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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 94"


















m 




m 




















DICTIOMAIRE ENCYCLOPEDIQDE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



PARIS. - TYPOGRAPHIC A. LAHURE 
Rue de Flcurus, 9. 



DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DBS 



SCIENCES MEDICALES 



COLLABORATEURS : MM. LES DHCTEURS 

ABCHAMBAOLT, AnLOING, ARNODLD (j.), ARNOZAN, ARSONVAL (o ), At BRY (t.), AXENFELD, BA1LLARGER, BAILLOX, 

BALBIANI, BALL, BAKTH, BAZIN, BEAOGKAND, BECLARD, BEIHEK, VANBENEDEN, BERGER.IIERNHEIM, BERTILLON, 

BERTIN-SANS, BESNIER (ERNEST), BLACHE, BLACHEZ, BOI NET, BOI>SEAO, BORD I ER, BOIUOS, BOOCHACODRT, CH. BOUCHARD. 

BODCHEREAD, BODISSON, BOULANH (P.), BOOLEV (H.), BOUREL-ROMCIEHE, BOURG01N, BOURRU, BOURSIER, BOI SOIET, 

BODVIER, BOYER, BROCA, BROCHIN, BRODARDEL, BROVVN-sEQUARD, BURCKKn, III SSARD, CALMEIL, OAMI ANA, 

CARLET (G.), CERISE, CHASIBARD, CBARCOT, CHARVOT, CHASSAIGNAC, CHAtlVEAU, CHAUVEL, CHEREAU, CHOUrPE, 

CHRETIEN, CHRISTUN, COLIN (L.), CORML, COTARD, CODLIER, COURTT, COYNE, DALLT, DAVAINE, DECHAMUHE (A.), 

DELENS, DELIODX DE SAVIGNAC, DELOnE, DELPECH, DEMANGE, DENONV1LLIERS, DEPADL, DIDAV, DOLBEAD, 
DDBUISSON, DD CAZAL, DOCLAUX, DDGDET, DDPLAY (S.), DUREAD, DBTRODLAD, DUWEZ, ELOY, ELT, FALRET (j.), 

FARABEDP, FELIZET, FERIS, FERRAND, FLEURY (DE), FOLLIN, FONSSAQHIVES, FOL RNIER (E.), FRANCK-FRANCOIS, 
GALTIER-BOISSIERE, GARIEL, GAYET, GAYRAUD, OAVAIIRET, GERVilS (P.), GILLETTE, OIIUDU-TEOLOX, GOBLEY, 

GOIIELIER, GRANCHER, GR.ASSET, GREEMIll.L, BMI-OLI.E, GUULER, GDEN1OT, GCEHARD, GCILLARD, GUILLADUE, 
GCILLEMIN, GDYON (F.),BAHN (L.), HAMELIN, BAYEM, HECHT, IIECKEL, HENNEGUY, BENOCQUE, IIEYIIENnElCII, IIOVELACQUE, 
HUMBERT, ISAMBERT, JACQDEMIER, KELSCU, KHIMIAIlEl:, LA BBE (LEON), LABBEE, LAUOKHE, LAUOULBENE, LACASSAGNE, 

LADREIT DE LA CDARRIERE, LASNEAD (G.), LANCEREADX, LARCHER (0.), LAVERAK, LAVERAN (A.), LAYET, 

LECLERC (L.), LECORCHE, LE DOUBLE, LEFEVRE (ED.), LEFOHT (I.EON|, LEGOUEsT, I.EGOYI, LEGROS, LEGRODI, 

LEREBODLLET, LE ROY DE MER1CODRT, LETOURNEAD, LEVEN, LEVY (MICHEL), LI EGEOls , LIETARD, L1NAS, LIOU VILLE, 

LITTRE, LDTZ,MAG!TOT(E.), UAIIE, MALAGDTI, HARCHAND, MAREV, MARTIN >, MATII1EU, MICHEL (DE NANCY), Ml LLARD, 

MOLLIERE (DANIEL), MONOD(CH.), MONTANIER, MORACIIE, MOREL (B. A.), NICAISE, NUKL, OBEDENARE, OLLIEU, 

ONIMDS, ORFILA (L.), OUSTALET, PAJOT, PARCBAPPE, PARROT, PASTEUR , PAULET, PECI10LIF.R, PEIIIIIN (MAURICE), 

PETER (U.), PETIT (A.), PETIT (L.-I1.), PEYROT, PINARD, PINGAUD, PLANCHON, POLA1LLON, POTAIN, POZZI. RAl US. 

RAYMOND, REGNARD, REGNADLD, BENACD (}.), RENALT, RENDU, RENOU, REYNAL, R1CIIE, R1TTI, ROBIN (ALBERT), 

ROBIN (CH.), DEROCBAS, ROGER (H.), ROLLET, ROTI1IIEAD, HOUGET, ROYEI\ (CLEMENCE), 9AINTE-CLA1IIE DEV1LLE (H.), 

SANNE, SANSON, SAUVAGE, SCHUTZENBERGER (CH.), SCHUTZENBEHGEII (P.), SBhll.l.OT, SEE (MARC), SEHVIER, 
SETNES (DE), SIRY, SOOBEIRAN (L.), SP1LLUANN (E.), STEPHANOS (CLON.), STRAUSS (u.), TARTIVEI., TESTELIN, 

THOMAS (L.). TILLACX (P.), TOURDES, TRELAT (D.), TRII IEM (LEOMI, TIlOIblEK, VALLI>, VELI EAU, VER.XEUIL, 
VEZIAN, VIADD-GRAND-MARAIS, VIDAL (6lt.), VIDAK, VILLEM1N, VOILLBMIEH, VULPIAN, WAHLOMONT, \\IDAL, WILDI, 

\\OllM> (J.), WORTZ, ZUBEH. 

DIRECTEUR : A. DEGIIAMBRE 

SECRETAIRE DE LA REDACTION : L. HAHN 



TROJSIEME SERIE 

Q - z 

TOME QUINZIIUME 

SYS TAR 




WWJOTHlQUK 




PA1US 




ASSELIN ET G ie 

LiBILAIRES DE LA FACULTE DE MEDECI.NE 

Place de I Ecole-dc-MeJcciae 



ji.- .- 

G. MASS ON 

LIBRAIRE DE L ACADEMIE DE MEDECLNE 

looieiard Sain! -Germain, eo face de I Ecole de Uidecine 



MDCCCLXXXV 





















DS3 



DICTIONNAIRE 

ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



SfSTEME (PHILOSOPHIE) . Voy. DOCTRINE. 

Sl STKMES AV1TONIQUES OU ORGANIQUES. On salt ijin- \\inalomie 
generate etudie successivement : 

1 Les parties simples de 1 organisme (principes imme diats et elements ana- 
tomiques); 2 les parties complexes formees par la reunion directe des prece- 
dentes les unes avec les anlres, savoir : a les humeurs (kygroloyie) et b les 
tissus (histologie) ; 5 elle etudie eniin les syxtemes ou ensemble des parties 
similaires que forme chacune des especes de tissus, afm de connaitre les lois 
de leur distribution dans 1 organisme individual et dans 1 ensemble des ani- 
maux. Ici se termine 1 anatomie generale a laquelle fait suite Y anatomic 
descriptive, ou anatomic des organes, des appareils et des regions. 

g I. DEFINITION ET CARACTERES GENERAUX DES SYSTEMES ORGAMOUES ou DE L HO- 
MffiOMEROLOGiE. En anatomic on donne le nom de systeme a tout ensemble de 
parties similaires composees d un mime tissu, plus ou moins repandues dans 
I e conomie, ensemble de crit comme formant un tout. Vu la conlinuite presque 
complete de certains tissus, comme le cellulaire, le nerveux, etc., sans divi 
sion en parties distinctes, on definit aussi les systemes : chacune des parlies 
constituantes du corps repre sentc e par un tissu conside re dans son ensemble 
comme formant un tout, subdivise ou non en parties similaires, parties qui 
remplissent consequemment des usages du meme ordre. C est ce qu AristoU- 
appelait Yhomceome rologie. 

Pour se faire une idee nette de ce que c est qu un systeme, il faut se repre- 
senler que Ton peut etudier les tissus cellulaire, osseux, musculaire, etc., en 
prenant un fragment de ces tissus dans une partie quelconque du corps, en se 

D1CT. ENC. 3 e S. XV. i 



2 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

servant d un organe, quel qu il soil, comme type. On peut ainsi apprendre quels 
sont la texture et les autres caracteres du tissu pour toiztes les regions de 1 eco- 
nomie. Mais, cela connu, il reste encore a etudier les systemes cellulaires, 
osseux, musculaires, etc., c est-a-dire le tout represente par chacun de ces 
tissus. Etudier le lissu n est pas etudier le systeme. Le sysleme est necessaire- 
ment de meme nature que le tissu qu on etudie, mais un autre etat du meme 
objet. C est un objet decrit non plus comme substance, mais comme un tout 
quon envisage en lui-meme, dans sa conformation par rapport aux autres 
organismes de nature diffe rente de la sienne, et par rapport a celui dont il 
fait parlie. 

En somme, I homoeomerologie est 1 e tude des systemes de parlies similaires; 
c est la division de V Anatomic generate qui a pour sujet I elude des parties 
similaires forme es par un meme tissu et pour but la determination des lois 
de la distribution de celles-ci, soil dans chaque organisme au point de vue 
de sa constitution et de la part que chacun prend a la conformation de celui- 
ci, soit dans I ensemble des organismes comparativement. 

L homoeome rologie ne prend plus essentiellement en consideration les pro- 
prie te s des elements anatomiques et des tissus, mais a pour sujet 1 elude des 
parties similaires que forment ces derniers et pour but ou objet la determina 
tion des lois de la distribution de cclles-ci dans chaque organisme au point de 
vue de sa constitution, si Ton peut ainsi dire, et de la part que chaque systeme 
prend a sa conformation. Les usages speciaux de ces parties varient en effe,t 
beaucoup suivant le milieu que cette construction permet d habiter. 

A la notion de systeme possedant telle ou telle conformation generale, telle 
composition par des solides et des humcurs ou par des solides seuls, influant de 
telle ou telle sorte sur celle du tout individuel, se rattache celle d usage general, 
tiattribut commun a toutes les parties similaires du systeme. 

L attribul du systeme est { expression commune et gene rale des pro prie te s 
caracteristiques de chaque tissu et de chaque humeur ; proprietes distributes, 
si Ton peut aiusi dire, 1 une el 1 autre dans 1 economie, par chacune des parties 
similaires dont 1 ensemble represente le groupe naturel etudie, avec varietes 
dans cette expression suivant les formes, les dimensions et les connexions de ces 
organes premiers (Galien). 

Quant aux usages speciaux de chacune de ces parties similaires, ils sont ine - 
vitablement subordonnes a la nature des elements composants et a leur arran 
gement reciproque ou texture qui portent avec eux toutes leurs propriete s dans 
ces parlies, et ils varient souvent de la maniere la plus tranchee, suivant la 
nature du milieu que cette construction morphologique de 1 etre les conduit a 
habiter. 

Mais on comprcnd aisement qu e tudier la physiologic des systemes anato 
miques ne consiste pas a examiner les usages de chacun en particulier des 
organes simples ou premiers que presente toute portion d un tissu dont 1 en- 
semble forme le systeme correspondant. Cette physiologie speciale appartient a 
1 etude de chaque organe proprement dit ou organe second, dont les usages 
propres sont examines apres que 1 anatomie descriptive ou organologique les a 
fait connaitre individuellement au point de vue statique. 

Physiologie des syslemes. Elle a pour sujet 1 e tude du role rempli dans 
1 economie par cet ensemble de parties similaires composees d un meme tissu, 
ensemble envisage comme formant un tout, et ce role est naturellement 1 expres- 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 3 

sion commune ou generale, si Ton peut ainsi dire, des proprietes du tissu 
composant. 

Pour Bichat 1 etude anatomique du systeme etant le Traite du tissu, leur 
physiologie consiste en 1 etude des proprietes du systeme, des attributs carac- 
teristiques de ces materiaux qui entrent dans nos organes, en faisant abstrac 
tion de chacun des organes divers memes (ou seconds) qu ils concourent a former 
(Anal, descriptive [Discours pre liminaire, II]). Pour Bichat, V anatomic gene- 
rale est I" anatomic des systemes; pour lui, par suite, a chaque systeme ses 
proprietes, a chaque organe ses usages, a chaque appareil sa fonction. C est done 
par continuation des anciens errements, qui, ne faisant admettre qu un seul 
ordre d activite vitale, ne parlaient jamais en physiologie que de 1 usage des 
parties (de usu partium), qu ou voit quelques auteurs dire des tissus, des sys 
temes, des organes ou des appareils indifferemmcnt, que chacun a sa fonction. 

[/importance de la hranche de la physiologie que represenle la physiologie 
des systemes, envisage e dans la succession des animaux et des plantcs, est 
facile a saisir des qu on fait abstraction, pour la plupart d entre eux, dc ce 
qui concerne les proprietes communes a toute substance organisee, propr n tcs 
vegetatives dont 1 etude a ete epuise"e par la physiologie des elements anato- 
miques et des tissus (voy. 1 art. BLASTEME, p. 577). 

La physiologie des systemes organiques consiste done a determiner quel cst 
d entre eux celui ou ceux qui donnent le plus particulieremcnt a chaque orga- 
nisme tel ou tel des attributs que ce dernier partage avec quelque matiere quo 
ce soit ou que les animaux possedent sculs (voy. 1 ebauche de ce sujet dans 
Beraud, Elements de physiologie, Paris, 1856, in-12, t. I, p. 881). 

C est ainsi qu en ce qui concerne la configuration generale de 1 organisme et 
ses dimensions, les systemes osseux, cartilagineux etfibreux, jouent un role capi 
tal chez les vertebres, tandis que chez les invertebres ce sont les systemes con- 
stituant le squelette externe, soit 011110116*31, soit calcaire, suivant les groupes 
dontil s agit, qui remplissent ce role. Les systemes tcgumentaires leur sont en 
quelque sorte subordonnes, du moins en ce qui concerne les vertebres, tandis 
que c est a peu pres 1 inverse pour les invertebres ou animaux a squelette essen- 
tiellement externe. Quant aux systemes des tissus cellnlaire, adipeux ct muscu- 
laire, ils ne remplissent qu un role secondaire, au moins a 1 elat normal, en 
ce qui louche les dimensions et la forme de chaque organisme. 

Pour ce qui regarde la resistance de chaque etre aux actions cxteYieures, ce 
sont encore les systemes dont il vient d etre parle , osseux, cartilagineux, fibreux, 
tendineux, musculairc, qui jouent le role principal. 11s le remplissent tant a 
1 egard de 1 economie entiere qu en ce qui concerne la protection du systeme 
nerveux central, des organes respiratoires, cardiaques et genitaux internes. A 
un point de vue plus spe cial, les systemes musculaire et adipeux jouent un role 
a cet egard, et il devient tres-manifeste lorsque la diminution de masse ou de 
tenacite des tissus qui les composent fait disparaitre la fermete propre des 
parties motles. Tous les systemes qui prennent part a la constitution du s^e- 
lette externe, dont il sera question plus loin, remplissent un role plus manifesto 
encore a ces divers egards. 

Quant a 1 elasticite des organismes ou de leurs parties, le systeme elastique, 
dont le role purement physique est si manifeste dans divers ligaments, dans 
lepoumon surtout, n est pas le seul a la produire; la part que prennent les 
fibres elastiques a la constitution du derme et d autres parties des systemes 



4 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

tegumentaire, ccllulaive, etc., fait qu ils interviennent ici. II en est de meme 
du systeme musculaire et de certaines portions des systemes osseux et car- 
tilagineux en ce qui conccrne le squelette thoracique. II faut y joindre les sys 
temes vasculaires pleins de lenrs humeurs, comme on peut le voir en compa- 
rant 1 elasticite des parlies molles d un membre, aussi bien que de tout le 
corps, quand les vaisseaux sont pleins, a ces memes parlies sur le cadavre ou 
apres 1 amputntion de celui-la. 

Pour ce qui concerne le maintien de la temperature a un degre a peu pres 
constant sur les mammiferes et les oiseaux, le systeme adipeux remplit un role 
qui est surtout evident sur les Cetaces; celui des systemes pileux ou plumeux 
n est pas moins manii este a cet egard. 

Ces derniers, et 1 epiderme pigmente ou ses dependances formant le squelette 
externe, comptent en outre parmi leurs attribuls importants de donner a 
chaque organisme ses couleurs propres, c est-a-dire autres que celles qui appar- 
tiennent aux tissus sous-jacenls. 

Cet altribut resulte directement de 1 addition aux elements epitheliaux con- 
stitulifs de principes immediats plus voisins des composes cliimiques ordi- 
naires. Les elements anatomiques qu ils concourent a former sont, de tous r 
ceux qui se trouvent les plus dirccternent soumis a 1 inlluence des milieux 
exterieurs. 

Dans 1 assimilation des principes empruntes au sang, les actes chimiques 
caracterisant celle-ci sont par suite plus influences que dans tous les autres- 
elements anatomiques par ces modificateurs externes, par la lumiere et la cha- 
leur surtout. Les modi ii cations mole culaires ne peuvent s aceomplir qu en corre 
lation avec la nature de ces influences graduellement continues. De la une ine 
vitable relation entre la couleur des composes colores et colorants produits 
dans les elements e|>idermiqnes, pileux et plumeux, et la nature des rayons 
lumineux reflecbis par les corps au milieu desquels se journe 1 elre vivant. De 
la des variations inevitables des principes immediats colorants quand varient 
la lumiere et la chaleur, mais variations restreintes entre certaines limites par 
la nature chimique meme des composes colorants et d un autre cote restreintes 
ou accrues par celle des principes immediats qui du sang arrivent aux cellules 
epitneliales dans lesquelles se forment les composes colores. 

Les systemes corneen et crislallinien, et chez beaucoup d animaux certaines 
portions du systeme epidermique, remplissent un role important relativement a 
la transmission et a la refraction de la lumiere allant ensuite impressionner 
soit la retine, soil meme les parties colorees dont il vient d etre question. 

Pour le role rempli dans 1 economie par les systemes d organes premiers 
parenchymateux, voy. PARENCHYME et SUDORIPARE. 

En raison des proprietes du tissu musculaire, 1 ensemble des organes pre 
miers du systeme de ce nom apporte dans 1 organisme animal des attributs 
qu on ne retrouve dans aucun autre ordre de corps. Ce sont ceux de locomo 
tion soit generale ou proprement dite, soit partielle ou relative au deplacement 
de certains organes par rapport aux aulres (voy. MUSCLE). 

Divers organes premiers des systemes osseux, cartilagineux, fibreux, cellu- 
laire, adipeux et meme muqueux, prennent part a la manifestation de ce- 
atlribut fondamental du systeme musculaire ; mais leur role ici est purement 
passif et relalif a des condilions soit de point d appui general ou par- 
tiel, soit de glissement. Aussi y a-t-il des mouvements generaux et partiels 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

chez des etres depourvus des systemes precedents, tels que les polypes me du- 
saires. 

Dans 1 ordre des mouvements partiels comptent ceux qui, generalement invo- 
lontaires, ont pour resultat la progression dans 1 e conomie de corps inertes tels 
que les aliments ct leurs residus, les liquides secretes et excretes dans leurs 
conduits et leurs reservoirs. Parmi ces mouvements comptent surlout ceux du 
eoeur, qui suscitent le cours du sang, etindircctement ceux des parois vasculaires, 
qui, a la fois elastiques et contractiles, interviennent a leur tour pour la pro 
gression du liquide que recoivent ces conduits. 

Mais souvent, pour le sang en particulier, existent a la fois dans une 
humeur un fluide et des cellules que celui-ci tient en suspension. La progres 
sion des uns et des autrcs est loin d etre simultanee, aiusi qu on le voit pour 
les leucocytes rebtivement aux he maties. Dans bien des circonstances, en outre, 
on observe dans le systeme capillaire les divers globules isoles ou accuniules 
s arretant ou ralentissant leur progression, augmentant de nombre par suite 
dans divers conduits, pendant que coule plus vile le plasma dans leurs inter 
stices; ce fait est rendu materiellement saisissable par la presence des fins gra 
nules graisscux et autrcs qu entraine le plasma avec lui en passant entre Us 
hematics; puis on observe un depart ullerieur des globules en plus grand 
nombre qu a 1 ordinnire emportes aussi rapidement que le fluide. 

De la uue proportion plus grande ou moindre de ces globules relativement 
au plasma, dans le sang tire d un organe selon celui des deux ordrcs de condi 
tions sus-indiquees pendant la duree de laquelle il a etc extrail; selon, par 
exemple, qu un organe susceptible de distension et de retrait, tel que la rate, 
le foie, uu muscle, etc., a fourni le sang dans 1 une ou dans 1 autre de ces 
circonstances aussi norm ales pourtant 1 une que 1 autre. 

On comprend done aisement que le plus ou le moins de globules sanguins 
trouves dans le sang qui sort d uu organe examine comparalivement au sang 
arleriel n indique aucunement que cet organe en fabrique ou en detrnit. 

Devant ces mouvements d organes premiers musculnires suscitant ceux des 
liquides contenus, ces derniers restent absolument passifs en eux-memes et ils 
n agissent qu en rai>on de 1 impulsion qui leur est donnee, sans rien apporter 
la qui soil de leur fait pour leur propre displacement. 

La circulation sanguine, par intervention essentielle du systeme musculaire 
t secondairement des organes premiers elastiques des vaisseaux, merite d etre 
mise en opposition avec le cours de la lympbe, qui n est qu une translation 
progressive jusqu a deversement dans les veines sans circulation reelle. lei, 
comme dans le cas de transport des liquides dans les plantes vasculaires, il n y 
a comme cause locomotrice essentielle que Faction eudosmolique repletive qui 
s exerce dans les reseaux d origine representant les membranes d un endosmo- 
metre; elle a lieu sans aucune communication directe avec les capillaires san 
guins par des canalicules, ou par conduits screux, etc. (voy. LYMPHATIQUES, 
p. 449 et462). 

A propos de 1 indication des attributs pbysiologiques que la presence dans un 
organisme de tel ou tel sysleme apporte dans celui-la, il faut signaler que c est 
dans cet ordre d etudes que prend origine celle des temperaments, dits lympha- 
tique, sanguin, etc. C est meme la un des cotes importants de cette subdivision 
de I anatomie et de la physiologie generales qui a un si grand nombre d appli- 
cations a la medecine. Cliaque temperament, en effet resulle de la predominance 



6 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

anatomique d un seul ou de plusieurs systemes, ou meme parfois d un seul 
organe, comme le foie ou I encephale, dont les actes nulritifs ou les usages 
propres modifient plus ou moins les actes homologues des autres syslemes, en 
raison de cette predominance. Les donnees qui suivent et celles qu indique 
1 article FECONDATION (p. 564-365) montrent nettement les raisons de la trans 
mission hereditaire des premiers. 

G est ainsi, par exemple, que pour bieii se rendre compte de ce qu il y a de 
vrai et de ce qu il y a de fictif dans les opinions emises sur ce qu on appelle le 
temper amentlymphatique, il faut considerer que la lymplie n apporte au sang 
que ce qu elle a endosmotiquement emprunle tant au sang lui-meme d une 
part (et principalement sans doute) qu aux elements anatomiques des tissus, qui 
lui abandonnent quelques traces de leurs principes de desassimilation. II est 
done certain que 1 etat de la lymphe et le developpement du systeme qu elle 
j>arcourt ne font qu exprimer un etat general du sang et des tissus dont elle 
provient, sans avoir aucunement determine ce que ces derniers pre sentent, pou- 
vant se preter a telles ou telles alterations possibles : or personne n ignore que 
c est le contraire qui est habituellement admis en etiologie. 

Les indications qui precedent font comprendre comment sont ralionnels les 
mcdecins qui divisent les hommes bien portants et par suite les malades en 
cerebraux ou nerveux, en cardiaques, en pulmonaires ou anhelants, en mu- 
queux ou catarrheux, etc., distinctions justifie es par la predominance d action 
de tel ou tel de ces systemes sur celle des autres, donnant aux allures de cliacun 
son caractere special et caracteristique (voy. ORGANE, p. 461).. 

Toutes les questions de cet ordre qui resument les problemes varies relatifs 
a 1 organisation el aux actes d ordre organique out une importance d autant 
plus grande pour le medecin, qu il est le seul qui soil forcement appele par les 
ne cessites memes de sa profession a les etudier pour en determiner la nature 
reelle, en dehors de toute fiction. 

Ces etudes par consequent deviennent de plus en plus importantes parmi toutes 
et des plus necessaires. 



II. DISTINCTION ENTRE L ETUDE DES SYSTEMES ET CELLE SOIT DES TISSUS D 

PART, SOIT DES ORGANES PROPREJIENT BITS ET DES APPAREILS DE L*AUTRE. LeS 

Anciens appelaient parties similaires (partes similares) celles qui peuvent etre 
divisees en plus petites semblables de nature et de substance, de meme que 
toute partie d un os est os. Les parties dissimilaires etaient celles qui comine 
la main, la jambe, etc., ne peuvent etre divisees qu en os, en muscles, en 
nerfs, etc., c est-a-dire en particules dissemblables (dissimilares). 

On en est venu inversement a appeler parties ou organes similaires ceux qui* 
de meme substance par leur assemblage (compactio] naturel ou artificiel com- 
posent un tout distinct des autres dans 1 economie (fabrica corporis) . 

Un fragment d un tissu, d un cordon nerveux ou d un tendon, suffit pour 
qu on puisse determiner sa nature, savoir sa composition elementaire et sa tex 
ture, c est-a-dire 1 arrangement reciproque de ses elements, et se faire une idee 
de ce qu est ce tissu dans 1 organisme etudie et meme dans un grand nombre 
d autres. Pour connallre un systeme cela ne suffit plus : il faut envisager dans 
1 ensemble de 1 economie 1 assemblage de la totalite des organes premiers d une 
meme nature anatomique, c est-a-dire formes chacun par un meme tissu. C est 
la meme une des particularites qui font que Yhomoeome rologie est une des 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 7 

divisions de 1 anatomie generale et non de 1 analomie speciale ou descriptive. 
Cela est d autant plus evident que ces parties similaires ou de semblable sub 
stance, composition elementairc et texture, demandcnl. a etre comparers les unes 
aux autres, non-sculemcnt de la tele au tronc et aux membres d une espece 
animale, mais encore de 1 un a 1 autrc des animaux dans lesquels se trouve le 
tissu composant les organes premiers. G est meme dans cet ordre de compa- 
raisons que cette division de 1 anatomie generale acquicrt son plus grand 
interet, et c est la qu elle a pris jusqu a present le plus grand developpement. 

Systeme signifiant dans le langage general : tout ensemble de parties de 
meme nature coordonne es entre elles; on voit que 1 cxpression de sysleme ana- 
tomique est une des plus exactes que Ton puisse employer et que nulle autrc 
ici ne peut la remplacer. 

La notion de parties distinctes, mais de meme nature en tant que cordons ner- 
veux, masses musculaires, cordes ou membranes tendineuses, lobes glandu- 
laires, etc., coordonnes en un tout, d une certaine maniere ct en rapport natu- 
rellement avec leur nature organique propre ou intinie, implique une determi 
nation prealable exacte de cette nature; clle implique, en d autres termes, que 
cette coordination ne saurait etre valable (ant que I liistologie et IVleinento- 
logie n ont pas defini la rt^alile des objets a reunir en tant que nerf, tendon, 
glande, etc. 

Ce sont done les deux premieres divisions de 1 anatomie generale qui doivent 
inevitablement prevenir ici tout arbitraire ct toute erreur dans le choix des 
organes que Ton veut grouper ensemble. 

Si Ton donne aussi le nom de Systeme a la conception intellectuelle, a 
1 ordre d idees qui sert a coordouner entre elles des choses distincles, on voit 
que c est des divisions preeedentes de 1 anatomie ge uerale (colics qui montrent 
quel est le fond commun dans la constitution intime de ces objels) que doit 
surgir cette conception. 

La notion de parties de meme nature qui intervicnt dans la definition des 
systemes anatomiques est essentielle ici, comme dans tout autre emploi de ce 
mot au point de vue statique; elle empeche aussitot de confondre un systeme 
avec un organe, un appareil ou un organisme: tons ces objets en effet sont 
bien representes par un ensemble de parties coordonnees entre elles, mais par 
un ensemble de parties dissimilaires, de nature organique et fonctionnelle diffe- 
rente. Ce sont en effet des parties dissemblables que le ventre charnu, les ten 
dons, les nerfs et les vaisseaux qui composent le grand palmaire, ou lout autre 
muscle, bien que leur ensemble soit parfaitement coordonne; ce sont des organes 
fort differents les uns des autres qui composent lesappareils, depuis le digestif 
jusqu a celui de la locomotion; ce sont enfin des appareils fort distincts qui 
composent le tout organisme ou proprement dit, vegetal ou animal, au moins 
quand il est a 1 etat dit adulte. 

Rien de plus net que les differences qui separent les parties d ordre divers 
que designent ces termes ; rien de plus important aussi que de ne pas employer 
1 un pour 1 autre; et cependant on le voit faire souvent encore, au grand detri 
ment des progres et de la diffusion de la science, par des auteurs qui appellent 
les Appareils des Systemes, par ce seul fait qu ils sont composes d organes mul 
tiples, sans tenir compte de ce que chacun differe des autres par sa nature 
intime. C est, comme on le voit, se mettre absolument en contradiction avec ic 
sens que donne au mot Systeme sa definition. 



8 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

(Test Bichat qui le premier s est servi du mot systeme pour designer 1 en 
semble des parties de meme nature anatomique que, depuis Aristote, les Anciens 
appelaient opotopepfa on partes similares de \ 7 c sale (1561), do Fallope (1571) et 
de leurs successeurs, tandis que, par comparaison, les portions du corps clivi- 
sibles en parties dissemblables, comme la main, lepied, le muscle, divisible en 
partie rouge et partie tendineuse, les articulations, etc., etaient dites vo- 
fxoiofxejSKj ou partes dissimilar es. 

Les parties similaires de chaque sy>tt me, c est-a-dire ayant meme composi 
tion elementaire et meme texture, sont aussi appelees organes premiers, organes 
simples (Meckel), parcc qu associees a une ou plusieurs parties correspondantes 
de tel ou tel autre systeme, elles component, comme nous 1 avons note, les 
organes proprement dits ou organes seconds (organes composes] clont chacun 
remplit un et le plus souvcnt plusieurs usages spe ciaux en rapport avec cetfe 
composition. 

II entre, en effet, plusieurs organes premiers ou portions similaires de plus 
d un Systeme dans la composition de lout Organe second. Mais il y a toiijours 
aussi un de ces Organes premiers qui pre domine sur les autres quant a sa 
masse et a ses proprieties . Les autres sont accessoires et disparaissent meme 
completement dans certains organes. C est ainsi, par exemple, que tout muscle 
est forme d une portion du systgme musculaire, de deux parties similaires au 
moins du systeme tendineux et d autres appartenant aux systemes cellulaire, 
nerveux, artcriel, etc. ; cependant il est des muscles extrinsequesde 1 oreille, etc., 
qui peuvent etre ddpourvus de tendons. II est de plus des invertebres aussi dans 
lesquels beaucoup de muscles manquent de tendons. 

Lorsque, au lieu d e tudier les parties du corps du simple au compose, on les 
examine du compose au simple, on voit que chaque systeme est un tout con- 
stitue par I ensemble des parties de meme nature anatomiquc ou Organes pre 
miers similaires en lesquels on subdivise d une maniere immediate chacun de 
nos Organes proprement dits. C est ainsi que le systeme osseux sc compose de 
toutes les portions osseuses de chaque os, tandis que le systeme cartilagineux 
est represente par I ensemble des pieces cartilagineuses articulaires de ces 
memes organes, en y joignant les organes cartilagineux, non articulaires, tra- 
cheens, auriculaires, etc. Le systeme me dullaire d autre part est forme par I en 
semble des portions de moelle qui rcmplissent les cavites des os, abstraitement 
considerces comme formant un tout. Ailleurs, I ensemble des organes fibreux 
articulaires avec ceux de meme texture non articulaires, tels que la dure- 
mere, etc., envisages de la meme maniere en tant que parties analogues, con 
stituent le systeme fibreux. Le systeme tendineux est represente par I ensemble 
des tendons, membraneux ou non, abstraction faite des ventres musculaires, 
dont la totalite forme le systeme musculaire. 

L Anatomic ge ne rale, c est-a-dire la description des parties constitutives du 
corps qui sont communes a toutes les autres parties, commence a 1 e tude des Sys 
temes, quand on precede du compose au simple; dans le cas inverse, elle la 
termine. 

L homocomerologie est intermediate entre les deux; elle comble une lacune 
trop considerable qui existerait, si on sautait de 1 organe au tissu, ou du tissu a 
1 organe; elle les reunit, et fait ainsi de 1 analomie un corps de science homo- 
gene, qu elle permet de parcourir de Tune a 1 autre de ses branches avec autant 
de facilite du compose au simple que du simple au compose, et cela d un pas 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 9 

egal, sans transition brusque. La description des systemes n a rien de special; 
elle embrasse pour chacun d eux la consideration de tout le corps : elle se rat- 
tache done a I analoniie generate plutot qu a 1 anatomie speciale, lorsqu on doit 
scinder 1 anatomie. A ces derniers points de vue encore, 1 etude des syslemes 
organiques est logiquement une des branches les plus importantes de 1 ana 
tomie, de 1 anatomie comparative dont elle conduit a grouper en pen de clia- 
pitres les innombrables donnees. 

Dans 1 etude des tissus, c esl la notion de composition elementaire et de tex 
ture ou d arrangement re ciproqne des elements qui domine logiquement an 
point de vue de la determination de lenr nature organique ; c est celle de pro- 
prie te de tissu en rapport avcc cettc texture qui domine sous le rapport de 
leurs atlributs dynamiques on physio logiques. Dans 1 etude du systcmede parties 
formees d un meme tissu el considcre comme un tout unique, c cst 1 idee de 
conformation generale et de distribution dans V economic qui domine anato- 
miquement, tamlis qu au point de vue pbysiologique c est la notion A attribut 
ou A usage general en rapport avec celle conformalion et celle distribution ana- 
tomique en un systeme de parties distinctes qui devient dominant. Quo ces 
parties soient continues ou discontinues, et alors formant systeme bien plus 
encore, mais malgre cela solidaires par 1 inlerme diaire des syslemes dont les 
parties sont continues, il n en est pas moins ainsi. 

Leur etude est moins importante que celle du tissu, lorsqu on n observe 
qu un animal isolement, mais elle acquiert toute son importance et elle est 
capitale en anatomic et en medecine comparatives lorsqu on poursuit la compa- 
raison de chaque systeme, de chacune de leurs parlies similaires dans la suc 
cession des elres. La comparaison des unes avec les aulres des parties similaires 
de chaque sysleme dans le meme etre, et d un ctre a 1 autre, a ele pour Geoffroy 
Saint-Ililaire, Scrres, de Blainville, R. Owen, etc., le moyen suivi dans la deter 
mination de la nature anatomique ct fonctionnelle des parties; mais la melhode 
qui fait connailre 1 originc et la fin des elements analomiques ainsi que le tissu 
composant chaque organe premier est d un emploi plus logique el plus sur que 
ce moyen empirique. Les etudes de cct ordre sont done a repmidre aujour- 
d hui a compler de la connaissance des elements, en passant par celle des tissus 
comme intermediaire conduisaul a celle de Systemes; celle-ci nous fait arriver a 
des notions plus netles sur la conslitulion des organes proprement dits ou 
seconds par une determination plus precise du role rempli par les organes pre 
miers dislincts dont ces derniers sont formes ; la raison en est que c est 
1 element qui porle avec lui les proprietes vitales dans le lissu, qui groupe en 
quelque sorte ces proprietes suivant un ordre determine, tout en laissant a 
chaque element son individualite. De la vient que loujoiirs 1 usage de chaque 
organe est subordonue aux altributs des parlies similaires que tels et tels sys 
temes fournissent pour le composer, quellcs que soient la forme, la situation, 
les connexions de ces organes seconds. A plus forte raison en est-il de meme 
pour les fonctions de chaque appareil. C est ainsi que 1 appareiJ respiratoire peut 
se trouver reporte du thorax ou il sie ge chez les verlebres aux appendices abdo- 
minaux, chez divers crustace s, des 1 instant ou 1 organe premier respiraloire 
fondamental, c esl-a-dire un conduit portant du sang veineux, y etale ses capil- 
laires sur tcl ou tel organe premier accessoire servant de support. 

Les indications generates qui precedent out une double importance. Elles 
montrent, en premier lieu, comment 1 etude de la distribution des tissus en 



10 SYSTEMES ANA.TOMIQUES OU ORGANIQUES. 

parties similaires, comment, en un mot, Yhomceome rologie relie anatomique- 
ment 1 histologie a I organologie, auxquelles elle s interpose ; comment elle relie 
1 anatomie generate, dont elle fait encore partie, a 1 anatomie descriptive ou spe- 
ciale et reciproquement. 

Dans 1 etude des Systemes, toutes ses parties simples deja envisagees comme 
telles se retrouvent, mais sous un aspect d ensemble, d ou surgit pour elles un 
caractere tout nouveau, en raison de la maniere dont les attributs statiques et 
dynamiques sont consideres dans 1 ensemble de chaque etre et de la generalite 
des elres. Or, quand on examine la maniere dont les organes premiers d un 
systeme s associent a ceux de quelque autre pour former les organes seconds, 
on voit encore qu ici 1 un est fondamental quant a sa masse, ses caracteres 
exlerieurs et intimes et ses proprietes pbysiologiques, tandis que les autres 
sont accessoircs a ce point de vue et aussi quant a leur volume, leur distribu 
tion et Jeur plus ou moins de permanence d un animal a 1 autre. C est ce que 
montre bien la partie osscuse relalivement aux cartilages et a la moelle dans 
cbaque os, les ligaments relativement a la synoviale etmeme aux cartilages dans 
cbaque articulation, le ventre musculaire relalivement aux tendons de chaque 
muscle, et ainsi des autres. De la vient naturellement que ce qui est vrai pour 
les parties similaires d un sysleme qui sont fondamentales dans les organes de 
telle ou telle serie restc vrai pour les organes seconds. De la vient aussi qne 
dans le cours des decouvertes anatomiques et de 1 expose de celles-ci on trouve 
a cbaque instant les fails qui concerncnt I homoeomerologie au milieu des 
descriptions organologiques et vice versa. 

On voit deja par la ce qu est 1 etude des syslemes organiques dite aussi ana 
tomic des analogues, anatomic philosophique ou transcendante, c est-a-dire 
la place qu elle occupe au milieu des autres divisions naturelles de 1 anatomie. 
Or, on sail qu il n est pas sans importance de savoir a quelle branche d une 
science se rattacbe telle ou telle etude que nous poursuivons, car, suivant la 
remarque de Bailly, les verite s non classees restent toujours mal connues et 
peu utiles, ce qui est on ne peut plus evident ici en particulier. Au premier 
point de vue, et en envisageant 1 anatomie dans 1 ordre bistorique, c est-a-dire 
dans 1 ordre suivant lequel les decouvertes ont ete faiteset les divisions etablies, 
on voit que le corps, morphologic (somatologie), Vorganisme, dans son ensemble 
et dans ses grandes divisions (ventre, poitrine, tete, membres), a d abord ete 
etudie, a compter de I histoire des animaux d Aristote. 

Les appareils, ensemble d organes concourant a une meme fonction, repre- 
sentent le premier ordre des parties interieures ou profondes en lesquelles se 
subdivise 1 economie; eux-memes se subdivisent ensuite en os, en muscles, 
nerfs, vaisseaux, muqucuses, et autres organes seconds distincts, se rangeant 
en autant de groupes dont 1 etude forme I organologie ou organographie. L bis- 
toire montre que de la somatologie ( corpus generaliter seu in toto conside- 
ratum ) les anatomistes sont alles droit a I organologie et de 1 etude des organes 
a celles des paries constituentes simplicissimce, que la chimie du temps mon- 
trait formees des paries elemenlales, tant salines, aqueuses, huileuses, que 
combustibles (Boerbaave, Methodus studiimedici, edition de Haller. Amsterdam, 
1751,in-4, t. I, p. 248). 

Ce n est que par un retour tardif sur 1 organograpbie, retour qui date de la 
Physiologie de Haller et surtout de VAnalomie descriptive de Bichat, qu on a 
vu comment les organes etaient groupes en appareils et que la notion d appareil 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 11 

s est intercalee apres coup entre la somatologie morpliologique et t organologie 
ou vice versa. 

Passer des organes aux parties constituantes les plus simples, c est, comme 
le remarque Liltre, changer completement de terrain, sans suite, sans tran 
sition caracterisee. On dira peut-etre avec les Anciens que tout organc se decom 
pose reellement en filaments, membranes et vaisseaux tres-petits des plus 
simples. Cette decomposition de 1 organe n offre aucunement la notion eherche e, 
e est-a-dire celle d un passage de 1 idee particuliere d Organe ayant un usage 
special a 1 idee generale, c est-a-dire a 1 idee de ce qu il y a de commun entre 
les fibres predominantes, les membranes, les vaisseaux, les nerfs qu on retire 
de tout muscle, os, coeur, vessie, etc. 

Or, lorsqu on lit chacun des chapitres de [ Anatomic generale de Bicliat, on 
y trouve celte transition de la notion d organe a celle de tissu, caracterisee 
comme elle doit 1 elre par 1 interme diaire de la notion de systeme anatomique; ellc 
est etablie par tous les paragraphes qui traitent des formes et de la distribution 
generale de chaque Systeme, eonsidere en tant que groupe nalurcl <le parties 



orgamsees. 



La notion de tissu intervient ensuite duns chacun de res chapitres aux para 
graphes qui traitent de Y organisation du systeme c ltnlic, de son lissii i-oprr, 
des propriete s de ce tissu et des dtats offerts par le tissu aux divers ages. Seu- 
lement le mot histologie, puis surtout la notion ^element anatomique, et i rile 
de principes immediats, manquant a Bicliat, les tissus propres sont consi- 
deres comme les ve ritables elements ou radicaitx de nos parties : aussi leur 
description laisse bien plus a refaire que celles des formes du Systeme, expression 
qui, sous la plume de Bichat, repond a celle de parlies similaires. 

II faut dire de plus que la description, dans chaque chapitre, de ces deux 
choses differentes, le systeme et le tissu, sans separation ou distinction nolle 
entre elles dans les generalites de 1 ouvrage, ni ailleurs, fait que les definitions 
de 1 un et de 1 autre sc trouvent plus ou moins fondues, imparfaites par suite 
et peu pre cises. 

Mais il n en reste pas moins vrai que definir V Anatomic generale la descrip 
tion des systemes, c est d une part commettre une erreur en ce que les notions 
des Tissus (histologie) est plus generale encore que celle de Systeme; c est par 
suite amoindrir arbitrairement la conception de Bichat d autre part. 

G est pour elablir la notion nette de systeme, telle qu elle est donnee plus 
haul, et pour la differencier de celle de tissu; c est pour marquer comment de 
1 idee particuliere d organe cette idee generale de systeme conduit aux notions 
plus generates encre de tissu, de matiere organises se pre sentant sous les 
formes ^elements anatomiques, que dans mes Tableaux d anatomie (1850, 
in-4, 6 e tableau) j ai classe les systemes enlre les organes et les tissus apres 
avoir de fmi les uns et les autres et montre par quoi sont separees les notions, 
tant statiques que dynamiques, qu emporte avec elle la conception de chacun 
de ces groupes de parties des organismes. 

Toutes ces indications etaient necessaires parce qu on ne trouve pas une de 
scription, ni meme une definition nelte des organes, des systemes et des tissus, 
dans les auteurs classiques ; la plupart encore de ceux qui en parlent confondent 
dans une meme description ce qui appartient aux tissus et aux systemes. 

Quelques-uns meme disent que les mots systeme et appareil n ont jusqu ici 
aucune signification bien arretee dans le langage medical (Lancereaux, Anat. 



12 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

pathologique, 1879, t. II, p. 2). Dans Ic langage medical soit, mais pour 
quiconque a pratique 1 anatomie et la physiologie, ne fut-ce que dans les clas- 
siques, Hen de mieux defini que la signification de ces mots. Rien de plus 
errone que d appeler sysleme un ensemble d organes remplissant, concourant a 
une meme fonction, et appareil ce qui forme une portion du mesoderme unie 
a une partie soit de 1 ectoderme, soit de 1 endoderme (Lancereaux, ibid.). 

C est commeltre aussi une erreur anatomique, a la fois de fait et de methode, 
que de dire que Ton peut consideier le sysleme nerveux, par exemple, ou tout 
autre, comme un appareil. 

II est des auteurs qui, meme actuellement, se servent indifferemment des 
termes systeme et appareil comme synonymes, alors que pourtant le propre 
du Systeme est d etre constitue par un ensemble de parties sirnilaires, tandis 
que le propre do 1 appareil est, non-seulement d etre construit de parties dissi- 
milaires, mais de 1 elre par des organes, c est-a-dire par des instruments 
speciaux deja composes chacun par deux ou plusieurs portions similaires dis- 
tinctes, ou organes premiers appartenant individuellement diacun a autant de 
Syslemes diffei ents. 

Un sysleme ne contient done pas en lui plusieurs appareils, comme le 
supposent encore quelques-uns, mais, par I intermediaire des organes, chacun 
d eux fournit a plusieurs appareils distincts quelques-unes des parlies similaires 
dont il est organiquement constitue. C est ainsi que, dans le systeme nerveux 
central, sa portion cerebrale conlient, il est vrai, la partie essentielle de 1 appa 
reil des fonclions intellec uelles et morales; mais, d un cote, le systeme du 
tissu cellulaire prend part a sa constitution par 1 un de ses organes premiers 
ou parties similaires, la pie-mere ; de 1 autre, les appareils de la locomotion, 
de 1 expression, etc., n accompliraient pas chacun leur fonclion en general et au 
point de vue de la coordination des mouvements en particulier, sans 1 organe 
nerveux enceplialique fourni a chacun d eux par le systeme nerveux; et ainsi 
pour les 5 appareils des sens en ce qui touche la perception. 

Adopter les suppositions indiquees plus haut serait done aller a la fois 
centre la signification elymologique, le sens grammatical et 1 usage des mots 
tels que les out adoptes les anatomistes et les physiologistes, depuis que 
Bichat en a plus parliculierement precise 1 emploi en biologic (voy. BIOLOGIE, 
p. 471), dans la Preface de son Anatomic descriptive (voy. FONCTION et 
ORGANS, p. 452). 

g IV. DELIMITATION DES DIVERS SYSTEMES ORGAMQUES DANS CHAQUE FEUILLET 
DU BLASTODERMS. Nous avons ccMstate comment, des la premiere division en 
deux moities du vitellus feconde, on trouve separes des elements, des tissus 
et des systemes anatomiques qui ne se cont ondront plus. II en est ainsi 
avant que la seule division de ces deux spheres en huit, seize, etc., ail donne 
a 1 ensemble de ses globes vilellins la forme dite de morula (voy. GENE 
RATION, p. 363). 

Du plus gros des globules vitellins derivent des cellules qui se juxtaposent 
en ectoderme sur une seule rangee. Celui-ci s agrandit par scission continue de 
ses cellules, bientot se distinguent sa portion extra-embryonnaire et sa portion 
embryogene, par un moindre volume cles elements de celle-ci d abord, compa- 
rativement a 1 autre portion. Sur les vertebres allantoi diens, cette distinction 
devient sensible avant meme que 1 endoderme tapissant 1 ectoderme ait amene 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 13 

le blastoderme a 1 etat dit de gastrula (Haeckel) et annonce par sa presence la 
production future d une cavite intestinale. 

La production suivant une ligue donnee du blastoderme (ligne qui indique 
celle ou sera la ligue mediane dorsale) de cellules ectodermiques disposees sur 
plusieurs rangees marque 1 mdividualisal.ioii de celles qui par involution gra- 
duelle de leur ensemble formeront le nevraxe et tres-probablement aussi la 
serie des ganglions rachidiens. En meme temps prennent plus de largeur et de 
minceur : 1 celles qui restent comme feuillet exterue epidermique a la surface 
du corps de 1 embryon; 2 les plus profondes, desquelles deri vent des involu 
tions cloacales et vesico-allantoidiennes. 

De la portion extra-embryonnaire de ce meme ectoderme nous avons vu 
provenir 1 amnios a grandes et minces cellules, conservant netlement le carac- 
tere epithelial. En meme temps se delimile le chorion ou membrane externe 
de 1 ceuf avec ou sans villosites, a cellules restant petites et polyedriques 
tres-adherentes les unes aux autres, conservant aussi le caraclere epithelial 
(voy. PARENCHYMES). 

Deux sortes d elements, de tissus et de systemes, derivent en particulier de 
1 ectoderme, les cellules nerveuses d une part, plusieurs varietes d epitheliums, 
presque toutes pavimenteuses ou polyedriques d autre part, les seules qui en 
certaines regions prennent la disposition stratiliee sur pluiieurs rangees suprr- 
posees. 

Du plus petit des deux premiers globes vilellins nous savons que proviennent 
les cellules qui, successivement, se juxlaposent en endoderme a cellules sur 
une seulerangee eten mesoderme, celui-ci en cellules forma nt plusieurs rangees 
superposees. 

De la portion embryonnaire de 1 endoderme derive, sur sa ligne mediaue 
au-dessous du nevraxe, le cylindre cellulaire de la notocorde. Les parlies 
laterales de cette portion restent apres 1 isolement de celle-ci comme rangees 
epitheliale de rinlestin unique d abord. Plus tard en derivent les involutions 
de toutes les glandes annexees a 1 intestin meme. En meme temps se de limite 
la portion extra-embryonnaire pour former la tunique epitheliale de la vesicule 
ombilicale et de son conduit. 

Ici le caractere epithelial ne disparait pas des cellules constituant le tissu de 
la notocorde, bien qu elles se modifient notablement, mais de la maniere seu- 
lement dont elles le font quand accidentellement elles se trouvent incluses 
dans quelque cavite close (voy. FIBREUX [Systeme], p. 55). 

Les autres forment la portion endodermique a cellules non stratifiees du 
systeme epithelial et les cellules epilheliales des parenchymes glandulaires 
(foie, rate, etc.), qui derivent de 1 endoderme. 

Le feuillet moyen a cellules disposees sur plusieurs rangs augmente conti- 
nument d epaisseur par scission progressive de celles-ci, tandis que les prece 
dents et leurs derives (le nevraxe seul excepte) restent formes d uue rangee 
unique de cellules ou seulement de cellules superposees en petit nombre. Le 
mesoderme devient ainsi peu a peu, mais de bonne heure deja, 1 origine du 
plus grand nombre et des plus volumineux des systemes organiques, a ce point 
que 1 ensemble des systemes ectodermique et endodermique avec leurs derives 
epilheliaux des parenchymes et de leurs reservoirs represente a peine 2 pour 100 
du poids de tout le corps des 1 epoque de la naissance, le reste etant forme 
par les derives du feuillet moyen (voy. ORGANE, V, p. 478). 



14 SYSTEMES 

Nous savons deja que ces derives sont d abord les lames musculo-dermiques 
et fibro-intestinales resultant de la division du me soderme par la fente pleuro- 
peritoneale. Rappelons ici que cette lame fibro-intestinale devient le point de 
depart de la naissance de la musculeuse digestive (voy. MUSCULAIRE, p. 511), 
de la celluleuse ou fibreuse sous-jacente et enfin de la double couche muscu- 
laire propre qui adhere an chorion meme de la muqueuse gastro-intestinale 
(voy. MUQUEUX, p. 415 et 452). Quant a ce chorion meme, nous savons que 
c est specialement la lame vasculaire qui vient le constituer, a I exclusion de 
toute autre portion du mesoderme. 

Ce sont de plus les groupements cellulaires formant les vertebres primordiales 
avec la bande mediane longitudinale mesenterique et mediastine. En meme 
temps, a la face de celte bande et de la lame fibro-intestinale qui adhere a 
1 endoderme, se delimite la couche a cellules peu serrees formant la lame ou 
feuillet vasculaire d ou derivent le cocur et les premiers vaisseaux. 

Bientot se delimitent les masses musculaires dorsales, les corps cartilagineux 
vertebraux et leurs disques, puis, a 1 aide et aux depens de la lame musculo- 
dermique, les pieces squelettiques et musculaires ce phaliques, des parois du 
tronc et du cou et des membres. 

En meme temps, la lame fibro-intestinale se delimite en couches musculeuse 
et fibreuse intestinale. 

C est d autre part dans la portion de 1 aire vasculaire mesodermique placce 
immediatement au-dessus de celle ou est ne le co3ur que se montre deja riche 
en conduits sanguins le lieu ou siegera 1 appareil de la petite circulation, 
c est-a-dire la portion de la lame vasculaire mesodermique, ou se subdivisera 
en canalicules pulmonaires [ involution laryngo-tracheale de 1 ectoderme (voy. 
MUQUEUX, p. 409, 410). Cette portion de la lame vasculaire qui se trouve ainsi 
en contact immediat d abord avec des epitheliums ectodermiques reste, comme 
la portion intestinale, riche en noyaux libres et en cellules fibro-plastiques 
fusiformes ou etoilees, a courts prolongements, qu on retrouve tels durant toute 
la vie dans la trame pulmonaire. Mais, comme partout oil il y a des epitheliums 
ectodermiques, il s y developpe ensuite de nombreuses fibres elastiques. Ainsi 
des cellules du mesoderme derivent des elements specifiquement differents les 
uns des autres, bien plus nombreux que ceux qui proviennent des deux autres 
feuillets. 

Ce sont d abord les hematies, les leucocytes, les fibres strie es du coaur et des 
muscles dorsaux, les fibres-cellules, les fibres du tissu cellulaire, les fibres 
elastiques, les cellules cartilagineuses, celles des os, puis celles de la moelle 
osseuse. 

Fait important, dans tous les organes qui derivent du mesoderme, les sub 
stances cartilagineuse et osseuse exceptees, on trouve des elements du tissu 
cellulaire et elastique; mais nulle part ailleurs il ne s en developpe trace. 
C est ce dont le tissu nerveux central offre un exemple des plus frappants, 
aussi bien que celui de la notocorde. Si les vaisseaux que possede le premier 
en montrent dans leurs parois, il faut bien remarquer que tous sont des 
provenances du mesoderme, de formation et de penetration posterieure a la 
generation des premiers organes nerveux centraux, et non des provenances des 
cellules ectodermiques de 1 involution cerebro-spinale. Rien de plus capital 
que ce fait de 1 absence absolue de tout tissu cellulaire ou conjonctif mesoder 
mique dans le tissu du nevraxe, et que 1 impossibilite de sa production originelle 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGAN1QUES. 15 

dans ce tissu, en raison meme de sa provenance blastodermique premiere qui 
est ectodermique et non mcsodermique; impossibilite non moins tranche e ici 
dans toute la serie des animaux qu en ce qui concerne les organes de prove 
nance endodermique. 

En resumant 1 ordre de succession dans la formation des feuillets que consti 
tuent les blastomeres, a mesure qu elles s inclividualisent par division progressive 
du vitellus et par leur propre scission, les fails suivants frappent d abord : 

La juxtaposition des cellules derivant du globe ectodermique tient le premier 



rang. 



L endoderme se delimite ensuite a 1 aide et aux de pcns des cellules derivant 
du globe endo-mesodermique. 

En troisieme lieu, vient la juxtaposition en mesoderme des dernieres cellules 
derivant de ce globe. 

En considerant comme un systeme la cavite limite e par 1 endoderme ou 
intestino-ombilicale, c est le systeme nutritif ou digestif ainsi represente qui 
apparait le premier. Le second est le systeme nerveux central tant cen -bro- 
spinal que ganglionnaire probablement, donnc par 1 ectoderme, un pen avant 
le troisieme, qui est celui de la notocorde; systeme squelettique d origine cndo- 
dermique dont 1 involution s accompagne, dans le mesoderme, du di-bul de la 
formation des vertebres primordiales, c est-a-dire d une portion des systemes 
squelettique et musculaire. 

Puis 1 accroissement simultanc et corrdlatif des trois feuillets amene la 
delimitation de la portion embryonnaire ct de la partie extra-embryonnaire du 
blastoderme. Dans 1 ectoderme se manifesto ainsi graduellement la separation 
enlre sa portion e pidermique cutane e et ses portions choriale d une pad, 
amniotique de 1 autre. Sur 1 endoderme se manifesto en meme temps la sepa 
ration entre sa portion intestinale et sa portion ombilicale. Le debut de la 
production de son involution allantoidicnne precede meme ou au moins accom- 
pagne cette delimitation. Cette dcrniere est suivie ulterieurement de la pro 
duction simultanee des deux involutions endodermiques d ou dcrivent, d une 
part, le foie glycogene ou vasculaire et le foie biliaire, puis, de 1 autre, le 
pancreas et la rate, celle-ci etant I liomologue de la glande vasculaire hepatiquc, 
et le premier correspondant au foie biliaire. 

Peu apres, de la partie cepbalique du ndvraxe derivent les parties fondamen- 
tales des trois principaux organes des sens, nez, osil et oreille, entrainant autour 
d ellcs des dependances du mesoderme et de la portion e pidermique correspon- 
dante de 1 ectoderme, parties qui toutes prennent part a la constitution de ces 
appareils. 

En meme temps que s accomplissent ces phenomenes, a lieu la division du 
mesoderme parallelement a ses faces laterales en feuillets musculo-dermiques 
d une part, feuillet fibro- intestinal de 1 autre, par production de la cavite 
pleuro-pe ritone ale ou coelome de Haeckel. L apparition de cette division, en cor 
relation avec la delimitation des caviles intestinale, ombilicale et meme amnio 
tique, a lieu en meme temps que se constituent progressivement les vertebres 
primordiales et leurs muscles et que se delimite la lame ou aire vasculaire 
avec formation du coeur, des reseaux vasculaires et des he maties, le tout a 
1 aide et aux depens du mesoderme. 

Pendant qu ont lieu ces phe nomenes et un peu avant deja, debutent aux 
depens de I ectoderme les involutions d origine du cloaque. 



16 SYSTEMES ANATOMiguao uu 

La production dc ceux-ci, eu particulier, debute meme avant la delimitation 
de la lame vasculaire, du coeur et des conduits de 1 aire vasculaire, avant 
1 apparition aussi de 1 appareil pulmonaire. Ces parlicularites relatives a la 
preeocile de leur apparition se joignent a celles qui concernent le role physio- 
logique qu ils remplissent et a leur structure propre pour montrer qu ils ne sont 
nullement des glandes, mais bien des Parenchym.es non glandulaires, organes 
fondamentaux d un appareil distinct (appareil de I urination), qui a lui-meme 
des glandes comme annexes ou accessoires d importance secondaire sous ce 
point de vue et sous celui de la fonction correspondante (Ch. Robin, Tableau 
d anatomic, 1850, in-4, p. 8). 

Durant les phases evolutives rappelees ci-dessus au niveau dc sa portion infe- 
rieure de 1 encephale et de la region cervicale du nevraxe, se developpent aux 
depens du mesoderme surtout et de la partie correspondante de 1 ectoderme 
les arcs cervicaux ou branchiaux. Ce sout les parties de ces deux feuillets qui 
se correspondent dont derivent les cavile s nasales, auditive, bucco-pharyngienne, 
1 involution tracheo-pulmonaire sur les mammiferes, les oiseaux et les reptiles, 
et les expansions brauchiales sur les poissons (voy. MUQUEUX, p. 409), les mol- 
Jusques, etc. 

Sur les batraciens en particulier, rien n est plus net que 1 origine ectoder- 
mique et non endodermique, des branchies et des poumons successivement. 
Rien de plus net aussi que la provenance commune des arteres pulmonaires- 
dans tous les vertebres, en lant que derivation directe de 1 artere de 1 arc 
branchial inferieur; artere qui d abord placee, ainsi que 1 involulion originelle 
du poumon, au niveau du larynx, se trouve reportee en bas, et cela en raison 
de 1 allongement des colon nes cervicale et dorsale, avec entrainement du nerf 
larynge inferieur, qui est ainsi rendu recurrent. 

Le systeme cartilagineux avec les corps vertebraux permauents, le systeme 
fibreux, avec la dure-mere et avec les disques invertebraux, apparaissent ensuite, 
alors que le sysleme elastique s est deja montre dans 1 aorte, pour n apparaitre 
que plus tard dans la colonne verlebrale, le derme, etc. II imporle ici de spe 
cifier qu embryogeniquement 1 apparition du tissu cartilagineux squeleltique 
n a jamais etc precedee de la formation d organes fibreux que remplaceraient 
des pieces cartilagineuses; partout la naissance de celles-ci precede celle du 
tissu fibreux qui les relie (voy. CARTILAGE, p. 715). 

Pendant un temps relativement long, les systemes tegumentaire et sereux 
ne sont represenles que par le systeme epithelial correspondant. Les trames 
propres choriales dermo-papillaire, intestinale et sereuse, ne se m out rent que 
plus tard, en meme temps que les couches musculaires intestino-vesicales. Le 
chorion du systeme cutane des muqueuses dermo-papillaires compte parmi les 
derniers des systemes apparaissant dans 1 organisme ; avec lui se montrent les 
appareils gustatif et du toucher (voy. CELLULE, p. 658, et MUQUEUX, p. oil). 
Us derivent de la couche fibro-musculaire du mesoderme, de sa lame libreuse 
surtout, avec modification correlative de la portion epidermique de 1 ectoderme 
correspondant a cette lame et aux arcs branchiaux. L ectoderme, qui a ete le 
premier a se montrer, ne fournit en effet aux organes digestifs et des sens, a la 
peau et a ses dependances, que des organes accessoires, des produits non vascu- 
laires, caducs et renouvelables. Ce sont les dents, les poils ou les plumes, les 
ongles et les cornes, dont 1 apparition est naturellemeut posterieure a celle du 
derme. Meme remarquea fortiori pour les follicules sudoripares, les mamelles 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 17 

et les glancles sebacees, derivant cle I ectoderme comme les follictiles dentaires, 
pileux et plumeux. 

De tous les Systemes, les derniers qui se montrent sont celui des os et celui 
de la moelle osseuse. 

Si maintenant, laissant decoteTordrechronologique d apparilion dessystemes 
organiques, on envisage quels sont ceux qui derivent de cliaque feuillet du 
blastoderme, on arrive aux indications qui suivent : 

A. Ecloderme. 1 De I ectoderme derive 1 involution ce rebro-spinale et 
d elle les ganglions nerveux, d ou partent ensuite les cylindres-axes des tubes 
nerveux, et avant les vesicules olfactive, oculaire et auditive. 

2 Les involutions cloacales et celles qui constituent le testicule, 1 ovaire, les 
corps de Rosenmiillcr et les couches e pitheliales des autres organes genitaux, 
les mamelies y comprises (par I intermediaire de 1 epiderme cutane). 

Les reins peut-etre, les ureteres, la vessie et I urelhre certainement, soul 
encore des provenances ectodermiques evoluant d une manierc analogue aux 
precedentes. 

3 L epiderme cutane, et les epitheliums des organes des sens et des cavitc s 
pharyngo-oesophagiennes, sont des provenances ectodermiques direcles qui, par 
des dispositions speciales en certains points, etablissent une liaison par contact 
immediat avec les terminaisons des cylindres-axes ; prolongements de cellules 
qui derivent aussi, bien que tres-indirectement, de celles cle I ectoderme. 

4 L in volution epitheliale tracheo-pulmonaire plongeant clans la parlie 
anterieure de 1 aire vasculaire est aussi une provenance direcle de lY-pithelium 
de 1 arc branchial inferieur. II en est de meme des involutions qui consti 
tuent la tliyreoide et le thymus; pour ce dernier en particulier, la preuvo, 
independamment de 1 observation directe, se retrouve taut qu il persiste dans 
les cellules epitheliales pavimenteuses et dans les globes epidermiques qu il 
renferme. 

5 Les follicules dentaires, pileux et plumeux, debutent aussi par des invo 
lutions primitives ou directes de 1 epithelium ectodermique. 

6 Lesglandes sebacees, salivaires, naso-trachcales,pharyngo-oesophagienne?, 
urethrales, ulerines, prostatiques, sont encore des involutions de cet qiitne lium, 
mais soil secondaires, soil primitives. 

7 Enfin de la portion non embryogene ou extra-embryonnaire de l ecloderme 
sont provenus le chorion villeux et 1 amnios. 

Les organes dont I ectoderme fournit originellement les parties constituantes 
fondamentales n appartiennent done pas tous a des appareils de la vie animale, 
mais bien pour une portion a ceux-ci, pour une autre a ceux de la vie vegetative, 
comme, parexemplo, lorsqu il s agit des organes genito-urinaires, salivaires, etc. 

B. Endo lerme. De sa portion embryogeue derivent : 
1 La notocorde; 

2 L epilhelium gastro-intestinal; 

3 Gelui de la vesicule allantoide qui en est bientot separee par 1 involution 
cloacale; 

4 De sa portion gastro-intestinale derivent les follicules correspondant et les 
involutions epitheliales qui forment 1 origine des glandes, tant en grappe que 
vasculaires, annexe es au conduit qui s etend du cardia a I anus; 

5 De la portion extra-embryonnaire de 1 endoderme derive 1 epilhe lium de 
la vesicule ombilicale seulement. 

DICT. ENC. 3" S. XV. > 



18 SYSTEMES ANATOM1QUES OU ORGANlQUES. 

Si 1 on excepte les involutions ou introrsions hepatiques et spleno-pancrea- 
tiques qui prennent un volume considerable, on voit que I endoderme est des 
trois feuillels blastodermiques celui qui prend la moindre part a la constitution 
de 1 organisme. 

On voit en meme temps que, bieri que le nombre des follicules dont il est 
1 origine soil des plus grands, leur masse est si petite que le nom de feuillet 
intestino-glandulaire que Remak lui avail donne est a juste litre peu employe. 
Nous venons de constater en effel que le nombre et la masse des glandes pro- 
prement dites provenant de I ectoderme (p. 17) (sans parler des parenchymes 
non glandulaires, ovaire, teslicule, rein, poumon, branchies, villosites placen- 
laires) 1 emportent nolablement sur ceux de leurs analogues endoder- 
miques. 

Ajoutons encore que les glandes lymphatiques, ou lout au moins celles de la 
nuque, de 1 aisselle et de 1 aine, ne sont certainement pas des provenances de 
ce feuillet (pour le mode d apparilion des parenchymes et des follicules pileux, 
plumeux et denlaires, voy. PARENCHYME). 

G. Mc soderme. 1 Du mesoderme derive d abord le systeme du tissu cellu- 
laire, tant celui qui est dispose en couches ayant leur individuality organiqtie 
(allanloide, pie-mere, pe rioste, etc.), que celui dans lequel s enfoncent les 
involutions epitheliales eclodermiques et endodermiques, pour ne former que 
de minces cloisons accessoires entre celles-ci. La division pleuro-peritoneale de 
I endoderme s ulendant aussi bien dans la portion extra-embryonnaire de celui-ci 
que dans sa poilion cmbryogene, sa lame musculo-dermique ou dorsale s elend 
sur les faces externes de i amnios et de I allantoide et sur la face interne du 
cborion villeux ; ses lames vasculaire et fibro-intestinale forment au contraire la 
tunique externe de la vesicule ombilicale. A mesurc que grandissent ces organes 
extra-embryonnaires, toutes ces coucbes de tissu cellulaire venant a se toucher 
se soudent en une seule lame, et la portion extra-foetale du coelome disparait 
dans toute 1 etendue de ces conlacls. Dans la portion intra-foetale au contraire, la 
superficie de ce tissu forme la trame des sereuses (voy. SEREUX [Systeme], 
p. 255). 

2 De la portion la plus epaisse et voisine de la ligne mediane derivent les 
vertebres primordiales, dont proviennent : 

a. Les tissus cellulaire et fibreux sous-cutane et intermusculaire de la tete, 
du cou, des parois du tronc et indirectement des membres eux-memes; b. le 
systeme des muscles s-tries de ces regions; c. le cylindre cartilagineux des corps 
vertebraux. Les cartilages des arcs vertebraux, des cotes et des membres, les 
fibres elastiques, les osteoblastes, les medullocelles et les myeloplaxes, naissent 
les organes de provenance mesodermique, mais par genese. 

5 De la lame dermique ou dermo-musculaire proprement dite deriveut le 
derme cutane et celui des muqueuses dermo-papillaires (voy. MCIQDEUX, 
p. 411-412). 

4 De la lame fibro-intestinale derivent le pericarde fibreux et les muscles 
cardiaques (voy. SEREUX [Systeme], p. 260), lesfibreuses et musculeuses intes- 
linales, vesicales, ureleriques. 

5 DC la lame vasculaire mesodermique derivent les cavites vasculaires, les 
hematies, les plasmas, puis les leucocytes. 

6 De cctte meme lame derive ulterieurement et specialement le chorion 
gastro-intestinal. 



SYSTEMES ANATOM1QUES OU ORGANIQUES. 19 

V. DE LA. SYMETIUE DES SYSTEMES OKGA.MQUES OU ANATOMIQUES. TOUS leS 

animaux, d une maniere generale, sont symetriques, c est-a-dire formes dc deux 
et pour quelqucs-uns d un plus grand nombre dc parties egales et semblables. 
Cette symetrie se retrouve dans tons les organes premiers qui, situes duns le 
plan median du corps, s etendent a la fois dans les moities droite et gauche de 
celui-ci, qui se trouvent etre impairs et non au nombre de deux, symetrique- 
ment places, 1 un par rapport a 1 autre, mais non divisiblcs individuellement 
en deux ou plusieurs parties symetriques. 

Pour la totalite de 1 organisme cette symetrie, toujours reelle, n est jamais 
que plus ou moins rapprochee, sans alteindre 1 absolu, alors niL-me qu elle 
semble parfaite. On pcut de plus dire qu elle est reelle pour tons les organisraes, 
seulement dans un tres-grand nombre, sur toutes les plantes multicellulaires 
en particulier, pour les spongiaires et divers autres animaux multicellulaires 
invertebres, elle est fonction du temps, c est-a-dire qu elle disparait plus ou 
moins totavec 1 accroissement du nombre et du volume des parties composantes. 
Apres avoir etc formee de deux ou de plusieurs parties egales et semblables, 
disposees de cbaquc cote d un plan ou autour d un axe, ce ne sont plus que 
certaines parties ou organes de ces etres qui presenlent cos particularity; mais 
1 ensemble ne figure plus unsolidede revolution et n est qu un solide irreyulier. 
En ce qui toucbe les animaux, ce sont la \esamorphoz6aires de tie Illuinville ; 
il range aussi dans ce groupe les Infusoires, qui sont splieriques ou ppli( : n>id;iux, 
de meme que les Rbizopodes, qui durant leurs mouvements passent aussi a 
cbaque instant a 1 etat de solides irreguliers pour revenir plus ou moins souvent 
a leur configuration normale. Mais en somme, au point de vue de la forme, ils 
offrent deux parties egales et semblables de cbaque cote d un plan. Ce sont 
tous dcszygozoaires, c est-a-dire accouples quant a la forme du moins. 

Dans les animaux presque tous de cette configuration reguliere, il y a deux 
types generaux, d apres de Blainville : 1 ceux dont toutes les parties e gales et 
semblables sont disposees autour d un centre commun ou au moins d un axe : 
ce sont les actinozoaires, dits aussi radiaires ou rayonne s, depuis les uni- 
cellulaires jusqu aux actinies, oursins et autres ecbinodermes ; 2 le dernier 
type general morpbologique est celui dans lequel toutes les parties constituantes 
sont symetriquement placees des deux cotes d un plan, dont par un artifice 
logique necessaire on admet 1 existence au milieu de 1 animal, d avant en 
arriere et d une extremite a 1 autre. Ce sont les animaux pairs, a deux moities 
egales et semblables ou artiozoaires de de Blainville (de a/>Tio s , pair). 

Cette symetrie morphologique bilaterale, apres avoir etc sur les embryons de 
Malacozoaires ou Mollusques ce qu elle est sur tous les autres artiozoaires, ne 
cesse pas d exister ; mais elle est plus ou moins masquee sur nombre d entre 
eux par les inflexions et torsions sur lui-meme, que les inegalites du develop- 
pement des visceres digestifs et reproducteurs font subir a ce plan median sans 
jamais la rendre meconnaissable. 

La symetrie de 1 ensemble des systemes cbange de caracteres morpliologiques 
chez les artiozoaires suivant que : 1 le sysleme squelettique est de provenance 
primordiale purement et simplement ectodermique, puis chitineux ou externe, 
par 1 intermediaire de 1 epithelium cutane, ou 2 qu il est au contraire primor- 
dialement de provenance endodermique par la notocorde (voij. FIBREOX, p. 41) 
et secondairement mesodermique, interne ou profond, cartilairiueux d abord, 
puis osseux et fibreux. 



20 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

Puis les animaux symetriques qui rentrent dans le premier de ces cas se 
delimitent comme composes corps et membres de plusicurs parties squeleltiques 
exterieuremeut arliculees auxquelles se licnt, en s y subordonnant, les organes 
des systemes profonds, mnsculaires et autres. Ce soot les Entomozoaires de 
de Blainville ou articule s proprement dits. 

Les animaux qui sont dans le second cas sont au contraire le squelette du 
corps et des membres divises en parties inlerieurement arliculees, des leprin- 
cipe; parties profondes auxquelles se lient el se subordonncnt celles qui, dans 
les entomozoaires, rejoignent le squelette externe: d ou des dispositions morpho- 
logiques diverses fort dilferentes, sans limiles forcement restreintes pour la 
taille, etc. Ce sont les oste ozoaires de de Blainville ou verlebre s des autres 
zoologistes. 

Ajoutons que, lorsqu on descend des syslemes et de leurs organes premiers 
aux unites anatomiques (voy. ORGANE, p. 418), celles qui sont exo-cellulaires 
ou amorphes sont manifestement des solides irreguliers. La syme tric ne se ren 
contre que sur les elements qui sont spheriques, spheroidaux, lenticulaires et 
ovoules, tels que les ovules, les noyaux cellulaires en general, les leucocytes, 
les hematics, quelques cellules adipeuses par places, etc. Mais nulle part la 
sphere n est la forme type et constante des elements organiques, contrairement 
a ce qu ont suppose autrefois divers observateurs. Pour les ovules et les spheres 
de segmentation meme, la forme globuleuse, primordiale ou non, n est que de 
courte dure e. 

Des que par pression reciproque les spheres de segmentation de provenance 
vitelline deviennent des cellules polyedriques, elles restent encore divisibles en 
deux moities egales et sembbbles. 11 en est de meme pour beaucoup des cellules 
epilheliales, mais non pour toules. Nombre d entre elles, avec les progres du 
dcveloppement, cessent de plus en plus d etre symetriques de chaque cote d un 
plan. 11 en est dc meme pour beaucoup des cellules du cartilage, pour toutes 
les cellules osseuses, medullaires, des tissus ccllulaire, elastique, nerveux, 
musculaires, etc., et pour les dependanccs fibrillaires de plusieurs d entre eux 
(voy. FIBRE). Si bien qu il est certain que la plupait des unites anatomiques 
des etres organises sont des solides asymetriques et non des spheres, ni des 
solides reguliers. 

Les spermatozoides pourtant sont a cet egard une exception remarquable, 
par leur forme regulierement symetrique et bilaterale sur un tres-grand nombre 
des animaux et des plantes ; forme remarquable en outre par sa fixite, sans 
defiguration temporaire durant leurs mouvements, au contrairn de ce qui a lieu 
lors des expansions sarcodiques des ovules, des globes vitellins, des leucocytes 
et des hematics memes, etc. 

Le type animal (voy. ORGANE, p. 478 et 525), le plan suivant lequel 1 etre 
est constitue, derivent a la fois du lieu, de la forme, de 1 etendue des Sys 
temes, quant a 1 apparition premiere et a la succession de chacun d eux. C est 
ainsi que la forme simplement musculaire de 1 involution du feuillet blastoder- 
mique externe, sous laquelle apparaissent les premiers rudiments du systeme 
nerveux des radiaires, fait que les systemes qui se montrent successivement con- 
servent d une maniere generale celte forme rayonnee. 

La figure annulaire avec une sorte de large depression a 1 un de ces poles 
entraine, si Ton peut ainsi dire, la forme malacozo ique. Gette figure annulaire, 
ou plutot un renllement prolonge en un double cordon ou bourrelet mince 



SISTEMES ANATOMIQUSS OU ORGAN1QUES. 21 

longitudinal, devenant plus tard toruleux, entrainc la forme d annele. Les 
membres apparus d abord du cote abdominal ou supcrieur du corps, comme 
cliez les vertebres, sont repousses pendant 1 evolution ovulaire par suite du 
developpemeut considerable du tube digestif, qui les amene sur les cotes memes 
du nevraxe, par suite de 1 absence de notocorde et d autre squelette spinal : 
d ou resulte que la face iiifurieure du corps durant tous les actes locomoteurs 
est celle qui est dorsale sur les animaux prdsentant successivemcnt une noto 
corde etun rachis. 

La formation de la notocorde, bientot rcnforcee ou remplacc e meme en entier 
(ruminants, oiseaux), succede a 1 iiivolution ceVebro-spinale des vertebres. 
Non-seulement la forme, 1 etendue, la situation relative dc ces syslemes, inllucnt 
sur le type animal dont ils marquent 1 origine, mais Ic nombre des parties 
similaires de chacun d eux, de ce dernier surtout, intervient pour beaucoup 
dans la constitution. La notocorde et le rachis empechent en particulier que la 
masse qui vient ici remplir la ve sicule ombilicale soit repoussee vers le 
nevraxe, comme cela se passe sur les articule s, et que les membres soient 
deplaces par entrainement du cote dorsal du corps : de la vient qne 1 abdomen 
des premiers est tourne du cote ous accomplissent les mouvements des membres, 
tandis que chez les insectcs il pese sur le systeme nerveux, sur le cole qui est 
dorsal embryogeniqucment, et qui est aussi celui qui se trouve tourne vers le 
sol pendant la locomotion. Aussi, partout oil manquent la notocorde et le racbis, 
manque le type vertebre, alors meme que du cartilage entoure la partie ceplui- 
lique du systeme nerveux et alors meme que la disposition de ce dernier 
entraine des repetitions bomologiques et homotypiques comins sur les arlicules 
et les vers. 

Ajoutons encore que [ observation directe du lieu, de 1 epoque et du mode 
d apparition de chacune des parlies similaires des systemes oi ganiques, devenue 
aujourd hui possible, a reduit singulierement 1 importance attribute a certaines 
lois qu aurait suivies leur formation d apres quelques auteurs. Telle est celle de 
dualite ou de symetrie, c est-a-dire d apres laquelle tout organe impair et 
symetrique nailrait double; telle est encore celle A homxosygie, d apres 
laquelle chacune des moilies d un organe embryonnaire impair se souderait 
pour former une partie unique; telle est encore celle d apres laquelle le deve- 
loppement des organes serai t cenlripete, c est-a-dire se ferait des parties laterales 
vers les parties medianes du corps, de telie sorte que le systeme nerveux peri- 
pherique nailrait avant le nevraxe. 

Or, il est certain que ce dernier se montre avant tous les autres organes 
permanents de la vie animale, et que, si des 1 origine il est impair, symetrique 
sous forme dc gouttiere, puis de tube, il n est jamais compose sur les vertebres 
de deux moities homologues distinctes, mais bien de deux moities en conti- 
nuite de substance Tune avec 1 autre. D autre part, ce n est que nolablemerit 
plus tard que se montrent de chaque cote les paires nerveuses peripheriques . 

Ge dernier fait se produit egalement dans les vertebres, alors meme que, 
comme dans les annelides, etc., 1 involution ectodermique conluisant a la 
formation du nevraxe consisle en la production de deux bourrelets celluluires 
paralleles, d abord distincts de chaque cote de la ligoe mediane, bientot relies 
entre eux par des fibres nerveuses transversales. 

S il ; y a parite et symetrie des protovertebres de chaque cote du plan me 
dian du corps, il est certain aussi que le cartilage des corps vertebraux 



22 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

apparait par une scule masse pour chacimd eux,cntourantde suite lanotocorcle, 
et non par deux moilies se soudant plus tard sur la ligne mediane. Tandis que 
chez les mammifcres les cartilages precc dant les cotes n apparaissent qu apres 
le corps vertebral, sur les poissons et les batraciens, les cartilages homologues 
existent deja de chaque cote, entre les muscles inlercostaux, plusieurs jours 
avant l apparilion du cartilage du corps vertebral autour de la notocorde. 
D autre part, s il est vrai que les points d ossification des os pairs (machoires, 
clavicules, femurs, etc.) se rencontrent avant ceux des vertebres et que ceux 
de cbaque arc vertebral so produisent avant cclui du corps, il importe de 
specifier que ce dernier point d ossification est toujours unique, impair, place 
sur la ligne mediane et nullement double. II est certain aussi que les trous 
nourriciers des os, que celui du cartilage des apophyses transverses, cervi- 
cales, etc., ne sont pas formes par soudurc de deux parties nees se*pare ment. 

Memes rcmarques encore sur la pretendue dualite primitive, avec reunion 
ulterienre en un seul conduit pour 1 inteslin, 1 cesophage, la trachee, la vessie, etc. 

Quant an lube digestif, il est certain qu il commence sous forme d une 
goutliere impaire et symetrique pour arriver par occlusion anterieure, on 
mieux ventrale ou ombilicale, a 1 etal de tube egalement impair et symetrique 
place sur la ligne mediane, tube dont les parties stomacale et inteslinale ne 
deviennent infk cbics et ne sont repoussees sur les cotes de la ligne mediane 
que par devialion forcce, en raison d un allongement excessif, relativement aux 
systemes squelettiques etautrcs. Sur beaucoupd arlicules du reste ces dernieres 
particularites ne se produisent pas, le tube digestif reste reetiligne suivant le 
plan median antero-poste rieur, impair et symetrique. 

VI. CORRELATIONS DES PARTIES SIMILAIRES ENTRE ELLES DANS CHACUN DES SYS 
TEMES ANATOMIQUES. L e tude de cet ordre de caracteres conduit a reconnaitre : 
1 Quand on procede du compose au simple, que cbaque espece des organes 
premiers ou parties similaires qui formaient les organes seconds, et dont 
1 ensemble represente un systeme, est constitute par un meme tissu, soil seul, 
soil accompagne d un fluide gazeux ou liquide(humeur). Ici par consequent 
cessent d etre pris en consideration les organes et apparait la notion de tissu et 
d humeur; 2 quand on procede du simple au compose, on voit que 1 ensemble 
de cbaque tissu, soil seul, soit avec le concours d une bumeur ou d un fluide 
gazeux, constitue un systeme d organes premiers ou parties similaires; celles-ci, 
en se reunissant a d autres d une autre espece, forment les organes second* ou 
proprement dits. 

Ici se presente alors la notion de cet ordre des parties constituantes de 
1 organisme. 

Mais cet e nonce sommaire demande a etre repris et developpe en prccedant 
du simple au compose. 

On est frappe en premier lieu de voir qu il est des tissus dont 1 ensemble, 
bien que subdivise en organes premiers, montre ceux-ci en continuite perma- 
nente les uns avec les autres. 

Le systeme des chorions tegumentaire et le systeme nerveux, le systeme 
epithelial et les systemes arleriel, veineux et lympbatique, le systeme cellulaire 
meme, sont des exemples evidents de cette disposition organique, qui cntraine 
avec elle la notion d attributs physiologiques d un ordre particulier comparati- 
vement a ce que sont les attributs des autres systemes. A I exception des sys- 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 25 

temes tegumentaire et epithelial, ce sont ceux que Bichat nommait Jes systemes 
generaux ou encore generateurs. 

Ces derniers au contraire sont composes de parties similaires discontinues et 
separees Its unes des autres, disseminees en quelque sorte avec ordre dans 
1 economie, a des intervalles plus ou moins grands. 

Tels sont les systemes musculaires, tendineux, osseux, fibreux proprement 
dit, cartilagineux, elastique, parenchymateux taut glandulaire que non glan- 
dulaire, et autres encore. 

En suivant le mode de distribution des tissus en organes premiers, on voit 
qu il est certains de ceux-la qui sont toujours disposes en membranes, en 
parties similaires dans lesquelles 1 epaisseur est de beaucoup inferieure aux 
autres diametres, a la longueur et a la largeur. Ces tissus sont du reste fort 
differents les uns des autres; ils ne constituent pas un tissu ni un systerac 
distinct, comme 1 ont admis quelques auteurs (Ilippolyte Cloquet, 1823); ils 
sont tapissees sur une de leurs faces par une coucbe de tissu epithelial, mem- 
braneuse aussi, dont la presence fait des premiers des membranes composees 
d organes seconds ou proprement dits. Ce sont d abord les parties similaires 
continues que forment les tissus des chorions muqucux et cutanes, celles qui 
discontinues sont composees par la trame des diverses sereuses et dos syno- 
viales; le tissu musculaire a fibres lisses est encore dans ce cas, mais clicz les 
vertebras seulement et les articulcs, car sur les mollusques il est dispose en 
masses musculaires parfois considerables. 

Quant aux autres tissus, le cartilagineux et 1 osseux excepte s, lour distribution 
en organes premiers pent les montrer soit sous la forme de membranes, soit 
sous celle de cordons ou de masses diversement figurees. Tels sont : 1 le tissu 
fibreux, suivant qu il forme des ligaments ou des couches capsulaires, apone- 
vrotiques, des membranes d enveloppe diverses, etc. ; 2 le tissu tendineux 
envisage a 1 abdomen comparativement a ce qu il est dans les extremiles; o les 
organes premiers du tissu musculaire a faisceaux stries des oreillettes, du 
pharynx, etc., comparativement a leur disposition dans le reste de I economie; 
4 le tissu nerveux etale en membranes retinienne et auditive comparativement 
a ce qu il est dans la plus grande e tendue du systeme; 5 les tissus cellulaires 
adipeux et elasliques disposes presque partout en membranes (sous-cutances, 
meningienne, intermusculaire, arterielles, veineuses, lymphaliques, etc.), mais 
formant par places des organes premiers autrement configures; 6 enfin il n est 
pas jusqu aux parenchymes taut glandulaires que non glandulaires dont les 
parties similaires fondamentales, dans le placenta des solipedes, par exemple, 
les poumons des reptiles et des mollusques, les branchies, etc., ne puissent 
etre disposes ici en membranes, ailleurs en masses diversement configurees. 

II n y a plus lieu, comme on le voit, de faire avec Bichat. un groupe distinct 
et parliculier, comprcnant soit des systemes (membranes simples de Bichat), 
soit des organes proprement dits (membranes composees de Bichat), en raison 
de ce seul fait que ces parties sont disposees en couches minces et non en 
masses proprement dites ou en cordons. Mais d un autre cote rien n est plus 
important dans 1 etude d un systeme que de determiner si les parties similaires 
qui le composent ont la forme de membrane plutot que toute autre forme. 

Cette importance vient de deux sources, 1 une surtout anatomique, 1 autre 
d ordre physiologique ou fonctionnel. En premier lieu, ce sont en effet des 
membranes qui limitent les cavites du corps, et on sail de quelle importance 



24 SYSTEMES ANATOMIQUES OU OKGANIQUES. 

est la consideration de ces dispositions anatomiques dans 1 elude de chaque 
organisms et de la solidarite des actes dont il est le siege : 

1 Suivant que ces cavite s sont closes et : a virtuelles, c est-a-dire sans 
contenu comme cellos de la plevre, du peritoine, etc., mais pcuvent devenir 
reelles avec un contenu accidentel. 

b. Ou reelles avec un coutenu soit fluide (espaces sous-arachnoidiens, 
cavites de 1 oeil, etc.), soit solide (parenchyme testiculaire, tissu nerveux cen 
tral, etc.). 

2 Suivant encore que ces cavites sont closes, mais tubulaires ou vasculaires, 
et susceptibles de se vider tout a fait en certains points pour se remplir davan- 
tage ailleurs (vaisseaux sanguins et lymphatiques). 

5 Suivant aussi qu il s agit : a de cavites ouvertes au dehors, contenant de 
1 air. comme les cavites auditives, nasales et respiraloires. 

b. Ou alternativement. soit plus ou moins remplies par un contenu variable, 
soit vides tout a fait ou par places en raison d un retrait de la paroi jusqu a 
contact reciproque de tous les points de la surface (voies digestives et genito- 
urinaires). 

4 D Suivant enfin que ces membranes, etalees directement (peau] ou indirec- 
tement (re tine, etc.) au dehors, nous mettent en rapport physiquement avec les 
milieux ambiants par 1 intermediaire d organes premiers nerveux dispose s en 
cordons ou filaments. 

II est facile de comprendre combien il importe de tenir compte de la dispo 
sition sous forme de membranes des parties similaires dc tels ou tels systemes 
lorsqu on voit les dilfereuces d usages qu elle entralne : 1 clans le tissu fibreux 
des enveloppes proleclrices du testicule, de 1 oeil, etc., comparativcment aux 
ligaments; 2 la manicre dont les membranes se pretent aux actes d absorption 
et de secretion, ou a tous deux allernalivement, ou encore a de simples actes 
endosmo-exosmotiques, lorsqu elles out une surface libre tapissee d epithelium 
et 1 autre adherente, comme les muqueuses, les sereuses, etc., au lieu d adherer 
par leurs deux faces comme la sclerotique, 1 albuginee, etc. 

Gelte etude faite sur quelques systemes en particulier permet de comprendre 
rapidement comment la description des membranes comparativement les unes 
aux autres et a leurs parties similaires non membraneuses a conduit Bicbat a 
fonder V anatomic generate (voy. MEMBRANE). 

L economie n elant point un tout homogene, mais un assemblage de parties 
d ordres divers par Icur complication et solidaires en raison de la maniere dont 
1 apparition et le developpement des unes suscite la genese des autres, leur 
composition doit etre envisaged dans les divers ordres de parties, tels qu ap- 
pareils, organes, etc. Des que Ton examine la substance organisee a 1 etat 
d unite s ou elements anatomiques, Yunile de composition se manifeste par 
1 analogie de structure (nucleole, noyau, granulations), dans chaque cellule, 
dans les ovules, les spermatozoi des, etc. Get examen cloit etre poursuivi : 
1 chez les plantes et les animaux ; 2 d un animal et d un ve gotal a 1 autre, ct 
5 dans 1<? meme etre, s il renferme plusieurs especes de cellules, etc. On 
retrouve d autre part celte unite dans les appareils reproducteurs des deux 
regnes, et chez les animaux en particulier ; 1 unite de composition des appareils 
digestif, visuel et autres, est des plus manifestes quant aux organes essentiels. 
Quels que soient les altributs d un systeme, son unite de composition est subor- 
donnee a sa nature elementaire, Aussi pour plusieurs d entre eux 1 unite de 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 25 

composition ne peut plus se poursuivre d un regne a 1 autre, et si, pour les 
systemes nerveux, glandulaire, celle-ci est reconnaissable d une classe animale 
a 1 autre, elle ne peut plus se constater d;ins les systemes dentaire, cartilagi- 
neux, osseux, etc., lorsqu on passe des vertebres aux invertebrcs, etc. Mais 
dans chaque systeme anatomique elle devient tres-evidente lorsque Ton com 
pare : \ les organes des monstres a ceux des etres normaux; 2 les parties 
similaires des organes qui sont composes d un meme tissu on de tissus qui se 
succedent 1 un a 1 autre durant les pliases du developpement, conmie 1 os au 
cartilage, etc., chez les animaux, le lissu fibreux au tissu utriculaire, dans les 
plantes. 

Depuis Geoffroy Saint-IIilaire, on designe sous les norns de thcorie des ana 
logues ou de I Unite de composition ou de plan ce fait anatomique general 
etabli par induction a 1 aide de \&methode comparative, qui consiste en ce que 
les animaux et les vegetaux les plus differcnts par leur forme, leur volume, 
leur couleur, etc., sont reductibles a 1 aide de 1 analyse anatomique a un type 
unique et commun de composition par des organes qui pour cbaque systeme 
sont analogues. 11s le sont ici non pas en raison de 1 identite meme des mate- 
riaux ou elements organiques (GeolTroy Saint Ililairc) qui les composenl, mais 
en vertu de la similitude de leurs connexions ou rapports, de telle soi le (jue, 
quelle que soit leur forme, les organes peuvent etre dits identiques d un animal 
a 1 autre quand leurs rapports el dependances mutuelles res tent les memes. 

En cequi louche, par exemple, le squelette, celui-ci est i\\\. exclusive nient com 
pose de vertebres, c est-a-dire de segments semblables qui sc rcpetent et se mo- 
difient dans les diverses regions, bien que ccs vertebres soit composees de tissu 
osseux chez un animal, de tissu cartilagineux sur un autre et de tissu fibreux 
fhez un troisieme. Meme remarque pour certains organes qui sont consideres 
comme homologues, bien qu ils soient composes de tissu musoulaire clans ce 
dernier et de tissu fibreux chez les autres. C est la une interpretation qu appuie 
parfois la comparaison des animaux les uns aux autres ct le mode de succession 
des organes durant 1 evolution embryonnaire, mais non 1 histologie et 1 elemen- 
tologie : aussi importe-t-il d en bien specifier ici le point de depart, qui n est 
fonde qu au point de vue morphologique. 

Le modele vertebral, vertebre type ou proto-vertebre, comprend un corps 
ou centrum (corps de la vertebre); un anneau $upe rieur ou neural, trou 
vertebral, protegeant le systeme nerveux central, et un anneau infe rieur 
au-dessous du centrum, dit arc he mal ou visceral, celui-ci protegeant le syslemc 
vasculaire et dJTerents organes. Get anneau inferieur peut presenter des prolon- 
gemenls ou appendices (Geoffroy Saint-Hilaire, Oken, Carus, Owen, Lavocat, etc.), 
qui correspondent a cenx de 1 arc superieur des vertebres. Ges appendices sont 
les lames avec ou sans apophyses transverses (he mapophyses), et apophyse epi- 
neuse inferieure (apophyse sous-spinale ou he me pines, R. Owen). Chez les 
animaux a sternum elle est representee par les pieces de cet os et ecartee du 
centre par les cotes ou pleurapophyses. A cette construction generale se ratta- 
chent done regulierement toutes les parties du reste du sqiulette, c est-a-dire 
les cotes, le sternum. La face et les membres ne font pas exception, ils consti 
tuent les appsndices divergents des pleurapophyses ou cotes representces par 
1 os iliaque, 1 omoplate, etc. Dans sa composition elementaire, la vertebre type 
comprend de chaque cote, pour chacun de ses deux anneaux, cinq pieces 
distinctes par leur forme, etc., et les pieces de 1 anneau inferieur repetent 



26 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

e xactement celles de 1 anneau superieur. En examinant les varietes que subit 
la composition elementaire de la vertebre dans les diverses regions et chez les 
differents vertebre s, on voit qu clles se rnpportent toutes a ce type de construc 
tion, et que, si le nombre normal des elements est souvent reduit, c est-a-dire 
reste moindre par agenese, il n cstjamais depasse. La tete n est pas une region 
particuliere en dehors du plan general. D apres les principes de repetition et de 
symetrie, elle sc ratlache necessairement au systeme vertebral, comme les 
autves regions du squelelte. Elle est forme e de quatre segments vertebraux 
comparablcs au modele fondamental. Par consequent, ces segments ont chacun 
un centrum, un arc neural et un arc hemal. De chaque cote, ces deux arcs 
sont compose s des cinq pieces elementaires de la vertebre type. Tous les os 
de la tete entrent regulierement dans la construction des vertebres ce pha- 
Uques. Chez (ous les vertebres, les memes e le ments se reproduisent, leur forme 
et le nombre de leurs subdivisions ou repetitions homologiques seuls varient; 
quelqucs-unes peuvent ne pas apparaitre, mais il n y a jamais de pieces 
nouvelles, c esl-a-dire autres que celles-la. 

Parfois, comme dans les nageoires de la ligne mediane des poissons, les 
apophyses e pineuscs peuvent presenter des pieces supplementaires ou diapo- 
physes tant neurales qu hemapophysaires. 

Cette construction abstraite que R. Owen a poussee plus loin que tous les 
autres anatomistes ne se rencontre a 1 etat parfait ni chez les poissons, ni chez 
les autres vertebres, mais en general, dans les vertebres superieurs, elle se 
rapproche plus du modele theorique que chez les autres : aussi dans son etude 
convient-il presque toujours de proceder des vertebres superieurs aux vertebres 
inferieurs. 

On comprcnd aiscment, sans qu il soil besoin de plus de details, que cette unite 
de composition squelettique entraine des dispositions analogiques correspon- 
dantes dans les parlies similaires de chacun des systemes musculaire, nerveux 
et meme vasculaire, en ce qui concerne les nerfs et les vaisseaux propres a 
chaque muscle et os, et par suite a tout un membre, aux cotes et a leurs 
muscles, etc., lorsque de 1 etude des organes premiers et seconds Ton arrive a 
celle des appareils. Par suite, alors meme que 1 accroissement de certains 
organes entraine le deplaccment de quelqucs-uncs des parties similaires qui sont 
discontinues, celles qui sont continues comme les nerfs et les vaisseaux indiquent 
par leur trajet, a compter de leur origine, qu elles sont les connexions origi- 
nelles, fondamentales ou types des organes premiers deplaces isolement ou par 
groupes. C est ainsi que les membres dits thoraciques nc recoivent pas leurs 
nerfs des paires thoraciques, celles-ci allant directement des trous de conju- 
gaison vertebraux du thorax aux parties molles des cotes (pleurapophyses) 
correspondant a ces trous et a celles qui accompagnent les appendices ou apo 
physes sus-spinales placees a ce niveau. 

Les nerfs de ces membres ante rieurs qui correspondent aux intercostaux 
viennent des paires cervicales et descendent a eux par le plexus de ce nom, a 
compter de la premiere paire ou sous-occipitale. Us montrent que ce sont deux 
membres cervicaux et meme occipitaux devenus thoraciques par deplacement 
evolutif. Du reste, ce deplacement de leurs organes musculaires et osseux n est 
pas fictif. Sur 1 embryon ces membres naissent presque immcdiatement sous 
1 occipital et demeurent meme au niveau de cet os, lies a lui par des ligaments 
chez divers poissons et YAmphiuma. Sur les autres animaux on suit de jour 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 27 

en jour leur ccartement dc la tele et Icur rapproclicmcnt dcs appendices costaux 
des vertebres (cotes ou pleurapophyses) centre lesquels ils rcstent accoles et 
mobiles apres avoir ainsi determine I allongemcnl du trapeze, du sterno-mas- 
toidien, de I omoplat-liyoidien, etc., qui sont de vcritables muscles corrcspon- 
danl aux intercostanx, surcoslaux, etc. 

Les fails de cet ordre ct 1 anatomie comparative montrcnt nettement que les 
cotes (pleurapophyses), dependances evidenles des vertebres et qui sur les 
poissons et les oiseaux out des appendices divergents rudimentaires, ont 1 omo- 
plate pour piece correspondante (pleurapophyse) lorsqu il s agit dc la verlebre 
occipitale avec 1 apophyse coracoi de correspondant an cartilage costal (hemapo- 
physc) et 1 humerus, le radius, etc., comme pieces multiples de Yappendice 
divergent correspondant a celui des cotes. L ilium est la pleurapophyse corres 
pondante des verlebres sacrees, avec le pubis pour hc mapophyseel le femur, etc., 
pour appendice divergent. 

Pour la vertebre cranicnne, spbe no-parie tale ou mesence pbalique dont 1 an- 
neau superieur ou neural est facile a reconnaitre, 1 anneau (infcrieur he inal ou 
visceral) a pour pleurapophyses, correspondant aux cotes, les apophyses 
slylo ides, et pour hemapophyses, e!c., Je rcste de 1 apparcil stylo-hyoi dien. 

La verlebre fronto-temporale a pour pleurapophyse I ainicaii hmpanique et 
pour pieces appendiculaires de relations exlericurcs ou correspondant aux 
membres anlcricurs les os de 1 oreille moyennc qui sur les poissons fonnnil 
les pieces operculaires ; les hemapophyses sonl rcpresenk es ici par les os qui 
composenl la machoire inferieure. Pour la vertebre nasale, le palalin represenle 
la pleurapophyse el le maxillaire superieur I hemapopliyse, el ainsi des aulivs 
pour les diverses parties similaires osseuses de la face et du crane en taut que 
correspondant aux pieces apophysaires et appendiculaires dcs anncaux supe rieurs 
el inferieurs de la vertebre type, si profonde meflt eludiee par M. Lavocal el 
par R. Owen. 

Un aulre exemple dc 1 unile ou idenlile de constitution des elements urya- 

niques d E. G. Saint-Ililaire, c est-a dire des organes premiers de chaque 

systeme anatomique, doil encoie tire cite, en prcnanl pour poinl de depart le 

systeme epithelial, dit a ce poinl de vue systeme squeleltique externe ou exo- 

squelette. 

Les organes premiers osseux, cartilagineux et libreux, par leur ensemble, 
constituent au conlraire, et par opposition, le squelelle inlerne ou endosquc- 
lette; il manque absolument sur les invertcbre s, a la condition toulefois de 
descendre au-dessous des cephalopodes, qui sont encore pourvus d un crane 
cartilagineux en une seule piece, avec des pieces appendiculaires de meme 
nature et quelqucs autres au cou, pres de la poche a encre, etc. 

L article SYSTEMES doit specifier ici que le mot squelelte, de meme origine que 
squalere, durcir, devenir rude, designe d abord ce qui du cadavre est comme 
dessecbe, soil interne, soil externe, niais non 1 ensemble des os seulement 
(voy. SQUELETTE), savoir a ce qui donne a tout corps animal sa stabilile, sa 
rectitude et sa forme, comme le disait Hippocrale du squeletle osseux spe cia- 
lement. 

Le squelette est done osseux, cartilagineux, fibreux, ou toutes ces choses a la 
fois el aulres; inlerne ou externe ; cutane, muqueux ou profond et interpose; 
soutien el protection des parties molles. 

Nous avons vu que (voy. GEJSEBATIOW, p. 418 et suiv.), d apres leur mode de 



28 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

generation d une part, comme consequence d apres leur composition elementaire 
et leur structure de 1 autre, les organes premiers reunis sous le nom unique et 
commun de squelette externe ou d exosquelette sont de qualre et merne cinq 
ordres, c est-a-dire sont de nature fort differentc, dont plusieurs se rencontrent 
souvent sur le meme animal. 

1. En premier lieu s offrent a nous les parlies squeleltiques ou organes 
premiers les plus simples, en ce que Unites se rapportent a la protection d une 
partie constituante unicellulaire, de 1 oeuf, en un mot. D aulre part, presque 
toutes ces parties dures, protectrices, sous forme de membrane et de coquille 
et de coque, sont d origine glandulaire, sont desproduits de secretion, prenant 
forme et consislance speeifiqucs aussilot apres leur formation. Comme on le voit, 
quoique off rant parfois des dispositions morphologiques intimes cellulaires, ils 
ne sont pas composes de cellules dans le sens anatomique phjsiologique du mot. 
D autrc part ces produits squelettiques sont fournis, non pas, comme ceux dont 
il sera question plus loin, par le nouvel etre, mais par la mere dont celui-ci 
provient, qu il ait ounon etedeja feconde (voy. GENERATION, (Eur, et Gh. Robin, 
Anatomic et physiologic cellulaires. Paris, 1875, in-8, p. 150 et suiv.). 

2. En deuxieme lieu vient un groupe des plus importants d organes premiers. 
Ils sont de constitution propre egalement non cellulaire, bien qu ils soient 
produils par 1 etre meme qu ils soutienuent et protegent et que, hors le cas 
ou ce dernier est unicellulaire, ils sont formes par 1 intermediaire d une mince 
coucbe epitheliale qui les separe des organes mesodermiques ou principaux 
de 1 animal. Ces parties similaires sont par consequent de provenance ectoder- 
mique, indirecte, il est vrai, mais reelle. 

Citons d abord parmi ces organes premiers squelettiques tous ceux du 
systeme chitineur, s observant deja sur divers infusoires, puis surtout chez 
les vers, les annelides et tous les articules. Quelle que soil ici leur complication 
structurale, leur etut non cellulaire est toujours reconnaissable. II en est 
de meme de leur superposition a la couche unique de cellules epitheliales les 
separant du tissu cellulaire dermique, se pretant a leur renovation ou meme 
lors de la chute de la premiere serie produite des pieces de ce genre; et ainsi 
des autres au fur et a mesure qu ont lieu 1 accroissement et les metamorphoses 
de 1 animal. Ces remarques sur la nature organique et la provenance des 
parties chilineuses des vers et des articules s appliquent du reste aussi aux 
parties de meme aspect, et chilineuses egalement, constituant le bee des Cepha- 
lopodes, les crochets de la langue ou lime des Gasteropodes, etc. (voy. Ch. Robin, 
Anatomic cellulaire, 1875, p. 159). 

Sur les Mollusques testace s, a une ou plusieurs pieces squelettiques exte- 
rieures, les dispositions du derme et de son epithelium sont au fond les memes 
que sur les arlicules, malgre les differences histolopiques du tissu des couches 
coquilleres, comparativement aux parLics similaires chitineuses. Malgre la forme, 
les dimensions et le mode de juxtaposition des prismes calcaires microscopiques 
composant ces couches, ils ne sont nullement cellulaires; ils n ont janiais passe 
par la forme de cellule, pour se durcir ensuite par incrustation calcaire. Ce ne 
sont que des productions ectodermiques secondaires ou indirectes pour la for 
mation desquellcs les cellules epitheliales dermiques et des muqueuses dermo- 
papillaires jouent un role elaborateur en ce qui touche les principes formateurs, 
mais sans intervention direcle de leur part dans la constitution de ces produits. 

Ces remarques s appliquent en tous points a I" email des dents et des pieces 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 20 

dentaires cutam es des Selaciens. Elles s appliquent egalement a Yivoire des dents 
et des pieces eburnees du squelette extcrne ou cutane qui viennent d etre citees. 
Si pour les dents et les parties cutanees similaires le de veloppement commence 
pour chacune par la production d une lame e pithe liale, analogue a celle qui, 
sur les oiseaux, continue a croitre pour former le bee come, et sous celle de 
baleines chez les Cetaces de ce norn, ce ne sont pas les cellules cpilheliales dites 
de 1 ivoire ou du bulbe quise soudent ou se trausforment pour composer 1 ivoire, 
pas plus que ce ne sont les cellules epitheliales prismatiqucs dites de Yorgane 
de I email qui s incrustent pour former les prismcs dc 1 email dentuire 
(voy. Ch. Robin, Lecons sur les systemes organiques, dans le journal i Ecole 
de medecine, Paris, 1876, in-8% p. 7G). 

3. En troisieme lieu il faut citer parmi les organes premiers de 1 exosque- 
lelte le groupe important de ceux qui sont reellement ct dircctement formes 
par coherence plus ou moins intime et durcissement de cellules epitheliales 
ectodermiques, qui ont primitivement etc bien distinctes les unes des aulres. 

Tels sont les poils, les plumes, les ongles, les sabots, les conies creuses ou 
epidermiques, les bees et les dents comes des oiseaux, des oyclostomes, etc. 

Les organes premiers epidermiques durs ou squelettiques sont par leur texture 
distincts du reste des epidemics et epitheliums, c est-a-dire de ceux qui sont 
purement legumentaires. Us s en distinguent souvent par la forme et la grandeur 
de leurs cellules et toujours par l arrangement reciproque et la coherence 
des cellules ; mais dans beaucoup de cas turatologiques, et surtout patholo- 
giques, ces cellules restent sous ce rapport a 1 e tat ou elles sont dans telle ou 
telle des couches de I epiderme. D autre part les parties similaires Epider 
miques sont formees et portees par des organes premiers dermiques distincts 
du reste du derme, bien que constitutes d apres un type analogue ge neralement 
a celui de ses papilles. Ce sont les organes phane rophores de dc Blainville, 
represented : 1 par les matrices et le lit des ongles, des sabots, des cornes, des 
epines et des ecailles des Crocodilicns, des Clieloniens et parfois des Ophidiens, 
parties similaires conservant le type dermo-papilkire ; 2 la papille de chaque 
follicule des dents, des poils et des plumes; 5 le follicule des ecailles pro- 
prement dites des poissons malacopterygiens, etc. Rejjetons que les ecailles et 
les dents, celles-ci surtout, sont des parties similaires dermiques distincles des 
cornes et des poils en ce qu elles ne sont pas formees de cellules epidermiques 
coherentes ou soudces ; elles se forment comme les couches chilineuses des 
crustaces et des insectes ct comme elles sont incrustees ou non (beaucoup 
d ecailles) de sels calcaires, mais elles se forment enlre deux couches de 
cellules. 

4. En quatrieme lieu, parmi les organes premiers dits du squelette externe, 
il en est qui sont d origine mesodermique et non d origine ectodermique tant 
directe (2) qu indirecte (3), comme ceux dont il vient d etre question. 

Ces organes sont directement similaires au point de vue de 1 origine et de la 
structure inlime aux pieces composant le squelette interne ou proprement dit 
des vertebres. Ces parties similaires sont ordinairement sous forme de plaques 
soil cartilagineuses, soit surtout osseuses intra-dermiques. Telles sont celles 
qu on observe sur divers poissons, quelques Amphibiens et Lacertiens, beaucoup 
de Clieloniens et divers edentes parmi les mammiferes. 

Le cortical osseux ou cement, lorsqu il s en ajoute a Yivoire des dents et des 
pieces cutanees des Selaciens, des Esturgeons, etc., represente encore, au point 



30 SYSTEMES ANATUMJUUi^ uu 

de vue de sa nature et de son origine, des parties exosqnelettiques d origine 
mesodermique. 

Ge n est pas seulement par I intermediaire de 1 ectoderme que se forment des 
parties dures ou squelettiques non cellulaires telles que celles dont il a ete 
question ci-dessus (p. 28, 2). Ils en produit dans le tissu cellulaire de la pie- 
mere, dans celui des bulbes dentaires, avant meme i age adulte, on peut dire 
normalement, bien qu il soit sous forme de concretions, generalement micro- 
scopiques seulement (Ch. Robin, Anatomic cellulaire, 1873, p. 136). 

Aussi est-on porte a considerer comme production me sodermiques, et de cet 
ordre, les organes premiers squelettiques, des Echinodermes et des polypes, qui 
ne sont pas d origine cellulaire et n ont ni au debut, ni lors ds leur plein 
developpement, une structure cellulaire. Ce sont de veritables formations 
calcaires mesodermiques, sous-epitheliales par consequent, tant dermiques ou 
cutanees que pourvues de prolongements profonds, off rant des dispositions 
tant structurales qu exterieures ou morphologiques, souvent des plus compli- 
quees. Mais ce qu il y a de certain, c est 1 absence de toute disposition cellulaire 
dans ces parlies d origine et constitution organique aussi incontestable ici, ou il 
s agit du me soderme, que dans le casde celles dont il a ete question plus haul, 
qui sc forment par I intermediaire d une ou de plusieurs couches de cellules 
ectodermiques ou epitlieliales. 

$ VII. DE LA DESIGNATION PES HKCES SIMILAIRES DES SYSTKUGS EN GENERAL. 

On concoit qu il ait fallu exprimer par des termes particuliers les divers ordres 
de correspondances des parties simiiaires d un meme systeme, du genre de 
celles qui ont ete signalees plus haut en prenant pour exemple les systemes 
osseux, epidermique et cutane. 

C est ainsi qu en anatomic on dit analogues, d une maniere generate, toutes 
les parties de 1 organisme qui ont une ressemblance, en ce qu elles ont une 
rneme nature intime elementaire et structurale comme le sont tous les organes 
premiers des syslemes osseux, musculaire, etc., ouparce qu elles ont la meme 
forme comme les cartilages qui sur le foetus precedent 1 os correspondanl ; on 
le fait encore lorsque ces parties simiiaires ont seulement les memes rapports 
ou connexions, avec la meme nature, quelles que soient les differences de lorme , 
comme lorsqu il s agit du sternum des mammiferes compare a celui des oiseaux 
ou des tortues, et ainsi des autres. 

Qui dit analogue en anatomic ne dit pas identique, ainsi que Geoffrey - 
Saint-Hilaire 1 a depuis longtemps indique ; on le voit bien aussi en comparant 
les cartilages d ossification aux os qui leur succedent et les vertebres les unes aux 
autres ou les muscles s yinserant, depuis I homme jusqu aux poissons. 

Mais ces termes analogue et analogic sont trop generaux pour etre d une 
grande utilite, des qu on vient a examiner en detail les parties simiiaires du 
corps ; les ressemblances de chacune d elles ont besoin d autres mots pour etre 
designees et comprises. Et ces mots, comme on le prevoit, indiquent autant de 
cas particuliers de 1 analogie. 

Les termes homologue et homologie, applique s a un organe ou a un element 
anatomique, servcnt a indiquer qu il s agit d une partie du corps reconnue pour 
etre la meme d une espece a 1 iutre d apres la structure, d apres le principe des 
connexions, quelles qu en soient du reste les varietcs de foi me, de volume, etc. 
les parties bomologues, sur un meme individu, sont, dans les organes impairs, 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 31 

cUacune de ces deux mollies; dans les organes pairs, celui du cote gauche est 
1 homologue de celui de droite. D une espece a 1 autre, les parlies homologues 
sont celles que, d apres leur nature histologique ou encore d apres leurs rapports, 
on dit etre le meme organe, comme les sepales, les petales, les etamines, dans 
les plantes, les humerus, les femurs, les radius, les atlas, les axis, les fron- 
taiix, etc., ou les bras, les ailes, les nageoires thoraciques, etc., chez les animaux. 

L homologie est spe ciale, lorsque, d un animal a I autre, un organe est 
reconnu pour etre le meme, et pent recevoir le meme nom par consequent, par 
le seul fait de ses connexions, comme 1 occipital de 1 homme compare a celui 
du mouton, comme 1 apophyse basilaire de 1 occipital de 1 homme ou autn- 
mammifere, comparee a 1 os distinct appele basi-occipital, chez les poissons et 
les crocodiles, comme aussi lorsque 1 on compare les teslicules, les ovaires, les 
poumons, etc. L homologie des parties similaires est dite aussi centromdrique 
quand ces organes sont disposes symetriquement par rapport a un point central ; 
elle est dite anlime rique quand cette disposition a lieu par rapport a un axe. 

Lorsque, de la description isolee des organes, on s eleve a leur comparaison, 
on determine par celle-ci qu il existe un type de constitution pour chaque 
organe, envisage d une maniere abslraite dans tous les etres oil il se rencontre. 
G est ainsi, par exemple, qu on reconnait qu il n y a pas de verlebre qui n ait un 
centre (corps), ou une partie qui le represente, bien que quelquefois il soil plus 
petit que les apophyses. On dit alors de Yhomologie qu elle est ge ne rale ou 
abstraite, lorsque par 1 etude des connexions de ces parties, d un animal M 
I autre, on etablit quelles sont celles de ces pieces qui represented le centre 
ou corps de la vertebre, celles qui represenlent les arcs ou les apophyses de 
telle ou telle sorte, et ainsi des autres pour les muscles, les nerfs, etc. On 
dit qu il s agit de repetitions homologiques (Paul Gcrvais), quand on peut ainsi 
ramener les differentes pieces qui composent un systeme (quoiqu elles soienl 
tres-dissemblables en apparence, surtout dans les especes superieures de chaijue 
grand groupe naturel) a un petit nombre de parties primitives (organes pre 
miers ou similaires) analogues entre elles, soil pendant toute la duree dc 
1 existence, soil pendant les premieres phases du de veloppement. Ces repeti 
tions ne sont pas soumises a la regie absolue du nombre, et les memes parties 
analogues ne se trouvent pas necessaircment reproduites dans les diverses 
especes, meme pour une seule classe naturelle. On peut etablir ainsi un 
certain nombre de types servant a guider 1 esprit dans les descriptions. 

Homotype se dit d un organe premier qui, sur un meme animal, est reconnu 
analogue a des organes de meme nature comme riiumerus au femur, 1 artere, 
le biceps et le triceps humeral aux arteres, biceps et triceps femoral, ceux-ci, 
par exemple, presentant au moins un certain nombre de parties primitives 
communes, quoique sur bien des especes animales ils soient tres-dissemblables 
par la iorme et par le volume (R. Owen). C est un cas particulier des homo- 
logies, qui, faute d avoir e te distingue des autres et faute d avoir recu un nom 
propre, a longtemps ete la source de confusions nuisibles aux etudes compara 
tives. Les organes homologues doivent etre homonymes, mais les organes homo- 
types ne sauraient 1 etre d une maniere absolue. 11 est bien evident que 1 hu- 
merus n est pas le meme os que le femur du meme individu, dans le meme 
sens que 1 humerus d un individu compare a celui d un autre individu, de la 
meme espece ou non : par consequent il ne saurait etre, a proprement parler, 
son homologue. II faut done appeler les os qui ont ce rapport dans le meme 



32 SYSTEMES A> 7 ATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

squelette homotypes, ct restreindre 1 application du mot homologue aux os, 
muscles, nerfs, etc., qui se correspondent dans les especcs differentes, et qui 
portent ou doivent porter lesmemes noms (R. Owen). 

L homotypie est ainsi un des cas particuliers de 1 analogie anatomique, dans 
lequel certaines des parties du corps sur un meme animal, n ayant pas les 
memes rapports, presentent un meme type de constitution, comme les vertebres, 
les cotes, dont chacune dilfere pourtant assez de la suivante pour etre dis- 
linguee numeriquement ou norninalement. L homotypie se dit seriale (et aussi 
me tame rique) , lorsque Ton compare des parties qui se repetent dans 1 axe du 
corps (vertebres, anneaux des Annele s). L homolypie est transversale lorsqu on 
reconnait une analogic de type en comparant les parties similaires qui se repetent 
dans les appendices des cotes du corps. C est ce qu on voit dans le cas des 
phalanges evidemment analogues les unes aux autres, et qui, en dehors du 
nombre 3, qui est le plus baliluel, peuvent atteindre les cbil fres 8 et 13 dans 
le medius et 1 annulaiie de quelques cetaces; c est ce qu on voit encore pour les 
articles des pattes, des crustaces, des insectes, etc. 

On appelle alors repetitions homoty piques les homotypies observe es non plus 
sur les parties principales du tronc, se succedant longitudinalement, d une 
extremite a 1 autre, mais sur les appendices ou membres eux-memes, dont les 
parties se repetent en nombre plus ou moins considerable, comme on le voit 
pour les pbalanges, le metacarpe, les rangees du carpe, 1 avant-bras, le bras et 
1 epaule, ou leurs homotypes des membres posterieurs. Ces repetitions homo- 
typiques ne sont pas, autant que les homologies, soumises a la regie de con- 
stance et de nombre d une espece a 1 autre ; mais pourtant on peut, a leur egard, 
etablir certains types servant a guider dans les descriptions. 

Les termes homologue et homologie, tant generale que speciale, les mots 
homotype et homotypie, sont des expressions anatomiques, applicables seule- 
ment aux parties du corps, et uullement a leurs actes; faire intervenir, dans 
leur definition, les notions de propriete, d usage et de fonction, pourrait faire 
commettre plus d une erreur, faire assimiler des choses d ordres divers ou 
eloigner des parties qui se ressemblent. C est ainsi que des parties que 1 ana- 
tomie a montrees homologues sont rcconnues, en physiologie, comme douees 
d usages tres-differents, ainsi qu on le voit, par exemple, en comparant 1 ailc 
des oiseaux au bras de l homme ou encore au membre anterieur des autres mam- 
miferes. 

Get ordre de considerations et les termes qui en expriment les resultats 
conservent naturellement toute leur valeur, lorsque de la comparaison des 
parties similaires relativement simples on s eleve de la comparaison des organes 
proprement dits a celle des appareils et surtout des organismes eux-memes et 
dc leurs membres (voy. ORGANES, p. 467). 

C est a 1 analomie homologique qu on a donne le nom d anatomie compare e. 

Elle se subdiviserait en : 1 anatomic analogique ou compare e ordinaire, 
definie par Condorcet en 1774 : Observations des rapports et des differences 
qui existent entre les parties analogues de 1 honime et des animaux ; 2 ana 
tomic homologique, que Vicq d Azyr definit en 1774 : L examen des rapports 
qu ont entre elles les differentes parties d un meme individu ; nouvelle espece 
ct anatomie comparee dans laquelle on observe, comme dans 1 autre, ces deux 
caracteres communs a tous les etres, savoir : celui de la Constance dans le type 
et de la varieie dans les modifications. Condorcet exprime ce fait en disant que : 



SYSTEMES ANATOMIQUKS OH oil li A.NIOLIKS. 3f> 

la nature semble avoir forme les differenlcs espcces et leurs parties corres- 
pondantes sur un seul plan, mais qu elle sail varier ; comme aussi die dirige 
tons les corps celestes par une seule force, dont 1 effet variant avcc les distances 
produit toutes les apparences qu ilsnons presentent. En d autrcs termes, d uu 
animal a 1 autre possedant un systems ncrveux, osseux, cartilagineux, muscu- 
laire, etc., les differences specifiques, generiques, etc., ne tiennent pas a des 
creations d organes speciaux pour cliaque groupe ; elles tiennent u des modifi 
cations de forme, de volume et demultiplicite, avec elat librc des organes pre 
miers composant chaque sysleme, dont le nombre resterait le meme, si en fait 
on ne voyait pas des repetitions homotypiques de certains d entre enx comme 
les vertebres chez les Ophidiens, les poissons, etc., les phalanges Mir certains 
Cetaces, etc., ainsi quo des muscles correspondants ; sauf aussi le cas inverse 
plus rare ou certaines parties similaircs d ua systeme manquent, comme on 
le voit pour les clavicules sur les Rongeurs non clavicules, comparativement aux 
clavicules, etc.; sauf encore le cas de reduction de nombre par unite originelle 
des organes premiers d un systeme qui ailleurs sont multiples. 

Ce qui precede montre qu il n est pas plus ridicule de dire vertebre crn- 
nienne que de dire vertsbre lombaire ou sacre e, ct que c est pour avoir 
confondu analogic avec idenlite, homologie avec homotypie, que quelqin^ 
auteurs out donne prise a la critique et sortuient de la realite lorsiju ils disaicnt 
que la tete etait une repe lition du tronc, que les machoires etaient des membres 
transformes. La tele n est une repetition du tronc qu cn ce que cliaque segment 
du crane offre des parties analogues a celles de chaque veilebre, (ju en ce quc 
chacun d eux est Vhomotype de tout autre segment vertebral du corps ; mais 
chacun reste soumis a des modifications specialcs qui lui donnent son caractere 
individuel, sans en elfacer les traits typiques. La tele n est done pas un equi 
valent ou la repetition du tronc enlier, pas plus que le bassin n est celui de la 
tete, a laquelle on a compare quelquefois certains muscles de ses orifices ; mais 
elle est seulement une portion du corps, composee de segments bomotypes a 
ceux des autres portions, c est-a-dire constitues d apres le meme type, malgre 
des differences individuelles propres a cliaque segment. Ces differences sont 
correlatives aux connexions ou rapports qu affecte ce segment, ce qui etablit 
de la maniere la plus nette une distinction entre les homologies et les h<nn- 
typies. Les difterences consistent surtout en des diversites de forme dependant 
des rapports de chaque piece osseuse dans cliaque segment qu on examine ; elles 
sont dues aussi a ce que, toutes les fois qu une de ces pieces prend un grand 
developpement, les autres restent d autant plus petites, ou meme n ont qu une 
existence embryonnaire, ou manquent tout a fait, ce qui est plus rare : c est la 
ce qui caracterise la loi du balancement des organes, e tablie par E. Geoffrey 
Saint-Hilaire (voy. ANATOMIE PHILOSOPHIQCE). 

Les parties adlierentes ou articulees de chaque vertebre, reunies d une 
maniere abstraite au corps on centre de cette vertebre, constituent 1 arche type 
de chaque vertebre, et 1 ensemble des vertebres et de toutes leurs pieces, 1 ar 
che type de tout le squelette. 

L anatomie comparative montre de la maniere la plus evidente que les cotes 
sont des dependances des vertebres et qu elles sont] des parties bien distinctes 
des apophyscs transverses; elles sont pour la moitie" inferieure ou anterieure 
des verlebres completes, ainsi que le montrent les etudes d homologie generate, 
ce que sont, pour la moitie superieure, les lames vertebrates, qui entourent la 

DICT. ENC. 3 a S. XV. 3 



34 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGAMQUES, 

moelle epiniere et la protegent, comme les lames vertebrales inferieures, ou 
he me pines, a la queue, entourent et protegent 1 aorte, et son prolongement caudal. 

Or 1 examen sur un meme animal de la serie des pieces homotypes, dans 
chacun des segments du squelelte, qui se succedent en serie d avant en arriere, 
de montre un fait, que confirme d une maniere frappanle 1 etude homologique, 
suivie a tous les ages principaux d un vertebre a 1 aulre. Ce fail est que les 
machoires ne repelcnt pas les bras et les jambes a la tete, comme cela fut 
avance autrefois, a la grande rise e de certains anatomistes, mais elles sont les 
homotypes des hemepines ou cartilages des cotes pour les deux segments du 
squeletle cephalique qui sont le plus en avant. Les machoires ne sont point 
des membres de la tete, mais ellcs sont analogues aux apophyses vertebrales 
infe riuures ; la superieure depend du segment nasal, 1 inferieure du segment 
frontal ou temporo-frontal. 

L examcn des om opiates et des os des iles aux differents ages et surtout dans 
la serie des vertebres monlre de la maniere la plus manifesto que ces os sont 
pour d autres segments du squelelle vertebral les analogues des cotes. Le 
segment auquel se raltache 1 os des iles n est pas difficile a determiner dans la 
plupart des vertebres ; tout le monde le reconnait. Mais, chez beaucoup de 
reptiles et dans les poissons, sur les dauphins et les baleines, la difficulte serait 
grande, si 1 etude de son homologue 1 omoplate dans les vertebres superieurs 
ne venait fixer les ide es, car 1 os iliaque des animaux ci-dessus est devenu 
tout a fait libre, sans articulation avec les vertebres. 

Pour 1 cmoplale, on observe l iuverse, c est-a-dire que cet homotype des cotes 
s articule, chez le Lepidosiren, avec la vertebre occipilale, tandis que, dans les 
animaux des ordres plus eleves, cet os est devenu libre, comme les iliums le 
sont chez les poissons et les autres vertebres que nous venons de citer. De la 
vient que sur 1 adulle il est si eloigne du segment vertebral auquel il se rap- 
porte; il est la comme sur Jes poissons, dont les membres posterieurs et le bas- 
sin libre se (rouvent reporles au-dessous des membres anterieurs. Ce fait se 
rattache en outre a cet autre que semble avoir demontre manifestement Gervais, 
savoir : que par rapport au scapulum, homotype des cotes, la clavicule est 
I liomolype du cartilage costal correspondant ; analogie meconnue en raison de 
1 ossificalion precoce de cette piece du squelelte, mais que I embryogenie appuie 
aussi bicn que I analomie homologique. Les cartilages costaux des mammiferes 
ont en effet pour pieces homologues, chez les oiseaux, des pieces osseuses ayant 
la meme disposition generate, formant des cotes inferieures ou sternales unies 
aux superieures ou vertebrales par une articulation diartbrodiale. 

Les cotes, parties conslituantes de chaque segment vertebral du squelette, 
ainsi qu on 1 a vu plus haul, portent dans un grand nombre d animaux, a 
compter des oiseaux, des organes appendiculaires, qui manquent aux mammi 
feres : or ces parties appendiculaires existent egalement sur les pieces homotypes 
des cotes, telles que les machoires, les omoplates, les os des iles. 

Dans les oiseaux, les crocodiles et les poissons, chaque cote porte sur sa face 
externe et posterieure une apophyse ou crete epiphysee dans le jeune age, don- 
nant insertion a des muscles. Chez certains poissons, quelques-unes de ces pieces 
(les aretes) sont formees de parties multiples articule cs, et quelquefois, 
saillantes en nombre plus ou moins considerable, elles forment une nageoire. 

Or, en suivant les pieces homologues de celles-ci sur le Lepidosiren, le Pro- 
toptere, YAmphiuma, puis chez des animaux plus eleves que ces reptiles, on 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 35 

reconnait que les membres cephaliques et pelviens, a partir du femur, sont, par 
rapport aux os des lies et aux scapuluras (homotypcs des cotes), les parties qui 
vepetent ces appendices annexes aux cotes, ce sont leurs homologues. On recon 
nait d aulre part que, dans les poissons, les os de 1 opercule respiratoire sont, 
pour la vertebre temporo-frontale, les homolypes des os des membres Ihora- 
ciques et pelviens ; determination importante pour qui a suivi 1 histoire de 1 ana- 
tomie comparative, sans parler de sa valeur intrinseque. Ces organes appendicu- 
laires sont de plus formes de parties multiples, articulees, comme le sont dans 
les membres leurs homotypes. 

Le nombre des pieces disposees lateralement dans ces membres va en aug- 
mentant a partir de 1 avant-bras jusqu a atteindre le nombre 5 au metacarpe, au 
metatarse et aux doigts. II peut le depasser sur les mammiferes, fait teratolo- 
gique souvcnt hcireditaire ; il le depasse normalement chez les poissons. Scion 
Duges et selon Gervais, les membres ne correspondraient pas seulement a une 
vertebre, le superieur a 1 occipital, 1 inferieur a une vertebre sacree, mais a 
plusieurs verlebres sacrees et a plusieurs cervicales, pour lesquelles J homotype 
des cotes (scapuluni et ilium) serait ou une seule piece elargie ou plusieurs 
soudees commc les cotes thoraciqvies des tortues. II en serait de memo pour 
I liumerus et le femur, et a mesure qu on s eloigne du tronc la soudure serait 
de moins en moins complete, selon qu il s agil des animaux polydaclyles ou des 
solipedes. Seulement ce ne sont point toujours 5 pieces qui se reunisscnt ainsi 
comme on a cm pouvoir 1 avancer, et la pentadactylie n est pas un type dr 
composition des exlremites. 11 n y a reellement, selon les especes animales, 
que \, 2, 3, 4 ou 5 de ces appendices homotypes qui se soient developpes; la 
nombre des doigts, celui des pieces qui les supportent, indiqnent ce nonibre, 
sans qu il soil necessaire pour cela de forcer les determinations, afiu de retrouver 
un nombre fixe de 5, dont la stabilite est contredite pir les fails. 

On peut done suivre, avec R. Owen, dans lous les vei tebres aux differents ages 
la totalite des pieces du squelette et des sail lies apophysaires qui, adherentes 
cbez rhomme, forment sur d autres etres des os di^tincts articules, pour recon- 
naitre finalement que toutes ces pieces se correspondent dans chaque segment 
du squelette, qu elles peuvent etre de sigiiees par les memes nume ros, recevoir 
un meme nom, toutes les fois qu elles existent, et etre soumisesa une nomencla 
ture unique. 

11 va de soi que ce qui est vrai pour les organes premiers des systemes osseux 
et cartibigineux est applicable en tous points aux organes premiers des systemes 
musculaires et autres. G est ce qu ont deja montre les etudes de R. Owen sur le 
systeme musculaire des vertebres et celles de Martins sur les organes homo- 
types des membres anterieurs et posterieurs de rhomme et des autres mam 
miferes (1857). 

Quand, lors de 1 apparition blastoilermique des parties similaires de chaque 
systeme, des conditions accidentelles se rencontrent, telles que 1 evolution n est 
que troubleesans etre empechee, la forme, les dimensions, etc., acquises <*ra- 
duellement par tel ou tel organe premier ou second, peuvent s eloigncr plus ou 
moins de celles qui sont habituelles. En meme temps, ces organes peuvent etre 
doubles quand les groupes cellulaires blastodermiques originels, aulieu d etre 
produits dans les conditions habituelles de simplicite, sont doubles ou bilobes 
Ici les parties conservent necessairement soil leurs connexions durant 1 appa- 
rition de leurs subdivisions naturelles, et durant leur evolution, soit leur union 



56 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQOES. 

entre eiles (attraction ou af finite de soi pour soi, de Geoffroy Saint-Hilaire), 
quand, au lieu d etre simple, le groupe originel s est trouve bilobe, de telle 
sorte que, par exemple, deux notocordes avec les verlebres et les muscles nerfs 
et membres connexes, se developpent successivement, a 1 elat de duplicite sur 
une parlie de leur etendue. Ici encore, on le voit, 1 importance des determi 
nations anatomiques et des denominations homologiques et homotypiques 
acquiert une evidence frappante. Sans cette methode qui derive des e tudes 
homoeomerologiques la teratologie restait confusion et lettre morte, au lieu de 
donner a la science les resultats si saisissants qu elle lui fournit sans cesse. 

Geoffroy Saint-Ililaire appelait done a juste litre analogues les organes qui, 
sans avoir la meme forme, les memes proportions dans les divers animaux, 
offrent les memes connexions avec les organes voisins, recoivent des vaisseaux 
et des nerfs correspondants par leur origine arterielle, racliidienne ou encepha- 
lique, et sont constitues par les memes tissus ou par des tissus differents, 
mais se succedant pendant les phases du devcloppement, comme 1 os au carti 
lage. 

Les nerfs et les \aisseaux guident dans 1 etablissement des analogies, parce 
que, n etant pas interrompus, on pent les suivre et remonter aux organes princi- 
paux, dont 1 analogie dans les diverses classes n est mise en doute par per- 
sonne, tels que le cceur, 1 aorte, le cerveau, la moelle, etc. 11 y a egalement 
analogic entre les autres organes, mais leur discontinuity avec simple conti- 
guUe, au lieu de la continuite des elements de leur tissu d une extremite du 
corps a 1 autre, est la source de grandes variations de forme et de volume qui 
en ont fait nier puerilement les analogies. 

L observation a monlre a Geoffroy Saint-Hilaire que, la ou les connexions 
sont les memes, il y a non pas identile ou analogic de tissu et de nature ele- 
mentaire, mais de la part prise par 1 organe premier a la construction generale 
de 1 economie. Ce fait general, ou principe des connexions, conduit, pour les 
muscles, les os, les ligaments, les glandes, etc., a determiner de proche en 
proche leurs analogies (en partant de ceux qui se ressemblent, sans laisser de 
doute, d un animal a 1 autre, comme le crane, etc.), avec autant de certitude 
qu on en a pour ceux qui sont continus. La contiguite fait pour ceux qui sont 
discontinus ce que fait la continuite pour ceux qui ne sont pas interrompus 
dans toute leur longueur. 

Le principe des analogies de constitution (the orie des analogues), la ou il 
y a analogic de connexion, a conduit Geoffroy Saint-Hilaire au principe des 
afftnite s e lectives ou de soi pour soi, caraclerise par ce fait que, dans toutes 
les monstruosites autrefois dites par accolement, ce sont toujours les parties 
analogues par leurs connexions qui s unissent ensemble : le cote gauche avec 
le cote gauche, 1 os des iles avec 1 os des iles, et non avec un autre os ; ce 
qu il indique en disant qu il y a union similaire des parties homologues ou 
elements organiques, et ce qu il designe sous ce dernier nom ne represente 
autre chose que les organes premiers eux-memes dans chaque systeme. 

Le principe des analogies de connexion l*a conduit a reconnaitre aussi celui 
du balancement des organes, caracte rise par ce fait que, toutes les fois qu au 
milieu d organes connexes 1 un d entre eux a acquis un grand developpementr 
les autres restent avec des dimensions rudimentaires et une forme modifie e en 
consequence. Ainsi, un organe normal, compare d une espece a 1 autre, oumon- 
strueux dans une meme espece, n acquiert pas un developpement considerable 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 57 

sans qu un autre du meme systeme ou en connexion avec lui soil amoindri 
en certaine proportion. De la 1 existence normale et forcee, si Ton peut ainsi 
dire, des oryanes rudimentaires. La regie des connexions sert a les deter 
miner, mais c est la regie du balancement qui enseigne a les prendre en con 
sideration, bien que la physiologic les ait fait negliger, vu rinsignifiance de 
leurs usages, annules parleur arret de developpement, ou masques par 1 exage- 
ration de 1 action des organes voisins tres-developpes. Ge fait meeonnu a souvent 
conduit a donner des noms differents a des organes reellement analogues. 

Les donnees qui precedent font comprendre une fois de plus pourquoi 
rhomceomerologie se reduit a peu de chose, quand on 1 envisage dans une seule 
espece animale, meme observee a ses divers ages. On voit aussi par la que son 
importance, sa valeur, ne peuvent etre bien comprises, tant pour elle-meme 
qu au point de vue de ce qu elle repre sente au milieu des aulres branches de 
1 anatomie, qu autant que les parties similaires des systemes onl ete observees 
comparativement sur le plus grand nombre possible des elres. 

Mais ce qu il ne faut pas laisser inapercu, c est que les analogies des organes, 
I unite de composition organique des systemes compare s dans la hierarchic des 
plantes et des animaux, est en fait domince par les analogies enlre les e lemenls 
constitutifs fondamentaux des tissus et par cclle de la texture de ceux-ci ; ana 
logies dominees elles-memes par les homologies relatives a 1 unite de compo 
sition intime des fibres musculaires, des cellules nerveuses, de celles du tissu 
cellulaire, et ainsi des autres elements etudies comparativement sous ce rapport 
de 1 homme jusqu aux plantes (voy. ORGANE, p. 467). 

Ainsi, par exemple, la theorie des analogues s applique a tous les animaux 
verte bres et invertebres, lorsqu il s agit du Systeme des parlies formecs par le 
tissu nerveux et par les parenchymes testiculaire et ovarien ; elle est vraie dans 
tous les articules pour les parties ibrme es par le tissu de leur squelette, ou 
chitone al ; mais ce tissu ectodermique et cellulaire differant de 1 osseux qui est 
mesodermique, il n y a plus qu analogie generate dans les usages sans aucune 
liomotypie ou unite de composition ; c est alors a des organes squelettiques 
externes produits par le systeme epidermique qu il devient l homologue. De la 
des differences de formes considerables comparativement aux vertebres, et la 
possibilile de variations de celte forme avec des dispositions homolypiques les 
plus diverses d un invertebre a 1 autre et sur le meme animal a ses divers ages, 
sans comparaison possible du squelette invertebre au squelette vertebre. 

VII. NOMBRE ET CLASSIFICATION DES SYSTEMES ANATOMIQUES. Tant que Ton ne 
possedait pas des notions precises sur la nature specitique des elements anato- 
miques reels, sur leur nombre et leurs caracteres distinctifs, la composition des 
tissus et leur texture, la nature dc chacun d eux et leur nombre ne pouvaient 
etre determines. II en etait ine vitablement de meme pour les Systemes envi 
sages sous ces derniers rapports. Aussi ne faut-il pas etre etonne des variete s et 
du peu de soliclile que presentent d un auteur a 1 autre les classifications des 
tissus et des systemes. C est ainsi, par exemple, que Meckel dit encore avecBichat 
qu il y a autant de systemes que de tissus. Or il est manifcste que le nombre 
de systemes 1 emporte sur celui des iissus. C est ainsi, par exemple, que des 
Systemes arteriel, veineux, capillaire, lympbatique, et des conduits excreteurs, 
ne correspondent pas a autant de tissus spe ciaux, comme lorsqu il s agit des 
Systemes cartilagineux, osseux, musculaire, etc. 



38 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

Toutefois, comme Ics vaisseaux sont formes par un assemblage d Organies pre 
miers empruntes aux systemes lamineux, elastique et epithelial, ils representent 
a vrai direun ensemble d Organes seconds ou proprement dits qui, avec 1 organe 
musculaire cardiaque, consliluent 1 appareil circulatoire. 

Mais, pour bien saisir ce qu est la circulation dans 1 ensemble des etres, ilest 
impossible de ne pas eludier cbacun de ces groupes de parties similaires tubu- 
lees en se placant au point de vue ou Ton se met quand on examine chacuu des 
Systemes qui sont representes par 1 ensemble des organes premiers que compo- 
sent les tissus nerveux, tcndineux, musculaire, etc. 

Les systemes organiques envisages sur les vertebres seulement sont au nombre 
de 29 a 50. 

Leur reunion en un tout conslitue ici en particulier le corps ou organism? 
humain. Le poids de celui-ci varie avec 1 age et demande a etre connu aux 
diverses periodes du developpement et parfois d une periode a 1 autre des mala 
dies. En moyenne, apres leur naissance, les enfanls pesent 2 kil ,222 ; les garcons 
pesent un peu plus, et les filles un peu moins. Pendant les douze premieres 
annees, le poids des deux sexes est presque egal ; mais, apres cet age, 1 liomme 
acquiert une preponderance decidee. Ainsi les jeunes gens d une vingtaine 
d annees pesent en moyenne 64 kil ,622, tandis que les jeunes femmes du meme 
age ne pesent que 5i kil ,480. 

Les boinmes atteignent leur plus grand poids vers 35 ans, mais les femmes 
augmentent en poids jusqu a 50 ans, et a cet age la moyenne est de 58 kil ,H2. 
Les deux sexes, a 1 age mur, pesent a peu pres quinze fois plus qu ils ne pcsaient 
le jour de leur naissance. Le poids des hommes varie de 49 kil ,052 a 105 kil ,966, 
et celui des femntiGS de 34 kil ,952 a 95 kil ,978. Le poids diminue avec 1 age. A 
40 ans, il est de 67 kil. cbez 1 liomme, de 55 kil ,23 cbez la femme. A 50 ans, il 
est de 63 kil. chez 1 homme, mais il augmente cbez la femme jusqu a 56 kil ,16. 
A 60 ans, il descend cbez 1 un et 1 aulre a 61 kil ,94; a 70 ans, les moyennes 
sont de 59,52 et 51,51 ; a 80 ans, elles sont de 57,83 et 49,57 ; a 90 ans, de 
57,83 et 49,34. 

Quant a la pesanteur spe cifique du corps, ou de 1 ensemble des systemes, il 
resulte d experiences que j ai faites en 1849 qu un bommede constitution ordi 
naire, Iiaut de l m ,72 et pesant 64 kil ,250, deplace 65 ut ,500 d eau. Ces nombres 
donnent pour densite du corps j^-f^ = 1,011. Un bomme haut de l m ,75, 
plutot obese que robuste, et pesant 78 kilogrammes, deplace 75 1U ,20, ce qui 
donne pour la densite moyenne 7^^ = 0,010. 

En e plongeant dans 1 eau, la poitrine distendue apres une inspiration 
tbrcee, la quantite d eau deplacee s e leve de 3 litres a 4 litres et demi, selon 
les sujets. D npres Robertson cite par Burdach, commenle par Allen et Pepys 
(Philosophical Transactions, 1809, p. 414), sur lObommes 3 avaicnt la meme 
pesanleur specifique que 1 eau, 1 e tait plus dense et 6 etaient plus legers. II 
est probable que la quantile d eau de placee elait mesuree ici pendant la duree 
de 1 inspiralion plus ou moins forcee. 

Chez les femmes, la masse cubique du corps est relativement un peu plus 
grande que chez riiomme, de 1 demi-litre au plus. Cela tient probablement a 
ce que les seins forment une masse plus considerable que celle des organes 
genitaux males, et peut-etre aussi a ce que la masse du bassin, chez la femme, 
est relativement plus grande que celle des epaules chez riiomme, toutes propor 
tions gardees par rapport a la taille. Les cheveux representent egalement une 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 59 

masse plus considerable dont il Taut tenir compte, et qu on debarrasse diffici- 
Jement de 1 air qu elle retient dans les experiences, line femme haute de l u ,58, 
pesant 46 kil ,450, deplace 46 litres d eau, ce qai donue pour la densite du 
corps |f $$ -.-. 1,009 (Ch. Robin). 

D apres Valentin, cette pesanteur specifique est de 1,066, mais sur le cadavre 
probablement, apres retrait du poumon. 

On peut, d apres les premiers de cas nombres, juger approximativementque 
la masse du corps de riiomme adulte varie a peu pres entre 62 000 et 69 000 cen 
timetres cubes, c est-a-dire que le corps d un adulte occupe le meme espace 
que 62 a 69 litres d eau ou 6i a 65 en moyenne, ou, si Ton veut, qu il entre- 
rait dans un vase cubique dont la cavite aurait 40 a 42 centimetres d arete ou 
de cote. 

Les courbes de la surface du corps font qu on ne peut calculer d apres ces 
cliiffres quelle est reellement celte surface en centimetres carres ; mais la men 
suration directe monlre qu elle varie de 10600 a 15000 centimetres carres 
(L. Vacher). 

Les proportions en poids des divers systemes sont approximativemenl les 
suivantes pour un homme du poids de 75 kilos : 

Muscles rouges, y compris leurs tendons et lour tissu cellulaire (environ 
les trois huitiemes du poids du corps), soil : 30 kilos. 

Le squelette osseux, mjdullaire, periostique et cartilaginous a 1 etat frais 
(voy. Os, p. 150) : 12 kil ,500. 

Les systemes sanguins et lymphatiques avec leurs liquides (un sixieme 
environ du poids du corps), savoir : 12 kilos. 

Dans lesquels le coeur et les parois vascuhires entrent pour 3 kilos, le sang 
pour 7 a 8 kilos et la lymphe pour 1 kilo d apres la capacite de son systerae. 

L ensemble des parenchymes taut glandulaires que non glandulaires (les 
glandes cutanees et muqueuses exceptees) avec le larynx, la traclice, les con 
duits excreteurs et les reservoirs correspondants, environ 6 kil ,503, soit un 
treizieme du poids total. 

Le systeme adipeux (un vingtieme environ du poids du corps) : 3 kil ,500. 

L ensemble du systeme cutane avec 1 epiderme, les poils et leurs folli- 
cules, 3 kilos. 

L ensemble du canal digestif (muqueuses et parois musculaires propres, de la 
bouche a 1 anus) : 3 kilos. 

L ensemble du systeme nerveux avec la pie-more et le nevrileme : 2 kil ,500, 
dans lesquels le systeme nerveux central prive de ses enveloppes entre pour 
1386 grammes (cerveau 1187, cervelet 143, protuberance 21, bulbe 8, moelle 
epinierc 27). 

La sclerotique, 1 albuginee, la dure-mere, les ligaments et les aponevroses, ua 
peu plus de 1 kilogramme. 

Les sereuses et les synoviales un peu moins de 1 kilogramme. 

Dans ce poids, pour { ensemble des systemes, le corps entier, enunmot, 1 eau 
et les quelques autres principes immediats volatiles de 1 economie, existe dans 
la proportion de 900 sur 1000. On ne connait du reste a cet egard que les 
chiffres donnes par Senac et par Gliaussier. Le premier (Traite ds la structure 
du coeur. Paris, 1744, in-4, t. II, p. 286) trouva qu une momie qui, a juger 
d apres sa taille, avait dii peser au moins 90 kilos, ne pesait plus que 7 kil ,5UO, 
et avait perdu par consequent 916 sur 1000. 



40 SVSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

Apres dessiccation a une temperature douce dans un four, un cadavre du poids 
deGOkilosn enpesaitpliisqueG, soil une perte do, 90 pour 100 (wot/. Os, p. 150). 

Les systemes organiques, considered dans leur ensemble en dehors de toutes 
considerations relatives a leur provenance et a leur nature anatomique (voy. 
GENERATION, p. 460), sc divisenl d abord en deux groupes. Ce sont en premier 
lieu les parties molles, parmi lesquelles seules se rencontrent les tissus et 
systemes doue s de contractilite et de nevrilite et directement actives au point 
de vue de 1 animalite. 

Viennent ensuite \cs parlies dures remplissant un rule pnrement physique de 
soutien, de protection, et relatif soil a la direction, soit a la forme du corps. 
Dans leur ensemble, elles sont elites squelettiqnes. Les unes constituent le sque- 
lette interne mesodermique (mesosquclette ou endosquelctte), fibreux, carti- 
lagineux et osseux, tantpr-o/bnd quc super ficiel, squelette dermique oudermo- 
xquelette (plaques osseuses cutanees de divers mammiferes, poissons et reptiles, 
cement ou cortical osseux dentuire). Le squelette interne profond est lui-meme 
soit axile ou vertebral, soit appendicitlaire externe ou des membres et appen- 
diculaire interne ou visceral. Telles sont toutes les parties mesodermiques, 
osseuses et cartilagineuses, surles vertebre s, d une autre nature chez les echi- 
nodermcs, etc., avcc ou sans annexion de pieces ectodermiques, qui constituent 
\esquelette digestif (macboires et pieces glosso-hyo idiennes, etc.). Telles sont 
d autre part les pieces liyoidiennes, laryngiennes et tracbeales, qui ferment le 
squelelte de 1 appareil rcspir.iloirc, traclieal ici, branchial ailleurs. 

Les parlies dures ectodermiques constituent d autre part le squelette externe 
ou ectosquelette proprement dit, de formation epitheliale d origine ectoder- 
mique, soit meme endodermique, tant directe (\\iindirecte; celle-ci avec des 
derivations profondes en ce qui concerne la paroi propre des tubes des paren- 
chymes (voy. GENERATION, p. 417). Les comes, les ongles, les plumes, les 
poils, etc., sont les organes premiers du squelette cutane de production e pider- 
mique directe. 

Les organes premiers de generation indirecte du squelette externe ou ecto 
squelette sont les dents, ivoire et email, les ecailles, les coquilles ou lest des 
mollusques, celtii des iusectes et des crustaces, etc. Comme on le voit, 1 ivoire 
se distingue de 1 os autant et plus encore au point de vue de sa provenance 
ectodermique, indirecte, meme, que sous le rapport de la structure (voy. DENT. 
p. 69, etOs, p. 156). 

On voit que, lorsqu on use des anciennes expressions squelette externe et 
squelette cutane ou ectosquelette, il faut distinguer les parties dures denniques 
(dermo-squelette] , d origine endodermique (os dermiques ou cutanes), de celles 
qui sont e pidermiques, d origine ectodermique, soit qu elles restent de compo 
sition cellulaire apres comme pendant leur production, soit au contraire que de 
production indirecte ou eccellulaire (voy. GENERATION, p. 417), elles n offrent 
jamais une constitution cellulaire (ivoire, email, tests, ecailles des poissons, etc.). 

Les parties dures qui n ont d autres propriete s d ordre vital que les ve ge ta- 
tii es, quelles que soient cependant leurs diversiles de provenance genetique et 
de nature anatomique, ne remplissent que des roles mecanique et pbysique de 
soutien, de protection et de leviers, c est-a-dire ceux qui physiologiquement 
caracterisent ce qu on entend par squelette, se rangent comme le resume le 
tableau suivant. Notons, quant au role delevier rempli par les parties dures ou 
pieces squeletliques, que la transmission des mouvements dont ils sont le siege 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 41 

peut etre non-seulement celle des actions musculaires executees par 1 animal 
meme (locomotion, phonation, mastication, etc.), mais au contraire encore la 
transmission de vibrations molcculaires totales des solides, des gaz ou calori- 
fiques, electriques, etc. (poils, plumes, ongles, dents, antennes, palpes, etc.). 
Du reste, comme le font les parties molles qui, avcc les precedences, sont les 
unes centrales ouprofondes, les autres appendiculaires dans les membrcs, les 
organes premiers des systemes de parties similaires dures prennent part aussi a 
la constitution de tel ou tel des appareils, suivant les classes animales : 1 des 
appareils de la vie animale ou de relation (innervation centrale et organes des 
sens, y compris le squelette sclerotical osseux et cartilagineux de divers oiseaux, 
crocodiliens, etc., puis locomolion, phonation) ; 2 des appareils de la vie vege 
tative (squelette visceral digestif, respiratoire, cardiaque, genital externe et 
interne). 

I. Squelette mesodermique : 

A. Interne, intermediaire ou profond (osseux, cartilagineux et fibreux). 

B. Externe, cutane ou dermo-papillaire (os et cartilages cutanss ct du cor 
tical osseux dentaire). 

II. Squelelte ectodermique : 

A. Cellulaire. 
1 Poils; 
2 Plumes ; 
5 Ongles ; 
4 Cornes ; 

5 Ecailles e pidermiques. 

B. Squelette exocellulaire : 

a. Superficiel ou dermo-papillaire. 

1 Ivoire des dents buccales etcutanees, des squales, etc. ; 

2 Ecailles des poissons ; 

3 Email dentaire ; 

4 Coquilles; 

5 Carapaces et armures chitineuses superficielles et profondes. 

b. Profond. 

1 Gaines ou capsules cristalliniennes, auditives, tubes et vesicules 
glanduleux. 

c. Independant ou libre. Coques et coquilles des oeufs. 

Envisages sous le rapport de leur origine embryonnaire, de la complication 
croissante de leur composition anatomique, de leur nombrc, dc leur importance 
au point de vue de la constitution, de I economie et des usages qu ils y remplis- 
sent, les Systemes se divisent en deux groupes principaux. 

Ce sont en premier lieu les produits comprenant le systeme epithelial et ses 
derives, c est-a-dire tout le Sysleme represente par 1 ectoderme epidermique 
et 1 endoderme, et par les groupes d organes premiers qui naissent par 1 inter- 
mediaire des couches epitheliales. Le tissu de tons les organes premiers en 
lesquels se subdivise ce Systeme n est conslitue simplement que par des ele 
ments anatomiques d une seule espece. 

Ce sont en second lieu les Systemes d organes premiers constituants, c est- 
a-dire tous ceux qui sont derives du mesoderme, qui, par suite, sonl sensibles, 



42 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

contractiles ou vasculaires, et auxquels il faut joindre en outre le nevraxe 
derive de 1 ectoderme, mais doat les elements naissent et se developpenl comme 
ceux du mesoderme (voy. CELLULE, p. 642). Ces syslemes sont a la fois les 
plus nombreux el les plus volumineux de 1 economie, ceux qui composent 
essentiellement tout l organisme. 

PREMIERE CLASSE. Sijstemes de produits. Ce qui anatomiquement caracterise 
les produits (tissus el syslemcs), c est d etre formes par 1 accumulation par 
milliers d elements anatomiques d une seule et meme espece. Des lors ils sont 
necessairement insensiblcs et non vasculaires, qu ils soient en epaisseur ou sur 
une rangee ou couches. Les constituants ou tissus mesodermiques toujours 
composes par reunion d elements d au moins deux especes : 1 1 une princi 
pals, fondamentale, emportant les proprietes ; 2 1 autre accessoire, soil vais- 
seaux, soil nerfs, soil autres encore portant inevitablement avec eux soil la 
vascularite avec contract ilile" des vaisseaux, soil la sensibilile. 

Tous les produits derivent des feuillels blastodermiques exlerne et interne, 
tant normalement que pathologiqucment ; feuillets formes tous deux de cellules 
e pilheliales de plusieurs varieles et groupees de i acons diverses. Ces cellules 
sonl disposees soil en couches tanl superiicielles que lapissanl les surfaces des 
caviles nalurelles; elles sont dites epidermiques et epitheliales, soil cohe rentes 
el parfois soudces, sous forme d organes diversemenl configures, comme les 
ongles, les poils, les plumes, le cristallin (au moins au debut de sa produc 
tion), etc. 

Outre ces produits solides que Ton peut dire primitifs, il en esl d autres, 
solides aussi, qui en sont des derives et qui en derivent en quelque sorle 
de la maniere dont les Immeurs secrele es derivent des epitheliums glandu- 
laires. Ces produits derives sont Tivoire et 1 email, les ecailles des poissons, 
les enveloppcs minces ou disposees en carapaces chilineuses des arlicules et 
des vers ou coquilles des mollusques, etc. Tous se formenl, molecule a mole 
cule, par 1 intermediaire d une couche epitlieliale qui les separe du tissu cho- 
rial dermique ou muqueux meme, sans deriver directement de ces cellules 
s associant de toutes pieces les unes aux aulres, comme on le voil pour les 
ongles, les comes, les poils, etc. 

On voil par ce qui precede a quel poinl de precision 1 elude de 1 origine 
embryogenique des parlies organiques elementaires conduit la determination de 
leur nature reelle, tant analomique que dynamique ou fonctionnclle. Les don- 
nees de eel ordre monlrenl loule la portee de la dislinction ctablie par de 
Blainville entre les produits el les constituants. 

Dans ce dernier groupe se rangenl lous les elements formant les tissus 
contractiles, sensibles ou au moins vasculaires, permanents, non susceptibles de 
mue et predominant dans lout organisme. Ce sont, enunmot, tous les lissus 
d origine mesodermique. 

Dans le groupe des produits, il a classe toutes les parties elementaires non 
contcactiles, non sensibles ni vasculaires, caduques, renouvclables, qui sout 
comme des productions des tissus constituants. Ce sont d une part 1 epiderme, 
les epitheliums et leurs derives directs, puis d autre part les parties exosque- 
leltiques de formation exocellulaire consecutive, non cell ulaires en elles-memes, 
telles que les dents, les ecailles, etc. Ce sont, en un mot, toutes les parlies que 
1 embryoge nie montre elre des provenances de 1 ectoderme surtoul et de 1 endo- 
derme. Et parmi elles les plus nombreuses, les plus volurnineuses, les plus eten- 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 45 

dues, sont leurs derives cellulaires directs, et les aulres sont les formations 
genetiques produites par I interm&Iiaire de ces cellules epitheliales memes, 
comme nous venons de le dire (voy. GENERATION, p. 417 a 419). 

Cette distinction capilale, tiree de la comparaison des tissus dans la serie 
animale, si remarquablement confirmee par rembryogenie, conserve une impor 
tance au moins egale dans 1 etude de la generation des tissus morbidcs. 

Au nombre de ces produits secondaires, ou mieux de deuxieme ordre, de 
seconde formation par 1 intermediaire de couches epitheliales, s ajoutent les 
produits analogues, mais profonds, au lieu d etre superficiels et te gumentaires 
que representent la gaine de la notocorde, la capsule du cristallin, la paroi 
propre des tubes glandulaires, renaux, sudoripares, des follicules pileux, des 
canalicules en culs-de-sac du poumon, etc. 

On compte d apres ces donnees les systemes dont la caracteristique est enonce e 
ci-apres : 

A. Systemes cellulaires ou e pidermiques et epitheliaux. i Systeme epithe 
lial et e pidermique. Les organes premiers qui composent ce va&te systeme 
organique se divisent en qua t re sections comprenant les parties similaires 
epitheliales d une part, \esparties similaires e pidermiques de 1 autre. 

a. Parties similaires epitheliales. Ce sont toules les couches formees d une 
seule rangee ou d un petit nombre de rangees de cellules epilheliales pavimen- 
teuses, polyedriques, prismatiques, ou d epilhcliums nucleaires, tapissant les 
sereuses, les vaisseaux, les glandes, les conduits excreteurs, etc. 

Dans cette subdivision se classent les derives blastodermiques de 1 ectoderme 
et de 1 endoderme, formant un tout dispose en membranes vesiculeuses de 
petites dimensions naturellement, tout dans lequel on distingue pourlant d a- 
bord deux organes premiers, savoir, 1 un qui correspond a la portion embryo- 
gene du blastoderme ou aire germinative ; 1 autre, notablement plus etendu 
chez les vertebres, correspond AUK portions non embryonnaires du Llasloderme 
ou portions chorio-amniolique el ombilicale. 

La premiere de ces portions est la plus importante en ce que c est d elle que 
derivent tous les autres sous-systemes cpilheliaux dont il sera question ci-apres, 
tapissant plusieurs des organes premiers permanents du nouvd etre. 

La portion nonembryogene,au contraire, est remarquable surtout par ce fait 
que les organes premiers qu elle fournit n ont qu une existence temporaire ou 
transitoire, tous tombant, se separant du foetus ou se re sorbant lorsqu il arrive 
a pouvoir vivre d une vie independante. Tels sont le chorion placentaire, 1 am- 
nios, 1! epithelium de la vesicule ombilicale et de i allanloide. 

Specilions ici que parmi les parties similaires du systeme blastodermique c est 
le feuillet externe ou ectodenne qui fournit les plus vasles organes transitoires, 
le chorion villeux et 1 amnios, tandis que le feuillet interne ou endoderme ne 
donne que repilhelium de la vesicule ombilicale. 

Les attributs physiologiques des organes premiers epitheliaux encore a 1 e tat 
d ectoderme et d endoderme sont tous relatifs a la reproduction en general ; ils 
sont spe cialement relatifs a 1 elaboration de principes immediuts empruntcs au 
sang maternel sur les vivipares, aux milieux ambiants dans les ovipares ; prin 
cipes servant a la generation des elements anatomiques dennitifs ou mesoder- 
miques, c est-a-dire elements dont Ja duree est egale en general a celle de la 
vie de tout 1 organisme, et qui se substituent aux cellules du nosoderme. 

Les altributs des organes premiers e pitheliaux proprement dits sont d ordre 



4* SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

organique. Partout ou existent des couches a epitheliums nucleaires ou a 
cellules polyedriques ont lieu des phenomenes de secretion ou d excretion. Mais 
ces epitheliums ne se trouvent jamais dans les regions oil onl lieu normalement 
les phenomenes d absorption, comme dans 1 intestin, etc., qui, lorsqu il estprive 
d epithelium, n absorbe plus. Les epitheliums pavimentcux ne se trouvent que 
la ou ont lieu les phenomenes d echange endosmo-exosmotique des gaz et des 
liquides, qui ne sont pas a proprement parler des phenomenes d absorplion et 
de secretion, mais de 1 endosmose pure, comnie sur les branchies, dans les 
pouinons, les sereuses et les capillaires. 

Partout ou existent les epitheliums prismatiques, les phenomenes d absorption 
sont energiques, et dans les points ou ces phenomenes sontpeu prononces, c est 
quc les epitheliums sont cilics, comme au nez, a la trachee, aux voies ge nitales. 

Ceu\-ci ne favorisent pas 1 absorption, ils jouent un role special dii aux cils 
cornme conduits cxcreteurs ou vecteurs. 

Les epitheliums prismatiques ne favorisent pas les phenomenes de secretion. 
Ils manquent oil ont lieu ces phenomenes. 

b. Parties similaires e pidermiques. Ce sont loutes les couches stratifiees, 
c est-a-dire Ibrmees de plusieurs rangees de cellules pavimenteuses dans lesquelles 
on distingue une lame dite cornee et une autre dite couche muqueuse de Mal- 
pighi pigmentee et enfin la couche unique de petites cellules polyedriques clas- 
sees en couche basilaire. 

Les attribuls de ce systeme sont purement d ordre physique, relatifs a la 
protection des teguments et s opposant aux actes d absorption, aussi bien qu a 
ceux de se cre tion tant que par ablation de la couche dite corne e on ne 1 a pas 
ramene a 1 etat d epithelium. 

Certains poils et certaines ecailles des insectes se rattachent a ce sous-systeme 
en tant que derivant des epitheliums memes et non des couches chitineuses de 
ceux-ci. 

2 Systemes comes et ungue aux. Au systeme epithelial en general, epider- 
mique specialement, se rattachent les systemes ungueal et corne d une part, 
pileux et plumeux de 1 autre, el enfin cristallinien comme provenance ou deri 
vation cellulaire directe et de toute piece. Le cristallin une fois forme excepte, 
parlout ici la couche des cellules basilaires en voie incessanle de generation 
fournit comme sur toute 1 etendue des epidermes a la production des organes 
precedents et a leur re novatiou caracterisant la mue, que leur chute soit totale 
comme pour les poils et les plumes ou graduelle par usure comme pour les 
ongles. Partout cette couche la plus mince, formee des cellules les plus petites 
et les plus transparentes, est la plus importanle a ce point de vue, qu il s agisse 
des couches epitheliales proprement dites en lotalite (voy. PARENCHTME), ou 
des organes cellulaires epidermiques speciaux (ongles, poils, etc.). 

Quoi qu il en soit, rembryogenie et le devcloppement coutinu montrent que : 
1 toutcs les dependances exterieures du systeme epidermique possedent a des 
degres divers d epaisseur, de consistance, de couleur, etc., les trois couches 
basilaire, de Malpighi et cornee ; 2 que les ongles et les comes sont autant 
d organes premiers de ce vaste systeme cellulaire non vasculaire, parties dont 

If 

la substance propre, comme consistance. epaisseur, couleur, structure, etc., 
est compose e essenticllement par une provenance de la couche corne e de 1 epi- 
derme et reste Yhomologue de cette couche. 

3 Systemes pileux et plumeux. Les parties similaires constituent ces t sys- 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 45 

temes, tons nettement delimited, sont, d une part, les diverses sortes de poils 
(polls, cheveux, cils, crins, piquants, etc.), et de 1 autre les differentes vaiietes 
de plumes (duvet, cirres, plumes, remiges, etc.). 

Pour ce systeme d organes premiers ou parties similaires epidermiques, I em- 
bryogenie, 1 anatomie et le developpement continu, lors de la renovation des 
parties tombees, montre que leur substance propre n est aucunement Yhomo- 
logue de celle des ongles et des cornes epidermiques. La substance propre 
des poils, corame celle de Tame et de la tige des plumes, en effet, est unc pro 
venance, une derivation, un relief tigellaire cylindroi de de L\ couche de Mai pi</hi 
epidermique, dont elle conserve la structure avec la possession des pigments 
les plus varies (voy. FOIL). Quant a la couche basilaire de 1 epidcrme, elle est 
relevee en phanere comme la couche dc Malpighi, mais a 1 interieur de celle-ci, 
suivant son axe ; plus ou moins epaissie, elle y constitue la moelle des poils ou 
des plumes et de leurs barbes. Inversement a ce qui est pour les ongles et 
les cornes, la couche cornee de 1 epidermc remonte de 1 interieur de la paroi 
folliculaire, qu elle tapisse sur 1 exterieur des poils et des plumes, a 1 etat dV/n- 
dermicuJe seulement, e est-a-dire en composant une seitle ramjee de tres- 
minces cellules superficielles. 

II n y a pas lieu ici de decrire la multiplicite infinie des formes de ces dis 
positions, mais il importe de specifier a propos deces comparaisons de 1 epiderme 
des ongles et des cornes, des poils et des plumes, au point de vue de la struc 
ture, dela provenance et de la regeneration lors de leur chute, que, si loutes ces 
parties ont des analogies de structure cellulaire, nulle part elles ne sont sem- 
blables. II est en particulier impossible de reconnaitre dans la substance propre 
des ongles et des cornes 1 homologue de la couche de Malpighi, couche qui 
existe au contraire au-dcssous de 1 ongle, etc. II est non moins impossible de 
comparer, ni comme structure, ni comme provenance, les ongles et les cornes 
a des poils ou a des plumes qui se seraient soude s en couches epaisses. La 
couche de 1 epiderme qui forme 1 essenticl de l un ne constitue en effet que 
1 accessoire le plus minime de 1 autre, et reciproqnement. Rien de plus frap- 
pant et de plus remarquable que ces dispositions et que la gencralite de leur 
existence sur le systeme tegumentaire des vertebres. 

4 Systeme cristallinien. Derivant d une involution epitheliale ectoder- 
mique, il devient profond, comme le suivant. Ceilaines des cellules qui le con 
stituent conservent les caracteres propres aux epitheliums, tandis que d autres, 
celles qui sont centrales surtout, offrent des modilications evolutives conside 
rables (voy, CRISTA.LUIN). 

5 Systeme de la notocorde. Formant un tout celluleux continu par 1 em- 
bryon des vertebres, seuls animaux dans lesquels il existe, malgre ce qu ou 
suppose encore a cet egard, il conserve cet e tat sur les cyclostomes, les es- 
turgeons et quelques autres poissons. Sur les autrcs vertebre s 1 ossification des 
corps vertebra ux, amenant la discontinuite du cordon celluleux, fait qu il est 
represente d abord par autant d organes premiers qu il y a de disques inter- 
verte braux dont il occupe le centre. Beaucoup de ces organes premiers dispa- 
raissent eux-memes normalement soil par les progres de 1 ossification qui soude 
les vertebres les unes aux autres, comme dans les oiseaux, le coccyx de 
1 homme, des anthropo ides, etc., ou par suite de Tamincissement des disques, 
comme sur les grands ruminants, les solipedes. II constitue avec le precedent 
et autres encore un des systemes organiques qui, de peu d importance lorsqu on 



46 SYSTEMES ANATOi 



les envisage sur une seule espcce animale, en acquierent une des plus notables 
lorsqu on les compare d une espece a 1 autre dans la serie des verlebres. 

Les attributs de ce systeme sonl sculement d ordre physique. II represente 
d abord le squelelte cmbryonnaire ou mieux peut-etre un soutien pour le 
nevraxe; plus tard ses altributs sonl. relatifs a la mobilite de la colonne verte- 
brale en general ou de ses pieces les unes sur les autres, en raison de I iucom- 
pressibilite jointe a la demi-fluidite du tissu qui compose les organes premiers 
de ce systems au centre des disques intervertebraux. 

Ge systeme derive d une involution de 1 endoderme, mais ses cellules con- 
servent plus que dans le cristallin leur caractere epithelial, apres separation 
complete de 1 ensemble de 1 involution par rapport a la couche dont elle derive 
(voy. FIBREUX, p. 41, 52, etc.). 

B. Systemes des produits eccellulaires, exocellulaires, non ccllulaires ou 
secondaries. 6 Systeme des games el parois propres des organes premiers 
epithe liaux. II est represente par 1 ensemble des organes premiers qui, bien 
que profonds, sont de production dpithe liale, consecutive aux introrsions de la 
notocorde, du cristallin, des glandes, etc. (voy. GENERATION, p. -414, 416 et 
418, et PARENCHYME). 

7 Systeme squameux. Les organes premiers qui composent ce systeme 
sont les diverses varietes d ecailles propremcnt dites des poissons aulres que les 
gano ides, tous organes bien delimited et tres-dislincts des couches epider- 
miques d aspect ecailleux des reptiles. 

8 Systeme dentaire. Les organes premiers qui le composent sont les 
diverses sortes de dents et de piquants et boucles formees de dentine sur les 
selaciens, etc. C est par association au cortical osseux d une part, a 1 email de 
1 autre, que les organes premiers dentinaires forment les organes seconds appeles 
dents, etc. (voy. DENT et Os, p. 136). 

9 Systeme conchylien ou des coquilles des mollusques. 

10 Systeme chitone al. Les organes premiers qui le composent sont : 
1 toutes les pieces exterieures chitineuses ou chitino-calcaires du squelette 
exterieur des articules et des anneles; 2 les prolongements interieurs de 
celles-ci; 3 les pieces de leurs organes appendiculaires, etc.; 4 les pieces 
squelettiques chitineuses ou chitino-calcaires du squelette des cephalopodes. 

Ses attributs sont purement d ordre physique, tels que ceux du systeme osseux 
en particulier. 

11 Systeme calcari-siliceux. Les organes premiers qui le composent sont: 
toutes les pieces soit calcaires, soit siliceuses constituant le squelette tant exte 
rieur qu interieur des echinodcrmes, des polypes, des eponges, etc. 

DECXIEME CLASSE DES SYSTEMES ANATOMIQUES ou ORGAMQUES. Systemes d organes 
premiers constititants. Dans cette classe (voy. p. 41), on distingue d abord 
des systemes dont tons les organes premiers portent le nom de parenchymes. 

D autres syslemes plus nombreux se subdivisent en organes premiers qui 
tous sont formes par des tissus proprement dits; ce sont les tissus dans 
lesquels un element anatomique est fondamental, c est-a-dire 1 emporte sur 
d aulres plus ou moins nombreux qui ne remplissent la qu un role acccssoire 
anatomiquement et physiologiquement (voy. 1 art. Tissu). 

A. Systemes d organes premiers parenchymateux. 

a. Systeme des parenchymes glandulaires. 

13 Systeme glandulaire. 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 47 

b. Systeme des parenchymes non glandulaires. 

14 Parenchymes non glandulaires purement excreteurs. 

15 Parenchymes non glandulaires endosmo-exosmotiques ou respirateurs. 

16 Parenchymes non glandulaires producteurs d urtite s anatomiques repro- 
ductrices (pour tous ces g voy. 1 art. PARENCHYMES, p. 146). 

B. Systemes dont les organes premiers sont composes par des tissus propre- 
ment dits. Les organes premiers composant ces systemes sont les uns des 
altributs purement physico-chhniques, relatifs a la vie vegetative ; les autres 
out des atlribuls dits de la vie animalc, en raison de la contraclilite ou de la 
nevrilite dont sont doues les elements qui predominent dans leur constitution. 
Parmi ces dcrniers les uns derivent du feuillet moyen, comme les precedents, 
tels sont les systemes musculaires, cellulaire, etc.; les autres derivent au con- 
traire de 1 ectoderme, tels sont le systeme nerveux central et tres-probablement 
aussi le peripliL-rique. 

17 Systeme me sodermique. Ce systeme est de tous celui dont 1 etude se 
confond le plus avec celle du tissu que forment seules et par contiguite imme 
diate les cellules de 1 endoderme, si on ne 1 examine que sur une seule espece 
animale. Mais sa description est du plus haul interet anatomique et pliysiolo- 
gique, lorsqu on 1 envisage d une espece animale a 1 autre, depuis les plus 
simples invertebres a reproduction ovulaire jusqu a riiomme. 

Durant la periode blastodermique de 1 evolution, il est associd aux seuls 
organes premiers ectodermique et endodermique du systeme epithelial pour 
constituer transitoirement le nouvel etre, dont il represente pour un temps 
Ires-court a lui seul tout le systeme des organes constituants. Les tissus cellu 
laire, musculaire, cartilagineux, fibreux, etc., le remplacent bientot tous succes- 
sivement. 

18 Systeme du tissu cellulaire ou lamineux (voy. LAMINEOX, p. 266). Le 
sous-systeme irido-choroi dien en fait partie et depend specialement de la pre 
miere dont il derive embryogeniquemenl. 

Le systeme irido-choroidien presente comme organes premiers : 1 la choroide 
proprement dite, avec les vasa vorticosa, le tapis et 1 addition de la membrane 
de Ruyscb; 2 les proces ciliaires; 5 1 iris ; 4 la membrane pupillaire. 

II forme la partie essentielle de trois organes proprement dits dans 1 oeil 
humain, etc., par les trois organes premiers ci-dessus. 

Les altributs de cette subdivision du sysleme du tissu cellulaire sont les uns 
essentiellement d ordre physique et relates a 1 influence sur la lumiere tant du 
pigment et du tapis que de 1 iris, selon qu elle se resserre ou se dilate ; les 
autres sont d ordre organique en tant que par sa vascularite la choroide, organe 
vecteur des capillaires, favorise la nutrition des milieux et des autres membranes 
de 1 oeil, comme le font la pie-mere et les plexus choroides relalivement a 
1 encephale. 

19 Systeme adipeux (voy. ADIPEUX, p. 27). 

20 Systeme fibreux (voy. FIBREUX, p. 4i). 

21 Systeme corne en. Le sysleme corne en ou du tissti corne en n existe pas 
a proprement parler lorsqu on n envisage qu une seule espece animale, puisqu il 
n y a sur chaque individu que deux organes premiers de cet ordre, mais son 
etude acquiert un grand interet lorsqu ou la poursuit comparalivement d une 
espece animale a 1 autre. 

22 Systeme lendineux (voy. MUSCULAIRE, p. 621). 



48 SYSTEMES ANATOMIQDES OU ORGANIQUES. 

23 Systeme e lastique (voy. ELASTIQUE). 
24 Systeme cartilagineux (voy. CARTILAGE, p. 32). 
25 Systeme osseux (voy. Os, p. 136, 149, et SQUELETTE). 
26 Systeme medullaire on du tissu <le la moelle osseuse (voy. MOELLE DES 
os, p. 32). 

27 Systeme te gumentaire. II est compose de plusieurs groupes, savoir : 

a. Systeme tegumentaire, externe ou cutane (voy. PEAT ). 

b. Interne ou muqueux (voy. MUQUEUX, p. 406 et 412). 

Bien que continus, les systemes dermique ct muqueux ne peuvent etre 
confondus en un seul. Chaciui forme un ensemble d organes premiers distincts, 
n offrant qu un petit nombre de particularites communes. Lcs notions generates 
sur ces systemes, autrefois cherchces dans des analogies entre leurs di verses 
parties, analogies qu on exage rait, s appuient sur des donnees relatives a leur 
texture et non sur des similitudes de leurs surfaces, etc., ni sur les notions 
relatives a deux cylindres creux inscrits 1 un dans 1 autre. Leurs surfaces, bien 
que continues avec celles des conduits glandulaires, n indiquent pas une analogie 
de structure entre ces derniers et les teguments. 

28 Systeme phanerophore ou phane rogene. II depend du systeme dermo- 
papillaire et est represente par plusieurs groupes d organes premiers (voy. 
PA.RENCHYMES et PEAIT). 

29 Systeme se reux (voy. SEREUX, p. 264 et 270). 

30 Systeme capillaire. II est distinct des systemes arteriel et veineux, avec 
lesquels il est continu de part et d autre et auxquels il est interpose. 

11 est represente par les capillaires a une et deux tuniques, c est-a-dire ni 
arteriels, ni veineux, non paralleles entre eux. Ceux qui out trois tuniques 
commencenta offrir leparallelismede direction et 1 accolement artc rioso-veineux 
et des differences de structure en tant qu arlerioles et veinules (voy. CAPIL 
LAIRES). 

La caracterislique de ce systeme est a la fois anatomique par la structure et 
la composition du liquide sanguin et physiologique par le role rempli qui est 
complexe, car il est relatif au transfert mecanique et d echange endosmo- 
exosmotique e nergique, tandis que les systemes arteriel et veineux n ont d autre 
attnbut qne celui qui est relatif au transport mecanique du sang. II y a en 
fait autant d organes premiers de ce systeme que de tissus dont les capil 
laires sont des elements constitutifs accessoires. Les capillaires sont subordonnes 
dans leur distribution a la disposition des elements fondamentaux des tissus 
dont ils font partie, sauf dans certaines muqueuses et quelques parenchymes non 
glandulaires. 

On peut considerer comme autant d organes premiers de ce systeme : 

1 Les capillaires generaux ; 

2 Les reseaux capillaires muqueux superficiels, sous-epitheliaux, et ceux de 
la choroide; 

3 Les capillaires de la veine porte hepatique et ceux des veines porte renale 
sur les ovipares; 

4 Les capillaires de la petite circulation ou pulmonaires ; 

5 Les capillaires du tissu e rectile (voy. ERECTILE) . 

31 " Le systeme arte riel ou des vaisseaux sanguins efferents. II se subdi- 

vise : 1 en pulmonaire ou branchial; 2 en arteriel proprement dit ou general. 

Chacun de ces systemes est represente par des tubes continus constituant 



SYSTEMES ANATOMIQUES OC ORGANIQUES. 40 

autant de parties similaires qu ils offrent de troncs principaux et de subdi 
visions. 

Les attributs essentiels de ce systeme sont d ordre physique et relatifs au 
transfert du sang, soit versles organes en rapport avec les milieux ambiants, soil 
dans 1 intimite des parties similaires de la plupart des autres systemes (voy. 
ARTERES). 

32 Le systeme veineux ou des vaisseaux sanguins affe rents. II se sub- 
divise d apres la generalite de sa distribution en plusieurs systemes secondaires 
qui sont: 1 le systeme veineux general; 2 le systeme porte renal; 3 le 
systeme porte hepalique; 4 le systeme pneumo-cardiaque ou des veines arte- 
rieuses qui manque sur les animaux a coeur biloculaire seulement (voy. 
VEINES). 

Cbacun de ces systemes est repre sente par des tubes continus, constituanl 
autant de parties similaires qu ils offrent de troncs principaux et de subdivisions. 
Celles-ci se dislinguent de plus en veines proprement dites et en sinus, 

Les attributs essentiels de ce systeme sont de memo ordre que ceux du 
precedent, mais toujours avec transfert de la peiipherie du corps ou de 1 inli- 
mite des organes vers le centre circulatoire, lors meme que comme dans les 
systemes portes les veines se subdivisent en capillaires dans certains organes 
pour se reconstituer au dcla en troncs veineux. 
33 Le systeme erectile (voy. ERECTILE). 

Les attribuls de ce systeme sont prineipalemenl d ordre physique et relatif a 
Ja rigidite que donne a ces organes la repletion de leurs capillaires, disposes 
en sinus speciaux, par un liquide incompressible, tel que le sang arteriel. 
54 Systeme lymphatique (voy. LYMPHA.TIQUE). 

Ace que conlient 1 article LYMPHATIQUE, p. 391, il importe d ajouter que les 
recherches de M. Sappey (Tmite des vaisseanx lympliatiques, 1866-1884, et 
Trails d anatomic descriptive, t. II, 1876) montrent que les re seaux des 
lymphatiques considered comme re seaux d origine d apres les injections au 
mercure ne sont que des re seaux collecteurs, sous-cutanes, sous-muqueux, 
sous-sereux, sous-glandulaires, pulmonaires, etc. A quelques milliemes ou 
centiemes de millimetre, s elevent en quelque sorte au-dessus d eux des con 
duits qu on croyait se terminer en culs-de-sac, et qui ne font que devenir 
conoides pour se terminer en reseaux de capillicules dont ils sont les conduits 
.collecteurs. Ces capillicules lymphatiques, larges de O mm ,002 environ, sont 
anastomose s en reseaux et s elargissent un peu sur tous leurs points de com 
munication. Aucun de ces capillicules ni de leurs elargissements n est une lacune. 
car tous ont une fine paroi propre nettement reconnaissable, comme les conduits 
collecteurs eux-memes, bien qu elle n y soit plus segmented en cellules epithe- 
liales vasculaires comme dans ces derniers. Les mailles polygonales des capil 
licules d origine ont une largeur de U1 ,010 environ. Par leur ensemble elles 
forment un vaste rcseau d origine des lymphatiques situe a la surface du derme 
cutane, du chorion des muqueuses et de la trame des sereuses. Ce reseau est 
mesodermique comme ces membranes, situe aussi pres que possible de lo 
couche epithe liale la plus profonde, que la membrane ait ou non des papilles 
ou des villosites, sans jamais arriver a toucher l epithelium. Meme particula- 
rite pour les parenchymes, tant glandulaires que non glandulaires, en ce sens 
qu autour de leurs tubes et vesicules tapisse s d epitheliums les capillicules 
d origine forment des reseaux analogues approchaut encore aussi pres que 

DICT. ENC. 3 e S. XV. 4 



50 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQDES. 

possible de ces couches epitheliales sans jamais les atteindre ni les penetrer. 
Cctte correlation entre les reseaux de capillicules originels des lymphatiques 
d une pait et les epitheliums de 1 autre est tellc que, sans avoir rempli les 
lymphatiques, partout oil Yon voit unamas, un tube, une couche d epithelium, 
on est force par sa presence de conclure a celle d un reseau lymphatique corres- 
pondant, et ce!a lors meme qu il s agit des glandes lymphatiques precisement r 
ou du foie, de la rate, des amygdales, etc. 

Dans les sereuses en particulier, la presence de ces re seaux d une forme spe- 
ciale ici (voy. LYMPHATIQUE, p. 411, 412 et 437; SEREUSES, p. 493) constitue 
meme une des dispositions importantes qui etablissent une difference texturale 
essenlielle entre la sereuse et le tissu cellulaire sous-sereux. 

11 importe en effet de noter qu il n y a nulle part ailleurs que dans les vastes 
etendues mesodcrmiques sous-epitheliales notees plus haul des origines lympha 
tiques ; ajoutons-y toutefois les capillicules, souvent dilates ca et la, comme sur 
les sereuses, formant des reseaux d origine etendus autour de tous les faisceaux 
stries des muscles et de tous les faisceaux primitifs de fibres-cellules, sans que 
jamais ils penelrent dans ces faisceaux memes d une part, dans les tendons 
de 1 autre. 

Ainsi, dans quelque partie que ce soit formee de tissus cellulaire et adipeux, 
dans les os, leur moelle, les parois vasculaires el les nerfs peripheiiques ou 
centraux, il n y a trace des reseaux de capillicules d origine reelle des lympha 
tiques ni des vaisseaux collecteurs et efferents de cet ordre. 

Rien de plus inexact, par consequent, en presence de 1 examen reel de ces 
conduits, que les assertions des medecins qui, d apres de pures fictions, e crivenl 
que : le tissu conjonctif n est qu un immense reservoir lymphatique; que la 
lymphe n est pas dans des tubes ramifies, mais dans un Taste systeme de 
lacunes, meats ou espaces interorganiques, avec ou sans cellules plates; qu il 
y a une parfaite analogic de structure entre les areoles du tissu conjonctif, por 
tion originelle lacunaire des lymphatiques, et les cavites des membranes sereuses 
(Lancereaux, Anatomic pathologique, 1879, t. II, p. 4, 10, 12, etc.). 

Inutile d insister ici sur 1 importance qu a la connaissance de la realite a 
cote des suppositions precedentes ; sur 1 importance qu il y a de savoir en par 
ticulier que c est sous toute couche epitheliale superficielle ou profonde que 
sont les reseaux de capillicules representant 1 origine reelle des lymphatiques, 
importance qui se manifeste lorsqu il y a necessite d etudier les absorptions nor- 
males ou pathologiques, les osdemes, les gonflements, les nodosites locales ou 
non dans 1 erysipele, I erytheme noueux, et tant de milliers d autres conditions 
morbides analogues. 

35 Systeme musculaire Ji fibres-cellules. Voy. MUSCDLAIRE, p. 528. 
36 Systeme musculaire a faisceaux stries. Voy. MOSCDLAIRE, p. 621. 
37 Systeme e lectrogene ou electrique. Ces organes premiers sont les 
disques de substance electrogene formant les piles ou colonnes"en s associant 
aux cloisons de tissu lamineux portant les nerfs et les vaisseaux. 

Les attributs de ce systeme sont purement d ordre physique, comme ceux 
du tissu, depuis la production d electricite a la maniere des piles hydro-elec- 
triques jusqu au fait de la dechai ge pour un but de defense [voy. ELECTRIQUES 
(organes]). 

38 Systeme des organes phosphor es cents des insectes. 
39" Systeme nerveux. On donne ce nom a 1 ensemble des organes pre- 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 51 

miers ou parties similaires que compose le tissu dont les cellules nerveuses et 
leurs fibres ou cylind res-axes sont 1 element anatomique fondamental. 

C est, avec les systemes osseux, musculaire, arteriel, etc., le plus nettement 
caracterise de tous, en raison des attributs physiques et physiologiques des 
parties. A cetcgard, il offre de plus cette particularite que ses parties similaires 
ne sont pas discontinues comme elles le sont dans tous les autres systemes, 
1 arteriel, le veineux et le capillaire exceptes. Aussi est-il du nombre des 
systemes que les anatomistes prennent habituellement comme exemple lors- 
qu ils veulent dormer une notion facile a saisir de ce qu esl cet ordre de divi 
sions du corps, comparativement aux tissus, aux organes et aux appareils. II 
faut en effet dans cet ordre d etudes s appuyer sur des exemples nets, ne pretant 
a aucune confusion sur la nature anatomique des parties d une part, sur celle 
des actes de 1 autre. Or, nul systeme ne dii fere plus d un appareil que celui-lu 
en raison de la conlinuite et de la similitude de ses organes premiers les uns 
avec les autres. Nulle part on ne voit mieux qu ici 1 existence d un fonds commun 
d activite propre, dans ceux-ci, la nevrilile encephalique et la trasmissibilite 
soil centrifuge, soil centripete, intervenir dans 1 accomplissement de fonclions 
les plus diflerentes. Rien par suite ne differeplusanatomiquement d un appareil 
et physiologiquement d une fonclion que le systeme nerveux el la nevriljte 
c est-a-dire d un acte unique, comme la digestion, la respiration, la circula 
tion, la vision, etc., accompli par un ensemble d organes aussi divers que 
ceux qui constituent les appareils digestif, respiratoire, circulatoire, visuel, etc. 
Aussi rien ne jure plus logiquement que d entendre dire appareil nerveux, 
appareil de I innervation, au lieu de systeme nerveux, fonction nerveuse au 
lieu desensibilite , de molricite, (I innervation, soil ence phalique, soil cerebrate 
ou cere bro-spinale, etc. 

II est en effet absolument certain qu au point de vue anatomique, aussi bien 
que sous le rapport fonctionnel, les nerfs qui prennent part a la constitution 
des appareils locomoteur, phonateur, sensoriel , digestif, respiratoire, etc., 
appartiennent a ceux-ci au meme titre que les muscles ou les muqiieuses 
auxquels ils vont ou dont ils viennent; que de plus les portions des centres ner 
veux dites, soil d origine, soil d arrivee de ces nerfs, font partie de ces appa 
reils au meme titre que les cordons eux-memes. Si bien que, comme on le voit 
ici, de meme que chaque appareil de I economie, pour se conslituer, enleve 
ou emprunte, si 1 onveut, quelques organes premiers aux divers systemes mus 
culaire, muqueux, vasculaire, osseux, cartilagineux, etc., chacun aussi prend 
de meme quelques parties du systeme nerveux tant central que peripherique 
en tant que complement anatomique : complement indispensable a 1 accom 
plissement de la fonction examinee, soit considered en elle-meme, soil sous le 
point de vue de ses relations de solidarite avec les autres fonctions. De telle 
sorte que dans 1 ordre des realites physiologiques ou fonctionnel les les couches 
optiques centres de perception font partie, soit de 1 appareil visuel, soil de 
1 appareil olfactif, etc., par telle ou telle de leurs portions; et ainsi des autres 
pour les portions de 1 axe rachidien qui sont des centres lant d arrivee que de 
depart des fibres sensitives et des fibres motrices, tant des nerfs blancs que des 
syrnpathiques sortant ou arrivant des organes de chacun des appareils phona 
teur, digestif, respirateur, genitaux, etc. (Test ainsi que le centre gris d orinne 
hi pneumogaslrique ou nceud vital, que celui de 1 hypoglosse, etc., font partie 
de 1 appareil respiratoire, de celui de la deglutition, etc., aussi bien que les 



52 SYSTEMES AiNATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

nerfs memes qui s y rendent ou en portent. On remarquera que la continuity 
des parties dans la moelle et meme la communaule d usage envers deux ou 
plusieurs appareils n otent rien a la validile des donnees precedentes en ce qui 
louche la parl prise par 1 axe nerveux a la constitution des divers appareils, 
pas plus que he le font la conlinuite et la communaute d usage des muqueuses 
ure thrale, pharyngo-laryngienne, etc., ou autres organes qui prennent parl a 
la fois a la constitution des appareils genital et urinaire, digestif et phonateur, 
respiratoire, etc. 

An point de vue de la physiologic, on remarquera d autre part et de plus que 
toutes les parties ainsi empruntees et detachers en quelque sorte du systeme 
nerveux central ne servent reellement, au principal, qu a la respiration, qu a la 
mastication et a la deglutition, etc., et nullement a la pensee ou volition, 
comme le montrent bien les diverses varieles de paralysies morbides et expe- 
rimentales. 

La totalite du systeme nerveux peripherique est ainsi enleve e piece a piece 
a ce systeme analomique par chacun des appareils qui associe ces portions a sa 
constitution propre, au meme litre qu il le fait pour tels et tels organes premiers 
des autres systemes ; et c est principalemenl par eel ordre d association com- 
plexe que les appareils se distinguent des systemes. 

Quant au systeme nerveux central, tout ne lui est pas pris de la sorte, comme 
au peripherique. 

Apres cet emprunt anatomique et physiologique qui lui est fait directement 
par chaque appareil il reste de ce systeme une part assez volumineuse, tant 
dans le cerveau que dans le cervelet, qui n apparlient a aucun de ces appareils 
exterieurs; part qui s apparticnt a elle meme, qui s eleve en quelque sorle au- 
dessus du resle de ce systeme central. C est cette part et elle seule qui forme 
directement les organes essenliels ou fondamentaux d lin appareil qui dominc 
les autres, 1 appareil de la nevrilite volitive ou reflective, appareil de la pensee 
ou de la vie speculative tant intellectuelle qu inslinctive el morale, c est-a-dire 
relative aux moeurs, aux allures. Comme dans les autres appareils il entre dans 
la constitution de 1 appareil cerebral ou encephalique proprement dit, a cote de 
ces organes fondamentaux, divers organes accessoires vasculaires, squeletliques 
ou protecteurs, etc., qu il est inutile de mentionner ici (voy. Ch. Robin, 
Tableaux d anatomie, Paris, 1850, in-4, 4 e tableau). 

Comme complement de ce qui vient d etre expose touchant la maniere donl 
chaque appareil exte rieur au nevraxe en detache, en quelque sorte, aussi bien 
que du systeme nerveux peripherique, pour se 1 approprier, une portion plus 
ou moins etendue, ajoutons ce qui suit. En realite 1 appareil de la pensee n agit 
pas d une maniere directe sur les organes exterieurs et mate riellement actifs 
des appareils locomoteurs, de 1 expression orale, mimique ou ecrite, et ainsi des 
aulres; il agit bien plus sur les centres spinaux parliels, d origine et d arrivec 
de ces nerfs peripheriques et par 1 intermediaire de ces centres sur les or^anes 
locomoleui s, etc., sus-indiques. La pathologic et la physiologic experimental^ 
vienncnt ici encore confirmer ces donnees de 1 anatomie geuerale. 

L element fondamental du tissu qui se divise en systeme nerveux central 
d une part, peripherique de 1 autre, est partout le meme. C est Ja cellule ner- 
veuse avec les fibres qui en parlent, ou cylindre-axe, enloure ou non de 
nrye lme. Laissanl de cole les myelocyles qui sont des noyaux homolo^ues a 
ceux de ces cellules, mais res es libres, les elements accessoires sont la sub- 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 
stance amorphe cerebrate et les vaisseaux, puis liors du nevraxe la game propve 

, * 1 " 

de Schwarm, le perinevre et le tissu cellulaire vasculaire, tant mtra-iascicuia 
qu extra-fasciculaire ou nevrileme. Les cellules et les fibres qui en partent 
prennent seules une part essentielle aux actes de nevrilite; les cellules en tant 
que centres de receptions et d elaboratious diverses, les fibres en taut que par 
ties de transmission, soit centripete, soit centrifuge. Onpeutdire innombrables 
ccs cellules et leurs fibres. Les varietes de dimensions, de formes et de struc 
ture propre qu elles offrent, sont moindres, quoique fort nombreuses encore. 

De 1 une a 1 autre des cellules semblables d une part, des varietes prece- 
dentes d autre part, des connexions de continuite snbstantielle directe sont 
etablies par les fibres ou cylindres-axes qui prolongent les corps cellulaires et se 
joignent bout a bout, plutot quelles ne s anastomosent. La complexile des 
dispositions anatomiques a cet egard depasse ici ce que Ton pourrait d abord 
supposer. 

II y a ainsi deja une disposition de ces elements en un systeme, qu on ne 
trouve dans aucune autre espece de cellules; disposition anatomique en rapport 
avec les modes de la nevrilite dits d impression, de transmission, de perception 
et d elaboration, soit motrice, soit inlellcctuelle et instinctive; disposition qui 
precisement se prete a la transmission sans discoutinuite des actcs d impres 
sion de la peripherie ct des extremites du corps jusqu au cerveau, ct a la trans 
mission des resultats de 1 ulaboratiou centrale jusiju aux parties similaires 
motrices. 

La jonction des fibres nerveuses, donees de la seule transmissibilite, etablit 
entre des corps cellulaires doues de modes tres-divers de la nevrilite une con 
tinuite qui n enleve rieu a ces cellules de leur individualite anatomique et 
pbysiologique propre. 

11 resulte dc la qu il n y a pas dans le systeme nerveux des elements allant, 
par exemple, des circon volutions aux orteils. 11 y a autant d unile s anatomiques 
nerveuses distinctes, de forme cellulaire, qu il y a de noyaux, ou mieux de cel 
lules visibles, qu elles soient aux extremites ou sur la longueur des fibres ou 
tubes nerveux. 

Ainsi la continuite de substance par les fibres ne detruit pas 1 individualite 
des cellules en tant qu unites anatomiques, non plus que leur individuality 
an point de vue de 1 activite pbysiologique propre a cbacune d clles, tout en 
restant partout de 1 ordre de la nevrilite ; activite qui n est rien de ce qu on 
voit dans la contractilite, I elasticite, les actes de secretion, etc. 

Indiquons maintenant ce que par rapport a 1 economie entiere est cet ensemble 
de parlies nerveuses d un seul et meme genre, c est-a-dire que compose un 
meme tissu; parties dont chocune a peu pres remplit un usage different, bien 
qu il se rattache nettement, au fond, a un mode unique d activite de la maliere 
organisee : donnees omises dans les articles NERF et NERVEUX. 

Les nombreuses parties similaires que compose le tissu nerveux, qui, si Ton 
veut, represented le systeme nerveux, se partogent anatomiquement et pbysio- 
logiquement de la maniere la plus nelte en plusieurs systemes secondaires ou 
sous-syslemes. Ce sont en premier lieu le systeme nerveux central et le systeme 
nerveux peripherique, qui lui-meme sc distingue nettement en celui des nerfs 
blancs ou des organes de la vie animate et celui des nerfs gris, ganglion- 
naires, visceraux, des organes de la vie ve ge tative, ou du grand sympalhique. 

Cette classification est appuyee a la fois sur 1 origine embryonnaire du sys- 



54 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

teme central comparativement aux deux autres (voy. GENERATIOK), et sur la 
structure, lant de leurs ganglions que de leurs fibres, fibres qui dans les 
nerfs blancs commencent par etre grises d abord, comme le sont toute la 
vie la plupart de celles des nerfs visceraux. 

Bichat, au contraire, d apres 1 aspect exterieur, la distribution etle role prin 
cipal des parlies similaires, divisait le systeme nerveux en celui de la vie animale 
et celui de la vie vegetative qu il appclait organique. II subdivisait le premier, 
plutot implicitement que d une maniereexplicile, en partie centrale et en cor 
dons ou nerfs ccrebraux, de la protuberance et spinaux. Quant au second, il 
envisageait cbaque ganglion comme un centre particulier independant des 
autres par son action, fournissant et recevant ses nerfs propres comme le 
cerveau recoit on fournit les siens, n ayant ricnde commun, que par les anasto 
moses, avec les autres organes analogues ; en sorte qu il y a cette remarquable 
difference enlre le sysleme nerveux de la vie animale et celui de la vie orga 
nique, que le premier est a centre unique , tandis que dans le second il y 

a autant de petils centres paiticuliers et par consequent de petits systemes 
nerveux secondaires qu il y a de ganglions . Ces vues ont etc confirmees par 
la pbysiologie experimentale, mais celle-ci a prouve de plus avec 1 anatomie 
que le systeme visceral est lout aussi nettement lie par ses fibres a la substance 
grise spinale que les racines des nerfs blancs. 

Les divisions du sysleme nerveux que nous avons a indiquer sont done les 
suivantes : 

1 Sysleme nerveux central, ne vraxe, mye lence phale , ou partie centrale du 
systeme nerveux comprenant d abord la moelle epiniere, puis I encephale avec 
ses dcpcndanccs olfactive, rctinienne et acoustique. Pour la determination de 
la nature des organes premiers de 1 encephale, de leur importance et de leur 
signilicalion relatives dans la succession des ages individuels et dans celle des 
animaux qui la possedent, roy. NERVEUX, p. 496, 508 et 515. Pour les autres 
questions qui se rappoitent a ces parties similaires, telles que celles de dimen 
sions, de poids, de symetrie, etc., roy. les articles CERVEAU, CER\ELET, CIRCON- 

VOLUTION et MOELLE EPIMERE. J ^S5j 

2 Le systeme nerveux pe riphe rique proprement dit, des nerfs blancs ou 
partie pe riphe rique du systeme nerveux de la vie animale. II est represente 
par autant de groupes d organes premiers differenls qu il y a de cordons et de 
filets nerveux d une part, de plexus, de ganglions, de corpuscules de Pacini, 
du tact et de leurs bomologues, et cnfin d especes de terminaisons musculaires. 
culances ou muqueuses, des fibres examinees isolement (voy. FIBRE). 

Les articles NERF et NERVEUX n ont etudie ces parties qu aux points de vue 
de la structure inlime de leurs elements et de 1 arrangement bistologique de 
ceux-ti considere dans un nerf blanc quelconque, sans examiner ce cote de leur 
analomie ge ncrale qui comprend la determination de leur origine aussi bien que 
celles de leur terminaison, et ce que presenlcnt de commun a tous leurs dispo 
sitions intermediates a ces deux extremiles. 

Ce Diclionnaire ne saurait non plus etre laisse ainsi sans contenir un article 
indiquant le nombre et le lieu d origine de ces nerfs aussi bien que leurs divi 
sions generiques d apres ces donnees; ces indications manqucnt dans les articles 
precedents et dans les articles MOELLE EPINIERE et MOELLE ALLONGEE, malgre 
1 evidente necessile scientifique de ces nolions d anatomie gcnerale (voy. Diction- 
naire de me decine, par Raige-Delorme, t. XX, 1839, art. SYSTEME NERVEUX, 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 55 

p. 510). Notons do suite que dans 1 etude de la portion peripherique du systeme 
nerveux on doil necessairement partir de ce qui le relie analomiquement et 
physiologiquement au sysleme nerveux central. Cette liaison, par continuile des 
fibres nerveuses (cylindre-axe) aux cellules de la portion grise du nevraxe ou 
nevraxe gris (Cli. ftobin, Programmes du cows d histologie, 2 e edit., Paris, 
1872, iri-8, p. 309), constitue ce qu on appelle Yorigine re elle des nerfs. 

Sur les vcrtebres completement formees, adulles on non, le nevraxe gris est 
represente par un prisme irregulier de substance grise, c est-a-dire formee 
seulement de cellules nerveuses, des fibres on cylindres-axes qui en partent, de 
substance amorphe et de vaisseaux (voy. MOELLE EPINIERE [De velopperrient], 
p. 532). II s elend du bout infe rieur de la moelle e piniere jusqu a la partie 
anterieure du cerveau, a 1 extremite anterieure du septum lucidum. Dans toute 
cctte etcndue il donne ou recoil les origines reelles de tous les ncrfs periphe*- 
riques et au niveau de chacune de ces origines il appartient ainsi en quelque 
sorle, comme ces nerfs, aux appareih dans lesquels ils sonl comme nous 1 avons 
deja dit. L appareil de la pensee est done represente, non par cet axe gris, 
mais par les organes cerebraux et cerebelleux, qui surgissent au-dessus de lui 
d une maniere si distincte. Dans loute la longueur de la portion de cet axe qui 
occupe le centre de la moelle e^iniere, il est prisinatique a 4 faces canneltes et 
a 4 angles saillants. De la le nom de comes ante rieures et posterieurcs que 
ces angles prennent d apres leur aspect sur les coupes transvcrsales de la moello 
(voy. MOELLE EPINIERE, p. 277). 

Ce prisme s elargit au niveau du bout infmeur des corps olivaircs et une 
partie de sa substance s eparpille dans la substance blanche de la moelle allongee 
et de la protube rance (voy. MOELLE ALLONGEE). A partir du bee du calamus 
scriptorius, son canal reste ouvert en arriere et il s etale en tapissant le plan- 
cher du 4 e ventricule (voij. CERVELET). II se reconslitue en prisme canalicule a 
4 pans formant Yaqueduc de Sylvius au-dessus de la protuberance et des 
pedoncules cerebraux, tapisse les faces du 3 e ventricule, donne au devant de 
lui de la substance au tuber cinereum, puis se termine en s etalant comme 
paroi du septum lucidum jusqu a son extremile anterieure. 

Dans la moelle e piniere les centres, noyaux, renflemenls ou ganglions internes 
d origine re elle des nerfs peripbeiiques, sont representes par les saillies non 
interrompues des quatre aretes de la colonne qui forme le nevraxe gris ; ces 
saillies sont pourtant vendees d espace en espace au niveau nieme de chaque 
origine ou racine reelle, et proportionnellement au volume des renQements 
lombaire et cervical. 

La jonction dc cylindres-axes formant ces racines intra-spinales peut etre 
vue en continuite de substance reelle avec les cellules qui composent essentiel- 
lement les centres profonds d origine des nerfs, malgre les doutes eleves par- 
fois sur ce point (voy. MOELLE EPIKIERE, p. 290). 

Inutile de parler ici des autres cylindres-axes de ces cellules, commissuraux 
et autres, qui les rclient dans les principales directions avec leurs homologues 
et avec les tubes a myeline ascendants et descendants; et ainsi encore pour 
ceux qui etablissent des connexions anatomiques de continuite du nevraxe fn-j s 
avec les cellules des substances grise cere belleuse et cerebrale (voy. MOELLE 
EPIMERE, pour les differences existant entre ces diverses sortes de cellules ner 
veuses centrales). 

Les aretes ou comes posterieures du prisme gris spinal sont en quelque sorte 



M SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

termine es par ua rcnflement, ovoi de de haul en has, dont le centre est un peu 
au-dessous du plan passant par le bout du bee du calamus. G est le rcnfle 
ment ou noyau d origine reelle du pneumogastrique, dit parfois le nceud 
vital. 

Un peu au-dessus et en avant du bee du calamus, presque encore dans la 
direction des aretes anterieures du nevraxe gris, siegent de chaqne cote, au niveau 
a peu pres du bas de 1 olive, les amas des grosses cellules d origine reelle de 
I hypoglosse; ils ont environ le volume d une tete d epingle. Des fascicules de 
cylindres-axes en partent, plus ou moins epars ou disposes en bandelette, et 
traversent le bulbe en croisant ses faisceaux jusqu a ce qu ils gagnent le point 
superficiel d emergence. G est de la sorte que se comportent toutes les origines 
re elles, avec des differences en rapport avec leur volume et avec un ton plus 
mat lorsqu il s agit des centres et des fdaments moteurs que lorsque ce sont des 
origines de racines sensitives. 

Le centre d origine du glosso-pliaryngien est sur le meme plan horizontal 
que celui de I hypoglosse, pres de lui, mais plus en arriere et plus loin de la 
ligne medians. Ses fascicules n ont qu un court trajet a faire pour cmerger 
(voy. de plus FACIAL, MOELLE ALLONGKE. Luys, Rech. sur le syst. nerveux 
ce rebro-spinal , Paris, 1865, in-8 et atlas. Duval, Journal d anat. et de 
physiologic, 1877, pi. X et XI, XXX et XXXI, et 1878). 

L origine reelle du moteur oculaire externe ou 6 e paire est encore un ren- 
flement du nevraxe gris, presque sur le plan passant par le point de I origine 
apparenle, mais loin en arriere, puisque il est a 1 millimetre ou 2 en avant du 
plancher du 4 e ventricule. 

Les renflements d origine, moteur et sensitif, du trijumeau, sont au niveau 
de la coupe tranchant la protuberance au milieu dc 1 intervalle qui separe son 
emergence de celle de 1 acoustique. 11s sont a 2 ou 3 millimetres au devant du 
plancher du 4 e ventricule. Le centre sensitif, plus gros, est un peu en avant de 
1 autrc et plus en dedans vers la ligne mediane. 

Les renflements du nevraxe gris formant I origine du nerf palhe tiqiie sont de 
chaque cote de 1 aqueduc de Sylvius centre la substance grise qui le tapisse, 
Ceux du moteur oculaire commun sont au devant de 1 aqueduc pres de la 
ligne mediane au niveau de I origine apparente de ces memes nerfs. 

Les trois nerfs craniens ou encephaliques a joindrc aux neuf precedents en 
different notablement. Ge sont : 1 olfactif, 1 oplique et 1 acoustique. Tous trois 
apparaissent embryogeniquement sous forme de diverticulums creux ou vesi- 
culaires, qui graduellement avec les progres de 1 evolution embryonnaire se 
reduisent a 1 etat de lames ou cordons pleins, racines rampant a la surface 
du cerveau ou de la protuberance avec etalement fasciculaire (olfyclif, acous- 
tique) ou membraneux de leur partie terminale extra-cranienne (retine). Les 
nerfs olfactifs sont des diverticulums des parois des ventricules lateraux du 
cerveau anterieur; les optiques sont leurs homologues du 5 ventricule dans le 
cerveau moyen ; les acoustiques dont 1 etat vesiculeux dure peu et, sous un 
moindre volume, derivent du 4 e ventricule du cerveau posterieur (voy. NERVEUX, 
p. 510). 

L origine reelle du nerf ou bandelette acoustique reste directement en rapport 
avec le nevraxe gris au niveau de son origine apparente sur le plancher du 
4 e ventricule (voy. MOELLE ALLONGEE, p. 524). Meme remarque pour les ban- 
elelettes des nerls optiques se delachant des corps quadrijumeaux et des corps 



SYSTEMES AMTOMIQUES OU ORGANIQUES. 57 

genouilles, tons depcndanccs du plan superieur on poslericur du ne vraxe gris. 

Quant an nerf ou lobe olfactif, 1 origine reelle de sa racine interne est la 
substance grise du bord inferieur du septum lucidum, extremite terminate 
anterieure du nevraxe gris. L origine reelle de la racine externe est dans la 
substance d un gris rougeatre de la portion interieure des lobes sphenoidaux. 

Ainsi partout l originc reelle des nerfsest decelee par des groupes ccllulaiivs 
distincts sur le nevraxe gris, avec ou sans renflement de cet axe, groupes 
cellulaires en nombre egal a celui des ratines ou bandelettes fibrcuses d ori- 
gine, taut sensitives que motrices ; bandelettes fasciculaires qui, apres avoir 
traverse les fnisceaux, soil de substance grise, soit de tubes blaucs, qui sepa- 
rent cette origine de la surface des centres nerveux, emergent a cetlc surface ; 
elles le font, soit isolement, soit avec accolement du faisceau ou bandelette 
sensitif ou moteur. Le point d emergence est dit origine apparente ou super- 
ftcielle des nerfs. C est au point d emergence meme que le cyliudre-axe presente 
a la fois la coucbe de myeline et la gaine propre ou de Scliwann qui lui man- 
quaient jusque-la. G est ici encore que les tubes ainsi composes se trouvent reunis 
plusieurs ensemble en faisceaux primitifs reels ct enloures par la gaiue de rcn- 
forcement qui leur est propre, le perinevre (voij. Cli. Robin. Mem. sur le peri 
nevre [Archives gene r. de me decine. Paris, 1854, in-8, t. IV, p. 325]), gaine 
tenace non extensible, ni elastique, n ayant, de plus, aucun des caracteres chi- 
miques ni d origine embryonnaire offer Is par le tissu cellulaire. L ignorancc dr 
ces donnees peut scule faire repeter 1 erreur consistant a la considerer comme 
lormee par ce tissu. G est a la gaine propre a chaque tube periplierique et au 
perinevre enveloppant cbaque faisceau de tubes que, les nerfs peripheriques 
doivent surfout leur resistance comparativement a ceuxdu tissu nerveux central, 
qu ils en soient ou non la continuation directe. 

On appelle ratines nerveuses super fie idles ou exte rieures tout ensemble de 
ces faisceaux primitifs, dils aussi radicules, ensemble suivi depuis son emer 
gence du nevraxe jusqu a sa sortie du crane ou du racbis; elles sont simples 
on doubles pour cbaque nerf pris a cette sortie. Les premieres sont au nombre 
de 10, savoir : 5 transmeltant la sensibilile (olfactif, optique, acoustique, 
pneumogastrique, glosso-pharyngien), et 5 la motricite (moteur oculaire com- 
mun, pathetique, rnoteur oculaire externe, spinal, hypoglosse). 

Les autres ratines sont doubles pour chaque nerf extra-cranien ou racbidien, 
distinguees en poste rieures ou sensitives et anterieures ou motrices, se 
reunissant en nerfmixte vers la sortie de la cavile cepbalo-racliidienne au dela 
du ganglion que porte chaque racine posterieure ou sensitive. 11 y a 2 de ces 
racines doubles sortant du crane (trijumeau et facial [voy. FACIAL]), et -"1 
venant de la moelle epiniere, pour les nerfs dits rachidiens, d apres leur 
origine et leur sortie intervertebrale (1 article NERFS RACHIDIENS qui devrait 
donner ces details manque a sa place; pour les dispositions de ces racines, voy. 
MOELLE EPINIERE, p. 270, et MOELLE ALLONGEE, p. 509). Notons que les racines 
poste rieures, sensitives ou ganglionnaires, ne traversent pas le ganglion qu elles 
offrent aussitot avant de melanger leurs faisceaux primitifs a ceux de la racine 
anterieure motrice ou non ganglionnaire correspondante; contrairement a ce 
que repetent beaucoup d auteurs a cet egard, chaque tube de la rjcine perd sa 
myeline en arrivant a la cellule ganglionnaire ; son cylindre-axe s umt a la 
substance de cette cellule, mais ne la traverse pas, puis le cylindre-axe, la 
myeline et la gaine dc Schwann, se reconstituent au pole oppose comme si le 



58 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

ganglion reprc senlait un centre lei que ceux du uevraxe gris, el de la 11 se 
dirige sans inlerrnplion vers la pcau et les muqueuses (voy. Ch. Robin, Mem. 
sur la structure des ganglions nerveux cles verlebres, Proces-verbaux de la 
Soc. philomatique, Paris, 1847, in-8, p. 43 et 68, et Comptes rendus des 
seances de VAcad. des sciences, Paris, 1847, in-4 u , t. XXIV, p. 1079). 

Le volume des racines et des cordons nerveux qui leur font suite est pro- 
portionnel aux surfaces culanees, muqueuses, etc., dans lesquelles ils se dis- 
tribucnt, bicn plus qu a la masse ou au poids meme des organes. C est ainsi 
que, malgre la predominance considerable du poids total du systeme muscu- 
laire (p. 39) sur les autres systemes, partout il y a une predominance dans 
le volume des racines, des ganglions et des cordons sensilifs, comparativement 
aux ncrfs moteurs qui leur correspondent. Ce fait tient surtout ici a ce que 
chaque faisceau musculaire strie ou primilif nc recoil que la terminaison d un 
seul tube ncrveux, vers le milieu de sa longueur ou environ, et n est pas accom- 
pagne par celui-ci dans toule son elendue (voy. MUSCULAIRE, p. 590 et 591). 

II resulle de la que, d un faisceau strie a 1 autre, on ne trouve au meme 
niveau ou a peu pres que les tcrminaisons des 4 a 10 tubes, ou environ, venant 
du meme faisceau nerveux primitif. II faut cnsuite s eloigner plus ou .moins 
dans un sens ou dans 1 autre pour trouvcr les terminaisons du faisceau voisin, 
et ainsi de suite. En divisant en qualre parties la longueur d un muscle on ne 
trouve tres-gcncralemcnt des terminaisons nerveuses que dans les deux parties 
moyennes et point dans les deux quarts extremes. C est ce que Ton constate du 
moins dnns les muscles minces, tels que ceux de 1 ceil et sus ou sous-hyoi diens 
des batracicns et des souris, pouvant etre porte s en entier sous le microscope. 
Mais on conslate en meme temps que, contrairement a ce qu ont avauce quel- 
ques auteurs, il n existe pas des faisceaux s tries normalement de pourvus de 
terminaisons nerveuses molrices. 

Ainsi, qucllc que soit la longueur d un faisceau strie, il suffit que 1 action 
motrice nervcuse, quelle qu en soit la nature propre, volontaire ou non, soit 
exercee sur un ou deux points de la longueur pour qu elle s etende a toute la 
longueur de ce faisceau (voy. 1 art. FORCES, p. 478). II y a d autre part sans 
doute aussi quelques tubes sensilifs donnant aux muscles la sensibilite propre 
qu ils manifeslent sous 1 influcnce du choc, de la torsion, etc. 

Les nerfs ont loujours une direction recliligne et non flexueuse. S ils se con- 
tournent parfois, comme dans le cas des ncrfs recurrents, c est que les phases 
de 1 evolution foetale ont amene la crosse de 1 aorte dans le thorax, alors que 
primilivement le nerf passait en droite ligne au-dessous d elle pour se rendre 
au larynx qui resle a sa place originelie. 

Ces parliculariles relatives a la direction rectiligne des nerfs tiennent a ce 
que ce sont des organes pleins, tenaces et non extensibles. Elles tiennent a ce 
que, en raison de cequi precede, leur allongement n a pas lieu par extensibilite 
physique, mais par developpement ou accroissement assimilateur, plus en lon 
gueur qu en epaisseur. C est ainsi que, lorsque 1 ectoderme ct le mesoderme 
encore minces sont accolcs au nevraxe qui vient de se former, les cylindres-axes 
venant des cellules de celui-ci arrivant deja au contact des extremites peu 
eloignees du moignon des membrcs prennent peu a peu la longueur du scia- 
tique, etc., non par etirement physique, mais par croissance organique pro- 
prement dile (voy. GENERATION, p. 412 et DEVELOPPEMENT). 

Nous savons que les faisceaux piimitifs un peu ecarles dans les origines 



SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 59 

a pparentes des nerfs se trouvent bientot unis en cordons reels par accolement 
de ces faisceaux que maintient le nevrileme. 

Dans leur trajet extra-rachidien ces cordons se subtlivisent en branches de 
plus en plus peiites par simple ecartement d un certain nombre de ces faisceaux 
qui prennent une direction aulre que celle du tronc. Ce n est que lorsque ces 
e*cartements successifs ont reduit les rarauscules a ne plus ctre formes que par 
un seul faisceau primitif que celui-ci meme offre des bifurcations du pcrinevre 
entourant des tubes de moins en moins nombreux. II est de ces tubes en fin 
qui se subdivisent a leur touravant de se terminer (voy. MUSCULAIRE, p. 590). 

Souvent certaines- branches d un nerf vont sc joindre a un autre, soil moteur, 
soil sensitif : c est ce qu on appelle des anastomoses. Elle nc consistent pas en 
une soudure des tubes, ni des faisceaux primitifs entoures de leur perinevre, 
mais en un simple re accol ement de ces faisceaux que la contiguite reciproque 
et le nevrileme tiennent unis. 

Quand, au dela de cette disposition, un ou plusieurs troncs se diviscnt, puisse 
reaccolent de nouveau une ou plusieurs fois, il en resulte des plexus, circonscri- 
vant des mailles ou espaces allonges plus ou moins grands et plus ou moins 
nombreux. Ces brandies a anastomoses multiples du plexus donncnt ou non 
elles-memes des filets aux organes voisins et reconstituent des troncs nerveux 
gagnantvers la pe ripherie en se divisant simplemenl. 

L observation monlre que des la naissance il y a autanl < ( elements nerveux, 
representes au moins par les cylindres-axes, que dans toute periode ulterieurc 
de la vie. Les changements qu ils offrent avec le temps portent sur leur de velop- 
pement (voy. DEVELOPPEMENT), noh sur leur generation qui est deja effectue e. 

Ces branches, ces plexus, etc., constituent ainsi autant d organes premiers 
distincts dont il n y a pas lieu de donner la description dans cet article. 

11 est incontestable qu il existe des homologies entre les nerfs des membres 
superieurs et inferieurs, de meme ordre que celles qui sont offertes par leurs 
os et leurs muscles. II en existe d abord entre leurs plexus, qui tous deux ont 
des branches afferentes ou constitutives et des branches efferentes ou de distri 
bution. Le nombre de ces branches est en rapport avec 1 eteiidue et le volume 
des organes sensilifs ct moteurs auxquels se distribuent ces branches afferentes. 
II n est, du reste, pas ne cessaire de conduire ces comparaisons jusqu a 1 examen 
de chacune de ces dernieres en particulier. 

Quant aux rapports des troncs nerveux avec les os, les vaisseaux et les 
muscles, ils sont une consequence de lamaniere dont naissent et se de veloppent 
ces parties (voy. ORGANE, p. 493 et suiv.). 

3 Le systeme nerveux sympathique ganglionnaire, de la vie vegetative, 
visceral ou a filets gris, est aussi represente par 1 ensemble des groupes 
d organes premiers distincts que constituent les cordons d origine, les ganglions, 
les plexus et les filets gris intestinaux, ulerins, vesicaux, vasculaires ou vaso- 
moteurs, etc. 

De meme qu il y a deux systemes nerveux peripheriques semblables, un 
droit et un gauche, il y a deux systemes ganglionnaires, un droit et un gauche 
egalement; mais ils ne naissent pas directement de la moelle epiniere; ils se 
detachent secondairement, hors de la cavite cerebro-rachidienne, des nerfs 
sortis des trous de conjugaison. Chacun de ces nerfs rachidiens donne de une 
a quatre racines se rendant a Un ganglion intercostal correspondant. Ces 
ganglions unis Fun a 1 autre par un filet nerveux forment p ar cet ensemble un 



60 SYSTEMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 

cordon longitudinal, que d espace en espace renflent les ganglions, applique a 
droite et a gauche sur toute la longueur du rachis, de la base du crane jusqu a 
la base du coccyx. Ceux qui considerent ce cordon comme la parlie centrale du 
grand sympatliique appellent 1 ensemble de ses racines soil partie efferente 
externe, soil partie affe rente. La partie efferente est 1 ensemble des branches 
qui en partent pourse rendre aux visceres, etc. 

Tandis que les deux moities du systeme nerveux pcripherique restent partout 
sans se reunir, les deux moities du grand sympatliique, si distinctes a leur 
origine, s unissent par leurs branches efferentes sur la ligne medians en plu- 
sieurs points des cavites tlioracique et surtout abdominale. Elles forment la des 
plexus tres-compliques pourvus de ganglions envoyant des branches aux vis 
ceres, le long de leurs vaisseaux qu elles enlacent d anastomoses sur fibres-cel 
lules desquels se terminent les fibres ncrveuses. 

Notous de plus que les cordons longitudinaux droit et gauche s anastomosent 
vers la base du coccyx ct entourent de leurs rameaux par leur autre extremite 
les arteres carotides primitives et vont s anaslomoser ensemble dans le crane 
sur la communicante anterieure de 1 hexagone de Willis. 

Dans les racines que chaque nerf spinal envoie au ganglion du cordon longi 
tudinal, il y a toujours une ratine blanche formee de tubes nerveux a 
myeline. Les autres racines sont grises, formees de fibres de Remak, accompa- 
gne es de quelques tubes blancs, mais en trop petit nombre pour enlever au 
nerf sa couleur grise. Parmi les branches efferentes, le grand splanchnique et 
quelques filets cardiaques sont blancs. Toutes les autres branches sont d un gris 
plus ou moins prononce ou plus ou moins blanchatre, selon la proportion des 
tubes nerveux proprement dits qui se trouventau milieu des fibres grises .ou de 
Remak (voy. SYMPATHIQUE). 

Quant aux nombreux ganglions du grand sympathique, ils sont formes comme 
les organes homologues du systeme nerveux peripherique. Seulement, leurs 
cellules sont multipolaires au lieu d etre principalement bipolaires. De plus, 
pour un cylindre-axe qu elles recoivent de la moelle epiniere par 1 intermediaire 
des nerfs spinaux, ou des ganglions du cordon longitudinal , s il s agit des 
ganglions des plexus solaires et autres, elles en envoient deux ou. un plus grand 
nombre vers les organes pcripheriques. De la vient que d un ganglion sympa 
thique on voit partir un volume de branches nerveuses plus considerable que 
celui des rameaux qui s y rendent. 

De la vient, en un mot, que, contrairement a ce qui a lieu dans le systeme 
nerveux peripherique, 1 ensemble des branches de distribution du sympathique 
offre un volume qui 1 emporte de beaucoup sur celui des racines qui relient le 
cordon longitudinal ou limitrophe du rachis a la moelle, par 1 intermediaire 
des nerfs spinaux. 

Les attribute du systeme nerveux sont tous d ordre organique ou vital et 
concernent la mise en relation incessante de 1 etre qui a des nerfs avec les objets 
qui 1 entourent, a 1 aide des nerfs blancs sensilifs proprement dits et avec ses 
, propres visceres par le grand sympathique; cette relation des objets exterieurs 
avec les centres nerveux est double en ce qu elle est suivie d une reaction invo- 
lontaire sur ces objets par I intermediaire des filets moteurs du grand sympa 
thique quand il s agit des visceres, et d une reaction volontaire par 1 interme- 
diaire des nerfs moteurs lorsqu il s agit des objets du dehors. 

Bienplus encore que le systeme musculaire, le systeme nerveux donne aux 



SYSTfiMES ANATOMIQUES OU ORGANIQUES. 61 

animaux des attributs qu ils possedent seals, a 1 exclusion des plantes et des 
corps bruts. A cet egard, ees attributs meritent quelques details de plus que 
les autres. 

La nevrilite, y compris la volition ou propriete de penser, est immanente au 
tissu nerveux parvenu a un certain degre devolution et place dans certaines 
conditions de pression, de temperature, de nutrition, absolument comme la 
contractilite est inheVente aux muscles. Elle entre en action : 

1 Sous 1 influence des diverses impressions exercecs sur les extremites 
nerveuses, impressions transmises par les cordons et plexus dusysleme nerveux 
peripherique avec elaboration ganglionnaire et dans la substance grise 
spinale. 

La il pent y avoir influence directe sur les cellules motrices et moiivement 
automatique, reflexe ou diastaltique, repercute sur les muscles par les cordons 
moteurs ordinaires et sympathiques sans aller jusqu au cerveau. G est la ce qui 
a lieu pour toute la scrie des actions motrices intestinales, excretrices et vaso- 
motrices transmises par le grand sympathique, parvenant toutes aux parties 
donees dc nevrilite centrale volontaire, que I impression en ait etc percue ou 
non. Oubien I impression est transmise paries faisccaux posterieurs jusqu aux 
couches optiques, centres de perception. La, il y a successivement elaboration 
speciale de nature inconnue et transmission a telle ou telle circonvolution selon 
1 ordre ^ impression produite, transmise, puis perdue. 

Dans les circonvolutions, il y a des centres distincts d elaboration tant de 
pensee instinctive en rapport avec les tubes sympathiques ou des visceres 
internes que relative a 1 intelligence. 

Ces organes localises ou distincts, mais solidaires, ne sont bien connus 
que pour celui de la conception des signes du langage articule, que pour la 
troisieme circonvolution frontale (voy. APHASIE). Les autres sont a rechercher 
encore ou ne sont determines que par hypothese. Leur determination est a 
faire dans la substance grise seulement, soil par 1 etude des lesions, soil par 
experience. 

L elaboration instinctive s accomplil sous 1 influence d imprcssions viscerales, 
comme on le voit nettement par 1 exces des impressions generates ct 1 aberra- 
tion des impressions des hypochondriaques. 

2 Les centres d elaboration ou organes premiers encephaliques localises 
peuvent entrer en action spoutanement, c est-a-dire sous 1 influence de la repe 
tition spontanee d un acte deja accompli (memoire), ou par cliangement d etat 
moleculaire des cellules, du a la nutrition graduelle, ou a la fixation momentanee 
de quelque principe accidentel, comme 1 alcool, ceux de l opium,etc., emprunte 
par ellesau sang, de la meme manierequ uncourant electrique ou 1 imbibitiou 
des muscles en suscite la contraction. 

Dans ces actions elaboratrices se manifeste 1 influence de la quantite ou 
volume des organes premiers du systeme nerveux central, de leur qualite mole 
culaire, soit sur un meme individu suivant qu il est bien ou mal nourri, avec 
un sang porteur ou non de certains principes, soit d un individu a 1 autre 
suivant qu il est bien ou mal constitue moleculairement au point de vue de ces 
cellules multipolaires. 

L importance de 1 etude des changements d etat mole culaire des cellules 
multipolaires, sans changements visibles de structure, etc., peut exister dans 
les cas d alienation, etc., dits sans lesion. G est a ces changements materiels, 



62 SZERLECKI. 

mais mole culaires, que sont analogues ceux qui causent le delire dans les 
meningites, les maladies generates diverses, etc. 

Les organes premiers des circonvolutions elaborent, pensent, ont des idees, 
confoivent, conseillent 1 activite, 1 cxecution en paroles, en gestes, en signes 
ecrits, en action, entramant la necessite de la locomotion, mais sans la susciter 
necessairement. 

3 La notion de 1 execution est transmise aux corps stries, au cervelet, qui 
suscitent et dcterminent 1 accomplissement moteur et sa coordination; celle-ci 
est transmise du dedans vers les muscles par les faisceaux antei ieurs de la 
moelle et par les nerfs moteurs peripheriques qui en deriveut. 

II y a anatomiquement ainsi une separation entre le pouvoir qui concoit ou 
conseille, et le pouvoir qui execute. De la un abime entre la conception et 
1 execution, et si le cervelet est mal constitue ou lese, il y a debilite, hesitation 
ou absence de coordination dans les mouvements et autres actes concernant 
l ex(jcution. 

Ainsi, de meme que le systeme musculaire ne con^titue pas un appareil, ne 
remplit pas une fonction, mais distribue les deux modes de la contractilite aux 
appareils digestif, urinaire, circulatoire, phonateur et de la locomotion, c est 
une erreur de dire que le systeme nerveux remplit des fonctijns, celles 
d innervation. II ne fait aussi que rcpartir d une part la sterilite dans 
1 economie et concouiir aux fonctions ci-dessus et autres, soil directement, soil 
en les rendant solidaires ou sympatbiques, et, d autre part, il compose par ses 
principales parties similaires les organes fonrlamentaux de Yappareil cerebral, 
dont la fonction est la pensee ou volition, qui a plus encore de modes divers que 
la locomotion ou la phonation (voy. FONCTION). Si, en effet, 1 innervation etait 
une fonction et une fonction du systeme nerveux, il n y aurait pas lieu d en 
separer les cinq fonclions sensorielles, dans lesquelles pourtant on ne peut nier 
les actes d innervation, pas plus du reste que dans les fonctions dans lesquelles 
intervient la contractilite, telles que la locomotion et 1 expression, tant phona- 
trice que mimique. GH. ROBIN. 



. Voyez les auteurs cites dans le cours de cet article et BICHAT, Anatomic 
generate, t. I, 1801. CH. RODIN. Tableaux d anatomie. Paris, 1850, in-4% tabl. I et VI. - 
Du MEME. Lemons sur les systemes anatomiques. In Journ. de I Ecole de mc d. Paris, 1875- 
1876, in-8, p. 1. R. 

XYSTOL.E (de o-uireXXw, je contracte, je resserre). Mouvement de con 
traction du coeur (voy. GCEUR). D. 

SYSTOLIDES. Voy. ROTA.TEDRS. 



JAMBOLA^IUM. G est sous ce nom que M. Baiiatvava designe 
une plante de la famille des Myrtacees dont le fruit astringent est employe dans 
les Indes centre la glycosurie (Gaz. hebd. de me d. et de chir., 1883, p. 274). 
On y reviendra au mot JAMBOSE. D. 

SZERLECKI (ALFRED-STANISLAS). Medecin distingue, naquit en 1811 dans 
une petite ville de la Pologne. Chasse en 1850 par les evenements politiques 
dont sa malheureuse patrie etait le theatre, il vint en 1833 se re fugieraMulhouse; 
il avail commence ses etudes medicales a Varsovie ; il les termina a Fribourg en 



SZKLENO (EAUX MINERALES DE). 65 

Brisgau, ou il prit le diplome de docteur en 1834 ; apres quoi il habita 
Strasbourg pendant un an et y redigea le Journal pharmaco-di/namique. Enfin, 
en 1855, il vint se fixer defmitivement a Mulhouse. En 1839, Szerlecki fut 
nomme membre honoraire de la Faculte de Montpellier et la meme annee il 
obtint a un concours institue par le Bulletin de therapeutique , a Paris, un prix 
consistant en une medaille d or et des ouvrages scienlifiques ; comme juges 
figuraient dans ce concours Ricord, Malgaigne, etc. Ce savant praticienexerca son 
art jusqu a sa mort, qui arriva a Mulhouse le 17 mars 1884. II etait membro 
des societcs de medecine de Bruxelles, d Anvers, de Bruges, de Cracovie, 
d Erlangen et de Montpellier. Le Journal d" Alsace, auquel nous avons emprunle 
la plupart de ces details, signale dans le caractere de Szerlecki les deux qualites 
essentielles suivantes: son amour ardent pour ses deux patries d origine et 
d adoption, la Pologne ct la France, et 1 inepuisable charite de son coeur; il 
prodigua soins, consolations et secours, sans s occuper d un salaire problema- 
tique et d une reconnaissance douteuse. Aussi est-il mort sans fortune. Son fils 
continue ses traditions a Mulhouse. 
On a de Szerlecki : 

I. Tractatus inauguralis fracturae colli femoris, cui annexa at observalio rarissima de 
ossium mollitie. Friburgi Brisgaviae, 1834, pr. in-4", fig. II. Diclionnaire abrege de 
therapeulique , etc. Mulhouse et Paris, 1836-1837, 2 vol. in-8". Deux confrefagons parurenl, 
1 une a Bruxelles, 1 autre a Leipzig. Edit, allem. : Handivorterbucli der Ileilungslehre, etc. 
Stuttgart, 1838-1841, 2 vol. gr. in-8. III. Monographic iiber den Tabak, dessen Ein- 
wirkung an f den menschlichen Organismus und Heilkrafte, etc. Stuttgart, 1S40, gr. in-8" 
(c est le memoire couronne a Paris auquel on a fait allusion plus haul). IV. Die Dldhungs- 
krankheiten, Magenblahwigen, Emphysem, Windkolik, etc. Stuttgart, 1841, gr. in-8". 
V. II collabora aux Schmidt s Jahrbilcher, et publia divers articles dans le Journal de* 
connaissances medicates, Graefe s und Walther s Journal der Cliirurgie, etc. L. UN. 

SZKLENO ou SKLENO (EAUX MtNERALES DE). Hyperthermalet ou proto- 
thermales, sulfate es calciques ou magne siennes moyennes, carboniques forte*. 
En Hongrie, est un petit bourg compose d une dizaine de maisons d une 
assez cbetive apparence, a 357 metres au-dessus du niveau de la mer. On se rend 
de Yienne a Szkleno par le chemin de fer de Pesth ; il faut s arreter a la station 
de Gran-Nana, d ou une voiture publique transporte en cinq heures les voyafreurs 
a Schemnitz. Le maitre de la poste de celte ville fournit une voiture qui con 
duit a la station de Szkleno en deux heures et demie, elle suit la route de 
Kremnitz qui traverse des montagnes et des vallees au milieu desquelles on 
apercoit, a chaque instant, 1 entree des mines d or, d argent, de cuivre, de fer, 
de malachite, de mercure, de zinc, d antimoine et meme de diamant, qui se 
trouvent reunies ou souvent tres-rapprochees les unes des autres. Les coteaux 
voisins de Szkleno, d un aspect riant et varie, fournissent de charmantes excur 
sions aux baigneurs et a leurs families qui ne trouvenl a cette station, en 
dehors de leurs relations intimes et particulieres, que la distraction de soire es 
musicales, organisees a la salle de conversation, fortpeu somptueuse d ailleurs, 
par les Bohemiens qui chaque matin executent des valses el des morceaux 
extraits d operas allemands ou etrangers. La saison commence le l er du mois 
de mai et finit vers le 15 septembre. Les variations de la tempe rature, elevee a 
midi, et froide le matin et le soir, doivent faire prendre aux rhumatisants sur- 
tout, qui viennent se trailer a Szkleno, de plus grandes precautions que dans 
les lieux ou les cliangements thermometriques sont a peine differenls a loutes 
les heures de la journee. 



64 SZKLENO (EAUX MINERALES DE). 

On trouve a Szkleno une particularity qu on ne rencontre nulle part ailleurs 
d une maniere aussi tranche e. II y existe un grand nombre de pierres poreuses 
qui ressemblent a de la pierre ponce, ou plutot a de la pierre meuliere. Ces 
purifications ne sont autre chose que le depot des eaux, elles forment progres- 
sivement ce tuf calcaire peu solide d ailleurs, dont tous les canaux des fon- 
taines sont tapisses. Les sources de Szkleno sont au nombre de buit et elles 
sortent toutes de la montagne ou est batie 1 eglise. Une seule est employee en 
boisson, toutes les autres le sont en bains et en douches. II n y a a Szkleno 
qu une seule baignoire et une salle de douches. Les bains se prennent dans des 
piscines construites sur les sources memes, et Jes hommes et les femmes s y 
baignent ordinairement aux memes heures. Deux des piscines sont re scrvees 
aux pauvres et aux ouvriers des mines qui ont leur hopital particulier a 
Szkleno. Les autres piscines ont recu les noms qui suivenl : le Herrenbad 
(bain des hommes), Zipserbad (bain de Zipser), Prinzenbad (bain des princes), 
Kaiserbad (bain de 1 empereur), Schwitz-bad (bain de la sueur), Armenbad 
(bain des pauvres) et Spitalbad (bain de 1 hopital). L etablissement de Szkleno 
laisse beaucoup a dcsirer sous le rapport de rinstallalion et du confor- 
table. Les sources de Szkleno sont ainsi nommees : Kreuzr/uelle (source de 
la Croix), Josefsquelle (source de Joseph), Wilhelminenquelle (source de 
Guillelmine), die Quelle im Chirurgus Garten (la source du jardin du chi- 
rurgien), die Atielle im Schulmeister Garten (la source du jardin du maitre 
d ccole), Pfarrhofquelle (source de 1 hotel de la Paroisse), die Quelle der 
Zipserbades (la source du bain Zipser) et die Quelle am Bache (la source du 
ruisseau). 

1 Kreuzquelle. C est la seule des sources thermales de Szkleno qui soil em 
ployee en boisson. Aussi est-elle captee et amenagee autrement que toutes les 
aulres. Un pavilion abrite sa fontaine. Les sources de cette station n offrent de 
difference que dans leur temperature, et trois d entre elles contiennent les 
memes principes, mais dans des proportions qui ne sont pas completement 
identiques. Nous donnons leur degre exact de chaleur et nous faisons con- 
naitre les elements qui les distinguent. Toutes les autres proprietes physiques 
et chimiques de ces eaux n ayant aucun point de dissemblance, nous nous 
contenlerons de dire les caracteres de la source de la Croix. L eau de cette 
source est transparente, claire et limpide, sans couleur, sans odeur, et sans 
gout particulier. Elle n a aucune action sur les preparations de tournesol. 
Sa temperature est de 51 centigrade, 1 air extcrieur marquant 19 centi 
grade; sa densite esl de 1,0022; son analyse chimique, faile en 1826 par le 
professeur Wehrle, de Schemnitz, a donne pour 1000 grammes d eau les 
principes qui suivent : 

Sulfate de cliaux 5,4)01 

magnrsie 1,5370 

Bicarbonate de chaux 0.2H3 

Silice 0,0455 

Chlorure de magnesium 0,0235 



TOTAL DES MATIEHES FIXBS 7,0284 

Gaz acide carbonique libre 100 pouc. cub. = 1 litre 827 

2 Josefsquelle. Sa temperature est de 43,5 centigrade, 1 air exterieur mar- 
quant 18,8 centigrade. Nous joignons son analyse chimique a celle de la source 
suivante. 



SZKLENO (EAUX MINERALES DE). 65 

5 Wilhelminenquelle. Elle ne fait monter la colonne thermometrique qu a 
23. 8 centigrade. L analyse chimique de la Josefsquelle et de la Wilhelminen 
quelle a ete faite en 1854 par M. le professeur Hauch, et 1000 grammes de 
1 eau de chacune de ces sources lui ont donne les principes suivants : 

JOSKI SQUELLE. WIUIKLMINENQUELLE. 

Sulfale de chaux 1.450" 1,2437 

- mapnesic 0,538*2 0,5177 

soude 0,1980 0,1308 

Bicarbonate de chaux 0,2370 0,1656 

magnesie 0,0038 0,0023 

osydc de fer traces. traces. 

Chlorure de magnesium O.OOoS 0,0023 

Silice 0,0420 0,1438 

Matiere extractive ct perte 0,0415 0,0i83 

TOTAL DBS MATIERES FIXES 2,4970 2,2565 

Gaz acide carbonique libre 100 p. c. = 2700 c.c. 73 p. c. = 2025 c.e. 

4 Die Quelle im Chirurgus Garten, temperature de 45, 8 centigrade. 

5 Die Quelle im Schulmeister Garten, temperature de 4S%8 centigrade. 

6 Pfarrhofquelle, temperature de 55, 5 centigrade. 

7 Die Quelle des Zipserbades, temperature de 46", 2 centigrade. 

8 Die Quelle am Bache, temperature de 47, 7 centigrade. 

EMPLOI THER.YPEUTIQUE. L eau de la Kreuzquelle employee en boissoii n est 
pas desagreable; on la prend a la dose d un a quatre verres le matin a jeun et 
a un quart d heure d intervalle. Quelques personnes recoivent du medecin qui 
dirige leur cure le conseil d y ajouter une certaine quantite de sel de Karlsbad. 
Lorsque cette eau est prise pure, elle a pour efi et physiologique principal de 
purger legeremeut, d augmenter les urines, d exciter les fonctions cutanees et 
de provoquer la moiteur, si ce n est la transpiration. On a essaye a Szkleno 
d employer la cure du soir et de faire prendre aux malades soil un, soit deux 
verres de 1 eau de la Kreuzquelle quelques instants avant le diner, mais on a 
ete oblige de suspendre cet usage, car il arrivait, au bout de quelques jours, 
que 1 appetit disparaissait, et meme qu il survenait des indigestions completes 
pendant la nuit. 

G est centre les maladies des organes qui servent a la digestion que les eaux 
de la Kreuzquelle sont le plus efticacement prescrites en boisson, et 1 analogie 
de la composition chimique de cette source avecla Kreuzbrunnen de Marienbad, 
qui contient a peu pres la meme quantite de sulfates, explique parfaitement 
pourquoi les eaux de ces deux Fontaines sont conseillees dans les memes affec 
tions du tube digestif et de ses annexes. II nous faudrait repeter en partie ce 
que nous avons dit en parlant de la source de Marienbad ; nous preferons ren- 
voyer a 1 etude therapeutique de la Kreuzbrunnen, qui donne une idee suf- 
fisante de i action de la Kreuzquelle de Szkleno. Nous devous faire remarquer 
cependant que les analogies de ces deux sources ne peuvent pas etre ab- 
solues, puisque 1 une est athermale et que 1 autre est hyperthermale au con- 
traire. Quoi qu il en soit, la Kreuzquelle est prescrite en boisson aux malades 
qui souffreut de dyspepsies, quelles que soient la forme et la nature de ces 
affections ; aux personnes qui ont fait abus des liqueurs alcooliques, aux "ens 
obeses, a ceux qui ont le cerveau congestionne a la suite de la suppression d un 
flux hemorrhoi dal, a ceux qui sont tourmentes par des migraines pe riodiques 
aux femmes qui eprouvent les accidents precurseurs, concomitants ou conse- 

DICT. E^C. 3 S. XV. tj 



66 SZKLENO (EAUX MINERALES DE). 

cutifs d une menopause difficile, aux malades en tin qui sont sous 1 influence 
d une syphilis latenle ou d une fievre intermittente dont le germe paludeen 
n esl pas completement detruit. 

Nous venons de dire sommairement quelles sont les indications et quels 
sont Ics effets therapeutiques des eaux de Szkleno prises a 1 intericur. II nous 
reste a signaler de quel secours sont les eaux de cet etablissement thermal em 
ployees en bains et en douches seulemcnt, ou concurremment avec le traitement 
interne. La cure par les bains des piscines de Szkleno est principalement 
utile dans les manifestations rliumatismales, quelle que soil la forme qu elles 
revetent. Elle est utile encore chez ceux qui presentent des ulcerations scro- 
fuleuses, et, si dans les affections arlhritiques il n est souvent besoin que de 
prescrire le traitement externe, il faut associer 1 usage de 1 eau en boisson, en 
1 bains et en douches, lorsque les malades ont une constitution scrofuleuse. C e9t 
encore 1 usage combine de la boisson, des bains et des douches, que reclament 
les anemiques et les chlorotiques qui viennent a Szkleno; ontraite egalement les 
appauvrissements du sang consecutil s a la cachexie des mineurs, cachexie depuis 
si longtemps signalde et docrite dans cette partie de la Hongrie. Les malades 
qui sont sous 1 influence d une intoxication metallique, de l empoisonnement 
saturnin ou mercuriel, par exemple, qui s observe frequemment a Szkleno, 
doivent prtndre les eaux en boisson, en bains et en douches. Cette station est 
bien placce d ailleurs pour recevoir les mineurs qui ont contracts les affections 
plombiques ou mercurielles tres-communes chez les ouvriers qui exploitent les 
filons d un amalgame ou d un alliage, d une combinaison hydrargyrique ou 
saturnine. Les bains sont a peu pres exclusivement presents aux femines qui 
viennent se soigner a Szkleno de maladies de 1 uterus ou de ses annexes. Les 
injections et les douches vaginales sont ordonnees dans les memes etats mor- 
bides. Enfin, c est la medication externe qui fait la base du traitement des 
maladies de la peau. Si les affections cutaneespapuleuses, squameuses et tuber- 
ouleuses, resistent souvent a 1 administration des eaux de Szkleuo, les derma- 
loses caracterisees par des vesicules cedent tres-souvent a une cure externe aux 
sources hyperthermales, sulfatees calciques ou magnesiennes de Szkleno. 

La duree de la cure est de vingt-cinq a trente jours. 

On nexporte pas 1 eau des sources de Szkleno. A. ROTUREAU. 

BIBLIOGRAPIIIE. TULLIUS (Jacobus). Epislola; intineraricc Szkleno. Amstelodami, 1700, 
epist. V, p. 100. BELIUS. Hungarice prodromus Szkleno, 1723. Vox CRANTZ. A. A. 
Skleno, 0. S. 164. WAGNEU. In M<:d. Jahrbiicher des k. k. Oesterr. Kaiserslaates. Szkleno, 
1819, Bd. V, St. 4, 13. GEIGER. Mayazin fur Pharmacie. Szkleno, Jahrg. IV, Bd. XVI. 
S. 125. LENGEL DE PRSEINYSL. Die Heilque lien und Bdder Ungarns. Pest, 1854. A. R. 

8ZLIACS (Prononcez SLIAGE) (E\ux MINERALES DE). Athermales, proto- 
thermales et mesothermales, carbonate es calciques moyennes, sulfatees cal 
ciques et magnesiennes moyennes, carboniques fortes, dans la Basse-Hongrie, 
dans le comite de Sohl, a 375 metres au-dessus du niveau de la mer, dans une 
ravissante position, au milieu d un pare delicieux au has duquel passe le 
Granfluss, petite riviere qui coule a 55 metres au-dessous de 1 etablissement 
thermal. Szliacs est connu encore sous le nom de Ribarer-Bad (il faut prendre 
a Vienne le chemin de fer de Pesth et s arreter a la station de Gran-Nana d oii 
une malle-poste passant par Schemnitz mene en deux heures a Neusohl. Une 
voiture particuliere conduit a 1 etablissement de Szliacs; elle passe entre 



SZLIACS (Eiux MINERALES DE). 67 

Schemnitz et Neusohl, a 1 kilometre de Szliacs). La saison commence le pre 
mier du mois de juin et tinit le quinze du mois de septembre. 

II n y a pas d autres maisons a Szliacs que celles qui sont destinees aux 
baigneurs, celles des deux medecins, et les pavilions qui abritent les sources 
.prises en boissons, les piscines et les bains de gaz. Toutes ces constructions 
sont elevees an milieu du parc, d oii 1 oeil se repose de tons cotes sur de ravis- 
sants paysages et ou Ton jouit d un air extremement pur. Les variations atmo- 
spheriques sont semblables a celles de Szkleno et de Vihnye (voy. ces mots] ct 
exigent les memes precautions. L etablissement de Szliacs, qui appartient a 
1 Etat, contient cinq piscines de grandeur et de temperature diflerentes. La plus 
vasle peut recevoir 30 et la plus petile 15 baigneurs, 4 des piscines se trou- 
vent sous la meme coupole et les personncs des deux sexes y sont recues a des 
lieures distinctes ; 20 cabinets se pares sont altenants a la piece des graudes 
piscines et communiquent avec elles au moyen d un panneau mobile que Ton 
ouvre, lorsque Ton est dispose a se mettre au bain. D autres pavilions ont etc 
batis pour abriter la 5 e piscine, les 8 baignoires isolees, les appareils de doucbes 
de toute forme, les bains de la vapeur des sources, et enfin les appareils pour 
1 emploi general et local du gaz acide carbonique. Les piscines sont dcsi"-nees 
seulement par un numero d ordre et 1 enorme proportion de gaz acide carbo 
nique libre qui se dega^e de 1 eau de quelques-unes est tellement conside 
rable, qu il serait impossible d y prendre un bain, si plusieurs personnes n etaient 
pas constamment occupees a agiter avec des drapeaux 1 air a la surface de 
1 eau, et a empecher 1 accumulation du gaz dans les couches inferieures dc 
1 air. Sans cette precaution, les baigneurs seraient asphyxies au bout dc 
quelques minutes. L eau de la piscine numero 1 a une temperature de 20 
centigrade, celle de 1 air etant de 14, 5 centigrade, et Ton a calcule qu elle 
met en liberte par minute 1794 pouces cubes qui egalent 48460 CC ,52 
de gaz acide carbonique. C est la proportion la plus considerable trouvee 
jusqu a ce jour dans une eau minerale. Cette piscine a 1 metre 50 centimetres 
de profondeur; la surface de son eau est constamment agitee par des bouillon- 
nements qui se font avec bruit. 11s ont lieu aux endroits ou la source trouve s:i 
liberte par les ouvertures pratiquees d espace en espace dans le plancher de 
bois qui garnit le fond de la piscine. Le bouillonnement de 1 eau fait une 
impression tres-agreable sur la peau et il est tellement fort qu il est difficile 
de pouvoir se tenir debout sur la partie du parquet par laquelle passe 1 eau 
de la source; il est impossible au moins d empecher la chemise jaune dont 
on est couvert de se gonfler comme un ballon, et Ton ne pourrait 1 obtenir 
rapprochee du corps. Une remarque interessante encore, c est qu il existe au 
milieu de cette piscine une source qui sert a 1 usage interne et a laqnelle beau- 
coup de baigneurs boivent pendant la duree de leur bain. Un instrument de 
i er-blanc, tres-simple et tres-ingenieux, serl a isoler momentanement cette 
source qui, comme plusieurs autres, alimente la piscine, lorsqu elle n est pas 
ainsi captee. Get instrument est une sorte de cone creux et renverse dont le 
pavilion s adapte aux ouvertures du plancher de la piscine et dont 1 anche esl 
au-dessus du niveau de 1 eau. Mais comment 1 eau de la source peut-elle msn- 
ter a la partie superieure de cet entonnoir renverse ? Le bouillonnement de la 
source eleve 1 eau dans le tube aussitot que le renflement itiferieur est rempli 
Le gaz acide carbonique s y accumule en meme temps, et ne tarde pas a sou- 
lever 1 eau jusqu a 1 orifice superieur d ou elle sort avec des intermittences 



68 SZLIACS (EAUX MCNERALES DE). 

t res-marquees. Lorsqu on veut quitter cetle piscine, il faut avoir soin de f;ure 
ventilerprealablement lapiece par laquelle on est entre, et par laquelle aussi on 
doit sortir pour regagner le cabinet de toilette. G est dans la piscine numero 1 
que se trouve le recipient qui contient le gaz acide carbonique conduit par 
des tuyaux au batiment du Gasbad. 

La temperature de la piscine numero 2 est de 28, 8 centigrade. Cetle eau ren- 
t erme beaucoup moins de gaz acide carbonique libre que celle de la piscine 
numero 1. L eau du bain commun nume ro 5 a une temperature de 27, 6 cen 
tigrade; elle contient beaucoup plus d acide carbonique que la precedente, 
mais beaucoup moins que la premiere. Les grosses bulles de gaz ne viennent 
s epanouir que d une maniere tres-intermiltente a sa surface, mais elle en ren- 
i ernie en dissolution une telle quantite que, lorsque les baigneurs sont dans 
1 eau, on voit, au travers de sa transparence, les perles nombreuses qui re- 
couvrent leur corps. Le thermometre dans 1 eau du bain numero 4 marque 25 
centigrade ; cette eau rcnferme aussi une grande quantite de gaz carbonique 
dissous et en liberte. On a bati dans le voisinage d une des sources, la Len- 
keyquelle, une petite piscine ou 6 personnes peuvent se baigner. Les ves- 
(i;iires de la piscine de Lenkey sont pourvus de lits de repos, 6 cabinets de 
bains particulars et 2 de bains locaux viennent d etre ajoutes a la division 
du Lenkeybad. Toutes les sources employees en boisson, excepte celle de Len 
key, et les pavilions qui les protegent, sont au sud-est, a 200 metres environ 
du batiment des sources des grandes piscines. Ces sources sont au nombre 
de cinq. Voici leurs noms : die Josefsquelle (la source de Joseph), die Doro- 
theaquelle (la source de Dorothee), die Adamsr/uelle (la source d Adam), die 
Lenkeyquelle (la source de Lenkey) et die Spiegeltrinkquelle (la source a boire 
de la Piscine). 

1 Josefsquelle. Nous allons donner, en parlant de cette source employee 
en boisson, les caracteres commnns a toutes les sources de Szliacs. Leurs eaui 
sont limpides, transparentes ; ellcs n ont pas d autre odeur que celle du gaz 
acide carbonique, leur gout est styptique et ferrugineux. Elles se troublent 
lorsqu on les laisse exposees a 1 air pendant un certain temps, et elles forment 
un precipite qui s attacue fortement aux parois des vases ; mais elles gardent 
leur clarte lorsqu on les conserve en vase clos. Elles rougissent les preparations 
de tournesol. La Josefsquelle est froide, sa temperature est dell centigrade, sa 
densite est de 1,0014. Nous en donnons 1 analyse chimique au tableau qui suit 
la Spiegeltrinkquelle. 

2 Dorotheaquelle. Cette source a une temperature de 22 centigrade, son 
poids specifique est de 1,0038. Son analyse chimique est au tableau qui suit Ja 
Spiegeltrinkquelle. 

3 Adamsquelle. Le portique de la chapelle Hildegarde batie sur 1 Adams- 
quelle sert de pavilion a cette source dont 1 eau a 25, 5 centigrade, sa densite 
est de 1,00598. Son analyse est apres la description de la derniere source. 

4 Lenkeyquelle. C est la source de Szliacs qui donne naissance le plus 
promptement aux incrustations, et c est dans ses eaux que 1 on depose les objets 
que Ton veut petrifier. Au bout de dix jours, une couche jaunatre epaisse de 
25 millimetres environ recouvre la matiere des substances deposees dans 1 eau 
et ne permet plus de reconnaitre leur nature premiere. La temperature de la 
Lenkeyquelle est de 23,2 centigrade, son poids specifique est de 1,00553. Son 
examen chimique se trouve apres la source suivante. 



SZLIACS (EAUX MINERALES DE). 60 

5 Spiegeltrinkquelle. Gette source a une temperature de 51 centigrade, 
sa densite est de 1,00421. L analyse de toutes les sources de Szliacs, faite en 
1854 par M. Hauch de Schemnitz, a dumontrea ce chimiste que 1000 gramme? 
de leur eau renfermenl les principes suivants : 



Sulfate de magnesie. . . . 
chaux. ... . 


JOSEFS- 
QUELLE. 

0,0050 
00060 


DOROTHEA- 
QUELLE. 

2,5694 

3598 


AIIAMS- 
QUE LE. 

1,1480 

1 9442 


LENKEY- 

QUELI.L. 

1,3590 
1,5072 


SP1EGEL- 
TniNKQUEI.LE. 

2,2189 
1,7150 




0030 


1 2186 


0,5906 


0,4682 


0,577(1 


Bicarbonate de cliaux. . . 
d oxyde de fer. 
de lilliine. . . 
Chlorui e de sodium . . . 
Silice 


0,7346 
0,1860 
traces, 
traces. 
0.8640 


5,2358 
0,0353 
0,0100 
0,0150 
0,0300 


2,0133 
0,0250 
0,0150 
0,0100 
0,0205 


2,0338 
0,16oO 

o.ono 

0,0100 

0,0200 


2,0274 
0,0400 
0,0480 
0,0150 
0,0245 














TOTAL DES HATIERES FIXES. . 
Gaz acide carbonique libre. 


1,7986 
tres-peu 
indet. 


7,1741 

501 p. c. 43 
;= 13533 c.c. 61 


6,0666 

590 p. c. 26 
=10557 c.c. 02 


5,7802 

254 p. c. 92 
=6882 c.c. 84 


6,6658 

1794 p. c. 86 
=88460 c.c. 52 



MODE D ADMINISTRATION ET DOSES. On prescrit ordinairemem cettc eau dans 
les premiers jours, a la dose de 1 a 2 verres, le matin a jeun et a un quart- 
d heure d intervalle. Mais on ne s en tient presque jamais a unc anssi laihli: 
quantite et les malades doivent s accoutumer a en supporter 4 et 6 vcrrcs. 
Quelquefois les medecins de cette station en conseillent jusqu a 10 on 12 verres 
chaque jour, suivant les indications. Celte derniere dose est tellement elevee 
que certainement elle eat une exception. La duree des bains d eau est en general 
de vingt a trente minutes ; celle des douches de dix a quinze minutes, et on 
reste presque toujours dans le gaz acide carbonique de vingt minutes a une 
demi-heure. 

Les eaux des diverses sources de Szliacs employees en boisson ne sont pas 
desagreables, et elles ne produisent pas toutes les memes effets. Si Ton vent 
bien se reporter au tableau de leur analyse chimique, on verra qu elles con- 
tiennent les memes principes fixes et gazeux, mais en proportion sensiblement 
difterente. Ainsi les unes, comme la Tiinkquelle du Spiegel nuniero 1, onl 
une mineralisation assez puissante, et renferment surtont une enorme propor 
tion de gaz acide carbonique, tandis que d autres, comme la Josefsquelle, sont 
mediocrement chargees en principes fixes et sont a peine carboniques : il fau- 
drait done, pour que 1 etude qui va suivre fut complete, que nous pussions 
entrer dans les details de I application de chacune des sources de Szliacs. Mais 
ces details fort compliques et fort difficiles a tracer n auraienl qu uu interet 
mediocre et une utilite contestable pour les medecins eloignes. Nous nous gai- 
derons done de suivre cette marcbe et nous allons dire seulement, et d unr 
maniere generale, quelle est 1 action physiologique et curative des sources les 
plus mineralisees et les plus gazeuses. Chaque medecin comprendra aisemenl 
que tel ou tel malade, suivant les cas, devra etre adresse a une fontaine ou ; . 
une piscine dont 1 eau renferme en plus ou moins grande quantite les elements 
mineralisateurs ou gazeux qui conviennent a telle ou telle affection. 

EMPLOI THERAPEUTIQUE. Les eaux des sources de Szliacs, bues en laissant un 
certain intervalle entre chaque verre, ne chargent point 1 estomac, et sont faci- 
lenient assimilees. Elles occasionnent un sentiment de chaleur agreable au 
creux epigastrique, et elles stimulent 1 appetit. Prises en petite quantite, elles 
constipent ; elles ont un effet laxatif quand on les prend en plus grande abon- 



70 SZLIACS (Exux MINERALKS DE). 

dance et il faut augmenter a mesure que Ton avance dans le traitement, car 
apres un certain temps une dose qui avait donne des garde-robes non-seule- 
ment n a plus cette action, mais encore peut devenir la cause du defaut de 
I exoneralion intestinale. Lorsquc le medecin est consulte dans ces circonstances, 
et qu il ne veut pas depasser le nombre de verres dont le malade fait usage, 
il conseille de faire dissoudre dans 1 eau une certaine quantite de sel de 
Karlsbad ou d additionner 1 eau de Szliacs soil avec 1 eau d lvanda (voy. ce mot), 
soil avec 1 eau des sources sulfatees de Bude. Les sources de Szliacs, mais sur- 
tout la Dorotheaquelle et 1 Adamsquelle, ont une action diuretique prononce e 
L effct le plus incontestable de ces eaux est d etre tonique, reconstituant et a 
la fois excitant. La proportion notable de bicarbonate de fer, qui place les eaux 
de cette station au premier rang des sources ferrugineuses thermales, et la 
quantite enorme de gaz acide carbonique qui s en degage, font qu elles agissent 
plus surement et plus promptement que toutes les autres de la meme classe, 
lorsqu un traitement analeptique et doucement excitant est indique. Aussi les 
personnes qui, sans elre precisement malades, sont sans force et sans energie, 
eprouvent-elles, au bout d un temps assez court, une activite qui surprend 
tous ceux qui les ont observees, avant leur traitement hydrolhermal. Les eaux 
de Szliacs n ont certes pas alors de rivales en Europe, et nous n avons pas etc 
peu etonne de trouvcr uu auteur bongrois, M. Fischbof, qui compare les eaux 
de Szliacs a celles de Pyrmont, qui n ont, au reste, ni la meme composition 
cbimique, ni la meme temperature, ni surtout les memes proportions de bicar 
bonate ferreux. Les eaux de Pyrmont tiennent en dissolution une certaine dose 
de chlorure de sodium, celles da Szliacs en renferment a peine; Szliacs con- 
tient des sulfates en assez graude quantite, et Pyrmont en a peu, an contraire; 
les eaux de Szliacs enfm ont 0,1886 de bicarbonate de fer, tandis queM. Wigger 
n a trouve dans la Stahlbrunnen ou Trinkbrunnen de Pyrmont, qui est 1 
mieux dott e, que 0,05763830. L intitulc de la brochure dont nous combattons 
les conclusions : Szliacs, das Pyrmont Ungarns (Szliacs, le Pyrmont de la 
llongrie), a des pretentious assurement trop modestes, et Szliacs est, a notre 
sens, line station thermale ferrugiueuse sulfatee et carbonatec, carbonique de 
premier ordre. Les effets physiologiques des bains varient a Szliacs selon les 
piscines, et nous pourrions repcter ce que nous venous de dire en parlant de 
1 usage interieur des diverses sources de cette station minerale. Plus 1 eau 
des bains est cbargee de matiere fixe, plus est grande la quantite de gaz 
acide carbonique qui la traverse, plus son degre de temperature est eleve, 
et plus son action est puissante. Les eaux du Spiegel numero 1 etant de 
beaucoup les plus actives, c est a elles surtout que s appliquent les courtes 
reflexions que nous avons a faire. L eau des piscines de Szliacs qui, comme 
celle du numero 1, laisse degager une grande quantite de gaz, excite un cha- 
touillement sur toute 1 enveloppe exterieure du corps, fait eprouver tout 
d abord une sensation de froid et bientot occasionne de la demangaison, de la 
cuisson et enfm une rougeur tres-appreciable. Lorsque les baigneurs restent un 
peu trop longtemps dans 1 eau, its sont pris d borripilation, puis de tremble- 
ments et de vertiges. II est bien important qu ils sachent ecouter ces avertisse- 
ments, car tous ceux qui n en tiennent pas compte s exposent a des accidents 
cerebraux serieux. Les personnes un peu sanguines qui ont des motifs de se 
baigner dans les Spiegel, et surtout dans la piscine numero 1, doivent avoir 
la precaution de faire convenablement renouveler 1 air a la surface de 1 eau, de 



SZLIACS (EAUX MINERALES DE). 71 

se mouiller souvent le visage et le crane pour y entretenir de la fraicheur en 
favorisanl sur ces parties 1 evaporation, aidee d ailleurs par 1 agitation de dra- 
peaux que des jeunes filles assises sur le bord des piscines font voltiger sans 
cesse aupres du visage des baigneurs. Les bains de piscines ont une vertu 
tonique et conviennent a tous les anemiqnes. Leur titillation sur la peau tout 
entiere, leur effet mecanique pour ainsi dire, leur temperature et les propor 
tions de sel soluble de fer, expliquent aisement pourquoi les bains generaux de 
Szliacs ont une action reconstituante et analeptique. 11 n est pas nccessaire de 
decrire les vertus des bains de vapeur mineralisee, ni des bains de gaz acide 
corbonique venant de 1 eau des sources de Szliacs; nous n aurions absolument 
rien a ajouter a ce que nous avons dit en parlant des bains de vapeur d Aachen 
et des bains de gaz de Nauheira; mais il faut se souvenir qu il n existe nulle 
part un etablissement ou 1 acide carbonique soit en plus grande abondance : aussi 
la majeure partie de ce gaz est-elle comple tement inutilise e. Les douches d eau 
et de vapeur minerale, les douches de gaz acide carbonique, sont installees a 
Szliacs dans deux e tablissements speciaux ou les malades ont a leur disposition 
tous les ajutages qui leur sont necessaires. 

Les eaux de Szliaes en boisson sont principalement utiles dans les affections 
des organes digestifs, et c est centre la dyspepsie qu elles on t 1 efficacite la moins 
contestable, lorsque cette malaclieest liee a un etat d affaiblissement general et 
surtout a une chloro-anemie. Elles conviennent pour combattre 1 inertie intes- 
tinale de beaucoup de ces malades qui out une tres-grande tendance a la consti 
pation, et on les emploie aussi pour obtenir le retour d hemorrhoides disparues, 
ou pour diminuer au conlraire, dans certains cas, le flux bemorrboidal des 
personnes qui ont un sang trop pauvre pour n etre pas diffluent. Ces eaux 
donnent de tres-bons resultats dans les affections de 1 appareil uro-poetique, 
ou il est utile de favoriser la secretion de 1 urine, et de diminuer en meme 
temps la quanlite anormale de mucosites produites dans un des points des 
organes urinaires et surtout dans la vessie. L usage interne des eaux de Szliacs 
doit etre conseille de preference a celui de lout autre moyen, de preference 
meme a celui des autres sources thermo-minerales, dans les etats pathologiques 
ou il faut agir sur la composition elementaire du sang pour la ramener a 1 etat 
physiologique. Elles rendent ainsi des services dans les convalescences longnes 
et difficiles qui s observent apres certaines plilegmasies ou certaines pyrexies, 
ayant reduit les forces a ce point qu elles ne peuvent revenir par 1 emploi des 
moyens hygie niques et medicaux le plus sagement combines ; dans toutes les 
anemiesconsecutives, soit a une alteration globulaire du sang comme la chlorose, 
soit a une intoxication miasmatique, comme rernpoisonnement paludeen et la 
fievre intermittente de longue duree, soit a un effet toxique moins subtil, comme 
celui qui altere progressivement la sante des mineursqui extraientles composes 
metalliques, plomb, mercure, arsenic, etc., ayant une facheuse influence sur la 
constitution generate. Toutes les sources fortement carboniques sont utiles 
au traitement des catarrhes des membranes muqueuses, et particulicrement a 
ceux qui suivent les inflammations des voies aeriennes ; mais nous avons dit 
tant de fois qu il faut preferer les eaux thermales sulfurees et sulfureuses qu il 
est inutile de le repeter encore. Les eaux de Szliacs sont d ailleurs assez riches 
en indications pour n avoir pas a attirer d autres malades que ceux donl elles 
peuvent guerir les affections mieux, et surtout plus promptement, que toutes 
les eaux des stations de meme nature. Nous venous de signaler les etats mor- 



72 SZOKALSKI. 

bides que Ton peut guerir par 1 usage interne seul des eaux de Szliacs. S en- 
suit-il que les medecins conseillent exclusivement Jes eaux de Szliacs en bois- 
son? Non sans doute, et il est rare que la cure interne et externe ne soil pas 
combinee. Nous avons voulu faire connaitre cependant ce que 1 experience ;i 
appris de 1 efficacite d un traitement interieur, lorsque pour des raisons par- 
ticulieres il n etaitpas possible de baigner ou de doucber les malades. Dans 1 im- 
rnense majorite des cas, les eaux sont prises a la fois a 1 inlerieur et a 1 exte- 
rieur. Les bains et les douches avec 1 eau thermale de Szliacs sont presque 
loujours presents, conjoin tement avec 1 usage interne, dans les etats maladils 
dont nous avons parle , mais ils ont une utilite plus grande encore dans les 
paralysies du rnouvement et de la sensibilite chez les hysteriques qui sont 
presque toujours cblorotiques en meme temps. On voitrevenir progress! vemerit, 
et quekjueJois ccmplelement, la conlraction des muscles ou la faculte deper- 
cevoir les sensations tactiles ou de douleur provoquee. Les bains et 1 application 
locale de 1 eau ct du gaz, combines avec 1 usage de 1 eau en boisson, rappellent 
bienlot la secretion menstruelle cbez les amenorrheiques, la rendent moins 
penible chez les dysmenorrlit iques, ou enfin lui donnent la coloration qu elle 
a perdue chcz les leucorrbeiques. Ces effets s expliquent non pas seulement 
[>ar 1 aclion locale des eaux et du gaz de Szliacs, mais encore, et surtout, par 
1 amelioration que ces eaux communiquent a 1 etat general qui occasionne tous 
les symptomes d une clilorose confirmee. 

Les contre-indications des eaux de Szliacs sont connues, si nous avons 
bien fait comprendre los affections centre lesquelles elles sont utilement pres- 
crites. En disant, en effet, leur action legerement laxative, mais surtout 
tonique, rcconstituante, analeptique et excitante, nous avons sufiisammeiH 
montre qu il faut se garder de les conseiller aux personnes d un tempera 
ment sanguin et ayant de la tendance aux congestions ou aux bemorrhagies 
actives. 

La dure e de la cure est de vingt-cinq a quarante-cinq jours. 

On n exporte presque pas les eaux des sources de Szliasc. A. ROTUUEAU. 

BIBI.IOGRAPHIE. -- WIPACHEH (Dan.). De thermls Ribariemibns in Hungaria liber simju- 
laris. Lipsiae, 1768, in- 4". ZIPSER (Chr.-A.). Der Badegast zu Slides in Nieder-Ungarn, 
Neusohl und Schemnitz, 1827. WAGNER (Dan.). Die Heilquellen von Szliacs in Ungarn, 
in physikalisch-chemischer Betiehung untersuc/it.Pest, 1834. CZILCHERT (Robert). Szl/dc-t,. 
Ma-orvosokess-belcgekr sidmdra. Pesten, 1838. SCIIOPF (A.). Die Heilquellen von Szliacs 
in Ungarn, in i/tren eigenthumlichen ausgezeichneten Wirkungen. Pest, 1841. SUCHY (S.). 
De aquis Szlidcsiensibus. Pestini, 1843. FISCHHOF (J.-W.). Szlidcs, das Pyrmont Ungarns, 
wie es wirkt und wie es angewendet warden soil. Ein Leilfaden fur praktische Aerzle, 
und alle jene, die sich der ausgezeicltnelcn Silidc&er Heilquellen mil gutem Erfolge be- 
dienen wollen. Peslh, 1847. HABERMANN (B.). Der Kurort Sclidcs insbesondere in sanitairer 
Betiehung geschildert. Oedenburg, 1856. A. R. 



(VICTOR-FELIX). Medecin d origine polonaise, ne vers le debut 
du siecle actuel, etait medecin a I hopital militaire de Vilna au moment ou 
eclata la revolution polonaise en 1850. II servit en 1831 dans 1 arme e nationale 
de Pologne centre les Russes et fut en 1852 prive de tous ses biens et destine 
a etre envoye en Siberie. II se refugia en Allemagne et s y fit recevoir docteur 
a Giessen, en 1854, puis vint a Paris prendre le diplome doctoral en 1856. 

Szokalski s e tait particulierement voue a Foculistique. Apres avoir ete pendant 
quelque temps aide de clinique aupres de Sichel, il exerca son art pour son 
compte. L epoque de sa mort ne nous est pas connue. 



ERRATA. 73 

Nous mentionnerons de lui : 

I. Sur la diplopie unioculaire ou double vision d un cril. Dissert. Inaug. Paris, 1836, 
in-4; 2 edit., ibid., 18iO, in-4, 1 pi. II. Essai sur les sensations des couleurs dans- 
Ve"lat physiologique et pathologique de I aeil. Mem. pres. a VAcad. roy. d. sc. de Paris 
Bruxelles, 1840, in-4 (extr. des Annul, d ocul. de Cunier, t. II, 1839). Bruxelles, 1841, in-8". 
Trad, en allem. Giessen, 1842, gr. in-8. III. Une traduction : AMMON. Demonstrations 
cliniques des maladies congenitales etacquises de I ceilhumain. Paris, 184G, iu-8, 55 pi. 
IV. Nombreux articles dans les Annal. d oculistique de Cunier, les Arch. gen. denied., etc. 

L. Us. 

SZ1TMA.NOWSKI (Junrs von). Celebre chinirgien russe , ne a Riga Ir 
27 Janvier 1829, descendait d une ancienne famille noble polonaise, qui s etait 
fixee en Courlande. Le pere de Szymanowski ayant perdu sa fortune, celui-ci 
eut des commencements tres-penibles. 11 e tudia a Dorpat sous Adelmann. 
Encore etudiant, il inventa une scie a re section dont 1 usage s est generalise 
depuis. Malheureusement 1 organisation des hopitaux russes est peu favorable 
a 1 e tude de la chirurgie ; ce sont toujours des me decins qui sont places a la 
tete des etablissements bospitaliers, et le personnel place sous leurs ordres est 
soumis a des mutations continuelles, sous pretexte de varier son instruction. 
Dans ces conditions Szymanowski eut a triompher de bien des difficultes pour 
arriver a acquerir la notoriete dont il jouit par la suite comme chirurgien. 

Recu docteur a Dorpat en 1856, il fut nomme en 1858 professeur a Helsing- 
fors et en 1861 a Kiev, oil il fut en meme temps chirurgien consultant dans 
deux hopitaux; mais jamais il n eut a dirigei 1 de clinique. II jouissait d une 
grande popularity. 

Szymanowski mourut en 1868 d un cancer generalise aux poumons, a 
1 estomac et au cervcau, a la suite de I ablation par Pirogoff d un testicule 
cancereux. 

Ce savant chirurgien a publie un grand nombre d ouvrages et de me moires 
parmi lesquels nous citerons particulierement : 

I. Additamenta ad ossium resectionem. Dissert, inaug. Dorpati Livonum , 1850, gr. 
in-8. II. Der Gypsverband, mil besonderer Beriicksichtigung der Militair-Chirurgie. 
St. Petersburg, 1857, gr. in-8, 4 pi. III. Desmoloyische Bilder filr Aerzte und Studi- 
rende. 2te Aufl. (\eval, 1858, in-16, 30 pi. litbogr. IV. Ueber Resectionen und Trans- 
plantationen des Periosts bei Amputationen. In Deutsch. Naturfbrsch. Versamml. Bericlit, 
XXXV, p. 193, 1860. V. Der Tod durch Erstickung vermittelst eines Kiiebels oder dwelt 
Branntivein. Helsingfors, 1861, gr. in-8. VI. Handbuch der operativen Chirurgie. 
Deutsche Ausgabe von demVerfasser und C. W. F. Uhde. Braunschweig, 1870 el suiv., 3 vol. 
in-8 (oeuvre capitals). VII. Szymanowski a public une nouvellc edition remaniee par lui 
de 1 ouvrage de Pirogoff intitule : Chirurgische Anatomic der Arterienstdmme und Fascien. 
Leipzig, 1860-62, gr. in-8, 50 pi. VIII. II a publie en outre une cinquantaine de mernoires 
ou d articles sur la chirurgie, en particulier sur 1 irrigation permanente, sur les amputations 
partielles du pied, sur la chirurgie plaslique, etc. L. HN. 



ERRATA 

SERAPio\. A ce mot (3 e serie, t. IX), la phrase : Les serape ons ou 
asde pions etaient des temples, etc., a pu faire croireque 1 on confondait les 
temples egyptiens avec les temples grecs et Serapis avec Ascle pios ou Esculape. 
On a voulu dire simplement, comme cela ressort de la suite de 1 article, qu on 
a continue a donner le nom de Serapeon a des temples grecs ou remains et 
qu on 1 a conserve meme a des mines de ces temples encore visitees aujour- 
d hui. D. 



74 ADDENDA. 



ADDENDA 



L espece pour laquelle Gray proposa, en 1850, dans son Memoir e- 
sur les Antilopes, de creer le genre Saiga, est connue depuis fort longtemps des 
naturalistes, puisqu elle a c te decrite des 1777, par Pallas, sous le nom d 1 Anti- 
lope saiga. Dans ces dernieres annees elle a ete de nouveau 1 objet, de travaux 
consciencieux de la part de M. Glitsch, qui a fait connaitre sa distribution geo- 
graphique, et de M. J. Murie, qui a etudie sa structure analomique. D apres les 
recherches de M. J. Murie, il paniit que le Saiga tatarica (c est le nom que 
Ton donne aujourd hui a cette espece) s eloigne notablement des autres Anti- 
lopes et presente quelques affinites avec les Moutons : on est done en droit de 
conservcr le genre Saiga, auquel on peut assignor les caracteres suivants : 
cornes courles, arrondies, fortement annelees et disposees en lyre; oreilles 
larges, mais de longueur mediocre ; nez tres-mobile, comprime brusquement a 
la base, puis fodement busque et preeminent au-dessus de la macboire supe- 
rieure; narines tres-rapprocbees ; point de mufle distinct; sinus maxillaires 
ires-developpes; des pocbes inguinales profondes et des larmiers bien distincts; 
pelage doux, bien fourni, ordinairement allonge sur la nuque. 

Le Saiga a 1 age adulle est de la taille d un Daim, il a le dos et en general 
toutes les parties superieures du corps d un brtin assez fonce, le ventre et la< 
region anale d un blanc jaunatre. Jeune, il est de couleur plus grisatre. Les 
Antilopes de cette espece vivent en sociele dans les steppes de 1 Asie orientale ; 
en automne elles emigrant vers les provinces meridionales de la Siberie. Les 
Kirgbiz les cbassent a cbeval et en detruisent un grand nombre (voy. aussi le 
mot GAZELLE). E. OUSTALET. 

BIDLIOGRAPHIE. PALLAS. Spicilegia zoologica, 1777. GRAY. Proceedings Zool. Society, 
1850, p. 112. GLITSCH. Distribution geographique du genre Saiga. In Bull, de la Soc. 
d hist. nat. de Moscou, 1865, pp. 207 a 245. D r J. MURIE. On the Antilope Saiga. In 
Proceed. Zool. Society, 1850. E. 0. 

SAIXTE-HELENE. Voy. HELENE (Sainte-). 

SALPES. Les Salpes, ou Biphores, ou Thaliace s constituent dans les 
classilications les plus recentes la deuxieme subdivision des Tuniciers (voy. ce 
mot). Ces singuliers animaux ont ete successivement etudies par Cuvier, Gha- 
misso, Delle Cliiaje, Krobn, etc. Ce sont des animaux nageurs, dont le corps, 
de consistance gelatineuse et d aspect cristallin, a la forme d un cylindre ou 
d un petit baril. Us vivent tantot isoles, tantot reunis en une chaine, et se 
meuvent a la surface de 1 Ocean par une serie de contractions rhythmiques. 
Leur manteau est muni de deux ouvertures situees a peu pres aux deux extre- 
mites du corps ; le premier de ces orifices, en fente transversale, et souvent 
muni de deux levres, donne acces dans une cavite respiratoire ou sont placees 
les brancbies. Gelles-ci affectent tantot la forme d un tube depourvu de fentes 
laterales et rempli de sang, comrne cbez les Salpides proprement dites, tantot 
la forme d une cloison transversale qui divise la chambre branchiale en deux 
chambres secondaires, mais qui est percee de deux series de fentes pour le 



ADDENDA. 75 

passage de 1 eau, comme chez les Doliolides. Le tube digestif, ordinairement 
enroule en une pelote ou nucleus, de couleur vive, est souvent loge avec le 
coeur et les organes genitaux dans un repli du manteau. Au-clessus du point 
d insertion des branchies se trouve un ganglion qui envoie des ramifications 
nerveuses dans tous les sens et qui est surmonte d un corpuscule brunatre 
rcpresentant probablement un oeil. D apres certains anatomistes, une vesicule 
sitnee a gauche du ganglion chez le Doliolum serait un organe auditif, et une 
iossette ciliee, creusee dans la cavite respiratoirc, en avant du centre nerveux, 
un organe d olfaction, tandis que des groupes de cellules, auxquels les oaufs 
viennent aboutir, seraient le siege de sens speciaux. Les membres faisant com- 
pletement defaut, la natation s effectue de la maniere suivanle : des muscles 
s entre-croisant autour du manteau se contractent de temps en temps et, a 
chaque fois, chassent brusquement de la cavite generate une certaine masse 
d eau; il en resulte un effet de recul qui pousse 1 animal en sens inverse de 
1 ecoulement du liquide. Tous les individus d une meme chame se contractant 
simultanement progressent dans la meme direction. 

Les Salpides ont deux modes de reproduction qui alternent 1 un avec 1 autre, 
savoir une reproduction sexuee et une reproduction par gemmes. Les individus 
agreges sont hermaphrodites, mais leurs organes genitaux femelles se montrent 
beaucoup plus tot et arrivent plus vile a maturite que leurs organes miles. 
Quoi qu il en soil, il arrive un moment oft les spermatozoides, mis en liberte, 
rencontrent 1 oeuf qui est loge dans une capsule ovarienne communiquant par 
un canal avec la cavite branchiate. L oeuf grossit, se rapproche de la cavite 
branchiale, puis il s enkyste dans une sorte de vesicule ou le developpement de 
1 embryon s aeheve presque enlieremeut. Une fois ne, le jeune Salpe s accrolt 
encore, mais il est toujours prive d organes genitaux ; de ses parois sorlent des 
bourgeons d ou derivent de nombreux individus qui forment une chalne el 
recommencent le cycle decrit ci-dessus. t 

Chez les Doliolides, les organes males et femelles des individus agreges 
arrivent simultanement a maturite et les phenomenes de generation alternante 
sont beaucoup plus compliques ; la jeune larve issue d individus sexues subit 
en effet des metamorphoses et ne produit pas immediatement des individus 
semblables a ses propres parents; il y a deux generations de nourrices (scolex) 
provenant de bourgeons. 

Le genre Salpa renferme un assez grand nombre d especcs : Salpa pinnata 
Forsk., S. democratica Forsk., S. runcinata Cham., S. fusiformis Guv. Dans 
le genre Doliolum une des especes les mieux connues est le Doliolum Troscheli 
Krohn. Plusieurs Doliolum servent d asile a un Crustace du genre Phronyme. 

E. OUSTALET. 

BIBLIOGBAPHIE. FORSKAAL. Descriptioncs animalium quae in intinere orientali observavil . 
1775. G. CPVIER. Ue moires pour servir a I histoire des Mollu.iques, 1817. CHAMISSO. De 
animalibus quibusdam e classe Vermium, 1819. HUXLEY. Observations upon the Anatomy 
and Physiology of Salpa and Pyrosoma, 1851. KROHX. Ueber die Galtung Doliolum. In 
Arch. f. Nalurgesch., 1852. GEGEXBAUR. Ueber den Entwickelungscyclus von Doliolum. In 
Zeitschr. f. wiss. Zoo/., 1855, t. VII. KEFERST et EIIL. Ueber die Anatomie u. Entwickeluny 
von Doliolum, Zol. Beitr., 1861. GLADS. Traite de zoologie, trad. Moquin-Tandon, 1878. 

E. 0. 



(FRIEDUICH-EMIL). Celebre chirurgien allemand, ne a Barmen- 
Wichlinghausen, le 30 juin 1853, e tait lefils d un pasteur. Iletudia d abord la 



76 ADDENDA. 

theologie a Bonn en 1852, puis s adonna a la medecine des 1 annee suivante 
et en 1854 passa a Wurtzbourg. II etudia ensuite successivement a Berlin et a 
Leipzig et fut TGQU docteur a Berlin en 1857 (De morbo maculoso Werlhoffii). 
Apres avoir subi le Staatsexamen, il devint medecin assistant a I hopital de 
Dantzig, alors dirige par le chirurgien Albrecht Wagner, puis remplit pen 
dant deux ans les memes^fonctions a I hopital Bethanie de Berlin, sous Bartels. 
Apres quelques voyages, il se fixa dans sa ville natale, Barmen, en 1861. Pen 
apres, il devint inddecin en chef de 1 hopital de cette ville et pendant la guerre 
de 1870-1871 y dirigea une ambulance. 11 apprita connaitre la methode de Lister 
a Halle et a Edimhourg et fut 1 uu des premiers medecins allemands qui 1 ap- 
pliquerent. Sa clientele etait nombi euse et ses concitoyens 1 honorerent d un 
grand nombre de charges ofiicielles ; il fut menibre de la commission des ecoles, 
de la commission sanitaire, etc., etc. 11 prilpart a un grand nombre de congres 
dechirurgie, d liygiene, etc., y lut d exceHenls memoires, contribua en 1875 a 
fonder 1 Association allemande de medecine publique. Du reste, ses meilleurs 
productions appartiennent an domaine de 1 hygiene publique; il a publie de 
nombreux articles ct memoires relatifs a celles-ci dans le Correspondenzblatt 
des Niederrheinischen Vereins fiir offentliche Gesundheistspflege, le Deutsche 
Vierteljahrsschrift fiir offentliche Gesundheitspflege, etc. Ses merites furent 
recompenses en 1871 parsa nomination a 1 ordre de la couronne, en 1876 par 
le litre de const iller sanilaire. 

Au debut de 1 annce 1878, Sander fut appele a la direction de I hopital 
general de Hambourg. 11 mourut la le 6 mai de la meme annee, universelle- 
ment regrette. Parmi ses nombreuses publications, nous nous hornerons a citer : 

I. Die Englische Sanitals-Gesettgehung. Elberfeld, 1869, in-8". -- H. Ueber Geschichte, 
Statistik, Bau und Einrichtung der Krankenhauser. Nebst einem Bericht ilber das Kranken- 
haus der Stadt Barmen. Koln, 1875, in-fol. III. Untersuchungen ilber die Cholera in 
iliren Beiiehunqen zu Boden und Grundwasser, tu socialen und Bevdlkerungs-Verhaltiiissen. 
so wic zu den Aufgabea der offentlichen Gesundheitspflege. Koin, 1873, in-fol. IV. Haml- 
buch der offentlichen Gesundheitspflege. Leipzig, 1877, in-8" (voy. une notice de Graf 
tres-detaillee dans Deutsche Yierteljahrsschrift fiir offentliche Gesundheitspflege, Bd. X, 
p. 713, 1878). L. HN. 

SAIVDERS (AYiLLiAM-BiTHEi.FORD). Me dccin anglais, mort a Edimbourg, 
le 18 fevrier 1881. II etait le fils d un medecin distingue, James Sanders, dont 
la biographic a deja ete donnee dans ce Dictionnaii e. 11 commenca ses hum;i- 
nites a Kdimbourg, sa ville natale, puis les termina a Montpellicr. II revint 
a Edimbourg pour e tudier la medecine, et obtint le diplome de docteui 
en 1849, en meme lemps qu une medaille d or pour son excellente disserta 
tion On the Anatomy of the Spleen. II fit ensuite un sejour prolonge a Heidel 
berg et a Paris, et lors de son retour dans sa patrie devint medecin des femmes 
a I lnfirmerie d Edimbourg, et professeur de clinique medicale dans ce meme 
etablissement, puis conservateur du musee du College royal dechirurgie, pro 
fesseur destitutions medicales a 1 e cole extra-murale , enfm , en 1870, 
professeur de pathologie et de clinique medicale. 

Sanders etait fellow de la Societe royale de Londres ainsi que du College des 
medecins et membres de toules les Societes medicales et scientifiques d Edim 
bourg; en ,1880, il presida la Societe medico-chirurgicale. Enfin, il etait me 
decin consultant du Royal Public Dispensary, de I hopital dentaire, etc. 

Sanders s est occupe avec succes d histologie, surtout au debut de sa carriere, 



ADDENDA. 77 

et de clinique medicale pendant Unite sa vie. Parmi ses publications, nous 
mentionnerons surtout son memoire sur la structure de la rate (Goodsir s 
Annals ofAnat. and Physiology, 1850), son article PARALYSIE AGiTANTEdu Rey 
nold s System of Medicine, enfin ses articles sur la degenerescence cireuse 
(Edinb. Monthly Med. Journal, 1855 et 185-4), sur I hemiplegie faciale (Lancet, 
1865), etc., etc. L. HN. 



En traitant de la santonine au point de vue chimique 
(3 e serie, t. VI), il n a pas etc question des sels qu elle peut former avec les 
alcalis, ni de Yacide santoninique, non plus que des scls que 1 acide santonique 
et 1 acide santoninique forment avec differentes bases. Nous croyons devoir 
remplir ici cette lacune qui n est pas indifferente au point de vue de 1 emploi 
medical. 

1 Santonine. La santonine jouit de proprietes faiblement acides qui lui 
ont fait donner par quelques auteurs le nom d acide santonique, nom reserve 
par la plupart des chimistes a une modification hydrate e de la santonine dont 
nous parlerons plus loin. La santonine, en s unissant aux bases, donne nais- 
sance a des sels cristallisables, qu on appelle impropremeiH des santonates et 
que 1 action prolongee de 1 eau a la temperature de 1 ebullition decompose. 
L ammoniaque ne parait pas se combiner avec elle. On connait le sel de baryum, 
C 15 H 18 O s .BaO -|-H 2 0, formant une croute blanche gelatineuse, le sel de cal 
cium, C 15 H 18 5 .CaO -h H 2 0, cristallise en aiguilles soyeuses, le sel de plomb, 
G 13 H 18 O s .PbO, cristallise en petites aiguilles nacrees, le sel de mercure 
G 18 H 18 3 .HgO, obtenu en precipitant le nitrate de protoxyde de mercure par le 
santonate de sodium, le sel de potassium, C 13 II 18 3 .KOH, amorphe, gommeux, 
enfin le sel de sodium, C ls H 18 3 .NaOH. 

Le sel de sodium, dont 1 emploi medical a ete indique a 1 article SANTO.NINE , 
cristallise en prismes clinorhombiques volumineux. On le prepare en faisant 
digerer ensemble une solution alcoolique de santonine avec du carbonate de 
sodium sec, jusqu a ce que le melange ne soil plus colore. On fait evaporer la 
solution a siccite a la temperature de 30 degres, on reprend le residu par 
1 alcool absolu pour separer du carbonate de sodium. On filtreetpar evaporation 
spontauee on obtient le sel en fines aiguilles . 11 cristallise au contraire en 
prismes apres dissolution dans une Ires-petite quantite d eau. II est en effet 
soluble dans moins de deux fois son poids d eau a 20 degres, ce qui est un 
grand avantage pour 1 emploi de la santonine a 1 etat liquide, ce glycoside se 
dissolvant a peine dans 1 eau froide et difficilement dans 1 eau chaude. 

Enfin, on obtient encore une combinaison de la santonine avec la quinine, 
appelee quelquefois bisantonate de quinine ; il cristallise en tetraedres incolores, 
phosphorescents, legers, de saveur amere, et se dissout dans trente parties 
d eau froide, dans 1 alcool, 1 etber, la terebenthine, la benzine, le cbloroforme, 
la glycerine, etc. 

2 Acide santonique. On a vu a 1 article SANTONINE (t. VI, 3 e serie) que par 
1 ebullition avec la baryte la santonine se transform e en un acide G 15 H 20 0* 
(C 50 H 20 8 en equiv.) qui differe de la santonine par les elements de 1 eau 
en plus. On n a pas encore reussi a ramener 1 acide sanlonique a 1 etat de 
santonine. 

Get acide decompose les carbonates; il forme avec le sodium le sel 
C 15 H 19 0*Na et avec le baryum (C 15 H i9 O v )Ba, tous deux tres-solubles dans 1 eau, 



78 



U V U 11 V A . 



mais difficilement cristallisables ; ce sont les vrais santonates. Ces sels n ont 
pas ete employes en therapeutique, que nous sachions. 

3 Acide santoninique. 0. Hesse [regarde la santonine comme 1 anhydride 
d un acide qu il appelle santoninique. Get acide, isomerique avec le precedent, 
peut en effet regenerer la santonine. On 1 obtient en neutralisant la solution de 
santoninate de sodium, qui n est autre]chose que la combinaison ci-dessus 
decrite de la santonine avec Thydrate de sodium, par 1 acide chlorhydrique, 
puis agitant le liquide laiteux avec de Tether qui dissout 1 acide santoninique 
et 1 abandonne en cristaux grenus. II se depose de 1 alcool en cristaux blancs 
qui ne jaunissent pas a la lumiere. 

A peine soluble dans 1 can froide, mieux dans 1 eau bouillante, il cristallise 
par le refroidissement. II decompose les carbonates et se dedouble lui-meme a 
120 degres en eau et en santonine. L acide sull urique et 1 acide cblorhydrique 
provoquent le meme dedoublement. 

4 11 y aura encore interet a signaler un compose obtenu en abandonnant a 
la lumiere solaire directe pendant trente a quarante jours une solution de san 
tonine dans 1 acide acetique a 80 pour 100. II se forme dans ces conditions 
un isomere de 1 acide santonique, \ acide photosantonique G 1S II !0 V + H J 0, 
bibasique, crislallisable dans le systeme hexagonal, presque insoluble dans 
1 eau IVoide, peu soluble dans 1 eau bouillante, facilement dans 1 alcool et 
Tether. Rendu anhydre, cet acide fond a 153 degres. On a donne le nom de 
photosantonine a son ether diethylique C^fl^O* = C 1B H 18 (C S H S )0*. Ce corps 
cristallisable en paillettes incolores, fusible vers 68 degres, prend naissance 
lorsqu on expose longtemps au soleil une solution de santonine dans Talcool a 
65 pour 100. L. HN. 

S.IIMIISME. Le saphisme est une pratique deprave e, attribue e aux Les- 
biennes et particulierement a Sapho, et qui consiste dans des frictions ou des 
succions cxercees sur les parties genitales, et portant principalement sur le 
clitoris. Les alterations locales qu elles determinent importent au medecin expert. 
Ce sont celles de la masturbation simple, compliquees des lesions specialesque 
produit la succion. Ge sujet a ete suffisamment traite a Tarticle ONANISME. 

D. 



(Sarracena). Genre de plantes dicotyledones polypetales, 
quenotre grandbotanisteTourneforta dedie, dans ses Instil utiones Rei herbaria 
(657, t. 476),aSarrazin, medecin, anatomiste et botaniste royal distingue, 
qui lui avait, dit-il, envoye cette plante remarquable du Canada, par tin effet 
de sa grande bonte envers lui. Depuis lors, Linne (Gen., n 652) a change, 
suivant son habitude, ce nom en celui de Sarracenia, de facon qu on ne parle 
plus guere, a propos de ce genre, de son veritable cre ateur qui fut Tournefort. 
Dans ces plantes, les fleurs sont regulieres et hermaphrodites, et leur recep 
tacle convexe porte de has en haut un calice de cinq sepales, souvent colores, 
persistants, epaissis autour du fruit, imbriques dans le bouton, puis une corolle 
de cinq petales alternes, imbriques aussi dans la prefloraison. Leur forme est 
toute particuliere ; leur base presente une sorte de cuilleron sessile, concave 
en dedans, puis, plus haut, un retrecissement que surmonte un limbe plus 
dilate. Le cuilleron s applique assez exactement d abord sur Tovaire, et le petale 
s en eloigne dans la portion reflechie, pour s incliner de nouveau en dedans vers 



ADDENDA. 79 

son sommet. Ces petales sont souvent collecteurs du pollen et portent celui-ci 
en face des stigmates. Les etamines sont en nombre indefini, hypogynes, formees 
chacune d un filet libre et d une anthere biloculaire, introrse, dehiscente par 
deux fenles longitudinales. Le gynecee est supere ; il se compose d un ovaire, 
surmonte d un style grele et cylindrique, bientot dilate en une sorte de para 
chute petaloide, a cinq angles superposes aux sepales. C est au sommet de ces 
angles que se trouvent les veritables stigmates. La est un sinus peu prononce dont 
le fond presente un petit tubercule saillant inferieurement, et c est celui-ci qui 
porte les papilles stigmatiques. L ovaire presente cinq cloisons oppositipetales, 
<jui le parlagent en loges completes ou plus ordinairemeut incompletes, ct cha 
cune d elles renferme vers son angle interne un placenta bilobe, charge d un 
nombre de petits ovules anatropes. Le fruit est une capsule loculicide, poly- 
sperme, et les graines out un albumen abondant dont le sommet presente un 
petit embryon dicotyledone . Les Sarracena sont des plantes herbace es, vivaces, 
qui croissent dans les marais de I Amerique du Nord. Elles ont une souche 
rampante sous la vase et portent des feuilles alternes, sans stipules. Leur forme 
est singuliere; c est celle d une longue urne ou cornet a ouverture superieure 
garnie d une sorte de couvercle. Nous avons, eu suivant le developpement de 
ces feuilles (Compte rendu delAcad. dessc., LXX1, 630), constate que le couvercle 
repond a un lobe terminal du limbe et que le cornet n est qu une exageVation 
en concavite de la feuille peltee un peu concave qu on observe dans lesNelumbo, 
plantes que nous avons considerees comme tres-voisines des Sarracena. Les 
fleurs de ceux-ci sont solitaires, portees par un long pedoncule, inclinees sur 
son sommet. Sous le calice, le pedoncule porte trois bractees, formant sous la 
fleur une sorte de calicule. On a distingue une dizaine d especes de Sarracena. 
Celles qui ont ete considerees comme ayant de 1 importance an point de vue 
medical sont au nombre de deux, les S. purpurea el S. variolaris. 

Le Sarracena purpurea, qui est le S. foil is brevioribus latioribtis de Ca- 
tesby (Carl., II, 70), habite dcpuis la Baie d Hudson et Terre-Neuve jusqu a 
1 Alabama et la Floride; il est caracterise par des feuilles generalement courtes, 
ascendantes, irregulierement glabres et pubescentes en dehors, vertes et veinees 
de pourpre. L urne, retre cie dela base, obovoide, gibbeusesurle dos et pourvue 
d une large aile ventrale semi-obovale, est garnie en dedans jusque pres de 
sa base de poils renverses allonges. Plus haul et a la gorge, 1 urne est glabre. 
L opercule est arrondi. Le pedoncule floral est deux ou trois fois aussi long que 
les feuilles. Les sepales sont plus ou moins teintes de brun pourpre ; la corolle 
est rouge et le parasol forme par la dilatation du style est verdatre. Cette 
cspece a joue, dans ces dernieres annees, un grand role dans 1 histoirc de la 
theorie des plantes dites carnivores ou insectivores, et c est pour elle surtout 
qu on a admis la possibilite d une digestion des matieres animates dont le siege 
serait une portion de la surface interne de 1 urne des feuilles (Indian Cup, Hunts 
man s Cup, Side-saddle flower des Americains.) 

Le Sarracena variolaris (Sarracenia variolaris MICHX, Fl. amer. bor., f, 
510) doit a ses feuilles tachetees, et son nom spe cifique, et peut-etre sa repu 
tation eomme medicament contre les eruptions varioliques. C est une espece 
tres-differente de la precedente par ses fleurs qui sont d un jaune plus ou moins 
verdatre. Elle croit aussi dans 1 Amerique du Nord, mais est releguee dans les 
parties plus meridionales du pays, comme 1 Alabama, la Caroline et la Floride. 
Les feuilles, dressees, sont exteneurement glabres ou chargees de poils papil- 



80 

leux. L urne est longuement infundibuliforme, legerement ventrue. Sa base 
est iuterieurement glabre, puis, jusqu aux deux tiers environ desa hauteur, elle 
est revetue de longs poils renverses. Plus haut encore et au niveau de la gorge, 
elle est glabre. Son bord ventral porte une aile ou crele verlicale, egalc a peu 
pres en largeur a 1 urne elle-meme. L opeiv.ule esl pelit, obovale, retreci a sa 
base. Son bord est entier, garni interieurement de poils renverses. La hampe 
tlorale est egale aux feuilles ou plus courte. C est le Spotted Trumpet-leaf des 
Americains. H. BN. 

BIBLIOGIUPHIE. ADAXSON. Fam. des plant., II, 450. Juss. Gen., 455. -- LAMK. Diet, 
encycl., VI, 544 ; Suppl., V, 89; llluslr., t. 452. SPACH. Suites a Buffon, XIII, 329. - 
ENDL., Gen., n. 2025. ASA GRAY. Gen. ill., t. 45, 46. BENIH. et HOOK., Gen., I, 48, n. \. 
H. BN, in Adansonia, I, 210 ; Hist, des plantes, III, 89, 100, 103, fig. 102-107 . A. D-G., 
Prodrom., XVII, 5. 

SAUCEROTTE (CONSTANT). Ne en 1805, mort a Luneville le 3 novembre 
1884. RCQU docteur en 1828, il avail ele nomine membre correspondant de 
1 Academie de medecine en 1834, medecin en chef de I hopilal civil et mili- 
laiiede Luneville en 185 ( J; ofiicier de 1 Universite en 1847, chevalier de la 
Le gion d hpnneur en 1866. C etait un homme aussi estime pour Thonorabilite 
de son caracteie que pour son grand savoir. La nature de son esprit le portait 
naturellement vers les etudes philosophiques; il avail meme professe la philo 
sophic au college de la ville ou il pratiquait. Averti de sa mort quand ce fas 
cicule etait deja en pages, nous ne pouvons donner ici la lisle de ses Iravaux. 
Misons seulement qu il a proleste un des premiers contre le broussaisime (these 
inaugurale) ; qu il a public des memoires sur le Siege du rhumalisme. (Bull, 
de la Sue. uiniloiiiiqne, 1X27) ; i Eclectisme medical (Journal hebdomadaire. 
1830); sur la valeur de I Anatomie pathologique (Memoires de I Academie de 
medecine, t. VI) ; sur la valeur de la physique et de la cbimie appliquees a la 
medecine (Memoires del Academic de medecine de Belgique, 1852) ; sur YHis- 
loireet la philosophic dans les rapports avec la medecine (broch. 1863) ; sur 
les Me decins au the alre depuis Moliere (Gaz. hebd., 1881). On doit aussi a 
Saucerotte plusieurs publications sur I hygiene. D. 



(Races). On ne saurait dire a quels caracteres se reconnait 
exactement une race sauvage ; ni { anatomic ni 1 elhnologie ne nous permettent 
de donner une acception unique et limitee au mot. Nous n avons pas du reste 
1 intention de trailer a fond le sujet; cet article est surtout un article comple*- 
nientaire dans lequel nous nous abstiendrons autant que possible de toucher 
aux questions eludieesailleurs. 

Plutot que de tenter une classification systematique, nous passerons en revue, 
dans les differeutes, parties du monde, les peuples actuellement sauvages ou 
qui 1 ont ete a des epoques rapprochees de nous. 



1. Europe- 1 LES ENVAHISSEURS DE I/EsiPIKE ROMAIN. II CSl 3 p6U 

impossible de remonler, avec 1 aide des documents rassembles par les anthro- 
pologistes et les linguistes modernes, aux ancetres sauvages des nations 
actuelles. Pour les Anciens, 1 humanite ne s etendait pas au dela de la patrie, 
1 etranger elait le Barbare dont on faisait un tributaire ou un esclave aux 
epoques de puissance, un mercenaire solde aux temps de decadence; peu 



ADDENDA. 81 

importaient ses origines et ses traditions, on n avait entrevu ni 1 inte ret ni 
1 utilite de 1 ethnologie. Les Remains ne connaissaient leurs voisins que par 
les luttes qu ils avaient a soulenir contre eux; c etaient des ennemis auxquels 
on ne rendait justice que si Ton voulait faire une amere critique des moeurs 
nationales, en louant les leurs plus qu elles ne le meritaient. 

Ce patriotisme exclusif et orgueilleux regul un chatiment terrible : Scipion 
Emilien pleura devant Carthage en feu, en pensant au dernier jour de Rome; ce 
dernier jour ne fut pas meme glorieux comme celui de sa rivale, qui terminait 
une lutte sans merci; il arriva naturellement apres une decadence de plusieurs 
sieclcs. 

Les Romains n avaient brise que rindepeudance politique ; les usages, les 
traditions, les arts, furent respectes; la Grece et 1 Egypte vireut encore de 
beaux jours sous les proconsuls : leurs litterateurs, leurs architectes et leurs 
medecins, acquirent meme de temps en temps une graude influence dans la 
metropole. 

Les Barbares ne connurent point ces managements; ceux qui furent subjugues 
par 1 ascendant d une culture superieure et qui voulurent se faire Romains 
perdirent vite leurs qualites natives et devinrent incapables de resister aux 
hommes de meme race. Si la civilisation antique ne peril pas, elle fut morcelee, 
modifiee suivant le caractere et le developpement intellectuel des envahisseurs. 

Ces peuples appartenaient a des races essentiellement distinctes : ceux qui 
venaient du Nord etaient des hommes de grande taille, aux yeux bleus, aux 
longs cheveux blonds, aux lourdes allures. 11s combattaient a pied, en 
masse avec des armes pesantes, et presentaient dans la resistance une tenacite" 
contre laquelle se brisa souvent 1 impetuosite des legionnaires. 

LesRarbares de 1 Est etaient, au contraire, de petits bommes a la face olivatre, 
aux regards sombres, aux cheveux noirs. Doues d une vivacite remarquable et 
constamment a cheval, ils franchissaient en un jour des distances incroyables ; 
ils n aimaient pas les combats en ligne, 1 ordre de bataille tel que le concevaient 
les Romains; leur fleche lancee, ils fuyaient, puis revenaient a la charge. 

Ilserait absurde de parler des peuples germaniques a propos des races sau- 
vages. Des 1 epoque de Tacite, ils possedaient une civilisation moins brillante 
que celle des Romains, mais plus durable. Une famille constitute comme dans 
les temps modernes, une sociele regie par des lois rudes, naives, souvent equi- 
tables, un etat politique plus democratique que celui de Rome, voila ce qu on 
trouvait chez les Teutons. Ils n erraient que par accident lorsque la guerre 
les avail chasses de leurs terriloires. Des le deuxieme siecle de notre ere, la 
plupart elaienl fixe s ; les incursions maritimes des Normands furent le dernier 
acte ou 1 epilogue de cette invasion. 

2 LES MONGOLS EN EUROPE. Alains, Huns, Magyares. Caracteres ge ne- 
raux de ces peuples. Routes qu ils suivent. Ressemblances de leurs inva 
sions. Les envahisseurs orientaux appartenaient a une seule race ; sans doute 
il y eut enlre eux des differences, correspondant aux epoques. Les Tatares 
n avaient ni les memes usages, ni les memes armes que les Huns; mais 1 aspect, 
la taille, la maniere de vivre ou de combattre, n avaient pas varie. Ce sont 
toujours les cavaliers qui ne connaissenl d aulre sejour que leur camp qui 
revent de transformer 1 Univers en une steppe immense, dans laquelle ils puissenl 
librement se mouvoir. 

Un seul parmi les premiers venus presenta des particularite s assez nettes 
HOT. ENC. y s. XV. 



8-2 ADDENDA. 

pour qu il fut possible de le distinguer. Les Alains arrivaient des bords de la 
mer Caspienne, ils vivaient comme les Pluns, combattaient comme eux, mais 
en differaient par la physioriomie ct la taille; plus sauvages sous certains 
rapports, puisque certains d entre eux etaient anthropophagcs, ils avaient 
aussi plus de generosite. Ges gens, disait Amimen Marcellin, habitent le& 
immenses solitudes de la Scythie, et recoivent le nom de leurs montagnes; 
peu a peu, ils ont joint a eux les nations voisines, comme les Perses, apres 
les avoir battues... Dissemines dans 1 une et 1 autre partie du monde, ils 
errent a 1 etat nomade dans d immenses pays; peu a peu, on les a reunis sous 
un seul nom et appeles Alains... Us n ont point de cabanes, ne cultivent point, 
se nourrissent de lait et de viande, demeurant dans des tentescouvertes d ecorce. 
Lorsqu ils arrivent dans un paturage, ils s y arretent, disposent leurs chariots 
en cercle ct vivent dans cette enceinte comme des betes sauvages. Les provisions 
epuisees, hommes, femmes, toute la tribu, en un mot, remonte dans ces chars; 
c est la leur veritable habitation ; c est la que les enfants naissent, qu ils sont 
eleves ; ils regardent comme leur patrie 1 endroit ou ils s arretent. Les Alains 
menent avec eux de nombreux troupeaux dont ils ont grand soin, des chevaux 
surtout. On trouve dans leur pays des champs toujours converts d herbes, des con- 
trees ou les arbres fruiliers sont nombreux. Jamais, n importe oiiils aillent, les 
aliments ne leur font defaut, grace a la fecondite d un solnaturellement bumide 
et arrose par de nombreux cours d eau. Les vieillards et les femmes restent 
dans lecamp, les jeunes gens sont habitues de bonne heure a monler a cheval; 
on pense que c est chose vile et meprisable que d aller a pied. Ils sont, 
comme les Perses, d origine scythique ; comme eux, courageux et prudents a la 
guerre. Presque tous sont beaux et bien fails, ils ont les cheveux chalains, le 
regard terrible ; ressemblant sous bien des rapports aux Huns, ils sont pourtant 
plus doux et plus polis. Ces gens parcourent en pillanteten chassant les rivages 
du Palus-Meolide, du Bosphore Cimmerien, I Armenie et la Medie. Le repos, si 
agreable aux hommes doux et tranquilles, ne vaut pas pour eux les perils et la 
guerre. On estime heureux celui qui a ete tue dans le combat; ceux qui meurent 
de vieillesse ou d accident sont consideres comme laches ou degeneres, et 
on les maudit ; il n y a rien dont Jls se vantent avec plus de fierte que d avoir 
tue un homme; ils coupent la tete de leurs ennemis, enlevent la peau en atta- 
chant a la selle de leurs chevaux ces depouilles qu ils regardent comme de 
glorieux trophees. Ils n ont ni images, ni temples, ni edifices religieux. Leur seul 
symbole est un glaive fiche en terre, qu ils adorent comme le Dieu de la guerre, 
dieu tutelaire de leur pays. Ils conjecturent 1 avenir d une maniere singuliere : 
les femmes recueillent des verges minces et droites qu elles disposent aprps 
certains enchantements dans un ordre donne, elles savent la signification des 
presages obtenus de la sorte. Les Alains ne connaissenl pas 1 esclavage, tous naissent 
libres ; ils choisissent pour juges ceux qui sc sont le plus dislingues a la guerre. 
Cette description permet de supposer qu a 1 epoque d Ammien Marcellin ces 
peuples formaient plutot une confederation qu une race pure ; si les moeurs 
et la maniere de combattre sont celles des autres Scythes, les trails du visage, 
les lois, different notablement des leurs. Les Alains ont sur la mort violente les 
memes idees que les Scandinaves a la veille de leur conversion ; ils ont emprunte 
aux Iraniens, leurs voisins, une partie de leurs pratiques. La magie fut a pen 
pres la seule religion des nomades de 1 Asie centrale, avant qu ils fussent 
musulmans ou Chretiens; on la retrouve encore melangee a J orthodoxie 



ADDENDA. 85 

russe, sous forme de chamanisme, dans biea dcs tribus de la Siborie septen- 
trionale. 

Les Alains jouerent un role de faible importance dans la destruction de 
1 Empire romain; ceux qui s avancerent vers 1 Occident se fondirent avec les 
\ r andales et les Sueves; une ligue de ces peuples formee des 407 avait pour 
chef supreme le Germain Godegisile. 

Les Huns veuaient a peu pres des memes contrees; les historians latins 
leur donnent comme berceau les solitudes s etendant entre 1 ocean Glacial 
et le Palus-Meotide ; ils n avaient point les avantages physiques des premiers : 
de pelits yeux, des cheveux uoirs et rares, une figure hideuse lailladoe de cica 
trices a cause des blessures qu on leur faisait des 1 enfance pour empeeher h 
barbe de pousser, tels e taient leurs traits caracteristiques. 

Ils passaient litteralement leur vie a cheval, mangeaient, dormaient sans quit 
ter la selle, leur nourriture consistait en viande a peine rechauffee; on ne 
leur connaissait ni religion, ni lois. Lors de leurs grandes luttes avec les deux 
Empires, ils eurent un chef supreme, des especes de villes ou de bourgades. 
Leur puissance, qui avrivait a son apogee, etait aussi bien pres de sa fin. On 
dirait que la vilalite de ces races s epuise a mesure qu ils s eloignent de la 
steppe. Attila le conquerant ne ressemble deja plus au chef elu d une horde 
nomade : c est un empereur barbare qui tient peu de compte de 1 origine ou de 
la couleur et recrute partout sans prejuge les soldats dont il a bcsoin. Parmi 
ceux qui combattirent avec lui a Chalons-sur-Marne, il y avait autant de Goths, 
de Sueves ou de Marcomans, que de Huns. Geux-ci, du reste, ne demandaient 
pas mieux, la premiere fureur du pillage passee, que de s assimiler les vaincus ; 
il n y avait pas plus d esclavage permanent chez eux que chez les Alains. Dans 
son ambassade pres d Attila, le Grec Priscus fut tout surpris de rencontrer un 
de ses compatriotes place exactement sur le meme pied que les autres Barbares. 

Tandis que je passais le temps a me promener, dit-il, autour de 1 enceinte 
de la maison d Onegese, s avanca quelqu un que je pris d abord pour un bar- 
bare de 1 armee des Scythes, et qui me salua en grec en me disant : ^?os. Je 
m etonnais qu un Scythe parlat grec; les Barbares en effet, renfermes dans leurs 
habitudes, ne cultivent etne parlent que la langue des Barbares, celle des Huns 
ou celle des Goths. Geux qui out de fre quentes relations de commerce avec les 
Remains parlent aussi le latin, aucun d eux ne parle grec, a 1 exception des 
captifs refugies dans la Thrace ou dans 1 fllyrie maritime; mais, quand on 
rencontre ces derniers, on les reconnait aisement a leurs vetements declares ou 
a leur paleur, signe de la mauvaise fortune ou ils sont tombes. Mon homme, 
au coutraire, avait 1 air d un Scythe heureux et riche; il etait vetu avec ele - 
gance et avait la tete rasee en rond. Le saluant a mon tour, je lui demandai 
qui il etait, d ou il etait venu dans la terre des Barbares, et pourquoi il avait 
adopte les usages des Scythes. Yous avez done bien envie de le savoir? me 
dit-il. Ma raison pour vousledemander, repondis-je, c est que vous avez parle 
grec. II me dit alors en riant qu il e lait Grec de naissance, qu il s elait etabli 
pour faire le commerce a Vinimacum, ville de la Mesie sur le Danube, qu il v 
avait demeure longtemps et y avait e pouse une femme riche, mais que, lors de 
la prise de la ville, son bonheur s etait evanoui et que dans la repartition du 
butin ses biens et lui etaient echus en partage a Onegese. II est en effet d usage 
chez les Scythes que les principaux chefs apres Attila metlent de cote les captifs 
les plus riches et se les partagent. Mon Grec avait ensuite vaillamment 



8i ADDENDA. 

combatlu centre les Remains; il avail contribue a soumettre la nation des 
Acazirs a son maitre barbare, et d apres les lois scythes il avait obtenu en 
recompense sa liberte, avec la propriete de tout ce qu il avait acquis a la guerre; 
il avait epouse une femme barbare, de qui il avait eu des enfants; il etait 
commensal d Onegese et son nouveau genre de vie lui paraissait preferable a 
1 ancien. En effet, ceux qui demeurent chez les Scythes, apres avoir supporte les 
fatigues de la guerre, passent leur vie sans aucun souci; chacun jouit des biens 
que lui a accordes le sort, et personne ne le tourmente jamais en quoi que 
ce soil (V. Guizot," Histoire de la civilisation franfatse, p. 280 et sui- 
vantes). 

Chez eux la mort naturelle ou accidentelle en dehors du combat etait consi- 
deree plutot comme un bien que comme une calamite. Au lieu de maudire la 
memoire du defunt, on lui faisait de splendides funerailles, et, si c etait un 
grand, ses serviteurs se balafraient en son honneur. Lorsque ceux d Attila pe- 
netrerent dans sa chambre, dit Jornandes (il etait mort subitement pendant la 
nuit), ils couperent leur chevelure selon la coutume rationale, et sillonnerent 
de blessures leurs visages hideux. car ce n etaient pas des larmes et des lamen 
tations de femmes qu il fallait pour pleurer un heros, mais du sang d homme. 
Et dans leurs hymnes funebres : II est mort, disaient-ils, non par le fer de 
1 ennemi ou la trahison des siens, mais au milieu de son peuple et plein de 
vie, au sein de la joie et sans douleur. Peut-on appeler mort cette fin que 
personne ne vengera? 

Les obseques du roi marquerent la fin de la domination des Huns. Si on les 
compare aux Grecs du temps, ils sont presque sauvages ; malgre tout, il y avait 
loin de ces peuples, essayant de substituer la loi a la violence, solennisant 
a leur maniere les actes importantsdela vie, a ces cavaliers a tunique de peaux 
de martre, qui avaient desole atant de reprises les provinces. Les Huns ne reus- 
sirent a rien fonder, le roi des Gepides, Adaric, ecrasa les fils d Attila, et depuis 
on ne parla plusd eux. 

11 y eut bientot apros d autres debordements des nomades sur 1 Europe, mais 
ni les Avares, ni les Khazares, ni les Bulgares, n allerent loin ; ce fut au dixieme 
siecle seuletnent, lorsque les Magyares apparurent, qu on put croire Jes temps 
d Attila revcnus; c etait bien le nieme ennemi qui avait failli ecraser aulrefois 
les Fnmks. Les Hongrois, dit un hislorien du temps, etaient petits, mais vifs; 
ils avaient la tete rasee, les yeux etincelants, le visage d un jaune tirant sur le 
brun; ce visage inspire 1 horreur, ils sont toujours a cheval, de leurs arcs fails 
de corne ils lancent des javelots redoutables et sont a peu pres aussi agiles pour 
surprendre I ennemi que pour simuler la fuite. Ils ne vivent pas comme les 
hommes, mais comme les betes, ils mangent la chair crue et boivent le sang de 
lenrs ennemis . 

Ils eurent, en 933, a Mersebourg, leur defaite de Chalons; mais, plus 
heureux que les Huns, ils fonderent un royaume. Des 1 an 1000, devenus chre- 
tiens, ils introduisirent chez eux les lois germaniques, alors en vigueur dans la 
plus grande partie de 1 Europe. 

Ils sont, dit M. Topinard, alteres par leur melange avec les Turcs, les 
Khazares, les Bulgares, les Roumains. Les historiens les font deriver des 
Ostiakes, ou mieux, venir d un pays au dela de 1 Oural, appele Ugri; les 
linguistes leur donnenl une langue finnoise et les ethnologistes prennent note de 
leurs traits ethniques qui rappellent la vie sous la tente et 1 habitude du cheval. 



ADDENDA. 85 

Aujourd hui, dans les classes superieures, ils forment un des plus beaux types 
de 1 Europe . 

L etablissement definitif des Magyares, leur transformation qui s opera 
avec une rapidite remarquable ne clot pas, tant s en faut, la serie des invasions 
des hommes de race jaune. Toutes eurent des caracteres identiques : on eut dit 
qu une force inconnue poussait les Barbares vers un meme objectif. Les Ger- 
mains attaquerent 1 empire par 1 Italie et par les Gaules; ils se fixerent vite, 
firent succeder 1 etat de conquete et de domination militaire a 1 etat de guerre, 
c est-a-dire a la devastation et au pillage, sans que 1 incessantearrivee de tribus 
plus pauvres, plus robustes, plus avides, remit chaque jour leur domination en 
cause. 

Tous les Barbares de 1 Orient suivirent la meme route ; les armes et la 
diplomatic des empereurs byzantins protegeaient encore la peninsule des 
Balkans, de sorte que le flot se repandait au Nord, dans les pays correspondant 
aux anciennes possessions romaines de la Moesie et de la Dacie et dans la partie 
meridionale des pays germaniques. Les Mongols occupaient une large bande de 
territoire qui s etendait presque sans interruption de Yienne a 1 embouchure de 
1 Amour ; surcette bande, il y avail des echelons correspondant a des invasions 
anterieures ; a la fixation de tribus ou de peuples partis de memes points. Les 
nouveaux venus ne les me nageaient gucre; beaucoup furent oblige s d emigrer 
en se frayant un passage a travers les Slaves ou les Teutons. C est a la 
suite d une de ces invasions que les Finnois recurrent jusqu a la Baltique. 
D autres tribus furent completement aneanties; a 1 epoque ou une legion 
d Ougres blancs avail ete prise par 1 empcreur Heraclius a sa solde, une autre de 
meme race obtinl une concession vers le Nord, dans un pays nominalement 
soumis a son autorite. Les Obres, comme on les appelail, etaient des gens 
vigoureux de corps et orgueilleux d esprit ; ils se jeterenl sur les Doulebes 
leurs voisins, qui parlaietil une langue slave; ceux-ci furent soumis a une 
dure servitude, les Obres les assimilerent a des betes de somme, ils attelaient 
a leurs chars au lieu de chevaux des femmes doulebes. Dieu, dit Nestor, les 
enpunit; ils furent detruits eux-memes et il n en resta pas un seul. A tel 
point qu aujourd hui on dit encore, en Russie, d une maniere proverbiale : 
ecrase comme un Obre . 

Ce mepris des nomades pour leurs compatriotes dcvenus possesseurs du sol 
se manifestail en toute circonstance ; Hrolf n affectait pas plus de dedain a 
propos de Hastings, comte de Chartres, que les Tatares a propos des Polovtsi, 
venus du meme pays qu eux et parlant leur langue. Dieu nous pousse, 
disaienl leurs ambassadeurs aux Busses, conlre ces rnaudits, qui sonl nos 
esclaves el nos palefreniers, ce n est point a vous que nous en voulons . Plus 
tard, ceux qui n accepterent pas la domination de Gengiskhan, qui ne se firent 
pas musulmans et fuirent vers le Nord, furent appeles par les conquerants des 
sauvages (Ouchtiaks). 

DEUX RAMEAUX DE LA I! ACE MONGOLIQDE ISOLES DANS I/EXTREME NORD. 

1 Les Finnois. Parmi les tribus refoulees, beaucoup valaient mieux que 
celles du Midi. Les Finnois, par exemple, avaient plus de culture intcllec- 
tuelle, une vie mieux reglee, des institutions plus capables de perfection- 
nement. L histoire de ce rameau d une race asiatique sans cesse aux prises 
avec le plus puissant des peuples slaves, recevant des Scandinaves sa reli 
gion, ses lois, et conservant malgre tout ses caracteres ethniques et sa langue, 



86 ADDENDA. 

est extremement interessante. Des le quatrieme siecle de notre ere, il existait 
un peuplc qu on appelait les Fenni. Jornandes, Goth de naissance, et plus au 
courant que la plupart des e crivains latins de ce qui inleresse ses compa- 
triotes, leur assigne commeorigine cette terre de Scandinavie qui a ete la mere 
de tant de nations. 

Les Fenni n avaient de commun avec les Scandinaves que le voisinage; ceux 
des cotes etaient de rudes marinsqui suivirent la fortune des Vikings, et les recits 
relatifs aux exploits de ces rois de la mer celebrent hautement leur vaillance 
(Ignatius). 

Les anthropologistes moderncs divisent les gens de langue finnoise en deux 
types : le Tavastlandais et le Karelien; le Tavastlandais est brachyce phale, ale 
visage large, quadrangulaire, la machoire inferieure de veloppee et saillante a 
ses angles, la peau legerement grisatre, la bouche large, le nez petit, un 
peu e pate. Les yeux sont etroits et presentent, chez quelques-uns, une certaine 
obliquite. Les cheveux sont blonds, sur la calotte, d un gris cendre a la 
pointe, chez les femmcs, souvent jaunesourougealresi) (deQuatrefages).Labarbe 
est faible, a foils relalivement rares et courts. Au point de \ue moral, le 
Tavastlandais presenle les qualiteset les defautsdel individureflechi. Peu cora- 
municatif, taciturnc meme, il a I intelligence paresseuse, maislejugementd une 
remarquable rectitude; il se decide lentement et mene a bien ce qu il a resolu, 
donne avecpeine sa parole, mais, s il 1 a donnee, il la tient avec la fidelite d un 
Ostiak ; en revanche, il est routinier, peu ami du progres, conserve longtemps 



ses rancunes et se venge. 



Lc Karelien, plus petit, est moins brachyce phale, rensemble de sa physio- 
nomie est plus attrayant, ses cheveux chatains sont longs et boucle s. C est 
rhomme de la sensibilile et du premier mouvement. Gai, ami de la musique 
et de la poe sie, il n a pas les auires qualites serieusesde son compatriote. Celui-ci 
constituerait le prototype de la race ; c est chez lui qu elle se serait conservee 
la plus pure. 

Les Finlandais proprcment dits, quoique parlant la meme langue, dit 
M. de Quatrefages, quoique ayant les memes chants nationaux et menant le 
meme genre devie, se partagenten deux groupes que distinguentnon-seulement 
la couleur de la chevelure, mais tout un ensemble de caracteres physiques, 
intellectuels et moraux. 

Au point de vue anthropologique, le plus important de ces groupes est celui 
que caracterisent ses cheveux blonds; c est lui qui, parses caracteres physiques 
aussi bien que par la langue, relie 1 Europe a I Asie, les Finlandais aux 
Ostiaks. 

Nous possedons un monument precieux relatif aux coutumes, a la maniere de 
vivre de ce peuple a une epoque reculee : le Kalevala, son epopee nationale. Pas 
plus qu aucun poeme de meme nature celui-ci n est 1 ceuvre d un homme, 
d un siecle. 11 est a peu pres impossible, meme avec des inductions laborieuses, 
de fixer la date de la plupart de ces chants. M. Retziuscroitque les plus anciens 
remontent au cinquieme siecle de notre ere, c est-a-dire a une epoque voisine 
de celle ou Jornandes parlait deja des Finnois. M. Alqvist, cite par M. de Quatre 
fages, de crit de la sorte, apresune analyse approfondie des documents nationaux, 
1 e tat social des anciens Finnois : 

Avant leur contact avec les peuples d origine germanique, ils se nourris- 
saient presque exclusivement des produits de la chasse et de la peche. Leur 



ADDENDA. 87 

principal animal domestique etait le chien, mais ni le cheval ni la vache ne 
leur etaient inconnus, quoiqu ils ne s entendissent a preparer ni le beurre ni le 
fromage du lait de cette derniere. Us ne firent la connaissance du mouton, dela 
chevre et du pore, que sur les rives de la Baltique. L agriculture ne semble pas 
leur avoir ete totalement inconnue; mais ils ne se livraient qu a celle des 
nomades, c est-a-dire au systeme du brulage. L orge etail, du reste, la seule 
cereale, et la rave le seul tubercule comestible qu ils connussent. 11s apprirent 
de leurs voisins de la Baltique 1 agriculture proprement dile, de nieme que 
1 emploi d oulils ogricoles plus perfectionnes, et la culture du froment, du seigle, 



de 1 avoine et des legumineuses. 



L habitation d une famille se composait d une tente (kota) formee de petits 
arbres ou de perches dressees coniqucment centre un tronc d arbre, ou les uns 
centre les autres, et que Ton recouvrait de peaux a 1 entree de la saison froide. 
Une autre espece d babitation etait la fauna, trou creuse dans le sol et recouvert 
d un toit au-dessus de terre. L arrangement de ces demeures etait des plus 
simples. Elles avaient une ouverture pour la porle, un trou pour la fumee, un 
foyer ou atre compose de quolques pierres placees au milieu de la piece ; mais 
ni plancher, ni fenetres, car le jour penelrait par la porte ou par Tissue de la 
fumee. On n apprit qu apres 1 arrivee sur les bords d> la Baltique a connaitre 
les maisons en charpente avec plancher et toit, avec lucarnes ct plus tard avec 
fenetres aux parois, avec banes ot autres sieges, avec foyer ou alre regulierement 
construit. Le mobilier, d une simplicite primitive, se composait de quelques 
boites en bois. Le restant etait forme d engins de peche et de chasse, de patins 
a neige, de petits traineaux et de bateaux. 

Les excursions plus ou moins lointaines se faisaient en hiver, sur des patins 

a neige, ou avec des rennes; en ete, a pied, a cheval ou en bateau. 11 n existait 

ni chemins, ni vehicules sur roues. Le costume entier se composait exclusive- 

ment de pcau, et la mere de famille cousait les vetements avec des aiguilles 

d os. 

Les hommes construisaient les bateaux et confectionnaient les engins de 
peche ou de chasse. En fait d autrcs ouvrages domestiques et de metiers, 1 art du 
forgeron seul parait avoir ete pratique paries anciens Finnois, et encore peut-on 
douter qu ils 1 aient apporte de leurs] demeures primitives. Les seuls metaux 
qu ils semblent avoir connus sont le cuivre et 1 argent. Parmi les outils de 
travail, un seul aussi, le couteau. Ce ne fut que sur les rives de la Baltique 
qu ils apprirent a se servir de la hache de fer. 

Pour ce qui concerne la confection des etoffes, ils ne paraisscnt avoir exerce 
que tout au plus le tissage des couvertures. Cependant ils savaient filer a la 
quenouille les fibres d une espece d ortie. Ils ne firent que dans leur nouvelle 
patrie la connaissance du mouton et 1 art de confeclionner avec sa laine du fil 
et des etoffes. Us s entendaient, par contre, a tanner la peau. 

Nos ancetres ne connurent la mer et n apprirent la navigation proprement 
dite que sur les rives de la mer Blanche et de la Baltique. Avant leur arrivee 
dans les regions baltiques, leurs embarcations se composaient de petits bateaux 
tres-elementaires pour la navigation des fleuves et des lacs. Ces bateaux ne 
marchaient qu a la rame, encore ne ramait-on pas de la facon actuelle, mais 
en pagayant avec une ou plusieurs rames, de 1 espece nommee me/a en 
finnois. 

II n existait pas de villes. Le commerce n etait qu un e change. L or et 



88 ADDENDA. 

1 argent comme etalonsj de valeur etaient inconnus aux Finnois primitifs. Les 
moyens d echange se composaient de peaux, surtout de peaux d ecureuil, pour 
lesquelles on se procurait, des nations les plus meridionales, les quelques 
marchandises etrangeres dont on avail besoin. A 1 exception de certaines mesures 
de longueur, on n apprit a connaitre les poids et mesures que des voisins 
baltiques. 

La vie de famille parait avoir ete assez developpee. Les nombreuses denomi 
nations en usage sont principalement d origine nationale. Elles sont en grande 
partie communes aux diverses langues finnoises, preuve que les notions et les 
ide*es qu elles represented existaient deja avant la separation en Orient. Cepen- 
dant, le mariage et les ceremonies relatives y semblent avoir subi quelques 
modifications de 1 epoque pa ienne, quand les Finnois furent entres en contact 
avec les peuples lilhuaniens. 

11 n existait pas de serfs, mais bien des serviteurs et des ouvriers libres et 
salaries. 

II parait y avoir la une espece de commune, du nom de Pitaja, du moinschcz 
une parlie des Jains, ainsi qu un chef de commune ou chef militaire elu qui, 
peut-etre, avail aussi a juger les querelles et les proces, selon requite et la 
coutume. Mais on n avait ni lois ecrites, ni juges proprement dits, ni princes 
hi -reditaires, ni constitution sociale quelconque. En general les Finnois primitifs 
paraissent avoir attache plus de prix a une liberte individuelle illimitee qu au 
prix d une partie de cette liberte (de Quatrefages, p. 580-585). 

Nousavons vu une partie de ces caracteres chez les Scythes conquerants, nous 
les retrouverons chez les patres siberiens de race mongole. 

Un phenomene singulier bien en rapport avec ce que 1 observalion nous a ap- 
pris du caractere finnois, c est son autonomie pcrsistante. Conquerant, ce peuple 
n a qu une faible haine pour les vaincus, les .lotunit. Joukainen et sa soeur Aino 
sont tous les deux de sordides enfants de la Laponie; cela n empeche pas 
qu Aino soit fiancee an heros finnois Wainamoinen ; mais il tient a sa langue 
et 1 impose. Si, comme le croit M. de Quatrefages, les Kareliens sont une 
population aryenne, ils ont e te absorbes depuis un temps immemorial par un 
voisin moins intelligent, mais plus tenace. Celui-ci a ve cu cote a cote avec les 
Suedois, s est si bien fondn avec eux, qu il a pu, a un moment donne, croire 
qu il appartenait a la meme famille, que son idiome n etait qu un patois 
local, dil ferant un peu plus de la langue pure que celui de la Dalecarlie, mais 
il 1 a garde. 

Cette conception des origines de la Finlande fut longtemps la cause qu on ne 
s occupa point des Finnois. Notre histoire, dit M. Gronblad, a ete trois siecles 
durant traitee comme une histoire provinciale . 

L union tenait un peu aux circonstances, beaucoup au caractere de la race 
soumise. Le paysan est un philosophe que les luttes de la tribune n interessent 
qu a demi, un conservateur peu sentimental, qui garde son individualite sous 
tous les drapeaux et ne concoit pas les animosites civiles. Les seuls differends 
qui existercnt entre les Finnois et les Scandinaves furent d ordre religieux. 
Nous avons vu les premiers prendre part aux courses des pirates ; a ce moment, 
aucun symptome de discorde ne se montrait entre les deux peuples. Plus 
tard seulement, lors de la conversion au christianisme d Erik le saint, les 
Suedois firent en Finlande des expeditions guerrieres ; les heros du Kalevala 
furent plus difiiciles a detroner que ceux de 1 Edda. Des croisades contre 



ADDENDA. 89 

les pai ens eurent lieu en 1157, 1249, 1295; leur conversion ne fut complete 
qu a partir de la seconde moitie du quatorzieme siecle. Ces invasions dont la 
religion etait le pretexte avaient, en realite, pour cause une modification pro- 
fonde de 1 etat social. Malgre son origine, le christianisme etait si bien devenu 
vers les derniers temps de 1 Empire le culte romain, qu il y avail dans sa 
discipline une foule de dispositions empruntees au droit imperial. La reli 
gion du onzieme siecle ne ressemblait que par ses dogmes et ses traditions a 
celle des esclaves fugitifs et des petitesgens, du temps de Diocletien; elle parlait 
bien un peu d egalite humaine, mais cette egalite ne serait reelle que dans la 
Jerusalem celeste; les devoirs de I homme ici-bas se resumaient en un seul 
precepte : soumission a 1 autorite legitime dont 1 Eglise representante de Dieu 
etait la derniere et la plus parfaite expression. Tous les monarques convertis- 
seurs essayerentde substituer la hierarchic leodalea 1 independance qu ils troii- 
vaient; partout ou Charlemagne batit des eglises, les Saxons cesserent d etre 
libres. 

Nous avons vu avec quel entelement les Finnois tenaient a leurs coutumes, 
avec quelle susceptibilite ombrageuse ils les sauvegardaient. 

Les missionnaires scandinaves en faisant connaitre un nouveau Dieu fonderent 
dans le pays 1 ordre deja etabli chez eux; les eglises d Aabo, de Tavastehus, de 
Viborg, n etaient pas seulement des lieux de reunion et de priere, c etaient des 
places fortes d ou sortaient de temps en temps les barons et leurs homines, pour 
exercer sur le pays voisin ce qu ils consideraient comme leur droit. 

Jamais, du resle, le joug suedois ne parut bien lourd aux interesses ; il n y 
tut point deces guerres dans lesquelles toute une racese leve contre 1 oppresseur, 
qui ne se terminent que par la victoire ou 1 aneantissement. Les discordes de 
Suede n eurent, le plus souvent, aucun retenlissement en Finlande. 

Moins de trente ans upres la mort de Guslave Wasa, par exemple, les circon- 
stances etaient telles que, si les Finlandaiseussent e prouve le besoin de former 
un Etat independant, Hen n etait plus facile. Lorsquela subordination pese a un 
peuple, il arrive presque toujours qn un homme habile ou convaincu tire parti 
du mecontentement et donne a une emeute Je caractere d une guerre civile. 
L etablissementde la Reforme, en Suede, etait recent; le pouvoir royal, battu 
en breche par une noblesse turbulente, traversait une crise. Sigismond avait 
abandonne la Suede pour la Pologne en laissant la regence au due Karl, mais 
ill avait abandonnee avec espoir de retour. Le gouverneur de Finlande, Claes 
Fleming, grand amiral de Suede, tenait pour lui et refusait d executer les 
ordres venus de Stochkolm; si les Finnois 1 eussent soutenu, la metropole eut 
difficilement reussi a les ramener a 1 obeissance; ils firent tout le contraire. 
Bourgeois et paysans porterent leurs doleances aux pieds du Regent. Les gens 
de guerre et les chevaliers, disaient-ils, en 1590, exigent toutes sortes de choses 
pour leur nourriture, ils ont requisitionne nos chevaux, nous ont impose une 
contribution de 20 ore par tete, puis, quand il s agit de determiner Ja quantite 
des denrees accorde es, ils se servent de mesures et de poids faux ou inconnus 
dans le pays. 

Les choses allerent si loin, qu un soulevement formidable eclata en 1597, 
dans TOstrobothnie ; les paysans ayant envoye a Stockholm un nouveau delegue 
refuserent d acquitter aucun impot avant son relour; il y eut lutte et mort 
d hommes; le soulevement gagna de paroisse en paroisse les provinces centrales, 
le Tavastland et le pays de Savolax; les Finnois se reunirent aux Scandinaves, 



90 ADDENDA. 

Fleming lenla d effrayer les insurges par des repressions rigoureuses, mais 

1 avantagene f ut pas toujours aux gens d armes. Le triomphe defmitii dc 

C harles IX mit fin a cette guerre bizarre, dans laquelle un peuple conquis prit 

parti pour le pouvoir central centre son Gouverneur; une chose a noter, c est 

que rinsurrcction fut moins opiniatre dans les districts finnois que dans 

rOstrobollinic (p;iys suedois), que la repression y fut aussi moins sanglante. 

((L union de Ja Finlande avec la Suede, dit M. Ignatius, a etc pour la premiere 
la source d avantages precieux, le christianisme, la civilisation de 1 Occident, 
une constitution et des lois liberates. Les Finnois ne furent pas traite s en 
peuple conquis, ils eurent part e"gale aux droits et aux devoirs civils et poli- 
tiqucs. Le paysan finlandais fut, comme par le passe, libre proprielaire du sol. 
De scs rangs sont sorlis non-seulement la plus grande parlie de la classe 
nioyenni , mais encore la plupart des families nobles qui ont joue un role dans 
I liisloire du pays. 

En somme, ce rameau des races touraniennes, eloigne de bonne heure de 
sun |i;i\s, M |iaic de ses f re res d origine par les Slaves et les Allemands, 
soumis presquc toujours a unc domination etrangere, a pu, tout en conservant 
sa langue, i-rs |i;u ikulariles morales et intellectuelles, s elever a un degre de 
civilisation et dc prosperile qui ne le cede a aucune des nations modernes. 

Nous aliens voir un aulre peuple rejele dans des regions moins favorisees, 
plus JMik ; L lunir, dont le devcloppcment ne surpasse probablement guere celui 
des Finnois a I q oquc de leurcxode. 

2 Samoiedes. Ce nom, dit un vulgarisateur russe, eveille toujours dans 
mon esprit le souvenir de la figure piteuse d un pauvre petit vieux, dont le 
\i>age ravage par la variole elait entoure en bas d une barbe rare, mal deve- 
loppee, en liaut d une masse de cbeveux noirs, rudes et en broussailles. A son 
enlre e dans ma cbambre, il retira avec les deux mains de sa tete son bonnet 
a longues oreillcs, ornees de pieces de drap multicolores, puis resta la mal 
d aplomb sur les jambes. De temps en temps, il jetait un coup d ceil vers raoi 
et murmurait : Voici le moment de partir pour la tchoume. 

De sa main droite, tenant toujours son bonnet, il montrait la fenetre et 
baissait les yeux : c ctait mon vienx guide samoi ede, veritable type de cette race 
prepare pour la photographic. 

Nous partimes : un immense espace convert de neige s etendait de tous cotes. 
Les rennes emmenaient au galop et tete baissee notre traineau, je me couvrais 
le visage, lournant le dos au Nord, tant le froid qui venait de ce cote etait 
violent; il n y avail pourtant pas un souffle de vent. Enfin, nous sortimes des 
broussailles et nous enframes dans la plaine. Elle etait eclairee par une sorte 
de jour crepusculaire, en trois endroits on voyait des feux, 1 un tres-faible 
ressemblait a ceux que les palres font le soir pour eloigner les loups; les deux 
autres avaient une Damme plus vive, ils etaient surmontes d une colonne de 
fumee immobile en apparence. Les rennes e taient autour, errant de cote et 
d autre dans la plaine neigeuse. Un d eux frappait alternativement le sol des 
deux pieds de devant, puis il se baissait, flairait et recommenc,ait a frapper. 
Un second restait immobile comme s il eut ele cloue sur place; d autres cou- 
raient a droite et a gauche; deux luttaient. II regnait un profond silence. 
De loin la tcboume, but de notre voyage, faisait a cause de sa forme conique 
1 effet d une meule de foin. Entrons ou plutot glissons-nous dans 1 interieur : 
nous sommes vite arretes. Au milieu se trouve le foyer, au-dessus duquel est 



ADDENDA. 

la marmite remplie d eau en ebullition, la fumce sort par une ouverture supe- 
rieure, mais il en reste lellement a I interieur, qu il est presque impossible de 
Carder les ycux ouverts ct de se tenir debout. Nous nous accroupissons et nous 
parvenons a dislinguer a la lumiere du foyer plusieurs figures etonnees et 
defiantes, celle de la maitresse du logis, Vinika, qui tient un enfant dans 
ses bras, puis le maitre, puis plusieurs autres enfants, ressernblant d une 
nianiere frappante a leurs parents; leurs chemises parsemees d orilices 
accidentels laissent apercevoir une peau jaunatre et luisante; on voit qu il 
fait tres-chaud. Le maitre est en train de grattcr un poisson gele et les debris 
qui tombent seront eux-memes manges avec plaisir. L inika coud des peaux de 
rennes avec un fil grossier, fait avec la peau du meme animal ; un enfant en 
gratte une, un autre joue non sans adresse. Des peaux sont tendues partout sur 
les parois jusqu a 1 ouverture superieure; un coup de vent remplit la tclioume 
de fumee, les yeux nous cuisent et se ferment, il est impossible de rien 
distinguer de plus ; quand le image est clissipe les choses sont dans le meme 
etat qu auparavant, la maitresse coud, le maitre gratle son poisson. On voit 
autour de la marmite des morceaux de viande en train de fumcr; ce sont des 
tranches de renard on de renne qui repandent une odeur nauseabonde 

Y a-t-il longtemps que vous etes ici? demandai-je au Samoiede pour entrer 
en conversation. 

Depuis hier soir ; et il baissa les yeux. 

Quand parlirez-vous? 
- A 1 instant. 

Cette reponse fut accompagnee d un mouvement de tete, et le Samoiede, 
n ajoutaut rien de plus, jeta son poisson, mit sa malitsa sur ses epaules et sortit. 
J ecoutai avec atlcntion : on entendait au loin des aboiements vigoureux. 
L inika et ses enfants elaient en train de serrer dans des paniers, des corbeilles, 
tout le pauvre ameublement. Je sortis a mon tour et je rencontrai le maitre 
qui parut comme auparavant un peu effare a mon approche. 

Pourquoi done, lui dis-je, esperant renouer la conversation, partez-vous 
sitot? Apres beaucoup d hesitation il finit par trouver cette reponse : 

La mousse est mangee, il faut aller plus loin. 

En meme temps, il jetait une corde sur le bois du renne le plus rapproche 
de nous et attachait a la tclioume 1 animal tremblant. La meme chose eut lieu 
pour un second, puis pour un troisieme. Pendant ce temps, trois chiens conti- 
nuaient de courir, cliassant devant eux les rennes qui broutaient la mousse. 
Us aboyerent longtemps et beaucoup jusqu a ce que tous fussent revenus et 
attaches ; puis la caravane se mit en marche. Dans les premiers traineaux se 
trouvait 1 ameublement, dans les suivants les enfants, 1 imka, les chiens; le 
raaitre de la tchoume etait dans le dernier. On fera 50 verstes peut-etre jusqu a 
ce qu on trouve un point de la toundre exactement semblable au premier, 
mais ou les rennes auront plus de mousse (Outchinsky). 

Voila le cote materiel de la vie journaliere du Samoiede errant; sa tente est ap- 
propriee au climat du Nord et semblable par la forme, la construction, 1 ame- 
nagement, a la kota finnoise. Ces caracteres importants, sans doute, sont 
insuffisants pour fixer 1 origine d un peuple et permettre de le raitacher a une 
race. L histoire ne nous fournit malheureusement sur ce point que des donnees 
sommaires : II est bien question des 1096 des Samoiedes, mais ces gens rele- 
gues dans 1 extreme Nord, menant leurs rennes au paturage dans la toundre ou 



92 ADDENDA. 

plaine marecageuse, tiennent peu de place dans 1 histoire ; il n y a guere que 
depuis le commencement du dix-neuvieme siecle que des medecins ou des 
voyageurs russes out cru que leur ethnologie presenlait un certain interct. Dans sa 
Description du Gouvernement d Arkhangelsk, parue dans cette viile en 1802, 
von Pochman donnait des renseignements interessants sur eux; ils furent 
completed et confirmes par Bie lavski dans la Relation de son voyage dans la 
mer Glaciate, parue a Moscou en 1833; enfm dans celle d un autre voyage 
entrepris sous le patronage de la Societe imperiale de geographic russe pendant 
les annees 1847, 1850, sur VOural septentrional et la region montagneuse de 
Pai-Koi, par M. Hoffmann. 

Malgre tout, les notions etaient loin d etre completes; on etait oblige de 
tirer des deductions de rares mensurations craniologiques. Un crane de 
Samoiede a etc figure par Blumenbach, et un decrit par M. Busch, dit M. Topi- 
nard. Les os propres du nez sont etroits sur le premier, le second est brachyce- 
puale et plalyrrhiuieu, il a le dejettement en dehors du bord inferieur des os 
malaires et des arcades zygomatiqucs, une legere crete a la voute du crane, les 
axes orbitaires presque borizontaux ; le diametre vertical du crane est court et 
celui de la face long. 

De cet ensemble il resulte de la facon la plus evidente que le sous-type 
samoiede releve du type general mongol et plus particulierement du sous-type 
mongol proprement dit, mais aussi qu il s achemine vers le sous-type esquimau. 

Ces conclusions ont etc confirmees depuis par un jeune me decin russe, 
M. Zograf. Dans urt voyage fait en 1877, dans le nord du gouvernement d Ar- 
khangelsk, il a pu reunir sur les Samoiedes des documents interessants : men 
surations precises et nombreuses, dessins, photographies, description minutieuse 
de la vie dans la tchoume, toutes ces notes ont ete communiquees a la Societe 
des naturalistes de Moscou et publiees ; nous regrettons vivement que leur eten- 
due ne nous permetle d en donner qu un court resume. 

Le voyage de M. Zograf presenta des peripeties nombreuses ; pour mener 
a bien la lache qu il avail entreprise, il dut deployer une perseverance 
et une habilete peu communes. Son arrivee au territoire du Mezens dans 
la presqu ile de Kaninska etait prevue et ceux qui 1 avaient signale n avaient 
pas precisement pour but de lui venir en aide ; c etaient quelques-uns de 
ces traitants interlopes, par 1 intermediaire desquels se fait le commerce des 
Samoiedes. Le nouvel arrivant devait etre un concurrent ou quelque chose de 
pis, un employe supe rieur de la regie, c est-a-dire un personnage capable 
d entraver leur petit trafic d alcool frelate sur lequel le tresor russe ne percoit 
rien. Malgre tout M. Zograf parvint au but qu il voulait atteindre; le 28 juin 
1877, il entrait dans J embouchure de la Choina qui traverse la moitie occi- 
dentale de la presqu ile Kaninska. 

Le pays, dit-il, presente dans presque toute son etendue des saillies argi- 
leuses, coupees a pic, des collines peu elevees de meme nature et couvertes 
d une vegetation assez faible, ces collines ressemblent a des dunes datant d une 
e poque reculee. Dans leur voisinage, la mer est peu profonde, et souvent a 
1 embouchure du Nesi, de la Choina, de la Kiia, les karabass sont obliges de 
rester amarrees a plus de 10 verstes de la rive. Dans la Choina, nous trouvames 
des Russes qui pechaient la sole; ils nous dirent que vers Mesnoi, a 10 verstes 
plus au nord, la peche etait entravee par les glaces; qu ils avaient du redes- 
cendre vers Tarkhanov pour trouver le chien de mer. Comme je leur demandais 



ADDENDA. 95 

s il n y avail point dans le voisinage de Samoiedes crrants, ils me repondirent 
negativement, mais ils ajouterent que plusliautsur la Choina etaient 4 tchoumes 
de Samoi edes fixes, pecheurs sans rennes. J eu trouvai en effet 6 a cet endroit; 
ceux-ci m apprirent qu a 15 verstes au nord-est campait leur compatriote 
Nikita Soumbitch. Sur ma demande, le guide et 2 pecheurs se dirigerent vers 
lui; quant a moi, je restai dans la tchoume, et en les attendant je m occupai de 
faire des mensurations, mais un vieillard me pria de cesser et d attendre le 
retour des autres, parce qu ils devaient aller au loin tendrc leurs filets. A 
onze heures du soir arrivent deux traineaux, atteles chacun de 4 rennes. Lais- 
sant mes gens et la plus grande partie de mes bagagcs vers la Choina, je suis 
conduit par les rennes a ti avers des broussailles, des marais, des coteaux, des 
chemins rocailleux, menace a chaque seconde d etre jete hors du traineau. 
Je ne pris que les choses iudispensables, un baril d eau-de-vie, mes instru 
ments, une caisse a collections et tres-peu de provisions; le reste fut com- 
ple tement detruit par les chiens Samoi edes qui sauterent dans la karabass et 
mangerent 50 livres de salaison, 6 livres de graisse et les oeufs. Du reste, il 
eut ete impossible d emmener une plus grande quantite de bagages, parce 
qu en cette saison les rennes ne sauraient porter un grand poids. Au bout 
de trois heures, nous arrivames chez Soumbitch, qui me recut avec beaucoup 
de bienveillance et d amitie; il me dit qu il etait reste en arricre des nomades 
et me demanda de ne pas partir avant d avoir passe trois ou quatre jours 
avec lui. >> 

C est par 1 honnete Nikita que M. Zograf fut prevenu des manoeuvres des 
commercants de Mesens. La premiere fois qu il voulut se servir de ses instru 
ments, il se heurta a une repugnance insurmontable dc la part de tout 1 ele- 
ment masculin; les femmes se laisserent gagner par de petits presents; lorsque 
deux ou trois mensurations eurent ete faites, la glace fut rompue, les hommes 
et meme les jeunes gens se preterent de bonne grace aux recherches de 1 explo- 
rateur. Je vois, lui dit un jour Soumbitch, qu on nous avail effrontement 
trompes sur ton compte, des marchands nous avaient engages a fuir aussitot 
que tu arriverais. Si j ai pu te recevoir, c est que j etais reste en arriere de 
ceux avec lesquels je campe ordinaircment. On nous avail dil que lu venais 
prendre des mesures pour incorporer nos jeunes gens dans 1 arme e ; ce n e*t 
pas vrai, puisque tu t interesses autant aux femmes qu aux liommes, et per- 
sonne n a jamais songe a recruter des femmes. 

Voici un resume des notes prises sur les caracteres physiques des Samoiedes, 
resume complete dans le texte par des slatistiques tres-bien faites et tres- 
completes. 

Taille el corpulence. Chez la plupart, la taille etait au-dessous de la 
moyenne. Des 48 sujets examines, pas un seul n avait a proprement parJer 
d embonpoint, 8 au contraire, 6 hommes et 2 femmes, etaient d une maigreur 
remarquable. 3 des 6 sujets du sexe masculin avaient moins de dix-huit 
ans; des 2 du sexe feminin, Tun portail des traces manifestos d une fievre 
eruptive, 1 autre etait de tres-petite taille. 

Couleur et aspect de la peau, des cheveux, des yeux. II esl assez diffi 
cile de connaitre la couleur de la peau des Samoiedes ; leur corps est toujours 
reconvert d epaisses couches de graisse. La difference de coloration entre les 
teguments du visage et des mains et ceux des parties couvertes du corps 
s explique par leur rianiere de vivre ; celle des parties couvertes tire dans la 



94 

plupart des cas plutot sur la teinle jaune pale de la graisse quo sur 1 olive ; la 
teinte du visage est tres-variable selon les individus. Chez presque lous, le& 
cheveux sont fence s, presque noirs, de meme que la barbe. Us sont droits, je 
n ai jamais vu une personne a cheveux boucles. La barbe est rare, courte et 
droite comme dans la race mongolique, elle pousse tard. On voit des hommes 
de vingt-cinq a trente ans qui n en ont pas. Sa couleur est plus persistante que 
celle des cheveux. 

Les yeux sont ordinairement sombres, raais ils]ne sont jaraais noirs comme 
chez les peuplcs du Midi; beaucoup de sujets ont la forme de 1 oeil propre a la 
race mongolique. 

Les sourcils et les cils ne sont ni tres-developpes, ni tres-longs. Leur couleur 
est la meme que celle des cheveux, mais un peu plus pale. 

Forme du nez. La plupart des Samoiedes examines avaient un nez large, 
saillant. Un seul presentait au niveau de la racine la depression mediane et 
caracterislique des Finnois; il avail un pere russe. 

Levres. Graudes, epaisses, saillantes. Du reste, on rencontre quelquefois 
des sujets avec des levres minces et de moyenne grandeur. 

Les Samoiedes sont repandus des bords du Mezens, qui se jette dans la mer 
Blanche, du fleuve Khatanga en Siberie, de 1 ocean Glacial etau voisinage du lac 
Baikhal. 

D annee en annee leur nombre diminue, beaucoup de manages sont steriles, 
le voyageur que nous avons cite attribue cette particularity a 1 age precoce 
auquel on se marie; cet age est de quatorze a quinze ans pour les filles, de 
(juinze a seize ans pour les garcons, puis les mauvaises conditions hygie- 
niques et les maladies tuent un grand nombre de nouveau-nes; tous les voya- 
geurs ont remarque que la plupart des Samoiedes portent des cicatrices de 
variole ; le rachitisme et les malformations sont rares. Les kystes hydatiques 
le sont plus qu on ne serait tente de le croire, si Ton lient compte de la 
promiscuite des gens et des chiens; en revanche, 1 atmosphere enfermee dans 
laquelle on passe 1 hivcr retentit sur 1 apparcil de la vision ; on ne trouve guere 
de Samoyedes de tout sexe et de tout age qui ne soient alteints de conjonc- 
tivites chroftiques. 

A ces affections tenant au milieu et a la maniere de vivre il faut en ajouter 
d autres dont les Samoiedes sont redevables a leurs voisins plus civilises, 
1 alcoolisme et la syphilis. Nous avons vu combien les traitants tiennent a ce 
<|ue le commerce de la vodka ne soit soumis a aucune enlrave douaniere. 

Les marins et les chasseurs russes n ont pas le prejuge de la couleur; il y a 
peu de campements dans lesquels plusieurs individus n offrent point un 
melange pen meconnaissable de sang slave ; la syphilis est aujourd hui chose 
assez repandue dans les deux sexes. 

Au point de vue psychique, ces gens sont peu avances, on n en trouve guere 
quisachent exactement leur age; leur sysleme de numeration ne comprend que 
deux nombres, z oz/r, cent, et enor, mille. . 

Malgre cela ils sont susceptibles d un certain developpement et n ont pas la 
timidite apathique dont parlent ordinairement les Russes. Sans doute, quand 
on les voit dans une ville, au milieu d un monde nouveau pour eux, ils sont 
depayses et presentent toujours de 1 affaissement et de 1 hebetude, mais 
dans la toundre ou ils se sentent chez eux ils connaissent leur droit et 
savent a 1 occasion le defendre. Les Samoiedes sont curieux, s interessent 



ADDENDA. 95 

a la politique, a la guerre, a la religion surtout ; la plupart sont greco-russes 
et pratiquent avec ferveur. A 1 entre e de la tchoume, on menage une sorte 
d oraloire entoure dc peaux de rennes pour les images, c est le Sinikou i 
dans lequel n entrent jamais les femtnes. Un jeune horn me interrogea a 
plusieurs reprises M. Zograf sur les monasteres d hommes et fiuit par lui 
avouer qu il voulait lui-meme se faire moine, parce que sa femme etait allee 
courir la toundreavec un autre. Les arts sont completement inconnus; on dresse 
et on enlfcve la tchoume avec une remarquable dexterite, mais c est tout. La 
musique consiste en melopees sauvages que supportent difficilement des 
oreilles europeennes. 

A propos des Lapons, nous nous bornerons a renvoyer aux excellents articles 
de MM. Guillard et Bertillon. 

La revue que nous venons de faire nous a montre qu il n existe plus a pro- 
prement parler de races sauvages dans la partie du monde que nous habitons ; 
les Samo iedes et les Lapons nomades sont ccux qui s e loignent le moins dc 
1 etat sauvage. Or, les premiers appartiennent a la race mongolique; a 1 epoque 
du grand cataclysme historique designe sous le nom d invasion des Barbares, 
et qui marqua la dissemination et la transformation de la civilisation antique , 
cette race etait la moins avancee de celles qui se precipiterent sur le monde 
romain ; des ce moment il cst. possible de recotmaitre deux types parmi les 
nomades de 1 Asie centrale, vivant et combattant de la meme maniere, parlant 
la meme langue : lun type blond constitue par des individus robustes de haute 
taille, les Alains, race deja melaugee; 2 un type brun, a cheveux rudes et 
droits, a barbe rare, type plus persistant et plus pur que le precedent, et qui 
eut pour representants au cinquieme siecle les Huns, au dixieme les Hongrois, 
au treizieme les Tatares. Deux nations seulement appartenant a cette race ont 
fonde des etablissements durables et conserve leur langue, les Hongrois et les 
Finnois ; les premiers se sont melanges au point de perdre presque toule 
ressemblance avec leurs ancetres ; les seconds, au moins dans le Tavastland, 
ont conserve, tout en s assimilant les arts et la civilisation de leurs voisins, 
leur caractere originel. 

BIDLIOGRAPIIIE. 1 Alains. Huns. Autres peuples mongols. AMHIANI MABCELLIMI. Rerum 
gestarum.... passim. JORNAXDES. De Rebus Geticis.... passim. -- NESTORIS. Chronica Ed 
Miklosich. \Men., 1800, p. 5 et suiv. 

2 Finnois. QUATREFAGES (A. de). Hommes fossiles et Hommes sauvages. Paris. J.-B. Bail- 
liere, 1884, in-8, p. 570 et suiv. IGNATIUS. (K.-E.-F.). Le grand-duche de Flnlande. 
llelsingfors, 1878, passim. GRONBLAD. Urkunder upphjsande Finlands oiler och tillstaand 
i slutet af 16"> ochborjan afll** aarhundradet l le fl. 1" ft. Helsingfors. N. J. SliiMi, 1843 
passim. 

5 Samoiedes. ZOGRAF. Etude sur les Samoiedes. In Antropologitcheskaia Vystavka 
publie sous la direction de Bogdanov, formant le tome XXXI des Mem. de la Soc. d hist . 
naturelle, d anthropologie eld ethnographic de Moscou, et le tome IV des Trav. de la sect, 
d anthrop. Moscou, imp. Lavrov, t. II, compl. p. 62 et suiv. 

2. Regions arctiques. 1 PREMIERES RELATIONS DES EuROPEENS ET DES 

ESQUIMAUX. HISTOIRE DES ANCIENNES COLONIES NORMANDES AU GROENLAND. Une 
race nous interesse par elle-meme et par les rapports qu elle peut avoir avec 
les races voisines, surtout celles qui sont plus developpees au point de vuc 
intellectuel. En admettant que le type conserve sa purete, qu il n y ait a 
aucune epoque le moindre croisement, un peuple sauvage se modifiera souvent 



96 



UA. 



au contact d un autre : les sentiments, le jugement, la maniere de vivre, ne 
ressembleront plus apres un ou deux siecles a ce qu ils etaient. 11 est pro 
bable que sous bien des rapports les Esquimaux qu on a vus au Jardin d ac- 
climatation jugeaient, sentaient, pensaient comme nous. Leurs habits tailles 
sur le meme modele de ceux de leurs peres n etaient plus fails exclusivement 
de peau de plioque; les etoffes des manul actures danoises ou allemandes en- 
traient, pour une grande part, dans leur composition. 

Les Esquimaux ont done subi et subissent chaque jour 1 influence danoise, 
leur temperament moral se modifie a tel point que leurs traits rappelleront 
seuls peut-etre un jour ces anciens Innuits auxquelsles Peaux-Rouges enleverent 
leur pays d origine. 

II y a dans 1 histoire de leurs rapports avec 1 Europe un episode singulier. 
Ces gens paisibles, qui ne songent a lutter qu avec la nature et les animaux, 
furent autrefois des batailleurs et des conquerants. Le Greenland fut colonise, 
au dixieme siecle, avant que les Europeens songeassent a traverser les grandes 
mers, puis il resta perdu quatre cents ans ; les ancetres des Esquimaux 1 avaient 
completement conquis. 

On dit qu en 870 le capitaine d un navire norvegien, fuyant devant le temps, 
apercut un pays ou il n osa aborder, et qu il appela la terre verte ; cctte terre 
verte occupa une place importante dans les recits des marins. Un siecle environ 
apres cet evenement, le proscrit Erik le Rouge, cliasse* d Islande a cause d un 
meurtre, cingla vers elle et 1 atteignit. II passa deux hivers sur la cote orien- 
tale, parcourut pendant 1 ete la cote occidentale jusqu au cap Farewell et revint 
en Islande en 985. 

25 navires partirent la meme annee, 14 parvinrent au Greenland. Depuis 
lors, d autres expeditions suivirent regulierement. 

La colonisation fut laborieuse; la maladie et la famine enleverent nombre 
d arrivants. Bien que le christianisme cut ete introduit en Islande, il y avait 
encore parmi eux beaucoup de paiens. La Saga de Thorfiun Karlsefrus rap- 
porte qu une annee de disette et d epidemie Tliorkel eut recours a la devi- 
neresse Thorbjorg, qu on appelait la petite Vala. Lorsqu elle arriva vers le soir, 
tout le monde lui adressa des paroles gracieuses; elle les accueillit suivanl 
1 impression faite sur elle par chaque interlocuteur. Le mailre la prit par la 
main, la conduisit au siege qui lui etait prepare, et la pria de vouloir bien 
jeter les yeux sur ses gens, ses terres, sa maison. La table placee, on servit 
les mets favoris des sorciers : de la bouillie au lait de chevre, des cceurs des 
animaux du pays. Thorbjorg mangeait avec une cuiller d airain et un couteau 
de metal a pointe brisee, a manche forme de deux morceaux de baleine 
reunis par un anneau. Thorkel lui demanda si elle etait contente, si elle 
voudrait lui faire connaitre ce qu il desirait savoir. Elle repondit qu il serait 
satisfait le lendemain quand elle se serait reposee une nuit. Ce soir-la, on 
avait apporte ce qu il fallait pour la seidr (enchantement), il ne manquait plus 
qu une femme capable de chanter le Vardlokkur, 1 appel des esprits. On n en 
trouva pas dans les environs ; Gadrik se presenta et dit : Je ne suis ni sorciere, 
ni devirieresse, mais mon aieule m a appris en Islande une chanson qu on 
appelait un Vardlokkur. Allons, dit Thorkel, tu es intelligente. Chante-la. 
Je ne puis ni prononcer les paroles, ni faire les gestes, parce que je suis 
chretienne. Ya toujours, tu nous rendras service et tu n en feras pas 
plus mal pour cela. On la pria tant qu a la fin elle se laissa flechir ; les 



ADDENDA. 97 

femmes se placent en rond autour de 1 espace destine a la scidr; Tliorbjorg 
au milieu et Gadrik chanta de telle sorte, que personne ne se souvint d avoir 
entendu voix si belle. Nous saurons, dit la devineresse, d ici peu, de grandes 
clioses, parce que ton chant n a pu manquer de charmer les esprits (Bro- 
berg). 

Ges exiles de 1 Islande, decimes par la faini et la maladie, reprenaient 1 espoir 
et se consolaient en entendant une des vieilles melodies au son desquelles ils 
avaient etc berces; ils ne se doutaient guere qu un beau jour les anciens occu 
pants de la terre verte, dont ils avaient retrouve de loin en loin des traces, 
reviendraient en masse ecraser leurs descendants. 

Les Normands ne furent jamais une population sedentaire, Erik et ses fils 
avaient divise le Groenland en deux cercles : 1 Ostbyggd et le Vestbyggd. 

D autres pousserent plus loin en s avancant vers 1 Est, ils decouvrirent des 
pays qu ils appelerent Helluland, Markland, Vinland. Mais cette fois ils eurent 
des preuves positives de 1 existence de 1 honime. Des 1 an 1000, nne expedition 
fut attaquee a Thorfins par de petits sauvages a cheveux noirs et rudes, a peau 
i oncee et a larges machoires. G e tait la premiere fois que les Esquimaux se 
trouvaient en rapport avec des Europecns et la rencontre etait, comme on le 
voit, peu amicale. Les navigateurs en eurent raison ; ils donnerent meme a ces 
adversaires qui ressemblaient si bien aux nains des legendes le nom de Skm- 
linger (les nabots). Tant que ces Skra linger resterent chez eux, la prosperite de 
la colonie ne fut pas entravee. Au commencement du onzieme siecle, il y avail 
dans ses deux districts 190 habitations et plusieurs monasteres; plus tard, on 
erigea un eveche a Gardor, pres de 1 endroit ou se trouve aujourd hui Frederiks- 
haabe. Du temps de 1 eveque Alf (1349), on comptait 2 villes, une cathedrale, 
11 e glises; tout fut ruine et perdu peu de temps apres. Les Esquimaux du nord 
du continent americain deborderent sur le Groenland. En 1377, ils attaquerent 
le Yestbyggd ; les colons abandonnes de la metropole succomberent. Combien de 
temps demanda leur aneantissement ? c est ce qu on ne pourrait dire, car 
1 histoire de leurs lultes n a point ele ecrite ; on n en a d autres souvenirs 
que des dessins, dans lesquels on voit des heros esquimaux, monies sur leurs 
kayaks, lancer de loin des traits a des homm.es desarmes qui portent delon^ues 
barbes et des habits semblablesa ceux des Norvegiens du quatorzieme siecle. 

Le Groenland redevint pour les marins du Nord une terre legendaire; les 
rois de Danemark envoyerent des escadres a sa reclierche au dix-septieme et 
au dix-huitieme siecle, le pays resta introuvable; la premiere qui y parvint fut 
celle de Hans Egde, en 1727; a ce moment commence 1 oeuvre civilisatrice des 
Danois dans les terres arctiques. 

2 Les Esquimaux contemporains. Ils occupent non-seulement les cotes 
du Groenland, mais 1 extreme nord du continent americain. Ceux de 1 Est se 
rencontrent au voisinage de la baie d Hudsou, dans les presqu iles de Melville 
et de Boothia Felix. Geux de 1 Ouest s etendent jusqu aux rives du detroit et 
de la mer de Behring, les Tchougatches et les Koniages meconnus longtemps 
par les Russes sont de veritables Esquimaux; les Tchouktches de la Siberie, 
meme ceux qui n habitent point le littoral, sont un peuple mixte plus rap- 
proche d eux que de n importe quel autre. 

De toutes les races, dit M. Topinard, il n y en a peut-etre pas de plus 
homogene que celle des Esquimaux, grace a son isolement maintenu par 
les conditions ge ographiques et atmosphc riques. Leurs cranes, au nombrt 

DICT. EKC. 3 S. XV. 7 



JS AD DEM) A. 

d une douzaiae au Museum, tous provenant du Groenland, forment la serie la 
plus homogcne des galeries. Mais deja dans la collection du Danemark, dont 
quelques echanlillons ont ete apportos au Centres de geographic de Paris, leur 
unite n est plus purfaile et Ton reconnait des indices de mutissage. Dans Iu 
collection de M. Davis, qui provient des deux rives de la mer de Baffin, ]es 
divergences sent encore plus marquees. Sur le vivant, les voyageurs signalent 
des differences assez importantes. Les variations de la taille y depassenl les 
limites individuelles permises. Au detroit de Morton, il y en a de I" 1 , 82. A la 
pointe de Marrow, de l m ,54 : dans une tribu, la moyenne des hommes ett de 
1" ,74; dans une autre, de l m ,584 . 

Le type esquimau, ajoute le merae auteur, se rencontre a sa plus 
haute expression dans le Groenland. La dolichocephalic et 1 extreme hau 
teur de son crane diminuent en se rapprochant du voisinage du detroit de 
llelinng. Comine stature, ils rcnlrent dans les petites tailles. Us sont gros, 
trapus, out li- larges e"paules, de grosses tett-s, de grosmembres, mais de petites 
extremities bic-n i aitcs. Leur face s aplatit, jusqu a s excaver a 1 endroit nu 
s insere le nez, leurs joucs sont pleines, leurs ponimeltes saillantes au plus 
haul degiv ; leur noz est large, petit et a peine preeminent, leur ouverture pal- 
pehrule exigue, leurs yens noirs et enfonees, leur bouche petite, ronde et a la 
lr\re inlciiciiir lorle; leurs dents regulieres et usees de bonne heure jusqu aux 
gencives par 1 habitude de s en servir pour travailler les peaux. 

Leurs cheveux sont noirs de jais, longs, durs, peu abondants et a section 
transversale, plus voisine de la forme arrondie que de la forme elliptique. Leur 
barhe est presque nulle. Sur la levre superieure de 1 nn d eux, dit Hayes, crois- 
saieutquelques soiesrudes et noires, comme les moustaches d un chat, et autant 
sur le menton. Leur teint est gris clair ou fonce, laissant voir la rougeur des 
vaisseaux capillaires. 

Leur crane dolichocephalepur, dontl indice de 71,4 (Broca),de 71,8 (Virchow), 
de 71,3 (Bessels); il forme un parallelogramme allonge dont les cotes tombent 
verlicalement et dont la crele sagittale est si marquee, que certains semblent 
physiologiquement scaphocephales. Ce sont les plus Jeptorihinicns connus (42,2). 
Leur prognalliisme de 71,4 correspond au degrc moyen observe dans toutes les 
races jaunes. La direction de leur plan occipital les rapproche des Chinois. Leurs 
us propres du nez sont les plus etroits constates, leurs orbites sont ronds, leurs 
maxillaires massifs, d un volume et d une configuration grosbiere qui suffisent 
a faire reconnaitre un Esquimau d entre tous les autres. 

La maniere de vivre des Esquimaux a e te trop bien decrite pour que nous 
ayons besoin d y revenir; on connait leur hutte, leur habillement, leur alimen 
tation, leur gloutonnerie. Nous devons voir la, dit M. Alphonse Bertillon, 
une inlluence dirccte de leur pays glace sur I organisme. Pour continuer a 
y bruler, ki lampe humaine a besoin d une quanlile enorme de combustible. 
Aussi leur appelit depasse-t-il la voracite des loups affames. Le mode d a- 
limentation a pour consequence un developpement remarquable du pannicule 
adipeux sous-cutane et une surcharge graisseuse de 1 e piploon, comme on a pu 
le constater il y a quelques annees a 1 autopsie des Esquimaux morts de la 
variole a Paris. 

La nutrition n en est pas plus satisfaisante ; la respiration se fait mal 
et les affections pulmonaires , extremement frequentes au Greenland 
comme dans les autres pays que ce peuple habile, trainent en longueur et 



ADDENDA. 99 

llnissent par aboutir a la phthisic. G est probablement pour la meme raisori 
que la pneumonie lobaire Tranche, avec les caracteres ijue nous lui con- 
naissons, est plus grave chez les Esquimaux que chez les Europeens. D apres 
M. Haven, elle tue souvent les adultes ou meme les jeunes gens des le deuxieme 
jour. 

En general la vie sexuelle de la femme dure de vingt a vingt-huit ans. Sur 
100 femmes groenlandaises, de sang esquimau pur on metisse, 1 auteur que 
nous venons de citer a note 1 apparition de la menstruation : 

A 12 ans i fois. 

A U ans 3 

A 20 ans 7 

Ealre 15 et 17 ana 88 

Bien que le sentiment de pudcur soil developpe chez la jeune fille, les 
moeurs laissent a desirer. Haven croit, sans pouvoir en donner la preuve, Ir- 
avortemcnts frequents; il s appuie sur ce fait qu il n y a aucun rapport rnlru 
la natalite des metis et les relations notoircs existant entre les jeunes gens 
danois et les femmes indigenes. II ajoute que beaucoup d entre ellcs confee- 
tionnent un breuvage abortif avec une planle du pays apprlro kiikildarnah. 
Besscls, cite par M. Engelmann, sail de source certaine que les Esquiinulrs 
de la Baie du Regent emploient un procede mJcanique dc perforation des 
membranes infmiment plus sur. 

Les hommes se marient ordinairement de vingt a vingt-cinq ans, les femmes 
de seize a quarante. Le coefficient de natalite par menage est de 4,ti<! 
(statistique portant sur 156menages). Les meres allaitent elles-memes; il n est 
pas rare que 1 une d elles nourrisse sans peiue deux eufunts a la fois. 

Les Esquimaux sont chasseurs et pecheurs; ils dirigent leurs ka iaks avec une 
remarquable adresse, font souvent sur ces freles embarcations de lon"s et 
laborieux voyages. 

Exerees des I enfance au maniement de la lance et du harpon, ils deviennent 
d une adresse extreme ; ccux du Groenland et du Labrador commeneent a se 
servir des armes a feu et sont bons tireurs. 

Tous les voyageurs sont unanimes a leur accorder une aptitude artistique 
superieure a celle des Peaux-Rouges ; ils deploient une grande habilete dans la 
confection de leurs eanots et de leurs habitations. Peu habitues au travail du 
bois, puisqu ils n ont longtemps connu que les troncs rejetes par la rner sur 
leurs cotes, ils sont devenus depuis- leurs relations avec les Danois aussi habiles 
que les ouvriers de tous les pays dans la charpente et la menuiserie; ils savent 
sculpter; parfois leurs armes et leurs outils de chasse sont ornementes avec 
un fini parfait. llsaimentla rnusique et la danse, sont tres-gais, et les chansons 
joyeuses ou satiriques out toujours un vif succes parmi eux. 

On dirait que les necessites d une lutte sans merci pour 1 existence ont 
emousse le sentiment de 1 humanite; que leurs passions se resument en une 
seule : la gourmandise. Manger semble le but de la vie et la iouissance unique 
qu elle puisse offrir. Le jeune homme ne connait ni les joies de J esprit ni 
les orages du coeur. Son premier morse tue, il a fait acte d hornme, et choisit 
sa fiancee, en dehors de sa famille, mais dans son entourage. Aucun des motifs 
qui ailleurs peuvent entrer en ligne de compte ne paraissent avoir ici une 
grande valeur. Peu important le caractere, les qualite s physiques ou morales 
des jeunes filles ; laides ou gracieuses, sages ou folles, toutes se marient ; le 



100 ADDENDA. 

pretendant ne semble pas trop savoir pourquoi il se decide en faveur de 1 unc 
plulol qu eii faveur de 1 autre. 

Dans la famille, il existe une grande solidarite; les pecheurs partagent le pro- 
duit de leur peelie; tout le nionde contribue a construire la hutte. Aulrefois les 
infractions a cette solidarile elaienl vile punies ; s il y avail un faineant qui 
arrival au bon moment pour reeolter sa part de butin sans avoir etc a la 
peine, son ka i ak chavirail un beau jour ou un harpon mal dirige s egarait 
vers sa poitrinc. L augmentation des ressources el 1 adoucissement des moeurs 
on t modi fie les clioses, les morts violentes n arrivent plus guere qu a la suite 
d accidenls. En revanche, la communaule du travail ne permet pas aux 
Esquimaux des idees precises sur la propriete; ceux de Boothia Felix consi- 
derent le vol comme une plaisanterie ; certains preparent des naufi ages pour 
piller les navires, sauf a recueillir les homines et a bien les trailer ; au Labrador 
seulement la propriete est comprise et respectee comme en Europe. 

Avant les missions, la religion etait constitute par un melange de pan- 
Iheisme el de sabeisme. Dans leur cosmogonie, la terre existant probable- 
menl de toule eternile avail produit I liomme; le soleil, la lune, les astres, 
n etaient que des humains eleves apres leur mort aux spheres celestes. II y 
avail cependanl un Dieu supreme source de tout bien et un diable aussi me- 
haul qu Ahriman cl Salan, mais cc diable elait du sexe feminin. Le grand 
dieu Tangorsuk eut un fils, Angelkok, le magicien par excellence, 1 auteur d un 
nombre infmi de miracles. Le mauvais genie, c elail la grand mere de Tangorsuk 
qui habilail au sein de la lerre. Les Esquimaux croyaienl a 1 immortalile de 
1 ame el poussaient les consequences de cette croyance jusqu a un degru 
de barbarie [qui contrasle avec leur caractere. On entenail avec le morl ses 
oulils favoris; avec la femme 1 enfant qu elle allaitait. Le meurlre des vieillards 
avail son excuse religieuse; ce n etait pas le sacrifice d un individu inutile, 
mais le plus court moyen d ouvrir a,un etre cheri le chemin du paradis, 
car ces peuples avaient un paradis, ils en avaient meme deux : 1 un qu ils 
placaient dans la lune et 1 autre dans le centre de la terre; les Kodjaks prefc- 
raienl le second. Les ceremonies religieuses faites par un pretre, mi-sorcier, 
mi-medecin, s accomplissaient sur des eminences isolees dans des lies connues 
seulement des inities; les femmes en etaienl exclues. 

Au Greenland les Esquimaux out ete converlis au christianisme par les 
freres Moraves; il existe a Godlshaabe une ecole destinee a former des catechistes 
indigenes. 

La famille est la veritable unite civile et sociale; la polygamie est une excep 
tion ; un Esquimau ne prend une seconde femme que quaiid la premiere ne 
lui a pas donne d enfants. La femme, toujours bien trailee, est dans un etat de 
subordination complete, jamais elle ne prend ses repas qu apres son mari. Tant 
qu il existe, le pere reste le veritable chef de la famille; ses garcons, meme 
maries, ne le quittent poinl; a sa morl 1 aine lui succede. 

Ces gens sont robustes; les maladies qui les attaquent de preference 
tiennent aux habitudes hygieniques et surtout au milieu. Nous avons vu 
combien les affections pulmonaires out peu de lendance a guerir. Souvenl le 
point de deparl est une des epidemics de grippe si frequentes dans ces regions: 
elles soul presque toujours, comme chez nous, meurlrieres pour les enfants et 
les vieillards; c est au mois de juin, de juillet et d aoul, qu on les observe. 

La periode d acuite passee, les gens continuent de lousser, de s afiaiblir, et 



ADDENDA. 

beaucoup sont emporte s par la phthisic. D apres M. Haven; la moitie de la 
population aborigene du Greenland presentcrait des symptomes caracteristiques 
de tuberculose. Dans presque toutes les autopsies qu il a faites, il a trouve dcs 
cavernes, des infiltrations granuleuses generalisees, de masses caseeuses a divers 
degres de ramollissement; souvent la plevreles meninges et le peritoine, etaient 
envahis. La marche de la maladie est encore hale e par les mauvaises comli 
tions organiques qui succedent aux nuits polaires; le scorbut et 1 anemie sont 
extremement frequents. En revanche, on ne connait guere la syphilis, le rachi- 
lisme et les affections articulaires ; M. Haven n a pas observe un seul cancer. 

Les croisements des Esquimaux avec les peuples voisins out e"te assez fre 
quents; sur les limites des pays qu ils habitent on trouve des individus et meme 
des populations dont le typo s eloigne plus ou moins du leur. Au passage 
d Hotham, un Esquimau ressemblait cxactement a un negre, au goulet de Spa- 
t arra a un juif. Le visage ovale associe a un ncz romain n est pas rare. Leur 
teint est tantot fonce, tanlot clair (Topinard). 

II est tres-probable qu apres leur victoire sur les Normands ceux-ci se sont 
melanges aux Esquimaux. Dans le Greenland du sud, on trouve environ 
14 pour 100 de metis; il y en a beaucoup d autres meme dans les parties 
septentrionales du pays, qui presentent des traces d un croisemcnt plus ancien, 
qui ont les cheveux blonds et presentent une physionomie europecnne (Waitz). 

Un peuple du nord-est de la Siberie, bien etudie ccs derniers temps surtout, 
les Tchouktches, est certainement apparente aux Esquimaux; ce peuple nous 
fournira une transition geographique et ethnologique entre les terres australes 
ct 1 Asie. 

BIBLIOGRAPIIIE. BKRTILI.OX (Alph.). Lex races sauvnges. Paris, G. Mas?on, 1882, p. 29, > rt 
suiv. BROBERG. Bidrag fraan vaar Folkmedecins Vidskesselser tils kannedonon inn 
vaara aldsta Tider l Aid. Stockholm, imp. centr., 1878, p. 13 et suiv. -- HAVEN. JS o- 
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-TOPINARD (Paul). L Anlhropologie. Paris G. Reinwald, 1879, in-8, t. XVI. p. 458, 488 d 
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Eskimo und ihre Verwandten. Ill Th., p. 500 et suiv. 

\ 2. Asie. I. Aux deux extremites seulement de celte partie du monde, au 
nord de la Siberie et du Japon, dans le sud de la presqu ile de Malacca, nous 
trouverons des populations dont 1 etude doit rentreren partie dans cet article. 
Tout le reste a subi 1 influence de deux races arrivees il y a longtemps a un degre 
de civilisation qu elles ne veulent ou ne peuvent pas depasser : les Arabes et les Chi- 
nois. Les premiers ont impose leurs lois, leur religion, leurecriture, a une grande 
partie de 1 Asie; le persan etl hindoustani, languesindo-germaniques, s ecrivent 
en caracteres arabes comme le turc. II y a bien sans doute aujourd hui sur les 
frontieres de la Perse des gens qu on pourrait appeler de veritables sauvages : 
les Kurdes nomades, par exemple, ne sont pas plus avances que la plnparl 
des peuples que nous verrons en Oceanie ou en Afrique, mais leur sauvagei ie 
est accidentelle. Ces tribus vagabondes et pillardes sont constituees par un 
melange de Persans, de Turcs, d Armeniens : c est un ramassis hete roclite de 
brigands, non une race. 

1 PEUPLES DU NORD DE LA SIBERIE. A. Tchouktches. Leurs origines et 
leurs relations ont ete longtemps une enigme pour les ethnograplies : tandis que 
les uns les rattachent comme M. Alphonse Bertillon aux Esquimaux qu ils 
rappelleraient par leur traits fondamentaux et dont ils parleraient la langue, les 



102 ADDENDA. 

autres les considerent comme des tribus indiennes du nord de 1 Amerique 
arrivees en SibeVie par le detroit de Behring ; d autres enfin supposent qu on 
a designe par une denomination unique des peuples difforents : Les 
Tchouktches sedentaires ou Namollo se rattachent aux Esquimaux occidentaux, 
tandis que les nomades ou Tchouktches a rennes en different au point de vue 
physique, se rapprochant des Koriaks (\V;>ilz). 

Les renseignemenls qu ont fournis les voyages recenls dans le pays, et en 
parliculier celui du professeurNordenskjold, n ont pas resolu tous les problemes. 

Voici ce que nous savons au point de vue historique : II aurait existe 
dans une parlie de la SibeYie, des le dix-septieme siecle, une population 
tchouktche que les aventuricrs cosaques ne purent reussir a soumeltre. Des 
expeditions organisees, en 1750 et!751, par Chestakov et Pavlovsky, ne furent 
pas plus heureuses, on n avait sur elle que des renseignemeuts tres-som- 
raaires recueillis dans les archives de la forteresse d Anadyrsk et le re cit du 
cosaque Popov cnregistrc par Mi iller dans son Uistoire de la Siberie. Depuic 
lors le pays des Tchouklches a ete parcouru en 1791 par Bellings Sauer et 
Sarytchev; en 1825 par Wrangell, en 1820 par Lu tier ct Kotzebuc, en 1855 par 
Dittmar, plus tard par Maidel, Neumann, Dall, Kennan, Ollivier, les freres 
Krauss, etc. Les renseignemcnts qu ils ont donnes ont ete resumes dans une 
exccllenle revue de M. Deniker. II est malgre tout difiicile de formuler sur les 
migrations tchouktches autre chose que des hypotheses. 

D oii sonl-ils veuus, se demands 1 auteur cite plus haul. Neumann et 
Aliukvist leur allrihuent une origine americaine et disent qu apres avoir 
conquis un grand territoire en refoulant les Kamtchadales, its se sont 
meles avec les Koriakes et ont ete chasses a leur tour par les Toungous et les 
Jakoules plus au nord. La les Tchouktches out trouve les Ankali et les ont 
repousses vers le? iles de 1 ocean Glacial et au dela du detroit de Behring. La 
seule chose que M. Maidel ait pu savoir d eux, c est qu il y a longtemps ils sont 
vcnus de 1 autre cote du detroit et que leurs ancetres out ete chasses des pays 
situes au sud de leur habitat actuel par les Lamoutes el les Jakoutes . 

Ces traditions prouvent peu de chose : les Lamoutes sont les ennemis naturels 
des Tchouktches, ils sont plus braves, mieux armes, plus batailleurs, mais 
beaucoup moms nombreux; depuis un quart de siecle les premiers ont oonstam- 
iu cut gagne du cote de 1 ouest, a tel point que depuis 1868 ils ont franchi le 
Kolyma et occupent aujourd hui la grande toundre qui s etend sur sa rive 
gauche jusqu a 1 lndiguirka, descendant vers le sud jusqu au 68 e degre de 
latitude nord. Supposition pour supposition , nous preferons celle du docteur 
Avgoustinovitch, hardie peut-etre, mais plus precise, et qui rend mieux compte 
de la distribution gcographique actuelle des Tchouktches. 

Leur nom qui, d aprcs Waitz, signifierait voyageur, serait pour ce dernier une 
corruption du mot Tchaoueh, corde, par allusion aux cordes dont ils se servent 
pour conduire leurs rennes. Ils sont disperses dans les toundres de la Siberie 
du nord-est qu ils parcourent avec leurs troupeaux; on trouve jusqu a 
1 000 tetes de betail ciiez un Tchouktche riche. Les principaux points qu ils 
liabitent sont le cap Tchoukotchski, d ou certains d entre eux recoivent leur 
nom; ce cap forme 1 extremite nord-est de la cote d Asie et il est separe des 
lies Aleoutes par le detroit de Behring. De la, ils se sont etendus au commen 
cement du siecle vers le pays de Tchaounski ou Ton trouve une toundre riche 
en mousse et formant un excellent paturage pour les rennes. Apres soixanteans, 



ADDENDA. 105 

le sol commenga a s e puiser et les Tchouklches diirent avancer vors 1 oucst. 
Ils se diviserent en quatre fractions ; quelques-uns allerent jusqu aux bords 
de I lndiguirka, aujourd hui its errent sur les rives de la grande et de la 
petite Aniouia, sur les deux bords du Kolyma dans la grande toundre de 
gauche et la petite dc 1 autre cote. On distingue : 

1 Ceux qui ont traverse et passe dans la grande toundre; on les appelli 1 
Tchouktches a rennes ; ils payent un impot au gouvernement russe. Ces gens 
sont tres-utiles dans la region du Kolyma non-seulement a cause du grand 
commerce qu ils font, mais parce que dans le? annces de peclie infruc- 
tueuse ils donnent ou vendent a trcs-bas prix la chair de renne; les Jakoutes 
et les Joukaguirs seuls n en profitent pas parce qu ils se trouvent dans la 
partie meridionale du pays, sur le Kolyma superieur, et n ont aucun rapport 

avec eux. 

2 Les Tchouktches du Cap, qui s appellent eux-mcmcs Kavralines (mar- 
chands) ; ils ont leur chef natif ou crema. 

5 Les Ghalagski; ils vivent dans la region ou Ton trouvait autrefois la race 
eleinte des Chalaguis. Elle est situee pros de la mer Glaciale et s etend jusqu a 
I embouchure orientate du Kolyma. Ces Tchonktches n ont pas dc. rennes; leurs 
traineaux de voyages sont conduits par dcs cliiens. Au inois de fevrter et au 
commencement de mars, ils vonl presque tons pour le commerce au village de 
Keratovo situe entre le Kolyma moycn et inferieur. 

4 Los Kargaouls des iles de 1 Ocean glacial. Ils font un grand commerce 
avec les precedents et ceux du Cap, parce qu ils rccoivent le tabac russe en 
cchange de peaux de martre, de castor ou d ours blanc. Les Chalagski et les 
Tchouktches du Cap se rendent chcz les Kargaouls sur de petils bateaux qu ils 
appellant des Baidars, veritables kaiaks esquimaux en peau de pboque. Les 
insulaires s entendent mal avec leurs compatriotes du continent ; ils nourrissent 
line si grande defiance les uns envers les autres que le commerce se fait le 
couteau a la main. Les Kargaouls sont les plus sauvages de tons; ceux d Alaska 
lie seroient, <-elon M. Deniker, que de purs Esquimaux. 

II y a, malgre la communaute de langue, des differences entre ces branches. 
<( Leur race, dit M. Nordenskjold, n est pas pure : dans le nieme village on 
peut voir des types absolument differents. Tantot ce sont des hommes d une 
constitution athletique, aux cheveux noirs, lisses, durs comme du crin, et qui 
ont la peau foncee, le nez haul et recourbe, rappelant tout le type des Indiens 
de 1 Amerique du Nord; tantot, au contraire, cesont des figures larges, glabrcs, 
au nez aplati, aux pommetles saillantes, aux yeux inclines, aux cheveux noirs 
t li?ses, rappelant la race mongole. Enfin, il n est pas rare de rencontrer 
p:irmi eux des individus qui ont la peau blanche et presentant des traits qui 
font croire a une immixtion du sang slave. Nordenskjold a vu surtout beau- 
coup de blonds parmi les Tchuuktches du cap Chelagsko i; il n est pas impos 
sible que les Cosaques prisonniers de guerre se soient meles avec la population 
durant deux siecles de guerre incessanle. Le type le plus frequent, 
dit plus loin le savant professeur, presente les caracteres suivants : taille 
moyenne, cheveux droits, raides, noirs, front re treci en haut, nez hien fait, 
os nasaux souvent aplatis, yeux disposes horizontalement et asse/ grands, 
sourcils noirs assez marques, cils longs, barbc pen fournie, pommetles sail 
lantes, peau blanche un pen foncee ; chez cerlaines jeunes femmes elle est 
.aussi blanche que cclle des Europeennes (Deniker). 



104 ADDENDA. 

Ce type est encore modifie suivant qu on a affaire aux nomadcs ou aux 
sedentaires. Lcs premiers, bien observes par M. Avgoustinovitch, sont d une 
tuille un pen au-dessus de la moyenne et en ge neral bien batis; le visage esl 
decouvert, un pen sauvage, large, a pommettes ecartees ; le nez est droit, de 
longueur moyenne, le front convexe; les chevenx sont noirs et rudes. Les 
hommes les porlent de differentes manieres, quelques-uns les tressent, d autres 
ont une large tonsure sur le vertex; d autres enfin les coupent comme les 
Russes. 

Les femmes sont de taille au-dessus de la moyenne; elles sont robustes, 
peu gracieuses, se tatouent la face de differentes manieres; c est a la forme 
des dessins qu on distingue les femmes mariees des jeunes filles. 

D apres le docteur Ollivier, les Ankalis ont le teint blanc, la figure courle 
et large, les yeux gris ou roux, les paupieresbrideeset les yevix obliques comme 
les Chinois. 

Les mensurations craniomelriques faites jusqu ici ont montre que la dolicho 
cephalic e tait le caractere dominant, mais qu il y avail des differences nom- 
breuses. II est intt ressant de constater que, par lenrs indices cephaliques 
(79,2), les cranes ankalis sont plus eloignes des cranes des Esquimaux que 
les cranes des Tchouktches (78,3). Les cranes des Ankalis sont moins dolicho- 
cephales que ceux des Tchouktches et des Esquimaux, ils se rapprocheraient 
plutot des cranes sous-brachycephales des Aleoutes . 

11s resistent merveilleusement aux fatigues, aux privations et surtout au 
froid, ont une grande acu ite visuelle; cependant les recherches de M. Almqvist, 
qui ont porte sur la perception des couleurs, semblent demontrer que cette 
faculte est moins developpe e chez eux que chez les Europeans. 

L alimentation est peu variee; chez les nomades la chair de renne en forme 
la base, ils 1 assaisonnent avec 1 huile de baleine, de phoque et quelques plantes 
du pays. La cuisson est un luxe couteux, a cause de la difficulte de se procurer 
du combustible : ordinairement la viande est mange e demi-crue et arrosee de 
fortes rasades de neige fondue; les plus riches ajoutent a cette boisson 1 alcoo! 
qu ils achetent aux Americains ; depuis quelques annees 1 usage du the tend a 
se repandre. 

Le costume tres-simple ressemble par la coupe a celui des Esquimaux; il est 
constitue par une vareuse en peau de renne avec le poil a 1 exterieur, un pan- 
talon et de grandes bottes en peau de phoque; dans les mauvais temps, on ajoutc 
un pardessus impermeable et des raquettes a neige ; la tete est protegee par un 
bonnet de peau de renne et le cou par une echarpe en fourrure. 

L habitation, ourous, est formee de deux tentes concentriques ; c est dans 
la plus interne que se tient la famille. Constamment chauffees par des lampes 
a meche de mousse brulant au milieu d une quantite considerable d huile de 
phoque, elles ont une temperature elevee; lout le monde y reste demi-nu ; par 
suite de la salete qui y regne, 1 atmosphere est insuppoiiable ; le nombre des 
enfanls est de deux par famille. 

Nous avons vu que les Tchouktches sont eleveurs, pecheurs, chasseurs; tous 
deploient pour le commerce une cerlaine habilete ; c est grace a lui que 1 usage 
du the, des armes a feu, des allumetles chimiques, commence a penelrer dans 
le pays. Des echanges considerables onl lieu entre eux, les Toungous el les 
traitants russes. La foire d Aniouia, a laquelle M. Avgoustinovitch parait avoir 
assiste, est une des plus considerables du pays. 



ADDENDA. 105 

* La forteresse Anioui skaia, que les habitants appellont Ostrovnoe est 
situee sur la rive gauche de la petite Aniouia, sur unc plate-forme peu etendue 
au pied d une chaine de rochers qui s etend vers le Nord. Elle consiste sim- 
plement en ouvrages en terre entoures d une haie circulaire de pieux et a 1 in- 
terieur de laquelle ont ete balies sans plan des maisonnettes. Une plus grandc 
que les autves sert de residence a 1 ispravnik, a quelques pas on avanl se trouvc 
une vieille chapelle qui tombe en ruines. G esl la que celebrent le service diviu 
des pretres arrives chaque anne e au moment de la foire. Les maisons sont 
la propriete des marchands qui y viennent et les laissent sans surveillance ni 
reparations le reste de 1 annee. Ouelques-uns ont 4 a 5 boutiques a droite de 
1 entree. Us y vendent de menus objets, mais le commerce le plus important est 
fait par les marchands occupant une maison. Autour des portes et en dehors 
d elles, se trouvent sur deux lignes les Tchouktches et les Lamoules avec 
leurs enfants dans des traineaux, ils echangent ce qu ils ont apporte pour 
du tabac, du sucre, des bagues de laiton ou de fausses perles. Les portes sont 
faites avec des pieux de bois et ornees de croix ; elles sont gardees par un poste 
de Cosaques envoye chaque annee par le gouverncur de lakoutsk. Les arrivants 
se dirigent vers leurs marchands chez lesquels ils se procurent du the, du 
tabac et pariois deux ou trois petits verres d eau-de-vie falsifice entree en fraudc. 
En general, les premiers jours se passent en conversations, tons expriment la 
joie de se rencontrer, se racontent les nouvellcs de 1 annee; quelques marches 
sont conclus a la derobee, parce que 1 ispravnik ne permet jamais I ouvertiire 
de la foire avant que le tribut ait ete paye . 

La langue tchouktche parait agglutinative, son vocabulaire est peu riche, Ics 
femmes ont en la parlant une affeterie comparable a celle qui fut de mode a. 
Paris au temps de la jeuncsse doree. Elles ecorchent expres les mots ct 
partout prononcent le son R comme un S : ainsi elles disent Kosang au lieu de 
Koran renne, Tiskis au lieu de Tirkirsoleil (Oeniker). 

La musique est peu developpee, ils n ont d autre instrument qu un violon 
rudimentaire et le tambour dont ils ont emprunte 1 usage aux Mongols. 

Les femmes et les jeunes iilles dansent seules, les hommes preierent la lutte 
oula course; ils ont du gout, une aptitude remarquable pour le dessin, la scul 
pture, et fabriquent des statuettes en dent de morse extremement curieuses. 

11 y a de grandes differences entre le caractere moral des diverses branches 
de ces peuples; les uns les considerent comme doux, accommodants, honnetes et 
serviables; on leur reproche toutau plus d etre mendiantsa 1 occasion ; leiir men- 
dicite n a rien d humiliant, car ils donnent avec la meme facilite qu ils deman- 
dent. Nous avons vu les Tchouktches a rennes nourrir les pecheurs du lit 
toral dans les mauvaises annees ; un voyageur peut entrer dans un ourous, y 
manger et y passer la nuit sans que personne songe a faire une reflexion. 

Malheureusement la medaille a son revers, les Tchouktches sont irascibles 
et vindicatifs; pour un rien la susceptibilite d un individu est froissee, il jure 
de se venger, endosse son habit de ceremonie et ne le quittera plus que quanu 
il aura tue son ennemi ; les enfants du defunt heriteront de sa haine et la ven 
detta se transmettra comme en Corse de generation en generation. 

La religion est tres-simple, elle se resume en deux dogmes : croyance a la 
divinite du soleil et a rimmortalite de 1 ame. II n y a pas de culte, pas de pre 
tres, mais un certain nombre de pratiques magiques et surtout divinatoircs, 
dont on saisit mal le rapport avec les croyances. A la naissance d un enfant, au 



106 ADDENDA. 

moment d un voyage, on sacrifie dcs rennes ou des chiens et 1 on interprets la 
maniere dont ils tombent. Le chamanismc n est confere par aucune initiation, 
c est une heurcuse aptitude, un don dc nature : Quand Neumann predit qn a 
Idle heure, tel jour, il y aurait un eclipse de soleil, pas un Tchouktche ne 
voulut le croire, mais quand le fait eut lieu ils furent tres-effrayes et accouru- 
rcnt dc suite avec leurs tambours et leurs grelots chamans. Depuis. tousles 
Tchouktclies, compagnons de voyage de Neumann, 1 ont tenu pour un grand 
cliaman et, en lr rencontrant, faisaient le signc du chaman. Ce signe ressemble 
beaucoup an geste italion nomme jettatore ou jcttalura (centre le mauvais 
regard) ct consiste en un mouvement brusque de la main gauche en avant, 
Irois doigls, medius, indicateur et annulaire reunis (Deniker). 

Le manage n esl. accompagne d autres ceremonies que du sacrifice d un renne. 
Du rcsle, avant d etre definitif, il est precede d une periode d epreuve qui 
dure cinq ans. Lorsqu un jeune bomme a resolu de prendre femme, il fait 
partde sa resolution an pen- de famille, est recu par lui comme patre, vit daus 
I inlimite de sa lianece et, s il est agree le temps d epreuve fmi, celle-ci est con- 
duite par ses parents die/ ceux du fulur avec sa dot qui est parfois d un trou- 
pcau de rcniies. 

Les Tchouklches sedenlaires sont monnjjames, les nomades polygames; les 
IK lies out jnsqu a cinq femrnes, les pauvres en ont rarement moins de deux. 
I .l les sont relativcment jolics, coquettes, mais malgrJ tout fideles. D apres 
M. Avgoiisiiiiovitch ces femmes seraient fort maltryilees ; le Tcbouktche violent 
ct linilal les frappe avec cniaulc a la moindre contrariete; on en a vusaisirun 
de leurs couteaux (ils en portent ordinairement trois) et leur abattre le nez nn 
les oreilles ; par contre, les enfants sont doux et sages. 

I. a continue de provoquer le suicide des vieillards ou dc les lucr est encore 
envigueur dans cerlaines contrees. Comme le fait observer M. Deniker, Avgous- 
liniivilcb a doniie sur nnc de ces ceremonies des details d une precision telle 
qn il a du les reeueillir de la bonche d un temoiu oculaire. 

I 11 Tcliouktcbe a toujours cbez lui 1 babit qu il portera le jour de sa mort. 
II lie sc distingue des autrcs que parce qu il est fait d une peau de renne de 
plus belle qu;dile et onie de fournires. La veille de sa mort, le vicillard est 
dans la nieme disposition d esprit qu auparavant ; il est joyeux, accueille cor- 
dialement ceux qui vienuent le voir ; tous le prient de presenter leurs respects 
a leurs defunts. Le jour dn deces est un jour de fete ; parents et amis se reunis- 
sent autour de 1 ourous dans laquelle se trouve cclui qui vamourir; il attend 
ses invites avec un peu d impatience, les conversations vont leur train, la curio- 
site est vive; sa femme et ses enfants sont parmi la foule. Tout a coup il se fait 
un profond silence, le Tchouktche approche du rideau son cote gauche mis ;i 
nu. Celni qui doit le tuer declare ce rideau de la pointc d une lance, la fait 
passer an patient qui 1 applique pres de 1 aisselle sous unc cote, puis d une voix 
forte : Akalipe-katchalimadle, tue-moi vite, dit-il. L executeur pousse, perce 
la poitrine; un cri, un seul, part de 1 ourous, la lame est retiree et le corps 
tombe comme une masse. 

Les funerailles ont lieu dans la journee ou le lendemain; le cadavre est 
porte au loin, sur une eminence et brule; d autres fois, on le place dans un 
sentier desert sur le passage des animaux sauvages, de facon qu il soil devore. 
Le mode de sepulture est choisi d apres la volonte du defunt. 

Comme nous 1 avons dit, les Tchouktclies paient tribu au gouvcrnemcnt russe. 



ADDENDA 107 

Ils sont tres-sonmis a Icurs eremas indigenes ; les delits sont p\mis d une cor 
rection corporelle severe ; on frappe le coupable sur la tete avec ua baton ter- 
miue par un bois de renne ; cette peine peut etre rcmplacee par une amende 
proportionnee a la gravite de 1 offense. 

Depuis le commencement du siecle, la soumission aux Russes esl parfaite, 
tie sorte qu on ne fabrique plus dans le pays de ces longues lances dont la 
pointe etait formee par une dent de morse ou une pierre, ni de cuirasses sem- 
btobles a celles des Japonais ; les seules armes actnelles sont : les lances, les 
harpons, les fleches en bois munies de pointes en os ou en verre de bouteille ; 
beaucoup ont des carabines americaines. 

D annee en annee, les mceurs s adoucissent, les Tehouktches, naguere enne- 
misjures de lous ceux qui ne parlaient pas leur langue, fmissent par entrer 
en relations avec les peuples du voisinage. A 1 epoque dn voyage de M. Av- 
goustinovitch en 1870, un de leurs eremas s etait fait grec orthodoxe et re pan - 
dait autant qu il etait en son pouvoir les coutumes, les marchandiscs ct 
les lois russes; plusieurs femmes ajoutaient a leur costume des ornemenls 
europeens; les Toungous plus doux, aussi travailleurs et raoins riches quo 
les Tchouktcbcs, commencent a profiler dc lenr voisinage; ils se metlenl 
a leur service ; il y a meme des alliances de famille 1 requentes entre les 
deux peuples. 

B. Ostiaks. Nous avons commence a i extremite nord-est de la Siberie, par 
un peiiple dout 1 origine est incertaine, que ses caracteres et sa langue rap- 
jirochent plus des Esquimaux que des Mongols. Nous allons sauter brusquement 
de 1 cst a 1 ouest, et en voir un autre qui leur appartient iranchement, dont 
1 idiome est ougro-finnois comme celui des Samoiedes ou des Bouriates. 

Les Ostiaks (nous avons vu plus haul 1 e tymologic probable de leur nom) 
sont appeles Manz par les Wogouls; ils habitent 1 extreme nord-est de 1 Eu- 
rope, les bords de 1 Obi et 1 Enissei, les gouvernements de Koursk et de Tobolsk 
en Siberie. 11 en est question pour la premiere fois dans 1 histoire au treizieme 
siecle. C esta ce moment qu ils Jurent refoulcs par la portion musulmaneet con- 
queranle de leur race ; ils semblent avoir connu un clegre de civilisation plus 
eleve que celui qu ils ont aujourd hui. Un voyageur russe, qui parcourut leur 
pays vers 1501, rapporte qu il y avail une quarantine de villes ostiaks an 
moins dans un rayon limite autour de Berezow. Pelcrmans regarde comme des 
Ougrofinnois purs ceux du voisinage de 1 Enissei. 

Ce peuple comprend aujourd hui environ 25000 individns des deux sexes. 
Les hommes sont petits, foibles et gaudies sur leurs jambes, beaucoup ont la 
peau d une teinte peu fonce e, les cheveux blonds ou roux; mais le type brim a 
cheveux noirs et rudes est le plus frequent. Les pommeltes sont peu saillantes, 
les yeux sont assez grands; les Ostiaks sont sous-brachycephales. On les divise 
comme les Samoiedes et les Tchouktches en deux especes d apres leurs occujia- 
tions; les uns sont fixes, ce sont les pecheurs de 1 Obi, les autres sont emails, 
font 1 elevage des rennes, et vont, comme les autres peuples du pays, chercher 
de toundre en toundre la mousse necessaire a leurs troupeaux. 

L art des Ostiaks est rudimentaire, les seuls specimens qu on en ait sont des 
statuettes naives ou des idoles^grossieres presque informes. 

Leur religion ne subsiste presque nulle part dans son integrite ; ceux du Sud 
n ont conserve que leur langue ; ils sont devenus grecs orlhodoxes, portent le 
costume et suivent les lois russes. Ils avaient d une tlivinite supe rieure une idee 



108 ADDENDA. 

mal definie; ce Dieu supreme elait trop haul, trop puissant pour s occuper des 
affaires humaines; il deleguait pour gouverner 1 Univers des esprits secon- 
daires tels que Meante le genie du vent, ou Koul celui de 1 air. C est grace a 
eux que les Chamans pouvaient deviner ou faire des miracles. 

Les Ostiaks soul repugnants; les femmes, qui out une certaine finesse de 
traits, seraient jolies, si elles n etaient recouvei tes d une couche impermeable de 
graisse ranee. On suivrait, dit Poliakov, une personne de cette race a I odorat. 
En revanche, ces gens sont doues de merveilleuses qualiles morales ; ils sont 
hospitaliers, serviables, d une probite et d une delicatesse sans egales ; ce sont 
les depositaires les plus fideles du monde. 

L organisation de la famille cst patriarcale, la polygamie permise, et la 
fcmme vit dans un etat de semi-servitude. Dans la pratique, ces conditions 
sont notablement atlenuees ; les Ostiaks assez riches pour acheter deux femmes 
sont rares, puis leur caraclere est trop doux pour que celles-ci se ressenteut 
eftectivement de la domination legale du mari. II y a meme a son deces une 
coulume touchante : la veuve manifesto son deuil en s arrachant les cheveux et 
en se faisant des plaies sur le visage, pendant plus d un an une statuette en 
hois cense e representer le defunt tient a la table de sa famille la place qu il 
occupait ; on met devant elle ses plats favoris. 

( ,. 7 tw/i/yoMs. Les Toungous, voisins, d uu cote des Ostiaks, de 1 aulre des 
Tcbouktches, appartiennentcomme les premiers a la race mongolique. Ils e taient, 
dit-on, 64 000 en 1G04 au moment de leur premiere rencontre avec les Husses; 
ceux-ci mi rent quinze ans a les soumettre ; aujourd hui on trouve des Toun 
gous des bords de 1 ocean Glacial et de la mer d Okotska 1 embouchure de 1 E- 
nissci, il y en a beaucoup dans les toundres des bords du Kolyma. Ce sont des 
chasseurs et des pecheurs ; ils presentent une acuite visuelle et auditive remar- 
<|uables. Leur principal commerce consiste en fourrures, la chasse de la martre. 
dc 1 ours, du renard blanc ou bleu, est parfois fructueuse ; mais il y a ausi 
bien des annc es malheureuses, puis les Toungous excellents a tous points de 
vue sont imprevoyants; les femmes depensent parfois en bijoux et en parures 
la plus grande partie des produits de la chasse de 1 annee; nous avons vu que 
certains d entre eux se metlent au service des Tchouktches et elevent des rennes 
pour le commerce et 1 alimentation, tandis qu auparavant les Toungous n en 
avaient qu un petit nombre destines a les transporter. Beaucoup sont chretiens ; 
la Sainte-Taine est presque une fete nationale pour eux. Ils font ce jour-la de 
grandes distances pour aller voir les missionnaires russes; il y en a encore 
parmi eux des musulmans et des pa iens ; les pratiques du chamanisne sont en 
vigueur chez tous. 

D. Lamonles. On trouve au voisinage du Kolyma a peu pres 2000 individus 
appartenant comme les Toungous a la race mongole, mais plus actifs et plus 
batailleurs : ce sont les Lamoutes. Ces gens parcourent la carabine a 1 epaule 
les toundres des deux rives du Jleuve, chassent le renne sauvage, 1 ours, 1 ecu- 
reuil volant; nulle part on ne trouve de meilleurs tireurs; les Lamoutes con 
stituent une milice^auxiliaire sur laquelle le gouvernement russe peut toujours 
cimpter, ils sont enchantes de preter main forte aux hommes de 1 ispravnik 
chaque fois qu une contestation s eleva a propos du payement des redevances. 
Us sont grecs orthodoxes, mais ont des coutumes auxquelles ils tiennent et que 
le clerge russe tolere. Le manage, par exemple, n est jamais benit au debut : 
apres que le jeune homme a reou le consentement de sa fiancee, ses parents 



ADDENDA. 109 

prennent leurs images, font avec lui trois fois le tour de 1 ourous de la jeune fille, 
presentent leur fils a ses pere et mere, et le manage est conclu; les enfants 
qui naissent sont legitimes, on ne va trouver le pretre que plusieurs annees plus 
tard ; il n y a peut-etre pas d exemple de la rupture d un de ces demi-mariages. 

Notons encore les Joukaguirs qui ont perdu leur langue et parlent russe ou 
toungous. Ils habitaient autrefois les districts places sur le cours superieur du 
Kolyma; chasses par une epidemic de variole, ils ont descendu vers son embou 
chure ; ce sont des cbasseurs et dcs pecheurs qui tiennent a la fois cles Lamoutes 
et de Toungous. 

Les Tchouvaches, chez lesquels le type russe domine ; les Omo/cs, reste d unc 
race nombreuse reduite a 2 ou 5 families ; les Jakoules, qui s appellent eux- 
memes Sakhalar, au nombre de 80 000 environ, dont 3000 pres du Kolyma ; ils 
diminuent egalement d une facon tres-rapide. 

L ethnographe qui s occupe de ce peuple, dit M. Bogdanov, a consciem v 
qu il ecrit une necrologie. o Enfin, les Giliaques et les Mongols proprement 
dits, Kalmouks et Bouriates, tous plus avances que les premiers peuples dont nous 
avons longuement parle. 

2 AINOS. Avant de passer d Asie en Amerique disons quelques mots d insu- 
laires singuliers. Les Ainos d lso et des Kouriles ressemblent plus aux Euro- 
peens que les Toungous ou les Kalmoukes; malgre tout, ils ont conserve la vie 
sauvage. Ge sont des bommes de petite taille, bronzes, a nez saillant, sans proe- 
minence des pommettes ; a systeme pileux developpe ; a cheveux durs, noirs 
ou roux. Doux, polls, tres-honnetes, ils ne connaissent ni 1 agriculture ni Its 
armes a feu. A la chasse ils abattent le gros gibier avec des fleches a pointe de 
fer et d os. Leur religion repose sur la croyance a la vie future et la divinisation 
de Tours, pratique que nous retrouverons de 1 autre cote du Pacifique. 

Les Ai nos sont encore aujourd bui au nombre de 10 a 15 000. Nul doute 
qu ils aient a une epoque reculee occupe des territoires. On retrouve dans 
les basses classes du Japon des types manifestement ainos. Dans 1 ileFormose cet 
element forme encore un contraste frappant avec les types mongol ou negrito 
(Bertillon). Nous n avons pas la prevention d avoir epuise le sujet en ce qui 
touche a 1 Asie; les ethnographes ont note bien des populations qu on pourrait 
sans leur faire injure etudier dans cet article, ne fut-ce que les Todas, dolicbo- 
ce phales, eleveurs, sans armes de chasse, bonne 1 tes a tous points de vue, et dont 
M. de Quatrefages adonne une etude si curieuse ; enlin les Yeddahs de Ceylan, 
les plus doux et les plus timides des hommes. 

BIBLIOGRAPHIE. Siberie. AVGOUSTINOVITCH. plemenakli naseliaioiichtrhik Kolymskii 
Okroug. In Antropologitcheskaia Vystavka, t. II, coinpl, pp/43 et suiv. UOGDANOV. Meme 
sujet. Meme recueil, I. II, pp. 401 et suiv. . - DEMKER. Le peuple Tchouklche d apres le* 
Verniers renseignements. In Revue d anthropologie, 1882, ^ serie, 5, p. 509. BERTILLOX. 
{{aces sauvayes, pp. 289 et suiv. 

HI- Amerique. Le chapitre consacre aux terres arctiques nous a permis de 
commencer 1 etude ethnographique de 1 Amerique. Nous avons passe en revue les 
aborigenes de la partie septentrionale, depuis le Labrador jusqu au detroit de 
Behring. La transition n est pas plus difficile a etablir a 1 est qu a 1 ouest de 
celui-ci. Nous avons eu d un cote les Tchoutkches, nous aurons de l autr3 les 
Aleoutes, les Konjages et surtout les Koloches. En commengant par eux, 
nous respectons 1 ordre geographique. 



110 ADDENDA. 

AMERIQL-E DU IXORD. l u Peuples du littoral du Paciftque. 

Si I on eut examine, au commencement du siecle, toute la moilie nord du con 
tinent americain, avaut que les reductions successives* des Indiens eusscnt 
amene cette race a 1 elat ou nous la trouverons, on eut vu les populations 
aborigines divisees en deux par une limite naturelle : les montagnes Rocheusej. 
Toute la region orientale appartenait a des peuples presenlant de telles re<- 
semblances de langue, de mceurs, d aspect, qu un vopgeur pouvait dire ;.u 
dix-seplieme siecle qvie quand on avait vu un Indien on les avait tous vus. En 
suivant a partir du nord le littoral du Pacifique jusqu a l istlime de Panama 
on elait loin de retrouver la meme unite. Depuis les ilcs Aleoutes jusqu ;iu 
voisinage de I Oregon 1 inlluence des Esquimaux est toujours sensible. En Cali- 
1 ornie, elle fait place a celle d une population plus policee, les Mexicains occu 
pant uu sud le leiritoire situe a 1 ouest des montagnes Rocheuses. Des 1 e- 
poque de Cortez, le noni de sauvages ne leur convcnait pas ; ils avaient des 
villes, des monuments, des arts, des institutions presque aussi avancees que 
celle de 1 Europe. 

A. Koloches. Ainsi nommes par les Russes, ils s appellent eux-memes 
Tlinkinlhi et s etendent jusque vers le sud de la baie de Beliring. De ti, 
leur langue s est propagee sur la cote et dans les iles du voisinage. On la 
Irouve au nord du detroit de Cross (58, 57) ; au liavre de Porllock au nord 
du mont Edgecumbc, dans le sens oppose elle va jusqu a 1 ile Cbarlotte habileo 
|ar les Mulka. 

Les Kolocbes apparliennent, d apres Rel/ius, au type dolichocephale pro- 
gnalbe. Us sont de taille moyenne, bien batis, out le nez large, les machoires 
saillantes, de grands veux vifs et des levres epaisses. 

Beaucoup habitent des constructions quadraiigulaires en boisa double pignon, 
et ont adopte depuis quelques annees le costume russe, sauf la chaussure ; 
les riches seuls portent des bottes, les pauvres vont pieds nus ; ils se livrent a 
la cbasse des animaux a Iburrures qui deviennent rares depuis 1 adoption des 
armes a feu ; saveut travailler le cuivre et le fer ; connaissent la preparation des 
peaux. 

Leur religion est rudimentaire : un etre supreme Jehsl dont le corbeau est 
I attribut a cree 1 univeis. Incree lui-meme et immortel, ilhabiic le pays d ou 
vient le vent d est; il a pour subordonnes Kamdukh et une infinite d esprits 
que les sorciers evoquent. L ame, immortelle, passe dans le corps des animaux, 
dans celui de Tours de preference; c est pour cela que les Koloches comme les, 
A inos lui rendent des honneurs. La baleine est egalemeut vene re e et il est 
interdit de manger sa chair. 

On retrouve dans la constitution de la i amille de nombreuses traces du ma- 
triarcat : la femme, honoree partout, a une situation pre ponderante du cote du 
detroit de Cross; c est elle qui transmet la noblesse; en cas de divorce elle 
a la garde des enfants ; lorsqu elle devient veuve, son beau-frere ou a defaut les 
fils de la soeur de son mari sont-lenus de 1 epouser; pendant toute la periode 
de la vie sexuelle elle est dispensee des soins du menage ; les petites filles et 
les vieilles femmes doivent seules y vaquer. 

Les nancailles et le mariage ont lieu sans ceremonie : ils consistent dans 
1 echange des cadeaux et la remise de la dot. Les nouveaux maries sont isoles 
et tenus a un jeune de quatre jours. Les femmes sont en general fideles ; les 
maris outrages ont une facon speciale de se venger; lorsque le coupable est 



ADDENDA. 1H 

pris, il est tenu d entrer dans la famille en qualite de suppleant du chef et 
de subvenir pour moitie a ses depenses ; si la femme devient veuve, c est lui 
qui 1 epousera. Les Koloches sont polygames; seulemeut la premiere femme 
conserve toujours une situation superieure aux autres. 

Les enfants sont bien Iraites; a la puberte on les isole quelquc temps, puis Ics 
garcons sont inilies aux choses de la guerre ; on leur perce une oreille pour les 
bijoux; la jeune fille les porte a la levre inierieure. 

Les Koloches sont presque partout divises en deux tribus: celle du corbeau et 
celle du loup; les manages sont interdits entre les individus d une meme tribu, 
sauf dans les cas exccptionnels. Chacune est subdivisee elle-meme en families 
ou classes. L organisation est aristocratique; en haul la noblesse hereditaire; 
au-dessous le peuple; plus bas les esclaves, prisonniers de guerre qu on achete 
ou qu on va chercher les armes a la main du cote de 1 Oregon. Leur situation 
est tolerable, ils sont bien traites, bien uourris, mais ils ne peuvent se maricr 
et leur maitre a sur eux droit de vie et de niort; on en affranchit quelques- 
uns aux fetes du percement de 1 oreille, par centre on en immole d autres a la 
fete des morts, la plus solennelle des Koloches. 

iNotons, parmi les autres habitants des terres du Pacilique, ceux de 1 ile de l;i 
Reine Charlotte, individus tres-intelligents qui depuis quelques annees joigiient 
a la chasse et a la peche la culture de la puimne de terre ; les peuples des iles 
Vancouver et les Mutla pcu avances sous bien des points de vue, divisrs eu 
castes comme les Koloches, posse dant des esclaves comme eux ; la plupart par- 
lent correctement 1 anglais. 

B. Peuples des rives de I Ore gon. Sur la cote du continent ame ricain cor- 
respondant, les indigenes moins melanges se rapprochent des 1 eaux-Rouges : 
Ge sont les homines les plus intelligents et les plus actifs de 1 Amerique, ils 
depassent leurs voisins du Sud autant que ceux-ci depassent leurs congenercs 
de la Galifornie superieure. Ceux du sud de cette presqu ile sont les moins 
avances des Indiens de 1 Amerique du Nord. Du reste, ceux de Test des mon- 
tagnes Rocheuses sont, d apres 1 opinion de Hales qui avait surtout en vue 
1 Oregon, bien au-dessous de ceux de 1 Est Dans aucune des langues de celte 
region on ne trouve un mot pour indiquer la divinite; on honore surtout le 
loup, moitie comme animal, moitie comme etre superieur (Waitz). 

Notons les Chiniooks, pecheurs fixes qu on trouve a 1 embouchure de la plu 
part des fleuves, et pres des chutes de la Columbia; peuple deprave, indolent, 
voleur. Chez les jeunes filles, le libertinage est pousse a I extreme; le manage 
est facile a rompre, probablement a cause de cette facilite ; 1 adultere etait autre- 
fois puni de mort. 

Les Indiens de Finterieur du district de 1 Oregon, surtout les Coutanies, les 
Selish, les Nez-Perces, valent beaucoup mieux; ils sont vrais, respectueux 
cnvers leurs parents et leurs chefs, attaches a leur famille ; la polygamie est 
plutot tolere e que legate chez eux. 

Ces peuples vivent en paix les uns avec les autres ; ils n ont de guerre que 
centre les Pieds-Noirs. Leur inimitie a pour cause des differends de chasse ; les 
Selish qui n avaient pas d armes a feu eurent beaucoup a souffrir dans les pre 
miers combats. Les blancs leur en ont vendu, mais a des prix onereux; un 
fusil coutait 20 peaux de castor; ce commerce a fait des Pieds-Noirs les irre- 
conciliables ennemis des Europeens ; ils torturent a la maniere des autres Indiens 
les Selish de tout age et de tout sexe qui tombent entre leurs mains (Waitz). 



112 ADDENDA. 

C. Peuples de la Californie el du Nord du Me.riqiie. Les Indigenes de la 
Nouvelle-Californie apparliennent a une race mixte ; il esl probable que les 
nnciens occupants ont ele a differentes reprises cu rapport avec les Indiens dc 
parties eloignees de 1 Amerique; le tatouage, la forme de riiabillemenl, 
I ornementatiori de la chevelure par des aiguilles ou des plumes, rappellent 
ceux-ci. 

Au dix-huilieme siecle, ils out recu la civilisation par I intermediaire des Espa- 
gnols qui les ont convertis ; il n ont jamais paru y attachcr un haul prix, ct 
!a plupart d entre eux sont restes fideles a leur sauvagerie. Les agents de 
1 Espagne dans ce pays 1 urent les Franciscains. Des 1709, ils fonderenl une 
premiere mission a San Diego; en 1776, il y en avail S; en 1788, 11; en 
1802, 18. 

Ces missions etaient a pcu pres tonles erigees snr un meme plan : les 
constructions occupaiml \\\\ espace earn- de 500 pieds de cote. En avant, se 
Irouvait 1 habilalion des Peres et une salle commune pour les reunions; plus 
loin 1 eglise; sur les ailes, les ecoles, les ateliers, le monastere ou Ton enseiguait 
les iravaux de femme, le lazaret el le magasin. La cour inlerieure etait plante e 
d arbres el contenait ordinairement une ou deux sources. Les neophytes habi- 
taientdans des hulles hors de la mission, s occupaient de travaux manuels, sur- 
loul d agriculture el d elevage de tronpeaux (Waitz). 

Ccs ulablisscnicnls fondes dans un pays neuf an milieu de cate chumenes 
(|iii ne connaissaient rien des doctrines pernicieuses du vieux monde etaieiit 
liiriges d apres les principes quc 1 Eglise s est loujours efforce e de faire pre- 
\aloir : soumission volonlaire a des magistrals ecclesiastiques; administration 
de la commuuaute d apres le droit canon. Une pareille experience ne pouvait 
manquer d un vif inlerel; Chateaubriand a fait des missions du Paraguay un 
tableau veritablement enchanteur; c elail une terre promise; une oasis de feli- 
-lie; il est vrai que Chateaubriand ne les avail jamais vues. Les voyageurs qui 
ont parle de celles de Californie les ont presentees sous un jour moins favo 
rable. Duflot de Mofras seul prelend que loul ce qu on a dit n esl que mensonge, 
calomnie, denigremenl sysle malique des oeuvres catholiques ; de Pages, Kolze- 
Inie, Langsdorf, Buchy, Duhaul Cilly, elc., sonl moins affmnatifs ou le sonl 
dans un sens oppose. II parail que les missionnaires appliquerenl plus d une 
fois a I egard des Indiens le compelle intrare, d une maniere singulieremenl 
brulale. De Pages rapporte que quelques-uns etaient amends lies a la mission, 
puis catechises ; s ils resistaient, les moyens corporels el la privalion de nour- 
riture elaient la; Kolzebue dil a pen pres la meme chose. Buchy af/irme qu on 
lenait les neophyles en prison jusqu a ce qu ils consentissent a recevoir le bap- 
leme. Si un nouveau couverti retournait a sa vie sauvage, il recevail qnand il 
ulait repris une correction chretieuue a coups de baton. Les Peres avaient soin 
dans ces regions eloignees de ne point oublier le bras seculier, de ne pas 
atlenuer le travail qui a ele impose a 1 homme el le prepare a la vie elernelle. 
Aproximiledechaqueelablissement se trouvaitun petit presidio, poste militairc 
Iburni par le gouvernemenl colonial qui le prolegeail aubesoin; jamais on n iu- 
trodui^it dans les missions les meules a moudre le grain; les nalurels le 
broyaienl enlre deux pierres (Piron, Langsdorff). 

Comme les Jesuiles, les Franciscains de Californie avaienl la loute-puissance 
surles biens et la liberte de leurs ouailles. La Pe rouse et Vancouver ont declare 
que leur sort etail le meme que celui des negres, avec cette difference que ces 



ADDENDA. 115 

derniers etaient traites avec plus d humanite. II est vrai que le salut eterncl 
etait assure; les neophytes apprenaient 1 oraison dominicale en espagnol, olic-i- 
saient aux Peres, obtenaicnt quand leur travail avait ete satisfaisant des belles 
images, qui leur raontraient des saints a aureoles brillantes an milieu des joies 
du paradis, ou des damnes recroquevilles et a demi rotis dans la gehenne ; 
o etait la une situation capable de fa ire oublier les faibles iiiconve nients con 
comitants, c est-a-dire une augmentation effrayante de la morlalile; 1 inilialion 
an vol et a 1 ivrogneric, pcches mignons des peuples civilises. 

Les vicissitudes poliliqucs retentirent sur les missions; les Peres furent 
toujours les adversaires de 1 autonomie coloniale ; ils prirent parli pour 1 Efpagne ; 
parfois leur predilection se manifcsta par autre chose que des prieres et des 
voeux. Us s attirerent de dures represailles : les dependances, le betail furent 
vendus; les Indiens mis en liberte. Malheureusement, ces gens qui avaient 
passe de 1 etat sauvage a une sujetion rigoureuse n avaient ni ressources ni 
initiative. La plupart abuserent de 1 affranchissement qu on venait de Inn 
octroyer, et le Gouvernement mexicain dut creer de nouvelles colonies regies 
par des missiounairesqui 1 avaient reconnu ; il declara que les neophytes seraieut 
libres ct recevraient des concessions apres dix ans de travail ; ce reglement 
ne fut jamais applique. Pillees, brulees dans les discordes qui suivirent, les 
uouvelles missions ne donnerent aucun resultat. En 1841, il ne restait rien de 
celle de San-Francisco que 1 e glise; celle de Santa-Clara u elait plus tenue que 
par un vieux pretre. 

L annexiou de la Galifornie aux Etats-Unis,preparce par plusieurs expeditions 
de riflemen, et en parliculier par 1 invasion de Fremont, en 1846, ne modiii.i 
en rien I etat social des indigenes. Les aventuriers les menagerent peu; en 
revanche, la moindre agression, le moindre vol commis par eux, furent le pn - 
texte de repressions que les Pieds-Noirs ou les Teles-Plates n eussent pas desa- 
vouees. Chretiens et pai ens furent indistinctement fusilles, vendus ; ce fut une 
cliasse a I liomme poussee avec d autant plus d energie qu on sentait tres-bieu 
ijue ces malheureux ne manquent ni de courage ni d esprit militaire, et qu un 
chef entreprenant qui eut su les enroler et les discipliner aurait cree des obs 
tacles serieux aux aventuriers yankees. 

Ceux qui ont survecu sont comme leurs ancetres chasseurs et, pecheurs ; 
leur peau est rouge brun ; ils ont le cou court, le front etroit; les yeux sont 
petits et peu saillauts, les narines largement ouvertes. Les femmes, qui ont 
le bassin de\eloppe, les jambes greles, les pieds volumineux, ressemblent beau- 
coup par leur conformation exterieure aux negresses. 

Pour tout habillement les homines portent un manteau, les femmes un 
tablier de peau. Ceux de i inteneur reunis par villages sont mieux vetus et 
plus polices; ils out plus de barbe que les autres Indiens d Amerique. 

Leur contact avec les missionnaires a eu pour resultat d apprendre a beau- 
coup 1 espagnol, ils ont conserve certaines pratiques catholiques. Du reste, 
Kostromitonos considere ces gens comme plus intelligents qu on ne le croirait ; 
ils sont vifs, batailleurs, mais n ont point de rancune, ne tourmentent point 
Jeurs prisonniers, n en font point des esclaves. Yoici une strophe d un chant 
<!e guerre recueilli par Wenzel : 

Partons, aliens ravir la vierge ennemie. A la montagne, et soyons vigilants ; 
nos fleches sont piquantes. Tendez vos arcs ; debout, debout ; voila le combat. 
Courage, la fleche ennemie ne saurait nous alteindre. 

DICT. E.NC. y s. XV. 8 



Ill ADDENDA. 

La religion est simple, ct presque sans culte ; on salue chaque jour le soleil 
a son lever : ce n est pourtant pas le dieu des Californiens. Pour eux, I liomme 
a ele cree par un loup d une espece perdue qui enfonga deux batons dans le 
sol ; 1 un devint I liomme, 1 autre la femme. Quelques-uns out des idoles gros- 
siercs ; on brulc les morts dont les esprits se rendent dans unc ile lointaine. 

Les Indiens de la vieille Californie sont diviscs d apres leur idiome en trois 
branches : lesPerini, les Monomi et les Cochimi. Un pcu plus pelils que les pre 
cedents, ils out la meme couleur, le meme habillement, et moins de barbe. Des 
missions furcnt fondees cbez eux en 1642, paries Jesuites; a la suppression de 
1 ordrc en 1707, leurs etablissements furent repris par les Franciscains ; lader- 
nierc a ele suppritnee en 18"). 

11 cst plus facile tie s orienter pour la classification des Imlien* qui occupent 
les autres districts du nord dn Mexique que pour ceux des Californies; leurs 
langucs out assez de ressemblanees pour qu il ait ete possible de les reunir 
sous la denomination commune dc langues de la Sonora. 

Lc caraclere fondamental, c cst la quanlite considerable de mots aztecs 
qu elles contiennent. Les peuples qui les parlent scdiviscnt en quatre families: 

1" Les Tubar sur le cours supcrieur du fleuve Einaloa, et qui de la s eten- 
dcnl vcrs Chihuahua; 

2" Les Opatas et les Eudebes, habitant vcrs les limiles occidentals de la 
Sniiora; 

5 Les Pimas des rives du Gela et des bords da golfe de Californie; 

4 Les pcuplcs du sud dc la Nouvelle- Californie parmi lesquels on cite specia- 
lemcnt les Kuhi, les Ketala, les Kahuilo ; 

5" Les Cliochonis, dont nous allons passer en revue une des branches les plus 
iiuportanles au point de vue nmnerique, les Comanches. 

Ce peuple s eteud vers les sources du Rio gramle del Aorte jusqu aux terri- 
toires des Pawnies et des Osages ; vers le sud jusqu aux limites du Texas. Si Ton 
s en rapporle a ses traditions, il scrait venu de 1 ouest. Les Comanches ont de 
la barbe et des cbeveux abondants; afin de se donner uu aspect plus redou- 
tables, ils arrachent leurs sourcils et se tracent au-dessous des yeux une longue 
ligne rouge. Du reste, cotte race est tres-melangee ; ce sont d aeharnes pillards 
qui aiment a enlever les femmes et les enlanls des tribus voisines, pour 
les elever selon leurs coutumes. Aux hommes on arrache souvent un fragment 
de chair que Ton mange ; les femmes les tourmentent pendant trois jours. S ils 
survivcnt, ils restent esclaves. Les Creoles de ces re gions redoutaient a tel 
point les incursions des Comanches qu ils n opposaient le plus souvent aucune 
resistance; dans certaines annees 5 a 600 femmes et enfants furent enlevees 
dans un faible rayon; on a vu des bandes de 50 a 60 Indiens piller des loca- 
litt s de plusicurs milliers d ames. Le gouvernement du Mexique etait impuis- 
sant a mettre ordre a cet etat de choses qui n a cesse que depuis 1 aimexion du 
Texas aux Etats-Unis. 

Ces Indiens ont pour armes la fleche, la lance et un long rifle; ce sont 
d excellents tireurs, des cavaliers infatigables. Ilsne vivent que de chasse et de 
rapines, 1 agriculture leur est totalement inconnue. L achat des femmes et la 
polygamic sont en usage ; comme les autres Indiens de 1 Ameriqne du Nord, ils 
admettent un Grand Esprit, Dieu du jour et createur du monde, et un esprit du 
mal qui habiterait au centre de la terre. 

Leur medecine et leur chirurgie sont plus rationnelles qu on ne s attendrait 



ADDENDA. 115 

a les trouver. Sans doute il y a, comme chez tous les peoples primitifs, des gne- 
risseurs par le merveilleux, des sorciers qu on appelle quaud les autres medecins 
ont echoue. Mais ceux-ci emploient parfois une therapeutique juste et au develop- 
pement de laquelle a surement contribue 1 experience. M. Hoffmann, qui a vu la 
pratique indigene sur les bords du Colorado, insiste particulierement sur la gra- 
vite des epidemics de variole et la terreur qu elles inspirent; cc n est point que 
les moyens prophylactiques soient inconnus. Des le dix-lmitiemc siecle 1 inocu- 
lation a ete pratiquee avec avantage sur les indigenes par uu missionuaire pro- 
testant ; puis la vaccine fut iulroduite ; elle n a jamais e"td populaire, on s en 
di lie comme de tous les presents des Europeens. On a vu massacrer des 
families entieres dans lesquelles un cas de variole s elait montre ; des indi- 
vidus nombreux se suicident aux premieres atteintes du mal ou simplement par 
3a crainte qu il inspire. La fievre palustre et la dysenterie ne sont pas rares ; 
chez les Sioux M. Hoffmann a vuquelques cas de syphilis. On a pretend u meme 
qu elle existait chez les Indiens longtemps avant 1 arrivee des Blancs. Parmi 
les moyens therapeutiques, il fautnoter en premiere ligne les bains de vapeur ; 
ceux-ci out une verlu toute particulicre, ils conferent un pouvoir surhumain 
et la propriete de predire 1 avenir. 

Les Midas sont sorciers et medecins, les Jossakad prophetes et devins, mais 
les membres de la premiere communaute ne sont point ex<;Ius de la seconde, 
lesfemmcs m ernes peuvent en faire partie. Les Jossakad ont le pouvoir d asscm- 
blcr dans leurs biiltes tous les esprits du monde; ils vienneul avec des bruits 
et une agitalion particuliere sous forme de tortues. Apres lenr arrivi e on 
commence a interroger 1 oracle, on sollicite ses conseils par des presents et 
des promesses ; 1 esprit repond a chacun, lui indique les signcs secrets qu il 
doit faire. L evocateur est presque toujours ventriloque; il se prepare a 
1 exercice de ses foaclions par le jeune et les bains de vapeur, precedes qui 
le maintiennent dans un etat d exlase et d excitation particuliere ; il a 
1 e cume a la bouche et semble soustrait a rimpression des choses exte- 
rieures, on ne saurait dire si Ton n ajoute pas a tout cela certaines prJ[tara- 
tions toxiques. Les bains de vapeur, dont 1 usage est si re pandu chez les In 
diens, sont pris dans une petite hutte ; ils sont prepares par les inities qui 
\ersent de 1 eau dans une pierre tres-chaude. G est uu precede religieux qui ne 
rentre que dans les cures magiques ou I initiation de la sorcellerie ; il joue 
un tres-grand role dans la reception des Jossakad, celle des Mi.las est difte- 
rente (Wailz). 

D autres fois pour provoquer soit la sudation, soit une cnergique revulsion 
cutanee, on enfouit le malade dans la terre jusqu au cou ; puis viennent 
des medications physiques, le massage, les exercices gymnastiques. Les Indiens 
connaissent les ventouses seches, ils appliquent sur la peau une corne dont la 
pointe a ete coupee et font une aspiration energique; ils ont souvent recours 
aux scarifications profondes. M. Hoffmann a vu appliquer dans les cas de fracture 
ou de plaie par arme a feu une gouttiere en bois de construction vraiment in-e- 
nieuse; contre les fievres on emploie les purgatifs et la sai^nee. 

L obstetrique est plus bizarre; dans beaucoup de tribus on fait prendre a la 
parturiente, pour pen que le travail se prolonge, une decoction de queue de serpent 
a sonnettes. L enfant, dit-on, effraye par le bruit que 1 animal ne manquera uas 
de faire, sortira de Tuterus au plus vite. 

Je vais reproduire, dit M. Engelmann, les renseignements que m a donnea Ic 



1 1 G 

major W. II. Fonvood sur les Cheyenners, les Arapahocs, les Kiowas, les Coman- 
clies et les Apaches de 1 Est. Get officier est reste cinq ans parmi les tribus disse- 
minees sur les plateaux du Kansas, du Nebraska, du Colorado et du territoire 
indien ; on venait souvent reclamer ses secours dans les forts Larwe et Sill ou il 
habilait. 

Les tribus des territoires en question, dit-il, sc rcssemblent toutes ; 1 esquissc 
suivante pcut en donner unc idee: 

Au mois d aout 1 869, des hommes et des femmes Comanches vinrent reclamer 
mon assistance pour une parturiente qui avait deja cu auparavant deux accou- 
chemenls difficiles. Onnesc fut pasadrcsse a moi, si Ton n eiit craintquela meme 
chose arrival I. .Innonlai ;< rhcval ctjeme dirigeai avecmes guides vers Cachebaches 
a qnelques millcs du poste. Je trouvai la les hutlesd une tribu disposees sur uu 
plateau assez eleve et occupant une grandc surface. On avait fait une 
tente avec des branches vertes de 6 a 7 picds de haul dans 1 intervallc desquelles 
etaient plantes des broussailles ou des arbustes avec lours fcuilles formant un 
space de 7 a 8 picds de diametre, une entree dont los angles etaient converts 
etait menage esur le pourtour. En avant, on avait planh a ilix pas 1 un de 1 autre 
qualro liges de pouillees dc leur ecorce. 

A 1 interieur de la tente etaient creuses deux trous pour la reception des 
liquides el du placenta ; a cote, despieuxauxquelss appuyait lafcmme; ils etaient 
an iininbir dc trois, de tellc sorte quc, quand eile serait surprise par une con 
traction, clle put s agenouillcr et saisir 1 un d cux. 

Je trouvai la personne avec son assistante, une dc ses parentes ; elle allait. 
venait, s agenouillait et saisissait les pieux; 1 assistante s agenouillait alors 
derriiTe elle et lui comprimait 1 abdomen. 

C ctail unc femmecomanche,d une vingtaine d annees, de petite taille, mais 
robuste. Ses deux premiers enfants etaient vivants et bien portants; les 
accouchements avaient ete difficiles. Son habillement consistait en un corset, 
une ceinture et une sorte de pantalon de peau de daim orne de perles et de 
fragments d argcnl. Le corset etait forme d une peau unique ouverle au niveau 
du cou, le jupon de deux fragments descendant jusqu au-dessous du genou, et 
fixes par une ceinlure de cuivre. Le pantalon ou plutot les pantalons (car les 
deux moities etaient independantes) etaient formes de deux parties : les bottes 
avaient une partie superieure renfermant les cuisses el se raltachant a la 
ceinture. L examen auquel ccttefemmc sesoumit asscz difficilement montra que 
la poche des eaux etait rompue, qu elles etaient ecoulees, que la tele avait sa 
position normale, que les contractions uterincs etaient de force moyenne et 
que 1 accouchement se terminerait naturelleraent. 

Je reslai malgre lout a cote d elle, elle supposait que c e lait pour lui pre 
scrire des medicaments; j avais 1 intention de faire simplement des obser 
vations. 

Pendant tout ce temps le premier medecin officiel de la tribu etait dans 
une hutte voisine en train de facililer 1 accouchement par des moyens queje 
n aipas vus, mais dont on peut sans difticulte soupconner 1 efficacite. La cere - 
monie avait lieu dans un local ferme, elle consistait en chants, danses, etc. 

Celte medication est tenue par les Indiens en grande veneration et ils sont 
parfaitement convaincus de son utilite. On croit la maladie produite par un 
mauvais esprit qu il faut chasser a 1 aide de forces magiques ou de paroles flat- 
teuses. Outre les vomitifs, on a plusieurs medicaments internes, mais on evite 



ADDENDA. 117 

de les dormer pendant 1 accoucliement a cause de la direction dans 
laquelle ils agissent. 11 faut avouer qu a cote de pratiques slupides les iemmes 
indiennes en ont quelques-unes de rationnelles : ainsi elles se servent avec 
avantage d especes de pessaires en crin de buffle ; pour faciliter la delivrance 
elles ont recoursaux bains de vapcur. Un accouchement an terieur avail ete mene 
a bien pour ainsi dire par intimidation; la malade fut niise sur une surface 
plane et Eisschaby, un chef redoute de la tribu, se precipita vers elle une arme 
a la main ; 1 expulsion du foetus eut lieu presque immediatement. 

Cette fois, quand le moment decisif fut arrive, on ill coucher la partu- 
riente sur une peau de bufile, je pratiquai une seconde fois le toucher; 1 accou- 
chement cut lieu presque aussitot. 

Des clamours, des chants, des cris dcjoie, firent place aux plaintes et aux 
gemissements. Apres la delivrance la femme se leva, se ceignit une cein- 
ture de cuir et se perdit dans la foule sans s occuper du nouveau-ne. Je le 
pris et voulus le confier a une des personnes presentes, mais aucune ne 
voulut le toucher. A ce moment une dame que je n avais pas remarquee 
s avanca et s en chargea ; c etait a elle que revenait 1 honneur do le recevoir et 
de feter son entree dans le monde. Quand c est un garcon la ceremonie consiste 
en pratiques que doit accomplir un vieux chef; si c est une lille, la mere s ac- 
quilte de tout. 

Je sais encore que dans certains cas on insuffle dans la bouche de la par- 
turiente un corps symbolique ou qu on le lui place sur 1 epigastre aiin de lui 
donner du courage et de la preserver de tout mal ; le medecin pose ses mains 
sur la poitrinc et la gorge, fait des efforts de deglutition, puis s approche de la 
malade et lui souffle dans la bouche. 

Les Indiens font la ligature du cordon et le coupent a un pied environ de 
rombilic. Le placenta est enterre en secret. Pour favoriscr la delivrance on 
eomprime 1 abdomen, on tire sur le cordon, parfois on fait 1 extraclion a 1 aide 
de la main introduite dans le vagin. 

D. Mexicains. On ne sauiait trailer 1 ethnographie des peuples du Mexique 
comme celle des Indiens. Si, a 1 epoque ou Cortez mil pour la premiere fois le 
pied dans 1 empire de Montezuma, on eut essaye d etablir un parallele entre run 
de ses officiers et un noble de 1 entourage du roi, ce parallele n eut pas ete de 
lous points a 1 avantage du premier. Le Mexique au moment de la conquele etait 
occupe par une race qui s etait elevee, dans les arts et les sciences, a une haute 
perfection. 

Des ruines gigantesques ont excite une curiosite extremement vive; on 
s est dit que le peuple qui avait construit ces monuments devait avoir une 
histoire. Malheureusement elle a ete incompletement e crite ; les vieux Mexi 
cains avaient bien senti le besoin d aider la memoire, mais leur ecriture n uttei- 
guit jamais une grande perfection. De plus, les premiers Europeens qui se sont 
occupes d eux etaient plutot des chroniqueurs qu autre chose ; ils ont recueilli avec 
Je meme interet les legendes et les faits. Cette absence de critique a rendu sin- 
yulierement lourde la tache des historiens ulterieurs. La remarque s applique 
surtout au travail du pere Sahagun (1569), tres-intercssant pour tout ce qui 
concernait les naturels ; il ne pouvait servir a grand chose pour les temps ante- 
rieurs ; Torquemada (1610) avait comme lui mis a profit les re cits des mission- 
naires. Le metis Ixtlixochitl s interessait davantage au passe d une race a laquelle 
il appartenait ; il a le premier recueilli les vieux chants, les hieroglyphes; les 



118 ADDENDA. 

livrcs cle Clavijero el de Gallatin qui dalcnt du dix-huitieme siecle sont dejii 
des Iravaux d exegesc. 

La nation prepondcrante au Mcxique etait arrivee dans le pays a une epoque 
asscz recente ; sa domination avail etc precedee de cellede deux autres peuples 
dont l un au moins ful civilise. Les Tolzlecs etaient venus de 1 Ame rique 
ccntrale; on a dit sans preuvcs precises qu ils avaient conquis le Mexique a 
une epoque correspondant aux premiers temps de 1 erc chre tienne. Lcur empire 
dura cinq a six cents ans ; on ne sail trop comment il Cut mine. Us fuirent, 
dit-on, vers le Nicaragua sous le roi Topiltzin a cause d une secheresse suivic 
de maladies cpidemiques. L evenement avail ete precede de dissensions et di> 
guerrcs rcligieuse?. Lcs idoles des Tolztecs elaient autant de personifications 
des aslres on des forces dc la nature. Leur grand dieii fut le Soleil auquel oa 
imniulait lous les cinq a six ans un condamne a mort ; on sacrifiait des 
[elites lilies au Dicu de la paix. Cos pratiques curcnt pour advcrsaire un 
l>ieire de Toula ; une partie des Tolztecs adoptcrent ses idecs et le reformateur 
devint lour \< ; ritable dieu. II cst rare qu une modification religieusc soil 
adoplce sans conlesle : les partisans des anciennes coulumes resisterent et 
\irenl. dans Ic novateur un heiesiarque dangereux, il dut quitter le pays. Plus, 
lard scs adoralmrs deVlaraient qu il avait ele entrave" dans son role par deux 
demons, Huitzilopotchli et Tetzcatlipoca. Ccs demons ctaient precisement Ics 
Jieux a /.tecs. Les Aztecs parlaient la meme langue, avaient a peu pies les memcL- 
coulumes ijue les Tolztecs : il y a done lieu de supposer que ces derniers 
avaient forme une confederation puissante s etendant de la Nouvelle-Californie 
a 1 Anirriijiic cenlrale ; iju ils avaient reuni et rendu tributaires les peuplades 
indiennes du voisinage, enfin que celte confederation se morcela ct perdit sa 
puissance. 

Une aulrc circonstance liata 1 exodc des scctateurs de QuelzalcoatI, 1 invasion 
ile- Chichirnecs ; ceux-la etaient de veritables sauvages du Xord, ils n avaicnt rien 
de commun avec les peuples qu ils remplacaient, ne parlaient point leur 
langue, ne reconnaissaient pas leurs dieux ; c etaient comme leurs freres du 
Texas ou des bords de 1 Oregon des chasseurs qui ne savaient ni travailler les 
metaux, ni construire. Sous leur domination les monuments s ecroulercnt, la 
nature reprit le dessus jusqu au jour ou une fraction des anciens occupants reslee 
vers le nord-ouest put reprendre les traditions interrompues. Vers 1325, les 
Aztecs furent asscz puissants pour defier les attaques de leurs voisins et fonder 
Mexico. 

C etaient des hommes de petite taille aux cheveux noirs, au nez volumineux , 
leur teint bruns ombre ou olivatre se rapprochait dans les districts meridionaux,. 
ou 1 element Toltzec etait reste plus abondant qu ailleurs, de la blancbeur de 
celui des Europeans ; ils avaient de grandes oreilles, peu de barbe, des soui cils 
bien arques. Entraiues des 1 enfance par une education pbysique intelligenle, 
ils etaient robustes, supportaient admirablement les fatigues. Leur nouiri- 
ture ordinaire etait surtout vegetale ; un adulte mangeait un i/2 kilogramme 
de pain de manioc ou de cassave par jour ; aux grandes fetes on ajoulait un peu 
de viande de lapin ou de chien engraisse ; deplus, on avait des boissons fermentees, 
entre autres la pulque, liqueur alcoolique extraite de 1 agave ; le cacao et le scl 
marin entraient encore pour une assez grande part dans la nourriture. L habil- 
lement consistait en un tablier d un tissu ve ge tal et un manteau qu on attachait 
sur 1 e paule gauche ; celui des femmes etait plus complique. Leur accoutrement 



ADDENDA. 

bizarre pour des ycux curopcens est pour beaucoup clans 1 impression dcfavo- 
rable qu elles produisent. Aujourd hui, apres trois siecles d une servitude degra- 
dante, on trouve encore au Mexique des Indienncs de pure race remarqna- 
blement jolics. Elles etaient robustes, fecomles ; la dystocie etait si rare die/ 
elles quela mort d une primipare etait regardee comme unmartyre ct une sanc- 
tification. On entcrrait la definite dans le temple d une decsse particuliere, on 
ne croyait point que son esprit descendit dans un raonde inferieur; il s enaUait 
vers I Orient dans la maison du Soleil. Ses cheveux et ses doigts etaient 
des talismans pour les guerriers ; son a\ant-bras gauche constituait une anm- 
lette qtii preservait centre 1 apoplexie, de sorte qu on volait souvent celte parlie 
du cadavre (Waitz). 

Les premiers qui ont ecrit sur le Mexique, tous ecelt siastiques, n ont 
rien dit des pratiques obsletricales : c etaient sans doute celles qu obscrveiil 
encore les Indiennes ou les melisses. Cliaque parturiente est assistecr de 
deux femmcs, la tender a ct la partera. Au moment des contractions elle est 
a genoux sur une peau de mouton et tient dans ses mains le nceud fait a 
I exlre mite inferieure d une corde attachee au plancher de la piece, la ten- 
dera a gcnou elle-meme derriere elle lui comprime energiquement [ abdomen 
(Engelmarm). 

Les Aztecs etaient agriculteurs, manufacturiers, soldats, commercants ; ils 
cultivaient le mais, le cacao, la canne a sucre et travaillaient les metaux ; sur 
les cotes on trouvait des pccheurs qui approvisionnaient de poisson la table 
du roi. 

L architecture fut un de leurs arts de predilection; les temples, dont on 
admire les ruines, etaient construits d apres des principes absolument dil fercnts 
de ceux de 1 ancien monde. La 1 edifice religieux etail un asile et un abri ; la 
parlie la plus reculee e tait la plus ve ne rable. Les Mcxicains au contraire n en- 
t ermaient point les dieux ; leurs temples etaient formes de troncs de pyramides 
superposes a la base desquels se trouvait une plate-forme pc ripberique. 

Les escaliers elaient decoupes dans les parois de ces pyramides ; a 1 etage 
superieur on voyait la pierre des sacrifices et la statue principale. 

Les descriptions des palais de Montezuma et de Tezeuco indiquent une 
arclutecture civile rappclant celle des Maures. Le premier se composait des 
constructions quadrangulaires environnant trois cours interieures avec des b.is- 
sins auxquels des conduits souterrains amenaient une provision suffisante 
d eau. Ce palais s ouvrait sur les places et les rues adjacentcs ]>ar une ving- 
taine de portes; il renfermait plusieurs salles de 150 pieds de long sur 50 
de large, et vingt cbambres de 25 a 30 pieds de long. Les palais et les temples 
contenaient des ornements de toutc nature et des bas-reliefs ; ceux du temple 
de Palenque, par exemple, sont bien conserves de nos jours. Les Mexicains 
avaient pousse Ires-loin 1 art de la statuaire : statues de pierre, de bois, 
de metaux precieux, on trouvait tout chez eux. Montezuma fit present a Cortez 
d un disque d or repre sentant le soleil, sous forme d une figure tirant la 
langue : c e tait un moyen conventional d indiquer que 1 objet represenle 
ctait vivant. Ce disque ayant ete envoye par le conquerant a Charles-Quint, le 
navire qui Je porlait fut pris par un corsaire frangais; on n a jamais su ce 
qu il devint. 

La musique etait cultivee dans les temples, presque toutes les fetes etaient 
accompagnees d hymnes sacres. Le Mexique cut ses rois poe tes : Betzahuul- 



120 ADDENDA. 

Coyott et son Ills ont cultive avec un egal succes 1 eloquence, 1 hisloire, la poesie 
et la divination. On leur attribue 60 odes en 1 honneur des dieux et des elegies 
nombreuses. Ces chants convenaient au caractere grave et melancolique des 
Aztecs; toute guerre, toute epidemic, toute detresse publique, avail sa com- 
plainle; cet usage continua meme lorsque la langue nationale fut etoufTee 
sous 1 Espagnol , le P. de Castro, missionnaire apostolique de la tia du 
seizieme siecle, a recueilli quelques-uns de ces chants expiimant une tristesse 
resignee et touchante. 

Nous arrivons au cote lugubre de celte lu stoire : 1 Aztec etait sincerement 
pieux ; il appelait ses dieux a tous les actes de la vie el leur icsei vail la meil- 
leure p-irt du butin; ses conceptions theologiquesne presentment lien d effrayant; 
clles n etaient point formees d une scrie de dogmes rigoureux capables de 
scrvir de mesnre a 1 orthodoxie, permettant de pimir de mort un ecart d ima- 
gination ou I interpretation hasardde d un texte; sa religion etait au contrairc 
un polytheisme facile, dont le Pantheon accessible a tons les dieux ne gardait 
aucun recoin pour 1 intole rance. Si la doctrine etait soujile, le culte fut epou- 
vantable, si e pouvantable memeque beaucoup d historicns Tout regarde comme 
la manifestation d une sauvagcrie naturelle ct invincible, comme le symplome 
d lim; inlerionle native qui devait fatalement conduire les Aztecs a la ruine. 
Us diviniserent le corps du firmament; leur premier (lieu fut probablement 
Tlaloc, qui prcsidait aux eaux ; puis vint Tetzcalipoca, le Soleil, ressemblant 
plus ;ni Mars qu i i 1 Apollon des Grecs. 

Cc fut toujours le maifre severe, aux repressions draconiennes, aux statues 
noires ; les Aztecs lui enleverent 1 empire du monde pour en doaner la 
inoilie a son iils Huitzilopotchli : celui-ci etait ne , disait-on, d une mortelle. Un 
jour sa mere ayant trouve une toulTe de plume d un travail merveilleux la 
( onserva pour I ofl rir au Soleil ; la touffe disparut et elle devint enceinte. Ses 
enfants eurent honte, et voulurent tuer leur mere, mais le nouveau-ne la de- 
fendit et montra des les premiers jours son caractere surnaturel. Tetzcalipoca ct 
Huitzilopotchli etaient feroces, il fallait que leurs levres fussent humccte es de 
sang humain ; c est en leur honneur qu on sacrifiait les victimes les plus nom 
breuses ; ils etaient malheureusement places plus haul dans I Olympe mexicain 
<j\ie Quetzalcoalt, le civilisateur. Des mythographes n ont vu dans ces legendes 
qu une consequence du besoin d humaniser les astres. Le nom de ces dieux 
indique des divinites siderales ou meteorologiques ; Huitzilopotchli, le colibri 
de gauche, occupe cette place a cote du Soleil son pere. Dans ces regions le 
colibri est 1 oiseau du printemps, qui parait amener la fertilite ; 1 annee fut 
partagee entre Tetzcalipoca et Huitzilopotchli comme elle 1 e tait a Delphes entre 
Apollon et Dionysos. 

Les ceremonies ordinaires etaient assez simples, elles consistaicnt en chants, 
processions, offrandes; aux grandes fetes seulement on songeait a donner 
aux dieux des honneurs dignes de leur puissance. Celle de Tetzcalipoca avail 
lieu au mois de Toxcatl, elle etait precedee d une confession et d une abso 
lution generales. Les Mexicains admettaient comme les Grecs les souillures 
inconnues, involontaires, congenitales ; il fallail a tout age et en toute circon- 
stance recourir aux puritications. Le grand moyen carlhatique, c etait i aveu, la 
confession publique ; la legislation civile, 1 imposait a chaque individu une fois 
dans sa vie. Le dernier acte de ces tragedies etait le sacrifice humain : Telz- 
culipoca et Huilzilopotcbli aimaient les morceaux de choix, les chairs palpi- 



ADDENDA. lil 

tantcs, le coeur qui battait encore , on engraissait des captifs pour leur table ; 
artifices, consolations, esperances d outre-tombe, tout etait mis en oeuvre pour 
que ces malheureux oubliassent le sort qui leur etait reserve et pussent 
passer joyeusement leurs derniers jours. Par une amere derision on chargeait 
souvent un des plus jeunes, un des plus beaux, de jouer le role de Tetzca- 
lipoca; 1 histoire ne dit pas que cet bonneur trouvat beaucoup d aspirants meme 
parmi les Mexicains pieux. Le captif de cboix etait soumis a un entrai- 
nement de plusieurs mois, des maitres habiles lui donnaient des lecons 
de tenue et de maintien ; il apprenait a danser, a moduler sur la flute les airs 
sacres; enfm, peut-etre pour augmenter ses regrets, peut-etre pour lui procurer 
nn avant-gout du paradis, il avail pour epouse les vingt derniers jours dc sa 
vie quatre jeunes filles prises parmi les plus belles du pays. Mais le moment 
fatal arrivait; le pauvre representant da Tetzcalipoca devait tout oublier et 
tout perdre. II gravissait les escaliers sinistres et a chaque plale-forme un bour- 
reau lui enlevait ses ornements et brisait une de ses fliiles. Quand il avail mis 
le pied sur la derniere, ce n etait plus qu une victime comme les autres a 
laquelle les pretres ouvraient la poitrine avcc le couteau sacre d obsidienne pour 
lui arracher le coeur et le jeter aux pieds de 1 idole. 

Le peuple attendait ce moment dans un rigoureux silence, puis 1 enthou- 
siasme debordait : heureux ceux qu attcignait la rotee sanglante ! On mul- 
tipliait tellement les sacrifices lors du couronnemenl des rois que la base ties 
temples etait plongee dans un lac rouge et tiede. Les pretres decbiquetaienl 
le cffiur avec rage, se couvraient la face de sang. On vit des fanaliques suivre la 
victime, Tenlacer de leurs bras et se coucher avec elle sur la piene, afin de 
ne rien perdre de ses contractions supremes ! 

Ce spectacle etait presque journalier dans les villes importantes du pays : 
il y eut une annee jusqu a 20 000 individus immoles a Mexico, les sacrifices 
particuliers succedaient aux sacrifices publics. Un general voulait-il s assurer la 
protection des dieux, don d un esclave ; revenait-il victorieux, nouveau 
sacrifice. Le marchand qui avail fait de bonnes affaires aux lointains pays 
n aurait a aucun prix neglige cet acte de gralitude. 

A la fin 1 horreur meme engendre la satiete, les executions sacrees furent 
recues froidement. Les pretres s ingenierent a reveiller 1 ancienne ferveur ; on 
jeta des malheureux dans un brasier dont on les retira vivants pour les tuer selon 
le rituel. Le cadavre appartenait au maitre qui le partageait apres la fete a ses 
amis et a ses parents ; si c etait un prisonnier de guerre, on les abandonnait 
consciencieusement au peuple, qui s en arrachait les morceaux, dans cerlains 
temples les pretres les vendirent. 

De telles pratiques ne choquaient personne : quand, au debut de I occupation, 
lesEspagnols manifesterent le de gout qu elles leur inspiraient, on ne lescomprit 
pas : Nous tuons bien nos ennemis en guerre, disait Montezuma, pourquoi 
n aurions-nous pas le droit de reserver aux Dieux les prisonniers et les con- 
damnes? 

La furie meurtriere n empechait pourtant pas qu il restal dans 1 esprit 
de beaucoup de gens un vague senlimenl d inquietude. La tradition disait 
que la toute- puissance des dieux cannibales aurait sa fin lorsque Quetzalcoatl 
reviendrait des terres du Sud, leurs adorateurs se demandaient s il ne se 
vengerait pas. Quand les courriers de Montezuma Jui apprirent le debarquement 
d hommes blancs, vetus d une mauiere inconnue, dont certains porlaient des 



122 ADDENDA. 

tubes a tnnnerres, dont d autres d une (aille gigantesque pouvaient se dedoubler 
et rester vivants (les Mexicains ne connaissaient pas le cheval), il crut que 
c etait 1 cscorte de Quetzalcoatl ct n osa pas prendre des mesures defensives, 
Une ceremonie curicuse et moins sinistre, c etait la communion qui marquait 
la fin du regne semi-annuel de Tetzcalicopa : les pretres faisaient une stains 
en pate du dieu, tiraient une Heche centre elle et la decoupaient en morceaux 
qu ils distribiKiiont. 

Ces pretres occupaient une place enorme dans la vie mexicaine ; en guerre 
ils suivaient I armee, portaient les images et be nissaient !es combattants. 
C etait le grand pontife qui consacrait le roi et lui faisait connaitre ses devoirs. 
Seigneur, disait-il, vons voycz 1 honneur que vous out fait vos vassaux, vous 
etes reconnu conime leur maitre et vous aurez a veiller sur eux, a les garder 
comme vos enfants, a les proteger centre tout mal, a ne point souffrir que les 
grands oppriment les petits. Vous etes la tete de yotre patrie, de tous vos vas 
saux, leur pere et mere, et en cette qualite vous etes tenu a les defendre contre 
( oppression, les yeux du peuple sont fixes sur vous; vous commanderez el 
n -giKTCz. Occtipez-vous avec le plus grand soin des affaires de la guerre, sur- 
veillcz les coupablcs et punissez-les, les nobles comme les autres. Apaisez les 
revoltes, apporlez tous vos soins an service des dieux et de leurs temples; faitcs 
que les victimes ne manquent point, parce que c est par la que vous assurerezle 
succes de vos enlreprises et le secours des dicux. 

Pas une ceremonie de famille n avait lieu sans eux; ils celebraient les fian- 
cailles ct le manage; presidaient, mais chez les riches seulement, a la fete dans 
laquclle on donnait un nom a 1 enfant; chez les pauvres ou les gens de condi 
tion moyenne la ceremonie etait faite par la sage-femme. 

Le cordon ombilical coupe etait enseveli dans la terre; 1 enfant etait ensuite 
nettoye; on 1 offrait a la deesse des eaux en lui demandant de lui enlever toutes 
les souillures physiques et morales de ses ancetres, de purifier son coeur, et de 
lui accorder une vie longue et hcureuse. 

11 e tait ensuite porte en plusieurs endroits, et pendant ce temps la sage- 
femme ivpetait la formule suivante : Tu es venu au monde pour souffrir; 
souffre en silenced paliemment , puis, tournee vers 1 ouest, elle lavaitla boucbc, 
la poitrine la tele du nouvenu-ne avec de 1 eau, en priant les dieux de le 
purifier; on 1 e levait quatre fois vers le ciel et on deposait pres de lui les attri- 
buts de sa condition, des armes, si c etait le fils d un soldat, un outil pour 
1 enfant d un ouvrier, un fuseau pour une fille ; enfin trois enfauls du voisinage 
1 appelaient par le nom que la mere avail indique. 

Les pretres elaient aussi charges de 1 entretien du temple, de 1 education des 
enfants jusqu a I age de quinze ans, de 1 observation des astres et des pratiques 
divmatoires. Ils avaient plusd instruction que la plupart ilesgons; leurconduite 
etait exemplaire, beaucoup d entre eux faisaient un vceu de chastete qu ils 
observaient rigoureusement. Mallieureusement 1 asce tisme et 1 espece d entrai- 
nement qu ils subissaienta partir dujourde leur entre e dans le sacerdoce etoul- 
faient chez eux les sentiments d humanite ; les dieux voulaient du sang, il fal- 
lait leur en Iburnir ; le monarque etait le premier pourvoyeur de la pien e 
i unebre; tenter de soustraire un captif a son sort etait un sacrilege que la loi 
punissait de mort. 

Ces pretres firent sur les Espagnols une impression penible; souille s de sang, 
noircis par la fumee, repandant une odeur nauseabonde, ils portaient de grands 



ADDENDA. 

cheveux qu ils ne devaient ni tailler ni peigner, des ongles Ires-longs qu ils 
teignaient tous les matins en noir; dans les hieroglyplies, il est touj-ours facile de 
les reconnaitre a leur coloration gris fonce... Leur costume consistaiten un habit 
blanc et un manteau qu ils fixaient sur 1 epaule droite. 

Le sens moral des Mexicains etait plus developpe ct plus droit qu on ne 
scrait tente de le croire : ils etaient braves; Cortcz eprouva au siege do 
Mexico une resistance clont eut difficilement triomphe un capitaine moins 
habile et moins pcrseverant; nulle part la justice ne fut rendue plus equita- 
blement que chez eux. 

La famille etait organisee comme dans les pays civilises ; pour les jcunes filles 
la retenue etait de rigueur; on leur defendait la coquetterie, on lesengageail a 
marcher les yeux baissos dans la rue; beaucoup eutraient dans des commu- 
naute s dont elles ne sortaient que pour se marier. Cette modestie entra si 
bien dans les mcEurs qu aucune repression penale ne 1 assurait. Les ecarts ct 
les fautes etaient punis par le mepris qui atteignait les deux sexes; on le 
redoutait a tel point qu on vit des prostituees suivre les armees par desespoir, 
e jeter dans la melee et s y faire tuer. Le manage avail lieu dans la famille 
quatre jours apres les fiancailles ; il etait ctilebn; par le prut re qui lai-uit un 
noeud aux velements des deux fulurs et les declarait unis. La femme, subor- 
donnee a son mari, etait bien traitee; les enfants etaient eleves jusqu a quinze 
ans par les pretres qui leur enseignaient tout ce qu un bon Mexicain clevait 
savoir : leurs devoirs envers les dieux, envers les autorites; de plus, des six 
ans, on leur apprenait a deviner le sens des dessins hieroglyphiques, et on 
les habituait aux occupations auxquelles ils seraient tcnus plus lard. 

Chaque famille possedait cinq livres parliculicrs : un calendrier, un livre des 
fetes et des sacrifices, une clef des songes, un registre de nativite, un registre 
des manages. Les signes etaient dessines avec un pinceau de haul en bas sur 
des ligncs droites. II serait difficile de dire aujourd lmi le degre de perfection 
de cet art ; la repre sentation directe des hommes ou des choses est la forme 
rudimentaire et primitive de 1 ecriture, celle qu on trouve encore dans les 
tribus indiennes. 

Les Mexicains, qui acquirent une certaine instruction dans les premiers temps 
de 1 occupation espagnole, trouverent Tecriture phonetique si commotle qu ils 
s en servirent, de sorte que la connaissance approfondie des bieroglypbes 
mourut avec les derniers prefres d Huitzilopolchli. 

L organisation civile du pays etait rcmarquablement avancce ; 1 empire aztec 
formait une confe de ration de trois royaumes ; la petite republique de Tlaxcala 
reussit a conserver son autonomie et son indJpendance. La forme du gnuvernc- 
ment etait une monarchie absolue, elective dans certaines limites. L heritier 
naturel du souvcrain etait son frere ou ses neveux; ses enfants n entraient 
dans 1 ordre de succession que s ils avaient pour mere uue personne appar- 
tenant a 1 une des families royales. Encore les electeurs ne considererent-ils 
jamais le droit hereditaire comme absolu; souvent ils choisirent un prince que 
ses talents recommandaient a leurs suffrages ; un des plus grands rois du 
Mexique etait fils d un esclave. Le souverain, representant direct des dieux, 
etait au-dessus de lois et des moeurs; les Mexicains etaient monogames; le 
harem royal comptait jusqu a trois mille femmes dont les seigneurs se dispu- 
taient la main le jour ou la liberte leur elait rendue ; tout un quartier de 
Mexico etait occupe par les danseurs qui figuraient aux fetes de la cour; on 



124 ADDENDA. 

n etait admiscn sa presence qu en observant un ceremonial abject comme celui 
qui fut en usage chez les despoles asiatiques. 

Le roi ne s ljumiliait que qnand il allait faire ses devotions aux temples. 
Eieprescnlant de 1 autorite seculiere, il etait subordonne a la puissance ecclesias- 
lique. L organisation de la societe mexicaiue repondail bien acelte conception de 
la royaute. II y avail une classe privilegiee : la noblesse; au-dessous d elle les 
eommercants, les agrieulteurs et le peuple. La premiere etait la caste mili- 
taire, 1 armee se recrutait exclusivement dans ses rangs. On divisait les nobles 
en quatre especes; 1 les princes qui posse daient en prop re ; 2 les tenanciers 
du roi ayant des lerres palatines a liel ; 5 les pcssesseurs de Calpulli, dont la 
situation etait moins nelte ; ils avaient comme les precedents des lerres a fief, 
in.iis ces tcrres faisaient rctour an domaine royal en cas d indignile on 
d extinction de la lamille; 4 la derniere claste de la noblesse elait constitute 
j>ar les fonctionnaires entrelenns par le roi et qui ne transmetlaient point leurs 
privileges : les pi-pell/in. 

Au-di SMMis ilrs plus basses casles nationales, on trouvait les esclaves; ils 
ctaient bien traites chez ce peuple qui laisait si bon marche de leur vie. 
C elaient des juisonniers de guerre ou des Mexicains qui, n ayant pu acquirer 
le tribut, payer leurs detles, sVtaient volontairement vendus; leur servitude 
n etait point permanente; ils devenaient libres a la mort du mailre ; on ne 
pouvait les vendrc qu avec leur consentement; jamais le proprietaire n eut sur 
eux droit de vie et de mort ; le meurtrier d un esclave etait juge par Je merae 
tribunal et puni des memes peines que celui d un homme libre, il y avail 
des dispositions singulieres : le seducteur d une esclave morte enceinle ou en 
couche prenait sa place chez son mailre. 

Les Mexicains de distinction etaient brule s; les de pouilles des rois e laient 
dc posees dans les temples ; on enterrait les gens du commun avec les inslru- 
incuts de leur profession. 

L aulre monde etail divise en Irois regions : pour les bons, les mediocres et 
les mecbanls. Les bons habitaienl le soleil ou desjardins parfumes; quelquefois 
ils e laienl transformes en oiseaux de toute beaute. Les Zapolegues du Mexique 
croyaienl que les ames des morls venaient rendre visile a leur famille pendant 
les premieres annees, el ils olTraient a ces manes un grand diner de ceremonie, 
auquel la famille enliere assistait en silence el les yeux baisses, de peur de 
troubler le re pas des parents invisibles. 

L organisalion juridique etait compliquee et savante; lespetites villes avaient 
unjuge particulier, qui connaissait des affaires de peu d importance et faisait 
une premiere enquele dans les cas de crimes ou de delits ; au-dessus de lui, un 
tribunal de district dont la competence etail plus etendue, enfin une cour 
supreme formee de de legues cboisis a 1 election dans les huit cercles de la domi 
nation azteque. Cesjuges siegeaient en permanence dans une partie reservee du 
palais royal; ils etaient soumis a une discipline severe; la negligence, la par- 
tialite, 1 ivrognerie, leur etaient rigoureusement interdites ; on aurait puni de 
mort celui qui aurait etc convaincu de se laisser corrompre. La legislation 
pe nale etait tres-dure; elle punissail du dernier supplice des delits qui nous 
paraitraient legers : peine de mort pour 1 homicide involontaire, le rapt, 1 a- 
dultere du mari ou de la temme, 1 avortement ou les pratiques abortives; contre 
riiomme qui se deguise en femme, contre celui qui s enivre souvent avec la 
pulque. 



ADDENDA. 125 

D apres le code militaire la moindrehe sifation, lemoindre refus d obeissance, 
entrainaient une condemnation capitale. [/organisation des armees etait bien 
comprise; elles etaient formees de nobles prepares an me tier des armes depuis 
1 age de quinze ans; u la tele marchait le roi ou le general en chef qu il avail 
designe ; c etait lui qui portait 1 etendard. S il etait frappe 1 armee perdait cou 
rage et se debandait; une circonstance de cette nature donna la viclnire ;i 
Cortez dans la butaille d Otumba. Les officiers etaient designes par des plumes 
d une coulenr particuliere. Les armees souvent tres-nombreuses etaient divi^ o 
en corps de 8000 homines, qui faisaient converger leurs mouvements vers un 
objectif donne. Les generaux mexicains n avaient point d ordre de bataille pr< ; 
determine ; quelques-vras d entre eux firent souvent preuve d une grande intel 
ligence de la situation et d une parfaite liabilete tactique. Pour assurer 1 obe is- 
sance d nn pays conquis, ils erigeaient de place en place des temples fortifies ; 
ces fortifications consistaient en un mur de pierre entoure d un fosse. On faisait 
la guerre surtout pour imposer la langue et la religion; les pennies tribulaiivs 
etaient bien traites, n etait la provision des victimes luunaines qu ils etaienl 
obliges de fournir. Si la guerre avail pour cause une injure anle rieure, elle 
n etait jamais declaree avant que trois ambassades eussent formule les reclama 
tions et demande satisfaction. 

La conquete du Mexique ne marqua pas seulement la fin de la puissance 
politique des Aztecs, ce fut leur asservissement de finitif. II est difficile de se 
defendre d un sentiment de repulsion, quand on pense an culte de cette race ; 
ses qualites, sa civilisation, ses monuments, disparaissent devant la tacbe san- 
glante qu ont laissee les fetes des grands dieux ; on est presque tente d applau- 
dir a 1 arrivJe des Europeans el a I liumilialion d un peuple qui n a\ait pu 
supprimer de pareilles liorreurs. 

Mais les compagnons de Cortez etaient de singuliers missionnaires pour la 
civilisation. L Europede la Renaissance avail encore un pied dans la barbaric; on 
balissait Saint-Pierre de Rome et 1 Escurial, mais on brulait Dolel; les armees 
dans lesquelles servaient le Grand Capitaine ou le Chevalier sans peur et 
sans reproche ne traitaient guere mieux les pays qu elles occupaient que les 
troupes des rois du Mexique. La plupart des aventuriers qui allaient chercher 
forlune vers les pays nouveaux etaient des gens de sac et de corde. Les pai ens 
adoraient des divinites monstrueuses el sanguinaices, c etaient par consequent 
des individus d une race inferieure, qu on avail le dioit de trailer comme des 
betes de somme. La conquete du Mexique fut une prise de possession dans le 
sens lateral du mot; on de[>ouilla les anciens occupants, on leur imposa le 
service dans les mines pour le compte de leurs maitres ; ce fut 1 egalite dans la 
servitude, nobles, ouvriers. paysans, furent soumis avec la meme rigueur an 
travail force et a la capitation; une iille de Monte/uma vivail dans I mdigence: 
longtemps apres un gouverneur espagnol fit accorder le litre de noble castillau 
avec une pension viagere a son fils. Beaucoup echapperent par le suicide; le 
decouragement elail si general dans le pays d Oaxaca, que 1 avorlemeut puni 
naguere comme un crime devint une pratique commune ; les habitants nc 
voulaient a aucun prix, disaient-ils, avoir des enfanls destines a subir un sort 
semblable au leur. 

Malheureusement la tyrannic nobiliaire et theocratique, qui conslituail le 
gouvernemenl a ileque, avait emousse 1 energiede ce peuple : il y a louiours au 
fond du sentimenl religieux de veloppe a 1 exces un peu de resignation passive. 



126 

Malgre la superioriete de leurs armes et de leur organisation, malgre 1 alliance 
des Tlascalans, les Espagnols auraient evacue surement le pays, si des souleve- 
ments nombreux les eussent obliges a diviser leurs forces ; mais la caste guer- 
riere fut detruite apres la bataille d Olhumba et la prise de Mexico ; il ne resta 
plus au peuple qu a se soumeltre. 

Corlez n avail ni humanite ni scrupules, mais il avail I habilete des grands 
homines, il ne tuait pas, n opprimait pas sans necessile; ses successeurs eurent 
moins de reserve. II arriva aux Indiens un secours inalleudu ; des 1524, des 
Dominicains, des Franciscains, des Augustins, fonderent a Mexico des elablis- 
sements destines a leur conversion; les moincs, les Dominicains surtout, furent 
]>our les nalils des defenseurs eaergiques ; ils n hesilerenl jamais a traverser 
la mer pour signaler les abus qui florissaient dans la Nouvelle-Espagne; c est 
sur le-ar instance que fut constitue le Conseil general des hides. Les naturels 
leur accorderent Ires-vile leurs sympathies; les conversions furent plus noin- 
breuses qu on n aurait pu le supposer. On vit des gens arriver d au moins 
100 lieues pour entendre les Doininicaius. Ils eurent le bon esprit de ne 
pas deployer un zele intempestif, de concilier autant que possible la nou- 
\elle foi avec les vieilles habitudes. La chose etait facile, parmi les emblemes 
ligurait la croix qui indiquail les quatre points cardinaux ; les fetes mexi- 
caines correspondaienl a peu pres aux monies saisons que celles des calho- 
liijues, la Toussaint, par exemple, arrivait jusle on memo temps cjue la fete 
des morts des Aztecs. L oeuvre de conversion ne fut enlravee que par I eta- 
blissement de 1 lnquisition ; la terreur est un mauvais moyen pour changer 
les moaurs et le culte, puis avec la conquete etaient venus la demoralisation, 
1 ivrognerie, le libertinage; les arts etaient oublies; la transformation reli- 
gieuse avail (ail disparaitre jusqu aux traces de 1 iiistruction donnee aupa- 
ravant par les pretres ; il n etait plus question de commerce ou d iiidustrie; 
de vastes espaces fertiles devenaient de veritables deserts, parce que les ca- 
naux et les conduites qui servaient aux irrigations etaienl bouches ou detruits. 
La consequence fut une depopulation rapide; le nombre des Indiens devint le 
dixieme de ce qu it etail ; les colons el les negres esclaves ne suffireut point a 
combler les viJes. 

Ce n est pas que ^ administration espagnole fut syslematiquement feroce; les 
rois avaienl au contraire pris sous leur protection les indigenes de la Nouvelle- 
Kspagne. La capitation fixe e par Charles-Quint a trois pesos d or avail ete peu a 
peu reduite; encore etait-il spe cifie qu un tiers serait applique a 1 execution 
de travaux dont pourraient profiler les Indiens : conslruction d eglises, d ho- 
pitaux, elc. Ils avaienl conserve leurs magislrals et leurs coutumes; on aurait 
pu presque dire au milieu du dix-seplieme siecle que 1 invasion de Corlez 
n avait rien change, sauf la religion. 

Les lois onl loujours fail des Indiens, dil don Lucas Alaman, une 
classe privilegiee. La protection qui les couvrait tenail a 1 opinion que se 
firenl d eux, a 1 epoque de la de couverte et de 1 occupation des Antilles et 
du continent americain par les Espagnols, aussi bien leurs ennemis que leurs 
defenseurs et leurs amis. Les premiers pretendaienl qu ils etaient incapables de 
raisonner et, les considerant comme d une espece inferieure, voulaient qu on 
les coudamnal a une perpetuelle servitude; les seconds admettaient egalement 
rinfenorite de toutes les races du nouveau continent, ils leur accordaient une 
moindre capacile morale et moins de force physique ; mais ils concluaient 



ADDENDA. 127 

qu elles n en avaient que plus besoin d etre protegees centre I lnjustice et la 
violence. Par suite cle cette conception, les Espaguols et les Creoles blancs s ap- 
pelaient seuls gens de raison, corame si les Incliens n en avaieut pas! Celte 
opinion fut egalement 1 origine du transport d un grand nombre de negres 
d Afrique. Le P. Las Cusas conseilla ce precede, afin de leur eviter les rudes 
travaux auxquels les employaient les conquerants et que les Africains suppor- 
taient mieux a cause dc leur constitution vigoureuse. Ce fut pour la nieine 
raison que les rois d Espagne dans le but de les prote ger firent en leur faveur 
une legislation d exception et de privilege... On ordonna qu ils fusseut trails 
comme de libres vassaux de la couronne d Espagne. Pour mieux les defend re 
contre la ruse etles fraudes des Espagnols, on leur etendit, comme aux Egliscs, 
les privileges des mineurs. Ils n etaient point assujellis au service militaire, ne 
payaient ni dimes, ni contributions, sauf une fois 1 an une cote personncllc 
moderee. Et encore les TJaxsalteras, les Caciques, les femmes, les eufants, les 
malades et les vieillards, en etaient-ils exempts. Ils ne payaient pas de frais de 
justice, avaient des avocats charges par la loi de les det endre... llsvivaient en 
communautes separe es se gouvernant elles-memes, formant des municipalities 
ou republiques locales, conservanl leur langue ct leurs coutumes. 

Au point de vue theorique cette organisation etail parlaile ; avcc elle 
la baine de 1 elranger et le regret de 1 inde pendance perdue auraient du dispa- 
raitre en moins d un siecle; rien de pareil n arriva, les Indiens de 1750 de les- 
taient presque autant les Creoles blancs ct surtout les immigrants que ceux de 
1550; c est qu il y avail loin de Madrid a Mexico et qu avaut d arriver a une 
application rigoureuse les decrets des rois d Espagne subissaient des interpre 
tations tellement inattendues que les meilleures intentions tournaient toujours 
a 1 oppression des natifs. A la tete des agents charges de les appliquer se tronvait 
un vice-roi a pen pres irresponsable. 

Si celui qui vient pour gouverner ce pays, ecrivait, en 1716, le due de 
Linares dans ses instructions a son successeur, ne se dit point que le controlc 
le plus st ileux est celui qu il ticnt de son jugement parliculier et de la majeste 
divine, il pent etre plus maitre que le grand Turc ; jamais il ne se presents 
un mal a commettre sans qu il y ait quelqu un pour le faciliter ; jamais il nr 
pourra projeter une tyrannic sans trouver des gens disposes a la subir 
(Alaman). 

Souvcnt done les intentions du roi et du conseil des hides resterent lettre 
morte; on trouva moyen d elever la capitation en faisant figurer sur les roles 
les defunts ou les gens qui avaient quittc le pays ; 1 ignorance des indigenes ne 
leur permettait guere de s apercevoir des abus; il y en avail peu qui sussent 
lire, moins encore qui connussent leurs droits. Un des premiers successeurs 
de Cortez, don Luis de Mendoza, songea a les instruire pour faciliter la tache 
des predicateurs; les Franciscains fonderent pour la caste noble des Aztecs 
le college de Santa-Cruz, dans le convent de Santiago de Tlatzlcala; 1 expL rience 
rcussit trop bien, on se garda de soutenir une institution capable d ouvrir 
1 esprit a. des gens qu on disait bons tout au plus a faire des portefaix et des 
mineurs ; le college fut ferme. 

A ces conditions s adjoignirent des maladies; il y avail de temps imme morial 
une pyrexie epidemique au Mexique, elle etait caracterisee par des troubles 
gastro-intestinaux rebelles avec epistaxis; douleurs rhumatoides violentes: 
ictere generalise, tres-intense ; parotidites vers la fin. Depuis la conquete, cette 



128 ADDENDA. 

maladie fut observee en 1544 (elle enleva, dit-on, la cinquieme partie de la 
population indigene), en 1576, 1041, 1667, 1685, 1696, 1714, 1737; on 
S appelait cocolisti, le fer de la lance ou matlazahuatl, expression dont 
1 etymologie est mul connue; puis vint la variole. Un negre faisaut partie du 
corps d armee dc ce Velasquez, que la camarilla de Castille, jalouse de Cortez, 
avail envoye pour le remplacer, etait en pleine eruption au moment du debar- 
(jnement; ce fut comme une trainee de poudre ; la gravile et la facilite de la 
jiropagation scmblent indiquer que les immuniles etaient rares, que la maladie 
etait etrangere au pays. 

11 cst facile a 1 aide de parcilles causes d expliquer la depopulation. 

Kile dura deux siecles; a partir de 1760, il se fit une augmentation qm 
persisla jusqu au moment de I affranchissement du pays. On ne sait trop pour 
quelle part entraient les metis dans le recensement; ce qu il y a de certain, 
c est que vers la fin du sieele dernier il s etail fait entre les Creoles et les Indiens 
mi rapprochement donl ( administration cut du s apercevoir. 11 arrivait d Es- 
pagne au Mexiquc deux sortes de gens : 1 des travailleurs ou des comraer- 
i;;mls : humbles, soumis, venant des pays les moins riches et les plus actifs 
de la Peninsule, des provinces basques et de la Galice; 2 des fonclion- 
uaires de lout age , de lout rang. Ces deux classes presenlaient un trait 
i -111111111111 : le bcMtiu de s enrichir. Les premiers y reussissaient par un tia- 
vail opiniairo, p;ir le commerce, [ agriculture et 1 epargne. C e taient de bons et 
utiles colons dont le scul tort clait de fort mal e lever leurs fils ; tous voulaient 
pour eux une in^li uclion litteraire qu ils n avaient pas eue; il etait de bon ton 
d envoyer ces jeunes Mexicains dans un seminaire cree specialement a leur 
usage dans le Guipuzcoa. A leur retour, ils avaient pour le metier paternel un 
dedain profond, et le plus souvent leur vie se passait a d^siper joyeusement 
Irur palrimoine. Le pure est marchand, disait le proverbe, le fils caballero, le 
petits-fils meiuliant. 

Les fonclioimaires ne faisaient au Mexique qu un sejour de courte dure e, les 
liabiles revenaient de bonne beure au Conseil superieur des Indes de Madrid 
proposer force mesures philanthropiques; en attendant, ils avaient fait fortune 
et les Indieus y avaient contribue. Ces gens affectaient un dedain si profond 
pour ceux qui etaient nes de 1 autre cole de 1 Atlanlique, qu ils finirent par 
laliguer lout le monde ; on leur rendit en plaisanteries la monnaie de leur 
morgue. Lus Euro|>eens, sans distinction, furent pour les Creoles des gachu- 
pinos, bommes aux eperons, mot synonyme dans leur bouche de fat et ridicule 
personnage. 

Ces conditions eurent pour resultat de donner au Mexique, environ deux 
cenls ans apres la conquete, une population melangee et bizarre dont 1 ac- 
tivile physique el intellectuelle laissail a desirer. L installation des Europe eas 
avail plulol marque un relour en arriere qu un progres. II y a dans les grandes 
villes, disail le due de Linares, de nombreux individus qui se levent sans 
savoir comment ils mangeronl; s ils gagnent quelque chose dans le jour, la 
nuit ils le depensent dans une maison de jeu ou chez leur amie. Comme ils ne 
veulent poinl travailler, ils excusent leur paresse en disant que Dieu n aban- 
donne persoune; ceux qui travaillent viennent par charite a leur secours. 
En fail, il leur faul bien peu de chose, un cigare de cliocolal et une tortilla. 
Que les uns se privent pour les aulres, c esl 1 ordre etabli par la Provi 
dence, el comme il y a be;aicoup de gens riches au Mexique, ils altirent vers 



ADDENDA. 

eux la multitude de telle sorte que les mines restent sans bras. Si quelques- 
uns commettent un delit, ils n cmt qu a changer de pays ou meme de quar- 
licr . 

Les Indiens et les metis de toute nuance entraient pour une forte part dans 
cette plebe immorale; malgre tout quelques-uns devinrent de riches proprie- 
taires et firent ouhlier leur couleur, puis vint la guerre de 1 Independance ; 
1 esclavage fut It galement aholi ; plusicurs Indians pur sang avaient pris part 
au soulevement, s etaient distingues contre Jes Espagnols, avaient obtenu des 
emplois eleves dans [ administration et dans 1 armee. Le general Guerrero 
etait un Zambo qui exercait auparavanl la profession de muletier. Malgre tout, 
la loi n a pas fait completement disparaitre la trace qu ont laissee sur le carac- 
tere indigene des mallieurs et une oppression plusieurs fois seculaire. L Aztec 
etait grave, recueilli, un pen melancolique ; les maux de la vie 1 emportent 
sur ses biens : lelles e taient les premieres paroles qu on chuchotait a 1 oreiHe 
du nouveau-ne . Le contact avec un autre peuple grave, Her ct peu porte a 
1 expansion joviale, n etait pas fait pour ajouter une nuance de gaiete a sa 
resignation. L Inclien moderne ne connait point Je rire large et franc, il 
sourit a peine de temps en temps; on dirait qu il s eflorce de cacher ses 
impressions sous un masque d impassibilite, il est orgueilleux et opiniatre, 
on ne fait rien de lui par les menaces et les chatiments, mais on le gagne 
sans peine par la souplesse et la llatterie. II s occupe peu de nouveautes; 
1 usage de la charrue est a peu pres la seule amelioration qui aitcte apportce 
dans I agricuKure au Mexique. II a conserve de ses ancetres, outre une vive 
predilection pour les fleurs et les bains de vapeur, un amour extremement 
vif du sol natal. On Taccuse de paresse, mais il est encore plus vif que le 
metis, Les Indiens riches enterrent Tor que leur rapportent la culture du 
maguey, la preparation de la pulque et de la cochenille. Souvent le secret 
de ces depots echappe a leurs heriliers; dans les parties les plus peu- 
plees du pays ils travail lent comme journaliers... G est surtout vers la limite 
nord du Mexique qu ils se montrent reguliers et capables de progres; pourtant 
1 enseignement de leurs ecoles qui est encore aux mains du clerge laisse a 
desirer... Les metis constituent une classe de gens ties utiles; comme ou- 
vriers agricoles, bcrgers, mineurs, ils valent mieux que les Europeens. Seu- 
lenient leur passion pour le jeu, Jeur libertinage et leur ambition les rendent 
souvent incapables d acquerir le bien-etre par un travail continu et regulier 
(Sartorius). 

2 Peuples de Vest des montagnes rocheuses. Peaux-Rouges. Le type 
americain que nous avons deja vu dans la region de 1 Oregon et la Californie 
se trouve a peu de variantes pres dans les colonies anglaises et les Elats-Unis. 
Ces peuples sont cependant beaucoup mieux connus que les autres; ils ont 
donne lieu a une infinite d etudes : c est que leurs rapports avec les Europeens 
datent des premieres expeditions de ceux-ci ; que leur histoire n est jamais con- 
stituee exclusivement par des luttes de tribu a tribu; elle se mele d une 
maniere etroite a celle de la colonisation. 

Chez les Peaux-Rouges, la coloration moyenne de la peau, dit M. Topi- 
nard, est brun olivatre, diversement melangee de blanc et de rouge en allant 
quelquefois a la couleur de la cannelle. Les cheveux sont longs, lisses, noirs 
et d une rigidite qni les a fait comparer a des crins de cheval. Les sourcils et 
les cils sont epais, mais la barbe, les moustaches et les poils de la surface du 

PICT. EXO. 3 S. XV. 9 



130 ADDENDA. 

corps sont rares ; les yeux sont petits, enfonces, et les paupieers presentent 
toutes lesvarietes observees en Asie; tantot bridees et obliques, tantot horizon- 
tales comme chez nous; les arcades sourcilieres sont plus developpees quc 
dans le type niongol; le nez quelquefois asiatique est le plus souvent fort, 
preeminent et quelquefois aquilin; les narines sont dilatees ; lespommettessonl 
saillantes ; le visage est arrondi on triangulaire; les machoires sont lourdes et 
un peu prognathes (Nolt) ; la bouche esl grande et les dents verticales, fortes 
et peu sujettes a la carie. 

Si 1 on se fie a la methode de cubage suivie par Morton, le crane americain 
serait 1 un des moins capaces de 1 humanite. II est plus souvent dolichocephale 
que brachycephale d apres la collection de Philadelphie. A en juger par celle 
(In Museum, il serait au contraire mesaticephale, ce qui doit tenir au melange 
des brachycephales et des dolichocephales en parties egales. La dolichocephalic 
est plus repandue parmi les tribus qui primitivement habitaient a Test des 
Alleghanys et la bracbycephalie parmi cellesa 1 ouest du Mississipi. 

En somme, I Americaiu se rapproche dans son ensemble du type des races 
jaunes par plusieurs caracteres de premier ordre : sa face et son nez quelquefois 
aplatis, la couleur de sa peau, la nature de ses cheveux, la couleur de ses yeux, 
le peu de developpement et la rudesse de son systeme })ileux, ses yeux petits a 
fente palpebrale etroite, su megasemie orbitaire, etc., 1 aplatisseinent de 1 occi- 
put se rencontre meme dans quelques races d Asie. Mais aussi il presente 
quelques differences serieuses, telles que son nez saillant, convexe et relative- 
ment etroit, sa taille moyenne tres-elevee, sa cavile cerebrale peu capace et son 
prognathisme faible. 

11 eut ete difficile, en presence de ces caracteres communs, d etablir les bases 
d une classification physique ; sans doute il y en a qui correspondent au milieu, 
au climat, a 1 alimentation; les malformations artificielles peuvent meme entrer 
en ligne de compte; c est a 1 une d elles que les Tetes- Plates doiventleur nom. 
Mais en tenant compte de toutes les conditions il serait encore impossible de 
trouver des elements de division naturelle, des caracteres differentiels assez 
fixes pour constiluer une base. 

L ordre geographique ne vaut guere mieux; il n est pas necessaire d etre 
grand prophete pour prevoir la disparition des indigenes de 1 Amerique. Aujour- 
d hui le fermier yankee eleve son betail et fait pousser ses recoltes dans les 
territoires ou, il y a deux cents ans, le Sachem delaware deliberait avec les guer- 
riers; la guerre, la variole, les privations et 1 alcoolisme ont contribue a ce 
resultat. 

On ne peut done s appuyer, quand on veut distinguer les aborigines dc 
1 ouest des montagnes Rocheuses, que sur la linguistique : or malgre les 
travaux des savants modernes il y a plus d une lacune dans nos connais- 
sances; ranger les Peaux-Rouges d apres leur langue, c est faire un classe- 
ment plutot qu une classification; mais ce classement est indispensable et nous 
1 adopterons. 
Le voyageur partant de 1 extreme nord rencontre : 

1 Les Athapaskes, divises en deux idiomes principaux et en une infinite de 
dialectes; ils comprennent : les Ghippeways du voisinage du fleuve Churchill, 
les Indiens Cotes de chien ou esclaves, autour du lac qui porte leur nom, les 
Castors, les Sarsee, les Apaches, divises en Apaches proprement dits et en Apaches 



ADDENDA. 13J 

a couteaux ou Navajos, qui s etendent da 1 ouest du Colorado jusqu au Texas, 
au nord et au nord-ouest de la Sonora. 

Le second rameau de cette branche est constitue par les Kenai du nord- 
ouest. 

2 Les Algonquins, presque disparus, rejetes loin des regions qu ils occu- 
paient. A cette division se rattachaient les montagnards de 1 interieur du Labra 
dor, les Etchmine du fleuve Saint-Jean, les Abenakis du voisinage de Quebec, 
les Actchibuecs (Ojibways) des environs des grands lacs, les Pequots, Mohicans 
ou Pieds-Gris, dont le siege se trouvait entre 1 Hudson et le Connecticut, les 
Delaware, sorte de confederation qui s etendait en 1659 jusqu a la baie 
d Hudson, etc. 

5 Les Iroquois, dont le noyau principal etait forme de cinq tribus alliees : 
les Mohawks, les Semias, les Onondayas, les Cayougaset lesOneitlas. Les Hurons 
et les Wyandots, etrangers u cette confederation et presque toujours en guerre 
avec elle, appartenaient pourtant au meme groupe linguistique. 

4 Les Sioux ou Dakotas, qu on trouvait au nord et a Test du pays des 
Algonquins s etendant d un cotejusqu aux montagnes Rocheuses, de 1 autre vers 
1 embouchure de 1 Arkhansas. 

5 Les Pawnies. 

6 Les Saddo des bords de la Riviere Rouge et les Natchez constituaient les 
Indiens du Texas. 

7 Enfin, plus au sud-ouest et s etendant jusqu au pays des Comanches, les 
Apalaches, les Choctaws, les Creeks ou Muskogee, les Cherokee, les Natchez. 

Les Indiens e taient surtout chasseurs et pecheurs; cependant 1 agriculture ne 
leur etait point inconnue. On cultivait un peu partout le mais et la pomme 
de tcrre ; dans certains districts meridionaux il y avait en outre des feves des 
pasteques, differentes cereales. Les guerriers natchez ne regardaient point 
1 agriculture comme indigne d eux; dans la plupart des autres tribus elle etait 
abandonnee aux femmes, avec la preparation des aliments ou les soins du 
menage; le mais constituait 1 aliment vegetal par excellence, on le faisait 
bouillir, on le reduisait en farine en le broyant entre deux pierres; du poisson 
sec, des gateaux faits de miel ou de farine, formaient les provisions de voyage 
avec de la viande fraiche et du gibier a 1 epoque de la chasse. Aucune tribu 
n eleve d animaux domestiques, sauf dans 1 extreme nord; quelques-unes ont 
aujourd hui des rennes; le chien souvent mal nourri, brutalise, n est ni en^raisse. 
ni mange. Le cannibalisme reproche aux Algonquins et a d autres peuples est 
un acte de pure vengeance. Les Indiens du nord, Lievres ou Cotes de chien, 
deviennent parfois cannibales par ne cessite. 

Le costume est chez tous forme exclusivement de fourrures et de peaux, 
le manteau, un large pantalon, un mocassin ou soulier sans semelle, se ren- 
contrent partout. 

La cabane des Indiens ne ressemble nulle part a la tente du nomade asia- 
tique; elle est fixe, formee d un squelette de bois reconvert d ecorces ou de 
terre. Mais il y a bien des differences du golfe du Mexique a la baie de 
Raffin. L habitation du Labrador est parfois une hutte de nei^e comme celle 
de 1 Esquimau ; celles des Iroquois sont mieux concues, mieux faites. Ce son 
ordinairement les femmes qui les construisent ; dans certaines tribus on 
travaille en commun. 

Les langues indiennes sont agglutinantes. Elles se differencient des autres 



i32 ADDENDA. 

en ce qu elles incorporent a tous les mots d une phrase un pronom charge 
de rappeler le sujet (A. Bertillon). EHes sont assez pauvres en dehors 
des Natchez, des Apaches du Sud, qui, a une epoque reculee, ont emprunte 
un grand nombre de mots aux peuples du Mexique ; la plupart n ont rien 
pris au dehors. Pour designer un objet nouveau, 1 Indien emploie une mcta- 
phore et la choisit dans ce qui 1 entoure. II s eleve parfois jusqu a 1 elo- 
quence ; ces eufants de la prairie se servent de tous les moyens des orateurs : 
comparisons iustes, appelsaux souvenirs, evocation de sentiments, a 1 occasion, 
dialectique sure, ils ont tout. On cite comme specimen le discours de Logan a 
lord Dumnore. Un officier anglais et les gens de sa suite avaient tue et pris la 
lamille du chef : 

Chaque blanc, disait celui-ci, peut dire si, quand il est veuu affame dans 
la hutte de Logan, il n y a pas trouve de la nourriture ; s il n a pas ete vetu 
quand il avail froid et qu il etait nu. 

Pendant les guerres sanglantes de ces derniers temps, Logan est restetran- 
quille et a conseille la paix. ,1 aimais tellement les votres que mes compatriotes 
s eMoignaient de ma demeure en la montrant au doigt : Ici, disaient-ils, loge 
1 ami des blancs. 

Si j avais voulu vivre parmi vous, personne ne m eiit fait de mal. Or. 
au printemps dernier, le capitaine Cresap a, de sang-froid, de sa propre ini 
tiative, massacre tous les miens ; il n a pas meme epargne ma femme et mes 
enfant s. 

Plus une goutte de mon sang ne coule aujourd hui dans les veines d un etre 
vivant. Cela demandait vengeance ; je me suis mis en campagne et j ai tue 
heaucoup de blancs. 

Sans doute, je veux que la paix soit dans mon pays. Mais ne pensez 
pas que ce soit par crainte. Logan ne connait pas la peur. Jamais il ne 
tournera le dos pour sauversa vie; qui porterait aujourd hui son deuil ? Per 
sonne. 

Tous les Indiens qui ont joue un role politique, Pontiac, Red Jacket, 
avaient une eloquence entrainante, a 1 aide de laquelle ils reussissaient 
presque toujours a faire entrer dans leurs desseins les tribus hesitantes. 

La poe sie est pauvre ; elle se compose de legendes et de chants de guerre. 
On a cite des morceaux descriptifs remarquables par la noblesse et la ve rite 
des images. Longfellow en a reuni un assez grand nombre dans Hiawatha : 
Est-ce le soleil qui descend sur la plaine liquide ? dit-il au debut du chant 
intitule le Fiis de I Etoile du Soir; n est-ce point plutot ie cygne rouge qui 
s enfuit blesse par un trait magique et tachant les vagues d ecarlate, de 
1 ecarlate de son sang, remplissant 1 air de la splendeur de son plumage? 
L appropriation du poe te, veritable chef-d oauvre du genre, ne saurait que 
donner une idee fausse de la litterature indienne, parce qu il en a mis en 
relief les beautes et adouci les rudesses. L ecriture etait inconnue, mais, au 
milieu des dialectes assez differents pour que des voisins et des allies ne 
pussent se comprendre, ils avaient un systeme de signes, de figures, a 1 aide 
desquels ils arrivaient a se donner des renseignements utiles en lemps de 
guerre. 

Une expedition de quelques Francais contre les Iroquois de Tsonontuain fiit 
indiquee de la facon suivante : 

1 L arme des Francais fut dessine e avec une hache au-dessous, puis 



ADDENDA. 155 

18 sigaes du nombre 10 ; ce qui sigaifiaft : 180 Francais s avancent au 
combat. 

2 A cote une montagne sur laquelle s eleve une maison et un cerf avec un 
croissant sur le dos : Us sont parlis de Montreal le premier quartier de la luue 
du mois du bon juillet. 

3 Un canot avec 21 huttes : 11s vont par eau etont relache 21 fois. 

4 Un pied avec 7 wigwams : 11s ont marche sept jours. 

5 Une main et 3 wigwams, sur deux branches d arbre, le signe de Tsonontuaw 
et un soleil : Us se sont approches jusqu a trois jours de marche du levant du 
village. 

6 12 symboles du nombre 10, un wigwam, deux branches d arbre et un 
homme endormi : 120 Tsonontuaw ont ete surpris pendant qu ils dormuient. 

7 Un tomahawk et 11 tetes, 5 hommes et 5 signes du nombre 10 : 11 morts, 
50 prisonniers. 

8 Un arc sur lequel il y a 11 tetes et 9 fleches : Les vainqueurs ont eu 
9 morts et 11 blesses. 

9 Une pluie de fleches en 1 air des deux cotes : Le combat a ete tres-vif. 

10 Les fleches d un seul cote : Les vaincus ont pu fnir sans resistance. 

L intelligence des Indiens est assurement plus elevee que ne 1 ont dit les 
premiers occupants du pays, les Anglais surtout; il etait commode de jus- 
tifier tous les empictements, toutes les injustices, en les representant a 1 Eu 
rope comme des parasites dont la vie soustrayait au monde civilise d im- 
inenses territoires. L experience n est pas tout a fait conforme a cetle 
doctrine; des Indiens ont parfois montre un sens politique et une largeur 
de vues capables de faire envie a des diplomates du vieux monde. Je 
puis vous affirmer, disait le Pere Lallemand, qu a bien des points de vue 
ils ne le cedent pas aux blancs. Si j etais reste eu France, je n aurais jamais 
pu supposer que la nature seule sans education put donner une eloquence 
et un jugement semblables a ceux que j ai eu 1 occasion de voir chez les Ilu- 
rons. 

Pourquoi ces peuples se sont-ils montres si refractaires a la civilisation? 
Pourquoi ont-ils fui de territoire en territoire au lieu de se fixer et de 
travailler? Un certain nombre 1 ont fait; il y a aux Etats-Unis une popula 
tion metisse ou indienne pure qui paye 1 impdt, s acquitte de ses devoirs 
civiques, travaille et progresse. Cette population est encore plus nom- 
breuse au Canada; nombre de descendants des Chasseurs de chevelures sont 
aujourd hui de riches agriculteurs qu on ne reconnait qu a leur couleur 
et a leur langue. Les nomades ont des raisons qui leur paraissent excel- 
lentes pour n avoir pas suivi cet exemple. Pourquoi se fatiguer a batir 
des maisons et a accomplir des travaux gigantesques ? la vie est trop courte, 
puis dans vos societes europeennes la richesse est tout, la valeur individuelle 
n est rien; vos lois sont mauvaises, incomprehensibles. Avec elles, on juge 
contre 1 equite naturelle. Pourquoi abandonner notre etat pour un autre qui 
ne vaut pas mieux ? 

A force de repeter aux Indiens qu ils etaient d une autre race que les blancs, 
ils ont fini par le croire. L homme veritablement superieur, c est pour eux le 
natif de I Amerique, le guerrier et le chasseur auquel le Grand Esprit a donne 
la vigueur et une acuite sensorielle qu aucun autre ne possede. Tu vaux 
presque un Indien est la louange la plus flatteuse qu ils puissent adresser a 



134 ADDENDA. 

un European. Ne parlez done point de fusion ; elle n est pas possible ; les Peaux- 
Rouges suivront leur destin ; ils disparaitront peut-etre a cause de leurs discordes 
et de leurs vices, ils ne se transformeront pas. On dit que Tun d eux, qui avail 
change ses habits, ses mosurs, sa religion, s en fut apres sa mort frapper a la 
porte du Paradis des blancs. On le renvoya au territoire de ses freres. Mais leur 
dieu ne les recut pas : Tu m as, lui dit-il, renie pendant ta vie; va-t en 
maintenant demander secours aux Faces Pales. 

Le caractere moral n est pas aussi noir que les interesses 1 ont fait; le vol, 
1 adultere, 1 ivrognerie, etaient cboses inconnues naguere. Corame tous les 
hommes de la nature, le Peau-Rouge a des passions ardentes ; il ne sait mesurer 
ni sa haine ni son amitie ; il a en meme temps d excellentes qualites, est 
hospitalier, genereux jusqu a la prodigalite. On blame sa bassesse et sa ten 
dance a la mendicite, imis il donne comme il recoil; il est honteux de ne 
pas rend re un present d une valeur egale ou snperieure a celui qu on a 
accepte. 

Un chef indien se trouvait en visile chez le general William Johnson au 
moment ou il lui arriva d Angleterre une provision considerable d effets. J ai 
reve", lui dit-il, que tu m avais fait cadeau d un bel uniforme . Le colonel 
transforma le reve en realite. Peu de temps apres il eut 1 occasion d envoyer 
pour affaire de service un de ses hommes au chef. J ai reve, disait-il eu 
lerminant sa lellre, que lu m avais concede 500 acres de terre. C etait faire 
payer cher un habit ; le Sachem n he*sita point : Les 500 acres sont accordes, 
repondit-il, mais desormais je ne reverai plus de toi. 

L amour-propre, 1 obstination et le besoin de vengeance sont les de fauts 
principaux de 1 Indien; rien ne le blessait plus que la hauteur avec laquelle 
le tvailaient les Anglais; les presents memes n effacaient point cette impres 
sion. Sa susceptibilite est incroyable : un prisonnier refusait avec obstination 
de repondre a un jeune officier charge de 1 interroger ; comme celui-ci lui en 
demandait la raison : Ce n est pas a ton age, repondit-il, qu on est en etat de 
s occuper serieusement des choses de la guerre; envoie-moi un de tes supe- 
I ieurs et je lui parlerai. L impassibilite systematique des hommes rouges 
les a fait accuser d indifference et de se cheresse de coeur ; c est faux. Ils savent 
apprecier les bons precedes, un service rendu a un d entre eux a souvent suffi 
pour preserver une ferme du pillage, ses maitres de la captivite. Will. Penn 
avail etabli sa colonie de telle sorte que les differends fussent juges par un 
tribunal compose d Indicus et d Europtiens; pendant toute sa vie les relations 
furent franchement cordiales, soixante ans seulement apres sa mort on eut a 
enregistrer un acte d hostilite. 

La religion reposait sur la croyance a deux principes : un etre tout- 
puissant, qu on representail sous forme d un oiseau gigantesque, le Grand 
Esprit, puis un mauvais Genie dont la nature et les attributions variaient sui- 
vant les regions. Les legendes relatives a la creation et a la formation de 
1 homme, desanimaux, desplantes, etaientnombreuses. On ne saurait dire que 
les Indiens fussent un peuple religieux; partout, sauf chez les Natchez adora- 
teurs du Soleil qui avaient des temples somptueux et une caste sacerdo- 
tale, le culte consistait en prieres, sacrifices d animaux ou de fruits. Les 
pretres, en meme temps devins et magiciens, ne possedaient qu une influence 
de second ordre. L Indien, essentiellement tolerant, respectait les croyances de 
son voisin, ne faisait jamais la guerre pour imposer les siennes. Son indiffe- 



ADDENDA. 135 

rence fit souvent le desespoir des missionnaires ; ils etaient bien recus, ecoutes 
avec attention; beaucoup purent croire la partie gagnee des la premiere pre 
dication. Nullement. Le Peau-Rouge est curieux, aime les recits pittoresques, 
mais c est tout. Les missionnaires eurent une peine infinie a recruter des neo 
phytes. Si leurs auditeurs entraient en conference avec eux, leurs objections 
presentaient un caractere de naivete narquoise qui rendait impossible toute 
argumentation. 

l"n missionnaire suedois avait reuni plusieurs cbefs des Susquehannah 
et leur expliquait les fondements historiques du christianisme. II parla du 
peche originel, de la pomme mangee par Adam. Quand il eut fini, un de ses 
auditeurs se leva pour le remercier. Tout ce que tu nous as raconte, lui 
dit-il, est beau. C est en ei fet une chose tres-coupable de manger une pomme, 
il eut beaucoup mieux valu en faire du cidre. Nous te remercions done cor- 
iliulement d etre venu d aussi loin pour nous raconter ce que t a probablement 
appris ta mere. 

Freres, le Grand Esprit nous a tous cre es, disait un autre, mais il y a une 
grande difference entre ses enfants blancs et ses enfants rouges. II nous a donne 
une autre couleur, un autre pays. II vous a donne les arts, nous le savons, 
mais il y a entre vous et nous assez de differences pour que la meme religion 
ne nous convienne pas. Le Grand Esprit sail ce qu il faut a ses enfants et nous 
sommes satisfaits de uotre sort (Waitz). 

Plus tard, la bienveillance des premiers jours se modifia; on ne regarda plus 
les pretrcs comme des hommes de paix, mais comme des agents de gouverne- 
nients abhorres ou des espions. Si les missionnaires sont inutiles aux blancs, 
disait Red Jacket, pourquoi nous les envoient-ils? pourquoi ne les gardent-ils 
pas? Ils sont surement assez mediants pour que ces pretres puissent trouver 
a s occuper chez eux. Les robes noires nous engagent a travailler, et a cultiver 
la terre ; mais ils ne travaillent point et mourraient de faim, si personne ne 
les nourrissait. Ils out beau prier le Grand Esprit, ce n est pas cela qui fait 
pousser le mai s et les pommes de terre. 

D autres allaient plus loin, se moquaient de la foi chre tienne et declaraient 
qu ils avaient une morale aussi parfaite. 

(i On raconte vraimenttrop de mensonges dans votre maison de priere, disait 
un chef delaware. On vous preche : Ne volez point, et ils out pris notre pays; 
aime ton prochain comme toi-meme, et ils ne veulent pas prier a cote d un 
negre. Ils ont une infinite de sectes, methodistes, catholiques, presbyteriennes 
Tous disent : Nous avons la verite, les autres ne 1 ont pas; la verite, c est 
qu ils mentent, c est que 1 Eglise des Indiens, le bois et la prairie, est la 
seule bonne, car le bois et la prairie ne mentent pas (Mollhausen). 

A la tete de la famille se trouvait le chef qui pourvoyait a sa subsistance 
et avait toute autorite. La condition de la femme etait subordonnee ; seules, 
les princesses royales des Natchez avaient le droit de choisir leurs maris et de 
les repudier. La consideration accordee aux femmes variait d une tribu a une 
aulre ; les Iroquois les admettaient aux conseils publics meme lorsqu il s agis- 
sait d une guerre a declarer; ailleurs elles etaient confinees aux soins du 
menage ; chez les Dakotas leur condition est encore tres-dure, on ne leur 
accorde pas de repos meme pendant la grossesse ; si la tribu change de looalite, 
la femme est obligee de suivre tout le monde a pied, fut-elle accouche e de la 
veille. La polygamie est a peu pres generate, presque partout le meme homme 



136 ADDENDA. 

epouse les deux sceurs; chez les Natchez la condition de la premiere femme 

est superieure a celle des autres. L Indienne est soumise et fidele ; 1 adultere 

entrame le divorce, les homines sont jaloux et maltraitent souvent leurs 

femmes sur un simple soupcon. Chez les Cherokee toute personne convaincue 

d avoir donne a hoire a un etranger sans s eloigner de quelques pas est 

ddclaree infidele et traitee comme telle. Dans d autres pays le mariage est 

precede d une periode de vie commune, dite temps d epreuve; il est conclu 

temporairement et rompu au bout d un an ; enfin chez les tribus les plus 

malheureuses du Nord les femmes sont a peu pres en commun. Ces Indiens 

n en sont pas moins jaloux; leur femme est leur propriete, ils en disposent a 

leur gre au profit de lenrs amis ou de leurs holes ; ils ne lui permettent pas 

plus les hearts dependant de sa propre inclination qu ils ne permettent aux 

chiens de cliasser pour leur coni[)te. Homines et femmes out pour les enfants 

une veritable affection; on a vu des pere et mere souffrir le dernier supplice 

pour racheter la vie de leur fils. 

L histoire des rapports des Indiens avec les Europeens forme une des plus 
ti isles puges de celle de 1 humanite; c est 1 histoire d une lutte pour 1 existence 
dans laquelle la race la plus avancee poursuit systemaliquement la destruction 
ridicule de 1 autre. Nous avons vu les Espagnols pressurer les Mexicains, mais 
Irs vox.ilions tenaient plutot aux circonstances et a 1 etat politique qu a un 
parti pris d extermination ; la guerre de 1 Independance a ete suivie d une 
certaiiie amelioration du sort des Indiens. De 1 autre cote des montagnes 
Hocheuses, les clioses ont suivi une autre marche. II est meme singulier que 
ertte race brave, ilure aux fatigues, amie de sa liberte et susceptible d un 
progres rapide surlout dans les choses de la guerre, ait disparu dans une 
i!i;mde partie du terriloire americain en deux siecles et demi. C est que 
les Indiens prescntm-nt des defauts qni diminuerent singulierement leur force 
de resistance; observateurs sagaces, souvenl ingenieux, capables de s orienter 
au milieu d une contree qu ils connaissaient a peine, de saisir des indices 
imperceptible*, ces gens manquaient d esprit de suite; leur raisonnement ne 
s etendail point au dela des objets qui frappaient leur vue. Un de leurs 
compatriotes revenu du pays des biancs leur racontait-il ce qu il avail vu, 
ils refusaient de le croire. Dans leurs alliances, ils ne connaissaient que Tin- 
teret du moment, se laissaient guider souvent par une vengeance a satis- 
faire; la plupart d entre eux furent les auxiliaires inconscients des colons. 
Leur haine des biancs ne put jamais les reunir; ils apprirent 1 usage des 
armes a feu et acquirent une certaine discipline ; ils ne surent pas mettre a 
profit ces connaissances et constituer une nation unie, au lieu d une quantite 
innombrable de clans isoles et ennemis. 

Des le commencement du dix-septieme siecle, la confederation des Iroquois 
^tait en guerre avec les Delawares; cette guerre se termina par 1 ecrasenient 
defmitif de ceux-ci; leurs adversaires leur envoyerent par derision des habits 
de femmes. 

Les premiers rapports des Indiens et des Europe ens furent amicaux ; les nou- 
veaux venus furent bien recus, bien traite s, on leur ceda meme sans difficultc 
des terres et des vivres ; il y eut bientot pourtant quelques exceptions. Des 
1616, un navire francais naufrage sur les cotes de Floride fut pille et son equi 
page massacre : il faut dire que le pays avail deja recu a plusieurs reprises 
la visile des biancs; que les aventuriers espagnols ou francais partis des 



ADDENDA. 137 

Antilles a la recherche de Tor n e taient guere fails pour leur inspirer une vive 
alTection. 

En 161 4, le capitaine Hunt, un Anglais, prend 27 Indiens des deux sexes et 
les vend comme esclaves. Heureusement que Winslow fut plus habile et 
plushumain; il gagna 1 amitie du roi des Narangazets en le guerissant d une 
maladie rebelle, en obtint une concession de terrain et fonda Plymouth. Jus- 
qu en 1635, il y eut des rixes, des luttes particulieres, des vengeances, mais 
ces fails resterent isoles ; peu a peu les haines s envenimerent, les Indiens repro- 
cherent aux hlancs leur duplicile, leurs empietements, la cruaute avec laquelle 
ils punissaient les moindres attenlats contre la proprie te. Chez eux celle- 
ci est plutol collective qu individuelle ; nous avons vu la facilite avec la- 
qnelle ils prennent et donnent, cette conception du lien et du mien n allait 
point aux colons, dont beaucoup pourtant etaient loin d etre en regie avec 
la justice de leur pays ; la guerre faillit eclaler entre les Hollandais et une 
tribu delaware parce que 1 un d eux avail tire sur une Indienne qui lui volait 
des fruils. L action du capitaine Hunl ne resla pas isole e ; les blancs traitaient 
les Peaux-Rouges comme les Negres, et les rapts etaient chose frequente. A 
partir du momenl ou les premiers firent des represailles, la paix devint 
impossible. Les Indiens avaient une maniere alroce de se venger ; ils pro- 
cederenl comme avec les homines de leur race : surprise el pillage d e tublis- 
sements isoles, enlevemenl des habilants; supplice des prisonniers, rien no 
manqua. 

Ges gens, disail Belknap, ne se laissent presque jamais voir avant 
1 atlaque. Ils ne se monlrent point en plaine, mais fonl le plus souvenl leurs 
incursions le malin en se dissimulant derriere les buissons et les haies. Leur 
presence n est trahie que par une fusillade peu nourrie parce qu ils menagent 
leur poudre et ne tirent qu a courte distance. Ils n altaquent pas une maison 
sans s etre assures qu ils ne rencontreront que peu de resistance ; ils observent 
plusieurs jours a 1 avance les allees el venues des habitants, se glissent souvenl 
le soir dans les rues de Portsmouth habilles en velemeuts europeens, re- 
gardent par les fenetres et ecoutent ce qu on (lit. 

Leur cruaute s exerce surtont contre les enfants, les vieillards, les gens af- 
faiblis ou ceux auxquels leur embonpoint ne permet pas de les suivre as*ez vile 
dans leur course a tra\ers le desert. Ils en veulent aux femmes enceinte.- 
qu ils massacrenl toujours; si un enfant est une gene pour eux, ils lui ecrasent 
la tete contre un arbre ou une pierre; partbis, aim de tourmenter davan- 
lage la mere, ils frappent son enfanl presque jusqu a le luer, 1 asphyxient a 
moitie sous 1 eau et le luirejetlent. Ils onl une forle repulsion pour les negres 
et les tuent quand ils lombenl entre leurs mains. 

Les rapports des Indiens avec lesFrancais etaienlmeilleui squ avec les Anglais. 
Les seconds les froissaienl souvent par leur hauteur, les vexaient par des 
mesures maladroites, tandis que les premiers, plus doux, savaient menager leur 
vanite el leurs prejuges, leurepargner toute vexation inutile; ils semonlraient, 
en un mot, plus bienveillants envers eux. Une guerre ouverte ful declaree 
en 1635 par les Pequols; ayant conclu une alliance offensive el defensive 
avec les tribus voisines, ils envahirent la colonie du Connecticut qu ils dd- 
truisirent. Malheureusernent pour eux ils s etaient lances dans I entreprisi! 
sans avoir termine leur querelle avec leurs vieux ennemis; le gouverneui 
attira dans son parti les Narangazets et les Mohicans. Les Pequots battus 



138 ADDENDA. 

perdirent un grand nombre de prisonniers et une partie de leur territoire. 
Les Anglais montrerent un cynisme et une cruaute que leurs ennemis ne 
depassaient guere. Chaque fois que, meme en temps de paix, il y avait mas 
sacre d une tribu hostile, les puritains chantaient des actions de graces. On 
prenait comme agents les pires des Indigenes : ainsi apres la defaite des 
Pequols on leur donna pour sachem un certain Uncas, espece de Neron sans 
scrupule ni patriotisme, auquel on sacrifia tous ses ennemis, meme le petit- 
fils de Massouint, 1 ami de Winslow. Les Anglais s etaient empresse s de 
de clarer les habitants sujets de S. M. Britannique : en consequence, ils s eri- 
geaient en arbitres de leurs querelles, les traitaient en insurges, s ils se soule- 
vaient; les poursuivaient pour haute trahison, s ils entraient en communication 
avec les Francais ou les Hollandais : Miantomino, 1 adversaire d Uncas, fut cite 
une premiere fois a Boston sons prctcxte d avoir fomente des troubles; il se 
justifia. On lui fit un second proces parce qu il avait voulu i aire respecter sa 
suzerainete par deux sachems, ses vassauxayant dispose deterres sans sa permis 
sion. Cette fois on n attendit meme pas la sentence, et on le remit aux mains 
d Uncas, qui le tua et se vanta d avoir mange son coeur. Cette barharie excita 
une certaine emotion parmi les blancs ; peu s en fallut qu il ne fut mis en accu 
sation, mais il rcpondit que Miantonimo etait un brouillon, qu il avait agi pour 
le plus grand bien de ses compatriotes, meme de la colonie : tout s arreta la. 

Le bien de la colonie etait en effet ( unique criteriurn des tribunaux ; pleins 
d indulgence pour un allie, ils punissaient tous les actes d independance. Si 
grave que fut 1 injure, les Indiens etaient surs de n obtemr aucune reparation, 
s il s agissait d un colon ou de ses amis; on chatiait meme qui avait la pre- 
tention de se faire justice. Jevoudrais savoir, disait Ninigrate, poursuivi parce 
qu il avait attaque ses compatriotes de Long-Island, si vous me demanderiez 
la permission de punir ceux qui tueraient votre gouverneur et les votres. Or vos 
amis ont massacre un sachem et 60 de nos freres. 

Dans les possessions francaises du Canada, les rapports furent meilleurs et les 
incursions hostiles moins frequentes; il faut avouer pourtant que les Francais 
eurent, des le debut, le tort grave de prendre part aux guerres intestines des 
Indiens, de defendre les Hurons contre les Iroquois. Au midi, au pays des 
Natchez, la rivalite fut plus franche. En 1729 eut lieu la fameuse conspiration 
qui faillit aneantir notre domination ; une femme qui 1 avait revelee ne fut 
pas crue, heureusement que le complot eclata avant le jour dit; les Natchez et 
leurs allies les Nicasauls payerent cher cet acte d hostilite ; des renforts arri- 
verent, et nombre d entre eux furent pris, deportes a Saint-Domingue ou vendus 
comme esclaves. 

Au moment de la guerre de 1759, la plupart des Indiens etaient allies des 
Francais ; on avait meme oublie 1 ancienne politique de Louis XIV, qui avait recom- 
mande de s appuyer sur les Algonquins etd arriver a 1 abaissement de finitif des 
Iroquois ; ceux-ci avaient recu nos missionnaires, parlaient notre langue et 
traitaient amicalcment nos chasseurs de fourrures et nos traitants. Les Sinecas 
demeurerent jusqu au dernier jour les allies des Francais; les autres peuples 
iroquois furent tantot nos amis, tantot nos adversaires, mais la plupart derneu- 
rerent neutres; la meme chose arriva lors de la guerre de 1 Independance ; 
certaines tribus prirent parti pour les insurges, d autres pour la metropole ; 
ces derniers au moins trouverent a la fin de la guerre asile au Canada ; les 
Etats-Unis furent peu reconnaissants. 



ADDENDA. 

La fin des rivalites europeennes en Ame rique ne decouragea point comple - 
tement les indigenes. Au Canada, ils out defendu leur autonomie avec une 
perseverance et mi courage dignes d un meilleur resultat; il y a eu parmi 
eux des hommes d une veritable valeur; le plus remarquable fut Pontiac. 
Ce chef Ottawa sut tirer parti des circonstances ; peu apres la conquete du 
Canada, les Anglais froisserent de nombreuses susceptibilites ; ils blesserent 
les colons et les Indiens convertis en supprimant les missions catholiques, 
prosperes chez les Iroquois. Pontiac reunit sous un meme drapeau les amis 
des Francais, les catholiques, les adversaires des blancs; son eloquence le 
servit bien ; il enleva des tribus hesitantes par ces improvisations chaleureuses 
dont il avait le secret. Les Anglais ignoraient encore ses menees quand sept 
forts avances etaient deja pris. Les Indiens de ce temps avaient mis a prix 
leurs relations avec les peuples d Europe. A leur habilete pour tromper 
I ennemi ils joignaient une bravoure et une adresse remarquables dans 1 usage 
des armes a feu. L artillerie leur manquait : ils y supplement par la ruse ; 
plusieurs postes tomberent entre leurs mains a la suite des surprises. Les An 
glais sentirent le danger qu un pareil homme pouvait faire courir a leur con 
quete. Pontiac n etait sauvage que d origne; jamais il ne permit qu on torturat 
les prisonniers, qu on se livrat a aucune cruaute inutile ; sa maniere de 
faire la guerre etait plutol celle d un chef de partisans europeen que d un 
sachem. De plus, c etait un esprit capable de profiler des fautes d autrui 
et d adopter les coutumes etrangeres qu il croyait bonnes. On dit qu avant sa 
revoke le Gouverneur anglais auquel il avait eu 1 occasion de rendre service 
lui demanda quel present lui serait le plus agreable : Conduis-moi dans ton 
pays, dit-il, afin que j y apprenne a travailler le fer et a faire manceuvrer les 
troupes. 

Le Ministers britannique n eut garde de commettre la meme faute que le 
Gouvernement francais quelques annees plus tot. 11 envoya des renforts an 
(Canada, de sorte que les coalises furent definitivement vaincus a Bougalt en 
1 765 ; ce fut la derniere insurrection serieuse dans ce pays. 

Aux Etats-Unis, il y en a eu depuis d autres assez graves. L Angleterre 
a applique avec une grande liberalite le principe du self-government; elle n a 
plus essaye d etouffer 1 element francais et par contre-coup les Indiens qui 
lui etaient attaches. Au moment meme de la guerre d Amerique, il n y eut 
parmi eux ni agitation, ni insurrections. L Union, au contraire, a repris avec 
une logique implacable les traditions de 1 ancienne administration. On admet 
a propos du droit de propriete un principe singulier. Les Indigenes, en 
qualite d individus de race inferieure, ne possedent rien; leurs territoires et 
leur personne appartiennent a la Couronne, elle a done le droit de juger 
d apres ses lois, de disposer des pays qu ils occupent. Cette doctrine est 
devenue celle du gouvernement des Etats-Unis; seulement, par scrupule d hu- 
manite , il a renonce a la prise de possession pure et simple, c est-a-dire a 
1 expropriation sans indemnite, mais il s est reserve le droit a peu pres equiva 
lent de preemption. II ne pent intervenir entre un Indien et un particulier 
aucune transaction valable, meme pour un territoire dont 1 Etat le reconnait 
possesseur; c est a lui seul que le chef indien peut vend re. Inutile de dire 
que ce privilege rapporte de beaux deniers au Tresor, qu il ne fait jamais de 
marches desastreux. En vertu de transactions de cet ordre les Peaux-Rouges 
sont refoules de jour en jpur vers le Far- West, les bras et les jambes de 



140 ADDENDA. 

1 homme blanc s allongent a tel point qu il ne reste plus, comme le disait 1 un 
d eux, aucune place pour ses freres indigenes. 

II faut avouer pourtant que depuis le commencement du siecle il s est fait 
un progres notable dans les idees; que la sympathie d une partie de la popula 
tion ame ricaine s est etendue dcs negrcs aux Peaux-Rouges. Sans doute on n a 
point modifie du tout au tout la politique suivie a leur egard; 1 acquisition 
de terres et le refoulement continuent, mais au moins les Indiens fixes ne sont 
ui molestes, ni opprimes ; ils sont considered comme de libres et honnetes 
citoyens, et depuis quelques annees on fait pour leur instruction et leur 
bien-etre de veritables sacrifices. Ce qu il y a d interessant pour nous, c est 
que bon nombre de ces Indiens fixes parlent notre langue, ou des patois qui 
s y rattachent. Les notions d egalite et d urbanite que porterent au Canada 
les premiers aventuriers sont restees cbez leurs descendants. Parmi les gens 
qu on appelle Francais, dans les Etats du Nord, il y a des blancs et des 
Indiens pur sang, et ni les uns ni les autres ne songent qu il peut y avoir 
entre eux une difference de race. Le docteur Harvard, medecin de 1 armee fede 
rate, qui a longtemps habite parmi cette population, a publie sur elle, dans 
les Transactions de la Societe etbnologique americaine, une interessante etude. 
dont le resume suivant a paru dans la Revue des cours scientifiques de 1882, 
t. XXIX. 

Depuis longtemps la domination franchise a disparu del Amerique duXord; 
mais son souvenir dure encore dans les territoires decouverts et colonises par 
les bardis pionniers du Canada; on le retrouve dans la langue, le caractere et 
j usque dans le sang des habitants. 

Les explorateurs et les trafiqnants francais furent toujours les amis des 
Indiens ; leurs interets et leur fortune furent souvent identiques, et il y cut de 
frequentes alliances entre eux. Les metis issus de ces manages sont dissemines 
dans les possessions anglaises de I Ame rique du Nord et les Etats de 1 ouest de 
1 Union; ils ont joue un role de premiere importance dans la colonisation du 
Far-West. 

Le voyageur qui suit la riviere Rouge du Nord jusque dans la province cana- 
dienne du Manitoba rencontre une population dont la peau presente une teinto 
tbncee analogue a celle des aborigenes, mais elle s babille a 1 europeenne et 
parle un dialecte francais. Tous ces gens-la sont expansifs, d une ires-grande 
urbanite; ils ont en partie les instincts de la race indienne, mais si bien melan 
ges aux caracteres psychologiqnes propres a leurs ancetres blancs qu il serait 
difficile de dire quel sang a la preponderance. 

Leur histoire commence au dix-huitieme siecle avec celle du Canada; a cette 
e poque, la mauvaise administration conspirait avec la ferocite des Sauvages et 
la rigueur du cliniat pour en faire un pays malheureux a tous les points de vue. 
La seule ressource etait le commerce des fourrures ; ne se contentant point 
de leurs echanges avec les tribus fixes, quelques aventuriers remonterent les 
rivieres du pays sur de miserables canots; ils partagerent les dangers des chas 
seurs indigenes et prirent leurs habitudes. Cette vie independante et parfois 
lucrative convenait parfaitement aux deserteurs, aux gentilshommes ruine s, qui 
furent les premiers habitants du Canada. La mince langue de terre qui, de 
chaque cote du Saint-Laurent, de Quebec a Montreal, constituait la colonie 
officielle, etait trop etroite pour leur activite. La sollicitude du gouvernement 
metropolitain, le zele du clerge, 1 avaient enlacee dans une serie de reglements 



ADDENDA. 

ct de dispositions administratives qui nc plaisaient guere aux nouveaux venus. 
Beaucoup pousserent leurs peregrinations jusqu aux immenses forets du voisi- 
nage des grands lacs, fuyant pour ainsi dire devant le vieux monde. On les 
appela coureurs des bois; les mesures repressives ne purent rien centre cette 
emigration et les trafics nouveaux qui en resulterent : on dut se bonier a les 

regulariser. 

De temps en temps, les coureurs des bois vctiaient echanger leur f ourrures 
dans les etablissements de Montreal et des Trois-Rivieres, et souvent dissiper 
en quelques jours d orgie Jes fruits d une longue et laborieuse campagne. Leurs 
canots charges de vivres et de munitions, ils repartaient vers 1 Ouest. Quelques- 
uns abandonnaient leurs habits europeens ; tatoues comme les Hurons et les 
Ottawas, chez lesquels ils etaient toujours bien recus, ils prenaient leurs habi 
tudes et leurs moeurs, dansaient avec les guerriers, fumaient gravement le 
calumet dans les conseils de la tribu. 

Des 1654, les naturels du Saut-Sainte-Marie avaient recu la visile des blancs; 
en 1676, on etablit une mission aMackinac; en 1686, on batit un fort a Detroit ; 
en 1695, un des membres de 1 expedition de La Salle, appele Michel Ako, epousu 
solennellement la fille du chef des Kaskaskias. 

Lorsque plus tard le Canada fut perdu pour la France, un grand nombre de 
ses habitants s enfoncerent vers 1 occident ; beaucoup i urent employes par la 
Compagnie anglaise du nord-ouest, a laquelle a succede en 1821 la Compagnie 
de la baie d Hudson. Inutile de dire que la lidelite conjugale n etait pas la vcrtu 
dominante des coureurs de bois. Plus d un, abandonnant aux soins de la tribu 
sa femme indienne et ses enlants, contractait ailleurs de nouveaux liens qu il 
rompait comme les premiers. Get etat de choses eminemment favorable au 
developpement rapide d une race nouvelle s accommodait mal des exigences dc 
la religion chretienne. 

Les missionnaires tacherent d y remedier, ils sanctifierent et regulariserent 
beaucoup de ces unions, mais ils ne purent rien centre le caractere des aventu- 
riers et les hasards de la vie errante. Ceux qui s etaient maries devant eux a 
1 europeenue se marierent une seconde ou une troisieme fois a 1 iudienne, ct le 
nombre des metis s accrut dans les memes proportions. 

11 y avail une difference bien curieuse entre les rapports des Anglais et cenx 
des Francais avec les natifs. Pour les premiers, 1 homme rouge etait un simple 
obstacle, un ennemi qu il fallait a toutprix detruite; les Francois luiaccordaient 
la consideration que Ton doit a un etre humain; ils le traitaient avec une 
stricte justice ; la vie de sacrifice et d abnegation de leurs missionnaires leur 
offrait des exemples constants de devouement et de charite chretienne qui ont 
probablement exerce une salutaire influence. 

On n eut pas trouve peut-etre une seule tribu dont les Francais n aient gagne 
1 amitie; cette affection s est conservee longtemps apres que leur puissance 
n existait plus. Ils avaient aussi des motifs plus interesses : les Indiens etaient 
des auxiliaires indispensables pour le commerce des fourrures; c etait avec leur 
aide seulement que Ton pouvait s etendre vers 1 ouest et lenir en respect les 
Anglais et les Hollandais. L emigration des families europeennes au nord-ouest 
ne commenca qu au dix-huitieme siecle, quand les environs des grands lacs 
eurent ete explores. Pas un seul peut-etre de leurs descendants n est pur de tout 
melange; la fusion s est faite lentement, par croisements successifs. Du restc, 
il n y a pas de type determine; les conditions et les specimens varient d un 



142 ADDENDA. 

district a 1 autre. Si la population indienne augmente, la generation suivante sc 
rapprochera des Peaux-Rouges ; si au contraire les blancs deviennent plus 
nombreux, 1 evolution se fait en sens inverse. Dans I lllinois, le Missouri, le 
Michigan oriental, il est tres-difficile de retrouver chez les metis la plus legere 
trace de sang indigene. On les appelleBois-Bru/e s dans les provinces anglaises : 
c est la traduction litterale de deux mots empruntes au dialecte chippeway. Lr 
sens de toutes ces denominations n est pas fixe; on appelle souvent metis ou 
Francais des Canadiens blancs, des sang-meles, des Indiens de pure race, qui 
parlent le meme patois. Dans le Manitoba, beaucoup portent des norns qui 
indiquent une descendance anglaise ou ecossaise, comme Grey, Grant, Suther 
land ; ils sont ranges malgre cela parmi les Francais. Les metis habitent 
exclusivement les Etats americains du nord-ouest et les possessions britanniques. 
21691 sont repartis dans le tcrritoire des premiers : on en trouve 8000 a 
Detroit; le Wisconsin, le Minnesota, le Dakota, etc., en contiennent un grand 
nombre. II y on a plus de 10000 dans les colonies du Canada, du Nouveau- 
llrunswick et du Labrador. 

Rien n est plus variable que leur situation sociale. Dans le Michigan et le 
Wisconsin, ils occupent beaucoup do postes de confiance reclamant de 1 instruc- 
lion et une honnetete absolue. La moitie des metis de Detroit, de Green Bay, 
Mackinac, la Pointe, sont d honorables citoyens qui ont des etablissements fixes 
et payent I mipot. Plus a 1 ouest, ils sont chasseurs, trappeurs et menent une 
vie semi-nomade. Ailleurs, les Bois-Brules ont conserve leurs relations avec les 
tribus indiennes et vivent avec elles. Dans le Michigan et le Lac Superieur, ils 
sont fermiers, pecheurs, bateliers sur les lacs, charpentiers, forgerons, cordon- 
niers; beaucoup travaillent aux scieries mecaniques pendant 1 ete; ailleurs, ils 
sont interpretes, employes dans les comptoirs de la baie d Hudson; ce sont 
presque tous des voyageurs sagaces et infatigables. 

Autrefois la chasse au buftle constituait la principale ressource du plateau de 
Missouri; malheureusement les me tis n ont pas su la me nager. En juin 1840, il 
y eut a un rendez-vous annuel a Pembina 1210 voilures et 542 chiens;la battue 
tut organisee militairement, on choisit 10 capitaines et un president; le soir on 
rapporta au camp 1375 langues. 

Aujourd hui, on ne trouve plus le buffle que dans les colonies de la riviere dc 
Lait, des Montagues boisees, de la baie des Francais et de la riviere Marie. Les 
peaux sont prepare es avec une grande habilete; chaque famille en vend pour sa 
part do 75 a un cent par an, a raison de 5 a 5 dollars la piece. Avec la chair 
coupee par tranches et sechee on prepare le pemmican, mets salubre et savou- 
reux qui se conserve plusieurs mois. 

Les metis franco-indiens sont excellemment doues du cote du coeur et de 
1 esprit; ceux qui vivent presque a 1 e tat sauvage ont des aspirations plus hautes. 
Malheureusement, les circonstances ont e te peu favorables pour leur developpe- 
ment; leurs ancetres blancs etaient des vagabonds sans principes qui ne 
s inquieterent nullement de 1 education de leurs enfants; il y a fort peu de 
temps que 1 influence salutaire des femmes civilisees a commence a se faire 
sentir parmi eux. Doux, honnetes par nature, ils ont un sens moral tres-droit, 
ne sont ni gourmands, ni egoistes, ni capables de commetlre sciemment une 
fraude; ils pratiquent 1 hospitalite d une facon patriarcale. Les metis sont gene- 
reux jusqu a la prodigalite; ils partagent ce qu ils ont avec leurs amis ou les 
etrangers, et se privent au besoin pour ieur venir en aide. Ils demandent, 



ADDENDA. 

d ailleurs, a leurs voisins sans hesitation et sans honte, franchement, comme 
ils donnent. 11 y a entre eux une espece de franc-maconnerie genereuse qui n est 
prejudiciable a personne; le vol est chose inconnue; leurs cabanes sur la riviere 
Rouge restent toujours ouverte, meme en 1 absence des proprietaires. Doue s 
d une aptitude remarquable pour saisir les moindres details d un paysage et se 
guider dans une region inconnue, hardis a la guerre, experimentes a la chasse, 
ils ne se laissent decourager par aucun contre-tcmps el apportent au combat un 
melange de fougue sauva^e et de valeur disciplined qui les rend singulierement 
redoutables. Grace a ces qualites et a leur douceur, ils vivent toujours en bons 
rapports avec les Indiens du voisinage. 

Malheureusement, un defaut serieux a beaucoup nui a leur amelioration : 
c est la legerete et le manque d energie morale. Un metis ne sait ni resister a 
une tentation, ni reflechir. Malgre sa bonne volonte, il s acquitte mal de ses de 
voirs, devient facilement la dupe des gens sans scrupule, se soumet avec la plus 
grande difticulte a un travail regulier et quotidien, de sorte qu il n arrive presque 
jamais a la richesse ou a 1 aisance par 1 industrie. Les mceurs sont pures; les 
lemmes ont un grand fonds de pudeur naturelle et de modestie; on n en voit 
presque jamais arriver de chute en chute a une vie de honte et d ignominie; la 
proportion des crimes et des naissances illegitimes est moindre que dans les 
pays les plus civilises. 

Energiquement attaches au catholicisme, les metis ecoutent les missionnaires 
avec docilite; en revanche, leur culture intellectuelle laisse a desirer. Les 
enfants sont intelligents, mais peu capables de 1 attention soutenue qu exige 
1 etude. La mere a peu d autorite sur eux et, pendant les absences du pere, ils 
fre quentent irregulierement les e coles; il y a pourtant sous ce rapport un 
progres sensible dont la generation prochaine ressentira les effets. 

Lesjeunes gens se marient vers vingt ans; la ceremoniea lieu pendant Thiver, 
dans la chapelle catholique la plus voisine; les danses et les repas durent 
plusieurs jours, et souvent une grande partie des provisions de la famille y 
passe. Ces mariages sont generalement fe conds; les meres aiment tendrement 
leurs eni ants; lesgarcons ne le leur rendent qu a demi. Pousses par leurs instincts 
vagabonds, ils quittent le foyer le plus tot qu ils peuvent, et de tres-bonne 
heure accompagnent leur pere dans ses courses lointaines ; les filles sont plus 
douces et plus affeclueuses. 

Le physique est avantageux : les hommes sont de stature moyenne et bien batis. 
Chez eux, les traits caracteristiques de la race indienne, telsque lesjoues sail- 
lantes et le nez crochu, sont attenues au point de n etre nullement desagreables ; 
leur teinte varie du rouge cuivre au blanc. Les femmes ont la peau plus fine et 
plus delicate que les Europeennes. Les hommes sont rases et portent de longs 
cheveux; ils sont moins forts peut-etre que les blancs, mais ils resistent beau- 
coup mieux aux privations et aux intemperies. On voit souvent les metis 
parcourir a pied, en dehors de tout chemin battu, 10 a 12 lieues sur la neige en 
un jour. Ils savent presque tous plusieurs langues : un ou deux dialectes 
indiens, parfois 1 anglais; tous parlent le francais, ou plutot un patois analogue 
a celui des classes pauvres du Canada. Les Francais le comprennent sans diffi- 
culte, mais la reciproque n est pas vraie; les Bois-Briiles n entendent pas le 
francais classique. On trouve chez eux des locutions incorrectes modernes, 
comme cela mouille, pour il pleut; brailler, pour pleurer; des archaismes : 
aller qucrir, qu on prononce aller cri; moucher quelqu un, c est le baltre. On 



144 

dit fraid, drait, selon la mode normande, pour froid, droit. La prononciation et 
quelques anglicismes donnent a ce dialecte un caractere un peu grotesque. 
Les noms propres sont a peu pres tous francais : c est Boyer, Riel, De- 
lorme, etc. ; quelques-uns meme ont conserve des especes de litres nobiliaires : 
dans le Manitoba et pres des lacs, il y a des Saint-Luc de Repentigny, des 
Charles de Montigny, etc. 

BIBLTOGBAPHIE. Peuples de 1 ouest des montagnes Rocheuses. - - BANCROFT. The native 
races of the Pacific States of north America. Ed. I, 1875. ENGELMANN (G.-J.). Die Geburt 
bei den Urvolkern. Deutsch von D r C. llennig. \Vien. W. Braumiiller, 1884, in-8, XII, 197pp. 
- WAITZ. Anthropologie. Ill 1 Th., pp. 31<> et suiv. 

Peuples du Mexique. -- ALAMAN. Historia del Mejico, t. I, passim. Mejico. Imp. Lara, 
1849. BERTILLON. Races salvages, p. 115. GIRAFID DE RIAILE. Les peuples de VAfriqm 
ft deVAme rique. Paris, Genner-Bailliere, in-18, 184pp. WAITZ. Anthropologie, IV" Th., 
pp. 1-180. 

Peaux-Rouges. WAITZ. Anthropologie, IIP" Th., pp. 4-283. BERTILLON. Races sauvages, 
p. 91. GIRAHD UK RIAI.LE, /of. cit., p. !!. ). 

AMERIQOE DU Sue. \ Cara ibes. Les Europeans trouverent dans les Antilles 
deux nations ennemies. Les premiers occupants etaient des agriculteurs peu bel- 
li([iieux; on les appelait Aroouaks on mangeurs de farine. Des voisins, mieux 
armes, leur faisaient une guerre qui se serait terminee a la longue par leur 
extermination. Ces conquerants venaient du continent, c etaient des liommes 
vigoureux, liardis et feroces : ils s appelaient eux-memes Caribis ou guerriers; 
la victoire leur inspira un tel orgueil qu ils ne purent se resigner a devenir 
esclaves et prelererent abandonner les iles qu ils avaient perdu 1 espoir de 
defendre. Les Cara ibes etaient sauvages clans toute 1 acception du mot : ils 
n etaient point pousses en avant par 1 invasion d un autre peuple; ils se bat- 
taient pour manger leurs ennemis, par sensualite. Ces chasseurs d hommes etaient 
gourmets de chair humaine : on dit qu ils avaient dans une de leurs expedi 
tions detruit toute la population male de la Martinique. Ils n emmenerent point 
les femmes, mais les laisserent dans le pays pour le cultiver et se bornerent a 
leur faire des visiles periodiques ; a chacune d elles ils mangeaient les enfants 
du sexe masculin nes dans 1 intervalle. 

Ces gens recurent assez mal les Espagnols. Colomb obtint du roi 1 autori- 
sation de red u ire en esclavage les anthropophages et ceux qui combattaient 
avec des fleches empoisonnees. On interpreta cette autoi isatiou dans le sens le 
plus large ; les indigenes f urent tous des Cara ibes et plus d une fois des captifs 
arooiiaks rencontrerent leurs oppresseurs dans les mines. Un ordre du gouverneur 
de Bogota limitait le travail des animaux domestiques afin de faciliter leur mul 
tiplication ; les naturels leur servirent de puppleants et eurcnt assez de vitalite 
pour resister et disputer le terrain pied a pied. Un siecle et demi apres la 
deconverte de TAmerique les colons frangais eurent fort a faire avec les insu- 
Jaires; en 1660 le gouverneur des Antilles anglaises, Willougby, tira parti 
de ces auxiliaires et crea par leur moyen des difficultes aux Francais. II cut 
pour agent nn metis intelligent appele Waernard; c etait le fils d un officier sup^- 
rieur francais et d une esclave caraibe; son pere qui 1 aimait beaucoup le traita 
toujours en homme libre et lui fit donner une education soignee ; malheuren- 
sement la tache originelle etait la. Apres la mort du general, sa femme fit subir 
au pauvre batard tous les effets d une jalousie longtemps contenue; elle le 
renvoya a la chame, lui prodigua les humiliations et les coups a tel point qu il 



ADDENDA. 

s enfuit a la Dominique el jura une hainc mortelle a tous ceux qui parlaient la 
nieme langueque samaratre. Waernard futbientot le veritable roi des Garaibes. 
Le gouverneur des Antilles anglaises sut attiser sa haine ; pour s en faire uu 
allie plus sur, il 1 envoyaen Angleterre ou il fut admirablement recu ; Willougby 
convoitait Sainte-Lucie et ne pouvait songer a la conquerir, puisque son pays 
etait en paix avec la France; il commissionna Wscrnard qui attaqua un fortin 
francais. Si cet exemple cut ete suivi, si les Europeens eussent pris tour a 
tour les Caraibes pour allies, les guerres auraient presente aux Antilles le carac- 
tere de ferocite qu elles eurent trop souvent au Canada ; heureusement que les 
Francais hesiterent. 

Pendant tout le mois de juin 1G64, dit le Pere Dutertre, les Sauvages 
des deux lies de Saint-Vincent et de la Dominique firent une tres-cruelle 
guerre aux Anglois des Ant-isles, les surprenans dans divers quartiers, 
bruslans, pillans et luans, pour donner comme quarticr aux hommes, et en 
mangeant plusieurs, enlevant leurs plus belles femmes et tuant les autres, et 
faisant des cruautes et des degats si estranges que les Anglois en estoient au 
desespoir. 

II faut n y remarquer que monsieur de Clodore avoit este avcrty par lettre 
expresse de monsieur duLion de la disposition en laquelle les Kareibes se trou- 
voient d aller a la guerre contre les Anglois, pourveu qu on leur donnast des 
Francois pour les accompagner et combaltre avec eux. Sur cet avis monsieur de 
Clodore deputa promptement vers les sauvages de la Dominique et de Saint- 
Vincent deux sauvages nouvellement convertis nommez Pierre Moulin et Milet, 
qui parloient tous deux bon francois pour les conduire. 11s n eurent gucre de 
peine a les y resoudre parce que, le Baba de Saint- Vincent ayant ete pris par 
les Anglois, ses deux fds qui vouloient ravoir leur pere souleverent incontinent 
quatre on cinq cens sauvages, les mirent sur onze piraugues et s en vinrent 
avec, eux a la Martinique, ou le gouverneur les receut, les caressa et les traita 
le mieux qu il luy fut possible, pendant le temps qu ils y furent, et pour leur 
tenir la parole qu il leur avoit envoye porter il jeta les yeux entre tous les 
braves de son isle sur les sieurs de Saint-Amour et de la Borde, lesquels sui- 
vant son ordre cboisirent quarante-cinq ou cinquante braves soldats qui sca- 
voient la langue et la maniere de vivrc des Sauvages. 

Monsieur de Clodore, avant que de les laisser partir, tint son conseil dans 
la salle de 1 audience, ou les sauvages furent admis, et leurs avis receus comme 
ceux des Francois, et il fut resolu qu ils iroient a Antigoo et tacheroient d y 
enlever quelque qu-artier, et iroient ensuite porter quelque lettre a Saint-Cliris- 
toplde. 

Monsieur du Lion, qui avoit promis a monsieur de Clodore de les favoriser 
etdeleur donner loute portee de protection, les receut comme des gens que 1 on 
devoit menager et conserver pour amis, de peur que, se montrant du parti con- 
traire, ils ne fissent sur nous ce qu ils faisoient sur nos ennemis. Mais pendant 
qu on les re galoit avec d assez grandes depenses qui tomboient sur le dos de la 
compagnie, une barque anglaise arriva portant un trompette de M. Willougby 
qui venoit demander a trailer de la rancon des prisonniers de guerre. Auquel 
monsieur du Lion repondit qu il ne pouvoit trailer par rancon, mais bien par 
echange, capitaine pour capitaine, officier pour officier, et ainsi du reste. Les 
Careybes, qui ne font la guerre que comme des loups, des tigres ou des leo 
pards, sans aucune bumanilc, et qui ignorcnt les louables couturnes des pour 
DICT. ENC. 3* , XV. 10 



Ufi ADDENDA. 

parlers et des conferances des Europeens avec leurs ennemis par des trompettes 
et des deputes, s imaginerent qu ils estoient trahis par les Francois, parce qu ils 
n avoient pas tue le trompette, et tous les autres Anglois qui estoient dans la 
barque avec eux. Ces brutaux furent incontinent trouver le reverend Pere Beau- 
nont pour lui faire entendre leur grief et, quoi que ce Pere put dire pour les 
desabuser, il ne les satisfitqu a demy, de sorteque le trompette e tant prest a se 
rembarquer ils coururent comme des chiens enrages au bord de la mer crians, 
hurJans et luy disans mille injures, luy jettant des roches, et voiilant malgre 
monsieur du Lion mettre leurs piraugues en mer pour le suivre, le tuer et 
manger tons ceux qui estoient dans la barque avec lui. 

Cependant monsieur du Lion, qui scavoit que les Anglois s estoient servis 
des sauvages pour prendre 1 isle de Sainte-Lucie, qui les avoit envoyes depuis peu 
combattre les Anglois a Antigoo, et qui s en est servi depuis au combat des 
Saints, conceut en ce rencontre tant d horreur de la maniere d agir de ces bru 
taux et peut-estre pousse par quelque autre molif qui ne m est pas connu, qu il 
arreta les cinquante Francois que monsieur de Clodore leur avoit bailie et les 
envoya a Saint-Cbrislophle, oil il les croyoit plus utiles, et ecrivit a monsieur 
de Clodore que de sa part il ne donneroit jamais de ses gens pour faire la guerre 
avec ces animaux qui la font avec des cruaute s que les Europeens et particu- 
lierement les chrctiens doivent abhorrer; outre que, si les Anglois en avoient 
connaissance, ils auroient droit de represaille et d executer les memes cruautes 
sur les Francois. 

Depuis cc moment 1 expulsion des anciens conquerants fut reguliere et con 
tinue, line race mixte, les Caraibes noirs, se maintint longtemps a la Dominique 
et a Tabago; ces metis etaient guerriers comme les Indiens, mais ils etaient 
plus doux et plus malleables. Ayant pris parti en 1742 pour les Fran?ais, alors 
en guerre avec les Anglais, ceux-ci apres leur victoire les de porterent en masse 
aux iles Roattan. 

Parmi les tribus des possessions espagnoles du nord de 1 Ame rique meri- 
dionale on distinguait les Carancars du voisinage de Carthagene, les Ta- 
manak des bords de 1 Orenoque; les Gujiros qui s etendaient du mont 
Sainte-Martbe jusqu au Magdalena, enfin les Caquetios habitant pres du lac 
Maracaibo. 

La aussi la lutte tut vive; en 1579, une coalition des Ghalcapatas, des Cores 
et des Chaymas, remporta sur les Espagnols une victoire serieuse; ceux-ci 
n en eurent defmitivement raison que sous Garcia Gonzalez en 1585. Au debut 
les Indiens furent comme au Mexique reunis dans des especes de communes 
ayant leurs administraleurs et au-dessus d eux un officier royal charge de les 
proteger, de percevoir I impot et d organiser leurs travaux. Ge fut encore Las 
Casas qui obtint pour eux la protection des rois. Les colons blamaient cette 
intervention; il se trouva meme des les premiers temps en contradiction avec 
les Hieronymites qu il avait amenes pour 1 aider dans son oeuvre ; on vengea 
sur eux les pillages et les rapts que commettaient journellement Jeurs com^ 
patriotes. Les bonnes intentions memes de ces protecteurs tournerent plus d une 
Ifois au detriment des Indiens ; tous avaient ete declares propriete de la cou^ 
ronne; 1 esclave noir appartenait au colon; celui-ci, representant une valeur 
considerable et une propriete garantie, etait mieux nourri, mieux loge, moins 
surmene. 

Le Caraibe actuel, qu on appelle Galibis dans la Guyane francaise, est un 



ADDENDA. n? 

homme de taille moyenne, vigoureux, d un certain embonpoint. Sa peau est 
jaunatre tirant sur le rouge. Le visage rond, large et plat, est a 1 ordinaire me- 
lancolique; toutefois les yeux petits et noirs parfois pen hordes out une grande 
vivacite. Leur nez est court et large, sans etre epate, la bouche est de grandeur 
moyenne, les levres sont minces, les dents sont blanches et bien rangees; on 
constate un le ger prognathisme. Le crane est decide ment dolichocephale; mais 
on le deforme des 1 enfance en 1 aplatissant anterieurement. La chevelure est 
noire et raide, et la barbe rare; on a soin de 1 cpiler d ailleurs ainsi que les 
poils du reste du corps. 

Hommes et femmes vont a pcu pres nus. Les premiers ont pour tout vete- 
ment un petit tablier d etoffe de colon que ces Indiens savent parfaitement 
fabriquer, et quelquefois un manteau de la meme etoffe dont il se font aussi des 
bracelets. Les femmes, tres-gracieuses, bien qu un peu repletes, mais au visage 
agreable et doux, ne portent qu une petite jupe de coton courte, presque une 
ceinture ornee de franges et faite de graines enfilees et de diverses couleurs. 
Les Caraibes adorent la parure et se couvrent de colliers et de bracelets d os, de 
graines colorees, de bees de toucan, de plumes d oiseaux, de coquillages, do 
pierres brillantes. Autrefois ils entreprenaient de longues navigations pour 
se procurer du jade, du cristal de rocbe, des e meraucle^, des perles ou des 
bijoux d or que Ton fabriquait pour 1 exportation chez les Muyscas civilise s du 
Gundinamarca. Ils ornent leur tete de belles plumes de perroquets et de tou 
cans. Aux oreilles pendent des anneaux fails avec des aretes de poisson tra- 
vaillees; la cloison du nez et la levre inferieure sonl percees, et Ton place 
une plume ou une arete a la premiere, un morceau d ecaille de torlue ou un 
disque de bois a la seconde. Le visage est ordinairement tatoue de noir dc 
meme que le corps sur lequel on trace en oulre des bariolages de meme couleuv 
(Girard de Rialle). 

Les Caraibes etaient meilleurs que n aurait pu le faire supposer leur maniere 
de faire la guerre. Leurs villages etaient formes de trois especes de maisons, 
la toubana, habitation en troncs d arbre solidement fixes en lerre, 1 ajoupa ou 
magasin, hangar de construclion plus simple, enfin le carbel. maison commune 
dans laquelle les guerriers prenaient leurs repas. 

En temps de paix la chasse et la peche conslituaient leurs occupations, mais 
ils s occupaient aussi de la fabrication des canots, des meubles qu ils sculptaient 
avec art ; la culture des champs et les soins du menage etaient la tache des 
femmes, sou vent leurs maris les aidaient. Les Caraibes faisaient dans leurs 
canots des voyages de 200 ou 300 lieues d escale en escale. La religion 
etait un pur fetichisme ; il n y a point de culte, a moins que Ton ne donne 
ce nom aux jongleries des piayes reunissant le double role de sorciers et de 
medecins. 

Encore aujourd hui, la famille presente une constitution intermediate 
qui rappelle par plus d un cote le matriarcat; I heredite est comptee a peu pres 
exclusivement du cote maternel ; la filiation paternelle ne s etablit que par 
une ceremonie conventionnelle a laquelle les sociologistes donnent le nom de 
couvade. 

On n accorde aucune consideration a la chastete des jeunes filles : les fiances 
doivent vivre deux ans ensemble avant le manage defmitif. Au moment de la 
ceremonie des fiancailles le jeune homme apporte la viande, le pain de cassave 
et le bois avec lequel son beau-frere batira sa hutte ; puis il recoit sa fiancee de 



148 ADDENDA. 

la main du piaye. Simon laisse entendre qu il ne la recoil pas vierge, d autres 
1 affirmentexpressement. On n a rapporle rien de pareil des Caraibes des Antilles. 
Chez eux et chez les naturels de TUraba, ce sont les nieces, c est-a-dire les filles 
de la sceur du pere ou de la mere, qui heritent. Souvent plusieurs soeurs sont 
mariees a un meme individu ; il continue d habiler chez son beau-pere et vit 
pendant un mois dans la huttc de chacunede ses femmes. La coutume veut qu il 
evite leurs parents. Chez bcaucoup de peuples du voisinage de 1 Orenoque, 1 adul- 
tere est puni par la peine du talion ; autrefois il etait puni de mort ; on pardon- 
nail quelquelbis a sa femme, jamais au se ducteur. Le mari seul a droit de 
divorccr ; les enfanls recent a la mere (Wailz). Malgre la frequence de la poly- 
gamie et la subordination de la femme celle-ci est beancoup mieux Iraitee que chez 
d autres indigenes. Voici comment s accompiissait 1 espece d adoption paternelle 
dontnous avons parle : Des que 1 enfant etait mis au monde, la mere le lavait, 
le couchail dans un petit liamac, Je pere an contraire commenoait a geindre, a 
sou|irer, a se plaindre ; on 1 etcndait dans son liamac et ses amis le soignaient 
comme un malade. On le tenait a la diete durant cinq jours, pendant cinq autres 
jours on ne lui donnait a boire que de 1 onicou, liqueur forte provenant de la 
fermentation de la cassave, des palates douces et des canncs a sucre; le douzieme 
jour soulement il avail droil a manger un peu de cassave el le quarantieme jour 
les parents ct les amis banquetaienl au carbet, apres avoir lacere la peau du 
jialient avec des dents d agouti el lave ses plaies avec une de coclion de piment 
rxlremement forte. Au boutdc qnelques jours encore de jeune, le pere se levait, 
mais pendant six mois il ne devait manger ni oiseaux ni poissons, de peur de 
faire mal a 1 enfant (Girard de Rialle). 

L organisation polilique elait patriarcale en temps de paix ; en temps de 
guerre on choisissait le chef a 1 eleclion. Les Caraibes avaienl des armes pour 
comballre de pi es et de loin ; les premieres e taient la lance el une massue 
plate en bois coupe a vive arete. Leurs longues fleches laucees avec 1 arc ou 
les pelits traits qu ils envoyaient avec la sarbacane e taient egalement redoutables, 
parcequelous e taient empoisonnes avec le curare. On ne sail trou, meme aujour- 
d hui que celle subslance esl d un usage couranl dans nos laboratoires, par quel 
precede e!le est fabrique e ; il y a lieu de croire que les poisons des fleches des 
difie renles tribus n ont guere de commun que leur toxicite. Le docteur Jobert 
c roit que le veritable curare serail une decoction concentre e du sue de certaines 
piperacees et strychne es ; d autres lui ont attribue une origine animale. Je 
tiens de M. Proulin, e crivait Cl. Bernard en 1856, qu a ccrlaines epoques de 
fannee les Indiens vont a la chasse aux crapauds. Us sont armes de longues 
brochetles avec lesquelles ils transpercent les crapauds a mesure qu ils les 
rencontrent ; ils en chargent quelquefois aussi plusieurs brochettes. Quand la 
chasse est finie, ils exposent celles-ci aulour d un feu qui ne doit pas rotir les 
crapauds, mais determiner seulement une excitation sous 1 influence de Jaquelle 
la peau secrete une humeur qu on ramasse avec de petits couteaux de bois et 
jui se conserve dans de petits pots. 

Les dards qu on vent alors empoisonner sont trempes dans ce jus de crapaud 
et mis a se cher au soleil en fixant leur extremile non effilee dans des bou- 
lettes de terre glaise. Ce venin a les memes proprietes que le curare ordi 
naire. M. Proulin dit que les Indiens se conservent des fleches ainsi pre parees 
pour luer les singes dont ils sont tres-friands, et qu ils mangent ensuite s*ms 
inconvenient. 



ADDENDA. H9 

Les fleches empoisonnees elaient des armes de chasse et de guerre ; il est sin- 
gulier que ceux qui lesemployaient n aient jamais essaye de conjurer leurs pro- 
prietes dangereuses ; les serpents venimeux pullulent dans lesforets de la Guyane. 
On a des recettes parfois efficaces pour altenucr ou faire disparailre les effets 
de leurs morsures ; le poison des Heches inspirait une terrcur suporstitieuse 
telle que personne ne songea a se defendre centre lui. 

Un jour unlndien arrowak, dit \Valterton, raconta I histoire affligeante de 
ce qui etait arrive a un de ses camarades, il avail ele temoin de samort. Comme 
cet ludicn n avait aucun interet a nous dire un mensonge, il est tres-probable 
que sa relation e tait vraie. Dans ce cas, il seiublerait qu iln y a aucun antidote 
sur Icquel on puisse compter, car des qu il fut blesse 1 lndien abandonna tout 
espoir de conserver sa vie. 

L Indien arrowak nous dit qu il y avait a peine quatre ans que lui etson com- 
pagnon parcouraient la foret pour chercher du gibier. Ge dernier prit une fleclie 
empoisonne e et la lanca sur un singe rouge qui etait au-dessus de lui dans un 
arbre. Le coup etait presque perpencliculaire, la fleche manqua le singe et en 
retombant frappa 1 Indien au bras un peu au-dcssus du coude. II i ut couvaincu 
que tout etait lini pour lui. Jamais, dit-il a son camarade d nne voix entre- 
coupe e et regardant son arc pendant qu il parlait, jamais je ne bauderai plus 
cet arc. Ayant dit ces mots, il ota la petite boite de bambou contenant le 
poison qui etait suspendue a son e paule et, 1 ayant mise a terre avec son arc et 
ses fleches, il s etendit aupres, dit adieu a son compagnon et cessa dc parler pour 
toujours )> (Gl. Bernard). 

Leterritoire desCaraibes s e tend bien au dcla de la Guyane et de la Golombie. 
Des peuples considered longtemps comme dil ierents des premiers parlent des 
dialectes qui se rapprochent a tel point de 1 ancien idiome des Petites Antilles 
que les Portugais du Bresil 1 ont appele la langite commune. Si ce trait de 
ressemblance etait isole, on pourrait comrne les anciens ethnographes le laisser 
de cote et supposer une invasion a la suite de laquelle les vainqucurs ont 
impose leur idiome. Au sei/ieme siccle on- trouvait, au voisinage de Santa-Fe 
de Bogota, des missions composees exclusivement d indigenes dans lesquelles 
on ne comprenait plus que 1 espagnol ; les catechumenes se servaient entre 
eux de la langue de leurs maitres. Mais il y a taut de ressemblances phy 
siques, tant de traits de moeurs communs, qu il est impossible de voir la une 
coincidence. 

Les indigenes du Bresil appeles Taupis, ceux du Paraguay, les Guaranis, sont a 
tons points de vue des Caraibes. Leurs tribus sont si nombreuses qu il nous est 
impossible de les passer meme sornmairement en revue ; nous nous bornerons 
a deux d entre elles, les Botocudos et les Chiquilos, etudies dans ces derniers 
temps, surtoutpar MM. les docteurs Marius Bey ct Thouar. 

Les Botocudos doivent leur nom a un ornement incruste dans la levre infe - 
rieure et appele par les Portugais botoque (petite bonde). Ce sont les descendants 
de ces ennemis acharnes des colons qu on appelait les Aymares et dont Soarez de 
Souza et Jean de Lery ont donne autrefois de bonnes descriptions. Au com 
mencement du siecle ils occupaient un territoire borne au nord par lerio Pardo, 
au sud par le rio Dou, a Test et a 1 ouest par les deux provinces bresiliennes 
Spiritu Santo et de Serra de Espinshafao. 

D apres Maximilien deNeuwied qui les a le premier bien observes de 1815 
a 1817, il n existait alors de leurs ancetres que quelques vieillards appeles 



150 ADDENDA. 

Ghirins, etablis dans une cotonie de, Tapi ou Itapi. Ces sauvages s appelaient 

eux-memes Engerckmuny ou Crecmung et chacune de leurs trihus avail un 

nom particulier ; ils elaient nomades, leurs demeures, toujours provisoires, 

n etaient que des huttes de branchages hautes de quatre pieds; ils vivaient de 

clvasse, de peche et de fruits sauvages ; ils etaient nus, a peine les hornmes se 

couvraient-ils 1 extremite de la verge avec un nueud de taquara, hommes et 

f emmes se coupaient les cheveux tres-courts avec un eclat de taquara (bainbou) 

on un morceau de cristal, jusqu a ne laisser quelquefois qu une sorte de calotte 

au sommet du crane, et ils s epilaient le visage et le corps. Us n avaient d autre 

Industrie que celle des fleches, des arcs et des sacs tresses avec des fibres vege- 

tales tres-resistantes, qu ils ornaient de diffeientes couleurs. Comme tous les 

sauvages, ils obtenaient du feu au moyen du frottement de deux morceaux de 

bois, et i aisaient cuire leurs aliments sans ustensiles. Ils etaient polygames ; un 

^rnie du bien et un genie dumal, la crainte du tonnerre, sans aucuu culte exte- 

rieur, c elaient la toutes leurs croyances religieuses. Cependant ils enterraient 

leurs morts et de"posaient sur la tombe un roseau plein d eau et d aliments; ils 

sYloignaient du reste aussitot de 1 endroit funebre, surtout si le defunt etait un 

vieillard qui dans leurs croyances se transforme en jaguar, le seul fauve dan- 

;j,<Teux des forets bresiliennes (Marius Pey). 

Les Botocudos actnels sont les descendants de ce peuple; quehjues-uns ont 
perdu leurs habitudes nomades, sont en commerce journalier avec les colons et 
n en sont pas beaucoup plus civilises. L interessant travail du docteur Rev ren- 
lerme des mensurations craniometriques nombreuses. Elies demontrent queees 
sauvages n apparliennent point, comme on 1 a dit, a une race unique purement 
dolichocephale; qu il y a parmi eux des variations nombreuses dans 1 indice 
rephalique et les caracteres morphologiques du crane. 

Leur etat social si degrade les a de tout temps fait considerer comme la 
population primitive du Bresil. Un crane decouvert par le docteur Lund dans 
la caravane de Lagoa Santa, et que sa presence au milieu d especes animates 
ctcintes ferait remonter d apres ce savant a trois mille ans, vient a 1 appui de 
cette opinion. MM. de Lacerda et Peixoto, qui 1 ont etudie dans le memoire 
deja cite, lui ont trouve un iudice cephalique de 69,72, un indice nasal de 
53,55 et une capacite de io cc ,88. Ces auteurs distingues conoluent que la 
race primitive du Bresil etait dolichocephale et que les Botocudos sont de toutes 
les races actuelles celle qui s en rapproche le plus. L elevation quelquefois assez 
grande du chilfre de 1 indice ce phalique indiquerait leur melange avflc d autres 
races differentes. Tous les autres indigenes bresiliens dont nous avons pvi 
examiner les cranes au Museum ont en effet un indice cephalique tres-eleve et 
sont en general mesaticephales. 

Les lineaments principaux des Bolocudos se rapprochent tellement de ce que 
nous avons vu chez les Caraibes du Nord qu il nous parait superflu de douner 
ici une description qui ne serait le plus souvent qu une reproduction. Leurs 
maladies ont etc mieux etudie es que celles des autres peuples de meme race. La 
rougeole fait chez eux de serieux ravages, on croitque sa gravite tient a Ja mau- 
vaise hygiene des malades qui se plongent dans les cours d eau en pleine eruption; 
Lopez de Gomara a deja dit Ja meme chose a propos des Mexicains. Les autres 
affections qui sevissent le plus cruellement parmi ces pauvres gens sont les 
fievres palustres a forme pernicieuse, et les maladies de poitrine produites par 
les changements brusques de temperature. 



ADDENDA. 

II n est pas douteux, dit 1 auteur deja cile\ que cette peuplade marche 
rapidemcnt vers son extinction ; tout y contribue, jusqu aux guerres que se font 
entre elles les tribus les moins sauvages. 

Nous ne saurions mieux faire, pour donner une boine ide*e des Chiriguanos, 
que de citer une lettre adressee par M. A. Thouar a la Societe de ge ographie : 

a La tribu des Indiens Chiriguanos compte environ 7000 a 8000 individus 
presque entierement soumis a la civilisation. Elle s etend du 19 e au 22 e degre 
de latitude sud, tout le long de la Cordillere de Machareti, et est limitee a Test 
par le 64 e degre de longitude ouest de Paris. 

Le type masculin est caracterise par les particularity suivantes : la taille est 
petite, elle oscille entre l m ,55 et I" 1 , 60, chiffre maximum. Les yeux sont petils, 
a la japonaise ; la barbe est assez rare, et le peu qu ils en out, ils 1 arrachent 
a 1 aide d un petit instrument special, de telle sorle que la face serait absolu- 
ment glabre, n etaicnt les sourcilset les cils qui sont egalement peu fournis. Les 
narines sont larges et en 1 air ; la bouclie est moyenne. Les cheveux sont noirs 
et longs, ils sont enroules autour de la tete et retenus par un mouchoir. Les 
piedsetles mains sont petits; lespommeltes des joues sont colorees avec Yachote, 
Yonote on le curuau. Les homines vont nus jusqu a la ceinture, laquellc est 
protegee par un tablier de cuir on une serviette de colon. Leur peau est couleur 
terre de Sienne claire. Enfin ils portent a la levre inferieure un ornement appele 
tembeta, sur lequel nous reviendrons lout a 1 heure. 

Le type des femmes ne differe pas de celui des hommes. Elles ont, presque 
toutes, les joues, les cils el le froul peints en rouge avec Vachole. Leur costume 
se compose d une sorte de chemise bleue en colon, qu elles nouenl a la ceinture 
ou qu elles arretent aux epaules par deux longues epines. 

Elles n onl, pour lout autre oniement, qu un collier dont les grains sont 
forme s de coquillagcs fluviatiles du Pilcomayo. 

La femme accouche avec la plus grande facilite . Quand elle est delivree, 
on lui serre le vcntre fortement avec une corde et on la couche sur un lit 
de sable, bouche en bas. Le pere et les enfants se mettent aussitot au lit 
et observcnt un jeune rigoureux qui dure, pour le pere. environ neuf a dix 
jours, et pour les enfants, deux ou trois jours. Pendant ce temps, le pere ne 
peut ni boire de chicha, celle liqueur fermentee cliere aux Indiens, ni 
assister aux fetes, ni coupcr le bois, etc., car, s il enetnit autrement, disent-ils, 
le nouveau-ne mourrait. La femme se leve environ sept a huit jours apres sa 
de livrance. 

Si 1 eiifant nait difforme, les parents le tuent ou 1 enterrent vivant; si 
la mere accouche de plusieurs enfants, ils n en gardenl qu un et tuent les 
aulres, a moins que la mere ne s y oppose formellement, ce qui est rare. Si 
le pere de 1 enfant sait tuer le tigre, ses enfants sont reputes devoir naitre 
forts... 

La tembeta, dont nous parlions tout a 1 heure, estun ornement que les Indiens 
portent enchasse dans la levre inferieure des I age de six a sept ans. 11 se com 
pose d un bouton circulaire dont le diametre varie entre celui d une piece de 
1 franc et celui d une piece de 5 francs en argent. II a pour base une plaque de 
me tal, generalement deplomb, large de 1 centimetre et longue de 2 cen 
timetres 1/2. Voici, du reste, 1 operation que la tembela exige : quand 1 enfant 
male alteinl I age que nous venons d indiquer, on le prepare a 1 operation par 
un jeune de plusieurs jours, Puis on appelle un brujo, sorte de medecin et sorcier. 



152 ADDENDA. 

II couche 1 enfant a terre sur le dos et avec un ill qui va du liaut de la tete en 
passant au milieu du front et du ncz il determine 1 endroit ou il percera la 
levre inferieure. Aliens , dit-il, il est temps que tu sois homme. Tu asjoue 
suftisamment, et des maintenant tu dcvras travailler, faire la guerre, vaincre 
tes ennemis. Tu ne pleureras pas, car tu me prouverais que tu n es pas encore 
un homme, et tu ne dois plus dire, comme les guaguas (les Giles), hum, hum, 
mais bien, comme nous, laa, taa. 

Apres cet exorde, il lui perce la levre au moyen d une come de chevre aigue 
bien effilee ; 1 enfant ne dit rien et ne fait pas un geste. Puis il introduit une 
petite paille dans la plaic, aiin qu elle ne se referme pas, et, tous les jours, on 
la retourne en tous sens, et, quand la blessureest guerie laissant une ouverture 
sut tisante, on place la tembeta dont on augmente peu a peu les dimensions. Le 
plus generalement elle ne depasse pas celle d une piece de 1 1 ranc; parfois 
cependant son diarnelre atteint edui d une piece de 5 francs. La tembeta 
represente la virilite et la nationalile des Indiens Chiriguanos ; pour rien an 
monde ils ne s en sepureraient. 

Une autre marque encore de virilite consiste, pour ces tribus, a laisser croitre 
les cheveux que, sous aucun pretexte, ils ne se feraient couper. Us les laissent 
tomber en avant, sur le front, jusqu a la hauteur des sourcils. 

Quand 1 lndienne est devenue nubile, les parents la couchent dans un liamac 
suspendu au point le plus eleve de la case et la laissenl ainsi trois jours ettrois 
nuits, sans autre aliment qu un peu de nun s bouilli (mote), qu ils lui donnont 
dnujiio jour vrrs les quatre heures. Personne ne pent ni 1 approeher, ni lui 
parlor ; la mere ou la grand mere ont seules acces aupres d elle, et quand elles 
la descendent du hamacpour les besoinsnaturels, elles prennent les precautions 
et les soins les plus exageres pour cviter que, dans leur imagination, elle ne 
miirche sur le boyrusu (grand serpent qui, au dire de la tribu, 1 avalcrait) ou 
sur des excrements de poule ou de chien, ce qui lui occasionncrait des plaies, 
des tumours, etc., aux seins. Lc troisieme jour des regies, elles la dependent 
et la font asseoir dans un coin de la case, entouree d un treillis de roseaux. Elles 
lui coupent les cheveux aussi ras que possible, contrairement aux hommes 
qui les portent dans Unite leur longueur, ainsi que nous I avons dit plus haul, 
et la tote tourne e dans Tangle. Enh n des ce moment la jeune Indienue ne 
doit ni parler, ni manger autre chose qu un peu de mais vers quatre heures du 
soir, et jamais ni poisson, ni viande d aucune sorte, et ceci pendant 1 espace 
d une anuee. Cependant vers les derniers rnois ses parents deviennent un peu 
moins rigides a son egard... 

Ceaucoup d entre elles succombent a ce rigorisme barbare et sortent, amaigries 
et malades, d un aussi long jeune. 

L anneo e coulee, la jeune fille est considered comme e tant en age de se marier. 
Lorsque celui qui a 1 intention de 1 epouser a e te agree par ses parents, apres 
main tes formalites de demande sur lesquelles M. Thouar s etend assez longue- 
ment dans sa lettre, il penetre dans la case, se couche aussitot avec sa Gancee, 
et le mariage est fait, indissoluble sans autre ce remonie. Le mari vit desor- 
mais dans la famille de 1 Indienne. Neanmoins tout homme peut avoir trois 
ou quatre femmes, mais la premiere a plus de droit de consideration que les 
autres... 

Quand 1 Indien Chiriguano est malade, il appclle un brujo, pour le delivrer 
dc son mal ou brujeria. S il souffre d une douleur, le brujo souffle sur la 



ADDENDA. 

partie malade et suce pendant quelques instants jusqu a ce qu il ait extirpe 
la brujeria, qu il represents soil par un morceau cle bois, soit par une petite 
pierre, soit par tout autre objet, de petite dimension, qu il a eu soin de dis- 
simuler dans sa bouche ou dans 1 une de ses mains. Si, malgre tout, le malade 
meurt, le brujo declare qu un de ses confreres qui lui est contraire, qui lui 
veut du mal, 1 a vaincu. 

Quand 1 Indien eprouve des douleurs dans les membres inferieurs ou qu il 
est fatigue d une longue marche, il se fait lui-meme, avec un fragment de vcrre, 
de longues entailles sur le genou, mais peu profondes... 

Quand le Gluriguano est sur le point de mourir, ses parents et ses amis se 
reunissent dans sa case. Us lui prodiguent alors des caresses, lui passent les 
mains sur les yeux, les joues, le menton, et au moment ou il vient de rendre le 
dernier soupir sa femme pousse un grand cri que les assistants repetent a 
1 envi, et tous pleurent. Le mort est immediatement enseveli dans ses vetements, 
apres avoir ele peigne et lave. Puis on lui rompt la colonne vertebrale et on lui 
attache les jambes contre le corps replie sur Jui-meme, apres quoi on le place 
au milieu de la piece. La il est d nutant plus pleure et veille que sa situation 
dans la tribu etait plus elevee, et pendant tout cc temps le jeiine le plus rigou- 
reux, le plus absolu, est observe par cbacun des membres de la iamillc et de ses 
amis. La moindre duree du jeune est de trois jours et trois units conse cutil s. 
Les enfants eux-memes sont, pendant ce temps, tenus couches sur des lits ou 
cadres en roseaux et prives d aliments et de boissons. 

Enfin la veneration du defunt s affirme par la profondeur de la fosse dans 
laquelle il doit etre en terre. Cette fosse, de forme circulaire, generalement pro- 
fondo de 4 a 6 metres, est creusee dans la case meme, pres d un mur. La veuve, 
ayant fendu en deux, transversalement par le milieu, le grand vase de terre, 
appele yambui, qui lui servait a iabriquer la chicha, vase haul de 70 a 80 cen 
timetres et d un diametre de 25 a 50 centimetres au niveau de son orifice, on 
place la partie inferieure du yambui dans la fosse, on y depose le corps du defunt, 
de facon a lui servir de cercueil, puis on place au-dessus de lui la partie supe- 
rieure du vase. La fosse est ensuite comblee, la terre tasse e, puis tous, parents, 
enfants, amis, se precipitent en courant vcrs le rio le plus proche, s y baignent 
et y lavent tout ce qui a appartenu a celui qui vient de mourir. Us reviennent 
ensuite a la case, s assoient autour de la sepulture, coupent les cheveux a la 
veuve aussi courts que possible et les jettent sur la fosse. La veuve s agenouille 
alors, pleure et crache jusqu a ce que toute la surface de la terre fraichement 
remuee s imbibe de ses larmes et de sa salive. Puis elle se couvre la tete de 
vieilles guenilles, affirmant ainsi son deuil qui dure une annee au moins, pen 
dant laquelle elle ne pent se remarier, sous peine d etre me prisee ou deconsi- 
deree par tous les membres de la tribu. Mais il n en est plus ainsi a 1 expiration 
de son deuil ; le mariage lui est alors permis. Si elle a, de son premier mari, 
des enfants males, elles les remet a ses parents; si elle a des filles, elle les garde, 
souvent le nouvel epoux ne se mariant avcc la mere que dans 1 espoir d e pouser 
la fille, et quelquefois le meme jour il se marie avec toutes deux. IJuant a la 
veuve qui a des enfants maries, elle ne se remarie pas. 

Avant de quitter les Gara ibes pour les peuples de la Pampa, nous nous arre- 
terons un instant sur un episode interessant 1 histoire des titablissements des 
Jesuites au Paraguay. 

<( Une petite commnnaute sans secours et presque sans moyens s en alia 



154 ADDEMBA. 

vers un peuple sauvage, plein de haine et d amertume centre les blancs, qui 
avail deja secoue plusieurs fois le joug qu onfaisait peser sur lui ; ils surent par 
des moyens paisibles adoucir et discipliner ce peuple, de telle sorte qu il 
se soumit sans resistance a une direction etrangere ; de plus les Jesuites 
creerent une puissance qui sembla un danger pour les possessions espagnoles, 
a tel point qu on dut en arreler le developpement par la force des arraes 
(Waitz). 

Les choses avaient commence modestement ; les premiers e tablissements 
furent fondes en 1610, pres de I emboucbure du Parana a Loreto et a San 
Ignacio. Les Guaranis etaient mal disposes a cause des razzias d esclaves faites 
chaque annee dans leur pays. Les nouveaux venus prirent leur defense, les 
atliierent par des promesses et de petits presents, de sorle qu ils consentirent 
a se fixer. Les colons virent la chose d un mauvais ceil; toute tentative pour 
amoliorer la situation des Indiens leur paraissait un attentat centre leur pro- 
|n n le, presque un crime de haute trahison. Les obstacles n ont jamais de cou- 
rage la Compagnie de Jesus; il est inutile d entrer en guerre ouverte avec elle, 
clle se dissimule, s efface et marche d autant plus surement vers son but qu on 
la voit moins. l.os missions dc Loreto et de San Ignacio fureut ravagees, les 
I I TCS s enliiirrnt vers le Sud, en fonderent de nouvelles en meme temps 
qu ils firent travailler encrgiquement ducote de la Cour d Espagne. Une ordon- 
nancr royale de 1651 permetlait aux convertis diriges par eux 1 usage des 
anno ;i I m. Cette ibis 1 exislcnce des etablissements etait assurec; les Jesuites 
avaient IHMU s annoucer comme des messagers de paix et de la bonne nou- 
velle, recommander la soumission aux volontes de la Providence, ils avaienttrop 
d intelligence el d espril pratique pour ne pas voir qu en presence de sauvages 
batailleurs, de colons sans scrupules, la resignation chretienne n aboutirait a 
rien; ils se firent instructeurs militaires, officiers du genie, fondeurs. Cliaque 
village cut sa compagnie d infanteric et son escadron de cavalerie que com- 
mandaient des capitaines nommes par eux; on coula des canons, on fabriqua 
de la poudre et des fusils ; cbaque fois que des expeditions esclavagistes orga- 
nise espar les planteurs s approcherent, elles furent recues a coup de mousquet. 
La disposition des missions etait a peu pres celle que nous avons vue en Cali- 
fornie : cbacune ibrmait une commune autonome gouvernee par un corre gidor, 
un regidor ct un alcade subordonnes aux Reverends Peres. Ceux-ci tenaient 
les fils de tout, avaient le dernier mot en toutes choses ; mais ils se gardaient 
d aliaiblir leur prestige pur un commerce familier avec leurs ouailles. Cbaque 
village etait dirige par un cure, qui etait quelquefois aide dans ses travaux 
par un vicaire appartenant toujonrs a 1 ordre. Ge cure ne se montrait aux 
eatechumenes que dans les circonstances importantes ; on le voyait dans les 
occasions ou il remplissait les fonclions qui lui avaient e te confiees, ou lors 
des fetes parliculieres ; alors il occupait le premier rang. Mais, d un autre cote, 
ses sub-dele gues exercaient une active surveillance sur tout ce qui pouvait 
ajouter au bien-etre general. 

Les missions etaient en re alite des communes comparables a celles qui 
existent de nos jours aux Etats-Unis et que M. de Norsdorf a si bien etudie es. 
Les conventions primordiales, ou plutot les regies d apres lesquelles les Je 
suites avaient fonde leurs etablissements, semblent avoir ete les suivantes : 
Pas de propriete individuelle, ni richesse, ni misere, une mediocrite tolerable ; 
c est 1 ideal de loutes les ecoles socialistes, qu elles reposent sur des bases 



ADDENDA 



155 



chretiennes ou pretendues rationnelles. Au point de vue intellectual, meme 
uniformite; un Indien devait avoir des notions suffisantes, mais pas trop eten- 
dues, sur sa religion; qu il priat, frequentat 1 eglise, c etait tout ce qu il 
t allait; il n etait nullement necessaire de parler a ces pauvres sauvages des 
points controversies. D ailleurs les Peres traiterenl toujours en ennemis 1 ima- 
ginalion et I initiative; ils en admirent juste la quantite necessaire pour que 
chacun s acquittat de sa tache. Plus tard, on sentit le besoin de modifier 1 etat 
de choses primitif ; on accorda a chaque famille une petite propriete qu elle 
avail le droit de cultiver pendant le temps qui n appartenait pas a la mission, 
c est-a-dire les trois derniers jours de la semaine. Les produits des territoires 
communs s entassaient dans les magasins et on les envoyait en temps opportun 
aux ports de la cote ; lorsque certains d entre eux etaient fermes par mesure 
douaniere, on traitait aisement avec d autres. Pendant tout le dix-septieme siecle 
et une partie du dix-huitieme les missions eurent presque le monopole du com 
merce du the et des cuirs du Paraguay. 

Les benefices immenses qu il produisait n etaient point verses dans les caisses 
publiques, mais dans celles de la Compagnie; I evangelisation des Guaranis 
avail ete pour elle une excellente affaire. En somme, vie reglee, sans soucis, 
sans nobles aspirations et dont 1 uniformile n etait interrompue que par les 
pompes du culle catliolique. Les fetes importantes ne se passaient point sans 
elre celebrees dans chaque bourgade ; alors les corteges brillants, les evolutions 
militaires, la musique, les danses, rompaient la monolonie de la vie habituelle; 
c elait un grand moyen d iafluence sur les habitants a qui d ailleurs elles 
rappelaient les antiques fetes au milieu des forets (Waitz). 

Plus les missions furent florissantes, plus 1 animadversion des colons 
augmenta; les produits de ces etablissements faisaient aux leurs une rude 
concurrence. Pen a pcu leurs plaintes perdirent le caractere egoiste et mer 
cantile; on attaqua les Jesuites dans leur but, dans leurs moyens; on les 
accusa d hypocrisie et d avarice. Ibanez, chasse de la Compagnie, fut un de 
ses plus serieux ennemis. Vos conversions, disait-il, ne sont que pures 
comedies; vous apprenez le Pater aux Indiens, vous les conduisez tambour 
baltant a la communion, mais vous ne formez ni leur coeur, ni leur esprit. 
Au dehors ce sont d excellents chreliens ; en rualite, ils pensent, jugent comme 
les autres sauvages, dont ils n ont ni le courage, ni la generosite ; la discipline 
de fer, la contrainte perpetuelle qui ne leur permet meme pas de regler 
J ordre de leurs occupations, est le pire des jougs. Yos missions n ont servi 
qu a creer des machines animees qui travaillent pour votre compte et remplis- 
sent vos coffres. 

Des 1715, il y avail dans 1 Amerique espagnole tout un parti hostile aux 
Jesuites. Un certain Antiguera chassa le gouverneur regulier, se mil a sa place, 
marcha contre les reductions et battit leurs milices. II fut desavoue par le 
vice-roi du Perou, poursuivi, pris, exe cute a Lima en 1751. Apres sa tenta 
tive, vinrent celles des communistes ; les Jesuites I emporterent encore. Plus 
tard, Ferdinand VI cede les reductions au Portugal contre une compensation 
territoriale. Jamais peut-etre la diplomatic du Gesu ne se montra plus insi- 
nuante, moins scrupuleuse, plus riche en expedients. Pour eluder les conse 
quences du Iraile, on alia jusqu a dresser une fausse carte du pays et, quand 
tous les moyens dilatoires eurent ete employes, on cut recours aux armes; ces 
precedes reussirent si bien qu en 1750 Charles III denonca le traite signe par 



15G ADDENDA. 

son pere et les reductions demeurerent dans le statu quo. La puissance des 
Jesuiles au Paraguay nc linit iju i leur suppression en 1767. 

Comme on pouvait s y atleudre, le sort des Indiens devint encore plus mal- 
heureux. Lcs missions 1 urent regies par un gouverncur et trois intendants; a la 
tete de chaque village on mil un administrate!!! 1 et deux pretres au-dessous 
desqucls se trouvaient les magistrals indigenes. II n y avail rien de change en 
apparenee, mais il est toujours dangereux de translbrmcr les institutions des 
Jesuites ; ce sont des instruments qu cux seuls peuvent i aire fonclionner; chaque 
fois que le pouvoir seculier a voulu s en servir il les a fausses et detruits. Les 
communes elirelienncs du Paraguay perirent sous les exactions defonctionnaires 
qui n avaient point la it voeu de pauvrete, de chastete et d obedience; qui 
n avaiL iil d aulre regie qu unc conscience souvent absente et 1 aulorite royale 
insignifiante dans ce? regions. 

Les ivsullats obtenus par les Jesuites etaicnt merveilleux ; ils avaient fixe 
des saiiNa.-o. Icnr avaienl domie une prosperile mate rielle qu auraient enviee 
lueii des cites du vienx imiuilc; ancune des plaies qui font le desespoir des 
ecoiiiiiiiisies i-i tics philanthropes n etait connue dans les reductions; il u y 
;i\,nl in proletariat, ni paupe risme. Cette societe creee sur un sol vierge, 
d apivs un s\>ir-nic pivcuiicu suivi avec une merveilleuse logique, etait-elle 
\raiiiii-nt viable / Sa tlispai ition 1 ut-elle 1 efl et de circonslances accidentelles? 
II rsi permis d eu douler. Le neophyte etait un esclave dirige par une puis 
sance inconuue tlunt les agents avaient pour formule le perinde ac cadaver. 
Voila la tare organiqne des missions; elles eurent toujours une complexion si 
che tive que leurs mailres dureut les de fendre avec un soin rigoureux contre le 
moindre souffle dc progres. Personne n avait le droit d y penetrer : quand 
un etranger, meme un Ibnctionnaire, y venait, un Pere s attachait a ses pas 
et ne le quittait qu a son depart. On avail appris a ecrire a certains neo 
phytes, pen savaient lire. Toute tentative pour etudier 1 espagnol etait punie 
comme une faute grave ; ( absence de preoccupation de la vie materielle ne 
fut pas suffisante pour empecher de sentir la servitude. Un e crivain catho- 
liijue est oblige d avoucr que les Jesuites se cre erent surtout des partisans 
lorsqu une seconde generation fut ne e, parce qu elle avail perdu le souvenir 
de 1 independance. 

Dolla, qui a vu les Guaranis chretiens, moinsde quinze ans apres la chule des 
missions, en a laisse un lableau pen flalle. 

c Ces gens, dit-il, manquenl de gout non-seulement dans les travaux qu ils 
font pour la commune, mais dans ceux qu ils font pour eux-memes ; comme ils 
ne comprenuent pas 1 espagnol, il est impossible de rien leur apprendre. Ils 
ont de 1 aptitude pour le commerce, mais on les trompe aisement parce qu ils 
n ont aucune idee de la valeur des choses. Ils obeissent ponctuellement a leurs 
superieurs, sont ambitieux et sensibles aux outrages, mais ils ont un sentiment 
peu prononce dc 1 honneur moral. Ils se montrenl nus sans honte les uns devant 
les autres, sont ivrognes, font peu de cas de la vertu des femmes qu ils 
regardent comme des etres d espece inferieure. Leur moindre souci. c est 
d elever leuis enfants et d acquerir la fortune. 

Au dela des Guaranis, les pampas de 1 Amerique du Sud sont habitees par des 
peuples a caracteres mal definis ; chasseurs des vigognes et des nandous, pillards 
feroces, qui devaslent periodiquement les riches haciendas de 1 Uruguay et du 
Penni; gens sans bravonre qui ne sont guere phis avances dans 1 echelle de la 



ADDENDA. 

civilisation que les Indiens de la partie septenlrionale de 1 Amerique du IVord ; 
leur seule qualite est peut-etre leur habilete a lancer le bola ou le lasso. Les 
principales de ces nations sont les Charuas de I Uruguay, les Tolas, les Mata- 
(fuayus, les Abipons, les Pueleches, les Teknelches ou Patagom, enfin les 
Araucans. 

2 Fuegiens. Tout au Sud du continent, dans cette ile que les pre 
miers navigaleurs espagnols appelerent la Tierra de fuego, se Irouve une 
population miserable dont on a \u des specimens il y a quelques anne es au 
Jardin d Acclimatation ; les Fuegiens viennent de la terre ferme, mais le 
milieu dans lequel ils vivent a imprimd a leurs caracteres des modifications 
telles qu il est difficile de dire s ils descendent des Araucans, des Patagons 
ou d une race plus ancienne. Vivant sous un ciel inclement, sur un sol ingrat, 
ce penple n a sti, dans sa lutle pour [ existence, perfectionner ni ses moyens 
d attaque ni ses moyens de defense. A pen pres nu, il en est encore pour 
la confection de ses armes a 1 age de la pierre taillee. Le Fuegien est si peu 
habile pour se procurer du feu qu une de ses grandes preoccupations est 
de conserver celui qu il a : en cbangeant de campement, il a soin de garder 
des tisons allumes ou quelques charbons ardenls soigneusement rccouverts au 
fond de sa barque. 

Ses capacites intellectuellessont rudimentaires ; il imite, reproduit mot pour 
mot une pbrase francaise ou anglaise qu il vient d entendrc, en garde meme 
un certain temps le souvenir. Cette faculte, la premiere qui se developpe, parait 
a peu pres isolee chez le Fuegien ; ni 1 intelligence ni le jugement ne sont 
arrives a un degre serieux. 

Geux de nos lecteurs, dit M. Bertillon, qui out vu en 1880 1 exhibition des 
Fuegiens au Jardin d Acclimatation, ontcertainementremarque le soin avec lequel 
ils entretenaient les feux dans leur cantonnement, et pourtant la temperature 
dc notre automne ne devait pas sembler rigoureusc a ces sauvages qui peuvent 
braver le froid comme les animaux de 1 hiver . 

11 n y a point d organisation sociale proprement dite ; la polygamie est large- 
ment pratiquee et la femme est esclave; en mer c est elle qui pagaye, a terre 
elle entrctient le feu et batit la hutte. 

L alimentation,purementanimale, se compose depoisson et d oiseaux de mer; 
les Fuegiens ne savent pas faire de provisions, aussi cbaque annee souffrent-ils 
de famines epouvanlables lorsque la chasse ou la peche donnent peu ; dans ce 
cas, ils deviennent anthropopbages par necessite et mangent les vieilles femmes, 
meme avant les chiens. On demandait a un jeune indigene pourquoi cette 
preference. Les cbiens, repondit-il, allrapent les loutres, et les vieilles femmes 
n en attrapent pas. 

Puis il raconta comment on les etouffait en leur maintenant la tete au- 
dessus du feu. 11 riait en imitant les mouvemcnts des victimes et en indiquant 
les parties du corps qu il considerait comme les meilleures (A. B.). 

r Peruviens. Suivons en remontant vers le nord la cote du Pacifique : nous 
arrivons aux territoires qui. a 1 epoque dc Pizarre, etaient plus ou moins soumis 
a 1 autorite des Incas; le Perou representait un ilot civilise. 

Par malheur, 1 histoire de ses babitants est moins precise encore que celle 
des Aztecs : nous ne les connaissons que par Balboa et Garcilasso de la Ye n a. 
Balboa y vecut vingt ans, de 1566 a 1586 ; son livre est impartial, malheureu- 
sement il est rempli d incortitudes et d erreurs. Celni de Garcilasso ne vaut pas 



158 ADDENDA. 

mieux ; cet homme, qui appartenait a la dynastie royale, povta de tres-bonne 
heure ombrage anx gouverneurs du pays, il fut exile a \ 7 alladolid; c est la qu il 
ecrivit a soixante ans, la qu il mourut. 

Son histoire n est d un bout a 1 autre qu un panegyrique des Incas; ja- 
mais ceux-ci n ont ete vaincus, ils n ont point conquis les territoires, les peu- 
plcs, se sont donnes a enx subjugues par 1 altrait d une administration pa- 
ternelle. 

Voici comment les legendes nationales expliquent la fondation de la puissance 
peruvienne : Manco-Gapac et ses quatre freres, tous fits du Soleil, seraient 
apparus au voisinage du lac Titicaca; ils y auraient trouve des hommcs 
barbus, a pi au plus blanche que la leui , qui s efforcerent deles arreter. Le pre 
mier des Incas [danta une verge d or en terre et etablit en cet endroit le centre 
de sa puissance. Ses freres se repandirent dans le pays et attirerent a euxles sau- 
vagcs des environs. Les linguistes ont reconnu parmi les Peruviens deux 
pcuplcs a idiomes differents, mais rapproches. Les Incas auraient ete les chefs 
de I IIM ilYiix rt n auraieut impose leurs institutions qu a une epoque tardive. 
l,( s Ouiclias Aymaras paraissent avoir eu pour berceau les vallees temperees 
ct nirinr a^M-/ IVoides qui forment 1 interieur des Andes, les diverses chaines 
paralleles au sierras des Cordilleres. Sur la cote de 1 ocean Pacifique vivaient 
|)cii|ilrs qui passaient pour etre differents des nations andcennes. Une race 
c. ptVlicurs, de (res-petite taille, semble avoir ete etablie au bord de la mer 
h [ii iKide quaternaire. Cette race disparut devant les Yuncas qui peuvent 
t u Miis du nord, c est-a-dire des regions de 1 equateur, mais non en tout 
cas es Andes. 

Ils occu|ierent les cbaudes vallees du Perou maritime. Ces conquerants attei- 
cnirenl, dil-on, un assez baut degre de civilisation, notamment dans les tribus 
de C.liiinos; cette civilisation differait tres-sensiblement de celle des Quichuas, 
(iui, plus tard, sous les Incas rois de Cusco, descendirent de leurs montagnes 
et soumircnt les Yuncas. 

Aussi bien la race quichua avail sans doule absorbe tous les peuples de 
1 empire incusiijuc et les avail fondus dans sa puissante unite . Seuls les Ouz- 
malas ou Col las meridionaux avaient conserve leur caractere national par 
excellence, c est-a-dire leur langue qui subsiste denos jours, mais ils etaient 
enveloppes de toutes parls par les Quichuas. Au momenl de la conquete et 
meme aujourd bui, nous Irouvons ceux-ci elablis a Quilo et au dela, au nord 
de Tequateur ; a Test ils s etendent sur les versants chauds et boises des Andes, 
dans la Mantana, et a I ouest jusqu a la mer ; ils s arretent au sud au 15 C de- 
ore de latitude sud ; la ils rencontrent les Aymaras leurs congeneres qui occu- 
penl loul le plateau jusqu au 20 e degre de latitude sud, ainsi que le versant 
occidental jusqu a la mer. Le lac de Titicaca ainsi que les provinces de I ouest 
de la Bolivie leur appartiennentdonc. Mais au sud-ouest du domaine des Aymaras 
nous relrouvons des Quichuas dans la Bolivie orientale, a Cochapamb;i, a Chu- 
quisaca, a Potosi ; ces derniers descendent meme dans le bassin du lac Plata, 
car nous les trouvons dans le Cumm.in et jusque dans la ville argentine de 
Santiago del Estero (Girard de Rialle). 

L empire des Incas n etait done point soutenu par un peuple unique assei 
puissant pour avoir impose sa religion et sa langue ; c etait plutot une agglome 
ration de petits Etats qui se trouvaient mal a 1 aise sous la plus paternelle, 
mais la plus tracassiere des dominations. Trenle-deux ans avant que Colomb 



ADDENDA. i:>! 

abordal a Tile espagnole, le pouvoir de Cusco etait encore en pleine periodc 
d expansion. En 1460, 1 Inca Tupac Yapanqui soumit les Chinchas de la cole 
gouverne s par une serie de caciques independanls. La meme annee, les conqueles 
s etendirent jusqu au Chili. Au moment de 1 arrivee de Pizarre, en 1525, le 
pouvoir etait partage entre les deux frere?, Atahualpa et Huascar, qui regnaient 
Tun a Quito, 1 aulre a Gusco. 

Les Peruviens differaienl peu des indigenes de 1 Amerique que nous avons 
vus jusqu a present. C etaient de petits hommes olivatres, massifs, a epaules 
larges, a nez aquilin et saillant, a front court et fuyant, particularite due a une 
deformation artificielle. L alimentation se composait de mais grille ou bonilli 
assaisonne avec une sorte de piment du pays ; on ne mangeait de la viandc que 
rarement dans les occasions solennelles, lorsque 1 Inca distribuait du gibier au 
peuple ; le vetementconsistait pour les deux sexes en une tunique sans col et sans 
manches et un large manteau. Les Peruviens etaient surtout agriculteurs, la 
chasse etait le privilege des grands; 1 homme du peuple n avait le droit d abatlre 
le gibier que s il venait ravager sa recolte. L orfevrei ie, la ciselure, etaient Ires- 
avancees. La sculpture bizarre de notait un gout etrange, mais non sans raffine- 
ment, aussi bien remontait-elle a une antiquite reculee, [puisque les frises et 
les bas-reliefs, pour nous prehistoriques, de Traguanaeo, denotent des autcurs 
probablement tres-anciens (G. de R.). 

Les Peruviens avaient des melodies etranges, le plus souvent graves et trisles 
qu on accompagnait au son des trompettes et du tambourin. 11s avaient des 
fables en prose, mais les poesies ne leur manquaient pas, c etait surtoul les 
e venemenls bistoriques qui en faisaient le sujet; les chants d amour, les hymnes 
mythologiques, etaient nombreux. Garcilasso en a donne deux specimens; sous 
ce rapport leurs productions les plus remarquables etaient des tragedies roulant 
sur des fails de guerre, ou des comedies relatives aux choses domestiques. Sans 
doute des formules de prieres chretiennes et le catechisme constituent les 
produiis litteraires les plus communs de la langue quechua actuelle : mais on 
trouve encore dans la bouche du peuple les vieux chants du passe. Les romances 
idylliques etaient ordinairement en vers de trois ou quatrc syllabes, le vers octo- 
syllabique s employait pour 1 eloge et la tragedie qui peignait presque toujours 
les amours malheureux . Us ne connaissaient point 1 ecriture mais conservaient 
le souvenir des evenemenls importants avec le quipo, sorte de corde dont chaque 
ncEud avail une signification. 

La religion oflicielle etait un polytheisme comparable a celui du Mexique ; le 
culte etait moins somptueux, moins barbare, il consistait surtout en offrandes 
de fleurs, de fruits, d objets sculptes : les sacrifices humains etaient rares. Les 
Peruviens embaumaient leurs morts de dignite a la maniere enplienne ; la 
conviclion relative a l immortalite de 1 ame et a une vie meilleure au pays du 
Soleil etait si bien enracine e dans 1 esprit de tout le monde, que souvent les 
veuves ne voulaienl pas survivre a leur epoux, parfois meme on les oblio-eait 
de faire un peu plus tol qu elles n auraienl voulu le voyage supreme ; a la mort 
d un Inca loules ses epouses etaient sacrifiees. Les hommes etaient doux, tran- 
quilles, soumis, reguliers dans le travail et courageux a la guerre, en revanche 
ils manquaient d initiative. La chastele des jeunes filles etait peu apprecie e; 
le consentemenl des fulurs n elait pas necessaire pour un manage; a une 
epoque donnee, les magistrals reunissaient sur la place publique de la localite 
les individus des deux sexes en age de nubilile legale (vinat-quatre ans 



160 ADDENDA. 

pour les garcons, vingl ans pour les filles), assortissaient les couples et Ics 
unissaient. 

Le caractere etait en rapport avec les institutions ; nulle part 1 Etat ne fut 
plus confondu avcc la societe ; nulle part son ingcrence ne fut plus continue. Le 
Peruvien etait une unite dans une immense collection, scs qualites comme ses 
defauts devaient disparakre d autant mieux que la loi etait severe et traitait 
comme le dernier des crimes tout ce qui pouvait nuire a 1 ordre de clioses e ta- 
bli; cct ordre etait patriarcal et aristocratique. J/Inca descendant du Soleil 
etait d une aulre race que ses sujets ; scs cnfants legitimes lui succedaient ; 
ses enfants naturels formaient la noblesse, la caste predominante. Lc souve- 
rain etait charge seul de veiller au bien-elre de son peuple : il ne recevait 
memo point comme au Mcxique rinvestiture d une classe puissante avec 
laquelle il devait compter, car il etait lui-meme le chef de la religion, lerepre- 
sentant permanent et allilre du Soleil ; aucune autocratic ne fut plus parfaite. 
Tous les ans les officiers royaux faisaient le partage des terres; cbacun rece 
vait ce qui lui etait neccssaire pour sa subsistance et celle de sa famille, puis 
1 1 avail hi I pour 1 Ktat qui le nourrissait dans les temps de disette. 11 etait 
de fcndu de changer dc metier, de sc deplacer ; le Peroti avait pourtant des 
voies larges liicn cntretenues, sur lesquelles on trouvait d immenses edifices en 
pirrrc avcc des pouts sur les Brands cours d eau. Tout cela ne servait qu aux 
courneis royaiix ct aux armees en campagne ; ccs armees etaient composees 
dc regiments d iiil anlenc distingues par Icur uniforme et leurs armes. Le 
soldal avail une lance, une massue et une hache ; les archers constituaient 
Ics troupes Icgeres; certains corps eHaient armes d ayllons, sorte de lasso qu on 
lancait dans lesjamhcs de 1 cnnemi pour 1 abattre. Les armes defensives consis- 
taient en une colic matelassee, uu bouclier et nn casque de bois. Chez ces 
soldats braves, disciplines, bien onlretenus, la desertion et le pillaga etaient 
|>unis de niort. 

Une tclle organisation brisa les ressorts dc la population et la luissa preparee 
a une auti c servitude. I izarre Irouva des allies comme Cortez en avait trouve. 
J.rs nalurels s ajicrcurcnt vile qu il y avait autre chose que le nom de change 
dans le passage du pouvoir aux Espagnols; la main de 1 Etat etait toujours la, 
mais la sollicitudc n cxislait plus ; les sanglantes querelles des conqueranls 
entre eux ne faisaient qu aggraver leur sort. 11s auraient pu se consoler peut- 
clie en voyanl que Jcurs rois n etaient pas mieux traite s : Atahualpa fut hu- 
milieet maltraite avant d etre assassine. Les odieux flibustiers qui partaient 
des Antilles voulaient donner a leurs depredations un caractere religieux ; ja- 
mais un soldat dc Cortez n eut pris pour maitresse une femme azteque, si elle 
n eut ete regulierement baptisee. Pizarre emmenait avec lui un moine arrogant 
et fanatique qui voulait a toute force convertir. Dans sa premiere entrevue 
avec Atahualpa il fit a I lnca un long discours sur la sublimite du christia- 
nisme. Qui done t a appris tout cela? lui demanda le prince. Ce livre, 
- il Jui donna sa Bible. Le roi la porta a son oreille, e couta longtemps 
et, la jetant par terre : Elle ne me (lit rien, re pondit-il. Les Espagnols 
crierent au sacrile ge, 1 injurierent, le jeterent a bas de sa liliere, le moles- 
terent de mille facons. 

Le temps des Incas lepresenta toujours pour le Peruvien une epoque heu- 
rense, et jusqu au dix-huitieme siecle 1 apparition d un rejeton authentique de 
cette famille suffit pour faira e claler de sauglantes insurrections. 



ADDENDA. 

En 1559 Manco-Capac reunit 40000 Indiens et marcha sur Cusco; sans la 
defection de plusieurs tribus, la ville etait compromise ; il est pris ef, execute; 
en 1578, son troisieme (ils est decapite par ordre du gouverneur Francisco 
Toledo. En plcin dix-lmitieme siecle, il y eut Irois Incus insurges; pour vaincre 
le dernier d entre eux, le general Valle dut ;illeii(lre des renibrts dc Buenos- 
Ayres ; 1 histoire de 1 organisation de la conqi;ete et de ( administration civile est 
la meme que celle des autres contrees de 1 Amerique espagnole. 

Au nord du Perou se trouvait une population industrieuse, les Cliibchas on 
Myscas. Us parlaient une lungue tout a fait dislincle des idiomes de la famille 
Quicha-Aymara et appartenaient, selon toute probabilite, a un groupe ililTe- 
rent du groupe penmen. Leur organisation politique, feodalc et theocralique, 
tenait le milieu entre celles du Perou el du Mexique. 

Amerique du Sud. -- BERTILLOX. Rnces sauvayes, pp. 146 et suiv. GIRARD DE RIAI.LE, 
Peuples dc r Amerique ct de VAfrique, pp. 112 et suiv. -- LE P. DUTERTRE. llistoire ginc- 
ra/e des Antilles. Paris. Til. .lolly, 1607-71, 4 vol. in-4. REV (MAKIUS). Elude m tr fes 
Botocitdos. Th. cle Paris, 1880. THOUAR. Les Indiens Cliiriyiuunos. In Gas. des ltd/nlau.r, 
1883, n 122, pp. 971-972. - - \VAITZ. Anlhropoloyie, HP C Thl, pp. 374 et suiv. IV" Th., 
pp. 552 et suiv 

V. Oceanie. 1 Polyne sie. Une race caraclcrisee, autant par sa languc 
que par son type, occupe la plus grande partie des iles reunies sous ce nom. 
William Ellis pretend qne cette population vient de I Amerique du Sud. 

Deux autres hypotheses, dont Tune deieuduc par M. de Qualrefages, \m 
assignent une origine asiatique : les uns veulent que les premieres colonies 
soient arrivees par mer, qu elles aient acquis leurs caracteres physiques et 
moraux, par suite de leur isolement ; d autres au conlraire supposent que 
1 Oceanie n e tait, a une epoque rapprochee de nous, qu un prolongement du 
continent asialique dont elle aurait ete separe e a la suite d une commotion 
tellurique, d un veritable deluge qui reduisit en un semis d iles des territoires 
continus. Un medecin de la marine francaise, le docteur Leon Brunei, qui est 
demeure cinq ans a Tahiti, a soumis, dans son excellente these (Paris, 1876), 
ces opinions a une critique serieuse et, en fin de compte, s est rallie a celle 
de M. de Qnatrefages. 

La theorie de M. W. Ellis a contre elle son invraisemblance. Sans doute, 
on a trouve entre les naturels du Perou et les Polynesiens des traits cotn- 
muns, mais il y en a egalement entre eux et les Semites de telle sorle que 
des theologiens avaient voulu faire des Peruviens des tribus perdues d Israel ; 
1 apolre des Mormons avail meme decouvert des lunettes merveilleuses avec 
lesquelles il put lire un vieux livre mysterieux revelant la noblesse originelle 
des Peaux-Houges. 

La colonisation de la Polynesie par les Gholos, pecheurs de la cote d Aine- 
rique, etait a peu pres impossible, etant donne les moyens dont ils disposaient 
et la distance qui separait leur patrie des derniers ilots oceauiens; cette dis 
tance etait de mille licues au moins. Les plus hardis bateliers sauva^es n oiit 
jamais fait de pareilles courses sans relaches. 

Quel est le marin, dit M. de Rovis, lieutenant de vaisseau, qui a na- 

vigue dix ans dans ces mers, qui voudra admettre que des pirogues aient 

pu franchir d aussi grandes distances sans but, sans moyens de dimer leur 

course? Comment auraient-elles pu charger assez de vivres el d eau pour 

DICT. EMC. y s. XV. . 



16-2 ADDENDA. 

passer seulcment quinze jours a la mer? et a supposer que la force du vent 
les out poussees au large, et les cut a jamais eloignees de leurs cotes, com 
ment eroire, en supposant qu une pareille evcntualite les ait surprises, qu ils 
aient eu une quanlite de vivres et d eau suiTisante pour effectuer un pareil 
trajet ? 

Cette objection nous parait difficile a re futer ; de plus, si Ton veut recourir 
loiiime M. Ellis aux analogies, on voit que la race polynesienne prise telle 
qu on la trouve dans Tile dc Paques, par exemple, ressemble beaucoup plus a la 
race blanche qu a la race rouge. 

La coMiiogonie ct les dogmes religieux des Polyne siens sont a peu pres les 
meines <pie eenx des Indous. On retrouve dans Tune comme dans 1 autre 
religion, uu men iiTevele, unc trinile, los dieux des eaux, du feu, du vent, 
des regions inleniales, des richesses, de la guerre, de I amour, du printemps 
el des lli iirs, du soleil et des saisons, dc la lune, des champs et des he 
ritages, du eomineiee it des voleurs. Meme similitude pour le culte, pour le 
caracleiv sacro accorde aux aniinaux, pour la doctrine des souillures et des 
purifications. 

I/argiinienl empnmte a la linguislique aphis de valeur encore; la langue 
dc la Nouvelle-Ze lande pre senie assez de ressemblance avec le Sanscrit pour 
que Itopp ail pn lenler de la lalladici au\ idiomes indo-germaniques. Or cette 
Jangiie esl. inlelli-ilile dans tonic I eiemlue de la Polynesia; I interprete tahi- 
licn dc iliuik romprcnail les habitants de la Nouvelle-Ze lande et se faisait cora- 
piemli-e d cn\. Kn KSIi .t, nil I rancais, M. I). B..., alia s eiablir a 1 ile de I aques 
cl ( innicna avec lui une femnie de Tahiti ; j ai revu depuis M. B... ; il m a 
affirme que des son arri\i c la Tahitienne avail compris la langue des naturels 
de 1 ile, (|tie Ini-meme qui parluit le malais put converser avec eux. En 1870, 
un plantcnr anglais, M. I!.... lit venir a Tahiti des indigenes de 1 ile de Paques; 
j ai | n des leiir arrivee m enteiuh e avec eux (Brunei). 

Vnici comment, d apres M. de Qualret ages, la migration se serail produite : 
A une cpoque reculee ante rieure a 1 erc chretienne, les naturels de Boura en 
plein Archipel malais auraient longe les coles de la Jlelanesie, en laissanl dans 
lespupiilalioiis autochthones des traces de leur passage; ilsreussirenla s etablir 
solidemenl dans les lies Tonga el Samoa au centre de la Polyne sie etenvoyerent 
de la des essaims peupler les iles Tahiti, Nouka-Hiva, Ila\vai ou Sandwich et 
la Nouvelle-Ze lande (Bertillon). 

On pourraitfaire acelte the orie les memes objections qu a celle de M. Ellis, 
mais entrc les points extremes entre 1 ile Borneo et les se jours les plus 
orientaux de la race polynesienne il y a des stalions si nombreuses qu il 
n esl pas necessaire de faire un effort exagere d imagination pour admeltre le 
passage de 1 une a 1 autre des llottillcs de pirogues; ce passage est singuliere- 
ment facilite par la direction des vents. A certaines epoques de 1 annee, dit 
M. Brunei, cela est aujourd hui prouve par un grand nombre d observations 
serieuses, el en particulier par celles du navire de guerre francais le Vau- 
dreuil, en 1872, les vents alises du sud-est sont remplace s par une mousson 
d ouest qui permel de parcourir d assez grandes dislances a Test. Au point de 
vue des migrations maritimes hindoueset malaises cette mousson a une impor 
tance considerable, c est sur son parcours que sont seme es presque toutes les 
iles dc la Polynesie; les distances qui separenl le continent asiatique de la 
Malaisie, celle-ci des premiers archipels polyne siens et ces derniers les uns 



ADDENDA. 165 

des autres, ne sont pas tres-grandes, 60, 80 lieues, et souvent moins : il est 
done possible d admettre que les Hindous, les Malais, out gagne de proche en 
proclic et par etapes les iles du Pacifique. L impossibilitc de ces travel-sees 
pour les pirogues actuelles ne fait pas de doute, mais les grandes pirogues 
pouvaient certainement les effectuer. Les exemples suivanls me sembleat le 
prouver : 

Pa iore, regent des iles Tuamotu, qui sert de pilote aux navires de guerre 
francais dans la navigation de 1 Archipel, a fait bien des fois dans de grandes 
pirogues la traversee de 1 ile Kabeni a Tahiti et aux iles voisines et est toujours 
revenu dans son pays, qui est a 00 lieues des iles de la Societe. 

11 y a quelques annees les indigenes de I ile Fafakaoefo, obliges de quitter leur 
pays a la suite de persecutions religieuses, atteignirent volontairement les 
Samoa, qui sont situees a plus de 50 lieues dans le sud de leur ile. 

En 1869, un navire de commerce anglais, le Mai-ana, rencontre une pirogue 
allant de I ile Reao a Pukaroa, dans 1 archipel de Tuamotu; la distance de ces 
deux iles est de 50 lieues. 

Une pirogue partie de Valistalsi est venue, en 1870, a Anaa, dans les Tua 
motu ; la distance est de 60 lieues, et ce qui prouve que ce voyage etait bien 
volontaire, c est que les meraes indigenes voulurent, avec la meme pirogue, 
retourner dans leur pays ; ils furent jetes par la tempete sur I ile d Amamaroero 
a 20 lieues au sud. 

L ignorance de ces peuples en fait de navigation parait aussi avoir ete fort 
exageree. Les habitants des Marshall deploient une grande habilete dans la 
construction de leurs pirogues ou pros ; quelques-unes de ces embarcations 
peuvent porter de 50 a 100 hommes et aller en pleine mer. Un des cotes du 
pros est plat et perpendiculaire, tandis que 1 autre est convexe. Le pros est 
trcs-aigu, non-seulement a ses exlremites, mais encore dans les fonds et jus- 
qu a la quille ; il enfonce profondement dans 1 eau et peut tenir le vent aussi 
bien qu un navire. Les habitants de Marshall sont probablement les plus grands 
navigateurs qui existent maintenant dans le Pacifique. En 1861, quelques-uns 
de ces insuiaires sont revenus dans leur groupe de I ile Wellington situee a 
200 lieues a 1 ouest. Ces considerations servent de refutation a la troisieme 
hypolhese defendue surtout chez nous par M. Brulfert dans sa these inaugurale 
(Paris, 1872). Ceux qui 1 adoptent admettent avec M. de Quatrefages 1 origine 
asiatiqne des Polynesiens ; seulement il leur repugne de croire aux migrations, 
ils les nient en s appuyant sur leur difficulte; ils preferent admettre un cata- 
clysme geologique dont on ne trouve aucune trace dans les legendes ou les tra 
ditions religieuses. 

Quoi qu il en soil, le type polyne sien dans les iles ou on le rencontre a peu 
pres a 1 etat de purete differe des types malais et micronesien. II est me- 
saticephale. La norma verticalis de son crane montre un ovale enlle au ni- 
veau des bosses parietales; la voiite en est generalement occupee par une crete 
dont les deux cotes sont inclines en toil, ou excaves en de larges gouttieres 
auxquelles succedent les renflements des bosses parietales ; cette derniere dis 
position est dite en carene. Les orbites megageneses se placent dans le meme 
groupe que les Chinois, les Malais et les Americains; les Kanakes des iles 
d Havai out meme Tindice orbitaire moyen le plus eleve que M. Broca ait 
observe, 95,4. 

II est mesorhinien 49,3 ; son prognathisme sous-nasal de 68 degres dans 



164 ADDENDA. 

la Nouvelle-Zelande, de 70,9 aux iles Marquises, de 75 a Tahiti, temoigne 
de 1 inlluence des populations jaunes et noires auxquelles il est melange. 
Mais, comme ses croisements ne pourraient qu accroitre son prognathisme et 
qu autour de lui on ne trouve aucune race capable de le faire diminuer, il 
1 aut en couclure que c est en lui-meme qu il puise le principe de celte dimi 
nution. 

Le Polynesien primilif n etait done pas prognalhe; du moins 1 indice 
minimum de 75 que nous acceptons le place-t-il sur les limites du type 
blanc. 

Son nez, que quelques voyageurs disent court et d aulres saillant, est tantot 
;it|Milm ct se rap|)roche plus du type americain que du type mongol ; il ne 
s elargit qu aux deux narines. Ses os malaires sont forls, mais peu ecarles, et 
sa face, de forme ovale, ne rentre pas dans la calegorie de celles decidement 
aplalies. Ses arcades soureilieres sont peu saillantes et 1 echancrure de la racine 
du nez peu profonde, ce qui le distingue nettement du type melanesien; ses 
yeux sonl noirs, Lien fendus, plus ou moins ouverts et non obliques. 

Son tt int est Ires-variable, de couleur bois de chene selon les uns, cuivre 
terni selon les autres, jaune olivatre pour M. fimigarel, plus clair d autres ibis 
(jiie celui desMalais; noUimment a Tahiti, il est generalemeot basane jaunatre, 
avec melange de lustre plus ou moins fonce (Jacquinot). Ses cheveux noirs, 
rpnis et mdes parfois, deviennent fort beaux et boucles ou frises, par des 
croisements avcc les Europiiens. Sa barbe est rare; sa stature rentre dans les 
plus haiites lailles ; il est bicn bali. svelte, mais avec quelque tendance a 1 obe- 
sile (Topinard). 

L alimentation des Polynesians est tres-variable ; cependant le regime mixte 
domine presque partout a Tahiti, les fruits, les racines comestibles, les ani- 
maux domestiques eleves pour la nourriture de I liomme, sont nombreux; le 
cannibalisme a disparu depuis longtemps, il n en existe plus de souvenirs que 
dans les noms propres ou les jurons, ou les imprecations populaires : Fais cuire 
ton ai eul; deterre-le an clair de la lune et avale-le. Les meilleurs preuves 
qu on puisse donner de 1 influence des milieux et de la fatalite du progress, dit 
M. Letourneau, sont les differenles phases du cannibalisme en Polynesie. 11 y a 
cinquante ans il avail deja disparu des iles Marquises; les tribus remuantes, 
toujours en guerre sans rime ni raison, s accusaient souvent d anthropophagie, 
il est vrai qu on mangeait paifois ees ennemis par vengeance. Du temps de Cook, 
c etait deja une pratique rare dans une partie des iles Sandwich parce que des 
enfants interroges a ce sujet furent effrayes et se sauverent. 

De tous les Polynesiens les habitants de la Nouvelle-Zelande 1 ont conserved 
le plus longtemps; il est vrai qu ils n avaient d autre animal domestique que 
le chien; le Neo-Zelandais Taroa ameneen Angleterre racontait avec un certain 
plaisir les repas de chair humaine qu il avail fails, et cela lorsque son alimen 
tation etait excellente; il laissait meme entrevoir 1 espoir d en faire de nou- 
veaux a son retour dans son pays ; un aulre Neo-Zelandais interroge sur la 
saveur des blancs repondil qu il en avail trouve de bons, de mediocres et de 
mauvais, mais qu en general la chair etail beaucoup Irop sale e. 

Le costume est a peu pres nul, le tatouage en tient lieu; il etait obligatoire 
pour les femmes; pour les guerriers c elait un ornement de coquetterie, peu 
d entre eux auraient consenti a s en passer. 

La chasse, la peche, etaient a peu pres les seules occupations des Polynesiens ; 



ADDENDA. 165 

Us ne connaissaient pas 1 usagc du fer, n avaient pas de poteries. Leur agri 
culture etait des plus primitives. Outre les arbres speciaux a leur pays dont 
1 arbre a pain est le plus connu, ils cultivaient principalemcnt la palate. La 
culture si facile sous le ciel des tropiqucs ne leur prenait qne quelques heures 
par semaine. Le reste de leur temps, raconte Radiguet dans ses Derniers 
sauvages, SQ passe a dormir, a chanter, a se baigner, a tresser des couronnes 
de fleurs, de fruits, a s oindre d eka moa ([mile cle coco teinte en jaune indien 
par une decoction vegetale), en fin a faire de la musique. C est une veritable 
vie contemplative, c est Tile de Calypso, sans Mentor. 

La musique et la poesie etaient a peu pres les seuls arts cultives par les Poly- 
nesiens; leur architecture etait nulle; on n en connait pas d autres monuments 
que ces forts a murailles cyclopeennes qui existent encore aujourd hui a la 
Nouvelle-Zelande. En revanche, certains de leurs chants presentent une viyueur 
sauvage qui n est pas sans charme. 

Colenso avail regarde d abord les poesies maories comme etanl lonjours 
depourvues de rime et de metre; comme ne presentant qu une sorte de rhythme 
uouvent obtenu a 1 aide de licences poetiqucs, qui rendent ces pieces de vers 
difficiles a comprendre. Plus tard, il a reconnu qu il en existe d assez regu- 
lieres partagees en slrophes qui sonl un refrain. II en reproduit Jui-meme 
un certain nombre ou les vers sont distincts les tins des autres. Le nombre de 
ces chants est tres-considerable. Sir George Gray a public un volume malheu- 
reusemenl imprime seulement en maori qui en conlient 500, el Colenso assure 
en avoir recueilli autant. C est que 1 instinct poetique etait tres-developpe chez 
ces insulaires. Ils avaient leurs chants religieux, leurs chants de guerre et de 
de fi, de douleur et de joie, de haine et d amour. Colenso assure qu un choix 
de ces derniers pourrait supporter la comparaison avec les recueils dn meme 
genre les plus estimes en Angleterre. Mais ces facultes remarquables sont 
aujourd hui e teintes ; depuis qu ils ont perdu leur independance. les Maoris ne 
creent plus de chants nouveaux et se bornent a repeter ceux qui avaient jailli 
de la tele et du coeur de leurs ancetres libres. 

Colenso a traduit un certain nombre de pieces ; la plupart respirent un sen 
timent profond. Je citerai en particulier ce debut de la lamentation d un pere 
qui a perdu son fils : 

c Me voila assis dans la douleur, les cordes de mon co3ur tremblantes a cause 
de mon propre cher enfant. mes amis ! Je suis comme le tils de Tasse, 
courbe en has vers )a terre, assis, plie en has comme les longues et souples 
frondes de la noire fougere en arbre, sans pouvoir me relever, a cause de 
mon propre cher enfant. Ou est-il maintenant? Oh, le cher enfanl! qui naguere 
etait si joyeusement bien venu quand je lui disais : Yiens ici, 6 mon fils! 
(de Quatrel ages). 

La religion etait simple, presque sans dogme; on divinisait les heros; on 
leur sacrifiait des esclaves ou des prisonniers ; le point le plus important du culte, 
c etait le tabou. On appelait tabou un objet sacre auquel personne ne pouvait 
toucher ; les pretres avaient droit de 1 instituer et de le revoquer a la suite de 
pratiques donnees. Certains ethnographes 1 ont compare a rexcommunication ; 
il pouvait avoir les msmeseffets, mais 1 origine et 1 intention etaient absolument 
differentes. Chez les Chretiens rexcommunication chassait 1 individu de 1 Eglise, 
il devenait de faclo reprouve et perdait 1 avantage de son bapteme. Si Ton 
ne s approchait pas de rexcommunie, c etait par mepris, par crainte d emporter 



166 ADDENDA. 

quelque chose de I anatheme clont il elait couvert. Le tabou con fere au con- 
traire le caractere religieux a un objet; on n osait y toucher ni s en approcher 
par respect; ce respect, il estvrai, ne valait guere mieux que le mepris lorsqu il 
s agissait d un liornme. 

On racontc qu un chef indigene ayant eu a se plaindre d un Europeen Je 
fit declarer tabou ; il faillit mourir de faim parce que personne n osait 1 ap- 
procher. On comprend quelle influence devait donner le droit de mettre en 
vigueur la rcdoutable consecration. On declarait tabous, par cxemple, les 
champs dont la recolte n etait pas faite, pour empecher le peuple de la manger 
avant qu elle Cut mure; taboue la riviere dont le poisson diminuait. La tribu 
faisait-elle la peche en commun, les poissons etaient tabous jusqu au partage 
general. Lorsqu on trouva non loin dc Honolulu des cristaux qu on prit d abord 
pour des diamants, le roi Tamehaincha lit declarer la montagne taboue, afin 
de conserver les tresors pour lui. 

Les Polynesiens croyaient a 1 immortalitd de 1 ame dont beaucoup placnient 
le siege dans 1 ceil gauche; c est pour cela que, quand on mangeait un cadavre, 
i-Y tait le morceau de choix, cctte ame etait analogue au souflle; elle etait 
immortelle et sc rcndait a la I m de cette vie dans le bolotore; on n avait aucune 
I ltV drs rlnliuieiils et des expiations d outre-tombe; le corps momifie etait 
place dans une han|iif m forme de biere; quelquefois la i emme rie voulait 
pas survivre a son mari; celles (jui poussaicnt ce devouement conjugal jus- 
qu a s iumiolcr lors de ses iuncrailles obtenaient les louanges de la tribu; la 
plupart pivleraienl mourir par procuration en sacriliant une esclave. 

Au point de vue moral ce qui fra[ipail chez le Polynesien, c etait I extreme 
mobilite du caractere. On le voit souvent passer d une joie bruyante pen moti- 
ve"c a un chagrin qui ne Test pas davantage; malgre tout, il sail parfaitement 
dissimuler, cacher son animadversion sous une apparence de bonhomie a 
hnjuelle se trompent souvent ses adversaires. II a le sens moral droit, une 
conception tres-developpee du juste et de 1 injuste, du bon sens, de la con- 
stance, et une veritable generosite. 

Le maiiage e*tait un simple contrat conclu entre les parents des fiances, 
solcnnise par un repas sans pratiques religieuses ; la femme ttait bien traitee, 
lidt -le ; en cas d adultere, le mari avail droit de vie et de mort sur elle, il en 
usail lamneut. 

1 resque partout il y avail deux castes, les nobles et les roturiers ; ces castes 
conserverent toujours leur distinction. Jamais un meiubre de la seconde n eut 
pu entrer dans la premiere ; on tuait impitoyablement les metis des deux 
castes ; les families etaient reunies en clans, ayant un chef particulier. Chacun 
d eux avail une forteresse qui lui servait d asile. Hava i et Tahili seules etaient 
regies par un roi ou chef supreme. 

<( Les pahs subsistenl encore sur les flancs des anciens volcans de 1 isthme qu ils 
semblent tatouer; mais les Maoris eux-memes ne sont plus. Si le voyageur est 
desireux de retrouver ce qui reste des Ngativuas, il faut qu il penelre dans les 
groltes laviques du moiit Smart, du mont Wellington, dn mont Hobson, qui 
renferment Jeui-s os. C est au mont Hobson que M. de Hochstetter rencontra 
dans une hutte a moitie enfouie sous des amas de terre une vieille femme 
devenue folle el comme lelle bannie de la societe de ses semblables, suivant la 
coulume de ces archipels : cette malheureuse etait 1 un des rares debris de la 
puissante tribu de 1 isthme. 



ADDENDA. 167 

Notre voyageur eut 1 occasion de visiter deux grands chefs, Te-IIeuten ct Pini- 
Te-Kore, ve ritables representants de 1 ancienne aristocratie maorienne. Le 
premier etait un homme de taille moyenne, plutot delicat <]iie robuste, aux 
yeux etincelants et aux longs chevcux lombaiit en boucles sur des joues 
imberbes et tatouees du cote droit. II entretenait cinq femmes et songeait a en 
prendre deux autres. A beaucoup de finesse il joignait IPS idees superstitieuses 
de sa race sur la toute-puissance des genies et des mauvais esprits de la terre, 
de 1 eau et de 1 air. 11 avail perdu, en 184G, son frere aim- Tukino, veritable 
geant qui mourut, comme un Titan, ecrase avec sa famille et une partie de son 
village sous 1 eboulement d un pan de montagne. On resolut de lui faire des 
funerailles grandioses et de porter scs vetements et ses armes sur le sommct du 
Tongariga, dont le profond cratere les aurait engloutis et dont les pyramides de 
scories volcaniques s elevant vers le ciel lui auraient servi de sarcopliage. Les 
porteurs se mirent en marclie, mais au moment oil ils approchaient de la 
partie superieure du cone, toujours couronnee d un panache de vapeurs snlfu- 
reuses, nne detonation souterraine se fit entendre. Ils prirent peur ct s enfui- 
rent pre cipitamment, abandonnant leur fardeau sur une pierre isolee. Le 
cadavre de Tukino y est reste, etla montagne a e te declaree tabou, c est-a-dire 
sacree. 

L autre hole de M. de Hochstetter lui depeignit la facon de combattre 
des Maoris d autrefois. Les belligerants, disposes en lignes de cinq, de dix, 
de vingt, meme de quarante bommes de profondeur, s arretaient a une 
vingtaine de metres les uns des aulres. Ils tenaient leurs armes de la main 
droite, levant alternativement la jambe droite et la jambe gauche, poussant 
des hurlements qui finissaient en soupirs prolonges. En ce moment, les chefs 
sortaient des rangs pour ecbanger avec 1 ennemi, comme le font les heros 
d Homere, des invectives et des bravades. Puis 1 action s engageait, ou plutot 
une serie de duels. Ouand elle ctait finie, les blesses du parti vainqueur 
etaient transported sur des brancards hors du champ de bataille, les blesses 
de l ennemi insultes et acheves a coups de casse-tete. Les chefs e taient epar- 
gnes momentanement, mais ce n etait que pour etre livres plusjtard aux plus 
affreuses tortures : on leur decoupait les membres avec des scies faitcs de 
dents de requin ebrechees; on versait sur leurs blessurcs de la gomme bouil- 
lante ; on les faisait cuire vivants. Et le vieux Pini-Te-Kore, que ces souvenirs 
reportaient a un demi-siecle en arriere, ne parlait qu avec un profond dedain 
des mesquines fusillades qui avaient remplace ces glorieux faits d armes (de 
Fontpertuis). 

JNous n avons pas 1 intention d aborder la question de la disparition des races 
indigenes; nous allons nous arreter un instant sur les maladies qui les attei- 
gnent de preference, en suivant pour cela M. Leon Brunei. 

Les maladies de poitrine sont frequentes et dangereuses, la resolution parfaite 
est rare a la suite de 1 une d elles; cela tient probablement aux ne gligences 
commises pendant la convalescence; des que la fievre tombe, les naturels 
sortent, se baignent comme d habitude, prennent des poussees aigues, des 
refroidissements, la tuberculose termine tout. Celle-ci est la grande ennemie 
des natifs, elle frappe une quantite considerable d adultes des deux sexes. 
G est dans les iles de la Societe, par exemple, ou le climat est doux, le sol 
fertile, la peche abondante, ou les Polynesiens prennent le vetement et les 
habitudes des Europeens, que la phthisic sevit avec une effroyable energie ; la 



168 ADDENDA. 

race constitue surement la grande predisposition : II y a sept on huit ans, 
M. S., planleur a Tahiti, tit venir sur sa plantation des engages chinois au 
nombre de 1200. Au bout decinq ans, a 1 expiration du contrat, le nonibre des 
deces ctait de 112. Les causes les plus frequentes de mort etaient pendant les 
derniers mois le suicide, puis les blessures a la suite des rixes, quelques mala 
dies aigues ; la pbthisie n cntrait en ligne de compte que pour une faible 
proportion. 

Pour remplacer les Chinois, le meme planteur envoya chercher des travail- 
leurs aux iles Byroz et Gilbert, ou les habitudes et les produits europe ens sont 
presque inconnus : des leur arrivue les affections thoraciques furent tres-fre- 
quenles et la phthisic pulmonaire causa de nombreux de ces. Chinois et Canaques 
liabitaient pourlant les memes cases, faisaient le meme travail, touchaient 
le meme salaire, la meme nourriture, mais le Chinois, plus intelligent, avail 
su harmoniser sa vie avec les necessite s du nouveau climat; il songeait a 
1 hygiene, au confortable, ame liorait son regime, landis que le Canaque pre- 
lerait a tout cela, a une couverture, par exemple, une inutilite voyante, quel 
que fiit son prix. 

En 1871 et en 1872, je donnais moi-meme des soins aux engages d une 
plantation, ces individus venaient de 1 ile de Paques. En dix-huit mois, sur 
150 hommes ou I mmies, il y avail eu 51 deces dont 19 causes par plitliisie 
pulmonaire (Uruiiol). 

L auteur croit qu on atlribue une importance exage ree a 1 alcoolisme; il y 
a pen d iles ou les naturels sacbenl fabriquer les liqueurs spiritueuses; pour 
s enivrer avec 1 alcool importe, le sauvage est presque partoul oblige de par- 
courir d assez longues distances, de faire des depenses considerables, de 
sorte que I ivresse car c est la surtout le plaisir qu il recherche dans 1 ab- 
sorption de 1 alcool, dont la saveur semble peu flatter son palais est 
accidentelle et repetce a de trop longs intervalles pour aboutir a 1 alcoolisme 
chronique. 

Le liquide spiritueux qui presente le plus d inlluence sur la depopulation 
serait le kawa-kawa indigene; il ne tue pas, mais parait diminuer la natalite 
d une autre maniere. Une dose de 6 a 700 grammes produit un sommeil 
prolbnd, sans reves, qui dure des douze, quinze heures, suivant I accoutumance 
du buveiir et la quantite de boisson ingeree. Ce sommeil est suivi d une fatigue 
generale avec hrisement des membres et anaphrodisie Ires-marquee. 

L usage prolonge du kawa-kawa rend les fonctions digestives languis- 
santes, diminue 1 appetit, amene enfm une anaphrodisie presque complete. 
Un Americain, qui habite depuis douze ans une baie presque deserte de 
1 ile de la Resolution et qui absorbe aujourd hui jusqu a 900 ou 1000 gram 
mes de kawa par jour, a conserve toute son intelligence, mais ses desirs 
venoriens sont presque mils, ilcherche, dit-il, dans son breuvage favori 1 oubli 
du tout. 

Parmi les epidemies europeennes qui ont fait le plus de mal aux indigenes, 
il faut citer en premiere ligne les tievres e ruptives. En 1865, la variole desola 
Nouka Hiva. Aujourd hui la vaccine est largement repandue dans toutes ces iles, 
soit par les autorites locales, si elles sont occupe es par la race blanche, soit par 
Jes ministres protestants anglais dont il faut louer le zele a cet egard. 

En 1875, une epidemic de rougeole se developpe aux iles Fidji et fait de 
nombreuses victimes. 



ADDENDA. -169 

L auteur croit la syphilis beaucoup raoins commune parmi les natifs qu on 
ne 1 a dit. II ne pense pas non plus qu on doive attribuer un nombre serieux 
de deces a leur therapeutique ordinaire ; sans doute il y a des pratiques irra- 
tionnelles et dangereuses. entre autres celle de se baigner dans 1 eau Iroide en 
pleine eruption, dans le cours des fievres exanthematiques; mais a cote de 
cela nombre de moyens sont utiles et souvent employes fort a propos. 

La saignee generate et locale leur est familiere, 1 ouverture des abces est 
faite au moyen d une pierre rougie an feu, 1 irrigation continue est souvent 
employee, le massage, enfin, tres-usite, produit eutre leurs mains d excellents 
resultats, ce qu il faut attribuer uon-seulement a la facon melhodique dont ils 
le pratiquent, mais surtout a la patience qu ils mettent a 1 employer. 

Parmi les medicaments quim ontparu avoir entre leurs mains le plus d effi- 
cacite, je citerai : 

Comme astringents : 1 Angiopteris erecla (Fougere) ; la Weimmania parviflora 
(Saxifragees) ; le sue de 1 Agati grandiflora (Legumineuses) ; lu decoction d ecorce 
de bois de i er. 

Comme emollients : la fccule du Tacca pinnatifide (Taccacees) ; la pulpe du 
Musa Fei (Musacees) ; les fleurs de 1 Hibiscus liliaceus (Malvacees). 

Comme calmants : les sommites du Solanum repandum (Solanees) , les fruits 
du Physalis parviflora (Solanees) ; les feuilles de datura ; 1 huile du Calophyllum 
inopbyllum (Guttiferes). 

Comme se datifs : le sue qui decoule des incisions de l Artocarpus incisa; la 
seve du Ficus tinctoria, dont les usages sont les memes que ceux du collodion. 

Comme excitants: le gingembre; le colocasia (Aroide es) ; le Dracontium 
polyphillum (Aro idees). 

Comme purgalifs : 1 liuile de coco; 1 Ophioglossum reticulatum (fougere); 
les noix de 1 Aleurites triloba (Euphorbiacees) ; les graines du ricm (Eupliorbia- 
cees) ; le Daphne foetida (Daphnoidees) ; drastique. 

Commediuretiqit.es : le Boerhavia diffusa (Pyctoginees) ; le Cratavia religrosa 
(Capparidees). 

Comme emme nagogues : les tiges du Polygonum imberbe (Polygonees) ; 
1 ananas vert, qui passe aussi pour abortif. 

Comme vesicants : les feuilles du Plumbago zelanica. 

Comme e me to-cathartiques : le Vandellia Crustacea (Scrofulariees) ; le Dicro- 
cephala latifolia (Gomposees). 

Comme vermifuges : le Tephrosia piscatoria (Papilionacees) ; les graines du 
pa payer. 

Enfin, chez les femmes de la race polynesienne, les accouchements difficiles, 
plus rares du reste que chez les femmes de race blanche, nentrainent pas aussi 
souvent qu on pourrait le croire la mort de la mere et de 1 enfaut. La version 
par mano3uvres externes est connue depuis un temps immemorial et prati- 
quee suivant les memes regies que chez nous, c est-a-dire au debut du travail, 
et autant que possible avant la rupture de la poche des eaux. J ai ete deux fois 
temoin du succes de ces manoeuvres operees par la meme matrone. Dans les 
deux cas, le toucher ayant ete absolument repousse, je m etais assure de la 
.position par la palpation et Tauscultation. II s agissait, dans les deux cas, 
d une presentation de 1 epaule droite, le dos en avant. 

La matrone, agenouillee derriere la malade, qui etait assise et s appuyait sur 
elle, refoulait de la main gauche, par des pressions douces, la tete de 1 enfant 



170 ADDENDA. 

vers le detroit superieur, tandis que, de la main droite, ella elevait le siege vers 
le fond de 1 uterus, qu une autrc femme mainlenail immobile. Dans les deux 
cas, les manoeuvres re ussirent (H. Brunei). 

Nous ne saurions fim r cc rapidc apercu sur les Polynesiens sans nous arreler 
un instant sur 1 hisloire do la branche la plus avancee de cette race : les 
Hava iens. Ces sauvages, dout une partie etaient encore anthropophages il y a 
cent ans, s habillent aujourd hui a 1 europeenne, savent presque tous lire et 
ecrire, cultivent leur sol avec habilele, ont un commerce, une legislation civile 
obeie partout, un parlement com me les nations les plus avancees de 1 ancien 
mondc. A qui sont dus ces resultats? a un prince indigene et aux missionnaires 
protestants americains. 

Un des compagnons de Cook, King rapporte qu il eut 1 occasion de voir, duns 
le voyage on le grand navigateur trouva la mort, un neveu du roi, age d environ 
seize ans, dont la laideur ct la physionomie repoussante le frapperent. Cejeune 
Polyne sien I ul pourlant un grand homme, un monarque tel qu en ont peu 
comple les Etals civilises. Des son arrive e au pouvoir, a la mort de son oncle, 
Tamehameha commenra par etablir son aulorite sur tout TArcbipel, tantot par 
la ruse, tantot par la force. Esprit modere, vif, apte a compreiidre tous les 
progn-s, il reconnut la superiority incontestable des blancs et resolut d accom- 
plir une revolution dans les mocurs et les babitudes de ses concitoyens. 11 com- 
nienca par dnnander aux navigateurs de la poudre et des armcs, puis, en 
17()"2, il achela de Vancouver un vieux navirc qu il fit monter par un equipage 
europe en auquel il adjoignit quelques llava iens intelligents pour qu ils apprissent 
la grande navigation. A partir de ce moment, il n y eut pour ainsi dire pas 
d annre ou une reforme utile ne I ul realisee. 

11 avail un discernement merveilleux pour comprendre ce qui pouvait etre 
utile, accueillait a bras ouverts les aventuriers capables de 1 aider a creer des 
elablissements industriels, a ameliorer ses procedes agricoles; en revanche, ses 
Etats etaient impitoyablement fermes aux convicts evades et aux deserteurs. 
En 1804, 1 armee havaienno, comptait 7000 liommes, dont un corps de 600 fu 
siliers bien armes, bien disciplines, et 60 pieces d artillerie. A cette epoque, 
il promulgue des lois severes conlre le vol, le meurlre ; se reserve le mono- 
pole de 1 exploitation du bois de santal. 

Dix ans plus laid le nouvel Etat, dont les progres avaient ete continus, eut a 
traverser une phase difficile : un agent russe entreprit une campagne diploma 
tique dont le but secret e lait de s emparer de 1 archipel ; il commenga par faire 
naitre un pretendant ; le droit de succession est si pen iixe dans ces pays et les 
lignes royalcs sont si nombreuses que la chose est totijours facile. Tamehameha 
reprima I insurrection ; quand un peu plus tard le navire de Kotzebue vint 
mouillcr dans ces parages, il alia hardiment trouver l amiral, lui presenta les 
choses de telle sorte que celui-ci approuva sa conduite et desavoua 1 agent qui 
avail fait preuve d un zele maladroit. 

Ce prince mourut en 1810. II fut puissamment aide dans sa tache par 
la reine et le premier ininistre, realisa tous ces progres a force de volonte, 
presque sans effusion de sang ; son habilete n allait point jusqu a la fourberie, 
son energie n etait jamais poussee jusqu a la cruaute; il ne trompait per- 
sonne, les Europe ens qui 1 ont connu en ont fait un portrait flatteur. Cha- 
misso se vantail d avoir serre sa main, apres celle de Lafayelte et de Sir 
Henry Banks. 



ADDENDA. 171 

Ce prince, qui parlait 1 anglais correctement, qui avail change les lois et 
1 admiuistration, respect.i pourtant une chose : la religion. 

On lui a nieme reproche severement de n avoir pas aboli les sacrifices hu- 
mains ; il assurait par des peines diverses le respect du tabou, 1 exercice du 
culte ; il ne voulut point, ouvrir ses Etats aux missionnaircs et rccommanda 
avec energie a son fils de proteger comme lui les vieilles croyanoes. Com 
ment pouvait-il tomber dans de pareils errements? 11 connaissait trop son peupl e 
pour esperer changer du jour au lenclemain son etat psychologique. Ses idees 
conservatrices ne tenaient ni a des frayeurs superstitieuses, ni a un atta- 
chement sentimental a ses coutumes, Tamehameha etait un sceptique, mais 
il he sitait devant les hasards d une revolution religieuse dont on ne saurait 
jamais pre voir les consequences. 

Ce sont nos dieux que je prie, disait-il a Kotzebue ; je nc sais si j ai tort ou 
raison, mais je les garde parce que je sais qu ils ne commanderont jamais une 
injustice. 

II n avait pas prevu que la revolution se ferail sans son concours par la 
seule force des cboses; que les Havaiens passeraient de la foi enfanline de 
1 homme de la nature a 1 increduiite des aventuriers europeens. Le contact 
avec eux commenca par affaiblir le respect du tabou, on s aperfut qu ils appro- 
chaient des objets consacres ou les touchaient impunement, chose grave pour 
un peuple qui admettait que toute faute centre la majeste de ses dieux est 
chatiee dans le cours de cette vie. Peu a peu, les doctrines furent ebranlees ; 
on pouvait considerer en 1820 les Polynesiens des iles Sandwich comme un 
peuple sans religion. 

Une anne e auparavant, I aumonier du navire francais commande par le 
capitaine Freycinet avail baptise et recu dans le giron de 1 Kglise le premier 
ministre et son frere Boki; 1 instruction de ces deux neophytes fut sommaire, 
mais ils avaient demande eux-memes le bapteme; dans la suite, ils se mon- 
trerenl toujours fiers de leur qualite de catholiques et appuyerent les adeples de 
cette communion. 

En 1821 arriva la premiere mission americaine ; elle s etablit dans le pays 
apres la conversion du roi. Depuis celte c poque, les reverends ont joue 
dans 1 histoire d Havai un role comparable a celui des Jesuites au Paraguay. 
Au bout de quelques annees, leur influence s elait fait senlir dans tout 
1 archipel, ils avaient combattu avec une obstination pleine d energie les 
coutumes superstitieuses, adouci les mosurs, fait disparaitre les sacrifices 
humains, multiplie les ecoles, a tel point que, presque tous les gens du 
peuple savent lire. Les missionnaires donnerent a leurs neophytes "le gout 
des recits bibliques et des discussions theologiques si repandu dans la plu- 
part des sectes protestantes. Jusque-la tout va bien : il s eleva pourtant dans 
la suite un concert unanime de plaintes en Europe et en Amerique. Les 
Reverends, disait-on, etaient les pires des intrigants qui sc servaient de 
leur influence pour entraver 1 oeuvre de Tamehameha, pour transformer Hava i 
en une sorle de Jerusalem terrestre ou la priere, le cliant des psaumes, 
tiendraient plus de place que 1 agriculture et 1 industrie. 

Les missionnaires se sont defendus le mieux qu ils ont pu ; ils se sont meme 
faits accusateurs. Ce que ne nous pardonnent pas nosennemis, disaient-ils, c est 
d avoir combaltu les deux vices que les marins ont importes, rivroTiierie et la 
prostitution. Oui, nous avons use de tout noire pouvoir pour y meltre obstacle 



172 ADDENDA. 

c est un peu grace a lui quela vente de 1 alcool a 6te interdite, et, si les mceurs 
deviennent plus pures, nous nous flattonsque noire exemple et nos exhortations 
y sont pour quelque chose. Us n avouaient pas qu ils avaient exerce une action 
d un autre ordre; qu ils avaient travaille pour les Etats-Unis a tel point que le 
consul anglais Carlton Cut un de leurs adversaires les plus acharnes. L interdic- 
lion meme de la vente des liqueurs; spiritueuses n etait pas si absolue qu elle 
ne put permeltre la constitution d un fructueux monopole en faveurd un certain 
nombre des negociauts de TUnion. 

Si des mesures justes et equitables furent prises sous 1 influence des mis- 
sionnaires, il y en eut d autres d ordre purement religieux; le repos domi 
nical, par c\cm|ilc, etait assure par uue penalite aussi rigoureuse que celle 
qui puni-saii Irs attcntats contre la propriete. \Yaitz, souvent partial par exces 
de bienveillance, est oblige d avouer que les dispositions prises a cet egard 
elaieut exagerces; que I intcrdiction absolue du travail le jour du service 
divin aux pauvres gens ijui avaient de la peine a nourrir leur famille n etait 
pas aussi meritanlc qu ils le supposaient. La moralisation par restriction etait 
dans IVsprit de I mmr ; ils I appliquerent a [ incontinence comme a 1 ivro- 
uiirnr, cl ne Irouvrrcnt ricn de mieux que de frapper les filles-meres de peines 
srv<Vrs. Excellent proeedr pour propager 1 avortement el I infanticide ! il pro- 
ilmsit vite et siirement ses eflcts ; les Havaiennes ne devinrent pas plus sages, 
inais la iialalite illegilimu dirninua. 

Nous n avons pas a lairo ii-i 1 liistoire des obstacles apportes a 1 etablisse- 
inciit des antres communions cliretiennes ; il est rare que des zelateurs ne 
reveal pas 1 unile religieuse et n essayenl point de 1 assurer par 1 intolerance. 
Cette condnite eut son danger; elle amena plusieurs fois des vaisseaux de guerre 
francais dans 1 archipel ; aujourd hui, des missionnaires catholiques y sont 
rlaldis, niais, malgre tout, les prolestants out et conserveront probablement 
toujours le nombre et 1 influence. 

Concluons : les naturels d llavai se sont assimile notre civilisation : agricul 
ture, Industrie, art, legislation, organisation politique, religion, tout chez 
eux est a peu prcs semblable a ce qu on rencontre dans 1 Europe occiden- 
lale, et pourtant Ja race diminue presque aussi vite qu a Taiti ou a la Nouvelle- 
Zelande. 

II ne saurait entrer dans notre plan de faire unc etude complete de toutes les 
populations de 1 Oceanie, d autant que, comme nous 1 avons dejadit, le type pur 
non melange est une veritable rarete. Nous nous bornerons a indiquer celles 
qui, avec les Polynesiens, ont occupe surfout 1 altention iles ethnologistes, les 
Papous, les Malais, plus Asiatiques qu Oceaniens, plutot barbares que veritahle- 
ment sauvages, les Indouesiens, vieille race d origine incertaine; enfin les 
Negritos; nous ne nous arreterons point sur les Australiens, si interessants a 
tant de points de vue, mais qui ont ete completement etudies ailleurs ; nous 
terminerons par un souvenir a ces malheureux Tasmaniens, plus avance s que 
beaucoup de leurs voisins, mais dont le dernier est mort, il y a plus de 
cinq ans. 

2 Papous. Les Papous de la Melanesie sont des noirs, aux cheveux crepus, 
au nez large, a sa base parlbis aquilin et toujours preeminent. Les caracleres 
physiques du Papou de la Nouvelle-Guinee le distinguent netteinent des autres 
insulaires de la meme partie du monde, Malais ou Polynesiens ; il s est pour 
tant melange en beaucoup d endroits, particulierement aux iles Fidji, peuplees 



ADDENDA. 173 

exclusivement par des metis. Le Papou se tatoue corame le Maori ou le Tahi - 
tien, mais avec moinsd art; sa coquetterie se manii este surtout dans 1 agen- 
cement de sa chevelure qu il dispose en casque, en chapska ou en bonnet a 
poll; qu il orne de plumes, d epingles et de bijoux metalliques. II fait la 
guerre pour enrichir le petit musee de teles humaines que tout homme res 
pectable doit pouvoir montrer a ses amis, surtout pour se procurer la chair 
humaine, car il est anthropophage. Dans sa langue culinaire, il appelle 
riiomme le long-pore et p re fere sa chair a celle de tons les quadrupedes 
connus. Dis que la chair humaine te repugne, si tu veux, qu il est atroce 
d en manger, repondait a un missionnaire un chef du pays, mais ne dis pas 
qu elle ne vaut rien. 

Et pourtant les naturels de la Melanesie n etaient point denues de ressources. 
Us cultivaient la terre, 1 ensemencaient avec methode et avaient assez soirvent 
des re coltes abondantes; la frequence des disettes venait de leur impre- 
voyance et du peu de soin avec lequel ils gachaient leurs provisions. L alimen- 
tation etait done pour eux le dernier mot de toute chose, le grand mobile des 
actions humaines; les navigateurs et les colons etaient des echappes de pays 
ingrats et pen feconds, qui venaient s mstaller chez eux pour y trouver a 



manger. 



L organisation civile et sociale est la meme qu en Polynesie, castes distinctes 
et chefs de clan, c est ce qu on trouve partout. Le mariage aux Fidji consiste 
en un rapt simule, souvenir d habitudes anciennes. La femrne est mise rable et 
esclave; c est a elle qu incombent les travaux penibles pour la recompense! , son 
maitre la roue de coups, la lue quelquefois comme un animal de peu de 
prix. Des que, dans uu sentier, une femme rencontre un homme, elle en sort 

immediatement pour laisser passer le maitre Rien d elonnant si de sem- 

blables coutumes rendent les femmes encore plus barbares que les hommes. 
Je ne connais rien de si perfide, de si immoral et de si mechant que la 
femme neo-caledonienne, ecrit M. Bougarel (Bertillon). 

Ces peuples degrades sont profonde ment religieux, presque monothe istes ; 
au-dessus des divinites de hasard, de fetiches qu ils se choisissent autour d eux, 
ils admettent un Dieu tout-puissant et croient si fermement a 1 immortalite 
de 1 ame et a la vie future, que, pour eviter au vieillard les ennuis de la 
decadence senile, ils le font passer dans une vie meilleure en 1 etranglant ou 
en 1 enterrant vif, a son choix ! 

II ne saurait etre question d art et de litterature. Certains, pourtant, semblent 
avoir pour la sculpture un gout prononce; aux Nouvelles-Hebrides, ils 
fabriquent des casques non sans grace; ailleurs les canots out des formes 
coquettes. 

La plupart des ethnographes donnent sur leur caractere une severe apprecia 
tion; ce sont de veritables betes feroces, sans courage, sans generosite ; les 
qualites aimables des Polynesiens leur feraient absolument defaut; ils n ont ni 
bravoure, ni Constance, leur fourberie est telle que plus un individu sail adroi- 
ternent mentir, plus il est conside re. 

5 Malais. Les Malais, qui occupent en Asie la presqu ile de Malacca, sont 
pelits, trapus ; la peau est d une teinte brun cuivree; nous avons dit qu ils 
viennent de 1 Asie, mais il est a peu pres impossible de les rattacher aux Mon 
gols ou aux Aryens ; quelques-uns de ceux qui appartiennent a leur aristocratic 
se rapprocheqt un peu du type europeen. Aventuriers et hommes de mer, ils 



174 ADDENDA. 

appliquent leur hardiesse et leur habilete au vol et an pillage; ce sont des 
pirates aussi effrontes que les corsaires barbaresques ou les forbans qui ecu- 
maient 1 Archipel grec au commencement du siecle; la paresse, la debauche, 
la perfidie, une extreme susceptibilite, constituent leurs defauts dominants. 

Leur conversion a 1 Islam a eu pour resultat de leur donner une certaine 
unite, de joindre par un lien religieux des tribus auparavant hostiles. Les 
premiers missionnaires du Goran apparuient a Atchin en 1205, a Malakka 
en 1276; il n y eut pas de martyrs parmi eux; les Malais furent convertis 
presque sans lutte. Ces apotres savaient s insinuer avec une habilete et une per 
severance que n ont pas toujours cues les missionnaires Chretiens : ils s e ta- 
blissaienl dans le pays, y fondaient des etablissements, s y mariaient, prenaient 
soin de ne choquer en rien ni les moeurs ni les habitudes acquises, et arri- 
vaicnt tout doucement a rallicr les habitants au mahometisme; malgre tout, il 
cxistc encore aujourd hui nombre d usages qui viennent de 1 ancienne idolatrie. 
Plus d un Malais qui ne manquerait jamais de faireisa priere du soir tourne 
vers La Mccque aurarecours au jugement de Dieu par le fer ou le feu, ou e cou- 
tera avec un respect superstitieux le son de la cloche suspendue dans un bois 
sacre du pays d Atchin et qui a la propriete d eloigner les genies du rnal. 

On doit encore noler deux particularity dans le temperament moral : 
ramonr dn jou ct le ddsespoir. Un individu engagera sans hesiter dans une 
puitie de carles ses proprieles, ses femmes, ses enfants et sa liberte; s il perd, 
il tient parole, c est plutot une blessure infligee a son amour-propre qui le 
poussera aux actes extravagants. II y a dans touies les tribus une forme de 
suicide que Ton ne rencontre probablement chez aucun autre peuple. L in- 
dividu ne veut pas mourir seul; il tient a im.noler un certain nombre de 
personnes, des blancs de preference. Le jour fatal, il prend son kriss, entre 
en ville, se precipite sur tout ce qu il rencontre : femmes, enfants, adulles, peu 
imporle, et massacre impitoyablement jusqu a ce qu il tombe lui-meme : c est 
ce qu on appellc courir un muk. 

4 Indouesiens. Les Indouesiens Malayo-Polynesiens sont dolichoce phales, 
tandis qne les Malais de pure race sont brachycephales; a ce groupe appartien- 
nent les Da iaks de Borneo, les Battaks de Sumatra, les Alfourous, les Macassars 
et les Bougins des Celebes. 

Madame Ida Pfeiffer raconte, a la suite d une excursion chez les Daiaks, 
qu clle a trouve ces populations honnetes, bonnes, reservees. II ne faudrait 
pas prendre ce jugement au pied et a la lettre ; la bonte et la reserve des Daiaks 
expliquent difficilement des coutumes qui se sont perpetue es jusqu a ce jour 
parmi eux. La chasse aux tetes est nne des plus innocentes ; un individu se 
cache, assassine le premier venu, sans autre but que de le decapiter et d offrir 
sa tete a sa fiancee. L anthropophagie pieuse des habitants de Sumatra n est 
pas non plus 1 indice d une civilisation bien avancee : Les enfanls voyant leurs 
parents devenir vieux ou malades convoquent leurs amis; au jour fixe, le vieil- 
lard, se rendant aux desirs des invites, monte sur un jeune arbre, qu aussitot 
tous les assistants entourent et secouent en cadence en chantant : La saison 
est venue, le fruit est mur, il faut qu il tombe. Le pauvre impotent laehe 
prise ou descend volontairement; les parents le mettent alors a mort et man- 
gent avecrecueillement sa viande crue, trempee simplement dans un melange 
de jus de citron et de sel; on a soin d apporter cette sauce toute preparee 
dans une noix de coco. Boudhyck ayant essaye de leur faire quelques obser- 



ADDENDA. 175 

vations sur celte sauvage coutume recut cette etonnante reponse, que c etait 
la un acte de grande piete et qu il elait ccrtainement preferable d etre mange 
ceremonieusement par ses semblables que d etre rouge par les vers (Bcr- 

tillon). 

Les moeurs des indigenes de Sumatra ou de Java ofl rent d autres particu- 
lavites qui ne concordent guere avec 1 idee que nous attaclioiis au mot reserve. 
Un medecin liollandais, le docteur van der Burg, qui a eerit le premier 
volume d un ouvrage destine a servir de vade-mecum a ses confreres arrivant 
d Europe, fait un tableau peu flalte de la famille malayo-polynesienne. Nous 
avons vu chez presque tons les naturels de 1 Amerique du Sud la jeune lille 
posseder une liberte illimitee; a Borneo comme a Sumatra, la chastete est 
meprisee; une personne sage ou cruc telle serait a peu pres sure de ne pas 
trouvcr de mari. Les Bataks ont un proverbe caracteristique : Le meillcnr 
gateau n est pas celui sur lequel aucune mouche ne se pose. La femme mariee 
est fidele plutot par raison qne par temperament, car 1 adultere est puni de 
mort ; mais, par suite d une contradiction dont nous avons vu 1 exemple ailleurs, 
la coutume du noid-ouest de Borneo oblige le mari a oflVir au voyageur, qui 
porte le meme nom que lui et vient demander 1 hospitahte dans son kampong, 
sa femme et son plus bel habit. Ces deux offres sont, dit-on, souvent acceptees ; 
1 avortement est une cbose courante ; les Dcekken ou sages-femmes indigenes 
sont, dit-on, d une habilete merveilleuse a le provoquer. 

5 Negritos et Mincopies. Au-dessous et a cote des peuples que nous 
venons de voir se trouvent les Negritos et les Mincopies des Philippines et 
des lies Adaman. 

Ces nains noirs sout perfides et defiants ; ils n ont d autres armes que 1 arc 
et la fleche, dont ils se servent avec une certaine babilete; ils sont nus, sc 
preservent des moustiques en couvrant le corps d une couche de boue, n ont ni 
chefs ni famille. Chez les jEtas des Philippines, la ceremonie du manage est 
un rapt simule, la jeune fille est envoyee dans la forei, ou son fiance doit aller 
la cbercher et la decouvrir. 

Les tentatives des Europeens pour civiiiser ces populations n ont donne, 
jusqu a present, qu un resultat tre.s-minime ; a Port-Blair, dans les iles Adaman, 
les Anglais ont dispose pour les indigenes une sorte de refuge, ou ils peuvent 
toujours trouver un abri et de la nourriture. 

6 Tasmaniens. Les Tasmaniens n existent plus; les deux derniers survi- 
vants, William Lanne et Truganina, ont succombe, 1 un en 1869, 1 autre en 
1879. Cette race meritait un meilleur sort. Ils etaient plus intelligents, plus 
doux que la plupart des Oceaniens : En prenant pour lerme de compa- 
raison, dit M. de Quatrefages, leurs plus proches voisins, dont 1 histoire est 
mieux connue, on pent dire qu ils etaient superieurs aux Australiens au point 
de vue physique ; qu ils etaient places a peu pres au meme niveau de de velop- 
pement social; qu ils etaient inferieurs dans presque toutes les industries que 
suppose cetle sorte de societe humaine. Au point de vue moral, ces deux races 
paraissent avoir ete egales. 

Mais les facultes religieuses semblent avoir etc moins developpees chez les 
Tasmaniens. Au reste, cette inferiorite n est peut-etre qu apparente. Les rapports 
entre nos insulaires et les Europeens ont ete courts et mauvais. Or il a fallu 
bien longtemps pour apprendre que certaines tribus australiennes s etaient 
elevees jusqu a la conception du Greateur, ayant donne naissance a tout ce qui 



176 ADDENDA. 

existe par la parole et le souffle, pour decouvrir que les Mincopies croient a un 
Dieu incree" et createur de tout ce qui existe. 

Quoi qu il en soil, la question se pose imperieusement quancl 11 s agit des 
Tasmaniens. Ges insulaires etaieul-ils capables de s elever au-dessus de leur 
condition presente et de prendre place dans une sociele civilisee, ou bieu 
elaient-ils irremediablement voues par leur nature a une inferiorite absolue? 
Les fails repondent de la maniere la plus nette en faveur de la premiere 
opinion. 

Bonwick a visile une ccole ou des enfants noirs etaient e leves avec d autres 
en fa nls de race blanche. 11 apprit des inslituteurs que les Ills et les filles des 
convicts se monlraienl inferieurs en tout aux autros enlants Wanes, snperieurs 
aux Tiisiiianiciis en arilhme lique et en grammaire, niais millemeiit en geogra- 
|tlnr, en hisloiro et en ecritnre. Deux jeunes indigenes inlerroges par lui firent 
preuve de cminaissanecs reel les en geographic. T.es enlants etaient rudement 
trailes par Inns companions cl. paraissaient etrc intimidcs et malades. Ces con 
ditions ( tail-lit tres-pcn propres a I avoi iser le developpemenl intellectuel, et 
pnurlanl nous vinous qur, place s dans des conditions identiques d instruclion, 
ccs pdiis Tasmaniens out monlre plulol une certaine difference d aptitude 
(ju iinc veritable inleriorite. 

L hisloire de la destruction des Tasmaniens est simple et navrante ; elle a 

tic comlmlc a\cc iinr. rc-ularili- et une Mirete de methode qui atteindront tou- 

JOHIS Icnr luil, pour pen qn on les applique a des races douces et mal annees. 

Mans Ionics les possessions an^laises, il y a eu avant la colonisation oilicielle 

une colonisation preliminaire dcslince a lui preparer la voie. Les immigrants, 

convicts lilicics pour la plnpart, constituaient de mauvais elements pour fonder 

une societe; en revanche, ces individns etaient excellenls pour deblayer le 

terrain, relonler les premiers occupants on les detrnire, si 1 espace etait trop 

elroil; c cst ce qni arriva. Des 18Ui, nn detachement dc 1 armee reguliere 

charge di> prole^er IVtablissement d nne petite colonie sur la baie de Risdal lit 

I m sur nn groupe d indiyenes et en tua une cinquantaine ; on n a jamais su 

la raison de ce massacre. Les journaux coloniaux, si malveillants pour les 

Tasinaniens, n oserent les donner eomme agresseurs. Selon toute probabilite, 

le lieutenant Moore, qui commanda le feu, perdit la. tete et prit pour une 

manifestation hostile Jes cris et les gestes d un groupe de chasseurs en train 

de forcer des kanguroos. Get episode eul pu resler isole ; par malheur, en 

1800, au moment d une famine, le gouverneur mil en liberte des condamnes 

non liberes, en les chargeant de pourvoir a leur subsistance; ils reprirent leurs 

habitudes d Europe, pillerent, tuerent, exercerent, en un mot, aux de pens des 

naturels, les qualites dont la justice anglaise interdisait 1 usage dans les iles 

Brilanniques. Celte justice avail deux poids et deux mesures : aux colonies elle 

innocentait des delits et des crimes qu elle cut suremenl punis de mort en 

Europe. Des bandits dangereux, des assassins qui avaient notoirement tiempe 

leurs mains dans le sang de plusieurs noirs, se promenaient en liberte a 

Ilobart-Town. A la fin les meilleures natures s exasperent, les Tasmaniens trou- 

verent des chefs et rendirent aux blancs meurtre pour meurtre, cruaute pour 

cruaute. L Australien Mosquito, qui avail reussi a leur imposer son autorite, 

fut pendant plusieurs annees la terreur de 1 ile ; en 1824, on le pril par tra- 

hison et on le pendit. La guerre noire ne f ul pas finie ; deux grandes batlues 

organisees par le Gouvernement en 1830 el en 1831 lui couterent 30 000 livres 



ADDENDA. 177 

et n amenerent aucun resultat. La paix ne fut retablie que grace a 1 inter- 
veniion d Augustus Robinson, un philanthrope et un heros; il risqua vingt 
fois sa vie pour aborder des tribus fugitives, et le fit toujours sans armes, 
sans autre escorte que quelques indigenes soumis des deux sexes qui le secon- 
derent avec autant de devouement que d intelligence. On ne saurait croire ce 
qu il dut deployer d habilete, faire de promesses pour mener sa tache a bien. 
L execution de ces promesses ne dependait pas completement delui; on avait 
dit aux indigenes qu on Ics conduirait dans un pays enchanteur, fertile et 
giboyeux. Lorsque quelques-uns etaient pris ou se rendaient volontairement, 
on les transportait soil a Bruni, soit dans Tile des Cygnes. Un resolut ensuite do 
les reunir dans un meme lieu; apres bien des hesitations, Tile Van Sittard 
fut ehoisie. Des pecheurs de pboques y elaient installed avec leurs families 
Robinson les expulsa et les remplaca par des Tasmaniens. Mais cette ile 
etroite, petite, sans gibicr, couverte d arides rocbers, sans cesse battue par les 
lempetes de cette mer orageuse, etait un sejour impossible a supporter pour 
ces libres enfants des balliers et des forets (de Quatrefages). Plus tard, on 
leur octroya un meilleur pays, 1 lle Flinters ; on nut a lenr disposition tous 
les moyens materiels propres a les aider a gagner leur vie ; on leur apprit a 
lire et a eerire, on les catechisa ; la mortalite ne diminua pas. En 1847, il ne 
restait plus que 12 bommcs, 22 femmes <;t 10 enfants; tous gardaient dans 
leur eceur un vif souvenir ile la vie passee ; ils regretlaient si amerement la 
terrc uatale que le gouvernement Unit par obeir a un bon sentiment et les 
rapatrier. Mais ils resterent exiles en Tasmanie; leurs forets u etaient plus la; 
leurs territoires de cbasse etaient changes en fermes ; il fallut prendre soin 
d eux. Rien n y fit : la race etait sous le coup d un marasme mortel et 
s eteignit. 

BIBLIOGRAPHIE. BURG (C.-L. van der). De Geneesher in Xederlansch-Indie, I 1 " Del. Bata- 
via Ernst., 1882. QUATREFAGES. Hommes fossiles et Itommes sauvages, p. 1-45 et suiv. - 
BRONET. La race polynesieime, son origine et sa disparilion. These de Paris, 1870. WAITZ. 
Anlhropologie, Y u. Y. Th., passim. 

M. Afrique. Nous n aurons guere ici qu a faire une enumeration et des 
renvois; la plupart des populations alricaines out etc etudiees a leur nom 
(voy. ABYSSIME, CAFRES, NKGRES, etc.). Wailz les divise en six races principales : 

1 Les Negres, comprenant les Mandingues ct les Sarrakolet; les Jolof et les 
peuples de 1 Atlantique, les Sourbay, les Ilaussa et les Bornou, les Asbantees et 
les Dabomans, les peuples du Niger, da Dabama, du Darfour, etc. ; 

2 Les Hottentots auxquels il rattacbeles Boscbimans; 

5 Les Cafres, compi enant des tribus extremement nombreuses, parmi les- 
quelles les Betcbuanas, les Zoulous et les Basoutos, etc. ; 

4 Les Malgacbes; 

5 Les Foulalis ou Peuls; 

6 LesNubiens, les Bedchas, les Abyssins, les Gallas ou Somaulis. 

1 Boschimans. Nous nous arreterons un instant sur les Boschimans ; 1 hypo- 
these qui les considere comme une tribu hottentote, adoptee par un certain 
nombre d etlmograpbes du commencement du siecle, ost aujourd hui rejetee; 
on admet seulement aujourd hui que les Hottentots et les Boschimans sont deux 
races apparentees, mais de tres-loin. Malgre 1 analogie phonetique des clap- 
pements de langue que Ton constate dans le parler des deux peuples, la diffe 
rence entre le Hottentot et le Boschiman est si profonde qu on doit la regarder 
s. XV. 12 



178 ADDEiNDA.. 

commc spe cifique. On a cru voir dans les Hottentots une race mixte, un melange de 
Boschimans et de Cafres. La chose n est pas impossible, mais, d une part, la 
linguist! que s eleve contre celte theorie, puisque le lioltentot n a pas plus de 
rapport avec les langues lantous qu avec le boschiman, ce qui implique 1 exis- 
tence d un troisieme element ; et d autre part, si les Hottentots ressemblent assez 
physiquement aux Boschimans, ils n auraient pris aux Cafres que bien peu de 
leur type si caracterise. 

Les Boschimans (hoi. Boschmam, angl. Bushmen), hommes desbois, sont des 
nomades qu on trouve un peu partoul dans les plaines et sur les montagnes de 
la colonie du Cap; leur taille ne depasse pas l" ,iO en moyenne. Leur crane 
est tres-dolichociphale, leur angle facial descend jusqu a 60 degres. Une des 
parliculariles les plus remarquables de cette race, c est la ste atopngie de la 
femme coustituee par un developpement exagere du pannicule graisseux sous- 
cutane et intermusculaire des deux regions fessieres. 

Le Boschiman a pour tout vetemcnt une pcau de chacal nouee par des cour- 
roies a la laille ; il ne construit ni huttes, ni tentes, mais s abrite dans les 
buissons et les anfracluosites des rochers. 

Sou unique occupation est la cliasseoule vol ; s il ne trouve point d antilones 
sauvages, il enleve les troupeaux des Cafres et des colons. Sa langue est si 
pauvrr qui 1 la parole a besoin a chaque instant d etre aidee de la mimique- 
M r-l ;i pen pivs impossible de tenir une conversation suivie dans 1 obscurite; le 
Bushman dessiue Dependant, inuis un peu moins bien que les hommes de 
1 age quatemaire; on ne sait rien de sa religion. 

11 est assez difficile de dire s il est bou ou mauvais ; sa conception du juste et 
de 1 injuste ne parait pas depasser de beaucoup 1 egoisme inconscient de cer- 
taines especes animales. Un voisiu [irend un objet qui m appartient, disait un 
d eux, c est une mauvaise action; si au contraire je lui enleve quelque chose, 
en est une bonne. 

La constitution de la societe est en rapport avec le reste; la horde est for- 
mee d individus que les necessiles de la chasse ont reunis ; mais leur solidarite 
ne va pas au dela. 11 n est question ni de manage, ni de famille ; les fenimes 
etant les plus faibles sout esclaves, chargees des travaux penibles et maltiaitees. 
Paribis un Boschiman en garde une specialement ; quand ellc vieillit, il en 
prend une autre dont elle devient la servante. Ces femmes sont passionnemcnt 
attachees a leurs enl anls; quand des chasseurs d esclaves voientqu une horde va 
leur echapper, ils saisissent les enfauts d abord, certains de s emparer des meres 
qui reviendront. L homme a pour sa progeniture une affection comparable a 
celle des grands fauves pour leurs pelits ; lorsque les femmes ont e te prises ou 
tuees, on se debarrasse des enfants en les abandonnant aux animaux leroces. 
Comment, disent-iis, auraient-ils pu vivre sans mere? 

Le Boschiman est place au dernier degre de 1 echelle humaine; Cuvicr lui- 
nieme avail note entre lui et le singe des ressemblances nombreuscs; il parait 
peu susceptible de perfectionnement. Des esclaves aussi, capables de s acquitter 
aussi bien d une partie de leur service que des domestiques negres ou blancs, 
sont retourne s vers leurs f re res; ils ont repris la vie sauvage telle qu ils 1 a- 
vaient quittee, la chasse avec 1 arc et la fleche a pointe de verrc, 1 habitation 
dans les cavernes ou les buissons; ils n avaient trouve dans leur etat ante- 
rieur, dans les notions qu on leur avail inculquees , rien qu ils pussent faire 
servira I amelioration de leur sort. 



ADDENDA. 171) 

Nous ne parlerons point des Akkas, population naine de PAfrique cenlrale, 
etudiee surtout par le docteur Sehweinl urt ; elle est trop peu connue encore 
pour qu on puisse la rattacher, comme quelques-uns 1 ont fait, en tenant coniple 
seulement de sa taille, a la race boschimane. 

2 Cafres. Depuis que Particle CAFRES a paru dans ce Dictionnaire, les Zoulous, 
qui appartiennent a cette race, ont acquis en France une notork le dont il est 
inutile de rappeler la cause. Ges Zoulous furent longtemps le plus puissant 
des peuples cafres. A 1 arrive e des premiers emigrants boers dans la Natalie 
en 1825, un despote militaire les avail organises et ratlachait a son empire 
la plus grande partie des terriloires qui Penvironnaient. Gonnaissant Phumeur 
batailleuse de ses compatriotes et leur bravonre, il sut en tiier parli pour 
constituer une armee capable de subjuguer les tribus independantes. Son babi- 
lete militaire e tait sa seule qualite; il n organisa rien que le massacre, lit 
peser sur les survivants des pays soumis et sur ses sujets une tyrannic ineple 
et monstrueuse. II en e tait arrive , dit M. Elie Reclus, a se faire obe ir comme 
un dieu qu il se vantait d etre. Quauil mourut sa mere cet liomme aimait 
sa mere il donna corns a sa pielie filiale en faisant couper le cou a 1000 
vaches laitieres, car il faut, disait le bon Ills, il faut que meme les veaux 
comprennent qu il est douloureux de perdre samere! Puis 1000 de ses soldats 
regurent 1 ordre de se donner la mort. 11s avancerent au comman dement, clian- 
terent les louanges du despote : 

Ave, Ccesar, morituri te salutant, 

et se piquerent les uns les autres de leurs lances. Ou trouver fanatisme de 
cette intensite et lachete si re solue? 

Le regime inaugure par Gxaka finit par lasser tout le monde; plusieurs de 
ses ge neraux, craignant pour leur tete, partirent avec leur corps d armee et 
s en allerent au loin fonder des Etats independants. A la fin le despote fut 
assassine par ses deux freres, et Dingam, Pun d eux, prit sa succession. II ne 
valait pas mieux que lui sous bien des rapports ; sa perJidie finit par avoir 
un resultat desastreux; il fit massacrer, dans uri festin qu il leur donnait, les 
eclaireurs d un campement boer. Ces Europeens ne furent point de compo 
sition aussi facile que les Cafres ; ils avaient deux canons, d excellentes cara 
bines, etaient braves et disciplines. Les legions noires de Dingam furent e cra- 
se es, sa residence brulee et lui-meme oblige de prendre la fuite ; il fut assassine 
par deux de ses ofticiers. Son frere Panda luisucceda; on Pavait regarde 
jusque-la comme une sorte d idiot : c est ce qui lui avail sauve la vie. Ce fut 
un roi bon enfant et faineant, qui laissa faire les Anglais et les Boers, sans 
essayer d entraver leurs progres, sans se meler a leurs querelles. II resta plus 
de trente ans sur le trone; cependant il y eut pendant son regne des troubles, 
des insurrections ; une sorte de prophete appele Molageni souleva contre les 
Anglais un grand nombre de tribus, mais ne sut point livrer bataille. Son ills 
Cetliwayo voulut reprendre les traditions de son oncle Gxaka et restaurer la 
puissance militaire des Zoulous ; les circonstances n etaient plus les memes 
apres un succes parliel, il fut ecrase, pris, envoye a Londres et rapatrie quand 
le gouvernement anglais fut bien sur qu il saurait jouer a Pavenir le role de 
vassal soumis et s y tenir. 

Un mot sur la medecine indigene etles maladies du pays. Voici ce qu e crivait 
sur ce sujet M. Hartley, en 1875 : 



180 ADDENDA. 

Les docteurs Basontos semblcnt connaitre 1 existence et la valeur therapeu- 
lique de beaucoup de racines et d herbes du pays. Comme j y suis depuis peu 
de temps et par suite du secret observe dans la composition de ces medicaments 
ct lour emploi, je ne saunas donner aucun renseignement sur ce sujet. Ils 
sont tres-biibiles dans la reduction dcs fractures, mais ils ne savent rien relati- 
vement a la maniere d enlever les tumeurs ou les sequestres. 

J ai etc appele, il y a peu de temps, pour une fracture du corps du radius 
maintcnu dans une position Ires-correcte entre la pronation et la supinalion, 
au nioycn d une sortc de goultiere en roseaux ; cet appareil facile a appJi- 
quer, tres-le^er, pourrait etre adopte* avec avantage chez beaucoup de peuples 
civilises, 

La vie ordinaire esl sobre et simple, de sorle que les maladies internes sont 
el qu il est plus facile d indiquer cdlcs qui n existent pas que celles qui 



Sur nn grand nomhrc de cas, je n ai rencontre que deux phthisiques; la 
malailie s e"tait de veloppe e, je crois, parce que les deux sujots, apres avoir porte 
longtemps lu costume europeen, avaient repris sans transition celui de leurs 
.ompati -luti s (|ui GODsiste en nnc simple couverlure; cctle rarete de la phthisic 
;> romlml en lames persomies a sc demander s il ne serait pas bon de con- 
seillci au\ malaik s le sejour dans It- Slid de rAl rii|iie. L experience que j ai faite 
dii pays I ele dernier, peiulaul lequd les oragcs furenl frequents, et par suite 
Ir sol Ires-limniile, ii est pas favorable a cctle maniere devoir. Le Basutoland 
me parait nn maiivais sejonr pour les pliiliisiques; je crois au contraire que 
Blomfomtein el ses environs seraient excellents. 

Le rhumatisme chronique est commun; cela tient a ce que les villages indi- 
s sont silui S parmi les rochers ct sur les llancs des montagnes. La ge ne - 
ralion actuelle de Hasoulos a passe une grande partie de sa vie dans les 
ca\urnes pour ccbapper aux atlaques d ennemis de toute nature. La maladie 
[MI, iil cnler assez Jacilement aux alcalins; la dysenteric et la diarrhee sont 
lieijiientes, surtout chez les enfants. 

l>c loutes les affections chirurgicales que j ai vues, celle qui est le plus 
ia|ii(l( iiient fatale est une espece d induration du tissu cellulaire de 1 avant- 
bras idiopathique die/ les \ieillards. Les symplomes consistent en un gonfle- 
iip iit dur, qui s ctcnd rapidement et produit la mort en vingt-quatre heures; 
la maladie ne parait point aboutir a la gangrene; je n ai jamais pu relever 
d;ui> ses causes une morsure de serpent ou une [ilaie par Heche empoisonnee: 
il m ost egalement impossible de donner aucun caractere necroscopique, a 
ause tie la repugnance des natifs pour les cxamens de celte nature. Les li- 
puiiies sont nombreux; le chirurgien peut trouver facilement I occasion de 
ri t.oiirir au bistouri. Les praticiens indigenes n osent se risquer aux opera 
tions radicales, ils prelerent de petites scarifications dont le resultat est facile 
a prevoir. Grace a la robuste constitution desBasoutos, un traitement conse cutif 
iiisigniiiant suflit presque toujours, les plaies se reunissent par premiere 
inlenlion. 

5 Malgaches. Aujourd bni qu on a les yeux sur Madagascar, on sait que 
1 ile est occupee par deux peuples differents et rivaux; ce qu on sait moins, 
c est que tous deux parlent la meme langue, ont la meme origine. 

Ces deux peuples sont les Sakhalaves et les Hovas : 1 un occupe la partie 
occidentale depuis les environs de Murondava jusqu a la baie de Bembatok; 



ADDENDA. 

1 autre Ic centre tie 1 ile; les Sakhalaves presentent le type des metis d Africains 
et de Malais; le caractere des premiers parait loutet ois 1 emporter ; ils son t 
de petite stature, bien muscles, fences de peau, avec des traits reguliers 
et des yeux noirs. Moins bien doues et moins civilises que les Ilovas, ils 
sont negligents, s occupent pen de 1 avenir, restent diviscs et impuissants. Les 
Hovas, meprises et regardes autrefois comme impurs, ont [ieu a peu elendu Icur 
domination sur tons leurs voisins. 

Ils ont conserve dans leur langue, leurs moeurs, Icur aspect, des traces 
manifestes de leur origine malaise; leur coloration est olivatre, leurs trails 
sont peu marques; la levre infe rieure est saillante; il est probable toutefois 
qu ils se sont legerement melanges avec les Sakhalaves. 

Les particularites suivantes indiquent surtout une origine malaiso-polyne- 
sienne : Dans toute occasion on reunit les chefs en conscil : ce conseil s ap- 
pelle kabar ou kaba, comme les conseils juridiques ou les conferences acci- 
dentelles. On n a pas, il est vrai, dans ces occasions, la racine de kawa de la 
mer du Sud ni le breuvage qu on prepare avec elle ; on le remplace par une 
autre substance excitante, le houchouk, forme de leuilles de tabac sechecs 
et pulverisees. II n y a guere que les Antoyniours qui machent le betel. Les 
canots avec un ou deux balanciers, que Ton trouve si souvent sur la cote occi- 
dentale, ont du etre employes d abord par les Sakhalaves, puis par les Ilovas. 
Jusqu a Radama, les coutumes polynesicnnes avaient ele en usage dans la 
guerre; il fallait a tout prix enlever les individus tombes a l ennemi et les 
rapporter a la maison ; on se servait, au lieu de trompettes, de conqucs marines. 
A 1 interieur de Tile, les guerriers etaient tous tatoue s ; chez les Malgacbes, les 
manages consanguins etaient tenus pour criminels, il n y avail d exception 
comme aux iles Sandwich que dans la famille royale; la premiere femme de 
Radnma n eta it pas sa soeur, mais il etait de coutume chez les Ilovas que le roi 
epousat une de ses proches parentes, la fille de sa sosur de preference pour 
assurer la succession a son tils centre les intrigues des pretres, parce que 1 he- 
ritier regulier du trone est le fils aine de la plusproche parente du roi du sexe 
feminin. Gomme en Polynesie, le roi est en meme temps grand pretre ; dans les 
deux pays, on a fait disparaitre, par veneration de la langue du peuple, les 
noms designant les chefs, et on les a remplaces par des expressions fignrees; la 
forme des serments d amitie est la meme que celie qui existe encore aux Phi 
lippines et chez plusieurs peuples malais (Wailz). 

En 1872, M. Borchgrevink fit a la Societe de medecine de Christiania une com 
munication interessante sur les maladies communes a Madagascar. Je ne sais si 
1 auteur etait medecin. Si Ton s en rapportea ses propres indications, lesrensei- 
gnements donnes par lui etaient emprunles surtout a la pratique d unEcossais, le 
doctenr Davidson, e tabli a Anlanarivo depuis vingt ans. Celui-ci avait dirige la 
construction d un hopital, et il ne voyait guere moins de 7000 malades par 
an. L affection thoracique observee le plus souvent chez les natifs est la pneu- 
monie; elle est rarement franche et simple, piesque toujours on trouve en 
meme temps des complications pericardiques, pleurales, hepatiques. Les mala 
dies du coeur sont frequentes et pourtant le rhumatisme articulaire aigu est 
rare. M. Davidson leur donne pour origine la diathese urique; il a vu bien 
souvent des symptomes cardiaques se developper pendant une attaque de goulte, 
de coliques nephretiques ou immediatement apres; les indigenes emploient 
dans ces conditions 1 extrait d une plante indigene, le tangena seminifera; 



182 ADDENDA. 

c est un poison violent, qui agit surtout sur la moelle et a une dose un peu 
elevee produit trcs-vile de la paraplegic. 

Les fievres palustres de Madagascar sont communes, mais moins graves 
qu on ne le croit ; i\ est rare qu elles tuent a la premiere attaque , en re 
vanche, cllcs debilitent 1 cconomie et produisent des alterations organiques 
serieuses. 

L atrophie jaune aigue du foie est frequente, extremement grave, presque 
toujours suivie dc mort dans le coma au bout de vingt-quatre heures; elle se 
develop^ de preference clicz des individus qui ont eprouve anterieurement une 
altaque de fievre intermillente. 

Panni Ics alfcctions du systeme nerveux, notons la choree et 1 epilepsie ; 
cellc-ci s accuni|i;igufi prcsque loiijoiirs d accideuts psychiques. Du reste, il 
I iint pen dc rlio-r pour allccicr ;ji avemciit [ intelligence des indigenes; les 
manic* c|>idcuii(|iics s ubscrvent de temps en temps; a la mort de Raduma, 
on \ii mn> chore omanie (<im|>arahlc a cdlcs (jui se developperent en Europe 
an quatorzieme MiY.le. Lcs individus dansaieot, gesticulaient, poussaient des 
ens drs grogiicmciiK; |c pcii]>le Ics regardait avee respect, presque avec 
admiration, on leur alliilmait le don de la prophetic. 

l.rs c.ilculs vrsicaux, la lepre, la syphilis, sont des maladies courantes : 
on nc rnmi.iil ijiim 1 , les manifestations de celle-ci qu a la periode tertiaire. Les 
individus iiitcc.trs allachent peu d importance a 1 accident primitif, ou ils 
ii csi ni |c iiKinlivr ;mx medecins; les sy|ihilides secondaires sont egalement 
ditlicilcs ; i voir a cause dc la coloration de la peau. L. THOMAS. 



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jn-inii/ir,-- . /c.v Cnfrcs rl j>/nx ^n cialemenl le.t Zoulous. In Ih V. d anthr., -1884, 2 e ser., 
t. VII. lasc. i- J. L- T. 

SAXICAVA (Sa.ricava Fl.de Bell.). Genre de Mollusques-Lamellibranches, 
du groupe des Siphoniens, dont les representants, tous d assez petite taille, 
vivent dans les rochers des bords de la mer, dans les pierres, dans les masses 
madreporiqucs, etc., qu ils perforent a la maniere des Pholades. 

Leur coquille est epaisse, inequilaterale, transverse, obtuse aux deux evtre- 
mites, et couverte d un epiderme verdatre. La cliarniere est edentuleou pourvue 
d une tres-petite dent rudimentaire, avec le ligament exterieur. 

L animal, subcylindrique, a les bords du manteau presque conipletement soude s 
et prolonges en arriere en deux gros siphons tubiformes allonges, contractiles, 
a peine separes exterieurement. Le pied est tres-pctit et canalicule, 1 ouverture 
buccale tres-grande. 

Sur les coles de France se rencontrent assez communementle S. rugosa L. et 
sa variete arctica Gmel. Le S. GueriniiPa^r., au conlraire, parait special au 
littoral mediterraneen. ED. LEFEVRE. 

SCAPHOPODES. Classe importante de Mollusques, intermediaire entre 
celles des Lamellibranches el des Gasteropodes, et renfermant le seul genre 
Dentale (voy. ce mol). D. LEFEVRE. 



ADDENDA. 

SCIIIZOJIYCETES OU SCHIZOPOYTES 1 . I. Morphologic et physiologic. 

L obscurite qui pendant longlemps, jusque par dcla le milieu du dix-hui- 
tieme siecle, dcioba a 1 homme la connaissance de la nature, s est gra- 
duellement dissipee, depuis la renaissance de la chimie, devant los progres 
incessants de la science. L un des derniers mysteres jadis imposes comme un 
article de foi a la generation qui nous a precedes a ete cette force que Ber- 
zelius nommait force de catalytic, rcasquant d un mot pompeux son igno 
rance d une cause. D apres Liebig, le sucre, en fermentant sous 1 influence 
de la levure, subissait un mouvement communique a scs molecules par celles 
de cetle levure. L an- cienne action de presence cst beureusemenl rcmplu- 
cee, pour ce cas du moins, par 1 action physiologique de certains vegetaux in- 
ferieurs. 

Les vegetaux inferieurs capables d alterer les infusions ou ils vivent appar- 
tiennent a trois families differentes : les Mucorinees, les Saccharomycetes ct les 
Schizomycetes ou mieux Schizophytes. 

De ces trois families, parfois confondues bien a tort entre elles, ce sont 
les Mucorinees qui ont 1 organisation la plus compliquee, ou, comme on dit 
generalement, la plus elevee. II en a ete traite a 1 article MOISISSURES (voy. 
ce mot). Les Saccharomycetes ont fait egalement 1 objet d un article distinct 
(voy. SACCHAROMYCES). Nous n y reviendrons pas ici ; il nous suffira de rap- 
peler que, si ces deux groupes sont eloignes morphologiquement des Schi 
zomycetes, ils s en rapprocbent au contraire par certaines de leurs proprietes 
physiologiques. 

La denomination de Schizomycetes, qui correspond a celle de Spaltpilze 
employee parquelques auteursallemands, a ete acceptee par toutes les personnes 
qui les regardent comme des Champignons. Cette opinion n cst pas la notre ; comme 
nous 1 exposerons tout a 1 heure, nous les croyons beaucoiip mieux places parmi 
les Algues. Les auteurs francais, a 1 exemple de Van Tieghem, les nomment 
ordinairement Bactcriens. L usage est en effet de tirer le nom d une famille 
d un de ses printflpaux genres. Mais nous montrerons bientot que ce mot de 
Bacterium ne represente point un genre, mais seulement un etat, une phase. 
Alors convient-il vraiment d en tirer le nom d une famille ! La meme observa 
tion s applique au terme de Yibrioniens sous lequel on les de signe souvent 
encore. Provisoirement nous nous decidons pour celui de Schizophytes, qui a 
1 avantage de pouvoir etre accepte par tout le monde, et de marquer le prin 
cipal caractere de ces petits etres, leur reproduction par scissiparite. Quant au 
nom assez mal fait de microbes, cre e par Sedillot, et qui est en train de passer 
dans la langue vulgaire, il n exprime le plus souvent qu une idee vague ou 
meme contradictoire. On verra en effet, par quelques citations, que les opinions 
les plus opposees ont ete soulenues a leur egard par les naturalistes aussi 
bien que par les medecins. 

Apres les travaux d Ehrenberg et de Dujardin, qui sont connus de tous, et 
dans lesquels ont ete elablis les noms de Bacterium, de Vibrio, de Spirillum 

1 A 1 exception de la partie systematique, qui a ete entierement redigee par nous, cet 
article est dti en grande partie a la plume du regrette Eug. Fournier, auleur d une etude 
interessanle sur les Schizomycetes, publiee recemment dans la Gazette hebdomadaire de 
me decine (n 09 5, (5, 7 et 9, 1884). Comme notre savant confrere devait rediger 1 article 
SCHIZOSIYCETES pour ce Dictioijiialre, nous avons pense ne pouvoir mieux i aire que de 
prendre 1 etude dont il \ient d etre question pour base de notre travail. 



184 ADDENDA. 

et de Spirochsete, Davaine, reunissant ces deux derniers noms generiques, a 
trace la classification suivantc : 

( ripiilos. . . Bacterium. 

i spontanetnent mobiles.. flexueux .. Y,l,rio. 
droits ou inflei-lns. . 

Filaments. . . . { immobiles Bacteridium. 

\ Ix licoides < Spirillum. 

A cote de ces noms generiques il convient de citer celui de Zooghea, ecrit 
pour la premiere fois par Gol\u des 1855, pour designer des Schizophytes 
arrondis, assocics ;ni milieu de couches gelatineuses ; celui de Leptothrix, 
genre du groupe des Oscillariees el de l;i tamille des Algues, cree longtemps 
auparavanl par Kiitziiig, 1 un des principanx algologues du siecle, de memo 
que celui dc Mirmr<n-ciis, si ivpamlii aujourd hui, qui a paru pour la pre 
miere tois dans le livre dc Hallier sur les parasites du corps humain en 186o. 
Ouand ces Iravaux out paru, beauconp de bons esprits, habitue s aux methodes 
pnVi-cs dc I liisloirc nalurcllc, pomaient croire que la lumiere se faisaitdansle 
es Mhniiih nt (iriiK chjuc la scicnc.c medicale trouverait dans ces travaux 
loiiileiiieiii-. |irccieux pour asseoir la doctrine des maladies parasitaires. On 
If ermail Incii micn\ encore ;i|inV la classilicalion dclaillce publiee par Colin 
en IN"-. . Ccpmilaiit la science etait loin d chv lixee, et Ics idees les plus dis- 
i-nrdaiili s citnliimaicnl. a cln- siiiilcmic^ sur Irs relations des genres entre eux. 

Sclmi (Hi. liobin tons les corpuscules decrits sous les noms de Bacterium 
(( tcnno, II. /niiifliim, /.um/lint, Micrococcits, et sous bien d autres encore, 
soul des cellules \egetalcs. des s|ioics de I .liampignons de plusieurs especes 
ii distinctes certainement, spores on corps reproducteurs de premier ordre, 

ili iivaui soil les mis drs autivs par gemmation ou scission, soil du mycelium: 

(i i in ps reproducteurs, en un mot, de 1 ordre de ceux que Tulasne a range s 

<i s-ius le, nom de conidies, etc. II 1 aut remarquer dans cette opinion le terme 

de Champignons. (>s Bacteries, ces Schizophytes, sont des Algues pour 

Van Tieghem comme pour Colin. Mile Johanna Lueders, en essayant de prouver 

[ar le detail d une observation microscopique soigneuse une opinion analogue 

A cellc de Robin, n a pas reussi a convaincre les naturalistes que les spores des 

Penicillium laissent transsuder, par des pores de leur membrane extcrne, des 

corpuscules qui seraient, suivant elle, des germes de Bacteries, et encore moins 

Hal her qui, dans son ouvragc deja cite, depasse les limites du polymorphisme 

le plus eU rene. [ our Hallier, le champignon dn 1 avus, celui de la mentagre, 

le Leptothrix bnccalis, les cryptogames de 1 herpes circinatus et celui de 

I herpes tonsurans, ne sont que des e tats divers du Penicillium glaiicum. 11 

croit menie que le Leptothrix pent etre une forme de developpement commune 

a plusieurs Champignons inferieurs, et meme que la levure precede le plus 

^cneraleinent d un Leptothrix. Le professeur d lena confondait ainsi les trois 

families que nous avons distinguees au debut de cet article : les Mucorinees, 

les Saccharomycetes et les Schizophytes, et dont les deux premieres seules 

appartiennent incontestablement a la classe des Champignons. Ce sont la des 

divagations que nous ne rapportons ici que pour donner un exemple des 

opinions extremes. Sans aller anssi loin que le professeur d lena dans ses 

hypotheses de transformation, Billroth s est deja cependant assez avance, 

puisqu il a pretendu reduirc tons les Schizophytes a un seul etre : le Coc- 

cobacteria septica, alors meme que Pasteur, se placant au point de vue phy- 

siologique, regarde comme une especc particuliere toute forme de Schizophyte 



ADDENDA. 185 

qui nait constamment dans un milieu determine on qui cause un mode de 
fermentation lout special. 

An point de vue physiologiquc, les divergences n ont pas etc moindres. On 
sail que, suivant la these detendue par 1 illustre chimiste, these fondee sur 
I cxpurience, les Schizophytes tantot determiner)! la fermentation putride en 
attaqnant les matieres ammoniacales pour se nourrir de leur azote, et tantot 
decomposent le sang des animaux en dissociunt leur sang et leurs humeurs 
pour s emparer de leur oxygene, soil directement, soit apres la secretion d un 
ferment prealable, point qui n est pas encore parfaitement fixe. Pasteur 
affirme en outre que la bacterie repre senle parfaitement 1 agent de conta 
gion de certaincs maladies contagieuses, et notamment du cliarbon, qui cst le 
grand exemple de la these ; qu nne goutte de sang charbonneux naturel amene 
rapidement la mort, tandis que riuoculation de 10 a 80 gouttes de liquide filtre 
et prive de la bacterie par cette filtration est absolument sans effet. En regard 
de cette affirmation s est dressee une affirmation absolument contradictoire de 
Paul Bert, lequel annoncait a la Societe de biologic, dans sa seance du 13 Jan 
vier 1877, que la bacleridie charbonneuse etait detruite par 1 oxygene a haule 
tension, tandis que le sang conservait apres celte operation ses proprietes nocives. 

Mais an moins, dans ce grand difiereiul scicnlifique, les contradictcurs 
voyaient tous deux dans la bacterie ou bacteridie charbonneuse un parasite 
etraa^er au corps de 1 homme. Cette opinion se transforme sous la plume de 
Bechamp, pour lequel les divers vibrions, le Bacterium chainelte, le Bacte- 
rium termo, Je Bacterium capitatum, la bacteridie, ne sont que les diverses 
phases du developpement des microzymas, plus ou moins dependant de la 
nature du milieu. Que si Ton demande ce que sont ces microzymas, on a 
pour reponse cette phrase d Estor, ecrivant a 1 Academie : M. Bechamp et 
moi avons adresse une Note sur 1 evolution des microzymas ou granulations 
molecuiaires normales des animaux. II n y a pas loin de la a 1 opinion sou- 
tenue par Ed. Fournie, pour leqncl les microbes sont des produits patholo- 
giques encore mal delinis et qu on ne saurait assimiler aux parasites (vegetau.v 
ou animaux) dont 1 histoire naturelle est connue. La bacterie, la bacteridie, 
le bacille, etc., dit-il, sont des elements figures qui, au sein des tissus 
vivants et des humeurs alterees, paraissent, se multiplient, fourmilb-nt, puis 
se re sorbent et disparaissent sans qu on puisse se rendre compte du mecanisme 
v qui pre side a leur naissance et a leur moit, si tant est qu ils vivent d une vie 
propre, ce qne nous ne croyons pas. G est pousser un peu loin le scepticisme. 

Quelle est la lumiere qui eclairera tant de contradictions et d obscurites? 

La premiere de ces difficulles, en apparence inextricables, git dans la con 
fusion faite au microscope, sous les lentilles a grossissements enormes, entre 
les infmiment petits de forme globuleuse, qui appartiennent les uns aux tissus 
des animaux, les autrcs a des parasites. Les premiers sonl les granulations 
molecuiaires des cellules connues depuis bien longtemps, et que A. Be champ, 
J. Bechamp et Estor comprennent parmi les microzymas. Dans la memo cate- 
gorie sonl les globules graisseux du lait, du moins les plus fixes. 11 y a 
longtemps cependant que les moyens de distinction out ete formules. La 
potasse dissout le globule de caseine et ramollit les faux Zooglcea sans attaquer 
les Lacteries; 1 iode respecte, au contraire, les premiers, et colore les seconds 
en brun. La forme des granulations molecuiaires est moins reguliere et plus 
anguleuse que celle des Micrococcus, leur refringence toujours moindre, leur 



186 ADDENDA. 

coloration variable. Ou ne doit pas d ailleurs se laisser induire en erreur par le 
tremblement designe sons le noni de mouvement moleculaire ou brownien, 
dans lequd Ics granulations ne changent pas de place, mouvement que presen- 
lent k s corps inorganiques eux-memes. On doit aussi se rappcler que les 
baclerifs Ics plus mdiiles ont des phases d immobilite, et cela sans que leur vie 
soit terminee. Hoffmann a montre que la meme espece de Schizophyle peut 
fire alternativement mobile ou immobile, selon la temperature ou suivaiit la 
d ensile" du milieu. On ne saurait trop repeter, au sujet des bacteiies, que les 
phenomenes de mouvement n ont pas de valeur dans leur etude, surtout dans 
[ appreciation de leur vie ct de leurs caracteres generiques et speciliques. 
hiM.ns tout de suite que c est la ce qui enleve toute autorite a 1 uiiique distinc 
tion -rinVique dali]ie p;ir Davaine sous le no. ii de Bacteridium. II reearde 
coiuine genres di>lmels le Il/iclrri/nn emistitiie p;ir des corpuseules mobiles et 
le Bdc/rriilinm cniisliliu par des forpuseiiles immoliiles. La meme espece se 
piv-eiiiani al!ernaii\emeiit mdiile et immobile, le mot Bacteridium doit etre 
rau : rlc la nomenclature des Schizophytes, et il n y a aucune raison pour con- 
I inner a dire la baeh ridie cliarbonneuse ; badeiidie ne signitie rien de plus que 
bacteYie. 

11 y a, d ailleuis, un autre point de separation enlre les mole cules animales 
f I les bacte ries. Les premieres ne se modilient pas sponlandnent, tandis qu en 
-conlinuant d observrr les autres, en les mettant ti en culture , on s apercoit 
ipi elles p(>--edent une generation. C est ce que Pasteur avail reconnu des 1865, 
pins iiL tlenient reconnu et indue figure dans le premier volume de son Traite 
ilex maladies <lc< rers a soie. Ce meme phenomene a ele etudie recemmeiit et 
au point de vue botanique par L. Koch en 1N7C>. Sans cette decouverte, il 
landiait encore ajourner 1 etude du sujet : plusieurs errcurs proviennent de ce 
qu elle n est ]ias encore assez connue. Bechamp, a la date du "24 novembre 1885, 
1 ignorail eneme. quand il eerivait : Le microbe est inconnu dans son prin- 
ripe: il n y a pas degerines morbifiques preexistant , et quand il disait 
(levant I Aeaildnie de medecine : Jamais on n a vu une cellule quelconque 
dcvenir vibrionien ou un vibrionien devenir cellule ou organite. Gependant, 
d apres les observations precises de Koch, sur lesquelles nous reviendrons tout 
a 1 heure, observations corroborees par celles de Colin et de Van Tiediem, le 
Schizophyte, a 1 etat de Bacterium, de Bacillus ou de Leptothrix, vivant 
dans un milieu suffisamment nulritif, produit dans son inte rieur une ou 
plusieurs granulations arrondies, refractant fortement la lumiere, d un tres- 
laible diametre, qui sont les spores, et qui, mises en liberte par la disso 
lution du corps qui les renfermait, sont capables, par un developpement qui 
a c ti ; suivi, de reproduire un etre pareil a celui qui les a formees. Ce sont 
la les organes que le professeur Engel (de Nancy) a eu le tort d appeler des 
conidies. En effet, la conidie est un germe de reproduction e\ogene J orme par 
gemmation, capable seulement d uue germination immediate, tandis que la 
spore, ne e par formation endogene, la spore nee pour durer (uommee en alle- 
mancl daiierspore], peut se suflire a elle-meme pendant une ceitaine periode 
de vie lalente, jusqu a ce que des conditions tavorables lui permettent d entrer 
en germination. 

La de couverle des spores permet de resoudre bon nombre des difficultes qui 
ont obscurci 1 etude des Schizophytes. D abord, elle permet d apprecier 1 opiniou 
emise par Robin, que nous rapportions plus haut, et d y reconnaitre un grand 



ADDENDA. 187 

fond de vmle. Sans doute, parmi les corpnscules de crits sous le nom gene- 
rique de Bacte riens, il y a des spores et des conidies, et de ce nombre sont 
la plupart des soi-disant Micrococcus de Hallier, ou Microzymas de Bechamp, 
Microsporon de Klebs. Bechamp a bien vu qu en realite les divers vibrions 
ue sont que les diverses phases du developpement des microzymas, et il nous 
sul lit de changer ce dernier nom en celui de spores pour que nous soyons 
d accord avec lui sur ce point. II devient evident que, si cet auteur a com- 
pris parmi ses microzymas des corpuscules tels que les granulations mo- 
leculaires, il y a compris egalement les spores des Bacteriens (comme 1 avyil 
deja reconnu Robin dans ses lecons sur les humeurs), et que des lors ses 
affirmations (abstraction faite de certaines confusions) repoient en purtie sur la 
realite des fails. 

La decouverte des spores eclaire encore d un jour nouveau la contestation 
que Pasteur a soutenue centre Paul Bert et d atilres physiologistes, tels que 
Leplat et Jailhrd. Si ces derniers croyaient virulent le sang de l animal niort 
du charbon, bien qu il ne contint pas de bacteries, c est que dans le sang 
contaminateur ces bacteries n existaient qu a I etat de spores. C est, du reste, 
ce que Paul Bert a reconnu lui-memc. La spore des Bacteries a t ourni le mo\tjii 
d expliquer les derniers fails qui paraissent encore soutenir la doctrine de 
I heterogenie avec les savants anglais, et notamment avec Bastian, quand il a 
ete prouve qu a I etat de spore de dure e le Bacillus subtilis reside a la tem 
perature de 100 degres centigrades. Ce sont ces spores qui reproduisaient le 
cryptogame ne en apparence de toutes pieces au sein d une infusion mai purifiee. 
Enfin, grace a Pasteur, a Colin et a ses emules, il est certain aiijourd hui que, 
puisque les Schizophytes se reproduisent non-seulement par scissiparile, comme 
on le sail depuis longtemps, mais encore par le moyen de spores endogenes, 
ce sont des vegetaux et non pas des produits pathologiques. 

Ces premieres difficultes resolues, on se trouve en presence d une question 
qui divise encore les naturalistes les plus eminents. Nous ne parlons pas de 
savoir si les Bacteriens sont des animaux : 1 expression d lnfusoires a fait son 
temps; ces corpuscules n ont pas de vacuole pulsatile ni de cavile digestive 
temporaire, et, puisqu ils se reproduisent par des spores, ce sont bien des 
plantes. Mais, tandis que Zopf, a 1 exemple de Naegeli, les nomme Spaltpilze ou 
Schizomycetes, Colin et Van Tieghem les placent parmi les Algues. S ils ont 
ete regardes comme des Champignons, c est surtout parce qu oa ne leur con- 
naissait aucune coloration. II en est cependant qui sont susceptibles ou de 
recevoir, ou de communiquer, ou de prendre spontanement une coloration. A 
la premiere de ces trois categories apparticnl le parasite que De Seynes a 
observe sur le Penicillinm alaucum, et qui devient bleuatri; comme lui; a la 
seconde, le micrococcus qui colore le pus en bleu, nomme Micrococcus pyo- 
cyaneus; a la troisieme, toute la serie des Bacteries dites ehromogenes, qui 
tend a devenir de plus en plus nombreuse. II faut, en effet, comprendre parmi 
elles le Peach coloured Bacterium de Bay Lankester, le Pink coloured 
Spirillum de Klein, la Bacteric observee par Alfred Giaid dans les eaux de 
rouissage du liu, le Micrococcus prodigiosns, qui se developpe sur les malieres 
feeulentes cuites et qui les fait paraitre d un rouge eclatant ([ Hostienblut des 
Allemauds), le Micrococcus aurantiacus, qui colore en jaune orange les tranches 
de pain humide, dont le pigment est soluble dans 1 eau et qui est au moins 
cousin germain de 1 ancien Oidium aurantiacum de Leveille; enfin, le Bade- 



188 ADDENDA. 

rium synaanthum, qui fait le Jail jaune, el le Bacterium cynoyennm, qui fail 
le lait bleu. 

II est fort a remarquer que les Bacteries chromogenes, qui forment leur 
pigment dans certains milieux nutrilifs, ne le forment pas dans d autres. Les 
Bacleries incolores sont done bien de meme nature et de meme affinite que les 
Bacteries chromogenes. Deja de ce chef il resultc de tres-serieuses raisons 
pour les rapprocher des Algues. Meme Zopf a decrit recemment comme Algue 
un cryptogame nomme par lui Gliothrix tenerrima, qui forme une couche 
glaireuse et lelide a la surface de certaines eaux, et dont les filaments, d une 
extreme tenuite, resscmblant aux plus fins Schizopbytes, passent par 1 etat de 
ZoogUea. Des lors, il nous parait probable que toute contestation disparaitra 
et que le terme de Schizornycetes fera place a celui de Schizophytes, ce qui 
n otera rien an mrrile des travaux de Naegeli, de Zopf et autres. 

Une antre difficulte, beaucoup plus serieuse, nait pour la delimitation 
des genres proposes dans la famille qui nous occupe. Pour preparcr le lec- 
teur a aborder cette difliculte, il faut, au prealable, placer sous ses yeux les 
lormcs au moins les principales sous lesquelles se rencontrent les Bacteries : 

1 La pins simple de toutes ces formes est assurement 1 etat de corpuscule 
arrondi et brillant. C est la le plus ordinairement 1 etat de spore, et, comme 
nous 1 avons vu, c esl aussi ce que Ton a frequcmment nomme Micrococcus, 
donnanl nn nom generiquc a ce qui n est qu une des phases de vegetation 
commune a toutes les especes de la famille. Cos corpuscules grossissent, et 
c est uniqucment par sa pelitesse relative que Klebs distingue son genre 
Microsporon ! 

II est difficile de comprendre comment des naturalistes ont fonde des 
genres (c est le terme consacre) sur le plus ou le moins de grosseur d une 
cellule microscopique, et il semble qu il suffice d enoncer clairement un tel 
precede scientifique pour le faire aussitot juger. 

Les Micrococcus, parmi lesqnels il faut comprendre la Bacteridie puncti- 
forme de bavainr, paraissent tautot prives, tantot doues de mouvements spon- 
taii( : s. Ci ttu distinction serait scientifiquement insuffisante pour distinguer 
un genre; on a vu plus haut qu elle ne suffit pas pour caracte riser le genre 
Bacleridium. 

2 Les corpuscules spheriques qui constituaient, au temps des premieres 
recherches de Davaine, la Bacterie punctiforme, ont deux modes de de ve- 
loppemenl. C est une etrangete apparente qui sera expliquee plus loin. 
Toujours ils grossissent d abord ct devicnnent ovo ides, puis les uns se retre- 
cissent dans leur milieu, s etranglent et se fragmentent en deux, tandis 
que les autres epaississent leurs parois, se fendent a une de leurs extre- 
mite>, et laissent s echapper de leur interieur un contenu destine a former 
un nouvel etre. 

3 Reprenons les premiers. Lorsqu ils se sont fragmentes, leur ensemble 
presente 1 aspect de deux micrococcus soudes 1 un a 1 autre. Cela est ties-corn- 
mun dans les infusions. C est la ce que Pasteur a nomme microbe en 8 de 
chiffre, et Billroth Diplococcos. Ce n est encore la qu un etat passager et 
comme une seconde phase, commune a un grand nombre de Bacteriacees. 
Quand la seconde cellule des Diplococcos s est allongee elle-meme, puis de 
meme retrecie et partagee, il se forme un commencement de chalnette, et, les 
cellules continuant de se former a la suite, on a bientot ce qui a ete nomme 



ADDENDA. 189 

Torula ou Bacterie en chalnette. C est la le Micrococcus en chainc monili- 
forrae de Miquel. II importe a ce propos de faire remarqucr dans les levures, 
qui sont aujourd hui des Saccharomyces et qui ont ele confondues avec les 
Torula, que 1 accroissement du chapelet se fait par un bourgeonnement qui le 
prolonge, au lieu de se faire par la segmentation de la dernierc cellule. Le 
precede physiologique est tout different. 

4 Dans des cas differents du precedent, le corpuscule spherique, en se frag- 
mentant des le debut, se retrecit par quatre echancrures aux extremites de 
deux diametres reciproquement perpendiculaires. 11 en resulte quatre cellules 
plus ou moins nettement distinctes, et dont chacune, par les progres du deve- 
loppement, se fend encore en quatre. Tel est le principe des formes nommees 
Merismopcedia par Meyen et Sarcina par Goodsir. Cettc faculte de se diviser 
par fragmentation, et d ou resultent des agglomerations lineaires, en cliainette 
on chapelet, ou des agglomerations tabulaires (Merismopcedia), ou des agglo- 
me rations spheroi dales a arrangement quaternairc (Sarcina), sont de beaux 
exemples de la faculte de scissiparite . II importe d ajouter que le Merismo 
pcedia et les genres analogues sont, deptiis longtemps, classes parmi les Algues 
dans la famille des Palmellees, et que cela tend a rapproeher singulieremenl 
nos Schizophytes de la classe des Algues. 

5 Reprenons maintenant, pour les mieux considerer, ces corpuscules qui, 
avant de germer, epaississent ieurs parois, puis se fendenl a une de leurs 
extremites pour laisser echapper leur conlenu. Ge contenu est entoure d une 
membrane allongee; il est vivace, mobile, cylindrique et plus ou moins large, 
relativement a sa longueur. S il est relativement court et epais, il porte actuel- 
lenient le nom de Bacterium; s il est relativement allonge et mince, on lui 
donne le ncm de Bacillus. Voila encore une nouvelle pbase des Schizophytes, 
pbase qui a recu deux noms generiques differents pour des caracteres de gros- 
seur relative. Ces deux noms generiques ne sont pas, du reste, acceptes par 
tout le monde, et Zopf raye impitoyablement de la nomenclature le nom de 
Bacillus pour lui substituer partout celui de Bacterium. C est toujours un nom 
de moins et, par consequent, un leger allegement, nous pourrions dire un progres. 

C est sous 1 etat de Bacterium que les Schizopliytes se presentent le plus 
souvent dans les infusions, ou ils se meuvent avec une grande rapidite quand 
ils y trouvent certains principes en quantite suffisante, notammcnt 1 oxygene. 
Ils pourraient alors etre compares a une fourmiliere pour la confusion de leur 
activite. Tantot ils s avancent en nageant, puis recnlent sans se retourner, ou 
bien decrivent des lignes circulaires; tantot ils s avancent vivemenl comme un 
trait, tantot ils tournent sur eux-memes, comme une toupie; parfois ils se 
reposent longtemps, pour partir comme 1 eclair. Les longs Bacteriens en 
baguette mince (les Bacilles) tordent leur corps en nageant, t;mtot avec lenteur, 
tantot avec adresse et agilite, comme s ils essayaient de se frayer un chemin a 
travers des obstacles. Apres le repos, la petite baguette se met a osciller, puis 
nage brusquement en arriere pour s elancer de nouveau quelques instants ajues. 
Tons ces mouvements sont accompagnes d un second mouvement analogue a 
celui d une vis qui se meut dans un ecrou. C est a cause de cette mobilite 
qu on a jadis range les Schizophytes parmi les Infusoires; mais cette mobilile 
est la meme dans les corps reproducteurs de toutes les Algues zoosporees. On 
connait les cils nageurs de ces zoospores ; on en a observe d aiialogues a 1 cxtre- 
mite du corps des Bacterium, dont ils semblent faciliter les mouvemenls (Colin). 



190 ADDENDA. 

Pour en fairc comprendre la formation, il nous faut d abord exposer la multi 
plication des Bacterium. 

6 Ces corpuscnles se multiplient par cloisonnement. II en resulte des articles 
qui parfois se separent bientot, comme dans le Bacterium subtile (le Bacillus 
subtilis d Ehrenberg, la Bacteric des infusions de foin, le lleupilz ou Hay- 
Bacterium], parfois demeurent unis en longs lilaments, comme dans la Bacte- 
rie charbonneuse (1 ancienne Bacteridie de Davaine), nommee Bacterium 
anthracis par Zopf, Bacillus anthracis par Cohn, et, a son exemple, par 
tous les experimentateurs contemporains. Quoi qu il en soil, le mode de cloi 
sonnement est le meme. La cloison transversale qui divise le batonnet en deux 
ne tarde pas a gelilier sa membrane moyenne, qui se gonfle et separe les deux 
articles, en venant rejoindre la game exterieure. A la longue, ce disque gela- 
tineux interpose se distend de plus on plus, puis se rarefie; les deux cellules 
tendcnt alors a s isoler 1 unc de 1 autre, et les restes du disque, progressivement 
(Hi iv, constituent nn ou plusieurs filaments adherents a la queue de 1 article 
lilien . Oiiaml le 111 se rompt an voisinage immediat de 1 article, celui-ci se 
trouvc privc do loute espece d appendice. II semljle probable que cet appendice 
sc comporle d uue nianim- analogue aux cils vibratiles des zoospores de 
diuTses families cryplogamiques, d autant plus que ces prolongements ont ete 
situates nomhiv <le I ois sur les Bacteriens. Cependant, d apres Warming, on 
reiiconlre des cvcmplaircs dout le corps se tient immobile pendant que le cil 
s a^ite \nileininent, el d autrcs dontlecorps se meut, tandis que les cils restent 
iin i les mi traiuent par derriere. Van Tieghem assure que des articles de Bac- 
k ries, pourvus d un mouvcment hvs-ai lit , se sont montres, apres dessiccation, 
enliercmiMil deponrvus de prolongement terminal. 11 fait rcmarquer que le 
prolongement, quand il exisle, ofl re aux reactifs seulement les caracteres de la 
^( latinc, et il croil que les mouvemeuts de la Bacterie sont uniquement dus a 
la conhai limi de la substance protoplasmique de ?on corps. 

7 Les Bacterium, dont nous venons de cousiderer la scissiparite, ont encore 
un autre moyeu de se multiplier, la reproduction par le moyen de spores. Pour 
former ces corps propagateurs, on voit les Bacterium grossir sensiblement en 
desman! le sie-e de transformations chimiques interieures. Ce grossissement 
s liprie de ijiialre mnnieres diflerentes, avec des formes intermediaires ; tantot 
il a lieu uniformement dans toule la longueur de 1 article, qui demeure cylin- 
drique; taulot il se localise soil a 1 une des exlremites de 1 article, qui se reufle 
en tetard, soil an milieu de 1 article, qui se renfle eu fuseau, soil encore a 
chacune de scs extremities. Dans une periods d organisation ullerieure, le proto- 
plasma se ras^emble dans le point ou doit se former une spore splie rique ou 
ovoide, homogene, tres-refringeute, a contour sombre, laquelle est mise en 
liberle par la dissolution de la membrane. Si 1 article est cylindrique, la spore 
naitra sur un point quelconque de sou etendue. S il est fusiforme, c est dans 
son milieu; s il est renfle a une ou a deux extremites, c est a 1 une seule ou 
bien meme a chacune des deux extremites qu apparait une spore. Cos diffe 
rences se rencontrent dans la meme espece. Chose singuliere, cette phase, qui 
n est que 1 etat reproducteur commun a plusieurs especes, a recu des natura- 
listes divers noms generiques et specifiques. Be champ, dont nous ne contcstons 
ici que certaines interpretations, tout en rendant justice au talent du micro- 
graphe, Be champ, qui dit ne pas connaitre les spores des Schizomycetes, les a 
certainement observees, car ce qu il nomme la Bacle rie a point brillant ou 



ADDENDA. I HI 

tete est une Bacterie en train de eonstituer une spore a 1 une de ses extremite s. 
C est encore la le Bacterium capitatum de Davaine, 1 Helobacterie de Billroth. 
L e lat fusiforme est le Bacterium fusiforme de Warming. L etat biclaviforme, 
fournissant une spore a chaque extremite, a ete nomme Dispora par Ed. Kern. 
Tre cul ovait jadis, dans le commencement de ses eludes, et alors que 1 on 
n etait pas fixe sur la variabilite des Bacteries, distingue trois genres : Amylo- 
bacter vrai, en cylindre; Clostridiitm, en fuseau; Urocephalum, en telard; 
on pourrait encore citer d autres creations de meme valeur. 

8 A ces deux modes de reproduction on pourrait encore en joindre un autre 
qui n a pas ete suffisamment distingue par les auteurs. Zopf en figure un 
exemple tves-curieux, fourni par le Bacterium qu il nomme merismopcedioides 
et qu il a observe dans la dilution faite avec une boue felide. La premiere 
chainette d articles spheroidaux engendre bientot (par fragmentation) des 
articles courts de Bacterium auxquels succedent des articles longs et greles de 
Bacillus, puis a lieu la gradation inverse, et 1 elre se termiue [iar des articles 
splie ro idaux qui se detachent et sont susceptibles d une evolution nouvelle. 
Dans ce cas, les nouveaux germes ne sont pas des produits endogenes : ce sont 
comme des bourgeons mobiles, des conidies, suivant la nomenclature actuelle- 
racnt en usage dans la botanique cryptogamique. Ge sont la les corpuscules 
spheroidaux qui s etrangleront pour constituer des Torula ou des Merismopcedia, 
tandis que les veritables spores endogenes se videront par une veritable germi 
nation, pour donner naissance a un nouvel etre. 

9 Les chapelets formes de Bacilles allonges et rectiligncs ont recu de 1 usage 
le nom de Leptothrix. Nous devons faire observer que 1 usage est un peu abusif. 
En elfet, le genre Leptothorix, de Kiitzing, est un genre d Algues dans lequel 
les articulations des filaments conse cutifs sont indistinctes, et qui, apres exclu 
sion de certaines especes, pourrait bien se trouver assez eloigne des Schizophytes. 
Ce genre a ete e tabli pour des Algues qui vivent dans les eaux stagnantes et 
meme dans les eaux de la mer, et y croissent parasites sur d autres vege taux, 
notamment sur d autres Algues. II est probable que le Bacille rameux figure 
par Miquel, page 116 de son beau livre sur les Organismes vivants de I atmo- 
sphere, appartient au genre Leptothrix. II est possible encore que le Leptothrix 
buccalis, si bien decrit par Ch. Robin, appartienne reellement au genre de 
Kiitzing ; mais il faut faire observer que la matiere blanchatre qui s accumule 
dans les interstices des dents, et au milieu de laquelle croit le Leptothrix, 
renferme un grand nombre de formes de Schizophytes, comme 1 avait le premier 
reconnu Robin lui-meme, et comme 1 ont constate plus recemment Rudolf Arndt 
et W. Miller, lequel croit que le Leptothrix buccalis n est qu une forme variable 
alliee aux autres Bacteriace es. Ajoutons que, selon cet auteur, ccs parasites 
jouent, dans la carie dentaire, un role d autant plus important a connaitre 
qu il serait facile de le neutralise! 1 . 

10 Le tube emis par la spore germante des Bacteriacees, au lieu de s al- 
longer en droite ligne, pour former le premier article d un Ba.cterium, s inflechit 
parfois sur une ligne ondulee : on a alors 1 etat de Vibrio. D autres fois il se 
contourne en plusieurs tours de spire : c est la forme dite Spirillum. Chaque 
Spirille isole fait geueralement deux a quatre tours de spire. Des qu il s est 
allonge assez pour former quatre tours, il se divise en effet au milieu; avant 
de se separer. les deux moities s inclinent souvent Tune vers 1 autre autour de 
la charniere me diane, jusqu a devenir presque paralleles et a s enchevetrer en 



192 ADDENDA. 

forme de caducee, c est-a-dire de Spirulina. La formation des spores a ete 
constalee par Van Tieghem sur les Spirillum, ou ellc s opere de meme que chez 
les Bacterium. Si le Spirillum a deux tours, il se montre nettement pourvu 
d une cloison en son milieu, et chacune des deux cellules constilutives ren- 
ferme line spore sous sa mince membrane. Si le Spirillum n a qu un tour, il 
est sans cloison, et son unique cellule n a qu une spore. Le type de Spirillum 
est parfois difficile a observer. En tournant rapidemeut autour de son axe, il 
produit une singuliere illusion; on croirait qu il serpente comme 1 anguille, 
bien qu il soil completement rigide. 

11 Letype des Spirochcete, a tours de spire multiplies, diflere du precedent 
parce que ses tours de spire sont flexibles au lieu d etre rigides. 

12 Tous les types que nous venons d etudier, et dont plusieurs ne meritent 
en aucune facon le nom de genres, out une propriete commune, celle de 
s agglomerer a certains moments de leur vie. Ordinairement, les Bacteiies lili- 
formes ou spiralees forment, en se reunissant ainsi, des essaims libres dans 
le liquide environnant, et figurant des colonnettes rameuses ou fourmillent ces 
microphytes animes. Les Bacteries globuleuses, soit isolees, soil en chainette, 
soil en construction talmlaire ou spheroiilale, quand elles s agglomerent, se cre- 
tent ordinairement une substance glaireuse, la mycoproteine de Neucki, au 
milieu de laquelle elles se multiplient rapidement. II en resulle des amas 
gelatineux d une observation difficile. Ce sont la les Gliacoccos de Billroth, 
qu on nomme plus gencralement Zooglcea avec Colin, lequel a cru d abord 
que cette forme constituait reellement un genre particulier. Quand la substance 
glaireuse est formee de couches emboitees 1 une dans 1 autre, on lui donne le 
nom de Glceocapsa; quand plusieurs Zoogltea sont, a leur tour, enferme es 
dans une enveloppe, le nom d Ascococcus. Dans le cas rare ou des baguettes 
spiralees s entourent d une enveloppe gelatineuse, on a le Myconostoc de 
Van Tieghem, etc. 

On voit par ce rapide expose que la plnpart des noms employes comme geue- 
riques, dans la classification des Schizophytes, ne designent que des phases de 
vegetation. Les fails qui prouvent la succession de certaines phases, en appa- 
rence distinctes, bien que peu nombreux encore, sont des plus caracteristiques. 
Les conidies du Bacterium merismopcedioides de Zopf se developpent en agrega- 
tions tabulaires semblables a celles d un Merismopcedia. L etat de Zooglcea a 
ete, comme phase du Spirillum tenue, observe, par Ray-Lankester ; comme 
phase du Spirillum undula et du Sp. rosaceum, par Klein. Les Spirillum que 
Ton rencontre frequemment au sein des macerations anatomiques n ont point 
ete constates par Miquel parmi les sediments des poussieres atmospheriques (et 
cela apres une experience de plusieurs aunees), ce qui parait prouver que 1 etat 
de Spirillum est. propre a ces infusions. Le Bacterium aceti, quand il se trouve 
dans nne solution qui lui convient, allonge ses articles et passe a 1 etat de 
Leptothrix. Au contraire, dans des solutions pauvres en principes nutritifs, il 
elargit et epaissit ses articles en les raccourcissant jnsqu a des formes que 
Na-geli a regardees comme monstrueuses et qualifiees du nom d lnvolutions- 
formen. Ces memes formes monstrueuses sont, d apres Buchner, determinees, 
sur certains Schizophytes, par un abaissement de !a temperature. II est permis 
aussi d affirmer que les modifications de forme sont influence es par la mauiere 
dont 1 oxygene penetre dans 1 infusion ou iis vivent. En lout cas, il est certain 
que les Bacteriens recherchent ce gaz; on les voit sous le microscope s accu- 



ADDENDA. 193 

rnuler stir Iss points oil ils peuvent en jouir, a tel point qu Engelmann a utilise 
cette propriete comme un reactif anime propre a deceler 1 oxygene dans des 
experiences de microchimie. Un bacille filamenleux observe par Miquel prend 
l aspecl d un Micrococcus globuleux dans une solution fortement salee. II est 
probable que la qualite relative des eaux, 1 etat de leur atmosphere ga/euse, 
leur temperature, la nature des composes qu elles renferrnent en dissolution, 
sont pour beaiicoup dans les modifications qu on a constatees snr les Cladothrix 
et les Crenothrix. Le Cladothrix dickotoma, qui vit duns beaucoup d eaux 
courantes ou stagnantes, se presents sous forme de longs filaments, simples ou 
abondamment pourvus de fausses ramifications, droits on recourbes, en heliee, 
sous forme de baguettes droites ou spiralees, de courts batonnets droits on 
arqnes, cnfin sous forme de cellules spheriques dissociees. Le Crenothrix 
Kuhniana, connu pour infectcr les eaux, tant a Berlin qu a Lille, revet un 
grand nombre d aspects differents. On ) a vu a 1 etat de Micrococcus, de Diplo- 
coccus, de Zooyhca; on 1 a vu en agglomerations composees de spores germnnt 
simultanement, et (ormant des eloiles rayonnantes de Bacteries qui s allongent 
en se cloisonnant. 11 en resulte dans 1 eau des filaments droits ou ondules com 
poses d articles bacteriformes emprisonnes dans une g.uigue gelatiniforme, ct 
d autant plus allonges qu ils sont plus supeiieurs. A leur extre mile, la ganguc 
finit par manquer, les articles se separent ct deviennent libres dans 1 eau euvi- 
ronnante. Ges articles sont ensuite le siege d un precede particulier de fragmen 
tation, et divises en Micrococcus qui, pendant quelque temps, sont animes de 
mouvements actifs dus a un flagellum, selon Giard. Quand ceux-ci out perdu le 
mouvement, ils sc fragrnentent en forme de Merismopwdia et s entonrent d uni- 
coque gelatineusc, etc. D autres etres places sur la limite des Scbizophytes et 
des Oscillaloriees, les Beygiatoa, ont des metamorphoses analogues. Leurs 
spores s allongent en vibrions ou en Spirillum, munis a cbacune de leurs 
exlremiltts d un filament, et fort mobiles, qui, ayant perdu leur flagelium, se 
transforment en filaments allonges. Dans ces conditions, quel naturaliste oscrail 
soutenir que le Bacterium et le Spirillum eux-memes soient des genres? Aussi 
sommes-nous aujourd bui, a peu d annees de distance, bien loin des classifica 
tions si nettement arrelees de Gohn. Celles-ci, selon Zopf, n ont plus qu un 
interet historique, et Van Tieghem vient d ecnre dans son excellent Traite de 
botanique (p. HI 4) que dans la famille des Bacteriacees le principe de la 
formation des genres est encore a trouver. Toutefois, Van Tieghem, qui a beau- 
coup observe ces petits etres, admet au moins parmi eux des especes. L opinion 
de Billroth, (|ui les reduit tous au Coccobacteria septica, est une opinion de 
haute fantaisie. II semble que le sentiment le plus conforme a 1 etat present de 
la science soit celui de Na?geli : i< Autant je suis convaincu qu on a dislinTud 
parmi les Schizomycetes trop d especes, autant il meparait peu probable, d un 
autre cole, que tous les Schizomycetes constituent une seule espece naturelle. 
Je serais plutot porte a supposer qu il existe parmi eux un petit nombre 
d especes qui se rapportent peu aux genres et aux especes admises aujour- 
d hui, et dont chacune parcourt un cycle de formes determiners, mais assez 
nombreuses. Somme toute, c est a peu pres aussi- 1 opinion de P. Miquel 
qui, dans son livre sur Les organismes vivants de I atmosphere, e crit, p. ilg 
Qu apres s etre livre pendant cinq anne es a la culture des bacteries sur le 
porte-objet du microscope, il confesse, pour sa part, n avoir rien vu qui puisse 
ebranler ses convictions sur 1 immutabilite des especes ; et ailleurs, p. 98 

DICT. KiNC. i* S. XV. 15 



194 ADDENDA. 

Si Ton ne veut pas tombcr dans ccs exces, regrettables pour la microbotanique, 
de creer sans cesse de nouvelles varietes d organismes, il faut s habituer, des 
le debut des etudes micrographiques, a se rendrc compte des formes diverses 
que peuvent adopter Iransitoiremeut beaucoup de microphytes. 

On pourrait penser que le mode d activite pliysiologique donnerait, a defaul 
<le la Constance de la forme, une sorte de criterium scientifique. II ne parait pas 
malheureuscment qu il en soit ainsi. En effet, les proprietes des Schizophytes 
varient sous certaines influences. On sail comment Pasteur est parvenu a 
attenuer Jes effets de certains microbes, propagateurs des maladies septiques 
les plus terribles, au moyen de cultures prolongees pendant plusieurs genera 
tions, et a fabriquer ainsi un virus d une energie beaucoup moindre, dont 1 inocu- 
lation est ge neralement sans danger, et peut ctre compare e pour son mode d ac- 
tion a la vaccination. Un expe rimentateur anglais, Greenfield, a etc plus loin. 11 
a remarque non-seulement que l aclivite virulente de la bacterie charbonneuse 
(cultivee dans 1 humeur aqueuse) diminue avec 1 agede la ligne e, mais encore que 
fre*quemment les elres qui s eloignent beaucoup de la soucbe recueillie dans les 
liquides naturels de la putrefaction demeurent inertes dans 1 inoculation. Clia- 
que generation de Bacillus anthracis ainsi cultivee est, dit-il, moins virulente 
que celle qui 1 a precedee, exigeant, pour produire la meme action, un temps 
plus long et une quanlite plus considerable de virus. Au bout d un certain nom- 
bre de generations (au dela de la douzieme), le Bacillus, sans avoir rien perdu 
de ses caractercs morphologiques ni de sa faculte de mulliplicalion, devient coni- 
pletement inoffensif, meme pour les animaux les plus susceptibles. II semble- 
rait qne le microbe, en se mullipliant pendant plusieurs generations au con 
tact de 1 oxygene libre et abondant, perde la propriete de se nourrir aux depens 
de 1 oxygene du sang, propriete qui le rend terrible pour les animaux. 

II. Classification. On voit, d apres ce qui precede, que la conception du genre 
et de 1 espcce, dans la familledes Sclrizophytes, est encore extremement vague. 

Quoi qu il en soit, nous devons lenir un compte serieux des tentatives de 
classification fuites par Colm et par Zopf. La classification de Cohn a consacre 
Jes formes principales sous lesquelles peuvent se pre senter les Schizomycetes ou 
Schizopbytes, formes qui, comme nous 1 avons vu, ne constituent pour beaucoup 
de ces etres que des phases de developpement, landis que pour d autres c estle 
seu) eta t sous lequel on les connait. La classification de Zopf cherchc au contraire 
a tenir comjite du polymorphisme des Schizophytes et, si elle a conserve quel- 
ques-uns des noms generiques de Cohn et de ses predecesseurs, c est que la 
forme principale des groupes qu ils designent rc pond a ces noms ge neriques. 
Zopf n a pas eu la pretention de constituer une oeuvre definitive; mais sa ten 
tative repond-elle reellement a 1 etat actuel de la science. Nous croyons qu ellc 
peche par une generalisation trop native. L avenir nous 1 apprendra. Quoiqu il 
en soit, nous avons pris la monographie de Zopf pour guide dans 1 expose sys- 
tematique des Schizophytes. Comme un grand nombre de ceux-ci ne sont connus 
que dans I 1 une ou 1 autre des phases de leur developpement, il a ete necessaire, 
avant tout, dc les se parer des Schizophytes mieux connus. Ces derniers forment 
les quatre groupes suivants : 

1 COCCACEES. Ceux des Schizophytes qui ne presentent que la forme de 
Coccus et celle de filaments resultant de la juxtaposition de ces coccus en series 
longitudinales. Genre : Leuconostoc. 



ADDENDA. 195 

2 BACTERIACEES. Elles olTrcnt quatre phases de developpement ou formes, celles 
de coccus, dc batounets courts (bacteries}, de batonnets longs (bacilles) et de fila 
ments (leplothrix} ; ces filaments ne presentent pas de distinction de base et dc 
sommet. Point de formes contourneesen spirale. Genres : Bacterium, Clostridium. 

5 LEPTOTRICHEES. On leur connait les formes de coccus, de balonnels, dc 
filaments (avec distinction d une base et d un sommet) et de spirales. Genres : 
Leplothrix, Beggiatoa, Crenothrix, Phragmidiothrix. 

4 CLADOTRICHEES. Elles pre sentent egalement les quatre pbases de coccus, 
de batonnets, de filaments et de spirales; mais les filaments pre sentent des 
pseudo-ramifications. Genre : Cladothrix. 

Nous passerons ces quatre groupes rapidement en revue : 

1 COCCACEES. Le genre unique est Lenconostoc Van Tiegh. La seulo especi 
connue a reru de Cienkowski le noin de Leuconostoc mesenterioides ; elle si 
developpe sur les carottes crues et cuites et sur les tranches de bctlerave el 
peut y former des couches de plusieurs millimetres d epaisseur; elle se deve 
loppe en outre dans les infusions de carotle, de hetterave, de navel, dans le< 
melasses, les liquides sucres, 1 ormant ce qu on appellc les gommes de merer if 
et se presentant en masses gelatineuses on presquu earlilagineuses semblables \\ 
du frai de grenouille. Ces amas de zoo.ula-a soul formes do rliaiucs ou dc 
fragments de chaines de coccus, formees par division de la spore primitive el 
enveloppues d une matiere gelatineuse; celle-ci, dexlrane de Scheibler, a pour 
composition G 1!! 11 10 10 ; elle finit par devenir difduente et les coccus sont mis en 
liberte ; ces coccus porles dans un milieu approprie deviennent le point dc 
depart de nouvelles colonies. Si ces colonies se Iron vent dans un milieu epuisi 
ou qui ne cnuvient pas a leur developpement, la matiere gelatineuse se ramollit, 
quelques-uns des coccus augmentent de volume et a 1 inlerieur de chacun si 
forme une spore de duree, et enfin ces spores sont mises en liberte par la 
difflueuce de la masse gelatineuse. 

2 BACTERUCEES. Genre I. BACTERIUM. 1 Bacterium aceti Kiilz. Dans celte 
espece, les formes de micrococcus et de bacteries, qui se Irouvent souvenl 
reunies dans une meme chainette, ainsi que cellcs dc bacillus et de leptothrix, 
forment des amas zoogl;eiques (lleurs du vin, du vinaigre, etc.). Les deux 
premieres formes se presentent encore en essaims, et dans ce cas elles sonl 
probablemcnt ciliees. On n a pas encore observe la formation de spores. On 
connait le role pbysiologique de cette espece, qu il ne faut pas conlondre aver 
le Saccharomyces mycoderma qui forme comme elle des lleurs sur le vin qui 
s ace lifie (voy. FERMENTATION). 

2 Bacterium Pastorianum Hausen. Identiquc a 1 espece precedente au 
point de vue morpbologique, celte espece s en distingue par le contenu de ses 
cellules qui est amylokle et bleuit par 1 iode. Elle se di veloppe dans la levurc 
de biereet dans les bieres en fermentation, d aulant plus aise ment que celles-n 
renferment moins d alcool. 

5 Bacterium Fitzianwn Zopf. Celte espece se forme dans 1 infusion du 
foin, a cote du B. subtile, du ferment butyrique, etc. II determine la fermen 
tation alcoolique de la glycerine, dans un liquide renfermant 2 pour 100 
d extrait de viande, 5 pour 100 de glycerine et environ 10 pour 100 de carbo 
nate de chaux destine a neutralise! les acides qui se forment ; la temperature 
requise est de 5C degres. 



106 ADDENDA. 

4 Bacterium cyanogemnn Fuchs. G est le ferment du lait bleu; il deter 
mine cette meme coloration sur d autres substances favorables a son developpe- 
ment, pommes de terre, infusion de riz, amidon, easeine vegclale, lait 
d amandes, etc. ; il se developpe en outre dans la glycerine, les liquides sucres, 
gommeux, mucilagincux, etc., mais sans les bleuir. D apres Erdmann et 
Neelsen, ce pigment bleu se rapproche beaucoup des couleurs bleues de 1 aniline 
tant au point de vue chimique que spectroscopique. Ce pigment ne fait pas 
partie integrante de la bacterie, mais se trouve dissous, par exemple, dans le 
serum du lait, et ne se forme pas lorsqu on intercepte 1 action de 1 oxygeae par 
une couclie d buile ou d une autre substance isolante. 

Celte espece presente les formes les plus variees. On observe la formation de 
spores de duree dans le lait bleu tres-etendu et dans d autres milieux favorables 
an developpement de 1 espece, il est vrai, mais oil elle ne produit pas de 
coloration. 

5 Bacterium merismopcedioides Zopf. Cette espece a e te decouverte dans 
la vase tres-odorante de la Panke (une riviere de Berlin). Elle forme des fila 
ments composes a la fois de coccus, de batonnets courts et de batonnets longs; 
on trouve en outre les coccus en essaims. Au repos, ces coccus constituent des 
colonies tabulaires, grace a la forme des Merismopcedia qu elles affectent; ce 
sont des assemblages de 4, de 16, de 64, etc., cellules; lorsque ces colonies 
sont nombreuses et serrees les unes contre les autres, il en resulte la formation 
de membranes continues, par suite de la fusion de leurs enveloppes ge lati- 
neuses. Zopf croit que la forme de coccus est ideutique avcc le Merismopcedia 
hyalina Kiilz. 

Qo.tyfteiiiim subtile Elirb. (Hcupilz, Eeubacterium des Allemands). Tres- 
repancrne, la baclerie du foin se rencontre partout sur les parties aeriennes 
des plantes vivantes ou mortes; les herbivores 1 avalent avec leur nourriture et 
on la retrouve dans leurs excrements. Elle forme a la surface de son substratum 
une membrane. On la connait sous la forme de coccus, de batonnets et de fila 
ments ; on a egalement observe la formation de spores. Les spores donnent 
directement naissance aux batonnets, qui se multiplient par division en 
ibrmant des chainettes. Quand le processus de la fermentation est tres-actif, 
ces chainettes se brisent le plus souvent en essaims de batonnets alors munis 
d un cil vibratile ; sur les fragments de chainettes, le dernier batonnet seul 
porte un cil. A la periode de formation de ces essaims correspond uu trouble 
de 1 infusion; plus tard se forme a sa surface une membrane constitute par des 
zoogltea. Dans cette membrane les batonnets finissent par se re soudre en 
coccus; dans certains d entre eux, les plus longs, se forment des spores. 
Finalement la membrane se plisse, se gelatinifie et enfin tombe au fond par 
lambeaux. 

Le Bacterium subtile produit un ferment capable de dissoudre I albumine 
coagulee et de la transformer en peptone; en meme temps se degage une odeur 
ammoniacale pure. Pour cultiver cette bacterie, on se sert le plus souvent 
d albumine sous forme d extrait de viande. D apres Buchner, la meme espece est 
encore susceptible d assimilcr certaines matieres cristallisables, telles que la 
Jeucine, 1 asparagine, le succinate d ammoniaque, etc. Elle est manifestement 
aerobie. Le mode de nutrition (de culture) a une grande influence sur la forme 
de cette bacterie, comme cela a lieu pour toutes les especes. La description de 
ces experiences n entre pas dans notre cadre. 



ADDENDA. 197 

Notons seulement encore quo les spores du Bacterium subtile peuvent etre 
soumis a la temperature de 1 ebullition sans perir. 

7 Bacterium (Bacillus) anthracis Cohn. Au point de vue de ses formes 
vegetatives, cette espece est presque identique a la precedente (on n a cepen- 
dant pas vu de batonnets cilies) ; mais elle s en distingue par sa propriete 
pathogenique, celle de provoquer la maladie si contagieuse connue sous le nom 
de sang de rate ou de charbon, maladie transmissible a 1 homme chez lequel 
elle se manifesto sous forme de pustule maligne. La bacterie se trouve dans la 
rate a tous ses etats de vegetation et se rencontre en outre dans le sang et dans 
la plupart des organes, sauf les muscles et les tissus pauvres en oxygene. 

D aprcs Kocb, le vrai substratum de cette bacterie ne serait pas le corps des 
animaux, mais serait forme de parties vegelales en putrefaction : de la ses 
germes (spores, etc.) viendraient souiller 1 herbe et les vegetaux qui servent a 
ralimentation des animaux. Ge Schizophyte se developperait surtout abondam- 
ment dans les lieux frequemment inondes. 

L albumine et la peptone convicnnent seules a la culture du Bacterium 
anthracis; comme le J5. subtile il liquefie 1 albumine. 

On connait les belles experiences de Pasteur, relatives a 1 attenuation du virus 
par les cultures successives et 1 emploi des lymphes qui renferment ce virus 
attenue aux vaccinations preventives (voy. plus haul, p. 194, et les mots VAC 
CINATION, VIRUS). 

8 Bacterium acidi lactici. C est le ferment de 1 acide lactique. II se deve- 
loppe dans le lait, la choucroute, les coruicbons, les legumes aigris, le mout, 
les infusions ve getales renfennant du Sucre, dans les liqueurs fermentees aigries, 
le vieux fromage, les solutions sucrees, etc. On le connait en batonnets, fila 
ments et coccus, mais on n a pas encore observe la formation des spores. 

Gomme on le sait, il transforme le sucre en acide lactique (Pasteur); 1 acces 
de 1 air est indispensable, et la temperature la plus favorable est celle de 
50 degres. Cette fermentation s elablit dans 1 estomac, surtout cbez les enfants, 
apres 1 ingestion d aliments sucres en exces. 

Pour empecber le developpement de ce ferment dans le lait, il faut porler 
celui-ci un peu au dela de la temperature de 1 ebullition. 

9 Bacterium ulna Cobn. Cette espece se rencontre dans les osufs en putre 
faction et peut etre cultivee dans une infusion d albumine coagulee par la 
cuisson. Comme pbases du developpement on observe des coccus, formant 
parfois essaim, des batonnets courts et longs, des filaments, enfin la production 
de spores. II forme une membrane epaisse a la surface des liquides. 11 esl 
analogue par ses proprietes physiologiques au B. subtile. 

10 Bacterium tumescens Zopf. On 1 obtient en exposant a un air modere- 
ment humide des tranches de carotte cuite. II constitue des masses gelatineuses 
assez resistantes en forme de membrane. Dans cette zoogtaa on trouve des 
batonnets longs qui se divisent graduellement en batonnets courts et en coccus; 
en meme temps un gonflement a lieu et le contenu des batonnets et des coccus 
devient granuleux, apres quoi il se forme des spores simultanement dans les 
balonnets courts et les coccus ; en meme temps, la masse gelatineuse devient 
plus ou moins diffluente. 

11 Bacterium (Bacillus) tuberculosis Kocb. Recemment de couvert, existe 
cbez rhomme, les ruminants, les singes, les pores, les moutons, les lapins, etc., 
dans les poumons et divers organes ou il determine des tubercules ou des 



ADDENDA. 

productions scroi u lenses, Koch n a observe que la fonne bacillaire et les 
spores, Zopf a vu les coccus, Hindflcisch et Aufrecht, Yignal et Malassez, les 
xoogLica. Partout oil le processus tuberculeux commence ou marcherapidement, 
les bacilles sont nombreux et forment des amas dans les cellules et hors des 
cellules de 1 organe alteint. Lorsque la formation tuberculeuse a depasse, en 
an point donne, son summum d activite, le nombre des bacilles diminue; la 
presence des bacilles ainsi que la formation des zooghoa ^dans les cellules en 
determine parfois 1 hypertrophie, d ou 1 apparition des cellules dites ge antes. 
Les bacilles se retrouvent dans les crachats des individus tuberculeux. 

Les spores se forment au nombre dc 2 a 4 dans les bacilles (Koch). Klebs a 
cnltive le bacille sur de I albumine des oaufs, Koch sur du serum sanguin des 
ruminants; cet auleur a inocule le bacille de culture a des animaux et a obtenu 
nne tuberculose typiquc. Vignal ct Malassez ont inocule avec un egal succes 
les zooglsea. Mais sommes-nous autorises a dire que les zooglsea de Malassez et 
Vignal, par exemple, constituent Tune des phases du bacille de Koch? Ce der 
nier n a jamais vu dc zooglrea, et les premiers ont rencontre comme prorluit de 
transformation dc leur zooghi-a un aulrc bacille que celui de Koch. La question 
en est la. 

12 Bacterium jan lit inum Zopf. On 1 a oblenu sur des fragments dc vessie 
dc cochun places dans un milieu riclie en Schizophytes, la Panke a Berlin. II 
consliluait des laches violottes de 1 a 10 millimetres de diametre, formees de 
batonnels de diverses longueurs, reunis en essaims et se decomposent finalement 
en coccus. Le pigment violet, soluble dans 1 alcool, ne se forme que sur les por 
tions de vessie non mouillees, plaeees au contact direct de 1 air. 

15 Bacterium Zojifii Kurth. Dt couveil par Kurth dans I intestin des 
[toules, particulierement dans le contenu du processus vermiculaire. Comme 
formes, on a observe des coccus, des batonnets et des filaments. Ces filaments 
se contournent plus ou moins en spirale; a un moment donne ils se brisent et 
les fragments forment des essaims; apres quoi ils se divisent en batonnets et, 
lorsque le milieu nutrilif s epuisf, en coccus; chaque batonnet donne deux 
coccus qui restent generalement lies Tun a 1 autre. Ce Schizophyte se developpe 
rapidcment dans la gelatine. 

Genre II. CLOSTRIDIUM. Le caractere distinctif essentiel des Clostridium 
consiste dans la forme de fuseau, d ellipsoi de ou de tetard que prend le 
batonnet d abord cylindrique, au moment de la formation des spores. 

1 Clostridium butyricum Prazmo"wski (Vibrion bidyrique Pasteur, Amylo- 
ba-:ter dostridium Trecul, Bacillus amylobacter Van Tiegh., Bacterium navi- 
cula Reinke et Berthold). Tres-repandu dans la nature, ce Schizophyte se 
rencontre surlout frequemment daus certaines racines charnues, dans les tuber- 
cules des pommes de terre ou il determine la gangrene humide, dans la chou- 
croute, les cornichons, dans les infusions de semences azotees (lentilles, lu 
pin, etc.), dans le malt, les solutions sucrees, les solutions de dextrine, de 
lactate de chaux, le vieux fromage, etc. D apres Van Tieghem, on 1 a vu dans 
t es coniferes fossiles de la periode houillere. 

Jusqu a ce jour on ne 1 a observe que sous forme de batonnets courts et longs 
et de filaments ; les coccus existent tres-probablement, mais n ont pas encore 
ete vus. Parfois les batonnets sont le gerement courbes en forme de vibrions. On 
a bien observe la formation des spores. 

Le Clostridium butyricum est capable de determiner la fermentation butyrique ; 



ADDENDA. 1M 

il est anaerobic. G est ce microphyte qui determine la maturation du fromageet 
qui intervienl dans la preparation de la clioucroule, des cornichons, etc. 

2 Clostridium polymy.ra Prazmowski. Cette Bacteriacee forme sur les 
betteraves et les choux-ruves cuits des masses (zooglrea) cartilagineuses, bosse- 
lees, ofiraut parfois uue epaisseur de plusieurs centimetres, et ayant une cer- 
taine ressemblance avec le Leuconostoc mesenterioides Cienk. et YAtcococcus 
Billrothii Gohn, qui se developpent egalement sur les betteraves. Dans la masse 
yelatineuse, on trouve des filaments formes de batonnets plus ou moins longs. 
Au moment de la production des spores, ils presentcnt une graudc ressemblance 
avcc le Clostridium bufyricum. 

Le role physiologique du Clostridium polymyxa n est pas encore bien connu. 

5 LEPTOTIUCHEES. Genre I. CRENOIHRIX. Le Crenothrix Kiihniana Raben- 
horst (Cr. polyspora Kiilin), decouvert par Kiihn et etudie par Cohn et par 
Zopf, est 1 un des Schizophytes aquatiques les plus communs ; il se rencontre 
dans les eaux stagnantes et les eaux vives, pourvu qu elles soient riches en 
matieres organiques. On le rencontre notamment dans certaines sources, dans 
les eaux provenant de fabriques, dans les reservoirs et les tuyaux de distribu 
tion des eaux, ou il se developpe parfois au point de rendre 1 eau impropre a la 
boisson et a 1 industrie, etc.; ce fait a ete surtoul observe a Berlin, a Lille et 
dans quelques villes de Russie. 11 se laisse cultiver dans des infusions d algues 
mortes et des infusions animates. 

On 1 a observe a 1 etat de coccus, de batonnets et de filaments. Les coccus 
subissent la gelification de leur enveloppe et se multiplient par segmentation 
binaire, les enveloppes gelatineuses des coccus de nouvelle formation restant 
englobees dans 1 cnveloppe gelatineuse des coccus primitifs. Les zooglaeas ainsi 
formees sont generalement de forme irreguliere, tres-variable, etde dimensions 
egulement ties- variables. Par la culture dans les eaux vaseuses, les coccus se 
transformed en batonnets qui par scissions successivesfinissent par constituer 
des filaments qui rayonnent en tous sens autour des zooglaeas. Ges filaments 
acquierent le plus souvent une gains dans 1 interieur de laquelle le processus 
de segmentation continue. Finalement, au lieu de batonnets, il se forme des 
coccus plus ou moins volumineux (macrococcus et micrococcus), qui a un 
moment donne s echappent par le sommet elargi des filaments. Quelques-uns 
de ces derniers offrent une forme plus ou muins spiralee. 

Le Crenothrix Kiihniana est aerobie. On n a pas encore constate la forma 
tion de spores. Les filaments ne sont pas tues par un froid de 10 degres. II est 
encore a remarquer que les zooglsea et les filaments sont tres-souvent colores 
par un contenu d oxyde de fer hydrate qui les rend parfois meconnaissables. 

Genre II. BEGGIATOA Trevisan. Les Beggiatoa se rencontrent dans les eaux 
douces et salees, partout ou existent des matieres organiques en decomposition, 
particulierement dans les eaux souillees par les cloaques ou les dechets des 
fabriques, dans les eaux sulfureuses, et forment la des membranes blanches ou 
grises, rosees, pourpres et meme violettes. 

Les filaments de Beggiatoa, fixes par la base, elargis a leur extre mile libre, 
presentent des articulations plus ou moins manifestos dans le voisinage de la 
base. Ces filaments sont droits, parfois spirales, se fragmentent facilement. Les 
fragments spirales forment souvent des essaims et acquierent, dans ce cas, un cil 
vibratile a chaque extremite; ils ont ete decrits, dans cet etat, sous le nom 



200 ADDENDA. 

A Ophidomonas. Les cellules ties Beggiatoa, com me 1 a montre Cramer, se char 
gent de soufre en granulations trcs-refringentes, a contours fences. Cela arrive 
principalement dans les eaux qui s e coulent des fabriques et dans les thermes 
sulfureux, et ce phenomena est accompagne d un degagement d hydrogene 
sulfure abondant qui tue les poissons. Les Beggiatoa, de meme quo les Oscil- 
laires, vivent et se propagent dans des eaux presentant une temperature de 
55 degres centigrades et au dela, de meme que dans les eauxrecouvertes d une 
couche de glace. 

1 Beggiatoa alba Vauch. Cette espece forme les membranes blanches ou 
blanc-jaunalres sales connues sous le nom de baregine ou de glairine (voy. 
SULFURAIRK). Les filaments sont de diametre tres-variable, circonstance qui avail 
fait creer une foule d especes qui doivent necessairement disparaitre : telles 
sont les Beggiatoa nivea Rabenh.. B. leptomitiformis Menegh., B. tigrina 
Kabenh., B. marina Colin. 

On observe dans les filaments une segmentation fn batonnets longs ou courts, 
ou en coccus; ceux-ci se separent en formant parfois des essaims. Us se multi- 
plient par segmentation et donnent naissance a des zooglaca de forme variable. 
Dans certaines circon stances, les coccus se conveitissent en batonnets droits ou 
eii forme de vibrion et a cet etat forment aussi parfois des essaims. L ne fois 
arrives au repos, ils se cbangent en filaments. Oes filaments prennent quel- 
quefois une forme spinilee. Les filaments fixe s pre sentent une grande flexibilite 
et une sorte de mouvement de rcptation. 

2 Beggiatoa roseo-persicina Zopf. On le rencontre dans les eaux douces 
ou salees renfennant des matieres organiques en putrefaction. II forme des 
enduits rouges ou violets au milieu des algues (Vaucheria), entre les masses 
de zostera, rejetees par la mer (en Danemark, par exemple). II presente les 
memes formes de developpement qiie 1 espece preeedente ; les filaments sont 
identiques et ne different de ceux du B. alba que par la coloration. Les 
zoogheas formees par les coccus out une configuration tres-variable, entre 
autres celles d un reseau, ce qui les faisait decrire par Colin sous le nom de 
Clathrocystis roseo-persicina; d autres fois, ils sont spheriques, ovoi des, 
lobes, etc., et la matiere gelatineuse qui les englobe est plus ou moins abon- 
dante. Les coccus se transforment souvent en batonnets droits ou spirales, et 
ceux-ci peuvent former des essaims de meme que les coccus, lorsque la matiere 
gelatineuse devient diffluente. 

Les batonnets par segmentation donnent des filaments droits ou spirales; les 
fragments spirales peuvent former des essaims et c est a cet etat qu ils ont ete 
decrits par Ehrenberg sous le nom d Ophidomonas sanguinea. Le pigment 
ro uge de ce Scbizopby te a recu le nom de bacte riopurpurine. 

Quant aux coccus, batonnets droits, baton nets en forme de vibrion, filaments 
fractionnes, etc., on les a decrits a tort sous les noms de : Bacterium sulfu- 
ratum, Merismopedia littoralis, M. Reitenbachii, Monas vinosa, M. Warmin- 
gii, M. erubescens, M. Okenii, Spirillum violaceum, Monas gracilis, Bhabdo- 
monas rosea, etc. Toutes ces denominations doivent disparaitre de la science. 

3 Beggiatoa mirabilis Colin. Cette espece vit dans la mer et etend ses 
filaments hyalins sur la vase, sur les algues en putrefaction, les zosteres, les 
cadavres d animaux, etc., sous forme d une membrane blancbe. D apres Warming, 
elle est commune sur les cotes du Danemark et de la Norvege. 

On ne connalt pas bien son developpement ; le diametre de ses filaments est 



ADDENDA. 201 

considerable; ses coccus, volumineux, ont etc decrits jadis sous le nom de 
Monas Mulleri Warm 

G enre 111. PHRAGJJIDIOTHRIX Engler. La seule espece connue, le Phragmi- 
dioihrix multiseptata Engler, est un Schizophyte, mais vivant sur le Gamma- 
rus Locusta. II forme des filaments assez larges qui se segmeritent en disques 
cylindriques, puis par divisions successives se resolvent en coccus. Ceux-ci a 
leur tour donnent naissance a des filaments. Le Phragmidiothrix se distingue 
des Beggiotoa par 1 absence de soufre, des Crenothrix par 1 absence de gaine. 

Genre IV. LEPTOTHRIX. 1 Leptolhrix buccalls Rob. II babile la cavite 
buccale de 1 liomme et des animaux carnivores, rarement celle des herbivores; 
on le trouve sur la muqueuse, dans le tartre dentaire et dans 1 ivoire; il deter 
mine la carie dentaire. Les filaments se segmentent en batonnets longs et courts, 
puis en coccus; ceux-ci se re unissent en zoogheas et, s il se forme de nouveaux 
filaments, on trouve ceux-ci sous forme de faisceaux. Les filaments sont quel- 
quefois spirales; ils se fragmenlent; les fragments spirale s ressernblcnt a des 
VibrionSjdesSpirillums ou des Spirochctcs. Cette derniere forme, qui semultiplie 
par allongement et segmentation, a ete decrite sous le nom de Spirochcete 
buccalis. 

Le Leptothrix penetre jusque dans les plus fines ramifications des canalicules 
de la dentine et finit par s y resoudre en coccus. 

Lc foyer d origine de ce microphyte est probablement hors de la cavile buc 
cale, et il s y trouve introduit probablement avec les aliments. 

4 CLADOTRICHEES. Genre I. CLADOTHRIX. 1 Cladothrix dicholoma Cohn. 
Le plus commun des Schizophytes aquatiques, vit dans toutesles eaux stagnantes 
et courantes riches en matieres organiques, et se trouve presque loujonrs dans 
la societe des Beggiatoa. Les filaments se chargent souvent d oxyde de fer hydrate. 

Les coccus se transforment tout d uboid en batonnets, puis ceux-ci en fila 
ments d abord simples (le Leptothrix parasitica Kiitz. ou, s ils sont colore s, par 
1 oxyde de fer, le Leptotrhix ochracea Kiitz.), plus tard ramifies (pseudorami- 
fications) a la maniere de certaines algues, les Tolypothrix. Ces ramifications 
peuvent acquerir une grande extension. Finalement le tout se resout en baton- 
nets, puis en coccus, qui restent renfermes plus ou moins longtemps dans la 
gaine des filaments. Parfois les coccus se ddveloppent deja dans la game en 
batonnets, puis en filaments analogues aux Leptothrix, comme chez les Cre- 
nothrix. 

Les filaments peuvent se fragmenter et former alors des essaims; dans ce cas 
ils deviennent cilies. 

On rencontre encore la forme de Spirillum, celle dc Vibrion et celle de Spiro- 
chete, ou les passages d une forme a 1 autre sur le meme rameau. Ges filaments 
spirales peuvent egalement se fragmenter et former des essaims. Les fragments 
se resolvent finalement en coccus. 

Parmi les phases de developpement du Cladothrix dichotoma se range une 
forme de zoogl&a, le Zooglcea ramigera des auteurs, a ramifications dichotomes 
regulieres ou irregulieres, se terminant par des lobes elargis en communiquant 
au tout 1 apparence d une grappe de raisin. Dans ces zooglaeas on rencontre 
toutes les formes de 1 espece. 

2 Cladothrix (Streptothrix) Fcersteri F. Cohn. De couvert, en 1855, par 
de Graefe dans les canaux lacrimaux de 1 ceil. Pre sente beaucoup d analogie avec 



202 ADDENDA. 

1 espece preeedenle, mais n a aucun rapport avec le Leptothrix buccalis, comme 
1 ont suppose quelques auteurs. 

Genre II. SPH^ROTILUS. Le Sphserotilus natans Kiitz. vit dans les eaux sta- 
gnantes et vives souillees de matieres organiques. Le developpement en est peu 
coniiu. 

D apres Eidam Ics iilamenls s enlourent d une gaine gelalineuse, a 1 interieur 
de laquelle se fait la division en batonnets, puis en coccus, qui quittent la game ; 
ces coccus se transformcnt en balonnets qui par segmentation regenerent les 
filaments. On observe des ramifications comme dans les Cladothrix. Eidam 
assure avoir observe la formation de spores. 

SCHIZOPHYTES ixcoMPLETEMENT coNNus. Zopf reunit sous ce litre tous les Schi - 
zopbytes dont on ne connait qu une phase de vegetation el qu il est par conse 
quent impossible de ranger dans les groupes decrits ci-dessus. Aussi leur a-t-on 
conserve ici leurs anciens noms generiques. A 1 exemplede Zopf, nous excluron^ 
de cette etude les especes mal definies ou difiiciles a dccouvrir, telles que Bac 
terium termo. Bacterium lineola, Micrococcus septicus, Spirillum volutans, etc. 

A. SCHIZOPHYTES DOM ON NE CONNAIT QUE LA FORME EN SPIUALE. 1" Vibrio 
rugula Miiller. Dans les infusions vegetales, sous forme de batonnets fins, 
i aiblemcnt contournes, se reunissant en essaims lorsqu ils se segmentent. Une 
spore se developpc- a 1 une des extremites de chaquc batonnel. G est un fer 
ment capable de dissoudre la cellulose. 

2 Spirochcete plicabilis Ehrb. Se rencontre dans les eaux stagnantes el 
la mer et presente des spires Ires-elegantes; a un momenl donne il forme 
des essaims et offre alors des cils. C est probablement 1 une des phases da 
Cladothrix dichotoma (?). 

3 Spirochcete Obermeieri Colin. Algue de la fievre recurrente (voy. SPI - 
RILLCM), en filaments spirales, doues de mouvements tres-vifs lorsqu ils sont 
en essaims. II est probable qu elle constitue une phase du developpement dc 
1 un des Schizophytes filamenteux ordinaires. 

4 Myconostoc. gregarium Colin. Decouvert par Lankaster, constitue proba- 
blemenl la phase de Spirillum ou de Spirochaete, avec enveloppe gelatineuse 
abondanle, d un Schizophyle filamenteux, qui, d apres Zopf, pourrait bien etre 
le Cladothrix dichotoma, en compagnie duquel on le trouve frequemment. 
Lc filament contourne se divise parfois a 1 interieur de son enveloppe gelatineuse 
et alors on obtient des petites masses globuleuses doubles ou quadruples; lors- 
qu un grand nombre de ces petites masses se reunissent ensemble par fusion 
de leurs enveloppes. il en resulte une zoogla composee. On peut observer la 
division ulterieurc des filaments en batonnets et en coccus. 

5 Spirillum amyliferum Van Tiegh. Vil dans le sue de bellerave et engendre 
une spore dans chacune de ses articulations. Le contenu bleuit par 1 iode avant 
la formation des spores. Van Tieghem a vu sortir des spores des batonnets qui 
plus tard reprennent la forme spiralee. Ce microphyte determine une fermenta 
tion active du sue de betlerave. 

B. SCHIZOPHYTES DONT ON NE CONNAIT QUE LA FORME DE coccus. 1 Micrococcus 
pyocyaneus Gessard. Decouvert par Gessard dans le pus bleu. Cultive dans 
un liquide sterilise, il colore celui-ci en bleu. Le pigment n esl autre chose 
que la pyocyanine de Fot dos ; a cote de lui on trouve ordinairemenl un produit 
d oxydalion, le pyoxanthor. 



ADDENDA. 203 

Ce micrococcus est peut-elre identique avec le M. cyaneus Sclirot. pu avec 
le Schizophyte du lait bleu. Dans le pus on trouve gene ralement a cote de lui 
le M. chlorinus Gohn. 

2 Ascococcus Billrothii Colin. Se forme sur des tranches humidcs do racines 
diarnues (navels, belteraves, carottes, chou-rave), sous forme de zooglfea ridees 
<lu diarnetre de \ centimetre environ. Us sont faciles a confondre avec les zoo- 
gla?a du Leuconostoc mesenterioides et du Clostridium polymyxa, auxquels 
ils ressemblent plus ou moins. 

Ce Scbizophyte provoque, dans le jus de betterave, unc fermentation muqueuse 
transformant une partie du sucreen matiere gommeuse (?), probablement avec 
formation d acide butyrique. Dans une solution de tartrate acidc d ammoniaque 
;\ 1 pour 100, il forme a la surface une membrane blanche epaissc, a la condi 
tion qu il ne soil pas prive des sels necessaires a son alimentation. Le liquide 
devient extremement alcalin. On ne connait que les coccus reunis en amas 
galatineux, entoures eux-memes d une enveloppe colloide commune. 

5 Algue du cholera des poules. Se de veloppe chez les volailles et deter 
mine une diarrhee intense. On a deeouvert des batonnels et des coccus (Semmer) . 
On connait les belles experiences de Pasteur relativement a cette espece. 

.1 Sarcina ventriculi Goodsir. Cetle espece, bien connue, se trouve decrite 
a son rang alpliabctique (voy. SAKCLNE). 

5 Micrococcus vaccince Colin. Trouve dans la lymphe de la vaccine et de 
la variole. Secrete peut-etre un virus preservalif de la variole (voy. VACCINE). 

6 Micrococcus bombycis Bcchamp. Le microphyte de la flacherie des 
vers-a-soie, qu il ne faut pas confondre avec la galtine, produite par un autre 
Schizopbyte, le Panhistophylon ovatum. 

7 Micrococcus diphtheriticus Colin. Se presented! chapelets dc micrococcus 
ellipsoidaux, formant frequemment des essaims. D apres (Ertels, c est bien 
lui qui produit la diphtheric; celle-ci debute par la trachee ou les premieres 
voies, parce que c est la que viennent se doposer directement les germes du 
microphyte. Celui-ci se propage alors par multiplication rapide et la formation 
d essaims a travers tout I organisme. Les tissus envahis degencrent, puis leurs 
cellules sont detruites. Par elimination abomlante du micrococcus par 1 urine, 
la giierison peut se pvoduire graduellement. On ne connait pas 1 origine exte- 
rieure de ce micrococcus. 

Eberth a inocule par la cornee la diphtheric a des lapins. 

8 Micrococcus erysipelatis Fehleisen. Existe dans les lymphatiques des 
regions atteintes d erysipele, s accumule sur les bords de la rougeur, la ou 
1 erysipele s etend. Wolf a trouve a cole du micrococcus des batonnels. Fehleisen 
a reussi a inocnler la maladie. 

9 Micrococcus urece Cohn. Decouvert par Pasteur, est 1 agent de la fermen 
tation ammoniacale de 1 urine dont il transforms 1 uree en carbonate d ammo 
niaque. Forme des chapelets de micrococcus spheriques ou ellipso idaux. II est 
pcut-etre identique avec le torula signale par Van Tieghem comme susceptible 
de transformer 1 acide hippurique en acide benzoi que et en glycocolle. Divers 
Micrococcus zymogenes mal connus determinent la fermentation muqueuse, 
mannitique ou gommeuse. des liqueurs sucrees, du vin qui devient filant, etc., 
el seraienl. d apres Pasteur, identiques avec le M. urece. 

10 Micrococcus prodigiosus Ehrb. Abondant sur les matieres amylacees, 
pain blanc, hoslies, tranches de pommes de terre cuites, bouillon a la farine 



204 ADDENDA. 

ou au riz, amidon, etc., et y Ibrmant des zoogtaa semblables a des gouttelettes 
roses ou rouge sang ; il s observe plus rarement sur 1 albumine cuite et la 
viande. Parfois il colore le lait en rouge. 

Les coccus, extremement petits, se"cretent en effet un pigment rouge, inso 
luble dans 1 alcool et 1 e ther. Par J additiou d acides, la coloration passe au 
carmin, puis au violet ; par les alcalis au jaune. La solution alcoolique peut 
servirmeme a teindre la sole et la laine en rouge, mais la coloration disparail 
a la lumiere. Ce pigment presente une ressemblance eloignee avec les couleurs 
d aniline, et particulierement avec la fuchsine, tant par les proprietes chimiques 
que spectroscopiques. 

Les coccus sont par eux-memes incolores ; la coloration rouge qu ils determi- 
uent dans leur substance ne se developpe que s il y a libre acces de 1 air. On 
percoit en meme temps le degagement d une odeur faible de trimethylamine. 

11 Micrococcus aurantiacusSchroter. Se developpe en gouttelettes jaunes, 
sur des trancbes de pomnies de terre cuites et sur 1 albumine cuite. Sur les 
solutions ammoniacales il forme des membranes jaune d or. Le pigment est 
soluble dans 1 eau. 

12 Micrococcus chlorinus Colin. S obtient quelquefois sur les tranches de 
pommede terre cuites et sur 1 albumine coagulee par la chaleur, et y determine 
de petites masses muqueuses jaune vert. Le pigment est soluble dans I eau. 

13 Micrococcus violaceus Schroter. Forme, sur les tranches de pomme de 
terre cuite, dc petites masses muqueuses violettes. 

14 Micrococcus luteus Schroler. Meme substratum ; forme des gouttelettes 
jaune pale. Le pigment jaune est insoluble dans I eau. Le M. luteus conslitue 
peut-etre la forme de coccus du Bacterium synxanthum. 

C. SCHIZOPHYTES DONT ON NE CONNA1T QUE LA FORME EN BATONNETS. 1 BdCte- 

rium synxanthum Ehrb. C est 1 aJgue du lait jaune; elle se developpe en 
outre sur les tranches des pommes de terre et des racines charnues cuites, eri 
formant de petites zooglaea aune citron. On ne connait jusqu a present que la 
forme en batonnets. Le pigment jaune est soluble dans I eau. 

2 Bacillus ruber Frank. On 1 a observe en couches jaune tuile sur le riz 
cuit. 

3 Bacillus erythrosporus Cohn. Decouvert dans les solutions d extrait de 
viande et des liquides albumineux en putrefaction, etc., sur lesquels il forme 
une membrane ; dans les batonnets se produisent des spores d un rouge sale. 

4 Bacillus leprce Uansen. Constitue le contage de la lepre, dans les nodules 
de laquelle il se developpe; on y trouve a la fois des coccus, des batonnets et 
des filaments qui appartiennent probablement a la meme espece. Les spores se 
forment dans les batonnets. 

5 Panhistophylon ovatum Lebert (JVosewm&omfo/mNag.). Le microphyte 
de la gattine, maladie des vers-a-soie. II occupe tous les organes de la larve, de 
la chrysalide et du papillon, et s observe meme deja dans 1 oeuf. On n a observe 
que des batonnets courts se multipliant rapidement par segmentation. Us setrou- 
vent disperses par les excrements et ainsi passent aux animaux encore sains. 

Nous aurions pu citer encore un grand nombre de microphytes, ceux de la 
seplicemie, des diverses maladies infecticuses, etc., et meme celui de la rage 
reccmment de couvert par Pasteur et celui du cholera, decouvert il y a quelques 
mois seulement par Koch ; mais tous ces etres ne sont pas encore suffisamment 
connus au point de vue morphologique et il est impossible quant a present dc 



ADDENDA. 205 

leur assigner un rang dans les classifications. Pour leur etude speciale, nous 
renvoyons du reste aux noms des maladies qu ils provoquent. 

III. R6le pathogene des Schizophytes. Pour la pliipart des microphytes, 
ce que Ton salt de mieux, c cst la nature des transformations chimiques, des 
fermentations qu ils determinent dans les liquides ou il vivent, et pour 1 otude 
desquelles nous renvoyons a 1 article FEUMENTATION. Mais on est encore profon- 
dement divise sur leur role pathogene, role qui nous parait nie a tort par les 
uns, et singulierement exagere par les autres. 

L un des exemples les plus frappants du role pathogene joue par un Schizo- 
phyte est celui de la fievre recurrente qui a pour parasite le Spirochcete Ober- 
maieri, signale d abord par Obermaier, et caracterise par Cohn, qui ne peut 
distinguer ce parasite du Spirochcete plicatilis des eaux stagnantes. La fievre 
recurrente est toujours correlative du developpement de cc Spirochcete, qui pul- 
lule dans le sang pendant les acees, et ne s y montre pas pendant les intervalles. 
En admettant, dit Van Tieghem, que ce Spirochcete ait des spores, comme cela 
est infiniment probable, puisqu il en a trouve chez des Spirillum, on conceit 
tres-bieu la suite des pbenomenes. Introduitc au debut dans le sang (par un 
precede naturel encore inconnu), la plante y pullule et 1 e puise, ce qui duro 
de six a sept jours : c est le premier acces. Apres quoi elle fait ses spores et 
semble disparaitre : ily a remission. Pendant ce temps, le sang repare ses pertes, 
et apres huit jours, duree de la premiere remission, il se retrouve sensiblement 
dans ses conditions initiales. Les spores y germent alors, la plante y pullule de 
nouveau et 1 epuise encore, mais plus vite que la premiere fois : c est le 
second acces, qui ne dure, en effet, que cinq jours. Puis elle fait de nouveau 
ses spores et disparait encore : c est la seconde remission, pendant laquelle le 
sang exigera pour se reparer plus de temps que la premiere fois, et qui dure, 
en effet, neuf jours. II a ete prouve d aillcurs que 1 inoculation de ce Spirochtete 
cause cette fievre. 

Cela etabli, n est-il pas facile de comprendre comment un agent antiseptique, 
sulfate de quinine, acide phenique, etc., introduit dans le sang a un moment 
convenable, peut enlever aux spores de ces Cryptogajnes la faculte germinative, 
empecher un nouvel acces, et yuerir le maladr ? 

Pour nous bonier aux fails et aux preuves que nous fournit la pathologie 
Immaine, nous devons placer ici au premier rang non-seulement le charbon, 
dont nousavons deja parle plusieurs fois dans cet article, mais encore la septice- 
mie, causee par le Vibrion septique ou Bacillus septicus, et qui a etel objet de si 
beaux travaux de la part de Pasteur. Les details de ces travaux sont si connus 
des physiologistes qu il suffit de les mentionner dans cette rapide revue du 
sujet. 

On se souvient que la Societe medicalc des hopitaux a entendu une commu 
nication de Laveran sur le parasite de 1 impaludisme. Ce parasite, qui differe 
beaucoup de celui qu avaient cru observer, dansl atmospherede la malaria, Klebs 
et Tommaso Crudeli, se rapproche, au contraire, des Spirillum. Laveran, en le 
traitant dans une solution de sulfate de quinine, 1 a vu sous le microscope perdre 
ses mouvements et se deformer. Sternberg, experimentant en Amerique, aux 
environs de la Nouvelle-Orleans, ou sont de grands marecages, a vu une solu 
tion de colle de poisson acquerir des proprietes pathogenes quand il y eut 
cultive des organismes inferieurs recueillis dans la vase tie ces marecages. En 



206 

presence de pareils fails, en presence des Conclusions, solidement etayecs sur 
1 hygiene, qui forment le dernier chapitre du livre de Miquel, nous avouons ne 
point comprendre comment des confreres places an premier rang de la science 
refusent d accepter la theorie parasitaire, et diriment meme des leeons profes- 
sorales centre le principe de la llieorie. II cst fort spirituel de dire assurement 
qu en visant le microbe on alteint le malade; mais celte boutadc n alteindrait 
que le medecin assez inexperimenle pour ignorer 1 importance des doses. Comme 
le rappelle fort bien Peter au debut de sa derniere lecon inaugurate, il y 
a dans notre art bien plus d un point mystericux qui rappelle le ii 0gi v des 
Grecs, le quid divinum, disons mieux, le quid ignotutn des Latins. Parmi ces 
points myslerieux de la llicrapeutique est au premier rang la disproportion de 
1 effet produit avec la faible quanlile de medicament introduit dans lYcononrie. 
Les exemples en surabondent, et nous n avons ni le lemps ni la place pour les 
rappeler. II y a des medicaments dont de laibles doses, difliciles a peser, sonl 
appelees massives, eu egard a leur action sur rensemble de 1 economie. En 
comparaison, 2 grammes de sulfate de quinine (substance si le gere) lepresen- 
lent une quaiilile t norme, et sullisent, convenablemenl reputes dans les condi 
tions que Ton sail, pour meltre 1 economie en etat de resisler a la cause de la 
fievre paludeenne, quelle qu elle soil. 

On suit depuis quelques annees que le meilleur remede contre la maladie 
furonculaire est d absorber matin et soir quelques gouttes d acide phe nique 
dans un demi-verre d eau sucree. Pasteur a trouve dans les furoncles (avant que 
la suppuration y soil elablie) un microbe en cbapelet qui a recu le nom de 
Torula pyogenica. II semble, dans ce cas, que les furoncles agissent reellement 
comme des emonctoires charges d expulser de 1 e conomic un principe danye- 
reux. Us se remplissent du cryplogame, et ce cryptogame y determine une 
suppuration par laquelle il est elimine. L acide phenique, substance antisep- 
tique, agit de son cote en le detruisant dans 1 economie ; mais ici encore la 
quantite tberapeutique employee ne rend nullement compte de son succes. 

II y a d ailleurs des fails probants, acquis experimenlalemenl, qui juslifient 
les fails therapeutiques en metlanl sous les yeux 1 aclion de 1 agent antisep- 
tique. Brefeld a montre qu il sul lit de 1/2 pour 100 de sulfate de quinine dis- 
sous dans I eau de Rabel pour arreter le developpement des Bacillus dans les 
solutions memes qui leur conviennent le mieux. Un jeune savant allemand, 
Kulin, a prouve que pour tuer les bacteries vivant dans une solution (de 
naluie parfaiternent delerminee), il a suffi de 1/5000 d acelate d alumine, 
de 1/25000 de sublime corrosif. Le thymol n a agi dans les memes circon- 
stances qu a la dose de 1/5000 ; maiscette dose n est toujourspas considerable. 
D apres de Lanessan, il suflit, rjour modifier efficacement la baclerbe mie chez 
la grenouille, d injecler sous la peau de 1 animal malade une quantite de phe- 
nate de soude egale a 1 millionieme de son poids. D apres Miquel, le pouvoii 
microbicide du nitrale d argenl esl fort energique. II serait inte ressant du 
connailre quelle est la proportion d hydrute de chloi al qu il faut employer poui 
iaire disparaitre la felidite de la sueur des pieds, cVsl-a-dire pour neutralise! 1 
le Bacterium foetidum a qui elle est due. 

L une des objections faites contre la theorie parasilaire s appnie sur la diffi- 
culte de comprendre 1 introduction du parasite. II n est pas douteux pour nou ; 
qu il puisse pe netrer dans le corps humain a travers 1 air. II y a eu, nous Jo 
savons, uneepoque ou 1 on niait la presence des bacteries dans 1 air. Bur-Jon Sail- 



ADDENDA. 207 

<lerson faisait passer de 1 iiir ordinaire a travers des vases contenant la. solution 
minerale dite de Pasteur, il n y voyait apres cet ensemencement qu un Torula 
et le Penicillium glaucum, et concluait que les bacteries font completement 
defaut dans 1 air atmosphe rique. Gela prouvait simplement que la liqueur 
minerale de Pasteur est improprea la germination des bacteries (nous ne disons 
pas a leur entretien) quand elles sont sorties de leurs spores. En effet, les nom- 
breux et beaux Iravaux de P. Miquel, travaux executes surtout a 1 observatoire 
de Montsouris, ont prouve surabondamment 1 existence des bacteries dans 1 air, 
en quantite variable du reste, selon certaines circonstances atmospberiques, 
selon la localile, la saison, etc. Ainsi, de ce cole, toute difficult^ ilisparait. Mais 
comment s opere la contagion? Pour les surfaces mises a nu, la reponse est 
facile, et la meillenre preuve de hi facile penetration des germes atmospbe 
riques est duns I beureuse influence du pansement de Lister, ainsi que des pul 
verisations d acide phenique en usage dans nos salles de cbirurgic. Dans 
d autres cas, le transport a lieu par un insecte, comme celui du clmrbon. II 
n est pas douteux que 1 inspiration puisse fa ire ponetrer des germes morbi- 
fiques dans 1 economie. Buchner avail fait manger a des souris des fragments 
de rales d animaux morts de la maladie cbarbonneuse, ct n en avail vti aiicun 
resultat facbeux; mais, quand il eut place d autres souris dans une caisse ou il 
faisait tourbillonner de la poussiere provcnant de ces monies rates dessecbees, 
il vit les souris perir sans exceplion. L inlroduclion du parasite a eu lieu evi- 
demment, dans ces experiences, par la voie aerienne. Une experience d un 
autrc ordre, due a J.-B. Sclmetzler (de Lausanne), conduit u la meme conclu 
sion. Ce savant nous a appris que I mjection de sulfate de quinine dans les 
fosses nasales combat d une maniere efticace la maladie dite ftcvre de foin, le 
hay-fever, laquclle pourrait bien etre causce par dts bacteries penetrant dans 
les voies respiratoires. On dira qu il ne suffit pas de celle penetration. Ce serait 
le cas de rappeler avec Van Tiegbem que le Bacillus Amylobacter peut s insi- 
nuer dans la cavite des cellules clcs plantcs en traversant la membrane qui clot 
ces cellules, a 1 instar des myceliums issus des spores de beaucoup d Uredinees. 
Ce que fait le Bacillus Amylobacter, d autres Bacillus peuvent le faire, proba- 
blement a travers 1 epitbelium des dernieres ramifications des bronches, el 
peut-etre a travers celui de la muqueuse inteslinale. lei il y a une de monslra- 
tion de Cbarles Richet et Louis Olivier. Ces pbysiologistes ont constate des 
microbes pareils a ceux des eaux de la mer, non-seulement dans le lube digestif 
des poissons, ce qui est fort naturel, mais aussi dans la cavile peritoneale, a la 
surface de 1 estomac. Ce n etaient pas des microbes nocifs, mais le fait en lui- 
meme a sa valeur. 

Nous venons de rappeler les arguments les plus probants qui mililent en 
faveur de la tbe orie parasitaire. C est maintenant le cas de tenir un compte 
logique des fails douteux, sans vouloir en exagerer la valeur, et sans oublier 
qu il faut envisager ces dilficultes au poinl de vue medical avant tout. 

Parmi les maladies dans lesquelles rintervention promple et funeste de quel- 
ques bacteries est le plus probable, mais non encore demoiitree, se place au 
premier rang la fievre puerperale. D apres Orlh (de Bonn), la lymphe et le 
sang y presenteraient des Micrococcus (c est-a-dire des spores) en quantite con 
siderable. De ce cote la preuve parait faite, bien qu on ne se rende pas encore 
comple de l indroduction du parasite. La maladie semble d ailleurs essentielle- 
ment miasmatique par son mode de developpement, par sa marche rapide, sa 



208 ADDENDA. 

terminaison souvent fatale, et surtout par I influence dc 1 isolement ties femnies 
atteintes, pratique par Tarnier dans les heureuses conditions que Ton sail. 
Cependant il manque les constatations faites par un experimentateur autorise . 
On sail combien en pareille matiere les confusions sont faciles : teraoin la mesa- 
venture arrivee a Feltz, dont le Leptothrix pnerperalis s esttrouve n etrequela 
Bacterie charbonneuse. D apres Pasteur, qui a etudie specialcment le sujet, il 
n cxiste pas non plus de Bacillus puerperalis. 

Apres la tie v re puerperale se presente la fievre typhoide. Ici, en depit dc 
1 observation deja ancienne de Tigri, il n y a pas encore de certitude. D un cote , 
les fails rassembles par les medecins anglais conduisent a penser que lamaladie 
se propage par les matieres fecales et par les boissons, c esl-a-direque/e miasme 
a un corps. L elegante observation tout reeemment faitc a Auxerre, ct sur une 
assez grande eclielle, par Dionis du Sejour, est tres-favorable a cette opinion. 
La diversitc des epidemics plus ou nioins meurtrieres ne la combat point. 
I uisque, dans nos laboratoires, on voit le Bacterium ou Bacillus Anthracis 
perdre de sa faculle virulentc a rocsure que ses generations se succedent dans 
vine infusion oxygem .e, pourquoi n cn serait-il pas de meme dans le grand 
laboratoire de la nature? Hatons-nous d ajouter que de pareilles hypotheses 
sont loin d autoriscr encore le medecin a instilucr contre la fievre typhoide un 
traitement parasitaire. Ce serait justifier toute 1 argumentation des advcrsaires 
de la theoric. 

Nous passons rapidement sur les microbes des fievres eruptives. Les nom- 
breuses contradictions qu ont rencontrees les affirmations de Coze et Feltz sem- 
blent prouver que la lumiere n est pas encore suffisamment faite de ce cote. 

Parmi les microbes les plus recemment decouvertsse trouve celui de la tuber. 
culose, dont 1 existence ne nous parait ])lus douteuse. \uillemin, qui ne le 
connaissait pas, a demontir la transmissibilite de la tuberculose par 1 inocu- 
lation sous-cutanee; Gliauveau a etabli la transmissibilile par 1 ingestion de 
matieres tuberculeuses; d autres out mis hors de doute que le virus pent entrer 
dans 1 organisation par 1 inhalation; Toussaint, Koch, Vignal et Malasscz, etc., 
ont demontre que la phtliisie est contagieuse ; Bouley a consacre les de couvertes 
de ces auteurs, et Germain See est venu tout recemment les appuycr de son 
autorite et de sa propre experience. 

Trop de lumiere ne pouvait nuire dans une question si delicate. Tout en 
admettant la contagiosite de la pbtliisie, un crand nombre d auteurs ont com- 
battu la tbeorie parasilaire par des arguments serieux. 11 faut bien 1 avouer, 
du reste, au point de vue medical, la phthisie, a marche lente et bereditaire, 
ne se comporte guere comme si un parasite, accidentellement introduit dans 
1 economie, y modifiait le sang et les tissus. 

Les inoculations, tentees par Landouzyet Martin, de parcelles placentaires et 
I oetales, aussi bien que des inoculations de sperme, ont certes demontre la 
qualite tuberculisanle des uns et des autres. Ces auteurs distinguent dans la 
genese de la tuberculose I herc^ite du terrain de 1 heredite de la graine. II n y 
a pas de raison serieuse pour les contredire. Mais qu est-ce qui prouve que cettc 
graine soil reellement un microbe? Les Bacteries, a-t-on dit, que Bechamp assure 
avoir constatees de visu dans le tubercule pouvaient tout aussi bien provenir de 
1 empois qu il avail employe pour en obtenir la fluidification ; toute autre 
matiere organique aurait donne les memes resultats ; point n etait besoin du 
tubercule. D ailleurs les animaux que Ton a inocules avec des matieres regardees 



a 



ADDENDA. 20 .) 

comme tuberculeuses sont souvent farcis de tubercules, en caplivite , et chex 
ceux qui sont moils de deux a trois mois apres [ operation la phlhisie a dvoluc 
bien plus rapidement que cliez 1 liomme. Les matiercs simplemenl septiques 
ne sont-elles pas capables de determiner, par inoculation, des ade nites, des lym- 
phangites, des depots d apparence tuberculeusc? C est du moms ( opinion de 
Colin. Malassez affirmait devant la Societe de Biologie, le 50 deeembre 1882, 
que la presence de granulations tuberculoides ne sut fit pas pour determiner 
la nature tuberculeuse d une lesion; cet histologiste distingue ajoutait meme 
qu il n cst pas de montre que la tuberculose d une lesion ne reconnaisse qu uu 
seul agent eliologique. En effet, Malassez constata peu apres, avec Vignal. 
qu il cxiste une tuberculose sans bacille, tuberculose zooglicique. Mais Irs 
zooglaaa ne sont-elles pas Time des formes du bacille? L absence constantedes 
bacilles de Koch et de Baumgai ten, dit a ce sujet Malassez, dans les lesions 
les plus recentes que nous ajous observees comme dans les plus anciennes, 
montre bien qu on ne peut considerer nos masses /ooglociques comme clant un* 
forme dc developpement de nos bacilles. On pourrait done se poser celle 
question : Qu est-ce <|u une maladie parasitaire qui reconnait pour cause deus 
parasites different s? Sans compler les aulres microbes indiqucs dans la meme 
maladie, la monade tuberculeuse dc Klebs, relrouveV par Reinstadler et Scbiiller, 
les Micrococcus mobiles d Eklund, etc. Mais, en microbiologie, ce qui elait li 
verite un jour ne Test plus le leiulemaiu. Des observations et des experiences 
recentes font en eliet supposer que tous ces parasites ne sont que des formes 
d une seule et meme bacterie; s il faut en croire Zopf et autres, on vomit b 1 
bacille devenir zooglrca, la zooglsa redevenir bacille, cclui-ci enfin se resoudre en 
spores qui ne seraient autre ctiose que la monade tuberculeuse de Klebs ou Ir 
micrococcus d Eklund. C est simple, mais c est-il vrai? D apres les derniero> 
experiences de Malassez et Vignal, le doute est encore permis (Soc. de biol., 
9 juin 1883; Acad. des se., 5 nov. 1883; Arch, de physiol., 1885. p. 406, it 
1884, p. 81). 

On sail loute 1 importance "prise par la constatation des bacilles dans les 
cracbats des phthisiques. II est vrai qu on ne les a pas toujours trouves. Mais 
on peut etre tuberculeux sans le sious de la poitrine; un tuberculeux pent 
etre atleiut d un rhume par suite d une intemperie, sans que sa bronchite ail 
etc provoquee par une irritation speciale. Plusicurs fails onl montre des bacilles 
tres-rares dans des cracbats de malades qui n e taient qu au debut de la phthisic. 
Quelques personnes conclucnt de ces observations que la presence des bacilh s 
ne peut etre invoquee comme un signe palhognomonique de la phthisie que si 
celle-ci est avaucee, et notamment pour la distinguer de la pneumonic sclercuM- 
des vieillards oif du catarrbe accompagnede dilatations bronchiques. Pour fiu rc 
connaitre toules les opinions qui se sont fait jour au sujet des bacilles de In 
tuberculose, nous devons mentionner encore 1 hypothese suivanle : Les bacilles 
de la tuberculose ne seraient-ils pas des microbes atmospheriques qui tron- 
veraient dans le liquide resultant de la fonte des tubercules un milieu tout spe 
cial, eminemment favorable a leur multiplication? Nous ne nous attarderons 
pas a discuter cetle opinion, pas plus que celle de 11. -D. Schmidt, qui consider- 
les bacilles de In tuberculose comme de simples cristaux. Nous renvoyons pom- 
plus ample information au remarquable ouvrage De la phthisie bacillaire tie* 
poumons, ou M. le professeur Germain See expose d une mauiere si claire et si 
nette la theorie parasitaire de la tuberculose. 

DICT. ENC. z* s. XV. 14 



210 ADDENDA. 

La coqueluchc a ete rangee aussi dans le cadre que nous parcourons. Tscha- 
mer, apres avoir inocule a dcs lapins des crachats rendus par des enfants atteints 
de cette affection, a vu ces lupins alleints d nnc toux convulsive. II faut avouer 
(|u on se fait diificilement 1 idee de la coqueluclie du lapin et que, si la coque- 
luclie est causce par un microbe, il n y a pas de raison pour que le parasite se 
trouve precisement dans le larynx. Ce microbe, s il existe, prolonge singuliere- 
ment,.en tout cas, une affection qui n est ordinaircment funeste que par les 
complications qu elle determine. Attendons. 

On suit qu il a etc decouvert aussi un ou des parasites de la diphtheric, nom- 
mespar Letzerich Zygodesmus fuscns, puis Tilletia diphtheritica, par Klebs Mi- 
crosporon, par Colin Micrococcns diphtheriticus. Tons ceux qui ont examine 
avec le soin necessairc los produits neoplasiques de la diphtheric y ont signale des 
\c-rl mix microscopii|iies, des vibrions, etc., entre autrcs le professeur Laboul- 
bene, des 1851, en debors de toute interpretation. II eut meme ete bien etonnant 
{iiTils n cn trouvasscnt pas, puisquc les germes atmospheriques peuvent se 
developper librement sur les plaques pseudo-membraneuses du pliarynx et du 
larynx, consequences et non causes de la maladie. Mais voici que Cli. Talamon 
;i ailtive un champignon recneilli a la surface des fausses membranes, cham 
pignon forme d un mycelium en longs tubes, et de spores dedeuxformes.il 
le donnc commr 1111 ;i^ent pathogenique. Thomas Irouve avec raison que ce 
champignon est bien eleve en organisation et bien superieur au commun des 
microbes. Le Micrococcns diplilln-rilicus de Colin, etudie recemment par Oer- 
tels, paraitseul meriter quelque eoniiance. 

II est certain que bien des exagerations ont compromis la theorie que nous 
exposons ici. Ceux qui les ont commises onteu un premier tort, celui de ne pas 
t onsiderer I immense diffusion des Schizophytes, repandus dans 1 air des lieux 
habiles et dans les eaux, surlout d,ms celles que nous buvons. L eau de la 
Seine en est infectee, celle de la Dluiys et de la Vannc a un moindre degre. Rien 
d etonnant en consequence a ce que Ton ait trouve des bacteries dans Jes fosses 
nasales, avec ou sans coryzu, dans une lete d auimal tombee au moment de la 
decollation dans un bain d acide cbromique, dans la trachee-arlere et ses rami- 
lications, dans 1 intestin, et meme dans 1 interieur du sac herniaire, ou elles 
ont facileraent pu transsuder. D apres Cunningham, des formes parasitiques 
Iranchees peuvent se trouver specialement associees dans I mtestin avec des 
formes particulieres de maladie sans qu il y ait de relations speciales entre la 
maladie et le parasite. Dans un grand nombre de selles cboleriques, il se 
rencontre, dit cet auteur, des corps ayant 1 aspect de monades, d amibes, de 
- pores, mais tous ces corps sont des elats du scul Protomyces coprinarius, 
lequel ne prend son developpement complet qu au dehors de 1 organisme. Les 
formes incompletement developpees sont des holes normaux du canal digestif de 
certains animaux inferieurs, et chez 1 homme elles peuvent se rencontrer aussi 
bien a 1 etat de saute qu a 1 etat de maladie. On pent fa ire pour les liquides 
des locbies les memes observations que pour ceux de 1 intestin. Aussi doit-on 
prendre en serieuse consideration les observations de Hervieux relativement a 
la pathogenie des accoucbements prematures. Heureusement que les Schizo 
phytes les plus vulgaires sont absolument inoffensifs, comme 1 ont etabli les 
injections executees par iliquel et Debove pour la Bacterie des eaux communes 
et pour le Leptothrix ramosa des eaux de la Vanne (lequel est plutot un Cla- 
dothrix), sans quoi 1 homme courrait constamment de terribles dangers, quand 



ADDENDA. 211 

on songe que les lombrics ramenent incessamment a la surface les microbes 
enfouis dans le sein de la lerre, et s il etait vrai que 1 huile employee par les 
sculpteurs pour graver les pierres tombales y fixat particuliercment ces microbes. 

II n y a pas, du reste, d excentricite qu on n ait debil.ee sur le role patho- 
genique des Schizophytes, role auquel tout recemment, par exemple, un Ame- 
ricain, Burrill, attribuait la toxicite de certaines especes de Wins. 

Si nous avons presente eu terminant quelques restrictions devant 1 etendue 
trop largement hypothetique de la theorie parasitaire, ce n est pas que nous 
songions a nier les progres de la science pour cetle seule raison qu ils sont 
encore imparfaits. II y a peu d annees que les physiologistes suivent la voie 
magistralement tracee par Pasteur, et il est certain qu ils sont loin de 1 avoir 
encore parcourue tout entiere. Ce que nous connaissons le mieux, c est la 
(acilite extraordinaire avec laquelle semultiplienlles Schizophytes, avec laquellc 
ils alterent les liumcurs d un etre vivant et le tuent apres 1 avoir envahi. Ce 
que nous savons le moins, c est la serie de leurs variations ou de leurs meta 
morphoses, et le lien qui raltaclie les plus virulents d cntre eux a telle ou telle 
algue d eau douce, a peine connue ou regurdec comme inoffensive. C est dans 
cette voie que les naluralistcs speciaux devront s engager, avec la persua 
sion d y rencontrer des fails de mi-mc nature que ceux de I hetenBcisme des 
UredineYs. L. HAHN. 



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ADDENDA. 213 

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214 ADDENDA. 

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Proving Brandenburg, Juni 1882. Du JIEME. Die Spaflpilze nach dem neuesten Stand 
putikte bearbeitet. Breslau, 1883, gr. in-8. ZURN. Parasiten in und auf dem liorper 
der Haussdugct/iiere, 1874. Du MEME. Die Krankheiten des Hausgeflugels, Weimar, 1882. 

Compt. rend, de la Soc. de biol., seance du 7 juillet 1883. L. HN. 

SCHi PPEL (OSCAR van). Medecin allemand distingue , ne a Dresde le 
10 aout J857, mort a Tubingue le 26 aout 1881. Apres avoir subi le Staats- 
examen, il devint assislent a 1 Institut patliologiqne sous la direction de Bock, 
puis de Wagner, a Berlin, puis en 1867 passa a Tubingue en qualite de profes- 
fesseur extraordinaire, et, en 1869, fut nomme professeur ordinaire. Yers la 
meme epoque il fut charge des autopsies legales et s en acquilta avec le zele le 
plus consciencieux. 11 se fit distinguer en 1871 par une remarquable etude sur 
la tuberculose des ganglions lymphatiques [Untersuchungen tiber Lymphdrusen- 
Titberculose sowie iiber die damit verwandten und verwechselten Drtisenkrank- 
heiten. Tubingen, 1871, grand in-8, pi.)- E n 1876-1877, il fut recteur de la 
Faculte de medecine et devint, en 1877, membre de 1 ordre de la couronne, sans 
compter toutes les autres distinctions honorifiques qu il avail obtenues. La belle 
collection anatomo-patbologique que renferme 1 Institut pathologique nouveau, 
edifie a Tubingue en 1876, a ete presque entierement reunie par lui. Enfm, en 
1880, il donna une monographic sur les maladies du foie, qui fait partie du 
Ziemssens Handbitch. L. UN. 



ADDENDA. 215 

SCHUTZENBERGER (CHARLES). L un des plus celebres medecins dont 
1 Alsace s enorgueillit, naquit a Strasbourg, le l cr fevricr 1809. Apres avoir fait 
ses humanites au gymnase ct an College de sa ville natale, il entra comme eleve 
a I Hopital mililairc destruction, mais donna peu apressa demission; il obtiiil 
cnsuite au concours la place d aide cle clinique a la Faculte. Apres d excellentes 
etudes, il fut recu docteur en 1832, professeur agrege a la Faculte de Strasbourg 
en 1834, chef de clinique 1 annee suivante, professeur de clinique medicate en 
1845. Pendant trente-cinq ans, dit L. Lereboullet, avec un zele et un courage 
qui ne se sont jamais dc mentis, malgre les souffrances causccs par une cruelle 
infirmite, il se donna tout entier a renseignement. Clicrcher de nouvelles me- 
lliodes pour mieux connaltre ou micux trailer les maladies, determiner avec 
plus de precision les rapports qui peuvcnt relier entre eux des fails ou des plie- 
nomenes morbides incompris ou mal interpretes dansleur isolemcnt, soumettre 
au controle experimental les theories et les idees pratiques que cbaque jour voit 
eclore, tel est le but qu il s elait propose. Rappelons, en quelques mots, lout ce 
qu il a fait pour I atteindre. Tons les ans notre venrn mailrc ouvrait son cours 
par une de ccs allocutions magistrales qui, reunies ct imprinu cs dans un volume 
intitule : Fragments de philosophie medicate, resument aujourd hui les pnn- 
cipes pbilosopliiqnes et la nn thode scienliliqiui dont il ne s est jamais depart! 
et qu il aimait a designer sous le nom de rationalisme experimental. Tous les 
inatins, il s appliquait, au lit du malade ou dans sou laboratoire d anatomie 
pathologique, a former a la pratique ou a 1 enseignement de la medecine lc> 
nombreux et fideles disciples qui suivaient ses lecons. C est de sa clinique que 
sont sorties les premieres rcclierches sur la spiromelrie, sur la temperature 
dans les maladies, sur la syphilis cerebrale, sur la periostite plilegmoneuse, les 
premieres observations cliniques et diagnostiques faites en Fiance sur 1 embolie. 
G est sous la direction et la responsabilite du professeur Sclmlzenberger, tou- 
jours pret a accepter et a encourager les nouvelles mi thodes therapeutiques, 
que fut faite a Strasbourg la premiere operation d ovariotomie, et cette pre 
miere tentative n a peul-etre pas ete sans influence sur les beaux travaux et les 
eclatants succes du docteur Koeberle. Grace a la collaboration du professeur 
Morel, la clinique de Schutzenberger a realise, 1 une des premieres en France, 
I associatiou journaliere des etudes cliniques et des recherches d anatomie patho 
logique et histologique. 

Nous ne pouvons citer ici les nombreux memoires sur les lecons cliniques 
dues a notre savant maitre, non plus que les theses qu il a inspirees. La plu- 
part de ces travaux ont ete reunis dans sonouvrage intitule : Fragments d etude- 
pathologiques et cliniques; mais nous devons une mention specialc a ses etudes 
sur la Re forme de 1 enseignement superieur et les liberte s universitaires. 
Lorsque, aprcs avoir en vain lutte pour maintenir a Strasbourg cette faculle 
alsacienne autonome, dernier souvenir des institutions franchises, Schutzen 
berger fut contraint de renoncer a 1 enseignement, il se retira a 1 ile Jars, mais 
ce fut pour y continuer de rendre a tous ses concitoyens, a tous ses confreres, 
les services les plus cminents et les plus desinteresses, pour se devouer a 1 As- 
sociation des medecins d Alsace-Lorraine, a la Societe de medecine, a toutes 
les ceuvres inspirees par des idees de progres et de liberte. L independance de 
son esprit, la dignite de son caractere, la fermete de ses convictions poliliques, 
le faisaient respecter de tous, et il put, jusqu a son dernier jour, grouper autour 
de lui et maintenir dans une foi et une esperance communes presque tous les 



-H6 AbDEiNDi. 

me decins d Alsace. Patriote el homme de l)ien,plein d honneur et de delicatesse, 
aime de tous ceux qui ont eu le bonlieur de vivre dans son inlimile, le pro- 
I csseur Schutzcuberger laisse une renomrnee sans taclie et d ineffacables sou 
venirs. Renvoyons encore a la notice de Fandel siirSchulzeuberger (Gaz. me d. 
ilc Strasbourg, 1881, p. 135) etau Rapport sur les publications (lit prof. Schut- 
z,cnberger par Grad (Bull. Soc. (Thist. nat. de Colmar, 1879-1880, p. 593). 

L. H.N. 

SCIIWANIV (THEODORE). Physiologislc]distingue, nnquit a Neuss, dans les 
provinces rhe nanes, le 7 decembre 1810.11 commenga ses eludes universitaires 
en 1821* a Bonn, ou il fit la conuaissance de 1 illustre Jean Miiller, alors 
privat-docent, qui 1 associa a ses travaux et lui fit entrevoir 1 espoir d unc chaire 
academique. G cst a Miiller qu il dut son gout pour les etudes experimentales 
<MI physiologic; c esl a Scliwann qu il fauten grande partic attribuer le triomphe 
dc la methode experimentale. En 1831, il passa a Wuitzbourg, puis vint a 
It: rlin en 1833 et s y fit recevoir docteur en medecine en 1834; il fut alors 
aide.-naluraliste. de J. Miiller au Museum d anatomie de celte ville jusqu en 
1859. C est a celte epoque qu il fut appele en Belgique, sa secomle p;itrie; il 
occupa la chairc d anatomic de Louvain, puis en 1848 passa a Liege ou il 
euseigna avec eclat successivement [ anatomic, puis depuis 1858 la physiologic, 
Scliwann etail niembre de 1 Acadeinie de nieilecine de Bruxelles; il devint en 
1879 mcmbrc correspondant de 1 lnstitut de France. 

Get illustre savant mourut a Cologne, le 11 Janvier 1882. 

Comme nous 1 avons dit plus baut, Scliwann fut 1 un des vulgarisateurs les 
plus babiles de la methodc experimentale en physiologic: inais avec quelles pre 
cautions il procedait aux experiences, quel ^oiu il prenait a elmiiner les causes 
d errcur ! Ces qualiles sc monlienl dansVes moindres oeuvres, dit Masius. Soil 
qu il s agisse de demonlrer que les oeufs nc se develojipent pas dans les gaz 
itrespirables, ou que la digestion est une operation cliimique due a la presence 
d une substance particuliere qu il isole et a laquelle il donne le nom de pep- 
sine, soit qu il faille combattre la doctrine des generations spontanees et faire 
voir que la putrefaction est le fait des germes vivanls qui, (loltant dans 1 air 
atmospherique, vienneut se deposer sur les substances putrescenles ; partout 
on reconnail 1 experimenlateur exact et precis qui, d une part, a la conscience 
du but qu il poursuit et les stirs nioyens de 1 atteindre, et, d autre part, sail 
entrevoir, dans les phenomenes accessoires revele s par ses experiences, des 
idees nouvelles et iecondes, sources de recberches subsequentes. Scliwann fut 
le precurseur de Pasteur; c est Schwann qui nous a fourni les premieres notions 
sur le role des infinimcnt petits dans les pbeuomenes palholugiques. La gloire 
de Lister n esl qu un el fet de celle de Scliwann. 

En meme temps qu il se livrait a ces etudes sur la presence dans 1 air de 
germes d organismes vivaiits, il e tudiait le plienomene de la contraction mus- 
culaire, et moatrait le premier que le muscle obeit a la meme loi matliema- 
tique que les coi-ps ela-tiques, premier exemple de l ap|ilication des formules 
physiques aux uheaomenes vitaux. 

Gbacune de ses decouvertes completes . profondes et suggestives, dans 
leurs proportions en apparence modestes, suffisait a la gloire d un homme, car 
elles furent le point de depart immuable de decouvertes ulterieures ; on y a 
ajoute, on n en a rien relranche. Mais Schwann avail devant lui de plus hautes 



ADDENDA. 217 

deslinecs. II devait, a peine age de vingt-huit ans, s illuslrer par un travail 
i[iii 1 a fait surnommer a juste litre le pere de la physiologie moderne 

La theorie cellulairc, dont la decouverte est due en graude partie a 
Schwanu, est resumee par lui-mcme de la maniere suivante : Tout orga- 
iiisme n est qu un compose de cellules. L unite vivanle, c est la cellule. Mais 
re qui monlre le coup d oeil genial de Sclivvann, c est d avoir reconnu imme- 
diatement le principe qui est au fond d un premier fait decouvert. Ce fait, 
c etait que dans les verlebres il y avail un organe, la corde dorsale, composee 
de parlies \ivant d une vie propre, et des lors il so sentit assure que tons les 
lissus se comportaient de la meme maniere. La verification expeVimentale de 
celte prevision n etail done pas une simple generalisation, mais la confirmation 
du principe. Les organismes se composent done de cellules, comme le cristal 
de molecules. La cellule est la molecule vivanle. Sclivvann poursuivit ce paral- 
lele en nolanl avec soin les ressemblances el les dil terences. 

Selon Schvvann, le microscope ne peut aller au dela en profondeur, parce 
i[u au dela des couches dc la cellule commc au deli des lamelles du cristal il 
n y a plus que des molecules, dernier terme a atteindre 

Tons les phenomcnes de la vie animate et vegetale, a dit Schwanu dans 
une circonstance solenuelle, doivcnt s expliquer p;ir les proprietes des atonies, 
ijue ce soieut les forces que nous counais>ons duns la nature inerle ou d autres 
forces dc ces memes atonies inconnues jusqu iei. La liberte seule elablit une 
I unite ou 1 explication par des forces de ce genre doit necessairement s arreter. 
Kile nous oblige a admeltre chez riiommc seul un principe qui se distingue 
substanliel lenient de toules les forces des atonies par ce caracterc essenliel, par 
la liberte qui est incompatible avec les proprietes de la matiere. Schwann se 
proposal t de developper dans un ouvrage special la theorie a laquelle il est fait 
allusion la et ou, partant d une definition de 1 atome, il pretendait expliquer 
les fonctions psychiques des animaux. La morl 1 empecha de doiiuer uu corps 
a celte Iheorie qui n aurail etc probablement qu une sorte de vitalisme perfec- 
tionne, un ecart on une fausse application de la nouvelle doctrine cellulaire. 

Outre une foule d articles importants dans les recueils periodiques, on peut 
( iter de Schwann : 

I. De necessitate aeris atmosphcerici ad evolutlonem pulli in ovo incublto. Diss. inaug. 
/>/iysiol. Berolini, 1834, in-4". II. Micrnscopische U ntersuchunyen fiber die Ueberein- 
slimmung in der Structur und dem Wachsthume der Thiere und I flansen. Berlin, 1838- 
1839, gr. in-8". III. Traite tf anatomic du corps humain, 2 vol. de 1 Encyclopedic 
populaire de Bruxelles, trad, en allem. : Anatomic des menscfi /ichen Korpers. Leipzig, 
1861, in-8, fig. L. HN. 

SEDILLOT (CHARLES-EMMANUEL). L un des chirurgiens les plus eminenls 
dece siecle, naquit a Paris, le 14 seplembre 1804; il etait le tils de Jean- 
Jacques-Enimanuel Sedillot, ce lebre orienlaliste (voij. 1 arlicle SKDILLOT dans ce 
Dictionnaire). D abord eleve interne des hopitaux, il embrassa la carriere de la 
nicdeciiie militaire et devintchirurgien sous-aide en 1825. Laureat de la Faculte 
de medecine de Paris en 1827, des hopitaux d instruction de Melz en 1826, 
du Val-de-Grace en 1827, il oblint le dipldnie de docteur en 1829. Dans la 
t ampagne de Pologne, qu il fit avec les insurge s (1831), ses services lui valurent 
la croix du merite militaire. Nomine chirurgien aide-major en 1852, il devint 
en 1835 agrege de la Faculle de Paris, et en 1853 chirurgien-mijor et profes- 
seur a 1 Ecole militaire du Val-de-Grace. En 1837, il fut envoye en Afrique et 



218 ADDENDA. 

prit part a la campagne de Constantine. En 1856 et en 1859, il concourut sans 
succes pour la chaire de chirurgie a la faculte de Paris. Enfin. en 1841, il ful 
nomme, apres un brillant concours, professeur de pathologic externe, mede- 
cine operatoire et clinique chirurgicale a la Faculte de medecine de Strasbourg, 
et en meme temps professeur a 1 Ecole militaire de cette villc. En 1850, il ful 
promu au grade de medecin principal de premiere classe. 

Charge, comme medecin militaire, d un service hospitalier qu il savail 
diriger en meme temps que son service clinique; chirurgien consultant tres- 
occupe, Sedillot, grace a un labeur infatigable et a une puissance de Iravail 
vraiment surprenante, a, pendant un demi- siecle, enrichi la science d une 
prodigieuse quantite de memoires originaui dont remuneration seule remplirait 
plusieurs pages de e dictionnaire. Nous ne pouvons qne signaler ici son Traite 
de medecine operatoire, bandages et appareils, dont la premiere edition parut 
en 1839 ct qui eut dcpuis un si legilime sucres ; son Traite de I e videment 
des OK (1838, 2 e edit., 1867), couronne par 1 Academie des sciences; ses tra- 
vaux sur le mecanisme des luxations et sur ( application des moufles et du 
dynamometre pour leur reduction; ses nouvelles methodes ft amputation a 
lambeau, ft amputation medio-tarsicnne, de re se^/oHstibio-calcaneenne etcoxo- 
femorale, A e videment des os; ses etudes sur la gastrostomie ; ses recherches, 
qui sont des premieres publie es en France, sur les anesthesiques et en particu- 
lier sur les avantages du chloroforme et ses effets physiologiques ; ses expe 
riences sur 1 action de la cauterisation i-imV ; les divers memoires qu il a ecrits 
sur la pyoemie. Dans ses Contribution* a la cliiriirgie, Sedillot a reuni le plus 
grand nombre de ces travaux si importants. Membre de la Societe de biologie, 
de la Socit U de cbirurgie, de 1 Academie de medccine (1857 i, de 1 Institut 
(correspondant le 16 mars 1846, titulaire le 24 juin 1872); ancien medecin 
inspecteur des armees et directeur de 1 Ecole de Strasbourg, Sedillot a obtenu, 
sans jamais les avoir sollicites, tous les honneurs que pent ambitionner un 
savant. Et lorsque, apres les cruels evenements de 1870, qni 1 obligerent o 
quitter sa ville d adoption, lorsque, dejn atteint d une infirmite qui, sans affai- 
blir son intelligence, lui rendait plus pe nible la vie publique, il revint a Pari<. 
c est aux etudes de philosophic qu il consacra ses derniers jours. Son livre sur 
le Relevement de la France etait dicte par le plus ardent, par le plus sin 
cere patriotisme (Lereboullet). Get eminent chirurgien mourut le 29 Jan 
vier 1883, a Sainte-Menehould ; ses obseques out eu lieu a Paris. Nous nous 
bornerons a citer de Sedillot : 

I. Du nerf pneumogaslrique et de ses fonclions. Th. dc Paris, 1829, in-4 . II. Phlebite 
iraumatique. Th. d agreg. chir. Paris, 1832, in-i". III. Quellex sont les diffe rentes 
methodes de Iraitement des plaies et quels sont lews differents modes de consolidation. 
Th. d agreg. chir. Paris, 1835, in-4. IV. Exposer les avantages el les inconvenient^ 
des amputations dans la continuity et des amputations dans la contiguite des membres. 
Th. de cone, chaire de chir. Paris, 1836, in-4. V. De ["operation de I einpyenie. Th. de 
cone, chaire de med. operat. Paris, 1839, iii-4". VI. Des kystes envisages nous le point 
de vue de la pathologic et de la therapcutique chirurgicales. Th. de cone, chaire de path, 
ext. et de clin. chir. Strasbourg, 1841, in-4. VII. Manuel complet de me decine legate. 
Paris, 1830, in-18; 2 s edit., ibid., 1839, in-S. YHI. De I application du dynamometre 
etdumoufleau traitement des luxations. Paris, 1834, in-8". IX. Des amputations dans 
la continuite et la contiguile des membres. Paris, 1836, in-8". X. Nouvelles considerations 
surlaplique. Paris, 1832, in-8". XI. Des diffe rentes methodes de traitement des plaies. 
Paris. 1835, in-4. XII. Campagne de Constanline de 1857. Paris, 1838, in-8, pi. 
XIII. De I operation de I empyeme,^ edition. Paris, 1841, in-8. XIV. Traite de medccine 
operatoire. Paris, 1839-1846, in-8; 2" edit. Paris, 1853-1855, 2 vol. in-12; 3- edit., ibid., 



ADDENDA. 219 

1865-1866, 2 vol. in-8; 4 e edit., en collaboration avec L. Legoiiest, ibid., 1870, 2 vol. 
j n -8 XV. Resume general de la clinique chirurgicale de la Faculte de medecine de 
.Strasbourg pendant le semestre d hiver 1841-1842. Legons recucillies par A. Villemin. 
Strasbourg et Paris, 1842, in-8. XVI. De PinsewibiliM produile par le cliloroforme et 
par I e ther, et des operations sans douleur. Paris, 1848, in-8. XVII. Considerations sur 
I emploi du chloro forme. Strasbourg, 1850, in-8. - - XVIII. Des regies de / application 
du cliloroforme aux operations chirurgicales. Paris, 1852, in-8". XIX. De V infection 
purulente ou pyoemie. Paris, 1849, in-8, 3 pi. XX. De I evidement sous-periostc des os. 
Paris, 1860, in-8 ; nouv. edit., ibid., 1867, in-8. XXI. Contributions a la chirurgie. 
Paris, 1868, 2 vol. in-8, fig. -- XXII. Du traitement des fractures des membres par armes 
a feu. Letlre a M. le prof. Stceber. Strasbourg, 1871, in-8. XXIII. Clinique chirurgicale 
de Strasbourg. Ovariotomie, guerison. Paris, 1*69, in-8. XXIV. Du relevemcnl de In 
France, vieilles verites, union, perfectionnement. Paris, 1874, in-8. 

SHUTER (JAMES). Jeunc cliirurgien du plus grand avenir, mort le l er no- 
vembre 1883, a Londres, par suite <Tun empoisonnement involoutaire avec de 
la morphine. II n etait age que de trente-sept ans. 

Shuter fit ses etudes a Londres et a Cambridge, fut recu membre du Colle ge 
royal des chirurgiens de Londres en 1874, fellow en 1876. A 1 hopital Saint- 
Barthelemy il fonctionna comme house-surgeon sous Holden et comme Iwnse- 
physician sous Black. A 1 ecole, il remplissait la charge de demonstrateur de 
physiologic et d aide-d emonstrateur d anatomie. En 1879, il devint cliirurgien 
assistant au Royal Free Hospital et en 1882 a I hopital Saint-Barthelemy. 11 
venait egalement d etre nomme exaniinateur a Cambridge. Shuter el ait en outre 
cliirurgien d une socicte d assurance sur la vie, membre aclif d un grand nombi r 
<le societe s medicales, et publuiit frequemment des memoires estimcs dans Ics 
recueils periodiqucs. Comme operateur, il etait d une extreme habilete ct pro- 
mettait beaucoup. Enfin, il prit part a la publication dc Holden & Osteology et 
de Holden s Medical and Surgical Landmarks. L. UN. 

SIERZPUTOYSKI (MARCELLUS- CHARLES). Ne a Globihaven (Polognc) , le 
26 Janvier 1811, accompagna sa famille en France apres lesguerres de 1 Empire, 
et fit ses etudes medicales a Strasbourg, ou il fut recu docteur le 30 aout 1838. 
II se rendit aussitot en Algerie et fut 1 un des premiers medecins de colonisation 
crees par le gouvernement. Successivement nomme a Koleah, a Cherchell, etc., 
il remplit ces fonctions actives penibles a la satisfaction de tons pendant vingl- 
huit ans, et mourut a Rouiba en novembre 1873. Nous connaissons de lui : 

I. Questions de medecine (These). Strasbourg, 1838, in-4. II. Details historiques el 
critiques sur un cas d embouchure vaginale du rectum, suivis dune proposition d un nou- 
veau procede operatoire. In Compt. rend, des travaux de la Soc. de medecine d Alger, par 
E. Bertherand. Alger, 1851, in-8. III. Sur la fislule a 1 amis. Paris, 1868, in-8. 

A. I). 

SIGMUND (CARL von). Chevalier d llanor. Celebre syphiligraphe aulrichien, 
ne a Schassburg, dans la Saxe transylvanienne, vers 1811, etait le fils d un 
pasteur protestant. II fit ses etudes a Vienne, fut regu privat-docent en 1845 et 
nomme en 1849 professeur extraordinaire a 1 Universite ; c etait le premier pro- 
fesseur protestant adrnis dans cette derniere. A 7 ingt ans plus tard, en 1869, il 
devint professeur ordinaire, et en 1870 fut anobli et nomme membre de 1 ordre 
de la couronne de fer. En 1881 il prit sa retraite, conformement a la loi autri- 
chienne qui limite les services a 1 age de soixante-dix ans. Mais il continua 
a ecrire comme par le passe et travailla avec la plus grande activite jusqu a sa 



220 ADDENDA. 

mort, arrivee subitemenl Ic l rv fevrier 1883, a Padouc, ou ii se Iron vail aupres 
dc sa fille. 

Sigmund etait chiruryien tie I liopilal general <le Vienne depuis 1840 environ; 
des cette epoque, il fit de grands efforts pour obtenir un service special pour les 
syphilitiques; en 1844, il atteignit son but et fut nomine medecin en chef de 
ce service. II eut a vaincre des obstacles presque insurmontables, a detruire 
des prejuges inveteres, avaitt que ce service se troiivat inslalie dans des condi 
tions convenables de local, d air, de lumiere, de personnel, etc. II y arriva et 
I onda un enseignement qui lui attira des eleves de toutc 1 Europe. La science 
lui est grandement redtvable surtout au point de vue du trailemcnt de la 
syphilis et de [ hygiene des malades qui en etaient atteints. 

Ouverl au progres, ou a ce qu il croyait le progres, Sigmund n hesitait pas a 
fouler au pied ses anciennes erreurs. Defenseur de 1 unite du conlage syphili- 
lique en 1861, il passa en 18f>2 dans le camp des dualistes et resta fidele a 
ses nouvelles opinions jusqu a sa mort. 

Sigmund s cst occupe, en outre, avee sticces, d epidemiologie. En 1843, 1844 
et 1849, il enlreprit des voyages pour visitor les stations sanitaires du Slid et 
les conditions d hygiene des deux Turquics d Europeet d Asie. En 1871 et 1872, 
il visila les etablissernents sanitaires dc 1 Italie, assista on 1875 au Congres inter 
national de Yienne et fit des efforts heroi |ues pour faire adopter son programme 
de mesures prophylactiques contre le cholera. II a public un (res-grand nombre 
tic memoires et d arlicles sur les bains, les stations sanitaires, la therapeutique 
des malailies veneriennes, etc., des rapports hospitallers, etc. Nous ne men- 
tionnerons, panni ses publications, que celles qui sont parues separement : 

I. POLYA (Jos.). Benbachlunrjen uber die Flechte und Hire Verbindungen, nebst eincm 
neu.cn specifisc/ien Millel zu deren Heilung, namtic/t : dem Anthrakukali. Kach der latei- 
nisclien llaitdschrifldes Verfassers iibersetit von Karl Ltnlwig Sigmund. Pest, 1837, in-8. 
II. Das k. k. cltirurginche Operationsinslitut. Darstelluuy dcr Geschichfe, so wie der 
inncren Einrichtung des Institutes und Uebersirht aller da in bisher gebildeten Operateurs, 
der hinsiclitlich deiselben erflossenen Yerordiiungen und der Vor/alle in der chirurgischen 
lilinik der Wiener Hochschule wahrend des Operations-Le/ir-Kurscs 1839-1841. Wien, 
1S41, in-8". III. Fureds Mhieralqucllen und der Plaltensee, fur JEnle und Badegastc 
nach den vorhandenen Ili/fumilteln und eigenen Untersuchunfjen darge&lellt. Pest, 1837, 
in-8. IV. Gleicltenberg, seine Mineralquellen und der Curort, mil Bemerkungen uber 
dcnGebrauchdesversendelen Wasser s. Wien, 1840, in-8; zweite Aufl., iliid ,1846, in-8. 
V. Die Quarantanercform und die Peslfrage. Wien, 1850. VI. Sudlichc klimalische Kur- 
urte mit besonderer Kuckxicht auf Pisa, Nisza und die Riviera, Venedig, Meran und Gries. 
Heobachlunyen und Rutlischlage. Zvveile vermehrte Auflage. Wien, 1857, i/i-8 ; 1859, in-8"; 
di-itte.ganzlichuingearbeiiete und vermehrte Auflage, ibid., 1875, in-8. VII. Uebirsicht der 
liekanntesten zu Bade und Trinkkuranstalten benulzlen Mineralwasser Siebenburgens. 
Sach den neuesten chemischen Ana/ysen und amtlichen Erhebu/igen in den Jahren 1858 
und 1859. Wien, 18liO, in-8". Vlll. Anwehung zur Einrcibungskur mit graucr Salbe bei 
Sypkilisformen. Wien, 1856, in-8"; liini te giiozlich umgearbeittte Auflage, ibid., 1878. 
IX. Die ilalienisclien See-Sanitatsanslalten und allg. Reformantraye fiir dasQuarantanewe- 
sen,1873. X. Das Internationale Saidldlscentralbureau in Wien. \iiDeulsclic Vierteljahrs 
schrift f. off. Gesundheitspfl., 1875. XI. Recept-Formulare aus der Wiener Universitdts- 
Klinikfiir Syphililische. Fiiufte, neuerdings umgearbeiteie und vermehrlf Aufla^e. Wien, 
187C), n 5i. XII. Vorlesungen uber neuere Bchandtungsweinen der Sy/i/rilis. Oritte viel- 
1 ach vermehrle Auflage. Wien und Leipzig, 1883, in-8. XIII. Syp/tilis und venerische 
Geschwursformen. In Pitha und Billrolh s Chirurgie, Bd. I, Htft2, Lietr. 3, p. 204-272. 
XIV. Die Wiener Klinik fur Sy/jhilis. Ein Riickblick auf ihr ^-jaliriges Bestelien. Wien, 
1878, in-8 (extrait de Vierteljahrsschrift f. Dermat.und Syph., 1876 et 1877). 

L. H.\. 

S1MOIV (OscAn). Savant dermatologiste allemand, ne a Berlin le 2 Janvier 



ADDENDA. 221 

1845, mort prematurenaent a Breslau, le 2 mars 1882. II perdit son pere, qui 
e tait libraire dans la capitale, en 1856. Apres avoir soulenu sa these de docteur 
et passe le Staatsexamen, il fit en 1868-1869 son service militaire, puis sur It 1 
conseil de Truube se retidit a Vienne, pour se perfectionner en dermatologic 
sons la direction de Ilebra. En 1870, il dut interrompreses etudes pour piendrc 
part a la campagne contre la France. H fut decore de la croix de ter sur le champ 
de bataille devant Orleans. A son retour, en 1871, il revint a Vieanc suivre les 
lecons de Hebra, et ne rutourna a Berlin qu en 1875. 11 se fit recevoir la prival- 
docent et soutint a cette occasion une dissertation sur la localisation des affec 
tions eutanees. A partir de ce moment, il publia dans les recueils pe riodiques 
une serie de memoires remarqnables sur la pathologic culanee et chercha, tanl 
par ses publications que par son enseignement, a vulgariser en Allemagnc la 
doctrine de son maitre. 

En 1876, Simon ressentit les premiers symptomes de 1 affeclion stomacale 
qui dcvait 1 enlever. Deux anne es apres, il accepla neanmoins la chaire de der- 
matologie et de syphilis luissee vacante a Breslau par la maladie de Kobner. II 
fonda la une cliniqiie speciale a 1 hopital de la Toussaint ainsi qu ime policli- 
nique. Malheureusement il dut abandonner, au bout de pi u d annues, ces insti 
tutions nouvellt S, deja llorissantes. II inourut en tifet le 2 mars 1882 avcc 
tous les signes d une peril onite chronique; a 1 autopsie on trouva 1 estomac tout 
entier, sauf le pylore, atteint de degenerescence canctreuse (E. Arning). 

Nous connaissons de lui : 

I. Die Localisation der Haulkrankheiten hislologisch und klinisch bearbeilet. Berlin, 
1873, in-8. II. Avec E. GEBER. Zur Anatomic des Xant/u.ma palpebrarum. In Arch, fur 
Dermal, u. Syphil., 1872, I pi. 111. Ueber das Molluscum contagion urn. Vorlrag gehaltei/ 
in der physiologischen Gestllschajt zu Breslau am 19 Mai 1876. -- IV. Ueber multiple 
cachectischc Ilantganoran. Vorlrag geh. in der Gcsr.llsch. fur vaterl. Culiur in Breslau 
am W Sept. 1878. V. Ueber 1 rurigo und die Behandlung derselben mil I ilocarpin. 
Vorlrag geh. in der schles. Gesellsch. fur vaterl. Culiur in Breslau am 25 Juli 1879. 
VI. Ueber die Einfiihrung der animalcn Vaccine. Vortrag geh. in der settles. Gesellsch. fur 
vaterl. Cultur in Breslau am 17 October 1879. VII. Ueber Maculae cceiuleae (Tachet 
ombre es, laches bleues). Vortrag mil Krankenvorstellung geh. in der medicin. Section de/ 
schlesisch. Gesellsch. fur valerldnd. Culiur in Breslau am 29 April 1881. VIII. Ueber 
Balonoposlho-Mijhosls (lu au Congres iiUernalioital dr Londres en 1881). L. Us. 



Simon (JoHANN-EDuARo). Celebre pharmacien de Berlin, ne vers 1790, mort 
subitement a Berlin le 1 9 juin 1856. Eleve de Valentin Bose, il se montra digne 
de son maitre. II acheta en 1817 la pharmacie Khiproth de Berlin, qui devinl 
en peu de temps, entre ses mains, Tune des premieres de I Allemagne. Apres 
1 avoir gere e pendant quarante-trois ans, il la laissa, en 1850, a son fils. 

Simon a rendu de grands services a la science, particuliercment a lu chimie 
medicale et a la technique pharmaceutique. Nous citerons de Ini : 

I. Ueber die Bereitung eines chemisch reinen Kreosols. In Pogyendorff s Aunalen, 
Bd. XXXII, 1834. -- II. Ueber das Gel aus Brains- Kohlentheer. Ibid., Bd. XXXV, 1855. 
III. Jervin, eine neue Pflanzenbase. Ibid., Bd. XLI, 1837. IV. Ueber das Sabadillin. Ibid. 
Bd. XLI1I, 1858. V. Einwirkung des Emulsins verscliiedener Samen auf Amygdalin. 
Ibid., id. VI. Ueber Sidphosinapisin des weissen Senfs und Sinapisin aus schwarzem 
Senf. Ibid., id. VII. Ueber Sulp/iosinapisin, Erucin und die Saure des weissen Senfs 
Ibid., Bd. XLIV, 1838. VIII. Ueber das dtherische Oel des Loffelkrauls, schwarzen 
Senfs, etc. Ibid., Bd. L, 1840. IX. Autres articles dans Buchner s Reperlorium. L. llx. 

SIMS (J. -MARIOS). Celebre chirurgien et. gynecologiste americain, ne dans 
le district de Lancaster (Caroline du Sud), le 25 Janvier 1813, mort a New- 



AUUJ&PIUA. 

York, le 13 novembre 1883. II regal sa premiere education au South Carolina 
College et y prit ses degres en 1832, puis etudia la medecine successivement 
a. Charleston et a Philadelphie et obtint le grade de docteur au Jefferson 
Medical College. II commenra 1 exercice de sa profession a Montgomery, dans 
[ Alabama ; c est la qu il fit ses premieres importantes decouvertes en gynecologie, 
(ju il inventa son re trade ur peritoneal et rendit possible Foperalion de la 
iistule vesico-vagiuale, qui faisait avant lui le desespoir des praticiens; comme 
moyen de suture, il substitua le fil d argent au fil de soie. 

II quitta Montgomery pourraison de sanle, dit-on, et alia resider a New-York, 
en 1853; ce deplacemenl satisfaisait en meme temps son ambition et son desir 
^ exploiter un champ d experiences plus vaste. II Fonda a New-York, en 1855, 
le Women s Hospital, et y resta attache une serie d annees en qualite de 
chirurgien en chef. Mais en 1862 il quitta New- York pour raison politique et 
vint a Londres, ou il pratiqua jusqu en 1868. II relourna eusuite a New-York, 
puis entreprit un nouveau voyage en Europe en 1870. II se trouvait a Paris 
lorsqueeclata la guerre frauco-prussienne ; il organisa et dirigea la 1 ambulance 
anglo-americaine. En 1871, il serendil de nouveau a New- York, ou il avail ete 
remplace comme chirurgien en chef de 1 Hopilal des femmes par Th. Addis 
Emmet. Des lors Sims parlagea ses fonclions avec Emmet el s adjoignil encore 
T.-G. Thomas el E.-Il. Peaslee; par les efforts de ces chirurgiens d elile, cet 
etablissemenl ne larda pas a acquerir une reputation universelle; la gynecologie 
operaloire trop conservative jusqu alors prit un nouvel el brillant essor. 
L ouvrage de Simssur la Chiruryie uterine, publie en 1866, et aussitot traduit 
cu I raiK iiis et en allemand, avail marque le debut de cette ere nouvelle. 

D aucuns disent que le mouvement imprime par Sims a la gynecologie a 
dJpasse le but. C est a 1 avenir de prononcer sur ce point. 

En 187 i, Sims se retira de I iiopital des femmes, mais conserva sa clientele 
prive e. En 1875, il fut nomme president de 1 Association medicate americaine 
el lul a cette occasion une adresse remarquable sur laprophylaxie de la syphilis 
et la prostitution. II a ete 1 un des fondateurs de la Socie te americaine de 
(jyne cologie, qu il presida en 1880. 

Une pleuro-pneumonie grave, qu il contracta pendanl 1 hiver de 1880 a 1881, 
le forca a renoncer a la plupart de ses occupations. II fit un sejour prolonge en 
Europe eL revint a peu pres gueri a New-York. Pendant les deux dernieres 
mnees de sa vie, il fit plusieurs voyages, passant 1 hiver en partie a Rome, en 
parlie a Paris. II elail de nouveau sur le point de quitter New-York pour etablir 
ses quartiers d hiver en Europe, lorsqu il mourut subitement. A 1 autopsie, on 
trouva le coeur gros et les arteres coronaires atheromateuses. 

Sims etait en possession d un grand nombre de dislinctious honorifiques. 
Comme chirurgien, il etait habile, elegant et brillant. II a ete partisan decide 
de la fecoiidation artificielle; il cut meme a ce sujet un proces a Paris, sur 
lequel on trouvera lous les details dans le Progres medical, 15 septembre 1880, 
p. 740. 

Outre divers memoires sur les sutures par le fil d argent, sur le trismus des 
nouveau-nes, 1 emploi du microscope pour decouvrir les causes de la sterilite, 
la septicemie dans ses rapports avec I ovariotomie, la decouverle des anesthe- 
siques, les (ibroides intra-uterins, la chole cystotomie (operalion qu il a ete le 
premier a executer), les plaies de 1 abdomen (a 1 occasion de 1 assassinat du 
president Garlield), etc., nous mentionnerons de lui : 



ADDENDA. 223 

1. Clinical Notes un Uterine Surgery, with Special Reference to the Sterile Condition. 
.New-York, 1866, in-8". Traduetiou franchise. Paris, 1800, in-8. II. The Treatment of 
Epithelioma of the Cervix U/eti. la Anieric. Journ. of Obstetrics, July 1879. III. Treat 
ment of Stenosis of the Cervix Uteri. In Anieric. Gynccol. Transact., t. Ill, 1878. 

Voy. siu MAJIION SIMS une notice de I .-F. MuudtJ, daus Anieric. Journ. of Obstetrics, 1884, 
[. 52. L. H.N. 

SISTA.CH (FRANgois-AivroiiNE-MATHUs). Medecin distingue, ne a Millas 
(Pyrenees-Orientales), le 12 Janvier 1826, etait le fits d un praticien eatime. 
Kn 1845, il entra com me eleve chirurgien a I hopital mililaire d instruction de 
Strasbourg et servit dans 1 armee jusqu en 1872. A ce moment, il sollicita sa 
retraite et alia se fixer a Bone, au milieu d une population qui, durant un 
premier sejour de Sislach, comme chef de I hopital militaire, avail pu apprecier 
I homme el le savant. En 1874, il fut elu successivemenl conseiller municipal et 
second adjoint au maire, delegue a [ instruction publique. 

Au cuurant de ses vingt-sept aunties de services militaires, de ses campa- 
gnes (Rabylie et France, 1870-1871), de ses labeurs professionnels, Sistach a 
beaucoup lait pour la science et la lilteruture meMieales. L lnslitut a couronne 
un de ses memoires et la Sociele de chirurgie 1 nvait admis au nombre de ses 
correspondants. Independamment de nombreux articles fouruis a la Gazette 
medicate de farts et a divers journauv, il a redige plusieurs moiiographii .s et 
public Ics oeuvrcs posthumes de { eminent me decin en chef dc Constantiae, 
Vital, son mailre et son ami (Berlherand). 

Les principaux Iravaux de Sistacb out porte sur les He morrhagies trauma- 
liques, le Diagnostic du cancer des os, { Action de V arsenic dans les fievres 
intermittentes, les Infirmites et les De fauts de taille, la Syphilis vaccinate, 
{ Exostose sous-iingueale, YAne vrysme poplite, la Rupture du ligament rotu- 
lien, Jes Plaies d urines a feu, etc. II avail ele pendant la guerre de 1870-1871 
attache a 1 ambulance de la Legion d honneur a Saint-Denis. 11 etait chevalier 
de la Legion d honneur. Sistach est mort a 1 aris en 1881, des suites d une 
cystite chronique. L. Il.\. 

SKODA (JOSEPH). Medeciu aulrichien eminent, ne a Pilsen, en Boheme, 
le 10 decembre 1805, mort a Vienne, le 13 juin 1881. A 1 age de vingt ans, 
Skoda se rendit a Vienne pour y etudier la medecine; puis, regu docteur 
en 1851, il fut nomine medecin d un districl de la Boheme, durant 1 epidemie 
de cholera (cholerabezirgsarzt) ; appele en 1855 a I liopital general de Vienne 
avec le titre de second medecin, il apprit sous Heine el Gutbrod le maniement 
Ju stethoscope, et, sous la direction de Rokitansky et de Kollestschka, se livra 
a 1 etude de I analomie pathologique. Des cette epoque, il s efforca d appliquer 
les melhodes de percussion el d auscullation au diagnostic des lesions auatomo- 
palbologiques; en 1855, il commenca des lecons pratiques au lit du malade, et, 
grace au succes de son enseignement et de la medication ralionnelle qu il avail 
institute, oblint, en 1840, la direction de la division qui venait d etre creee a 
1 Hopital general pour le Iraitement des affections thoraciques. L annee suivante, 
il fut nomine medecin en chef de I hopital, et en 1846 fut charge de la chaire 
de clinique medicale. Enfin, en 1848, 1 Academie des sciences de Vienne le 
recut dans sou sein. Une maladie grave du cceur le forga a renoucer a 1 ensei- 
gnement en 1870. 

Les merites de Skoda, au point de VUG des progres de la percussion et de 



224 ADDENDA. 

1 auscultalion, sont unammement reconnus et apprecies. Son Traite tie percus 
sion et d" auscultation, publie en 1839 (traduction francaise par Aran sur Li 
edition. Paris, 1854), a fail epoqne et se distingue entre tons par la clarti 1 
de 1 exposition et la rigueur du raisonnement. Le principe que Skoda a surtout 
chcrche a fa ire prevaloir, c est que les signes physiques observes dans les 
maladies (celles de la poitrine en particulier) n indiquent rien autre qu un etal 
physique des organes, et ne permeltent d obtenir de conclusion relativement ii 
leur etat morbide qu a la condition de se servir des donnees prealablemenl 
fournies par 1 anatomie pathologique. La semeiotique se trouve aiusi rameneV 
a etre une science exacte, malhematique en qnclque sorte; ceLte tendance, 
malgre le sens droit et 1 excessive prudence, on pourrait meme dire le scepti- 
cisme de 1 illustre medecin de Vienne, I a neanmoins entraiue a commettre un 
certain n ombre d erreurs, deja signalees par Aran d;ms les excellentes notes 
qu il a ajoutees a sa Iraduction du traile de Skoda. Com me cela arrive ge nera- 
lement, les disciples memcs, les plus distingues formes a Fecole du maltre ont 
amplifie ces erreurs. Des efforts de Skoda en vue de Irouver pour tous les sons 
percus a 1 auscultation et a la percussion une interpretation (un substratum] 
purement physique, elait nee une nomenclature assez singuliere, dont il a etc 
fait justice depuis, et qui, meme en Allemagne, a ele rejetee par des savants 
tels que Paul Nierncyer et Paul Gultmanii. L ceuvre de Skoda n en reste pas 
moins comme une des tentatives les plus reellement scientiiiques et les plus 
heureuses de relorme qui aient ete faites, apres Laenncc, dans le domaine du 
la percussion et de 1 auscultation. 

Un mot encore sur le praticien. Doue d un caraclere pessimiste et d unc 
franchise souvent intempestive, Skoda reussissait a eflrayer ses malades bieu 
plus qu a les rassurcr. Aussi sa clientele etait-elle loin d etre en rapport avec sa 
imputation scientifique. L. UN. 

SHITII (LES DEI X). 

Smith (KOBERT-ANGUS). Celobre chimiste et hygieniste anglais, ne en 1817, 
en Ecosse, fit ses etudes a Glasgow. Apres avoir donne des lecons privees 
pendant quelques annees en Ecosse et en Angleterre, il se rendit a Giessen, 
ou enseignait le grand Liebig. De retoiir en Angleterre, il devint 1 assistant de 
Lyon Playfair qui s occupait alors specialement d hygiene publique. L ensei- 
gnement de ce savant maitre influa d une maniere durable sur la carriere de 
Smilh. Le plus grand nombre des ouvrages de ce dernier sont on effet con- 
sacres a I hygiene et ses premiers memoires sur 1 air et 1 eau dans les villos, 
sur 1 air et la pluie a Manchester, sur les procedes de vidange, sur les desinfec- 
tanls, la ventilation, la composition de Fatmosphere, etc., indiquent deja claire- 
ment cette tendance. 

L induslrie de la fabrication de la soude, si repandue en Angleterre, avail 
donne lieu a de nombreux proces, a cause de Faltaration de Fair a laqueile elle 
donnait lieu. Lors<|ue, en 1863, le Parlement vota F Alkali- Act et Finstitution 
d un General Inspectar of Alkali Works, cette charge fut confiee a Angus 
Smilh, qui acquit par la une influence satisiaisant pleinement a ses desics. 
Chaque annee, il publiait ses Reports under the Alkali Act, qui renfermaienl 
regulierement des observations et des remarques d un interet general. 11 ful 
charge en outre d une serie de rapports sur Faeration des mines et des espaces 
clos, sur la peste bovine, etc., qui iui lirent lous honneur. 



ADDENDA. 225 

En 1869, Smilli puhlia son important ouvrage sur les disinfectants (Disin 
fectants find Disinfection), en 1877, son ouvrage intitule Air and Rain. 
En 1876, il fit paraitre, sous le litre de Chemical and Physical Researches of 
Graham, une edition de luxe renfermant les travaux de cc celebre physicien. 
Get ouvrage ne s est jamais trouve dans le commerce. Enfin, Smith est 1 auteur 
de divers ouvrages tels que : History of the Atomic Theory, Memoir of Dalton, 
History of the Manchester Philosophical Society, etc. 

Pendant de longu.es annees il habita Manchester, mais il quitta cette ville 
peu de temps avant sa mort pour faire un sejour a Golwyn Bay, dans le voisi- 
nage de Llandudno, et mourut la le H mai 1884 (Rerichte der deutsch. Chem. 
Gesellsch., Jahrg. XVII, n 9, 1884). L. HN. 

Smith (JOHN-ALEXANDER). Me decin anglais, ne a Edimbourg en juin 1818, 
recu docteur dans sa ville natale en 1840, fellow de la Societe royale en 1863, 
du College royal des me decins en 1865. Smith s occupa plus d histoire natu- 
relle et d archeologie que de medecine. Pendant plus de trente ans, il fut 1 un 
des membres les plus actifs de la Royal Physical Society et pre sida meme 
pendant trois ans cette compagnie. II collabora aussi activcment aux Proceeding* 
et aux Transactions de la Societe royale. Avant Turner, il ecrivit Observations 
on some Negro Crania from Old Calabar, public dans le Journal of Ana 
tomy (1869). Ce meme recueil renfcrme encore d autros articles de lui. de 
meme que { Edinburgh New Philosophical Journal et d autres recueils scien- 
tifiques. Dans les Transactions of the Society of Antiquaries on trouve de lui 
des memoires sur la decouverte en Eco?se de restes de renne, d elan, de rhino 
ceros, d ours, etc. II a e crit sur le chat sauvagc d Angleterre et sur l ori"ine 
de notre chat domestique. Smith etait en outre membre d un grand nombre 
de societes anglaises et e trangeres. II mourut le 17 aout 1883 a Churchill, 
Morningside. L. HN. 

SOJA. EMI LOI. Le soja ou soya est d origtne chinoise ou japonaise. C est 
une Legumineuse qu on tend a introduire depuis quelque temps dans la culture 
agricole en France et qui presente sur ses congeneres des avantages consideYa- 
bles. L Autriche en a tente 1 importation des 1873 et la culture s en est bientot 
repandue un peu partout. L ltalie et la Baviere en out seme sur divers points 
de leur territoire. 

En Chine et au Japon, il constitue un excellent aliment qu on utilise sous 
diverses formes. Ainsi, les graines scenes peuvent etre mangees a la facon des 
haricots, et, au dire des amateurs, elles n auraient pas les inconvenients de ces 
derniers. On en retire en outre une huile qui sert a la plupart des besoins 
domestiques. On en fait aussi une espece de sauce et meme une sorte de froma^e 
dans ce cas, il porte alors le nom fe te ou-fou; le docteur Picard a perfectionne" 
ce precede et en fabrique un simili-roquefort. 

On a imagine de griller les graines comme on le fait pour le cafe- la 
decoction de soja, ainsi traite, aurait le parfum et les proprie te s des cafe s de 
qualite moyenne. 

Les gousses, les tiges et les feuilles sont utilisees et donne es au be tail et aux 
chevaux. II y aurait par consequent avantage a acclimater le soja en France 
surtout dans le Midi, ou sa culture reussirait tres-bien. FERIS 

DICT. ESC. o e S. XV. 



226 ADDENDA. 

SOPH OB A. Les especes utiles du genre Sophora sont peu nombreuses : 
le S. tomentosa L., qui croit sur les rivages de 1 Inde orientale, de Java, des 
Moluques, etc., et qui a Java porte le nom d [/pas bidji, est un arbre a ra- 
meaux verges, dont les feuilles ont de 15 a 19 fblioles obovales, obtuses, 
chargees en dessous d un epais duvet laineux et grisalre. Ses fleurs, disposers 
en grappes terminates, ont des pedicelles a peu pres egaux en longueur a leui 
calice laineux, et une corolle jaune. Le fruit, qui peut atteindre un demi-pied 
de long, et qui contient 6 ou 8 graines, a ses portions reminiferes se parees les 
unes des autres par des retrecissements de meme longueur. Sa surface est aussi 
couverte d une fine laine blanchatre ou grisatre. C est le S. glabra HASSK. II se 
trouve aussi sur les rivages tropicaux du Nouveau Monde. L ecorce de sesracines 
et ses graines sont ameres et sont employees comme remedes par les medecius 
malais. On assure meme qu elles constituent un remede efficace contre le 
cholera et les vomissements violents; et c est cette espece que Rhumphius, dans 
son Herbarium amboinense, anommee Anticholerica. Les parties usite es ont 
recu le nom, dans la pharmacopee allemande, de Radix et Semen anticholericce. 
Les graines, vantees jadis contre la pneumonic, servent aussi, dit-on, a empoi- 
sonner les cours d eau. 

Le S. Wightii BAR., qui est le S. heptaphylla de Wight (Icon., t. lOi d, 
mais non celui de Linne, et qui croit sur les collines de la Peninsule iiulienne, 
a, dit-on, des proprietes analogues. Ses feuilles n ont que de 11 a 15 folioles, 
ohlongues, acuminees; sa corolle est jaune et sa gousse, longue de 3 a 4 peaces, 
est glabre, veinee, profondement etranglee dans 1 intervulle des semences. 

Le Sophora japonica L., dont on a fait le type d un genre particulier, sous 
le nom de Stiphnolobium, principalement parce que ses fruits sont finalemenl 
charnus, comme de veritables baies, est un bel arbre du Japon et de la Chine. 
dont le bois est utile et dont le tronc atteint de tres-grandes dimensions. On le 
cultive chez nous en plein air, de m4me qu une de ses formes a rameaux 
pleureurs. Ses feuilles ont 11 a 13 folioles, ovales-aigues, glabres, et ses inflo 
rescences sont formees de fleurs peu volumineuses, a corolle d un blanc jau- 
nltre. La pulpe de ses fruits est astringente et sert en teinture et pour la pre 
paration des peaux. Presque toutes les autres parties dc 1 arbre sont considered 
comme laxatives. Son bois sert au traitement des coliques et des diarrhees, el 
cependant on dit que les ouvriers qui le travaillent eprouvent des douleurs in- 
testinales. Ses fleurs sont egalement tinctoriales et donnent une belle couleur 
jaune, jadis reservee aux vetements de 1 empereur du Japon. 

LeS. tinctoria, de 1 Amerique du Nord, est un Baptisia, le B. tinctoria 
R. BR. (voy. cemot). H. Bx. 

BIBLIOGRAPHIE. L., Gen., n. 508. J., Gen., 352. GJEKTN., Fruct., II, 320, t. 149. 
LAMK, Diet., VII, 228; Suppl., V, 153. SPACH, Suites a Buffon, I, 160. MER. et DEL. 
Diet. Mat. me d., VI, 440. DC., Prodr., II, 95. ENDL., Gen., n. 6738. BENTH. e- 
Hoot. F., Gen. plant., I, 555, 1002, n 273. ROSENTH., Synops. plant, diaphor., 1030. 
II. Bs., Hist, des plant.. II, 230, 358, 379, fig. 195, 196. H. B. 

SPER (F.). Chirurgien frangais distingue, ne a Granville le 7 juillet 1775, 
commenga sa carriere dans la medecine navale et prit le grade de docteur a 
Paris en 1810 (Essai sur le service nautique, in-4). II fut nomme second 
chirurgien en chef a Brest en 1814, premier chirurgien en chef a Toulon 
ep 1821, mis a la retraite en 1829. II mourut a Paris le 7 aout 1844. 



ADDENDA. 227 

Sper dirigea avec un rare talent, avant les desastres de 1814, le service 
cbirurgical du grand hopital d Enchuysen, a Anvers; il enseigna aux chirur- 
#iens bollandais, emerveilles de ses succes, les principes de la chirurgir 
francaise, alors la premiere du monde. Sper fut en outre un operateur remar- 
quable. Vidal (de Cassis) le mentionne comme ayant pratique treize fois la 
taille, avec un plein succes, par le precede de J. Sanson. L. H.v. 



(JOHANN). Medecin alieniste du plus grand merite, n ;i 
Tetschen, en Boheme, mort a Carlsbad, en octobre 1882. Apres avoir fait de 
brillantes etudes a Prague, il servit comme interne a laclinique d Oppolzer, puis 
en 1847 devint 1 uu des medecins de I etablissement des alienes de Prague, et 
y tut nomine medecin en second en 1852. II quitta 1 asile en 1855, pour des 
raisons iudependantes de sa volonle, et se re lira dans sa ville nalale pour s \ 
livrer a la pratique privee. 11 est vraiment facheux pour la science que Spiel- 
mann se soil vu oblige d interrompre ainsi une carriere qu il promettait de 
parcourir avec eclat. Son ouvrage sur le diagnostic des maladies mentales 
(Diagnostik der Geisterkrankeiten), paru en 1855 et inspire du veritable esprit 
de 1 Ecole de Prague, a ete pour I Allemagne, avec le traite de Griesinger, lr 
seul ouvrage classique jusqu a 1 apparilion des osuvres plus modcrnes de Krafft- 
Ebing. C esl le seul ouvrage de longue baleine produit par Spielmann, qui, an 
milieu des fatigues d une pratique elendue a la campngne, ne put songer ;i 
continuer ses etudes de predilection. Cependant, en 1864, nous le voyons repa- 
raitre comme membre de la commission d enquete chargee de preparer le- 
bases d une re organisation des asiles d aliends de la Boheme. II fut charge 
d etudier et de rediger les propositions concernant le service inlerieur des asiles 
t s acquilta de sa tacbe avec honneur. I,. UN. 



(ECGENE-PAUL-PIERRE-HYACIATHE). Medecin iiiilitaire distingue, 
ne a Nancy en 1853, recu docteur a Strasbourg en 1856 (tbese Sur la cataracte), 
fut successivement surveillant a 1 Ecole de sante militaire de Strasbourg, puis 
protesseur agrege au Val-de-Grace a Paris, eniin attacbe comme medecin prin 
cipal de l re classe a I hopital du Dey a Alger. C est la qu il mourut prematu- 
rement en septembre 1885, unanimement regrelte par ses collegues de I armde 
et par la nombrcuse clientele qu il s etait creee parmi la population algerienne. 
Spillmann a ete Tun des plus brillants collaborateurs de ce Dictionnaire, 
auquel il a donne des articles tels que FRACTURES, GE.\OI T , etc. On a encore 
de lui : 

I. Etudes stalisU<jues sur les resultats de la cltirurgie conservalrice compares a ceux 
<ks resections et des amputations dans les blessures des os et des articulations, d apres la 
pratique des chii-urgiens francais. anglais et ame ricains, pendant la guerre de Crimte cl 
des Elats-Unis. Paris, 1868, in-8. II. De la resection du genou de cause traumatigue . 
Paris, 1868, in-8 (extr. des Archives genii-ales de mcdecine, juin 1868). HI. Recherche* 
sur la resection de I articulation libio-tarsienne. Paris, 1869, in-S (extr. ibid., fevrier 
1869). IV. Elude sur la prothese de la jambe. Paris, 1869, iii^8 (cxlr. ibid., novembre 
1869). V. Etude analytique et critique sur la resection de la tele du femur. In ftec. d- 
mem. demid. et de cliir. milit., dec. 1869. VI. Taille inediane et litlwtrilie pe rine alc 
In Arch. gdn. de med., mai 1870. VII. Arsenal de la chirurgie contemporaine etc 
t. II. Paris, 1872, in-8 (le t. I, est de Gaujot). L . Hs. 

STAM\lIJS (HERMA.NN-FRIEDRICH). Medecin et zoologiste distinoue, n^ a 
Hambourg, le 15 mars 1808, etudia la medecine a Breslau et fut recu docteur 



J28 ADDENDA. 

le 26 novembre 1851. II exerca ensuite la medecine a Berlin et fut medecin- 
assistant a I hopital Friedrichsladt, puis, en 1837, fut appele a occuper a Rostock 
la chaire de zoologie et d anatomie comparee; il devint en meme temps direc- 
teur de 1 Institut de pliysiologie et d anatomie comparee, membre de la com 
mission medicale, etc., enfin, en 1860, conseiller medical superieur. En 1863, 
il iut atleint d une maladie nerveuse qui le condamna a 1 inaction. 11 mourut 
le 15 Janvier 1883. 

L oeuvre capitale de Stannius, c est le Traite d anatomie comparee qu il 
publia en collaboration avec von Siebold ; il y redigea les Vertebres, von Siebold 
Jes Invertebres (Lehrbuch der vergleichenden Anatomic, Thl. 2, Wirbelthiere, 
Herlin, 1846, in-8). Dans cet ouvrage de meme que dans ses autres opuscules 
ct monograpbies, generalement excellents, Stannius s est montre le digne eleve 
dc Jobann Miiller. Enfin Stannius est connu des medecins grace a VEssai 
qui porte son nom. Citons encore de Stannius : 

I. Dissert, tnaug. tie speciebus nonnullis generis Mycetophila vel novis vel minus 
rognitis. Vratislaviae, 1831. II. Allgemeine Pathologic, Bd. I. Berlin, 1837, in-8". 

III. Ueber krankhafle Yerschliesmng grosserer Venenstamme. Berlin, 1859, in-8". 

IV. Symbolae at! analomiam piscium. Rostochii, 1839. V. Ersler Bericht von dem 
loologisch-physiologisclien Institute der Universitat Rostock. Enthallend Bcitrage zur 
Anatomic des Delpliins. Iloslock, 1840. VI. Ueber den Bau des Delphingehirns. Itostock, 

1845. VII. Bemerkiingf.n uber das Verhaltniss der Ganoiden in den Clupeiden. Rostock, 

)846. VIII. Beitrage zur Kcnntniss der amerikanischen Manali s. Rostock, 1846. 

IX. Das peripherische Nervensyslem der Fiscke, anatomhch und physiologisch untersucht. 
Uostock, 1849. X. Beobachtungen uber Verjungungsvorgange tm thierischen Organismus. 
Kostock, 1*53. XI. Art. FIBBER. In /?. Wagner s llandworterbuch der Physiologic. 
XII. Nombreux articles dans Berliner encyclopadisches Worterbuch der med. Wissenscli. 
ot Schmidt s Encyclopatlie der gcsammten Medicin , ainsi que dans des recueils perio- 
(li([iies de medecine, de physiologie, de zoologie, etc. L. HM. 

sir.Mir.lti- (STEN). Celebre medecin et chimiste suedois, ne le 
25 novembre 1824 dans la paroisse de Kiirnbo, dans le Sodermanland, a la 
Jabrique de produits cbimiques de Gripsbolm, fondee par Berzelius, Gahn et 
Palmstedt, et dont son pere, Joh. And. Stenberg, e"tait alors le directeur. 11 com- 
menoa ses etudes a Upsal en 1 845, devint candidat en pbilosopbie en i 848, docteur 
en 1851. Dans 1 intervalle, il remplit pendant 1 annee scolaire 1848-1849 les 
fonctions de professeur suppleant au lycee de Stockholm et a 1 ecole Klara. II 
commence ses eludes de medecine en 1849 a 1 Institut Garolin a Stockholm, fut 
recu candidat a Upsal en 1852, licencie et docteur en me decine en 1854, 
maitre en chirurgie en 1856. En 1850, il avail pris du service dans la medecine 
militaire; en 1852-1854, il fut medecin adjoint de 1 hopital metropolitan! et 
provincial de Stockholm, puis en 1856 medecin de 1 hopital de la garnison. 

Stenberg fut en 1851 nomme pour un an professeur adjoint de chimie et de 
pharmacie a 1 Institut Carolin et directeur du laboratoire de 1 Institut pharma- 
ceutique. II fut reintegre dans ces fonctions en 1854 et les conserva jusqu en 
septembre 1857 ou il obtint a Upsal la suppleance de la chaire de chimie physio- 
logique et medicale laissee vacante par la mort de Wallqvist. II fut nomme 
professeur ordinaire de 1 Universite en 1858, puis 1 anne e suivantc alia occuper 
la chaire de chimie et de pharmacie laissee vacante a 1 Institut Carolin par le 
depart de Mosander. II conserva ces fonctions jusqu a sa mort; en 1871, il y 
joignit celles d inspecteur de 1 Institut Carolin. Pendant les annees scolaires 
1861-1865, il avail ete en outre inspecteur de 1 Institut pharmaceutique. 

Pour completer ses connaissances, il entreprit en 1855 un voyage en Alia- 



ADDENDA. 

magne et en France et s appliqua parliculierement a la physiologic a Gottmgue 
sous la direction de Wohler. 11 fit de nouveaux voyages en 1860 et en 1874, 
mais ceux-ci de plus courte duree que le precedent; enfin en 1881 il assista 
au Congres international de Paris pour 1 alcoolisme. 

Stenberg raourut des suites d une affection re*nale le 11 juillet 1884 a 
Ekkuden, pres Vaxholm. 11 dtait membre de la Sock te de medccine de Suede 
depuis 1 855 et pre sida celle compagnie pendant 1 annee 1863-1864. II devint 
membre de 1 Acade mie d agriculture en 1870, de 1 Academie des sciences de 
Stockholm en 1875. II etait membre d un grand nombre de society s etrangeres. 
II fit partie, en outre, d un grand nombre de comites medicaux et pharmaceu- 
tiqueseten particulier, de 1871 a 1875, du Comite* sanitaire de Stockholm. En 
1866, il fut cree chevalier de 1 Etoile du Nord ;en 1882, il devint commandeur 
de premiere classe du meme ordre. 

Parmi les travaux Jes plus remarquables de Stenberg, il faut mentionner 
ceux relatifs a la preparation du sucre et de 1 alcool au moyen des lichens, si 
communs en Suede ; pour 1 encourager a continuer ses recherches, l Acad6mie 
des sciences de Stockholm lui accorda, en 1868, le legs Lelterstedt, le gouver- 
nement, une somme de 5000 couronnes, et la Societe generale d agriculture de 
Suede, une mcdaille speciale. Ces travaux ont fait naitre toule une Industrie 
nouvelle, la fabrication d esprit de lichen, non-seulement en Suede, mais encore 
en Norvege, en Finlande et particulicrement en Russie. 

Stenberg a mis au jour un grand nombre de memoires sur la chimie physio- 
logique, qui parurent soit sous forme de discours d intronisation (programmes) 
prononces a 1 occasion de 1 entree en fonctions de nouveaux professeurs a 1 Insti- 
lut Carolin, soit sous forme de monographies speciales. Parmi ces memoires, 
celui qu il lut lorsque Glir. Loven entra en fonclions est parliculierement 
remarquable ; il s occupe des applications de la photographic aux recherches 
microscopiques. Les Comptes rendus de I lnstitut Carolin depuis 1871 sonl 
entierement de sa main. 11 a en outre publie une foule d articles dans YHijgiea, 
le Svensk Lakaresdllskapet Forhandlingar et le Sv. Lak. Nya Handlingar, 
dans la Farmaceutisk Tidskrift et les Memoires de I Academic des sciences 
de Stockholm. Les recueils de chimie technique, francais et allemands ont relate 
ses recherches surl esprit de lichen (voy. Hygiea, t. XLVI, p. 535, 1884). L. HPJ. 

STEWART (ALEXANDER-PATRICK). Medecin anglais de merite, ne a Bolton 
Manse, East Lothian, le 28 aout 1813, mort a Londres le 17 juillet 1885, a 
I age de soixante-dix ans. II commenga ses etudes a I Universite de Glasgow 
en 1826, lit des voyages sur le continent de 1828 a 1850, puis, a son retour, 
s appliqua a la medecine et se lit recevoir docteur a Glasgow en 1858. II remplit 
ensuite les fonctions de house-surgeon a 1 hopital de Glasgow et recueillit la 
les donnees d un memoire sur le typhus et la fievre typhoide, qui parut dans 
YEdinburgh Medical and Surgical Journal en 1840. 11 passa ensuite quelque 
temps a Paris et a Berlin, communiqua ses recherches sur Jes differences entre 
le typhus et la fievre typhoide a la Societe medicate de Paris, puis en 1840 se 
fixa definitivement a Londres. En Janvier 1850, il fut nomme medecin-assistant 
au Middlesex Hospital et y devint medecin en litre eu 1855. En juiu 1866, it 
quitta le service actif et fut elu medecin consultant au meme etablissement. 

En meme temps, il faisait des cours a son hopital, d abord sur la matiere 
medicale, puis sur la medecine. Quoique excellent praticien, il n eut pas tout 



ADDENDA. 

le succes qu il meVilait. II ne connaissait pas la valcur du temps, restait des 
muls eiitieres a tmvailler, mais le lendemain etait incapable de tenir ses 
engagements prolessionnels. 

Outre ses travaux sur les fievres typhiques, on a ile lui : 

I. Sanitary Economics, or on Medical Charities as they arc and as (hey ought to be. 
London, 1840. II. Cholera hi Middlesex Hospital, 1854. In Med. Times and Ga;., 1854. 

L. H. 

STUA1JB (Von). Medecin veterinaire distingue, ne a Stuttgard le 17 jan- 
\ii.-r 1820. 11 fut nomine en 1842 medecin veterinaire de regiment et professeur 
adjoint a 1 tcole veterinaire de sa ville natale, puis en 1852 professeur titulaire. 
Ij] 1858, il devint conseiller medical et rapporteur veterinaire du College 
medical du royaume et enfin se demit de son emploi en 1881. II continue 
neanmoins la pratique de son artjusqu a sa mort arrivee a Stuttgard le 19 sep- 
irmbre 1883. 

Von Straub a publie plusieurs memoiros dans Bering s Repertorium et un 
lurmulaire qui cut plusieurs editions. L. Us. 

STLDLEY (WILLIAM-!!.). Medecin distingue, ne a Bridgeport (Connecticut) 
le 21 leviier 1827. 11 prit ses degres au Trinity College, Hartford, en 1850, 
piiis, en 1852, a Berkeley Divinity School, et tut pendant deux ans pasteur 
protestant. 11 se decida alors pour la medecine qu il etudia a Chicago au Rush 
Medical College, et, en 1860 prit ses degres devant le College des medecins et 
tlos chirurgicns de celte ville. II se fixa a Yorkville et y resta jusqu a sa mort 
,-itrivee le 14 juin 1882. 

Sludley s est particulierement occupe de gynecologie, surtout dans le$ 
dernieres annees de sa vie. 11 a fait plusieurs inventions utiles dans ce domaine, 
(icrfectionne des instruments et publie un grand nombrc d articles et de mono- 
yraphies sur le meme sujet. L. HIN. 



(Stylifer Brod.). Genre de Mollusques-Gasteropodes-Proso- 
hranches, dont les represenlants, tous de petite taille, vivent en parasites dan* 
Irs Oursins et les Etoiles denier. La]coquil!e, hyaline, turbinee, avec les der- 
niers tours de spire prolonges en forme de stylet, presente une ouverture 
presque ovale, a bord tranchant et sinueux. L animal possede un pied rudi- 
mentuire, une trompe retractile tres-longue et de gros tentacules subacumines, 
a la base desquels sont situes des yeux tres-pelits et sessiles. Le manteau est 
rpais, charnu, libre a son bord posterieur ; il forme, sur la face dorsaledu corps, 
une cavite respiratoire dans laquelle se trouve une seule branchie pectinee. 

L espece type, St. astericola Brod., viten parasite dans VEchinaster solaria 
(iray. ED. LEFEVRK. 



(ACIDE) ET SCCCIXATES. Produit de la distillation sechedu 
succin, 1 acide succinique, C 4 H*0 6 , existe normalement dans le sang, 1 urine, 
la rate, etc. On le trouve dans diverses Composees : laitue vireuse, absinthe. 

C est une substance solide, cristallisant en prismes, incolore, inodore, soluble 
dans 1 eau, peu soluble dans 1 alcool ou Tether, fondant a 180 degres; distil- 
lant a 250 degre s. On le prepare par la distillation seche du succin, ou bien en 
faisant fermenter du malate de chaux en solution avec du fromage pourri, ou 



ERRATA. 231 

encore en oxydant 1 acide butyrique. L acide succinique ne differe de 1 acide 
malique que par ua atome de plus d oxygene et de 1 acide tartrique par deux 
atomes. On purifie 1 acide succinique par la dissolution dans 1 alcool. Get acide 
se combinanf aux bases forme des succinates. Les succinates alcalins sont 
solubles, le succinate d ammoniaque esl un reactif des sels ferriques avec 
lesquels il forme un precipite brun rougeatre. 

L acide succinique ou set volatil de succin se donne en poudre aux doses de 
20 centigrammes a 1 gramme. LUTZ. 

SWEETIXG (RICHARD). Medecin anglais, ne aux Bahamas en 1829, com- 
menga ses etudes a 1 Ecole de medecine de Pine-Street a Manchester et a 1 Infir- 
inerie royale de eette ville en 1849. II se distingua des le debut et vint prendre 
le diplome de dooteur a 1 Universite Saint-Andrews en 1854. Apres quoi il 
exerca la medecine pendant huit ans a Nassau, aux iles Bahama. En 1862, il 
revint en Angleterre, s arreta pendant un an dans le Cambridgeshire, puis se 
lixa a Stratford (Essex). II exerca la son art avec le plus grand succes pendant 
(juatorze ans, puis en 1877 se retira de la pratique. II passa 1 hiver 1879-1880 
aux Indes Oceidentales, voulut refaire ce meme voyage en hiver 1880-1882, 
mais mourut en route, sur le steamer Gallia, d uremie, trois jours apres avoir 
quilte Liverpool, le 15 octobre 1881. 

Sweeting e*tait un pralicien accompli et surtout recherche comme medecin 
des enfants. II a publie divers memoires sur la Lepre aux Indes Oceidentales, 
.sur la Scarlatine, sur le Cancer du sein, sur le Te tanos, la Rage, etc. 

L. H. 

MYMPHYSEOTOMIE. Le terme symphyse s appliquant a des articulations 
diverses, nous avons , prefere, pour designer 1 operation destmee a permettre 
1 ecartement des os] du bassin, celui, deja usite, de PUBIOTOMIE. On traitera, a 
ce dernier mot, et de la division des cartilages de la symphyse pubienne et de 
la section d un des os du pubis au voisinage de la symphyse. D. 



ERRATA. 

ST(EBER (VICTOR). Une rectification est necessaire au sujet de cet eminent 
ophthalmologiste dont la science deplore journellement la perte. A 1 article 
OPHTHALMOLOGIE (Histoire), p. 73, ce savant, ne a Strasbourg, a ete" range par 
inadvertance parmi les Allemands. Du reste, on trouvera a 1 article qui lui est 
consacre dans ce Dictionnaire, a son rang alphabetique, tous les details biogra- 
phiques desirables. L. HN. 

STOLZ. L eminent doyen honoraire de la faculte de medecine de Nancy a 
ete, a 1 article OBSTETRIQUE (Histoire}, p. 96, range par inadvertance parmi les 
Allemarids. Nous tenons a reparer ici cette erreur involontaire vis-a-vis d un de 
nos plus illustres savants, qui a precisement quitte son pays natal, devenu 
allemand, pour fuir tout contact avec 1 envahisseur. L. Hi*. 



FIN DE LA LETTRE S. 



T 



T (BAJOHGES EN). T DE LA TETE. 11 a etc decrit dans sa simplicite a 1 article 
BANDAGES ; c est le bandage croise de la tete ; mais quelques remarques supple- 
mentaires ne seront pas sans utilile. 11 peut servir de point d appui ou de 
resistance a d aulres pieces de pansement destineesa maintenir des compresses 
ou un lopique qnelconque sur la partie superieure de la tete. Pour cela, on 
fixe sur le chef horizontal du T une autre bande que Ton conduit par-dessus le 
vertex, jusqu au point correspondant du cote oppose, pour la fixer a son tour, 
et qu on peut ramencr ainsi plusieurs fois d un cote a 1 autre : c est ce quo 
M. Guillemin appelle le T double de la tete. De meme le T de la tele sert a 
maintenir en position Ics pansements appliques sur 1 oreille ou sur la region 
mastoidicnne, et a exercer au moyen de lampons une compression sur cettc 
derniere partie. 

Le T DU NEZ s exe cute de la manierc suivante. On applique transversalement 
sur la levre supe rieure le milieu d une bande que Ton conduit au-dessous des 
oreilles a la partie posterieure du crane, ou on croise les deux chefs pour les ra- 
mener ensuite separement, ct a une certaine distance 1 un de 1 autre, par-dessus 
le sommet de la tete, jusqu en avant, ou on les croise de nouveau vers la base 
du nez. Ces deux chefs sont cousus a la branche horizontale, et c est dans 1 in- 
te rvalle triangulaire qu ils laissent entre eux qu est loge le lobule nasal. 

Le T DE LA BOUCHE ne differe de celui-ci qu en ce que la branche horizontalu 
de la bande esl plus large, et recouvre la levre inferieure avec la levre supe- 
rieure. II va sans dire qu on y a pratique une fente horizontale correspondant ii 
1 ouverture de la bouche. 

Le T DE LA REGION SACRO-COCCYG1ENNE ET PERINEALE CSt deCl it a 1 article BANDAGES. 

Celui de la VERGE, destine au pansement des plaies de cette partie, consiste en 
une bande ou une compresse entourant le membre pour y maintenir le panse 
ment, et fixe e en avant a une ceinture abdominale. D. 

TAAM. Nom arabe d une variete du Sorgho. PL. 

TABAC (Nicotiana C. BAUH. T.). I. Botanique. Genre de plantes di- 
cotyledones, gamopetales-hypogynes, de la famille des Solanace es, dedie a Jean 
Nicot : Nomen habet, dit Tourneforl, a Joanne Nicotio nemausensi, regis chris- 
tianissimi ad regem Lusitania3 oralore, qui semen Nicoliance vulgaris seu prim;u 
a Belga quidem e Florida allalum misit in Gallias. Ce genre, qui a donne son 
nom a un groupe des Nicotiane es, et que bien des auteurs rapportent aujourd hui 
a celui des Cestrees ou Cestrinees, a des fleurs hermaphrodites et regulieres, a 
calice ovoide ou lubuleux-subcampanule, 5-fide, et a corolle infundibuliforme 
ou hypocrale rimorphe, a limbe dioit ou oblique, partage en 5 lobes indupliques, 
puis etales lors de 1 anthese. Les etamines, au nombre de 5, egales ou inegales, 
alternipetales , sont inserees sur le tube, au-dessous du milieu de sa hauteur, 
et sont incluses ou exsertes, avec des filets greles et des antheres ovoides ou 



TABAC (BOTANIQUE). 25", 

oblongues, 2-lobees, a loges paralleles, souvent opposees par le dos. Le gyne- 
cee supere est souvent epaissi a sa base en un disque hypogyne glanduleux, 
continu ou lobe. L ovaire est normalement a 2 loges; plus rarenient il reu- 
lerrae Sou un nornbre plus eleve de caviles; il est surmonte d un style dont lu 
sommet stigmatifere est plus ou moins partage en lobes ou en lames, ordinai- 
rement au nombre de 2. Les placentas sont axiles, situes dans Tangle interne 
des loges et multiovules. Le Iruit est capsulaire, ordinairement a 2 loges, plus 
rarenient a 4; il se parlage a la maturite en autant de valves, ordinairement 
bifides. Les graines, petites et nombreuses, sont rugueuses ou re ticulees a la 
surface, et leur embryon, droit on arque, est entoure* d un albumen charnu; ses 
cotyledons sont ou semi-cylindriques, ou un peu plus larges que la tigelle. Les 
Tabacs sont des heibcs, parfois sulfrutescentes ou ligneuses a la base, glabres 
ou glauques, plus souvent glutineuses et chargees de poils glanduleux. Leurs 
i euilles sans stipules sont alternes, enlieres ou sinue es. Leurs fleurs, souveut 
assez grandes, blanches, roses, rouges, jaunatres ou verdatres, sont disposees 
en cymes groupees, suivant les especes, en grappcs simples ou plus ou moins 
ramUiees, accompagnees ou non de bracte"es. Les plus inferieures pcuvent etre, 
dans cerlaines especes, axillaires et solitaires. On a decrit plus de 50 especes 
dans ce genre, la plupart de I Amerique cliaude et teinpeYee; quelques-unes 
de 1 Australie et des iles de 1 oce an Pacifique; leur nombre peut etre reduit de 
moitie, une tres-grande quantite de formes ou de varietes de 1 espece commune 
ayant ete a tort donnees comme des types speeifiques distincts. Deux surtout 
sont utiles a la medecine : le N. Tabacum et le A , rustica. 

1. Le Tabac ordinaire, ou Grand Tabac, T. male, a larges feiulles, vrai, 
de la Floride, Herbs a Nicot, a tons maux, sacre e, sainte, de Ternabon, a 
la reine, de I ambassadeur, de Sainte-Croix, du Grand Prieur, Panace e 
anlarctique, Petun, Pontiana, Jusquiame du Pe rou, est le Nicotiana Taba 
cum L. Ci est, dans nos pays, une grande herbe anuuelle, atteiguant jusqu a 
2 metres, et dont la lige, peu ramifiee ou meme simple, porte de grandes feuilles 
alternes, a petiole court : les superieures sessiles ou plus ou moins amplexi- 
caules, ovales-oblongues ou obovales, entieres, molles, couvertes de poils vis- 
queux et de petiles glandes sessiles. Les fleurs sont disposees en une grande 
grappe composce de cymes alternes, a divisions inegales, plus ou moins nom 
breuses, plus ou moins etalees, avec des bractees lineaires, ou les inferieures 
represented des feuilles reduites, sessiles et lanceolees. Les fleurs sont assez 
grandes, elegantes, et leur calice persistant a la forme d un sac herbace, ovo ide, 
charge de poils mous, capites, visqueux, superieurement divise en 5 dents trian- 
gulaires et legerement imbriquees. La corolle, d un rose pale ou plus ou moins 
fonce, suivant les varietes cultivees, et partout couverte en dehors de poils 
capites et mous, est 3 ou 4 Ibis plus longue que le calice, avec un tube cylin- 
drique, pale dans les deux tiers inferieures, puis dilate-campanule, et un limbc 
superieurement partage en 5 lobes triangulaires, courlement acumines, etales, 
d abord indupliques dans le bouton. Les elamines sont inegales et ont des filets 
poilus qui se degagent du milieu environ de la hauteur du tube de la corolle 
et se suivent plus bas, unis a ce tube, jusque pres de sa base, le plus souvent 
glabres et rouges dans leur portion supeiieure. Us s attachent par leur sommet 
au-dessous du dos d une anthere ellipsoide, jaune, dont les loges sont libres 
au-dessous de ce point d insertion. L ovaire est ovoide, attenue en cone au 
sommet, et porte 4 sillons longitudinaux peu profonds. Le style, grele, cylin- 



234 TABAC (BOTANIQUK). 

drique, un peu plus court que les antheres legerement exsertes, a une extremite 
stigmatifere elargie et deprimee, verdatre, partagee en lobes peu profonds. L& 
disque hypogyne, representant un epaississement glanduleux, annulaire, de la 
base de 1 ovaire, est de couleur orange e. Le fruit est accompagne du calice plus^ 
ou moins persistant ; il est ovo ide-aigu, a pericarpe papyrace, s ouvrant par le 
sommet en 2 valves, elles-memes partagees superieurement en deux moities. 
Les graines, petites, tres-nombreuses, ovoides-oblongues, ou legerement reni- 
formes, d un brun pale, sont irre"gulierement reticulees, a mailles inegales et 
.sinueuses. L embryon est droit ou tres-legerement arque et a peu pres axile. 
Les dimensions des diverses parties de cette espece sont les suivantes dans les 
individus de nos jardins : feuilles, 40-75 centimetres, sur 25-50 centimetres 
de large; inflorescences, 10-25 centimetres; pedicelles, 1-5 centimetres; calice,. 
2 centimetres; corolle, 5 centimetres de long; diametre du limbe, 2 centi 
metres 1/2; ovaire, 1 centimetre; style, 4 centimetres; fruit, 2 centimetres 1/2 
de long sur 2 centimetres environ de large ; graine, environ 1 millimetre. 

Ou ne sail au juste de quel pays de 1 Amerique tropicale cette plante est 
originaire, quoiqu on lui ait principalement attribue pour patrie le Pe rou, les 
Antilles, le sud des Etats-Unis, le Mexique meridional, etc. Au milieu du 
quinzieme siecle, les Espagnols avaient fait connaltre les proprie tes du tabac a 
turner, et c est en 1560 que les premiers pieds furent apporte s a Lisbonne. 

Nous considererons comme varietes de cette espece plusieurs plantes fort orne- 
mentales qui se cultivent dans certains jardins, et notamment le N. fruticosa L. 
La couleur et les dimensions de la corolle sont tres-variables. Nous avons meme 
vu des individus a fleurs monstrueuses dont la corolle etait plus ou moins 
irreguliere et 1 androcee didyname. C est Jean Nicot qui passa, comme nous 
1 avons vu par la citation ci-dessus de Tournefort, pour avoir introduit le tabac 
chez nous; mais Thevet a declare, en 1617, que dix ans plus tot il avail rap- 
porte d Amerique et seme dans 1 Angoumois des graines du N. Tabacum, et 
il a meme ecrit a ce sujet une phrase qu il est bon de rapporter : Je me 
puis vanter d avoir este le premier en France qui a apporte la graine de cette 
plante et pareillement semee, et iiommee Yherbe angoumoise. Depuis, un 
t/uidam, qui ne fit jamais le voyage, quelque dix ans apres que je fus de 
retour, lui donna son nom. Les choses allaient en France, de ce temps-la, a ce 
qu il parait, a peu pres comme elles vont de nos jours. Aujourd hui on cultive 
le N. Tabacum dans une moitie environ de 1 Europe, en Asie Mineure, en Chine, 
dans les deux Ameriques, etc. , etc. Ces divers pays en produisent aujourd hui 
environ 450 millions de kilogrammes, dont 142 environ pour 1 Europe et 155 
pour 1 Asie. L Australie n en produit encore qu un 1/2 million a peu pres. 

Comme c est la feuille de Tabac qui est le plus souvent employee, il importe 
d en connaitre la structure. Nous 1 avons etudie e et figure e, a la page 344 
(fig. 945) de notre Traite de Botanique medicate phane rogamique, ce qui peut 
nous dispenser d en faire une longue description. C est une feuille molle a tissu 
essentiellement heteromorphe, c est-a-dire que la portion superieure de son 
parenchyme est formee de longs phytocystes, dit en palissade, serres les uiis 
contre les autres, parallelement verticaux, presque sans espaces intercellulaires, 
tandis que les phytocystes de la portion inferieure du limbe sont rameux, 
dissemblables, lachement unis et separes les uns des autres par de larges meats 
irreguliers. II y a des stomates sur les deux epidermes, moins nombreux toute- 
fois a la face superieure. 



TABAC (noTAMQUi;). 25j 

2. Le Nicotiana rustica L., on Petit-Tabac, T. (i feuilles rondes, femelle, 
xaitvage, rustique, du Mexique, Priapee, est une plante annuelle, herbace e, 
li.iutede.50 a 80 centimetres, a tige simple ou peu ramifiee, a feuilles petio 
les, ovales-obtuses, epaisses, molles et d un vert fonce, chargees de poils 
visqueux. Les inflorescences, terminates, peu ramifiees, sont des grappes com- 
jiosees de cymes. Les fleurs ont un calice campanule, couvert de poils glandu- 
Icux et mous, et divise superieurement en 5 dents inegales. La corolle, d un 
jaune pale, un peu verdatre, a un tube assez large, im pen renfle au-dessous de 
la gorge, et un limbc court, perpendiculaire autube, a 5 lobes courts, arrondis 
on emargines, un peu ondules. Les etamines sont un peu inegales, incluses. Le 
>lyle est termine par une tele stigmatifere verte, obtusement bilobee, atteignant 
a peu pres le sommet des antheres. L ovaire est ovoi de, entoure a sa base d un 
court disque glanduleux, de couleur orangee. Le fruit capsulaire rappelle celui 
du N. Tabacum, mais plus petit et plus obtus. Les dimensions des divers organes 
de la plante sont : feuilles, 10-20 centimetres, sur 5-20 centimetres de large; 
calice, 1/5 de centimetre ; corolle, 2 centimetres de long, sur \ centimetre 1/2 de 
large. On croit cette planle americaine, quoiqu on 1 ait jadis considered comme 
originaire de notre continent. On la cultivedans les jardins botaniques ct aussi, 
pour les usages pharmaceutiques, en plein champ. Longtemps on a cru que ses 
leuillcs servaient a preparer le tabac d Orient dit Latakieh ; mais, d apres 
M. T. Dyer, c est avec le N. Tabacum qu on le fabrique, son odeur particulicre 
u etant due qu a une exposition prolonged a la fumee de bois de Pin d Alep. 

On emploie aux memes usages que le JV. Tabacum les N. quadrivalvis 
PURSH et multivalvis LINDL. Le ^V. repanda W. sert, dit-on, a la Havane, a la 
fabrication d excellents cigares. Le N. persica LINDL. fonrnirait le tabac dit de 
Shiraz. Le N. latissima MILL. (^V. macrophylla SPRENG. JV. marylandica 
SCHUBL.), simple varicte probablement, a etc considere comme produisant le 
Tabac de Maryland, Le N. chinensis FISCH. n est probablement pas non plus 
une espece autonome ; il servirait en Chine a fabriquer des tabacs a fumer. On 
cite encore comme employes a titre de medicaments, de la meme facon que le 
A. Tabacum : 

Dans 1 Amei ique du Sud, le JV. pulmonarioides H. B. K. et le N. glutinosa L. , 
type, pour quelques auteurs, des genres Tabacus (M<E.\cn) et Sairanthus 
(G. DON); les N. alata LK, dilatata LK, Langsdorffii WEISM., brasiliemis LK, 
sangj/inea LK et OTT., repanda^. (N. lyrata K.), viscosa LEHM., undulata 
li. et PAY., loxemis H. B. K., andicola II. B. K., paniculata L. (JV. viridi- 
flnra LAG.). 

En Asie, le JV. asiatica SCHCI.T. (JV. scabra LAG.), qui donnerait des tabacs 
a fumer. 

Le JV. glauca GRAB., espece ligneuse, de 1 Amerique tempcree, cultivec dans 
nos jardins, un peu differente des types precedents, est devenu pour Grisebach 
(PL Lorentz., 168) un Nicodendron. Son calice jaune a les dents quinconciales ; 
plus tarct, elles ne se touchent plus. La corolle est jaune, valvaire et plus tard 
indupliquee. Les etamines sont un peu inegales, et il y a sous I ovaire un disque 
orange bien visible. Les proprietes sont les memes que celles des JV. Taba 
cum, etc., mais considerablement attcnuees. H. B.\. 

BIBLIOGRAPHIC. TOURNEF., Inst. Rei herb., 117, t. 41. L., Gen., n. 248. Dra., in 
DC. Prodr., XIII, p. I, 557. MER. et DE L., Diet. Mat. mddic., IV, 605. GCIB., Drog. 
tirnpl., ed. 7, III, 403. BENTH. et HOOK., Gen., II, 906. ROSENTH., Syn. pi. diaphor., 



236 TABAC (CHIMIE). 

451. HAKE, et FLOCK., P/iarmacegr., 421. BEKG et SCHM., Darst. off. Sew., t. 12 c. 
H. Bw, Tr. hot. med. phaner., 1199, flg. 3105-3110. H. BK. 

II. Chimie et falsifications. C est a Vauquelin que nous devons les pre 
miers renseignemenls sur la composition immediate du tabac; ce savant publia, 
en 1809, les resullats qu il obtint en soumettanta 1 analyse le jus du Nicotiana 
laiifolia. Voici la lisle des corps dont il constata la presence : 

1 Une grande quantite de matiere azote e de nature albumineuse; 2 du 
malate de chaux; 3 de 1 acide acelique; 4 du nitrate ct du chlorure de potas 
sium; 5 du chlorhydrate d ammoniaque; 6 une matiere rouge, soluble dans 
1 alcool et dans 1 eau, se boursouflant considerablement au leu et dont il ne 
put determiner la nature; 7 enfin, un principe acre, volatil, incolore, soluble 
dans 1 eau et 1 alcool et qui lui parut differer de tous les principes qu on 
rencontre dans la nature. 

Vauquelin ajoute que c est a ce principe que le tabac prepare doit son carac- 
lere tout a fait special. 

M. Schlcesing, inge nieur des tabacs, professeur a 1 ecole des manufactures de 
1 Etat, a consacre plusieurs anuses a une excel lente etude du tabac qui servira 
de base a cet article. Les feuilles de tabac renlermentde la nicotine, des acides 
malique, cilrique, oxalique, acelique et pectique; de 1 amidon, du sucre et dc 
la cellulose; des principes solubles dans 1 ether et des matieres azotees. 

Parmi ces principes immecliats, la nicotine est incontestablement celui qui 
joue le role predominant; elle exisle dans les feuilles de Nicotiana, a 1 etat de 
sel ; sa proportion augmente avec 1 age de la plante, ainsi que le demontrent 
les resultats suivants obtenus sur des feuilles dc tabac detachees, de quinze en 
quinze jours, de plantes de meme origine : 

Nicotine 

pour 100 
Jo feuilles secb.es. 

25 mai 0,79 

18 juillet 1,21 

6 aoiit 1,95 

27 aotit 2,27 

8 septembre 3,36 

25 septembre 4,52 

La dose de nicotine varie dans les feuilles avec 1 e paisseur de leur paren- 
chyme, les feuilles minces contenant de \ a 3 pour 100 d alcalo ide, tandis qiu- 
les feuilles e paisses en renferment de 9 a 10 pour 100. 

Apres la nicotine, les ele ments du tabac Jes plus imporlants sont les acides 
citrique ct malique ; c est aux sels de potasse de ces acides que le tabac doit 
sa combustibilile, car ils possedent la propriele, lorsqu ils sont soumis a uno 
temperature elevee, telle que celle que de gage Je tabac en brulant, de se gonflcr 
et de donner un cbarbon tres-poreux qui, au contact de 1 air, entrelieut 1 igni- 
tion par sa combustion lente. 

Outre les principes immediats que nous avons enumere s ci-dessus, Je tableau 
renferme des elements mine raux dans la proportion moyenne de 20 pour 10H 
du poids de la plante desseche e. Paimi ces elements, le carbonate de chaux 
occupe le premier rang; le chlorure, le sulfate et le carbonate de potasse 
figurent pour un chiffre de 5 a 55 pour 100 dans le poids total de la cendre. 
Le carbonate de potasse provient de la decomposition, soil des sels organiques, 
soit du nitrate de potasse qu on rencontre en grande quantite dans certains 



TABAG (CIIIMIE). 257 

tabacs et uotamment dans les tabacs d Algerie. Le tabac renferme peu de 
phosphates et de silice. En general, la proportion des matieres minerales aug- 
mcnte de la racine a la tige et aux feuilles. 

FERMENTATION DU TABAC. Nous examinerons maintenant la transformation 
des produits que nous venons d etudier, lorsqu on soumet le tabac aux opera 
tions fort jlongues qu il doit subir lorsqu il est employe par le fumeur et 
surtout quand on le destine a etre prise. 

Les feuilles de tabac destinees au priseur sont d abord grossierement hachees, 
puis mouillees avec 18 pour 100 d eau salee et empilees en tas de 25 a 
30000 kilos, qu on abandonne a eux-memes sous 1 influence dc 1 air. La fer 
mentation se declare et la temperature s eleve considerablement; il en resulte 
une combustion lente qui porte surtout sur les elements solubles, acides citrique, 
malique et nicotine, a tel point que la proportion de cette derniere tombe de 
(5 pour 100 a 2 pour 100; peu a peu, le tabac aoquiert une couleur foncee ; 
un parfum special s y developpe et sa teneur en acide acetique augmente 
notablement. 

Apres cinq a six mois de fermentation, le tabac est broye dans des moulins 
analogues a ceux qui servent pour le cafe, puis on 1 impregne de nouveau d eau 
salee et on 1 entasse dans des cases ou il doit sejourner dix mois encore. La 
matiere, etant tres-tassee, a peu de contact avec 1 air ; une nouvelle fermentation 
se declare, fermentation qui est caracterisee surtout par un degagement d am- 
moniaque aux depens de la matiere azotee; cette ammoniaque sature d abord 
les acides libres, puis elle deplace la nicotine de ses combinaisons et 1 odeur do 
cet alcaloide se fait senlir. Le montant du tabac devient plus intense, il resulte 
d un degagement incessant de carbonate d ammoniaque entrainant avec lui des 
vapeurs de nicotine. 

COMBUSTION DU TABAC. La basse temperature a laquelle s opere la combustion 
realisee par le fumeur et la composition du tabac permettent de se rendrc 
compte des produits de cette combustion, produits qui sont ceux qu on rencontre 
dans le goudron de bois, auxquels viendront s ajouter la nicotine et les matieres 
aromatiques speciales au tabac. 

On y retrouve done des matieres distillees et des matieres brule es; les pre 
mieres sont en grande partie des corps solides et liquides en suspension a 
1 etat vesiculaire, c est-a-dire en globules tres-tenus dans les gaz ordinaires de 
la combustion. 

On e value aux trois quarts de la quantite totale la proportion de nicotine 
brulee, le reste est entraine dans la fumee; on a trouve dans la fumee de 
5 grammes de tabac 0= r ,003 de nicotine. 

Nous citerons comme autres produits rammoniaqne, le carbonate d am 
moniaque, les methylamines, des bases pyridiques et quinoleiques, probable- 
ment de 1 aniline ; de 1 acide cyanhydrique , et des cyanures et isocyanures 
alcooliques; de nombreuses substances non azotees parmi lesquelles sont 
des carbures d hydrogene, de 1 alcool methylique et d autres; des composes 
aldehydiques et acetoniques; des acides organiques parmi lesquels domine 1 a- 
cide acetique. 

La plupart de ces corps etant doues d une action toxique, ou du moins 
energique sur 1 homme, on comprend que la fumee du tabac ne peut pas etre 
sans inconvenient lorsqu on avale cette fumee et lorsqu on fait un usage immo- 
dere du tabac. 



.258 TABAC (CHIHIE). 

Ces produits de distillation, qui constituent un vrai goudron de tabac, sonl 
en faible partie retenus dans les pipes ordinaires, ct presque en totalile dans 
les narghiles. 

La presence de 1 acide cyanhydrique et des cyanures explique les symptome* 
de rempoisonnement (|ui se rapprocheat de ceux qui caracterisent 1 aclion des 
cyanures sur Teconomie, auxquels viennent se joindre peut-etre les caracteres 
de rempoisonnement par 1 oxyde de carbone. 

Outre les produits de distillation, la fumee du tabac contientles gaz ordinain > 
de la combustion, et parmi ceux-ci se trouve a dose notable, souvent forle. 
1 oxyde de carbone qui resulte de 1 absence de rosy-gene en exces dans cette 
combustion lenie. On doit a M. Grehant (Journal de pharmacie et de chimie, 
;5], 1, 227, 1880) des experiences inteiessantes sur ce sujet, et il a constate une 
absorption sensible de ce gaz toxique lorsqu on fume avec rapidite, en avalanl 
la fumee. 

M. Grehant ayant fait bruler 20 grammes de tabac ordinaire dans une pipe, 
a fait passer les produits degages dans un refrigerant pour condenser le goudron, 
puis dans un ballon en caoutchouc foncUonnant comme aspirateur, puis il a 
additionne ce gaz d oxygene pur. 

Chez un chien du poids de 19 kilogrammes, on a pris du sang dans la veinc 
jugulaire, et on a fait respirer a 1 animal Tatmosphere de 1 aspirateur : vingt- 
Irois minutes apres il y eut arret du coeur. Alors que 100 centimetres cubes du 
sang normal absorbaient 19 centimetres cubes d oxygene, 100 centimetres cubes 
du sang preleve" apres la respiration dans le ballon n en absorbaient plus que 
5 centimetres cubes; par suite, 14 centimetres cubes d oxyde de carbone s etaicnt 
lixes sur les globules du sang. 

Chez les chiqueurs et les priseurs, il n y a ni distillation, ni combustion, les 
effcts du tabac sont sensiblement ceux de la nicotine et Ton n observe aucun 
trouble du cote du coeur. MM. Le Bon et Noel out annonce (Comptes rendus dc 
CAcad. des sciences, t. XG, p. 1538) que la fumee du tabac doit ses propriele- 
toxiques a un alcaloide qui accompagne la nicotine et qui a paru identique \\ 
la collidine dont 1 existence a ete signalee deja dans les produits de la distillation 
de plusieurs corps organiques. 

D apres ces auteurs, cet alcaloide tue de petils animaux a la dose de l/20 e de 
goutte ; c est a sa presence que la fumee de certains tabacs, peu riches en nicotine 
et cependant tres-forts, devrait ses proprietes actives. 

La nicotine a ete le sujet d un article special, ou Ton a indique son mode de 
preparation; nous n avons ici a nous occuper que de son dosage dans la planle, 
dosage tres-important, au point de vue du classement des feuilles qui doivent 
entrer dans la preparation de tel ou tel genre de tabac, comme an point de vue 
de 1 essai des produits fabriques. 

L e chantillonnage s opere en prenant au hasard 100 feuilles dans un lot tie 
tabac; on les soumet a une dessiccation partielle a 40 degres, puis on les broir 
grossierement ; 100 grammes du melange ainsi obtenu sont pulve rise s et servent 
a faire 1 essai. Le dosage de la nicotine est realise en epuisant par Tether 
10 grammes de tabac alcalise par 1 ammoniaque dans un appareil de deplace- 
ment a distillation continue. 

L epuisement exige de quatre a six heures; au bout de ce delai, on separe 
1 allonge du ballon qui contient la solution elheree de nicotine et on soumet 
cette derniere a la distillation; Tether entraine le gaz ammoniac et, lorsqu on 



TABAC (CHIMIB). 250 

arrive a un residu de 10 centimetres cubes environ, on s arrete apres s etrc 
assure" toutefois que Tether distille en dernier lieu n est plus alcalin. 

La solution concentree de nicotine est decantee dans une capsule ou Ton 
verse e galement Tether qui sert, a deux reprises, au rincage du ballon, puis on 
abandonne a Tair. Lorsque Tether a completement disparu, on est en presence 
d un residu poisseux ou la nicotine est souillee de resine et de corps gras. 
Le titrage de Talcaloide se fait avec unc solution d acide sulfurique contenant 
5 grammes par litre de SO 5 ; Taddition de cette liqueur est suivie d un malaxage 
prolonge jusqu au moment ou la masse resineuse se separe franchement du 
liquide aqueux; a ce moment, on fait suivre chaque addition d acide d un essai 
au papier de tournesol, sensible en plongeant seulement dans le liquide Tex- 
tre mite d un fil de platine, de facon a ne pas faire de pertes serieuses. A la fin, 
lorsque le volume de liquide est un pen conside rable, on doit faire Tessai au 
tournesol avec un agitateur; Taddition d acide cesse a Tinstant ou, le papier 
toumesol etaiU sec, une coloration rose persiste. En multipliant le poids d acide 
sulfurique introduit (SO 5 ) par 4,05, on a la proportion de nicotine dans les 
10 grammes de tabac soumis a Tessai. 

On a par ce moyen determine la richesse de differents labacs en nicotine et 
quelques autres principes. 

La proportion de nicotine est assez variable et les nombres suivants ne sont 
que des moyeunes : 

Tabac & priser 2 ii 3 pour 100 

Tabac ordinaire. . 2 a 2,5 

Cigares de S centimes 1,3 5 2 

Cigares de la Havane 1,8 a 2,2 

Feuilles diverses l,o a 9 

La richesse des tabacs en acides malique et citrique, evalues a Telat anhydre, 
oscille entre 10 et 14 pour 100;, la proportion d acide oxalique varie entre 
1 et 2 pour 100. 

L acide acetique, qui n existe qu a dose extremement minime dans lesfeuilles 
fraiches, atteintune proportion de 3 pour 100 apres la fermentation. 

On y trouve 4 a 6 pour 100 de corps resineux. 

La richesse en azote est considerable : 4 pour 100 qui repix sente environ 
25 pour 100 de substances azotees. 

FALSIFICATIONS. En France, le tabac doit au monopole gouvernemental d etre 
rarement falsifie; il est, au contraire, Tobjet de falsifications fre quentes dans 
les pays ou la fabrication et la vente du tabac sont libres. 

La fraude la plus ordinaire sur le tabac a priser consiste presque exclusive- 
meiit dans noire pays en une addition d eau, un mouillage qui peut alteindre 
une proportion assez forte ; le mieux sera de dessecher a 110 degres, a Tetuve, 
le tabac suspect, pour comparaison avec du tabac authentique preleve dans un 
paquet pris a. la regie et cachete. 

On a signale quelquefois chez nous, plus souvent dans les pays elrangers, la 
presence dans la poudre de tabac de diverses matieres qui, par leur couleur, 
leur aspect, peuvent etre confondues avec le tubac : la tannee, le marc de cafe, 
la chicoree, la sciure de bois, la brique pilee, des sels divers et meme des 
composes loxiques colores, comme le minium, le chromate de plomb, le sulfure 
d antimoine, Torpiment meme. . 

Le tabac a chiquer a ete rendu plus noir et plus brillant par Tebullition avec 



2*0 TABAC (CHIMIE). 

une solution de suliate de cuivre et de sulfate de fer. On reconnakra cette 
Falsification par 1 incineration du tabac, suivie de 1 analyse des cendres par les 
inoyens chimiques ordinaires. 

Les cigares sont plus rarement falsifies; on a fabrique cependant des cigares 
avec des poudres diverses, enrobees de leuilles de tabac ; avec du varech ou du 
loin entoure de papier buvard trempe dans du jus de tabac; avec des feuilles 
de rhubarbe, de chicoree et d autres analogues. 

Ces fraudes se reconnaissent le plus ordinairement a la simple vue. Si la 
falsification est plus perfectionnee, on tirera un excellent parti de 1 observation 
microscopique, parce que la structure des feuilles de tabac est caracterislique. 
Leur surface porte des cellules a parois ondulees, pourvues de stomates tres- 
nombreuses, surtout a la face inferieure; on y observe aussi, surlout a la face 
superieure, des glandes quelquefois sessiles, mais le plus souvent supportees 
par un poil cloisonne. 

On a pris dans certains pays voisins 1 hiibitude de conserver le tabac, sur 
lout le labac a priser, dans des feuilles de plomb : or le tabac humide oxyde 
frequemment ce plomb qui se recouvre de sels de plomb toxiques, dans lesquels 
on a trouvc de 1 acetate, du cblorure, du carbonate et du sulfate. 

La regie francaise n emploie que Fetain. 

II y a quelques annees, certains etains employes par cette administration 
(taient plombileres ; on les essaie avec soin aujourd bui. 

I armi les pays oil la vente du tabac est monopolisee par le gouvernement, la 
France se trouve en tele pour le revenu fourni a 1 Etat. 

REVENU ANNUEL 

K\ FRANCS 
PAH TKTE. 

Brut. Net. 

France 8,90 7,20 

Autriche 6,82 4,25 

Hongrie 4,10 1,95 

Italie 4,85 3,32 

Dans la Grande Bretagne, I impot et les licences ont rapporte 6 fr ,67 par tete. 

EnAllemagne, la valeurde Jaconsommalionalteignait, en 1872, 441250000ft, 
representanl plus de 100000 tonnes de tabacs. 

En 1872, 1 Etat a achete, tant en tabacs exotiques qu en tabacs indigenes : 
28054035 kilogrammes, representant une valeur de 52768436 francs; les 
depenses se sont elevees a 50458581 francs et le produit de la vente a 
267 380398 francs, ce qui constitue pour la regie un benefice de 21 6 955 559 francs. 
Ce benefice n a fait qu augmenter depuis lors et atteintcertainementaujourd hui 
280 millions de francs. 

Le Havre est le port de France qui recoil le plus de tabacs. Les importations 
se sont elevees (Faure, Le Havre en 1878) : 

kilogrammes. 

De 18581862 4i,020,728 

1863-186 1 / , . . . . 32,496,976 

18681872 51.389,124 

18731877 41,969,310 

Sur ce dernier chiffre/: 29 51 1 665 kilogrammes ont ete fournis par les 
Elats-Unis; 441126 kilogrammes par I Amerique espagnole; 1230959 kilo 
grammes par 1 Algerie et 10785560 kilogrammes par divers. 



TABAC (EMPLOI MEDICAL). 2il 

D apres M. Foville, la consommation annuelle tin tabae est : 

kilogrammes. 

KIJ Belgiquc, pour 100 habitants, de 230 

Uollande 200 

Allemagne ISO 

Autriche 1-4 

Norvcge 102 

Dancmark 100 

Jlongrie t 4 

Rustic 85 

France 81 

II se consomme done, en France, par habitant, 810 grammes de tabac, sur 
lesquels le quart seulement est employe en poudre. Les habitudes ont done 
bien change depuis 1789, epoque ou il en etait consomme, d apres Necker, 
238 grammes, sur lesquels H/12 e en tabac a priser et i/12 e seulement en 
tabac a fumer. RICHE. 

111. Empioi medical. A notre epoque ou Ton erige tant de statues, que 
repondriez-vous a celui qui viendrait vous prier de contribuer a en iaire cle 
ver une a Jean Nicot? Telle 1 ut la question que je posai 1 annee derniere it 
un candidat pour le quatrieme examen. Celui-ci se trouva tres-embarrasse, el 
me demontra qu il n avait evidemment jamais enteudu parler du celebre amb;is- 
sadeur. Pour le mettre sur la voie, je fus oblige de lui demander le nom bota- 
nique du tabac et puis de modifier ainsi ma question : La vulgarisation <lu 
tabac en Europe y a-t-elle fait plus de bien que de mal ou phis de nial que de 
bien ? 

Ainsi pose, le probleme est clair, mais il n est point pour cela facile a 
resoudre. 

Quand nous aurons plus tard, comme hygieniste, a envisager le tabac, nous 
fevons, helas ! la part de ses abus et de ses mefaits. Mais en nous placant au point 
de vue therapeutique et en nous demandant s il est vraiment un grand medica 
ment, nous n hesitons pas a repondreque oui. Trousseau, ce puissant esprit dont 
le scepticisme therapeutique n elait pas le defaut saillant, aurait, en presence 
des autres solanees vireuses, elague assez volontiers le tabac de la matiere nie- 
dicale. La plupart de nos contemporains et Gubler en parliculier pensent 
comrne lui. Nous venons protester energiquement centre cet ostracisme. 

Si, en effet, ilest vrai de dire, avec 1 adage ancien, qu il n est pas de remrdr 
ge nereux qui ne puisse nuire, il faut proclamer, en meme temps, que les 
substances qui exercent a 1 etat physiologique une action energique dans le sein 
de notre organisme, qui imprimcnt une impression puissante sur les fonctions 
normales de nos nerl s, de nos muscles, de notre coeur, de nos poumons, de 
notre tube digestif, de nos secretions, sont dans le cas d etre utilement 
employees pour modifier ces memes fonctions lorsqu elles ont ete perturbe es 
par les maladies. Nous avons repete bien des fois dans nos cours de the rapeu- 
tique que nous ne croyons guere en general aux pretendus medicaments qui 
n ont pas d action physiologique. Mais, lorsqu on trouve dans une substance 
des effets aussi energiques sur le corps vivant que ceux du tabac et de la nico 
tine, nous estimons qu on doit les croire capables de produire des modifications 
therapeutiques de premier ordre. Seulement, si Ton veut s en servir judicieuse- 
ment et sans danger, il faut au prealable connaitre nettement ces effets. 
DICT. ENC. 5* s. XV. 16 



242 TABAC (EMPLOI MEDICAL). 

Or jusqu ici malheureusement 1 emploi du tabac en medecine a ete absolu- 
mcut empirique ou guide par de fausses theories. Aussi, aucune des nombreuses 
applications therapeutiques qu en out faites les medecins du temps passe ne petit 
f-tre accueillie les yeux fermes. Toutes sont a controler soigneusement. Ce qui 
a centuple les difficultes du probleme, c est la vai iabilite extreme de 1 action 
du remede. Suivant la dose, suivant la pe riode du nicotisme, les phenomenes 
observes sont radicalement inverses. L empirisme qui a precede aveuglement a 
du avoir au moins autant de revers que de succes. II comptait sur une action 
stimulante, il frappait de collapsus. II voulait calmer, etil n obtenait qu une sti 
mulation extraordinaire des vaisseaux et des nerfs. 

Ce n est pas tout. Alors que le collegien, a son premier cigare, tombe en 
lipothymie, le vieux loup de mer passe gaillardement son quart sans eteindresa 
pipe. On voit la digitale, bien supportee pendant une semaine, faire eclater au 
Imitieme jour une intolerance subite, tandis qu un emule de Mithridate pour- 
rait presque arriver peut-etre a defier ses ennemis de 1 atteindre par la nicotine. 
Kt, par malheur, beaucoup de nos contemporains sont, par suite de leurs exces, 
dcvenus de petits Mi thri dates a ce point de vue. C est la, il I aut 1 avouer, une 
serieuse pierre d achoppement pour 1 emploi du medicament que nous voulons- 
n liabiliter, ou tout au moins un motif de s elever, en certains cas, par dela les 
duses ordinaires. 

II existc enfin une derniere difficulte pratique, qui est considerable et que les 
Auciens n ont pn mcmes oupconner. C est a la nicotine que le tabac doit toutes 
ses proprietes, nous le demontrerons tout a 1 heure : or la proportion de 1 alca- 
loide contcnu dans les divers tabacs est au dernier point variable. Void en 
cffet, d apres M. Schloesing , la richesse en nicotine des principaux tabacs 
employes en France : Lot 7,96 pour 100; Lot-et-Garonne 7,54; Nord 6,58; 
Ille-et-Vilaine 6,29; Pas-de-Calais 4,94; Alsace 3,21; Virginie 6,85; Ken 
tucky 6,09; Maryland 2,29; Havane 2,00. 

Comment, en presence de tels ecarts, fixer des doses curatives ? Comment ne 
ji s s exposer, soil a 1 impuissance therapeutique, soil a des accidents? C est la 
cc qui explique que des medecins aient pu admiuistrer sans danger des propor 
tions de tabac que d autres ont vues devenir mortelles. Dequel tabac se servait 
done Souville qui, dans le Journal de Vandermonde, parle des effets heureux 
qu il oblint, dans un cas de hernie elranglee, d un lavement ou entraient 
r>0 grammes de cette solanee? 

Des erreurs semblables sont encore communes de nos jours. Ainsi Trousseau 
et Pidoux notamment, avec beaucoup d autres, pensent que les feuilles seches 
de tabac, telles que les livre 1 agriculture, doivent se donner a dose double de 
relies qui sont preparees dans les manufactures. Or la preparation du tabac lui 
fait perdre une bonne partie de la nicotine. Sous 1 influence de la fermentation, 
les matieres albumineuses qu il contient subissent une decomposition dont le 
produit principal est I ammoniaque. Une partie de cette ammoniaque sature les 
acides du tabac et se substitue a la nicotine qui s evapore en determinant une 
odeur caracteristique. Voila pourquoi le tabac des manufactures est beaucoup 
plus odorant que celui qui n a subi aucune preparation, mais cetle odeur ne 
pent se produire sans une deperditiou plus ou moins considerable de 1 alca- 
luide. 

Hatons-nous de dire que toutes ces difficultes, qui viennent a la traverse de 
1 cmploi therapeutique du tabac, peuvent etre facilement levees. En effet, parraj 



TABAC (isjipLor MKDICAL). 243 

les medicaments empruntes au regne- vegetal, les uns renferment deux ou meme 
plusieurs principes actifs dont 1 aclion sur Forganisme vivant est differente; 
d autres, au contraire, ne possedent qu un seul de ces principes ou, s ils en ont 
plusieurs, Faction de ces agents secondaires est aneantie, et comme etouffee par 
celle de 1 agent primordial. L opium, le quinquina, sont letype des medicaments 
de la premiere categorie; le tabac doit sans hesiter etre classe dans la seconde. 
G est pourquoi, si celui-la se tromperait , ainsi que nous 1 avons demontre 
ailleurs, qui remplacerait toujours dans ses prescriptions L opium par la mor 
phine et le quinquina par la quinine, et s il n y a pas dans ces deux alcaloides 
des vertus identiqnes a celles de lew substance mere, il n en est plus de 
meme pour la nicotine qni peut etre utilisee au lieu du tabac. Je sais bien 
qu on a fait sur ce point des objections tirees de la trop grande energie toxique 
de la nicotine. Mais la veratrine, 1 atropine et 1 aconitine, ne sont-elles pas 
employees? II ne s agit que d avoir un pharmacien sur et de bonnes formules 
que nous chercherons a donnerplus loin. On doit exigerdu pharmacien un tabac 
bien litre quant a la nicotine. Gelui-ci est tenu d analyser les feuilles de tabac 
qu il a chez lui. Reste enfin une derniere ressource : Si nous ne pouvons, dans 
telle ou telle circonstance, avoir une confiance absolue dans le tabac officinal, 
nous trouvons dans celui de la regie, grace aux travaux de M. Schloesing, une 
base certaine pour nos prescriptions. 

1. Action physioiogique. Celle de la nicotine a deja ete etudiee (voy. NICOTINE) 
et nous n avons pas a y revenir. Mais est-elle bien identique a celle du tabac ? 
Comme nous n avons pas trouve la preuve de ce fait dans les travaux de nos 
ilevanciers, nous avons prie un eleve distingue de notre Faculte, A. Guinier, 
d entreprendre des recherches pour elucider defmitivement la question. Se re,n- 
dant a nos desirs, Guinier s est livre sur un grand nombre d animaux a une 
experimentation rigoureusc dont nous avons controle les resullats, qui out ete 
consignes dans sa these inaugurate (Quelques recherches sur le tabac ct la nico 
tine, these de Montpellier, 1885). Ce travail important contient les elements du 
parallels qui va suivre entre les effets de la solanee et ccux de son alcaloide. 
Bien entendu que, pour ne pas repeter ce qui a deja ete insere dans ce Diction- 
naire, nous nous contenterons de resumer en deux mots pour cbaque fonction 
1 action de la nicotine. 

ACTION SUR LA RESPIRATION. Nicotine. Accele ration primitive, ralentisse- 
nient consecutif; par de fortes doses, tetanisation des muscles respiratoires. 

Tabac. Dans Loutes les experiences de Guinier , Fanhelation primitive ne 
manque jamais. Resumons en deux mots ses experiences les plus saillantes : 

Exp. XXIII. Injection dans la bouche d un chien d une decoction de 
10 grammes de tabac dans 100 grammes d eau, dont une partie est vomie; en 
trente minutes, augmentation delO respirations par minute, de 12 a 22. 

Exp. XX V. Lavement avec une decoction de 4 grammes de tabac ; en cinq 
minutes, le nombre des respirations arrive de 14 a 40 par minute. 

Exp. XXVI. Lavement avec une decoction de 20 grammes de tabac; les 
inspirations, qui n etaient que de 15 par minute, deviennent en quinze minutes 
si rapides qu il est difficile de les compter. 

Exp. XXXIV. Injection hypodermique d une decoction de tabac tres-con- 
centree ; en dix minutes, le nombre des respirations monte de 15 a 90. 

Ainsi de suite, d ailleurs, dans une douzaine d autres experiences. La teta- 



244 TABAC (EMPLOI MEDICAL). 

nisation des muscles respiratoires sous 1 inlluence d une forte dose de tabac 
estevidente pour V experience XXX, oh Guinier injecte dans la trachee d un chien 
quelques grammes d une decoction de tabac a 20 grammes pour 70 grammes 
d eau. Immediatement, convulsions tetaniformes du diapbragme et des muscles, 
arret de la respiration. 

Quant au ralentissement ultime de la respiration , il ressort non moins 
formellement des experiences qui nous occupent. Ainsi : dans V experience XXV, 
les inspirations, qui etaient de 14 au debut, montent a 40 cinq minutes apres, 
et ne sont plus qu a 12 au bout d une demi-heure. 

Dans \ experience XXV 1 1 au bout d une bcure et demie, le nombre des inspi 
rations par minute tombe de 15 a 12, apres elre passe par 89 et plus. 

ACTION sim LA CIRCULATION. Nicotine. L opinion commune admet une accele 
ration primitive des battements du cceur, ce qui est en opposition avec 1 aug- 
mentation initiate de la tension arterielle qui est aussi generalement admise. 
Guinier a contests les affirmations emises avant lui et il a trouve un ralentisse 
ment initial assez court (experiences XVII, XVIII et XIX) qu il a attribue a une 
influence excitante elective de la nicotine sur le pneumogastrique. La plus 
grande frequence du nombre de battements du coeur est tres-caracterisee en- 
suite. 

Tabac. L abaissement primitif du nombre des pulsations est manifeste dans 
plusieurs des experiences de Guinier : 

Exp. XXXII. Sous 1 influence d une injection hypodermique d une forte 
decoction de tabac; en vingt minutes, le pouls perd 16 pulsations (de 124 il 
tombe 8 108). 

Exp. XXXIII. Sous cclle d une injection un peu moins forte ; en dix minutes, 
le pouls ne tombe plus que de 12 pulsations (de D6 a 84). 

En meme temps, le pouls des deux cbiens est devenu tres-dur. L accelera- 
tion secondaire de la circulation est absolument constante. 

Exp. XXVI. Lavement de 20 grammes de tabac; en trente-cinq minutes, 
le pouls qui etait a 100 s eleve a 160. 

Exp. XXIX. Lavement de 30 grammes de tabac ; au Lout de vingt minutes, 
le pouls passe de 80 a 182 et bientot ne peut plus etre compte. 

Exp. XXXI. La decoction de tabac est injecte e dans la trache e; fe coeur 
cesse de battre en une heure 22 ; mais, au bout d une heure, il y avail deja 200 
pulsations par minute. 

ACTION SCR LA TEMPERATURE. Nicotine. Elevation contestee, puis abaissement 
de la temperature, 1 elevation, quand elle existe, etant en tout ou en parlie due 
a la tetanisation musculaire. 

Tabac. Les experiences dont nous rendons compte n ont guere mis hors dt 
doute que 1 abaissement de la temperature. 

Exp. XXIV. Decoction de 10 grammes de tabac par la boucbe; en trente- 
cinq minutes, abaissement de 0,2. 

Exp. XXVI. Lavement avec 20 grammes; au bout de cinquante minutes, 
abaissement de 0,5. 

Exp. XXVIII. Lavement avec 10 grammes ; en trente minutes, abaissemenl 
de 0",S. 

Exp. XXXIV. Forte injection hypodermique ; en trente minutes, abaisse 
ment dc 1,5. 

ACTION SUR LES SECRETIONS. La salivation est constatee dans la these de 



TABAC (EMPLOI MEDICAL). ?45 

Guinier pour la nicotine (experiences II, HI, XIV). I our le tabac, elle est 
aussi hors de cloute. 

Exp. XXIII. Yingt-cinq minutes apres 1 empoisonnement, le chien have et 
laisse tomber de sa bouche une ecumeabondunte. 

Exp. XXIV. Ge phenomene est deja marque au bout de dix minutes. 

De meme dans Ics experiences XXV, XXX, XXXII. 

Sur les modifications que le tabac fait e prouver aux autres secretions, la 
These n est pas explicite. Elle dit seulement qu il a ete rarement constate des 
phenomenes dediurese. 

ACTION SUR LE TUBE DIGESTIF. Guinier a observe des vomissements chez tous 
les chieus auxquels il a administre le tabac, soit par la bouche, soil en lave 
ment, soit par la methodc hypodermique, frequemment aussi il y a eu des 
evacuations al vines. 

ACTION SUR LE SYSTEME KERVEUX. Action sur la motilite. Nicotine. Vive 
excitation des nerfs moteurs, puis raideur, secousses convulsives cloniques, 
enfin alTaissement, paralysie. 

Tabac. Deux periodes identiques sont evitlentes dans les experiences de 
Guinier : 

a. Excitation primitive. 

Eicp. XXIII. Dose faible de tabac par la bouche ; au bout d nn quart d heure, 
le chien s agite et gemit. 

Exp. XXVI. Lavement, de tabac; an bout de quinze minutes, meme 
agitation. 

Exp. XXX. Injection d une forte dose de tabac dans la trachee; immediate- 
ment convulsions tetaniformes du diaphragmeet des membres. 

Exp. XXXI. Meme injection avec une dose de tabac plus faible ; le chien 
s agite violemment bientot apres. 

Exp. XXXI I. Yingt-cinq minutes apres une injection hypodermique de 
tabac; tremblements speciaux (que Guinier nomme nicoliniques) et qui aug- 
mentent encore apres vingt-cinq autres minutes. 

Exp. \XXIV. Injection plus forte; apres quinze minutes, tremblements 
nicotiniques, raideur des membres, plus tard convulsions cloniques. 

b. Affaissement et paralysie secondaires . Ges phenomenes n ont jamais 
manque, hors le cas de mort a peu pres subite. 

Exp. XXV. Apres trente minutes, abrutissement et somnolence. 

Exp. XXVI. Id. 

Exp. XXIV. Forte injection bypodermique ; apres vingt-cinq minutes, le 
chien est dans un etat tres-marquc d abrutissement; il est couche les membres 
etant en resolution complete ; il est absolument incapable de se tenir sur ses 
jambes. 

ACTION SUR LA SENSIBILITE. Apres Germain See, et malgre le dire contraire 
de Rene (these de Nancy, 1877), Guinier a vu dans ses experiences que les effets, 
soit de la solane e, soit de son alcaloide, etaient peu actifs sur la sensibilite. Les 
grenouilles re pondaient aux excitations tant que la motricite n etait pas absolu 
ment abolie. L action topique anesthesique et analgesique du tabac est beaucoup 
plus marquee. 

ACTION SUR LE SYSTEME MUSCULAIRE. Comme la nicotine, le tabac est sans 
action directe sur les muscles stries, a 1 inverse de ce qui se passe pour la 
veratrine, en parliculier, laquelle stimule d abord et paresie ensuite la fibre 



246 TABAC (EMPLOI MEDICAL). 

musculaire apres la section des nerfs qui s y distribuent. Quant aux effets Ju 
tabac snr les fibres lisses, malgre 1 assertion contraire de Bash et d Oser, tout 
indique qu ils ont egalement lieu par 1 intermediaire des fibres et des ganglions 
nerveux. 

Les lavements de fume e de tabac ont joui d une tres-grande celebrite . 
II etait important de pre ciser par des expediences, ce qui n avait pas etc 
fait, quelle est au juste leur action. Aussi avions-nous engage Guinier a 1 e- 
tudier. 

Les insufflations ont ete faites avec un appareil fort simple. II consistait eu 
un soufflet ordinaire, dont le tuyau d event etait reuni par un tube en caout 
chouc a une canule qui pe"netrait dans 1 anus du chien, tandis que 1 orifice 
d aspiration communiquait par un autre tube en caoutchouc a un recipient ou 
brulait le tabac. Quand on ouvrait le soufflet, on avail la pre caution de corn- 
primer le tube d event, cl quand on le fermait, c etait le tube en caoutchouc de 
1 aspiration que Ton avail soin d obturer. 

Exp. XXXVI. Chien courant : poids 19 kilogrammes. ( J V-~>, puls. 112, 
temp. 58, 6, insp. 15, insufflation dans 1 anus de la fumee de 15 grammes de 
tabac. 9 h ,50, puls. 120, temp. 38,6, insp. 18. 9 h ,40, puls. 120, temp. 38,5, 
insp. 15; pas de phenomenes apparents. 10 h ,20, puls. 116, temp. 38, 8. 10 h ,40, 
puls. 113, temp. 58,5, resp. 15. 

Exp. XXXV II. Chien courant : poids 28 kilogrammes. 9 b ,20, puls. 100, 
temp. 38, 8, insp. 14, insufflation dans 1 anus de la fumee de 20 grammes de 
tabac. 9 b ,45, le chien ne presents absolument aucun phenomene particulier, 
puls. 100, temp. 58,8, insp. 16. 9 h ,57, puls. 90, insp. 14; le chien est 
calme et sommcille. 10 h ,10, puls. 110, temp. 38,7, insp. 13. 10 h ,15, puls. 100. 
10 h ,30, puls. 96, temp. 38,6. 

Exp. XXXVIII. Chien des Pyrenees : 8 h ,50, puls. 72, temp. 39,5, insuf 
flation dans 1 anus de la fumee de 15 grammes de tabac. On n observe aucune 
modification remarquable, ni dans le pouls, ni dans la temperature, ni dans 
les habitudes exterieures de 1 animal. 

Chez un quatrieme chien, meme expe rience avec 10 grammes de tabac et 
memes resultats. 

Comme on le voit, ajoute Guinier, dans ces recherches nous n avons obtenu 
aucun phenomene particulier, ou bien des modifications dans le pouls et la 
temperature tellemenl insignifiantes, qu il esl inutile de les mentionner. La 
chose d ailleurs n a rien qui nous ait surpris; la muqueuse intestinale n est, en 
effet, nullement disposee pour 1 absorption des gaz. D autre part, la quantite de 
gaz que Ton peut introduire dans 1 intestin se trouve fatalement limite e. 
L accolement des parois, la presence des matieres, la contractilite musculaire, 
empechent la fumee de penelrer en grande quantite, ce qui fait qu au bout de 
quelques instants, pour fei avant qu on fasse pene trer la canule, les gaz fmissent 
par s echapper de 1 anus. 

Nous sommes sur que les experiences precedentes ont ete bien faites ; d autre 
part, la renommee des lavements de tabac a ete telle qu on ne peut la nier 
formellement sans un supplement d instruction. Peut-etre que la quantite de 
fumee introduite par Guinier dans le rectum de ses chiens a ete insuffisante, 
si on la compare a celle qu y faisait insuffler Pia. Remarquons d ailleurs que, 
chez les noyes sur tout, la resistance des parois du tube intestinal a 1 entree 
de la fumee dont vient de parler Guinier n existe pas. Nous verrons meme 



TABAG (EMPLOI MEDICAL). 247 

Foderc affirmer que chez eux la fumee entre et demeure en grande proportion 
(ce qui a d ailleurs alarme Portal), tandis que les lavements de decoction 
s echappent malgre les plus grandes precautions. De nouvelles recherches sont 
done ne cessaires sur ce point. 

SUBSTANCES SYNERGIQUES ET AUXILIAIRES (voy. NICOTINE). 

II. Action therapeutique. Nous allons maiotenant passer en revue les diverses 
maladies dans lesquelles le tabac a etc employe et, en tenant compte des 
fails rapportes par les medecins des temps passes, mais surtout des donnees 
physiologiques que nous venons de resumer, chercher a preciser les importantes 
actions Iherapeutiques du tabac. 

MALADIES DD SYSTEJIE NERVEUX. Excitation et letanisation, puis paresie et 
paralysie des nerfs moteurs, tel est pour le tabac et la nicotine le bilan de 
1 experimentation. Cctte action puissante, mais dangereuse, peut-elle ctre utilises 
dans les e tats pathologiques? 

Paralysie. Dans le livrc de Zvinger, public en 1696, il est deja parle de 
paralysies gueries par 1 action du tabac. Cette opinion a trouve d autres adhe 
rents, mais aucun ne 1 a defendue avec plus de conviction que Fisber (Jour it. 
d Hufeland, 1838). Fisber relate en effet des observations inte ressantes qui 
demontrent les efl ets stimulants du tabac a petite dose et employe avec perse 
verance sur le cerveau, le cervelet et la moelle epiniere. II 1 a vu reussir nou- 
seulement centre la paralysie des membres interieurs, mais encore centre cel c 
du sphincter de la vessie entrainant 1 inconlinence d urine. D autres fails de 
Fisher paraissent prouver 1 efficacite du meme medicament centre les pollutions 
nocturnes. Dans la Gazetta med. Lombarda, 1853, n 41, le docteur Pave^i 
raconte qu il a traite efficacement la paralysie de la vessie par des injections de 
nicotine. II est question, en particulier, d un malade qui, ayant une paralysie 
d origine rhumalismale, presentait une retention d urine et devait etre somle 
plusieurs tbis par jour. Les moyens les plus rationnels et specialement 1 elec- 
Iricite etant resles sans effet, Pavesi se tourna d un autre cote". II vida la vessie 
au moyen de la sonde, puis apres un lavage emollient de cet organe il lit des 
injections de nicotine ainsi formulees : Nicotine, 60 centigrammes; eau distille e, 
360 grammes; mucilage, 30 grammes. Deux injections etaient pratique es 
chaque jour, d abord avec 15 grammes, puis avec 30 grammes de cette solution. 
Au bout de vingt jours, la guerison fut complete. 

On trouve contre la maladie dont nous parlons, dans les livres ancicns, une 
formule qui a joui d un certain renom : c etait une maceration de tabac dans du 
vin de Malvoisie qui, appliquee sur les membres paralyses, passait pour y 
>ramener le mouvement et la sensibilite. 

Nous pensons que Ton doit marcher avec une certaine confiance dans la voie 
ouverte par Zvinger, Fisher et Pavesi. Le tabac peut etre present contre la 
paralysie a cause de son action stimulante primitive, mais il faut, comme 1 a 
fait Fisher, proceder par de faibles doses et les continuer longtemps. En agissant 
par des doses tant soil peu elevees, la solanee produirait des effets radicalement 
inverses. Un juste sentiment de scepticisme oblige cependant a faire observer 
que, sous 1 influence du lemps, certaines paralysies, celles en particulier qui 
succedenl a 1 apoplexie cerebrale, s amendent parfois lentement, etilnefaudrait 
pas prendre, comme cela n arrive que trop souvent, le resultat des effels medi- 
cateurs de la nature pour celui de la medication. Quant a ce qui est de fixer ce 



TABAC (EMPLOI MKDICAL;. 

qu on pent appeler dose faible, dose moyenne on dose forte de tabac et de 
nicotine, nous le ferons plus loin une Ibis pour toutes. 

Telanos. Employer contre le tetanos un tetanisant terrible comme la nico 
tine semble tout d abord aussi absurde qu effrayant : mais notre alcaloide 
n a-t-il pas s;i periode de curarisation on, ainsi que 1 a observe Martin-Damou- 
rettc, on peut jouer a la balle avec le corps absolument inerte dc I ammal en 
collapsus? 

Dans les experiences d Amagat, la nicotine donnee un certain temps avant la 

strycbnine a pu diminuer ou meme annibiler 1 influence de celle-ci. Mais chez 

tin tetauique le problem e ne se pose pas de la meme maniere. Quand on 

veut le trailer par la nicotine, il faut necessairement s attendre a la premiere 

pcriode d excitation et trouver le moyen de la supprimer ou tout au moins de 

la diminuer autant que faire se peut. A notre avis, ce rcsullat ne s obtiendra 

i|iie par des doses fortes d emblee. Aux grands maux les grands remedes, 

aphorisme contre lequel cependant se pose cet autre : An moins, ne pas nuire! 

A defaut d indications precises fouraies paries modernes qui ont laisse cette 

question de cote, nous nous sommes engage a preciser nous-meme ce qui est 

a nos yeux une dose forte de tabac. Pour le moment, la parole est aux fails et 

nmis allons resumcr ici les plus saillants de ceux que nous avons trouves dans 

les auteurs. Au commencement du dix-septieme siecle, Edmond Garlines a 

jiublie un petit in-4 intitule : The Iriali of tobacco, ou il signale deja 1 emploi 

du tabac contre le telauos, mais en passant par-dessus plusieurs re cits plus ou 

moins croyables nous en arrivons a 1 epoque presque contemporaiue. En 1827, 

dans Tile de la Trinite, ou le tetanos est tres-fi equent, Anderson a gueri plusieurs 

fois des sujets alteints de cette maladie par des lavements de tabac, des bains 

de tabac et Implication de i euilles fraiches de tabac sur la gorge et le cou. 

Iians le Jonrn. de me d. d Edimbourg, t. VII, p. 198, Thomas signale centre 

le te tanos les effeis considerables des lavements de fumee de tabac (nous 

rappelons une fois pour toutes a ce propos les doutes que formnle la these de 

Guinier sur 1 efficacite de pareils lavements). Nul cas ne fut plus probant, 

d apres Thomas. (|ue celui d un negre qui avail ete alteint de tetanos a la suite 

de 1 ecrasement d uu doigt. 

Citons encore, parmi les medecins qui ont rapporte des observations inte res- 
santes, a 1 appui de a vertu de notre solanee contre le tetanos, 0. Beirnc, J.Nor- 
com, Jackson, Bauer et Earle. En cette meme annee de 1837, ou a paru le 
travail d Anderson, le docteur Cavenne, qui pratiquait a la Martinique ou le 
tetanos est aussi frequent qu a la Trinile, conclut d une experience competente 
que le tabac est 1 agent de la matieremedicale le plus puissant contre le tetanos. 
De son cote, le docteur Haughton cut recours a la nicotine et rapporta des fails 
de relachement immediat de la contraction musculaire chez des telaniques 
tres-gravement atteints. II est vrai que la dose etait effrayante et fut portee a 
40 gouttes de nicotine (the Dublin quarterly Journal, 1862). Le docteur Tyrrel, 
medecin a I hopital de Jervis-Street, n a pas ose imiter cette audace et a cru 
pouvoir se contenler de lotions externes. Dans un cas ou la nialailie s etait 
declare e a la suite d une plaie contuse au nez et se manifestait sous forme de 
trismus et de contracture des muscles cervicaux et dorsaux, il commence par 
produire avec de 1 eau bouillante un vesicatoire autour de la plaie, puis il 
maintint sur celte plaie des cataplasmes composes de feuilles de tabac preala- 
blement macere es dans 1 eau bouillante. L amelioration fut prompte et fiiialement, 



TABAC (EMPLOI MEDICAL). 249 

nialgre une broncho-pneumonic qui survint, le malade guerit (Socie te chirur- 
(jicale de Dublin, 1864). 

Epileptie. Zacutus Lusitanus, Riviere, Page, out preconise le tabac contre 
cette maladie, mais quel est le remede energique qui n a pas ete vante contre 
elle? A la premiere periode deson action, par la contraction qu il determine sur 
les tuniques des vaisseaux et specialemenl ceux du bulbe, le tabac se rapproche 
du bromnrede potassium. S ensuil-il qu il participe a la vertu de celui-ci contre 
1 epilepsie? Une experience serieuse serait a laire avant de pouvoir se prononcer. 
Nevralyie. L action sedative du labac sur la sensibilile ne ressort pas clai- 
rement des experiences physiologiques, si ce n est a la periode ultimo de la 
nicotiniation. Cependant nous pouyons reunir ici plusieurs etats pathologiques 
oil le tabac a calme la douleur. Dans 1 odontalgie, c est un fait d experience 
vulgaire qne beaucoup de fumeurs se hatent d allumer leur pipe pour cbercher 
a se soulager, tandis que les priseurs reviennent mainles fois convulsivement a 
leur tabaliere. Celle meme tabaliere dans laquelle on aurait ajoute par parties 
egales de la poudre de quinquina aurait ete d un grand secours contre des 
cephalalgies intermittentes (Bull. gen. de therapeutiqne, t. II, p. 427). Des 
collutoires i aits avec la decoction dc tabac, ou un peu de jus de pipe inlroJuit 
dans la cavite de la dent cariee, sont des remedes populaires. Gitons encore : 
1 les habitudes empiriqucs des Indiens qui apprirent aux Espagnols 1 action 
topique sedative du tabac en feuilles ou en decoction centre la ceplialalgie, la 
migraine, les coliques, les nevralgies les douleurs rhumatismales, etc. ; 2 des 
fails du meme genre affirmes par Doerhaave et plusieurs autres grands medecins ; 
5 1 beureux effet des fumigations vaginales contre 1 hystene et diverses 
maladies de la matrice (Antonius Reccbus); 4 Palmer, enfin, preludant a la 
melhode aneslhesique en se servant de l up|)lication prealable de 1 buile de 
(abac sur les membres dont il devait faire I amputation (Grand Dictionnaire de 
James, art. NICOTIANE). 

MALADIES DU TUBE DIGESTIF. Hem, hernie e trangle e. Nous en arrivons ici 
a 1 un des efi ets tbcrapeutiques les plus puissants que la tradition clinique ait 
attribue an tubac, alors meme que cenx-ci ont souvent ete mal inlerpretes. 

Ainsi Trousseau, en pai ticulier, s eleve a tort, seloa nous, contre ceux qui 
ont attribue ati labac 1 effet d accelerer les mouvements peristaltiques de 1 in- 
leslin et d amener par la des evacuations alvines. Ce savant prof esseur, le rap- 
prochant de la belladone, soutient que, lorsqu il reussitdans 1 ileus ou la hernie 
etranglee, c est qu il fait cesser le spasme soil des muscles, soil des anneaux 
libreux qui serrent 1 inteslin; spasme esscntiellement hypothetique. D ailleurs, 
si les effets secondaires du tabac sont lieu le relachement et la paresie muscu- 
laire (non point par aclion directe sur la tibre musculaire, mais par action sur 
lenerf), 1 effet primitif est certainement 1 excitalion et personne ne s est inscrit 
on faux contre 1 experience de Basch et d Oser qui, apres sept a huit secondes 
d une injection de nicotine dans la jugulaire, ont observe une contraction 
letanique de I mtestin. Cette contraction tetanique, qui cbasse de 1 anse intes- 
linale engouee ou etronglee les matieres fecales qu elle contient et qui reduit 
cnergiquement le volume de la tumeur, rend compte a nos yeux des effets si 
;>uissanls reconnus au tabac dans 1 ileus et la bernie etranglee. 

De la tbeorie arrivons-en maintenant aux fails. En voici d abord un qui nous 
est personnel. Nous avions ete appele, il y a une vingtaine d annees de cela," 
aupres d un malade qui avail une bernie inguinale etranglee. Ayant pratique le 



250 TABAC (EMPLOI MEDICAL). 

taxis sans succes, nous demandames sur-le-champ en consultation le regrettable 
professeur Moutet, qui echoua comme nous. L huile de ricin a doses fractionnees 
etail vomie, et un lavement purgatil n avait produit aucun resullal. Retarder 
trop longtemps la kelotomie elaitdangereux. Cependant nous resolumes, pendant 
que les preparatifs de 1 operation se feraient, d essayer un lavement avec une 
decoction de 4 grammes de feuilles de tabac pour 180 grammes d eau. Vingi 
minutes apres, le malade rendit avec le lavement des matieres fecales dures en 
assez grande abondance, et a noire grande satisfaction la bernie fut reduile sans 
difficult. 

Sydenham, Schaffer, dc Ilaen, Heisler, Conradi, et bien d aulres avec eux, 
ont vante les lavements de fumee de tabac contre 1 ile us ou I etranglement 
herniaire. Entre autres cas, Heister rapporte celui d un bomme qui etait atteinl 
d une hernie elranglee depuis trois jours et qui presentait les symplomes les 
plus graves; il fut completemenl retabli par les lavements de nicotiane. Depuis 
cette gucrison, ajoute-t-il, j en ai obtenu plusieurs autres par le meme moyen, 
sans que jamais faie cu besoin de faire nne herniotomie? Heister introduisait 
un tube en cuir dans le rectum des malades, et insufflait dans ce tube par le 
bout libre de la fumee prealablement recueillie dans sa bouche. Lammersdorll 
ct Ilagen perfectionnerenl ce moyen par trop elemenlaire. L appareil le plus 
simple d apres Richter, si Ton ne peut a la campagne s en procurer d autres, 
consiste en deux pipes de terre. On remplit Tune de ces pipes de tabac et, apres 
1 avoir allumec, on en introduit le tuyau, qui doit etre enduit avec de 1 buile, 
dans le rectum. On applique alors la tele de 1 autre pipe sur la premiere, on 
enveloppe les deux tetes avec du papier bien humecte, et Ton souffle par le 
tuyau de la deuxieme pipe. Ricbter crainl cepcndanl que le tuyau de la pipe 
ne casse dans le rectum, ce qui a nos yeux ne serait probablement pas tres- 
grave. L instrument le plus commode t?st evidemmenl celui de Gaubius. C est 
un soufflel de cuisine, donl le luyau esl garni de cuir pour ne pas blesser 
1 inleslin et a 1 ame duquel on a adapte un entonnoir qui regoit la fumee de 
labac. 

Voici en quels termes Dehaen vante les lavements dont nous parlons : Fumun 
tabacci, per anum injectus, et in ileo et in hernia incarcerata summas in arte 
meretur laudes. 

Souville, Pottel, Ilufeland, preferent aux lavemenls de fumee ceux qui sont 
fails avec la decoction. La dose de 50 grammes de tabac employee par Souville 
est, nous 1 avons deja dit, inacceptable, et a moins d employer un tabac essen- 
tiellement pauvre en nicotine nous n acceptons pas meme celle de 15 grammes 
preconise e par Richter et Hufeland. Celui-ci raconte 1 bistoire d une dame qui 
souffrait deja depuis trois jours d un ileus sans que les remedes les plus ener- 
giques 1 eussent soulage e ; il donna un lavement avec une demi-once de tabac. 
Survint une forte syncope, des selles abondantes el la guerison. Par contre 
Abercombrie nous semble avoir ele trop pusillanime. 11 n osait debuler que par 
75 cenligrammes el s exposail ainsi a perdre un temps precieux. Nous pensons 
que chez un adulte vigoureux la dose de 4 grammes fixee par Poll n est pas 
excessive et qu on peut meme y revenir une heure apres, si Ton n en a observe 
aucun effet therapeutique ou toxique. Mall a ajoute a ces lavements deux gouttes 
d huile de Croton tiglium et Pitschaff a associe le labac a la belladone. II 
devient difficile de preciser alors a quel medicament revient le sucees. La dose 
de 4 grammes de tabac sans aivcune association medicamenteuse a reussi contre 



I ABAC (KM PL 01 MEDICAL). 251 

le volvulus clans les mains de Szerlecki de Mulhouse et de Seguin d Allu 
(Bull. gen. de ther., t. XXII, p. 310). Dans les Annales de la chirurgie fran- 
faise et e trangere (n de juillet 1843), Berruyer rapporte trois cas de volvulus 
grave truite s heureusement apres cinq ou six jours, alors que les matieres 
fe cales etaient vomies, par des doses elevees de tabac en lavement. Nous trou- 
vons encore dans le Bulletin de therapeutique (t. XVII, p. 378) une observa 
tion tres-curieuse de Duiheiie, de Quaranie (Herault), qui vit se reduire spon- 
tanement une hernie etranglce, rebelle au taxis et a une medication energique, ?i 
la suite de 1 application d une once d extrait de nicotiane sur la tumeur et d un 
lavement de 8 grammes de ce meme extrait dans une decoction de jusquiame. 
Enfin Richelot resume dans le tome LXX1X du meme journal, p. 273, deux fails 
d etranglement interne observes dans le service d Herard ou le tabac sembla 
utile. Le premier malade prit pendant plusieurs jours des lavements avec 
1 gramme de tabac, mais la solanee fut ici t associee a plusieurs purgatifs admi- 
nistres par en baut et par en bas. Cbez un deuxieme malade, un lavement de 
fumee de tabac reussit apres avoir amene de la prostration et des lipothymies. 
Centre le volvulus et 1 etranglement herniaire, le tabac u a pas sculement etc 
ordonne en lavement. Quatre fois Richtera reussien administrant, cbaque heure, 
une forte cuilleree a bouche d une decoction de 8 grammes de cette substance 
dans 240 grammes d eau. Pfalf et Wallace faisaient fumer la solanee, et ordon- 
naient aux malades d en avaler la fumee. En 1839, une discussion, qui s elevu 
dans la Societe des medecins du Haut-Rhin, fut tres-favorable aux usages 
internes du tabac. Bauer et Mublenbeck y vanterent la teinture de nicotiane 
administre e a la fois par la bouche et en lavement, et ce dernier rapporta deux 
faits recents d etranglement intestinal ou cette pratique lui avait donne un plein 
succes. 

Tout en attachant une grande importance aux faits precedents qui sent ties- 
bien justifies en theorie, nous sommes oblige de faire observer : 1 qu il est bien 
des cas ou 1 anatomie pothologique demontre 1 inutilite de tout remede centre 
1 ileus et 1 occlusion intestinale, et ou I ente rolomie est la seule planche de salut ; 
2 que, dans la hernie dtranglee, toute medication trop lente et qui fait trop 
differer 1 operation expose a des accidents irremediables ; 3 que les lavements 
de tabac, a dose excessive, ont souvent produit d affreux accidents. 

Ainsi Ansiaux (de Liege) cite le cas d une dame qui mourut presque subi- 
tement, apres un clystere compose avec la de coction de deux onces de tabac 
(Jour, de chim. med., Ill, p. 23). 

Ugard a vu aussi un lavement fait avec une once de tabac entrainer en 
{juinze minutes d horribles convulsions et la mort (Jour, des scienc. med., 
t. XLIX, p. 247). 

ISEdinburg med.-surgic., t. XXXVI, p. 227, contient le recit de la mort 
en trois quarts d heures d une femme de \ingl-quatre ans qui, pour une consti 
pation opiniatre, avait pris en lavement une decoction de une once et demie 
de tabac. 

Enfin le docteur Japiot a vu des accidents tetaniques mortels apres vingt-cinq 
minutes dans un cas de hernie etranglee, a la suite d un lavement de 16 gram 
mes de tabac seulement (Bull. gen. de ther., t. XXV, p. 569). 

Constipation. Le tabac, donne a de petites doses, a paru a plusieurs medecins 
etre un bon moyen centre la constipation habituelle. Nous souscrivons volon- 
liers a une telle manierc de voir et, en certains cas, nous le prcfererions a la 



TABAC (EMPLOI MEDICAL). 

belladone, surlout chez les individus qui, par 1 hahitude de cette constipation, 
sont sous le coup d une veritable paresie des fibres musculaires du gros intestin. 

Colique de plomb. Gravel a vanle le tabac contre celte maladie. II I em- 
ployait en applications topiques sur le ventre (Jour, de chirn. medic., t. IV, 
p. 140). L usage interne du remede pourrait aussi elre essaye. Theoriquemenl 
meme le tabac qui relacbe le ventre semblerait plus utile ici que 1 opium qui 
conslipe, mais la presence de 1 element douleur, d ordinaire si intense, plaide 
en faveur de ce dernier, d autant plus que les purgatifs lui sont alors heureu- 
sement associes. 

Dysenlerie. Diemerbroeck (Obs. rne d,, obs., XVI) a connu trois jeunes gens 
robustes qui out gueri de dysenteric dont ils elaienl lourmenles par le tabac, 
lequel produisit cliez eux les eifets d un anodin. Le docteur Obierne (Gas. med. 
de sante, aout 1826) a egalement vante les fomentations de feuilles de tabac 
sur le ventre dans les dysenteries tres-douloureuses. II est vrai qu il employait 
en meme temps les purgatifs et surtout le calomel. 

Enfin, pour terminer ce qui a trait a 1 emploi du tabac dans les maladies du 
Lube digestif, si nous sornmes convaincu que 1 anorexie et la dyspepsie sont le 
lot des grands liimcurs, nous accueillerons volontiers cependant les deux fails 
suivants qui sont consigned dans le numero du 14 mars 1874 de la France 
medicate. 

Dujardin-Beaumetz, cbez une femme hysterique, qui avail dcs vomissements 
rebelles a tout traitemeut, prescrivit de fumer une cigarette apres cbaque repas 
et vit cesser ce symplome qui revenait le jour ou la cigarette etail negligee. 
Meme resultat a ete observe par le docleur Gros pour des vomissements incoer- 
cibk S lie s a la grossesse. C esl la une pratique bien simple, qui probablement 
ccboucra souvent, mais qui peul etre legilimemenl essayee. 

Maladies de Vappareil circulatoire. Ici encore 1 action physiologique du 
(abac tend a demontrer qu il doit avoir sur 1 organisme mala le des effets puis- 
sants que 1 empirisme pcut rendre dangereux et une saine analyse tres-utile. 
CI. Bernard a vu sous 1 influence de la nicotine les vaisseaux de la membrane 
interdigilale de la palte de la grenouille se contracter violcmment el celle-ci 
devcnir presque exsangue. A cetle premiere periode succede la paralysie des 
vaisseaux et la congestion. La therapeutique peut utiliser surtout la periode de 
stimulalion dans laquelle les effels du labac doivenl etre rapproches de ceux de 
la digitale. Les desordres (palpitations, intermitlence du pouls, etc.), observes 
cliez lesfumeurs a outrance, ne sont-ils pas la pourattester la puissante impres 
sion de notre solanee sur le coeur? Toutefois la digitale a fait ses preuves, nous 
nous garderions Lien de vouloir lui subsliluer dans la grande majorile des cas 
le tabac, auquel nous ne reconnaitrons ici que des indications exceptionnelles. 

He morrhagies. Bauer et Szerlecki ont vante, a tort selon nous, le tabac 
contre I hemorrhagie active (Bull. gen. de the r., t. XVIII, p. 24), et Trousseau 
accepte leur maniere de voir. G est, dit-il, d un cote par son effet sedatif sur 
la circulation, de 1 autre par la derivation sur les plexus nerveux gaslriques 
(analogue a celle de 1 ipecacuanha a pelite dose), que le tabac peul elre Ires- 
salutaire dans 1 hemoptysie. Mais, pour oblenir celte aclion sedalive. il faudrail 
agir d emble e par des proporlions considerables du remede qui aneanliraienl 
son excitation primitive, et Bauer et Szerlecki ne Font pas fait. Au contraire, 
Bauer se contentail d adminislrer 1 a 5 goultes de sa teinture de nicotiane 
chaque trois heures. II suffit d ailleurs d etudier les observalions rapporlees par 



TABAC (EMPLOI MEDICAL). - -." 

ccs deux medecins pour affirmer que les hemoptysies traitees par eux n etaienl 
rien moins qu actives. Voyez entre autres celle-ci ou il s agit d un malade dc 
Bauer en proie a une forte liemoptysie et qui, ayant ete traite sans succes par les 
saignees, la digitale, le nitre et 1 elixir de Ilaller, fut gueri par la teinture de 
nicotiane. Nous voudrions bien savoir ce qu etait devenue la suractivite fonc- 
lionnelle primitive apres une abondaiite hemorrhagie pulmonaire, plusieurs 
saignees et des contro-stimulants energiques. C est precise ment parce qu uu 
grand affaissement avail succede a 1 excitation du debut que les contro-stimulants 
etaient nuisibles et qu a 1 insu de Bauer ce fut Faction stimulante du tabac qui 
devint salutaire. Meme objection s adresse a un cas d bemoptysie pretendue 
active relate par Szerlecki. On avail pratique des saignees reiterees et le malade 
avait en outre reudu beaucoup de sang par 1 arbre ae*rien quand le (abac fut 
administre el reussit. 

Voici maintenant une intervention therapeutique beaucoup plus placide, mais 
a mes yeux legitime. Le docteur Sully de Bart (Correze) rapporte, dans le Bull, 
de the r., t. XIX, p. 181, 1 bistoire d un inclividii debile et d une sante delabree 
qui avait fait sans succes tons les remedes possibles contre des epistaxis fre- 
quemment renouvelees et qui redoublaient la faiblesse du malade. Le docteur 
Sully conseilla 1 usage du tabac a priser, et les bemorrbagies nasales cesserenl 
comme par enchantement pour ne plus se reproduire. Cela se passail en 1840, 
epoque a laquelle les medecins avaient plutot dans leur poche une tabatiere 
qu un porte-cigare. 

Hydropisie. L exislence d un remede trop diuretique, n est-ce pas le beau 
ideal pour soigner 1 bydropisie, alors qu on voit de malheureux hydropiques 
arriver a ne rendre pas meme un verre d urine par jour? Or, ce remede trop 
diuretique, ce serait le tabac, d apres Magnenus, medecin du dix-septieme 
siecle. Une decoction de nicoliane agit d une maniere si encrgiijue chez 1 un de 
ses malades qu il fut oblige de la suspendre. D apres Fowler, les hydropisies 
atoniques dues a une faiblesse generale se trouvent a merveille de 1 usage du 
tabac. Sur 52 cas, il aurait obtenu 49 succes. Fowler faisait preparer une tein 
ture avec deux gros de tabac dans quatre onces d eau que Ton faisait bouillir 
pendant une heure. On passait el on a,joutait deux onces d alcool. La dose e tail 
de 40 a 80 gouttes de cette teinture deux fois par jour. L atonie esl certaine- 
menl un e tat morbide favorable a 1 action du tabac, et la pratique de Fowler 
doit etre imitee ; mais pour nous qui savons aujourd hui que les bydropisies sont 
liees d ordinaire a une lesion organique a laquelle le tabac ne pent rien, les 
succes de Fowler paraitront singulierement exageres. 

Dans le Bull, de la Fac. de me d., 1. VI, p. 442, le professeur Fouquier 
atteste, lui aussi, les vertus tres-diuretiques du labac. 11 cite 1 observation d un 
malade qui soignait sa gale par des frictions faites matin et soir avec une 
decoction de tabac et qui eprouva une diurese abondanle. 

Garnett, Augustin, J. R. Schmitt, Bishorpie, ont egalement rapporte des fails 
d ascile ou d bydrotborax oil le tabac a ete utile. 

MALADIES DES ORGANES DE LA RESPIRATION. Nous ferons ailleurs la part de 
1 influence facheuse que 1 babitude de Irop fumer exerce sur les organes pulmo- 
naires; mais, en compensalion, il esl des maladies de ces organes qui trouvent 
dans le tabac un important remede. 

Asphyxie et surtout asplnjxie par submersion. Nous devons commencer 
par reagir contre des injustices et des prejuges, et reabililer 1 usage de notre 



- TABAC (EMPLOI MEDICAL). 

solance pour secourir les asphyxies et surtout les noyes. Cette rehabilitation, 
qui s impose au nom de 1 action physiologique du tabac, est certes due a la 
memoire de Pia. Sans remonter jusqu aux sauvages de I Amerique, qui, au 
temoignage du jesuite Charleroi, injectaient de la fumee de tabac dans 1 intestin 
des noyes au moyen d une vessie d animal munie d une canule (Hist, et descr. 
(/en. de la Nouvelle-France, t. I, p. 126), nous voyons des le dix-septieme 
siecle ces lavements partout recommande-;. Le traitement helve lique, preconise 
par Re aumur, et celui de la Societe d Arasterdam, les mettent en premiere 
ligne. Ettmuller, Heister, de Haen, Gullen, Stoll, Desbois de Rochefort, Mur 
ray, Peyrille, Bruhier, Louis, Isnar, Devillers, Lecat, Gardanne, Tissot, Lafosse, 
Morand, Buchan, Audry, Faguer, Erhman, Pinel, Desgranges, Fodere, y ont une 
confianee absolue. Ou sail que Pia, echevin de Paris, imagina en 1776 des 
Voltes-entrepots pour administrer la fumee de tabac aux noyes, et ne publia pas 
moins de 8 brochures pour les recommander. Ccs appareils fureut places a 
Paris le long de la Seine a des distances convenables, et des gens designe s par 
Pia etaienl charges de porter secours aux submerges. Bon nombre de succes 
avaient fait benir le nom de Pia, lorsque Portal vint 1 attaquer avec une vraie 
passion. Sur un cadavre qui n avait pu etre ramene a la vie par les lavements 
de tabac Portal trouva 1 intestin distendu par la fume e et conclut que celle-ci 
en refoulant le diaphragme vers les poumons avail contribue a 1 asphyxie. Avec 
son autorite, il se servit de ce fait pour battre en breche la medication de Pia. 
Ijrodie et plus tard Orfila et Cliaussierse sont ranges du cote de Portal, sous le 
pre lexte que le tabac est un poison; comme si les grands poisons n etaient pas 
souvent de grands remedcs. II suffisait a Chaussier de prononcer le mot essen- 
liellement faux de narcotico-acre pour faire du tabac un epouvantail. Ces pre 
ventions durcnt encore aujourd hui; et on voit avec etonnement Trousseau se 
ranger du cole de Portal. Alors meme qu une pratique plus que seculaire n au- 
rait pas accumule beaucoup de fails en faveur du traitement de 1 asphyxie par 
le tabac, 1 action physiologique de cette substance affirme son utilite. La stimu- 
lalion tres-vive sur le systeme nerveux et sur la respiration produite par la 
nicotine est bicn de nature a faire reparaitre les mouvements respiratoires qui 
ont cesse, sans compter que les effets emetiques puissants du meme alcalo ide 
[leuvenl debarrasser 1 estomac de 1 eau qu il contient. Un exces de dose devien- 
drait certainement facheux; il est necessaire de proceder avecmethode. Mais, 
dc ce que 1 opium, par exemple, peut lui aussi empoisonner, faut-il le bannir 
de la therapeutique? 

D apres ce que nous avons deja dit, nous choisirions plutot les lavements de 
decoction que ceux de fumee de tabac. Et ici cederait 1 opposition faite par 
Portal et par la ville de Strasbourg qui, dans son Reglement de 1807, proscri- 
vant (article 8) les lavements de fumee de tabac, recommandait ceux ou Ton 
faisait entrer une poignee de tabac et autant de sel. Cependant, malgre nos 
propres preferences, nous ne pouvons taire les arguments contraires de Fodere, 
qui ne sont pas sans valeur. II insiste principalement sur la facilite et la rapidite 
de 1 introduction de la fumee par les appareils appropries. Geux, ajoute-t-il, 
qui ont eu recours aux lavements de decoction, ne peuvent ignorer avec quelle 
peine on parvient a les introduire, et avec quelle promptitude ils s echappent 
comme du corps d un cadavre, quelque adresse qu on ait a placer un tampon. 

Disons, en terminant, que ce n estpas seulement pour son administration dans 
le rectum que la fumee de tabac a ete vantee centre 1 asphyxie. Tissot dans son 



TABAC (EMPLOI MEDICAL). 255 

Avis au peuple, Desgranges, Pia et la Socie le humaine de Londres, prescrivent 
cle presenter de temps en temps la canule de la machine fumigatoire a la 
bouche. II nous parait preferable de ne confier qu au rectum 1 absorption de la 
nicotine et de reserver la bouche pour les insufflations d air. 

Coqueluche. Au milieu des deceptions qui accablent le me decin dans le 
traitement de cette maladie, la belladone est encore le remede qui a conserve 
le plus de credit; Stoll, Hufcland, Himly, Pittschaft et, avant eux, Gernin, 
Mellin, Thilenius, lui out prefers la nicotiane. Yoici la formule de Mellin : 
Kxtrait de nicotiane 1 gramme, poudre de veglisse q. s.; faites des pilules de 
10 centigrammes. 

Pittschaft aime mieux la potion suivante : feuilles de nicotiane 1 gramme ; 
laites infuser dans 1 eau bouillante q. s., pour avoir 180 grammes de liquide ; 
;ijoutez sirop d orgeat, 30 grammes. Cette potion est adrninistree chaque heure 
a la dose d une cuilleree a cafe, ou d une cuilleree a bouche, suivant l age des 
cnfants. 

Etant donne 1 origine parasitaire possible de la coqueluche, on pourrait 
songer a faire fumer du tabac aux malades qui sont dans le cas de se livrer a 
cette pratique. Mais la question dc 1 action antizymasique du tabac sera traitce 
mi peu plus loin. 

Asthme nerveux. Dans une remarquable lecon clinique faitc en 1869, !< 
prufesseur See a deduit les indications de 1 emploi du tabac chez les asthma- 
liques de 1 action physiologique de cet agent : Le tabac, dit-il, exerce une 
influence manifeste sur la fonction respiratoire. A dose moderee, il facilite et 
accelere la respiration; mais a dose elevee, sous son influence, les muscles res- 
piratoires entrent en convulsion tetaniforme, d ou vous devez formuler a vos 
isthmatiques la regie suivante : usez du tabac avec mode ration. Chez celui qui 
fume trop, il se produira une convulsion dti diaphragme et un agrandissement 
;ivec immobilite de la poitrine : vous agissez done dans le meme sens que 1 acces 
d asthme qui se caraclerise par 1 abaissement tetaniforme de la cloison dia- 
phragmatique. 

Pneumonie. Faire du tabac un succe dane du tartre stibie est une de ces 
(xagerations qui n a d excuse que dans 1 epidemie morale de contro-stimulisme 
qui a regne a 1 apogec de la gloire de Rasori, et dont notre grand Laennec et son 
ticole n ontpassuse defendre suftisammeut. Qu importeat ici les succes rappor- 
Ics par Robert Pages et Szerlecki? la pneumonie qui evolue d ordinaire vers 
la guerison a cree la fortune de bien d autres remedes. Mori sceplicisme absolu 
sur ce point rie ferait qu une reserve en faveur du tabac, celle de certaines 
epidemics de pneumonie dont 1 origine parasitaire sera probablement un jour 
demontree. 

MALADIES DES ORGANES GENITO-URINAIRES. Ischurie, retention d urine. Ces 
symptomes si penibles ont cede plusieurs fois a 1 usage interne ou topique du 
tabac. Ainsi, a la fin du dix-huiliemesiecle, Fowler 1 a administre dans la dysu- 
i ie calculeuse. Son action stimulante est de nature a reveiller la contraction des 
ureteres et a activer le passage des calculs, mais au prix de quelles dou- 
leurs ! 

Shaw (Journal me d. de Philadelphie) enduisait des bougies avec du sue de 
tubac et obtenait ainsi la guerison de retrecissements spasmodiques jusque-la 
inlVanchissables. 

Henri Laile a rapporte plusieurs cas de retention d urine traites avec grand 



256 TABAC (EMPLOI MEDICAL). 

succes par des lavements de iurnee on de decoction de tabac oil des supposi- 
toires dans lesquels il incorporait la meme substance (Trans. Med.-Clnr. <k 
Londres, Y, p. 82). 

Bingham a suivi les memes errements avec le meme succes, tandis que 
Weslberg et Bauer administraient la teinture de nicotiano par la bouche (Rev. 
me d., t. XII, p. 336). 

A ces effets du tabac Trousseau oppose avec raison ceux peut-etre plus cer 
tains encore de la belladone et de la stramoine, 

Dans la blennorrhagie eordee, 1 enveloppement de la verge avec des compresses 
impregnees d une forte decoction de tabac a ele plusieurs fois utile. Enfin le 
docteur Lombe Atlbil a public dans le Medical Press and Circular, n du 
21 juin 1872, deux fails d applications topiques heureuses de la nicotiane pour 
des vaginites. 

Le premier cas est cclui d une jeune mariee qui avail une atresie du vagin et 
le second a trail a une jeune fille qui avail aussi une vulve tres-etroite. Les 
injections de tabac reussirent fort bien; mais cbez la jeune fille il survint dps 
phenomenes de nicotisme, sans grave danger d ailleurs, qui furent dus a la reten- 
lion prolongee de 1 injection dans le vagin. 

MALADIES GKNERALES. Gontte. Le dncteur Hinard a fortement recommande 
(Bull, de the r., t. XXIV, p. 288), d apres ce qu il a observe sur lui-meme, les 
fumigations de tabac centre la goutte. Qu il les ait pratiquees au commence 
ment ou a la fin de 1 atlaque de goulte, il a loujours observe un soulagemejit 
absolu des la premiere fumigation. Apres avoir soumis pendanl cinq ou dix 
minules son pied a la fumce de tabac, il 1 enveloppait avec une flanelle impre- 
gnee de cette fumee. On pourrait faire pieceder la fumigation par un bain de 
pied ou Ton aurait prnjete 50 giammes de tabac a priser. Ce qu il y a de plus 
interessant dans les affirmations d Hinard, c est qu il a employe de la meme 
manic-re les autres solanees vireuses sans aucun succes. II esl cependenl neces- 
saire de rappeler ici le danger qu il peut y avoir a faire avorler les attaques do 
goutlc. 

Dans le tome suivaiil (tome XXV du Bull, de the r.), Reveille-Parise confirme 
les assertions d Hinard el ajoute que la pratique reeommandee par ce medecin 
est tres-ancienne et compte de nombreux succes. 

Des i euilles de tabac chauffees dans la cendre ou macerces dans du vinaigre, 
ou eniin du tabac en poudre melange aun emplatre aperitif, sont un puissant 
moyen de soulagement contre toutes les douleurs arliculaires. 

Maladies epidemiques, maladies infectieuses ou contagieuses, maladies 
zymasiques. On trouve dans bon nombre d auteurs cette affirmation que le 
tabac a souvent preserve des influences epidemiques les fumeurs et ceux qui 
vivent dans une atmosphere impregnee de ses emanations. 

Willis en particulier recommande I usage du tabac dans les camps, par la 
raison qu il supplee a la modicite des vivres et qu il rend les soldats moins 
sensibles a la fatigue et aux travaux excessifs. D ailleurs, ajoute-t-il, il est 
capable de prevenir et de guerir cei tames maladies epidemiques qui ravagent 
les armees . 

Diemerbroeck dit : Je recommande I usage du tabac dans la peste, parce qu il 
m en a garanti, el j ai observe que ce fleau n avait pas approche a Londres et a 
Nimcgue des maisons ou Ton vendait du tabac (de Peste ex adversariis, D. Tan- 
crede Robinson) . 



TABAC (EJIPLOI MEDICAL). 257 

D autres medecins celebres ont repete les memes affirmations. II serait trop 
long de rapporter ici tons leurs temoignages. 

Les traditions populaires temoignent dans le meme sens. Les fumeurs qui se 
trouvent au milieu d iufluences infectfeuses ou contagieuses allument avec 
confiance leur pipe, quand ils le peuvent. Les anatomistes n y manquent pas 
dans les salles de dissection. Les chasseurs qu une passion imperieuse entraine 
avant 1 aube au milieu des marais font avant de partir une ample provision de 
tabac qui passe pour un bon preservatif de la fievre intermittente. 

Get ensemble de documents semblait au moins bizarre et faisait sourire les 
savants, mais un pareil scepticisme n est plus possible, depuis que Ton sail que 
la plupart et meme probablement toutes les maladies infectieuses ou conta 
gieuses sontdues a des germes microscopiques, a des ferments que Bechamp a 
appele s microzymas et Pasteur microbes. 

Or la nicotine est un poison violent pour tous les etres vivants, mais surtout 
pour les organismes inferieurs. 

La moindre parcelle de cet alcaloi de detruit les vers intestinaux. Le tabac 
tue les puces, les pouxettoute sorte de vermine, et les grands priseurs de tabac 
en sont rarement incommodes (Diet. univ. de me d. de James). 

La gale et la teigne ne resistent pas a des lotions faites avec la decoction de 
tabac ou a 1 application de certains emplatres qui en contiennent. 

Dorvault a preconise centre la cbute des cheveux, si frequemment due a des 
parasites, une pommade de nicotine. 

La fumee de tabac est hostile aux insectes et specialement aux moustiques 
et aux punaises. En enfermant, pendant 1 ete, les vetements de laine, les mena- 
geres demandent a leur mari ou a leur fils des bouts de cigare a moitie fumes 
qu elles y introduisent soigneusement, ce qui leur epargne le chagrin de trouver, 
quand vient 1 hiver, ccs vetements detruits par les mites. 

Eh bien, contre ces organismes encore plus rudimentaires que Ton nomme 
aujourd hui microzymas ou microbes et qui sont pour les animaux superieurs 
la source de tant de maladies, la nicotine est un violent destructeur. Elle est 
done un moyen prophylactique puissant contre une foule de maladies epide- 
miques et contagieuses. Fermentation et putrefaction sont dues a une cause 
identique, et le professeur Robin a depuis longtemps demontre que la nicotine 
est un excellent antiputride (voy. NICOTINE). 

Voici quelques-unes des maladies zymasiques ou, nous 1 esperons, la nicotine 
est destinee a avoir un role prophylactique plus ou moins etendu : la septicemie, 
la diphtherie, la fievre typhoide et le typhus, la rougeole, la variole, la scarla- 
tine, la fievre paludeenne, le cholera, la fievre jaune, la peste a bubons, etc. 

Remarquez que, chez les fumeurs, la nicotine se depose dans la bouche, sur 
le voile du palais, sur les parois du pharynx, al entree des voies aeriennes, que, 
par la salive, clle va dans 1 oesophage et 1 estomac : elle se trouve done sur le 
chemin des deux principales entrees possibles des microbes dans 1 organisme. 
Chez les priseurs, par 1 ouverture posterieure des fosses nasales, elle arrive 
aussi sur plusieurs des memes organes; et d ailleurs 1 analyse chimique 1 a 
trouvee dans les tissus de ceux qui font un grand usage de la tabatiere. 

Nous savons bien qu il n y a pas la pour les microbes une barriere absolument 

infranchissable, que Ton ne peut toujours fumer ou priser, que les ferments 

ont d autres voies d introduction dans 1 organisme : aussi nous nous gardons 

d affirmer que nous avons enfin contre eux un moyen prophylactique certain ; 

DICT. ENC. 3 e s. XV. 17 



258 TABAG (EMPLOI MEDICAL). 

mais tout indique qu il doit souvent etre utile. Dans les instructions fournies a 
la mission scientifique qu il a fait envoyer en Egypte pour etudier le cholera, 
Pasteur a recommande a scs membres de placer, dans certaines circonstances, 
devant la bouche et le nez, une sorte de masque compose de deux treillis de fer 
separes par du colon. A cette precaution qui nous ramene un peu au moyen 
age nous prefererions un cigare, voire meme une pipe bourree de tabac bien 
allumee. 

Les considerations precedentes nous donnent la clef d un fait jusqu ici bizarre 
et incroyable, quoique etabli par d importants documents : I immunite acquise 
contre la phthisie pulmonaire par les ouvriers qui travaillent dans les manu 
factures de tabac. 

Les Annales d hygiene et de me decine legale (n d octobre 1845) contien- 
nent un tres-interessant rapport du vicomte Simeon, directeur general des tabacs 
de cette epoque. Celui-ci y rend compte d une enquete serieuse qu il a provocaiee 
1 annee precedente sur la sante des ouvriers employes dans les manufactures de 
tabac par les medecins attaches a ces etablissements. Leur temoignage presque 
unanime a constate 1 utilite de la profession contre 1 apparition de la phthisie 
pulmonaire. Plusieurs de ces medecins signalerent seulement une contre-partie : 
chez les ouvriers entres dans les manufactures une fois la tuberculose declaree 
ils avaicnt vu d ordinaire s aggraver les symptom es. 

Une annee auparavant d ailleurs, le docteur Ruef (de Strasbourg) avait deja 
fait une constatation analogue (Bull. gen. de the r., t. XXIII, p. 76). II signa- 
lait les emanations du tabac, impregnant les poumons des ouvriers de la manu 
facture de Strasbourg, comme ayant une influence tres-salutaire contre 1 eclosion 
de la tuberculose pulmonaire. Ge qui etonnait aussi Ruef, c etait que 1 influence 
prophylactique du tabac se montrant tres-considerable chez les ouvriers adonnes 
a ce travail depuis leur premiere jeunesse, tandis que ceux qui s y mettaient 
de*ja tuberculeux n en eprouvaient aucun avantage et voyaient, au contraire, 
leur etat s aggraver. 

Les observations qui ont etc rapportees par Ruef et le vicomte Simeon, et qui 
ont ete depuis lors confirmees par d autres, sont aujourd hui tres-faciles 
interpreter. 

La phthisie pulmonaire est contagieuse. Dans le Traite de la contagion 
d Anglada, cette assertion etait deja parfaitement prouvee. 

A la demonstration clinique Villemin a ajoute plus tard celle de 1 inoculation 
du tubercule. 

En ces derniers temps, il parait de montre que 1 agent de cette contagion est un 
microbe, le Bacillus tuberculosis de Koch. Rien entendu qu etant admis ce mi 
crobe, se pre sente imperieusement la question du terrain ou il peut se developper 
ou non, suivant des predispositions here ditaires ou acquises dont nous n avons 
pas a nous occuper ici. Mais, quelles que soient ces predispositions, celui qui vit 
habituellement dans une atmosphere de nicotine, celui dont les voies aeriennes 
et digestives en sont impregnees, devient pour le microbe un terrain infecond, 
parce que, loinde pouvoir s y developper, il ymeurt aussitot. Mais, si le microbe 
a deja pullule, s il a deja crible les poumons d ulcerations et de cavernes, les 
emanations de nicotine sont impuissantes contre le fait accompli. Elles deviennent 
meme alors dangereuses par 1 irritation qu elles sont susceptibles de propager 
dans les voies ae riennes. 

OBESITE. J ai connu, dit Borelli (Cent. II, obs. 2), un homme de dis- 



TABAC (EMPLOI MEDICAL). 259 

tinction si gras, qu il ne pouvait ni marcher, ni monter a cheval, sans s assoupir 
sur-le-champ et qui devint bientot en etat de faire 1 un et 1 autre en maelumt 
habituellement du tabac, ainsi qu il me 1 a assure lui-meme. J ai connu, 
ecrit aussi James (Diet. univ. de med., art. NICOTIANE), une personne extreme- 
ment grasse qui en fut considerablement amaigrie ; elle m assura d ailleurs 
qu elle avait ainsi raffermi ses dents qui etaient auparavant toutes chanceiantes. 

Le professeur allemand Immermann, a I exemple de certains medecins 
anglais et americains, conseille la mastication du tabac comme un remede 
efficace centre 1 obesile. Le tabac agirait en arretant I appetit (Journ. d hyg., 1 880, 
p. 57). II est a craindre qu en de telles circonstances le tabac, comme d autres 
remedes proposes contre 1 obesite, n agisse qu en nuisant a la sante. 

ACTIOS TOPIQUE CONTRE DivERSES MALADIES. Dans le couranl de ce travail nous 
avons deja en a signaler nombre de fois les effets lopiques heurcux du tabac. 
Yoici encore quelques faits du nieme genre qui n ont pu entrer dans notre 
cadre : 

Le tabac a priser a ete employe contre le larmoiemcnt et les obstructions du 
canal nasal. II a pu ainsi etre utile contre certaines ophthalmies chroniques. II 
faut dire en compensation que les abus du tabac a priser ont souvent determine 
dans les fosses nasales des inflammations chroniques etont ete la cause occasion- 
nelle de lesions plus graves . 

Dans le catarrhe de la trompe d Eustacbe et du tambour, on a conseille de 
remplir la bouche et le pharynx de fumee de tabac, puis apres avoir ferme la 
bouche et le nez de faire un effort violent d expiration et de forcer ainsi la fumee 
a passer par la trompe d Eustache. 

Les feuilles fraiches de tabac, la decoction de cette substance, sont un utile 
cataplasme contre les engorgements des visceres (Bull, de the r., t. XIII, p. 296) ; 
d autres preferent a ce moyen de la poudre de tabac melange e a un emplatre. 
Le meme topique a ete utilise contre des plaies et des ulceres, contre la gale et 
la teigne, mais non sans danger de resorption, s ils sont appliques sur de larges- 
surfaces. 

Enfin les engelures, les cors, les durillons, se sontbien trouve s de 1 application 
topique du labac sous di verses formes. 

IV. Mode d empioi. Grace au discredit tres-injuste ou est tombe le tabae 
en therapeutiqne, son formulaire est tout a refaire. Nous allons essayer de 1 esquis- 
ser brievement. 

Le point capital, comme nous 1 avons deja dit, c est d avoir un tabac dont la 
composition en nicotine soit connue. Celui de la regie presente cet avantage,. 
mais, comme il a acquisparla fermentation des qualites irritantes, mieux vaut, 
quand la chose est possible, exiger du pharmacien qu il analyse et litre les 
feuilles seches non preparees contenues dans son officine. 

Quoi qu il en soit, la base de toutes les preparations que rious allons formuler 
sera des feuilles seches et non preparees a 2 pour 100 de nicotine. Nous les inlitu- 
lerons : Feuilles de nicotiane titre e (nous preferons pour les prescriptions le mot 
de nicotiane, a celui de tabac). Si Ton ne peut etre sur du titre de cette nicotiane 
officinale, mieux vaudra, malgre quelques inconvenients, employer le tabac de la 
Havane ou celui de Maryland de la regie, dont la composition est bien connue. 

Doses pour un adulte des feuilles de nicotiane titree ou du tabac de la Havane 
ou de Maryland : 1 dose faible qui peut etre continuee pendant un certain laps 



260 TABAC (EMPLOI MEDICAL). 

de temps, commencer par 10 centigrammes par jour, augmenler progressive- 
ment jusqu a 50 centigrammes et plus suivant les effets obtenus; 2 dose 
moyenne, de 1 a 4 grammes; 5 dose forte, 8 grammes (ne doit jamais etre 
administree en une fois). 

Avec les feuilles de nicotiane titree on peut effectuer toutes les preparations 
que Ton voudra. Nous nous contenterons d en indiquer un tres-petit nombre : 
1 POUDRE DE FEUILLES. Exposez les feuilles pendant quelques heures a 
1 eluve; reduisez-les en poudre par contusion dans un mortier de fer et passez 
a travers un tamis de soie. On cesse lorsque la poudre obtenue est e gale aux trois 
quarts du poids de la matiere employee (Codex). 

Pilules de nicotiane. Poudre de feuilles de nicotiane titree, 1 gramme; 
poudre de reglisse et sirop de gomme, q. s., en 20 pilules; chacune de ces 
pilules contient 5 centigrammes de nicotiane. 

Pilules de nicotiane compose es, contre la coquelucbe : nicotiane titre e en 
poudre, 1 gramme; extrait de belladone, 50 centigrammes ; mucilage de gomme 
nrabique, q. s., en 20 pilules; de \ a 4 par jour, suivant 1 age des malades. 
2 INFUSIOLN. On peut 1 utiliser par la bouche, en lavement, ou sur la peau. 
Potion de nicotiane. Nicotiane titru ede 1 a 4 grammes; failes infuser dans 
120 grammes d eau, ajoutez : sirop de fleurs d oranger. A prendre chaquedeux 
heures par cuillere es a soupe. 

Lavement de nicotiane. Contre les hcrnies etrangle es et I ileus : prenez 
nicoliane titire ou tabac de la Havane, 4 grammes ; faites infuser un quart 
d beure dans 180 grammes d eau; passez a travers un linge. A repeter au Lout 
d une lieure, s il n y a pas d effet produit. 

Lotions de nicotiane. Nicotiane titree de 2 a 60 grammes; eau bouillante, 
500 grammes. Tenir grand compte, pour fixer la dose, de 1 e tendue de la surface 
du corps ou cette decoction sera appliquee, surtout s il y a une plaie ou meme 
de simples excoriations. 

5 DECOCTION. Preparation douteuse et qu il faut rejeter de 1 usage, parce 
qu on ignore la quantite de nicotine qui se sera volatilisee pendant 1 operation. 
4 EXTRAIT. On prend des feuilles fraiches de tabac, on les pile dans un mor 
tier de marbre et on exprime le sue a la presse. On passe a travers un linge 
pour retenir les debris de la plante qui out ete entraines. On place alors ce sue 
sur des assiettes, en couche mince, et on le fait se cher a 1 etuve a une chaleur 
de 35 a 40 degres (a cette temperature la nicotine est tres-peu volatilisable). 
On enleve le sue desseche avec un couteau, et on conserve dans des flacons Lien 
bouches. 

Get extrait nous parait devoir etre reserve pour les usages externes. 
Pommade a la nicotiane. Extrait de nicotiane, 3 grammes; axonge, 
30 grammes ; melez (garder les precautions que nous avons indiquees pour les 
lotions). 

Ce rat a la nicotiane. Extrait de nicotiane, 10 grammes; cerat, 
90 grammes. 

Glyce re de nicotiane. Extrait de nicotiane, 10 grammes, glycere d amidon, 
90 grammes. On ramollit 1 extrait avec une petite quantite d eau, et on le 
mele avec soin au glycere d amidon. La glycerine s opposant presque com- 
pletement a 1 absorption par la peau des substances qui lui sont me langees, 
ce glycere de nicotiane nous parait de beaucoup la meilleure preparation pour 
usage externe. 



TABAC (EMPLOI MEDICAL). 261 

5 TEINTURE. Prenez feuilles de nicotiane titree, 75 grammes; esprit-de-vin 
rectifie, 560 grammes. Laissez digerer pendant quelques jours, filtrez et con- 
servez pour 1 usage. Cette teinture est environ trois fois plus active que celle 
indiquee par Fowler. Bauer en prescrivait de i a 5 gouttes chaque deux heures 
centre 1 hemoptysie. 

Pilules contre I hydropisie (Augustin). Nicotiane en poudre et conserve de 
roses, aa 1 gramme et 20 centigrammes; mucilage de gomme arabique, q. s.; 
faites 60 pilules; prendre 2 pilules quatre fois par jour, porter a 5 pilules par 
dose et meme plus jusqu a ce qu il survienne des nausees. 

Potion contre la hernie e trangle e (Uichter). Prenez : nicotiane, 12 grammes ; 
racine de rhubarbe en poudre, 8 grammes; faites bouillir dans eau dc fontaine 
suffisante pour avoir 240 grammes ; a prendre par forte cuilleree a bouche, 
d heure en heure. 

Potion contre la paralysis (Fisher). Racine d angelique, 12 grammes; 
racine de reglisse, 15 grammes; feuilles de nicotiane, 4 grammes; eau bouil- 
lante, 240 grammes; faites une infusion. A prendre toutes les demi-heures par 
cuillerees a soupe. 

Potion conlre la coqueluche (Pittschaft). Prenez: feuilles de nicotiane, 
1 gramme; faites infuser dans eau bouillante, q. s., pour avoir 180 grammes; 
ajoutez sirop d orgeat, 50 grammes. Cette potion doit etre administree aux 
enfants de un a deux ans, par cuillerees ti cafe, toutes les heures ; aux enfants 
plus ages par deux cuillerees a cafe, et a ceux de huit a dix ans par cuillerees 
a bouche. 

On a prepare jadis avec le tabac des medicaments qui ont en beaucoup de 
vogue. Le plus celebre d entre eux est le sirop de Quercetan, compose avec 
1 infusion de tabac, le miel et le vinaigre; on en donnait depuis une demi-once 
jusqu a deux onces dans 1 epilepsie, 1 asthme, la toux opiniatre, ou il procurait, 
disait-on, une expectoration facile. On distinguait deux varietes de ce sirop, 
1 une simple, 1 autre composee, qui n etait que le simple, avec addition de 
substances pectorales et meme de purgatifs. 

Les feuilles de tabac entrent dans la confection de Yean vulneraire, dans le 
baume tranquille, Vonguent de nicotiane de Joubert, le mondificatif d Ache, 
et dans Vonguent sple nique de Bauderon. Le sue de la plante fait partie de 
1 emplatre Opodeldoch. 

Nous avons deja dit que les objections contre 1 emploi de la nicotine ne nous 
paraissent pas fondees, qu il suftit d agir avec prudence et qu on evite par 
1 emploi de 1 alcaloide la difficulte d avoir du tabac bien litre. Pour eviter les 
chances d erreur des petites pese es, il suffira au pharmacien de preparer une 
solution mere de nicotine. En faisant dissoudre 1 gramme de nicotine dans 
1 litre d eau distillee, chaque gramme de la solution mere contiendra 
1 milligramme de nicotine, et des lors toutes les formules deviendront 
faciles. Nous proposons de s en tenir a 1 e chelle suivante : dose faible, de 1 
a 5 milligrammes ; dose moyenne, 1 centigramme ; dose forte, 2 a 5 centi 
grammes. Alors meme que Guinier en a administre a un chien, sans 
le tuer, 8 centigrammes, par injection hypodermique, et que Van Praag regarde 
5 centigrammes comme ne pouvant pas chez 1 adulte amener d accidents trop 
redoutables, il ne faudra jamais les donner en une fois. 

Les doses de la solution mere seront done : dose faible, de 1 a 5 grammes ; 
dose moyenne, 10 grammes; dose forte, 20 a 50 grammes. 



"262 TABAC (TOXICOLOGIE). 

Au lieu de pilules de nicotine mieux vaut, comme pour 1 atropine et 1 aconi- 
tine faire des granules a un demi et a un milligramme. 

V. Toxicologie. 11 serait difficile de separer 1 empoisonnement par le 
<tabac de celui par la nicotine, alors que cependant chacun d eux presente 
quelques particularites. Nous les etudierons done cote a cote. 

L empoisonnement par le tabac est aiguou chronique (nicolinisme). Ce dernier 
ne peul etre disjoint de plusieurs questions d hygiene que nous aurons a resoudre 
plus loin. 

Nous ne traiterons done en ce paragraphe que de 1 empoisonnement aigu sur 
lequel la these de Fonssard, le livre de Tardieu et divers me moires et articles 
de journaux contiennent des documents interessants que nous aurons a utiliser. 
Comme le tabac est dans les mains de tout le monde, la malveillance et surtout 
1 imprudence ont multiplie les cas oil s est exercee son action toxique. II peut 
entrer dans 1 organisme par quatre voies dilfeVentes : 

1 Vote gastrif/ue. On lit partout 1 histoire de la mort du poete Santeul 
auquel de m;uivais plaisants firent boire du vin d Espagne dans lequel ils avaient 
mis du tabac a priser. 

Dans le Dictionnaire des sciences medicates, Merat rapporte d apres les phe- 
me rides d AUemagne (2 dec., ami. 8, obs. 106) qu une personne ayant jete 
mechamment un petit morceau de tabac dans un vase oil cuisaient des pruneaux, 
tousceux qui en mangerent furent pris peu a peu d anxie te, de defaillance et de 
vomissements si enormes qu ils penserent en mourir. 

En 1855, un aliene ingera 30 on 40 grammes de tabac: bientot convulsions 
tetaniformes violentes, vomissements et selles, pouls miserable, raideur tetani- 
forme, mort au bout de sept heures (Edinburg med. Journal, 1855). 

Un matelot avale sa chique en dormant, les symptomes toxiques eclatent. 
llenreusement la chique fut vomie (docteur Mercier, these de Paris, 1870). 

Un condamne pour ne pas travailler mange du tabac. Ici encore le tabac fut 
vomi et les accidents toxiques s arreterent (idem). 

Une cuisiniere pour faire du cafe prit par megarde du tabac a priser. 
Son maitre trouva ce pretendu cafe si mauvais qu il n en but qu une partie : 
malaise inexplicable, grande defaillance, vomissements salutaires. Ailleurs 
c est une infusion de feuilles d oranger au milieu desquelles etaient melees 
des feuilles de tabac qui amena chez une dame des vomissements et des eva 
cuations alvines tres-abondantes avec un grand sentiment d affaissement et de 
malaise. 

2 Voie intestinale. Nous avons deja cite des accidents causes par des lave 
ments de tabac. Nous empruntons a Orfila quatre autres cas. La mort arriva en 
deux beures chez un enfant, pour 8 grammes ; chez une femme adulte en quinze 
minutes pour 52 grammes, chez une deuxieme femme en un temps qui n est 
pas determine pour 64 grammes, et enfin chez une derniere femme en trois quarts 
d heure pour 48 grammes. 

II serait trop long de rappeler tous les autres faits semblables. 

3 Voie pulmonaire. Duo fratres quorum unus septemdecim, alter octo- 
decim fistulas evacuarunt, apoplecticorum in modum prostrati expirarunt 
(Murray, d apres Helwig, Apparatus medic., t. I, p. 689). Plus heureux un 
vigneron dont 1 histoire est consignee par Marrigues dans le Journal de Van- 
dermonde (Recueil pe riodique d observations deme decine, t. VII, juillet 1757, 



TABAC (TOXICOLOGIE). 263 

/p. 68) ne mourut pas, quoique ayant fume apres un pari 25 pipes cousecutives, 
mais resta bien malade pendant dix-huit mois. 

Trois Ghinois s endormirent dans une piece absolument ferme e ou se trouvaient 

60 kilogrammes de tabac. Deux moururent frappes pendant leur sommeil de 

stupeur et de paralysie. Le troisieme fut rappele a la vie, mais il conserva un 

etat d hebetude et de faiblesse de la sensibilite generale (A. Depierris, Le tabac 

et la nicotine). 

4 Vote cutanee. Les livres contiennent le recit de bon nombre d accidents 
causes par 1 application sur le derme, denude ou non, de feuilles fraiches ou seches 
de tabac, ainsi que de decoctions faites avec ces feuilles. Les applications avaient 
ete faites pour guerir des plaies ou des ulceres, la gale, la teigne, etc. Murray 
rapporte 1 histoire de trois enfants qui moururent en vingt-quatre heures pour 
avoir eu la tete frotte e avec un liniment de tabac destine a guerir la teigne (loc. 
cit., I, 681). Walterbat cite un cas analogue (Journ. de me d. de Liroux, 
t. XV, p. 289). C est sur des malades atteints de gale que Fourcroy a vu des 
empoisonnements, et Fouquier parle aussi d un galeux qui se froltait matin et 
soir les membres et le tronc avec une de coction d une dcmi-once de tabac, 
et chez lesquels des accidents obligerent a suspendre le remede (Bull, de la 
.Socie te de la Faculte, 1819, p. 441). 

Namias ayant communique a 1 Academie des sciences une note ou il racontait 
1 observation d un contrebandier qui fut vivement intoxique , sans mourir 
cependant, pour s etre couvert toute la peau nue de feuilles de tabac qu il voulait 
soustraire au payement de I impot, et ayant ajoute que c etait la un fait unique 
dans les annales de la science, le docteur Gallavardin a fait des recherches qui 
lui ont permis de retrouver dans les journaux de me decine en 1801, 1814 et 
1844, trois exem pies semblables (Empoisonnement par I" application des feuilles 
de tabac sur la peau [Comple rendu de V Academic des sciences, aout 1864]). 
Gallavardin e numere sept autres cas ou des preparations de tabac employees pour 
usage externe ont determine des accidents. 

Enfin le docteur Gollas a vu dans 1 lnde un empoisonnement assez grave par 
1 application empirique des feuilles fraiches de lasolanee sur le testiculeenflamme, 
et un autre, a bord de son batiment, chez un maitre d hotel qui avail place sous 
ses aisselles pour y de truire des poux le jus d une chique (Archives de me de- 
cinenavale y 1865). 

A quelledose le tabac peut-il tuer? Question difficile a resoudre, apres ce que 
nous avons etabli de la richesse si variee des tabacs en nicotine. Cependant, toute 
reserve faite a cet egard, une dose de 15 a 50 grammes nous parait essentiel- 
lement dangereuse. Quant aux empoisonnements mortels cites par Mac Gregor et 
Taylor pour des doses de 2 grammes et au-dessous, ils nous semblent difficiles a 
accepter. Un bon nombre des chiens traites par Guinier sont revenus prompte- 
ment a la sante apres avoir pris proportionnellement des doses beaucoup plus 
considerables ; et le malade auquel Moutet et moi administrames un lavement 
de 4 grammes de tabac ne fut nullement intoxique. 

En somme, comme ou peut le voir par les exemples ci-dessus, ce sont plutot 
des accidents que des crimes qui ont amene les empoisonnements par le tabac. 
Mais la science, en decouvrant la nicotine, avail fourni aux passions coupables 
tine arme bien plus terrible et plus facile a manier. Heureusement que des le 
debut elle se montra si habile et si implacable a demasquer les aissements 
d un criminel celebre que le nouveau poison fut aussitot absolument depopularise. 



264 TABAC (TOXICOLOGIE). 

Nous faisons allusion ici a 1 affaire Bocarme et au magmfique rapport de Stas 
sur lequel nous aurons a revenir. 

Symptomes de I empoisonnement par le tabac et la nicotine. La nicotine 
pure ne produit pas vraiment un empoisonnement; comme 1 acide prussique et 
1 aconitine, elle foudroie. Deux ou trois gouttes et peut etre meme une seule 
suftisent. pour tuer un homme. La bouche n est point sa voie d inlroduction la 
plus terrible. D apres Vleminckx, la muqueuseoculaire estde toutes les surfaces 
ou on peut la ddposer celle qui 1 absorbe le plus facilement. N etant revetue ni 
d un epithelium epais ni d une couche de mucus, comme les voies digestives, la 
conjonctive laisse facilement arriver dans les vaisseaux la substance qu on 
lui instille. L injection hypodermique ne doit point avoir une moindre activity. 

Nous venons de donner la 1 opinion commune, mais nous nous croyons oblige de 
faire remarquer qu elle est peut-etre empreinte d une cerlaine exageration. Dans 
les experiences de Guinier les effets de 1 alcalo ide n ont pas toujours ete fou- 
droyants. L un des chiens nicotinises se releve apres une injection de 2 centi 
grammes (experience IX) et un autre apres 5 centigrammes (experience III). Mais 
1 experience la plus curieuse est celle qui porte le numero XVIII. Nous croyons 
devoir la reproduire en entier, parce que 8 centigrammes n y ont pas ete 
suivis de mort, et parce qu elle donne un tableau clair et saisissant de 1 empoi- 
sonnement par la nicotine. 

Expe rienceX VIII. Chien couchant : poids 1 O k ,5, ce chien n a jamaisete nico- 
tinise; 8 ,51, pulsations 104, temperature 39, 5; 8 b ,56, injection hypoder 
mique de 8 centigrammes de nicotine, le chien se couche, essoufilement tres- 
intense ; 8 U ,60, pulsations 64, dures, salivation; 9 h , 5, efforts de vomissement, 
pulsations 60, dures; 9 h ,4, pulsations 84 ; 9 ,6, temperature 58, 9, membrane 
clignotante ramene esur 1 oeil, tremble ment des membres anterieurs ; 9 h ,8, pul 
sations 152, respiration tres-courte et rapide; 9 h ,15, le chien se couche, reso 
lution des membres, pulsations 152 ; 9 ,25, pulsations 158, presque insen- 
sibles ; le chien est tres-affaisse, resolution continue des muscles ; malgre cela la 
sensibilite persiste, 1 animal remue la queue quand on lecaresse; 10 h ,45, pul 
sations 160, tres-petites, pupille dilalee ; le chien revient ensuite peu a peu a 
1 etat normal. Quelques jours apres, il resiste encore a une nouvelle injection de 
8 centigrammes. 

Symptomes de I empoisonnement aigu par le tabac. Get empoisonnement 
peut etre leger ou grave. 

.Ce que nous appelons empoisonnement leger est surtout celui des fumeurs a 
leur debut, ou celui des ouvriers qui arrivent pour la premiere fois dans les 
manufactures de tabac. 

Quelques fumeurs novices en sont quittes pour du malaise et des vomissements. 
Chez d autrcs, le tableau symptomatique est plus charge : cephalalgie intense, 
pouls rare et dur, mais bientot tres-faible et tres-accelere, douleurs dans tout le 
tube intestinal, vomissements, diarrhee, salivation, face pale, sueurs froides, 
vertiges, defaillance et affaissement profond. Tous ces symptomes, Dieu merci! 
se dissipent plus ou moins rapidement ; et le fumeur, qui d ordinaire avail fait son 
escapade loin de la maison paternelle, y rentre encore pale et angoisse, mais 
bien rarement degoute pour toujours. Le plus souvent au contraire, rassure par 
ses camarades et jaloux de les imiter, il recommence son essai avec un peu plus 
de prudence et un peu plus de bonheur. Car, nous 1 avons deja dit, 1 accoutu- 
mance a la nicotine et au tabac est rapide. 11 n en est pas cependant toujours 



TABAC (TOXICOLOGIE). 265 

ainsi ; chez quelques rares idiosyncrasies, comme 1 a fait observer Lepervaiiche, 
le tabac n est jamais tolere, et a chaque nouvelle tentative se produit une nouvelle 
scene d intoxication. 

Les symptomes de l empoisonnement aigu grave sont tres-bien decrits par 
Fonssard. Nous mettrons cependant plus en saillie que lui la periode d excitation 
qui ne peut manquer, a moins que la dose du poison ne soil tres-considerable. 

Comme les animaux des experiences que nous avons resumees, au debut de 
I empoisonnement par le tabac, rhomme s agite, il ne peut tenir en place, il 
eprouve une forte sensation de chaleur a 1 epigastre et dans le venire, le pouls 
est dur et rare, la pupille contracted, la respiration Ires-acceleree. Mais d ordi- 
naire cette premiere periode dure peu. Les vomissements et les selles qui sur- 
vienncnt sont deja une cause puissante d affaissement a laquelle viennent se 
joindre les effets secondaires de la nicotinisation: vertiges, defaillance, grande 
faiblesse, face pale, sueurs glacees, trouble dans les idees, et bientot, slupeur 
profonde, d ou le malade ne sort plus que pour pousser des cris et presenter de 
terribles acces de convulsions tetaniformes ou tout au moins des tremblements 
accentues. Enfia ces convulsions elles-memes s affaiblissent, s eloignenl ou meme 
s eleignent, et arrivent la paralysie et le collapsus; la pupille estdilalee, la sen- 
sibilite obtuse. La respiration s embarrasse, les pulsations miserables ne peu vent 
plus etre complees, et la mort survient, rarement par syncope, presque toujours 
pur aspbyxie, quelquefois au bout d un quart d heure, plus souvent au bout 
d une, de deux ou memede vingt-quatre heures. 

La morl n est du reste pas la seule solution, bien loin de la, a moins que la 
quanlite de poison n ait ete extreme. Souvent le sombre tableau que nous venons 
de retracer s arrete dans son evolution, et les phenomenes d affaissement et de 
collapsus n arrivent pas aux dernieres limites. Secouru par un traitement 
opportun, debarrasse par des vomissements et des selles spontanes, ou en tin sur- 
montant par sa resistance vitale 1 agression toxique, 1 individu s endort d un 
sommeil comateux pendant lequel ses fonctions ebranlees se regularisent. 11 en 
sort avec une migraine atroce, une grande faiblesse, un embarras gastrique mar 
que, mais il se remet completemeut aubout de quelques jours, ayant prisd ordi- 
naire, si grand fumeur qu il fut auparavant, une aversion definitive pour le tabac. 

IVoublions pas cependant de rappeler ces cas moins heureux, cites plus haut, ou 
la convalescence a ete bien moins prompte, et ou, dix-huit mois meme apres 
l empoisonnement, le systeme nerveux se trouvait encore profondement ebranle. 

Anatomic pathologique. Si la nicotine a ete versee dans la bouche en assez 
grande quanlite, celle-ci pourra etre rouge et comme brulee ainsi que la langue, 
le pharynx, 1 oesophage et 1 estomac lui-meme. Dans 1 affaire Bocarme qui avail 
1 ail avaler de force 1 alcaloidc a son beau-frere Guslave Fougnies, Stas crut 
d abord a un empoisonnement par un irritant, 1 acide acetique. Mais ces 
traces de brulures sonl loin d elre constanles. Fonssagrives el Besnou onl insere 
dans les Annales d hygieneet de medecine le gale (1861, 2 serie, 1. X, p. 404) 
1 observation tres-interessante d un empoisonnement suicide par la nicotine. 
L autopsie faite avec le plus grand soin permit de constater 1 absence absolue de 
desordre dans la bouche, I arriere-bouche, 1 oesophage et I estomac. En divisant 
1 oesophage et 1 eslomac on percevait une odeur acre, mais peu prononcee et qu il 
cut ete tres-difficile de caracte riser, si Ton n avait pas soupconne la nature de 
I empoisonnemenl. L analyse chimique demontra la presence de la nicotine dans 
les liquides de 1 eslomac. 



266 TABAC (TOXICOLOGIE). 

Quant aux autres lesions de 1 empoisonnement qui nous occupe, les voici 
resumees en quelques mots : rigidile excessive du cadavre, retard considerable 
de la putrefaction (experiences de Robin). Les petits vaisseaux sont vides a cause 
de leur contractilite exageree, mais les arleres, les veines, le creur, exceple Je 
ventricule gauche, sont gorges de sang noir. Les tissus sont, an contraire, d une 
remarquable paleur . Les poumons couverts de laches livides presentent a la coupe 
un tissu plus resistant. Les centres nerveux sont injectes. 

Trailement. II n en existe evidcmment pas centre la sideration nicotinique, 
qu elle soit due a 1 alcaloide ou a la solanee ingeres a des doses enormes. 

Son indication primordiale consiste dans 1 expulsion du poison. S il s agit 
d un lavement au tabac, on administrera vite des lavements purgatils repete s, 
en meme temps qu un drastique rapide par la Louche (nous avons pu une fois 
par ce moyen conjurer tout danger chez une jeune fille qui avait pris par 
megarde un lavement avec 10 grammes d extrait de belladone). Les vomitifs, la 
titillation de la luette, la pompe stomacale, le tube de Fauche, seront mis en 
jeu, si le poison a penetre par la bouche. Des lotions astringentes deviendraient 
necessaires, si 1 a porte d entree avait etc la voie cutanee. 

Puis, c est le tour des neutralisants, c est-a-dire des substances qui forment 
avec la nicotine des composes peu ou point solubles : 1 iodure de potassium 
iodure, les acides organiques (acetique et citriquc), les substances contenant du 
tannin (quinquina, noix de gale, ratanhia). 

Enfin au collapsus on opposera des excitants diffusibles. Le cafe, comme le 
fait observer Gubler, agit comme tannique et comme excitant. On peut 1 aider 
par 1 alcool, les frictions seches, 1 electricite, etc. A cause de leur action anta- 
gonistique, qui n est d ailleurs pas vraie a toutes les periodes, on a propose de 
trailer l empoisonnement par le tabac au moyen de la strychnine et celui de la 
strychnine au moyen du tabac. Ainsi, ou trouve, dans le journal the Lancet 
(numero du 15 juillet 1879, p. 296), un cas d empoisonnement rapporte par 
William O Neill et qui aurait etc cause par 1 emploi du tabac comme he mosta- 
tique, dans une plaie par instrument tranchant. La plaie fut lavee avec soin et 
la slrychnine administre e a 1 interieur, le malade guerit. D autre part, la Gazette 
hebdomadaire de 1866 cite une observation de Chevers ou une infusion de 
8 grammes de tabac a dose fractionnee aurait ete tres-utile dans un cas d empoi 
sonnement volontaire par la slrychnine. Theoriquement ces fails sont possibles, 
mais, pour se prononcer definitivement, il en faut un bien plus grand nombre. 
Les empoisonnements ne peuvent-ils pas guerir d cux-memes, quand il y a des 
vomissemenls et que la dose de poison n a pas ete Irop considerable ? 

Question medico-legale. Comment un medecin experl affirmera-t-il qu il y a 
eu empoisonnement par le tabac ou la nicotine ? 

Pour le labac, nous allons laisser la parole a Taz-dieu : 

Dans 1 em poisonnemenl par les feuilles de labac, la quantite de nicotine 
absorbee dans un temps donne esl tellement minime, qu il sera presque impos 
sible de 1 isoler et d en constater la presence dans les organes. Le medecin 
appele pres du malade ou 1 experl charge de conslater la nature de 1 empoison 
nement n ont guere d autres ressources que 1 analyse des symptomes el 1 examen 
des debris ou des portions de la plante, soit qu on ait trouve ces dernieres en 
possession du malade ou de 1 inculpe, soit enfin qu ils aient ete rendus par les 
vomissements ou de couverts dans 1 estomac a la suite de Faulopsie (Etude 
medico-legale et clinique sur I empoisonnement ; Paris 1867, p. 784). 



TABAC (TOXICOLOGIE). 267 

Quant a la recherche et a 1 isolement de la nicotine, c est a la me thode de 
Stas qu il faut avoir recours, melhode generale, comme on sait, qui convient 
a la recherche de tous les alcaloides organiques, mais dont nous allons res- 
treindre 1 application a celui qui nous occupe. 

Les organes, divises en tres-petits morceaux, sont reunis aux produits des 
vomissements et aux liquides divers extravases hors des tissus, ct le tout est 
melange dans un grand ballon a large ouverture avec le double de son poids 
d alcool Ires-pur et tres-concentre et 2 ou 3 grammes d acide tartrique; on 
laisse ensuite digerer pendant quelques heures dans un bain-marie chauffe 
a 70 degres environ. 

Apres refroidissement, cette bouillie est jetee sur un filtre et lave e jusqu a 
epuisement par de 1 alcool concentre, puis on abandonne le liquide filtre a 
T evaporation spontanee. Apres une nouvelle dissolution dans 1 alcool pour avoir 
un produit suffisamment pur, on obtient un residu acide qui n est autre qu une 
combinaison de la nicotine, s il y en avail dans les matieres soumises a Texper- 
tise, avec de 1 acide tartrique. 

Le residu acide est dissous dans une faible quanlite d eau et place dans un 
flacon allonge et bouche a Temeri. On ajoute a la solution du bicarbonate de 
soude pur et pulverise. La soude s empare de 1 acide taitrique et met 1 alcaloide 
en liberte. En ajoutant alors de Tether et en agitant vivement, on dissout la 
nicotine devenue libre. Des lors, si Ton decante avec precaution 2 centimetres 
cubes environ de cet ether et qu on les fasse evaporer spontanement dans une 
capsule en verre, la presence d un alcaloi de volatil doit etre soupconne, si le 
long de la capsule de verre se forment des stries d un liquide huileux a odeur 
forte etpiquante. 

Reste maintenant a isoler celui-ci, et a reconnaitre s il est vraiment de la nico 
tine. 

On ajoute au contenu du flacon 1 ou 2 centimetres cubes d une forte solution 
de potasse ou de soude caustique et on agite de nouveau le melange, de maniere 
a bien mettre en liberte toutes les traces de Talcaloide; puis on lave plusieurs 
fois a Tether. Les produits etheres sont reunis dans une capsule; on ajoute 
1 ou 2 centimetres cubes d eau acidulee par un ciuquieme de son poids d acide 
sulfurique pur. L alcaloide transforme en sulfate reste en solution dans Teau, 
Tether surnage et on le decante. Pour extraire definitivement le principe isole, 
il suffit d introduire dans le liquide acide d abord quelques gouttes de solution 
concentric de potasse ou de soude caustique, puis de Tether pur, et d agiter le 
melange. L evaporation de ce dernier ether decante laisse Talcalo ide libre. 

Yoici maintenant comment on peut savoir que c est de la nicotine. Dans le 
cas oii les operations ci-dessus en out isole une certaine quantite, la formation 
des prismes rouges d iodo-nicoline, le precipite jaune qu on obtient par le chlo- 
rure de platine et Teau iodee, la coloration rouge qu y determine le chlore, le 
precipite brun kermes momentanement liquide que produit Tiodure de potas- 
sium iodure, etc., sont les caracteres certains auxquels Texpert reconnaitra la 
presence du terrible poison. 

Mais les quantites de re sidu recueilli peuvent etre tellement faibles qu il est 
im possible d obtenir toutes ces reactions. Dans cecas, d apres le dire de certains 
medecins le gistes, Todeur speciale de la nicotine serait deja un bon criterium 
que Texperimentation physiologique completerait suffisamment. Un faible 
atome de la substance suspecte introduit dans le bee d un moineau, foudroyant 



268 TABAC (TOXICOLOGIE). 

instantanement Tanimal avec des convulsions te taniques, donnerait a 1 expert 
une certitude absolue. Pour notre part, sans meconnaitre la portee de ces signes, 
il nous semble qu il ne faut pas en exagerer la valeur. Pour ce qui est de 1 odeur 
de nicotine, nous renvoyons a 1 observation de Fonssagrivcs et Besnou pour 
rendre son temoignage douteux. Et quant au foudroiement de 1 oiseau, il indique 
bien un toxique violent, mais est-ce de la nicotine, de 1 aconitine, de 1 acide 
prussique ou un autre poison tres-actif?Sinous etions expert dans une pareille 
question medico-legale, nous aurions bien de la peine a formuler une affirma 
tion absolue, quand nous ne pourrions nous appuyer que sur ces deux denu eres 
preuves. 

$ VI. Intoxication chronique. Hygiene. SoCIETES CONTRE I/ABUS DU 

TABAC. Comme la religion, 1 hygiene a ses jansenistes qui sont sans pitie pour 
les plus excusables petites laiblesses de 1 hoinme, et qui lui imposent des regies 
d un rigorisme inflexible. Les resultats de cette severite excessive sont aussi mau- 
vais pour 1 une que pour 1 autre. Si la vertu on 1 art de se bien porter sont 
eriges a des hauteurs a peu pres inaccessibles, le commun des mortels se decou- 
rage et jelte, comme on le dit vulgairement, le manche apres la cognee. 

Or, ces jansenistes de 1 hygiene n ont nulle part plus outre leur inflexibility 
que contre cette pauvre herbe avec laquelle la decouverte de 1 Amerique est 
venue accroilre la somme des jouissances d ici-bas. On a redige contre elle les 
requisitoires les plus terribles lire, par exemple, 1 etude plus litteraire que 
scientifique faite par Jolly a I Academic de medecine le 21 fevrier 1865, ou 1 ar 
ticle de Merat dans !e Dictionnaire drs sciences medicates et, en exageraut 
outre mesurc des verites reelles, on les a compromises. Le public qui fume et 
qui prise trop souvent avec exces, mais bien souvent aussi avec impunite, ne 
peut se decider a croire que la societe liumame va s ab;Uardir ou meme s effon- 
drer parce qu elle satisfait sans remords des gouts devenus imperieux. 

II nous semble sage d envisager la question froidement et de n admettre que 
les accusations reellement fonde es. Nous serous ainsi plus a 1 aise pour persuader 
les imprudents. Permettre I usage modere, c est gagner de 1 autorite et de la 
force morale pour combattre les abus. On raconte qu un bon vieux cure, pour 
rendre la danse moins dangereuse, servait lui-meme de menestrel a ses parois- 
siens. Celui-ci egalement qui precbera contre les dangers vraiment serieux de 
la pipe ou de la tabatiere en allumant de temps a autre une cigarette, ou en 
prenant parfois une prise, aura plus de chance de convaincre son auditoire. Plus 
qu Alceste, Philinte est habile a toucher les coeurs. 

Et cerles il faut re*agir, car le flot monte, monte tous les jours davantage. 
Depuis le jour ou Jean Kicot fit cadeau a Catherine de Medicis d un peu de 
cette poudre recueillie chez les sauvages quel espace franchi, quelle progression! 

Et ce n est pas cependant que des obstacles bien serieux n aient ete places 
sur la route de ce nouveau conquerant du monde et que les adversaires impla- 
cables et puissants lui aient manque. 

Passe encore pour ce roi d Angleterre qui se contentait d ecrire son Miso- 
capnos, mais le pape Urbain VIII excommuniait implacablement ceux qui pri- 
saient dans les eglises. II est vrai que les jesuites, refutant Jacques I er , compo- 
saient raniimisocapnos, et que Clement IX revoquait la bulle d excommunica 
tion de son predecesseur. 

Dans les pays mahometans ou schisimtiques, la persecution etait plus 



TABAC (TOXICOLOGIE). 269 

farouche. En Perse, Shah-Abbas et Shah-Sephi faisaient couper le nez des 
priseurs et les levresdes fumeurs; Michel Federowisch,a Moscou, octroyait a ces 
derniers 60 coups de baton sur la plante des pieds. Plus terrible encore et 
joignant 1 ironie a la cruaute, Amurat IV les faisuit pendre une pipe a la 
bouche ! 

En grand polilique qu il e tait, Richelieu previt mieux 1 avenir. Centre cette 
invasion du tabac il se contenta de lancer le fisc, duel a armes bien courtoises, 
car ni Tun ni 1 autre ne s en sont nial trouves ! 

En France, d ailleurs, on avail pris les choses pacifiquement eton se contenlait 
d ergoler. Poirson provoquait les adversaires de la nouvelle solanee a une 
discussion publique dans laquelle 1 un de ses detracteurs, Fagon, on peut-etre 
seulement son eleve Barbin, a court d arguments, demandait 1 inspiration de la 
riposte a une prise inconsciemment savouree ! 

A cette epoque et pendant longtemps encore, on fumait peu en France. La 
pipe de Jean Bart faisait esclandre a Versailles aupres des courtisans, sinon 
aupres du roi, tandis que tel grand seigneur e merite n aurait pas cru etre a la 
derniere mode, s il n avait point paru en public les vetements barbouilles de 
tabac a priser. Pendant la guerre de Ilollande, sous le ministere de Louvois, 
la pipe commenca a s introduire dans 1 armee de terre; mais ce furent surtout 
les grandes guerres de la Revolution et de 1 Empire qui consacrercnt dans les 
camps 1 usage de fumer que les soldats citoyens du regne de Louis-Philippe 
transporterent dans leur demeure et, helas ! jusque dans leur chambre a coucher. 
Aujourd hui les femmes elles-memes fument! (Decaisne.) On prise certainement 
beaucoup moins. 

Les statistiques officielles demontrent la progression rapide de la consomma- 
tion du tabac. 

Deja en 1821, dans le Dictionnaire des sciences medicales, le bon et can- 
dide Merat cet ennemi farouche du tabac trouvait exorbitant que la 
plante qu il poursuivait de sa haine rapportat a 1 Etat plus de 30 millions par 
an. Qu aurait-il dit en 1874 ou, d apres I Economiste francais, le benelice du 
budget n a plus ete de 30, mais de 140 millions! 

Aussi, d apres le meme document, la consommation annuelle qui, pour 
100 individus, etait en 1816 de 52 kilogrammes par an. cst arrivee a 75 kilo 
grammes en 1 873 ; et la depense annuelle, egalement pour 1 00 habitants, est allee 
dans le meme laps de temps de 180 a 800 francs. 

D apres les derniers documents officiels (rapport de M. A. Heraut sur le 
budget des finances pour 1883, in Journal d hygiene 1882, p. 427) cette pro 
gression ne s arrete pas. 

En 1873, 1 administration des tabacs employait 1654 hommes et 14184 
femmes, en tout 15838 personnes; en 1882 elle a compte 1619 ouvriers et 
20 576 ouvrieres, en tout 22225 individus. 

La consommation des cigares fabriques en France etait de : 

kilogrammes. 

En 1818 215,000 

1839 226,000 

1859 2,206,000 

1881 5,491,281 

Elle sera approximativement de 3 725 000 kilogrammes en 1883. 



270 TABAi; (TOXICOLOGIE). 

Quant aux cigarettes, leur con som mat ion etait de : 

kilogrammes. 

En 1845 1,110 

1872 38,000 

1881 875,947 

Elle sera approximativement de 1 110 000 kilogrammes en 1883. 

Les maladies produites par le tabac sont tantot dues a des effets topiques lo- 
caux, tantot, au contraire, a 1 absorption des principes de la solanee elle-meme. 

EFFETS TOPIQUES LOCAUX. Ceux-ci varient suivant qu on a affaire aux chi- 
queurs, aux priseurs ou aux fumeurs. 

1 Chiqueurs. Je ne sais pas vraiment comment, dans sa profonde horreur 
de la pipe et de la tabatiere, Merat, le misocapnien Merat, a pu ecrire que la 
chique est le moyen le moins de goutant de faire usage du tabac. Outre le 
danger qui, d apres [ affirmation de Le Roy dc Mericourt, n est pas tres-rare au 
bagne, d ingerer en bloc son horrible collutoire, le chiqueur court tout au moins 
celui d uvaler sa salive empeslee; s il ne 1 avale pas, il la crache en abondance 
extreme, ce qui est une cause de deperissement et de dyspepsie. La bouche et 
I lialeine deviennent puantes, les dents se rongent peu a pen, les levres, les 
joues, les gencives, la langue, le pbarynx, peuvent devenir le. siege d une inflam 
mation chronique; et que d alcool il faut pour eteindre ce feu-la ! Heureusement 
que les ehiqueurssont, en somme, rares, et ne se recrutent guere que dans la lie 
de la population. Les matelots qu on laisse aujourd hui, nous le croyons, plus 
librement i umer, ont, d apres le dire tout recent de Le Roy de Mericourt, deja 
beaucoup renonce a leur dangereuse et degoutante habitude, ce que nous ne 
regrettons pas, malgre la singuliere opinion de Dally. 

2 Priseurs. Qui pourra celebrer dignement la douce satisfaction causee 
par une prise savamment humee, 1 agreable stimulation qu elle apporte au 
cerveau, le secours qu elle procure a la pensee et a la memoire ! Mais derriere 
cet innocent plaisir, quel danger, quel precipice ! Au bout de quelques annees, 
ces doigts qui presentaient jadis timidement devant le nez quelques atonies du 
parfum delicat y engloutiront d enormes monceaux d une poudre noire, qui, 
impregnee du mucus nasal, retombera sur les moustaches, la barbe et les 
vetements pour les souilJer. La sensibilite emoussee de la muqueuse reclamera 
des quantites toujours croissantes. C est deja quelque chose certainement que 
de porter sur soi les marques de souillure, de devenir un objet de degout pour 
les siens par 1 odeur repoussante que Ton exhale, mais qu est cela, compare aux 
maladies qui vont arriver ? L odorat se perd, la muqueuse nasale s epaissit, 
devient le siege d ulcerations, de dartres et meme parfois de polypes. Par con- 
tinuite de tissus, la peau du nez rougit, les voies lacrymales, la trompe 
d Eustache, s irritent. La poudre franchissant les fosses nasales posterieures 
enflamme le pharynx, le larynx et jusqu a I oasophage et 1 estomac. Nous avons 
deja dit que 1 analyse chimique a pu retirer de la nicotine des organes des gros 
priseurs. Aussi, a celui qui est sur le point de glisser sur cette pente fatale, 
nous donnerons un avertissement amical : Puisez sans trop d apprehension de 
temps a autre dans la tabatiere d un ami, mais gardez-vous bien d en avoir une 
a vous-meme. 

Parmi les mefaits du tabac a priser, nous devons signaler certains accidents 
dont il n a ete que 1 occasion. 11 peut attaquer les feuilles de plomb dont il est 
imprudemment enveloppe et donner lieu ainsi a 1 intoxication saturnine. Le 



TABAG (TOXICOLOGIE). 271 

Schmidt s Jahrb. (1879, B. 181, p. 213) conticnt 1 histoire d un malade qui 
depuis dix ans faisait usage d un certain tabac a priser enveloppe dans des 
feuilles minces de plomb. On trouva dans ce tabac jusqu a 5 grammes de plomb 
par kilogramme. Le malade consommait une livre de tabac par mois, de sorte 
que pendant ces dix ans il avait ingere 186 grammes de plomb. II portait 
d ailleurs les signes complets de 1 intoxication saturnine. 

5 Fumeurs. Demandez a un fumeur de profession pourquoi il fume, il 
vous repondra : C est parce que j ai fume; et pourquoi il a fume : G est 
parce que j ai vu fumer autour de moi. Une simple imitation, troublee d or- 
dinaire au debut par les accidents les plus desagreables et poursuivie courageu- 
sement sans plaisir ni profit, voila 1 origine que le vulgaire des fumeurs attribue 
a 1 habitude qu ils ont contracted. Le fait est exact, mais ne saurait etre consi- 
dere comme une explication. II a un fondement physiologique dont le public 
qui ne reflechit pas ne se rend pas compte, mais qui necessairement existe et 
sur lequel doit reposer 1 explication cherchee. On a pretendu que 1 usage du 
tabac amenait une excitation cere brale, et que les fumeurs, avec plus ou moins 
de conscience, recherchaient cette excitation. G est meme la uue opinion qui 
obtient facilement 1 adhesion de beaucoup de ceux qui se posent le probleme 
dont nous cherchons la solution. Toutefois une pareille assertion trouve a notre 
connaissance, parmi les fumeurs qui s observent eux-memes, d assez nombreux 
contradicteurs, pour qu il nous semble difficile de 1 admettre en these generale. 
Sans nier que le phenomene d une excitation cerebrate possible soit en rapport 
avec 1 action physiologique du tabac telle que nous 1 avons etudiee, et soit 
recherchee par un certain nombre de tributaires de la regie, il faut reconnaitre 
que, pour uu nombre non moins grand de ceux-ci ce phenomene est etranger 
au developpement de leur habitude favorite. Voili pourquoi nous voudrions 
trouver a cet usage si universellement repandu une explication plus gene rale- 
ment confirmee par les sensations qu analyse une observation reflechie, et nous 
nous demandons si cette explication ne pourrait pas etre fournie par d autres 
faits que celui de 1 excitation cerebrale. 

Ce qui doit attirer notre attention, c est que le tabac n est pas le seul produit 
du regne vegetal que des populations entieres machent, fument ou prisent. A 
cote du tabac on peut citer le betel, 1 opium, la coca, etc., de telle sorte qu a 
conside rer 1 humanite entiere le phenomene d habitude qui nous occupe se 
presente avec une generalite digne de remarque : 1 usage du tabac n est que 
1 espece ; 1 usage d une plante produisant un effet particulier sur les organes du 
gout ou de 1 odorat, voila le genre. Tandis que certains s habituent a sucer 
presque continuellement des pastilles ou d autres sucreries, d autres tiennent 
sans relache a la bouche de petits tubes contenant soit du camphre, soit du 
goudron, d aulres enfin se contenteut de machonner impitoyablement un pauvre 
cure-dent ! L explication presentee plus haut ne saurait etre applicable a tous 
les cas, alors qu elle nous parait insuffisante dans le cas du tabac lui-meme. 
Mais, si nous refiechissons a ce qu il y a de general dans 1 usage de tous ces 
produits vegetaux, nous reconnaitrons aisement qu il a pour resultat de tenir 
en activite des sens qui n y entrent qu a de courtes pe riodes de la vie quotidienne, 
et nous aurons a nous demander si ce qu ont cherche les populations entieres 
qui ont contracte un pareil usage, ce n est pas justement la mise en activite de 
ces sens. Telle est, en effet, la consequence directe de 1 action de macher, 
priser ou fumer le tabac; et cette consequence est facilement et immediatement 



272 TAbAC (TOXICOLOGIE). 

perceptible. C est la que nous trouverons Implication veritable d un phenomune 
si general ; et, sans nier que 1 effet ulterieur du tabac, du betel, et surtout de 
1 opium, ait pu entrer tantot pour quelque chose et tantot pour beaucoup dans 
1 intensile que prend I habitude d en faire usage, a notre avis, ce qui a amene en 
premier lieu cette habitude et ce qui a contribue puissamment a sa propagation, 
c est la satisfaction qu 6prouve 1 homme a sentir les organes de ses sens en 
pleine activite. Une telle explication nous parait d autant plus fondee qu elle 
recoit une confirmation de ce fait que 1 usage des produits vegelaux dont nous 
parlons a toujours commence par la mastication, precede simple et a la portee 
des peuples primilifs et qui n agit pas sur le cerveau avec autant d intensite 
que 1 aspiration de la fume e de la plante brulee. Plus tard, lorsque 1 usage 
de la plante est repandu, elle est utilisee par des precedes plus complexes. Au 
debut, on la niache; ce n est qu ulterieurement qu on la prise ou qu on la fume. 

En presence de cette grande passion de fumer qui s est imposee a la socie te 
contemporaine, 1 hygieniste, nous 1 avons dit, est oblige de faire de sages con 
cessions. II peut, en reservant sa defense absolue pour certaines idiosyncrasies 
absolument refractaires et pour certaines maladies, permeltre 1 usage, afin de 
s elever avec force conlre 1 abus. Les conditions sine qua non qu il doit imposer 
sont : 

De nc jamais fumer a jeun ni avant les repas; de ne jamais fumer non plus 
dans sa chambre a coucher; de ne pas consommer plus de deux ou trois cigares 
par jour ou leur equivalent en pipes ou en cigarettes un cigare apres chaque 
repas ; de choisir des pipes a longs tuyaux et a recipient, d interposer entre 
le cigare et la cigarette d une part, et les levres et la bouche de 1 autre, des 
tubes en ambre ou en bois. La nicotine, qui ne se vaporise qu a 250 degre s, se 
redepose vite des qu elle a franchi le fourneau incandescent, aussi la cigarette 
ou le cigare seront jetes des qu ils auront etc aux trois quarts fumes. Us ne 
seront jamais rallumes, si ce n est absolument au moment ou ils viennent de 
s eteindre. Inutile de doul ler Ja quantite du poison qui y est contenu. 

Nous savons que bien des gens depassent sans prejudice, apparent du moms, 
les limites que nous venons de poser. Mais nous allons voir se derouler aussi 
une serie d accidents serieux ou meme mortels, epee de Damocles suspendue 
sur la tete des malheureux qui, decuplant les dangers du tabac par ceux de 
1 alcool, ne peuvent vivre qu assis devant un verre, une pipe a la bouche, dans 
un cafe ou un cercle dont I atmosphere est empoisonnee par la fume e de tous. 

Dans ce paragraphe, nous nous bornons, on le sail, a exposer les accidents 
locaux, voici ceux qui menacentles fumeurs a outrance : { irritation des levres, 
des dents, des gencives, de la langue, du pharynx, du larynx, de 1 oesophage et 
de I estomac. Ces accidents ont ete tres-bien mis en lumiere par un travail de 
Laycock, insere dans le London Med. Gazette, nouvelle serie, t. Ill, 1840, et traduit 
et annote par Guerard dans le tome XXXVIII des Annales d hygiene publique, 
p. 557. Le ptyalisme est parfois aussi abondant que chez les chiqueurs. La 
pharyngite granuleuse, la surdite, la toux laryngee incessante, ont ete observers. 
Nous avons sous les yeux un exemple saisissant de cette derniere chez un de 
nos parents bien portant d ailleurs, que nous ne pouvons faire renoncer a de 
grands exces de cigarettes. Enfin, 1 excitation primitive des tissus peut reveiller 
certaines predispositions qui ne se seraient peut-etre jamais manifestoes sans 
cela. Deja des chirurgiens avaient a cet egard donne le signal d alarme, mais 
c est surtout le remarquable memoire du professeur Bouisson qui a fait une 



TABAC (TOXICOLOGIE). 275 

profonde impression (Du cancer buccal chez les fumeurs, in Tribut a la chi- 
rurgie. Paris, 186l,t. II, p. 258). 

La substance malfaisaule dans la fumee de tabac, malgre le dire dc Volil et 
d Eulenberg, est la nicotine. Heubcl, Schloesing, Dragendorff et Valentin P.ose 
1 ont mis hors de doute. iYy en a-t-il pas d autres? Kissling, a Breme, a instilue 
des experiences pour le savoir. II a trouve dans la fumee qu il a analysee divers 
principes veneneux : 1 oxyde de carbone, Phydrogene sulfure, 1 acide prussiqur 
et la picoline. Mais ces substances y sont en tres-faible proportion et d aillcnrs 
leur extreme volatilite permet de les negliger comme danger sericux pour les 
fumeurs ; il n en est malheureusement pas de meme de la nicotine (Journal 
d lujgiene, 1882, p. 555). Grehant, au nom d une experimentation mal coin in , 
avail bien tente d effraycr les fumeurs sur les dangers que lenr faisait cncourir 
1 oxyde de carbone, mais Le Bon a retabli la verite : pour produire unc quanlite 
nuisible d oxyde de carbone dans une chambre d ctudiant, cubant 50 metr. s, 
et ou 1 air ne se renouvellerait pas a travers des fissures, il faudrait y fuiuer 
30 pipes, 25 cigares de 10 centimes ou 250 cigarettes. A ce moment, la chambiv. 
contiendrait un nuage tellement opaque qu on serait oblige d ouvrir toutes les 
ouvertures (France medicate, 1880, p. 50 i). 

Quant a la nicotine, il resulterait d expi ; i -iciu-es faitcs par un chimisli- 
distingue de Poitiers, Malnport, qu il en passerait par la bouche d un fumeiir 
environ 9 pour 100 du poids du tabac consomme par lui (Sur le lulxic </ /<?* 
substances enivrantes, par A. Guerard, mAnnales d hygienepublique, t. XL\ 111, 

^wl t \ 

p. o2o). 

EFFETS GEWERAUX. La liste est longue des maladies qui peuvent etre produites 
par 1 absorption chronique du tabac. Certains nicolinopbobes 1 ont certainement 
exageree, mais il y a malbeureusement assez de faits facbeux pronves pour 
n avoir pas recours a 1 byperbole. Nous allons, en parcourant les diverses 
classes de maladies, indiquer celles qu une critique froide et serieuse doit 
rapporter au poison qui nous occupe. 

1 Maladies du sysleme nerveux. Qu on la demande a 1 alcool, a 1 opium, 
a la nicotine ou a un excitant quelconque, toute forte excitation du cerveau et 
des nerfs se fait payer plus tard par une depression. 

Les effets de la nicotine se portent principalement sur le bulbe ct la protube 
rance, beaucoup nioins sur les hemispheres cerebraux. J ai deja dit que bini 
des fumeurs declarent n avoir trouve dans la satisfaction de leur passion favorite 
ancun seconrs pour entrainer cbez eux le travail intellectuel, secours que le 
cafe et 1 opium surtout donnent si energiquement, mais ce dernier en le faisant 
payer plus tard bien clier. Aussi je n accepte pas facilement la distinction 
etablie dans la remarquable these de Fonssard, parmi les effets cerebraux du 
tabac, entre les consommateurs qui les font servir a un travail utile et ceux 
qui n y recherchent que 1 excitation a des reveries steriles. Ge que 1 expenence 
ne demontre que trop, c est que les echappes de college qui se mettent a 
outrance au cigare deviennent incapables de tout travail serieux (voy. dans la 
Gazette des hopitaux, I860, n 76, Particle de Decaisne : Effets du tabac a 
fumer chez les enfants). Mais ces exces ne sont chez eux, d ordinaire, que la 
manifestation d un etat d emancipalion ginerale entrainant en meme temps 
Phabitude de boire et du reste, comme dit Lafontaine. G est ainsi que s est 
cre ee en France la detestable jeunesse qui s est fletrie elle-meme du nom de 
petils creve s. D apres les statistiques encore incompletes, il faut Pavouer, de 

WCT. ENC. 3 s. XV. 18 



J7i TABAC 

Bertillon et de Coustan, dans toutes les ecoles speciales les grands fumeurs 
seraient en majorite parmi les eleves les moins bien classes et qui perdent des 
rangs aux examens de sortie (Revue cl hygiene, 1881, p. 841). A tout age, 
d ailleurs, la diminution de la memoire, une cerlaine irritabilite psychique, la 
moins grande aptitude au travail, 1 indolence de 1 esprit et la paressc, se ren- 
contrent frequemment chez ceux qui font de grands abus de tabac a fumer. 

Quant aux aifections qui ont leur siege dans les hemispheres cerebraux, la 
moelle et les nerfs, la folie, la paralysie generate, 1 apoplexie, les myelites, 
1 epilepsie, etc., on a plus d une fois, il est vrai, constate, dans les anamnestiques 
des malades qui en sont atteints, des exces de tabac, mais on ne possede aucun 
document serieux pour faire jouer a ceux-ci le role d une cause vraiment 
el ficiente. Certains alienistes ont certainement beaucoup exagere une pareille 
pathogenic dans les maladies qui sont de leur ressort. Ainsi, sur 59 affections 
graves des centres nerveux, Tamisier en aurait trouve 41 chez des fumeurs 

o 

(Bull, de CAss. franc, contre I abus dit tabac, n o), et le professeur 
Lefebvre (de Lou vain) affirme sans preuve directe, mais par induction , que 
la nicotinisation est puissante pour produire la folie paralytique (Ann. me d. 
psych., mars 1871). L opinion commune que nous partageons a de la peine a 
accepter ces manieres de voir. Le mot de fumeur est bien elastique. Qui n a pas 
fume plus on moins dans sa vie? Nous avons connu un jeune docteur, tres- 
intelligent et d une sobriete exemplaire, qui, suivant un service d hopital 
dirige par nous, qualifiait d alcooliques les gens qui prenaient du vin a Icurs 
repas. 

Blatin (de Clermont-Ferrand) a insere d interessantes Recherches cliniquex 
sur le tabac dans le tome LXXVIII du Bulletin de the rapeulique, p. 589 ; il y 
cite le fait d un medecin de Paris, fort distingue et fort connu, qui prisait 
beaucoup et qui presentait dans les mains un tremblement assez fort pour 
1 empecher d ecrire. Chaque fois que ce confrere avail la force de se priver 
quelque temps de tabac, le tremblement disparaissait. Le meme auteur parle 
encore de plusieurs grands fumeurs chez lesquels il a observe des vertiges 
excessivement desagreables. E. Decaisne rapporte egalement dans la Gazette 
des hopitaux de 1869 le fait d un vertige stomacal intense qui ne prit fin que 
lorsque le malade cessa de fumer. 

Maladies des organes des sens et des organes ge nitaux. Les seules ma 
ladies des organes des sens qui doivent etre legitimement rapportees au tabac 
sont 1 otite et 1 amblyopie. 

L otite peut dependre d un effet local, 1 extension par la trompe des granu 
lations du pharynx. Mais Triquet decrit en outre une autre surdile due a une 
lesion du nerf acoustique qui passerait par deux periodes, une d excitation 
(erethisme, intolerance pour le bruit, sifflements, etc.), et une de depression 
et de paralysie. Theoriquement, une pareille maniere de voir est parfaitement 
en rappport avec 1 action connue du tabac sur Je systeme nerveux. Pratiquement, 
Triquet avoue lui-meme que les malades chez lesquels il a incrimine le 
tabac etaient aussi des alcooliques, ce qui rend difficile a faire la part de chacun 
des deux toxiques. Nous allons retrouver la meme difficulte pour la maladie 
suivante. 

Amblyopie nicotinique. L dtude de cette question a fait de serieux progres 
depuis 1865, epoque ou Follin, re agissant avec raison contre de grandes exage- 
rations, restreignait trop cependant le nombre de cas oil le tabac peut nuire a 



TABAC mxu-.oi.oaiE). 275 



la vue >voy. AMAUUOSE). Nous sommes oblige de tenir conipte des recherches 
importantes qui ont ete faites depuis lors. 

Aux travaux primitifs de Mackensie, de Desmarres pere, et surlout deSichel, 
il faut ajouter ceux de Ilutchinson, de Wordsworth, de Critchett, de Velut, de 
Masselon, de Galezowski, et enfm Tinteressante these d un eleve de ce dernier, 
Charles Martin (De Tamblyopie nicotinique, these de Paris, 1878, n 94). 

Martin combat les alfirmations oulrees de quelques-uns de ses predecesseurs 
et specialement celles dc Masselon, qui pretend avoir rencontre a la clinique 
de Wecker un cas d amblyopie nicotinique sur 5! malades, et explique 1 erreur 
par ce fait qu on a souvent pris les mefaits de 1 alcool pour ceux du tabac. 
Sur 40 181 malades qui se sont pre sentes a la clinique de Galezowski, Martin a 
Irouve 295 cas d amblyopies toxiques dont 221 cas d amblyopie alcooliques, 
56 cas d amblyopies liees a Tabus du tabac et de 1 alcool et 22 a Tabus du 
labac seul; ce qui reviant a dire qu il n y a eu qu un cas d amblyopie nicotinique 
l>ure sur 2095 malades et un cas d amblyopie mixte sur 824. 

Le tabac a fumer et tres-rarement la cbique sont uniquement incrimines. 
Les principaux symptomes dc Tamblyopie qui nousoccupe sont : 1 la dimi 
nution de la vue a distance; 2 la perversion de la perception dcs couleurs. 11 y 
a d abord une diminution dans la facullo de reconnaitre les couleurs mixtes et 
pen tranchees : le vert et le rouge, par exemple, paraissent jaunes; la monnaie 
d argent n est point distinguee de la monnaie d or. Mais le trouble le plus 
marque est celui que Galezowski a appele le contraste morbide et successif 
des couleurs et que son eleve decrit ainsi : Quand on presente au malade un 
tableau sur lequel se trouvent re unies toutes les couleurs, il est comme ebloui 
et ne peut en reconnaitre aucune. Ne laissez plus alors qu une seule couleur a 
portee de sa vue en ayant soin de cacher les autres, il la distinguera parfaite- 
ment. Mais montrez-lui le bleu qu il aura bien apprecie et faites-lui voir 
immediatement apres le jaune, Tcrreur se produira, il croira voir du vert; de 
meme qu on lui fasse voir le bleu immediatement apres le rouge, il le prendra 
pour le violet. Ce phenomene tient evidemment a la persistance des impressions 
lumineuses sur la retine. C est une repetition physiologique de ce qu on obtient 
en physique a Taide du disque de Newton; 5 Taffaiblissement de Tacuite 
visuelle; 4 le myosis, que Galezowski n a vu manquer que deux Ms. A Texamen 
ophthalmoscopique parfois on ne trouve rien, mais le plus souvent on constate 
un spasme des arteres (parfaitement en rapport avec Taction physiologique); par 
place, ces vaisseaux deviennent filiformes, on dirait meme qu en certains 
ondroits ils s atrophient ; les veines pre sentent des alternatives de dilatation et 
de contraction, se traduisant par des ampoules, des sinuosites, des varicosites. 
Kutin, on observe souvent un pen d anemie de la pupille a la partie externe. 

En somme, les troubles de la vue lies a Tintoxication par le tabac se pre 
sentent sous trois formes : 1 amblyopie binoculaire; 2 amblyopie monoculaire 
avec scotome central ; 5 amblyopie mixte par Talcool et le tabac. 

Quoique ayant des points de ressemblance, les amblyopies alcooliques et nico- 
tiniques presentent aussi des caracteres bien tranches a 1 aide desqueJs Martin 
arrive a les separer : la pupille dilatee dans Tamblyopie alcoolique est re trecie 
dans Tamblyopie nicotinique; le debut brusque dans celle-la est lent dans 
celle-ci ; la marche irreguliere et presentant des alternatives de mieux et de 
pire dans la premiere est lente et continuellement progressive dans la seconde 
dansl une, les deux yeux sont toujours atteints au meme degre; dans Tautre 



2 /6 TABAC (TOXICOLOGIE). 

ils ne sont pas toujours fiappes tous les deux ou Lien ils ne le sont pas en 
meme temps et presentent rarement le meme degre d aflaiblissement. ici les 
malades voient beaucoup moins Lien le soir que le jour. Ils ne presentent ni 
hallucinations, ni illusions de la vue, ni diplopie. Les alcooliques, au contraire, 
sont incommodes p :r une vive lumiere, voient mieux le soir et se plaignent 
d hallucinations, de verliges, de polyopie et de diplopie. 

Comme conclusion derniere, Martin affirme, ce qui est d ailleurs generalement 
admis, que les troubles visuals d origine nicotinique ne sont pas graves. La 
vue peut rovcnir d line maniere complete, si les malades se resignent a sns- 
pendre absolument 1 usage du taLac, sous quelque forme que ce soit. Aussi 
doit-on exiger, non pas la diminution de la quantite de tabac, mais une absten 
tion complete ct absolue de ce toxique. 

La diminution des faculte s gene siqucs a die aussi imputce aux abus du tabac 
et, sans contester formellement ce dire, nous pensons qu il faut tenir compte 
de tous les autres exces qui, cbez les jeunes gens, marchent avec 1 usage precoce 
ilu tabac. On ne peut que sourire a ces bistoires de moines italiens moiiifiant 
leur chair par Yherbe sainte ou divine, ou a. la proposition au moins excentrique 
de Demeaux de faire fumer les collegiens pour les preserver de 1 onanisme! 
Nous ne pouvons prcndre tres au serieux non plus les experiences de \Vriyht 
qui, faisant manger du tabac a des chiens, observail cbez eux un eloignement 
absolu pour les approches sexuelles (Ann. d hyg. publ., t. XXXVIII, 545). Ces 
pauvres betes etaient a moitie mortes! 

Mais on a publie des fails plusprobants. Segalas, Martin-Damourette, ont vu 
des cas de frigidite ge nitale chez de grands fumeurs ceder au renoncement 
complet a leur habitude. Dans une discussion recente de la Socie te de me decine 
pratique et d hyyiene professionnelle, le docteur Ve riteet Le Roy de Me ricourt 
ont affirme avoir fait des observations analogues (La sante publique et Le Mont- 
pell ier medical, 1885, p. 60). 11 y a la assez de temoignages serieux pour que, 
consulle par un anaphrodisiaque, nous songions a 1 inlerrogerdansce sens, alors 
meme que la pathogenic de pareils accidents ne soit pas bien claire. Nous avons 
bien parle de Faction destructive de la nicotine sur les microbes, mais nousn ose- 
rions 1 ctendre a priori aux spermatozo ides et nous aimerions mieux croire a la 
paresie secondaire des nerfs honteux. 

Quant aux pertes seminales attributes par certains a la meme intoxication, 
cette assertion parait en opposition avec la precedente. 

Maladies du cceur et des poumons. Les effets nuisibles des exces de tabac 
sur le coeur sont ceux qui, certainement, peuvent etre le moins contestes. Les 
experiences physiologiques temoignent energiquement en faveur de cette e tiologie. 
Sous 1 influence du tabac, le pouls devient plus dur et se ralentit, mais bientot, 
au contraire, les battements cardiaques se precipitent et, pour peu que la dose 
soit elevee, arrivent a ne pouvoir se compter. Heureusement que I accovitumiince 
se fait vile d ordinaire; mais le coeur perturbe peut, s ilexisfe des predispositions 
ou si 1 intoxication est poussee a 1 extreme, se ne vroser, devenir le siege de 
symptomes pcnibles et presenter meme pcut-etre, au temoignage de Peter, des 
modifications anatomiques de son tissu et surtout de son epithelium. 

Cesnevroses nicotiniques du coeur, il n estpas de praticien qui n en ait observe, 
mais certains anteurs les ont miscs plus nettement en evidence en les exagerant 
quelque peu. A la tele de ceux-la, il faul ciler Decaisne (Compte rendu delAcad. 
des sc., mai 1865). Sur 88 fumeurs qu il a ausculles sciieusement, Decaisne en 



TABAC (TOXICOLOGIE). 277 

a trouve 28 qui, independamment de toute lesion orpanique, lui ont pre sente 
des intermittences du cceur et du pouls, lesquelles guerirent p;ir la cessation de 
1 habitude prise lorsqu elle put etre obtenuc. Plus tard, en 1879, dans le sein 
de la Societe de medecine publique et d hygiene professionnelle, Dccaisne est 
venu renouveler ses affirmations. Dans une lecture qui fit quelque sensation : 
Les femw.es qui fument, il resuma une douzaine d observationsou il a retrouve 
chez ces nouvelles adeptes du tabac les memes symptomcs cardiaques que chez 
leurs devanciers. Au sein de la meme sociele des accusations plus graves encore 
viennent d etre ibrmulees 1 annee derniere par Tallin et Le Roy de Mericourt. 
Deja, du reste, Beau et Peter avaient soutenu 1 opinion quc 1 abus de fumer 
pouvait occasionner des acces d angine de poilrine. Vallin, longtemps incredule, 
a-t-il dit, a vu assez re cemment plusieurs cas de ce genre, notamment chez un 
jeune officier tellement sature par des exces de nicotine, qu il ne pouvait supporter, 
sans avoir une crise, que ses camarades fum assent dans son appartement. Quanl 
a Le Roy de Mericourt, c est sa prop re observation qifil a rapportee, en s accusant 
lui-meme d avoir, a une epoque, abuse du tabac. Subitement, il ctait pris de 
palpitations du cosur tellcs que le pouls devenait presque insensible ; la radiale 
ne donnait plus au toucher que la sensation d un fremissemcnta peine perceptible. 
Le corps etait inonde de sueur froide; il y avail un elat lipothymique. Rien ne 
pent ressembler mieux a 1 approche d une niorl tranquille. 

Dans le nicotisme, dit Huchard (Bull. yen. de the rap., t. CV, p. 194), le 
tabac peut produire (quoique tres-rarement) les accidents de I anginede poitrine 
vraie par spasme des arteres coronaires, peut-etre aussi par lesion arlerielle, ou 
encore ceux des pseudo-angines soil par nevralgie, soil par 1 intermediaire des 
troubles dyspeptiques. 

A en croire le vulgaire, c est sur le poumon surtout que la fumee de tabac 
exercerait ses ravages; il est cependanl loin d en etre ainsi, et, a part 1 irritation 
topiquequ ello peut produire et a laquelle nous avons deja fait une part assez 
serieuse, ce n est pas sur cctorgane qu ellel rappe ses coups les plus redoutables. 
Nous avons meme vu que la nicotine est un agent prophylactique contre la 
luberculose. 

Ici, comme ailleurs, les accidents nerveux sont surtout a redouter et il 
existe un pseudo-asthme nicoliniqiic : subitemcnt apres une orgie de tabac, 
le sujet eprouve comme une grande privation d air, il se croit menace d as- 
phyxie, il lui scmble que la respiration va s arreter. Tres-effraye, il n ose plus 
confier a 1 action reflexe le soin de mouvoir le soufflet thoracique el, inter- 
venant par des mouvements volontaires, il se livre a de profondcs inspirations 
qui restent J aciles. Cette sorte de crise se dissipe assez rapidement, il y a plus 
de peur que de raal. Dans le Memoire deja cite, Blatin a bien etudie ces 
phenomenes. II relate, en outre, un cas d asthme veritable qu il attribue a la 
meme cause. 

Maladies des organes digestifs. Tout fumeur a outrance devient un 
dyspeptique(i>oy. entremille autres les fails rapporles par Andrieux de Brioude, 
dans le n d avril 1868 du Journ. des mal. chron.). Le tabac, apres avoir stimule, 
par 1 entremise du grand sympatbique, les fibres lisses de 1 intestin, les jette 
dans un etat de pare sie, s il agit longtemps a des doses elevees. En meme 
temps, la salive est trop souvent expulse e au dehors avec abondance, le sue 
gastrique et le sue pancrealique sont taris, d ou anorexic, gastralgie, vomisse- 
ments, diarrbeeet touslessymptomesde ladyspepsie atonique ou de la dyspepsie 



278 TABAC (TOXICOLOGIE). 

nerveuse. 11 c^t vrai que le socins du tabac, 1 alcool, vient souvent ajouter ici scs 
propres mefaits. 

L habitude de fumev a jeun cst, nous 1 avons deja dit, plus specialement 
hostile aux fonctions digestives. Nous admcltons au contraire assez volontiers 
que chez les individus bien portants 1 usage de fumer moderement apres le 
repas aide la digestion. 

Nous venons d enume rer bien des maladies que les abus du tabac peuvent 
engendrer, le nier serait etre aveugle. Et Dependant, si nous interrogeons nos 
souvenirs, et si nous passons en revue sommaire le nombre considerable des 
malades que nous avons vus soil dans les hopitaux, soit dans notre clientele, 
les nicotinises que nous avons trouves sur notre route ont ete plus rares 
qu on ne pourrait le croire et que certains ne 1 ont dit. Que d abus restent 
impunis ! Que de gens menaces des foudres de 1 hygiene qui sont encore la 
souriant devant nous, la pipe a la bouche ! C est qu il faut ici plus qu ailleui s 
encore tenir compte des idiosyncrasies quelquefois si refractaires centre le 
tabac et plus souvent debonnaires. II faut aussi tenir compte de la facilite 
d assuelude que la nicotine possede a un baut degre. Et cette tolerance acquise 
ne pourrait-elle se transmctlre quelque pen par heredile? A part ce dernier 
point de vue qui nous est personnel, nos conclusions sont voisines de cellos 
ijii i ont ete recemment ibrmulees par Lagneau (Bull, de PAcad. de med., 
24 mai 1881, p. 673). 

Le plus grand mal du nicotinisme, c est, dans bien descirconstances, 1 aleoolismc. 
qui trop souvent arrive derriere lui. Et combien sont differentes au point de 
vue de leur gravite ces deux intoxications chroniques ! Songez aux lesions 
organiques ct matt rielles de celui-ci et cherchez les lesions de celui-la. Les 
maladies produites par 1 alcool so nomment, enlre autres, Tatherome, lacirrhose, 
la nephrite, ct elles s incrustent a tout jamais au sein des tissus. Celles du tabac 
sont la dyspepsie, les palpitations, la toux, 1 amblyopie, etc. Au premier retour 
de sagesse, des que 1 im prudent finit par ouvrir les yeux, elles s evaporent 
d ordinaire, comme la fumee a laquelle est due leur origine! 

I.NFLUEJVCE DU TABAC SDR LA SAME DES OUVRIERS OCCUPES AUX DIFFERENTES 
PREPARATIONS Qu ON LUI FAIT SOBIR DANS LES MANUFACTURES. Sur C6 nOUVrail 

terrain, nous allons nous trouver encore au milieu des cxagerations des optimistes 
et des pessimistes, ceux-ci a nos yeux tenant de beaucoup la corde. 

A vivre au milieu d un poison et a en etre toujours impregne, qui pourrait y 
resisler 1 Et cependant il y a longtemps que Saintpierre et moi avons constate la 
bonne sante des ouvrieres qui preparent le verdet. Mais pour le tabac, ce jury 
auquel bien pen d esprits savent resister, 1 opinion populaire, a rendu le verdict 
coupable , et desmedecins celebres se sont complu a 1 enregistrer et meme a 
le rendre plus severe. 

Ramazzini a onvert en quelque sorte le leu (De morbis artificum. Geneve, 
p. 555) : s appuyant sur 1 opinion de Van Helmon t, de Morton, de Theophile Bon 
net, qui ont constate non solum ex tabaci fiimo, sed eliam ex usu pulveris, que 
1 estomac otait ronge par des fuliginosites, k-s poumons flasques et desseches, 
rabdomen et le cervoau lui-meme le theatre des plus graves desordres orga 
niques, il conclut que ceux qui manipulent tons les jours une plante aussi 
terrible doivent etre alteints des maux les plus graves. Son traductenr Fourcroy 
rencherit sur lui etajoute au texte des notes alarmantes. Cadet-Gassicourt dit en 
parlant des memes ouvriers qu ils sont sujets aux vomissements, aux coliques, 



TAI1AC (TOXICOI.O(.IK). 279 

mix affections aigues ou chroniques de la poitrine, qu ils ont souvent des verliges, 
des flux de sang, etque, sans etre naturellement ivrognes, ils ont du gout pour la 
boisson . Co dernier point n cst, par matheur, que trop vrai, ce qui explique 
bien des choses. Les Elements d hygiene de Tourtel partagent les memes 
idees. 

En 1822, dansunc nouvelle edition du livre de Ramazzini et de Fourcroy, 
Patissier insere sans protestation les accusations de ses devanciers et ajoute que 
les ouvriers qui travaillent le labac sont en generel maigres, decolores, jauneset 
asthmatiaues. 

j. 

Enfm, quant a Merat, son article du Dictionnaire des sciences medicates est, 
comme nous 1 avons deja dit, celui d un nicotinophobe absolu. 

Bisons, sans aller plus loin, u la decharge des auteurs que nous venous de 
citer, qu a leur epoque les manufactures de tabac, comme d ailleurs toutes les 
autres, etaient, au point de vue dc 1 liygiene, dans un etat deplorable. Aujour- 
d hui, les plus heureuses et les plus completes ameliorations y ont ele intrn- 
duites. 

Parent Duchalelet el d Arcet vinrent reagir energiquement et avec raison centre 
des tableaux si sombres, mais ils depasserent un peu la mesurc comme tons 
ceux qui se sont inspires uniquement des documents officiels venus de 1 admi- 
nislration des tabacs et des medecins qu clle a altitres. Yoici un resume des 
conclusions de ces deux savants hygienistes : 1" dans la plupart des fabriques, il 
est sans exemple qu un individu n ait pu s accoutumer aux emanations du tabac; 
2 tout ce qu on a debite sur la frequence des nausees, des vomissements, des 
diarrhees, des coliques, des hemorrhagies, chez les rapeursde tabac, estune pure 
supposition; il en est de meme pour les cephalalgies, les sternutations, la perte 
d appetit, la fetidite de 1 haleine, les affections aigue s et chroniques de la 
poitrine, les cancers et autres maladies semblables; 5 ce que disent les memes 
auteurs sur la decoloration de la peau des ouvriers employes au tabac, sur la 
teinte jaune de leur facies, sur leur maigreur et leur emaciation, prouve qu ils 
ne les ont pas observes eux-memes on du moins qu ils n ont vu que des excep 
tions a la regie generale; 4 enfm le tabac n altere pas la sante d une maniere 
visible dans les premieres annees consacre es a sa manipulation, il ne lui apporte 
pas meme le moindre prejudice dans un age plus avance ; les ouvriers qui le 
travaillent atteignent et meme depassent la liinile ordinaire de la vie bumaine 
(Ann. d hyg. publ. et de me d. leg., 182 ( J, t. I, p. 169). 

A propos des maladies contagieuses, nous avons deja parle d un rapport 
remarquable ou, mettant a profit les documents fournis en 1842 par les mede 
cins des manufactures de tabac tie Paris, Le Havre, Lille, Strasbourg, Lyon, 
Marseille, Toulouse, Tonneins, Bordeaux et Morlaix, le vicomte Simeon a cru 
pouvoir concluie que rhygiene de ces grands ateliers ne laisse rien a desirer. 
11 ajoutait que, pendant tout le courant de 1 annee, nulle part aucune maladie 
serieuse n avait pu elre rapportee au tabac; que deux ateliers seulement, celui 
de la fermentation du tabac a priser et celui du scaferlali, avaient pu impres- 
sionner reellement un tres-petit nombre de sujets d une tres-grande sensibilite 
nerveuse, mais que chez tous les autres ouvriers, a partquelques petits malaises 
tres-passagcrs au debut, il n existait aucune veritable incommodite. 11 terminait 
enfm par la constatation de 1 action prophylactique de Fatmosphere des manu 
factures contre certaines maladies epidemiques et la phthisic pulmonaire. 

Les resultats parurent si interessants qu une letttre ministerielle, en date 



^0 TABAt, ^TOXICOLOGIE). 

du 2 mai 1843, invita 1 Academic de medecine a s en occuper. L Academie 
nomma une Commission au nom de laquelle, dans la seance du 22 avril 1845, 
Alclier fit un rapport plus curieux peut-etre qu approibiuli. C est avec des idecs 
preconcues et apres quelques promenades dan? la seule manufacture de Paris 
<|iie le savant academician accomplit son oeuvre. Theoriquement et a priori, 
dil-il, il est difficile de concevoir qu il puisse etre indifferent de sejourner an 
milieu des emanations d une plante qui possede un poison aussi violent qne la 
nicotine. Aussi il s appesantit en les exagerant sur les phenomenes d accli- 
jnntement que nous avons deja signale s. Cependant il s etonne de voir, dans uu 
pareil milieu, les ouvriers priser et chiquer, ne se lavant pas meme les mnins 
pour manger (ce dernier fait, nousl avons egalement note nous-meme dans les 
1 abriques de verdet), n allant pas a 1 air au moment des repas, et se coucliant 
alors sur les masses de tabac en feuilles et en poudre. Et que trouve-t-il chez 
dc pareils imprudents? Un peu d aneniie, quelques troubles gastriques. 1 uis 
arrive I histoire de cette accoucliee de Stollz, ouvriere au tabac cliez laquelle les 
c;ui\ de 1 amnios posscdaient 1 odeur de nicotine. Cependant, en vain Melier fait 
;in;ilyser les urines de ces mallieureux empoisonnes par un chimiste distingue, 
I 1 . Boudet, impossible d y trouvcr la moindre trace d alcaloide. Le rapporteur 
n cn reste pas moins sous Tinfluence de ses preoccupations initiates. S il voit 
autour de lui des gens qui depuis cinquante ans se livrent aux memes travanx, 
il ne trouve pas de beaux vieillards (ou y en a-t-il dans les manufactures?). 
Et puis, voici une experience sombre. Un joli rosier couvert de fleurs t une pri- 
mevere sont places dans I atmosphere empestee ; trois jours apres ils etaient 
lanes. II est vrai qu au bout de quelques jours ces plantes se couvrirent de nou- 
vraux bourgeons et que dans le meme local des lapins et des oiseaux gamba- 
dtiient cbacun a leur tnaniere, en tres-bonne sante. 

Ce rapport provoqua une discussion generale. Villerme, Moreau, Villeneuve, 
dcrardin, Segalas, Chevalier, Caullier de Claubry, Castel, Londe, de Lens, 
Desportes, Laugier, Rochoux, Fontan, Bricheteau, Gasc de Tonneins (ce dernier 
un pessimiste qui, a Tonneins, a constate, assure-t-il, toutes sortes d affections 
ncrveuses, des convulsions, des tremblements, 1 apoplexie, I epilepsie, etc.), y 
prirent part. Somme toute, 1 Academie conclut qu il etait possible que la fabri 
cation du tabac eut des inconvenients, possible aussi, quoi qu un peu moins. 
qu elleeut des avantages et qu il etait tres-urgent dc se procurer de nouveau.v 
documents. C etait, on le voit, ne pas risquer beaucoup de se comprometlre. 

Ces nouveaux documents, Cbevalier ne tarda pas a les produire. Des 
recherches faites par la Socie te de medecine d Anvers sur les manufactures 
de tabac de la Belgique, et d autres recbercbes venues d Ang ^terre, il results 
que dans ces deux pays la fabrication du tabac peut bien occasionner chez les 
ouvriers des accidents passagers d acclimatement, mais qu en sommo ils sont 
generalement bien portants et que leur condition de sante n est pas inferieure 
a celle des autres ouvriers (Annales d hygiene publique, t. XXXIV, p. 500). 

Kostral, d autre part, a fait en 1868 des recherches sur 1947 ouvrieres de la 
manufacture de tabac d lglau. II a accuse leur profession de produire toutes 
sortes de maux, jusqu a des deviations uteiines etdes prolapsus de la muqueuse 
vaginale ! Sur 506 enfants que ces 1947 femmes eurent dans une periode de 
trois ans, 206 sont morts, dont 181 dans la premiere annee et le plus grand 
nombre dans les premiers mois, au moment ou les meres qui les allaitaient 
reprirent leurs travaux. 



TABAC (TOXICOLOGJE). 281 

En 187D et 1880, l;i Societe de me decine publique el d hygiene profession- 
nelle a repris cette elude, et plusieurs de ses membres out, avec une passion 
excessive, mais non point sans une certaine autorite, prononce de violents requi- 
siloires pour etalcr les mefaits du nicotisme professionucl. 

Le docteur Delaunay surtoul cst venu rendre compte d une enquete en t re 
prise par lui aupres des sages-femmos du quailier du Gros-Gaillou ou est situee 
la manufacture de la rue Jean Nicot qui emploie 2000 ouvrieres : d apres son 
dire, celles-ci auraient de tres-mauvaises grossesses. avorleraient frequemment et 
seraient de detestables nourrices. Leurs enfants blcmes et chelii s, aux fesses 
rouges des leur naissancc, mourraient en Ires-grand nombre. 

Dans une autre seance, le docteur Delaunay a repris et aggrave encore ses 
accusations et les a rangees sous les trois chefs suivants : 1 grossesse; 1 avorte- 
ment serait si frequent qu au temoignagc de Brochard (Journal de la Societe 
contre Tabus du tabac, n 7, juillet 1878, p. 18!)), dans beaucoup de villes les 
lilies-meres saveiit qu en allaut travailler dans les manufactures susdiles elles 
sont tres-exposees a fa ire des fausses-coucbes, objet de leurs desirs; Qiiinqunud, 
medecin d une societe d ouvriers de la manufacture de la rue Nicot, adrnet lui 
aussi la frequence des fausses-coucbes chez ses clicntes; 2 lactation; Ouiu- 
quaud affirme que le dicton populaire que le tabac ole le lait est tres-exact. 
Sarre, medecin de bienfaisance du quartier du Gros-Caillou, a toujours constate 
que les tabatieres etaient de mauvaises nourrices ; 5 enfant* ; ils soul 
raaigres et etioles (Quinquaud) ; ils meurent en grand nombre (Sarre). 

Lc docteur Goyard est venu formellement appuyer le dire de son collegue 
Delaunay. 11 a insiste surtout sur 1 elat des nouveau-nes : Ceux-ci presentent 
tons sans exception, mais a des degre s divers, des signes qui les differencient 
de la majorite des autres enfants. Ils sont chetifs, d une pfdeur bleme, irri- 
tables, difficiles a elever. Ils supportent tres-mal les e preuves de la dentition ; 
ils sont sujets plus que les autres a contractor les maladies de leur age et une 
fois atteints ils n olfreut aucune resistance; ils meurent en grand nombre. 

Thevenot, qui a fait aupres des sages-femmes des quartiers qui entourent la 
manufacture de Bercy une enquete analogue a celle de Delaunay, est loin d ar- 
rivcr a des conclusions aussi pessimistcs surtout sur la question des avortements. 
mais il accepte facilement que les enfants des ouvrieres travaillant au tabac soul, 
tres-difficiles a elever et meurent plus que les autres. 

N oublions pas de mentionner 1 opinion tres-sage de Brouardel, qui a fail 
observer combien etaient communs les avortements et combien mouraient faci 
lement les enfants dans les classes malheureuses de la societe. Aussi, avant d ac- 
ccpter definitivement les accusations si vives de Delaunay et de Goyard, il 
faudrait par des statistiques precises comparer ce qui se passe chez les taba 
tieres d une part et chez les autres ouvrieres de 1 aulre. 

Du reste, bon nombre de medecins attaches dans plusieurs villes aux manu 
factures de tabac out energiquement proteste contre les allegations formulees 
dans la Societe de me dccine publique. 

Hurteaux, medecin de la manufacture des tabacs de Paris, apres quarante- 
deux ans de pratique, n a pas vu 1 avortement plus frequent chez ses clientes que 
chez les autres ouvrieres. 

Le docteur Ygonin, medecin de la manufacture de Lyon depuis quarante- 
cinq ans, s est livre re cemment a une enquete scrieuse dans ce milieu. II en a 
conclu qu il n y a aucun phenomene morbide scrieux imputable au tabac, soit 



-282 TABAC (TOXICOLOGIE). 

chez les ouvrieres, soil cliez le produit de leur conception, soil chez les enfants 
qu elles allaitent. Sur 1!)0 femmes mariees sur lesquelles il a pu le plus serieu- 
sement diriger ses recherches, 165 out eu de i a 11 enfants a terme, 10 n ont 
pas eu d enfants, 17 seulement ont avorte". Joignant son temoignage a celui de 
son collegue, le docteur Lebail, qui n est, il faut le reconnaitre, que depuis peu 
de temps a la tete du service de sante de la manufacture et aussi de la Maternite 
<it de la Creche du Mans, a pu se convaincre que, chez la plupart de ses ouvrieres, 
la grossesse n avait ele nullement troublee et que 1 accouchement se faisait ;i 
terme. De meme 1 experience de la Creche lui a montre que les enfants nouveau- 
nes des ouvrieres ne sont pas plus exposes que les autres aux accidents de la 
premiere enfance (Lyon medical, 1880, p. 397). 

Enfin on trouve en 1 881 dans la Revue d hygiene et de police sanitaire, p. 1) 1 0, 
un memoire du docteur Piasecki, medecindela manufacture du Havre, intitule : 
Influence des manufactures de tabac sur la menstruation, la grossesse et la 
<(inte <lcs nouveau-nes. La statistique tros-detaillee et soigneusemenl faite dc 
notre confrere porte sur 540 ouvrieres; en voici les conclusions : 1 le tabac ne 
saurait elre consider^ comme emmenagogue ; 2 les divers travaux auxquels 
donne lieu sa fabrication n entraincnt aucun inconvenient pour la sante dus 
ouvrieres; 3 il n a pas de mauvaise influence sur la grossesse; 4 les fausses- 
couches ne sont pas plus nombreuses chez les ouvrieres de la manufacture de 
tabac du Havre que chez les femmes de la ville ; 5 la mortalite chez les 
nouveau-nes a etc considerable (225 deces sur 576 naissances), mais il faut en 
rechercher la cause ailleurs que dans 1 influcnce du tabac : logements insalubres, 
encombrement, precautions hygieniques nulles ou insuffisantes, alimentation 
vicieuse, etc. 

De tout ce debat nous conclurons, avec Brouardel, que des statistiques plus 
completes et irreprochables sont a e tablir pour en arriver a la verite. En atten 
dant, si nous sommes loin d accepter toutes les exagerations pessimistes que 
nous venons de rapporter, nous trouvons que les chiffres de mortalite chez les 
onfants et ceux de Piasecki plus que les autres, sont effrayants. II est certain 
qu apres quelques troubles passagers plus ou moins marques, a peu pres tous 
les ouvriers au tabac s acclimatent, mais la resistance vitale des enfants est si 
faible que la moindre parcelle de nicotine peut leur etre funeste. Combien peu 
faut-il d opium pour les tuer sans remission ! 

Nous ne croyons pas pouvoir terminer cet article sans parler des societes qui, 
soit en France, soit a 1 e tranger, ont tente, avec un peu d exage ration peul-etre, 
mais pour sur aussi avec une forte dose de philanthropic et de bonne volonte de 
reme dier aux abus que nous venons de signaler. M. Decroix, ancien vete rinaire 
en chef de 1 arme e, doit etre cite en premiere ligne pour le zele intelligent qu il 
a deploys dans ce but. La premiere societe qu il fonda en 1868, avec leconcours 
de MM. H. Blatin et Bourrel, s intitula : Association francaise contre Tabus 
du tabac. Cette association ayant en 1872 etendu son action a Tabus des 
alcooliques, M. Decroix craignit qu elle perdit trop de vue son point de depart 
el il institua en 1877 la Sociele contre I abus du tabac, qui fut autorisee le 
5 fevrier de la meme annee. Cette nouvelle societe a fait de rapides progres. 
Elle compte environ 1000 membres. Les recettes se sout elevees en 1882 a 
8882 francs, dont5810 francs de cotisations ; celles de 1883 ont ete de 
. 200 francs. Le fonds inalienable est arrive aujourd hui a plus de 12 000 francs, 



TABAC (BIBLIOGRAPHIE). 

dont 5000 francs provienncnt d un legs de feu A. Des Hosiers. Son journal men- 
suel se tire a 2000 exeraplaires. Tous les ans sont institues environ 1000 francs 
de prix, pour 1 obtention desqnels concourent de 50 a 60 memoires. 

II existe a Londres la British anti-tobacco Society, fondee en 1853, qui public 
elle aussi un journal mensuel. Son fondateur Thomas Reynolds etant niort, la 
Societe britannique ne parait pas beaucoup prosperer, malgre le devouement de 
Mile Reynolds, sa fille, qui continue a editer le journal. 

A Manchester il y a une societe plus recente : { English anti-tobacco Society, 
qui parait avoir plus de vitalite que celle de Londres. Elle publie a des inter - 
valles irreguliers de petites feuilles de quatre ou huit pages. 

Le R. A. Sims a terite, il y a quatre ou cinq ans, de fonder une societe contre 
le tabac aux Etats Unis, mais il a echoue. PECHOLIER. 

BIBLIOGRAPHIE. Celle-ci, pour etre complete, devrait tenir de nombreuses pages, mais 
nous en retrancherons sans scrupule la plupart des ouvrages dc 1 cpoque que nous appelle- 
rions volontiers mythologique. Dans une lettre a Bartholin, Borrichius rapporte le fail 
d une personne qui s etait tellement desseche le cerveau a force de prendre du tabac 
qu apres la mort on lui trouva dnns le crane au lieu d encephale un petit grumeau noir. 
Simon Pauli alfirmail aussi que ceux qui fumcnt du tabac ont le cerveau et le crane tout 
. noirs. De ces temps-la nous ne citerons done qu un tres-petit noinbre d auteurs. 

GARTINES (Edmond). The Triad of Tobacco, in-4, 1609. DIKMEIIBRCECK. Emploi du tabac 
dans la dysenteric. In Obs. Med., obs. XVI, 1678. BORELLI. Effets du tabac contre l ol -xii<-. 
Cent. II, obs. 2, 1680. FAGON. Ergo ex (abaci usu frequent i. c//,r summa brcvior? Paris, 
169P. HECQUET. Diss. de nicolia.no. Paris, 1710. STAHL (Jos.). Diss. de tabaci effeclibn* 
salularibus et nocivis. Exford, 1750. JAMES. Did. univ. de med., art. NICOTIANE, 1747. 
FERSCIN. An ex tabaci usu frequent! vifre suinma brevior? Paris, 1758. -- VMTOERHONDE. 
llecueil per iodique d observations denied., t. VII, p. 68, 1770. MURRAY. Apparatus rnedi- 
caminum, t. I, p. 689, 1776. FOWLER. Medical Reports of the Effects of Tobacco, princi 
pally with Regard to its Diuretic Quality of Dropsies and Dysitries, in-8. Lond., 1785. 
PORTAL. Observations sur I usage des fumigations par le fondcment dans le trnitemenl </<>, 
noye s, 1790. PIA. Sur le succcs de Vclablissement a Paris, en faveur des personnes noi/ees. 
avec fig. Paris, 1702. GARDANE. Sur les asphyxies, avec une nouvelle boite fumigatoire 
portative, avec fig., 1802. - - VAUQUELIN. Analyse du tabac. In Annul . de ckim., t. LXXI, 
p. 139. GDITON-MORVEAU. Note sur le tabac. In Journ. de pharm., t. I, p. 28. RAMAZZINI. 
De morbi