(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections | Universal Library

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 98"



4 , 

I 










I 



t 












^^ 

9 






J 



- 



- 





* 



II i iu 



B 













\ 



A gift of 

Associated 

Medical Services Inc. 

and the 
Hannah Institute 

for the 
History of Medicine 




DICTIONNAIRE ENCYCLOPEDIC! K 



I SCIENCES MEDICALES 



I ARIS. TYPOGRAPHIC A. LA III" HE 
Rue de Flcurus, 9. 



DICTIONNAIttE ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



DIRECTEUHS 

A. DECIIAMBRE L. LEREBOULLET 

DE 186* A 1885 DEPUIS 18C6 

DIRECTEOR- ADJOINT : L. HAHN 



COLLABORATEUF.S : MM. LES D >CTtURS 

ARCDAMEAILT, ARI.OING, AflXOlLD U.\ ARXOZAN. Al^oM.U !> . Al lil.l I. . M\M:P, ASLEXFELO, HAII.LARGER, 

li.UI.I.OX, UALBIAM, HALL. llAP.Il":. BARTII, BA2IX, RE.U GRANl , BELl. VHP. Ill MM I: . I .IMMIN X\N . IHIiOER, 
BERXnEIM, BERTILLON, CERTIX-SAXS, BESMER (ERNEST , III. \C1IF. Ill VCIIIZ, II! \N IIM.Ii R. . Ill Mil/. H":M I. 

B01SSE.U , BORDIER, BORIl S, ROl CHACOrRT, Cll. P.OITIIARP, BOUCIILRI \r. DOUISSON, BOULAND I . . MY (ll.), 

BOUREL-ROXCIERE, BOtRGOIX, DOLRRl , IIOfRSIER, BO I - BOYER, BRASSAC, BROCA, BROCII1N, Ul .1 MUM I . 

BROWN-SEQBARD, I .Rl N, B 1 RCKKR, 111 III. I Hi: M \, Ul SSARK, I M. Mill. r\Mr\N\, i U ,1 I r G. . UUI-t. ClUMI .MlO, 
CIIAf.COT, CIIARVOT, CMAs<vl(,Mr, Cluivtvl, CII.MMI. CIIEREAU, illlliMN, CHOI PI E, CHRETIEN, CIIRKTIlV 

COI.IN (L.), CORXIL, COTARD, COULIER, COL RTV, CO1NK, DM.I.Y, HAVV1NK. PI Cll \MI:l:i v . I" 
DELIOI X DE SAVIGNAC. DKLORE. DI.I.PI.II. DEUANGE, DENON MI.I.IM: - . DEPADL, IUIHY. pnl.Bl 10, HI l:M-^ii.v, M 
DUCLAl X, DL i .L ET, DL JARIilX-BEAL METZ, [H l HY <. . DLREM , lilTIHHHl . Ill \VI.Z, li.i.l.ll, ELOY, ELY, FALRET (j.), 
FARABEl F, FELIZET, FER1S, FERRAXD, FLEIIIY III , FOLLIN, FOXSSiCRIV] |MU;\|||; I . . TRANCK-KIl \ 

GALTIER-U01SSIERE, GARIEL, CAVARRET, GAYET, GAYRAUIl, GERVA1- P.), I, II. 1. KITE, GIRAl D-TEl I.ON, GOIlin, 
GRANCIIER, CRASSET, CREEMIILL, GRISOLLE, CL BLER, GLKMni . i, I i. \l.l . Gl ll I. M,P. d II I \l Ml , M.I tMI\, Gl Ic N I . , 

IIAIIN I... IIAMELIN, HAYEM, 11ECIIT, IIECKEL, IIENMc.M, IIEKOCQUE, IIII;1;M\\N. lin Ml Mil 1. II . IM 1 . 
nmUERT, I1TTINEL, 1SAUUERT, JACQI EMIER, Jl II I I. - III MiV. hU.III. KII. -CII. KIRMl-i-nv, KI;I-IUI.M;. IAMII LEOH . 
LABBEE, LABORDE, LABOL LUENE, LAC\-^M,M. I.AHIIEIT PL LA CHAIIIll I I; I . I M.M M G.), I IGRAXGE, I,VNCM:IAI\. 
LARCIIER 0. , I.AI P.E. LAM.IiAN, I AM. Ins A.), LAYET, LECLEE I . . 1 FCORC1IE, LE DOM: I I . I I I l" MSI i 

LEFORT ILEON), LECOUEST, LEGOYT, LEGROS, I.EGRIHX, 1.1 in BUM I.IT. LEROUX, LE ROY DK MERICODRI, LKTODR 
LEYEX, LEVY i MICHEL), LIEGEOIS, LILTAHD. I.IN^, I.IUIMI 1.1., MTTIII . LONGC! i. i i iz. MM.IIHT i. . MAIIE, 

MALAGl TTI, MARCHAND. MARKV, MMsll.. \l\Mir. V . -.1 , MVIlll\-. M \~-l-. M M III I I , M I I: hi I \ . M M:1H -PH. \U 

MICIIEt (DE XAXCY , MILI.ARP, MoLI.IK[;K DAHIEL . \M \ |. . HONTANIER, Mc.iR\Clir, Mnlur, IIHRKI. B. \. . 

ilOSSE, K1CAI. MM.. (JliKPLNAIll . OI.LILI:. nMMl-.. lilllll\ I. . cHMMl.T, PAJOT, FARCIIAITK. PARROT, 1 ASTEIR, 
PACLET, TECIIOLIER, PERRIX iMVLRICL , I EfLK M. . I MII \. . PElir L.-ll. , ri.VI:"!. II MIK. I INXRD, PIXGAtD, 

PITRES, POLA1LLOX, PO.M.ET (ANT.), POTAIX, 1 iH nil GABR.), POZZI. RAll.IX. RAYMOND, liLCLl S. REGNVl.p. 
REGXAl LL. P.ENAIP I. , REXAIT, REMiU. RENOU, RETTERER, REYNAL, EilCHE, RITTI, ROBIN M!:ll:r . ImBIN Cll. , 

ROCIIARD, ROCHAS (DE), ROCIIEFORT, I10GER (ll.), ROIIUER, ROLLET, ROTl REAf, ROIGET, ROVEIs nll.Mh\ 
SAINTE-CI.AIRE UEV1LLE (ll.), SAXXE, SAN50N, SAIVAGE, SCIli ; TZENBERC,Eli Cll.. -Cll I !/.\ Mil III. I I; P., SED1LLOT, 

SEE IJIARC), SERVIER, SEYXES (PE>, bINLIV i|.|.), S1RY, SOIT.I II. \N I . --I HI SUNN I. , STEPHANOS <CI"N . 
STRAUSS (U.), TABT1VEL, TESTEL1X, TK-TI !. Tllll:ll I. . I . F1I01IAS L. . I1LLAUX (p.), TOL RDES, TOORNEITX, TIIEU 

TRiriER (LEON;. TROISIER, VALLIN, VELTEAL-, VEHXEIIL, VK^I\>. VIAIU-GRANH-MARAIS, \IP\I IM. . MUM. VIMLMIN, 

T1XCEXT, VOILLEMIER, VILPIAX, WARLOMONT, \\EI.T1ILIMER. \VIPAL, Wll.LM, WORMS \J . , \MlsTZ. iLRER. 



CI.NQUIEME SE1IIE 

U - - 
TOME PREMIER 

UBE - UTE 



PARIS 



G. MASSON 

LIBRAIRE DE L*ACADEMIE DE MEDECINE 

It yard Siiil-fiernain, en (are de I icole de Vedeciae 




HOUZEAU 



LIBRAIHES DE LA FACCLTE DE MEDECINE 

Place de 1 Ecole-dc-Medecin.e 



MDCGCLXXXV1 






V 










?: 





DICTIONNAIRE 

ENCYCLOPEDIQUE 



PES 



SCIENCES MEDICALES 



u 



IBI:ROAGA (EAUX MIIXERALESDE). Voy. ALZOLA. 

L Bivnu.iii. On donne ce noin, auxiles Philippines, a une espece d Aris- 
toloche qui est emmenagogue, comme la plupart des plantes de ce genre, et 
ijiii pent apaiser les tranchees en provoquant les mois. On s en scrt aussi pour 
dissiper les obstructions. PL. 

BIBLIOGIUPHIE. MERAT et DE LENS. Did. mat. mc d., t. VI, p. 797. PL. 

UBIS. On donne ce nom a une plante grimpante des Philippines, dont la 
racine tres-volumineuse est alimentaire. Pi,. 

BIBLIOGIUPHIE. LA HARPE. Abrege des voyages, t. Ill, p. 452. MRAT el DE LENS. Diet. 
mat. med., t. VI, p. 797. PL. 

UBIUM VULGARE. Rumphius designe sous ce nom le Dioscorea alata L., 
qui fournit, comme on sail, une sorte d lgname. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. PiujiPHius. Ambon., t. II, p. 655. MERAT et DE LENS. Dictioiui. mat med., 
t. VI, p. 797. PL. 



. Nom donne a une herbe qui est employee, aux Philippines, 
pour exciter 1 appetit. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. LA HARPE. Abrfye des voyages, t. Ill, p. 432. MEHAT et DE LENS. Diet 
mat. m<?d., t. VI, p. 797. p L 

DICT. ENC. 5 s. I. \ 



2 U II DEN. 

UCA.TT (GERVAIS). Me decin de Toulouse da dix-septieme siecle, connu par 
une lettre Sur un hermaphrodite, puMiee dans les Transactions philosophi- 
ques, et par uu ouvrage sur les maladies veneriennes : Traite de la maladie 
venerienne, etc., Toulouse, 1688, 1695, in-12; Paris, 1702, 1712, in-12; 
trad, en latin, Amsterdam, 1699, in-8; trad, en hollandais, Utrecht, 1700, 
in-8. Dans cet ouvrage, il emet les theories les plus singulieres et pretend 
entre autres que la verole prend naissance par le seul fait de la debauche. 

L. HN. 

UCCEL.LI (DoMiMco). Medecin italien, mort a Florence le l er mars 1852. 
II etait professeur de clinique chirurgicale a 1 hopital Santa Maria nuova. 
Broussais raconte qu un de ses ouvrages, sur la theorie de Gall, fut supprime 
par la censure, et qu apres sa mort la publication de toute notice necrologique 
le concernant fut interdite (voy. une Notice de C. Broussais dans le Jonrn. 
de la Soc. phrenologique de Paris, t. I, p. 308, 1835). 

Uccelli etait un chirurgien distingue : outre des memoires publies dans Giorn. 
per serr. alia storia rag. d. medicina; Mem. di Matemat. e di Fisica della 
Soc. ital. delle scienze, et dans Anuali unir. di medicina, dont 1 un remar- 
quable Sur ranevrysme poplite (1820), on a de lui : 

I. Clinique externe de 1 hopital de Santa Maria nuova de Florence. Florence, 1823, 2 vol. 
in-8. Compendia di anatomia fisiologico-comparata ad uso della scuola de med. e chir. 
dell Archispedale di S. Maria nuova di Firenze. Firenze, 1825-1826, 7 vol. in-8. L. Hs- 

L CUEES (LES). Voy. AMERIQUE. 

UCHUEN. Norn arabe du Matricaria parthenium L. PL. 

U-CHU-U. On donne ce nom en Cliine, d apres Cunningham, a une racine 
qui se vend un prix tres-eleve et a laquelle on attribue la propriete de prolonger 
la vie, de noircir les cheveux, etc. II s agit tres-probablement du Ginseng. PL. 

BIBLIOGBAPHIE. LA HARPE. Abrege des voyages, t. VIII, p. 41. MERAT et LE LESS. Diclionn. 
mat. med., t. VI, p. 797. PL. 

UCOTOTO. On donne ce nom a une sorte de gomme dont les naturels du 
Congo se servent pour assujettir le fer de leurs fleches. On la trouve sur la terre 
apres les pluies. PL. 



BIBLIOGRAPBIE. \\ALKENAER. Voyages, t.XIY,p. 95. MErtAT et DE LENS. Diet. mat. med.. 
t. VI, p. 798. PL. 

UDEN, UHDEX. Sous ce nom on a confondu plusieurs medecins alle- 
mands. 

Union (FRIEDRICH), en russe FEDOR, etudia la medecine a Berlin et a Halle et 
fut recu docteuren 1776. II entra au service du ducde Saxe-Weimar, en 1785, 
etfut naembre du conseil des mines. En 1786, Zimmermann (de Hanovre) lui fit 
prendre un engagement au service de la Russie. II fut envoye a Tchernigov, ea 
Ukraine, comme medecin pensionne; il devait enseigner la patbologie a un 
institut chirurgical projete a Tchernigov, en 1792, mais cet institut ne fut pas 
cree. Uhden se rendit a Petersbourg et en 1793 fut designe pour enseigner les 



UEBERS.UL. 5 

mathematiques et la physique a 1 Academie medico-chirurgicale, mais il ne 
remplit pas ses fonctions a la satisfaction du gouvernement et fut renvoye a 
Tchernigov. En 1800, enfin, il fut nomme prolesseur de pathologie et de thera- 
peutique a I institut chirurgical imperial et consciller medical; en 1801, il 
devint en outre secretaire des conferences de 1 Academie medico-chirurgicale. 
Uhdenjouissait d une grande reputation comme praticien. II etait membre du 
College de medecine et dechirurgie depuis 1799. II avail le projet de fonder un 
journal de medecine en langue russe, qui cut ete le premier; le colle ge refusa. 
Outre des rapports officiels, etc., il a public : 

I. Russisch-Kaiserliche Feld-Pharmocologie. Stendal, 1802, in-8. II. Pharmacopoeia, 
sive index medicamentarum atque formularum medicarum, in usuin inslitutorum priorum, 

etc. Petropoli, 1808, gr. in-8 (eii collabor. avec Ellisen). 

Get auteur a ete confondu par Callisen et autres avec un UDE.X (CONRAD- 
FRIEDRICH), qui aurait exerce successivemeut a Berlin, a Altona, aurait ele 
professeur a ITniversite de Dorpat en 1801 , enQn serait mort en 1850. Callisen 
raentionne en outre un IUE.N (CARL-FRIEDRICH), qui fat medecin pcnsionne a 
Stendal etmourut le 29 mai I" 1 . *. Ces deux auteurs ne font-ils qu nn et la date 
de 1830, pour la mort de Conrad-Fi iedru-h, se r.ipporle-elle a Uhden (Friedrich) ? 
Nous 1 ignorons. 

Conrad-Frieclrich Uden a fonde en isill, en commun avec Pyl, le Magnzin 
fiir die gerichtliche Heilknnde and medicinische Polizei, Stendal, 1781 et 
anuees suivantes; il quitta la redaction de cc journal a partir du Bd. II, St. 5. 
La biographie medicale de Panckoucke enumere, entre autres, de lui, les 
ouvrages suivants : 

I. Beytr. ;ur Geschichte der Hornvtehseuche. Stendal, 1777, in-8". II. Lcbcr die Glaub- 
ivurdigkeit der Medicinalberichte in peinlichen Rechtshandeln. Berlin, 1780, iu-8. 
lil. Medicinische Politik. Leipzig, 1783, in-8 . IV. Vorlesungen fiir die inilllerc Jugend 
iiber den menschlichen KOrper, etc. Lubeck, 1784-1786, 4 vol. in-8. 

jNous n oserions affirmer que quelques-uns de ces ouvrages ne soient pas 
d Uhden ou reciproquement. L. HN. 

L DIRAM-PAAl M. Nom malais doune au Cacalia sonchi folia L.. qui, 
d apres Rheede, est employe comme antifebrile. PL. 

BIBLIOGKAPHIE. RHEEDE. Hort. Malabar., t. X, p. 135, tab. 68. PL. 

L ORUCK. Un des noms donnes, aux Indes-Orientales, au Gingembre (Z/;i- 
yiber officinale Rose.). PL_ 

UEBERSAAL (CHARLEs-GuiLLAUME). Me decin francais, ne a Strasbourg, en 
1785, suivit des I age de seize ans les cours de 1 Ecole speciale de medecine. 
Un premier prix de medecine interne et un second prix d accouchement, au 
concours de 1804, lui valurent la place d aide-anatomiste. II soulint sa these 
avec distinction en thermidor an XIII (1805) : Essai sur les fonctions et la 
structure du foie, in-4. II entra au service de sante mililaire avec le grade de 
sous-aide, fut promu aide-major en 1806, et en 1807 devint membre de la 
Societe anatomique de Paris. 11 revint a Strasbourg et resta jusqu eu 1810 aide- 
major a 1 hopital Sainte-Marguerite. En 1811, il devint medecin cantonal, en 



4 UKINGUSU. 

1812 fut designecomme medeein-adjointpour le service de I liopital de Strasbourg 
et conserva ces fonctions jusqu a la levee du second blocus, en 1815. Le general 
Rapplui adressa une lettre flattcuse pour le remercier de ses services devoues. 
En 1827, le conseil general du departement du Bas-Rhin lui decerna un prix 
pour le zele qu il avail apporte aux vaccinations. En/in a la mort do Reisseissen, 
en 1828, Uebersaal lui succedacomme medecin en chef des orphelins. II mourut 
des suites d une maladie du cceur, le 51 octobre 1849. 

Uebersaal a enrichi le muse e d anatomie patbologique de la faculte de 
Strasbourg de plusieurs pieces rares, resultats des autopsies pratiquees en ville 
ou dans son service. 11 etait accoucheur distingue. L. His. 

UERECK. MERCK. Noms donnes a V Acacia Senega HV. (Acacia Verek). 

PL. 

UFFENBA.cn (PETER). Medecin du dix-septieme siecle. ne a Francfort-sur- 
le-Mein, etudia la medecine en Italic, a Strasbourg et a Bale, puis pratiqua son 
art avec reputation dans sa ville natale, el mourut le 22 octobre 1635. II a 
public une partie des oeuvres de Sassonia, de Victorin, de Montagnana et de 
Lonicer, traduit en latin, [ Anatomic et la Medecine des chevaux de C. Ruini, 
la Chirurgie de Ferrara, et en allemand YHerbier de Durante. On lui doit 
encore : 

I. Diss. de vcnenis ac morbificis medicinis in genere. Basileae, 1597, in-4. II. Diss. 
de generatione et interitu. Argentorati, 1591, in-4. III. Thesaurus chirurgicus. Franco- 
furti, 1610, in-fol. (collection des pnucip. traites de Pare, Tagault, Dondi, Fabrice de 
Hilden, etc.). IV. Dispensatorium galeno-chymicum, etc. Francofurti, 1631, in-4 (d apres 
J. Renaudot et i. Duchesne). L. Hs. 

. L FIUM. Noms donnes aux Indcs et en Malaisie a 1 opium. PL. 
. Nom vulgaire donne au Chili au Myrtus ugni Molina. PL. 

UGOOR. Un des noms donnes aux Indes au bois d Aloes (Aquilaria ayal- 
locha Roxb.). PL. 

i:GORiEX\ E (RACE). Voy. FIN.NOIS. 

l ni.i; (Auc.-F.). Medecin allemand, ne a Ober-Frankenliain, vers 1795, (it 
ses etudes a Leipzig et fut recu docteur a 1 Universite de cette ville (Diss. 
pharmac. medica de spongia marina, praes. Ludwig ; 1820, in-4). II devint 
par la suite professeur de pathologie et de therapeutique a 1 Universite d lena 
et directeur de la clinique de cette ville. II mourut le 4 novembre 1861, ne 
laissant guere que des opuscules academiques et des articles dans les journaux 
de medecine. L. HK. 

UIKJO. Nom donne au Japon a 1 anis (Pimpinella animm L.). PL. 
L KIKGUSU. Nom donne au Japon a la Lentille d eau (Lemna). PL. 



ULCERATIOiN. 5 

ULCER ARIA. Nom latin donne par les anciens auteurs au Marrubenoir ou 
Ballote fe tide (Ballota nigra L.). PL. 

ULCERATIOX. L histoire de 1 ulceration est intimcment liee a celle des 
theories qui ont ete proposees pour expliquer son me canisme et qui seront 
exposees dans le courant de cet article. Elle olfre egaleraeht de nombreux points 
de contact avec celle de V ulcere, et nous renverrons a ce mot pour les rensei- 
gnements historiques et bibliographiques. 

Les mols d ulceration et d ulcere ont ete longtemps confondus. Us ont 
cependant un sens bien distinct en patliologie generate. L ulce ration est le 
travail morbide et 1 ulcere en est le resultat. Dans le langage usuel, les deux 
denominations sont souvent employees comme synonymes. Cependant, on se sert 
plus volonliers de celui d ulceration quand il s agit des muqueuses. II en est de 
meme pour certuines maladies, telles que le mal perforant |>lantaire. On 
de signe habituellement sous le nom d ulceration la solution de continuite qui 
le constitue. Ces usages, il faut le reconnaitre, ont un pen leur raison d etre, 
car les solulions de continuite qu on designe ainsi n ont pas les memes carac- 
teres que 1 ulcere \eritable. Sur les muqueuses elles sont pen profondes, fugaces; 
dans le mal plantaiie, apres avoir creuse un certain MM jet, elles peuvent se 
cicatriser, pour reparaitre plus tard. 11 ctait necessaire de montrer que le mot 
ulceration peut s employer dans certains cas pour designer un ulcere superficiel 
et de petite dimension, avant d en donner la definition. 

DEFINITION. L ulceration est un travail morbide, esscntiellement desorgani- 
sateur, s accomplissant a la surface ou dans la profondeur de nos tissus, sous 
la dependance d une cause interne et determinant des solutions de continuite. 

Cette definition est a peu de chose pres celle que donne Sappey dans sa 
these soutenue en 1847 pour 1 agregation en cliirurgie. Cet auteur ajoute que 
ces solutions de continuite ont moins de tendance a se cicalriser qu a s e- 
tendre ou a demeurer stationnaires, et qu ellcs-memes ont rec.u le nom d ul- 
ceres. 

Celte derniere partie de la definition du savant anatomiste ne nous parait pas 
necessaire. Dans la majorite des cas, il est vrai, 1 ulce ration aboutit a la forma 
tion d un ulcere, mais souvent aussi ce n est qu un procede employe par la 
nature pour debarrasser 1 organisme d un corps etranger quelconque. C est ce 
qui se passe, par exemple, dans 1 evacuation naturelle d un abcos. Peu a peu, 
sur le point le plus faible, les tissus s amincissent ; line petite inflammation 
survient, une ulceration se produit et le pus sort par cette ouverture. L T ne fois 
1 abces vide, 1 ulceration se referme et dans ce cas il n y a pas formation d ul- 
cere. Des que la solution de continuite est devenue inutile, elle a de la tendance 
a se cicatriser et ne tarde pas a disparaitre. 

Les mots nice-ration et ulceres ont done une signification bien distincte ; 
nous insistons sur ce point. L ulceration aboutit souvent a 1 ulcere, mais tres- 
souvent aussi 1 ulcere n a pas debute par une ulceration. 11 a pu etre amcne par 
une pluie. II faut aussi remarquer que toutes les fois qu il y a ulcere, quand 
bien meme il a debute par une plaie, le phenomene de 1 ulceration s est montre 
sur les bords de cette plaie, pour 1 agrandir et la transformer en ulcere. de 
telle sorte qu on pourrait dire que 1 ulceration est le procede employe pour 
creer un ulcere. 

Nous croyons avoir assez montre les difterences qui existent entre ces deux 



6 ULCERATION. 

manifestations pathologiques, il s agit maintenant d etudier leurs rappoi ts avec 
des lesions analogues qui n en sont que des transformations. 

La gangrene est intimemenl liee a 1 ulceration, puisquc, comme nous le 
disions tout a 1 heure en etudiant les theories et. la marche de 1 ulceralion, ce 
travail raorbide n est qu une forme particuliere de gangrene; 1 ulceratioh est 
meme le moyen employe par la nature pour se debarrasser des escbares. Le 
sillon d elimination qui s etablit entre la partie morte ct la region vivante est 
une veritable ulceration qui detache petit a petit les tissus frappes de mort 
(voy. article GANGRENE du Dictionnaire encyclopedique, t. VI, 4 e serie, p. 680). 

La fistule se rapprocbe egalement de 1 ulceration, puisqu elle commence par 
elle, mais cette ulceration a la forme d un canal etroit ; elle nait et est entre- 
tenue par une cause locale, telle qu un sequestre ou une secretion normale phy- 
siologique (voy. article FISTULE du Dictionnaire encyclopedique, t. II, 4 e serie, 
p. 325). On a aussi decrit longucment les differences qui existent entre 1 ulce 
ration et I atrophie, entre 1 ulceration et le ramollissement : mais elles sont 
tellement accentuees, qu il nous parait inutile d entrer dans tons ces details. 
II est cependant necessaire de definir [ erosion, processus patbologique, souveut 
confondu dans le langage avec 1 ulceration et qui demande a en etre distingue. 

L erosion est une solution de continuite seche, qui neproduit ni pus ni ichor, 
et ce caractere seul suffit pour la distinguer bien nettement de I ulce ration. 
Cette derniere detruit en laissant a sa surface des residus, des debris ; 1 erosion 
precede en usant nos tissus par atropbie. Dans I e rosion, il y a resorption des 
elements, sans tendance a la reparation, et cela par le fait d une compression 
lente et continue. Nous n en pouvons donner de meilleurs exemples qu en 
citant la destruction de la voute cranienne par un fongus de la (lure-mere, 
1 evidement du sternum par un anevrysme de 1 aorte ou 1 usure du femur par 
un anevrysme de 1 artere crurale. 

Enfin, il est encore un terme qn il faut definir, c est celui d exulce ration. 
On 1 emploie pour designer une ulceration saillante, legere et superficielle. 

Causes qui de terminent Vulceralion. 11 est facile de comprendre, d apres 
ce que nous venons d exposer, que 1 ulceration peut s etablir par deux proce des 
differents : 

Dans un premier cas, 1 ulceration est de cause interne, c est celle que nous 
avons de crite dans le mecanisme de 1 evacuation spontanee d un abces, c est 
celle qui se presente toutes les fois qu un corps etranger tend vers 1 elimination. 
Elle peut etre sous la dependance d un etat local ou sous celle d un etat general, 
const! tutionnel. L etat local peul etre une Tympbangite, une pblebite ou toule 
inflammation susceptible de se terminer par suppuration. Comme le chirur- 
gien intervient le plus souvent dans ces circonstances, les ulcerations qui se 
forment de cette facon sont tres-rares. L etat general au contraire intervient le 
plus souvent dans la formation des ulcerations de cause interne. 

C est d habitude un appauvrissemenl de 1 organisme qui aboutit a une vita- 
lite moins grande des tissus et qui fait predominer les actes denutritifs sur 
ceux de la nutrition, a 1 occasion de la moindre cause. II peut etre la conse 
quence d une diatbese acquise ou transmise, comme la tuberculose, la scrofule, 
la syphilis, le cancer, et donne alors lieu a des manifestations qui s appellent 
suivant les cas : abces froids, gomme et meme ulcere cancereux. Toutes ces 
lesions de cause interne aboutissent rapidement a la formation d ulceres qui 
affectent des formes particulieres, ne s ameliorent qa avec la diathese qui les a 



ULCEIUTION. 7 

causes, et sur lesquels nous n insistcrons pas, puisque la question sera etudiee 
dans tous ses details a 1 arlicle ULCERES. 

Le mauvais etat general capable de faire naitre des ulcerations pcut etre 
aussi sous la depcndance d une maladie passagere, comme le scorbut, la morve, 
la variole, la scarlatine, la fievre typho ide. 

Ainsi les pustules des varioleux, les ulcerations des plaques de Peyer, ren- 
trent naturellement dans cette categorie. 

Les ulcerations de cause externe reconnaissent un autre mecanisme : elles 
sont presque toujours precedees par un traumatisme. II faut cependant reinar- 
quer que, dans ce cas, 1 ulceration ne se produit le plus souvent que cbez des 
individus debilites par une cause generate. 

Toutes celles que nous venons de citer pourraient etre enumerees de nonveau. 
II faut de plus y joindre ccs etats palbologiques particuliers qui, impuissanls 
a faire naitre seuls une ulceration, sont susceptibles de cbanger la moindre 
plaie en ulcere, en determinant un travail ulce ratif sur les bords de la solution 
de continuite. C est ce qui se passe cliez les anemiques, les impaludes, les 
diabetiques et meme cbez les malades alteints de paralysie generale ou par- 
lielle. Dans ce dernier cas, il u y a meme pas besoin d une solution de conti 
nuite pour faire naitre 1 ulceration. Une simple pression continue siillit : c est 
ainsi que se forment les ulcerations gangrencuses du sacrum chez les malades 
arrives an dernier degre de I emaciatialion et de I hecticite. 

Cependant les causes locales peuvent suffire pour determiner une ulcera 
tion. L engorgement inflammatoire et cedemateux des tissus qui amene toujours 
une certaine tension dans les parties, 1 obstucle a la circulation de retour cause, 
soil par une tumeur, soil par un bandage, la presence de corps etrangers, 
comme les aiguilles et les fils a ligature, les canules et les sondes, la deviation 
d un ongle incarne sont autant de causes qui, cbez un sujet sain, peuvent deter 
miner des ulcerutions. 

II ne faut pas non plus omettre les inoculations susceptibles de donner lieu a 
un travail ulceratif. Le virus syplulitique dans la formation du chancre, le 
cbarbon dans la pustule maligne, peuvent etre pris comme exemple, car, avant 
d infecter 1 economie tout entiere, ils donnent lieu a des ulce rations locales. 

ANA.TOMIE PATHOLOGIQDE. Nous avons e numcre les differentes causes qui 
donnent naissance a 1 ulceration ; nous ne nous etendrons pas sur la description 
des symptomes qui seront etudies plus longement a 1 article ULCERES. 

Quand 1 ulceration nait spontanement, la partie presente d abord les carac- 
teres de l inflammation. Les vaisseaux circonvoisins se dilatent ; il y a de la 
rougeur, de la douleur et de 1 cedeme de la partie, Les tissus infiltres exercent 
alors une certaine compression; la circulation est genee et la nutrition des 
elements anatomiques est alteree. Enfin le pus apparait, entrainant avec lui les 
elements mortifies, et 1 ulceration est faite. 

Cette ulceration a pour caractere de cbercber a s etendre. La solution de 
continuite formee par le processus que nous venons d indiquer ou a la suite 
d un traumatisme pent alors grandir en surface ou, ce qui est plus rare, 
pe netrer dans la profondeur des tissus. Dans les deux cas, le travail ulceratif 
emploie toujours le meme procede, et nous allons 1 indiquer en de crivant les 
phenomenes histologiques qui se passent au niveau d une ulceration de la 
peau. 

La peau menacee d ulceration est parcourue par des vaisseaux dilates; elle est 



8 ULCERATION. 

tumefiee par une infiltration en partie sereuse et en partie plastique. Les jeunes 
cellules qui la composent se developpent, sous 1 influence d un apport plus 
grand de la circulation, surtout dans Jes parties superficielles du derrae. Les 
papilles s agrandissent et s imbibent. Les cellules du reseau de Malpighi se 
forment en plus grande abondance et ne donnent plus le temps a 1 epiderme 
epaissi et gelatineux de devenir corne. Alors, sous 1 influence de la moindre 
irritation, les globules de pus se forment aux depens des cellules du reseau 
de Malpighi et des papilles du derme infiltrees et degenerees et, si les circon- 
stances ne se modifient pas, la tonte purulente et la desagregation moleculaire 
continuent. 

Le processus est absolument le meme pour les muqueuses : la couche epi- 
theliale donne d abord naissance a un grand nombre de cellules. II se fait une 
infiltration sereuse et plastique dans le tissu conjonctif de la muqueuse, les 
glandes mucipares secretent davantage, I epithelium disparait et la fonte se fait 
comme sur une ulce ration de la peau. 

Quelquefois cependant il peut se faire une desagregation des tissus, bien qu il 
n y ait pas de neoplasie cellulaire. La fonte moleculaire est alors amenee par 
un arret de la circulation dans un petit district capillaire et la desagregation 
commence presque d emblee. Ges cas sont extremement rares et se rapprochent 
plus de la gangrene que de 1 ulceration. 

Dans la majorite des cas, quand une ulceration se produit, elle a ete precedee 
par une periode congestive et inflammatoire, c est ce qui a donne lieu a 1 ex- 
pression d inflammation ulcerative. P. Broca, en 1855, dans les Bulletins de 
V Academic de me decine, s est eleve centre cette theorie. De ce qu il y a des 
ulcerations sans inflammation et des inflammations sans ulceration, il concluait 
que le travail ulceratif n est pas inilammatoire. II citait la presence d ulcera- 
tions dans les cartilages comme une preuve a 1 appui de son opinion et 
demandait qu on supprimat le mot inflammation ulcerative. A cette epoque, 
les phenomenes bistologiques de 1 inflammation n etaient pas aussi bien connus 
qu aujourd hui. Leurs manifestations dans les differents tissus et les symptomes 
si peu marques de Tinflammation chronique pouvaient facilement echapper a 
1 oeil de 1 observateur. De plus, quand on examine une ulceration qui tend vers 
la guerison, on reconnait que la cicatrisation ne se fait qu a 1 aide d un exsudat 
plastique. Get exsudat est le resultat d un travail inflammatoire. G est 1 inflam 
mation adhesive de Hunter. II faut done admettre que le travail ulceratif est de 
meme nature et que, avant d aboutir a 1 alteration nutritive des tissus, il com 
mence par une periode congestive. 

La marche de 1 ulceration peut etre rapide ou lente suivant que le processus 
ulceratif est a 1 etat aigu ou a 1 etat chronique, et cet etat depend a son tour 
des causes gene rales et locales que nous avons enume rees en faisant 1 etiologie 
de 1 ulceration. Le pronostic en decoule tout naturellement. Quand 1 ulceration 
a une marche aigue, la guerison se produit assez vite. G est ce qui se passe a 
la suite de 1 ouverture d un abces chaud. Quand an contraire elle a une marche 
chronique, les tissus sont moins vivants, les reactions moins franches et la 
cicatrisation se fait souvent attendre. Nous ne nous etendrons pas plus longue- 
ment sur ces differentes questions qui seront etudiees au mot ULCERES et nous 
allons passer a 1 etude des the ories de 1 ulceration. 

THEORIES DE L ULCERATION. L ulceration n a pas les caracteres tranche s d une 
plaie. Sa cause incounue, son apparition lente, sa marche bizarre, ont beaucoup 



ULCfiRATlON. 9 

attire 1 attention dos chirurgiens et des anatomo-pathologistes. On a recherche 
non-seulement les causes qui pouvaient y donncr lieu, mais encore 1 explicatiou 
des phenomeues qui se passaient a sa surface. L ulceration grandit aux depens 
de nos tissus qu elle detruit; elle s etend en desagregeant les elements anato- 
miques et de plus elle secrete un liquide de nature partieuliere. 11 s agit de 
rechercher par quel mecanisme se prodnisent ces phenomenes morbides. 

Beaucoup de theories ont ete emises pour les expliquer. La plus ancienne est 
de beaucoup la plus simple. Les humoristes avaient remarque qu une ulceration 
se compoi tail comme une surface attaquee par une substance corrosive, et ils 
laisaient naitre le liquide acre au sein meme des tissus situes sous 1 ulceration. 
Ce liquide donnait lieu a une solution de continuite et entrctenait la marche 
envahissante de 1 ulceration. 11 est inutile de dire que ces conditions nc se 
rcalisent pas dans 1 economie, sauf dans les cas que signale le professeur Berne, 
ou 1 acide urique s accumule dans un point chcz un goutteux; mais encore, 
dans ces conditions, des que 1 elimination du tophus s est i aite, 1 ulceration se 
guerit sans s etendre. Cette theorie se rapproche de celle qu on adopte aujour- 
d hui, car, si elle se trompe sur la cause, elle est exacte au point de vue des 
symptomes et admet implicitement 1 e limination des pnrties detruites. 

La theorie de John Hunter expliquc les tails d une facon bien dilferenle. Le 
chirurgien anglais admettait, comme nous 1 avons dit plus haul, 1 inflammation 
uleeralive. D apres lui, elle donnait naissance a 1 ulceration; elle creait une 
solution de continuite en detruisant les particules anatomiques. Mais, loin 
d accepter le rejet, par les pieces a pansement, des elements dctruits, il admt llait 
que ces elements etaient repris par le torrent circulatoire et il donnait a ce 
phenomene le nom ^ absorption ulcerative. Cette explication s adaptait par- 
faitement a ses theories physiologiques. En etTet, la nutrition se composait pour 
Jui de deux grands mouvements, Tun dissimilation qui se faisait au moyen des 
arteres et 1 autre de desassimilation qui s opr rait an moyen des vaisseaux absor- 
bants charges de 1 elimination des residus de la nutrition. Cette theorie de 
1 absorption ulcerative lui semblait demontree par 1 absence de tout detritus 
sur les surfaces ulcerees; par 1 idenlite des liquides dans tons les cas; par la 
facilite avec laquelle les substances qu on depose a leur surface s iutroduisent 
dans 1 economie; par la perforation des diverses couches qui rccouvrent les 
abces ; par la disparition de certaines parties devenues inutiles, comme les 
; Iveoles apres la chute ou 1 avulsion des dents; entin, par la separation des 
eschares. 

Toutes ces raisons n ont plus de valeur aujourd hui. Le microscope permet 
facilement de reconnaitre des detritus de tout genre a la surface des ulcerations. 
Ce sont des cellules osseuses dans la carie, des cellules cancereuses dans le 
cancer et ailleurs des cellules deformees rappelant toujours la nature des tissus 
ulceres. Le liquide secrete qui tient en suspension ces cellules, et qui en est 
forme, differe egalement dans sa constitution. Le phenomene de 1 absorption 
ne prouve rien, puisqu il se produit sur une plaie ou sur une eschare; I amin- 
cissement progressif et la perforation finale des diverses couches qui donnent 
issue a la suppuration ne prouvent qu une chose, c est que 1 ulceration pro 
gressive de ces differentes parties donne lieu a des detritus qui, ne pouvant 
etre rejetes, tombent dans la cavite de 1 abces. Les alveoles disparaissent aussi 
parce qu elles sont devenues inutiles, n ayant pas de dents a supporter. II n y a 
pas absorption proprement dite, il y a arret d apport dans la circulation et par 



10 ULCERATIO.N. 

consequent atrophie. Enfin, dans la chute des eschares, il y a le sillon de 
separation qui n est qu une veritable ulceration, avec tous les caracteres quo 
nous avons indiques. 

On voit par ce court expose que la theorie de Hunter a fait son temps et 
qu elle n est plus acceptable aujourd hui. 

Dans une these de Paris, soutenue en 1850, M. E. Lobgeois donne une 
nouvelle theorie de 1 ulceration qui se rapproche un peu de celle de Hunter et 
que nous allons examiner brievement. Ellc admet d abord une inflammation qui 
suit ou precede 1 ulceration et qui amene, autour de la partie malade, la 
formation d un cercle de vaisseaux nouveaux. Ce courant circulatoire etabli, 
il y a defaut d equilibre entre 1 absorption complexe occasionnee par 
1 existence de cet afflux reparateur et ses produits de secretion qui sont necessai- 
rement detruits, vu leur plasticite anormale. C est ce defaut d equilibre que 
M. Lobgeois appelle ulceration. Cette definition n est pas tres-claire. Elle rap- 
pelle celle que Langenbeck a proposee en 1825 (Nosologie und Therap. d. 
chirnrg. Krankh., vol. II. Gcettingue, 1825) et que nous allons citer parce 
qu elle servira a faire comprendre la theorie de M. Lobgeois. 

Langenbeck nppelle ulceratiou toute perte de substance dans un tissu 
vivant, occasionnee par une action vitale dans laquelle 1 absorption est plus 
forte que la production de la matiere plastique, et dans laquelle les conditions 
fondamentales de la plasticite organique sont changees de telle sorte que 1 ap- 
pareil secreteur developpe sur la surface d un ulcere produit, non point une 
substance regeneratrice, mais un fluide de mauvaise qualite qui ne pent point 
servir au developpement d une masse organique nouvelle et qu on nomme alors 
ichor, sanie. 

Nous n insistons pas sur ces theories qui ont eu peu de retentissement et 
nous arrivons a celle qui a ete formulee par Vidal de Cassis, dans son Traite 
de pathologic externe, sous le nom de theorie de la gangrene mole culaire. 
Loin d admettre 1 absorption, elle explique 1 iflceratioii par une desagregation 
donnant lieu a une suppuration particuliere qui est rejetee par les pansements 
et dans laquelle on retrouve les debris du tissu malade. C est une gangrene 
reduite au minimum qui, au lieu de porter sur un departement anatomique, 
n altere que les cellules et les detruit de proche en proche, en determine les 
solutions de continuite appelees ulceres. 

Nous avons plus haul, en refutant la theorie de Hunter, donne les raisons qui 
viennent a 1 appui de celle de Vidal de Cassis; nous avons dit qu il y avail 
formation de pus, qu on retrouvait dans les residus les molecules organique s 
des parties envahies, que 1 absorption etait plutot diminuee qu augmente e a la 
surface des ulceres : il est par consequent inutile d y revenir. Cette theorie est 
aujourd hui admise par tous les chirurgiens, elle explique tous les phenomenes 
de 1 ulceration, c est done celle a laquelle il faut se ranger. 

Quant a la cause de la gangrene moleculaire, elle est plus difficile a trouver. 
On ne peut faire en effet que des hypotheses pour expliquer comment, a uu 
moment donne, les cellules sont frappees de mort les unes apres les autres. 
Dans la formation des ulceres specifiques, nous touchons presque du doigt le 
mecanisme intime de la destruction cellulaire. Dans 1 ulceration tuberculeuse, 
par exemple, nous avons les bacilles dont la presence est sufflsante pour 
amener la mort des cellules, soil qu ils les attaquent directement, soit qu ils 
detournent a leur profit les materiaux nccessaires a leur nutrition. II est 



ULCERA.TION. 11 

permis de penser que les memes raisons peuvent etre invoquees pour les ulce- 
rations syphilitiques et nerveuses qui sont le resultat d une maladie virulente 
posse dant probablement aussi un micro-organisme particulier ; mais ces expli 
cations ne sauraient s appliquer au travail qui produit les ulceres scorbutiques, 
ni merae peut-etre aux ulceres des pays chauds. Leurs detritus ne sont pas 
inoculables et par consequent pas virulents, on n y a jamais rencontre le 
moindre micro-organisme et de plus les antiseptiques et les precedes chirurgi- 
caux modernes, comme le curage, n ont aucune action sur leur marche ultc- 
rieure. On est done force, pour le moment, de rejeter 1 explication de 1 ulceration 
simple par la presence d un infiniment petit et de cherclier une autre cause. 
Nous la trouverons dans 1 alteration de la constitution generale qui amene for- 
cement a sa suite une moindre vitalite des tissus, ou bien encore dans un et;it 
anatomique tel que 1 alte ration du systeme vasculaire. Dans ce dernier cas, il 
y a mauvaise nutrition des parties ou arret de la circulation dans un district vas 
culaire, cause soil par la compression d un vaisseau, soil par une embolie. Get 
arret de la circulation a pour effet d amener la gangrene moleculaire par defaut 
d alimcntation. 

De I ulcer atian dans les different* lissus. Tous les tissus pcuvcnt s lilcrrcr 
secondairement. Un corps etranger pent determiner dans toutes les parties dc 
noire organisme une ulceration; c est le moyen employe par la nature pour 
1 eliminer. L ulce ration primitive au conlraire se manifcste plus volontiers dans 
certains organes et, bien qu elle puisse se monlrer dans leur profondeur, c est 
le plus souvent a leur surface qu elle se rencontre. La peau, les muqueuses, les 
trames cellulaires, sont les tissus qu elle affecte de preference. Elle altaque aussi 
les os etprend alors le nom de carie. Cette alteration n est pas autre chose que 
Ja gangrene moleculaire osseuse. Elle pent limiter son action a une partie de 
1 os, et la separer completement du reste, en lui enlevant ses moyens de nutri 
tion. Dans ce cas, la portion isolee et frappee de gangrene prend le nom de 
se questre. C est lc\ le pbcnomene de la necrose. Quelques auteurs conservent 
encore des doutes sur 1 ulceration primitive des nerfs, des veines, des muscles 
et des tissus fibreux, mais il est probable que 1 ulccration se rencontre dans ces 
parties comme dans les autres, puisqu on 1 a trouvee dans des organes aussi peu 
nourris que la cornee et les cartilages. Enfin les neoplasmes sont aussi sujets a 
1 ulceration. Elle peut meme affectcr, dans les tumeurs canccreuses, deux 
formes differentes suivant qu elle se produit dans le tissu malade ou sur la 
peau dont la nutrition a ete alteree par le developpement exage re de la tumeur. 

En resume, 1 ulceration se rencontre dans tons les tissus et c est le memc 
travail ulceratif qui produit les ulceres de la peau et des muqueuses, les alxvs 
du tissu cellulaire et du foie, les cavernes des poumons et des vertebres. L u Ice- 
ration est done la fin des elements anatomiques, c est un de leurs genres de 
mort. Leur transformation est ici autrement complete que dans 1 hypertrophie, 
la sclerose ou 1 atrophie, car, dans 1 ulceration, ils ne s organisent pas, ne sont 
pas remplaces par un element nouveau; ils sont completement detruits et 
laissent a leur place une solution de continuite. 

II faut done regarder 1 ulceration comme la mort anatomique de chaque cel 
lule envahie, comme une gangrene moleculaire, et 1 expliquer par des troubles 
de la nutrition. C est, comme nous 1 avons dit plus baut, a 1 ulceration que 
tendent forcement les tissus qui, soit par un trouble de circulation locale, soit 
par une denutrition generale, soit par la presence d un organisme etranger. 



12 ULCERES. 

sont prives de 1 apport necessaire a leur existence. G est par consequent a 
1 ulceration que tendent aussi les neoplasmes qui proliferent et les tumeurs 
composees d ele ments jeunes dont 1 accroissement est en disproportion avec les 
materiaux nutritifs mis a leur disposition. Les uns et les autres sont fatalement 
frappcs d ulceration a un moment donne de leur existence. EUGENE ROCHARD. 

UL.CERES. Vhistoriqiie de cette question depasserait de beaucoup les 
bornes d un arlicle de Dictionnaire. Certains auteurs sont alles jusqu a diviser 
1 histoire dcs ulceres en trois periodes : la periode grecque et latine, celle de 
la Renaissance et la periode contemporaine ; nous nous bornerons a dire qu il faut 
arriver a la fin du siecle dernier pour trouver, en Angleterre, John Hunter, 
Callisen et Benjamin Bell, qui etudierent cette question avec une hauteur de 
vues toute nonvelle, et qui donnerent les premiers une bonne classification des 
ulceres. Le traitement etait en meme temps, dans ce pays, 1 objet d une atten 
tion particuliere, et nous verrons plus loin les noms de Wiseman, d Underwood, 
de Samuel Cooper et de Baynton, occuper une place dans les progres qui ont ete 
fails a cette epoque. En France, on ne tarda pas a s occuper des modifications 
apportees a 1 etrangcr dans les pansements et dans les precedes therapeutiques. 
Roux (1814), a la suite de son voyage a Londres, mit les chirurgiens francais 
au courant des traitements employe s en Angleterre et leur fit connaitre la 
melhode de Baynton. Philippe Boyer, dans une excellenle brochure parue en 
1851, en apprecia les avantages et contribua puissamment a sa vulgarisation. Ce 
sujet d etude fut alors repris par Delpech, Lallemand, Parent-Duchatelet, Blan- 
ttin, Marjolin, etc. 

Aujourd hui tous les traites classiques accordent de grands developpements a 
1 etude des ulceres, et chaque annee des theses et des brochures nouvelles 
ouvrent des apercus nouveaux sur celte question ; nous citerons dans le cours 
de notre travail les auteurs qui lui ont fait faire quelques progres. 

DEFINITION. Sans nous arreler aux nombreuses definitions proposees, nous 
adoplerons la suivante : L ulcere est une solution de continuile onverte a 1 exte- 
rieur, accompagnee de perle de substance, entretenue par une cause locale ou 
generale et ne tendant pas naturellement vers la guerison. 

Ces caracteres differencient nettement la plaie de 1 ulcere. 11s permettent de 
faire entrer dans ce dernier genre de lesion les abces ouverlsal exterieur, qu ils 
siegent dans le tissu cellulaire (ulcere creux ou en caverne de Billroth), dans le 
foie ou dans les muscles; d y comprendre les cavernes pulmonaires quand elles 
communiquent avec les bronches et loutes les solutions de continuite ouvertes a la 
surface de la peau ou d une muqueuse. D un autre cole, la tendance a 1 envahis- 
semeul. a la destruction des tissus assignee a 1 ulcere, ne permet pas de le 
confondre avec les plaies, meme alors qu elles revetent un mauvais caractere et 
qu elles se couvrent de bourgeons charnus osde mateux. 

Classification des ulceres. Les Anciens nous ont laisse les denominations les 
plus bizarres. 11s appelaient les ulceres Te lephiens du nom de Telephe, dont la 
blessure faite par la main d Achille degenera en ulcere, et Chironiens, parce qu il 
fallait 1 habilete du centaure Chiron pour les guerir. Us les appelaient encore : 
malms, loups, rongeants, corrosifs, dysepulotiques, cacoethes, et enfaisaient 
autant de classes qu ils trouvaient en eux de caracleres diffe rents. De notre 
temps, c est B. Bell qui en a donne le premier une classification rationnelle. II 
divisait les ulceres en locaux et en generaux, suivant qu une cause locale ou 



ULCERES. 



13 



generate avait preside a leur apparition. C est cette division que nous adoplerons, 
et nous classerons les ulceres de la maniere suivante : 

CLASSIFICATION DES ULCERES 

1 Ulceres simples. 

2 Ulceres inflapimatolres. 

5" Ulceres atoniqix s. 

4" Ulceres fongin-ux. 

5 Ulceres phage deniques. 

6" Utcerrs cnlli ux. 

7" Ulceres V(iri<iucux. 



I. OLCEBES r>E CAUSE 

LOCALE. 



II. ULCERES DB CAI - SE 

GEMERALE. 



1" Ulcerea iitfi ctanls 



pi /mi/i/ s. . -, 

( Ulceres de la pustule maligue. 
I lien s liiliei dileux. 
Ulci res canccrcux. 
spcondaires. {Ulceres riin-iini-iiMirvoux. 

Ulcrivs sy|iliilitiques (accidents 
sevondaires). 

, Ulcrrcs scorliutifiues. 
1" U ceres non in 1 eel a nls. , m i- 

( Ulci ies phagedcniques des pays chauds. 



I. Ulceres sous la dependance d une cause locale- 1 ULCERES SIMPLES. 

L ulcere simple represente la forme la plus commune; c est rclui cjui a etc 
appele ulcere local par B. Boll et par Boyer, atonique par lliclieraml. On peut 
meme dire qu avant de prendrc une physionornie parlieuliere tous les ulceres 
commencent par etre simples, et c est pour cette raison que 1 etiologie des 
ulceres en general trouve ici sa place. 

fitiologie. De nnmbreuses recherches statistiques ont etc failes a ce sujet et 
de norabreuses opinions ont ete emises. On a d abord trouve que les ulceres 
etaient plus frequents chez I homme que chez la femme. Parent-Duchatelet les a 
rencontres trois ou quatre fois plus souvent chez 1 un que clie/ 1 autre et 
Philippe Boyer indique la meme proportion : sur 245 cas, il en a observe 187 
chez I homme et 56 chez la femme. Les travaux plus penibh-s auvquels sc 
livrent les hommes et peut-etre aussi le soin plus grand que les femmes ont dc 
leur personue sont des explications suflisantes, et la question n u jias assez 
d interet pour que nous nous y arretions plus longtemps. 

Le siege des ulceres offrc une particularity remarquable. C est aux mem- 
bres inferieurs qu on les observe le plus souvent : ccla vient dc cc que ce 
membre est celui ou la circulation se fait le plus diflicilement. On a dit que les 
membres inferieurs etaient tres-exposes et qu ils recevaient plus souvent des 
chocs que les membres superieurs ; mais il y a certaines professions dans 
lesquelles ces derniers travaillent beaucoup plus que les autres qui ne servent 
alors qu a soutenir le poids du corps. Les professions de serrurier, de menuisier, 
de cuisinier, de forgeron, qui sont citeescomme disposanl plus particulierement 
a I apparitioii des ulceres, exposent cependant beaucoup plus les bras que les 
jambes aux blessures produiles par les instruments de travail ainsi qu aux 
brulures. 

Les ulceres sont plus frequents a la jambe gauche qu a la jambe droite. Sur 
10 ulceres, d aprea Pouteau, 7 siegent a gauche. Philippe Boyer donne les chiffres 
suivants : sur 2"27 malades, 153 sont atteints a la jambe gauche et 94 seule- 
ment a la jambe droite. Parent-Duchateiet en a compte 510 parmi lesquels 
270 du membre gauche et 240 du membre droit. Richerand avait fait les memes 
remarques, en examinant les engages militaires. Eufm Blandin signale meme 
une difference plus grande : sur 55 malades, il a vu 1 ulcere 27 fois a gauche. 



U ULCERES. 

Cette predilection pour le membre inferieur gauche a ete expliquee de differentes 
manieres. Richerand invoquait la superiorite de developpement du cote droit du 
corps et la faiblesse relative du membre inferieur gauche. Boyer pensait que la 
jambe gauche etait plus exposee que la droite a cause de la position qu elle 
prend dans 1 effort. On porte la jambe gauche en avant quand on se sert de la 
main droite et cette jambe est ainsi plus exposee a tousles traumatismes; mais, 
comme le fait fort bien observer Lisfranc dans sa Clinique de la Pitie, ces 
dernieres raisons ne sont pas valables, car ce chirurgien a remarque que les 
ulceres etaient egalement plus frequents a gauche qu a droite cliez les gauchers. 

La cause de cette predominance est purement anatomique, et c est Pouteauqui 
1 a signalee le premier. Les deux veines iliaques primitives different dans leur 
longueur, leur direction et leurs rapports. La gauche, pluslongue, est comprimee 
par un tronc arteriel tres-volumineux qui pese sur sa circonieience et, commc 
dit Sappey, elle parait etre un peu moins permeable que 1 iliaque primitive 
droite. De plus, le gros intestin la croise perpendiculairement pour descendre 
dans 1 excavation du bassin. II est souvent rempli de matieres fecales et gene 
singulierement le cours du sang du cote gauche. Ges raisons sont suffisantes 
pour expliquer la presence plus frequente des ulceres sur la jambe gauche, 
surtout quand- on se rappelle que la statistique a egalement appris que les 
ulceres affectaient de preference lecote interne de la jambe et son tiers inferieur, 
c est-a-dire la region dans laquelle la veiue saphene interne se trouve le plus sou- 
vent comprimee. Les varicoceles se rencontrent presque toujours a gauche pour 
des raisons analogues. Ajoutons que les derniers travaux parus sur la pathogenic 
des ulceres tendent a prouver que les ulceres simples ne sont que des ulceres 
variqueux et qu ils sont par consequent sous la dependance de troubles circula- 
toires. Nous nous bornons a indiquer cette apinion sur laquelle nous reviendrons 
plus longuement a propos de ce genre d ulcere. 

On a note que 1 ulcere est plus frequent pendant 1 hiver, ce qui tient a ce que 
le froid ralentit la circulation des parties peripheriques et des jambes en parti- 
culier. Pour Parent-Duchatelet, c est au contraire pendant les mois de mai, juin, 
juillet et aout, que les malades atteints d ulceres se presentent en plus grand 
nombre a 1 hdpital. Get auteur se demande si ce n est pas a cause de la plus 
grande activite du travail dans les mois d ete. II convient qu il est meme possible, 
vu la marche lente de cette maladie, que les individus viennent reclamer en 
ete des secours pour des ulceres contracted pendant 1 liiver. 

On a aussi cherche a determiner 1 age auquel cette maladie se montrait de 
preference. Parent-Duchatelet, dans un tableau portant sur un total de 
5373 observations, etablit que c est de vingt a trente ans, puis ensuite de 
quarante a cinquante. Cette derniere periode est celle que fixent la plupart des 
auteurs, et c est a elle qu il faut s en tenir. 

Enfin toute cause debilitante, tout exces, tout changement de regime, predis- 
posent a la formation d un ulcere, de meme que les maladies et les mauvaises 
conditions hygieniques, car, il ne faut pas 1 oublier, si, comme nous venons de le 
prouver, les causes locales anatomiques ont une grande valeur, les causes gene- 
rales n en ont pas moins, meme quand il s agit d un ulcere simple. 

Symptomatologie. Les ulceres peuvent avoir un debut bien different ; quand 
ils succedent a une plaie,on\oii d abord la cicatrisation s arreter, les bourgeons 
charnus devenir mous, puis disparaitre, la suppuration diminuer et prendre une 
odeur desagreable. Puis les bords de la plaie subissent une gangrene molecu- 



ULCERES. 15 

laire et la solution de continuite s agrandit de jour en jour. Quancl 1 ulcere est 
primitif, c est le plus souvent par une legere rougeur inflammatoire qu il se 
manifeste. La peau se tend, s echauffe, devient douloureuse. Quelquefois un 
prurit desagreable s y fait sentir, le malade se gratte et pent ainsi determiner la 
formation de 1 ulcere. Le plus souvent, il continue son travail, la partie devient 
plus oedemateuse, plus douloureuse, un point indure du derme se ramollit, 
s abcede, et 1 ulceration apparait en general au milieu meme des parties enflam- 
mees. Quelquefois c est une phlyctene qui se montre la premiere. Remplie d une 
se rosite brunatre, elle se rompt et determine une solution de continuite d une 
couleur particuliere, quelquefois anfractueuse et remplie d un pus brun et 
sanieux. Un furoncle peut donner lieu a la formation d un ulcerc ainsi qu unc 
inflammation gangreneuse. 

Astley Cooper a meme signale, chez les indigents de Londres, ce debut comnie 
tres-frequent. Ce sont de petites taches violacees, repanducs sur la surface du 
membre, rapprochees les unes des autres, qui ne tardent pas a pre senter un 
aspect gangre neux et a former des eschares qui se reunissent et donnent lieu a 
un ulcere. Enfin Billrotb signale 1 apparition frequente de 1 ulcere a la suite des 
pustules d ecthyma. 

A ce moment 1 ulcere se presente avec les caracteres suivants : sa forme est 
allongee suivant 1 axe du membre, quelquefois clliptique, quelquefois e troite, 
quelquefois polygonale. Lesulceres peuvent etre ronds; on les a meme signales, 
mais a tort, comnie guerissant plus facilement. Enfin ils peuvent affecter une 
forme tout a fait irreguliere. Le fond en est en general un peu excave, mais 
quelquefois plat et meme preeminent; il est couvert de bourgeons charnus pales 
et blafards, mal nourris, confondus, serres et quelquefois ine gaux. Ces bourgeons 
sont reunis en petits mamelons saignant au moindre contact, violets lorsque le 
malade est debout. On voitentre eux de petites cavites remplies de liquide. Les 
bords sont sinueux, en general tallies a pic. Ils peuvent presenter des decolle- 
ments. Quelquefois ils sont epaissis, tume fies, et debordent la solution de 
continuite. 

Le liquide secrete est sereux, sale, fetide, et a rcQU autrefois les noms d ic/ior 
et de sanie. II provient de la liquefaction des parties environnantes. II est forme 
de pus, de sang, de matieres organiques melangees, et n a aucune disposition a 
la plasticite. 

Outre ces signes physiques, il en existe d autres qui ont de la valeur au point 
de vue clinique et physiologique. Nous allons les etudier. 

On constate d abord des changements de temperature sur le membre malade. 
Le simple toucher permet de s en assurer. M. Auzilhon a fait connaitre dans un 
bon memoire le resultat de ses rechercbes. II a pris la tempe rature dans le 
creux poplite, et a trouve une elevation de 5/10 es , de 1 et quelquefois de 2 degre s, 
en faveur du membre malade. Ces phenomenes thermiques ne doivent pas nous 
etonner , car ils coincident avec la premiere periods de 1 ulcere, celle qui 
s accompague d habitude de symptomes inflammatoires. Dans la seconde 
periode, quand la maladie est devenue chronique, la temperature s abaisse et on 
trouve 1 et 2 degres au-dessous de la normale, comme le montrent les tableaux 
dresses dans le memoire que je viens d indiquer. Ces phenomenes sont d une 
explication facile ; ils coincident avec 1 etat du membre, sa nutrition exage ree 
au debut pendant la periode inflammatoire et son atonie, sa denutrition pendant 
la periode chronique. On peut interpreter de la meme facon les symptomes 



16 ULLKRES. 

particuliers de sensibilite que presente la jambe affectee. MSI. Sejournet et 
Andre ont insiste sur ce point dans leurs theses. D apres leurs observations, les 
sensations sont perverties dans presque tous les membres atteints. Quelquefois 
les individus porteurs d ulceres presentent un simple retard dans la peiception 
du cliaud et du froid; quelquefois le froid ou le chaud est percu seul ; enfin, 
dans des cas plus rares, 1 insensibilite a la temperature est complete. En meme 
temps, la sensibilite au toucher s altere aussi; quelquefois exageree au de but. 
elle est diminuee a la seconde periode de 1 ulcere, comme il est facile de s en 
convaincre au moyen d un compas de Weber. Enfin tous les phenomenes que 
nous venous d indiquer peuvent prcceder 1 apparition de 1 ulcere, ce qui a 
donne lieu a cette hypothese emise par M. Andre, que la lesion primitive des 
ulceres est une lesion degeneratrice des nerfs de la region analogue au mal 
perforant plantaire; qu il y a d abord production d ffideme, a cause de la lesion 
nerveuse, ct que cet ffideme amene peu a peu la solution de continuite. Celapeut 
etre vrai dans quelques cas, mais il y a des observations oil la sensibilite n a pas 
ete pervertie un moment et ou le membre ulcere n a pas etc oedematie. De plus, 
il est toujours difficile de dire si ce sont les alterations nerveuses qui out 
amene des changements dans la circulation, ou si ce sont au conlraire les 
troubles circulatoires, ralentissant 1 ecoulement du sang/lans les capillaires, qui 
ont cause I cedeme et la diminution de la sensibilite. 

On constate aussi sur la jamle affectee des troubles de nutrition. L epithelium 
se desseche et se desquame; les poils poussent da vantage; la peau du membre 
presente quelquefois des sueurs abondantes, des demangeaisons, des eruptions, 
et au bout de quelque temps elle devient brunalre. Tels soat les symptomes 
que presentent ordinairement les ulceres simples. 

Nous ne consacrons pas de chapitre special a Y anatomic pathologique. L Jiisto- 
logie a ete traitee au mot ULCERATION et nous y renvoyons le lecleur; toutefois, 
on constate dans les parties profondes qui siegent au-dessous de 1 ulcere des 
alterations qui doivent etre mentionnees. 

Les vaisseaux sont hypertrophies; dans une assez grande etendue on a trouve 
des lesions tendineuses et nerveuses que nous decrirons a propos de 1 ulcere vuri- 
queux. Les os peuvent etre consecutivement atteints par une inflammation de 
voisinage. Ellesemanifeste a 1 exterieur par une augmentation de volume plus ou 
moins accusee. Tantot il y a un epaississement general de toute une extremite 
osseuse, tantot ce sont des exostoses saillantes, visibles meme parfois au milieu 
de la solution de continuite. On a voulu voir la des osteites d un caractere parti- 
culier, parce qu on trouvait le canal medullaire tantot oblitere, tantot au con- 
traire elargi dans ses diametres, mais, aujourd hui que les caracteres des inflam 
mations osseuses sont bien connus, il est facile de se rendre compte de ces diffe 
rences anatomo-pathologiques. L osteite, ici comme ailleurs, envabit le perioste, 
le tissu compacte et la moelle, c est une osteo-periostite. Du cote du perioste il 
y a tres-souvent un epaisissemcnt uniforme, plus rarement ibrmation de masses 
osseuses a couches stratifiees. Du cote de la substance compacte, il peut y avoir 
aussi une osteite productive par place, mais le plus souvent 1 os est leger, spon- 
gieux, et presente les caracteres de 1 osteite rare fiante. Enfin du cote dela moelle 
il y a quelquefois obliteration du canal medullaire, c est la le second dere de 
1 osteomyelite, et c est Lallem and qui le premier a eu le merite de signaler un cas 
de ce genre au niveau d un ulcere de la jambe. Exceptionnellement, on ren 
contre le troisieme degre de 1 osteite, 1 osteite destructive ou suppuree, qui, lors- 



ULCERES. 17 

qu elle envahit le membre, rendsouvent 1 amputation necessaire. L oste ite, a tous 
ses degres, peut done se rencontrer dans les os sous-jacents a certains ulceres. 

Marche de Vulcere. L ulcere debute par une periode inflammatoire doulou- 
reuse, mais il pent aussi s etablir sans inflammation et sans reteniissement sur 
1 economie. En general, il ne fait pas longtemps souffrir le malade, a moins 
qu un changement de regime, des exces de table, n y occasionnent des douleurs 
tres-tenaces et tres-difficiles a calmer. Les pansements ne sont pas en general 
douloureux. Les cauterisations soil an nitrate d argent, soit au ler rouge, sont 
facilemeut supportees par le patient pour la raisou quc nous avons donnee plus 
haul. 

Arrive a sa periode d etat, 1 ulcere reste stationnaire et, si on n intervient pas, 
il a beaucoup de tendance a s agrandir. Quelquefois, sous 1 influence du traitc- 
ment, on voit la cicatrisation marcher rapidement, les bords se rapprocher, et on 
croit a la guerison procbaine, lorsque, tout a coup, sans cause appreciable, la 
cicatrisation s arrete et 1 ulceration des bords recommence. D autres fois encore 
on obtient la cicatrisation complete, mais a la premiere occasion la solution de 
continuite se rouvre. La tendance vers la gudrison s annonce par 1 aplatissement 
des bords, le cbangement de coloration des bourgeons charnus, qui dcvienncnt 
roses, donnent lieu a un suintcment dc bonne nature, nivcllent le fond de 1 ul- 
cerc et lui donnent le bon aspect d une plaie. La cicatrisation se fait le plus sou- 
vent par la peripherie. On constate aussi de petits ilots de cicatrice, a 1 aspect 
nacre, qui se produisent au centre et aident le travail ivparateur des bords. 
-Ouand la cicatrice est faite, il faut la surveiller longtemps et ne croirc a la com 
plete guerison que lorsqu un temps assez long est venu la conlirmer. 

Diagnostic. Le diagnostic decoule naturellement des di lie rents caracleres que 
nous venons d enume rer. 11 n est pas difficile dc reconnaitre un ulcere d une 
plaie; il est quclquefois moins facile de fixer a 1 aide dc signes cliniques la 
classe a laquelle il appartient. C est ce qu on verra plus loin quand nous traite- 
rons des differents genres d ulceres. 

Pronostic. Le pronostic des ulceres n est certainement pas grave, mais la 
lesion elle-meme oblige a des soins constants, a des pansements repetes, et con- 
stitue en somme une veritable inh rmite. De plus 1 ulcere simple, comme nous le 
verrons tout a 1 beure, peut changer de nature, devenir inllammatoire, phage- 
denique, et exiger, a ce moment, le repos le plus absolu. La pourri- 
ture d hopital et 1 erysipele peuvent aussi envabir les ulceres ; on a cependant 
remarque que ces terribles complications les atteignaient beaucoup moins sou- 
vent que les plaies. Enlin, a la longue, les ulceres agissent sur la constitution 
generate : les longues suppurations, les entraves qu apporte a la vie habituelle 
une solution de continuite siegeant ordinairement aux membres infe rieurs, 
affaiblissent petit a petit le malade et, sans causer la mort, amenent un etat veri- 
tablement miserable. On a meme cite des cas ou une terminaison fatale avail ete 
occasionnee par des thromboses ayant des ulceres pour origine. Ces faits sont 
rares, mais il faut s en souvenir et se rappeler que la gravite de 1 ulcere depend 
toujours de 1 age du malade, de son affaiblissement, de la gravite, de 1 etendue 
et de la profoudeur de la lesion. 

2 ULCERES INFLAMMATOIRES. Quand un ulcere s enflamme, il prend un aspect 
particulier : les bords en sont rouges, tendus, les bourgeons charnus deviennent 
xuberanls, plus colorcs, etsaignent facilement. 11 y a de la rougeur, de la ten 
sion des parties environnantes et quelquefois de la tendance a la formation du 
DICT. ENC. 5 e s. I. 2 



18 ULCERES. 

pus. Ces ulceres ont ete aussi appeles ere thiques par Billrolh et phlegmoneux 
dans les cas ou rinflammation est plus etendue. II ne faut pas confondre les 
ulceres erethiques avecles ulceres irritables. On appelleainsi les ulceres doulou 
reux, comme ceuxqu on observe parfois chez les femmes nerveuses a 1 epoque de 
la menopause. Le moindre contact determine des douleurs intolerables qui trou- 
blent le sommeil, empechent les raouvements et alterent bientot la constitution 
generate. Ges ulceres sont parfois enQammes, mais il arrive souvent qu ils ne pre - 
sentent aucune trace de phlogose. Quelquefois on trouve un point beaucoup plus 
sensible que les autres, c est que probablement, en cet endroit, 1 ulcere a mis 
une fibre nerveuse a nu. 

3 ULCERES ATOMQUES. L ulcere etant une maladie essentiellement cbronique 
ne presente pas d babitude les caracteres plastiques d une solution de continuite 
et laisse voir le plus souvent une surface atone. Quand ce caractere est pousse a 
1 exces ; quand 1 atonie dure pendant longtcmps et ne peut etre vaincue par les 
moyens appropries, on donne a 1 ulcere le nom A nlcere atonique. La coloration 
des bourgeons charnus change, ils ne sont plus roses, ils presentent une teinte 
livide et ne secretent plus qu un liquide sereux, sans aucune plasticite, souvent 
fetide et incapable de former les elements d une bonne cicatrisation. Les bords 
sont indolents, souvent decolles, la peau environnante est ride e, seche, couverte 
de petites ecaiiles epidermiques et quelquefois pigmentee. Cette forme d ulceres 
se rencontre chez les sujets debilites, anemies par les exces de travail, par la 
misere ou par les privations. II ne faut pas confondre cet etat avec le defaut d in- 
flammation qui succede a une periode d irritation et qui, dans certains cas, est 
considered comme une periode de 1 ulcere annoncant une prochaine guerison. 

4 ULCERES FOSGUEUX. Comme le terme de fongueux 1 indique, cctte variete 
d ulceres est caracterisee par 1 exuberance des bourgeons charnus. Ceux-ci sont 
quelquefois larges, aplatis, separesles uns des autres, mais le plus souvent tres- 
rapproches ou confondus. Ils depassent les bords de 1 ulcere en formant une 
masse mamelonnee. D autres fois, ils sont pedicules a la maniere des champi 
gnons. Ces bourgeons peuvent devenir tres-sensibles au toucher. Leur coloration 
est rose pale ou rouge, et dans ces cas ils saignent, ou bien encore bleuatre. 
Quand iJs sont fiasques, mous, faciles a ecraser et dcmi-transparents, quelques 
auteurs donnent a 1 ulcere le nom & ulcer e oedemateux. 

Le liquide secrete par les ulceres fongueux est peu consistant. C est un liquide 
aqucux contenant quelques leucocytes et fort peu de fibrine. II est produit par 
les vaisseaux tres-nombreux et proliferants qui constituent les bourgeons char 
nus. Les fongosites peuvent quelquefois en imposer et faire croire d abord a un 
neoplasme de mauvaise nature, mais leur aspect veloute, leur consistance molle, 
dissipent bientot les craintes qu un premier examen rapide avail pu causer. 

Les ulceres fongueux se rencontrent frequemment chez les sujets lymphatiques, 
quelquefois aussi sur des individus d une bonne constitution, mais qui n ont 
point ete convenablement pauses etdontles ulceres ont etesoumis trop longtemps 
a des applications emollientes. 

5 ULCERES PHAGEDENIQUES. On appolle ainsi tout ulcere dont les bords se 
detriment rapidement et qui gagne de jour en jour en largeur et en profondeur. 
Cette marche particuliere peut tenir a un virus qu infecte 1 economie comme dans 
la syphilis, ou a un mauvais etat general comme dans les ulceres phagedeniques 
des pays chauds. Elle peut aussi etre causee par la pourriture d hopital ou par la 
diphtheric. Dans ces cas, 1 ulcere se comporte comme toutes les autres solutions 



ULCERES. 10 

de continuite . Enfin 1 ulcere peut devenir rongeant par suite de la gangrene de 
ses bords, qui sont d abord chauds, tendus, douloureux, et qui se sphacelent 
ensuite sur une assez grande etendue, ou bien encore par la formation d eschares 
apparaissant soil au centre, soil a la peripherie, et donnant lieu a la chute de 
grands lambeaux mortifies. Ces ulceres out recu le nom d ulceres gangre neux. 
[Is donnent lieu a une suppuration felideet sont presque toujours sous ladepen- 
dauce d un mauvais etat general et d une decheance organique prolonde. 

II existe encore une forme particulierc d ulceres deerite par Marjolin sous le 
nom d ulceres verruqttenx. Leur surface est formee par un grand nomine de vil- 
losites coniques d une texture dense, serree, representant en quelquc sorte un 
velours de laine grossier. Ces ulceres Jaissent suinler un lluicle visqueux et felidr. 
[Is sont peu douloureux. Leur rarete nous permet de ne pas nous y arretcr plus 
longtemps. Nous ne decrirons pas non plus les ulceres vermineux qui, hvs- 
frequenls autrefois, ne se rencontrent plus que dans des circonstances exceplion- 
nelles, grace aux soins qu on prend aujourd hui des malades dans les hopibuv 
ainsi qu a la proprete iadividuelle qui a generalement augmente. 11s etaient ainsi 
appeles parce qu on trouvait a leur surface des vers nes de larvcs deposees par 
des insectes. 

6 ULCERES CALLEUX. Ces ulceres sont caracterises par la nature de leurs 
bords qui sont blanchatres, proeminents, epaissis, dont les aretes sont arrondies 
et lisses commecelles des objets anciens uses par le temps. La durele qui entoure 
la solution de continuite cst tout a fait speciale et resscmble a celle des callosites 
ordiuaires. En general, leur forme est reguliere, tres-souvent ovalairc, leur 1 ond 
d une coloration rouge sale ; les bourgeons charnus qui le rcmplissent sont rala- 
tines, tenus, serres les uns centre les autres. Us ne font pas de saillie et offrenl 
I aspect d une surface vernissee, presentant parfois ca et la de petites fissures. 
La matiere purulente qu ils secrelent est tenue, peucoloree, et se rapproche beau- 
coup de la serosite. Elle est assez rarement infecte et u est pas abondante. La 
coloration de la peau environnante est alteree; elle est le plus souvent rouge 
pale. II y a psu d elevation de temperature, tres-peu de douleurs spontanees. 
Ces ulceres sont toujours anciens et cette forme particuliere est une transfor 
mation pathologiquequi peut se montrer sur tous les ulceres rebelles aux moyens 
de traitement. On comprend que les tissus changent de nature, sous rinfliiencr 
de rinilammation chronique qui accompagne toujours les longues suppurations. 
Leur vascularite diminue, les cellules se tassent et la transformation iibreuse se 
montre petit a petit. C est du reste de cette facon que Boyer avait compris la 
pathogenic de ces callosites qu il attribuait a des inflammations repetees. II est 
vrai, comme 1 a fait remarquer Nelaton, que les ulceres soumis a des inflam 
mations frequentes ne deviennent pas toujours calleux, mais, malgre la justesse 
de cette objection, nous preferons 1 hypothese de Boyer a cclle de ce dernier 
auteurqui explique la nature de ces solutions de continuite par une predisposition 
individuelle inconnue dans sa nature. 

La guerison de ces ulceres est toujours tres-longue. Dans des cas, tres-rares 
pourtant, le travail de reparation marclie avec une rapidite extreme, la cicatrice 
se forme en vingt-quatre heures et rccouvre toute la surface ulceree, sans meme 
ennivelerle fond. II existe alors, apres la guerison, une depression comparee par 
certains auteurs a un coup de hache qui aurait e te donne sur les parties malades. 
Cette cicatrisation rapide pourrait s expliquer par un cbangement survenu dans 
la permeabilile des vaisseauxqui alimentent les bords de 1 ulcere. Sous I mfluence 



20 ULCERES. 

d un topique convenable, leur beance se produit et les elements necessaires a la 
reparation sont des lors amenes en quaalite suffisante. Tres-souvent aussi ces 
callosites ne sont pas confinc es au pourtour de 1 ulcere. Elles gagnent de proche 
en proche les parties voisines, causentune tumefaction d une consistance remar- 
quable et pen vent amener dans le membre un engorgement general. Le travail 
desorganisateur s etend aussi en profondeur et de termine du cote des os des 
lesions semblables a cellos que nous avons exposees plus baut. 

7 ULCERES VAUIQUEUK. Les ulceres variqueux, dont il a etc dit un mot 
plus haut, doivent leur nom a ce qu ils apparaissent sur les membres affectes de 
varices. C est une des formes d ulceres que Ton renconlrc le plus souvent. Les 
varices qui accompagnent I ulceration sont souvent voiumineuses, mais quel- 
quefois aussi les vcines ne sont que fort pen dilatees et on se demande sice sont 
les ulceres qui ont amene la formation des varices ou si c est le contraire qui 
a eu lieu. Pour nous, la question ne fait pas de doute et nous pensons, avec 
.MM. Vcrneuil, Ledentu et bien d autres chirurgiens, que c est a la stagnation du 
sang dans les petits lacs formes par les dilatations variqueuses qu il faut attri- 
buer la formation des ulceres, ou tout au moins a la gene de la circulation causee 
dans un membre par la pblebectasie. Quand 1 examen ne fait pas reconnaitre de 
varices superficielles tres-dilatees, il en existe tres-souvent de profondes, et la 
nutrition des parties se trouve necessairement alteree. Nous pensons done que 
dans la majorite des cas, meme dans les ulceres simples, sans signes exte rieurs 
particuliers, il y a toujours une gene circulatoire amende par les causes que nous 
avons enoncees dans 1 etiologie ou encore par des varices profondes qui passent 
inapercues. 

Ces ulceres variqueux surviennent le plus souvent a la suite d un traumatisme. 
11 se forme d abord une petite plaie qui, ne trouvant pas les elements neces 
saires a sa cicatrisation, se change en un ulcere. 

Dans ces cas, 1 explication est toute simple, mais, quand I ulcere nait sponta- 
ncment, sa formation est plus difficile a expliquer. Boyer n attribuait pas aux 
varices elles-memes la responsabilite de la solution de continuite, mais bien a 
I oademequi accompagne souvent cette lesion des vaisseaux, et il est evident que 
la moindre excoriation sur une jambeoedemateuse s enflumme, suppure et devient 
ulcereuse. D autres fois, le travail ulceratif commence par la veine. Cette derniere 
jstremplie de caillots sanguins qui agissent comme des corps etrangers, enflam- 
uient les parois du vaisseau, le tissu cellulaire sous-cutane, enfin, la peau et 
constituent de la sorte un ulcere variqueux. 

Le tegument peut aussi etre aminci par la compression qu exercent sur lui, 
de dedans en dehors, de grosses dilatations variqueuses. Peu a peu sa nutrition 
est alteree et il se decbire. Eutin d autres auteurs ne croient pas les veines seules 
coupables de la formation des ulceres variqueux, mais bien aussi les nerfs qui se 
repandent dans toute la region. Nous avons deja parle des alterations de la sen- 
sibilite diimontrees par les travaux de M. Terrier et de M. Sejournet, dans les 
ulceres sans complications. Ces phenomenes se retrouvent exageres dans les 
ulceres vari jueux. Us ont ete etudies depuis par plusieurs auteurs qui sont 
venus confirmer cette maniere de voir. C est ainsi que M. Andre, dans une tbese 
de 1874, explique la formation de tous les ulceres par un redeme primitif pro- 
venant d unc losion nerveuse. M. Quenu, en 1882, a e tudie la question au point 
do vue de 1 anatomie pathologique et a trouve sur 6 cas d ulceres 6 fois des 
alterations nerveuses variant d une simple dilatation des vaisseaux, avec 



ULCERES. 21 

hypertrophie peu considerable du tissu conjonctif perifasciculaire, jusqu a un 
etouffement du tissu nerveux par une sclerose a la fois extract intra-fasciculaire, 
avec formation dans 1 epaisseur du cordon nerveux (Tun ve ritable tissu caver- 
neux. Les nerfs de la region variqueuse sont, en somme, atteints d une nevrite 
interstitielle. 11 reste a chercher si cette lesion nerveuse est la cause ou la con 
sequence de 1 ulcere. M. Quenu pense que cette nevrite est independante de 
1 ulceralion et lui est ariterieure et il s appuic sur cc fait qu il 1 n rencontree 
sur le nerf tibial posterieur dont la distribution n a ancun rapport avec le siege 
de 1 ulcere. Mais ce nerf n aurait-il pas pu etre cnvabi par propagation et de 
plus comment cetle nevrite se produil-elle? Qucl role cnlin joue-t-elle dans la 
pathogenic ties ulceres? M. Quenu pense que la nevrite n est pas causee par les 
dilatations variqueuses des grosses veines superficielles, de la saphene interne, 
par exemple, comprimant les nerfs qui ramifient autour d elles, mais par le 
varices des veines qui se trouvent dans les nerJ s. II a conshilr an microscope la 
presence de ces varices qui a la longue s accompagnent de periphlebite chronique 
et determinent la sclerose nerveuse dont nous venous tie parler. G est done, pour 
cet auteur, une lesion nerveuse, causee elle-meme par des dilatations variquenses 
internes, qui allere la texture de la veine, la rend susceptible de se decbirer 
sous 1 influence d un choc ou la fait memo s ulcerer sans cause appreciable. 

Ces idees out ete reprises depuis. Le docteur Schreider, dans sa these inau- 
gurale (1885), attribue les ulceres variqueux et meme les ulceres idiopathiques 
a une alteration des troncs nerveux, survenant sous 1 influence de la sclerose 
generale qui pent envahir tons les tissus. Cette sclerose serait elle-meme pro- 
voquee par des troubles \asculaires preexistants. 11 admet aussi, comme cause 
adjuvante, la degenerescence atheromateuse des arleres. Enfin M. le docteur 
Gauvin, dans sa these inaugurate (21 decembre 1885), va encore plus loin et, 
sans attribuer la plus grande part aux le sions nerveuses dans la formation des 
ulceres variqueux, il emet 1 idee que tous les ulceres simples sonl causes par 
des varices profondes. II admet aussi que les ulceres variqueux apparaissent de 
preference chcz les arthritiques et les herpetiques et il les classc parmi les 
ulceres diatbesiques. 

Nous avons lenu a enumerer ces differentes opinions pour montrer dans 
quelle voie 1 etude des ulceres est entree. Sans admettre une seule lesion, la 
lesion nerveuse, par exemple, comme cause de tous les ulceres variqueux, nous 
pensons qu elle joue un certain role dans la formation de ceux-ci, mais nous 
croyons qu il est bien difficile de reduire a une seule lesion les phenomenes qui 
determinent la solution de continuite appelee ulcere variqueux. Celui-ci n est 
en effet que la terminaison d un etat pathologique qui a envalri tout le membre, 
et il est probable que la destruction des elements anatomiques n arrive que 
lorsque la nutrition est tres-alteree el a un moment ou les veines, les arteres, 
les nerfs et les vaisseaux lyrnphatiques sont degeneres. La question de savoir si 
la lesion debute par le departemeut vasculaire ou par le departement nerveux 
est pins difficile a resoudre. II faut pourtant savoir que 1 alteration nerveuse 
n acquiertdel importance qu autant qu elle a commence a agir par ses rameaux 
vaso-moteurs sur les vaisseaux du membre. C est en modifiant la circulation 
qu elle influence la nutrition des parties, qu elle arrive a produire de I tEdeme 
et a determiner 1 ulceralion : c est done la lesion vasculaire, soil primitive, 
soit secondaire, qui, pour nous, joue le role le plus important. 

La constitution generale a aussi une certaine influence. Les arthriliqu.es el 



22 ULCERES, 

les herpetiques sont plus souvent atteinls d ulceres variqueux quelesscrofuleux, 
par exemple, mais il serait important de determiner la part de 1 etat general et 
d expliquer par quels precedes il arrive a produire 1 ulceration. 11 faut rassem- 
bler des fails qui permettront dc trouver les causes, etc estpourquoi nous avons 
signale I influence de la constitution a ceux qui voudraient faireues recherches 
dans ce sens. 

JIM. Palenc et Clais admettent, dans le merne ordre d idees, quel asthme a une 
certaine inlluencc sur la formation des ulceres simples, ct M. Gauvin reprend 
cette opinion dans sa these. On comprend en effet comment 1 asthme qui agit 
sur la circulation peut determiner des troubles vasculaires dans un membre 
et aboutir a la formation d ulceres. 

En resume, c est 1 etat anatomique des vaisseaux et par consequent les 
troubles dc la circulation qui sont rendus responsables anjourd bui de tons les 
ulceres, et c est pour cette raison que nous avons expose ces dernieres opinions 
a propos de 1 ulcere variqueux. 

Ceux-ci se rencontrent presque toujours aux membres inferieurs. On les 
observe chez des individus de t loules les professions, mais particulieremenl 
cliez ceux qui travaillent debout. On les constate aussi lorsqu une compression 
quelconque vient gener la circulation des parties, dans les cas ou une tumeui 
de 1 abdomen comprime les veines iliaques et particulierement pendant cer- 
taines grossesses. 

Suivant M. Schreider, c est a I age de vingt ou trente ans que la phlebectasie 
apparait et 1 ulceration se fait dix ou quinze ans phis tard, quand la degeiie- 
rescence atheromateuse arrive et vient aider le processus ulce ratif. 

Au debut, les tissus sont seulement excories; 1 epiderme manque et, a sa 
place, on voit le derme d une couleur rouge pale, et qui fournit un liquide 
sanieux. La douleur est peu vive, mais quelquefois le malade eprouve des 
demangeaisons desagreables. Peu a peu la solution de continuite s agrandit, se 
creuse et affecte une forme irreguliere, plutot allongee que ronde ; quelquefois 
elle envahit la presque totalite de la circonference du membre. Les bords sont 
durs, tailles a pic. La surface du fond de 1 ulcere est inegale, violacee. facilement 
saignante. Elle donne quelquefois meme lieu a des hemorrhagies graves, quand 
1 ulceration envahit un vaisseau. Cette hemorrhagie s arrete generalement d elle- 
meme, mais peut toutefois amener des accidents serieux. Le pus a une odeur 
tetide, il tache les pieces de pansement en roux. La peau et les parties qui 
cnvironnent 1 ulcere subissent aussi des modifications. On apercoit des dilata 
tions variqueuses plus ou moins marquees, sur toute la surface du membre. 
Les teguments changent de coloration; 1 epiderme se pigmente, s epaissit; les 
jpoils s allongent, les ongles s incurvent et la sensibilite est pervertic. On peut 
Jacilement constater un retard dans la perception du chaud et du froid. Ces 
{roubles precedent meoie le moment ou 1 ulcere se produit (Sejournet). Les 
secretions sudorales et sebacees se tarissent quelquefois; enfin, si une maladie 
aigue, une poussee rhumatismale, par exemple vient a se declarer, on peut 
voir le tissu fibreux s epaissir a son tour, les gaines tendineuses se prendre 
sur leur face externe, 1 atropbie musculaire se montrer, ct en dernier lieu les 
extremites osseuses etre atteintes d osteo-periostites. Le tableau est rarement 
aussi sombre, mais nous avons decrit ces phenomenes pathologiques ultimes 
pour bien montrer qu il y a la des lesions trophiques evidentes qui peuvent etre 
la cause de 1 ulceration. 



ULCERES. 25 

Nous n avons pas a de crire ici les ulceres lymphatiques qui sont du reste 
assez rares, s observent surtout aux jambes et se reconnaissent a I abondance 
du liquide excrete qui provient des vaisseaux lymphatiques ouverts, a la nature 
de 1 excretion et a 1 augmentation de 1 ecoulement quand on exerce une pres- 
sion des extremites vers la solution de continuity. La cicatrisation de ces ulceres 
est tres-lente et tres-difficile a obtenir. Nous ne parlerons pas non plus de ces 
ulceres qui donnent lieu chez les femmes a des hemorrhagies supplementaires, 
lors de la suppression ou de la diminution des menstrues. Nous renvoyons aux 
articles qui traitent de ces differents sujets pour tous les details dans lesquels 
nous ne pouvons pas entrer. 

II. Ulcferes sous la dependance d une cause g6n6rale. Ces ulceres OHt 

encore ete appeles diathesiques par quelques auteurs. Nous avons dit plus haul 
ce qu il fullait comprendre par cette denomination. II y a quelques annces on 
decrivait longuement les ulceres scrofuleux, les ulceres veneriens, a cote des 
ulceres simples, calleux et variqueux. Aujourd hui que ces maladies ont rU 
bien etudiees, qu on a bien suivi leur marche, les manifestations culanees 
ulcereuses qui en sont les consequences ne doivent plus en elre s< |i;nvi>s, et 
nous devons nous borner a les citer sans entrer dans des d^veloppements. 

Afin de meltre un peu d ordre dans celte question nous avons, comme on a 
pu le voir dans la classification donne e au commencement de cet article, divise 
les ulceres sous la dependance d une cause generate en deux classes : les ulceres 
infectants qui comprennent les ulceres infectants primitifs et secondaires et les 
ulceres non infectants. G est le moment d expliquer ce qu il faut entcndiv pur 
ces differentes expressions. 

Les ulceres infectants primili/ s sont les premiers symptomcs de l affection. 
Us servent de porle d entree au virus et sont peut-etre les points dans lesquels 
il commence par se developper et d ou il part pour infecter 1 organisme. Dans 
cette classe rentrent les ulceres syphilitiques (accidents primaires ou chancres), 
1 ulcere de la pustule maligne que nous croyons devoir y comprendre aussi, 
pour des raisons que nous donnerons plus loin, en un mot, les maladies viru- 
lentes qui debutent par un ulcere, qu il soil conseeutil a un traumatisme ou a 
un simple contact. 

Les ulceres infectants secondaires apparaisscnt sur un organisme prealable- 
ment malade, ou infecte par un agent qui ne nous est pas encore bien connu et 
dont nous ne faisons quelquefois que soupconner la voie d entree dans 1 econo- 
mie. Ges ulceres une fois formes peuvent devenir a leur tour des foyers d infec- 
tion. Ce sont les ulceres tuberculeux, les ulceres cancereux et les ulceres farcino- 
morveux dont les produits envahissent de proche en proche les lymphatiques, 
les ganglions et les organes, en se glissant dans les vaisseaux qui leur sont 
ouverts par le processus ulceratif. II faut aussi y comprendre les ulceres secon 
daires de la syphilis que nous decrirons avec les ulceres syphilitiques primitifs 
et enfin, pour elre complets, certains ulceres qui se rencontrent dans la maladie 
appelee aclinomycose et dans lesquels M. Landau a trouve des actinomycel.es, 
micro-organismes qui sont la cause de 1 infection (Societe de medecine berli- 
noise, seance du 13 mars 1884). 

Les ulceres non infectants n ont aucun caractere virulent et ne sont que le 
resultat d un mauvais etat general, le plus souvent passager, du a 1 influence du 
milieu ou aux mauvaises conditions hygieniques dans lesquelles se trouve place 



24 ULCERES. 

le sujet. Ces ulceres sont les ulceres scorbutiques et les ulceres dits phagede- 
niques des pays cliauds. Ce ne sont pas des ulceres diathesiques a proprement 
parler, car ils sont produits par le scorbut et 1 anemie qui sont des maladies et 
lion des diatheses ; mais il sont sous la dependance d une cause generate et c est 
pour cette raison que nous leur avons donne cette place. 

1 ULCERES INFECTANTS. a. Ulceres infectants primilifs. Ulceres syphili- 
tiques. Les ulceres sont une des principales manifestations de la syphilis et se 
rencontrent dans les trois periodes de cette maladie. Les chancres (accidents 
primaires) en pre sentent un type remarquable et les plaques muqueuses (mani 
festations secondaires), ainsi quelesgommes (manifestations terliaircs), ne sont 
que des ulceres on sont destines a le devenir. Dans les premiers, la cause est 
exter"ne, il faut un contact pour determiner les chancres qui naissent ainsi de 
dehors en dedans, tandis que pour Jes syphilides ulcerees et les gommes la 
cause est interne ; il y a d ahord envahissement des cellules par un produit qui 
s y depose, qui determine leur mort et produit bientot une ulceration de dedans 
en dehors. 

Les ulceres ainsi formes peuvent suivre des marches differentes et affecter 
des formes tres-variees. Tanlot ils restent limile s, tantot ils envahissent les 
regions voisines et deviennent phagc deniques ; mais, dans tons les cas, ils sont 
caracterises par ce fait, c est que le traitement local ne vient agir efficacement 
sur eux qu autant que le traitement general a ete institue et s attaque a la 
cause meme de la maladie : ce sont de ve ritables ulceres diathe siques. Us consti 
tuent le symptome primaire et predominant de la syphilis infectieuse et se 
reconnaisstnt a des caracteres que nous ne pouvons enumerer ici. Nous renvoyons 
a 1 article SVPHILIS pour tous ces details, ainsi que pour 1 enumeration des 
symptomes qui differencient les ulceres du chancre syphilitique de la chancrelle 
et du chancre simple. Nous ferons seulement remarquer que le seul ulcere 
syphilitique vraiment diathesique est celui qui s appelle chancre syphilitique, 
chancre indure celui qui produit 1 infection de 1 organisme, infection qui a son 
tour produit d autres ulcerations. Les autres chancres mixtes et mous ne pro- 
duisent que des accidents locaux avec retentissement limite a la region et 
forment une classe a part, ressemblant a la premiere par la contagiosite du 
liquide secrete, mais en differant par 1 innocuite de ce produit a 1 egard de 
1 organisme. Nous ne nous etendrons pas davantage sur cette question, car 
decrire tout ce qui peut s appeler ulcere syphilitique serait faire 1 histoire 
presque complete de la syphilis. Rappelons pourlant que certains vieux ulceres 
syphilitiques peuvent etre meconnus et qu il est quelquefois tres-difficile de les 
differencier des ulceres simples ordinaires ; que, comme 1 a fait remarquer 
M. Verneuil, la syphilis peut etre combines aux varices et echapper a 1 examen 
du medecin, et qu enfin certaines formes particulieres, comme Yulcus elevalum, 
peuvent etre reconnues cornme ulceres syphilitiques, sans qu il soit quelquefois 
possible de les ranger d une facon precise dans les accidents secondaires ou 
dans les accidents tertiaires, ce qui a une certaine importance au point de vue 
du traitement. 

Ulceres de la pustule maligne. On n a pas 1 habitude de donner le nom 
d ulcere aux accidents locaux de la pustule maligne : aussi nous n avons pas 
1 intention de la decrire. Pourtant la solution de continuite que 1 eschare laisse 
apres sa chute a plus les caracteres d un ulcere que d une plaie. Elle a d abord 
ete determinee par un processus ulceratif, elle est susceptible de s etendre et 



ULCERES. 25 

n a pas de tendance marquee vers la guerison. Nous avons voulu surtout rap- 
procher les accidents primitifs de la syphilis de ceux de la pustule maligne, a 
cause de 1 analogie qu ils presentent dans leurs manil estations gcne rales et nlte - 
rieures. Ce qui differencie le mieux ces deux maladies 1 une de 1 autrc, c est la 
gravite et la fugacite des symptomes pour 1 une, lour longueur et leur beui- 
gnite relative pour 1 autre, mais leur marche est la meme. C cst an point ino- 
cule que se produit primitivement la lesion ulcerative; c est a ce point que les 
premiers germes se Ibrment et c est de la qu ils partent pour infester 1 econo- 
mie et y produire des accidents consecutifs. Telles sont les raisons pour les- 
qnelles nous avons voulu dire un mot de 1 ulcere de la pustule maligne et qui 
nous ont fait le rapprocher des ulceres syphilitiques. 

b. Ulceres infectants secondaires. Ulceres tnberculeii.r. On doit com- 
preudre sous le nom d ulceres tuberculcux toutcs les manifestations exlerues 
du tubercule qni se sont terminees par line solution dc continuite. 

Le tubercule a pour propriete d envahir les tissus, d amcuer la degcne- 
rescence des cellules, de determiner, enunmoi, une gangrene moleculaire, et on 
ueut dire que le processus ulceratif est un des caradc-res principaux du tuber 
cule. L ulcere tuberculeux n est cependant qu une manifestation, qu un s\m- 
ptome d une maladie deja avancee, an moment oil elle arrive \\ produire une 
perte de substance et a diviser les teguments. Cette maladie est la tuberculose. 
Elle est susceptible, comme on le sait, d envahir tousles organes, et il laut par 
suite englober dans la denomination d ulceres tuberculeux toutes les mani- 
festations du tubercule suppure ouvertes a 1 extrrieur, soil sur la surface du 
tegument externe, soit sur les muqueuses. Les cavernes pulmonaires, pur 
exemple, sont des ulceres tuberculeux, au meme litre que les abces de iiu-uio 
nature qui se forment dans les testieules on que les ulcerations de la langue. 

Identite des ulceres scrofuleux et des ulceres turberculeiix. Ainsi com- 
pris, les ulceres tuberculeux sont encore tres-nombreux. On les rencontre dans 
le tissu cellulaire, sur les muqueuses, dans les ganglions, partout, en un mot, 
oil un depot tuberculeux s est produit ct s est termine par suppuration. Us com- 
prennent tous les ulceres designes autrefois sons le uom d ulceres scrofuleux 
et out meme remplace ces dcrniers dans le cadre pathologique. 

La scrofule, qui a garde longtemps une place distincte a cote de la tuberculose, 
s est vue peu a pen absorbee par elle et aujourd hui ne doit etre cons idi n c 
que comme la premiere phase de cette terrible affection. Tous les medccins 
sont a peu pros d accord sur ce point et leur opinion est fondee sur ce fait que 
les caracteres presenters par les deux affections sont absolument les memes. Au 
point de vue clinique, il est absolument impossible de difierencier une adeno- 
pathie strumeuse d une adenopathie tuberculeuse. Autrefois on se fondait sur 
1 existeiice de lesions pulmonaires pour formuler le diagnostic de la tubercu 
lose; aujourd hui on sait que cette affection pent se montrer localement sans 
avoir jamais donne lieu a des manifestations viscerales. Le diagnostic anato- 
mique est meme impossible entre un ganglion scrofuleux et un ganglion tuber 
culeux, puisque, cornme le fait remarquer M. le docteur Charles Nelaton dans la 
these qn il a presentee au dernier concours d agre gation, le scrofuleux pre- 
sente, pour la plupart des histologistes, tous les caracteres anatomiques fonda- 
mentaux de la tuberculose, y compris les bacilles. Les memes ressemblances 
se rencontrent entre les ulceres scrofuleux et les ulceres tuberculeux. La gravite, 
1 age des lesions, le nombre des bacilles reconnus, neuvent varier, mais les carac- 



25 ULCERES. 

teres fondamentaux, cliniques et anatomiques, sont toujours les memes. Ces 
ulceres qui se montrent a la surface araincie des abces froids, au niveau d une 
tumeur blanche suppure e, au voisinage d un paquet ganglionnaire, au pourtour 
des narines, aux plis de 1 aiue, a la region cervicale, qui etaient tous designes 
autrefois sous le nom A" ulceres scrofuleux, doivent etre ranges aujourd hui 
parmi les lesions tuberculeuscs et recevoir le nom & ulceres tuberculeux. Nous 
avons donne ces details qui ont un peu Irait a 1 etude comparative de la scrofule 
et de la tuberculose, parce qu ils etaient necessaires pour justifier la place 
importante donnee par nous aux ulceres tuberculeux au detriment des ulceres 
scrofuleux. 

Symptomatologie. Les ulceres tuberculeux, nous 1 avons deja dit, peuvent se 
rencontrer sur tous les points de nos teguments. Les organes le plus souvent 
envahis sont les ganglions lymphatiques, les testicules et les mamelles. Aussi 
est-ce le plus souvent au pli de 1 aine, a la region cervicale, a cote des mame- 
lons et sur le scrotum, que Ton rencontre les ulceres tuberculeux. Les 
muqueuses le plus souvent atteintes sont celles des fosses nasales, de la 
langue, de 1 anus, du col uterin, ct surtout celles des ramuscules pulmonaires. 
Le tubercule pivsente meme sur certaines d entre elles des caracteres speciaux 
qui leur ont fait donner, a 1 epoque oil Ton ne connaissait pas encore bien la 
nature de la maladie, des noms particuliers. Lc lupus, pour n en citer qu un 
exemple, est un ulcere tuberculeux des narines; on y a trouve des bacilles 
(pre sentation de M. Krause, Sociele de me decine berlinoise, seance du 21 mai 
1884). Sur d autres parties, comme la langue, les ulceres ont ete confondus 
avec des manifestations du cancer epithelial si frequent clans cette region et 
nut donne lieu a des meprises qui seraient plus difficiles aujourd hui. Le siege 
a done une certaine importance, car, si les ulceres tuberculeux peuvent se ren 
contrer jiartout, ils ont cependant des lieux de predilection; c est meme un 
element a faire entrer dans le diagnostic des cas douteux. 

Les ulceres tuberculeux de la peau ne debutent generalement pas par la 
surface, mais par une alteration des teguments qui precede de dedans en 
dehors. C est, dans la presque totalite des cas, une lesion tuberculeuse sous- 
cutanee, siegeant soit dans le tissu cellulaire, soit plus profondement, qui leur 
donne naissance par le mecanisme suivant : quand 1 infiltration tuberculeuse 
esl superficielle, elle envahit la peau qui devient adherente aux tissus profonds 
et clont les e le ments sont a un moment donne frappes de inort; il y a gangrene 
mdleculaire, ulceration, puis ulcere. Quand au contraire la lesion est plus pro- 
J onde, quand c est un ganglion tuberculeux qui s abcede, peu a peu la poche 
se distend et comprime la peau situee a sa surface; celle-ci s use petit a petit, 
s amincit, sa nutrition s altere et 1 ulceration se produit. La rupture de 1 abcos 
peut aussi avoir lieu sous la violence d un choc, et 1 ulcere tuberculeux peut se 
developper a 1 endroit ou la plaie s est faite; mais ces cas sont assez rares et le 
plus souvent la poche abcedee et la peau se rompent simultanement, en affec- 
tant le mecanisme suivant decril par M. Lannelongue : La poche de 1 abces 
augmente en cnvahissant par sa face externe les tissus circumvoisins et en 
subissant a sa face interne des phenomenes de regression qui font que les tissus 
peu a peu envahis sont translbrmes en pus qui tombe dans 1 interieur de la 
poche et la distend. Quand la paroi de 1 abces arrive au contact de la peau 
alteree par la compression, le travail de la face interne continue a se faire, la 
pression inte rieure de la poche augmente et le pus se fait jour a 1 exterieur par 



ULCERES. 27 

le point faible, en poussant devant lui des parties frappees de gangrene molecu- 
laire qui n offrent plus dc resistance. 

Dans ces cas, 1 ulcere est precede d un amincissement de la peau qui devient 
lisse et brillante et prend une coloration rouge caracteristique, tandis que, 
lorsque la surface cutanee est envahie par I inflammation, elle en pre sente les 
caracteres : gonflement, calorification et meme quelquefois douleur. L ulcere 
s etablit ainsi et arrive vite aux dimensions qu il gardera longtemps. 

Les ulceres tuberculeux de la peau sont essentiellement atoniques et remar- 
quablcs par leur indolence. Lcurs bords sont en general lailles a pic, irreguliers, 
quelquefois amincis, isoles, retournes sur eux-memes, decolles, formant des 
excavations et des ponts tegumentaires. Leur fond est grisatre ; ce sont les 
detritus caseeux , les produits lubcrculeux non deterges qui lui donnent 
cette coloration. Quand les bourgeons cliarnus font saillie, 1 ulcere prend 
une teinte d autant moins prononcee quo les fongosites molles 1 ont cnvabi 
sur une plus grande surface. La secretion purulentc varie souvent de quan- 
tite et de nature; elle n a pas les caracteres francs du pus ordinaire,* mais 
presente une teinte particulierc due aux depots tuberculeux qui lui ont donue 
naissancc. La peau qui environne les ulceres a une coloration violacce, quel 
quefois brune, avec des laches rougeatres, des marbrures et des points ecchy- 
motiques. Elle presente quelqucfois des exfoliations epidermiques et un deve- 
loppement exagere des poils qui recouvrcnt la partie. 

Les don leu rs spontanees sont 1 exception et le malade ne souffre que lorsque 
des mouvements intempestifs viennent tirailler les bords de la solution de 
continuitc. 

Les ulceres des membranes muqueuses sont presque toujours supcrficiels et 
precedent de la meme facon, qu ils apparaissent an niveau des fosses nasales, 
de 1 anus, du col uterin, de la muqueuse vesicale ou urelbrale. C est au debut 
une petite nodosite, entouree d une mince aureole rougeatre, precedee ou accom- 
pagnee d une infiltration de la muqueuse. Celte petite nodosite, qui pent 
atteindre la grosseur d un pois, se ramollit a son centre, s ulcere et grandit 
rapidemeut. Voici du reste la description qui en a e te donnee par M. le pro- 
fesseur Trelat : On Irouve sur la muqueuse linguale une plaque a peine 
saillante, ronde, large de 1 a 5 ou 4 millimetres, laissanl voir a sa surface 
encore recouverte d epitbelium un ou plusieurs orifices folliculaires. Cette tacbe 
est d une couleur jaune clair, analogue a cclle du pus phlegmoneux. Au bout 
de peu de jours, 1 epithelium se detruit, et bientot laisse a nu une surface 
ulceree. La marche de ces ulceres est rapide, la lesion produite par les 
tubercules caseifies qui detruiscnt la muqueuse est presque indolore. II n y a 
pas a leur base d induration speciale, pas de ganglions a proprement parler. 
Ces rlifferentes particularites servent a les faire reconnaitre des ulceres syphili- 
tiijues et des ulceres de I epithelioma dont les caracteres s en rapprocbeut 
enormement. 

La clurec des ulceres tuberculeux est fort longue, quoique les modes nouveaux de 
traitement aient de beaucoup rapproche le moment de la guerison. Nous avons 
dit qu ils etaicnt a peu pres indolents, mais il arrive parfois qu ils subissent 
une poussee, et cette inflammation notivelle suffit souvent pour aneantir les 
progres obtenus par plusieurs mois de soins. Pour que la cicatrisation puisse se 
produire, il faut, dans certains cas, que les organes situes au-dessous de 1 ulcere 
et qui en ont e te la cause tendent aussi a la guerison. Les cicatrices ne sont 



2X UL CERES. 

pas toujours d une grande solidite. Elles sont molles, luisantes, rouges, quel- 
quefois deprimees, plissees, quelquefois an contraire saillantes et mamelormees. 
Elles peuvent facilement se rompre et reclament une surveillance longtemps 
prolongee. 

Les ulceres tuberculeux sont tres-souvent multiples. On les rencontre au 
nombre de deux ou trois sur la meme region ou sur des regions diffe rentes. 
Us s accornpagiient de complications locales, telles que rengorgement des gan 
glions lymphatiques voisitis. Ils sont exposes, comme toutes les solutions de 
continuile, a I erysipele el a la pourriture d hopital. Guersant a meme decrit 
dans son article SCROFULES du Dictionnaire en 50 volumes un etat parliculier 
caracterise par 1 agrandissement des ulceres, des symptomes gastro-intestinaux, 
de la diarrbee, de la fievre qu il appelle la pourriture scrofuleuse. 11 attribue 
cette complication a 1 encombrement des salles et aux influences climatologiques. 
On ne rencontre plus aujourd hui cette affeclion qui a certaincs analogies avec 
la pourriture d hopital et qui pourrait se montrer sur les ulceres tuberculeux, 
si 1 hygiene et les nouveaux pansements n avaient ameliore notre milieu hospi- 
talier. Enfin il faut aussi signaler les ophlhalmies, les engorgements chroniques 
des ailes du nez et des levres et les complications pulmonaires, abdominales et 
cerebrales, qui accompagnent souvent les tuberculoses locales, mais qui ne sont 
pas necessaires, comme nous 1 avons dit plus haul, pour leur donner naissance. 

Diagnostic. Le diagnostic doit etre fait d apres les symptomes enumeres et 
aussi d apres les renseignements qu on peut recueillir de 1 examen general et 
de la boucbc du malacle. On doit en effet s enquerir si Ton a affaire a un tuber 
culeux par contagion ou par heredite. Le cancer, la syphilis et la morve, peuvent 
donner lieu a des ulceres qui peuvent etre confondus avec ceux du tubercule. 
Ges deux dernieres affections presentent en effet a 1 examen plusieurs des 
lesions anatomiques de la tuberculose. Dans ces cas douteux, il faut prendre 
en consideration le facies du malade, les indurations ganglionnaires qu il peut 
presenter dans les regions sous-maxillaires, au cou, au pli de 1 aine, les otorrhees 
et les blepbarites, qu il a ou qu il a pu avoir. Enfin, si le diagnostic reste 
encore douteux, on peut se fonder pour 1 etablir sur la presence du bacille; 
mais la recherche de cet infiniment petit demande des operations longues et 
dedicates et qui nii sont pas encore, il faut le dire, a la portee de tons les 
medecins. De plus, le nombre des bacilles est assez restraint pour qu il ne 
suffise pas toujours pour le trouver de deux ou trois preparations, quand cepen- 
dant il existe. La tuberculose zoogloeique peut aussi se rencontrer dans les 
ulceres tuberculeux. Elle est caractcrisee par I agglomeration d une grande 
quantite de microcoques, qui sont, comme les bacilles, assez delicats a decou- 
vrir. II est done important de se fier d abord aux signes cliniques que nous 
avons enumeres et de ne se servir de 1 examen microscopique que comme d un 
moyen de controle. 

Pronostic. Les ulceres tuberculeux ne sont le plus souvent que les sligmates 
d une constitution atteinte el, s ils ne sont pas dangereux par eux-memes, ils 
sont souvent 1 indice d un organisme envahi par une affection grave. Gependanl, 
quand ils ne s accompagnent pas de complications visce rales, ni de lesions 
d organes profonds, ils sont susceptibles de guerir sous I influence d un trai- 
tement bien conduit. 

Ulceres cancereux. L ulcere est un des symptomes les plus frappants du 
cancer; c est meme lui qui detruisant, rongeaut en quelque sorte les parties sur 



ULCERES. i J 

Jesquelles il est place, a fait dormer ce nom aux neoplasmes a processus ulce- 
ralif. II peut affecter deux formes diflerentes : tantot il est une consequence du 
developpement de la lumeur qui le porte, tantot il est produit par la maladie 
elle-memc, dont il caracterise une periode. Les ulceres qui sont produits par 
1 accroissement du neoplasme ont etc appcles accidentels par Broca et artificiels 
par Liicke. 11s sont superliciels et sont amenes par le mauvais (. -tat des parties 
qui, sans cesse tiraillees et comprimees par la tumeur, se nourrissent avec 
beaucoup de difficult^. Au moindre choc, sous I influence des frotleraents 
anormuux auxquels les tissus sont exposes par le relief qu ils i ormcnt, eeux-ci 
s excorient et offrent alors la physionomie d un ulcere simple. Us sonl liuiiirs 
et peuvent guerir, quand leur traitement est rendu facile par la situation de la 
tumeur et son peu de tendance a raugmentation de volume. 

Les autres ulceres sont dits naturels (Broca) on spe cifiques (Liicke). SeuJs 
ils sont vraiment dignes du nom d ulceres cancereux. 11s peuvent se renconlrer 
sur tous les neoplasmes; certains de ceux-ci presentent pourtant cette compli 
cation moins souvent que les autres. Tels sont : les enchondromes, les lympha- 
denomes, les osteomes; mais, s ils ne sont pas par une cause ou par une aulrc 
cnrayes dans leur marche envahissante, ils finissent toujours par s ulcerer. Le 
mecanisme de ce travail n est pas toujours le meme. Ouaud 1 ulreralion se 
produit tardivement, ellc est la consequence du developpement r\;ign-e des 
Elements qui constituent la tumeur. Ceux-ci, sc mullipliunt avec uue graiule 
rapidite, sont incapables de se nourrir, car il y a disproportion outre la de pense 
qu ils font et 1 apport nutritif dont la circulation de la partie est capable. Les 
cellules dans ces conditions ne tardent pas a etre frappees de mort; il se 
produit un petit foyer rempli de leurs detritus. Ce foyer augmente el man-he 
vers Ja surface culanee qui est la parlie la plus faible. L ulcere en est bientol la 
consequence. C est ce qui a lieu pour les neoplasmes de gros volume qui s ul- 
cerent ainsi de dedans en dehors, quand ils ont pris des proportions enormes. 

Souvent aussi la compression exercee sur les vaisseaux par la tumeur amene 
un arret de la circulation sanguine dans une dc ses parties; il y a bientot mort 
des cellules, ramollissement caseeux, et 1 ulceration ne tarde pas a se former. 
Quand 1 ulcere se produit de bonne heure, avant que le changement de volume 
des parties soil considerable, les cellules a peine envahies sont frappees de 
mort, la gangrene moleculaire gagnc petit a petit en profondeur ct detru.it non 
pas des elements de nouvelle formation qui ont prolifere, mais bien les parlies 
anatomiques existantes qui sont attaquees et disparaissent les unes apres les 
autres, sans que les os soient plus respectes que les parties molles. C est ce 
qui se passe dans I epithelioma. 

Les ulceres naturels cancereux ont done des formes distinctes et sont meme 
souvent tres-utiles pour etablir le diagnostic des tumeurs. Ils envahissent aussi 
bien la peau que les mtiqueuses. Les uns, comme les ulceres epitheliomateux, 
out des bourgeons charnus, rouges, violaces, qui laissent voir dans leurs inter 
stices des detritus jaunatres d une nature parliculiere ; d autres sont sujets a 
des hemorrhagies ; quelques-uns secouvrent de bourgeons fongueux, blanchatres, 
offrant un aspect papillaire ; d autres enfin s epanouissent sous forme de cham 
pignon. 

Ges caracteres suffisent dans la majorite des cas pour permettre de difft3rencier 
les ulceres cancereux des ulceres simples. II en existe un dernier que nous ne 
elevens pas omeltre de signaler, c est leur defaut de cicatrisation. Ils ne gue- 



50 ILCERES. 

rissent que pnr la destruction ou 1 ablation des elements qui leur ont donne 
naissance. 

Ulceres du farcin et de la morve. La plaie d entree du virus s ulcere 
quelquefois. Dans ce cas, on a affaire a un ulcere primitif et le farcin et la 
morve ont, dans leur mode de developpement, la plus grande analogic avec la 
syphilis et la pustule maligne. Mais il arrive souvent que le point ou s est fait 
1 inoculation ne s ulcere pas; une petite inflammation suivie d angeioleucite en 
est la seule consequence et cependant, malgre le peu d intensite de ces accidents 
locaux, 1 infection est telle que des abces et des ulceres surviennent au bout de 
quelques jours. , 

Le pus de ces ulceres injecte ou inocule suffit pour donner le farcin et la 
morve a un autre individu et pour determiner cbez le meme sujet des accidents 
de voisinage. C est pour cette raison que nous avons rapproche les ulceres 
farcino-morveux des ulceres tuberculeux et des ulceres cancereux. Dans la 
morve et le farcin, Ics accidents locaux primitifs sont moins graves que ceux de 
la syphilis, mais 1 infection est plus serieuse et cause le plus souvent la mort. 
Dans la pustule maligne, les accidents locaux du debut sont moins importants 
que ceux de la syphilis, le sont plus que ceux du farcin et de la morve, mais 
le pronostic est aussi moins grave que celui de ess deux dernieres affections. II 
semble que la diffusion de 1 agent infcctieux soit en rapport inverse avec la gravite 
des lesions produites au point inocule ct que, plus les ulceres primitifs des mala 
dies virulentes sont etendus ettcnaces, moins les accidents generauxsontsuscep- 
tibles de causer la mort (voy. MORVE). 

2 ULCERES NON INFECTANTS. Ulceres scorbutiques. Ces ulceres n ont rien 
de virulent nide specifique et different par consequent de ceux que nous venous 
d etudier. 11s sont les manifestations avancees d une maladie de misere appele e 
scorbut, se rencontrent rarement aujourd hui et tendent a disparaitre comme 
1 affection qui leur donne naissance. Le scorbut ne se raontre plus qu excep- 
lionnellement a bord des batiments, depuis que la marine a vapeur, remplacant 
la marine a voiles, a diminue la longueur des traversees et depuis que des lois, 
comme celles qui ont ete etablies en Angleterre en 1857, 1867 et 1871, 
prescrivent des dispositions hygieniques serieuses qui sont destine es a empecher 
la maladie de se monlrer ou a 1 enrayer immediatement quand elle a fait son 
apparition. Aussi les epidemics de scorbut sont-elles tres-rares, elles sont 
relativement benignes, etc est a peine si on rencontre deux ou trois cas d ulceres 
dans les rapports des medecins qui ont traite cette maladie sur les navires. A 
terre, le scorbut ne se manifeste chez les nations civilisees que dans des 
circonstances particulieres, soit pendant les campagnes de guerre, soit pendant 
les sieges ou dans les prisons. L ulcere scorbutique est done une affection chirur- 
gicale que le medecin voit rarement, mais, comme il pre sente des caracteres 
parliculiers, nous allons en indiquer rapidement les points interessants. 

Etiologie et siege. Ses causes sont celles du scorbut (voy. ce mot). Nous 
devons seulement rechercher par quel mecanisme, la maladie generate etant 
donnee, 1 ulcere apparait et s etend. II faut d abord distinguer deux formes 
d ulceres scorbutiques : ceux qui siegent sur la muqueuse de la bouche et qui 
apparaissent les premiers et ceux qui, a la troisieme periode de la maladie, se 
moatrent sur la surface cutanee et principalement aux membres inferieurs. 
Rouppe, dans son ouvrage de Morbis navigantium, n besite pas a attribuer au 
traumatisme la formation de ces derziiers. 11 est certain que la moindre plaie ou 



ULCERES. 31 

la moindre contusion fournit a im organisme delabre 1 occasion d une gangrene 
moleculaire. Suivant le me decin hollandais, les simples erosions determinees 
par les ongles des malades qui se grattcnt a cause des demangeaisons suffisent 
pour determiner les ulceres. La peau en effet devicnt seche des le debut; elle a 
dc la tendance a s exfolicr, a se fendiller, elle est anserine, c est-a-dire cou- 
verte de petites elevures qui portent a lour sommet une petile bulle remplie 
de serosite sanguinolente ou de sang. 11 suflit d excorier cette petite bulle pour 
donner lieu a une plaie qui devient ulcereuse quand la maladie a une mairhe 
rapide; mais la plupart du temps, lorsque les ulceres apparaissent, ces petites 
vesicules ontfini leur evolution, elles ont pris une teinte foncee; leur base s est 
depiimee et elles out ete remplace es par une macule rouge. A ce moment 
I oedeme des membres inferieurs commence a se montrer. II est cause par la 
coagulation intra-vasculaire dc la fibrine du sang et par les compressions 
qu exereent les suffusions sanguines. Get oeucme met les parties atteintes dans 
les conditions les plus favorables pour etrc frappees d ulceration. II suffit alors 
de la pression prolongee d un membre centre 1 autre, du moindre choc, du 
frottement repete du pantalon, pour determiner I excoriation de la pcau et la 
formation d un ulcere. Dans d autres cas, il pcut se produire une gangrene 
parlielle qui, a la chute dc 1 eschare, donne lieu a une ulceration. 

Le siege des ulceres cutanes esl en ci fet le meme que celui des ecchymoscs 
et des indurations, symptomes de la deuxieme periode de la maladie. On les 
rencontre principalcment au tiers inferieur de la cuisse, au creux poplite, sur 
les cotes des malleoles et qnelquefois aussi sur le cute interne des bias, chez les 
homines qui comme les gabiers sont appele s par leur profession a se servir 
principalement dc leurs membres superieurs. Les parties gcnitules sont aussi 
atteintes, mais plus rarement. 

Les ulceres de la muqueuse buccalc se forment de la meme iacou. C esl 
toujours sous 1 influence d un mauvais etat des elements anatomiques cntretenu 
par une disposition generate et des causes locales d irrilation. 

Signalons encore ce fail mentionne par Rouppe. Chez les scorbutiques, les 
plaies aiiciennes recouvertes d une cicatrice meme d apparence assez solide be 
rouvrent, suppurent et deviennent ulcereuses. Enfin, comme 1 aditM. Yerneuil, 
1 etat traumatique ne constitue pas une predisposition au scorbut; mais, si un 
blesse contracte cette affection, ses plaies prennent un mauvais aspect et se 
transformed en ulceres. 

Symptomes et marche. Les ulceres de la muqueuse buccale se montrent les 
premiers (voy. GESCIVES, p. 683). 

Les ulceres cutanes debutent par une gangrene ou par une petite erosion 
donnant lieu a une inflammation a peine sensible. Petit a petit, souvent avec 
une grande rapidite, 1 ulcere grandit en provoquant sur son contour des gan 
grenes tres-difficiles a arreter. Les bords sont entoures d une aureole d un 
rouge livide; ils sont denteles et decolles sur une grande etendue ou gonfles 
par des chairs baveuses qui s elevent et sortent du dessous de la peau. Leur 
fond est reconvert de bourgeons charnus bruns ou noirs, qui fournissent une 
matiere sanieuse, fetide, melee avec du sang. Cette matiere se colle intimement 
a la surface de 1 ulcere, de telle sorte qu ilest difficile de la detacher. L ulcere 
est aussi reconvert de croutes qui se^uperposent et se renouvellent rncessam- 
ment, quelque soin qu on mette a en nettoyer la surface. Leur forme est tou 
jours irreguliere. Dans les cas tres-graves, il s eleve du fond de ces ulceres une 



52 ULCERES. 

matiere molle et sanguiaolente que les matclots anglais appellent bullocks liver 
(foie de jeune taureau) a cause de sa tres-grande ressemblance avec du Ibie de 
boeuf bouilli (Lind). Cette espece de fongus se developpe avcc uue grande 
rapidite et peut devenir, dans 1 espace d une nuit, d une grosseur monstrueuse. 
Quand on essaie de le detruire, soil au bistouri, soit avec un cautere, on deter 
mine des hemorrhagies tres-serieuses. Les heniorrhagies sont du reste une des 
complications les plus graves du scorbut et elles out tres-souvent lieu a la 
surface des ulceres. Les ganglions lymphaliques les plus rapproches de la 
solution de continuite s engorgent facilement. Les ulceres de la jambe donnent 
lieu a des osteiles du tibia qui aboutissent a la necrose. 

Le tableau est rarement aussi sombre et les ulceres qn on rencontre le plus 
sonvent aujourd bui presentent tous ces caracteres bien attenues ; ils se rap- 
prochent de certains ulceres atoniques qui sont compliques de fle trissure, de 
pak-ur, d amaigrissement du meaibre et de petites laches ecchymotiques qui 
constituent uu veritable scorbut local (Foliin). 

Les ulceres scorbutiques durent aussi longtemps que la maladie et suivent 
la meme niarche qu elle. Quand il y a amelioration de 1 etat general, leur 
aspect devient meilleur, la solution de continuite se deterge, la suppuration 
change de nature et diminue, les bords se recollent et se rapprochent en meme 
temps que les laches palissent et que I oademe diminue. Quand la guerison a 
ete obtenue, la cicatrice est bleuatre, mince et 1 acile a se rompre. Enfin les 
recidives peuvent s observer et coincident avec la reapparition de la maladie. 

Diagnostic et pronostic. Les bemorrhagies frequentes, la configuration par- 
ticuliere des bords, la coloration de 1 ulcere et des parties voisines, ne permettent 
pas de se tromper sur la nature de la maladie chirurgicale que nous etudious. 
Les ulceres ne se montrent du reste qu a la deuxieme pe riode du scorbut, c est- 
a-dire a un moment ou le diagnoctic est assure par les autres symptomes. 
Quant au pronostic, ii est trop subordonne a 1 affection generate pour qu il soit 
bien utile de s y arreter ici. 

Ulceres phagedenicjues des pays chauds. Dans un grand nombre de regions 
situees sous la zone torride, on rencontre des ulceres phagedeniques, qui se 
difierencient de ceux qu on observe sous nos latitudes par une physionomie 
speciale et sfcrtout par leur frequence. Ges caracteres sont tellement saillants 
qu ils out eveille 1 atteotion des medecins. Cbaque observateur s est cru en 
presence d une maladie particuliere au pays dans lequel il la rencontrait et 1 a 
decrite comme telle. Une etude plus approfondie a permis de reconnaitre que 
sauf de legeres differences locales, ces affections sont identiques au fond, et tout 
le monde est d accord aujourd hui pour considerer la plaie de 1 Yemen ou de 
1 IIedjaz, 1 ulcere de Mozambique, 1 ulcere de Gochinchine, ceux de la Guyane, 
de Kenieba, de la Nouvelle Caledonie, comme des varietes d une meme entile 
morbide a laquelle nous donnerons avec Le Roy de Mericourt le nom d ulcere 
pbagedenique des pays chauds (J. Rochard). Ces ulceres se rencontrent aussi 
bien sur les blancs que sur les noirs. En Cocliinchine, apres la prise de posses 
sion de Tourane, ils se repandirent comme une epidemic dans le corps expedi- 
tionnaire et a bord des batiments. Sur 6600 hommes, le docteur de Comeiras 
en compta 700 cas dont 100 furenl suivis de mort et dont 50 ne cessiterent 
1 amputation. A la Guyane, le docteur Chapuis en a observe 2812 cas sur 
8575 transported admis en 1861 dans les hopitaux de la colonie. II n y a done 
pas la une question de race et, si les uegres sont plus sou vent atteints aujourd hui 



ULCEKES. S5 

d ulceres phagedeniques, cela tieut, comme nous le verrons, a la nature de leurs 
travaux qui les exposent ;i dcs traumatismes. 

Symptomatoloyie. Le debut de ces ulceres est a peu pres analogue a celui 
de 1 ulcere simple. Ce sont d abord des demangeaisons , du gonflement des 
parties, un suintement sereux et enfin une solution de continuite qui ne tarde 
pas a s entourer d une aureole inflammatoire. Bienlot la suppuration devient 
abondanteet fetide, souvent sanguinolente, et la,isse sur les pieces de pansement 
des debris gangrenes. La surface dc 1 ulcere augmente; le fond en est rougeatre, 
les bords retournes et saillants. A ce moment, si 1 ulcere suit une marclie favo 
rable, il devient circulaire, se regularise, et c est la la forme legcrc de la ma- 
ladie; mais le plus souvent elle prend une forme grave, la solution de conti 
nuite s etend non-seulement en surface, mais encore en profondeur. Les tendons, 
les muscles, sont disseques, les os necroses, les vaisseaux mis a nu. Les bords 
sont decolles, franges, on voit des langueltes de pcau blcuatre, froncees, bai- 
gnant dans un ichor felide, et desdecollements profonds dans lesquels lesliquides 
s accumulent. Ges ulceres occupent tout un niembre qu ils entourent en le 
depouillant complctement et donnent souvent lieu a dcs h^morrhagies et a dcs 
reactions inflammatoires intenses. Devant un cortege dc symptomes aussi 
graves, la vie du malade est en danger et 1 amputation seule offre une der- 
niere ressource. Elle est en general possible, car 1 ulcere phagcdcnique de- 
pays chauds ne se montre jamais qu aux membres inferieurs, sauf quelqiu 
rares exceptions. Quelquefois aussi le pbagedcnisme- se limite, 1 ulcere bour- 
geonne et la cicatrisation se produit ; mais il faut se mefier des recidives. 

11 existe aussi un symptome parliculier signale pour la premiere fois par 
J. Rochard et dcpuis mentionne par presque tous les autcurs : c est 1 anestliesie 
complete de toutes les parties qui environnent 1 ulcere. Celli 1 anesthesie suc- 
cede quelquefois a des douleurs tres-violentes dans le niembre, rnais le plus 
souvent elle s etablit petit a petit. Elle occupe parfois une grande surface et a 
meme etc trouvee a la region plantaire alors que 1 ulcere occupait la face dor- 
sale du pied,ce qui prouve qu il y a la des alterations nerveuses asscz elendues. 
Chapuis a meme tire du degre de sensibilite des tissus des indications formelles 
pour les amputations, defendant de porter la section sur les parties insensibles, 
sous peine de voir les lambeaux s ulcerer. 

II est inutile de faire ressortir davantage les caracteres qui diffe rencient ces 
solutions de continuite des ulceres simples. La description que nous venons de 
donner de leurs symptomes suffit pleinement pour expliquer leur reunion dans 
une classe a part et leur gravite exceptionnelle, pour faire comprendre les 
nombreuses causes speciales qu on a voulu leur donner. 

filiologie. Les causes qu on a invoquees pour expliquer la formation des 
ulceres pliagedeniques des pays chauds et la gravite des lesions qu ils produi- 
sent sont de deux ordres : les unes peuvent etre appelees les causes premieres 
et les autres les causes occasionnelles. Ges dernieres ne sont en quelque sorte 
que Je prctexte tie la maladie et sont vraisemblablement tres-nombreuses. Ce sont 
en general des ecorchures faites aux membres inferieurs par les bambous. Ce 
sont des contusions produites par la marche et le frottement des souliers, ce 
sont des morsures de sangsues, d inseetes, en un mot, des traumatismes de 
toute espece que nous n avons pas a enumerer, car ils ont ete decrits dans 
1 excellent article COCHINCHINE du Dictionnaire encyclopedique des sciences 
me dicales, tome XVIII, de MM. Le Roy de Mericourt et Layet, auquel nous ren- 

D1CT. EKC. 5" S. I. 5 



34 ILCERES. 

voyons pour les nombreux details qui font I interet de cette importante question. 
Les causes premieres ou predisposantes doivent etre exposees plus longue- 
ment. Ce sont reellement elles qui engendrent les ulceres phage deniqucs et qui 
leur assignent leur place dans la classe des ulceres sous la dcpendance d une 
cause generale. A leur etude se raltache aussi la question de savoir si le pha- 
gedenisme tient a une misere generale causee par une maladie ende mique des 
pays chauds ou a une affection virulente caracterisee par la presence d uu micro- 



organisme. 



Sans vouloir avec le docteur Linquettc faire de 1 ulcere phage de nique un 
eclhyma arrive a la pe riode chronique, il est pormis de penser que le palu- 
disme et 1 ane mic jouent un grand role dans I e liologie de cette affection. G est 
loujours en effet sous la zone torride, ou les deux maladies que nous venous de 
citer existent a 1 etat ende mique, que Ton rencontre des solutions de continuite 
de cette nature. On sail a quel degre de cachexie arrivent les malheureux qui 
sejournent dans ces contrees et il est certain qu uneeconomie de labre e se trouve 
dans de mauvaises conditions pour fournir les elements de reparation necessaires 
a la cicatrisation de la moindre plaie. Cette opinion est tres-ralionnelle,seduisante 
meme et adoptee aujourd hui par la majeure partic de nos camarades. Quant a 
Tulcere scorbutiquc qu on a voula confondre avec 1 ulcere phage de nique des pays 
chauds, il a des caracteres tellcment tranches et nait dans des conditions 
tellement particulieres et toujours identiques, qu il nous parait inutile de dis- 
cuter plus longtemps son identile. 

II nous resle maintenant a examiner 1 opinion des medecins qui pensent que 
cette solution de continuite est de nature virulente et parasitaire. Nous ne 
serons pas ici plus affirmatif que nous ne 1 avons e Le plus haul, nous nous bor- 
nerons a indiquer les raisons qu on donne pour et conlre cette maniere de voir. 

On peut d abord ecarter la syphilis. Personne n admet plus aujourd hui le 
moindre degre de parenle entre les deux maladies, et 1 impuissance radicale 
dn traitemcnt mercuriel suffirait pour faire rejeter 1 idee de toute origine spe- 
cifique. 

La pourriture d hopital, qu on a aussi mise en cause, ne peut expliquer la 
nature du mal et ne doit etre considered que comme une complication. 

L ulcere phagedenique des pays chauds serait-il done une maladie parasitaire 
nouvelle caraclerisee par la presence d un infmiment petit qu on n a pas pu 
encore decouvrir? Le fait est possible. La tenacite de 1 affection, sa marche par- 
ticuliere, les ravages qu elle excrce et qui ne sont conjures que par une thera- 
peulique des plus e nergiques, permettent de le penser. Les climats torrides dans 
lesquels on la rencontre et qui sont des foyers de maladies parasilaires plaident 
aussi en faveur de cetle opinion. Ce serait dans les marais que les infmiment 
petits se developperaient et de la seraient transported par les mouches sur les 
plaies des homines qui marchent nu-pieds. Mais, si cette maladie etait parasitaire, 
elle devraitetre contagieuse, et c est en vain qu oa a voulu demontrer la con 
tagion. La maladie ne se transmel jamais et les inoculations sont restees abso- 
lument ste riles; jamais M. Jourdeuil qui en a pratique un assez grand nombre 
n a pu faire naitre un ulcere. 

Les recherches microscopiques n ont pas encore devoile la presence d un para 
site. II est vrai que Duclaux, eleve de Pasteur, a de couvert dans le clou de 
Biskra un micrococcus qu il a pu cultiver (lecture de Fournier, Academic de 
medecine, seance du 10 juin 1S84J. Deperet et Boisset ont aussi trouve le memo 



ULCERES. 55 

organisme dans le cloude Gafsa, qui n est qu un clou de Biskra mitige (Legouest, 
Academic de medecine, seance du 17 juin 1884). Avec toules ces cultures on a 
pu reproduirc 1 affection chez les animaux. Faut-il en conclure qu on trouvera 
plus tard un microbe de I uleere phage denique des payschauds? Certcs ces ma 
ladies ont une ccrtaine analogic et se rapprochcnt par beaucoup de points, mais 
on n a pu jusqu ici rien apercevoir de semblable dans celle qui nous occupe et 
nous sommes force d attendre, pour nous ranger a la doctrine parasilaire, la 
decouverte du microbe (jiii la caracterise. Un point interessant du Iraitement 
des ulceres dcs pays cliauds et qui ne plaide pas en favour de la nature viru- 
lente de cette maladie, c cst 1 indifference qu elle manifeste pour les pansemcnts 
aiitisepliques. Bien souvent mes collegues en ont applique soil en Cochincbine, 
soil a la Guyane, soit dans nos autres colonies, et jamais les ulceres n ont etc 
ameliores. Le pansement de Lister notammcnt ne donne pasdcbons cffels. Dans 
les cas graves on est oblige dc 1 abandonner pour recourir a d autres topiques. 
Dans le clou de Biskra an contraire Couslan (Archives dc mr dirine ct dc j>har- 
maeie militaires, l er juillet 1884) a retire de tres-bons effets du pansement a 
1 acide phenique. Dans dix cas serieux il a obtenu la guerison en dix ou quinze 
jours (voy. PEAU, p. 158). 

III. Traitement des ulceres. Avant de diT.rire les panscmeilts Speciauv propres 
a chaque espece d ulceres, quelquos inols sur les iudicalions tlierapeiiliques <jui 
leur sont communes et qui, danstoutes les maladies chirurgicales, doivent servir 
de base au traitement. 

TRAITEMENT GENERAL. line question se presente tout d abord. Peut-on 
guerir impunement un vieil ulcere? On sail que les anciens medecins 
voyaient de graves inconvenients a supprimer brnsquement un cmonctoire, 
mais ce sujet a etc traite au mot DEPURATION et nous n avons pas a y revenir. 
Le plus souvent, chez les gens aflectcs d ulcere cbronique, au lieu d affaiblir 
1 organisme par les revulsifs intestinaux ou autres moyens, on est oblige de le 
tonifier par 1 emploi dcs boissons ameres et des preparations ferrugineuses. 11 
pent cependant arriver que chez les sujets rendus ple thoriques par le sejour 
prolonge au lit et le defaut d exercice une inflammation assez vive s empare de 
la solution de continuite et retentisse sur 1 etat general. Dans ces cas, on pre- 
scrivait autrefois une large saignee souvent suivie de plusieurs autres; on se 
borne aujourd hui a purger le malade, a le mettre a la diete pendant quelques 
jours, pour faire tomber la tempe ratuie et 1 mflammation locale. II est bon 
toutpfois de survesller les constitutions rhumatismales et nerveuses , et de 
trailer les manifestations de ces deux diatheses lorsqu elles se produisent. Cer 
tains auteurs ont voulu modifier 1 etat local des ulceres a 1 aide d un traitement 
general. G est ainsi que Fayrer a administre 1 opium a 1 inte rieur. 

Ce medicament ne peut avoir aucune influence sur la cicatrisation de la solu 
tion de contiuuite, mais il calme les douleurs dans certaines formes irritables. 
Traston a preconise 1 administration de I iodure de potassium a la dose de 
2 a 6 grammes par jour et en a retire d excellents resultats, non-sculement 
dans les ulceres syphilitiques, mais encore dans les ulceres idiopathiques les 
plus rebelles. Sous son influence, la suppuration change de nature et les bords 
netardontpas a se rapprocher, surtout quand on accompagne ce traitement d un 
pansement compressif approprie. Enfin il faut citer les preparations te reben- 
thinees, qui ont e te conseillees par Hancock en Angleterre, quoique le petit 



56 ULCERES. 

nombre d observations ne permette pas d apprecier cette medication. Mention- 
nous, pour etre complet, le traitement de Bernard Kelly (de New- York) qui fait 
prendre a ses malades 30 a 40 gouttes de teinture d iode par jour. 

TRAITEMENT LOCAL. Le trailement local des ulceres recents se rapproche 
beaucoup de cclui des plaies. II comporte toutefois certaines regies gene rales 
qu il est bon de rappeler. 

Un membre atteint d ulcere, quellc qu en soit 1 espece, doit etre maintenu an 
repos et, comme ces solutions de continuite siegent le plus ordinairement aux 
membres inferieurs, le plus sur moyen d obtenir I immobilite absolue consisle 
a maintenir le malade au lit. 

Plusieurs chirurgiens se sont eleves centre cette maniere de faire. Underwood 
le premier, puis Bavnton en Angleterre et apres eux Philippe Boyer, ont con- 
seille la rnarche, persuades qu elle favorisait la cicatrisation. II est bien 
certain que certains ulceres atropbiques pen vent guerir sans que le blesse 
interrompe ses occupations, mais c est 1 exception, et on peut afiirmer que 
les memes solutions de continuite maintenues au repos auraient gueri plus vite. 
II serait facile de citer de nombreux exemples d ulceres qui, apres avoir resiste 
;i tous les traitements employes sans rimmobilite, se sont cicatrises rapidement 
a partir du jour ou le repos absolu a etc observe. On a pretendu que la marcbe 
ne debilitait pas comme le sejour au lit et que, grace a cela, les elements anato- 
miques se reproduisaient plus facilement; on a bien avoue que la cicatrice etait 
un peu plus longue a se former, mais on pensait qu en revanche elle etait 
plus solide que la pellicule cicatricielle poussee trop vite sous I influence du 
repos. Ces raisons ne sont pas probantes. II suffit, pour demontrer la necessile 
de 1 immobilite dans le traitement des ulceres, de se rappeler qu une marche 
longue et fatigante, une station debout trop prolongee, convertissent une plaie 
dont la cicatrisation se faisait bien en une solution de uontinuite ulcereuse 
lente a guerir, et un chirurgien reconnait a la simple coloration violacee des 
parties un blesse qui a enfreint 1 ordre de ne pas marcher. Parent-Duchatelet, 
en s appuyant sur des observations et sur des chiffres, a du reste demontre la 
necessite de 1 immobilite. G est aujourd hui 1 avis de tous les medecins. 
Velpeau pour 1 obtenir meltait le membre dans un appareil inamovible auquel il 
pratiquait une fenetre pour permettre de faire les pansements. II ne faut pas 
cependant pousser trop loin cette recommandation. On doit savoir qu on peut 
permeltre la marche a un malade, si ses interets 1 exigent imperieusement, 
pourvu que la surface ulcereuse soit dans un etat d atonie bien prononce et 
exempte de toute complication. En revanche, les auteurs du Compendium veu- 
lent qu on fasse observer rigoureusement la regie, quand il existe de rinflamma- 
tion, de la gangrene et meme des varices. 

La position du membre malade doit etre aussi 1 objet de 1 attention du chi 
rurgien. II faut avant tout que la circulation ne soit pas genee, ce qui arrive 
des que la jainbe est dans une situation declive. On ne doit pas non plus trop 
favoriser le retour du sang par 1 elevation des parties, car les bourgeons charnus 
palissent et la nutrition ne se fait plus normalement. G est done la position 
horizontale qui sera conseillee. 

Les pansements doivent etre subordonnes a l tat des parties, mais plutot 
raves que frequents ; Ambroise Pare recommande de ne pas deshabiller trop 
souvent les ulceres. Pourtant, si la suppuration est abondante, il est quekjuefois 
necessaire d en faire deux par jour, mais, des qu elle diminue, il faut le; 



ULCERES. 57 

eloigner de plus en plus pour arriver a ne depanser le blcsse que tous les deux 
ou trois jours. Les pieces de pansement devront etre enlevees avec les plus 
grandes precautions. Les surfaces ulcerees ne demandent pas a etre lavees avec 
trop de minutie, car on pent, par des lotions et des grattagcs avec la spatulc, 
detruire la cicatrice qui se forme sur les bords. Ceux-ci devront etre 1 objet de 
toute 1 attention du cbirurgien. Les anciens medecins avaient meme 1 habitude de 
les proteger a 1 aide de bandelettes ceratees qu ils enlevaient apres le pansement. 
Quand 1 inflammation est un peu vive, il faut appliquer d abord des cata- 
plasmes et des emollients. Si la solution de continuity est douloureuse, il faut 
que ces cataplasmes soient tres-legcrs. An besoin meme on les remplace par 
des compresses ou des plumasseaux trempees dans de 1 eau de guimauve. On 
pourra les arroser de laudanum ou les tremper dans une decoction de tetes 
de pavot. Les irrigations froides donnent aussi d excellents resultats. La glace a 
meme ete employee. 

Si 1 ulcere est atonique, il faut exciter les bourgeons charnus au moyen de 
topiques que nous passerons en revue tout a 1 heure. 

S il y a des menaces de gangrene, les pansements antiseptiques sont indiques. 

Le decollemcnt des bords, la formation des clapiers, les callositcs, sont des 
accidents qu il faut immediatement combattre soil par la cauterisation, soit par 
1 excision. 

Enfin, il faut s adresser aux differents symptomes presentc s par la surface en 
suppuration et se rappeler que tous les ulceres ne se soignent pas de la memo 
facon et que le meme ulcere subit dans un temps assez court des modifications 
qu il faut suivre. De la la ne cessite pour le praticien de bien connaitre ses res- 
sources et de savoir varier ses pansements suivant les besoins. 

Venons aux differents modes de traitement local. 11s sont assez nombreux 
pour permettre de les diviser en trois groupes : agents me caniques ; agents 
medieamenteux; moyens cbirurgicaux. 

AGENTS MECANIQUES. Compression. Le traitement des ulceres par la com 
pression n est pas nouveau. Les Arabes y avaient recours; A. Pare, Scultet, 
Fabrice de Hilden, Theden, Desanet, Benjamin Bell, en avaient reconnu 1 effi- 
cacite; Wiseman enveloppait meme la jambe dans un bas lace et Underwood 
(1787) avait expose les avantagesde cette methode dans son excellent Traite des 
ulceres de la jambe. Mais c est a Baynton que revient 1 honneur d avoir perfec- 
tionne et vulgarise la methode qui du reste porte son nom (17i)7). En France, 
tous les chirurgiens, sous 1 empire des idees de 1 Academie de chirurgie, conti- 
nuerent les vieux pansements meme apres le voyage que Roux fit en 1814 en 
Angleterre d oii il rapporta le nouveau traitement. Malgre la these de Neygrier, 
publiee en 1817 sur ce sujet, la methode de Baynton ne tut pas adoptee et il faut 
arriver a 1 anne e 1851 et au rapport de Philippe Boyer pour voir, petit a petit, 
ce traitement prendre de 1 extension et entrer veritablement dans la pratique. 

Baynton faisait son pansement de la facon suivante : II taillait dans une piece 
de sparadrap de diachylum des bandelettes larges de 2 a 3 centimetres et suffi- 
samment longues pour faire une fois et demi le tour du membre. II rasait les 
parties voisines de 1 ulcere et appliquait ses bandelettes en placant leur partie 
moyenne sur le cote sain du membre. II en ramenait les extremites vers 
Tulcere sur lequel elles se croisaient et qu elles depassaient des deux cotes. 
II commencait par poser la premiere bandelette un peu au-dessous de la 
solution de continuite, puis il imbriquait les autres en les faisant se recouvrir 



38 ULCERES. 

dans le tiers de leur largenr. 11 recouvrait ensuite le tout avec des compresses 
pliees en plusieurs doubles et terrninait par un bandage roule embrassant tout 
le membre depuis les orteils jusqu au genou. 

Ainsi applique, ce pansement donne des resultats excellents. On peut meme 
dire qu il arrive presque toujours un moment ou les ulcere?, quels qu ils 
soient, se trouvent bien de son emploi, et c est pour cela que nous hii avons 
donne la premiere place. La compression joue certainement un grand role dans 
les bons resultats de cette methode; elle soutient le membre, rapproche les 
levres de 1 ulcere, reprime les bourgeons charnus exuberants, fond les callo- 
sites; mais il faut aussi tenir compte de 1 action du diachylum qui excite dou- 
cement la surface ulcere e et a contribue a la cicatrisation. 11 produit quelquc- 
fois meme sur la peau voisine de petites excoriations accompagne es de cuisson 
et de douleur. Les bandelettes adhe sives s appliquent par tous les points sans 
laisser de vide et forment un excellent bandage par occlusion. Enfm elles dimi- 
nuent la suppuration, ce qui permet de faire des pansements rares et d immo- 
biliser en quelque sorte la partie. G est grace a cette immobilite relative 
qu Underwood et Baynton out obtenu des guerisons, en laissant marcher leurs 
malades, et que Ph. Boyer a pu se tromper en faisant de cette pratique une 
partie essentielle tin traitement. Nous avons deja traite cette question; il est 
inutile d y revenir. Faisons cependant comprendre que, pendant les mouvements, 
les bandeleltes de diachylum glissent sur la solution de continuite et nuisent a 
sa reparation. 

La methode de Baynton a e te modifie e bien des fois, mais seulement dans les 
details. Dans nos hopitaux on n entoure plus le membre avec les bandelettes. On 
se borne a recouvrir largement 1 ulcere : on remplace souvent le diachylum par 
1 emplatre de Yigo qui donne dans certains cas de meilleurs resultats. 

Pour eviter 1 excitation produite chez certains sujets par le sparadrap ordi 
naire, on le remplace par des bandes d ichthyocolle ou d emplatre de Nuremberg, 
mais les essais n ont pas donne de bons resnltats. 

Certains chirurgiens, comme Cooper, Syme et Pieveille-Panse, ont meme sup- 
prime comple tement les bandelettes et sont revenus a la mince lame de plomb 
employee par Underwood. Ce precede est tres-souvent suivi d une amelioration 
rapide dans 1 etat des parties. 

M. Conte conseille d interposer entre la surface bourgeonnante et les bande 
lettes adhesives une lame de caoutchouc. 

Houze de 1 Aulnoit y met une plaque de cuir et fait la compression a 1 aide 
d une bande de flanelle. Ce lissu elastique a 1 avantage d exercer une com 
pression methodique et egale sur tous les points. EnQn plusieurs medecins et 
entre autres M. Henry Martin et M. Cusner se felicitent de 1 emploi d une bande 
elastique qui peut au besoin etre remplacee par celle d Esmarch. 

On comprend tous les avantages de cetle methode compressive surtout dans. 
les ulceres variqueux, car non-seulement la solution de continuite est direc- 
tement et favorablement influencee, mais encore la circulation de retour est 
singulierement aide e par ces bandes souples qui rendent aux vaisseaux dilates 
1 elasticite qu ils ont perdue. 

Les pansements par les bandelettes ne doivent etre changes que tous les deux 
ou trois jours. Pour enlever les bandelettes, on les coupe du cote sain quand 
elles font le tour du membre. Dans le cas contraire, on se borne a les soulever 
delicatement pour ne pas detruire la cicatrice de nouvelle formation. On touche 



ULCERES. 39 

les bourgeons avec du nitrate d argent et Ton refait immediatement le me me 
pansement. Ouand la suppuration est trop abondante on peut renouveler le 
diachylon plus souvent. Lallemand (de Montpellier) avait imagine de laisser 
entre les bandelettes des intervalles pour 1 ecoulement du pus, mais cette 
maniere de faire n est pas entree dans la pratique. 

Le pansement ouate d Alphonse Gueiin agit aussi par compression et a etc 
employe dans le traitement des ulceres. 11 doit etre renouvele tous les sept a 
buit jours. On 1 applique principalement quand il y a de la gangrene et nne 
suppuration de mauvaise nature. Dans ces ens, il joint aux avantages de I immo- 
bilisation et de la compression ceux de 1 antisepsie dont nous nous occuperons 
tout a 1 heurc. 

Bouisson (de Montpellier) avait imagine un mode de traitement qui peut se 
ranger parmi les moyens mccaniques. 11 veutilait la plaie de facon a eu dessecher 
la surface et a y produire une croute sous 1 abri de laquelle la cicatrisation 
s operait. 11 donnait a cc mode de guerison le nom de cicatrisation sous- 
crustace e. iNous n avons jamais vu appliquer cette methode qui semble avoir 
disparu avec son auteur. 

AGENTS MODIFICATEURS ou MKIUCAMKJXTEUX. Les ulceres ont ete traite s, dans le 
principe, par les emollients, pour faire cesser 1 inflammation, puis a 1 aide du 
pansement simple, c est-a-dire par 1 application d un Huge cerate on euduit 
d un corps gras. Ce mode de traitement est encore usite, mais il a 1 inconve- 
nient d amener un certain etat d alonie dans les tissus, sous 1 inllucnce duquel 
la guerison ne marche plus. 

Le traitement par 1 eau froide (waiter dressing) est un des plus faciles a 
appliquer et un dc ceux qui donnent les meilleurs resultats. 11 a d abord t tii 
preconise pour le traitement des plaies par Listen et par Macartney en Angleterre 
et il a mis longtemps a s acclimater en France. C est d abord a la guerison des 
ulceres qu ou 1 a applique et c est Marjolin qui y a eu recours le premier. En 
octobre 18i9, il communiqua a la Societe de chirurgie les resultats Ires-salis- 
faisants qu il en avait obtenus. 

Les applications d eau froide unics a la position borizoutale et aidees de 
quelques cauterisations legeres au nitrate d argent constituent en elfet le meil- 
leur moyen qu on puisse opposer aux ulceres variqueux. Sous cette influence, 
les rougeurs eczemateuses qui entourent ces grands ulceres se dissipent, les 
bourgeons charnus prennent un bon aspect et la cicatrisation s opere d une 
maniere assez prompte (J. Rochard, Hist, de la cliir. franc.). L eau chaude, 
sous forme de bains, agit sur les callosites et les indurations en les ramollis- 
sant. Zei s et Billrotb pre conisent beaueoup ce traitement. 

Quand la suppuration, sans etre de mauvaise nature, est trop abondante, les 
poudres inertes produisent quelquefois dc bons effets ; celles de sous-nitrate de 
bismuth et de talc agisstnt en absorbant le pus et en excitant mecaniquement 
les bourgeons charnus. Celles de cbarbon et de quinquina, d alun, de tannin, 
sont astringentes et modifient legerement la surface ulcere e. Enfin les poudres 
d amidon et de fecule rendcnt de signales services : elles calment les deman- 
geaisons et dessecbent les excoriations qu une immobilite longtemps prolonged 
est susceptible de protluire. 

Les pommades et les ongnents trouvent aussi leurs applications. La re sine, 
la te rebenlhine, en constituent d habitude les principes actifs. Nous recomman- 
dons en particulier le styrax dont 1 action, bien que moderee, agit pourtant 



40 ILCERES. 

d une facon tres-efficace sur les bourgeons charnus et nous a donne bicn souvent 
d excellents resullats. M. Hardy recoramande aussi une pommade composee de 
2 parties de minium, de 2 parties de cinabre et de 30 parties de cerat dans les 
ulceres atoniques. 

Les pansements ant iseptiq lies n ont pas ici 1 importance qu ils out dans le 
traitement des plaies ordinaires. Les vieux ulceres sont a 1 abri des complica 
tions infectieuses et moins susceptibles d etre envahis par la pourriture 
d hopital ou 1 infection purulente. Mais, quand il y a des complications de gan 
grene, quand la suppuration n a pas bon aspect, qu elle exhale une ocleur 
fetide, non-seulement ils agissent comme de bons topiques, mais encore comme 
disinfectants. Les pansements a Yalcool, a Vacide phenique, au permanga 
nate de potasse, peuvent etre indifferemment choisis par le chirurgien, sauf 
dans les cas ou une indication particuliere, comme la syphilis, par exemple, 
indique naturellement le sublime corrosif. L iodoforme est aussi un excellent 
topique. II agit efficacement sur la solution de continuite pour en favoriser la 
cicatrisation ; il est tres-antiseptique et a de plus 1 avantage de s attaquer a 
1 element douleur. Dans les ulceres veneriens et phagedeniques particulierement, 
il produit d excellents el fels. On peut 1 employer sans crainte, malgre les acci 
dents signales en Allemagne, on on etait arrive a en deposer sur les plaies des 
quantites trop considerables. Le seul inconvenient qu il presentc, c est sou 
odeur particuliere et persistante qui rend chez certains sujets son emploi 
impossible. 

La poudre de Come et Demeaux, le coaltar saponine, sont aussi de bons 
topiques. La liqueur de Villatte a meme joui d une certaine vogue pendant 
quelques annees. mais c est un agent douloureux dont 1 emplci demande des 
precautions et qui ne doit etre manie qu avec beaucoup de prudence. 

Certaines substances medicamenteuses ont ete preconisees a titre de specifi- 
ques. Les pansements faits avec ces topiqnes sont raremeat employes ; on n y a 
recours que lorsqu on a epuise tous les autres moyens. A cote des pansements 
antiseptiques se placent tout naturellement les hypochlorites alcalins, les chlo- 
rure de soude et de chaux. L eau chloruree notamment, employee pour la pre 
miere fois par Lisfranc, a ete remise en usage par Nelaton qui dans les cas de 
callosites et dans certains ulceres sanieux en a montre les avantages. On imbibe 
des plumasseaux de charpie avec une solution composee de 100 grammes de 
chlorure de soude et de 400 grammes d eau. On les place sur 1 ulcere et, au bout 
de quelques pansements, on voit les bourgeons charnus, qui etaient larges, 
flasques, livides, devenir plus petits, plus tcrues et plus roses. Quelquefois 
meme la cicatrice marche avec une rapidite incroyable, nous nous en rappelons 
un exemple qui nous a frappe. L eau chloruree, outre son action particuliere, a la 
propriete, comme tous les hypochlorites, de se decomposer au contact de 1 acide 
carbonique de 1 air et de donner lieu a un degagement continu d oxygene qui 
agit sur les bourgeons charnus et les modifie avantageusement : c est du 
moins 1 explication donnee par M. Picard dans sa these. Elle nous parait tres- 
acceptable. La liqueur de Labarraque, qui n est qu une solution de chlorure de 
chaux et de carbonate de soude, a les memes proprietes et donne aussi d excel 
lents resultats dans la cure des ulceres, veneriens et variqueux. 

L eau oxygenee est un medicament puissant qui, mis en contact avec une 
surface depourvue d epiderme, la cauterise legerement. Elle a ete conseillee dans 
les ulceres atoniques et anf ractueux, mais n a pas encore fait ses preuves. 



ULCERES. 41 

L oxygene a meme ele applique a 1 etat gazeux sur la solution de continuite par 
M. Goolden (Lancet, 1879) et a produit de bons effets. II est vrai que 1 auteur 
ne rapporte qu une seule observation. 

Le perchlorure de fer a ete essaye dans les ulceres variqueux. G estim topique 
energique qui peut etre tres-utile dans le cas d hemorrhagie et cet accident est 
malheureusement frequent dans le genre de lesion qui nous occupe. Le docteur 
Silvestre lui attribue des proprietes cicatrisantes particulieres, mais il a 1 incon- 
venient de former un magma noir qui derobe les parties a 1 examen du 
medecin. 

On a employe le sulfure de carbone, malgre les dangers quo prdsente cette 
substance, inflammable au contact de 1 air. M. Guillaumet nous indique le 
tnoyen de s en servir. On approche de 1 ulceration le flacon contenant la 
substance medicamenteuse recouverte, sionveut, d une mince coucbe d eau. On y 
trempe un pinccau qu on promene rapidement sur les tissus a modifier. On 
saupoudre immediatement la surface malade avec du sous-nitrale de bismuth et 
on recouvre le tout avec un gateau de cbarpie. On ne doit jamais faire plus 
d un pansement par jour. 11 n y a pas d accidenls a redouter. Le sulfure dc 
carbone agit comme irritant el auesthesique, mais c esl mi medicament dange- 
reux a manier. 

Le chlorate de potasse en solution aurait aussi donne de bons resullats a 
M. le docteur Milon. 

Le glycerole d amidon et 1 extrait de Saturne sont d un emploi facile et 
agissent efficacement dans les ulceres sans complications. En alternant ces deux 
substances, on suit le traitement indique par M. Linon de Yerviers. On commit, 
du reste les qualites de la glycerine. Elle joint aux avantages d un corps gras 
soluble des proprietes legerement excitantes. 

Demarquay a aussi vante les applications d acide carbonique, mais ce traite 
ment n est pas a la disposition de tout le monde. 

Signalons enfin le tartrate ferrico-potassique en solution, qui nous a donne de 
bons resultats. 

Caustiques. . Les cauterisations legeres au moyen des catheretiques sont indis- 
pensables pour exciter la surface des ulceres, pour reprimer les (ongosites et 
modifier 1 etat des parties. Ces cauterisations s emploieiit concurremment avec 
tous les pansements : aussi les avons-nous placees a part. Tous les caustiques 
escharotiques comme les acides azotique, sulfurique, dilues dans une cerlaine 
quantite d eau, peuvent devenir catheretiques, mais ils ne sont pas d un usage 
commode. Les solutions de sulfate de zinc, d acide cbromique, d acide picrique, 
ont ete essayes, ont meme produit de bons effets, mais seulement dans des cas 
speciaux, et les caustiques solides, comme le sulfate de cuivre et le nitrate 
d argent, facilementmaniablcs, leur sont generalement preferes. G est ce dernier 
meme, sous forme de crayon, de pierre infernale, qui est d un usage courant et 
qui merite sous tous les rapports la reputation dont il jouit. Les cauterisations 
au nitrate d argent faites de temps en temps entretiennent la vitalite des tissus, 
favorisent la cicatrisation et peuvent s employer avec benefice, dans toutes les 
especes d ulceres et avec tous les pansements. 

AGENTS DESTRUCTEURS. Traitements chirurgicaux. L ulcere n a pu etre 
modifie par les medications precedentes ; ses bords sont devenus calleux ou se 
sont decolles ; les bourgeons charnus sont incapables de former une cicatrice ; 
1 ulceration gagne et va envahir le membre tout entier : il faut alors agir prompte- 



42 ULCERES. 

ment et detruire les parties compromises. Dans les cas benins, quand il ne 
s agit que de clapiers et de decollements pen profonds, ou bien encore de le geres 
indurations des bords, les ca /istiques escharotiques suffisent et remplissent bien 
le but quo Ton se propose. Les acides puissants, le caustique sulfo-safrane, la 
pommade s-tibiee, ont ett: recommande sparplusieurs medecins, mais le causlique 
Filhos et la pate de Vienne nous paraissent preferables a cause de la facilite de 
leur application. La potasse, suivant le precede de Bonnet (de Lyon), a e te aussi 
|>reconisee par M. Clerc dans les ulceres variqueux, et il cst certain que les 
caustiques n exposcnt pas a la phlebite, ce qui est un point capital dans la cure 
de ces affections. 

La cauterisation actuelle est plus prompte, plus radicals, et repond a d autres 
indications. Quand 1 ulcere devient phagede nique et s etend non-sen lenient en 
profoadeur, mais encore en surface, il faut dctruire imme diatement les parties 
qui menacent de se gangrener. Pour cela, on eleint plusieurs cauteres chaufle s 
au rouge blanc sur la surface de la plaie et on ne s arrete que lorsqu on a la 
sensation d avoir escharifie les tissus assez profondement. Les cauteres nummu- 
laires, coniques, sonl ici preferables au cautere Paquelin, a cause de leurs 
dimensions et de leur puissance caloriilque. 

Dans les ulceres calleux, la cauterisation actuelle peut donncr de bons resul- 
lats, ainsi que dans certains ulceres atoniques, car non-seulement le feu detruit 
les parties touchees, mais 1 action de la chalcur modifie les surfaces sous- 
jacentes. 

Dans les ulceres des pays chauds, on en fait un usage constant. Tous les modi- 
ticateurs cchouent dans les cas graves, meme celui qui se compose d une pale 
faite avec une solulion d acide citrique et de campbre que nous nous permet- 
tons de signaler comme e tant le meilleur. Dans les cas graves, on prend alors 
un cautere nummulaire qu on promene sur la surface de la solution de conti- 
ninle jusqu a destruction complete des bourgeons charnus de mauvaise nature, 
on, ce qui se fait plus volontiers aujourd bui, on pratique avec le cautere 
cutellaire une cauterisation dans 1 epaisseur des tissus, a 5 millimetres des bords 
de la solution de continuile. Non-seulement cette maniere d employer le fer 
rouge empeche la marche envahissante de 1 ulcere, mais elle modifie conside- 
rablement sa surface. Ce mode d action est analogue a celui que nous etudierons 
tout a 1 heurea propos des incisions libe ratrices. 

On peut rapprocher de la cauterisation actuelle une me thode de traitement 
qui n cst plus en usage : c est Vexercice du charbon. Faure (Me moire sur 
I usage de la chaleur actuelle. In Me moire de I Academic de chirurgie, t. V, 
p. 821) eloignait et rapprocbait alternativement de la partie malade un char 
bon ardent et se guidait sur la sensibilite du sujet pour determiner la tem 
perature qui oscillait entre 50 et 50 degres. 11 dessechail ainsi la surface et 
favorisait, disait-il, la cicatrisation. Nous n avons cite cette curieuse pratique 
que pour memoire. 

Les trailements chirurgicaux proprement dits, ceux qui reclament l action 
de I lnstrument tranchant, sont quelquefois necessaires, dans la the rapeutique 
des ulceres. On se decide en general a y avoir recours quand tous les aulrcs 
moyens ont ecboue. 

Les scarifications radices sur les callosites, analogues a celles que pratique 
le docteur Yidal dans le lupus, agissent tres-efticacement dans cerlains cas. 
Elles _dilacerent, detruisent la gangue fibreuse qui entoure et comprime les 



ULCERES. 45 

vaisseaux sanguins et nerveux. Une inflammation legere succede a ces petites 
incisions et le tissu indure se trouvc ainsi niodille. L excision des bords fon- 
gneux, decolles et calleux, peut aussi etre opere e, mais on prelere souvent, 
dans ces cas, 1 usage des caustiques. II existe tine methode relalivemcnt nou- 
velle qui offre un certain interet : c cst la methode des incisions liberatrices 
faites en dehors de 1 ulcere, pour en modifier la surface. On s accorde gene- 
ralement pour attribuer a Gay (Lancet, 1855) 1 invcntion do ce traitemcnt. 
Ce chirurgien se bornait a f aire tine incision profonde en for a cheval sur un 
des cotes de 1 ulcere. Depuis, Faure a conseillu de pratiquer deux incisions 
courbes qui circonscrivent 1 ulcere avec une partie des tissus avoisinants, 
interessant les teguments dans toute leur e paisseur, se irjoiniiant par les 
extremite s et dont on disseque les bords. C est a peu pres la pratique con- 
seillee par le profcsseur Nnssbaum (de Munich) qui, depuis 1857, a traite plus 
de 60 cas de cetle facon, en ayant soin de couper non-seulement la peau, mais 
encore le tissu cellulaire jusqu a 1 aponevrose et de pratiquer les incisions a 
1 centimetre 1/2 des bords de 1 ulcere. Dolbeau conseillait aussi les inci 
sions circonferencielles faites a 2 centimetres 1/2 de la solution de conlimnte. 
On trouvera son precede de crit dans la llusc de Lafaye. Nous avons en 1 oeea- 
sion de voir plusicurs ulceres traitcs de cetle facon, en prenant menu; la pre 
caution de dissequer les bords des incisions liberatrices pour les executer, rt 
nous pouvons assurer quo 1 amelioration a etc prompte et que la cicatrisation, a 
partir de ce moment, a marche plus rapidemcnt. Ces re sultats concordent aver 
ceux obtenus dans les ulceres des pays cliauds a 1 aide du fer rouge. II est difli- 
cile de se rendre bien compte du mecanisme par lequel ces incisions ameliorenl. 
la solution de contmuite. Pour les uns, la convexite du membre est un obstacle 
a la cicatrisation et on le snpprime en transformant la surface convexe en une 
surface plane. Pour les autres, c est 1 exces de la suppuration qui gene la for 
mation du tissu cicatriciel, et on la tarit en sectionuant les vaisseaux qui se 
rendent a 1 ulcere. Enfin, la raison la plus plausible est la suivante : toute cicatrice 
qui se forme condense les tissus. Les bourgeons cbarnus se resserrent, se contrac- 
tent, et il faut absolument que les bords dc la solution de conlinuite se rappro- 
chent. Une surface cicatrisee est tou jours beaucoup plus petite qu une surfaee 
saignante. Dans les ulceres, les bords indures forment une masse solide qui 
prend un point d appui sur 1 aponevrose et quelquefois memeplus profondement. 
Ces bords ne cedent pas dcvant la cicatrice qui les appelle et I lilceration ne gueril. 
pas. On detruit ces obstacles, les incisions favorisent le glissement des parties 
et 1 amelioration se fait aussitot sentir. Bonnet (de Lyon) inlroduisait meme son 
bistouri a plat et detachait le fond des petits ulceres, pratique qui lui donnait 
de nombreux succes. 

Les ulceres calleux et les ulceres variqueux se trouvent particulieremenl 
bien de cette me tbode. Les derniers reclament quelquefois pour leur guerison 
complete la destruction des "vavices qui les out fait naitre. 

Les ulceres tuberculeux exigent un trailement tout special. Antrefois on les 
attaquait par les caustiques ou le fer rouge, et ces moyens doivent etre encore 
employes dans certains ulceres tuberculeux de la face. Aujourd hui 1 jnstrument 
tranchant a modifie la therapeutique de ces lesions. Sans parler du traitement 
du lupus vorax par les scarifications radices du docteur Vidal, stijet qui sort des 
limites de notre travail, on peut dire que le curage et le grattage aides des 
pansements antiseptiques ont permis de conduire a bien des ulceres tubercu- 



44 ULCERES. 

leux dont la guerison etait jadis Ires-difficile. II suffit d enlever a temps, a 
1 aide de la curette de Volkmann, tous les debris tuberculeux qui recouvrent 
les bourgeons charnus, de gratter ces memes bourgeons, de faire passer sur la 
surface sanglante une grande quantite d eau pheniquee, et de couvrir le tout 
d un pansement antiseptique pour obtenir, a bref delai, d excellenls resultats, 
et ce precede s applique aussi bien a la tuberculose locale des muqueuses qu a 
celle de lapeau. II faut seulement avoir soin de detruire toutes les parties 
suspectes. 

II est une derniere ressource sur laquelle il est difficile de formuler des regies 
precises : c est I amputation du membre. En Europe on est rarement oblige 
d arriver a cette cxtremite. Dans nos colonies il n en est pas de meme. Le 
phagedenisme envabit la totalite d un membre qu v il entoure d un anneau ulcere. 
II penetre entre les muscles, envahit les os et met souvent le cbirurgien dans la 
necessite de sacrifier un membre pour sauver la vie du malade. L amputation 
se fait alors suivant les proce des ordinaires, mais il faut se mefier de la gan 
grene, de 1 ulceration du moignon, et n operer que beaucoup au-dessus de la 
lesion, dans des tissus sains qui ont conserve 1 integrite de leur sensibilite. 

Le traitement des ulceres par les greffes cutanees et par 1 electricite est 
une metbode qu on n emploie qu exceptionnellement et qui.n a pas encore fait 
ses preuves. C est pour cette raison que nous les avons mises a part. 

Les yreffes sont de trois sortes : les greffes epidermiques, les greffes dermo- 
epidermiques et les greffes muqueuses. Les greffes epidermiques sont les plus 
faeiles a se procurer, mais elles prennent moins facilement sur la surface 
ulceree et onl moins de resistance que les greffes dermo-epidermiques recom- 
mandees par Oilier. Celles-ci donneraient, suivant le docteur Gandard (these de 
Paris), de meilleurs resultats. Elles n ont qu un inconvenient, c est de necessiter 
la formation d une plaie douloureuse et qui peut devenir a son tour le point de 
depart d une ulceration nouvelle. C est pourquoi Houze de 1 Aulnoit a essaye 
de prendre des greffes muqueuses sur la jone ou sur la langue du lapin et de 
les transporter sur les ulceres. Cette metbode ne peut encore etre jugee, mais 
elle se recommande, au dire de 1 auteur (Gazette hebdomadaire, octobre 1872), 
par 5 succes et 4 cas douteux, sur 14 experiences. 

L electricite appliquee a la cure des ulceres date de 1848, epoque a laquelle 
Spencer Wells experimenta ce mode de traitement. II se servait d un appareil 
a courants continus termine par une plaque d argent et une plaque de zinc. La 
plaque d argent peut etre remplacee par une plaque de cuivre et doit etre mise 
en contact avec la surface bourgeonnante ; la plaque de zinc est pose e sur les 
tissus sains. La cicatrisation se produit, au dire de 1 auteur, tres-rapidement 
sous la plaque d argent et la moyenne de la duree de traitement est seulement 
de vingt jours. Depuis, cette question a etc reprise par plusieurs medecins, sur- 
touta 1 etranger. Dernierement encore, dans le Guy s Hospital Report de 1876, 
sir Golding Bird vante les bons effets des courants continus dans la cure de ces 
lesions. En France, le docteur Arnold a publie une bonne these sur le traite 
ment des ulceres (Paris, 1877) et nous renvoyons a ce travail pour beaucoup 
de details qui depasseraient les bornes d un article de dictionnaire. II recom 
mande la pile de Claincnd et Gaiffe au sesquioxyde de fer et au chlorhydrate 
d ammoniaque. II place, comme Spencer Wells, le cuivre ou pole positif sur 
la solution de continuite, fait passer un courant de moyenne in tensile, et laisse 
1 appareil en place vingt-quatre heures. 11 faut, bien entendu, se mefier des 



ULEX. 45 

eschares qui se forment facilement au pole negatif. On a d abord attribue les 
bons effets de ce traitement a la presence de la plaque de metal, sans vouloir 
croire au bienfait de 1 electricite ; mais 1 application d une plaque de cuivre 
indifferente, qiu ne livrait pas passage a un courani, a bien vite de montre qu il 
n en etait pas ainsi. L electricite agit en augmentant la contractilite des vais- 
seaux et eti favorisant la circulation et la nutrition des tissus. Elle modifie anssi 
la surface ulceree a la maniere des caustiques catheretiques en y entrelenant 
des decompositions electrocbimiques analogues a celles de terminees par le 
nitrate d argent, le sulfate de zinc, ainsi que 1 a demon t re le doctenr Onimus. 

Les complications des ulceres telles que la phlebite, I ang&oleucite, 1 erysi- 
pele, seront traitees paries moyens ordinaires. Quant a 1 alteration des os situe s 
au-dessous de 1 ulcere, elle sera soignee localement a 1 aide des moyens que 
nous avons precedemment indiques. 

Les recidives sont souvent a craindre. Le tissn cicatriciel n est pas toujours 
tres-solide et on peut le voir se rompre a la suite d une longue marche on 
d une fatigue un peu prolongee : aussi faut-il recommander .iux malades la plus 
grande prudence, pendant les premiers temps qui suivenl la giu rison. Une 
excellenle pralique qu on ne saurait trop recommander aux me decins consiste 
a prendre eux-memes la mesure d un bas lace ou e lastique que le malade se 
fera fabriquer et qu il portera pendant longtemps. Cette mesure est indispen 
sable quand on a affaire a un membre convert de varices et par consequent 
trouble dans sa circulation et sujet a I oedeme. EUGENE ROCHARD. 

LLDALL (FREDREICK-ADOLPH). Me decin danois, neaEspe, pres Gorsor (ile de 
Seeland), le l or octobre 1806. 11 fut recti docteur a Copenbague en 1853, fut 
medecin des pauvres de cette ville de 1854 a 1836, puis en juillet 1856 se fixa 
a Fridericia comme medecin pensionne. 

Nous cormaissons de lui : 

I. Diss. de effeclibus jodii in organisnnun liumanuni usuque medico. Havniae, 1855, 
in-8. II. Diss. inaug. de dentitione infanlili, etc. Havniae, 1835, in-8. III. llaandbog 
/ den gjoeldedde civile medicinallovgivning for Danmark. Kjobenhavn, 1855, in-8". 
iiaiimarks gjaeldende civile Lovgivning, angaacnde Apothekervasenet, Kjobenhavn, 1855, 
111-8; Sw^J/.,ibid., 1855, in-8". V. Handbag i Sundltelsjioliliet, etc. Kjobenhavn, 1840, 
in-8, etc. L. UN. 

ULEX. Genre de plantes Dicotyledones, appartenant a la famille des Le gu- 
mineuses-Papilionacees, de la division des Genistees. 

Les plantes de ce groupe sont des arbustes a rameaux spinescents, a feuilles 
subulees. Us out un calice bilobe, a levre superieure bidentee, 1 inferieure 
tridentee; 10 etamines monadelplies; un legume ovoide, contenant de 2 a 
4 graines. 

La seule espece a signaler ici est VUlex europeceus L., qu on nomme Ajonc 
ou Jonc mar in ; il croit dans les landes, les endroits marecageux et steriles de 
1 Europe occidentale. On s en sert pour faire des haies et, dans certains pays 
pauvres, dans quelques parties de la Bretagne, ou il est extremement abondant, 
ou le fauche pendant qu il est jeune encore et tendre, pour le donner a manger 
aux bestiaux. PL. 



BIBLIOGRAPHIE. LiNNE. Genera, 882. Species, 1045. LAMARCK. Dictionn. Encyclope die, 
t. I, p. 71. DE CANDOLLE. Prodrome, t. II, p. 144. VILMORIN. Emploi de I ajonc comme 
fourrage (cultivateur), t. VIII, p. 25. PL. 



itf ULLMANN. 

L HOS. \ oy. ARAK..NEES. 

ULI.ERSDORF (E.-vu MINERALS ET CURE DE FETiT-LAiT DE) . Me solhermcile, 
* it I / alee sodiqne moyenne, sidfnreuse et carbonique faible, en Autriche, dans 
la Moravie, dans Ic cercle d Olmiitz, a 50 kilometres de la ville de ce nom, au 
pied de la chaine des montagnes qui partent de la Silesie, a 1 kilometre du cha 
teau d Ullersdorf, dans une charmante vallee, emerge une source dont 1 eau est 
claire et limpide, d une odeur fortement sulfureuse, d un gout un peu amer. Sa 
temperature cst de 31, 1 centigrade, son analyse chimique a ete faite en 1824 
par Joh. Schrutter, qui a trouve dans 1 litre de cette eau les principes sui- 
vauls : 

Sulfateile souclc 0,545 

Clilorurc do sodium 0,598 

Uicai bonatc de soudt 1 0.66J 

chaux 0,200 

Silice 0,110 

JIaliere extractive 0,080 



TOTAL DES MATIERES FIXES 2,195 

Gaz. 



hydrogene sulfure GO", Coo 

acide carbonique ijiiantite indelerm. 



La source d Uilersdorf alimenteun petit etablissement d autant plus frequente 
qu il n y a pas d autre source sulfureuse chaude qu elle dans la basse Autriche. 
Elle est administree en boisson, en bains, en douches et en lotions dans les 
affections cutane es et rhumatismales, dans les catarrhes chroniques des voies 
urinaires et aeriennes, dans la gravelle, dans les rigidite s articulaires consecu- 
tives aux grands traumatismes, et enfin dans les ulceres atoniques et anciens. 

La dure e de la cure est de vingt a vingt-cinq jours. 

On exports peu 1 eau de la source d Ullersdorf. 

On trouve a cette station une installation sero-lactee convenahle. A. R. 



BIBLIOGRAPHIE. KLAusEXBERG (J.-V.), HERioD, ZiEROTiN et KRAiRY (Viiicenz), out decrit les 
caracleres physiques et chimiques de cette source et 1 installation de la station d Ullersdorf; 
la premiere monographic date de 1580, Jos. Schrotter a public la derniereen 1824. A. R. 

ULLEUSPERGER (JoHANN-BAPTisi). Medecin allemand de merite, mort a 
Munich, le 14 septembre 1878, a I age de quatre-vingt et un ans. 11 e tait 
conseiller du roi et medecin particulier du due de Leuchtenberg. II publia en 
1864 a Neuwied un memoire couronne sur 1 apoplexie nerveuse (Hirnner- 
venschlag), ct en 1865 un autre memoire couronne Sur I angine de poitrine 
(lierzbrdune). Nous citerons encore de lui : 

I. Die Brustbraune (Angina pectoris], etc. Erlangen, 1848, gr. in-8. II. Die Anwen- 
dung der verschied. nalurl. Sahquellen in den Salinen bei Kissingen zu Heilzwecken. 
Erlangen, 1849, in-18. III. Die Frage tiber die Heilbarkeit der Lungcnphthisen. AViii zburg, 
1867, in-8. IV. Italians Irrenwesen, etc. Wurzburg, 1S67, in-8. V. Clitoridectomie als 
Mittel gegen Hyslerie, Epilepsie, etc. Neuwied, 1867, gr. in-8". VI. Padiolropliie, Pddio- 
pathieen u. Padiatrik, etc. Erlangen, 1867, gr. in-8. L. HN. 



(GHRISTOPH). Medecin allemand, ne a Cassel, le 11 mai 1773, 
etait le frere cadet de JOHANS-CRISTOPH ULLJIANX, professeur de droit politique a 
Marbourg, mort en 1821. Notre Ullmann fut recu docteur a Marbourg en 1795 
(Diss. sisl. ossium cariem, pet. in-8), puis en 1804 devint professeur extraor 
dinaire de medecine a 1 Universile, en 1807, professeur ordinaire d anatomie 



ULM1INE. 47 

eu 1815, professeur ordinaire de chirurgic. II devint ensuite directeur de la 
clinique et de 1 hopital do Marbourg et en 1840 conseiller intime. L epoque de 
sa mort ne nous est pas connue. 

Ullmann Cut a partirde 1834 1 un des redacteurs du Schmidt s Jalirbiicher 
der Medicin. II publia des articles dans Siebold s Sammt. chir. Beob., dans 
Graefes u. Walther s Journal der Chirurgie, etc., et d autres en tres-grand 
nombre dans le Berliner encyclop. Worterbuch der med. Wissenschaften. 

L. IKx. 

ULLPU. On donne ce nom, dans le Pcrou, a nne boisson faitc avcc la farine 
du Milium nigricans R. et Pav. PL. 

ULLUM. Nom donne dans les Indes, dans 1 idiome tellingou, au Gingembre 
(Zingiber offtcinale Rose.). Pi,. 

ULMA.CEES. Famille de plantes Dicotyledones, qu on faisait cntrer dans la 
grande famille des Amentacees, puis dans les Urticees de Gaudicbaiul, inais qui 
a des caracteres bien distincts, legitimant sa separation commc famille distincte. 

Ce sont des arbres ou des arbrisseaux, a feuilles alternes stipulees, a fleurs 
inono iques-polygames, ou hcrmapbrodiles. Ces fleurs out un periantlic simple, 
campanule, persistant ; des etamines en general en nombre egal aux lobes du 
periantbe; un ovaire libre, uni ou biloculaire, surmonle de 2 styles, ct conte- 
nant des ovules solitaires pendants. Le fruit est une samare ou un nuculaine, 
monosperme, a graine inverse. L embryon est sans albumen, droit, a radicule 
supere. 

Les Ulmacees ainsi limitees ne renferment qu un petit nombre de genres : les 
Ormes, les Planera Gmel., les Abelicea Belli et deux ou trois antres moins 
importants. L ecorce de ces planles conticnt le plus souvent un mucilage 
amer, utilise surtout dans les Ormes, et leur bois est employe dans 1 indus- 
trie ou comme bois aromatique : tel est le bois du Planera aquatica Gmel. et 
celui de Y Abelicea cretica II. Bn. (Qnercus abelicea) qui constitue le faux 
santalde Crete. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. PL\NCHON (J.-E.). In Ann. ties sc. nat., s6r. 5, X, 261, Prodrome, XVII, 
167. EiNDLicHER. Genera, p. 275. BEMIUM et HOOKER. Genera... LE MAOUT ct DECAISNE. 
TraiLe general de botanique, p. 523. I L. 

UL1UAIRE. Nona vulgaire de la Reine-des-Pre s (Spircea ulmaria L.) 
(voy. SPIREE). PL. 



ULMIQUE (AciDE). ULMIQUES (COMPOSES). La tbe orie de 
ces composes serait tres-importante parce ces corps forment la base de produits 
naturels de premiere utilite, mais elle est extremement difficile a realiser parce 
qu ils out un equivalent eleve et surtout parce qu ils ne cristaliisent p;is et sont 
brims. Ainsi, le terreau et les engrais naturels contiennent des corps mal 
definis : acides ge ique, cre nique, apocre nique, fumique, dont le role est 
probablement considerable au point dc vue de la vegetation. 

L anthracite, la houille, le lignite, la tourbe, se lient a ces compose s et en 
fournissent. 



4S ULMINE. 

Us ont le plus souvent les caracteres des acides, on peut les envisager comme 
des polymeres des hydrates de carbone plus ou moins hydrates. 

Les sucres brunissent en presence des acides. Le sucre de canne donne dans 
ces circonstances d abord un acicle tribasique, incristallisable, 1 acide ylucique, 
puis 1 acide apoglnciqiie. Si Ton prolonge 1 action, ce dernier brunit davautage 
et fournil des corps noirs qui sont de deux sortes : les uns acides, solubles dans 
les alcalis, quelquefois dans 1 eau pure, mais insolubles dans les acides, tels 
que 1 acide ulmique C 96 IF *0 4 ; les autres neutres et insolublesdans 1 eau, comme 
Vidmine C 6 I1 !8 28 . 

Pour les se parer, on les lave a 1 eau et on les fait ensuite digerer avec 1 ammo- 
niaque : 1 ulmine reste insoluble, 1 acide ulmique se dissout. On connait sous 
ces noms divers produils, car les auteurs qui en ont fait 1 e tude y ont rencontre les 
elements en proportions tres-differentes. Mulder designe les produits noirs par 
le nom d ulmine et d acide ulmique, et il represente les produits brims par 
ceux d humique et d acide humique. 

Les alcalis caustiques se comportent avec le sucre, la gonime, etc., comme 
les acides. 

L ulmate de cuivre et 1 ulmate d argent sont insolubles, ainsi que d autres 
ulmates des metaux proprement dits ; on les prepare par double decomposition 
entre un ulmate alcalin et un sel metallique. 

La cellulose, la gomme, 1 amidon, les matieresalbuminoides, fournissent aussi 
des composes ulmiques. Les produits de la decomposition du tannin, de 1 acide 
gallique, de 1 action de 1 acide sulfurique sur 1 alcool, etc., en font partie. 

M. Hardy en a prepare par 1 aclion du sodium sur un melange de chloroforme 
et d acetone (acides chlorace tulmique, acetulmique, etc.). 

Lorsqu on fait bouillir longternps avec de la soude du lignite debarrasse de 
resine par 1 alcool, il se forme un liquide brun qui, traite par 1 acide chlorhy- 
drique, fournit 1 acide carbo-ulmique et 1 acide carbohiimique (Herz). 

Klaproth designait sous les noms d ulmine et d acide ulmique la matiere noire, 
pulverulente, contenue dans les troncs d arbres. Ces substances se form en t d une 
1 acon generale, lorsque les parties d un vegetal et meme d un animal sont 
soustraites a 1 action de la vie. Elles subissent des reactions mal connues, 
sortes de fermentations, et fournissent une matiere noire, appelee V humus, le 
pourri. 

Get humus se dissout en partie dans les acides. Mulder a retire de la partie 
soluble trois acides : geique, ulmique, humique. D apres Hermann, il s y trou- 
verait onze substances diflerentes, dont plusieurs azoteos. 

L acide humique est amorphe, peu soluble dans 1 eau, meme bouillante. II 
rougit le tournesol, il decompose les carbonates. 

On a prepare des produits ulmiques par un grand nombre d autres moyens, 
notammentpar 1 action de 1 ammoniaque sur la paille, la sciure de bois; sur les 
sucres, 1 amidon, la cellulose. Ces produits different des composes ulmiques 
precedents en ce qu ils sont tres-azotes; on a trouve jusqu a 11 pour 100 
d azote. 

L humus joue un role considerable dans le sol. Sa teinte brune retient la 
chaleur solaire, son pouvoir hygrometrique permet aux terrains sablonneux de 
garder rimmidile, il favorise 1 absorption de 1 azote de i air et la fixation de 
1 ammoniaque. Un exces d humus nuit en reduisant les sels de fer et en donnant 
trop d acidite a la terre. RICHE. 



ULOTHRIX. 49 

ULMUS. Voy. ORJIE. 

ULOROBES. Voy. ARAIGINEE. 

ULOTHRIX. La petite famille des Ulothriche cs comprend les formes les 
plus simples des Algues Confervacees isogames. Elle renferme des Algues 
d eau douce ou saumatre, colorees en vert gai, et d une structure en general 
tres-delicate. Le thalle, entoure d une couche mucilagineuse plus ou moins 
epaisse et fixe a sa base par un crampon, est constitue* par un filament simple, 
forme d une seule rangee de cellules Unites semblables; ces elements, dont la 
largeur varie, suivant les especes, entre 1/90 et 1/450 de millimetre, sont en 
general deux ou trois fois moins longs ; quelquefois cependant ils peuvent 
atteindre des dimensions egales dans lous les sens. Chacun d eux renferme 1111 
seul noyau. La matiere coloranle vcrte y est disposee d abord sous forme d unr 
masse indivise, puis elle se segmente en devenant granuleuse, et forme a 
1 interieur de cbaque cellule un unneau transversal. L accroissement des fila- 
ments est intercalaire et se realise par division des cellules; cette division, 
preccdee du depot contre les parois d une coucbe interne de cellulose, s effectue 
toujours dans une direction perpendiculaire au grand axe du filament. 

La reproduction a lieu au moyrn de zoospores qui peuvent se former indiffe- 
remment danstoutes les cellules du filament. Le contcnu protoplasmique, apres 
s etre contracte, peut s organiser en une seule zoospore (V. mncosa), ou subir 
une fragmentation repetee et constituer alors un nombre variable (le plus 
souvent 4) de corps reproducteurs. Ces elements, assez gros, de forme spherique 
ou allongee, sont pourvus d un rostre incolore, d un point oculiforme rouge, 
et de 4 cils vibratiles attaches a 1 exlremite du rostre. Mis en liberte par 
la dissolution du filament, ils germent en un tube allonge , a la base duquel se 
constitue un petit epaississement mucilagineux, adherant fortement aux objets 
sur lesquels il se fixe. II arrive souvent quo le mouvement de la zoospore prend 
iin avant qu elle soil sorlie de la cellule mere, et c cst alors a 1 interieur de 
cclle-ci qu a lieu la germination; il n est pas rare de trouver des filaments dont 
presque toutes les cellules ont etc le siege de ce phenomene et qui sont alors 
herisses dejeunes Vlothrix. 

Ces grosses zoospores a 4 cils (macrozoospores} se forment le plus generale- 
ment en automne et en hiver. Au printemps et en ete, la division du contenu 
cellulaire est poussee plus loin et aboutit a la formation dans un meme article 
de 4, 8, 16, ou 52 zoospores, semblables comme forme aux precedentes, mais 
plus petites et pourvues de 2 cils seulement. Ces microzoospores sont mises en 
liberte par un orifice lateral de la membrane, et non plus par destruction de 
celle-ci; elles se fusionnent deux a deux (quelquefois meme par trois) et consti 
tuent ainsi un osuf ou une zygospore a 4 cils, qui se meut encore quelque 
temps, puis s entoure d une membrane cellulosique et passe a 1 etat de vie 
latente. Ce n est qu a 1 automne suivant que se manifesto le retour de 1 activito 
vegetative; 1 oeuf augmente d abord de volume, puis son contenu se divise en 
2 a 14 masses, dont chacune se faconne en une zoospore a 4 cils, semblables 
a celles qui se forment en hiver dans les filaments. 

II y a done, chez ces vegetaux, une reproduction sexuee (par copulation des 
microzoospores) et une reproduction asexuee (par macrozoospores); on peut 
meme voir une veritable alternance de generations dans la formation de macro- 
Did. EXC 5 e S. I. 4 



SO ULOThlUX. 

zoospores aux depens de 1 ceuf feconde. Cependant la distinction entre ces 
divers phenomenes est moins nette qu elle ne le parait au premier abord, et 
1 on voit que ces etres, chez lesquels la diflerenciation sexuellc commence a 
peine a s etablir, ne sont pas encore assez evolues pour qu elle ait pu revetir 
encore des caracteres absolument fixes. En effet le polymorphisms des filaments 
et surtout des zoospores est Ires-etendu, et, pour ces dernieres, M. Dodel a pu 
clonner entre leurs deux formes extremes toutes les transitions possibles, la 
seule distinction absolue etant fondee sur le nombre des cils. D ailleurs les 
microzoospores qui n arrivent pas a se fusionner se fixent neanmoins et germent, 
comme des macrozoospores, en donnant seulement des thalles plus petits; leur 
germination pent meme, comme celle des macrozoospores, se produire a 1 inte- 
rieur du filament. D autre part, une observation de M. Cornu, sur la formation 
des macrozoospores d f/. seriata, tend a diminuer encore la difference entre 
ces deux sortes de corps reproducteurs. Les articles de cette algue, au moment 
de la formation des spores, divisentleur contenu en deux, ou quelquefois en trois 
masses inegales, colorees, plongees dans un plasma incolore de nature diffe- 
rente. Ces masses occupent les deux extremites de la cellule ; elles s avancent 
ensuite et se reunissent vers le milieu, en s appliquant etroitement 1 une sur 
1 autre; la masse unique ainsi formec prend plus tard la forme spherique, 
s entoure d une membrane et constitue une macrozoospore. II y aurait la une 
sorte de fecondation, chacune des masses plasmiques formees primitivement 
representant deux microzoospores. 

Get exemple de 1 absence de distinction absolue entre la reproduction asexuee 
et la reproduction sexuee n est d ailleurs pas le seul que Ton puisse citer, et, 
dans presque tous les groupes des Algues, nous voyons ce dernier mode se 
constituer, non pas de prime saut avec tous ses caracteres tranches, mais au 
contraire avec des incertitudes, des hesitations qui nous permettent de deter 
miner sa veritable origine et d etablir les liens qui 1 unissent aux autres modes 
plus simples de propagation de 1 espece. 

Le genre Ulothrix, constitue par Kiitzing (Alg. desc., n 144, 1856), comprend 
une cinquantaine d especes, repandues a peu pres sur tout le globe, et vivant 
soit dans 1 eau douce, soit dans 1 eau saumatre, soit sur la terre humide. 
L etude du developpement de ces etres a permis a M. Cienkowski de leur 
rattacher un certain nombre de formes, conside rees jusqu a maintenant comme 
autonomes et qui ne seraient que des phases particulieres de leur evolution. 
G est ainsi que l U. mucosa se transformerait par 1 enkystement gelatineux des 
parois et la dissociation de ses articles en une Palmellacee du genre Hormospora. 
Cctte Hormospora et Y Ulothrix lui-meme, avant toute autre modification, peuvent 
par partition des articles se transformer en un corps vermiforme qu il est impos 
sible dedistinguerd tmSc/u somens. Ghacunede ces trois formes demeure capable 
de fournir des zoospores qui, en germant, reproduisent 1 Ulothrix. Une autre 
Ulothrichee, le Cylindrocapsa invuluta, se comporterait de meme, mais sans 
passer par 1 etat de Schizomeris. Les Ulothrix interessent vivement le me decin 
liydrologiste en raison du role important que quelques-unes d entre elles jouent 
vraisemblablement comme agents de mineralisation des eaux sulfureuses natu- 
relles; on a constate en effet dans les eaux de Bareges, etc., la presence de 
plusieurs especes de ce genre (voy. SDLFDRAIRES). HECKEL. 

BIELIOGRAPHIE. ARESCHONG. Memoire sur les Ulothrix. In MSmoires de la Sec. royale des 
sc. d Upsal, I860. DIPPEL. Zellentheilung der Ulothrix sonata. In Abhandlungen der 



ULRICH (LES DEUX). 51 

naturforschenden Gesellschaft zu Halle, t. X, 1887. - - CRAMER. Ueber EntseJnmg und 
Paarung cler Schwaermsporen von Ulothrix. In Botanische Zeitung, 1871, col. 76-80, 89-91. 
GORNU. De la fecondation chez les Algues, et en particulier chez I Ulothrix seriala. In. 
Bull. delaSoc. de Bot. de Fr., t. XXI, pp. 72, 1874. DODEL. Botanische Zeitung, 1876, 
n12. CKAMKR. Botaniiiche Zeitung , 1876, n44 ; DODEL. Ulothrix zonala. In Pringsheini s 
Jahrbucher fur wins. Bot., t. X, 1876. CIENKOWSKI. Zur morphologic dcr Vlolhricheen. In 
Bull, de I Acad. imp. des sc. de SaiM-Pelersbourg, t. XXI, juin 1876. THCRGT. Sur les 
zoospores des Algues. In Annales des sc, nat. Hot., 3 sdrie, t- XIV, 1850. Do MEHE. Etudes 
physologiques, 1878. KOLDERUP ROSENVINGE. Bidrag HI Kundshaben am Slaeglerne Ulothrix 
o(j Conferva, etc. In Botanisk Tidssltri/t, 1879. II. 

ULOTRIQUES (de ou)io?, frise, ftp%, cheveu). Denomination employee 
par Bory de Saint-N incent, puis par Huxley, pour designer certaines races 
humaines a cheveux crepus, par opposition aux races liotriques a cheveux 
lisses (voy. LIOTRIQUES). L. UN; 

ULOWATON. Norn malais donne a 1 Aloes. PL. 

ULRICH (SAINT-) (EAUX MINKIULES DE). Athermales, bicarbonate es cul- 
ciques el fermgineuses faibles, carboniques inoyennes, dans le dcpartement du 
Bas-Pihin, dans 1 arrondissement de Schelesladt, dans le canton de Barr, est im 
bourg peuple de 528 habitants, ou emerge une source sortant du terrain calcaire 
par trois griffons qui donnent en vingt-quatre heures pres de 6000 litres d eau 
minerale. Cette eau est claire, transparente et limpide, sans odeur, d un gout 
franchement ferrugineux. Des bulles gazeuses d un assez gros volume la tra- 
versent et viennent s epanouir a sa surface d une maniere intermittente, a 
periodes rapprocbees. Sa temperature est de 15,9 centigrade, celle de 1 air 
etant de 15, 2 centigrade. Sa pesanteur specifique est de 1,003. Kirschlcger a 
trouve dans 1000 gravumes de cette cau 0,344 de malicres fixes. Le bicarbonate 
de chaux en est le principe constituant a peu pres exclusif, puisqu il represente 
a lui seul 0,520. Le bicarbonate de fer, la silice et le chlorure de calcium en 
sont les autres elements. 

Un petit etablissement comprenant une buvette et quatre baignoires, deux 
:pour chaque sexe, est frequentee par les gens du voisinage qui vieunent s y soi- 
gner d afl ections chloro-anemiques, et surtout de troubles des voies urinaires, 
pour lesquels les eaux de Saiut-Uliich ont une vieille reputation qu elles meritent 
d ailleurs. 

La dure e de la cure est de vingt-cinq a trente jours. 

On exports aux environs les eauxde la source de Saint-Ulrich. A. R. 

ULRICH (LES DEUX). 

Ulrili (GARL-FRIEDRICH-CASPAR). Medecin allemand du plus grand merite, 
ne a Arnsberg, le 18 fevrier 1829, enleve prematuremen a la science le 
7 septembre J867. Apres de brillantes etudes au gymnase, il commenca ses 
etudes medicales a 1 Universite de Berlin en 1847 et devint le famulus du 
celebre Jean Miiller. En 1848, il entra a la clinique de Halle, ou 1 attirait la 
reputation de Krukenberg. Un an apres, il revint a Berlin, suivit la clinique de 
Schonlein, soutint sa these inaugurale (De apparatu electrico rajarum, 1851), 
et se fit recevoir au Staats-examen (1851-1852). Apres avoir visile Prague et 
Vienne, il se fixa a Berlin et futnomme, en 1855, medecin des pauvres a Moabit, 



52 ULSA.MER. 

etl annee suivante medecin del hopital catholique, qu il dirigea seul peu apres. 
II conserva ces fonctions jusqu a sa mort. 

Ulrich se livra avec le plus grand succes a la pratique chirurgicale, sans 
negliger la pratique de la medecine et celle des accouchements. Ses communi 
cations a la Sociele de medecine de Berlin et a la Societe d accouchements prou- 
vent que toutes les branches de 1 art de guerir lui elaient familieres. Son 
ouvrage le plus important est le : Aerztlicher Benefit aus dem St. Hedwigs- 
Krankenhause zu Berlin iiber die Jahre 1854-1858, Berlin, 1860 (extr. de 
Deutsche Klinik, 1859-1860), il ne put achever son 2 e Bericht, pour lequel il 
avail amasse tous les materiaux. Dans les Verhandhmgen der geburtshulflichen 
Gesellschaft, il a public, entre autres, des memoires Sur un cas de grossesse 
extra-uterine suppose e, 1858, Heft 10; Sur un cas de grossesse extra-uterine 
avec morl du foetus et expulsion des os de celui-ci par le vagin et I intestin, 
ibid.; Sur un casmortelde vomissement de la grossesse, ibid., 1859, Heft 11 ; 
Sur un kyste de I ovaire, 1860, Heft 12. Parmi ses communications a la Societe 
de medecine de Berlin, on peut citer Un cas de maladie dite d Addison due a 
nne affection tnberculeuse des capsules surrenales (Deutsche Klinik, 1862, 
n 5) ; Deux cas de hernie obturatrice (ibid., 1862, n 11); Un cas de 
t/iyroidotomie pour extirpation d lui polype larynge, operation qui a ete pra- 
tiquee pour la premiere fois par Ehrmann, a Strasbourg, en 1854 (ibid., 1865, 
a 19); Un cas de compression digitate de I artere iliaque pratiquee avec 
xucces, pour une he morrhagie grave resultant d une double blessure de I artere 
(Berliner kitn. Wochenschrift, 1867, n 4). Voy. sur Ulrich une notice, par 
0. Veil, in Deutsche Klinik, 1867, p. 469. 

Ulrich (AUGUST-LEOPOLD). Autre medecin allemaud, ne le 9 juillet 1791, fit 
ses etudes a Berlin et y fut recu docteur en 1816 (Annotaliones qusedam de 
sensu ac signiftcatione ossium capitis,, etc., gr. in-- 4). II se fix a a Coblence 
et y devint en 1820 conseiller medical, en 1842conseiller du gouvernement. En 
1857, il fut nomine chevalier de 1 ordre de 1 Aigle rouge de quatrieme classe. 
Outre de nombreux articles dans Meckels D. Archiv, Horns Archiv, Nasse s 
Zeitschrift, Graefesu. Walthers Journal, Hufeland s Journal, Rust s Magazin^ 
Schmidt s Jahrbucher, Froriep s Notizen, Casper s Wochenschrift, Preuss. 
med. Vereinszeitung, etc., on peut citer de lui son General-Bericht des Kgl. 
RheinischenMedicinal-Collegiums iiber die Jahre 1825-1827, Coblenz, 1828- 
1830, 3 fasc., in-fol. L. HN. 

ULSA1UER (ADAM). Medecin allemand, ne a Ochsenfurth, vers 1795, se 
fit recevoir docteur a Erlangen en 1820, puis fut a Wurtzbourg repetiteur a 
1 Ecole des sages-femmes et assistent a la Maternite (1822). II passa ensuite a 
Landshut, ou il devint en 1830 professeur d accouchements el directeur de la 
Maternite annexee a 1 Ecole de chirurgie. En 1840, il devint conseiller du 
royaume de Baviere. G est tout ce que nous savons de sa carriere. Outre un 
grand nombre d articles dans les recueils periodiques et le Berliner encyclop. 
Worterb. d. med. Wiss., il a public : 

I. Diss. de parlu praematuro, arte legitima procurando* Virceburgi. 1820, gr. in-8. 

II. Das Nachgeburtsgeschaft und seine Behandlung, nac/i Thatsachen bearbeitet. Wurzburg, 
1827, gr. in-8. III. Die Entbindungsanstalt in Landshut und ihr Wirken als Attribut 
der chirurgischen Schule. Landshut, 1833, gr. iu-4. L. HN. 



1ILVE. 55 

(THEODOUICH). Celebre medecin du quinzieme siecle, dont Celtes 
en 1505 et Gerardus Faustus en 1546 font le plus grand eloge. II naquit en 
Frise, fut recu docteur es arts et en medeciue, nomme medecin pensionne de 
Nuremberg en 1486 et medecin particulier des dues de Mecklembourg en 1507. 
D apres Fuchs, il est 1 auteur d un Vaticinium (en vers), public a Nuremberg 
en 1496, et constituant le premier ecrit isole sur la syphilis, de la main d un 
allemand. On a encore de lui un antre ouvrage intitule : De pharmacandi com- 
probata ratione lib. II. Norimbergae, 1496. Blanck cite encore de lui : Elegife 
et epigrammata. Hymnus in Jodocum. In communem peregrinationem 
viaticum. La date de la naissance et de la mort d Ulsenius est inconnue. 

L. HN. 

ILSTAD (PHILIPP). Medecin de Nuremberg, florissait au debut du seizieme 
siecle. 11 enseigna la medecine avec eclat a Nuremberg et se fit connaitre par les 
deux ouvrages suivants : 

I. De epidemia tractatus. Basileae, 1526, in-8 8 . II. Coclum philosophorum, sen, de 
secretis naturae liber, etc. Argentornti, 1528, in-fol.; 1030, in-8"; Parisiis, 1544, in-8 ; 
Lugduni, 1553, iu-12;1557, in-12; Francofurli, 1600, in-12._ L. UN. 

ULSTER (THEODORICH). Medecin-poete Frison de la fin du quinzieme siecle, 
mort a Bois-le-Duc. D apres Matthise, il fut medecin pensionne de Nuremberg. 
On peut citer de lui, entre autres : De pharmacandi comprobata ratione libri 
duo, Norimbergi, 1496, in-8; Basilea?, 1571, in-8 (en vers). A 1 edition de 
Bale sont annexes les commentaires de G. Pictorins. L. UN. 

ULTICANA. Un des noms anciens dela Belladone (Atropa Bclladona L.). 

PL. 

ULVE (Ulva L.). Genre d Algues marines qui a donne son nom au groupe 
des Ulvacees. 

Le principal caractere des Ulves reside dans leurs frondes qui sont formees 
d un seul plan de cellules. Ges frondes, parfois tres-developpees, sont tantot 
planes, tantot enroulees en forme de cornets on de tubes, avec les bords plus ou 
moins onduleux on lacinies. Elles sont generalement tres-minces et de couleur 
verte. La reproduction sexuee n a pas encore ete observee, mais dans les 
cellules du thalle se developpent de nombreuses zoospores ciliees qui, dans 
certaines especes, sont de deux sortes : les unes grandes et munies de quatre 
cils (Macrozoospores) , les autres beaucoup plus petites (Microz-oospores) et 
puurvues seulcmeiit de deux cils. 

Parmi les especes assez nombreuses de ce genre, il convient de mentionner 
surtout YVlva lactuca L. et VU. umbilicata L., que Ton rencontre communement 
dans 1 Ocean Atlantique et la Mediterranee, attachees aux pierres, aux rochers, 
aux coquilles, etc. L (7. lactuca L. parait etre le (3puov QaAaTutov de Dioscoride. 
Les frondes, d un vert pale, tres-minces et delicates, sont oblongues, planes, 
laciniees et plus ou moins crispees et ondule es. Elles sont reunies en touffe pat 
leur base et rappellent assez bien un pied de chicore e frisee. Gelles de YUlva 
umbilicata L. sont un peu coriaces, simplement sinueuses sur les bords et lege- 
rement ondulees, d un vert tres-fonce, un peu brunatre. 

Sur les cotes d Angleterre et de 1 Ecosse, les pecheurs recueillent indistinc- 



UMBU. 



tement ces deux especes pour les manger en salade avec du vinaigre, un peu 
de beurre et du poivre. Us en font egalement des salaisons pour 1 hiver. 

ED. LEF. 

UMA. Un des noms sanscrits du Lin (Linum usitatissimum L.). PL. 

UMA-BMU. Nom donne , dans le Japon, au Pourpier (Portulaca oleracea L.). 

PL. 

UlHARI. Nom qu on donne au Bresil a I Andira inermis Kunth, qui fournit 
1 ecorce de Geoffre e de la Jama ique. PL. 

UMBATES. Nom donne , dans le Japon, au Cognassier de ce pays (Cydonia 
Japonica L.). PL. 

i MICI:E E ID ritovr:. C 9 H 6 3 . Ce corps se forme dans la distillation seche 
d un grand nombre de resines d Ombelliferes, particulierement du galbanum. II 
est en prismes rhombiques, incolores, fusibles a 240 degres, sublimables sans 
alteration, peu solubles dans 1 eau froide, tres-solubles dans 1 eau chaude, dans 
1 alcool et dans 1 ether. La solution aqueuse pre sente par reflexion un reflet bleu 
chatoyant. L. HN. 

UMBELLIQUE (AciDE). C 9 H 10 V . L acidc umbellique ou ombellique s ob- 
tient en chauffant avec 1 amalgame de sodium une solution alcaline d umbelli- 
ferone, II se presente en cristaux grenus, incolores, peu solubles dans 1 eau, 
facilement solubles dans 1 alcool et 1 ether, fusibles,a une temperature inferieure 
a 125 degres, avec decomposition partielle. 

La solution d acide umbellique reduit la solution alcaline de cuivre et ammo- 
niacale d argent, et est coloree en vert par le perchlorure de fer. Fondu avec la 
potasse, il fournit de la re sorcine. L. HN. 

UMBILICUS VENERIS, Nombril de Venus. Nom donne au Cotyledon 
umbilicus L. (Umbilicus pendulinus DC.) (voy. COTYLET). PL. 

UIHBLE. Nom donne au Succin dans diverses parties des Indes, dans les 
idiomes tamoul et tellingou. PL. 

UMBLIR. Nom donne en arabe et en hindou au Tamarin (Tamarindus 
indica (L.). PL. 

UMBu. D apres Pison, ce nom s applique a un arbre du Bresil dont les 
fruits, gros comme une prune, d un blanc jaunatre, contiennent un gros noyau 
dont 1 amande comestible a une saveur agreable. On se sert aussi des tubercules 
de la racine, qui~ont un gout sucre, approchant de celui des palates : on les 
donne aux fievreux comme rafraichissants. 

Marcgrav parle sous le meme nom d une autre espece dont les racines aqueuses 
fournissent une eau bonne a boire. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. Prsojf. Rrasil, p. 78. MARCGRAV. Brasil, p. 108. MKRAT et DE LEXS. 
Diet. mat. mcd., t. VI, p. 603. PL. 



UNCARIA. 55 

UMBUTI. Nom donne, dans 1 idiome du khanais, a YOxalis cornicidata L. 
on Surelle. PL. 

UHMI. Nom donne en Chine au Gardenia florida L., dont les fleurs ont une 
odeur suave qui les fait rechercher. PL. 

UNA-BIJU. Nom donne au Japon au Pourpier (Portulaca oleracea L.). 

PL. 

UNA-BUSUKI. Nom donne an Japon a la Bardane (Arctiuin lappa L.). 

PL. 

I \ *<.n \s i \<.IIAS Nom donne au Bambou dans les Indes Orientales. 

PL. 



UNARENUEA. ini:\\i.\ Ces divers noms, ecrits diverse 
mentselon leslivres, serapportent a une plantedecrite par Pavon, sous le nom de 
Unanea febrifuya. C est un arbuste de 1 Equateur, pres de Quito, ou on le 
uomme Chinininha. 11 est tres-amer et est fort recherche des naturels centre 
les fievres intermit ten tes. On emploie particulierement sa racine, allongee, ar- 
rondie, de la grosseur du doigt, fusiforme, rameuse, a e"corce noire. 
On ne connait pas la famille de cette espece. PL. 

BIBLIOGKAPIHE. PAVON. Journal de physique, t. LXXXIX, p. 519. Gazelle de Madrid, 
- > juin 1819. MERAT et DE LENS. Diet. mat. me d., t. VI, p. 803. LESSON. Voyage I/H : </., 
p. 27. PL. 

U1VAU. Nom vulgaire du Paresseux. didaclyle (Choicepus didaclylns L.) 
(i oy. PARESSEUX). E. OUST.VLET. 

U1VCA ou mieux UMCIA. Nom specifique de 1 Once ou Felts uncia Gmel. 
(roy. PANTHERE). L. HN. 



(Uncaria Schreb.). Genre de plantes Dicotyledones, appartenant 
a la famille des Hubiacees, a la division des Cinchonees. 

Ce sontdes arbustesgrimpants, sesoutenant a 1 aide de crocs recourbes, places 
a 1 aisselle des feuilles opposees et qui proviennent de pedoncule dont 1 inflores- 
cence a avorte, et qui se sont ainsi transformes en organes courbes, a concavite 
inferieure. Les cymes, qui composent les inflorescences a tetes plus ou moins 
laches, ont des axes qui s allongent le plus souvent, surlout au moment de la 
maturitedes fruits, qui sont des capsules en massue, a deux valves peu epaisses, 
elles-memes bipartites. Les graines imbriquees portent a chaque extremite une 
aile longue, lobee on entiere. Les fleurs ont un calice tubuleux, urceole, quin- 
quefide; une corolle infundibuliforme, a long tube grele, a 5 lobes. 

Les Uncaria sont rapprocbes des Naudea, avec lesquels les confondent plu- 
sieurs botanistes : leur nom primitif, donne par Aublet, est Ourouparia. 11s 
liabitent les regions tropicales de 1 Asie, de 1 Oceanie, plus rarement de 1 Afrique 
et de 1 Ame rique du Sud. 

L espece la plus interessante est V Uncaria Gambir Roxb. (Naudea Gambir 
Hunt.; Ourouparia Gambir H. Bn.), qui habile les iles de 1 archipel Indien, 



56 UNDERWOOD. 

Sumatra, Malacca. C est une plante ligneuse a rameaux arrondis, a feuilles 
ovales-lanceolees aigues, brievement petiolees, munies de stipules ovales, a 
pedoncules axillaires, solitaires et opposes, dont les inferieures recourbes en crocs 
aigus. 

Ge sont les feuilles de cetle espece qui servent a la preparation du Gambir 
(voy. ce mot). 

On emploieaussi pour le memeobjet les feuilles ovales-acuminees de I Uncaria 
acida Roxb., espece voisine, qui croit dans les memes regions. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. AIIBLET. Plaiiles de laGuyane, t. I, p. 68, 116. SCHREOER. Genera, p. 125. 
DE CANDOLLE. Prodromus, t. IV, p. 547. ROXBURGH. Flora indica, t. II, p. 126 et 129. - 
BAILLON. Adansonia, t. XII, p. 515, et Histoire des plantes, t. VII, p. 349 et495. PL. 

i \CiroKMi-: (os) ou Os crocim. L un des os de la seconde rangee du 
carpe (voy. MAIN). L. H.\. 

I \DARI. Nom brame de VHydrocotyle asiatica L. PL. 

(HvDRURE D ). , MM. Pelouze et Cahours 

Atonies G u H 2t 

1 ont retire des petroles d Amerique. II se forme pendant la distillation des 
acides gras bruts sous 1 influence de la vapeur d eau surchauffee. 

C est un liquide incolore, dont la densite est 0,765 a 16 degres, bouillant de 
180 a 182 degres. 

II fait partie des carbures formeniques et il est, comme ses bomologues, tres- 
resistant aux divers agents chimiques. RICHE. 

Equivalents C 22 H 22 

t\i>KCYi.i:\E. ;.. Get hvdrocarbure est obtenu par la 

Atonies C n lr 2 

distillation d un bromure que Ton prepare en faisant agir 1 alcool undecylique 
secondaire sur Facide bromhydrique; il bout de 192 a 195 degres. L alcool 
undecylique C 22 H 5i 2 se prepare en hydrogenant par le sodium le methylcaprinol 
ou acetone metbylnonylique C 22 H 22 2 , qui est le produit principal de 1 essence 
de rue (Ruta graveolens}. L essence de rue contient, outre cette acetone, de 
petites quantites d un isomere du borneol et d un hydrocarbure G 20 H 16 . 

Pour retirer cette acetone de 1 essence de rue, on la rectifie plusieurs fois en 
recueillant finalement le produit qui distille de 223 a 225 degres, ou en agitant 
1 essence avec du bisulfite de soude qui se combine a 1 acetone qu on en separe 
ensuite. Cecorpsaetedecouvert parGerhardt qui 1 envisageait comme 1 aldehyde 
caprylique C 20 H 20 2 .. RICHE. 

UNDECYLIQUE (ALCOOL) (voy. 1 article precedent). Ce compose C-H^O 2 
est un alcool secondaire qui se presente sous forme d un liquide epais, insoluble 
dans 1 cau, d une densite egale a 0,826, bouillant de 228 a 229 degres. 

RICHE. 

U!\DER\VOOD (MICHAEL). Chirurgien de la Maternite de Londres, medecin 
de la princesse de Galles, naquit en 1715 et mourut le 10 decembre 1795. II 
s etait fait une grande reputation par son ouvrage sur les maladies des enfants : 
Treatise on the Diseases of Children, Londres, 1784, in-8" ; A New Edit. rev. 



LNGER (LES). r,7 

a. enlarged, ibid., 1789, 2 vol. in-12; 1795, 2 vol. in-12; 1794, 5 vol. in-12. 
Trad, en franc, par Lefebvre de Villebrune, Paris 17.., in-8; nouv. edit, par 
Eusebe de Salle, Paris, 182., 2 vol. in-8. 
On a encore de lui : 

Surgical Tracts containing a Treatise on Ulcers of the Legs, etc. London, 1787, in-8; 
2 edit. London, 1788, in-8; ibid., 1799, in-8. Trad, en allem. Leipzig-, 1786, in-8. L. HN. 

i Mni\iii. Nom donne en Perse au bois d aloes (Aquilaria ogallocha 
Roxb.). I - 



. Nom donne, dans 1 idiome tamoul, a la Tubereuse (Po 
ly anihes tuberosa L.). PL. 

IXDIEI. Un des noms de I Hydrocotyle asiatica L. PL. 

UNDUM. Nom donne par les Arabes et les Ilindous an santal rouge. PL. 

UNE. UNEBOS. Nom donne au Japon a VAmandier (Amygdalus comnui- 
nis L.). Pi.. 

IJNEDO. Nom donne a I Arbousier (Arbutus iincdo L.). PL. 

I \(.I;ICAI i;it (JOHANNES-ANDREAS). Ne a Leipzig, fit sese tudes al Universite 
de cette ville, ou il fut recu docteur en 1741 (be pnlsu inrequoli ad menli-m 
Galeni de causis pulsuum lib. II). Engage au service de la Russie en IT i i. 
il passa la plus grande partie de sa vie dans co pays, y occupa diffe rentes tbnc- 
tions dans les hopitaux militaires et fut entre autres medecin on chef de 
1 armee russe qui opera en Allemagne, pendant la guerre de Sept Ans. II mourut 
Iel6 decembre 1781. L. TH. 

UNGER (LES). 

linger (CARL). Medecin allemand, ne a Lissa, en 1782, fit ses etudes ;i 
Leipzig et a Halle, prit le diplome de docteur a cette derniere universite et en 
1810 devint assistent de 1 Institut policlinique de Berlin, sous la direction de 
Hufeland, prit part en 1815 et 1814 a la guerre centre la France et conquil le 
grade de medecin de regiment et de chevalier de la Couronne de fer. En 1815, 
il fut nomme professeur de pathologie a 1 universite Albertine de Kiinigsberg, y 
fonda la clinique universitaire dc chirurgic et d ophlhalmiatrie, qu il dirige,i 
a\ec la plus haute competence, en meme temps que 1 asilc d alienes dc 
Konigsberg, jusqu a sa mort. En 1825, il publia un rapport remarquable sur 
sa clinique (Konigsberg, in-8), puis en 1852 son ouvrage souvent cite sur le 
chole ra en Prusse (Die Asiatische Cholera zu Konigsberg in Preussen, im 
Sommer und Herbste, 1851. Konigsberg, in-8) ; il fut decore de 1 Aigle rouge 
pour les soins devoues qu il donna aux malades durant cette epidemic, puis, 
en 1855, il mit au jour ses Beitrdge zur Klinik der Chirurgie, Th. I, Leipzig, 
in-8 ; il n eut pas le temps de publier la seconde partie de cet ouvrage, car il 
mourut le 28 mars 1855. Outre les ouvrages cites, Unger a encore publie 
d importants memoires dans les recueils medicaux. 



y UNGUJS. 

linger (LuDOLpH-IlERRMAMN ). Autre medecin allemand, ne a Borne vers 1790, 
reQu docteur a Leipzig, en 1816 (Diss. sist. genesin arthritidis, in-4). II se fixa 
d abord a Wildenfels avec le litre de medecin pensionne des districts de "Wiesen- 
burg et de Wildenfels, puis vint a Zwickau, ou il fut nomme, en 1859, conseillcr 
medical et medecin du cercle. II etait membre de plusieurs societes savantes et 
possesseur de la medaille d or du Merite civil de Saxe. C est lui qui fonda le 
Summarium des Neuesten aus der gesammenten Medicin, qu il publia depuis 
1828 avec Klose et depuis 1850 en outre avec Busch. Nous mentionnerons 
encore de ce savant medecin : 

I. Comment, med.-practica de morbis intestini cceci et de dignitate hujus visceris patho- 
logica in dijudicanda passione collect et iliaca. Lipsine, 1828, in-8. II. Observationum 
clinicarum quas in exercenda utrimque medicinae et internae et externae arte fecit. 
Fasc. 1. Zwiccaviae, 1835, in-8, fig. 111. Die der beabsichligten Hospitals-Krankenpflege 
im sacks. Gebirge belr. Millheilungen, etc. Zwickau, 1857-1840, 2 livr. in-8. IV. Articles 
dans les journaux de medecine. 

linger (FRANZ). Medecin et botaniste distingue, ne le 50 novembre 1800, a 
Ainthof, pres de Leutschach, en Styrie, fit ses e tucles a Gratz, a Vienne et a 
Prague, puis en 1850 devinl medecin du tribunal provincial de Kitzhubel, en 
Tirol, et en 1855 professeur de botanique a 1 Universite de Gralz. En 1849, il 
passa a Vienne avec le litre de professeur de pbysiologie vegetale, fit en 1852 un 
voyage dans le nord de 1 Europe, plus tard un autre voyage en Orient, enfm prit 
sa retraite en 1866 et se retira dans une propriete qu il possedait pres de Gratz 
et ou il mourut le 15 fe vrier 1870. 

Unger a fait faire beaucoup de progres a 1 anatomie et a la pbysiologie vege- 
lales; il s esl occupe egalement de paleontologie vegetale et a joui, dans cetle 
branche des sciences nalurelles, d une reputation europeenne. Parmi ses 
ouvrages, les plus importants ont pour litres : 

I. Die Exantheme der Pflansen, etc. \Vien, 1833, in-8. II. Ueber den Einfluss des 
flodens auf die Vertheilung der Gewachse, etc. Wien, 1856, in-8. III. Ueber den Ban 
und das Wachsthum des Dicotyledonenstammes. Preisschrift. Petersburg, 1840, in-4. 
IV. Beitrage zur vergleichcnden Pathologic \\ ien, 1840, in-4. V. Die Pflanzeim Momente 
der Thierwerdung. \Vien, 1845, in-8. VI. Grundziige der Anat. u. Physiol. der P/lanzen. 
Wien, 1840, in-8. Vlf. Anat. und Physiol. der Pflan en. Wien, 1855, in-8 . VIII. Die 
Urwelt, etc., 5. Aufl. \Vien, 18G4, in-8. IX. Versuch einer Geschichte der Pflanzenwelt. 
AA ien, 1852, in-8. X. Autres ouvrages sur la botanique, la paleontologie, et relations 
de ses voyages scientiflques. L. HN. 

UVGUE1VTARIA. Koin donne par divers auteurs anciens a YAurone (Arte 
misia abrotanum L.). PL. 



. Plante de la Guinee dont la de coction est usite e contre les maux 
de reins. PL. 



BIBLIOGRAPHIE. MsRAT et DE LENS. Dictionn. mat. me dicale, t. VI, p. 804. PL. 

UNGUis (OS). L os unguis ou lacrymal esl forme d une mince lamelle 
osseuse placee a la parlie anterieure de la paroi interne de 1 orbite, ou il limite 
la fosse qui loge le sac lacrymal. II est appele unguis a cause de sa ressem- 
blance plus ou moins grossiere avec un ongle. II presente une face externe, 
divisee par une crete verticale en deux parties inegales, 1 une posferieure plus 
grande qui fait parlie de la paroi inlerne de 1 orbite, Tautre anterieure plus 



UNIONIDES. 59 

petite disposee en gouttiere (gouttiere lacrymah] ; une face interne clont la 
moitie posterieure s articule avec 1 ethmoide; la moitie anterieure libre corres 
pond au meat moyen des fosses nasales. Par son Lord anteVieur, 1 unguis 
s articule avec le maxillaire superieur, par son bord superieur avec 1 apophyse 
orbitaire interne du frontal, par son bord infe rieur avec le cornet inferieur, 
enfin par son bord posterieur avec 1 os planum de 1 ethmoide (voy. NASALE 
[Region]). L. UN. 

I \<a R. Norn persan de la Vigne (Vilis vinifera L.). PL. 

Nom donne en Perse a YAsa fcetida. PL. 



1MB % DE BOl r on SABOT E BfEUF. Nom donne auBresil aux Bauhinitt 
a cause de la forme bilobe e de leurs feuilles (voy. BAUHIMA). PL. 

UNICOMOCOMO. On "distingue sous ce nom une souche qui rappelle 
celle de la fougere male, mais qui a des dimensions plus considerables. II VUMII 
de Port-Natal et du cap de Bonne-Esperance. II est fourni par [ Aspidium (ttlm 
mnnticum Kunze et est employe au meme litre que la fougere male. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. MARTUS. Pharmaceutical Journal, t. XVI, p. 447. -- GUIBOUHT. Drogues 
simples, 7 edit., t. II, p. 69. PLANCHON. Drogues simples, t. I. PL. 

UNIONIDES. Famillc des Mollusqucs-Lamellibranches, dont les caraclen- 
peuvent se resumer ainsi qu il suit : 

Animal pourvu d un pied comprime, linguiforme, qui ne file de byssus qur 
pendant le jeune age ; manteau depourvu de siphons, a bonls libres dans touti 
leur longueur; brancbies soudees derrierc le pied. 

Coquille allongee, reguliorc, equivalve, revetue intmeurement d unc couche 
de nacre, exterieurement d nn cpiderme e pais, lissc, brun ou verdatrc ; char- 
niere pourvue ou non de dents cardinalcs, a crochets plus ou moins deve- 
loppes, souvent excories ; ligament exterieur ; impression musculaire posterieure 
multiple ou composce de deux ou trois impressions distinctes et inegales. 

Les Unionides vivent essentiellement dans les eaux douces. Us renferment 
surtout les Mulettes et les Anodontes. 

Les Mulettes ou Monies de riviere constituent le genre Unio L. Elles sont 
caracterisees par leur coquille epaisse dont la charniere presenle, sur chaque 
valve, deux dents qui s articulent entre elles quand la coquille est fermee : 
1 une cardinale, courte, irreguliere, simple ou divisi -c et striee; 1 autre lateralc, 
allongee et lamelleuse. Ces Mollusques vivent dans les eaux courantes et ont des 
representants dans toutes les parties du monde. Us sont edules, mais leur chair 
dure et coriace et leur gout cxtremement fade en font un mauvais aliment. On 
en connait un nombre considerable d especes ; les plus grandes et les plus belles 
sont propres a 1 Amerique du Nord et a la Chine. En France, on trouve commu- 
nement dans les rivieres les Unio sinuatus Poir., U. rhomboideus Schrot., 
U. batavus Lamk et [/. pictorum ou Mulette des peinlres, ainsi nommee parce 
qu on utilise ses coquilles, comme celles des monies, pour mettre les couleurs 
d or et d argent destinees a la peinture. L U. ttimidus Retz. se rencontre plus 
particulierement dans le Rhin, la Mouse, la Moselle, 1 Oise, etc. L U. margari- 
tiferus Retz. ou Huttre perliere d eau douce, dont on a fait le type du genre 



CO UNONA. 

MargaritanaSchum., vit dans les torrents des montagnes de 1 Allemagne du 
Sud, particulierement en Baviere, en Boheme, en Saxe. Ses coquilles four- 
nissent une nacre assez belle et produisent des perles, mais de peu de va- 
Icur; quelques-unes cependant sont susceptibles d etre employees dans la bi 
jouterie. 11 en est de meme de plusieurs especes des grands fleuves de 
1 Amerique. 

Les Anodontes (Anodonta Lamk) se reconnaissent a leur coquille dont la char- 
mere est depourvue de dents. On trouve communement en France, dans les 
etangs et les rivieres, Y Anodonta anatina L., appele vulgairement Bernade, et 
YA. cygnea L., qui est la Grande moule des etangs de Geoffroy, et le Mytilus 
cygneus de Linne et de 0. Fr. Miiller. Ces deux especes sont edules, malgre la 
durete et la fadeur de leur chair. Les valves profondes et legeres de leurs 
coquilles servent, dans le Nord, a ecremer le lait; on les connait sous le nom 
d Ecafottes. En Chine, YA. edulis Lamk est cultive en grand dans les fosse s 
d eau vive du Song-Kiang-Fou pour servir a 1 ali mentation. Une autre espece du 
meme pays, YA. agricolarum Woodw., est clonnee en pature aux pores. 

ED. LEFEVRE. 



(MONSTRES) ou MoNSTRES SIMPLES. Classe de monstres com- 
prenant ceux qui ne sont formes que des elements d un seul embryon (voy. 
MONSTRES, p. 207 et suiv.). L. H.v. 

UNITES. L unite est une grandeur type ou etalon qui sert a mesurer les 
grandeurs de meme nature qu elle. Tout le monde sait que, dans le systeme 
metrique en usage en France, 1 unite des mesures est le metre, que 1 unite de 
poids est le gramme, qui se ramene au metre, puisqu il est le poids de 1 centi 
metre cube d eau distillee. En physique, on fait usage d unites speciales. Tel 
est le kilogramme, pris pour unite de force, le kilogrammetre, pris pour unite de 
travail, [ atmosphere, c est-a-dire la pression equivalents au poids d une colonne 
mercurielle de 760 millimetres, qui sert a evaluer la pression de gaz et des 
vapeurs ; cette unite tend a etreremplacee par le kilogramme agissant sur 1 cen 
timetre carre de section ; etc. La calorie constitue 1 unite de chaleur (voy. Ciu- 
LEUR). En optique et en electricite, les unites varient selon les pays et avec les 
physiciens d un meme pays (voy. OPTIQUE, ELECTRICITE). L. HN. 

(JNIVERSITES. Voy. EcOLES. 



On donne ce nom a une plante de la Guinee dont la decoction 
est employee contre 1 enflure des jambes. C est probablement une espece de 
Lychnis. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. HERAT et DE LENS. Dictionn. mat. me dicale, t. VI, p. 805. PL. 



(Unona L.). Genre de plantes Dicotyledones, appartenant alafamille 
des Anonacees, et caracterisees par un calice aosepales, plus rarement 4, reunis 
a la base, ovales aigus ; 6 pelales a prefloraison valvaire, disposes sur deux ran- 
gees, les 5 interieurs plus petitsque les autres oumeme nuls ; des etamines hvpo- 
iivii s en nombre indefini; un certain nombre de carpelles qui deviennent des 
baies stipitees ou presque sessiles, ovales ou oblongues, continues ou avec des 
etranglements entre les graines disposees sur un receptacle elargi. 



UNSTEGTLA. tl 

Les Unona sont des arbres ou des arbrisseaux des regions chaudes a ecorce 
aromatique, a fleurs trcs-souvent odorantes. 

Signalons tout d abord les Unona a flours aromatiqueset comme types YUnona 
odorata Dun. (Uvaria odorata Lam.), nommc Cananga par Rumphius, et dont 
on avait fait un genre particulier sous le nom de Cananga (Cananga odorata 
F. Hook, et Thorns.). Cette espece qui croit aux Moluques a des fleurs a corolle 
Ibrt allongees et a etamines surmontees d un prolongement aigu du connectil. 
Ces fleurs oat un parfum suave, analogue a celui du narcisse. On en fabrique, 
avec de 1 huile de coco et en y joignant les ileurs du Michellia champaca, de 
la famille des Magnoliacees, une pommade demi-liquide nommee borri-borri 
ou borbori, qui sert aux femmes de 1 archipel Indien a parfumer leur chevelure 
et qu on emploie aussi en frictions dans la saison froide et pluvieuse pour so 
mettre a 1 abri des fievres. G est tres-probablement, d apres Guibourt, cette huile, 
apportee ou usitee en Europe, qui est vendue sous le nom d huile de Macassar. 
En Malaisie, la plante est cultivee autour des habitations, et les fleurs se 
mettent dans la chevelure, les vetements et les lits. C est aussi I Alanguilan de 
I lle-de-France. 

Merat et de Lens donnent les memes noms de Cananga et d Alanguilan a 
une espece voisine dela precedente, V Unona Lonui folia Lam., dont Jes longues 
feuilles vertes servent comme elle a preparer une huile, odorante comme celle 
de jasmin et qui est utilisee pour la toilelte. 

A cote des Unona precedents, il faut placer les Polyallhia, dont des bota- 
nistes ont fait un genre particulier, caracterise par leurs carpellcs presque con- 
slamment biovules, mais que M. Baillon fait entrer dans les Unona. Dans ce 
groups special, quelques especes sont inte ressantes pour la medecine; les unes, 
lelles que les Unona macrophylla Kenth, Ulatifolia Blum., sont des plantes aro- 
matiques, employees comme medicaments et comme cosmeliques; parmi elles, 
I Unona macrophylla fournit particulierement des racines tres-aromatiques, 
dont les paysans font des infusions qui se prescrivent particulierement dans les 
cas de variole maligne et de h evre typhoide. D autres, comme les Unona cera- 
soides Roxb., Kenthii Bl. et sempervirensEl., ont a la fois des fruits parfumes 
qui sont manges dans les regions tropicales de 1 Asie, et des ecorces aromatiques, 
loniques, excitantes, qu ou utilise dans le traitement des affections rlmmati- 
males. Enfin YUnona (Polyallhia} subcordala Bl. donne des fruits qui passenl 
pour guerir les coliques nerveuses. 

Les Unona naruni Dunal, Un. musaria Dunal, Unona tripetala DC., seront 
mentionnees parmi les Uvaria (coy. ce mot) ; les Unona sethiopica Dun. et aro- 
matica Dun. decrits dans les Xylopia. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. RUMPHIUS. Ambon., t. V, p. 42, et t. II, p. 195. LINNE. Supplement, 270. 
DUNAL. Monographic Anonacdes, p. 99. UE CANDOLLE. Sy sterna , t. I, p. 480, et Prodromus, 
t. I, p. 89. ESDLICUER. Genera, n 4717. BENTHAM et HOOKER. Genera, 24. BAILLOX. 
Histoiredes plantes, t. I, p. 208 et 283. GUIBOURT. Drogues simples, 7 edit, t. Ill, p. 745 

et 744. PL. 

UNOPERGUEN. Nom donne au Chili a une espece de sene, qu on dit 
semblable a celui d Egypte. P^- 



. Un des noms americains donnes a la Spigelie de Maryland 
(Spigelia Marylandica L,). Pi 



02 UiNZEK (LES DEUX). 

. Un des noms arabes de V Erythronium indicum Rottl. PL. 



UNTZER (.MATTHIAS). Medecin du dix-septieme siecle, ne a Halle, en 1581. 
recu clocteur a Bale. II exerca son art dans sa ville natale jusqu a sa mort 
arrivee le 7 aout 1624. C etait un chimiatre. 

Ses ouvrages ont pour litres : 

I. De nephritide, sen renum calculo, etc. Halae, 1614, in-4; Magdeburgi, 1623, in-4. 
If. De lue peslif era libri III. Halae, 1615, in-4. III. Hieronouologia chemiatrica, hoc 
est, epilepsiae... descriptio. Halae, 1616, in-4. IV. De sulfure. Halae, 1620. in-4. 
V. Anatomia mercurii spagyrica, etc. Halae, 1620, in-4. VI. Antidotarium pestilent/ale, 
tc. Halae, 1621, in-4. VII. Pkysiologia satis, etc. Halae, 1624, in- 4. VIII. Tractattis 
medico-chymici septan, etc. Halae, 1654, in-4" (c est la collection de tons ses ouvragesj. 

L. UN. 



Genre de plantes Dicotyledones appartenant a la famille de? 
Synantherees, a la tribu des Senecionidees-Helianthees. 

La seule espece interessante de ce groupe est YUnxia camphorata L. C est 
uneplanteherbacce, dichotome, a feuillesopposees, couvertesde poils, oblongues, 
obovales ou lanceolees, a 5 nervures. Les capitules axillaires brievement pedon- 
cules portent 5 fleurs femelles en ligules rayonnantes et 5 fleurs tubuleuses sur 
le disque. Les akenes sont sans aigrette. La plante a dans ses diverses parties 
une forte odeur de oamphre, qui fait que les Hollandais la nomment Camphor- 
plant Surinam. Elle est employee corame sudorifique; dans les luinbagos, on 
1 utilise en topique snr 1 endroit douloureux. 

MM. Bentham et Hooker rattachent le genre aux Melampodium de Linne. 

PL. 

BIBLIOGRAPHIE. Lix.NE (Tils). Supplement, 56. JOSSIEU. Genera, 186. LESSON. Synopsis, 
220. DE CAXDOLLE. Prodromus, t. V, p. 507. E.XDLICHER. Genera, n 2465. BENTHAM et 
HOOKER. Genera, t. II, p. 349. PL. 

L XZERUT. Nora arabe de la Sarcocolle (voy. ce mot). PL. 

UV/ER. (LES DEUX). 

Unzer (JoHANN-AuGosr) . Medecin de merite, ne a Halle, le 29 avril 1727, 
lit ses etudes a 1 Universite de sa ville natale et obtint le diplome de docteur en 
"1748. II fit alors des cours particuliers sur la philosophic et la medecine, mais 
au bout de deux ans quitta Halle pour se rendre a Hambourg; apres un court 
sejour dans cette ville, il alia se fixer definitivement a Altona, ou il jouit d une 
grande reputation et raourut le 2 avril 1799. 

Unzer s est occupe avec succes de medecine populaire; il s est efforce de 
repandre des idees saines tant sur 1 hygiene que sur la medecine. Ses ouvrages 
soat tres-nombreux. 

Nous nous bornerons a citer : 

I. Neue Lehre von den Gemulhsbewegungen. Halle, 1746, in-8". . II. Gedanken vom Ein- 
fluss der Seele in ihren Korper. Halle, 1746, in-8. III. Gedanken vom Scldafe, etc. Halle, 
1746, in-8. IV. Dm. inaug. de sternutalione. Halae, 1747, in-8. V. Diss. de nexu 
metaphysices cum medicina generalim. Halae, 1749, in-8. VI. Philos. Betracht. des 
incnsclil. Korpers iiberhaupt. Halle, 1750, in-8. VII. Der Arzt, med. Wochenschrift. 
Hamburg, 1750-1764, 12 Theile in-8"; neue Ausg. in 8 Banden, 1769-1770, in-8. VIII. 
Grundr. eines Lehrgebaudes der Sinnlichkeit der thierischen Korper. Luneburg u. Rinteln, 
1768, in-8. IX. Med. Handbuch. Hamburg, 1770, in-8 ; 5. Ausg. in 5 Theilen, Leipzig! 



URANIUM. 65 

1704, in-8. X. Erste Grilnde einer Physiologic, etc. Leipzig, 1771, in-4. XI. Ueber 
<tie Ansteckung. besondera der Pocken. Leipzig, 1778, in-8. XII. Einleit. zur allgein. 
Pathologic der ansteckenden Krankheiten. Leipzig, 1782, in-8. XIII. Vertheidig. seiner 
Ehfwurfe geg. die Pockentheorie d. Urn. Hofmaim. Halle, 1783, in-8, et in I ichler, Mem. 
stir les mal. contag. Strasbourg, 1786, 111-8. 

Unzer (JonANN-CHRisTOPii). Ne a Wemigerode, le 17 raai 1747, recu docteur 
a Gottingue en 1771, devint en 1775 professeur ordinaire de physique ct 
d histoire nature) Je a Altona ; il fut en outre medecin pensionne de cette ville, 
ou il mourut le 20 aout 1809. II a laisse divers travaux litteraires et a redige le 
Mercure d Altona de 1772 a 1780. 

On a encore de lui : 

I. Diss. cur feminis Europaeis et illustribus prae aliis ge/ttibiis et rusticis parlus sunt 
laboriosiores ? Gottingae, 1771, in-i. II. Itrsc/treib. dues init dent klinstl. Magnet en 
angestellten med. Versuclis. Hamburg, 1775, in-8. L. Hx. 



Norn Sanscrit donne au Cabaret, Asannn europccmn L., de la 
famille des Aristolochiees. PL. 

UPAS. Nom employe a Java pour designer les poisons vegetatix. On le join I 
d ordinaire au nom de la plante qui iburnit le sue veneneux. Ainsi : 

L Upasantiar est le sue de I Ant tar is loxicaria Lescli. (voy. AMUR), l f//;r/s 
Tieute, celui du Strychnos Tieute Lesch. du genre Vomiquier (voy. VOMIQUIER). 

PL. 

L PTIOTES. Voy. ARAIG.NEES. 

UPU-DALI. Nom donne au Malabar au Ruellia ringens L., de la famille 
des Acanthacees, employe comme depuratif. PL. 

URAGOGA (Urayoga, L.). Genre de plantes Dicotyledones, de la famille 
des Rubiacees, de la tribu des Uragogees, auquel on tend a reunir maintenant 
les genres Cephaelis Sw., Psychotria L. et Ronabea A. Rich. Ainsi le Ce- 
phaetis ipacacuanha A. Rich, devient YUragoga ipecacuanha L. (roy. CE 
PHAELIS et PSYCHOTRIA). L. FL\. 

URALAY-GUDDA. Nom donne dans 1 idiome tellingou a la pomme de 
terre. PL. 

Equivalents C^Il^Az-O 16 

I RAMILIQUE (ACIDE). r.inn . Ce compose a cte decou- 

Atomes G 8 H u Az h 8 

vert par "Wohler et Liebig en traitant le thionurate d ammonium par 1 acide sul- 
furique. II se separe en cristaux par 1 evaporation a une douce chaleur. 
Suivant Gregory, ce corps sarait le bidialurate d ammonium. RICHE. 

URA1VIA SPECIOSA Schreb. G est le synonyme duRavenala Madagasca- 
riensis Rausch. PL. 

LRAMLM. En 1789, Kbproth retira de la pechblende un corps nouveau 



64 URANIUM. 

qui fut nomme Yurane. M . Peligot a fait voir que 1 urane n est que 1 oxyde d un 
metal qu il a isole appele uranium. 

Ses trois principaux minerals sont : la pechblende, oxyde uranoso-uranique ; 
Yaiitunite (uranite d Autun), phosphate d urane et de chaux, et \disamarskite, 
mineral de niobium, de tantale et d uranium. 

URANIUM JIETALLIQUE. Pour le preparer, on altaque la pechblende, reduite en 
poudre tres-fine, par 1 acide chlorhydrique faible qui enleve les mutieres e tran- 
geres, carbonatees, etc., puis on la calcine au rouge vif avec du charbon, de 
facon a chasser la majeure partie du soul re et de 1 arsenic. La matiere est 
traitee par 1 acide chlorhydrique concentre qui enleve du fer, du cuivre, du 
plomb, puis lavee a 1 eau bouillante. Enfin le residu est chauffe avec de 1 acide 
azotique qui dissout 1 uranium a 1 etat de sel, qu on purifie par des cristallisa- 
tions dans 1 eau et dans Tether, ou ce sel est soluble. 

Ce sel donne 1 oxyde d uranium par calcination et cet oxyde sert a preparer 
les divers composes de ce metal. 

M. Peligot a prepare 1 uranium en chauffant le chlorure uraneux avec du 
sodium. La reaction se declare a la temperature que fournit la lampe a alcool et 
s accomplit avec violence. On emploie 75 grammes chlorure, 50 grammes sodium 
et 150 grammes chlorure de potassium; on les introduit dans un creuset de 
porcelaine, on les recouvre de chlorure de potassium ; on place ce creuset dans 
un creuset en charbon de cornue, si Ton se propose d obtenir le metal fondu, et 
Ton chauffe dans une forge. G est un metal gris blanc, dur, peu malleable. Sa 
densite est 8,4. II jaunit a 1 air; s ll est en poudre, il brule avec eclat vers 
207 degres et donne 1 oxyde vert. Chauffe au rouge, il brule et s entoure d une 
couche d oxyde noir. 11 se combine au rouge avec le soufre. 11 s unit au chlore 
avec chaleur et lumiere. II est attaque par les acides etendus en de gageant de 
1 hydrogene. 

Son equivalent est 60, son poids atomique 120. 

Oxydes. Ce metal forme avec I oxygene plusieurs sous-oxydes et les cinq 
composes suivants : 

Protoxyde UO 

Oxyde noir. U*0 5 

Oxyde vert I -Hi* 

Scisquioxyde t 2 3 

Acide uranique L-0 D 

11 n y a d importants que le protoxyde et le sesquioxyde. 

Le protoxyde ou oxyde uraneux, appele d abord urane, a ete longtemps consi- 
dere comme le corps simple lui-meme. On le prepare en re duisant 1 oxalate 
jauue d uranium au rouge dans un tube en verre vert par un courant d hydro- 



gene sec. 



II est pyrophorique, bruu cuivreux, et donne en brulant de 1 oxyde noir. 

On 1 obtiendra cristallise en reduisant par rhydrogene le chlorure double 
d uranium et de potassium, ou meme en le calcinant. 

On obtient cet acide hydrate en versant de 1 ammoniaque dans uti sel vert 
d uranium; il forme des flocons bruns, solubles dans les acides. L oxyde calcine 
est au contraire insoluble dans les acides etendus. 

Cet oxyde pre cipite, comme le ferait un metal, 1 argent metallique de la solu 
tion d un de ses sels. II se forme d abord de 1 oxyde d argent et un sel vert de cet 
oxyde; peu a peu, il se produit un sel uramique et il se separe de 1 argent. 



URANIUM. 65 

Nous avons (lit comment on obtenait 1 oxyde noir. 

Le sesquioxyde ou oxyde uranique s obtient : en calcinant de 1 azotate 
uranique a 250 degres ; c est unepoudre brim clair; en calcinant vers 500 degres 
1 uranate d ammonium, 1 hydrate uranique, ou le carbonate d arnmoniaque et 
d oxyde uranique; c est une poudre de couleur lirique. 

Get oxyde se transforme au rouge dans 1 oxyde IPO*. 

L hydrate uranique ne s obtient pas lorsqu on ajoute un alcali dans un sel 
uranique; le compose qui se separe est un uranate alcalin. On le prepare en 
calcinant moderement 1 azotate uranique taut qu il se degage cles vapours 
nitreuses ou en faisant bouillir une solution de carbonate double d ammoniaque 
et d urane tant qu il se degage de 1 ammoniaque. Get oxyde se combine aux 
acides dans la proportion de 1 equivalent d oxyde pour 1 equivalent d acide. Ces 
composes n ont done pas la formule des sels neutres qui serait : 

W 3 A, 

tandis que leur formule reelle est, 

IPO 3 A. 

M. Peligot a explique ces fails en considerable sesquioxyde d uranium commc 
la combinaison d un radical compose (IPO 2 ), luranyle avec 1 equivalent d oxygene. 

La precipitation de 1 argent metallique par le protoxyde d uranium ou uranyle 
(U O 2 ) sans degagement de gaz justifie cette conception, car (IPO 2 ) se comporle 
comme un veritable corps simple. 11 en est de meme pour 1 action de 1 acidc 
chlorhydrique sur le sesquioxyde, action qui ne fouruit pas le sesquichlorure 
correspondant, mais le cblorure d uranyle U O Cl. 

L oxyde uranique se combine avec un grand nombre de bases pour dormer de 
veritables sels insolubles. 

Les uranates de potasse et de soude se preparent en versant 1 alcali dans un 
sel uranique. Les autres uranates s obtiennent en precipitant par 1 ammoniaque 
un melange de sel uranique et de sel metallique. Us sont jaunes, insolubles 
dans 1 eau, solubles dans les acides. 

On connaitsous lenom de jaune d urane 1 uranate de soude; il est frequem- 
ment usite pour la coloration de la porcelaine, du verre. 11 est labrique en 
grillant la perchblende (100 parties) avec de la chaux vive (15 parties). II se 
forme de 1 uranate de chaux qu on decompose par de 1 acide sulfurique. On 
ajoute a la liqueur un fort exces de sel de soude, on filtre et on additionne la 
liqueur d acide sulfurique tant qu il se fait une effervescence ; 1 uranate de soude 
est recueilli, lave et seche. 

On designe aussi par le nom de jaune d urane, de 1 uranate d ammonium ; il 
se precipite lorsqu on ajoute de I ammoniaque a un sel uranique. G est une 
poudre jaune, ne se decomposant qu au-dessus de 100 degres, et laissant pour 
residu 1 oxyde IPO*. 

II se fabrique en versant une solution d un sel ammoniacal dans une solution 
bouillante d uranate de sodium, tant qu il se degage de I ammoniaque. On lave 
et on seche le precipite. 

Sulfures. Le protosulfure se prepare en chauffant 1 uranium dans la vapeur 
de soufre, ou, par voie humide, en versant du sulfhydrate d ammoniaque dans 
une solution de sel uraneux. 

DICT. ENC. 5* s. I. 5 



66 URANIUM. 

G est une poudre amorphe, grise, qui pent cristalliser quand on la calcine a 1 abi i 
de 1 air. 

Le sulfure uranique n a pas ete oblenu. 

Lorsqu on verse du sulfhydrate d ammoniaque dans 1 azotate uranique dis- 
sous, il se forme un precipite de couleur foncee qui est le sulfure d uranyle, 
(U 2 2 )S, sonille par du sulfure alcalin. Ce compose est instable; il se conserve 
mieux en le precipitant dans une liqueur alcoolique. 

Chlorures. On connait un sous-chlorure qui a ete prepare par 1 action de 
1 hydrogene sur le protochlorure chauffe au-dessous de son point de volatilisation. 

Le protochlorure, UG1, se prepare en dirigeant du chlore sec sur de 1 uranium 
metallique ou sur un melange d urane et de charbon, places dans un tube de 
porcelaine ou meme de verre vert. II se forme des vapeurs qui condensent en 
octaedres verts, d un bel eclat. Cette matiere est deliquescente ; elle se dissout 
dans 1 eau avec une vive chaleur. et la liqueur evaporee dans le vide abandonne 
une masse verte ; par evaporation a cbaud elle se delruit en de gageant de 1 acide 
chlorliydrique. II reduit energiquement beaucoup de composes, les sels d or, 
d argent, de pcroxyde de fer. 
^ II absorbe le gaz ammoniac. 

Le chlorure d uranyle, U 2 2 G1, se forme lorsqu on dirige du chlore sec sur le 
protoxyde d uranium chauffe au rouge. Les vapeurs orangees produites se con 
densent en cristaux jaunes, fusibles et volatils, solubles dans 1 eau, 1 alcool et 
Tether. 

On le prepare directement en solution par la reaction et 1 acide chlorliydrique 
sur le sesquioxyde d uranium. 

II produit des sels doubles avec les chlorures alcalins. Le pentachloi ure 
d uranium s obtient, d apres M. Roscoe, en meme temps que le protochlorure, 
lorsqu on soumet au chlore sec le melange d oxyde d uranium et de charbon. 
II constitue des cristaux rubis avec reflets verts qui se deposent dans la partie 
la plus eloignee du feu. Ce corps tres-hysrometrique se change a 1 air humide 
en un liquide verdatre. A 120 degres il commence a se dissocier en chlore et 
en protochlorure. 

Bromures. II existe un protobromure et un bromure d uranyle. Le premier 
se prepare en dirigeant des vapeurs de brome sur 1 uranium ou sur un melange 
intime d urane et de charbon. 11 esl brun, cristallin, deliquescent, fumant a 1 air, 
tres-avide d eau ; sa solution evapore e sur 1 acide sulfurique fournit des cristaux 
A r erts d hydrate. 

Le bromure d uranyle constitue des aiguilles jaunes deliquescentes. 

lodures. II n existe d une facon certaine que le protoiodure d uranium en 
solution qui se prepare en dissolvant le protoxyde hydrate d uranium dans 1 acide 
iodhydrique. 

Sels d uranium. On connait les sels du protoxyde ou sels uraneux, et les 
sels du sesquioxyde ou sels uraniques. Les premiers sont verts, les seconds 
jaunes. Les agents oxydants transforment facilement les sels uraneux en sels ura 
niques et, a leur tour, les sels uraniques sont ramenes a 1 etat de sels uraneux 
par 1 action de certains reducteurs. 

Les derniers sont fluorescents ainsi que les verres d urane: cette fluorescence 
est jaune vert. 

Nous avons insiste, a propos du sesquioxyde, sur la composition des sels ura 
niques qu on envisage comme des sels d oxyde d uranyle. 



URANOPLASTIE. 67 

Arseniates. Divers mineraux, la tragerite, la walpurgite, Turanospinite, la 
zeunerite, sont des arseniales uraniques simples ou complexes. 

Azotate uranique. (U 2 2 )O.Az0 5 5HO. Ge sel dont nous avons parlepour Tex- 
traction de 1 uranium cristallise en belles tables jauues. II fond facilement dans 
son eau de oristallisation. II est soluble dans la moilie de son poids d eau. II se 
dissout dans 1 alcool et dans Tether. Nous avons fait connaitre ses principales 
proprietes chimiques. 

Le carbonate uraneux n existe pas. Le carbonate uranique est d une extreme 
instabilite a 1 etat de liberte, mais il donne naissancea des sels doubles alcalins, 
stables. 

Les phosphates artificiels sont sans importance. L uranite on autunite est un 
phospbate naturel d urane et de cbaux, la chalcolilh du phosphate d urane et 
d oxyde de cuivre. M. Debray a reproduit ce dernier mineral. 

Le sulfate uraneux se prepare facilement en dissolvant 1 oxyde vert, IPO S dans 
1 acide sulfurique en solution alcoolique etendue; le sulfate uraneux se separe. 
La liqueur alcoolique contient du sulfate uranique qui, au soleil, se reduit en 
donnaut des prismes ortborbombiques verts de sulfate uraneux. 

L eau decompose ce sel et fournit du sulfate basique. 

11 donne des sulfates doubles cristallisables avec les sulfates des alcalis. 

Le sulfate uranique se prepare en traitant 1 azolate par 1 acide sulfurique sous 
1 influence de la chaleur. La liqueur evaporee fournit de petits cristaux qu on 
obtient egalcment en ajoutant de petites quanlites d acide azotique a du sesqui- 
oxyde d uranium ou a de 1 oxyde vert et en traitant ce melange par 1 acide sul 
furique. II se presente, soil a Tetat neutre, soil a Tetat de sel acide. II s unit aux 
sulfates alcalins. 

Les sulfites d uranium sont sans interet. 

Caracteres des sels uraneux. Yeiis, jaunissent en presence des oxydants. 

Alcalis. Precipite rouge-bran. 

Carbonates alcalins. Preeipites verts solubles dans lecarbonated ammoniaque. 

Hydrogene sulfure, sidfhydrate d ammoniaque. Pas de precipite par le pre 
mier, precipite noir par le second. 

Ferrocyanure. Precipite brun clair. 

Sels d or reduits. 

Caracteres des sels uraniques. Jaunes, plusieurs sont solubles dans I alcool 
et Tether, verdissent a la lumiere. 

Alcalis. Precipites jaunes d uranates alcalins. 

Carbonates alcalins. Precipitejaune soluble dans lecarbonate d ammoniaque ; 
les alcalis separent tout Toxyde uranique dc la liqueur ; Tebullition enleve de la 
solution ammoniacale une partie de 1 acide uranique. 

Hydrogene sulfure, sulfhydrate d ammoniaque. Le premier reduit le sel ura 
nique en sel uraneux ; le second precipite lentement 1 uranium a Tetat de sul 
fure d uranyle. 

Ferrocyanure. Precipite brun fonce. RICHE. 

URA.NOPLA.STIE. ANAPLAsxiE DE LA vouxE PALATINE. On designe ainsi 
Tensemble des moyens anaplastiques destines a reme dier aux difformites de 
cette voute (osseuse et membraneuse). 

1. Exposition du sujet. Dans T article ANAPLASTIE de ce Dictionnaire, M. Yer 



68 URANOPLASTIE. 

neuil a trace des difformites en general et des operations qu elles necessitent 
un tableau comparatif qui nous servira de guide dans le present article. 

A la voute palatine comme dans d autres regions, on rencontre les cinq classes 
de difformites indiquees par M. Verneuil. 

1 Difformites par synthese : reunions anormales, adherence du voile du 
palais aux piliers et a la paroi posterieure du pharynx (symphyse staphylo-pha- 
ryngienne); 

2 Difformites par dierese : separations anormales, fentes de la voute palatine 
et du voile du paluis ; 

o DHformites par exerese : perles de substance, perforations traumatiques 
ou palhologiques (syphilis tertiaire, scrofule) ; 

4 Difformites par prothese ou exuberance : exces de substance, tumeurs de 
la voute palatine, hypertrophie de la luette ; 

5 Difformites par he te rotaxie : changements de rapports, procidence de 1 os 
incisif dans le bec-de-lievre complique de fissure de la voute palatine. 

A ces difformites correspondent des operations de meme nom destinecs a les 



cornger. 



1 Anaplaslie par synthese : reunion des parties separees, suture des deux 
moities du voile apres avivement, et de la voiite apres incision ou fracture des 
parties laterales osseuses ; 

2 Anaplastie par dierese : separation des parties reunies, section des adhe- 
rences du voile du palais a la paroi du pharynx ; 

5 Anaplastie par exerese : ablation de parties superflues, extirpation de 
iumeurs, extraction de dents poussees a la voute palatine, excision dela luette; 

4 Anaplastie par prothese : apport de parties nouvelles, fermeture des fentes 
et perforations a 1 aide de lambeaux lateraux, osseux, periostiqueset muqueux; 
pieces artificielles ; 

5 Anaplastie par anataxie ; replacement en sou lieu normal, fracture et 
refoulement en arriere, puis fixation par la suture du bourgeon incisif. 

La plupart de ces anaplasties out dejik ete decrites dans ce Dictionnaire aux 
articles BEC-DE-LIEVRE (replacement du bourgeon incisif), PALAIS (tumeurs; 
adherences du voile du palais a la paroi posterieure du pharynx) ; PALAIS ARTI- 
FICIEL, STAPHYLOPLASTIE et STAPHYLORRHAPHIE. Nous n auiions done a nous 
occuper ici que des difformites par manque ou perte de substance de la voute 
palatine, soit congenitales, soit accidentelles ou pathologiques, et de leur trai- 
tement par la prothese chirurgicale. Mais, comme 1 a fait observer avec raison 
M. le professeur Trelat dans un article re cent, toutes les operations plastiques 
sur le palais pour remedier a ses divisions et perforations peuvent etre ramenees 
a une seule d ou elles derivent : 1 urano-staphyloplastie, dont le type est la 
reparation d une fissure comprenant tout le voile et toute la voute du palais 
jusque pres de 1 arcade dentaire. Les autres fissures moins etendues et les per 
forations pathologiques de la voute ou du voile comportent des operations qui 
ne sont que des diminutifs de la premiere, et qu il est facile de pratiquer quand 
on sait executer celle-ci, en vertu de 1 axiome : qui peut le plus peut le moins. 
G est pourquoi. de meme que dans 1 article STAPHYLORRHAPHIE notre collaborateur 
M. Gayraud a du empieter sur Vuranoplastie, de meme nous serons oblige dans 
certaines parties de cet article de confondre ensemble les deux operations, a 
cause des relations etroites qui existent entre elles. 

Nous allons done exposer d abord les indications et les precedes operatoires 



URANOPLASTIE. 69 

des fissures congenitales de la voute palatine qui s etendcnt le plus souvcnt au 
voile, puis de ses perforations. Quant au manuel opcratoire proprement dit, 
instruments, maniere de passer les fils et de les oter, etc., il a etc suffi- 
samment de crit a 1 article STAPHYLORRHAPHIE. On trouvera d ailleurs la des 
cription dc la plupart de leurs varietes dans 1 cxcellonte monographic do 
M. Rouge (de Lausanne) : Y Uranoplastie et les divisions congenitales du 
palais (Paris, 1871). Nous en mcntionucrons sculemcnt les modifications les 
plus rcccntes. 

II. Indications et conlre-indications de ruranoplaslie. Age auquel il con- 
vient d ope rer. Les cliirurgiens sont a cet egard divises en deux camps : les 
uns, considerant les dangers de mort resultant de la difliculte de [ alimentation^ 
se prononcent pour 1 operation hative, pratique e dans les premiers mois de la 
naissance ; les autres, tenant compte surtout des re sultats fournis par la restau- 
ration de la voute palatine au point de vue de la phonation, preferent 1 operation 
tardive, pratique e lorsque 1 enfant a atteint 1 age de raison. 

L uranoplastie, dit M. Rouge, qui a fait une etude approfoudic de la 
question, ayaut tous les caracteres d une operation d urgence, devrait toujours 
etre pratiquee sur les nouveau-nes. Mais, si Ton refle chit au nombre restreint 
de restaurations palatines faites chez de jeunes enfants et chez des nouveau- 
nes, et si Ton note que les seuls cas de mort survenus a la suite d uue ope 
ration de ce genre out pour objet des enfants du premier age, il faudra conclure 
que 1 uranoplastie est moins benigiie ici que chez les adultes ([ Uranoplastie, 
p. 29). 

M. Ehrmann est d avis qu on ne doit pas operer avant deux ans, a moins de 
circonstonces exceptionnelles; Otto Weber, qu on doit attendre que les enfants 
puissent prendre une nourriture solide et variec ; Rillrotli, Rouge, Simon, etc., 
ont opere dans les premiers jours qui ont suivi la naissance (deux jours, Billroth : 
six jours, Rouge), mais avec peu de succes, il faut en convenir. Rouge et Lan- 
genbeck ont encore invoque, a 1 appui de 1 operation hative, un inconvenient 
assez rare : il s agit de 1 hypertrophie de la langue, qui se developpe d une 
maniere excessive pendant que persisle la fissure, et qr.i en empeche plus tard 
la reunion apres r operation. 

Les partisans de 1 operation hative sont aussi d avis qu il faut re parer la dif- 
formite en plusieurs fois, lorsque celle-ci atteint en meme temps 1 arcade den- 
taire et la voute palatine. 

La premiere operation consiste dans la correction du bec-de-lievre ; que 
celui-ci soit simple ou avec saillie de 1 os intermaxillaire, la reunion de la levre 
superieure a certainement pour resultat d empecher 1 eGartement de s agrandir 
et meme de favoriser le rapprochement des deux parties de la fente maxillaire. 
II est bien entendu que la reunion de 1 arcade dentaire ne pent que favoriser 
davantage ce rapprochement. Gette operation doit etre faite le plus tot possible, 
immediatement meme apres la naissance. Les partisans de 1 iiranopiastie tardive 
admettent egalement cette maniere de proceder. 

La seconde operation, qui comprend la restauration de la voute palatine, est 
pour les partisans de la reparation hative renvoyee a la fin de la premiere 
annee, apres le huitieme mois (Otto Weber, Billroth, Rouge) ; mais la restaura 
tion du voile du palais est remise a un age plus avance, apres sept ans (Langen- 
beck, Billroth, Simon), parce que, d apres eux, la reunion du voile est beaucoup 



70 URANOPLASTIE. 

plus dangereuse que celle de la voute, a cause de la gene qu elle imprimea la 
deglutition et a la facilite avec laquelle s enflamme le pharynx: 

Les partisans de 1 operation tardive, et M. Trelat est de ce nombre, se basent 
sur les dangers de 1 operation pratiquee avant 1 age de sept ans, et sur son 
inutilite, parce que la phonation ne pent se retablir que si elle a ete 1 objet 
d une education speciale avant 1 operation. C est, dit-il, 1 education qui cree 
les grandes differences de langage entre les individus atteints de lesions sem- 
blables ; c est 1 education qui explique comment I mi parle mal avec une petite 
fente, et 1 autre bien ou beaucoup mieux avec une grande fente. C est elle qui 
triomphe des vices de conformation les plus etendus ; elle qui (ransforme la 
parole chez le meme individu, et aui le fait bien parler avec un palais restaure 
dont il ne faisait aucun bon usage depuis plusieurs annees. On apprend a se 
servir d un palais retabli par la suture comme on apprend a se servir d un palais 
artificiel. II faut sonmettre les futurs operes a une education attentive depuis le 
moment ou ils essayent leurs premiers mots jusqu a 1 operation, et reprendre 
ensuite 1 education post-operatoire. 

Le defaut d education de ce genre, ou la mauvaise education, ce qui revient 
au meme, telle serait aussi, d apres M. Trelat, la raison de 1 incertitude dans 
laquelle se trouvent encore beaucoup de chirurgiens sur la valeur et 1 utilite 
des operations pratique es sur le palais. Cette education serait done le moyen 
assure d eviter les de ceptions et de hater le moment de la guerison fonction- 
nelle. G est pourquoi il ne faut pas operer 1 enfant avant l ;ige de raison, et 
pourquoi les operations pratiquees apres cette epoque ont tant de chances de 
donner de bons resultats fonctionnels, toutes choses egales d ailleurs. 

Cependant tout recemment (1885) Morgan, de Londres, tout en proclamant 
la necessite de 1 educatiou vocale apres 1 operation, soutenait que celle-ci pou- 
vait etre faite apres 1 age de deux ans et demi. 

Nous avons dit : toutes choses egales d ailleurs. La reussite depend aussi, en 
effet, de la largeur de la perforation et de celle qu on peut donner aux lam- 
beaux destines a la boucher. Si la division ne comprend qu une partie du voile, 
la staphylorrhapliie suffira ; si elle porte sur tout le voile, jusqu a la voute 
osseuse, ou si elle a atteint une partie de la voute, il faut recourir a I urano- 
staphylorrhaphie, avec formation de lambeaux. 

11 faut aussi tenir compte de la longueur de la division palatine : A mesure 
qu elle augmente, dit encore M. Trelat, les indications deviennent plus dedicates 
a apprecier. La grande longueur de la division est une difficulte, mais n est point 
un obstacle ; tout au plus pourra-t-elle conduire le chirurgien a faire 1 operation 
en deux temps : d abord la partie palatine rapproche e du rebord alveolaire, plus 
tard le reste de la voute et le voile. 

Mais d habitude 1 ecartement des bords s accroit avec la longueur de la divi 
sion. G est alors qu il faut etudier les largeurs compare es de la fente d une 
part, et des deux parties laterales destinees a fournir les lambeaux d autre part. 
G est au niveau de la derniere molaire que ces parties [laterales out ordinaire- 
ment leur plus grande etroitesse. Si celle-ci est telle qu on ne puisse trouver en 
ce point une largeur de 12 a 13 millimetres a donner au lambeau, 1 operation 
se presente dans des conditions defavorables ; si on ne peut trouver que 10 mil 
limetres, il vaut mieux y renoncer. 

Les grandes et larges divisions, celles qui correspondent a un ancien bec-de- 
lievre double, ne peuvent pas etre gueries par 1 operation plastique, et doivent 



URANOPLASTIE. 71 

etre traitees, suivant les cas, soil par les appareils prothetiques, soil par les 
exercices de prononciation sans appareil, car un certain nombre de ces infirmes 
arrivent a parler d une maniere tres-intelligente. 

Autres contre-indications a { operation. Outre les contre-indications tirees 
de 1 age et des dimensions dc la fissure palatine, il en est d autres qui sont 
impose es par 1 etat general da malade, ou par 1 etat local, ou meme par 1 cpoque 
de 1 annee a laquelle on doit operer. 

On comprend racilenient que, lesenfants elantsouvent atteints de fievres erup- 
tives, de diphtheric, etc., et celles-ci laissant apres elles un affaiblissement plus 
ou moins grand de la constitution, cause d insucces pour les operations qui 
cherchent la reunion immediate, on ne puisse pratiquer 1 uranoplastie avant que 
1 etat general soil entierement redevenu favorable a cette reunion. II faut done 
attendre un certain temps, plusieurs mois meme, apres la fin de la maladie, 
pour intervenir. 

Gette predisposition de 1 enfance aux affections eruptives, etc., constitue une 
centre-indication dont il faut tenir grand compte au point de vue de 1 epoquedc 
1 annee ou ces affections sevissent avec le plus d intensite, le printemps et 
1 automne, les mois de mars, avril, octobre et novembre en particulier. On sail 
d ailleurs, depuis les travaux de Paget, Gee, Howard Marsh, etc., que le trau- 
matisme semblc ouvrir une porte d entree a. la scarlatine et a la rougeole, acce- 
lerer leur incubation et hater leur eruption : aussi est-il prudent, chez les enfants 
qui n ont pas encore acquis 1 immunite ;i ces affections par une atteinte ante- 
rieure, de ne pratiquer 1 uranoplastic que dans les mois intermediaires a ceux 
que nous venons de mentionner. 

Les divisions de la voute palatine s accompagnent en general d un etat con- 
gestif, subinflammatoire, de la muqueuse voisine, indiquee par la rougeur d<- 
cette muqueuse, son boursouflcment, des mucosites epaisses, des croutcs, etc. 
De plus, les enfants sont, par leur sensibilite au froid, exposes a contracter des 
angines : il convient done de tenir compte aussi dc ces conditions locales et de 
prescrire pendant plusieurs jours avant 1 operation un traitement soil curatif 
de 1 etat inflammatoire habitucl, soit preventif de 1 anginc possible (repos a la 
chambre). 

Lorsque la perforation palatine est de nature syphilitique ou scrofuleuse, cette 
cause constitue encore une contre-indication a 1 operation, a moins, comme le 
disait encore recemment M. Trelat, que la lesion locale soit entierement cica- 
trisee, et encore faut-il attendre un certain temps, parce qu on voit le plus sou- 
vent seretrecirbeaucoup et quelquefois memeguerir spontanement des solutions 
de continuite tres-larges, consecutives a des alterations syphilitiques ou scrofu- 
leuses, des que les sequestrcs sont detaches. 

Dieffenbach en a 1 un des premiers cite quelques exemples remarquables. 
Un malade, complctement gueri de la syphilis par un autre medecin et a 1 aide 
du mercure, avait au milieu du palais un trou dans lequel on pouvait intro- 
duire la pointe de I indicatenr. Pendant cinq mois, on entretint la suppuration 
des bords, en meme temps qu on faisait porter une plaque. L ouverture se 
ferma completement et la plaque fut vendue a un orfevre. Le point du palais 
occupe autrefois par la perforation donnait au toucher la sensation d une 
ouverture de trepan guerie. 

Une fille de vingt ans presentait a la suite d une carie scrofuleuse une per 
foration du palais au voisinage de 1 arcade alveolaire ; elle etait actuellement 



72 URANOPLASTIE. 

guerie de la maladie primitive. Par I emploi des cauterisations et d un obtura- 
teur, elle fut guerie en neuf mois. 

Un homme bien portant, age de quarante ans, presenlait par suite de syphilis 
un trou d un demi-pouce d ctendue au milieu dc 1 os palatin du cote gauche. Les 
caustiques et un obturateur en or amcnerent la guerison complete en six mois. 

L obturateur, ajoute Dieffenbach, joue un role esscntiel dans le retrecisse- 
ment de ces ouvertures, partie par la pression exercee sur le pourtour, partie 
enentretenant 1 initation et rinttamm&tion(Chirurgiwhe Erfahrungen, 4 e Abth , 
p. 255, 1834). 

II faut encore, comme le recommande M. Verneuil, que lemalade ait suivi un 
traitement specifique pendant un temps suffisamment long, parce que 1 etat con- 
stitutionnel du sujel peut faire manquer la reunion par premiere intention. 
Krimer, Roux, Diday, Pancoast, Baizcau, Verneuil, etc., ont publie des cas 
d insucces dus a cette cause. Nous reviendrons plus loin sur ces insucces. 

III. Me thodes et precedes operatoires. Description et hixtorique. Les di 
vers precedes employes dans 1 uranoplastie font partie des methodes suivantes : 

1 Dissection des parties molles de la voute palatine, suns formation de lam- 
beaux (Roux, procede par glissement) ; 

2 Section simple du voile du palais, avivement et suture. C est le second procede 
employe par Roux dans lescas de division de la voute compliquant celle du voile; 

3" Formation de lumbeaux renverses ou tordus autour d un pedicule (procede 
par renversement ou de Krimer) ; 

4 Formation de lambeaux qundrilateres allonges, libres en avant (Iroisieme 
procede de Roux) ; 

5 Formation de lambeaux periostiques en pont (precedes par deplacement 
lateral) ; 

6 Formation de lambeaux osseux (uranoplastic osteo-muqueuse). 

Cilons pour memoire quelques precedes un peu bizarres, imagines a la verite 
dans des cas tout a fait exceptionnels : un dans lequel Sanson emprunta a la 
face dorsale de la langue un lambeau pour fermer une fissure palatine; un 
autre de Blasius, ou ce chirurgien chercha a boucher une perforation acciden- 
telle an moyen d un lambeau frontal, le nez etant aussi detruit (Cite par 
Rouge, Mem. de 1871, p. 120); un de Dieffenbacb, consistant a emprunter un 
lambeau a la peau des joues; un de Regnoli, oil une perte de substance du 
palais, provenant d une resection du maxillaire inferieur, fut comblee en cm- 
pruntant a la levre un lambeau qui fat renverse en arriere dans la perforation 
(Schmidt sjahrb., vol. XXIX, p. 066, 1856); enfin un deSedillot. ou ce chirur 
gien proposait de disse quer un lambeau de la paroi laterale du pharynx pour 
refaire le voile du palais (Me d. operat., 5" edit., t. II, p. 86, 1866). 

Dans ces dernieres annees, Nussbaum a preconise de nouveau 1 operation de 
Blasius, et, dans un cas de large perte de substance de la voute palatine, delacha 
un lambeau dermo-periostique dans la region froDtale, le renversa et 1 intro- 
duisit dans le nez a la faveur d une incision verticals pratiquee dans Tangle 
naso-genal, de facon a meltre sa face cutanee dans la bouche, puis le sutura au 
pourtour avive de la perforation. C est un nouveau mode d uranoplastie pe rios- 
tique (Deutsche Zeitschr. f. Chir., 1880, vol. XIII, p. 539). 

M. Diday a rapporte de la maniere suivante un aulre procede employe excep- 
tionnellement par Sanson : 



URANOPLASTIE. 75 

Sanson, ne pouvant combler par la suture simple une large division de la 
voute palatine et de la levre, tailla, aux depens du bord le plus exuberant de la 
division labiale, un larnbeau proportionne par ses dimensions a la longueur et 
a la largeur de la rainure palatine, puis il le fixa par la suture fur les cotes 
pre alablemcnt avives de cette derniere solution de continuite. Le succes fut 
complet. Diday ajoute que, si le pedicule du lambeau causait, par sa tension 
sur 1 aile du nez, trop de difformite, il deviendrait par la suite indique de le 
couper, mais seulement apres 1 adhesion definitive des parties, et en procedant 
alors meme par des incisions successives dont on observerait soigneusement 
1 effet sur la vitalite du lambeau autoplastique. Dans ( observation de Sanson, 
le pedicule se rompit de lui-meme (Diday, Des maladies des os de la face, et 
des operations cju elles peuvent ne cessiter, Tli. de cone, d agreg. en chir. Paris, 
1839, p. 25). 

Le premier auteur de ces idees bizarres parait avoir ete sir Astley Cooper qui, 
en 1825, emit une conception pnrement tbeorique qui fait partie d une serie 
de proportions autoplastiques et qui consiste a emprunter aux parties voisines 
les materiaux destines a combler les fentes du palais. G est le premier vestige 
de [ application de lamethode indienne a 1 uranoplastie (Lect. on the Principles 
and Practice of Surgery, vol. II, lect. XXIX, p. 401. London, 1825. Je n ai pu 
consuller cet ouvrage. Je ne le connais que d apres la citation d Kd. Zeis, Die 
Liter atur nnd Geschichte der plastischen Chirurgie. Leipzig, ISli,"), |>. 157. 

1 Dissection des parties molles de la voute palatine, sans formation de lani- 
beaux, apres avivement et placement des fils. En 1822, Uoux imagina un 
precede ingenieux qui ne reussit malheureusenient pas lorsqu il le mil a execu 
tion, ce qui le lui fit abandonner. 

Roux placa d abord, comme pour la staphylorrhaphie, trois points de suture 
sur le voile perfore, et avant de les noucr detacba au niveau de la bifurcation 
de la voute palatine jusqu un pen en deca de cette bifurcation, et de cbaque 
cote dans 1 etendue de trois ou quatre lignes environ, la coucbe de parties 
molles que revet cette voutc palatine, de maniere que les os fussent en 
quelque sorte de nudes. II se servit pour cela de petits couteaux a lame un peu 
longue, etroite et recourbe e pres de la pointe sur Tune des faces, trancbant 1 un 
a droite et 1 autre a gaucbe. En procedant ainsi, dit-il, je voulais rendre plus 
souples, plus extensibles, partant plus susceptibles de rapprochement, les deux 
moilies du voile du palais dans leur partie la plus eleve e. Je voulais aussi tenter 
de rapprocber les parties molles de la voute palatine et de fermer avec elles 
1 espece d ecbancrure formee par les os, ou, si je puis m exprimer ainsi, de com- 
pleter la voute palatine avec les parties molles. 

Les fils places sur le voile du palais, un quatrieme fut place sur les parties 
molles detachees de la voute, puis les bords de la perforation furent avivees 
jusqu au-dessus de ce quatrieme (il, et les ligatures lurent serrees. Les parties 
etaient presque entierement en contact, et pendant vingt quatre beures apres 
1 ablation des fils la reunion se maintint, el Ton ne voyait a la voute palatine 
qu une ouverture assez petite qui aurait pu se remplir de bourgeons cliarnus ; 
mais ensuile les deux moities du voile du palais se separerent completement et 
revinrent a leur etat primitif (Mem. sur la staphylorrhaphie, 1825, p. 68). 

Ce precede, auquel il ne manquait, pour etre parfait, que les incisions libe- 
ratrices laterales, fut, avons-nous dit, abandonne par Roux, puis repris par Mason 
Warren, qui Fa un peu modifie. Apres avoir separe la muqueuse de la voute 



74 URANOPLASTIE. 

palatine, jusque pres des arcades alveolaires, il dissequait celle du voile du 
palais, avivait les bords et, si le rapprochement ne pouvait alors s effectuer en 
entier, divisaitles piliers posterieurs. Au bout de deuxou trois jours, il enlevait 
les sutures. Dans presque tous les cas la reunion a manque a Tangle superieur 
de la fissure. 

Malgaigne a propose, pour remedier a cet inconve nient, dc de coller la 
muqueuse comme a 1 ordinaire, de la separer ensuite des os en avant par une 
incision en fer a cheval, contournant 1 extremite de la fissure a 1 centimetre de 
distance et se prolongeant de chaque cote en arriere, a egale distance de ses 
bords. 11 pensait que le lambeau ainsi separe reculerait de lui-meme sur la fis 
sure osseuse et aiderait a la recouvrir, en meme temps que ses bords s affron- 
teraient plus aisement sur la ligne mediane. Ce precede n a jamais ete applique, 
du moins par son auteur. 

Sedillot avivait et decollait la muqueuse autour de la perforation, et tantot 
laissait a la cicatrisation le soin de la fermer, tantot faisait deux ou trois points 
de suture. Langenbeck et Hulke ont aussi modifie le procede de Roux en decol- 
lant la muqueuse jusqu aux arcades alveolaires. L un reussit, 1 autre echoua. 

2 C est le procede habituel de Roux pour la staphylorrhaphie, auquel il 
ajoutait la section du voile du palais a son insertion palatine (voy. 1 art. ST.V- 

PHYLORRHAPHIE, p. 488). 

5 Formation d un lambeau renverse par rotation autour de son axe, ou tordn 
autour de son pe dicnle. Krimer parait etre 1 auteur de ce procede. En 1824, 
chez un sujet atteint dc division complete du voile et de la voute, sans bec-de- 
lievre congenital, il forma deux lambeaux rectangulaires, a base repondant au 
bord de la fissure, detacha ces lambeaux de la face profonde, puis, les renver- 
sant de dehors en dedans, autour de la base laisse e adherente, il mit en contact 
leurs faces cruentees, les introduisit dans la fissure et les reunit au moyen de 
quatre points de suture. Le succes fut complet, mais Teilinck (Gaz. me d. de 
Paris, 1847, p. 788), Langenbeck, Verneuil, etc., e chouerent par ce procede . 

L observation de Krimer a donne lieu a tant d erreurs, tant pour la date de 
1 operation que pour certains details de celle-ci (par exemple, on besite entre 
1824 et 1827; on rapporte que 1 uranoplastie a ete faite apres la staphylorrha 
phie, etc.), que nous croyons devoir la donner ici en entier. 

Guerison d une gueule-de-loup considerable par la suture dede Graefe mo- 
difie e suivant les circonstances pre sentes. Paysanne, dix-huitans, gueule-de- 
loup de naissance ; la fente arrivait jusqu a 1 arcade dentaire et mesurait dans 
sa plus grande largeur pres d un pouce. 11 n y avail pas de bec-de-lievre, on ne 
pouvait penser ici a une reunion du voile du palais au moyen d un simple rap 
prochement des bords avives de la fente, a cause de 1 ecartement considerable 
de ceux-ci, - car, par 1 emploi de la suture de de Graefe, les fils devaient bientot 
d une maniere certaine, par suite de la forte traction, dechirer les parties molles 
laterales, fortement attachees aux parties dures du palais, si la reunion n eut ete 
meme completement impossible, et alors 1 operation serait restee infructueuse. 

De plus, il ne nous serait plus reste assez de substance apres 1 avivement pour 
fermer la fente; les parties molles devaient etre artificiellemcnt allongees. 

La malade placee comme pour la suture du palais, je fis des deux cotes, a 
quatre lignes des bords de la fente, deux incisions longitudinales aux parties 
molles en allant jusqu aux os. Ces deux incisions se reunissaient en avant a 
angle obtus et se terminaient en arriere aux vestiges encore existants du voile 



URANOPLASTIE. 75 

du palais. A partir de ces incisions, je decollai les parties molles vers le bord 
du palais de facon a obtenir par la deux lambeaux cuneiformes dont la base 
etait en arriere. 

Ecoulement de sang assez considerable, genant la fin de 1 operation et arrete 
par un gargarisme compose d alun dissous dans 1 eau de sauge. 

Alors les lambeaux furent renverses en dedans, de facon que la face palatine 
dc ceux-ci etaient du cote de la cavite nasale. Les deux bords des lambeaux 
s adaptaient assez exactement ensemble. La suture fut alors executee de la 
maniere ordinaire avec mon porle-aiguille. 11 fallut quatre suturos pour former 
toute la fente. Les fils furent serres avec mon serre-no3ud, mais pas trop serres 
parce qu on devait s attendre, apres la mutilation de loute la surface inferieure 
du palais, a une inflammation et a un gonflement considerables. 

Les suites repondirerit completement a nos voeux, car la fente du palais etait 
fermee dans une longueur de deux pouces, et les bords saignants solidement 
reunis. 

Le traitement consecutif n offrit rien de particulier; le gonflement du palais 
fut seulement si considerable au commencement que trois fils durent etre 
relacbes. Mais il furent resserres de nouveau au quatriemc jour. Jusqu au bui- 
tieme jour, la malade recut seulement par jour une tasse de fort bouillon et 
deux lavements du meme liquide. En meme temps je lui laissai de temps en 
temps arroser la boucbc avec line de coction de mauve et de miel rosat. 

Au dixieme jour, la surface palatine nouvelle se couvrit d unc pellicule 
tendre, et, comme la reunion des bords des lambeaux paraissait intime, j enlevai 
la ligature la plus anterieure. Tous les jours un point fut enleve jusqu au der 
nier. La voute palatine etant maintenant tout a fait fermee et guerie, le regime 
ordinaire fut rendu a la malade ; a la ve rite la parole etait toujours indistincte, 
et pas tout a fait comprehensible, mais cependant plus claire qu auparavant. 
Ainsi elle ne pouvait pas prononcer les lettres M, G, K, Cli et Q, vraisemblable- 
ment parce qu elle avail ete hors d etat de s y exercer, etseplaignait, quand elle 
se donnait la peine de le faire, d une tension douloureuse du palais. De meme, 
quand elle buvait, un peu de liquide revenait par le nez, si elle ne se renversait 
pas un peu en arriere ou si elle le faisait precipitamment. La malade fut alors 
perdue de vue, et, quoiqu elle ait promis de donner de ses nouvelles, depuis trois 
ans rien n est parvenu. 

Ceci etablit que 1 operation eut lieu en 1824 (Med. cliir. Beobacht. In Journ. 
de de Graefe et Walther, Bd. X, 1827, p. 6 25). 

Velpeau fit de meme deux lambeaux, mais ils etaient triangulaires et situes 
1 un en avant, 1 autre en arriere de la perforation ; ramenes 1 un vers 1 autre, ils 
furent reunis par un point de suture place a leur sommet. 

Passavant et Pancoast mirent aussi a execution des precedes analogues dans 
des cas de perforation accidentelle ou sypbilitique; nous ne les citons plus 
maintenant que pour memoire. 

Bonfils avait encore, en 1850, dans un cas de perforation du voile, taille un 
lambeau comme dans la me thode indienne et, apres 1 avoir renverse et tordu sur 
son pedicule, I avait fixe autour de la perforation aumoyen de la suture. Blandin 
appliqua ce precede a une perforation de la voute; le lambeau se gangrena ; il 
n tailla un second, et cette fois reussit (Journ. des conn, med.-chir., t. II, 
p. 45). 

4 Formation des lambeaux quadrilateres allonge s. Ce procede, imagine 



76 URANOPLAST1E. 

par Roux pour le traitement des periorations pathologiques, consiste a fairc a 
3 ou 4 millimetres en avanl de la perforation une incision transversals allant 
jusqu u 1 os, et ayant 1 etendue qu on veut donner aux lumbeaux; de cbaquc 
extremite part une incision parallele aux bords de la fissure et allant un peu 
an dela de celle-ci, puis de la ligne mediane, en arriere de la perforation, deux 
autres incisions qui, tracees d arriere en avant, circonscrivent cette perforation 
qu elles avivent, en meme temps que, conduites jusqu a la premiere incision 
trail sversale, elles forment ainsi deux lambeaux quadrilateres a base posterieure 
et adherente. Ces lambeaux decolles des os avec le manche d un scalpel sont 
amenes en contact, reunis par deux points de suture, dont le posterieur est noue 
par la bouche et 1 anterieur ramene par les narines et noue sous la cloison sur 
un petit tampon de charpie. 

Sur cinq cas operes de cette maniere, Roux cut trois succes complets, un 
insucces et un demi-succes. Les trois succes ont ete obtenus, comme 1 insucces, 
pour des perforations sypliilitiqucs; le demi-succes, dans un cas de fissure osseuse 
operee apres la reunion du voile du palais; dans la palatoplastie, un des lam 
beaux se gnngrena. 

Nous n avons pu trouver la date de la premiere operation faite par Roux pour 
remedier a une perforation de la voute palatine par ce precede. Reaucoup 
d auteurs, comme Roux lui-meme, ne la donnent pas, et d autres, comme Se dil- 
lot et Rouge, indiquont 1825. Je ne sais sur quoi ils se basent pour se prononcer 
ainsi. Roux ne donne que la date de sa seconde operation, 1851, mais ne fait 
aucune allusion a celle de la premiere (Quarante cms de pratique chimrgicale. 
Paris, 1854, t. I, p. 255 et 560). 

Signalons ici un precede theorique de palatoplastie imagine en 1852 par Arnal 
(Journal hebdomadaire, t. VIII, 1832, p. 97). 

Dans un chapitre qui porte le singulier titre de Rhinoplastie appliquee aux 
perforations de la voute palatine, 1 auteur s evertue a demontrer, unirjuement 
par des arguments theoriques fort prolixes, la possibility de re parer par 1 auto- 
plastie les perforations de la voute palatine. On se souvient qu a cette epoque 
Roux avail deja pratique la meme operation une premiere fois avant 1831 sans 
succes, et une seconde fois avec succes en 1851. 

Arnal propose de tailler deux lamheaux lateraux quadrangulaires, dontcbacun 
serait capable de recouvrir a lui seul toute 1 etendue de la perforation (p. 105) ; 
la base adherente serait disposee en arriere, I extremite libre en avant ; on les 
reunirait sur la ligne mediane, puis, pour les empecber de tomber sur la langue, 
on pourrait faire des points de suture en avant. Mais on pourrait employer aussi 
une sorte de plaque a ressort, analogue a celle dont on se sert pour comprimer 
le sac lacrymal (ce serait done une espece de bandage herniaire dont la pelote 
serait mise dans la bouche). 

A la rigueur Arnal comprendrait un seul lambeau, retourne comme dans la 
methode indiennc. 

En 1850, Botrel decrivit comme nouveau un precede qui n est autre quecelui 
de Roux : apres avoir detache deux lambeaux a base posterieure restee adhe 
rente, il traversa leur extremite anterieure par une anse de fil qui, attire e par 
le nez, les rapprocha entre eux et des bords de la fistule. La reunion etait com 
plete an bout de six jours. Mais au moment ou la malade a quitte Paris il res- 
tait un tout petit orifice admettant a peine la tige d une epingle (these de 
Paris, 1850, p. 76). 



URANOPLASTIE. 77 

Blandin a aussi invente un precede a lambeaux , qu il a applique avec succes 
dans uncas; malheureusement il a ete rapporte avec trop peu de details clans 
les Annales de the rapenlique de Rognetla, decembre 1846, p. 346. 

Un jeune liomme portait une perforation de la largeur de 1 ongle du petit 
doigt vers le milieu de la voute osseuse du palais, par suite d une affection scro- 
fuleuse ou sypliilitique. Blandin a coupe et disse que deux petits lambeaux de 
la muqueuse palatine, les a rapprochcs et cousus devant la brecbe. La reunion 
s etant operee, la perforation s est Irouvee bouchee. La dissection des lambeaux 
a ete longue et difficile, vu les adherences de la membrane palatine aux aspe- 
rites naturelles des apopbyses de ce nom. 

Mais 1 uranoplastie n a fait de serieux progres que du jour ou on a songe a 
utiliser les proprietes du perioste de la voute palatine et a decoller et mobiliser 
deux lambeaux lateraux capables de remplir completement la perte de substance. 

5 Formation de lambeaux enpont, el fibro-muqueux ou per tost iques. L ad- 
herence du perioste est tellement intinie a la muqueuse palatine, que celle-ci 
ne fait avec lui en quelque sorte qu une seule membrane, et que, en voulant 
decoller l une, on enleve 1 autre du meme coup. Aussi peut-on dire que tons 
les cbirurgiens qui ont forme des lambeaux pour pratiquer 1 uranoplastie out 
fait des lambeaux periostiques. Aussi, lorsqu en 1858 M. Baizeau fit de propos 
delibere 1 uranoplaslie periostique, avait-il ete en realite precede dans cette voie 
par Roux, Dieffenbacb, Mutter, Warren, Avery, Pollock, Field, etc. 

Dieffenbach fit en meme temps 1 uranoplastie a double pont, et il pent etre 
considere comme 1 inventeur de cette methode, qu il decrit ainsi : On fail sur 
les deux cotes de la fente palatine, a deux ou trois lignes de ses bords, une 
incision de la muqueuse allant iusqu a 1 os. Les lambeaux muqueux longiludi- 
naux sont tout a fait detaches des bords osseux, a 1 aide d une pelite rugine ou 
de 1 extremite aplatie du manche d un pelit scalpel, et refoules duns la perfora 
tion. On passe ensuite un ou plusieurs minces fils de plomb a travers les bords 
des lambeaux qui rcgardent la fissure, on en tord un peu les bouts, puis on les 
coupe. Les bords courts sont encore detaches davantage avec la rugine, enfin on 
incise en arriere la muqueuse palatine. Les plaies laterales sont remplies de 
charpie lorsque les fils de plomb sont detacbes par la suppuration . 

Les droits de Dieffenbach a la priorite de cette methode ont ete suffisamment 
defendus par M. Verneuil, pour que nous n ayons pas a y revenir. 

Avery en 1848, Pollock en 1856, Field a la meme epoque, Hulke en 1859, 
puis Bowman ^t Fergusson, ont fait des operations en comprenant le perioste 
dans les lambeaux; mais c est seulement lorsque M. Oilier eut demontre les 
proprietes osteogenes de cette membrane qu on mit plus de soin a sa dissection 
et qu on se proposa de 1 utiliser pour la reparation de la voute palatine. 

La publicntion des observations de Baizeau a la Societe de cliirurgie provoqua 
des reclamations de priorite en faveur de Langenbeck, qui amenerent M. Verneuil 
a se proiioncer en faveur de Dieffenbach ; puis J. Mason Warren reclama pour 
luilemerile d avoir pratique cette operation des 1843; a la verite, son me - 
moire est muet sur la question de la conservation du perioste. mais, s appuyant 
sur 1 adherence intime de la muqueuse a la couchc pe riostique et la difliculte 
extreme qu offre la separation des tissus, il s efforca d etablir que la question se 
trouvait imulicitement resolue (Amer. Journ. of the Med. Sc., juillet 1845, 
2 e ser., vol. VI, p. 257, et oct. 1863, vol. XLVI, p. 305). 

Samuel D. Gross, de Philadelphia, semble aussi reclamer pour lui la priorite. 



78 URANOPLASTIE. 

En 1864, il dit avoir open -, plus de vingt ans auparavant, c est-a-dire vers 1842 
ou 1845, un jeune homme atteint de perforation de la voute palatine, en disse- 
quant de chaque cote un lambeau de la muqueuse et en les n-unissant par plu- 
sieurs points de suture. La reunion fut parfaite en moins d une semaine. Le 
docteur John Warren, ajoute-t-il, a qui on attribue communrment le merite 
d avoir invente cette operation, 1 a aussi pratiquee avec succes. (A System of 
Surgery, 5 e edit., vol. II, p. 486, 1864). 

Cette derniere phrase parait bien vouloir dire que Ton attribue a tort la prio- 
ritc a Warren, et qu ellc appartient a Gross. 

Le precede en double pont consiste a aviver le pourtour de la perforation, en 
enlevant une bandelette etroite de la muqueuse ou en 1 incisant seulement ; a 
former les lambcaux muco-periostiques par deux incisions late rales et a les 
detacher par leur face profonde, de fac.on a les laisser adherents a leur partie 
anterieure et posterieure; on rcunit ensuite leurs boras internes par la suture. 
Dans certains cas on coupe les muscles du voile du palais pour faciliter le rap 
prochement des lambeaux (voy. STAPHYLORRHAPHIE). 

La presence du perioste a la face profonde des lambeaux constitue done le 
caractere particulier de cetle operation, dile operation de Baizeau ou de Lan- 
genbeck. Mais a qui faut-il attribuer 1 idee premiere de cette modification ? Ce 
n est ni aux auteurs auglais, americains ou allemands preciles ; ce n est pas 
davantage a M. Baizeau ni meme a Nelaton, qui d apres M. Baizeau aurait foil 
avant lui quelque chose d analogue, et qui en tout cas avait recommande de con- 
server le perioste dans la resection de la voute palatine pour 1 ablation des polypes 
naso-pharyngiens par cette voie : 1 idee premiere doit etre attribute a M. Oilier 
et son exe cution a M. Langenbeck. La part qui revient a ce chirurgien est d ail- 
leurs assez belle, car sa methode possede surles precedentes les avantages sui- 
vants : conservation facile du perioste et reproduction possible de 1 os ; exe 
cution plus facile et plus sure; chances plus grandes de reussite; chances 
moins grandes d accidents. 

II serait injuste de ne pas attribuer a M. Baizeau une partie du merite accorde 
a M. Langenbeck, car il a beaucoup contribue de son cote a vulgariser la methode 
a double pont en montrant le premier en France tout le parti qu on pouvait en 
tirer. Nous conclurons done avec M. Rouge, tout en re servant 1 ide e principale 
qui revient a M. Oilier, que, si M. Verneuil a pu dire avec raison que la sta- 
phylorrhaphie parait avoir ete decouverte quatre fois au moins, la palatoplastie 
n est pas moins riche en inventeurs. Dieffenbach, Avery, Baizeau, Langenbeck 
(et encore faudrait-il peut-etre y ajouter Warren et S. D. Gross), ont des droits 
presque egaux a la palernite du meilleur mode de reparation des fissures du 
palais (YUranoplastie, p. 23). 

Diverses modifications, inspirees le plus souvent par des cas exceptionnels, out 
ete apportees au precede a double pont. 

En 1872, M. Lannelongue, dans un cas de division .Ires-large, mais ou la 
cloison nasale s implantait sur 1 une des branches de cette division, tailla sur 
cette cloison un lambeau carre adherent par sa base au bord de la perforation, 
a viva 1 jiutre bord et abaissa ce lambeau, qu il fixa par cinq points de suture. 
Cette operation reussit et plus tard la restauration fut terminee par le precede a 
double pont ; il ne resta qu un petit pertuis qui finit par se fermer (Bull. Soc. 
de chir., 1872, p. 566), 

Ward (these de Paris, 1882, p. 15) dit avoir vu employer une fois ce procede 



URANOPLAST1E. 79 

par-M. Trelat a la Charite dans un cas de division totale pour combler la partie 
alveolaire de la fente sans avoir a mobiliser de partie osseuse. Le resultat ne fut 
pas salisfaisant. Rouge avail deja obtenu aussi le meme insucces : Si, dit-il, 
le vomer incline fait saillie dans la division laterale qu il limite en dedans, il 
ne faudrait pas compter, ainsi quc cela m est arrive, sur le revetement fibro- 
muqueux de la cloison du nez : cette membrane est trop mince et trop fine pour 
etre de quelque ulilite (VUranoplastie, p. 94). M. Trelat est e galement de cet 
avis. Cependant M. Lannelongue dit avoir employe ce precede dans cinq cas, et 
avoir toujours eu une reussite complete, grace a la vascularite dc la muqueuse 
nasale (Bull, etme m. Soc. de chir., 1876, p. 469). 

Dans un cas de perforation pathologique de la voute palatine, si large 
qu il n y avait pas assez d etoffe pour pratiquer 1 operation de Langenbeck, 
puisque de toute la voute palatine a gaucbe il ne restait que 1 insertion du voile 
du palais, Rose fit u droite son lambeau en dissequant jusqu aux insertions 
dentaires de la gencive, et a gauche, ou les dents manquaient, decolla la muqueuse 
de la face externe du maxillaire jusqu au fond du vestibule, puis il fit la suture 
en tirant sur les lambeaux. Une partie de la perforation fut ainsi bouchee. 
Dans une seconde operation, Rose tailla un lambeau a la face interne de la 
joue et de la levre supericure, et put ainsi obtenir la guerison de sa malade 
(Arch, de Langenbeck, 1879, vol. XXIV, p. 458). 

M. Rouge a aussi utilise la muqueuse gingivale dans deux cas ou la perfo 
ration pathologique etait tres-rapprochee de 1 arcade alvdolaire depourvue de 
dents sur ce point; il a incise en dehors la gencive, afin d obtenir a ses de pens 
un lambeau convenable qu il lui etait impossible de tailler uniquement dans 
1 etroit espace compris entre la perforation et la limite du palais (Bull, de la 
Soc. vaudoise de med., 1867, p. 8 et 15). 

Dans le but d eviter la gangrene des lambeaux, M. Lannelongue imagina un 
autre procede. II pratiqua, parallelement aux bords de la perforation et a plus 
de 1 centimetre de distance de ceux-ci, deux incisions depassant un peu en avant 
et en arriere les limites de la perte de substance. II decolla ensuite ces deux 
lambeaux a leur bord externe, dans une largeur de 3 a 4 millimetres, de facon 
qu ils adheraient encore au pourtour de la fente dans une largeur de 6 a 8 milli 
metres; sept jours plus tard, il aclieva 1 operation par le decollement complet ct 
la suture. Dans un cas de perforation syphilitique opere de cette maniere, le 
succes a ete parfait. 

Cette methode & uranoplastie par granulation, queRoux appelait autoplastie 
apres formation ou par extension de granulations celluleuses, avait deja eternise 
a execution par un chirurgien americain, Thomas D. Mutter (A Report on the 
Operation for Fissures of the Palatine Vault. Philadelphia, 1845). 

II s agissait d une perforation du cote droit de la voute, pres du voile, ovalaire 
d arriere en avant, et d un peu plus d un demi-pouce dans le sens de son plus 
grand diametre. 

Dans un premier temps, oa fit de chaque cote et a trois lignes environ de 
1 ouverture une incision courbe, penetrant jusqu a 1 os et qui, circonscrivant 
les bords de 1 ouverlure, n en depassait pas les extre mites. Les lambeaux ainsi 
formes furent souleves et detache s des os, et on y engagea un morceau de peau 
de daim pour empecher la reunion des parties divisees. Au bout de six jours, 
les plaies etant couvertes de granulations ; on proceda de meme en avant et en 
arriere de la perforation; celle-ci se trouva ainsi enlouree d une zone de tissu 



80 URANOPLASTIE. 

inodulaire six jours apres ; on reunit alors les bords de la perforation, apree les 
avoir avives et avoir completement detacbe de 1 os sous-jacent les parties molles, 
dont on fit, par quatre incisions dirigees vers le centre, quatre lambeaux 
egaux qu on amena vers le centre de la perte de substance. La reunion fut suivie 
d un succes complet. 

Cette uranbplastie en trois temps, incision des parties molles, granulation de 
voisinage, formation des lambeaux et suture, constitue. comme 1 a demontre 
depuis M. Lannelongue, qui en a donne le mecanisme physiologique et 1 a fort 
simplifie, une melhode autoplastique susceptible d applications plus larges. En 
effel, dit-il, une des causes fre quentes d insucces des autoplasties est le sphacele 
total ou parliel des lambeaux par insufiisance des sources vasculaires dans leur 
pedicule; le danger du sphacele est surtout a craindre lorsque les lambeaux 
sont formes par un lissu pen vasculaire, par des cicatrices, par exemple. Pour y 
remedier, il s est base sur cetle donnee de la physiologic pathologique, d apres 
laquelle de nouveaux vaisseaux se developpent dans chacune des levres d une plaie 
et y creent une circulation suflisante, quoique independantes 1 une de 1 autre. 
Les lambeaux etant formes par les incisions laterales, on les decolle un peu a 
leur face profondc et on les abandonne a eux-memes pendant quelques jours: 
au bout de ce temps (sept jours d apres M. Lannelongue), la circulation etant 
assuree dans les lambeaux, on les detache en entice a leur face profonde et on 
les suture commc dans le precede de Baizeau (Bull, de la Soc. de chir., 1872, 
p. 197). 

Cette crainte de la gangrene des lambeaux a fort preoccupe les chirurgiens. 
Get accident, cause evidemment par 1 insuffisance de ia nutrition des parties 
molles, peut etre prevenu, d apres Langenbeck, Tillaux, etc., si Ton conserve 
dans les lambeaux 1 artere pilatine posterieure. Langenbeck s est propose de 
remplir cette indication en degageant les arteres palatines posterieures, pendant 
le decollemeut des lambeaux, du sillon dans lequel elles rampent avant de pene- 
trer dans 1 epaisseur des tissus. M. Tillaux pense qu on peut y arriver faci- 
lementen pratiquant toujours les incisions laterales tout pres des arcades alveolo- 
dentaires, et parallelement a ces arcades, quelle que soil d ailleurs 1 etendue de 
la perforation (Bull, de the rap., 1872, t. LXXXII, p. 557). 

M. Tillaux propose encore, pour menager 1 etoffe si rare dans cette le sion,de 
ne pas faire 1 avivement; celui-ci est realise par le fait meme du decollement 
des lambeaux et il suffit d affronter exactement leurs bords internes avec un 
peu de soin pour obtenir la reunion, ainsi qu il y parvint dans trois cas. 

M. Trelat n accorde pas a la conservation des arteres palatines la meme im 
portance que MM. Langenbeck et Tillaux. mais en donnant a ses lambeaux une 
largeur de 12 a 14 millimetres il conserve neanraoins les arteres dans leur 
epaisseur. 

Voici comment precede actuellement M. Trelat, qui en principe adopte la 
metliode de Langenbeck, et qui, grace aux nombreuses operations d urano-sta- 
phylorrhaphie qu il a depuis quelques annees pratiquees par les precedes en 
floiible pont, est arrive, en empruntant a chacun d eux ce (jui lui a paru le 
meilleur, a former un precede eclectique bien regie et accessible maintenant a 
tout cbirurgien d une dexterite ordinaire. 

Les malades sont dans la position horizontal, la tete renversee en arriere 
sur le bord du lit. Cette position est ne cessitee d abord par raneslhesie, ensuite 
parce que le sang tombe d abord dans les narines, ou il peut etre eponge, et 



URANOPLAST1E. 



81 



que les bronches et 1 oesophage sont en grande partie preserves de son acces. 
L anesthe sie doit etre totale. La douleur ne joue done plus aucun role dans la 
determination du chirurgien. Celui-ci se place derriere la tete de I opere et, 
pendant toute la duree de { operation, la bouche est maintenue ouverte par un 
baillon (fig. 1) qui e carte les dents de chaque cote et deprime la langue. Le 
champ ope ratoire s etale largement sous les yeux de 1 operateur. 



ft- 




Fig. 1. 



L avivement se fait avec une pince a griffes et un bistouri a lame courte et 
e troite, mais a manche long (fig. 2) ; dans la partie osseuse, 1 incision simple 



fig- 2. 



de la muqueuse le long de la perforalion suffit pour 1 avivemeut complete en ce 
point par le decollement ; pour la partie membraneuse, 11 iaut enlever une ban- 
delette de muqueuse le long et un peu au dela de la fissure. L hemorrhagie, quel- 





Fig. o. 

quefois abondante dans ce premier temps, est facilement arrete e par la compression 
digitale, preferable aux applications de glace et 
a 1 irrigation; on taille ensuite les lambeaux, ce 
qui provoque une nouvelle hemorrhagie aussi 
facile a arreter que la premiere, puis on les 
decolle au milieu et en arriere, jusque pres des 
confms du voile, avec une sorte de spatule etroite, 
legerement courbe, a tranchant mousse sur ses 
bords (fig. 5). Cette spatule est poussee sous le 
lambeau, de dehors en dedans, en rasant 1 os. 
Sa pointe mousse vient faire saillie sous la ligne 
d avivement et on e largit cette voie en arriere ; en 
avant, ou Ton est arrete par la saillie de 1 arcade 
alveolaire, on se sert de deux rugines a double 
courbure, comme Roux, une pour le cote droit, une pour le cote gauche (fig. 4). 
II faut encore, dans les cas de fente staphylienne, detacher les insertions apone- 
DICT. ENC. 5 s. I. 




Fig. 4. 



82 



URANOPLASTIE. 



glisse 



vrotiques du voile au bord du palais osseux; a cet effet, M. TroJat 
sous le lambeau, a travers I incision liberatrice largement b . anle, une petite 
rugine courbee pres de son extremite arrondie ct trancbante par celte extremite 
et par ses bords (fig. 5). Celte rugine est appliquee, comme un crochet, sur le 




bord posterieur du palatin, et sectionne, par dcs mouvements de va-ct-vient, 
toutes les libres aponevrotiques. Des que cette section est complete, chacuu des 
deux Jambeaux peut etre facilement pousse vers 1 autre, comme une main qui 
se rapprocbe par son bord vers la main du cote oppose. Au contraire, tant qu il 
persiste des adlierences, le lambeau se recroqueville vers les fosses nasales et 
semble retenu en un point de ses parties profondes. 

On passe les fils d avant en a me re avec une ;iiguille de Reverdin, d Aubry ou 
de Trelat, plus ou moins courLee ((ig. (1), et on les serrc ensuite. 







Fig. 6. 

Les sutures qui portent sur le palais et la portie e paisse du voile sont faites 
avec du 111 d argent tres-fin et tres-souple, et celles de la luette avec de la soie 
pbeniquee iitie; les premieres travel-sent toute 1 epaisseur du lambeau, les 
secondes, la moitie seulement; 1 aiguille est enfoncee a o ou 4 millimetres du 
bord avive, et cbaque point separe des autres de 8 a 9 millimetres; le dernier 
doit etre situe tout pres de la luette. 

Malgre les difticultes qui resultent de 1 anestbesie, du mainticn de la respi 
ration et de 1 hemorrhagie, 1 operation ne reclame, giice au pcrt ectionaement de 
( instrumentation, pas plus de trente a quarante minutes. 



URANOPLASTIE. 85 

La suture etant solide et les parties affrontees bien souples, les malades 
sont nourris des le soir de 1 operation. On leur donne des aliments reparateurs, 
mais exclusivement liquides. Ces aliments liquidcs, plus ou moins epais, doi- 
vent etre continues pendant dix a douze jours. 

Dans les cas favorables, la guerison est effectuee en quatre jours, les sutures 
sout enleveesdu troisierae au sixieme jour, jamais au dela. 11 faut encore prendre 
des managements pendant une semaine, puis la guerison est complete (Rev. 
de chir., 1885, p. 112, et 1886, p. 89). 

M. Trelat a fait ainsi 61 operations; il a eu 8 a 10 insucces, survenus dans 
les cas ou les lambeaux etaient insuffisants par exces de largeur de la division 
ou par exces de longueur, ainsi que cela lui est arrive dans une gueule-de-loup 
totale avec ancienne ablation du tubercule median (Communication orale). 

Rappelons que M. Verneuil, pour eviter I hemorrhagie qui provient des incisions 
laterales, a pratique celles-ci avec le thermo-cautere (Bull. Soc. de chir., 1X711, 
p. 90), et qu il fixe les fils de la suture avec des tubes de Galli passes apres 
des boutons de chemise. Le meme chirurgien, comme plusieurs autres, ne pra 
tique les incisions liberatrices et ne decolle les lambeaux qu aprcs avoir passe 
les fils et s elre assure, eu essayant de rapprocher les bords avives, de 1 etendue 
qu il faut donner aux incisions et au decollement (t oy. le Memoire de Rouge, 
1871, p. 50). 

Simon n avive qu apres le decollement pour ne point contondre les levres a 
reunir; il ne se contente pas de relacher les lambeaux par les incisions, il rem- 
plit celles-ci pendant Imit jours avec de la charpie ou de 1 e ponge preparee pour 
pousser les lambeaux vers la ligne mediane; il attribue a cet artifice le succes 
de 1 operation en une seule seance. Mais cette pratique n est plus guere usitee 
aujourd hui. 

6 Lambeaux osseux. Uranoplastie oste oplastique. Cette me thode, ima- 
ginee par Dieffenbacb en 1826, consiste a detacher de chaque cote de la division, 
avec la scie ou le ciseau (Wulzer, Langenbeck), ou avec un fort couteau (Biih- 
ring), une scie (G. Simon), une bandelelte osseuse de 6 millimetres de large 
environ, de la mobiliser et de la rapprocher de la ligne mediane. 

Cette methode n a pas donne de resultats complets aux premiers operateurs, 
mais Middeldorpf parait avoir reussi dans un cas. 

Dieffenbacb n ayant pas etc heureux dans lesessais qu il avail ten tes pour bou- 
cher les larges fentes de la voute palatine avec la muquense, a ete ainsi conduit 
a pratiquer sur les animaux quelques experiences sur les os du palais, afm de 
Jes rapprocher ainsi que les bords du voile. 

II pi ojela done, apres avoir detacbe le voile de ses insertions osseuses ante- 
rieures par une incision transversale, de sectionner les os avec la scie a chaine 
de Heyne depuis leur bord posterieur jusqu en avant au voisinage de la fente, 
d apres une ligne courbe suivant 1 arcade alveolaire ; d aviver ensuite le bord 
interne de chaque moitie et d affronter les lambeaux avec la suture d or ou de 
plomb. Des moyens de nutrition suffisanteviendraient encore aux os par en haul. 
On pourrait plus tard voir survenir 1 occlusion des fentes laterales, surtout si on 
venait un peu en aide a la nature. Apres la guerison complete on pratiquerait 
la staphylorrhaphie. 

Quelques experiences sur les animaux paraissaient promettre un bon resultat. 
11 en conclut que de petites ouvertures faites avec le trepan et d un diametre 
de 5 a 4 lignes se ferment bientot toutes seules, surtout quand la muqueuse 



84 URANOPLASTIE. 

n est pas incisee crucialement, mais clivisee par une simple incision, soigneuse- 
ment separee des os et reappliquee sur 1 ouverture osseuse. 

Les ouvertures plus grandes ne se reparent pas, surtout si on a enleve en 
meme temps le revetement muqueux; mais elles se retrecissent par le renfle- 
ment des borcls. Un petit morceau d os implante dans le trou et reconvert de la 
inuqueuse ne s exfolie pas : il forme seulement une eminence en ce point du 
palais. 

Une fente longitudinale de 2 lignes de large, faite avec une petite scie dans 
toute la longueur de la voute palatine chez un chien, se ferma spontanement. 

De ces experiences on peut conclure que des ouvertures assez importantes de 
cause traumatique peuvent se fermer assez facilement, et chez rhomme on 
pourrait peut-etre tenter ce precede dans les cas de larges fentcs de la voute 
osseuse. Mais dans les cas de perforation, par suite de syphilis ou de scrofule, 
de tels essais seraient certainement inutiles et meme dangereux, parce qu on 
aurait a craindre apres eux la pertede toute la voute (Ckirurgische Erfahrungen, 
4Abth , p. 205, 1834). 

Bi mring, apres avoir incise toute 1 epaisseur de la voute osseuse de chaque 
cote de la perforation, introduisait dans Jes incisions de petits coins de bois et 
les maintenait par un fil mctallique fortement tendu; les fragments osseux se 
rapprochaieut ensuite peu a peu, mais dans tleux cas ce chirurgien n obtint que 
des succes parliels. Dans un cas, Loewenhardt ne put meme terminer 1 operation. 
Dans un cas de division laterale de la voute, avec adherence du vomer au 
maxillaire, John Gray detachaavec leciseau une partie du vomer, la fit basculer 
et la fixa a la fissure ; la guerison s ensuivit. 

Simon lit, en 1865, 1 uranoplastie osseuse chez un enfant de vingt semaines 
atteint de fissure du palais et du voile, avec avivement osseux et incision late- 
rale comprenant aussi les os. Trois fils furent places, dont deux a travers les 
os, et enleves Je troisieme jour. Insucces complet. 

Cette operation paraissai I; abandonee s, lorsqn en 1873 et 1874 William Fer- 
gusson rappela 1 attention sur elle en publiant quatre cas dans lesquels elle lui 
avait donne d assez beaux resultats. II apportait d ailleurs a I instrumentation et 
au manuel ope ratoire lui-meme quelques modifications utiles. Les ciseaux a 
osteotomie devenaient alors naoins grossiers, plus maniables, et les lesions 
osseuses plus faciles a guerir. 

Dans le precede nouveau, apres avoir avive les bords de la division un peu 
obliquement, pour avoir de plus larges surfaces d adhesion et s opposer ainsi a 
la tendance des lambeaux a se renverser en dedans, on fait de chaque cote une 
incision parallels jusqu a 1 os, jusqu a la jonclion de la voute palatine avec le 
voile. On introduit dans ces incisions un ciseau a 1 aide duquel on delache peu 
a peu, d arriere en avant, une lamelle osseuse conservant ses parties molles sur 
ses deux faces, et assez large pour que, reunie acelle du cote oppose , elle puisse 
combler la fissure presque en entier. Les deux bords de la fente se rapprochent 
facilement, laissant a droite et a gauche un petit intervalle par lequel on passe, 
a 1 aide d une aiguille courbe a anevrysmes, deux ou trois anses de fil qu on noue 
clans la bouche et qui maintiennent simplement les parties en contact sans 
tirailler les lambeaux. 

Les fentes laterales se remplissent rapidement d os nouveau, dont la produc 
tion tend a reunir solidement les parties sur la ligue mediane. 
La douleur et la reaction locale sont, parait-il, moins marquees que lorsqu on 



URANOPLASTIE. 85 

a recours a 1 ancienne methode. Dans les quatre cas de M. Fergusson, la reunion 
fut parfaite, sauf dans deux cas ou il resta une petite partie de substance qui 
diminua peu a pen par la reunion secondaire (Revue des sc. me d., 1874, 
vol. IV, p. 207). 

M. F. Mason a pratique la meme operation ; une premiere tentative n ayant 
donne qu un resultat imparfait, il recommenca quelques mois plus tard ; pour 
eviter ladil ficulte qu il avail eprouvee a detacher 1 os, il fit, apres avoir pratique 
1 avivement et les incisions laterales, une serio dc perforations sur la ligne sui- 
Tant laquelle Ic ciseau devait agir; la section des parties intermediaires devint 
alors tres-facile (Rev. des sc. me d., 1875, vol. V, p. 518). 

Des cas de succes par le meme precede ont aussi ete publies par Roves Rell 
et W. Rose (the Lancet, 1874, vol. II, p. 857 et 899); Mears (ibid. , 1874, 
vol. II, p. 901). Ce dernier detacha 1 os avec la scie d Adams. 

Henry Smith Ic premier signala quelques accidents consecutifs a I osteotomie, 
la necrose d une partie de lamelle osseuse detachee ct une hemorrhagie consi 
derable qui, chez un de ses operes, fit echouer la reunion (Lancet, 1877, 
vol. II, p. 425). 

M. Lannelongue a pratique 1 uranoplastie osteo-muqueuse dans 8 cas; sur ce 
nombre, il y a eu 5 guerisons, un echec tolal et deux resultats incomplets apres 
la premiere tentative operatoire (Bull, et Mem. de la Soc. de chir., 1877, 
p. 467). M. Th. Anger a pratique 5 fois la palatoplastie par celte mi-tliode et n a 
eu qu un insucces. Le lambeau s etait dechire pendant 1 operation (ibid., p. 484). 
Steamer O Grady a egalement employe cette methode dans deux cas de larges 
fissures congenitales apres guerison d un bec-de-lievre. [/operation reussit par- 
tiellement; il resta a la partie anterieure une petite ouverture qui diminua 
ensuite peu a peu (Med. Press, 1879, vol. XXVIII, p. 79). 

Cette methode est plus specialement applicable aux perforations accidentelles, 
a quelques perforations syphilitiques et aux larges fissures congenitales; pour les 
autres, quelle que soit leur origine, 1 uranoplastie par le procede a double pout 
suffit. 

Edward Woakes a encore imagine une autre methode, combinaison des deux 
precedentes, dans un cas ou il craignait la gangrene des lambeaux par suite de 
faiblesse constitutionnelle du sujet, jointe a la trop grande tension des fils. 
Dans un premier temps, il divisa, a 1 aide d une petite scie a manche et a lame 
tres-etroite, introduite dans la narine, la lame osseuse, saisie par la bouche 
avec une sorte de davier; il scia jusqu a ce que 1 os, non completement divise, 
cedat au point de devenir horizontal ; il en fit autant des deux cotes. La breche 
n etant comblee qu en partie, il forma alors de chaque cole des lambeaux peri- 
ostiques avives et sutures sur la ligne mediane. Le succes fut complet (Med. 
Times and Gaz., 8 nov. 1879, vol. II, p. 526). 

Au point de vue historique, 1 uranoplastie est done une methode the rapeu- 
tique qui date seulement de 1 825. On ne peut en effct, pour trancher les questions 
de ce genre et etablir la priorite, s appuyer que sur des documents imprimes, 
livres au public, parce que seuls ils font foi. Deux documents ayant paru 
en 1825, 1 un en Angleterre et 1 autre en France, nous pouvons par courtoisie 
mettre en premiere ligne Aslley Cooper, qui songeait alors a appliquer la 
methode indienne au trailement des divisions de la voute palatine, mais qui ne 
parait pas avoir jamais pratique une semblable operation. Les litres de Roux 
sont plus serieux, puisqu avant la fin de 1824 il avait mis a execution deux 



86 URANOPLASTIE. 

precedes d uranoplastie dans le traitement des divisions palatines congenitales. 
Unpeu plus tard, entrc!825 et 1831, il en inventaitun troisieme pour les per 
forations palhologiques. 

Krimer imagina et appliqua son procede en 1824, mais ne le publia 
qu en 1827. 

En 182G, Dieffenbach inventait la methode osteoplastique, qui, connue 
seulement en 1834 et peu en faveur jusqu en 1865, fut reprise et perfec- 
tionnee en 1873 par Fergusson et employee en France en 1877 par M. Lanne- 
longue. 

En. 1834 egalement, Dieffenbach faisait connaitre la methode en double pout 
qui, reinventee vers 1843 en Amerique par J. Warren et Gross, en 1848 en 
Anglcterre par Avery, en France vers 1856 et 1858 par Nelaton et Baizeau, 
en 1861 par Langenbeck en Allemagne, devenait des lors, par 1 adjonction du 
periodic dans les lambeaux, due a M. Oilier, la methode de choix pour les 
divisions congenitales et pathologiques de la voute palatine. Les perfectionne- 
ments apportes a cette methode par MM. Tillaux, Lannelongue, Trelat, etc., 
n ont fait qu augmenter le nombre de ses applications et la vulgariser. 

Ltien que les travaux les plus recents, publies en Allemagne sur ce sujet, ne 
daignent pas (J. Wolff, 1886), pas plus d ailleurs sur cette question que sur 
bieu d autres, mentionner les travaux des chirurgiens francais, la part qui revient 
a. ceux-ci est assez belle et assez connue pour que nous ne jugions pas a propos 
de la revendiquer par de plus longs developpements. 

Je n insiste pas sur la comparaison de la prothese mecanique avec 1 urano- 
plastie, ce point ayant ete suffisamment developpe dans les articles STAPHYLOR- 
RHAPHIE et PALAIS ARTIFICIAL. 

IV. Phe nomenes conse cutifs a luranoplastie. Lorsque les sujcts sont 
jeunes, en bonne sante, suffisamment prepares a 1 operation, que 1 anlisepsie 
buccale est faite avec soin, au moyen de nettoyages frequents avec une solution 
de chloral ou d acide borique, la reaction inflammatoire est reduite a son 
minimum; la muqueuse se gonfle toujours un peu, devient violacee d abord, 
puis reprend peu a peu sa couleur, les plaies laterales bourgeonnent, se recou- 
vrent d epithelium, et, au bout de cinq ou six mois, on ne retrouve qu avec 
peine les traces de 1 operation. 

Du cote des fosses nasales, la reparation est plus lente; la plaie en contact 
continu avec 1 air, moins facile a nettoyer, suppure plus longtemps et se couvre 
de croutes qui retardent la cicatrisation. 

A mesure qu ou s eloigue de 1 epoque de 1 operation, les lambeaux deviennent 
de plus en plus resistants, augmenteut d e paisseur et de solidite, et peuvent 
au bout de quelques mois supporter des efforts considerables, bien superienrs 
a la pression exercee par la langue, dont certains chirurgiens ont craint la 
facheuse influence sur la voute nouvelle, puisque M. Rouge s est assure que les 
parties molles de la voute palatine ne se dechiraient que sous 1 influence de la 
raction d un poids de 10 kilogrammes. 

Le point le plus important de la reparation concerne les modifications qui se 
passent du cote du perioste de colle et doublant les lambeaux. Plus on s eloigne 
de 1 epoque de 1 operation, plus les tissus qui bouchent la perte de substance 
acquierent de consistance. Mais, arrivee a un certain point, au bout de deux ou 
trois mois, la consistance reste stationnaire ; elle est fibreuse dans la plupart 



URANOPLAST1E. 87 

des cas, ossense dans d autres, et la nouvelle voute palatine se laisse meme 
facilement traverser par une aiguille. 

On a done ete amene a se demander si, comme 1 indiquait la theorie de la 
regeneration de 1 os par le perioste et comme 1 esperaient les chirurgiens, il y 
avail production d une veritable voule palatine osseuse. 

Les recherclies de M. Oilier sur les proprietes du perioste de la voute palatine, 
tres-importantes a connail.re pour la restauratiou chirurgicale de cette voute, 
lui ont demonlre : que la voute palatine etait parfaitement susceptible d etre 
reproduite par la reunion des deux periostes qui la recouvrent; que cette repro 
duction s effeclue encore lorsqu un seul perioste existe, par exemple, le periosle 
palatin aprcs 1 ablation de 1 os et du perioste nasal. 

Dans ce dernier cas, qui repn sente les conditions de 1 uranoplastie pcriostique, 
la reparation osseuse se fait a la fois par le pourtour de la perforation et par 
la surface dn perioste palatin conserve, et on comprend que les pctites perl ora- 
tions de 4 a 5 millimetres se reparent mieux et plus vite que cellcs qui ont des 
dimensions plus etendues. La lame osseuse est aussi moins epaisse. On ne 
trouve qu une cloison en partic osseuse, en partie ilbreuse, s il y a une large 
peite de substance. Le perioste se trouve ici dans de mauvaises conditions; il 
est tendu et expose a Fair dans unecavite constamment parcournc par re lluide; 
il suppure par consequent, mais il ne perd pas completement ses proprietes 
osteogeniqucs. II se forme a sa surface une couche de bourgeons charnus qui 
fournit du pus, et c est sous cetle couche bourgeonnante, dans 1 opaisscur du 
perioste, que se forment consecutivement les elements osseux... Chez les adultes, 
on ne doit s attendre qu a une lame fibreusc plus ou moins epaisse. Dans deux 
cas, au bout de trois mois, nous n avons trouve qne de petits grains osscux 
dissemine s sur la cloison fibreuse que boucliait la perte de substance; mais ces 
grains osseux etaient dus au perioste lui-meme, et c est le point important a 
constater. Le perioste palalin ainsi isole fournit une lamelle osseuse tres-mince, 
papyracee, le plus souvent incomplete, et c est tout ce qu on peut attendre a 
priori, d apres la tbe orie generale que nous avons exposee sur la production de 
la substance osseuse (Oilier, Traite de la regeneration des os, t. I, p. 282). 

Ces resultals experimentaux paraissent etre contredils par ceux que Langen- 
beck dit avoir constates chcz ses operes. Dans 20 cas de fentes congenitalcs, la 
nouvelle production osseuse fut constatee 8 fois au moyen d aiguilles a acupunc 
ture, alors que la perte de substance avail une largeur de 8 a 11 lignes. 
Dans 10 cas on ne fit pas 1 explo ration, ou bieu les malades s en allerent trop 
tot, ou bien la reparation osseuse a ele incomplete. Mais Langenbeck est le seul 
qui ail annonce d aussi beaux succes. Heyfelder, qui a suivi sa clinique, dit 
d ailleuis qu il n a jamais pu se convaincre de la realite d une occlusion 
osseuse. M. Oilier n a jamais vude reproduction osseuse complete cbez ses operes; 
dans un cas seulement, a la suite d une uranoplastie par perte de substance 
de 12 millimetres de long sur 7 ou 8 de large, il a constate que la partie 
median e pouvait seule etre traversee au bout de trois mois par une forte epingle, 
sur une largeur de 2 a 5 millimetres ; le reste etait aussi dur que 1 os ancien (Rege 
neration des os, t. 11, p. 477). Sedillot n a constate non plus rossification 
chez aucun de ses operes, meme au bout d un an; comme M. Herrgott, M. Ehr 
mann (de Mulhouse) n a pu constater que 1 absence d ossiu cation, quatre mois, 
cinq mois, huit mois, dix-sepl mois et vingt-deux mois apres 1 uranoplastie. 
Billroth et M. Rouge ont ete aussi malheureux dans leurs rechercb.es. 



88 URANOPLASTIE. 

On peut done conserver quelques doutes sur la presence du tissu osseux dans 
les voutes palatines reconstitue es par Langenbeck, d autant plus quo ce chirur- 
gien n a pas vu 1 os nouveau; c est apres 1 exploration pure et simple avec 
1 aiguille ou un instrument introduit par les narines qu il a affirme la pre 
sence de cet os. Mais, comme le fait remarquer M. Rouge, ces investigations 
sont tres-incompletes. Le tissu fibreux offre une forte resistance a la pointe 
d une epingle, comme il a pu s en assurer plusieurs fois par la difficulte qu il 
eprouvait a faire penetrer une aiguille a electrolyse dans des tumeurs fibreuses 
du cou. D autre part, Marmy a cite un cas dans lequel la resistance de la cica 
trice etait si forte au bout de deux mois, chez un cliien, que personne ne dou- 
tait de la regeneration de 1 os, et cependant on n en trouva aucune trace a 
1 examen direct. 11 en fut de meme a 1 autopsie d un sujet auquel Billroth avail 
pratique la resection de la machoire superieure et dont M. Ehrmann fit 1 au 
topsie deux ans apres; la perte de substance etait comblee, mais le tissu nou 
veau ne renfermait pas d os. 

Les experiences sur les animaux n ont pas mieux eclaire la question, comme 
on le voit par la discussion qui eut lieu en 1864 et 1865 a la Societe de chi- 
rurgie, et a laquelle prirent part MM. Verneuil, Oilier, Marmy, Sedillot, etc. 
Ces experiences n ont pas meme confirme le seul point qui a priori parut 
devoir se realiser, a savoir que chez les jcunes animaux on pouvait s attendre 
a voir toujours 1 os se reproduire. Tout ce qu on peut dire, c est que, comme 
M. Oilier 1 a declare, pour mettre d accord les partisans des difierentes opi 
nions, si Ton pfiut conserver quelques doutes sur 1 ossification, on doitadmettre 
qu il se forme une couche resistante qui a la consistance de 1 os et qui en 
tient lieu (Regeneration des os, i. II, p. 475). 

Mais, en realite, on aurait bien tort de faire consister toute 1 importance de 
1 operalion dans la seule regeneration de 1 os. Ce point n est que secondaire, 
quoique tres-important : qu importe que 1 aiguille traverse ou ne traverse pas la 
voute palatine? L essentiel est quecette voute soil solide, etelle I est. Qu importe 
aussi que I ossification parte des bords par irradiation ou qu elle se fasse direc- 
tement par le pe rioste? Que M. Oilier ou M. Langenbeck ait raison, ou qu ils 
aient raison tous les deux? Cela n empeche pas que 1 idee de 1 un et la methode 
de 1 autre aient eonsidLTablement multiplic les services rendus par 1 urano- 
plastie. 

Un des re sultats eloignes de 1 operation, sur lequel insiste M. Rouge, est le 
retrecissement consecutif de la voute palatine allant de 2 a 4 millimetres. 
M. Rouge attribue ce phenomene, signale egalement par M. Ehrmann, a la 
retraction des lambeaux pendant et apres leur cicatrisation, etpense qu il a pour 
consequence d augmenter la resistance et la solidite de la partie restauree du 
palais. 

V. Accidents comecutifs et causes d insucces. Bien que 1 uranoplaslie se com- 
porle dans la plupart des cas avec une grande benignite, et n exige que le repos 
de la cavite buccale et des lavages (voy. STAPHYLORRHAPHIK, soins conse cutifs), 
il esl survenu quelquetois des accidents divers qui ont determine 1 insucces de 
la suture. 

Affections intercurrentes. Chez les enfants, diverses affections intercurrentes 
ont arnene 1 echec operatoire. 

Dans un cas de Billroth, le petit opere, age de quatorze jours, fut atteint 



URANOPLA.STIE. 89 

d une pneumonie qui amena d abord la desunion obtenue de la suture, puis la 
mort audouzieme jour. Rouge vit la meme desunion survenir apres un erysipele, 
une diphtbe rie (p. 74 de son memoire) et une gastro-enterite (p. 53 et 111). 

D autres chirurgiens perdirent de cette facon leurs operes : Simon, d une 
bronchite, d une septicemie causee par la gangrene d un lambeau arrache 
involontairement pendant 1 operation ; Otto Weber, d une broncho-pneumonie. 

Vhe morrhagie, immediate ou consecutive, a, dans plusiours cas, tres-gene les 
chirurgiens. Sur 14 uranoplasties pratiquees par 1 ancien procede, Langenbeck 
eut 6 hemorrhagies, niais sur 42 operations faites par le nouveau il n en cut 
aucune. Simon observa 3 cas d hi morrhagie secondaire sur 21 operes. Pollock 
mentionne uue hemorrhagie considerable dans une urano-staphylorrhaplue qui 
echoua en parlie; c est surtout pour 1 eviter que Langenbeck fliisaitses incisions 
aterales tres en debors. MM. Legouest et Gosselin la considercnt coninie la com 
plication la plus redoutablc non-seulement en tant que perte do sang, mais 
encore a cause des consequences de 1 hemostase; MM. Legouest, Elirmann ct 
d autres ont en effet observe la formation d escbares et la gangrene des lambeaux 
apres 1 application de petits tampons de charpie imbibes dc perchlorure de fcr. 
Cependant d autres chirurgiens, Simon, Richet, etc., ont employe cetle sub 
stance sans accident. 

Une femme operee par M. Verneuil, sans perte de sang notable, s cndormil 
presque aussitot apres et se reveilla au bout d une demi-beure en vomissant 
une quantite de sang evaluee a 5 ou 600 grammes. 

Aussi a-t-on preconise une foule de moyens pour remedier a cet accident. 
Outre les applications de percblorure de fer, Sedillot conseillait celles d cau de 
Pagliari; ce chirurgien a propose aussi, dans le meme but, de faire la reunion 
des lambeaux avec des serre-fmes; M. Rouge, a employe la glace brisee en 
petits fragments, les irrigations d eau froide, pour lesquelles Langenbeck a cru 
devoir inventer une seringue speciale; outre la compression direcle avcc les 
doigts, j ai trouve mentionnee la compression indirecte de la carotide primitive 
et meme la ligature de cette artere, mais je ne sache pas qu elle ait encore ete 
pratiquee; le tamponnemcnt du trou palatin posterieur (Ehrmann). Rouge a 
conseille, lorsque ces moyens auraicnt echoue, de decoller les lambeaux, de pro- 
longer les incisions, d cnlever les sutures, de detacher meme un ties lambeaux 
a son extremite anterieure pour se faire du jour autant que possible et arriver 
a de couvrir la source de riiemorrhagie, afin de s en rendre maitre. Si le sang 
jaillissait du trou incisif ou de 1 un des canaux palatins posterieurs, il pense 
que il ne serait pas difficile de termer leur ouverture avcc un petit boucbon 
de bois ou de gutta-percha ramollie dans 1 eau chaude, ou meme encore avec un 
fragment delaminaria; on pourrait aussi plonger clans leur interieur une aiguille, 
un stylet, rougis au feu. L bemorrhagic suspendue, il faudrait chercher a 
remettre le lambeau a la place qu il occupait; de nouvelles sutures seraient fixees 
et Ton pourrait encore compter sur la reussite de la restauration. 

MM. Willett et Howard Marsh ont realise en partie ce programme dans deux 
cas d hemorrhagie consecutive rebelles a tons les moyens possibles. Us ont 
chercbe le trou palatin posterieur et y ont enfonce une petite chevillc de bois. 
L he morrhagie a ete arrete e ainsi dans les deux cas. Au bout de quelques jours 
la cheville est devenue mobile, puis est tombee d elle-meme. L uranoplastie a 
d ailleurs bien reussi. 

Dans un cas plus recent, M. Gross (de Nancy) eut, au cours d une urano- 



90 URANOPLASTIE. 

staphylorrhaphie, un ecoulement sanguin tres-abondant qu il attribua a la position 
rcnversee de la tete; il achcva 1 operation dans une position moins favorable a 
1 hemorrhagie. 

Gangrene. La gangrene des lambeaux est assez rare, sauf les cas de dechi- 
rure acciclentclle et d hemostase par le perchlorure de fer, que nous venous de 
signaler. On observe plus souvent, lorsque la tension des lambeaux est tres- 
grande, 1 ulceralion du bord interne des larabeaux autour des fils. D apres 
Rouge, 1 endroit le plus delicat de la reunion est celui qui correspond a la 
section des attaches du voile aux os palatins; le fil qui se trouve place sur ce 
point, au sommet de la cloison membraneuse, coupe assez souvent les tissus : il 
faut done le surveiller de tres-pres et le retirer de bonne heure au moindre 
soupcon. 

La necrose osseuse est encore plus rare, Rouge dit ne 1 avoir jamais rencontree; 
nous ne 1 avons trouvee mentionnee que dans les cas de formation de lambeaux 
osseux. 11 pourrait arrivcr, d apres Rouge, que la necrose atteignit de petits 
fragments osseux enleves avec le periostc, si on arrachait avec lui, par la rugi- 
nation, les asperilcs du palais, comme le voulait M. Richet en 1SG5; cette 
pratique a determine dans un cas de M. Ehrmann la formation d un abces par 
necrose de ces asperites. Ilormis ces cas, les abces ne compliquent que tres- 
rarement 1 uranoplaslie. 

Sedillot a signale encore a la suite de 1 uranoplastie une chute des lambeaux 
sur la langue, cause e par leur trop grande mobilite. Cette particularity pouvant 
avoir comme elfet la desunion de la suture, par suite des efforts de la langue, 
pour s en debarrasser, Sedillot a propose pour y remedier de prendre quelques 
jours a 1 avance le moule du palais, et de faire un appareil en gutta-percha, 
prenant son point d attache sur les dents, et maintenant les lambeaux en place. 
Rouge n a jamais vu cet accident, mais il preferait soutenir les lambeaux avec 
une mince lamelle de plomb, maintenue a chaque extremite par un fil melal- 
lique passant par les incisions laterales dans le nez et surtout par les narines; 
les deux fils seraient noue s sur un cylindre de sparadrap appuye centre la sous- 
cloison. 

Forme ogivale dc la voute palatine. Une cause d insucces que nous n avons 
vue signalee nulle part, sauf dans des notes inedites de M. Verneuil, est due a 






t ig. 1. Fig. 8. 

la disposition des deux parties separees de la voute palatine qui, au lieu d etre 
horizontales, sont presque verticales. 11 en resulte que, lorsque les lambeaux 
reunis ont exactement la largeur de la i ente f, f, rien ne s oppose a leur reu 
nion, leurs bords etant en contact immediat avec les bords avives de cette fente 
(fig. 7), mais, lorsque les lambeaux sont un peu trop larges, la partie qui reste 
en dehors de la fente apres la suture forme avec la portion correspondante des 





URANOPLASTIE. 91 

fragments de la route palatine une sorte de sinus (fig. 8, f, I, s) ou s accumulent 
le pus et le mucus nasal; cette accumulation, outre 1 obstacle qu elle apporte a 
1 adhesion entre les lambeaux et la voute osseuse denudee, tend a se faire un 
passage soil en dehors, le long des incisions, soil vers le point le plus declive 
de la suture, point variable suivant la position observee par 1 opere, et c est la 
justement que s observent le plus souvent les echecs dc la reunion immediate. 
Par le procede de Krimer, les lambeaux restant adherents au bord de la perfo 
ration, dans toute leur longueur, le sinus en question n existe pas : aussi ce 
procede semble-t-il convenir surtout aux cas de ce genre; par le procede de 
Langenbeck, au conlraire, il existe forcement lorsque se presentent les condi 
tions dues a la disposition ogivale de la voute palatine et a la largeur trop 
grande des lambeaux ; c est dans ces derniers cas qu il serait indique d attirer par 
les narines un des points de suture, comme dans le procede deRoux, pour mcttre 
entierement en contact les lambeaux et la partie denudee de la voute palatine. 
Langenbeck a conseille du reste, dans les divisions palatines etroites a parois 
verticales, de ne pas faire d incisions laterales ct de laisser les lambeaux, adhe- 
rents en dehors, se continuer avec la muqueuse alveolaire. La fissure se ferme- 
rait alors par le seal abaissement des tissus decolles qui tombent comme une 
petite porte a deux batlants. 

Le procede d E. Woakes conviendrait tres-bien aussi a ces cas; la section 
antero-posterieure de 1 apopliyse palatine du imxillaire rendrait celle-ci borizon- 
tale, en meme temps que la largeur de la breche serait tres-dimintiee; on 
pourrait ensuite terminer 1 uranoplastie [iar le procede en double pout. 

Sans faire allusion ;i cette disposition angulaire de la voute et des lambeaux, 
M. Rouge signale les conse quences lacheuses que peut avoir sur la reunion la 
secretion d un muco-pus tres-abondant, tres-e pais, dans 1 inte rieur et sur le 
plancher des fosses nasales; il voudrait lui donner un libre ecoulement par les 
parties laterales au nioyen d un fil de plomb dont il se sort pour rapprocber les 
lambeaux. A defaut de cette issue, le muco-pus s engage entre les lambeaux, 
s insinue dans la ligne de reunion et glisse entre les iils; ou bien, quand ceux-ei 
sont enleves et que la reunion est obtenue, il s accumule sur la nouvelle voiite 
pour se de verser dans le pharynx par 1 encoche que presentent en arriere les 
tissus rapproche s et decolle ainsi lezitement, iiisensiblement, mais surement, 
les lambeaux. 

II nous semble que, si la surface nasale de la voute nouvelle etait partout 
continue, sans sinus ni encoche, le muco-pus s ecoulerait directemeut soil en 
avant, soit en arriere, et que le principal obstacle a cet ecoulement, qui par suite 
devient un obstacle puissant a la reunion, est precise ment 1 existence (!u sinus 
que nous avons decrit plus haul. L encoche postcrieure rappelee par M. Rouge 
joue evidemment le meme role. 

Syphilis. Gette diathese, cause de beaucoup de perforations pathologiques 
du palais, a aussi dans un certain nombre de cas fait echouer les operations 
plastiques destinees a y reme dier. 

La premiere uranoplastie de Roux, celle dont nous n avons pu trouver la 
date et qui n a pas reussi, a ete faite chez un syphilitique. 

La seconde observation de Krimer, tout aussi peu connue que la premiere, 
nous montre un double insucces du a cette cause. 

Il s agissait d un officier de marine ajant eu une maladie venerienne qui 
avait detruit la plus grande partie de la voute palatine, des cornets inferieurs et 



92 URANOPLASTIE. 

du vomer. On voyait a la voute un trou ovale de i pouce 1/2 de long; le voile 
et 1 arcade dentaire existaient cependant encore. 

Aucun obturateur ne pouvant etre porte a cause des douleurs qu il causait, 
le malade voulut etre opere, bien que Krimer lui repre sentat 1 incertitude du 
resultat; quoiqu il affirmat etre tout a fait libere de la verole grace a un 
traitement regulier par le mercure, son aspect cachectique rendait cette affir 
mation suspecte. 

Les bords etant trop eloignes et trop gonlles pour une simple suture, Krimer 
lit de cliaque cote de la perforation un lambeau en demi-lune par dedoublement 
du palais osseux, les reuversa et les reunit par trois sutures comme precedem- 
nient. La reunion s effectua entre les deux premieres sutures, mais la suppu 
ration survint entre la 2 e et la 3 P ; de plus, le malade souffrit plusieurs jours 
d une violente fievre remittente. On enleva les fils liuit jours apres : il reslait 
une fente etroite, longue de 5/4 de pouce, dont les bords devinrent peu a pen 
calleux. 

Trois semaines apres, la reunion fat encore tentee avec deux points de sutuiv. 
mais en vain, car deux jours apres les bords saignants suppurerent, quoiqu ils 
eussent etc exactement rapproche s, et la fente redevint comme precedemment 
avec ses bords calleux. 

Krimer ne put se resoudre a faire une troisieme tentative operatoire, parce 
qu il etait convaincu que le trailement anterieur n avait pas completement 
debarrasse le malade de la sypbilis, et qu avant 1 operation celui-ci ne voulut 
pas se soumettre a un traitement par les frictions (Memo ire cite, p. 628). 

Pancoast et Diday ont cite cbacun un cas de ce genre (Comp. de chir. prat., 
t. Ill, p. 739). Une operation faite par Baizeau en 1861, pour la meme cause, 
n obtint pas plus de succes. 

M. Laney, en rendant compte du premier travail de Baizeau sur 1 urano- 
plastie, mentionne un e chec qui lui est arrive chez un sypliilitique; il ne donue 
pas malheureusement de details sur les suites de 1 operaliou, et dit seulement 
que 1 indocilite du mahide fut nuisible a 1 aclion des sutures (Union me dicale, 
1859, 2 e serie, t. 1, p. 255). 

11 est bien certain que toutes les operations pralique es cbez les syphilitiques, 
les anaplasties en particulier, n echouent pas, et qu un assez grand nombre 
meme sont suivies de succes. Mais pour celles qui ne reussissent pas il faut 
tenir compte du temps qui s est ecoule depuis la cicatrisation complete de la 
perte de substance et du traitement administre. 

Apres Krimer, Jobert (de Lamballe) est un des premiers qui aient fait celte 
remarque. Chez un malade de Jobert, deux operations plastiques furent pratiquces 
sans succes, parce que le virus syphilitique refusait a la lymplie la plasticite 
necessaire pour que 1 agglutination sefit. La troisieme operation fut couronnee 
de succes, le virus ayant ete detruit par un traitement approprie (Traite de chir. 
plastique, t. II, p. 160. Paris, 1849). 

Bouge mentionne un fait assez analogue, mais attribue I insucces et le succes 
au changement seul du regime. II m est arrive une fois, dit-il, de tenir a un 
regime tres-severe une malade a Inquelle j ava.is fait 1 uranoplastie pour une 
perforation syphilitique; j eus un echec complet; peu api-es, j operai a nouveau 
cette jeune femme qui fut mise a un excellent regime, et cette fois le succes fut 
entier et complet (I Uranoplastie, p. 69, en note). 

M. Verneuil a rapporle un cas du meme genre comme insucces, mais au 



URANOPLA.STIE. 95 

regime fut joint le traitement specifique. Une jeune dame atteinte de perforation 
syphilitique du voile voulut a toute force etre operee; la suture, faite trois 
mois apres 1 accident, echoua, mais sous I influence du traitement general 
la gue rison se fit par reunion secondaire (Mem. de chir., t. I, p. 521). M. Ver- 
neuil, s appuyant sur d aulres fails du meme ordre, pense qu on ne doit tenter 
la reparation des lesions syphilitiques qu apres avoir fait suivre aux malades 
un traitement specifique pendant six mois. 

Mentionnons encore une stomatite aphthcuse survenue apres 1 uranoplastie 
chez nne operee syphilitique de Rouge (p. 74). 

VI. Insucces de la reunion. Operations comple mentaires. L echecd une 
operation d uranoplastie a des consequences variables sur la lesion suivant 
1 etendue de cet echec. Celui-ci peut etre en effet complet, et alors 1 ouverture 
reprend ses dimensions premieres ou meme des dimensions plus grandes, ou 
seulement partiel, et alors 1 ouverture persistante, plus petite que la premiere, 
occupe soil 1 une des extremites, soil un ou plusieurs des points de la suture. 
Lorsque 1 ouverture a repris ses premieres dimensions, 1 etat reste le meme 
en apparence, mais en realite les chances de succes sont moindres parce que 
1 epaisseur des parties molles et leur vascularisation ont necessairement diminue ; 
ces chances sont encore moins grandes, si 1 etendue de la division est augmentee 
par le fait de 1 inflammation, de la gangrene, ou de la retraction des lambeaux. 
On peut neanmoins encore tenter une operation plastique, si 1 etendue des 
lambeaux (12 a 14 millimetres de large) est suffisante. Dans le cas conlraire, 
on peut avoir recours soit a la methode osteoplastique quand la premiere opera 
tion a ete faite d apres la methode muco-periostique, soit a la prothese 
me canique. 

Lorsque 1 ouverture a beneficie partiellement de la premiere operation, on 
pent, si elle est encore assez grande, pratiquer une nouvelle uranoplastie, ou, 
si elle est Ires-petite, favoriser la fermeture par la reunion secondaire. 

Mais, quel que soit le mode d intervention, il faut n y avoir recours qu au 
bout d un temps assez long, lorsque la cicatrisation est terminee et lorsque la 
retraction cicatricielle a rapetisse peu a peu, et autant que possible, 1 orifice 
secondaire; on intervient quand cette retraction parait completement arretee et 
ne fait plus de progres. 

Nous avons vu precedemment que la syphilis etait une cause puissante 
d insucces pour 1 uranoplastie : en presence d un insucces complet, il faudra 
done porter 1 investigation de ce cote. 

Les cauterisations pratiquees dans le but d obtenir sur les bords de la 
division palatine une surface granuleuse susceptible de fermer cette division 
par le mecanisme des plaies angulaires bourgeonnantes, ces cauterisations, 
dis-je, ont ete faites avec des substances diverses. 

De Graefe avait propose 1 acide chlorhydrique, 1 acide sulfurique et la teinture 
de cantharides; N ermek, le nitrate d argent; Dielfenbach reconnaissait une 
grande efficacite a la teinture de cantharides, appliquee tous les jours ou tous 
les deux jours, suivant qu il etait necessaire d apres la tendance plus ou moins 
grande a 1 intlammation ; il repoussait au contraire le nitrate d argent, qu il 
accusait d augmenter la perte de substance; Benoit (de Montpellier) preconisait 
le nitrate acide de mercure; J. Cloquet, le crayon de potasse, dont il touchait 
les angles de la perforation eu espacant les seances de dix, quinze, vingt jours 



94 URANOPLASTIE. 

et plus ; Doniger (d apres Rouge) employait le fer chaud, et Nelaton le cautere 
electnque. 

Une dcs plus belles applications du fer chaud a etc faite par Blandin, qui a 
oblitere ainsi une perforation de la voute palatine assez large pour admettre le 
bout de 1 index, de forme arrondie, dont les bords paraissaient deja converts 
par la muqueuse, ce qui indiquait un arret dans la marche erosive de la 
maladie. Le patient, age de quarante ans, avail eu quelques annees auparavant 
une bleimorrhagie, mais pas de syphilis, et la sante ge nerale etait parfaite. 

Un bouton de feu (cautere rougi a blanc) fut porle sur les bords de la breclie 
osseuse, la tete du malade etant bien Pixee et une compresse humide protegeant 
la langue. Meme operation huit jours apres, puis encore deux cauterisations au 
nitrate d argent. Un bourgeonnemeut extremement abondant se produisit ct 
1 ouverture osseuse se bouclia duns 1 espacc de quinze jours a trois semaines 
(Annales de the rap., vol. II, p. 579, 10 Janvier 1845). 

Ce resultat est assurement tres favorable, mais il ne faudrait pas en conclure 
qu on pourrait obtenir la cicatrisation de toutes les ouvertures admettant 1 index, 
par la cauterisation au fer rouge. Dans un cas, M. Verneuil a employe en vaia 
la teinture de cantliarides si vantee par Dielfenbach et deux cauterisalions avec 
le stylet galvanique (Mem. de chir., t. 1, p. 520), et il est probable que beau- 
coup d autres chirurgiens n ont pas ete plus beureux. 

Dieffenbacli parait encore avoir essaye les scarifications, dont il dit n avoir vu 
aucime utilite; elles avaient souvent pour seiil resultat de cbanger le bord mou 
de 1 orifice en un anneau calleux. 

Si done il restc apres 1 uranoplastie une ouverture qu on ne puisse guerir ou 
songer a guerir par les cauterisations, il faut s adresser a la suture, soil simple, 
soil avec formation de lambeaux. 

Ea resume, 1 uranoplastie parait pouvoir etre faite actuellemenl dans les con 
ditions suivantes : 

1 Dans les divisions congenitales, lorsqu il n existe pas ou qu il n existe plus 
de fissure des levres ni de Tarcade dentaire, a partir de l age de sept a dix ans 
et au dela. 2" Dans les (jerforations traumatiques et pathologiques, lorsque la 
reparation naturelle (chute des parties necrosees ou sphacelees, cicatrisation) est 
terminee depuis assez longtemps pour qu on n attende plus rien d elle, et que 
1 etat general est redeveu satisfaisant. 

Pour les pelites perforations, 1 avivement, le deeollement de la fibro-muqueuse 
autour d elles et la suture peuvent suffire. 

Pour les plus grandes perforations ct pour les divisions congenitales, alors 
que les lambeaux peuvent avoir de 12 a 14 millimetres de large, on joindra a 
1 avivement et au deeollement les incisions liberatrices ; entre 10 et 12 milli 
metres, on peut encore avoir quelques chances de succes. 

Lorsqu on ne pourra donner plus de 10 millimetres de largeur aux lambeaux, 
on aura recours a I osteoplastie, qui permet d employer des lambeaux de 6 a 
10 millimetres et d obturer ainsi des fissures de 12 a 15 millimetres de lar^e. 

Dans des cas exceptionnels, on peut emprunter des lambeaux a la cloison 
nasale, a la face externe de la machoire superieure et meme a la face interne 
de la face et de la levre superieure. 

On peut faire des operations complementaires, apres la cicatrisation des 
operations anterieures, eu decollant les lambeaux du siege qu ils occupent apres 
cette cicatrisation, et en les amenant vers le centre de la perforation. 



URANOPLASTIE (BIBLIOGRAPHIE). 95 

L emploi du baillon, de I aneslhesie, de la position renversee dc la tete, des 
rugines, aiguilles, etc., invente es re cemment et employees par M. Trelat dans 
ses dernieres operations, facilitent beaucoup I liranoplastie. 

Nous n avons conside re, dans cet article, quo les perforations ct les fissures 
unilaterales. Nous ne connaissons en effet, comnie exemple d intervention chirur- 
gicale dans les fissures bilaterales, qu im cas de Langenbeck opere sans succes. 
M. Lannelongue a pense que son precede nasal pourrait etre applique dans cer- 
taines conditions a ces fissures, mais je ne sache pas que re projet ail cte mis 
a execution (th. de Chretien, 1873, p. 82). L.-ll. PETIT. 

BIBLIOGRAPHIE. Voy. celle de 1 article STAPHYLORRHAPHIE pour les indications relatives a 
Beck, Billroth, Diel fenbach, Ehrmann, Fergusson, Krimer, Langenbeck, Nelaton, Passavant, 
Pollock, Rose, Rouge, Simon, Velpeau, Verneuil, Weber, Wutzer, les indications donnees 
au cours de 1 article precedent, et en outre : 

BiiimiNG. Die organische Schliessung des durchbrochenenen harten Gaumrnx vermittelst 
Knochensubslanz, in \Valllter und v. Amman s Journal der Chirurgir, 1850. Bd. IX, Heft 3, 
p. 529. Uu MEME. Deutsche Klinik, 1850, n 43, p. 475. Du MME. Deilrag zur Slap/iylo- 
plastilc. In Allg. med. Cent. Ztg., 1853, p. 345. MIDOELDDORPF. Rapportr dans llericlit iiber 
die chirg.-augenantliche Poliklinikzu lires/au, par (!. Joseph. In Deutsc/t. /ri/xc/ir.fiir /,////. 
Med., \ol. VIII, p. 105. LOWKNMARDT. Deulsclie Klinik, 1857, p. 137. Jonx GIIAY. Cite par 
G.-F. Lane. In London med. Gazette, 1851, vol. XIII, p. 901, cas n 3. AVKRY. Cite par 
Pollock. In Med. Clrir. Trans., 1856, vol. XXXIX, p. 79. FIELD. In Me/I. Times ntid C.ai., 
1856, t. IL p. 196. BOWSUN. Urit. Mcd.Journ., 1859. BAIZKAU. Perforation traumatique 
.de la voute palatine ope re e par un procedd nouveau. In Bull, de la Soc. de cldr., 1858, 
t. VIII, p. 513. Rapport de Larrey a la Societe medicale d emulation. In Union 
medicale, 1" et 5 fevrier 1859, t. I cr , p. 197 et 228. GOSSELIN. Operation dc palatoplastie 
par le precede en double pont. In Bull, de la Soc.de c/iir., 1861, 2 serio, t. II, p. 452. 
LEGOUEST. Nouveau cas de palaloplastie, par M. Bai/eau; remarques sur I hemorrhagie qni 
accompagne cette operation. In. Bull, de la Soc. dc chir. Und., p. 459, et t. Ill, p. 378. 
Discussion. BAIZEAU. Me moire sur les perforations et les divisions de la voute palatine. 
In Arch. gen. de med., 5 serie, t. XVIII, p. 641, 1861. HULKE (J.-AV.). On the closure 
of Clefts on the Hard Palate by Operation. In Med. Times and Gat., 1801, vol. II, p. 213, 
592, et 1862, vol. I, p. 91. LANGKNBKCK. On Uranoplastirs. In Med. Times and C,riz., 1862, 
vol. I, p. 44, 226. -- WEBER. Ibid., p. 463. FIELD (A.-G.). Cleft Palate. In Ibid., p. 57, 
78, 625. POLLOCK. On Uranoplastics. In Ibid., p. 144. - - SHYLY (Ph.-C.). New Knives 
for Cleft Pa/ate. Ibid., p. 583. WOLFF. Die Osteoplaslik in ihren Bezieliungen zur Chi- 
rurgie und Physiologic. In Arch. f. klin. Chir., 1865, vol. IV, p. 183. OTTO WEBER. 
Uranoplastik bei gam kleinen Kindern. In Archiv fur klin. Chir., 1863, t. IV, p. 300. - 
MICHEL. Vranoplastic pour perforation syphilitique. Gue rison avec reproduction osseuse 
tres-probable. In Bull. Soc. de chir., 1863, 2 ser., t. IV, p. 203. Question de prioritc* 
Heyfelder, pour Langenbeck, ibid., t. IV, p. 328; Baizeau, p. 385; Verneuil pour Dieffen- 
bach, p. 408. VERNEUIL, OLLIER, EHRMANN. Uranoplastie periostique. In Bull. Soc.de chir., 
1864, p. 642. SIMON (Gustav). Ueber die Uranoplastik, mil besonderer Berucksichtigung 
der Miitel zur Wiederherstellung einer reinen (nichf, neiselnden)* Sprache. Dantzig, 1864. - 
SEDILLOT. De I oste oplastie par decollement du pe rioste en general et de I uranoplastie 
periostique en particulier.ln Gazette med. de Strasbourg, 1865, p. 50. -- THKLAT. Pala 
toplastie. Ibid., 1866, p. 426. Du HEME. De I uranoplastie dans les divisions congc nilalcs 
du palais et de la voute. In Bull, et mtm. Soc. de chir., 1877, p. 440. CHRETIEN (II). Des 
fissures conge nitales de la voute palatine et de leur traitement. Th. de doct. Paris, 1875, 
n 48. FERGUSSON (Sir Vm.). Successful Treatment of four cases of cleft in the hard palate 
by a new Operation. In the Lancet. 1875, vol. II, p. 784, et 1874, vol. I, p. 298. F. MASON. 
( Un. Remarks on Cleft Palate. In (he Lancet, 1874, vol. II, p. 578, et St-Thomas sIIosp. Rep., 
vol. VII, p. 78, 1876. MARSH (Howard). A Case in which severe Haemorrhage, following the 
Operation for Cleft Palate, was slopped by Plugging the Posterior Palatine Canal. In Trans. 
Clin. Soc. London, 1878, vol. XI, p. 71. TERRILLON. Restauralion du bec-de-licvre unila- 
Wral complique de fissure osseuse avec saillie de Vos incisif. In Arch. gen. de we d., 1878, 
t. CXL1I, p. 513. TRELAT. Comparaison de la prothese et de Voperalion plastiaue dans les 
divisions conge nitales de la voule et du voile du palais. In Congr. period, intern, des Sc. 
med. Geneve, 1878, p. 574. CASELLI (A.), belle emorraggie dclla bocca da lesioni vio- 
lente da operazioni chirurgiche; nuovo istrumenlo per frenarle. In Bull, di Science med. 



96 URANOSCOPE. 

di Bologna, 1878, 6" serie, t. II, p. 899. VANDERVEER (A.). Operation for Closure of Clefts 
of the Hard and Soft palate. New- York, 1878. PASSAVANT (G.). Ueber die Verbesse- 
rung der Sprache nach der Uranoplastik. In Verh. der deutsch. Gesellsch. f. Chir. Berlin, 

1878, t. VII, p. 128, et Arch. f. klin. Chir., 1879, vol. XXIII, p. 771. ROSE (Edm .). Ueber 
den plastichen Ersatz der harten Gaumens am der Lippe. In Arch. f. lilin. Chir., vol. XXIV, 
p. 458. Berlin, 1879. KINGSLEY (N.-W.). Surgery or mechanism in the Treatment of con 
genital Cleft Palate. In New-York Med. Journ., 1879, vol. XXIX, p. 484. GROSS. Opera 
tion d urano-.ttaphylorrhaphie suivie d un succes imme diat et complct. In Rev. mid. de 
I Est. Nancy, 1879, t. XI, p. 247,558. CORIUDI (C-). Uranoplaslica con felice nsultato. In lo 
Sperimenlale. Firenze, 1879, t. XLIII, p. 572. ASHHUKST (J.). Cleft Palate and its Treat 
ment. In New-York Med. Record, 1879, vol. XVI, p. 165. GRADY (E.-S.). Cleft Palate, 
Osteotomy. In Med. Press and Circular. London, 1879, N. S., vol. XXVIII, p. 89. SAEZ Y 
DOMINGO (J.). Restauracion autoplastica de la lovedapalaiina.ln Gac. desan. mil., 1879, p. 247. 
OWES (E.). Remarks on the Treatment of Cleft Palate by Operation. In Med. Times and 
Gaz., 1879, vol. II, p. 259. ANNAN-DALE. On the value of the Dependent Position of the Head 
in Operations on lite Moulh and Throat. In Lancet, 1879, t. I, p. 685. WOAKES (E.). Case 
of Operation for Cleft Palate, Illustrating a New-Method of performing Osteoplasty. In 
Med. Times and Gaz. London, 1879, t. II, p. 526. OMKRMANN. Ueber die Mitt el und Vor- 
schliige zur Herstellung einer normalen Sprache nach gelungener Uranoplastik und Sta- 
phylorrhaphie. Inaug. Disserf. Berlin, 1879. LIEBHECHT (P.). Staphylorrhaphie et urano- 
plastie en une seule seance. Gue rison. In Journ. de me d. de chir.el depharm. de Bruxelles, 

1879, t. LX1X, p. 481. KINGSLEY. A Treatise on oral Deformities as a Branch of Mechanical 
Surgery. New-York, 1880. BASSIXI (E,). Quattro casi di stafilorafia ed uranoplastica co/la 
descrizione di un mcso dilatatore delle mascelle e bassalmgua. In Giorn: di r. Acad. de 
med. d. Torino, 1880, 3S., t. XXVIII, p. 53. BOCCOLABI (A.). Di un otturatore del palato 
e velo pendulc arli/iciale. In Spall anzani. Modena, 1880, t. IX, p. 54. LITTLE et KINGSLEY. 
Case of Hare-lip and Cleft Palate remedied by Operation and Insertion of Artificial 
Palate; Rationale of Imperfect Articulation. In Ann. of Anat. and Surg. Brooklyn, 1880, 
t. II, p. 102. RAWDON (H.-G.). The Operative Treatment of Cleft Palate in Children. In 
Brit. Med. Journ., 1880, t. I, p. 915. REDIER. Aupareils prothetiques de la louche; 
description gene rale, indications, accidents. In Journ. des sc. med. Lille, 1880, t. II, 
p. 365 et 523. SMITH (A.-E.). Cleft of the Hard and Soft Palate closed by Operation 
with Production of bone in the Palate Vault. In Chicago Med. Journ. and Exam., 1880, 
vol. XLI, p. 590. WOLFF (J.). Zur Operation der angeborenen Gaumenspalte. In Arch. f. 
klin. Chir., 1880, t. XXV, p. 887. BOTCHER (R.-G.). Double Complicated Hare-lip, with 
Double Cleft Palate .... cured without Deformity. In Dublin Journ. Med. Sc., 1881, 3 C serie, 
t. LXXII, p. 402. WARD (William). Manuel operatoire de iurano-staphylorrhap/iie. These 
de doctoral. Paris, 1882, n 317. FOURRIER. De la prothese palatine. Th. de doct. Paris, 

1883, n 281. PRINCE (D.). The Bead Suture, a Modification of the Quilled Suture for 
Palatoplasty. In Annals of Anat. and Surg., 1883, vol. VII, p. 142. DC MESIE. Upon pala- 
toplasty with a new Instrument. In Congrcs me d. int. de Copenhague, section de chirurgie. 

1884, p. 198. MAYLARD (A.-E.). An unusual Case of Cleft Palate. In the Lancet, 1883, t. II, 
p. b97. -- GAKRETSON (J -E.). Oral Surgery : A Treatise on the Diseases and Surgery of the 
Mouth, Jaws, Face, Teeth and Associate Parts, 4 d Edit. Philadelphie, 1884. BAKER (H.-A.). 
An improved Appliance in the Physiological Treatment of Cleft Palate (Prolhese}. In Boston 
Med. and Surg. Journ., 1884, t. CX, p. 127. VANDERVEER (A.). Some Remarks on the Subject 
of Cleft Palate. In Med. Record. New-York, 1884, vol. XXV, p. 151. BELLIER (A.). Con 
tribution d I e tude de I urano-staphylorrhaphie et de ses resultats. These de doctnrat. 
Paris, 1884. TRELAT (U.). De la valeur des operations plasliques sur le ]>alais et sur la 
determination de I dge auquel it convient de les praliquer. In Bull, de I Acad. de med. 
Paris, 1884, p. 1764, 1777, et Revue de chirurgie, fevrier 1885, p. 97. DD JIEME. Retablis- 

sement de la parole par la palatoplastie. In Bull, de I Acad. de me d., 1885, p. 153. 

MORGAN (Q.-H.). Operative procedures in Cleft Palate, and their Effects upon the Voice. In 
Brit. Med. Journ., 1885, vol. I, p. 490. LEBEAU et DESCHAMPS. Slaphylorrhaphie, Urano- 
plastie. Liege, 1885. TRELAT. Technique des operations plasliques sur le palais. In Revue 
de chit:, 1886, 11 2. p. 89. WOLFF (J.). Ueber die Behandlung der Gaumenspalte In 
Arch. f. klin. Chir., 1886, vol. XXXIII, p. 159. ,._ P. 

URANOSCOPE. Ainsi que 1 indique leur nom, les Uranoscopes (de ofyavo;, 
ciel, O-XOTTEW, je regarde) sont des poissons qui ont les yeus places sur la partie 
superieure du crane ; chez eux la tete est fort grosse, large, aplatie en dessus, 
recouverte de plaques osseuses chagrinees ; il existe une forte epine a 1 epaule ; 



URBANYA (EAi-x MINKRALES D ). 97 

le museau est court, aplati; la bouclie, qni est protractile, est fendue presque 
verlicalement ; les levres sont bicn developpees et munies de petits tenla- 
cules qui renlcrment des papilles ayant la forme d arbrisseaux ct recevant de 
nombreux filets nervcux Ibtirnis par letrijumeau; on remarquo dans 1 inle- 
rieur de la bonche, an devjuit de la langue, un lambeau iaclile long et elroit 
que 1 animal pent fa ire sorlir a volonlc ; la iente des ouics est lavement ouverle ; 
les pieces articulaires de 1 hyoide et la piece inJerieure de ses conies, qui sont 
ties-developpecs, viennent combler le vide qui se trouve cnlie 1 cxlremile de la 
ceiiiture scapulaire et la mandibule; les maeboires sont garnies de dents cio- 
cliues;le vomer, qui est large, porte des dents en carde ; il existe egalement 
quelques dents sur les palatins ; les rayons brancbiosleges sont au nombre 
de six. 

Les Uranoscopes sont les Poissons acanlhopterygiens appartenant a la famille 
des Trachinidees (voy. PERCOIDES); les vcntrales, jugulaires, sont composees de 
six rayons; les dor^ales, au nombre de deux, sont coni ondues par la base; la 
nageoire anale est bien developpee. C est au genre Uranoscope proprement dit 
qu appartient YUranoscopus scaber Lin. qui se trouve sur nos coles de la 
Medilerranee et que Ton rencontre accidentellement dans 1 Ocean. 

11. -E. SAUVAGE. 

BIBUOGRAPHIE. RONDELET. Ilistoire entiere des poissons, 1558. CUVIEII. r,erj>ie animal, 
t. II, p. 153, 1S29. CimKn et VALENCIENNES. Hisloire nalurelle des poissons, t. Ill, p. 285, 
1 J. MOIIEAU(E.). Hisloire nalurelle des poissons de la France, t. II, p. 90, 1881. E. S. 



URA.Nlf LE. Radical compose, non isole, (U 2 2 ), lequel, s unissant al oxygcne, 
forme lesesquioxyded uranium ; au cblore,aubrome, a 1 iodc, produil le chlnrure, 
le bromure, 1 iodure d uranyle. En admettunt ce radical, on s explique rutionnel- 
lemeut les formules des sels uraniques. I UCHE. 



(JOSEPH). Medccin allemand, ne vers la fin du dix-buitieme siecle, 
se (ixa, apies avoir pris ses grades, a Bernstadt, dans la Ilaule-Lusace, et se 
(it connaitre par des ouvrages estimes sur les accouchemenls, la pathologic 
infantile, etc. II etait mcrnbre d un grand nombre de socieles savantes. En 
1834, il entra a la redaction des Schmidt s Jahrbiicher der Medicin. 
Nousciterons de lui entre aulres : 

I. Der woJdcrfaltrene Kinderarzt, etc. Leipzig:, 1827, in-S. II. Katechismus fur 
Hebammen. Leipzig, 1829, in-l"2. III. Die Lehrsalze der all:jem. Pathologic u 1 herapie 
in katechet! seller Form dargestellt, etc. Leipzig, 1830. gr. iu-8. IV. Gruitdl. und deuLl. 
lieielir. ubcr den Yerlanf. . . ties Sc/iarlac/ts, der M iserii u. Hol/ic/it. (iloc.iau u. Lissa, 18-7, 
in 8. V. Scharlac/t, Itit-Jye llirnlioldenwasseriuclit und Itaulige B> ainie. Leipzig, 1828, 
in-8. VI. Schwdiigerscltufl und Geburl in ilirem naturgem&ssen sowoltl (>ls regelwidrigen 
Veilaufe dargestellt. Leipzig, 18;!8, ui-8. VII. Das Woclienbelt und seine Krankhcileni 
Leipzig, 1828, in-8. L. IL\. 

I RBAXIM (EAUX MIXKRALES D ). Athermales, bicarbonate es ferrugineuses 
faibles, carboniques faibles, dans le deparlement des Pyre nees-Orientalcs, dans 
1 arrondisseraent et a 22 kilometres de Prades, dans la vallee de Gonat, entre 
les rnontagnes de ce nom et sur la rive droite de la petite riviere d Urbanya, 
emergent deux sources dont les griffons sont a 2 kilometres 1 un de 1 autre. 
Leur eau est claire, linipide et transparente, sans odeur, d une saveur franche- 
ment ferrugineuse ; elle est traversee par des bulles gazeuses assez grosses, mais 

DICT. EKC. 5 e s. I. 7 



98 URCEOLAIRES. 

peu nombreuses; sa temperature est de 12, 8 centigrade, celle de 1 air ambiant 
e tant de 17, 8 centigrade. Leurdensite et leur analyse exacte ne sont pas connues, 
on salt seulement qu elles laissent deposer une certaine quantite de rouille sur 
les parois de leurs bassins de caplage et au fond des vases dans lesquels on les 
recoil. Elles sont employees par les personnes du voisinage qui viennent les 
boire le matin a jeun a la dose de qualre a six verres inge re s presque toujours a 
une demi-heure d intervalle, ou aux repas, melees a une certaine quantite de vin. 

La dure e dela cure est d un mois, en general. 

On \\exporte que dans les environs les eaux des deux sources d Urbanya. 

A R. 

URCEOLA. Genre de plantes Dicotyledones de la famille des Apocyuees, 
caracterise par un calice quinquefide a lobes ovales aigus, une corolle ovoi de 
on urceole e, quatre ibis plus longue que le calice, contracted a la base, a 
5 dents dressees, par cinq etamines, enfin, par un disque nectarifere, entier, 
entourant 1 ovaire. Le fruit est forme de deux baies arrondies, lateralement 
comprimees, rugueuses, coriaces et bivalves, avec de nombreuses semences 
reniformes, plongees dans la pulpe charnue des baies. 

Le genre ne contient que peu d especes dont la seule interessante est : 
I Urceola elastica Roxb., plante grimpante de Malaisie, a feuilles opposees, 
ovales oblongues, a petites fleurs verdatres en cymes terminates, panicule es, 
multiflores. 

Toute la plante contient en abondance un latex qui se concrete en caoutchouc, 
et qui fait qu on exploite 1 espece dans 1 archipel Indien. PL. 

BIBLIOGRAPHIE. ROXBURGH. Asiot. res . , 1799, t. 100. EMILICHER. Genera, n 3595. 
DE CANDOLLE (A.). Prodromus, t. VIII, p. 358. BENTHAM et HOOKER. Genera, t. II, p. 167. PL. 

URCEOLAIRE (Urceolaria Ach.). Genre de Lichenaces, du groupe des 
Lecanorides. 

Les Urceolaria croissent sur les rochers, sur les pierres, sur les tuiles des 
toils, quelquefois sur la terre parmi les mousses, plus rarement sur les ecorces 
et les vieux bois. Leur tlialle forme des plaques oblongues ou arrondies, tuber- 
culeuses, composees de petites folioles lobe es, fortement adlie rentes. Les scu- 
telles, de couleur noire, se developpent principalement au centre du thalle; 
elles sont ontourees d un rebord plus ou moins saillant et crenele, constitue par 
le thalle. 

L espece type du genre, [/. scruposa Ach., se rencontre communement en 
Europe sur la terre dans les terrains argileux, plus rarement sur les roches et 
les pierres. C est le Lichen scruposus de Linne et le Patellaria scru]>osa d Hoff- 
mann. Son thalle est d un gris cendre, blancbatre ou jaunatre. II fournit, a la 
teinture, une assez belle couleur rouge. 

L U. calcarea Ach. (Lichen calcareus L.) et I U. Villarsii Ach., un des plus 
beaux Lichens du midi de la France, donnent egalement une matiere colorante 
rouge qui pourrait etre utilisee dans la teinture. ED. LEF. 

URCEOLAIRES. Famille d Infusoires du sous-ordre des Perictriches de 
Stein. Ces animaux ont un corps turbine ou disco ide, a bouche subierminale 
entouree d une spirale horizontale de cils vibratiles; la partie superieure du 
corps acetabuliforme est adhesive et porte une couronne de cils, le reste de la 



URE (LES DEUX). 99 

surface de 1 animal est recouvert tie cils plus fins. Les Urceolariens, doues d une 
grande contractilite, sont tantot libres, tantot momentanement fixes par leur 
extremite posterieure. 

Le genre Urceolaire cree par Lamarck comprenait des Infusoires tres-differents 
qu Ehrenberg a rapporte s a leurs veritables genres : c est ainsi que Lamarck 
rangeait dans les Urceolaires le Peridimum cine turn Ehrbg., I Ophrydium 
versatile Ehrbg., etc. Bory de Saint-Vincent institua nne famille des Urceolaires 
comprenant les Stentors, les Urceolaires proprement dites, des Vorticelles 
detachees de leur pedicule, etc. Ehrenberga supprime le genre Urce olaire et 1 a 
remplace en partie par le genre Trichotlina. Dujardin, dans sa famille des 
Urceolariens, range les Stentor, les Urceolaria, les Ophrydium et les Urocen- 
trum. Les auteurs plus recents, Stein et Saville-Kent, tout en mainlenant le genre 
Urceolaria et la famille des Urceolarides, les ont beaucoup restraints. 

Pour Stein la famille de Urceolarides ou des Trichodinides renferme les 
genres suivants : Trichodina Ehrbg, Urceolaria St., Trichotlinopsi.it St., Gyro- 
coris St., Cijclodina St., Vrocentnnn Ehrbg., Metodiniiim St., Didinium St. 

Saville-Kent place dans les Urceolarides les Cyclochceta, Trichodina, Urceo 
laria. Lichnophora. 

U Urceolaria mitra Stein vit fixe sur la peau d un Turbcllarii 1 , Planariu 
torva. Le Trichodina pediculus Ehbg. se trouve sur les Hydres et quelques 
poissons d eau douce. F. H. 

BIBLIOGRAPHIC. MULLER (O.-F.). Atiinialctila Infusoria, 1756. EIIRENBKIIG. Infusions 
lliicrchen, 1858. DUJAIIDIS. Zoophytes iiifuaoirm, 1841. STEIS. Organismus dcr Infu- 
sionsthici e, 1854. SAVILLE-KENT. Manual of the Infusoria, 1881. -- LANESSAX. Proto- 
zoaires, 1882. F. H. 

I RE (LES DEUX). 

L re (ANDREW). Medecin etchimiste distingue, ne a Glasgow, le 18 mai 1778. 
II commenca ses etudes dans sa ville natale, les continua a Edimbourg et vint 
prendre le diplome de docteur a Glasgow en 1801. 11 se fixa alors dans cette 
ville dans le but d y exercer la medecine, mais ses gouts le portant davanta^e 
vers la chimie et les sciences naturelles, il accepta, en 1804, uue chaire a 
VAndersonian Institution, et y enseigna avec succes la physique et la chimie 
jusqu en 1850. 11 obtint, en 1809, la fondation d un observatoire a Glasgow, 
s occupa d astronomie pendant plusieurs annees ; il porta ensuite son attention 
sur les applications de la chimie a 1 industrie et a la biologie. En 1830, il vint 
a Londres et y devint en 1854 chimiste du Board of Customs. Enfin, il fut 
nomme, en 1822, membre de la Societe royule de Londres. II mourut dans cette 
ville, le 2 Janvier 1857. 

Ure a publie une foule de memoires sur la physique et la chimie dans les 
recueils periodiques. Parmi ses ouvrages, nous mcntionnerons seulement : 

I. A New Systematic Table of the Materia Medico.. Glasgow, 1815, in-8. II. A Dic 
tionary of Chemistry on the Basis of M. Nicholsons, etc. London, 1821,in-8; Edit. 4, ibid., 
18"<0, in-8 . Trad, en franc. : Dictionnaire de cliimie sur le plan de celui dc Nicholson, etc. 
Paris, 1822-1824, 4 vol. in-8. Traductions allemandes, "\Yeimar, 1824-1825; Hannover, 
1825-1833. HI. A Dictionary of Arts, Manufactures and Mines. London, 1859, 1853, 
in-8; trad, allem. Leipzig, 1854-1857, 5 vol. in-S. L. HN. 

Ure (ALEXANDER). Medecin de merite, ne en Ecosse vers le commencement 



400 URKDINEES. 

du siecle, recu docieur a Edimbourg en 1852 (Diss. de cranii noxis), vint a 
Londres, ou il exerea avec succes. II fit des cours tres-suivis sur la palhologie 
ge ne rale et 1 anatomie palhologiqne, au North London Medical School, et devint 
plus lard chirurgien et professeur de clinique chirurgicale au Saint- Mary s 
Hospital, chirurgien consultant au Western General Dispensary, etc. 

Ure etait fellow du College royal de chirurgie de Londres (1843) et de la 
Sociele medico-chirnrgicale, president de la Soeiele Harveienne (1857), etc. 11 
collabora a la Cyclopedia of Practical Surgery depuis 1 857 et, outre des articles 
Sur la nature et le traitement du cancer (London Med. Journal, 1852), 
VEmploi de I iodure de sodium (Lancet, 1859), I Usage du carbonate de 
lithme comme dissolvant des calculs uriques (Pharmacent. Journal, 1845), etc., 
publia : 

A Practical Compendium, of the Matena Medico, with Numerous Formulae adapted to 
the Trra/niftit of Diseases of Infancy and Childhood. London, 1838, in-18; ibid., 1839, in-12. 

L. lh-. 



Groupe de Champignons qui correspond aux Coniomycetes 
de Nees ct aux Epiphytce de Link. 

Lcs Uredinees comprennent un nombre assez considerable de tres-petites 
espeees qui se developpent sous 1 epiderme des feuilles, des tiges ou d autres 
organes des vegelanx inoits ou vivants, en produisant des boursouflures vesicu- 
lilbrmes. Elles linissent loujours par se montrcr au debors et lorment alors sur 
1 epiderme des taches ou des amas de poussiere arrondis on allonges, de cou- 
leur brune ou noire, parfois blanche, jauncourosee. Lour mycelium esl compose 
dc lilamriils cloisonnes, abondammenl ramifies, qui ne s etendent d ordinaire 
que dans les meats intercellulaires, enveloppant de toutes parts les cellules de 
la plante nourriciere, mais n y penetrant pas. 11 donne naissance a deux sortes 
d organes reproducteurs, des spermogonies et des cecidies. 

Les spermogonies sont situees ordinairement sur la lace superieure des 
i. iiilles. Ce sont des conceptacles en forme de bouteille, dont 1 orifice depasse 
les cellules epidermiques, et dans 1 interieur desquels se developpe un grand 
nombre de cellules cylindriques et pointues qui donnent naissance, par segmen 
tation, a de tres-petites spores unicellulaires, en forme de batonnets, appelees 
spermalies. Ces spores soi tent en grande quantite et d une maniere successive 
par 1 orifice des spermogonies et sont toujours melangees a une substance gela- 
tineuse. 

Les secidies au contraire se developpent le plus souvent a la face inferieure 
des feuilles. Elles se presentent en gt ; neral sous la forme de petites coupes 
dont la paroi, nominee pe ridium, est constitute par des cellules bexagonales tres- 
rapprocbees les unes des autres, et dont chacune, en se segmentant, produituno, 
longuerangee de spores ordinairement arrondies et de couleur jaune, disposees en 
chapelcts. Ces spores ne tardent pas a germer ; elles emettent alors des utricules 
simples oj ramifies qui penetrcnt dans les stomates de .la plante nourriciere el 
produisent un mycelium donnant naissance, par segmentation, a des spores 
unicellulaires, globuleuses ou allongees, appelees stylospores, nredospores, 
ou encore spores d e te , parce qu ellcs sont destinees a propager les Uredinees 
pendant 1 e te. Ces stylospores, transportees par le vent, germent comme les 
spores des aacidies, mais le mycelium qu elles produisent donne naissance, 
non-seulement a d autres stylospores, mais encore, et cela seulement en automne, 



UREE. 101 

a d autres spores elites teleutospores ou spores d hiver qui, a part qtielques 
rares exceptions, ne peuvent gcrmer qu apres un certain temps de repos, c est- 
a-dire au printeinps suivant. C est alors qu elles developpent des utricules ger- 
minatives donnant naissance a des sporidies qui, place es dans des conditions 
favorables, produisent un mycelium capable de reprodnire des spermogonies et 
des aecidies. 

Tel est en general le developpement complexe des Uredine es. Mais il exHr 
un certain nombre d especes cliez lesquclles les spermogonies n ont pas etc 
observees, et beuucoup d autres dont on ne connait pas encore Irs secidies. 
D autrepart, les teleutospores ou spores d hiver peuvent se developper, soit sur 
le meme hymenium qui a produit Jes stylospores ou spores d e te, soit sur un 
hymenium special. C est ainsi que dans certaines especcs, le Puccinia graminis 
Pers., par excmple, les aecidies formcnt, sur la forme inferieure des feuilles de 
1 Epine-vinette, i JScidium berberidis Gmel., tandis que les stylospores et les 
teleutospores, qui constituent 1 Credo linear is Pers., naissent exclusivement sur 
les feuilles et les tiges de plusieurs cereales, en formant ce que les agriculteurs 
appellent la rouille des ble s. ED. LEFEVRE. 

UREDO (Uredo Pers.). Genre de Champignons qui a d<mne son nom au 
groups des Ure dinees (HO//. ce mot) et dont les representants se developpent sur 
UM grand nombre de plantes, principalement sur cedes qui vegetent a 1 ombre 
ou dans une atmosphere humide. 

Les Uredo naissent sous 1 epiderme des feuilles et s epanouissent au debors 
sans detruire le lissu interne. Us formcnt des sortes de petites pustules ovules 
ou arrondies, de couleur blanche, brune ou jaunatre, remplies d un grand 
nombre de sporidies globuleuses ou ovales, quelquefois angiileuses. Plus tard, 
1 epiderme de la feuille se dctacbe comme un opercule ou bien se fend en deux 
ou trois lanieres, et les sporidies deviennent libres sous la forme d une poussiriv 
blanche, jaune, orangee, brune ou noire. 

On a decrit un trcs-grand nombre d especes A. Uredo, mais la plupart de ces 
especes ne sont qu une des phases du developpement d aulres types d Uredi- 
nees. C est ainsi que ! [/. suaveolens Pers. est la forme stylosporieime du Puc 
cinia composilarum Schl., parasite de Yllieracium muronnn L. 11 en est de 
meme de l J7. linearis Peri, et de \ U. rubiyo vera DC., qui produisent sur les 
cereales la maladie bien connue des agriculteurs sous le nom de rouille des 
bles, et constituent, le premier, la forme stylosporienne du Puccinia t/ni minis 
Pers., le second, la forme stylosporienne du Puccinia coronata Cord. Ces deux 
dernieres especes d Uredo, ainsi que 1 t. vilmorinea Lev., produisent, certaines 
annees, de grands degats dans les moissons. Us se monlrent sur les feuilles et 
les chaumes des graminees sous 1 apparence d une poussiere tantot jaune ou 
orangee, tantot brune. L ZJ. glumarum Rab. est egalement redoute des agricul 
teurs ; il attaque les glumes du froment etdu seigle, les deforme eten empeche 
le developpement. Kn. LEFEVRE. 



I Equiv. 
UREE. Formules : < ., ru ,. ?n r .. / AzH- 

( Atom. CH Az 2 0=:=CU/ . L uree, qui est le 

principe immediat le plus important de 1 urine, a e te signalee pour la premiere 
lois dans ce liquide, en 1775, pur Rouelle le jeune, sous le nom d extractum 



10-2 UREE. 

saponaceinn urince; elle a etc preparee a 1 etat de purete en 1799 par Fourcroy 
et Vauquelin. 

On la rencontre non-senlement dans 1 urine normale des Mammiferes, et en 
moindre quantite dans celle des oiseaux et des reptiles, mais ausd dans presque 
tous les liquides de 1 economie : le sang, le chyle et la lymphe, la bile, le lait, 
la sueur, la salive, les tumeurs aqueuse et vitreuse de 1 ceil, le liquide de 1 as- 
cite, etc. On en a aussi constate la presence dans les excre ments des chauves- 
souris, les organes des plagiostomes, etc. Elle est la consequence necessaire de 
la destruction ininterrompue des tissus vivants, c est-a-dire des metamorphoses 
successives que la trame organique eprouve sous 1 influence de I oxygene, gaz 
comhurant que les globules sanguins diffusent dans toute 1 economie. Elle 
represents d ailleurs le dernier terme, dans la serie de ces metamorphoses, que 
les matieres organiques azotees subissent dans I organisme, et c est le rein qui 
est charge de 1 expulser comme residu excrementitiel : aussi s accumule-t-elle 
dans le sang, apres 1 ablation des reins, alors que le sang de 1 homme et des 
animaux n en renierme normalement que de faibles quantites. 

D apres Picard, 1000 parties des liquides suivants renferment en uree : 

Jlumeurs de 1 oeil 5,00 

Sueur : 88 

Serosites de vesicatoires 0,60 

Salive 0,55 

Liqueur umnioliquu 0,35 

Bile 0,30 

Liquide dc 1 ascitc 0,15 

Lait 0,15 

L uree prend naissance dans une foule de reactions chimiques : 

Dans le dedoublement, par oxydation, de 1 acide urique et de ses derives, 
ainsi que dans la distillation seche de cet acide (Liebig) ; 

Par 1 action des alcalis sur la creatine ; 

En oxydant 1 oxamide avec 1 oxyde mercurique, jusqu a ce que le melange soil 
tlevenu grisatre (Williamson) ; 

Dans 1 oxydation des matieres albuminoides (Bechamp). 

On 1 obtient synthetiquement par plusieurs precedes : 

1 Par la transformation isomerique du cyanate d ammonium (Wohler); 

2 En faisant reagir le gaz ammoniac sur le gaz chloroxycarbonique (Natanson) : 

C 2 2 CP + iA/H 5 == 2AzH 5 Cl + C 2 H l Az 2 2 ; 

3 En decomposant par 1 ammoniaque 1 e ther carbonique, a la temperature 
de 180 degres (Natanson); 

4 Lorsqu on soumet a une evaporation lente une solution aqueuse d acide 
cyanhydrique (Campani) ; 

5 Fn chauf fant vers 150 degres le carbamate d ammonium : 

G 2 (AzH 3 )O v .AzIl 3 == H 2 2 + C s H 5 Az J O s . 

Cette derniere reaction devoile la nature de 1 ure e : c est un principe mixte, 
amide-alcali, derive de 1 acide carbonique, considers comme un acide-alcool : 
Acide carbonique : C 2 H 2 O i = C 2 (H 2 2 )O i . 
Acide carbamique : G 2 H 3 AzO*= C 2 (AzH 5 )(O v ). 
Amide carbonique (uree) : G 2 (AzH 5 )0 l .AzH 5 H 5 U 2 == C^Az 1 ^. 



UREE. 103 

II en resulte que 1 uree doit se comporter a la fois comme une amine ou 
alcali, et comme un amide. L etude de ses derives demontre en effet qu elle 
peut s unir, d unepart,a certains acides, comme 1 acide azotique; d autre part, 
a plusieurs bases metalliques, comme 1 oxyde mercurique. 

Preparation. Pour retirer 1 uree de 1 urine, on evapore d abord ce liquide 
a feu nu, puis au bain-marie, de manierc a la reduire au dixieme environ de 
son volume, ou plus exactement, lorsqu une petite portion, traitee par 1 acide 
nitrique a 1,42 degre s, se prend en masse cristalline. Arrive a ce point, on y 
ajoute un volume d acide nitrique, bieu prive de vapeurs nitreuses ; on laisse 
refroidir, on egoutte les metaux sur un entonnoir, et on les decolore au besoin 
avec du noir animal lave. Apres purification, on dissout le nitrate d uree dans 
1 eau tiede, on neutralise la dissolution par le carbonate de baryum et on eva 
pore : 1 azotate de baryum rristnllise en premier lieu, tandis que 1 uree, qui 
reste dans les eaux-meres, se depose par unc plus grande concentration. Fina- 
lement, on la fait cristalliser dans 1 alcool, a(in de la de pouiller des dernieres 
traces de sels qu elle peut encore contenir. 

Ce precede etant long et difficile, il est preferable de prcparer 1 uree artili- 
ciellement. A cet effet, on grille un melange de deux parties de ferrocyanurr 
de potassium avec une partie de peroxyde de manganese, les deux corps etant 
bien sees et reduits en poudre fine; on epuise la masse par 1 eau pour dissoudre 
le cyanate de potassium forme, on ajoute du sulfate d ammoniaque sec et on 
separe le sulfate de potassium qui sc separe. On evapore alors au bain-marie, 
en separant de temps en temps les depots de sulfate. Ce produit, amene a sic- 
fite, est repris par 1 alcool bonillant, qui s empare de 1 uree et 1 abandonne a 
1 evaporation (Liebig). 

Proprie tes. Reactions. L uree se present e sous la forme de longs prismes 
droits, a base carree, incolores, stries, doues d une savcur fraicbe, legerement 
amere, rappelant celle du salpetre. Elle est neutre auxreactifs colores. 

A 1 etat de purete parfaite, elle n est pas deliquescente ; toutefois, melee a 
certains sels hydrates, comme le sull ate de soude, elle s empare partielle- 
ment de leur eau de cristallisation, devient molle ou meme tout a fait liquide 
(Pelouze). 

Elle est extremement soluble dans 1 eau, environ son poids a la temperature 
de 15 degre s; elle se dissout dans 5 parties d alcool a 81 degres, et>dans une 
partie seulement du meme vehicule bouillant: elle est a peine soluble dans 
1 ether. 

Elle fond a 152 degres. A quelques degres au-dessus de cette temperature, 
elle entre en ebullition, emet des vapeurs d ammoniaque et de carbonate d am- 
monium, en laissant un residu d amme lide ; entre 150 et 180 degres, ce der 
nier corps est accompagne d acide cyanurique et de biuret. Si 1 operation se 
prolonge, il reste une masse seche, ordinairement grisatre, principalement for- 
me e d acide cyanurique. 

En sa qualite & amide, 1 uree peut fixer les elements de 1 eau, propriete tres- 
importante qui se manifesto dans plusieurs circonstances, dont quelqucs-unes 
presentent nn grand interet au point de vue medical : 

1 Elle se dedouble par hydratation, sous 1 influence de 1 eau seule, a une 
temperature de 140 degres (Pelouze) : 

C- H*Az- 2 +H J 4 = C J V +2 AzH r \ 



104 UREE. 

2 Avec les alcalis, elle se comporte de la meme maniere : il se forme un 
carbonate alcalin et il se degage de I ammoniaque (Proust). 

5 I/urine, abandonnee a elle-meme, netardepas a degager une odeur ammo- 
niacale, a la suite du dedoublement de 1 uree qu elle renferme. 

D apres van Tiegliem, la transformation s opere sous 1 intluence d un ferment 
special, constitue par des chapelets on petits amas de globules spheriques, qui 
sedeveloppentparbourgeonnement et dont le diametre n excede guereO mm ,001o. 

Suivant Musculus, ce ferment n est pas organise, mais se rapproche p!utot 
d une diastase, qui se developpe dans 1 urine. Pour 1 isoler. on precipite par 
1 alcool les urines cpaisses, filanteset ammoniacales. Ainsi obtenu, ce precipite 
est soluble dans 1 eau et fait fermenter rapidement 1 nrine; une temperature 
de 80 degres et les acides ctendus detriment son activate, tandis que 1 acide 
phenique est sans aclion sur lui. 

Dissoute dans 1 eau, 1 uree est decomposee par uu courant de chlore en acide 
carbonique et en azote : 

C 2 H 4 Az 2 2 4- 5C1 2 -f H 2 2 = C 2 V 4- 6HC1 -+- Az 2 . 

Avec 1 uree en fusion, il y a formation d acide cyanurique, d azote, de chlo- 
rure d ammonium et d acide chlorhydrique (YA urtz). 

Les bypocblorites alcalins agisscnl a la maniere du chlore, surtout sous 
I in/luence d une douce cbaleur, c est-a-dire avrc formation d anhydride carbo 
nique et d azotate, reaction qui a etc appliquee par Lcconte au dosage de 1 uree 
dans 1 urine. 

Avec les bypobromitcs, 1 action est encore plus energique, car elle se mani- 
feste a froid : aussi les hypobromites, en solution alcaline, sont-ils utilises pour 
effecluer rapidement ce dosage. 

Comme la plupart des acides, 1 uree manifeste des proprietes bosiques assez 
accusces : elle se combine avec quehpies acides pour former des sels. On con- 
nait un anotate, un cblorhydratc, des pbospbates d uree, etc. Toutefois, elle 
ne s unit ni a 1 acide lactique (Pelouze), m a 1 acide hippurique, ni a 1 acide 
uritjue. 

Eu so ution aqueuse concenlree, elle est attaquee a I ebullition par les acides, 
avec degagement d acide carbonique et formation de sels ammoniacaux (Dumas). 

Avec 1 acide nitrique nitreux, la desiruction est totale, et elle est ramenee a 
I etat d acide carbonique, d azote et d eau : 

C s H*Az 2 J + Az 2 6 C 2 V -+- 2H 2 2 4- 2Az 2 . 

Les chlorures acides rcagissent aiscment sur 1 uree. C est aiusi que le chlo- 
rure aceliquc engendre de I ace tyluree (Zinin) : 

C 2 H v Az 2 2 + CHI 2 2 (HG1) = HC1 + C 4 II 2 2 (C 2 H v Az ? 3 ). 

Les anhydrides d acides monobasiques engendrent des ure es compose es. 
L anhjdride benzo ique, par exemple , donne par fusion de la benzoylure e, 
C u H v 2 (C 5 H l Az 2 2 ). 

Avec quelques chlorures d acide bibasiques, comme le chlorure de carhonvle, 
le chlorure de succinyle, on obtient des diurees, mais cette melhode n est pas 
generale. 

Lorsqu on chauffe un melange d uree et d azotate d argent, tons deux en 



UREE. 105 

solutions aqueuses, on obtient a 1 evaporation de 1 azotate d ammoniaque et du 
cyanate d argent, 1 uree se comportant ici a la maniere du cyanate d ammoniuni 
Wohler); 1 azotate mercm-eux acide, contenant des vapeurs nilreuses, se com- 
porte comme 1 acide azoteux, reaction qui a ete appliquee par Millon au dosage 
de 1 ure e. 

Le permanganate de potassium, en solution concentree et alcaline, oxyde 
egalement 1 uree, en degageant 1 azote partie a 1 etat gazeux, partie a 1 etat 
d azotate alcalin. 

L hydrogene, degage d un melange d acide acetique et de zinc, fournit de 
1 ammoniaque. 

Les aldehydes, ainsi queleurs, derives chlores, le chloral, par exemple, reagis- 
senl sur 1 uree pour former des ureides (Scliiff). Avec 1 acide glyoxylique, il y a 
formation d allantoine ; avec 1 acide pyruvique, d ureides analogues aux derives 
(de 1 acide urique; avec le glycocolle, A acide hydanloique, etc. 

Eniin, avec les alcools, il y a production d ethers allophaniques ct d ///r- 
thanes. G est ainsi que 1 alcool amylique fournit de Y allophanate d amyle el <lr 
[ amylurethane. 

L ure e se combine avec un grand nombre de sels : les cblorures de sodium 
et de mercure, les azotates de calcium, de magnesium, etc. 

I Frmiv r 2 ll i \7 2 D 2 A/FIO 6 

f, , , i ! t T> T* I \ I 111 II -* U .rt^dU . ._, 

SELS D UREE. Azotate duree. Formules : rnt ,,. . A -,, Le 

I Atom. COAz 2 Ir.AzO"fI. 

compose remarquable, decouvert par Fourcroy et Vauquelin, s obtient directe- 
ment en ajoulantde 1 acide azolique a une solution concentree d urce. 

11 est en prismes incolores, brilliints, anliydrcs, acides au papier tournesol, 
peu solubles dans 1 eau IVoide et dans 1 alcool, encore moins dans 1 acide 
nitrique concentre, assez solubles dans 1 eau bouillante. 

11 se decompose vers 140 degros, en degngeant de 1 acide carbonique et du 
proloxyde d azote, tandis que le residu contient de 1 azote d ammoniaque et de 
1 urc e ; a une temperature plus elevee, il se forme nn peu d acide cyanurique 
(Pelouze). 

Chauffe vers 100 degre s, dans 1 alcool absolu, il donne de 1 azotate d ammo- 
nium, de 1 ure lhane et du carbonate d elbyle (Bunte). 

Chlorhydrate d uree. Formules 



Equiv. C 2 ir Az 2 2 .HCl. T , . . 

L uree absorbe 



Atom. COAzHlMICl. 
le gaz chlorhydrique sec; la masse s ecbauffe peu a peu, entre en fusion et se 
transforme finalement en un liquide oleagineux, que Ton maintient fondu tant 
qu il absorbe le gaz ; en cbassant 1 exces de ce dernier par un courant d air, le 
clilorhydrate resle sous forme d une masse cristalliue. 

Expose a 1 air, ce sel absorbe I humidile et se decompose. Chauffe au bain 
d huile, vers 145 degres, il se decompose rapidement en chlorure d ammoniuni 
et en acide cyanurique. 

Dessaignes a decrit un sous-sel, qui resulte de 1 union d une molecule 
d acide avec deux molecules d uree. II cristallise en longues lames, legerement 
deliquescentes; on 1 obtient lorsqu on abandonne sous une cloche, en pre 
sence de la chaux, ses deux composnnts dans les proportions ci-dessus. 



Equiv. 2C s H v Az s O s .C*II l 8 . 

,. r , u ,^ Se prepare en ver- 
Atom. zLUAz-ilMrrrU*. 



Oxalate duree. Formules 

sant un solute d acide oxalique dans une dissolution d nree. 
Prismes incolores, transparents, solubles dans ^5 parties d eau a 25 degres, 



106 UREE. 

plus solubles dans 1 eau bouillante ; il faut 15 parties d alcool a 33 degres pour 
les dissoudre, a la temperature ordinaire. A la distillation seche, on obtient de 
1 ammoniaque, de 1 acide carbonique, de 1 acide cyanurique. 

Cyanate d uree. Formulas : Obtenu a 1 e- 

Atom. LOAz 2 H l .C Az"H0 . 

tat cristallise par Wiedemann en faisant bouillir une solution d uree avec 
1 acide cyanurique. Weltzien en a observe la presence, comme produit secondaire, 
dans la decomposition de I uree par 1 anhydride phosphorique. II se .produit 
egalement lorsque Ton fait arriver des vapeurs d acide cyanique dans de I uree 
fondue, ou lorsque 1 on attaque le biuret par le gaz chlorhydrique, a une tem 
perature de 160 a 170 degres. 

Petites aiguilles clinorhombiques, dont le solute aqueux, traite par un acide, 
precipite de i acide cyanurique. 

Phosphates d uree. Combinaisons qui existent normalement dans certaines 
urines, par exemple, dans celle du pore nourri de son (Lehmann). 

On prepare un phosphate d uree, C 2 H Az 2 2 .PhrF0 8 , en abandonnant dans le 
vide une solution concentree d uree et d acide phosphorique ordinaire. Par cris- 
tallisation dans 1 eau, on obtient de gros cristaux rhomboidaux, accompagnes 
de phosphate acide d ammonium. 

Ce sel est soluble dans 1 eau et dans 1 alcool; il est inalterable a 1 air sec et 
se decompose vers 160 degres. 

(Jn autre phosphate, forme de 2 equivalents d uree pour une molecule d acide 
phosphorique, prend naissance lorsqu on expose dans un lieu sec un melange 
d acide phosphorique et d uree en exces; le solute aqueux se decompose a chain! 
en donnant un residu d acide cyanurique. 

Combinaisons de I uree avec les oxydes me talliques. Ure e argentique. Ce 
derive, qui a pour formule C-H-Ag-Az 2 2 , s obtient en ajoutant 5 parties de 
nitrate d argent a une dissolution alcaline de 2 parties d uree (Mulder); chauffe 
avec de 1 eau, il se decompose. 

Ure e et oxyde mercurique. On a decrit plusieurs Combinaisons de ces deux 
corps : 

1 Le compose C 2 H 4 Az-0 2 ,2HgO, qui se prepare en additionnant peu a peu 
d oxyde mercurique une dissolution d uree chauffee au voisinage de son ebul 
lition. 

II est sous forme d une masse blanche pulverulente. 

2 Le compose C 2 H 4 Az 2 2 .5HgO, qui prend naissance lorsque 1 on ajoute une 
solution de sublime a une dissolution d ure e dans la potasse caustique. 

Precipite blanc, gelatineux, que 1 eau bouillante transforme en une poudre 
grenue, d un jaune rougeatre. 

3 Le compose C-H 4 Az 2 2 .4HgO, qui s obtient a 1 aide d une dissolution alca 
line d uree et d azotate mercurique. II se forme encore lorsque 1 on verse peu a 
peu une solution etendue du sel mercurique dans une solution diluee d uree, 
en ayant soin de neutralise! 1 de temps en temps la liqueur avec de 1 eau de baryte 
ou avec une dissolution etendue de carbonate sodique. II arrive un moment ou 
le precipite, d abord blanc, devient jaune, par suite de la formation d un sous- 
azolate de mercure. Dans cette operation, toute I uree est precipitee, ce qui a 
conduit Liebig a un nouveau dosage de I uree. 

COMBINAISONS SALINES. L uree se combine avec un grand nombre de sels. En 
general, ces Combinaisons sont peu stables. Quelques-unes cependant ne sont pas 



UKEE 107 

alterees dans 1 eau, ni attaquees par les acides azotique et oxalique. Voici 1 enu- 
meration de celles qui ont ete etudiees par Werther, et dont quelques-uncs 
pourraient trouver des applications medicates : 

Azotate d argent et d uree, G 2 H l Az 2 2 .Az0 6 Ag. Sel que Ton obtient en me- 
langeant des solutions d uree et d azotate d argent, a equivalents egaux. 

Gros prismes clinorhombiques, solubles dans 1 eau et dans 1 alcool, se decom- 
posant avec explosion sous 1 influencc de la chaleur. 

Azotate de calcium et d ure e, 5G 2 H Az :! 0" 2 .Az0 6 Ca. Crislaux brillants, qui 
se preparent en melangeant les solutes alcooliques des deux gene rateurs. 

L acicle azotique est sans action sur leur solution, mais 1 acide oxalique pre- 
cipite de 1 oxalate de calcium et de 1 oxalate d uree. 

Azotate de magnesium et d uree, 2G 2 H f Az 2 2 .AzO G Mg. Sel qni se prepare 
comme le prece dent, par 1 intermediaire de 1 alcool. 

Gros prismes clinorhombiques, brillants, fusibles sans decomposition a 
85 degres. 

Azotate de mercure et d uree. D apres Liebig, on pcut obtenir avec ces 
deux corps trois composes differents, suivant que Ton opcre avec des dissolu 
tions etenducs ou concentrees, additionuues ou non d acide azotique : 

1 C 2 H t Az 2 2 .AzAgO + HgO.Aq. 

Obtenu en versant une solution d azotale d uree dans une dissolution d azotate 
mercurique moyennement concenlree et additionnee d acide azotique jusqu a 
ce qu il se manileste un leger trouble. La liqueur apres filtration, ybandonne c 
a elle-meme, laisse deposer avec le temps des tablettes brillantcs, transparentes, 
rectangulaires : 

2 C^ Az^O^AzAgO 6 -h 2HgO. Aq. 

On ajoute une dissolution d uree a une dissolution etendue d azote mercu 
rique, tant qu il se forme un precipitc; vers 40 a 50 degres, ce dernier se con- 
vertit en paillettes hexagonales, qui sont melangees au corps precedent, ainsi 
qu au suivant : 

5 CWAzSQ.AzAgO 6 -f- 5 HgO.Aq. 

Se precipite lorsqu on traite a chaud un solute d urce p;ir une solution 
tres-etendue d azotate mercurique. 

Poudre blanche, formee de petites aiguilles grouptBes concentriquement. 

Azotate de sodium et d uree, C 2 H 4 Az 2 2 .ciNa-h H 2 2 . Prismes clinorhom 
biques, un peu deliquescents, fusibles a 60-70 degres, tres-solubles dans 1 eau, 
decomposables en partie par 1 alcool absolu. 

Chlorure mercurique et ure e, G 2 H 4 Az 2 2 .2HgCl. Gristaux nacres, fusibles 
a 126-128 degres, peu solubles dans 1 eau fraiche, decomposables dans 1 eau 
bouillante. 

L uree ne parait pas susceptible de s unir aux azotates de potassium, de 
baryum, de strontium, ni aux chlorures de baryum, de potassium et d ammo- 
nium; avec le chlorure de strontium, on a signale 1 existence d une combinaisou 
tres-deliquescente. 

UREES COMPOSKES. Au lieu de combiner une molecule d acide carbonique 
avec deux equivalents d ammoniaque, avec elimination de deux molecules d eau, 
ce qui fournit 1 uree ordinaire, on pent unir le meme acide avec un equivalent 
d ammoniaque et un equivalent d une base organique, toujours avec separation 



108 UHEIDES. 

de deux molecules d eau, ou meme avec deux equivalents d une base organique: 
les corps qui en resultent out recu le nom d ure es compose es. La plupart 
d entre elles ont ele etudiees par Hofmann et par Wurtz. 

Les ure es composees, derivant de 1 ammoniaque et d une base organique, se 
preparent par la reaction de 1 acide cyanique sur celte derniere, comme 1 uree 
normale : 

Uree : G 2 AzII0 2 + AzII 5 =G 2 H(AzH 3 )Az0 2 . 

Phenyluree : C 2 AzH0 2 

Ethyluree : C 2 AzII0 2 

On a aussi donne le nom d urees composees aux corps qui resultent de la 
combinaison de 1 uree avec les acides, moins les elements de 1 eau; on designe 
plus specialement ces nouvelles combinaisons sous le nom d ureides. 

BOURGOIN. 

r it i : i !>!:*. Les sels d uree peuvent perdre les elements de 1 eau pour 
engendrer les amides correspondants : ce sont les ureides, corps dont 1 e tude 
est due a plusieurs chimistes, notamment Liebig, Wohler, Strecker, Baeyer, 
Grimaux. 

On a divise les ureides, suivant que lesacides qui concourent a Icur formation 
sont monobasiques ou polyatomiques, en ureides, diureides, ureides acides ou 
acides uramiques, etc. 

Scbift a egalement donne le nom d ureides aux combinaisons des aldehydes 
avec 1 uree. 

Ce qui fait 1 importance des ureides, c est que quelques-unes d entre elles 
jouent un certain role dans 1 economie et presentent d elroites relations 
avec 1 acide urique. On signalera surtout ici eel les qui presentent un certain 
interet ou qui se rattachent aux principes immediats elabores par les etres 
vivants. 

I. UREIDES DERIVEES D ACIDES MOMOATOMIQUES. L acetyluree, la diacetyluree, 
la benzoyluree, appartiennent a ce groupe. On les prepare au moyen de 1 uree 
et des cldorures acides. 



Ace tylure e. Formules : 



Equiv.C*H0 1 (C f H*Az 1 1 ). 



rn ZIJ-/PU-A\ Se prepare en faisant 
Atom. COAz*H 3 (C 2 H 3 0). 

simplement reagir a froid le chlorure acetique sur 1 uree. On chauffe ensuite a 
i20 degre s pour enlever 1 exces de reactif et on fait cristalliser le produit daus 
1 alcool. 

Longues aiguilles, blanches, soyeuses, peu solubles dans 1 eau froide et dans 
1 alcool, solubles dans 10 parties d alcool bouillant; elles commencent a se 
sublimer vers 160 degres et fondent au voisinage de 200 degres; a une tempe 
rature plus elevee, il y a formation d acidecyanurique et d acetamide. 

On a prepare des produits de substitution, comme la bromace tyluree, la 
chloracetylure e, la trichlorace tylure e, etc. 

La diacelylure e s obtient en chauffant a 60 degres, pendant une heure, de 
1 oxychlorure de carbon e liquide avec de 1 acetamide. 

t Equiv. ^WO^C H^Az^ 2 ). 
Benzoyluree. tormules : \ ,, ,-,Q, 2H r vr 7 H 6 01 Corps obtenu par Zi- 

nin en chauffant a 150-155 degres un melange intime de deux molecules 
d uree avec une molecule de chlorure benzoique. 

Lames minces, rectangulaires, solubles au centieme dans 1 alcool froid et 



URUIDKS. 100 

dans 26 parties d alcool bouillant, encore moins solubles dans 1 eau et dans 
Tether, 

La butyluree, la vale rylure e, etc., se preparent comme les composes prece 
dents et jouissent de proprietes analogues. 

11. UREIHES DERIVEES D ACIDES-ALCOOLS ET D ACIDES BIBASIIJUES. Les acides- 
alcools, en raison de leur fonction mixte, pen vent engendrer deux series 
d ureides. G est ainsi quc J acide lactique donne de Y acide lacturamique et de 
la Jactylure e. 

Le mode d obtention des acides uramiques est analogue a cclui des urees 
composees : on fait re agir sur un cyauate le sulfate ou le chlorhydrate d une 
amine-acide, comme le glycocolle, la leucine, 1 alanine. Ou les obtient encore 
en cbauffant directement 1 amine-acide avec I lirce, les deux corps se combinant 
avec elimination d ammoniaque. C est ainsi que le glycocolle et Furee se com- 
binent vers 125 degres pour engendrer [ acide hydanto ique. 

L acide hydantoique, hydantoine ou glycollylure e, G 6 H 4 Az 2 O i , prend encore 
naissance dans plusieurs reactions, notamment lorsque Ton reduit rallantoine 
par 1 acide iodhydriquc : 

CWAz 1 +H 2 = G 2 II l Az 2 O s 4- CWAz"!) 1 . 



Elle est en prismes incolores, anhydres, doues d une saveur sucree, fusible 
vers 260 degres, solubles dans 1 eau, Chauflee avec de 1 eau de baryte, elle 
tixe une molecule d eau et se transforme en hydantoate dc baryum. 

UREIDES OXALIQUES. L acide oxalique, acide bibasique a lonclion simple, 
ngendre plusieurs ureides dont les deux principales sont Tacide oxalurique et 
1 acide parabauique. 

1 L acide oxalurique, CWAz^O 8 , ast une ureide acide, qui derive de 1 oxa- 
late acide d uree par elimination d une molecule d ean : 

C 1 H S 8 H- C^I Az^ 2 = H 2 2 -h C 6 H l Az 3 8 . 

Poudre cristalline, blanche, fort peu soluble dans 1 eau, douee d une saveur 
acide, donnant des scls cristallises. 

2 L acide parabanique ou oxahjlure e, C fi II-Az 2 O c , derive de 1 oxalate acide 
d uree par perte de deux molecules d eau : 

C 4 H 2 8 -+- 0*11^2*0* = 2^0* -h C C 1PA?, 2 C . 

On 1 oblient en faisant reagir 1 acide nitrique sur 1 acide urique, et plus 
directement sur 1 alloxane, ou encore en desbydratant 1 acide oxalurique jiar 
1 oxychlorure de pbospbore. 

Beaux crislaux clinorhombiques, incolores, transparents, tres-solubles dans 
1 cau, que les alcalis transforment en acide oxalurique. 

UREIDES OXYGLYCOLLIQUES. 1 L acide allanturique, G 6 H*Az J 6 , qui resulte 
de 1 union d une molecule d acide oxyglycollique, C iPO 6 , avec une molecule 
d uree : 

C^-O 6 -h C 2 H l Az 2 2 = rPO 2 4- C^l^Az^O 7 . 

On 1 obtient en fixant directement, par 1 intermediaire des alcalis les ele 
ments de 1 eau sur 1 allantoine. 



110 URfilDES. 

2 L allantoine, C 8 H 7 Az 4 6 , decouverte par Yauquelin dans le liquide amnio- 
tique de la vache et retrouvee dans 1 urine du veau par Wohler. 

Elle se prepare en oxydant 1 acide urique, delaye dans 1 eau bouillante, par 
le bioxyde de plomb : 

C 10 H 4 Az 4 6 +- H 2 2 + 2Pb0 2 = C 2 Pb 2 6 H- C 8 H 6 Az 4 O c . 

Prismes clinorhombiques, incolores, brillants, fort peu solubles dans 1 eau, 
s ;ilterant avant d entrer en fusion. 

L eau de baryte la dedouble en ammoniaque et en oxalate de baryum : 

C 8 H 6 Az 4 6 4BaHO -h HO 2 + H 2 2 = 4AzH 3 -j- 2C 4 Ba 2 8 . 

UREIDES MALONIQUES. L acide malonique, C 6 H 4 8 , est un acirle bibasique qui 
donne naissance a plusieurs ureides, dont la plus importante est 1 acide barbi- 
turique ou malonyluree, corps qui derive du malonate acide d uree par perte 
de deux molecules d eau : 

C 6 H 4 8 + C 2 H 4 Az 2 2 = 2 H 2 2 -f- C 8 H 4 Az 2 6 . 

Ce compose, que Ton pent obtenir en partant de 1 acide urique, cristallise 
avecquatre molecules d eau. Lesalcalisl hydratentetregenercnt 1 acide malonique. 

La xanthine, G 10 H*Az*0*, que 1 on rencontre parfois dans les calculs urinaires, 
repond a la formule d une diureide malonique (Berthelot). 

UREIDES MESOXALIQUES. L acide mesoxalique, C 6 H 2 10 , est un acide bibasique 
qui peut etre considere comme le generateur de certaines ureides, notamment 
1 acide alloxanique et 1 alloxane. 

1 L acide alloxanique, G 9 H 4 Az 2 10 , derive du mesoxalate d uree, par perte 
d une molecule d eau : 

C<5H 2 10 -h VWkzW = H 2 2 -f- C 8 H 4 Az 4 10 . 

On 1 oblient en hydratant 1 alloxane par les alcalis. 

G est un corps difficilement cristallisable, a reaction acide, soluble dans 1 eau 
et dans 1 alcool, donnant par oxydation avec 1 acide nitrique de 1 acide para- 
banique. 

2 L alloxane, G 8 H 2 Az 2 8 , a ete decouverte par Brugnatelli en 1817 et bien 
decrite par Liebig et Wohler. C est le plus important des derives uriques (voy. 
ce mot). 

Oxydee par 1 acide nitrique etendu, elle degage de 1 acide carbonique et se 
transforme en acide parabanique : 

C 8 H 2 Az 2 8 + O 2 = C^O* + C fi H 2 Az 2 O s . 

Les agents reducteurs lui enlevent de 1 oxygene et la transfonnent en 
alloxantine : 

2 G 8 H 2 Az 2 8 -+- H 2 = H 2 2 + C^H^z^O 14 , 

puis, fmalement, en acide dialurique, G 8 H l Az-0 8 : 

2C 16 H*Az- l O u -4- 2 H 2 = 2HH) 1 H- 4G 8 H 4 Az 2 9 . 

5 L alloxantine, C 16 H 4 Az 4 14 , est une diureide mesoxalique et tartronique, 
qui s oblient en reduisant par 1 hydrogene sulfure 1 ureide malonique bibromee. 



UREMIE. Ill 

Elleesten petits prismes durs, incolores, retenant trois molecules d eau (voy. 
ce mot). 

4 La murexide, C 16 H 8 Az G 12 , ou purpurate d 1 ammoniaque , est une belle 
matiere pourpre que Ton obtienten traitant 1 alloxantine par 1 ammoniaque : 

C 16 H 4 Az*O u -4- 2 AztF = II 2 2 4- C lc H 8 Az 6 12 . 

Elle cristallise en aiguilles mordorees, contenant une molecule d eau. Elle 
sert de caracteristique a 1 acicle urique. 

UREIDES TARTRONIQUES. Parmi les ureides de 1 acide tartronique, C c l[ 10 , on 
range V acide dial urique et surtout \acide urique (voy. ce mot). 

L acide dialurique, C 8 H 4 Az 2 8 , est une ureide acide, qui derive du tartronate 
acide d uree, par perte de deux molecules d eau : 

C 8 H*0 10 4- C 2 H"Az 2 2 = 2H 2 2 + C 8 H 4 Az 2 8 . 



Corps soluble dans 1 eau, susceptible de donner avec les bases des sels 
cristallises, EDME BOURGOIN. 



UREMIE (de uree et at^, sang; d apres Jaccoud, de ouoov, urine, et 

Synonymic. Uroe mie, urine mie (Gubler); toxurie (N. Gueneau de Muss\ ) ; 
typhisation urinemique (Peter). 

L usage a consacre le mot uremie pour designer, sans arriere-pensee doctri- 
nale, un certain nombre de symptomes nerveux et gastro-intestinaux resultant 
de 1 insuffisance ou de la suppression de 1 emonctoire urinaire. Attribuee a 
tort a Frerichs, cette denomination parait avoir etc employee pour la premiere 
fois par Piorry (1847), comme synonyme de toxemie due a la resorption de 
1 urine (A. Fournier). 

II suffit de songer a 1 importance du rein, comme organe eliminateur des 
dechets organiques et des materiaux toxiques incessamrnent fabriques dans 
1 economie, pour comprendre la gravite desdesordres que provoque toute atteinte 
serieuse portee a son Ibnctionnement. Or celui-ci est frequemment entrave. 
et par les alterations du filtre renal lui-meme, et par celles de ses voies d excre- 
tion. G est assez dire combicn sont diverses et multiples les causes de 1 uremie. 

Les accidents qui en resultent ne sont pas moins nombreux et, dans la diver- 
site de leurs formes, on a quelque peine a retrouver la conception primitive 
de Bright et d Addison, a savoir Tencephalopathie albuminurique. A vrai dire, 
si les phenomenes uremiques sont infmiment varies, si la retention dans le 
sang des produits toxiques de 1 urine se manifeste par des alterations fonction- 
nelles non toujours identiques, les symptomes cerebraux sont encore 1 expression 
la plus constante de cet empoisonnement. On ne saurait negliger cependant les 
autres modalites successivement revelees par 1 observation clinique; 1 expose 
symptomatique y a perdu de son unite, mais le diagnostic s est enrichi d une 
serie de signes propres a depister 1 uremie des ses premieres manifestations. 

En realite, comme le disait recemment Lepine (annot. a la trad, de Bartels), 
bien qu ayant au fond une meme origine, les accidents de 1 uremie sont provoques 
par des causes prochaines probablement diffe rentes les unes des autres. G est ce 
qui explique la diversite des formes. Mais nos connaissances sur ce point se 
reduisent a de vagues inductions, et il serait premature de tenter des a pre sent 
un travail de dissociation et d analyse que les rechercbes cliniques et experi- 
mentales realiseront sans doute dans un avenir procbain. 



- Les dangers de la suppression d urine n avaient pas echappe 
aux Anciens; Ilippocrate parait avoir eu notion des accidents cerebraux cjui en 
resultent. 11 est mauvais que les urines s arretent avec le froid ; cela doit 
faire craindre des convulsions, surtout si le malade a etc dans le coma 
(Coaques, chap, i, n 26). Arete e, Baillou, van llelmont et J.-B. Moiit.mo, cites 
par Raver, observerent des symptomes cerebraux a la suite de la suppression 
d urine. Enfin Morgagni rapporta plusienrs exemples de maladies des reins 
snivies de convulsions ou de coma. 

Mais 1 hisloire d, I uremie commence reellement avec la deeouverte de Bright 
(1827). Au nombre des symplomes secondaires de la nephrite albumineuse, 
symptomes qu il etait impossible d expliquer par une coincidence fortuite, tant 
ils se reproduisaient frequemmcnt, Bright placa au premier rang les troubles 
morbides de 1 appareil circulatoire et des organes de la respiration, au second 
rang les accidents cerebraux. Sur 24 malades dont il rapportait 1 observation, 
10 avaient presents des symptomes cerebraux plus ou moins marques, consis- 
tant en etats apoplecliques, convulsions et attaques epileptiformes. Deux fois 
seulement les re sultats de 1 autopsie elaient mentionne s : dans le premier cas 
il y avail etat anemique de la masse cerebrale avec epanchement serenx; dans 
le second, on constatait 1 aplatissement des circon volutions, un epanchement 
ventriculaire et quelques foyers hemorrhagiques. 

Dans un memoire publie en 1859 sous ce titre : Des de sordres cerebraux 
coincidant avec les maladies des reins, Addison fit le premier essai d une 
etude monographique. Les accidents cerebraux du mal de Bright ont pour 
caracteres communs, disait-il, la paleur du visage, le peu do fre quence du 
pouls, la contractilite persistante de la pupille qui reste sensible a la lumiere, 
et 1 absence de paralysie. Les desordres nerveux se groupent de diverses manieres 
etpeuvent se resumer dans les cinq formes suivantes : 1 altaque plus on moins 
soudaine de stupeur passagere, intermittente ou permanente, et se terminant 
par la mort; 2 attaque subite de coma avec stertor d une nature speciale, 
transitoire ou durable; 5 convulsions subites revenant par acces assez rares, ou 
tellement rapproche es qu elles peuvent etre considerees comme persistantes 
et se terminant par la mort ; 4 combinaison des deux formes precedentes, coma 
et convulsions; 5 hebetude de 1 esprit, lenteur et paresse a se mouvoir, som 
nolence precedee par des vertiges, diminution de la vue, cephalalgie suivie ou 
non de convulsions et de coma. De ces diverses formes, la cinquieme se ren 
contre surtout dans les periodes avancces de la maladie de Bright; la quatrieme 
dans 1 hydropisie scarlalineuse et 1 hydropisie inflammatoire. 

Avant Addison, \Yilson (1855) avail pnblie deux fails, 1 un de pyelite sup- 
piuee, 1 autre de degenerescence granuleuse du rein, compliques d accidents 
cerebraux, et les expliqnait par la retention dans le sang de 1 uree non elimine e 
par les reins. Pour les deux auteurs, ces accidents, surlout frequents dans le 
mal de Bright, s observeraient cependanl dans d autres affections du rein. Mais, 
a partir de ce moment, on s occupa surtout des complications nerveuses de la 
maladie de Bright. 

En France, cette question ne fut mise a 1 ordre du jour que vers 1840. Les 
Bulletins de la Socie te anatomique de 1859 conliennent les premieres observa 
tions de maladie de Bright, mais il n y est pas fait mention de symptomes 
cerebraux. L annee suivante (1840) Becquerel presenta a la Societe analomique 
un cas de maladie de Brighl termirie par coma; il faisait remarquer que ce 



UREMIE. 11") 

mode de terminaison de la nephrite albumineuse etaitdecrit par Rayer dans son 
Traite des maladies des reins alors en voie de publication. G est dans le tome II 
de son ouvrage, paru en 1840, que Rayer eludie les rapports de la nephrite 
albumineuse avec les affections cerebrates. Sa description est basee sur les 
observations de Bright, Cliristison et Gregory, et sur un fait personnel ; les 
travaux de Wilson et Addison y sont settlement mentionnes. 

En 1851 parait 1 importante monographic de Frerichs (La maladiede Bright 
et son traitement). L auteur y etudie avec beaucoup de soin 1 intoxication ure*- 
mique dont il distingue deux formes, 1 une aigue, 1 antrc cbroniquc. II 
decrit, plus completement qu on ne 1 avait encore fait, les phenomenes nerveux, 
en particulier 1 amaurose deja signalee par Landouzy dans le mal de Bright, la 
diminution de Touie, les vertiges. Enfm, trouvant non fondee la theorie de 
Wilson qui attribuait les accidents a la retention de 1 uree dans le sang, il 
cherche a prouver que 1 intoxication est due au carbonate d ammoniaque qui 
resulte de la transformation de 1 uree en exces, transformation se faisant dans 
le sang sous I influence d un ferment. 

Dans une revue demeuree classique, Lasegue (Des accidents ce re braux qui 
mrviennent dans le cours de la maladie de Bright [Arch, denied., 1852J) fit 
connakre en France les travaux d Addison et de Frerichs. II emprunta surtout a 
ces deux auteurs Jes materiaux de son remarquable expose clinique, et elablit 
d une maniere definitive les deux formes aigue et chronique distinguees par 
Frerichs. Des lors 1 uremie etait acceptee comme terminaison frequente des 
affections renales, et de nombreuses communications a la Societe anatomique 
vinrent confirmer les fails vulgarises par Rayer et Lasegue. Parmi ccs commu 
nications, il faut signaler un important rapport de Charcot (1854), a propos de 
xleux observations presentees par d Ornellas. 

II imporlait cependant de coordonner les fails nouveaux incessamment publies 
t de passer au crible d une critique indepcndante les theories successivement 
proposees. Ce fut la tache d Alf. Fournier (De Vuremie, these d agregation, 
1865), dont le travail fait epoque. II suivait de pres un memoire celebre de 
Traube qui essayait d expliquer 1 uremie par I oedeme cerebral (Allg. med. 
Central Zeit., 1861), et la fameuse monographic de Treitz sur Yure mie intes- 
tinate(Prag. Vierteljahresschr., 1859). 

Les principaux materiaux de 1 histoire de 1 uremie etaient done reunis, et 
les auteurs qui ont suivi se sont surtout appliques a completer et a elucider sa 
symptomatologie et sa pathogenic. Pour eviter des repetilions inuliles, nous 
renvoyons a ces chapitres. Certains travaux d cnsemble auxquels nous avons 
fait de nombreux emprunts ont cependant leur place marquee dans ce court apercu 
historique. Nous citerons toulparliculierement les remarquables lecons cliniques 
de Jaccoud sur les formes de 1 uremie (Ciin. de la Charite, 1867), la these 
Ires-etudiee de L. Monod (De Vencephalopathie albuminurique aigue et de ses 
caractereschez I enfant, these de doctoral, 1868), les descriplions de Rosenstein, 
Lecorche, Barlels, dans leurs Traite s des maladies des reins, enfiu 1 article 
recent de Labadie-Lagrave (Diet, de med. prat.). La pathogenic de 1 uremie 
comporte elle-meme un long historique que 1 on trouvera plus loin. Mais 
nous devons signaler des a present 1 important ouvrage de Feltz et Rittcr (de 
YUremie experimental, 1881), travail des plus complets ou tout ce qui a ete 
fait sur la physiologic pathologique de 1 uremie est soumis au double controle 
de 1 experimentation et de la critique scientifique, et les belles recherches de 
DICT. ENC. 5 e s. I. 8 



1U UREMIE. 

Bouchard sur In pathogenic de 1 iiremie (Lecons de pathologic generate, 1885- 
1886). 

Etioiogie- L uremie] est une affection secondaire ; elle est aux maladies de 
1 appareil urinaire ce que 1 asystolie est aux maladies du cceur. Mais 1 insufn- 
sance urinaire qni la produit ne s observe pas indifferemment dans toutes les 
affections du rein ; d autre part, les agents exterieurs, certaines circonstances 
etrangeres a la maladie principale, peuvent hater 1 eclosion des accidents. 
Ij etiologie comprend done, a cote de 1 e nume ration des affections re nales qui 
se compliquent d uremie, la recherche des causes occasionnelles qui en favo- 
risent 1 apparition. 

1. MALADIES DE L APPAREII- URINAIRE qur DETERMINENT L UREMIE. Elles sont 
de deux ordres, suivant qu il s agit d une affection du rein lui-meme ou d nn 
obstacle siegeant dans quelque point des voies urinaires, s opposant a 1 excretion 
et secondairement a la secretion de 1 urine. 

1 Parmi les maladies renales, ce sont surtout les nephrites aigues et chro- 
niques qui se compliquent de phenomenes uremiques. 

a. Rares dans la nephrite aigue idiopathique ou a frigore, a tel point que 
Bartels en nie 1 existence, ils s observent plus specialement dans les nephrites 
aigue s secondaires ou infcctieuses. Toutefois, s ilestpeude maladies infectieuses 
qui ne s accompagnent de nephrite diffuse aigue (nephrite parenchymateuse, 
epilheliale, interstitielle aiaue des auteurs), il s en faut que le syndrome clinique 
ure mie en soit la consequence obligee; il ne s observe habituellement que 
dans quelques maladies determine es, en particulier dans la scarlatine. 

On sail la frequence de la nephrite scarlatineuse, d autant plus remarquable 
qu elle survient a une periode ou la maladie est a son declin, vers la fin du 
deuxieme septenaire ou dans le courant de la troisieme semaine. Elle s accom- 
pagne frequemment d uremie, surtout chez 1 enfant. Lewrin (Journ. filr Kin- 
derkrankh., 1864) la place au troisieme rang des complications, apres Jes 
epanchements des sereuses et les phlegmasies. Parfois une attaque d eclampsie 
uremique est la premiere et seule manifestation de la nephrite. Cadet de Gas- 
sicourt (Traite clinique des maladies de I enfance, t. II) rapporte 1 histoire 
d un enfant qui mourut subitement d e clampsie, peu de jours apres son admis 
sion dans une salle de teigneux; de 1 enquete re sulta que ce petit malade 
avail eu trois semaines auparavant une scarlatine meconnue; les reins examines 
par Gombault et Balzer presentaient les lesions de la nephrite scarlatineuse. 
Ce debut soudain a ete egalement observe chez 1 adulte. Un interne des hopitaux r 
dont Thistoire est rapportee par Peter (Clinique me dicale, t. II, p. 595), sorti 
prematurement apres une scarlatine legere, se plaignit un matin de cephalal- 
gie et le meme jour fut pris de violents acces eclamptiques qui ne ce derent 
qu a une saignee de 1200 grammes. 

Le plus sou vent les accidents uremiques surviennent dans le cours d une 
anasarque avec albuminurie, et leur apparition est annoncee ou preparee par 
une diminution progressive de la secretion urinaire. Celte diminution peut 
aller jusqu a 1 anurie complete, phenomene que Bartels considere comme de la 
plus haute gravite. Cependant 1 anurie, dans la nephrite scarlatineuse, peut 
durer plusieurs jours sans amener d accidents uremiques. Sans parler du fait 
extraordinaire de Whitelaw (Lancet, 1877), qui vit une anurie survenue au 
einquanle-troisieme jour d une scai lutine persister treize jours, sans trouble 



UREM1E. 115 

grave de la sante generale, il ne manque pas d observations ou la suppression 
d urine n a determine qu a la longue des phenomenes uremiques. Thompson 
(Lond. med. Gaz., 1844) a signale une anurie scarlatineuse de cent vingtheures 
suivie de guerison sans accidents cerebraux. Dans le cas souvent cite de Biermer 
(Virchow s Archiv, vol. XIX), ce n est qu apres deux periodes d anurie de 
cent dix-huit et de cent quatre heures, et trois jours apres le retour des urines, 
qu apparurent les premiers accidents uremiques. Henoch (Lecons cliniques sur 
les maladies de Tenfance, traduct. francaise, p. 487) cite un cas d anurie 
survenue subitement au quinxieme jour d une scarlatine ct qui, grace peut-elre 
a des purgatifs repetes, n amena les accidents uremiques et la mort qu au bout 
de sept jours. G est egalement apres sept jours de suppression d urine que 
succomba le malade dont Juhel-Renoy vient de publier 1 observation (Arch, de 
med., avril 1886). Dans ce fait que 1 auteur intitule anurie precoce scarlati 
neuse et qu il explique par des embolies parasitaires des vaisseaux glomerulaires, 
1 anurie se montra vers le neuvieme jour d une scarlatine chez une jcune fille 
ante*rieurement bien porlante, et jusqu a la mort qui surviut brusquement avec 
quelques convulsions aucun symplome ne faisait prevoir 1 uremie. 

La plupart des auteurs sign;ilent, parmi les nephrites aigue s pouvant se com- 
pliquer d urernie, la nephrite de la diphtheric. Bartels insiste sur les dangers de 
1 anurie diphtheritique. Cependant Sanne (article DIPHTHERIC) considere 1 uremie 
comme rare apres cette maladie. 

Dans ces dernieres annees, on a rapporte plusieurs cas d eclampsie uremique 
dus a la nephrite de la fievre typhoide. J. Renaut (Arch, de phys., 1881) a vu 
un malade mourir d accidents eclamptiques au troisieme septenaire de la fievre 
typhoide, apres avoir presente de ralbuminurie persistante. Dans un cas ana 
logue de A. Robert ct E. Gaucher (Revue de me decine, 1881), des accidents 
uremiques se manifeslerent vers le vingt-cinquieme jour d une dothienenterie 
et se terminerent par la guerison definitive, malgre une rechute ulterieure de 
la maladie. 

Au nombre des nephrites aigue s susceptibles de se compliquer d uremie, on 
a cite encore la nephrite du cholera. Les troubles de la secretion urinaire 
tiennent une place si importante dans sa symptomatologie, qu il etait rationnel 
de leur rattacher certains accidents de la maladie. Pour Hamernik, Frerichs, 
Oppolzer, et Bartels se rallie a cette maniere de voir, la reaction typhoide, 
autrement dit le cholera typhoide, ne reconnaitrait d autre cause que 1 intoxi- 
cation uremique. Bouchard admet egalement que dans 1 evolution des pheno 
menes choleriques on voit se succeder 1 intoxication propre au cholera et 
1 intoxication uremique, celle-ci annoncee par le myosis. 

Nous ne saurions d ailleurs passer en revue toutes les nephrites diffuses 
aigue s qui peuvent dormer naissance a 1 urernie. 11 etait necessaire seulement 
d en fixer les principaux types. L eclampsie puerperale etant decrite dans un 
article special, nous passons sous silence la nephrite gravidique, malgre tout 
son inleret au point de vne de 1 uremie. 

b. D autres processus aigus du rein peuvent aboutir a 1 uremie et parmi eux les 
infarctus. Dans 1 endocardite vegetante et ulcereuse, on pent observer avec 
ralbuminurie et 1 hematurie determine es par les embolies des accidents ure 
miques dus a la congestion renale ou a la nephrite concomitantes. Des fails de 
ce genre ont ete publics par Liouville (Endocardile ve ge tante et ulcereuse 
(Soc. anat., 1873), par Bernhcim et Simon (Endocardite mitrale ve ge lanle. 



116 UREM1E. 

Infarctus renaux et nephrite. Vre mie epilepti forme iiltime. Revue medicate 
de I Est, I 1 1 novembre 1885). A la verite, ces lesions renales peuvent etre 
mises, pour une bonne part, sur le compte de la maladie infectieuse de nature 
rliumatismale ou aulre dont 1 endocarclite n est qu une des manifestations. Mais 
ces memes pbenomenes ont ele observes dans le cours d une affection mitrale 
ancienne (De Brun du Bois Noir, Societe clinique, 1881). Parfois 1 uremie ne 
survient que tardivement. Chez une femme morle d eclampsie trois mois apres 
un accouchement, Herbert (Societe anatomique, 1868) constata a 1 autopsie 
dcs infarctus anciens des reins et une degenerescence graisseuse constatee histo- 
logiquement par Hayem. 

c. G est dans le mal de Bright que 1 uremie est surtout commune, qu il 
s agisse de la nephrite parenchymateuse cbronique (gros rein blanc) ou de la 
nephrite interstitielle (petit rein contracte). L uremie est leur issue fatale, si 
ces affections ont une certaine duree. Parfois meme les accidents peuvent 
apparaitre des !es premieres pcriodes. cela a 1 occasion des poussees congestives 
et inflammaloires qui augmentcnt momentanement 1 impermeabilite renale. 

A priori, il scmblerait que la nephrite parenchymateuse chronique dut 
ex poser plus souvent les malades aux accidents uremiques. Or tous les auteurs 
s accordent a les considerer comme plus rares que dans la nephrite interstitielle 
et, si de veritables acces eclamptiques peuvent se produirc dans les periodes 
les plus avancees du gros rein blanc, il est plus habituel de voir les malades 
succomber a des inflammations secondaires d autres organes, en particulier des 
poumons (Bartels). II est vrai que Traube considere ces inflammations comme 
liees elles-memes a 1 intoxication uremique. On a cherche a expliquer la rarete 
de 1 uremie veritable dans la nephrite parenchymateuse cbronique en invoquant 
le role compensateur de 1 hydropisie. MAIS, comme nous le verrons plus loin, 
les epanchements liquides du tissu cellulaire et des sereuses ne peuvent long- 
temps suppleer a 1 insuffisance urinaire. 

Dans la nephrite interstitielle chronique, la polyurie et 1 integrite de 1 e pi- 
llielium renal mettent le malade a 1 abri de I ffideme et de ralteration du sang, 
cela pendant un temps souvent Ires-long. Toutefois des accidents uremiques 
graves peuvent se produire des les premiers temps de la maladie. Parfois meme 
une altaque d eclampsie est la premiere et la derniere manifestation d une 
sclerose renale restee jusque-la latente (Lancereaux, Bartels). Mais la mort n est 
pas fatale des les premiers acces, et le malade pent se retablir pour un temps 
plus ou moins long. 

II suffit de rappeler les causes principals de la nephrite interstitielle pour 
expliquer 1 intervention de 1 uremie dans un certain nombre de maladies. Assez 
commune chez les vieux goutteux, elle passe longtemps inapercue : mais vienne 
une cause occasionnelle quelconque, un refroidissement, une maladie febrile, 
un acces de goutte articulaire meme, on voit souvent eclater des complications 
uremiques formidables qui traduisent 1 etat de desorganisation du rein, prepare 
de longue main et meconnu jusqu alors (Rendu, art. GOUTTE). Si bien des acci 
dents dits de goutte remontee ou metastatique ne sont autre que des pheno- 
menes d uremie, la meme remarque peut etre faite a propos de 1 encephalo- 
patbie saturnine. L. Danjoy, qui apres Ollivier a constate la frequence de 1 albumi- 
nurie dans lesalurnisme, a avance que les phenomenes cerebraux et amaurotiques 
propres a cette intoxication ne sont pas dus a 1 action directe du plomb, mais a 
la lesion renale qui en depend. Sans aller aussi loin et sans nier 1 encephalo- 



UREMIE. 117 

pathie saturnine vraie, il est aujourd hui demontre que 1 intoxication saturnine 
est une cause frequente dc nephrite interstitielle et parlant d uremie. Enlin, 
sans parler de Yalcoolisme dont 1 action est conteslee, il est une forme de scle- 
rose renale qui donne naissance a des phenomenes uremiques souvent me connus : 
c est le rein senile. G. Ballet (Revue de me decine, 1 881) avail deja fait entrevoir 
la possibility de rattacher a Turemie, la dyspnee, ies phenomenes gaslro-intes- 
tinaux, la cephalalgie et 1 insomnie, observes chez le vieillard. Plus recem- 
ment Quinquaud a insiste sur la frequence et le caractere insidieux de 1 uremie 
a cet age, et Raymond (Arch, de me d., 1882, et Revue de me decine, 1885) a 
consacre deux importants memoires aux delires et au coma d origine urc- 
mique, egalement chez le vieillard. A 1 autopsie, il a constate, independamment 
de la sclerose renale ancienne, une glomerulitc assez intense avec proliferation 
de noyaux, indice d une poussee aigue suffisante pour entraver la depuration 
urinaire. 

L uremie serait exceptionnelle, d apres Bartels, dans la degenerescence amy- 
loide du rein, et Labadie-Lagrave fait vemarquer avec raison que la coincidence 
habituelle de 1 une ou 1 autre forme de nephrite explique suftisamment Ies phe 
nomenes uremiques dans Ies rares cas ou ils existent. 

d. Les affections de la vessie et de la prostate se compliquent assez fre- 
quemment d alte rations renales (rein chirurgical des Anglais) que Lancereaux 
a decrites dansce Dictionnaire sous le nom de nephrite diffuse consecutive, et 
dont Bazy di>tingue deux varietes : la nephrite interstitielle chronique secon- 
daire et la nephrite aigue suppuree ou non (th. de doctoral, 1880). Souvent 
associees ou surajoutees, ces lesions renalcs determinent chez Ies vieux urinaires 
des accidents uremiques, cerehraux, gaslro-inteslinauxetrespirntoiresdistinctsde 
la fievre urineuse. Celle-ci parait liee aux phenomenes de re sorption unno-putride, 
tandis que Ies symptomes uremiques resultent de la suppression plus ou moins 
complete de la secretion urinaire, du fait des alterations renales. En tous cas, 
comme le dit Guyon, 1 uremie n est pas la fievre urineuse, mais elle peut s y 
ajouter dans une certaine mesure pour pfovoquer parfois des troubles nerveux 
et cardiaques, et plus souvent des phenomenes dyspneiques (Lemons cliniques 
sur Ies maladies des voies urinaires, 1881, p. 519). 

e. Diverses affections des reins, degenerescences ou ne oplasies, peuvent se 
terminer par uremie, quand la lesion interesse une grande etendue du paren- 
chyme. Les Bulletins de la Socie te anatomique renferment un certain nombre 
d observations de reins kystiques avec phenomenes cerebrawx (Vigla, 1857; 
Tavignot, 1840; Beusseau, 1868; Dubar, 1879; Babinski, 1882). L uremie se 
produit plus rarement dans le cancer du rein, la lesion etant unilaterale (Lance 
reaux, Butle, Soc. anat., 1882). Enfin la tubercidose (Champetier de Ribes, Soc. 
anat., 1877; Vermeil, Soc. anat., 1880) el la syphilis des reins (Lacombe, Soc. 
anat., 1873) donnent parfois naissance a des phenomenes uremiques, mais eel a 
en raison des alterations concomitantes, pyelo-nephrite avec hydronephrose dans 
la tuberculose des voies urinaires, nephrite interstitielle dans la syphilis. 

2 L insuffisance ou la suppression de la secretion urinaire par obstacle a 
1 excre tion peuvent aboutir au meme resultat que 1 insuffisance par lesion pri 
mitive du rein. Mais il importe de distinguer deux ordres de faits, suivant que 
1 obstacle mecanique qui gene 1 excretion urinaire s accompagne ou non d alte- 
ration renale. 

a. L uremie peut se produire comme dernier terme d une anurie due elle- 



118 UREMIE. 

meme a Yobstruclioti brusque des ureteres par un calcul. Habituellement la 

suppression d urine est provoquee par 1 occlusion d un seul uretere, alors que, 

depuis un temps plus ou moins long, le rein du cote oppose a cesse de fonc- 

tionner, ou bien, ce qui revient au meme, quand il n existe qu un seul rein. 

L anurie peut durer plusieurs jours sans provoquer d aceidents et, d apres les 

releves que nous avons fails (Merklen, Etude sur Tanurie, Ih. de doct., 1881), 

cette periode de tole rance dure en moyenne de 7 a 8 jours. Elle peut etre plus 

longue encore, alteindre 20 jours (James Russell, Ned. Times, 1880), 22 jours 

(Paget, Tram, of the Clin. Society. London, i860), 25 jours (Rayer, Maladies 

des reins, t. Ill, p. 490) et meme 37 jours (Weber, Gaz. me d. de Strasbourg, 

1870), mais alors, ou bien de courtes remissions avec [polyurie viennent 

retarder de beaucoup 1 apparition de phenomenes uremiques (obs. de Paget et de 

Weber), ou bien, en raison de conditions parliculieres, les malades sont simulta- 

neinent alteints d hydronephrose, et le reservoir supplemental constitue par 

le bassinet et les calices dilates peut, comme dans 1 observation de Rayer, con- 

tenir jusqu a quatre litres de liquide. Or, quelque imparfaite que soil cette urine, 

1 elimination des principes extractifs qu elle renferme peut etre suffisante pour 

retarder les accidents uremiques. 

Habituellement 1 obstruction brusque de 1 uretere nc determine pas 1 hydro- 
nephrose, mais, en vertu de 1 elevation rapide de la pression dans 1 uretere 
(Herrmann), une suppression presque immediate de la secretion urinaire 
(Roberts, Merklen). Or, cette anurie veritable, et c est la un fait interessant au 
point de vue de la pathogenic, n aboutit que tardivement a 1 uremie. Celle-ci 
ne se manifesta que le dixieme jour dans 1 observation remarquable de Tenneson 
(Soc. des hopit., 1878). - 

b. Quand 1 occlusion des ureteres est incomplete et progressive, les choses 
se passent dilfeiemment. Au lieu d une suppression brusque de la secretion, 
1 obstacle ne faisant que diminuer sans 1 entraver, 1 excretion de 1 urine deter 
mine une dilatation lente des ureteres et des bassinets, et consecutivement de 
la nephrite interstitielle secondaire. C est ce que Ton observe dans la Com 
pression des ureteres due au cancer de Interns. Ici toutes les conditions favo- 
rables a 1 intoxication uremique se trouvent reunies. 

La degenerescence cancereuse de 1 uterus, a dit Rayer, est 1 uue des causes 
les plus frequentes de la retention d urine dans les ureteres et par suite de leur 
dilatation, de la dilatation du bassinet et des calices, et enfin de 1 atrophie des 
reins. Aran (Lecons recneiliies par Siredey, mGaz. des hop., 1860) ne manquait 
pas de rechcrcher un cancer de 1 uterus toutes les fois qu il se trouvait en pre 
sence d une femme age e, en proie a des phenomenes nerveux uremiques. D apres 
Charcot, 1 obliteration des ureteres est tellement frequente dans le cancer de 
1 uterus, que pres de la moitie des cancereuses de la Salpetriere succorabent 
a des accidents uremiques. Saexinger, cite par Rosenstein, raconte que, sur 
62 femmes mortes a la suite de carcinomes de 1 uterus, dans la clinique de 
Seyfert, a Prague, on avait constate dans 28 cas une compression des ureteres 
avec hydronephrose. Sur 49 cancers de 1 uterus qu Ebstein a observes a la Tous- 
saint de Breslau dans 1 espace de dix ans, 50 femmes sont mortes d uremie 
lente, o d uremie aigue. Enfm Lancereaux (Nephrite consecutive a 1 e pithe- 
liome du col uterin, in Ann. des mal. des org. ge nito-urinaires, 1884) donne 
une statistique encore plus de monstrative. Sur 23 observations de cancer du 
col de 1 uterus, 1 uremie n a manque que 5 fois, et encore sur ce cbiffre 5 fois 



UREMIE. 419 

la mort eut lieu par hemorrhagie precoce. Dans tons ces cas, 1 autopsie reve- 
lait avec les lesions de 1 hydronephrose celles de la nephrite interstitielle secon- 
daire. 

En realite, 1 uremie du cancer de 1 uterus, en raison meme des alterations 
renales qu elle determine, se rapproche de 1 urcmie de la nephrite interstitielle 
chronique. Malgre le retre cissement des ureteres, la secretion et 1 excretion uri- 
naires sont augmentees, ct il existe de la polyurie avec albuminurie jusqu a la 
periode des accidents uremiques ou il y a oligurie. Mais parfois 1 anurie est 
absolue, et cela pendant plusieurs jours et meme davanlage. Dans 1 observation 
de Debove et Dreyfous (Soc. med. des hop., 1880), la suppression d urine dura 
17 jours sans aucune remission; dans un cas analogue rapporle par Tournie 
{Union medicale, 18HO), 1 anurie fut absolue pendant 21 jours. Roberts cite un 
fait du meme genre ou 1 anurie dura 15 jours, et presenta le tableau clinique et 
la marche de 1 anurie calculeuse, c est-a-dire une periode de tolerance de 7 a 
8 jours, puis des accidents uremiques. Parfois la suppression d urine n est que 
tempQraire; dans un cas de Roberts, les urines reparurent le huitieme jour et 
le malade vecut encore pendant un mois. L auteur suppose qu il y avait oblite 
ration momentanee d un urelere par une fongosite cancereuse. 

Diverses affections des organes du petit bassin peuvent determiner des alte 
rations et des desordres semblables. Tels le cancer de la paroi poste rieure 
de la vessie (Cam penon, Soc. anal., 1872), les corps fibreux de I ute rus (Hanoi.. 
Soc. anat., 1873; Ganginotty, Revue med. de I Est, 1885). Dans uncas d Alling 
(Soc. anat., 1869) la compression des ureteres et 1 uremie etaisnt dues a une 
ancienne pe rime trite. 

Enfm la retention d urine dans la vessie parait, dans quelques cas a la virile 
exceptionnels, avoir abouti aux memes consequences. Aran (Journ. desconnaiss. 
med., 1860) a rapporte un cas d uremie mortelle chez un nouveau-ne produite 
par une retention d urine consecutive a 1 elroitesse du prepuce. Reccmment 
Ferrand (Soc. med. des hopit., 1881) a public 1 obscrvation singuliere d un 
nevropathe atteint d uremie, laquelle ne cessa qu apres sept ponctions de la vessie. 
II est probable que dans ce cas encore les reins etaient le siege d une ancienne 
alteration. 

II. DES CAUSES IMMEDIATES DE i/UREMiE. On ne saurait etablir que telle alte 
ration du rein determine necessairemeut et toujours 1 intoxication uremique. 
Comme 1 a fait remarquer Virchow a propos de 1 eclampsie puerperale, on 
trouve des lesions renales aussi graves chez les femmes en couche qui n ont 
pas eu d eclampsie que chez les eclamptiques. D autre part Ton sait que 1 uremie 
peut se manifester a une periode peu avancee de la nephrite interstitielle cbro- 
nique, alors que les reins ne sont encore que me diocrement alleres. Dans ces 
cas, dit Bartels, des causes etrangeres et probablement independantes des reins 
rendent transitoirement ces organes incapables de remplir leurs fonctioiis depu- 
ratrices. L etude de ces causes presenle un re el interet pratique, car elle mene 
a la prophylaxie de 1 uremie chez les brightiques, autant que celle-ci peut etre 
evitee. 

1 Nous passerons rapidement sur les conditions generates de climat, d age, 
de sexe, mentionnees par les auteurs. D apres la statistique de Frerichs, la pro 
portion approximative des accidents cerebraux sur le nombre total des de ces 
par affections brightiques serait des deux tiers pour la Suede, des deux cin- 
quiemes pour 1 Angleterre, de un quart pour rAllemagne, de un onzieme pour 



120 UREMIE. 

la France. Une statistique de ce genre est necessairement imparfaite et ne pre- 
sente d ailleurs qu un mediocre interet. 

L uremie se montre a tous les ages, mais avec une frequence qui semble pro- 
portionnelle a la frequence des nephrites aux divers ages de la vie. Cahen 
(th. dedoct., 1855), Aran (Gaz. deshop., 1860), 1 ontobservee chez des nourrissons 
de cinq mois, de quinze jours, chez des nouveaux-nes. Mais ces cas sont rares. 
Le maximum de frequence pour les enfants est de huit a dix ans, age de la 
scarlatine (Rilliet et Barthez), mais 1 uremie est plus rare chez 1 enfant que chez 
1 adulte, ce qui s explique par la plus grande fre quence chez ce dernier des 
affections ronales. 

Le sexe n a qu une influence tres-con testable. Suivant Barthez, 1 uremie serait 
plus commune chez les filles, a cause de leur grande susceptibilite nerveuse. 
Cette predisposition ne pent guere influer que sur la forme des accidents. 

2 Quand 1 uremie se declare dans le cours d une nephrite, on peut altribuer 
son apparition plus ou moins inopinee ou bien a une aggravation de la lesion 
renale, c est-a-dire de 1 insufiisance urinaire, ou bien a la presence dans le 
torrent circulatoire d un exces de substances toxiques introduces ou fabriquees 
anormalement clans 1 economie. Ces deux causes elant le plus souvent associees, 
il est difficile de faire la part de 1 une et de 1 autre, mais, au double point de 
vue de la palhogenie et de la therapeutique, elle ne doivent pas etre negligees. 

Le refroidissement et la fatigue, souvent incrimines comme causes occasion- 
nelles de 1 uremie, ne paraissent pas avoir la meme action. L exposition au froid 
determine une poussee congestive ou inflammatoirc du cote du rein et diminue 
ainsi son pouvoir eliminateur; la fatigue augmentant, d apres Bouchard, la loxi- 
cite urinaire (communication orale), exagere par la meme la toxicite du sang, 
quand la secretion urinaire est entravee ou reduite au strict necessaire. L m- 
fluence des perturbations nerveuses, quoique moins comprehensible, parait 
cependant vraie. On a vu des acces d eclampsie uremique survenir apres une 
vive colere ou au milieu d une discussion (Picard, Bartels). Les exces de table 
ou seulement les repas copieux ont parfois amene 1 eclosion d accidents ure- 
miques (Richardson). Bartels rapporte 1 observation d un brightique, doue malgre 
sa maladie d un appetit vorace, qui a plusieurs reprises fut pris de convulsions 
et de coma ; les accidents cessaient avec la diete pour se reproduire sous 1 in- 
lluence des memes ecarts de re gime (Traite des maladies des reins, p. 565), 
L influence des ingesta est ici evidente et semble indiquer l augmentation de le 
loxicite des humeurs plutot que de 1 insuffisance renale. 

Le role des maladies intercurrentes est plus complexe. N. Gueneau de Mussy 
(De I albuminurie latente, in Clin. me d., t. II) insiste sur les phenomenes ure- 
miques observes au declin d une affection accidentelle qu ils terminent d une 
maniere foudroyante et inattendue. II cite a 1 appui trois observations de vieil- 
lards arthriliques, pris de bronchites ou de congestions pulmonaires, et morts 
d ure mie dans le cours de ces affections. Faut-il invoquer en pareil cas la con 
gestion renale ou la formation de produits toxiques du fait de la maladie febrile? 
Les deux interpretations nous semblent legitimes. Au nombre des maladies 
intercurrentes susceptiblesde favoriser Teclosion des phenomenes uremiques il 
faut mentionner tout specialement les affections hepaliques. Sans prendre 
parti pour ou contre la theorie renale de 1 ictere grave, nous nous contenterons 
de rappeler que les malades porteurs d une affection renale ont rapidement des 
phenomenes alarmants, s ils deviennent icteriques. Gela resulte de la retention 



UREMIE. 12! 

dans le sang des matieres toxiques de la bile s ajoutant a celle des produits 
excrementitiels de 1 urine (Debove, De 1 uremie hepatique, Soc. med. des hop., 
1883). On sail, d autre part, qu a 1 etat normal le foie arrete une partie des 
poisons formes dans le tube digestif; cela semble prouve par les experiences de 
ileeger et de Schiff, confirmees par G.-II. Roger (Bouchard, Cours de pathologic 
aenerale). L insuffisance hepatique doit done singulierement aggraver la toxemie 
due a I insuffisance urinaire. 

L apparition des accidents uremiques est parfois imputable a 1 emploi intem- 
pestif de certains medicaments. Richardson a insiste sur 1 influence facheuse 
de certains medicaments chez les brightiques, particulierement des mercuriaux 
etde Y opium. Aureste, avant lui, Catchart Lees (Dublin Quarterly Journ., 1852) 
avail fait la meme observation, et anterieurement Bright et Barlow s etaicnt 
eleves centre 1 emploi du mercure dans la nephrite allumineuse. Chauvet (Des 
dangers des medicaments actifs dans les maladies re nales, th. de doct. Paris, 
1877) pense avec Bouchard que les medicaments actifs deviennent loxiques, 
a petite dose, dans le cas on il y a une alteration du rein, et il attribue les 
accidents a leur non-elimination. Lancereaux suppose au contraire que ces me 
dicaments, 1 opium, par exemple, determinent de veri tables phenomenes ure 
miques en diminuant ou ralentissant les differentes se cre tions par lesquelles se 
fait 1 elimination des principes excrementitiels de i urine. Enfin il ne faut pas 
oublier que les mercuriaux sont susceptihles de provoquer des lesions renales, 
d ou le double danger pour un brightique d accidents mercuriels et d une 
aggravation de sa nephrite. 

5 L uremie pent etre retardee, malgre I insuffisance de la secretion urinaire, 
par divevses eliminations supplernentaires dont 1 inlluence, quoique transitoire, 
ne saurait etre niee. 

a. Depuis Bright et BarloAv, on a note que 1 uremie est rare dans les nephrites 
avec anasarque. D autre part on a signale la disparition ou la diminution de 
1 hydropisie avant 1 apparition des phenomenes uremiques. Bien que cette coin 
cidence soit loin d etre constante, il n en reste pas moins vrai, comme le dit 
Bartels, que 1 hydropisie constitue une compensation naturelle a I insuffisam-e 
des fonctions renales et, suivant la ju.^te interpretation de Jaccoud, qu elle 
devient une voie d echappement pour les produits uses de la nutrition. Mais 
malheureusement, ajoute le meme auteur, oette derivation salutaire n a qu une 
efficacite momentanee; si les choses restent dans cet etat, 1 intoxication survient 
quandmeme et, pour etre retardee, elle n en est pas moins fatale. 

L immunite momentanee due a 1 anasarque se trouve confirmee par les fails 
suivanls. Sur 12 cas d encephalopalhie uremique reunis par L. Monod, 9 fois 
1 cedenie etait modere, tres-leger ou mil ; 3 fois la diminution de 1 anasarque 
est signalee au moment de I eclampsie. Billiet (Encephalopathie albuminu- 
rique dans Tenfance, 1855) avait egalement mentionne dans 4 cas cette dimi 
nution pre monitoire de I oedeme. Rosenstein (Mai. des reins, p. 225) donne une 
observation d uremie convulsive survenue apres la disparition de 1 anasarque; a 
1 autopsie il existait une hydropisie des ventricules du cerveau. Enfin il n est pas 
inutile de rappeler que la ne phrite parenchymateuse, habituellement accompa- 
gnee d oedeme considerable, donne moins souvent naissance a 1 uremie que la 
nephrite interstitielle ou 1 oBdeme est nul ou peu accentue. 

Si tel est le role preventif de 1 hydropisie dans les nephrites, on comprend 
que toute medication active specialement dirigee contre ce symptome puisse 



122 UREMIE. 

avoir de facheux effets. Bartels declare qu il lui est arrive plusieurs fois 
<T observer des accidents uremiques tres-graves, lorsque, grace a des sudations 
et a des purgations, il avail soustrait au corps de grandes quantites d eau et 
provoque ainsi une resorplion brusque de 1 dpanchement des sereuses et du tissu 
cellulaire. II cite a 1 appui 1 observation d un malade albuminuriqne et hydro- 
pique depuis sept semaines, cliez lequel la premiere seance du traitement de 
Liebermeister (bain a 59 degres et sudation consecutive) fut suivie d une 
altaque d uremie aigue ; mais des le lendcmain 1 hydropisie disparaissait, les urines 
devenaient abondantes et le malade guerit malgre cette complication. C estsans 
doute en favorisant la resorption de I cedeme que les bains de vapeur incrimines 
deja par Marchal de Galvi (Monti, des hopit., 1855) pen vent amener 1 uremie. 
Chez un jeune garcon atteint de nephrite aigue a frigore dont 1 observation est 
rapportee par Rayer, une attaque convulsive se produisit au sortir d un bain de 
vapeur. L. Monod a signale un fait analogue. Peut-etre y a-t-il la plus qu une 
simple coincidence. 

b. La diminution ou la suppression des vomissements et de la diarrhe e ont 
rle notees avant 1 apparition des symptomes ncrveux uremiques. On en a conclu 
que ces evacuations remplissent comme 1 hydropisie une ibnction vicariante, 
eloignant pour un temps le danger des accidents cerebraux (J. Yogel). Aran, a 
propos de I uremie lente, ditque les vomissements, chaque fois qu ils se produi- 
sent, paraissent soulager les malades. Willis leur attribue comme a la diarrhee 
un caractere supplementaire ; avec Richardson, il place la constipation au 
nombre des signes pre curseurs de I uremie. Rosenstein dit en propres termes 
<jue dans les affections renales les phenomenes de gastrorrb.ee ont parfois une 
grande valeur semeiologique et qu arretes trop tot ils sont immediatement 
suivis d une explosion d accidents uremiques. 

Ces idees semblent trouver leur confirmation dans les belles recherches de 
Cl. Bernard et Barreswill sur lesvoies d elimination de 1 uree apres 1 extirpation 
des reins (Arch, de me d., 1847). Les experiences de ces physiologistes ont mis 
hors de doute la fonction supplementaire de la muqueuse du tube digestif. Les 
secretions intestinalcs et surlout gastriques, disent-ils, augmentent considera- 
blement de quantite et changent de type, c est-a-dire, qu aulieu de ne se former 
que dans le moment du travail digestif et de rester intermittentes, ces secre 
tions se produisent, comme leferait 1 urine, d une maniere continue. De plus ces 
secretions renferment de 1 uree et derammoniaque, puis, a un moment donne, 
cette elimination supplementaire cesse ; cette suppression coincide avec une 
aggravation dans 1 etat general des chiens en experience qui deviennent faibles 
et languissants, et c est a ce moment settlement que 1 uree commence a s accu- 
muler dans le sang. 

c. La suppression des sueurs (Richardson), de la secretion b ronchique (S. Wilks 
^t Richardson), coi nciderait dans certains cas avec 1 apparition des pheno 
menes uremiques. On comprend d ailleurs que, lorsque la fonction renale est en 
soufirance, toules les secretions secondaires puissent utilement intervenir pour 
retardcr les phenomenes d intoxication. 

d. 11 est une autre voie d elimination supplementaire dont le role n a pas 
encore ete suffisamment etudie : nous voulons parler des dermatoses. en parti- 
culier de 1 eczema chez les brightiques. La suppression brusque d"un eczema 
parait avoir dans quelques cas determine des accidents uremiques. Nous avons 
le souvenir d un malade atteint d un eczema suintant des membres inferieurs, 



UREMIE. 125 

qui, a la suite d une rapide amelioration due a 1 enveloppement avec la toile de 
caoutchouc, fut pris d une attaque d eclampsie uremique ; 1 urine examinee seu- 
lement a ce moment contenait de grandesquantites d albumine. Josias a presente 
a la Societe anatomique (1877) 1 observation d un jeune homme scrofuleux, 
traile et gueri dans le service d Ernest Besnier pour un eczema generalise. 
Convalescent et sur le point de quitter 1 hopital, cemalade fut atteint de convul 
sions et de coma et mourn t an bout de cinq jours; a 1 autopsie on ne trouva 
qu un rein unique presentant les lesions de la nephrite intcrslitielle. Enfin, dans 
sa Revue sur les relations des dermatoses avec les affections (h j s reins et r<dbn- 
minurie (Annalesde dermaloloyie, 1885, p. 535), G. Thibierge cite le cas d un 
malade age de soixante ans, soigne par nous pour une nephrite chronique et un 
eczema generalise ; la guerison de cet eczema, traite d ailleurs tres-peu active- 
ment, fut suivie d une attaque dyspneiquc. Y a-t-il en pareil cas suppression 
d une voie d echappement pour les principes excrementitiels anonnalement 
retenus dans le sang, ou bien la lesion cutanee joue-t-elle par rapport aux reins 
le role d un derivatif ? Les deux hypotheses peuvent etre de fendues. D ailleurs 
les consequences de la suppression d une dermatose chez un brightique ne sont 
nul lenient fatales. 

111. DES MODIFICATIONS DE LA SECRETION URINAIRE QUI PRECEDENT I/UREM1E. Que 

I ure mie soil la consequence directe de la lesion renale, ou qu elle soil provo- 
quee par quelque cause occasionnelle, sa prochaine apparition est annoncee par 
des modifications qualitatives et quantitatives de 1 urine. De ce nomhre sont la 
reapparition dans 1 urine de globules sanguins et I 1 augmentation de I albumine, 
indiced uue poussee aigue de nephrite (Lecorche). L intensite de I albuminurie 
n a d ailleurs qu une valeur relative. Barlow pensait que la predisposition aux 
convulsions etait plus grande, alors que le precipile albumineux etait pen abon- 
danls ; 3 fois sur 12 L. Monod a note la diminution de I albuminurie immediate- 
ment avant Teclampsie. Enfin 1 albuminc peut fairc completemcnt defaut, rneme 
dans les periodes uremiques de la nephrite interstiliclle, d ou la necessite 
d examiner plusieurs fois les urines avant de conclure contre 1 uremie. 

IA diminution et surtout la suppression de la secretion urinaire sont plus 
significatives. L anurie survenant brusquement, tantot sans cause appreciable, 
Inntot sous 1 influencede causes exterieures (refroidissemcnt., medicaments, etc.), 
peut etre presque immediatement suivie d une attaque eclamptique ou coma- 
teuse (Richardson). Cependant cela n est pas constant : comme nous 1 avons dit 
ailleurs (these de doct., p. 82), il importe de distinguer Vanurie initiate et 
Yanurie ultime des nephrites. Cellc-ci venant s ajouter aux symptomes graves 
d une affection renale a sa derniere periode trouve 1 organisme protbndement 
deteriore et hors d etat de resister a cetle intoxication suraigue; elle aboutit 
rapidement a 1 uremie. Mais la suppression d urine est moins immediatement 
menacante quand elle se produit, soil au debut d une nephrite, soit sous 
1 influence d une obliteration calculeuse des ureteres chez un sujet anterieure- 
ment bien portant. Nous avons relate plus haut une serie de cas de ce genre 
observes soit dans le cours de la scarlaline, soit dans la lithiase renale ; on a vu 
que 1 anurie peut durer six, sept jours et plus, avant de se manifester par des 
accidents serieux. Ceux-ci, il est vrai, sont rapidement morlels, des qu ils 
apparaissent 

D ailleurs, si 1 anurie n enlraine pas necessairement 1 uremie, la polyurie ne 
met pas a 1 abri de cette complication. La miction peut etre abondante et meme 



124 UREMIE. 

augmentee avant les accidents. Mais il ne faut oublier que, malgre la polyurie, 
il y a diminution de la secretion, puisque la proportion des materiaux solides 
elimines tombe au-dessousde lanormale, cette diminution semanifestant par un 
abaissement du poids specifique, qui tombe de 1025 a 1015 et 1018. C est lii 
un symptome important (Bright et Barlow, Aran, J. Vogel). Barlow rapporte une 
observation dans laquelle 1 urine etait redevenue normale a tous egards, excepte 
quant a lapesanteur, an moment de 1 invasion des attaques epileptiformes. Jaccoud 
cite un cas ou, le poids specifique diminuant progressivement et d une facou 
considerable, il a pu, malgre raugmenlation de la miction et 1 activite des. 
secretions supplementaires, prevoir et annoncer les complications uremiques. 

Cette diminution du poids specifique est due surtout a 1 abaissement des 
cbiffres de I uree (qui n est qu excc|itionnellement augmentee avant les convul 
sions comme dans un cas de Liebermcister), des clilorures et des phosphates. Aussi 
le dosage de I uree, plus facile que celui des autres materiaux de 1 urine, donne-t-il 
d utiles renseignements sur 1 etat de la fonction urinaire. 

II va sans dire que le densimetre ne saurait a lui seul reveler 1 insuffisance 
renale. Dans les nephrites aigue s, 1 urine etant rare et concentre e, son poids 
specifique peut etre plus eleve qu a 1 etat normal. Mais la comparaison de la 
densite de 1 urine avec sa quantite montre que 1 excretion des materiaux solides 
reste apres tout infcrieure a la normale. 

Un dernier renseignement pourrait etre donne par 1 appre ciation de la toxicite 
urinaire. D apres Bouchard, les urines dans 1 uremie ont une toxicite beaucoup 
moindre qu a 1 etat normal, cela a cause de la non-elimination par les reins des 
poisons formes dans 1 organisme. Ge fait sera plus longuement etudie a propos 
de la pathogenie. 

Symptomes Les symptomes de 1 uremie sont nombreux. Les uns, Jes plus 
importants, consistent en des accidents nerveux; les autres interessent le systems 
gastro-intestinal. Les accidents nerveux eux-memes sont multiples et divers et 
Ton a pu, en se basant sur la predominance des uns et des autres, distinguer 
les formes convulsive, comateuse, deliranie, dyspne ique, etc., ou bien, ,cn 
tenant compte de leur localisation, les formes ce rebrale, respiratoire, gastro- 
intestinale. La description de ces types, utile pour fixer les principales modaliies 
de 1 uremie, ne saurait cependant servir de base a son etude symptomatique. 11 
est plus conforme a la clinique d envisager successivement les accidents de 
[ ure mie aigue et ceux de Yure mie lente. Cette division, proposee par Frerichs 
et Lasegue, a ete adoptee par Alf. Fournier dans sa these d agregation restee 
classique. L uremie aigue comprend les phenomenes brusques et parfois fou- 
droyants qui resultent d une insuffisance urinaire parvenue en peu de jours a 
ses dernieres limites : c est 1 ure mie de la scarlatine, des femmes en couche, de& 
premieres periodes de la nephrite interstitielle compliquee de poussee conges 
tive. L uremie lente est cet etat mixte de cachexie et d intoxication qui s observe 
dans les dernieres phases des nephrites chroniques et des degenerescences- 
renales. 

11 serait difficile neanmoins de faire rentrer dans 1 une ou 1 autre de ces 
formes tous les symptomes de 1 uremie. Bon nombre leur sont communs, ou. 
etablissent la transition entre le type aigu et le type chronique. De ce nombre 
sont surtout les phenomenes dyspneiques et gastro-intestinaux dont 1 etude 
trouvera sa place apres 1 uremie aigue, comme introduction a la description de 



U II EM IE. 125 

Turemie lente. Nous terminerons par 1 analyse de quelques symptomes speciaux 
tires de 1 etat du pouls, de la temperature, des pupilles, et par unrapide apcrcu 
des complications inllammatoires et hemorrhagiques. 

I. DE L UREMIE AIGUE. Le caractere commun des diverses manifestations de 
I uremie aigue est la soudainete de leur invasion. Apres des prodromes pen 
marque s, vomissements, cephalalgie, somnolence, troubles de la vue, parfois 
sans signes avant-coureurs, eclatent brusquement des convulsions epileptiibrmes 
se sticcedant rapidement et interrompues par une somnolence plus ou moins 
complete. Quelquefois et surtout chez les enfants, on observe dans I intervallc 
des convulsions une vive excitation, des cris et un delire furieux. D autres fois Ic 
malade tombe rapidement dans le coma. Enfin chez quelques-uns, c est une 
dyspnee subite, avec anxiete respiratoire qui e clate presque sans pre ambule. 
Ces divers accidents peuvent se combiner ou se succedcr chez le meme malade; 
ils peuvent exister isolement et constituer ainsi une forme predominaute. 

Prodromes de I uremie aigue. La soudainete du debut des accidents ure- 
raiques est plus apparente que reelle (Lasegue). Sans parler de la diminution ou 
de la suppression de 1 urine qui annonce frc quemment leur apparition, il est 
rare que I intoxication ne revele ses premiers effets par quelques signes premo- 
nitoires. Ceux-ci, suivant la juste remarque de Labadie-Lagrave, sont deja des 
phenomenes d uremie, mais a ce titre meme ils out une grande importance. 
Chez I enfant meme, ils ne passent pas toujours inapercus, puisque sur 12 cas 
L. Monod n a note leur absence qu une seule fois. 

Be ces prodromes il en est trois importants : la cephalalgie avec etat vertigi- 
neux, les troubles de la sweeties vomissements (Alf. Fournier). 

La cephalalgie est souvenl le premier symptome. Elle apparait soil un ou 
deux jours, soit quelques heures, soit meme quelques instants avant 1 attaque. 
Parfois assez violente pour arracher des cris ou des plaintes, elle varie de carac 
tere et de siege. Habituellement diffuse, elle peut etre localisee aux regions 
t rontale et occipitale. G est lantot une simple lourdenr, ailleurs une douleur 
giavative ou pulsative, continue ou intermiltente. Enfin elle s accompagne fre- 
quemment de bourdonnements et d etourdissemcnts qui augmentent par les 
mouvements. 

Les vomissements, generalement associes au mal de tete, le suivent plus sou- 
vent qu ils ne le precedent. Alimentaires, muqueux ou bilieux, ces vomissements 
sont parfois remarquables par leur opiniatrete. Ils peuvent etre accompagnes de 
diarrhee, mais celle-ci, se montrant souvent dans le cours des nephrites en 
dehors de tout accident d uremie, n a qu une importance semeiologique mediocre 
{Alf. Fournier). 

Les troubles de la vue ont une valeur plus grande. Ils consistent en une 
simple amblyopie, parfois en une cecite complete, une ve ritable attaque d amau- 
rosc (Rilliet), et ce symptome coincide le plus souvent avec le debut des 
convulsions. 

Comme autres signes premonitoires, on a note de la somnolence, des troubles 
de rou ie; plus rarement des troubles intellectuals legers, de Vexcitation de li- 
rante, un peu d incoherence de parole, de petites secousses convulsives des 
membres, Ve pistaxis (Gharcot), un brusque frisson (Richardson). Chez la 
femme, les phenomenes prodromiques rappellent parfois ceux de 1 hysterie, 
palpitations, tremblements nerveux, changements de caractere. Enfin, comme 
symptomes plus rares, precedant ou accompa.anant les acces d uremie, on peut 



126 UREMIE. 

observer des douleurs nevralyiques et arthralgiques. Sans parler des nevralgies 
faciales- et occipitales qui sont chose commune, quelques malades se plaignent 
de doiileurs semblables en diffcrents points du corps. Dans une observation de 
Chantemesse ct Tenneson (Revue de me d., 1885), ilest fait mention de nevralgies 
fugaces de la face et des plexus brachiaux precedant une attaque convulsive, 
cliez une femme atteinle d uremie post-puerpe rale. Bartels signals dans la 
nephrite interstitielle des douleurs hemicraniennes s irradiant dans la nuque et 
le plexus brachial, du meme cote, phenomenes sans doute du meme ordre. 
Quant aux douleurs articulaires, elles sont assez communes dans 1 uremie 
lenle, mais Jaccoud les a egalcment observees et decrites dans 1 uremie aigue 
(Clin. de la Charlie, 1867). Une deses malades, atteinte de mal de Bright, fut 
prise un jour de douleurs arliculaires generalisees excessivement vives ; le lende- 
main apparaissaient les convulsions uremiques associees au coma. Ces memes 
douleurs etaient provoquees par la pression au niveau des articulations chez 
une autre malade apportee a 1 hopital en etat de coma uremique. Pour bien 
fixer le caractere de ces accidents, Jaccoud a propose de les de crire sous le nom 
de/brme articulaire AQ 1 uremie. II importe d ajouterque ces douleurs arthral 
giques nc correspondent a aucune lesion appreciable des semises. 

Convulsions. Eclampsie uremique. De toutes les modalites de 1 uremie 
aigue, la forme convulsive est la plus frequente et la mieux caracterisee. Sur 
13 cas d ence phalopathie albuminurique scarlatineuse, Rilliet et Barlhez ont 
observe 11 fois 1 eclampsie. G est parfois sans signes premoniloires qu eclate 
1 attaque convulsive. Le plus souvent, si le debut est brusque, il a ete precede 
de phenomenes prodromiques qui, pour un ceil exerce, ne sauraient passer ina- 
percus. Bartels rapporte 1 observation d un malade atteint d une nephrite inter 
stitielle latente qui fut subitement pris de convulsions gene rales pendant une 
lecture publique; mais, quelques jours auparavant, on avail remarque qu il 
presentait deja de petits mouvements convulsifs de la levre inferieure. Dans la 
nephrite scarlatineuse, les prodromes sont constants ; s ils ne sont pas constates, 
c est par suite de l age des petits malades qui ne savent pas rendre compte de 
ce qu ils eprouvent. Quoi qu il en soil, apres quelques heures de malaise, de 
cephalalgie violente, parfois annonce e par quelques vomissements et un obscur- 
cissement subit du champ visuel, 1 attaque convulsive se produit, affectant 
1 un des trois types distingues par Jaccoud : le type e clamptique, le type con- 
vulsif, le type tetanique. 

a. Dans un assez grand nombre de cas, le malade est pris d un acces d eclamp- 
sie qui differe point ou peu de la grande attaque d epilepsie. C est la forme 
e clamptique de 1 uremie convulsive. La scene s ouvre parfois, comme dans 1 epi- 
lepsie, par la chute avec perte de connaissance et la convulsion tonique gene- 
rale. A ce moment, le tronc est renverse en arriere, la face congest ion nee, et la 
suffocation parait imminente. Puis les mouvements cloniques se manifestent, 
tantot generaux, egalement repartis des deux cotes, tantot predominants a 
droite on a gauche. Enfin les convulsions cessent, et le malade tombe dans une 
sorte de collapsus avec ronflement, et souvent dans le coma. Celui-ci, dans les 
formes dites mixtes, peut etre prolonge, durer plusieurs heures et meme davan- 
tage, entre-coupe ou non de nouvelles attaques convulsives. 

11 va sans dire que 1 eclampsie uremique, surtout observee dans les nephrites 
gravidique et scarlatineuse, ne se presente pas toujours avec cette meme regu- 
larite. Si Ton a pu signaler dans quelques cas les caracteres complets de 1 at- 



UREMIE. 127 

taque d epilepsie, a savoir le cri initial (Bergeron), la morsure de la langue 
(Roulh), la flexion forcee clu pouce dans ]a paume de la main (Cahen), 1 ecume 
sanguinolente a la bouche, et remission involontaire des urines et des feces, 
1 acces est plus souvent incomplet ou modifie. Les mouvements cloniques peu- 
vent se montrer sans etre precedes de la phase tonique. Ailleurs c est a la 
suite d une sorte de collapsus que se montre 1 atlaque convulsive. Enfin 1 intel- 
ligence, habituellement absente, est quelquefois conserve e pendant toute la 
serie des accidents. 

11 est rare que 1 attaque eclamptique soil unique. Une ou plusieurs crises 
suivent la premiere a des intervalles plus ou moins rapproches, et en se re pe- 
tant un grand nombre de fois en quelqucs heures, elles peuvent constituer ua 
veritable etat de mal. Cliarcot a observe chez un malade 15 crises le meme 
jour. Dans 1 eclampsie puerpcrale, ou en a cite jusqu a 60 et 70 dans les vingt- 
quatre heures. Chez un petit malade atteint d uremie scarlatineuse, L. Monod 
a compte 20 altaques en deux heures. Mais cette frequence est l exce|ition, et 
habituellement les convulsions sont peu nombreuses et re parties sur plusieurs 
jours. D ailleurs, et c cst un fait a noter, elles n affcctent pas toutes le meme 
type, et tel malade, apres une veritable attaque eclamptique, pent ne plus pre 
senter ulterieurement que des convulsions partielles. La reciproque est encore 
possible. Ainsi que le fait remarquer L. Monod, cette variete meme constitue 
1 originalite des convulsions uremiques. 

Leur duree est aussi variable que leurs formes. Elle varie pour un acces de 
deux minutes a un quart d heure; elle peut etre de plusieurs heures, quand il 
s etablit un etat de mal. On a signale, comme phenomenes critiques a la fin des 
acces, une emission d urine involontaire et abondante, une forte transpiration. 

Pendant 1 attaque eclamptique, a part quelques cas exceptionnels, 1 intelli- 
gence, la sensibilite generale et les sens speciaux, sont abolis. La temperature 
est e levee, le pouls accelere, la respiration frequente. Les pupilles restent 
sensilles a la lumiere. Nous reviendrons plus tard sur ces diverses parti- 
cularites. 

b. Le type convulsif n est que 1 attenualion de la forme precedente. Au lieu 
d etre generalises, les convulsions sont partielles et localisees a certains 
muscles de la face, d un membre, comme dans 1 epilepsie parlielle ou jackson- 
niennc. Parmi les convulsions partielles, il faut citer le trismus avec grince- 
ment des dents, frequent chez 1 enfant, et parfois premiere manifestation d un& 
grande crise eclamptique. Enfin, dans ceitaines formes d uremie, et particu- 
lierement a la suite de 1 anurie prolongee, les convulsions consistent unique- 
ment en tressaillements musculaires et en petites secousses des extremites 
(Roberts). 

c. Plus rarement, au lieu d etre toniques, les convulsions sont exclusive- 
ment cloniques. Jaccoud, qui a donne a cette variete le nom de tetanique, a vu 
des cas d opistolhonos avec contracture des fle chisseurs des avant-bras pouvant 
faire croire a une meningite cerebro-spinale. Ces cas sont a la verite exception 
nels, et les contractions permanentes des muscles, lelles que le trismus, ou 1 
retraction d un ou de plu^ieurs membres, sont plus souvent associes avec des 
convulsions d autres regions du corps. 

Ataxie. L excilation du systeme nerveux resultant de 1 intoxicalion uremique 
peut se reveler par des mouvements desordonnes n appartenant pas a Tordre 
des convulsions : c est la forme ataxique de L. Monod, nom qui a decrit sous ce 



128 UUEMIE. 

les accidents relates dans une observation desormais classique du memoire de 
Rilliet. Les malades atteints d ataxie uremique sont dans un etat d agitation 
extreme, se roulant dans leur lit, projetant Icurs membres dans lous les sens, 
se dressant par moments sur leur seant pour retomber bientot et se rouler de 
nouveau sur eux-memes. En un mot, c est un de lire d actions, accompagnant le 
plus ordinairement le de lire de paroles. Dans un oas d uremie scarlatineuse 
rapporte par Cadet de Gassicourt (loc. cit., t. II, p. 486), le petit malade presen- 
tait de viiri tables acces de fureur, ponssait des cris inarticules avec gesticula 
tion, plus lard paraissait en proie a une vivc fraycur se manifestant toujours par 
des cris et des yeux hagards, a d autres moments faisait tous ses efforts pour 
se Jeter hors de son lit. La forme ataxique n est en definitif qu une variete de la 
forme delirante. 

Delire. Le delire, bien que moins commun que les convulsions et le coma, 
n est pas Ires-rare dans 1 uremie. Habituellement il coincide ou alterne avec 
d autres manifestations nervcuses de I empoisonnement, et son role est d autant 
plus efface, qu il est peu violent, tranquille et doux. Mais parfois, suivant la 
remarque deja faite par Lasegue, il peut resumer a lui seul tous les accidents 
nerveux et, au lieu de [ incoherence placide des individus affectc s de coma, se 
montrer avec les caracteres de la nianie aigue. Enfin ce delire se manifeste 
quelquefois sous 1 aspect d une veritable vc sanie, de la folie, et les apparences 
sont d autant plus trompeuses, qu en 1 absence de renseigncments sur les ante 
cedents rien ne revele 1 affection re nale. Raymond a recemment etudie ces 
dclires simulant la folie (Arch, de me d., 1882) et Dieulafoy en a fait une forme 
du type delirant qu il a appelee folie brightique (Societe medicate des ho- 
pitauTC, 1885). 

Le delire se montre parfois d emblee, comme premiere manifestation non- 
seulement de 1 uremie, mais d une nephrite restee jusque-la latente. Hagen a 
rapporte 1 observation d une femme de quarante-six ans qui, a la suite de vives 
contrarie tes et apres s etre refroidie, fut prise d albuminurie et d un de lire aigu 
violent qui dura six jours ; a I autopsie on trouva les reins contracted et atro 
phies. Dans un cas de Jolly, il s agissait d une nephrite aigue survenue a la 
suite d un refroidissement et dont les premiers symptomes consisterent en une 
violente cephalalgie avec stupeur et delire, si bien que le diagnostic porte les 
premiers jours fut celui de meningite ; 1 urine examinee regulierement et des le 
debut ne commcnc,a a renfermer de 1 albumine que le quatrieme jour. Les 
accidents delirant s eurent une telle intensite que la malade dut etre transported 
dans un service d aliene es. L observalion presentee par Barie a la Societe me di- 
cale des hopitaux (1885) est tres-analogue ; a la suite de symptomes vagues 
faisant penser a un simple embarras gastrique, survinrent chez une malade habi- 
tuellement d une excellente sante des douleurs lombaires, de la fievre avec 
etat tjphoide, albuminurie considerable, et enfin des acces violents de nianie 
aigue. Au bout de quatorze jours, la fievre et 1 albuminurie aigue disparurent 
et la malade rcsta atteinte d une veritable alienation mentaie qui persista sept 
mois, mais qui gue rit completement. 

Cos deux derniers cas rappellent ce qui se passe dans la manie puerperale. 
Mais, ainsi que 1 a fait remarquer Lecorche, il est vraisemblable que bon nombre 
de manies conseculives a 1 accouchement ne sont autres que des manies ure- 
miques. 11 va sans dire que cette modalite de 1 uremie peut dependre de 1 al- 
coolisme, ou d une predisposition nevropathique hereditaire (Lase^ue, Fere). 



U RE 51 IE. 129 

Mais 1 uremie intervient comme facteur predominant et souvent unique (Dieu- 
lafoy). 

Le doute serait possible, si les memes accidents ne se produisaient dans le 
cours de nephrites interstitiellcs avere es, et surtout, et cela est presque la 
regie, s ils n etaient accompagnes d autres phenomenes uremiques. Chez un 
malade de Lecorche, atteint d une nephrite interstitielle chronique, des troubles 
maniaques de duree passagere, mais qui cependant necessiterent I internement 
dans une maison de sante, coinciderent avec la disparition de la polyurie et ces- 
serent lorsqu elle reparut. Les quatre observations rapportees dans le memoire de 
Raymond ont trait a des manifestations delirantes survenues dans le cours de 
nephrites chroniques, alternant ou comcidant avec des phenomenes convulsifs, 
dyspneiques ou gastro-intestinaux. Chez unc des malades de Dieulafoy, ce delire 
avait etc prece de pendant plusieurs mois de vomissements opiniatres, de deman- 
geaisons, de crampes dans les jambes, de bourdonnements d oreille, tous sym- 
ptomes dependant d ane intoxication uremique lente; dans un autre cas, 1 uremie 
delirante succeda a des accidents dyspneiques. 

Enfm, c est quelquefois a la suite d une attaque eclamptique suivie de coma 
que se montre le delire. Bricger (Berlin. Idin. Wochenschr., 1881) a public le 
cas d un homme de cinquante-quatre ans, atteint d une nephrite chronique, qui, 
apres un acces de convulsions et de coma, se reveilla dans un etat de gaite exu- 
berante, disant des paroles incoherenles, en proie a des hallucinations rappelant 
le delirium tremens. Marcus (Berlin. Idin. Wochenschr., 1877) a observe une 
veritable excitation maniaque a la suite d un acces d e clampsie uremique dans 
le cours d une scarlatine. 

Quel que soit son mode de debut, le delire uremique peut se presenter sous 
divers aspects et revetir toutes les formes de 1 alienation mentale. Dieulafoy 
en resume aiusi les principales varie tes : 

Parfois le delire uremique revet les caracteres de la manie aigue avec 
excitation, agitation, insomnie, loquacite, vociferations. Le malade se leve a 
tout instant, ne peut tenir en place, se debat quand on veut le tenir, pousse 
des cris percants. L excitation alterne parfois avec des phases de torpeur, d en- 
gourdissement, de somnolence. 

Dans quelques cas, il y a predominance des hallucinations de l oui e et de 
la vue. 

Tantot c est la forme lypemaniaque qui domine ; le malade a toutes les appa- 
rences d un melancolique ; il a I ceil eteint, la figure impassible ; il se renferme 
dans un mutisme absolu, il parait resigne a tout souffrir, il craint de mourir 
ou bien il voudrait mourir, et il nourrit des idees de suicide. 

Tantot les idees de persecution prennent le dessus ; le malade refuse les ali 
ments par crainte du poison, il croit qu on veut attenter a ses jours, il entend 
des personnes qui veulent le tuer, il se croit coupable des plus grands crimes 
et il en redoute le chatiment; les gens qui 1 entourent sont ses bourreaux, il 
voit devant lui la guillotine et il est pris de terreur. 

Plus rarement le delire uremique revet la forme erotique et religieuse. 
Ces differentes varietes de delire peuventexister isolement, plus souvent elles 
se suivent, elles alternent, elles se combinent. Leur duree est variable, parfois 
tres-longue, mais alors entre-coupee de remissions. Leur terminaison depend 
essentiellement de 1 affection renale. 
Coma. Apoplexie. Paralysies. Si nousplacons 1 etude du coma a la suite 

MCT. E.NC. b S. I. 9 



15 1 UREMIE. 

des convulsions et du delire, c est parce qu il en est 1 aboutissant habituel. 
Dans un grand nombre de cas 1 altaque eclamplique se termine par le coma, 
ou bien, les acces convulsifs ctant subintrants, le malade est plonge dans la som 
nolence pendant leur intervalle. C cst la forme mixte de I uremie ou le type 
comateux dispute quelquefois la predominance au type epileptique. C est du 
reste, et de beaucoup, la forme la plus commune : sur les 12 observations de 
L. Monod, elle s est montree 9 fois. De meme I uremie delirante aboutit habi- 
tuellemcnt au coma, et c est dans un etat de prostration complete, interrompu 
seulemeut par quelques convulsions, que le malade succombe. 

Mais parfois le coma est soudain et se presente comine premiere et meme 
seule manifestation de I uremie. Alf. Fournier avait signale de ju une forme 
foudroyante de I uremie, dans laquelle le malade frappe subitement succombe 
en quelques beures dans le coma. Wilson, Chrislison, John Moore, ont cite de 
ces cas mortels aux premiers acces. Tout recemment Raymond (Revue ih me de- 
nne. 1885) a decrit sous le nom de forme apopleclique une serie de cas ana 
logues. II s agit en general de vieillards atteints de nephrite interstitielle, qui, 
sans prodromes bien apparents, sont subitement alteints d une attaque apo 
pleclique, soil au milieu de la marcbe, soit dans leur lit. Cette altaque entraine 
la mort en quelques beures, parfois en pen d instants ; d autres fois elle se 
dissipe, mais laisse a sa suite une paralysie a forme hemiplegique qui persiste 
jusqu a la mort. Si le malade a etc observe avec quelque soin par son entou 
rage, on apprend que depuis un certain temps il etait sujet a des troubles de 
1 urination consistant en frequents besoins d uriner surtout la nuit, a des ver- 
tiges, des etourdissements, un etat dyspneique passager, mais revenant presque 
periodiquement. Mais souvent ces symplomes premonitoires ont passe inapercus. 
A 1 autopsie, independamment des lesions renales, on constate de 1 cedeme de 
la substance cerebrale, toujours associe a un peu d hydrocephalie ventriculaire. 
C est, en definitive, I apoplexie se reiise des Anciens. 

Quel que soit le mode de debut da coma, qu il soit subit ou lent et pro- 
gressif, il se presente sous des aspects, on mieux a des degres differents. Taulot 
il est incomplet; le malade se reveille avec peine, mais il est possible de le 
faire sortir de son engourdissement a I uide d excitations plus ou moins vives; 
tantot il est assez profond pour que le malade reste insensible a tous les moyens 
qu on emploie; il est a noter que cette derniere forme est presque toujours, 
sinon toujours, mortelle, tandis que la premiere peut n etre que transitoire ou 
intermittente (Lasegue). 

Le coma incomplet s observe apres les attaques eclamptiqu.es. Wilks 1 a heu- 
reusement compare a la stupeur a demi consciente de 1 ivresse ou de la com 
motion cerebrale. Parfois le malade ouvre les yeux a 1 appel d une voix connue, 
regarde aulour de lui, remue meme les levres comme pour parler, mais retombe 
immediatement dans sa torpeur. Ou bien il ne repond qu aux questions qui 
concernent sa sante et se plaint de cephalakjie. Dans d autres cas, il ne reste 
qu une somnolence ou de 1 immobilite avec une sorte d hebelude ou d ega- 
rement. 

Dans le coma complet, les membres sont dans la resolution, 1 intelligence 
est absolument abolie, le visage est pale. Les yeux sont fermes ou a demi 
fermes. Les pupilles sont dans un etat de dilatation moyenne, scnsibles a la 
lumiere, mais leurs mouvements sont paresseux et lents. Le malade ne repond 
a aucune excitation, et reste plonge dans une prostration profonde avec ster- 



UREMIE. 131 

lor. Mais, d apres Addison, cette respiration stertoreuse aurait des caracteres 
particuliers. Ce n est pas, dit-il, le son rauque ou nasillard de 1 apoplexie, 
mais une respiration plus sifflante, comme si 1 air, au lieu de frapper le voile 
du palais et le pharynx, venait battre sur la voiite palatine et les Jevres du 
patient . Suivanl la juste remarque d Alf. Fournier, ce signe n a qu une mediocre 
valeur diagnostique,et des indications plus nettes peuvent etre tirees du rhythme 
respiratoire, tantot ralenti, tantot accelere. II faut joindre a ces caracteres la 
notion lies inlermittences ou pauses respiratoires caracterisant cetle variete de 
dyspnee, dite respiration de Cheyne-Stokes. 

La marclie du coma est continue et progressive, lorsque la maladie doit avoir 
une terminaison falale. A part les cas foudroyants ou appoplectiques, la mort 
n arrive generalemenl qu apres plusieurs jours, parfois precedee de quelques 
monvements convulsifs ou d un peu da delire tranquille. On peut observer des 
remissions incompletes, meme dans les formes mortelles, mais, quand le malade 
doit guerir, le coma diminue progressivement. L acces est dans ce cas de courte 
duree. 

II est une particularite propre au coma uremique qui vient d etre e tudiee a 
nouveau : nous voulons parler de 1 absencc tie paralysies. Ce caraclere ntSgatif 
signale par Bright et Addison avail e te particulierement mis en relief par Lascgue, 
comme signe distinctif d avec 1 apoplexie cerebrale. Toutes les fois, disait-il, 
qu une paralysie concomitante est signale e, on peut affirmer qu elle releve d une 
cause locale, et n est pas sous la dependance de la maladie de Bright. Et il 
ajoutait que les cas ne sont d ailleurs pas tres-rares dans lesquels des hemor- 
diagies cerebrates surviennent dans le cours de 1 albuminurie. L opinion de 
Lasegue etait trop absolue. II est aujourd hui demontre qu abstraction faite 
de riiemorrhagie cerebrale, dont la frequence dans la nepbrite interstitielle, 
c est-a-dire dans 1 arterio-sclerose generalised, est bien connue, 1 uremie peut 
determiner des paralysies matrices localise es. Le fait a ete mis hors de con 
testation par deux memoires parus la meme anne e, le premier de Raymond 
(Revue de me decine, septembre 1885), le second de Tenneson et Chantemesse 
{id., nov., 1885). G est a la suite d une attaque de coma uremique que le malade 
e reveille avec une he miple gie flasque en tout comparable a celle que produit 
un foyer d hemorrhagie ou de ramollissement cerebral. Cclte hemiplegie peut 
etre totale, envabir les membres ou la face, ou bien se localiser aux membres 
seulement. Elle peut etre accompagnee d hemianesthesie partielle ou totale. 
Enfin on peut observer a sa suite des convulsions et des contractures egalement 
localise es ; dans deux cas, Tenneson et Chantemesse ont assistechez des hemiple- 
giques uremiques h des crises d epilepsie partielle ou jacksonnienne. Enfin, pour 
completer 1 assimilation avec les paralysies par lesions en foyer de 1 encephale, 
il faut ajouter que ces paralysies uremiques sont parfois associe es a la deviation 
conjuguee de la tete et des yeux, et que, des le debut des accidents, la tempera 
ture s eleve au-dessus de la normale pour atteindre 40 et 41 degres, pendant les 
dernieres heures (Tenneson et Chanlemessc). 

La mort est la consequence habituelle de ces attaques de coma avec paralysie. 
Cependant quelques malades avaient eu ante rieurement des crises semblables qui 
n avaient laisse a leur suite aucune trace. A 1 autopsie, on ne trouve pas autre 
chose qu un etat osdemateux de la substance cerebrale avec de 1 hydropisie ven- 
triculaire. Dans des cas exceptionnels, les phenomenes paralytiques paraissent 
etre sous la dependance d une lesion ancienne (foyer d hemorrhagie ou de ramol- 



1-.2 UREMIE. 

Jissement), le sion guerie ou suppleee, mais reveille s par I infiHration oede mateuse 
(Raymond). Dans ces cas on comprend aisement la localisation de la paralysie, 
mais comment 1 interpreter dans les fails plus nombreux ou 1 autopsie ne revele- 
qu une lesion diffuse, a. savoir I oedeme cerebral ? Tenneson et Ghantemesse pen- 
sent que les symptomes en foyer doivent etre rattaches a un redeme circonserit 
ou predominant dans une partie de 1 encephale, explication deja proposee par 
Leichens*ern pour les convulsions localisees. Raymond chercbe surtout le pour- 
<[iioi de cette localisation dans 1 etat du systems vasculaire plus altere dans un 
hemisphere que dans 1 autrc, et il base celtc explication sur des fails experimen- 
tuux dont 1 expose ne pourrait trouver place ici. La cause essentielle du coma comme 
des paralysies consecutives est 1 oedeme, celui-ci a la verite insuffisant pour corn- 
primer la substance cerebrale, mais suffisant pour amener au niveau des capil- 
laires surtout une grande gene de la circulation. Or cette anemie constrictive 
et d origine vasculaire, se joignant a 1 anemie generate inseparable de la lesion 
renale, doit, a 1 occasion du moindre effort ou du moindre accident, amener et 
1 ictus apopleciique et, si 1 etat du systeme arteriel est plus particulierement 
defectueux dans certaines regions de 1 encephale, des paralysies ou des convul 
sions localisees. 

Quoi qu il en soil de cette interpretation, 1 existence des paralysies dans 1 ure- 
mie est des maintenant indeniable. 

Dyspnee. Modifications du rhythme respiratoire. Les accidents dyspneiques 
de 1 uremie ne Je cedent pas en frequence et en gravite aux autres manifestations 
de 1 empoisonnement. Surtout observes dans la nephrite interstitielle chronique, 
ils peuvent se produire dans tous les cas d insuffisance urinaire. Parfois associes 
au delire, aux convulsions, alternant avec des crises de vomissements et de diar- 
i hee, ils se manifestent aussi comme unique symptome de 1 uremie, constituant 
bien une forme, la forme dyspneique. 

11 serait difficile de tracer dans un seul tableau les earacteres et la marcbe de 
la dyspnee uremiquc. Sousce nom en effet lesauteurs ont decrit des crises d op- 
pression continues ou intermittentes, avec ou sans signes sthetoscopiques du cote 
des voies respiratoires, enfin des modifications diverses du rhythme de la respi 
ration. 

La dyspnee uremique etait connue de Bright, qui deja rapportait les accidents 
a une lesion nerveuse independante du parenchyme pulmonaire. Apres lui, uu 
grand nombre d auteurs, Heaton, Christenson, Samuel Wilks, observerent des 
troubles semblables. Alf. Fournier (1865), a qui nous empruntons ces citations, 
fut le premier en France a decrire ces phenomenes, en se basant sur les fails 
des medecins anglais et sur deux observations rapportees dans leurs theses par 
Piberet et Piban-Dufeuillay. Enfin une communication faite par Herard a la 
Societe medicale des hopitaux (1868) fut 1 origine d une inte ressante discussion 
au cours de laquelle Parrot, Dumont-Pallier et Fereol, firent connaitre de nou- 
veaux fails d uremie dyspneique. Jusque-la on s etait borne a etudier la dyspnee 
comme mode de terminaison de 1 uremie, sans se preoccuper de ses varietes. 
Mais deja G. Rapp ( Virchow s Arch. , t. IV) el Waldenburg (Allg . med. Centralzeit, 
1869) avaient signale sous le nom d asthme uremique des acces d oppression qui 
seproduiscnt la nuit et presenlent les plus grandes analogies avec 1 asthme vrai. 
Ces memes accidents ont ete bien decrils par Bartels comme complications de 
la nephrite interstitielle, par Lasegue, qui en fait la premiere forme de ses 
bronchites albuminuriques (Arch, de med., 1879). Enfm C. Clifford Albutt 



UREMIE. 155 

les a etudies a nouveau sous le nora d asthme uremique (On Uraemic Asthma, 
in Brit. Med. Journ., 22 nov. 1877). 

II est une autre variete de dyspnee qui, dans ces dermeres annees, a pris droit 
<le domicile dans 1 histoire de 1 uremie. Nous voulons parler de ce type respira- 
toire special, appele par Traube respiration de Cheyne-Stokes, du nom des autcurs 
qui 1 ont fait connaitre et successivement observe dans les degenerescences grais- 
seuses du coeur (Cheyne, 1816, Stokes, 1854), dans les maladies cerebrales 
(Van Dusch, 1867, Traube, 1871), en fin dans 1 uremie. Ce rhythmc respiratoirc 
particulier a ete signale en 1874 par Fiscbl (Beitrag znr Path, des Morb. Bright it. 
Prag) dans quelques cas de nephrite interstitielle. Mais c est Potain qui le pre 
mier a saisi le rapport clinique qui existe entre la respiration de Cheyne-Stokes 
et la lesion renale. Dans une these qui fait epoque, differ a fait 1 etude approfoudic 
<le ce sujet, au double point de vue clinique et pathogenique (th. de doct. , 1878). 

En resume, la dyspnee se presente dans 1 uremie sous des aspects different^. 
Dans un premier type, elle survient comme accident terminal d une nephrite 
parenchymateuse aigue et emporte le ma lade en quelques heures, sans que ni 
1 auscultation ni 1 examen microscopique rcvelent aucune alteration des poumons : 
c est 1 uree dyspneique decrile par les premiers auteurs, celle que Alf. Fournici 
.a surtout cue en vue. Une seconde forme est caracterisee par les crises d op- 
pression d abord intermiltentes,plus tard continues, mais toujours paroxystiques, 
crises qui rappellent les acces d asthme et que Ton observe surtout, sinon exclu- 
sivement, dans la nephrite interstitielle chronique. G est a la periode ultime de 
ette meme affection qu on peut voir le troisieme type, la dyspnee intermittente 
dite respiration de Cheynes-^tokes. 

a. D une facon assez subitc, dit Fournier, le malade est pris de difficulte de 
respirer. Bientot cette difficulte s accroit et devient une anxiele formidable ; cela 
va jusqu a 1 orthopnee. La respiration s accelere de plus en plus, 1 air ne penetre 
plus que dans le sommet des poumons; le murmure vesiculaire s aflaiblit de 
plus en plus, le pouls devient tres-frequent et, si ces accidents ne se calment pas, 
1 acces peut etre mortel. 

Cette dyspnee n est pas uniquement caracterise e par la frequence de la respi 
ration. Dans 1 observation de Pihan-Dufeuillay (uremie scarlatiueuse chez ua 
enfant), on lit que les mouvements respiratoires etaient plus developpes et comme 
em-ayes par une contraction imparfaite du diaphragms. Dans les dernicrs 
moments, le creux epigastrique etait immobile et la respiration exclusivement 
costale. Cruveilhier avail signale cememephenomene dans uncas d atrophie des 
reins (Soc. Anat., 1850). Enfin le malade de Fereol (nephrite parenchymateuse 
aigue) eprouvait une gene excessive a respirer, et montraitson creux epigiistrique 
au niveau duquel il sentait une barre en travers 1 etreignant comme dans un 
e tau. 

D autresphenomenes, dit encore Fournier, se joignent souvent u cette dyspnee : 
est une inspiration bruyante, sifflante, croupale; c est encore un certain degre 
<le raucite de la voix. Ces derniers signes peuvent faire croire a une affection du 
larynx (Christenson, Wilks, See) et, dans deux fails rapportes par Christenson, la 
tracheolomie fut meme pratiquee sans resultat. 

b. Entre cette premiere forme et le type dit asthme uremique, il existe evi- 
<lemmenl certaines analogies. Ce dernier toutelbis se caracterise essentielle- 
ment par des acces d oppression qui se produisent la nuit et surprennent le malade 
pendant son sommeil. En general, il se reveille brusquement, couvert d une 



154 UREMIE. 

sueur profuse, le visage pale, les levres decolorees, en proie a une oppression 
des plus vives. Le coeur bat avec violence et les pulsations arterielles i-ont e uer- 
giqucs (Clifford Albutt), maisle syrnptome dominant est ladyspnee. La dyspnee,. 
dit Lasegue, s exagere par acces sponlancs et ne s accroit pas par le mouvement. 
Plus commune la nuit que le jour, elle rend le sejour au lit et la position hori 
zontals intolerables. Le malade est anxieux, agite, angoisse sans signes d asphyxie ;. 
il se plaint d une sorte de compression thoracique impossible a decrire. La crise 
dure dcs heures avec remissions, laissant a sa suite vine respiration a peu pres 
libre. Enfin, vers le matin, si 1 attaque a ete nocturne, le malade s endortet 
se reveille calme, sauf la preoccupation de la nuit a venir. 

Pendant ces crises de dyspnee, le malade tousse un peu ou ne tousse meme 
pas. D apres Bartels, on entend au niveau de la poitrine le meme bruit sifflant, 
perceptible surtout pendant 1 expiration, que dans 1 asthme nerveux. Lasegue 
signale des ces premiers acces des foyers de rales crepitants en plusieurs points 
des poumons, foyers quelquefois d une fugacite telle qu ih> changentde place sous 
1 oreiile qui ausculte. Les acces se terminent tres-habiluellement, commeceux de 
1 asthme, par des secousses de toux courtes et frequentes et par le rejet d ui) 
liquide spumeux en plus ou moins grande abonclance Cartels). Parfois 1 expec- 
toration se compose de crachats de mucus stries de sang (Clifford Albutt) et 
meme de crachats sanguinolents (Lasegue). 

Apres s etre manifestoes pendant plusieurs nuits conse cutives, ces crises 
d asthme uremique peuvent disparaitre pour un temps. Mais, dans les cas graves, 
les acces se rapprochent, la dyspnee devient continue, les poumons sont bientot 
envahis par des rales humides nombreux et fins indiquant une infiltration oede- 
mateuse diffuse, et la malade meurt par asphyxie (Bartels). 

Malgre" les reserves faites par quelques auteurs, il nous parait impossible 
d etablir une separation absolue entre la dyspnee due a 1 cEdeme pulmonaire el 
celle qui ne parait liee a aucune alteration materielle du poumon. Ainsi que 
le fait remarquer Bartels, les rales d oedeme peuvent manquer pendant les 
premieres crises, mais, pour peu qu elles se repetent, 1 auscultation revele 
sur toute 1 etendue des deux poumons des ronchus humides a bulles fines. 
Lasegue a d ailleurs insiste sur la mobilite de ces signes, mais ce caractere 
meme et 1 inconstance des lesions ne permeltent d accorder a I cedeme qu un 
role secondaire dans le mecanisme de la dyspnee. Celle-ci serait due, surtout 
d apres Cuffer, a 1 anemie globulaire et a la diminution du pouvoir d absorption 
des globules pour 1 oxygene. D autre part, la retention dans le sang des prin- 
cipes toxiques qui alterent les globules (carbonate d ammoniaque, creatine) 
determinerait a certains moments un spasme des vaisseaux diminuant encore le 
champ de I he matose. Cetle hypothese du spasme vasculaire, due a Potain, a ete 
proposee e galement par Clifford Albutt; pour cet auteur, c cst le systeme ner- 
veux qui, agissant sur la contractilite des vaisseaux pulmonaires, enlraine 
1 apparition des accidents dyspneiques, et il ajoute qu il a vu ces acces de suffo 
cation survenir souvent a 1 occasion d impressions morales penibles. Quoi qu il 
en soit, cette theorie du spasme rend compte de 1 intermittence des acces : la 
dyspnee diminue ou disparait lorsque le spasme cesse et lorsque, sous 1 influence- 
d evacuations spontane es ou provoque es (diarrhee, vomissements, sueurs), le 
sang est debarrasse des principes toxiques en exces qui concourent a 1 alterer 
(Cuffer). 

c. La dytpne e avec rhythme de Cheyne-Stokes est loin d etre rare, puisque 



UREMIE. 135 

Cuffer 1 a rencontre e 7 fois sur 16 cas de sclerose renale. Elle parait d ailleurs 
propre a cette affection, et il nesemble pas qu on 1 ait constate e dans la nephrite 
parenchymateuse, meme a la periode des accidents uremiques (Rendu). 

C est liabituellement dans les phases avancees de la nephrite interstitielle 
qu on observe ce phenomene singulier ; il precede de fort peu les accidents 
ultimes et souvent il est presque le precurseur du coma (Rendu). Cependanl 
Cuffer 1 a constate en dehors de toute periode comateuse. 

La respiration de Cheyne-Stokes consiste dans la succession assez reguliere de 
mouvements respiratoires precipiles et de periodes d apnee. A un moment donne, 
le malade cesse eompletement de respirer, ct celte pause respiraloire dure de 
dix a vingt secondes et quelquefois davantage, puis les mouvements respinitoires 
reparaissent, d abord lents, petits, superficiels, bientot et progressivement acce- 
lere s, penibles, anxieux. Arrivee a ce dcgre, la dyspneediminue, les mouvements 
respiratoires repassent par des phases inverses, se ralentisscnt et se suppriment. 
II se produit alois une nouvelle pause lout a fait inconsciente de la part du 
malade, car elle s observe meme pendant le sommeil. Et cette succession de 
mouvements dyspneiques et d intervalles d apnee se reproduit regulierement 
pendant des heures et des jours. Les troubles respiratoires s accompagnent le 
plus souvenl de divers phenomrnes, lels que la rotation de la tele a droite ou 
a gauche, la deviation des globes oculaires au dehut de 1 apnee, des modifications 
du cote des pupilles qui se conlractent pendant la pause et se dilalent au 
moment de la reprise respiratoire. 

Cuffer distingue d apres les faits cliniques et d apres ses experiences deux 
varietes du rhythme de Cheyne-Stokes. Dans la premiere il y a agitation, les mou 
vements respiratoires sont laborieux et penibles; il a observe cette meme 
variete chez I animal apres injection de carbonate d ammoniaque. Dans une 
autre categorie de cas, les phenomenes se passent tranquillement, sans effort, 
sans anxiete de la part du malade; ce meme caractere se retrouve chez les 
animaux apres action de la creatine. Cliniquement il nous semble qu il y a la 
simplement des differences de degre ou d intensite. 

Nous ne saurions entrer ici dans la discussion encore ouverte de la pathogenic 
du phenomene de Cheyne-Stokes. Tous les auteurs sont a peu pres d accord sur 
ce point, qu il est sous la dependance d un trouble fonctionnel du centre res 
piratoire bulbaire. Celui-ci est-il du a 1 alleration du sang qui resulte de 
1 uremie, on, comme 1 a recemmentdit Saloz (Diss. inaug. Geneve, 1881), resulte- 
t-il des lesions sclero-atheromateuses des vaisseaux plutot que de 1 affection du 
rein? La coincidence du phenomene de Cheyne-Stokes avec d autres accidents 
uremiques, notamment avec le coma, ne semble guere favorable a cette the orie 
exclusive. Mais ici encore on peut faire intervenir, comme le propose Cuffer, 
le role du spasme vasculaire. D ailleurs, les lesions cardio-arterielles ne sau- 
raient etre negligees dans 1 interpretation pathogenique de la respiration de 
Cheyne-Stokes comme de 1 asthme dit uremique, puisque ces deux varietes de 
dyspnee s observent avec une predominance marquee dans la ne phriie intersti 
tielle. 

Accidents gastro-intestinaux. II est peu d affections renales qui ne s accom 
pagnent de troubles digestifs a quelque periode de leur evolution. Mais la signi 
fication et la gravite de ces phenomenes ne sont pas toujours les memes. Au 
debut d un nephrite aigue, de la nephrite scarlatineuse, par exemple, on observe 
des vomissements violents et incoerciblcs qui, d apres Bartels et Henoch, ne 



136 UREMIE. 

sauraient etre mis sur le compte de 1 uremie : ce sont, pour ces auteurs, des 
phenomenes reflexes lies a I inflammation du parenchyme renal. A une periode 
plus avancee, 1 uremie est annoncee par ses prodromes habituels, ceplialalgie, 
troubles de la vue, tendance a 1 assoupissement ; a ce moment aussi les vomisse- 
ments et les nausees interviennent avec une signification nouvclle. Leur appari 
tion brusque precede souvent de peu 1 eclosion des phenomenes eclamptiques; 
parlbis ils ne paraissent qu apres la premiere attaque ou meme a la fin de la 
crise. Monod, qui les a observes 5 fois sur 12 cas d eclampsie, suppose qu ils 
sont d origine nerveuse, comme 1 amaurose et les convulsions. Enfin, dans le 
cours des nephrites chroniques, on observe souvent pendant des pei iodes de 
plusieurs semaines et de plusieurs mois des accidents gastro-intestinaux, dus a 
1 elimination et a la decomposition dans le tube digestif des produits excremen- 
titiels accumules dans le sang. Ces phenomenes, qui peuvent donner le change et 
faire croire a une affection primitive dc 1 estomac ou de 1 intestin, constituent 
une forme de 1 uremie chroniqueou lente, la forme gastro-intestinale. Alaverite, 
des contestations sc sont eleveessur leur interpretation. Dans la nephrite paren- 
chymateuse, ils seraient dus, d apres Bartels, a un cedeme de la muqueuse 
gastrique. Pour Fenwick et Wilson Fox (cites par Rendu d apres Grainger Stewart), 
ils seraient dus, dans la nephrite interslitielle, a une gastrite intertubulaire. Mais 
depuis les experiences classiquesdeCl. Bernard etBarreswill, depuis les recherches 
cliniques et anatomo-pathologiques de Treitz, 1 uremie gastro-intestinale ne 
saurait etre mise en doute. 

L histoire de 1 uremie gastro-intestinale se confond pour ainsi dire avec celle 
de 1 uremie chronique. On 1 observe surtout dans le cancer de 1 uterus avec 
obstruction des ureteres et pyelo-nephrite secondaires, et dans la nephrite 
interstitielle chronique. Au debut, le malade perd 1 appetit, accuse du degout 
pour les aliments, degout qui peut aller jusqu a la dysphagie, puis a cette inap- 
petence se joignent des nausees continuelles et des vomissements. Tout d abord 
il s agit de vomissements alimentaires, et chez quelqucs malades ils deviennent 
incoercibles, si bien que tout ce qui est ingere, liquides ou solides, excite le 
vomissement centre lequel la therapeutique est impuissante. Mais, independam- 
ment de ces vomissements alimentaires, et cela meme avant leur apparition, on 
observe des vomissements muqueux et bilieux survenant lorsque 1 estomac est 
vide, par exernple, immediatement apres le re veil. Les matieres vomies sont 
aqueuses, grisatres, semblables a un bouillon trouble, ou legerement verdatres, 
grace a la presence d une petite quantite de bile. Ces vomissements sont parfois 
remarquablement abondants, constituant une veritable gastrorrhee. Dans un cas 
de Dieulafoy (folie brighlique, loc. cit.) on a recueilli jusqu a trois litres de 
matieres vomies en vingt-quatre heures, contenant pres de 8 grammes d ure e. 
Enfin les malades accusent assez souvent un reflux dans la bouche de liquides 
acides on f elides venant de 1 estomac. 

Ces troubles gastriques sont accompagnes de divers phenomenes sur lesquels 
1 attention doit etre appelee. Assez souvent le vomissement est prece de d une 
courte crise de ce phalalgie. Dans 1 intervalle des vomissements on peut observer 
du hoquet, et E. Wagner (cite par Lepine, annot. a la trad, de Bartels) a vu ce 
hoquet persister jour et nuit pendant des semaines jusqu a la mort. Enfin 
Ye tat de la langue est egalement digue de remarque. En ge ne ral elle est blanche, 
recouverte au centre d un enduit epais et legerement jaunatre; ses bords sont 
roses et parfois rouges, manifestant 1 irritation vive de tout le tube digestif. 



UREM1E. 137 

A certains moments elle est seche et rappelle ainsi les caracteres assignes par 
Guyon a la langue urinaire. 

Les matieres vomies ont ete 1 objet de nombreuses analyses. Mais les resultats 
n offrent rien de constant. On y a successivement signale de i uree en exces et 
du carbonate d ammoniaque. Bartels dit que ces matieres sont habitucllement 
faiblement acides : cependant, dans deux cas, le liquide vomi etait fortement 
alcalin, et re pandait une odeur ammoniacale pene lrante; dans les deux cas 
1 addition d acide acetique au liquide lillre produisait un degagement de bulles 
de gaz jusqu a ce que le liquide fut fortement acide. 

Les troubles intestinaux, moins constants que les vomissements, tiennent 
cependant une importante place dans 1 liistoire clinique de 1 uremie chronique. 
Les malades sont souvent constipes, et cette constipation est parfois opiniatre, 
cedant difficilement aux purgatifs et aux lavements. Dans d autres cas, et sur- 
tout vers la fin de la maladie, on voit survenir la diarrhe e. Treitz, qui a fait une 
etude approfondie de 1 ure mie intestinale, en distingue deux formes principals. 
Dans les cas les plus nombreux, les evacuations sont excessivement frequentes, 
liquides et fetides, c est une diarrhe e sereuse qu il altribue a une veritable 
bydrorrhee de 1 intestin. Le liquide ainsi forme serait fortement charge de car 
bonate d ammoniaque, celui-ci ne dans 1 inteslin meme par suite de la trans 
formation de I uree en carbonate d ammoniaque. Et c est ce meme liquide qui 
par son action irritante prolongee determinerait des ulcerations dugros intestin, 
et partant la seconde forme de diarrhee uremique, la diarrhe e dysenterique. 
Dans celte derniere forme, les selles sont d abord muqueuses, puis mucoso- 
sanguinolentes et tres-chargees d albumine. 

Les vomissements rendant toute alimentation impossible, et la diarrhee 
venant epuiser le malade "deja tres-affaibli, aboutissent a une alteration grave 
de la nutrition, a une veritable cachexie qui souvent eveille au premier abord 
1 idee d une maladie organique de 1 estomac. Le malade prend un teint jaune 
terreux, et bient6t est force de s aliter. II tombe alors dans un etat d apathic 
et d indifference profonde qui peut durer des semaines, interrompu par des 
periodes de somnolence qui bientot aboutissent au coma. En un mot, c est 1 etat 
d uremie lente qu il nous reste maintenant a decrire. 

II. DE L UREMIE LENTE ou CHRONIQUE. La plupart des accidents que nous avons 
etudies jusqu ici se retrouvent dans 1 uremie lente a un degre plus ou moins 
attenue. Ainsi que son epithete 1 indique, cette forme est surtout caraclerise e par 
la lenteur de son evolution. Soil que le filtre renal conserve une inlegritc suffi- 
sante pour eliminer le trop-plein des substances excrementitielles et toxiques 
retenues dans le sang, soil que diverses voies supplementaires telles que 1 esto 
mac, 1 intestin. les epanchements hydropiques, empechent leur accumulation, les 
phenomenes d empoisonnement sont insidieux, mal caracterises, incomplets, 
quoique plus certainement mortels que les accidents de 1 uremie aigue. A la 
longue, en effet, le tube digestif profondement altere lui-meme devient impuis- 
sant a remplir sa fonction vicariante, les epancbements se resorbent plus ou 
moins charges de produits toxiques, et 1 organisme est d autant plus desarme 
devant la menace de 1 empoisonnement, que depuis longtemps 1 alimentation 
etait nulle ou insuffisante, et que le malade presentait les signes d une anemie 
profonde. 

Addison, qui le premier (1839),chercha a categoriser les varietes de 1 uremie, 
parait avoir eu en vue dans sa cinquieme forme les accidents de 1 uremie lente. 



158 UREMIE. 

Cette forme est ainsi resumes par Lasegue : hebetude de 1 esprit, lenteur et 
paresse a se mouvoir. somnolence prccedee par des vertiges, diminution de la 
vue, cephalalgie suivie ou non de coma et de convulsions. Frerichs donna une 
description plus complete de ces symptomes sous le nom fturemie chronique 
(1851) et peu apies (1851) Lasegue la faisait connaitre en France. Alf. Fournier 
lui a consacre un chapitre important de sa these et 1 a de signee sous le nom de 
forme lente de 1 uremie. 

Independamment des troubles gastro-intestinaux sur lesquels nous avons pre- 
cedemment insiste, divers phenomenes insignifiants en apparence signalent long- 
temps a 1 avance 1 apparition de 1 uremie chronique. L un des plus important?, 
comme dans 1 uremie aigue, est la cephalalgie. Variable d ailleurs suivant Ics 
cas, elle peut consister en une simple lourdeur, ou bien en douleurs lancinante< 
localisees au front, au vertex ou a 1 occiput. Mais, ce qu il importe surtout de 
savoir, c cst qu elle peut revetir absolumeut les caracteres de la migraine. 
Labadie-lagrave rapporte 1 observation d un nialade atteint depuis pres d uit 
an d tme douleur hemicranienne rebelle a toute medication et qui n etait 
autre qu une migraine uremique; ce malade mourut dans le coma uremique 
peu de temps apres la constatation de sou albuminurie. De meme que les vomis- 
sements incoercibles et les acces de dyspne e nocturnes, la migraine sur- 
venant cliez un adulte et a plus forte raison chez un vieillard doit e veiller 1 atten- 
tion du medecin et 1 engager a examiner les urines. Nous en dirons autant de 
Yapathie intellectuelle et de Yinsomnie frequemment observees dans les memes 
conditions. 

11 est d ailleurs un certain nombre de signes sur lesquels Dieulafoy a insiste 
dans ces derniers temps (Socie te medicale des hopitaux, 1882), et dont la con- 
naissance permet de rapporter les accidents qui precedent a leur veritable cause. 
Les malades en imminence d uremie lente. atteints par consequent de nephrites 
chroniques latentes, se plaignent souvent d une frequence exce^sive des mictions 
surlout pendant la nuit ; c est le phenomena distinct de la polyurie que Dieulafoy 
a propose d appeler pollakiurie. Ces malades eprouvent parfois, et cela pendant 
des semaines et des mois, un prurit insupportable qui trouble le repos de la 
nuit. Ces demangeaisons, signalees par Rosenstein et par Peter, ont e te egale- 
ment decrites avec soin par Dieulafoy et son eleveMathieu (these de doct., 1882). 
Certains malades racontent qu ils se grattent jusqu au sang, jusqu a s enlever 
la peau . Chez d aulres malades le prurit revet la sensation du chatouil lenient 
provoque soil par un cheveu, soit par un insecte. Enfin, il est une autre parti- 
cularite prop re aux brightiques et que Dieulafoy a le premier fait connaitre : 
c est la sensation du doigt mort. Ces malades accusent des fourmillements, 
des sensations douloureuses, sensations de crampes dans les doigts, et parfois 
rextre mite des doigts devient exangue, pale, insensible. Get etat dure quelques 
minutes, un quart d heure, une demi-heure, et revient par acces. 

D autres troubles de la sensibilite ont e te indiques comme phenomenes pro- 
dromiques de 1 uremie. Christison (Monthly Journ. of Med. Science, 1851) avail 
deja signale dans le mal de Bright chronique les ne vralgies des extre mite s et 
les douleurs rhumato ides. Parfois, dit aussi Rosenstein, les malades accusent une 
douleur dans les extremiles, notamment dans 1 une des mains ou dans les pieds 
et se plaignent de lourdeur et de pesanteur de tete. Le meme auteur mentionne 
dans les nephrites diffuses les liypercsthe sies de la peau consistant en une vio- 
lente sensation de cuisson et de demangeaison allant quelquefois jusqu a la 



UREMIE. 159- 

nevralgie. L hyperesthesie , s il faut en croire une these recente de Caudrelier 
(Lille, 1881), pourrait memc devenir a ce point predominante, qu elle laisse au 
dernier plan les autres accidents, occupant 1 ouie, la vue et surtout la sensibilile 
tactile au niveau de 1 abdomen et du thorax. Gomme pour prouver que les phe 
nomenes nerveux de 1 uremie sont essentiellement variables, un autre eleve de 
Lille, Ortille, avail ante rieurement indique, commc signe premoniloire de 1 u- 
re mie, Y analgesic. Dans deux cas de cancer de 1 uterus termines par uremie, 
1 eclosion des accidents fut preccdee de la brusque suppression des douleurs 
(Bull. Ac.de me d., 2 C serie, t. IX). Enfin quslques malades se plaignent de 
crampes tres-douloureuscs se produisant surtout dans les muscles de la jambe, 
et de spasmes dissernine s sur diffe rents points du corps (Fournier). 

A ces phenomenes si divers s ajoutent, comme dans 1 uremie aigue, des 
troubles des organes des sens. Le malade accuse des bourdonnements d oreilles. 
de la surdite plus ou moins egale en intensite pendant toute sa dure e (Lasegue). 
La vue s obscurcit et se trouble. Les alterations de la vue varient depuis le 
simple affaiblissement jusqu a la ce cite complete, elles sont parfois 1 ngaces a 
ce point qu une malade de Piberet se trouva deux fois, et pendant une demi- 
beure a peine cbaque fois, dans I impossibilite de lire; d autres fois au conlraire 
ces troubles persistent jusqu a la mort (Alf. Fournier). 

Des diflerents phenomenes prodromiques que nous venons de signaler il en- 
est de particulierement importants : ce sont la cephalalgie, les troubles seuso- 
riaux et les troubles intellectuels. Ceux-ci s accentuent dans les pcriodes plus 
avancees. L apathie primitive devient une sliipeur somnolente. Le malade, qnand 
on Tinterroge, semble se reveiller d un demi-sommeil ; il reste immobile dans 
son lit, et comme en extase (Fournier). Parfois il murmure a voix basse des 
mots incohereuts ou des phrases qu il re-pete sans fin, dernier effort dont son 
intelligence est capable (Frerichs). Enfin la somnolence devient un coma veri 
table, et le malade peut ainsi s eleindre sans secousse, ou bien quelques mouve- 
ments convulsifs annoncent sa fin prochaine. 

Dans cette phase ultime, 1 aspect du malade est, caracte ristique. La face est a 
la fois bouffie et d une paleur cadaverique. Les yeux constamment ferme s sont 
sans expression, sans mobilite; quand ils s entr ouvrent, les pupillcs restent 
dociles a la lumiere. Le malade est couche sur son lit, immobile, les bras pen 
dants, comme paralyses, bien qu ils aient conserve la faculte de se mouvoir sous 
1 influence d excitalions energiques (Lasegue). Enfin le pouls est faible et petit; 
la respiration est lente, insensible et irreguliere, presentant frequemment le 
rhythme de Cheyne-Stokes sans agitation. Et c est dans ces formes lentes de 
1 uremie que la temperature centrale s abaisse au-dessous de la normale, pour 
aboutir a une veritable algidite. 

La marche des accidents n est rien moins que reguliere. Elle a ses alternatives 
de mieux et de recrudescence. Parfois tout semble rentrer dans 1 ordre, mais 
les remissions ne sont pas de longue duree, et a chaque rechute la situation 
s aggrave inevitablement. La maladie marche ainsi vers son terme par une serie 
de secousses et de saccades (Fournier) ; sa dure e varie de quelques semaines a 
plusieurs mois. Enfin un episode imprevu, quelqu un des accidents de 1 uremie 
aigue, pent brusquement se montrer et hater le denouement, qui est fatalement 
mortel. 

III. ETUDE SPECIALE DE QUELQUES SVMPTOMES DE L UBEMIE. Apres avoir etudie 
les principales formes de I liremie, il nous parait important de revenir sur cer- 



140 UREMIE. 

tains symplomes quc nous n avons fail que signaler en passant, et dont la con- 
naissance presente un double interet clinique et palhogenique. Nous voulons 
parler des caracleres de la temperature et du pouls, des troubles oculo-pupil- 
laires, des phenomenes qui se passeut du cote de la peau et des glandes, enfiu 
des hemorrhagies et des inflammations secondaires. 

A. De la temperature dans I ure mie. L uremie, quelle que soit sa forme, 
donne lieu a un abaissement progressif et considerable de la temperature cen- 
Irale. Get abaissement s accuse de plus en plus a mesurequela maladie approche 
(1 iine terminaison fatale . C est par cette conclusion formelle que Bourneville 
lerminait son important travail sur la temperature dans I uremie, travail base 
sur six observations. Malgre les nombreux fails qui sont venus confirmer ces 
recherches, on peut dire aujourd hui que cette formule etait trop absolue. II 
resulte en effet de 1 etude comparative d un plus grand nombre d observations 
que la temperature est tantot elevee, tantot abaisse e dans I uremie. 

II est assez remarquable, dit Lepine, que 1 clude de la temperature dans 
I uremie ait pen attire 1 attention de Wunderlich et de son ecole. A propos de 
la maladie de Bright aigue, il remarquait cependant que dans les cas mortels 
la fin peut avoir lieu avec augmentalion on diminution de la temperature ; 
dans la maladie de Brigbt chronique les ascensions terminales constituent 
1 exception. 

En realite, c est a Bourneville qu appartient le merile d avoir le premier fixe 
1 attention sur cette question. Mais deja diverses observations avaient e te iailes. 
En voici, d apres Hutinel (these agreg., 1880), 1 ordre chronologique. En 186. i, 
Kien, eleve de Ilirtz, nota chez une femme de trente-six ans, qui ne tarda 
pas a mourir d uremie, a la fin d une nephrite interstitielle, des chiffres de 
56, 4 et de 36, 8. Boberts, en 1868, cita un nouveau fait, dans lequel la 
temperature oscilla entre 34, 7 et 55, 8, et indiqua clairement la relation qui 
existait entre celtc hypothermie et 1 intoxication uremique. Deux ans plus tard, 
il publia une seconde observation analogue a la premiere. Mais, dans I intervalle, 
Ilirtz (art. CHALEUR du Diet, de med. et chir. prat.} disait avoir vu le thermo- 
metre descendre a 54, 4 dans I uremie. Dans la partie cbirurgicale du merae 
article, Demarquay citait Billroth qui, dans des cas de pyelo-nephrite purulente, 
avail constate un abaissement de la temperature et 1 avait attribue a la retention 
de certains elements de 1 urine, et surtout du carbonate d ammoniaque. Enfin, 
en 1870, Hutchinson publiait un fait d uremie dans lequel la temperature 
axillaire tomba a 54, 4, et peu de temps aprcs Thaon observait un cas du merae 
genre. 

C est en 1872-1875 que Bourneville publiait son travail (Ure mie et e clampsie 
puerperale, in Etudes cliniques et thermome triques sur les maladies du systeme 
nerveu.r, 2 e fascicule). Une serie de cas communiques a la Societe anatomique 
en 1875 par Behier et Liouville, Hanoi, Lacombe, vinrent confirmer les conclu 
sions de Bourneville. Depuis cetle epoque, du moins en France, 1 abaissemenl de 
la temperature centrale dans I uremie est devenu une sorte de dogme clinique, 
de meme qu on repetait, depuis Addison jusqu aux re cenles observations de 
Raymond, de Tenneson et de Ghantemesse, que le coma uremique ne s accompa- 
gnail jamais de paralysie. En realite, I ure mie est parfois associee a une eleva 
tion de la temperature. 

Dans un travail sur la nature et le traitement des convulsions ure rniques, 
D. Rutherford Haldane (Edinb. Med. Journ., 1865) avail cherche a etablir une 



UREMIE. 141 

distinction entre 1 ure mie avec ou sans congestion cerebrale. Dans le premier cas, 
dit-il, la peau est chaucle, les carotides bailout, la respiration est sterloreuse, 
les conjonctives sont injectees, le pouls est plein, el enfin, signe Ires-imporlanl, 
les pupilles sont relrecies. La saigne e est alors indique e; elle doit elre au con- 
Iraire rejelee dans 1 uremie avec paleur de la face, peau froide, pouls mou et 
pupilles dilatees. II s agit dans un cas d uremie aigue, dans 1 autre d urernie 
chronique. Celte distinclion peut-elle elfeclivemenl etre basee sur les caracteres 
de la temperature ? 

Bourneville n avait fait une exception que pour 1 eclampsie puerperale ou la 
temperature s eleve a 40 et 41 degres. Mais cette meme elevation de temperature 
s observe dans d autres cas d uremie aigue. Rosenstein dit en propres termes : 
D apres ce que j ai constate, la temperature est considerablement augmentee 
pendant la duree des acces uremiques et plus encore dans la forme convulsive 
que dans la forme comateuse. Bartels fait cette importante remarque : Dans 
tous les cas de convulsions uremiques oil mon attention s est portee sur ce 
point, sauf dans un seul, la temperature du corps prise immediatement apres le 
premier acces s est considerablement elevee au-dessus de la normale ; dans deux 
cas elle monta jusqu a 40,6. La temperature resta elevee pendant longtemps, 
pendant plusieurs jours meme, quand les convulsions se suivaient rapidement . 
Strumpell (Arch, der Heilk., XVII) signals egalement des lempe ratures de 41, 5, 
cela quand 1 uremie s accompagne de frissons ou de sueurs. Et il ajoute que la 
tempe rature ne s eleve pas d une maniere notable dans les cas d uremie passa- 
gere, tandis que dans 1 uremie mortelle on observe tantot de I hyper thermic, 
tantot de 1 hypothermie. 

L hyperthermie se trouve mentionnee dans quelques observations reeentes. 
Guyot a communique a la Societe medicale des hopilaux (1880) un cas de coma 
uremique dont le diagnostic avail ete rendu difficile par la courbe thermome- 
trique qui avail oscille enlre 59, 40 et meme il degres; il s agissait d une 
nephrite inlerstitielle chronique avec suppuration de quelques points kysliques. 
Dans une observalion d albuminurie aigue avec uremie, presenlee a la Sociele 
anatomique par Adbemar Roberl (1881), on trouve signalees des tempe ratures 
de 59 el 40 degres. Dumont a public dans le journal de medecine de Bordeaux 
un cas d uremie avec elevation de la temperature cbez une malade atteintc de 
cancer de 1 uterus. L observation rapportee par Moussous (France medicale, 1885) 
est particulierement interessante ; il s agit d une attaque d uremie aigue, avec 
temperature de 59,8; il n existait aucune complication pulmonaire, et 1 hyper- 
Ihermie ne pouvail elre raise, sur le comple des convulsions, car elle s etail 
manifested avant leur apparition, loul en presentanl son maximum au momenl 
de 1 acces. Damaschino (cile par Moussous) a egalemenl conslate une tempera- 
lure de 59", 5 dans le cours d une nephrite interstilielle goutleuse compli- 
quee d uremie de liranle et de respiration de Cheyne-Stokes. Enfin, Hutinel 
nous a signale le cas d une malade atleinte d arterio-scle rose et qui, a deux 
reprises, a 1 occasion de coliques ne phretiques, fut alleinte d eclampsie uremique 
avec temperature de 40, 5. Aces fails il faul ajoutcr les observations recentes de 
Tenneson el Chanleme? se : chez leurs malades, atteints de coma avec hemiplegie 
et e pilepsie parlielle uremiques, la lempe ralure regulierement notee a toujours 
depasse la normale, oscillant entre 58 et 59 degres, pour s elever brusquemenl 
pendant les dernieres heures jusqu a 40 et 41 degres. 

II semble resulter de ces fails que la lempe ralure esl souvenl augmentee dans 



142 UREM1E. 

1 uremie aigue, tandis qu clle s aliaisse au-dessous de la normale dans 1 uremie 
clironique. Mais celte conclusion ne peut elre formulee qu avec reserves, ce sujet 
etnnt encore a 1 etude. Et ces reserves sont d autant plus necessaires que des 
phenomencs d uremie aigue ont ete observes chez quelques malades avec des 
temperatures basses. La raison de ces differences et de ces apparentes contra 
dictions ne saurait etre actuellement determinee. II se peut, comme le dit Le pine. 
que dans certains cas il y ait retention d une matiere pyretogene. Ce qu il y a de 
certain, c est que riiypotberniie s observe plus particulierement dans les affec 
tions prolongces des reins qui aboutissent a la cachexie, c est-a-dire au ralentis- 
sement des actes nutritifs. Mac Bride (Arch. ofMed., New-York, 1880) est arrive 
a cette conclusion que 1 abaissement de temperature se produit presque toujours 
dans les circonstances suivantes : 1 dans les affections renales consecutives aux 
maladies des voics urinaires ; 2 duns 1 uremie survenant chez des personnes 
iigc es ; dans rurc mie consecutive a une affection renale tres-ancienne avec com 
plications de vomissements, de diarrhee et d hemorrhagies; 4 dans 1 uremie 
liee a la cachexie cancereuse et au marasme. 

Hulinel donnedes conclusions tres-analogues. L hypothermie lui parait surtout 
propre a la periode ultime des nephrites interslitielles chroniqucs, et plus encore 
des nephrites survenant comme conse quence d un obstacle a 1 e mission de 
1 urine (cancer de 1 uterus, maladies des voies urinaires). Dans ces cas les phleg- 
masies monies n elevcnt pas toujours la temperature (Roberts, Bazy). Peu importe 
d ailleurs la forme que revet 1 uremie chez ces malades; qu ils soient atteints 
de coma, de dyspnee ou de convulsions, la temperature resle basse, et cela 
parce que la nutrition est profondement trouble e. L excretion des materiaux de 
dc .sassimilalion ne se fait pas, et la nutrition souffre parce que la retention des 
produits desassimiles 1 entrave (Vulpian, Cours ine dit, 1872). Comme 1 ont 
justement dit Debove et Dreyfous (Socie te medicale des hopitaux, 1879) : Si 
dans un foyer les cendres ne sont pas enleve es, la combustion sera ralenlie. 11 
en est de meme de 1 uree, produit de combustion des matieres albuminoides. 
Le ralentissemcnt des combustions se traduit par un abaissement de tempera 
ture. 

Etant donne celte explication de rirypolhermie dans 1 uremie, il est aise de 
comprendre qu elle ne s observe qu exceptionnellement dans la veritable ureraie 
aigue, celle qui surprend le malade en pleine sante , avant que la nutrition 
soil profondement alteree. Et d autre part on ne peut etre etonne de voir dans 
1 uremie chronique ou dans 1 uremie des cachectiques la courbe thermome- 
trique suivre regulierement les oscillations de la. secretion urinaire. La tempe 
rature s eleve des que les urines augmentent, et reciproquemcnt (Bourneville, 
Charcot) ; cela parce que I e limination de quelques de chets de combustion ranime 
pour un temps la nutrition languissante. L hypothermie peut d ailleurs etre 
tres-marquee. Dans une observation de Bourneville, le thermometre marqua 
50, 1 ; dans d autres cas on trouve les chiffres de 35, 2, de 50, 5, de 54, 4 
et de 55, 2. Netter a vu le thermometre descendre a 50 degres, cela pen 
d heures avant la mort. Dans un cas que nous avons recemment observe, la 
temperature rectale etait de 31 degres le jour de la mort; il s agissait d uremie 
lente. Parfois la temperature s eleve brusquement dans les derniers moments. 
Ce fait est signale dans un cas de Liouville (Soc. anat., 1873), et nous avons 
nous-meme constate une brusque elevation dc 36 a 59 degres au moment de la 
mort, chez un malade atteint d arlerio-sclerose. 



B. Du pouls dans Turemie. Nous serons bref sur les caracteres du pouls 
qui, dans un gnind nombre de cas, ne presente aucune particularite digne 
d etre notee. Addison avail signale, parrai l^s signes generaux des accidents 
ccrebraux coi ncidant avec les maladies des reins, lc pen de frequence du pouls. 
Mais d un autre cote Wilks avait observe au debut des accidents cerebraux la 
durele et la frequence du pouls, ce qui lui faisait dire qu un des principaux 
effets de 1 empoisonnement uremique intense e tait un elat febrile tres-pro- 
iionce. En realile, les caracteres du pouls sont variables suivant les cas. Precipite 
et fort dans les acces convulsifs de 1 uremie aigue, il est normal comme fre 
quence et le plus souvent tres-faible dans 1 uremie lente. Le pouls est done en 
concordance avec la temperature. Mais il n y a la rien d absolu. 11 est un autre 
caractere du pouls sur lequel nous devons insister, e est la lenteur et 1 irregularite 
avant les acces e clamptiques. Rosenstein dit avoir parfois constate un ralen- 
tissement et des irregularites tres-marquecs au moment des crises convul- 
sives. Litzmann (cite par Bartels) aurait frequemment observe un ralentissement 
remarquable du pouls avant 1 eclosion de 1 eclampsie puerperale, et Bartels a 
plusieurs fois constate le meme phenomene, dans d autres formes de nephrite 
aigue ou chronique, sans qu il fiit toujours suivi de symplomes uremiques. 
Dans sa these sur 1 encephalopathie albuminurique chez les enfants, L. Monod 
avait egalcment signale ce ralentissement du pouls qui s etait manifesto chez 
deux enfants, plusieurs jours avant 1 apparition des accidenls eclamptiques. 
I our lui ce signe rentre dans la categorie des prodromes a longue e che ance ; 
aiais le pouls, quoique habituellement accelere dans 1 intervalle des acces, peut 
rester lent, parfois faible, petit, irregulier, et ces irregularites seraicnl associees 
avec le ralentissement comme dans le deuxieme stade de la meningite lubercu- 
leuse. Enfin Hinoch (loc. cit., p. 470) eludie avec soin la lenteur du pouls dans 
la nephrite et 1 uremie scarlatineuse. Ce symptome coi nciderait frequemment, 
mais non constamment, avec les phenomenes uremiques. Chez un garcon de 
neuf ans, il existait depuis pres de quinze jours un ralentissement continu 
(68-52) et de 1 arythmie avec vomissements repetes, avant que les convulsions 
uremiques apparussent; le pouls remonta a 120 degres des qu elles commen- 
cerent. Chez une petite fillc de huit ans, le pouls devenait extremement lent 
(72-68) et irregulier quand il survenait des douleurs de tete, des nausees, des 
vomissements et de 1 assoupissement, pour revenir a son etat normal lorsque ces 
accidents se dissipaient. 

Quelle est la signification de ce phenomene? On sait, depuis les recherr-hes de 
Friedlander (Arch, fiir Physiologic, 1881) et de Silbermann (Jahrbuch. f. 
Kinderheilkunde, Bd, XVII), que la nephrite aigue, et en particulier la nephrile 
scarlatineuse, determine tres-frequemment une hypertrophie avec ou sans dila 
tation du ventricule gauche. Celle-ci s accompagne, comme 1 hypcrtrophie car- 
diaque de 1 arterio-sclerose, d un bruit de galop, et Lepine (trad, de Bartels), a 
qui nous empr.uiitons ces renseignements, tend a croire que ces phenomenes 
cardiaques dependent pour une bonne part de la dyscrasie uremique. Or Biegel 
a emis cette hypothese que le ralentissement et 1 irregularite du pouls de la 
nephrite scarlatineuse dependent toujours de 1 hypertrophie du ventricule 
gauche (cite par Henoch). L inconstance, rintermittence et la variabilite du phe 
nomene plaident contre cette maniere de voir, et nous serious plus dispose a 
attribuer les modifications du pouls, comme le propose Henoch, a un trouble 
dans 1 innervalion du nerf vague, trouble qui est parfois sous la dependance d un 



141 UREMIE. 

processus uremique, mais qui peut aussi se produire independamment de ce 
dernier . La lenleur et 1 irregularite du pouls seraient done des phenomenes 
nerveux, au meme litre que la cephaiee, les vomissements prodromiques de 
1 eclampsie et les convulsions elles-memes. 

On pourrait egalement rapporler a un trouble de 1 innervation les accidents 
de collapsus cardiaque qui terminent 1 existence chez quclqucs uremiques. Quel- 
quefois, dit L. Monod, dans les cas de coma profond, les extremites se refroi- 
dissent; le ralentissement de la circulation est alors manifeste : la peau est 
seche, la lace pale ou violacee, les levres cyanosees. C est un veritable collapsus 
consecutif aux atlaques. Ce collapsus n est pas toujours mortel. Chez un petit 
inalade de Henoch, a la suite d un acces d uremie qui dura toute une nuit, il 
survint un aft aiblissement extreme du cceur, avec pouls et choc cardiaque petit, 
frequent, irregulier, refroidissement des extremiles, respiration frequente et 
superficielle. L auscullation du cceur ne revelait qu un bruit de galop qui persista 
longtemps encore pendant la convalescence. Henoch cite encore un autre cas 
semblable chez une petite fille de sept ans, et fait remarquer que ce collapsus 
tout a fait analogue a celui de la diphtheric peut amener des stases ei des 
oe denies. 

Ces phe nomenes de collapsus s observent dans d autres formes d uremie, en 
parliculier a la suite des anuries prolongees, ou la mort survient parfois brus- 
quement par syncope, le malade ayant sa pleine connaissance. Dans un cas 
d anurie calculeuse rapporte par Hahner (Berlin, /,7m. Wochenschr., 1881), on 
trouve signales la tendance aux lipothymies, les intermittences du pouls, fina- 
lement la dyspnee et le collapsus cardiaque. Un malade dont 1 histoire a ele 
recemment publiee par Bell Vincent (Lancet, 188")) fut pris de defaillance et 
mourut subitement en causant avec son entourage. L anurie datant de six jours 
etait due a une obstruction calculeuse des ureteres. 

C. Phenomenes oculo-pupillaires dans Ture mie. Nous avons signale 
chemin faisant 1 amaurose et les modifications de la pupille dans 1 uremie. Leur 
importance clinique demande une etude plus detaillee. 

Les troubles de la vue precedent fre quemment les accidents graves de 1 uremie, 
mais ils peuvent aussi leur survivre, ou meme se manifester comme seul sym- 
ptome de 1 enipoisonnement. Ils vaiient depuis une amblyopie le geie jusqu a une 
amaurose complete. Celle-ci peut survenir brusquement; d autres fois la vue 
est abolie graduellement, mais toujours assez \ite (Rilliet). D apres les obser 
vations de L. Monod, 1 amaurose est generalement contemporaine de la premiere 
attaque uremique, mais souvent elle est precedee d une amblyopie prodromiquc 
meconnue. La cecite peut persister un certain temps apres 1 altaque ure mique, 
mais elle est toujours de courte duree, et parfois elle disparait au bout de pen 
d instants, pour se reproduire plus tard d une maniere egalement passagere. 

L amaurose ure mique offre plusieurs particularite s interessantes : il faut 
mentionner en premiere ligne 1 absence de lesion du fond de 1 oeil. appreciable a 
1 ophthalmoscope. Cefaita ete d abord signale par Wagner (Yirchoivs Arch.,\\\, 
1857), qui chez douze uremiques a constate six fois des troubles de la vue, et 
tiois seulement de ces malades pre sentaient des lesions du fond de 1 ceiU 
Charcot a insiste sur ce caractere negatif, montrant comment ces troubles de la 
vue, de nature uremique, se distinguent par leur soudaiuele, leur intensite, leur 
caractere transitoire, des amauroses incompletes, lentes et progressives, liees 
aux retinites des brightiques. A cote de 1 inte grite du fond de Trail et de la ten- 



URtiMIE. 14U 

dance coiistante a la guerison rapide, 1 amaurose uremique est encore remar- 
quable par la conservation de 1 activile pupillaire, malgre 1 abolition des sen 
sations de lumiere. La plupart des auleurs s accordent a allribuer cctte amau- 
rose a 1 oedeme cerebral. D apres Bcclicr (Soc. de me d. int. de Berlin, 1884), 
la conservation des contractions de la pupille indique 1 integnte de 1 arc rellexe 
ctpermet delocaliser la lesion au dela du nerf optique ct des tubercules quadri- 
jumeaux, peut-etre dans ce point de 1 ecorce du lobe occipital ou Mnnck place le 
centre psycho -optique. C est done un phenomena cerebral (See, cite par 
Fournier). 

D aulres troubles de la vue ont ete signales, mais ils sont rares et mal carac- 
terises : tels la diplopie, la presbytie, I hemeralopie, les moucbes volantes, etc. 
Dans un cas rapporte par Routh, il existait de 1 he miopie, et, fait inleressant 
qui plaide en faveur de son origine centrale, il y avail du meme cote de la sur- 
dite et de la cephalalgie. 

L etat des pupilles doit etre note avec soin cbez les uremiques. Boucbard a 
recemment insisle sur le myosis, comme signe de 1 intoxication uremique 
(Socie te de biologie, 1881). Les renseignements donne s par les auleurs nc sont 
pas absolument concordants. D apres Goodfollow, la coiitraclion pupillaire se 
verrait toujours dans le coma du m?.l de Bright chronique. Get auteur en concluait 
que la pathogenic n est pas la meme dans les deux cas, que dans I encephalo- 
pathie convulsive il y a plutot excitation directe, dans le coma compression des 
elements norveux. C est cette meme distinction que reprit plus tard Rutherford 
llaldane, en separant I liremie avec congestion cerebrale et myosis de 1 uremic 
sans congestion cerebrale avec dilatation des pupilles. Mais a cet egard on ne 
pent etablir une formule unique. Dans un certain nombre de cas, les pupilles 
sont dilatees dans rence phalopathie convulsive; cela est vrai surtout dans 1 iuter- 
valle des acces (Rosenstein, Roberts), et, comme 1 avait dit Wood, les pupilles 
peuvent presenter des alternatives plus ou moins rapides de ces deux etats 
contraires d eclampsie uremique. Dans les observations reccntes de Lepine, 
Hajek, Ilenocb, nous trouvons mentionnee la mydriase. Par centre, Roberts insiste 
beaucoup sur le myosis dans 1 uremie consecutive a 1 auurie prolonge c; le myosis 
et les tressaillements musculaires seraient d apres lui propres a cette forme. Ge 
sujet appclle de nouvelles recherches. Mais il semble resulter de ce qui precede 
que le retrecissement pupillaire est plus directement sous la dOpcndance de 
1 intoxication uremique que la mydriase. La variabilite de ces phenomenes tient 
peut-etre aux alternatives de congestion et d anemie encephaliques. 

D. Cristallisations d ure e a la surface de la peau. Pmrit et eruptions ure- 
miques. Quelques auteurs ont signale dans 1 uremie des Cristallisations d uree 
a la surface de la peau. Schottin, Drasche, Preitz, auraient constate des fails dc 
ce genre, et la meme observation faite dans des cas de cliolera-typho ide a servi 
d argument a 1 appui de son origine uremique. Hirschprung (Dublin, med. 
Press, 1865) a recueilli sur la peau chez cinq malades alteints d ure mie des 
de pols pulverulents ou de petits cnstaux blancs, que la reaclion par le nitrate 
de mercure et 1 acide oxalique a demonlre etre de 1 ure e. Ce depot se ferait de 
vingt-qualre beures a quarante-huit heures avant la morl, a la figure et sur la 
poitrine; les cas de Hirschprung etaient, sauf un, des pyelo-nephrites consecu- 
lives a des affections de vessie. Bartels signale egalement cette elimination d uree 
par la peau. Les malades atteints d uremie chronique repandent souvent, dil-il, 
une odeur d uriue repoussanle due soil a 1 air expire, soil a la perspiration 

DICT. ENf.. 5 e S. I. 10 



146 UREMIE. 

cutanee. Ce phenomene parait etre en relation avec les sneurs visqueuses qui se 
produisent vers la fin de 1 existence; 1 uree est e liminee ave