mouvement de torsion du bras en 
dedans et en arriere. 

La torsion pure ne parait bien evidente que dans une seule observation, cVsi 
celle de G. Cowper dont nous avons donne le resume au commencement de cv 
chapitre. L adduction, non moins pure, est egalement fiagrante dans le cas 
rapporte par Monteggia. Reste a savoir si toutes ces observations sont bien 
reellement des exemples de periarthrite. Le seul fait positil qni se degage de 
1 analyse des circonstances variees de 1 accident, c est que des violences imprimees 
indirectement a 1 articulation, par 1 intermediaire du bras, peuvent, aussi bien 
que la contusion directe du moignon de 1 epaule, donner lieu aux phenomenes 
de la periarthrite. 

Mais il n y a pas que les traumatismes qui puissent etre suivis des plu no- 
meues de la periarthrite. Les inflammations rhumatismales du moignon dr 
1 epaule peuvent egalement leur donner naissance (Henri Desplats), soit qu elles 
portent sur la capsule articulaire elle-meme, soit qu elles se localisent dans les 
bourses sereuses du voisinage. II n est pas eniin jusqu aux inflammations chro- 
niques du perioste du col de 1 humerus, ainsi qu on en trouvera plus Join une 
observation, qui ne puissent aussi amener secondairement, les obliterations et 
les atrophies caracteiistiques de la maladie. 

Pathogenic et nature de I affection. En quni consiste done la maladie dont 
on vient de voir la symptomatologie et 1 etiologie ? Disons d abord ce qu en out 
pense les auteurs. 

L opinion qui, des le debut, en avait fait une luxation du tendon du biceps, est 
aujourd hui condamnee. Ce n est pas a dire qu un semblable deplacement soit 
impossible et qu on ne le rencontrera pas un jour ; mais, a supposer qu il existat, 
sa symptomatologie serait vraisemblablement differente de celle qu on s accorde 
areconnaitre a la periarthrite. On remarqucra du reste que dans les observations 
de G. Cowper, Bromfield et Monteggia, il est toujours fait mention de la resti 
tution immediate des fonctions de 1 epaule malade, aussitot la reduction du 
deplacement operee. Ce qui exclut toute idee d inflammation periarticulaire. 

Jarjavay, on le sait, lit de la maladie une inflammation de la bourse sereuse 
sous-acromiale. Que cette bourse puisse s enflammer, la chose n est pas dou- 
teuse; mais ce qui est douteux, c est que ce soit jamais a 1 occasion d un violent 
mouvement de torsion du bras en dedans et en arriere alors surtout que 1 lm- 
merus a etc, prealablement dirige en avant ou en arriere, ainsi qne le veut 
ce chirurgien. On peut sur le cadavre aisement se convaincre de trois choses 
d que la torsion physiologique du bras, taut en dehors qu en dedans, s- exe cute 



240 SCAPULALGIE. 

dans des limitcs Ires restreiutes; 2 que les tendons dcs muscles qui brident ce 
mouvcment sont d une puissance qui sejoue de violences bien autrement grandes 
que celles qu indiquent les observations; 5 que la bourse sous-acromiale enfin. 
a une etendue et une laxitc qui ne sauraient permeltre un froissement ou une 
distension de ses parois, dans les circonstances indiquees par Jarjavay. Si done 
la torsion est bien reellement la cause occasionnelle la plus commune de la ma- 
ladie, c cst ailleurs qu il fant chercher la lesion anatomique. 

M. Simon Duplay etendit au tissu lamelleux tres-lache qui separe le deltoi de 
de riumtLTUs, I inflammation que Jarjavay avail localisee uniquement dans la 
sereuse sous-acromiale; dela 1 expression de periarthrite qu il crea et imposa a 
la maladie. La preuve anatomique de cette inflammation, il la rencontra une 
fois, chez un sujet dont 1 observation merite d etre resumee. 

Un carreleur, age de cinquante-trois ans, tombe sur 1 epaule gauche. Huit 
jours settlement apres 1 accident, il entre a 1 Hotel-Dieu ou Ton diagnostique une 
luxation de 1 humcms qui est reduite facilement et sans chloroforme. Pendant 
quinze jours le malade garde le bras dans une echarpe, puis il est envoye a Vin- 
cennes ou Ton s efforce, mais en vain, de remedier par les frictions et le mas 
sage a la raideur articulaire consecutive. II entre a Beaujon, trois mois plus 
J.ard, dans le service de M. Duplay qui reconnait une periarthrite avec ses 
symptomcs babituels. II note en outre, des troubles de la sensibilite et du mou- 
rement dans le territoire que le cubital et le cutane interne tiennent sous leur 
dependance. Une tentative de mobilisation de la jointure est faite avec le secours 
du chloroforme et une amelioration notable s en suit, mais le malade demande 
son exeat. Quelques jours apres, de copieuscs libations alcooliques le ramenent 
a 1 hopital ou il meurt presque subitement. On disseque comparativement les 
deux epaules et voici ce que Ton constate : 

Du cote sain : Le delto ide epais, rouge, est separe a sa face profonde de 
1 extremite superieure de 1 humerus, par un tissu cellulaire lache, lamelleux, 
revetant les apparences d une large bourse sereuse. Les tendons des muscles 
qui s attachent a la tete de rimmerus, sont nacres, brillants. On constate mani- 
festement 1 existence d une bourse sereuse entre ces parties et la voute acromio- 
coracoulienne. La capsule librettse et les surfaces articulaires sont absolument 
normales. 

L epaule gauche presente de notables alterations : le delto ide semble peu 
atrophie, mais son tissu est beaucoup plus pale que celui du cote oppose. Au 
lieu du tissu cellulaire lache et lamelleux qui, a droite, occupe la face profonde 
du muscle, on trouve un tissu fibreux extremement resistant, constituant des 
brides, des lames irregulierement disposees et qui, dans plusieurs points, 
unissent la delto ide a 1 extremite superieure de 1 humerus. II n existe plus 
attcune trace de cette vaste bourse sereuse que Ton trouve manifestemeut a 
droite. 

<( Les tendons des muscles sus-e pineux, sous epineux, petit, rond et sous 
scapulaire, ont perdu leur aspect brillant et nacre ; leur surface est comme 
depolie, jaunatre ; il en est de meme de la face infe rieure de 1 acromion qui 
repond a 1 extremite superieure de 1 humerus. II est evident que la bourse sous 
acromiale a etele siege d une inflammation, suivie d epaississementde ses parois. 
Mais on ne rencontre pas d adherences normales, de brides fibreuses a ce niveau. 
II est meme impossible de retrouver des vestiges d adherences qui auraient ete 
rompues dans les manceuvres faites quelques semaines avant; tandis que Ton 



SCAPULALGIE. 241 

constate aisement a la face profonde du delto ide 1 existence de brides fibreuses 
dont les points d attache out ete arraches. 

La capsule fibreuse de 1 articulation est legerement epaissie, surtout a sa 
partie inferieure (on sait qu il y a eu autrefois luxation, en dedans de la cap 
sule) ; le tissu cellulaire qui 1 entoure est notablement epaissi, transforms en 
tissu fibreux, et traverse, dans 1 ctendue de quelques centimetres, pur les nerfc 
cubital etbracbial cutane interne, intimement accoles 1 un a 1 autre. Dans toule 
cette portion dc leur trajet, ces ileit.r cordons nerveux sont le siege d nne row- 
geur et d unc injection marquees. Enfin, les surfaces articulaires, entierement 
libres d adherences, presentent une apparencc tout a fait normale ct comparable 
a celle du cote sain. 

M. Duplay rencontrait enfin sur le cadavre ces lesions que maintes fois il avail 
soupgonnees sur le vivant. Plus de doutes pour lui : certaines raideurs de 1 epaulc, 
consecutives a des traumatismes, etaient puroment extra-arliculaires et avaient 
pour cause une inflammation plastique et obliterate de ce vaste appareil de 
glissemeut qui engainela jointure scapulo-humerale et lui constituc conmie une 
seconde articulation sans laquelle elle ne pourraitque difficilement se mouvoir. 
Mais d oii vcuait cette inflammation elle-mcmc? e tait-clle la consequence imme 
diate du traumatisme infligea la bourse sercuse elle-meme? ou bien n etait-elle 
que re piphenomene oblige de 1 inaction prolongc e de parties physiologiquement 
destinees a se mouvoir? Les alterations anatomiques enfin, rencon trees a 1 au- 
topsie du cote des nerfs cubital et cutane interne, elaient-ellts comple lement 
etrangeres au developpement des lesions propres a la periarthrite? 

M. Duplay, nevoyant que le cote anatomopathologique de la question, n besita 
pas a rapporter tous ces desordres a 1 inflammation traumatique meme de la 
bourse se reuse sous-deltoidienne. Au moins aurait-il fallu envisager le sujet de 
plus haut, et il eut ete certainement le premier a rccomuutre que ces lesions 
qu il avait trouve es sur le cadavre, pouvaient avoir d autres origines que celle 
qu il incriminait. 

En veut-onla preuve ? non-seulement la plupart des traumatismes qui portent 
directement ou Jndirectement sur les bourses sereuses periarticulaires, peuvent 
en amener 1 oblite ration secondaire, ainsi qu il arrive apres les contusions, les 
entorses, les luxations ou les fractures du col de I hume rus ; mais les maladies 
inflammatoires de 1 extremite supe rieure de ce dernier os, aussi bien que les 
affections rhumatismales de son articulation avec le scapulum, peuvent avoir UH 
semblable resultat. Ainsi, fait a rapprocher de celui de M. Duplay, nous avons 
dans ce moment meme sous les yeux un cas d ankylose pe riphe rique par obli 
teration des appareils de glissement extra-articulaires. Cette affection est conse 
cutive a une luxation intra-coraco idienne survenue cbez un jeune sous-ofticier 
a la suite d une chute. Quelques tentatives que nous Times recemment pour 
mobiliser I lmmerus, eurent pour resultat immediat de reproduire la luxation, 
que nous reduisimes d aillcurs sur-le-cbamp. Depuis, grace aux couranls e lec- 
triques et aux mouvements communiques que le malade s inflige lui-meme, la 
symphyse des bourses periarticulaires va s attenuant chaque jour. D un aulre 
cote, nous avons observe, il y a deux ans, au Val-de- Grace, deux cas de pe riar- 
thrite scapulo-humerale. Chez 1 un de nos malades, un bomme de vint-trois 
ou vingt-quatre ans, 1 affection avait debute par une de ces pe riostites juxta- 
epiphysaires qui sont si frcquentes chez les jeunes soldats. Une hvpcrostose 
limitee au col de 1 humerus laissait clairement entrevoir 1 orio-ine, d aillcurs 
DKT. EKC. 3 s. VII. 



242 

toute spontanee, de la raideur articulaire qui en avait ete la consequence. La 
section sous-cutanee de tons les muscles adducteurs du bras, fortement retracte s, 
ainsi que les mouveraents communiques qui furent des lors possibles, nous 
permirent de nous convaincrc que les adlierences qui s etaient formees et que 
nous avions rompues etaient strictement extra-articulaires. 

Dans le second cas, il s agissait d un vieux soldat rhumatisant chez lequel, a 
la raideur classique due a la periarthrite scapulo-humerale, s ajoutaient des 
troub les dynamiques et trophiques de 1 appareil musculaire du membre corres- 
poudant, lesquels ne laissaient aucun doute sur 1 existence d une ne vrite eonco- 
mitante. 

Iln est pas enfin jusqu a 1 immobilite seule a laquelle peut se trouver con- 
damnee 1 articulation de 1 epaule, pour une cause quelconque, qui ne puisse 
amener I obliteration des bourses extra-articulaires de cette region ct avec elle 
les symptomes de la periarthrite decrits par M. Duplay. L un de nous a reLk 
ailleurs (voy. Art. COUDE de ce Dictionnaire) le cas d un malade qui, a la suite 
d une immobilisation prolonge e dans le bandage de Vclpeau pour une fracture 
de la clavicule, eut une ankylose peripherique du coude. Chez lui il y avait en 
outre une raideur considerable de 1 epaule, que des manoeuvres d adduction, 
accompagne cs des craquements caracteristiques, reussirent a vaincre. Le coude 
malheureusement demeura a jamais ankylose. 

Aiasi doi:c Vimmobililc prolongee de I epaule, pour quelque niison que ce 
soit, les traumatismes de tous ordres et de tons genres, !es inflammations de 
voisinage et, vraisemblablemcnt aussi, les inflammations spontanees des bourses 
SL-reuses periarticulaires elles-mcmcs, peuvent en dernier terme aboutir a la 
ineme lesion anatomique, a 1 ankylose peripherique ordinairement incomplete 
en laquelle se resume en somme la maladie de Duplay. .Mais est-ce bien tout? 

On a vu plus haul que les phenomenes expressifs de la periarthrite e taient 
essentiellement constilues : 1 par la douleur ; 2 par des contractures et des 
dystrophies musculaires rapides ayant pour consequence la perte plus ou moins 
complete des fonctions de 1 e paule malade ; 5 par 1 absence enfia de tout phe- 
nomene inflammatoire appreciable a 1 exterieur. Or, une semblable trilogie 
symptomatique ne fait-elle pas naitre immediatement dans 1 esprit 1 idee, 
nous ne voudrions pas dire d une nevrite , mais tout au moms d une ma 
ladie que les troubles dynamiques et trophiques du cote de 1 appareil mus 
culaire, qu une alteration du systeme nerve ux peripherique tiendrait sous sa 
dependance ? L observation clinique nous a appris depuis peu que certains 
traumatismes, et en particulier ceui qui, portant sur 1 appareil ligamenteux 
des jointures, blessent les innombrables rameaux nerveux qui I entourent ou 
le sillonnent s accompaguent parfois, sans qu on en puisse exactement saisir 
la raison, des phenomenes expressifs d uue nevrite, tantot douloureuse, tantot 
silencieuse. (Nous avons simultane ment observe au Val -de-Grace deux fails de ce 
genre ; dans un cas une contracture avec retraction atrophique conse cutive des 
muscles court flechisseur et abducteur oblique du gros orteil avait ele la con 
sequence d une inflammation traumatique assez le gere de 1 arliculation meta- 
tarso-phalangienne correspondante. A ces phenomenes s ajoutaient la douleur 
de brulure et 1 etat lisse de la peau caracte ristique d une nevrite ascendante qui 
paraissait avoir eu les collateraux du gros orteil pour point de depart (le moule 
en platre de la piece est depose au muse e du Val-de-Grace) ; dans le deuxieme 
cas il s agissait d une paralysie atrophinue des muscles de la re gion antero- 



SCAPULALGIE. 2i7. 

externe de la jambe consecutivement a une legere entorse tibio-tarsienne.) On 
salt aussi que certaines arthrites spontanees, et en particulier celles qui relcvent 
de ladiathese rhumatismalc, peuvent s accompagner dc dystrophies musculaires 
rapides, que Ton a chcrche a expliquer soil par la propagation dircclc et par 
continuite de tissu de 1 inflammatiou de la capsule aux tendons et aux muscles 
qui 1 entourent (Lasegue), soit par une action reflexe irradiec de 1 articulalion 
.malade vers la moelle, puis vers les muscles periarticulaires (Yulpian), soil 
enfin par une nevrite tronculaive dont les radiculcs nerveuses formant les riches 
plexus capsulaires demontres par Sappey scraient le point de depart (Pingaud. 
Art. COUDE de ce Dictionnaire). 

Quoi de surprenant, des lors, qu une distension de quelque faisceau du liga 
ment capsulaire, autant dire une veritable entorse arliculaire, puisse etre suivic 
d une nevrite du circonflexe axillaire, puisque ce nerf fournit presque exclusive- 
ment a la capsule articulaire? 

Quoi d etonnant, aussi, qu im traumatismc portant directement sur le moi- 
gnon de I epaule, qu une torsion du bras, puisque tclles sout les circonstanccs 
etiologiques les plus habituelles de 1 affection, soient suivis d une veritable 
nevrite, qui aurait pour siege quelque branche du plexus brarlii;il ct, le neif 
circonflexe en particulier? Ce dernier ne se trouve-t- ilpoint dans d exec-llentcs 
conditions anatomiques pour etre directement contusionne dans une chute ou 
distendu par un violent mouvement de torsion inflige a l humerus?Qu il puisse 
etre contusionne, la chose est hors de doute ; quant a etre distendu, nous nous 
sommes assure, par des experiences sur le cadavre, que la torsion du bras en dedans 
dans certaines attitudes du membre tiraillait et distendait notablement le nerf 
axillaire. C est ainsi que si Ton place le membre dans la position qu il affecte 
lorsqu on s en sert pour parer un coup destine a la tetc, le cordon nerveux est 
par ce seul fait notablement distendu ; y ajoute-t-on une torsion brusque 
du bras en dedans ? cette distension s accroit encore ct depasse vraisem- 
blablement les limites bien connues de 1 extensibilite physiologique des 
nerfs. 

II existe, du reste, certains faits cliniques qui jusqu ici eehappaient a toute 
interpretation scientifique, et qu en 1 etat actuel de nos connaissances on s ex- 
plique assez bien. C est ainsi que nous avons garde souvenance d un cas de con 
tusion de I epaule qui, il y a quelque dix ans, incomba a 1 examen d un candidat 
an bureau central : candidat et juges eux-memes furent fort empeches dc pre- 
^iscr le diagnostic anatomique. Ur, pour nous qui voyons aujourd bui encore ce 
malade par la pensee et qui nous rappelons son histoire, il demeure a peu pres 
certain que cet homme etait atteint d une nevrite traumatique du circonflexe ; 
quand plus tard il dut presenter les dystrophies musculaires et la raideur carac- 
teristiques de la periarthrite, on porta pronablement le diagnostic d ankylosc 
consecutive a une arthrite. 

11 importe du reste de bien remarquer ccci : c est qu en dehors des luxations 
et des fractures, 1 histoire des traumatismes qui portent sur le moignon de I e 
paule et de leurs consequences, est toutentiereaf aire. Les cordons nerveux qui 
passent au voisinage d une articulation, et ceux-la surtout qui cravateiit les os 
ne doivent vraisemblablement pas demeurer indifferents a des traumatismes que 
jusqu ici on s est trop habitue a n envisager que dans leurs effets sur les os 
ou sur les ligaments qui en affermissent les rapports. L etude recente des lesions 
des nerfs et de leurs consequences ; celle de la nevrite et de son expression 



2i4 SCAPULALGIE. 

symptomalique, eclairent d un jour nouveau la question des traumatismes arti- 
culaires qu on a decrits jusqu ici sous Ics noms de contusion et d entorse, etelle 
meritent de fixer desormais aussi bien 1 attention des cliniciens que celle des 
physiologistes. 

Diagnostic. Le diagnostic de la periarthrite ressort en grande partie de la 
symptomatologie que nous en avons tracee. Toutefois, il iaut bien dire qu au 
debut la maladie pent etre plutot soupconnee qu effectivement reconnue; et c esf 
par voie d exclusion qu on y arrive. Quand, a la suite d un traumatisme portant 
directement on indirectement sur 1 e paule, on ne rencontre ni luxation, ni frac 
ture, et qu a 1 ele ment douleur s associe une impotence fonctionnelle du mem- 
bre que 1 absence de tout extravasat autour de 1 articulation ne saurait expli- 
quer, on doit songer a la periarthrite. Precisons davantage : qnand, dans les 
conditions precitees, on ne trouve aucun des signes classiques d une luxation, 
d une fracture, ou d une contusion articulaire, on doit, par exclusion, songer 
a la lesion de quelque branche nerveuse et a celle du circonflcxe en particulier. 

Nous nous permettrons de faire remarquer, a ce sujet, combien vague est 
aujourd hui encore I liistoire des contusions articulaires en general, etparticulierc- 
ment de celles qui portent sur les grandes articulations orbiculaires que recou- 
vn-nldos masses charnues tres-epaisses. Rienne demontre, en effet, que 1 ensemble 
de symptomes qu on attribue, par exemple, a une contusion de la hanche soit 
1 expression reelle d une semblable lesion anatomique. II n en vapas autrement 
a 1 epaule, oil la douleur, uu gonflement plus ou moins accuse de la region et 
1 impuissance du membie ne suffisent nullement a affirmer qu il y a eu contu 
sion ou entorse, suivant que le traumatisme a ete direct ou indirect. Tel etait le 
cas chezce malade qui avail servi au concours pour le bureau central: 1 examon 
le plus attentif ne faisait decouvrir cbez lui aucunc lesion du cote des os ou de 
1 articulation; il y avait a peine un leger gonflement vers la region externe du 
moignon de 1 epaule, une douleur tres-vivea la pression en un point limite vers 
cet endroit, et cependant le membre etait radicalement impuissant et les mouve- 
ments provoques, extremement douloureux., entrainaient avec eux le scapulum. 
Mais comme le malade avait fait une chute sur le moignon de 1 epaule, on n en 
diagnostiqua pas moins une contusion articulaire, et le jury parut accepter ces 
conclusions. 11 est fort probable que si on avait interroge la contractilite electri- 
que des muscles, et celle du deltoi de en particulier, on aurait trouve autre 
chose. Quoi? il serait temeraire de le prejuger en 1 etat actuel dc nos connais- 
sances, d abord parce qu il est difficile, pour ne pas dire impossible, dc separer 
en pareil cas la contusion d un muscle ou d un groupe musculaire de celle du 
nerl qui 1 anime ; en second lieu parce quel histoire elle-meme de ces contusion? 
comporte encore de nombreux desiderata. Tout ce que Ton sait a ce sujet, et 
encore ne faudrait-il pas etre trop affirmatif, c est que le muscle directement con- 
tusionne est frappe d impotence fonctionnelle momentanee, sans que son excita- 
bilite aux courants electriques soit diminuee. Celle-ci subsiste tout entiere, 
mais la contraction provoquee est extremement douloureuse. Dans la contu 
sion d un conducteur nerveux, le muscle ou le groupe musculaire qu il tient 
sous sa depcndance est tout d abord frappe d impotence fonctionnelle, et, s il 
repond aux excitations electriques, ce n est que faiblement et pendant un temps 
assez court. Ulterieurement, une sorte de cirrhose aigue s cn empare et les atro- 
phie, si, aux pbenomenes de la contusion, succedent ceux de la nevnte. (Voy, art. 

1\ERFS.) 



SCAPULALG1E. 245 

De fait le diagnostic tie la periarthrite ne saurait etrc bicn etabli que lorsqu u 
la douleur et a la raideur articulaire s ajoutent les atrophies musculaires aigurs 
qui forment la caracteristique dc la maladie; et encore convient-il, pour bien 
asseoir le diagnostic, de s aider de la narcose chloroformique afin de constater que 
1 ankyloseest exclusivement de cause peripherique, et que 1 articulation elle-meme 
est libre. Ce moyen leve tons les doutes; mais il n est pas indispensable d y 
recourir pour avoir de fortes presomptions sur les causes immediates de la 
a aideur articulaire. 

Quand, en effet, 1 ankylose a eu une veritable artbrilc pour point de depart, 
on retrouve toujours, par 1 exploration directe de la region, des traces manifestos 
de cette innammation : ce sont des epaississements, des indurations des parties 
molles an voisinage immediat du manchon capsulaire et dans les points oil al 
synoviale envoie des prolongements. Dans les ankyloses consecutives a la periar 
thrite, rien de semblable. Le sillon qui separe la tete I liumerale de 1 acromion, 
loin d etre comble, est au contraire plus accentue que du cote sain. Le creux 
axillaire est parfaitement libre. Le moignon de 1 epaule tout entier est amaigri 
el anguleux ; 1 extremite seule de I humerus semble parfois hyperostosce : ce 
qui peut tenir soil a un gonflement reel de 1 os dans ses couches periostales, 
soil a 1 epaississement et a 1 induration des parois de la bourse sercuse sous 
deltoidicnne. La physionomie de la region differe done completement dans les 
deux cas, pourpeu que la maladie soit ancienne. Aussi M. Gosselin, qui dans 
te principe ne voulait voir dans tous les cas que des raideurs consecutives a 
de veritables arthrites plastiques et ankylosantes, a-t-il fini par se rallier a 
1 opinion de M. Duplay. Est-ce a dire que les differences soient toujours aussi 
tranchees qu on vient de le voir? Evidemment non, surlout si la maladie est 
tres-ancienne. Une vieille arthrite dc 1 epaulc, terminee par ankylose, peut 
iaisser un moignon aussi sec que celui d une periarthrite; certaines arthrites 
rhumatismales, dira-t-on, tres-douloureuses, s accompagnant de peu de gonfle 
ment et de 1 atrophie rapide que Ton sait des muscles peripheriques, peuven- 
presenter une physionomie identique a celle de la periarthrite. Nous en conve- 
nons sans peine, etcela d autant plus volontiers que nous avons ete, croyons-nous, 
des premiers (voy. COUDE) a faire remarquer que ces pretendues arthrites n e- 
taient vraisemblablement autre chose que des inflammations periarliculaires 
en ce sens que le processus inflammatoire avait essentiellement pour siege 
la capsule et les ligaments qui la renforcent, et nous avons aussi emis cette 
opinion, assurement un peu hasardee, que le siege reel et primordial de 
la maladie etait dans les radicules nerveuses elles-memes, qui forment de si 
riches plexus au sein meme des capsules articulaires. Que si, du moins, on fai- 
sait du rhumatisme articulaire une inflammation primitive des tissus blancs 
eux-memes, il fallait bien admettre que les innombrables rameaux nerveux qui 
les sillonnent en tous sens, en devaient patir de seconde main par compression, 
distension ou propagation directe de rinflammation par contiguite de tissus. Du 
reste, qu on le remarque bien, seule la nevrite des rameaux ou des plexus arti 
culaires, qu elle soit primitive ou secondaire, peu importe, fournit une explica 
tion rationnelle des dystrophies musculaires qui escortent si volontiers certaines 
arthrites, et sur lesquelles M. Yaltat a justemcnt appele 1 attention, dans sa 
lliese inaugurale. On ne saurait done etre surpris que la localisation du rhu 
matisme articulaire a 1 epaule puisse se montrer aussi sous la forme d une 
periarthrite, ainsi que M. Henry Desplats en a rapporte deux observations con- 



246 SCAPULALGIE. 

cluantes dans la Gazette hebdomadaire (n 24, 1878). Le diagnostic de la 
periarthrite confirmee se deduit essentiellement, comme on le \oit, de 1 asso- 
ciation de certains signes, dont les principaux sont fournis par une ankylose 
exclusivement peripherique avec sclerose et atrophie precoce des muscles qui 
entourent 1 articulation. 

Pronostic. Le pronostic de la periarthrite confirmee n est peut-etre pas aussi 
benin que la lecture des observations publiees jusqu ici pourrait le laisser sup- 
poser. Dans un cas dont nous avons precedemment dit quelques mots, ni les 
douches, ni les frictions, ni le massage, ni les mouvements methodiques com 
muniques, ni les courants electriques continus et interrompus, ni meme la 
rupture des adherences peripheriqucs aidee de la section sous-cutanee de tons les 
muscles adducteurs du bras, nc purent retablir les fonctions de 1 epaule malade. 
On s evertua chaque jour ct pendant des semaines entieres a restituer quelques 
mouvements dc 1 epaule, et ce fut pcine perdue. Le sous-officier a la luxation 
que nous observons en ce moment, conserve encore une roideur excessive du 
membre, et deja 1 accident remonte a six mois, ce qui laisse pen d espoir d obte- 
nir une mobilisation complete de la jointure. L obstacle principal a la restitution 
des mouvemenls ne siege pas, ce nous semble, dans les adherences peripheriques, 
dans les symphyses plus ou moins totales des bourses sereuses periarticulaires, 
mais bien dans la retraction de certains groupes musculaires qui entourent 
1 arliculation, en particulier des fle chisseurs qui, pour 1 articulation de 1 epaule,. 
sont representes par les adducteurs. A la verite, cette retraction, dont 1 anesthe- 
sie elle-meme ne pent avoir raison, ne s etablit qu a la longue ; mais des qu elle 
s est installee, elle deconcerte les moyens les plus energiques. Ainsi, sur le 
premier des malades qui precedent, celui chez lequel tous les muscles de 1 epaule 
etaient plus ou moins atrophies, durs et comme plaques sur les os, la section 
sous-cutanee de tons les muscles qui forment les parois anterieure et posterieure 
de 1 aisselle, suivie de l immobilisation du membre dans 1 elevation a angle droit 
sur le tronc, donna dans le principe d excellents resultats ; puis, peu a peu, le 
membre se rapprocha du tronc et fmalemcnt s y souda dans une adduction aussii 
complete qu auparavant ; et, qu on le note bien, cela malgre une gymnastique de 
la demiere rigueur qui lui etait infligee cbaque jour. On pourrait peut-etre 
objecier que, dans ce cas, il y avait plus que de la periarthrite; or la section 
sous-cutanees que nous fimes, nous permettent, au contraire, d affirmer que les 
obstacles aux mouvements de la jointure etaient tous, chez ce malade, comple- 
tement en dehors de 1 articulation. C est a peine, en effet, si malgre 1 ancitn- 
nete de la maladie, les surfaces articulaires frottaient un peu dur 1 une contre 
1 autre. 

Le pronostic nous semble done devoir etre reserve, surtout quand, a la roideur 
de 1 epaule, s ajoute une atrophie pre coce et rapide des muscles peripheriques,. 
atrophie d une nature particuliere que 1 inaction seule ne saurait expliquer, 
et que Ton considere avec raison aujourd hui comme symptomatique d une 
nevrite (voy. ce mot). Du reste, qu il s agisse de 1 epaule ou de toule autre 
articulation, ilest, selon nous, de la plus haute importance, quand on veut eta- 
blir le pronostic d une roidsur articulaire consecutive a un traumatisme, 
de chercher avec soin s il n existe pas quelque part, dans le membre malade. 
des phenomenes de nevrite; si on les rencontre, meme loin de 1 articulation 
qui est roide, on peut considerer 1 ankylose definitive comme probable. Que Ton 
explique comme on voudra le developpement d une nevrite, que celle-ci soit la 



SCAPULALG1E. 

consequence directe ou iudirectc du traumatisme, In cause on 1 efi et, Ic pheno- 
mene initial ou secoudaire dc la maladic, la chose importe pcu, ct c est pre ci- 
sement parce que le sous-officier dont nous parlious plus haul, soul fre d un, 
nevrite du median, que nous doutons Ires-fort qu il recouvrc jamais la liberte 
des mouvements de 1 epaule. 

Tmitemcnt. Quclle que soil la theoric qu on admette sur la pathogenic de 
1 allection, le trailcmcut devra loujours etrc dirigo clans le meme sens. S il pen" 
intervenir dans les premiers jours qui suivent 1 accidcnt, le chirurgien aur;i 
presentes a 1 esprit les suites probables du trauraatisme subi par 1 epaule et ne 
devra pas se bonier a 1 application d un traitement banal, commc on le 1 aii 
generalement. Si pendant cette premiere periode il se declare des phenoim-iics 
evident* d innammation du cote du moignon de 1 epaule, il s efforcera d en 
limitei- le plus possible 1 intensite, quel que soit leur siege apparent. 

En elfet, les lesions consecutivcs de la periarthritc scront d aulant plus graves 
que riiiflammation aura laisse des traces plus profondes. G est a la suite des 
contusions violentes et surtout des luxations, qu il faudra insister sur les 
antipldogistiques et les revulsifs locaux. Jarjavay a tres-bien indique le traite- 
rnent de la periode aigue. Inutile d ajoutcr que le rcpos cst de rigueur pendant 
les premiers jours. Si, connne il arrive souvcnt, il n y a que peu ou point dc 
gonflement inflammatoire du moignon de 1 epaule et que cependant la doulcur 
soit particulierement vive a la pression en un point, les mouvements communi 
ques impossibles ou tres-douloureux, la contraclure des adductcurs du bras 
manifeste, on se trouvera bien des applications locales de sangsues, suivies de 
fomentations narcotiques chaudes et de une ou deux, injections sous-cutanees de 

I milligramme d atropine dans les viugt-quatre beures. Ulterieurement, si do 
douleurs a caractere nevralgique ou nevritique s inslallent sur le trajet him 
coiinu de quelque branche ou tronc nerveux, ou recourra avec avantage aux 
revulsifs culanes, vesicatoires volants, poiutes de feu, et aux injections hypoder- 
miques de morphine ou d atropine (voy. art. NEVRITE, traitement). Coutre les 
atrophies musculaires a la fois precoces et rapides ou dirigera les courants 
electriques continus de faible intensite. 

Des que toutes traces d inflammation auront disparu, que le gonflement nc 
sera plus appreciable, le chirurgien devra se hater de rendre a 1 epaule sa 
mobilite, et il cherchera par tous les moyens possibles a prevenir la roidcur 
articulaire qui est presque fatale dans la periarthrite. Dans ce but, il conviendra 
de faire executer chaque jour au bras des mouvements gradues dans tous les 
sens en ayant bien soin de fixer solidernent 1 omoplate. 

L electricite appliquee aux muscles qui repondent encore aux excitations- 
faradiques et a ceux-la surtout qui agissent plus ou moius directement sur la 
tete humeralc, sus et sous-epineux et surtout deltoide, est le moyen le plus sur 
de mettre en jeu 1 aiticulation scapulo-humerale at de prevenir 1 atrophie des 
masses musculaires. Les douches et le massage aguoul cLtns le meme sens. 

Mais il ne taut pas oublier que souvent 1 affeclior. ])0ursuit son cours malgre 
le traitement preventif le mieux institue. Souvent, ie chirurgien ne voit le 
malade qu a une periode avancee du mal, lorsuue u^jii les adherences sont an- 
ciennes et solides; les moyens precedemment employes sont alors insuffisants. 

II faut dans ce cas en arriver de toutc necessite an traitement plus energique 
que recommande M. Duplay, ct rompre vioiemment les brides fibreuses qui 
limitent les mouvements de I lmmerus. II cst presque toujours indispensable dc- 



SCAPULALGIE. 

i 

se servir du chloroformc ; car 1 operation est fort douloureuse, et c est le seul 
moyen de faire disparailre les contractures si e nergiques qui empechent de 
mobiliser 1 article. La fixation de 1 amoplate cst obtcnue par 1 application d une 
aleze passee dans 1 aisselle et ramcnee en arriere et en avant de la poitrine. Sai- 
sissant alors fortement le bras, le chirurgien imprime au membrc dos mouve- 
ments etendus dans lous les sens. II faut souveut deployer une grande vigueur. 
Ces mouvements forces s accompagnent presque constammcnt d une sensation 
de dechirure et de craquements perceptibles au toucher et a 1 oreille; le chirur 
gien ne doit pas se laisser arreter par ces craquements extremement forts, qui 
simulent quelquefois une fracture, et ne doit interrompre ces manoeuvres que 
lorsque le bras joue aisement sur 1 omoplate. M. Duplay affirme que dans aucun 
des cas observes par lui cette operation n a ete suivie d accidents; c est a peine 
si la region malade a presente quelquefois un peu de douleur. Mais une seule 
seance n est pas toujours suflisante, et dans la plupart des observations publiees 
jusqu ici on voit qu il a fallu revenir sur ces manoeuvres. Enfin, si la contrac- 
ture ne pouvait pas elre aneantie par la chloroformisation, il faudrait en arriver 
a la section sous-cutanee des muscles qui immobilisent 1 epaule. Mais il faut 
etre bien prevenu que lorsqu on est rcduit a cette derniere extremite, c est ge- 
neralement en pure pcrte qu on le fait. On peut du reste poser en principe que, 
dans tons les cas ou Ton est eontrainl de couper des muscles, pour avoir mo- 
mentanement raison d une ankylose pe riphe rique, on echoue. 

Apres la rupture des adherences le malade recouvre une partie des mouve 
ments de 1 epaule, mais le chirurgien doit bien se garder d abandonner le traite- 
ment; il importe, au contraire, de mettre en usage les moyens que nous 
avons a notre disposition pour prevenir la formation d adherences nouvelles : les 
cxercices methodiques et gradues, repetes par le chirurgien et surtout par le ma 
lade lui-meme. II est aussi de la plus haute importance d arreter 1 atrophie des 
masses musculaires, de ranimer leur contractilite et de leur reiidre toute leur 
puissance; c est dans ce but qu il faut insister sur les frictions, le massage, 
les douches et 1 electricite galvanique d abord, puis faradique (voy. les articles 
ANKYLOSE, NEUFS, etc.). M. Duplay ajoute que si les resultats de ce traitement 
sont si souvent incomplets, la faute en est aux malades, qui refusent de s y sou- 
mettre, des que, par suite de la rupture des adherences, les mouvements sont 
plus libres et exempts de douleurs. 

Mais il ne faudrait pas se laisser aller aux esperances qu inspire la lecture 
du memoire de M. Simon Duplay, car les resultats sont souvent negatifs. On 
peut en juger par les observations citees au cours de cet article. 

TUMEUR BLANCHE. tiologie. Rarete. Tous les auteurs s accordent a re- 
connailre la rarete de la tumeur blanche a 1 epaule. G est ainsi que dans la 
statistique de Crocq, reproduite par tous ceux qui ont ecrit sur ce sujet, sur 
140 cas de tumeurs blanches, on ne trouve que 3 cas de scapulalgie : 1 un chez 
un homme, 1 autre chez une femme, le dernier chez un enfant. Dans ce releve 
numerique, la scapulalgie est a la coxalgie comme 5 est a 43. II est difficile de 
comprendre ce fait singulier, ct les explications qu en donnent les auteurs ne 
sont guere admissibles ; c est ainsi qu on a invoque la loi formulee par Bonnet ; 
1 inflammation chronique d une synoviale est d autant plus rare que la se reuse 
recoit moins de vaisseaux et recouvre une moindre etendue de perioste. II est 
beaucoup plus simple d admettre que la degenerescencc fongueuse est rare a 
1 epaule parce que les causes qui, d ordinaire, president a son de veloppement 



SCAPULALGIE. 



249 



sont moins frequentes. L articulation scapulo-humerale echappe par sa mobilitc 
excessive plus facilement que les autres articulations aux Irauraatismes, aux 
distorsions, a 1 enlorse, et 1 observation prouve que les arthrites y sont moins 
frequentes qu ailleurs. 

Age. La scapulalgie est surtout frequente jusqu a trente et meme trente-cinq 
ans. 

Pean en trouva une chez un nouveau-ne dont il fit 1 autopsie. Le meme 
chirurgien observa un cas de scapulalgie chez une petite fille apportee quinze 
jours apres sa naissance dans le service de Neiaton. 

Panas dit avoir vu cette affection a la consultation de 1 hopital Saint-Louis, 
chez un petit enlant de trois mois. 

Pour donner une idee plus nette de 1 influence de 1 age sur le developpement 
<le la scapulalgie, nous avons cru utile de faire un releve des observations ou 
l age du sujet est mentionne : 



NOM DU CHIRURGIEN. 



HOMME. 



FEMME. 



Viennois." 16 ans. Mans. 

Harwell 

Erichsen > 

John Ewans . 

32 

Oilier 56 15 

Crocq 22 13 

Uonnet 26 

Schierlinger 20 

Schilbach 59 

Heyfelder 65 57 

Blasius 4o a 

Seutin ... 15 

59 

Textor. . . 29 

38 

>. jn 

Jager j g 

Esmarch. j J eUDe ! J mme - 

( jeune homme. 

White 14 jeune fille. 

Orred -21 

Stanley 55 , 

Birkett 57 

Stabbs , 48 

Erichsen 5 

Warren 60 

Lawrence adulte. 

Nom inconnu 2 i 

Dauve 25 

Dolbeau 56 

Cuinot 28 

Esmarch 18 5 

Langenbeok 10 

On pent resumer encore ce tableau de la facon suivante : 

3 ans 1 cas . 22 ans.. 

5 2 23 ... 

10 1 24 ... 

15 2 23 

14 3 26 ... 

15 1 28 

!6 1 29 . 

18 2 52 . 

19 1 33 . 

20 35 . 



SE\E 
NON SlENTIONMi. 



enfant 

1 \ an--. 



19 



1 cao. 



1 
1 
1 
1 
1 
1 
1 



550 



SCAPULALGIE. 



5fi ans 1 

57 



38 
59 
45 

48 



ft ans 

57 . . 

59 . . 

Gil . . 

65 . 



D apres ce tableau, on voit que si la tumeur blanche de 1 epaule s obsen, 
surtout pendant 1 enfance et 1 adolescence , elle n est cependant pas rare jusqu a 
quarante ans, ct qu elle peut parlbis se manifestcr a un age avance. 

Sexe. D apres Pean, la scapulalgie serait aussi frequente chez la femme que 
cbez I lioinme. G estce que semble demonlrer la statistique que nous venons d eta- 
blir; si Ton fait 1 addition, ou trouve dans la colonne des horames 20 cas et 
dans celle des femmes 19. 

Causes. L etiologie ne differs pas de celle des autres tumeurs blancbes. LC.S- 
causes gent-rales predisposantes et surtout la scrofule y jouent le principal 
role. Chez beaucoup di- inalades, on decouvre des antecedents strumeux, et it 
n est pas rare de voir les sujets atteints d arthrite fongueuse de i epaule, pre 
senter en meme temps des engorgements ganglionnaires, des collections puru- 
lentcs froides, ou meme d autres tumeurs blanches. G est ainsi que dans Crocq 
on trouvc 1 observalion d une fille dc treize ans qni, avec une scapulalgie gauche, 
[uvsenta successivcment : des tumeurs blanches du coude et du pied, des 
adeaites suppurees multiples et jusqu a un abccs froid du sternum. Un militaire 
que nous avons observe au Yal-de-Grace, et auquel M. le docteur Dauve venait 
de resequer la tele humerale droite pour une scapulalgie, presentait une tu 
meur blanche du genou du meme cote. 

Quant aux causes determinantes leur influence est incontestable. Dans un grand 
nombre d observations , on trouve au debut de 1 afi ection diverses sortes de 
Iraumatisme. Le plus souvent, ce sont des chutes sur le moignon de I epaule 
(Yiennois, Oilier, Esmarch). Dans 1 observation de Gilette, on voit 1 affection 
eclater a la suite de mouvements d abduction forces, repetes deux ibis sur la 
meme epaule a un an d inlervalle (traction violente, exerce e par un cheval tirant 
sur sa bride). Brodie rapporte une observation d entorse de I epaule, suivie de 
scapulalgie, chez une femme que son mari avail violemment tiree par le bras. 
Knfm on trouve parfois comme cause 1 impression du froid humide (Observ. 
de M. Dauve). 

Anatomic Pathologique. Ce chapitre de .a scapulalgie est encore a 1 etude, et 
il est difficile de tracer 1 histoire complete des alterations qui accompagnent 
1 arthrite fongueuse de I epaule, surtout a son debut. On ne fait le plus souvent 
qu appliquer a cette affection ce qu on sait de 1 anatomie pathologique des 
tumeurs blanches en general, et c est a cet article que nous devons renvoyer t 
lecteur pour tout ce qui n est pas special a la scapulalgie. Pour etudier les 
lesions propres a la tumeur blanche de I epaule, nous n avons que quelques au 
topsies et un certain nombre de resections, veritables dissections faites sur le 
vivant. Parmi ces documents, nous devons citer les necropsies de Bonnet (Ma 
ladies articulaires, i. II, p. 578), Grocq (Traite des tumeurs blanches 
observation v, p. 8i, et obs. xxxv, p. 208). Parmi les observations assez nom- 
breuses de resections faites dans des cas de scapulalgie nous devons indiquer 
les plus recentes et les plus instructives : les deux cas rapportes par M. Yiennois 
(Gazette hebdomadaire, 50 aout 1872) ; celle que M. Gillette communiqua a la 
Societe de chirurgie (Janvier -1877i ; deux observations que M. Oilier rapporte 



SCAPULALGIE. 251 

dans son traite de la regeneration des os (obs. vi, p. 46; et obs. XLIII, p. 525) 
enfin 1 observation n 1 de la tbese de Cuinot (operc de M. Dolbeau). 

On ne salt ricn des alterations qui marquent le debut de la scapulalgie, car Irs 
autopsies et les operations suiTcpaule sont faites a uncperiode avancec de la ma- 
ladie. Aussi est-il difficile de dire si a 1 epaulc 1 alteration fongueuse debute par 
la synoviale ou par les extremites osseuscs. II est prubablc que la comme ail- 
leurs, elle commence tantot par les parlies molles et tantot par la tele humeialr. 
Quoi qu il en soil, au bout d un certain temps on trouve les lesions suivanles : 
La synoviale vascularisee, epaissie, se couvre de fongosites. Elle csl injcclcY 
par plaques et paribis 1 on distingue tres-bien les faisceaux vasculaires. II sc 
produit une exsudation plus ou moins abondanle; la cavite synoviale s empli! 
d un liquide d abord sereux, quoique contenant quelques globules de pus, el qui 
ne tarde pas a dcvenir franchement purulent 

La capsule fibreuse s epaissil en meme lemps qu elle fait corps avec le tissu 
cellulaire ambianl qui s indure; puis au bout d un certain lemps elle presente 
des ulcerations plus ou moins etendues, qui paribis aboulissent a des perfora 
tions. 

Quelques auleurs (Ollivier-Canton) assurent <;ue dans certains cas le tendon 
de la longue portion du biceps se necrose et que la tete bumerale, n etant plus 
maintenue par en haul, remonte vers la partie superieure et perfore directenicnt 
la capsule a ce niveau. 

Mais ces lesions ne se montrenl que tardivement, et ce n est pas par ces 
ulcerations que partent les premieres fusees purulentes. Celles-ci suivenl 
d ordinaire les expansions tendineuscs de la synoviale ; aussi elles offrent le 
plus souvent une marche determinee que 1 on peut en quelque sorte prevoir 
a 1 avance. 

On sait que la synoviale de 1 epaule presente Irois culs-de-sac ; Fun accom- 
pagne le tendon de la longue portion du biceps ; 1 autre se trouve place cntre 
le tendon du sous-scapulaire et la base de 1 apophysc coracoide;le dernier enfin. 
qui est moins constant, correspond au sous-epineux. Le pus qui distend 1 articu- 
lation s engage naturellement dans ces diverticules, et comme en ces points la syno 
viale n est pas soutenue par du tissu ligamenteux, elle cede et le liquide puru 
lent s epanche dans les tissus voisins. Des ouvertures cutanees ne tardent pas 
a s etablir en regard de ces perforations, ou bien le pus fuse plus ou moins loin, 
dormant lieu a des trajets qui peuvent etre tres-longs. C est ordinairemenl 
1 expansion synoviale du biceps qui cede la premiere ; le pus s accumule sous 
le deltoide el perfore la peau a la parlie ante ro-interne du bras. Dans certains 
cas, il fuse le long du biceps et 1 abces va s ouvrir au niveau du tiers infericur 
de ce muscle. Dans des cas beaucoup plus rares la perforalion se fail a la partie 
supe rieure, au-dessous de 1 acromion. 

Parfois le pus creve le cul-de-sac qui accompagne le tendon du sous-scapu 
laire et s epanche entre ce muscle et 1 omoplate; 1 abces s ouvre alors a la partie 
inferieureet posterieure du creux de 1 aisselle (Erichsen, J. Evvans). 

A une periode avancee de 1 affection, les trajets fistuleux se multiplient 
et ne suivent plus aucune direction fixe : car certains points de la capsule soril 
plus profondement alteres que d autres et se laissent perforer en des points 
dont il est impossible de prevoir le siege. Le moignon de 1 epaule peut alors 
presenter jusqu a cinq ou six orifices fisluleux. Les collections purulenles four- 
nies par la synoviale ou par les os deviennent de veritables abces migrateurs qui 



25-2 SCAPULALGIE. 

peuvent suivre toutes les directions possibles, mais qui en general obeissent aui 
lois de la pesanteur. C est ainsi que Panas a vu une de ces collections puru- 
lentes contourner Thumerus en suivant la gouttiere du nerf radial et aller s ou- 
vrir a la partie externe du coude. Tons les auteurs reproduisent 1 observation 
unique publiee par The Lancet (1855, t. I, p. 157): d une jeune fille chez 
laquelle la collection purulente perfora le premier espace intercostal, fit irrup 
tion dans la cavite pleurale ct donna lieu a une pleuresie mortelle. 

Les lesions anatomiques des extremites osseuses et des cartilages sont celles de 
toutes les tumeurs blanches. Les surfaces cartilagineuses sont altcrees dans une 
ctendue variable. Parfois elles sont comme macerees par le liquide articulaire ou 
bien elles subissent la desagregation fibrillaire ou velvetique. Mais le plus souvent 
elles ont plus ou moins completement disparu et laissent a nu 1 os malade. 
Les lesions ossseuses (osteite, carie, necrose, tubercules) envahissent tantot 
1 extremite superieure dc 1 humerus, tantot la tetehumerale et la cavile glenoide 
tout a la fois. Mais Tangle articulaire de I omoplate n est jamais atteint le pre 
mier, 1 alteration commcneant toujours par la tetehumerale. Aussi est-il tres-fre- 
quent de trouver 1 extremite superieure de 1 humerus assez serieusement malade 
sans lesion de la cavite glenoide ou tout au moins sans alteration profonde. C est 
lit un fait important a noter au point devue du traitement : car dans la plupart 
des cas ou Ton pratiquera la resection, on n aura aexciser que 1 extremite supe 
rieure de Thumerus. 

Les os peuvent etre peu malades en apparence et cependant presenter une alte 
ration profonde des plus visibles quand on pratique une coupe de 1 os. C est ainsi 
que dans une autopsie faite par Crocq la cavite glenoide et la tete hume rale 
avaient la meme forme et le meme volume qu a Tetat normal; mais on voyait a 
leur surface des points noirs abondants et larges; c etaient les orifices des ca- 
naux de Havers dilates. Cette dilatation se prolongeait jusqu a la moitie du 
corps de 1 os. Le col de 1 humerus offrait une teinte d un gris noiratre. Eu fai- 
sant la section des os malades, Crocq trouva les cellules du tissu spongieux 
dilatees et presentant une coloration rouge brun. La coupe de la tete hume rale 
avail le meme aspect et montrait dans toute 1 e tendue du tiers superieur de 
Thumerus la moelle injectee, et les canaux vasculaires dilates et remplis de 



sang. 



Mais comme on n a generalement 1 occasion d examiner les extremites osseuses 
qu a une periode avancee de la scapulalgie, on les trouve altereesau plus hautde- 
iirc et presentant les lesions anatomiques de la carie. Elles sont alors denudees, 
ulce re es et detruites, parfois a une tres-grande profondeur; 1 os acquiert dans 
certains cas une friabilite telle qu on peut Tecraser entre les doigts. L alteration 
carieuse peut ronger la tete humerale jusqu au col anatomique et meaie jus- 
qu au col chirurgical; il en re sulte un raccourcissement qui peut etre notable. 
On a vu la necrose separer des portions d os considerables ; Thomas de Pezenas 
a ex trait chez une petite fille de quatre ans la tete humerale necrosee dans une 
hauteur de quatre centimetres ; il y eut guerison. Pean trouva la tete humerale 
mortifiee et detachee de la diaphyse chez un enfant ne a terme qui vecut 
quelques jours et succomba (service de M. Delpech). Ce meme chirurgien eut 
1 occasion de voir, chez un malade ope re par Nelaton, Tangle de Tomoplate 
tout entier formantun seul sequestre. Dans ces cas, les bourgeons charnus, nes 
dans les cellules du tissu spongieux, entourent, soulevent la partie mortifiee et se 
continuent avec les fongosite s qui tapissent la cavite articulaire. 



SCAPULALGIE. 255 

Les os peuvent renfermer des masses caseeuses enkystees ou communiquanl 
avec la cavite artieulaire. Dans 1 autopsie iaite par Bonnet, la section de la tete 
humerale mil a nu un noyau du volume d une petite noix forme tout entier do 
matierc tuberculeuse, au milieu de laquelle se trouvaient des fragments d os ne 
croses. Dans 1 observation xxxv rapportee par Crocq, la tele de 1 humerus renfor- 
-mait des tubercules enkystes, dont quelques-uns s etaient deja vides a I exk- 
rieur en laissant des cavernes. En d autres points de I epiphyse, 1 osteite revet h 
forme condensante et 1 osy prend la consistance eburne e. 

Quand I omoplate est envahi, les allerations osseuses ne se bornent pas tou- 
jours a son angle glenoidien. Dans des cas tres rares, il est vrai, racromion. 
1 apophyse coraco ide, la clavicule et jusqu aux cotes etaient malades. 

Le perioste qui entoure les extremiles osseuses malades participe fatalement a 
la degenerescence fongueuse. II devient epais, lardace et surtout se laisse plus faci- 
lement decoller. Dans certaines operations, on a vul os, depouillede sa membrane 
periostique,plonger dans le foyer purulent. Cefaitexpliquepourquoi les anciens 
chirurgiens out parfois fait des resections sous-periostees sans le vouloir, ct 
montre que dans le precede d OHier il est moins diflicile qu on ne pense de 
depouiller 1 os de son perioste. G est probablement a 1 irritation du perioste 
que doit etrc attribute la formation de ces stalactites osseuses que des chirur 
giens ont trouvees sur I omoplate au-dessous de la cavite glenoide ou bicn a 
1 extremite superieure de I lmmerus. 

Ges diverses alterations sont quelquefois suivies de modifications curieuses 
dans les rapports des extremites articulaires. Dans un cas rapporte par Chaus- 
sier ou la guerison avait eu lieu avec conservation de la plupart des mouve- 
ments, la forme des parties osseuses articulaires etait changee : 1 extremite 
scapulaire etait arrondie et saillante, et c etait 1 extremite superieure de 1 hu- 
merus qui, creusee d une cavite , recevait cette eminence. Moreau cite un cas 
dans lequel la portion restante de I lmmerus avait forme une fausse articulation 
avec les cotes voisines. 

On pent resumer les lesions des tissus periarticulaires en disant qu ils su- 
bissent 1 atrophie et la degenerescence lardacee. C est ainsi que le tissu cellu- 
laire amaigri et de pourvu de graisse s infiltre d une substance gelatiniforme qui 
prend ulterieurement 1 aspect et la consistance du lard. Les muscles subissent 
une atrophie qui va cbez certains sujets jusqu a la presque disparition des ele 
ments contractiles. Le delto ide est le premier atteint, mais 1 atrophie envab.it 
aussi les muscles adducteurs , grand pectoral, grand dorsal, etc., et meme les 
muscles du bras. Les muscles de 1 avant-bras ne participent pas a cette alte 
ration. L atrophie peut aller jusqu a faire ressembler le muscle a une simple 
membrane fibreuse. Cbez un malade, Robert Adams a vu le grand pectoral tel- 
lement aminci qu il laissait transparaitre les cotes et les espaces intercostaux. 
Ce sont ces alterations musculaires qui dans certains cas influent sur les 
resultals de la re section ; car les muscles sont parfois assez degencres pour ne 
plus pouvoir reprcndre que tres-imparfaitement leurs fonctions. 

SYMPTOMATOLOGIE. Le debut de la maladie est marque par des douleurs 
au moignon de 1 epaule, douleurs que le malade rapporte souvent a une vio 
lence quelconque ou a un refroidissement. La souffrance est continue, habi- 
tuellement plus intense le soir et vers le commencement de la nuit (J. L. Petit, 
Rust, Tyrrell, Dzondi) que le matin, ouily a seulement de la raideur articulaiie 
Rust-Crocq). La douleur est sourde et consiste d ordinaire en une sensation de 



254 riLA 

pesanteur ou de tension fort incommode, a laquelle s ajoutent des elancements 
vifs et passagers sur le trajet des cordons nerveux, principalement a la face 
interne du bras. II faut ajouter qu clle est tres-variable suivant les malades. 

Comme dans tous les cas d arthrite fongueuse, I articulatiou est douloureuse 
a la pression et a la percussion. C est a la partie anterieure du moignon de 
1 epaule, au-dessous de 1 acromion, et a la face externe du creux de 1 aisselle que 
la pression digitale est surtout douloureuse ; on exagere aussi les souffrances 
du malade en cxercant une pression profonde dans le creux de 1 aissclle (Mal- 
gaigne). 11 en serait de meme, d apres Crocq, de la compression des cordons ner 
veux dc 1 aisscllc et du bras. Cette douleur provoquee en des points d clection 
constitue un precieux moyen de diagnostic pour le clinicien. 

Comme dans la coxalgic, la percussion des surfaces articulaires malades pro- 
duit une vive douleur au niveau de 1 nrlicle. Pour la provoquer, on fixe 1 orao- 
[ilate d une main, et, embrassant de 1 autre 1 articulation du coude, on applique 
brusquement la tete hunu rale contre la cavite glcnoi de. 

A 1 epaule, commc a la luinche, il n est pas rare de voir le malade se plaindre 
surtout du coude, alors cependant que cette articulation n est manifestement 
pas malade. Parfois il accuse des souffrances dans Tune et 1 autre des arti 
culations du bras : tantot c est la douleur de 1 epaule qui 1 emporle sur 
cclle du coude; tantot, au contraire, c est cette derniere qui predomine. Cette 
douleur du coude, jadis appeli c sympathique et qu on designe aujourd hui sous 
i clni de re flexe, offre ceci de particulier qu elle n est pas seulement spontanee, 
mais que la pression et les mouvements 1 exasperent ; aussi un observateur 
inattentif ou non prevenu peut-il prendre aisement le change quant au siege reel 
de la maladie articulaire. 

La douleur de 1 epaulc augmente au moindre mouvement spontane , et olio 
devient tres-vive lorsqu on fait executer a rhumerus des mouvements un pen 
L tendus. 11 en resulte une gene dans les fonctions du membre, d abord legere, 
mais qui ne tarde pas a aboutir a 1 immobilisation complete de la jointure par 
les muscles contractures. 

Ce sont surtout les muscles adducteurs du bras, allant de la poitrine a la 
gouttiere bicipitale de I hunierus, qui entrent en contraction spasmodique pour 
soustraire la jointure molade au moindre ebranlement venu du dchors. L hu- 
merus fait ainsi corps avecl omoplate, ce dont on s apercoit aisement lorsque, se 
plaeant derriere le sujet, on fixe son attention sur I angle inferieur de ce dernier 
os.Quand on fait ecarter le bras du tronc, leplus ieger mouvement communique 
se trabit aussitot par un deplacement correspondant de Tangle du scapulum, 
alors qu a 1 etat physiologique ce dernier ne se deplace que lorsque 1 elevation 
du membre atteint 1 horizontale. 

Si Ton chercbe a mouvoir 1 humerus iudependamment de 1 omoplate, pendant 
que d une main on fixe son bord axillaire et que de 1 autre on clierche a ecarter 
le bras du tronc, on provoque une douleur extremement vive en meme temps 
que Ton voit les muscles de 1 adduction se raidir el former corde sous la peau. 
Comme les puissances adductrices, representees par le grand pectoral en 
avant, par le grand dorsal et le grand rond en arriere, ne se font point equilibre 
dans les deux sens, il en resulte que lorsque ces masses musculaires sont con- 
tracturees simultanement, Textremite inierieure de 1 humerus est portee un peu 
en arriere, tandis que la tete humerale fait une legere saillie anormale en 
avant de 1 acromion. Comme les muscles qui s inserent au bord poste rieur de la 



SCA.PULALGIE. 255 

coulisse bicipitale sont en mcme temps rotateurs de I huniLTus en dedans, Ic 
bras, tout en se portant en arriere, subit un mouvement de rotation en dedans. 
L observateur constate en somme : 1 que Ic coude deborde le plan posterieur 
du tronc, 1 epitrochce regardant presque directement en arriere; 2 qu au- 
dessous de 1 acromion la Lctc dc riiumerus, on plus exactcment le trochiler, fait 
une saillie anorraale en avant. 

D apres Crocq, le spasme musculaire porterait surtout sur Je delloide et Ic 
sus-epineux, de telle sorte que I atlitude pathologique clu membre serait au 
contraire 1 abduction legere associce a la flexion de riiumerus, autant dire a un 
certain degre de projection du coude en avant. Les magnifiques travaux de Du- 
chenne (de Boulogne) sur la physiologic des mouvemcnts ne permcttcnt pas 
d accepler cette explication ; mais on doit ajouter que ces positions du bras sont 
variables et parfois se modifient completement suivant la periode de la muladie 
et aussi 1 attitude du malade dans le lit. 

De ce que 1 articulation scapulo-humerale se trouve ainsi immobilisee par 
les muscles contractures, il ne s en suit pas que les mouvements vol<>u(;iiivs 
soient toujours impossibles ; mais ils s executent en totalite dans [ articulation 
sterno-claviculaire correspondante, et ils sont forcement assez limiti s. 

Un autre symptome constant dans la tumeur blanclic cl qni fail presque 
toujours defaut dans les affections de 1 epaule qui la simulent, c est le gonfle- 
ment de la region. La tumefaction est d abord peu sensible a cause de la situa 
tion profonde de 1 articulation et de 1 epaisseur des parties molles qui la 
recouvrent ; mais a mesure que la degenerescence fongueuse fait des progres, 
die s accentue vers la partie anterieure et externe du moignon de 1 epaule qui 
semble plus saillant dans les deux sens. Le gonflement du creux de 1 aisselle 
que le tissu fongueux tend a combler est des plus precoces : aussi est-ce la qu il 
faut chercher les premiers indices de 1 artbrite fongueuse. 

Outre la deformation, on observe un abaissement de 1 epaule au-dessous du 
niveau de celle du cote sain. Aussi le membre correspondant scmble-t-il allonge 
d autant. Get affaissement du moignon de 1 epaule est la consequence de la 
fatigue des muscles charges de maintenir suspendu un membre devenu trou 
lourd. Ceci explique pourquoi les malades inclinent la tete vers 1 epaule qui 
souffre et soutiennent 1 avant-bras avec la main du cote sain. 

L attitude du membre abandonne a lui-meme est 1 abduction legere associee a 
une flexion de 130 environ de 1 avant-bras sur le bras. L abduction est commande e 
par le gonflement du creux de 1 aissclle ; la flexion par un certain de^re de 
contracture du biceps dont le tendon fait en quelque sorte partie integrante de 
1 articulation scapulo-humerale. 

La degenerescence fongueuse des tissus gagnant les parties molles periarticu- 
laires, le moignon de 1 epaule tout entier se tumefie de plus en plus et prend insen- 
siblement la forme d un cone tres-allonge, autant dire celle d un gigot. Non- 
seulement les saillies et depressions normales de 1 epaule s effacent complete 
ment, mais la plupart des creux du voisinage disparaissent egalement. Tcls sont 
les creux axillaire, sus et sous-claviculaires, sus-epineux, etc. Le membre 
devenant de plus en plus lourd, 1 affaissement du moignon de 1 epaule s accentue 
et 1 allongement apparent du membre augmente en proportion. Mais peut-il y avoir 
aussi aliongement reel et sensible a la mensuration ? Le fait n est pas aouteux et 
n a rien qui doive surprendre, etant donnee la laxite bien connue des ligaments 
articulaires. Si, eneflet, apres avoir pris la precaution de placer le membre sain 



dans la meme attitude que le membre malade, on mesure de part et d autre 
avec un compas d epaisseur (Crocq) la distance qui separe Je plateau acromial 
dela pointe du coude demi-flechi,on trouve un allongement de un centimetre et 
demi du cote malade. Cuniot dans sa these relate une observation ou cet allon- 
rement etait de deux centimetres. 

La tumefaction en gigot du moignon de 1 epaule est, dans le principe, d autant 
plus frappante que le reste du membre, le bras en particulier, maigrit notable- 
ment , ainsi qu il advient pour toutes les tumeurs blanches. Plus tard, au 
contraire, la deformation s attenue, parce que des thromboses, a la fois maras- 
tiques et par compression, se developpant dans les veines qui avoisinent 1 arti- 
cnlation malade, le membre s infiltre alorsets oedematie dans toute sone tendue. 
Quand 1 arthrite ibngueuse passe a la suppuration, nous avons vu que le pus 
crevait la synoviale de prefe rence en certains points, et nous avons etudie la 
marche que suivaient les fusees purulentes. 

On voit alors la peau rougir, s ulct rer et livrer passage a la suppuration. II 
se produit ainsi des orifices fistuleux qui correspondent le plus souvent a la 
partie antero-interne du bras ou bien a la partie poste rieure de 1 aisselle, au 
voisinage du bord axillaire de 1 omoplate, ou encore, mais plus rarement, aux 
bords de 1 acromion. 

D ordinaire les ouvertures cutanees s etablissent dans le voisinage meme 
de la perforation capsulaire ; mais il n est pas rare de voir le pus fuser au loin 
dans les interstices musculaires avant de se montrer sous la peau et de 1 ul- 
cerer. C est ainsi que parfois le pus longe le biceps en dedans et vient s ouvrir 
pres du coude au niveau de la gaine des vaisseaux humeraux. Ailleurs c est 
dans la fosse sous-scapulaire qu il se collecte avant de perforer les teguments, 
et des lors il peut les ulcerer en des points fort differents. Le plus souvent 
cependant c est dans le voisinage du bord axillaire de 1 omoplate, etau-devant 
de lui, que s ouvre 1 abces. 

Rien n est plus frequent, du reste, que de voir 1 abces articulaire se fairejour 
en plusieurs endroits a la fois. Bonnet (Traite des maladies des articulations. 
t. II, p. 578) rapporte 1 observation d une jeune femme dont 1 epaule etait cou- 
verte de fistules. Yoisin en a vu jusqu a vingt. 

Des que 1 articulation s est videe du pus qu elle contenait, a l a]longement 
reel qui existait peut-etrc, peut succeder un raccourcissement non moins reel 
si la tete de 1 humerus a ete detruite par les progres de la suppuration. Mais une 
semblable eventualite doit etre assez rare, les muscles e tant pour 1 ordinaire 
atrophies et degenere s. 

Bonnet avail, chez sa malade, constate, au-dessous de 1 acromion, 1 existence 
d un enfoncement profond d nn travers de doigt au moins et semblable en 
tout a celui que 1 on observe dans les luxations traumatiques de 1 epaule. 
Ayant ecarte toute idee de luxation, parcc que la direction de 1 axe de I hume rus 
etait a tres-peu pres celle qu affecte cet os dans ses rapports physiologiques 
avec le scapulum et la clavicule, le grand chirurgien de Lyon put constater a 
1 autopsie que 1 enfoncement observe etait du a la destruction de la tete de 
1 humerus et que celui-ci, loin d etre remonte, etait au contraire abaisse de 5 
millimetres au-dessous de 1 acromion. 

Quoiqae admise par quelques auteurs (Rust, Lobstein, Nelatonj, les luxations 
pathologiques consecutives a la tumeur blanche de 1 epaule sont si rares que Bon 
net en avail resolument nie 1 existence et la possibilite, le bras ne se portant selon 



SCAPULALGIE. 2;7 

lui jamais assez en haul et en dehors pour qu un semblable accident put arriver. 
Grocq reconnait la possibilite de ces deplacements, tout en confessant n en 
connaitre aucun exemple avere. On peut supposer en effet que la retraction 
progressive des muscles de 1 adduction agissant sur un os que rien ne relic plus 
au scapulum peut, si la capsule a etc de truite, 1 amener a se luxer sous la 
coracoide et meme sous la clavicule. Mais ce sont la des conceptions de theoric 
pure, aussi convient-il d attendre que quelque observation vienue demontrer la 
realite de ces luxations pathologiques. 

A 1 epaule, comme ailleurs, 1 ankylosc cst la terminaison habituelle de la 
tumeur blanche decette articulation. Si les autcursdepuis Uustjusqu a Nelaton, 
out regarde au contraire cette terminaison comme exceptionnelle, c est qu ils 
n ont pas pris garde aux mouvements de totalite du membre, scapulum 
compris, qui se passent dans ( articulation sterno-claviculaire et qui a la longuo 
peuvent acquerir assez d e tendue pour donner le change. 

DIAGNOSTIC. La scapulalgie n a pas de signe pathognomoniquc ; comme pour 
toutes les tumeurs blanches, c est la reunion d un certain nombre de symptomes 
qui permettra de poser le diagnostic. II dcvicudra done d autant plus facile qiu- 
1 affection sera parvenue a une pe riode plus avancee dc son evolution, les signes 
devenant alors plus nombreux et, plus affirmatifs. Yoici ceux qui, dans la pre 
miere periode surlout, permettront d etablir le diagnoslic : 

1 Les antecedents et le temperament. Si les anamnestiqucs et 1 examen cli- 
nique montrent que le malacle est scrofuleux ; il y a des chances pour que 1 ar- 
thrite soit ou devienne fongueuse. 

2 L e tiologie. Quand aucune cause traumatique ou rhumatismale n expliiju-.- 
1 apparition de la douleur et du gonflement de 1 epaule, on doit songer a la 
scapulalgie qui souvent debute^ une facon insidieuse. 

5 devolution. C est la un des meilleurs signes : La lenteur aveclaquelle c 
developpe 1 affection, 1 apparition successive des symptomes propres aux tumeurs: 
blanches seront de precieux moyens de diagnostic. Nous renvoyons pour leiu 
etude a la symptomatologie ; cependant nous devons mentionner les caracteres 
speciaux qui leur donnent une valeur diagnostique. 

A Ludouleur spontane e ou provoquee presente comme caracteres importants : 
La localisation a 1 articulation malade qui presente des points douloureux fixes, 
son irradiation au coude, la possibilite d etre reveillee par la percussion des 
surfaces articulaires. 

5 La rigidite de Particle due a la contraction des muscles qui 1 entourent est 
un bon signe, ainsi que 1 attitude speciale du membre superieur. 

6 Le gonilement est caracterise par la lenteur de son apparition et son siege 
anatomique qui correspond a 1 articulation fongueuse. 

Le diagnostic n est pas toujours aussi facile a elablir que le disent lesauteurs, 
surtout dans les premiers mois ; plusieurs affections de 1 article ou des tissus 
voisins ont des symptomes communs avec la scapulalgie qu elles peuvent simuler. 
Nous allons les passer en revue et faire de la sorte le diagnostic diffe rentiel. 

Au debut la scapulalgie peut etre conibndue avec les diverses arthrites 
de 1 epaule et la distinction est parfois d autant moins facile a faire que des 
inflammations franches de 1 article peuvent passer assez rapidement a la 
forme fongueuse. Ce sera done surtout 1 evolution de la maladie et la constitu 
tion du sujet qui devront mettre le chirurgien sur la voie. Les synovites ai Tiu>.> 
ousubaigues dues a des causes traumatiques ou rhumatismales se dissipent assez 

D1CT. ENC. 3 e S. VFI. /[ 7 



258 SCAPULALGIE 

rapidement. Dans les formes chroniques, plasliques ou seches, de 1 arthrite, il 
y a soil des epaississements de la capsule et du perioste, soil des frottements ot 
meme des craquements associes a dc la gene dans les mouvements du membre. 
Mais la douleur spontanee et nulle on presque nulle ; la deformation du moi- 
i;non de 1 epaule est moindre et on ne constate nulle part cet empatement mo 
lasse donnant une fausse sensation de fluctuation, qui est caracteristique de la 
presence de fongosites. 

11 est encore possible a cette periode de confondre avec la scapulalgie !<- 
diverses affections qui se developpent dans les couches celluleuses placees entre 
la face profonde du deltoi de et 1 articulation et surtout dans la bourse sereuse 
sous-delto idienne, car les exsudats sereux, sanguins et purulents accurnules dans 
ces bourses sereuses nmenent le gonflement de 1 epaule et genent les mouve- 
meuts. Mais on pent s assurer que 1 articulation est saine en 1 explorant par le 
creux de 1 aisselle et la percussion des surfaces articulaires n eveille pas de 
douleurs dans la jointure. 

Le diagnostic est encore plus i acile entre la scapulalgie et un certain nombre 
de maladies citees par tous les auteurs depuis Crocq. 

G est ainsi que la paralysie du deltoi de n a de commun avec la tumeur blanche 
dc 1 epaule que rallongement du membre. L examen de 1 articulation montre 
qu elle n a pas subi la moindre alteration. 

Dans la contracture des muscles de 1 epaule, il est facile de constater que 
1 articulation n est pas douloureuse par la pression ou la percussion des surfaces 
articulaires 1 une centre 1 autre. L epaule n est pas tumctiee; elle presentc au 
contraire un applatissement du a la retraction des muscles sur 1 article. S il y 
avail doute, il serait facile de faire disparaitre par 1 emploi des anesthesiques h 
contraction spasmodique des muscles et d explorer 1 articulation ; mais on ne 
doit user du chloroforme que s il existe en meme temps une indication cbirur- 
gicale a remplir. 

La nevralgie du plexus brachial s accompagne de douleurs le long des nerfs; 
mais il n y a ni gonflement de la region ni phenomene morbide du cote de la 
jointure. La pression est douloureuse sur les cordons nerveux, mais nonpas au 
niveau de 1 article. La percussion des surfaces articulaires ne reveille aucune 
douleur. Puis la marche de la maladie viendra lever tous les doutes. 

Enfm quant aux adenites axillaires, elles n amenent d alte ration de forme 
que dans le creux de 1 aisselle ; le moignon de 1 epaule ne change pas 
d aspect. II ne faut pas oublier qu elles peuvent compliquer 1 affection qui nous 
occupe, et meme detourner 1 attention du chirurgien au point de lui faire me- 
connaitre au debut le developpement d une scapulalgie. 

Quand la tumeur blanche est arrivee a la periode de suppuration le diagnostic 
est en general confirme. Cependant ces trajets fistuleux peuvent etre dus a des 
alterations periostiques ou osseuses du tiers superieur de 1 humerus (periostites, 
osteites epiphysaires). Ges affections s accompagnent de signes analogues a ceux 
de la scapulalgie et il est souvent difficile de pouvoir explorer 1 article par 1 ais 
selle. Si Ton peut introduire assez profondement un stylet on cherchera a s as 
surer s il penetre dans 1 articulation ou s il arrive sur un point du col humeral 
malade. II ne faut pas oublier du reste que 1 affection peut d un moment a 1 autre 
envahir 1 article et se transformer en tumeur blanche. 

On comprend combien il est important au point de vue du traitement de se 
faire une idee des alterations osseuses el de pouvoir reconnaitre si la tete de 



SCAPULALGIE. 259 

Thumerus estseule affecte e ou bien si Tangle de 1 omoplate eslegalement alte re. 
Voici un moyen ingenieux imagine par Nelaton: on introduit unou deux stylets 
par les fistules, et on toucheles parties denudees ; pendant ce temps on applique 
1 oreille alternativement sur Tangle du scapulum et sur Textremite inferieure de 
Thumerus. D apres la direction que suivent les vibrations sonores, on juge quct 
est Tos percute par le stylet. 

Pour achever ce qui louche au diagnostic de la scapulalgie, nous ne ferons 
que mentionner les luxations spontanees, si toutefois elles peuvenl se montrer 
dans le cours de cette affection. Leurs symptomes ne different point de ceux 
des luxations ordinaires de Tepaule. On sait qu a Tetat physiologique, Taxe de 
Thumerus se dirige vers Tacromion. Dans lescas de deplacement de la tete hu- 
merale cet axe s incline vers les portions internes de la clavicule et meme vers 
le sternum. Mais les modifications de forme qui accompagnent la scapulalgie 
peuvent simuler une luxation et Ton ne doit pas oublier Tobservation que 
Bonnet rapporte dans son traite des maladies articulaires. Cet eminent cliinn- 
gien, avail diagnostique une luxation, et.Tautopsie vint montrerque les surfaces 
articulaires ne s e taient point abandonnees. 

Pronostic. Les auteurs s accordent a reconnaitre (ju au point de vue de la 
mortalite la tumeur blanche de Tepaule est une des plus graves, surtoul ijuand 
elle est arrivee a la periode de suppuration. II faut esperer que ses dangers 
diminuerout quand les chirurgiens se decideronl a oser davaatage et ne laisse- 
ront plus Taffection arriver a sa derniere periode, sans intervenir. 

Au point de vue des resultats, la tumeur blanche de Tepaule est moins grave 
que celle des autres articulations, surtout que celle du coude; car si le malade 
guerit avec un ankylose les fonctions du membre sont moins entravees a cause 
de la grande mobilite de Tomoplate. 

TRAITEMEINT DE LA SCAPULALGIE. Le traitement general est le meme que pour 

ioutes les autres arthrites fongueuses et nous renvoyons le lecteur a Tarticle 

tumeur blanche en general. Quant au traitement local nous ne devons insister 

ijue surce qu il comporte de special a Tepaule. Aussi ne ferons-nous qu indi- 

quer en passant Temploi des revulsifs plus ou moins energiques que Ton peut 

appliquer au debut sur Tepaule malade : vesicatoires, moxas, pointes et raies de 

feu, etc... 

L indication qui s impose, des le debut de la scapulalgie, c est 1 immo.bilisation 
du membre dans une bonne position. Si a la contention nous ajoutons la com 
pression sur T articulation envahie par les fongosites , nous aurons indique 
la conduite a tenir pendant la premiere periode de Taffection. 

La position que le chirurgien doit donner au membre est celle que le malade 
lui donne instinctivement pour eviter la douleur : le bras pendant le Ion" du 
corps est legerement ecarte du tronc, le coude tourne en avant et en dehors 
Tavant-bras demi-flechi et le poignet dans Textension. Mais il n est pas facile 
de maintenir le membre dans cette position; Tarticulalion de Tepaule etant de 
toutes la plus difficile a immobiliser parce que tous les appareils doivent prendre 
point d appui sur le haul de la cage thoracique qui n est jamais fixe. 

L appareil le plus simple et le plus facile a appliquer a ete decrit par 
Malgaigne. II consiste dans une echarpe qui soutient le coude et Tavant- 
bras et dans un bandage de corps qui embrasse le bras et le tronc : la mam et 
Tepaule restent libres. Inutile de dire que cet appareil se relache facilement et 
qu il n immobilise que tres-imparfaitement Farticulation scapulo-humerale. Do 



260 SCAMLALGIE. 

plus il ne satisfait pas a une indication importante : la compression de 1 artide 
malade. Aussi doit-on reserver ce bandage pour les cas les plus simples, quand 
la douleur est peu intense , le gonflement peu prononce et quand il n y a 
pas de tendance au displacement. 

Lorsque 1 alteration de 1 article est plus profonde, surtout quand le gonflement 
est notable et la douleur tres-vive, il est urgent de maintenir 1 epaule d une 
lacon plus exacte et surtout d exercer sur elle une compression methodique. 
C est alors qu on peut appliquer 1 appareil amovo-inamovible de Burggrave. Le 
membre malade, place dans la position indique e plus haul, est entoure avec de 
1 ouate depuis la main jusqu a 1 epaule; pour que la compression soit umforme 
dfs pelotes d ouate sont placees au niveau des creux naturels. On maintient le 
tout par un bandage roule autour du membre superieur et un spica de 1 epaule. 
Cela fait on moule des attelles en carton mouille sur toute la longueur du 
membre en ayant soin de comprendre 1 omoplate ; on les applique de la facon 
suivante : 1 attelle posterieure commence au-dessus du coude et recouvre 
completement le scapulum. L antcrieure et externe. coudee, recouvre d une part 
1 avant-bras et de 1 autre 1 acromion et la clavicule ; 1 attelle interne, egalement 
coudee, arrive jusqu au creux axillaire. Elles sont 1 une et 1 autre maintenues 
par nn bandage roule et un spica de 1 epaule: pour solidifier 1 appareil on imbibe 
ces bandes de silicate de potassc; pendant le temps que les bandes mettent a 
se soiidilitT il est prudent de maintenir la position du membre par des attelle* 
rigides. On peut du reste hater la solidification de 1 appareil en I arrosant abon- 
dammentd alcool. Cepansement surtout vantepar Crocq el Nelaton aeteadoptepar 
la phipart des chirurgiens. Les malades peuvent se lever et se promener, ce qui 
est un grand avantage, et Ton voit d ordinaire les douleurs se calmer. Si le 
chirurgien craint la suppuration et s il tient a visiter 1 epaule il n a qu a inciser 
le bandage, ecarter les valves, puis les remettre en place ; mais 1 appareil perd 
ainsi de sa solidite. On peut plus tard pratiquer des fenetrcs au niveau des 
orifices fistuleux. 

Ouelques cliniciens remplacent cet appareil par des altelles platrees ou des 
plaques de gutta-percha moule es exactement sur 1 epaule malade. M. Panas dil 
avoir retire de bons resultats de cette pratique. 

Citons pour etre complet 1 appareil de Bonnet compose de deux gouttieres. 
dont Tune se moule sur la rnoitie de la poitrine du cote malade et dont 1 autre 
embrasse le bras. Ces demi-cuirasses en cuir modele, convenablement matelas- 
sees, sont munies de courroies qui les assujettissent solidement. L appareil de 
Bonnet a pour inconvenient de ne pas soulever le coude et surtout de coiiter cher. 
Lorsque 1 affection tend vers la guerison, il est urgent de prevenir ou de 
combattre la raideur articulaire; mais on aura soin d atlendrc la disparition 
complete des accidents inflammatoires pour que les manceuvres ne fusscnt pas re- 
passer I arthrite fongueuse a 1 etat aigu. Le cliirurgien devra alors faire executer 
dans tous les sens a 1 articulation malade des mouvements de plus en plus eten- 
dus. Pendant ces tractions il est indispensable de fixer solidement 1 omoplate 
soit en maintenant 1 epaule avec la main, soit en la liiisant solidement tenir par 
un aide. II faut consedler au malade de repeter chaque jour ces mouvements. 

Bonnet qui insiste beaucoup sur la necessite de ces manoeuvres a invente de? 
ajrpareils mecaniques qui ont 1 inconvenient de ne pas s appliquer tres-bien et 
et de n etre pas toujours a laporlee uu chirurgien. 

Le traitement de la periode de suppuration n oflre rien de pai ticulier a 



SCAPULALGIE. - (it 

I epaule Les abces set-out ponctionnes par la melhode sous-cutanec avec on 
<ans injection de teinturc d iode. S ils tendent a ulcerer la peau. ils 
ouverts largement. Enfin Ton extraira les portions osseuses necrosees et de- 
venues mobiles. Mais, si malgre tout 1 alteration fongueuse continue a fanv 
des progres, il arrive un moment ou 1 on est force de songer a enlever les 
os malades ou meme la totalite du membre. C est alors que se pose la question 
d une intervention operatoire ; ce probleme fort delicat a resoudre pour les autrcs 
articulations commence a 1 etre moins pourcelle de 1 epaule. Rien ne pent rem- 
placer une longue pratique et le tact chirurgical pour trancher cette question 
et surtout pour indiquer le moment d intervenir par le couteau; cependanl on 
peut poser les indications suivantes : une operation est devenue urgenlc : 

1 Quaud les traitements employes d une facon methodique et longtemps 
continues ont tous echoues et que la maladie fait des progres ; 

2 Quand la suppuration est excessive et epuise le malade; 

3 Quand les os sont trop profondemeut alteres pour qu on puisse esperer hi 



guenson ; 



4 Enfin quand apparaissent les phenomenes generaux graves de 1 intoxication 
septique : fievre hectique, anorexic, sucures prof uses, diarrhee incoercible, etc. 

Lesauteurs(Crocq, Bonnet) ont etabliun certain nombrede centre-indications 
dont on ne peut nier la valeur : 

1 La faiblesse excessive : Si par timidite chirurgicale ou par la faute des cir- 
constances le chirurgien a laisse faire a 1 epuisement hectique trop de progres 
il survient un moment ou le malade n a plus la force de supporter 1 operation. 
11 existe done un moment precis on 1 operalion est indiquee, moment qu il est 
fort important de ne pas laisser passer. 

2 L existence d une autre maladie grave : La question n est pas doutedisi- 
pour 1 affection cance reuse, etc., et meme pour la tubcrculose a la periode de 
ibnte purulenle quand il existe des cavernes. Mais il est plus delicat de se pro- 
noncer pour la tuberculose au debut et il est le plus souvent impossible de dis- 
tinguer, d apres les signes stethoscopiques, si 1 on a affaire a des tuberculcs 
erus ou au simple epuisement hectique, cause par la suppuration chronique. 

5 La coincidence d autres tumeurs blanches, surtout si 1 alteration fon 
gueuse a envahi d autres articulations importantes et si elle est arrivee a une 
periode assez avancee de son evolution pour entretenir le marasme. 

Ainsi Ton peut resumer les cbntre-indications en clisant que le chirurgien ne 
doit pas intervenir quand apres 1 operation le malade n est pas dans des con 
ditions de guerison probable. II faut ajouter que chez les jeunes enfants on doit 
attendre le plus possible pour intervenir par la resection, car 1 ablation du car 
tilage epiphysaire ameneun arret dans 1 accroissement de 1 os (Oilier). 

Lc chirurgien decide a enlever les parties malades se trouve en face de deux 
operations : 1 1 amputation ou plutot la desarticulation scapulo-lmmerale ; 2 la 
resection a 1 aide de laquelle il enlame et extrait les portions osseuses malades. 

Les chirurgiens anciens faisaient toujours 1 amputation de 1 epaule malade 
par la simple raison que la pratique resection est de date moderne. Ce n est qu a 
partir de White et de Moreau que 1 excision des os caries prit place dans la 
pratique chirurgicale. Cette operation eut bientot des partisans a 1 etranger et 
Ton voit deja Crocq (1855) considerer la resection comme 1 operation obligee de 
la scapulalgie a sa derniere periode, mais en France les chirurgiens 1 accneil- 
iirent avecbeaucoup moins d empressement. 



262 SC.ArLljAL.Ulli. 

Cependant la question est aujourd hui tranche c pour 1 epaule et Ton ne 
son^e a faire la desarticulation que lorsque la resection cst manifestement 
impossible. Ces cas qui deviennent de plus en plus rares peuvent cependant so 
presenter. Panas les indique d une facon tres-nette : la desarticulation est neces- 
saire quand le mal est trop avance et que des trajets fistuleux sillonnent la 
totalite de la region ; la degenerescence des parties molles et 1 etendue des 
parties osseuses a exciser feraient craindre dans ces cas de laisser un raembre 
absolument inutile apres la resection. Elle est egalement indiquee quand I in- 
dividu est arrive a un etat d epuisement tel qu il est incapable de faire les 
frais d une reparation, mais peut encore etre sauve par une amputation de 
1 epaule; car cette derniere operation guerit plus vite que la resection quilaisse 
apres elle une plaie profonde et uue suppuration plus longue. Enfin la desarti 
culation est une ressource extreme quand la resection a echoue. On devra aussi 
tenir comple de 1 age du sujet et du milieu ; car la resection reussit d autant 
mieux que le sujet est plus jeunc et dans de meilleures conditions hygieniques, 
a la campagne surtout. 

La desarticulation n est done qu une ressource ultime a laquelle on ne doit 
se resigner qu a la derniere extremite. La resection devient 1 operation ordi 
naire de la scapulalgie. II reste a demontrer sa superioritc par des statistiques 
et a voir, d apres 1 etudc des observations, dans quelles limites sont conservees 
les fonctions du membre. Cette operation est de plus en plus pratiquee en France 
et surtout en Allemagne, en Angleterre ; pourtant le nombre des observations rela- 
tees dans les publications, livres, theses, journaux, etc., est fort limite, si Ton a 
soin de ne prendre que les resections vraies faites pour tumeur blanche de 1 epaule. 

En Allemagne nous avons la statistique de Gunther citee par tous les auteurs 
qui se sont occupes de la question : 52 resections pratiquees pour scapulalgie 
donnent 20 guerisons, 4 morts et 8 cas douteux. II n y a done qu un cas dc 
mort sur cinq resections et le chirurgien de Leipzig proclame hautement les 
avantages de 1 operation. 

Pean dans sa these (1860) rapporte un nombre assez considerable d observa- 
tions recueillies dans les differents pays : France, Allemagne, Angleterre et 
meme Amerique. Voici le resume succinct de ces tableaux fort interessants. 

Operations pratiquees en France : 14 observations donnent 10 cas de gue- 
rison pour la plupart assez rapides ; 5 morts des suites de 1 operation ; enfin 
2 cas d insucces dans lesquels ia maladie s est reproduite. 

Resections pratiquees en Allemagne: Sur 20 cas on compte 14 guerisons; 
4 morts; dans 2 cas la carie a continue a faire des progres. II faut remarquer 
que les operations heureuses ont ete faites pour la plupart sur dessujetsjeunes. 
Cependant on note un cas de guerison sur un homme de quarante-cinq ans. 

En Angleterre : 11 resections donnent dix guerisons et 1 cas de mort. 

En Amerique : On trouve un cas de resection chez une femme de soixante ans 



avec guerison 



Dans la medecine operatoire de Malgaigne, revue par Lefort, on y voit que la 
resection scapulo-humerale pratiquee rarement pour des cas pathologiques a 
donne trois morts sur six operations. On ne doit pas s etonner de la rarete des 
resections de 1 epaule pratiquees autrefois a Paris et de cette mortalite relati- 
vement effrayante de 1/2 quand on songeala repugnance que les chirurgiens 
francais ont mis a accueillir cette operation qui est tant en faveur en Allemagne 
et surtout en Angleterre. Puis en France on opere tard, alors que deja 1 altera- 



SCAPULALGIE. 2G5 

tion fongueuse est arnvee a une periode tres-avancee de sou evolution, et par 
suite la resection devient d autant plus dangereuse. Knlin on sail quelle est la 
mortalite des operations en general dans les hopitauxde Pans. 

Lors de la famcuse discussion que provoqua Oilier a hi Societe de cliirurgie en 
avril 1872, sur la resection sous-periostee. le chirurgien de Lyon preseuta sept 
observations de resections scapulo-humerales faites par sa metliode, ayaiit donne 
sept guerisons dans de bonnes conditions pour les functions du menibre. 

Gillette montra a la Societe de cliirurgie, en Janvier 1877. un homnie sur 
lequel il avail pratique une resection de 1 epaulc pour une scapulalgie. Le inalade 
tres-bien gueri trois mois apres etait presque en etat de re|u-endre son travail. 

Viennois publie dans la Gazette hebdomadaire (aout 1872) deux observations 
d osteo-arthrites suppurantes chroniques de 1 epaule, ope rees par M. Oilier dans 
les hopitaux deLyon et soignees par lui. Ces deux observations prises avec un soin 
remarquable donnent deux cas de guerison duns d asse/ bonnes conditions. EIK^ 
sont interessantes aconsulter pour 1 bistoire de la lumeur blanche de 1 epaule. 

En parcourant les publications anglaises nous trouvons dans la Lancet quatre 
resections scapulo-humerales faites pour des arthrites suppurees chrouiques qui 
serablent etre des scapulalgies. Barwel reseque la tele hnnn r.ile cariee chez un 
enfant; guerison en six mois (The Lancet, mars 1809). t richsen pratique la 
resection de 1 epaule chez un enfant de qnatorze ans, guerison rapide (Id., 1873). 
John Ewens publie dans le meme journal en 1871 les resultats de deux 
resections faites pour scapulalgie , avec guerison : dans la premiere il erileva 
sur un sujet de dix-huit ans la tete humerale et une portionde la cavile glenoide. 
Dans la seconde, pratique e sur un malade de trente-deux ans, la guerison fut 
lente. Les resultats fonctionnels de ces deux operations ne furent pas tres-bons- 

Cuinot dans sa these (1867) rapporte 1 observation d un homme de trente- 
six ans auquel Dolbeau resequa la tete humerale pour une scapulalgie. La gue 
rison fut rapide, mais les re sultats ulte rieurs ne sont pas mention i 

Esmarch (Archives de Langenbeck, 1877) rapporte un cas dans lequel il 
resequa la tete humerale pour une arthrite suppuree de 1 epaule. G etait une 
petite fille de cinq ans qui, a la suite d une chute sur 1 epaule. fut prise d osteite 
epiphysaire aigue avec arthrite consecutive. 11 y cut guerison apres { elimination 
d un sequestre de deux pouces. Esmarch ne craint pas d ajouter : raccourcis- 
sement leger du bras, retablissement complet des mouvements. 

Ce chirurgien cite encore 1 observation d un ouvrier de dix-buit aiis auquel 
il resequa 10 centimetres de Textremite humerale pour unt necrose centrale, 
croyant a une artluite suppuree. On trouve comme resultat mentionne : gue 
rison sans accidents et presque sans raccourcissement. II semble se former une 
nouvelle articulation et les mouvements de 1 article se retablissent bien. 

Langenbeck a publie dans son journal uue statistique comprenant les cas 
traites du l er mai 1875 au 51 juillet 1876. Deux cas de resection de 1 epaule y 
figurent : 

La premiere fut faite sur un sujet de trente ans pour une carie tubercu- 
leuse de 1 epaule droite. On ne trouve comme resultat que guerison avec des 
tistules. Envoye aux eaux minerales. 

La seconde fut necessitee par une carie ne crotique chez une petite fille de 
dix ans, guerison sans resultat mentionne. 

Enfin en octobre dernier dans les salles de cbirurgie du Yal-de-Grace nou 5 
avons soigne, pour une tumeur blanche du genou, un soldat de vin^t-six ans 



SCAPULALGIE. 

venantde riiopital du Gros-Caillou : M. ledocteur Dative lui avail reseque en 
viron 2 centimetres de la trie Immerale droite cariee par suite de tumeur blan- 
<:he. L ope ration datait de novembre 1877 ; la guerison avail etc assez longue et 
les mouvements du bras eta icnt encore limites surtout celui d abduction. 

Quelles deductions faut-il tirer de 1 expose succinct de ces observations / 
Ksl-il perm is (I m fa ire. mi releve nnmerique et d etablir une magnitique statis- 
rM|iic pour prouvcr le pen de gravite de la resection? Nous ne le pensons 
l>as. On ne public et ne inontre d ordinaire que les cas heureux, laissant dans 
1 ombre les insucces. Puis la pratique des chirurgiens est parfois si differente 
Miivant les pays qn on ne pcul comparer le resultat de leurs operations. Com 
ment en effel etahlir une comparaison cnlrc les observations des chirurgiens 
ni-lais. IJMI ivsequent de tres-bonne heure dans les cas de tumeurs blanches et 
dies <jui se font en France a une periode souvent trop avancee de la maladie? 

\laLre tout, on nc saurail nier. anjourd lmi la snpe riorite de la resection 
scapulo-humerale sm- la de*sarticulation au poinl de vue de la mortalite. C est 
en vain aussi qn on essaiei nil d opposcr a la longue serie de cas heureux que nous 
venous d &mmerer, les resnllals fonrnis par les reseclions secondaires laites 
pendanl la ^iieire d Anieriqne. Kn clVct si Ton consulteces statistiques on Irouve 
Mir II ti resections secondaires praliquees a la suite de coups de feu de 1 e paule : 
J7 iiinrls el (>.> gnrrisons : ce qui donnerait deja une forte mortalite, mais infe- 
rieure cependanl an ivsuliai ^( ; aeral obtenu. en resumant loutes les resections 
conseciilivcs, Icijin l seraitd apresOtis de4l pour 100. 

Nous nc <TCI\OIIS jias ( |ii un puisse comparer les resections faites pour des 
coups clc leu, uiriiic a|uvs une longue suppuration, aux excisions pratiquees pour 
des cas pathologiques ; d IIKMIH- dans les cas palhologiques serait-il fort impor 
tant de ne comparer entre elles que les operations exrcutees sur des articula 
tions fongueuses ou tout au moins suppunmt depuis longtemps. 

Heste cT examiner les resultats nu point de vue de la conservation desfonctions 
du membre et nous verrons que cette question est fort delicate et loin d etre 
tram-bee dans le meme sens par tons les chirurgiens. 

Pean, dans sa these, assure que tons les operes ont pu exercer de nouveau 
les professions les plus penibles, celles memes qui exigent de 1 adresse; que 
tous ont pu reprendre 1 usage du membre, sauf 1 abduction et meme que les 
open s de Nelaloii vus jar lui avaicnt Ions conserve la force et les mouvements 
du membre y compris celui d abduclion presque sans limites. 

Panas (Dictionnaire de medecine pratique, SCAPULALGIE) avance que la supe- 
riorite de la resection sur 1 amputation est toute entiere dans la conservation 
(Je I a plupart des mouvements et des fonctions du membre. 

D apres Duplay les resultats souvent remarquables que donne la resection 
doivent decider le chirurgien a la (enter toules les ibis qu elle est possible; les 
operes, selon lui, non-seulemenl conserveraient 1 usage de la main et de 1 avant- 
bras, mais encore ils recouvreraient a peu pres completemcnt les mouvements 
du bras, sauf quelquelbis 1 abduction. 

Enfin M. Oilier aurait, par sa methode, obtenu d excellents resultats au point 
de vue des fonctions. D apres ce cbirurgien, on voit au bout d un certain temps 
se reformer une articulation analogue a celle qui a etc rese quee. L epaule nia- 
lade reprend peu a peu sa forme et dans certains cas on ne reconnait 1 operation 
qu a la cicatrice resultant del incision et au raccourcissement du membre. 

Mais il ne fan t pas se bercer d illusions cartel n est pasl avis de tous les chirur- 



SCAPULALG1E. 

vHolmes^mo/ Surs^ 

urni" par /a lection scapulo-humera.e : le bras no peul aai, to. * 
au dela de 1 horizontale ; dans beaucoup dc cas .1 pend le long du o 
dehoide n a plus la force d ecarter le bras du tronc Lcs mouvemenl, 
sion, de flexion, et deduction sont ordinairement l.b.vs : enfin , 
raresle mouvement d abductionpeut etre assez consider able. D ordmaire 
bras conserve assez de puissance pour porter des poids et po 
travaux domestiques. 




Holmes qii il cite, clit quc 1 utilite du membre apres la resection, esl moindre 
dans quelques cas que si 1 epaulc se fut gucrie av. c unc ankylose vraie 
lamajorite des cas cependant, les mouveraenls dc llcxion, d extension < 
duction etaient passablemcnt bien conserves : cliez ipielques snjols les Ion, n 
dcla mainet de 1 avant-bras etaient legerement enipcchecs el chez beaucoup de 
malades elles ne 1 ebient pas du tout. Dans deux observations qu H relate 
paule malade avait presque complelement rccouvre le mouvomenl d abduction. 
Rupprecht (1871), dans son Traite tie chirurgied armee,d\\ <| " les r^sultats 
des resections secondaries sont plus mauvais a can so dos alloraluins qui sur- 
viennent dans les parties molles de 1 epaule a la suite des l.lrssmvs. M;n. ce M.nt 
la des operations pratiquees pour des coups de leu d inioiix vaudrail pour rhv 
completement edifie sur la valeur des resultats de la n sodion avoir un nombre -m 
fisant de cas de scapulalgie vraie traites par cette operation. Malheureusemenl lo 
nombre des observations publiees avec le resultat definitif est Toil ivsiinnt, 
certains chirurgiens negligent de mentiouner les suites de 1 operation mi n in- 
diquent pas d une facon satisfaisante comment se sont retablis les mouvements du 
bras. C est ainsi que dans les dernieres observations deLangenbeck on IMMINO seu- 



lement le mot guerison. 



On voit Esmarch, apres avoir enleve Id centimetres de 1 humerus i-lnv un 
malade et la tele bumerale avec une partie de la diapliyse cliez uno poliio lillo, 
af firmer que le raccourcissement otait leger et le retablissement des loiictioiis 
du membre complet dans un cas et presque complet dans rauirc. 

On a peine a croire a d aussi beaux succes. En clTot, quand on examine 
do, pres les observations, on ne trouve pas que les resultals soieul au-si bril- 
lants que veulent bien le dire les auteurs. 

C est ainsi que M. Oilier est force de convenir lui-meme que la mubilito do 
la nearthrose est souvent bridee par des obstacles passii s (adheiviioos liliron 
anciennes periarticulaires). Et en examinant les deux cas, dont il donne les 
observations dans son Traite de hi regeneration des ox, on trouve les ivsullals 
suivants : La jeune fille a laquelle il resequa 12 centimetres de riiiimonis, mal- 
gie une reproduction assez complete de 1 os, pouvait bien porter son bras on arriore 
et mettre la main sur la tete ; mais le mouvement d abduction etait presque nul 
et il y avait atropbie notable de la main et de 1 avant-bras. Chez le second 0|u ; i, 
(Obs. XLIII) les suites eloignees de la resection sont a peu pres les memes. 

Deux observations de Viennois ont trait encore a des operes de M. Oilier ; le 
premier (resection de 6 centimetres de 1 bumerus), dit 1 auteur, se servait dc son 
bras pour les divers usages de la vie, mais moins bien qu avant 1 accident et I mi 
sentait I liumerus retenu par la resistance des tissus fibreux peripheriques. 



266 

Dans le second cas (resection de 7 centimetres de 1 extremite humerale), 
1 operee, une jeune fille, put reprendre les travaux du menage et des champs. 
Elle avail autant de force que du cole sain : mais les mouvements d abduction et 
d elevation du bras etaient limites. 

Dans son observation, Gillelle dil bien que son opere fut en etat de reprendre 
ses travaux; mais il ne dit rien de 1 etendue des mouvements. 

Les auteurs anglais, dont nous avons cite quatre observations prises dans The 
Lancet, font la remarque suivante : les malades gueris de 1 operation sont 
capables d executer les travaux qui necessitent la pronation de la main et de 
1 avant-bras, mais ils ne sauraient accomplir ceux qui exigent la supination. 
Enfin chez 1 opere de M. Dauve, que nous avons pu observer an Val-de-Grace, 
nous avons trouve les mouvements du bras tres-limites et 1 abduction reduile 
a un leger ccartcmcnt du tronc. Les mouvements de rotalion de 1 humerus 
etaient brides par la cicatrice retractee et adherente resultant de 1 operation. 

On voit done qu il est encore fort difficile de se prononcer sur la valeur des 
resections dc 1 epaule au point de vue fonctionnel et qu il faudra accumuler 
encore plus d unc observation prise avec soin pour trancher definitivement la 
question. Cependant en parcourant celles que nous possedons on en retire cetle 
impression que les resultals ne sont pas aussi satisfaisants que veulent bien 
le dire la plupart des auteurs et que la resection, faite dans des cas defavo- 
rables, donne des rcsultats qui nc valenl pas une bonne ankylose de 1 epaule; 
mais en revanche on acquiert cette conviction que 1 operation faite dans de bonnes 
conditions laisse au malade une somme de mouvemenls suffisants pour les 
usages principaux de la vie. 

Ces conditions qui influent sur les resultals fonctionnels de 1 operation sont les 
suivantes : 

lLe degre d alteration des os. Lorsque le chirurgien est force d exciser une 
trop grande portion de I liumerus il a beaucoup de chance pour n obtenir qu uu 
membre flottant. 

2 La periode de la maladie : Ton ne doit pas trop attendre car pour, que les 
resultats de 1 operation soient bons il ne faut pas que les tissus soient trop de ge- 
neres. II faut surtout que les muscles et parmi eux le deltoide puissent recou- 
vrer leur contractilite. 

5 L age du sujet. Plus le sujet est jeune, plus il y a de chance de repro 
duction osseuse. 

4 Le procede operatoire a une importance evidente et la methode sous- 
periostee donne des resultats dont M. Oilier a montre la superiorite. 

5 Enfm il n est pas jusqu aux soins consecutifs a 1 operation qui n aient 
une grande importance. 

Quand 1 operation est faite dans ces conditions favorables on voit, au bout 
d un temps variable qui peut etre assez long, 1 epaule reprendre une partie de 
sa forme et de ses fonctions; mais il persiste une cicatrice resultant de 1 ope 
ration et un raccourcissement qui varie avec 1 etendue de la partie excisee. Dans 
des cas tres-exceptionnels, presque tous les mouvements peuvent etre conserves 
comme ils 1 ont ete dans le cas de Syme et du chasseur de Blois opere par Nela- 
ton. Mais ce sont la des resultats sur lesquels il ne faut pas compter. La pluparl 
du temps les mouvements du bras sont fort limites et celui qui 1 esl au plus haul 
degrees! toujours 1 abduction. Inutile de dire que les mouvements se passent en 
parlie dans la nearlhrose el beaucoup dans I articulation sterno-claviculaire. 



SGAPULALGIE. 2C7 

Les malades conservent le fonctionnement de la main et de 1 avant-bras et 
peuvent se servir de leur membre pour exercer des professions peu penibles. 
Dans ces cas heureux, 1 observation clinique montre que 1 extremite resequee 
de 1 humerus remonte vers la cavite glenoide; en deprii>,ant les chairs on sent 
sous 1 acromion rouler une extremite tumefiee et globuleusc rappelant vague- 
ment la tete humerale (Oilier). II se forme done en apparence une nearthrose 
ayant quelque analogic avec 1 articulation scapulo-humerale resequee ; raais 
jusqu a quel point lui ressemble-t-elle ? Oilier et son ecolc n hcsitent pas a 
affirmcr que la nearthrose se reproduit avec le type de 1 articulation primitive. 
Mais depuis que le precede sous-perioste est mis en usage il n existe pas encore 
d autopsie venant demontrer la realite de cettc assertion. Dans la these de Peau 
il y cst relate huit autopsies de resections faites, cinq pour des caries et trois pour 
des fractures comminutives par Chaussier, Roux, Syme, Textor, Heyfelder, Thon, 
Breen, Hutchinson. Ces dissections ont ete faites trois mois, six mois, six ans et 
meme vingt ans apres 1 operation; elles permettent done d etudier les modifi 
cations anatomiques consecutives a la resection a des periodes assez avancees 
du travail de reparation. Voici ce que nous y trouvons d inleressant a notcr 
au point de vue pratique. L etat des parties molles a ete peu etudie ; il serait 
cependant important de savoir ce que deviennent les masses musculaires. 
On note toutefois que les muscles et les tendons plus ou moins atrophies 
sont difficiles a isoler du tissu cicatriciel et demeurent entrelaces dans le 
foyer de la resection. On n a pas pu demontrer par la dissection la formation 
d une nouvelle synoviale ; mais en revanche il se forme autour de 1 os rese- 
que une sorte de capsule fibreuse dure et resistante qui 1 unit au scapulum et 
qui adhere par sa face externe aux parties molles peripheriques. Parfois on 
trouve entre les deux extremites osseuses une sorte de menisque fibreux. 

Que se passe-t-il du cote des os resequees? Le bout excise de 1 humerus 
s encroute de cartilage ; Chaussier a vu la surface de section regulierement 
excavee correspondre a une tete arrondie qui recouvrait la cavite glenoide. 
D autres fois 1 extremite humerale se couronne d une legere saillie qui dans un 
cas donnait insertion au tendon de la longue portion du biceps. En resume, on 
voit que la nature met tout en oeuvre pour refaire une articulation analogue 
a celle qui a ete enlevee, mais qu au point de vue anatomique elle est loin d y 
arriver. II faut se hater de dire que nous n avons la que le resultat d operations 
pratiquees par des precedes anciens. Aujourd hui que la medecine operatoire a 
fait sur ce point des progres incontestables, il est permis d esperer plus. Nous 
Youlons parler de la methode sous-periostee. Oilier, dans son traite de la rege 
neration osseuse et dans ses communications, a donne des resultats qui mon- 
trent qu une portion de 1 extremite humerale peut se reproduire. L observation 
la plus concluante est celle de cette jeune fille, dont nous avons deja parle, a 
laquelle il enleva 12 centimetres de 1 os du bras; la reproduction d une grande 
partie de la portion osseuse excisee fut evidente. Inutile d ajouter que le chi- 
rurgien a d autant plus de chance d obtenir des reproductions osseuses qu il 
opere sur des sujets plus jeunes. 

Apres avoir montre la valeur de la resection scapulo-hume rale au point de 
vue de la mortalite et des resultats fonctionnels, il nous reste a indiquer le pro- 
cede a employer. A 1 article MEDECINE OPERATOIRE DE LA REGION, on trouvera 1 his- 
torique et la description des nombreux precedes successivement vantes et de- 
laisses par les chirurgiens, depuis celui de White et de Moreau, le pere, jus- 



268 SGAPULALGIE. 

qu a celui de M. Oilier. Ce qui explique la multiplicite des precedes, c est qu il 
existe un certain nombre d indications a remplir et il est presque impossible de 
les reaiiser toutes a la fois : 1 incision faite aux parties mollcs doit etre suffi- 
sante pour decouvrir les extremites osseuses et permettre leur facile resection. 
Mais ces incisions doivent menager les fibres du deltoi de. C est pourquoi 1 expe- 
rience a fait rejeter les incisions multiples et les precedes a lambeaux surtout 
a base etroite. II faut egalement menager les arteres et les nerfs et condamner 
les incisions qui lesent le nerf circonflexe. II convient enfin d assurer le libre 
coulement du pus. 

Les precedes qui restent dans la pratique sont ceux de Nelaton et de Robert et 
Malgaigne. Ajoutons celui de M. Oilier ou precede sous-perioste, et celui de 
Maurice Perrin. 

Le precede de Nelaton a pour inconvenient, en sectionnant transversalement 
Jes fibres du delto ide, d affaiblir 1 action dc ce muscle, et de ne pas donner un 
Jibre ccoulemcnt au pus. Aussi ce cbirurgien etait-il force d etablir ua trajet 
fistuleux a la partie posteio-interieure de 1 epaule. Nelaton n en a pas moins 
obtenu de tres-beaux resultats. 

Le precede de Malgaigne est le plus employe et offre les plus grands avan- 
tages , celui d Ollier en est une modification. Laugenbeck insistait sur la 
conservation du tendon du biceps. Oilier songea a conserver toutes les parties 
molles y compris le perioste et a enuclcer pour ainsi dire 1 os carie. Les avan- 
tages de cc precede sont tels qu ils nous semblent devoir 1 emporter sur tous 
les autres. Mais, comme le fait remarquer le chirurgien de Lyon, on ne doit pas 
sc borner a laisser ca et la des lambeaux de periosle ainsi que le font le plus sou- 
vent les Allemands ; il faut detacher completement cette membrane et conserver 
rintegrite de la gaine fibro-periostique. Cette mano3uvre est rendue facile dans 
les resections palbologiques par I epaississcment du perioste et son peu d adhe- 
rence a 1 os. 

Si ce precede ne donne souvent qu une reproduction osseuse incomplete, il 
offre au moins 1 avantage de forcer le chirurgien a raser 1 os, a ne pas ouvrir les 
loges musculaires et a respecter la continuite des insertions tendineuses. Apres 
1 operation, les muscles agissent sur 1 os qu ils doivent mouvoir par 1 interme- 
diuire de la gaine periostique et dela capsule articulaire qui leur sertde tendon. 

L incision de M. Oilier, parallele a celle de Malgaigne, mais placee plus en dedans, 
commence a la pointe de 1 apopbyse coraco ide. On ne passe pas dans 1 interstice 
delto ido-pectoral, de peur de leser les vaisseaux qui s y trouvent. Nous n insiste- 
rons pas sur les details de 1 operation et sur la facon d inciser la capsule et le 
perioste et de decoller cette membrane. Le plus souvent, on n a qu a resequer 
une portion de 1 extremite superieure de 1 humerus. On scie alors 1 os en prote- 
geant les parties profondes. On doit autant que possible enlever la totalite de 1 os 
malade; et certains chirurgiens ont reseque jusqu a la moitie superieure de 
1 humerus. Cen est pas a dire que cette conduite soit a imiter, bien au contraire, 
les resultats fonctionnels fournispar les rejections, etant d autant meilleurs que 
moindres, sont les portions d os excisees. Quand la cavite glenoide est, par trop 
alteree, le chirurgien est force d exciser Tangle de 1 omoplate; il peut alors se 
servir avec avantage de la pince incisive de Nelaton. Dans des cas exceptionnels, 
on a du enlever une portion de 1 acromion et de 1 apophyse coraco ide. 

Le precede de M. Oilier n a qu un inconvenient, c est de ne pos laisser un 
ecoulement facile au pus, ce qui oblige a faire une contre-ouverture a la partie 



SCAPULALGIE. 269 

posterieure el inferieure du moignon de 1 epaule et a passer un drain; s il existe 
vers ce point un orifice fistulcux, on pent en profiler et le dilater. 

Pour en finir avec 1 operation, nous devons parler d un accident assez rare, 
mais qui s est produit enlre les mains de quelques chirurgiens (Ferguson, Oilier), 
c estla fracture de I humerus. Par suite de sa degenerescencefongueuse, 1 os pent 
acquerir une friabilite telle qu il se brise sous les tractions necessities par 1 ope- 
ration. Chez, le malade d Ollier, age de cinquante-six ans, 1 os se cassa au-des- 
sus des condyles au moment ou Ton faisait saillir la tete humerale. On fut force 
d appliquer un appareil amidonive ; la fracture guerit sans raideur du coude et le- 
malade ne s est jamais doute de 1 accident dont il avait ete victime. 

Les pansements consecutifs ont une grande importance et influent beaucouji 
sur le resultat definitif de 1 operation. Pendant la periode inflammatoire, il im- 
porte d obtenir une immobilite exacte de 1 articulation resequee. Les goullieres 
employees autrefois ne donnent pas une contention suftisanle. Le mieux est 
d appliquer un appareil ouate et silicate sur tout le membre superieur en reser- 
vant des fenetres au niveau des plaies. Le chirurgien doit surveiller 1 epaule de 
pres pendant cette periode phlegmoneusc, de peur d etranglement et renouveler 
1 appareil des qu il est necessaire. Nous ne parlerons pas du traitement de la 
plaie qui n offre rien de special, si ce n est qu il est de la plus liaute impor 
tance d assurer un tres-libre ecoulement au pus. Quand les phenomenes inflain- 
matoires ont tous disparu, quand on suppose que les nouvelles production^ 
osseuses ont acquis uue solidite suffisante, il faut cesser l immobilisation 
qui, trop prolongee, amenerait de la raideur, et faire alors executer au mem 
bre des mouvements gradues et repetes chaque jour. On devra veiller a hi 
contractilite musculaire surtout a celle du deltoide et la reveiller par 1 electri- 
cite, les doucbes et le massage. Ce traitement est long, penible et ennuyeux 
pour le chirurgien et le malade, et si les resultats sont souvent imparfaits, c est 
qu il y a negligence de 1 un et de 1 autre. 

La guerison est en ge neral rapide chez les sujets jeunes. Dans les cas favo- 
rables, la plaie met de six semaines a trois mois a se cicatriser. Mais les cas ou 
la guerison se fait attendre pendant des mois et meme une annee ne sont pas 
rares. II se forme souvent pendant ce temps de nouveaux trajets fistuleux. Enlin, 
il peut se faire que 1 alteration fongueuse continue son evolution et la maladie 
sesprogres. On est alors force d intervenir de nouveau et souvent Ton n a plu> 
comme ressource extreme que la desarticulation. PINGAUD et CH.VRVOT. 

BiBLioniiAPHiE. J.-L. PETIT. Traite des maladies des os. 1775. ENKELMAN. De funyis arti- 
culorum. Argent., 1749. DUVEENEY. Traite des maladies des on. SALONS. Observations 
et tumeurs blanches des articulations. Paris, 1802. BERENDS. De fungo articulorum. 
Francfort, 1804. COLLET. Essai sur les tumeurs lympatiques des articulations. Paris, 
1814. COWPER. [nBoerhaave. MONTEGGIA. Institutions chirurg. G. COVVPER. Myotomia 
reformata. Lond, 1694. BUOMFIELD. C/iir. Obs. and Cases. Edouard STANLEY. In London 
Medical Gazette, 1829. John-Gregory SMITH. In London Med. Gazette. BRODIE. Pa 
thological and Surgic. Observ. on Diseases of the Joints. London, 1828. Samuel COOPER. 
Treatise and the Diseases of the Joints. London. BRANSBY COOPER. Diseases of the Bones 
and Joints. In Lond. Med. Gaz., 1847. SCOTT. On Diseases of the Joints. Edimbourg, 1828. 
DZONDI. Halle, 1833. SCHREGER. Uber Omoalgie. In Archiv f. praklische Med. und Rli- 

nik. SCHANN. De arlicul. fungo. Bonn, 1836. RUST. Arthrokakologie. Vienne, 1817. 

CRUVEILHIER. Anat. path, (de 1850 a 1842). MALGAIGNE. De la scapulalgie. Lemons recueil- 
lies par CARON. In Journal de cliirurgie. 18 i4. Du MEME. Lecons d or I hope die. RICHET 
De V inflammation des synomales articulaires. Paris, 1847. Ronx. Des tumeurs blanches. 
In Diet, en 21 vol. POUTEAU. Melanges de chirurg. J. GUERJN. Lecon de clinique donnee a 
I hdpital Saint-Pierre. In Presse medicale beige, 1849. Du MEME Eapport sur les traite- 



270 SCARBOROUGH. 

menls orlhopedigues de M. le docteur J. Guerin a I hdpital des enfants. Paris, 1848. 
BONNET trait 6 des maladies articulaires. 1845. -- CROCQ. Des tumeitrs blanches des arti 
culations. Bruxelles, 1853. COCUD. These de Paris, 1851. PEAS. These de Paris, 1860. 
. CUIROT. These de Paris, 1867. FUOMET DU ROSNAY. Des raideurs alimentaires. 
These de Paris, 1869. BARWEL. Obs. of Scapulalgy . In Tlte Lancet, 1869. ERICHSEN. 
In The Lancet, 1873. John EWANS. In The Lancet, 1871. JARJAVEY. In Gaz. hebdoma- 
daire, 1867. DUPLAY. In Archives generates de medicine, 1872, et Union medicate, 10 aout 
1872. _ GOSSELIN. In Archives gen. de med., octobre 1873. DURONNEA. Essai surlascapu- 
lalgie. These de Paris, 1875. SABOURIN. De I atrophie mnsculaire. Tliese de Paris, 1873, et 
Archives yen. de med. Aout 1874. GAUTHIER. Periarthrite scapulo-humerale. These do 
Paris, 1873. Henri DESPLATS. De I atropliiemusculaire dans la pfriarthrite scapulo-hn- 
mcrale. In Gaz. hebd., 1878. ~ FERNET. In Archives gen. de med. Avril 1878. P.O. AS. 
Article Epaule du Nouveau Dictionnaire de medecine pratique, 1870. LANGEXBECK. Ar 
chives sliitisliquc des operations faites par Langenbeck,demai 1815 au3l juillet 1876. 
ESMARCH. In Archives de Langenbeck, 1877. - Jraites de pathologic externe de : BOYEI;, 
VIDAL DE CASSIS, NELATO\, FOLLIN et DUPLAY. 

SCAPULO IILMERALE Voy. EPAUI.E. 

s< %U%KI :. Petit mollusque gasteropode de la t amilledes Auric ulide s. D. 

st \UAKI i. (ScARABEiDEs). Ondoiuie vulgairement le nom de Scarabe e a des 
insectes appar tenant a des groupes differents. Le vrai Scarabe e est un genre d in- 
sectes coleopteres de la famille des Lamellicornes Scarabe ide s, dont les antennes 
sont terminecs par un renflement lamelleet plicatile. Ondivise, d apresLatreille, 
les Scarabeides en sept tribus : Coprophayes, Arenicoles,Xilophiles,Phyllopha(]es, 
Anthobies et Melitophiles. 

Sous le nom de Scarabe e, certains coleopteres out ete, dans 1 antiquite egyp- 
tienne, 1 objet d un culte particulier. Us figurent dans 1 ecriture hieroglyphique. 

D. 

SCARABICUS (SEBASTIEN). Me decin italien, naquit a Padouc.Enl656, il 
obtint la cbaire de medecine a 1 Universite de sa ville natale. 11 est mort le 
24 fevrier 1686. Les succes de sa pratique lui meriterent la confiance gene- 
rale, et la gaiete de son Immeur, plus encore que 1 interet qu il savait leur 
donner, attirait un grand nombre d auditeurs a ses lecons. On connaitde lui : 

I. Df ortti if/iiis febriferi historia physico-medica. Padoue. 1655, in-4. II. Historia 
bovini ccrcbri in lapidem mutati et de lapidis concretionc in hominc. Padoue, 1678, in-12 
(pretendues ossifications du cerveau, qui ne sont autre chose que des exostoses de la base du 
crane). 1- UN. 



(GUMBATTISTA). Mcdecin du seizieme siecle, il exerca la 
medecine a Urbino et a Macerata et fit partie de 1 Academie des curieux de 
la nature, sous le pseudonyme de Phaeton. II a laisse entre autres meraoires : 

I. Demotu cordis mechanicum theorema. Sinigaglia, 1689, in-4. II. Theoremata fami- 
liaria de physico-medicis lucubrationibus juxtti leges mechanicas. Urbino, 1695, in-4". - 
III Letlera sopra un idrofobo. Macerata, 1702, in-8. A. D. 

SCARBOROUGH. (STATION MARINE ET EAUX MiNERALES DE). Sufatees magne- 
siennes et calciques fortes , chlonirees sodiques mcyennes , ferrugineuses 
faibies, azotees faibles. En Angleterre , dans le comte d York (Yorkshire) , 
a 68 kilometres de la ville d York, est un port sur la mer du Nord, peuple" de 
15 000 habitants, admirablement situe au fond d une baie tres-bien abritee. 
La ville s eleve en amphitheatre de quelques metres au-dessus de 1 eau de la 
mer jusqu au sommet du rocher sur lequel a ete construit le vieux chateau qui 
domine la ville de pres de 100 metres (de Paris a Londres, de Londres a Scar- 



SCARBOROUGH. 271 

borough par le chemin de fer Great Northern en sept ou huit heures). Scarbo 
rough avail une ancienne abbaye de Gisterciens ; son chateau fort, dont il reste 
encore les mines, date de 1136 et avail ete bali par William comte d Abemarle. 
La peche au hareng, le cliarbon de terre des mines de Newcastle et de Sunder- 
land qui vient prendre la mer dans le porl, les eaux-de-vie, le genievre el les 
vins de Portugal qui y arrivenl, constituent son principal commerce d imporla- 
tion. Le pont de Scarborough (Cliff Bridge), donl les culees reposent sur une 
jetee de 25 metres de hauteur, est d unehardiesseremarquable; plusicurseglises 
et plusieurs chapelles de cultes different sont les principaux monuments de 
cette petite ville. Ses environs sont tres-inleressants, et sa longue digue est une 
promenade tres-agreable pour ceux qui ne peuvent profiler d excursions plus 
eloignees. Les hotes acciclentels de Scarborough vont ordinairement visiter le 
pittoresque village de Kacknees, a 8 kilometres du port ; la baie de Filey, a mi- 
chemin du cap Flamborough, c est-a-dire a 16 kilometres de Scarborough, a sans 
contredit la plus belle plage de toute la cote orientale de 1 Angleterre; elle n a 
pas, en effet, une etendue moindre de sept ou huil kilometres recouveiis d un 
sable uni et fin; ses falaises sont hautes et escarpees, et, a leur sommet le plus 
e leve,jaillitune source minerale ferrugineuse. Filey est tres-frequente depuis urn- 
dizaine d annees par les baigneurs, qui y trouvent des hotels et des maisons con- 
fortables et surlout une installation marine parfaitement appropriee pour 
les bains. 

La plage de Scarborough est beaucoup moins belle et beaucoup moins vaste 
qus celle de Filey ; mais elle suffit parfaitement aux malades qui ont a la fois 
besoin de 1 action tonique el reconstituante de ses eaux ferrugineuses combinee 
avec l administration d un traitement par 1 eau de mer. A Scarborough emergent 
deux sources connues depuis plus de trois cents ans et qui n ontpas cesse d etre 
employees depuis cette epoque. Leur debit etail plus considerable autrelbis 
qu aujourd hui ; mais il n a jamais ete suffisant pour qu on ait pu administrer 
ces eaux a 1 exterieur. La saison commence vers le 15 du mois de juin et finit 
le 15 septembre. Les deux sources de Scarborough sont designees par les noms 
de : North Well (source du Nord) et de South Well (source du Sud), ou, la 
premise, par celui de source ferrugineuse, et la seconde par le nom de source 
saline, quoique la mineralisation des deux sources soil a peine differente. Leur 
eau est limpide, incolore, inodore; elle a une saveur a la fois salee et ferrugineuse ; 
la temperature de cetle eau est de 12, 2 centigrade. Sa densite n est pas exactemenl 
connue; mais elle differe peu de celle de 1 eau ordinaire. Elle esl a peine gazeu- 
se : aussi ne peul-on s apercevoir qu avec une grande allenlion qu elle est quel- 
quefois traversee par des bulles qui se fixent en perles assez fines sur les parois 
des vases dans lesquels elle est recue. Son analyse a ete faite par Phillips en 
1840; ce chimiste a Irouve dans 1000 grammes d eau les principes suivanls : 

flORTH-WELL. SOUTH-WELL. 

Sulfate cristallin de magnesie. . . . 19,1342 23,884 

chaux 11,8765 11,713 

Bicarbonate de chaux 5,5175 5,066 

fer 0,2102 0,192 

Chlorure de sodium 2,0159 3,140 



TOTAL DES MATJEBES FIXES. . 40,1545 43,995 

Gaz azote Ji ",182 = 340 c. c. 405 c. c. 

ACTION TIIERAPEUTIQUE. Les effets physiologiques et curatifs des eaux de Scar- 



272 SCARES. 

borough ne different de ceux des autres eaux de la meme espece que par une 
action derivative marquee, qu elles doivent assurement a la quantite considera 
ble des sulfates magnesiens qu elles tiennent en dissolution. Cette propriete 
donne aux eaux de Scarborough une place a part dans le cadre hydrologique, 
puisque, a 1 inverse de presque toutes les eaux ferrugineuses, elles diminuent 
au lieu d augmenter la disposition qu ont les chloro-anemiques a une consti 
pation habituelle et opiniatre. 

MODE D ADMINISTRATIOIX ET DOSES. L eau des deux sources de Scarborough se 
prend enboisson seulement a la dose de troisa six verres le matin a jeun, espa- 
ces d un quart d heure en general. 

Plusieurs malades la boivent aussi aux repas coupee de biere ou mieux de 
claret. On associe le plus souvent a la cure minerale les bains de mer chauds 
H le plus souvent froids. 

La dure e de la cure est le plus souvent d un mois. 

On nexporte pas 1 eau des sources de Scarborough. A. ROTUREAU. 

SCARROROUGII (CHARLES). Medecin anglais du dix-septiemesiecle, fit ses 
etudes medicates a Londres, et fut 1 un des maitres de Harvey, qui conserva 
Imijours pour lui une grande amitie, et prcnait souvent son avis. Scarborough 
fit voir, 1 un des premiers, d une maniere methodique, les ressources que 
la geometric et la mecanique pouvaient preter a 1 e tude de 1 anatomie et de la 
physiologic. II fit longtemps des cours publics et ne manquait aucune occasion 
<IV\poser scs idees a ce sujet. Jouissant d une grande consideration, il devint 
premier meilecin de Charles II, poste qu il conserva sous ses successeurs, 
Jacques II et Guillaume III. On connait de lui : 

Syllabus musculorum. In Myotomie dc Guill. Molcns, 2 8 edit. Londres, 1676. in-12. A. I>. 

s \KSO\% (jEAN-FRAivgois). Mcdecinitalien du dix-huitieme siecle, naquil 
a Costiola, pres de Rovigo, en 1718, et fit ses etudes medicales a Padoue, a 
Rologne et a Florence. II alia s elablir dans sa ville natale, oil il acquit rapide- 
ment une grande reputation; son succes y fut tel qu il refusa les offres les plus 
brillantes, entre autres celles que lui faisait 1 Universitede Padoue. II est morta 
Costiola le 8 septembre 1800, laissantquelques ouvrages fort estimesa 1 epoque 
oii ils virent le jour et qui prouvent chez leur auteur un certain talent d obser- 
valion. En voici les titres : 

I. Aphorismi de cognoscendis et curandis morbis, uberrimis commentariis atque animad- 
versionibus illustratl. Padoue, J746, in-4; 1762, in-4, 5 vol.; 1775, in-4, 5 vol. H. Apho 
rismi de cognoscendis et curandis mulierum morbis crcbcrr unis. Padoue, 1758, in-4 (Avec 
les precedents dans les dernieres editions). L. Hx. 



(Scarus). Les Scares, tels que les comprenaient Forskal et Cuvier, 
constituaient autrefois un genre nombreux de la famille des Labrides, genre 
qui ne comprenait pasmoins de quatre-vingts especes. Ils ont e te depuis quelqucs 
aimees repartis en trois genres principaux qui sont : le genre Scare proprement 
dit, le genre Scarichthys et le genre Pseudoscare. 

Ces poissons, que Ton designe vulgairement sous le nom de perroquets de 
mer, ont le corps de forme oblonguc. Leur bouche est pourvue de levres assez 
epaisses, et celle de la machoire superieure se dedouble quelquefois. Les dents, 
disposers en ordre quinconcial, sont. soudees entre elles, tranchantes surle bord 



SCARES. 275 

libre de la premiere rangee et intimement uuies a leur base qui s implante sta 
les os maxillaires avec lesquels clle se soude de tres-bonne heure. Ces oi^-,\- 
nes sont separes sur la ligne mediane par uue surte de suture ; en arriere de la 
premiere rangee sc trouvent les den Is de remplacement. Leurs os pharyngiens 
sont aussi pourvus de dents. La machoire infer ieure de ces poissons depasse en 
avant la superieure. Leur tube digestif est depourvu de cjecums pyloriques. 
Les naturalistes se sont bases, pour la repartition des differentes especes de ce 
groupe en trois genres principaux, sur des caractcres secondaires tires soit de 
la structure des rayons de leur nageoire dorsale, soit de la presence sur leurs 
joues d une ou de plusieurs rangees d ecailles. 

Les couleurs des Scares sont tres-variables ; elles changent suivant IVige du 
poisson et la nature de 1 eau qu il habile. Us atteignent, en general, de fortes 
proportions et leur etude, faitele plus souvent sur des individusde petite taille 
et par consequent tres-jeunes, presente de reelles difficultes. Aussi les nalw.,- 
listes qui se sont livres a 1 etude de ces poissons ont-ils ete exposes a de nom- 
breuses causes d erreurs et plusieurs especes, decrites par eux comnie dislinrl 
ont-clles ete reunies en une seule apres une etude plus approfondie dc IV i- 
semble de leurs caracteres. Le nombre des especes de Scare est done moins consi 
derable qu on ne 1 avait d abord suppose, et 1 etude de ces poissons faitc 
des sujets adultes viendra encore modifier la synonymie de ce groupe. 

1 Genre Scare (Scarus Forsk.). Lc genre Scare proprement dit comprend 
environ une quinzaine d especes dont une seule, le Scare des anciens (Sea/ >. 
cretensis), habite la Mediterranee. On le prend aussi dans les parages des ilcs 
Maderes et des iles Canaries. Les autres especes, dout nous ne citerons que les 
plus connues, se trouvent dans les regions tropicales de 1 ocean Atlantique. Ce 
sont : le Scare rouge (Scarus Abildgaardii), le Scare rameux (Scaru* froniloxn 
Je Scare a ventrales rouges (Scarus rubipinnis), le Scare a macboires rayonnees 
(Scarus radians), le Scare a nagcoires dorees (Scarus chrysopterus), le Scai c 
bride d or (Scarus aurofrontosus), etc. 

2 Genre Scarichthys (Scarichtkys Bleek). Les poissons de ce genre, commc 
les veritables Scares, n ont qu une seule rangee d ecailles sur leurs joues; ils 
s en distinguent cependant par la flexibilite des rayons de leur nageoire dorsale. 
Us habitent 1 ocean Indien et les regions tropicales du Paciiique. Citons comme 
appartenant a ce genre le Scarichthys oreillard (Scarichth. auritus), qui est 
probablement le meme poisson que celui qui a ete decrit par Cuvicr et Valen 
ciennes sous le nom de Scarichthys de Vaigon; enlin le Scarichthys aux poinl, 
bleus (Scarichth. cceruleo-punctatus) , qui se trouve aussi dans la mer Rou^e. 

3 Genre Pseudoscare (Pseudoscarus Bleek). Les Pseudoscares se distin^ue^t 
des poissons des deux genres precedents par leurs joues qui sont "arnies de 
deux ou plusieurs rangees d ecailles. Leurs especes sont fort nombreuses ; uu 
en compte plus de soixantc et cllcs habitent les mers des regions tropicales 
Nous n en citerons que quelques-unes : le Pseudoscare gentil (Pseudosc. put- 
vhellus), le Pseudoscare a six bandes (Pseudosc. sex-vittatus), le Pseudoscare 
de Bloch (Pseudosc. Blochii), le Pseudoscare de Quoy (Pseudosc. Quoy], le Pseu 
doscare perroquet (Pseudosc. psittacus] , etc., etc. 

Quelques autres especes de poissons classees parCuvier et Valenciennes parmi 
les Scares ont ete plus recemment rapprochees par plusieurs auteurs des Callyo- 

H. GERVAIS. 

DICT. ENC. 5 e S. VII. 



274 SCARIFICATION. 

SCARIFICATION , SCAR1FIC ATEURS. On donne le iiom de scarification 
a une operation dans laquelle on se propose de determiner, par des incisions 
superficielles, 1 ecoulement du sang dans le but de produire le degorgement des 
parties enflammees. On donne encore le nom de scarification a des incisions 
peu etendues qui, ne depassant pas 1 epaisseur du derme, donnent issue a. la 
serosite infiltree dans le tissu cellulaire scus-cutane. Pratiquee dans ce der 
nier but, la scarification se fait souvent avec la pointe de la lancette et alors 
elle prend le nom de moucheture. 

Les scarifications peuvent se pratiquer sur tous les points du tissu cutane et 
muqueux accessibles a nos instruments. Les scarifications les plus employe es 
sont celles de la peaii dans toute son etcndue, - - celles de la conjonctive pal- 
pebrale et oculaire, - du larynx, - - du canal de 1 urethre et du col de la 
matrice. Nous les etudierons en nous placant exclusivement au pcint de vue de 
1 inst rumen tation, les indications therapeutiques etant traitees dans d autres 
parties de ce Diclionnaire. 

Avant de scarifier la peau on commence generalement par attirer le sang 
dans le systcme capillaire culam : en appliquant au prealable une ventouse 
sechc (voy. VENTOUSE). Le plus simple des scarificaleurs cutanes est le tran- 
cbant (Fun rasoir, d un bistouri convexe ou d une lancette que Ton promene a 
plusieurs reprises a la surface du dermc; si Ton veut activer et souvent rendre 
plus abomlant 1 ecoulcment du sang, on remet la vrnlouse en place aussitot la 
M-ariliralion I aile. 

l/emploi des instruments tranchants ordinaires necessite des incisions repe- 
tees penibles pour les malades. Pour aller plus rapid ement on a imagine des 
instruments speciaux connus sous le nom de scarificateurs. 

Les scarificateurs ont pour but de determiner, simultanement et d un seul 
csup, un grand nombre de scarifications dont le nombre, la longueur et la pro- 
fondeur, sont mathematiquement graduees. Le scarificateur le plus ordinaire- 
iiKTit employe se compose d une caisse de quatre centimetres cubes environ, 
munie d un couvercle mobile pouvant etre eloigne ou rapproche de la caisse par 
des vis de rappel ; ce couvercle est perce d ouvertures longitudinales par les- 
quelles passent quinze ou vingt lames tranchantes supportees sur uu axe allant 
d un cote a 1 auti e de la caisse. A cet axe est adapte un ressort, en barillet de 
pendule. dont I action determine un mouvement de demi-cercle qui fait passer 
les lames d un cote a 1 autre de la caisse, en traversant les ouvertures du cou 
vercle et, par consequent, en coupant les parties sur lesquelles est pose ce 
couvercle. On determine a 1 avance le degre de la saillie des James en rappro- 
chant ou en eloignant plus ou moins le couvercle de la caisse. 

Pour se servir de 1 instrument on met le couvercle de la caisse en contact 
exact avec la peau, puis on presse sur un bouton place sur les parois de la 
caisse; cette pression detend le ressort et fait jouer les lames. Pour fairerentrer 
les lames et tendre de nouveau le ressort il suffit de presscr sur un petit levier 
adapte egalement aux parois de la caisse. 

II existeun grand nombre de modeles de scarificateurs; tous, a 1 exception 
de ceux de Bondu et de Gilgencrantz, presentent une grande analogie avec celui 
que nous venons de decrire. 

Les lames du scarificateur de Bondu coupent circulairement au lieu de couper 
longitudinalement; elles sont raises en mouvement par une vis que Ton tourne 



SCARIFICATION. 275 

de gauche ii droite on de droite a gauche. Get instrument est plus simple que 
le scarificateur ordinaire, mais son emploi est plus douloureux. 

Le scarificateur de Gilgencrantz est compose d une serie de lames paralleles 
renfermees dans un etui, lames quo Ton fait saillir plus ou moins an moyen 
d une vis de pression. On maniecet instrument en tenant 1 etui comme un nian- 
che et en promenautles lames sur la peau. L action de ce scarificateur se rap- 
prochc beaucoup de cellc du bistouri ; seulement toutes les scarifications sont 
laites d un seul coup. 

D une maniere generate, le scarificateur est preferable an bistouri, car son 
action rapide est moins douloureusc. Cependant beaucoup di- rhirurgiens rejet- 
lent son emploi en se fondant sur cc fait qu il est tres-difficile de neltoyer con- 
venablemcnt les lames et, sur les dangers de contagion qui peuvent resulter de 
cc del aut de proprete. 

Sarlandierc a invente, eu 1819, un instrument connu sous le nom dc bdello- 
metre dans lequel le scarificateur est place a I interieur d une venlouse. Depuis, 
Toirac, Ileurteloup, Folliu, Robert et Collin, out construit on fait constniiiv. 
sous les noms divers dc ventouse, de scarificateur ou de sangsue artificielle, do 
instruments dans lesqucls le jcu du scarificateur est egalement associe a celui 
de la ventouse. La terabdclle de Damoiseau est encore un instrument du meuir 
genre, mais beaucoup plus puissant (voij. les articles BDELLOMETHES, VEJVTOUSES, 
SAINGSUES ARTIFICIELLKS). 

Les scarifications qui se font sur les muqueuses, en particulier sur les mu- 
queuses de 1 appareil oculaire, du larynx, dc 1 urethre et du col de 1 uterus, exi 
gent le plus souvent des instruments spe ciaux, 

Un bislouri ordinaire ou une lancette peut suffire a la rigueur, pour faire de.s 
scarifications sur la conjonctive palpebrale , la paupiere etant prealablement 
relevee. Cependant il est plus commode et plus sur de se servir du scarificateur 
de Desmares, petit couteau mousse a tranclumt tres fortement convexe. Pom- la 
conjonctive oculaire, on se sert raremeut du bistouri ou du couteau ; on prefere 
generalement les petits ciseaux courbes de Furnari ou les ciseaux ordinaires a 
iridectomie, avec lesquels on enleve, sans craindre d ecbappees dangereuses, de 
petits fragments de la conjonctive prealablement souleves par des pinces a griffes. 
Le scarificateur de Furnari, petit couteau concave, trancbant tout a la fois par 
sa pointe, sa concavite et sa convexite, est un instrument dangereux. 

Dans les cas d oedeme de la glotte, Lisfranc, Legroux, Malgaigne, ont obtenu 
de bons resultats de la scarification. Legroux decbirait tout simplement les 
replis aryteno-epiglottiques avec 1 ongle de 1 index inegalement taille et acere a- 
sa pointe. 

Lisfranc faisait des mouchetures avec un bistouri courbe, a lame etroite arni 
de linge jusque pres de sa pointe ; Malgaigne assure avoir dissipe en peu de se- 
condes un oedeme de la glotte en exercant des malaxations avec les doigts, apres 
avoir fait les mouchetures de Lisfranc. 

Sestier a imagine un instrument qui remplit ces deux indications. Le presse- 
scarificafeur de Sestier est une pince dont chaque brancbe, incurvee a an^le 
presque droit pres de son extremite, se terminc en un disque aplati de forme 
ovulaire. Ce disque est arme, a sapartie interne, de quatre lames taillees elles- 
memes en dents aigues et tranchantes ; ces lames alternent -vec celles du disque 
de 1 autre branche. A 1 aide de eel instrument la scarification porte a la fois stir 



276 SCARIFICATION. 

la face interne el externe du bourrelet qui se trouve en meme temps soumis a 
line pression tres-energique. 

Le scarificatcur laryngien de Mandl se compose d une canule courbe termi- 
nee a sa partie inferieure par une olive, et a son exlremite superieure par unc 
rondclle au-dessous de laquclle se Irouvent deux anneaux lateraux. L olive est 
munie de quatre encoches ; la rondelle est marquee de quatre petits points cor- 
respondants aux encoches de 1 olive. La canule est traversee par une tige d acier 
portant, a son extremite, du cote concave, une lame elliptique; un peu au- 
dessous du manche, cette tige supporle un petit boulon. Lorque 1 olive est 
nlroduite au point convenable on fait sortir la lame de 1 une des en 
coches dc 1 olive en poussanl legcrement le manche. II est toujours facile de 
determiner par quelle oncoche sort 1 olive; il suffit pour cela de mettre le petit 
boulon dans la direction de 1 un des points de repere traces sur la rondelle, 
puisque ces points de repere correspondent aux encoches. L avantage du scariti- 
cateur de Mandl est de pennctlre de ne faire jouer la lame qu apres que 1 on 
s est bien assure que 1 olive est en rapport exact avec la partie qui doit etre 
scarifiee. 

Morel .Mackensie couseilleun scarificateur qui peut scarifier la muqueuse du 
larynx, iuriser les abces, et divisor, dans quelques cas exceptionnels, les tumeurs 
du lami\. (let instrument consiste en une tige metallique parcourant toute la 
loivueur d unc sonde courbe arme c d un manche; cette tige s articule avec 
une pelile lancetlc a double tranchant. Lorsque I instrument est au repos, la 
lance-tie est carhcc dans le tube; urn: pression exercee sur une pedale adaptee 
au manche de I instrument la fait saillir au dehors; ou peut, a 1 avance, gra- 
duer le degre de cette saillie en faisunt faire quelques tours en avant ou en 
arriere a une vis qui se trouve sur 1 extremite posterieure de la tige. Des tubes 
de diverses longueurs et coudes sous des angles differents peuvent s adapter 
au scarificateur de Mackensie; cetle disposition permet de 1 accommoder aux 
inclinaisons diverses que fait avec 1 horizon le plan de 1 ouverture laryngienne ; 
elle permet aussi d operer, avec la lancette, soil a la partie superieure, soil a la 
partie inferieure du larynx. 

Les scarificateurs de 1 urethre, employes autrefois pour la cure des retrecis- 
sements, sont generalement abandonnes aujourd hui. L experience a demontre 
que non-seulement la scarification ne produisait qu une dilatation insignifiante, 
mais que, bien plus, cette dilatation ne persiste pas ; souvent meme les petites 
plaies resultant de la scarification deviennent le point de de part d uue produc 
tion de tissu inodulaire qui aggrave le mal. 

Les instruments employes dans cette operation doivent cependant etre signales, 
a titre historique, car ils ont ete les precurseurs des veritables urethrotomes. 

Les principaux scarificateurs de 1 urethre ont ete proposes par Amussat. Le 
coupe-bride de ce chirurgien se compose d une petite lame tranchante cachee 
par une canule proteclrice dans laquelle elle se meut sous 1 inipulsion d un 
mandrin. 

Amussat se servait encore, pour faire des incisions multiples, d un instrument 
compose d une canule d argent ouverte a ses deux extre mites; 1 extremite 
externe de cette canule est pourvue d un curseur muni d un anneau; 1 extre 
mite opposee se termine par un pas de vis sur lequel se fixe une olive d acier, 
tubulee a son centre, et sillonnee exterieurement par huit cretes longitudinales 
et tr;<nchantes. La canule et 1 olive sont parcourues par un mandrin termine d un 



SCARLATINE. 277 

cote par un stylet boutonne et tie 1 autre par un manche. Le mandriu rtanf 
introduit dans le canal de 1 urethre jusqu au dela du retrecissement, on fait 
glisser sur lui la canule jusqu a ce que 1 olive soit arretce par le retrecisse 
ment ; alors le mandrin reste immobile pendant que le chirurgien pousse la 
canule en avant. Pour empecher 1 olive tranchante de leser les parois du canal 
avant d etre arrivec sur la coarctation, on remplit scs cannelures avec du suif. 
Amussat avail donne a son olive tranchante le nom tres impropre d urethrotome, 
car il est impossible de faire avec cet instrument autre chose qu une scarification 
multiple. 

Nous ne citerons que pour memoirc les scarificateurs de Leroy d EtiolIes (en- 
tomes droits et courbes, scarificateur retrograde), le scarificateur de Hi- 
cord, etc. 

Les scarifications du col de 1 uterus peuvent se faire avec un long bistouri 
convexe. II est beaucoup plus commode d employer le scarificateur de Scanzoni, 
petite lame convexe, sans pointe, montee sur un long manche ; le tranchant est 
sur la convexite. 

Si 1 on veut obtenir d un seul coup plusieurs scarifications, on sc sert avec 
avantage du scarificateur de Mayer, compose d un scarificateur ordinaire visse a 
I extrt mite d un long manche. Un levier articule sur le manche, dont il est 
separe superieurement par un ressort, presse sur le bouton destine a operer la 
detente du scarificateur et par consequent la saillie des lames tranchantes. 

La sangsue artiticielle de Robert et Collin (voy. YENTOUSES et SANGSUES ARTI- 
FICIELLES) peut etre aussi utilisee pour la scarification du col de 1 uterus. 

E. SPILLMAKN. 

SCAHT \TI\I;. Scarlatina, febris scarlatina, rossolia, rubeola confluens, 
morbilli confluentes, ignis sacer, morbilli ignei, fievre rouge, fievre pourpree, 
scarlet fever, Scharlachfieber. On a designe sous ces differents noms une 
maladie generale, aigue, specifique, contagieuse, dont 1 attribut principal est 
un exantheme offrant une teinte e carlate, framboisee, parsemee de petits points 
rouges qui lui donnent un aspect granite, exantheme occupant toute la surface 
du corps oil dispose en larges plaques non saillantes. et s etendant presque 
invariablement a la muqueuse du pharynx. 

HISTORIQUE. L origine de la scarlatino est peu connue; c est en vain qu elle 
a ete recherchee jusque dans 1 antiquite et que plusieurs auteurs ont cru 
en trouver la description dans les ecrits des Grecs, des Romains et meme des 
Arabes. 

L epidemie qui sevit a Athenes en 1 an 429 avant 1 ere chretienne, et dont la 
description est donnee par Thucydide, a ete mise par Malfatti (Hufeland s 
Journal, B. XII, st. 5, s. 120) sur le compte de la scarlatine. II suffit de lire 
cette relation pour affirmer avec Noirot que 1 angine est le seul symptome qui 
puisse autoriser ce rapprochement; tous les autres, ainsi que les circonstances 
dans lesquelles se produisit la peste d Athenes, paraissent se rapporter beaucoup 
mieux a la fievre typhoide. L encombrement, les intemperies, la mauvaise 
qualite des matieres alimentaires ; furent, en effet, au temoignage de Diodore 
de Sicile, de Paul d Egine et de Plutarque, les causes principales de cette 
epidemic. 

Quelques phrases tirees des oeuvres d Hippocrate (Aphorism., lib. VI, aph. 48; 
De dentitione, sect. 3. De morbis popularibus, lib. Ill, sect. 2, observ. 7j 



278 SCARLA.TINE. 

ont pu faire crohv a quelques auteurs que 1 illustre me decin cle Cos avail en 
connaissance de la scarlatine. La mention d une angine grave au milieu de 
1 elat morbide qu il decrit a suffi pour motiver une semblable conclusion. Cette 
interpretation, qui pouvait etre de mise a 1 epoque ou e crivaient ces auteurs, 
tonibe devant la connaissance plus approfondie de la diphtheric et de ses 
manifestations. L angine, les ulceres des amygdales, ne suffisent pas a caracle- 
riser la scarlatine, et il scrait ahusif de generaliser un fait reel, mais rela- 
tivement rare, 1 existence de la scarlatine sans eruption. 

La meme objection vise les auteurs qui ont cru reconnaitre la scarlatine dans 
certains passages de Celse (De medicina, lib. IV, cap. ix), de Coelius Aurelianus 
(De morbix tirutis. lib. Ill, cap. n et iv), d Aretee de Cappadoce, d Aetius 
d Amide, alors que la diphtheric s y trouve seule en question. 

D apres Bateman (Abre ge pratique des maladies de la peau, tracluct. Bertrand, 
Paris, 1820, p. 102), Herodotus, medecin qui vivait a Home sous Trajan, aurait. 
dans une page qui nous a ele transmise par Aetius (Tetrab. II, sect. 1, 
cap. cxxix), donne une description de la rougeole et dc la scarlatine. Peut-etiv 
1 eruption dont il s agit est, cello du purpura; il est fort difficile de lui trouver 
les caracteres des deux iievres eruplives precitees. 

Les extraits empruntes aux oeuvres des mrderius arabes : Aviccnne, Ali Abbas, 
Rimes, exlraits qui prouvcraient la notion de la scarlatine a cette epoque, 
ne sont rien rnoins que coneluanN. 

II I .uil arrivor au milieu du seizicme siecle, en 1556, pour que la scarlatine, 
confondue jusqu alurs avec la rougeole et d autres exanlhemes, soit signalee 
nettement a Naples, par Ingrassias, et decrite sous le nom dc rossania (De 
tuinuribus /inrter ntiturtnn, 1556, cap. i, p. 194) : Xonnulli morbillos 
et rossaniam eumdem esse morbum existim.inuit : nos ipsi nostrismet oculis 
diversos eorum affectus esse videmus ; morbilli enim racematim venire solent. 
Jean Coyttar, de Poitiers, passe pour leplus ancien monographs de la scarla 
tine en France; il lui donne le nom defievre pourpre e epidemiqueet contagieuse 
(J. Coyttari Thcerei Alsiniensis, cons, et med. regis, De febre purpura epide- 
miale et contagiosa libri duo. Parisiis, 1578, in-i). 

Depuis cetle epoque, la scarlatine a donne lieu a une infinite de travaux. 11 
faut se garder, cependant, de confondre avec la scarlatine les grandes epide- 
mies du seiziemc siecle qui cnvabirent 1 Espagne et Tltalie et qui furent decrites 
sous les noms d ukns syriacum, d ulcus eyyptiaciun, de garotiUo, de marbus 
snffocans, de morbus strangulatorius, de pedancho maUqna, de therioma fau- 
cium, ft angina maligna, d anginosa passio, d angina polyposa, etc., par Mer- 
cado, Francois Perez Cascalcz, Cristobal Perez Hen-era, Miguel Ueredia, Thomas 
Rodrigucs de Veiga, Sgambati, Carnevale, Nola, Foglia, Broncoli, Alaymo- 
Cortesio, Marc-Aurele Severino et autrcs. II resulte des recherches modernes que 
la maladie observee par ces auteurs est la diphtheric. Presque tous passent sou 5 
silence 1 existence d une eruption ; et si, dans quelques faits tres-rares, il est 
question d une efflorescence cutance, il est permis de se demander s il ne s agis- 
sait pas de ces eruptions scarlatiniformes maintenant bien connues qui se ren- 
contrent dans le cours de la diphtheric (voy. DiPHTHERiE),d autant plus que, dans 
jilusieurs des cas produits comme excmples bien averc s de scarlatine, 1 erup- 
tion se montra plusieurs jours apres les accidents angineux graves. 

y a tout lieu de croire que Willan, Benedict, Most et J. Franck, qui ont 
-soutenu la nature scarlatineuse de ces epidemics, sonlrcsti s a cote de la veritc. 



SCARLATINE. 379 

La premiere description complete de la scarlatine est due a Sennei t, qui 
s inspira d une epidemic survenue a Wittemberg (Med. pract., Wittcmberg, 
t. II, cap. xn, 1654). [/eruption y est fidelement retracee; la desquamation ct 
1 anasarqiue y sont indiquees. 

A la meme epoque, Doering, cite par Sennert, observe en Pologne une impor- 
tante epidemic, dans laquelle il signale les symptomes cerebraux, le delire, la 
tumefaction des pieds et des mains, et 1 anasarque. Ces deux auteurs ne font 
aucune allusion a 1 angine ; ce qui semble temoigner d une faible intensite de 
1 eruption pharyngee. 

En Angleterre, iSydenham donne la relation d une epidemic legere qui regna 
a Londres ; celte be nignite devait bientot fa ire place a tine gravite tres-grande quo 
constata Morton d abord, et que signalent encore les medecins do nos jours. 
Sydenliam fut le parrain de la scarlatine, c est a lui qu elle doit le nom sous 
lequel on a pris 1 habitude de la designer. Une tentative fut faite encore par 
Morton (Opera omnia, Lugduni, 1757, t. I, p. 28-29) pour retablir la confusion 
entre la scarlatine et la rougeole, mais la distinction fut definitivement etablir 
par Fr. Hoffmann (De fiebrib.,.sect. 1, cap.vm, 5), de Haen, .Juncker, Cullen. 
Frank, V ogel, etc. 

A partir de cette epoque, la scarlatine existe comme entile morbide ; dc nom- 
breuses e*pidemies prennerit rang dans la science, presquc toutos elles attaquent 
les enfants et les adultes simultanement; quelques-unes se rcstreignent aux 
premiers. Dans le cours du dix-septieme siecle, les principales ont ete decntos 
par Simon Schultz en Pologne (Ephem. nat. curios., dec. 1, ami. 6 et 7, 
observ. 145, p. 206), Rayger en Hongrie, Etmiiller (1697) et Lange (1715) a 
Leipzig, Rama/zini a Modene, Schroeck a Augsbourg (1696), Robert Sibbald -MI 
Ecosse (1694). 

Pendant le dix-huitieme siecle , les relations d epide raies abondent encore. 
Elles montrent la scarlatine avec toutes ses complications : angine simple ou 
gangreneuse, phe nomenes cerebraux ataxo-adynamiques, anasarque. Parmi I- s 
comptes rendus les plus int eressants, on trouve celui de Rosen, qui observa a 
Upsal en 1741 et a Stockholm en 1763-1764. Les manifestations catarrhales 
furent tres-communes ; les malades expectoraient des phlegmes en abondance 
vers le quatrieme ou cinquieme jour; presque tous prenaient le hoquet; un 
grand nombre succomba aux adenites et a 1 anasarque. 

Navier relate 1 histoire d une epidemie meurtriere qui sevit en Champagne 
en 1751. La variole et la rougeole avaient regne Tannee precedente. Les premiers 
cas se montrerent au printemps. La maladie fut violente dans tous ses symp 
tomes, aussi bien que dans ses complications qui furent tres-nombreuses ; 
J auteur signale particulierement 1 angine gangreneuse et d enormes adenites. 

Huxham fait 1 expose de 1 epidemie de Plymouth (1752). 

En 1763, Antonio Zulati decrit celle de 1 ile de Cephalonic. Les enfants 
taient seuls atteints ; les accidents cerebraux furent note s souvent, ainsi que 
les parotides et les troubles intestinaux. Plusieurs enfants rendirent des vers 
en abondance. 

La meme predominance des symptomes cerebraux fut signalee dans 1 epide- 
inie de Rraine, pres de Soissons (1 767), et dans celle d Essen (1 770), ainsi que les 
troubles abdorninaux et les adenites. Au contraire, dans 1 epidemie d Heidelberg, 
observe e par Zimmermann (1775), la benignite fut la regie; les hydroplsies ne 
survinrent que chez les malades qui s etaient exposes au froid. On pent placer 



280 SCARLATINE. 

sur la meme ligne 1 epidemie de Genes (1784), qui fut benigne, quoique tres- 
frequemment suivie d hydropisie ; quelques cas fort graves d angine gangre- 
neuse trancherent sur 1 ensemble. 

D autres comptes rendus out ete produits encore : en France, par Lorry, 
Dupuy de la Porcherie, Sauvage, Desessarls, Robert, etc.; en Angleterre, par 
Fothergill, Withering, Brodly, Coventry, et, plus recemment, par Graves, Foot, 
Crisp, etc. ; en Allemagne, par Storch, Plenciz, Jacobi, etc. En Hollande, en 
Danemark, en Suede, en Italie, dans le Nouveau Monde, on compte aussi un 
certain nombrede relations. Actuellement, si la scarlatine se montre encore par 
epidemies dans les petites villes et dans les campagnes, elle est devenue ende- 
niique dans les grands centres, a Paris notamment. 

De la comparaison des travaux anciens avec ceux qui out paru posterieurement, 
il resuiteque la scarlatine, maladie d origine moderne, puisqu on n en trouve pas 
la trace avant le seizieme siecle, a subi des transformations. Benigne au debut, 
elle a pris par la suite une gravite tres-grande dans certains pays, en Angle 
terre surtout. En confrontant 1 epidemie observes par Sydenham, et celle 
qui se passa sous les yeux de Morton, on constate une aggravation manifeste qui 
s est continuee jusqu a nos jours, en presentant cependant quelques remissions 
suivant les epidemies. En France, au contraire, la scarlatine, apres avoir e le 
tres-redoutee pendant longtemps, est devenue moins severe depuis nombre 
d annces. 

11 semble, au dire de certains auteurs, de Sennert entre autres, que la fievre 
eruptive ait attaque, dans le principe, les enfants seulement. Devenant ensuite 
plus meurtriere et ne trouvant plus d aliments chez ses sujets de predilection,, 
elle se serait etendue aux adultes. 

Cette hypothese ingenieuse, ainsi ijuc le J ait remarquer Noirot, dans son 
excellent ouvrage, est contredite par les fails ; il n y faut voir qu une particu- 
lurite de 1 epidemie dont Sennert fut le lemoin. Des le moment oil la scarlatine 
fait son apparition, Ingrassias atteste qu elle n epargne p;is les adultes. 

Bien connue deja dans son ensemble, la scarlatine a ete examinee sous toutes 
ses faces ; ses complications, son traitement, sa prophylaxie, out ete 1 objet de 
travaux importants en France et a I etranger. Bretonneau, Trousseau, Noirot, 
Guersant et Blache, Baiihez et Billiet et autres out, dans des ecrits remarcuia- 
bles, apporte des additions importantes aux connaissances acquises deja et fait 
connaitre les particularites que la maladie presente chez les enfants. 

La question d identite entre la scarlatine et la diphtherie a ete discutee et 
resolue par plusieurs des memes auteurs et par d autres encore; il a ete 
demonlre que la scarlatine ayant une tendance tres-grande a se compliquer de 
diphtherie, 1 angine grave de la scarlatine n etait en general qu une angine 
diphtherique. 

Les hydropisies constatees d abord par Sennert et Doering ont beaucoup 
preoccupe les auteurs, surtout depuis que Wells et Blackall eurent decouvert la 
coexistence de 1 albuminurie et de certains cas de scarlatine. Les infiltrations du 
tissu cellulaire furent alors attribuees exclusivement a la presence de 1 albumine 
dans 1 urine; cependant, on put demontrer plus tard que ralbuminurie n etait 
pas necessairement lie e a 1 hydropisie scarlatineuse, et que cette derniere se pro- 
duisait dans nombre de cas, sans que les urines cessassent d etre normales. Le 
role et la frequence de 1 albuminurie dans la scarlatine ont continue a etre 
examines de pres, en Angleterre notamment; mais, par une exageration mani- 



SC1RLA/TINE. 

feste, plusieurs medecins de ce pays en sont arrives a transformer 1 exception 
en regie et a faire de 1 albuminurie un des symptomes de la scarlatine. Ces 
idees ont etc reproduces en France par plusieurs auteurs. On vcrra plus loin 
ce qu il en faut penser. 

Les manifestations rhumatismales indiquecs, comme les hydropisies, par 
Sennert et Doering, ont etc observers depuis par Murray, Borsieri, Rush, Wood, 
Kreyssig, Trousseau, et par un grand nombrc d auteurs modernes; Duchateau, 
Kennedy et Trousseau trouverent du pus dans plusieurs articulations. 

Aupres des manifestations articulaires, il convient de placer les lesions car- 
diaques. La pericardite a d abord ete signalee par Kruckenberg, Ilinterberger. 
Rilliet et Barthez, Alison, puis par le docteur Thore. L endocardite, connue 
plus tardivement, a ete notee par M. Bouillaud, puis etudiee par M. Martineau 
et par nombre d auteurs apres lui. 

La tendance aux inflammations des autres sereuses : meninges, peritoine, 
pievre, a ete souvent observee, ainsi que la frequence de la suppuration dans 
les pleuresies reconnaissant cette origine. 

En presence des accidents articulaires que la scarlatine laissc a sa suite, en 
presence des manifestations qu elle provoque du cote des sereuses, on a pu 
se demander si la scarlatine ne presentait pas avec le rhumatisme des analogies 
intimes. 

La prophylaxie et le traitement ont ete le sujet des meditations de nombreux 
auteurs. L emploi des bains et des lotions d eau froide ou tiede dans les formes 
ataxo-adynamiques et la sequestration des convalescents jusqu a la complete 
terminaison de la desquamation ont rendu de grands services en permettanl 
d une part la gue rison de cas qui semblaient desesperes, et en rendant d autre 
part assez rares les complications si graves de la convalescence pour qu on 
puisse etre a peu pres certain, dans tous les cas, d en preserver le malade, a 
1 aide d une hygiene appropriee. 

Des details plus circonstancies sur 1 histoire des complications, du diagnostic, 
du traitement de la scarlatine et sur les noms des auteurs qui ont coope re a 1;* 
eonnaissance de cette maladie, seront donne s lorsqu il s agira de chaque sujel 
en particulier. 

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. Les occasions s offrent rarement de pratiquer 1 au- 
topsie de scarlatineux morts pendant la periode d eruption. A part certains cas 
de scarlatine maligne, relativement rares en France, qui enlevent les malades, 
des le debut, la mortalite reconnait pour causes dans la grande majorite des 
cas des complications qui interessent les differents visceres a une epoque plus 
eloignee. Deplus, quandlamort survient dans les premiers temps de I eruption, 
1 exantheme disparait completement. II faut que la maladie ait dure quelques 
jours pour que Ton rencontre des lesions appreciables. 

Lapeawparait alors epaissie, legerement indureepar unoedeme inflammatoire 
<{ui occupe les couches superficielles du derme. La lesion envahit le plus sou- 
vent de larges surfaces ; cependant elle peut, dans la forme papuleuse, se repartir, 
comme dans la rougeole, en foyers circonscrits, et donner lieu a la formation 
de nodosites, dc papules. L cedeme ne se borne pas a tumefier la peau ; il se 
collecte frequemment sous la couche supcrficielle de 1 epiderme et forme des 
vesicules ou, plus rarement, de veritables ampoules remplies les unes comme 
les autres d un liquide citrin limpide ou trouble. 

Dans quelques cas, enfin, on trouve a la surface de la peau des taches livides. 



282 SCARLATINE. 

violacees, qui insistent a la pression tin doigt, el meme des petechies et ties 
, cchymoses plus ou moins etendues. 

Ces donnees peuvent-elle permcllre de preciser le siege anatoniique del cxan- 
Iheme? Se fondant sur d excellentes raisons, MM. Barthez et Rilliet placent lu 
lesion elenientairc de la scarlatine dans le reseau lymphalique si riche qui ser- 
pente sous la couche eornee de 1 epiderme, a la surface du corps muqueux et au- 
dessus des capillaires sangnins. La rapidite d extension de 1 cxanlheme, son 
caractere particulieremcnt superficiel et, plus encore, la tendance de la scar 
latine a envahir les ganglions lymphatiques ainsi que les membranes sereuses 
qui sont de veritables poches lymphatiques, toutes ces particuhirites, a defaul 
dc preuves directcs, montrent 1 affiniLe de la scarlatine pour le systeme lym- 
phatique. 

Un 1 ait lecemmcnt observe par M. Savart dans le service de M. Alphonse Guerin 
vient encore confirmer cette maniere de voir (France medicate, 1878, p. 401). 
Un malade atteiul d une plaie du pied droit vit partir de ce point une angioleu- 
rilc qui s etendit bientot au tronc, a la face, a la totalite de la surface cutanee, 
et se termina par une desquarnation laqucllc s opera par larges lambeaux en 
( -ci lains points, par lauielles tines, en d autres endroits. Bref, I exanthcme fut 
ideiitiqiie a celui de la scarlaliuc ; les syrnptomes generaux manquerent seuls. 
M. Faii\cl ;i dliscivr uii cas analogue developpe a la suite d une ponction de la 
plevrc. Dans ces deux fails oil la lesion du systeme lymphatique ne fut pas 
doutcuse 1 erytliemt 1 pn seula tuns les caracteres de celui de la scarlatine. 
L analogie permet done de placer la lesion de la scarlatine dans le systeme 
lymphatique. 

Mais le proccssus ne se borne pas la,il s etend aux elements voisins,aux capil 
laires sangnins donl la congestion se proportionne a 1 intensite de la maladie. 
Scion 1 intensite qu il prend, 1 byperemie est simple, exsudative ou hemorrha- 
gique. 

En resume, la lesion cutanee de la scarlatine parait de buter par le reseau 
h . iiqiliatique superficiel; de la elle s etend aux capillaires sanguins. 

Des modifications subies par ces deux appareils resulte la production de 
I roubles importants dans les fonctions de la peau. En effet, 1 une des principales 
consequences de 1 etat anatoniique des parties est la production d une infiltration 
oedemateuse qui envabit les couches superficielles du derme et se deverse a la 
surface du corps muqueux. I/interposition de cetexsudat entre les deux feuillets 
de 1 epiderme rend compte des differents phenomenes dont la peau devient le 
siege pendant la scarlatine. Presque insensible dans les cas ou le flux congestif 
est modere, autrement dit, quand I exantheme est peu marque, 1 exsudat 
abonde, au contraire, quand 1 eruption s exagere ct que la poussee devient plus 
intense; il se produit alors une certaine tumefaction des teguments. A un degre 
plus eleve, on voit se former des soulevements i ; pidcrmiques remplis de liquide 
sereux dans lequel nagent des elements cellulaires ; souvent ce sont simple- 
iiu-iit ces vesicules miliaires si communes dans la scarlatine; plus rarement ce 
sont de larges ampoules. 

La distension des capillaires sanguins peut allerjusqu a la rupture de cesvais- 
seaux suivie elle-meme de la production de laches ecchymotiques. 

Du moment que 1 infiltration osdemateuse se produit avec une certaine abon- 
dance, elle separe, decolleles deux feuillets de 1 epiderme, puis, quand elle sere- 
sorbe, la couche corne e apparait fle trie et detachee du reseau muqueux deMalpi- 



SCARLATINE. 

glii ; elle s climine alors et la desquamalion s cfi ectue largement, par lambeaux. 
S il y a eu production de vesicules ou d ampoules, la desquamation se fait par 
morceaux plus largcs et plus epais encore. On s expliqueainsi comment 1 activite 
fonctionnelle de la peau se trouve, rneme dans les cas legers, suspendue pour un 
temps assez long, comment la transpiration s efface, comment le rein oblige de 
remplacer la peau comme emonctoire se trouve dans un elat do fluxion que la 
plus legcre influence peut transformer en inflammation. 

Tissu celhdaire sous-cutane, sous-mwjuenx et sous se reux, II est assez fre- 
quemment le siege d oedemes ou d abccs. Gcs derniers ne sont pas rares; les 
plus communs sont ceux qui prennent naissance sous le cuir chevclu ; j en ai 
trouve d autres au niveau du pavilion de 1 oreille, dans la region sus-hyoidienne, 
dans la region cervicale, independammcnt des abces glandulaires; j ai note 
encore un abces retro-pliaryngien ; un autre occnpait la paume de la main 
droite, un autre le psoas. Enfm, un abces developpe dans les paupieres 1 ut suivi 
de necrose du pourtour de 1 orbite. 

Muqiieuses. Comme les autrcs ilevres exanthematiques, la scarlatine se fait 
remarquer par 1 expansion dc ( eruption sur les membranes internea; 1 exan theme 
devient e nantheme. Incontestable quand on examine certaines inuqueuses, celle 
du pharynx notamment, donl 1 eruption a taut de rapports avec celle de la 
peau, cette interpretation ne peut cependant pas etre demontree anatomique- 
ment dans certains cas; neanmoins. a en jugcr par la fugaeile des lesions do la 
peau, cellcs des membranes internes ne doivent pas etre plus durables, a moins 
d intensite et de determination sjieciales ; la mort efface, comme sur la peau, 
1 element congestif ; il s ensuit que, si Ton ne retrouve pas apres la mort, a la 
surface des membranes internes, 1 eruption scarlatineuse avec tous ses caracleres, 
on ne peut en induire leur non-existence pendant la vie, surtout quand les trou 
bles fonctionnels out indique 1 etat maladif de certains org^nes. II est permis de 
oroire qu il s est produit sur ces muqueuses quelque chose d analogue a ce qu on 
a pu voir clairemenl dans la gorge et dans la bouche. 

En examinant chaque appareil, il sera permis de retrouver 1 empreinte qu y 
laisse la scarlatine. 

Appareil digestif. De tous les organes, le plus frequemment atteint est sans 
coiitredit le pharynx ; 1 eruption peut meme se bonier a cette region en respec- 
tant la peau. Mais, si les lesions sont constantes comme frequence, elles sont tres- 
variables comme intensite. Elles se bornent souvent a une rougeur tres-vive, 
mais il n e^t pas rare que la puissance du processus amene une proliferation 
plus ou moius considerable de 1 epithelium. 11 en resulte la formation de 
plaques blanches qui occupent les amygdales, quelquefois les piliers ; ces tacbes 
sont minces, laissent voir la muqueuse par transparence ; elles sont molles, 
friables, se dissocicnt par le simple frottement d un pinccau ou d une eponge ; 
leur structure est puremenf epitheliale ; elles se composent de cellules pavi- 
menteuses entieres ou alterees, de noyaux et de nucleoles, vestiges de cellules et 
de noyaux disparus; les fibrilles, la matiere amorphe, tout cequi peutrappeler 
la fibrine y fait defaut. Au-dessous, la muqueuse reste rouge, lisse, recouvcrte 
d un epithelium. 

Tel est 1 aspect de 1 angine scarlatineuse proprement dite ; elle n est nulle- 
ment exsudative et rentre dans la categoric des angines pultacees. 

Les lesions pharyngees de la scarlatine ne sont pas toujours aussi simples, 
au lieu d un simple enduit pultace on renconlre souvent de ve ritables fausses 



284 SCARLATINE. 

membranes fibrineuses. Mais ces productions ne represented pas, comme i ont 
cru beaucoup d auteurs, une exageration du processus scarlatineux, cllcs n ap- 
parlicnnent plus a la scarlatine, mais a la diphtheric qui la complique souvent. 
Dans ce cas, les fausses membranes diphtheriques se retrouvent sur d autre? 
point du corps. Les caracteres distinctifs de ces deux sortes de productions 
seront donnes a 1 article Diagnostic. 

La iianiMvne aussi pent envahir le pharynx. MM. Bartliez etRilliet, Cabernon 
(Gazette mrdicale 1841), en ont rapporte des exemples; j en ai observe un cas. 

Dans les circonstances ordinaires, 1 eruption scarlatincuse disparait rapide- 
ment de la muqueuse buccale ; quclquefois elle est assez intense pour produire 
une veritable stomatite. 

La langue elle-meme, independamment de la desquamation remarquable 
qu ellr pivsrnU , peut etre le siege d une veritable inflammation parenchymateuse. 

J eii ai observe deux cas, dont 1 un avec ulcerations a la surface de la langue; 
nn autre a etc citr par \\ . Collins (Irish Hasp. Gnz. novemb. 1875). 

La gangrene de la bouche a etc signalee aussi dans plusieurs cas (Barthez et 
Piilliet, Taii[iin). 

La portion sous-diapbragmatique cst le sie ge dc lesions assez frequentes. 

Jusqu a ces derniers temps on croyait I estomac rarement interesse, le cas de 
i:asiriir cilc par lioslan (Gaz. des hop., 18-45, p. 414) etait considere comme 
exceptioiincl. Mais il a ele reconnu depuis, grace aux recherches de Fenwick 
(British Medical Journal, 1801), que la muqueuse gastro-intestinale subit des 
alterations anatomiques analogues a celles de la peau et de la muqueuse buc- 
cale. Superficielles dans les scarlalines legeres, elles acquicrent une intensite 
beaucoup plus grandc dans les formes malignes. Ce sont d abord la conges 
tion des vaisseaux, la desquamation de 1 epithelium, poursuivie jusque dans les 
glandes en tube, et un certain degre de ramollissement des tissus. Les glandes 
sont alors distendues par des matieres granuleuses ou graisseuses ou par de 
petites cellules melees de granulations qui masquent en grande partie les cel 
lules normales. Celles-ci sont souvent tres-volumineuses, et remplies de graisse 
ou recouvertes de granulations, tres-adht?rentes entre elles, elles se detachent 
Lres-facilement des parois de la glande. 

Dans 1 intestin, on trouve, en outre, des extravasations sanguines dans les 
villosites. La muqueuse peut encore etrc completement separee des villosites. 
Les orifices des glandes de Lieberkuhn dilates et saillants donnent a la muqueuse 
1 apparence d un crible. 

Plusieurs auteurs onl signale les lesions des plaques de Peyer et des follicules 
intestinaux (Barthez et Rilliet, Barrier, Johriston, Biermer, Harley, Foot). 

Les annexes de 1 intestin olTrent aussi des alterations ; les ganglions mesen- 
teriques sont tumefies ; le foie, le pancreas et la rate sont augmented de volume ; 
cette derniere est parfois ramollie. 

Dans plusieurs cas, Klein a trouve dans le foie les lesions de 1 hepatite 
interstitielle : epaississement de la capsule de Glisson avec infiltration de 
cellules rondes et, en outre, tumefaction trouble des cellules hepaliques. Ces 
alterations se rencontraient deja d une fagon tres-distiucte dans un cas ou la 
maladie n avait dure que deux jours. Des cellules rondes s.e trouvaient quelqueiois 
aussi dans 1 interieur des lobules. En examinant le foie d un malade qui avail 
succombe a une scarlatine compliquee d inflammation de plusieurs sereuses, 
du peritoine entre autres, Moore a constate une dilatation considerable de la 



SCARLATINE. 285 

vesicule biliaire, laquelle avail quadruple de volume ctetait remplie de liquidc 
muqueux, presque incolore ; les conduits biliaires etaient rcstes permeables. 
Dans la rate, le meme auteur a constate 1 epaississement destuniques art.erielles, 
la tumefaction hyaline de la tunique interne pousse e jusqif a 1 occlusion du vais- 
seau et la proliferation des noyaux musculaires. Les corpuscales de Malpighi 
contenaient des globules lymphatiques et des cellules geantcs. 

Ces lesions de 1 intestin et de ses dependances ont fait admeltre a plusieurs 
auteurs une analogic entre la scarlatine et la fievre typhoide. 

11 convient d observer des a present que ces lesions viscerales n ont rien de 
special a la scarlatine. On les retrouvc a la suite de presque toutes les maladies 
infectieuses, chez les enfants nolammcnt. 

La sereuse peritoneale est le siege, dans certains cas, d unc hydropisie plus ou 
moins abondanle; beaucoup plus rarement, d une peritonile veritable. 

Systeme lymphatique. Get appareil est un des plus frequcmment intercsses. 
On pent poursuivre ses alterations non-seulement dans les re scaux lympha 
tiques de la peau, mais dans ceux des cavites sereuses, dans les ganglions, dans 
les follicules lymphatiques de 1 intestin et meme dans ceux de la base d<- la 
langue, du pharynx, des amygdales, du larynx ct de la traclnV. 

L adenite sc rencontre a tons les degres, particulierement dans les ivgions 
parotidiennes, cervicales, sous-maxillaiics, mesenteriquc. Dans les follicules 
comme dans les ganglions, on constate que les globules lymphatiques a un seul 
noyau sout notablement diminues comme nombre et qu ils sont remplaces par 
des cellules geantes a noyaux noinbreux dans leurs differents etats de transi 
tion (Klein). De plus, les veiues des ganglions du cou contenaient des bouchons 
fibrineux. 

L atmosphere celluleuse qui entoure les ganglions paclicipe souvent a 1 in- 
flammation glandulaire; elle devient le siege d abces qui se formcnt en memo 
temps que ceux dc la glande ou existent seuls, les ganglions s etant enflammes 
sans suppurer. Souvent les deux foyers communiqucnt entre eux. 

En outre de ces lesions lymphatiques, des auteurs allemands auraient trouve 
dans les poumons des produits lymphaliques nouveaux (Virchow, Friedreich, 
Bokler, Wagner, Biermer). 

Frappe de la Constance et de 1 importance des lesions lymphatiques, le doc- 
teur Harley propose de substituer au nom de scarlatine celui de fievre lym 
phatique (Medico-Chir. Transactions, 1872). Le docteur Foot se rallie a cette 
maniere de voir. 

Sereuses articulaires. Les lesions du cote des sereuses articulaires signalees 
par Sennert et Doering out ete constatees par nombre d auteurs ; elles sont ideij- 
tiques a celles que produit le rhumatisme articulaire. Elles peuvent occuper 
toutes les articulations, les grandes comme les petites, et meme les articula 
tions vertebrates superieures. 

Parfois cependant elles arrivent a la suppuration (Duchateau, Kennedy, Reid, 
Trousseau). Dans le fait de Kennedy, on trouva du pus dans plusieurs grandes 
articulations et dans les articulations sterno-claviculaires ; la synoviale etait 
enflammee ; les cartilages etaient erodes, les epiphyses de tachees. On a cite un 
cas de luxation spontanee du femur produite par la meme cause (Samml. ans. 
Abhandl., B. 11, p, 7-8, cite par J. Frank). Cette tendance a suppurer seretrouve 
jusque dans les games synoviales. 

Les autres cavites sereuses, meninges, plevres, endocarde, pericarde, peri- 



286 SCARLATINE. 

toine, ofircnl aussi une large prise a la scarlatine ; elles s ennamment soiuenl 
et suppurenl. facilement. 

Appareil circulatoire. De meme que 1 ou Irouve dcs determinations arlicu- 
laires, de meme on rencontre dcs lesions cardiaques. 

Bicn que 1 endocanlile nc soil pas trcs-rare dans la scarlatine, elle ne se 
signale pas par une tres-grande intensite; elle se presente exceptionnellement 
comme cause de mort. 11 est done peu commun de trouver a 1 autopsie les 
lesions caracteristiqucs de 1 endocardite ; il I aul pour cela qne le malade ait 
ete empork par une aiitir complication. La science, par consequent, en fournit 
peu d cxemples. M. Bouillaud, le premier, en a prodnit quelques-uns. Dans 
tous les cas connus les lesions notees soul semblables a relics que prodnit 
le rliiimalisiiie. 

J en ai observe un cas assez complet chez un malade qui avail succombe a 
mie nephrite arrivre a la periode de slealosc. 11 y avait une insuHisanfc aortiqne 
pmdnile par des brides (jiii ivlenaienl les valvnles, puis un relrecissenient 
aoi-liqne lenant a la lois anv valvules et a Torifice. 

I/oiilirc miiral pent parliripiT aussi a [ inflammation. 

La pi ricardile a < (( plus aiieieiinemeiil vue par Kruckenberg en 1820, et de- 
puis par plusieurs auleiirs modenies. Che/, uu malade qui avait en meme temps 
une pleuresie double aver adlierences, j ai rencontre iiiic peiicardite avec syni- 
phvsi cardiaqiii! ; Ic lenillcl cardiaque, epais ct rugueux, presentait 1 aspect bien 
coniiii de la lan^iie de boeul . 

( online dans les srrciiscs arliculaires et les sereuses en gen Oral, la suppura 
tion esl relalivemenl assrx rrequenle dans la perieardite scarlatineuse. 

L bydro-priicarde ai^ue, c csl-a-dii-e [ accumulation, sans inflammation, de 
serosile plus on moins aliondaiite clans la ca\it( du pericarde se rencontre aussi. 

Le muscle cardiaque se resM-ul souveut de rintlammalion dcs deux sereuses 
qui reiiserrenl ; on jteul eoiislaler dans son tissu tons les degres de la myocar- 
dile circonscrite ou diffuse, depuis 1 hyperemie jusqu a 1 etat gras. 

Les lesions du cceur aussi bien que eelles des aulres muscles dans les mala 
dies infectieuses ont ete etudiees par Rokitansky, Wircbow, Zenker, et par 
M. Hayem (Etudes stir les myosites symptomatiques. In Archives de physio- 



l.es alterations cardiaqncs dans la scarlatine ne sont pas lices forcemeiit aux 
alte rations articulaires ; elles peuvent en etre independantes. 

Reins. Ces organes comptent parmi ceux dont les lesions onl ete le plus 
etudiees. Fischer (Hufeland s Journal 1824) constata le pi emier la coincidence 
des lesions renales avec 1 albuminurie et 1 bydropisie scarlatinensc. Depuis cette 
epoque, les modifications de ces organes ont ete notees par tous les auteurs. 
Mais plusieurs, surtout en Angleterre, allerent trop loin; croyant 1 albuminurie 
constants dans la scarlatine, ils affirmerent que le rein etait constamment lese. 
Ces propositions sont toutes deux contraires a 1 observation rigoureuse. En exa- 
minant celle qui a trait a 1 anatomie patbologique, la seule qui doive m occuper 
pour le moment, on reconnait que les reins des snjets morts au debut de la scarla 
tine ne presentent ricn qui soit speci.il a celte maladie; on y trouve seulemcnl 
1 hyperemie commune a tous les visceres dans les maladies infectieuses. 

Un grand nombre d examens mieroscopiques prom ent 1 integrite des reins, a 
moins de complication, a toutes les periodcs de la maladie. Recemment encore, 
Foot publiait 1 autopsie detaillee de deux cas de scarlatine dans lesqucls 1 iti- 



SCARLATINE. 287 

spection minulicuse des reins n etait arrivee a d autrc resultat qu a montrcr cos 
organes parfaitement sains (Anatomic pathologique de la scarlatine. British 
Med. Jcwm.,1874).Iln existe done aucune preuve anatomique de lesions renales 
speciales a la periode initiale de la scarlatine. 

C est duns le fait de Coats (British Med.Journ., 1874) que se trouvent les le 
sions les plus precoces. II s agit d nne nephrite interstitielle se developpant chez 
nn sujet mort le dixiemii jour de la maladie. 

Dans des recherches nombreuses faites a ce sujet, je n ai jamais trouve d al- 
teration renale dans la scarlatine, avant la periode de desquamation. L opinion. 
qui suppose le rein aussi souvent interesse que le pharynx est done purement 
hypothetique. 

A une periode plus avancee, on pent rencontrer dans certaines circonslances, 
et a titre de complications, des modifications importantes du tissu de laglande; 
on y trouve tous les degres de la nephrite* depuis 1 hyperernie intense avec 
catarrhe destubuliet chute deTepithelium jiisqu ala transformation graisseuse- 
La question histologique n est pas encore Iranchee. On semhlait geueralement 
d accord a considerer les lesions renales comme ressortissant a la nephrite pa- 
enchymateuse ou epitheliale, c est-a-direa admettrc que le processus atteigiiait 
d abord et principalement 1 epithelium des canalicules ucinil eres, lorsque Bier- 
mer (Arch, fur path. Aunt. XIX, 5 et 6), Wagner (.\rcli. der lleilkunde, 1867, 
p. 264), Klebs (Handbuch der path. Anal., dritte Liefer., p. 646), M. Kelsch 
(Archives de Physiologic, 1874, p. 744). M.Charcot(Pro#re$medzca/,1874, p.77 2), 
Coals (Acute Interstitial Inflammation of the Kidneys in Scarlat Fever, Fatal on 
the Tenth Day. \i\British Med. Journ., septembre 1 874) , affirmerenl (jue la nephrite 
interstitielle etait seule en cause, que la lesion principale consistait enunc infiltra 
tion cellulaire produite entre les tubes le long des vaisseaux, et que les alterations 
epitheliales etaient secondaires et pen imporlantes. M. Lecorche (Traile des ma 
ladies des reins, p. 187) et M. Lancereaux (voij. REIN, p. 254) out proteste 
centre cette maniere de voir et reniis en honneur la nephrite parenchymateuse. 

Ces divergences chez des observateurs aussi competents ne peuvent accuse, 
une erreur complete ni d un cote ni de 1 autre. C est qu en effet on trouve 
dans les reins des scarlatineux des lesions parenehymateuaes au^si bien que 
des lesions interstiliclles. On observe la proliferation des no\;uix de la super- 
ficie des glomerules de Malpigbi ainsi que 1 obliteration emboliqiic de vaisseaux 
isoles, mais beaucoup plus souvent Tepaississement des parois des petites artere 8 
avec augmentation du nombre des noyaux musculaires ; en meine temps, 1 epi- 
thelium des tubes contournes se tumefie. 11 scmble, suivant Klein, que le poi 
son contenu dans le sang des scarlatineux irrite la tunique musculeuse des ar- 
lerioles au point de provoquer sa contraction continue, d oii anuric et uremie. 
Ces alterations interstilielles fort legeres au debut prennent a pariir du neuvieme 
jour, ainsi que celle du parenchyme, une plus grande importance. Autour des 
gros vaisseaux sanguins de la substance corticale et de la k^e des [iyramidcs 
se fait une infiltration de cellules rondes qui produit par places I atrophic par 
compression. 

Les alterations epitheliales augmcntent parallelement : obstruction des canaux 
uriniferes par des cellules lymphoides, des detritus granulo-graisseux de 1 epi- 
thelium et des cylindres de differenles especes etjusqii a 1 obliteration des glo 
merules de Malpighi. Kilos sont proportionnees a 1 intensile de la nephrite in 
terstitielle que Ton trouve die/ les sujets qui meurent apres le neuvieme jour. 



288 SCARLATINE. 

Dans uu travail recent, M. A. Riva (Snlla nefrite scarlattinosa. In. Rivista 
clinicadi Bologna, 1878) affirme de nouveau, en s appuyant sur Is resultat de 
plusieurs autopsies, la nature interstitielle de la lesion. De plus, il decril des 
alterations inleressanles qu il a trouvees du cole des glomerules. A la face in 
terne de la capsule de Bowman se depose une couche plus ou moins e paisse 
de cellules tres allongees qui dilate la capsule et augmente le volume du glo- 
merule, en meme temps qu elle comprime, atrophie et detruit au moins com- 
pletement le peloLon vasculaire. 

Ku resume, on est autorise a dire quela nephrite scarlatineuse appartient a l;i 
classe des nephrites mixtes. 

J ai eu 1 occasion de rencontrer un cas de nephrite suppuree survenue dans 
le courant du quatrieme septenaire. Les reins etaient tres-volumineux et preseu- 
taient un grand nombre de petits abces peripheriques, soixante environ pour 
chaqne rein ; des epanchements sanguins multiples se rencontraient en dehors des 
tubes; les glomerules elaient foiiement congestionnes, 1 epithelium etait opa 
que dans plusieurs tubes, mais sans granulations proleiques, sans elements 
graisseux ; il n y avail pas de desquamation notable des tubes. 

A cote de son caractere exceptionnel, ce fait presente un interet particulier 
comme interpretation. La nephrite suppurative reconnait pour causes ordi 
naire.-; : le Iraiimatismr, Irs maladies de 1 appareil urinaire en general, ou encore 
Irs Mippni-alioiis du I oic, de la rate, des visceres abdominaux, ou des parois de 
leurs cnveloppcs ou vies parois abdominales, elle peut etre enfm d origine meta- 
staliquc ou emboliiiue. Ce dci iiicr [irocessus semble le seul applicable dans 1 es- 
pece ; le malade portait, en effet, un gros abces retro-pharyngien qui avail pu 
etre le poinl de depart d abces metastatiques dans les reins. 

Alijxn-c/l respiratoire. Lesouvrages qui out traite de la scarlatine mention- 
nent siiu[ilement le coryza et la pleuresie ; les autres lesions de cet appareil 
sont passees sous silence. Cependant on trouve des modifications morbides dans 
toutes ses parties et a tout degre. 

Le coryza est la plus frequente. On peut suivre jusque sur la mucraeuse du 
pharynx les alterations de la muqueuse de Schneider : inflammation simple, 
diphtheric quand il y a des fausses membranes sur le pharynx. Rarement 
elles se renconlrenl a 1 etat isole dans les fosses nasales. Le coryza s observe 
aussi a 1 etat purulent ulcereux ; la muqueuse epaisse, boursouflee, obstrue les 
fosses nasales. Le processus arrive a son maximum d inlensite gagne le tissu 
osseux et amene des necroses. Ilufeland cite un cas dans lequel il y eut perfora 
tion de la voiite palatine et destruction des os propres du nez. 

La pleuresie n est pas tres-rare ; elle a etc signalee par tous les auleurs ; elle 
est simple ou double; l epanchement est souvent abondant; dans un certain 
nombre de cas, on l l a trouve purulent. Vieusseux en cite un exemple tres- 
remarquable. 

On rencontre encore, mais plus rarement, la laryngite et la bronchite. Sim 
ples le plus souvent, quelquefois pseudo-membraneuses, elles sont presque tou- 
jours accompagnees, dans ce dernier cas, de lesions analogues du cote des fosses 
nasales et du pharynx. La bronchite surtout est exceplionnelle : j en ai cepen- 
dant signale un cas (Traite de la diphtheric, 1877). 

La broncho-pneumonie, fort peu commune, a ete observee seulement dans 
quelques epidemies. 

La pneumonic lobaire est un peu plus frequente que les bronchites ; j ai eu 



SCARIATINE. 289 

1 occasion d enrencontrerneuf casal autopsie, dont une au troisieme degre,une 
au sommet droit, et quatre pleuro-pneumonies dans lesquelles la pleuresie fut 
double trois fois, alors que la pneumonie etait simple. 

MM. Barthez et Rilliet out note dans un cas des abces du poumon exis- 
tant conjointement avec une pleuresie. 

Les memes auteurs citentun cas de gangrene pulmonairc ; j en ai trouveaussi 
plusieurs noyaux chez un sujet atteint en meme temps de pleuresie devenue pu- 
rulenteet de broncho-pneumonie dans lecours d une scarlatine maligne a forme 
hemorrhagique . 

Chez quelques sujets ayant suceombe aux formes malignes ou a des accidents 
uremiques on note des infarctus pulmonaires et des ecchymoses sous-pleurales. 
Signalons encore 1 hydro-thorax simple on double et 1 oedeme pulmonaire, qui 
coincident avec Fanasarque. 

Systems nerveux. En raison de la frequence des accidents cerebraux dans 
la scarlatine, on est porte a croire que les le sions