(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections | Universal Library

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 95"



IB! 







DICTIOMAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



PARIS. TYPOGRAPHIC A. LAHURE 
Rue de Flcuru?, 9. 



DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



DIRECTEURS 

A. DECIIAMBRE L. LEREBOULLET 

DE I8i \ 1885 Dl PI IS 

DIRECTEUR-ADJOINT : L. HAHN 



COLLABORATEDRS . MM. LES DOCTECRS 

ARCHAHBAULT, ARLOING, ARNODLD (l.), AIINOZ\N. HKnXVVI. .n 1 , U lil.V .1. . v\ 

BALBIAHI, BALL, EARTH, BAZ1N, BE.Vl GIVVM , BLi.lxv.H. r.l .llll l: . Bl M Hi N VAH . I .IKi.ln, nir.MIMM. Ul IITII I us . 
BERTIN-SANS, BESNIER (ERNEST), DLACHE, BLACIII Z, DnlNir, BOISSIAU, II" IT, 

CH. BOUCHARD, BOIC1IEREAU, BOUISSlIN, BOI.UMi P. , II V II , I: , Bl[u;nl% 

BOCRSIER, BOUSQCET, BOUVIER, BOYIII, Bll\-<u, BROCA, llllilCIIIN, Illlnl XI, IH I . Bl:"\v \ 9EQCARD, BRON, II 1 : 

BUSSARD, CALMEIL, CAUPANA, CARI.FT (o.), CKIIKI , CH\Ml:u;li, i milCOT, CIIXRYOT, CIIV--Mi;NU\ i:nvl . 
CHADVEL, CHEREAU, CHER YIN, cum I M , i ill in: M IAN, COLH L.), CORNIL, COTARD, COULIKR, coi im. 

COYNE, DALLY, DAVAINF, DKrn vxn.l.i v IS, HI inn \ |. I l. ll. HIM 

DENOKV1LLIERS, DEPAUL, DIDVY, imi.BI V! . \/vl, t>lClvl\, DM. I IT, HIM VIIIMN-V.J VI v 

DDPLAY (S.), DUREAU, DUTROULAI. HI XVI Z, ELOY, ELY, FALRET (l.), FVUVDlll. I I I I / 1 I , i \\|i. 

FUEURY (DE), FOLLIN, FONSSAGRIVES, FnlllNlKH K.I, FlUNCK-FIl VNi.ol-, C VI 1 1 Hl-l:ol if III , G \l;lll, r. VYIT. 

GAYRAUD, GAVARRET, GERVAIS (p.), GILLETTE. Glll.M Ii-Tl I l.nv, GODLEY, GRAMCIIER, CRASSET, GUM Mill I. 
GRISOLLE, GUBLER, GDENIOT, GL ERARH, (Jl 11.1. \|;D, GLM1.LAIMK, r.l M.I.F.X1IN. GI YON |F.\ IUIIX I. . IIVXIMIN. 
HAYEM, HECHT, HECKEL, HESNEGUY, III HI, III Ylil M;l I II , llnv I I. VCOI I , 111X11111:1. l-VMi 

JACQUEMIER, KELSCII, KIRM1SSON, KRISIIABER, LABBE (LEON), LABHEF, LABiMlDF, I \BHIlilM, LACASSAI 

LADREIT DE LA CIURRIERE, LAGNEAU (G.), I. VVCI M ACS, LVUCIUR 0.), LA\IHV\, I WllnN V. , 1.VYHT, 
LECLERC (L.), LECORCIIE, LE DOUBLE, LEFEVRE (ED.), LRFOR1 L^Oll), LEGOUEST, LEl.i ll. 

LEREBOULLET, LE ROY DE MERICOL RT, LETOURNEVI ILXV .MlCllll), ru cicll-, IlirviH. IINv<, IIOl VIIM. 

LITTRE, LDTZ, MACITOT (E.), MARE, MAI.AGTTI, MARCIIAND, MAIIM. MUlllN-, MASSE, MAflllH, Ml I,I;Y-DI I. VI: 

MICHEL (DE NANCY), MILLARD, MOLLIERK (D.VNILL I, si" . MMRVT, si"iu i. B. k. . 

N1CAISE, NDEL, OBEDENARE, OI.LIEIl, nMMl S, ORFILA (L.>, nl-TVl.ET, PAJOT, PAIICHAITK, PARROT, PAST! II : . 
PADLET, PECHOLIER, PERRIN (MAURICE , PETER (XI.), pl.nr V. . I l llf I.. -II. 1 , PEYROI, PICQIl 1 . I INVI.D. PINGVIM, 
POLAILLON, POTAIN, POZZI, RACLIN, RAYMOND, RECLCS. REG.NVIP, RTGNAl I I>, 1:1 \VIH I., REIIADT, 111 M l. R] 
RETTERER, REYNAL, RICHE, RITTI, ROBIN ALBERT , RuBlN Cll.l, RHOI.UID, ROCIIAS (DE), BOCI1EFORT, ROGER (ll. , 

ROHMER, ROLLET, ROTUREAU, ROUGKI fE-CI.AIRE DEVILLE (U.), SA.NN1, -\N-ON, 

3ADVAGE, SCHl TZENBERGER -CII.), SCULTZENBERGER (p.), SEDILLOT, SEE (MARC), SERV1ER, SEYNES (DE), SII;Y. 

SODBE1RAN (L.), SPILLMANN (E.), STEPDANO- \, TIIOMAS (L.), 

TILLAUI (p.), TOURDES, TOURNEUX, TRELAT (o.l, TRIP1EH (LEON . FROISIER, TALLIH, \II.I V.\V, VEKNEfll., VEZUN. 

VIACB-GRAND-MARAIS, TIDAL (EM.), VIDAU, VILLEXIIN, Vull I I Mil I; . TULPIAH, AXAIlLOMONT, WIDVL, WHIM. 

WORMS (l.-. \\l ill/, /l r.l R. 

TROISIEME SERIE 

Q - Z 

TOME SEIZIEME 



TAR TET 



PARIS 




G. MASSON 



DE L ACADEMIE DE MEDECINE 
fn!eiard Salnt-Germiin, en face de 1 Eeole de Bidecioe 



P. ASSELIN ET G le 

LIBPAIllES DK LA FACDLTE DE SIEDECLNE 

Place de rEcole-dc-iledcciue 






MDCCGLXXXVl 



Vc - 



.. 




^^ <- 

* 




;; 







DICTIONNAIRE 



ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



TARrv Les Tarins (genre Chrysomitfis Boie) apparliennenl a la iamille 
des Passereaux conirostres de G. Guvier (i oij. le mot PA<M r.i \i \) ct a celle des 
Fringillides (FriiKjilliild- des naturalistes modernes). Ce sont des oiscaux sen-i- 
blement plus pctits que les Moineaux vulgaires et ayant le liec mcdioeremcnt 
allonge, mince ct tres-pointu, les niles aigues, depussant un pen le milieu de 
la queue, qui est legerement echancree, les tarscs courts et les doigts termines 
par des ongles crochus. Leur plumage est ordinairement varie de juune. de 
vert, de brun, de blanc ou de noiratre, et, die/ les males, un capudion non 
plus ou moins etendu couvre frequemment la tele et le devant du con. Par leurs 
caracteres zoologiques, ces petits Pa^sereuiix se rapprochent beaucoup des 
Chardonnerels (voy. ce mot), tandis que par leurs moeurs ils ressemblent davan- 
tage aux Sizerins. On en connait aujourd hui une vmgtaine d especes qui se 
trouvent en Europe et en Amerique. 

Le Tarin vulgaire (Chrysomilris spinus), le seul oiseau de ce genre qui 
vive dans noire pays, mesuredell a 12 centimetres de long. Le male dans 
cette espece a, pendant 1 e te, le venire, la nuque et la gorge, d unnoir profond, 
le dos d un vert olivatre strie de brun, la poitrine et 1 abdomen d un jaune fonce 
tirant au vert, les ailes noiratres avec deux bandes transversales, I mie juune et 
1 autre blanche, la queue jaune a la base et brune a I extremite, le bee d un 
blanc sale, les pattes grisatres et les yeux brims. Pendant la mauvaise saison il 
porte unc livree plus rembrunie, mais toujours difterente de celle de la femelle. 
Celle-ci n a point de noir sur la tete ni sur le devant du cou, ces parties etant 
grisatres; son dos est d un gr^s verdatre, raye de noiratre, sa poitrine et son 
ventre otTrent une teinte jaune ou blancliatre, que relevent sur les flancs de 
nombreuses stries foncees, et ses ailes n ont pas une bande jaune aussi eclatante 
ni aussi neltement marquee. Quant aux jeunes, ils ressemblent beaucoup a la 
femelle sous le rapport du plumage. 

DICT. EMC. 3 e s. XVI. 1 



2 TARIN. 

En France le Tarin vulgaire est un oiseau de passage; quelquefois cependant 
il sejourne dans nos departments du Nord et de 1 Est pendant unc grande 
partic de 1 hiver, mais sa veritable patrie se trouve dans la peninsule scandi- 
nave, dans la Russie et dans le nord-est de 1 Asie. Pendant le printemps et 1 ete 
il se tient sur les montagnes, au milieu des forets d arbres verts, et c est la qu il 
se reproduit, du mois d avril au mois de juillet. Son nid, toujours admirable- 
ment cache, se compose de brindilles, de mousses, de lichens relies entrc eux 
avec des Ills de cocons et tapisses exterieurement de petites racines, de duvet 
vegetal, de feuilles et de plumes. 11 recoit de quatre a cinq oeufs d un blanc 
grisatrc, pointilles de rouge brun. Pendant que la femelle couve, le male fait 
entendre un gazouillcment assez agreable. Etant doues d un caraclere gai et 
sociable, les Tarins sont tres-faciles a clever en captivite et vivent en bonne 
harmonie avec d autres oiseaux et notamment avec les Chardonnerets et avec 
les Serins. Quelquefois nieme des unions se forment entre individus appartenant 
a ces divcrses cspeces, mais les produits de ces croisements sont infeconds. 
On nourrit les Tarins avec du chenevis, des graincs de colza et de pavot, des 
semences de pins, etc., et on parvient sans peine a les apprivoiser comme 
les Chardonnerets et a leur faire exccuter de petits tours d aclresse. 

Les Sizcrins (Linaria V.), dont le nom ne figure pas a sa place dans le Dic- 
tionnaire, ressemblent aux Linottes par leur systeme decoloration, mais ils ont 
le bee d une autre forme, beaucoup plus aigu, plus comprime sur les cotes, et 
muni d une double dent sur le bord de la mandibule superieure. Leurs narioes 
sont profondementcachees dans les plumes du front, au lieu d etre a demi decou- 
vertes comme chez les Linottes, leurs doigts sont relativement plus courts, 
leurs ongles plus robustes; enlln, ce qui est important a coilsiderer, leurs moeurs 
sont assez differentes et rappellent celles des Cbardonnerets et des Tarins. 
Comme ces derniers oisc-aux, les Sizerins vivent en troupes pendant 1 hiver; 
comme eux, ils s accrochent adroitemei.it aux branches et aux tiges flexibles; 
comme eux, ils montrent pour certaines graines une predilection marque e, mais 
au lieu de semences de chardon, de graines de colza ou de chenevis, ils recher- 
chent surtout, a 1 etat sauvage, les graines et les bourgeons des aunes, des bou- 
leaux et des peupliers. 

Le Sizerin boreal (L. borealis V.),qui habite pendant 1 ete les regions asia- 
tiques des deux mondes et qui est de passage irregulier dans les regions tern - 
perees de 1 Europe, le Sizerin de Holboll (L. Holbolli Brehm), le Sizerin blan- 
chatre (L. canescens Gould) etle Sizerin cabaret (L. rufescens V.), qui se mon 
trent aussi a certaines epoques dans le nord de la France, sont les principales 
especes de ce groupe qui appartient exclusivement a la faune borealc. 

Les Linottes (Cannabina Brehm), dont le nom a etc omis cgalement dans le 
Dictionnaire, ont le bee court, a pointe mince, a mandibule renfle e au niveau des 
narines, qui sont a peine recouvertes par les plumes iVonlales. Leurs ailes, assez 
aigue s, atteignent a peine, au repos, le milieu de la queue, dont l extremite 
est profondement echancre e; leurs tarses sont courts et leurs ongles comprimes. 
Par leurs moeurs, ces oiseaux se rapprochent des Chardonnerets; ils se ras- 
semblent en troupes nombreuses qui forment pendant 1 hiver des vols serres 
et qui se nourrissent de graines. 

La Linotte vulgaire (Cannabina linota Gm.) et la Linotte montagnarde 
(C. flavirostris L.) represented en Europe ce petit genre dont 1 aire d habitat 
est fort restreint et comprend seulement 1 Europe, i Asie-Mineure, la Siberie et 




TARTAR IK. 3 

le nord del Afrique. Dans ces divcrses cspeccsles mules au printemps prcnnent 
dcs couleurs vives, le IVont, le sommet de la tele et la gorge se colnraut en 
roue carmin ct en rose vif. E. OUSTALET. 



BIDLIOGRAPHIE. DAiJBENTON. Planches eiiluminccs tie Bufj on, 1770, pi. 101, {:>. >. VM.ILLOT 
et OcD.vriT. Oalene des oiseaux, 1834, pi. 65. DEGI.AND et GUHUE. llriiil/ni/nt/ii cui-ti/irrinir, 
2 edit., 18(37, t. I, p. 287. I!HHIM. Vie des animaux, O/.w///./-, < <!. t r.mr. <\t- I., l.rrl.c, t. I, 
p. 114. II. E. DBESSER. Hist, u/ llic Hints of Europe, 1871-1882, in-i", avec pi. E. 0. 

TARO. TARRO. Noius domics dans les ilcs de 1 oce an Pacifiquc, ct parli- 
culierement a Taiti, a la racineduCo/ocaxm macmrlii:-n (Arum ni<icrurlii:-<iii L.) 
et a tjuelques autres especes d Anim dont on mange les racines. C,Y>l. aussi 
1 appellation da Lenlisque, dans Avicenne. Ci . 

TARQUE. Un des noms clu goudron vegela!. 0. 

TARSALGIE. Voy. PIED. 

TARSE. Voy. PIKO. 

TARSES (CARTILAGES). Voij. P.u HEm 



TARSIER. Genie de Mammiferes de 1 ordre des Leniuriens ou Faux-Smges 

(VOIJ. SlMGES). K. (I. 

% 

TARSIERS. Voy. SINGES (Faux}. 

vi;ir:x\: (AUTICDLATION). I oi/. I n n. 



TARTARIE. 31O\GOL!M. lUA^DCIIOTRIE. liiOGRAi ilii; 
II sera toujours tres-dilTicile, et dans 1 clat acluel de nos eonnaissances des 
notions spetiales qui sont les elements de la geographic medicale il Derail 
Ibis impossible de s astreimlre, pour la subdivision des matieres ijui les 
cernent, a se renlermer dans les limites donnees par les frontieres politiques. 
Pour les contrees mal connues dont il va etre traite danscet article, la necessilc- 
de passer par-dessus de telles considerations s imposait imperieusement. Et tout 
d abord, les limites jusqu ici en out ete tres-vaguement lixees; des regions entieres 
sont revendiquees a la fois par plusieurs maitres ; des peuples, occupant de vastes 
espaces, vivent en realite dans une independance complete, tandis que nomi- 
nalement ils sont incorpores a des empires voisins, aux moeurs desquels ils res- 
lent etrangers; ailleurs, au contraire, des guerres et des conquetcs incessantes 
cre ent une instabilite qui enleve aux delimitations politiques toute signification 
pre cise et durable. 

Ges motifs ont paru sutTisanls, non-seulement pour nous autoriser a laire 
entrer dans le cadre de ce travail toute la region de 1 Asie interieure, que 
rapprochent les conditions de la geographic physique, mais encore les grandes 
provinces de la iMongolie et de la Mandchourie, malgre la suzerainete plus on 
moins etroite que la Chine exrce sur la premiere, et ce que la Russie lui a 
permis d en conserver sur la seconde. Nous avions plusieurs bonnes raisons 
pour agir ainsi. Ces provinces, pas plus que le Thibet, n ont ete etudiees a 



4 TARTARIE. 

1 occasion de la Chine, dont elles different de la manierc la plus complete, au 
point de vue du sol, du climat, des productions, et nous pourrions dire aussi 
de la population, si depuis quelque temps la Chine, obeissant a son irresistible 
besoin d expansiou, n avait cree un serieux courant d immigration vers ces re 
gions peripheriques de 1 cmpire chinois. Nous les connaissons encore aujour- 
d hui si peu, qu on ne pouvait guere entreprendre de donner un interet suf- 
fisant a des descriptions qui leur eussent ete spe ciales; des analogies reelles dans 
les caracteres physiques des pays, dans ceux de la flore et de la faune, les rap- 
prochaient, au contraire, plutot de 1 Asie interieure, a laquelle il devenait ainsi 
possible de les adjoindre sans trop de disparate. 

Nous allons, par consequent, dans un seul travail, etudier toule Fimmense 
contree s ctendant entre la Sibe rie au nord et le Thibet et la Chine propre au 
sud, depuis la rive orientale de la mer Caspienne jusqu a la mer du Japon. 
Nous y ferons meme entrer certains districts qui, comme les pays de 1 Ordoss et 
du Koukou-nor, etaient consideres jusqu alors comme appartenant plutot au 
Thibet, mais que des explorations recentes out fait enfin un peu counaitre 
comme se rattachant par des caracteres plus marques aux regions tartares et 
mongoles. 

Des lors que les limites admises c taicnt essentiellement subordonne es aux 
conditions de la geographic physique, il cut semble rationnel de choisir pour 
titre la denomination d Asie centrale, et de 1 appliquer a ce qui reste en dehors 
de la Mongolie et de la Mandchourie, justement parce qu elle est depourvue 
de signification politique ou ethnographique. Mais cette denomination elle-meme, 
on n a jamais bien pu, depuis Ritter et de Humboldt, s entendre sur le sens a 
lui attribuer. La definition la plus rationnelle a premiere vue serait celle qu a- 
vait proposee de Khauikoff. Pour lui, 1 Asie centrale, c etait 1 ensemble de tous 
les bassins interieurs : on en obtiendrait par consequent les limites en reunis- 
sant par une vaste courbe les sources des courants qui, au lieu de se diriger 
vers 1 ocean, se jetteut dans les mers interieures et les lacs, ou se perdent 
dans les sables. Mais un coup d reil jete sur une carte nous apprend immedia- 
tement que, dans ce cas, non-seulement tout le bassin du Volga, mais meme une 
partie du plateau de 1 Iran, se trouveraient englobe s dans 1 Asie centrale, ce qui 
n est pas admissible. 

Nous aurions pu choisir la denomination tres-usitee de Turkestan, en con- 
fondant le Turkestan chinois avec ce qui est devenu le Turkestan russe; nous 
avons prefere associer, dans notre titre, aux noms de la Mongolie et de la 
Mandchourie, celui de Tartarie, expression empruntee au langage ethnographique. 
Le sens en est tres-vague, il est vrai, mais ce de faut de precision a tout au 
moins 1 avantage de laisser la place libre aux considerations et aux donnees 
nouvelles, que les decouvertes et les discussions introduisent, chaque jour, dans 
la connaissance des peuples et des choses de 1 Asie interieure. 

Sous la denomination generale de Tartarie, on comprend ainsi un immense 
territoire qui s etend des rives de la mer Caspienne a 1 ouest jusqu au cceur de 
1 empire chinois a Test, au dela des chaines gigantesques des monts Celestes. 
La region situee sur le versant oriental des monts Celestes, et au milieu de 
laquelle un empire independant, dont la duree a ete ephemere, s etait recemment 
forme, est ordinairement designee sous les noms de Turkestan chinois ou 
Tartarie orientale, tandis que 1 autre portion de ce vaste pays, a laquelle s ap- 
plique aussi le nom de Turkestan, est, ou plutot etait souvent indiquee sur les 




TARTARIE. 5 

cartes geographiques, comme la Tartarie independante. Mais les evdnemcnts de 
ce siecle et specialemcnt ceux des dernieres annees out enleve a cette expres 
sion a peu pres toute signification. L empire russe a absorbe deja la plus 
grande partie de la contrce et se Test soumise par une complete definitive 
qui a oblige les geographes a creer un Turkestan russe. Le temps est prochc 
ou les peuples du plateau de 1 Jran, les Chinois et 1 Inde, n auront plus d autres 
voisins que les sujets de 1 empirc du tsar. 

II est juste de reconnaitre que c est aux nombreuses expeditions scientifiquea 
ou militaires, qui ont etc patronnees ou organiseVs par le gouvernement russe, 
que nous sommes redevables de la connaissance gdographique de ce va^le 
domaine, dont les naturalistes, les voyageurs, les marchands, les ingcnicurs, 
ontpris possession an notn de la science et du commerce, en meme lemps que 
1 administration russe a laquelle ils onl prepare les voi.es, ainsi qu aux eolomir-, 
des generavvx. moscovites. En rnoins d un demi-siecle, ]>lus d un million tie kilo 
metres carre s out etc definitivement annexes a la Hussio. En meme temps, 
d autres provinces, com me la Boukharie ct le Kbiva, enserrees |nesque de 
tons coles par la surveillance des conquer ants, ont vu disparailre. a pen pn^ 
leur vieillc independence. Pour en conservcr an moins quelques \aines appa- 
rences, ellcs ont du accepter un rigoureux el severe protectorat, abai^sei- leur 
antique fierte, ej, modifier lenrs habitudes el leurs moeurs, afin de retarder un pen 
le moment ou ils dcvront subir le sort impose aux autrcs peuples de la Tartarie 
jadis independante. Certaines tribus nomades qui errent dans les grandes plaines 
situees au sud de 1 Amou-daria (ancien Oxus), puis les petils Etats que limite 
au sud-est la chaine de I llindou-koh ou llimlou-koucb, et nominalement incorpores 
naguere a 1 Afghanistan, sont aujourd liui les seuls peuples encore rccllement 
maitres de leurs destinees. 

Les limites de la vaste contrce que nous comprendrons ici sous la denomina; 
lion de Tartarie, sont les suivantes : a 1 ouest, le rivage oriental dc la mer 
Caspienne et le conrs de 1 Oural; au nord, les frontieres conventionnellcs meri- 
dionales de la Siberie, telles qu elles ont etc acceptees dans.le travail qui a ete 
consacre a celte province; au sud, la longue et puissante cbaine qui, sous des 
noms divers, horde au nord le plateau de ITran, c est-a-dire la Perse et 1 Afgba- 
nistan, et les massifs gigantesques de I llindou-kouch et du Karakorum, d ou 
dcscendent vers le sud les tributaires de 1 Indus, puis a leur suite les monts 
Kouen-lun et les chaincs qui les prolongent au nord du plateau thibetain. Vers 
Test, et sans nous preoccuper autrement des nouvelles lignes de frontieres russo- 
chinoises, nous aurons a decrire au dela du pays dc Ferghana et du plateau de 
Pamir les chalnes formidables des monts Thian-chan, les monts Tarbagatai, 
situes dans les regions septentrionales, les chaincs qui les relient, puis les 
grandes solitudes du Gobi, pour arriver a la Mongolie etau pays des Mandchoux. 
Obe issant aux indications geographiques fournies par les recentes explorations, 
nous ferons cntrer dans la Mongolie non pas seulement le Kan-sou mongol et 
TAlachan, mais encore les districts du Tzaidam et la region du Koukou-nor, 
compris dans les ramifications des monts Nan-chan, et ne pouvant plus etre 
rationnellement confondus avec le plateau clu Thibet, ainsi que le triste pays 
<le 1 Ordoss, bien qu il soil enferme dans la grande courbure du Hoang-ho, et 
:iinsi sequestre du reste du domaine mongol. 

La superficie totale de 1 immense territoire dont nous nous occupons n est 
pas facile a apprecier; elle est certainement superieure pour la Tartarie seule- 



6 TARTAR IE. 

ment a 4 millions de kilometres carre s; quant, a la Mongolie, a laquelle s adjoint 
assez naturcllement la Dzoungarie ou Thian-chan-nan-lou, ellc represente avec 
le grand desert et la Kachgarie un espace aussi considerable que tout le reste 
de 1 empire chinois. 

OROGRAPHIE. GI^OLOGIE. Au point de vue orographique, la Tartarie offre a 
1 observateur les contrastes les plus grands, puisqu on y rencontre d un cote des 
plaines dont 1 altilude est inferieure au niveau de la mer, et de 1 autre, des pics 
<|iii atteignent ou depassent 8000 metres d allitude. Les regions montagneuses, 
abstraction faite des chaines qui limitent la Tartarie au sud, sont situees a Test 
et occupent, en somme, sensiblement lamoitie de toute la region, telle que nous 
1 avons circonscrite. C est vers 1 ouest que le terrain s abaisse de plus en plus, 
pour arrivcr a une altitude negative sur les l.)ords de la Caspienne. 

La vaste plaine aralo-caspiennc est en realite un grand plan incline a la fois 
vers 1 ouest et vers le tiord, et qui s etend des rives de la Caspienne et du plateau 
desert de 1 Oust-ourt, entre le lac d Aral et la mer Caspienne, j usque vers le 
64 C degre dc longitude est, entre Boukhara et Samarcand; c est la que le terrain, 
deja assez releve, puisqu il attcint presque 2000 metres d altitudc, prend le 
caractere cssentiellement montagncux, par ses grands plissements, parsemes de 
sommets eleves ct de pics neigeux. Plus loin, au plateau de Pamir, 1 allitude est 
dt;ja doublee; elle atteint son maximum a 1 oricnt dc cc plateau, au pic de 
Tagliarina, geant formidable, auquel on atlribue une hauteur de pres de 8000 
metres. Le versant oriental du plateau de Pamir nous conduit dans la Kachgarie 
chinoise, ou 1 altilude est immediatement beaucoup moindre et tombe rapi- 
dement a 1300 metres, pendant (ju au nord du meme plateau les monts Celestes 
continuent la chaine, qui va s eteindre, vers le 95 degre de longitude, dans les 
sables du desert de Gobi. 

Le rivage oriental de la mer Caspienne, le seul dont nous ayons a nous 
occuper d ailleurs, est essentiellement accidente, ce qui provient du peu de pro- 
fondeur de la cavite, dans ces paragcs, et de 1 absence de falaises. II en resulte, 
tantot des emprises plus ou moins considerables du sol sur la mer, sous la 
forme de prornontoires ou de presqu iles, comme cclle qui porte le nom de 
Manghichlak, etqui est due a la presence d une petite chaine de coteaux arides, 
orientee du sud-est au nord-ouest, tantot et plus fre quemment des sortes de 
lacs couverts de sel, ou de golfes marecageux, a peine relies a la mer par des 
detroits sans profondeur, comme le golfe de Mortou-Koultouk, ou les plus 
petites barques oscnt a pcine s a venturer, ou encore la grande enceinte mare- 
cageuse, ditc le golfe de Kara-boghaz. La surface de ce golfe est le siege d une 
evaporation extremement active, laquelle a pour consequence le depot d une 
masse de sel si considerable que des aujourd hui les eaux du Kara-boghaz 
passent pour causer la mort des poissons qui s y hasardent, et que toute vege 
tation a disparu de scs rives. 

En dehors de cette bande du littoral, dont il est difficile de dire si elle appar- 
tient en realite a la terre ou a la mer, 1 espace compris entre la Caspienne et le 
lac d Aral, dont les rives ne sont guere moins indecises que celles qui viennent 
d etre signalees, est occupe par un plateau, aux flancs abruptes, a la surface 
rugueuse et accidentee, 1 Oust-ourt. Son altitude moyenne est de i50 metres 
peut-etre; elle suffit pour 1 isoler des regions voisines beaucoup plus basses ; 
les points eleves absolument nus n offrent a 1 oeil que des surfaces rocbeuses ; 
les depressions du sol s y garnissent, grace a 1 eau qui s y accumule san& 




TARTARIE. 7 

moyens d ecoulement, d unc vegetation herbacee parfois abondante, qui differe 
de celle de la steppe propremcnt dilc. Les alluvions modernes couvrent, sur les 
rives de la Caspienne, un assez grand espace, de forme irreguliere, plus 
considerable vers le sud que vers le nord; elles correspondent aux portions le 
plus recemment raises a nu par la diminution d etendue du lac. Lc plateau 
(1 Oust-ourt a ete indiquc comme appartenant a 1 clage lerliaire, ce <|iii rlaldit, 
HU point de vue geologique, un conlraste entre les deux rives du lac d Aral. La 
steppe commence a se montrcr avec tous ses caracteres an sud-ouest, oil clle 
occupe dans le pays des Turkmenes nomades mi vasle territoirc compris entre 
le cours de TOxus au nord-cst et les cliaines bordieres du plaleaii d lran an 
sud-ouest, s etendant an sud-cst jusquc nou loin do la ville d AmlKni, vers le 
G5 e degre de longitude est. A Tangle sud-est de ce grand Icelandic, Ic terrain 
redevient fertile, la nature du sol se modilic, ainsi <jne ses productions, grUee a 
la presence de nombreux cours d eau, qui seconcenlrrnt dans une belle oasis an 
milieu de laquelle s eleve la ville de Merv. Grace a sa I raiclienr, due a I abri 
des bautes chaines de 1 Iran, une bande de terrain asso/ ricbe de \e-el.itioii. 
cultivee et babilee en permanence, jouissanl des mums avanlages plivsi jiics 
(|U6 lopays de Mcrv, regno au sud-OUCSt de la Steppe, occnper par des Turkmenes 
sedenlaires. 

Celte vastc steppe, qui dans sa plus grande longueur, c esl-a-dire du nord- 
ouest au sud-est, s elcnd peut-etre sur plus de 7(10 kilometres, preseuie tons 
les caracteres du desert, avec ses plaines sableiises ondnlees comme les Hots de 
1 ocean, ses plateaux d uue nudile absolne, arides el sileneienx. si s bas-londs 
bourbeux, ses nappes salees, sa vege tation pauvre et uniforme ; elle se noniuie 
la steppe de Kara-koum, c est-a-dire la steppe des sables noirs. Kile est une des 
plus redoutables et des plus dan^eiviises; | ;( i.einpi ralnre y est brulanlc pendant 
1 ete, et presque partout le manque d eau est absolu. An nord-est du versant 
aralo-ca<pien, adossee au lit du Sir-Daria, comme celle-ci Test a I Oxns, est une 
autre steppe parallele a la premiere, dont elle est separee par une bande de 
terrain fertile de 250 kilometres de largeur. G est la steppe de Kisil-koum ou des 
sables rouges; sa limite an sud-ouest est une ligne qui, parallele aux cours des 
fkuves Amou et Sir, partagerait en deux portions e gales 1 espace ijui les separe. 
Les caracteres sout les memes que ceux du Kara-koum. Plus loin encore vers 
le nord-est, adossee au cours nioyeu de la riviere Tcbon, est nne troisieme 
steppe, analogue aux deux autres, taut par la position que par 1 aspect du pays, 
dite la steppe de iMonjoun-koum ou plus souvent de Ak-koum ou des sables 
blancs. Au dela du cours du Tcbou, toujours plus loin vers le nord, les carac 
teres de la steppe se retrouvent aussi dans un espace vaste et mal limite , 
redoute entre tous pour les dangers terribles auxqucls les voyageurs y sont exposes, 
et nomnie ordinairement sur les cartes le Bek-pak-dala, mais plutot connu sous 
son nom russe, qui signitie la steppe de la faim. Enfin, entre le cours inferieur 
du Sir et celui de 1 Onral, nous retronvons de nouveau la denomination de Kara- 
koum appliquee a une region a peu pres deserte, quoique moins aride et moins 
desolee que les precedentes. 11 resulle de la que sur cette grande pente aralo- 
caspienne, etendue des contretbrts de 1 immense massif de 1 Asie centrale aux 
limites de 1 Europe, la moitie du pays ou peu s en faut est occupee par les 
deserts ou les steppes. Le reste constitue des sortes d enclaves, phis ou moins 
vastes, plus ou moins accidentees, et aussi plus ou moins fertiles selon les con 
ditions, souvent variables a cause dc 1 instabilite du regime des oaux, et aussi 



8 TARTARIE. 

des populations qui o ccupent le sol. Tel est, par exemple, le Khanat de Khiva, 
qui n est en realite qu une oasis du Kara-koura; il doit a 1 abondance de ses 
eaux unc reputation de fertilite etendue dans toute 1 Asie cenlrale. Telle est 
aussi la Boukharie, dans la region comprise entre Boukhara et le lac d Aral. 
dont les plus basses portions constituent le nouveau district russe de 1 Amou- 
daria, region moins fertile et plus pauvre que le Khanat de Khiva. La Bou 
kharie fertile, qui est celle des rives du Zarafchan et du haul Oxus, est essen- 
tiellement montagneuse et ne commence guere qu au dela de Boukhara, c est-a- 
dire vers 400 metres d altitude. 

Le colossal systeme de montagnes qui se rattachc a la Tartarie se compose 
d un assemblage gigantesque de chaines, dont la plupart ne sont encore que 
tres-incompletement connues et cxplorees. Elles forment dans leur ensemble un 
reseau, a premiere vue inextricable, mais dont les principaux membres et les 
plus nombreux ont leur axe sensiblement oriente de Test a 1 ouest. 

Pour 1 etudier, il est necessaire de choisir comme point de depart un massif 
central autour duquel, avec un peu d arlifice peut-etre, on verra se grouper et 
s agencer toutes les chaines peripheriques. Le plateau de Pamir, le Toil du 
monde, comme disent les Orientaux, est tout naturcllemerit indique comme une 
sorte de noyau de la grande masse montagneuse. Le Pamir, bien que celebre 
dans 1 histoire des peuplcs de 1 Orient et de 1 Occident, ne nous est connu dans 
ses grandes lignes que depuis les explorations modernes; c est une des re gions 
du monde asiatique les moins faciles a aborder. Eleve de 4000 metres au-dessus 
des plaincs de la Tartarie, entre 56, 41 et40,20 nord, il se dresse comme une 
citadelle puissante an centre de 1 Asic, ou il couvre un espace evaluea 75000 ki 
lometres carres, limite au sud et au nord par des cretes de montagnes qui le 
dominent encore de 2000 on meme de 5000 metres. Au sud, c est la chaine de 
1 Hiudou-kouch qui forme un rempart de separation au dela duquel commence 
le bassin de 1 Indus; au nord, ce sont les dependances des monts Thian-chan, 
les chaines de 1 Al.u, qui bornent le bassin du Sir. La surface du plateau de 
Pamir, herissee elle-meme de coteaux et de montagnes secondaires, n est pas, 
comme on 1 a cm longtemps, traversee dans le sens du meridien par une chaine 
formant crete, mais plutot couverte de nombreusesrugosites sansautre regularite 
qu une orientation moyenne de 1 ouest a Test. Ainsi bornee au nord et au sud. 
elle communique pour 1 ecoulement des cours d eau qui naissent sur ses (lanes, 
a Test avec les plaines de la Kacligarie et de la Tartarie orientale, a 1 ouest avec 
lehaut bassin de 1 Amou-duria. G est vcrs le rebord oriental du Pamir que se 
trouve la ligne de partage des eaux; c est la aussi, au milieu des hauteurs un 
peu irregulierement eparses du Kml-Yart qui lui forme de ce cote, vers 
72, 40 est, une bordure entre-coupee par places, que se dresse le puissant pic 
du Tagharma, aux flancs sillonnes de glaciers, et dont la cime atteint I enorme 
altitude de 7730 metres, selon certaines observations (El. Beclus, Nouv. Ge ogr.). 

Le squelette geologique du plateau parait constitue essentiellement par des 
masses eruptives granitiques associees, sur beaucoupde points, a de puissantes 
formations de schistes cristallins. Les terrains plus modernes, s etendant jusqu a 
1 etage triasique inclusivemenl, les recouvrent tres-frequemment et garnissent 
les depressions du plateau. Au sud du plateau de Pamir se dressent, avons-nous 
dit, comme une puissante barrierc, la chaine de 1 Hindou-kouch et a sa suite, 
avec une orientalion inverse, de maniere a dessiner une courbe a convexite tour- 
nee vers le nord, celle du Kara-koroum. Vers 1 ouest, 1 Hindou-kouch, oriente de 




TARTARIE. 1) 

1 est-nord-est au sud-sud-ouest, c est-a-dire en concordance avec les plus impor- 
tantes chaines des monts Celestes, commence 1 immcnse courbe qui est la i ron- 
tiere naturelle du Turkestan au sud, qu elle separe successivcment de 1 empire 
de Uncle, de 1 Afghanistan et dc la Perse, pour venir se terminer aux rives de 
la Gaspienne, au dela de laquelle la crete caucasique reparait encore comme 
son prolongement nature!. Nous ne dirons quo quclques mots de ce formidable 
murd enceinte, dont les diverses parties appartiennent plutot aux pays dont clles 
sont les frontieres septentrionales. L Hindou-kouch, en effet, dont le versant 
me ridional se developpe en gradins succcssifs au loin dans ( Afghanistan, 
presente au contraire, vers le nord, en pentcs tn -s-rapidcs d m cM-arpiMiiriits 
brusques; tandis que 1 altiludc moycnne de la chaine, d;mss;i parlie miculale, 
se niaintient ;i 5000 ou 0000 metres, la villede Koimdaux, dans Ir lia 
qui n est eloignee de la crete que de ISO kilometres, n est plus qu ii I . ill 
d altitude. Vers le GG e degre de longitude, la chaine s abaisse assex brusquemenl 
pour se relever un peu plus au sud et former une petite cliainc a dcmi-isnlcc, 
indiquee sur les cartes sous le nom de Kuha-baba on Koh-i-baba; re m.-issil iiri- 
geux termine a 1 ouest la ligne des nionls Hindou-kouch. HVsl a I orienl du 
Koh-i-baba, le pere des monts , dans la depression que IHUIS venous dc 
signaler, que se trouve la passe, ou plulot la valle e dc I .amian, cclclnv p;u- son 
importance acluelle autant que p;ir les souvenirs historiques qui s y iMlladicut. 
C est elle qui conduit du Turkestan meridional vers (labmil ; cV^t jnijdiird liiii la 
seule route praticabledc la Russie asiatiquc vers 1 Inde anglaise; elle est, d ;iprcs 
les observations du docteur Griffitb, a 2590 metres au-dcssus du niveau de la . 
mer. II y eut ]a jadis une ville considerable que le celebre pclcriu bouddliiste 
Hiouen-Thsang visita en G30, et que Gengln /-Kliau delruisit en lii Jl; des sta 
tues colossales montrent que ce Tut un centre bouddliiqiic. 

Le massif du Eoh-i-baba est la partie la plus me ridionale du grand rc mon- 
tagneux qui limite le Turkestan au sud. Les cliaines al uliancs et persanes qui lui 
succedent se dirigent vers le nord-ouest, sous des nonis divers, jusqu aux 
plaines caspiennes, ou elles se rclient par des coteaux elcves au petit et au 
grand Balkan. La partie mediane de cette longue serie de monls, connue sous 
le nom de Goulistau-dagh, est la plus elevee; son altitude moyenne est d environ 
2500 metres, celle du Kopel-dagh qui lui fait suite a 1 ouest n est plus que de 
2250 metres. 

Si Ton prolonged travers la mer Caspiennc, en passant par la ville de Dakou, 
1 axe du Caucase, on arrive directement sur une petite chaine dont le grand 
Balkan est la partie la plus saillante. Eleve de 1602 metres, d apres 
Blaramberg, il se relie au nord avec le plateau rocbeux d Oust-ourt, que nous 
avons deja signale a 1 ouest; ces contreforts du grand Balkan bornent au nord 
la baie de Krasnovodsk, ou golfe de Balkan; au sud, la chaine se dirige vers 
les premieres hauteurs du Kourian-dagh, ayant pour point terminal le petit 
Balkan, dont les flancs, moins denudes que ceux du grand Balkan, n atteignent 
pas meme 800 metres. 

D apres le colonel Walter, il faudrait admettre que la chaine de 1 Hindou- 
kouch, ainsique celle du Kara-koroum, sont beaucoup moins continues qu on ne 
1 admet d habitude, et qu il s y rencontre au contraire de nombreuses interrup 
tions et des passages importants qu une exploration plus detaillee permettra de 
reconnaitre. 

Au nord du plateau de Pamir, auquel nous rcvenons, par dela le petit bassin 




10 TARTARIE. 

du lac noir ou Kara-koul, dont la surface est a rallitude de 5900 metres, la 
premiere cbainc que Ton rencontre, et qui ne figure que sur les cartes les plus 
recentes, est Je Trans-ala i, aux pentes emaillees de glaciers brillants, et a 1 ex- 
tremiteorientale duquel se dresse le geant desmontsThian-chan, le pic Kaufmann, 
dont la time eternellement blanche s elevc, dit-on, a 6800 metres. Parallelement 
au Trans-ala i regne du nord-ouest an sud-est, a 40 kilometres de distance, 
1 Ala i proprcment dit, separe du Tr.ins-alai par un plateau dans lequel on a 
reconnu un ancien lac dessccbe, formant une grande avenue transversale, 
orientee comme les deux cbaines, se terminant a 1 ouest en forme de vallee ou 
se rassemblent les eaux de la riviere rouge ou Kisil-sou, et fermec a Test par 
une serie de monts qui, diriges vers le nord-est, relient le systeme partiel de 
1 Alai a la masse des monts Celestes, en meme temps qu ils separent les eaux du 
bassin de la Kacbgarie de celles qui se rendent a I Amou-daria (El. Reclus, 
Nouv. Ge ogr. gen., t. VI, p. r!2i, sij.). 

La portion dcs monls Alai qui fait face an Trans-ala i n est pas la plus elevee 
du sysicmc de 1 Ala i-dagli. Kn se prplongeant a peu prcs directement de Test a 
1 ouest, dans la direction de Samarcand, la cbaine s elevc, flanquee des deux 
coles cle cbaines secondaires, reliees entre elles, et aussi avec les systemes 
annexes des monts Ilissar au sud et dcs montagnes du Zarafchan an nord. C est 
tout cet ensemble qui, sous des noms divers, affectant toutes les orientations 
parmi lesquelles domine toujours la direction de Test a 1 ouest, conslitue le 
systeme de 1 Alai-dagh. La moycnne de 1 altitude en est liv^-rlevee; des cretes 
entieres jusque vers Samarcand se maintiennent au-dessus de la limite des 
neiges elernelles, qui est d au moins 4000 metres; de vastes et puissants glaciers 
descendent sur certains points jusqu a 5500 metres et remplissent, la plupart 
des depressions des penles ; de nombreux cours d eau s echappent a travers les 
fissures et les brecbes, qui sont particulierement nombreuses dans cet encheve- 
trement montagneux, oil semblent se confondre les rivieres tribntaires des deux 
grands affluents du lac d Aral, I Amou-daria et le Sir-daria. 

Nous avons signale plus baut la serie de bauteurs qui, partant de I extremite 
orienlale de TAlai, se dirige au nord-est, entre la Kacbgarie et le Fergbana, 
qui n cst aulre que le Kokband auqucl les Russes, en se 1 annexant, ont readu 
son ancicnne denomination; elle relie le systeme de i Alai-dagh a celui du 
Tbian-cban, ou des monts Celestes. Le systeme des monts Celestes occnpe dans 
le centre de 1 Asie une ctendue tres-considerable ; ses derniers contreforts a 
1 ouest s avancent jusqu au dela du 65 C degre de longitude, entre le cours du 
Siret celui duTcbou, clans la region sud, ou, par une inflexion du dernier vers le 
sud, les cours des deux ileuves se rapprocbent; a 1 est, il se termine dans la Mer 
de sable des Cbinois, dans la Mongolie, vers le 94 e degre de longitude. La con- 
naissance des differentes parties dont se compose ce gigantesque ensemble de 
montagnes, un des plus vastes du monde, est due a peu pres entierement aux 
explorateurs modernes, presque tous agents des interets russes, en meme temps 
que pionniers de la science geograpbique. A ces decouvertes se rattachent les 
noms de Semenoff (1856 a 1857), deValikhanoff, qui, en 1858, explora une partie 
de la Kachgarie, de Goloubieff (1859), qui releva les altitudes des environs du 
lac d Issik-koul ; de Venukoff (1860),puis de Prozenko, puis du baron d Osten- 
Sacken, qui pousserent leurs observations jusqu a la front iere cbinoise, en passant 
par le cours de la Narin. Parmi toutes ces explorations, celles de M. Severtzoff 
(1867 a 1868), qui avait surtout en vue 1 etude geologique du Tbian-cban, 



TARTARIK. 11 

presentent une importance exceptionnclle. M. Makche eff, qui a la meme epoque 
sejournait clans le Turkestan, s est surtout adonne a I elude des populations de 
ces regions jusqu ici pen abordables, et encore si incompletemenl connnes. 

Pendant toute la premiere partie de ce siecle, ct lorsque de lluniboldl . publiait 
ses importants travaux sur 1 Asic contra le, on decrivait encore sons le nom de 
Thian-chan une simple chaine de niontagnes allant a pen pres directeinonl de 
I ouest a Test, de la plaine aralo-caspienne a la Mongol ic; mais les explorations 
modernes n ont rien laissc subsister de celte opinion crronee, et on en est revenu 
a celle qu expriinait, en 630, le celehre priori n bondJliiste IJioiieii-Tlisan-- dans 
sa precieusc relation dcs contrees occidentahs, dont nous devons la traduclion 
francaise a Stanislas Julien. Le Thian-cliaii csl. an conlraire forme par mi vasle 
reseau de chaines dispose es avec des orientations diverses, ou se retrouve 
frequemment le parallelisme de la chaine meridionale de I est-nonl-c.xl a I oucst- 
sud-ouest, en series biiccessives, jusqu a une chaine transversale orientce piesque 
exactement dunord ausud. Celle-ci opere la jonction des monls deletes a\ec les 
chaines du Tarbagata i dont la latitude est plus septentrionale <pie celle dn gr;md 
lac Balkacli. Les geologues croient <ju ily a lieu de distingucr, au point de vue 
de leur origine, les chaines du Tliian-eliaii, qui sniveiit la direction normale de 
Test a I ouest, de celles quisemblenl les joinilre transversalement, et d attribuer 
aux premieres une plus haute aiiliqnile, en raison de la iialme des terrains 
souleves.Ccs chaines sont en meme temps les plus puissanteset les plus c lrvees; 
presque toutes atteigneul la limite des neiges elcrncllcs. I.a masse prim-ipalr 
est partout constitute par des syenites et les dil lerentes varieie s du -ranii el 
des roclies analogues. Aux abords de la puissanle masse, les diaines ( lal/ es en 
contreforts obliques rayonnenl en divers sens, laissanl cntre ellcs de la 
vallees on de grandcs plaincs inclinees, dans lesipielles se canloiment les races 
habitants de ces severes contrees. Nous ne pourrons n^cessairement donner sur 
chacun des membres de ce vaslc ensemble quo des notions tres-restreintes. 

Au nord de la Kacbgarie, a rexlremite occidentalc, par consequent, du Tur- 
v kestan chinois et du bassin ferme du Tarim, le terrain s cleve assez brusquement. 
Les premieres hauteurs portent ordinairement le nom de niontagnes de Kachgar : 
celles qui les surplombent forment la chaine du Tereklin-tau, ipii avec le Kok-tau 
a Test constilue le rebord meridional du plateau de 1 Ak-sai. Cetle chaine, 
dont 1 altitude moyenne est de plus de 4000 metres, est encore peu connne; des 
breches assez frequentes y livrent passage a des cours d cau qui descendent vers 
la plaine du Turkestan oriental. Le plateau de 1 Ak-sa i, qui s elend sur une 
largeur de 550 kilometres, est herisse d accidents dc terrain, dont les plis sont 
en partie depourvus d eau. Ceux qui en fournisscnt reunissent leurs lilets au 
milieu de la haute vallee pour former le cours supcricur de la riviere .Narin. 
La bordure septentrionale porle le nom de Terskei-AIa-tau, expression qui 
signifie 1 Ala-tau de 1 ombre, par opposition au Rungbei-Ala-tau, 1 Ala-tau du 
soleil, qui s eleve a 60 kilometres de la, de 1 aulre cote du grand lac d Issik-koul 
dont la surface est a 1580 metres d allitude. Le Terskei Ala-lau, dont un des 
pics s eleve a 5000 metres, a sa cime couverte de glace; il offre a la vue un 
aspect moius triste quelc Kounghc i, en raison dcs forets de pins et des paturages 
qui garnissent ses tlancs (Elisee Ileclus, op. ciL, t. VI, p. 557). Une haute 
vallee relativement etroite separe le Kounghc i Ala-tan d une autre chaine paral- 
lele, 1 Ala-tau transilien, qui a meme direction, meme aspect, memc contexture 
geologique, et ne forme en realile avec elle qu une meme masse, legerement 



12 TARTARIE. 

oxcavee an sommet. Ces deux chaines ont ete bien explorees et etudiees au 
point do vue geologique ; dies ont des sommets assez eleves, surtout dans 
I Ala-tau transilicn, qui sur im point altoint pres de 4500 metres. La region 
mediane des deux chaines est couronnee do neigos perpetuelles; leur longueur 
totalc est d environ 250 kilometres. Le versant du nord des monts transitions 
s etale en grandes vallees ct en coteaux, garnis de contreforts cultives, qui 
deversent leurs caux dans le cours de 1 lli. 

Des differentes chaines qui portent le nom d Alai, Icquel doit etre considere 
commc synonyme de Bolor, la plupart sont formees de. roches granitiques ou de 
porphyres divers, surtout dans Ics contreforts occidentaux; neanmoins certains 
districts, et particulierement 1 Ala-tau Kounglie i et I Ala-tau transilien, abondent 
en formations schisteuses et en roches grayeuses ou calcaires. 

La chaine dite Khan-tengri, qui fait suite vers Test an Kok-tal-tau ou Kok- 
chaal, peut aussi ctre considerde comme la prolongation des deux Ala-tau, dont 
raltitiule moycnne est tres-considerable. Sur ]cs llancs de ses hauls sommets 
serpentent de grands glaciers aux reflets etincelants; les cimes de 4000 a 
5000 metres de haul se suivent, offrant aux regards Jeurs calottes de neige. Au 
uord s etend la belle vallee du Tekes, de 1 autre cote de laquelle se dresse a 30 
ou 40 kilometres de distance de Ja riviere la chaine des monts Nan-chan, qui 
I i mite clle-meme au sud le hassin du Kegcn ou Kounge et la plaine de Kouldja. 
Olie disposition qui isole Ics monts Nan-chan des chaines voisines contribue a 
leur donner un aspect particulierement imposant. 

A Test du Khan-tengri, limitcc par de puissants glaciers, la chaine principale 
du Thian-chan oriental se continue sous le nom de monts Mouz-art, ou mon- 
tagnes du Col de Mouz. Une li gere inclinaison de la chaine vers le sud-est a 
cause, entre le Mouz-art-tau et les monts Bogdo, qui en sont la continuation, 
une depression considerable qui est la passe de Mouz-art, bien connue des 
explorateurs. Lc col, d apres les plus recenles mesures, malgre la rigueur de sa 
temperature et de son climat, pourrait bien n etre pas beaucoup au-dessus de 
5500 metres; il est de toutes parts tapisse de glace et de neige, et la descente 
nc s y effectue qu au prix de grands dangers. 

A Test de la passe de Mouz-art, la chaine des monts Celestes se subdivise et se 
fragmente; une de ses branches se dirige au sud-est, jusqu au dela du lac de 
Bagratchou de Karachar; une autre,ouse trouve la passe de Narat,a 2990 metres 
d altitude, regne au nord de la grande ligne des cretes et parallelement a elle; 
d autres chaines secondaires les relient dans des directions obliques. C est au 
milieu de cet cnchevetrement que se trouvent, separees par une ligne de coteaux, 
Ics deux Youldouz, vastes paturages ou les nomades pourraient nourrir a 1 aise 
des milliers de troupeaux, s ils n avaient a redouter les incursions ennemies. 

Au delli du petit Youldouz, la chaine subit une inflexion vers le nord, pour se 
prolonger de nouveau vers Test par la chaine du Bogdo-dagh. C est dans ces 
regions peu explorees, entre des pies eleves, que se trouve, a Test de la ville 
d Ouromtclu ou Onromtsi, une passe qui porte ce nom. C est a pen pres la 
aussi que prend naissance une iongue serie de chaines montagneuses qui forment 
ainsi la bordure septentrionale des monts Celestes, et s etendent sous des noms 
divers, dans la direction du nord-ouest, jusqu au nord du pays de Kouldja, 
enfermant ainsi comme par un mur gigantesque tous les systemes que nous 
venons de decrire, et presentant au nord leurs pentes dechiquetees, vers la vaste 
plaine, humide et marecageuse, connue sous le nomchinoisde Tiau-chan-pe-lou. 



TARTAR IE. 13 

Depuis le Bogdo-dagh jusqu a rexlremile de la ligne des 1 aites, an dela du 
meridien dellami ou Khamil, dans la Mongolic, Ics monts Celestes sont orienles 
11 peu pres exactemenl de 1 ouest a Test. L altilude se maintient longtemps au\ 
environs de 5000 metres; au midi de Ikirkoul, le col de Kucheti, (jui niene de 
celte ville dans la direction de Khamil, n est guere rnnins eleve; la ville de 
Khamil elle-meme, quoique situee assez loin au sud de la chaine, est encore a 

855 metres. 

A 1 extremite sud-occidentale du plateau d Ak-Sa i, au-dcssus du pays de 
Kachar, commence unc enceinte semi-circulaire dc monlagncs clc.\ecs, ijin 
forme la bordure de la grande vallee de la riviere Narin ;i I oncM. Sons Ics noms 
successifs de Souek-tau, Jassy-tau, Ilogar-tau, Hjumgal tan, elle vicnt se joindrc, 
au nord, a 1 extre mile orientalc des monls d Alc\andre ; die esl ouverte 
en divers endroits par des breches, donl la plus prolbnde livre pu-s^c an 
cours principal de la riviere Narin. Au dcla de I eiH-einle nmimcnre l.i 
contree accidentee du Ferghana, dont les hauteurs sont sullisanles, an centre 
de la province, pour clessiner la chaine des nmnls Djulkal, enlie le lussin dc 
la Narin et celui de la riviere Djolkal. Les monts d Alcxandrc, diri^i s dc I ol 
a 1 ouest, ont une longueur de TtlKI kilomriirs. A IVst dc c.citc clmiiic. qui, 
heaucoup de points, alleint la limite des neigcs perpdtuelles, sc Irumc Ic 
Senienoir, qui n a pas nioins, d apirs Ics mensurations r^centes, dc iiisi) metres 
d altitude. 

Le systeme des monts Tarbagata i, le |)lus septentrional dc, ccux qui appar- 
tiennent a la Tartarie, n est pas complement delachc dc felui du Thian-ch ,\\\. 
La derniere des chaincs qui se ratlachcni incontestablemenl au\ nmnis 
est celle del Ala-tau d/nungure, dont lacrelc, oricntcc du nmd-csl ;m MM! 
forme avec cclle du Thian-chan septentrional un angle .-li^u dans leqncl vicnt 
se terminer la plaitie jadis couvci Lc d can, ;mx temps uctdn-iqncs, dilc le Thian- 
chan-pc-lou, aujourd hui encore riche cu Lies sans profondeur ct en vastes 
marecages. Une serie de hauteurs, souvcnt interrompue par des breches ou des 
plaines etroites, relie, dans la direction du nord, 1 Ala-lau dzoungarc au Tarba 
gata i proprement dit. 

Celui-ci a ses principals aretes dirij^i es dans le meme sens quo celles des 
monts Celestes. Les chaines du Tarbagata i sont en general beaucoup moins elevees 
que celles des monts Thian-chan; Taltitude moyenne n y depasse guere 
1800 metres. Neanmoins quelques-uns des pics les plus hauls de passent 
encore la limite des neiges qui descendent, d apres les observateurs russes, 
jusqu a 2800 metres environ. Cesmontagnes sont loinaussid avoir 1 aspect severe 
des monts Celestes ; si leur versant septentrional est sterile, leurs flancs meridio- 
naux sont riches de grands et beaux paturages. La paitie la plus elevee de la 
chaine est a Test, dans un enchevelremcnt de chainons diversement diriges, 
auquel on applique specialement le nom de monts Saourou. Le pic de Mouz-tau, 
dont la hauteur a ete evaluee par les uns u 5656 metres, par d autres a 
5400 metres seulement, en est la cime dominante. D apres Sosnovskiy, la neige 
persistante ne s y montrerait qu ao287 metres. Le terrain s abaisse assez rapide- 
ment vers Je nord, et les rives de JTrtich, pres du lac Sa isan, ne sont plus qu a 
1 altitude de 520 metres. Vers le nord-ouest, la chaine du Tarbagalai a pour 
suite les monts Djenghiz-tau ou Denghiz-Um ; ils font reellement parlie de la 
meme arete, qu ils prolongent jusqu a 100 kilometres au dela de la ville de 
Sergiopol. 



14 TARTAR IE. 

Lcs monts Tarbagatai qui, nous venous de le voir, ne sont pas essentiellement 
distincts des monts Thian-chan au point de vue orographique, ne leur sont pas 
identiques par la contexture geologique. Les formations sedirnentaires, les 
schistes carboniferes, les gres ct les calcaires, y liennent, parait-il, le premier 
rang dans 1 ordre de puissance. Les tilons metalliques abondent dans les terrains 
anciens ; ils sont, ainsi que la bouille, 1 objet d exploitations industrielles d une 
certaine importance. 

Nous avons dit tout d abord comment et pour quelles raisons nous ne devons 
pas nous astreindre a nous renfcrmer dans les limites des Etats politiques 
actucls. Les regions dont nous allons nous occuper desormais appartiennent 
toules a 1 empire cliinois, ou tout au moins sont revendiquees par lui conimc 
ses dependances. 

Si nous francliissons, soil a Iravers 1 AIa-tau dzoungare, soil dans ies sinuo- 
sites des monts Tarbagatai, un de ces passages celebres taut de fois foules par 
ies invasions, nous pe ne trons daus les plaiucs vastes et monotonies, a la vege 
tation miserable, de la Dzoungarie cbinoise, dont la partie la plus basse, ornee 
de grands lacs, pai semee dc marecagcs ct de lagunes, a rccu des Cliinois plus 
specialement le noni de Thian-chan-pe-lon, par opposition au Thian-chan-nan- 
lou, qui s applique au bassindu Tarim, situe au sud des monts Thiau-chan. La 
Dzoungarie cbinoise perd peu a pcu le caraclere desole de la steppe, a mesure 
qu on s eloigne du bas pays des lacs, pour se rapprocher des montugncs au noni 
(I au sud; neannioins la region, nous ne dirons pas cullivce, car la rarete des 
liabilanls esl la cause du delaissement de nombreux cantons fertiles, mais utili- 
sable, est peu elendue relativement a la steppe. II existe sur les flancs et dans 
les contrelbrts des cbaincs bordieres une veritable region alpestre avcc de belles 
i nivts, de verts paturages et une vegetation speciale. Au sud des chaines qui 
continuent le Boro-Kboro a Test, dans la direction d Oroumtdii, le pays de 
Kouldja, qui est le bassin superieur de 1 Ili, pre sente un tout autre aspect. C est 
une des plus belles contrees de 1 Asie et des plus pittoresques ; quatre ou cinq 
Ibis moins elendue que la Dzoungarie, elle possede une population qui n est que 
moitie moindre ; des irrigations nombreuses, bien entendues, aussi soignees 
que celles dc la Dzoungarie, sont delaissees, doublent la fcrtilite des vallees 
auxquelles le voisinage des aretes neigeuses assure une bumidite suffisante 
pour amener les recoltes a maturite. De plus, Kouldja est un centre important 
de ricbesses minerales; les mines de ler, de cuivre, de plomb, d ar^ent, y 
abondent, ainsi que les gisements de soufre, de houille et de graphites. D apres 
Mouchtekot f, les depots de houille du pays de Kouldja sont enemies; ony trouve 
aussi des carrieres abondantes de beau marbre. Par sa panic orientale, la 
Dzoungarie se confond avcc le Gobi. 

Au sud des monts Thian-chan, entre cette chaine et cello des monts Kouen-lun 
qui bordentau nord le vaste plateau thibetain, s etend sur une surface de beau- 
coup plus d un million de kilometres carres une immense depression, eu tres- 
grande parlie deserte, et partout tres-faiblement peuplee. Gette cavite, que dans 
noire ignorance complete (inexcusable meme, puisqu elle etait au-dessous des 
notions que nous avaient fournies les rares et intrepides voyageurs du moyen 
age, et de celles que nous offraient les annales chinoises) nous regardions encore 
comme une continuation du plateau du Thibet, est le Thian-chan-nan-lou des 
Cliinois, le Turkestan oriental ou Turkestan cliinois des geographes europeens. 
Cette contree, dont les limites dessinent un ovale re gulier ouvert a Test ou, par 




TARTARIK. 1., 

les pays de I idjan et do JIaini, il se ratlachc au grand desert qui mene jusqu en 
Mongolie, lut, dans les temps ge ologiques, occupee par une DKT iulericure. 
Aujourd liui c est une dcs regions les plus depourvucs d ean ; de grands dal- 
laes de substances salines, si nuisihles ;\ la I ertilite du sol, rappcllcnt seuls 
les flots qui la couvraient jadis. La parlie peuplee, si Ton en cxeepte les rares 
cultures, qui bordent sur une largeur tout a I m I. insignifianle les rives du Tai-im 
et de ses affluents, consistc en une bande semi-circulaire disposee en amphi 
theatre sur les flancs des chaines qui hordeul la depression a 1 csl, au uord-esl 
et au sud-est. Ce pays est fort interessaut a tons les points de vne ; UIK- explo 
ration methodique, qui 1 ut pour les geographes une veritable n -vrlaliou, en u 
ete commencee en 1857 parl un des plusce lcbrescxplorateurs, Sdila-iulweit; il 
paya dcsavie sagenereuse entreprise ; la con Iree est encore Ires-incomple temenl 
connue. II est, parcxemple, telle locahle designe e sous lenom de JVharlclian on 
Tcherchen, au pied memo des monts Kouen-lnn, qui n a petit-eiiv pas etc 
visitee depuis six siecles ; d autres ont eu lenr lieiue de eelelirilr on out ele 
memo le siege de puissants Etats, cominc Kholan, par exemple, mitre du 
commerce de la fameuse pierre de jade dont les (Illinois out su lurr uu si mer- 
veilleux parti, ou encore Kacligar, (jut Tut dans ce-; dernirres anne es la eapitale 
de cet empire ephc inere de la Kudigarie ipii ue dura qu nii iiislaul (iSii," -i 
1876) etcoula lantdesang ct tant de mines. (Test a I abri des cliaiucs voisines 
stir les flancs decliire s ct, par-ci par-la, riclienicnl IIOIM S, de ces \alli ; es. pareon- 
rues par les ruisseaux qui convergent vers le loud de la depres>iou, eu domianl la 
vie a toute une guirlaudc d oasis, (pie s est accumulee, anx conlins de la steppi 
et du desert, mic population active et iiuluslrieuse au sein de laipielle on troii\r 
encore des agglomerations de f oO 000 ou (ill (Kill luvbilauls. C est le eas de la vill- 
de Yarkand, par exemple, qui est pour la region uu \erilable eenliv a-iieole, 
intelligennnent et fructueusement exploite. A Kacligar (,"!", LM) ,\ ; 7(i",lG K; 
1233 metres d altit.), oil cesexcellenles conditions ualuivlles font dei aut, le sol 
est aride ct sale, les sables penelrent dans les vallees et le long des ruis^e.iux. el 
la population seruit fort miserable, si la localilc n e tait favorablement plaeiv 
pour servir de centre commercial. l ( ^n dehors de eette bordure leilili: qni suit le 
contour des montagnes commence, pour ne plus etre completement interrompue. 
la vaste steppe du Gobi, nommee encore le Cliamo, le pays du sable, par les 
Chinois, grande terrc absolument morte et silencicuse, en deliors des I ives du 
Tarim. La plupart des geographes europeens n appliquent le nom de Gobi qu a la 
parlie orientale. c est-a-dire mongolique, de la region. Tantot c est le desert avec 
ses dunes mobiles, ses nuages immenses d un sable jaune remaicpiable ici par 
son extreme finesse ; ailleurs c est plutot la steppe avec ses excavations remplies 
de couches de sel, alternant avec des champs de hautes herbes et de rares 
broussailles. 

Aux yeux de Richthofen, a qui on doit les plus imporlants travaux concernant 
la geologic de 1 empire cbinois, le Chamo proprement dit est le bassin oriental 
de la grande Mediterrance qui occupa jadis 1 Asie centrale. Dans celle partie, la 
couche liquide alteignait jusqu a 900 metres d epaisseur et s elevait a 1500 metres 
au-dessus du niveau de 1 ocean actuel. 

Le Gobi s etend en realite depuis les monts Kouen-lun au sud-ouest jusqu aux 
monts Khin-han (Gbin-gan, Hin-gam) au nord-est, c est-a-dire jusqu u la chaine 
transversale, orientee presque du nord au sud, qui separe la Mongolie de la 
Mandchourie. Mais, contrairement a ce qui etait trop souvent admis jusqu ici, 



]Q TARTA1UE. 

cette vaste contree n a pas sur toute son etendue le caractere d absolue unifor- 
mite qu on lui attribue trop souvcnt. C est ainsi qu entre les montagnes de 
Barkoul et de Hami au nord, et la chaine des monts Nan-chan au sud, un grand 
ten itoire, lar^e de 500 kilometres, connu particuliei ement sous la denomination 
de Kan-sou ou Han-sou mongol, presente un caractere different du reste de la 
zone deserte, assez different meme pour qu il soil permis de dire que dans 
cette rt "ion la zone deserte est pour ainsi dire interrompue, ou du moins for- 
tement etranglee el reduite. Le Kan-sou mongol a ele en partie explore par 
Prjevalski, qui en a etudie non-seulement le relief et le regime liydrographique, 
mais aussi la faune et la llore. An sud et au sud-est, le pays, qui est en realite 
une haute plaine fortcment ondulec, parsemee de vallons ctroits, de couloirs 
deserts entre des collines plus ou moins boisees, de petits plateaux arenaces et 
steriles, s appuie sur des chaines de montagnes, ou semontrent partout des 
couches de schistes argileux et au milieu desquelles s elevent frequemment de 
hauls sommcts couverls de neige pendant la plus grande partie de 1 anne e. 
Prjevalski reconnut dans certaines parties Irois chaines paralleles ; on lui affirma 
que vers 1 ouest elles s elevent jusqu a la limite des neiges elernelles ; il y con- 
stata la presence, avec les schistes argileux, de divers calcaires, des gneiss et des 
diorites; la houille est exploitee dans certains endroits et presque tous les cours 
d eau passent pour rouler de Tor. Cette region du Kan-sou est exposee 
aux tremblements de tcrre, dont les secousses seraient, d apres les recits indi 
genes, frequemment assez fortes pour renverser les habitations. Presque partout 
dans la region alpestre les cours d eaux, torrents ou ruisselets, sont nombreux ; 
dans la plaine, des sources jaillissent des moindres depressions du sol, et par- 
viennent a se reunir pour former de veritables rivieres dont les deux plus 
importantes, pour ne pas dire les deux seules, ont des cours perpendiculaires 
1 un a 1 autre : Tune, la Ngang-si, nommee aussi Sou-la-ho, court de Test a 
1 ouest, et se rend au lac Cliara-nor; 1 autre, 1 Az-sind, va directement au nord 
et se jette dans le lac Sagok-nor, situe a moins d un degre de latitude au sud 
de Hami. 11 resulte de ces conditions physiques que, contraireinent a ce que 
nous ferait prevoir 1 aspect de nos cartes usuelles, on peut rencontrer dans le 
pays non-seulement des cantons cultives et habites, mais des villages et meme 
de verilables villes. 

Au nord du Kan-sou, la steppe reparait et le terrain s abaisse dans cette sorte 
d etranglement que nous avons indique plus haul; c est la que regne un couloir 
qui, dans les temps geologiques, faisait communiquer lamer interieure avec une 
sorte de golfe enferme entre 1 Altai et le Thian-chan, et auquel Richthofen a 
donne le nom de golfe dzoungarique. C est sur le meme point, dans la direclion 
de Test, que la steppe, a travers ce qui lut jadis un detroit parseme d iles nom- 
breuses, se relie au Gobi proprement dit, c est-a-dire au desert de Mongolie. 
Le sol du Gobi mongol n est pas le meme que celui de la veritable steppe. C est 
un gravier rougeatre, a tres-gros grains, melange de cailloux roules, et parseme 
de rochcs, avec des ilots ou plutotde longues bandes d un sable fin qui se dis 
tingue de loin par sa nuance jaune. La sterilite en est complete ; il ne s y trouve 
que des touffes d herbe que le vent arrache, partout ou un fond d argile ne leur 
permet pas de s implanter solidement. 

Au sud du Kan-sou mongol s etend une contree encore a peine connue etque 
pourtant le hardi explorateur russe Prjevalski a traversee presque entierement 
de Test a 1 ouest. Cette contree, designee par les geographes sous le nom de 




TARTARIE. 17 

Tcha idam ou Tzaidam, conserve encore sons bien des rapports les caracteres de 
la steppe du Thian-chan-nan-lou, avec laquelle elle communique par unc large 
ouverture pratiques dans I Altin-dagh, chaine intermediate entre les monts 
Kouen-lun a 1 ouest et ceux du Nan-chan ;\ Test. G est vers 1 extremite orientale 
dece grand couloir, que trois rangs de montagnes separent du plateau llu hetain 
qu on rencontre le grand lac de Koukou-nor, dont la surface cst a 1 allilude de 
1000 metres. Les cotes septentrionales du lac sout bordees de moutagnes tres- 
rapprochees, tandis que cclles du sud sont separees des premieres chaines thibe- 
taines par une etroite steppe moins triste que celle du Gobi, dont elle garde 
neanmoins les caracteres generaux. Sur les flancs de ces chaines mulliples on 
observe un fait tres-remarquable, parre qu ou le constate dans toutes les chaines 
de 1 Asie centraleorientees dans le sens des paralleles. Le versaut .septentrional est 
notablement plus animc, plus orne, moins denude que le versanl nicndional. D un 
cote, des arbustes nombreux, des bosquets verdoyants, des prairies abondantes, 
de 1 autre, de maigres broussailles, des genrvrirrs nialingres entre des roclin - 
nus, des lits de torrents desseches qui rappellent le voisina-i 1 du dt srrl. Les 
conditions climatologiqucs du pays donnent la raison de ci-s particulai ilrs. 
qn aucun explorateur u a neglige de signaler. Vers lesud, le pays de Trim i< I a m d. du 
Koukou-nor se continue jusqu a la chaine des monts de Maivo | o|<>, ru mie 
region montucuse accidentee, dont le cararlriv physique la dislmgue ilu Thihd. 
proprement dit, auquel elle n appartienl pasen realite. Vcrsl est, Ic pa\s esi com- 
pletement marecageux, parseme de lacs assez elendus et en nombre Ires-consi 
derable ; c est au milieu d eux et souvent avec leur aide, que se forment les 
sources du Hoang-ho ou fleuve Jaune. En realite, c est une contree a pen pn\s 
inexplorc e jusqu ici ; 1 altitude maxima y est d environ -V200 mdivs. 

Si la re gion du Tcha idam o( du Koukou-nor doit etre maintenue, au point 
de vue des conditions physiques, en dehors du Tbibrl, pour etre annexee pour 
ainsi dire au Kan-sou mongol, a bien plus forte raison devons-nous faire entrer 
dans le domaine mongol le pays de 1 Ordoss, compris tout entier dans la 
grande courbe a convexite septentrionale, que dccrit le fleuve Jaune a sa 
sortie de la province du Kan-sou chinois. Limite au nord, a Test et a 1 ouest, 
par le fleuve, 1 Ordoss est completemcnt borde au sud par la grande muraille 
qui se trouve separer ici deux pays absolument en contrasts 1 uii avec 1 au- 
tre, aussi bien au point de vue de la population que des conditions phy 
siques. D un cote, les Chinois laborieux et sedentaires, de 1 autre, les Mongols 
nomades et pasteurs; d une part, un sol fertile, bieu arrose, accidente, un 
climat chaud; de 1 autre, un plateau eleve, nu et desert, un climat rigou- 
reux (Prjevalski). Le sol de 1 Ordoss, en effet, si Ton en excepte les rives du 
Hoang-ho, est forme d argile sablonneuse, charges de sel, dont la sterilile est 
encore favorisee par Taltitude du plateau, qui est en moyenne de plus de 
1000 metres. L Ordoss est done une veritable steppe, au milieu de laquelle 
apparaissent, d espace en espace, de rares et petites oasis dans lesquelles la 
vegetation, plus belle et plus variee, donne un peu d animation au paysage par- 
tout si disgracie. 

On donne le nom d Ala-chan, ou parfois aussi de Trans-Ordoss, a une contree 
assez basse, appartenaut au Gobi, et situee entre le Kan-sou mongol et 1 Ordoss, 
dont la separe le cours du Hoang-ho. Mais les caracteres physiques du pays sont 
ici les memes sur les deux rives. L Ala-chan est une plaine pauvre, pavee 
d argile salee, avec de nombreux marecages ou se sont concentres les restes des 
cicr. ENC. s e s. XVI. 2 



18 TARTARIE. 

anciens lacs. Ailleurs les sables, Ires-mobiles, s amassent en dunes elevees. La 
plus grande pailie du pays est sans eau et sans etres vivants. 

A Test da Kan-sou mongol reparait la plaine aride du Gobi oriental, qui couvre 
une grande partie de la Mongolie du nord. Cette portion du grand desert iute- 
rieur de 1 Asie est mieux connue anjourd hui que cclle de 1 ouest, traversee par 
le bas Tarim. De savantes explorations, dont les premieres remontent a 1852 et 
sont dues a Fuss et Bounge, nous ont procure des renseignements exacts sur le 
pays et sur scs productions. Grace a eux, nous savons maintenant que ce vaste 
plateau a une altitude moyennequi est non pas de 2400 metres, mais plutot de 
1000 metres, que cette altitude va s elevant pen a pen du sud-ouest an nord- 
est, qu elle est, au sud, de 800 metres environ et qu elle s eleve a J200 vers 
1 ouest ; nous savons aussi qu il exisle an milieu du desert une depression d une 
profondeur variable selon les lieux, et dans laquelle le sol s abaisse jusqu a 
500 metres au-dessus du niveau de la mer, et enfm que cette depression 
semble avoir son maximum d intcnsite sur la route de Kiatka a Kalgen. La Mon 
golie, a la plus grande portion de laquelle s applique en meme temps la deno 
mination de Gobi, est ainsi une sorte de plateau qu entoure de presque tous les 
cotes un socle de monlagnes graniliques, frequemment couvertes de laves, et 
souvent aussi dechirees par I erosion due a 1 action repetee dos courants. Du 
cote de 1 ouest, la pentr grin rale du jilaleau le relic, sans autres accidents de 
terrains que les croupes les plus avancees de 1 Altai meridional et des monls 
Gourban Sauljat on Sajrhat, au Gobi oriental ou Thian-chan-nan-lou. Vers la 
Siberie, la Mongolie a pour limiles les monts Altai proprement dits et la cbainc 
du Sayan vers 1 ouest; au nord, la serie des chaines Ba ikaliennes qui commence 
par le massif du Mounkou-sardik ct finit parle Kentei a la limite du bassin de 
I Amour. La longue crete des monts Kbingan separe la Mongolie de la Mand- 
chourie, en meme temps qu elle limile a 1 est 1 interminable desert; les raon- 
tagnes du sud sont le vaste massif encbevetre qui domine la province cbinoisc 
du Pe-tcbi-li et, a des centaines de lieues a 1 ouest, les monts Nan-cban. Entre 
les deux se developpe la vaste bouclc du Iloang-ho, dans laquelle est em-lose la 
contree presque sauvage du pays des Ordoss, signalee plus baut. Les cliaines qui 
appartienncnt en propre a la Mongolie sont toutes situees au nord-ouest et orien- 
tees vers le sud-est, parallelement; toutes aussi sont des dependances de 1 Altai. 
La plus meridionale est le Grand Altai ou Ektag Altai. Cette cbaine, d une 
longueur immense, traverse obliquement la Mongolie, et vient se terminer en 
croupes isolees aux limites nord-ouest du pays Ourato, nom mongol de 1 Oula- 
chan cbinois, royaume distinct, recemment explore par le missionnairc 
A. David (de Pekin). Le Gourban- saigat, dont il a ete question tout a 1 lieurc. 
est 1 extremite meridionale de celte cbaine, dont 1 exi^tence meme etait comple- 
tement ignoree il y a quelques annees seulement, et qui ne figure que sur les 
cartes les plus recentes. On y trouve pourtant des sommets eleves de plus do 
5000 metres. 

La chaine mongole la plus septentrionale est celle des monts Tannou ou Tan- 
nou-ola qui, detaches de la cliaine de 1 Altai, a Test des bassins de 1 Oubsa-nor et 
de 1 Ouriou-nor, se prolongent au sud-est, en se subdivisant en series de coteaux 
qui penetrent entre les diverses sources de la Selenga. Les deux chaines mon- 
goles et le massif de 1 Altai circonscriveat trois cotes d un quadrilatere monta- 
gneux, riche en eaux courantes et en grands lacs, coupe par une ligne de 
hauteurs paralleles aux deux autres chaines, les monts Khangai, ou de nombreux 




TARTARIE. 19 

pics neigeux dominent des pcntcs vcrdoyantes d ou s e cliappent de nombreuses 
sources, egalement abondantes sur les deux versants. C est a I extremite de 
c,ette chalne mediane, au pied d un de scs plus modestes coteaux, en pleiue 
steppe, cjue se voient encore les mines de la fameusc Karakoroum, la eapitale 
de I lmmense empire des Khans mongols, a la cour desquels furent admis 
Hnbruquis et Marco Polo. 

En debors du qiiadrilatere montucuxque nous venons de dccrire et qui appar- 
ticnt a des bassins lacnstres et an haul cours de l;i Selenya, lout le resle de la 
Mon iT olie, a [ exception du bassin des sources qui si- ivmiisscnt a 1 Amoiir, par 
I intermediaire du lac Dalai-nor ou Kouloun-nor, annord-esl, appai liml an (iobi. 
[/aspect de ce desert, malgre la desolation qui y rcgne parloul, nYsl pas al.Mi 
lament uniforme; cc n est pas, selon nue expression trop fre*quemmenl iisiir e, 
une mer de sable. Le colonel Prj6valski, quia traverse le Gobi dc Kiakia a IVkin, 
decrit, enlre la plaine siberienne et le desert, unc zone intcrme diaire oil se 
trouvent encore de ve ritables paturages, bien quc le paysa-c, brusquemenl 
change d aspect, soit devenu deja cxcln.-ivemeiil moii-nl. I, a steppe a |>nie dc 
vue ct s effagant dans le lointain bleiialre dc. I liori/ou sc dcploic laui. ii le ge re- 
ment ondule e, tantot conpee par des coll mes rocbcuscs. DCS Imupcaux pai-scnl 

ra et la, et les tentes de lenrs propricla urs soul disst -uiiuccs Ic luu-dc I. ilc. 

Ce n est point encore la le (Iobi propremi iit dil, niais une /mie iiiU run -diaii-i- 
Je nature steppienne, ayant un sol silico-aryileyix, cou\crt d imc lin-lic excel- 
lente... Cette zone est composce de grandcs ondulations couples parl uis de sur 
faces planes pendant une dizaino de verstes... (Prjevalski, Monyolic cl IHIIJX 
des Tangoutes, etc., trad, frang., p. 18.) 

Ces menies surfaces planes sc retrouvent plus nombreuses dans la parlic 
ccntrale du Gobi, sans en exclnre pourtant tons les accident de terrain. An 
nord et an sud, les rocbers sc dressenl en series et torment parl dis de v ( ; iiialiles 
coteaux entrc lesquels, pendant les ora-cs, des torivuls de qiielques beiires 
creusent jicu a peu des ravins on des crevasses. Cesi dans ces fissures qne Ton 
pratique des puits dans lesquels, a 1 abri di s eourants d air, 1 ean pent se con- 
server pendant quclques semaines : celte can est d autant plus preciense que. 
sur un espace deplus de 1000 kilometres, on no rencontre pas une senle riviere, 

Des voyages tres-interessants, dout le recit se trouve insure dans \v$Noiivcllex 
Archives du Museum, ont etc executes eu Mongolie par 1 abbe David. II a examine 
avec soin les terrains, re colte de nombreux Ibssiles, et dresse une carte som- 
raaire des dispositions orographiques du sol mongolien. Nous signalerons tout 
particulierement la decouverte de verte bres fossiles de 1 epoque quaternaire 
et qui ont e tereconnus comme appartenant aux genres llya tiect, Eleji/Ht*, etc.; 
parmi les especes deleimine es, nous indiquerons le Bos iiriniiyenius, YEqun* 
caballiif, le Rhinoceros tichorhiniis, le Cervus Mongolia. 

Des graviers rougeatres et des pierres fragmente es, parmi lesquels se trouve 
1 agate, composent, avons-nous dit, le sol du Gobi : un tel terrain ne pent etre 
que sterile, surtout en 1 absence de I eau ; et pourtant une lierbe maigre et 
basse se trouve encore presque partout, associee a quelques plantes bnlbeuses. 
Generalement, dit le meme explorateur, le Gobi produit sur le voyageur une 
impression penible, meme e touffante. Pendant de longues semaines, le meme 
tableau se deroule devant ses yeux; il voit d immenses espaces rJletant une 
teinte jaune, a cause des herbes dessecbees de 1 annee precedente, on noiratre, 
lorsqu ils sont sillonnes de chaines de rocbers, sur le sommet desquels se dcs- 



20 TARTARIE. 

sine parfois le profil d une antilope. Gravement, et d un pas mesure, s avancent 
les chameaux; des dizaines et des centaines de verstes se succedent, mais le 
paysage conserve le meme caractere triste et desole... Enfin la nuit s etcnd sur 
le desert. Un ciel sans nuage s illumine de myriades d etoiles ; la caravane con 
tinue encore quelque temps sa longue marche, puis s arrete pour camper. Les 
cliameaux hennissent de joie ; on les debarrasse de leurs fardeaux et les pauvres 
betes ne tardent point a se coucher en rond autour de la tente des chameliers. 
Ceux-ci precedent rapidement aux preparatifs de leur modeste souper; une 
lieure ne s est pas ecoulee que betes et gens sont ensevelis dans le sommeil, et 
ijue de nouveau un calme de mort regne sur cetle terre (op. cit., p. 19,20). 
La chainc des monts Khingan, chainc transversale dirige e sensiblement du 
nord au sud, peut etre considered com me une sorte de limite geographique 
entre la Mongolie et la Mandcliourie; mais elle n est nullement utilisee comme 
limite politique. C est a ce point que semble s arreter le desert de Gobi; au dela 
commenccnt les territoires des bassins considerables de 1 Amour et de ses 
affluents ainsi quedu fleuve Jaune ou Chara-mouren, dont les eaux donnent la vie 
aux pays de Moukden et de Tcheng-te qu on doit considerer comme appartenant 
aladiine propre. Ne anmoins, de 1 autre cote dela chaine dont les /lanes abrupts 
ct escarpes du cote oriental contrastent avcc les pentes plus douces du versant 
mongolien, s etend encore, entre les deux bassins, une grande plaine sterile qui 
conserve tous les caracteres de la steppe et qu on nomme le Gobi oriental ou 
petit Gobi. Mais, plus on avance vers Test et vers le nord, mieux on constate 
que le pays cbange d aspect ; les solitudes ne sont plus que des plaines tres- 
limitees ou des districts rocbeux sur Jesquels la culture n a pas paru possible. 
La chaine des Khingan est encore Ires-incomplctement exploree, et la Mand- 
chourie est un pays tout a fait neuf pour le geographe. 11 y a trente ans, c etait 
une region presque inconnue. De nombreux explorateurs, presque tous Uusses, 
1 ont etudiee depuis avec aulant de patience que d intelligence, au point de vue 
geologique et topographique, pendant que des naturalistes dont les noms sont 
celebres, comme Maximowitch, Schrenk, Radde, Prjevalski, dressaient 1 inventaire 
de ses richesses zoologiques et botaniques. 

Le relief de la Mandchourie ne peut pas etre considere aujourd hui encore 
comme parfaitement determine; neanmoins, il resulte des observations les 
plus certaines que les chaines qui s y rencontrent et qui sont situees, la plus 
orientate, le long du littoral russe, sous le nom de Sikhota-alin, et les autres, 
entre les divers cours d eau, sous des noms divers, ont toutes une meme orien 
tation, du nord-nord-est au sud-sud-ouest. Un autre caractere qui parait leur 
etre commun est relatif aux evenements dont ces montagnes ont ete le theatre. 
Presque partout on rencontre des traces de 1 action volcanique, aussi bien dans 
les monts Khingan que dans les chaines qui sont beaucoup plus rapproche es de 
la cote. On a meme signale, d apres El. Reclus, precisement dans la chaine des 
Khingan, des cones eruptifs formes par des amas de lave de 250 metres de 
hauteur. En dehors des formations eruplives, les terrains anciens sont ample- 
ment represente s. On a trouve des fossiles devoniens, comme les spiriferes a 
grandes ailes, sur les rives des principaux affluents de 1 Amour. Les terrains 
jurassiques, riches de depots houillers, ont ete observes aussi, non-seulement a 
la base des monts Stavonol, c est-a-dire dans le haul bassin de 1 Amour, mais 
aussi le long des rivieres qui s y rendent. Pres de 1 Amour, et recouvrant des 
terrains cristallises, les couches tertiaires miocenes, avec des assises carboni- 







TARTARIE. 21 

lores et des fossiles vegetaux caracteristiques, apparaissent Ires-fre quemmcnt. 
L arete principale, ou du moins la chaine interieure la plus importante, est la 
Montagne blanche ou Ghan-Alin, dont plusieurs cimes depassent 5500 metres et 
sont eternellement couvertes dencige. Dans la region scptenlrionale, au nord du 
cours de la Nouni, le pays est egalement monlucux, niais les massifs y sont de 
moitie moins eleves que cenx de la Monlagne Mam-he; la region montueuse 
parliculierement designee par les Mandchoux sous le nom de Daousc-Alin ou 
Dousse-Alin est encore tres-impaiiailemcnt connue. 

HYDROGRAPHIE. Si Ton excepte quelques cours d eau qni, prcnant Icnrs 
sources sur les pentes ou dans les hautes vallees des versants orienlaux du 
Tarbagatai et des cliaines orieutales des monts Celestes, se din geiit vers la 
Ttfongolie et deviennent ainsi, par 1 intermediaire des lleiives dont ils sont les 
affluents, des tributaires de 1 ocean, tout 1 inmieiiM domaine lr l:i laii.nif, 
dont nous venons d esquisser le relief, conslitue un hassin inleneiir qni deu-i - 
ses eaux dans des lacs sans e coulcmeiit. Les uns, comim- la (!;ispieune. Mint dc 
vastes mers; les autres peuvcnt n etre <jue des lagunes sans pnili>udeur, des 
plaincs marecageuses auxquelles [ evaporation euir \e, el meme an dela, (uui 
ce qu elles peuvent recevoir. Contrairement, en effet, a re qu mi pourrail sup- 
poser a premiere vue, les excavations, lacs ou meis inlei lemvs, qui reeoivent >;ms 
cesse des affluents et ne deversenl rien, ne vuieni p;is aii^uieiilcr le volume de 
leurs eaux. G est 1 inverse qui a lieu. Les geologucs adinellenl ijue dans les 
periodes anteneures le pays aralo-easpien etait occnpe par une grando Medi- 
terranee; mais, sans sortir de la peiiode geologique actuelle, de uomhreuses 
preuves etablissent avec la derniere evidence que toute cette vaste cmilio- est, 
depuis des siecles, en voie de dessechemenl cuiiiiiiuel. Partout 1 etude du 
pourlour des grands lacs montre qu une. pai-tie des aueicns 1 onds est aujourd hui 
a 1 etat de marecages ou de steppes; de nombreux lacs de moindre dimension 
ue soat plus representes que par des flaques bourbeuses ou des depots de sel ; 
les His des rivieres sont les uns retrecis, les autres raccourcis et partiellement 
supprimes, parce que les cours d eau se perdent en route, sans atteindre un 
deversoir apparent quelconque. 

De cette singuliere disposition de Thydrographie du Turkestan, dont le 
territoire est ainsi subdivise en un grand nombre de bassins fermes, ou ohaque 
cours d eau aboutit a un lac, grand ou petit, ou biert disparait dans un mare- 
cage, resulte la ne cessite de joindre dans une meme description et les rivieres 
et les amas d eau dans lesquels elles se jettent. 

Tout le regime des cours d eau de 1 Asie interieure est domine par la pre 
sence de cette colossale protuberance montagneuse qui s etend sans interruption 
du bassin de ITndus a celui de 1 Obi, projetant en tons sens des cliaines avail- 
em dont 1 orientation a fixe les limiles des divers bassins disposes dans loute 
sa pe riplierie. 

De meme que les plus grands amas d eau, les plus grands fleuves de la 
Tartarie sont situes a 1 ouest du massif principal, dans le domaine aralo- 
caspien. Mais la mer Caspienne, malgre son etendue si grande, comparativement 
auxaulres lacs du Turkeslan, ne regoit plus actuellement, sur sa rive asiatique, 
que des cours d eau assez modestes. 

Le premier que nous aurons a signaler est 1 Atrek, dont le bassin est une 
large vallee comprise entre les chahies qui limitent la Perse au nord et le 
rebord septentrional du plateau iranien. Sorti d une haute vallee du Khorassan, 



22 TARTAR1E. 

a unc altitude de 1250 metres environ, il se dirige d aborcl presque direclemenl 
au nord-ouesl, puis, arrive a la limite du pays des Turkmenes-yomouds, apres 
un cours do 400 kilometres environ, il se detourne brusquement vers le sud, 
pour gagncr Tangle sud-est de la mer Caspienne dans laquelle il se jette, non 
loin au nord, de [ embouchure du Gourgcu, ou Giourgan. Pendant trois mois, 
1 Alrek devient Ires-fort et son lit. occnpe alors une largeur de 2 kilometres ; 
mais, durant tout le reste de Fannee, il perd une partie de ses eanx dans son 
cours infericur et n apporte a la mer qu uu faible tribut. Les Russes avaient 
fondesur sa rive, aupres de la Caspienne, unetablissement qu ils out abandonne. 
en raison sans doute des causes d insalubrite, dues a Finslabilite dans le debit 
de la riviere. Le Gourgen, qui aboutit a la Caspienne, au-dessous dc 1 Alrek, a 
un cours beaucoup moins etendu, mais beaucoup plus regulier et permanent. 
llien ([lie les fronlieres de ce cote soient purement convenlionnelles, parce que 
pcrsonne ne s est engage a les respecter, le Gourgen, anciennement YHyrcama, 
est une riviere persane. 

Le premier cours d eau qu on rencontre cnsuite en remontant le rivagc de la 
Caspienne a Test, le seul d ailleurs qui merite d etre signale, en outre de I Atrek 
et du Gourgen, est FOusboi, qui se jette dans la mer a la buie dc Balkan, 
apres avoir traverse par une brecbc Fun des cbainons des montagnes de ce 
uom. L Ousbo i se forme a Test du delta de FAmou-daria par trois couranls qui 
se reunisscnt a Fest du plateau de FOust-ourt, qu il contourne cnsuite au sud 
pour se diriger de la a Fouest vers son emboucbure, a travers une plaine tres- 
basse, laquelle en beaucoup d cndroits est une veritable lagune. Au nom de ce 
fleuve s attacbeun des plus grands problemes geographiques qui aientelc resolus 
a noire epoque, apres avoir donne lieu a de nombreuses et savanlcs disseitations. 
Les geographies s accordent en cffet pour voir dans FOusbo i, 1 ancien lit de 
FOxus on Amou-daria, lequcl aurait ainsi ete un tributaire de la Gaspienne, 
avant de devenir celui du lac d Aral. Sans rappeler en detail ces savants travaux, 
nous nous contenterons de dire que la conclusion a laquelle on est arrive esl 
que FOxus, probablement a deux reprises differentes, et cela depuis l. S temps 
historiques, a abandonne le lac d Aral, pour porter ses eaux a la mer Caspienne, 
prolongeant ainsi son cours d une longueur de 800 kilometres pour penetrer 
dans la mer par une sorte de delta, a travers lequel une bouche principale 
passait dans un detile grandiose entre le grand et le petit Balkan. Le Sir-daria 
lui-meme, Fancien Yaxartes, a du, pendant une certaine periode diflicile a fixer, 
joindre au cours de FOxus une partie de ses eaux et devenir ainsi, indirecte- 
ment, tributaire de la mer Caspienne. Nous verrons lout a Fheurc Finlluence 
que ces cbangements, dont le dernier ne remonte qu a quelques siecles, ont eue 
dans les variations si remarquables dont le lac d Aral a ete le theatre. 

Nous avons deja dit quelques mots de Faspect exceptionnellement etrange 
qu offrent les abords de la Caspienne, du cote oriental, avec ses plaines basses 
qui presentent alternativemeut tous les degres, depuis la lagune et le marecage 
aux eaux bourbeuses, couvertes de roseaux et de plantes aquatiques, jusqu aux 
bas-fonds completement desseches et couverts de verilables dallages de sel cristal- 
lise. II tist tclle vaste baie, a peine relie e a la mer dont elle regoit pourtant 
des afflux de masses liquides, qui par consequent conserve ainsi les apparences 
d un veritable golfe, et dont la profoudeur moyenne au-dessus de son fond 
salin n est pas superieure a 2 metres. 

La mer Caspienue, dont Fetendue, d apres ce que nous venous de dire, fut 



TARTARIE. 23 

jadis plus grande qu aujourd lmi, presenle une autre particularile plus remar- 
quable, qui a etc soupconnee pendant quelque temps avant d avoir ete veriliiV 
par 1 experience. Son niveau cst infmetir a celui do 1 occan; la profondeur de la 
depression a ete 1 objet d appreciations contradictoires; mais on admet aujourd hui 
generalement le chiffrc qni resulte des verifications ct des calculs deStnm-, <! 
Pulkova; d apres lui, le niveau de la iner Caspienne cst a 26 metres au-dessons 
de celui de la mer Noire. 

La composition chimique de 1 eau de la Caspienne est tres-variable d un lu-u 
a 1 autre; la salure de cette mer va en diminuant an fur et a mcsure qn on 
s approche des embouchures, et surtout de celle du Volga. A 20 kilometres du 
delta de ce lleuve, 1 cau de la Caspienne est encore pn sqiic potable. La propor 
tion de chlorure de sodium y est partout inferieure a celle de 1 ocean ou de la 
Mediterranee ; celle du sulfale de magnesie y est an contraire plus eleve c, ce qui 
augmeule notablement 1 amertuine de 1 eau. Recueillie pivs de Novo-petrovsk, 
cettc eau a donne a i analyse : chlorure de sodium, 8,95; chlorure dc polas- 
sium, 0,65; sulfale de magnesie, 5,26; sulfate de chaux, 0,56; carbonate dc 
magnesie, 0,20; carbonate de chaux, 0,57, soil en tout environ I \ parlies d 
substances salines pour 1000 parties dc liquide. Mais, d apivs (!< \\-.\c\-, la pro 
portion moyenne des sels nr scr;iil pas supcrieure a 9 pour I(.M)0; cette Evaluation 
parait bien etie au-dessous de la ivalih . 

Apres la mer Caspienne, le plus vaste recipient du bassin intericur de 1 Asie 
centrale est le lac d Aral; dans tout Tancicn continent, le lac llaikal scul le 
surpassc en ctendue. 11 a du nord au sud une longueur de 550 kilomriirs : - 1 
largeur est de 280 kilometres; son pourtour actuel pent otre evalue a 1450 kilo 
metres. 11 est situe* a 200 kilometres dc la mer Caspienne, entre 56 degres et 
59,50 de longitude est, et 45, 50 ct 40", 50 de latitude nord. Sa i ornie, ses 
dimensions, sa position geographique, ne nous sont bien connues que depui* 
peu de temps; avant le sieele ou noussommes, les notions qu on en avail etaient 
lort inexactes. La determination precise de son niveau, question rendue singu- 
lierement inleressanle en raison des particularities que presente a ce point de 
vue la mer Caspienne, est tout a fait recente. La surface de 1 Aral est de 
74 metres plus elevee que celle de la Caspienne : son altitude est par consequent 
de 48 metres au-dessus de la Medilerranee. Ses cotes sont partout arides et 
desertes et les habitants y sont tres-rares. Au nord et a 1 ouest, des plateaux 
argileux ou rocailleux, aux pentes escarpees, le dominent avec des altitudes de 
50 a 100 metres; a Test, une plaine ondulee, arenacee, 1 avoisine; au sud, une 
sorte de delta appaitenant au cours inleiienr de 1 Amou-daria s etend assez loin 
dans la steppe, parsemee de lagunes couvertes de depots salins. A Test et au 
sud, leslimites de 1 Aral sont tres-indecises ; les observations modernes prouvent 
qu elles ont sensiblement varie dans ces derniers temps; les fails de 1 histoire 
etablissent que jadis, a 1 epoquc grecque, par exemple, il n exislait pas a propre- 
menl parler de grand lac dans la place qu il occupe, mais sans doute simplemenl 
une serie d excavations correspondant aux parlies les plus profondes. C est dans 
les deplacements de 1 Oxus et 1 action de 1 evaporalion qu il faut chercher 
1 explication de ces phenomenes etranges. Le degre de salure des eaux de 1 Arai 
est notablement inferieur a celui de 1 eau de la Caspienne; elle peul servir a 
1 alimentation des animaux. La profondeur du lac d Aral est tres-mediocre ; sur 
les trois quarts au moins de son etendue elle n excede pas 50 melres ; nulle 
part elle ne surpasse 70 metres; la plus grande profondeur esl sur la rive occi- 



24 TARTARIE. 

dentale; a Test et au sud regne une zone ou la sonde n indique pas 10 metres. 

Ce qui donne au lac d Aral, clans la plaine aralo-caspienne, une imporlance 
considerable, c est qu il recoit Ics eaux des deux plus grands cours d eau de ce 
bassin et de toule 1 Asie centrale, 1 Amou-daria ou Djihoun, 1 ancien Oxus, et 
ie Sir-daria ou Sihoun, 1 ancien Yaxartes. 

Les sources de 1 Oxus n ont ete exactement reconnues que dans ces derniers 
temps; elles descendent du plateau de Pamir. Nous avons dit plus haul que la 
ligne de partage des eaux de ce plateau celebre est situee dans sa partie orientale 
et que le versant de ce cote envoie ses eaux dans le bassin du Tarim; toutes 
celles du versant occidental se rendent a 1 Amou-daria. Les deux principales 
sources dc 1 Oxus, sur le Pamir, sortent chacune d un lac et a une faible distance 
1 unc de 1 autre; mais elles se diligent tout d abord dans deux sens oppose s. 
La plus meridionale des deux, celle de la riviere Sarhad, sort du lac Sari-koul 
ou Siri-koul, ou encore Koul-kalian, a 4240 metres d altitude. De la, le Sarhad, 
qui forme presque immediatement une petite riviere, bien que le Sari-koul soit 
un lac d une importance qui varie d une saison a 1 autre, se dirige vers le sud- 
ouest en suivant le versant meridional d une chaine interieure du Pamir, 
limitant au nord une grande depression du petit Pamir. Pres de Kila-Pounia, 
dont 1 altitude n est dcja plus que de 5200 metres, il se grossit du tribut d une 
autre source, sans nom connu, qui marche parallelement a lui au sud de la 
meme depression; puis. il accentue sa marche vers le sud, dans une vallee plus 
etroite, jusqu a la localite meme de Pamir, ou il sc trouve rejele directement 
vers le nord, a la rencontre de la deuxieme source de 1 Amou, sur une longueur 
de 70 a 80 kilometres. La deuxieme source est 1 Ak-sou ou riviere blanche; elle 
sort du lac de Pamir, le Pamir-koul ou Oi-koul, ou encore Gaz-koul, dans ie 
voisinage de la source secondaire du Sarhad, puis contourne les hauteurs qui 
^eparent les eaux des deux bassins du Pamir, en decrivant une grande courbe 
semi-ovalaire, jusqu a sa rencontre avec le Sarhad, de sorte que les cours de 
ces deux rivieres reunis de crivent une enceinte complete. Le Gaz-koul recoit 
sur ses deux rives divers petits affluents, non sans quelque importance; il en 
resulte qu a la sortie du plateau de Pamir, au dela du conlluent des deux rivieres, 
l Amou-daria est deja devenu un grand fleuve ; il se precipite a travers les 
hautes et froides vallees du Badakchan, avec une vilesse parlbis e norme, vers 
les plaines de la Boukharie. Avant d y arriver, il recoit encore plusieurs affluents 
dont le plus important estle Sourgh-ab, appele aussi Ouakhi, qui, forme d abord 
par deux sources nees sur les flancs du Trans-ala i, contourne au nord-ouest le 
plateau du Pamir et apporte a 1 Amou, a travers le pays de Karategin, toutes 
les eaux du plateau qui ne lui sont pas parvenues directement. Deux autres 
rivieres, le Kafirnagan et cclle que les cartes indiquent egalcment sous Ifr 
nom de Sourgh-ab, descendent des monts Hissar, dans une direction a peu pre> 
parallele, et se jettent dans 1 Amou, encore a Test du meridien deBalch. 

A partir de la et jusqu a son embouchure, 1 Oxus suit la direction du nord-esU 
longeant au sud-est la grande steppe des Turkmenes, la steppe des sables noirs, 
qui ne lui fournit pas le moindre affluent. 11 en existe bien quelqucs-uns sur la 
rive droite, mais ils sont sans aucune importance. 11 y a, au nord de 1 Oxus, 
une riviere considerable et qui joue un grand role dans 1 agriculture de la Bou 
kharie, mais elle s epuise, ou elle est epuisee par les habitants, avant d arriver 
au fleuve. Cette riviere est le Zerafchan, la riviere de Samarkand, dont le 
bassin superieur est compris entre les monts d Alexandre et une fraction de 



- 25 

1 Alai-dagU au nord, et le versant septentrional des monts Hissar au sud. Le 
Zerafchan traverse, pour arriver a Samarkand, des regions accidentees, au fond 
d une vallee etroite et profonde; arrive dans la plaine, son coiirs se raleotit et 
se subdivise; les habitants eparpillent avec parcimonie tout son precieux trilml 
dans des milliers de canaux. 

Au sud, dans K S oasis d Andkoi et de Merv, deux rivieres, la Nari et le 
Murgh-ab plus important, descendu des hauteurs da Gardjislan dans 1 Algha- 
nistan, viennent de meme sc perdre dans les sables, apres avoir apporte la vie 
dans un coin privilegie du vaste desert. 

Au dela du 64 degre de longitude, le cours de 1 Oxus s elargit. et alleint par 
places jusqu a 2 kilometres; il n est pas en moyennr iidrrieur a 7(10 on NIK) ine- 
tres. Son debit d ailleurs est loin d etre unilonne, le lleuvc el. ml eunnne le Nil, 
1 Euphrate, le Tigre, elc., soumis a des crues pdriodiques, qui coiiiineiicent en 
raai pour finir en oetobre, apres avoir eu leur maximum d intensitd an HUMS dr 
juillet. D innombrables canaux ([ irrigation, etablis sur sa rive, deimiriicnt au 
profit des campagnes voisines une parlie des eaux Miuvent limoneuscs dr 
1 Amou-daria ; ces eaux ne lui sont renducs i|ii rn I aible pro|iorlion, pane 
quc 1 evaporation enleve ce que la vegetation n aliMiilf pas. II en resulle que 
ie fleuve, arrive dans la plaine araliemie, a perdu bcauconp de son importance. 
11 s etale alors dans un vaslr delta, oil de grands manVa-rs allerm nt avcc 
d internu nables champs de grands roseaux et de joncs, s elevant a ( inrlir^ dr 
hauteur, au milieu des eaux croupissantes. Celte disposition du sol conlraslr 
tout a fait avec le cours moyen de I Oxus qui, d apres 1 inleressanle description 
qu en a donnec Alex. Burnes, est un canal remarquablement droit, exempt dr, 
rochers, de rapides, et presque depourvu de banes de sables. Dans le delta, cu 
les depots fluviaux modernes occupent une lres-1 .iilde, epaisseur, el ou les fonds 
apparliennent a des formations plus anciennes, les nombreuses bouches par- 
tielles, dont 1 cxtremite s obstrue tres-facilement par les amas de limon, changent 
constamment de position. Nous avons vu plus haut qn il en fut ainsi jadis, et 
a plusieurs reprises, du lit meme du fleuve; les fails que Ton peut observer 
aujourd hui donnent de la vraisemblance a I liypotbese d un nouveau deplace- 
ment, dans un avenir plus ou moins eloigne, a la suite de quelque grande 
inondation comme celle qui eut lieu en JS7S, par exemple. 

Le Sir-daria, le Sihoun des Arabes, qui le nomment aussi le Cbach, 1 Iaxartes 
des Anciens, deuxieme affluent actucl du lac d Aral, est parson cours superieur 
la riviere du Thian-chan occidental, comme I Oxus est celle du plateau de Pamir. 
L une de ses sources, qui n est pas la principale, sort d un lac situe au sud des 
monts Terskei -ala-tau ; grossie bientot par quelques ruisscaux, elle traverse une 
partie du plateau montueux, pour venir rejoindre la source la plus importante, 
celle qui sort du grand glacier de Petrof, et des lors, apres avoir recu deja des 
nonis divers, prend celui de Narin. Sa direction est sensiblement direcie de 
Test a 1 ouest, dans la partie declive d une grande vallee peu profonde; elle 
entre dans les bautes plaines du Ferghana, naguere encore appele Kokhand, a 
travers une breche profonde qui n apas jusqu alorsete exploree, etou, au milieu 
d acciclents de terrain que Ton n a pas de peine a supposer, elle perd, sur une 
longueur de 40 kilometres environ, plus de 900 metres de son altitude primi 
tive. A son entree dans le Ferghana, et jusqu au dela de la frontiere, la Narin 
regoit encore quelques autres tributaires, dont plusieurs tirent leur notoriele, 
moins de I miportance de leur debit que des services qu ils rendent a 1 agricul- 



26 TARTAR IK. 

turc. La Narin, au contraire, jusqu au Ferghana, n est pas utilisee pour l irri- 
gation par les populations riveraincs. Mais dans le Ferghana, qu elle traverse du 
nord-est au sud-ouest, on peut sans exageration dire que c est le Sir-daria 
(car desormais elle porte ce nom) qui donnc la vie au pays. Le systeme des irri 
gations y est bicn cntenclu; il est applique non-seuleraent a 1 Iaxartes, mais a 
toutes les petites rivieres du pays dont aucune n arrive jusqu au fleuve, epuisees 
qu elles sont par les canaux de derivation, qui utilisent ce que Tevaporation 
enlevcrait fatalcment. Grace a ces moyens v le Ferghana offre 1 aspect d une 
region cultivee, parsemee d ilots steiiles, dans lesquels il n est pas possible d a- 
mcncr le liquide bienfaisant (El. Reclus, op. cit., p. 584 et suiv.). 

Arrive pres de Khodjent, le Sir-daria contourne les montagnes, qui sont ici les 
portions meridionales de la cliaine du Tchektal, chaine interieure du Ferghana, 
et reprend la direction du nord-est comme 1 Oxus. Comme lui aussi il descend 
entre une region cultivee et la lisiere d une grande steppe, le Kizil-koum, ou 
desert des sables rouges; comme lui encore il ne recoil plus aucnn affluent du 
cote meridional, bien que la steppe du Kizil-koum ne soil pas aussi triste et 
aussi denudee que le Kara-koum. II n est rien moins que certain que le Sir ait 
loujours coule dans son lit actuel ; il a du au contraire en changer plusieurs fois. 
Aujourd hui encore, comme en temoignage de 1 instabilite de son cours, le Sir 
recoil a quelques licues de son embouchure une riviere qui, dans les derniers 
siecles, a disparn a plusieurs reprises : c est le Yani-daria ; il descend transver- 
salement vers 1 Amou-daria, mais apresun cours de 500 kilometres; il se perd 
dans le lac Kouktcha avant d arriver a 1 Oxus. II resulte de 1 etude de la region 
que le Sir n a janiais etc un affluent direct de la Gaspienne et que, lorsqu il 
n atteignait pas la mer d Aral, il allait se deverser dans 1 Oxus par le Vani daria 
ou par une autre voie. Pres du lac, le Sir se divise en deux branches ; entre 
clles s est forme une sorte de delta marecageux et convert de grands ro- 
seaux, au milieu desquels le fleuve devenu presque stagnant par places perd 
par evaporation une partie de son eau. La comme ailleurs cet etat de choses, 
si compromettant pour la salubrite, pourrait etre corrige en partie par les irri 
gations systemaliques; mais cellos- ci sont, dans les basses plaines de 1 Iaxartes, 
completement negligees aujourd hui. Au dela du bassin du Sir-daria, au nord-est, 
commencent a se montrer les plaines nues de la steppe de 1 Ak-koum ou des 
sables blancs; sur la limite seplentrionale de cette steppe, comme au nord des 
deux autres dont nous venons de parler, regne e galement un cours d eau impor 
tant, depourvu comme les deux autres d atfluents sur sa rive gauche; il est vrai 
qu il n en recoil que d insignifiants sur sa rive droite. Ce fleuve est le Tchou; il 
est aux montagnes d Alexandre et a 1 Ala-tau transilien ce que le Sir est au 
grand massif du Thian-chan. 11 nail an nord de cette derniere chaine par une 
serie de sources dont aucune n apparait comme la plus imporlante. Avant de 
prendre, comme les deux autres lleuves, la direction du nord-ouest, il recueille 
les eaux de plusieurs affluents, entre autres de la Karagati, qui descend vers le 
nord des regions occidentals des monts d Alexandre. Le defaut d aifluents a 
partir de ce point fait que ce fleuve assez puissant ne peut compenser les 
pertes que lui cause Fevaporation, et qu on le voit diminuer de puissance. Arrive 
au Saoumal-koul, grand lac sans profondeur situe a peu de distance du Sir-daria, 
il disparait dans des marecages d ou ne sort aucun cours d eau. 

A Test, le bassin de 1 Aral confine immediatement a celui du lac Balkhach, 
dans lequel il faut comprendre necessairement ceux des lacs de moindre impor- 



TAR TAP. 1 1 ]. 27 

tance qui 1 avoisinent. Co bassin csi, aprcs ceux de la Caspienne el do 1 Aial, Ic 
plus important de toute 1 Asie ccnlrale, ou il couvre uu cspace de plus de 20110(1 
kilometres carres. 11 suffit de jeler un 150 up d ceil sur une carle representant 
legroupe lacustre du Balkhacli pour eveillcr dans 1 cspril 1 ide e d une ancienne 
mer iuterieure jadis plus elendue. Les lacs I cdkliach, Soukoie, Sasik-koul, 
Ala-koul, Ebi-nor, Sairam, disposes en uu ccrclc, a I intericur duquel so trou- 
vent encore d autres uombreux amas d eau plus pctits, apparaissent cimimc 
les cavites profondes, les bas-fonds, pour ainsi dire, d une depression on ils de 
vaient se conlbndre jadis. L etude du sol, dc ses dispositions orographiqu.es, dc 
la nature dc ses couches superficiellcs, des debris fossiles qu il nv.cle, loni 
contribue a donuer de la certitude a cetle iiiamcic de voir. Le lac. I .alkliadi 
s etendait en of let autrefois jusqu au dela de 1 Ebi-nor a Test; a 1 ouesl, i! 
couvrait une parlie de la steppe dcs sables Llanos, laqucllc se Inmve ainsi 
occuper le lit d une ancienne mcr, connne Ic Kara-koiim ct Ic Ki/il-kmim. 
Cet etat de choses ancien n a disparu quo pen a pcu, ct il ne 1 aut pas remould 
au dela de la periode hislorique pour tronvcr n uins m une senlc ma>M liquiiir 
le Balkhacli et les tjuatre lacs qui le suivcnt a I est, jusqu aux coulrc-l ort.x dr 
1 Ala-tau dzoungarc, dont la ch.iiue scule jadis uYlail. pas sulm\er-ee. l.c pin 
nomene du desscclienieiit ct dc 1 amoindrissement IIKI^ICSH! dc ces pdik-s 
mers inle rieurcs se continue encore actuellementj c csl a lui <pi il laul aliribucr 
I incerlitude complete du caracterc dcs rives me ridionales di- ions ccs lacs, doul 
les abords, jusiiu a une assez gramlc dislancc, smil dans un si siiigulicr c lal 
qu on ne sait, eu icalitc, s il (aut les attribuer a la lerro Icnne ou au recipient 
des eaux. 

Le contraste est, en effet, Ires-marque entre la rive seplentrionale elevec el 
flue, roclieusc ou argileuse, nettcment limitcc, ct la rive meridionale, avec son 
leseau inextricable et presque inabordablc dc inarcca^cs, dc Inclines couvcrlos 
de grands roseaux, d ilots sans nombic, dont les uns cmcr^ciil, ct les aulrc^ 
disparaissent scion le vent qui souffle ou la saison qui regne, 

Le lac Balkhacli lui-menie, dont la longueur cst de plus de 500 kilometres, 
est dispose en arc de cercle a concavite m-jridionale, sous forme d une bandc 
relativement etroite ; suplus grande largeurau sml-ouest ne depasse pas S. > kilo 
metres ; a Test, elleest en certains cndroits rcduitc a JO kilometres. Sa profon- 
deur maxima se trouve le long de la cole septentrionale, mais elle est tres- 
iaibleet ne depasse guere 20 metres; en moyenne elle n atteint pas 10 metres. II 
regne encore quelque incertitude au sujet sinon dc 1 allitudc absolue du lac 
Balkhach, qu on admet elre de 258 metres, mais de son altitude relativement a 
celles des autres lacs qui 1 avoisinent, et que certains geographes regardent 
comme ayant tous un niveau un peu inferieur au sien. 

L eau du Balkhach n est potable qu a 1 embouchure de 1 lli, son principal 
affluent; partout ailleurs elle est saumatre a un assez haul degre. La salure 
des divers lacs du groupe varie certainement de 1 un a 1 autre, et peut-etre aussi 
d une saison a 1 autre, dans chacun d eux, suivant 1 imporlancc des apports 
fournis par les affluents meridionaux. Ceux-ci sont alimentes par les glaciers 
du Thian-chau et les neiges des pentes de 1 Ala-tau transilien ct de 1 Ala-tau 
dzoungare; ils sont assez nombreux. L aflluent le plus important se rend au lac 
Balkhach ; c est 1 Ili forme par la reunion de deux rivieres, le Tekes qui descend 
<3es flancs du Mouz-art et du Khan-Tengri, et le Kunges qui amene les caux de 
Ja passe de Karat et des chaines voisiues, au-dessus du petit Youldouz. Le cour g 



28 TARTARIE. 

entier de 1 lli n a pas moins de 1500 kilometres de developpement ; son lit a, 
dans la par tie moyenne, environ 200 metres de largeur. Apres avoir recu un 
nouvcl affluent, ie Kach, il se dirige vers Kouldja, puis, sans changer de direc 
tion, jusqu a lliist. C est un beau fleuve, navigable et bien encaisse ; a partir 
d lliisl, il se porte an nord-ouest, et bienlot atteint la plaine basse ; la il se 
divise en un grand nombre de branches et eparpille ses caux dans un vaste 
delta on 1 evaporalion en enleve une bonne part. La branche meridionale est 
la seule qui represente un courant permanent. 

Le Kara-tal, autre affluent du Balkhach, forme par un assemblage de ruis- 
scaux rayonnant des deux pentes de 1 Ala-lau dzoungare a Test, semble avoir 
beaucoup perdu de son importance; il est un des sept fleuvesqui ontfait donner 
a la contree le nom de Semiretchie. Les autres, auxquels se joignent divers 
cours d causans nom, se rendent, soit au Balkhach. soit aux petits lacs voisins; 
mais c est du nord-est que ceux-ci recoivent leurs aflluc-nts les plus notables, 
comme le Tchourtor, ou Emil, qui se deverse dans 1 Ala-koul, le plus grand des 
lacs annexes. 

Au centre memo de I enchevetrement des chaines neigeuses qui constituent le 
systeme des monts Celestes proprement dits, hordes au nord et au sud par les 
Danes des deux Ala-tau paralleles, Kunghei et Terskei, est enclos un bassin de 
grande importance, celui de 1 Issik-koul. Ge lac, qui occupe le fond d une cavile 
qu il remplissait jadis, bien qu elle ait un perimetre de 050 kilometres, est 
encore aujourd hui la plus grande masse d eau de tout le Thian-chan. Son niveau 
actuel, qui s eleva dans les temps anterieurs a 60 metres plus haul, n e^t pas 
exaclement connu ; il est d environ 1500 metres. C est un ovale de 200 kilo 
metres de 1 ouest-sud-ouest a 1 est-nord-est, et de 55 kilometres dans sa plus 
grande largeur, du nord au sud, par 42 50 de longitude est; sa superficie est 
de 5800 kilometres carres. Ce magnifique lac presente diverses particularites 
remarquables. II recoil un grand nombre de petits affluents, mais il n a 
aucun ecoulement, et ne anmoins, pnr le seul fait de 1 evaporation, il est en voie 
de dessechement progressif et continuel. L aspect de ses plages, 1 etude des 
depots accumules autour du vaste amphitheatre qui le renferme, ne laissent 
aucun doute sur ce point. Autre fait curieux : tandis que tous ses affluents 
restent congeles pendant des mois entiers, que la neige et la glace s accumulent 
sur ses rivages, le lac lui-meme ne gele jamais. De la lui est venu son nom, qui 
signifie le lac chaud ; lesChinois le nomment Le-khai, le lac liede. On a explique 
cette propriety par la presence de sources chaudes, qui jaillissent dans 1 interieur 
memo de son bassin. Enfin, ses abords sontapeu pres completement depourvus 
d habitants, et pourtant le mouvement des vagues et les draguages amenent au 
jour des debris nombreux indiquant le presence de I homme en possession d une 
civilisation assez avancee. Ce fait a frappe 1 imagination des Kirghises, chez 
lesquels une legende raconte qu une ville entiere git ensevelie au fond de 
1 Issik-koul. 

Parmi les lacs que nous avons indiques commc faisant parlie du groupe du 
Balkach, il en est deux, 1 Ebi-nor et le Sairam-nor, qui sont separes des autres 
par la chaine de 1 Ala-tau dzoungare; ils sont situes, par consequent, ainsi 
qu un troisieme lac d une e galc dimension, et un certain nombre d aulres sans 
importance, dans le grand angle aigu forme par la rencontre de 1 Ala-tau 
dzoungare et des monts Boro-Khoro, c est-a-dire qu ils appartienuent a la plaine 
deserte et elevee du Thian-chan-pe-lou. La se trouve encore un bassin ferme, 



TARTAIUE. 29 

ayant pour receptacles les lacs sans ccoulement dont il s agit. Ceux-ci sont ali- 
mentes par uneserie de petits affluents venus a pen pres exclusivement du sud, 
uon des flancs des monts Celestes proprcmcnt dits, mais de la chaine qui, ties 
monts Boro-khoro, se prolongs au sud-est jusqu au mont Thian-chan qu elle ren 
contre au dela du petit Youldouz. Ce grand desert, quo Ton considere coinme une 
dependance de 1 immense plaine du Gobi, estsepare, a 1 ouestdu pays de l\onldj;i, 
precisement par le Boro-khoro; tous deux appartiennent encore a la Chine. 

Au sud des monts Celestes est le desert de Gobi qui reuferme en son entier le 
bassin du Tarim. La plus grande partie du de sert est inexploree ; ellc esl 
inabordable ou a peu pres. Le cours inferieur du Tarim el de son aflliienl, au 
sud du lac de Bagratch jusqu au groupe de lacs du Lob-nor, a He in 
ment suivi par le colonel Prjevalski, qui a parcouru des contrees que le 
d aucun Europeen n avait foulees depuis Marco Polo, lecdlebre \o\a^eur \eniiien 
du douzieme siei le. La partie occidentale du meme bassin, ousetrouvenl prcsque 
tous les affluents du Tarim, et qui comprend, en outre de la Kachgarie, le 
Yarkand et le Kliotau, est deja, grace surtout aux expeditions anijaises au\<|nelle< 
se raltacbent les noms de sir Douglas FoiMth, du colonel (innl<m, du d:>eieur 
Bellew, de Hay ward, etc., aiusi qu a de nombreux e\|>lniairms russes, lieauconp 
raicux connue. Nous savons qu a Test des chaiues qui hunleui le I am r el le 
Ferghana on descend dans la Kachgarie par de lar-es ^radius, ou se reui "iiti-ent 
deja de vastes plaines a Tallitude de ll lll) a I.MK) melivs. Les eliaui|i-, v soul 
cultives, les prairies frequentees, les villes bienpeuple"es, avec les ajipaiviif-s 
de civilisation qui rappcllent les agglomerations europeenncs. l.i riviere de 
Kachgar, le Kachgar-daria, occupe le milieu d une serie d al lluenU, les mis 
descendant des monlagnes du sud, comme le Yarkand-daria, le Mmlan-daria, 
les autres, formes sur les llancs du Thian-chan, comme le Taouchkan-daria, 
1 Ak-sou. 

Le Khotan-daria, Tun des principaux affluents du Tarim, est lui-meme forme 
dela reunion de plusieurs sources, dont les noms rappellenl tous le jade, parce 
que les rivieres qui en decoulent sont celebres depuis longtemps, a cause de 
1 abondance des recoltes de jade qu on y fait chaque annee. Le Karakieh est le 
plus important. II descend des hauteurs du Kara-koroum par uu cours saccadt- 
et accidente , recevant sur sa route de grandes quantites d eau nunerale, qui jaillis- 
sentdes crevasses, garnies de depots salins, tres-nombreuses sur ces cretes pitto- 
resques. Quelques ruisseaux vieunent se joindre au Karatach avaut son entree 
dans la plaine, d autres s egarent dans les sables mouvants sans pouvoir arriver 
jusqu a lui. 

Le Yarkand-daria, qui debouche au sud-ouest de la Kachgarie, descendant 
comme le precedent des hauteurs du Kara-koroum, ou sa premiere source est a 
pres de 5500 metres d altitude, est un cours d eau plus important que le Khotan- 
daria. II conserve et accroH sa masse d eau, tant que les flancs des profondes 
crevasses et 1 ombre des forets le garantissent contre 1 evaporation. Une fois sorti 
de la region montagneuse, il perd de son volume jusqu a ce qu il recoive la riviere 
de Kachgar. Le Kachgar-daria, en effet, qui descend du Pamir oriental, se joint 
au Yarkand avant d alteindre le Tarim. C est dans leur lit commun que se jette 
1 Ak-sou, ou riviere blanche, provenant aussi des flancs des monts Celestes. Tous 
ces cours d eau sont confondus a environ 450 kilometres de Kachgar; ils sont 
dispose s, dans la plaine kachgarienne, comme les branches d un eventail. C est a 
partir de leur reunion que le cours d eau prend le nom de Tarim qui, d ailleurs, 



50 TARTARIE. 

est a peinc usite par les Cliinois. Les pentes que suivent ces affluents sonl 
d abord assez rapides ; ils atleignent ainsi presque le niveau inferieur dc la 
plaine deserte, approximativement fixe a 000 metres au-dessus de la mer. Lc 
cours moyen du Tarim est, jusqu a ce jour, incompletement connu. 

Independamment des grands lacs que nous avons decrits ou cites, il en existe 
une foule d autres de moindre importance, repandus dans 1 Asie centrale et le 
Turkestan. Presque tous sont sans ecoulcmont, et neanmoins presque tons aussi 
portent sur leurs rivages les traces d un assechement progressif cause par Te va- 
poratiou. Avec la suite des temps, la salure de leurs eaux a sans cesse augmcnle 
et beaucoup d entre eux ne sont plus aujourd hui que des lagunes, au fond et 
au pourtour desquclles le sel s est depose en couches souvent fort cpaisses. 

Les lacs du Turkestan cliinois paraissent faire exception a cette regie, au 
moins ceux qui se trouvent sur le trajet du Tarim. Apres avoir longe les der- 
niers contretbrts du Thian-chan, et avant de prcndre une direction differente 
vers le sud, le Tarim rccoit une petite riviere, nominee le Kontche-daria. Ellc 
n a, par elle-meme, pas grande importance, mais elle ol frc cette particularite 
qu avant de se Jeter dans le Tarim elle a traverse un lac vaste ct profond, 
riche en poissons, le Bagratoh-koul, oriente, comme les aulres lacs du bassin, 
du nord-csl au sud-ouest dans sa plus grande longueur, et dont les eaux ne 
passent pas pour etrc salees. Ensuite le Tarim, ainsi renforce, gagne lentement le 
sud du desert, ou il rencontre tout d abord une grande etendue lacustred une 
profondeur insignifiante et connue dans le pays sous le nom de lac de Kara- 
bouran; Prjevalsky, a qui nous devons principalement la connaissance de cette 
contree, constata que le Tarim, apres avoir traverse le Kara-bouran, en res- 
sortait pour se rejeter dans un an Ire gram) lac marecageux plus vaste encore, 
situe a Test, le Kara-kourtcbin ou Tcbok-gol. Quant au lac de Lob-nor tel 
qu il est indique sur les cartes, sur la ibi des documents cliinois, il n a ete 
vu par personne. II I aut e videmment considercr la vaste depression marecageusc 
L licombree de veritables forets de roseaux, dont certaines portions emergent au 
point qu on yconstruit des habitations, et dont la profondeur est peut-etre partout 
inferieure a 9 metres, comme representant le Lob-nor des geographes. En cc 
eas, il doit etre reporte bien plus au sud, car de la le colonel Prjevalski pouvait 
en deux ou trois journees de marcbe alter cbasser sur les flancs des monts 
Koiien-lun. Une des principales objections qui fut elevee centre cette identifica 
tion, c est justementle defaut de salure des eaux du Kara-bouran et du lac 
connexe. Leurs eaux sont douces; ellcs peuvent servir al alimentation. Mais ces 
tails ont pu etre expliques par les deplacements des bassins du Lob-nor qui, de 
temps a autre, abandonnerait les fonds sales pour remplir une depression voi- 
sine. Ce serait meme peut-etre dans ce deplacement qu il faudrait chercher 
rexplicationdel erreur que Ton constate dans les cartes courantes, ausujetde la 
latitude du Lob-nor. Le Tarim, dans son cours inferieur, ne regoit aucun affluent ; 
le desert, dans tou.te son absolue nudite, s etend a perte de vue sur sa rive 
gauche ; pas un ruisseau, pas un lac, depuis le Lob-nor jusqu au meridien de 
Turfan et de Ilami. II faut arriver jusqu au Kan-sou mongol, a des cenlaines de 
kilometres, avant derencontrer une region qui nesoit pasabsolument depourvue 
d eau. Nous avons dit plus haut comment cette dependence del empire cliinois, 
qu on designe aussi frequemment sous le nom de Kan-sou exterieur, bien qu en 
eontraste complet avec le Kan-sou chinois, pour les dispositions du sol et les 
conditions du climat, n en tranche pas moins par son aspect et la vie qui y 



TARTARIE. 5! 

rene avec \e reste du Gobi, donl elle interrompt la terrible etattristante unifor- 
mite, et nous avons indiquc en quelques mots le cours des deux rivieres qui en 
arrosent une partie, 1 Az-sina et le Soula-lio, qui vont tons deux, 1 un an nord, 
1 autre a 1 oucst, se perdre dans des lacs mareeageux. Vers le sud, ;m pied du 
versant des monts Nan-chan, de petils cours d eau, descendant des llanos do la 
cliaine, ont donne naissance a une serie de lacs et de marais non sales, dont lr> 
alentours jouissent d une certaine humidue et d une ferlilite relative. 

De 1 autre cote des monts Nan-chan, enclavee entre la Chine, le Thibet a Test 
et au sud, le Kan-sou et une partie du de*sert appelde le Takla-Makau au nurd et a 
1 ouest, est cette province du Koukou-nor, reccmmcul explored, <-onquise pour 
ainsidire par Prjevalski, dont les dernieres deeouvertes, relies du disiiid d Odon- 
tola, qui renferme les sources du Iloang-ho, datent du milieu do 1 anuee 1X84: 
elle comprcnd la sauvage coutre e du T/aidam ou Zaidam et le bassiu du Kou- 
kon-nor. 

La piaine du Dza idaui, dit le celcbrc voyageur, 1 ul vraisemblablement, a 
une epoque gcologique, le fond d un lac immense ; elle presenlr pai Imil , el san- 
soluliou de continuile, une surface mare*cageuse tellement salnree dr -el, qu<- 
celtii-ci forme en certains endroils une couche d un police el demi d epaissour. 
semblable a de la glace. On rencontre parfois des linidi-ieres.de peiit^ cours 
d eau el des ( l.niys ; vers 1 onesl se trouve le -rand lac de Kara-nor. Le pin- 
considerable des cours d eau est le l>ai aii-g<"d. A I eudroil oil nous le traversanies 
siir la glace, il avail ^00 sa^eaes de large, T pieds de profondeur ct un fond 
\aseux (Mongolie et pays des Ttiin/niiicx, (*. 1*38). D apres les re cits indigenes, 
cctte riviere qui, d apres les cartes recentcs, est fonnce de la reunion tie plusicm- 
cours d eau et se dirige du sud-est au nord-ouest, se peidrait dans de grands 
mare cages du Tzai dam occidental. Selou le nieiiie \o\ageni-, le Tzaidani (|ui, 
avons-nous dit, doit des maintenant, ainsi que lo Koukou-nor, elre considen - 
comme distinct du Thibet, serait de plusde 500 meires plusbas que ce dernier 
pays et formerait presijue partout une piaine parfaitement uuie. Parnii les nom- 
breux lacsdu Tzai dam, beaucoup renferment de 1 eau tout a fait douce; les nns 
et les autres avaient deja ete signales il y a quaranle ans par le 1*. Hue. 

Ce qui frappe tout d abord, a 1 aspecl des carles, c est le pen d elcndue du 
liassin du Koukou-nor, comparativement a celle de la masse liijuide ; Jes cours 
d eau un pen considerables de son voisinage appartiennent, ceux de Test an 
bassin du Hoang-ho, ceux de 1 ouest au bassin du Baian-gol; il ne recoil guere, 
en dehors de nombreux ruisseaux sans nom, qu une petite riviere a Test et une 
autre a 1 ouest. El pourtant le o lac Bleu , dont lb centre est situi ; , d apres 
I rjevaUd, par 56: 8 5" N., et 9735 E., est un o\ale de plus de 100 kilometres 
de Test a 1 ouest, et da plus de 60 kilometres du nord au sud. Sa surface forme 
une belle nappe d eau d un bleu fonce, que les vents soulevcnt frequemment el 
que la moindre brise bouleverse ; ses rives sont basses et echancrees, ses eaux sont 
salees sufJisamment pour n etre pas potables. Dans une de ses lies s eleve un 
couvent qui loge quelques pretres bouddhistes ; ceux ci ne peuvent traverser le 
lac, absolument de pourvu de barques, que pendant les trois mois d hiver, qui 
leur font un pont de giace el leur permeltent de renouveler leurs provisions. 
A 500 kilometres environ au sud du Koukou-nor est la region des lacs etoile s )> 
ou Odon-tola, ou se Irouvent des lacs considerables dependant du bassin du 
Hoang-ho, tres-recemment vus par Prjevalski et par un lettre hiudou du nom 
v de Kriclma, mais indiques depuis longtemps sur les cartes chinoises; 1 Odon- 



52 TARTARIE. 

tola est, malgre les efforts de ces courageux voyageurs, un pays encore inexplore . 

A Test du Kan-sou mongol, entre cette province et cclle de Chan-si qui appar- 
tient a la Chine propre, le desert du Gobi penetre comme un golfe jusqu a la 
limite du Kan-sou chiuois et occupe les deux contrees de 1 Ala-chan, appele 
aussi Trans-ordoss et de 1 Ordoss, dont nous avons deja signale le caractere sauvage 
encore plus marque dans 1 Ala-chan que dans 1 Ordoss. L Ala-chan n est qu une 
grande plaine limitee par des dunes mouvantes et a laquelle ses rares visiteurs 
attribuent egalcment le caractere d ancien fond marin. Une argile dure en con- 
stitue le sol,recouverte sur les hauteurs d unc epaisse couche de sable et garnie 
dans les bas-fonds de marecages salants, ou se seraient concentres les restes des 
anciennes eaux (Prjevalski, op. cit., p. 124). L Ordoss, qui en est separe par le 
cours du Iloang-ho, doit a la presence de ce fleuve, dont la grande courbure a 
convexite septentrionale 1 entoure de trois cotes, un aspect, par endroits, moins 
desole. C cst une plaine ayant en somme tous los caracteres de la steppe; les 
rives du (leuve sont fertiles, et c est Ih seulemcnt que se font les cultures. Le 
Iloang-bo, duns la partie qui nous occupe, s infleehissait naguere encore beau- 
coup plus vers le nord ; les frequentes et considerables inonda lions dont le 
llcuve est le theatre out a diverges reprises deplace son lit, primitivement 
adosse an plan meridional de 1 In-chan, ligne de hauleurs qui separe au nord 
1 Ordoss du pays des Ourotis. Get ancien lit sert encore aujourd hui de limite 
enlre les deux pays. Les rives du fleuve, dont la largcur est assez uniforme, 
d environ 400 a 450 metres, sont basses, plates, sans echancrures ni elevations 
notables, et formees par des couches peu resistantes, qui s effondrent aisement 
sous Faction des eaux. La vallee elle-meme n a guere que 50 a 60 verstes de 
longueur; elle est presque partout formee d unc alluvion argileuse. 

A 1 interieur du plateau de 1 Ordoss on ne trouve, a peu pres, plus d autre eau 
que les marecages salins epars dans la plaine. L un d entre eux, situe vers le 
centre du plateau, le lac de Dabsoun-nor ou Dabasoun-nor, est connu dans toute 
la Mongolia occidentale. La description n en a ete donnee jusqu ici que par le 
P. Hue (Souvenirs d un voyage dans la Tartarie et le Thibet, t. I, p. 531 et 
suiv.). Tout le terrain environnant est convert d efflorescences salines et dc 
petits monticules ressemblant a des boursouflures. Les sources, si rares dans ce 
desert, apparaissent ici assez nombreuses; presque toutes sont chargees de sel. 
Ouelquefois pourtant, dit le P. Hue, tout a cote d une lagune saumatre, jail- 
lissent des eaux douces, fraiches et delicieuses ; de longues perches au bout 
desquelles flottentde petits drapeaux servent a les indiquer aux voyageurs. 

Au nord de ces deux provinces de 1 Ala-chan et de 1 Ordoss se continue, depuis 
le Kansou mongol jusqu aux monts Khingan, 1 immense desert du Gobi, qu on 
peut considcrer, sur une etendue de plus d un million de kilometres carres, 
comme absolument depourvu d eau. On ne peut en effet citer comme des cours 
d eau des torrents passagers qui se remplissent a la suite des orages et des 
averses, pour rendre immediatement a 1 atmosphere, par Tevaporation, la plus 
grande partie de 1 eau qu ils viennent de lui emprunter. 

La Mongolie ne possede de veritables bassins fluviaux que dans sa region sep 
tentrionale montueuse, et particulierement dans 1 espace considerable compris 
au nord-ouest, entre le grand Altai, continue par la chaine des monts Gourban 
recemment decouverte au sud, et les chaines de Sayan et du Kountei au nord. 11 
faut tout d abord remarquer qu une partie des eaux de la Mongolie occidentale 
appartient a de multiples bassins fermes, separes les uns des autres presque 




TARTARIE. 35 

partout par des series de grands coteaux et de vraies montagncs, tandis que les 
autres cours d eau apparticnnent aux bassins de 1 Yenissei et de la Selenga. 

Au pied meme du versant septentrional de la partie moyenne du grand Altai 
on rencontre toute une serie de lacs, qui sont alimentes par une colleclion de 
petites rivieres descendant d une chaine interieure de la Mongnlie, celle des 
monts Khangai . D autres lacs, avec des bassins encore plus restreints, recevanl 
cbacun deux ou trois pelites rivieres, se trouvent jusque sur les pentes septen- 
trionales de la meme chaine; i un d enlre eux, le lac Olon-daba, est a 2820 me 
tres d altitude. Mais les deux bassins lacustres reellement importants sont situes 
loin a 1 ouest, vers le fond de renceinte des monts altaiques. |,e bassin meridional 
a pour receptacle un certain nombre dc lacs, relies enlre cu\ par des coins 
d eau. Les trois plus considerables du groupe sont le lac de Kobdo, on Kara- 
oussou, dont le principal affluent cst la riviere de Kobdo, qui lui apporfe les 
eauxderEklag-alta i. Gelac, le plus elevedu groupe, est a 121IN metres (I256selon 
d autres); il est relie d une part au Dourga-nor, qui n est qu a !>lil! metres, el en 
meme temps, par une bifurcation du meme canal nature!, au Kirgliis-nnr. sitm ; 
au nord, ou, plus exactcment, a son principal al llucnl, le Dsah^m mi iKah^m; 
cette grande riviere recolte toutes les eaux dc la chaine inlerietire iln Kli;m_.ii 
qui ne se rendcnt pas aux lacs isoles signal s plus haul. Le lac Kir^his e-t 
vraisemblablement le moins eleve des trois; son altitude d ill ere eerlainemeni 
peu de celle du Dourga-nor. 

Le bassin septentrional est celui d un grand lac de 5000 kilometres carr^s 
de surface, 1 Oubsa-nor; il a pour tributaire important un cours d eau forme 
de tout un ensemble de petits affluents, plus nombreux sur la rive gam-be, 
amenant les eaux du versant meridional des monts Tannou et d une parlie iln 
versant septentrional des monts Kbangai. En outre de cette riviere, nominee le 
Tes, au moins aussi considerable que le Tsabgan, le lac d Oubsa-nor recoil un 
certain nombre d autres tributaires beaucoup plus modestes. Le bassin de 
I Oubsa-nor est la partie la plus basso de la contree, dont la declivite est 
incline e vers le nord ; le lac n est qu a 722 metres d altitude. 

L espace triangulaire compris entre les monts Tannou et la chaine des monts 
Sayan, qui se parent la Mongolie de la Siberie, appartient au haul bassin dc 
1 Yenissei; c est 1 Oulou-kem, forme par la reunion dun grand nombre de petits 
courants d eau, emanant des flancs des deux chaines, qui porte a 1 Yenissei le 
tribul de toutes ces eaux. L altitude moyenne du pays est a peu pre-s celle 
du bassin lacustre, et 1 Oulou-kem a son dernier confluent a peu pres a 
700 metres. 

Une serie irreguliere de hauteurs, reliant transversalement les monts Sayan 
a 1 extremite orientate du Tannou, fait la limite du partage des eaux entre le 
bassin de 1 Yenissei et celui de la Selenga, qui se rend au lac Baikal. La Selenga, 
dont le cours paisible et lent est presque r-ompleternent depourvu de pente, est 
formee par une quantite reellement enorme d affluents, directs ou indirects, 
dont les plus considerables descendent de 1 Altai meridional, a travers une 
grande plaine, a 1 ouest de laquelle se termine la chaine du Tannou. G est une 
region, comme on le voit, abondamment pourvue d eau, et en contraste complet, 
sous ce rapport, avec la Mongolie orientale. 

Des contreforts avances vers le sud, dependant des monts Kentei, separent a 
1 est le bassin de la Selenga de celui du Keroulen. Avec les sources de ce 
dernier, qui se trouvent sur les flancs orientaux des monts Kentei, nous entrons 

DICT. ENC. 3 S. XYI. 5 



54 TARTAIUE. 

dans le bassin de 1 Amour, dont le \astc domaine repre sente en rcalitc presque 
toute la Mandcbourie. Le Keroulen, apics un cours assez etendu, dirige du 
sud-oucst au nord-ej-t, se rend, sans rcccvoir d al llnciits nnlables, an lac Dala i- 
nor ou Koulonn-nor, on aboutil aussi unc aulre riviere nominee le Klialkha-gol. 
Ce lac, assez etcndu, .^itiie dans le voisinage de la frontierc sibcriennc, deversc 
scs eaux fiar sa rive septenlrionale, en fonnant une nouvelle riviere asscz consi 
derable, 1 Ar^oun, qui se dirige prcsque directemcnt au nord, jusqu a la ren 
contre de la Chilka, conrs d eau esseuliellement russe. C cst de la reunion de 
ccs deux rivieres quese forme le (leu re Amour; c cst a parlir de leur confluent 
qu il prcnd cc nom, lequel senible n elre qu un derive irregulier du mot mouren 
on mouran ,signifiant simplcment flcuvc. Au point de vuc hydrograpln que, la 
Mandcboui ic se divise en deux bassins Ircs-inegaux en etendue, celui de 1 Amour, 
au nord, qui portc ses eauxvcrs la mcr d Okbotsk, et celui du siul, qui est forme 
par les cours d eau liibulaires dcs golfcs de Coice et de I.iaotoung. A parlir du 
confluent dc 1 Argoun et de la Uiilka, le.|iiel a lieu par 55 19 15" N. el 119 U 
C 29 15" E., 1 Amour court d abord presque direclemcnt vers l e-t. sur un espace 
d environ 130 kilometres, puis il commence, en sc dirigeant vers le sml-est, 
unc vaslc courbe a cunvexile inn iilimialr ; sou exlremite orientale n est autre 
<jiie rembouclmrc du fieuve; c- cst un bcl esiiniirc, dontla latitude est sensi- 
blenicnl la nieme quo cclle du ennlluent (|iii lui donne naissancc. Le cours 
enticrdu flcuve, dans lequel il serai t lout a J ait illogique dc ne jias couqircndre 
la plus importante des deux uvit-rcs <jui servent a le former, sous pn textc 
d une diflereiice de denomination, est apprecie par les gcograpbes a -iOOO kilo- 
metres environ. Pres de la ville de Blagovclcbensk, a ,S,Mj kilometres du 
confluent, 1 Amour rccoit uu affluent important, la riviere siberiennc dilc la Zeia, 
puis, 200 kilometres plus loin, la Dourlia, riviere presque egale a la premiere 
et appaiicnant aussi a la Mandcbourie russe. Son volume ainsi re n force devienl 
Ires-considerable; son lit s elale et sc subdivise; la largeur qu H occupe est 
exccplionncliement elendue; elle se compte par kilometres; elle alleint par 
place un myriametre. Le lit du lleuve sc resscrre notablcment et acquiert une 
grande rapidile, a mesure qu il s approcbe d une se ric dc monlagnes transver- 
sales; celles-ei lui livrent passage dans des gorges pittoresques bordees dc rochers 
abrupts, enlre lesquelles s ouvrent de nombreuses vallees laterales dont les 
liauteurs sout couronuees de belles forets. C est apres sa sortie de ces defiles que 
1 Amour commence a reprendre la direction du nord-cst eta recevoir bienlot deux 
nouveaux affluents, la Soungari d abord, 1 Oussouri ensuite. Depuis le cours 
superieur de TArgoun, a pen dc distance de sa sortie du Dalai-nor, jusqu au 
confluent de 1 Oussouri, le fieuve Amour sert de limite enlre la Mandcbourie 
tbinoise et les possessions russes, qui comprennent par consequent une portion 
imporlante de la province numdcboue. 

La Soungari est elle-meme une riviere considerable; formee par 1 union de 
deux cours d eau, qui vicnnent a la rencontre 1 un de 1 aulre a iieu pres au 
centre de la Mandeliourie chinoise, dans une va4e plaine, humide et mare cn^euse 
au point d etre inhabitable, la Soungari rccoit a peu pres toutes les eaux decette 
belle el fertile region : aus^i les Cliinois et Jes indigenes admeltent ils et ont- 
ils souvcnt fait accepter aux gcograpbes curopeens 1 ulee que la Soungari doit 
etre considere e conime le baut Amour. 11 esl vrai que, jusquc dans ccs derniers 
temps, la Mandcbourie etaitun des pays Ics moins connus de toutc 1 Asie; mais, 
mainlenant que des explorations nouvelles nous en ont mieux appris la topo- - 



TARTARIE. 55 

graphic, nous savons que 1 opinion dosOrientaux ne peut elrc admisc. La Nonni, 
<mi est la secondc source de la Soungari, ctend son rcseau d afQuenls au nord, 
pour ainsi dire, sur tout 1 cspace compris entre les monts Khingan et le fleuve 
Amour, clout les tributaires, sur la rive droite, sont prcsqne insignifiaiits; la 
Sounf. ui proprement dile se forme par des sources asscz nonibreiiscs ct fres- 
eloi n nees les unes cles aulres, descendant des flancs de la cliaine (/ni separc an 
nord la Con : e de la Manddiourie. Ce sont des rcscaux montagneux dependant de 
cette meme cliaiue, quiscparent les eaux dc la Soungari de celles de 1 Onssoni i ; 
cellc-ci est la riviere de la region littorale. Son cours principal, dirige du nord au 
sucl, sort aujourd hui de Ironliere a la Mandcliourie chinoise; au dela, on est en 
pays russe. 

Apres avoir recu les eaux: de 1 Qussouri, qui augmentent encore considt -ra- 
rablement son debit, 1 Amour suit une direction au nord qui est la continuation 
<lu cours de I Oussouri ; mais a mcsure qu il remonte scs allures cliangcnt, sa 
vallee se relrecit de nouveau scnsiblemcnt; le pays devieiit accidente et en 
meme temps perd pen a pen son aspect riant et anime. t /esl qne le llcnve, ,-ipres 
avoir, par la grandc courlmre qu il derrit vers le snd, visite des nVions Icr- 
tilcs et cles latitudes tempcrces, re^a^nc avanl de se jeter dans la mer la /one 
relativcment rude de laquelle il est parti. 

Lc principal cours d eau dn bassin meridional de la Mandchourie est l- |.i;n>- 
lio; daus son cours supi rienr, il porte le imin de Chara-Mouren. Sa sonre.c 
jirincipale prend naissance en Cliinc, sur les confms de la Mon^olie, an del. i 
des monts Kliingan, non loin d un monl 1 ei-ielia, liaut do 2700 metres; 
jjresque tous ses allluenls sont des rivieres chinoiscs, Lien ijiie son ciuirs, qui 
est presquo cxactcmcnt or ; enle tout d abord de 1 ouest a Test, serve de limite 
anx deux pays : c cst dire qu il ne recoil presque pas de tributaires sur la rive 
gauche. C est que de ce <6le il suit la limile mcridionalc du Gobi oriental, 
lion moins aride que le Chanio proprement dit. Les montagnes de Moukden, 
s opposant au passage du Char.i-mourcn, le rejetlo.nt brusquement vers le sud. 
Apres s ctre inlleclii a angle droil, il prend le nom de Liao-ho et se du iye vers 
Ic fond du golfe de Liao-toung. Son embouchure est perpetuellement encombree 
dc depots d ulluvions, qui continuent meme aujourd hui a se deposer abondam- 
ment. 

Parallelcmcnt au cours du Liao-ho, le Jalou-kiang, dont la vallee, assez etroi- 
temenl enscrrce au milieu d un pays accidente, serl, de la source a 1 embou- 
cluire, de limile enlrc la Coree el la Mandcliourie chinoise, se rend au fond du 
golfe dt, Coiec. Un pelil cours d eau, dirige en sens inverse, complele celte 
limite ; il va aboulir au fond de la baie Victoria, dans la mer du Japon. 

En resume, comparee a la Mongolie, la Mandchourie est un pays luxueusement 
pourvu d eau couranle; elle possede mi des plas beaux fleuves. Nous avons 
signale au centre une contree marecageuse ; neanmoins, contrairement au reste 
de 1 Asie moyenue, la Mandchourie est depourvue de bassins fermes ; les lacs 
y sont rares, ct 1 evaporation, le grand fleau de 1 Asie centrale, y est contcnne 
clans des limites assez reslreintcs pour qu elle ne constitue pas un danger. 

CLIJIATULOGIE. II est bien difiicile, pour ne pas dire impossible, de ramencr 
a cles caracteres gcneraux les conditions climatologiques d uue immense elendue 
de pays comme 1 Asie moyenne, dans laqnelle on trouve lous les contrasles de 
la nature physique, les deserts les plus grands et les plus arides, entourcs de 
bordures cle monlagnes aux pentes relativement fertiles, les plus formidable:; 



56 TARTARIE. 

voussures de la croute terrestre alternant avec des plaines basses et de vastes 
reservoirs d eau, dont )e niveau peut descendre bien au-dessous de celui de la 
mer. Neanmoins, il est certains fails dominants qui ont depuis longlemps deja 
frappe lous les observateurs, et avant tout le caractere excessif du climat de 
1 Asie centrale ; ce caractere ne se modifie que dans les altitudes clevees, dans 
les hautes vallees et dans la province orientale de la Mandchourie, dont le 
climat devient relalivemeut modere. Les ecarts possibles entre les temperatures 
extremes sont reellement extraordinaires ; ils peuvent depasser 70 degres cen 
tigrades, puisqu on voit assez frequemment le thermometre monler a 1 ombre 
au-dessus de 40 degres centigrades, que Prjevalski le vit plusieurs fois atteindre 
45 degres centigrades dans 1 Ala-chan, tandis que, pendant les jours les plus 
froids de 1 annee, il peut marquer 25 degres et meme 55 degres centi 
grades. II est telle des portions de ce vaste ensemble ou la temperature moyenne 
du mois le plus froid est de 10 ou meme 15 degres centigrades, tandis 
que celle du mois le plus chaud peut atteindre 23 degres ou meme 25 degres 
centigrades. 

Nous avons indique, a propos du regime hydrographique de 1 Asie moyenne. 
et particulierement de 1 Asie centrale, 1 assechement graduel du pays, par la 
diminution constante de 1 importance des cours d eau et des lacs, comme un 
des phenomenes les plus frappants de la geographic physique du pays. Get 
assechement, qui est du a une preponderance se culaire de 1 evaporation sur 
1 imbibition du sol par les pluies, a pour corollaire une secheresse extremement 
marquee de 1 atmosphere, secheresse lelle, dans les regions centrales surtout, 
qu elle rend parfois la respiration presque impossible. 

II faut encore signaler, parmi les particularites de la climatologie de ces 
etranges pays, le contraste extraordinaire qui existe entre les conditions meteo- 
rologiques de contrees relativement peu eloignees 1 une de 1 autre, sans que ce 
contraste qui ne peut s expliquer par la distance des latitudes, s explique mieux 
par des differences d altitude. 

Nous en trouvons justement un exemple dans le littoral de Ja mer Caspienne; 
la remarque en est due a M. de Khanikoff. Ge savant observateur a, en effet, 
signale 1 enorme discordance qui existe entre le climat de la rive septentrio- 
nale de cette mer, sur laquelle 1 onagre a peine a vivre pendant la saison froide, 
et celui de la rive meridionale ou le tigre du Bengale abonde dans les forets de 
la province du Mazanderan. Au nord, le froid est tel, que Ja parlie septen- 
trionale de la mer Caspienne reste gelee pendant de longues semaines, tandis 
que rien de semblable ne se preseute jamais dans la partie meridionale, ou 
tout est en fleurs avant que les glaces du nord aient completement disparu. 
Une egale dissidence existe pour la vegetation ; au sud, on cultive la canne a 
sucre; les palmiers s elevent en pleine campagne; au nord, il n est pas rare de 
voir les vignes saisies par la gelee, avant que le raisin ait eu le temps de murir. 
La meme remarque pourrait s appliquer aussi au lac d Aral, au moins dans 
une certaine mesure. La partie septentrionale, celle que les riverains nomment 
la petite mer, est completement prise par les glaces pendant plusieurs mois de 
1 hiver, tandis que le reste du lac ne se prend que sur une etroite bande le 
long des cotes. Les ete s s y passent tout entiers sans pluie, et la temperature 
pendant cette saison y est accablante, malgre la frequence de grands vents du 
nord; elle atteint 57 degres centigrades; en hiver, le thermometre marque 
jusqu a 20 degres centigrades, et memo, d apres Butakof, qui passa sur le 



TARTA.RIE. 57 

has laxartes quatrc hivers et huit etes, la temperature extreme pcut atteindre 
33 degres centigrades. La persistance des memes vents soufflant avec inten- 
site explique peut-etre la salubrite relative de cette contree, meme dans les 
deltas de ses fleuves, dont les effluves miasmatiques se trouvent ainsi sans cesse 
balayees. Sur les hauteurs voisines du lit du lleuve, la neige et encore plutot 
la pluie sont rares; la secheresse y domine. Les grands froids commencent 
avec le mois de novembre; a la fin de cc mois, le lleuve est presque tou jours 
convert de 6 on 7 centimetres de glace, qui nc disparait qu en avril. II peut 
arriver pourt.int, mais exceptionnellement, que les hivers soient moins rudes : 
ainsi, en 1854-1855, les grands froids furent tres-courts; le thermometre m- 
s abaissa pas au-dessous de 17 degres, et cela pendant quclques jours seule- 
ment, Je temps restant brumeux. 

II resulte des observations deM. de Ujfalvy et des renseignements que hii ont 
Iburnis les voyages de Bektchourine que ce qui vient d etre dit peut s appliquer 
a toute la parlie du bassin du Sir-daria jusqu aux regions monlagneiises du 
Zerafchan et du Ferghana; dans les plaincs, la tempi mlnn anmielle \ nir 
de -|- 45 degres a 25 degres; pendant neuf mois consecutil s, la sleppr nc 
recoitpas une goutte d eau. Les districts proteges par les ni(iiitagut>s sont souinis 
a de moindres rigueurs; les vallees niraisseYs soul plus tempera s, dies 
resolvent temporairenient de gnindes abondances de neige et de pluies. En 
general, le climat est assez sain; a Kliodjend, il est rccllement salubre; IVlr, 
tout a fait chaud pourtant, commence meme avant le mcis de inai, il est suivi 
par la periode des pluies qui va jusqu en decembre; alors tout le sol est couvri-t 
de fange, et certains lieux sont impraticables. L hiver, qui ne dure guere que 
deuxmois, est tres-rigoureux (Ujfalvy, Expedition scienlifique, etc., t. 11, p. I.", 
note}. A Tachkend, situe un peu au nord de Ivhodjend, la secheresse de 1 air 
est souvent, d apres Scverstzoll , presque complete. Des observations meteorolo- 
giques faites dans cette localite par Struve il resulte les chil fres suivants pour 
les quatre mois de 1 hiver : en decembre, temperature maxima -+- 16, 5, tem 
perature minima - - 4 degres, temperature moycnne -+- 6,5 ; en Janvier, tem 
perature maxima -f- 11 degres, temperature minima 10 degres, temperature 
moyenne -f- 0,4; en fevrier, temperature maxima -+- 18 degres, temperature 
minima 12, 6, temperature moyenne -t- 2, 7 ; en mars, temperature maxima 
-f- 23, 7, tempe rature minima 14, 2, temperature moyenne -f- 4, 5. Le 
dernier jour de froid observe fut le 6 mars; il y cut 5, 7; des le 4 avril, 
le thermometre marqua -f- 22 degres centigrades. 11 y eut en decembre sept 
jours de pluie ou de neige, treize en Janvier, huit en fevrier, quatorze en mars ; 
les orages commencent des la fin de fevrier et sont parfois tres-violents. G est 
surtout pendant les grands froids et les plus mauvais lemps quo le barometre 
monte. 

A Khiva, et dans le bassin inferieur de 1 Amou-daria, les etes sont egalsment 
tres-chauds et tres-secs ; les hivers assez rudes, sont courts ; les arbres se cou- 
vrent de feuilles des le mois de mars, les pluies sont assez frequentes d octobre 
a avril; les mois les plus humides sont, d apres Basiner, decembre et Janvier; 
il peul tomber a Khiva 6 centimetres de neige dans un jour, mais il est rare 
qu elle persiste longtemps. Les vents de 1 ouest dominent au printemps, ceux 
de Test pendant le reste de 1 annee; mais on observe frequemment dans les 
couches superieures de 1 atmosphere des nuages dont la marche indique des 
courants inverses. La temperature moyenne en octobre est de -f- 12 degres 



58 TARTARIE. 

centigrades environ, cclle de novembrc de H- 7 degres, celle de deccmbre de 
2, 5. Basiner observa comme mininiiim Ic 22 doccinhre 25. 7, fandis 
que le 26 octobre le thermomelre avail marque 55 degres cenligrades. En 
Janvier, I Amou-daria elait convert d une conche de glace de 40 centimetres. 
Neanmoins, le climat du pays de Khiva n est en somme ni Ires-rude, ni insa- 
lubre, a Fexceplion de Ja ville memo. Celui de la Boukharie cst Ires-supportable, 
on plulot agreable; le pays est salnbre; a Boukhara, la temperature moyenne- 
de Janvier est de 5, 7, cclle d octobre dc -f- 16 d^gics; an milieu de Fete, 
le thermomctre ne monte guere au-dessus de 52 dcgres. Le fro id ne commence 
qu a la fin de novembre ; des le mois de fevricr, les arbres commencent a bour- 
gTonner, le ciel reste trcs-elair pendant tnut Fcle; les saisous sont d un^ 
regularile parfaite. 

Par la province du Ferghana, formec de 1 ancien Khanat de Khokand, nous 
pe netrons dans les regions essenliellcmcnt monlagneuses ct accidenlecs ; les 
conditions du climat y varient d uu district a Faulre. Unc ceinlnrc de grandes 
chaines limite le pays, an milbu duquel une depression notable recoil de 
nombreuses rivieres; indepcndamment de cclle zone infe rieure partagee en 
deux bandes par les cours d eau, il laut ad melt re de part et d aulre une zone 
moyenne et une zone elevee ; le climat, rigoureux dans les deux dernicres, est 
tempere dans les deux moyennes; il conserve dans la zone infe rieure les carac- 
teres excessil s du versant aralo-caspien. A Marghilan, le Ihermometre marque 
a 1 ombre jusqu a 40 degres; ncanmoins les oragcs y sorit I res- ra res. Le voisi- 
nagc dcs monlagnrs domic a Andijan ct a Namangan un climat beauconp plus 
tempere; celui d Usch est delicicux, la temperature y est de -f- 25 degres, 
quand clle altcint -f- 55 degres ou -+- 40 degres dans les localitcs voisines. A 
Khokand meme, il fait tres-chaud et trcs-sec. lians tontes ees regions, le frou! 
altfint en liiver 15 degres ou rarement 20 degres centigrades. Dans les 
zones moyennes, les orages sont assez frc quents, mais la temperature reste 
toujours lolerable; le voisinage des montagnes modere la rigueur des vents en 
hivcr. D.ins les zones extremes, le froid est tres-vif, les pluies abondantes en 
automne; la glace et la neigc epaisfes en hiver. Le bassin du Kara-koul est une 
contree slerile et desert 1 , balayeo par les ouragans (Ujfalvy, op. cit., t. I r 
p. 19, 50). Le vent brulant de la vallee du Sir-daria, le Gharmsal, inconnn 
dans le Fergliana, desole parfois au contraire la vallee du Zerafcban. La> 
province de ce nom, silue e enlre le Ferghana et la Boukharie, est un pays plus 
tempere que le Ferghana ct d un climat moins heurte; le froid n y depasse- 
gueie - - 15 degres centigrades et la clialeur maxima y est de 51 degres centi 
grades; les extremes de tcmpe raUire annuelle se rapprochent a mesure qu on 
remonte dans la vallee. D apres M. de Ujfalvy, le prinlcmps commence en 
fevrier et dure jusqu au 15 avril; Fete et Fautomne se prolongent jusqu au 
15 novembre et meme quelqnefois jusqu au 15 decembre; les vents d est 
dominent en etc, ceux d ouest en hiver. Le Zerafchan et le Ferghana doivent 
etre regardes com me des pays salubres. Dans le district de Karate gin, region 
montucuse incorporce a la Boukharie, le climat esl tres-dur et la temperature 
rigoureuse; les communicalions avec les pays voisins n existent qu en etc; en 
hiver, la ueige alleint 4 metres d epaisseur, et les villages sont isoles les uns 
des autres. Le climat est beaucoup plus doux et beaucoup plus salubre dans le 
Badakchan, ou les vents d est regnent pendant six mois de Fannee. On saitpeu 
de chose concernant le climat dcs regions de 1 Alai el du Transala i. sinon que / 



TARTAKIE. 59 

de vastes elendues de neige couvrent leurs cimcs pendant une parlie de 

1 annee. 

Au pied des conlre-forts oricntanx dn plateau du Pamir, dont Ics solitudes 
aecidenlees sont exposces aux pins dures interaperies, commence le Turkestan 
oriental. La region fertile siluec a 1 estde la vaste depression a ele improprcraent 
nomnuse petite Boukliarie ; c est Ic paysdeKacligar, de Yarkaud, de Klmlan, etc. 
Mal^re sa grande etendue, le climat y est d mie reman|uable nm!"rmi!c; nous 
en intlii|ucrons les principaux caracteres d aprcs Valikli inol l. II faiil distin^ncr 
tout d abord le clitiK l de la plaiue <!c crlm des mdii!a:;iics <|ui en foimciit 
1 enceinte. Celles-ci rcslent couvertes dc nci^c |>riidanl. unc ^T.nnlc parlie de 
1 anne e; dans Jes vallees des pentes, elle rcsiste jusqu au mois de juiu ; 1 hu- 
nmlile persislc pendant toutes Ics saisons. Dans la plaine, an couli anv, les 
rivieres sont parlout bordees d une vegetation luxuriante, aciivce par nne 
temperature favorable. Au commencement d octobre, M. Valikhanoft nmsiaia 
une temperature de 27 degres centigrades. Yers le l > nmcmbie li-s units 
deviennent plus 1 roidcs, ct la chute des feuilles commence; la ncigc apparail 
en decembre et j.mvicr; le thermometre pcmlanl (mil cc Icmps n-nlle anionr 
de zero. La temperature se releve a la (in dc I cvricr, Irs pivinirn^ Icmlles 
a|i|Kii aiLsent au milieu de mars; le priiilnii|is c-l en n alitt - MM pen phis lanlil 
que dans Jes vallees du Ferghana, l/i -lt- e>l li-rs-cband ; ranlomnr, miMliic rcmi-ut 
pluvveux, conduit a 1 liivc i 1 par unc Iransilidii -radndlc, laiulis <pic Ic p.- iiU-mps 
succede brusipjement a la saison rigoui euse. Les vents dominants sont CCIK ib- 
1 ouest et du nord-ouest, surlout au coiiiineiicement de 1 annde. A Yanis\ar, a 
Yarkand, a Kliotan, les condiiions climatologiques sont a pen pres les niciiu-s 
qu a Kacligar. A Kliolan, 1 hiver cst soim-nt nn pen ]>lus doux. A Tiulan, a 
Ak-son et surtout a Bai clSa iram, qui sont plus rapprocliees des monta^ncs, les 
etes sont moins cliauds et les hivers plus pemblcs. Mais partoul la veg^alion 
est luxuriaiile, et le pays est relebre par rabomlance des fruits de Ions genres. 
Dans le bassin inlerieur du Taiim, it aulour du lac de Lob-mtr, Ics hivers 
sont beaucoup plus rudes, et Prjcvalski, milgre une inlrcpidite qui lui faisait 
braver tous les dangers et surmontcr tons Ics dhslacles, fut conlraint de quilier 
Ics lieux plutdt qu il n en avail 1 inlentinn. I.e froid avail alteint -7 dcgres 
centigrade s, et il lui devenait impossible de >c procurer de 1 eau. 

La Dzoungarie, vasle conlrce, aceideitLce de hautes monlagnes, de grandes 
steppes, de vallees profondcs, situee au nord du Turkestan oriental, dont la 
separent les monls Thim-ehan, est beaucoup moins favorisee; on y retrouve le 
climat excessif, si repandu dans 1 Asie moyennc. Des le mois d avnl, la t inpe- 
rature s eleve rapidernenl; en juillel et aout, elle cst insupportable; les coins 
d eau s epuisent. Mais, des le mois de sepltmbre, le sol se ccuvre d une neige 
abondante, les cours d eau sont geles en novembre et pendant des nmis enliers; 
le froid est Ires-violent, il alleinl 25 degres centigrades. Quelqucs points 
isoles jouisscnt de conditions nn pen moins rudes, surtout eeux dans lesquels 
1 abondance lies eaux vives pent maintenir un certain dcgre d humiilile cl 
moderer 1 exlremc secheresse de 1 air : tel cst, par exemple, le district de 
Kouldja. A Kouldja meme, d apres les observations de Goluboff, pnbliees 
en 18(ii, la temperature moyenne est en Janvier de 9, 7, en juillet 21 , J. La 
moyenne de chaque saison donnc pour ITiiver 6, 5, le prinlemps 4- 10 de- 
gres, I ete H- 25 degres, 1 aulomne -\- 9, 2, I aunee entieie + 9", 2. Les tem 
peratures annuelles extremes y sont -f- 45 degres et 31 degres centigrades. 



40 TARTARIE. 

G est a peu pres le climat d Astrakan (Petermann, Mittheilungen, 1870, p. HI). 
A Yerniy (Wjernoje, Werno), localite qui apparlient aussi au bassin de 1 Ili, 
situee au pred septentrional de 1 Ala-tau transilien, la temperature, d apres le 
meme observateur (Reperlor. fur MeteoroL, de Kametz, 1861), est en moyenne, 
pour toute 1 annee, H-8,l; pour Janvier, - 9,5; pour juillet, -+- 23,2. 
Pendant quatre mois, de decembre a mars, la temperature reste inferieure a 
zero. Les oscillations journalises, qui n excedaient pas en Janvier 3, 3, attei- 
gnaient en juillet 11,2. L lli, le principal cours d eau de la contree, gele a 
la mi-decembre, et ne redevient libre qu au milieu de mars. 

Le Kan-sou mongol est une region encore peu connue sous tous les rapports, 
mais nous savons deja que, dans la partie montagneuse, celle qui s adosse a la 
cbame bordiere de 1 empire chinois, le caractere dominant du climat est une 
humidite tres-grande et presque incessante, et que les extremes do temperature 
n onl pas le caractere d exageration, qui est le propre des provinces de 1 Asie 
centrale. Le climat, dit Prjevalski, est ici tres-humide, surtout en ete; en 
hiver le temps est clair et froid, si le vent regne, et assez doux pendant le 
calme. En ele, il pleuvait presque tous les jours; nous observames en juillet 
vingt-deux jours de pluie, en aout vingt-sept, en septembre vingt-trois, dont 
douze avec de la neige. A partir du 16 septembre, la neige tombe aussi dans 
la plaine... Si Ton tient compte de la latitude sous laquelle se trouve place le 
Han-sou (Kansou) (08 degres latitude uord), on remarque que la temperature 
moyenne de 1 eteest assez basse. Dans les montagnes, au mois de juillet, pendant 
la nuit, 1 herbe ctait deja couverte de givre ou d une neige line; en aout la 
couche de neige ne fondait qu aux rayons du soleil, et en septembre elle 
devint de la glace. Les chaleurs n elaient jamais insupportables; la temperature 
la plus elevee atleignit -+- 31, 6 a 1 ombre dans la vallee profonde de la Tetoung ; 
les vents etaient generalement faibles, celui du sud-ouest dominait (Mongolie 
et pays des Tangoutes, p. 178, 179). La grande humidite du Kan-sou monta- 
gneux se fait sentir jusque dans la partie septentrionqle, qui est une prolongation 
du Gobi ; elle est beaucoup moins aride que le reste du desert. 

Au sud du Kan-sou, la province du Koukou-nor presenle, dans ses trois 
districts du Tza idam, du Koukou-nor proprement dit et d Odon-Tola, tous les 
caracteres du climat continental extreme. Dans le Tza idam, le printemps, d apres 
Prjevalski, un des tres-rares voyageurs qui aient parcouru le pays, est pre coce. 
Ainsi, au 15 i e vrier, quand les froids nocturnes atteignaient encore 20 de 
gres centigrades, le thermometre pendant le jour montait a -f- 13 degres a 
1 ombre. La glace fondait partout; les oiseaux de toute espece arrivaient. Puis, 
apres ce re veil de la saison agreable, survenaient des periodes alternes de froid 
vif avec neige, et de temps plus doux. Sur les rives du Koukou-nor, 1 hiver est 
plus long ; a la fin de fevrier, le lac est encore entierement gele, la couche de 
glace atteint jusqu a 1 metre d epaisseur. Le plateau d Odon-Tola a un climat 
encore plu rude, le froid y sevit 1 ete comme 1 hiver et, au mois de juin, on 
voit le thermometre descendre jusqu a 25 degres centigrades. Dans 1 Ala-chan 
et les plaines desolees de 1 Ordoss, le climat n est pas plus doux que dans le 
Koukou-nor, ni moins penible. 

G esl dans la Mongolie et particulierement dans les grandes steppes du Gobi 
que Ton constate, au plus haut degre, les caracteres du climat continental 
extreme. Au nord comme au sud, les ecarts annuels sont enormes ; ils depassent 
toujours 60 degres et peuvent atteindre 75 degres centigrades. Les froids de 



TARTARIE. 41 

1 hiver sont d une insupportable rigueur. Prjevalski, qui travcrsa en 1872 une 
partie dc la Mongolia orienlalo en mars, avril ct mai, constata que pendant 
chacun de ces mois I c cart des temperatures extremes etait tonjours superieur 
a 40 degres, il monta meme a 47 degres en avril. La temperature minima 
avail ete en mars 20, 5, en avril - 16 degres, en mai 2 degres; 
les maxima furent en mars 22 degres, en avril 21 degres, en mai 40 de^tvs 
centigrades. Pendant le mois de juin, d apres les observations de Timkowsky, 
le temps semblc etrc d ordinaire tres-variable, et souvent pluvieux. Sous 
1 influcnce des vents du nord, les nuits donnent encore des minima de 
5 degre s ou 6 degres, cc qui n empeche pas les journecs d etre tres- 
chaudes. Mais, au mois de juillet, la cbaleur est intolerable ; le mois d aoiit 
ressemble au precedent. Au mois de septembre, les nuits recommencent a etre 
froides; le thermometre marque 5 degres ou - - 4 degres centigrades, alors 
soufflent lanlot les vents du nord, lantot ceux de 1 ouest. En octobre, le Iher- 
mometre descend deja, pendant la nuit, a 20 degres au moiiis; pendant les 
mois de novembre et de decembre, les vents sont variables. On pent se rend re 
compte de la difference des climats du nord et du sud de l,i Moiigolie en 
comparant les deux series de chii lVes suivantes, qui se rap|i<rlenl anx loca- 
lites d Ourga et Sivantze, et qui out ete inse nrs par M. lleeliis dans inir 
note de son grand ouvrage. A Ourga, la moyenne annuelle est de 2, 9, celle 
de juillet 17,6, celle de Janvier 27, 8; la temperature annuelle maxima 
54 degres, minima -- 58,2 ; 1 ecart anniiel 74, 2. A Sivanlxe, la temperature 
annuelle moyenne est de -+- 2, 8, celle de juillet 19,5, celle de Janvier 16, 7, 
le maximum 52, 4, le minimum ,71, 1 et enh n 1 ecart annuel (ir>,9. 

Le climat de la Mandchourie est moins excessif que celui de la Mongolie; il 

est surtout beaucoup moins uniforme, ce qui etait a prdvoir, puisque la contre e 

elle-meme est beaucoup plus accidentee et tres-suffisamment arrosee. Certaines 

vallees sont riches en beaux fruits; on y cullive les legumes les plus delicats. 

Ailleurs, des districts montueux sont pendant de longs mois converts de neige 

et le thermometre peut y atteindre 55 degres. Dans le bassin de 1 Oussouri, la 

tempe rature moyenne est, d apres Prjevalski, en hiver, - - 16,50 ; au printemps, 

H-4,6; en ete, -+- 18, 7 ; en automne, -4-5, 75. Celle des differents mois i nt, 

d apres les memes observations, en Janvier, 21, 5; fevrier, - - 15, 1 ; mars, 

-f- 5,1 ; avril, 4-5,7; mai, -M5,l; juin, -+-16 U ,2; juillet, -+- 20,0 ; 

aout, +20,0; septembre, -f-ll,7; octobre, -4- 4, 7; novembre, 5,1 ; 

decembve, 12,9 (Petermann, Mitih., 1870, p. 459). Dans la region du bassin 

propre de 1 Amour, le sol est moins fertile que sur les rives de 1 Oussouri ; de 

grands vents du nord-ouest durent pendant presque tout Thiver; au printemps 

les vents sont beaucoup plus variables. A Kisi, situe au sud de 1 embouchure 

de 1 Amour, Maximovitch vit tomber la neige au commencement d octobre; le 

fleuve gela au milieu de novembre; le froid atteignit 57 degre s. En 1855- 

1854, 1 Amour pris par les glaces a la fin d cctobre ne fut libre qu au mois de 

mai. Des 1858, Giilzlaff avail deja signale la distinction qu il est necessaire de 

faire au point de vue du climat, entre les fertiles et relalivemenl riches regions 

de la Mandchourie du Sud el les soliludes tristes et inhospitalieres du nord de 

la province. En somme, le climat de la Mandchourie meridionale est tout a fait 

tempere, compare a celui de la Mongolie, que Ton retrouve dans la Mandchourie 

du Nord. 

FLORE. La nudite el 1 uniformite de la steppe sont proverbiales ; au premier 



42 TARTARIE. 

abord, ces grands espaces, desherite s sous tant de rapports, apparaissent somblables 
a dcs nappes immenses, unies coinnie une mer calme, a perle dc via . Mais le 
voya^eur qui se hasarde a y penelrer s apercoit bicntot qu il y a quclquc chose 
a raba trc de cettc appreciation sommaire. Le sol n cn est pas uni, les accidents 
de terrain y sont sans importance, presque iusigniflanls, niais ils pcuvent etrc 
assez frequents; ils consistent selon les regions soil en des plissemenls, ou des 
ondulalions en forme de vagues, soil en des excavations marecageuses, des bas- 
fonds lapisses d efflorescences salines, etc. 

Celtc variete relative cst encore due a une autre cause, la diversile des ele 
ments du sol, ici sablonneux presque cnmpletement, la pin lot argilcux, ailleurs 
parseme de rochers a demi enlbuis. Aux variations dans la composition du sol 
correspondent des modifications dans ses productions, dc sorlc quc, malgre sa 
pauvnie reelle, il s en. faut que la flore des steppes soit la memo partout. Les 
espcccs animales elles-mcmes ne sonl pas egalement repandues dans toute une 
steppe, et iherthent com me Ics planles les conditions qui leur conviennent le 
mieux. Loisque les variations dans la faune, ou surtout dans la llore, sont dues 
a la presence dcs sources, qui font les oasis, ou a celle des cours d eaux, dont 
les rivagcs sont cultives ct babiles en permanence, clles sont encore bien plus 
marquees et surtout plus brusques. II pcut arriver qu on se trouve, pres d un 
fleuve, an milieu des plus belles rn-olles nmraiclieres ou agricoles, pins (pi une 
beure de rnarche sul fise pour conduirc de la dans le plus triste desert. Les habi 
tants usent dc toule leur induslrie pour elcndre, a 1 aide d intelligcntes et 
patientes irrigations, la zone fertile, parlout ou la disposition du lit du cours 
d eau le permet. 

Entie la incr Caspienne et le lac d Aral, 1 argile domine, e\cepte au nord- 
ouest, ou le grand golle, qui prolonge la Caspienne a 1 est, est le centre d un 
depot salin qui s etend jusqu aux sables du bassin de 1 Oural. Le d sert de 
sable se caracterise a 1 est de 1 Aral, de 1 Amou-Daria an Sir-Daria; au nord de 
cc dernier, le fonds argileux alterne avec les dunes de salile mouvant. Sur les 
confins de la Sibere commencent les steppes cssentiellement herbeuscs. 

Vers la rive oricntale delamer Caspienne, surcelte large bande de tcrre jadis 
occupee par la mer, comme a Test de 1 Aral et particulierement vers les embou 
chures des deux grand> fleuves, existe une [lore restreinle cararteri.-ee specia- 
lement par de grands roseaux. L Arundophragmites, qui atteint plu-ienrs metres 
de huuleur, se developpe en masses ayant presque 1 aspect d une petite foret 
et donnant asile aux grands animaux, souvenl merne a des campements de 
nomades. La comme ailleurs, ce gigantesque roseau est souvcut accumpagne 
d une aulre plante pre cieuse pour les nomades, le Lasiagrostis splendens, 
qu ils nomment Tclii, et dont les tiges, exlremement rcsistanles, leur servent 
pourfaire leurs nattes. Les parties limoaeusesdu sol possedent quclquos plantes 
speciales que nous relrouverons a.lleurs. 

Le plateau de 1 Oust-Oiirt, enlre 1 Aral et la Caspienne, a une flore tout a fait 
pauvre; on n y a constate la presence que de 520 especes environ. I eu est de 
meme de la grande steppe du Kara-koum , ou les Unifies dc verdure et les buis- 
sons sont souvent fort espaces ct ne couvrcnt pas toujours le quart de la surface 
du sol. La vegetation du Kai a-kou m, du Kizii koum, de la Boukharie ct de quel- 
ques aulres provinces de 1 Asie ccnlrale, a ele bien etudiee par Lehmann, dont 
les reeherches ont etc resumces dans les Mitlheilungen de Petermaun. 

Les parties les plus sablonneuses du Kara-koum sont caraclerisees au point 




TARTA.RIE. 43 

de vue botanique par la presence de deux legumimeuses arborescent es, IMmwo- 
dendron Sierversii et I Eremosparlon aphyllwn. DCS que le sol est plus limo- 
neux, apparaissent plusicurs aulres planles etavanttout le Saxaoul (llaloxylon 

ammodenilron, Anabasis ammodendron), arbusle vigoureux <!. exlrciueincnt 
resistant que nous rctrouverons parlout; il couvrc souvent desespaces immciivs 
de ses grands buissons, qui ont jusqu a 5 metres de baulcur. A cote dc relic 
Cbenopodiace e, nnc ombellifcre, nomrnec par les Kirghiscs Ilan, est egalcmciit 
tres-repandnc : c est la Ferula persica, prise d abord pour la F. a~a fcelida. Les 
Tamnrix, les buissons de Calligonum, sont assez repamlus pour fiinncr p.iilois 
dc petits bouquets de bois. La presence du Kulidinm arabicinn, des Slatice, 
caspia etsuffruticosa, indique qu on se nmpivdie des rives du lac.. 

Le desert de Kisil-koum, au siul du Sir-daria, avec scs dmu^ dc sable rou 
ocretix, ondulees corarae des llots, presen e un aspect analogue; des ran-ecs dc 
buissons de Saxnoul, de Tamarix, de Calligonnni, couvrcnl les crek-s dc 
dunes, on se trouvent en aboudancc le Convolvulus frnl/cnmix el pliisiciirs 
Astragal UK, dont 1 un, \ A. arborescens, atlcint 2 niciivs I L J II pn-sc,lc dc 
grands [lalurages, composes souvent, pour aiusi dire, d unr sculc li / !.,, I .|/-/.v// -hi 
pennata. Sur de grands espaces, la steppe du Kr/.il-kouiu ot absolumenl 
depourvue d arbusles ct ne possedc qu- des hcrbcs cl des pl.mics biillteiiscs. An 
printemps apparaissent de vrais t.ipis ciuaill( ; s d ancmmics, de lulipcs, clc., 
mais en quelqucs scniaincs, loul csl brulc par le solcil. 

L oa^is de Khiva, au milieu do ccs landcs salilciiscs, nuns mmilre. d une 
maniere frappante lout ce qu on pcul atlendi c du sul de ccs ivjuus, des qm> 
Ja coiiililion essenlielle, c est-a-tlire le sccours il un coin s d cau peniiaucut, 
vient y entretenir la vie. On y cullivc en abondance le Me, I oi-ge, Ic millet, le. 
riz, le cotnnnicr, le sesame. I artoiit on voil dc -rands champs de lahac, dc 
garancc, de chanvre, de pavols. La ville elie-meme est cntnnrcc dc splcmlnlcs 
jardins qui s etendeut a perte dc vue; les jiois, les Jentilles, les melons, les 
pasteques et les courgcs, y abondent. I es arhres d oniemcui et les arhrcs I ruiliers 
y sont en lelle aboadancc, qu ils ombragent toutes les maisons repandues dans 
la banlicuc et quo, vu du baul d un minaret, 1 aspcct des environs de Kbiva 
est cclui d une foret. La vigne est prosperc dans le Khan:il dc Khiva; on la 
trouve anssi dans les aulres oa^is du gouverncmcnt de Sir-Haria, on Ton reeolle 
le mais (Sorghum cernuum), appcle hjoi garra, le tabac (^iculin/iti ritftlica), le 
1m, la luzerne, le safran et le colonuier (Gusiipium herbaceum). 

Ce qui vient d etre dit du Klianat de Khiva pourrait prcsque s appliqucr a la 
Boukharie fertile et plus exaelement encore a 1 oasis de Douklura. On y cultive 
dans les campagnes les ccreales et surlout le froment et 1 orgc. Le from cut 
etant reeolte des le mois dc juin, on dcmande au memo sol uuc deuxieme et 
meme une trui^eme re colte. L avoine es , semee dans les terres en montagne ; 
on seme aussi le millet en grande abondance, mais peu de mais, les pois, les 
lentilles, elc. Dans les vergers et les jardins, les figuiers, les abrieolicrs, les 
pruniers, les pommiers, les poiricrs, les cognassiers, les grenadiers, les ceri- 
siers, les oliviers, les noyers, les amandiers, les grenadiers, donnent a [icu piv-s 
tous les fruits d Europe. On y reeolle entiu le pavot, le sesame, le tabae, le lin, 
le chanvre et le colon. L Alhagi camelonim, dont 1 ecorce coutient une gomme 
qui esl utilisee, est une planle propre au pays ; on emploie pour les constructions 
le Juniper us excelsa. 
Bans le Zerafchan, les precedes de la culture et des irrigations sont appliques 



44 TARTARIE. 

avec le plus grand soin; les arrosages se font a jour et pour ainsi dire a heure 
fixe. On peut se procurer a Samarkand presque tous les fruits d Europe. II y a 
beaucoup de vignes; les raisins sont vendus sees, on servent a faire de 1 eau- 
de-vie, mais pas de vin. Samarkand, d ailleurs, est salubre aussi bien que 
ses environs. Au dela, vers le sud-est, s elevent a l horizon les monts Karategin, 
au pied desquels de grands vergers et de beaux jardins olfrent leurs produits; 
plus haut sont de belles prairies soigneuscmcnt irriguees, d abondantes mois- 
sons, entremelees de^ bouquets d arbres, puis plus haut encore de grands patu- 
rages. En suivant la vallee du Zerafehan, c est au village de Dachta-Kasi que 
Ton voit apparailre la vegetation ligneuse, avec les pistacbiers, les genevriers, 
les erables, les cratoegus, etc. La flore varie d ailleurs avec Jes conditions clima- 
tologiques sur les llancs de la grande vallee du Zerafeban, d autant mieux que 
les couches gcologiques different essentiellement. 

Dans les regions basses, les bouquets de hois sont surtout formes de buissons 
ou d arbustes hauls de 2 ou 5 metres; la dominent les saules, les Tamarix, les 
Berberis (B. inlegerrima et B. nummularia), plusieurs rosiers. Des brous- 
sailles d Alhayi, de Sophora alopecuroides, couvrent les mamelons sees, oil 
Ton trouve des especes speciales d Astragal us. Le Juniperus excelsa est tres- 
conimun sur les llancs des coteaux, ainsi que YAmygdalns spinosissima, qui 
donne de pelites amands anieres, le Lonicera persica, et de nombreuses 
Salsolees. Plus haut, la region foresliere est occupee par les ormes, le Coto- 
neasier iiinntiii/ltiria, le Pittacia vera, le Celtis australis, le frene de Sogdiane, 
le Belula ptibescens, le sorbier des oiseleurs, sous lesquels le Delphinium 
barbatum, \ Altli;ea palltda, [ Impatient parviflora, divers Geraniums, fleu- 
rissent abondamment. Le Cissus segirophylla, analogue au C. vitifolia, s etend 
comme une grande liane, d un arbre a 1 autre. Dans les prairies de la region 
alpine, le Polijgonum alpinum domine partout, mele aux Eremostachys, a la" 
Pedicularis morina, a I 1 Artemisia Lehmaniana, a des veroniques, etc. Les 
Astragalus, les Cousinio., les Alsine, les Silene, divers Oxytropis, de nombreuses 
potentilles et des Sedum varies, plusieurs Heterochcete, le thym, 1 hyssope, le 
serpolet, garnissent les flancs rocailleux ou les arbres sont plus rares (Mittheil. 
de Pelermann, 1855, p. 165-168). 

Toute cette flore, examinee dans son ensemble, se rapproche bien plus 
de celle de 1 Hymalaya que les flores du nord de 1 Asie ; on retrouve a peu pres 
la meme dans le Ferghana, qui possede tous les arbres fruitiers et une grande 
variete de raisins, ainsi que les cereales usuelles, le riz, le mai s, le coton, la 
luzerne, dont les cultures abondent dans toute la vallee de la Narin, d ou elles 
ne disparaissent qu avec la trop grande altitude. Khodjent, dont les routes sont 
bordees de muriers, est entouree de plantations de coton et de grands viguobles ; 
les jardins qui enveloppent Tachkent sont tellement peuples d arbres, qu ils 
cachent la vue des maisons. 

Mais, s il est vrai de dire que, dans le Turkestan russe, les recoltes sont 
remuneratrices et donnent d excellents resultats, qu elles sont dues en tres- 
grande partie a 1 activite industrieuse des habitants et aux irrigations sans 
lesquelles ils n obliendraient rien, il ne faut pourtant pas se meprendre sur 
leur importance. La verite est que les paturages naturels et les dieserts steriles 
occupent la plus grande partie du sol, qu il y a 40 fois plus de terrains iucultes 
que de champs cultives et que si, a une epoque anterieure, les arrosements 
ont donne la vie a une surface beaucoup plus grande qu aujourd hui, il ne 




TARTARIE. 45 

serait pas impossible de rendre au pays son ancienne prosperitd. C est ce qui 
commence a se realiser pour les industries de la soie et du colon. On evalue a 
1250 seulement le nombre des especes du versant aralo-caspien. 

Dans ses savants voyages, Oslen-Sacken a constate que sur les haules chaines 
du Thian-chan la limite de la vegetation depasse 5000 et 5100 metres, et qu il 
cxiste des flores alpines tres-inte ressantes dans des cols ou la neige persiste 
encore en abondance au commencement de juillet. Le froment et le millet sont 
cultives dans des vallees tres-elevees. Sur les penles, dans les plissements et les 
excavations, on trouve une flore qui rappelle celle des steppes aralo-caspicnnes, 
ou dominent les Synanlherees et les Che nopodiacees, au milieu des buissons dc 
Tamarix et A Hippophae rhamnoides. Au nord du lac d Issik-koul, dans 1 Ala- 
tau transilien, la zone des forets, qui s etend de 1500 a 2500 metres d altitude, 
est presque exclusivement formee de pins (Picea Schrenckiana] et de genevriers : 
les monts d Alexandre ne sont guere boises que sur leur versant septentrional. 
Sur les hauls plateaux des lacs Son-koul et Tchatyr-koul, la llore alpine ;i h 
meme caractere que celle du Thian-cban, mais elle est plus pauvre; les pAin- 
rages y sont tres-riches. Au fond des vallees reparaissent les msiers, les sorlm i 
les bouleaux, les saules, les berberis, les loniccra, etc. Sur les penles oriental^ 
du Pamir et meridionales du Thian-cban, au-dessus du pays dc Kacli-ar, la 
llore se caracterise davantage; on y trouve le Cheiranthus himalayensis, le menu 
que Jacquemont recolta au-dessus de 1 Ilimalaya. Deja aulour du lac Son-koul 
appavait YHymenolsena, ombellifere inconnue dans le reste du Turkestan el 
particuliere a 1 Inde. On re coltc au-dessus de Kachgar une especi speciale <! 
Gorydalis (C. Kachgarica) (Vivien de Saint-Martin, Anne e ge ogr., t. VIII, 
p. 169). 

La (lore spontanee du Turkestan cbinois est tres-pauvre et assez trisle. parli- 
culierement celle du pays de Kachgar; on n y voit guere de prairies llcuries, on 
de steppes bien garnies de planles; la salure du sol en augment trop souvent la 
slerilite. Au milieu des grands roseaux se monlrent quelques arbustes, des 
bouquets de Saxaoul ou de Djida (olivier ; auvage), de rares Tamarix. L^s arbres 
les plus remarquables sont de nombreux peupliers (P. diversi folia). 

Dans le Kan-sou mongol, il existe de grands espaces qui ont toute la pauvrete 
de la steppe, avec sa flore restreinte et uniforms; mais, dans les vallees et les 
oasis, les plantes sont au contraire nombreuses et variees. La zone forestiere y 
monle jusqu a 5000 metres. On y remarque le bouleau a ecorce rouge (Betula 
bodjarattra), bant de 12 a 15 metres; son ecorce sert de papier; puis le pin, 
le sapin, le saule, le sorbier, le genevrier. Deux especes d epine-vinetle, les 
groseilliers, les framboisiers ; diverses varietes de chevrefeuille, le fusain. le 
cornoniller, le pecher sauvage, couvrent les penles de couvertes. Prjevalski e nu- 
mere un grand nombre de planles herbacees qui croissent dans les forets, enliv 
autres la Potentilla anserina, 1 herbe des oies, dont les Cbinois et les Tan- 
goutes, font un grand usage culinaire. Mais, ajoute-t-il, parmi toutes les plantes 
de cette conlree, la rbubarbe medicinale (Rheum palmatum), appele e Chara- 
moto par les Mongols et djoumtza par les Tangoutes, est une des plus remar 
quables. Une autre espece, le Rheum spiciforme, ne se rencontre que dans les 
cantons alpestres, ou sa racine atteint quelquefois la longueur dc quatre pieds 
(Mongolie et pays den Tangoutes, trad, franc., p. 181). Les rhododendrons sont 
nombreux et varies; une espece forme des buissons de 5 metres de haul. Lo 
flore des prairies alpestres monte dans le Kan-sou jusqu a 5700 metres; au dela, 



46 TARTARIE. 

il nc rcstc qu une vegetation naine ct do nombreux lichens. La (lore du Koukou- 
nor est a pen pros la meme que celle du Kan-sou. 

En dcliors du Kan-sou, de la Dzoungarie ct du bassin de 1 Ili, la Mongolie 
n est plus qu uu immense desert avec tons les caraclercs de la sleppe, la ou les 
vculs ct I aridile du sable n ont pas reiulu toule vegetation impossible. Nous v 
rctrouvons le saxaoul et son conipagnon Je Lasiagrostis sj>leiulens, les clielives 
toulfes licrbcuses que le vent arrache et route dans la plaine nue, les rares 
c\ravalim:s ou les plantcs abritces donnenl quclques maigres palurages. 

Dans les jardins et aux alentours des habitations seulement, la 11 .ire cnltiver 
rst liclic et abondanle; elle comprcnd non-sculement tous les arbres fruiliers, 
mais encore la vigne, le clmivre, le colon, le riz, les ccreales, le millet, le 
ma is, les melons, les courgcs. Les environs de Yarkand sont plus fcrtiles que le 
vdisinage dc Kachgar. La plaine inclince dans laquelle se trouve Kholan esl 
Ires-productive, bicn que le sol y soil essentiellement sablonncux; c est memc a 
ec .sable fin que les habitants altribuciit la feconditc du sol; le climat est doux. 
sans lien d excessif ; toutes les cultures y reussissent et scraicnl encore Lieu 
plus linllantes, si les habitants n y faisaient del aut. On a compare cede region 
an pa\s de Kaulimir, sur leqtiel il aurail I avanlage d un climat bcaucoup moins 
hmiiide. Dans le Gobi propremcnt dil, la vegetation arborescenlc cst presque 
exchisivi iiu-nt ri | n sentee par le saxaonl. 

l.a lloic de la llztiungarie est encore fort mal connue, malgre les travaux de 
Semenol f, dc TalarinolJ , vcnus apres ceux de Schrenck; ce que nous en savons 
jusqii ici nc revelc aucun caraclere parliculier; la tlore monlagneuse jiarait se 
rapprocher beaucoup de cclle de rAlla i, les plaines sont des slep[ies oHiant les 
mrii.es caracleirs que cellcs du Tuikeslau j usse. Dans les vallecs des al lluents 
du cours superieur de 1 lli, un sol argiKux, assez abondant, se couvre d une 
luxuriante vegclation (Valikhanoff ) . Lepays tie Kouldja est un des plus lavorises 
de 1 Asic centiale, en raison de 5a richesse relative en cours d cau, assez bien 
utilises pour les irrigations. Leshautes vallees fournissent d excellenls paiurages: 
Ton y cullivc la vigne et lescereales; les arbres fruiliers sont en grand nonibre. 
- L opium y est cultive aussi et fait 1 objVt d un certain commerce. On trouve, 
(h ns la plaine memc, quelqucs forels assez considerables plantJes par les 
(Illinois. 

D ;ipres les observations de Maximovitch, on doit admeltre, dans la Maiul- 
dioiiric, ou plulot dans le bassin de 1 Amour el de ses affluents, qnalre zones 
de vegetation, c cst-a-dire en dcliors de ia zone colicre, trois regions, une septcn- 
Irionale, une moyenne ct une meridionale, sur le cours du fleuvc. Vers k S cote?. 
Ic climat estbnmJde ; les flanes des colcaux conservent longtemps la neige; c est 
la region des forets d arbres a fcuilles acicnlaircs, comme le Picea obovata. 
<|iii domine pros de la mcr, associe plus haul an Larix Siberica. Les mc lezes \ 
devicnnent gigantesques, ils ont jusqu a 7) metres de circonfe rence ; le Picea 
alleint les memcs dimensions. En s eioiguanl des cotes, on voit se meler aux 
arbrcs verts les sorbiers, les peupliers, les bouleaux, les trembles, etc. Dans 
la troisieme region, les forets sont presque exclusivcment formees d arbres 
i ruillus, qui se relrouvcnt dans la region meridionale, accompagnes d arbusles 
el de planlcs formant des sous-bois impuielrables. Dans la Mandchourie, les 
foiels ontune importance considerable, Jes prairies ct Jes paturages sans eau 
n octupent qu une faible partie du lerriloire. La flore sponlane e est assez riche 
en espcces; le sol est en general fertile; la culture comprend les cereales et un 




TARTAR IE. j- 

certain nombre de legumineuses utilcs. On Irouve en Mandchourie le colonnier, 
la vigne, dmil il hut couclicr los ccps en terre pendant 1 liiver. Le tabac et 
1 opinm soul I objct d un commerce assez considerable. Nous nc devons pas 
oublier de signaler aussi le Gin-Seng (l } anax f ess i florin,}, dont la racine, InV 
appreeiee des Cliiuois commc substance medicinale, cst imporlce cinque annec 
dans le Celeste-Empire, en grantlc quantile, et fournit une source de re\emis fort 
appreciable. 

FAUNE. Les fauncs dcs divers pays quo reuferme 1 Asic moyennc sont loin 
d etre complelement connues ; clles prc>ei;lcnml l<m-iemps encore dc mmibrcux 
desiderata, eomnie les (lores, et, an commem emenl dc v sicelc, dc. plnsicur- 
d entre elles on ne savuit presque rien. Ne anmoins, les noinbi-cn\ cxploraleurs 
ijui dans ces dernieres anne es ont sillonne lout le, [iays eu out imliqne p;ir!out 
les traits prmcipaux. 

Dans les graudes steppes du versanl aralo-caspien, de meme que sm le p];iic;iu 
qui separc les deux mers inte rieures, la faune prescnte une unilm -mile mV 
marquee. Malgre cela, la divcrsite des terrains, (|iic nous avnn> iiuli(|iii ; c (..IMIIIIIC 
la cause piincipale des varieles que la llore nous n vclc, ijuclquc |i.m\re quVlli 
soit, explii[ue aussi le nombrc relativement ;INSC/ uoialilc dcs csjicccs ;uiiiu;ilts. 
Scvcrstoff, a qui on doit sin- cc snjcl dcs uoiious jn-cciscs. y ;i convijili- l,i pic.M nrc 
ile 47 especcs de Mammilercs, de 1)7 Oisc;iu\ dillciruls, H d un ;issc/ -mini 
iiombrc de Reptiles. Le long tie la cfile oiieulalc dc la mer (]as|iicnnc, a I ahi-i 
des roseaux gigantesques, accumuli s cu masses e|iai>scs, com me au milieu (\<-, 
1 ourres d arbustes, circulcnt, en quanlile considerable, les loups, Us renards, 
les blaireaux, les chats sauvages, les onccs, ct surlont les sanglicis; lesti-n- 
n y sont p;is rares; les anes sauvages, les gazelles, les cbevres, parconrent en 
bandes k-s cspoccs jilus libres, ou se voient de nombreux lievre-. I armi !cs 
oiseaux les plus repandus, ou eompte les grucs, les faisans, qui smit rornemenl 
des taillis; les oies, les canards, s e baltent tur Irs rivagcs, an milieu des ibis, 
des Daman ts et des lierons. Les cotes ct les ilols du lac d Aral sont parlicu- 
lierement ricbcs en oiseaux aqualiques, cormorans, pelicans, goelands, inarlins- 
pecheurs, clc. A certainesepoqu.es de 1 annee, on y remartjuc beaucoup de cygnes. 
Les pecberics de la mcr Caspienne sont fort importantes, au jioint de vue com 
mercial; niais elles sont presque toulcs inslallecs sur la cote occidental, par 
inesure de securile. Lapcche s adrcsse surlout aux -rands poissons, le saumon 
lout d abord, puis quatre e$pcccsd Acii>enser: VA. sturio, I eslurgcon comrnun ; 
t A. huso, ou grand esturgeon; I A. rutlienus, ou sterlet, ct VA. slcllij er, appcle 
se vriouga. II est a remarquer qu on y jiecbc a la fois la carpe et le bareng. Lc 
lac d Aral est beaucoup moins riclie que la Caspienne. Les grands poissons que 
uons venons de nonuner y font defaut, ainsi que les pboqucs ; il po>sede ne au- 
nioins un certain nombre d espcces inconnues dans la nic-r voisine. On Irouve 

sur les rives de 1 une et de 1 autre beaucoup de tarentules, de scorpions: lair 

y cst remp .i de moustiques. 
Les graudes steppes, plus arides et plus dangereuses que le plateau dc 

I Oust-ourl, sont encore plus pauvrcs, surlout en Mammiferes. Ceux qni domi- 

nent sont les loups, qui suivent les troupeauxdes Kirgliises; puis les sangliers. 

les renards, les anlilopes et les argalis; on y trouve de nombreuses martres el 

<les loutres; les marmottes y creusent leurs demeures souterraines. En biver. 

les Kirgbises cbassent le pore-epic. De longues files d oiseaux de passage, oies. 

canards sauvages, becasses, etc., passent et repassent, au plus vite, a travers ces 



48 TARTAR1E. 

plaines inhospitalieres. Les faisans habitent les broussailles et les bosquets, en 
compagnie de nombreux petits oiseaux, que chassent ies vautours et les aigles. 

II y a beaucoup de serpents et de lezards. II faut citer le phalangium dont la 
blessure, moins dangereuse que celle du scorpion et de la tarentule, est pourtant 
a redouter. 

Dans le pays de Khiva, les animaux sauvages sont ceux que nous venous de 
citer; les chacalsy sont tout a fait communs, ainsi que 1 espece d antilope appelee 
djeirdn par les indigenes. L aigle et 1 epervier comptent au nombre des oiseaux 
les plus importants. L epervier est dresse a la chasse par les habitants, qui 
elevent avec soin, en vue de cette distraction, les petits qu ils peuvent se procurer. 

Les seuls animaux domestiques des nomades du Turkestan sont les chameaux. 
les chevaux, les anes et les moutons. On a rapporte les chevaux de 1 Asie centrale 
a trois types, qui seraient : 1 le cheval kirghize, animal de peu d apparence, 
petit, trapu, mais d une grande vigueur et resistant bien a la fatigue ; 2 ]e 
clieval dit argamak, sorte de cheval arabe, dc taille elevce, a longucs jambes, 
a la marche degagee, a 1 allure noble ; son etroite ressemblance et son analogie 
de sang avecle pur cheval arabe s expliquent aisement par Ies relations repetees 
de 1 Asie centrale avec la nation arabe; 5 le cheval appele karabair, du, sans 
doute, au debut, a des croisements des deux premiers types, mais arrive actuel- 
lement a former une race speciale, qui a ses caracteres particuliers a peu pres 
definitivement fixes. Le cheval argamak est de beaucoup le plus rare et le plus 
precicux. On trouve dans 1 Asie moyenne les deux especes de chameaux, le dro- 
madaire a une seule bossc, et le chameau proprement dit a deux bosses; mais 
il est rare de les rencontrcr tous deux chez la meme peuplade. II n est guere 
d habitant, en deliors des villes, qui ne possede une de ces pre cieuses betes. 
Le Turkmene ne connaitquele dromadaire, dont il semble exister deux varietes 
dans le Turkestan. C est aussi le chameau a une seule bosse que Ton rencontre 
exclusivement dans le Khanat de Khiva et meme dans la Boukharie a peu pres 
lout entiere. Le chameau a deux bosses se trouve plus au nord, c est celui des 
Kirghises. Les anes rendent de tres-grands services ; ils sont forts et de belle 
taille. Dans le Khanat de Khiva, le betail a cornes existe, mais il est peu nom 
breux. Les moutons, repandus a peu pres paitout, sont de 1 espece a queue 
grasse; les nomades en poussent devant eux de grands troupeaux entremeles 
de chevres, et qu ils promenent de paturage en paturage, vivant de leur lait et 
de leur chair. 

En Boukharie, il y a des animaux sauvages en mediocre quantite; ce sont ceux 
que nous avons deja nommes ; on y trouve, le long de 1 Oxus, un tigre de petite 
taille, ct de grands ours dans les montagnes de Test. Les oiseaux aquatiques. 
le pigeon sauvage, le pluvier, sont tres-communs, mais, en general, le gibicr 
doit y elre considere comme rare. La Boukharie du sud a eu souvent a supporter 
les ravages causes par les sauterelles. Les animaux domestiques sont les memes 
que ceux des Khiviens, mais, en Boukharie, 1 ane est la bete de somme par 
excellence; c est en meme temps une bete de monture, les Boukhares ayant 
un prejuge contre 1 emploi des mulcts. 

La faune dela vallee du Zerafchan est plus riche; les loups et les san^liers, 
de petite taille, y sonttres-nombreux, ainsi que les ours, les lynx, les onces. On 
y chasse les innombrables renards avec une espece particulierc de chien nomine 
Tourdja; on emploie aussi une variete de levriers appelee Tazi. Les campagnes 
et les bois fourmillent de lievres, de herissons, de pores-epics, et d une sorte de 



TARTAIUE. 40 

blaireau, le borsouki (Ujfalvy, le Ferghana). Dans certains districts, il y a 
partout des chiens de garde, pour surveiller les troupeaux de chcvres et de 
moutons a queue grasse. Les oiseaux les plus repandus sont les grands aigles, 
les vautours, les faucons, les corbeaux; puis lesperdrixj les ramie rs, les outardes, 
les merles, les cailles. Les echassiers, herons, grucs, cigognes, etc., sont moins 
repandus sur le cours du Zerafchan quo sur les rives du Sir-daria, frcquentees 
par les ibis, les cormorans ct les flamants. 

Dans le Ferghana, les besliaux sont pour les habitants 1 objet d une grandc 
ressource; ils utilisent les boaufs pour le labour, et les vaches leur donnent un 
lait de bonne qualite, Le cheval des Turcomans, 1 argamak, est tres-rare; le 
karabair cst employe en plaine, taudis i]ue le cheval kirghi/e est celui des mon- 
tagnes, ou le cerf margal se rencontre constamment. Lc mouton cst toujours la 
variele a grosse queue. 

Celte faune est a peu pres celle de la region du Sir-daria, oil les Kusses onl 
developpe 1 eleve du pore domestiquc. Le voyagcur cst frappe par 
des oiseaux; les tourterelles, les huppes abondent dans les janlins; le.s 
nettes penetrent jusque dans les rues des villages. On a si-n;ile uu M 
venimeux, le Trigonocephalus halys; parlout rahondam-c des se ( n-pi<ms. des 
tarentules (Lycosa ingoriensis),dcs phalanges (.S o//w/" (irancroiilcs ct ,S. intrr- 
pida], dont les blessures sont tres-doulourcuses, obligent les hahilanls a uiu-, 
attention continuelle. 

Severlzoff nous a appris combien la flore du plateau de Pamir est relativement 
riche; le leopard, le lynx, le loup, le renard, Tours brun, en out fait leur 
domaine; les cerfs, les chamois, n y manquent pas plus qne les lievres; YQvis 
Poll, appele, dans le pays, Katohkar ou Arkhar, qni a domic lieu a tant de 
controverses, est un des animaux repandus sur ces hauteurs si peu abordables, 
mais il parait que ce Ijel animal, qui atteint le poids de 100 kilogrammes, 
devient plus rare que jadis. On dit qu il n y a plus de tigres sur le plateau, ct 
les recents voyageurs n ont pas constate la presence des singes. La marmotte y 
abonde. Severtzoff y compta 112 especes d oiseaux. 

Dans la cbaine des monts Thian-chan on a observe une faune tres-analogue. 
L Ovis Poli s y voit par bandcs, ainsi que le cerf maral, mais il n y a pas d argali. 
C est dans ces montagnes, et la seulement, jiarait-il, que se rencontre Tours a 
griffes blanches, I Ursus leuconijx. L oiseau le plus remarquable est un gypaete 
redoutablc (Gyp. barbatus) qu on a vu fondre memc sur 1 homme. 

Le Turkestan oriental et le pays de Kacbgar possedent une faune variee com- 
prenant un certain nombre d especes caracteristiques. On rencontre dans les 
montagnes toutes les betes fauves que nous avons deja signalees ; VOvis argali, 
la Capra tartarica, apparaissent en abondance sur les sommels; il y a des cerfs 
dans les forets; des troupeaux d onagreset d antilopes (A. subgutturosa) dans les 
steppes. Les chameaux sauvages que, dit-on, on y voyait autrefois, ne se trouvent 
plus. Valikhanoff signale comme animaux sauvages indigenes le Cam s corsac 
et le C. melanotus. Les tigres, les ours, abonclent dans les jongles. Le gypaete 
barbu y viten compaguic du condor (VulLur fulvus), de plusieurs grands aigles, 
du faucon, etc. En outre des faisans, il faut signaler d interessantes Gallinacees, 
remarquables par leur beaute, \ular, dont la chair est estimee, le kikhk, recher 
che par les Khokhanens. Les rivieres de la petite Boukharie abonclent en poissons, 
qui paraissent etre les memes que ceux du bassin du Balkach. Les lezards sont 
innombrables et Ires-varies, comma les insectes venimeux, scorpions, phalanges, 
DICT. ENC. 3 s. XVI. 



50 TARTARIE. 

tarentules; les serpents sont au moins tres-rares. Les animaux doraestiques sonl 
les memes qu ailleurs ; le cheval de race kirghize est reserve aux personnes 
riches; leKarabair estcelui des Turkmenesnomades. Dans le district de Khotan, 
un certain nombre d especes font sentir le voisinage de Ja faune du Thibet ; les 
animaux carnassiers des montagnes du Thian-chan sonl tres-rares dans le bassin 
du Khotan-daria. 

Dans le Tzaidam et le bassin du lac Koukou-nor, Prjevalski a constate comme 
dans 1 Ala-chan ou Trans-Ordoss des faunes a caracteres tres-tranches ; autour 
du lac il a trouve quatre-vingt-trois especcs noiivelles. La steppe est peuple e 
d anlilopes, de lievres nains, de solitaires (Syrrhaptes). Le lievre nain, grand 
comme un rat, foisonne tellement, que ses terriers innombrables qui labourent 
le sol entravent la marche des clievaux. Les onagres vont par troupes de dix a 
cinquante; la chasse en oi fre de grandcs difllcultes; Jes indigenes essaient deles 
suivre, lorsqu ils se rendent a leurs abreuvoirs. 11 est tres-rare qu ils fassent 
entendre lent 1 braiement peu barmonicux. C est chcz les populations de ces 
contrees quo le yak remplace le chameau comme animal domestiquc. 

Dans le Kan-sou, les grands carnassiers sont representes par Tours, le renard, 
deux especes de loups; on y voit beaucoup de chats sauvages, de blaireaux et de 
putois ; en tout une vingtaine de Mammileres. Prjevalski a constate la pre sence 
de quarante-trois especes animates inconnues partout ailleurs. 11 y a environ 
cent especes d oiseaux sedentaires et vingt d oiseaux passagers; les Echassiers ne 
sont representes quo par une seule especc. Les oiseaux rapaces y ont pour types 
le lemmcr-geycr, le vautour noir, le gypaete et le condor; les oiseaux chanteurs 
sont represente s par des rouges-queues (Phoenicura leucocephala), des merles 
(Cinclus kachemiriensis), etc., le rossignol (Calliope kamchatkensis), un 
pinson, des fauvettes, etc. Les forets possedent les coqs de bruyere, la gclinote; 
le faisan et les perdiix sont en grand nombre. Sur les bords des ruisseaux, 
on rencontre un seul oiseau du genre becasse, V Ibidoryncha Slruthersii. 
Dans 1 Ala-cban et 1 Ordoss, la faune s appauvrit avec Ja flore dans les cantons 
les plus miserables; ellcs offrent d aillcurs a peu pres le meme caractere que 
dans le Kan-sou. Prjevalski y vit des loups, 1 antilope noire et quelques ron- 
gcurs. Parmi les oiseaux, il remarqua les grues, qui vivcnt de lezards, le 
traquet (Saxicola deserti], le solitaire, de nombreuses alouettes, etc. ; les eaux 
des petils lacs de 1 Ordoss sont couvertes d oiseaux aquatiques; les becasses 
et les becassines foisonnent dans les environs (Prjevalski, op. cit.). 

Au nord des monts Thian-chan, dans 1 Ala-tau transilien, et dans toute la 
Dzoungarie, Yalikhanoff a tres-bicn observe que la faune, surtout celle des zones 
alpines, se rapproche d une facon marquee de celle de la Siberie meridionale. 
L Ibexsibericus, le Cervtis elaphus, sont nombreux a cette altitude; Tours a griffes 
blanches, les renards blancs et noirs, les loups, dont une espece speciale, 
s offrent frequemment a Tadresse des chasseurs. La aussi habitent les gypaetes, 
les vautours, les grands aigles. En descendant un peu, on trouve les tigres, les 
pantheres, Tours brun, puis les antilopes, les pore-epics, qui ne font pas de faut 
dans les plaines. Les oiseaux dominent par le nombre des individus etle nombre 
des especes. Citons seulement, d apres Valikhanoff, Corvus dauricus, Coracias 
garrula, Merops persica, Tichodroma muralis, Hinmdo alpestris, H. lagopoda, 
Fringilla orientalis, Fr. arctus, Turdus Sibericus, T. fuscatus, Pirrhula rho- 
dochlamys, P. Siberica, Accentor altaicus. Les antilopes saiga rencontrent dans 
ces regions lalimite septentrionale de leur domaine; ces animaux nede passent 



TAJITAKIE. 51 

iamais a 1 est le meridian de lUvechu. Parfois la rigueur du cliinat les oblige 
a emigrer, mais ils reparaissent bien vite. La Dzoungarie se trouve ainsi elre, 
au point de vue de la fauue, le pays de transition entre 1 Asie interieure et la 

Moagolie. 

Quant auGobi, sa faune est tres-pauvre, tout conitne sa flore; il s y trouve pen 
de Brands animaux, qui sont d ail leurs les memes que dans les regions voisines. 
Les loups et les rewards sont les plus repandus, Jes antilopes parcourent en 
<randes bandes ces plaincs silencieuses que sillonnent les troupeaux des 
nomades, daus lesquels les vautours comme les loups lout souvent des vietinn 1 -. 
Les oiseaux sont nombreux autour des mares, mais la rigueur du cliniat les 
force a emigrer pendant la mauvaise saison. Dans la Mandcbourie, nous rencon- 
Irons de nouveau une faune suffisamment riclie, et qui rappclle celle des pa\-. 
montueux, fertiles, et de climal relativement modere, que nous venous de par- 
courir. Les grands animaux sauvages, les ours, les leopards, Jes tig-res, les loups, 
les Tenants, habitent les ibrets. Les clievaux sauvages sonl Ires-lrequenmient I . 
proie des tigres, qui finiront paries faire disparaltre. Les amaiaiK domesfehpies 
des Mandchoux sont les memes que ceux des KirgfbkeG et <les Kalmouks, et ils 
savent en tirer parti, comme des champs ipi ils cultivent. 

POPULATION. La Tartarie compte parmi les pays les mnins penples; I lm -ah: 
repartition de cette population, reslremte entre les diverses regions de 1 Asie 
centrale, qui presentent entre elles, oomme nous venous de le voir, de si complets 
contrastes au point de vue du climat comme du sol, fait que dans certains 
dislricts rhomme esl tellement rare, qu il n y a pas un habitant par kilometre 
carre. La superficie de 1 espace compris entre la mer Gaspienne a 1 ouest, v les 
monts Thian-chan a Test, le plateau iranien au sud et la Siberie au nord, a e le 
evaluee a environ 5 500 000 kilometres carres; la population qui 1 habile ne 
depasse probablement guere 7 millions d ames; jl en lesulterait qu en moyenne 
le pays ne possede pas plus de ii habitants par kilometre carre. 

Dans lous les temps, 1 Asie centrale a ete, a tous les points de vue et par 
excellence, le pays de 1 instabilite. Dans ee vaste espace, ou les conditions phy 
siques se modilient avec une rapidite exceptionnelle, ou les mers s etendent ou 
se dessechent tour a tour, ou les fleuves quittent leurs lits aux bords desquels 
les peuples confiants se sont etablis, pour s en creer d autres et revenir ensuite 
reprendre les premiers, ou les reliefs du sol temoignent des plus grands boule- 
versements connus, tous les etres vivants ont suivi la fortune de la terre qui 
les portait. L homme lui-meme a, dans la seiie des sieeles, semble y vivre tou- 
jours comme si les fails de la nature agissaient sur lui par une sorte d enlrai- 
nement contagieux. L Asie centrale est aussi le pays des grandes invasions, 
des luttes seeulaires, des massacres gigantesques. Des empires immenses s v 
elevaient soudainement, dans des conditions que 1 histoire a peine a saisir ; 
apres avoir effraye le monde du bruit de leurs sanglantes conquetes, ils dispa- 
raissaient, pour essayer de se reformer plus tard. A la voix de leurs chefs, 
entrainant avec elles les peuples confondus, des armees parcouraient le pays 
comme des ouragans, renversant et detruisant tout sur leur passage, et apres 
des courses in terminates, qui les amenaient jusqu au cosur de 1 Europe s epar- 
pillaient pele-mele avec lesvaincus qu elles poussaient devant elles, ou s etablis- 
saient au milien des peuples envahis. Sous ces influences, les moeurs et les 
habitudes de race ont revetu cette mobilite, qui est la caracteristique de ce 
monde etrange. Des peuples nomades sont devenus forcement sedentaires et ont 



^2 TARTAR1E. 

fixe leur sort en sens inverse des instincts de leur sang; des peuples seden- 
taires, agricoles et paisibles, meme de souche aryenne authentique, sont rede- 
venus vagabonds et pillards. La pression des evenements aidee par d autres 
puissants mobiles, cornme 1 unite religieuse, an moins apparente et superfi- 
cielle, due a 1 islamisme, a conlribue a cette trituration des sangs divers et 
cree les races mixtcs dont chaque notion nouvelle nous revele la diversite. 

II est pourtant un grand i ait historique qui toujours reparait au milieu de 
ces tourmentes, de ces revolutions et de ccs guerres, c cst la lutte enlre 1 lran 
et le Touran, lutle a laquelle la conquete musulmane n a pas pu mettre fin, 
parce que precisement les interets et I hostilite des races ont coincide avec 1 an- 
lagonisme des sectes. 

Des deux grands groupes bien delinis de peuples civilisateurs, les Semites et 
les Aryas, on peut dire que les premiers sont etrangers a 1 Asie centrale. 11s 
n y sont represcntes aujourd hui que par ces quelques commercants juifs ou 
arubes qui y ont ete amends par 1 apput du gain on le hasard des aventures, 
commc les Indous, les Chinois, etc., etc. 11 n en est pas de meme des Aryas. 
C est vers 1 Asie centrale, surlesflancs du plateau du Pamir, dans les plaines du 
pays de Baktres, que les ramenent les plus anciens souvenirs de leur race. 
La race aryenne avail deux branches asiatiques principales : la branche aryenne, 
qui occupa 1 Inde septentrionale et conquit la peninsule entiere, puis la branche 
iranienne dont le domaine proprc fut 1 Iran, qui correspond aujourd hui au 
vaste triangle occupe par la Perse, [ Afghanistan et le Baloutchistan. A cette 
antique lamille de peuples correspond une famille linguistique, celle des 
langues iraniennes. A toutes lesepoques, les peuples iraniens ont regarde comme 
1 adversaire, l ennemi seculaire et irreconciliable, la population pillarde et gros- 
siere qui occupait le nord de la chaiue bordiere du pays d lran. Pour 1 iranien, 
ce pays, c est le Touran, sans que dans son esprit cette expression ait une autre 
signification que le sens vague de ce qui est hors de 1 lran, ce qui n est pas 
1 lran. Mais, dans ces derniers temps, certains etbnologues, a la suite des lin- 
guistes, ont voulu faire de ce mot un vocable etbnique, avec un sens plus 
precis. Bien que cette question speciale doive etre traitee ailleurs (voy. TOORA- 
NIENS), il est indispensable d en dire ici quelques mots. 

La population de la Tartarie est extremement melee; les nationalites les 
plus diverges s y coudoient, enclavees les unes dans les autres; dans certaines 
parlies le melange est inextricable pour ainsi dire. Neanmoins, il a ete, malgre 
le grand nombre des individus de sang mixte, assez facile, grace a la conserva 
tion des caracteres les plus saillants de leurs races et a la persistance de leurs 
dialectes, d y reconnaltre les elements iraniens, et de retablir entre eux les 
preuves de 1 unite d origine, sinon celles de la purete de leur sang. Quant aux 
autres peuples, conlbndus souvent, dans le langage vulgaire, en dehors de toute 
preoccupation scientifique, sous le nom de Tartares, ils ont ete 1 objet de tenta- 
tives de groupements analogues, sous la denomination de peuples touraniens. 
L illustrc philologue Max Miiller, a diverses reprises, a publie des travaux 
ayant pour objet d etablir la legitimite d une classe de langues dites toura- 
niennes, et englobant non-seulement les langues tongouse, mongole, turque, 
fmnoise et samoyede, mais aussi les dialectes du Deccan, du Thibet, de Siam, de 
Malacca, de la Polynesie, etc., c est-a-dire tous ceux de 1 Asie meridionale, sans 
se dissimuler pourtant I impossibilite de trouver entre ces langues uu air de 
famille analogue a celui qui rapproche les langues aryennes ou celles du groupe 



TARTARIE. 55 

semitique. M. Max Miiller, on le voit, allait bien au dela ties conclusions du 
savant Castren, qui le premier reunit en une seule famille, dite ouralo-altai que, 
les langues mandchoue, mongole, turque, iinnoise, etc. Nous n avons pas a 
examiner ici 1 opinion de M. Max Miiller, qui a ete Tobjet des plus serieuses 
objections, et qui a eu contre elle 1 avis des linguistes les plus autorises. 11 est 
clair que ce qui n a pas pu elre incontestablement etabli pour les langues 
devient encore beaucoup plus dillicile a soutenir, lorsqu on veut I appliquer aux 
peoples qui les parlent. Lors done qu il nous arrivcra dc nous scrvir cle celle 
expression de peuples touraniens, nous ne lui attribuerons pas un sens plus 
precis que celui des traditions persanes ; les peuples Touraniens sont pour nous 
ceux qui ne sont pas iraniens. C est d ailleurs, a n eii pas douler, une denomi 
nation destinee a disparaitre du langage anthropologique. 

II est juste de dire aussi que M. Max Miiller a desapprouve* lui-meme 1 abus 
qui en a ainsi ete fait, et cela en des termes precis que nous croyons dovoir 
reproduire : En rendant solidaires, dit-il, eten melant I mic a i autre la science 
du langage et celle de 1 ethnologie, on a porte a toutes deux une, tres-faoheuse 
atteinte. La classification des races doit etre tout a I ait indepi iidanle de celle 
des langues. Les races, en effel, pcuvcnl changer de langnes, el I hisloire nous 
fournit plusieurs examples d une race emprunlant la lan^uc d une auire. (1 est 
pourquoi differentes langues peuvent elre parlees par une mcme race, on dille.- 
rentes races peuvent parler une me" me langue, de sorte que toule tenlalive 
pour faire cadrer ensemble la classification des races et celle des langues doil 
necessairement echouer (La science <ln l/n/i/age, trad, frang. par MM. G. Har 
ris et G. Perrot. Paris, 1804, in-8, p. 352). 

Toutes ces reserves faites et observces, la recherche des caracteres propres a 
rapprocher en groupes naturels ces populations multiples qui ont 1 Asie cen- 
trale pour domaine reste une preoccupation tres-legitime ct merite I aUention 
des ethnographes. Elle nous apprend d ailleurs bicn vite quo 1 unite de races 
n existe nullement entre les peuples tartares ou touraniens, et que plusieurs 
d entre eux au contraire, qu a premiere vue on serait tente de rapprocher, pre- 
sentent des caracteres completement dissemblables. 

Les representants de la race aryenne dans le Turkestan sont les Tadjiks et les 
Galtchas. La premiere denomination s applique a ceux qui habitent la plaine et 
les centres de population, ou ils exercent surtout les professions de speculatcurs, 
de marchands et aussi de proprietaires. Les Galtchas ne sont a proprement par 
ler que les Tadjiks montagnards. Tous appartiennent au rameau iranien de la 
race aryenne ; on dit qu ils descenclent des anciens Sogdiens. Les uns et les 
autres sont par consequent les debris, plus ou moins purs, d une population 
jadis plus considerable, qui fut florissante a 1 epoque de Tempire greco-bactrien, 
et qui a cede peu a peu a la pression des peuplades touraniennes, comme 
celles-ci subissent aujourd hui 1 action et 1 invasion lente de leurs nouveaux 
maitres d Europe ; a diverses reprises, 1 element iranien a ete renforce dans le 
Turkestan meridional par 1 arrivee de colons persans, ou par les marches d es- 
claves persans de Boukhara, de Khiva et de Samarkand. Tadjiks et Galtchas 
parlent des dialectes iraniens ; ils ont en outre conserve les uns et les autres, 
mais les Galtchas particulierement, des pratiques religieuses et des usages qui 
rappellent 1 ancien culte mazdeen. Depuis que Nazaroff et de Meyendorf nous 
ont revele 1 existence des Galtchas, dans lesquels tous deux avaient reconnu et 
signale des populations apparentees aux Persans, on s est attache a les etudier, 



5.4 TARTARIE. 

et on a constate que les Galtchas montagnards represented mieux le type pri- 
initif. Nous en reproduisoas k description d apres M. de Ujfalvy, qui les a 
observes avec beaucoup de soin : 

Les Galtchas son I. d nne tailie elevee,. d un embonpoint moyen; leur peau 
est blanche, souvent bronzee par le soleil ; les- parties couvertes sont blanches; 
elle est tres-velue, un peu velue, jamais glabre; les cheveux sont noir chatains, 
chez les Fanes surtout, quelquefois roux, souvent blonds ; ils sont lisses, onde s, 
boucles; la barbe est generalement abondante, brune, ronsse ou blonde; dans 
nn village pres de Pendjekend, j ai vu deux freres qui avaientles cheveux blancs 
comme du 1m. Les yeux, jaraais releves des coins, sont bruns, souvent bleus; 
la distance interorbitaire est Ires-petite. Le nez est d une forme tres-belle, il 
est long, legerement arque et effile. Les levres sont presque toiijours fines et 
droites;; les dents petites, souvent usees, a cause de Tabus des fruits sees. Le 
front est haut, un peu fuyant; les bosses sourcilieres sont bien prononcees, la 
depression transversalc separant le nez de la glabelle est profonde, les sourcils 
arques et fournis ; la bouche petite, le menton ovale, 1 ensemble de la face 
ovale et les oreilles petites ou moyennes ct aplaties, rarement un peu saillantes. 
Le corps est vigoureux, nerveux, fortement charpente. Les mains et les pieds 
sont plus grands que ceux des Tadjiks et surtout des Kirghizes et des Tartares. 
Les attaches sont lines, le mollet nerveux, les jambes droites et bien f aites ; la 
tailie bien prise, generalement elancee ; le torse est vigoureux et le cou fort. Ils 
sont tres-robustes, excellcnts pietons, bons cavaliers et aptes a supporter les 
plus grandes fatigues (Ujf., op. cit., t. I, p. 25). 

Dans une communication faite a la Societe d anthropologie, le meme obscrva- 
teur a indique des caracteres qui, selon lui, distinguent le Tadjik du Galtchas. Les 
Galtchas, dit-il, sont generalement chatains, tandis que les Tadjiks sont bruns ; 
les blonds sont nombreux chez ceux-ci et rares chez Jes autres; il n y a pas dc 
blonds chez les Tadjiks de 1 lrau. La tailie moyenne des Galtchas serait aussi 
inferieure a celle des Tadjiks, l m ,70 pour ceux-ci, l m ,66 pour ceux-la, d apres 
des mensurations faites, il est vrai, sur un petit nombre d individus; il faut 
ajouter pourtant que de Khariikoff avait deja note la tailie des Galtchas comme 
inferieure a cellc des Tadjiks. Mais le caractere le plus remarquable presente 
par les Galtchas serait une tres-forte brachycephalie, qui rapprocberait singu- 
lierement leur crane de celui des Celtes, sefen Broca. Leur indice serait supr- 
rieur a 86, celui des Tadjiks n etant que de 85 environ (Ujfalvy, op. cit., II, 
p. 146 et suiv., elBull. de la Soc. d anthrop., 3 C serie, t. I , p. 115-116). On 
compte un certain nombre de tribus parmi les Galtchas qui occupent, pele- 
mele avec les Uzbegs et les Kirghizes, le bassin du haut Oxus, les villes rive- 
raines des deux grands fleuves, ct qu on trouve aussi en assez grand nombre 
dans le Zerafchan, a Samarkand, dans le Karategin, aussi bien que dans le 
Ouakan et le Badackhan. Partout, ou a peu pres, ils out conserve leurs dialectes, 
dont ils font usage avec les etrangers, quand meme le voisinage des Uzbegs ou 
des Kirghizes les aurait obliges a se familianser aussi avec un autre langage ; 
ces dialectes sont assez peu differents Tun de 1 autre; tous les Galtchas se conv- 
prennent entre eux, a 1 exception d mie tribu, cclle des Jagnaubes dont la langue, 
quoiqufl fort difterente des autres, semble pourtant aux philologues appartenir 
au domaine aryen. Les Galtchas des hautes montagnes, comme ceux du Ouakan, 
ou l habitation la plus basse est a 2 700 metres, passent pour une population dbuee 
de grandes qualites; chez eux regne une grande egalite ; ils ont des manieres 



TARTARIE. 55 

affables ct douces, et la, comme dans le Badakchan, ils passcnt pour honnetes 
el bons. 11s n ontjamais eu d csclavos; leurs femmes jouissent d une certaine 
liberte; la polygamie leur estpermise, mais ils ne la pratiquent guere : ce sont 
des musulmans sans fanatisme. Geux de Sirikoul, a Test du Ouakan, ont paru a 
quelques observateurs etre plutot des Indiens que des Iraniens, mais il semble 
bien quc le type galtchas se soil simplement moins bien conserve cliez eux que 
chez les autres. Ceux du Karategin affirment cux-memes leur parente avec les 
Galtchas des rives de 1 Amou-daria. On trouve des Gallchas jusque dans le Tur 
kestan chinois. Beaucoup de Gallclias sont cultivateurs; ils possedent des char- 
rues, des holies, des baches, des scies, des pioohes, etc., et se sorvent de 
1 ane et du yak comme betes de sommc. Ils pratiquent le manage par acliat on 
rancon. 

On emploie tres-frcqucmment, pour designer unc partie de la population 
sedentaire du Turkestan, la denomination de Sartes, ct parfois cette expression 
aete rapprochee de celles de Gallchas ou dc Tadjiks, comme sc ra|>p<>rtanta des 
populations alliees par le sang. Mais il y a la une illusion. Les Sarles ne coiMi- 
tuent pas une variete ethnique, ct ccux qu on designe aiasi n ont. dc coimmms 
que des usages des habitudes de vie; les Sartes sont cen\ |iii nc sont pas 
uomades ou qui cessent de IVirc; c est le nom dc la population sedentdire el 
non belliqucuse de 1 Asie centrale. Quiconque a bandonne la vie crranlc pour sc 
lixcr definitiveoient devient Sarle. Aussi trouvc-t-on parmi les Sarles aussi 
bien des Kirghizes, des Uzbcgs, des Kazaks, que des hommes dc sang iranicn. 
II est exact pourtant quc sur certains points les Iraniens dominent par le 
nombre. 

Les premiers peuples de race turque, c est -a-dire non aryenne, quc nous ren- 
controns a 1 oucst de 1 Asie moyennc et des rives caspicnnes, sont les Turcomans 
ou Turkmenes. Leur domaine principal est cc vaste espace compris cntre la 
Caspienne et 1 Aral au nord-oucst, 1 Afghanistan au sud-est. II s etcnd de la 
Perse au bassin de 1 Amou-daria. Letype du Turcoman inclique bien son origine. 
II a la taille ordinairemcnt assez elevee, la demarche assuree, le i ront et la iacc 
larges, les ycux obliques, le nez nettement dessine , bien qu assez petit, les 
levres fortes, les oreilles detachees du crane, les cheveux epais et la barbe rare. 
Ses habitudes sont cellos des autres nomades de la Tartarie; il habile la tcnle 
de feulre et de pcau, la Kibitka. Fort ct vigoureux, Je Turcoman jouil ordinai- 
rement d une bonne sante et resistc aux grandes fatigues. Le caractere fier et 
independant du Turkmene est par excellence celui des Tekkcs, qui ne recon- 
naissent ni maitres, ni chefs, et se tiennent au milieu de la grande steppe qui 
leur sert de patrie. Les Turkmenes ne vivcnt pas isolcs comme les Mongols, par 
exemple, mais sereunissent en groupes ou clans, associes eux-memes en hordes 
et tribus. Malgre leurs habitudes vagabondes et leur violence souvent cruelle 
pendant les guerres, ils passent generalement pour plus honnetes que leurs 
voisins iraniens ou boukhares. Yers le nord, ils sc melent aux Uzbegs, avec les- 
quels ils contractent des alliances, et ils tendenl a prcndre, comme beaucoup 
d entra eux, la vie agricole. Au sud, le sang iranien est venu alterer leur sang 
prop re, par 1 influence des femmes persanes que, dans leurs incursions redou- 
tees, les pillards Turcomnns enlevaient par milliers, pour les vendre comme 
esclaves. On estime approximalivement a. un million le nombre des Turkmenes; 
ils sont musulmans sunnites, et parlent des dialectes turcs djagatai; II est a 
noter que, depuis la conquete russe, les Turkmenes, serieusement genes de 



5 3 TARTARIE. 

toutes parts dans leurs allures aventurcuses, montrent une tendance marquee 
a abandonner peu a peu la \ie nomade pour se faire agriculteurs. 

Les Kara-Kalpaks, c est-a-dire les Bonnets-Noirs, dont les groupes les plus 
importants sont echelonnes de Samarkand au lac d Aral, et qui sont en realite 
peu nombreux, 200000 peut-etre, ne peuvent pas etre rattaches avec certitude 
a 1 un plutot qu a 1 autre des peuples nomades du Turkestan; ils semblent 
fortement melanges meme de Sartes et de Tadjiks, bien qu ils aient conserve 
en general la face plate des Turcomans. Les Kara-Kalpaks ne sont qu a demi 
nomades, de moeurs donees et paisibles, inoffensifs; ils sont, pour ces qualite s 
memes, 1 objet des frequentes moqueries des hommes d autres families. Leurs 
femmes jouissent d un grand renom de beaute. 

Les Uzbegs, qu on nonime aussi Euzbegs et encore Ouzbegs, constituent la 
deuxieme grande famille des penplades turco-tartares de l A?ie interieure. 
Tres-repandus dans le pays de Khiva, la Boukharie, le Ferghana et sur la rive 
gauche de 1 Amou, ils representent encore actuellement, malgre le commencement 
de de cheance que leur a valu 1 arrivee des Russes a Khiva et dans le Ferghana, 
une veritable caste militaire. Ces peuples, aujourd hui Ibrtement melanges aux 
Sarles et aux Tadjiks, surtout dans les villes, ne sont \cnus habiter le Turkestan 
que depuis le commencement du seizieme siecle. Une partie d entre eux, ayant 
embrassd la vie agricole et sedentaire, a grossi le nombre des Sartes. Les autres, 
restes nomades et pasteurs, ont garde des caracteres physiques assez bien fixes, 
et qui ont permis de distinguer un type parliculier qui personnifie la famille, 
bien que le nom lui-meme soil revendique par des groupes tres-melanges et 
tres-divers. Voici, d apres M. de Ujfalvy, le type de I Uzbeg pur : L Uzbeg esl 
d nne taille generalement moyenne, maigre (on tres-gras duns certains casexcep- 
tionnels). La peau cst tres-basanee, avec un fond jaunatre, elle est gene ralement 
glabre; les cheveux sont noirs, roux, rarement chatains, ils sont lisses; la barbe 
est rare, elle est noire, rousse; les yeux, toujours releves des coins, sont noirs, 
gris, quelquefois verts; le nez sur une large base est court et droit, parfois 
ecrase; les levres sont presque toujours grosses et renversees en dehors; les 
dents, moyennes, sont generalement tres-saines et d une blancheur d ivoire; le 
front est droit, moyen, bombe; les bosses sourcilieres peu prononcees, la de 
pression separant le nez de la glabelle est peu profonde ; les sourcils arques, 
souvent peu fournis; la bouche grande, le menton massif, les oreilles gran des 
on moyennes et generalement saillantes. Le corps est peu vigoureux, faiblement 
charpenle, les pieds et les mains sont petits. Les attaches sont assez fines, le 
mollet peu developpe, la taille souplc, le torse carre, les jambes recourbees a 
force de monter a cheval (op. cit., t. Ill, p. 62). 

Nous devons ajouter que la plupart de ceux qui ont etudie les Uzbegs an 
point de vue physique se sont accordes pour trouver chez eux des caracteres 
de la famille Mongole, entre autres de Kanikoff, qui signale seulement que les 
Uzbegs ont les yeux plus grands que les Mongols et sont, en moyenne, un peu 
moins laids ; ces caracteres sont pourtant moins marques chez eux que chez les 
Kirghizes. Les Uzbegs sont avant tout guerriers ; leur qualite dominante est la 
fierte. Ils parlent des dialectes turcs djagatai. Ils se partagent en un grand 
nombre de tribus, pres d une centaine. 

Le troisieme grand groupe ethnique que nous ayons a signaler est celui des 
peuples Kirghizes. Cette denomination est appliquee par nous a des populations 
considerables de 1 Asie moyenne et septentrionale, mais elle n est admise que 



TARTARS. 57 

par une faible partie d entre elles. Nous partageons ordinaircment les Kirghizes 
en Kirghizes-Kaissaks et en Kara-Kirghizes ou Kirghizes noirs, appeles aussi 
Bouroutes. Ce sont les derniers seulement qui acceptent le nom de Kirghizes, 
les autres se disent simplement Ka issaks, ou plulot Kasaks, d ou est venu le 
mot Cosaque. 

On connatt la division des Kirghizes-Kasaks en Irois hordes : la grande, la 
moyenne et la petite; on sail aussi que la petite horde, en depit de son litre, 
est de heaucoup la plus iraportante [)ar le nombre, par le degre de civilisa 
tion et par ses relations avec 1 Kurope. Une grande partie drs Kirghizes de la 
petite horde a ses campements en drlmrs des regions asialiques que nous < ; lu- 
dions : ellc occupe en efl et les terrains situc s an nord et an nord-oiiesl de la 
grande steppe, ainsi que le gouvernemcnt d Astrakan, cut re le Volga et 1 Oural. 
La grande horde est la plus anciennement counuc; elle habile une parlie dc la 
province de Sir-daria, ainsi que le pays dont Ycrniy est le centre; an sud ilu 
lac Balkach, elle s ctend jusqu au j>ays de Kouldja et de la D/mm^arir occiden- 
tale. La horde moyenne, dont le domaine est en grande parlir ;i I miest du 
precedent, couvre de ses tcntes le resle de la province de Sir-daria, ! dans la 
province de Semirietschensk les ccrcles de Scr^idpul i l dc Kopal principalement. 
Les Kirghizes, ou plutot les Kasaks, appartiennent par la lan^nc rl par le sang 
aux peuplades turco-tartaros dc 1 Asie moyenne; ils parlcnt des dialectes tuics, 
meles de mots mongols, arabcs et persans. 

La taille des Kirghizes-Kasaks est moyenne, plutot au-dessous; la pcau est 
bronzee jaunatre, parfois noiratre, excepte sur les parties couvertes, qui, chez 
les femmes surtout, sont tres-blanches ; elle est glabre; les cheveux sont noirs 
ou chatains, mais lisses ou raides; la barbe Ires-rare et tres-noire. Les yeux, 
aux angles releves, brillants et vifs; 1 iris est brun, gris ou vert. Le nez est 
court et large, les levres epaisses et ordinairement un pen renverse es, les dents 
d une extreme blancheur, grandes ou moyennes. Lc front est bas et large, 
droit, les bosses sourciiieres a peu pres nulles, comme la depression transver- 
sale au-dessus du nez; la bouche grande et large au-dessus d un mentoa fort et 
carre, les oreilles grandes et saillantes. Ils ont le corps vigoureux, solidement 
bati, avec des attaches fortes, bicn que leurs mains et leurs pieds soient remai> 
quablement petits ; le cou est gros et court, le torse rnmasse sur des jambes 
greles, avec un mollet a peine marque; leur constitution est tres-robuste. Ils 
sont commercants par caravanes et renommes pour leur probite ; d un caractere 
gai et ouvert; ils sont tres-hospitaliers, et par ces qualites different essenlielle- 
ment du Sarte obsequieux, servile et faux. Ce portrait est emprunte a M. de 
Ujfalvy, qui a etudie de pres cette population. 

Les Kirghizes-Kasaks comptent an nombre des musulmans sunnites; mais ils 
n en ont guere que la haine des sectateurs d Ali, car leurs pratiques religieuses 
sont en realite celles des chamanistes, dont ils partagent les plus ridicules 
superstitions et les habitudes fetichistes. Presque tous sont nomades et chas 
seurs, mais d une paresse incroyable; ils habitent la kibitka ou tente de feutre; 
ils y vivent le plus souvent pele-mele avec leurs animaux domestiques. Les 
tentes des riches sontoruees de tapis et renferment parfois des coffrets precieux, 
des harnachements d un travail soigne et elegant, etc. Le nombre total des 
Kirghizes-Kasaks peut etre evalue a 2 millions. 

Les Kara-Kirghizes, ou Bouroutes, c est-a-dire les Kirghizes vrais, sont epars 
principalement dans le bassin de 1 Issik-koul, le Ferghana et une partie du 



58 TARTARIE. 

Sir-daria, mais on les trouve aussi d;ins le pays de Kouldja et une partie de la 
petite Boukharie, ainsi que sur les bauts plateaux du Pamir. Eux-memes se 
divisent en Kirghizes- on ou de droite et en Kirghizes-sol oil de gauche, suivant 
qu ils se tiennent dans les versants du Thian-chan ou plus a 1 ouest. Ces derniers, 
les Kirghizes-sol, sont en contact et en relations frequentes avec les Kalmouks 
des monts Celestes. La question n est pas completement resolue, de leur degre 
<le parente avec les Kasaks. Les auteurs qui, les premiers, ont insiste sur la 
confusion des noms qui a fait attrihuer aux Kasaks une appellation qu ils 
n emploient pas, se sont attaches a signaler les differences qui les scparent des 
Bouroutes. Des 1828, Lewcliine, apres les travaux de Klaproth (Journal asiat., 
1825, et Tableaux historiques de VAsie, etc.), publiait un memoire ayant 
pour sujet : La difference qui existeentre les Kirghiz-Kaissacs et les ve ritables 
Kirghiz (Journal asiat., 1828, t. II, p. -iOl et suiv.). Quant aux Bouroutes, 
ceux qui ne les tiennent pas pour tres-rapprochcs des Kasaks les regardent an 
contraire conimc tout a fait voisins des Kalmouks et des Khalkhas, qui passent 
pour representer le type mongolique pur. Telle a ete dans ces derniers temps 
1 opinion de representants tres-autorise s de la science anthropologique. Tel n est 
pourtant pas 1 avis de M. dc Ujfalvy; pour lui, tous les Kirghizes sont de race 
turco-tartare, plus ou moins infuses dc sang mongol, selon les regions et les 
circonstances dc leur histoire; ils n en sont pas moins partout differents des 
Kalmouks. 

Les Kara-Kirghizes sont connus depuis les premiers temps de I ere chretienne; 
il en est question dans les Annales chinoises, ou ils sont appeles Bou-rou; Plan 
Carpin et Ruhruquis les decrivent presque tels qu ils sont actuellement. C esl 
aujourd hui un peuple degenere, qui, pendant le moyen Age, eut un moment de 
celebrite et de puissance. Leurs mreurs, leurs habitudes, leurs croyances super- 
stitieuses, leurs pratiques grossieres, sont bien les memes que celles des Kasaks, 
mais ils sont, audire de tous, meme de Valikhanoff. qui leur accorde une certaine 
honnetete, plus ignorants et plus barbares que les Kasaks. Leur nombre total 
n excede pas -400000 tetes. 

Quant au Kalmouks, dont nous trouverons divers groupes disperses dans les 
monts Thian-chan, une partie de la Dzoungarie, de 1 Ala-chan, et aussi du 
Tzaidam et du bassin du lac Koukou-nor, leur type esseutiellement mongol est 
celui des Kalmouks de la Bussie d Europe. D une taillc moyenne de l m ,65, ils 
sont forts et trapus, avec les jarnbes courtes et legerement arquees. Leur visage 
a la forme en losange, avec les pommettes saillantes, le ncz ecrase, les levres 
minces et plissees, la barbe rare et raide comme leurs cheveux. 

Voyons maintenant sommairemcnt comment ces divers elements de population 
se repartissent entre les differentes provinces de 1 Asie centrale. Nous avons dit 
deja quelques mots du domaine propre aux Turcomans ou Turkmenes. Ceux 
d entre eux qui ont plante leurs tentes jusqu a 1 interieur meme de 1 oasis de 
Khiva ou dans ses environs immediats s occupent un peu d agriculture et 
surtout de 1 eleve des chevaux. A Khiva meme, il y a tres-peu de Turcomans; 
cette ville etait leur grand marchc d esclaves persans, mais ce miserable com 
merce a ete aboli par 1 arrivee des Busses. La Khivie propre est surlout habitee 
par les Sartes ct les Uzbegs, qui se tiennent dans les villages une partie de 
1 annee et ne rentrent sous la tente que pendant Tele. Du cote du plateau 
transcaspien, le pays est occupe par les Kara-Kalpaks, qui sont freres des Uzbegs, 
et comme eux ont, en partie, adopte la vie sedentaire. Les Sartes de Khiva 



TARTARIE. S9 

sont aussi peu homogenes que possible; c est un melange dTraniens, d Uzbegs, 
de Kara-Kalpaks, dePcrsans affranchis, avco quelques elements arabes et juifs, a 
cote d une colonie russe. Quelle est la population du pays de Khiva? C est ce 
que nul ne pourrait dire, et les appreciations sont assez divergentes. L oasis 
lui-meme contient peut-etre 500000 sedentaires ; les nomades dc la sleppe 
khivienne ne sont pas sans doute moins nombreux. 

Dans la Boukharie, les Uzbegs domincnt incontestablercrent i>ar le nombre, 
ils sont disperses dans tout le pays; ils rcprcsenlent sensiblement les ,"> 5 a 
de la population. On a estime a la moilic du reste, c est -a-di re !/ * de la 
totalile , les Tadjiks de la Boukharie, mais il I aiit entendre par la les Sard s; 
quant aux Persans purs, ils sont a peine 40000. Le long de la rive septen- 
trionale de FAmou-daria nomadisent en grand nombre les Turcomans, qui 
gagnent ces regions surtout pendant 1 hiver, an nombre de 200000 an iniiiiiiunn. 
De meme, versles limitcssoptentrionales de la province, drhordenl les Kirghises 
qui viennent tirer parti des gras paluragcs. II y a aussi, en Bonkhai ir, des 
detachements de Kalmouks ct, en plus grande proporlion qu aillours, des 
Bohemicns connus sous le nom dc Ma/am-h on Caouli; ils soul, nuuine pailouf, 
chaudronniers, diseurs de bonne aventure, maquignons, danseurs, etc. A Bou- 
khara meme, les Tadjiks enlrent pour moilic dans la |iopnlalion, avec des 
Kirghizes, des Uzbegs, quelques Turcomans, ijui carnpent jusquc sur les places 
publiques. Dans le Karalcgin, les nomades sont des Kirghizes noirs; les seden- 
taires sont souvent des Tadjiks purs ou Galtcbas, ayant conserve leurs mueurs 
et leur langue, au milieu des Kirghizes qui parlent le turc djagatai . 

Dans le Zerafchan et le Ferghana, la population est composee d un melange 
presque inextricable de i;ens de tous les types; ct v lle province est un lieu dc 
rencontre de tous les principaux groupes de 1 Asie centrale. Les Tadjiks et les 
Galtchas sont tres-nombreux a Samarkand, a Kalti-Kourgan et aux environs; on 
en compte plus de 60000 dans le Zeralchan. A Samarkand meme ils font an 
moins la moitie de la population ; a Khodjent, la proportion est encore plus 
forte. A Tachkent, la population est un melange de Tadjiks et de Sartes. II y 
entre, comme a Samarkand, un element attire par 1 appat du commerce, com 
pose de Juifs, d Hindous, d Afghans et meme de Tarlares noga is. Dans chacuue 
de ces villes, la colonie russe augmente d annee en annee. 51. de Tjfalvy ne 
de crit pas moins de treize peuples differents dans le Ferghana. Entre le Sir- 
daria et 1 Amou-daria, la region du sud-ouest dont le centre est Karchi, ville 
de Galtcha?, est occupee par un melange de Sartes et d Uzbegs, ceux-ci a 
demi nomades, et portant dans leurs traits les indices d unc forte infusion de 
sang iranien. Les Galtchas, qui occupent les principals villes, couvrent une 
large bande de terrain a Test des Sartes et des Uzbegs, et les separent des Kara- 
Kirghizes qui dominent a Test. Plus on avance vers le nord, plus on constate 
1 impurete da type Galtcha; Kokan, Andijan, Tachkent, sont au milieu d une 
population Sarte, au nord de laquelle les Kasaks montrent en masse leurs 
kibitkas de feutre noir et promenent leurs troupeaux. 

Le plateau du Pamir, ou les deux grandes families aryennes placent le berceau 
commun de leur race, est aujourd hui peu habite. En dehors des Kirghizes et 
autres nomades qui y amenent temporairement leurs troupeaux, la population 
que Shaw y rcncontra lui parut presenter d une maniere tres-nette le caractere 
aryen. Shaw crut constater que la langue dont il secueillit les fragments, a plus 
d affinite avec le Sanscrit qu avec le persan. 



00 TARTARIE. 

La population est egalement trcs-melangee dans le bassin cle 1 Ili, au sud et 
a Test du lac Balkach. Dans le pays de Kouldja, on trouve surtout des Tarantchis, 
race fortement impregnce d elements aryens, adonnee a la vie agricole. Au nord 
de Kouldja commence le domaine inconteste des Kasaks, au sud de 1 Ili, les 
Kalmouks s etendent a Test, les Kara-Kirghizes a 1 ouest. J\Iais dans toutes les 
villes dominent les Dounganes, peuples etrangers venus de la Chine, que nous 
rcncontrons pour la premiere fois, mais que nous retrouvcrons en avancant vers 
Test. A la suite des massacres horribles dont Kouldja fut le theatre, la popula 
tion a ete en grande partie rcnouvelee. Verniy, enlre 1 Issik-koul et 1 lli au 
nord de 1 Ala-tau, est une ville presque completement russe; on y coudoie 
neanmoins des Sarles, des Tadjiks, des Kirghizes et des Kalmouks. 

Dans la Dzoungarie, la conquele russe a amene un veritable et important 
deplacement de population. Les Dzoungars, qui sont de race mongole et qui 
occupaient jadis le pays a peu pres en entier, ont abandonne la portion occiden- 
tale de la province, celle qui a ete cede e a la Russie, et se sont retires sur Je 
territoire chinois ; les Kirghizes-Kasaks ainsi que les Kara-Kirghizes, ceux-ci en 
plus petit nombre, ont pris possession des districts abandonnes par les Dzoun 
gars, de sorte que la frontiere politique est devenue la limite qui separe les 
deux races. A 1 ouest, les Kara-Kirghizes se sont fixes surtout dans la region de 
1 Ala-tau transilien, les Kasaks occupent le reste de la contrec ou, ainsi que 
nous 1 apprend Valikbanoff, ils portent specialement le nom de Uisuns. C est a 
propos de ces derniers que cet explorateur admet formellement une difference 
marquee avec les Bouroules. Les Uisuns appartiennent a la grande et a la 
moyenne horde. 11 ne faut pas negliger de tenir compte de la presence d une 
faible population se dentaire, dans laquelle entrent des colons cosaques en 
assez grand nombre, quelques Turco-Tartares emigres des regions voisines et 
des negociants russes. Dans la partie chinoise, les Dzoungars proprement dits 
sont avoisines partout, et souvent intimement melanges avec des Khalkas, dont 
la masse est en Mongolie, et un certain nombre de Dounganes et de Chinois 
qui subissent, dans ce pays, lapeinede la deportation. La Dzoungarie est un pays 
peuple, la vie y est essentiellement nomade. Neanmoins, a 1 approche de 1 au- 
tomne, une partie de ces pasteurs abandonnent les sommets inhospitaliers pour 
descendre dans les vallees et y faire des recoltes de ce reales (Valikhanoff, op. 
cit., p. 60 et suiv.). 

Mais nulle part peut-etre, dans toute 1 Asie inte rieure, il n existe une con 
fusion de types et de race aussi complete que dans le Turkestan oriental et les 
pays de Kachgar, Yarkand, Kliotan, etc. On y trouve a la fois des Persans et 
des Hindous, des Arabes et des Turcs, des Kirghizes et des Kalmouks, des Mon 
gols et des Chinois. La population se distingue en agriculteurs qui habitent les 
regions de la plaine et en pasteurs, a demi nomades, dans les districts des 
montagnes. Ce pays, qui a si souvent connu les horreurs de la guerre, est en 
outre infeste de nombreux brigands, de race kirghize en general, et qu on 
nomme Doulanes. Les elements aryens sont nombreux dans la population du 
sud, ainsi que les colons du Thibet et les marchands juifs dans les villes. Dans 
le district meme de Kachgar, le fond de la population est forme par des Kara- 
Kirghizes et des Uzbegs, qui portent le nom de Kachgaris. A la suite d evene- 
ments politiques, diverses colonies de Kachgaris se sont fixe es en dehors de la 
petite Boukharie; les Tarantchis du bassin de 1 Ili sont en partie des Kachgaris; 
a Tachkent, ils occupent un quartier special. Kachgar est une ville de commerce; 



TARTARIE. 61 

Yarkand est tine cite industrielle, on lui attribue jusqu a 100000 habitants, 
avec quelque exageratiou sans doute; Khotau esl un centre de culture et dc 
commerce, les etrangers y sont nombreux, IcsCbinois y abondent. La population 
des campagnes est en general pauvre et miserablement logee. 

Les Dounganes, qui sont assez nombreux a Test du bassin du bas Tarim, 
ont souvent fait des incursions dans les tristes regions du Koukou-nor, ou la 
population est pourtant si peu dense, que toute la region ne possede pas 
150000 habitants, dont la presque totalite est eparse a Test du lac. La partir 
sedentaire est presque uniquement formee de Mongols, chez lesquels se revelent 
au plus haut degre les signes d abaisscment et dc decn -pitude morale de cetle 
race d hommes, qui eut jadis son moment, de gloirc et dc cc-lebrile. Les Mongols 
sedentaires sont partout domines par les Tangoutes, nation ihibelaino, ainsi (|iie 
1 indiquent non-seulement la langne qu ils parlent, mais aussi les caractrics 
physiques; ils se distinguent a premiere vue des Mongols qui les entourent et 
qui sont des Kalmouks ou Elots (Eleuth). Les Tangoutes du Koukou-nor sont 
les memes que ceux du Kan-sou mongol. Ils ont ete tout nv.ciimicnl I nbjet 
d une etude speciale de la part de Prjevalski, lequel a Iravcrsr It- Kan-sou, 
le bassin du Koukou-nor, et explore courageusement une parlie du T/aulam. 
Nous lui empruntons sur les Tangoutes du Kan-sou quelques notions d au- 
tant plus precieuses, que ces populations ont M jusqu ici assrz rarement 
visitees, et qu ils presentent, pour les etudes anthropologiqu.es, le plus seneux 
interet. 

Les Tangoutes, ou, comme les appellent les Chinois, les Si-Fans, sont 
congeneres des Thibetains. Ils habitent la province de Han-sou, cclle de 
Koukou-nor et la partie orientale du Dzaidam; mais leur ])lus grandc agglome 
ration se rencontre dans le bassin superieur du Iloang-ho, d ou elle s etend 
jusqu a la riviere Bleue, peut-etre meme plus loin. A I cxceptiou du Koukou- 
nor et du Dzaidam, dans toutes les provinces, les Tangoules portent le nom 
d Amdo et vivent le plus souvent confondus avec les populations cbinoises et 
mongoles.... Ils ont beaucoup de ressemblance avec les Tziganes. Lcur taille est 
moyenne et leur constitution robuste. Tous presque sans exception out les che- 
veux, la barbe et les sourcils noirs, avec des yeux grands et noirs, mieux perces 
que ceux des Mongols. Leur nez est droit, souvent en bee d aigle, et leurs levres 
sont grandes, mais a rebords epais. Ils n ont pas les pommettes aussi saillantes 
que les Mongols; leur visage est de forme oblongue, sans etre plat; la couleur de 
leur teint est foncee et quelquefois mate chez les iemmes. Contrairement aux 
Mongols, les Tangoutes ont la barbe epaisse , mais ils la rasent toujours ainsi que 
la chevelure. Les femmes portent les cbeveux longs, separes au milieu dela tete 
et tombant en 15 ou 20 tresses de chaque cote du visage. Ces nattes sont gar- 
nies de verroteries, de rubans et d autres menus ornements. En outre les dames 
tangoutes ne dedaignent point 1 usage du fard, qu elles achetent aux Chinois ; en 
ete, elles le remplacent par des (raises fort aboudantes dans les montagnes. 
Nous n avoiis remarque cette coutume de maquillage que dans le Han-sou ; dans 
le Koukou-nor et le Dzaidam, elle n existe pas, peut-etre parce que les ingre 
dients y sont difficiles a se procurer. 

Tels sont les Tangoules du Kan-sou. Un autre rameau de cette race est 
appele Kara-Tan goute, ou Tangoutes noirs; il habile dans le bassin du Koukou- 
nor, a 1 ouest du Dzaidam et sur le Hoang-ho superieur. Les Kara-Tangoutes se 
distinguent de leurs congeneres par une taille plus elevee, un teint plus ibnce 



62 TARTA1UE. 

et plus encore de penchant an brigandage; en outre, ils portent toute la 
bar be. 

Les Tangoutes sont vetus de peaux de mouton, car leur climat est tres-froid 
en hiver et tres-humide en ete. Les deux sexes portent une robe de peau qui 
descend jusqu aux genoux, des bottes de manufacture chinoise ou indigene ot 
un chapeau de feutre gris a forme etroite. Persoime n a ni chemise, ni pantalon, 
meme en hiver.... Les femmes, comme on vient de le voir, portent le meme 
costume que les hommes... (Prjevalski, Mongolie et pays des Tangoutes, trad, 
franc., p. 198 et suiv.). 

Les Tangoutes habitent, pour la plupart, des tentes noires tissees avec le poll 
du yak, qui cst leur animal domeslique favori et leur donne avec son travail son 
excellent lait, sa laine et sa chair. Ils s en servent meme comme monture. Dans 
les districts forestiers du Kan-sou, les Tangoutes, entraines par 1 cxemple des 
Ghinois, s adonnent a 1 agriculturc el habitent comme eux des constructions en 
bois, analogues a celles que 1 ou nomme isba. Sous la tente comme dans la 
cabaue, le Tangoute est remarquable par la facilite avec laquelle il accepte les 
plus horribles conditions hygieniques. Leur salete, dit le meme voyageur, 
defie toute description, et litteralement ils sont converts de vermine ; les pei sannes 
et les animaux vivent dans la crasse la plus immoude ; jamais leurs liabitations 
ui leurs ustcnsiles de menage ne recoivent les soins de proprete les plus vul- 
gaires. Ils sont pourtant assez intelligents, hardis et energiques, mais d une 
parcsse sans nom et moins hospitallers que les Mongols. Ils sont houddhistes 
fervents et superstitieux au plus haul degre. Ils out, comme beaucoup de peuples 
de 1 Asie ceutrale, 1 habitude de pratiquer lc manage par enlevement reel ou 
simule et en payant une rancon. Ils ne donnent la sepulture qu aux lamas; le 
commun des lideles est, apres la mort, livre en pature aux betes lauves, dans 
les forets. Les Tangoutes campent ordinairement par groupes de families, 
contrairement aux Mongols qui vivent solitaires. Ces deux peuples presentent 
des caracteres fort souvent opposes au physique aussi bien qu au moral. Le 
Mongol, attache a son desert aride, redoute I humidite ; le Tangoute, qui est son 
voisin, n aime pas le desert : 1 eau ainsi que les gras paturages 1 attirent. Les 
deux especes d animaux avec lesquels ils vivent offrent les memes differences. 
Le chameau est une parfaite copie du Mongol, tandis que le yak reproduit les 
traits predominants du Tangoule (ib., p. 207). 

Parmi les tribus qui habitent la Mongolie, celle des Khalkas passe pour avoir 
le mieux conserve le type de la race. Le Khalka, dit Prjevalski, est un homme 
de taiilc; moyenne, de constitution forte, au visage large, avec des pommettes 
saillantes. Les yeux sont petits, le nez ecrase , les oreilles de tachees du crane; 
la barbe et la chevelure sont rares. Dans les tribus frontieres, ou dans les 
groupes epars, en dehors du territoire propre de la Mongolie, le type n a pas 
conserve sa purete. Le teint du Mongol, chez les Khalkas eux-memes, est brun 
et non jaune. 

Lorsqu on se rapproche de la frontierc chinoise, on constate que non-seule- 
ment le type se modihe, mais que les habitudes et les moeurs changent; les 
Mongols du sud ont adopte en partie la civilisation chinoise ; malheureusement 
ils ont commence par s en assimiler les plus mauvais cotes. Vers le nord, les 
Mongols confinent aux Bouriates de Siberie, de meme race et de meme langue 
que Jes Mongols. C est chez les Bouriates qu on trouve la langue mongole la plus 
pure. La partie occidentals de la Mongolie est habitee par des tribus qui portent 



TARTAR1E. 65 

le nom d Elols ou Eleuth ; ce sont les memes quo Ics Kalmouks tie la Dzoun- 
garie, de 1 Ala-chan et du Koukou-nor, et ils appartiennent a la meme souche 
que les autres Mongols, dont ils ont les moeurs el le type. 

Jl n a pas pu etre fait jusqu ici depreciations exactes concernant 1 iinpor- 
tance numerique des Mongols et des Kalmouks. Les Mongols onteu, avons-nous 
deia dit, leur heure de celebrite meritee; lours armees victorieuses parcouru- 
rent, il y a peu de siecles, une partic de 1 Kurope et de 1 Asie. Mais la periode 
de decadence succeda promptement a la conquetc glorieusc et a la puissance 
dominatrice. 

Aujourd hui Jes Mongols sont completement abaisse s ; ils n ont ricn conserve 
de leur ancien esprit ardent et fier. C est une population paisible et douce, 
adonne e a la vie nomade, avec tons les inconvenients et les deTauls qu elle 
amene. Ils sont sans energie, paresseux, indolents; ils vivent dans un rial dr 
salete complet et souvent meme de promiscuile avec leurs . iniinaux. Les 
hommes s occupent uniquement des soins a donner anx besliaux ; ils laisscnl aux 
femmes tons les soins du menage, mais ils ne les luullraitcnt pas, non plus ipir 
lesesclaves, qu on trouvc encore en assez grand nombre dans ccrtaines parties 
de la Mongolie. La tente des Mongols cst analogue a celle des autres nomailr> 
de 1 Asie moyenne, pour la forme et le mobilicr; les femmes mongoles reclier- 
chent avec une cerlaine passion les bijoux, les verroteries ct en general les ohji l- 
de par ure, dont elles encombrcnl les unites dc leur coiffure, quand clles ne les 
renferment pas dans des etuis en velours. 

La religion des Mongols est le bouddbisme ou plus exactement le lamaisme. Ils 
regardent le Thibet comme la Terre-Sainte ; les pretres, Ires-nombreux an milieu 
d eux, exercent sur leurs ouailles une influence considerable et incontestee; 
mais, depuis Jeur soumission a la Chine on a 1 empereur de Russie, selon les 
regions, le pouvoir du Grand-Lama est a peupres simplement theorique, car les 
chefs religicux sont choisis par 1 autorite civile, qui agit en maitrc absolu. Leur 
regime est habituellement compose de laitage sous toutes les formes ; ils ne 
mangent qu exceptionnellement de la viande. Ils font un usage constant du the 
en briques, qu ils prennent en infusions, pures ou melangees au lait. On connait 
leur liqueur favorite, le koumis. Ils aiment beaucoup les danses et les chants; 
ils possedent une litterature populaire et se plaisent a entendre les re cits des 
anciennes epopees, ou les aventures de heros legendaires. Chez les Kalmouks 
particulierement, les pratiques superstitieuses des anciens cultes ont en parlift 
survecu a la conversion au bouddhisme, et leurs pretres, a 1 instar des anciens 
chamanes, leurs predecesseurs, n hesiteiit pas a predire 1 avenir, a conjurer les 
mauvais sorts et a consulter les augures. 

Actuellement, en Mandchourie, 1 assimilation de la population a Tempire 
suzerain, dont la famille re*gnante est d origine mandchoue, est assez avancee 
pour avoir fait presque disparaitre les habitudes de la vie errante ; il n y a plus 
guere de nomades que dans les gras paturages qui bordent les affluents de 
1 Amour et quelques autres cours d eau. Mais en general les Mandchoux sont 
devenus sedentaires, agriculteurs, commercants, hommes de metiers. Ils ont 
renonce a la tente, qu ils remplacent par des faneas construites a la ma- 
niere chinoise. En adoptant 1 habitation des Chinois, ils ont adopte aussi leurs 
habitudes de vie. Ils sont avoisines au nord par les Tongouses, avec lesquels 
ils ne forment en realite qu un seul et meme peuple. La langue mandchoue 
n est qu un dialecte tongouse, langue simple par excellence, pauvre et presque 



64 TARTARIE. 

depourvue de formes grammaticales. Beaucoup de Mandchoux, neanmoins, ont 
encore garde leurs anciennes traditions religieuses et tiennent toujours leurs 
chamanes en serieuse veneration ; c est surtout cliez les Solons, qui habitant le 
nord-ouest de la province, aux confins dc la Mongolia, que les vieux usages sont 
aussi vivaces. Les Daoules au contraire, qui habitent au sud des precedents, a 
Test des Khalkas, ont accepte le culte de Bouddha et reconnaissenl 1 autorite 
spirituelle clu Grand-Lama. Les Mandchoux portent selon les districts des nonis 
divers, neanmoins la population est uoiforme dans toute la province. JNous 
devons dire pourtant que divers observateurs, comme Klaproth, Barrow et le 
savant Castren lui-meme, ont signale, dans le bassin de 1 Amour, des noyaux de 
population blonde, avec des yeux bleus, le teint clair, le ne/ droit, les cheveux 
chatains ou bruns, la barbe tres-abondante. On a estime a environ 2 000 000 
d iimes la population de la Mandchourie, mais c est une appreciation qui ne 
repose que sur les donnees les plus incertaines. 

PATHOLOGIE. Malgre les dangers reels qui resultent necessairement du carac- 
tere excessif du climat de 1 Asie centrale, on ne pent dire que ce soit un pays 
insalubre. La population nomade surtout, de beaucoup la plus nombreuse, est, 
en realile comme en apparence, remarquablement robuste. Turcomans, 
Kirghizes et Kalmouks supporteut facilement les fatigues les plus grandes et 
s exposent, sans en trop patir, aux plus dures intemperies. II faut, pour qu il en 
soit ainsi, que le milieu physiologique et pathogenique dans lequel ils se meu- 
vent ne soit naturellement pas trop malsain, d autant mieux que, du fait meme 
de 1 bommeet de ses habitudes, les conditions hygieniques de sa vie sontle plus 
souvent vicieuses, sinon deplorables. Dans les centres, ou les foyers miasmati- 
ques et pestilentiels crees par quelques-uns agissent sur les masses, la sante 
est plus gravement et plus frequemment menaces que sous les tentes, 
demeures toujours provisoires et souvent presque isolees les unes des aulres. 
Ajoutons encore que cbez les nomades, comme dans les groupes de sedentaires, 
1 usage constant et abusif de 1 opium, du haschisch, des liqueurs alcooliques, ne 
pent que tend re constamment a diminuer la resistance vitale et augmenter la 
receptivite pour les influences patbologiques. 

Malgre les chaleurs excessives dc 1 ete, les affections epidemiques graves des 
pays chauds, comme 1 hepatite, la dysenterie, semblent a peu pres etrangeres a 
1 Asie centrale ; on ne peut en effet considerer comme se rattachant a cette 
derniere, les dysenteries sous forme d epidemies localisees, resultant manifeste- 
ment, comme les diarrheas, entre autres causes, d un usage absolument immo- 
dere des fruits, et specialement des melons et des pasteques. 

De vastes espaces dans 1 Asie interieure echappent a la malaria ; la rarete 
des pluies, la rapidite extreme avec laquelle les amas d eau sont evapores et 
mis completement a sec, des qu arrive la saison chaude, 1 intensite et la per- 
sistance des grands vents qui balaient et emportent les emanations nocives, 
expliquent de semblables immunites. Neanmoins, la malaria resle une des 
maladies endemiques les plus serieuses et les plus communes de ces pays. G est 
surtout le long des cotes des mers inlerieures et des lacs, ainsi qu a 1 embou- 
cbureet parfois aussi aux confluents des fleuves, que 1 endemie exerce ses ravages. 
Mais, meme dans ccs parages tristement privilegies, les mouvements violents 
de 1 atmosphere peuvent cre er une immunite partielle. La malaria regne, pen 
dant une portion de 1 annee, le long des cotes orientales de la mer Gaspienne, 
depuis Asterabad, sur les confins de la Perse, au sud-est de la Caspienne, 



TARTAR1E. 65 

et dont les habitants emigrent en partie pendant la saison chaude, jusqu a la 
frontiere septentrionale, mais avcc plus d intensite et de frequence dans la 
region sud-est. 11 en est de meme a Test du lac d Aral, aux alentours des 
embouchures des grands fieuves et surtout dc 1 Amou-daria, qui penctre dans le 
lac par une sorte de delta. En dehors du voisinage des lacs et des emirs d eau, 
rinsalubrite, ct avec elle la malaria peuvent provenir de la nature du sol lui- 
meme dans les regions ou, forme d un Iress argilo-sablonneux pen permeable, 
il maintient 1 eau des pluies a sa surface, qui est ainsi couverle d une bone 
epaisse pendant trois mois d biver. Apres la pluie, la rlialmr qui survient brus- 
quement dcsseche la terre et developpe des gaz mephitiques, cu attendant qii" 
la disp;irition totale de 1 eau ait reduit en amas de poussiire tout le bourbier 
de 1 hiver. M. G. Gapus, qui nous donnc cc renseignement (voy. Ilevnr si-imti- 
fifiue, 1884, p. 168-177), indique anssi comme cause d insalubrilo ct dc fievres 
la ceinture de rizieres qui entoure souvent les villes de 1 Asie ccntrale. OilaiiH 
pays de plaine, par la disposition du sol, sont fat a lenient voucs aux influences 
palustres : telles sont, par cxemple, les plaincs mareeageuses silnees an pied 
des montagnes, dans la basse vallee du Kondouz, dont rinsalubrite est conime 
dans toute la region ; les etrangers surtout y sont presqne tons atteints do lievres 
graves, souvent mortelles. Si lu veux mourir, dit un proverhe rile par 
M. Reclus, pars pour le Kondouz . II en est ainsi dans le pa\s de Ihssar, a 
1 exception de la ville de llissar, qui n est pas malsaine. Andko i et Sariponl 
sont dans le meme cas. Mais presque partout les bants plateaux sont a 1 abri des 
influences miasmatiques. Une des localites repntees les plus malsaines de tout 
le Turkestan est Khiva; elle doit cette reputation mcritee a ses afl reuses condi 
tions hygieniques; il y regne une malproprete extreme, les rues sont des cloaques, 
les places sont des mares infectes, les maisons et les bazars, desbouges bumides; 
les memes canaux ou arihs servent a amener les eauv pour 1 usage public et a 
recevoir les immondices. Aussi la vilie est-elle beaucoup moins salubre que la 
campagne environnante, etles maladies y sont-elles plus frequentes. Les Russes, 
apres la prise de possession, frappe s de 1 insalubrite du lieu, 1 abandonnerent 
pour installer a Maghellan 1 administration et ses employes, mais les travaux 
de voirie et les grands mouvements de terrain qui y furent executes y lirent 
eclaler, an moins pour un temps, des fievres a formes assez graves (G. Capvis, 
loc. cit.}. 

A Boukhara et dans la province, d apres Mir Izzett Ullah, les fievres ne sont 
pas inconnues ; mais, si elles sont assez frequentes, elles ne revetent pas un 
caractere grave. G est sans doute ce qui explique que les observateurs ne soient 
pas d accord sur ce point, car, tandis que Alex. Burnes indique les fievres 
comme raresa Boukhara, de Khanikoff, au contraire, signale leur longue durec 
et la frequence des rechutes. L endemie palustre est aussi notec comme 
fre quente dans le district du Koukou-nor, dans certaines parties du Ferghana, 
a peine sur le cours du Sir-daria, puis dans la Mongolie, a Maricnsk, dans le 
bassin de 1 Amour, mais partout avec des formes relativement benignes. 

La maladie epidemique la plus repandue dans toute 1 Asie moyenne, celle qui 
y exerce les plus serieux ravages, est certainement la variole ; elle se montre 
tres-souvent, aussi bien chez les nomades que dans les bourgs et les villes, dans 
1 oasis de Khiva, dans toute la Boukharie, dans la province du Sir-daria et dans 
le Ferghana, ou M. de Ujfalvy constata chez une grande proportion des personnes 
qu il examina les cicatrices laissees par les pustules. EUe regne presque cons- 

DICT. ENC. 3 e S. XVI. 5 



66 TARTAUIE. 

tamment chcz les Kalmouks du Thian-chan, dans les hordes kirghises, comme 
chez les populations agricoles et pastorales de la Kachgarie et du Turkestan 
oriental. Elle est aussi une des formes caracteristiques de la pathologie mongo- 
lique et thibetaine. Pen a peu, la vaccination se repand, non-seulement dans le 
Turkestan russe, a la suite de la propaganda qu en font les medecins russes, 
mais aussi, d apres Valikhanoff, dans le Turkestan chinois, oil ses hienfaits 
commencent a etre compris. Pourtantil y a beaucoup a faire encore et sans doute 
longtemps a attendre, avant que la vaccine soit reellement entree dans les 
mo3urs. 

La rougeole et la scarlatine ne sont pas des maladies inconnues dans la 
Tartarie; elles regnent de temps a autre un peu partout; on les a signalees 
egalement en Mongolie, ainsi que dans le bassin de 1 Amour, d apres les rapports 
des medecins de la marine russe (Deutsche Klinik, 18S.">). 

Le cholera a fait aussi un certain nombre d apparitions, et presque chaque 
fois on a remarque qu il scmblait suivre les routes des caravanes. Des 1830, il 
se montrait a Khiva, importe dc la Perse; en 1840, il y eut a Kliokand une 
epidemic serieusc, ainsi que dans le Karategin et le Ferghana; elle fit de nom- 
breuses victimes surlout a Kliokand et a Maghellan, mais elle ne s etendit pas 
au nord, ni a Tachkent, ni parmi les Kara-Kirghizes. En 1872, 1 epidemie fut 
plus terrible, la population sarte fut decimee; on ramassait les morts dans les 
rues. En 182 1 , le cholera vint de Chine en Mongolie ; une autre epidemic se rieuse 
regna, peu apres dans le meme pays, et de la, comme la premiere fois, le cho 
lera passa en Siberie, transporte sans doute par les caravanes chinoises. 

Les fievres continues paraissent etre encore assez frequentes dans 1 Asie cen- 
trale et orientale, mais on manque de renseignements sur leur nature et leurs 
veritables formes. 

La phthisie qui, au dire de Basiner, est assez rare chez les Kirghizes du pays 
de Khiva, serait au contraire frequente, ainsi que les scrofules et les affections 
qui en dependent, dans la Boukharie et a Boukhara meme. Les etrangers recem- 
ment immigres etant surtout exposes a contracter la terrible maladie, les 
Russes out cree, a leur intention, un sanatorium a Khodjakent, a plus do 
900 metres d altitude. On y envoie des phthisiques, des rhumatisants, etc. 

Les maladies de 1 appareil digestif et des organes respiratoires sont assez habi- 
luelles, aussi bien a Test qu a 1 ouest de 1 Asie moyenne, dans le Turkestan 
comme dans la Mongolie, chez les nomades comme chcz les citadins ; leurs 
caracteres changent selon les saisons. Les inflammations viscerales, surtout celles 
des bronches et des poumons, predominent dans les premiers mois de 1 annec; 
pendant les mois pluvieux, et sous 1 influence d autres vents surviennent les 
formes catarrhales. A 1 epoque des grandes chaleurs, les symptomes congestifs 
prennent souvent le dessus : c est alors aussi le temps des meningites et des 
encephalites. Les diarrhees sont tres-nombreuses en aout et septembre, ainsi que 
les dysenteries, mais ordinairement elles ne sont pas graves. 

Nous ne savons rien concernant le scorbut dans la Tartarie et le Turkestan 
russe et chinois; Pallas le notait comme n existant pas en Mongolie; les 
medecins de la marine russe 1 ont, au contraire, signale comme peu rare dans 
le bassin de 1 Amour, surtout pendant 1 automne et au printemps, c est-a-dire 
du mois d octobre au mois de moi. 

On voit tres-peu d habitants afteints de goitre dans le Turkestan russe, excepte 
a Khokand, qui possede toujours un grand nombre de goilreux, ainsi que des ere- 



TARTARIE. 07 

tins. La maladie atteint aisement les etrangers ; elle se developpa cbez beaucoup 
de soldats, lors de 1 occupation russe. Mais on ne rencontre point de goitreux 
dans la region montagneuse, non plus que dans les vallees du bassin de 1 lli; il 
s en trouve souvent dansle Hissar. lien estde rneme dans le Turkestan oriental, 
a Kachgar, a Khotan, a Ak-sou, et surtout a Yarkand, ou, pretend-on, un tiers 
des habitants en serait atteint. D apres Burnes, il n y aurait point dc goitreux a 
Boukbara ni aux environs. 

Les habitants du Turkestan et de la Mongolie souffrent beaucoup d ophlhal- 
mies, souvent graves; d apres les remarques des voyageurs, il semble qu elles 
renent pendant toute 1 annee; quelques-uns pourtant, comme Basiner, notent 
leur plus grande frequence dans les mois de juin et de juillct. On ;i attrihm 
ces ophthalmies, en hiver a 1 etat de la neige et a I atmosphere enfumee des 
Kibitkas, en e te a la violence des rayons solaires et plutot encore aux loin-billons 
de ponssiere ([ui remplissent 1 air. Dans la Kachgarie et le Turkeslan chinois, 
cette infirmite est presque generale; de Khanikoff pense quo cela provient d uiu- 
vicieuse maniere de vanner le grain ; il cxplique ainsi la recrudescence di- I.i 
maladie en automne, particulierement chez les ludiiluuls des villages, qui soul 
p-lus souvent atteints que les nomades. Gette observation, d apivs le memo 
auteur, doit s appliquer egalement aux Galtcbas du /cr;i!i II.MI. 

II semble bien que la syphilis soil repniiiliic dans lout 1 1 Asie movi-mie, niais 
les avis different sur la gravite des accidents qu elle amenc et des symptomes 
qui predominent dans ses manifestations. Ainsi, landis que les uns, les plus 
nombreux, il faut bien le dire, la signalent comme une des plaies redou tables dc 
1 Asie centrale, d autres, comme Yalikhanoff, qui a observe dans le Turkestan 
oriental, s e tonnent que, malgre la depravation de mrcurs qui y rogue, les mala 
dies vene riennes soient assez rares, et que si pen de personnes en portent les 
stigmates. En realite, les renseignements serieux font defaut pour ces contrees, 
comme pour les regions orientales de la Mongolie et de la Mandchourie. 

Sur la fre quence des maladies de la peau, tous les observateurs sont d accord. 
On les trouve partout et en grand nombre, surtout les affections parasitaires, en 
tete desquelles il faut inscrire la gale. La teigne n est guere moins abondam- 
ment repandue, ce qu on attribue avec raison au defaut de proprete et de pre 
cautions de la part des barbiers qui, presque partout, rasent la tete en meme 
temps que la barbe. La teigne et la calvitie prematuree sont signalees par 
M. de Ujfalvy comme se rencontraut constammcnt chez les Kirghizes-Kasaks, et 
par Fedtchenko dans la vallee du Zerafchan. 

La lepre est encore endemique aujourd hui dans 1 Asie moyenne et meridio- 
nale ; les cas les plus nombreux semblent se trouver dans les differentes pro 
vinces du Turkestan russe, la Boukharie, le Zerafchan, le Ferghana. Une partie 
des malheureux qui en sont atteints recoil asile dans des leproseries. L une 
d elles, etablie a 4 kilometres de Tachkent, dans une espece de couvent, contient 
40 ou 50 lepreux. II en existe une autre a Oura-tepe ou Oura-tiube, localite 
situee au sud-ouest de Rhodjent ; elle est moins importante que la premiere. 
Les leproseries portent, dans le pays, le nom de Makhaou-mischlak ; makchaou 
est le nom qui designe le lepreux. Geux qui ne sont pas admis dans les leprose 
ries vivent d aumones et sollicitent la charite des passants aux portes des villes, 
comme a Tachkent, a Samarkand, a Karchi, a Boukhara, etc. On estime a 500 
environ le nombre des lepreux du Turkestan russe et de la Boukharie (G. Gapus, 
loc. cit.). M. Lavroff a signale dans les Bullet, de la Soc. d anthropol. de Paris, 



68 TARTARIE (BIBLIOGRAPHIE). 

2 e serie, t. VI, p. 176 etsuiv., d apres Fedtchenko, et dans un compte rendu des 
travaux de la Societe des naturalistes de Moscou, deux affections, le makhaou ou 
mal afghan, et le piss, dont les victimcs sont astreintes a une residence forcee 
dans des localites determinees ; ccs maladies ne paraissent pas etre autre chose quc 
des formes plus ou moins avancees dc la lepre, le piss caracterise par des taches 
blanches, lisses, brillantes, cerclees d un rebord rouge, qui donnent a la peau 
un aspect bigarre, correspondant au debut de la maladie, tandis que 1 autre 
affection, dont le nom makhaou est justement celui que Ton donne anx Icpreux, 
en representerait, avec ses ulceralions attaquant les bras et le visage, la phase 
la plus avancee. 11 est regrettable que le symptome caracteristique de la lepre, 
I anesthesie, n ait pasete recherche ou du moins signale. La lepre, en Tartarie, 
est reputee hei editaire et contagieuse. 

Le bouton d Alep (bouton du Nil, de Biskra, de Bombay, de Dehli, etc.) est 
assez frequent dans le Ferghana, et plus particulierement a Tachkent, et dans 
quelques autres villes. 11 s observe plus rarement dans les campagnes et epargne 
souvent les populations nomades. 

Le lilairc ou ver de Medine est abondamment repandu dans certaines localites 
du Turkestan et de la Houkharie, ainsi que dans Je Zerafchan. On le trouve a 
Tachkent, a Samarkand, a Karchi, a Djizak ; mais c est a Boukhara qu on 
1 observe surtout. S il i aut en croire Burnes, un habitant sur huit serait porteur 
d un on plusieurs dragonneaux. On sait aujourd hui que la larve du filaire se 
developpe dans 1 cau; c est par les boissons que nous 1 ingerons. Fedtchenko 
dit avoir constate qu elle s attache au petit cruslace nomme Cyclope, et que c est 
par son intermediaire qu elle penetre dans le corps. Le lamia est assez frequent 
dans les villes. 

Enfin, M. Capus signale sous les noms de souchtaneh, de kouchtcha, de 
kouhidourga, une affection endemique en Siherie, qui parait s etendre dans le 
Turkestan ; elle consiste en des boutons blancs que Ton traite par la cauteri 
sation au fer rouge, et elle est capable de donner la mort en deux on trois jours. 
11 scmblerait qu il s agit de la pustule maligne. 

On ne connait guere, dans 1 Asie centrale, d autres serpents que le trigono- 
cephale, dont la morsure soit dangereuse. Nous avons deja signale les piqures 
des scorpions jaunes et noirs, et les plaies causees par les deux varietes de 
phalanges. Ajoutons-y les accidents dus a la kara-hourt ouaraignee noire, com 
mune dans les hautes vallees des monts d Alexandre et de 1 Ala-tau transilien. 

G. LlETARD. 

BIDLIOGRAPHIE. BASK (C. von). Kaspische Sludien. Saint-Petersbourg-, 1857 (eitr. du 
Bulletin de I Acad.). BABER (Zehir ed-din Muliammed). Memoirs written by himself, in 
the Jagatai Turki, and translated by J. Leyden and }Y. Ersldne, with notes, gcogr. and 
hist, introduction, etc. London, 1820 (voy. aussi la traduct. franc- du meme ouvrage, par 
Pavet de Courteille. Paris, 1871, 2 vol. in-8). BASLNER (Th.). Reise durch die Kirgisen- 
Steppen nach Chiva. In Beilrdge zur Kenntnisse des russischen Reiches, 1848. BERESIN. 
Nachrichten uber das siidliche Manjurien. In Ermaris Archiv f. wissensch. Kunde von 
Russland, 1862. Du MEME. Bericht eines russischen Handelsreisenden uber Taschkend. 
In Erman s Archiv f. wissensch. Kunde von Russland, 1852. BIDDULPH. The Tribes of the 
Hindoo Koosh. Calcutta, 1880, in-8. BI.AREMBERG (F.). Journal d une expedition pour 
I exploralion de la cote orienlale de la mer Caspienne en 1850, analyse du memoire russe. 
In Nouv. annales des voyages, dec. 1850 et janv. 1851. BLANFORD. Meteorologia e clima 
di Yarkand e Kachgar da un rapporto, etc. In Cosmos, 1877, t. IX, p. 529. BLOCQUEVILLE 
(de). Quatorze mois de captivile chez les Turcomans, 1860-1861. In le Tour du Monde, 1866. 
Du MEME. Notice sur les nomades du Turkestan. In Bull, de la Soc. de yc ogr., 1865, 
p, 509-525. BODE (A. de). Bokhara, its Amirs and its People, translated from (he Paissian 



TARTAR1E (BIBLIOCRAPHIE). 69 

of Klianikoff. Londres, 1845, in-8. Du MEME. Apercit general el statisttque de la province 
d Asterabad en 1841. In Denkwurdigkeiten ties russich. geograph. GeseUschafl zu Peters- 
bury., t. I, 1849. BOUDICIITCHEFF. La region de I Oussouri, trad, du russe par Voelkel. In 
Bull, de la Soc. de geogr., 1868. BOULGER (D.-Cli.). Central Asian I orlrail.i : the Celebri 
ties of the Khanat and the neighbouring Slates. l,ondres, 1880. DRUCKER (R.-P.-J.). Benoil 
de Goes, missionnaire voyageur dans I Asie centralc, 1003-1607. Lyon, 1879, in-8". 
BURNABY. Une visile a Khiva, avenlures de voyage dans I Asie centrale. Paris, 1877, iu-8". 
(Edit, anglaise, avec cartes et appendice. Londres, 1876, in-8). BURSES (Alex.). Travels 
into Bokhara, 1831-1805. Londres, 1834, 5 vol. in-8. Trad, franc, par Eryes. Paris. 1835, 
3vol. in-8. BUTAKOF (AL). Ueber der unteren Tin-tides Syr-daria. In Zeitse.hr. f. atlt/<-in. 
Erdkunde, 1858. DAVID (1 abbe A.). Journal d un voyage en Mongol ie fait <-/i 1X66. Paris, 
1872, gr. in-4. 83 pp. (exlr. des Archives du Museum, 2 serie, t. Ill, IV et V, 1867-1869). 
Voy. aussi Bull, dc laSoc.de geogr. de Paris, 1875, serie VI, t. IX. Dn.u- (A.-YY.). On the 
Valley of Hi and the Water-System ofrussian Turkistan. In Proceed, of tlir /, n//. Gcoijr. S 



Valley of Hi and the Water-System ofrussian Turkistan. In Proceed, of tlir /, n//. Gcoijr. Soc. 
Londres, 1874, p. 246-252. O DO.NOVAN (E.). Merv. a story of Adventures and ( .iijiiiritij 
epitomised from the Merv Oasis. Londres, 1883, in-8". -- l i :i MIAMI A.). !.< Klnnint >/< 
Khokand et les conlre es cnvironnanles, trad, dn russe par Stanislas (invar. I. In Hull. de la 
Soc. de geogr., juin 1874, pp. 609-626. Du nfi>iE. llcis/- in Kokait und ~ut Xunlrnde der 
Pamir, 1871. In Petermann s Mittheil., 1872, pp. 161-16S. Du M?.ME. Lc Pamir. In Hull. 
delaSoc.de geogr. de Paris, 1872, janv., pp. GO-64. FHUUIU \lc ;_cin i-:il\ I en Perse, 

dans V Afghanistan, Ic Beloutschislan et le Turkestan. Paris, 1X60, 2 vol. \ii-S". I, 
(J. de). Das allc Bett des O.rns, etc., avec inie carl* 1 . Iridi-ii. \^~:>, in-16. (,m:i n n:\\ \. . 
Temperatur und Luftdrncl; in der Fcstitui/ Wiini<>. In \\nemi:- Repertor. fitr Meteorol., isdi, 
I asc. 2. GORDON (T.-E.)- Thr li<if of lit, )] ,>/!,/; Jnunici/ ,>/ , the ll/i/h Ptul:-,,n of Tibet 
to the Russian Frontier and lite Oxiift Source"! on Pamir. Ivliinlioiir^r, INTli, pi 1 . in-8. - 
GUTZLAFF. China opened. Londres, 183S, in-8. HI:MH:KSON (G,). From Lahore to \nrl;and, 
Expedition of 1870, under T. D. Forsylh, etc. Londres, 1873, in-8". UUGUES (L.). // /ago 
diAral; Dissertazione. Turin, 1874, in-8, 1V-52 pp. HUMBOLDT. Fragments dc </c ologie et 
de climatologic asialigues, elc. Paris, 1831, 2 vol. iu-8. Voy. du ineine autenr, I Asie cen 
trale et le Cosmos, trad, franc;. Paris, 4 vol. in-8. HYACINTH. Denkwurdigkeiten uhcr die 
Mongoleiaus dem Russ, etc. Herlin, ISS^, in-8. KIIANIKOFF (de). Lettrc au president dc 
la Socie te" de geographic de Paris. In Bulletin de la SoddlS dc geographic 4 1? serie, 
t. II, p. 168, 1851. Du JIEME. Les documents sur le Klmnnt de Khiva. In ltu/1. dc la Soc. 
degeogr.de Paris, 1873. KLAPRUTII. Sur la Ittnguedrs Kazaks et des Kirghizes. In Mt : iu. 
relatifs a I Asie, t. Ill, p. 352-369. KOSTENKO (J.). Khiva en 1873, trad, dn russe par 
Stanislas Guyard. In Bull, de la Soc. de ge ogr., nov. 1874. Du siti.uE. De Kliiva au fort 
Kassala sur le Syr-Daria, Irad. du russe par Stanislas Guyard. In le Globe, (iriieve, 1875, 
t. XIII (ces deux memoires se trouvent, traduils en allemand, dans les Mitthcilungen de 
Petermann, 1874). LANDSDELL (II.). Through Siberia with Illustr. a. Maps. Londres, 1882, 
in-8. LAVROFF. Sur les travaux authropologiqu.es de la Society des naturalistes de 
Moscou.lnBull.de laSoc.d anthr.de Paris, t. VI, 2 serie, annee 1871. Paris, 1872, p. 176- 182. 
LEHMAXN (Alex.). Beisenach Buchara und Samarkand, 1841-1 8t*2. In Beitragezur Kenntniss 
des russischen Beiches, t. XVII. Saint-Petersbourj?, 1862 (le l or volume de cette importanlo 
collection est de 1849.) Voy. aussi Petermarm s Mittheilungen, 1855, p. 163-168. LEWCHINE. 
De la difference qui existe entre les Kirghiz Kaissak et les veritables Kirghiz. In Journal 
asiatique, 1828, t. II, pp. 401 et suiv. Du MEME. Description des hordes et des steppes des 
Kirghiz- Kazaks, traduction i rancaise. Paris, 1840, in-8. LUIIDOHF (Fr.-Aug 1 .). Das 
Amirland. seine Verhaltnisse und Bediirfnisse. In Petermann s Milthcilungen, 1868, 
pp. 525-352. MEYENDORF (G. de). Voyage d Orembourg a Boukhara, 1820. Paris, 1826, in-8. 
JliCHiE (A.). A Journey from Ticn-tsin to Moukden in Mandchouria in Juli 1861. In Journ. 
of the B. Geogr. Society. Londres, 1863. MIR IZZET UH.AH. Travels beyond the Himalaya. 
In Journal of the fi. Asiat. Soc., t. VIII, p. 335. Du MEME. Travels in Central Asia, 1812- 
1813, translated by cap. Henderson, Calcutta, 1872, in-8. MICHELL (R.). The laxarles or 
Syr-Daria from Russian Sources. In Journ. of the /}. Geogr. Soc., t. XXXVIII, pp. 429-459. 

Mi -iiRY. Climatologische Untersuchungen oder Griindrisse der Climatoloijic in Hirer 
Beziehwig auf die Gesundheitsverhaltinsse der Bevolkerungen. Leipzig, 1858, in-8. - 
Du MESIE. CHinalolograpldsche Uebersicht der Erde, etc. Leipzig, 1862, in-8. Du MEME. 
Die geographischen Verhaltnisse der Krankheiten, oder Grundzuge der Noso-Geographie, etc., 
2 I asc. Leipzig, 1856. NAZAROFF. Voyaged Khokand. In Magazin asiat. Paris, 1825, in-8. 

PASQUIER (J.-B.). Les explorations russes et anglaises dans I Asie centrale. In Bull, dc la 
Soc. dc ge ogr. de Paris, 1876, 4 e serie, t. XII, pp. 561-576. PRJEVALSKI (N.). Mongolie et 
pays des Tangoules. Voyage de trois annees dans I Asie centrale, trad, par du Laurens. 
Paris, 1880, in-8. P RITSCIIE. Prjc walki s magnetise/ten Beobachtungen in Central Asien. 
In Petermann s Miltheil., 1874, p. 206. POLTOBATSKV (Colonel). Esqnisse generate de la 



70 TARTARIE (BIBLIOGRAPHIEJ. 

contree situee a I ouest du pays Transilien et comprise entre les fleuves Tc/iou et Syr 
(extr. des mem. de la Soc. imper. de Saint-Petersbourg, par M. P. \\celkel. In Bull, de la 
Soc. de geogr. de Paris, dec. 1809, pp. 433-454). RADLOFF (YVilh.). Briefe aus dem Altai. 
In Archiv fur wissensckafll. Kunde von Russland, herausg. v. Erman, t. XX, 1861, et t. XXII, 
1862, in-8". Du MEME. Observations sur les Kirghiz. In Journal asiat., oct. 18(53, p. 309. 
Do MEME. Das Hi-Thai. In Petermann s Mittheilungen, 1866, pp. 88-97. Du MEME. Beobach- 
tungen iiber die Kirgkisen. In Pelcrmann s Miltheilungen, 1804, pp. 163-168. REGEL (E.). 
Allgemeine Betnerkungen iiber die Flora Central- As icns. In Petermann s Mittheilungen, 1882, 
pp. 65-68. REMUSAT (Abel). Histoire de la vide de Khotan, tire e des annales de la Chine 
et traduile du chinois; suivie de reclierches sur la substance minc rale appelce par les 
Chinois pierre de lu, et sur le jade des Anciens. Paris, 1820, in-8. GIRARD DE RULLE. 
Me moirc sur iAsie cenlrale, son hisloire et ses populations. Paris, 1874, in-8. Du MEME. 
Instructions authropologicjues pour I Asie centrale. In Bull, dc la Soc. d anthrop. de Paris, 
2 serie, t. IX, pp. 417 et suiv. Du MEME. Lc Pamir. In Revue scienlif., 1878. RCESSLER. 
Die Aralseefrage. Vienne, 1873, in-8. SCHMIDT (E.). Die Expedition gegen Chiva, etc. 
Saint-Petersbourg, 1874, in-8. SCIIRENCK(.\.I. fteise indie ostliche Dzungarische Kirghiscn- 
steppe, 1840. In Beitrdge, etc., de Baer et Helmersen, 1845, t. VII, pp. 273-341. SCHUTLER 
(E.). Notes of a Journey in russian Turkislan, Kilobaud, Buchara, Kuldja, etc. Londres, 
1876, 2 vol. in-8. SEMENOFF. Forsc/inngen in Ala-tau und Tliian-schan, 1856. In Zeilschr. 
filr allf/cmrine Erdkunde. Berlin, 1857. SHAW (R.). The Karakorum, lettre au redacleur 
du Geogr. Magaz., 1876, t. V, p. 126. Du MEME. Miscellaeneous Soles on Eastern Turkistan. 
In Proceed, of the. E. Geogr. Soc., t. XVII. SPORER. Die Seenzone des Balkasch, Ala-Kul 
und da* siebcn Stromland mil dan lli-Becken, nac/t riissischen Quellen bearbeitet. la 
Petermann s Millheilungcn, 1868, pp. 73 et suiv., 193 et suiv., 593 et suiv. SCHARXHORST. 
f./ii iiiif-chc analyse des Aralsee-wassers. In Pelcrmann s Mittheilungen, 1873, p. 319. 
SEVERTZUF S. Erforschung des Tfiian-schan Gebirgs-Sy stems, 1867. In Ergamungshe/te, 
n 08 42 et 43 des Mittheilungen de Petermann, t. IX et X. SCHLAGESTWEIT (R. von). Fauna 
von Hoc/i-Asien. In Petermann s Mittheilungen, 1866, p. 268. Du MEME. Flora von Hocli- 
Asien. In Petermann s Miltliei/., 186."). p. 372. STUMM (H.). Ueber des Urst-Just Plateau 
und d. alien Lauf des Oxus. In Verhandl. der Gcsellsch. fur Erdkunde zu Berlin, 1874, 
pp. 57-67. TEMKOWSKY (G.). Reisc narh t .Jiivn durcli die Mongolei, aus dem russisch., 
1825, in-8". TUPINARD. Sur deux crunc<s parsis. In Bull, de la Soc. anthrop. de Paris, 
1878, pp. 274-282. Du IIEME. Sur un crane gultchas de Pentjakend, region de Tachkent. 
In Bull, de la Soc. anthrop., 1878, p. 247-251. UJFALVV (Ch. de). Expedition scientifique 
franraise en Ilussie, en Sibcrie et dans le Turkestan. Paris, 1878, etc. Voy. surtout : T.I. 
le Kohislan, le Ferghana et Kouldja, t. Ill, le Syr-daria, le Zerafchan, la province des Sept 
Rivieres et la Siberie Occident. Du MEME. Lettre zur la Dzoungarie. In Bull, de la Soc. de 
geogr., 1877. Yoy. aussi, du meme auleur, divers memoires et notes : dans la Revue de 
linguistique, 1882 (esquisse grammaticale de la langue des lagnanbes, dans les Bull, de la 
Soc. d acclimatation, 1879 sur les Kirghiz, le Syr-daria, dans les Bull, dc la Soc.d anthro- 
pologie dc Paris, etc.). WOOD. Personal Narrative of a Journey to the Source of the 
River O.rus. Londres, 1841, in-8. LENZ. Unserc Kentnisse iiber den frii/ieren Lauf des 
Amu-daria. In Mem. de I Acad. de Sainl-Pe tersbourg, t. XVI, 1870. JAUBERT (Amedee). 
Memoire sur I ancien cours de VOxus. In Nouv. Journ. asiat., t. XII, 1833, p. 481-500. 
YAMBEUY (A.). Voyages d un faux derviche dans I Asie centrale, de Teheran a Khiva, 
Bokhara, Sainarcand, etc., ti ad. par E. D. Forgues. Paris, 1865, in-8. Du ME.ME. Sketches 
in Central-Asia, Addilionnal Chapters on my Travels. Londres, 1867 (edit, allem., 1868). 
Du MEME. The Steppes of the North of Bokhara. In Geogr. Magaz., mai 1873, p. 59-65. 
VAUKHANOFF-VENIUKOFF. The Russians in Central Asia : their Occupation of the Kirghiz 
steppe, and the line of the Syr, etc., from the Russ. by J. and R. Michell. Londres, 1865, 
in-8. Du MEME. Osl-Turkestan odcr die chinesische Provinz Nan-lu. In Erman s Archil 
fiir wissensch. Kunde Russl., 1862, t. XXI, p. 605 etsuiv. YERESCHAGINE (B.). Voyage dans 
I Asie centrale, d Qrembourg a Samarcand, 1867-1868. In le Tour du Monde, 1873. 
"WOOD (II.). The Shores]of lake Aral,av. cartes. Londres, 1876, in-8. >YILLIAMSOX (Rev. Alex.). 
Notes on Mandchuria. In Proceedings of the R. Geogr. Soc., t. XIII, 1869. YEMCKOF. The 
Pamir and the sources of the Amu-daria, translated from the Journ. of the Geogr. Soc. of 
Saint-Petersburg, by M. Michell. In Journal of the Eoy. Geogr. Soc., t. XXYI. Du MEHE. 
KHIVA. In Bull, dc la Soc. Geogr. de Paris, 1873. FRIEDEL (C.). Beitrdge sur Kenntniss des 
Klimas und der Krankheiten Ost-Asiens, gesammelt auf der preuss. Expedition in den 
Jahreii 1860, 1861 und 1862. Rerlin, 1863, in-8, 185 pp. Cfr. Petermann s Mittheilungen, 
1864, p. 113. Du MEME. Bericht der Medicinal-Verwaltung des russischen Marine-Mini- 
sterium s fur das Jahr 1861. In Deutsche Klinik, 1863. BURXES (Alex.). On some Diseases 
in Bokhara. In Transact, of the Med. and Surgical Society of Calcutta, 1855. CAPUS(G.)- 
Me decins el medecine dans I Asie cenlrale. In Revue scientifique, 1884, pp. 168-177. 



TARTIUTES. 71 



MEYER-AHREXS. Die Verbreitung des Kretinismus in Asien. In Deutsche Klinik, 1856, t. 

p. 407. Yoy. aussi les t. VI et VII de la Nouvlle Geographic itniverselle, par E. Reclus, 

pour lesquels les sources les plus reccnles ont et6 utilisees. G. Ln. 

TARTONREIRA. Voy. DAPHNE. 

TARTOUCHE. D apres le doeteur Pariset, cite par Merat et de Lens, cc 
nom est donne en Egypte a une racine astringente, qu on emploie contre la 
dyseuterie. PL. 

BIBLIOGRAPHIC. HERAT et DE LENS. Diet. mat. med., VI, 6i7. PL. 

TARTRA (A.-E.). Chirurgien francais, no vers 1775, futeleve de 1 Keole de 
sante de Paris, eleve interne au grand hospice d luimanile, et prit le grade dr 
doeteur en 1802 apres avoir soutenu une these tres-inte ressante sur 1 empoison- 
sement par 1 acide nitrique. II concourut suns sncces, en 1STJ, pour la chain 
de medecine operatoire de la Faculte de medecine et enseigna rjnialomir et. la 
physiologie. 11 etait en oulre chiruvgien du premier dispcnsaiiv , scrrelaire 
general de la Societe medicale d emulalion depuis IS05. II mligea, de 1X08 a 
1810, avec Graperon, le Bulletin des ,sr/V<r.s- nic dicales public au nom de l;t 
Socie te medicale d cmulation de Paris. Tarlra inourut, croyons-nous, vcis 1840. 
Nous citerons de lui : 

I. Traitc" de I empoisonneincnt par 1 acide nitrique. These inaup. Paris, an X (180 J). in-JS". 
II. De reparation de la cataractc. These de concours pour la chaire di- nird. oprrjt. 
Paris, 1812, in-4. III. Picinarqucs sur une <if ( i-<-lii>n pathologique dr* vmcs iti inaire< 
(varices ve sicales). In Bullet, de la Sociele philomath., an VII (1?. .), p. 173. IV. /Vs 
hcrnies graisseuses. In Journ. de nu : d. dc l.cnnt.r, I. II, an XIV (imv. 1SO,\, p. 127. 
V. Observation d un deplacemenl de la nwchoire in/ i i ii-tirc, nuh i d ltnc ankylose fausse oit 
incomplete. Ibid., dec. 1805, p. 182. VI. Mem. a consullcr sur une maladie originate 
consistant en un 6tat variqueux et an6vrysmatigue d une grn//d(- parliede In conque de 
I oreille et du cuir chevelu de la region par ie~t ale gauche. Ibid., janv. 1806, p. 272. -- VII, 
Note sur le pretendu phenom. de F incombustibility . In Bull, des sciences medicales, t. IV. 
p. 5, etc. L. Us. 

TARTRATES. Les tartrates sout des sels qni resultcnt de 1 union de 1 acidf 
tartrique avec les bases. Ce sont les tarlres des alchimistes. 

L acide tartrique elant tetratomique, deux fois alcool et deux fois acide, on 
comprend qu il puisse former un Ires-grand nombre de derives, les uns consli- 
tuant simplement des sels, les autres des ethers, d autres enfin reraplissant a la 
fois le role d un sel et d un ether. On congoit meme 1 existence d un derive a la 
fois acide, alcool, sel et ether. On ne s occupera ici que des sels qui peuvent 
etre utilises en medecine, sels dont le nombre est d ailleurs considerable. 

Presque tons ces sels correspondent a deux types bien definis : les tartrates 
acides et les tartrates nentres. 

L acidite de 1 acide tartrique est tres-prononcee : aussi la chaleur de neutrali 
sation par la potasse, par exemple (deux molecules), est-elle egale a 26 calories, 
la deuxieme molecule degageant autant de chaleur que la premiere (Berthelot), 
C est sans doute pour cette raison que 1 acide tartrique forme des sels doubles 
avec la plus grande facilite, sels qu on peut diviser en plusieurs groupes, dont 
chacun possede un representant cavactezistique : 

Groupe des tartrates doubles ne contenant que des me taux monoatomiques. 
Exemple : sel de Seignette. 



72 TARTRATES. 

Groupe des tartrates doubles renfermant a la fois un metal monoatomique et 
un metal diatomique. Exemple : tartrate de polassc et de fer. 

Groupe des emctiques. Exemple : tartrate double de potasse et d anti- 
moine. 

L acide tartrique decompose les carbonates, a moins quc ces derniers ne 
soient en solution alcoolique. En solution aqueuse, il deplace a peu pres com- 
pletement 1 acide acetique des acetates, environ la moitie seulement des oxalates 
alcalins ; mais 1 acide sulfurique le chassc completement de ses sels dissous dans 
1 eau (Bcrtbclot). 

La plupart des tartrates sont cristallisables; beaucoup d entre eux sont meme 
rcman|ua!)lcs par la beaute de leurs cristaux. Comme ils dt-rivent de 1 acide 
tartrique ordinaire pour les besoins de la medecine, ceux que Ton trouve dans 
les pharmacies devient a droite le plan dc polarisation de la lumiere polarisee, 
comme leur generateur. Les uns, et c est le plus grand nombre, sont solubles 
dans 1 cau, lesautres y sont insolubles; ces derniers sont ordinairement solubles 
dans les acidcs a/otique, acetique, tartrique. A 1 exception de ceux de mercure 
et d argent, ils sont solubles dans les alcalis en exces, meme dans 1 ammo- 
niaque. 

Calcim s ;i 1 air, ils repandent une odeur caramelique caracteristique. Leurs 
solutes aqueux sc rccouvrenta la longue de moisissures. 

On les prc|i;irc. en saturant 1 acide librc par les hydrates ou les carbonates 
metalliqucs. Ceux qui sont insolubles so forment par double decomposition avec 
un tartrate alcalin et un scl metallique. 

TARTRATE D ALUMINE. Lc tartrate simple est sous forme d une masse gora- 
meuse, doue d une saveur doucealre, puis apre et de sagreable. 11 est soluble dans 
1 eau, mais non deliquescent (voy. ALUMINIUM, p. 452). 

Le tartrate d alumine et d ammonium est sous forme d une masse amorphe, 
tres-soluble dans 1 eau. 

Le tartrate double d alumine et de potassium se presente sous deux etals : 

1 Le sel neutre, qui se forme lorsque 1 on sature la creme de tartre avec de 
Tbydrate d alumine. Chose curieuse, ce sel en solution concentnie devie a 
gauche le plan de polarisation a la lumiere polarisee, mais la rotation diminue 
avec la dilution et fmit meme par passer a droite (Biot). 

2 U Le sel basique, qui prend naissance lorsque Ton sature a 1 e bullition du 
tartrate neutre de potassium par de 1 hydrate d alumine. Le solute, qui reste 
neutre, precipite par 1 alcool des gouttelettes oleagineuses, qui sont solubles 
dans 1 eau et qui restcnt sous forme gommeuse par evaporation. 



TARTRATE D AMMONIUM. Fortnules : 



Equiv. C 8 H*(AzH*) 2 12 . 



Atom. C*HK)(A2H). 
Ton prepare en saturant un solute d acide tartrique par du carbonate d ammo 
niaque ; on evapore le solute, en ajoutant de temps en temps du carbonate 
d ammoniaque. 

II est en beaux cristaux clinorhombiques, tres-solubles dans 1 eau, perdant a 
1 air de l ammoniaque. 

On connait un tartrate acide, G 8 H 3 (AzH 4 )0 12 , qui prend naissance lorsque 1 on 
ajoute de 1 acide tartrique a une solution concentree du compose precedent. 

II est en lamelles brillantes ou en tables hexagonales allonge es, appartenant 
au type orthorhombiqne, peu solubles dans 1 eau froide, tres-solubles dans 1 eau 
bbuillante. 



TARTRATES. 73 

( Equiv.: CH*(BoO s K)0. 
TARTRATE BORLCO-POTASSIQUE. For mules : j .j* . C 4 H 4 6 (BoOHv 

appele encore creme de tartre soluble, se pre pare en faisant bouillir avec do 
1 eau 100 parties de creme de tartre et 25 parties d acide borique cristallise. 
On evapore le tout en consistance semi-liquide, puis on acheve la dessiccation 
sur des assiettes, que Ton dispose dans une etuve chauffee a 40 et 50 degres. 

II est en ecailles, amorpbes, transparentes, d une saveur acide, facilement 
solubles dans 1 eau. 

TARTRATES DE FER. Voy. FER, p. 492. 

TARTRATES DE MAGNESIUM. 1 Tart rate ncutre. 
I Equiv. C 8 Ii*Mg i li -h41I a 8 : 

Formules: 6 Sc plvpare en faisant 



dans une solution etendue d acide tartrique, un exces de magnesie blanche. 

En concentrant la liqueur filtree, le tartrate de magnesium se depose sous 
forme de croutes blanches, solubles dans 122 parties d eau a 16 degres, beancoup 
plus solubles en presence du chlorhydrate d ammouiaque ou de I acule borique. 
L acide tartrique, employe en execs, empeehe I;i precipitation des sels de magne 
sium par les alcalis ou les carbonates alcalins. 

Les limonades au tartrate de ni/iijucsie onl He proposees pour n-mplacer 
celles du citrate dc la meme base. 



*-l 

2 Tartrate acide. Formules : \ . 11 prend naissancc 

(G*H 5 B ) s Mg. 



lorsque Ton emploie dans la preparation precedente un exces d acide tartrique. 
D apres Bergmann, il cst en prismes a six pans, transparents. Dulk 1 a obtenu 
sous forme de croutes cristallisees, anhydres, solubles a 10 degres dans IVJ p;ir- 
ties d eau. 

, T I Equiv. C 8 H v Mg s O - .2Mfi;0 + 21I 2 . 

3 Tartrate basique.- Formules : \ * rvil ... _ onift On 



Atom. C 4 ll 0Alg. MgO-f-2IPO. 
1 obtient en ajoutant de 1 ammoniaque dans les sels doubles qne le tartrate de 
magnesium forme avec les tartrates alcalins. Toutefois, la presence d un grand 
exces do sels ammoniacaux empeche toute precipitation. 

G cst une poudrc blanche, cristallisee, ;\ peinc soluble dans 1 eau, puisqu clle 
exige plus de 4000 parties d eau froide pour se dissoudre; 1 ammoniaque 
n augmentc pas sa solubilite. II pcrd de 1 cau au-dessus de 100 degres, sans 
brunir. 

4 Sels doubles. Le tartrate de magnesium et de potassium, C 8 H*KMg0 ls 
4-4H s 2 , s obtient en faisant bouillir la creme de tartre avec un exces de 
magnesie blanche en quantite suffisante d e.ui. Lc liquide filtre laisse deposer 
de petits cristaux, inalterables a 1 air, tandis quo 1 eau- mere fournit a 1 evapo- 
ration une masse gommeuse. 

Le tartrate de magnesium et de sodium, G 8 H*KNa0 la -f-5H 2 2 , se prepare 
en soumettant a 1 dvaporation un solute contenant du sel de Seignette ct du 
chlorure de magnesium. II est en cristaux prismatiques, efflorescents, apparte- 
nant au systeme clinorhombique. 

TARTRATES DE MERCURE. Le tarlrate mercureux, tartre mercuriel des alchi- 
mistes, se forme lorsque Ton verse un solute de lartrate neutre de potasse, ou 
meme de 1 acide tartrique, dans du nitrate mercureux. 

Poudre blanche, cristalline ou en paillettes, sc colorant rapidement a la 
lumiere, en presence de 1 eau. 



74 TARTRATES. 

II cst insoluble dans 1 eau, 1 alcool, Tether, fort soluble dans 1 aoide azolique, 
moins facilement dans Jes acides tarlrique et acetique. 

L eau bouillante Tallere, les alcalis en separent do 1 oxyde mercureux ; avec 
1 ammoniaque, on obtient une poudre noire, qui parait eonstituer un tartrate 
mercuroso-ammonique. 

Le tartrate mercuroso-potassique s obticnt en faisant bouillir avec de 1 oxyde 
mercureux un solute de bitaitratc de potassium. 

11 cristallise en petits prismes incolores, peu solubles dans 1 eau, facilement 
dans les acides nitrique, tartrique, acetique. 

Le tartrate mercurique se prepare en traitant un sel mercurique, azotate ou 
acetate, par 1 acide tartrique ou par le tartrate neutredc sodium. 

Poudre blancbe, insoluble dans 1 eau, 1 alcool et Tether, aisement soluble dans 
les acides acelique, tartrique etazotique dilues; ses solutes precipitent de Toxyde 
mercurique par les alcalis. 

Delaye dans Tammoniaque, il donne naissance a une poudrc blanche, qui est 
un tartrate mercuro-ammonique, sel blanc, insoluble dans Teau, qui prend 
encore naissance directement lorsque Ton chauffe de Toxyde mercurique en 
exces avec une solution de tartrate ueutre d ammonium. 

Le tartrate mercurico-potassic/ue s obtient en saturant a chaud le bitar- 
tratc de potassium avtc de Toxyde mercurique. Par le refroidissement, le li- 
quide filtre laissc deposer de petits prismes blancs, brillants, a peine solubles 
dans Teau Iroide, davantage dans Teau bouillante, les acides et le tartrale 
de potassc. 

Sa reaction est acide; il possede une savour melallique. La potasse le preci- 
pite en rouge, les carbonates alcalins en blanc, tandis que Tammoniaque n y 
produit aucun trouble. 

La celebre liqueur veye to-mine rale de Pressavin etait a base de tartrate de 
mercure et de potasse. 

TARTRATES DE POTASSIUM. 1 Bitartrate de potasse ou creme dc tartre (voy. 
ce mot). 

, T \ Equiv. C 8 H l O,Aq. 

2 Tartrate neutre de potassium. Formulas : } ./ muivon* Ge 

f Atom. C*H*K 2 6 ,Aq. 

sel, appele aussi tartrate soluble, sel vegetal, se prepare en saturant par le 
carbonate de potassium une solution bouillante de creme de tartre ; par concen 
tration, il se separe sous forme d une poudre difficilement cristallisable ; sa den- 
site est e gale a 1,96 (Buignet). II renferme un equivalent d eau, qu il ne perd 
qu a 180 degres. 11 est extremement soluble dans Teau, et le solute, additionne 
d alcool, laisse precipiter un produit huileux, qui refuse de cristalliser, merae 
apres plusieurs lavages a 1 alcool. A Tetat humide, les cristaux tombent en 
deliquium. 

La plupart des acides precipitent sa solution; il en est de meme du brome, 
sans que Tacide tartrique soil attaque (Cahours). Lorsqu on doit Tadministrer 
a Tinterieur, il ne faut done pas Tassocier a des acides ou a des sels acides. 

5 Tartrate de potassium ou d ammonium. 

r \ Equiv. C 8 H*(K.AzH*)0 12 -hAq. 

Formula : j ^ m ^ R ^ + ^ Sel double que 1 on obtient en 

saturant par Tammoniaque le bitartrate de potasse; on evapore ensuite jusqu a 
cristallisation. 

Cristaux orthorhombiques, isomorphes avec ceux du sel precedent, tres- 



TARTRATE s. 75 

solubles dans 1 eau, a saveur fraiche et piquante; sa densite est egale a 1,7 

(Schifi). 

A 1 air, il devient rapidement opaque, en perdant de 1 ammoniaque ; vers 
140 degres, tout le gaz se degage et il ne reste plus que du bitartrate de potas 
sium. 

TARTRATE DE QUININE. Voy. QUININE. 

TARTRATES DE SODIUM. Memes sels et memes proprietes generates que les 
derives potassiques. 1 Sel acide, C 8 H 5 Na0 12 ,H 2 2 . Se prepare en traitant 1 acide 
tartrique par le carbonate de sodium, puis en ajoutant, aprcs la saturation com 
plete, une quantite d acide tartrique egale a cellc qui a etc primitivement 
employe e. 

Prismes orthorombiques, transparents, solubles dans 1 eau, insolubles dan> 
1 alcool. 

2 Sel neutre, C 8 H l Na 3 12 ,2IP0 3 . Se prepare en saturant un solute d acide 
tartrique par le carbonate de sodium. 

Cristaux transparents, orthorhombiques, inalte rables a 1 air, solubles dans 
5 parties d eau froide, insolubles dans 1 alcool absolu, ayant pour densile 1,791 
(Buignet). 

Chauife, il fond dans son eau de cristallisation, qu il ne perd qu au voisinage 
de 200 degres. 

3 Tartrate double de sodium etd ammonium, C 8 H*(Na.AzII G )0",-iIl 2 J . 

On le prepare en saturant du bitartrate d ammonium par du carbonate de 
sodium. 

Tres-beaux cristaux, volumineux, orthorhombiques, tres-solubles dans 1 eau. 

Le racemate correspondant a servi de point de depart a M. Pasteur pour 
dedoubler 1 acide racemique en acides tarlriques, droit et gauche. 

4 Tartrate double de potassium et de sodium ou sel de Seignette. 

^Equiv. C 8 H 4 Ki\a0 12 +4IPO i! . 
b ormules : < . * fi|iir\f. r\r, /mn important, 1 un des plus beaux 

de 1 acide tartrique, decouvert en 1672 par Seignette, pharmacien a La Rocbelle ; 
sa preparation, reste e longtemps secrete, a ete de voilee en 1751 par Boulduc, 
qui fit connaitre son mode d obtention avec la creme de tai tre et le carbonate de 
sodium. 

Pour le preparer, on porte a 1 ebullition, dans une capsule, 100 parties de 
creme de tartre avec 350 parties d eau ; on ajoute le carbonate par petites por 
tions, soit en tout 75 grammes, en ayant soin d agiler continuellement, tant 
que 1 effervescence se manifesto. On iiltre, on evapore jusqu t ce que le solute 
marque 1,38 au densimetre, puis on abandonne le tout a la cristallisation. 

Le sel de Seignette est en gros prismes orthorhombiques a 8 pans, le plus 
souvent coupes dans la direction de leur axe, d ou le nom de sel en tombeaux 
des anciens chimisles; sa densite est egale a 4,79 (Buignet). II s effleurit super- 
ficiellement dans Fair sec, tandis qu il attire au contraire 1 humidite atmospbe- 
rique a 1 air humide. 

11 fond vers 75 degres en un liquide qui commence a bouillir vers 120 degres; 
a 160 degres , 1 ebullition cesse , pour reprendre un peu au-dcssous de 
200 degres; il est alors anhydre. Au-dessus de 200 degres, il s altere et se 
de compose entierement vers 220 degres. 

II est tres-soluble dans 1 eau; en se dissolvant dans ce liquide, il produit un 
grand abaissement de temperature. 11 est insoluble dans 1 alcool. 



76 TARTRIQUES (ACIDES) (CIIIMIE). 

Ce sel, qui a joui d une immense reputation, est un bon purgatif, a la dose 
de 25 a 50 grammes. II sert de base a la poudre purgative des Anglais, poudre 
gazogene dont voici la formule : 

Seidlitz podwers (voy. SEIDLITZ). BOURGOIN. 

II. Empioi medical. II est traite de 1 emploi medical des tartrates au 
nom de leurs bases, qui en determinent reellement la specialile therapeutique. 
Un des avantages des tartrates est, comme pour les citrates et les lactates, de 
permettre I administration de certaines substances sous une forme soluble; 
on a vu, en el fet, plus haul, que le plus grand nombre des tartrates sont 
solubles. 

On consultera : pour les tartrates ferriques, 1 article FER, p. 492 ; pour letartrate 
d alumine, 1 article ALUMINIUM, p. 440; pour le tartrate d ammonium (qui n est 
guerc usite) , 1 article AMMONIAQUE, p. 685 ; pour les tartrates de magne sie, 1 article 
MAGNESIE, p. 701; pour le tartrate de incrcnrc, 1 articlc MERCUP.E, p. 75; pour 
le tartrate de quinine, 1 article QUININE,, p. 260; pour les tartrates de potasse 
et de soude et pour le tartrate double de soude et de potasse, les articles POTASSE 
et SOUDE. Le tartrate double de potasse et d aniimoine a ete traite au mot 
EMETIQUE ; la creme^de tartre (tartrate acide de potasse) et la creme de tartre 
soluble (tartrate borico-potassique) ont etc 1 objet d un article special. Voy. aussi 
SEIDLITZ-PODWERS et SEIGNETTE. D. 

TARTAR. Ce mot designe generalement des composes a bases de tartrates. 

Tartre du vin. II est constitue par le depot qui se forme sur les tonneaux 
ou du vin a sejourne et renferme principalement du tartrate acide de potassect 
du tartrate de chaux (voy. VIN). 

Tartre ammoniacal. Tartrate d ammonium. 

Tartre chalybe. Obtenu en faisant bouillir 1 p. de limaille de fer et 4 p. de 
creme de tartre dans 20 p. d eau (voy. FER). 

Tartre emetique. Voy. EMETIOUE. 

Tartre martial soluble. Se prepare en melangeant I p. de tartrate neutre 
de potasse avec 4 p. de teinture de mars tartarisee, et evaporant dans un vase 
de fer jusqu a siccite (voy. FER). 

Tartre stibie. Voy. EMETIQUE. 

Tartre tartarise . C est le tartrate neutre de potasse (vsy. POTASSE et TAR 
TRATES). 

On a donne aussi le nom de tartre au sel de duobus, qui est le sulfate de 
potasse. D. 

TARTRIQUES (AciDEs). g 1. Chimic. 

( Equiv. C 8 H G 12 
Formitles : c CH(OH).C0 2 H. n 

( Atom. L*H 8 0* = i rn/mi\ PAOU On connait actuellement 

f LuHUllj.tiU li. 

quatre composes repondant a la formule ci-dcssus : les acides tartriques droit et 
gauche, 1 acide racemique et 1 acide tartrique inactif. 

Tous ces corps sont tetratomiques. deux fois acides et deux fois alcools. Us 
presentent les memes reactions generates au point de vue cliimique, mais, a 
1 etat de liberte ou sous forme de sels, ils different par leurs caracteres phy 
siques, notamment la forme cristalline, le pouvoir rotatoire, la solubilite . 



TARTRIQUES (ACIDES) (CIIIMIE). 77 

Vacitle tarlrique droit, ainsi que Ics sels, devie a droite le plan de polarisa 
tion tie la lumiere polarisee; ses cristaux sont hemiedres. G est le plus impor 
tant et le seul employe en medecine. 

V acide tartriqne gauche et ses sels ont des pouvoirs rotatoires de memc 
o-randeur que les precedents, mais en sens oppose, et presentent I hemiedric non 
superposable ; en d autres termes, Ics deux corps correspondants, pris deux a 
deux, sont symetriques, de la meme maniere qu nn objct et son image vuedans 

un miroir. 

[, acide race mique resulte de 1 union des deux acides droit ct gauche. Get 
acide et ses sels ne sont pas hemiedres, n ont pas d ac .ion sur la lumiere pola 
risee. On peut Ie dedoubler en ses deux generateurs. 

ISacide inactif, comme 1 indique son nom, ne possede pas de pouvoir rola- 
toire et ne peut elre dedouble en acides tartriques droit et gauche. 

Ces quatre corps peuvent etre transformes les uns dans les autres par des 
precedes reguliers, sous 1 influence de la clialeur, dans des conditions qui ont 
etc entrevues par Dessaignes et precisees par Jungflei.M-li. 

II suffit pour cela de chauffer avec un pen dVau Ics <li verses varietes d acidc 
tartrique : le droit et. le gauche disparaissent d abord enticement, <lr maimVc 
a engendrer deux acides inaclifs; pour ces derniers la transformation est reYi- 
proque et donne lieu a des cquilibres variables suivant Ics conditions de 1 expe- 
rience, 1 acide racemique, par excmple, etant d aulant plus abondant que la 
temperature a etc plus elevee, du moins dans certaines limitcs. 

ACIDE TARTRIQUE DROIT. Les alchimistes avaient considere le tartre des vins 
comme un acide. En 1732, dans ses Elements de chimie, Boerhaave dit que ce 
corps est un acide solide, qui jouit de la singuliere proprit te de se converlir en 
alcali par 1 action du feu. T rente ans apres, Margralf de montra que 1 alcali 
preexistait dans le tartre, matiere saline de laquelle Scheele retira 1 acide tar 
trique en 1769. 

L acide tartrique est tres-repandu dans la nature, soil a 1 e tat libre, soil le 
plus souvent a 1 etat de sel de potassium ou de calcium. On le rencontre dans 
les sues de la vigne au prin temps, dans les tamarins, la casse, les pelargoniums, 
les baies du sorbier des oiseaux, celles des Wins typhinum et JR. ylabrnm, des 
Vitis sylvestris et Mahonia aqui folia, du miirier blanc; dans les feuilles de 
Chelidonium majus, de la rliubarbe ; 1 oseille, les cornichons, le poivre noir ; 
les fleurs de camomille, de Taraxacum dens leonis ; les racines de garance, de 
Nympha alba, de chiendent; les tubercules de topinambours, la pomme de 
terre, les bulbes de scille, etc., etc. 

On 1 obtient artificiellement dans une foule de circonstances, notamment : 

Lorsque Ton oxyde par 1 acide nitrique les malieres sucrees et les corps qui 
en derivent : amidon, gommes, glycoses, acides mucique et saccharique, etc. 

On obtient tantot de 1 acide tartrique droit, de 1 acide racemique ou de 
1 acide inactif, tantot un melange de ces differents corps. C est ainsi que I amidon 
et la glycose donnent seulement de 1 acide tartrique droit ; la levulose et 1 acide 
mucique, la mannite et la dulcite, de 1 acide racemique; le Sucre de canne et 
le lactose, un melange de ces deux corps (Hornemann, Heinlz). 

La synlhese totale de 1 acide tartrique a ete realise e par Jungfleisch, en 
mettant a profit les reactions synthetiques decouvertes par Maxwell Simpson, 
Perkin ct Duppa, Kekule. A cet effet, on combine I ethylene, C*H*, avecle brome, 
ce qui fournit le bromure d ethylene, C^H^Br 2 , corps que Ton transforme en 



78 TARTRIQUES (ACIDES) (CIIIJIIE). 

cyanure d ethylene ou elher dicyanhydrique du glycol, C*H*(C*Az). Ce cyanure, 
bouilli avec de la potasse, donne de 1 acide succinique (M. Simpson) : 



Attaque par le brome, 1 acide succinique fournit le derive bibrome C 8 H 4 Br 2 8 , 
<[iie Ton transforme a son tour par oxydation avec 1 oxyde d argent en acide tar- 
trique inactif : 

C*HBr 2 8 H- 2 AgO + H 2 2 == 2AgBr -f- C fPO 12 . 

Enfin, cet acide inactif, chanffe avec de 1 eau vers 175 degres, se transforme 
parliellement en acide racemique, lequel est ensuite dedouble en acide droit et 
gauche par le precede classique dc Pasteur. 

Cette synthese est trcs-importantc, car elle d em on t re que le cbimiste, dans 
son laboratoire, peut creer de toutes pieces des substances douees du pouvoir 
rotatoire. 

Preparation. L acide tarlrique existe dans un grand nombrede fruits acides, 
mais c est surtout le jus du raisin qui sert de point de depart a sa fabrication. 

Apivs la fermentation, alors que le liquide est devenu alcoolique, la creme 
de tactic, contenuc naturellement dans le raisin, devientmoins soluble else pre- 
cipitc, enlramant avec rile plusieurs produits, notammentdu tartrate de chaux 
et des matieres colorantcs, des oxydos de fer, d alumine, des phosphates, etc. 
C cst cc melange* impnr qui constitue le tartre brut. La precipitation se con 
tinue lentement pendant plusieurs mois, parce que le liquide, echauffe d abord 
par les phenomenes de fermentation, se refroidit lentement et finit par prendre 
la temperature du milieu ambiant; le tartre brut purifie conslitue la creme de 
tartre ou tartrate acide de potassium. 

Pour retirer 1 acide tartrique de ce sel, on traite celui-ci par 12 a 15 fois son 
poids d eau bouillante; on ajoute de la craie, tant qu il se produit une effer 
vescence. La moitie de 1 acide tartrique se trouve alors transform ee en tartrate 
de chaux insoluble, tandis que 1 autre moitie reste en solution, a 1 etat de tar 
trate neutre de potassium : 

2G 8 H S K0 12 H- 2C 2 Ga 2 O fi = C J V + C 8 H*Ca*0" H- C^ ^K^O 12 -f- H 2 2 . 

Le liquide est alors traite par un sel de chaux soluble, le chlorure de cal 
cium, par exemple, ce qui donne naissance a un deuxieme precipite que Ton 
reunit au premier : 

C 8 H 4 K 2 12 -h2CaCl = 2KCI +- C 8 H v Ca 2 12 . 

Les precipites, apres lavage, sont decomposes par de 1 acide sulfurique etendu 
de deux ou trois fois son poids d eau, ce qui fournit du sulfate de chaux et de 
1 acide tartrique libre : 

C 8 H l Ca 2 12 -1- S 2 H 2 S = S 2 Ca 8 + C 8 H 6 12 . 

On separe le sel calcique, on evapore la liqueur et on fait cristalliser le 
liquide sirupeux a une douce chaleur. Pour avoir de beaux cristaux, il convient 
d operer en presence d un leger exces d acide sulfurique. 



TARTRIQUES (ACIDES) (CIIIMIK). 79 

L industrie <le 1 acide tartrique ayant pris unegrande extension depuis quelques 
annees, on ne s arrete plus a la purification du tartre dans la pratique indus- 
triclle : on traite les tartres bruts ou les lies par 1 acide chlorhydrique dilue, 
vehicule qui laisse de cole les malieres colorantes et autres impuretes, tandis 
que le solute filtre retient 1 acide tartrique, accompagne de clilorure dc calcium 
et de chlovure de potassium. On ajoute a ce liquide de la chaux ou du carljonate 
de chaux, qui precipite 1 acide tartrique a 1 etat dc tartrate de chaux; on decom 
pose ce dernier par 1 acide sulfurique ct on sc sort, pour effectuer la concentra 
tion, d appareils en plomb dans lesquels on fait le vide (Mulaton). 

La fabrication de 1 acide tartrique reutre maintenant dans la grande Industrie. 
En Anfleterre, il y a maintenant autour de Londrcs plusiciirs laliriques qui 
fournissent annuellement jusqu a 1500 tonnes dc produit; une egale quantitc 
au moins est extraitesur le continent, nolamment aLyon, a Thann, a Pforzheim, 
a Pesth et a Vienne. 

Proprie te s. L acide tartrique droit est nn corps transparent, cristallisant en 
beaux prismes rhomboi daux obliques et hemiedres; sasavcnrc- -I Iranrlie, acide 
et agreable; son poids specifiquc est egal a 1,739 (Buignet). 11 ne cuntient |ia< 
d eau de cristallisation ct est inalte raljlc a 1 air. 

11 est tres-soluble dans 1 cau, d autant moins dans 1 alcool que celui-ci est 
plus concentre; parcontre, il est tres-peu soluble dans IVtlier. 

A la temperature de 15 degres pour 100 parties de liquide, on a le tableau 
suivant : 



E;iu 


Acide dissous. . . 


! T>7 , 


Alcool a 90 degres .... 
Alcool absolu 
Ether pur. 


* . * 


-il,loj 
25,601 

0,400 



Gerlach. 
Dourgoin. 



En se dissolvant |dans 1 eau, il determine un abaissement de temperatnre : il 
absorbe 5 cal. 45 (Berthelot), o cal. G, d apres Tbomsen (I calorie = 
1 Kg degre). La solution se recouvre a la longue de moisissures, mais on 
evite cette alteration au moyen de plusieurs antiseptiques employes en petite 
quantite, comme le phenol et 1 acide salicylique. 

Son pouvoir rotatoire dcxtrogyre vatic avec la concentration et se modifie 
suivant des lois differentes pour les diverses parties du spectre (Biot). 

Sourais a 1 action de la cbaleur, 1 acide tartrique fond vers 175 degres et se 
transforme, sans perdre de son poids, en acide metatartrique ; en prolongeant 
1 action de la chaleur, il laisse degager de 1 eau et fournit plusieurs anhydrides 
(voy. ce mot). 

A une temperature plus eleve e, lade composition est profonde. Vers 220 degres, 
il se boursoufle considerablement, se colore de plus en plus, bouillonne, degage 
regulierement de 1 acide carbonique et fournit un liquide jaune contenant de 
1 eau, des acides acetique, pyruvique, pyrotartrique; au-dessus de 220 degres, 
on obtient en outre du gaz des marais et un produit huileux, empyreumatique, 
contenant de Y acetone dipyrotartrique (Bourgoin). 11 reste finalement dans la 
cornue un charbon tres-volumineux (Berzelius). 

Pelouze a eludie avec soin les diverses phases de cette decomposition : entre 
170 et 190 degres, on obtient dc 1 acide carbonique, de 1 eau, de 1 acide pyro 
tartrique, un peu d acide acetique, d ethylene et de charbon ; de 200 a 500 degres, 
les memes produits apparaissent, mais les trois premiers sont moins abondants. 
Enfm, a feu nu, on obtient de faibles quantites d acide carbonique, d eau 



80 TARTRIQUES (ACIDES) (CHIMIE). 

et d acide pyrotartrique, mais beaucoup d ethylene, de produits empyreuma- 
tiques et de charbon. 

La decomposition de 1 acide tartrique par la chaleur est done une reaction 
tres-compliquee, dont il est difficile de se rendre compte a 1 aide de formulas 
regulieres. Cependant on pent admettre : 

1 Qu il y a d abord perte d eau et formation d acide tartrique insoluble : 



2 Qu il y a ensuite perte d acide carbonique, avec formation d acide pyru- 
vique : 

C- O = C 6 I1*0 B : 



5 Que 1 acide pyruvique, a son tour, engendre, par un mc caflisme analogue, 
les acides pyrotartrique ct uvitique : 

2C 6 I1 4 G C 2 4 =C 10 H 8 8 
5C 6 Il*0 2C J 0* ~ 2H 2 2 = C 14 H 8 6 . 

Cbauffe a 1 air, 1 acide tartrique repand une odeur particuliere qui rappelle 
cellc du caramel. C est la un bon caractcre analytique pour deceler la presence 
de 1 acide tarlrique dans un melange. 

Melange avec de 1 eponge de platine et cbauffe dans un courant d oxygene, 
vcrs 160 degres, 1 acide tartrique donne de 1 eau et de 1 acide carbonique ; il 
se transforme cornpletemcnt en ces deux produits a une tempe rature infe rieure 
a 250 degres (Millon et Heisct). L oxygene clcctrolytique donne au pole positif 
de 1 acide carbonique, mele ade petiles quantites d oxyde de carbone, tandis que 
le liquide positif se charge d acide acelique (Bourgoin). i 

Avec le permanganate de potassium, des la temperature de 50 a 60 degres, 
le melange se decolore rapidement, il se precipite du peroxyde de manganese 
et il se degage de 1 acide carbonique; dans ces conditions, il se forme de 1 eau 
et de 1 acide formique (Pean de Saint-Gilles). 

L acide formique prend egalement naissance lorsqu on attaque la dissolution 
aqueuse par le peroxyde de manganese, le dichromate de potassium ou 1 oxyde 
puce de plomb. Avec 1 acide nitrique a chaud on obtient de 1 acide acetique, de 
1 acide oxalique, de 1 acide saccharique, etc. L acide fumant fournit de 1 acide 
nitrotartrique (Dessaignes). 

En solution alcaline, 1 acide tartrique reduit les sels d argent, proprie te qui a 
ete mise a profit pour 1 argenture du verre. 

L bydrate de potasse en fusion fournit un melange d oxalate et d acetate de 
potassium : 

C 8 H0 12 =C 4 H*0*-hC*H 8 8 . 

Avec Jes corps reducteurs, tels que 1 acide iodhydrique, on peut enlever de 
1 oxygene, de maniere a retomber sur les acides malique et succinique : 

Qsjieoia O 2 C 8 H 6 10 
C8R 6 12 20 2 = C 8 H 6 8 . 

Une solution concentre e d acide tartrique se conserve longtemps sans alte ra- 
tion dans des flacons bien boucbes et conserve sensiblement son meme titre, 



TARTRIOUES (ACIDES) (PIFAIIMACOLOGIE). 81 

meme lorsqu il se develop pe a sa surface des moisissures (Wittstein). Les solu 
tions etenducs acquierent avec le temps la propriete de reduire la liqueur cupro- 
potassique, ct on peut alors y constater la presence de 1 acide aeetiquc (Staedeler). 

Enfin, au point de vue medical, comme au point de vue chimique, il faut se 
rappeler que 1 acide tartrique possede la propriete d empecher la precipitation 
d un grand nombre de metaux par les alcalis, par suite de la formation de sels 
doubles indecomposables : tels sont les oxydes de zinc, de cobalt, de nickel, de 
bismuth, de plomb, de cuivre. 

Au contraire, ceux de mercure, d argent et d etain sont precipites. Tons ces 
oxydes sont attaques par 1 acide sulfbydrique ou le sulfure d ammonium, a l;i 
maniere ordinaire. 

Les reactions des me"taux avec d autres reaclifs sont egalcment modifiees; 
toutefois, dans la plupart des cas, les phosphates, pyrophosphates, arseniates et 
borates alcalins, precipitent des tartrates doubles que les alcalis et les carbo 
nates alcalins ne peuvent decomposer (Grothe, Aubel et Ramdohr). 

II Pharmacoiogie. L acide tartrique a do nombreux emplois en ti-in- 
ture, en impression, en photographic, en analyse chimique, en mcdecinc et 
en pharmacie. 

Leplus souvent il est employe a 1 etat de tarlrate. On en fait une limonadr 
et il sert a la confection d un sirop rafraichissant. 

II est egalement prefere pour la preparation des poudres gazogenes medicinales, 
pour fabriquer 1 eau gazogene dans les appareils portatifs, comme celui de 
Briet. 

Introduits dans 1 organisme, 1 acide tartrique et les tartrates alcalins y subissent 
une oxydation complete, avec formation d eau et de carbonates alcalins : aussi 
ne les rencontre-t-on pas dans les urines (Buchheim). 

SIROP D ACIDE TARTRIQUE 

Aciite tavtrique cristallise 10 grammes. 

Eau distillee 10 

Sirop de sucre 980 

On fait dissoudre 1 acide dans 1 eau, on ajoute le solute au sirop et on 
melange le tout (Codex). 

LIMONADE TARTRIQUE 

Sirop d acide tartrique 100 grammes. 

Eau . 900 

Melez (Codex). 

Essai. L acide tartrique du commerce n est pas toujours pur : il peut con- 
tenir de 1 acide sulfurique, des sulfates, des chlorures, des traces de plomb et 
de cuivre, impuretes qui disparaissent par une nouvelle cristallisation. 

On peut y ajouter frauduleusement de la creme de tartre, du bisulfate de 
potasse, de 1 alun. 

Lorsqu il est pur, il se dissout completement dans 1 eau et dans 1 alcool. On 
reconnait les sulfates par la calcination et on les caracterise ensuite par le chlo- 
rure de baryum. S il renferme des chlorures, son solute precipite par le nitrate 
d argent et le precipite est soluble dans 1 ammoniaque. 

Le plomb se reconnait au moyen de 1 hydrogene sulfure, qui donne un pre 
cipite noir ; le cuivre, avec 1 ammoniaque, qui colore la liqueur en bleu. 
DICT. ESC. b" s. XYI. 6 



82 TARTRIQUES (A.CIDES) (TOXICOLOGIE). 

II. ACIDE TARTRIQUE GAUCHE. Get aczde, qui a etc decouvert par Pasteur, se 
prepare par le dedoublement de 1 acide racemique. En transformant re dernier 
en racemate double de soude et d ammoniaque, il se depose par cristallisation 
deux sortes de cristaux, affectes de dissymelrie moleculaire. On separe ceux 
dont les facettes hemiedres sont tournees a gauche et on en retire 1 acide de la 
meme maniere que 1 acide droil. 

II ressemble sous tous les rapports a 1 acide tartrique droit, sauf pour le 
pouvoir rotatoire qui a la meme valeur, mais qui est de signe contraire. 

Ses derives presentent les memes differences avec ceux de 1 acide tartrique 
droit, les formes cristallines etant affectees d hemiedrie en sens contraire. 

III. AciDE RACEMIQUE OU PARATARTRIQUE. Voy. PARATARTRIQUE. 

IV. ACIUE TARTRIQUE iNACTiF. 11 a ete deeouvert par Pasteur dans les produils 
de 1 action de la chaleur sur le tartrate de cinehonine; il resulte aussi de 
1 oxydation de 1 acide succinique. II se forme encore, mais en petites quantites, 
lorsque 1 on fait bouillir pendant longtemps des solutions chlorhydriques d acide 
racemique ou d acide tartrique, ou lorsque 1 on soumet la sorbine a 1 oxydation. 

On le prepare d ailleurs comme 1 acide racemique, mais en chauffant seu- 
lement a 160 degres. Les eaux meres, apres le depot d acide racemique, sont 
saturecs a demi par la potasse : le racemate et le tartrate droit, qui sont pen 
solubles, se scpareut d abord, tandis que le tartrate inactif, beaucoup plus 
soluble, ne se depose qu en dernier lieu. On le purille par cristallisation, puis 
on le transforme en sel calcique, que Ton traite fmalement par 1 acide sulfu- 
rique. 

Les sels de potassium ct d ammonium sont cxtremement solubles dans 1 eau. 
11 se distingue encore de 1 acide racemique, parce qu il ne precipite pas le 
sulfate de cbaux, mais il s en rapproche en ce que son sel calcique est rapide- 
ment precipite par 1 ammoniaque de sa solution chlorhydrique. BOCRCOIN. 

III. Therapeutiqwe. L emploi the rapeutique de 1 acide tarlrique ne se 
prele a aucune autre consideration que celles qui out ete presentees a 1 article 
ACIDULES. On a vu plus haut a quelle dose il doit etre employe sous forme 
de limonade ou de sirop. On s en sert souvent concurremment avec 1 acide 
citrique pour preparer extemporairement une limonade gazeuse legerement 
laxative (20 grammes d acide tartrique et 22 grammes de bicarbonate de 
soude pour 400 grammes d eau). On emploie aussi 1 un de ces deux acides 
pour la preparation du mellite d iodure de fer (citromel ou tartromel), des 
tine a remplacer le sirop, comme presentant une solution plus soluble de 
1 iodure. D. 

IV. Toxicologic. Dans 1 empoisonnement par les acides vegetaux, 
1 acide tartrique joue un tres-faible role, surtout en comparaison de 1 acide 
oxalique. Tardieu (Etudes sur i 1 empoisonnement] cite un exemple remarquable 
d intoxication par 1 acide tartrique, ayant donne lieu a une action judiciaire, et 
il fait remarquer a cette occasion que, a mesure que 1 on s eloigne des types 
caracteristiques de l empoisonnement par les acides forts, on voitles phenomenes 
dus a 1 absorption du poison s accuser davantage. Dans ce cas, ]e sang etait 
fluide, poisseux; on en trouvait mele a des petits caillots, dans les cavites droites 
du coeur ; les cavites gauches contenaicnt uncaillot tres-ramolli. Le tissu pulmo- 
naire etait gorge de sang qui s ecoulait par la section. Dans le tube digestif, 



TARTRIQDES (ANHYDRIDES). 85 

rien qu une coloration rosee de la membrane interne de 1 estomac, avec arborisa 
tion et ecchyrnose dans une etendue de 2 centimetres. 

Pour la recherche medico-legale de 1 aeide tartrique, on traite par 1 eau les 
matieres suspectes prealablement divisces; on filtre, ct le residu obtenu est 
repris par 1 alcool, qui dissout 1 acide. On peut aussi, aprcs ebullition des 
matieres dans 1 eau et apres filtration, concentrer le liquide par une evaporation 
partielle et traiter par 1 acetatc basique de plomb. II sc forme un pircipite de 
tartrate de plomb, qu on lave et qu on traile par 1 acide siilfurique on 1 acide 
sulfhydrique. La dissolution filtre e renferme 1 acide tarlriquc, qu on reconnail 
au precipite blanc qu il forme avec 1 eau de chaux, de baryte ou de strontium, 
au precipite grenu dans une dissolution conccntree des sels de potasse et a ses 
autres caracteres chimiques. DECHAMIWE. 

TARTRIQUES (AMIDES). Les amides tartriques resultent de 1 uniondc 1 acide 
tartrique avec 1 ammoniaque, moins de 1 eau. 

Us jouissent des proprietes des amides bibasiques ct pcuvcnt I trc rapp(irl( ; s 
aux trois types suivants : le tartramidc, 1 acide tartramique, li- lartriiuidc; a 
la verite, ce dernier est encore inconnu, mais on a de crit le pliunllnmide. 

1 Tartramide. C 8 II 2 S (A/IF 1 ) 3 . II prcnd naissance d apres 1 equalion sui- 
vante : 

C 8 II 8 1S + 2AzIF 2H 2 2 = C- IPAzsQ". 

On 1 obtient en saturant de gaz ammoniac une solution alcoolique dc tar 
trate d ethyle et faisant cristalliser dans 1 eau les aiguilles qui se forment dans 
cette reaction (Demondesir). 

Beaux cristaux orthorhombiques, dextrogyres, bemiedres, se combinanl a 
1 oxyde de mercure et reduisant le nitrate d argent. 

2 Acide tartramique. C*IFAz0 10 : 

G 8 H C 12 -+- A/IF IPO 2 = C 8 Il 7 Az0 10 . 

Se prepare en faisant passer un courant d ammoniaque sur de 1 aiibydridc 
tartrique arrose d alcool, ce qui fournit du tartramate d ammonium. 

Lorsqu on chauffe a 100 degre s le tartrate d ethyle avec de 1 ammoniaque, 
en solution aqueuse et concentree, on obtient un melange de tartrate et de 
tartramate d ammonium, melange que Ton separe par crystallisation fractionnee, 
le premier de ces corps etant moins soluble que le second. 

L acide tartramique est en tres-beaux cristaux orthorhombiques, tres-solubles 
dans 1 eau. 

II est monobasique. BOURGOIN. 

TARTRIQUES (ANHYDRIDES). The oriquement, on peut faire de river de 
1 acide tartrique plusieurs anhydrides, corps qui en derivent par perte des ele 
ments de 1 eau, les uns etant des anhydrides acides, les autres des derives 
etkeres. 

Jusqu ici, on a signale sculement trois anhydrides tartriques dont 1 histoire 
est d ailleurs incomplete et que Ton ne fera que signaler : 1 acide ditartrique 
(tartralique ou isotartrique), 1 acide tartrelique et 1 anhydride tartrique insoluble. 

1 Acide ditartrique. C 16 H I6 22 = C 8 H*0 10 (C 8 H 6 12 ). II se forme lorsque 
Ton maintient pendant longteraps 1 acide tartrique en fusion, a 170-186 degres, 



84 TARTRONIQUE (ACIDE). 

ou encore lorsqne Ton fond, a 160-170 degres, un melange e quimoleculaire 
d acides tartrelique et metatartrique. 

II est incristallisable, deliquescent; 1 eau, par un contact prolong*?, le ramene 
a 1 etat d acide tartrique. 

II est bibasique et ses sels sont incristallisables. 

2 Acide tartrelique. C 8 H*0 10 . L acide tartrelique ou isotartrique est un 
anhydride soluble qui prend naissance, en meme temps que le precedent, lors- 
qu on chauffe pendant lona temps 1 acide tartrique a 180 degres, ou lorsqu on 
chauffe brusquement cet acide a feu nu, pendant quelques minutes, jusqu a ce 
qu il soil transforme en une masse spongieuse : 

C 8 H 6 12 H 2 8 = C 8 H 6 10 . 

11 est jaunatre, deliquescent, et se transforme dans 1 anhydride suivant lors 
qu on le maintient a 180 degres pendant un temps suffisant. II est monobasique. 

Son solute aqueux possede une reaction acide ; a 1 ebullition, il donne de 
1 acide metatartrique et de 1 acide tartrique ; avec les alralis, on obtient de 1 acide 
ditartrique. 

5 Anhydride insoluble. C 8 II*0 10 . Dernier produit de la transformation de 
1 acide tartrique sous 1 influcnce de la chaleur, avant la destruction complete de 
la molecule (Fremy). 

Poudre blancbe ou jaunatre, legSrement acide, insoluble dans 1 cau, 1 alcool 
et Tether. Bouilli avec de 1 eau, il se transforme finalement en acide tartrique; 
il se comporte de la meme maniere vis-a-vis des solutions alcalines. 

BOCRGOI.V. 
TARTROGLYCER1QUE (AciDE). Voij. GlA CERIDES. 

TARTROMEL,. On a donne le nom de tartromel ou de citromel a des pre 
parations dans lesquelles le miel remplace le sirop pour mieux assurer la con 
servation de certains medicaments: tartromel ou citromel d iodure de fer 
(florncastle). D. 

( Fquiv C 6 H 4 10 

). For,m,le: j A ? om .YcHK>=CO H. CH(OH).CO* 
L acide tartronique de Dessaigues est le produit de la de composition de 1 acide 
dinitrotartrique. 

A quelques degres au-dessus de zero, le compose nitre degage lentement du 
bioxyde d azote et de 1 acide carbonique : il se depose des cristaux d acide tar 
tronique, si la temperature ne depasse pas 50 degres. Entre 50 et 40 degres, le 
solute se decompose avec une vive effervescence et on ne recueille plus par 
concentration que de 1 acide oxalique. 

II se forme egalement de 1 acide tartronique lorsque Ton attaque la solution 
de 1 acide dinitre par 1 acide sulfhydrique ou qu on la sature par un alcali. 
Baeyer 1 a egalement obtenu en soumettant 1 acide mesoxalique a 1 action reduc- 
trice de 1 amalgame de sodium. Enfm, Y acide gummique de Reichardt, qui 
prend naissance avec la glycose et la liqueur cupro-potassique, ne parait etre 
autre chose que de 1 acide tartronique. 

II est sous forme de beaux cristaux prismatiques, voluminous, fondant a 



TASMANIE. 81 

150 degres, mais en degageant de 1 acide carbonique; a 180 degres, il resle 
comme residu de 1 anhydride glycolique : 

C 6 H*0 10 C S 0* 4- IPO 2 -+- C*IPO*. 

Les solutions sont stables, meme a 1 ebullilion. II precipite Ics azolates do 
plomb et d argcnt, 1 azotatc mercureux, les acetates de baryum, de calcium et de 
cuivre. 

Lc sel acide cTammonium cristallise en beaux prismes. Ghauffe a 160 degres, 
pendant qnelques heures, il perd de 1 cau et de 1 acide caiboaiquc, en laissant 
un residu cristallin de glycolamide : 

C 6 I1 3 (Azll*) O 10 = C*0* + H 2 2 -I- C*H 3 AzO*. 

BOURGOIN. 

I Enuiv. : C u II lo O u = C t HHO M ir i U li ). 
(ACIDE). Fomwte ; j Atom. : CH 10 8 = C 2 H 5 . G l l|; 
Combinaison d acide tartriqueet d alcool, moins uue moli vulc d eau. 

Get ether se prepare directement en chauflant dans une cornue, jusqu a 
reduction d un tiers, un melange a parties r gales d alcool et d acide tarlrique, 
vers 160 a 170degre*s. Par le refroidissement, il se di po>e ties crislaux que Ton 
reprend par 1 eau et qui se de posent de nouvcau jiar evaporation dans le vide. 

L acide tartrovinique ou ethyltartrique cristallise en prismes incolores, cli- 
norhombiques, inodores, doues a la fois d une savcur acide et sucree. 11 est 
hygrome trique, soluble dans 1 eau et dans 1 alcool, insoluble dans 1 elher; son 
solute aqueux, par une ebullition prolongee, se dedouble en alcool eL eu acide 
tartrique. A la distillation seche, il doune de 1 eau, de 1 alcool, de 1 acide ace- 
tiqite, de Tether acetique, de 1 acide pyro tartrique. L acide nitrique 1 oxyde, 
avec production d acide carbonique, d acides ace lique et oxalique. 

II est monobasiqne. Ses sels, qui crit-tallisent lacilement, sont gras au toucher, 
inodores, tres-solubles dans 1 eau, moins facilement dans 1 alcool ; ils se de com- 
posent a 1 ebullition en alcool et en tartrates acides. 

En remplacant 1 alcool ordinaire par 1 esprit de bois, ct en operant comme 
ci-dessus, on obtient i acide tartromethylique ou acide me thyltartrique (Dumas 
et Peligot). BOURGOIN. 

TA.RTULEIRA. Un des noms donnes a la ratine de Jean Lopez, produite 
par un Toddolia, de la famille des Zanthoxylees. PL. 

TARHI. Nom donne en Malaisie a Yindigo. PL 

TARUPAR.l. On donne ce nom a une racine de la Guyane, qui est 
employee dans ce pays centre les blessurcs des fleches empoisonnees. G est peut- 
etre la racine d un Souchet (Cyperus), de la famille des Cyperace es. PL. 

TARY. Nom donne au Malabar au vin de cocotier et de quelques autres 
Pahniers. PL. 

TASMAXIE, OU DIEMENIE, OU TERRE DE V AN-DIE MEIV. C est uue 

ile appartenant a 1 Angleterre et situee au sud de TAustralie dont la se pare le 



86 TASMANIE. 

detroit de Bass, par 40, 41 et 45, 59 de latitude sud, 143 et 146 degres de 
longitude est. Elle a 280 kilometres de long sur 250 de large; sa superficie 
egale 67,898 kilometres carres. 

Ellc a ete decouverte parle navigateur hollandais Abel Tasman, qui 1 appela 
terre de Van-Diemen du nom d un gouverneur general de Batavia. Tasman, 
Cook, d Entrecasteaux, supposaient que ce territoire etait la prolongation de la 
Nouvelle-Hollande. 

Ce fut un medecin qui redressa 1 erreur commisc par tant d illustres navi- 
gateurs. En 1798, Bass, chirurgien du navire Reliance, cut le courage de parlir 
de Port-Jackson dans une petite barque non pontce, avec six bommes d equi- 
page seulement, ct se dirigea au sud-ouest le long des cotes inexplorees de 
1 Australie ; il put annoncer a son retour que la terre de Van-Diemen etait une 
ile distincte de la Nouvelle-Hollande. Ce passage porte aujourd hui le nom de 
detroit de Bass. Peron raconte que le canol dans Jequel Bass avail accompli son 
entreprise audacieuse fut longtcmps conserve a Port-Jackson avec un respect 
religieux. l.es fragments de cette embarcation devinrent dc veritables reliques. 
Le gouverneur de cette ville, voulant uu jour faire au capitaine Baudin un pre 
sent des plus pre cieux, lui remit un de ces morceaux enchasse dans une large 
plaque (1 argent sur laquclle etaient graves les principaux episodes de la decou 
verte de Bass. 

C est en 1803 que 1 Angleterre jeta en Tasmanie ses premiers condamnes; 
1 annee suivanle, elle balit la prison d Hobart-Town, qui fut le noyau autour 
duquel la ville s eleva ; la population comprit trois categories de ciloyens : les 
employes du gouvernement et quclques colons y constituerent une classe 
d bommes librcs (freemen) ; ensuite venaient les condamnes libercs, classe la 
plus nombreuse, enfin les convicts n ayant pas encore purge leur condamnation. 
La Tasmanie est une des colonies britanniques qui se sont developpe es le plus 
lentement. Apies la suppression des etablissements pour les deporte s, cette 
colonie est restee pendant plusieurs annees stationnaire. Mais dans ces derniers 
temps on a reconnu qu elle possedait des ricbesses minerales presque aussi 
grandes que certaines regions tie 1 Australie : alors le courant de Immigration 
s est porte dc ce cole. 

L ile est divide en 15 districts et gouvernee par un capitaine general assiste 
d un corps legislatif. Les villes principales sont Hobart-Town, avec 19092 habi 
tants, en 1871 ; Launceston, 10668 habitants, en 1870, ct Beaconsfield, qui a 
pris subitement un grand developpement, grace a Ja de couverte de mines d or 
dans son voisinage. 

En 1874, la population de la Tasmanie etait de 104 176 ames, dont plus d un 
tiers de deportes : ce qui donne pour densite le chiffre de deux habitants par kilo 
metre carre; le sexe masculin 1 emporte sur le sexe feminin dans la proportion 
de 53 homines pour 47 femmes. On note environ 7 mariages (6,8), 5 nais- 
sances et 1 deces 1/2 (1,6) par 100 habitants, c est-a-dire deux fois plus de 
naissances que de deces, conditions des plus lavorables a 1 accroissement de la 
population. Quant aux Tasmaniens indigenes, ils ont aujourd hui totalement 
disparu. 

Cette He a la forme d un triangle dont les cotes sont presque egaux et dont 
les angles sont arrondis; elle offre sur ses rivages un grand nombre d enfonce- 
ments et d abris precieux pour les navigateurs. Les plus remarquables de ces 
golfes sont ceux du Derwent, du Grand-Cygne, de Macquerie et de Dalrymple. 



TASMAME. 87 

La surface de celte con tree est herissec de hautes colliucs et entre-coupee de 
vallees profondes arrosees par de nombreux cours d eau. Sa constitution phy 
sique la rattache completement a la partie orientalc de I Australie, et 1 arete 
des hauteurs qui la traverse n cst que la continuation de la longue chaine des 
Montagnes-Bleucs dont un anncau aurait ete brise au niveau du detroit de Bass. 
Les sommets les plus eleves sout ceux du mont Ilumboldt (1753 metres), de 
Ben-Lomond (1566), de Tasman (1470), ct celui de la montagne de la Table ou 
de Wellington (1521). Quelques-unes de ces elevations conservent de la neige 
pendant pres dc huit mois. 

Le granit domine; les principaux caps sont prcsque cntiercment basaltiques. 
Les productions minerales sont le fer qui sc trouve en grande qnanlite, le 
cuivre, le marbre, le jaspe, des scbistes ardoisicrs, des schistes alunifcres, le 
sel qu on retire des lacs sales. II faut citer encore des mines d or, ct une epaisse 
couche de houille qu on a decouvertc a Fingal sur la cote. 

De nombreux cours d eau baignent la contrec ; signalons la Denvent, la Clyde, 
la riviere de Macquerie, le Coal-Hiver ct cnfm le Tamar, qui a son embouchure 
dans le detroit de Bass ou il forme le port Dalrymple. A peu pros au centre dc 
File se trouve un lac qui peut avoir cinq licucs de longueur. 

Les principales iles du groupo Diemen sont cellc de Bruny, les iles Furneauz 
ou Flinders, les iles Maria-Sarah, King, etc. 

La flore est d une richesse extraordinaire, le sol est des plus fertiles. Les 
arbres et les plantes de nos contrees out pu etre facilement acclimate s, a 1 excep- 
tion de la vigne. Parmi les fruits indigenes, dit Dumont d Urville, aucim 
ne me rite d etre pretere aux mures ou framboises qui croissent sur les ronces 
de 1 Europe; mais on cultive dans les jardins avec le plus grand snrces les 
pommes, les poires, les prunes, les mures, les framboises, les groseilles, les 
fraises, les oranges, les grenades, les citrons, les goyaves, etc. . Hans les 
forets vierges, on trouve le Dacrydium dont le bois est d une durete remar- 
quable; { Eucalyptus globnlus y atteint des proportions colossales; en 1875 se 
dressait a i milles d Hobart-Town un arbrc de ce genre dont la circonference 
etait de 86 pieds et la hauteur de plus de 500 pieds ; \ Eucalyptus resinifera 
donne une gomme fine et rougeatre. La famille des Myrtacees et celle des Com- 
posees dominent. On distingue des Leptospermum, qui atteignent de grandes 
dimensions, YExocarpus cupressiformis, des Thesium et de nombreuses autres 
especes nouvelles, telles que des Limodorum, une glycine, la Richea glauca, 
diverses sensitives, plusieurs especes d Ancislrum, deux Correa, le Plantago 
tricuspidata, bon a manger en salade, etune espece de ficoide dont les habitants 
mangent le fruit. 

La faune est bien raoins riche que la flore. On y compte trois ou quatre 
especes de kanguroo, deux d opossum, Fecureuil, le pbalanger, le kanguroo- 
rat, le wombat, deux dasyures, le pbascolome et l ecbidne. Le chien etait abso- 
lument inconnu, il a ete introduit par les Europeens. L eleve des moutons est 
considerable, car les paturages y sont excellents. Les oiseaux sont les memes 
que ceux de I Australie. Les serpents y sont abondants ; le plus redoutable est 
le serpent noir (black-snake). Les insectes ne sont ni nombreux, ni varies. 

Le climat de 1 ile est tres-tempere; il rappelle assez bien celui du nord-est 
de la France; seulement les saisons y sont moins tranchees. Sur quelques points 
la duree moyenne des pluies de 1 annee ne depasse pas cinquante ou soixante 
jours, tandis que sur d autres le ciel est tres-brumeux et les pluies sont abon- 



88 TASMANIE. 

dantes. La neige est plus frequente et plus persistante sur les cimes de la Tas- 
manie que sur celles de 1 Australie. II faut bien savoir que le climat est tres- 
variable suivant les localites. A Hobart-Town, la temperature moyenne annuelle 
est de 11, 9, a peu pres comme celle de Turin, ainsi que le fait remarquer 
Lombard. L liiver (juin, juillet, aout) a 7, 2; le printemps 11, 9; 1 ete 16,4 
et 1 automne 12,1. Janvier, qui est le mois le plus chaud, voit le thermometre 
s elever a 1G,7, et celui-ci tombe a 6,5 en juillet, qui est le plus froid. La 
Tasmanie est une des regions les plus salubres de 1 univers. 

Deux fails nous paraissent caracteriser nettement la pathologic de ,cette con- 
tree : d abord 1 absence complete d intoxication paludeerme, malgre 1 existence 
de regions marecageuses, en second lieu la frequence des maladies a frigore, 
ce qui est du aux brusques cbangements de temperature amenes par le voisi- 
nage des montagnes. 

Les seules epidemics decrites par le docteur Scott cite par Lombard ont ete : 
la grippe, qui a fait perir un grand nombre de vieillards, et une fievre continue 
accompagnee de symptomcs nerveux avec localisation sur le peritoine, 1 intestin 
et les meninges. Les maladies sont d ordinairc courtes, benignes, et guerissent 
f;ici lenient. 

D apres la stalistique de Scott dressee a 1 hopital d flobart-Town, de 1821 
a 1851, les maladies eruptives ont forme les 48 milliemes des malades; la fievre 
ephcmere compte pour les 50 milliemes. Les diarrhees ne depassent pas lus 
iiS milliemes, mais les dysenteries atteignent le chiffre de 61 milliemes; la 
dyspcpsie approche des 25 milliemes; 1 hepatite est rare, ce qui s explique 
pur la fraiclieur relative du climat. 

Les affections des organes thoraciques sont ;isscz nombreuses ; les bronchites 
montenl au chiffre de 55 milliemes; il y a 15 milliemes pour la pneumonic et 
i""%4 pour la pleuresie. En revanche, la phthisie n est pas commune, puis- 
(ju elle n a forme que les 5 111CS ,4 des malades et les 115 milliemes de la mor- 
(alite, chiffres de beaucoup inferieurs a ceux que nous constatons dans nos 
hopitaux d Europe. 

Les diverses formes de rhumatisme occupent le premier rang avcc la propor 
tion de 81 milliemes des malades; malgre cela, les maladies du cceur d apres 
Scott sont rares et n atteignent pas 1/2 millieme; mais Dempster assure que le 
nombre des affections du coaur et des gros vaisseaux est tres-grand surtout chez 
les convicts. 

Les maladies du systeme nerveux sont tres-peu frequentes : ainsi les apo 
plexies O mes ,8, la folie 5 milliemes, I epilepsie 5 milliemes, le delirium tre- 
mens O mes ,2, le tetanos O mes ,4. Les affections cutanees ne sont pas nombreuses, 
si ce n est les ulceres et les furoncles. La scrofule n a constitue que les 
5 milliemes. Le scorbut s est montre assez frequemment, 15 mes ,5. Les ophthal- 
mics sont abondantes, 51 milliemes. La syphilis est rare et benigne ; il en esl 
de meme de la blennorrhagie. 

En un mot, ce climat est si salubre que les Anglais ont pense un moment a 
faire de la Tasmanie le sanatorium de 1 Inde. 

ETHNOLOGIE. Les anthropologistes ne sont pas parfaitement d accord sur le 
point de savoir s il faut considerer les Tasmaniens comme les restes d une race 
autochthone, originairement pure et tres-distincte de celles qui 1 avoisinent, ou 
bien s ils proviennent d une origine multiple. MM. Hamy et de Quatrefages par- 
tagent la premiere opinion, la seconde est soutenue par le docteur Topinard. 



TASMANIE. 8 .) 

Certains caracleres scmbleraient devoir en faire une section ethuologique lout 
a fait a part. 

Le crane des populations melanesiennes presente deux varietes extremes: 
l nn est grand et dolichocephale, 1 autre est petit ct brachycephale. L indice 
cepbalique du crane tasmanien tient presque le milieu entre les deux. En outre, 
chez les Tasmaniens, les parois laterales du crane sont toujours a peu pres ver- 
ticales ou ne se rcnflent que legerement, enlin la region inoyunne de la voute 
cranienne presente une saillie en carene parfois tres-prononcce. Cos signes per- 
mettent dc dislinguer le crane tasmanien de celui des Negritos et de eelui des 
Papouas. La capacite du crane serait de 1531 centimetres cubes, d apres Topi- 
nai d. L ensemble de ces caracteres, bien loin d etablir 1 inferiorite de cctte race, 
semble au contraire devoir la placer au-dessus des Australiens ct meme des 
negres nubiens. 

La face osseuse presente aussi quelques traits speciaux. Les formes generates 
en sont brutales, heurte es; la disposition des os du ncz est tres-remarquable ; 
ils sont violemment enfonces a Icur partie moyenne, ccqui exagerc la saillie du 
frontal. L ouverture des fosses nasales forme un triangle, presqne. Equilateral et 
1 indice nasal est tres-eleve. Le prognathisme du ma\ill;uiv superienr est pen 
marque; les dents semblent se recourber de inaniere a se rapprocber de la ver- 
ticale; la maehoire inferieure reste un peu en arriere et les dents qn elle purle 
s iuclinent en avant comme pour aller rejoiudre les snperieures. Les dents sont 
tres-developpees, surtout les premieres incisives superieures. 

Ces divers caracteres separent le Tasmanien dcs autres races melanesiennes 
et permettent d en faire un groupe ethnique tout special, ainsi que 1 etablissent 
Hamy et de Quatrefages. Ce groupe parail, en outre, avoir conserve dans toute 
1 etendue de 1 ile une remarquable purete, malgre son voisinage de TAuslralic ; 
ce serait une exception des plus rares, si elle n est unique. 

Si les caracteres osteologiqueseloigncnt le Tasmanien des antres Melanesiens, 
il s en rapprocbe au contraire par la couleur de la peau et surtout. p n- la clie- 
velure. 

Celle-ci est laineuse, d un noir fonce ; en outre les cbeveux, comme cbez le 
Papoua, le Negrito et quelques negres de 1 Afrique, au lieu d etre implanles 
unilbrmement sur le cuir chevelu, sont groupes en ilots separes par des sillons 
glabres. Ils presentent des touffes isolees formant autant de petiles tresses tor- 
dues en spirale que les hommes laissent tomber en tire-boucbon sur leuis 
epaules : ils atteignent done ici vine longueur exceplionnelle chez les races 
negres. Les femmes au contraire portent la chevelure tres-courtc. La barbe 
chez les hommes est bien fournie, si ce n est les moustaches ; chez les femmes, 
il existe parfois de nombreux poils contournant la figure sous la forme d un 
collier de barbe. Le systeme pileux est du reste considerablement developpe 
chez les Tasmaniens. La couleur dc la peau est d un noir tres-fonce. 

Le yeux bien fendus, horizontaux, sont profondement enfonces ; ils sont pro 
teges par de longs cils et d epais sourcils. Le nez, profondement enselle au 
niveau de sa partie moyenne, est epate, arrondi a son extremite. La levre supe- 
rieure ne montre pas de tendance a se renverser de bas en haut, la levre 
infe rieure est un peu forte, le menton fuyant, les pommettes hautes et massives, 
les oreilles grandes. La taille des Tasmaniens serait en moyenne de l m ,546, ce 
qui, d apres Quatrefages, les place de O m ,085 au-Jessous de la moyenne gene- 
rale. Le tronc est robuste et musculeux, les epaules et la poitrine lurges, le 



90 TASMANIE. 

vcntre relativement gros, mais les membres et surtout les inferieurs sont greles 
et faibles. 

La menstruation apparaissait cbez les Tasmaniennes vers 1 age de quatorze a 
seize ans; elles cessaient d etre meres vers trente-cinq et quelquefois vers 
trente ans. En general, a part quelqnes exceptions, elles se montraient peu 
iecondes : aussi les families n etaient jamais nombreuses. II y a la une des 
causes de la disparition de la race, et cette sterilite relative tient peut-etre a la 
trop grande purete de ce groupe ethnique, qui n avait pas imprime a son sang 
une nouvelle vitalitc par son melange avec celui d autres peuples. 

Les affections les plus frequentes des Tasmaniens etaient d origine rbumatis- 
malc. La lepre n cfait pas rare; on a observe des maladies scoHtuiiques. Quel- 
quclbis eclalaient des epidemics excessivement n, irlriercs: :iva:it 1 arrivee des 
I jiropeens, un fleau dont la nature n est pas Incn determinee produisit une 
cll rayante morlalili . 

Lenrs relations avec les blancs introduisirentchezcespenplades deux affections 
redou tables : 1 alcoolisme et la syphilis. 

La mcdecine des Tasmaniens consistait soit dans des coutumes superslitieuses, 
soit dans des moyens therapeutiques reellement efficaces. Ainsi ils employaient 
le massage, les scarifications, les purgatifs. Ils pratiquaient un precede hydro- 
Ilicrapique qui consistait a se gorger d eau froide, puis a s elendre devant un 
grand feu et a provoquer ainsi une abondante sudation. Ils savaicnt reunir les 
levrcs d une plaie an moyen de feuilles enduiles dc gomme ; ils reduisaient une 
fracture et la maintenait a Faide d un bandage approprie. 

Les Tasmaniens ( -talent partages en tribus nombreuses, qui n avaicnt guere 
de rapports entre elles et souvent ne se comprenaient pas, car on a compte huit 
a dix langues dans 1 ile. Cliaque petit groupe etait cantonne dans des terrains 
de cbasse rigoureusement delimites. 

La polygamie n existait pas, mais le divorce etait autorise ; toute union entre 
parents etait defendue. La femme etait 1 esclave du niari, mais, quand elle deve- 
nait vieille, elle acquerait dans la tribu un ascendant considerable; elle etait 
memo 1 arbitre de la paix ct de la guerre. 

L industrie etait rudimentaire ; les indigenes ne connaissaient, en fait d armes, 
que de longues zagaies en bois et un gros baton court employe tantot comme 
cassc-lete, tantot comme arme de jet. 

Ils vivaient de chasse et de peche ; ils poursuivaient les sarigues et les kangu- 
rous. Ils recberchaient aussi certains vegetaux alimentaires : la Mylitta anstralis, 
espece de champignon souterrain qui atteint parfois le poids de quatorze livres, 
et qui cuit sous la cendre, possede la saveur du riz bouilli ; diverses racines et 
surtout des Orchis; des tiges recentcs de fougercs communes; 1 interieur du 
tronc de quelques fougeres arborescentes ; divers fruits en particulier, celui d un 
Exocarpus ; enfin une espece de manne que secrete en abondance le tronc des 
Eucalyptus. Les Tasmaniens n etaient pas antbropophages. 

Leur humeur etait capricieuse comme chez Ja plupart des sauvages ; c etait 
une race simple, mais vaillante et douee de nobles instincts, ainsi que I avouent 
les Anglais eux-memes. Ces bommes croyaient a une autre vie, ainsi qu a 
Texistence de. nombreuses divinites, les unes bonnes, les autres malfaisantes. 

An commencement du siecle, avant 1 arrivee des Europeens, la population 
tasmanienne comptait de 6 a 8000 amcs au moins. Elle n etait plus que de 
700 en \ 850, puis diminua rapidement d annee en annee; le dernier repre- 



TASMANNIA. 91 

sentant de cclte population, une femme nommee Truganina, est mort en 1877. 
Ainsi, tie 1804 a 1877, c cst-a-dire ca soixante-treize ans, unc race humaine a 
totalement disparu; quelques metis en forment aujourd hui les souls et faibles 
vestiges. 

Cetle disparition curieuse et unique est due a plusieurs causes, d abord a 
1 odieuse guerre noire, black war, guerre de carnage, sans pilie ni merci, dans 
laquelle les Anglais et les convicts massacraient les fcmmcs et les enfants 
comme les hommes adultes. En second lieu, meme en deliors des annees de 
combats, il y avail un accroissement enorme de la mortalite et une diminution 
e^alement considerable du chiffre des naissances ; les femmes devenaient steriles. 

O 

Voici ce que de Quatrefages dit dc ce fait : II est evident quo les Tasmaniens 
ont ete atteints de ce mal etrange que les Europeens semblent inoculcr par leur 
presence seulc aux populations oceaniques, et qu on pourrait appclcr le unit 
d Europe, mal quo 1 Europeen transporte involontairement, insciemment, au 
milieu des races inferieures... Mais a mon avis, dans ccs lies occaniennes iom- 
pletement separees du monde exterieur ct habitees par des populations pen 
nombreuses, il faut faire entrer aussi en Jigne de com pie raetimi du perp^tuel 
melange du meme sang durant de longues p&riodes, en un mot, de la consan- 
gidnite" se culaire. II semblc meme quc les Tasmaniens avaient eux-memes 
pressenti les elTets de sastreux de la consanguinite sur leur race, puisqu il etait 
intcrdit a un jeune bommc de se mnrier dans sa tribu ; il devait clicrcber une 
spouse dans une peuplade voisine. BAZILE FJCRIS. 

BIBLIOGIUPIIIE. LABILLAKDIERE. Relations d un voyage a la recherche dc La Perouse , 
t. I et II. Paris, an VII. FLINDERS (Matth.). A Voy. to Terra Austr. undertaken for the 
Purp. of completing (he Disc, of t/iat Country, in the Years 1801, IN 0:2 ami 1803. London, 
1X14. EDWARDS (W.). A Geogr., Hislor. and Topographical Descr. of Van Dicinen s Land. 
London, 1822. PERON et L. DE FREYCINET. Voyages de de couverle aux Terrcs Auslr. pendant 
les annees 1800 a 1804. Paris, 1824, 2 edit. DUMONT D URViLr.E. Voyage de- la corvette 
l Astrolabe pendant les annees 1820 a 1829. DEMPSTER. On lite Climate of Van Diemen s 
Land as a Resort for Invalids from India. In Transact, of the Med. and P/iys. Soc. of 
Calcutta, vol. VII, part, n, 1835. SCOTT (James). .1 Report of Med. and Surg. Diseases 
treated at the Col. llosp. of Hobart-Town. In Transact, of the Prov. Med. and Surg. 
Ass., t. III. London, 1835. DHSIONT D URVILLE. Voyage au p/>le Sud et dans I Occ anie sur 
1 Astrolabe et la Zclee de 1837 a 18iO. DE BLOSSEVILLE. Histoire de la colonisation 
pe nilenliairc ct des e tablissemenls dc I Anglcterre en Australie. Paris. DESTRZELECKY. 
Physical Descr. of New South [Vales and Van Diemen s Land. London, 1849. DARWIN. 
Journ. of Researches into the Naf. Hist, and Geol. London, 18.V2. Mss. MEREDITH (Ch.). 
My home in Tasm. during a Resid. of nine Years, 1852. DAVIS (Bernard). On the Osteol. 
and Pecularities of the Tasm. TOPINARD. Sur les Tasmaniens. In Bull, dela Soc. d anthr., 
2 e ser., t. IV, p. 644, 1809. BONWICK. Daily Life and Orig. of l/tc Tasm. London, 1870. 
Du MEME. The Last of the Tasm. London, 1870. GIGLIOLI. / Tasmanii. Cenni storici ed 
etnol. di un popolo estinto. In Archivio per VAnthrop., t. I, 1871. -- TOPINARD. Etude sur 
les Tasmaniens. In Mem. de la Soc. d anthrop. de Paris, t. Ill, 1872. DI MOUTIER. Le 
Tasmanien de Eydoux, note communiquce par M. Hamy. In Bull, de la Soc. d anthr., 
2" ser., t. IX. C.U.DER (J.-E.). Account of the Wars of Exlirp. and Habits of the NaL 
Trib. of Tasm. In Journ. of the Anthrop. Inslilut of Gr. Brit., vol. Ill, 1874. DE QUATRE- 
FAGES et HASIT. Crania ethnica, p. 21R. Paris, 1877. DE QUATREFAGES. Hommes fossiles et 
hommes sauvages ; eludes d anthropologie. Paris, 1884. B. F. 



Genre de Magnoliacees, que Rob. Brown a etabli pour des 
Drimys australiens ou tasmaniens, a fleurs d ordinaire diclines, a carpelles peu 
nombreux et a pericarpe peu epais. Le T. aromatica n a guere que 2 carpelles. 
II y a un T. dipetata, qui n a en effet quo 2 folioles a la corolle. Le Drimys 
lanceolata ou T. aromatica, parfois cultive dans nos serres, a des fruits qui, 



92 TATOU. 

enAustralie, remplacenllepoivre. LeZ). a^i//amFoRST., de laNouvelle-Zelande, 
especc de ce groupe, est e galement aromatique, stimulant et stomachique. 

H. Bis. 

BIBI.IOGRAPHIE. R. DR., ex DC. Prodr., I, 78; Prodr. Fl.N. Roll., ined. MIER?, Conlrib., 
I, 158. II. B.N., Hist, dcaplant., I, 159, 186, iig. 205-207. H. B.v. 

TASSiro (LEONARD). Chirurgien militaire, ne a Vandoeuvre, dans le departe- 
mi nl de 1 Aube. 11 vint faire ses etudes a Paris, pratiqna a la suite des arraees, 
et devint cbirurgien-major de I bopital militaire de Maastricht. II mourut le 
15 avril 1G87. On lui doit un ouvrage d anatomie pratique estime de son temps 
et uu opuscule de cliirurgie. En voici les litres : 

I. La chirurgie militaire, ou I art de gudrir les plates d arquebusade. Nimegue, 1673, 
in-8. Paris, 1688, in-12. II. Administrations anatomiqucs et myologie. Paris, 1678, 
1688 ct 1695, iu-12. Lyon, 1092, in-12. A. G. 

TATAB-IBA. TATA\BA. Noms domies au Bresil a quelques cspeces de 
Broussonetia a bois jaune, qui fournissent ce qu on appelle les bois jaunes de 
Cuba ou du Bresil. Cc sont les Broussonetia tinctoria Kuth., B. Zantoxylon, 
Br. brasiliensis. PL. 

BiuuoGiui iiiE. -- MAUCGUAV. Brasil. PISON. Brasil. MAHTIUS. Systema mater, medico? 
bruxiliunis, 125. GUIBOUUT. Drogues simples, 1" edit., II, 325. PL. 

TATAKBA. Pline indiquc sous ce nom une plante nutritive dont on se ser- 
vait dans les temps de disette, mais il est assez difficile de dire quelle est cette 
espece. D apres Clusius, ce serait une ombellifere de llongrie, dans laquelle 
Lamarck croit reconuailre son Cachrys Pastinaca; Jaquin y voit une Cru- 
ciieie, le Crambe Tatar ica L. ; Merat et de Lens penchent vers le Crambe 
laciniala. PL. 

BIBLIOGKAPIIIE. PLINE. Hist. nat. (passim). HERAT et DE LENS. Diet. mat. medic. , VI, 
649. PL. 

TATOU. Les Tatous constiluaient pour Linne le genre Dasypus et ils torment 
maintenant dans 1 ordre des Edentes (voy. ce mot) une famille nombreuse qui 
est designee tantot sous le nom de Dasypides, tantot sous le nom plus correct 
de Dasypodides (Dasypodidce] . Cette famille est 1 une des plus naturelles que 
1 on puisse citer, car les Tatous se distinguent, par leur aspect exterieur, de 
tous les Mammiteres terresties. Au lieu d etre completement velus ou d avoir 
la peau plus ou moins denudee, les Dasypodides en effet ne portent guere de 
poils que sur les membres et sur les parties inferieures du corps, el ils ont 
toutes les parties supedeures de la tete et du tronc et meme la queue garnies 
d une cuiiasse osseuse qui est recouverte elle-meme d un epiderme ecailleux et 
sur laquelle s implantent quelques poils tres-clair-semes. Cette armure se 
compose de petites plaques osseuses qui font corps avec le derme et dont la 
forme et 1 epaisseur variant suivant les genres et les especes. Quelques-unes de 
ces plaques sont juxtaposees, comme les pieces d une mosaique, d autres au 
contraire sont arrange es en series transversales; sur la tete elles rappellent beau- 
coup, par leur disposition, les plaques cephaliques des Reptiles ; sur la partie 
anterieure du dos et sur la croupe elles se soudent de maniere a constituer 
deux boucliers, 1 un tboracique et 1 autre lombaire, tandis que sur le milieu de 



TATOU. 93 

la region dorsale elles conservent d ordinaire une certaine mobilite, etant ratta- 
chees les unes aux autres par des bandelettes elastiques qui permettcnt au tronc 
d executer des mouvements de flexion; enfm sur la queue ces memes plaques 
se transforment le plus souvent en des cercles complets enveloppant les vertebres 
comme un etui. 

Les pattes, chez les Tatous, sont courles et so terminent par des doigts de 
grandeur inegale dont le nombre n est pas absolument constant. II y a en effet, 
tantot cinq doigts a chaque patte, tantot quatre doigts seulement aux raembres 
anterieurs. Tous ces doigts sont armes d ongles robustes et recourlv s. t mincm- 
ment proprcs a fouir la terre. Les yeux sont pctits et a pupille circulaire, les 
oreilles pourvues d une conque assez developpee; les narines, percees au milieu 
d un espace garni de petites glandes, donnent acces dans des cavites olfactives 
compliquees, denotaut une grande finesse d odorat. La langue cst douce etefliltV, 
1 estomac tres-vaste, 1 intestin do longueur mediocre. Le cerveau ressemble a 
celui des autres Edentes; il est volumineux, mais depourvu de circonvolu- 
tions, ce qui Concorde parfaitement avec ce que les voyageurs nous apprcnnont 
de la faiblesse de rintelligence chez ces animaux; cnfin Ic squrloilc piv-:cn(e 
quelques particularites de details sur lesquelles nous u avons pas a msislrr ic.i ot. 
qui ont etc signalees par G.Cuvieretpard autresnaturalislos; mais il <>s! nmsl.ruit 
sur le meme plan que celui des Orycteropes, des Fourmilicrs et des Pangolins. 
Dans la periode actuelle, la famille ties Dasypodides est en pleine decroissanee ; 
elle renferme encore, il est vrai, quelques cspeces de taille respectable, telles 
que le Priodonte geant, qui mesure plus d un metre du bout du museau a 
l extremite de la queue, mais elle ne possede plus un seul type comparable, 
sous Je rapport des dimensions, a ce Glyptodon qui est maintenant represente par 
unmagnifique squelette dans la galerie de palcontologie du Museum. Les Glypto- 
dontes qui, par leur forte taille et leur aspect exterieur, ressemblaient a des 
Tortues ge antes, ont laisse leurs debris dans les couches superficielles des 
pampas de 1 Amerique du Sud; leur extinction neremonte point par consequent 
a une epoque tres-eloigne e de nous, et des de couvertes recenles permettent 
meme de supposer que 1 homme a connu ces gigantesques Edentes et a con- 
tribue dans une certaine mesure a leur destruction. On dit en effet avoir trouve 
sous des carapaces de Glyptodontes des armes et des outils, et Ton en conclut que 
1 homme primitif de 1 Amerique du Sud s est quelquefois servi du bouclier 
osseux de ces quadruples comme d un toit pour s abriter centre les intemperies. 
Au point de vue de la distribution geographique des animaux, il est ititeres- 
sant de remarquer que, dans des temps recules, certains types d Edentes occu- 
paient deja la partie du monde qu ils habitent encore aujourd bui, mais de 
laquelle ils tendent a disparaitre. On peut aftirmer notamment que les Tatous, 
comme les Paresseux, sont des groupes essentiellement americains. 

Les Tatous, dans Ja nature actuelle, sont repanclus depuis la Guyane et la 
Colombie jusqu au nord de la Patagonie et sont connus des habitants d origine 
espagnole sous le nom vulgaire d Armadillos, parce que certains d entre eux 
ont Thabitude, quaud ils sont surpris, de se rouler en boule comme un Cloporte 
(Armadillo). Ils se tiennent dans les plaines sablonneuses et dans les champs 
et ne penetrent point dans les forets. Saut pendant la periode du rut, ils 
vivent solitaires et se tiennent pendant la plus grande parlie du jour caches 
dans des terriers generalement peu compliques et places, autant que possible, a 
proximite des nids de termites et de fourmis. Ces insectes constituent en effet 



94 TATOU. 

la principale nouiriture des Tatous, quinemangent qu accidentellement d autres 
insectes, descadavres a demi decomposes ou des racines succulentes. Lents et 
paresseux dins leurs allures, lorsque rien ne les inquiete, les Tatous, a la 
moindre alerte, savent fouir le sol avec la plus extraordinaire dexterite et 
disparaissent sous terre en un clin d ffiil. 

Les Indiens et les Ilispano-Americains font une chasse active a ces animaux 
stupidcs, mais parfaitement inoffensifs; ils leur reprochent en effet de miner 
le sol des prairies et de creer ainsi de veritables chausses-trappes dans lesquelles 
s enfonccnt les pieds des chevaux et qui font courir aux cavaliers de continuels 
dangers ; d ailleurs, dans certaines contrees, la chair des Tatous est tres-estimee 
et la carapace sert a fabriquer des paniers, des instruments de musique, etc. 

La famille des Dasypodides tire son nom du mot Dasypus (voy. le mot DASV- 
PODES), qui avail etc employe primitivement par Aristote sous la forme grecque 
&XO-UTTOUS, pour designer un animal europeen, a pieds velus, appartenant sans 
doute au genre Lievre et qui a ete mulheureusement transporte par Linne an 
groupe des Tatous. Cette famille se divise, d apres des caracteres tires de la 
forme de la queue, du nombre des doigts et du nombre des series d ecailles 
mobiles de la region dorsale, en plusieurs genres : Tatusia, Priodonta, 
Priodontcs ou Priotiodos, Dasypus, Euphmctus, Xenurus, Tolypeutes, 
Chlamyphorus ou Chamydopliorus et Burmeistera, genres qui peuvent etre 
repartis en deux tribus : Dasypodines ct Chlamydophorines. 

Chez les Dasypodines ou Tatous proprement dits, la carapace adhere iorte- 
mcnt au dos de 1 animal et se trouve partagee en deux portions a peu pres 
equivalentes, un bouclier scapulaire et un bouclier pelvien, separees 1 une de 
1 autre par unc serie de bandelettes mobiles ; au contraire, chez les Chlamydo- 
phorincs la partie posterieure du bouclier est seule fixee au bassin de 1 animal, 
landis quo la portion scapulaire, toujours beaucoup plus de veloppee que 1 autre 
et formee dc bandes juxtaposces, reste independante ou n adhere a la region 
dorsale que par ses bords. Les Chlamydophorines sont d ailleurs de taille plus 
1 aible que les Tatous ordinaires; ils portent de veritables poils non-seulement 
sur les parties inferieures du corps, mais sur les parties inlericures en-dessous 
de la carapace et entre le bouclier dorsal et le bouclier pelvien ; les bandelettes 
cornees, composees de plaques juxtaposees, qui constituent 1 armure, se prolongent 
j usque vers le museau; les membres ante rieurs sont plus lourds, plus vigoureux 
que les membres poste rieurs, et se terminent par cinq doigts presque soude s, 
disposition qui rappelle celle de la patte d une Taupe ; enfin le corps parait 
incomplet en arriere, la queue tombant verticalement. Cette derniere particula- 
rite a meme valu a Tespece la plus connue de ce groupe le nom de Chlamydc- 
phore tronque (Chlamydophorus truncatus Harl.). Dans son pays natal, au 
Chili, le Chlamydophore tronque porteles noms de Taupe aveugle ou de Pichi- 
ciego. Non loin de lui, mais dans un autre genre (Burmeistcria), se place le 
Tatou obtus (Burmeisteria retusa Burm.), qui habile la Bolivie. 

Dans 1 autre tribu, dans celle des Dasypodines, nous cilerons seulement les 
suivantes : le Cachicame de Bulfon ou Tatou noir de F. d Azara (Tatusia peba 
Desm., ou T. septemcincta Gray), qui se trouve depuis le Texas jusqu au Paraguay 
et qui offre sepl series de bandelettes, sept ceintures entre le bouclier scapu 
laire et le bouclier pelvien; le Prionodonte geanl (Prionodos ou mieux Prionodon 
gigas Guv.), qui vitau Paraguay, auBresil et a la Guyane, et qui atleint parfois 
la grosseur d un Pore; le Tatou encoubert (Dasypus sexcinctm L.), habitant le 



TATOUAGK. 95 

Bresil et le Paraguay et iacilement reconnaissable a sa tete large, couverte de 
grosses scutclles, a ses oreilles grandes, a sa carapace extremement mobile; le 
Tatou velu (Eitphractus villosus Desm.), qui se rencontre dans les pampas de 
la Republique argentine et dont le dos est parseme de poils plus on moins 
caduques; le Tatou cabassou (Xenurus nnicinctusL.), du Biesil et de hi Guyane 
qui est aussi connu sous le nom de Talou a douze bandes, et le Tatou apar 
(Tolypeutes tricinctus L.) ou Tatou a trois ceintures de Bolivia. E. OUSTALET. 

BIBLIOGRAPHIC. CUVIER (G.). Reclierches sur les cssement.t fossilex, t. V, p. 119. 
TDRNER. On the Arrangement of the Edentate Mammalia. In Proc. Zoo/. Soc. Land., 1851, 
p. 205. GERVAJS (P.). Hist. nut. den Mainmiferes, 1855, t. II, p. 251. GHAY (J.-E.). OK 
theGenera and Species of eutomophayous Edentata. In Proc. Zool. Sue. Lo/l., 1805, p. 370. 
BREHM. Vie des animaux, ed. Iran?, de 1. Gerbe, Mammi/eres, t. II, p. 254. E. 0. 



TATOUAGE (A.NTiinopoLociE. EiHNOGiui HiE). Lc tatoiiaye, auquel il a 
renvoye du mot MUTILATION, est une expression dont 1 etymologie appartient a 
la langue polynesienne. G est le mot tatou ou tatahou (de ta, dessiu). Elle a 
ete relevec pour la premiere fois par le navigateur Cook, qui 1 ecrit tattoir. CYsi 
unecoutume qui consiste a fixer sur la peau d une maniere durable ou meme 
indelebile certains signes, certains dessins. 

Cette etymologie qui nous paralt Lndiscutable n a cepeadant pas ele admise 
par le doctcur Clavel, qui, dans un important travail sur le lalouagc aux iles 
Marquises, fait deriver le mot tatouage de Tiki, nom d un dicu polynesien 
auquel on attribuerait 1 invention de cette coutumc. 

11 comporte deux points de vue : le point de vue ethnique ct le point de vne 
medico-legaL 

A. TATOUAGE ETHMQUE. Au point de vue ethnique 1 etude du tatouage com- 
prend les questions suivantes : 1. But et objet du lalouage, p. 95. II. Pro- 
cedes de tatouage, mode operatoire, p. 105. III. Repartition geographique, 
p. 114. --IV. Accidents et complications, p. 115. 

I. BUT ET OBJET DU TATOUAGE. SA VALEUR ETHMQUE. Nous traiterons successive- 
ment : ldu tatouage individuel, ornementation, vetement, marques distinctives, 
emblemes mystiques, vaccination; 2 du tatouage diffcrentiel, me tiers, tribus, 
sacerdoce, esclaves, vaincus, associations rcligieuses et autres ; 5 du tatouage 
social ou domestique, applique aux serviteurs, aux veuves, aux enfants; 4 enfm 
de 1 emploi chirurgical du tatouage. 

1 Du tatouage individuel. La premiere et la plus repandue des appli 
cations du tatouage est 1 ornementation. II se pratique alors au moyen de piqures 
et les ornements sont generalement noirs ou blcus. On le rencontre ainsi cbez 
les femmes de quelques parties de la Polynesia, les iles de la Societe, a Tahiti, 
par exemple, ou il presente une veritable elegance. On le retrouve de meme 
chez les femmes arabes, les Maurcsques, les Kabyles. Tantot ce sont de petites 
raies droites ou courbes, ordinairement paralleles, qui occupent les tempes, les 
joues ou le menton. Les raies sont rarement disposees en croix, si ce n est dans 
quelques ceremonies religieuses chretiennes, comme le signe que rapportent 
d ordinaire sur le bras les pelerins de Jerusalem. 

Toutes les formes primitives de dessin se retrouvent d ailleurs dans les 
tatouages : les series de points, les zigzags, les etoiles, le swastika, etc. 

Quelquefois on observe la representation hieratique d un saint : c est ainsi que 
precedent les tatoueurs de Lorette sur les pelerins (Lombroso) . 11 en est de meme 



96 TATOUAGE. 

dans un grand nombre cle stations ou se trouve un sanctuaire de quelque reputation. 

11 n cst point etonnant que 1 habitude du tatouage se soit perpetuee dans la 
peninsule avec plus de persistance que dans d autres regions, car on sail quelle 
est 1 intensite du sentiment mystique et religieux en Italie. Ainsi dans la plupart 
des lieux de pelerinages on rencontre un tatouage particulier. Lombroso en a 
rapporte un grand nombre d exemples : les bergers lombards portent presque 
tous au bras ou a la poitrine une croix surmontant une sphere. 

Chez les Napolitains on rencontre 1 image du Saint-Sacrement, un crucifix ou 
une tete de mort. Dans les populations des Romagnes, dcs Chiceli, des Aqui- 
Jins, on remarque sur le bras un II majuscule croise d une ligne transversale et 
surmonte d une croix. Ce meme signe s observe chez les Calabrais qui ont fait le 
pelerinage d Ancone ou celui de Lorette. 

Ce sont, comme on le pense bien, des tatoucurs attaches a ces diffcrents sanc- 
tuaires qui pratiquent ces dessins, et leur habilete est telle qu ils graveut 
parfois sur la peau des colliers, des bracelets ct divers ornements qui paraissent 
etre des objets veritables, ce sont de tres-habiles trompe-l oeil. 

II est toutefois une n gion de 1 Europe ou le tatouage meme professionnel ne 
se re trouve pas : c est la Russie. Kropotkine en el fet nous alfirmait ne 1 avoir 
jamais observe ni chez les Russes proprement dits. ni chez les metis Kusso-Bou- 
riales ot .-nitres. II semble me me qu il serait contraire aux principes religieux ou 
plutot aux superstitions dcs Russes qui rcgarderaient le fait de se tracer des 
signes sur le corps comme un genre d alliance ou un contrat fait avec les 
ntauvais esprits. 

A cette repulsion des Russes pour le tatouage il faut opposer le tatouage 
force des condamnes de Siberie qui, jusqu en 1864, apres avoir subi le knout, 

A. 
portaient sur le visage les lettres K.A.T. (Katorjnyi) et sur les deux joues K. T., 

imprimees au fer rouge : de la la preoccupation constante des evade s de faire dis- 
paraitre ces lettres revelatrices. De nombreux moyens ont ete indiques et de crits 
dans certains ouvragcs (Maximoff, Siberie et travaux forces), la plupart consistent 
a substituer a une cicatrice deja si profonde une autre cicatrice de forme quel- 
conque que les evades attribuaient toujours a la gele e. 

Toutefois cette forme simple de tatouage que nous avons observe e en Italie ne 
consiste pas toujours dans la pratique, des piqures et quelques peuples emploient 
avec la meme sobriete les marques produitcs par la brulure. C est ainsi que chez 
les peuples du Cachemyr et du Baltistan on pratique sur les enfants vers Tage 
de cinq a six ans une brulure qui occupe soit le centre de la region frontale, le 
vertex, la peau de la region temporale, au-dessus de I oreille, la region dorsale 
du pied, en dehors du premier metatarsien, le poignet. Les brulures se fontau 
moyen d un petit tuyau de bambou qu on applique sur la region choisie et 
qu on fait bruler ensuite a la maniere d un veritable moxa. Cette pratique est 
universellemcnt repandue chez les peuples que nous citons, et elle a pour objet, 
d apres Ujfalvy, de pre server les enfants des maladies epidemiques; c est une 
sorte de vaccination mystique. Dans le Laos, d apres Armand, le tatouage des 
jambes aurait pour objet de preserver des nevralgies. 

Ces brulures ne sont toutefois pas les seules qu on observe dans cette region 
de 1 Asie ; il en est d autres que relate 1 auteur que nous venons de citer. Ce sont 
les brulures bien singulieres qu on remarque sur le ventre des femmes de 
Cachemyr. Assez etendues et irregulieres, ces brulures sont dues a 1 usage de 



TATOUAGC. 97 

chaufferettes que portent sur leur venire les femmes du Cachemyr, tandis que 
les femmes du Baltistan qui ne font point usage de chaufferettes n en presentent 
jamais de semblables. 

Un meme genre de tatouagc par briilurc isolee se rencontre encore chez les 
Botocudos, qui ajoutent a leur bagagc, deja si considerable, de mutilations 
diverses, une cicatrice blanchatre de brulure sur le milieu du front. Elle se 
pratique, selon Rey, soit au moyen de plaies faites avec un eclat de quartz, 
soit par brulure avec un eclat de taquera ou bambou. Le but cst ici de se 
preserver ou dc se guerir des maux de lete. 

Ainsi, d apres Spencer, les tribus sauvages de la Gnyane se scarifient lesmembivs 
dans le but d eviler les rhumatismes auxquels ils sont, parait-il, ties-snjets. 

Du tatouage comme vaccination ou moyen preservatif au talouage curatif il 
n y a qu un pas. Ainsi chez les Kabyles, cbez les Maures d Algerie, on trouvo 
cette pratique : tel tatouage (une croix, le plus souvent) applique aux tempos, a 
Tangle externe des paupieres, sur un membre, guerira de la fievre, des maux 
de tete, des doulcurs, etc. Un jeune Kabyle qui porlait des marques sur le nez 
avait ete airisi tatoue pendant qu il etait malade (docteur Koclier). 

On sail en outre que cbez les Arabes la vaccination variolique, quaml clle a 
ete acceplee ou imposee, se pratique par une inoculation dans le premier espace 
metatarsien. 

Mais 1 ornementation considered comme but du latouage se retrouve a toute* 
les latitudes du globe. C cst ainsi que pendant [ expedition de la Vega le pro- 
fesseur Nordenskiold a constate que les Tchouktchis se tatouent les pommettes 
de dessins en forme d etoiles ou de cioix a angle droit. Cette pratique, qui ne 
semble pas avoir le sens des applications precedentes, est commune aux liommes 
et aux lemmes. [/habitude des Tchouktchis se retrouve chez les autres peu- 
plades d Esquimaux, ceux du Greenland et ceux dc I Ameriqufe russc, cbez lee- 
quels le meme mode de latouage du front, du menton et des joues s effectue 
dans 1 enfance aux deux sexes au moment de la puberle. 

C est ainsi que 1 liistorien cbinois Ma-Touan-Lin, qui ecrivait au dou- 
zieme siecle, rapporte la ceremonie complete du tatouage qui s execute cbez la 
jeune fdle au moment de son manage, dans les populations de 1 ile de Hai- 
Nan. C est seulement dans les classes nobles qu a lieu cette ceremonie. Au 
moment ou 1 enfant a atteint I age nubile, les parents offrent une grande 
fete a tous les membres de la famille. Les compagnes de la jeune fille 
apportenl elles-memes les aiguilles et les pinceaux et tracent en noir sur son 
visage ties dessins de lleurs, de papillons et d insectes Ires-fmement executes. 
Les dessins sont alors graves par un artiste qui est ge neralement une vieille 
femme, et les images tracees par la piqure se detacbent sur un fond poin- 
tilJe qui semble imiter un semis de grain de millet. La ceremonie s appelle 
Sieou-Mien. 

A Formose, d apres Raoul, la meme ceremonie precede le mariage chez les 
femmes, dont le visage est enlierement convert d un tatouage tres-serre. 

On 1 observe meme chez les femmes ainos de File Jeso, a 1 embouchure du 
fleuve Amour et dans l ile Taratai. 

Nous le retrouvons encore a titre d initiation dans le domaine religieux. 
Ainsi les anciens Egyptiens se tracaient sur la peau certains emblemes empruntes 
aux rites d Isis et d Osiris. Les pretres etaient tatoues de cette facon. 

Suivant Procope, les premiers Chretiens d Orient et d ltalie etaient tatoues ; 
DICT. ENC. 5 e s. XVI. 7 



98 TATOUAGE. 

d aulre part, Ptolemee Philopator se faisait tatouer d une feuille de lierre en 
1 honncur de Bacchus. Chez les juifs qui s etaient convertis dfe force au paga- 
nisme, cette pratique, on le salt, ctait en opposition formelle avcc les preceptes 
du Le vitique, qui interdisaient aux juifs toute espcce de tatouage ou e criture 
de points. Celte meme interdiction se retrouve d ailleurs dans le Koran. 

En INouvelle-Guinee, les pretresses du culte du serpent portent sur les bras, 
la poitrine ct le visage, des cicatrices en festons representant des Deurs, des 
animaux ct surtout des serpents. Cetle operation les rend sacrees. De meme, 
suivant Ali-Bey, tout Arabe qui porlera sur chaque joue trois incisions paralleles 
sera par la consacre esclave de la maison de Dieu. 

Cette initiation s cffeclue a La Mcc-que ou les femmcs se tatouent de piqiires a 
dessins tres-fins et tres-elcgants sur les joues et jusqu a Tangle des levres. Elles 
y ajoutent merne des peinlures qui forment un veritable maquillage. 

Le latouage des levres nous conduit a signaler une pratique qui a etc observee 
par le docteur Clavel chez les femines de la Nouvelle-Zelande. Elle consiste dans 
une serie de bandes de tatouage verticales et paralleles enlre elles, coupant a 
angle droit la direction des levres : on nomme ce tatouage da terme de ko-niho 
(fausses dents) qu elles simulent jusqu a un certain point. 

Un sysleme analogue d ornementation a ete retrouve chez quelques peuplades 
d Esquimaux observecs par Nordenskiold dans 1 expedition de la Vega. C est ainsi 
que dans ces regions, on le tatouage est presque exclusif aux femmes, celles-ci 
portent au moment du mariagc des ornements consislant dans des rates 
paralleles descendant du front jusqu au lobule du nez; d aulres occupent le 
menton, les joues, c est-a-dire les parties decouvertes du corps ; plus rarement 
elles en out sur les bras et les epaules, mais au poignct et a la face dorsale des 
mains le tatouage affecte la forme de bracelets et de chaines. 

Chez les femmes de 1 ile Saint-Laurent il figure, un systeme de pointille, une 
veritable mitaine. 

Dans tous les cas, le tatouage chez les femmes est toujours plus fin, plus 
elegant, plussobre que chez 1 homme, meme lorsqu il est destine pour ce dernier 
a 1 ornementation. Nous verrons aussi qu il repond dans ce cas a un seal 
precede, celui des piq tires. 

Lc visage est toujours la partie du corps qui recoil le plus ordinairement le 
tatouage chez les peuples qui s adonnent a cette pratique. Ainsi, en Nouvelle- 
Zelande, Nicholls a rencontre, dans les environs du Tetauranga, des naturels dont 
le visage seul etait couvcrt de petites raies bleues remontant jusqu a la racine 
des cheveux. 

Chez 1 homme, les marques employees sont fort differentes, et, soit qu il s ea 
couvre le visage, soit qu il 1 applique sur diverses parties du corps, il a toujours 
recours aux incisions, aux brulures, aux bourgeonnements artificiels des plaies. 
Toutes les variations de ces precedes se rencontrent en Polynesie et en Malaisic. 
Les hommes subissent ainsi des operations de latouage aux differentes epoques 
de la vie. Vers le moment de la puberte, le jeune homme est latoue au visage, 
a la poilrine et aux bras. Plus tard, a sou mariage, ce premier systeme d or- 
nement se complique d autres dessins executes par les memes precedes de 
brulures ou incisions (Negritos). Si 1 individn, devenu grand, est proclame chef 
de tribu, ou s il entreprend une nouvelle campagne, ij subit de nouvelles ope - 
rations qui sont parfois fort douloureuses ; elles ont alors pour but d eprouvcr 
son courage. C est ainsi que le visage, le tronc et les bras sont d autant plus 



TATOUAGE. 99 

charges de dessins que le guerrier cst plus age . II en est ainsi a Sumatra ou 
les Pagai se font executer un signe de tatouage a chaque ennemi tue par eux. 
Dans certaines peuplades polynesiennes, le tatouage des homines occupe une 
seule moitie du corps, 1 aulre restant intacte. C est la qa on observe un systeme 
d ornementation tres-fantaisiste. 

Chez les Maoris en parliculier, le mode de talouage cst celui de toulcs les 
aulres races employant le meme systeme. Les chefs out le visage convert de 
lio-nes bleues iraperceptibles de finesse, mais si rapprochecs qu elles linissent 
par couvrir le \isage, depuis le 
menton jusqu a la racine des che- 
veux, meme le coin des yeux et les 
paupieres sont souvent tatoues. 

L operation du tatouage cst faite 
avec un fragment d os, taille en 
pointe, et qu on nomme ulii . 
L operation est si penible, qu on ne 
peut que tatouer une petite partic 
du visage a la fois, ct le point en- 
tame reste si douloureux, qu on ne 
peut conlinuer que plusieurs mois 
apres. Avant 1 operation, le pa- 
tient doit avoir tous ses cheveux 
et tout le poil de sa harbe rases. Le 
tatouage chez les Maoris est un signe 
de dignite, et en guerre un vaincu 
latoue ne peut meme pas etre re- 
duit a 1 esclavage. On appelle moko 
1 homme tatoue ct lipai celui qui 
ne Test pas et qui est alors reduit 
a 1 inferior ite. 

Enfm on a rencontre des peu 
plades chez lesquelles le tatouage 
occupe une partie tres-e tendue ou 
la totalile du corps, de telle sorte 
qu il peut etre regarde comme un 
veritable systeme de vetements. Tel 
fist cet individu d origine malaise 
dont Virchow rapporta 1 observa- 
tion en 1872 et qui parait etre le 
meme qui fut exhibe a Paris dans 
certains cafes-concerts en 1880. Cet 
individn se nommait Coslanti. De 
son cote, le docteur Montano en a 

cite quelques exemples aux Philippines, et particulieremeut a Mindanao. On 
connait encore cet exemple si remarquable d un tatouage par piquies repre- 
sentant un vetement complet chez un iasulaire de Ponape (fig. 1). C est, en effet, 
dans 1 archipel des Carolines que le tatouage parait etre parvenu a un degre de 
developpement inusite ailleurs, et devient un veritable ouvrage d art. 11 y est 
commun aux deux sexes, sans que le dessin revete des caracteres distiwctifs ; 




Fiff. 1. 



100 TATOUAGi;. 

seulement il affecte quelqucs formes differentes suivant les divers points de 
1 archipel. 

2 Du tatouage comme caracfere differentiel. a. Tatouage professionnef. 
Dans cet ordre dc recherches, nous trouvons tout d abord le tatouage caracte- 
risant les metiers ou les corporations. Tel, il pourrait etre ecarte du point de 
vue ethnique, car il s est perpelue dans tous les temps jusqu a 1 epoque actuelle. 
En Europe meme, on sail que les ouvriers des differents corps d etats portent 
generalement au bias ou a la poitrine le dessin des outils ou instruments 
qui leur sont familiers, ainsi qu on le verra dans la partie medico-legale de ce 
travail. 

II ea est de meme des militaires de certaines armes qui figurent dans Je 
systeme de talouage des emblemes speciaux. Les inarins se reconnaissent de 
mme. Mantegazza, qui 1 a observe frequemment chez certaines populations 
actuelles de la Pe ninsulc, Tallribue a un reste d importation ai ricaine ou 
americaine. Nous n avons pas a insister sur ces faits qui inte ressent surtout la 
me decine legale, car, encore une fois, ce tatouage est ici professionnel plutot 
qu ethnique. Ce n est pas seulement dans nos habitudes europeennes que s ob- 
serve le tatouage professionnel. Ou le trouvc a peu pres partout. II existe, par 
exemple, au Japon, une classe d individus employes comme palefreniers ou 
homines d ecurie, dont la function principale estdecourir en avantdes chevaux, 
en tele dos equipages des grandes maisons ; on les appelle Hallos et ils ont le 
corps tatoue d une facon presque complete. De ces baitos on peut rapprocher 
les plongeurs et aussi les plongeuses de 1 ile de Yeso, qui font avec une grande 
habilele la pi-chc des coraux el des eponges et dont le corps est egalement 
tatoue en toialite, dans le but, dit-on, d eflrayer les poissons qui s attaquent a 
I liomme. 

b. Tatouaye des ynerriers. Chez la plupart des peiiples sauvages, tout 
homme est consacre guerrier de sa tribu par un systeme special de tatouage. 
Tantot celui-ci est destine a donner a la physionomie un caractere terrible et 
ainspirer 1 effroi aux ennemis (les hordes d Attila avaient le visage couvert de 
balafres profondes); tantot le tatouage est destine a e prouver le courage. C est 
aiusi que les peuples de TAmerique centrale, les Caraibes, par exemple, d apres 
Spencer, 1 appliquaient aux jeunes gens a 1 epoque de la puberte. Dans une 
premiere epreuve, on pratique un commencement d ornementation, puis apres 
la premiere campagne on y surajoute d autres dessins qni ont chacun leur 
signification. Ainsi, ils sont d ordinaire destines a perpetuer le souvenir des 
grands combats auxquels le guerrier a pris part, le nornbre des ennemis immoles 
de sa main. C est alors que certains guerriers, e prouves par de nombreux faits 
d armes, adoptent un systeme personnel de tatouage, un dessin exclusif. Le 
guerrier porte ainsi sur le corps 1 histoire de sa carriere militaire. Ce precede 
est habituel chez les Neo-Zelandais, qui designent 1 operalion sous le terme de 
moko, nom de la maliere noire qui sert au tatouage ; le moko particulier a 1 in- 
dividu constitue un veritable sceau, une signature qui a toute valeur dans les 
transactions et que le porteur reproduit de la main par le dessin lorsqu il eit 
appele a signer une convention ou un acte quelconque de la vie publique ou 
privee. 

c. Tatouage des tribus. Le latouage est quelquefois le caractere distinctif 
d une tribu. II est evident que pour ce qui concerne 1 Afrique et surtout 
I Afrique septentrionale, 1 Algerie, 1& mode de distinction se retrouve avec peu 



TATOUAGE. 101 

de regularite : aussi le docteur Kocher arrive-t-il aux conclusions suivantes : 

i Le tatouage, sans etre rare chez les Kabyles, est moins fre quent que cbez 
1 Arabe; il devient presque la regie chez les femmes musulmanes ; tres-peu ne 
sont pas tatouees; 

2 Si cer taines tribus possedent un signc par ticulier, comme beaucoup de Kabyles , 
une croix sur le front, comme les habitants de Ksouss (sud-oranais) deux traits 
sur 1 aile droite du nez, ces signes ne sont pas constants. Et d abord, ajoute 
le docteur Kocher, nous ne dcvons pas nous etonner quc le tafouage nc soil pas 
general chez les indigenes. G est le Koran qni soulevera pour nous ce coin du 
voile, et qui nous en donnera 1 explication. Lc livre sacre est f ormel a ce sujet; 
il traite toutes ces marques de signes du diable , les condamne alisolument. 
Toutefois, comme le fait remarquer le docteur Beiiherand, lesArabes se tircnt 
d affaire en pretendant qu avant d entrer au paradis cbacun doit subir une 
purification par le feu qui enlevera toutes les empreintes terrestres. Malgre cc 
faux fuyant, il serait bien difficile de trouver un vrai marabout portant sur h 1 . 
corps un tatouage. 

Youlant s assurer que, conformcment a ses previsions, lestatouagcs n avaicnt 
aucune valcur au point dc vue elhnique, M. Kocber a interroge avec soin lous 
les Arabes qui out passe a I liopilal civil d Oran, dcpuis environ trois mois, 
presque tous ceux avec lesquels il etait journellement en contact : 

Un grand nombre, dit-il, se defiant de nous, ne sachant, malgre les expli 
cations que leur donnait son interprets, on nous voulions en vcnir, se conten- 
taicnt de nous rcpondre : G est un louchen (tatouage). Les autres plus confiants 
nous repondaient, dans [ immense majorite des cas, que les signes qu ils por- 
taient leur avaient ete faits par leur mere, lorsqu ils etaient petits, soit pour 
les embellir (parce que c est joli, nous disaicnt-ils), soit pour les preserver des 
maladies a venir. 

Trois indigenes rencontres a diverses epoques presentaicnt sur 1 aile droite 
du nez les deux traits que Ton pretend etre caracteristiques des habitants de 
Ksouss, Interroges avec soin, tous out repondu qu ils etaient nes dans la 
vallee des Issers (cnlree de la grande Kabylie) et que les marques qu ils 
portaient sur le nez leur avaient ete faites par leur mere lorsqu ils etaient 
malades. 

Un Arabe des Ksouss interroge a repondu que le tatouage qu il portait sur 
le nez lui avait ete fait par un tebib (medecin), que beaucoup d Arabes de 
sa tribu pre sentaient la meme marque, mais qu un certain nombre cependant 
n etaient pas tatoues. 

Nous avons rencontre parfois un singulier tatouage sur le dos de la main; dc 
loin, on aurait cru voir un aigle dessine, mais il n en avait que la forme gene- 
rale. Souvent il avait ete fait par un tatoueur de profession, mais frequemment 
aussi les Arabes qui le portaient nous ont dit que, lorsqu ils etaient jeunes, ils 
se tatouaient entre eux sur la main en se servant d une epine de figuier de 
Barbaric. 

Chez un grand nombre de peuples sauvages, le tatouage est employe pour 
differencier les tribus. 

Le tatouage est constamment applique aux esclaves, surtout en Afrique. Tout 
esclave porte sur un point du corps, generalement le visage, quelquefois 
1 epaule, les bras, la marque particuliere a son proprietaire. Mais, comme 1 esclave 
pent, pendant sa vie, passer souvent d un proprietaire a un autre, il arrive qu a 



102 TATOUAGE. 

un premier signe de tatouage vient se superposer 1 embleme du nouveau pro- 
prietaire, de sorte qu on peut ainsi compter par combien de ventes successive^ 
1 individu a passe. Enfin, il y avail cbez certains peuples de 1 Extreme-Orient 
une application de tatouage assez singulierc pour etre menlionnee ici. C etait le 
tatouage employe comme passe-port et sauf-conduit. C est ainsi que 1 historien 
Ma-Touan-Lin raconte qu a la cour d un empereur, alors en lutte avec ses 
voisins, il faisait appliquer aux voyageurs qui voulaient traverser les terri- 
toires amis un systeme special de tatouage qui les garantissait centre toute 



agression. 



d. Tatouage religieux. Le tatouage a souvent le caractere d une consecration 
religieuse. Dans les populations sauvages il est constant cbez les pretres et 
s etend cbez eux a toutes Jes parties du corps. II y a plus, comme ils sont 
ordinairement rases, surtout en Polync sie, les points decouverts du cuir che- 
velu, du pubis, des aisselles, n echappent point a une ornementation des plus 
compliquees. Ge sont des fleurs, des emblemes, des representations d animaux, 
lezards, serpents, etc. Nous avons vu plus haul que cbez les peuples dont le sacer- 
doceest occupe par des femmesles pretresses sont tatouees d une fa con speciale 
en memo temps que 1 operation du tatouage leur est ordinairement devolue. 

e. Tatoutuji ilcs association*. Certaines associations occultes, sortes de 
socie tes secretes, adoptent un systeme d ornementation pour distinguer leurs 
al lilics. (Test ainsi que de Rienzi decrit longuemcnt les differents tatouages 
usites en Polynesie et surtout a Tabiti par les membres de la secte des Arreoy. 
Dans cctte association dont se rapprochent, a 1 epoque actuelle, les Mormons, 
les femmes rlaimt communes a tous, mais un bomme ne pouvait cohabiter avec 
1 une d ellos que pendant deux ou trois jours. Si elle devenait enceinte, 1 enfant 
etait etouffe a sa naissance, afm de ne point entraver la pratique de la prosti 
tution la plus complete. La secte avait en outre d autres privileges, tels que le 
vol, le pillage et toutes sortes de de sordres. Or, les Arreoy se divisaient en sept 
classes dont cbacune avait son tatouage special : la plus elevee etait celle des 
avae para i, qui signilie jambe pcinte ; la seconde, celle des oti-ore, dont les 
bras etaicnt tatoues depuis les doigts jusqu aux e paules; la troisieme, celle 
des haroteas, tatoues depuis les oreilles jusqu aux bandies; celle des houas, 
portanl deux petites figures seulement sur les epaules ; la cinquieme, celle des 
aloros, avait une simple marque sur le cote gaucbe; la sixieme, un petit cercle 
autour de chaque cbeville; enfin, la septieme, celle des pous, sortes de surnu- 
meraires ou candidats a la secte et qui executaient dans les reunions la partie 
la plus fatigante des ceremonies, les pantomimes, les danses, etc. 

Des associations d un autre ordre, des socie tes secretes politiques, ont sou- 
vent adopte de nos jours un signe de ralliement emprunte au tatouage. C est 
ainsi que Lombroso cite certains individus ayant prete serment de fidelite a la 
reine de Naples, qui portaient sur le bras 1 image de cette reine, et au-dessous 
le mot Gaeta... On pourrait citer beaucoup d autres exemples analogues. 

f. Tatouage domestique. Signalons encore le tatouage domestique aux iles 
Marquises. Dans les possessions europeennes ou 1 esclavage est aboli, on en a 
parfois conserve 1 babitude. Quelquefois le tatouage a ete employe dans une 
famille pour distinguer les enfants les uns des autres. Ainsi un Arabe qui por- 
tait derriere Toreille un signe de tatouage affirmait au docteur Kocher qu il lui 
avait ete grave par samere, afm qu elle put le reconnaitre. Nous avons nous meme 
constate cbez quelques jeunes Arabes de grandes tentes elevees de la Medressa 



TATOUAGE. 103 

dc Tlemcen, et qni portaient sur la face dorsale de la main des signcs de 
tatouagc dont la signification etait evidemmcnt une distinction tie famille. 

Un certain nombre d enfanls trouves ou abandonnes portent un signe special 
de tatouage propre a les reconnaitre. Cette pratique est de tous les temps, et 
nous retrouverons phis loin ce signe particulier que portait Figaro dans la 
comedie de Beaumarchais, lorsque dans son proccs avec Marceline il est reconnu 

par sa mere? 

g. Tatouage chirurgical. EnPin, nous devons mentionner 1 applicalion du 
tatouage qui en a ete proposee ct effectuee an traitement de cerlaines maladies. 
G est Pauli, medccin de Landau, qui, d apres Bercbon, cut le premier en 1835 
1 idce d appliquer le tatouage a la guerison des nrcvi, des plaques congenitales 
pourprees ef meme des tumeurs ercctiles. Lc mode operatoirc est en tous points 
Je meme que le tatouage ordinaire par piqures. Les matieres colorantes dcsti- 
nees a se substituer a la teinte des plaques en question sont tantot du cinabre, 
lantot de la ceruse; les resultats ont ete, d apres 1 autcur, pleinement satis- 
iaisants. 

L exemple de Pauli a eu du reste des imitateurs, ct Nelaton, Yidal (dc Cassis) 
et Malgaigne y ont eu recours de leur cole. Mais les resultats ont c te vraiscm- 
blablemeut moins favorables, car les auteurs du Compendium reprdsentent le 
precede corame tres-complique , tres-douloureux ct d un effet tres-doutcux. 

Cordier, en 1848, le pveconisa de nouvcau contre lesnecvi, et le professeur 
Schuh (de Vienne) ont eu la pensee de recourir au tatouage pour pratiquer la 
cheloplastie au moyen d une peau prealablemcnt tatouee sur le \ivant et em- 
pruntee pour reparer la perte de substance. 

II. PROCEDES DE TATOUAGE. MODE OPERATOIRE. On a deja vu que le tatouage 
s execute par des precedes divers. Donnons a cetegard les indications indispen- 
sables. Ces procede s sont : 1 le tatouage par piqure ; 2 le tatouage par scarifi 
cation; 3 le tatouage par cicatrices; 4 le tatouage par ulceration, brulure et 
bourgeonnements ; 5 le tatouage sous-epidermique ; 6 le tatouage mixte, c est- 
a-dire la combinaison de plusieurs des procedes susdits. 

\ J Tatouage par piqure. C est le plus repandu de tous; on le retrouve 
dans toutes les parties du monde. C est le soul qui ait persiste en Europe depuis 
les temps prehistoriques jusqu a nos jours. Aussi placerons-nous dans ce 
cbapitre ce qui paraitra utile de mentionner, quant aux differentes babitudes 
des divers peuples relativement aux dessins executes et a leur distribution sur 
la surface du corps. 

Autrefois le tatouage etait le privilege de certains groupes ethniques, ainsi 
que 1 attestent les auteurs de 1 antiquite, tandis qu aujourd hui on ne 1 observe que 
sous forme errative et a titre de souvenir d une tradition ancicnne. C est avec ce 
caractere qu il persiste, par exemple, chez quelques peuples de 1 ltalie et chez 
nous-memes dans certaines classes inferieures de nos societe s, dans quelques 
corps de metier, telsqueles marins, ou parmi certaines associations, etc. Mais, 
aussilot qu on quitte 1 Europe, le tatouage par piqure apparait avec un caractere 
ethnique tres-manifeste. II est, par exemple, fort repandu chez les Arabes et 
les Kabyles. 

Ce sont les femmes qui remplissent ainsi le metier de tatoueuses ; on les voit 
sur les marches ou elles sont tres-occupees. Tantot le dessin qu elles appli- 
quent consiste dans quelques ornements legers ou en de simples moucbetures 
sur le visage, comme chez les prostituees. D autres fois, on remarque des dis- 



104 



TATOUAGE. 



positions de broderies de dentellcs identiques a cclles qu on retrouve sur les 
ti.ssus de laine et dc sole. 

C estal aide d une simple aiguille degros calibre que sc pratique le tatouage; 
1 aiguille plonge clans un petit etui en bambou entoure de cuir ou d etofle et 
au fond dnquel est la matiere colorantc sous forme pateuse. Le dcssin voulu 
est d abord trace sur la peau au moyen d un petit pinceau ou d une plume, 
puis il est fixe par 1 aiguille tenue a la main ct enfoncee doucement sans mar- 
teau. Parfois, comme nous le verrons plus loin, toute 1 operation, au lieu de se 
faire avec une aiguille, s effectue a 1 aide d une se rie d incisions legeres, e est- 
a-dire de veritables scarifications. Le meme precede se retrouve a Tunis ou il 
affecte la forme de pointilles obtenus avec 1 aiguille et du bleu d indigo. En 
dehors de 1 Afrique septentrionale, le tatouage par piqure cesse d etre employe, 
c est-a-dire qn il fait place a un precede different auquel cependant le tatouage 
vient parfois completer par un systcme annexe de piqures un dessin exe cule 
par incisions. 

En ce qui concerne 1 instrument, nous verrons que les objels les plus primi- 
tifs out etc utilises dans le meme but. L instrumcnt prebistorique du tatouage 
trouve par Lartet a Aurignac consiste en un poincon tres-acere fait de bois de 



rennc. Mais les peuples sauvages adoptent souvent des instruments plus simples. 

Ainsi, chez la plupart des peuples oceaniens, le tatouage par piqure s applique 

au moyen de dents de poisson, soil isolees, soil accouplees. Cook figure trois de 

ces engins. C est un instrument de ce genre emmanche dans une petite canne 

queThevenot a observe a Betblecm (fig. 2). 

Ailleurs, ce sont des poincons en metal, comme on en 
a retrouve en Egypte ou ils sont encore usite s aujourd hui. 
Les epines de certaines plantes out ete aussi employees. 
Des pointes en os constituent rinstrument famiJier a la 
Nouvelle-Zelande. C est aux iles Marquises qu on ren 
contre les instruments les plus perfectionnes. Ce sont, 
par exemple, des fragments d ecailles de tortue decoupes 
en forme de scie. 11 y a aussi cinq ou six dents aigues 
encbassees dans un morceau de bois, ou bien c est un 
veritable peigne de metal compose d aiguilles accouplees 
qui se manient au marteau. 

Quant aux matieres colorantes appliquees au moyen 
du tatouage, leur nombre est infini. Les auteurs an- 
cicns parlent de certaines matieres noires. Atramen- 

tum, de certains sues d herbes (Pline) : Vlsatis tinctoria, le Glastum de 

Jules Cesar. 

Assez souvent la rnatiere colorante est unie a un Jiquide huileux, c est ce 

qu a observe Thevenot a Jerusalem ou 1 on emploie aussi un melange d encre 




Fig. 5. -- Instrument de 
tatouage, en forme de 
peigne, Usite aux lies 
Slarquises. 



TATOUA.GE. 



105 



ordinaire et de fie! debceuf. L cncre ordinaire est dureste usitec, d apres Marco 
Polo, chez les peuples anciens du Canada. A la Louisiane, c est le charbon de 
pin et plus recemment la poudre de guerre ordinaire. 

Dans toute 1 Oceanie, on fabrique pour le tatouage une substance spcciale qui 
n est autre que le charbon de fumee produit par la combustion d un certain 
pin, \Aleurites triloba, melange avec de 1 huilc de poisson oudecoco, ou du jus 
de canne a sucre. 

Les tatouages Ueus resultent ordinairement de 1 emploi de carmin, lequel 
s obtient en ecrasant les fruits de Ftcm tincloria. 

Tellcs sont les substances utilisees sur certains points du globe, mais c est en 
Europe que nous trouvons les plus grandes varietes de substances. En trie, on 
remarqne : 1 encre dc Chine, puis le noir dc fume e, I indigo, le carmin, 1 or- 
canette, le vermilion, le minium, le curcuma, le cinabrc, 1 ocre rouge, le sue 
noir du gardenia, le vermilion, etc. 

Chez les Wa-Kavirondo, peuplade negre dc la rive orientale du Nyanza, le 
tatouage est exclusif aux femmes qui sc 
tatouent la poitrine et le dos, landis que 
les hommes ne font rien de semblable. Cc 
pcuple reste a 1 etat de nudite. 

Chez les Wa-Kouri et les Wa-Kara, pcu- 
plades negres du sud du Nyanza sur la 
region qui limite le golie de Speke, les 
hommes s habillent d ecorce, se tatouent 
la poitrine et se peignent le corps en 
rouge et en blanc, au moyen d argile 
delaye c dans Fhuile. 

De 1 Afrique passons au continent asia- 
tique. ou le tatouage par piqure est encore 
tres-repandu. C est surtout dans 1 Extreme- 
Orient, en Chine, au Japon et dans toute 
la region indo-chinoise, qu il s observc avec 
une grande intensite. 

Dans I lndo-Chine, les Annamites, qui se 
fatouaient generalemeut autrefois, sem- 
btent avoir renonce depuis quelques annees 
a cette coulume. II en est de meme au 
Cambodge, mais dans le Laos presque 
tous les hommes sont tatoues. Le tatouage 
y est noir, ainsi quel indique le mot Laos 
(ventre noir). Les ornements occupent 
presque la totalite du corps : aux epaules, 
c est une ligne verlicale separant le del- 
toide eu deux parties egales, ct de chaque 
cote on voit des caiacteres siamois et Fio. 4. 

laotiens dont on ne peut savoir le sens 

(Armand). Ensuite, c est aux jambes qu on observe un dessin represcnlant un 
anneau enserrant la partie supe rieure de I un des mollets, puis sur le mollet 
meme le dessin d un Krout, c est-a-dire le Garouda de la mylhologie brah- 
maniquc, ou bien un dragon, un tigre. Cette derniere figure aurait pour but de 




106 TATOUAGK. 

prote ger centre les altaqnes du grand carnassier. Le tatouage est aussi employe 
dans une intention curative conlre les nevralgies. 

Dans ia valle e du Si-beng-hieng, Jes hommes et les femmes ont un tatouage 
special qui consiste en lin dessin bleu clair. On n a pu savoir de quelle substance 
ils se servent. 

Mais c est dans le nord du Laos et an Yun-Nan que le tatouage prend une 
importance dc plus en plus considerable. Tous ces lalouages servent a distin- 
guer les populations les lines des autres. Ce sont les bonzes qui pratiquent 
1 operation. 

Cette pratique scmble meme y etre obligatoire et devient 1 objet de soins 
excessifs, si bien que dans certains cas on soumet le patient a une veritable anes- 
thiSsic par 1 opium, an moment de 1 operation. 

Dans 1 Oceanie, ou se retrouvent isoles ou combines le plus grand nombre de 
procedes de tatouage, c est neanmoins le systeme du tatouage par piqures qui 
cst le plus en honneur. 

Nous ferons ccpendant an point dc vuc ethnique une premiere distinction 
entre les deux races principals qui occupent les re gions, la race polynesienne et 
la race mdlanesienne. Aussi, tandis que la premiere a adopte surtout le precede 
par piqures, la seconde pratique le tatouage par incison ou brulure. 

Aux lies Marquises, le tatouage en general et la forme des dessins employes 
sont infiniment varies. Non-settlement les tribus, mais les castes, les divisions 
sociales, se caracterisent de la sorte. C est ainsi qu il existc un tatouage special 
pour les guerricrs, un autre pour les nobles, un tatouage pour les esclaves et 
les domestiques, un tatouage pour les veuves, etc. 

Le talouage aux iles Marquises est d une telle importance que dans sa de 
scription le docteur Clavcl introduit une division du tatouage de la face, des 
muscles supe rieurs, du tronc, des membres inferieurs. 

Le talouage de la face, paheke simple ou oblique unilateral, consiste dans un 
rectangle traversant un des cote s du visage a la facon de la bande employee 
dans le bandage rlit monocle. En teignant cette bande en bleu fonce, depuis la 
naissance des cheveux jusqu au rcbord du maxillaii e inferieur, c est-a-dire 
dans toute 1 e tendue de sa portion oblique, on aurait une image assez fidele du 
tatouage paheke simple. 

Le paheke double ou pike (oblique bilateral) serait bien represents par un 
binocle teint en bleu, et est particulier aux grands chefs ; les chefs inferieurs 
secondaires se contentent du paheke simple. 

Le tatouage liepin, beaucoup plus repandu que les precedents, est seul en 
honneur chez les naturels du sud-est. II consiste essentiellement en branches 
transversales ; le bord superieur de la premiere traverse le visage, en prenant 
au-dessus de la ligne des sourcils ; I infe rieur longe la face au niveau de la par- 
tie moyenne du nez, les petits coles de ce rectangle s arretent a quelques 
millimetres en avant des oreilles : la partie inferieure du front, les yeux et la 
moitie superieure du nez sont done compris dans cette zone. Le bord superieur 
de la seconde bande s etend d un lobule de 1 oreille a 1 autre en passant au- 
dessous de la base du nez et le bord superieur relie les deux angles de la 
machoire : une partie du menton, les levres et le bas de la face, sont compris 
dans ce rectangle. Entre les deux zones existe souvent soil une ligne ponc- 
tue e, soil une ligne brisee transversalement etendue ; la derniere a la preten- 
lion de representer un centpieds ou des dents de requin (fig. 5). 



TATOUAGE. 



107 



Le tatouagc des membres supc rieurs est surtout remarquable a la main, dont 
il occupe la face dorsale : ce sont des lignes droites agencees de mille facons tout 




Fig. 5. 



a fait fantaisistes, quelquefois avec melange de lignes courbes formant un do.s- 
sin analogue aux dispositions de soutache ou de nosdessins d arabesques (fig. 6). 




Fig. G 



Le tatoiaage des membres inferieurs est tres-analogue dans ses dispositions a 
celui des membres superieurs : ce sont toujours des lignes droites ou courbes, 
des dentelures, des arabesques, des dentelures qui remontent au-dessus des 
chevilles et simulent des bas a jour. 

Le tatouage du tronc avait autrefois aux iles Marquises une importance con 
siderable : c etaient des spirales, des anneaux peu e legants. Aujourd hui ces 



108 TATOUAGE. 

ornementations compliquees out fait place a de simples bandes que les naturels 
considerent comme la decadence de 1 art. 

Les femmes ne sont que tres-peu tatoue es. II n est pas rare cependant dc 
rencontrer cliez elles des dessins a la region lombairc qui continuent avec ceux 
des membres infericurs. A la region fessiere le tatouage qui est particulier aux 
femmes de la region snd-est s appelle koheta. 11 est represente par des figures 
imitant des feuilles de fougeres. 

Yus de loin, les naturels qui sont complctement taloues semblcnt avoir des 
retements collants. A une distance moyenne, ils out 1 air de preux bardes de 
fer; de pres, on dirait des arleqnins masques (docteur Clavel). 

Dans 1 arcliipel de la Societe et a Tahiti en particulier le tatouage, qui est 
general, y est tout a fait fin et elegant. 11 se compose de petits pointilles bleus 
qui occupent les joues, les levres, les poignets. D autres fois, ce sont de petites 
raies paralleles an nombre de deux sur le front. 

Cliez les homines, le latouage est d un bleu sombre; il occupe les bras, la 
poi trine ct le visage. 

L inslnimenl dont se servent les tatoueuses de Ponape resscmble a un peigne 
on a unc fourchelte, et il est forme d epines d ime espece de citronnier sauvage, 
atvimplcYs an mmibre de cintj ou six et collees a un manche de bois au moyen 
d une substance resincuse (jus de fruit a pain). La matiere colorante employee 
c-i Ic noir dc fume c obtenu par une flamme dans laquelle on fait bruler une 
MIH\ ;i|t|icl( i- ilrinl;an. 

A Palau, une ile voisine de Ponape, c est un peigne en os qu emploient les 
t;iluiieurs, ct la matiere colorante est la cendre qui resultcde la combustion d une 
crrlaiui Unix, VAIeuriles Iriloba. On 1 imbibe d eau ct on 1 introduit ainsi sous 
1 epiderme. 

Dans nos eontrees, a Paris, a Lyon, dans quelques postes maritimes, le 
latouagc s est conserve comme on sait et il est facile d obserrer les proce des en 
usage. 11 y a des individus qui vivent de la profession de tatoueur. On les connait 
par les camarades d atelier ou de regiment. Parfois ils tiennent boutique chez 
certains marehands de vin; ils vont dans les fetes. 

Ils ont des especes d albums renfermant des dessins faits a la main qu ils 
offrent au choix des amateurs. Le prix est ordinairement de 50 centimes par 
sujet. 

Le plus souvcnt le tatoueur emploie des dessins faits sur du papier huile. Les 
traits principaux des dessins sont pointilles a 1 aide d une epinglc. 

Le papier etant applique sur la partie a tatouer, on applique au-dessus du noir 
de fumee qui, passant a travers les piqures du papier, reproduit sur la peau les 
traits du dessin. Lorsque Je tatoueur sait assez bien dessiner, il trace a la plume 
le dessin a executer. 

Alors, pourpiquer le dessin, le tatoueur emploie des aiguilles le plus souvent 
assez fines. Celles-ci, dont les pointes sontau meme niveau, sont, en ge neral, au 
nombre de trois, parfois de cinq et meme de dix, lorsque les parties sont forte- 
ment ombrees. 

Les aiguilles sont maintenues a 1 aide de fils et fixees a un morceau de 
bois. 

Les bons tatoueurs font une premiere piqure en enfoncant obliquement les 
aiguilles a une profondeur d un demi-millimetre, et tres-rarement ils de ter- 
minentun ecoulement dc sang; ils ont soin, d ailleurs, de tendre fortement la 



TATOUAGE. 109 

peau du tatoue, afin, disent-ils, d eviter la douleur et de dormer au dessin une 
grande nettete. 

Quelques tatoueurs ne font qu une scule piqure; d autres repiquent une 
seconde fois, aiin d avoir des contours plus nets el plus apparents. Lcs aiguilles 
sont alors enfoncces a 1 millimetre et toujours obliquernent, puis, 1 operation 
terminee, le tatoueur lave la surface du dessin avcc de 1 eau, de la salive ou de 
1 urine. 

Des dessins meme compliques sont exe cules en une dcmi-heure. Nous avons 
vu un beau tatouage haut de 20 centimetres et large de lo, iv.|iivsentant un 
Indien tenant le drapeau des Etats-Unis, qui avait etc fait a New-York en vingt- 
cinq minutes. Ce tatouage avait ete payc 15 francs. Le taloue nous racontait quo 
celui qui Jui avait fait ce dessin elait un Irian dais habitue des maisous <>u 
vivaient les matelots. 11 avait un album ou Ics amateurs choisissaient; le prix 
du tatouage etait marque a cote. Get industriel gagnait ainsi sa vie et, parait-il, 
son gain s elevait certains jours a 100 francs. 

II existait aussi dans la meme ville en 1871 un autn x tatoucur qui avait des 
planches gravees a 1 avance etarmees d aiguilles reprdsentaut Ics dessins. On les 
appliquait sur la partie a tatouer, 1 impression se faisait en une minute et, nous 
raconte-t-on, sans souffrance. 

Le plus souvent, dans nos pays, les tatoueurs font usage d encre dc Chine, de 
vermilion. Parfois ils emploieut le charbon de hois pile et delaye dans de 1 eau, 
1 encre bleue, plus rarement le bleu de blanchisseuse. 

G est 1 encre de Chine qui occasionne le moins d inflammation consecutive. II 
n en est pas ainsi du vermilion qui, de plus, disparait plusfacilement. Leprurit 
occasionne par les croutes de vermilion donne lieu ?i uue vive irritaliou, le 
malade arrache parfois celles-ci avec les ongles et souvent, ainsi que nous avons 
pule constater, fait disparaitre les particules de vermilion. D ailleurs, avec le 
temps, cetle couleur s efface souvent, et sur des tatouages n ayant pas plus 
de cinq ou six ans de date nous avons constate 1 absence de la coloration 
employee. 

Le charbon en poudre dure encore moins longtemps, il determine pcu d acci- 
dents inflammatoires. 

Ainsi que 1 a fait remarquer M. Berchon, jusqu a la fin de la troisieme ou de 
la quatrieme semaine, les lignes tatouees sont plus larges qu elles ne le seront 
plus tard et ressemblent assez bien aux trainees de nitrate d argent faites sur la 
peau pour delimiter les erysipeles, puis, lorsque les croutes se sont detachees, 
la peau reprend sa souplesse et son aspect normal, au voisinage du dessin. II 
faut un peu plus de temps pour les tatouages au vermilion; les croutes laissant 
apres leur chute une surface luisante et moiree plus persistante. 

2 Tatouage par scarification. Cette deuxieme variete de tatouage consiste 
dans des incisions tres-superficielles, telles que celles qui accompagnent 1 appli- 
cation des ventouses. Nous aurions pu meme la confondre avec la variete prece- 
dente du tatouage par piqure, car le but en est le meme, celui d introduire des 
matieres colorantes djverses formant un dessin determine, tandis qu il differe 
considerablement, ainsi qu on le verra, du tatouage par cicatrice, lequel consiste 
en une v&itable plaie, une enlaille profonde, atteignant le derme, et dans 
laquelle on n introduira aucune substance etrangere. 

Nous trouvons ce procede special de tatouage par scarification d abord en 
Algerie, ou les Arabes se soumettent a 1 operation par la maia des Mauresques. 



110 TATOUAGE. 

Celles-ci emploient meme, tantot lespiqures, lantot les scarifications legeres avec 
un instrument tranchant. Aussitot les incisions faites, on y applique la matiere 
colorante qui doit perpetuer le dcssin. C est tantot du charbon pile quaud on 
veut obtenir un tatouage noir; rarement c cst 1 encre de Chine. Pour les tatouages 
bleus, les latoueuses font usage le plus ordinairement du bleu des blanchis- 
seuses. Le tatouage rouge s obtient avec le vermilion ou plus simplement avec 
le henne en poudre. Toutefois, ce dernier est tres-peu apparent et s efface en 
general assez promptement. 

Au Senegal, le tatouage des levres et du visage apparait comme ferait la trace 
recente des scarifications de nos ventouses. 

Lorsque le talouage est effeclue, 1 operateur a 1 babitude de recouvrirla partie 
operee d une espece de cataplasme fait avec une berbe appelee maghnina. On la 
laisse une journee en place et elle empechc, dit-on, 1 inllammation consecutive. 
Suivant Gillbert d Hercourt, quelques Arabes badigeonnent dans le meme but 
les parties opt rces avec de 1 essence de sapin. 

Quoi qu il en soil, ce mode de talouage est peut-etre cclui qui reste susceptible 
de s elfacer spoutanement avec I age. Nous avons meme vu certains Arabes qui 
avaient cherche a 1 efiacer artificiellement. Us emploient a cet effet la chaux 
vive, dont ils forment une espece d emplatre et qui laisse apres quelque temps 
une cicatrice analogue a celle do nos vesicatoires. Les scarifications sont ainsi, 
non point cffacccs, mais rccouvertcs d une vaste cicatrice blanchalre. 

De 1 Afriquc nous dcvons, dans la recbercbc des exemples du tatouage |.iar 
scarifications, passer immediatcment en Oceanic, ou il est fort repandu. Ainsi, 
par exemple, a la Nouvelle-Zelandc, c est le precede habituel. 

L instrumcnt employe est un petit ciselet en metal, tres-tranchant. Lorsque 
I operatenr, qui est un tatoucur de profession, a trace le dessin qu il veut 
represunter, il trempe le ciselet dans un liquide liuileux, ou Ton a delaye la 
racine du Phormium tenax reduite en poudre, puis il commence les incisions 
sans dcpasser re pidermc. II trace ainsi des spirales sur cbaque tempe. Ce dessin 
est rigoureusement symetrique et s applique aux guerriers. Les chefs doat la 
carriere militairc compte de nombreux exploits ont le visage couvert de ces 
ornemcnts spiroidcs qui deviennent des marques de noblesse Iransmissibles 
par licrcdilo. Ces dessins sont d une execution si parfaite qu on les pren- 
drait pour des ouvi ages en filigrane, aux contours des plus compliques et 
d une exacte symetrie. Les femmes, chez lesquelles le tatouage est plus rare, 
portent en general duux lignes droites paralleles sur le milieu du front; il n y a 
que celles qui sont d une illustre 01 igine qui ont le droit de porter un tatouage 
special sur les levres. 

Enfin les chefs souls ont le privilege du talouage des jambes, qui affecte 
encore la forme de spirales ou de circonvolutions symelriques aux deux cotes. 

C est par un precede analogue que le tatouage se pratique aux Philippines. 
Ainsi dans 1 une d elles, a Mindanao, le docteur Moutano nous a donne des 
renseignements tres-interessants. 

Dans cette ile, la population dominante est de race indonesienne. Or c est la 
race indonesienne qui, seule, se livre au tatouage. La serie des operations du 
tatouage dure plusieurs annees. Elle commence chez 1 enfant vers I age de six a 
huit ans, et c est la mere qui le pratique en personne. L instrument est un petit 
couteau expose a la fumee d un leger feu de resine de certaines plantes de la 
famille des Meliacees. 



TATOUAGE. Ill 

Le lieu detection tlu dessin est la region deltoidienne seule chez la femme. La 
forme des dessins est celle do losangcs accouples. Quelquefois on observe uu 
dessin represenlant une silhouette hieratique liumaine, mais c est surtout dans 
la region pectorale que s accumulcnt les dessins losangiques, enchevetres, mais 
toujours symetriques. 

Si de Mindanao nous passons a un groupe d ilcs situees dans Ic golfe du Ben- 
gale, les iles Andaman, nous y retrouvons encore le meme procede de tatouagc 
par scarification. 

Or on sail que ces iles sont peuplees par une race qu on dit aborigene. Telle 
est du moins 1 opinion du plus grand nombre des antbropologisles, sauf de M. dc 
Ouatrefages qui la rattaclie aux Mincopics. 

Le tatouage s y execute d une maniere tres-voisinc dc celle de la Malaisie. 
L instrument est ou un fragment de quartz, c est le procede ancien, ou un 
morceau de verre, suivant la mode rnoderne. 

C est encore la mere qui l exe cute chez I enfant des I tige dc cinq ou six ans, et la 
se rie des operations ne s acheve que vers quin/e ou seize ans. Kile ne s accompagne 
d aucune cere moniereligicuse, c est un veritable talouage domestique. La matiere 
colorante est la meme qu a Mindanao; c est du noir nrucilli p;ir la combustion 
de diverses plantes resineuses. On recouvre de ce noir une lame traiidiante qu on 
promene en suivant certains dessins sur le dos, les epaules, la nuque, le venire 
t les faces dorsales du pied ct de la main. 

Quant aux femmes, elles se distingueut par la presence de trois lignes verti- 
cales sur le front. 

3 Tatouage par cicatrices. Ce tatouage consiste en une sc rie d entailles 
faites au moyen d un instrument tranchant, entailles qui sonl maintenues 
beantes, de sorte que la plaie devient une veritable cicatrice de meme forme. 
Or, comme ce procede est surtout en usage chez les peuples doiit la peau 
cst de couleur tres-foncee (negres, Melanaisie, Australie, Galedonie, etc.), il 
resulte de la cicatrisation une surface bbnche qui tranche plus ou moins vive- 
raent sur la teinte de la pcau. C est du reste sur celte dissemblance que repose 
oe proce de. 

Le talouage par cicatrice ne comprend done I emploi d aucune matiere colo- 
rante, si ce n est dans les cas ou un systeme d ornementation par piqures vient 
se sunjouter a des cicatrices prealables. C est alors le tatouage mixte sur lequel 
nous reviendrons plus loin. 

Le tatouage cicatriciel s execute par mouchelures ou par incisions. 

Le tatouage par mouchetures est tres-repandu chez les negres. On peut meme 
affirmer qu il n est pas un negre, ne dans son pays originaire, qui ne porte des 
le jeune age les stigmates indelebiles de sa tribu. C est ainsi que, lorsqu on 
rencontre en Alge rie, par exemple, un negre qui ne pre sente pas de latouage 
cicatriel, on peut affirmer qu il est ne hors de son pays et qu il a ainsi echappc 
au tatouage obligatoire. 

C est au visage, au front, aux bras et surtout aux jambes, que s applique le 
tatouage par mouchetures. II sert esseutiellement a la distinction des tribus, et 
comme il arrive parfois qu un negre emigre d une tribu dans une autre, on peut 
observer sur son visage la trace de plusieurs systemes de mouchetures superposes. 

C est surtout en Sene gambie qu a ete remarque le systeme de tatouage par 
mouchetures, et tout individu des deux sexes subit des 1 enfance 1 operation. Ce 
sont alors des dessins primilifs appliques aux tempes, au front, et representant 



112 TATOUAGE. 

souvent une etoile. D autres fois, comme chez les femmes papoues, le sein est 
entierement rccouvert d un systeme de mouchetures ligurant un dessin spiroi de. 
On retrouve encore un systeme de mouchetures analogues aux iles Andaman ou 
les femmes out parfois 1 habitude d irriter les plaies ainsi produites et obtieiinent 
un commencement de bourgeonnement. 

Le tatouage par grandes incisions appartient a d autres populations africaines, 
ou, pour mieux dire, a presque toutes. Qn on observe, par exemple, les peuples 
de 1 Afrique centrale, les Soudaniens, ou ceux de 1 Afrique orientale, les Mozam- 
biques, ou bien encore les populations de 1 Afrique australe, telles que les Cafrcs, 
on y retrouve le precede <!e tatouage par incisions complique souvent d un 
systeme d ulce rations et de bourgeonnements. 

Au Mozambique chaque indigene porle une serie d entailles sur le visage ; cc 
sont d abord des incisions paralleles qui partent du sommet du front et descen 
dant de cbaquc cote du nez jusqu a la levre superieure. De ces lignes part Irans- 
versalement d une orcille a 1 autre une antre incision d egale profondeur qui 
divisc ainsi avec la premiere le visage en plusieurs carres qui semblent cousus 
ensemble. L instrument employe est un couteau de metal tres-lrancbant. 

Cbez les Cal res, le precede subit une petile modification et la plaie s effectue 
par un poingon qui est inlroduit sous IVpiderme et ensuite releve de maniere 
a produire sur I e piderme une veritable dechirure. La plaie est traitee comme 
cellos qui sont faites par I lnstrument tranchant, et elle devient le siege de Lour- 
relets cicatriciels. 

Ce precede , qui obtient ainsi une cicatrice couverte de nodosile s, n est pas le 
seul pratique, car souvent on recouvre les incisions de sues de plantes irritantes 
comme le sue de certaines eupborbes, et la cicatrice blancbalre apparait couverle 
de bourgeonnements. 

Ces balafres raj pellent encore celles qui se produisent a la suite des flagella 
tions que certains peuples pratiquent entre eux, ou a celles qui punissent les 
coupables ou marquent des csclaves. 

On voit en effet dans des fetes accompagnees de musique et de danses des 
iiegres qui se foueltent reciproquement avec des Janieres de cuir pre^entant des 
se ries de noends, jusqu a ce qu ils aient la peau ensanglantee. Certaines pra 
tiques de la secte des Aissaouas ou d autres associations religieuses semblent 
empruntees a cet usage. 

Ce procede se retrouve encore en Polyne sie et en Malaisie. II s effectue aussi 
par des incisions profondes qu on laisse tantot cicatriser sous 1 eau ou a 1 air 
libre et que tanlot on recouvre de sues irritants. Mais ceci nous conduit a 
etudier le systeme de tatouage suivant : 

4 Tatouage par bourgeonnements, idce rations ou brulures. Nous venous 
de voir un systeme de tatouage dans lequel des incisions simples forment un 
ensemble de cicatrices ordinairement depourvues de ces dessins elegants dus au 
tatouage par piqures. Ce sont des cicatrices destinees a deformer profondement 
le visage ou a mutiler affreusement les teguments. Le but ici est-il d embellir 
1 individu ou de le rendre redoutable et effrayant pour ses ennemis? Cette derniere 
supposition est la plus vraisemblable. 

Nous avons vu aussi dans cette derniere variete que la plaie est souvent le 
siege d irritations, de bourgeonnements venant se surajouter aux cicatrices elles- 
memes. C est precisement ce mode de bourgeonnement artificiel qui caracterise 
la variete dont nous nous occupons actuellement. 



TATOUAGE. 115 

Or le bourgeonnement de la peau, c est-a-dire la production artificielle de cette 
lesion que les chirurgiens appellant les che loides cicatricielles, se realise par 
deux precedes : le premier, que nous venons de faire connaitre, c est-a-dire 1 ir- 
ritation d une plaie prealable; le second est une veritable brulure a la manierc 
de nos anciens moxas. Ces brulures ont tantot une forme lineaire realisant 
quelques dessins primilifs, comme, par exemple, des spires, des cercles, des 
lignes courbes paralleles qui tantot sont isolees les unes des autres, et tantot sont 
placees en serie droite. 

Les bourgeonnements cutanes occupent des points tres-variables du corps ; ce 
sont des mamelons de forme irre guliere et dont le volume varie d un grain de 
millet a celui d un haricot, d une couleur gcneralement plus foncee que la peau 
environnante et places soil a 1 oreille, au bras, au bord anterieur de 1 aisselle, 
au dos, sur les omoplates ; d autres sont re eliement pedicules et comme pendants. 
On les observe aux reins, au bras, a la poitrine, au bas-ventre, aux extremite s 
inferieures. 

C est dans 1 Afrique centrale qu il faut chercher cette pratique du tatouage. 
Ainsi Cameron et Schweinfurt rapportent que dans 1 Ouhinga le tatouage cica- 
triciel est horrible et repoussant. Ce sont toujours de profondes incisions qui 
occupent toute la surface du corps et sont reconvenes d excroissances charnues 
qui, une fois cicatrisees, constituent des bourrelets indelebiles. Cette formation de 
bourrelets est due anssi a un autre precede en usage chez certains peuples negres 
de la cote orientale d Afrique. Nous voulons parler du procede de torsion de la 
peau dans lequel 1 operateur, apres avoir traverse avec une aiguille le tegument 
sur un point, execute une torsion de 1 instrument, de maniere a produire une 
dechirure difforme. Cette plaie est alors couverte de matieres colorantes comme 
les incisions elles-memes, et le bourrelet cicatriciel se forme a la suite. 

Le procede de la briilure s execute ordinairement au moyen d un petit 
fragment de bambou on d une nervure de plante seche. L objet est place sur la 
peau, puis allume. On active la combustion en soufllant, soit avec la bouche, soil 
meme avec un instrument spe cial, tel que celui qui a ete retrouve chez les Indiens 
de la Californic et qui sert a pratiquer des moxas. C est une sorte de tube plus 
ou moins ornemente et au moyen duquel on favorise la combustion. 

L operation, comme on pense bien, est extremement douloureuse, mais elle est 
supportee ge neralement avec un grand courage. Elle sert d ailleurs d epreuve aux 
iles Viti, a la Nouvelle-Zelande, en Australie. Tout guerrier doit etre ainsitatoue, 
et a chaque periode solennelle de la vie on ajoute soit un nouveau bourgeonne 
ment par brulure, soit quelques ornements accessoires par piqures ou incisions. 

Le procede de tatouage par brulure n esl d ailleurs pas recent ; il est peut etre 
aussi ancien que le procede par piqures. Si Ton en croit en effet Ammien Marcel- 
lin et Jornandez, les soldats d Attila etaient couverts de cicatrices bourgeonnees 
de brulures. Aujourd lmi ce procede est reste en honneur en Tasmanie ou il 
consiste en une sorte d epaulctte au-dessus de chaque bras. Au Mozambique, il 
figure une espece d etoile. Chez les Minorques et les Negritos, ce sont des verge- 
tures saillantes placees horizontalement sur le ventre. En Nouvelle-Guine e et chez 
les Zoulous, ce sont des bourgeons spheroidaux disposes en series paralleles et 
occupant les reins, le dos, les cuisses. 

En Nouvelle-Caledonie, ou le tatouage par incisions est tres-re pandu, on ren 
contre aussi le procede par brulures ; celui-ci s execute par la combustion sur la 
peau de la nervure du cocotier. Conse queniment la brulure line aire et certaines 

DICT. ENC. 5 e s. XVI. 8 



114 TATObAGE. 

combinaisons de lignes parviennent a former quelques dessins, puis, le bonrgeon- 
nement obtenu, on arraclie successivernent la croute qui recouvre la plaie ; on 
1 irrite de nouveau et ainsi de suite jusqu au resultat voulu. Alors on se borne 
a laver a 1 eau fraicbe la cicatrice qui persisle ainsi ineffacable. En Auslralie, 
c est le meme pro cede de brulureavec des nervures dc plantes, mais les latoueurs 
arrivent souvent a representer grossierement sur la cuisse la figure d un animal 
on d une plante. 

5 Tatouage sous-epidermiq ue. Ce dernier mode de tatouage s effectue an 
moyen d une aiguille enfilee d un fil assez long, endnit d une matiere grasse, 
roiamc de I liuile de poisson melangec avec du noir de fumee. 

L instrument etant ainsi arme, on 1 introduit sous I epiderrae, ou plus exacte- 
i.M iit dans la couclie stiperficielle du derme, car, si le procede c tait re ellerneiH 
^ous-epidermique, le tatouage risqnerait de s effacer par le renouvellement inces 
sant des elements de I epiderme. Un trait prealablement trace au crayon sert de 
Cciiievas au dessin de talouage, ct I aiguille habilement maniee effeclue cerlains 
nrnements gencralement simples. Ce sont des traits paralleles, des lignes courbes, 
des croix, des eloiles. 

Ce tatouage est applique dans ce cas sur les parties decouvertcs du corps, le 
visage, les mains et les pieds, et il est. special aux peuples polaires, les Esqui- 
v, les Groenlandais. Nordenskiold, pendant 1 expedition de la Vega, 1 a ren- 
louirc cbcz les Tchouktchis. 

6 l) TaloniKje mirle. C est la combinaison de deux des talouages precedem- 
nn. iit. decrits. Ainsi, en Nouvelle-Zelandc, on retronve a la fois la pratique des 
incisions qui laissent des cicatrices blancbalres autour desquelles on vient appli- 
(juer par piqures des ornements complementaires. 

D apres Hartmann, le meme proce de mixte par cicatrices et piqures com- 
binees est familier cbez les Berabras, les Bedjas et les tribus du Loango, avec 
cette dillerence que cbez 1 bomme ce sont de grandes cicatrices nucs, landis 
i|ue cbez la femme elles sont entourees de guirlandes, de piqures elegantes. On 
le retrouve aussi chez les femmes des tribus Matambre, Makounde, Maugandjas 
i i Machingas. 

lie son cote, Cameron rapporte que les habitants des rives orientales du lac 
Tanganyika ont pour le tatouage un gout tres-vif et qu ils se couvrent le corps 
(1 . petites incisions entourees de piqures, lesquelles forment des spirales, des 
cercles, des lignes droites, etc. 

A Kasaungalobonna, a Textremite sud-ouest du meme lac, une ligne de tatouage 
par incisions descend du milieu du front jusqu au menton, tandis que les 
tempes sont recouvertes de raies de piqures. 

Le melange du tatouage par piqures avec le procede sous-epiderme s observe 
;tussi, mais plus rarement. Mantegazza et Lombroso le mentionnent meme en 
llalie oil il aurait ete sans doute importe par quelques peuplades du nord de 
1 Europe. 

III. REPARTITION GEOGP.APHIQDE DE TATOUAGE. Si maintenant nous teutons dc 
resumer uu point de vue de la repartition geograpbique ces notions generates sur 
le tatouage, nouS arrivons aux resultats suivants : 

1 Tatouage par piqures. La Polynesie, c est-a-dire tous les archipels, a 
1 exception de la Nouvelle-Zelande. Les lies Marquises, excepte les iles Rapa et de 
Laivava i du groupe Pomatou, File de Paques, la Micronesie ; la Nouvelle-Guinee; 
le groupe Papon. A Borne o, le groupe des Dayaks. 



TATOUAGE. 115 

Dans rAniL rique meridionale, les Charruas, les tribus du grand Chaco an 
Bresil, les Guaranis et les Pampe ens, les Patagons. 

Dans I Amerique du Nord, les Peaux-Uouges. 

En Afrique, les Kabyles, IcsArabes, les Egyptiens, les Niam-Niams, lesSe nc- 
"ambiens et les peuplades des rives du Senegal. 

En Asie, les Seng-li, cle 1 ile de Ma i-nan, les Chin-ham, anciens peuples de la 
Coree lesBaitos et les Ouen-clun da Japon, desiles Koussiliset Ale outiennes, les 
habitants de Formose, les anciens Annamites, les Ouen-mien-po, peuplc barbare 
du sud-ouest de 1 empire chinois. 

2 Tatonaye par incision simple. Melanaisie, tribus negres, africaines ; 
Loaivo, Makoude, Mangaudja, Machinja (d aprcsllartmann), les rives ortientale et 
meridionale du lac Tanganyika (d apres Cameron), laGuinee, la Nouvelle-Zelande. 

5 Tatouage par nlce ration on brulure. Tribus des Huns d Attila, Tas- 
imnie, Australia et Guyane, Papous iieo-guineens, Mincopies et Negritos, les 
Allourous, la Caledonie, Ic Soudan, Mozambique et les Zoulous. 

4 Tatouage sous-epidermique. Esquimaux, Tcliouktchis, Groe nlandais, une 
pa -tie de 1 Europe (Italic). 

o Tatouages mixtes. A. Melange des precedes par piqures et sous-epider- 
mii|uc: Europe. 

B. Melange d incisions et piqures combinees: Nouvelle-Zelande, bcaucoup de 
tribus negres de Y Afrique et quelques tribus algeriennes. 

C. Melange du tatouage par bourgeonnement ct par piqiire, ce dernier systeme 
se surajoutant d ailleurs au premier et variant de dessin suivant les incidents 
principaux de la vie: lies Marquises. 

IV. ACCIDENTS, COMPLICATIONS ET CONSEQUENCES DU TATOUAGE. Les accidents qui 
accompagncnt on qui suivent le tatouage ont ete etudios avec le plus grand 
soin par M. Bcrchon, auquel nous ferons de frequents emprunts. Us sont tres- 
variables d intensite ct de gravite; nous allons les passer en revue. 

Le premier des accidents dc 1 operation du tatouage est ordinairement la 
douleur. Or, cette douleur devra verier singulierement, suivant les conditions 
nieines dans lesquelles aura ete pratiquee 1 operation. 

D une maniere generale, le tatouage est une ope ration tres-douloureuse : le 
tatouage par piqiire, pcnetrant dans le derme, iute resse, comme on sail, une 
couche de tissu eminemment sensible. La pratique des scarilications on des 
incisions serai t peutetrc moins douloureuse que la precedente. Le tatouage par 
brulure et bourgeonnement est sans doute le plus penible, aussi n est-il en 
usage que chez les hommes, guerriers au courage eprouve , chefs a qui il faut 
une marque distinctive speciale. Le moins douloureux de tons les tatouages est 
assurement le procede sous-epidermique tel que le pratiquent les Esquimaux. 

L une des regions du corps ou le tatouage est le plus douloureux est la face 
dorsale des mains et des pieds; au niveau des orteils, la douleur peut devenir 
intolerable. Le sexe et 1 age feront varier encore 1 intensite de la douleur; s il 
s agit d une fcmme ou d un enfant, 1 operation arrache ordinairement des cris 
au patient. 

Quoi qu il en soil, la douleur occasionnee par cette operation n entraine a sa 
suite que certains accidents nerveux, et parfois des syncopes. G est pourquoi 
1 operation etait toujours divisee en plusieurs seances, espacees Tune de 1 autie 
de quelques semaines et meme dc plusieurs mois. Toutefois, Jes missionnaires 
Ellis et M. Moerenhout racontent que certain.es ope ratioas de tatouage faites ii 



116 TATOUAGF. 

Tahiti chez des sujets dc huit ou dix ans ont cte suivies de mort meme, cause e 

par la douleur. 

Quelques heures apres 1 operation, le patient est pris d une fievre violente, 
accompagnee parfois dc delire. La peau presente des trainees rougeatres oil il 
cst aise de reconnaitre une angioleucite. Le lendemain, le gonflement survient 
au niveau des parties piquees, ou dans leiir voisinage. Aux paupieres, ce gonfle- 
ment est assez considerable pour empecher 1 exercice de la vue pendant plu- 
sieurs jours. Bientot les regions tatoue es se recouvrent de croutes, et ce n est 
qu a la chute de cellcs-ci que des dessins apparaissent sous formes de lignes 
bleuatres ou ardoisees. A ce moment, le patient peut sortir de sa case et 
reprendre ses occupations. 

Quelques pre cautions sont cependant prises par les operateurs pour attenuer 
ces accidents; elles consistent surtout dans des irrigations d eau fraiche, ce qui 
n empeche pas cependant I engorgement des ganglions lymphatiques de la region 
operee, des phlegmons et des abces. Des keratites et des ophthalmies violentes 
entrainent parfois la perte de la vision. Quant a 1 erysipele et au tetanos, le 
docteur Clavel n en a point observe de cas. 

Mais cette histoire des accidents produits par le tatouage a ete traitee d une 
maniere si complete ct si exacte par Berchon, que nous ne pouvons mieux faire 
que de la resumer. 

Berchon divise 1 etude pathologique du tatouage en cinq classes : 1 accidents 
inflammatoires ; 2 gangrene; 3 amputation necessitee par les accidents du 
tatouage; 4 la mort; 5 des complications tardives diverses. 

1 Accidents inflammatoires. Nous ne reviendrons pas sur ce point qui 
vicnt d etre mcntionne. La serie des phenomenes est bien connue : rougeur et 
gonflement des parties dans les quelques heures qui suivent 1 operation; suin- 
tement sero-sanguinolent ou sereux par les piqures, oedeme des parties voisines, 
trainees rougeatres suivant le trajet des lymphatiques, inflammation des gan 
glions correspondants, fievre generate et parfois delire, puis, dans les jours 
qui suivent, la region tatouee se recouvre de croutes sous lesquelles dispa- 
rait le dessin; 1 epiderme se detache et tombe en petites lamelles; enfin, 
apres cinq ou six jours, rinflammation cesse et le dessin apparait nettement, 
tandis que les accidents gene raux, fievre, douleur et delire, s arretent a leur 
tour. 

Tel est en resume le tableau symptomatique d un sujet tatoue par piqures. II 
variera notablement dans les cas ou 1 operation a lieu par incision, bourgeonne- 
ment ou brulure; et dans ce dernier cas les lesions pratiquees sur le tegument 
presentent les caracteres de plaies ou de brulure en general. 

C est done 1 exageration de ces phe nomenes qui entraine les accidents graves 
qu on observe parfois, quand, par exemple, il se produit des le second jour, 
soil un phlegmon local termine par un abces, soit un abces des ganglions lym 
phatiques, soit meme un phlegmon diffus. 

Dans les observations qu il a recueillies, Berchon a rapporte des exemples de 
ces diverses terminaisons, et ses recits empruntes a des faits de tatouage chez 
des marins de nos ports confirment pleinement les recits des voyageurs qui ont 
pu assister aux operations que pratiquent avec plus de brutalite encore les 
peuples sauvages. 

2 Gangrene. t Aux accidents inflammatoires proprement dits fait suite 
assez souvent la mortification de la region tatouee. II se produit alors sous 



TATOUAGE. 117 

1 intensile de 1 inflammatioQ un veritable etranglement des parties, et la peau 
tout entiere, epiderme et derme compris, prend une coloration violacee ou 
noiratre, se recouvre de phlyctenes et se detacbe des parties voisincs, laissant 
apres elle une plaie qui met le tissu ccllulaire a nu. 

La premiere consequence de ce phenomena est, comme on le pense bien, la 
disparition complete du tatouage, et, quant a la plaie qui lui succede, elle pre- 
sente les caractetes ordinaires de celles qui font suite aux gangrenes. Lcs plaies 
sont parfois fort longues a guerir, ainsi que Berchon en a observe des exemples. 
La suppuration peut etre interminable, et elle entraine des ulccrations qui ne 
cedent qu a des cauterisations encrgiques. Les malades s epuisent, la fievre se 
rallume et des resorptions purulentes ou la septicemie pcuvent en etre la 
consequence mortelle. 

5 Cas d" amputation. Berchon rapporte quatre exemples de matelots qui 
ont du etre ampules a la suite du tatouage : le premier, d un doigt sur lequel 
on avait tatoue une bague clicvaliere ; le second, du poignet, a la suite d un 
tatouage dans un espace interdigital ; le troisieme, dela cuisse, apres un latouage 
du pied; le quatrieme, de 1 avail t-bras, par suite du tatouage du poigiu t. 

4 Cas de mort. Lss cas de mort dus an tatouage doivent se distinguer en 
plusieurs categories : il en est, en cfl et, dans lesijuels la clouleur meme de 
1 operation a ete la cause de la mort. Nous en avons rapporte plus liaut quelques 
cas. 11s sont rares cependant, et c est bien plus souvenl a la suite de complica 
tions secondaires que cette issue fatale se produit. L ebranlement nerveux qui 
succede a une operation tres-etendue sur le corps, le tronc, par exemple, peut 
parfaitement amener ces resultats. 

Le plus souvent cependant, la mort a lieu par suite de 1 intensile de la 
reaction inflammatoire : le phlegmon diffus, la gangrene, la pyohemie, telles 
sont les causes de mort. Berchon en cite trois observations auxquelles il faut 
joindre les recits analogues des voyageurs. 

Les cas de mort se relrouvent aussi a la suite des cas d amputation, et ils 
ont lieu alors par le me cauisme ordinaire en pareille circonstance. 

5 Accidents consecutifs. Ils consistent dans 1 apparition plus ou moins 
tardive de lesions, soil sur le point meme ou 1 operation s est effectuee, soil 
par empoisonnement de 1 economie. 

Localement, on a signale des ulceralions persistantes, des indurations prolon- 
gees du derme, des kelo ides cicatricielles, etc. Quant aux cas d intoxication, 
nous avons deja mentionne un exemple d inoculation syphilitique, du a 
M. Hutin. II en est d autres qui ont ete recueillis par le docteur Rollet et que 
Ton trouvera relate s dans la partie me;dico-legale de cet article. 

Comme accidents consecutifs, nous pouvons noter encore ceux qui ont pour 
siege des ganglions lymphatiques. En effet, des observations de Berchon, de 
Follin, de Virchow, il resulte que les ganglions lymphatiques pcuvent recevoir 
a la suite des inoculations diverses matieres colorantes des particules assez 
nombreuses de celles-ci pour imprimer aux ganglions une coloration particu- 
liere et y provoqucr un etat inflammatoire sourd et continu. C est de la sorte 
que Ton a retrouve dans certains ganglions des particules de cinabre, de ver 
milion et de matieres inertes, du noir de Chine, du charbon porphyrise, etc. 
Tel est le cadre pathologique du tatouage. Quant aux circonstances particulieres 
qui favorisent 1 apparition de ces desordres, il faut en mentionner quelques- 
unes : ainsi, signalons en premiere ligne 1 etat de 1 instrument a tatouer, tiges 



118 TATOUAGE. 

isolces ou accouplees, la rouille, des corps etrangcrs, clcs impuretcs, dos 
matieres en putrefaction. 

Les matieres colorantes peuvent encore jouer un role important dans la 
production des accidents. Les matieres inertes, charbon, suie, brique pulve- 
risee, encre de Chine, sont relativement inoffensives. Certaincs substances 
colorantes vegetales variables suivant les peuplades peuvent avoir une action 
irritante. Enfin quelques matieres toxiques, comme le cinabre, ont a la fois un 
role colorant et une action toxique. 

Les topiques appliques sur le tatouage ont une egale influence. Ainsi certains 
tatoueurs, au lieu de recouvrir leurs dessins de compresses d eau fraiclie, les 
badigeonnent avcc des decoctions irritantes de certaines plantcs, avec dc 1 urine, 
de 1 eau salee, dujus de tabac. Ou comprend de reste 1 action excitante de ces 
substances sur des piqures recentes. 

Notons encore parmi les influences qui peuvent determiner des accidents les 
conditions individuelles ou du milieu : 1 age et 1 e tat de sante des sujets tatoue s, 
leur constitution, leur tempe rament, 1 etat de la saison, les hautes temperatures, 
qui predisposent aux reactions, aux congestions. Les conditions locales du 
(lessin n ont pas une moindre influence ; nous 1 avons deja note. G est ainsi que 
le lalouage de la face, celui du crane, des oreilles, des paupieres, des parties 
genitales, sont relativement plus graves que les autres. Us predisposent parti- 
culierement a la lievre, au dclire, et, s ils se terminent par un phlegmon, 
celui-ci acquicrt de son siege meme une extreme gravite, pouvant se compliquer 
de phlebite des jugulaircs, des sinus, et memc de mort. 

Enfin les conditions operatoires feront singulierement varier les conditions 
du tatouage. Si les seances sont convenablement espacces, courtes, si I operation 
est faite avec habilete et rapidite, les suites seront simples. Si 1 operateur est 
brutal, les seances rapprochees, les surfaces tatouees tres-e tendues, elle sera 
suivie d un ou plusieurs des accidents signale s. 

B. Du TATOUAGE AU POINT DE vuE MEDICO-LEGAL. Un des signataires de 1 article a 
specialement traite ce sujetet, tout en utilisant les differents renseignements qui 
se trouvent dans les chapitres precedents, s cst propose* de presenter les appli 
cations medico-judiciaires de la question. Un travail fait en 1881 dans le 
laboratoire de medecine 1 egale de la Faculte de Lyon et accompagne de plan- 
dies est base sur le depouillement de pres de 2000 tatouages releves sur la 
peau de 550 individus. Depurs cette epoque, not re collection s est augmentee et 
nous ajouterons aux resultats anterieurs qu on retrouvera dans noire memoire 
special les nouvelles observations que nous avons pu reunir depuis. 

Dans 1 exposition de ce sujet, nous adopterons les divisions generales que 
nous appliquons a un cas quelconque de medecine judiciaire : Definition; 
nature et limites du sujet; reglement et legislation; caracteres scientifiques; 
consequences medico-judiciaires et regies de ^expertise. 

I. DEFINITION ET LIMITES DU SUJET. Tout en acceptant les divisions generales 
adoptees dans les premiers paragraphes de notre article, nous croyons qu au 
point de vue de la pratique medico-judiciaire, particulierement dans nos pays, 
il y a tatouage lorsque des matieres colorantes vegetales ou minerales sont 
introduces sous 1 epiderme et a des profondeurs variables a 1 effet de produire 
une coloration ou des dessins apparentsdelongue dure e, quoique non absolument 
indelebiles. Nous nous occuperons done particulierement des cicatrices colorees 
par 1 introduction de particules colorantes dans les mailles du tissu. 



TATOUAGE. 119 

Si les recits dcs voyageurs avaicnt indique les modes de tatouage chez les 

diffe rents peuples, le point dc vue medico-legal de la question et leur valeur 

comme signe d identite ne parut bien evident qu apres les travaux de Lesson, 

Follin, Cordier, Casper, Chereau, Hutin, Tardieu, Taylor, Darwin, Berchon ; ce 

dernier auteur a le premier public une inte ressante histoire du tatouage, qui 

presents un ensemble complet de la question. Le docteur Horteloup fit a Ja 

Societe de medecine legale en 1870 un rapport ou 1 importance de ce signe fut 

nettement raise en lumiere. Citons aussi un travail de Kranz paru en All"- 

magne, les travaux si remarquables de Lombroso et de son ecole, publics dans 

i Archivio. 

Tardieu insista sur ce point que le tatouage pouvait etre considere comme 
un signe Ires-important au point de vue de la constatation medico-legale <le 
1 identite. Pour M. Berchon, la question doit etre envisage e a un point de, vue 
plus c tendu; 1 operation n etant pas cxempte de dangers, il peut y avoir inki- 
vention de la justice, et il resume ainsi 1 importance du sujct qui nous occupe : 
Le tatouage est un signe d identite individual precicux a recberchcr, soit sur 
levivant, soit sur le cadavre, soit dans le cas d cxhumation juridique. 11 pent 
ineme fournir, selon la nature et le siege qui le constituc, des notions impor- 
l;mtes et quelquelbis decisives sur la condition sociale, 1 age, le sexe, la natio- 
ualite, les gouts et surtout la profession actuelle ou antericure des personnel 
visitees. M. Horteloup insiste en effet sur ces differcnts points dans 1 analyse 
du travail de Berchon, mais il critique vivcmcnt le systcme repressif propose 
par celui-ci. D apres M. Horteloup, la suppression du tatouage ne peut etre 
demandee qu au bon sens, a [ intelligence, a [ instruction, qui developpent les 
sentiments de dignite personnelle. Nous ferons a notre tour remarquer que ces 
qualites exigees par M. Horteloup sont fort rares ou absentes dans la classe 
speciale de la societe ou le tatouage est parliculierement en honneur; que la 
mode ou une vanite pue rile interviennent souvent, et qu enfin, autant que nous 
avons pu en juger, le tatouage neparait pas en decroissance, mais que dans la 
plupart des grandes villes de France, par exemple, il existe des tatoueurs de 
profession. 

Ainsi, a Lyon, nous connaissons un tatoueur qui, presque chaque jour, fait un 
ou plusieurs tatouages soit sur des militaires, soit sur certains ouvricrs : il 
tatoue les individus chez un marchand de vin, au voisinage des casernes, ou 
chez une mere de compagnons . II a assez souvent tatoue des enfants quilui 
ont ete presentes par leurs parents, et sur certaines dames figure des grains 
de beaute. Ilameme pratique des tatouages dans les oreilles de chiens auxquels 
les proprietaires tenaient beaucoup et qui voulaient ainsi etre certains de Ics 
reconnaitre, si ces betes leur etaient voices. 

Aotre collection s est considerablement augmentee par les envois d un de nos 
camarades de 1 armse. M. le docteur Renaud nous a fait parvenir de Laghouat 
plusieurs centaines de tatouages pris sur les homrnes du bataillon d Afrique. 
Nous en avons aussi trouve un grand nombre dans les prisons de Lyon. Le 
tatouage est certainement un des signes les plus importants dans lereleve signa- 
letique qu on a a faire d un criminel, et, si Ton consulte la collection que 
nous avons dans notre laboratoire des signalements adresses par le ministere de 
I lnte rieur, pour la recherche des individus sous le coup d une prevention, de 
ceux qui se sont echappes des penitenciers ou des maisons de justice, etc., on 
releve parmi eux un nombre considerable d individus tatoues ; on acquiert meme 



120 TATOUAGE. 

bientot cette conviction que rien n est plus monotone que ces dessins eux- 
memes, que leur varicte est aussi limilee que Ic petit nombre d idees dont 
tatoueur et tatoue disposent. Toutes ces recbercbes nous ont confirme dans 
1 exactitude des divisions de tatouages dont nous aurons a parler plus loin. 

Nous croyons que les tatouages peuvent etre compares aux hieroglyphes : il y 
en a en effet de figuratifs, de symbolic] ites, de phonetiques. Les tatouages sont 
essentiellement ideographiques, et c est presque toujours une idee qui est 
exprimee par des images ou des symboles. G est pour ces raisons d ailleurs que 
nous les avons rapproches des graffiti, que nous considerons comme les 
latouagcs des murailles. 

G est qu en effet les hommes ont d abord dessinc leurs idees avant de les 
ecrire : aussi, apres avoir cite Darwin et Lombroso, 1 influence atavique sur la 
manifestation d une coutume presque generalisee a toute 1 espece liumaine pri 
mitive, nous insistcrons sur ce point que, pour un grand nombre de tatouages 
symboliqucs, il faut tenir comple des tendances felichiques qui, bien que plus 
frequences et plus spontanees depuis un siecle, sont cependant inherentes a 
1 organisme bumain. 

Dans son ///s/o/Vc </es ensciynes de Paris, 1 erudit et regrette Edouard Four- 
nitM consacre un premier cbapitre a 1 origine des enscignes dans 1 antiquite. II 
indique les enseigncs a combat pour les marcbands qui vendaient des arraes de 
guerre, celles des holelleries, des cabarets (une couronne de lierre suspendue a 
la porte. Le licrrc dait consacre a Baccbus). Differents animaux, un ours, un 
coq, puis un moulin a vent. Lesenseignes des mauvaislieux, mcretrieiaet lupa- 
naria, etaient moins morales; ces etablissements etaient signales le jour par 
1 image monstrueuse d un pballus et le soir par la laible clarte d une lampe 
phallophore. Plus tard le phallus fut remplace par une pierre en forme de coin 
qui avail la meme signification. 

Dans les fouilles de Pompei on a trouve des cnseignes peintes ou sculptees e 
pierre tout aussi caracteristiques. Ainsi une chevre etait 1 enseigne d une elable 
de cbevres ou d un vendeur de lait. Un professeur de pugilat avail une peiuture 
representant deux hommes qui combattent; la maison d un maitre d ecole etait 
indiquee par un homme fouetlant un enfant : Les enseignes emblematiqucs 
elaient si bien appropriees a 1 esprit du peuple romain, dit Fournier, que 1 edile 
faisait peindre sur les monuments publics des figures de serpents, et celte simple 
image comprise de tout le monde avail le meme sens et la meme autorite que 
cette inscription plus explicite que Ton retrouve partout dans les villcs modernes : 
Defense de de poser ici aucune ordure sous peine d amende. Le serpent consacre 
a Esculape commandait le respect et inspirait une sorte de crainte religieuse. 
Dans 1 etude que le meme auteur consacre aux enseignes de Paris, on trouve des 
enseignes de marchands, de corporations, de confreries et do. metiers (hotelleries, 
barbiers, etuvistes, chirurgiens, apotbicaires, dentisles, imprimeurs, etc.), qui 
montrent bien que les enseignes, au douzieme siecle, n etaient que les insiynes des 
metiers. Or, comme ceux-ci etaient distribues dans telle ou telle rue, ces rues por- 
taient le nom de la profession avec des armes parlantes ou des indications figurees. 
II est certainemcnt interessant de constater que dans les tatouages professionnels 
actuels on retrouve certains emblemes des anciennes corporations ou confreries. 

II. REGLEMENTS ET LEGISLATION. Diverses ordcnnancesou instructions rniniste- 
rielles, une circulaire du 26 aout 1851, ont recommande aux directeurs des 
maisons de detention 1 inscription et la description des tatouages des prisonniers. 



TATOUAGE. 121 

D ailleurs, d apres le reglement du 27 octobrc 1808 et les articles 200 et 206 
de 1 ordonnance du 29 octobre 1820, de I instruction ministerielle du mois de 
septembre 1885, il faut faire un releve tres-exact de 1 etat signaletique des 
detenus. 

Le ministere de 1 Intcrieur adressait la circulaire suivante aux prefets, en date 
du 25 octobre 1849 : 

Je vous prie d inviter le directeur a recueillir avec le plus grand soin 
possible tous les signes particulicrs qui affeclent 1 habitus du corps, car, a 

I aide de ces signes, I individu qui ne veut pas reconnaitre, commc lui elant 
applicable, une condamnation anlerieure, est mate ricllement contraint a 1 avoucr. 

II est utile surtout de relever les sujets represente s par le tatouage et de ne pas 
les signaler seulement par 1 cxpression generale cle tatoue . 

Voici le texte de la depeche adressee aux prefets mari times, officiers gene- 
raux, superieurs etautres, commandant a lamer, et commissaires al inscription 
maritime, en date du 11 fevrier I860 : 

M. I inspecteur general de sante de la marine a signale dans un rapport 
recent les dangers reels que presente la pratique du tatouage, aujourd hui 
repandue dans les differents corps de 1 armee de mer et plus particulierement 
dans le personnel de la flolte. Plusieurs excmples, empruntds a la slatistiquc 
du departement, demontrent que, dans certains cas, la pcrte d un bras, la mort 
meme, peuvent etrc le resullat cle tatouages operes sur de larges surfaces. 

Quant aux accidents moins graves, quoique toujours clangereux et entrainant 
une longue suspension de service, qui proviennent de la meme cause, lenombre 
en est considerable. 

La prudence commande done de s abstenir du tatouage et, des lors il est 
essentiel, dans 1 interet meme des hommes, d appeler leur serieuse attention 
sur les dangers auxquels les expose une habitude trop generalement repandue. 

II appartient plus specialement a MM. les officiers commandant a la mer, 
les chefs de corps et les commissaires de [ inscription, de porter a la connaissance 
des marins de la flotte et des militaires de divers corps les observations qui 
precedent, en joignant, pour 1 avenir, 1 invitation de renoncer au tatouage d une 
maniere absolue . 

Selon que 1 opcration du tatouage aura ete suivie d accidents plus ou moins 
graves, et s il y a lieu a une action civile ou criminelle, il pourra etre fait 
application des articles suivants du Code civil ou du Code penal. 

D abord les delits et les quasi-delits, d apres la loi civile. 

Art. 1382. Tout fait quelconque de 1 homme qui cause a autrui un dommage oblige 
celui par la iaute duquel il est arrive a le reparer. 

Art. 1383. Chacun est responsable du dommage qu il a cause non-seulement par sou 
fait, mais encore par sa negligence ou son imprudence. 

Art. 1384. On est responsable non-seulement du dommage que Ton cause par son 
propre fait, mais encore de celui qui est cause par le i ait des personnel dont on doit 
repondre ou des choses que 1 on a sous sa garde, etc. 

Yoici les articles du Code penal : 

Art. 309. Tout individu qui, volontairement, aura fait des blessures ou porte des 
coups, ou commis toute autre violence ou voie de fait, s il est resulte de ces sorles de 
violences une maladie ou une incapacite de travail personnel pendant plus de vingt jours, 
sera punid un emprisonnement de deux a cinq ans et d une amende de IGfrancsa 2000francs. 
Quand les violences ci-dessus exprimees auront ete suivies de mutilation, amputation ou 
privation de 1 usage d un membre, cecite, perte d un ceil ou autres infirmites permanentes, 



122 



TATOUAGE. 



le coupable sera puni de la reclusion. Si les coups portes ou les blessures faites volontaire- 
ment, mais sans intention de donner la mort, 1 ont pourtant occasionn6e, le coupable sera 
puni de la peine des travaux forces a temps. 

Art. 51t. Lorsque les blessures ou les coups, ou autres violences ou voies de fait, 
n auront occasionne aucune maladie ou incapacite de travail personnel de 1 espece mentionnee 
en 1 article 309, le coupable sera puni d un emprisonnement de six jours a deux anset d une 
amende de 16 francs a 200 francs ou de 1 une de ces deux peines seulement. 

Art. 319. -- Quiconque par maladresse, imprudence, inattention, negligence ou inobser- 
vation des reglements, aura commis involontairement un homicide ou en aura ete involon- 
tairementla cause, sera puni d un emprisonnement de trois mois a deux ans et d une amende 
de 50 a 600 francs. 

Art. 320. -- S il n est result^ du deTaut d aclresse ou de precaution que des blessures 
ou coups, le coupable sera puni de six jours a deux mois d emprisonnement et d une 
amende de 10 a 100 francs, ou de 1 une de ces deux peines seulement. 

Nous discuterons plus loin, a propos des consequences medico-judiciaires, les 
applications de ces differents articles de loi. 

(II. CARACTERES SCIENTIFIQUES. Au point de vue medico-legal, nous devons 
etudier successivement 1 influence de \ age, du sexe, de \a. profession, puis leur 
valour medico-legale d apres leur siege, leurs caracteres exterieurs.Nous traite- 
rons ensuite des changemenls survenus dans les tatouages, des tatouages invo- 
lontaires ou accidentels, des accidents produits par le tatouage, des tatouages 
sur le cadavre. 

1 L age. Les tatouages peuvent avoir lieu tout age; c est surtout vrai 
pour les criminels qui se distinguent par leur precocite et se font tatouer de 
lionne heure, et plus t;ird, apres trente ans, quand ils sont dans les prisons. 
Lombroso, & la prison generate, en a trouve sur des enfants de sept a neuf ans. 
Sur 89 criminels, en general, 66 avaientete tatoues entre neuf et seize ans. Nos 
recherches confirment celles de Lombroso et sont en contradiction avec les 
assertions de Tardieu et de Berchon. Le tableau suivant est tres-caracteristique a 
ce point de vue : 



A 5 ans. 

6 ans. 

7 ans. 

8 ans. 

9 ans. 

10 ans. 

11 ans. 

12 ans. 



1 

1 
4 

1 

6 
6 
5 
9 



A 13 ans 4 

11 ans 8 

15 ans 9 

16 ans 13 

17 ans 8 

18 ans 11 

19 ans 3 

20 ans. . 6 



II resulte de mes observations, faites sur des criminels, que presque le tiers 
des individus avait ete tatoue avant 1 age de vingt ans. 

Le tableau montre encore 1 influence de la vie d atelierpour le jeune apprenti. 
II en est de meme pour le soldat arrivant au regiment ; les uns et les autres 
cedent a un esprit d imitation. 

La statistique de Hutin est a citer a ce propos. Sur les 5000 invalides habitant 
en 1853 1 Hotel, 506 avaient ete tatoues : 

Avant 1 age de 20 ans 141 

De 20 a 25 ans 283 

foe 25 a 30 ans 59 

De 50 a 40 ans 35 

De 40 a 59 ans 5 

A 52 ans ! 

A 62 ans ...... . .. l 

A 75 ans \ 

On a dit que des tatouages, le plus souvent; superficiels, e taient pratiques par 



TATOUAGE. 123 

des sages-femmes sur des enfants nouveau-nes places dans les hopitaux, afin de 
permettre aux meres de les reconnaitre plus tard. 

Cctte pratique etait en usage au siecle dernier, si nous en croyons Bcaumarchais 
(Mariage de Figaro, scene XVI, acte 5) : 

BARTIIOLO 

Le fat ! c est quelque enfant trouve. 

FIGARO 
Enfant perdu, docteur, ou plutot enfant volt . 

LE COMTE 

Vole , perdu, la preuve? 11 crierait qu on lui fait injure. 

FIGARO 

Monseigneur, quand les langes a dentelles, tapis brode"s et joyaux d or, trouvds 
surmoi par les brigands, n indiqueraient pas ma haute naissance, la precaution 
qu on avait prise de mefaire des marques distinctives te moigncrait assez combien 
j t tais un fils precieux; et cct bieroglyphe a mon bras... (il vent se depouillcr 
le bras droit}. 

MARCELINE, se levant vivemeul 

Une spatule a ton bras droit ! 

FIGARO 
D ou savez-vous que je dois 1 avoir? 

MARCELINE 

Dieu ! c cst lui ! 

Cetlc citation e?t d autant plus interessante que ces marques distinctives ou 
cct hieroglyphe sur le bras droit ont un caractere nettement professional : c est 
rinstrument dont se servait le docteur Bartholo pour remuer ou e tendre ses 
e lectuaires ou ses onguents. 

Tout recemment, nous avons lu dans un journal lefait divers suivant : Une 
jeune femme elegamment vetue se presentait avant-hier soir, accompagnee d un 
enfant, a 1 hotel du Lion d Or, rue Levis, et se faisait donner une chambre. 
Attire, le lendemain matin, vers neuf heures, par les cris de 1 enfant, le garcon 
d hotel accourut. II trouva sur la table un billet ainsi concu : Je prefere 
t abandonner plutot que de te tuer. Plus tard, tu porteras un nom qu on ne 
peut te donner aujourd hui . Le billet etait signe des initiales D. II. S. De plus, 
le petit garcon porte un zouave tatoue sur le bras droit. M. Gilles, commissaire 
de police, a envoye 1 enfant aux Enfants Assistes et a commence immediatement 
une enquete. 

2 Le sexe. G est surtout sur des hommes que Ton trouve le plus souvent 
des tatouages; quelques femmes cependant par coquetterie se font tatouer en 
differents endroits de la face des mouches, des grains de beaute. Le tatouage 
n estpas rare chez les prostituees; meme sur les femmes publiques arabes j ai 
constate que quelques-unes ont les tatouages dont nous venous de parler, soit a 
la commissure des Jevres, a Ja levre supe rieure ou inferieure, a la joue, pres de 
Tangle externe des paupieres. J ai les observations de trois prostituees dont les 
dessins represented un portrait ou [ inscription du nom de 1 ancien amant, et, a 



124 TA.TOUAGE. 

cote ou sur 1 autre bras, le portrait ou le nom d une femme. On peut appliquer 
a cc fait la remarque ingenieuse faite a Paris par Parent-Duchatelet : 

Si la fille est jeune, ce sont presque toujours des noms d hommes; si elle 
est d un certain age, ce sont le plus ordinairemcnt des noms de femmes. Dans 
ce dernier cas, ccs noms sont toujours traces dans 1 espace qui separe le pubis 
du nombril, ce qui nc se voit jamais pour les noms d hommes. Je n ai pas besoin 
d enlrer a ce sujet dans de grandes explications, on comprendra ce que ce!a 
veut dire . 

Ces inscriptions, dit le meme auleur, servent a montrer avec quelle facilite 
ces femmes changent d amants et combicn sont mcnsongeres ces protestations 
d attachement a la vie, a la mart. J en ai vu plus de trente sur le buste d une 
femme, dans l infirmerie de la Force, sans comptcr celles qu elle pouvait avoir 
sur d autres parties du corps; et, ce- qu il faut surtout remarquer dans ces 
incriptions, c cst. qu clles ne contiennent rien de contraire a I honuetete et a la 
decence. Sous ce rapport, les prostituees different beaucoup des hommes avec 
lesquels elles vivent et dont elles out pris les moeurs et les babitudes . 

Dans I allairc dite de Genlilly, qui, en septembre 1884, a etc jugee par la 
Cour d assiscs de la Seine, on a vu que le chef d une bande dc malfaiteurs 
iv-iilitVemenl organisee, le nomine Meerholz, avail etc surnomme par ses cama- 
i.nlcs le pacha de la Glaciere purer qu il avail un grand nombre de mattresses 
clioisies parmi les null-uses de barriere. Get homme se plaisail a lalouerles bras 
de s-s femmes et a Icur lais>er en guise de souvenir cette inscription senlimen- 
tale : J aime le pacha dc la Glaciere. Meerholz a ete condamne a mort. 

Quant aux individus constituant, com me on 1 a dil, le troisieme sexe, aux 
|ie<lerustes, MM. Tardicu ct Berchon n ont, dans leurs recherches, trouve aucun 
caractcrc parliculier. Nous avons eu, dil Tardieu, 1 occasion d examiner un 
nombre considerable de pederastes, et nous n avons trouve chez eux rien de 
comparable a ce qui vienl d etre dit des prostituees. M. Berchon arrive aux 
memcs re sullals el donne 1 explication suivanle : les individus livres a ce honteux 
libertinage s efforcent de repudier ce qui pourrait nuire a leur conslanle 
preoccupation de plairc. 

Dans ces appreciations de ces deux auteurs il y a un manque d observalion et 
un vice d interpretation. II ne faut pas confondre les individus adonnes a la 
prostitutiun pe.leraste el ceux qui, comme les hermaphrodites moraux, onl une 
deviation complete ou, si 1 on veut, une inversion de I inslinct sexuel; pour ces 
invertis, qu ils soient atteinls de saphisme ou de pederastic, le tatouage peut 
etre assez caracte rislique. Ainsi j ai eu des renseignements complets sur les 
moeurs de 67 individus condamnes pour vol, desertion, voies de fail, venles 
d effets, elc. : 40 sonl signales comme ayanl une bonne conduile, 8 sont des 
pederastes actifs, 15 des pederates passifs. Tons ayant passe plusieurs annees dans 
les prisons ou les penilenciers militaires, il y a lieu de lenir comple de ces 
conditions d existence qui, eloignant pendanl longtemps des homines toute 
personne de 1 autre sexc, peuvent developper des gouts centre nature. 

Voici la description des douze tatouages recueillis sur des pederastes el qui, a 
ce poinl de vue special, onl une cerlaine imporlance. Quatre fuis ce sont des 
mains entrelace es; deux fois les mains entrelacees sont surmonlees des initiates; 
au-dessous Yamitie unit les coeurs; les mains liennenl une pensee, au-dessus 
et au-dessous sonlles initiates; les mains tiennent unpoignard avecl inscription : 
a la vie, a la mort. Qualre fois ce sont des initiates, au-dessous d un cceitr 



TATOUAGE. 



125 



enflamme ou d une pensee avec le mot amitie; quatre fois c cst le nom de 
1 ami ecrit en entier. Dans un cas, il est surmonte d un portrait. 

Recemment, j ai vu sur la face dorsalc de la premiere phalange du medius, 
ce doigt infarae des Anciens , les initiates de 1 ami . Nous trouvons un fait 
interessant de tatouage de pederaste dans les Causes celebres (t. II, p. 6), c cst a 
propos de Benoit le parricide quifut aussi 1 assassin de Formange. On confronta 
a la Morgue Benoit avec sa victime : on souleva le bras du cadavre ct on montra 
a Benoit deux tourterelles gravies sur la peau, tatouage infame, hideux souvenir 
qu il connaissait trop bien. Vous avez couche avec Formange pendant plusieurs 
mois, lui clit-on, il est impossible que vous n ayez pas remarque ce dessin. 
Alors la me moire parait revenir a Frederic et son cpouvantable impassibilite 
sembla 1 abandonner . 

3 La profession. Les tatouages professionncls ont, an point de vue de 
1 identite , une importance considerable. Nous les rapprochons d ailleurs, au 
point de vue historique, des emblemes qui se trouvaient autrefois sur les 




oriflammes, les bannieres, les sceaux des corporations, les signatures parlantes 
des artisans (voy. les recherches de MM. Edouard Fleury, Tetard, Darras, 
Bryois, inserees dans les Annales des societes academiques de Laon et de Sois- 
sons) ; la signature de Raulin est accompagnee d une F potence, pour bien 
montrer qu il est executeur des sentences criminelles (Desmazes, Supplices, 
Prisons. Paris, 1865). 



120 



TATOUAGE. 



; com pas et cisailles. 
compas et cisailles 



Nousrappelons aussi ce que nous avons dit des affiches et dc leur interpreta 
tion par Edouard Fournier. 

G est surtout comme signe d identite que ces tatouagcs professionnels ont une 
grande importance. Yoici ceux que j ai releves : 
fibeniste : varlope, ctabli. Equerre et compas. 

Lulleur : lutteur et poids. Lutteur avec halteres. Deux lutteurs. 
Lutteur. i oids, halleres, boulcts de canon (fig. 7). 

Mafon : trueile, equerre, marteau, compas, fil a plomb, hachette. Tnielle, 
equerre, fil a plomb. - - Trueile, e querre, compas, pic, marteau, ciseau. 
Trueile, pic et ciseau, fil a plomb, e querre. 

Serrurier : equerre, compas, clef, limes, marteau. Vis, equerre, marteau, 

tenailles. Vis. Marleau, lime 
et etau. Tenailles et marteau, deux 
clefs entrelacees. 

Peintre en bailment : pinceaux, 
brosse et couteau. Pinceaux. 
Pot a couleurs, bouteille a essence. 
Pinceaux, echelle et brosses. 

Charretier : un homme conduisant 
mi clieval. 
Ferblantier 
Marleaux , 
(fig. 8). 

Palefrenier : tete de clieval. 
Tailleur d habit : de , ciseaux. 
Tailleur assis et cousant. Ciseaux 
et fer a repasser. 

Musiciens : violon avec arcbet. 
Piston. Tambour. 

Ckarpentier : compas et hache. 
Ilaclie, scie et compas. 

Vigneron : outils de vigneron, 
grappe de raisin. 

Ye new : tete de cheval et de cerf. 
Boucher : tete de boeuf et cou- 
teaux. Tele de boeuf, deux cou- 
teaux. Outils divers. : Tele de 

bceuf, masse, scie, couteau, fusil, couperet et hache-viande. Tete de boeuf, 
deux couteaux, fusil. Tete de bceuf, couteau, couperet, masse. Ouvricr 
boucher assommant un boauf. 

Tonnelier : un tonnelier arrangeant une barrique, equerre et fil a plomb 
(fig. 9). 

Marchand de chevaux : une tete de clieval. 
Armurier : un pistolet. 
Menuisier : un rabot. 

Tailleur de pierres : compas, e querre, massettes. Marteau, ciseau a 
froid. Compas, fil a plomb, marteau et massettes (fig. 10). 
Scieur de long : une hache. 
Couvreur : enclume et marteau. Diffe rents outils. 




1 



Fig. 8 Ferblanlicr. 



TATOUAGE. V27 

Marine : I lnscription ; marine. Une ancre cablee. Une ancre. 




Fig. 9. Tonnelier. 
Un matelot. Un bateau et une ancre cablee. Iiisignes de la 




Fig. 10. Tailkur de pierres. 

marine, tonneau et bache. Matelot avec sabre et hache d abordagc. 



128 TATOUAGE. 

Mineur : massettes. Barres a mines, massette, hache. Outils divers. 
Massette, barre a mine, pioche (fig. 11 et 12). 







RAGOT 




Fig. 11 et 12. Mineur. 

Boulanger : balance. Insignes professionals au complet : balance, coupe- 




Fig. 15. Boulanger. 
pate. Balance, coupe-pate, tire-braise, pelle. Coupe-pate, pelle a enfour- 



TATOUA.GE. 



129 



ner, pain, lire-braise. Planche a enfourner, tire-braise, balance, coupe-pate. 

Balance, pelle a enfourner, tire-braise. Tire-braise, balance. Peti in et 

balance. Saint-Honore, balance (fig. 13). 

Jockey : un jockey a chcval. 

Cordonnier : compas, marteau, tenailles, alenes, botte. Botle. Bof,te, 

m ail let. Botte. Trousse de cordonnier. - - Bolte a I ecnyere, au-dessous 

7 instruments, signes differents du cordonnier, initiales, feuilles de laurier, 

2 colombes. 

Prevot d armes : deux fleurets. Trois fleurets, lionueur aux armes. 
Fleurets, masque, plastron, 
gants. Deux sabres, deux 
ganls, un masque. Deux 

gants, deux cannes. Fleurets, 
masque, plastrons. Deux Can 
nes croisees (prevot de canne). 

Gant, deux chaussons (maitre 
de cliausson). Masque, epees. 
plastron. Gants de combat et 
epee (fig. 14). 

Marechal ferrant : fer a che- 
val, enclume, pinces, marteaux. 

Fer a cheval. Fer a che- 
val, enclume. Fer a cheval 
entoure de petits fers. Com 
pas, enclume, marteau. Fer 
a cheval. Fer, marteau, taille- 
corne, clous. 

Terrassier : pelle et pioche. 

Pelle et pioche. Pelle, 
pioche et brouctte. 

Bourrelier : collier et autres outils. 

Pldtrier : truelle. 

Sabotier : sabot. Sabot sur une console, au-dessous quatre instruments, 
deux colombes, 1860, Lyon. 

Peintre : une palette. 

Verrier : Differents outils. 

Tisseur : navette, peignes. 

Coiffeur : rasoir, peignes, ciseau au-aessous, deux branches de laurier. 

Jardinier : beche, rateau et un coeur. 

Chapelier : un chapeau. 

Meunier : moulin, ane et un horn me avec le millesime 1850. 

Marchand ambulant : sur le bras droit ces mots : Camelot sur la ligne. 

Garcon de lavoir : blanchisseuse dansant. 

Canotier : bateau et rames. 

On Irouvera dans mon memoire sur les tatouages de nombreux dessins indi- 
quant, pour differentes professions, les marques caracteristiques, celles qui ont le 
langageleplus significatif. Ces tatouages avaient frappe Tardieu, qui en indique 
quelques-uns et rappelle que 1 une des victimesdes assassins Lescure et Gousset, 
dontle cadavre en partie decompose gardait encore sur Tun desbras rcmpreinte 




Fig. 14. Muilrc d armes 



DICT. ENC. S e S. XVI. 



9 



1SO TATOUAGE. 

Men conserved d instruments clecharpentier etde signesde compagnonnage, put 
ainsi etre reconnu pourl ouvrier charpentier Gliauvin. 

I.es memcs observations ont ete aussi faites par Berchon, qui a insiste sur 
1 utilitc de ccs signes. J ai dans ma collection du laboraloire de la Faculte de 
medecine de Lyon plus de 200 de ces dessins professionals, et cet ensemble est 
on ne pent plus interessant. 

11 iaut faire une categoric speciale pour les tatouages militaires. J en possede 
un nombre considerable; tous les different* corps de 1 armee sont represented. 
Un certain nombre d hommes arrivent tatouesau regiment; quelques-uns meme 
continuent parfois, dans certains corps spcciaux (troupes d administration. 
genie, etc.), leur profession anterieure; parmi ces derniers, ceuxquine sont pas 
tatoues avant leur incorporation se font marquer de leurs signes professionnels. 
I our la plupart des soldats, c est, outre 1 image d un rnilitaire vetu del uniforme 
special a leur regiment, des dates commemoratives rappelant la date de nais- 
sance, de tirage au sort, le numero de la conscription, le numero matricule, 
celui du regiment, la date du tatouage et meme, pour les hommes des com- 
papnics dc discipline, le jour de la condamnation. Un honime avail trois in- 
scriptions : c etaient les dates successivcs des trois conscils de guerre quil avaient 
condamne. 

Dans notre armec, le tatouage reste absolument limite aux soldats, et aux 
soldals |icu instruits. II parait qu il n en cst pas de rneme en Angleterre. Je fus 
fbrl surpris un jour, recevant une kttre d un avocat distingue de Londresqui, 
apres avoir lu mon memoire dans les Anna les <V hygiene, me racontait qu il 
avail, cu 1 idec de rasscmblcr des tatouages pris sur dcsofficiers d armee deterre 
ou de mer. Uu journal racontait, il n y a pas longtemps, et je repete ce fait sous 
toutes reserves, quo le prince Albert, fils aine du prince de Galles, pendant un 
voyage autour du monde, s etait fait tatouer une ancre l . 

Citons a ce propos une anecdote curieuse sur Bernadolte, le fonduteur de la 
maison regnante de Suede. Ce roi n avait jamais voulu se laisser saigner : un 



1 Nous delachons du numero de la Revue des Deux Mondes (15 juin 1881. Voyage en 
Syrie, par Gabriel Charmes) une note qui, si elle ne prouve pas absolumer.t que 1 heritier 
de la couronne d Angleterre est porteur d un tatouage, dcmontre au moins d une maniere 
positive, ainsi que Thevenet 1 avait constate des le dix-septieme siecle, que la religion 
catholique favorise la continuation de cette coutume : 

J ai ete arrete un jour dans une rue par un homme a figure avenante qui voulait a tout 
prix me faire un tatouage sur le bras pour constater que j etais un hadji> un pelerin, et 
que j avais ete a Jerusalem. II me montrait des modeles divers; je pouvais choisir entre la 
croix grecque, la croix latine, la fleur de lis, le fer de lance, I e toile, mille autres emblemes. 
L operation ne t aisant aucun mal, je ne la sentirais pas ; pendant qu on me tatouerait, jc 
lumerais un narghile et je prendrais du cafe tout en causanl avec la femme et la fille de 
1 operateur, lesquelles m adressaient d une fenetre les signes les plus provocants. D ailleurs 
les plus grands personnages s etaient oflerts a 1 e preuve qu on me proposait. Vingt certificats 
en faisaient foi. J ai su resister a ces nobles exemples; je re me suis pas fait tatouer, mais 
j ai repris un des certificats; il montre tres-clairement que le prince de Galles a ete plus 
faible que moi et s e*t laisse prendre aux beaux yeux. de la fille du tatoueur. En voici le 
texte; je pense que personne ne sera assez sceptique pour douter de son incontestable 
authenticite : Ceci est le certilicat que Francis Souwan a grave la croix de Jerusalem sur 
le bras de S. A. le prince de Galles. La satisfaction que Sa Majeste a eprouvee de cette 
operation prouve qu elle pent Stre recommandee. Signe: Vanne, courrier de la suite de S. A. 
le prince de Galles. Jerusalem, 2 avril 1802. Je ne sais ce qu a paye le prince de Galles, mais 
les simples mortels peuvent se procurer, pour 5 ou 10 francs, le plaisirde porter sur un bras 
ou sur une partie quelconquedu corps, une croix de Jerusalem, une croix grecque, un fer 
de lance une fleur de lis, etc. C est vraiment pour rien. 



TATOUAGE. 131 

jour qu il se trouvait tres-souffrant, sou medecin insisla tellcment que Bcrna- 
clotte dut se resigner a souffrir la saignee : Je veux bleu, dit le monarque, 
mais auparavant jurez-moi que vous ne dire/; a personnc ce que vous allez voir 
sur mon bras, et Bernadotte, retroussaut la manche de sa chemise, laissa voir 
un tatouage representant un bonnet phrygien avcc cette devise : Mort aux rois! 

Disons, pour terminer, que nous avons re 1 eve quelques tatouages indiquant 
des signes francs-maconniques et,. de nieme que les carbonari avaient adopte un 
tatouage special comme marque de filiation a la Compaguie, le nieme procede 
doit etre, d apres Lombroso, employe encore dans quelques societes secretes 
dltalie. 

Siege des tatouages. Le siege des latouages mc rite d etre examine. S il a 
une grande importance au point de vue medico-legal, il n en a pas unemoindre 
au point de vue de la psychologie et de 1 anthropologie criminelle. Le caractcre 
spe cial du dessin d apres sa localisation, el surtout le nombre des tatoaages, 
sont la manifestation de cette vanite instinctive et de ce besoin d etalage qui 
sont une des caracteristiques de 1 liommc primitif et des natures criminclles. 

Le tableau suivant indique le nombre des tatoues d apres la distribution des 
tatouages suivant les dil ferentes regions du corps : 

Nombre 

Siege des tatouages. des sujtis t.ilourv 

Sur les deux bras et le venire seulement 1 

Sur le venire seulemcnt 7 

Sur le dos seiilement 5 

Sur les bras et les cuisses seulement 6 

Sur la poilrine seulement 10 

Sur la verge 18 

Sur lout le corps- 52 

Sur les fleux bras et la poitrine JU 

Sur lo bras gauche seulement. . 63 

Sur le bras droit seulement 99 

Sur les deux bras seulement 143 

J ai vu des tatouages recouvrant tout le corps : un costume complet, c etait 
1 uniibrme de general ou d amiral. J ai mcme vu des dessins et des inscriptions 
sur la face. L un avait sur le front : martyr dela liberte et un serpent; J autre 
avail comme inscription cette parole propbetique : le bagne m attend. Tous 
deux avaient subi plusieurs condamnalions et etaient encore en prevention de 
conseil. 

Sur le ventre, au-dessous du nombril, se trouvent presque toujours des 
sujets lubriques, des inscriptions pornographiques tellesque : Robinet d amour; 
Plaisir des dames; Venez, mesdames, au robinei d amour ; Elle pense a moi. 

Sur la verge, onze foisj ai trouve latouees des bottes : bottes a I ecuyere,. 
bottes eperonne es. Dans un cas, un as de cceur, une fleche (un dard, disait 
1 individu), le numero du tirage au sort. Ce dessin sur la verge est tres-fre- 
quent;j en ai quinze dans ma collection et j en ai bien vu au moins autant 
dontjen ai pas 1 observation. Ge n est point comme on 1 a cru un signe de 
pederastie. Tons les liommes interroges sur ce point out ete d accord a dire 
qu ils n avaieat ce tatouage que pour i aire cet affreux jeu de mots : Je vais 
temettrema botte au ... . 

La poitrine est re serve e pour les grands dessins, les decorations, les inscrip 
tions amoureuses, les poignards dans le coeur, les portraits de personncs aimees. 

Sur le dos se trouvent les plus grands tatouages. J ai un Jean Bart qui a 



152 



TATOUAGE. 



O m ,o7 dc hauteur surO m ,55 de largeur; une Jeanne d Arc el une Jeanne Hachette 
de O m ,41 de haul et de O m .39 de large. Un pendu (fig. 15). 

Sur les fesses des sujets lubriques : verges ailees, verges a la voile, unceil 
sur chaque fesse, un serpent se dirigeant vers I anus ; sur chaque fesse un 
zouave croisant la bai onnette et soutenant une banderolle sur laquelle est 1 in- 
scrlplion : On n entre pas; puis des dessins dont 1 explication est facile a trouver: 
le portrait de Bismarck, un soldat, un uhlan. 

Nous verrons plus tard les difft rents dessins qui se trouvent sur les parties 
sieges ordinaires de tatouages. Mais ce que je tiens a faire remarquer, c est que 




je n en ai jamais trouve sur la partie posterieure et externe des cuisses. Gela se 
comprend. Gette region est cacbee, difficile a decouvrir pour executer le tatouage, 
et ne donne pas une caracteristique speciale aux dessins comrae les regions du 
voisin.ige, celles des fesses, du vent re, la verge. 

5 Du caractere exterieur du tatouage. II faut distinguer la date du tatouage 

le dessin lui-meme. 

a. La date. Rappelant ce qui a ete dit dans un chapitre precedent sur les 
precedes de tatouages, nous dirons qu apres quatre semaines, cinq semaines au 
plus, un tatouage est tout a fait instaile, a pris droit de demeure, et qu il est 
impossible de dire a quelle cpoque iJ a ete fait. 



TATOUAGE. 135 

Dansnos pays, les taloueurs font usage d encre de Chine et de vermilion ; le 
charbon de bois pile et delaye dans 1 eau, 1 encre bleue, sont parfois employes; 
plus rarement on fait usage de bleu de Prusse ou de bleu de blanchisseuse. 
L encre de Chine occasionne une inflammation consecutive qui commence une 
demi-heure environ apres le tatouage et, dcja affaiblie le kndemain, va en 
diminuant jusqu a la fin de la troisiemc ou de la quatrieme semaine, c est a-dire 
qu apres un mois les tatouages ne changent plus d aspect et paraisscnt avoir 
etc fails anciennement. Alors les lignes tatouees sont plus larges qu elles ne le 
seront plus tard et on peut les comparer aux trainees d azotate d argent faites 
sur la peau pour delimiter les e rysipeles. 

[/inflammation cause e par le vermilion est plus persistante ; les croutes 
donnent un prurit assez vif et souvent le tatoue arrache les croutes avec les 
ongles et fait parfois disparaitre certaines particulariles du dessin : aussi, d une 
maniere generale, les dessins au vermilion sont les moinsbicn reussis. Les croutes 
du vermilion, lorsqu elles sont tombees, laissent a la peau un aspect luisant et 
moire qui dure plus longtemps. D une manieie generale, cettc couleur disparail 
assez vite; sur des tatouages n ayant pas plus de cinq ou dix ans de date celte 
coloration avail disparu. Si nous en croyons le tc moignage d un vieillard que 
nous avons examine a FIIotel-Dieu de Lyon et qui s e lait fait tatouer vers 1815, 
a une epoque ou 1 emploidu vermilion dans les talouagcs e tait plus frequent, 
il n avait conserve d assez evidents que les dessins fails a 1 encre de Chine ou 
ceux dont les contours avaient ete dessines avec la meme substance : toutes les 
parties du dessin au vermilion ne se voyaient plus. 

Les tatouages au bleu de Prusse deviennent vite assez pales et ressemblent, 
pour ainsi dire, a des dessins laves : c est ce que nous avons constate sur des 
soldats qui avaient ete tatoues a 1 aide de celle substance pendant leur captivite 
de 1870. 

Le charbon en poudre dure encore moins longtemps; il est accompagne 
d accidenls inflammatoires de mediocre intensite . 

b. Le dessin et sa nature emble matique. C est maintenant qu il faut indi- 
quer les observations que Ton peut faire en collectionnant ces dessins et en les 
classant. Nous avons reuni plus de 2000 tatouages, et a 1 heure actuelle nous 
sommes obliges de nous arreter dans cetle collection, sauf pour quelques 
tatouages professionnels, a cause delamonotomie et de la repetition des memes 
dessins. Celte collection represente les dessins ou emblemes releves sur la 
peau de 700 individus. Voici le procede employe. De la toile transparente est 
appliquee sur la partie. Le dessin apparait tres-nettement, et il est facile d en 
suivre tous les contours avec un crayon ordinaire. On a ainsi une reproduction 
mathematique de 1 image, qui devient tres-visible lorsquc la loile est mise sur 
une feuille de papier blanc. On passe alors les 1 raits 5 1 encre bleue ou rouge 
selon que le tatouage presente Tune ou Fautre coloration. Ceci fait, la toile est 
colle e sur un carton de dimension qui varie avec la grandeur du tatouage. Au 
verso du carton on inscrit les indications suivantes qui constituent Fobser- 
vation : 

1 Nume ro d ordre; 2 noms et prenoms ; 5 lieu de naissance; 4 profes 
sion et instruction; 5 date des tatouages, age; 6 procede employe; 7 nombre 
de seances; 8 duree des seances; 9 renseignement sur le tatoueur ; 10 de 
scription des tatouages; 11 siege; 12 coloration; 15 changements survenus 
dans la coloration; 14 Y a-t-il eu inflammation apres les piqures; 15 quel 



154 TATOUAGE. 

temps a mis le tatouage pour s installer ; 16 quelest 1 etat actuel du tatouage; 
17 est-il efface; 18 efface volontairement; 19 surcharge; 20 moralite du 
tatoue. 

Ces indications etant toujours les memes, les observations sont comparables 
entre ellcs et il est facile d en tirer des renseignements utiles. 

Nous divisons les tatouages d apres les dessins representes en sept categories 
<listincles que nous pouvons ranger dans 1 ordre suivant : 

Emhlemcs patrioliqucs el religieux in 

professionncls 230 

inscriptions 256 

militaires 280 

metaphore? 456 

amoureux U erolii|ues 4S8 

fautaisi^es, historiques 550 

2400 

Nos dessins ont etc pris, pour le plus grand nombre, sur les hommes du bataillon 

d Afrique, ceux que dans lelangage militaire on designe sous le nom de Zephirs 

ou de .loycux ; beaucoup ont deux ou trois condamnations. D autres dessins ont 

ete relcves sur des detenus que nous avons visiles dans les prisons de Lyon ; 

une aulre partie provient d individus que nous avons eu [ occasion de voir 

dans les hopitaux. En resume, la plupart de nos dessins provient de cri- 

minels choisis surtout dans le milieu militaire. II ne faudrait pas cependant 

incriminer d une maniere absolue le passage au regiment. Dans une premiere 

statistique faite a cc point de vue, sur 578 sujets examines, 100 avaient ete 

tatoues avanl leur entree au service, et 278 apres leur incorporation. Au point 

de vue de la disposition a se laisser tatouer, le milieu militaire n a pas 1 impor- 

tance du milieu nautique. L influence vraie est celle de la prison : dans celle-ci 

ou dans les ateliers penitentiaires, il existe des individus qui, pour en retirer 

benefice ou meme par distraction, tatouent leurs camarades. J en ai trouve un 

qui me clisait : Qa tue le temps. J aime a dessincr et, a defaut de papier, 

j emploie la peau de mes compagnons. Si le tatoueur n a pas le dessin assez 

facile pour rcpresenter le sujet desire : une pensee, le portrait de la femme 

aime e, une ancre, Jean Bart, un motisquetaire, on prend 1 image dans un 

livre ou dans un journal, sur une boite d allumettes, et alors c est Garibaldi. 

Napoleon, Bismarck, Charlotte Corday, Mademoiselle Granier, ou meme de 

veritables tableaux comme une chasse au lion, le marlyre de sainte Blandine, 

la France enchaine e (fig. 16), 1 accident du due d Orleans sur la route de 

Neuilly. 

II nous faut maintenant donner quelques renseignements sur les categories 
de tatouages que nous avons indiquees plus baut : 

1 Emblemes patrioliques et religieux. Parmi les plus caracterisliques nous 
citerons : Diable. Vertusthe ologales. Saint-Esprit. Calvaire. Cru 
cifix. Sceur de charite. Un grand nombre de saints et de saintes, des 
tombeaux ; Tun est accompagne de cette inscription : Sur la tombe de ma tanle 
dont je suis heritier. II est a remarquer comme signe de races que les tatouages 
religieux sont plus frequents en Italic qu en France, ainsi que cela ressort des 
observations de Lombroso. Des signes franc-maconniques. Nous avons le 
tatouage d un ancien marin representant trois triangles au centre de chacun 
desquels se trouve un point. II avail ete tatoue a l age de seize ans, etant a bord 



TATOUAGE. 



155 



d un paquebot, par son cousin, enseigne de vaisseau, qui 1 avait initiea la iranc- 
maconnerie. Des tropke es ou panoplies patriotiques, des tetes dc Prussiens, 
des uhlans, des casques, les armes de Strasbourg et de Metz, des Alsaciennes 
d apres le tableau de Henner, des croix de la Legion d honneur, des medailles 
militaires, des croix de commandeur autour du cou, des busies de la Re pu- 




blique, presque tous avec le bonnet pbrygien, comme si cette partie du cos 
tume etait, dans cette allegorie, la condition indispensable etadmise par tons. 

2 Nous avons parle plus haul des emblemes professionals. 

5 Emblemes. Inscriptions. Ainsi que nous 1 avons deja dit, ces inscrip 
tions sont caracteristiques pour les militaires ; d autres fois ce sont des sentences, 
des formules, des proverbes, nn cri de colere ou de vengeance, c est la mani 
festation evidente d une nature en revoke contre la societe (fig. 17 et 18). 
Voici les plus frequentes de ces inscriptions : Enfant du malheur. Pas de 
chance. Souvenir d Afrique. Afrique. Ami du contraire. Amitie. 
Mort aux femmes infideles. Pensez a mot. Enfant du malheur ne 
sous une mauvaise etoile. Vengeance. Enfant de la galte. Le passe 
ma trampe, le present me tourmente, I avenir nie pouvante. Honneur aux 
armes. Souvenir de vengeance d un ami de captivite. Vit seul, car les 
amis sont morts. Vive la France et les pommes de terre frites. Arrive 
qui plante. Toujours le meme. Mort aux betes brutes. Martyr de la 
iiberte. Mort aux lyrans. Honneur aux martyrs. La vie n est que 
deception. Plutot la mort que de changer. Ami des freres a la cote. 
Mort aux ofliciers francais. Mort aux chaous. Malheur aux vaincus. 
Mon bras aux amis. Mort aux rois. Gare la bombe. Sans-Soud-la- 



156 



TATOUAGE. 



Violette. A la vie, a la morl. - - La liberte ou la mort. Au bout du fosse 
la culbute. Haine et me pris aux faux amis. La gendarmerie sera mon 
tombeau. Renverse tout, dne, etc., etc. 





Fig. 18. 



4 Emblemes militaires. Nous avons dcs dessins de tous les differents corps 
de 1 armee de terre; les dessins de marins sont naturellement moins nombreux. 
Le plus souvent c est un soldat en grande lenue, debout, quelquefois assis, si le 
dessin a ete copie sur un portrait photographique. Presque toujours les cavaliers 
sont represented a cheval. Les scenes militaires sont plus rares; ce sont des 
marins tuant un oflkier anglais avec [ inscription au-dessus : Mort aux Anglais. 
Un paysage algerien, des soldats revenant de la corvee aufourrageet au-dessous 
1 inscription : Souvenir de ma cassation. Un caporal enseignant 1 exercice du 
fusil a deux bommes et au-dessous : Une, deux, un, deux. 

5 Emblemes melaphores. Nous ne pouvons qne repeter ce que nous avons 
dit dans notre premier memoire sur les caracteres de ces curieux emblemes. 
L interet qu ils presentent est conside rable. L esprit du peuple s y mon t re sous 
son vrai jour et dans toute sa naivete. Que demandent en effet les natures peu 
institutes? La representation objective ou symbolique d une idee ou d un groupe 
d idees. De la la grande frequence des coeurs perce s, des e toiles (etoiles de 
bonheur ou de malheur), des ancres (ancrcs de marine, de salut, de sauvetage), 
des mains entrelacees (serment d amour ou d amitie), des mains entrelacees 
tenant line pense e avec des initiales (c est un tatouage que j ai trouve sur plu- 
sieurs pederastes), des poignards dans la region mammaire gauche (c est le 
poignard dans le cceur, une blessure mortelle, une plaie toujours ouverte et 
sur les bords de laquelle le dessinateur ne manque jamais de figurer trois ou 
cinq gouttes de sang). Le poignard est I instniment tragique, celui qni imprcs- 
sionne le plus. On ne le trouve pas represente seulement sur la poi trine, mais 
encore sur d autres parties. Je 1 ai vu sur les bras, dans le dos, a la partie 
anterieure des cuisses. Souvent ce sont deux poignards croises ou bien deux 



TATOUAGE. 157 

mains tenant ensemble un poignard et au-dessous [ inscription : A la vie, a 

la mort. 

Mais I embleme le plus repandu est la pensee. On pent meme dire que c est 
presquc 1 unique espece de la florc dcs tatoucs. Sur 97 fleurs, je relcve 81) pen- 
sees, 8 fleurs diverses telles que fleurs exoliques, roses, une seulc marguerite. 
La fleur chantee par les poetes et que recherchent, disent-ils, les amourcnx, n a 
aucun caractcre symbolique dans le milieu populaire. L hommc du peuple 
n admet reellement que la pensee. G est la fleur du souvenir et meme de 1 espe- 
rance. Une pensee est suivie ou plulot surmonle les mols : A moi, a via mere, 
ii ma sceur, a Marie. C est une fleur parlante; tres-souvent le portrait de la 
femme aimee se trouve sur la fleur elle-meme, sur ses petales ; au-dessous le 
nom de la femme : A Marie, a Rosalie, a Constance. 

La faune des taloues n est pas plus variee, et ce ne sont pas les animaux 
domesliques qui y occupent le premier rang. En tele : le lion, c est le roi dcs 
animaux ; puis vient le serpent. Ce sont ensuite les tigres, les chiens, les pigeons 
mes&agen portant une lettre, des lourterelles tenant dans leur bee une fleur. 

6 Emblemes amoureux et e rolifjues. 11 faut faire entrer dans celte clasM>, 
les tatouages qui ont etc fails sous I enipire do Tinstinct genital. Ce sont des 
busies de femmes, des femmes nues, des dessins representant le edit deboul, 
des verges (verges aile es, verges a la voile, phallus dans les situations les pln> 
bizarres), puis une foule de scenes lubriques ct qu il est absolument impossible 
d indiquer. Ceux que nous appelons les laloues indifferent s, c est-u-dire qui ne 
desirent pas avoir le portrait de leur maitresse, mais d une femme quelconque, 
se font tatouer une can tinier e, une actrice, une ballerine, une dameuse de 
corde, une jongleuse, une e cuyere, la femme-canon. Sur le bras gauche d un 
detenu il y avail ecrit ces mols : Quand la neige tombera noire, Augustine B... 
me sortira de la me moire. Le professeur Salvioli, cite dans rArchivio de Lom- 
broso (1885, p. 204), a observe un vieillarcl de soixanle-dix ans qui, six ans 
avant, etant amoureux, s etait latoue sur le bras un coeur perce d une epe e avec 
cette inscriplion : Marie, jure de me venger en lout. 1878. 

7 Emblemes fantaisistes, historiques. Comme nous 1 avons dit plus baut, 
ils sont sous la dependance de la fantaisie du tatoue, mais surlout du taloueur. 
Beaucoup de tatoues ignorenl la signification des talouages dont ils soul porteurs. 
C est une gazelle, un coq, une poule, un lievre, un bouc, un cafard, un bousier, 
un Indien, un Chinois, des Canaques. II y a un assez grand nombre de sauvages 
et A Arabes; ou encore un palmier, un voyou de Paris, un vase de fleurs, un 
pot de chambre, un revolver, un aloes, des types de femmes de differents pays; 
puis des dessins allegoriques, le char de la fortune, dcs amours, des pages, des 
lutteurs, des clowns. 

II y a peu de personnages mytbologiques ; les plus frequents sont : les 
Sirencs, les Bacchus, quelques Venus, un Apollon, un Cupidon. Parmi les 
personnages bistoriques, nous cilerons : des soldats romains, des Gaulois, des 
chevaliers, une cinquantaine de mousquelaires, purmi lesquels cinq fois le 
porlrail de dCArtagnan. Jean Bart est plus populaire encore, surtoul parmi les 
marins; puis vienncnt les Napoleon (surtout le premier), Marie Stuart, Jeanne 
d Arc, Charlotte Corday, Jeanne Hachette, Abd-el-Kader, Garibaldi, Gambetta, 
Bismarck, Mangin (le marcband de crayons), Jules Gerard, Denis Papin, Anne 
d Autriche, Turenne, due de Morny, etc. 

8 Tatouage des alie ne s. Quelques medecins italiens, tels que Zani (a 



138 TATOUAGE. 

Re<io), Livi (a Sienne), Paoli (a Genes), Lombroso, out etudie le latouage chez 

les alienes. 

Pour Lombroso, le tatouage peut etre un moyen de distinguer le criminel du 
fou. Eu el fet, bien que celui-ci ait, comme 1 autre, la reclusion forcee, la vio 
lence dcs passions, les longs loisirs, et ait recours aux plus etranges passe- 
temps, tels qu arroser des pierres, coudre des vetements, ecrire sur les murs 
et barbouiller des rames entieres de papier, tres-rarement 1 aliene se fait des 
dessins sur la peau. Sur 800 fous de Pavie et de Pesaro, Lombroso ne trouvi 
que quulre tatoues, et tous 1 avaient ete avant le debut del alie nation ; de memc 
Zani et Livi, qui lui out communique leurs recherches, pensent que le petit 
nombre de fous tatoues qu ils ont observes 1 avait ete en prison. A Sienne, on 
en a trouve 11 sur 500. Sur ces 11, 6 avaient ete tatoues dans les prisons. 
Quelques-uns de ceux-ci, apres leur arrivee a 1 asile, se firent avec dc la poudre 
de brique des tatouagcs confus ct indechiff rabies, 

Us essayaient aussi de tatouer quelques-uns de leurs camarades de 1 asile, 
mais ne reussirent pas mieux. 11 est meme probable, dit Lombroso, que 
le tatouage mal reussi et confus pourrait peut-etre permettre de dilferencier 
1 oeuvre d un fou de celle d un criminel dans le cas tres-rare ou celui-ci aurait 
cu a cxercer son art dans une asile. 

Lc docleur de Paoli a public une note sur le tatouage a I etablissement 
d aliem s de Genes (1879) qui a ete analyst e par le docteur Cougnel. L auteur a 
observe le tatouage sur les alienes ordinaires et sur les alienes criniinels. 11 
trouve 18 tatoues sur 275 alieues. Ces 18 alienes sc divisent en 7 alienes com- 
muns, 5 1 avaient ete avant leur entree a 1 asile. II n y en a que 2 qui se soient 
talout S dans I elablissement. 

Les 11 aulres soul manifestement des criminels, ainsi queleprouve Cougnel, 
et rentrent dans la categoric c tudiee par Lombroso. En resume, c est une nou- 
velle preuve des rapports du tatouage et de 1 atavisme, puisque, ainsi qu on le 
voit bien, 1 atavisme n a aucune influence sur la folie. 

Tout recemment, dans YArchiviode Lombroso (1885, p. 45), la question du 
tatouage chez les alienes a ete e tudie e par le docteur Alberto Severi, qui a observe 
des tatouages sur les fous des asiles de Sienne, de Lucques, de Florence, eten a 
trouve 46 sur 1157 homines. II nVn a pas trouve un seul sur 1206 alienes. 
Son but etuit d etablir s il y avait un rapport quelconque entre le symbole 
exprime par le tatouage lui-meme et la nature du delire. II resulte de ses 
recherches qu il n existe aucune relation, mais d autres fails peuvent s ajouter 
a ceux observes par Paoli et Severi et la question reste posee. Ce dernier medecin 
a surtout Irouve parmi les tatouages des emblemes religieux, mais il fait 
observer avec raison que c est pen important parce que ces alienes etaient des 
provinces de Lucques ou de Livourne qui se font remarquer par leur sentiment 
religieux exagere. Severi se demande encore si le tatouage est plus frequent chez 
les fous degeneres qui presentent le caractere d inferiorite psychique propreaux 
races inferieures. En resume, il faut admettre avec Lombroso (Y Ho mine cri 
minel, 5 e edition, p. 525) que bien rarement les alienes se tatouent de vrais 
dessins sur la peau. 

9 Tatouage des criminels. G est un nouveau chapitre a faire, car les 
criminels out des tatouages caracteristiques par leur nombre, leur generalisation, 
leur siege et, s il est possible de dire, par le langage mystique, obscene ou 
haineux des dessins. Sur le front, des croix, des etoiles, des cometea, une 



TATOUAGE. 159 

araignee, ou des inscriptions telles quc celles-ci : Martyr de la liberte; Mori 
aux bourgeois; le bagne in attend; sur les joues un jeu de dames ou de 
dominos. 

J ai deja dit que la collection du laboratoire renfcrmait une seric de dessins 
tellement orduriers que la description serait difficile meme en latin ; et, a ce 
propos, nous nous sommes demande si un individu ainsi tatoue qui se montrerait 
nu, par exemple, aux bains publics, ne pourrait pas etre poursuivi pour attentat 
aux moeui S, en vertu de I arlicle 287 du code penal. 

Chez les eriminels les inscriptions sont des cris de haine, de menace : M<-t 
aux gendarmes, Mori aux offic/ers francais, La m... vaut mieux que la 
France entiere. Une tete de gendarme menace e par un poing ferine. 

Barret, voleur assassin, decapile a Lyon en I860, avail sur le bras gaucbe 
cette inscription : 

SIORT AUX GENDARMES 

15 

Au laboraloire se trouve un des tatouagcs dc Seringer, parricide, decapite a 
Lyon en 1878; c est une fortune ailee tenant un caducec : le tout d nn des- 
sm correct. Sur un des bras sc trouvaient les mots : Pos de chance. 

Nous possedons aussi un tatouagc de Laurent, assassin, execute a Lyon en 
1875 : c est une femrae tenant, d une main, une epee, de 1 autre, un drapeau ; 
au-dessous le mot : LIBERTE. Droin, qui assassina en 1881 la fille L. a Lyon, 
rue de la Charite, et se jeta ensuite dans le Rhone, avail sur le bras droit un 
dessin representant une statue de la Liberte. 

Nous avons cite plus baut les tatouages du pacha de la Glaciere et de Benoil 
le parricide. Pliilippe, 1 etrangleur des prostituees, etait aussi tatoue ; il avail 
sur le bras droit ces mots : Ne sous une mauvaise e toile. Montely, 1 assassin du 
garcon de banquc d Orleans avail sur son bras un talouage representant une 
lemme en bleu et rouge. Deux des assassins de Mme Ballerich (1884) etaient 
tatoues. Gamaliut avail sur le bras droit une tele de souteneur et au-dessous : 
Gamahut, en lettres capilales. Midi portait sur le bras gauche deux colombes 
et au-dessous ces mots : J airne les femmes. Lombroso cilc un ancien marin 
pieraontais, filou et homicide par vengeance, qui avait sur la poitrine, au- 
dessous de deux poignards, celte inscription : Je jure de me venger. Fieschi, 
avant sa fameuse tentative regicide, avail ete condamne pour faux, et, a cause 
de cela, raye des cadres de la Legion (Thonneur. En prison, il se tatoua une 
croix sur la poitrine : Ileureusement, disait-il, que celle-la au moins ils ne 
me 1 enleveront pas . II y a un biencurieux exemple de crimincl dans le livre 
deM. Simon Mayer (Souvenirs d" un de porte, p. 85, 1880). Ce Malassene elail 
le forcat le plus terrible qu il est possible de representer. Taille en hercule, il 
eut tenu tete a dix homines. II etait convert de tatouages, depuis les pieds jus- 
qu aux cpaules. Ces figures representaient des figures grotesques ou terribles. 

Sur la poitrine, il s etait profondement grave une guillotine rouge et noire, 
avec cette phrase en rouge : 

j AI MAL COMMENCE 

JE FINIRAI MAL 
C EST LA FIN QUI M ATTEND 

Sur le bras droit, sur le bras qui avait commis le crime pour lequel Malas- 



140 TATOUAGE. 

scne etail au bagne, ce malheureux avail ose se fairc graver cette inscription : 

MORT A IA f.HIOURME 

Malassene n avait peur de rien. I! eut recu douze coups de corde sans crier. 
Fanfaron de 1 echafaud, il eut lue n imporle qui pour rien. 

Dans noire memoire sur Ic tatouage, p. 101, nous avons, a ce propos, cite un 
assez grand nombre de graffiti ou laloungcs des muraillcs que nous avons releves 
dans la chambre des accuses de la cour d assises de Lyon ; depuis nous en avons 
pris de nouveaux dans les cellules des delenus. Ces grafliti out les memes carac- 
tcres que les tatouages des criminels. 

En re sume, clans ces dessins emblematiques, il y a, ainsi que nous 1 avonsfait 
voir, unc source precieuse de renseignements sur la nature des idees morales 
des tatoue s : leur pensee ordinaire, les images qui leur sont chcrcs, leurs sou 
venirs intimes, parlbis inavouablcs, et memo leurs projcts da vengeance cyni- 
quement formules. 

Tout cela inscrit ou figure dans une forme, ou forte, ou simple, mais toujours 
naive, et qui donne a quelques-uns de ces dessins la vigueur ou la sensibilite que 
Ton trouvc dans certains chants populaires. 

Le medecin legiste doit savoir tirer parti de tous les details. Si les cica 
trices sont parfois des signes precieux, d apres leur aspect et leur siege, elles 
permclteiit lout au plus de reconstruire les circonslauces d un eveneraent. Les 
tatouages, au contraire, par leur variele ct leur nombre, marqucnt souvent 
les elapes de la vie d un iudividu, et parlbis sa nature morale. Ce font des 
cicatrices par/antes. En medecine judiciaire, il n existe pas de meilleurs signes 
d idenlile par leur caraclere de permanence, de duree, la difficulte a les faire 
disparaitre. 

Pour constater 1 identite d un individu, on peut suivre la regie de conduite 
qu Augusle avail adoptee pour fjire surveiller sa illle Julie. 11 defendit, <lit 
Suetone, qu aucun Jiomme, ou libre ou esclave, 1 approchat sans qu il en fut 
instruil el sans qu il connut par lui-meme son age, sa taille, sa couleur et 
jusqu aux marques qu il pouvait avoir sur le corps (Auguste, ch. LXV, Iraduclion 
La llarpe). 

Yidocq cile deux exemples d identite fournis par le latouage. 11 raconte une 
scene de duel : A peine suis-je en garde que, sur ce bras qui oppose un fleuret 
a celui que j ai ramasse, je remar.jue un lalouage qu il me semble rcconnallre : 
c etait la figure d une ancre dont la branclie etait entouree des replis d un ser 
pent. Je vois la queue, m ecriai-jc, gare a la tete ! et en donuant cct avertis- 
semenl je me fendis sur mon bomme que j alteiguis au teton droit... II fallul 
lui decouvrir la poitrine ; j avais devine la place de la tete du serpent, qui venait 
comme lui mordre Fextremite du sein : c etait la que j avais vise. Yidocq 
avail ainsi reconnu un forcat evade, un de ses camarades du bagne de Toulon 
(Me moires, ch. xix, p. 128). 

Dans ses Memoires, chapilre ix, Vidocq raconte qu il se fit passer pour un 
nomme Duval, ne a Lorient, deserteur de la fregate la Cocarde. Arrete pour ce 
fait de deserteur, il renconlra en prison un marin qui lui donna des conseils 
pour facililer cetle substilulion de personne : A coup sur, vous n eles pas le 
fils Duval, car il est mort il y a deux ans a Saint-Pierre Martinique. Personne 
n en sail rien ici, lanl il y a d ordre dans nos bopitaux des colonies. Maintenant, 
je puis vous donner sur sa famille assez de renseignements pour que vous vous 



TATOUAGE. 141 

fassiez passer pour lui-meme aux ycux des parents ; cela sera d autant plus facile, 
qu il elait parti fort jcuue de la maison patcrnelle. Pour plus de surete, vous 
pouvez d ailleurs feindre un affaiblissement d esprit cause par les fatigues de la 
mer et par les maladies. 11 y a autre chose : avant de s embarquer, Auguste 
Uuval s etiiit fait tatouer sur le bras gauche un dessin comme en ont la plupart 
des soldats et des marins; je ccnnais parfaitement ce dessin : c etait un autel 
surmonle d une guirlande. Si vous voulez vous faire meltre au cachot avcc moi 
pour quinze jours, je vous ferai les memcs marques dc maniere que tout le 
monde s y meprenne. Yidocq explique 1 inlcrdt que lui portait son compagnon 
par ce desir de faire piece a la justice dont sont animes tous les detenus ; pour 
eux, la de pister, cntraver sa marche ou 1 induirc en erreur, c est un plaisir de 
vengeance qu ils achetent volonliers au prix de quelques semaines de cachot. 
Les deux compagnons se firent facilement punir. A peine elions-nous cnfermcs 
que rnon camarade commenea 1 ope ration, qui reussit parfaitement. Elle consiste 
tout simplement a piquer le bras avec plusieurs aiguilles reunies en faiseiMii 
et trempees dans 1 encre de Chine et le carmin. Au bout dc quinze jours, les 
piqures etaient cicatrisees au point qu il etait impossible de reconnaitre dcpuis 
combien de temps elles etaient faites. Mon compagnon profita de cetle relraitc 
pour me dormer de nouveaux details sur la famille Duval, qu il connaissait 
d enfance, et a laquellc il etait memc, je crois, allie; c est au point qu il 
m enseigna jusqu a un tic de mon sosie. 

Ces renseignemenls me furent d un grand secours, lorsque, le seizieme jour 
de notre detention au cachot, on vint m en extraire pour me presenter mon pcre 
que le commissaire des classes avail fait pre venir. Mon camarade m avait de peint 
ce personnage de maniere a ne pas s y meprcndre. En 1 apercevant, je lui saute 
au cou : il me reconnait ; sa femme, qui arrive un instant apres, me recommit; 
une cousineet un oncle me rcconnaissent ; me voila bien Auguste Duval, il n etait 
plus possible d en douter, et le commissaire en demeura convaincu lui-meme. 
Mais cela ne suflisait pas pour me faire mettre en liberte : comme deserlcur de 
la Cocarde, je devais etre conduit a Saint-Malo, puis traduit devant un conseil 
de guerre. A vrai dire, tout cela ne m effrayait guere, certain que j etais de 
m evader dans le trajet. Je partis enfm, baigne des larmes de mes parents et leste 
de quelques louis de plus... . C est le chapitre que Yidocq intitule malicieu- 
sement : La voix du sang. 

Ces observations interessantes peuvent etre rapprochees, au point de vue 
medico-legal, de 1 affaire Tichborne qui a eu un si grand retenlissement en 
Angleterre, affaire dans laquelle la dure e des tatouages a joue une cerlaine 
importance. 

Nous empruntons ce recit a la derniere edition de Taylor qu a traduite mon 
excellent ami et collaborates M. le docteur H. Coutagne : 

Les questions medico- legales liees a la. presence ou a 1 absence de marques 
de tatouage sur la peau ont ete jusqu ici limite es a la preuve ou a la refutation 
de 1 identite d individus accuses de crimes. 

II y a probablement eu dans ce siecle peu de proces qui aient excite un plus 
grand inleret dans le public et donne lieu a une discussion plus prolonge e que 
celui qui est connu sous le nom d affaire Tichborne (proces civil Tichborne contre 
Lusliington, 1871-72, et proces criminel Castro ou Tichborne, aout 1875). La 
question en litige portait entierement sur une identite dc personne. Un homme 
qui s appulait lui-meme sir Roger Tichborne reclamait certains biens ; cela donna 



142 TATOUAGE. 

Jieu dcvant le tribunal dos plaids communs a un proces d expulsion qui dura 
trois cents jours, a la suite duquel cet homme fut deboute de ses preventions et 
mis cnsuitc en jugemenl pour uu grand nombrc de fails d imposture. Apres un 
proces sur ce second point, qui cut la duree sans exemple de cent quatre-vingt- 
liuit jours, le pretendant fut reconnu coupable d imposture et condanme a la 
servitude penale. 

Roger Charles Tichborne avail etc perdu en mer en avril 1854. Personne de 
mix qui sc trouvaient sur le memo navire nc fut, rcvu depuis ; on n en enteiidit 
meme jamais parlcr. Au moment dc son depart pour 1 Angleterre, en 1852, le 
veritable Roger avait a la partie interne de I avant-bras gauche certains latouages 
de coulciir bleue representant unc croix, un coeur et une ancre. Ces marques 
avaient ele vues distinctement avant son depart de 1 Angleterre, pendant une 
pt -riode de six ans, par sa mere, son tuteur et un certain nombre d amis des 
deux sexes auxquels il les avait montrecs a dessein de temps en temps. Lord 
llellew, camarade d ecolc de Roger, deposa qu en 1847 et en 1848 il avait vu 
sur son bras la croix, le coeur et 1 ancre, et qu il avait lui-mcmc ajoute a ces 
symboles par le tatouage les lettrcsR. C. T, faites avec de Tencre indienne et 
longues d un demi-pouce. Le meme jour qu il avait tatoue le bras de Roger, ce 
dernier lui avait e galcment tatoue , sur le bras, une ancre. Le tout avait ele fait 
Jo meme jour et avec les meines objets. Yingt-cinq ans s ctaicnt e coule s depuis 
((ii ils s elaient ainsi tatoues Tun 1 autre, mais 1 ancre persistait toujours, et le 
leittoin montra son bras au jury a 1 appni de sa declaration. 

On prouva cnsuite que, comme ou avait essaye de saigner le veritable Roger 
aux bras, aux pieds et a la tempe, avant qu il quittat 1 Angleterre, il devait y avoir 
des cicatrices indiquant ce fait. Etant enfant, il avait eu aubras, pendant deux 
ans, un cautere qui, une fois enleve etgueri, avait laisse une cicatrice large et 
profonde. Ces fails furent attestes par plusieurs temoius dignes de foi. La depres 
sion du bras laissee par ce cautere avait ele vue par eux pendant neuf ans apres 
qu il avait ete enleve. Tels etaient les fails prouves d une facon salisfaisaate par 
rapport a 1 heritier re el. 

Douze ans apres le naufrage de la Bella le demandeur Castro, qui re sidait 
en Austr.ilie, eleva pour la premiere fois des pretenlions a 1 heritage, anuoncant 
qu i! etait Roger et avait etc sauve du naufrage. Mais il hit prouve qu il n avait 
a^i ainsi qu apres que les journaux australiens eurent publie qu on offrait une 
recompense pour la de couverte de tout survivant de la Bella ! 

(( On recueillit une grande quantite de temoignages pour et centre 1 identite 
du demandeur. iNous n avons a considerer ici que les preuves medicales tirees 
des talonayes et des cicatrices. Get homme n avait sur sa personne aucune 
mai([ue de tatouage, ni aucun signe indiquant qu il eut ete tatoue. Son medecin, 
le docteur Lipscombe, 1 avait examine avec un resultat negatif a ce point de 
vue, et, pour ajouler a la force de cette preuve, le demandeur lui-meme niait 
avoir jamais ete tatoue. Quant aux cicatrices, la preuve lit egalement de faut. 
SirW. I ergusson, appelo comme temoin par lui, et d autres chirurgiens, exami- 
nercnt ses bras, son front et ses pieds, sans trouver de cicatrices setnblables a 
celles qui auraient suivi une saignee. 11 avait bien quelgues marques sur les 
pieds pres des chevilles, mais elles n avaient pas ete produites par des incisions 
faites pour la saignee du pied. 11 n avait aucune marque ni depression sur le 
bras ou le veritable Roger avait eu un cautere. 

A moins que nous ne consentions a admettre qu un homme puisse etre 



TATOUAGE. 143 

tatoue et n avoir ancune connaissance du fait, c est-a-dire qu il ait e le latoue 
sans en avoir conscience, et que toules les marques aient clis|)aru avunt qu il 
les ait vucs, il est impossible que le demandeur ait pu avoir e le Roger Charles 
Tichborne, Tlieritier des biens. L\ persistance des marques a etc prouvee clai- 
rement pav lord Bellew. II en ctait de menie par rapport aux cicatrices. Anemic 
d elles ne rendaient 1 histoire du demandeur seulement plausible, et, rapprochees 
des marques de tatouage, elles etaient en contradiction absolue avec son assertion. 
En s appuyanl seulement sur ces fails medicaux, il y en avail assez pour rejeter 
sa demande et le convaincre d imposlure; mais il y avail une accumulation 
d autres preuves basees sur les fails anteiieurs, I education, les voyages ct 
les habitudes de I heritier perdu, qui monlraient clairoment qu il s agissait 
d une plainte fausse. II est deja surprenant que cet imposteur ait pu pen 
dant si Jongtemps echapper a la justice ct en imposer a un grand nombre 
de person nes. Cela indique, coinmc le pretend un ccrivain, un manque de 
senscommun et une education imparfaite chez une grandc proportion du peuple 
anglais. 

Des changements dans les tatouages. Le 10 septembre 18i9, on Irouva 
dans les environs de Berlin le corps d un bomme dont la tele avail etc de ta- 
che e; celle-ci fut rencontree a quelquc distance, mais tellement dcligurcc, 
qu il fut impossible dc le reconnaitre. On pensa que 1 individu assassine ctait 
un nomnie G. Ebermann ct qu il avail etc tue par un individu nomme Schall. 
11 fut bientot acquis que, si le caduvre ctait celui d Ebermann, Schall etait le 
raeurtrier : done I innocence on la culpabilite de cet bomme etait absolu- 
ment liee a une question d idenlite. Les temoins affirmerent qu Ebermann 
avail sur 1 avant-bras gauclie des talouages au \ermillon representant un coeur 
et Jes lellres J. E., mais d autres personnes dirent n avoir pas vu ces tatouages, 
et les me decins qui avaient precede a la levee du corps n en avaient pas fait 
mention. 

On demanda done aux medecins legistes si des latouages ayant existe avaient 
|m disparaitre : un expert dit que les tatouages bien pratiques ne s effacent 
janiais, un autrc n osa pas se prononcer ; Casper, qui cut a rcsoudre la question 
et ne posse dait pas alors des documents sulfisanls pour y repondre, se rendit a 
1 liopilal des Invalides de Uerlin ou il csperait trouver des militaires tatout S. 11 
<;n rencontra 56 sur lesquels il rechercha les parties du corps qui avaient ete 
autrefois marquees. 

Chez trois de ces vieux soldats, letatouage avail pali; chez deux, les marques 
e laientplus ou moins efface es, cbez quatre elles avaient tolalemenl disparu. 

Casper en conclut que sur Ebermann le tatouage avail bien pu aussi s effaccr : 
done, les marques du tatouage pouvant disparaitre, on voyait aussi disparaitre 
les doutes relatifs a 1 individu assassine. Schall fut condamne a mort. 

Cctte affaire fit grand bruit, et le docteur Hutin, charge, en 1855, du service 
des Invalides a Paris, etudia a nouveau la question. Sur les 5000 invalides il 
trouva, avons-nous deja dit, 506 tatoues : 182 avaient ete tatoues a une seule 
couleur, et 524 a deux couleurs. 

Pour les premiers, nous notons, comme couleur employee, vermilion, encre 
de Chine, poudre ecrasee, bleu de blanchisseuse, encre a ecrire, charbon ecrase. 
Pour les seconds, c est une de ces couleurs, plus le vermilion. Pour les 182 
tatoues a une seule couleur, le tableau ci-apres indique ies modifications sui- 
vantes : 



TATOUAGE. 





ca 

u 



es 


POUDRE. 


ri 

g3 

W a 
Q 


BLEUE. 


pi 
w 

< 


CHARBOA. 


INOIR 

INCO.N.MI. 


TUTAUX. 


B en apparenls ... 
Palis 


16 
19 


52 

10 


39 
4 


I 


2 
2 


1 


1 


92 
iH 


Pariiellement effaces.. 
Entierement eflaces. . 


52 
11 


10 

)) 


2 


, 







H 
B 


)> 





11 


TOTU X 


78 


52 


43 


1 


4 


1 


J 


189 




























1! 


12 









Pour les r24 latoues a deux coulcurs : 



Bien apparenlos 

Pulie- 

Pariiellement effacees. . 
Eiitjerement eflacces.. . 



Deux coulcurs. 
. . 144 
. . 28 
15 



liouge scul. 

7 

59 
08 
55 



Noir seul. 
150 



D oii 1 ou peut cone-lure, au point <le vue des rapports de la date avec la dure e 
ilu tatouage : 

Sur r2 i tatoues, des talouages sont tres-apparents apres un espace tie quatre 
a soixante-cinq ans; sur 117, ils sont partiellement effaces apres un espace de 
vingt a soixante-quatorze ans; sur 47, ils sont completement effaces apres un 
espace dc vingt-liuit a soixante ans. 

Le docteur Huliii termine par ces conclusions : Les traces de tatouage ne 
sont pas indelebiles; il en est qui s effacent sans qu il soit possible de leur 
assignor aucune limite de duree. Leur disparition se trouve, scion toule proba- 
bilite, en rapport avec la profondeur des piqures, la nature de la matiere colo- 
rante employee et les froltements plus ou rnoins rudes que les parties tatouees 
peuvent suliir. 

La question fut reprise presque au meme point de vue, deux ans apres, 
par Tardieu, qui n examina que 51 individus presentant 76 tatouages fails avec 
8 couleurs difierentes, et donnant plus de 100 images variees; sur 44 a une 
seule couleur, il en trouve 2 de dispanis; sur 59 tatouages a deux couleurs, 
un seul n existe plus. Pour Tardieu ce n est pas 1 anciennetc du tatouage qui est 
la cause de disparition, c est surtout le peu de profondeur de 1 incrustation et 
plus encore la nature de la matiere colorante employee. C est pour cela que 
presque tons les tatouages observe s par Casper et fails au vermilion avaient 
disparu. IVune maniere generate, le vermilion, les encres vegetales bleues ou 
rouges, lieiinent moins longlemps que 1 encre de Chine, le noir de fumee et le 
bleu de blanchisseuse. Ajoutons que le siege du tatouage a de 1 influence et qu il 
resiste moins bien dans les parlies ou la peau est moins epaisse. 

A son tour M. Berchon etudia denouveau les transformations dans les tatouages, 
et avec lui nous distinguerons des tatouages dispanis, effaces, substitues ou 
siirajoute s, Simula s, et meme des tatouages masquant des cicatrices ou des 
alterations de la peau. 

Le tableau suivant que nous avons public indique les substances employees 
et les modifications que le temps ou autres causes avaient amenc es dans les 
tatouages. 



TATOUAGE. 



145 





TATOUAGE 

AYANT PALI. 


TATOUAGE DlSPAltU 


TATOUAGE 

TIIE3-NET. 


TATOUAGE 

AYANT 
CHANGE 
DE 

COULEUR . 


AVFC 
LE TEMPS 


PAR INFLAM 
MATION. 


PAR 
ACCIDENT. 


Encre de Chine. . . . 


5 
2 

13 
3 

u 


"1 


1 

t) 
It 

\ 


2 

1) 
u 


9 
1 


u 




Encre ordinaire. . . 
Bleu du Prusse .... 
Noir de fumee et noir 


Charbon de lerre.. . . 



Ce tableau montre qu en effet les tatouages peuvent s affaiblir et disparaitre 
d apres la matiere colorante employee. II est certain que 1 encre de Chine est la 
substance la plus indelebile, tandis que le vermilion est la moins tenace. II faiit 
aussi mentionner le bleu de Prusse souvent employe chez des liommes tatoues 
en Allemagne. Ces tatouages au bout d un certain temps prennent 1 aspect de 
laches d encre lavees. La nature de la substance nous parait plus importante 
que la profondcur de la piqure, en admettant, bien entendu, ce qui est neces- 
saire pour que le talouage ait lieu, que le depot de la matiere colorante ait ete 
fail dans le derme. Si deux tatouages faits a la meme epoque n ont pas ete 
piques dans des conditions identiques et avec la meme precision de main, ils 
ne semblent pas en effet contemporains. Nous connaissons un homme qui s est 
tatoue ini-meme sur le bras droit deux epees entre-croise es et sur le bras gauche 
one equerre et un crayon, les emblemes de sa profession. Ce dernier tatouage 
est bien plus marque que 1 autre ; cela tient a la difficulte qu avait la maiu 
gauche, 1 homme etant droitier, a faire des piqures sur le bras droit, ce qui 
a donne alors un dessin aux contours mal marques et comme he sitants. 

Quand les tatouages ont ete faits pendant 1 enfance, outre que la coloration 
du dessin s affaiblit, ses contours se modifient aussi en se rapetissant et en se 
concentrant pour ainsi dire. II serait peut-ctre interessant de suivre, a 1 aide du 
precede de deealque que j ai indique, les modifications eprouvees par 1 evolu- 
tion et le de veloppement des tissus. [/observation pourrait etre aussi faite, pen 
dant la grossesse, sur les tatouages places entre le pubis et Fombilic. Nous rap- 
pelons que cette region est fre quemment le siege de dessins chez les prostituees 
et que, par consequent, il est assez facile d eclaircir ce point. Lorsqu une cause 
pathologique, accidentelle ou la putrefaction modifient 1 etat de la peau, les 
tatouages subissent des changements qui les rendent meconnaissables : ainsi, 
lorsque les parties sont le siege d emphyseme, d cedeme, ou que la peau est 
boursouflce ainsi qu il arrive chez les noyes. Quand au contraire la peau est 
raidie, tletrie, par exemple chez les gens amaigris ou chez les vieillards, il 
faut, pour avoir une ide e exacle du tatouage, tendre cette peau, c est-a-dire la 
mettre dans les conditions ou elle se trouvait quand le tatouage a ete fait. 

Parlons ra^iintcnant des tentatives usitees pour faire disparaitre les tatouages. 
Elles sont tres-frequentes ; lo tatoue veut a tout prix se debarras-ser d un dessin 
trop visible ou de mauvais gout, fait par esprit d imitation ou dans un moment 
d egarement. L^ tentative peut etre aussi le fait d un cnmincl qui cherche a se 
debarrasser d un signe d identite compromeltant. Ontrouve dans la brochure de 

DICT. EKC. 3 s. XVI. 10 



145 TATOUAGE. 

M. Berchon (page 91) une scrie d anciens documents qui contiennent, sous lc 
nom de curaliou des sligmates, les recettes donnees par Aelius, Paul d Egine, 
Avicenne, pour faire disparaite les marques. 

A notre epoque, Parcnl-Dachalelel, llutiu, Tardieu, out public des fails qui, 
ainsi que le dit M. Berchon, mettent en dehors de toute contestation qu on a 
pu faire disparaitre de tout temps des latouages plus on moins etcndus et que, 
pour obteuir ce resullat, aucun procede n est en rcalile preferable a la melhode 
ancienne, a cclle quo I on peut nomuier la me thode de Crilon , et M. Berchon 
ajoute qu il 1 a mise en pratique de facon a determiner urie inflammation circon- 
scrite et eliminatrice et qu il a parfois reussi. II a oblenu un succes complet sur 
un sujet qui, devenu riche, voulut faire efiacer les tatouages affirmatils de la 
profession manuelle par laquclle il avail obscurement debute dans la vie. Yoiei, 
d apres la traduclion de Paul d Egine, la prescription de Criton : Criton pre 
sent d oindre de resiue de tercbenlliine la region prealablement frottee de nitre, 
de laisser ce topique en place petulant six jours sur la region bandce, dele 
laver le septieme, de percer les stigmates avec un instrument pointu et de laver 
avecune qionge le sang qui vient a couler. Apres un court intervalle de temps, 
on doit frolter la region avec du sel fin et appliquer pendant cinq jours le 
remede suivaut : encens, nilre, cendres de Jessive, chaux, circ, de chacun : 4 
denicrs; de miel : 8 deniers. Le medicament une fois dissous, tu trouveras 
dedans cc qui etait noir. 

Les precedes employes a notre epoque rappellent en partic les precedes des 
Anciens. Parent-Duchatelet dit que les proslituees frottcnt les lalouages a 1 aide 
d un pinceau imbibe d imligo dissous dans de 1 acide sulfurique; 1 e piderme 
s enleve et avec lui, dit Parent-Duchatelet, une partie du cliorion dans lequel 
elail fixe le corps elranger : de la une cicatrice nullement difforme. Ainsi, une 
lille de la prison des Madelonnettes porlait quinze de ces cicatrices sur les bras, 
la gorge et la poitrine. Le docteur Ilulin croyail que les dessins pouvaient dis- 
paraitre par 1111 frottement rude el souvent repetc sur les parlies tatoue es. 
C est aussi impossible a adnlettre que 1 aflirmalion de deux autres invalides qui 
declaraient s etre debarrasses volontairemenl de leurs tatouages en EC iaisimt 
repiquer le bras par des aiguilles trempecs dans le lait de femme et en lavaui. 
le lout avec la meme substance. Le vesicatoire ne reussit que rareraent; 
cependant M. Berchon montre 1 influence que peut avoir uue vesication me tho- 
diquement dirigee sur la destruction de tatouages sans doute peu profonds, 
car, apres guerison, il n y a pas eu de cicatrice; mais, nous le repetons, ce-n est 
la qu une exception. 

Ordinairement, on a employe la vesication combinee avec Fapplication de corps 
charges de calorique ou de lopiques de nalure caustique et meme escharolique. 
Berchon parle d un individu qui, ayant une etoile tatouee sur le front, appliqu.a 
sur la parlie une cuillere de fer rougie au feu, puis immediatement apres su r 
la brulure une solution de sulfate dc cuivre. II y eut des accidents graves, le