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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 96"











Ift 

I 



Associated 
Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 




DICTIONMIRE ENCYCLOPEDIQUE 



DBS 



SCIENCES MEDICALES 



PARIS- TYPOGRAPHIE A. LAHURE 
Rue de Fleurus, 9 



DICTIOMAIRE ENCYCLOPEDIQllE 



DBS 



SCIENCES MEDTCALES 



DIRECTEURS 

A. DECHAMBRE L. LKKEWJULLKT 

UK 18G* A 1885 DEPUIS 1886 



DIRECTEUR- ADJOINT : L. HAHN 



COLLABORATEURS : MM. LES DOCTEURS 

ARCIIAMB.ULT, AKL01NG, ARXOt LD (j.), ARXOZAN, ARSONVAL (D ), AUBRY (j.), AUVARD, AXKXFELh, II All. LARGER, 
BAILLON, BALBIAXI. BALI,. 1LVRIK, BARTII, BAZ1N. BEAUGRANII, 1IECI.AKD. BEIIIEH, BEN KDEN (v.\\), BERGKK, 1IEKNIIEIM, 

BERTII.LOX, BERTIN-SAXS, BESNIEK (ERXE.ST), BI.VCIIK, IH.MW.e. III. \ MIIUIl n Mi , 1:1 Mil/. IliilNM, Bclls^l-tl, 

BORD1ER, BORICS, BOL CIIACOtBT, CII. Bivrni.Mlli, Bin i .IIKIIK..M , bin IVM>S. nnll.xMi r \, r.Mll>Y (II. i, 
BOUREL-RONCIERE, BOURGOIX, ROURRU, Hill RSIER, inn MM I I. llcll Vli:il. Bnll.li. BRASSAC, MUM, I, HUM! HIV, IIIHM Minn . 
BROWN-SEQDARD, BRUN, BDRCKER, BCJRLUREAUX, BURM REAUX, BUSsMtn, i:\hnl. CMMKIL, CVMI ANA, CAIILKI 
CERISE, CHAMBARD, CHARCOT, CIIARVOT, CIIASSAICNAC, CM M VI: M , CII MM.i . IIIMI u I.IIIIIMN. , MMI i-i-i , (:ini i I n:\ . 

CHRISTIAN, CLERMO^^, COLIN (L.), COR.MI , CM nun. OH I II II. Cm 111 V, CdVM , ll\l.l \. |iv\ \IM:, DECIIAHUIIK 
BELESS, DELIOUX E SAVIGNAC, DELOHK, DKU I ,:il, HMH\lll. hh \M\MM M. us. DEl AUL, IMluv. hnl HIM . Ill 111 ISMI> . 
DU CAZAL, BUCLADX, DTOUET, DUJARDIN - BEAUMETZ, DITI U 9.), IM. DDTROULAU, DUWEZ, li.i.Ml. Kl.nV, l.l.\. 

FAI.RET (j.), FARABEL F, FELIZET, FERIS, FKRKAMl. II.HIIV (III . I \, PONSSAGRIVES, rcMllMlll I 

FRANCK-FRANCOIS, GALTIER-BOI9SIERE, GARIEL, GAVET, GAYRAUD, OAVARRBT, t;iuvus , r ,. GILLETTE, GIRAUD-TKOLON, 
GOBLEV, GRAXCIIER, GRASSET, GREEXHILL, GRISOI.LE, GUIII.EII. liUKMOT, GUERAHD, UUILLAIIH. (.Ml I VI Ml. , ,111 I mix. 

GliYOX (f.). IIAHN (,.,, IHMKI.IN, IIAVKM, IIECIIT, HECKH. HENNEGOY, IIE.NOCQUE, IIIIII;MV\\. HEYDE.MIHi II 
HOVELACQUE, IH MBERT, HUTINEL, 1SAMBERT, JACQl^EMIER, Jl lltl.-Hi:vM\ , kVUTII, KELSCII. KIRMISMIN. KHIMI.VHKII. 
LABBE (LEO.X), LABBEE, LABOBDE, LABOULBEXE, LACASSAGXE, LADREIT DK LA CIIA11RIERE, LAGNEAU (G.), LAUIlA-M.I . 

LANCEREAUX, I.ARCIIER (o.), I.AURE, I.AVF.HAN, I.AVEUAN (\.l, I.AVHT. I.EC.I.EKC. (l.j, I.KC.OKCIIK, I.E DOUBLE, 

LEFEVRE (ED.), I.EFORI (LEON), I.EGOU9T, LEGOYT, LEGHO.S, LEGROUX, LEREBOULLET, I.E ROY DE MERICOUHT, 

LETOURNEAl , LEVEN, LEVY (MICHEL), LIEGE01S, LIETARD, LINAS, L1OUV1LLE, LITIRE, LONGUET, LUTZ, MAG1TOT (E.), 

M.1IIE, MALAGUTTI, MARCIIAND, SIAREY, MARIE, MARTINS, MASSE, MATIIIEI , MKRKLEN, MERRY - HKI. Mios I . 

MICHEL (DE NANCY), MILLARD, MOI.I.IEIIE (IIAMEL), MO\OH icn.i. MUMVMK.II. MMIUCIIE, MORAT, MOREL ni.-i.l. 

JIOSSE, MUSELIER, MCAISE, NtEL, ObEDENARE, OU.IKII, MMMI *, CMIHI.V (l..), DVSTAI.ET, PAJOT, PARCIIAPPE, PAHROT, 
1 ASTEUH, PADLET, PECHOLIEII, PERRIN (MAURICE), PETER (M.), PETIT (A.), PETIT (L.-II.), PEYROT, PICQUE, PIGNOT, 

PIXARD, FIXGAID, PITRES, POLAILLON, PONCET (ANT.), POTAIX. POUCIIET, POZZI, RAl LIX, RAYUOXl), HKCI I .. 
REGXARD, HEGXALLD, REX.VID (l.), HENAL T, REXDU, RENOU, RETTEREH, REY, REYNAL, RICHE, RICKLIX, K11TI. 

ROBIN (ALBERT), ROBIX (en.), ROCIIARD, HOCHAS (DE), ROCIIEFOHT, ROGER (u.), ROIIMER, ROLLET, ROTCREAU, ROIM r, 
ROVER (CLEMEXCE), SAINTE-CLAIRE SEVILLE (u.), SANNE. S\NSM\. >M\\I.K, M:III I/.IMIHU;HI (CB l, 

SCni TZENBERGER (p.), SEDILLOT, SEE (ARC), SERVIER, SEYNES (DE), SINETY (DEI, SIRY, SOL DEIRAN (l..), 
SPILLMAXX (E.), STEPHANOS (CLON), STRAUSS (l!.), TARTIVEL. TESTEL1N, TESTUT, THIIIIKRGE, THOMAS (l..), TILLALX (P.), 

TOURDES, TOURNEUX, TRELAT (u.), TRIP1ER (LEON), TROISIER, VAI.I.1X, VKI IT.AU, VERXEUIL, VEZIAN. 
VIAID-CRA.NU-MAR.US. V1DAL (EM.), VIDAl", VILI.EMIX, VINCENT, V01LI.EM1ER, VI LPIAN, \\.JILO.MONT, \\EHTIIKIMFR, WIDAL, 

WILLM, WORMS (j.), WIRTZ, ZUBER. 



TROISIESIE SERIE 

O T 



^WBllOTHlQUES 



TOMK DIX-SEPTIEME 

TET TRA 




UMAJUB 



PARIS 




G. MASSON 



LIBRAIRE i)E L ACADEMIE DE MEDECINE 
Boolefird Sainl-GermaiD, en face it I Ecole it Hedecine. 



ASSELIN ET HOUZEAU 

LIliRAIRES DE LA FACULTE DE MEDECINE 

Place de l ficole-de-Medecine. 



MDCCCLXXXVII 













, 



i 

\r 



DICTIONNAIRE 



ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



TETAXOS. g II. IY-I.III..S mtMiicai. S\>o.>Y>iLs. Tetunos sponlane, 
tetanos non traumatique, tetanos a frigore mi rluimalixmal. Ces deux dn- 
nieres denominations sont a rejelcr, a noire avis, pour les raisons suhantes : si, 
parl epilheU rlmniatismal, mi veul laire entendre que le telaims >|inut,mr. non 
Irauinatique, se developpe sous I influence de la diallie>e arthritique, mi i lierche- 
rait en vain sur quelles preuves positives s appuie celte hypolhese. <Jue si, a 
1 exemple de quelqnes autcuis, mi adople unr inaiiiere de voir un pen vieillie, qui 
consiste a confondre sous la qualification de rhumatismales toutes les affections 
developpees sous 1 influence apparente ou reelle du Iroid, nmis fennis remarquer 
que 1 influence du froid, sans etre niable, pas plus pour la forme traimialique 
que pour la forme spontann 1 du tetanos, est loin de resumer IViiologie du tetanos 
medical. D ajires les fails que nous exposerons plus loin, cette inlluence a la 
valeur d une cause predisposante plutot <|iie d une cause occasionnelle. Pour le 
dire tout de suite, une opinion tend aujourd hui a se laire jour et a prevaloir, 
qui place la cause du tetanos, Yens morbi, dans un contaiie exterieur, d origine 
probablement tellurique. Xous ferons connaiti e plus loin les raisons et les preuves 
objectives qui militent des aujourd hui en faveur de cette tlieorie. 

Mais avant d aborder celte question d etiologie nous avons quelques explica 
tions a fournir. Ces explications sont relatives aux rapports existant enlre les 
deux formes, medicale et traumatique, du lelanos. Ces rapports sont des plus 
etroits : au point do vue de la symptomatologie, nulle difference essenlielle 
entre les deux formes morbides ; au point de vue de revolution etdu pronostie, 
elle ne different que par des nuances, en ce sens que la forme spontane e evolue 
en general sons des formes plus benignes que la forme traumatique; mais cetle 
regie souffre des restrictions. Centre 1 une ct 1 autre forme de letanos on a pro 
pose et experimente, avec des succes variables, les memes remedes, les memes 
medications. Les memes causes predisposantes, dont la principale est 1 exposi- 
tion au froid humide, interviennent dans le developpement de 1 une et 1 autr 

DICT. E> C. o e S. XVII. 1 



2 TETANOS (JIEDECIKE). 

forme. Bref, la difference capitale, essentielle, qui les separe, c estque, a 1 ori- 
gine d un cas de tetanos se rattacbant a la forme traumatique, il y a une lesion 
appreciable des parties superficielles ou profondes, tandis que, dans un cas 
appartenant a la forme elite spontanee, la recherche d une semblable lesion 
reste infructueuse. L analogie, clans les caracteres cliniques, est si grande entre 
les deux formes, qu il est arrive souvent qu on diagnostiquat de prime abord un 
cas de tetanos spontane en presence d un malade cbcz lequel un examen minu- 
tieux de tous les commemoralifs revelait ensuite 1 iiitervention d un de ces 
traumatismes minimes auxquels le public n attache qu une importance mediocre 
et qu il passe volontiers sous silence dans un interrogatoire incomplet. 

Cela pose, on comprendra que nous nous abstenions de retracer la symplo- 
matologie detaillee du tetanos, et de refaire la physiologie pathologique de cette 
maladic, ce qui, apres 1 etude complete que M. Mathieu a consacree a ces deux 
chapitres dans 1 article TRTANOS CHIRUF.CICAL, nous exposerait a des redites inces- 
santes et inevitables. Nous nous bornerons a nous appesantir sur la question 
etiologiquc, qui seule marque la ligne de demarcation entre les deux formes de 
tetanos. Nous discuterons principa lement la question de savoir si le tetanos dit 
medical est une affection spontanee, dans le sens vulgaire du mot, ou s il existe 
des raisons suffisantes pour en faire une maladie infectieusc imputable a un 
contage venu du dehors. Nous decrirons ensuite la symptomatologie sous 
laquelle e voluent babituellement les cas de tetanos medical. Nous indiquerons 
les points qui doivent guider le medecin pour etablir le diagnostic differentiel 
entre le tetanos et cerlaines affections convulsivantes plus ou moins similaires ; 
nous examinsrons d une facon speciale jusqu a quel point ou est autorise a 
admettre que le tetanos affeete un pronostic plus benin, quand il n est pas con- 
secutif au traumatisme. Enfin nous donnerons une enumeration aussi complete 
que possible des nombreuses medications qui out etc proposees jusqu a ce jour 
centre cette maladie. 

ETIOLOGIE. Si on compulse les publications parues jusque dans ces derniers 
temps et ou il est question du tetanos spontane, on constate que 1 etiologie de 
cette affection se resume dans ces deux facteurs : 1 cxposition au froid, I in- 
fluence du climat et de la race. 

I action du froid et surtout du froid humide se trouve note e dans presque 
toutes les observations de tetanos survenu independamment de tout trauma 
tisme apparent. Cette influence joue d ailleurs un role considerable comme 
cause predisposantedu tetanos traumatique, ainsique I a fait ressortir M. Mathieu 
dans 1 article consacre a la forme chirurgicale de la maladie. L exposition au froid 
et le rapport apparent qu elle presenle avec le developpement du tetanos ont 
ete notes par les malades dans uu grand nombre de cas de tetanos spontane, 
Tantot le sujet, se trouvant en sueur, a ete expose a une pluie batlante, a un 
courant d air, tantot il a passe d une atmosphere tres-chaude dans une atmo 
sphere froide, plus rarement il a ete saisi de froid au sortir d un bain, dans 
les vingt-quatre heures qui ont precede 1 apparition des premiers symptomes 
du tetanos, et alors le post hoc propter hoc s impose a 1 esprit du medecin et 
du vulgaire. 

D autre part, il est acquis que le tetanos spontane affeete une frequence 
exceptionnelle dans certaines contrees, voire qu il regne a 1 etat endemique dans 
quelques pays inter tropicaux, en particulier dans les Antilles et a la Guyane ; 
on a voulu faire de ce tetanos une forme speciale, sous le nom de tetanos des 



TETANOS (MEDKCINK). 3 

pays chauds. II est a rcmarquer que cette frequence cffrayante du te tanos, dans 
les pays en question, n est pas en rapport avec le degre de la chaleur. Lesmedecins 
de la marine, qui I ont observe aux Antilles et a la Guyane, sont d accord pour 
rcconnaitre que ce sont les brusques transilions de temperature, survenant dans 
iles contrecs humides, qui semblent creer cette predisposition au te tanos. II est 
bieu entendu que la forme traumatique et la forme spontance par tici pent i-ga- 
lement a cette influence predisposante du climat. On a voulu faire intervenir 
une influence de race, on a prelendu qu aux Antilles, a la Guyane, les negres 
etaient plus exposes aux atteintes du tclanos que les blancs. Nous dirons ce qur 
cette opinion a de discutable. Enfin, on a constate que, dans Irs pays diauds 
ou le tetanos regne cote a cote avec les fievres paliideenncs, ees deux fleaux 
paraissent souvent associer leurs ravages dans le meme organisms, qu il resulle 
de cette alliance des formes mixtes, tenant a la fois de Tune el de 1 autre 
affection. 

Voila a quoi se re"duisent les notions eliologiques (ju on trouve dans les 
auteurs au sujet du telanos spontane. Elles reposent sur des fails dument 
observes, et ijui paraissent inattaquables en presence du Irinoi-ii.iiv imamim 
des observatcurs. Or, relativement a 1 influence du froid, il vinit a 1 espnt inn 
objection qui a ete soulevee a propos dc la plupart. des maladies ditcs ii frit/ore: 
Comment se fait-il que dans nos climalscelle influence baiiale, quand elle s exerce 
simultanemenl sur tm grand nombre d individus, n engendre le leianos que chea 
1 un ou 1 autre a peine? Relativement a 1 influencc du climat, on pent M 
demander aussi pourquoi, elant donne uncertain nombre de pa\s i[iii partici- 
penl aux memes conditions mete orologiques et sont exposes aux inrines variations 
de temperature, le tetanos sevit endcmiquement dans les tins el nun dans les 
autres. 

Les relations que le letanos entrelicnt avec la iievie paludeenne dans cer- 
taines contre es, ou les deux lleaux se font en quelque sorte concurrence au point 
de vue des ravages produits, etaient de nature a faire Dernier dans 1 esprit 1 ide e 
d unc origine sernblable. La fievre paludeenne elant reconnue pour une maladie 
miasmatique, on pouvail sc demander s il n eu elait pas ainsi du tetanos, ou 
pour le inoins du telanos des pays cbauds. La meme idee e tait venue a cer 
tains cliirurgieus pour ce qui concerne le tetanos traumatique, dcvant 1 impos- 
sibilite ou Ton se Irouvail et ou Ton se trouve encore de resoudre, d une fafuu 
satisfaisante, le probleme etiologique et palhologique de celte affection, avec 
les causes si multiples qu on lui assigne. Seulement, les chirurgiens, tout en 
reconnaissantque rintervenlion d un contage exterieur jetait pleine lunnere sur 
1 etiologie du letanos traumatique, ont repousse 1 origine miasmatique de cette 
affection en invoquant le manque de preuves a 1 appui. C est la conclusion a 
laquelle s est arreteM. Mathieu dans son article TETANOS CHIRURGICAL. 

Or cette question de la nature miasmalique ou infectieuse du tetanos a fait 
1 objet de recberches experimentales du plus baut interet, dout les re sultals 
n ont etc publies que tout recemment. Les consequences qui en decoulent s ap- 
pliquenl indifleremment au letanos traumalique et au lelanos sponlane , et, 
comme les recbercbes en question ont ete passees sous silence par M. Mathieu, 
nous croyons devoir en faire un expose de taille. 

Nous disions un peu plus haul que, depuis longtemps deja, 1 idee de rorigiuc 
infectieuse du telanos avail germe dans 1 esprit de quelques cbirurgiens. On 
trouvera des renseignements sur ce point special dans une revue critique publiee 



4 TETAISOS (MEDECINE). 

ces temps derniers (mars 1886) par M. Ozenne. L auleur de ce travail montre 
que la priorite de 1 hypothese qui la it du tetanos une affection infeclieuse revient 
a Benjamin Travers tils. Le premier, Travers emit cette vue de 1 esprit que les 
accidents du tetanos sont causes par la presence d un agent tetanigene dans les 
vaisseaux du malade. Cette opinion fut adoptee par Richardson, par Panum, par 
le chirurgien allemand Hose et par Billroth, qui, dans son ouvrage bien connu 
de Pathologic generate chirurgicale, a e critces lignes : Je considere cette affec 
tion (le tetanos) comme une maladie d intoxication specifiquc, sans cependant 
etre eil elat d apporter des preuves a 1 appui de cette opinion . 

En 1869, la question entre dans une phase nouvelle. On cherche a obtenir 
par voieexperimentale les preuves de la nature infcctieuse du tetanos. MM. Arloing 
et Tripier essaient d inoculer le tetanos (tranmatique) de 1 homme a des ani- 
maux. 11s injectent dans les vaisseoux, a des lapins et a des chiens, du pus et du 
sang recueillis sur des cadavres de blesses morts du tetanos. Ces experiences 
n ont donne que des resultats negalifs, et il en a ete de meme tie celles qui ont 
ronsiste a injecter a un iheval sain du sang recueilli sur un cheval tetanique. 

Meme insucees dans les experiences, beaucoup plus re centcs (1882), de 
M. Nocart. Ces experiences ont ele de deux especes : dans une premiere serie, 
M. Nocart a recueilli du liquide cefilialo-rachidien sur un cheval qui avail suc- 
combe an tetanos apres dix jours dc maladie; les echanlillons de ce liquide ont 
etc injectes dans la cavite racliidienne the/ un bouc et un mouton, dans le 
lissu sous-cutane de la cuisse chez une chevre, et dans le peritoine chez deux 
chats. Dans une autie serie d experiences, des inoculations ont ete faites a deux 
chevres avec des matieres (liquide cephalo-rachidien, emulsion du bulbe rachidien) 
recueillies sur un cheval affecte du tetanos depuis cinq jours. Le resultat a ete 
ncgalif sur toute la ligne ; a noter que les animaux sont restes en observation 
pendant plus de six mois. 

Tout aulres ont ete les resultats obtenus par Carle et Rattone en Italie, par 
Nicolaier, Fliigge et Rosenbachen Allemagne. Carle et Rattone, ayauteudansleur 
service d hopital un malade qui succomba aux symp tomes du tetanos, apres trois 
jours de maladie, profiterent de 1 occasion pour faire des inoculations sur des 
animaux. Selon toute apparence, le tetanos chez ce malade avail eu pour point 
de depart une pustule d acne siegeant au cote droitdu cou et que le malade avail 
irritee en se grattant. La pustule et la zone d infiltration avoisinante furent enle- 
veessurle cadavre avec des instruments rougisau feu. Une partiede la substance 
excisee fut mise dans de 1 eau distil lee et 1 emulsion ainsi obtenue servit a faire 
des injections sous-cutane es a des lapins. L examen microscopique avait demon- 
tre d ailleurs que cette emulsion renfermait eu nombre considerable des microbes 
de formes variees. Le nombre des animaux inocules a ele de douze. La quantite 
de liquide injecte a chacun a ete des deux tiers de la capacile d une seringue de 
Pravaz ordinaire. Les injections out ete faites de preference dans les masses 
musculaires du dos, on dans le lissu cellulaire qui avoisinait le nerf sciatique 
prealableinenl mis a nu, deux fois dans le canal rachidien. Tons les animaux 
a 1 exception d un seul, ont presente les phenomenes suivants : le troisieme ou le 
qualrieme jour apres 1 injeclion ils se monlraient abatlus et refusaienl la nourrilure 
qu on leur donnait; de temps a autre, leurs membres elaienl agiles par du 
Iremblement. Le lendemain, les muscles de la nuque etaient fortement contrac- 
tures; la respiration etait penible el acceleree, avec elevation de la temperature 
interne. Pendant cette periode, qui avait une duree de trois a qualre jours, la 



TETANOS (MEDECINE). 5 

moindre excitation, le moindre bruit, 1 exposition a uncourant d air, suffisaient 
pour exagerer 1 opisthotonos, pour produire la contracture aux membres et 
1 arret de la respiration. Les acces de contracture allaient en se rapprochant 
jusqu a In mort des animaux. line partie de 1 cmulsion conscrve e dans un vase 
clos sterilise, maintenu a la temperature de degre, conservait encore son activite 
pathogeneau bout d un mois. En poursuivant leurs experiences, Carle et Raltone 
ont reussi a transmettre le tetanos des lupins inocules precedemment a deux 
autres lapins; comme matiere a inoculation, ils ont utilise des fragments de 
substance nerveuse excises sur des nerfs compris entre le racliis ct la piqmv 
d inoculation chez un des animaux de la premiere serie d experiences. Les inocu 
lations failes avec du sang recueilli sur des animaux al fedi s de ce tetanos 
experimental ont etc negatives. II en a ele dc meme des experiences de controle, 
consistant a injecter a d autres lapins, an nombre dc liuit, des matieres septiques : 
les animaux sont tombes malades, cela est vrai, mais n ont presonlt- ui la con 
tracture des muscles de la nuque et du dos, ni cette exageration si marquee du 
pouvoir excito-moteur, ni aucun trouble de la respiration. 

Vers la meme epoque (1884), Nicolai er a I ait connaitre les n sultals dY\pe- 
riences consistant a injecter sous la pean a des lapins cl a des euknes dc la Iniv 
vegetale ; les resultats qu il a obtenns se irsimienl en reel : ((ii il e\isle dans 
la terre vegetale des micro-organismes(bacilles)qui, en p( ; iii : ii-aiii dans ime plan- 
profonde pratiquee a des souris, des lapins, ou a des cobaycs, communiquent a 
ces animaux un tetanos mortel. Les spores de ces liaeilles paraissent etre tres- 
repandues dans les couches les plus superficielles du sol, car, sur dix-liuit 
echantillons de terre recueillis a Goltingue et ayant servi a des inoculations, 
douze ont donne des resultats positif s. II en a etc de meme encore pour les 
inoculations qui ont ele faites avec de la terre recueillie sur la voie publique, 
dans les rues de Berlin, de Leipzig, de Wiesbaden, ctconservee pendant plusieurs 
annees. La symptomatolo^ie de ce letanns experimental differait snivant le siege 
del inoculation, occupant tanlot le membre superieur, tantot le membre inferieur 
du cote de la piqure ; cela au debut: car, au bout de quelques heures, la con 
tracture s etenclait au membre bomologue du cote oppose, puis aux muscles du 
tronc et de la a 1 autre paire de membres. Pendant la periode d etat de ce tetanos, 
les muscles exterieurs etaient par moments a^iles de spasmes cloniques, qui 
survenaient spontanement ou sous 1 influence dc la moindre excitation. Presque 
toujours les animaux ont succombe. En recueillant un pcu de pus au siege, 
de la piqure pour 1 inoculer a des animaux de la meme espece, Nicolai er a 
reussi encore a developper les memes accidents, preuve que ce tetanos experi 
mental est transmissible d un animal a 1 autre. Ce tetanos de seconde generation 
presente quelques caracteres particulicrs, a savoir une dun : e d incubation plus 
courte (de quinze a vingt Ueures), une evolution plus rapide, une gravite plus 
grande. 

D autre part, les echantillons de terre, qui possedaient au plus haut degre 
1 aptitude a developper le tetanos experimental, perdaient toute activite patho- 
gene apres avoir ete exposes pendant une heure a une temperature de 190degres 
centigrades. Cette circonstance et le fait de la duree relativement considerable de 
la periode d incubation ont fait supposer a Fliigge et a Nicolaier que ce tetanos 
experimental n etait pas une intoxication causee par un poison chimique, mais 
une infection engendree par un micro-organisme pathogene. Les r^cherches 
microscopiques, entreprises en vue d elucider cej.te question, ont demontre que 



TETANOS (MEDECINE). 

le pus recueilli au siege des piqures d inoculalion e tait tres-riche en micro- 
cocques et en bacilles de formes tres-varie es, qu une espece de bacilles s y montrait 
d une facon constants et predominait, dans quelques cas, de la fagon la plus 
manifesto. Ces bacilles sont tres-grcles, tres-allonges, un peu plus longs et un 
peu plus epais que les bacilles de la septicemie des souris (Koch). La meilleure 
niMiiiere de les metlre en evidence cst de les colorer avec de la fuchsine. Us out 
ete rencontre s t galeraent dans 1 e paisseur des parois de la pochette formee par 
la piqure d inoculation, et ils penetraicnt plus avant dans le tissu cellulaire 
circonvoisin que les autres micro-organismes pyogenes; dans 1 un on 1 autre 
cas, leur presence a meme ete constate e dans la gaine du nerf sciatique et clans la 
moelle. On s explique ainsi pourquoi les inoculations faites avec du sang, des 
particules de foie, de rate, de muscles, de peau, de nerfs, de moelle, ont donne 
des resultats tres-incertains, contrairement a ce qui avail lieu avec le pus ; sui 
7)*2 inoculations faites avec du sang ou des particules d organes indiques 
ci-dessus, 11 seulement ont ete suivies de 1 apparition des symptomes du 
tetanos, avec terminaison mortelle, tandis que, sur 88 inoculations failes 
avec du pus, 64 ont abouti a un tetanos mortel. 

Les tentatives faites au laboratoire de Gottingue pour obtenir des cultures 
pures du microbe pathogene du tetanos experimental se sont heurtees a de 
grandes difficultes. Les ensemencements faits a la surface des plaques de gelatine 
de culture, a la temperature ordinaire de la chambre, ont echoue. Les resullats 
ont etc mcilleurs avec les ensemencements faits dans la profondeur de serum 
s.inguin coagule et maintcnu, pendant deux on ttois jours, a la temperature du 
four a incubation; mais les ilots de microbes, qui se formaient dans ces condi 
tions, renfermaient toujours, a cote des bacilles longs et greles considered comme 
specifiques, d autres micro-organismes. Neamnoins les inoculations faites avec 
ces cultures a des lapins, a des souris, a des cobayes, ont donnc des resultats- 
posilifs; meme avec des produits de culture dc septieme generation, il a ete 
possible de provoquer le tetanos experimental, et en inoculant des quantites 
tres-minimes de serum (1/2 a 1 goutte de serum chez les souris), la duree 
u incubation etait tres-courte et les accidents d une grande gravite. 

Rosenbach (de Gottingue) est arrive a des resultats qui sont en parfaite har- 
monie avec ceux de Fliigge et de Nicolaier. Les experiences de Rosenbach ont 
ck- faites a 1 occasion d un cas de tetanos survenu a la suite d une gelure des 
pieds qui avait occasionne la gangrene aux pieds et a une partie des jambes. 
Quatre semaines plus tard, le malade avait ele pris des symptomes du tetanos 
qui 1 emporta le lendemain de son entree a 1 hopital. Une ligne de demarcation 
tres-nette separait la zone de mortification des parties saines de la plaie. Au 
niveau de cette ligne il s etait fait une suppuration assez marquee. Une heure 
apres la mort du sujet, Rosenbach recueillit sur le cadavre des fragments de 
chair de 1 un des pieds, la oil les tissus n etaient pas encore envahis par la putre 
faction. 11 inocula ces particules de tissus mortifies, sous la peau de la cuisse, a 
deux cobayes. Le lendemain, les deux animaux presentaient une contracture 
tres-intense des muscles; tons les deux ont peri dans le courant de ce meme 
jour. D autres inoculations, faites avec des particules de tissus recueillies a une 
certaine distance du point qui avait fourni les premiers materiaux d inoculation, 
ont ete pratiquees sur d autres animaux sans resultat. Par centre, Rosenbach a 
reussi a.developper le tetanos experimental a plusieurs series successives de 
cobayes, puis a des souris, en inoculant une premiere serie d animaux avec les 



(MEDECUNE) 



produits morbides provenant des deux premiers cobayes. II a constate une simi 
litude parfaite, dans la symptomatologie de ce tetanos experimental, entre scs 
experiences et celles de Nicolaier : 1 evolution du tetanos etait en rapport avec 
le siege de 1 inoculation. Quand celle-ci etait faite a 1 un des membres poste- 
rieurs, apres une periode d incubation de douze beures, Tanimal devenait rigide 
et se reconrbait du cote de la piqure. La niicleur tetanique envabissait bientot le 
membre posterieur bomologue; les griffes etaient ecartees Tune de 1 autre, 
le dos du pied porte en dehors. La contracture s etendait successivement au 
membre posterieur du cote oppose, .iux muscles du dos (cypliose de la colonne 
vertebrale), aux patles de devant, aux muscles masticaleurs ; le moindre attou- 
chemcnt determinait un paroxysme letanique. La respiration, d abord penible 
et ralentie, devenait de plus en plus superiiciclle; 1 animal succombait dans 
1 espace de vingt-quatre beures. Les cboses se passaient differemment quand 
1 inoculation etait faite au membre anterieur: d abord, le membre avoisinant 
devenait immobile, puis il etait fixe dans 1 extension et la pronalion par la 
rigidite tetanique; en memo temps survenail du Irismus. La raideur tetanique 
s etendait de procbe en proche du cote de la piqure; au bout de dix-lmit 
beures, toutc celte moitie du corps etait incurvcr m demi-cercle; les unimaux 
succombaient au bout dc viuyt-qualre beures environ. Clu-z lecobaye, les clioses 
se passent a pen pres de la meme laroii que die/ le lapin, si re n est que la 
periode d incubation est plus longue (vingt-quatre a trente-six henres) elque les 
convulsions elonirjues geueralisees affectent une plus yi ;uule violence. Rosenbacb, 
dans les considerations qu il a fait valoir pour etablir 1 analogie de ce tetanos 
experimental avec le tetanos de I liomme, a insiste sur ce que, dans ce dernier 
cas, la symptomatologie est notablemcnt differente suivant que le letanos cst 
conseculif a une plaie de tete on a un Iraumatisme interessant les membres. 
Quantamcttre la raideur tetanique qui constituc le pbenomene cssentiel de ce 
te tanos experimental sur le compte d une nevriteascendante, comme on pourrait 
etre tent3 de le fuire, c est une objection qui lombe devant les resultuts negatifs 
des rechercbes de Nicolaier et de Rosenbacb sur les nerfs des animaux qui out 
servi a leurs experiences. Enfin, en ensemencant les produits morbides recueil- 
lis sur les animaux qui avaient succombe an tdtuuos experimental, Rosenbach 
a reussi egalement a isoler un bacille qu il considere comme le bacillespecifique 
du tetanos. Les cultures pures de ce bacille inoculees a un animal developpent 
en peu de temps des accidents tetaniques d une extreme violence. Une fois, 
Rosenbacb a retrouve ce bacille dans la moelle d un animal qui avail ete inocule 
du tetanos. 

On ne saurait nous en vouloir d etre entre dans des details aussi circonstancies 
au sujet de ces recbercbes experimentales. Nous donnons les resultats qu elles 
ont fourni pour ce qu ils valent. II est evidemmenl necessaire de les soumettre 
a un controle minutieux et repete, avant d etre en droit de conclure que la 
preuve est faite de la nature infectieuse du telanos, spontane ou traumatique. 
Mais, puisque les choses en sont la, puisqu on n est plus en situation d objecter 
que toute les tentatives faites pour demontrer 1 origine infectieuse du tetanos 
ont abouti a un resultat negatif, c est le cas de bien faire ressortir combien cette 
conception serait en harmonie avec les autres donnees qui ont cours sur 1 etio- 
logie du tetanos. 

Cette affection, qu elle soil spontanee ou consecutive a un traumatisme, se 
developpe presque toujours sous 1 influence apparente du froid ou, pour mieux 



8 TETANOS (MEDECINE). 

dire, d une brusque transition du cliaud au froid. La meme chose s observe a 
propos d autres maladies infectieuses ou miasmatiques, ct, au point cle vue des 
influences meteorologiqucs, on peut metlre le tetanos en parallele avec la fievre 
intermittente. Ce parallele parait d autant mieux justifie qu on voit les deux 
maladies, tetanos el fievre intermittenle, sevir cote y cote dans les meme parages, 
s associer et se combiner chez un meme sujet. S il etait prouve que le tetanos, 
comme la fievre paludeenne, est engendre par un contage venu du dehors, tout 
en laissant a 1 inlluence de la race le role, e videmment restreint, qui peut lui 
revenir dans le developpement de cette malodie, on comprendrait pourquoi 
celle-ci presente une distribution geographique peu conciliable avec 1 hypo- 
these qui en faisait une maladie a frigore. On s expliquerait pourquoi, chez des 
sujets appartenant a une meme race, a une meme nationalite, le tetanos trau- 
matique, sevissant sur les blesses d une armee, a ete frequent ou rare, suivant 
que le theatre de la guerre se trouvait etrc dans un pays ou dans un autre. 
Enfin, celte Iheoric cadrerait avec Jes observations de ja nombreuses faites par des 
chirurgiens, a differcntesepoques, etqui semblent etablir la contagiosite du tetanos 
traumatique. Les principaux des fails de cette nature ont ete reunis par M. Ozenne 
dans son travail deja cite. Ceux qui ont ete publics par MM. Th. Anger et 
Polaillon sont particulierement interessants, mais nous ne croyons pas devoir 
insister davantnge. Avant de terminer ce qui a trait a letiologic du tetanos, 
nous rappellerons seulement que la croyance a un rapport entre le developpe 
ment de la forme traumatique de cette affection et une infection de la plaie 
remonfe a une epoque tres-eloignee. Dans son article si plein d erndition, 
M. Mathieu mentionne que deja A. Pare entrevoyait dans les modes vicieux de 
pansement une des causes de developpement du tetanos. II cite 1 opinion de 
Rose affirmant qu il est bien rare qu on ne puisse attribuer 1 intervention du 
tetanos a quelque faute commise dans la direction du pansement . D apres notre 
ami P. Reclus (Manuel de pathologic externe, p. 86), c est egalement 1 opinion 
deCoonner et celle de Lister, qui, depuis qu il emploie ]e pansement antiseptique, 
n a observe que deux cas de ietanos dans 1 espace de six ans, tous les deux se 
rapportant a des blesses porteurs de plaies septiques. Re cemment, nous avons 
eu connaissance d une note publiee par un journal etranger, dans laquelle il 
etait dit que, depuis 1 adoption du pansement antiseptique pour le traitement 
de la plaie ombilicale, dans une clinique d accouchements en Danemark, la forme 
connuc sous le nom de trismus des nouveau-ne s, qui jusque-la faisait des 
ravages effrayants, avait comple tement disparu. Une observation du meme 
genre a ete faite, il y a deja assez longtemps, par Bajon a la Guyana. Bajon avait 
cru devoir attribuer la frequence du tetanos chez les nouveau-nes des ne^resses 
a ce que, faute de soins et par le fait de la malproprete . la plaie ombilicale 
devenait iufectieuse, et il vit en effet la maladie diminuer dans des proportions 
notables, a la suite de 1 emploi de pansements methodiques. 

Des experiences nouvelles ne manqueront pas de nous renseigner, dans un 
avenir prochain, sur la valeur de la theorie infectieuse du tetanos. 

SYHPTOMATOLOGIE. La symptomalologie du tetanos spontane ne differe pas, 
dans ses traits essenliels, de la symptomatologie du tetanos traumatique ; on 
peut dire cependant que, d une facon generate, la periode d incubation est plus 
courte, 1 evolution de la maladie plus lente, et 1 intensite des accidents moindre 
que dans la forme chirurgicale. 

C est en general vingt-quatre heures, au plus quarante-huit heures apres, que 



TETANOS (MEDECINE). 9 

le malade a subi 1 influence de la cause occasionnellc, que se devcloppent les 
premiers symplomes dc la maladie. Ceux-ci consistent en un malaise general 
plus ou moiiis prononce, un le"ger mouvement febrile (temperature ne de passant 
pas sensiblement 58 degres), avec rigidite douloureuse des muscles de la nuque, 
qui eveille le plus souvent dans 1 esprit du me dccin 1 idee d un rbumatisme 
musculaire; celte raideur cervico-dorsale s accompagne d une certaine difficulte 
pour ouvrir la boucbe, prelude d un autre symptome dont la constatation a une 
valeur tout a fait pathognomonique : nous voulons parler du trismus. En meme 
temps qu apparait la contracture la raideur tetanique des muscles de la region 
cervico-dorbale va en s accentuant ; il en resulte <|iic la Icte sc renvcrse en 
arriere, par suite de 1 incurvation de la nuque. Cette altitude ct le rictus sardo- 
nique du a ce que les commissures sont retirees en arriere, par suite de la 
contracture des muscles de la face, le resserrement des maclioiies, ijui donne a 
1 expression de la face du malade une certaine ressemblancc avec le cliicn 
(spasme cynique), ce sont la des caracteres qui ne laissent auciin doule sur la 
veritable nature de 1 affection dans 1 csprit d un inedeein eYIaiiv. 

Des muscles de la region cervico-faciale la contraciurc ic ianique envahil pro- 
gressivement les muscles du tronc ct des membres. Par suite, le malade n e<t 
pas seulement fixe dans une complete immobility |iar le despotisme absolu dr 
la puissance spinale, suivant 1 exprcssiou piltorcsque du prolcsseur Jaccoud; la 
contracture des muscles du Iliorax enlraine tics difficult^ de la respiration dont 
le rytbme se ralentit et qui bienlot n esl plus entrclenuc que par le jeu du 
diaphragme, en memc temps que la retraction des muscles abdominaux entrave 
le fonctionnement des visceres. 

Nous n entrerons pas dans la description detaillee tics di verses altitudes (|u on 
observe dans les cas de letanos de 1 une ct 1 autre forme, ct qui re sulteiit de la 
predominance de la conlracturo dans tcl ou tel groupe de muscles. Pour cviter 
des redites, nous renvoyons aux details donnes a ce sujct dans 1 article TETANOS 
CHIRURGICAL (p. 77.7). Nous rappellerous seulement qu on a donue Je nom 
A opistliotonos a 1 attitude qui resulte de la contracture predominante des exten- 
seurs et dans laquelle le corps, souleve en are a convexite su|ierieure, ne 
s appuie plus que sur les talons et 1 occiput; il y a emprosthotonos, quand la 
contracture 1 emporte dans les flechisseurs, et pleurostkolonos, quand la contrac 
ture est predominante dans les muscles d une moitie du corps, par suite de 
quoi cette moitie est incurvee en arc a convexite dirigee du cote oppose ; enfin 
que, dans certains cas tres-rares, la contracture afi ecle une inlensite egale dans 
les muscles antagonistes, imprimant aux masses musculaires une rigidite telle 
qu on peut souleverle corps d une piece, commeune barre de fer. 

La contracture tetanique peut frapper 1 un ou 1 autre muscle de 1 oeil, d ou 
resulte du slrabisme, plienomene assez rare, auquel on a attacbe une significa 
tion pronostique de mauvais augure. II est beaucoup plus frequent que la con 
tracture affecte les sphincters de 1 anus et de la vessie, ce qui entraine une 
constipation opiuiatre et de la retention d urine. An contraire, quand les sphinc 
ters sont epargnes, il arrive que des evacuations involnntaires se produisent au 
moment des paroxysmes tetaniques, par suite de la contracture violente des 
muscles abdominaux. Cette contracture des muscles abdominaux peut atteindre 
un degre tel, qu il en resulte des hernies, ainsi que M. Arnoult en a rapporte un 
exemple (obs. n 2) dans sa these iuaugurale (1877). 

Comme autres symptomes qui ont ete mentionnes d une facon speciale dans 



10 TETANOS (MEDECINKI. 

des cas de tetanos spontane, nous signalerons la dyspliagie et celte douleur vive 
a la base dela poitrine, au niveau de 1 appendice xiphoide, sur laquelle Hardy et 
Behier out attire i attention. Cette douleur, qui se prolongs vers la colonne 
vertebrale et qui eclate deja an debut dc la maladie, parait elre en rapport avec- 
I envahissemcnt du diaphragme par la contracture. 

La ftevre, ou du moins des elevations passageres de la temperature corpo- 
relle, ont ete signalees par certains auteurs, parmi lesquels nous signalerons 
M. Thomas, comme un epiphenomene constant du tetanos. II y a bien des restric 
tions a apporter a cette regie, surtout en ce qui concerne le tetanos spontane 
non trauraatique. C est ainsi que, dans sa these, citee a 1 instant, M. Arnoult 
relate un cas de tetanos a friyore dont les manifestations convulsives (trismus,. 
opisthotonos) alTectaient une grande intensite et ou pendant tout le cours de la 
maladie, la temperature se maintint a son niveau normal, sauf que le premier 
jour elle s eleva d unefacon passagere a 58 degres. II n y a pas a nier cependant 
que, dans la grande majorite des cas, des elevations tbermiques se produisent a 
1 apogee et au declin des paroxysmes tetaniques, dont le degre est en rapport 
avec 1 intensite et le degre de la contracture. 

Le pouls suit en general une marche parallele a celle de la temperature. 

La marche de la maladie ne differe de celle du tetanos traumatique que par 
des caracteres secondaires. C est ainsi que, entre 1 exposition au froid qu on 
incrimine le plus souvent dans le developpement du tetanos spontane et 1 appa- 
rition de la conlracture, il s ecoule en gene ral un intervalle de temps beaucoup 
moins long que celui qui separe 1 explosion du tetanos chirurgical du trauma- 
tisme antecedent. G est, avons-nous dit, apres une periode d incubation de 
vingt-quatre, quarante-huit lieures au plus, que se montre la rigidile tetanique 
de la nuque dans les cas de tetanos a friyore, tandis qu il est habituel qu urt 
delai de huit jours au moins s ecoule entre le moment ou un individu se blesse 
et celui ou il est pris des premiers symptomes d un tetanos consecutif. Dans le 
tetanos spontane ou a friyore, les remissions sont a la fois plus (ranches, les- 
paroxysmes moins intenses et plus espaces que dans la forme traumatique, cela 
d une facon generale. Quant au reste, on constate, dans la forme spontanee 
comme dans la forme traumatique, cette influence bien counue qu exercent sur le 
reveil des paroxysmes les plus minimes excitations, les moindres ebranlements^ 
communiques au corps du patient (attouchements, exposition a un couraut d air^ 
efforts de toux, emotions morales). 

La duree du tetanos a frigore n est sujette a aucune regie fixe. On distingue, 
a cet egard., une forme foudroyante, aussi commune en certains pays chauds 
(Antilles) qu elle est exceptionnelle dans nos climats. G est quand la contrac 
ture envahit d emblee le diaphragme que Ton peut voir le tetanos emporter le 
malade en 1 espace de quelques minutes. Vient ensuite une forme rapide qui 
embrasse une duree de quatre ou cinq jours, et dans laquelle la mort est encore 
le resultat d un envahissement des muscles respirateurs par la contracture. 
Cette forme est deja plus frequente dans nos contrees, mais elle Test beaucoup 
moins que la forme lente qui est aussi la moins grave. Cette derniere peut avoir 
une dme e qui depasse un et deux mois; c est au point qu on a voulu admettre 
une forme chronique du tetanos. 

AKATOMIE PATHOLOGIQUE. Notre intention n est pas de refaire I anatomie 
pathologique du tetanos, apres 1 etude si complete qu en a faite M. Mathieu, 
dans son article TETANOS CHIRURGIOAL. Nous rappellerons seulement que les 



TETANOS (MEDECINK). 11 

observations de tetanos spontane on traumatiquc, qui ont donne* lieu a une 
autopsie, se tlivisent en deux classes : celles ou a 1 aide des moyens d invesliga- 
tion les plus parfaits il a e"le ini|iossible de deceler des lesions appreciable des 
centres nerveux, sous le microscope et a 1 ceil nu; celles oil Ton a constate des 
alterations des centres nerveux, principalement de la moelle. alterations qui 
variaient depuis la simple hyperemie jusqu a 1 inflammation avec ou sans ramol- 
lissement. II y a la, entre ces deux categories de fails, une contradiction cbo- 
quante qu il semblc difficile de pouvoir dissiper au premier abord, et pourtant 
un des plus recents cas de tetanos avec myelite, constatec avec le secours du 
microscope a inspire a un des histologistes les plus compelents de cette epoque, 
M. Schultze (de Heidelberg), une critique qui fail lomlier en partie la contradic 
tion que nous venons de signaler. L observation est celle de M. Aufrccbt, dont il 
a ele question dans 1 article de M. Malhieu (p. 7 7 iN). II s agi>s.iil d un cas de 
tetanos qui se termina par la mort apres deux jours de duree. J/exaiuen hislo- 
logique des pieces provenant de la moelle du sujel fit deYmivrir ;i M. Aufrccht, 
une atrophie des cellules ganglionnaires dans les portions cervirale et dorsalede 
la moelle, avec infiltration de granulations de tcinle lonctv H dr granulations 
pigmentaires dans la substance grise. A I avis de M. Aul rechl. res granulations 
s etaient echappees des cellules ganglionnaires pour fain 1 irruption dans lc> 
tissus avoisinanls. Les cellules ganglionnaires dc la portion cmit-alr pn senlaient 
une teinle rosee, elles ne renfermaimi pas de pigment, ellese laient deponrvut^ 
de noyaux et de prolongements, loutes clioses qui, aux yeux de M. Aufrecht, 
elaient des traces d une infiltration parenchymateuse dont le tetanos avail ele 
[ expression symptomatique. II y avail tout lieu de eroire que la lesion avail ele 
primitive, puisque la maladie n avait dure qne deux jours. Or, cc qui a preei- 
sement provoque 1 etonnement cbez M. Suliultze, c esl cette circonstance qu une 
inflammation suraigue ait puaboulir a une destruction complete de voies spinales 
sans en^eudrer la moindre trace de paralysie. Voici la critique (jue M. Schultze 
a faite de 1 observalion de M. Aufrecht. Ce dernier a examine ses preparations 
dans de la glycerine; chacun sail qu en procedant de la sorte les cellules 
ganglionnaires se presentent avec des contours tres-peu nets, et que leurs 
prolongements surtout ecbappent facilemcnt aux yeux de 1 observaleur. C est 
pour la meme raison qu Aufrecht n a pas Irouve de noyaux dans les cellules 
des colonnes de Clarke et dans les cellules ganglionnaires ties cornes poslerieures 
du renflcment lombaire. En consideranl les cellules ganglionnaires des portions 
cervicale et lombaire comme etanl en elat d alrophic, Aufrecht aurait simple- 
ment meconnu ce delail que dans la portion cervicale ces cellules ont des 
proportions beaucoup moindres que dans la portion lombaire, el que dans la 
portion dorsale elles sont encore plus pelitcs el plus disseminees. 

Apres cette crilique, Sclmllze a fait savoir qu il avail eu 1 occasion depratiquer 
1 examen histologique dans quatre nouveaux cas de tetanos; les resultals qu il 
avail constales dans un certain nombre d autres eas de telanos avaient faill objel 
d un menxoire anterieur (Archiv fiir klin. Medicin, 1877, t. XX, p. 583). Dans 
tous ces cas, 1 examen histologique pratique avec le soin le plus minutieux n a 
fait de couvrir aucune trace de myelite aigue ; partoul les cellules ganglionnaires 
de la moelle presenlaient leur aspect normal, en particulier dans le segment 
cervical et dans 1 epaisseur des noyaux du trijumeau. Schultze a soin d ajouter 
que les noyaux et les prolongements de ces cellules ne devenaient bien visibles 
qu apres avoir etc colores a 1 aide du carmin. Un de ces quatre cas offre une 



12 TETANUS (MEDECINE). 

importance toute particuliere. II est relatif a un liommc qui recut un coup cle 
fouet sur 1 oeil droitetfut affecte d unc panophlhalmie. Au bout d une semaine, 
cet homme fut pris des symptomes du tetanos, et cette maladie 1 emporta en 
1 espace de quinze jours. Dans 1 intervalle, il s e tait developpe une ophthalmie 
sympalhique de 1 aulre ceil. A 1 aulopsie, on trouva, des deux cote s une nevrite 
ascendante, s etendant de I oail jusqu au trou optique; avec cela, integritc 
parfaite du nerf sur son trajet intra-cranien ainsi que du chiasma. Ni mcningite, ni 
myelite, comme il a deja etc dit. Voila done un cas de tetanos consecutif a un 
traumatisme qui avait entraine a sa suite une nevrite ascendante, sans alteration 
materielle des centres nerveux et de leurs enveloppes. Ge fait et les trois autres 
qui 1 accompagnent viennent s ajouter a la serie des observations de tetanos sans 
lesions histologiqties des centres nerveux, enuraerees par M. Mathieu, tandis que 
la critique qui les precede cst propre a faire voir qu on a pu prendre pour les 
traces d une niyelite un aspect des cellules ganglionnaires de la moelle exclusi- 
vement attribuable a 1 emploi d une technique defectueuse. Tout cela vient a 
1 appui de 1 opinion de notre mailre Vulpian, qui considere le tetanos comme 
resultant d une irritation de la moelle qui ne laisse a sa suite aucune trace 
appreciable. Autrement dit, le tetanos est une affection purement dynamique, 
sine materid. 

DIAGNOSTIC. A ses debuts, lorsque les paroxysmes sont se pare s par des inter- 
valles bien francs, le tetanos pourrait a la rigueur preter a confusion avec la 
forme grave de Ja tetanie. La confusion ne saurait en tout cas etre de longue 
duree. Le debut par les muscles de la nuque et les muscles masticateurs, le 
facies si caracteristique, le mode d extension de la contracture, la douleur qui 
1 accompagne, et surtout celte enorme exageration du pouvoir excito-moteur qui 
fait que, dans 1 intervalle des attaqucs, la plus minime excitation peripberique 
reveille la contracture en son plein, les attitudes si particulieres que 1 ou 
observe dans le tetanos, sont autant de caracteres qui diffcrencient nettement 
cette affection de la tetanie. Gelle-ci possede d ailleurs un certain nombre de 
signes qui n ont pas ete observes dans les cas de tetanos vrai : tels le signe de 
Trousseau, le signe de Weiss, les modifications de la contractilite electrique sur 
lesquelles nous nous sommes longuement etendu dans notre article TETANIE. 

Une autre confusion que 1 on pourrait etre expose a commeltre au debut, 
c est de prendre un cas de tetanos naissant pour une meningite envahissante; 
cela s applique surlout a la meningite cerebro-spinale epidemique. Dans les 
deux cas, on observe de la raideur de la nuque. Mais dans le cas d une menin 
gite la fievre est en general plus vive, on observe facilement des ascen 
sions thermiques qui depassent 40 degres ; s il se developpe bien des crampes 
tetaniformes partielles, on n observe par contre ni le trisinus, ni le rire sardo- 
nique, ni le spasme cynique. La crampe fait rapidement place a la paralysie. II 
n y a pas non plus cette exageration colossale du pouvoir excito-moteur. Au lieu 
de douleurs dans les muscles convulses, on observe communement de 1 hyperes- 
thesie cutanee. Enfin, tandis que, dans le tetanos spontane, les fonctions cere- 
brales restent intactes jusqu a la periode ultime, dans les meningites, les 
fonctions intellectuelles ne tardent pas a se troubler. 

L hysterie convulsive, avec sa phenomenalite polymorphe, simule parfois, dans 
une certaine mesure, le tetanos. Hammond en cite deux exemples, entre autres 
celui d une dame qui etait sujette a des spasmes hysteriques. Ceux-ci se repro- 
duisaient a des intervalles assez rapproches, et pendant les altaques les machoires 



TETANOS (HKDECINE). 13 

se serraient convulsivement au point d entraver la deglutition; le corps sc ren- 
versait en arricre, de facon a simuler 1 opisthotonos. Mais cle tellcs crises, comme 
le fait remarquer Hammond, se dislinguent facilement du tetanos par leur 
caractere transitoire, par les phenomenes precurseurs qui sont bien differents 
des prodromes du tetanos, par la coexistence dc quelque autre de ces manifesta 
tions (anestliesie, douleur ovaricnnc, boule, clou hysterique, etc.), qui sont de 
regie chez les hysteriques, par la connaissance des commemoratifs. 

Cette recherche des commemoratifs ne devra jamais elrc negligee dans un cas 
de convulsions letaniformes subit, lorsqu il y a lieu de soupconner une intoxi 
cation aignc par la strychnine. A defaut de renseigncments allinnalifs fournis 
par le malade ou son entourage, a dclaiit de prenves formelles de 1 empoison- 
nement, certains caracleres sont de nature a faire distingner le telanos slrychnique 
du tetanos vrai. Dans le cas d un empoisonnement, la contracture ttanique 
debute par les membres el envahit les autres muscles de lias en haul, de telle 
sorte que le trismus se developpe en dernier lien. Dans les cas de tetanos, c est 
1 inverse qu on observe. Des le debut, ceite exageration colossale du pouvoir 
excito-moteur, quise revele par un paroxysmc de contracture, an mmndre allou- 
chement, au moindre frolement de la pcaii, est a son summnm dans les cas de 
strychnisme aigu, contrairement a ce qui se voit dans les cas dc lelanos ; les 
paroxysmes de contracture atleigncnt d emMee une violence extreme, mais ils 
sont separes par des intermissions franclics. En un esp;ice de temps assez court, 
ces accidents aboulissent a la gnerison on se termincnt par la mort. Enlin, 
caracteres importants, qui manquent dans les cas de tetanos, I ernpoisonnement 
aigu par la strychnine s accompagne toujours d un certain degre de prurit cutand, 
souvent de troubles gastriques avee ou sans vomissements, et, quand la termi- 
naison sera falale, il survient du delire a la phase terminnle. 

D apres Hammond, le diagnostic differentiel serait plus difficile a faire entre 
le tetanos vrai et I empoisonnement lent par la strychnine. Quand le to.xique a 
ete administre a petites doses, a des inlervalles relalivement assez longs, les 
traits differentiels des deux affections s effacent, dit Hammond. A vrai dire, un 
interrogatoirc minutieux est proprc a metlre en lumiere des caraeleres differen 
tiels ires-tranches cntre la forme aigue et la forme lente dc I empoisonnement 
strychnique. Avant la phase tetanique, il s en produit une autre, durant laijuelle 
eclatent toute sorte de signes revelateurs de 1 exageration du pouvoir rellexe : 
des secousses convulsives et fulgurantes traversent les membres, spontanement 
ou sous 1 iniluenee de la moindre excitation. Les muscles de la vie animale 
(larynx, ossophage, penis, etc.) participent a ces convulsions. Lc sujet accuse 
une sensation de strangulation, de la dysphagic, il est tourmente par des erec 
tions incommodes, il est en proie a une inquietude des plus penibles, un serre- 
ment dans les tempes. Les pupilles sont dilatees; le champ visuel est de temps 
en temps traverse par des eclairs, et ce phenomene pent acquerir une intensite telle 
que les malades le comparcnt a uu feu d artifice. Eiifm il arrive quelquefois que 
les malades voient les objets en vert. Voila tout un ensemble de manifestations 
premonitoires etrangeres au tetanos. En tout etat de cause, la recherche du 
poison sera de nature a lever tous les doutes relatifs a 1 origine toxique de la 
maladie. 

Le professeur Brouardel (communication orale) nous a raconte un fait tres- 
curieux ou la dilatation pupillaire le mil precisement sur la voie du diagnostic. 
11 s agissait de plusieurs personnes qui, en plein repas, furent prises de convul- 



14 TETANOS (MEDECINE). 

sions tetaniques. Un medecin mande en toule hate fit appeler M. Brouardel en 
consultation. Frappe de ce fait que tous les malades avaienl la pupille fortement 
dilutee, il songea immediatement a un empoisonnemenl par la strychnine. On fit 
manger a un chien des aliments suspects, cechien succomba avec les symplomes 
<lu strychnisme, et a la preuve de 1 empoisonnement vinrent s ajouter les aveux 
d une domestique coupable. 

Sous le nom de crampe masticatoire de Kotttberg, on a decrit line contrac- 
ture limitee aux muscles maslicateurs, qui se developpe sous 1 influence du froid, 
dedi verses affections de* centres nerveux (meningite de la base), de la denti 
tion, des vers intestinaux, etc. 

La distribution de la contracture qui reste etroitement liee aux masticateurs, 
1 absence de cette exageration du pouvoir reflexe qui est constante dans les cas 
de tetanos, sont suffisants pour etablir le diagnostic. 

Pour ce qui est d une confusion possible entre le te tanos et la rage, ello 
implique une ignorance grossiere des traits differentiels de ces deux maladies, 
et nous nous dispenserons d y insister davanlage. 

Cependant Brouardel rapporte une observation de Sabatier, relative a un 
homme qui se plaignit, quatre jours apres s etre case la jambe, d un resserre- 
ment des machoires, d une constriction de la poitrine et de difliculte de respirer. 
Les muscles du cou et du bas-ventre etaient contractcs; cet homme non-seule- 
ment ne pouvait rien avaler, mais manifestait pour les poissons une aversion 
qui eut pu donner le change et faire croire a 1 hydrophobie rabique. On doit 
se souvenir, ajoute Brouardel, que le tetanos parait du troisieme au dixieme 
jour apres la blessure (Romberg), que la rage apparait de la Iroisieme a la 
huiiieme on douzieme semaine, que de plus les acces toniques de convulsions 
accompagnent les acces de rage et cessent dans leur inlervalle, qu il n en est 
pas dc meme dans le tetanos, que le trismus signe du debut du tetanos manque 
dans la rage ou est passager ; on arrivera, eu general, assez facilement a dislin- 
guer ces deux maladies. Ajoutons que, si I hyperesthesie et 1 elevation de tempe 
rature sont communes an tetanos et a la rage, la difference essentielle de ces 
deux maladies se trouve dans 1 etendue de la sphere convulsive. Au debut 
surtout, les spasmes toniques de la rage sont limites dans la zone innervee par 
le bulbe et la moelle cervicale, les convulsions du tetanos sont ge nerales et 
portent sur les muscles soumis a la volonte, sur ceux des membres . 

PRONOSTIC ET TEKMIJSAISON. Le tetanos dit spontane passe en general pour 
avoir une gravite moindre que le tetanos traumatique. Cependant cette opinion 
de la presque unanimite des auteurs a ete contredite 1 une ou 1 autre ibis. 

Yoici un document de publication recente, qui jettera quelque lumiere sur 
cette question controversee. D apres le Compte rendu del etat sanitaire de 1 armc e 
allemande, pendant la guerre de 1870-1871, le nombre total des cas de tetanos 
traumatique traites dans les ambulances et dans les hopitaux allemands s est 
eleve a 321, dont 21 seulement se sont termines par la guerison. Proportion de 
mortalite : 90,5 pour 100. Le nombre des cas de tetanos rhumatismal a ete de 
16 dont 11 ont gueri; proportion de mortalile : 51,25 pour 100. 

Quoi qu il en soit, la forme uon traumatique du tetanos comporte d ordinaire 
un pronostic assez sombre et, suivant la remarque de Jaccoud, les cas de gueri 
son sont assez rares pour qu on les enregistre comme des succes exceptionnels. 

I ji fait de caracteres impliquant un pronostic particulierement grave, on a 
signale : Tapparition d un strabisme, si leger qu il soit ; des acces d asphyxie 



TETANOS. (MEDECINK). 15 

survenant dans les premiers temps dc la maladie, a 1 occasion de chaque ten 
tative de deglutition; 1 hyperthermie, unc rapidile excessive du pouls, revolu 
tion aigue dc la maladie et la succession rapide des paroxysmes. D apres Ham 
mond, quand la maladie dure au dela de huit jours, la mort serait exception- 
oelle. Gette opinion nous parait exageree. 

Ce qui n est pas contestable, c est que pour la forme spontane e comiuc pour la 
forme traumatique du tetanos la terminaison mortclle est de regie. La mortsur- 
vientpardes mecanismes Ires-divers : ainsi, dans les premiers temps de la mala 
die, ce qui est rare dans nos climats, par suite de 1 extension de la contracture au 
diaphragme qui, a un moment donne, entretient seul le jeu dc la respiration. 
Quand les malades succombent a une periode plus avanccc, re i|ui esl. Ir c.is 
habituel, c est presque toujours du fait de 1 epuisement nerveux cause par le 
redoublement des paroxysmes, ou du fait de 1 inanition. Comme dans la forme 
traumatique, on observe ici 1 elevation post mortem de la temperature rrr.talc, 
phenomene dont ( interpretation a excite la sagacite de bon nombre de clini- 
ciens et de physiologistes. Nous renvoyons a 1 article TKTAINOS i mm nr.ir\i pour 
1 expose des diverses theories qui out etc proposees. 

TRAITEMENT. On a employe contre Ic tetanus medical les mriiies rnnrdrs 
<jue conlrc le tetanos chirurgical; les irsultals olileuns mil. dr lout ausM 
variables et le succos des medicaments re-pules el ficaces ;ui>si im-onshuit. 1 ne 
etude complete de ces rcmedes a etc faite a propos ilu tetanus rhirurtjral. 

Dans les lignes qui vont suivre, nous nous bornerons a indiquer les inrdir,i- 
tions qui nous paraissent dignes d une mention speciale. 

On a essaye contre le tetanos toute la serie des medicaments qui passent jtour 
xevcer sur le sysleme nerveux une action sedative ou stupeiiantc. En trie dr 
celte lisle se place Ic chloral, dont 1 emploi dans le traitement du tc lanos remonic 
a une epoque peu eloignce, par la raison bicn simple que la decou\(. i1e dc 
cette substance est de date recente. Lc professeur Vcrneuil, en France, a fail 
au chloral la reputation du medicament le plus el licace contre le tetanos; 
cette reputation a ete et est encore fort discutee. Nous ajoulerons que les fails 
pour et contre, sur lesqucls s appuient les opinions contradictoires ix-Iatives a la 
valeur du chloral dans le traitement du telanos, se ra])portcnt surlout ;. la 
forme traumatique. 11 est des lors tres-difficile de dire au juste cc qnc vaut Ic 
medicament dans le traitement du letanos spontane; cela dautant plus que, a 
1 idee dc beaucoup d auteurs, cclte forme dc tetanos guerit indifferemment par 
toutes sortes de remedes, en tant qu elle est curable. Nous ferons remarqucr 
toutefois que le chloral passe a juste litre pour 1 antidote par excellence de la 
strychnine; cette consideration milite a priori en faveur de 1 cniploi du chloral 
dans le traitement du tetanos, etant donne 1 etroite analogic qui existe entre 
les symptomes de cette maladie et ceux de 1 empoisonnement slrychnique. I.e 
mode d administration est le meme que celui qui a ete cite plus haut pour le 
tetanos chirurgical. Nous renvoyons, pour ce qui a trait a 1 etude de 1 anlago- 
nisme du chloral et de la strychnine, aux belles leyons de Vulpian sur Y Action 
physiologique des substances toriques et medicamenteuses. 

Le bromure de potassium a ete employe seul, ou associe au chloral en potion 
ou en lavements ; ce que nous venous de dire du chloral pent e galement s appli- 
quer au bromure de potassium, et bien plus encore aux inhalations de chloro- 
forme, dont 1 action est toujours passagere. 

Les inhalations dt chloroforme ont aussi ete associees au chloral adminislre 



16 TETANOS (MEDECINE) 

en lavements centre le tetanos medical et le tetanos traumatique. M. Garda- 
rianu, dans sa these, mentionne un certain nombre de cas de guerison obtenus 
avec ce trai lenient mixte par Deutan (de Leicester), par Tuffnell, par Ha yd, par 
Santiaros, par N. Parvin, par Baker et par Roulin, qui put tenir un enfant de 
deux ans huit heures de suite sous 1 influence du chlorotbrme. 

L opium et son alcalo ide soporifique, la morphine, ont ete egalement preco- 
nises centre le tetanos. L eflicacite curative de 1 opium nous parait des plus 
douteuses; son utilite centre 1 e lement douleur n est pas contestable, elle est 
d autanl plus precieuse que nous possedons dans 1 emploi des injections sous- 
cutanees de morphine un moyen d une grande rapidite d action pour assoupir 
les douleurs. L opium ou la morphine administres a fortes doses off rent cet 
a vantage de procurer aux tetaniques un pen de sommeil, c est-a-dire une 
remission momentanee de tous les accidents. A ce litre, 1 opium, en oom- 
battant 1 element nerveux, peut favoriser une terminaison heureuse. Dans cer 
tains pays chaudsouleletanos sevit a 1 etat endemique, le remede le plus employe 
centre cette maladie esil ammoniaque. M. Mac-Oliffe (1866) a expose, dans sa 
these inaugurate, les resultats qu il a obtenus avec cette medication dans les 
lies de la Reunion et de Muyotte. 

Le chanvre indien A ete preconise surtout par les medecins et les chirurgiens 
americains. Cowling, qui a employe ce remede dans 25 cas de tetanos (trauma 
tique ou non traumatique), a oblcnu 64 pour 100 de guerisons. Hammond a 
egalement obtenu des sueces en combinant 1 administration interne du chanvre 
indien (2 centigrammes d extrait toutes les deux heures) avec des applications 
continues de glace sur la colonnc vertebrale. 

Le tabac, dont 1 alcalo ide paralyse le cerveau el la moelle, a ete egalement vante 
centre le tetanos, et surtout centre la forme traumatique. 

Les experiences faites avec le nitrite d amyle adminislre eu inhalations sont 
en trop petit nombre pour autoriser un jugement valable sur i efficacite de 
cette medication. 

Le medicament qui parait le plus apte a realiser 1 indication capitale, celle 
d abaisser le pouvoir excilo-moteur de la moelle, c est la feve de Calabar. Et, 
de fait, les resultats obtenus avec cette substance, dans un petit nombre de cas de 
tetanos medical, sont tres-encourageants. Nous citerons, entre autres, un cas 
de Silbermann, ou les bains tiedes, 1 administration interne du chloral, du bro- 
mure de potassium, les inhalations de chloro forme, n avaient manifeste qu une 
action palliative, et qui ceda a des injections sous-cutanees d extrait de feve de 
Calabar (la valeur de 2 ou 5 seringues de Pravaz d une solution a o pour 100). 
Jaccoud iudique un autre mode d administration, qui consiste a faire prendre 
aux malades 4 grammes par jour d une teinture faite avec i grammes de feve 
pour 50 grammes d alcool rectilie, celte dose pouvant etre graduellement portee 
uu double; ou biea faire prendre 1 extrail (ou Ja poudre) de feve a la dose de 
20 a 60 centigrammes par jour, sous forme de pilules, en prenant comme exci- 
pient de la poudre de gingembre. Le corroval a tte vante par Hammond dans 
le traitement cm tetanos, au meme titre que la feve de Calabar, comme un 
antagonist de la strychnine. 

Apres que les memorabies recherches de Cl. Bernard eurent fait connaitre 
dans le curare un paralysant des ramifications intra-inusculaires des nerfs 
moteurs, dont I action consiste dans un abaissement progressif de 1 excitabilite 
de ces filaments nerveux, on avait entrevu dans ce poison violent le remede 



TETANOS (MEDECINE). il 

speeifique tin tetanos. Ges esperances ne se sont realisees que dans une mesure 
bien faible. Cependant on a cile un certain nombre de succes oblenus avec le 
curare. Jaccoud fait remarqucr quc, d apres des observations de Lnchncr, le 
curare se montre plus eflicace quand il est administre par la vole endermique 
que lorsqu on le fait penelrer par la voie hypodermique. Dans le premier cas, 
on appliquera sur le derme, prealablement mis a nu, un petit carre de linge 
imbibe de dix youltes d une solution au vinglieme (5 centigrammes de curare 
dissous dans 100 gouttes d eau) ; si Ton prefere s adresser a la voic hypoder 
mique, on fera chaque jour plusieurs injections sous-cutanees de dix goulle* 
de la meme solution. II ne sera pas superflu de rappcler que, si le curare se 
comporte comnie un poison violent d:ms les circonstances ordinaires, les expe 
riences de A. Voisin et Liouville, entro aulres, demontrcnt que sa loxicite est 
amoindrie dans certaines circonstances palliologiques ct, en particulier, dan^ 
des cas de telanos. 

D apres Hammond, les observations du docleur Cowling demontrenl que le 
curare est un de? agents les plus infructueux. Vulpian estime que le enrare 
n exercc aucune influence favorable sur le letanos. 

L electricite avail deja cle employee duns le traitcmcnt du telanos sous forme 
de courants continus par Matteucci, qni avail recours indiffeYemmenl an can- 
rant ascendant on an couranl descendant, (Ihe/ plnsieurs lelaniqiies, Mallencn 
avail reussi a diminuer la violence des paroxysmcs. Depuis celle cpoque, on a 
publie une scrie de cas de lelanos (forme traumalique surtont) trailes avec le> 
succes variables au nioyen des couranls conlinus. II est difficile de ilednire d<: 
ces fails des indications precises sur la valeur de 1 electricite dans le traitemcnt 
du lelnnos. On n est meme pas d accord sur la direction a donner au couranl. 
A ce pronos, Erb, Tun des e lectrothe rapeules les plus reputes de noire epoqne, 
ecrit que, s il avail 1 occasion de trailer nn cas de tetanos, il aurait recours a 
1 aclion directe du courant galvanitjne sur la moelle epiniere (application des 
poles sur la colonnc verlcbrale, sons forme de courants descendants stables, 
prolonges ct d une intensile faible). 

La medication revulsive, employee egalement dans le but d agir sur I exa^e- 
ration du ponvoir excilo-moleur de la moelle, complc des adeptes. Elle ne nous 
inspire qu une confiance mediocre. II est evident aussi que, si tant est qu on 
veuille rccourir a la cauterisalion ponctuee de la colonne vertebrale, on ne san- 
rait le faire qu au debut de 1 affection, lorsque les malades sont encore faciles ;i 
retourner dans leur lit. 

Des purgatifs, nous ne savons rien qui demontre leur efficacile. Oiumt auv 
sudorifiques, c est une des medications qui onl ete le plus employees centre les 
diverses formes de telanos el qui remonle a la plus haute anliquile . Pour pro- 
voqner la sueur chez un tetanique, A. Pare enterra le malade sous une coucbe 
de fumier pendant trois jours. Au bout de ce temps le malade se Ironva gue n, 
apres avoir eu un flux de venire et une grosse sueur. La medication sudori- 
fique a ele employee surtout sous forme de bains de vapeur ; elle a joui de sa 
plus grande faveur a 1 epoque on Ton croyail a la nature rhumatismale du tetanos. 
Aujonrd hui elle est tombee en desuetude. 

Dans ccs dernieres annees, on a fait quelques essais avec le jaborandi et son 
alcalo ide la pilocarpine; les resultats obtenus sont conlradicloires. 

Les bains chauds prolonges, qni excrcent sur le pouvoir excito-moteur une 
clion sedative tres-prononcee, entrent dans la categoric des remedes palliatifs 
DICT. ENC. 3 s. XVII. 2 



18 TETANOS (BIBLIOCRAPIHK). 

dont 1 emploi s impose centre une maladie aussi redoutable que le tetanos, 

lorsque la situation du patient ne lui rend pas trop penible le transport dans la 

baignoire. 

Un des plus puissants moyens d agir sur la circulation ct le pouvoir excito- 

mofeur de la moelle consiste dans les applications de froid sur le rachis. La 

maniere la plus simple de faire ces applications consiste dans 1 application de 

sachets de caoutchouc de Schapmann, remplis de glace qu on renouvelle sui- 

vant les besoins. 

Les pulverisations d ether sur la colonne vertebrale repondent a la meme 

indication. 

A titre de curiosites, nous citerons les traiteinents suivants : Ameden a obtenu 

la guerison d un cas de tetanos par inoculation au patient du virus dc serpent, 
Hille raconle que dans certaines peuplades indiennes on traite Je tetanos par 

des scarifications sur tout le corps, suivies de frictions avec du poivre d Espagne. 
Une amelioration ne tarde pas a se manifester. On continue de frktionner le 
malade avec de rhuile, et la guerison s obtient. 

Saulnier de Pierrdevee a relate de son cote que dans d~a litres peuplades in 
diennes on frictionne les malades avec une pommade rouge, extraite de Tamande 
du palmier motacu melee a du roucou. Vient ensuite une seance de instigations 

par les orlics, suivie de frictions avec un liniment compose d huile de motacu, 
Ty grammes, et dc pondre de verge de crocodile, 4 grammes. Le malade est 
enveloppe dans des peaux. Apres une abondante sudorrhee, on lui fait prendre 
dans un pen d eau, un melange de poudres de patata et de verge de crocodile. 
Et les malades guerissent toujours en quarantc-huit beurcs ! 

Enlin, pour terminer, nous signalerons 1 opinion de de Renzi, qui a pretendu 
que le meilleur traitement du tetanos consistait a isoler les malades dans un 
milieu parfaitement calme, a 1 abride tout bruit, de toute excitation sensorielle r 
a ne les alimenter qu a des intervalles de temps assez eloignes, bref, a soustraire 
les malades, dans la limite du possible, a toutes les excitations susceptibles de 
meltre en jeu le pouvoir excito-moteur de leur moelle. 

La plupart des medications que nous venous de passer en revue entrent dans 
la categoric des agents qui abaissent le pouvoir excito-moteur de la moelle, de 
ceux qui diminuent 1 excitabilite des nerfs moteurs periphenques. A ce titre, ce 
ne peuvent etre que des medications palliatives. Si I hypothese de la nature 
infectieuse, bacterienne, du tetanos, venait a se verifier, il est evident que des 
essais de tberapeutique anlizymotique seraient tout indiques. L avenir nous dira 
sans doute ce qu il 1 aut attendre de ces tentativcs. Un medicament nous parait 
meriter surtout d attirer 1 attention des cliniciens, c est le sulfate tie quinine, 
qui jouit a la fois a un baut degre de proprietes antitbermiques et antizymo- 
tiques, et qui, du meme coup, est un depresseur energique du pouvoir excito- 
moteur de la moelle. Ajoutons que, entre les mains d un certain nombre de 
chirurgiens, le sulfate de quinine a donne d excellents resultats, ainsi qu il a 
ete dit plus hant. F. RAYMOND. 

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TETANOS (LIBLIOGRAPHIE). 19 

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TETARD. On donne plus particulieremcnt ce nom a 1 etat embryonnaire 
des Batraciens anoures (voy. BATRACIENS et GRENOUILLES), reservant la denomina- 



52 TETE (ANATOMIK) 

lion de larves pour les Urodeles (voy. ce mot) non arrives a leur complet etat 
de developpement. 

Chez les Balraciens anourcsle premier developpement se poursuit rapidemcnt, 
de telle sorte qu au bout de peu de jours on \oit apparaitre 1 embryon. 

A sa sortie de 1 ceuf, le tetard possedc des branchies externcs en forme d ar- 
brisseuux verruqueux ; celles-ci disparaissent rapidement chez les Anoures, mais 
persistent pendant assez longtemps chez les Urodeles. L animal a encore une 
forme de poisson et son corps, a part la tete, est enveloppe d une membrane 
a 1 aide de laquelle se fait la natation. La forme allongee se modifie peu a peu 
et progressivement le corps devient plus globuleux. Les membres posterieurs 
apparaissent les premiers, puis les anterieurs; la queue s atrophie peu a peu et 
J animal revet sa forme definitive. 

Les metamorphoses sont, en un mot, tres-considerables, et ce n est pas seule- 
ment une serie de transformations externes qui s opere : d importants change- 
ments ont lieu dans les organ es a chuque phase du developpement. C est ainsi 
que les tetards sont conformes pour se nourrir de vegetaux, tandis que les 
adultes sont essentiellement carnassiers ; en outre, tandis que pendant 1 etat 
embryonnaire la respiration est branchiale, elle est pulmonaire chez 1 adulte ; 
il ressort de ces transformations de profondes modifications dans 1 appareil 
digestif, dans la circulation et dans la respiration. 

Chez quelques Anoures le developpement a lieu hors de i eau : c est ainsi que 
chez 1 Hylode de la Martinique toutes les metamorphoses ont lieu dans 1 oeuf, de 
telle sorte que le petit arrive a 1 etat parfait, ressemblaut, sans la taille, a ses 
parents. Chez les Notodelphis de I Amerique centrale et de la partie tropicale 
de 1 Amerique du Sud la femelle presenle, dans la parlie posterieure du dos, 
une poche dans laquelle se fait 1 incubation des osufs. La femelle du Pipa pre- 
sente, an moment de la ponte, une serie de pelites cavites creuse es dans les 
teguments du dos et dans lesquelles se developpent les petits. H. E. SABVAGE. 

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I. Anatomic chirurgicaie. La tetc est celte region qui, suivant 
1 expression de Richet, couronne et domine 1 edifice humain. En obstetrique, on 
la designe quclquefois sous le nom de sommet. Elle a la forme d un ovoide irre- 
gulier dont la grosse extremite, dirigee en haul et en arriere, correspond a 
1 occiput, et la petite extremite, dirigee en has et en avant, au menton. 11 en 
resulte que chez 1 adulte comme chez le foetus le diametre occipito-mentonnier 
est le diametre le plus grand de tous. 

Formee par la reunion du crane et de la face, la tete a les memes limites que 
ces deux regions reunies. Sa face inferieure, un peu aplatie, est coupee par un 
plan horizontal, un peu oblique enbas et en avant. Cette partie, designeesous le 
nom de base de la tete, se continue directement avec le cou. C est par elle que 
les organes contenus dans la region cephalique se mettent en communication 



TKTK (ANATOMIE). o5 

avec le Ironc, le cou nc servant que d intermediaire entre ces deux parties ega- 
leraent importantes clu corps. L arc maxillaire inferienr ct Ja ligne courbe supe- 
rieure de 1 occipital limitent cette face inferieure, sur laqueile se fait 1 articu- 
lalion de la tete avec la colonne vertebrate. Cette articulation (articulation 
occipito-atlo idienne) est beaucoup plus rapprochee de 1 occiput que du menton, 
ce qui fait que la lete tend naturellement a s inflechir, c est-a-dire a se porter 
en bas et en avant. Pendant le sommeil ou a 1 e tat dc repos, le menton vient 
reposer sur la partie antero-superieure du thorax. Mais, en temps ordinaire, la 
contraction musculaire est suffisante pour maintenir la tete redressee, sans 
effort apparent et mcme sans participation de la volonte. 

La forme de la tete vaiie beaucoup suivant les individus et suivant Ics races ; 
elle est intimement liee a la forme du squelette cephalique, dout les saillies et 
les depressions plus ou moins acccntue es contribuent a donner aux differents 
sujets une pbysionomie particuliere. 

Les nombreuses pieces osseuses dont le squelette est constitue, ainsi que les 
parties molles qui recouvrcnt la region faciale, out ele se"parement decrites avec 
tous lesdeveloppements que leur etude comporlc aii\ articles (!H,VM: el FACK (mi/. 
ces mots). 11 nous roste pour complclrr 1 anatomie chirurgicale dc la trie a dr- 
crire les parties molles dc la region cranienne, celles qu on designe habiliicllr- 
ment sous le nom de cnir chevelu. Kllcs 1 orment par leur superposition ciiii| 
coucbes distinctes qui sont en allant de dedans en deliors : 1 la peau ; 2" la couche 
cellulo-graisseiise sous-culaiiee ; !">" la couche musculo-aponevrotique ; -4 la 
couche cellulaire sous-aponevrotique ; 5 U le pcrioste ou pericraue. Tillaux admet 
de plus une sixieme couche sous-periostique, tres- difficile, sinon impossible a 
isoler de la face profonde du pericrane, dont elle n est qu une dependance. 

1 La peau de la partie superieure de la tele est recouvcrte de cheveux dans 
presque toute son etendue, et c est de cettr particularite que vient le nom de 
cuir chevelu donne aux teguments de la region ; le front seul en est depourvu 
dans une hauteur variable suivant les sujets. Elle est remarquable parson epais- 
seur, sa resistance, son delaut d exlensibilite. Elle s amincit vers le front et 
surtout vers Its regions temporales pour se continuer sans aucune ligne da 
demarcation avec la peau de la face, dont les aspects varient suivant les regions 
secondaires qu clle recouvre. 

Sa vascularite est tres-grande, car elle est largement pourvue de vaisseaux 
arleriels et veineux ; les arleres en particulier rampent au dedans d elle et lui 
adherent d une maniere intime, ce qui lui per met de re sistcr a des causes de 
mortification susceptiblesd amener, dans d autres regions du corps, la gangrene 
de 1 enveloppe cutanee. On peut dire que les teguments du crane portent avec 
eux les elements nccessaires a leur nutrition. Cette ricbesse de la circulation 
sanguine explique d un cote la rarete de la gangrene de la peau a la suite des 
phlegmons diffus du crane ou des dticollements cutanes, de 1 autre 1 abondance 
des hemorrhagies et la frequence des tumeurs sanguines de tout genre dans cette 
meme region. Les vaisseaux lyrnphatiques y sont aussi tres-abondants. Dans 
1 e paisseur du derme, on trouve de nombreuses glandes se bacees, annexe es 
comme partout aux follicules pileux, dans la cavite desquels s ouvre leur con 
duit excreteur. Elles sont superficielles relativement a csux-ci, qui siegent un 
peu plus profondement. Parmi les lesions dont les glandes sont susceptibles, 
il faut noter les kystes sebaces, si frequents a la tete, ou on les designe sous le 
nom de loupes. 

DICT. ENC. o" S. XVII. 5 



3-i TETE (AXATOMIE). 

2 La couche cellulo-graisseuse sous-cutanee est cl une minceur extreme; ellc 
se compose surtout de petites masses adipeuses, logees dans les areoles profondes 
du derme, el de colonnes fibreuses parlies de la lace superieure de 1 aponevrose. 
G est par elle que la couche musculo-aponevrotique adhere prcsque partout d une 
maniere intime a 1 enveloppe cutanee dans 1 epaisseur de laquelle rampent, 
comme nous 1 avons dit, les vaisseaux sanguins. 

3 La couche musculo-aponevrotique est formee par le muscle frontal en 
avant, le muscle occipital en arriere, et les muscles auriculaires sur les cotes, 
reunis les uns aux autres par une aponevrosc centrale, 1 aponevrose epicranienne. 

Le muscle frontal, de forme quadrilatere, a ses fibres dirigees d avant en 
arriere, au niveau du front; un peu obliquement, sur les lempes. En has elles 
s iiiserent les unes a la peau du sourcil et du ncz, les autres a 1 apophyse mon- 
tante du maxillaire superieur et aux os propres du nez, pres de Tangle interne 
de 1 oeil, oil elles se trouvent melangees avcc les fibres du sourcilier et de 1 orbi- 
culaire. On designe sous le nom de muscle pyramidal le laisceau le plus interne 
qui s insere a la partie inferieure de 1 os nasal et aussi par quelques fibres a la 
peau de la racine du nez. Les deux pyramidaux se diriment obliquement 1 un 
vers 1 autre et s entie-croisent quelquefois sur la ligne mediane. Eu haul, le 
frontal se continue par son bord superieur avec le bord anterieur de 1 aponevrose 
epicranienne; quelques-unes de ses fibres se perdent a diffe rentes hauteurs dans 
la peau du front, dont leur contraction determine le plissement. En realite, il y 
a deux muscles frontaux separes 1 un de 1 autre par une languette de 1 apone 
vrose, qui se prolonge sur la ligne mediane. 

Le muscle occipital, membraneux et aplati comme le pre cedent, s insere, en 
arriere, aux deux tiers externes de la ligne courbe occipitale superieure, au- 
dessus des muscles trapeze et sterno-mastoidien ; en avant, il se continue avec le 
bord posterieur de 1 aponevrose epicranienne. 

Les muscles auriculaires au nombre de six, trois de chaqiu cote, s atlaclient 
tous a 1 aponevrose epicranienne. 

Le muscle auriculaire anterieur part de la partie anterieure du conduit audi- 
tif cartilagineux. 

Le muscle auriculaire superieur plus large et rayonne s insere a la convexito 
de la fossette de 1 anthelix. 

Le muscle auriculaire posterieur est forme de un on deux petits faisceaux qui 
s inserent a la convexite de la conque. 

L aponevrose epicranienne est une lame forte, nacre e. de forme quadran-u- 
laire, tres-adherente a la face profonde du cuir chevelu, mobile sur les os. 
Elle constitue une sorte de calotte fibreuse, tres-resistante, recouvrant toute la 
partie superieure de la tete. De sa face superieure partent les colonnes fibreuses 
deja mentionnees qui se portent vcrs la face profonde du derme et donnent a 
1 aponevrose un aspect gaufre. Elle forme, a proprement parler, le centre apone- 
vrotique d un seul muscle polygastrique (a neuf faisceaux), qu on pent appeler 
le muscle epicranien. C est pour cctte raison que Cruveilhier la compare ai 
centre phrenique du diaphragme. 

La couche musculo-aponevrotique est, avons-nous dit, mobile sur les os. Tous 
les muscles dont elle se compose sont tenseurs de i aponevrose epiciinienne 
qu ils peuvent faire mouvoir soit d avant en arriere, soit d arriere en avant, sui- 
vant que le point fixe se trouve a 1 occipital ou au frontal. Les mouvements late- 
raux sont tres-peu etendus, a cause de la faiblesse des fibres des muscles auri- 



TKTE (AHATOMIE). :: 

culaires. Sans entrer dans les details de 1 action des divers muscles, nous dirons 
que le frontal, lorsqu il prend son point fixe sur 1 aponevrose epicranienne, 
eleve les sourcils, en plissant transversalement la peau du front. C est le muscle 
de 1 attention et des sentiments qui en derivent. Le pyramidal au contraire, 
s il prend son point fixe en has, plisse la peau de la racine du nez et abaisse, 
celle de la region intersourciliere : il est done antagoniste du frontal. (Test 
lui qui donne a la physionomie une expression dure et agressive, a laquellt 
contribue la contraction des muscles sourciliers. Les muscles auriculaires pei; 
actifs dans 1 espece humaine tirent le pavilion de 1 oreille en divers sens : en 
avant (aitrakem auriculam), en haul (atlo liens auriculam) et en arriere (reti< - 
hens auriculam). Chez quelques individus et surtout dans ccrl;iins chits patlio- 
logiques ces deux derniers muscles, superieur ct posicrieur, sont dom s d ;iss< . 
d encrgie pour imprimer au pavilion de 1 oreille des mouvomenls d une cerlaun 
etendue. 

4 Au-dessous du plan musculo-aponevrotique se trouve ui\ tissu cellul;ui, 
excessivemcnt Jache, dont les fibres lamineuses sont susceplibles dc s allonger 
beaucoup. II separe les parties molles on tegumcntaires du crfme osscux ct d< 
son perioste. Ce tissu est si lache qu on dirait qu iiiie vcrilalilc r;mte scrcust 
est interposee entre ces deux parlies. La mobilite" si grandc des I ^uinciils est en 
rapport avec celte laxitc qui cxplique la fix qucncc, au-dcssmis dc. l ;i|ioticvrcs, 
des decollements ct des epancliements purulents ou sanguius. 

5 Le pericrane ou perioste est un ieuillet fibivuv tres-mince, |ii une lame de 
tissu cellulo-fibrcux, dependance de sa face profonde, unit aux os du crane. II 
est susceptible de decollements partiels, a la suite de traumatismcs violents. I) 
presente de plus avec les os des connexions arterielles et veineuscs, sans grain- 
importance pour la nutrition du squelette. Chcx 1 enfant et surlout cbez le I aius. 
ie perioste est plusepais quc clie/ 1 adulte, ce (jui cxpli(|ue la possibilite d epan- 
cliements sanguins sous-periostiques d une etendue considerable, dans les pre 
miers ages de la vie. 

La partie des teguments du crane formee par la reunion des couches placeer 
au-dessus du perioste a une epaisseur a peu pres egale a celle du crSne osseux. 
revetu de son enveloppe fibreuse. Elle se continue avec les teguments des regions 
temporales, auriculaires, mastoidiennes, et avecceux de la face, decrits ailleurs. 

Les arteres dc la tete proviennent presque toules de la carotide externe. 
L ophthalmique, branche de la carotide interne, fournit seulement a la region 
quelques-unes de ses branches qui se distribuent a la racine du nez, au front 
et au muscle frontal. Inutile de revenir sur la description deja faile des artr-rc^ 
de la face. Celles du crane sont : 

1 La branche frontale interne de 1 ophthalmique qui s epuise sur la lignc 
mediane du front par des ramuscules qui s auastomosent avec ceux du cote 
oppose. 

2 Plus en dehors, 1 artere sus-orbitaire, branche de 1 ophthalmique, qui sort 
de 1 orbite par le trou sous-orbitaire et s epuise dans les teguments. 

3 En dehors et en arrriere, 1 artere temporale superlicielle, branche de 
terminaison de la carolide externe, qui sort de la glande parotide, au niveau de 
1 arcade zygomatique, devient superficielle a partir de ce moment et chemine 
entre la couchc sous-culanee et 1 aponevrose temporale. Elle se divise ensuite 
en deux branches terminales, 1 une, antcrieure ou frontale, qui s anastomose avec 
les branches frontales de 1 ophthalmique, et 1 aulre posterieure ou parietale, qui, 



56 TKTK (ANATO.MIE). 

se distribuant dans toute la region de ce nom, s 1 anastomose au sommet de la 
tete avec les rameaux venus de 1 artere opposee, en avant avec la frontale, en 
arriere avec 1 occipitale el 1 auriculaire posterieure. 

L artere temporale superficielle fournit, dans son trajet, des rameaux paroti- 
diens, 1 artere transversale de la face, des rameaux auriculaircs anterieurs, et 
1 artere temporale moyenne, cette derniere destinee au muscle crotaphyte. 

4 Plus en arriere, 1 artere auriculaire posterieure, branche collaterale de la 
carotide externe, qui se distribue a la region mastoidienne et au pavilion de 
1 oreille. 

5 Enfln, a la partie posterieure de la region, 1 arlere occipitale, branche con 
siderable de la carotide externe, qui s anastomose avec la precedente, avec la 
temporale superficielle et avec 1 occipitale du cote oppose. 

Ges trois dernieres arteres sont d un volume assez considerable et les blessures 
auxquelles leur position superficielle les expose s accompagnent d hemorrhagies 
souvent redoutables. C est sur 1 artere temporale superficielle que se pratique 
liabituellement I arteriotomie aujourd hui tombee en desuetude. 

Les veines sont d un calibre moins considerable que les arteres et leur distri 
bution est moins reguliere. La seule veine digne d unc mention speciale en 
dehors de la veine temporale et des branches d origine de la veine maxillaire 
interne est la veine frontale ou preparate, qui forme une arcade au niveau de la 
racine du nez avec la frontale oppose, regoit la veine sus-orbitaire et commu 
nique a plein canal avec la veine ophllialmique au niveau du grand angle de 
1 ceil. 

La plupart des veines de la region sont en communication au sommet de la 
tete par des veines emissaires avec les sinus craniens et les veines de la clure- 
mere. Ce qui explique en partie la facilite avec laquelle les inflammations des 
teguments et des os se propagent au loin et jusqu aux organes contenus dans 
1 interieur de la cavite cranienne. 

Les vaisseaux lymphatiques proviennent surtout de la peau du crane. Us 
forment aux tempes et au sommet de la tete de riches reseaux auxquels font 
suite de nombreux ganglions. De ces vaisseaux les uns se reunissent aux lym- 
phaliques de la face pour se jeter dans les ganglions sous-maxillaires, les autres 
vont aux ganglions parotidiens et aunculaires, enfin les poste rieurs se rendent 
aux ganglions sous-occipitaux. On sait combien est frequent I engor^ement de 
tous ces ganglions pendant la periode secondaire de la syphilis et aussi pendant 
1 evolution de la plupart des maladies cutanecs de la lete. C est par 1 abondance 
des lymphatiques de la region que A. Despies (Traite de I erysipele, 1862) 
explique la frequence des erysipeles a la suite des plaies de tete. 

Les nerfs sont tres-nombreux et proviennent de sources tres-diveises. Les 
principaux sont fournis en avant par la branche ophthalmique de Willis, sur les 
cotes par le nerf auriculo-temporal et par la branche auriculaire du plexus cer 
vical, en arriere par la mastoidienne, branche du meme plexus, et par les 
branches posterieures des deux premiers cervicaux (premier nerf sous-occipital 
et grand nerf occipital). 11s s anastomosent avec d autres branches tres-nom- 
breuses, emanant surtout du trijumeau et du plexus cervical. Le muscle epicra- 
nien recoit son innervation du facial et de quelques filets tres-fins du "rand nerf 
occipital. 

Le dcveloppement de la tete se fait de tres-bonne heure et, des les premiers 
temps, la moitie de 1 aire embryonnaire appartieut a 1 extremite cephalique. Sa 



TKTE (PATHOLOGIE CII IR UR GI C AL F, ). 57 

formation est liee a celle des vesicules cerebrales et a celle de 1 ouverture buc- 
cale et des fentes pharyngiennes, dont le mecanisme a etc decrit avec soia dans 
des articles speciaux auxquels nous ne pouvons que renvoyer le lecteur (voi/. 
art. CRANE et FACE [Developpemenl]). 

$ II. Pathologic chlrurgicale. I. LliSIONS TRAUMATIQIIKS (voy. art. CRANE 

et FACE). 

II. LESIONS VITALKS ET ORGANIQUES. \ Inflammations, a. firysipele du 
cuir chevelu. C est une affection tres-frequente, qui s observe surtout comme. 
complication des traumatismes ou des affections cutanees chroniques. En effcl, 
au crane, comme dans les autrcs regions du corps, les ci v-iprlcs mrdieaux uu 
sponlanes peuvent etre regardes comme exceptionnels. 11 n est pas rare de voir 
1 erysipele du cuir cbevelu etre le resultat de 1 extension de proclie en proche 
de 1 erysipele facial dont le pronostic se trouve par cc fait, notablement aggrave. 

Les symptomes de 1 erysipele consecutif ou cliirurgical n ont rien qui leur 
soit particulier. L afiection se revele par des phe nomenes generaux que nous 
n avons pas a de crire et de plus par la douleur soiivent tres-vive, I cedi iiir 
plus ou moins etendu et 1 engorgement des ganglions cervicaux. On in 1 pent 
ici compter sur la rougeur de la peau, symptome regarde comme caracteVistique 
de 1 erysipele, car elle est pen intense et masqiirr prrsque oomplelement p;:r 
les cheveux. La douleur vivc due a 1 extreme tension des U -gumenls cranici^ 
pent etre le seul symptome indiquant 1 invasion de ces tissus par rinllamination 
erysiplateuse. Souvent a ce moment eclate un dclire intense qui semblr 
indiquer la propagation du mal aux meninges et au cerveau, mais fort heuren- 
sement ce delire est presque toujours sympathiqne. II est meme des autenrs 
qui n admettent pas la meningo-encepbalite, suite d erysipele de la tete. Sans 
se prononcer sur ce point, Trousseau (Cliniqiie med. dc I Hotel-Dieu, t. I, 
p. 257) declare que, lorsque 1 affection gagne le cuir cbevelu, il est bien peu 
d individus qui ne presenlent quelques pbenomenes cerebraux. Le delire ne 
cesse que lorsque 1 erysipele a envahi et successivement abandonne les diverses 
parties de la peau du crane, ce qui demande au moins quatre jours. Malgre 
leur gra\ite apparente, ces symptomes ncrveux ne doivent pas effrayer, car 
d une maniere generate 1 erysipele de la tele n est pas une maladie grave. 
Trousseau avail surtout en vue les erysipeles medicaux; ce qui rend plus graves 
les erysipeles consecutifs a des traumatismes, c est que 1 inflammalion a plus 
de tendances a se propager de la peau au tissu cellulaire sous-aponevrotique el 
a amener le developpemenl soit d abces plus ou moins e tendus, soit de veritable* 
phlegmons dilfus. 

Le traitement ne differe en rien de celui qu on applique aux erysipeles cbi- 
rurgicauv des aulres regions et de la face en particulier. 

b. Abces. Les collections purulentes peuvent avoir pour siege les coucbes 
sous-cutanee, sous-aponevrotique et sous-periostique. Nous avons decrit les 
profondes ou sous-periostiques a 1 article OSTEO-PERIOSTITE des os du crane. Nous 
ne nous occuperons ici que des abces sous-culanes et sous-aponevrotiques, ces 
derniers beaucoup plus graves a cause de leur tendance plus grande a la 
diffusion. 

Les uns et les autres succedent tantot a 1 erysipele, tantot a une plaie des 
teguments, tantot a 1 inflammation d une bosse sanguine ou d une tumeur 
kystique. 



38 TETE (PATHOLOGIE CIIIRURGICALE). 

Les abces sous-cutanes sont d ordinaire peu etendus et se reconnaissenfc 
surtout a la fluctuation. II ne faut pas omettre de noter qu ils sont quelquefois 
limite s par un bourrelet dur et saillant, du a [ infiltration plaslique des bords- 
de la cavite pumlente. La palpation donne alors la sensation d un enfoncemcnt 
de la voute cranienne. Cette illusion se produit aussi dans les bosses sanguines 
de la meme region. II suffit d etre prevenu de ce fait pour eviter une erreur 
jue la coexistence d un traumatisme pourrait rendre tres-grave. 

Les abces sous-aponevrotiques donnent lieu aux memes symptomes. mais ils 
sont plus etendus et parfois d un diagnostic difficile, a cause de 1 epaisseur 
plus grande des tissus qui les recouvrent. Les plus obscurs sont ceux qui siegent 
dans la region temporale, au-dessous du muscle crolaphyte. Leur evolution est 
parfois lente et insiclieuse; ils provoquent peu ou pas de douleurs, aussi est-ou 
expose a les confondre avec un epanchement sanguin. Dans un cas de ce genre 
mentionne dans le Traite de pathologic externe de Follin et Duplay (t. III r 
p. 550), la fluctuation profonde, difficile a sentir, cessait d etre perceptible 
lorsque le malade serrait fortement les machoires et contractait son muscle 
temporal, ce qui indiquait le siege de la collection liquide au-dessous du 
muscle. Une ponction exploratrice acheva d eclairer le diagnostic, relativement 
u la nature du liquide. 

Les abces de la tete, qu ils soient sous-cutanes ou sous-aponevrotiques, ont 
de la tendance a s e tendre, soit en surface, soil en profondeur. Comme ils 
peuvent interesser le perioste et denuder les os du crane, il faut de toute 
ne"cessite intervenir, des qu on les a reconnus. Une large incision, pratiquee 
imssitot que possible, est le meilleur moyen de prevenir les decollements tres- 
etendus et les complications qui peuvent en etre la consequence. Dans certains 
cas, le drainage est rendu necessaire par 1 etendue de la lesion. Inutile de dire 
qu apres 1 ouverture des abces il faut toujours faire usage des pansements 
antiseptiques. 

c. Phlegmon diffiis. Le phlegmon diffus de la tete me rite une description 
speciale a cause des caracteres particuliers que lui imprime le siege qu il occupe. 
I) a ete 1 objet de nombreux travaux parmi lesquels je me conlenlerai de men- 
tionner ceux dc Chassaignac (Traite de la suppuration, t. II, p. 75) et de 
Guibal (Eludes sur le phlegmon diffus du cuir chevelu. Theses de Paris, 1869). 

Harement le phlegmon diffus se developpe sous 1 influence d une cause gene- 
rale. Pourtanton 1 a vu survenir dans la convalescence du cholera (Chassaignac), 
et dans 1 alcoolisme avec delirium tremens (Kirmisson, Manuel de pathologic 
externe, t. If, p. 39). Les diabetiques y sont aussi plus exposes que les autres. 
D une maniere generale, le mauvais etat de la constitution, quelle qu en soit la 
uause, constitue une predisposition a rinflammation diffuse du cuir chevelu. 

Le phlegmon survient presque toujours a la suite des traumatismes, c est- 
a-dire a la suite des plaies ou des contusions du crane. II complique souvent 
I erysipele, auquel il communique une gravite exceptionnelle. Dans ce dernier 
cas, 1 inflammation se propage des parties superficielles aux parties profondes 
des teguments. Dans le cas de plaies on de contusions simples, elle peut eclater 
d emblee dans le tissu cellulaire sous-aponevrotique. 

Le phlegmon diffus de la tete a pour siege exclusif la region du crane. A la 
lace, on 1 observe tres-rarement ; peut-etre meme ne l a-t-on jamais vu s y 
developper comme le sion primitive. Son siege anatomique est le tissu cellulaire 
sous-aponevrotique. Ce fait s explique par les dispositions anatomiques signalees 



TMTE (PATHOLOGIE C II I RUR G 1C A LE ). 39 

plus liaut. A priori, on peut admettre le phlegmon diffus sous-cutane ou sus- 
aponevrolique. Ghassaignac 1 a meme decrit comme variete distincte, sans citer 
aucune observation. Si Ton n a pas oublie ce que nous avons dit de la texture 
de la couche cellulo-graisseuse sous-cutanee, intimement adherentc au cuir 
chevelu d un cole, a la couche musculo-aponevrotique del autre, on comprendra 
que 1 inflammation doit rester circonscrite ou s etendre a peine au dela du point 
ou elle a pris naissance. Ce qui revient a dire que les phlegmons de cette couche 
sent peu importants, parce qu ils ne sont pas susceptibles de se propager d un 
point a un autre. 11 n en est pas de meme des phlegmons de la couche sous- 
aponevrotique qui peuvent envahir rapidement toute la region occipito-fronlalc 
et s etendre meme, si on n intervient, aux regions voisincs. L inflammation peut 
aussi gagner le perioste, le decoller et laisser plus ou moms completement a nu 
les os du crane, ce qui n est pas sans compliquer serieusement la situation 
deja grave par elle-meme. Heureusement, ce dernier mode de propagation esl 
assez rare. 

Les premiers symptomes par lesquels sc manifeste le phlegmon diffus du 
cuir chevelu sont la douleur, la chaleur, la rougeur plus ou moins intense et le 
gonflement avec empalemcnt rede mateux des tissus, en un mot, les symptdmes 
initiaux de toute inflammation. La douleur est g&idralement tres-vive. La 
rougeur toujours un pen niasquee par les chevcux est plus facile a nv.mmaihv 
dans les cas d erysipele concomitant. Le gonllcment angmculc d une manic-re 
rapide a cause de la disposition particuliere des tissus, et Ton pent dire que la 
tete du malade semble recouverte d une sorte de turban, a cause de 1 cngoi^i - 
ment pateux dont elle est entouree. En meme temps que les symplomes locaux, 
quelquefois meme avant leur apparition, s ob?ervent des phenomenes generaux 
parfois tres-gravcs. Un frisson d intensite variable avec malaise et cephalalgie 
ouvre la scene et peut se reproduire a diverses reprises dans le cours de la 
maladie. Ce retour est tantot irre gulier et tantot periodique, de maniere a 
simuler le frisson de 1 acces paludeen ou celui de la pyohemie. La (ievi e s allume 
de bonne heure et s accompagne d une elevation considerable de la temperature. 
Habituellement continue, elle a parfois des paroxysmes et des intermit tences 
jusqu a deux et trois fois par jour. Dupuytren assure que ces symplomes ont 
souvent donne lieu a de graves meprises et qu ils ont ete pris pour ceux de la 
fievre intermittente et combaltus energiquement par le quinquina. A cetle 
periode de debut, on observe encore des symptomes gastriques, soif anorexie, 
nausees, vomissements, etc. Quelquefois, surtout chez les ncrveux et chez 
les alcooliqucs, il s y ajoute un delire plus ou moins violent, des mouvements 
convulsifs et un etat comateux analogue a la stupeur de la fievre typho ide. C est 
la une cause d erreur de diagnostic contre laquclle il faut se tenir en garde. 

Gette pe riode dite inflammatoire ne dure guere que de trois a cinq join s: 
elle aboutit presque necessairement a la mortification des tissus et a I infiltration 
purulente. Au moment ou s etablit cette nouvelle periode, la douleur diminue 
et peut meme cesser, alors que les autres symptomes s accentuent davantage. 
Gette diminution des souffrances est due a la destruction des filets nerveux 
conten.us clans la couche cellulaire sous-aponevrotique. L empatement oedemateux 
augmente, devient moins resistant et fait bientot place a une fluctuation d abord 
obscure, puis de plus en plus evidente. Celle-ci est due a la presence d amas 
purulents tantot communiquant entre eux, tantot independants les uns des 
autres. Le pus marche vers 1 exterieur et finit par se faire jour a travers la 



40 TKTE (PATHOLOGIC cHiRURr.ir, AI.K). 

peau gangrenee par places. De cos ouvertures presque toujours multiples 
sortent des lambeaux de tissu eellulaire necroses, imbibe s de pus, d une lon 
gueur variable. Le cuir chevelu se decolle peu a pen ct dans quelques cas toute 
la region cranienne est comme dissequee par I iniiltmtion purulente. Suivant la 
remarque tres-juste faite par Dupuytren, un decollement etendu et meme 
complet n amene pas la gangrene des teguments, comme cela a lieu dans 
d autres regions tout aussi vasculaires. G est que les arteres adherent toutes 
intimement a la peau et continuent a lui apporter les elements necessaires a la 
nutrition, alors meme que toute la couche ccllulo-graisseuse sous-aponevrotique 
est detruite. Cette disposition anatomique diminue un peu la gravite de la 
lesion. Pourtant on a vu survenir une hemorrhagie mortelle par suite de 1 ul- 
ceration de Tune des arteres baignant dans le pus. 

Le pericrane reste ordirrairement intact. Dans les cas graves, il se decolle a 
son tour dans une etendue variable. La necrose des os sous-jacents peut etie la 
consequence de ce decollement, mais elle n en est pas le resultat necessaire. 
On observe assez souvent le recollement du perioste au declin de 1 inflaramation, 
de sorte que la denudation osseuse ne retarde pas beaucoup la guerison. 

Dans les cas les plus heureux, les symptomes generaux s amenclent pendant 
la periode de suppuration; alors la fievrc tombe et 1 appetit renait. D autres 
i nis ils persistent et meme ils vont en s aggravant; ces differences dependent 
du mode de lerminaison de la maladie. 

Le phlegmon diffus peut se terminer par resolution, mais le fait est excessi- 
vement rare. Le plus souvent, l inflammation aboutit a la mortification et a la 
suppuration, avec decollement plus on moins etendu des teguments. Dans ce 
cas, la guerison peut encore etre obtenue, lorsque les desordres ne sont pas 
trop grands et que 1 etat general des sujets n est pas trop mauvais. Les tegu 
ments se recollent peu a peu, parfois meme plus rapidement qu on ne 1 eut 
espere. Cette terminaison favorable s observe dans Jes cas oil le perioste est 
intact ou decolle par places. Si la denudation osseuse est un peu etendue, la 
guerison n est pas impossible, mais elle exige un temps tres-long et ne survient 
qu apres rexfoliation des surfaces mises a nu. 

La mort est une terminaison frequente du phlegmon diffus de la tete. Elle 
reconnait des causes tres-variees. Nous avons signale deja la mort par he mor- 
rhagie. On a cite aussi des cas de mort rapide apres une amelioration appareiite, 
mais ces fails sont exceptionnels. L epuisement par une suppuration intarissable, 
la pyobemie avec ses redoutables consequences, la propagation de I inflammation 
au cerveau ou a ses enveloppes, sont les complications mortelles les plus souvent 
observees. 

Le diagnostic du phlegmon diffus a sa premiere periode n est pas toujours 
facile. On peut hcsiter entre le phlegmon, 1 erysipele et la periostite aigue. 
Cette derniere est presque impossible a reconnaitre, tant que la tumeur a 
laquelle elle donne lieu n a pas ete ouverte. Pourtant d ordinaire elle est plus 
limitee et s accompagne de phenomeiies generaux moins graves que rinflamma- 
tion diffuse du tissu celluiaire sous-aponevrotique. L absence de rouge ur a la 
peau et d engorgement ganglionnaire a la region cervicale sont les signes. prin- 
cipaux qui distinguent le phlegmon diffus d avec 1 erysipele. Du reste, les deux 
lesions se compliquent frequemment 1 une 1 autre, ce qui obscurcit le diagnostic 
tout en rendant les erreurs moins prejudiciables au malade. 

Le pronostic est tres-grave, a cause de la gravite meme des complications 



TETE (PATHOLOGIE CHIRURGIC ALE ). 41 

que nous avons mentionnees plus haul. II faut encore tenir compte cle 1 etat 
constitulionnel des sujets, Le diabete, 1 albuminurie, 1 alcoolismc, toutes les 
de cheances physiologiques ont une influence nefasfe; quelquefois mcme sans 
cause appre ciable il se produit une veritable intoxication qui peut, des le 
debut de 1 affection, se manifester par des symptomes ataxo-adynamiques rapi- 
dement mortels. II faut pourlant reconnjiitre que la terminaison fatale est moins 
frequente que la guerison, grace au traitenient plus rationnel mis en usage de 
nos jours. 

Au debut du phlegmon on doit toujours essayer d obtenir la resolution, bien 
qu on ait peu de chances d arriver a un aussi favorable resultat. Les antiphlo- 
gistiques locaux et generaux doivent etre employes dans la ruesure des 1 orces 
du malade. Les revulsifs sont aussi indiques intus et extra. Un moyen tres- 
employe et tres-douloureux dont on parak avoir retire quelqucs avantages, 
c est un vesicatoire applique sur le siege du mal, qu il depasse dans tons les 
sens. Mais il ne faut pas compter enrayer souvent la marche de 1 inflammation. 

Des que la suppuration est elablie, avant meme d avoir constate la fluctuation, 
il faut pratiquer de laiges et multiples incisions ou drainer la partic decolli r. 
Qu on donnc issue au pus par Tune on 1 autrc de ces voies, il est inn- oxccllente 
pre caution a prendre pour en eviter la stagnation. Ello, consiste a laver plusieurs 
fois par jour les parties malades, au moyen d injections aiilH< |>tiques. Les 
solutions d acide phenique et d acide horique au 1 2 ou 5 pour 100, celles de 
sublime au 1/2000* , sont les plus usitecs. On pent se servir indislinctement des 
unes ou des autres, a condition d en user d une manic-re tres-large. Grace a 
ces precautions, la pyohemie est presque surement evite e, ainsi que la propaga 
tion du pblegmon a la couche sous-pe riostique et par suite anx os eux-memes. 
A la fin de la maladie, une compression douce et moderee favorise le recolle- 
ment des parties molles et rend par la plus rapide la guerison definitive de la 
maladie. 

d. Furoncles et anthrax. Les furoncles et les anthrax sont plus rares an crane 
qu alaface. Dans la premiere region, ils ont pour siege de predilection la partie la 
plus reculee de la region occipitale sur les limites du con. Ils sont beaucoup 
moins graves que ceux des levres ou des paupieres. Pourlant, ils peuvent etre 
1 occasion du developpement d un phlegmon diffus ou d un erysipele, ce qui 
oblige a reserver le pronostic. Le traitement consiste a faire de bonne heure une 
incision au dela des limites de la tumeur et a appliquer rigoureusement le 
pansement antiseptique. 

e. Lesions cutane es de diverse nature. On observe a la tete un grand 
nombre de lesions cutanees, dont 1 etude est Tobjet d articles speciaux. Les unes, 
comme 1 acne rosacea et le lupus, ont pour siege presque exclusif la lace; les 
autres, telles que les affections parasitaires, se presentent plus specialement au 
crane. Certaines formes d eruptions syphilitiques s observent dans toute la region 
de la tete, ainsi que la plupart des manifestations cutanees des diatheses scrol u- 
leuse ou herpetique. Inutile d insister sur ces diverses maladies etudiees en leur 
lieu avcc tous les developpements necessaires. 

f. Tumeurs. Les tumeurs de la face ne doivent pas nous occuper, pas plus 
que celles des os du crane. 

Parmi les tumeurs des teguments de la region cranienne, il en est qui sont 
suffisamment connues pour qu il soit inutile d y insister longuement, de ce 
nombre sont : les productions corneees, les lipomes, les fibromes et les diverses 



4% TETE (PATIIOI.OGIE CHIRURGICALE). 

especes dc tumeurs malignes. Le cephalematome ou tumeur sanguine des 
nouveau-nes et le pneumatocele ou tumeur gazeusc des os du crane, lesions 
speciales a la region cranienne, ayant ete de crits dans des articles speciaux 
(voy. art. CEPHALEMATOME et CRANE [Pathologic chirurgicale]), il nous reste a 
etudier en quelques mots les tumeurs vasculaires, les kystes et 1 hypertrophie 
ou elephantiasis du cuir chevelu. 

a. Tumeurs vasculaires. Nous les diviserons en anevrysmes, tumeurs cir- 
soides, tumeurs erectiles et tumeurs veineuses en communication avec la circu 
lation intra-craniennc. Ces dernieres ont ete 1 objet d une etude complete (voy. 
art. CRANE). 

Anevrysmes. Les anevrysmes externes du crane, les seuls dont nous ayons 
a nous occuper, sont tres-rares, ainsi que le prouve le petit nombre d observations 
relate es dans un travail inte ressant sur ce sujet, du au docleur de Schutelaere 
(theses de Paris, 1881, n 99). Us sicgent sur toutes les arteres de la region, 
occipitale, auriculaire posterieure, temporale, frontale et sus-orbitaire. Presque 
tous sont d origine traumatique. Pour 1 anevrysme de la temporale, par exemple, 
la plupart des cas connus sont survenus a Ja suite de 1 arteriotomie, operation 
praliquee presque exclusivement sur cette artere. Les contusions peuvent, aussi 
bien que les plaies par instrument tranchant ou piquant, etre la cause de& 
ane vrysmes externes. Us sont plus frequents chez 1 homme que chez la femme 
et ont pour siege presque constant le cote gauche de la tete. Sur 15 observa 
tions relatees par de Schutelaere, ou le siege a ete note, on ne trouve que deux 
anevrysmes craniens a droite. La cause de ce fait nous e chappe. 

Presque toujours les anevrysmes sont arteriels. Les anevrysmes arterioso- 
veineux sont si rares qu on n en trouve mentionnes que de rares cas, dont la 
plupart sont de vraies tumeurs cirsoides. Un des plus interessants et des plus 
authentiques est celui de Landsdown. (Bristish Medical Journal, 1875, t. 1, 
p. 786). II est relatii a une lumeur pulsatile de Tangle interne de 1 orbite, 
consecutive a un traumatisme et guerie par 1 extirpation du sac anevrysmal 
trois jours apres la ligature des deux bouts du vaisseau qui 1 entretenait ; c etait, 
d apres Landsdown, 1 artere nasale, ouverle par un coup de bouteille. 

Les anevrysmes arteriels du crane acquierenl rarement un volume conside 
rable. Us sont indolents, souleves par des batlements et des mouvements 
d expansion isochrones aux battements du pouls qui en rendent le diagnostic 
facile. Dans un cas observe par Barrier (Gaz. me d. de I aris, 1848, p. 774), 
il survint quatre mois apres 1 apparition d un anevrysme de 1 artere temporale 
gauche une augmentation de volume du corps thyroide, coincidant avec des 
crampes fugaces, mais tres-vives, dans le bras et la jambe du cote oppose. La 
ligature de la carotide primitive amena la disparition de tous les phenomenes. 

Nous avons dit que les anevrysmes externes etaient faciles a reconnaitre. 
Pourtant ceux qui siegent sur 1 une des regions temporales profondes peuvent 
avoir leurs ballements masques par 1 aponevrose qui les recouvre. La palpation 
et 1 auscultation de la tumeur donnent le moyen d eviter une erreur a tous 
egards regrettable. 

Les anevrysmes arterioso-veineux se reconnaissent a la dilatation sans pulsa 
tions des veines sous-cutanees, au fremissement vibratoire perceptible par le 
toucher, au souftle continu avec bruit de rouet que fait constater 1 auscultation 
et a 1 affaissement de la tumeur principale par la compression exercee entre 
1 anevrysme et le coeur. On pourrait les confondre avec les anevrysmes cirsoides, 



TETE (PATHOLOGIE CHIRURGIC ALE). 43 

inais dans ceux-cila lumeur plus diffuse estparlout pulsatile etelle ne s affaisse 
([lie par la compression de la carotide primitive. Du resle, 1 anevrysme cirsoi de 
a toujours une marche envahissante conduisant a 1 ulceration dcs tissns et a des 
hemorrhagies parfois mortelles, tandis que 1 anevrysme artcrioso-veineux reste 
presque toujours stationnaire, les veines voisines se dilatant suules pour former 
des tumeurs indolentes sans expansions. 

Le pronostic n est grave que dans les cas exceptionnels ou les tumeurs ane- 
vrysmales arterielles ou arterioso-veineuses acquierent un developpement trop 
considerable ou donncnt lieu a des hemorrhagies a repetition. 

Toutes les melhodes de traitement peuvent etre employees conlre les ane- 
vrysmes externes de la tele. D une maniere generate, la metliodc d Anlliyllus 
modifiee, c est-a-dire 1 extirpation de la tumeur avcc ligature des deux bouts dc 
1 artere, est la methode de choix. L application en est facile et les resultats ne 
laissent rien a desirer. Dans deux cas d anevrysmes de la temporale d un volume 
considerable, on a cru devoir recourir a la ligature de la carotide primitive. 
Une operation aussi grave doit etre regarded comme une operation d< nccessile, 
bien qu elle ait reussi dans les deux cas. L injection coagulaulr. avec le per- 
chlorure de fer ou toute autre substance donee dcs memes proprieles comple 
quelques succes, mais elle est plus infidele dans ses ri Millals drlinilifs que 
1 extirpation a laquclle nous donnons la preference. 

Les anevrysmes arlerioso-veineux sont trop rares pour qu on puisse pre*coniser 
telle ou lelle methode de traitement, d aprcs les donnees de 1 experience. Nous 
conseillerons avcc Follin d cmployer d abord la compression au niveau de la 
communication vasculaire ct, en cas d insucces, la ligature de 1 artere des deux 
cotes de la perforation. Si la compression etait trop dillicile on trop douloureuse, 
comme a la region parotidienne ou a Tangle interne de 1 ocil, il serait peut-etre 
preferable de recourir a 1 extirpation de la tumeur, comme 1 a fait Landsdown. 
la ligature de la carotide primitive pratiquee par Chelius n ayant produit qu une 
amelioration momentanee, dans le cas d anevrysme arterioso-veineux de la 
temporale, rapporte par Slromeyer (Gaz. des Jwji., I Sal, p. 182), dont le 
malade ne futcompletement gueri que par 1 application de la methode ancienne. 

Anevrysmes cirsoides. Ces anevrysmes, decrits aussi sous le nom de tumeurs 
cirsoides (Robert), varices arterielles (Dupuytren), (itu/nnna arteriale race- 
mosum (Virchow), sont dus a la dilatation d une ccrtaine partie d un departe- 
ment arteriel, allant jusqu aux ramifications capillaires et se presentant avec 
les caracteres d une tumeur pulsatile plus ou moins etendue. Bien qu ils aicnt 
leur siege presque exclusif a la tete, nous croyons devoir renvoyer a 1 etude faite 
dans ce Dictionnaire avec une haute competence par le professeur L. LeFort,qui 
les designe, comme les Allemands, sous le nom A angioma arteriale racemo- 
sum (voy. CIRSOIDES [Anevrysmes] du Dict.encycl., l re se rie, t. XVII, p. 525). 

Tumeurs erectile*. Ces tumeurs vasculaires sont plus rares au crane qu a 
la face et elles sie gent de preference au crane ou a la tempe. J ai observe re cem- 
ment une tumeur volumineuse de ce genre, siegeant a la region auriculo-tem- 
porale gauche. 

On a invoque comme causes les traumatismes, mais le plus souvenl ces 
tumeurs sont conge nitales et paraissent avoir quelque rapport avec 1 existence 
des fenles branchiales. A ce titre, elles rentreraient dans la classe des angiomes 
fissuraires de Virchow. 

Ce sont tantot de simples taches cutanees ou na3vi, tantot des tumeurs erec- 



44 TETE (PATHOLOGIE CHIRURGICALE). 

tiles arte rielles, tantot des tumeurs erectiles veineuses. Leur physionomie differe 
suivant 1 element vasculaire predominant : ainsi les tumeurs arterielles sont 
pulsatiles et donnent au doigt une sensation de fremissement, tandis que les 
veineuses sont molles, sans expansion ni battements, et se dilatent en chan- 
geant de couleur, sous I influence des cris ou des efforts. Les unes et les autres 
peuvent etre cutanees ou sous-cutanees. Ordinairement bien limitees, elles 
s accompagnent parfois d une dilatation des veines ou des arteres de la region 
qui les rapproclie des anevrysmes cirsoides. Cette disposition peut rendre tres- 
dilTicile la distinction de ces deux especes de tumeurs sanguines. 

En general, le diagnostic est facile. Nous avons indique a 1 article CRANE 
(l re serie, t. XXII, p. 552) les symptomes qui permettent de reconnaitre les 
tumeurs sanguines en communication avec la circulation intra-veineuse. Rappe- 
lons seulement que ces dernieres sont fluctuantes, reductibles, variant de volume 
suivant la position de la tete. Dans les cas douteux, on possede un moyen certain 
do diagnostic differential dans la compression exercee autour de la tumeur, de 
maniere a iuterrompre toutes ses relations avec la circulation intra-cranienne. 
Si la poche prealablement videe se remplit de nouveau, malgre cette compres 
sion circulaire, on peut etre sur qu elle communique avec les sinus de la dure- 
mere ou avec les canaux veineux du diploe. On est autorise a tirer la meme 
conclusion de la possibilite de reduire la tumeur ainsi comprimee a sa base. Le 
diagnostic d avec les tumeurs autres que les tumeurs sanguines se fait a la tete 
comme dans les autres regions du corps. 

La marche des angiomes du crane est tres-variable. Les angiomes veineux 
restent stationnaires, tandis que les arteriels s accroissent d une maniere con 
tinue ou intermiltente, surtout sous I influence d un traumatisme. Get accrois- 
sement s observe de preference chez la femme aux epoques menstruelles, 
pendant la grossesse ou 1 allaitement. Us out peu de tendance a disparaitre 
d euxmemes, surtout lorsqu ils forment de veritables tumeurs. Les cas de 
guerison spontanee se rapportent presque tous a des ncevi materni disparus 
peu de temps apres la naissance. La terrain aison par la gangrene ou la transfor 
mation en kystes sereux sont des fails absolument exceptionnels. Plus souvent 
ou observe des hemorrhagies dues a 1 ulceration de la paitie la plus saillante 
de la tumeur. 

Le pronostic n est grave que pour les tumeurs erectiles susceptibles de 
s accroitre ou de s ulcerer, car les angiomes appartiennent a la classe des 
tumeurs benignes qui n ont aucune tendance a la recidive ou a la generalisation. 
La predominance arterielle ou le volume trop considerable sont done les cir- 
constances qui peuvent le plus aggraver le pronostic. 

Le traitement chirurgical est le seul efficace centre les affections de ce genre 
et on pent dire que presque toutes les methodes inventees contre les tumeurs 
erectiles en general ont ete appliquees au traitement des angiomes du crane. La 
vaccination, la compression, la refrigeration, 1 application du perchlorure de 
fer a la surface de la tumeur denudee par un vesicatoire, sont des moyens inof- 
fensifs applicables aux tumeurs erectiles d un petit volume. Les caustiques 
(potasse caustique, pate de Vienne, pate de Canquoin) ont donne des succes, 
mais au prix de cicatrices plus ou moins difformes. Mieux vaudrait recourir aux 
ponctions multiples soil avec le galvanocautere, soit avec la plus fine aisuille 
du thermocaulere. Les injections coagulantes (perchlorure de fer, vin, alcool, 
tannin, acide acetique, etc.) sont trop daugereuses pour qu on puisse en gene- 



TKTE (PATHOLOGIE CIIIRURG I C A LE ). 45 

raliser 1 emploi. Klles nccessitent tout au moins de grandes precautions. Au 
moment ou Ton injecte le liquide. il laut exercer pendant sept ou huit minutes 
une compression circulaire autour de la tumeur, afm d empecher que les caillots 
peu consistants ne soient entraines par le courant sanguin. 

La ligature en masse ou sur des epingles, comme dans les precedes de Rigal 
(de Gaillac), de Liicke ou de Fayolle, est un excellent precede, applicable a la 
generalite des tumeurs erectiles, qu elles soient pedieulees ou a large base. J ai 
reussi de la sorte a dclruire sans difformite un angiome veineux sessile de la 
region auriculo-temporale chez un enfant de six mois. Le volume considerable 
de la tumeur me decida a recount- a la ligature en deux temps par les procedes 
combines de Rigal (de Gaillac) ct de Fayolle. Aucune des deux opiVaiions, pra- 
tiquees a quelques jours de distance, ne i ut suivie d inllammation ou d hemor- 
rhagie, et le resultat definitif fut des plus satisfaisants. Aussi je suis persuade, 
comme le prol esseur Dubreuil (Elements deme d. ope r. Paris, 1875, p. 119), 
que la ligature est un des meilleurs moyens de combat tre les tumeurs e rectileset 
que pour celles a large base les procedes de Rigal, de Fayolle et de Liicke, sonl 
reellement precieux. 

Dans certains cas d angiornes circonscrits, on a pu songer a 1 extirpation pure 
et simple au bistouri, mais il laut avoir grand soin de depasser les limites du 
mal, si Ton ne vent exposer les malades a de dangereuses hemorrhagies. Si 
Ton croyait devoir recourir a cette methods, il serait preferable de remplacer 
1 instrument trancbant par 1 anse galvanocaustique ou par la lame du thermo- 
cautere. 

Enfin, comme derniere ressource, apres 1 insucces de ces divers moyens, 
lorsque la tumeur s accroit sans cesse, s ulcere et donne lieu a des bemorrha 
gies graves par leur abondance ou par leur repetition, il ne reste plus que la 
ligature dc la carotide primitive. On a bien essaye la ligature des diverses 
branches arte rielles afferentes, mais, comme il e tait facile de Je prevoir, les 
tentatives de ce genre ont toujours etc infructueuses. La vascularite de la region 
est telle que la ligature de la carotide primitive du cote malade peut etre elle- 
meme insuffisantc a suspendre le cours du sang dans la tumeur. Si Jes acci 
dents persistent et sont de nature a meltre en danger les jours du malade, on 
est autorise a lier 1 autre carotide primitive. G est une determination que peut 
seule justifier la crainte d une terminaison fatale a courte eche ance. Ileureuse- 
ment les cas sont rares ou Ton se trouve reduit a une aussi redoutablc extre- 
mite pour une tumeur erectile du crane. 

b. hystes. On observe a la tete diverses varie tes de kystes confondues sous 
le nom collectif de loupes du cuir chevelu. Les plus importantes sont les kystes 
glandulaires ou sebaces et les kystes dermoides. 

Les kystes sereux, tout au moins les kystes sereux autogenes, meritent une 
mention, bien qu ils soient excessivement rares a la region cranienne ou Ton 
observe au contraire assez frequemment des collections sero-sanguines, succedant 
a des epanchements de sang, et des tumeurs sercuses enkystees provenant de 
1 isolement secondaire d une hernie des meninges. Le seul cas authentique de 
kyste sereux autogene appartient a Billroth, qui 1 a observe a la region occipitale 
chez un nouveau-ne. Nous empruntons a Duplay (Traite de pathol. ext., t. Ill, 
p. 567) la description de ce fait interessant : Ce kyste avail un volume egal a 
celui de la tete de 1 enfant; il e tait fluctuant, peu distendu, en sorte que Ton 
put constater avec une grande certitude que le crane ne presentait aucune 



46 ifiTE (PATHOLOGIE CH1RURG1CALE). 

ouverture et que Ton n avait pas affaire a une encephaloeele ou a une menin- 
gocele. La ponclion donna issue a cinq onces d une serosite claire et citrine et 
Ton put se convaincrc que ce n etait pas du liquide cephalo-racbidien, a cause 
de sa richesse en albumine. Le kyste s elait deja reproduit lorsque 1 enfant fut 
pris de pneumonie et mourut. L autopsie permit de constater que la poche, 
semblable a une enorme bourse sereuse, etait situee dans le tissu cellulaire sous- 
cutane, sans connexion avec les os, sur lesquels il n existait aucune trace de 
perforation recente ou ancienne. 

Cette observation est tres-importante an point de vue du diagnostic des 
tumeurs congemtales de la voute du crane. Un cas de kyste cranien se rappro- 
chant des kystes sereux par la composition du liquide, mais s accompagnant 
d une depression osseuse, a ete observe par Aubert (de Lyon), en 1881 (Lyon 
medical, 1 aout J881),chez une femme a gee de quarante-deux ans. Cette 
malade portait, a la region frontale gauche, une tumeur hemispberique, ayant 
5 centimetres de diametre, dont 1 origine remontait a la jeunesse. La tumeur 
u etait ni douloureuse, ni pulsatile, ni reductible. On pouvait, en la deprimant, 
senlir autour d clle un cercle osseux. Lourdeur de tele et cephalalgie etaient 
les seuls symplomes auxquels elle clonnait lieu. Une incision au ibermocautere 
donna issue a un liquide jaune brun, ricbe en cliolesterine. On put alors con- 
stater que la lame interne du frontal etait refoulee vers le cerveau. Les suites 
de rinlervention furent des plus heureuses. La table interne du frontal se releva 
peu a peu et la malade completement guerie reprit toute 1 activite de son intel 
ligence. 

Kystes glandulaires ou se bace s. Les kjstes glandulaires ou sebaces sont tres- 
. frequents a la tete, et c est a eux qu on songe presque toujours quand on entend 
parler de loupes. Dus a 1 hypertrophie des glandes sebacees annexees aux bulbes 
pileux, ils rentrent dans la quatrieme variete des kystes progenes de Broca, c esl- 
a-dire dans les kystes par retention. Leur siege est sus-aponevrotique, ce qui les 
distingue des kystes dermoides situes plus profondement. Leur nombre est 
sou vent assez considerable pour que la voute du crane en soil pour ainsi dire 
lapissee. 

Les loupes sont en general d un petit volume et d une forme aplatie qu explique 
la resistance qu elles eprouvent tant du cote des os du crane que du cote de la 
peau, qui se laisse dilficilement distendre. Lorsque leur developpement arrive 
a depasser le volume d une grosse noix, il n est pas rare de voir la peau s amincir 
a leur surface, devenir comme transparente et se depouiller de cbeveux. 11 sc 
forme alors des especes de plaques de pelade non parasitaire, par alropbie des 
bulbes pileux. Elles sont indolentes, a moins que par suite de leur siege elles 
ne soient exposees a des frottements susceptibles de les cnnammer. Le decubitus, 
la pression du chapeau, 1 action irritaute des dents du peigne, sont les causes les 
plus ordinaires de ces inflammations, qui peuvent amener la suppuration et 
1 ouverture spontanee des kystes. C est la un mode de guerison qu on observe 
dans les cas les plus heureux. Dans d autres circonstances moins favorables, les 
kystes glandulaires, au lieu de rester mobiles sur le perioste, contractent avec 
lui des adherences et exercent sur les os une pression qui fmit par en amener 
1 atrophie progressive, parfois meme la perforation. Lebert a communique a la 
Societe anatomique (Bullet, de la Socie te anatom. de Paris, 1850, p. 256) un 
cas dans lequel la tumeur datant d une trentaine d annees s elait transformee en 
un ve ritable ulcere de mauvais aspect, dont le fond etait souleve par les batte- 



TETE (PATHOLOGIE C H ! P. URG 1C AL E ). 47 

ments du cerveau, visibles a travers la perforation du crane. Autour de 1 ouver- 
ture on apercevait de petites lamellcs necrosees. Dans un a ntre cas, rapport* 
par Lacorabe (meme recueil, 1858, p. 558), une loupe du volume d un oenf 
siegeait depuis douze ans a la partie moyenne du parietal droit; elle etait mollr, 
fluctuante, depourvue de chcvcux. Le nialade ne se plaignait que d un peu de 
cephalalgie. L ablation de la tumeur fut pratiquee par Lisfcanc qui constata 
1 existence d un liquide couleur chocolat, coiitenant des granulations qui sVcra- 
saient sous le doigt. Bien que 1 operation eut etc des plus simples, et que K> 
crane parut intact, la mort survint au bout de quarante-huit heures, et Ton lu 
fort etonne de trouver a 1 autopsie une alteration probablement ancienne de 
lout le lobe ante rieur droit du cerveau et une injection plus rccenle des meningos. 

Ces kysles, etant superficiels, sont d an diagnostic generalement facile, a moms 
que les caracteres qui les dislinguent n aient e te modifies par quelqu une de? 
complications que nous venons d indiquer. 

La terminaison des loupes par resorption est un fait rare. On n en conu;r . 
<jue deux cas appartenant 1 un a Leveille (Nouvelle doctrine chirurgicale. Pans. 
1812, t. Ill, p. 5) et 1 autre a Stromeyer (llandbuch der Chinn-tjic, IN I 1, l!d. I, 
p. 250). Ce dernier est le plus concluant, car une loupe avail ele deja extirpet 
a la femme, chez laquelle s effacerent spontandment un tres-grand nombre de 
tumeurs de meme nature. 

Leur pronostic e.st geueralement benin. 11 nei aut pas pourtant oublier qu elles 
sont susceptibles de s enflammer, de s uleerer, de revetir l as[iect et les carao 
teres des neoplasmes malins, de perforer les os et de produire, dans d>> r.a* 
rares, des alterations etendues du cerveau et des meninges. 

Le trailement des loupes de la region cranienne est le meme que celui <les 
kystes sebaces des autres regions. Tant. qu elles sont indolentes et d un petit 
volume, les malades ne demandent pas a en etre debarrasses. Mais el les peuvenL 
sieger sur des points ou, memo tres-petites, clles occasionnent une gene serieuse. 
J ai eu, aquelquesjours d intervalle, 1 occasion d operer deuxjeunes pretrespor- 
teurs d une loupe ayant a peine le volume d une amande. Cbez I lin, la tumeur 
siegeait a la region frontale, au-dessous de la racine des cheveux; cbez I autn , 
elle occupait la partie poste rieure du crane et se trouvait de la sorte placce au 
milieu de la tonsure. Si elles n eussent occupe un siege aussi desagreable, aucun 
des deux malades n eutsongd a les faire disparaitre, car elles etaient indolent^. 

Le traitement medical ne peut rien conlre les kystes gland ulaires. C est la 
crainte de 1 erysipele, si grave a la region cranienne, qui rend les chirurgic-ri? 
tres-prudents quand il s agit d mtervenir et fait preterer a bon nombre d entrr enx 
la cauterisation a 1 extirpation. II ne faut pourtant rien exagerer. Si la cauteri 
sation parait exposer un peu moins a 1 erysipele, elle occasionne de vives dou- 
leurs et n amene la guerison qu apres un temps souvent tres-long : aussi 1 abla- 
tion avec le bistouri me parait a tons e gards preferable cbez les sujets jeunes 
bien constitues. L operation est excessivement simple. II suffitde diviser la loupe 
par transfixion et d enlever avec des pinces les deux moities de 1 enveloppe ky&- 
tique. On agit ainsi bien plus rapidement ct Ton fait bien moins souffrir le maladf 
qu en essayant d enlever la tumeur sans 1 ouvrir. L bemorrbagie est a pen piis 
nulle et la guerison s obtient en quelques jours par 1 application d une simple 
rondelle d amadou, maintenue en place par un bandage moderement compressil*. 
Inutile d appliquer des points de suture, car les bords de la plaie se rapprochent 
d eux-memes et se cicatrisent presque toujours par reunion immediate. 



48 TETE (PATHOLOGIE CHIRURGICALE). 

Dans les cas de tumeurs volumineuses ou ulcerees, de plus grandes precautions 
doivent etre prises, a cause de 1 adhercnce possible de la tumeur aux parties 
profondes, au perioste et aux os. Quel que soit le precede operatoire mis en 
usage, il faut alors employer dans toute leur rigueur les methodes antiseptiques, 
dont I utilite est trop generalement reconnue pour que nous ayons besoin 
d insister sur ce point. 

Kystes dermoides. Les kystes dermoides (kystes autogenes heterotopiques 
de Broca), assez frequents a la tete et surtout au crane, doivent etre distingues 
des kystes glandulaires sebaces avec lesquels on les confond souvent. Ge sont 
des tumeurs, presque toujours congenitales, en rapport avec 1 evolution des 
fenles brancliiales, ce qui explique leur presence habituelle aux regions frontale 
et temporo-auriculaire. Giraldes a vu un de ces kystes developpe au niveau de 
la fontanelle anterieure, et le cas est d autant plus remarquable que la nature 
du liquide extnu t par une premiere ponction avail un moment fait croire a 1 exis- 
tence d une meningocele. Un kyste de meme nature a ete observe en ce point 
par Kirmisson. Leur siege de predilection parait etre la queue du sourcil, c est- 
a-dire Tangle externe et superieur de 1 orbile. D apres Holmes (The rapeutique 
des maladies chirurgicales des enfants, traduit par Larcher. Paris, 1870, 
p. 49), ils sont si frequents dans cette region que, dans aucun hopilal, on n est 
longtemps sans en rencontrer un exemple. 

Leur siege est sous-apone vrotique, ce qui les rend nioins mobiles que les 
kystes sebaces. Holmes assure que ceux du sourcil glissent sans peine sous les 
doigts et paraissent elre tout a fait superficiels. Mais, ajoute-t-il, cette position 
superficielle du kyste n est qu une apparence que dement d ordinaire la realite. 
D apres Duplay (Traite de path, ext., t. Ill, p. 568), ils sonl toujours pro- 
fonds et adherent souvent au perioste. J ojoulerai qu ils sont parfois en rapport 
avec les os du crane, qu ils amincissent ou qu ils perforent. C est ainsi que, dans 
un cas opere par Prescott-Hewett (Holmes, loc. cit., p. 50), la tumeur s etendait 
en bas, sur la voute de 1 orbite, qui presentail une lacune considerable, et apres 
son ablation on voyait distinctement le soulevement regulier des membranes 
du cerveau. Dans un autre cas observe par Picard (Bullet, de la Soc. anat. de 
Paris, 1840, p. 594), une tumeur congenitale a parois epaisses, contenant des 
cbeveux, prejentant en realite tous les caracleres des kysles dermoides, avail fun 
par amener la perforation des os du crane. On comprend du reste qu en s enflam- 
manl et en suppurant les kystes dermoides puissent, comme les kystes sebaces, 
amener la carie ou la necrose des os sous-jacents. II est plus ordinaire d observer 
une espece de racine qui pe netre profondement et qui apporte une grande gene 
a 1 ablation. Si on neglige d extirper ce prolongement, on peut etre a pen pres 
sur que la tumeur se reproduira ou qu il restera tout au nioins une fistule inta- 
rissable. 

Quel que soit leur siege, ces kystes contiennent de nombreux debris epider- 
miques, meles a de petits poils, faciles a distinguer de la matiere atheromateusc 
(de aOapa, bouillie), melicerique (de pg>ixr)pov, rayon de miel) ou sleatomateuse 
(de <7-p, suif), qu on trouve dans les kystes sebaces. Ceux de la queue du sourcil 
ont parfois un contenu huileux qui parait fourni par les glandes sebacees de la 
paroi et peut-etre aussi par degenerescence des cellules epitheliales dont les gra 
nulations graisseuses seraient mises en liberte. 

Le diagnostic se base surtoul sur des caracteres cliniques negatifs. Leur appa 
rition des la naissance ne permet guere de les conibndre avec les kystes glandu- 



TETE (PATHOLOOIE CHIRURGICALR). 4tt 

laires, dont la position est du roste presque superficielle. En certains points du 
crane, il taut toujours songera la possibilite d une hernie congenitale du cerveau 
ou de ses enveloppes. Mais la meningocele et 1 encephalocele ont des signes par- 
liculiers.enlre autres la presence de battements et la reductibility plus ou moins 
complete, qui servent a assurer le diagnostic. La presence du pedicule que nous 
avons signale plus haul dans les kystes dermo ides peut faire croire a 1 oblite ra- 
tion d un sac herniaire, devenu kystique; mais, a cette periode de revolution 
de 1 encephalocele, 1 erreur est sans inconvenient. 

Le seul traitement des kystes dermo ides est ( extirpation, ct I extirpation com 
plete. Si Ton oublieen un point de la plaie une petite portion del enveloppe du 
kyste ou si Ton neglige de poursuivre le pedicule jusqu a ses attaches osseuses, 
on voit la tumeur se reproduire, a moins que la plaie ne reste fistuleuse et ne 
resiste a tous les moyens mis en usage pour en tarir la secretion. Cette facilite 
de reproduction des kystes dermo ides a fait renoncer a la cauterisation qui, pour 
etre efficace, devrait etre a la fois tres-energique et agir ; i nue tres-gramle pro- 
fondeur. Dansces conditions, on ne pourrait pas limiter faction du caustique, dc 
maniere a le rendre reellement utile, sans craindre dc de*passer le but. L extir- 
pation avec le bistouri reste done la methodc de choix et doit etre pivfrivc mrme 
a 1 ablation, soit avec le thermocautere, soil avec 1 anse galvano-eaustique. 

c. Hypertrophie du cuir chevelu. Au crane et a la face on observe, rarement, 
il est vrai, des lumeurs dont la nature est encore mal connue. Duplay, Despres, 
Labbe, Lannelongue, Gue niot, Trelat et la majorite des chirurgiens, les regardeut 
comme dues a une sorte d hypertrophie de tous les elements constitutifs de la 
peau et du tissu cellulaire sous-cutane. Boeckel les designe, par analogic avec 
d autres lesions de nature difference, sous le nom d elepbanliasis mou de la tetc. 
D apres Verneuil, ces lumeurs, analogues a celles decrites en 1865 par Valentine 
Mott sous le nomde pachydermalocele, sont formees par des m -vromes plexiformes 
considerables, renfermant beaucoup de tissu fibreux. En 1869, Billroth el 
Cherzny en ont public une observation sous le litre de Neurofibromes plexiformes 
de la paupiere superieure et de la region de la tempe, et, en 1874, Cherzny en 
a publie une autre survenue chez un sujet atteint d elephanliasis des Arabes. 

Le siege le plus frequent de ces lumeurs est, d apres Verneuil, a la partie supe 
rieure et laterale du crane, mais les plus volumineuses s observent a la region 
occipitale et a la region du front et des paupieres. Les femmes en sont plus fre- 
quemmenl atteintes que les bommes. 

La cause en est inconnue. Se basant sur 3 cas observes par lui chcz de jeunes 
femmes a chcvelure tres-longue, Thirion (Revue medico-chirurgicale, 1852, 
t. XI, p. 100) a cru pouvoir attribuer ce genre de tumeurs au tiraillement inces 
sant que la coiffure et le poids des cbeveux exercent sur le cuir chevelu. Celte 
explicalion n est guere acceptable pour les cas peu nombreux de tumeurs hyper- 
trophiques developpees cbez rhomme. Elle ne peut pas servir davantage pour 
le cas recemment observe par Labbe chez une jeune lille agee de vingt ans. En 
effet, la tumeur avail de bute, des 1 age de treize mois, a Tangle interne de 1 oeil, 
et acquis un volume suffisant pour rendre une operation necessaire dans le cours 
de la cinquieme annee. Pendanl la discussion a laquelle ce cas a donne lieu 
devant la Societe dechirurgie (seance du3 fevrier 1885), Trelat a emis ropiniou 
que c etait un angiome transforme en une hypertrophie de lous les elements de 
la peau. Mais les antecedents de la malade ne permettent pas de croire a 1 origine 
vasculaire de cette tumeur elephantiasique. 

DICT. ENC. 3* s. XV]J. 4 



50 TETE (ANTHROPOLOGIE). 

Quelles que soient sa nature el son etiologie, la tumeur dont nous nous occupons 
debute par une tumefaction des teguments qui augmente peu a peu et finit par 
former un bourrelet plus oumoins volumineux, coupe par des plis Iransversaux. 

Chez la malade de Labbe, la tumeur retombait sur 1 oeil reste sain et descen- 
dait jusqu a la partie moyenne de la joue. A la region occipital^, die forme une 
sorte de besace recouvrant la peau de la nuque. Elle est molle, pateuse, non 
fluctuante, mobile sur les parties profoncles, se continuant avec le reste de la 
peau par une espece de pedicule, a direction transversale. Elle esl et reste long- 
temps indolente. Son volume et la difformite qui resulte de sa presence sont le& 
seules raisons qui poussent les malades a reclaimer les secours de 1 art. Sa 
marcbe est graduellement et incessamment envabissante. Apres une premiere 
operation, la malade de Labbe avait vu sa tumeur se reproduire et acquerir en 
quinze ans un volume enorme. 

Le diagnostic n offre, en general, aucune difficulte. On observe quelquefois a 
la tele des tumeurs malignes d un volume comparable a celui de 1 ele pbantiasis 
mou, mais elies se distinguent par des symptomes locaux et generaux qui ne 
laissent aucun donle sur leur nature. 

Le pronoslic n offre aucune gravile, bien que la lesion n ait pas la moindre 
tendance a guerir spontanement. 

Le traitement vario suivant 1 anciennete de la tumeur et le volume qu elle pre- 
sente. Dans les cas recents ou peu developpe s, on peut se bonier, conime 1 a fait 
Tbirion, a des applications de pommade ioduree, aidees d une compression long- 
temps contiuuee, au moyen d une bande amidonnee. Gette methode simple et 
inoffensive a reussi deux fois au medecin beige qui 1 u preconisee. Mais il peut 
se faire que la tumefaction soit assez grande pour necessiter une operation tor- 
cement incomplete. L excisioii transversale d nn large lambeau cutane, suivie cle 
la reunion des bords de la plaie par 1 instrument tranchant, a ete pratiquee avec 
succes par Robert (de Ghatuont) (Journal de chirurgie, 1843, p. 125), dont la 
conduite pourrait etreimitee dans des cas analogues. L operation, peu grave par 
elle-meme, est parfaitcment indiquee. Gue niot, Despres, Lannelongue, Verneuil, 
Duplay, la conseillent. 11 resulte pourtant des fails qu elle ne met pas surement a 
I abri de la recidive, puisque la jeune fille presentee par Labbe a la Societe de 
chirurgie presentait une tumeur d un volume tres-considerable, bien qu elle eut 
subi, quinze ans auparavant, une premiere operation. GAYBAUD. 

III. Anthropoiogie. La tete doit s entendre du crane, muni de sa man- 
dibule et revetue de ses parties molles. II a deja ete question de la tete 
consideree comme unite de mesure du corps aux articles AKATOMIE DES BEAUX- 
ARTS, CUAISIOI.OGIE et PROPORTIONS DES MEMBRES, et de la mandibnlc aux articles 
PROGNATHISME et DOUCHE. 

La tete comprend deux regions, la face et le crane; le visage se compose du 
front et de la face. 

La region cranienne, qui correspond au cerveau, commence au-dessus des 
sourcils en avant et s etend en arriere jusqu au trou occipital. La face s etend de 
la ligne sourciliere au bord du maxillaire inferieur. 

Ces deux regions, dit Broca, ont des attributions essentiellement distinctes. 
La region du crane correspond au cerveau, organe de 1 inlelligence, centre com- 
mun, des sensations, point de depart de tous les actes volontaires. La face 
comprend les organes des sens et de la mastication, dont les fonctions sont evi- 



TKTE ( ANTHROPOI.OGIE). 5t 

detriment moins nobles que celles du cerveau. Le volume al>solu et le volume 
relatif de ces deux parties de la tete doivent etre etudies avec soin, car on y 
trouve des donnees preciouses sur le degre d activite et de puissance de 1 appa- 
reil cerebral et des appareils d un ordre moins eleve qui sont groupes dans la 
region de la face. 

II faut remarquer tout de suite que la tete osseuse, crane et face, ne corres 
pond pas exactement a son revetement, de sortc que la cephalometrie ne precise 
pas tout a fait les memes points de repere que la craniometrie et que la physio- 
nomie de la face osseuse differe quelque peu de celle du visage. 

L obliquite des yeux des races du type mongolique, par cxemplo, ost propre 
aux parties molles et ne se re trouve pas sur le crane. La cephalograpliie 
(description de la tete) a done une existence propre, distincte de la craniographie 
(description du crane), et qui constituait autrefois la plus grande partie de 
1 ethnographie; c est la aujourd hui un domaine commun aux arts du dcssin. 
a 1 esthetique et a 1 elhnologic. 

Bien avant que Broca tentat de soumeltre a des mensurations precises les 
appreciations des vopgeurs et des artistes, chacun se I aisait une conception 
propre de la valeur des tetes au point de vue des races. Soeimnerring, dont le 
traite d osteologie (Encyclopedic anatomique, t. II) a fait si longlemps autori It- 
dans la science, nous donne sa conception esthetique do la iete, conception qui a 
longtemps prevalu dans 1 art moderne. << L idcal le phis parfait de la beaute est 
une tete offrant un crane aussi grand que possible pour loger le cerveau, avec des 
os aussi petits que possible pour les organes des sens, de la mastication et de 
la deglutition (p. 95). 

Pour ridicule qu elle soil, celte definition d une belle tete, en debors de toute 
idee de proportion et d barmonie, rest e encore 1 ideal d une certaine ecole 
pseudo-anthropologique qui tient plus compte de la masse que de 1 organi- 
sation. 

D ailleurs, il s en faut de beaucoup qu il n y ait qu une seule figure hnniaine 
dont les proportions satisfassent le sentiment arlislique, et Jes anthropometrisies 
qui ont la prevention de donner les lois aux artistes et de faire des Canons 
scientifiques sout tons tombes dans le ridicule. 11 n y a pas un des chefs-d oeuvre 
de 1 antiquite qui reponde a un canon preconcu ; non-seulement les proportions 
reelles du corps varient selon les races, mais encore toute u j uvre d art impli- 
quant un mouvement fait evanouir les chiffres. 

Quoi qu il en soit, Broca, dans ses Instructions ge nerales, a precise les points 
de repere qu il convicnt d adopter pour le crane et pour le visage. La voute du 
crane, qui comprcnd Tocciput et le sinciput, dont le point culminant s appelle le 
vertex, offre dans les cotes les regions ternporales et les bosses parietales. Mais il 
importe tout d abord de determiner la ligne qui separe la voute de la base du 
crane inaccessible sur le vivant; trois points la determment, ce sont ceux que 
nous n avons pas encore cites : la protuberance occipitale situee a la base et au 
milieu de Focciput, le conduit auditif externe et. de chaque cote sur le pro- 
longement horizontal de la protuberance, les apophyses masto ides. Tels sont les 
points de repere determines par Broca pour la mensuration de la ligne qui 
separe la voute de la base du crane. 

La region facials donne comme point de repere la bosse nasale ou glabelle, 
point de separation du front et du nez, c est-a-dire de la voute et de la face. 
C est a cette limite appelee point nasal ou nasion que se prend la longueur de 



5:2 T K T E ( A N T H R P L G I E ) . 

la voute du nasion au basion, au vertex el aux autres points de repere. Broca 
designe sous le nom d ophryon (de 6yp>j;, sourcil) le point sus-nasal situe au- 
dessus de la bosse nasale au milieu de la ligne qui passe par le bonl snperieur 
des sourcils, ligne sourciliere qui etablit en avant la separation du crane et de 
la face. L ophryon est distinct du nasion et de la glabelle. On voit a quelles minu- 
ties souvent necessaires sont subordonnees les mesures cephalometriques. Aux 
articles ANGLES FACIAUX et CRANIOLOGIE, on a donne les documents qui concernent 
les rapports generaux du crane osseux el dc la face (voy. notamment CKAMOLOI;II:, 
p. 682, 689). Ces rapports entre les diverses valeurs numeriques du crane et de 
la face, ces indices, ne different pas sur le vivant, chaque unite tete ou crane 
devant etre augmentee de la menu- quantite ; et, en realite, c est bien la char- 
pente osseuse qui donne a la tete sa conformation generate et sa vraie signification, 
sauf pour [ expression musculaire, pour le NEZ (voy. ce mot), et pour les ouver- 
tures palpebrales et buccalcs. Quoi qu en disent certains auteurs qui risen t a 
1 originalile en prcnant le contre-pied du sens commun, les parties molles 
sont appliquees sur la tele osseuse et la ou la surface ne se conforme pas a 
cette regie, cornme dans le cas dc polysarcie, de bouffissure de la face, d hyper- 
trophie musculaire, il n y a pas de notation precise possible et Ton doit se borner 
a nne simple description. 

En dehors des proportions osseuses relatives, deja etudiees, et de la valeur de 
la tete comme unite de mesure dans les divers canons artistiques, il reste a 
mesurer la bauteur de la naissance des cbeveux au menton et celle de I opbryon 
ou point intcrsourcilicr au point alveolaire superieur. Ces bauteurs, rapprochees 
des diametres bizygomatique, stephanujuc, frontal, donnent les divers indices 
faciaux qui permeltent d apprecier rigoureusement la forme de la face. 

La double equerre cephalometrique, dont un anthropologiste moderne, plus 
naif que savant, a cru pouvoir s attribuer 1 invention et qui est dans les arts d un 
usage babituel, permct de prendre rapidement la valeur de toutes les lignes 
secondaires ; soil line equerre posee sur la tete par sa branche horizontal et 
par sa branche verticale graduee, tangenle a la pointe du nez, le zero au vertex; 
une seconde equerre plus petite, pleine, non graduee, s applique par son extre- 
mile pointue sur les divisions de 1 equerre graduee et donne sur le profil les 
hauteurs desirees. 

Collignon a mesure a 1 aide de ce procede 280 Francais d origines diverses qui 
lui ont donne les proportions moyennes suivantes : 

Fr<iiu;ais. Chinois. 

Hauteur totale de la tele egale a 100 100 

Du vertex a 1 inserlion des cheveux 15,9 18,5 

De 1 insertion a la racine du nez 29,2 32, i 

De la racine a la base du nez 2i,2 16 5 

De la base du nez au menton 30,6 32,4 

A litre de comparaison, j ai place a cote des chiffres recueillis par Collignon 
ceux qui ont ete pris sur des Chinois par 1 expedition de la Novara. En reunis- 
sant les deux seconds chiffres verticaux, il est facile de voir que chez les 
Chinois la hauteur du vertex a la racine du nez est sensiblement plus grande 
(4, 8 pour 100) que chez les Parisiens, et que c est au detriment de la hauteur 
du nez que les proporlions de la face chinoise different d avec celles des 
Francais. 

Quant aux dimensions transversales de la tele vivante, elles ont ete 1 objet 



TKTK (ANTHROPOLOGIE). 55 

de mensurations serieuses portant sur des observations autlientiques en nombre 
suflisant. C est au docteur Collignon, 1 observateur qui a le plus fait en France 
pour la cephalometrie, que nous le devons. On les trouvera dans sa belle Kludr 
anthropome lrique des principales races de France (Bulletin de la Sociele 
d anthrop., 1885). Sur 281 Francais, Geltes, Kymris, Lorrains el Mediterraneans 
la moyenne du diametre transversal maximum a ete de 150, NH millimetres. Get 
anthropologiste distingue a pu etablir enlre ces races des differences nume- 
riques suffisantes pour les caracteriser par la tete. Quelques documents isoles 
confirment d ailleurs ce que nous savons en craniometrie des proportions rela 
tives de la face qui, sauf en cc qui concerne les contours, ne different pas seu- 
siblement de celles que nous fournit la cephalometrie. 

Quant aux dimensions absolues, il 1 aut, pour comparer le crane osseux a la tete, 
augmenter celles du crane de deux unites. 

V ottver lure buccale et la forme des levres sont, malgre leur extreme impor 
tance, un des caracteres ethniques Icsmoins etudies. Les levres n arrivent a leurs 
belles formes esthe tiques quo chez les races appartenant au type caucasique. Les 
races des types mongoliques et plus specialement les Americains u onl qu une 
bordure de levres pour ainsi dire et d une dimension horizontals excessive. Tout 
a 1 oppose, les levres du type elliiopique sont retrousse es et volumineuses. Rien 
qu a ce seul caractere il serait facile de classer une tete quelconque dans un 
des trois grands groupes liumains si universellemcnt reconnus par U s anthropo- 
logistes de tous les temps. 

Alix a fait remarquer que les levres du gorille, projetees en avant par le 
prognathisme de la face, n ont par elles-memes aucune saillie, etque 1 absence du 
rebord muqueux, si exagere chez les negres, etablit une difference notable 
entre les deux organes. La levre supe rieure, ajoule-t-il, n offre aucune trace de 
cette petite fossette mediane qui caracterise la levre superieure de 1 homme. 
Enfin on trouve au-dessous et en avant des narines, sur la base de la levre supe 
rieure, un large espace legerement concave qui est comme la continuation 
exterieure des fosses nasales et auquel Gratiolet a donne le nom d atrium (Bull, 
dela Soc. d anthr., 1869, p. 11). 

La pavilion de I oreille humaine offre a considerer des depressions, des eourbes 
et des reliefs qui sont excessivement variables, mais qui, dans les races humaines 
peu melangees, affectent une grande Constance. Les eourbes sont 1 belix et 
1 anthelix : 1 belix represente la ligne enveloppante plus ou moins ourlee, 
1 anthelix un relief sans ourlet qui peut representer la ligne enveloppee ; les 
autres reliefs sont le tragus, 1 antitragus; on compte aussi trois depressions : la 
conque, la fossette scapboide et la fossette intercrurale ; le lobule de I oreille 
doit etre aussi 1 objet de quelques remarques. 

Les particularity s diffe rentielles du pavilion des oreilles humaines se rappor- 
tent au volume, au degre de rapprochement ou d ecartement du crane, au degre 
de plissement ou de deplissement de 1 ourlet, de 1 belix, a 1 absence du lobule 
ou a sa forme, son volume et son degre d adherence. 

Dans plusieurs de ses ecrits sur 1 anlbropologie de la France, Lagneau a 
signale, en s appuyant sur de nombreux observateurs, et notamment sur Michel 
Cordier et Auzoux, 1 absence ou 1 adherence du lobule de I oreille chez les Cagots 
des Pyrene es. Godron 1 a remarquee chez quelques habitants de la Lorraine 
envahie par les Vandales au commencement du cinquieme siecle et Guyon chez 
les Chaouias ou Kabyles blonds de 1 Aures, que Procope dit etre de meme race 



54 TfiTE (ANTIIKOPOLOGIE). 

que les Goths, mais qui, d apres les travaux de Broca, paraissent plus anciens 
(Bull, de la Soc. d anthr., 1872, p. 626). 

A cette occasion, Prat a fait remarquer que le lobule de 1 oreille en est, au 
point de vue de la fonction, la partie la moins importante, et que cependant les 
liommes paraissent la tenir en grande estime, puisqu ils 1 allongent le plus qu ils 
peuvent en y suspendant differentcs sortcs d ornements: quelques-uns meme, 
tels que les Botocudos, favorisant sa deformation hypertrophique. Gratiolet 
voyait dans le lobule un signe de la dignite humaine ; pour lui, le premier 
caractere de la beslialite etait la disparition de cet appendice et rallongement 
en pointe de 1 arc superieur de J heliee. 

MM. Ch. Fere et Seglas, duns une etude tres-minutieuse qui a porte sur 
1255 sujets pensionnaircs femmes, de la Salpetriere, vieillards, sains d esprit, 
alienes, idiots, ont constate que sur ce nombrc 101 sujets sains d esprit, 
96 alienes, 70 epileptiques et idiots, avaient seuls le pavilion de 1 oreille normal. 
Malbeureusement le tableau trace par les autcurs ne donne pas le nombre de ces 
diverses categories, en sorte que les proportions ne peuvent etre deduites. Cepen 
dant ces auteurs disent : Si les malformations du pavilion de 1 oreille sont 
plus frequentes chez les epileptiques et surtout cliez les idiots qui sont au bas 
de 1 echelle des degeneres, elles ne sont pas notablement plus frequentes chez 
les alienes que chez les sujets sains d esprit . Cette conclusion renverse 1 opinion 
courante accreditee par Morel sur les malformations du pavilion chez les alienes 
(Contribution a I etude des varie le s morphologiques du pavilion de ForeiHe 
humaine, par l ; ere et Seglas; Revue d anthropologie, 1886, p. 226). 

Les memes auteurs, se placant au point de vue de 1 art, ont constate dans les 
salles du musee du Louvre que les Assyriens et les Pheniciens, les premiers 
surtout, gratifiaient liberalement leurs personnages d un lobule tres-volumineux. 
Au contraire, les Egyptiens ne paraissent guere connaitre que le lobule petit et 
soude que Ton trouve sur les statues des rois et des dieux. Un peu plus inslructifs 
sont les documents que Ton peut recueillir en parcourant les salles du musee 
des Antiques. Et cependant la seule conclusion rationnelle que Ton puisse en 
tirer, c est que les statuaires connaissaient, sans y attacher d importance, la 
plupart des deformations de 1 oreille. On y rencontre en effet des lobules plus 
ou moins adherents, indistincts, absents, exageres, renverses en dehors, la pre 
sence du sillon basal, 1 absence de 1 antitragus, le pli transverse de la conque, 
1 absence de 1 helix en arriere, le nodule, la pointe superieure de 1 helix qui, exa- 
geree, semble etre Tapanage exclusif des faunes. 

On pourra rapprocher ces observations de celles de Bdtticher sur les masques 
religieux et la hauteur de 1 oreille dans les oeuvres d art egyptienne, assyrienne 
et greco-romaine (Arcliiv fiir Anthropologie, 1885). 

Isidore-Geoffroy Saint-Ililaire a tire des caracteres empruntes au visage uu 
remarquable parti dans unede ses classifications du genre humain. II en caracte- 
dse les types fondamentaux par la seule consideration des proportions de latete, 
et cette classification est restee classique, a une seule division pres, celle qui 
concerne le type hottentot, qui ne se rapporte pas a une seule race bistorique- 
ment pure, mais a des metis divers de Koikoins avec des Europeens et des 
Bantous. 

Malheureusement quelques esprits brouillons ont detourne cetle expression 
du type de son acception ethnologique primitive, que Broca avait precieusement 
consacree, et ils decrivent des types blonds, kabyles, tartares, allemands ou 



TETE; (ANTHROPOLOGIE). 55 

autres, otant ainsi toute signification a 1 excellente expression dont Geoffrey se 
servait pour designer les divisions primaires du genre humain. 
Voici d ailleurs ce document : 

TABLEAU DES TYPES F03DAMENTAUX DU GENRE HUMAIN (iSIDORE-GEOFFROV) 

! Predominance dcs parlies 
Mipcriuures do la d tr 
(IVont). 
Predominance des parlies 



"Visage 



Large a pommettes proeminentes 1 
ou eurygnalhe ! 



MONGOLIQUE . 



moycnnesilela trlr i |>.ir- 
lies superieures de la 
face). 



i Predominance drv parties 

Proclive ou pro^uathe HI. Type KTHIOPIQUE . . ] infVnrinv- dr h irti> 

f (uiacboiiV!-). 

( l i ri|i>iimi:iM -r des partie: 
Large et proclive ....... IV. Type HOTTENTOT . . . ! raoyennes el infe rieures 

( de la ii ! 

Dans un second tableau, il s empare des caracteres secondaircs et scion leur 
rang hierarchique, selon leur degrade Constance ou d intimite, il arrive, a 1 aide 
des proce des en usage dans les sciences naturelles, a caracteriser les races a 
J aide d un petit nombrc dc traits distinctifs auxquels se joignenl successivemenl 
des traits moins constants, mais encore importants, tels que : la taille, le degre 
de pilosite ct la coloration cutauee, etc. 

Comme ce tableau se rapporte aux traits de la tele, nous le reproduisons ici, 
tout en faisant quelques reserves sur la valeur taxinomique de quelques-uns de 
ces caracteres et sur le sens de quelques expressions inexactes, telles que celle 
de race cafre, qui est une expression arabe signifiant infideles, dont on s esl 
servi pour designer une partie de la grande famille bantu. 

TABLEAU DES RACES HUSUINES SEf.ON ISIDORE-GEOFFROY SAIST-IHLAIRE 

Nezsaillant. .! 1 eau blanche Caucasique 

I I rau cuivree . . . Amencaine (nord). 

Cheveui \ ( f>eal ( uivri e \meric3ine (sud). 

( Yeux un peu obliques. Peau basanee . . . . Ilyperboroeune. 

i Nezdeprime. . . ,j ( Peau jaunalre. . . . Alalaise. 

( Yeux tres-obliques Mongole. 

i i\ez tres-deprime Australienne. 

, / Ncz suillant llalre. 

, D I Merabres drveloppes. fithiopique. 

( Nez tres-deprime. .) F e \ Mcrnbres groles . . . Melanesienue. 

Peau basanee Holtentote. 

Des dix-neuf mesures du visage, reclamees par Broca dans les Instructions 
de la Societe d anthropologie, les suivantes sont seules necessaires : 

1 Longueur totale du visage, distance en ligne droite du point mentonnier 
a la racine des cheveux ; 

2 Largeur totale de la face ou distance bi-zygomatique ; 

5 Longueur faciale superieure ou distance opsico-alveolaire. 

Ces trois mesures donnent 1 indice du visage et 1 indice facial. L indice du 
visage, qui en fait connaitre la forme generale, dit Broca, est le rapport centesi 
mal de la largeur totale de la face a la longueur totale du visage. II permet 
d exprimer en chiffres le caractere si interessant et pourtant si mal determine 
dans la description par les mots : visage allonge ou visage arrondi. Get indice 
n a pas d analogue en craniometrie, ou la longueur du visage ne peut etre 
appreciee. E. DALLY. 



56 TKTRA-. 

1ETE DE CLOU. Norn vulgaire donne aux boutons a fleur ilu I iment de 
la Jamai que. ED. LEF. 

TETE CORNL E on < Oit\l i;i Noms vulgaires du Bidens tripartite L., 
herbe annuelle de la famille des Composees (voy. BIDEJXT). ED. LEF. 

TETE DE MEDi SE. Norn sous lequel Paulet (Traite des champignons, 
II, p. 504, pi. 98, fig. 1-7}) a decrit et figure un Agaric veneneux, voisin de 
la faussc Oronge (Amanita muscaria Pers.). ED. LEF. 

TETE DE MORT. Un des noms vulgaires de Y Antirrhinum oronlium L., 
plante annuelle de la famille des Scrofulariacees, commune dans les champs de 
presque toute 1 Europe (voy. MUFLIER). ED. LEF. 

TETES PLATES. Voy. AMERIQDE, p. 6 IS. 

TETHVS. Nom generique sous lequel Linne a reuni un petit nomhre de 
Mollusques-Gasteropodes-Opisthobranchesqui, par leurs formes etranges, avaient 
excite 1 attention des anciensnaturalistes. Leur corps elliptique, deprime, bombe 
en dessus, tout a fait plat en dessous, est termine anlerieurement par un lobe 
cephalique tres-grand, demi-circulaire et frange sur ses bords. A la partie supe- 
rieure de ce lobe cepbalique sont places deux larges tentacules aplatis, en forme 
tl oreilles dc cbien. La partie dorsalc du corps est pourvue de deux rangees lon- 
gitudinales de branchies foliacees. 

L espece type du genre, T. leporina L., se rencontre dans la Mediterranee. 
Elleest de couleur grisatre, translucide, avec des line oles et des taches blanches. 
Sa longueur moyenne est de 20 a 50 centimetres. Rondelet 1 a representee sous 
le nom de lievre marin. Bohadsch (De quibusdam aiiimalibus marinis, i761, 
p. 54), puisCuvicr (Ann. du Museum, t. XII, p. 265), 1 ont etudiee au point de 
vue anatomique. Ses branchies dorsales presentent des appendices vermiformes, 
qui ont ete decrils comme des Vers parasites sous les noms de Phcenicurus 
varius Rudolph! et Vertumnus tethydicola 0. F. Miiller. En. LEF. 

TETIE. Walkenaer (Voyage, X, 105) signalc sous ce nom une planle afri- 
caine dont la racine et les feuilles, d un gout agreable, sont comestibles et 
reputees stomachiques. ED. LEF. 

TKTINE DE SOI His. Nom vulgaire, en Anjou, du Sedum album L., 
appele aussi Petite joubarbe, Trique-madame, et qui possede, dit-on, les 
memes proprietes que 1 Orpin (voy. ce mot). ED. LEF. 

TETINE DE VM Hi: Voy.. BlBERON. 



TETRA- (ou TETR-) (de Ter/sa, quatre). Prefixe indiquant generalement 
que le meme atome d un corps simple ou le memo groupe moleculaire ou 
radical entre quatre fois dans la composition d un corps, ou s y trouve en pro 
portion quatre fois plus grande que dans d autres corps dont le nom est souvent 
alors precede du prefixe proto-. D apres cela, il est aise de comprendre le sens 
des mots te trabromure, te trachlorure, le trasulfure, tetracarbure, etc. 



TUTRACKKA. 57 

Dans un grand nombre de cas, surtont pour les composes do la cliimie orga- 
ni .|ue, le prefixe Te tra- indique simplement la substitution de 4 atonies d tm 
meme corps simple on de 4 radicaux a 4 atonies ou radicaux de meme atomi- 
cite, etc. Ainsi la tetramethylbenzine n est autre chose que de la benzine, C 6 ll a , 
dans Iaquelle4 atonies d hydrogene se trouvcnt remplaces par 4 groupes methyle 
(CrP). ce qui donne : C 6 I1 3 (CII S ) 1 == G 10 11 U ; de meme le letrametlujkrilbi iir 
resulte de la substitution dc 4 radicaux methyle a 4 alomes d hydrogene du 
stilbene, C"H", d ou resulte le compose C I *H 8 (CH s ) l ==C 18 H M . 

Enfin, dans certains composes, le meme prefixe indique unc polymerisation ; 
aiusi le te trate rebenthene, G 40 H 6 *, n est autre cbosc qu un polymere du tercbcii- 
thene, G 10 H 10 . En effet, C i0 H cl = 4(C 10 II 1C ). L. UN. 

TI;I !:%ISKI\< im:s (Telrabranchiata Owen). Les Mollusques-Cephalo- 
podes, designes sous les noms de Te trabranches, Tetrabranchianx ou Tenta- 
culiferes, sont essentiellement caracte rises par la presence, dans la eavite 
respiratoire du manteau, de quatre brancbies, disposees syme triqucment par 
paires, et d autant de veines branchiales. Les coeurs branchiaux ainsi (jiu- la 
poche a encre lont dc faut. Les bras sont remplace s par mi grand nombre dc 
tentacnles filiformes, lamelleux a leva 1 lace externe et enlouivs a Ifiir base 
d une gaine dans laquelle ils peuvent se rctircr completement. 

Ges Mollusques ne sont plus represente s dans les iners de 1 epoque actuellc 
que par le seul genre Nautilus (wy. NAUTILE). ED. LF.F. 

TEliiAt I;A (Tetracera L.) Genre de plantes de la famille des Dillenia- 
cecs ct du groupe dcs Hibbcrtiees. Ses representants sont des arbustes, j>arfois 
grimpants, a feuilles simples, alterncs, souvont scabres ou rugueuses, surtout 
a leur face infcrieure. Les ileurs, hermaphrodites, (juelquet ois polygames 
par avortement complet du gynecee, sont le pins ordinairement disposees en 
grappes de cymes siiaples ou ramifiees. Ghacune dc ces fleurs presente un calice 
de cinqsepales, unecorolle de cinq petales, et un nombre indefini d etamines. ;\ 
filets dilates vers le sommet et portant une antberc a deux loges plus ou moins 
ecartees 1 une de 1 autre. Le gynecee est forme de un a six carpelles libres, 
renfermant cbacun deux ou plusieurs ovules ascendants. Le fruit, sec ct dehis 
cent, contient une ou plusieurs graines, pourvues d un arille plus ou moins 
de veloppe et d un albumen charnu abondant. 

Les Tetracera habitent les regions tropicales de 1 Asic, de 1 Al riquc, de 1 Ame- 
rique, le nord de 1 Australie et la Nouvelle-Caledonie. 

Plusieurs especes sont utilisees dans leurs pays d origine. Tels sont notam- 
ment le T. tigarea DC. (Tigarea aspera Aubl.), dont la decoction, de couleur 
rouge, est employee a Cayenne contrc la syphilis, le T. Rkeedii DC., especc du 
Malabar dont les feuilles, infusees dans du riz, sont prtconisees en gargarismes 
contre les aphthes, et le T. oblonyata A. S. 11., que Ton emploie en fumiga 
tions, au Bre sil, contre le gonflement de certains organes. 

Au Senegal et en Guinee, on se sert, comme boisson, de la seve abondante 
qui decoule du T. alnifolia \Yilld. (T. potatoria Afz.). 

Enfin, dans 1 Indo-Chine, on emploie les feuilles rugueuses du T. sarmentosa 
Vahl (Actsea sarmentosa Lour., Delima sarmentosa L., Leontoglossum scabrwn 
Hance) pour polir le bois et les vases d etain. ED. LEF. 

BIBLIOGRAPHIE. LINNE. Gen,, n 083. DE CANDOLLE. Prodi:, 1. 1, p. 67. ENDLICHEB. Gen., 



58 TETRAMETIIYLALLENE. 

n" 4756, 4760. BAILLON (H.)- Adansonia, t. VI, p. 259, 280; Hist, des pi., t. I, p. 103, 
129. ROSENTHAL. Synops. pi. diaph., p. 600. 

TETRACHCETES. Voy. DiPTEREs, 755. 

TETRACOSAKE. C 2i H 50 . Carbure derive de Tacetone, transforme e en 
chlorure, puis reduite par 1 acide iodhydrique en presence du phosphore rouge. 
H fond a 51, 1, bout a 243 degres sous 15 millimetres et a pour densite a 1 etat 
liquide 0,7786 a 51,1. L. H.\. 



TETRACRESYLETHYLENE. C 30 H M = C l (C 7 H 7 )*. Resulte de 1 action du 
chloroformc sur le toluene. C est un corps solide, cristallisable, fusible a 
215 degres; il commence a se sublimer vers 180-200 degres. On le fait cristal- 
liser dans la benzine bouillante. L- UN. 

TETRACRYLigUE (AciDE). Norn donne par Geuther a Vacide crotonique 
solide, resultant de 1 oxydation dc la crotonaldehyde ; il esten prismes monocli- 
niques, incolores, fusibles a 72 degres, distillant a 182 degres, solubles dans 
1 eau cbaude. L- H N - 

TETRADECAXE. C 1V I1 3 ". C est Vhydrure de myristyle. Ce corps existe 
dans les petrolcs d Amerique; on le prepare artificiellement en rcduisant par 
Tackle iodhydrique et le phosphore le produit de 1 action du chlorure de 
phosphore sur 1 acetonc tridecylmethylique; il presente une odeur terebenlhi- 
nee, fond a 4,5, bout a 122,5 sous 11 millimetres et a 252, 5 sous 760 milli 
metres, donnc des produits de substitution avec le cblore, n est pas altere par 
le brome, 1 acide nitrique fumant et 1 acide sulfurique. L. UN. 

TETRADECLE. Synonyme de myristyle, le radical de 1 acide myristique, 
dont on connait 1 hydrure C 1 *H l9 .fl = C M fl 30 (voy. TETRADECAJSE). L. HN. 

TETRADECYLE1XE. C U H M . II se forme dans la distillation seche du 
palmitate tetradecylique, bout a 127 degres sous 15 millimetres et se condense 
dans un melange refrigerant en une masse cristalline lamelleuse, fusible a 
12 degres. II a pour densite 0,7745 a 15 degres. L. HN. 

TETRADECl UDEiVE. G 14 H 26 . Carbure homologue de 1 acetylene, prend 
naissance en faisant agir la potasse alcoolique sur le bromure de tetradecylene 
C u H 28 Br 2 . II constitue une masse cristalline, fusible a 6, 5, bouillant a 154 degres 
sous 15 millimetres. II a une tres-grande affinite pour le brome. L. HN. 

TETRAGNATIIES. Voy. ARA1GNEES. 
TETRAHYDROPARACniRIAKISOL. Voy. THALLINE. 

TETRAMETIIY1L ALLEGE. C 7 H 12 . Hydrocarbure de la serie C D H 2n --, 
de rive de 1 isobutyrone. Liquide bouillant a 70 degre s, d une odeur tres-desa- 
greable, se combine au brome, mais ne precipite ui le nitrate d argent, ni le 
chlorure cuivreux ammoniacal. L. HN. 



TETRAMETHYLSUCCINIQUE. 

Ti :TK%.Mi ;Tiivi,.\!nio.\iii.M. Voy. METHYLAMINE. 

I:TKVII:I II*BJI:\/III\K. (C 6 H*) 2 .Az" 2 (Cir ) v . Base obtenue par oxy- 
dation de la dimethylaniline au nioyen du peroxyde de plomb et de Tacide 
sulfurique a chaud. Elle cristallise duns Talcool en belles aiguilles incolores, 
fusibles a 195 degres. On connait I iodo-me thylate et le ckloro-me lhylate, tons 
deux cristallisables, et quelques autres derives. L. HN. 



I EiKANi ill* ijss.\/,i\i;. C^Il^GH 5 ) 1 . Ce corps, encore appele durol, 
s obtient en faisant agir le sodium sur un melange de monobromopscudocumol 
et d iodure demethyle. II seproscnte en cristaux incolores, fusibles a 70-80 de- 
.gres, trcs-solubles dans 1 alcool. L aeide azotique etendu le transforme on acide 
durylique et acide cumidique. 1>- Mix. 

TETRAMETIIYLETITI I.ENE. C 2 (CH 3 ) V . Se forme par action dc 1 iodure 
de methyle sur le trimethylethylene en presence d oxyde de plomb an hydro, a 
une temperature de 210-215 degres. II constitue un liquide, incolore, mobile, 
foouillant a 75 degres, ne se melangeant pas a 1 cau; il a pour densilt 0,712. 
II donnc, par oxydation, de 1 acetonc et des traces d acide acetiquc, et s unit 
directement a froid avec le brome, 1 acide chlorhydrique, 1 aciclc iodhydrique 
t 1 acitle hypocbloreux. L. UN. 



C :i II 12 . Se Ibrme par 1 action du zinc-me- 
thyle sur 1 iodure de butyle tertiaire ou sur le chlorure d acetone. C est un 
liquide incolore, tres-mobile, cristallisable a 20 degre s, bouillant a 9, 5. 

L. UN. 

1 1 i ic \TII i ii vi iiiosi>ii<)Mi u Ce corps est a la trime thylphosphine 

{CIP)"Ph ce que le te tramethylammoriium est a la trimethylamine. La combi- 
naison de la Irimethylphosphine avec 1 iodure de methyle donne naissance a 
Viodure de telramethylphosphonium, (ClPj PliI. L. UN. 



G 18 ll-. L un des ternies d une serie d hy- 
drocarbures resultant de la substitution de radicaux alcooliques a un ou plu- 
sieurs atonies d bydrogene. Le carbure, G 18 !!^, se Ibrme dans la distillation 
seche du produit de 1 action de 1 aldehyde itionochloree sur le xylene du 
goudron de houille. Pur, il est en ecailles incolores, fusibles a 105 et 106 degres, 
peu solubles dans 1 alcool froid, solubles dans Tether et le sulfure de carbone ; 
il distille sans alteration, se combine au brome, donne par oxydalion, au moyen 
de 1 acide nitrique, de 1 acide xylique fusible a 122 degres. Ce corps est 
accompagne d un isomere bouillant a 555 degre s. Si dans la preparation on 
substitue au xylene le paraxylene, on obtient un autre tetramethylstilbene, cris 
tallise en lamelles brillantes, fusibles a 157 degres, en meme temps que le 
meme isomere liquide que ci-dessus. L. UN. 



(ACIDE). G 8 H 11 4 . Isomerique avec 1 acide 
sube rique, se forme en chauffant le bromisobutyrate d ethyle avec de 1 argent 
divise. Get acide cristallise les lames quadratiques, fusibles a 95 degres, solubles 
dans 45 parties d eau all degres, tres-solubles dans 1 eau bouillante, solubles 
dans 1 alcool et Tether. L. HN. 



60 TKTRAOGALLE. 

I II ic VM ill ic \ (JACQ.). Genre de Lauracces, qui a donne son nom a une 
serie des Tetrantberees. Les fleurs sont dio iques ou ca et la polygames. Elles 
ont un periantbe a 6 divisions, et leur androeee, sterile dans les fleurs femelles, 
est forme de 9-12 etamines, inserees autour d un rudiment de gynecee qui peut 
manquer. Leurs antheres s ouvrent par 4 panneaux interieurs. La fleur femelle 
a un gynecee fertile, a ovaire uniovule, surmonte d un style a tete stigmatifere 
dilatee on lobee. Le fruit est une baie, portee sur une cupule receptaculaire 
peu concave, persistante. II y a des Tetranthera a 12, 15, 18, 50 et meme 
56 etamines. Plusieurs d entre elles peuvent avoir des glandes laterales. 
Quelques-unes ont une cupule receptaculaire assez profonde pour cacher la 
moitie inferieure de 1 ovaire ; ou les a nommes Cylicodaphne. On compte pres 
de 100 Tetranthera, arbres et arbustes de 1 Asie tropicale et des portions 
voisines de 1 Oce anie; leurs feuilles sont alternes, penninerves, et leurs fleurs 
reunies au nombre de 4 au moins en une petite ombelle ou capitule, avec un 
involucre de 4-6 bractees. Ces inflorescences sont pedonculees et nees, isole- 
ment ou en nombre variable, d un petit bourgeon axillaire; plus rarement 
elles sont reunies, en une sorte de grappe ou de corymbo, sur un axe comraun 
depourvu de feuilles. 

Le T. laurifolia JACQ. (Sebifera gltitinosa LOCK.), espece asiatique, intro- 
duite en Amerique, a des feuilles et rameaux gorges d une matiere glutineuse 
qui rend mucilagineuse 1 eau ou on les broie. On omploie cette eau contre les 
phlegmasies, les rougeurs de la peau, les affections hysteriques. Les T. citrata 
NEES, glabraria NEES, Roxbiirghii BL. ont les memes proprietes et ne sont 
guere que des varietes de 1 espece precedente. 

Le T. monopetala ROXB., espece de 1 Inde, a une ecorce astringente, qui se 
present contre les diarrbees et dysenteries. Les T. Rumphii BL. elForslenii BL. 
sont recberches pour leur bois, de merne que le T. ferruginea R. BR., espece 
du Japon et de la Cochinchine. On attribue au T. japonica SPREJS-G. des pro 
prietes analogues a celles du T. laurifolia. H. Bs. 

BIBLIOGRAPHIE. JACQ., Horl. schcenbr., I, 59, t. 113. GJJRTN., Fruct. Ill, 225, t. 122. 
NEES, Sijst. Laurin., 508. ENDL., Gen., n. 2059. MEISSX., in DC. Prod?:, XV, p. I, 514. 
- LAMK, Diet, enc.. Ill, 574. MER. et DE L., Diet. Mat. me d., VI, 700. ROSENTH., Syn. 
plant, diaphor., 256, 1112. H. BN, Hist, des pi., It, 440, 464, 480, fig. 256, 257. II. Bs. 

TETRAODOX. Voy. TETRODON. 

TETRA.OGALLE. Les Tetraogalles sont des Gallinaces (voy. ce mot) qui 
par les principaux traits de leur physionomie se rapprochent plutot des Perdrix 
et des Tetras (voy. ces mots et le mot TETRAO.MDES) que des Faisans propre- 
ment dits. Leur bee en el fet est fortemeut busque en-dessus, mais faiblement 
carene, et leur mandibule superieure recouvre largement la mandibule infe 
rieure, leurs narines s abritent en partie sous une membrane e paisse et leur 
tete parait pelite relativement au corps qui est tres-massif et qui repose sur 
des pattes robustes. Celles-ci sont garnies en avant d e cailles imbriquees et 
chez les males portent en arriere un eperon emousse ; elles se terminent par 
des doigts conformes sur le meme type que ceux des autres Gallinaces, le 
pouce etant notablement moins developpe que les doigts anterieurs dont le 
median et 1 externe sont reunis a la base sur une petite membrane. Tous ces 
doigts sont armes d ailleurs de veritables griffes, creusees en gouttieres sur leur 



TETRAONIDES. 61 

face inferieure. Les ailes, de longueur mediocre, sont un peu plus pointues que 
celles des Tetras et des Perdrix, mais n atteigncnt pas neanmoins, lorsqu elles 
sont repliees, 1 extremite de la queue, qui est formee de 18 rectrices et qui 
s arrondit legerement en arriere. 

Le genre Tetraogalle (Tetraogallus Gr.) occupe une aire geographique dont 
le centre sc trouve dans le massif de i flimalaya, mais qui s e tend d une part sur 
leterritoire de la Tartarie chinoise, de 1 autrc sur 1 Armenie et la region du Cau- 
case. II comprend quatre ou cinq especes qui portent cliacune le nom de la 
province ou elle se rencontre particulierement : ainsi le Tetraogal/ns caspius 
vit sur les bords de la mer Caspienne, le Tetraogallus himalaijensis dans la 
chaine de 1 Himalaya, le T. altaicus dans les monts Altai, le T. tibetanus d;ms 
le Tibet proprement dit, etc. 

Le Tetraogalle caspien ou Tetraogalle du Caucase, leplus anciennement connu 
de tous, est intermediaire pour la taille entre la Perdrix et le Grand Coq dc 
bruyere. 

Les Tetraogalles se tiennent, pour la plupart, durant la belle saison, sur Irs 
pics converts de neige, et quelques-uns franchissent meme la limitc superieure 
de la vegetation forestiere, mais a 1 approche de 1 hiver ils redesccndent sur les 
plateaux etdans les paturages, ou ils vivent en petite troupe de 5 a 30 individus. 
Ces troupes sont ordinairement gardees par des sentinellesqui, par uncrid alarme, 
signalent 1 approche du danger, de telle sorte quo la chasse aux Tetraogalles 
presente de serieuses difficultes et exige une grande prudence. La chair de ces 
Gallinaces n a pas d ailleuvs les memes qualites que celle des Faisans ou des 
Perdrix ; elle off re en effet un fumet tres-accentue qui est dii aux herbes, aux 
graines et aux fruits dont les Tetraogalles font leur nourriture ordinaire. On a 
songe cependant a doter nos contrees de ce gibier qui parait bien assez robuste 
pour supporter les hivers de 1 Europe occidenlale, mais jusqu a present les ten- 
tatives failes dans ce sens n ont pas ete poursuivies avec assez de perseverance 
pour donner de bons resultats. E. OCSTALET. 

BIBLIOGRAPHIE. DAVID (A.) etE. OUSTALET. Oiseaux de la Chine, 1877, GOBLD (J.). Birrls 
of Asia, in-4, avec pis. E. 0. 

1 1: 1 ltAO\lii:s. La famille des Tetraonid^ s (Telraonidte Leach) correspond 
presque exactement a 1 ancien genre Tetrao de Linne (voy. le mot TKTRAS). Elle 
comprend un grand nombre de Gallinaces (voy. ce mot) dont la taille varie 
depuis la grosseur d une Caille jusqu a celle d un Dindon et qui ont parfois U- 
tourde 1 oeil denude, mais qui ne portent jamais de grandes caroncules charnues 
sur le sommet ni sur les cotes de la tete. Leur bee est court et robuste, la man- 
dibule superieure se recourbant a partir de la base jusqu a la pointe qui est for- 
tement inflechie et depasse beaucoup la mandibule inferieure; leurs ailes sonl 
amples et arrondies, leurs tarses epais, de longueur mediocre, tantot nus, tantol 
emplumes, et leur queue, generalement assez etroite, est cachee en partie on 
meme en totalite par les couvertures superieures et inferieures qui acquierent un 
developpement inusite. 

Les Tetraonides vivent, pour la plupart, en petiles families durant une grande 
partie de 1 annee et sont les uns monogames, les autres polygames. II se tiennent, 
soil dans les plaines, au milieu des steppes arides ou des plaines cultivees, soil 
sur Jes hautes montagnes, dans le voisinage des neiges eternelles, et se nourris- 
sent de graines, de fruits, de bourgeons et d insectes. Pour nicher ils se conten- 



62 TETRAONIDES. 

tent d une simple depression du sol, a peine garnie de quelques brindilles, et 
pondent un grand nombre d oeufs, a coquille brune, jaunatre ou tachetee. 

Pour quelques auteurs la famtlle des Tetraonides comprend non-seulement les- 
Tetras, les Lagopedes et les Ge linottes, mais les Perdrix, les Caillcs, les Franco- 
lins et les Gangas ; suivant d autres, au contraire, elle ne renferme que les trois 
premiers groupes. II est certain en effet que les Perdrix, les Cailles ct les Fran- 
colins, tout en ayant les memes caracteres essentiels que les Tetras, different de 
ces oiseaux par leurs habitudes, par leur sysleme de coloration et par 1 aspect 
de leurs tarses, qui sont constamment denudes, et d autre part les Gangas 
s eloignent des Coqs de bruyere par des particularites organiques assez irapor- 
tantes pour justifier la creation en leur favour d une famille distinote sous le 
nom de Pteroclide s (voy. ce mot). 

Les Tetraonides typiques (ou Tetraoniens) ont les narines entierement cachees 
sous les plumes fronlales, qui s avancent fort loin sur la mandibule supe rieure, 
les yeux generalement entourt-s d un espace denude et Jos tarses vetus par une 
e tendue variable, caractere qui leur a valu de la part de Vieillot le nom de Plu- 
mipedes. 11s se repartissent en trois groupes, les Coqs de bruyere proprement 
dits ou Tetras (voy. ce mot), les Gelinottcs (voy. ce mot) etles Lagopedes (voy. ce 
mot), groupes dont tons les representants se rencontrent dans I hermsphere boreal. 
An contraire, les Perdicide s ou Perdiciens ou Nudipedes, qui comprennent les 
Perdrix proprement dites (voy. le mot PERDRIX), les Cailles, les Francolins et peut- 
etre aussi les Ithaginrs, sc trouvont les nns clans 1 Europe temperee, d autres dans 
I Airique tropicale, d autres enfin dans le centre de 1 Asie, dans 1 Itide meridio- 
nalc, dans les iles avoisinantes et jusqu en Australia. A cote des Perdrix se 
placent les Roulrouls, petits Gallinaces propres aux iles de la Sonclc et a la 
peninsule malaise, les Odontophorines, qui ont pour patrie Jes regions chnudes 
du continent americain, les Caccabines repandus depuis THimalaya jusqu en 
Europe, en Arabic et en Abyssinie, et les Tetraogalles (voy. ce mot) confine s dans 
les provinces los plus froides de 1 Asie. Au contraire les Turnix, ou Cailles a 
trois doigts, meritcntde constiluer, sous le nom d Hemipodiides ou de Turnicides, 
une famille speciale que certains auteurs rapportent a 1 ordre des Echassiers. 
Tous ces oiseaux, de ineme que les Perdrix, se distinguent des Tetras par leurs 
narines decouvertes, par les cotes de leur tete plus fortement emplumes et par 
leurs tarses et leurs doigts completement degarnis. La plupart d entre eux etant 
1 objet d articles speciaux ou se trouvant sommairement decrits a 1 article GALF.I- 
NACES (voy. ce mot), nous ne parlerons ici que des Ithagines. des Roulrouls et 
des Odontophorines. 

Les Ithagines etablissent a plusieurs egards la transition des Perdrix aux Fai- 
sans, auxquels plusieurs ornithologistes proposent de les reunir ; mais elles 
possedent une physionomie particuliere, grace a la forme lanceole e de leurs 
plumes et aux teintes roses, vertes ou brunes, qui ornent la livree des males. 
Ellcs se repartissent en plusieurs especes, qui depassent un peu, sous le rapport 
de la taille, notre Perdrix grise, ft dont les plus connues sont I lthagine ensan- 
glantee (Ithaginis cruentus Hardw.) de 1 Inde septentrionale et I lthagine de Geof- 
froy (Ithaginis Geoffroyi Verr.) du nord de la Chine. 

Les Roulrouls, beaucoup plus petits que les Ithagines, portent a 1 age 
adulte uno livree noire ou marron chez le male, verte ou brune chez la 
femelle, et ont le derriere de la tete ornee d une huppe de plumes effile es, de 
couleur rouee. 



TETRAPHEISYLETHANES. 6J 

An eontraire, les Odonlophorines, qui sont egalement des Gallinacea de taille 
assez faible, sont plutot remarquables par 1 elegance du dessin de lour plumage 
que par lu vivacite dc leurs couleurs. Leur corps est epais, leur queue courte, 
formec de plumes molles, leur tele de grosseur mediocre, leur bee vigoureux. 
avec la carene dorsale fortement bombee et les bords dc la mandibule inierieure 
denteles. Kn outre dans ce groupc les mules sont depourvus d ergots et ne dif 
ferent guere des femelles sous le rapport du plumage. Ces oiseaux, que Ton 
designe vulgairement sous le nom de Colins, se repartissent en plusieurs genres 
(Odontophoms, Dendrortijx, Cyrtonyx, Ortyx, CalLipepla, etc.), comprenanl 
ensemble une cinquante d especes. Parmi ces cspeces les deux plus connues sont 
le Colin de Virginic (Ortyx virginianus L.) et le Colin de Gulifornie (Oi-lyx on 
Lophortyx californicus Lath.) que Ton voit fre quemment dans les jardins zoolo- 
giques et que Ton a meme essaye, sans grand sucees, d acdimater dans nos 
grandes forets. 

Le Colin de Yirginie on Colin ho-oui a le dessus du corps d un brun rou- 
geatre, ponctue et rayu dc noir et varie dc jaunc, le dessous du corps fauve 
raye do. brun et moire de noir sur les montagnes Rocheuses. Ses moeurs 
et ses allures sont exactement les memes que cclles de notrc 1 erdrix unsc, 
mais son cri est tout particulier et se compose de deux notes plusieurs lois 
repetees. 

Le Colin de California se recounait aisement a sa Icte surmonti i: de quutrc a 
six plumes tres-delie es a la base, elargies a 1 extremite el legerement recourbces 
en avant. II porte un costume beaucoup plus riche que le Colin de Yirginie, sa 
tete, sa gorge et sa poitrine offrant des raies et des plaques d un noir de velours. 
d un jaune soufre ou d un brun marron. Comme le Colin de Virginie il est 
1 objet d une chasse extremement active ct il auruit depuis longtemps disparn 
de 1 aire assez restreinte qu il occupe dans le Nouveau-Monde, si par la rapi- 
dite de ses allures il en reussissait pas souvent a dejouer la poursuite de ses 
ennemis. E. OUSTALET. 

BIBLIOGRAPHIE. ELLIOT (D.-G.). A Monograph of the Tetraonidce, 1864, avec pis. col. 
DEGLASD et GEHBE. Ornithologie europeennc, 2* edit., 1867, t. II, p. 5 2. GRAY ;G.-H.). 
Handlist of Birds, 1870, t. II, p. 263. GOULD (J.). Birds of Asia, in-4 avec pis. col. - 
DRESSER. A History of tlte Birds of Europe, in-4", avec pis. col. E. 0. 

TETRAONl X. Voy. TETRO.NYX. 

TKTR.4i>ni-:\OL. C V M V 0. Derive du carbure hypotbetique tetmt, d apre* 
Limpricht, parait plutot etre une acetone mm saturee. II se forme en soumettant 
le pyromucate de baryuma la distillation seche avec 9/10 de son poids de chaux 
sodee. Liquide incolore, d une odeur parliculiere, bouillant a 52 degres, se soli- 
clifiant par le froid, insoluble dans 1 eau, soluble dans 1 alcool. L. HN. 



C 2 H 2 (C 6 H 5 )*. On en connait deux isomeres : 
1 Tetraphe nylefhane syme trique. II se forme par distillation seche d un melange 
de benzhydrol et d acide succinique, en chauffant a 70 degres pendant six a huit 
heures le benzopinacone avec de 1 acide iodbydrique et du phosphore, par 
reduction du diphenylcarbinol, du benzophenone, etc. Par la reduction de ce 
dernier au moyen de la poudre de zinc, on obtient en meme temps du tetra- 
phenylethylene. On 1 obtient en grandes aiguilles prismatiques, peu solubles 



64 TETRAPIIYLLES. 

dans IVther, solubles a 1 ebullilion dans 128 parties d alcool a 95 degrcs, 
dans 7 parties de benzine; il ibnd vers 206 degres, se sublime sans alte 
ration. II iburnit une serie de derives, entre autres le tetranitrotetrophenyl- 
ethane, Yoclome thijlte tramidotetraphenylcthane, etc., que nous nous bornerons 
a nommer. 

2 Tetraphenylethane dissymetrique. II se produit dans la reduction de 
la p- benzopinacoline etpar 1 action de la benzine sur 1 ethane tetrobrome dissy- 
metrique en presence du chlorure d aluminium. II cristallise en prismes blancs, 
assez solubles dans la benzine, le sulCure de carbone et le cbloroforme, peu 
solubles dans 1 alcool et I e ther, fusibles vers 205 degres, sublimables sans 
alteration. L. IL\. 

TETRAPHENfLGUANiDlNE. C 23 H 21 Az r . Le chlorhydrate de ce corps so 
produit quand on soumet la diphenylamine a un courant de chlorure de cyano- 
gene a 150-170 degres; les alcalis mettent la base en Jiberte. Prismes rhom- 
biques incolores, fusibles vers 130 degres, insolubles dans I eau 4 aisement 
solubles dans 1 alcool et 1 etber ; chauffee avec 1 acide chlorhydrique ou la potasse 
caustique, elle se dedouble en acide carbonique, ammoniaque et dipbenyl 
amine. L. HN. 

TETRAPDENYLIHELAMIIME. C"M 22 Az 6 = C 5 Az 6 H 2 (G a H 5 ) 1 . Produilde de 
composition dc la dyphenylguanidine; d aspect rosineux, elle devient peu a peu 
cnstalline ; ello fond a 217 degres et se dissout dans 1 alcool. L. IL\. 

1 1 i it \IHI:\VI i ici i G 23 A 20 Az 2 0. Se forme en traitant de 200 a 
220 degres le cblorure de diphenyluree par la diphenylamine. Cristaux jaune 
clair, fusibles a 183 degres. L. HA-. 



TETRAPHYLLES. Vers Gestoides, que Ton designe encore sous le nom de 
Phyllobothrides, et dont les caracteres ont ete exposes dans ce Dictionnaire a 
1 article CESTO I DES (voy. l ro ser., t. XIV, p. 562). 

Van Beneden, qui a beaucoup etudie ce groupe, 1 a divise en deux sections : 
les Phyllobothrides, caracterise s par les ventouses inermes, et les Acanthobo- 
thrides, chez lesquels les ventouses sont armees cbacune de deux ou quatre 
crochets chitineux. 

Ces derniers ont pour type le genre Acanthobothrium van Ben., comprenant 
notamment les A. coronatum Rud. et A. Dujardini^nn Ben., qui sont parasites 
des Squales et des Raies. 

Quant aux Phyllobolhrides , ils renferment les genres E chine ibothrium 
van Ben., Phyllobothrium van Ben. et Anthobothrium van Ben. 

Dans les Phyllobothrium, les quatre ventouses, sessiles et crenelees sur leur 
bord externe, ressemblent a des feuilles plissees; elles sont tres-mobiles. Chez 
les Anthobothrium, elles sont en forme de calices et portees chacune sur un 
long pe doncule protractile. L A. cornucopia van Ben. se rencontre fre quem- 
ment dans le tube digestif du Milandre (Galem canis Bon. ou Squalus galeus L.). 
Le Phyllobothrium lactuca van Ben. est egalement une espece commune, qui 
vit dans le tube digestif de I EmissoIe (Mustelus vulgaris Mull, et Henle; 
Galeus asterias Bond.). En. LEF. 



TETRAS. 6i> 

TETRAPH1LLI1VE. VoiJ. TRIPHYLLINE. 

TETRAPOGON. Un cles noms du salsifis, dans Dioscoridc. ED. LEF. 

TETR1PTERES (INSECTES). Aristote, dans son Ilistoire des animan.r. 
dislinguait parmi ceux qui sont depourvus de sang, v* t W, les Insectes, EVTO//. 
correspondant a peu pres aux arlicuJc s de G. Guvier, moins les Annelides ct les 
Crustaccs. Parmi les Ivroua 7^,06, ailes, il signale les iirp^rzoa. et les 
oiTrnpa, ou les insectes a 4 ailes et a "1 ailes. 

Pline et les auteurs qui suivirent jusqu a Aldrovande parlent dt s Insectes 
parmi les Animalia sangitinem non habentia, mais sans ajouter rien de plus. 
Swammerdam avail introduit la grande notion des metamorphoses, mais c est 
a Linne que nous devons, dans la premiere e bauche de son Systema natura-, 
publiee en Ilollande en 1755, la caracteristique du systeme alaire ou des modi 
fications fournies par les organes du vol : 1, 4 ailes dont les 2 superieures 
cruslacees (Coleopteres) ; 2, 2 ou 4 ailes nues (Gymnopteres ou Angiopteres) ; 
5, 4 ailes dont les deux superieures a demi membraneuses (Ilemipteres) ; 
4, point d ailes (Apteres). Linne peri ectionna son sysleme, qui, rcvu ensuite 
par Geoffrey ainsi que par Latreillc, donnc de plus en plus d importance aux 
ailes, a leur presence ou a leur absence, a leur nombre, ainsi (ju a lenr structure. 

Les Insectes tetrapteres ou a quatre ailes offrent aujoui d hui pour la classi 
fication : les Coleoplcres, Orlliopleres, Dermopteres (Forficules), Dyctiopteres 
(Blattes), Ilomopteres (Ci gales), Nevropteres, Ilemipteres, Triehoptercs (Phry- 
ganes), Hymenopteres, Lepidopteres, Rhipiptercs. II s en faut que tousces ordres 
d lnsecles aient ete rigoureusement etablis ; plusieurs ne doivent compter que 
comme divisions sccondaires (voy. COLKOPTERES, ORTHOPTKRES, NEVROPTKRES, 

HYMEiNOPTERES, Ll : :PIDOPTERES, IlliMlPTERES, RlIIPIPTERES et liNSECTES). 

A. LABOULBEiNE. 

n:iKAKHi\tiiiwi;s. Groujie de VersCestoides, qui a pour type le genre 
Tetrarhyiichus Guv., et dont les represcntanls sont caracterises surtout par la 
presence, sur la tete, de quatre trompes protracliles herissees de crochets en 
forme d hamecons (voy. CESTOIDES). 

A 1 etat larvaire ou agame, les Tetrarhynques vivent enkystes dans les Pois- 
sons osseux ; ils deviennent sexnes dans le tube digestif des Squales et des 
Raies, qui out avale leurs boles. G est ainsi que .le Telrarhynchus lingualis Cuv. 
se rencontre, a 1 etat de scolex, dans le Garrelet (Pleuronecles platessa L.), la 
Limande (PL limanda L.), le Flet (PI. flesus L.), et a 1 etat adulte, dans 1 in- 
testin du Milandre (Galeus canis Rood.), du Sagre (Squalus spinax L.) et des 
Raies (Raja clavata L., R. maculala Thomps., etc.). 

Des larves de Tetrarhynques, trouve es dans la vessie natatoire de Poissons 
osseux, ont ete decrites, par Rudolpbi sous le nom generique d Anthocephalits, 
et ensuite, par Cuvier, sous celui de Floriceps. ED. LEF. 

TETRAS. Les Tetras (Tetrao L.), ou Coqs de bruyere, joignent aux carac- 
teres generaux del ordre des Galiinaces (voy. ce mot) et de la famille des Tetrao- 
nides (voy. ce rnot) certains traits qui les differencient des Geiinottes, des Per- 
drix et des Tetraogalles (voy. ces mots). Ils ont le bee epais et crochu, les yeux 
surmontes d une large bande cbarnue et papilleuse, les ailes courtes, la queue 
DICT. ENC. 3 s. XVII. 5 



66 TfiTRAS. 

formee de 18 rectrices, les tarses emplumes sur toute leur longueur, les doigls- 
mis et pectines sur les bords, les ongles obtus et crcuses en goutlieres sur leur 
face inlerieure. Chez ces oiseaux le plumage des femelles adultes ne differe pas 
sensiblement de cehu des jeunes males et offre en general un melange de brun ? 
de fauve, de gris et de blanc ; mais la livree des males adultes est completement 
dissemblable et presente souvent des tons noirs glaces de vert on de bleu, en 
meme temps que certaines plumes caudales acquierent un de veloppement inusite 
et se recourbent en faucilles. 

Repandus a la fois dans les contrees froides et montagneuses des deux hemi 
spheres, les Tetras se tiennc-nt dans les grandes forets et cberchent leur nourriture 
sur le sol. Us sont pulverateurs a la maniere des Ponies. Les males an prin- 
temps se livrent de rudes combats et par leur cbant bizarre et leurs poses 
etranges cberchent a attirer 1 attenlion de leurs femelles. Ils sont polygames, 
comme les Goqs domestiques, et ne s occupent pas de 1 etablissement du nid, 
compose do quelques brindilles et dispose dans une simple depression du sol. Ce 
sont encore les femelles seules qui se livrent a I incubation, qui pourvoient a 
1 entretien des petits et qui veillent sur eux jusqu a ce qu ils soient a??ez forts 
pour chercber leur nourriture. 

Dans nos contrees vivent deux especes de Tetras, le Tetras urogalle (Tetrao 
urogallus) ou Grand Coq de bruyere et le Tetras des bouleaux (Tetrao tetrix) 
que Ton considere parfois comme le type d un genre particulier (Lyrunis). Ces 
deux especes different Tune de 1 autre par la taille plus encore que par le plumage, 
car les femelles et les jeunes, dans 1 une comme dans 1 autre, porlent la meme 
livree variee de fauve, de brun et de blanc, et les males ont un costume sombre, 
d un noir a reflets blcus ou verts, avec des parties entierement blanches ou d un 
gris moire, et les sourcils d un rouge vif. Le Grand Tetras et le Tetras des bou 
leaux se croisent du reste naturellement et donnent des produits qui ont ete 
parfois decrits comme des Tetras d une espece particuliere (Tetrao medius). 
Enfm la distribution geographique du Telrao urogallus et du T. tetrix est ou 
plutot etait a peu pres la meme, car le premier de ces Gallinuces n est plus 
aussi rcpandu qu autrelois etil a deja completement disparu de certaines regions 
ou il etait jadis extremement abondant. Ainsi les Tetras des bouleaux ou Tetras 
Birkbans se trouvent encore en assez grand nombre dans les montagnes boisees 
de 1 Allemagne, en Russie, en hcandinavie, en Sibcrie, en Suisse, en France et 
en Ecosse, tandis que les Grands Coqs de bruyere n existent plus en Auvergne, 
sont assez rares dans les Alpes et dans les Pyrenees et ne se rencontrcnt commu- 
nement qu en Suede et en Norvege. Parlout en el fet ces beaux Gallinaces sont 
depuis longtemps 1 objet d une cliasse extremement active a cause des qualite & 
de leur cbair. 

En Ameiique vivent d autres Gallinaces qui appartiennentau grand genre Tetras r 
mais que Ton a cru devoir distinguer sous les noms de Dendragapus, Canace, 
Falcipennis, Centrocercus, Vedioccetes. Ils se dislinguent par les teintes de leur 
plumage et par la forme de leur queue dont les plumes sont quelquefois disposers 
a peu pres de la meme facon que chez les Faisans. E. QDSTALET. 

BIELIOGBAPHIE. BONAPARTE (Gil.). Americ. Ornithology, avec pi. SWAISSOX et RICHARDSOS 
Fauna bor. Amer., GOULD (J.). Birds of Europe, wee pis. ELLIOT (D.-G.). Monogr. 
Teiraonid., 1864, in-folio, avec pis. DKGLAND el GERBE. Ornilh curop 2 e edit 1867 
t. II, p. 44. - GRAY (G.-R.). Handlist of Birds, 1870, t. II, p. 563.- BKEHM. Vie des ani- 
maux, edit, frang., Oiseaux, t. II, p. 3t)5. p ^ 



TETRETHYLARSONIUM. 67 

TETRASA.CCIIARIDES. Voy. SACCHARIDES. 

TETRASTOME. Sous le nom de Tetrastoma renale, Delle Chiaje (Com- 
pend. di Elminth. umana, Napoli, -1855, p. 15 et 116) a decrit un vcr para 
site, qui aurait ete trouve par le professeur Lucarelli dans le rein d une ierame, 
et auquel il assigne les caracteres suivants : 

Corps oblong, deprime; houche anterieure ; quatre ventouses sitnees a 1 ex- 
tremite posterieure; ouvertnre genitale rapprochee de la bouche. 

Ce ver ne parait pas avoir ete retrouve depuis Delle Chiaje et la description 
que nous venous de reproduire ne permet pas de reconnaitre exactement la 
place qu il doit occuper dans la classification lielminthologique. Aussi n est-ce 
qu avec doule que Cobbold, Kuchenmeinster. Davaine, etc., le rangent parmi 
les Trematodes, dans le voisinage des Polystomes. ED. LEF. 

TETRATEREBEIWIIENE. C 11 GV . Polymere solide du terebenthene, 
obtenu par 1 action du trichlorure d antimoine sur ce carbure. Amorphe, cassant, 
de couleur citrine, tres-transparent, a cassure conclioidale, se ivduit en pous- 
sicre blanche par 1 ecrasement. s electrise par le froltement, presque insoluble 
dans 1 alcool, soluble dans Tether, le sulfure de carbone, le petrole, elc. 11 
devie a droite le plan de polarisation. Sa densite est de 0,977 a dr^iv; il I ond 
au-dessous de 100 degres, s oxyde facilement a 1 air; an dela de 550 degres, il 
se resout en produits plus simples, moins condenses. L. ll.\. 

TETREXE. Synonyme de butylene (voy. ce mot). L. UN. 

TETRETIIYLAMIWOXIUM. La triethylamine en se combinant avec 1 iodure 
d ethyle donne naissance a Yiodure de tetrethylammonium (C-ll" ) AzI, cristalli- 
sable, soluble dans 1 eau et 1 alcool, se dedoublant par la chaleur en ses com- 
posants. On connail un derive, Yoxyde-hydra/e de tetrethylammonium 
(C H 5 )*Az.OH. L. Hx. 

TKiKi:iiavi,AK*o\ii II La triethylarsine en se combinant avec 1 io 
dure d ethyle forme Yiodure d arsenic-e thyle ou iodure de te ireihylarsonium 
(C 2 H 3 )*AsI, cristallisable. Cc corps, traite par 1 oxyde d argent, donne Voxyde- 
hydrate de te trethylarsonium (C 2 Il :i ) As.OH, masse blanche deliquescente, a 
reaction alcaline. 

L iodure de telrethylarsonium a ete experimente par Rabuteau sur les ani- 
maux. Injecte sous la peau des grenouilles a la dose de \ centigramme, il 
provoque une intoxication analogue a celle du curare. A cette dose, qui est 
suffisante pour amener la mort des grenouilles, il y a paralysie des nerfs 
moteurs et conservation de la contractilite musculaire. 

L iodure do tetrethylarsonium et de zinc, a la dose de i centigramme, 
n amene generalement pas la mort. Ces resultats s expliquent : 1 centigramme 
de ce sel double contient 5 milligrammes d iodure de tetrethylarsonium, dose 
insulfisante d apres ce qui a ete dit plus haul. D un autre cote, cette meme 
quantite de 1 centigramme ne contient que 5 milligrammes de zinc, dose egale- 
ment insuffisante. 

A la dose de 2 centigrammes injectes sous la peau du dos en solution dans 
10 a 15 centigrammes d eau, on observe la superposition des deux actions 



68 TETRIQUE (Acini;). 

loxiques : celle de 1 iodure de telrelhylarsonium (poison paralyso-moteur, cura- 
riquc), et celle de 1 iodure de zinc (poison musculaire). 

L iodure de letre thylarsonium et de zinc se comporte done comme un sel 
double, non-seulemeiit au point de vue chimique, mais encore au point de vue 
de son action sur 1 economie animale. II agit a la fois sur le systeme nerveux 
moteur et sur le systeme musculaire. 

Les experiences faites sur les cochons d Inde sont nioins concluantcs, sans 
doute a cause de la quantite insuffisantc de sel double que Rabuteau a cue a sa 
disposition. 11 en resulte toutel ois ce fait remarquable que Ton peut faire 
penetrer dans 1 organisme, a 1 etat de sel d arsonium quaternaire, des quan- 
titcs d arsenic veritablement prodigieuses, qui ameneraient fatalement la mort, 
si elles elaient adminislrees soit a 1 etat d acide arsenieux, soit sous la forme 
d arteniates ou d arsenites. L. UN. 



C n H 22 =C 6 H ! (C*H 3 ) i . S obtienten chauffant dans 
des tubes scellcs a 100 degres un melange dc cblorure d aluminium, debromure 
d ethyle et de benzine. II distille entre 250 et 255 degres. Liquide limpide, 
refringent, d odeur aromatique faible, plus leger qne 1 eau, visqueux a 20 degres; 
elle bout a 251 degres. Elle fournit des derives bromes, nitres, etc. L.IIix. 

TETRYLF. Synoiiyme de butyle (voy. ce rnot). L. Il.\. 

TETRYLENE. Synonyme de btttylene (voy. ce mot). L. UN. 

TETRETHifLPiiOSPllOiMUJi. II est a la trietliylphosphine ce qu est le 
letrethylammonium a la trielhylamine. L iodure (C-JI 3 ) PhI est eu cristaux 
solubles dans 1 eau; on connatt un triiodure (C- H^ PhF , et un oxyde-hydrate 
(OH s ) l Ph.OM. L. Ib. 

IETRET1IYLSTILBIUM. Corps analogue au tetre lhylammonium, et dont 
on obtient 1 iodure par action de la triethylstilbine sur 1 iodure de methyle; ce 
corps (GMi^^bl est en gros cristaux transparents, solubles dans 1 alcool, peu 
solubK s dans Tether. L oxyde d argent le convertiten oxyde-bydrate (C 2 H 5 ) 4 Sb.OIl. 

L. iis. 



CO[Az(C s H s ) s ] s . S obtient en faisant passer de 1 oxy- 
clilorure de carbone dans une solution refroidie de dietbylamine dans la ligroiue. 
Liquide d une odeur agreable, bout a 250 degres. 

TETRIQUE (ACIDE). Ce corps a ete obtenu par Demarcay comme un derive 
de Tether acetylacetique; il hii attribue la formule (C 4 H*0 2 ) 3 H 2 0, qui a pour 
anhydride C^O 2 . W. Pawlov 1 a prepare en cbauffant a 100 degres, en vase 
i-los, 1 ether bromacetylmethylacetique; d apres lui, il aurait pour composition 
C 3 H 6 3 et aurait la constitution d un acide acetylacrylique. 

L acide tetrique est incolore, cristallisable, fond a 189 de^re s, bout a 
260 degres et peut etre sublime dans un gaz inerte. II decompose les carbonates 
ct donne une longue serie de sels. Ces sels sont tous solubles dans 1 eau. On 
connait une serie d homologues de 1 acide tetrique : tels sont Y acide pentique,, 
(Cm 6 5 ) s H 2 ou C 6 II 8 S , cristallisable, fusible a 128 degres, Y acide hexique 
(C 6 H 8 4 ) 5 H 2 ou C 7 H0 S , cristallisable, fusible a 126 degres, etc. L. HN! 



TETRODONTIENS. 69 

TETRODON. Linne a designe sous cc nom les Poissons Plectognatlies 
(voy. ce mot) qui ont les machoires divisces en leur milieu par une suture, de 
telle sorte qu ils sembient avoir quatre dents, deux a la machoire superieure, 
deux a I inferieure. 

Le corps est globuleux, couvert de petiles epines peu saillantes. La nageoire 
dorsale et 1 anale, tres-courtes, sont opposees 1 une a 1 autre et situe*es a la 
partie la plus reculee du corps, pres du pedicule caudal. De memo que les 
Diodon (voy. ce mot) les Tetrodons peuvent se gonfler comme des ballons, en 
avalant de 1 air qui vient remplir une sorte de jabot tres-extensible qui occupe 
tout 1 abdomen et adhere intimement au peritoine. 

Le genre Tctrodon, qui comptc environ 60 especes, est plus parliculierement 
abondant dans les mers tropicales; quelques espeees cependant se trouvent dans 
les eaux douces : lels sont le Tetrodon jahaka qui vit dans le Nil, le T. fluviri- 
tilis, abondant dans les rivieres et Jes eaux saumatres de rindo-Chine, le 
T. psitlacus, qui remonte 1 Amazone jusque tres-loin de son emboucluire. 

De meme que pour les autres Tetrodonliens (voy. ce mot) la chair de beau- 
coup de ces animaux est veneneuse. ll.-E. SAUVAGE. 

BIBLIOGRAPHIE. LINNE. Sijslenia naturce, 1 2 edit., 170(5. CUVIEK. Le rf-giie animal, t. II, 
p. 147, 1817. DUMEKIL(A.). Note sitrun travail de ttibron relatifaux Poissons Plcctognallies 
symnodontes . In Hevuc el Magasin de zoolnyie, 1855. FONSSAGIUVES. Traile d hygiene navale, 
1856. BLECKEII. Alias ichtijologique des hides orientates nrrrlandaiscs, 186 2, 1875. 
GATHER (A.). Cat. Fishes in the British Museum, t. VIII, 1870. Du HEME. An Introduction 
to the Study of Fishes, 1885. E. S. 

TETROioivriEi\S. Parmi les Poissons Plectognathes (voy. ce mot), il 
en est un certain nombre vulgairement designe s sous le nom d Orbes epineux, 
parce qu ils ont la propriete de se gonfler comme des ballons et de pouvoir, en 
cet etat, Hotter a la surface de la mer, le venire en 1 air. Ces Poissons, qui com- 
prennent les genres Diodon (voy. ce mot) et Tetrodon (voy. ce mot), composent 
le groupe des Tetrodontiens. 

Ces Poissons se font remarquer par la brievete de la colonne vertebrate. Une 
autre particularite est le dedoublement des apopbyses epineuses anterieures, 
dedoublement qui porte sur le neurepine et laisse subsister 1 anneau neural, a 
1 e tat de plancher osseux, de telle sorte qu il existe une sorte de spina-bifida 
normal. Les cotes sont rudimentaires. L ossiQcation des os du crane est tres- 
complete. L opercule et le sous-opercule entrent seuls dans la composition du 
battant operculaire; chez les Diodons, le sous-opercule se presente sous forme 
d une lame osseuse; 1 interopercule, plus reduit encore, ne fait plus partie du 
battant operculaire, et n est forme que par une tige tres-grele, logee dans une 
rainure qui existe a la face interne du preopercule. Le nasal n esl, chez les 
Diodons, represente que par une membrane fibreuse, qui conserve les conditions 
histologiques primitives du squelette. 

Au lieu de dents, les bords des machoires sont revetues de lames d une 
matiere semblable a de 1 ivoire ; le bord libre de cette lame est tranchant. 

H.-E. SAUVAGE. 

BIBLIOGRAPHIE. kG\ss\z(L.).Recherches surlespoissonsfossiles, 1833, 1843. DARESTE(C.). 
Recherches snr lespoissons de I ordredes Plectognatlies. In Ann. des sc. nal., t.XlV, 1850. 
DUJJERIL (A.). Note sur un travail inedit de Bibron relatif aux poissons Plectognathes Gymn- 
odonles. In Revue et Magasin de zoologie, 1855. HOLLAED. Memoire sur le squelette des 
poissons Plectognathes etudie au tpoint de vue des caracteres qu il peut fournir pour la 



70 TEUCRIETTE. 

classification. In Ann. des sc. nat., 4 serie, (. XIII, 1857. GATHER. An Inlrcduction to 
the Study of Fishes, J880. 

TFTROL. Formules : j Equivalent : C 8 H 4 . donnd Limprich au 

: C 4 H 4 . 



diacetylene, carbure a peine entrevu, dont on fait deliver un certain nombre 
<le composes appartenant au groupe pyromucique. BOCRGOIN. 

(Equivalent: C 8 H*O l . , . , 

TETROLIQUE (AciDE). Formules : Acide one 1 on 

( Atom. : C^H 4 2 . 

obtient lorsque Ton fait agir une solution alcoolique de potasse sur 1 acide 
monochlorotetracrylique : 

= HClH-C 8 HH)*. 



II cristallise en tablettes rhombiques, transparentes, deliquescentes, ties- 
solubles dans 1 eau, 1 alcool et I ether. II fond a 76, 5 et bout au voisina^r 
de 200 deres. BOURGOIN. 






TI: I I;OM:K v SIIHIM:. \Vurm a retire de la tacbe rouge qui est situt e 
au-dessus de 1 neil du coq de bruyere une matiere colorante rouge violacee, 
dont la composition et la nature sont inconnues. Ce pigment a ete rencontre 
depuis cbez la plupart des invertebres. D aprcs cet auteur, il jouerait cbez ces 
animaux le meme role que riiemoglobine chez les animaux superieurs. La 
telronerythrine est soluble dans I ether, le sulfure de carbone et le chloro- 
forme. RICIIE. 



Lesson a designe sous le nom de Tetronyx des Tortues (voij. ce 
mot) qui different des Emydes en ce que le cinquieme doigt des pattes ante- 
rieures est prive d ongle; le sternum est solide, large, garni de six paires de 
plaques. 

Gomme les Emydes, auxquels ils ressemblent en tous points, les Te 
tronyx habitent de preference les endroits marecageux. On en connait deux 
especes, le Tetronyx de Lesson, qui a la carapace ovalaire, lisse et de couleur 
jaune, le Tetronyx boska, chez lequel la carapace est striee, suborbiculaire, de 
couleur brune; ces deux especes habitent 1 Inde et 1 indo-Chine. 

H.-E. SAUVAGE. 

BIBLIOGRAPHIE. LESSON. Voij. Eel. Zoo/., p. 297. GRAY, lllustr. Ind. Zoo/., t. III. 
DUMERIL et DIBRON. Erpttologie generate, t. II, p. 557, 1835. GRAY. Cat. Tortoises Brit. 
A/us., 18M. E <;. 

TETRUMA. Nom donne, en Guinee, a un arbre d espece encore indelerminee, 
dont les feuilles reduites en poudre sont employe es topiquement pour guerir les 
panaris. E D< LEF- 

TETlf POTEIBA. Nom bresilien d une plante employee comme resolutive 
dans le traitement de 1 hydropisie. Merat et de Lens rapportent cette plante au 
Vilis arbustina de Pison. I,; D 



TEUCRIETTE. Un des noms vulgaires du Veronica teucrium L. (voy, 
VERONIQUE), ED 



TEUTONS. 71 

TELCRUXE. Glycoside extraite par Oglialoro du Teucrium frutlcans. Elle 
ristallise en aiguilles, fond a 228 degres. La formule n en est pas bien etablie; 
elle est C 21 IFO U ou C 21 H 26 U . L. HN. 

TEUCRIUM. Voy. GERMANDREE. 

TEUFFEL (SIEGMUND-JACOB). Medecin allemand, ne a Tuttlingen, dans le 
Wurtemberg, le 15 novembre 1782, fit ses etudes a Tubingue et y fut recu 
docteur sous la presidence de Ploucquet (Diss. d<> Itijdrojie}. En 1805, il devint 
medecin des bains de Wildbad, puis en 1807 passa a Carlsruhe comme medecin 
de la cour, fut nomme en 1808 professeur de cliimie an lyccc ct professeur de 
chinirgie a 1 Institut chirnrgical, en 1811 membre de la commission sanitaire, 
en 1814 medecin particulier du grand-due et premier professeur de medecine 
veterinaire a 1 Ecole speciale, plus lard conseiller intime, directeur de la Com 
mission sanilaire du grand-duche, cbef de 1 administration me dicale, etc. II eluil 
chevalier d un grand nombre d ordres. Tcuffel rcdigea a partir df. IN1I !<> 
Magazin fur Thierheilkunde und thierdrztliche Polizei, el publia divers articles 
sur les eaux de Wildbad, sur la gastromalacie, sur 1 aclion prservatrice d<- la 
belladone a 1 egard de la scarlatine, etc., dans le Schwabischer Merkitn IS(7), 
les Baden. Annalen der Heilkunde (1825), etc. L epoque de sa mort nous est 
inconnue. L. MM. 



Les Amphacanthes ou Teuthis sont des poissons herbivores, 
habitant 1 ocean Indien et la partie onest de 1 ocean Pacifique, reconnaissables a 
leur corps oblong et comprime , convert de tres-petites ecailles; il existe aux 
machoires une seule rangee de dents tranchantes et denticulees; le palais est 
lisse ; les deux nageoires dorsales sont reunies, la nageoire epineuse etant la 
plus developpe e ; les ventrales, formees de deux epines et de trois rayons mous, 
sont thoraciques ; le nombre des rayons branchiosteges est de cinq ; les pseudo- 
branchies sont bien developpees; la vessie natatoire est grancle, echancrde en 
avant et en arriere; il existe cinq on six appendices au pylore. Une particularity 
interessante de 1 osteologie de ces poissons consiste dans la longueur des os 
styloides de leur epaule, qui sont cylindriques el se prolongent, en se recour- 
bant, pour alter s attacher par leur extremite aux premiers interepineux de 
1 anale. H.-E. SA.UV\GE. 

BIBLIOGRAPIIIE. GEOFFROY SAJNT-HILAIUE. Pliilosopliie anatomique, t. I, p. 47). CUVIER. 
Regne animal, 2 C edit., t. II, p. 222, 1829. CUVIER et VALENCIENNES. Hist. nat. des poissons, 
t.X, p. 111, 1835. AGASSIZ(L). Recherches sur les o&sements fossilcs. t. IV, 1833, 1843. - 
MILLER. Berl. Abhandl., 1844, p. 201. GUNTHER (A.). Cat. Fish. Brit. Mus., t. Ill, p. 313, 
1861. . S. 

TEUIXON. Les anciens Grecs designaient sous ce nom le Beta cycla L. 
(voy. BETTE). ED. LEF. 

TEUTONS, en latin Teutoni ou Teutones. Peuple germanique, toujours 
nomme en compagnie des Cimbres ou Kimris (voy. ce mot) par les Anciens, 
venu d Asie a une epoque indeterminee. Pytheas (de Massalie), le contemporain 
d Alexandre, les mentionne de ja comme habitant les cotes occidentals du 
Slesvig-Holstein, 1 embouchure de 1 Elbe et les cotes de la mer du Nord. En 



72 TEXTOR. 

113 avant 1 ere chretienne, un tremblement de terre bouleversa les regions de la 
Baltique, et la mer envahit, de vora les rivages. Les Teutons fuirenl avec leurs 
voisins les Cimbres et vinrent se heurter au nionde remain; ils battireut 
plusieurs fois les Romains, ravagerenl les Gaules, mais finalement furent aneantis 
a Aix, en Provence, en 1 an 102, et les Kimris subirent le mome sort 1 annee 
suivante, en Italie. 

Gependant une partie des Teutons resta dans le pays a IVst <!< 1 Elbe, dans 
un district do ce qui fut le Holstein; Pomponius Mela, Plinc- et Ptolemee, en 
parlent; ils habitaient la region inondeo ct mareeageuse qu occupent actuelle- 
ment les Dithmarschen ou Ditmarsen (marches allemandes) el qui, selon 
J. Grimm et Kit-perl, en soul les descendants. L. HN. 

TEUTRlOK. Norn de la Garance chez les anciens Grecs. ED. LEF. 



Norn sous lequcl les anciens Grecs de signaient I Aristolochia 
lonya L. (voy. AIUSTOLOCHE) . En. LEF. 

i I;\H:I: (J.). Medecin francais, ne a Pe rigneux, dont nous ne savons que 
peu de chose : il etait maitre en chirurgie, membre de la Societe de medecine 
de Paris, chirurgien de premiere classe des armees, chirurgien en chef du Pry- 
tanee francais, membre du jury pour la reception des officiers dc sanle de la 
prefecture de Seine-et-Oise, tout cela avant de venir soutenir a Paris sa disser 
tation inaugurale (Expose sur </uel(]iies maladies qui affectent le testicule 
et ses enveloppes, avec des observations pratiques. Paris, an XII [1804], in-4). 
Sa carriere ulterieure nous est inconnue. 

Texier publia encore une observation interessante sur une tumeur lympha- 
lique volumineusc de ia partie anterieure du cou (Recue d pe riodique de la 
Societe de medecine, t. XI, p. 190, an IX [1807]). 

II ne faut pas le confondre avec un homonyme, recu docteur a Paris en 1822, 
et qui fut me decin-chirurgien de la maison du roi Louis-Philippe et de celle du 
prince royal, me decin de la maison royale de Saint-Denis, chirurgien-major a 
I etat-major des gardes nationaux de la Seine. Callisen attribue a celui-ci un 
opuscule intitule: De lices de la maladie. Moscou, 1809, in-8. L. Hx. 

TEXTOR (CAJETAN von). Celebre chirurgien allemand, ne le 28 decembre 
1782, a Schwaben, dans la Haute-Baviere, d une famille pauvre. II fit ses huma- 
nites dans le couvent des benedictins de Seon et a Munich, puis, en 1804, se 
rendit a 1 Universite de Landshut. Lei, il eut pour maitres Roschlaub, Bertele, 
Schmidtmuller, Tiedemann, Ph. Franz von Wallher, etc. II s appliqua particu- 
lierement a la chirurgie, passa son biennium practicum a Munich et fut recu 
docteur a Landshut en 1808. L annec suivante, il se rendit a Paris, aux frais 
de son gouvernement, et attira sur lui 1 attenlion de maitres tels que Percy et 
Boyer. Apres un sejour de deux ans dans cette capitale, il entreprit avec Pohl 
un voyage pedestre dans le midi de la France, la Suisse, les Alpes et 1 Italic. II 
s arreta quelque temps a Pavie, ou enseignait le celebre Scarpa, et a son retour 
d ltalie passa six mois a Vienne, ou il suivit 1 enseignement de Beer, Rust, 
Kern, etc. De retour a Munich, en 1815, il fut nomme medecin en second a la 
section de chirurgie du nouvel hopital general et en 1814 se presenta au 
concours d Etat. 



TEXTOR. 73 

La reputation que Textor acquit en peu de temps pour son habilete operaloire 
le fit nommer en 1816 professeur de chirurgie et de clinique chirurgicale a 
I Uiiiversite de Wurtzbourg ct chirurgien en chef a 1 hopital Julien. En 1832, 
ses idees liberalcs le firent exiler de Wurtzbourg comme tant d autres. II passa 
deux annees a Landshut en qualitc dc directeur de 1 Ecole chirurgicale, puis fut 
autorise a reprendre ses anciennes fonclions a Wurtzbourg. II les rcmplit a son 
honneur jusqu en 1855 ; il ne conserva alors que la chaire de chirurgie the orique. 

Textor mourut a Wurtzbourg, le 7 aout 1860, d emphyseme et d oedeme 
seniles des poumons. 

On peut dire, avcc ses biographcs, que Textor connaissait egalemcnt bien 
toutes Jes parties de la medecine operatoire, qu il etait en quclque sorte spccia- 
liste pour chacune d entre elles; il fit un tres-grand nombre de resections; il se 
servait surtout de 1 osteotome invente par son eleve B. Heine et donl il vulgarisa 
1 usage. Une desarticulation de la cuisse executee en 1841 avec le plus grand 
succes, puisquc Topere survecut an chirurgien, altira sur lui 1 attention du 
monde savant. Par son Neuer Chiron, recueil pcriodique qu il fonda en 1 82 1 
et redigea jusqu en 1827, il fit faire de grands progres a la chirurgie ct pro- 
voqua des reformes salulaires dans diverses branches de celle-ci. Admirateur 
passionne dc Boycr, il vulgarisa en Allemagne les idecs et les doctrines du sav;uil 
chirurgien francais ; il traduisit en allemand le traile dc chirurgie de celui-ci 
(Wurtzbourg, 1818-1827, 2- edit., 1854-1841). II fut l un des membres ibn- 
dateurs de la Physikalisch-medicinische Gesellschaft de Wurtzbourg. Les 
honneurs et les distinctions ne lui manquerent pas; a 1 epoque de sa mort il 
etait conseiller intime et decore de la plnpart des ordres allemands. II etait 
membre d une foule de societes savantes allemandes et etrangeres. 

Outre une multitude d articles dans les journaux de medecine, Textor a public 
plusieurs ouvrages importants et un grand nombre d opuscules academiques. 
Nous citerons : 

I. Ueber die Lungenschwindsuchl. Eine pathologisch-therapeutische Inaugural- Abhand- 
Iwiy. Landshut, 1808, in-8. II. Proyr. fiber die Ursachen des Nichlauffindens der 
Harnblasensteine nach gemachtcr Operation der Lithotomie. \Viirzburg, 1817, in-8. 
III. De chirurgiae statu actuali. Progr. I et II. Vircebnrgi, 1831-1852, in-i. IV. Grund- 
ziige zur Lehre der chirurgischen Operationen, die mil bewaffneler Hand iiiilcrnonnnci/ 
werden. Wiirtzburg:, 1854-1835, in-8, pi. V. Progr. de aneurysmatibus sanandis. 
Virceburgi, 1835, in-4; P. II, ibid., 1839, in-4. - - VI. Progr. de resectione osshtnt. 
Virceburgi, 1855, in-4; P. II, 1857, in-4; P. Ill, 1839, in-4. VII. Progr. de sic dido 
aeris periculo in venis. Virceburgi, 1855, in-4; P. II, 1857, in-4; P. Ill, 1858, in-4. 
VIII. Progr. de antri Highmori morbis. Virceburgi, 1830, in-4. IX. Progr. de intermit- 
tente febri traumatica perniciosa. Yirceburgi, 1850, in-4. X. Progr. de instrumento 
Heurleloupiano. Virceburgi, 185G, in-4. XI. Progr. de amputationis e.rtremitatum statu 
actuali. Virceburgi, 1857, in-4. XII. Progr. de apparatus alti praestantia. Virceburgi, 
1837, in-4. XIII. De instrumenlarits chirurgicis. Progr. Virceburgi, 1857, in-4. 
XIV. Progr. de caslratione. Virceburgi, 1838, in-4. XV. Progr. de capitis vulneribus. 
Virceburgi, 1858. in-4. XVI. Progr. dc apparatu inamovibili Francogallurum in sanandis 
fractuns. Virceburgi, 1839, in-4. XVII. De maxillarum exsectione partiali. Progr. 
Virceburgi, 4841, in-4. XVIII. Progr. de statu nosocomiorum Parisiensium actuali. 
Virceburgi, 1841, in-4. XIX. Ueber wiedererzeugung der Knochen nac/t Reseclionen beim 
Menschen, nebst einer tabellarischen Ucbersicht aller Reseclionen, luelche scit IStil im 
k. Julius-IIosp. tu Wiirz-burg gemacht warden sind. Progr. beim Anlrilt. des liectorats. 
Wiirzburg, 1842, in-4 ; 2 Aufl., ibid., 1845, gr. in-8. XX. Jahresberichte fiber die in der 
chirurgischen Klinik und Ablheilung des Julius-Hospital behandelten Krankhciten und 
verricliteten Operationen, 1810-1829, publics dans le supplement a la Neue Wurzburger 
Zeitung. Les rapports annuels suivants, de 1850 a 1839, parurent dans Bayerisches mcd. 
Correspondenzblatt, n 05 40, 41 et 42, oct. 1845. XXI. Ueber die Nichtnothwendigkeit der 
Trepanation bei Scltadeleindriicken. Progr. Wurzburg, 1847. XXII. Oa peut consulter 



74 TEYTAUD. 

sur Textor une notice par Rubach dans Sitzungsberichte der physik.-med. Gesellsch. zu 
Wiirzburg fur das Jahr 1860, p. xxxiij, et autre plus complete dans Langenbeck s Archiv 
fur klin. Chirurgie, Bd. I, p. 492, 1861. 

TEXTOR (BENOIT). Medecin du seizieme siecle, ne a Pont-de-Yaux, pro 
vince de Bresse. La date de sa mort nous est inconnue. Oil cite de lui : 

I. Slirpium differentiae ex Dioscoride secundum locos communes. Paris, 1534, in-12. 
II. De cancro, ejus natura et curalione, liber. Lyon, 1550, in-8. III. De la maniere de 
se preserver de la pestilence et d en guerir. Lyon, 1551, in-8. A. D. 

TEXTORIS (JOSEPH-BONIFACE), Medecin distingue de la marine francaise, 
vint au mondea Toulon, le 24 fevrier 177.1; son pere, medecin de marine tres- 
estime, lui inspira le gout de la profession. En 1787, il entra comme chirurgien 
auxiliaire dans les hopitaux de la marine, et pendant son service a 1 infirmerie 
du bagne fut atteint d un typhus grave. En 1790, il s embarqua sur la Minerve 
en qualite d aide-chirurgien. 11 prit part alors successivement a plusieurs cam- 
pagnes et en 1798 il revint de 1 expedition de Venise comme chiruigien en chef 
du vaisseau le Tonnant. Promu le 2 juin 1801 au grade de chirurgien entre- 
tenu de premiere classe, obtenu comme les precedents au concours, il rerut 
1 ordre de se rendre a Gadix et dirigea en chef les hopitaux d Algesiras. En 1802, 
il etait de retour au lazaret de Toulon. L annee suivante, il se rendit aMontpellier 
pour prendre le bonnet de docteur; sa these, fort remarquable, avail pour titre : 
Dissert, sur le scorbut (Montpellier, an XI, in-4). Peu apres, il fut nomme 
medecin en chef de 1 armee navale reunie a Toulon. En 1805, il prit part avec 
1 escadre a 1 expedition des Antilles, et au retour a la bataille de Trafalgar, 
pendant laquelle il deploya une activite et un zele extraordinaires. En 1807, il 
s embarqua pour la derniere fois, et demanda peu apres a servir dans les hopi 
taux maritimes. Lorsqu en 1812 se formerent les ecoles speciales de marine, 
il fut nomme chirurgien-major du vaisseau le Duquesne qui etait, au port de 
Toulon, affecte a 1 instruction des nouvcaux eleves de la marine; cet emploi fut 
supprime en 1815, en meme temps que 1 institution. En 1816, le service de 
sante de la marine, au port de Marseille, lui fut confie, et la meme annee la 
.Societe de medecine de cette ville le recut dans son sein. II y lut le 21 juin 1817 
un important : Apercu sur la contagion, qui fit tant de sensation que Keraudren 
le communiqua au Journ. univ. des sc. medicales (t. VI, p. 277, 1817). En 
1821, Textoris devint, bien tardivement, chevalier de la Legion d honneur. La 
meme annee, il lut a la Societe de medecine de Marseille son Apercu sur la 
fievrejaune, public par Roux dans le n 5 de YObservateur des sc. me d., 
et de plus sous le titre de Considerations sur ... dans le Jonrn. univ. des sc. 
me d. (t. XXIV, p. 257, 1821). En 1825, il presida la Societe. En 1824, il y lut 
par fragment une tude sur les eaux, qui parut dans VObservateur des sc. 
me d. et a part (Marseille, 1826, in-8). Ge savant medecin mourut a Neoulles 
(Var), le 3 septembre 1828. 

Textoris etait, a 1 epoque de sa mort, second medecin en chef honoraire de la 
marine royale; il etait membre de la Societe medicale d emulation de Paris et de 
di verses societes savantes. L. U K . 

TETTAUD (FR.). Chirurgien francais, ne vers 1750. Sa carriere nous est 
a peu pres inconnue ; il exerca son art a Paris et jouit d une certaine reputation 



THABET-BEN-CORRA. 75 

pour le traitcment des maladies veneriennes. II fut chirurgien d un regiment de 
la garde nationale. On a de lui : 

I. Traite de la gonorrhe e et des maladies des voies urinaires qui en sont la suite, dans 
leqael on indique de nouvelles bougies medicamenteuses pour les yuerir. Paris, 1781, in-8; 
2" edit., ibid., 1791, in-8; 5 edit. rev. et augm., avec 3 pi., ibid., an VI (1798), in-8. Trad, 
en allem. par A. II. Jlinze. Liegnitz et Leipzig, 1801, in-8. -- II. Inalrwlion pour les 
personnes affectees de gonorrhees rebelles, etc. Paris (s. d.), in-8. III. Propositions sur 
quelquunes des maladies des voies urinaires. Paris, 1805, in-4". L. UN. 

i il %BI;T :\-< OKI:* (AROUL-HASSA.N). Vulgairemenl connu sous le nom 
<le Thebit, naquit a Harran en 826 de notre ere, el mourul a Bagdad en fevrier 
901. Harran etait une ville de Sabe isme, et telle Ail la religion de Thabet. 
Harran etait encore une ville de culture du grcc, et ce fut sans doule a eel 
heureux hasard de sa naissance que Thabel dut de marcher a la tele des grands 
traducteurs tels que Honein ct Costa, qui livrerent directement aux Arabes la 
science de la Grece. II est vrai qu il traduisil moins que Honein, mais plus que 
osta. Honein exploita surtoul le domainc medical de la Grece el ne s avenlura 
que rarement sur celui des sciences dites exaclcs. II en fut tout autremenl de 
Thabet, ct on peut dire que sa tache etait plus difficile. Le domaiue de la 
medecine avail etc deja defriche par 1 ecole de Djondisabour, mais on avail peu 
travaille sur celui des malhematiques et de 1 aslronomie. D aulre part, nous 
avons des renseignemenls qui atteslent la superiorite de Thabet. Parmi les 
nombreuses traduclions revisees par lui, on en compte quelques-unes dt -ja faites 
par Honein. Mais il y a plus. Cette superiorite etait rcconnue par les Arabes. 
Nous lisons dans Hadji-Khalfa. numero 11,412, que, sans les traductions arabes 
de Thabet, les livres de science seraicnt resles lellre morle, vu I iguorance oii 
Ton etait de la langue grecque. 

Thabet exercait a Harran la profession de changeur quand il y fut rencontre 
par Mohammed-ben-Moussa-ben-Chaker, a son retour du pays grec. Mohammed- 
ben-Moussa, le plus eminent des trois fils de Moussa-ben-Chaker, etait lui-meme 
un savant mathemalicien et ne se bornait pas a favoriser les traductions du 
grec. II entretonait des traducteurs parmi lesquels figuraient Honein, son fils 
Hobeich el Thabet, pour lesquels il depensait par mois cinq cents pieces d or. 11 
mmena Thabet a Bagdad, lui donna les moycns de s instruire el I inslruisit 
lui-meme. Thabet cultiva notamment 1 aslronomie, fit des observations sur le 
cours du soleil, et fut admis parmi les astronomes du khalife. Avant son avene- 
menl au trone, Molhaded avail recu des lecons de Thabel. Une fois khalife, il 
lui continua son intime amitie, el le faisait passer avant ses vizirs. Thabel 
culliva toutes les sciences connues alors, etses descendant se montrerent dignes 
<le lui pendant plusieurs generations. Sinan, fils de Thabet, devint medecin en 
chef de Bagdad, el fut charge d iuspecter ses confreres. 

Nous avons dit que Thabet cultiva particulierement les mathemaliques et 
1 aslronomie. Ce n esl pas ici le lieu de nous elendre sur ces Iravaux. Nous nous 
bornerons a dire qu il Iraduisit plusieurs ouvrages de chacun des auteurs sui- 
vanls : Apollonius de Perge, Archimede, Aristote, Autolycus, Euclide, Hypsicles, 
Nicomaque, Pappus, Ptolemee, Theodose. Nous ajouterons qu il composa aussi 
un grand nombre d ouvrages de son cru sur les mathemaliques. Le texte de 
plusieurs nous est parvenu et quelques-uns ont etc traduits en latin. 

Thabet traduisit une vingtaine d ouvrages de Galicn, mais generalement 
publics sous la forme d abreges. Te sont les trailes suivanls : Commentaire 



76 THACKRAII. 

sur les eaux, les airs et les lieux, d Hippocrate. Les aliments. L art de 
gue rir. L art medical. Uatrabile. Les elements. La generation 
du foetus. Les jours critiques. Les maladies aigues. Le marasme. 
Uanatomie de la matrice. L excellence de la me decine. La naissance 
a sept mois. Les organes souffrants. La ple thore. Le pouls, plusieurs 
traites. Les purgatifs. La saigne e. Les simples. Le mauvais tem 
perament. 11 revisa la traduction du Traite des plantes attribue a Aristote, 
deja faite par Ilonein. 

Tels sont ses ouvrages originaux, dont quelques-uns seraient peut-etre aussi 
des traductions de Galien negligees par les biographes : Du repos entre les bat- 
tements des arteres. De I arthrite et de la goutte. De Vexercice de la 
boule. Du moment favorable a la conception. De I hygiene. De I ictere. 

Des maladies et de leurs genres. Des maladies des reins, de la vessie et 
des testicules. Exhortation a r etude de la me decine et de la philosophic a 
son tils. Classification des medicaments. Du dosage des medicaments. 
Questions de me decine. Questions que le me decin doit adresser au malade. 

Des temperaments. De la variole et de la rougeole. Du vitiligo. 
De la vision et des maladies de l ceil. Combien y a-t-il de personnages 
(ayant porte le nom) d Hippocrate. Ce litre a etc singulierement defigure par 
Casiri, qui a YU la des nombres pythagoriques. 

Nous citerons encore : De V anatomic du heron. Du feu produit par le choc 
de deux pierres. Pourquoi I eau de la mer est sale e. 

En resume, Thabet, propagateur ardent de la science grecque et grand mathe- 
malicien, a peu laisse de traces dans 1 liistoire de la medecine, avec ses traduc 
tions abregees de Galien et en 1 absence d ouvrages de longue baleine. II n y 
avail pas la de quoi provoquer la curiosite de Gerard de Cremone. L. LECLERC. 

nit* mi; (JAMES). Medecin americain, ne en 1754 dans le Massachusetts. 
II servit d abord dans 1 armee revolutionuaire, et tint un journal exact des 
evenements qu il fut a meme de voir; ce journal, public depuis, a reudu de 
grands services au point de vue de 1 bistoire de cette epoque. II exerca ensuite 
son art a Plymouth (Massachusetts) et mourut le 24 mai 1844. II etait fellow 
de 1 Academie americaine et membre de plusieurs Societes savantes. 

Thaober est bien connu des personnes qui s occupent de la biographie ameri 
caine par son : Americal Medical Biography, or Memoir of Eminent Physi 
cians who have flourished in America. To ivhich is added a Succinct History 
of Medical Sciences in the United Slates from the First Settlement of the 
Country. Boston, 1828, 2 vol. in-8, portr. On a encore de lui: 

I. The American New Dispensatory, containing General Principles of Pharmacentic 
Chemistry, etc. 4 lb Edit. Boston, 1821, in-8 (la l ro edit, date de 1810). II. Observations 
on Hydrophobia produced by Bite of a Mad Dog or other Rabid Animal, etc. Phymouth 
in Mass., 1812, in-8. L. HN. 

IIIACKRAII (CHARLES-TURNER). Chirurgien anglais, membre du College 
royal des chirurgiens de Londres, praticien tres-recberche a Leeds, oil il avail sa 
residence, mort de phthisie pulmonaire le 23 mai 1855. II a public plusieurs 
ouvrages inte ressants par les sujets qu ils traitenl : 

I. An Inquiry into the Nature and Properties of the Blood, as Existent in Health and 
Disease. London, 1819, in-8; New Edit., ibid., 1824, in-8. II. Lectures on Digestion and 



TIIAER (L ES DEUX). 77 

Diet. London, 1824, in-8. III. The Effects of the Principal Arts, Trades and Professions 
... on Health and Longevity. London a. Leeds, 1851, gr. in-8; edit. 2, ibid., 1852, in-8. 
Trad, en franc;- : Infl. des arts, des milters, des professions. . . sur la sanle et la longdvite. 
Londres, 1852, in-8. IV. Cholera, its Character and Treatment. Leeds a. London, 1852, 
in-8". L. IIx. 

I llllll I DE FLORENCE. I //. TADDEO. 

ill \IIIA (ADOLF-GEORG-JACOB von). Chirurgien allemand distingue, no* le 
15 juillet 1829 a Tremsbiittel, dans le Holstein, fit ses premieres e tudes a 
Altona, puis en 1848 servit comme volonlaire dans le corps de Hautzau, pendant 
la guerre du Danemark. 11 se fit alors immatriculer a Heidelberg et eut la pour 
maitres Ilenle, Delffs, Nulm, Chelius, Pfeufer. II rcvint ;i I Universitdde Kiel vers 
la fin de 1851 et y suivit les leconscliniquos de Slromeyer et de Frericlis; enfin 
il fut recn doctcur en 185o (Diss. de genii luxationibns spontaneis). 11 visita 
ensuite les Univcrsites de Breslau, de Prague et de Vienne, et a son retour a, 
Kiel devint Vassistent d Esmarch. Deux ans apres, en 1856, il lit un voyage en 
France et en Italic aux frais de son gouvernement et a son retour ecouta a Berlin 
les lecons de Langenbeck et de de Graefe. 

Thadense fit agreer, en 1857, privat-docent a Kiel, supplda Esmarch et dirigea 
1 enseignement clinique, t onctionna comme adjoint a la clinique obstetricale, 
s appliqua ensuite par lieu lie rement a 1 anatomie chirurgicale et quitta Kiel en 
1861. 11 prit la direction du service chirurgical de 1 liopital d Altona, qu il 
contribua beauconp a ameliorer. 11 prit une part tres-active aux travaux de la 
Societe medicale de llambonrg, qu il presida plusieurs fois, a ceux d Gongres 
;mnuel dc chirurgie de Berlin, etc. En 1867, il fut decore de 1 ordre de la Cou- 
ronne el en 1874 obtint le litre de conseiller. 

En 1868, Thaden ressentit les premiers symptomes alarmants de phthisic pulmo- 
naire; pendant les dcrnieres annees de sa vie, il entreprit des voyages dans 1 Ame- 
rique du Sud ; il se brisa la cuisse par une cbtite durant 1 un d eux. Thaden 
mounit a Altona le 7 deeembre 1879. Ses principaux travaux sur la coloto- 
mie, sur la spondylite de fonnante, sur un cas de destruction periphe rique 
spontane e de calculs urinaires, sur la fracture de la grosse tuberosite dans 
la luxation de i humerus, sur les lesions des vertebres, ont ete publics dans 
Langenbeck s Archiv, t. IV, VII et XV11I, d autres dans la Deutsche Zeitschr. f. 
Chirurgie, t. V, enfin celui sur la deformation du ventricule gauche du cceur, 
dans Henle u. Pfeufer s Zeitschrift, t. XXIII, etc., etc. L. UN. 

THAER (LES DEUX). 

Tbaer (ALBRECHT). Medecin et economiste allemand, ue a Celle (llanovre), 
le 14 mai 1752, recu docleur a Gottingue en 1774. II exerca tout d abord 1 art 
de guerir a Cellc, oil il fonda en 1789 un institut agronomique ; il entra en 1804 
an service de la Prusse et fonda en 1806 le celebre inslitut agronomique de 
Moglin, eleve en 1824 au rang d Academie royale; il fut nomme en 1807 con 
seiller d Elat, en 1810 professeur ordinaire d economie rurale a 1 Universite de 
Berlin, et se demit de ces fonctions en 1817. Le nom de Thaer est attache a 
une foule de fondations utiles; tous les honr.eurs, toutes les de corations vinrent 
le trouver. Get homme eminent mourut a Moglin le 25 octobre 1828. On a de lui : 

I. Diss. inauy. De actione systematis nervosi in febribus. Gottingse, 1774, in-4*. II. Une 



78 THALASSICOLLES. 

foule d ouvrages et de memoires relatifs a I cconomie rurale, a 1 amelioration des races d ani- 
maux domestiques, des brebis en particulier, et un recueil periodique, les Moglinsche 
Annalen der landwirllischaft. Berlin, 1809-1814, 14 vol. in-8, recueil continue par Korte. 

L. UN. 

Thaer (ERNST- ANDREAS). Fils du precedent, naquit a Celle en 1792,selivra 
;t la medecinc et fut recu docteur a Heidelberg en 1814. 11 exerca son art a 

c 1 

Berlin, ou il mourut prernaturement de phthisie pulmonaire le 11 mai 1837. 
On a de lui : 

I. Diss. inang. sistens casum epilepsiae per magnetismum animalem maximopere levatae. 
Heidelb., 1814, gr. in-8. II. Un grand nombre d articles dans Hecker s litter. Annalen 
der Heilkunde, Hufetaiid s Journal der Ileilk., et en particulier dans Casper s Wochenschr. 
fiir Heilkunde, dont il i ut 1 un des redacteurs depuis 1835. L. HN. 

TllAL, (RASMUS-SAMUEL). Medecin d;mois, ne a Copenhague le premier 
Janvier 1785, etait le lils d un chirurgien estime. 11 prit ses grades a 1 Academie 
de chirurgie en 1808, servit dans 1 armee, fut charge du cours de chimie a 1 Aca- 
demie de chirurgie en 181 2, nomine chirurgien en chef de 1 hopital general de 
Copenhague en 1814, professeur exlraordinaire de 1 Universite en 1829. Tous 
les honneurs lui furent accordes. Lorsqu en 1842 il se demit de ses fonctions 
de chirurgien de I hopilal, il devint conseiller d Etat. 11 a public un grand nombre 
d arlicles et de memoires] sur divers sujets de chirurgie : abces du bras, du 
scrotum, calcul vesical trouve dans une cavite derriere les ligaments generaux 
de la region hypogaslrique (memoire public separemenl ;i Paris, 1825), hemo- 
philie, pied-bot, amputations, destruction suppurativc des reins, etc., dans 
Ada Reg. Soc. med. Havniensis, DM. for Lager, Journ. for Med. og Chir., 
etc. II inventa une nouvelle scie (Account of Prof. Thai s Rotation Saw, Newly 
Invented, in Edinb. Med. a. Surg. Journal, t. XIX, p. 55, 1823). L. UN. 

THALASSICOLLES. Ordre de la classe des Radiolaires; animaux isoles, 
u ayant pas de squelette, ou dont le squelette est forme simplementde quelques 
spiculesepais, autour d une capsule centrale spherique. Cette capsule, entouree 
par une membrane resistante, elastique et incolore, renferme un endosarque dan^ 
lequel se trouvent un noyau arrondi et de grosses vacuoles remplies de liquide et de 
granules graisseux. Autour de la capsule est 1 ectosarque creuse aussi de grandes 
vacuoles, et emettant de nombreux pseudopodes radies qui s anastomosent fre- 
quemment entre eux. Dans 1 ectosarque il existe egalement des petites cellules 
jaunes nucleees, que Brandt etGeddes regardent commedes algues parasites (Phi- 
lozoon) ; ce serait la un cas de symbiose analogue a celui qui s observe entre les 
Algues et les Champignons dans les Lichens. Chez les Thalassicollcs proprement 
dits il n y a pas de squelette; les Thalassospherides ont un squelette forme de 
nombreux petits batonnets disposes tangentiellement a la surface de la capsule; 
les Aulacanlhides ont certaines parties du squelelte tangentes a la capsule cen 
trale, et les antres disposees comme des rayons ; les Acanthodesmides ont un 
squelelte forme par un lacis irre gulier de spicules. Tous ces animaux sont 
marins. On ne sail pas grand chose sur leur mode de reproduction. Us se mul- 
tiplient probablement par fragmentation du noyau qui donne naissance a de 
nombreux germes munis d un long flagellum. Ant. Schneider a vu que la c;ip- 
sule centrale du Thalassicolla nucleata, separee de 1 animal, peut rcproduire 
un nouvel individu. 



THALIA. 79 1 

Les Thalassicolles ou Collides de Hax-kel comprennent quatre families : 

Les TIIALASSICOLLIDKS : genres Thalassicolla Huxley, Thalassolampe, Myxo- 
brachia Haeckel; 

Les THALA.SSOSPHERIDES, Thalassosphtera Haeckel, Physematium Schneider ;. 

Les AULACAJXTIIIDES, Aulacantha Ilseckel ; 

Les ACANTHODESMIDES, dont Hseckel fait une tribu separee, Acanthodesmiti, 
Plagiacantha, Lithocircus. F. H. 



E. JliiLLER (J.). Ueber die Thalassicollen, Polcystinen und Acanthometren. 
In Abh.derBerl. Academic, 1858- H^CKEL (E.). Die Radiolarien. Eine Monographic. 
Berlin, 18G2. SCHNEIDER (Ant.). Zur Kenntniss des Baues der Radiolarien. In Arch, fur 
Anat. und Plnjsiol., 1867. HERTVVIG (li.). Zur Histologic der Radiolarien. Leipzig, 187.V 
et Der Organismus der Radiolarien. lena, 1879. DUTSCIILI (0.). Beitrage zur Kenntniss der 
Radiolarienskelelte.lnZeitsclir.f. wiss. Zoo!., 1881. F. II. 

THALASSINIDES. Groupe de Crustaces-Decapodes, de la division des 
Macroures, dont les representants sont caracteriscs surtout par leur abdomen 
tres-allonge, large et aplali, et par le peu de consistance de leurs teguments. 

Les genres les plus importants de ce groupe sont : Thalassina Lat.,Ar/>//s 
Leach., Gebia Leach., et Callianassa Leach. Ce dernier a pour type le (,. snh- 
terranea Leach., qui cst le Cancer subterraneus de Montagu (Trans, of the 
Linnean Soc., IX, pi. Ill, fig. 1 et 2). Celte espece so renconlrc sur les coles 
d AngleteiTc, de France et d ltalie; elle se tient enfoncee dans le sable a 
quelque distance des rivages. Les teguments, a Texception des patles ante- 
rieures, sont d une mollesse extreme. Sa carapace, tres-petite, et depourvue de 
rostre, n occupe guere plus du tiers de la longueur du corps, et les pedoncules 
oculaires, presque lamelleux, portent, vers le tiers anterieur de leur lace stip< > 
rieure, une petite cornee transparente, circulaire ct presque plate. La coulevir 
generale du corps est blanche avec une legerc teinte bloue ou rosee. En. LEF. 



Les Tortues de mer (voy. TonxuEs) peuvent se sepa- 
rer en deux tribus bien distinctes : tantot les elements de la carapace sout comme 
dissemines dans la peau, ainsi qu on le voit chez les Spargidina (Tortue lutb), 
tantot il existe de grandes plaques (Chelodina). On a distingue deux groupes 
dans cette derniere tribu, suivant que les plaques centrales du bouclier sont au 
nombrede treize, Chelone (Tovtues tranches, Tortues imbriquees), ou de quinze 
au moins, Thalassochelys (Tortues couanes). E.- V S. SAUVAGE. 

BIULIOGRAPHIE. Dnji^RiL et BiBRON, Erpctologie generale, t. II, 1855. E. S. 



DE niLET. Un des sept sages de la Grece. Descendant d une 
lamille phenicienne, il est ne a Milet (lonie), environ 640 ans avaut Jesus- 
Christ. 11 passe pour avoir prevu une eclipse que !e calcul moderne place a 
1 annee 609. On croit qu il a voyage en Egypte et dans une partie de TAsie, 
mais les traditions sur savie sont tres-incertaines. 

Thales nous interesse en ce qu il est le fondateur de 1 ecole ionienne, c est- 
a-dire de la philosophic qui s appuie sur la connaissance des phenomenes de la 
nature, et qu on a appelee la philosophic naturelle ; c etait surtout un physicien. 
La doctrine de Thales est resumee a 1 article ELEMEJNTS. D. 

THALIA (Thalia L.). Genre de plantes de la famille des Cannacees, 
composee d herbes vivaces, originaires de 1 Amerique du Sud. L espece type, 



80 THALLINE. 

Tk. geniculata L. (Maranta geniculata Lamk), croit au Bresil, ou ses racincs 
blanchatres, tres-epaisses, sont employees topiquement pour guerir les ul- 
ceres. ED. LEF. 

TOALIACES. Deuxieme classe de rembranchement des Tuniciers (voy. 
SALPES, 3 e ser., t. XV, p. 74). ED. LEF. 

THALICTRUM (Thalictrum L.). Genre de plantes de la famille des 
Renonculacees (voy. PIGAMON). ED. LEF. 

THALIPIITORION ou THELYPIITIIORION. Noms sous lesquels les 

anciens Grecs designaient V Artemisia abrotanum L. (voy. AURONE). ED. LEF. 

THAI.LIA. Norn du Capparis spinosa L., dans les auteurs grecs an 
ciens. ED. LEF. 

THAULINE. Ce compose basique, qui cinprunte son nom a la couleur 
verte de ses reactions et a 1 etymologie latinc : thallus ou rameau vert, a recu, 
dans la nomenclature chimique, la designation assez barbare de telraltydro- 
paraquinanisol ou telrahydroparame thyloxyquinoline. II fait partie de la se rie 
quinolique et sa composition repond a la forrnuie C 10 H 12 Az". 

Son introduction dans la matiere medicale est toute re cente. En cffet 1 etude 
des proprieles antithermiques assez faibles de la quinoline et celle des proprieles 
plus manifestes de la kairine ou methyloxyquinoline inspirerent les tentatives 
experimentales de M. Rudolf von Jacksch (de Vienne), qui essaya un certain 
nombre de substances appartenant a la meme famille. 

11 experimenta le chlorhydrate de par oxy quinoline, (C 9 H 7 ,AzO), poudre sans 
saveur et sans odeur, soluble dans 1 eau et se. colorant en rouge par Faction 
du percblorure de fer; la te lrahydroparaoxyquinoline ou letrahydroparaqui- 
nanisol, (C 9 H n AzO), corps de saveur sucree, toxique a faibles doses et dont les 
re actions sont violettes, et le paraquinanisol, (C JO H 9 AzO), que le perchlorure de 
ier n oxyde pas. 11 s arreta au tetrahydroparaquinanisol , (C lo Il l3 AzO), decouvert 
par Straup (de Vienne,) c est-a-dire a la lhalline et a son derive, moins connu 
A rilkmsl ethylthattine (G 2 II 17 AzO). De tons ces corps, la lhalline est celui qui 
possede au plus haul degre le pouvoir d abaisser la temperature. 

Le memoire de M. Von Jackscb date de 1 annee 1884. Bientot MM. Henri Hu- 
chard, Dujardin-Beaumetz, puis M. Jaccoud, en France; Nothnagel, Biemer (de 
Breslau), Ewald, Alexander, Tshistowstich, Pisenti, Warfwing, Mangazzini, a 
1 ctranger, repe taient et completaient les premiers essais cliniques du me decin 
viennois. MM. Brouardel, Loye, Henocque, Blomfield, Breyer et autres, etu- 
diaient en parlie son action physiologique. Enfm, tout recemment, j ai fait 
connaitre les re sultals de recherches que j ai entreprises au laboratoire de thera- 
peulique de I liopital Bichat, et M. Brilneff a essaye d expliquer 1 action de cette 
substance sur la temperature des fe bricitants. 

1 GARACTERES PHYSICO-CHIMIQUES DE LA THALLINE. Au point de vue chimique, 
la thalline est une base secondaire de la chinoline, formant avec les acides des 
sels solubles dans 1 eau, donnant une reaction acide avec les alcalis et produi- 
sant un precipite vert, caracteristique, au contact des oxydants et en partial - 
Her du perchlorure de fer. 



THAI LINK. 81 

M. Ewald a employe le citrate (ie thalline, mais n a guere eu d imilaleurs. 
Quant au chlorydrate de thalline, il se conserve mal; la lumiere I allere rapi- 
dement : on lui prefere done le tartrate et le sulfate, sels plus stables, moins 
alterables et assez rnaniables. 

Le tartrate de thalline se pre sente sous la forme d une poudre blanc-grisatre, 
cristalline et aromatique ; son odeur rappelle le parfum de la coumarine. Quand 
elles sont concentrees, ses soliilions aqueuses ont un gout desagreable, a la fois 
sucre et amer ; quand elles sont diluees, elles possedent une saveur plus 
aromatique el perdent leur amertume. Le tartrate de thalline se dissout, a froid, 
dans clix fois son poids d eau; a chaud, dans unc moindre quanlite dc liquide. 
Le sulfate de thalline a aussi 1 aspect d une poudre blanc grisatre ; il possede 
une saveur et une odeur comparables a celles du tartrate; il est plus soluble 
que ce dernier, car il se dissout dans cinq fois son poids d eau. 

Ces deux sels sont caracterises par des reactions chimiques fort neltes. Par 
1 exposition a la lumiere, les solutions thalliniques prennent une coloration 
brunatre, mais, de ces re actions, la plus caracterislique est cello qur donnent 
les divers oxydants : le bichromate de potasse, 1 acide chromique, le nitrate de 
mercure, le nitrate d argent, 1 eau brome e, la solution aqueuse d iode et surtout 
le perchlorure de fer. La coloration verte ainsi produite n est pas durable. Apres 
quelques heures, elle devient jaune rougeatre. II est inutile d insister sur 
1 importance de ces reactions pour deceler rapidement la lhalline dans les 
liquides et dans les tissus animaux. 

L ethylthalline, (C 12 H 17 AzO), joue aussi le role de base vis-a-vis des acides. Son 
chlorhydrate a ete employe par von Jacksch et donne avec le perchlorure de fer 
une reaction rouge qui le distingue des sels thalliniques. 

2 ACTION PHYSIOLOGIQUE DES SELS DE THALLINE. La plupart des observateurs 
en ont signale les effets sur I homme malade dans le but dVn fixer la valeur 
therapeulique. Un petit nombre seulement en ont fait 1 essai sur les ani 
maux. 

Des phenomenes provoques par ces sels, le plus constant est I 1 abaissement 
de la temperature. Quelques minutes apres 1 administration par voie sous-cuta- 
nee de doses moyennes de tartrate de thalline a des cobayes, j ai vu la tempe 
rature reclale descendre de 59,6 a 56,6 dans 1 espace de soixante-quinze 
minutes. Apres des doses toxiques, la chute de la colonne thermome trique etait 
plus considerable, et, au moment de la mort, atteignait meme 55 eL 51 degres. 
Avec les premieres, le minimum de temperature durait pendant une demi- 
heure ou une heure, puis la colonne thermometrique prenait une niarche 
ascendante et, apres six ou sept heures, s elevoit a un degre voisin de celui du 
debut. Consequemment, dans ces experiences, la chute de temperature e lait 
graduelle et persistante en raison directe des doses employees. 

Sur I homme, M. Landenberger avail note la chute graduelle de la tempe ra- 
ture, la persistance de son minimum pendant deux, trois, cinq et six heures, 
puis le retour au degre initial apres huit ou dix heures. II avail remarque avec 
les autres observateurs que la dure e des phenomenes differait suivanl les doses 
de sulfate de thalline dont la quantit6*ingeree par la voie buccale variait enlre 
25 centigrammes et 1 gramme. D apres M. Jacksch, 1 abaissement thermique se 
produirait en deux ou trois heures, et 1 ascension secondaire serait pre cedee de 
frissons. De plus, les effets antithermiques ne s accompagneraient ni de malaise, 
ni de vomissements, nidedouleurs epigaslriques, ni de sensalions vertigineuses. 
DICT. ENC. 3 s. XVII. 6 



82 THALLINE. 

La thalline modifie les fonctions de la respiration. Chez les cobayes, la dimi 
nution considerable dn nombre desmouvements resjjiratoires suivait une marche 
parallele a la chute de la colonne thermometrique. Avec les doses moyennes, 
cette atte nuation etait dans le rapport d un tiers, mais avec des doses toxiques 
elle s aceentuaitgraduellementjusqu ;i descendre de96 mouvements respiratoires 
a 16 et 12 par minute, [/amplitude de ces mouvements diminmiit aussi, mais 
leur rhylhme n etait pas altth-e. En ua mot, la thalline attenue la frequence 
des mouvements respiratoires, les ralentif, mais ne les altere pas dans leur suc 
cession. Ces changements sont en rapport avec 1 abaissement du thermometre et 
avec les doses employees. 

Les modified (ions de la circulation setraduisent par la turgescence et rencom- 
bremcnt des reseaux vasculaires peripheriques. L examen de 1 oreille des 
cobayes le montre aisement et la vivisection des animaux permet aussi de 
1 observer sur le mesentere et en general sur tous les organes vasculaires. Les 
poumons sont gorges de sang, le crcur en diastole, surtout dans sa portion ven- 
triculaire, et les vaisseaux sanguinsde la paroi slomacale, sont distendus comme 
par une injection. 

Dans un recent memoire, M. Beyer a etudie ces modifications sui* la grenouille. 
Elles varient, comme je 1 ai constate, suivant le titre des solutions thalliniques 
adniiuistrees aux animaux. Sont-elles faibles, 1 activite cardiaque augmente: 
les arteres, les capillaires et les veines se distendent, mais la distension des 
premiers de ces vaisseaux fait bientot place a leur contraction, tandis que In 
dilatation des veines persiste plus longtemps. 

A haules doses, la thalline diminue le nombre des battements cardiaques et 
finalement arrete en diastole I orgaue central de la circulation. Ce phenomene 
est constant ; une injection d atropine peut le rctarder, mais non pas le sus- 
pendre. 

L action de la thalline sur le sang n est pas moins remarquable : elle enleve 
a ce liquide sa rutilance, lui donne une coloration brim noiratre et altere 1 hemo- 
globine. MM. Drouardel et Loye ont declare que les sels thalliniques diminuent 
aussi le pouvoir respiratoire des globules ct dissolvent I hemoglobine. Mais, de 
ces recherches hematologiques, les plus demonstratives sont celles qu a entre- 
prises M. Ilenocque a 1 aide de I instrumentation et des precedes spectrosco- 
piques dont il est 1 ingenieux inventeur et dont il a bien voiilu nous communi- 
quer les resultals. 

La reaction des sels de thalline avec le perchlorure de fer, coloration verte 
d abord, devenant jaunatre, puis rougeatre par 1 exposition a 1 air, lui a permis 
de retrouver la thalline dans les urines, dans les produits des diverses secre 
tions et dans les tissus organiques. Sa sensibilitc est telle qu une goutte d une 
solution de sulfate de thalline au f>00 e , dilue e dans 1/2 litre d eau, donne 
un liquide qiii est colore par le perchlorure de fer. On peut done, comme 1 a 
montre M. Henocque, deceler par ce precede un 25 000 e du sel lhallinique. 

Celte reaction apparait encore en badigeonnant avec le perchlorure de fer la 
coupe de tissus divers, tels que le parenchyme hepatique, le perichondre des 
cartilages costaux et le cerveau. Le tissu dti poumon fait exception. 

A celle reaction correspondent des modifications spectroscopiques du sang. 
La quantite d oxyhemoglobine diminue, M. Henocque 1 a vue descendre de 
14 pour 100 a 7 pour 100 chez les cobayes empoisonnes par la thalline. Nean- 
moins, on recherchant avec soin la methemoglobine, ce meme observateur a 



THALLINE. 83 

constate 1 absence de ses reactions hemato-spectroscopiques, quels que soient Jes 
effets de la thalline et quelle que soil la dose adminislree aux animaux. Quand, 
dans ses experiences, il notait ( apparition de 1 hcmoglobine reduite, c est que 
1 animal succombait a 1 asphyxie. I/a thalline modifie done le. liquide sanguin, 
en attenuant la quantite normale de 1 oxyhemoglobine et nou pas en augmentant 
le chiffre de la methemoglobine. 

Les modifications dans \esechanges interstitiels consistent dans la diminution 
de 1 uree excretee et de 1 acide carbonique exhale. M. Marigliano cstime qne 
1 ingestion de 50 centigrammes d unsel de thalline reduit de r> grammes I excre- 
tion quotidienne de 1 uree. [/administration de 1 a 2 grammes de ces sels par 
doses refractees produirait line reduction de 10 grammes. En memo temps, 
dans 1 espace d une lieure, la quantite d acide carbonique exhale tomberait i!o, 
40 centigrammes a 12 centigrammes par kilogramme du poids vivant. 

Cette diminution dans 1 aclivite des echanges inlerstitiels est proportionnellc 
a 1 abaissement thermique. Elle est aussi en rapport avec le ralentissement 
<le la circulation el avec les alterations du sang. 

Les modifications de la motilite et de la sensibilite snnt moins marquees. 
Cependant, apres les doses moycnnes, les animaux perdent leur vivacite. Quand 
les doses sont elevees, on note de la torpeur, el, quand elles deviennent loxiques, 
<le 1 engourdissement, de la resolution musculaire et du retard a repondre aux 
excitations douloureuses ; la ucnsibilite sensorielle n est pas modifies. 

L action de la thalline sur la secretion sudorale est moindre que celle de la 
kiarine. Par contre, elle n est pas sans modifier celle du foie, et, dans mes expe 
riences, j ai constate la plenitude de la vesicule biliaire. Cette substance s eli- 
inine partiellement d ailleurs par les organes glandulaires : a preuve les reac 
tions vertes que les tissus ou les produits d excretion de ces organes donnent 
-avec le perchlorure de ier. 

En resume, la thalline abaisse rapideincnt, notahlement et durablement la 
temperature; mais cette action est en rapport avec le ralentissement dans 1 acti- 
vite des echanges, les alterations profondes des globules sanguins et la diminu 
tion de i oxyhdmoglobine. Doit-on chercher dans ces phenomenes la raison de 
1 action anlilhermique de ces sels? En d autres termes, la thalline abaisserait- 
elle la temperature en ralentissant les oxydations inlerstitielles? ou bien, en 
modiflanlla contractilite vasculaireet en produisant 1 ischemic, empecherait-elle 
la temperature d arriver jusqu a la peripherie avec son degre reel? En un mot, 
la thalline agit-eile comme antithermique parce qu elle altere le sang ou parce 
qu elle modifie les centres regulateurs de temperature et 1 innervation vaso- 
motrice ? 

Dans la premiere hypotbese, le retour do la temperature normale serait en 
rapport avec le retour de I oxyhemoglobine du sang a son titre normal ; dnns la 
seconde, il resulterait du retablissement des aclivites nerveuses. Ces diverses 
questions altendent encore unc reponse que rexpe rimentation n a pu de finitive- 
raent leur donner. 

Comment enfin interpreter la pathogenic des exanthemes thalliniques observes 
<lans quelques cas? Pour satisfaire a cette autre question, M. Jaccoud s est 
demande si la dilatation des vaisseaux peripheriques ne serait pas 1 expression 
<i un epuisement paralytique succedant a des provocations repetees a la con 
traction. S il en ainsi, ces exanthemes seraient la consequence d un trouble de 
la vaso-motilite, et celle-ci jouerait dans leur production un role plus rand 



84 TIIALLINE. 

que les alterations qualitalives du sang. Ici encore, ce serait s attarder dans le 

domaine des hypotheses que de disculer ce point de theorie. 

5 EMPLOI THERAPEUTIQUE. INDICATIONS EX CONTRE-ISDICATIONS DE LA THALLINE. 

En introduisant la thalline dans la matiere medicale von Jacksch entendait mettre 
au service de la clinique les proprie te s antithermiques de cette suhstance. 11 fut 
suivi dans celte voie par M. Henri Iluchard qui le premier, en France, eludia 
les indications et les centre-indications de son emploi, que d ailleurs, apres 
des observations sur les malades et quelques experiences cliniques, il n hesita 
pas a condamner. 

Depuis, M. von Jacksch a propose la thalline pour arreter les fermentations. 
Neanmoins Fapplication de ses proprietes antiputi ides n a guere ete utilise e, et, 
malgre les recommandalions du medecin viennois, est reste e dans le domaine do 
la theorie. 

(Test done au meme litre que la kairine el que Fantipyrine, c est-a-dire pour 
moderer Fhypcrlhermie des febricitants, qu on a present ce medicament, et en 
parliculier centre 1 hyperthermie de la fievre typhoide, de la tuberculose et de 
diverses maladies aigues. 

Dans le cours de la fievre typho ide, MM. Jacksch, Iluchard, Dujardin-Beau- 
metz, Jaccoud, Landenberger, Ewald et d autres observateurs, 1 ont administree 
a une dose quotidienne variant de 10 centigrammes a 1 gramme, et en ayant 
soin, au dela de 15 centigrammes, de la diviser en plusieurs prises se succedant 
de demi-heure en demi-heure. 

La periode d abaissement thermique chez les typhiques dure en moyenne 
une heurc a deux heures et Fecart thermique varie de 1 degre 1/2 a 2 deares, 
quand on present des doses de 50 a 40 centigrammes. M. Jaccoud a insiste sur 
la courte duree de cet abaissement, auquel succede une ascension de la colonne 
thermometrique pendant trois ou quatrc heures, apres lesquelles elle atteint le 
degre initial de temperature. 

Les sucurs, dont M. Huchard a signale Fextreme abondance, accompagnent la 
periode d abaissement thermique : elles diminuent pendant la periode d ascen- 
sion. Enfm, au debut de cette derniere periode, les malades eprouvent une 
sensation de froid etdes frissons; quand elle se termine, ils accuscnt un senti 
ment de fatigue et de la lassitude, mais non pas de bien-etre, eomme on se 
croyait en droit de Fesperer. Enlin, dans quelques cas, assez rares d ailleurs, 
puisque M. Jaccoud en a ete temoin une fois settlement, on observe, apres 
1 administration du medicament, un exantheme thallinique. 

Pour diminuer riiyperthcrmie dans la fievre des tuberculeu.c, la thalline a ete 
employee aux memes doses. La temperature descendait de 2 ;\ 5 degres, et cet 
abaissement persistait pendant deux ou trois heures. Toutefois, dans le but 
d eviter tout danger de collapsus, M. Jaccoud recommande de ne pas depasser 
les doses de 10 a 50 centigrammes. Cette menace et Finconvenient de pro- 
voquer des sueurs abondantes et de la fatigue suffisent pour compenser les 
avantages assez douteux de 1 aclion antithermique de la thalline chez ces malades. 

Son action est la meme quand on Fadministre centre la fievre des rhumati- 
sants : elle abaisse la temperature sans attenuer la douleur, et, par consequent, 
sans presenter des vertus egales a celles des preparations salicyliques. 

De meme, dans les fievres intermiltentes, son efiicacite parait douteuse. 
M. von Jacksch Fa vue diminuer les acces, quand il Fadministrait des leur 
debut. 11 a meme pu prevenir Felevation de temperature en la faisant ingerer 



THALLINE. 85 

deux ou trois heures auparavant. Par contre, la tluilline ne guerit pas ces acces : 
nouvelle preuve que, possedant des proprietes antithermiques incontestables, elle 
n a aucun droitau litre d antiperiodique. 

Au reste, les memes eflets antithermiques out etc obtenus par son cmploi 
dans des affections pyretiques les plus diverses : rougeole, erysipele, etat puer 
peral, pneumonic, pleuresie, peritonile, angine. Von Jacksch, Ewald, Landen- 
berger, ont multiplie les observations, saus toutefois gagner de fmitivement le 
proces de cette substance contre les autres agenls de la medication antither- 
mique. 

Quelle est done la valeur cliniqne de la thalline? Ses sels altereut les glo 
bules du sang : ils out done { inconvenient des sels de kairine et, a ce point 
de vue, ils sont inferieurs a 1 anlipyrine dont la toxieite esl moindre. 

Le collapsus, la cyanose et 1 algidite, peuvent se produire sous rinflncncc 
de la thalline, tous accidents dout il n est pas besoin dc demontrer la gravite 
chez les febricitants, che/. les tuberculeux on dans le cours des maladies graves. 
Parmi les cobayes anxquels j ai administre des doses toxiques de thalline, j ai 
observe ces phenomenes d algidite et de collapsus et j ai note des alterations des 
tissus comparables jusqu a un certain point a celles de la periode ultime du 
cholera. 

M. Landenberger considerait la thalline comme supe rieurc a la kairine, parcc 
que ses sueurs seraient moins abondantes que celles de la kairine. Les fails ne 
confirment pas cette opinion, car M. Henri Iluchard a mentionne raboudauce 
de la transpiration que la thalline provoque. 

M. von Jacksch a recommande cette substance en raison de la duree de son 
action et de la regularite du retour a la temperature que la malade posse dait 
avant 1 admioistration du medicament, avanlages qu il refuse en partie a la 
kairine et a la quinoline. Gependant cette regularite n est pas constante, 
puisque, dans une note recente, M. Weisntem signale une veritable hyperpyrexie 
au moment de ce retour. 

La thalline aurait encore Favantage de ne provoquer ni albuminurie, ni glyeo- 
surie, ni vomissements, mais ces avantages sont ceux de 1 antipyrine. Que con- 
clure, sinon que son action physiologique et ses eflets therapeutiques ne lui 
donnent pas place dans le meme groupe de medicaments que la quinine, 1 acide 
salicylique et 1 antipyrine ? Cette derniere surtout, d un maniement aise, produit 
moins souvent le collapsus et rarement les phenomenes de 1 algidite thalli- 
nique. A ce point de vue et a cause de la facilite de son maniement, elle parait 
done etre, jusqu a nouvel ordre, comme 1 a ecrit M. Dujardin-Beaumetz, le 
meilleur et le moms dangereux des antipyretiques. 

Cependant elle possede un pouvoir antithermique infcrieur a celui de la 
thalline. D apres un calcul de M. Jaccoud, confirmant aussi les remarques des 
autres observateurs, 20 centigrammes de cette substance produisent 1 effet de 
1 gramme d antipyrine. Get effet est plus constant, mais non pas phis rapide : 
il ne suffit done pas pour sauver la thalline des justes critiques dont elle a etc 
1 objet. 

Gette substance, qui produit toujours la fatigue et la courbature du malade, 
ne modifie pas revolution finale de la maladie; sa puissance therapeutique, selon 
1 expressiou de M. Jaccoud, revient done a briser les allures de la maladie et 
non pas a moderer la maladie elle-meme. Ce n est pas assez pour la faire adop 
ter dans la therapeutique symptom atique de 1 hyperthermie. Est-ce assez pour 



86 THALLIUM. 

en faire un agent d exception a cote des autres antithermiques, ou pour mieux r 
parler, des an Ires medicaments antihyperlhermiques? 

4 MODE D ADMIJNISTRATIOIN ET DOSES. Les deux sels de thalline lesplus usites, 
le sulfate et le tartrate, s administrent en nature ou en solution. A I inte rieur 
et sous forme pulverulente, on 1 enrobe dans le pain azyme ou des cachets a la 
dose de 20 a 75 centigrammes. M. Landenberger 1 a present jusqu a 1 gramme, 
et M. Ewald jusqu a 1 gramme 1/2. Au dela de 20 centigrammes les prises 
doivent etre fractionnees de trois en trois heures, et en suivant ses efi ets avec 
le thermometre a )a main. 

En solution, on la prescrit dans 1 eau rougie, ou on la vehicule dans le sirop 
de cerises. Enfin on en arecommande 1 administration sous formes d injections 
hypodermiques. 

A Vexterieur, M. von Jackscli a propose de mettre a profit ses proprietes anti- 
putrides pour retarder les fermentations ammoniacales, alcooliques ou lactiques. 
Cette solution antiputride contient 20 pour 100 de thalline. CH. EI.OY. 



. -- RUDOLF DE JACKSCH [de Viennc]. Thallin ein neues antipyreticum. Societe 
des medecins de Vienne, 51 oot. 1884. DUMEME. Wiener med. Wochenschr., J884, n" 48, et 
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antipyretique du sulfate de thalline. In Russkaia Medizina, 1886, n 14, p. 240. 
MAYHOFER. Action de la thalline. In Munch Med. Woch . 1886, n 25. BORELICS. De la 
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ELOT (Ch.). Les propridtes et les usages de la thalline. In Union medicate. Septembre 
1886. Ch. E. 



Equivalent et poids atomique=%Q4i. HISTORIQDE. Prepa 
ration. En 1861, M. W. Crookes, appliquant la methode spectroscopique de 
Kirchhoff et Bunsen aux residus des fabriques d acide sulfurique du Ilarz, obtint 
une raie verte tres-nelte qui n etait dans le spectre d aucun corps connu ; il 
retrouva la meme raie dans Fexamen du soufre de Lipari. II en conclut a la 
presence d un corps nouveau, qu il supposa etre un metalloide, comme le soufre 
et le selenium, et qu il nomma thallium, de 9aU6;, rameau vert (Chem. News, 
t. HI, p. 195 et 203, et Rep. de chimie pure, t. Ill, p. 211 et 289). 



THALLIUM. 87 

En 1862, Lamy re lira ce corps, en proportions notables, des boues des chambres 
de plomb tie la fabrique d acide sulfurique de Loos et montra qu il constiluait un 
metal bien accuse et non un metalloide (Comptes rendus, t. LIV, p. 1255, et 
t. LV, p. 87.6). 

(Jn doit les principaux travaux sur ce metal a Lamy, Crookes, Kulmann fils. 

Ce metal n existe pas dans toutes les pyrites ; il est assez general dans les 
pyrites de Belgique, du Gard, de ftammelsberg, de Bolivie : les plus riches n en 
contiennent guere que 1/100 000 e . II se condense dans les boues qui s accu- 
mulent en tete des chambres de plomb, et c est de ces boues qu on 1 a retire 
jusqu a ce jour. Wilm doune la preference au procede suivant. Les boues 
conteuant ce metal a l etat de chlorure peu soluble, sont epuisees par 1 eau bouil- 
lante. Les liqueurs filtrees sont saturees par le carbonate de soude en exces, filtrees 
de nouveau, evaporees, puis precipilees par L acide chlorhydrique. Le depot 
forme par le carbonate de soude est traite par 1 eau regale a plusieurs reprises, 
et la liqueur debarrassee du plus grand exces d acide est reduite par 1 acide, 
sulfureux; il se se pare une nouvelle quantile dc chlorure qui contient du plomb 
et quelquefois du mercure. On fait bouillir les chlorures precipitcs avec de 
1 acide sulfurique etendu de 4 fois son poids d eau, et Ton decompose la solu 
tion acide par 1 hydrogeue sulfure. Le thallium reste dans la liqueur melange a 
du fer dont on le scpare au moycu d une nouvelle precipitation par 1 acide 
chlorhydrique. 

Le chlorure de thallium est purifie une ou deux fois par 1 acide sulfurique 
pour separer le plomb, et chauffe au rouge dans un creuset avec du cyanure de 
potassium et du sel ordinaire. 

Le thallium est extrait aussi des eaux meres de la fabrique de sulfate de /inc 
deGoslar (Harz). On a trouvece metal dansdiverses calamines et blendes. On 1 a 
signale aussi dans des manganeses, des minerals de fer, de bismuth, d anlimoine, 
dans certains micas et le pidolithes. La crookesite decouverte par Nordenskjdld 
est le seul mineral qui en renferme beaucoup; on a trouve dans ce seleniure 
complexe de cuivre, d argent, de fer et de thallium, 16 a 19 de ce dernier metal. 

Proprietes du metal. Le thallium possede des proprietes physiques, densite, 
fusibilile, tenacite, qui le rapprochent du plomb. Sa densite est de 1 1,855, son 
point de fusion 288 degres, il se laisse rayer par 1 ongle, il se volatilise. 

Au point de vue des proprietes chimiques, il se rapproche des metaux alcalius 
par certains caracteres, ainsi sa eoupure se ternit rapidement a 1 air et se 
recouvre d un enduit brun. II ne decompose pas 1 eau comme les metaux alca- 
lins, mais il s empare de 1 oxygene dissous dans 1 eau et celle-ci devient alca- 
line; au premier abord, le metal reste brillant parce que 1 oxyde se dissout, 
au bout d un certain temps il se recouvre de protoxyde jaune, puis de peroxyde 
noir; de plus, 1 oxyde, le carbonate et le sulfate sont solubles dans 1 eau. 
D autre part, il est precipite de ses solutions par le zinc sous forme de cristaux 
comme Test le plomb, et son chlorure et son iodure sont a peine solubles 
comme les sels correspondants de ce dernier metal. 

Le thallium se combine directement au soufre, au chlore, au brome et a 
1 iode. L acide azotique le transforrne facilement en azotate; 1 acide sulfurique 
concentre ou etendu en sulfate; 1 acide chlorhydrique ne 1 attaque qu avec une 
extreme lenteur. 

Le thallium se combine aux autres metaux avec facilite; un degagement de 
chaleur accompagne souvent cette union. 



88 THALLIUM. 



T10, T10 S en equivalent. 



en 



Oxydes. On connait les deux oxydes : 

L oxydeTlOs obticnt facilement dissous en abandonnant Ic thallium dans 1 eau 
aere e, ou plus rapidement en chauffant le metal a 100 degres el en le plon- 
geant dans 1 eau. On doit concentrer ces solutions a 1 abri de 1 air pour eviter 
que 1 oxyde soil mele de carbonate. 

Get oxyde a 1 etat hydrate est susceptible de cristalliser en prismes jaunes qui 
deviennent noirs par la perte de leur eau et qui fondent vers 500 degres. Leur 
solution est trcs alcaline et se carbonate a 1 air, comme la potasse et la soude 
dont elle se distingue par 1 action de I hydrogene sulfure qui en precipite le 
thallium sous forme de sulfure noir. 

L oxyde T10 r> est brun a 1 etat hydrate et noir a 1 etat anhydre; le premier se 
forme en versant un alcali dans une solution de sesquichlorure; le second par 
I oxydation directc et prolongee du thallium. Le peroxyde de thallium s obtieat 
tout a fait debarrasse de protoxyde en faisant passer un courant de chlore dans 
une solution rendue alcaline d un sel de protoxyde de thallium. Get oxyde se 
decompose sans se fondre au rouge vif en degageant de 1 oxygene et en laissant 
un residu de protoxyde. 

Schoenbein a propose de reconnaitre la presence de 1 ozone dans 1 air en 
plongeant dans ce gaz un papier impregne de protoxyde de thallium qui brunit 
dans le cas ou 1 ozone se trouve dans 1 air; d une part, 1 action est lente, et, 
d autre part, il n est pas certain que 1 oxygene ordinaire nc soil pas susceptible 
de produire le meme effet. 

Sulfures. 11 existe deux sulfures correspondant aux deux oxydes : 

Le premier T1S se forme quand on traile par 1 hydrogene sulfure une solution 
de protoxyde de thallium alcaline, ou acidulee par 1 acide acetique; le precipite 
ne se declare pas dans une solution acidulee par un des acides mineraux. 

Ce precipite est noir, insoluble dans 1 eau et dans les sulfures alcalins, 
oxydable a 1 air humide, atlaquable par les acides mineraux. II fond en perdant 
du poids. Le trisulfure est peu connu ; il se forme par fusion du metal avec le 
soufre. II s unit aux sulfures alcalins. 

Chlonires de thallium. II existe deux chlorures nettement definis, corres 
pondant aux oxydes et aux sulfures precedemment etudies; on en connait plu- 
sieurs autres de moindre importance T1 2 C1*, T1 1 CI 6 . 

Le protochlorure, T1C1, se prepare en traitant les sels de protoxyde dissous par 
1 acide chlorhydrique. II forme un precipile caillebote, qui a 1 apparence et la 
fusibilite du chlorure d argent, mais la faible solubilite dans 1 eau du chlorure 
de plomb. II est a peine soluble dans 1 ammoniaque, inalterable a la lumiere. II 
s unit a divers chlorures metal liques. 

Lc trichlorure, T1G1 5 , s obtient, soit en chauffant dans le gaz chlore le proto 
chlorure vers son point de fusion, soit en soumettant ce protochlorure, en 
presence de 1 eau, a un courant de chlore. Le compose sec est deliquescent, sa 
solution traitee par 1 eau fournit le peroxyde a 1 etat de purete. 

On connait les bromures et iodures de formules semblables a celles des 
chlorures. 

Le protobromure est cristallin, moins soluble que le protochlorure; il se 
change en tribromure quand on le met en suspension dans 1 eau et qu on agite 
le melange avec du brome. Ce tribromure est jaune brun, cristallisable, deli 
quescent, doue d une odeur irritante. Le protoiodure ressemble par sa belle 



THALLIUM. 89 

couleur jaune a 1 iodure de plomb, il est moins soluble encore. II so prepare en 
versant de 1 iodure de potassium dans la solution d un sel de protoxyde de 
thallium ; la teinte ne devient d un beau jaune qu apres quelques heures. 

Le clilore, 1 acide nitrique, 1 eau regale, 1 attaquent. Le periodure est trop 
instable pour qu on ait pu 1 obtenir a 1 etat de purete par la reaction d un sel 
correspondant de thallium sur 1 iodure de potassium. 11 pa rait se former divers 
produits. On obtient une combinaison de cet iodure avec 1 iodure de potassium, 
T1PKI, en faisantbouillir une solution d iodure de potassium iodure, alcoolique, 
KP, avec le protoiodure de thallium ; le sel double se separe en cristaux cubiques 
rouges que 1 eau et la chaleur dccomposent. 

Sels de thallium. II y en a deux series qui correspondent aux deux sortes 
de composes qu on vient d examiner : ce sont les scls thalleux ct thalliques, 
ou sels au minimum et au maximum. Us presentent, comme le thallium et ses 
autres composes, la reaction extremement sensible de fournir une raie verte, 
caracteristique, au spectroscope. 

Les premiers fournissent les seconds en s oxydant ; ceux-ci fournissent, plus 
aisement encore, les premiers au contact de 1 acide sulfureux et dcs ;igenls 
reducteurs. 

Les sels au minimum sont stables, les sels au maximum I res-ins tables. 
Arse niates au maximum et an minimum. L arseniate thallique est une 
poudre jaunatre, insoluble dans 1 eau, qu on prepare en versant de 1 acide arse- 
nique dans une solution du nitrate thallique taut qu il sc forme un pre cipite. 
Elle est soluble dans 1 acide chlorhydrique. L arseniate thalleux peutse preparer 
directement, ou mieux en faisaut bouillir du peroxyde de thallium avec de 
1 acide arsenieux. Une reduction rapide se declare et, si la dissolution est 
moyennement concentree, il se separe, apres filtration, des aiguilles dont la 
composition se rapproche de celle de 1 arseniate lhalleux monomethallique, qui 
sont assez solubles dans 1 eau, inalterables a 1 air et jusqu a 150 degres. 

La solution aqueuse de ce sel, trailee par 1 ammoniaque, fournit un magma 
de cristaux blancs qui, apres dessiccation, constituent une masse feu tree, soyeuse 
et legere, dont la composition correspond assez bleu a celle de 1 arseniate trime- 
tallique. Ce sel ne perd pas d eau a 100 degre s. 

Azotate au minimum AzO Tl. Cristaux anhydres, aiguilles, fusibles vcrs 
200 degres, assez solubles a froid, tres-solubles a chaud, s obtenant par 1 action 
de 1 acide azotique sur 1 oxyde ou sur le carbonate. 

Azotate au maximum. Cristaux hydrate s, deliquescents, decomposables 
par 1 eau, qu on prepare en traitant le peroxyde nouvellement precipite par de 
1 acide azotique a chaud. 

Carbonate C0 3 T1. Aiguilles du systeme orthorhombique, decomposables par 
la chaleur, pen solubles a froid, du vantage a chaud. II se prepare en faisant 
saturer la solution du protoxyde de thallium par un courant d acide carbonique, 
t Ton obtient cette solution concentree en precipitant le sulfate de thallium 
exactement par la baryte et en filtrant. 

Chlorate et per chlorate. Se prepare au moyen d une double decomposition 
et se separe en aiguilles peu solubles. 

Chromates. On connait un chromate neutre, jaune, insoluble, et un bichro 
mate rouge tres-peu soluble qui se prepare en ajoutant de 1 acide sulfurique 
etendu et bouillant au sel precedent qui s obtient par double decomposition. 
lodates et pe riodates. Sels peu solubles. 



90 THAPSIA (BOTANIQUE). 

Phosphates. Le thallium forme avec 1 acide phosphorique plusieurs phos 
phates, tons solubles, aussi varies dans leur composition et dans leurs propnetes 
que leurs analogues des metaux alcalins (Lamy, Ann. de ch. et de phys. [4], 
t. V, p. 410). 

Un phosphate neutre . ..... Ph0 5 -2T10HO + Aq 

acide ........... PhOT102HO 

basique ............. Ph0 5 5TH 

Un pyrophosphute neutre ........... Ph0 5 2T10 

1 acide ............ PMVTIO HO 

Un metaphosphate ............... PhO s T10 

Tous, excepte le dernier, Iburnisscnt par 1 acide azotique un precipite blanc, 
cristallin, de nitrate de thallium, si la liqueur n est pas trop etendue. 

Silicates. Le thallium peut remplacer les metaux alcalins et le plotnb pour 
former des verres tres-denses, d une transparence parfaite et d un pouvoir 
refringent exceptionnel. 

Sulfales. Le thallium se dissout facilement dans 1 acide sulfurique etendu 
ou concentre avec degagement d hydrogene. Par la concentration ou le refroi- 
dissement, il se se pare des prismes rhombo idaux droits du sulfate anhydre, 
SO V T1, isomorphes avec ceux du sulfate de potasse. II se dissout dans 1 eau 
froidc, surtout dans 1 eau chaude; la solution est neutre aux reactifs colores. 

Ce sel forme des aluns comme les sulfates alcalins. Le thallium fournit avec 
les acidcs organiqucs des scls defmis, et il y a lieu de mentionner particuliere- 
ment 1 existence d un emetique d antimoine et de thallium. 

Action toxique. Les combinaisons du thallium sont tres-veneneuses, plus 
veneneuses meme que cellc du plomb. Suivant M. Lamy (Comptes rendus, 
t. LXVII, p. 442), un jeune chien auquel on avait administre 1 decigramme de 
sulfate cst mort apres quarante heures, 1 animal semblait secoue comme par 
une violenle action clectiique. Suivant M. Paulet, un lapin succombe en quelques 
heures a l ingestion de 1 gramme de carbonate de thallium; il parait se produire- 
un ralcntissement dans les phenomenes respiratoires (Comptes rendus, t. LVII. 
p. 494). RICHE. 

i ii \i l 01 in.oici: Matiere colorantc verte des lichens qui, d apres Knop 
et Schnedermann, ne serait pas de la chlorophylle, mais dont les proprietes et 
la nature n ont pas ete definies par ces auteurs. RICHE. 

. Norn hebreu du Dattier. ED. LEF. 

ou TAMA.CTH. Norn africain de h Matricaire. ED. LEF. 



THAIV-MO ou WA-MO. Norn birman d une drogue anthelminthique qui 
est un polypore. D. 

TDAXSA. G est le sarul (voy. SARUL). 



(T.). I. Botanique. Genre d Ombelliferes, serie des Daucees, 
dont les lleurs ont, sur un receptacle concave, des sepales peu developpes, de& 
petales a sommet inQechi et faussement emargines ou 2-lobes, et dont les 
fruits ovales-oblongs sont surmontes de stylopodes coniques, deprimes, margi- 



TIIAPS1A (THKRAPEUTIQUK). 91 

nes, ou a bords ondules. Les mericarpes sont comprime s sur le dos, a cotes se- 
condaires laterales Jargement dilatees en ailes; les dorsales lineaires ou e troi- 
tement aliformes. Les nervurcs primaires sont liliformes et a peine proemi- 
nentes. La graine a sa face plane dans les Thapsia proprement dits et plus ou 
moins concave ou a bords involutes dans ceux que Ton a nommes Elxoselinum. 

Les Thapsia sont des herbe^ vivaces ou dicarpiennes, souvent de grande taille, 
a feuilles decomposees-pennees, avec des segments incises, pinnatifules ou 
setace s; a fleurs disposees en ombelles composees, avec les involucres et le* 
involucelles formes presque toujours de nombrenses bractees, plus rarement en 
petit nornbre ou nulles. 

L espece aujourd hui employee en medecine est le Thapsia yarganica L. 
(T. decussala LAG.), belle plante de la region mcdilerraneenne, a divisions des 
feuilles tres-nombreuses, ovales-lanceolees, etroites, glabres, a petiole dilate 
inferieurcment en une gaine membraneuse, Jaquelle subsiste seule dans le* 
feuilles supe rieures (dimensions de la plante fleurie : 50 a 90 centimetres; 
feuilles, 40 a 80 centimetres; inflorescence, 20 a 25 centimetres de diamctre; 
fruit, 2 a 2 1/2 centimetres de long, sur 1 1/2-1 5/4 centimetres de large ct 
1/4 centimetre d epaisseur). Cette espcce est surtout abondante dans le nonl 
de 1 Afrique, ou les Arabes lui donnent le nom de Bou-nc/ n (pr-rc de 1 ulilc) ; 
c est pour eux une sorte de panacee. Toutcs ses parties renferment un sue acre, 
irritant. C est grace a lui quo les Arabes obliennent une vesicalion energique en 
appliquant sur la pcau la face interne de I ecorce fraiche, recemment separee de 
la racine. Celle-ci est cylindrique, epaisse comme le poignet ou plus mince, 
grisatreou brunatre, marquee de stries annulaires. C est celte espece qu on vend 
a Paris, sous le nom de Sylphiuin cyrenaicum. Ce dernier est aujourd bui 
inconnu, disparu peut-etre de la Cyrenaique. 

Le Thapsia villosa L., ou Malherbe, Faux-Turbilh, cullive, comme le 
precedent, dans nos jardins botaniques, et le T. Asclepium L., sont aussi des 
especes irritantes. II. B.\. 

BIBLIOGRAPHIE. TOURNEFORT, lust. Ret herb., 321, t. 171. L., Gen., n. 501 ; Mantiss., 57. 
KOCH, Imbell., 74. MER. et DE L.,Dict. Mai. mtd., XI, 708. Gv\v.,Drog. siipl.,M. 7, 
III, 210. DC., Prodr., IV, 202. ENDL., Gen., n. 4490. BENTII. et HOOK. F., Gen., I, 930. 
n. 151 (part.). DESF., Ft. atlant., I, 262. SIBTH. Fl. grccc., t. 287. HOOK. F., in Bot. 
Mag., t. 0293. ROSENTH., Syn. plant, diaphor., 550. II. BN, Hist, des />/a>it., 92, 184, 
202, fig. 75, 76; Tr. Bot. nitd. phane r., 1063. II. BN. 

II. Mati--- medieale et therapciitiqiie. Le Thapsia yarganica a oc- 
cupe les botanistes bien avant les therapeutistes, a moins qu on ne s accorde a 
reconnaitre dans cette plante : 1 le Thapsia d Hippocrate, de Theophraste,. 
Dioscoricle, Pline, Galien, Mattbiole; 2 le Thapsia sylphium de Yiviani; 5 le 
Laserpitium derias de Pacbo; 4 le Daucus des freres Berkrey; 5 le Sylphium 
cyrenaicum des anciens Grecs, comme cela parait possible. 

C est en 1857 seulement que la plante fut admise olficiellement dans 1 art de 
guerir (apres un oubli de plusieurs siecles), a la suite des etudes du docteur 
Reboulleau (de Constantine) , qui rappela 1 attention sur ses propvietes bien connues 
des Arabes et des Kabyles. Ceux-ci, en effet, sous lenom de Bou-nefa (dieu de 
la sanle) pour les Arabes et de Deries pour les Kabyles, n ont cesse d entourer 
cette plante et ses produits d une grande veneration. On peut meme af firmer 
que les indigenes algeriens abusent de ce ve getal : a 1 interieur, ils 1 emploient 
contre lamaigreur, les maladies de poitrine et la slerilite; a 1 exterieur, applique 



92 THAPSIA (THERAPEUTIQUE). 

cuit ou cru, centre les douleiirs rhumatismales, la goutte, la toux, le point de 
cote, les dartres, les contusions, etc. 

Les Arabes emploient toujours 1 ecorce de la racine sous forme de poudre 
obtenue apres dessiccation complete. Cette poudre est le plus souvent melangee 
a de la semoule grillee assaisonnee de miel et de beurre. On fait du tout une 
pate connue sous le nom classique de Tamit-bou-nefa, qui se conserve quelque 
temps et dont on fait usage quand Toccasion s en presente. D autres formes 
sont egalement employees ayant toujours pour base 1 ecorce de racine (docteur 
Reboud). 

Dans presque toutes les preparations internes, la dose leur est indifferente ; 
ils font le melange d une facon arbitraire. Les malades sont purges violemment, 
il s ensuit des diarrhees aigues ou chroniques, des avortements meme, mais 
jamais la mort. 

Dans la medecine veterinaire, les Arabes obtiennent de bons resultats de 
1 application du thapsia comme topique et sous forme d onguent resultant de la 
digestion dans du goudron de 1 e corce fraiche ou seche; ils se contentent quel- 
fois de frictionner les molettes de leurs chevaux avec des morceaux d ecorce 
fraiche. 

C est en observant sur place les effets de cette plante que le docteur Heboul- 
leau a etc amend a utiliser si beureusement la resine de lhapsia. II 1 obtint en 
traitant par 1 alcool bouillant 1 ecorce de racine seche, prealablement lavee a 
1 eau chaude et divisee. L alcool evapore laissait au docteur Reboulleau une 
substance resineuse facilement incorporable a des substances emplastiques et ce 
produit est devenu la base des sparadraps revulsifs de thapsia. 

Recolte. La re colte de la racine de thapsia est faite en Algerie exclusivement 
par les indigenes : entreprise un mois avant 1 apparition des premieres feuilles 
en decembre, elle dure jusqu a fin mars, c est-a-dire a 1 epoque de 1 apparition 
de la tige. 

C est en Janvier que la racine renferme le plus de principe actif (resine). 

Apres avoir arrache la racine, les indigenes la lavent et en fendent 1 ecorce 
snr toute sa longueur de bas en haul pour 1 enlever entierement ; 1 operalion se 
fait le plus facilement ct le plus fructucusement quand les plants sont ages de 
trois a cinq ans. Cette recolte n est pas exempte d accidents : les bommes qui 
s y livrent ont generalement les bras, le visage et les testicules meme bour- 
souQes. 

La racine fraichement coupee est charnue et lourde : par la dessiccation qui se 
pratique sur de vastes planchers elle perd les trois quarts de son poids. 

L e corce seche de racine de thapsia (seul etat dans lequel on la trouve dans le 
commerce europeen) est en frtigments inegaux, friables, peu volumineux, epais 
de 4 a 10 millimetres, d un jaune brunatre a leur face externe. Celle-ci est tantot 
lisse et tantot couverte de rides plus ou moins profondes delimitant parfois des 
espaces saillants, bombes, irregulierement quadrilateres. La face interne est 
blanche, crayeuse, souvent tachee de rouge, brunatre et finement striee en long. 
La surface primitive de section des fragments est souvent garnie d une resine 
jaune doree tres-claire, que Ton trouve aussi dans les anfractuosites inte rieures 
de 1 ecorce. La cassure est grenue, crayeuse, compacte, elle se montre criblee de 
pores a parois jaunatres, tres-rapproches les uns des autres et disposes en series 
lineaires concentriques (canaux resineux). 

FALSIFICATION. A cote du thapsia croit, en Algerie, une ombellifere que les 



THAPSIA (TIIERAPEUTIQUE). 95 

Arabes nomment cleka et les Europeans faux thapsia : c esl le Ferula nodi- 
flora L. Sa racine, qui serl a sophistiquer celle du Bou-nefa, est charnue, vivace, 
"risatre a Texterieur etpourvue d un sue laiteux tres-abondant, acre, mats sans 
action vesicante. II n est pas facile de recomiaitre la substitution dans les ecorces 
seches sans 1 aide des donnees histologiques, lesquelles permettent de reconnaitre 
que dans le Cleka les canaux resineux sont dissemines en dedans des faisceaux 
liberiens, tandis que dans le thapsia ils sont circulairement et regulierement 
dissemines dans la zone pericyclique. Par Texamen exterieur on peut arriver a 
ce discernement en se rappelant : 1 que 1 ecorce exterieure du thapsia est jaune 
brunatre; 2 que 1 ecorce exterieure du cleka est grisatre, noiratre. Ce caractere 
n est applicable qu au cas oil les racines ont ete dessechees recemmcnt. 

L analyse de 1 ecorce a ete faite par differents auteurs, mais les meilleurs 
resultats sont dus a M. Yvon et a M. Blanchet , qui dans un travail remarquable 
sur le Bou-nefa a donne le dernier mot sur cette composition. Nous avons fait 
de nombreux emprunls a ce travail. 11 resulte des donnees de ce dernier autcur 
que cette ecorce de racine renferme : 

A 1 etat sec 
depuis un an. A lY tat fi-ais. 

Eau " 80,70 

Mutieres organiqucs 91,86 17,15 

Amidon "20,52 I, II 

Gomme et matieres olorantes. . ",. i- 1,47 

Resine T,55 2,15 

Matiere soluble dans 1 alcool et 

dans 1 eau 1,38 2,40 

Elements non doses. "i7,08 > 7,32 

Matieres minerales 8,15 8,15 1,55 l.F.Ji 



100 100 100 ion 

En outre, M. Blanchet a isole une huile essentielle bleue, legerement soluble 
dans 1 eau, plus soluble dans Tether, qui 1 enleve par 1 agitation a ce dernier 
vehicule, et douee d un pouvoir colorant energique, quelques gouttes suffisant 
pour donner a 15 grammes d ether une couleur bleu d azur magnifique. Cette 
essence a une odeur intense sui generis, rappelant celle que Ton percoit pen 
dant le traitement par 1 obtention de la resine. 

RESINE; SON EXTRACTION. La resine est le seul principe medicamenteux de la 
plante. Elle ful obtenue par M. Reboulleau au moyen de 1 alcool a 9 degres, 
comme c est dit plus haut. Plusieurs autres dissolvants peuvent etre employes 
avec succes, surtout quand on les fait suivre de 1 action epurative a 1 eau bouil- 
lante qui debarrasse la resine des matieres e trangeres organiques (precede 
Nielli). M Blanchet a compare 1 action de 1 alcool, de Tether et du sulfure de 
carbone, et a constate que la resine changeait d aspect et de proprietes physiques 
suivant Temploi du dissolvant. Par Talcool a eau bouillante on a un rendement 
de 5,57 pour 100. La resine est brune et nibe fiante. Par Tether le rendement 
est de 4,89 pour 100 et la resine est aussi brune et rube ftante, enfin avec 
le sulfure de carbone la resine est jaune, cassante et rube fiante, le rendement 
1,355. En somme, Talcool serait le meilleur dissolvant a 90 degres. 

La resine pure de thapsia est brune : elle a une reaction acide qu elle com 
munique a 1 eau distillee apres quelques instants de contact a Tebullition. Elle 

1 Ch. Blanchet, pharmacien de l re classe a Philippeville. These soutenue devant 1 Ecole 
superieure de pharmacie de Montpellier, 1880. 



94 T11APSIA (THERAPEUTIQUE). 

brule avec une ilamme eclairante. Traite e par les acides sulfurique, azotique et 
clilorhydrique, a froid, elle donne lieu a une reaction marque e. 

Lorsqu on traite, dans une capsule et par 1 eau bouillante, la resine de thapsia, 
celle-ci se ramollit el se liquefie presque ; dans cet etat, elle se laisse facilement 
diviser par 1 agitation avec une baguette de verre ; elle prend alors une couleur 
jaime chatoyante ; par le refroidissement, elle conserve cette meme couleur 
qu elle perd 1 acilement sous 1 influence d un nouveau traitement par 1 alcool. En 
la chauffant, a la temperature du bain-marie, elle reprend c galcment, mais 
plus Icntement, la couleur brune qui lui est propre. 

La resine de cleka (faux tliapsia) est d un brun jaunatre, quand elle provient 
de 1 alcool comme dissolvant. Comme celle de thapsia elle est soluble dans 1 al 
cool, 1 ether, le sulfure de carbone : le rendement d ecorce fraiche de racine 
cst de 1,90 pour 106. Cette resine est sans action rtibefiante : les acides sulfu- 
I ique, azotique cl chlorbydrique, ne donnent avec cette resine aucune reaction 
caracteristique. 

La resine de tliapsia n est employee qu a 1 etat de sparadrap revulsif donl 
voici une formule superieure, d apres M. Blancbet, a celle du Codex: 

Colophane -200 gramme*. 

Cire jaune ISO 

Tcrebenthine de Venise 125 

Miel blanc 20 

Resine de tliapsia 55 

Faire fond re d abord la colophane et la circ a une douce clialeur, ajouter la 
terebenlhine et passer a travers un linge. D autre part meler le miel et la resine 
<le thapsia au bain-marie, verser dessus le melange des resines et tirer le spa 
radrap avec la masse tres-peu chaude. Ne faire jamais a feu nu, sous peine de 
voir se parer la resine de la masse emplastique. 

ACTION THERAPEUTIQUE. EsiPLOi DU spAiuDRAi . L emplalre de thapsia applique 
sur la peau y exerce une action speciale qui se manifesle par des phenomenes 
remarquables : la peau rougit et devient le sie ge d un prurit exlremement vif. 
On voit ensuite apparaitre une eruption de vesicules miliaires tres-nombreuses 
et tres-rapprochees remplies de serosite purulente. 

Quand 1 application n a eu qu une cotirte duree, les vesicules conlinuent a se 
developper pendant quelques jours, puis elles se lletrissent, prennent une cou 
leur sombre, se dessechent et form en t de petites e cailles minces qui ne tardent 
pas a s exfolier. Si 1 emplatre est maintenu, les vesicules se developpent et ce 
resultats oblient dans 1 espace d une nuit. Apres vingt-quatre heures, les vesicules 
devenues conlluentes se sont rompues ct form en t une surface suppurante. On pent 
done obtenir par le thapsia a volonle une eruption miliaire, une simple rube- 
faction ou meme un exutoire de peu de duree, analogue au vesicatoire volant. 
L emplatre de thapsia convient particulierement dans le rhume, la bronchite, 
Ja pleurodynie, le rhumatisme, 1 arthrUe. II s applique sans avoir ete chauffe. 
On laisse en place quelques heures, puis on souleve un point de son pourtour 
avec le doigt ; si Ton juge que le re sullat est atteint, on 1 enleve, sinon on le 
maintient jusqu a realisation de 1 effet desire. D apres certains travaux en 
cours d exe culion avec mon collaborateur M. le professeur Schlagdenhauffen, 
il y a lieu de croire que la resine de Thapsia villosa L., plante tres-com- 
mune et tres-repandue dans la region mediterraneenne, a les memes pro- 
prietes que celle de sa congenere algerienne issue du Bou-nefa. Dans 1 etat 



THE (BOTANIQUE). 95 

<ie destruction tres-avancce ou se trouvent les productions naturelles de 
Thapsia yarganica, il ne serait pas mauvais qu on put suhstituer a cette 
ombellifere, pour les besoins the rapeutiques auxquels repond la resine de 
thapsia, une plante similaire qu il serait facile dc se procurer, puisqu elle croit 
spontanement en France. ED. HECKEL. 

BIBLIOGRAPHIE. CAUvET. Jouni. depharm. fid/ cliiniie, 1875, p. 558. HERINCK. La vdrite 
sur le pretendu Sylpliium Gyrenaicum . Lauwereyns, 1873. STANISLAS MARTIN. Sur le 
.Sylphium Cyrendicum . In Bull, de ihcrap., 1876. YVON. Etude chimique comparative 
du Thapsia garganlc.a et du Thapsia yylphium . In J. de pkarm. et chiinie, t. TXXV, 
p. 588. THOMAS. Nole sur le aTliapsia garganica.ln Journ.de pliarm.clchimie, t. TXXVF, 
p. 261. REBOULLEAU et BEiiTiiERANn. Journ. de la Socirle dcs sciences medic, et naturelles 
de Kruxelles, 1857, t. XXIV, p 273. BLANCHET (Ch.). Du Thapsia garganirn ou Bou-X6fa 
des Arabes. These de Montpellior, 1880 (phannacie). Ed. II. 

THAPSUS. Nom donne par les anciens auteurs au Bouillon blanc officinal 
(voy. MOLENE). ED. LEF. 

THATCHER (JoHix). Accoucheur de merite ne en Angleterre vers 1785, lit 
ses Etudes a Edimbourg et y obtint le grade de docteur en 1800 (/)/.<s. VKIIKJ. 
de febre puerperarum, Edinburgh, 1806). 11 fut d abord cliai^c du cours d ar 
couchements a 1 institut de Liston, puis professeur a L Ecole medico-eliirurgicale. 
Thatcher a ete le fondateur du General Dispensary and Lyiny- in Institution, 
et en devint le medecin senior. 11 (it beaucoup du reste pour les pauvres et 
fut I un des medecins de 1 lnstitut special cree pour accoucher les femmes 
pauvres a domicile. II a publie des memoires et des articles dans les recueils 
periodiques. I,. UN. 

THAUMASTOS. Nom de Ylris dans les auteurs grecs anciens. ED. LEF. 

Til A 1 EH (SAMUEL-WHITE). Medecin americain, ne a Braintree (Vermont), 
en 1817, prit ses grades au Woodstock medical College en 1858, puis exerca son 
art successivement a Woodstock, Northfield et enfin a Burlington, ou il s etablil 
en 1853. 

Thayer cst I un des fondateurs du College medical de Burlington ; il y fut 
d abord professeur de medecine theorique et pratique, puis occupa plusieurs 
autres chaires. II remplit les fonctions de chirurgien general dc Vermont pendanl 
la guerre et oblint ensuite le brevet de capilaine . C est lui qui organisa le 
service medical du chemin de fer du Northern Pacific. 11 etait en outre membre 
d un grand nombre de Societes savantes. 

c 

Thayer mourut a Burlington en 1880. L. Hi\. 

THE (Thea L.). I. Botaiiique. Genre de plantes Dicotyledones-polype - 
tales, qui a donne son nom a la serie des Thee es, de la famille des Ternstrce- 
miacees, et quelquefois aussi a 1 ensemble de cette famille (Theacees). Ce sont 
des plantes a lleurs regulieres, hermaphrodites, a receptacle legerement con- 
vexe. II porte cinq sepales imbriques, souvent en quinconce, plus rarement un 
plus grand nombre, et cinq petales alternes, ou souvent davantage (de six a 
huit), sessiles, concaves, imbriques. L androcee est forme d un nombre indefini 
d etamines dont les filets adherent avec la base des petales et sont unis entre 
eux d une facon tres-variable dans une etendue peu considerable de leur portion 



96 THE (BOTANIQUE). 

inferieure. Souvent aussi ils sont a peu pres completement libres, surtout 
dans les etamines les plus interieures. Les antheres sont biloculaires, primitive- 
ment extrorses, puis versatiles; elles ont un connectif epais, ovale ou subcordi- 
forme, portant sur ses bords deux loges etroites et dehiscentes en dedans cliacune 
par une fente longitudinale. Le gynecee est supers. Son ovaire est ordinaire- 
ment triloculaire, surmonte d un style creux, qui est partage, a partir d un 
point tres-variable de sa hauteur, suivant les especes et les varieles d une 
meme espece, en trois branches tubuleuses dont le sommet est garni d une pe 
tite surface de papilles stigmatiques. Les loges ovariennes se trouvent, quand 
elles sont an nombre de trois, superposees aux sepales I, 2 et 5; dans leur 
angle interne se voit un placenta qui supporte ge neralement quatre ovules, in- 
eompletement anatropes, plus ou moins nettetnent descendants et disposes par 
paires, de telle facon que les deux ovules de chaque paire se tournent le dos et 
se regardent par leur court raplte. Le fruit, longtemps vert, le gerement charnu, 
devient finalement une capsule deprimee, loculicide, a trois ou a un nombre 
moindre de loges, renfermant chacune une ou deux graines. Celles-ci contien- 
nent, sous leurs epais teguments, un gros embryon charnu, huileux, a cotyledons 
plan-convexes, entourant completement la gemmule. 

11 y a des Thes dont les petales et les etamines sont unis en tube dans une 
plus grande etendue; les loges ovariennes peuvent y etre au nombre de quatre; 
les styles demeurent libres dans presque toute leur hauteur, et les ovules sont 
au nombre de cinq ou six dans chaque loge, plus ou moins nettement descen 
dants. Dans certains autres, remarquables par les dimensions plus grandes et 
1 eclat de leurs corolles, il y a frequemment, mais non point constamment, ainsi 
qu on 1 a cru, une etamine interieure, libre ou a peu pres, en face de chacun 
des petales. C est par la qu on a distingue les Camellia, souvent considered 
comme formant un genre a part et qui ne constituent qu une section dans le 
genre The. Avec ces limites, cc genre comprend une douzaine d especes, 
frutescentes ou arborescentes, parfois meme tres-elevees , qui appartiennent a 
1 Asie tropicale ct orientale et a 1 archipel Indien. Elles ont des feuilles alternes, 
persistantes, simples, dentelees, coriaces ou membraneuses, souvent lisses et 
hrillantes en dessus. Leur petiole, depourvu de stipules, est ordiuairementarticule. 
Les fleurs occupent 1 aisselle des feuilles, surtout des superieures, solitaires ou 
groupees en petites cymes. Leurs pedicelles portent une ou quelques bractees, 
plus petites que les sepales dont elles out d ailleurs la forme et la consistance. 

On s accorde de nos jours a rapporter au The de Chine (Thea chinensis SIMS. 
Camellia Thea LINK. C. theifera GRIFF.), comme simples formes ou 
varietes, les T. Bohea L., viridis L., cantoniensis LOUR., cochinchinensis LODR., 
stricta HAYN., assamica MART. C est le Tscha ou The h des Chinois et le Tsja 
des Japonais. Dans les cultures, c est un arbuste de petite taille, raais il peut 
devenir un veritable arbre a 1 etat sauvage. 11 a une ecorce brune, des bourgeons 
pubescents, des feuilles alternes, persistantes, courtemeiit petiolees, articulees, 
ovales-lauceolees, le plus souvent aigues aux deux extre mites, parfois obtuses, 
emarginees meme au sommet, regulierement ouirregulierement serrees, epaisses 
et un peu coriaces, penninerves, a nervures secondaires ecartees et anastomosees 
vers les bords, d un vert fonce et glabres en dessus, plus pales et souvent un 
peu pubescentes en dessous (limbe de 5-8 centimetres, sur 2-3 centimetres de 
large; petiole 1/2-1 centimetre). Les ileurs (larges de 2 1/2-5 centimetres) sont 
axillaires, solitaires ou en petit nombre. Leurs pedicelles (longs de 1, 2 centi- 



THE (BOTANIQUE) it 7 

metres) sont arques et portent, unc on quelques bractees alternes. LPS sepalcs 
sont arrondis ou ovales; les petales, an novnhrc de cinq, plus rarement do six ;i 
neut , sont arrondis, concaves, blancs ou un pen jaunalivs, fortement imbriques, 
tres-peu odorants on inodores. Le fruit (haul de 1 -1/2-2 centimetres, large dc 
2-2 l/*2 centimetres) est triangulaire, arrondi, a lobes obtns, a paroi epaissc, 
ligneuse et elastiquement dehiscente. Les graincs (longucs d environ 1 centi 
metre) sont ordinaireraent solitaires danschaque loge, brunes, a pcu pres planes 
en dedans et convexcs en dcbors, lisses, avec des stries imprimees par Ja pres- 
sion des parties voisines. Le bile est large, circulaire ou ovalr. 

On a longtemps cru cette espece d originc cbir.oisc. Plus tard, on a etc amcne 
a considerer comme probable que, sortie de 1 Assam superieur, elle aurait ete 
introduite en Chine a une e poquc tres-reculee. Les Clnnois la cultivent de temps 
immemorial sur une tres-grande echclle. et elle a ete plantee dans plusieurs 
parties temperees de 1 Inde, an Japon, a Java et meme dans le sud des Ktals- 
Unis et an Bresil. On s accorde a pen pres sur cc fait, que toutes les planles 
cultivees dans ces divers pays ne seraient que des formes ou drs variotes d une 
seule espece. La plante a ete introduite en Europe, an milieu du dix-Huitieme 
siecle; on cnltive dans nos serres 1 roides ct orangeries les Tlirs diis vert d l!ou 
ou Boui, qui snpporicni. la pleine terrc dans le Midi et dans quelques localilcs j 
climat marin de 1 Ouest. 

Onn emploie iiuere clicz nous que la feuillc du The : elle se compose, enln- 
les deux epidermes, dont 1 inferieur porte les stomates, des elements suivanls : 
superieurement, des phytocystos-tubnles, dits en palissade, allonges perpendi- 
culairement a 1 epiderme et presses les uns contre les autres, le plus souvent 
disposes sur une seule rangee; inferieurement, au contraire, des phytocystes- 
cellules irreguliers, rameux, remplis, comme les precedents, de chlorophylle, et 
contenant des gouttes d huilo. 11s paraissent a pen pres egaux dans tous les sens 
sur une coupe transversale de la feuille; et cependant les meats qui les separent 
les uns des autres sont tres-irreguliers. Cette zone inlerieure comprend de 
nombreux cristaux composes, disposes en masses presque arrondies, occupant 
chacune la cavite d un pbytocyste presque spberique, et le parenehyme irregulier 
est parseme de ces phytocystes isoles; mais le trait le plus caracteristique dc 
1 organisation des feuilles du The (et ce trait rend tres-facile la decouverte des 
fraudes si nombreuses qui se commettent aujourd hui, oil il y a des tbe s qui ae 
renferment pas une seule feuille dc Thea, ct d autres ou une feuille de Thea 
est enroulee autonr d un petit rouleau d une feuille quelconque), c est la presence 
de phytocystes sclercux qui nous ont paru jouer le roled agents de consolidation 
et de soutien, maintenant les deux epidermes a leur distance respective. Ce sont 
souventde simples cylindres, ;i axe rectiligne ou un pen sinueux, qui s etendenl 
d un epiderme a 1 autre, s aboucbant aux deux extremites avec la paroi profonde 
d un epiderme. Leur cavite est etroite et leur paroi epaisse et refringcnte. Assez 
souvent, ils n atteignent pas tout a fait 1 epiderme inferieur, mais s arretent a 
une distance variable de celui-ci en se terminant en cul-de-sac. De ce cote aussi 
(et plus rarement de 1 autre), ils peuvcnt presenter une ou plusieurs ramifica 
tions. La forme et la longueur deleurs branches varient dans les diverses especes 
du genre Thea. Des phytocystes analogues se retrouvent dans les nervures. Les 
elements de 1 epiderme out une paroi epaisse qui, suivant les especes, se rapproche 
plus ou moins des caracteres de celle de ces phytocystes sclereux, et la cuticule 
est toujours epaisse, presque opaque et resistante. Les caracteres histologiques 

DICT. ENC. 5" SER. XVII. 7 



9 THE (BOTANIQUE). 

des feuilles de The ont etc figures, entre autres, a la page 822 de notre Traits 
de botanique medicale phanerogamique . 

Le The des Apalaches est I llex vomitoria AIT., de I Amerique du Nord. 
Le The de I abbe Gallois est YUlmus parvi folia JACQ., de la Chine et du 
Japon. 

Le The d Europe du Nord est le Veronica offtcinalis L. 
Le The de France est la Melisse ol ficinale. 
Lc The de Mexique est le Chenopodium ambrosioides L. 
Le The du Paraguay est le Mate (Ilex paraguaiensis A.-S.-H). 
Le The du Labrador, de James, est le Ledum palustre L., d Europe, d Asie 
et d Amerique. 

Lc The des Vosges est 1 Arnicaet le Sticta pidmonacea ACH. 
Lt- The iTAmerique^ de la Martinique, de Lima, des Antilles, des lies, est Je 
Capraria bi flora L. 

Le The de Bogota, de Santa- Fe, est le Symplocos AlstoniaJ^nff,. 
Le The de Caroline est le Viburnum cassinoides L. 
Lc The de Ja Grece est la Sauge ofticinale. 
Le The de la Nouvelle-GaUes est le Melaleuca genistifolia SM. 
Le The de la mer du Sud, de la Nouvelle-Hollande, est le Leptospermum 
flavescens AIT. (L. Thea W. Melaleuca Thea SCHBAD.). 

Lc The de la Nouvelle-Jersey est le Ceanothus americanus L. 
Le The de Vile Bourbon est I Angrcecum fragrans DUP.-TH. 
Lc The d Oswego, de Pennsylvanie, est le Monarda didyma L. 
Le The de pie ton ou Faitx-lhe du Bresil est \eLantanapseudo-TheaA.-S.-R. 
Le The de la Sainte-He l&ne est le Beatsonia poriulacifolia ROXB. 
Les The s de Sibe rie sont les Aspidium rigidum S\v., Verbascum phceni- 
ceum L., Potentilla fragarioides POIR., Saxifraga crassifolia L. (Geryonia 
crassifolia SCHRANK). 

Le The de Simon Pauli est le Myrica Gale L. 

Le The du Canada, de Terre-Neuve, de Jersey, de montagne, est le Gaul- 
theria procumbens L. 

Le The des Canaries est le Cedronella triphulla MOSSCM et le Sida cana- 
riensis W. 

Le The des Europeans est 1 Epine noire (Primus spinosa L.). 

Le The des forets est le Sticta pidmonacea ACH. 

Le The des jesuites, du Chili, est le Psoralea glandulosa L. 

Le The des Mongols est le Saxifraga crassifolia L. 

Lc The des Norve giens estle Rubus arcticus L. 

Le The des Tar lares est le Rhododendron chrysanthum PALL. 

Le The doux est le Smilax glycyphylla SM., de la Nouvelle-Galles. 

Le The du Bresil est le Stachytarpheta jamaicensis JACQ. 

Le The du Cap est le Borbonia cordata L. (B. cordt folia LAMK). 

Le The du Port de la Paix est le Croton Eluteria Sw. H. BN. 

BIBLIOGRAPHIE. L., Gen., n. 668. LETTSOM, Hon. Thea (Londr., 1772). J., Gen., 262 
GXRTS., Fruct., II, 83, t. 95. LAMK, 111., t. 474. DC., Prodr., I, 530. Trap., in 
Diet. sc. not., All., t. 155. Gere., Drog, simpl., 6d. 7, III, 635. CAMBESS., in Mem. Mus., 
XVI, 415. CHOIS., in Mem. Gen., XIV, 149. MR. et DE L., Diet. Mat. med., VI, 709. 
SEEM., in Trans. Linn. Soc., XXII, 547. PAYER, Organogr., 532, t. 149. BENTL. et TRIM., 
Med. Plants. ROSENTH., Syn. plant, diaph., 738. H. BN, in Payer Fam nat 9 65 
Hist, des pi., IV, 227, 249, 252, fig. 244-252; Tr. Bot. med. phaner., 818. H*B. 



THE (EMPLOI). 99 

g II. Applications iM-li?alcs. BnoMATOLOGiE. Ilistoriqiie . Si I usage 
du the dans ralimentation des peuples dc J Extreme-Orient, des Chinois partieu- 
lierement, remonte dans Vantiquite a une epoque difficile a fixer, il devienl au 
contraire assez facile d assigner une date pre cise a Introduction en Europe de 
cette precieuse substance. On rapporte en effet au consul Tulpius (d Amsterdam) 
1 honneur d avoir fait connaitre le the aux Europeens, en 1 annee 1641. Nous 
devons cependant citer a cote de ce nom celui de Joncquet, medecin francais qui, 
a peu de temps de la, s efforca de mettre en honneur dans noire pays la fameuse 
boisson chinoise ou mieux ce qu il appelait Vherbe divine qui scrt a la preparer. 

Tout d abord il n y cut que quelques rares inilies qui la prirenl en Hollande, 
en Angleterre et en France. Des 1 annee 1657 nous la voyons appreciee pai- un 
illustre homme d Etat, ainsi qu il resulte d une lettre de Gui Patin du l r avril 
de cette annc e. Le Mazarin, dit-il, prend du the pour se garantir de lo goiifte. 
Ne voila-t-il pas un puissant remede centre la goutte d un favori ! Le mor 
dant ecrivain ne paraissait guere alors apprecier le the, qu il appelait une 
impertinente nouveaute. 

A quelques annees de la, en 1766, 1 usage dn the commence a sVlahlir d uiu- 
fapon suivie en Europe, principalement en Anglcterre, grace a 1 cxemple donm 
dans cette dernierecontree par lord Arlington ct lord Orrery. Toutefois memo cu 
Angleterre on ne consommait guere alors qu une centaine de livres de ley (je 
respecte I orthographe de 1 epoque) et 1 annee suivante, 1669, 145 livres 1/2. 

Deux ouvrages vont donner surtout une grande impulsion a la consommation 
du the en Europe, 1 un scientifiquement ecrit et remarquable pour 1 epoque (sa 
publication remonte probablement a 1660) est de Thomas Ganvay : An e.ract 
Description of the Growth, Quality and Virtues of the Leaf Tea; 1 autre, de 
1678, ou les excentricites fourmillent, est de la plume de Cornelius Uontekoe : 
Tractaat van het excellence Kruyd-Thee. 

Dans celte monographie, sorte d apologie du the dont il fut fait des traductions 
en plusieurs langues, 1 autenr hollandais le vante comme une panacce centre 
toules les maladies et n hesitc pas a dire qu on pent prendre avec avantage jus- 
qu a 200 tasses ! par jour de son infusion. A partir de la fin du dix-septieme 
siecle le succes du the va sans cesse grandissant. 

II me parait inutile de pousser plus loin cet historique et d indiquer meme 
sommairement les etapes principales de cette marche triomphale. Je dirai seu- 
lernent que depuis sou introduction en Europe la consommation a pris des 
proportions inouies. Un siecle apres 1 introduction des premiers paquets de the 
en Angleterre, 1 importation depassait dans ce pays 80 millions de livres; en 
France, au bout de ce meme siecle, elle se chiffrait par 284 156 kilogrammes. 
Et, a 1 heure actuelle, on pourrait doubler ces nombres sans approcher des 
importations reelles de ces deux pays, dont 1 un (Angleterre) notait sur son 
marche, en 1885, entre 500 et 400 millions de kilogrammes, et 1 autre 
2,757489 kilogrammes. Que si 1 on voulait imaginer la quanlite de feuilles 
necessaire chaque annee au monde emier, il faudrait evidemment parler de plus 
d un milliard de kilogrammes. 

Composition. Elle a etc recherchee bien souvent, en France aussi bien qu a 
1 etranger. Tout d abord on signale simplement (Cadet-Gassicourt) a 1 analyse de 
1 extractif, du mucilage, une resine, de 1 acide gallique et du tannin. Les pro- 
gres de la chimie aidant on est arrive (Mulder) a fixer ainsi qu il suit la compo 
sition des deux grandes varietes de the, le noir et le vert : 



100 THE (EHPLOI). 

The vert. Tho noir. 

Huile essentielle ................. 0.79 0,60 



.................. 2,22 d,8i 

Cire ...................... U,2s 

liosine ..................... 2. -22 3,Si 

i.uiimie ..................... 8.56 7.2* 

Fannin ..................... 17,80 12, SS 

Cafeine ..................... 0,15 0,46 

Matieres exlradives ............... 22,80 2l,rtj 

colorantes ............... 23,60 19,12 

Aibnmine .................... 5,00 2. MI 

Cellulose .................... 17. us 2N,"2 

Cemlres .................... 5,b6 5,24 

On voit quo dans cette analyse Mulder mentionne Ja cafeine au lieu de la 
theine. C est qu en cffet les deux alcaloides sont idcntiques, a ce point qu aujour- 
d hui on vend dans les pharmacies sous le nom dc cafeine un principe retire du 
the, celui-ci etant plus riche sous ce rapport que le cafe dans dos proportions 
du simple au double. La cafeine varie, en effet, dans ce dernier entre 0,2 et 
0,8 pour 100, et dans le the entre 0,i et 1,8 (Brill, Aubert). 

La theine aele decouverte dans le the par Oudry (1827) et c est a Jobst qu on 
doit de savoir qu elle est identique a la cafeine (1838). 

l"n chimiste francais, Peligol, a fait ressortir dans la composition du the un 
detail d uno haute importance, c est la proportion considerable de principes 
azotes qu il renlerme, plus forte que dans tout autre vegetal. 11 estime a 
28 pour 100 cette proportion. 

Je ferai remarquer encore dans 1 analyse du the sa richesse en tannin, plus 
considerable, ce n est pas douteux, dans les thes verts que dans les thes noirs, ce 
qui expliquerait pourquoi les premiers out une saveur plus acre. 

Enfin 1 huile essentielle qui donne a 1 infusion de the I agreable parfum que 
Ton commit se composenut, d apres R. D. Thomson, d ela ine 75 et stearine !25. 

I. EFFETS J-HYSIOLOGIQUES. La composition du the sufiirait a elle seule a nous 
reveler ses puissantes proprietes dietetiques, si son usage qui va sans eesse se deve- 
loppaut et repandu dans le monde en tier actuellementn etait la pour affirmer la 
valeur considerable qu il faut lui attribuer dans Talimentation. Et celte meme 
composition encore e clairerait le medecin sur la nature des services que peut 
lui rendre le the dans la pratique medicale, a defaut de faits cliniques qui ne 
manquent guere dans la science. 

Les effets sur 1 economie varient necessairement suivant les doses, et comme 
il est toujours ou a peu pres toujours employe en infusion, ce sont les proprietes 
de celle-ci que j aurai en vue dans cette e tude ; on n administre generalement 
pas les feuilles du theier en nature, mais il parait qu en Chine et au Japon on 
ingere parlbis leur poudre. 

Qu est-ce que 1 infusion, dont je n ai qu a rappeler ici la saveur aromatique 
speciale, legerement astringents et amere, 1 odeur sui generis, la couleur fauve- 
verdatre? D apres les recherches de Pe ligot, c est une dissolution de certains 
principes du the : 1 huile essentielle, le tannin, la gomme, la theine, les matieres 
extractives et les sels, represenlant47,l pour 100 pour le the vert, 45,2 pour 100 
pour le noir de materiaux solubles. Et bien, ce sont ces divers composanls qui 
donnent a cette agreable boisson ses proprietes stimulates, diaphoretiques, 
diuretiques, stomachiques, sur lesquelles nous aliens dire maintenanl quelques 
mots. 
A la theine et au tannin il faut rapporter les qualites stimulantes et dimeti- 



THE (EMPLOI). 101 

ques, a I huile essentielle surtout les vertus stomachiques et diaphoretiques. 
Quant aux sels et aux matieres extractives, ils jouent sans doute le role Ires- 
minime de condiments ct de substances alibiles. 

En definitive, 1 infusion de the a doses faibles excite legerement la circulation, 
active le travail de la digestion, slimule le sysleme ncrvcnx au point de donner 
au sujet plus d energie physique et intellectuelle et de le tenir plus eveille. Elle 
provoque en outre un peu de diaphorese et facilite la secretion de 1 urine, dont 
tons les materiaux solides, 1 ureeet le chloreplus particulieremeat, augmcntent 
sensiblemeut (Roux), au debut dc 1 usage sculement. II csl done admissible 
qu on puisse demander au the un bien-etre passager, et que nombrc de sujets 
se trouvent reellement bien de son usage habituel, car il est a remarquer que 
son action ne s allenue pas quoiqu on le prenne tous les jours. G est encore li 
une qualite de plus a lui reconnaitre. 

A hantes doses prolongees les effcts du the peuvent devenir facheux d abord 
par son action topique sur les voies digestives, action irritante, et ensuilc toxiques 
par action diffusee ; la stimulation depasse les bornes et nous tombons ici 
dans une sorte d empoisonnement a plusieurs degres. Un medecin anglais, Cole, 
apres d autres obscrvateurs, a surtout signale, en les grossissant un peu, je le 
crois, les accidents toxiques provoques par Tabus du the en boisson, ou bien 
chez ceux qui le manient par profession. D apres lui, les sujels dans ces condi 
tions ont d abord un sentiment general d enervation, puis des liraillements 
d estomac commc ceux provoques par la faim, des frissons de temps a autre, du 
fremissement dans lecote gauche de la poitrine, un poids incommode au devant 
du thorax, de la dyspnee avec soupirs profonds et frequents. 

En meme temps la face rougit, les yeux sont animes, le pouls dcvient [dein, 
developpe et frequent. 

Bientot a ces phenomenes de stimulation circulatoire font place des effets de 
depression: decoloration de la pcau, pouls affaibli, accelere ou lent, refrigera 
tion des extremites. Ces accidents ne se relrouvent pas toujours chez les malades 
d une facon invariable, mais le sentiment de fatigue considerable dans la region 
de 1 epigastre, le frisson du cole gauche de la poilriue, seraient constants. 

Toute celte symptomatologiedisparait, des qu on cesse 1 usage du the. Persiste- 
t-on au contraire a prendre son infusion, les troubles de I organisme s aggravent 
de plus en plus, el Ton observe cc qui suit: sensation do froid ct d engourdis- 
sement a 1 occiput, fourmillcment du cuir chevelu, cephalalgie intense, vue 
troublee, marche incertaine, vertices, alfaiblissement du pouls et irregularite 
de ses battements, dyspnee allant jusqu a la suffocation, gastralgie, palpitations 
douloureuses, ralcntissemenl des mouvemenls du cur, tendance a la syncope. 

Le patient est naturellement irritable, morose et souvent decourage. 

En resume, 1 aclion toxique sc ferait sentir surtout du cote des fonclions ner- 
veuses, c est-a-dire que le systeme nerveux serait profondement ebranle et, 
secondairement, Ja circulation, la respiration, se troubleraient. 

Un autre medecin anglais, Lettsom, a rapporle aussi quelques accidents plus 
graves observes chez deux murchands de the: vertiges, mal de tete, spasmes 
generaux, perte de la parole et de la mernoire, paralysie progressive, mort. 

Je pense que Lettsom est tombe par hasard sur deux cas malheureux, ou 
plulot qu une autre maladie coexistait chez ses malades avec 1 intoxication par 
le the . Thornton, en effet, a pu voir a son tour deux degustateurs en the parfai- 
tement bien porlants apres une pralique de quaivnte annees. 



10-2 THE (EMPLOI). 

On aurait tort ne anmoins de conclure de cette derniere observation que les grands 
buveurs de the sont a 1 abri de tout accident. S ils ne meurent pas, ce que je 
crois vrai, ils peuvent devenir malades et tomber dans une sorte d etat cachec- 
tique avec affaiblissement ge ne ral et amaigrissement souvent observe , dit-on, en 
Inline ou ils abondent. 

D ailleurs les medecins ame ricains ont parfois observe chez les de gustateurs 
en the une sortc d empoisonnement cbronique absolument autbentique, carac- 
te rise principaleinent par de I exeitation generale qui n a d abord rien de desa- 
greable ; par de la congestion faciale, un sentiment d exageration des forces et 
un pen de ceplialalgie. Plus tard les malades subissent une pliase de depression 
et on note cbez eux dc la faiblesse intellectuelle, du refroidissement general, de 
1 insomnie, des aeces de terreur, des hallucinations de 1 ouie, de la dyspepsie et 
de la polyurie ou de la diminution dans la diuresc. C est, en somme, toujours la 
meme cbose: de I exeitation nerveuse ou eirculatoire au debut dc 1 empoisonne- 
ment, de la depression de la circulation et des fonctions nerveuses au fur et a 
mesure que 1 action toxique se mainlient. 

L e tude tres-succincte (roy. CAFEINE) des effels pharmacodynamiqites de la 
llteine, qui pent se placer ici avec profit, va servir de demonstration a ce que je 
viens d avancer. 

La the inc, a doses faibles, produit de I exeitation cerebrale et la perle par- 
tielle de la scnsibilite generale. 

A doses faibles, elle cause de I exeitation cerebrale Ires -marquee, de la para- 
lysie complete de la sensibilite, des spasmes tetaniques et des convulsions; la 
mort s ensuit, par arret da cceur et de la respiration. Prealablement ces deux 
grandes fonctions ont etc .necelere es. 

Eiifin a doses graduellement croissantcs on a vu les petits vaisseaux se coa- 
tracter d abord, se paralyscr ensuite, la temperature s abaisscr, puis s elever 
un pen plus tard, la pupille se coutracter, les secretions salivaire et intestinale 
augrnenter et l intestin se convulser. 

Ces fails bien observes dans les experiences physiologiques de Hughes Bennett 
font conclure a eet experimentateur que la theine paralyse en somme les nerl s 
de scnsibilite peripherique et les faisceaux poslerieurs de la moelle. Mais il faut 
ajouter que cet alcaloide agil vraisemblablement sur I ence phale et plus speciale- 
ment sur les hemispheres cerebraux et sur le bulbe, soil qu il impressionne 
ces centres, soit qu il trouble leur fonctionnement par I intermediaire de la 
circulation. On ne peut expliquer aulrcment I exeitation intellectuelle, 1 in- 
somnie, etc., les modifications importantes de la circulation ou de la respira 
tion, etc. En tout cas, il y aurait dans ce sens quelques recherches a faire. 

L action diuretique de la theine me parait resulter: \ de ses effets stimulants 
sur les petits vaisseaux qui se contractent sous son influence et augmentent 
ainsi la pression vasculaire, d ou la diurese plus facile ; 2 de Faction excitante 
sur les fibres vesicales, d ou rexcn -tion plus fre quente de 1 urine; 5 d un 
phenomene de contact sur le rein lors de 1 e limination de 1 alcaloide a travers 
ses canalicules. 11 y aurait lieu de rechercher si Faction excitante de la theine 
sur les vaisseaux et sur les fibres musculaircs de l intestin, en somme, sur les 
muscles de la vie ve getative, est directe ou secondaire, par I intermediaire du 
grand sympathique ; cette derniere hypothese est vraisemblable. 

En resume, les proprietes toxiques du tht pris a doses excessives ne sauraient 
etre niees et doivent etre rapportees a son alcaloide, la theine, qui affecte avec 



THES (EMPLOI). 105 

beaucoup d energie les centres nerveux, cerveau et moclle, ct par leur interme- 
diaire les grandes fonctions de 1 organisme. 

On ne doit pas non plus mettre en doute 1 action topique, fachcuse a la lon- 
mie sur les voies digestives ou renales, d un breuvage riche en tannin, c est-a- 
dire astringent. 

D ou ma conclusion que, si la lessive chinoiso, comme on a appele dedaigneu- 
sement le the (Zimmermann), possede une certaine energie utile que 1 hygiene 
ou 1 art medical peuvent mettre a profit, elle acquiert aussi par Tabus dc bien 
dan<?ereuses proprietes. N est-ce pas la unc verite d ordrc general qu il (audrait 
repeter a propos de nos meilleurs aliments et remedes ? 

II. APPLICATIONS. Les Chinois ont fait du the unc panacee propre a guerir tous 
les maux, d antre part quelques hommes de science, en Europe, 1 ont conside"re" 
(omme inutile, sans valour ou dangereux (Boerbaave et Van Swieten, Tissot, 
Hahnemann), ou bien enfin comme n agissant qu a la faveur de 1 eau cbaude qui 
sert a preparcr son infusion (Cartheuser, Geoffrey, Cadet-Gassiconrl). 

Entre cesdeux opinions extremes il y a place pour une maniere de voir moins 
excessive, et surtout plus en rapport avec des faits bien ave res. Ce n est pas sans 
de serieuses raisons, instinctives, soil, que des millions d hommes consomment 
tous les ans par centaines de millions de livres le the depuis <ics sieeles ; re n est 
pas non plus en verlu d une pure habitude ou par suite d une mode que Irs 
peuples les plus civilises augnientent chaque annee, chaque mois, chaque jour, 
cette prodigieuse consommation. Et tous les snccedanes qu on a voulu lui donner 
n ont-ils pas echoue (levant 1 indifference publique?Le the est done devenu une 
necessite de la vie des peuples parce qu il leur est utile et salutaire, et non 
parce qu il flatte leur gourmandisc ou leur vanite. 

Ces merveilleuses feuilles ont non-seulement des proprietes hygieniques ou 
medicales, mais encore on a pu avec verite leur attribuer une influence morale 
considerable sur les populations qui s cn servent couramnienl. 

Leur infusion est la boisson babitueHe des peuples de 1 Extreme-Orient et elle 
a ete adoptee, ai-je dit, successivement par les Hollandais, les Anglais, les 
Russes, les Francais, les Americains, etc., qui de plus en plus la font apparahre 
sur leurs tables. 

Elle convient surlout aux peuples des pays froids et bumides qui consomment 
beaucoup d aliments ; aux gros inangeurs eu general, en raison de son action 
stimulants generate et de ses qualites stomaehiques ; aux sujets lymphatiques 
dont le systeme nerveux a besoin d etre souteuu. 

Le the est d une utilite considerable aux populations nomades et, d une facou 
generale, a toutes celles qui n ont a leur disposition que des uaux impures. Car 
il rend potable 1 eau meme de mauvaise quality, d abord parce que son infusion 
exige 1 ebullition et ensuite par I intervention de ses propres elements, le tannin 
surtout, qui est antiseptique et neutralise 1 influence pernicieuse des germes 
nuisibles si nombreux dans bien de mauvaises eaux. 

On peut done conseiller son infusion aux voyageurs, aux marins naviguant, 
aux soldats en campagne. Us auront, en effet, grace a lui une boisson hygie- 
nique, fortitiante et inoffensive, superienre a tous les alcooliques. 

Des experiences ont ete faites deja dans 1 armee russe, avec des resultats con- 
cluants. Le the en infusion a paru apaiser la soif, calmer aisement les fatigues 
de la marche et restreindre le nombre des ma lades dans les corps de troupes 
ou il fut substitue a l eau-de-vie. On lui trouva encore un avantage qui a bien sa 



1(14 THE (EMPI.OI). 

valeur, c est qu il permit d economiser la moilie des sommes destinees a 1 achat 
de l eau-de-vie (Deidsche militairarzliche Zeitschrift, 1874). 
Je n ai pas besoin d insister sur la valeur de parcils faits. 
La richesse considerable du the en j)rincipes albuminoi des serait encore une 
raison a faire valoir pour son adoption dans 1 armee. Sous ce rapport il est supe- 
rieur au cafe et de plus il contient, je le rappelle, une proportion double de 
cafeine. Cette application demanderait sans doute de nouvelles etudes, car bien 
des considerations peuvent intervenir quand il s agit de passer de la the orie a la 
pratique dans une question d ordre public de cette importance. En tout cas, si 
jc vois bien les avanlages du the pour le soldat, je suis encore a me demander 
quel benefice il pent eprouver de 1 alcool qui I expose trop souvent a des accidents 
desastreux. 

11 est bien certain que le the pretc a la sobriete, or c est la pour les arme es 
comme pour les peuples un fait d une immense portee, dont je me borne a affirmer 
la realite. 

En ivsume. rinl usion de the est une boisson agreable au gout et qui ne fatigue 
pas 1 estomac, bien que stimulant la digestion ; elle est tonique, excitante sans 
danger, cephalique ; ellefacilite la diurese et la transpiration, puritie 1 economie, 
recon forte et permet de supporter plus laoilement les fatigues physiques ou 
intellectuelles. Ce qui ne signilie pas qu elle constitue dans ce dernier cas une 
boisson inlellectuellc, ainsi qu on 1 a cent. Laissons-lui simplement sa qualite de 
(Ji/naiuophore. De plus, elle permet a I liomme de se passer de stimulants plus 
energiques, mais dangereux, comme sont les alcooliques, et lui facilite des lors la 
sobriete. 

Mais il esl inexact qu elle previenne d une facon absolue le developpement de 

la gravelle ou de la pierre dans la vessie ; ces affections sont loin d etre rares 

en Chine, au Japon, en Angleterrc, ou 1 usage du the est si commun. Et il est 

absurde de dire qu elle rend les femmes steriles. Les races prolifiques par excel- 

ence, anglaise et chinoise, temoignent du conlraire. 

L infusion de ses feuilles, nialgre sa haute valeur hygienique, a neanmoins 
quelques contre-indications. Elle reussit mal aux sujets nerveux, ii ceux qui ont 
facilement des palpitations de coaur idiopathiques, aux dyspeptiques affectes de 
flatulence, enfin aux nevropathiques et aux personnes dont les centres nerveux 
sont le siege d alterations organiques. 

Le the a quelques rares applications me dicales. 

A L INTERIEUR. Son infusion esl le remede banal dans les troubles legers de 
la digestion stomacale; c est, nous 1 avons dit, un stomachique qui calme le 
malaise general et les douleurs locales d un travail digestif laborieux. 11 agit 
ici evidemment comme boisson chaude et aromatique. 

Ue plus, I astringence qu il possede Ta fait souvent encore recommander dans 
les irritations plus profondes du tube digestif, avec diarrhee et atonic. 

Cette action stimulante du the sur les voies digestives rend compte de son effi- 
cacite reelle coutre la migraine et toutes les cephalees donl le point de depart 
reside dans des troubles fonctionnels des voies digestives. 

En qualite de stimulant, de diaphoretique, 1 infusion se present avec avantage 
dans la courbature febrile, au debut d une affection a frigore , dans les 
iievres graves avec stupeur. 

A titre de medicament tonique, il pent agir comme contre-poison (ce ne sera 
toujours qu un adjuvant) dans les empoisonnementspar les alcaloides organiques, 



THE (EMPLOI). 105 

1 opium (Begin), 1 arsenic et I emetique. On le preserira avec succes dans le 
morphinisms therapeutique, car Hughes Bennett a demontre 1 antagonisme vrai 
on mieux 1 antidotisme, entre la theine et la morphine. Je veux dire qu un 
sujct trop vivement impressionne par une dose medicale de ce dernier alcaloide 
sera certainenient soulage par quclques tasses de the. 

Enfin le medecin anglais Percival a montre, il y a de ja longtemps, qu on pou- 
vait lirer un bon parti de 1 administration dn the dans certaines affections du 
coeur et du poumon, et il Ic compare memo a la digitale com me energie d aetion. 

Sigmond, qui signale ce fait dans une monographic du the consciencieusement 
ecrite, a verific les observations dc son compatriote. Pour lui le the vert est un 
cardiaque analogue et egal a la digitale, qu il pent remplacer dans toutes les 
affections oh cet lieroi que medicament reussit: And it has been medicinally 
employed in the Diseases for which that Herb (la digitale) has so decidedly 
obtained a hiuh reputation. 

Les observations plus reeentes de Guhler, Lepine, llnchard, celles que j ai 
faites moi-meme, out pronve surabondamment que la cafeine (tiree du the) est un 
medicament cardiaque de premier ordre, tout a fait comparable a la digitale, et 
pouvant comrne elle rendre de tres-grands services dans les maladies du cu ur ct 
du poumon. 

A I/EXTKRIECR. Les usages externes du the sont des plus reslreints en mode- 
cine. On met surlout a profit ses qualites astringenles dans le traitement des 
affections catarrhales de certaines muqueuses. Les malades affectes d ophthalmie 
simple, parexemple, se trouvent bien de bassiner 1 organe malade avec 1 infusion 
de the vert, et cette meme infusion pent etre utile aux femmes atteintes de leu- 
corrhee simple, prise en injection vaginale, ainsi que dans tons les cas oil les 
topiques astringents sont indiques (voy. TANMN). On conviendra toutefois que 
c est la un remede de luxe, car bien d autres astringents d un prix moins eleve 
pen vent rendre les memes services. 

Modes d emploi. Le commerce livre aux usages domestiques deux grandes 
varietes de feuilles de the qui, d apres leur couleur, se distinguent en the noir 
et the vert. Ces varietes comprennent a leur tour, suivant leur provenance et 
leur preparation, une foulede genres speciaux, de marques commerciales, si Ton 
veut, sur lesquelles il serait trop long et inutile dc discuter ici, car les proprietes 
generates restent les memes et seul 1 arome difiere. Or, dans cette etude medi 
cale, je n ai pas a faire intervenir les appreciations de gourmets. 

Mais voici quelques donnees de composition que la matiere medicale doit 
enregistrer. -J ai dit deja au debut de cet article que les thes verts etaient sur- 
tout riches en tannin, ils seront done choisis pour leurs vertus astringentes, et 
on les emploiera en decoction. 

D autre part, la cafeine differe de proportions dans les diffe rentes sortes com 
merciales, ainsi qu il resulte des analyses de Pe ligot. Tanclis en effet que le the 
Hyswen en reuferme 5,40 pour 100, le Peko en contienl seulement 2,70. On 
preserira done le premier comme stimulant et cardiaque. 

En France, au point de vue dietelique, on recherche surtout, parmi les thes 
verts, les varietes suivantes : the Hayswen ou Hyson, the. poudre a canon, 
the perle, et parmi les thes noirs, le sou-tchony ou saotchaon (Souchon) et le 
pe kao, ecrit aussi pe ko ou pe-koe. 

Le Codex mentionne le the sans indication de noms, laissant au pharmacien 
le choix de la sorte. 



106 THE (EMPLOI). 

Certains peuples, certains individus, preferent Ics tlies noirs, d autres les thes 
verts ou les associations, les melanges dans des proportions bien detinies des 
deux varietes. G est une question d liabitude. 

L infusion, je 1 ai dit, constitue le breuvage habituel a plusieurs millions 
d hommes. Elle est faite suivant des donnees propres a chaque pays. 

En Europe, la tasse de the se prepare d ordinaire avec une 1/2 cuilleree ;t 
cale de feuilles, 2s r ,4, qu on arrose d un peu d eau bouillante dans la theiere. Au 
bout tie quatre minutes d infusiou, on ajoute la quantile d eau bouillante neces- 
saire pour compleUr le volume d une tasse, on laisse de nouveau infuser 
quelques minutes, et le liquide obtenu est passe a travcrs une passoire speciale 
et bu sucre ou non, suivant le gout de la personne. Tellc est en gros 1 operation, 
mais les gourmets ont pour I accomplir avec succes tous les raffmements qu une 
longue pratique lour a enseigne s. Qu on en juge par cette citation: 

Dans scs ennuis, dit Joseph Roques, dans ses chagrins, Famateur de the ne 
pourrait vivre sans ce breuvage : c est presque son unique consolation. 11 est la, 
soucieux, inquiet, le 1 ront charge de images, il 1 attend avec impatience. Enfm 
1 eau f remit, elle bonillonne, le the est fait; il boit 1 oubli des douleurs. 

Ah ! surtout qu on n oublie point a mon heure derniere la tasse de the, je 
ferai moins tristement le voyage. 

L infusion a etc preconisee par Thelu (de Dunkerque) comme vehicale de la 
quinine, do preference au cafe noir, car la premiere solution reste limpide, tandis 
que le cafe se trouble au contact de 1 alcalo ide. 

Les Chinois absorbent (juelquefois le the en nature, tantot avec 1 infusiou, 
tantot sous forme de pastilles constitutes par sa poudre. mais aromatisees 
diversement. 

Pour les usages pharmaceutiques et medicaux on prepare un extrait et des 
sirops d ailleurs peu usites. 

Extrait. La formule que voici a e te indiquce par Chevalier. On traite 
500 grammes de the pre alablement lave a 1 eau froide par 1500 centimetres 
cubes d eau, au bain-marie, laissant l infiision durer douze heures. On passe 
avec expression. Deux autres operations de cet ordre ayant e te encore accom- 
plies successivement a 1 aide des memes proportions d eau, les liqueurs recueil- 
lies sont melangees, filtrees et portees a 1 t-tuve sur des assiettes de porcelaine. 
L extrait ainsi obtenu est sous forme d ecailles minces, avec la saveur et 1 arome 
du the. 

II peut servir a pre parer une infusion extemporanement. Ou bien on en fait 
des pastilles, qui me paraissent a priori devoir etre surtout astringentes. 



SIROP 

364 grammes. 
64 



Laver pour enlever la poussiere. Porter 1 eau a 1 ebullition et laisser infuser 
douze heures; separer le liquide par expression forte, laisser reposer et tirer a 
clair. Mettre le liquide dans une bassine d argent avec le double de son poids 
de sucre et, quandcelui-ci est fondu, placer la capsule sur le feu jusqu a ebulli 
tion, filtrer a la chausse. 

Ce sirop ajoute a un peu d eau tiede donne aussitot 1 equivalent de 1 infusion 
ordinaire. 

Le sirop de the aromatize se prepare d apres cette formule : 



THE (BIBLIOGRAPHIE). 107 

Eau 56i grammes. 

The 61 

Badiane 6 

et comme le precedent. 

Ces deux sirops serviraient facilement de correctif ct d adjuvant dans les 
potions a base de cafeine, aujourd hui tres-employees. 

Le the entre enfin dans la preparation du punch des malades : 

The 10 grammes. 

Eau 250 

Sue d un citron 

Alcool ou rhum l. io 

Sirop de sucre I5<> 

Gette preparation s administre dans tous les cas d algidite et de collapsus; 
dans certaines phelgmasics des poumons, pour ranimer les forces des malades. 

L Aqua turca est une liqueur usitee en Italie, qu on prepare en distillant 
2 litres eirviron d alcool (1,863) sur 120 grammes de the et 10 centigrammes 
de muse. On ajoute au produit obtenu ainsi 500 grammes de sucro. 

ERNEST LABIII:I<:. 

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Kilonii, 1702. CUNNINGHAM. Des diverses especcs de the (anglais). 17 IS. LOIIMEIER. Diss. 
de herba exolicce thece infuso ejusque usu et abusu. Eri ordioe, 1722. SHORT. Dissert, siir 
la nature et les proprietes du the (anglais), 1750. STAHL. Diss. de veris herba thece 
proprietatibus et viribus ntedicis. Erfordise, 1750. UEICHEL. Diss. inauguralis de vcris 
herbce thece. Erfordiae, 1734. LEFERVRK. De la nature et des proprietes du the (anglais), 
1757. FALCONET. Non ergo potus thece ad saiiorum dictum pertinet. Parisiis, 1759. 
QUELLJIALTZ. Proc/ramma de infuso foliorum thece. Lipsia3, 1747. ELOY. Reflexions sur 
C usage du the. Mons, 1750. LINNE. Potus thece. Upsalice, 1705. LETTSOM. Obscrv. ad 
hisloriam then . Lugduni Batavorum, 1769. Du MEME. Natural History of the Tea Tree, 
1772. FOUGEROUX DE BONDAROY. Me moire sur le the . In Acad. des sciences, 1775. BUCIIHOZ. 
Dissert, sur le the, 1775. CADET (C.-L.). Le the esl-il plus nuisible qu utile, ou histoire 
analytique de cette plants et moyens de la remplacer avec avantage, 1808. BONIN. 
Remarques et observations sur les inconvenicnts de I abus du the. Paris, 1810. MARQUIS. 
Du the. Paris, 1820. OUDHY. Nouvelle bibliolh. me dicale, \. I, 1827. NEWNHAND. Observ. 
sur les proprie tes medicates et die te tic/ues du the rert.\n Journ. des sc. me d., t. XLVII, 1827. 
KLAPROTH et HKMDSAT. Des llies les plus ce lebres de la Chine. In Journ. de pharmacie, 
t. XIII, 1827. CHEVALIER. Bull, de the rapeulicjue, t. I, 1832. COLE. Des accidents que 
de"terminent le Hie" et le cafe" a haute dose. In the London Medical Gaz.. l> i 53. MERAT et 
BE LENS. Art. THE. In Diet, de therapeutique. Paris, 1834. VIGOIR. Des accidents cause s 
jiar le the a haules doses. In Journ. de chimie medicale, t. X, 1855. ROQUES (J.). Nouveau 
traile des planles usuelles. Paris, 1837. JOBST. Annales de pharmak., t. XXV, 1838. 
SIGMOND. Tea. Its Effects medicinal and moral. London, 1859. HOUSSAYE (J.-G.). Monogra- 
phie du the. Paris, 1845. PELIGOT. Analyse des thes. In Compt. rend, de I Acad. des 
sciences, t. XVII, 1843. RICHAUD. Art. THE. In Diet, des sciences me d. en 50 vol., 1814. 
Annuaire de chimie. Analyses du the . Paris, 1845. THELU. lie-pert, de pharmacie et Bull. 



108 THEATRES. 

df t/ii- raft., I XXXIV, 1X48. L. SOUBEIKA.X et DABIIY DE THIERSAKT. La mattere mddicalc chez 
les Chiimis. Paris, 1874. FKASEU. Journ. of Anat. and Physiology. Oct. 1883. E. L. 

THKS MEDIC AJMENTEUX. Les infusions theiformes de plantes medici- 
nales sont en nombre indefini, mais on a donne le nom dc the ou the de sante 
a certains melanges dc substances medicamenteuses, qui sont eiitres dans la 
pratique commune et qu il est bon d indiquer. 

The <le Saint-Germain : feuilles de sene, 120 grammes; fleures de sureau, 
50 grammes: 1 ruits d anis, 50 grammes ; fruits de fenouil, -40 grammes ; bitartrate 
de potasse, 50 grammes. Melez et divisez en paquets de 5 grammes; chaque 
dose sert pour une tasse d infusion. Leger purgatif. Le the de Smyrne et quel- 
(jues autres ne sont quo des imitations du the de Saint-Germain. 

The sitisse ou vulneraire suisse (voy. \ 7 ULNEP.Air,E). 

Ge n est pas seulemcnt acertaines plantes qu on a donne le nom de the. 11 y a 
aussi des thes de substances animates. On employait autrefois comme diuretique 
un the d abeilles; les abeilles etaient infusees dans du vin blanc. Sous le norn 
de thede bceuf, on present aux debilites un extrait de viande prepare avec parties 
egales d eau et de viande de boeuf privec de grais-se et hachee menu. On fait 
bouillir pendant huit ou dix minutes seulement, on passe avec expression, on 
sale convenablement et Ton colore par le caramel. D. 

THEATRES. Les edifices destines a la representation publique des diverges 
categories d oeuvre d art exercent sur la sante de riiomme des influences tres- 
variees et rentrent ainsi bien legitimement dans la classe des modificateurs com 
poses de 1 hygiene. 

Je n ai pas a insister ici sur le cote moral de cetle intervention dont les avan- 
tages ou les inconvenients physiques ne peuvent etre qu un retentissement fort 
indirect. Que le theatre refle cliisse les moeurs et se conforme aux gouts de la 
societe contcmporaine, ou qu il devienne, par 1 independance du genie, un foyer 
de nobles excitations, il se rnontrera d ailleurs tout naturellement utile ou nui- 
sible en raison des sentiments opposes auxquels il vienl faire appel. Plus d 1 nne 
jeune fille, dit Michel Levy, a laisse dans la premiere soire e passee au theatre 
la moitie de son innocence morale ; plus d un crime y a pris naissance par 
1 eveil du penchant a l imitation. Soil ! mais 1 inverse est soutenable et il n est 
pas tout a fait juste de conclure, a -ec I eminent hygieniste du Val-de-Grace, que, 
si les theatres n existaient pas, il n y aurait pas une vertu de moins sur la 
terre. 

Moral ou non, le drame distrait 1 esprit ; elevec ou frivole, la musique le 
repose. Le theatre est done uu delassement et a ce titre 1 hygiene doit 1 approuver 
en principc. II n est pas seulement un delassement pour les muscles de I ouvrier, 
dont il remplace 1 oeuvre niecanique par un travail intellectuel, il est un delas 
sement pour le cerveau du penseur, qui change avee lui d occupation ; o tous, 
dit Arnould, nous nous reposons de n importe quel travail en allant passer 
quelques heures au theatre. Mais, pas plus que son influence moralisatrice, 
1 influence sedative du theatre ne doit ici nous retenir ; 1 uue et 1 autre decouleut 
en effet de la representation qui s y donne et a laquelle le theatre ne sert en 
somme que de moyen, d enveloppe en quelque sorte et d instrument, plutot que 
de cet edifice lui-meme : leur appreciation plus exacte releve done de 1 article 
SPECTACLE. 



THEATRES. 109 

Meme considere a ce point de vue plus restraint dc la construction (|u il 
represente, le theatre n en intervient pas moins par des influences multiples 
sur 1 equilibre fonctionnel des masses qui le frequentent. Quatre facteurs con 
siderables se trouvent ici presents : la temperature, V atmosphere, Yeclairage, 
Yattitude, et, si Ton envisage la destination speciale des edifices qui nous occupent, 
on admettra par avance que les exigences de cette destination auront le plus 
souvent modifie ces agents dans un sens antisanitaire. Un theatre en el i et est un 
bailment construit en vue de faire assister dans une salle au spectacle repi esente 
sur la scene le plus grand nombre de personnes possible : or cette agglomeration, 
cet entassement de spectateurs, est precisement le contre-pied des priucipes que 
1 hygiene a poses, avec une assurance justifiee de sormais par les notions les plus 
precises sur la necessile dedisseminer,defractionnera 1 infini les masses liumaines. 

L insalubrile des theatres n est pas seulement une vente facile a prevoir, c est 
un fait depuis longtemps constate par 1 experience, et que la medecine dc 1850, 
a 1 esprit plus observateur qu analytique, incapable d ailleurs d en demeler 
exactement les origines, avait consacre par un nom, en I attribuant sans partage 
au milieu dans lequcl il se manifesto. On crea de la sorte le mat dcx theatres, 
comme on avait cree le mal des monlagnes on des altitudes, le mal de iner et le 
mal des mines, comme on vientde cre er jusqu a la decouverte de 1 ancliylostome 
le mal des tunnels ou du Saint-Gothard. Je ne m egarerai p;ts ;mr, I idoux a 
decrire comme une sorte d espece morbide ce melange de souft rances, d accidents, 
de maladies, aussi dissemblables par leurs causes que par leur nature, etqn une 
communaute d origine exclusive sans doute pour leur ensemble, mais non pour 
leurs individualites, ne saurait seule autoriser a reunir sous un litre unique; 
mais, au point de vue des ameliorations sanitaires que toute recherche hygie nique 
doit nature! lenient se poser pour but, j envisagerai en elles-memes les influences 
nuisibles que le milieu theatral met en jeu et les consequences pathologiques 
qui en resultent pour nos organismes. 

Si les theatres avaient pu rester ce qu ils furent aux temps de la Grece et de la 
Rome antiques, de vastes arenes decouvertes plus ou moins semblables a celles 
dont le Colisee, par exemple, nous presente les mines majestueuses, 1 hygiene 
n aurait pas eu a formuler centre ces lieux de reunion en plein air les reproches 
que soulevent nos edifices actuels. A de telles conditions on pouvait sans doute 
reunir a peu pres impunement des masses liumaines extraordinaires, comme 
dans le premier theatre de pierre que Pompee fit construire, a Rome, pour 
40000 personnes, ou dans celui quo Scaurus batit clans la meme ville, au prix 
de 12 millions de notre monnaie, dont la scene etait supportee par 550 colonnes 
de marbre, et dont la salle pouvait contenir jusqu a 80000 spectateurs. Mais 
nous ne retrouvons plus aujourd hui le type, meme degencre, de ces amphi 
theatres, que dans des circonstances tout a fait exceplionnelles ; les cirques, les 
hippodromes, les enceintes destinees aux courses de tauieaux, nous en offient 
seuls, avec 1 aspect monumental en moins, la salubrite relative, du reste sensi- 
blement amoindrie par le flefaut de securite qu offrent leurs gradins le plus 
souvent en bois et sujets pour ce motif aux ecroulements ainsi qu aux incendies. 
Les exigences de la miseen scene et de 1 acouslique aussi bien que nos habitudes 
de confortable ne permeltent plus a rarlmoderne de seproduire ainsi en plein 
vent et en plein soleil, et, depuis la modeste baraque de riiistrion forain jusqu aux 
luxueux batiments on des acteurs d elite font ressortir nos richesses dramatiques 
et musicales, tout theatre implique la reunion d un nombre considerable de 



110 THEATRES. 

spectateurs dans une salle couverle ou ils sont repartis de facon a pouvoir tous 
jouir du meme spectacle. 

Quelque difference que presentent maintenant, en fait de bien-etre physique 
et de plaisir intellectuel, les elements si eloignes qui se trouvent aux deux 
extremes de cette echelle architecturale, ils n en sont pas moins a peu pres tous 
passihles des memes imputations sanitaires, et, si nous laissons de cote les con 
structions tout a fait recentes ou d habiles artifices ont reussi a conjurer dans 
une certaine mesure 1 insalubrite qui est la consequence des necessites theatrales, 
ce serait meme aux plus modestes d entre toutes les autres que correspondraient 
les conditions les moins malsaines. Cette superiorite hygienique, absolument 
fortuite du reste, tient d abord a leur petitesse relative, qui reduit la masse sans 
augmenter sensiblcment la densite de 1 agglomeration, et d autre part a la dis 
position speciale que, par raison d economie, on a ete amene a y donner aux places 
de spectateurs. 

II existe en effet deux systemes pour ropartir utilement les places dans une 
snlle de theatre. On peut d abord se contenter d etablir les lignes de banes ou de 
sieges sur le plancher dc la salle, en face et a partir de la scene, en ayant soin 
d elever successivement leur niveau, afin que chaque rangee de spectateurs puisse 
aisement voir la representation par-dessus la rangee pre cedente ; cette disposition 
tout a fait elementaire s accommode parfaitement d une salle recbngulaire el de 
hauteur moyenne qu il est facile de conslruire a peu de frais. Si Ton veut main- 
tenant augmenler le nombre des places sans accroitre proportionnellement la 
surface de 1 edifice, on est amene a clever au-dessus du parterre ou du parquet 
dont je viens de parler une serie de galeries laterales longeant les trois cole s 
libres de la salle, et qu on transtbrme ensuite selon les besoins en balcons ou en 
loges. Sans entrer bien avant dans les details de slructure, il est facile de com- 
prendre qu il faut deja pour installer ces etages de galeries une plus grande 
elevation de plafond, pour les supporter un renfort de murailles, et pour les 
desservir un supplement fort dispendieux de couloirs et d escaliers. Mais ce n est 
pas la seule augmentation de depenses qu entraine cette seconde disposition. La 
forme rectangulaire de la salle, bien que conservee dans les theatres a galeries 
que Ton construisait encore en Espagne a la fin du dernier sieclc (Viollel-Le Due), 
ne se prete plus aussi bien sur ces galeries que sur le plancher a la superposi 
tion des axes optiques individuels, sans laquelle, excepte sur les places du milieu 
ainsi que des extrcmites confinant a la scene, loul spectateur rencontre un ecran 
dans son voisin de face; il n esl plus en effet possible d echelonner d avant en 
arriere, au moins avec autant de declivite que sur le plancher, les places laterales 
des galeries, parce que la circulation deviendrait par la trop difficile sur ces 
galeries, et que leurs couloirs d acces en recevraient trop de pente : on est done 
ainsi conduit a substiluer aux parois rectilignes de la salle une enceinte circulaire 
dont la trajectoire assez compliquee ne nous interesse ici qu en raison de sa pro- 
priete d envisager plus exactement par chacun de ses points le milieu el par 
suite 1 ensemble de la scene, tout en egalisant autant que possible les distances 
dans 1 inte ret encore de 1 audilion : or il resulle de cette substitution de la ligne 
courbe a la ligne droite un surcroil de difficulles archilecturales dont reliet 
ultime est d infeoder definitivemenl ce lype aux edifices d un rang superieur. 

11 est a present bien aise de faire voir que la derniere de ces dispositions esl 
des deux la plus insalubre. D abord le but que je viens delui assigner d augmenter 
le nombre des places sans accroitre proportionnel lenient la surface du theatre 



THEATRES. Hi 

constitue par sa realisation une atteinte aux regies de 1 hygiene et vient accentuer 
le vice radical attribue deja aux edifices de cet ordre ; bien qu en effet dans cette 
disposition la hauteur du plafond soil plus grande que dans 1 autre, le cube 
d air individuel n en reste pas mnins inferieur en fin de compte, et sa repartition 
dans le sens vertical plutot qu en etendue serait deja vicieuse en le supposant 
egal. Ge n est pas tout : dans 1 amphitheatre simple que la premiere disposition 
represents, la masse humaine n cst en somme entassce que sur une seule couche, 
tandis que 1 etagement dcs diverses galeries entraineen realite , dans la seconde, 
1 agglomeration de la masse humaine en couches superposecs, ce qui est de toutes 
les repartitions la plus antisanitaire. Ce sont ses inconvenients manifestes qu on 
a voulu eviter entre autres dans la reforme hygienique des logements collectifs 
par la construction des casernes et des hopitaux en pavilions d un seul etage, 
et il saute aux yeux, en verite, que dans une salle de theatre disposee de la 
sorte, quelque direction que Ton decide de donncr a 1 air interieur, quelqin- 
ventilation que Ton choisisse entre la ventilation ascendanle et la ventilation 
descendante, il sera bien difficile d eviter que la plupart de ces stratifications 
vivantes ne respirent un air di ja souille par do nombreuses poitrines. Je n iii 
pas du reste a m arreter plus longuement sur ces differences ; le type que je 
reconnais ici superieur au point de vue sanitaire est tellement inferieur a 
1 autre en ce qui concerne les interels artistisques et industriels, qu il <Vha|>|M a 
notre etude par la rarcle, par I lnstabilite* et par I humilite, dirais-je, de ses rea 
lisations, puisqu on n en trouve guere plus d exemples que dans ces theatres 
ambulants qui grimacent sur nos champs de foire, connne derniers vestiges de 
ce que fut la comedie moderne lorsqu elle aussi vint a renaitre, avec les lettres 
et les sciences, sous les auspices des Confreres de la Passion, des Clercs de la 
Basoche ou des Enfants sans souci. 

C est done du veritable theatre qu il sera ici question, k du theatre fixe ou de 
pierre, comme on I appelait recemment encore en province pour le dislinguer 
precisement des baraques foraines et tel que toutes les grandes villes et la plu 
part des villes moyennes tiennent aujourd hui a honneur d en posseder au moins 
un exemplaire. 

Ces theatres agissent, ai-je dit, sur les masses humaines qu ihs renferment, en 
premier lieu par leur temperature. Les conditions sanitaires de ce inodificateur 
special de I hygiene y sont sensiblement troublees. Je rappelle pour le demontrer, 
selon le resume qu en donue \Viel, la formule exacte de ces conditions: la cha- 
leur dans une habitation quelconque doit atteindre le degre que 1 expe rience a 
demontre le plus sain ; elle doit se maintenir sensiblement a ce degre dans le 
temps et dans 1 espace ; sa production ne doit pas avoir pour effet de trop des- 
secher 1 air; enfm les sources qui la fournissent ne doivent pas souiller 1 atmo- 
sphere, mais contribuer plutot au maintien de sa purete en concourant a la ven 
tilation. Je renverrai naturellement a 1 article CHALEUR pour la connaissance des 
desordres que ces anomalies thermiques doivent produire dans I oi ganisine, et je 
me borne a montrer qu aucune de ces regies ne se trouve entierement remplie 
dans une salle de theatre. 

Comment le degre de la temperature y serait-il et y resterait-il partout celui 
que 1 experience a demontre le plus sain et que le raisonnement du reste recom- 
mande comme le plus logique, celui de la moyenne annuelle locale, alors que 
1 espace ou il faut produire et maintenir cette temperature est si vaste, et que des 
causes nombreuses tendent ineessamment a changer son niveau, comme a troubler 



Hi THEATRES. 

sa repartition? Elever ou abaisser a un moment donne dans toutes ses parties 
a 15 on 16 degres centigrades 1 air d un espace clos aussi vaste qu une salle de 
theatre est uu probleme de calorification deja difficile a resoudre, a plus forte 
raison peut-on admettre a priori que dans un espace de ce genre, ou aucune 
precaution n a meme etc prise d ordinaire pour compenser les causes incessam- 
ment actives de rel roidissement et d echauffement, cet objectif thermometrique, 
en le supposant realise selon le cas a force de combustible ou de ventilation, ne 
saurait persistcr dans tous les points habites et pendant toute la duree du spec 
tacle. En iait, au theatre on etoufle ou Ton gele; la temperature y peche a la 
fois par insuf lisance ou par exces, suitout par son inconstance et rine galite de sa 
repartition. 

A la temperature prealablement realisee par les appareils de chauffage la foule 
variable qui au debut du spectacle s entasse rapidement dans la salle vient 
apporler un contingent qu il est impossible de prevoir ct plus difficile encore de 
mesurer. On sait que chaque unite de cette masse vivante constitue un foyer de 
chaleur dont 1 apport est loin d etre ne gligeable, puisiju il iournit en moyenne par 
heure, d apres les calculs de Ilelmboltz, un rayonnement cutane de 76 calories 
et 1 emploi de 3,5 autrcs calories a 1 echauffement de 1 air inspire, ajoutant ainsi 
pour le moins 80 calories environ a [ atmosphere ambiante : or il y a la de quoi 
clever, dans un meme temps, d un degre de temperature, en raison de ( absorption 
pour cela dc 5 calories par chaqne metre cube, la somme enornie de 240 metres 
cubes d air. Si nous supposons a la salle un cube interieur de 10000 metres 
cubes, ce qui est deja considerable, et si nous y introduisons seulement un 
millier de ces sources vivanles de calorique, il suffirait done d nne demi-heure 
pour elever la totalite de 1 enceinte a 12 degres au-dessus de sa temperature 
initiate. Uue telle addition par elle-meme n est deja point indifferente, puisqu elle 
impose a peu pres 1 alternative ou de recevoir le public dans une salle glacee 
pour qu il la porte lui-meme a la temperature desirable, ou de 1 exposer a 
s etouffer lui-meme dans une atmosphere dont on aura voulu lui adoucir les 
rigueurs ; mais ce qui la rend plus embarrassante encore, c est que toutes les 
bases raanquent pour en calculer d avance le produit ; en accordant meme qu on 
puisse supputer avec une approximation suffisante 1 afiluence des spectateurs, 
il reste absolumcnt inadmissible qu on arrive a apprecier dans quelle mesure la 
production speciale de calorique dout je viens d indiquer la puissance moyenne 
s ecartera elle-meme de cette formule. Le degagement de 80 calories par indi- 
vidu et par heure, qui peut venir si profondement transformei- la temperature de 
la salle, est en effet passible d ecarts dont les conditions sont absolument alea- 
toires. D abordce chiffre n exprimepas, on le sail, la totalite du rendement par 
heure d un organisme humain, rendement qui s e leve approximativement a 
112 de ces unites; les 52 calories dont je n ai pas tenu compte correspondent 
a celles que les evaporations pulmonaireet cutanee rendent latentes ou qui sont 
transformees par les muscles en travail mecanique exterieur; sous ces diverses 
formes elles ne viennent pas influencer le niveau de la temperature ambiante, 
ce qui explique pourquoi je n en avais pas parle, mais elles peuvent avoir ce 
resultat, si la vapeur exhalee par la peau ou les poumons se condense, ou si le 
mouvement issu de nos contractions rencontre des obstacles qui le ramenen 
a 1 etat de chaleur. Comme les causes de ces precipitations d eau ou de ces annu- 
lations de mouvement sont tout a fait eventuelles, il est impossible d estimer Jes 
elevations de temperature qui en seront la consequence. D autrepart,la movenne 



THEATRES. 113 

que j ai prise se rapporte a 1 organisme humain dans son ensemble, ayant etc 
obtenue en faisant la resultante ties donnees fournies par des ages, des sexes, 
des constitutions differentes ; il y a la, on le voit tout de suite, un sujet nouveau 
d incertitudes, puisque, meme en prenant les moyennes speciales a ces elements 
divers, il manquerait toujours pour 1 exactitude des previsions la notion du rap 
port selon lequel ces cle ments entreraient dans la foule des spectateurs. Gette 
meme moyenne correspond finalement encore ;i 1 organisme humain en etat de 
repos relatif, c est-a-dire n executant en dehors de.s contractions cardiaques, res- 
piratoires et vegetatives, que quelques mouvements musculaires insignifiants ; 
c est bien en effet la condition qu il est normal d attribuer a des gens qui assistent 
assis a un spectacle ; mais combien aussi cette tranquillite prevue peut se trouver 
en defaut et remplacee par les divers modes d agitation : trepidation, cris, sou- 
levements d une foule impatiente ; les consequences que ces agitations imprevues 
peuvent avoir sur le rendement en calorique d un foyer aussi inconstant, insigni- 
fiantes en apparence, prennent, quand on y regarde de pres, une importance con 
siderable. Si Ton rapproche les resultats experimentaux de Him et de IlelmlioUz, 
on trouve que le rendement en calories d un homme de 67 kilogrammes est de 
40 par lieure de sommeil, de 154 par heure de repos, et de 271 par heure de 
travail musculaire. G est done presque le double de calories que produit 1 homme 
qui agite ses muscles sur celui qui les laisse en repos, et, si le einquieme a peu 
pres au lieu du sixieme de ces unites de chaleur se trouve alors utilise en unites 
de travail, cette utilisation ne reduit guere la plus-value thermometrique qui en 
resulte naturellement au profit de 1 atmosphere ambiante. 

Ce contingent de chaleur impossible a prevoir que la foule des spectateurs 
ajoute ainsi a la temperature de la salle eleve son niveau dans des proportions 
qui arrivent a en faire une veritable fournaise et dont chacun a trop directement 
constate 1 incommode exageration pour qu il soil bien necessaire d en exprimer 
les exces en termes precis. Michel Levy signale a cette occasion que la tempera 
ture de 1 air a 1 orifice du lustre s est trouvee de 26 degres a I Opera-Goraique de 
Paris, de 28 a 50 degres a la Gaite et de 30 a 55 degres au theatre du Palais-Royal ; 
mais il commet une confusion en prenant la temperature de cet air de sortie, 
influencee par la chaleur du lustre, pour mesure de la temperature de la salle. 
Quoi qu il en soil, on peutcertainement admettre, sans 1 avoir meme experimen- 
talement controle, que, clans certaines salles de theatre et a certains moments, 
la chaleur atteint a des niveaux aussi excessifs. 

La chaleur developpee par les spectateurs n a pas seulement pour resultat 
d exagerer la temperature interieure, elle contribue aussi dans une forte mesure 
a en rendre la repartition inegale. On sail que dans toutes les salles de theatre 
la chaleur est beaucoup plus grande dans les galeries superieures qu aux places 
du rez-de-chaussee; la difference peut aller jusqu au double. Sans doute il y a 1;\ 
une situation qui releve tout d abord des densites differentes que presentent les 
masses d air inegalement echauffees ; 1 air le plus chaud s eleve au-dessus de 
celui qui Test moins et les couches atmospheriques se liquatent, pour parler 
comme les mineurs, non-seulement d apres leur composition, mais aussi d apres 
leur temperature. Les inegalites de temperature qui, dans une salle fermee, en 
resultenta dilfe rents niveaux au-dessus du sol, peuvent etre plus prononcees encore 
que celle dont je viens de parler, puisque Proust a note dans une hauteur de 6 m ,50 
seulement uri ecart allant deja de 18, 56 a 34,52. Mais il faut pour cela que 
i enceirite soil a peu pres sans rapports avec 1 air exterieur et qu en 1 absence 
DICT. ENC. 5* s. XVII. 8 



114 THEATRES. 

d une ventilation quelconque 1 air le plus chaud ne puisse s echapper par le pla 
fond, ni le plus froid par le plancher de la salle. 11 faut de plus que la clialeur 
n arrive pas dans cette enceinte plus specialement par sa base inferieure, comme 
cela a lieu le plus souvent au moyen des tuyaux et bouches de caloriferes qui s y 
trouvent places, et qu elle lui soit transmise plutot lateralement, ainsi que le fait, 
par excmple, ime cheminee ordinaire; bien que 1 air plus chaud tende invaria- 
blement a s elever, il n en reste pas moins plus chaud dans ses couches inferieures, 
si c est a ce niveau qu il contracte 1 excedant de temperature en vertu duquel 
il tend precisement a s elever : ainsi, lorsqu on chauffe par son fond un recipient 
plein d eau, 1 eau de ce fond reste toujours pluschaude que celle de la surface, 
puisque c est elle qui se vaporise la premiere et produit ainsi le bouillonnement, 
mais, si Ton arrete le feu et qu ainsi la couche inferieure du liquide cesse de 
recevoir les communications incessantes de calorique qui maintenaient sa supe- 
riorite, les diverses couches de ce liquide reprendront libremcnt les differences 
accentueesde temperature correspondantaux densites relatives qui president a leur 
superposition. Dans une salle de the atre les reserves qui precedent ne sontguere 
satisfaites, puisque 1 air d ascension trouve une issue au-dessus da lustre et 
que sa couche inferieure est precisement chauffee plus que toute autre par la 
plus grande abondance des bouches de chaleur et du public. 11 faut done cher- 
cher ailleurs que dans la seule superposition des couches d air d apres leur 
poids specifique les causes de cette predominance deja si prononcee de la tem 
perature du paradis sur celle du parterre. J ai dit que la chaleur de veloppe e 
par les spectateurs contribuait a 1 inegalite de sa repartition ; c est en con- 
courant au resultat que je signale qu elle realise cette insalubrite particuliere. 
Cette masse d air, en effet, qui, malgre la predominance de son chauffage 
inferieur, tend deja par les lois de la pesanteur a accumuler son calorique vers 
sa partie superieure, se trouve enveloppee encore de bas en haul par la succes 
sion des etages de galeries qui, chargees de spectateurs, represented comme des 
couronnes superposees d appareils de chauffage. D apres ce quej ai dit plus haul 
de la puissance de ces appareils, on concoit aisement que 1 air superieur de la 
salle doit recevoir de ce fait un surcroit sensible de chaleur, auquel viendra 
s en aj outer un autre emanant d une source differente dont c est maintenant 
le moment de parler. 

Independamment encore des appareils reguliers de chauffage, il existe en effet 
dans les salles de theatre un autre foyer anormal de caloriqne avec lequel 
1 hygiene a egalement a compter : c est 1 eclairage. Nous aurons a le juger plus 
tard au sujet des souillures qu il apporte a 1 atmosphere et des elfets qu il produit 
sur 1 organe de la vue, il s agit d apprecier maintenant par une abstraction que 
notre expose reclame la part de nocivite qu il ajoute a la chaleur. Les theatres 
sont generalement eclaires au gaz, et cela par 1 intermediaire de trois ordres 
principaux d appareils : les bees isoles de la rampe, les cande labres du pourtour 
et le lustre central. Commencons par le combustible de cet eclairage. Le saz, on 
le sail, degage en brulant une quantite considerable de chaleur. Un seul bee 
consommant 158 litres a 1 heure eleve en ce temps, d apres Briquet, 154 metres 
cubes d air de a 100 degres. Quoi qu en pense Odling, c est beaucoup plus a 
lumiere egale que le produit de toute autre matiere eclairante. La quantite de 
bougie stearique necessaire, d apres les calculs de Payen, pour obtenir la meme 
intensite lumineuse, c est-a-dire 87 grammes, n arrive en effet a chauffer, d apres 
ceux de Moigno, dans le meme temps et la meme proportion, que 50 metres cubes 



THEATRES. 115 

d air environ, ce qui represente un pouvoir calorifique plus de cinq fois moindre. 
Avec les huiles grasses on obtient moins de chaleur encore qu avec la bougie ; il 
faut 58 grammes d huile de colza epuree pour realiser les memes conditions 
d eclairement qu avec 138 litres de gaz de cbarbon ou 87 grammes de slearine, et 
le nombre de metres cubes d air portes ainsi de a 100 degres n est meme plus 
que de 19, n equivalant done qu au huitieme de 1 effet calorifique produit par le 
gaz. Hammond a verifie qu un bee de gaz simple, brulant dans une piece de 
1600 metres cubes, y elevait la temperature dc 12, 8 a 17, 2 ct la maintenait 
indefmimenta ce niveau. En fait, 1 metre cube de gaz produit par sa combustion 
6814 calories, et, comme d apres lacapacite de 1 air pour la chaleur, qui est de 
0,2374 par rapport a celle de 1 eau, il faut a pen pres 3 calories, on le sait, pour 
ajouter 1 de clialeur a 1 metre cube d air, il y a done dans cette quantite de 
combustible, representant tout au plus la centieme partie de celle qui se con 
somme en une soiree dans la moindre salle de theatre, de quoi realiser cette 
elevation de temperature sur 2271 metres cubes d air, a savoir sur le quart a 
peu pres de 1 atmosphere enfermee dans la salle. On voit a quels resultats abso- 
luKieiUinsup portables on arriverait par cette uni(|ue source de calorique, si la ven 
tilation n avait heureusement pour consequence d emporter une bonne partie de 
la clialeur ainsi produite. Toutcfois la ventilation dans une salle dc theatre n em- 
porte pas tout le calorique degage par 1 eclairage, alors que 1 ideal hygienique 
de 1 eclairage est pre cisement de fournir de la lumiere sans donner de la chaleur. 
On peut se dispenser d etablir la realite effective de ma premiere affirmation, 
mais il convient de s entendre sur la verite dogmatique de la seconde. Qu importe, 
dira-t-ou, que 1 eclairage fournisse de la chaleur, si cette chaleur pcut etre sani- 
tairement utilisee? C est la qu est justement la difficulte. La chaleur de 1 eclai 
rage est surtout une chaleur rayonnante de toutes la plus mauvaise, dont la 
direction a pour effet de chauffer la tete plus que le reste du corps, precisement 
a Tinverse de ce que notre organisme reclame, et qui, dans lecas qui nous occupe 
tout specialement, a 1 inconvenicut dc se produire avec une Constance inoppor 
tune, sans consideration par consequent ni de temps, ni de lieu. Dans une salle 
de theatre ou, comme on vient de le voir, il faudrait pouvoir compenser par 
1 extreme docilite du chauffage artificiel les coups inatlendus de chaleur que la 
presence et 1 agitation de la foule determinent elles-memes, 1 eclairage represente 
un apport de calorique inde pendant de toute re glementation, puisqu il est abso- 
lument solidaire de son existence. En outre, inseparable ainsi de la source de 
lumiere, ce degagement incommode de calorique suit les appureils d eclairage 
dans tous les points oil ces derniers sont necessaires et qui sont loin de corres- 
pondre toujours avec ceux par lesquels il conviendrait de faire arriver la chaleur 
dans la salle. Je ne parle pas du lustre dont le rayonnement lumineux fatigue 
encore plus que le rayonnement thermique, dont la chaleur d ailleurs, par sa 
production au bas de la cheminee de faitage, contribue dans une forte mesure a 
la ventilation et par suite a la purification, comme, au besoin, au rafraichissement 
de 1 air interieur, mais j ai surtout en vue les bees ou couronnes des galeries et 
les feux de la rampe. Quelques theatres, en general de petites villes, presentent 
en plus ou moins grand nombre des candelabres parietaux. Ces appareils ont 
1 inconvenient de chauffer dans ses parties elevees la colonne atmospherique que 
circonscrit 1 enceinte demi-circulairc de la salle et par leur situation avancee 
dans cette atmosphere de se soustraire aux diverses combinaisons proposees par 
Faraday, Rutter, etc., pour rejeter au dehors, avec les produits nocifs de com- 



116 THEATRES. 

bustion, 1 air echauffe par les combustibles d eclairage. Us n ont pas toutefois a 
nous preoccuper outre mesure ; n raison des obstacles qu ils opposent a la vision, 
leur utilisation n a guere lieu que par quelques administrations miserables qui 
trouvent en eux un moyen d eviter I acquisition on d economiser sur les consom- 
mations du lustre central. Les bees de la rampe, en revanche, sont d un usage 
universe] parce qu ils jouent un role a peu pres indispensable dans 1 eclairage de 
la scene; sans gener sensiblement les regards du public, puisqu ils sont caches 
par un ecran longitudinal, ils illuminent en effet les personnages et les decors 
d une facon avantageuse aux effets de la scene, allongeant et agrandissant les 
perspectives en avant de leurs reflexions ascendantes, tandis qu a travers leur 
aureole lumineuse le costume des acteurs gagne en eclat comme leur visage en 
fraicheur. Or, de ces derniers appareils, 1 hygiene n a rien de bon a attendre ; si la 
fatigue qu occasionnerait a I oeil 1 opposition permanente de leur flamme est pre- 
venue par 1 emploi de 1 ecran, leur chaleur reconnue nuisible se repand sans 
obstacle dans la salle comme leurs produits de combustion dont nous aurons a 
nous occuper tout a 1 heure, et les uns et les autres passant sur la tete des 
spectateurs de 1 orchestre vont s accumuler autour de ceux des galeries. Sans 
doute on a depuis longtemps conseille 1 usage de dispositifs ayant entre autres 
1 avantage d ecouler au dehors 1 air echauffe et souille qui emane des feux de la 
rampe. Le general Morin le premier avail propose dans ce but d entourer les bees 
de gaz d une enveloppe continue ouverte seulement par en has pour 1 acces de 
1 air necessaire a la combustion ; la partie de cette enveloppe envisageant la salle, 
formee d un metal poll et concave a 1 mterieur, devait servir de reflecteur, tandis 
que la partie anterieure, en verre, laisserait arriver la lumiere sur la scene; en 
baut, cette enveloppe irregulierement spherique se transformait en un tuyau 
metallique et ce tuyau se recourbant immediatement de haul en bas passait der- 
riere le reflecteur pour venir s aboucher dans un aulre tuyau, plus grand celui- 
ci et commun a tons les tuyaux precedents, horizontal par consequent, parallele 
et sous-jacent a la conduite du gaz ; tinalement, ce collecteur des gaz de combustion 
devait communiquer par chacune de ses extremites avec des tuyaux verticaux 
d evacuation aboutissant au dehors. Le conseil de Morin, dont on ne peut qu ap- 
prouver le but, n a guere ete suivi; la grande quantite d eau qui se forme par la 
combustion de 1 hydrogene ne tarde pas a se condenser dans des lubes aussi 
longs et a se ramasser dans leurs coudures, ce qui rend difficile le fonctionnerneut 
de ces appareils et leur emploi peu pratique. Je n en connais pas d autre appli 
cation que celle du nouvel Opera de Paris, dont il sera question plus tard, et qui, 
du reste, en reproduit le principe sans en maintenir les dispositions et sans en 
poursuivre le but. 

A quelque cause que tienne maintenant 1 exces de temperature dans les salles 
de theatre, toujours est-il qu il y est prononce et presque de regie, surtout vers 
la fin de la saison theatrale ; en outre de son insalubrite directe, il entraine 
quelques inconvenients secondaires inherents a la disposilion interieure des 
theatres et que je dois egalement signaler : ce sont les transitions brusques de 
temperature et les courants d air. Apres la chute du rideau le public passe sans 
managements de ces salles demesurement chaudes dans des couloirs, des foyers, 
des escaliers relativemeiit froids, malgre 1 art avec lequel dans des circonstances 
malheureusement exceptionnelles meme ils sont quelquefois chaui fes, ou tout 
aussi bien il va chercher au dehors dans la rue, sur la place publique, une frai 
cheur enviee dont aucune administration n a pu lui enlever la dangereuse jouis- 



THEATRES. 117 

sance. Dans 1 interieur meme de la salle, quand les portes s ouvrent a chaque 
instant pour la circulation des spectateurs, Fair froid des conidors s introduit 
aussitot, faisant osciller incessamment la temperature generale, et retombant 
en impressions nefastes sur la tete decouverte des hommes comme sur les epaules 
que lacoquetterie feminine livresans defense a leurs perturbations vaso-motrices. 
L inconvenient sanitaire que je signale se realise sur une plus grande echelle au 
moment ou le rideau se leve; il se produirait alors, selon Michel Levy, un conflit 
entre I atmosphere dilatee de 1 enceinte et celle plus fraiche de la scene ; je ne 
vois pas pour mon connate de conflit, mais j en admets les resultats, c;ir il est 
certain que 1 air chaud de la salle bat aussitot en retraite devant les aquilons 
glaces qui du bout d un horizon quelconque se precipitent alors sur la masse des 
spectateurs. Ge n est pas a ces derniers seuls que sont redoutables les effets de 
semblables equilibrations atmospheriques ; sur le trajet de ces courants d air, 
qui se produisent plus iutenses au moment du lever du rideau, mais qui cor 
respondent pendant toute la duree de 1 acte aux oscillations de la temperature 
dans la salle, se trouvent places d autres organismes humains, plus desarme s 
encore et plus impressionnables que les precedents : ce sont les acteurs et surtout 
les actrices, tous plus ou moins excites par les animations de leur role, celles- 
ci particulierement compromises par 1 insuffisance, lout au moins hygienique, 
de leurs vetements. 

J ai dit encore que pour etre a 1 abri des reproches de I liygiene la temperature 
sanitaire devait etre obtenue dans une salle sans alteration sensible de son 
atmosphere. Rien qu au souvenir des origines que je viens d attribuer a la cha- 
leur des salles de theatre, il est facile de concevoir a quel point cette condition 
de salubritd s y trouve en defaut. Je n ai pas a incriminer ici les veritables appa- 
reils de chauffage; dans les theatres la cheminee et le poele ne sont que des 
exceptions, bien qu on puisse en compter jusqu a 252 au nouvel Opera; on en 
trouvera dans les loges et aux foyers des acteurs, dans les bureaux de 1 admi- 
nistration, dans des annexes d un caractere tout prive qui ne font pas partie, en 
somme, decequi constitue pour nous 1 edifice public du theatre. Ces edifices 
sont chauffes en realite par des caloriieres, par ces appareils que les hygienistes 
les plus judicieux, comme Wiel et Arnould, se laissent eotrainer avec la m;isse 
des autres a etiqueter systeme de chauffage central, alors qu ils sont precisement 
les plus eloignes des centres qu il s agit de chauffer, et ces appareils, quelle 
qu en soil la categoric particuliere et le modele special, separant tous le vehi- 
cule de la chaleur des combustibles qui la produisent, ne peuvent intervenir 
dans la purete de I atmosphere que dans des proportions minimes que ce n est 
pas encore le lieu de discuter. Mais, si la production de chaleur artificielle rem- 
plit a pen pres 1 importante condition de ne pas alterer ou souiller 1 air ambiant, 
il est loin d en etre de meme du chauffage anormal qui s effectue par les orga 
nismes vivants et par les appareils d eclairage. 11 suffit pour le moment de 
signaler cette derniere condition d insalubrite que presente la chaleur dans les 
salles de theatre ; nous aliens y revenir plus en detail en nous occupant main- 
tenant des alterations qu y subit I atmosphere. 

L atmosphere des theatres presente au plus haut degre les caracteres de 1 air 
confine. La foule qui s y entasse presque sans interruption pendant cinq ou six 
heures est la principale cause de sa contamination. Gette cause agit ici comme 
dans toules les enceintes ou des organismes respirent, un peu par absorption 
d oxygene et accumulation d acide carbonique, beaucoup par les vaporisations 



118 THEATRES. 

pulmonaire et cutanee qui entrainent avec elles- des mafieres essentiellement 
mephitiques, mais elle presents quelques particularites a signaler. 

L absorption d oxygene a peu d importance ; quand il serait vrai, comme le 
rapporte Michel Levy sans dire ou ni comment, qu un jour de spectacle gratuit 
on eut trouve dans une loge 1 oxygene rtduit a 19 pour 100, je me laisserais 
pen effrayer par une desoxygenation de 1 air deja sans doute assez considerable; 
1 abondance d oxygene est indispensable quand les muscles out du travail a 
effectuer, elle est superflue lorsqu ils doivent rester en repos, puisque nos organes 
n en font pas de reserves, et meme nuisible quand il convient, en raison de la 
temperature ambiante, de re duire la production de chaleur animate; on vit tort 
bien a des altitudes ou la diminution de pression equivaut et au dela a Fappau- 
vrissement absolu que je signale et dans les mines d Helgoat en Bretagne, oil le 
travail musculaire est pourtant excessif, les mineurs n eprouvent aucune incom- 
modite d une atmosphere que 1 absorptionconstante de pyrites de cuivre entretient 
a 15 pour 100 seulement d oxygene. 

[/accumulation d acide carbonique pourrait etre un peu moins inoffensive. 
La disposition de la masse d air clos en colonne assez elevee qui resulte de 
la forme de 1 enceinle dans une salle de theatre favorise naturellement la super 
position des divers gaz d apres leur legerete relative, et a ce litre 1 acide carboj 
nique de beaucoup le plus lourd doit comme dans la fameuse grotte de Pouzzoles 
s accumuler au has de la salle, cnveloppant ainsi les spectateurs de 1 orchestre 
et du parterre qui sont precisement les plus nombreux. Quelques experimen- 
tateurs ont bien pretendu avoir trouve une plus grande proportion de ce gaz 
dans les parties superieures, au niveau des dernieres galeries (Becquerel), et je 
contesterai d autant moins 1 exactitude de leurs observations, que plusieurs fois 
aussi on a constate dans des ascensions sur montagne ou en ballon ce renver- 
sement assez e trange au premier aspect des lois de la pesanteur ; mais ces faits 
d ailleurs isoles s expliquent dans 1 un et 1 autre cas par des circonstances ana 
logues qui les condamnent a n etre que des exceptions. L acide carbonique issu 
des poumons est plus chaud, a-t-on dit, que i air de la salle et il doit par conse 
quent s elever vers le plafond; c est la une erreur tres-repandue qu il convient 
de detruire. L acide carbonique meme a la temperature qu il a immediatement 
au sortir de la poitrine est encore plus lourd que I air de la salle : supposons 
cet air a 1 5 degres, ce qui est certes une temperature bien basse pour une salle 

1 295 

de theatre, il pesera l k s,225 par metre cube, en raison de-: . . " , AA r./;/j : 

1 -f-le>xO,OOoDO 

or 1 acide carbonique a 56 degres, qu il aura certes beaucoup de peine a 

1 529 
atteindre, en raison de . " AA^O pese encore par metre cube l k g,350, 

sans compter qu cn se melant a I air ambiant il ne tarde pas a augmenter encore 
de poids. Ge qui s eleve en vertu de sa legerele relative, c est I air d expiration 
avec sa vapeur d eau et ses souillures organiques, mais les molecules plus 
lourdes de 1 acide carbonique s en separent et restent a proximite du sol. Si 
parfois quelques bouffees de ce gaz peuvent etre portees vers le plafond et s y 
trouver en exces, voici quels sont alors les divers mecanismes possibles de ce 
phenomene : la vapeur aqueuse d expiration lancee dans un milieu sature d hu- 
midite s y condense en gouttelettes que les courants ascendants entrainent meca- 
niquement vers le haul de la salle chargees de 1 acide carbonique qu elles ont 
retenu en dissolution; parvenue dans les couches superieures moins humides, 



THEATRES. 119 

cette buee se dissipe en se volatilisanl et abandonne subitement le gaz qu elle a 
ainsi charrie, et qui occupe de la sorte une allilude inaccoulumee jusqu au 
moment ou il est retombe a son niveau normal. Ou bien un coup de chaleur 
dont nous avons vu deja les causes multiples eleve tres-haul la temperature des 
couches inferieures a 1 instant ou un courant d air tres-froid s abaisse dans la 
salle par les soupiraux de la coupole. La production d une telle coincidence n est 
pas absolument impossible; c est justement quand la chaleur s exagere qu on 
ouvre largement un acces a 1 air exlerieur, on quand le fro id a penetre du dehors 
par une fausse manoeuvre de ventilation qu on active le plus possible la 1 onction 
des caloriferes. Lorsqu un fait de ce genre se produit, il a pour consequence le 
renversemenl des couches aeriennes, les plus basses qui ont pris un exces de 
temperature passant rapidement au-dessus des autres. Pour que 1 acide carbo 
nique, par son allegement du a sa propre dilatation, puisse suivre momenta- 
nement 1 air du plancber dans cette ascension vers le plafond, il faut qu il ait 
une plus-value thermometrique de 50 degres ; on peut admetlre que dans des 
circonstances tres-rares cette difference se realise : ainsi 1 air qui vient du dehors 
pourrait etre a 20 degres, tandis que 1 air inlerienr de chaulfage atteiudrait a 
4-30; en pareil cas, 1 air peserait l k ,587 par metre cube, tandis que le 
metre cube d acide carbonique ne peserait que l k ,57(J et passerak par conse 
quent aisement au-dessus. En dehors de ces conditions exceptiounelles, 1 acide 
cai bonique s accumule done duns les parlies basses de la salle ou se ramasse par 
consequent toute la quantite de ce gaz parvenue dans son ensemble. Cetle cir- 
constance tend a augmenter un peu, dans les regions indiquees de 1 atmosphere 
theatrale, la proportion d un element dont la nocivited ailleurs avail ete surfaile. 
Meme en supposant par la doublee, triplee, si Ton veul, la mesure dans laquelle 
il peul habituellement entrer dans la composition des atmospheres confmees, et 
en admettant avec Wiel la proportion de 6 a 7 milliemes comme frequenle dans 
les theatres vers la fin de la soiree, on ne voit pas que des inconvenients bien 
graves puissenl, quoi qu en pense Proust, s attacher a cette exageralion. L acide 
carbonique n est pas toxique, c etait la une vieille erreur dont la science s est 
aujourd hui debarrassee, et dont on ne saurait meme comprenclre la coexistence 
avec la notion des oxydations incessantes que subit le carbone de nos tissus. 
L acide carbonique est surloul irrespirable comme 1 azote, comme 1 hydrogene, 
dont 1 un forme les 4 cinquiemes environ de I air normal, dont 1 autre pour- 
rait entrer pour la meme proportion dans 1 alinient pulmonaire sans inconve 
nient sensible. Sans doute, comme le sang doit abandonner sans cesse, pour 
pouvoir fixer de nouvelles provisions d oxygene, 1 acide carbonique qu y intro- 
duisent incessamment aussi les oxydations de noire organisme, la presence de ce 
dernier gaz dans le milieu ou nous respirons apporle aux echanges de I liemalose 
un obslacle lout special, que ne presentent pas les autres gaz irrespirables ; mais 
les quelques milliemes d acide carbonique qui peuvent se trouver dans une 
atmosphere confmee ne sauraient acquerir de ce fait une nocivite appreciable, 
et, si ce gaz est alors incapable de nuire directement par sa presence dans le sang 
en exces insensible, il sera bien moins a redouter encore pour les proportions 
insignifiantes dont il reduira 1 oxygenation sanguine. II faut bien peut-etre 
accorder maintenant a Brovvn-Sequard que 1 acide carbonique sans elre toxique 
agit comme un excitant lorsqu il s accumule dans le contenu vasculaire ; mais, 
-a doses si minimes et si interrompues, une excitation de ce genre ne produira 
pas, meme a la longue, d effets bien desastreux; elle ne peul a plus forte raison 



120 THEATRES. 

etre rendue responsable, par son application aux pneumogastriques, des dys- 
pnees ou des syncopes qu on observe assez souvent dans les conditions que 
j envisage, et je doute surtout qu il faille avec Lacassagne lui attcibuer, en vertu 
de son action elective sur les fibres musculaires de 1 uterus, les avortements 
qui sont quelquefois la consequence d une soiree thealrale. Les accidents que 
j indique, favorises d ailleurs par des temperaments hysteriques, par des lesions 
pulmonaires ou cardiaques, sont plus serieusement imputables a la cbaleur 
excessive, aux emotions morales, qu a 1 abondance d acide carbonique ou a la 
penurie d oxygene, et Ton peut aussi en cbercher la cause dans les emanations 
animales dont il me reste a parler. 

En dehors de quelques circonstances exceptionnelles on ne croit plus aujour- 
d hui que le danger d une atmosphere ou des etres vivants ont respire tienne a 
1 oxygene en de faut ou a 1 acide carbonique en exces; ce qui vide alors 1 air 
confine, ce qui le rend nuisible avant qu il ait pu le devenir par la consom- 
mation du premier element ou 1 augmentation du second, ce sont d abord 
quelques gaz ctrangers qui s exhalent des organismes animaux, ammoniaque, 
liydrogene earbone, hydrogene sulfurd, acides gras volatils el autres prodmts 
obscurs, mais surtout a cote de ces substances des matieres organiqnes en 
vapeur ou plutot en poussiere. On sail de longue date que 1 haleiue de 1 homme 
est nuisible a 1 homme, mais on ne sail pas depuis aussi longtemps que c est 
surtout par les matieres organiques eliminees avec elle de 1 organisme animal 
et particulierement par les etres ferments accompagnant ou pe ne trant ces 
malieres pour s y developper, s y transformer et s y reproduire, qne s exerce cette 
redoutable nocivite. Apres les patientes recherches de Miquel et les remarquables 
decouvertes de I asteur, ce n est plus une hypothese de pretendre que les habi 
tants d un espace confine versent dans son atmosphere non-seulement des gaz 
odorants et toxiques, mais, comme causes morbides mille fois plus importantes 
encore, dc veri tables poisons organises et vivants, ainsi que des matieres orga 
niques constituant un milieu parfait de culture pour ces microbes a origins 
speciale en meme temps que pour leurs semblables de toute autre provenance. 
De cette facon se trouvent reunis a des elements d excitations banales, vascu- 
laires ou nerveuses, et a de simples intoxications chimiques, les agents plus 
insidieux et plus actifs de toutes les septicemies aigues ou chroniques, infec- 
tieuses ou contagieuses, alliant dans une etiologie eminemment complexe les 
cephalalgies, les attaques de nerfs, les syncopes, aux fievres typhoides, a la 
tuberculose et a toutes les affections zymotiques. Uue salle de theatre presente a 
cet e gard ie meme genre d insalubrite que tout milieu clos ou respirent long- 
temps un nombre trop considerable de personnes, mais certaines conditions 
tendent ici a en forcer un peu la mesure. Ce sont le rapprochement plus exagere 
que partout ailleurs de ces personnes et la temperature avec l hygrometricite 
particulieres de ce milieu. Le rapprochement des personnes favorise les trans 
missions morbides, cela va de soi. Quant au milieu qui nous occupe, il est eii 
general tres-chaud, comme on 1 a vu, et la vapeur exhalee par ses nombreux habi 
tants le rend en outre tres-humide : or la coincidence de la chaleur et de 1 hu- 
midite est la condition la plus favorable a toute fermentation comme elle est la 
cause la plus active de toute receptivite. 

Ce n est pas seulement aux exhalations humaines que 1 atmosphere des 
theatres doit ses caracteres prononces d air confine. D autres agents inter- 
vieunent dans cette contamination. Je n ai pas en vue les nppareils de chauffage 



THEATRES. 121 

qui, ne pouvant agir, je 1 ai deja dit, par les emanations de leur combustible, ne 
sauraient plus alterer 1 air qu en le dessecbant ou le brulant. Bien que ces 
appareils appartiennent de preference au type des caloriferes a air chaud, qui se 
pretent le mieux aux diverses exigences du chaufi age dans les edifices en 
question, mais auxquels surlout on reproche precisement de surcbauffer 1 air et 
de le priver de sa vapeur aqueuse, je crois pen pour mon compte a des insalu- 
brites qui n ont pas d autres bases. D une part, il est assez facile, comme 1 ont 
montre Geneste et Herscber, de rendre a 1 air 1 eau qui lui manque, et dans le cas 
qui nous occupe, on vient de le voir, ce n est guere par defaut que cet element 
devient nuisible; d une autre, les dangers de 1 air brule, qu on les attribue a la 
production d oxyde de carbone aux depens des poussieres qu il contenait, ou a 
la destruction de ces microbes necessaires aux evolutions de notre organismc qui 
sont nes d une fantaisie de Lister ou de Tyndall, ces dangers me paraissent encore 
d une nature trop mystique pour epouvanter beaucoup ma propre imagination. 
C est done ailleurs que je trouve de nouvelles originejS au mepbitisme tliealral. 
C est d abord dans le combustible et dans les appureils d eclairage. Le com 
bustible est le gaz d eclairage, qui provient le plus souvent de la distillation du 
chaibon de pierre, moins pur alors de beaucoup que lorsqu il est extrait du 
petrole, et que les usincs meme les mieux outillees ne livrent pas encore assez 
epure pour eviter toute contamination atmosplierique. Trois elements ,~i peu pres 
inutiles a la destination de ce que les Anglais appellant le gaz himiere doivent 
surtout nous occuper a ce point de vue : ce sont le soufre, I ammoniaque, 1 oxyde 
de carbone. La combustion du soufre contenu dans I hydrogene sulfure, dans le 
sulfure de carbone, etc., produitdes vapeurs d acides sulfureux et sulfurique qui 
sont tres-irritantes. L ammoniaque ne brule pas, au moins avec les bees fendus, 
a flammes en aile de chauve-souris, dits bees ordinaires ou de Bunsen, et donne 
lieu a la formation de cyanure d ammonium (Romilly), sel a la fois toxique ct 
volatil. Enfin 1 oxyde de carbone du gaz d eclairage ne se brule pas entierement, 
meme quand les bees sont bien construits, quoique la flamme de ces bees passe 
pour consommer les proportions de ce terrible poison des hdmaties qui se 
trouvent d autre part dans 1 air ambiant, si bien qu Arnould y voit un exemple 
d assainissement par 1 eclairage et que G reliant la recommande comme moyen 
de puritier 1 air des mines. Je ne m y fierais pas plus qu a la garantie qu on 
a voulu y trouver centre les accumulations du grisou ; comment supposer que 
le gaz d eclairage en brulant epuiserait 1 oxyde de carbone de I atmosphere 
ambiiinte, alors qu il ne parvient meme pas a consumer tout celui qui le souille, 
ainsi qu il resulte des experiences de Grehant lui-meme? Non-seulement les 
divers bees de gaz ne detruisent pas tout le CO du gaz d eclairage, mais, ce qui 
nous importe plus particulierement ici, ils le detruisent chacun dans une 
mesure inegale. La respiration de 20 litres d un melange de gaz brules sous une 
cloche, puis refroidis et recueillis dans un ballon, diminue de 1 centimetre cube 
le pouvoir d absorption du sang d un chien pour I oxygene, si la combustion a 
eu lieu a 1 aide d un bee Bunsen, et de O cc ,5 seulement, si c est a 1 aide d un bee 
annulaire, dit bee d Argand. C est bien en general ce dernier type qui heureu- 
sement existe dans les theatres, mais cette preference n est pas absolue. Dans 
les theatres pauvres, par une economic mal comprise, on emploie souvent le 
bee ordinaire de Bunsen, celui qu on voit bruler dans les rues, qui consomme 
plus de gaz en proportion que le bee d Argand, mais dont les frais d installation 
sont moindres ; dans ;la plupai t des aulres du reste, les escaliers, les couloirs, 



122 THEATRES. 

souvenl meme les loges, sont ecl aire es avec le premier et par consequent le plus 
insalubre de ce.s appareils. En plus de ses impuretes prealables, le gaz d eclairage 
ajoutc a 1 air Jes produits nuisibles qui resultent de la combustion de ses 
elements fondamentaux. L hydrogene carbone, pour donner de la flamme eclai- 
rante, fournit de 1 acide carbonique, du carbone sublime et de la vapeur d eau. 
L acide carbonique s ajoute a celtii de la respiration bumaine sans augmenter 
assez ses proportions pour aggraver beaucoup ses inconvenients deja si peu sen- 
sibles. On connait ceux des parcelles de charbon repandues dans 1 air que I liomme 
respire, mais, si la nature anlhracosique de la phtliisie des mineurs bouillers 
esl contestee par P. Fabre, il est bien plus pcrmis encore de revoquer en doute 
la puissance irritante des poussieres charbonncuses repandues dans 1 air par les 
combustibles d e clairage et d estimer avec Arnould que I inbalation de ces pous 
sieres, malgre 1 expiration des cracbats noirs, n est point mortelle par eJle- 
meme, et ne devient probablement dangereuse que par laquanlite. II faut bien 
reconnaitre toutefois que des contacts tie ce genre, inoffensifs, si Ton vent, pour 
des poumons ordinaires, gardcront difficilement leur innocuite en presence de 
predispositions inde finiment accrues ou de lesions deja existantes. Enfm, la 
quantite de vapeur d eau que la combustion du gaz d eclairage introduit dans 
I atmosphere est considerable et vient s ajouter de favorablement a celle qu y 
verse d un autre cote la respiration humaine. Ici done encore je me separe 
d Odling, d apres lequel, a lumiere egale, le gaz de bouille ne souillerait pas 
autant 1 air que les autres matieres e clairantes. En, accordant a cet auteur que 
1 emission de poussiere cbarbonneuse sera moindre peut-etre avec le premier de 
ces combustibles qu avec les cbandelles de suif ou les torches de resine, ou 
meme les builes obtenues par la distillation du petrole, il n en reste pas moins, 
on le voit, bon nombre d emanations nuisibles par lesquelles le gaz reprend 
aisement sa superiorite en mephitisme, et, s il faut admetlre avec Fonssagrives 
qu a cote de ces produits malsains le gaz verse dans I atmosphere sous la forme 
de vapeurs de benzol, de naphtaline, etc., une foule d autres produits dont on 
utilise ailleurs les proprie tes desinfectantes, il n en reste pas moins que ces cor- 
rectifs ne correspondent pas aux apports nuisibles, etqu en toutcas les inconve 
nients du mal paraissent depasser de beaucoup les avantages du remede. Ce n est 
pas seulement en se consumant que le gaz d eclairage communique a 1 atuiosphere 
les elements etrangers qui la rendent malsaine ; il faut compter encore avec les 
fuites, c est-a-dire avec les penetrations directes, a travers des robinets mal 
fermes ou des conduites felees, du gaz d eclairage tel qu il vient de 1 usine dans 
1 air qui doit etre respire. Alors encore ce sont les impuretes inutiles du gaz, 
ammoniaque, acides cyanbydrique et sulfhydrique, sulfure et oxyde de carbone, 
qui, abstraction faite des dangers d explosion dont il sera question plus tard et 
a ne considerer que la souillure aerienne dont je m occupe en ce moment, 
excitent le plus vivement les preoccupations des hygienistes. Certes 1 hydrogene 
bicarbone est un gaz irrespirable, mais en presence des elements plus dangereux 
qui 1 accompagnent d habitude il n a pas le temps de s amasser dans 1 air en 
quantite suffisante pour exercer sa propre influence; ce quile prouve, c estque, 
son melange avec Fair etant explosible avant d etre asphyxiant, on a vu nean- 
moins la mort survenir dans des cas de fuites, alors qu un bee allume n avait 
pas provoque d explosion. Sans doute la plupart des inconvenients et des dangers 
que je viens de signaler s attenuent par Fepuration de plus en plus perfectionne e 
du gaz d eclairage, mais il faut savoir que ce progres industricl n a pas encore 



THEATRES. 123 

atteint en principe les limites desirees par 1 hygiene, et teuir compte des obstacles 
economiques qui en fait s opposeut plus ou moins a ses applications dans les 
petites villes. Ainsi 1 eclairage au gaz est une cause de souillure pour 1 air des 
salles de theatre, qui en font un usage considerable, et, si ce n est pas une 
raison suffisante pour prelerer a celui-la tout autre combustible, il n y a pas 
moins a enregistrer cet inconvenient de son emploi. 

A cote de cette source de mephitis me les edifices dont je m occupe en pre- 
sentent une derniere qui leur est commune avec toutes les constructions servant 
habituellement d abri a de nombreux habitants ; mais dans les constructions 
theatrales les defectuosites architecturales auxquclles je fais allusion presentent 
cette particularite qu elles sont plus difticiles de toute facon a corriger <|ue 
partout ailleurs : je veux parler des materiaux menies dont cos constructions 
sont faites. I /hygiene courrait tout au moins le risque de n etre pas ccoutee, si 
elle s elevait centre le caractere monumental des theatres; vouloir soustraire a 
la libre imagination des architectes ou pour le moins subordonner aux froides 
exigences de la raison sanitaire le palais lui-meme ou tous les autres arts, ceux 
do la declamation, du chant, de la musique, de la dansc, dc la peinlmv, se soul 
donne rendez-vous, est done un projet que je n oserais former. II n en est pas 
moins vr;ti que les monuments ne vont pas sans un cube excessif dc materiaux, 
et de materiaux plus ou moins poreux, sans une profusion de reliefs, sans un 
luxe de tentures qu on n hesite plus a considerer aujourd hui comme le receptacle 
d une multitude d agents infectieux et contagicux. Les affections de tout genre 
qui en emanent offrent dans les theatres cette particularite que la cbaleur et 
I humidite de leur enceinte, que leur air charge de matieres organiques, se 
pretent mieux que quoique ce soil aux eclosions et aux transports que de telles 
geneses morbides necessitent. A ce titre les theatres sont encore d autant plus 
dangereux que le melange est plus complet entre les individus etrangers les uns 
aux autres qui en forment 1 auditoire, de telle sorle que pour ensemencer ce 
marais parietal comme pour fournir aux contagions directes la graine, grace 
a de si nombreuses provenances, ne saurait jamais faire del aut. Ce sont la des 
filiations etiologiques qu on ne peut individuellement saisir, mais que de fievres 
typhoides, que de maladies eruptivcs, que de coqueluches et de diphtheries, que 
d affections epidemiques, out ete certainementpropngees par les germes morbides 
emmagasine s dans les replis desetoffes, dans les cavites des moulures et jusque 
dans les interstices des cloisons et des murailles I Gomme dans ces hotels garnis 
des villes de bains, ou, d apres Villemin, pas mal de phthisiques ont contracte le 
mal qu ils croyaient y trailer, combien de granulies, combien de tuberculoses, 
sont nees, elles aussi, sans que leur porteur s en doute, a 1 abri des murs ou il 
alia chercher un plaisir! Les circonstances que j indique accroissent assez le 
mephitisme special dont il est ici question pour que les theatres me paraissent 
a ce point de vue devoir etre ranges entre les casernes et les hopitaux. 

Apres la temperature et 1 atmosphere, j ai incrimine dans les theatres 1 eclai 
rage de la salle et 1 attitude des spectateurs. 

Les reproches que j adresse a Ve clairage ne sont que relatifs. Malgre les 
inconvenients du gaz, ce combustible representait encore jusqu a ces derniers 
jours le moyen pratique d avoir le plus de lumiere et a ce titre seul il meritait, 
nialgre ses defauts, les preferences de 1 hygiene. Bien que je ne tienne pas pour 
cle montre, ainsi que je 1 ecrivais recemment dans une etude sur Le Probleme 
de la myopie scolaire, que 1 eclairage artificiel, comme le pensent Javal, 



124 THEATRES. 

Cohn ettantd autres, ne saurait jamais etre trop intense, puisqu il ne peut arriver 
a egalcr celui du soleil, je n en considers pas moins cette opinion comme tres- 
probablement juste, et 1 intensite d une lumiere comme sanitairement preferable 
a sa qualite. 11 faut done avant tout, au theatre comme ailleurs, beaucoup de 
lumiere, et a ce litre, je le repete, le gaz etait jusqu ici le seul moyen pratique de 
pourvoir a ce besoin hvgienique de la vue. Je n en ai pas moins le devoir d en 
montrer les inconvenients, d autant plus que, nous le verrons tout a 1 heure en 
traitant des ameliorations susceptibles d etre apportees aux conditions sanitaires 
des theatres, on peut beaucoup mieux desormais, tout en satisfaisant a toutes les 
conditions de salubrile de 1 eclairage, remplir 1 exigence primordiale relative a 
son intensite. 

On a vu que le gaz est infe rieur a la bougie stearique et aux huiles grasses par 
la temperature qu il developpe, par les impuretes qu il repand dans 1 atmosphere; 
il me reste a montrer ici, pour caracteriser 1 eclairage habituel des theatres, 
qu il est egalement inferieur a ces matieres eclairantes par la nature meme de 
sa lumiere. On sait que la lumiere est surtout nuisible a 1 oeil par ses rayon- 
nements calorifique ou chimique, et que ses inconvenients visuels tiennent 
principalement a ses rayons obscurs de beaucoup les plus nombreux : ainsi la 
flamme du petrole, de toutes d apres Heymann la plus irritante, doit cette pro- 
priete a 1 abondance des rayons violets et ultra-violets qui ont des proprietes 
chimiques intenses. La (lamme du gaz est jaune, et les rayons jaunes, qui occupent 
a peu pres le centre du spectre et qui possedent le plus de luminosite, sont aussi 
les moins chauds et les moins chimiques ; a ce titre, la lumiere du gaz devrait 
etre de toutes la moins agressive pour 1 organe de la vue, mais la flamme du gaz, 
en meme temps qu elle chaulfe le plus 1 air ambiant, rayonne autour d elle le 
plus de chaleur. C est un fait d observation brute qui n est pas contestable : dans 
un milieu de temperature moyenne un thermometre place a 50 centimetres d un 
bee de gaz ordinaire s eleve de 4 degres et a 15 centimetres de 12 degres, tandis 
qu avec une lampe Carcel type brulant 60 grammes d builc a 1 heure et par 
consequent d intensite lumineuse plutot superieure, 1 ascension thermometrique 
est seulement de 1,1 a 30 centimetres, et de 3, 8 a 15 centimetres, el 
qu avec une bougie stearique de valeur lumineuse 7 fois moindre, 1 elevation 
n est encore a 30 centimetres que de 0,5 eta 1 5 centimetres que de 1,5 (Arnould). 
C est done qu independamment des rayons jaunes a pouvoir thermique peu 
prononce la flamme du gaz contient des rayons obscurs ultra-rouges, qui sont 
tres-calorifiques. Les milieux refringents de I ceil absorbent, comme 1 a montre 
Janssen, ou plutot detournent ce rayonnement de calorique dont la retine recevrait 
de graves dommages ; la cornee neutralise ainsi les deux tiers de celui qui par- 
vient au globe oculaire, et 1 humeur aqueuse ou vitree les deux tiers encore 
de ce qui reste; mais 1 irritation des parties exterieures : paupieres, conjonctive, 
cornee, n en subsiste pas moins tout entiere (Arnould) et, si le rayonnement est 
considerable, il en penetrera toujours jusqu aux tissus profonds assez pour leur 
porter le meme genre de prejudice. Heureusement que la disposition des appareils 
d eclairage nous fournit le moyen de neutraliser presque completement ces 
inconvenients de la lumiere du gaz; voyons dans quelle mesure cette preser 
vation est mise a profit dans les salles de theatre. 

Le verre qui est plus diaphane que diathermane arrete une bonne partie des 
rayons de chaleur, environ 50 pour 100, d apres Landsberg, lorsqu il a comme les 
verres cylindriques et les globes depolis des lampes de 2 a 3 millimetres d epais- 



THEATRES. 125 

seur. Les globes, qui attenuent sans profit 1 intensite lumineuse daus la proportion 
d un quart, ne sont guere usites dans I eclairage des salles de the atie, et les 
verres cylindriques, qui ajoutent a 1 avantage precedent celui de rc gulariser 1 acces 
de 1 air et d empecher le papillotement fatigant de la flamme, n existent guere 
en general que sur les bees de la rampe ; excepte dans les theatres de premier 
ordre, ceux des escaliers, des couloirs, des salons de loges et meme du pourtour 
de la salle, en sont depourvus, et en toutcas ceux du lustre, qui ferment le prin 
cipal appareil d ficlairement, n en presentent pas le moindre vestige. C est la du 
reste un inconvenient qui n est pas sans remede, comme le rayonnement agressit 
pour 1 oeil de la flamme eclairante elle-meme ; en fait ces defauls de tout eclairage 
artificiel qui existent jusque dans le foyer par excellence de I eclairage nature!, 
1 astre solaire, n ont pas a nous pre occuper outre mesure, car un foyer d eclai- 
rage n a pas besoin d etre fixe ni meme d envoyer directement sa lumiere sur 
I o3il, seuls cas ou 1 organe de la vue peut recevoir son rayonnement nuisible, 
mais doit simplement eclairer les objets que nous avons a voir. 11 n y a done pas, 
a tout prendre, de lumiere malsaine pour la vue, il ne peut y avoir qu un 
mauvais emploi de la lumiere, soit, comme on 1 a vu, que son iiitensite fasse 
defaut, et jusqu ici le gaz etait le meilleur moyen de parer a celte insuffisance, 
soit que la radiation en ait ele mal dirigee, ce dont il nous resle a juger par 
rapport aux salles de theatre. Dans les conditions naturelles, dit justement 
Arnould, le soleil nous rend ses services sans que nous 1 apercevions ; il nous 
est meme desagreable quand il n est plus au-dessus de nos t.etes et qu a son 
lever ou a son coucher nos regards rencontrent ses rayons obliques . Voila 
1 exemple a suivre pour la disposition des foyers d eclairage dans les salles de 
theatre; est-il rigoureusement suivi? Non d abord en ce qui concerne les feux 
de la rampe, que Ton a sans doute soustraits eux-memes aux regards des spec- 
tateurs, mais dont ceux-ci doivent encore traverser 1 aureole brillante; non 
surtout en ce qui concerne le lustre. Ce dernier represente bien un petit soleil 
eclairant d aussi haul que possible la mise en scene sur laquelle doivent se 
porter les regards ; mais ce jugement n est vrai que par rapport aux spectateurs 
des places inferieures; ceux des troisieme et deuxiemegaleries, deja memo ceux 
du balcon, pour peu qu ils se trouvent versle centre, ont tellement a soulfrir du 
rayonnement lumineux du lustre qu ils s en preservent imparfaitement au 
moycn d abat-jour. On a bien cherche a corriger ce vice considerable de I eclai 
rage dans les theatres, moins peut-etre dans 1 interet de la vue que dans celui 
de la caisse, en s efforcant de rendre plus habitables des places jusque-la 
dedaignees, et Ton a dans ce but au Theatre-Lyrique, au Chatelet de Paris, essaye 
le systeme du plafond lumineux, destine a reproduire 1 illusion d un eclairement 
vertical par la voiite celeste. Pour cela des couronnes de bees concentriques ont 
ete placees dans le cintre et leur lumiere a ete ramene e par un re flecteur d une 
grande puissance sur une enorme plaque horizontale de glace depolie d ou elle 
se repand uniformement dans toutes les parties de la salle. Cetle amelioration 
fut accueillie avec une grande satisfaction par les hygienistes, particulierement 
par Hermann Cohn, si competent en fait d hygiene de la vue; mais la salle 
privee du scintillement du lustre perdait a cette disposition trop de son eclat et 
de sa gaiete, et 1 accroissement de la depense en raison de la necessite d augmenter 
d un tiers le nombre ou le debit des bees de gaz n etait pas compense par 
celui de la recette. On y a done renonce et le lustre central a retrouve sa place 
jusque dans la brillante coupole du nouvel Ope ra. 



126 THEATRES. 

II est inutile d insister sur les inconvenients des attitudes vicieuses qu en- 
trainent dans les sal les de theatre 1 etroitesse des sieges, la parcimonie avec 
laquelle la surface a ete mesuree aux spectateurs, et les contorsions souvent 
necessaires pour mieux voir et mieux entendre. Quels que soient le luxe et le 
confortable qui regnent dans beaucoup de ces edifices, la necessite de loger le 
plus de monde possible dans un espace restreint et sur des zones forcement 
bornees a jusqu ici fait echouer, a ces dernieres limites, malgre d ingenieux 
artifices de construction, les tendances des architectes vers de pareils perfection- 
nements. Outre 1 accroissement manifeste de danger qui resulte, an point de 
vue du mephitisme halitueux et des contagions morbides, de ce coudoiement 
par trop intime entre des inconnus, il est evident pour tout le monde que la 
gene des jambes repliees sur elles-memes, I enchassement de la poitrine dans 
un dossier trop etroit, et le poids des bras entre-croises sur elle, ne peuvent que 
s opposer a la liberte de la circulation et a 1 amplitude de 1 hematose. Ajoutons 
que le repos du corps est loin d etre complet dans cette position assise. Certains 
muscles, en raison des exigences de la vision et de 1 audition, y sont, comme 
1 esprit, en elat de tension permaneute. Or la fatigue musculaire, on le sait, est 
plus vite et plus vivement ressentie dans les contractions de ce genre; sans 
compter, dit Arnould, les grandes alternances entre 1 etat de mouvement ct celui 
de repos, il faut meme dans le mouvement soutenu des alternances d activite et 
de relachement permettant cette reparation musculaire et nerveuse que James 
Paget appelait la nutrition rhythmique. Les muscles qui interviennent de prefe 
rence dans les conditions que j envisage, musclesducou, de la nuque, des globes 
oculaires, sont precise ment les plus aptes a ressentir cetle fatigue et a 1 irradier 
autour d eux : comment s etonner alors que des migraines, que des cephalalgies 
intenses, dont nous avons rencontre au theatre tant d autres occasions, soient si 
souvent la consequence, quelquefois le seul benefice, de la soiree qu on y a passee. 

Telles sont les principales causes de morbidite que presentent actuellement 
nos constructions theatrales. A cote d elles, je ne puis omettre de signaler les 
accidents d une nature plus violente dont leurs conditions de structure et de 
fonctionnement renferment aussi la menace; la securite, comme la salubrite, 
releve de 1 hygiene, puisque 1 une et 1 autre aboutissent a la preservation de la vie. 
Or, a ce litre encore, les theatres nous interessent d une facon particuliere. 11s 
peuvent d abord s ecrouler, en ecrasant sous leurs decombres de nombreux 
spectateurs, comme tout recemment 1 hippodrome de Marseille, ou, a une autre 
extremite de I histoire, le theatre de Bacchus a Athenes, qui etait aussi en bois 
et que Pericles fit reconstruire par Philon en pierre et en marbre. Sans doute 
de pareilles catastrophes ne sont guere inherentes qu a des constructions du 
meme genre, dont nos administrations serieuses, a 1 exemple de 1 inspirateur du 
Parthenon, repoussent en general lafragilite, et que leur caractere exceptionnel 
m a deja fait ecarter de cette etude. Mais les theatres sont exposes a d autres 
desastres, dans une mesure qui leur cree a cet egard une sorte de specialite et 
merite par consequent d arreter notre attention : tels sont principalemeiit ceux 
des explosions, des incendies et des foule es produites par les paniques. 

Les explosions sont dues surtout a 1 emploi du gaz comme raoyen d eclairage ; 
qu une fuite se produise insidieusement et qu un melange du gaz a 1 air se 
realise dans les proportions explosives en quelque re gion de cette enceinte a 
nombreux points morts de ventilation, et en presence de tant de foyers d incan- 
descence 1 etincelle qui doit mettre le feu a ces poudres subtiles ne saurait faire 



THEATRES. 127 

longtemps defaut. G est plutot au moment de 1 allumage que de pareilles coinci 
dences dcvront arriver, et alors du moins la masse des spectateurs n aura point 
a en soufirir ; mais on comprend que cette terrible echeance puisse so presenter 
a un moment plus critique, par exemple, si la fuite se produit pendant la repre 
sentation, ou si ce grisou d un genre special, isole par sa densite diflerente dans 
une region circonscrite, ne prend feu que sous 1 influence du brassage occasionne 
par les mouvements des spectateurs ou par les remous de la ventilation activee 
a leur entree. A 1 incendie recent du theatre de Nice, on retira de la salle des 
corps qui avaient ete frappes de morts tres-differentes : les uns trouve s aux 
places du parterre ou du parquet n avaient ete ni brules ni foules, et devaient 
avoir peri par privation d air; dans les galeries superieures on releva des 
cadavres contusionnes et carbonises. S il n y avail eu la qu un incendie, on 
s expliquerait difficilement 1 asphyxie exclusive des speclateurs assis aux 
places inferieures, ainsi que les violences mecaniqiies ajoutees aux brulures des 
autres. Dans I hypothese d une explosion prealable, produite par un melange 
d air et de gaz d eclaii age localise dans la coupole, on compreud inieux la diver- 
site et la repartition des le sions mortelles que je viens de rappeler ; en haul, la 
detonation a produit naturellement des cbocs et des brulures; en bas, elle n a 
pu agir avant 1 extension de 1 incendie que par la consommation de 1 oxygene et 
la dilatation de 1 air. L evenement survint tout juste apres 1 entree du public et 
avant le commencement du spectacle, et, s il faut en effet 1 altribuer a une 
explosion, c est probablement par le dernier me canisme indique qu il faut 1 expli- 
quer elle-meme. La force et les consequences des explosions sont subordonnees 
naturellement a 1 etendue de [ atmosphere explosible, et 1 on conceit par suite 
que la gravite de pareils accidents prenne les proportions les plus variables; 
mais petite ou grande 1 explosiou produite par une fuite de gaz reste toujours 
une cause d incendie et a ce litre conserve dans les theatres une responsabilite 
des plus redoutables. 

Envisageons maintenant cette terrible eventualite de Y incendie. Elle aussi 
diversifie la forme de ses menaces. Tautot ce sont les robes des actrices qui 
s enflamment aux feux ascendants de la rampe amenant la mort par les plus 
cruelles souffrances, comme il advint enlre lanl d autres a la malheureuse 
Emma Livry. Dans d aulres circonstances, c est 1 edifiee lui-meme qui s embrase. 
Les theatres brulent avec une frequence effrayante ; on disait autrefois que 1 age 
moyen de ces edifices, dont 1 exislence est presque uniquement limitee par leur 
combustion, etait au plus d une centaine d anne es. 11 est certain que 1 Opera de 
Paris, par exemple, installe tout d abord en 1674 au Palais-Royal par Lulli, 
fut incendie une premiere fois en 1763 ; que cet edifice reconstruit aussi tot sur 
le meme emplacement fut incendie de nouveau en 1781, et que la salle de la 
rue Le Peletier, sa derniere residence avanl I inauguration du ohef-d ceuvre de 
Gamier, a aussi ete detruite parle feu en 1875 ; le premier de nos etablissements 
lyriques en France a done brule jusqu a trois fois en deux siecles. iMais cela 
n est rien encore en proportion de I accroissement inoui que presentent de nos 
jours de pareils sinistres; d apres les calculs d Auguste Felsch, bases sur 
252 cas de destruction de theatres par 1 incendie, une salle de spectacle ne sub- 
sisterait plus en moyenne que pendant vingt-deux ans, et c est par le feu qu elle 
est a peu pres exclusivement destine e a pe rir. A Paris seulement, de 1826 a 
1869, en pres de quarante ans par consequent, il s est brule 10 theatres, parmi 
lesquels se trouvaient rAmbigu-Comique, la Gaite, le Theatre-ltalien, le Vau- 



128 THEATRES. 

deville. Qui ne se souvient egalement de 1 emotion que provoquait pendant les 
annees 1881 et 1882 une accumulation inou ie de pareilles catastrophes! G est 
alors que brulerent le theatre de Nice, dont je parlais tout a 1 heure, celui de 
Montpellier, qui n avait pas encore son siecle d existence, le Ring-Theater de 
Vienne en Autriche, et bien d autres moins importants que je passe. A Mont 
pellier le feu prit vingt minutes apres la fin de la representation, et il n y eut 
a deplorer aucun accident de personnes; niais a Nice et a Vienne il y eut plus 
de 100 victimes humaines, ce qui n est rien a cote des 800 morts du theatre de 
Saint-Petersbourg en 1856, des 1000 morts de celui de Capo d Istria en 1794, 
ou des 1700 blesses ct 1670 tues qui signalerent en 1845 1 incendie d un 
theatre de Canton. Un pareil danger merite done que les hygienistes s en 
pre*occupent. 

Quand un theatre prend feu, c est moins encore a 1 incendie qu a la panique 
de la foule que sont dus les accidents corporels. C est si vrai qu on a vu Jes 
plus grands malheurs etre la consequence du simple cri au feu! pousse par 
de sinistres plaisants ou par des malfaiteurs doublement criminels. Vu 1 etroi- 
tesse des couloirs, des escaliers, des portes, la foule qui se precipite s y etouffe 
par sa propre pression, tout en se fermant a elle-meme, par son enclavement, 
les issues du brasier ou elle s enfume et se carbonise. 

Ainsi par leur defaut de securite comme par leur insalubrite les theatres 
constituent une atteinte puissante et durable a la vie humaine. Cela est si vrai 
que [ administration s est crue obligee d organiser des secours en vue des acci 
dents qui en resultent. Un arrete du 12 mai 1852 prescrit notamment pour les 
theatres de Paris la creation d un service medical compose d un nombre de me- 
decins en rapport avec 1 importance de 1 etablissement et [ installation d une 
pharmacie speciale placee sous la surveillance du conseil de salubrite. Depuis 
beaucoup de theatres de province out parodie ces prescriptions mieux inten- 
tionnees d ailleurs que suffisantes. II y a done la des vices auxquels il faut 
essayer de porter remede. Le constructeur de theatres, ecrivait en 1860 un de 
nos plus eminents ingenieurs qui s est applique des premiers a concilier 1 archi- 
tecturc et 1 hygiene, est aujourd hui en mesure de remedier completement aux 
quatre cinquiemes des vices qui affectent nos salles. Sans nourrir absolument 
une prevention aussi considerable, je vais examiner en derniere analyse ce qu il 
est pratiquement possible de tenter dans ce but. 

Le mephitisme des salles de theatre ne peut guere etre attenue que par un 
perfectionnement de leur ventilation. 

Des 1829, d Arcet presentait sur cette importante re forme une e tude des plus 
approfondies. II y a cinq conditions principales a reunir, disait-il, pour assainir 
un theatre. II faut que la temperature de 1 air y soil celle que Ton desire; que 
cette temperature y soil a peu pres constante pendant la duree du spectacle ; 
que 1 air y soil contiuuellement renouvele, pour qu il ne s y trouve surtout ni 
miasmes ni gaz deleteres en quantite nuisible; que la ventilation n etablisse pas 
de courants genants ; enfin que cet air soil charge autant que possible en arri- 
vant dans la salle de la moitie de 1 eau qu il doit contenir pour etre sature. 
Le savant chimiste etablissait dans ce meme travail que la combustion de 1 huile 
ou du gaz servant a 1 eclairage des lustres donnait une chaleur plus que sufli- 
sante pour bien operer la ventilation, et qu il ne s agissait que de 1 utiliser de 
facon a introduire dans la salle 1 air pur necessaire sans gener en rien les spec- 
tateurs, 1 experience ayant prouve que c etait dans la salle meme et non sur la 



THEATRES. 129 

scene qu il fallait renouveler 1 air. A ce litre il posait le principe qu il convenait 
d extraire 1 air vicie le plus loin possible et d introduire 1 air neut le plus pres 
possible des spectateurs, en reunissant la masse du premier dans unechemineede 
grandeur convenable, allant du lustre au-dessus de la toiture, et en dissemi- 
nant par de Ires-nombreux et petits orifices les acces du second au niveau de 
divers planchers du parterre et des galeries. Vers 1840, les ide es de d Arcet 
recurenl une premiere application et 1 ancien Vaudeville de Paris, construit sur 
ses donnees dans la rue Yivienne, en face de la Bourse, inaugura dans cet ordre 
d idees un progres qui fut imite ailleurs et qui est deja digne de remarque. 
Voici en quoi consistait ce progres : la voute de la salle ouverte a son faitage etait 
en ce point surmontee d un tuyau de chemiuee, afin d utiliser la cbaleur du 
lustre pour determiner un appeld air; d autre part, 1 acces de ce dernier etait 
facilile par des ouvertures menagees au niveau et sur tout le pourtour des plan 
chers, au rez-de-chaussee comme aux di verses galeries ; ces ouvertures commu- 
niquaient avec 1 espace compris entre ces planchers et le sol ou les plafonds, 
suivant le cas, sorte de double fond qui prenait lui-meme son air dans les cou 
loirs par d autres orifices. La commission speciale chargee en 1861 d etudier 
les systemes de chauffage et de ventilation pour les deux theatres projetes de la 
place du Chatelet, commission dont faisait partie le general Morin, si compe 
tent sur un pareil sujet, reconnut encore cette disposition pour la plus ration- 
nelle et la plus sure et lui donna la preference, malgre 1 insucces manifesto de 
ses premieres applications. Elle attribua non sans quclque raison cet insucces a 
la faiblesse du tarif adopte pour 1 air de renouvellement, qui n etail que de 
10 metres cubes par spectateur et par heure, et jugea necessaire de 1 elevcr a 
30 metres cubes, chiffre que de recenls calculs condamnent a son tour comme 
trop faible encore. Du reste la commission reconnaissait elle-meme celte insuf- 
fisance, mais elle reculait devant les limites imposees a la puissance de la ven 
tilation naturelle, et trouvait deja bien difficile d obtenir par son interraediaire 
les 60 000 metres cubes reclames, en raison de la nouvelle formule, par le 
Theatre-Lyrique, ou les 120000 qu exigeait, au meme litre, celui du Chalelet. 
Peclel lui proposa bien d aider a 1 appel de Fair par la seule difference des 
temperatures au moyen de la venlilation mecanique par refoulemenl, mais elle 
jugea, sur de nombreuses comparaisons qui ne signifiaient evidemment rien, 
que la puissance de I insufflation mecanique etait a celle de 1 aspiration natu 
relle comme 0,149 est a 0,851, c est-a-dire que la premiere e lait presque insi- 
gnifianle en presence de la seconde, et renonca done a son emploi. 

Sans doute je prefere la ventilation naturelle a la ventilation mecanique, 
quand la premiere est suffisante, comme je prefere 1 aeration a la ventilalion, 
s il est possible de substiluer 1 une a 1 autre. Mais, si dans un theatre 1 hygiene 
doit renoncer a reclamer un cube d air clos proportionnel aux exigences indi- 
viduelles, elle est bien aussi forcee de demander a des machines, comme Somasco 
1 etablissait au Congres de Bruxelles, le complement indispensable d une venti 
lation que la disposition des orifices et 1 utilisation de la chaleur d eclairage 
laissent en defaut. Du reste, si la commission de 1861 avail su conslater Te chec 
des grandes esperances qu a 1 instigation du general Morin on avail basees sur 
la venlilation pour 1 assainissement des casernes, des hopitaux el des edifices 
publics, elle ne se rendail pas encore un compte exact du molif de ces insucces. 
Sans doute Tinsuffisance du tarif y etait pour quelque chose, mais la repartition 
vicieuse de 1 air de renouvellemenl, dont personne ne s avisait alors, y entrait 
DICT. ENC. s c s. XVII. 9 



150 THEATRES. 

pour une bien plus grande part. Le vrai probleme a resoudre est moins dans 
la masse d air a introduire que dans la direction utile de cet air neuf. Avec des 
ventilateurs mecaniques, qu ils soient aspirants ou foulants, on fera toujours 
entrer dans une salle a un prix insignitiaut (4* centimes 1/2 par soiree et par 
spcctateur pour une jouissance de 50 metres cubes par heure d apres Trelat) la 
proportion d air reclamee par les medecins, qu elle soit de 50, de 100 metres 
cubes et plus par tete et par heure. Mais il ne faut pas id se contenter des ren- 
seignements fournis par I anemometre. quelque malhematiquement precis qu ils 
soient, car a quoi bon servir ces \ 00 metres cubes a la salle, si Ton ne les met pas 
a la portee de ses habitants. C est la ce que fit, Tun des premiers, judicieuse- 
menl ressortir Trelat : A 1 Opera de Paris, disait-il, plus de 100000 metres 
cubes d air sortent, chaque heure, par la cheminee qui surmonte le lustre; 
cela represente pour chaque spcctateur un cube de plus de 50 metres. Mais cet 
air, sail-on a quoi il sert? 11 sert a ventiler, assainir et remuer sans utilite 
aucune 1 atmosphere centrale du vaisseau, atmosphere non habitee, non res- 
piree par les spectateurs. En etfet, ces 100000 metres cubes qui sortent par la 
cheminee du lustre proviennent pour les neuf dixiemes de la scene, et pour le 
dernier dixieme seulement des bouches distributes dans la salle. En sorte que. 
si Ton pouvait colorer pour ies rendie visibles toutes les parlicules d air en 
mouvement dans nos salles de theatre, on verrait partout, comme 1 indique cet 
ingenieux ecrivain, une masse compactc et coloree embrasser toute 1 ouverture 
de la scene, s avancer au-dessus du parterre jusqu aux deux tiers environ de la 
prolondeur de la salle, et s inflechir en se retrecissant pour aller vei ticalement 
s engager dans la cheminee du lustre, tandis que le melange gazeux ayant reel- 
lenient servi a la respiration des spectateurs se reduirait a quelques minces 
lineaments, partant de points regulierement epars dans la salle pour venir se 
conlondre dans le grand courant qui precede. 

Fallait-il done, sur les conseits de Trelat, renoncer a la ventilation par le lustre, 
mouvement d air produit en pure perte et qui n aere pas le speetateur? Nun 
certes, mais il faut 1 utiliser autrement. 11 faut cmpecher 1 air d arriver par la 
haute embrasure de la scene, au detriment des dangereuses impressions qui en 
resultant, pour 1 amener autant que possible, a une temperature convenable, 
par des bouches disposers sur les montants de 1 avant-scene, a travers le public 
de 1 orchestre et du parterre. II faut en outre, par des communications etablies 
entre les plafonds des galeries ou des loges et la cheminee d appel qui surmonte 
la coupole, diviser la colonne d air que la chaleur du lustre, aidee au besoin d un 
appel mecauique y attire, afm que 1 air de ces places encaissees ne se renouvelle 
pas seulement par ses limites anterieures, mais autant que possible dans toutes 
ses parties. 

C est a peu pres ce qui a etc fait particulierement a 1 Opera de Vienne, con- 
struit tout recemment sous la direction architect urale d Auguste Sicard, et 
d apres les indications sanitaires du docteur Bohm. On a conserve dans ce 
theatre, dit Arnould, 1 emploi du lustre comme moyen d appel, et Ton s est servi 
de la pulsion comme moyen d insufflation. I/introduction de 1 air neuf est 
determinee au moyen d un venlilateur de Heger, actionne par une machine a 
vapeur de 16 chevaux et qui est a vis, avec une serie d aubes directrices comme 
dans les turbines. Cet apparcil, plus ou moins actif suivantla temperature de la 
salle et le nombre des speclateurs, insuffle au minimum 90 000 metres cubes d air 
par heure, c est-a-dire plus de 30 metres cubes par spectateur, avec une vitessede 



THEATRES. 131 

O m ,51 par seconde. L air exter-ieur arrive par deux puits creuses dans le sol du 
jardin et se rend dans deux longs corridors souterrains ou il se rafraichit un peu en 
ete et se rechauffe en hiver. De la, cet air se rend au ventilateur qui 1 envoie 
dans une chambre de compression d ou partent trois canaux aboutissant eux- 
memes a trois autres chambres placces sous le parterre, les loges et les cotes, 
ainsi qu a des chambres de chaleur ou il vient partiellement se charger de calo- 
rique. L air neuf dcbouche au plus pres des auditeurs. L air vicie s evacue par 
le trou du lustre, surmonte d une cheminee d appel, soit en traversant la salle, 
soil en s engageant dans des tuyaux menages aux plafonds des galeries. Pour la 
"ventilation d ete, independamment des acces d air indiques, on peut faire arriver 
de 1 air froid par le haut a travers le plafond. Le succes obtenu par ces habiles 
dispositions s accorde avec la satisfaction qu elles donnent aux exigences de 
1 hygiene : 1 air chaud et vicie se portant au plafond, c est la qu il convient de 
1 extraire et non au ras du parquet, ainsi qu on le fait trop souvent d apres 
le systeme tout a fait condamnable qu Hamelincourt proposait en 1878 pour 
FOpera de Paris; d autie part, 1 arrivee de 1 air neuf se produisant pres des 
spectateurs, ces derniers so trouvent places dans un courant d air pur et respirent 
un air parfaitement sain, ce qui ne saurait ctre obtenu non plus par les sys- 
temes de ventilation qui placent 1 extraction aussi pres et 1 arrivee aussi loin 
<jue possible des speclateurs. On a sans doute objecte aux dispositions de Sicard 
et de Bolim le danger des courants produits par 1 arrivee si voisine de 1 air de 
renouvellement ; mais je repondrai, avec Wa/on, qu un courant d air froid ou 
chaud tombant sur un crane masculin plus ou moins chauve ou sur des epaules 
feminines plus ou moins decouvertes est beaucoup plus a redouter qu un cou 
rant n atteignant que les parties inlerieures du corps toujours bien abrite es 
centre le froid et lach aleur; du reste, ces courants d air sont rendus inoffensifs 
a 1 Opera de Vienne grace aux ingenieux appartils d avertissement et de ma 
noeuvre qui sont places dans le poste de Femploye charge de diriger le chauf- 
t age, et clont je parlerai tout a 1 heure. 

Ce sont la par consequent des dispositions excellentes pour assainir 1 almo- 
sphere des theatres, et je n ai a leur egard que quelques reserves a presenter. Si 
la commission de 1861 fut mal inspiree quand elle ouvrit les bouches d acces 
dans 1 air deja souille des corridors, le docteur Bolim n a ete guere plus heureux 
en allant chercher a son tour 1 air de ventilation au fond d un puits a travers 
toutes les putrefactions telluriques. Fut-il aussi bien irreprochable en preferant 
dans le choix des machines ventilatrices les appareils a pulsion aux appareils 
d appel? Certes, la compression de 1 air est favorable a 1 acoustique des theatres 
que deja ses mouvements d ascension dus a Fun et a 1 autre genre de ventila- 
teurs tendent a compromettre en emportant la voix des acteurs et le son des 
instruments, mais la ventilation par refoulement a des inconvenients sanitaires 
que ce n est pas le lieu d exposer et dont on trouvera la discussion a 1 articlc 
VENTILATION. II importe toutefois d indiquer, sur les renseignements de Wazon, 
qu apres les premiers essais de 1 Opera de Vienne on a joint 1 aspiration meca- 
nique a la pulsion en ajoutant une helice a la cheminee d appel. 

J ai deja dit que je n avais aucun reproche a adresser aux appareils eux- 
mernes de chautfage generalement adoptes pour les salles de theatre et leurs 
dependances. Ges appareils sont les caloriferes a air qui desservent depuis le 
moindre theatre jusqu au nouvel Opera de Paris. Us concourent a la ventilation 
en meme temps qu au chauffage, reunion qui dans 1 espece ne saurait rencontrer 



132 THEATRES. 

les resistances qu elle souleve ailleurs ; a tout prendre, pourvu que le type en 
soit correct et les divers elements en bon etat, c est le systeme qui convient le 
mieux aux edifices de ce genre, comme je 1 ai deja dit, et pour des motifs dont 
on trouvera la discussion a 1 article CHAUFFAGE. Les inconvenients a corriger 
dans la temperature des salles de theatre consistent surtout dans 1 irregularite 
de sa repartition et dans ses variations subites; des dispositions bien simples 
permettent d y remedier, et les caloriferes a air se pretent mieux que tout autre 
aux installations et aux manoeuvres qu elles exigent; ces dispositions ont ete 
prises au nouvel Opera de Vienne que j ai deja cite comme modele sanitaire. OH 
a vu que le ventilateur de Heger introduisait dans cet edifice 1 air pur du 
dehors en faisant passer unc portion de cet air dans des chambres de chauffe; 
en fin de compte, 1 air neuf est ainsi verse dans toutes les parties de la salle par 
deux ordres de tuyaux independants, qnoique paralleles, dont les uns le four- 
nissent a la temperature exterieure et les autres charge de calorique artificiel. 
Grace a un mecanisme qui permet de regler a distance le debit de ces bouches 
respectives, le chef de marche peut a volonte, sur tous les points de la salle, 
sans interrompre la ventilation, augmenter ou abaisser la temperature, et pour 
corriger par cette intervention sa distribution inegaleet ses oscillations; le meme 
employe n a plus besoin que d etre immediatement averti de leur existence et 
renseigne sur leur nature. Ces indications lui sont fournies avec une exac 
titude parfaite au moyen de thermometres avertisseurs places aux differents 
points de la salle, qui correspondent par des fils electriques avec une sonnene 
et un tableau, et font ainsi connaitre en meme temps dans quelle region de la 
salle la temperature est en faute, et si elle y peche par exces on par defaut. 
Dans notre splendide Opera de Paris ou les appareils, les tuyaux et les registres 
de ventilation et de chauffe, sont installes avec une somptuosite en harmonie 
avec loutes ses autres magnificences, il est regrettable que ce luxe sanitaire, si 
modeste devant la proportion des autres, ait ete neglige. 

J ai dit que 1 eclairage au gaz de nos salles de the atre, sauf quelques vices 
d installation difficiles du reste pour la plupart a corriger en pratique, e tait 
jusqua ces derniers temps Je meilleur qu on put adopter. Depuis les reraar- 
quables progres que vient de faire 1 eclairage electrique, c est a ce dernier sys 
teme que I nygiene dans les salles de theatre, comme partout ailleurs, donne 
sans hesiter ses preferences. Je ne saurais insister sur un debat dont la place 
naturelle est a 1 article ECLAIRAGE, mais je dois dire ici que les queiques incon 
venients encore inherents a cette lumiere ne sauraient meme dans les theatre?, 
ou ils sont sans doute plus sensibles qu ailleurs, faire renoncer a des avantages 
qui consistent dans une intensite lumineuse bien superieure, dans un degage- 
ment de chaleur presque nul, ainsi que dans une absence complete d emanations 
insalubres et qui, nous allons le voir bientot, ne contribuenl pas seulement a 
assainir re clairage. Du reste ces inconvenients peuvent meme etre diminues ou 
annules; deja I eminent architecte du nouvel Opera, Gamier, a rassure le public 
et surtout les artistes sur les reflets blafards et moins flatteurs, comme sur 
1 eclat indiscret de la lumiere electrique, en leur montrant que de simples verres 
colores en jaune pouvaient aisement corriger les premiers et attenuer le second. 
Quant aux vacillements plutot qu aux eclipses qu on a tant reproches a cette lu 
miere et particulierement a la bougie Jablochkoff, les perfect ionnements succes- 
sifstendent deplus en plus a les reduire, comme dans les lampes Edison, Swan, 
Maxim, etc. ; ils sont imputables d ailleurs aux lampes a arc voltaique plutot 



THEATRES. 155 

qu a celles a incandescence, et Ton peut meme en lout cas les annuler a volonte" 
en multipliant indefiniraent les foyers. En fait 1 eclairage electrique des theatres 
vient d etre essaye avec succes au nouvel Opera de Paris avec des bougies 
Jablochkoff autour du plafond et des lampes Edison au lustre et a la rampe, et, 
bien que cette premiere experience laisse desirer quelques ameliorations, on 
peut dire a son sujet avec Javal que, en presence des resultats acceptables 
obtenus aujourd hui, il est permis d en esperer d excellents pour demain. 

11 serait superflu de preciser les ameliorations dont les sieges des spectateurs, 
depuis les simples banes et les stalles jusqu aux fauteuils a bascule ou a recule- 
ment les plus iugenieusement combines, sont encore susceptibles; elles sautent 
aux yeux de tons et 1 obstacle qui s oppose a leur application, 1 impossibilite de 
les re aliser sans diminuer le nombre des places, 1 emporterait quand meme sur 
les reclamations de 1 hygiene. 

11 reste d ailleurs des reformes bien plus importantes a indiquer et a obtenir. 
e sont d abord celles qui arriveraient a prevenir dans les theatres les terribles 
e(fets des explosions et des incendies auxquels ces edifices, on 1 a vu, sont tout 
particulierement exposes ; ce sont encore celles qui reduiraient, vu I impossibilit6 
ou Ton est de les supprimer entierement, les causes elles-memes de ces de sastres. 
En vue de la premiere de ces sauvegardes, independamment des meilleures orga 
nisations de secours contre 1 incendie, qui arrivent generalement trop tard pour 
prevenir ici les accidents de personnes, et des divers precedes de sauvetage 
dont les moins imparfaits sont toujours dangereux el insuffisants, on a propose 
1 etablissement d un rideau en toile metallique pouvant en cas d incendie 
separer la scene de la salle de theatre. On connait la propriete qu ont ces tissus 
en fils de fer ou mieux de cuivre d interrompre la continuile de la flamme en 
refroidissant, par leur conductibilite pour le calorique, les gaz dont la haute 
temperature produisait 1 incandescence. Comme au theatre 1 incendie prend 
plutot naissance du cote de la scene, tant a cause des toiles peintes avec leur 
cordages qui pendent en abondance dans les grils, et des ustensiles en matieres 
aussi plus ou moins combustibles qui encombrent les dessous, qu en raison des 
bees pour effets d eclairage qui brulent au milieu des decors et des divers feux 
d artifice que comporte souvent la representation, il y a effectivement dans 1 in- 
terposition d une semblable barriere de quoi retarder la propagalion du (lean. 
MM. Hamelle et Fleutelot, qui fcutrent et tissent 1 asbeste, observent que la 
toile me tallique se bornanl a relenir la flamme laisse la fumee s echapper de la 
scene et produire 1 asphyxie dans la salle : ils conseillent done de conleclionner 
le rideau protecteur avec leurs produits incombustibles, et de prime abord il 
semblcbien que les mailles plus serrees des tissus d amiante reprimeront mieux 
1 envahissement des gaz, tout en retardant au moins autant les progres du feu 
Sans doute il est malheureusement probable que ces instants de retard seront 
ires-courts; ils ne sauraient pour cela etre dedaignes dans des circonstances oil 
les secondes sont de la vie, et je vois surtout dans cette precaution capable de 
rassurer un pen la foule une garantie contre les suites redoutables de 1 af- 
folement qui la precipite vers les sorties. II me parait done utile de s en assurer 
les avantages, si legers qu ils soient, sans renoncer a poursuivre, en vue de si 
terribles eventualites, des preservations plus serieusement efficaces. Je n en vois 
plus le moyen, en dehors du charpentage en fer aujourd hui de plus en plus 
adopte, que dans des dispositions architecturales jusqu ici presque partout abso- 
lument negligees. Dans 1 incendie des theatres 1 abondance des victimes tient a 



134 THEATRES. 

ce que la foule s etouffe ou s eerase aux issues et ferme ainsi des le debut les- 
sorties devant la masse restee en arriere : il n y a done qu a e largir et multiplier 
les couloirs, les escaliers, les portes exterieures, et, comme tant d acces exige- 
raient une surveillance impraticable, a les munir de fermetures dont un prepose 
pourrait en cas de besoin neutraliser instantanement 1 effet. G est affaire aux 
architectes de Irouver la meilleure solution du probleme que je pose, mais, 
pour montrer qu en tout cas cette solution est possible, j indiquerai moi-meme 
divers moyens bien faciles de 1 atteindre. On pourrait, par exemple, faire com 
mander toutes les serrures par des electro-aimants ou des tubes pneumatiques. 
de facon que 1 interruption ou le passage d un courant unique, comme le manie- 
ment d un simple robinet, rendissent immediatement mobiles les battants des 
portes jusque-la condamnees ; plus simplement encore on n aurait qu a recou- 
vrir d une glace, comme 1 etait au debut