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Full text of "Vigouroux, Dictionnaire de la Bible"

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DICTIONNAIRE 



DE LA BIBLE 



TOME TROISIEME 

PREMIÈRE PARTIE 

G— I 



ENCYCLOPEDIE 

DES 



SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES 

RÉDIGÉE PAR 

LES SAVANTS CATHOLIQUES LES PLUS ÉMINENTS 
DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



1° DICTIONNAIRE DE LA BIBLE 

Publié par F. VIGOUROUX, prêtre de Saint-Sulpice 

Ancien professeur 4 l'Institut catholique de Paris, Secrétaire de la Commiition biblique 



2° DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE 

Commencé sons la direction de A. VACANT, prof, au Sém. de Nancy, 
Continué sous celle de Eug. MÀNGENOT, professeur à l'Institut catholique de Paris. 



3° DICTIONNAIRE D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 

ET DE LITURGIE 

Publié par le R me dom Fera. CABROL, abbé de Farnborough et dom H. LECLERCQ. 



4° DICTIONNAIRE D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 

Publié par Mgr Alfred BAUDRILLART, recteur de l'Institut catholique de Paris, 
Albert VOGT, docteur as lettres, et Urbain ROUZIÈS. 



5° DICTIONNAIRE DE DROIT CANONIQUE 

(En préparation) 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 

CONTENANT 

TOUS LES NOMS DE PERSONNES, DE LIEUX, DE PLANTES, D'ANIMAUX 

MENTIONNÉS DANS LES SAINTES ÉCRITURES 

LES QUESTIONS THÉOLOGIQUES, ARCHÉOLOGIQUES, SCIENTIFIQUES, CRITIQUES 

RELATIVES A L'ANCIEN ET AU NOUVEAU TESTAMENT 

ET DES NOTICES SUR LES COMMENTATEURS ANCIENS ET MODERNES 

PUBLIÉ PAK 

F. VJGOUROUX 

MfETRE de saint-sdlpice 
AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS 



DEUXIÈME TIRAGE 



TOME TROISIÈME 

PREMIÈRK PARTIE 

G— I 







ME** 



PARIS 

LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 

76 bis , RUE DES SAINTS-PÈRES, 76 bis 



1912 



TOUS DROITS HÉSEHVÉS 



Imprimatur 
Parisiis, die 27 Januarii 1903. 



f Franciscus, Card. RICHARD, 
Arch. Par. 



— XI — 





TRANSCRIPTION DES CARACTÈRES HÉBREUX EN CARACTÈRES LATINS 




Aleph n ' (esprit doux) 


Mem d , a rn 


Kamets - â 




Beth 36 


Nun f? i » 


Patach ___ a 




Ghimel s g (doit se prononcer 


Samech d s 


Tséré — ê 
Ségol -1- é 
Chirek gadol >_ i 
Chirek qaton —r- i 
Cholem "i ô 




toujours d 
Daleth t d 
Hé n h 


Aïn y ' (esprit dur) 
Pé s p 
Phé v/ 




Vav T« 
Zaïn - z 
Heth n h (aspiration forte) 


Tsadé fi f(fc) 
Qoph p g 
Resch n «* 


Kamets chatouph — ^- 
Schoureq ^ û (ou long) 
Kibbouts — — u (ou bref) 




Teth b 1 


Sin to 4 


Scheva mobile — e 




Iod ' y (consonne), i 


Schin * i (ch. comme dans 


Chateph patach -— - â 




Caph 1, 3 k 


cheval) 


Chateph ségol __- ê 




Lamed h l 


Thav n t 


Chateph kamets " ô 




TRANSCRIPTION DES CARACTÈRES ARASES EN 


CARACTÈRES LATINS 




H 




FORME 


i 






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ai 


NOM 








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§ 

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PRONONCIATION 




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esprit doux. 




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th anglais dur, le 6 grec. 




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Djim. . . 


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g italien de giorno. En Egypte et dans quelques 
, parties de l'Arabie, comme g dans garçon. 




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Ha .... 


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aspiration forte. 




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aspiration gutturale,,; espagnol, ch allemand. 




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Dal. ... 


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th anglais doux, le S grec. 




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s dur. 




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Schin. . . 


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sch ou s 


ch, dans cheval. 




14 


Çâd. . . . 


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•JP- 


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s emphatique, prononcée avec la partie antérieure 
de la langue placée contre le palais. 




15 


Dâd. . . . 


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Ja. 


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d 


d emphatique. 




16 


Ta . . . . 


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k 


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t emphatique. 




17 


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k 


t 


k 


k 


z 


z emphatique. 




18 


'Aïn . . . 


t 


c 


A. 


5 




esprit rude : y hébreu , son guttural. 




19 


Ghaïn . . 


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À 


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gh ou g 


r grasseyé. 




20 


Fa ... . 


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À 


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f. 




21 


Qoph. . . 


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k explosif et très guttural. 




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Kaph. . . 


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Lâm . . . 


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aspiration légère. 




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Ouaoïi . . 


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ou français, w anglais. 




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VOYELLES 






Fatha. . . 


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a, é avec aleph, = â. 






Kesra. . . 


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i , é avec ya, =1. 




Dhamma. 


J 


ou , avec ouaou , = où. 



LISTE DES COLLABORATEURS 

DU TOME TROISIÈME 



MM. 

Apollinaire (le R. P.) (f), de l'ordre des Capucins. 

Autore (le R. P.), de l'ordre des Chartreux. 

Batiffol Pierre (M* 1 ), prélat de la maison de Sa Sain- 
teté, docteur en théologie étés lettres, recteur de 
l'Institut catholique de Toulouse . 

Bellamy Julien Marie, ancien professeur d'Écriture 
Sainte au grand séminaire de Vannes. 

Beurlier Emile (f), docteur es lettres, curé de Notre- 
Dame d'Auteuil, à Paris. 

Bliard. Pierre, bibliographe, à Paris. 

Broise (René de la) (-j- ), docteur es lettres, ancien pro- 
fesseur à l'Institut catholique de Paris. 

Durand (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, à Cantor- 
béry (Angleterre). 

Ermon'I V., prêtre de la Mission, docteur en théologie 
ancien professeur d'Écriture Sainte au séminaire de 
Saint-Lazare, Paris. 

Gatt, curé de Gaza (Palestine). 

Heidet Louis, ancien secrétaire du patriarche latin de 
Jérusalem, ancien professeur à l'École des Etudes 
bibliques de Jérusalem. 

Heurtebize (le R. P. dom Benjamin), bénédictin de la 
Congrégation de France, lie de Wight. 

Hv Félix, professeur de botanique à la Faculté catho- 
lique d'Angers. 

Jacquier E., docteur en théologie, professeur d'Ecri- 
sure Sainte aux Facultés catholiques de Lyon. 

Le Camus Emile (M« r ), docteur en théologie, évêque de 

la Rochelle. 
LeGendre Alphonse (Mor), docteur en théologie, professeur 

d'Ecriture Sainte et d'archéologie biblique, doyen de 

la Faculté catholique d'Angers. 

Lesètre Henri, curé de Saint-Etienne-du-Mont, Paris. 

Levesque Eugène, prêtre de Saint-Sulpice, professeur 
d'Écriture Sainte au séminaire de Saint-Sulpice, à 
Paris. 

Mangenot Eugène, professeur d'Écriture Sainteau grand 
séminaire de Nancy/ 



MM. 

Martin François, professeur d'assyrien à l'Institut catho- 
lique de Paris. 

Mély (F. de), à Paris. 

Michels (R. P. E.), de l'ordre de Saint-François, pro- 
fesseur à Metz. 

Minocchi Salvatore, prêtre, professeur à Florence. 

Miskgian Jean, supérieur du Collège arménien à Sza- 
mos-Ujvàr (Hongrie). 

Naii François, professeur à l'Institut catholique de Paris. 

Palis Eugène, aumônier, à Béziers. 

Pannier Eugène, professeur d'archéologie et de langues 
orientales à la Faculté catholique de Lille. 

Parisot (le R. P. dom Jean), bénédictin de la Congré- 
gation de France, à Ligugé. 

Philippe Elie, supérieur du grand séminaire de 
Langres. 

Plaine (le R. P., dom François), bénédictin de la Con- 
grégation de France, à Silos (Espagne). 

Prat Ferdinand, ancien professeur d'Écriture Sainte, 
à Rome. 

Régnier Adolphe, bibliothécaire à l'Institut de France, 
à Paris. 

Renard Paul, docteur en théologie, ancien professeur 
d'Ecriture Sainte, supérieur du grand séminaire de 
Chartres. 

Rey Octave, du clergé de Paris. 

Ruperto Maria de Manreza (le R. P.), capucin, secré- 
taire du Cardinal Vives, à Rome. 

Sedlacek Jaroslaus, professeur à Prague. 
Sommervogel (le R. P. Carlos ^ de la Compagnie de 
Jésus, à Paris. 

Touzard, prêtre de Saint-Sulpioe, professeur d'Ecriture 
Sainte au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. 

Van den Gheyn (le R. P. Joseph), de la Compagnie de 
Jésus, bollandiste, conservateur des Manuscrits de la 
Bibliothèque royale, à Bruxelles. 

Yiteau (M. l'abbé J.), à Paris. 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 



G 



G, troisième lettre de l'alphabet hébreu. Voir Ghimel. 

- GAAB Johann Friedrich, théologien protestant alle- 
mand, né à Goppingen (Wurtemberg) le 10 octobre 1761, 
mort à Tubingue le 2 mars 1832. Nommé • professeur 
extraordinaire à Tubingue en 1792, il y devint professeur 
ordinaire en 1798 et bibliothécaire en -1814. Promu en 
1822 surintendant général, il garda cette charge jusqu'à 
sa mort. On a de lui : Beitrâge zur Erklàrung der i.S. 
und 3. Bûcher Mosis, in-8°, Tubingue, 1776; Observa- 
tiones ad historiam judaicam, in-8°, Tubingue, 1787; 
Dogmengèschichte der alten grieehischen Kirche, in-8°, 
Jéna,1790;Das BuchHiob, in-8», Tubingue, 1809; Erklà- 
rung schwerer Stelîen jeremias, in-8», Tubingue, 1824; 
Handbuch zum philolçgischen Verstehen der apocry- 
phen Schrifteh der Alten Testaments, in-8°, Tubingue, 
1818-1819, etc. 

GAAL (hébreu : Ga'al; Septante : Taeti), fils d'Obed, 
aventurier, qui, avec ses frères, porta secours aux Si- 
chémites en révolte contre Abimélech. Jud., IX, 26. 
Durant la fête où les habitants de la ville offraient les 
prémices de la vendange à Baal leur dieu, Gaal les af- 
fermit dans leurs desseins de rébellion et chercha à se 
faire mettre à leur tête. Zébul, lieutenant d'Abimélech à 
Sichem, avertit son maître, en lui indiquant les moyens 
de saisir l'aventurier. Abimélech vint avec une armée et 
défit le fils d'Obed qui était sorti de la ville pour le com- 
battre. Gaal voulut se réfugier dans Sichem, mais Zébul 
l'en empêcha. La suite du récit ne dit pas ce qu'il de- 
vint. Jud., ix, 2641.Josèphe, Ant. jud., V, vil, 3, 4, qui 
raconte les mêmes faits, l'appelle raiiï]c. 

E. Levesque. 

GAAS (hébreu : Gd'ai), nom d'une montagne et d'un 
torrent de Palestine. .--%,- 

1. 6AAS (Septante: Codex Vaticanus,Va\aâS; Codex 
Alexandrinus, Totâc, Jos., xxiv, 30; Totàc, Jud., n, 9), 
montagne au nord de laquelle se trouvait le tombeau de 
Josué. Jos., xxiv, 30; Jud., n, 9. Elle fait partie du 
massif central de la Palestine ou des « monts d'Éphraïm », 
et n'est mentionnée dans l'Écriture que pour déterminer 
la position de Thamnathsaré. Cependant comme cetle 
dernière ville est le point le plus important, c'est de son 
identification que dépend celle de la colline en question. 
M. V. Guérin, Samarie, t. n, p. 98, qui croyait avoir 
retrouvé le tombeau de Josué près de Khirbet Tibnéh, 
à sept heures et demie environ au nord-nord-ouest de 

IIICT. DE LA BIBLE. 



Jérusalem, assimilait la montagne de Gaas à une colline 
assez haute située en face de ce village, au sud, et sur 
les flancs septentrionaux de laquelle on voit encore un 
certain nombre d'excavations sépulcrales. Cette opinion, 
reçue presque unanimement jusqu'ici, a été ébranlée 
par des recherches plus récentes. Le P. Séjourné pense 
que le successeur de Moïse fut enterré plus haut, au 
centre d'une vaste nécropole qui se trouve à une heure 
environ à l'ouest-ouest-sud de KéfiUHarés, entre les 
deux villages de Serta et de Berukin, à l'endroit appelé 
Khirbet el Fakhâkhir. Voir la carte d'Éphraïm, col. 1876. 
Dans ce cas, Gaas serait la montagne située en face du 
Khirbet au sud et qui, au témoignage formel des indi- 
gènes, porte le nom dé Djebel eï-Ghassânéh. Le village 
qui en occupe le centre s'appelle Deir eUGhassdnéh. 
Mais quelle relation y a-t-il entre l'arabe ÂJUiXàJl, El- 
Ghassânéh, et l'hébreu tfyj, Gd'ai? En retranchant la 

terminaison ânéh, ajoutée par les Arabes, on peut voir 
dans Ghass une contraction de Gd'as. Le changement 
du i, ghimel, en î, ghaïn (r grasseyé), s'appuie sur des 

principes sérieux de philologie. Cf. G. Kampffmeyer, 
Aile Namen im heutigen Palàstina und Syrien, dans 
la Zeitschrift des Deutschen Palâstina-Vereins, Leipzig, • 
t. xv, 1892, p. 17. D'un autre côté, la gutturale y, 'aïn, 
s'est en quelque sorte confondue avec le ghimel dans 
l'unique lettre ghaïn. C'est une des raisons qu'invoque 
le P. Séjourné pour identifier Thamnathsaré avec Harês 
ou Kefil Harès. Cf. Revue biblique, Paris, 1893, p. 60S- 
626. Voir Thamnathsaré. A. Legendre. 

a 

2. GAAS {Septante : omis dans le Codex Vaticanus; 
Codex Alexandrinus, Naaiéaç, union et contraction des 
deux mots hébreux nahàlè Gd'as, II Reg., xxm, 30; 
raâç, I Par., xi, 32), torrent mentionné deux fois dans 
l'Écriture, à propos d'un des héros (gibbôrim) de David, 
appelé Heddaî, II Reg., xxm, 30, et Hural, I Par., xi, 32, 
dont il indique la patrie. Le mot nahâlê, au pluriel état 
construit, signifie donc ici « les vallées » plutôt que « le 
torrent ». C'est l'équivalent de l'arabe ouadi, qui- s'ap- 
plique aussi bien au torrent qu'à la vallée dans laquelle 
il coule. L'ouadi Gaas devait ainsi prendre naissance ou 
passer au pied de la montagne du même nom. Si l'on 
suit l'opinion de V. Guérin, ce sera l'un des torrents 
qui partent des environs de Khirbet Tibnéh. D'après le 
P. Séjourné, ce serait plutôt celui qui, partant du pied 
du Djebel El-Ghassânéh, sort des montagnes à gauche 

III. -A 



GAAS — GABAA 



de Medjdel Yaba, traverse la plaine, et va se joindre aux 
eaux de Ras el-Aïn pour former .le Nahr el^Audjêh. Cf. 
Revue biblique, Paris, 1893, p. 621. Déjà Ms T Mislin, 
Les Saints Lieux, Paris, 1876, t. H; p. 137, avait donné 
le Nahr Vgék (el-Audjéh), qui se jette dans la mer à 
une lieue au nord de Jaffa, comme étant le torrent de 
Gaas de l'Écriture, et comme formant la limite entre la 
Samarie et la Judée. Voir Gaas 1. A. Legendre. 

GABA (hébreu : Géba' ; omis dans les Septante), 
ville dé Palestine, mentionnée entre Machinas et Rama. 
Is., x, 29. Voir Gabaa 2. 

GABAA (hébreu : Géba', Gâba', Gib'âh; Septante : 
Ttt£&&, TaSaé, TaBeé), nom de plusieurs villes de Pales- 
tine. L'hébreu Géba', Gib'âh, indique « la colline », 
ainsi distinguée de « la montagne », har; c'est le rapport 
du tell arabe avec lé djebel. Aussi, dans les Septante, 
trouve-t-on plus d'une fois (îouvic, là où la Vulgate a 
mis Gabaa. Ce mot a été appliqué comme nom propre 
à plusieurs des sommets arrondis qui dominent les 
hauts plateaux de Juda, principalement dans les envi- 
rons de Jérusalem. Cf. Stanley, Sinai and Palestine, 
Londres, 1866, p. 497. 

1. GABAA (hébreu : Gib'âh; Septante : Taèaâ), ville 
de la tribu de Juda. Jos., xv, 57. Elle fait partie du troi- 
sième groupe de « la montagne », où elle est citée entre 
Accain et Thamna. L'ensemble des villes qui composent 
ce groupe en fixe parfaitement la position au sud d'Hé- 
bron : Maon (Khirbet Ma'in), Carmel (Elr-Kurmuï), 
Ziph (Tell ez-Zîf), Jota (Yutta), Accain (Kirbet Yaqîn). 
Voir la carte de la tribu de Juda. On ne trouve dans ce 
district aucun nom qui réponde à celui de Gabaa ; mais 
plus haut, au sud-ouest de Bethléhem, on rencontre un 
village, Djébâ'a, qui reproduit exactement la dénomi- 
nation hébraïque. Situé sur le sommet d'une éminence, 
il ne renferme guère qu'une centaine d'habitants; mais 
il contient plusieurs maisons qui paraissent fort an- 
ciennes. Quelques cavernes artificielles, deux citernes et 
un tombeau creusé dans le roc appartiennent sans con- 
teste, d'après V. Guérin, Judée, t. m, p. 382, à la cité 
judaïque, peut-être même chananéenne, dont le village 
actuel occupe remplacement et dont il a conservé le 
nom. Pour le savant auteur, en effet, Djéba'a parait être 
l'antique cité de Juda dont nous parlons. Telle est aussi 
l'opinion de Robihson, Biblical researches in Palestine, 
Londres, 1856, t. h, p. 6, 16, et des explorateurs anglais, 
Surveg of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881- 
1883, t. m, p. 25; G. Armstrong, W. Wilson et Conder, 
Names and places in the Old and New Testament, 
Londres, 1889, p. 70. D'après Robinson et le Survey, la 
même localité représenterait aussi la Gabatha, d'Eusèbe 
et de saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, 
p. 128, 246, donnée comme étant à douze milles (près 
de dix-sept kilomètres) d'Eleuthéropolis (aujourd'hui 
Beit-Djibrin) et comme renfermant le tombeau du pro- 
phète Habacuc. Cette dernière identification est admis- 
sible; mais nous doutons fort de la première. Malgré le 
rapprochement onomastique, d'une incontestable exacti- 
tude, entre Djeba'a et Gib'âh, il manque ici un point 
d'appui très important, le groupement méthodique suivi 
par Josué dans la description géographique des tribus, 
facile à saisir surtout dans la tribu de Juda. Voir Juda. 
Le premier livre des Paralipomènes, n, 49, attribue à 
Sué la fondation ou la principauté de Gabaa (hébreu : 
Gib'â'; Septante : Codex Vaticanus, TaiëâX; Codex 
Aiexandrinus, r<xi@a<x). A. Legendre. 

2. OABAA {hébreu : Gâba', Jos., xvm, 24; I Reg., xjv, 
5;.I Esd., n, 26; II Esd., vil, 30; xi, 31; Géba', Jos., 
xxi, 17 ; I Reg., xin, 3; II Reg., v, 25; IV Reg., xxm, 
S; I Par., ti, 60; vin, 6; II Par., xvi, 6; U Esd., xii, 



29; Is., x, 29; Zach., xrv, 10; Septante : Tagai, Jos., 
xviii, 24; I Esd., n, 26; II Esd., vu, 30; xi, 31; Ta6ai, 
I Reg., xiv, 5; II Par., xvi, 6; Faêat, I Par., vi, 60; 
Taëeé, I Par., vm, 6; TaBé, Zach., xrv, 10; Codex Vati- 
canus, ri8t8; Codex Alexandrinus, FaêU, Jos., xxi, 
17; Cod. Vat. taiëiX, Cod. Alex., r«8adt, IV Reg., 
xxm, 8; TaBaùv, II Reg., v, 25; pouv<5ç, I Reg., xm, 3; 
Vulgate : Gabaa, I Reg., xm, 3; xiv, 5; II Reg., v, 25; 
IV Reg., xxm, 8; I Par., vm, 6; II Par., xvi, 6; Gabaé, 
Jos., xxi, 17; Goba, Is., x, 29; Gobée, Jos., xvm, 24; 
I Par., VI, 60; Géba, II Esd., vu, 30; xi, 31; XII, 29; 
collis, Zach., xiv, 10), ville de la tribu de Benjamin, 
mentionnée entre Ophni (probablement Djifnéh) et Ga- 
baon (Elr-Djib). Jos., xvm, 24. Elle fut, avec ses faubourgs, 
attribuée aux prêtres en même temps que Gabaon, Ana- 
thoth ('Anâta) et Almath ou Almon (Khirbet 'Almit). 
Jos,, xxi, 17-18; I Par., vi, 60. Elle est citée avec Rama 
(Er-Râni) et Machmas (Mukhmas). I Esd., n, 26; II Esd., 
vn, 30; xi, 31. Le récit de I Reg., xrv, 4, 5, nous montre 
qu'elle était au sud de Machmas ; c'est ce qui ressort 
également du tableau idéal dans lequel Isaïe, x, 28-32, 
contemple la marche des Assyriens contre Jérusalem. 
Laissant, pour être plus libres, leurs bagages à Machmas, 
ceux-ci « passent le défilé » (d'après l'hébreu), c'est-à- 
dire l'ouadi es-Suéïnit, gorge profonde et abrupte, 
creusée entre les rochers au sud de Machmas; puis ils 
se disent : « Que Géba soit notre quartier pour la nuit ! » 
s'encourageant ainsi, au milieu de ces difficultés, par 
la perspective du repos qui les attend dans la belle et 
fertile Djéba', au sud-ouest. A la nouvelle de l'approche 
des ennemis, les villes situées sur leur passage sont 
saisies d'effroi, Rama, Gabaath de Saùl, etc. Tous ces 
détails réunis fixent d'une façon certaine la position de 
Gabaa au village actuel de Djéba', au nord-nord-est de 
Jérusalem. Voir Benjamin 4, tribu et carte, 1. 1, col. 1589. 
Aux indications précises fournies par l'Écriture se joint 
ici l'exacte identité des noms: yaî, Géba', p - >-, Djéba'. 

Sur le changement du i, ghimel, en £, djim, cf. 
G. Kampffmeyer, Aile Namen im heutigen Palàstina 
und Syrien, dans la Zeitschrift des Deutschen Palàs- 
tina-Vereins, Leipzig, t. xv, 1892, p. 18; t. xvi, 1893, 
p. 28. 

Le villagfr de Djéba' couronne la montagne sur les 
flancs rocheux de laquelle serpente un sentier très 
raide, pratiqué, sur plusieurs points, en escalier, et qui 
monte de l'ouadi Souéïnit. Il compte actuellement à peine 
deux cents âmes. «Beaucoup de maisons sont renversées ; 
une trentaine seulement sont maintenant debout. Sur le 
point culminant du plateau où elles s'élèvent, on observe 
un petit fort ou bordj, dont les assises inférieures sont, 
sinon antiques, du moins composées de pierres de taille 
qui le sont. Çà et là des citernes et des caveaux creusés 
dans le roc datent évidemment de l'antiquité. Il en est 
de même d'un mur d'enceinte en gros blocs rectangu- 
laires, dont quelques vestiges sont encore reconnais- 
sablés. » V. Guérin, Judée, t. m, p. 68. Cf. Survey of 
Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. m, 
p. 9, 94. 

La position de Gabaa lui donna une importance qui 
fait tout le fond de son histoire dans les quelques pas- 
sages où elle est citée. A l'époque des luttes entre Saûl 
et les Philistins, ceux-ci, qui avaient pénétré jusqu'au 
cœur du pays, avaient, pour le maintenir dans la sou- 
mission, établi une garnison à Gabaa. Par un heureux 
coup de main, qui fut le signal de la guerre d'indépen- 
dance, Jonathas la repoussa. I Reg., xm, 3. David, lui 
aussi, battit un jour les Philistins et les poursuivit depuis 
Gabaa jusqu'à Gézer (Tell Djézer). II Reg., v, 25. (Les 
Septante ont mis ici Gabaon, de même que la Vulgate 
dans le passage parallèle de I Par., xrv, 16.) Après le 
schisme, cette ville semble avoir marqué la frontière 
septentrionale du royaume de Juda. Il est dit, en effet, 



GABÂÀ 



6 



rVReg., xxm, 8, que le roi Josias détruisit et profana 
tous les hauts lieux « depuis Gabaa jusqu'à Bersabée ». 
L'ouadi Souéînit, qui court au nord de Djébà', est, en 
réalité, une ligne de démarcation profonde, bien propre 
à séparer jadis, de ce- côté, les deux royaumes de Juda 
et d'Israël. — Gabaa fut réhabitée au retour de la capti- 
vité, avec Rama, sa voisine. I Esd., h, 26; II Esd., vn, 
30; xi, 31 ; xn, 29. — Le prophète Zacharie, xiv, 10, dé- 
terminant les limites du pays dont il vient de prédire la 
transformation, cite Géba' au nord et Remmon au sud. 
(Au lieu de dire avec la Vulgate : « Depuis la colline,... » 
il faut lire avec l'hébreu et le grec : « depuis Géba' jus- 
qu'à Ritnmôn. n>) Cette Gabaa est probablement distincte 
de Gabaa de Benjamin ; elle l'est certainement de Gabaa 
de Saûl. Voir Gabaa 4, 5. A. Legenlire. 

3. GABAA (hébreu : Gib'âh, Jud., xix, 12, 14,16; 



sûrs, le serviteur dit à son maître : « Allons, je vous 
prie, à la ville des Jébuséens, et demeurons-y. » Celui- 
ci refuse de demander asile à « la cité d'une nation 
étrangère », et répond : « Je passerai jusqu'à Gabaa, et, 
quand je serai arrivé là, nous y séjournerons, ou du 
moins dans la ville de Rama. » f. 12, 13. Continuant 
leur chemin, ils se trouvent au coucher du soleil près 
de Gabaa. f. 14. Le temps du crépuscule est très court 
en Orient ; force leur est donc de s'arrêter. C'est pen- 
dant cette nuit, où ils reçoivent l'hospitalité chez un 
Éphraïmite, que les habitants de la ville commettent 
leur crime infâme, f. 15-25. D'après cette première 
partie du récit, nous savons ainsi que Gabaa se trouvait 
au nord de Jérusalem et au sud de Rama, sur la route de 
Silo,c'est-à-dire celle qui va de la ville sainte à Naplouse. 
Elle ne devait pas être très éloignée de Jébus, puisque 
la chute du jour ne permettait plus un long trajet. 




i. — Djéba. D'après une photographie de M. L. Heidet 



xx, 4, 9, 13, 14, 15, 19, 21, 25, 29, 43; une fois Géba', 
Jud., xx, 10 ; et Gâba', Jud., xx, 34 ; Septante : 
raëaà), ville de la tribu de Benjamin, comme l'indique, 
outre le contexte, l'expression deux fois répétée : liag- 
Gib'dh àiér le-Binyâmîn ; Septante : ri raëaà, r\ £<ttiy 
iv tû Btvtoiiiv ; Vulgate : Gabaa, qum est in tribu Ben- 
jamin, Jud., xix, 14; raëaà tîjç Bevta[uv; Gabaa Ben- 
jamin, Jud., xx, 4. On trouve aussi Géba' Binyamîn ; 
Toiëai Bevtapifv ; Gabaa Benjamin. Jud., xx, 10. Elle 
est tristement célèbre par l'indigne outrage que plu- 
sieurs de ses habitants firent subir à la femme du lévite 
d'Éphraïm, crime qui attira l'extermination Me la cité et 
de la tribu. Jud., xix, xx. C'était une c ville », 'ir, 
Jud., XIX, 15, avec une « place publique », rehôb, 1. 15, 
20, et pouvant fournir une troupe d'élite de sept cents 
hommes, xx, 15, 16. La précision des détails donnés 
par le récit nous permet d'en déterminer la position. Le 
lévite, accompagné de sa femme et d'un serviteur, quitte 
Bethlébem dans la soirée, Jud., xix, 9, prenant, pour 
s'en retourner chez lui, la direction du nord. Au mo- 
ment où les trois voyageurs arrivent près de Jébus ou 
Jérusalem, le jour commence à baisser, f. 11. Le trajet 
n'a dû guère durer que deux heures. Cependant, pour 
n'être pas surpris par la nuit dans des chemins peu 



On sait quel cri d'horreur souleva dans tout Israël un 
pareil forfait. La guerre fut vite décidée, et, comme les 
Benjamites refusaient de livrer les coupables, elle eut 
lieu entre les tribus alliées d'Israël et celle de Benja- 
min. Le théâtre fut la ville ainsi que les environs de Ga- 
baa. Deux fois vaincus, les assiégeants livrèrent une 
bataille décisive. Après avoir dressé des embuscades 
autour de la place, ils simulèrent la fuite, se partageant 
en deux corps, dont l'un se dirigeait vers Béthel, au 
nord, et l'autre vers Gabaa, Gib'âfâh baè-iâdéh, d'après 
l'hébreu ; raëaà év à^pû, d'après les Septante. Jud., xx, 
31. Qu'indique cette « Gabaa dans la campagne s ? On 
ne sait au juste. Pour les uns, il s'agit des districts ru- 
raux de la ville assiégée; pour les autres, de Géba', 
aujourd'hui Djéba', au nord-est de Tell el-Foul. Voir 
Gabaa 2. Le plan des confédérés était de faire sortir 
l'ennemi et de l'entraîner loin de la cité qu'ils voulaient 
prendre. Pendant ce temps, l'embuscade y pénétrerait 
et y mettrait tout à feu et à sang; C'est ce qui arriva. 
« Tous les enfants d'Israël, se levant donc du lieu où ils 
étaient, se mirent en bataille à l'endroit appelé Baal- 
Thamar. Les embuscades dressées autour de la ville 
commencèrent aussi à paraître peu à peu, et à s'avancer 
du coté de la ville qui regarde l'occident. » xx, 33, 34. 



7 



GABAA 



8 



L'hébreu porte ici : L'embuscade s'élança, mim-Ma'â- 
rêh-G-dba'; Septante : Mapaa-jaëé. Ce passage obscur a 
été différemment rendu par les versions et diversement 
interprété par les commentateurs. Le Codex Alexandri- 
nus, ino 8u<j|iûv ttj; ra6aâ, est d'accord avec la Vulgate, 
qui fait venir « de l'occident » les troupes embusquées. 
La manière la plus simple, en effet, d'entendre le teste, 
«st probablement de voir la ville attaquée à l'ouest et au 
sud, les deux côtés pour lesquels les assiégés craignaient 
le moins, puisqu'ils croyaient tout Israël enfui vers le 
nord et peut-être vers l'est. Cf. F. de Hummelauer, 
Comment, in lib. Judicum, Paris, 1888, p. 334. Pressés 
rudement, les Benjamites finirent par succomber et 



Benjamin. Cette distance conduit à peine à Scha'fât, 
village situé sur un plateau élevé, d'où l'on découvre 
parfaitement les coupoles et les minarets de Jérusalem. 
« Il y avait une ville où est ce village ; les citernes an- 
tiques et d'autres restes le disent assez : elle était la 
première que devait trouver le lévite sur sa route. » 
L. Heidet, Maspha et les villes de Benjamin, Gabaa, 
Gabaon et Béroth, dans la Revue biblique, Paris, 1894, 
p. 337. D'après l'auteur de cet article, Scha'fât ne peut 
représenter que Gabaa. Il est cependant un antre passage 
du même historien juif qu'on peut rapprocher de 
celui-ci. Parlant, Bell, jud., V, n, 1, de la marche de 
Titus sur Jéruralem, il nous apprend q-i'il s'avança à 




■ Tell el-Foûl. D'après une photographie. 



s'enfuirent en prenant le chemin du désert, c'est-à-dire 
vers l'est. Jud., xx, 35-43. r- Cette seconde partie du 
récit ne nous apporte aucune lumière, sinon que Gabaa 
se trouvait près de Baal-Thamar, et, suivant l'interpré- 
tation qu'on peut donner à Jud., xx, 31, au carrefour 
de deux routes, mesillôf, l'une se dirigeant au nord, 
l'autre probablement à l'est. 

De tous les renseignements fournis par l'Écriture, il 
ne ressort que deux points bien déterminés, entre les- 
quels il faut chercher Gabaa : Jérusalem, au sud, et, au 
nord, Rama, aujourd'hui Er-Râm, à environ dix kilo- 
mètres plus loin. Voir la carte de Benjamin, t. i, 
col. 1588. L'ouadi Samri ou Zamri, à l'est de Tell el* 
Foûl, rappelle peut-être Baal-Thamar, Voir Baalthamar, 
t. i, col. 1342. Josèphe, Ant. jud., V, n, 8, rapportant 
l'histoire dn lévite, nous dit que celui-ci, en passant de- 
vant Jébus, ne voulut pas séjourner dans une ville 
chananéenne, e't préféra parcourir vingt stades (3 kilo- 
mètres 700 mètres) de plus pour s'arrêter dans une ville 
d'Israélites ; ce que faisant, il vint à Gabaa de la tribu de 



travers la Samarie jusqu'à Gophna (aujourd'hui Djifnéh). 
« Là, dit-il, il campa une nuit, et le matin continua sa 
marche; ayant fait une étape d'une journée, il établit 
son camp dans le lieu appelé des Juifs en leur langue la 
•vallée des Épines, près d'un village appelé raêaô<7aqûX>j, 
Gabath-Saûl (ce qui veut dire « la hauteur de Saiil ») r 
éloigné (Sté-^wv) de Jérusalem d'environ trente stades. » 
Dans le texte grec, il est clair, que le mot Bié-/uv, « éloi- 
gné, » ne se rapporte pas au village de Gabath-Saûl, 
puisque xûpr) est du féminin, mais à Titus ou à son 
camp. C'est donc, en réalité, la vallée des Épines qui est 
distante de trente stades, ou cinq kilomètres 548 mètres. 
Ce chiffre, d'après M. Heidet lui-même, Revue biblique, 
p. 337, note, « nous conduit... à l'ouadi ed-Dumm, 
« vallée des Doumm, » arbuste épineux, peut-être celui 
que Joséphe désigne sous le nom générique de "AxavOa. » 
Or, l'ouadi en question est un peu au-dessus de Tell el- 
Fûl, localité avec laquelle on identifie généralement 
notre Gabaa. On peut donc croire que le bourg indiqué 
par l'historien comme voisin du camp est celui-ci, plutôt 



9 



GABAA. 



10 



que Sçha'fât, situé plus bas ; on ne comprendrait guère, 
en effet, qu'il eût choisi comme point de repère le site 
le plus éloigné. Mais comment concilier les deux pas- 
sages, et quel chiffre fout-il préférer ? On répond que, 
dans le premier, les vingt stades peuvent bien n'avoir 
qu'une valeur approximative : « Marchons encore une 
vingtaine de stades, dit le lévite, et nous rencontrerons 
«ne ville habitée par des gens de notre nation. » Cette 
explication est d'autant plus plausible que nous voyons, 
dans le même paragraphe de Josèphe, Ant. jud.,~V,u,8, 
quelques lignes au-dessus, combien les chiffres man- 
quent d'exactitude ou tout au moins ont une certaine 
élasticité, puisqu'il place Bethléhem à trente stades de 
Jérusalem, alors qu'il aurait dû dire quarante (sept ki- 
tnètres 398 mètres). Ensuite, à la distance précise de 
S 700 mètres, on ne trouve sur la route même suivie 
par le lévite aucune ruine de ville qui puisse répondre 
•à celle de Gabaa ; tandis que, un peu plus loin, à une 
demi-heure environ au sud de Rama, où il n'eut pas le 
temps de parvenir, à cause de la nuit qui l'avait surpris 
en chemin, s'élève une colline répondant parfaitement 
aux données de l'Écriture et à celles dé Josèphe. Elle 
s'appelle Tell el-Fûl ou « la colline des fèves » (fig. 2). 

Cette hauteur, par son élévation et sa forme conique, 
justifie très bien la dénomination de gib'dh. Elle est 
actuellement cultivée d'étage en étage. Sur la plate-forme 
supérieure, on remarque les restes d'une tour rectangu- 
laire mesurant approximativement dix-huit mètres de 
long sur seize de large. Les fondations en ont été son- 
dées par le lieutenant Warren, au mois de mai 1868, 
jusqu'à une assez grande profondeur : elles consistent 
en moellons peu réguliers cimentés seulement avec de 
la terre. Quant à la tour proprement dite, elle devait 
être bâtie avec des blocs plus considérables, dont quel- 
ques-uns sont encore en place. Au centre avait été 
construit une sorte de puits carré, aboutissant, dans sa 
partie inférieure, à une grande pierre percée d'un ori- 
fice circulaire et placée au-dessus d'une cavité peu con- 
sidérable. Autour régnaient un chemin de ronde et une 
enceinte, aujourd'hui en grande partie démolie; elle 
était construite avec des blocs assez mal équarris ; les 
vides étaient remplis avec des blocailles. Au nord et au 
bas de cette colline, s'étendent, le long de la route con- 
duisant de Jérusalem à Naplouse, pendant l'espace de 
plusieurs centaines de mètres, des ruines assez indis- 
tinctes, au milieu desquelles on remarque quelques gros 
blocs et des citernes creusées dans le roc. Ces ruines 
appartiennent à la même localité antique, dont la col- 
line était l'acropole naturelle, que l'art avait ensuite 
fortifiée. Cf. V. Guérin, . Samarie, t. i, p. 188 ; Survey 
of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, 
t. m, p. 158. 

On appuie encore l'identification de Gabaa avec Tell 
el-Foûl sur un passage de saint Jérôme, racontant le 
pèlerinage de sainte Paule en Palestine. Il nous la 
montre se rendant d'Emmaûs par Béthoron à Jérusalem, 
laissant à droite Aïalon et Gabaon, puis « s'arrêtant 
quelque temps dans la ville de Gabaa, détruite jusqu'aux 
fondements », entrant enfin dans Jérusalem. Cf. S. Jé- 
rôme, Epis t. cvm, t. xxu, col. 883. La seule conclusion 
■certaine à tirer de ce texte, c'est que Gabaa est distincte 
de Gabaon et qu'elle se trouvait au nord et non loin de 
Jérusalem. Mais il est difficile d'y voir un argument 
jiour ou contre Tell el-Foûl, de même que pour Sçha'fât. 
Il n'est pas moins impossible de confondre la ville dont 
nous parlons avec Géba', actuellement Djéba', trop éloi- 
gnée pour que le lévite eût pu l'atteindre dans le court 
intervalle qui s'écoula entre le moment où il passa de- 
vant Jérusalem et celui où le soleil disparut complète- 
. ment à l'horizon. 

C'est en 1843 qu'un savant allemand, M. Gross, dans les 
Theolog. Studien und Kritiken, 1843, p. 1082, cherchant 
fiabaa au sud de Rama, émit la conjecture qu'elle pouvait 



être à Tell el-Foûl. Depuis, Robinson, Biblicaï JRc- 
searches in Palestine, Londres, 1856, 1. 1; p. 577-579, s'ap- 
puyant sur les textes de Josèphe et de saint Jérôme que 
nous avons rapportés, a mis cette hypothèse plus en 
lumière, en sorte que la plupart des voyageurs et des 
exégètes l'ont acceptée. Telle est en particulier l'opinion 
de Stanley, Siiiai and Palestine, Londres, 1866, p. 213; 
W. M. Thomson, The Land and the Book, Londres, 
1881, t. i, p. 436, 437; V. Guérin, Samarie, t. i, p. 188- 
197; Mûhlau, dans Riehm, Handwôrterbuch des Bi- 
blischen Altertums, Leipzig, 1884, t. i, p. 511 ; Fillion, 
La Sainte Bible, Paris, 1899, t. h, p. 182; F. de Hum- 
melauer, Comment, in lib. Judicum, Paris, 1888, 
p. 315, etc. — On identifie généralement Gabaa du livre 
des Juges avec Gabaa de Saûl, mais est-elle identique à 
Gabaa de Benjamin ? Voir Gabaa 4. A. Legendre. 

4. GABAA DE BENJAMIN (hébreu : Gib'af Binyâmîn, 
I Reg., xm, 2, 15; xiv, 16; Gib'af benê Binyâmîn, II 
Reg., xxiii, 29; Géba' Binyâmîn, I Règ., xm, 16; 
III Reg., xv, 22; Gib'dh, I Reg., xi-v, 2; Septante : 
Fa&è toû Bevta|ieîv, I Reg., xm, 2; Ta6aà Beviapieîv, 
I Reg., xm, 15; Taëcï Bevianeîv, I Reg., xm, 16; xiv, 16; 
raëaèO viîô; BeviapieCv, II Reg., xxm, 29; pouvôç Bevta- 
liefv, III Reg., xv, 22; flovvôç, I Reg., xiv, 2; Vulgate : 
Gabaa Benjamin, I Reg., xm, 2, 15, 16; xiv, 16; IV Reg., 
xv, 22; Gabaath filiorum Benjamin, II Reg., xxm, 
23; Gabaa, I Reg., xiv, 2), ville de la tribu de Benjamin 
qu'on identifie ou avec Gabaa de Jud., xix, xx, ou avec 
Gabaa de Jos., xvm, 24, aujourd'hui Djéba'. Voir Ga- 
baa 2 et 3. Disons tout de suite que la Gabaa Ben- 
jamin de Jud., xx, 10, se rapporte incontestablement à 
la première, comme le prouve le contexte. Mais la 
question devient difficile lorsqu'on examine le récit du 
premier livre des Rois, xm, xiv, dans lequel apparaît 
plus pleinement la forme « Gabaa de Benjamin ». Il est 
nécessaire de déterminer les points essentiels de ces 
luttes entre Saùl et les Philistins. Nous trouvons d'abord 
Saûl établi, avec un corps de deux mille hommes, à 
Machmas, aujourd'hui Mukhmas, et sur la montagne 
de Béthel (Beitin), c'est-à-dire dans le district élevé et 
accidenté qui s'étend entre ces deux localités. Voir la 
carte de Benjamin, t. i, col. 1588. Un second corps de 
mille hommes, commandé par Jonathas, fils aîné du roi, 
se tient à Gabaa de Benjamin, au sud. I Reg., xm, 2. 
Les Philistins, qui ont çà et là placé des garnisons à 
travers le pays hébreu, pour le maintenir dans la sou- 
mission, ont entre autres à Gabaa (hébreu : Géba') un 
poste que Jonathas enlève dans un heureux coup de 
main. I Reg., xm, 3. Il faut remarquer ici qu'au f. 3, le 
texte original donne, non plus Gib'dh, comme au f. 2, 
mais Géba', nom courant de la ville sacerdotale men- 
tionnée dans Josué, xvm, 24, et ailleurs (Voir Gabaa 2) 
et située entre Tell el-Foûl et Moukhmas. On peut, il 
est vrai, objecter que Gabaa de Jud., xix, xx, est éga- 
lement appelée Géba', Jud., xx, 10. Mais on peut ré- 
pondre aussi qu'alors elle est déterminée par le mot 
Binyâmîn. Puis, s'il s'agit de la même place, pourquoi 
lui donner deux dénominations différentes à dix mots • 
d'intervalles ? Là du reste n'est pas la plus grande diffi- 
culté. — La victoire de Jonathas est le signal d'une guerre 
d'indépendance. Saûl fait un appel aux armes, et le 
peuple se rassemble à Galgala. Les Philistins, de leur 
côté, se préparent à la lutte, et viennent prendre position 
à Machmas, que le roi a abandonné pour se rendre à 
Galgala. I Reg., xm, 5. Les Israélites effrayés, resserrés 
entre le Jourdain et les montagnes, se cachent dans les 
cavernes ou s'enfuient dans le pays de Gad et de Galaad. 
Ceux mêmes qui demeurent avec Saûl tremblent der- 
rière lui. Après l'holocauste indûment offert en l'absence 
de Samuel, le prince désobéissant vient, avec Jonathas et 
une petite troupe de six cents hommes, à Gabaa de Ben- 
jamin, hébreu : Géba' Binyâmîn, f. 16, comme Jud., 



il 



GABAA 



12 



sx, 10. On peut donc retrouver ici le premier poste de 
Jonathas, j>. 2,. ou Tell el-Foûl. Avant d'en venir aux 
mains, les Philistins organisent le pillage, en envoyant 
trois bandes de' maraudeurs, l'une vers le nord, l'autre 
vers l'ouest, la dernière vers l'est; mais ils n'osent 
s'avancer vers le sud, où Saûl et les siens sont retranchés 
dans une forte position, p. 17, 18. 

Telle est, à la fin du chapitre xm, la situation respec- 
tive des deux armées; mais, au p. 23, l'hébreu nous 
montre les Philistins faisant un pas en avant : « Le 
poste des Philistins sortit vers la passe de Mikmas, » 
c'est-à-dire vers l'ouadi Es-Suéïnit, ravin profond 
dont les parois s'élèvent comme des murs, et qui forme 
un immense fossé entre Mpukhmas et Djéba'. Il semble 
que Saûl s'est avancé de son côté. « Cependant Saûl se 
tenait à l'extrémité de Gabaa (hébreu : Gib'dh), sous le 
grenadier qui était à Magron (Septante : MaySiôv). » 
I Reg., xrv, 2. « L'extrémité de Gabaa » peut représenter 
ici le nord ou le nord-est du territoire de Gib'dh. C'est 
alors que Jonathas tente et accomplit un second exploit. 
Ne pouvant supporter l'inaction en face de l'ennemi, il 
dit à son écuyer : « Viens, et passons jusqu'à ce poste 
des Philistins, qui est au delà de ce lieu, » c'est-à-dire 
au delà de l'ouadi Souéïnit. I Reg., xrv, 1. Franchissant 
tous deux, à l'insu du roi, les ravins et la vallée princi- 
pale, où se dressent, comme des dents, deux collines 
isolées, l'une du côté de Machmas, l'autre du côté de 
Gabaa (hébreu : Gaba'), ils montent, grimpant avec les 
mains et les pieds le long des rochers, et tuent 
vingt hommes du poste, f. 4, 5, 13, 14. Le gros de 
l'armée philistine croit à une attaque de toutes les forces 
israélites et s'enfuit épouvanté, f. 15. Remarquons ici 
comment, aux p. 2, 5, est nettement marquée la dis- 
tinction entre les deux Gabaa, l'une appelée Gib'dh, p. 2, 
et l'autre Géba' ou Gdba', à cause de la pause, la der- 
nière désignant certainement Djéba'. « Or, continue 
le texte sacré, les sentinelles de Saûl, qui étaient à 
Gabaa de Benjamin (hébreu : Gib'af Binydmîn), regar- 
dèrent, et voici une multitude abattue ou fuyant çà et 
là... Et pendant que Saûl parlait au prêtre, le tumulte 
qui était dans le camp des Philistins allait en s'étendant 
et en augmentant... Et Saûl jeta un cri, ainsi que tout 
le peuple qui était avec lui, et ils vinrent jusqu'au lieu 
du combat. » p. 16, 19, 20. Il est clair que les sentinelles 
israélites ne pouvaient être à Tell el-Foûl. Bien que la 
colline soit très élevée, sa distance de Machmas ne per- 
met pas de voir jusque-là, encore moins d'entendre le 
bruit qui s'y fait. Il s'agit donc ici de « l'extrémité du 
territoire de Gabaa », p. 2, c'est-à-dire des hauteurs 
assez rapprochées de Djéba'. Nous savons bien que, 
dans ce même f. 2, les Septante ont pris le mot hag- 
gib'dh pour un nom commun, « la colline; » en sorte 
que le sens peut être : « Saûl se tenait à l'extrémité de 
la colline ; » mais cette manière de lire ne tranche la 
question ni dans un sens ni dans l'autre. Il n'en reste 
pas moins t'tabli : 1° que Géba' tout seul s'applique tou- 
jours à Djéba', jamais à Tell el-Fûl, en admettant 
l'identification proposée; 2° que Géba' Binydmîn se 
, rapporte certainement dans un endroit, Jud., xx, 10, à 
Tell el-Foûl et non à Djéba", et que, dans l'autre, I Reg., 
xm, 16, rien n'oblige à changer la signification; 3° que 
le texte sacré semble bien nettement distinguer Géba' de 
Gib'at Binydmîn. I Reg., xm, 2, 3; xrv, 2, 5. — Reste 
un passage du troisième livre des Rois, xv, 22, dans 
lequel nous voyons Asa rebâtir ou fortifier Gabaa de 
Benjamin avec les matériaux arrachés à Rama (Er-Rdm). 
Le texte hébreu porte ici Géba' Binyamîn, mais le récit 
parallèle de II Par., xvi, 6, donne Géba', Septante : 
raêas. Il y a donc lieu d'hésiter. D'ailleurs Djéba' et 
Tell el-Foûl sont deux points rapprochés d'Er-Ràm et 
occupent une position stratégique importante, le premier 
commandant le large fossé d'EsSiiétnit et pouvant 
.barrer le passage à l'ennemi dans le cas où celui-ci, pour 



éviter les obstacles de la voie ordinaire, tenterait de se 
frayer un chemin vers l'est; le second défendant la 
grande route de Jérusalem à Naplouse. Les textes que 
nous venons d'expliquer ont leur obscurité, que nous 
sommes loin de méconnaître. L'identification de Gabaa 
de Benjamin avec Gabaa de Jud., xix, xx, est plus gé- 
néralement acceptée. Quelques auteurs cependant pré- 
fèrent l'assimilation avec Gabaa-Djéba'. Voir entre autres 
F. de Hummelauer, Comment, in libfos Samuelis, 
Paris, 1886, p. 143. A. Legendre. ' 

5. GABAA DÉ SAUL (hébreu : Gib'âpdh, avec hé 
local, I Reg., x, 26; Gib'dh, I Reg., xxn, 6; xxm, 19; 
xxvi, 1; Gib'af Sâ'ùl, I Reg., xi, 4; xv, 34; II Reg., 
xxi, 6; Is., x, 29; Septante : r<xëao; Codex Alexan- 
drinus, TaôBaflà, I Reg., X, 26; Taéai wpoî SaovX, 

I Reg., XI, 4; Tixêixi, I Reg., xv, 34; Taêaûv SaoOX, 

II Reg., xxi, 6; itoXU Ebo-jX, Is., x, 29; {iouvôç, I Reg., 
xxii, 6; xxiii, 19; xxvi, 1; Vulgate : Gabaa, I Reg., x, 
26; xv, 34; xxii, 6; xxm, 19; xxvi, 1; Gabaa Saul, 
Il Reg., xxi, 6; Gabaa Saulis, I Reg., xi, 4; Gabaath 
Saulis, Is., x, 29), ville mentionnée comme la demeure 
de Saûl, après qu'il fut élu roi. I Reg., x, 26; xx.il, 6. 
C'est là que vinrent le trouver les envoyés de Jabès 
Galaad pour solliciter son appui, I Reg., XI, 4; là qu'il 
retourna après la sentence de réprobation portée contre 
lui par Samuel, I Reg., xv, 34; là qua les habitants de 
Ziph vinrent lui découvrir la retraite de David. I Reg., 
xxm, 19; xxvi, 1. Les Gabaonites demandèrent un jour 
à David qu'on leur livrât sept des enfants de Saûl pour 
les crucifier dans cette ville. II Reg., xxi, 6. Cette Gabaa 
est parfaitement distincte de celle que l'hébreu appelle 
Géba' ou Gdba'. Jos., xvm, 24, etc. Voir Gabaa 2. Isaïe, 
en effet, x, 28-32, décrivant la marche des Assyriens 
contre Jérusalem, nous les montre passant à Machmas 
(Mukhmas), puis à Gaba (Djéba') au sud, portant l'é- 
pouvante à Rama (Ef-Rdm), faisant fuir les habitants 
de Gabaath de Saûl. Cette ville était donc au sud de 
Rama, ce qui la fait identifier avec la Gabaa de Jud., 
xix, xx, la Gabaa de Benjamin, suivant bon nombre 
d'auteurs. Josèphe, du reste, Bell, jud., V, n, 1, men- 
tionne une raéatKrao'JXy) à trente stades de Jérusalem, 
ce qui correspond au village actuel de Tell el-Fûl. Voir 
Gabaa 3. — Corider assimile à tort la cité de Saûl avec 
Géba' ou Djéba', qui aurait été la capitale d'un district 
représenté par le nom féminin gib'dh. Cf. Palestine Ex- 
ploration Fund, Quarterly Statement, Londres, 1877, 
p. 104-105; 1881, p. 89. A. Legendre. 

6. GABAA (hébreu :bag-gib'dh, I Reg., vn,l; II Reg., 
vi, 3, 4; Septante : èv tû pouvû, ï Reg., vu, 1; II Reg., 
vi, 3), lieu où se trouvait la maison d'Abinadab, dans 
laquelle fut transportée l'arche d'alliance, lorsqu'on 
l'amena de Bethsamés à Cariathiarim, I Reg., vil, 1, et 
où David vint la prendre pour l'emmener à Jérusalem. 
II Reg., vi, 3, 4. La Vulgate a traduit le mot gib'dh par 
le nom propre Gabaa; les Septante y ont vu plus juste- 
mentale nom commun, èv tu (iovvû, « sur la colline. » 
Il désigne, en effet, la partie haute de la ville, où était 
la demeure d'Abinadab, à moins que l'on ne fasse de 
Gabaa un quartier spécial, comprenant le point cul- 
minant de la cité. Ce qu'il y a de certain, c'est que les 
habitants de Cariathiarim ne transportèrent pas ailleurs 
l'objet sacré qui leur était confié. Voir t. n, Cariath, 
col. 268; Cariathiarim, col. 273. A. Legendre. 

7. GABAA {Codex Vaticanm, Tatêal; Codex Alexan- 
drinus, TaeSS; Codex Sinaiticus, Taiêàv), pays dan» 
lequel vint Holopherne après avoir « traversé la Syrie 
de Sobal, toute l'Apamée et toute la Mésopotamie ». 
Judith, m, 14. La Vulgate, qui donne ce détail, place 
la « terre de Gabaa » dans l'Idumée, où elle est com- 
plètement inconnue. Ce district n'est du reste mentionné 



13 



GABAA — GABAATH DE PHINÉES 



U 



nulle part ailleurs. Le grec porte : « Et il vint devant 
Esdrelon, près de Dothaîa, qui est en face de la grande 
Scie de la Judée, et il campa entre Gaba et Scythopolis. » 
Judith, m, 9, 10. Esdrelon est la plaine bien connue, 
qui coupe la Palestine aux deux tiers de sa longueur; 
Dothaîa est Dothatn, aujourd'hui Tell Dôthân, au sud 
du Sâhel 'Arrabéh ; Scythopolis n'est autre que Béisan, 
l'ancienne Bethsan. Dans ces conditions, Gabaa peut 
donc avoir pour représentant le village actuel de Djéba', 
au sud de Tell Dothân, sur la route de Sébastiyéh ou 
Samafie à Djéntn. Bâti sur le flanc d'une colline, ce 
bourg florissant est entouré de beaux bouquets d'oliviers. 
C'est apparemment un site antique, avec des grottes sé- 
pulcrales taillées dans le roc, à l'est. Cf. Survcy of 
Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. u, 
p. 155, 185; G. Armstrong, W. Wilson et Conder, 
Names and places in the Old and New Testament, 
Londres, 1889, p. 67. A. Legendre. 

8. GABAA HACHILA (hébreu : Gib'af ha-Ifâkildh ; 
Septante : èv tù flouvôi t<û 'Ey_0.â). I Reg., Xxvi, 3. Il 
s'agit ici de « la colline d'Hachila », comme la Vulgate 
a mieux traduit. I Reg., xxm, 19. Voir Hachila. 

GABAATH (hébreu : Gib'af, état construit/ de 
Gib'dh), nom de plusieurs villes de Palestine. 

1. GABAATH (Septante : Codex Vaticanus, Vtx6au>- 
8iapeï[i.; Codex Alexandrinus, Ta6aà8 xai 7t<Sài« 'lapin), 
ville de la tribu de Benjamin. Jos., xvni, 28. Elle fait 
partie du dernier groupe et doit être cherchée dans les 
environs de Jérusalem; mais son identification donne 
lieu à plusieurs difficultés. Comme Gib'af en hébreu est 
à l'état construit et n'est pas distingué par la conjonction 
et du mot suivant, Qiryaf (Cariath), on a supposé que 
les deux noms ne désignaient qu'une seule ville, Gib'af 
Qiryaf. Cf. R. J. Schwarz, Das heilige Land, 1852, 
p. 98, 102. Mais il faut remarquer que les plus 
anciennes versions ont admis la conjonction : nous la 
trouvons dans le manuscrit alexandrin des Septante, 
dans la Vulgate et dans la Peschito, qui porte : et Ge- 
beath et Qurialhin. Ajoutons que le vav manque plus 
d'une fois, dans certaines énumérations, entre des villes 
certainement distinctes , comme Adullam et Socho, 
Jos., xv, 35; Accaïn et Gabaa. Jos., xv, 57. Il est juste 
enfin de dire que le mot Qiryaf étant lui-même à l'état 
construit suppose un complément; voilà pourquoi on a 
conjecturé que la lecture primitive pouvait être Qiryaf 
Ye'drîm, « la ville des forêts, » Cariathiarim. On peut, 
il est vrai, même dans ce cas-là, regarder Gib'af comme 
un quartier spécial ou un faubourg de Cariathiarim, 
celui où fut transportée l'arche d'alliance, I Reg., vu, 1 
(voir Gabaa 6), en sorte que Gib'at-Qiryaf signi- 
fierait Gabaa de Cariatl>[iarim]. Mais d'abord il n'est 
pas sûr que Gabaa de I Reg., vu, 1; II Reg., vi, 3, 4, 
soit un nom propre; il "est plus probable même qu'il 
faut, avec les Septante, le prendre pour le nom 
commun « colline », [Joûvoc. Ensuite il parait singulier 
qu'on ait fait passer la frontière de Juda et de Benjamin 
juste entre la ville et son faubourg, bien^que celle-ci 
soit sur la limite extrême des deux tribus et puisse à 
la rigueur avoir appartenu à l'une et' à l'autre. Voir 
pour plus de détails ce que nous avons dit à propos de 
Cariath, t. u, col. 268. 

Nous sommes ici dans les conjectures. Il est permis 
toutefois de suivre l'autorité des anciennes versions et 
de prendre Gabaath pour une ville distincte. Mais dans 
ce cas où la placer? Faut-il l'identifier avec Gabaa de 
Benjamin ou Gabaa de Saûl, qu'on croit généralement 
retrouver à Tell eUFoul, au nord de Jérusalem ? Voir 
Gabaa 3, 4, 5. Le voisinage de la ville sainte fait pen- 
cher M. V. Guérin, Samarie, t. i, p. 191, vers cette opi- 
nion. On peut néanmoins se demander pourquoi alors, 



dans l'énumération de Josué, xvm, 21-28, la cité en 
question n'est pas mentionnée avant Jébus, dans le 
même groupe que Gabaon, Rama et Mesphé. Voir Ben- 
jamin 4, t. I, col. 1589. La place qu'elle occupe ici 
semble la mettre plutôt à l'ouest de Jérusalem, du côté 
de Cariathiarim (Qariet el-'Enab). Les explorateurs 
anglais l'assimilent à DjibVa, localité située à près de 
cinq kilomètres au nord de cette dernière. Cf. Survey 
of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, 
t. ni, p. 43; G. Armstrong, W. Wilson et Conder, 
Names and places in the Old and New Testament, 
Londres, 1889, p. 70. L'ordre d'énumération conduirait 
plus exactement à Khirbet el-Djubéi'ah, à gauche de la 
route qui va de Jérusalem à Qariet el-'Énab, et près de 
Qastal. A. Legendre. 

2. GABAATH DE PHINÉES (hébreu : Gib'af Pinelyâs ; 
Septante : Codex Vaticanus, Taëaàp *EtvEéc; Codex 
Alexandrinus, ra6ot«6 ♦iveéc), lieu de la sépulture 
d'Éléazar, fils d'Aaron. Jos., xxiv, 33. Il se trouvait dans 
la montagne d'Éphraïm, sur un terrain donné à Phi- 
nées. Josèphè, Ant. jud., V, I, 29, place « le monument 
et le tombeau » du grand-prêtre « dans la ville de Ga- 
batha ». Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, 
Gœttingue, 1870, p. 128, 246, appellent la ville de Pla- 
nées Gabiath, raëotac, et l'assignent à la tribu de Ben- 
jamin. Saint Jérôme, Epist. cvni, t. xxu, col. 888, rap- 
porte que sainte Paule, montant de la vallée du Jourdain 
vers Béthel et Naplouse, vénéra sur la montagne 
d'Éphraïm les tombeaux de Josué et d'Éléazar, situés, 
l'un à Thamnath-Saré au nord du mont Gaas, l'autre à 
Gabaa de Phinéès. V. Guérin, Samarie, t. u, p. 106- 
109, s'est appuyé sur ce passage pour identifier Gabaath 
avec Djîbî'a, au nord-ouest de Djifnéh. Voir la carte de 
la tribu d'ÉpHRAi'M, col. 1876. Ce village, en effet, n'est 
qu'à quelques kilomètres de Khirbet Tibnéh, où le sa- 
vant explorateur croit avoir retrouvé le tombeau de Jo- 
sué. Voir Thamnathsaré. Les deux monuments vénérés 
par l'illustre Romaine se répondaient ainsi en quelque 
sorte sur deux hauteurs voisines, au milieu du massif 
d'Éphraïm. Le nom arabe, tel que l'écrit V. Guérin, 
g-s^Aù-, Djîbî'a, peut représenter l'hébreu nyaa, Gib'âh. 

Il y a difficulté cependant pour l'orthographe. Cf. G. 
Kampffmeyer, Alte Namen im heutigen Palàstina, 
dans la Zeitschrift des Deutschen Palâstina-Vereins, 
t. xvi, 1893, p. 28-31. Djîbî'a ne renferme actuelle- 
ment qu'un fort petit nombre d'habitants; on y 
remarque une dizaine de citernes et un birket ou ré- 
servoir antique, creusé dans le roc, qui mesure treize 
pas de long sur autant de large. A cinq minutes à l'est, 
et sur le même plateau élevé dont ce village occupe la 
partie occidentale, s'étendent, au milieu d'un petit bois 
de vieux oliviers ou de hautes broussailles, des ruines 
appelées Khirbet Seîà. A côté de maisons renversées, 
qui paraissent avoir été bâties avec des pierres assez 
régulièrement taillées et de dimension moyenne, on 
observe les vestiges encore reconnaissantes d'une 
ancienne église chrétienne. Plusieurs tronçons de co- 
lonnes séparés de leurs bases et de leurs chapiteaux 
sont gisants sur le sol. — La tradition juive place le 
tombeau d'Éléazar plus haut, à 'Auerlah, au sud de 
Naplouse, sur les bords du Sahel Makhnah. Telle est 
celle des rabbins dont les écrits et témoignages ont été 
recueillis par E. Garmoly, Itinéraires de la Terre 
Sainte, in-8», Bruxelles, 1847, p. 186, 212, 386, 445. Tel 
est aussi le sentiment de R. J. Schwarz, Das heilige 
Land, 1852, p. 118, 355. Des auteurs modernes ont ac- 
cepté cette opinion. Cf. Survey of Western Palestine, 
Memoirs, Londres, 1881-1883, t. n, p. 288; Conder, 
Handbook to the Bible, Londres, 1887, p. 256, 412. 
D'autre part, on a contesté, ces derniers temps, l'empla- 
cement du tombeau de Josué à Khirbet Tibiiéh, et l'on 



15 



GABAATH DE PHINÉES — GABAON 



16 



a cru le reconnaître plus loin vers le nord, entre les 
deux villages de Serta et de Berukin, à l'endroit "appelé 
Khirbet el-Fakhdkhir. On ajoute que l'indication tirée 
du voyage de sainte Paule est vague, et que le rappro- 
-chement entre les deux sépulcres, inspiré par le texte 
de la Bible, n'en exige pas le voisinage. Cf. P. Séjour- 
né, Thimnath-Serach et Thimnath-Hérès, dans la Revue 
biblique, Paris, 1893, p. 625. — Des fouilles pourraient 
seules nous donner ici une solution. 

A. Legendre. 
3. GABAATH DE8 FIL8 DE BENJAMIN. II Reg., XXIII, 
29; I Par., xi, 31. Voir Gabaa 4. 



4. GABAATH DE SAUL. Is., X, 



Voir Gabaa 5. 



Benjamin, Jos., xvm, 25, et donnée aux enfants d'Aaron. 
Jos., xxi, 17. 

I. Situation. — Les villes avec lesquelles elle est 
mentionnée nous permettent de fixer, au moins d'une 
façon générale, son emplacement. La confédération dont ' 
elle était le centre comprenait : Cariathiarim, aujour- 
d'hui Qariet el-'Énab, au nord-ouest de Jérusalem, 
Caphira ou Caphara, actuellement Kefiréh, au nord de 
la première, et Béroth ou El-Biréh, sur la route de la 
ville sainte à Naplouse. Voir la carte de la tribu de 
Benjamin, 1. 1, col. 1588. Dans rénumération des localités 
appartenant à la tribu, Jos., xvm, 25, elle est citée avant 
Rama, Er-Rdtn, qui se trouve entre Jérusalem et El- 
Biréh, C'est donc dans la partie occidentale de Benja- 




3. — El-Djîb. D'après une photographie de M. Roinard. 



GABAATHITE (hébreu : hag-Gibe'dfi ; Septante : 
6 r<i6a6ixr,;), originaire de Gabaa 4. I Par., xn, 3. 
Voir Sam aa 4. 

GABAÉ. Jos., xxi, 17; Voir Gabaa 2. 

GABAEL (Septante :Taêar,\; Codex Alexandrinus : 
ranarj).), ancêtre de Tobie d'après le texte des Septante. 
Tob., i, 1. Selon le Codex Vaticanus, ce Gabaël est dit 
simplement de la race d'Asiel, tandis que, d'après le Co- 
dex Sinaiticus, il est dit, de plus, fils de Raphaël, lequel 
l'était de Raguël. La vulgate omet complètement cette 
généalogie. 

GABAON (hébreu : Gib'ôti, « qui appartient à une 
colline; » Septante : Taëaûv), ville de Palestine, primiti- 
vement habitée par les Hévéens. Jos., xi, 19. C'était 
« une grande cité, une des cités royales, » Jos., x, 2, 
de laquelle dépendaient Caphira, Béroth et Cariathia- 
rim. Jos., ix, 17. A l'arrivée des Hébreux, elle surprit 
par ruse la bonne foi de Josué, et échappa ainsi à l'ex- 
termination. Jos., ix. Elle fut assignée à la tribu de 



min, et dans le rayon déterminé par ces différents points 
qu'il faut la chercher. Or, à l'ouest â'Er-Ràm, existe un 
village dont le nom rappelle, bien qu'imparfaitement, la 
forme hébraïque, et dans lequel on a généralement, 
pour ne pas dire unanimement, jusqu'à nos jours re- 
connu Gabaon. C'est El-Djib (fi g. 3). Les données 
traditionnelles sont malheureusement peu précises et 
prêtent matière à difficultés. Josèphe, Bell, jud., II, six, 
1, place le bourg (xm^) de Vaêa(J> à cinquante stades 
(9 kilomètres 247 mètres) de Jérusalem; mais dans ses 
Antiquités judaïques, VII, XI, 7, il n'indique que qua- 
rante stades (7 kilomètres 398 mètres). En réalité, l'in- 
tervalle compris eatre les deux endroits est d'environ 
dix kilomètres. Eusèbe et saint Jérôme. Onomastica sa- 
cra, Gœttingue, 1870, p. 127, 243, parlant de Gabaon, 
« métropole et cité royale des Hévéens, » disent qu'il y 
avait encore de leur temps « un bourg ainsi appelé près 
deBéthel, du côté de l'occident à quatre milles environ 
(près de six kilomètres), et voisin de Rama, » 'Cette 
dernière condition est parfaitement remplie par El- 
Djîb, qui se trouve d'ailleurs au sud-sud-ouest de Beitin, 
l'ancienne Bélhel, mais à onze kilomètres an lieu de 



17 



GABAON 



18 



six. Les mêmes auteurs, à propos de Bëroth, Onoma- 
ttica, p. 103, 233, semblent, si l'on prend à la lettre et 
physiquement l'expression « sous Gabaon », placer cette 
dernière à moins de sept milles (dix kilomètres) de Jé- 
rusalem sur la route de Nicopolis, 'Amoas, suivant 
Eusèbe, de Néapolis, Naplouse, suivant saint Jérôme. 
Nous avons exposé, à l'article Béroth 2, t. i, col. 1621, 
les difficultés qui naissent de ces textes et les réponses 
qu'on y peut faire. 

C'est principalement sur l'autorité de cette assertion, 
concernant directement Béroth, indirectement Gabaon, 
qu'une opinion récente place la première de ces locali- 
tés à El-Djîb, et la seconde à Nébi-Samuïl. Cf. L. 
Heidet, Maspha et les villes de Benjamin, dans la 
-Revue biblique, Paris, 1894, p. 321-356. Depuis plu- 
sieurs siècles on désigne par le nom du « prophète Sa- 
muel », Nébi Samtril, la mosquée bâtie au sommet de 
la plus haute colline (895 mètres) des environs de Jéru- 
salem ; le sanctuaire a communiqué son nom au petit 
village arabe qui s'est formé autour et à la montagne 
«Ile-même. Du haut du minaret le regard embrasse un 
vaste horizon, d'un côté vers la Méditerranée, de l'autre 
vers, le Jourdain. De nombreux débris du passé, une 
piscine, des tombeaux taillés dans le roc, attestent 
l'existence d'une antique cité. El-Djib, situé à une petite 
distance au nord, est un bourg de cinq cents habitants, 
couronnant une belle colline, moins élevée (710 mètres), 
aux gradins à la fois naturels et artificiels. Plusieurs 
maisons, intérieurement voûtées, paraissent fort an- 
ciennes. Quelques citernes, creusées dans le roc, 
doivent remonter à une époque assez reculée. Tous les 
palestinologues, s'appuyant sur le nom et les données 
générales de l'Écriture indiquées plus haut, recon- 
naissent là Gabaon. 

Quelles seraient donc les raisons de préférer Nébi- 
Samouïl V Outre le témoignage d'Eusèbe et de saint 
Jérôme, on apporte celui de saint Épiphane, Adv. hesr., 
XL VI, 5, t. xli, col. 844, qui, parlant des points les 
plus élevés aux alentours de Jérusalem, cite le mont des 
Oliviers, puis ajoute : « A huit milles, est Gabaon, le 
plus élevé de tous. » Mais on convient que la distance 
ne s'applique pas exactement à Nébi-Samouïl. — En- 
suite,, dans l'Itinéraire de sainte Paule, nous voyons 
la pieuse pèlerine montant d'Emmaûs par. Béthoron à 
Jérusalem, et « apercevant à droite Aïalon et Gabaon » 
(cf. saint Jérôme, Jsjpist. erm, t. xxii, col. 883), ce qui 
suppose que cette dernière ville n'était pas sur l'ancien 
chemin de Béthoron à Jérusalem, détail vrai pour 
Nébi-Samouïl, mais non pour El-Djlb. En réalité, El- 
Djib est à une petite distance de la route en question, 
qui laisse le village un peu à droite. — Les quarante 
stades de Josèphe, Ant. jud., VII, xi, 7, conviennent à 
Nébi-Samouïl. Oui, mais les cinquante de Bell, jud., II, 
XIX, 1, conviennent mieux à El-Djib. C'est une autorité 
qui se neutralise, et qu'il vaut mieux laisser de côté. — 
La Bible enfin, III Reg., m, 4, appelle Gabaon « le haut 
lieu le plus grand », .hab-bâmâh hag-gedôldh; les Sep- 
tante ont traduit : afrri] [ra6esû>v] û4"l^< ,T< «'r/l xaV {uyiy^, 
« Gabaon était la plus élevée et la plus grande, » para- 
phrasant ainsi, croit-on, le mot gedôlâh, pour qu'on ne 
le prenne point dans le sens purement moral. Il y a 
pour ncus ici une mauvaise traduction ; il fallait litté- 
ralement : «CÎTY) tô v+riXdv t4 (léya, « Gabaon était le 
haut Heu le plus grand, » c'est-à-dire le plus important. 
On sait que le bâmâh ou les bâmôf, -ci u^r.Xi, désignent 
les collines ou les « hauts lieux » sur lesquels en offrait 
des sacrifices. Or, parmi ceux qui étaient 'consacrés à 
Jéhovah, « le plus grand, » non au point de vue phy- 
sique, mais au point de vue moral, était Gabaon. Si 
l'arche d'alliance était à ce moment sur le mont Sion, 
l'ancien tabernacle et l'autel des holocaustes étaient 
■bdb-bâniâh âsjér be-Gib'ôn, il sur le haut lieu qui était 
-àGcbaon. » I Par., xvi, 39; II Par., i, 3, 4. C'est pour 



cela que cet endroit était réputé le plus grand des lieux 
de sacrifice et que Salomon s'y rendit. On ne compren- 
drait guère, du reste, que le roi l'eût choisi de préfé- 
rence uniquement en raison des 150 ou 200 mètres qui 
l'élèvent au-dessus des collines environnantes. C'est cette 
grandeur morale qu'y voient généralement les commen- 
tateurs et qui ressort le plus naturellement du contexte. 

Ajoutons maintenant en faveur d'El-Djîb deux consi- 
dérations tirées de l'histoire. Les rois amorrhéens vain- 
cus par Josué sous les murs de Gabaon s'enfuient du 
côté de l'ouest, « par le chemin qui monte vers Bétho- 
ron. » Jos., x, 10. Cette marche s'explique très bien avec 
El-Djîb qui se trouve sur la voie en question; tandis que, 
pour Nébi-Samouïl, il semble que les ennemis devaient 
plutôt se précipiter par la route de Biddou et de Qou- 
béibéh. Le même fait se reproduit plus tard sous Cestius 
Gallus, qui, laissant le siège de Jérusalem pour battre 
en retraite, gagne avec peine son camp de Gabaon, puis, 
après deux jours de perplexités, s'avance vers Béthoron, 
ayant abandonné tout ce qui pouvait le retarder. C'est 
d'ailleurs le chemin qu'il avait suivi pour venir attaquer 
la ville sainte. Cf. Josèphe, Ant. jud., VII, xi, 7; Bell, 
jud., II, xix, 1. 

Nous ne faisons pas difficulté d'avouer que le nom 
actuel i_, « «»» \\, El-Djib, ne représente qu'à demi l'hé- 
breu faô.1, Gib'ôn. On peut s'étonner surtout de la chute 
de la gutturale, 7, âïn, alors que ç^-, Djeba', a gardé 
celle de yaî, Géba'. Voir Gabaa2. Iiàrrive parfois cepen- 
dant qu'une gutturale, à la fin des mots, disparaît, com- 
pensée seulement par une voyelle longue, ainsi : Gilbo'a 
est dévenu Djelbûn; Yânôah, Ydnûn; Neftôafy Liftd. 
Cf. G. Kampffmeyer, A UeNamenim heutigen Palâslina, 
dans la Zeitschrift des Deutschen Palàstina-Vereins, 
t. xv, 1892, p. 26, 71. El-Djib peut donc être regardé 
comme une forme abrégée de Gabaon; il la reproduit 
assez bien pour ne céder que devant des témoignages 
historiques incontestables qu'il nous faut attendre encore. 
On avouera, en tous cas, que ce mot rappelle mieux 
Gabaon que Béroth. — On trouve sur les listes égyp- 
tiennes de Karnak, peu après Bierôtu, la Béroth de 



Benjamin (n» 109), le nom de j 



Jî 



, Gabâu (n« 114). 



A. Mariette, Les listes géographiques des pylônes de 
Karnak, Leipzig, 1875, p. 43, y voit Gabaa de Juda ; mais 
M. Maspero, Sur lés noms géographiques de la liste de 
Thoutmès 111, qu'on peut rapporter à la Judée, extrait 
des Transactions of the Victoria Institute, 1888, p. 19, y 
reconnaît plutôt « Gib'âh, aujourd'hui El-Djib ». Le 
savant auteur a sans doute voulu dire Gib'ôn, puisque 
le combat entre les gens de Joab et d'Abner, qu'il men- 
tionne, eut lieu, non auprès de Gabaa, mais de Gabaon. 
Cf. II Reg., n, 12, 13. C'est ainsi que, pour lui, le n» 112 
de la liste, Khalokatu, est identique à ce Ifélqap ha$- 
surîm, ou « champ des vaillants », d'après la Vulgate, 
où se passa l'épisode en question. Cf. II Reg., n, 16. 
Il partage l'opinion de M. Tyrwhitt Drake, dans le 
Palestine Exploration Fund, Quarierly Statement, 
Londres, 1873, p. 101, qui pense que l'ouadi el-Askar, 
« la vallée des soldats, » au nord du village d'El-Djtb, 
représente cet endroit, et est une traduction ou une 
réminiscence du nom hébreu. Dans ce cas, le mot qui 
précède immédiatement Gabaon, c'est-à-dire 'En-gan- 
àmu, serait la source d'El-Djib. 

Il y a, en effet, une source abondante appelée 'Ain el- 
Djîb, à une faible distance à l'est du village, au pied 
d'un monticule actuellement cultivé et couvert de superbes 
oliviers et de grenadiers, autrefois compris dans l'en- 
ceinte de l'antique cité. Elle est renfermée dans une 
grotte oblongue, qui a été régularisée et agrandie par la 
main de l'homme. On y descend par plusieurs degrés; 
l'eau est fraîche et limpide. Avec plusieurs autres, qu'on 
voit autour de la ville, elle représente bien (les eaux 



19 



GABAON 



20 



abondantes «'dont parle Jérémie, xu, 12. A cent mètres de 
là, est un vieux réservoir, piscine ou birket, de forme 
rectangulaire, mesurant vingt-quatre pas de long sur qua- 
torze de large. Construit avec des pierres d'un appareil 
moyen, du moins dans la partie qui subsiste encore, il 
est à présent aux trois quarts comblé (fig. 4). La vallée 
que domine la petite montagne d'El-Djib est plantée 
d'oliviers, de figuiers et de grenadiers; ailleurs, elle est 
ensemencée de blé et d'orge. Les steppes qui s'étendent 
vers l'est sont ce que l'Écriture appelle « le désert de 
Gabaon (midbdr Gib'ôri) ». II Reg., n, 24. Voir Désert, 
t. n, col. 1287. Cf. V. Guérin,/udee, 1. 1, p.385;Robinson, 
Bïblical Researches in Palestine, Londres, 1856, t. i, 



les voilà maintenant tout secs et tombant en morceaux. 
Les Israélites se laissèrent tromper et, sans consulter le 
Seigneur, firent alliance avec eux, promettant de leur 
sauver la vie. Mais, trois jours plus tard, apprenant que 
ces gens demeuraient dans le voisinage, ils vinrent dans 
les villes de la confédération c'est-à-dire Gabaon, Caphira, 
Béroth et Cariathiarim. Fidèles à leurs serments, ils en 
épargnèrent les habitants, mais les obligèrent à couper 
du bois et à porter de l'eau pour le service de tout le 
peuple, et les divers besoins de la maison de Dieu. Les 
Gabaonites et leurs alliés acceptèrent volontiers ce rôle de 
serviteurs. Cependant les rois amorrhéens du sud, ayant 
appris la défection de Gabaon, qui était tne grande ville, 




Ancienne piscine de Gabaon. D'après une photographie de M. Roinard. La piscine est à droite, 
marquée par les personnages qui sont à" ses quatre extrémités. 



p. 455; Survey of Western Palestine, Memoirs, Lon- 
dres, 1881-1883, t. m, p. 94-100. 

IL Histoire. — 1° L'histoire des Gabaonites commence 
par un acte de ruse audacieuse. L'arrivée des Hébreux 
dans la Terre Promise avait effrayé tous les habitants du 
pays, qui se liguèrent contre eux. Ceux de Gabaon, 
apprenant ce que Josué avait fait aux villes de Jéricho 
et d'Haï, et craignant de subir le même sort, usèrent 
d'adresse pour obtenir la paix sans combat. Prenant avec 
eux des vivres, comme des hommes qui entreprennent 
un très long voyage, ils mirent de vieux sacs sur leurs 
ânes, avec des outres de peau toutes rompues et recou- 
sues. Couverts de vieux habits, ils portaient' aux pieds 
des souliers rapiécés. C'est dans cet état qu'ils se présen- 
tèrent à Josué, qui était alors à Galgala, dans la plaine 
du Jourdain, et lui dirent qu'ils venaient d'une contrée 
très éloignée, dans le désir de faire la paix. Poussant 
jusqu'au bout la finesse, ils firent l'éloge de Jéhovah, au 
nom duquel ils prétendaient être venus, et dont ils con- 
naissaient les merveilles antérieures. Voyez, ajoutent-ils, 
ces pains que nous avons pris tout chauds en partant; 



et dont les gens de guerre étaient très vaillants, résolu- 
rent de châtier la cité coupable de trahison et d'enlever 
par là-méme une très forte position aux Hébreux. Ils 
vinrent donc l'assiéger. Les amis de Josué implorèrent 
son secours. Celui-ci, montant de Galgala, arriva, par une 
marche forcée, dans une seule nuit, et, tombant à l'im- 
proviste sur les assiégeants, les mit en déroute. Après 
leur avoir infligé une grande défaite sous les murs de 
Gabaon, il les poursuivit par la montée de Bethoron. C'est 
dans cette mémorable journée qu'il arrêta le soleil. Cf. 
Jos. , ix, x, 1-15. Voir Bethoron 1 , Histoire, 1. 1, col. 1702. — 
2° Gabaon fut également le théâtre d'une lutte acharnée 
entre les partisans de David et ceux d'Isboseth. Abner et 
Joab, avec leurs troupes, s'y rencontrèrent près de la 
piscine de Ta ville, probablement celle dont nous avons 
parlé plus haut. Le premier proposa de s'en remettre 
aux chances d'un combat singulier. Le second acceptant, 
douze champions de chaque côté entrèrent en lice, et 
leur ardeur fut telle qu' « ils se passèrent tous l'épée au 
travers du corps, et tombèrent morts tous ensemble ; et 
ce lieu s'appela le Champ des vaillants à Gabaon ». La 



21 



GABAON — GABRIEL 



22 



mêlée devint alors générale, Abner fut battu et mis en 
fuite. Cf. II Reg., n, 12-17. — 3» C'est aussi « près de la 
grande pierre qui est à Gabaon », probablement quelque 
rocher isolé, bien connu , que, plus tard, le même 
Joab tua traîtreusement Amasa. II, Reg., xx, 8-10. — 
4° Lorsque David ramena l'arche d'alliance à Jérusalem, 
le tabernacle resta à Gabaon. Sadoc et les autres prêtres 
y offraient sur l'autel le sacrifice quotidien. I Par., xvi, 
39, 40; xxi, 29. C'est là que Salomon vint, au début de 
son règne, offrir mille victimes en holocauste au Sei- 
gneur, qui lui apparut en songe et lui demanda ce qu'il 
désirait. Le roi sollicita la sagesse comme le don le plus 
précieux; il la reçut avec les richesses et la gloire qu'il 
n'avait point demandées. III Reg., m, 4-15; ix, 2; 
II Par., i, 3-13. — 5° Isaïe, xxvm, 21, voulant montrer 
comment Jéhovah délivrera son peuple menacé par Sen- 
nachérib, rappelle la victoire miraculeuse de Josué 
« dans la vallée de Gabaon ». — 6° C'est « auprès des 
grandes eaux qui sont à Gabaon », que Johanan, fils 
de Carée, et ses guerriers rencontrèrent Ismahel, fils 
de Nathanias, le meurtrier de Godolias, et qui, n'osant 
lutter contre des forces supérieures, s'enfuit chez les 
enfants d'Ammon. Jer., xli, 12, 16. — 7» Après la capti- 
vité, les Gabaonites travaillèrent à la reconstruction des 
murs de Jérusalem. II Esd., m, 7. Quatre-vingt-quinze 
revinrent avec Zorobabel. II Esd., vu, 25. 

, A. Legendbe. 
GABAONITE (hébreu : Gibe 'ônî, yoëbê Gibe 'on, etc.; 
Septante : raëautvhri;; Vulgate : Gabaonita), habitant 
de Gabaon ou originaire de cette ville. Le nom ethnique, 
Gibe'ônî, ne se lit en hébreu que dans le chapitre xxi 
de II Samuel, où il est question des Gabaonites qu'avait 
fait massacrer Saûl, et I Par., xn, 4. Partout ailleurs 
les Gabaonites sont désignés par une périphrase. Jos., 
ix, 3; x, 6, etc. — Plusieurs personnages sont nommés 
comme Gabaonites dans les Écritures : « Hananie, fils 
d'Azur, prophète de Gabaon, » Jer., xxvm, 1; Sémaias, 

I Par., xn, 4; Meltias, II Esd., m, 7; Jadon Méronathite. 

II Esd., m, 7. — Sur Jéhiel, qui peut être regardé 
comme le fondateur de Gabaon, voir Abigabaon, t. i, 
col. 47, et Jéhiel. 

GABATHON (hébreu : Gibbefôn; Septante : re9e8ôv), 
ville de la tribu de Dan, Jos., XXI, 23, appelée ailleurs 

Gebbéthon. Voir Gebbéthon. 

# 

GABBATHA (ra66a05), mot«ar«iméen, probablement 
Nros (cf. hébreu 35 gab, « dos »), qui signifie « lieu 

élevé », d'après l'explication la plus commune. C'est l'en- 
droit où siégeait Ponce Pilate, en dehors du Prétoire, 
lorsque Jésus-Christ fut amené devant son tribunal. Il 
portait en grec le nom de Lithostrotos, « pavé en pierres, 
mosaïque. » Joa., xix, 13. Voir Lithostrotos. Cf. Frz. 
Delitzsch, Horx hebraicx, dans la Zeitschrift fur die 
lutherische Théologie, 1876, p. 605; P. Schanz, Com- 
mentai 1 ûber das Evang. des Johannes, Abth. 11, Tubin- 
gue, 1885, p. 552. 

GABÉE (hébreu : Gâba', Jos., xvm,24; Géba', IPar., 
Vi, 60; Septante : rot6ai, Jos., xvm, 24; ra6a(, I Par., vi, 
60), ville de la tribu de Benjamin. Jos. r rvhï, 24; I Par., 
vi, 60. Voir Gabaa 2. 

QABÉLUS (Septante : rafaTJXo;; Codex Sinaiticus: 
Tag^iot; Vulgate : Gabelus) était, d'après la Vulgate, 
Tob., 1, 17, un pauvre Israélite de Rages en Médie 
auquel Tobie avait prêté sur un reçu dix talents d'ar- 
gent. Selon les Septante, 1, 14, Gabélus, qu'on ne fait 
pas indigent, est dit frère de Gabrias et la somme re- 
mise est à simple titre de dépôt. Au jour de l'épreuve, 
Tobie avertit son fils de ce prêt (Vulgate, Tob.,iv, 21), 
ou de ce dépôt (Septante, Tob., rv, 1, 20). L'ange Ra- 
phaël, qui se donne pour Azarias et s'offre pour con- 



duire le jeune Tobie, dit connaître parfaitement Gabé- 
lus et être même demeuré chez lui à Rages. Tob., v, 
8 (Septante : 6). Après son mariage avec Sara, le jeune 
Tobie prie le prétendu Azarias d'aller seul à Rages ré- 
clamer l'argent qui lui était dû : celui-ci fait le voyage, 
rend à Gabélus son reçu et reprend la somme prêtée. 
Gabélus sur son invitation vient à Ecbatane chez Raguel 
et à la vue du fils de son ami , il se jette dans ses 
bras avec larmes et bénit le Seigneur. Tob., ix, 1, 8. 
— Pendant ce temps, le vieux Tobie s'inquiétait de 
ne point voir revenir son fils; anxieux il se demandait 
quelle pouvait bien être la cause de ce retard. Gabélus 
serait-il mort? pensait-il, et personne n'a-t-il pu lui 
rendre l'argent ? Tob., x, 2. E. Levesque. 

GABER (hébreu : Gébér, homme; Septante : Taëép), 
fils d'Uri, intendant de Salomon pour la province de 
Galaad et de Basan au delà du Jourdain. III Reg., rv, 
19. Les Septante le font fils d'Adaï et le placent, d'après 
le Codex Vaticanus, dans la terre de Gad ; mais le Codex 
Alexandrinus a, comme l'hébreu, Galaad. — Sur le Ga- 
ber de III Reg., rv, 13, dans les Septante, ylô; Na6fp 
(pour râ6sp), « fils de Gaber. » Voir Bengaber, t. 1, 
col. 1585. E. Levesque. 

GABIM (hébreu : hag-Gêbim, avec l'article ; Septante: 
Tiëësip), ville mentionnée une seule fois dans l'Écriture. 
Is., x, 31. Le prophète, décrivant dans un tableau idéal 
la marche triomphale des Assyriens contre Jérusalem, 
la trace du nord au sud par Aïath, l'antique Aï, Magron, 
Machmas (aujourd'hui Mukhmas), Gaba (Djéba'), Rama 
(Er-Rdm), Gabaath de Saùl {Tell eUFûl). Voir la carte 
de Benjamin, t. 1, col. 1588. Puis, s'étant adressé à Ana- 
thoth ('Anâta), il ajoute (d'après l'hébreu) : 

Madmênah s'enfuit; 

Les habitants de Gabîm se sauvent. 

Encore un jour de halte à Nob, 

Et il agite sa main vers la montagne de Slon, 

Vers la colline de Jérusalem. 

Tout ce que nous pouvons savoir d'après ce texte, 
c'est que Gabim était assez rapprochée de la ville sainte. 
Aussi Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœt- 
tingue, 1870, p. 130, 248, ont-ils tort d'identifier «Gébin, 
Yvfizh, dont parle Isaïe, avec le village de Géba, à cinq 
milles (plus de sept kilomètres) de Gophna (Djifnéh) en 
allant vers Naplouse ». Le bourg de Djibia qu'on trouve 
dans cette direction ne saurait convenir à l'itinéraire 
tracé par Isaïe. Aussi fausse est l'opinion de R. J. Schwarz, 
Das heilige Land, Francfort-sur-le-Main, 1852, p. 101, 
qui assimile cette localité à Gob, II Reg., xxi, 18, ou 
Gazer, I Par., xx, 4, à l'ouest de Jérusalem. On a voulu 
également la chercher au sud-est de Djéba'. Cf. Pales- 
tine Exploration Fund, Quarterly Statement, Londres, 
1877, p. 57,58; 1880, p. 108. Saint Jérôme, Comment.in 
Ts., t. xxiv, col. 142, interprète Gébîm par « collines ». 
Le nom, qui se rencontre IV Reg., m, 16, signifie plu- 
tôt « fosses, citernes » ; mais la ville qui le portait autre- 
fois est inconnue. A. Legendre. 

GABRIAS (Septante : rrôpcac; Codex Sinaiticus ; 
r«6pet')7 frère de Gabélus, d'après le texte de Tob., 1, 
14, dans les Septante ; mais selon Tob., rv, 20, dans la 
même version, il est donné comme son père : raêar,X<i> 
■c<3 toû ToépeCa. Il doit y avoir là quelque erreur dé 
copiste ou de traducteur ; le nom même est altéré dans 
d'autres versions, comme dans l'ancienne Italique qui 
a : Gabelo fratri meo filio Gabahel. Tob., 1, 14; rv, 20. 

GABRIEL (hébreu : Gabri'ël; Septante : raëpir>; 
Vulgate : Gabriel), l'un des trois anges nommés dans la 
Sainte Écriture. — 1° Gabriel apparaît deux fois à Da- 
niel dans ses visions, une première fois pour lui expli- 
quer le symbole du bélier et du bouc, qui figurent les 
empires des Mèdes et des Grecs, Dan., vm, 16, et une. 



23 



GABRIEL — GAD (LE DIEU) 



24 



seconde fois pour loi révéler la prophétie des soixante- 
dix semaines. Dan., ix, 21. — Le nom donné à l'ange, 
formé de gébér, « homme fort, » et de 'êl, « Dieu, » 
signifie « homme » ou « héros de Dieu ». Il ne s'agit 
pourtant pas ici d'un homme, mais d'un être supérieur 
qui se montre avec une apparence d'homme, Dan., vin, 
45, obéit à un autre être mystérieux, f. 16, relève le pro- 
phète tombé à terre, 1. 18, et a des ailes qui lui permet- 
tent de voler rapidement, ix, 21. Il se peut que Daniel 
ait vu l'ange sous la figure d'un homme ailé, analogue à 
ceux qui se voyaient sur les palais de Babylone, voir 1. 1, 
col. 1155; t. il, col. 666, et symbolisaient par leur mâle 
attitude la force du gébér, et par leurs ailes leur agilité 
surhumaine. C'est sous des images analogues qu'Ézéchiel 
avait vu d'autres esprits célestes. Voir Chérubins, t. n, 
col. 662. Gabriel est certainement un ange au service de 
Dieu, puisqu'il fait des révélations et formule des pro- 
phéties qui ne peuvent venir que de Dieu. — 2° Gabriel 
apparaît de nouveau, avec une forme sensible, au prêtre 
Zacharie pour lui annoncer la naissance de Jean-Baptiste. 
11 énonce lui-même son nom et déclare qu' « il se tient 
devant Dieu », Luc, I, 19, qu'il est par conséquent, 
comme Raphaël, « l'un des sept anges qui se tiennent 
devant Dieu, » Tob., xii, 15; Apoc, vm, 2, pour être 
prêts à accomplir ses ordres en qualité de hauts digni- 
taires célestes. De là le nom d'archange décerné à Ga- 
briel. — 3« Enfin, le même ange est choisi pour porter 
à Marie le message de l'incarnation et il commence par 
la saluer avec un souverain respect. Luc, i, 28. Dans ces 
deux dernières apparitions, la forme dont l'ange est 
revêtu n'est pas décrite; il est dit seulement qu'il se 
tint debout. Luc, i, 11. Quand il entre chez Marie ou 
qu'il la quitte, Luc, i, 28, 38, rien ne marque qu'il se 
serve d'ailes, comme dans l'apparition à Daniel. Gabriel 
est appelé l'ange de l'incarnation à cause de la triple 
mission qu'il a reçue pour annoncer à Daniel l'époque 
de l'accomplissement du mystère, à Zacharie la naissance 
du précurseur et à Marie celle du Messie. C'est le mes- 
sager des bonnes nouvelles : il réconforte Daniel, Dan., 
vm,18,il annonce la haute mission de saint Jean-Baptiste, 
Luc, 1,13-17, et le salut que le fils de Marie apportera au 
monde. Luc, 1,31-32. — Les légendes juives racontent 
que Gabriel fut un des anges qui ensevelirent Moïse 
(Targum sur Deut., xxxiv, 16) et qu'il détruisit l'armée 
de Sennachërib (Targum sur II Par., xxxil, 21). — 
Mahomet, qui connaissait le rôle de Gabriel dans les 
Ecritures, prétendit recevoir par son intermédiaire les 
chapitres du Coran, ix, 1; xx, 7, etc. Gabriel figure 
aussi dans le livre d'Hénoch, comme un des grands 
archanges. A. Lods, Le livre d'Hénoch, in-8°, Paris, 1894, 
p. 44, 53, 85, etc. H. Lesètre. 

GAD (hébreu : Gâd; Septante : TàS), nom d'un pa- 
triarche, d'une tribu d'Israël, d'une vallée et d'une 
divinité. 

1. GAD, septième fils de Jacob, le premier que lui 
donna Zelpha, servante de Lia, né, comme Aser son frère, 

. en Mésopotamie. Gen., xxx, 11 ; xxxv, 26. Pour l'origine 
de son nom, voir Gad 3. U occupe l'avant-dernier rang 
dans l'énumération des enfants du patriarche. Exod., i, 
4; I Par., H, 2. Il eut sept fils, Gen., xlvi, 16, qui don- 
nèrent naissance à autant de familles. Num., xxvi, 15-18. 
C'est tout ce que nous savons sur sa personne. Les autres 
passages de l'Écriture où se trouve son nom, la prophétie 
de Jacob, Gen., xlix, 19, et la bénédiction de Moïse, 
Deut., xxxiii, 20, se rapportent à la tribu. Voir Gad 4. 

A. Legendre. 

2. GAD, prophète, ami de David, qui est appelé tantôt 
« le voyant, » hâ-hôzéh,l Par.,xxix, 29, tantôt «l'inspiré » 
ou prophète, han-ndbf, I Reg.,XXll,5; IIReg.,xxnr,U,ou 
plus spécialement, comme son titre officiel, le « voyant du 
roi ». II Reg., xxnr, 11; 1 Par., xxi, 9; I Par., xxn, 25; 



II Par., xxix, 29. La première fois que nous le voyons 
paraître, c'est lorsque David se retire au pays de Moab 
devant la persécution de Saûl et pourvoit à la sûreté de 
son père et de sa mère en les établissant à Maspha sous 
la protection du roi de Moab. I Reg., xxn, 5. Le pro- 
phète Gad, envoyé peut-être par Samuel, vint trouver 
David et lui conseilla de rentrer dans la terre de Juda. 
Quand plus tard David, par un sentiment d'orgueil, fit 
faire le dénombrement du peuple, Gad vint le lui repro- 
cher au nom du Seigneur et le menacer d'un châtiment : 
seulement il lui laissa le choix entre une famine de sept 
ans, une guerre malheureuse de trois mois, ou une peste 
de trois jours. Le roi choisit le fléau du Seigneur, la 
peste. II Reg., xxiv, 11-15; I Par., xxi, 9-14. La peste 
s.' vit donc à Jérusalem et dans le royaume; mais le 
Seigneur, touché de compassion pour le peuple et de 
l'humble repentir du roi, arrêta l'ange exterminateur et 
fit prescrire à David, par le prophète Gad, de lui élever 
un autel dans l'aire d'Ornan. II Reg., xxiv, 16-19; 
I Par., xxi, 15-19. — Quand Ézéchias rétablit la mu- 
sique sacrée dans le temple, II Par., xxix, 25, telle que 
David l'avait organisée, il est rappelé que cette organisa- 
tion s'était faite d'après les avis des prophètes Gad et 
Nathan. — La fin du premier livre des Paralipo- 
mènes, xxix, 29, signalant les sources de l'histoire de 
David, mentionne le livre de Gad le voyant, Dibrê Gâd 
hà-hôzéh. E. Levesque. 

3. GAD (hébreu : hag-Gad, avec l'article ; Septante : 
8ai]iôviov; dans plusieurs manuscrits: Tu^i) ; Vulgate: 
Fortuna), nom d'une divinité. 

I. Ce qu'était le dieu Gad. — Ce nom se rattache à. 
la racine gâdad, « couper, déterminer, » comme Moîpa, 
« Parque,» de \>.tiç>o\x.a.:. Il signifie donc la destinée, le sort, 
mais pris en bonne part et marquant par conséquent le 
bonheur. Gad fut employé d'abord dans un sens appel- 
latif, comme substantif commun. On le personnifia 
ensuite et l'on en fit une divinité, Frd. Baethgen, Bei- 
tràge zur semitische Religionsgeschichte, 1888, p. 77; 
mais, dans cette dernière signification, Gad est précédé 
de l'article : hag-Gad. Is., lxv, 11. Les deux sens sont 
comme mêlés et réunis dans des formules de serment 
usitées dans les^ siècles qui précédèrent et suivirent im- 
médiatement la naissance de Notre-Seigneur. On jurait 
alors par la fortune, gaddd, du roL^ comme on lit dans 
les Actes dés martyrs ; Act. martyr., édit. Assemani, 
t. I, p. 217; P. Smith, Thésaurus syriacus, 1. 1, col. 649; 
par la tû^r) de Séleucus ou par celle de l'empereur, etc. 
G. Hoffmann, dans la Zeitschrift der deutschen nior- 
genl&ndischen GeselUchaft, t. xxxil, 1878, p. 742. 

On a assimilé autrefois le dieu Gad à des planètes di- 
verses ; aujourd'hui on s'accorde assez communément à 
y voir la planète Jupiter, mais cette identification ne 
doit pas être primitive. Gesenius, Conimentar ûber 
Jesaia, t. n, p. 285-286; Movers, Die Phànizier, t. i, 
p. 174 (lui-même identifie Gad avec la planète Vénus, 
ibid., p. 636, à cause de Gad-Astoret mentionné dans la 
3' inscription de Carthage, ibid.,p. 650); Winer, Biblisches 
Realwôrterbuch, 3« édit. , t. i, p. 283 ; D. Chwolson, 
Die Ssabier, 2 in-8», Saint-Pétersbourg, 1856, t. n, p. 226; 
C. Siegfried, Gad-Meni, dans les Jahrbïicher fur pro- 
testantische Théologie, 1875, p. 360; P. Smith, Thé- 
saurus syriacus, t. i, col. 649. Cette planète était consi- 
dérée par les Arabes comme portant bonheur. 

Les Grecs et les Romains transformèrent Gad en une 
divinité femelle : TÔ-/15, Fortuna, et la déesse devint, 
comme le dieu, la personnification de l'heureuse chance, 
de la prospérité et des succès. On la représente avec des 
attributs divers,, une corne d'abondance et un gouver- 
nail, comme dans la statue du musée du Vatican {Braccio 
nuovo, n° 86), etc. Voir W. H. Roscher, Ausfihrliehes 
Lexicon der griechischen und rômischen Mythologie, 
t 1, 1884-1890, col. 1503-1558. Plutarque raconte, De for- 



25 



GAD (LE DIEU) 



2G 



Ut. rom., 4, qu'en entrant à Rome, cette déesse enleva 
ses ailes et sa chaussure et jeta . loin d'elle le globe 
qu'elle portait afin de marquer qu'elle résiderait désor- 
mais d'une manière permanente dans la ville éternelle. 
La Foituna différait à plusieurs égards du Gad ara- 
méen, mais ces deux divinités avaient de commun leur 
trait le plus caractéristique, celui de porter bonheur, 
c'est pourquoi saint Jérôme a traduit avec raison Gad 
par Fortuna. Is., LXV, 11. 

II. Le dieu Gad dans l'Ancien Testament. — 1° Isaïe, 
lxv, 11, reprochant aux impies d'abandonner le vrai 
Dieu, les interpelle en disant : « Vous qui dressez une 
table pour Gad et remplissez une coupe pour Meni » 
(texte hébreu). Meni personnifiait le destin comme Gad. 
Voir Meni. Gad était une divinité chananéenne et ara- 
méenne. Elle ne figure point dans le panthéon chaldéo- 
assyrien. — 2° Dès une haute antiquité, elle avait été 
honorée dans le pays de Chanaan, comme le prouvent les 
dénominations géographiques de « Baalgad », t. i, col. 
1336; Jos., xi, 17; xn, 7; xm, 5, et de Magdal-Gad. Jos., 
xv, 37. — 3° Une des familles juives qui retournèrent de 
Babylone en Palestine avec Zorobabel s'appelait Benê- 
'Azgâd. I Esd., n, .12; II Esd., vu, 17. 'Azgâd peut 
signifier : « Gad est force ou secours. » Ce nom est ce- 
pendant susceptible de recevoir d'autres interprétations. 
D'autres noms propres hébreux où l'on a cru retrouver 
le nom de Gad, Num., xm, 12; I Mach., n, 2, etc., sont 
encore plus douteux, à l'exception de celui du fils de 
Jacob, qui mérite d'être examiné à part. — 4° Un cer- 
tain nombre de commentateurs (voir J. Selden, De Dits 
Syris, in-12, Londres, 1617, i, 1, p. 2-15), veulent retrou- 
ver le dieu Gad dans le nom d'un des fils de Jacob ; ils 
appuient leur opinion sur le texte même de la Genèse, 
xxx, 11 : « Zelpha, servante de Lia, enfanta un fils à Jacob, 
et Lia dit : -js, ba-gad, et elle l'appela du nom de Gad. » 
La Vulgate traduit ba-gad par féliciter, « heureusement, » 
et les Septante, dans un sens analogue, par iv t-j/t,. Mais 
parmi les anciens Juifs, plusieurs ont décomposé le mot 
ba-gad en is N3, bd' Gad, « Gad est venu, » et l'ont ainsi 
expliqué aiio Std N3, bâ' mazal tôb, « la Bonne Fortune 
est venue, » c'est-à-dire un astre propice ou un démon 
favorable. D'après les Massorètes, ba-gad est en effet une 
des quinze locutions de la Bible hébraïque qui s'écri- 
vent en un seul mot, mais qui doivent être décompo- 
sées en deux, de manière à lire ici bâ' Gad. Cette opi- 
nion est ancienne, car, dans, le Targum d'Onkelos, ce 
que dit Lia est interprété en chaldéen par 'afa' Gad, 
« Gad est venu. » Jonathas ben-Uzziel paraphrase ainsi : 
'afa' Mazala' ioba', « Mazala (la Bonne Fortune) est ve- 
nue. » Le Targum de Jérusalem s'accorde avec ces inter- 
prétations : 'a(a' Geda' toba', « le bon Gad est venu. » 
Cette explication rabbinique du nom du fils de Jacob 
n'est-elle pas plus ingénieuse que solide ? S'il est diffi- 
cile d'en prouver la fausseté, il est aussi difficile d'en 
établir l'exactitude. Lia, originaire du pays d'Aram, pou- 
vait connaître le dieu Gad et même lui rendre un culte, 
comme le dit saint Augustin, Qusest. in Heptat., i, 91, 
t. xxxiv, col. 571, mais cela n'est point démontré. 

III. Culte rendu a Gad-Tyché. — Le culte de Gad fut 
très répandu en Syrie. Pausanias, vi, 2, 4. Il s'y main- 
tint fort longtemps, comme le prouvent* les inscriptions 
recueillies dans le pays. Baethgen, Beitràge, p. 77-78. 
Les Acta martyrum Orient., édit. Assemani, t. n,p.l24; 
cf. P. Smith, Thésaurus syriacus, 1. 1, 1879, col. 650, men- 
tionnent un bêf Gado', ou temple de la Fortune, à Sa- 
mosate (voir aussi Jacques de Sarug, Homélie, trad. P. 
Martin, dans la Zeitschrift der deutschen morgenlândi- 
schen Gesellschaft, t. xxix, 1875, p. 138) ; les monuments 
épigraphiques parlent de ses prêtresses, Le Bas etWad- 
dington, Voyage archéologique, Inscriptions, t. in, 1870, 
2413 g, comme de ses temples, Tûjnrjç îepôv, ibid., 2176 
(Batanée) ; Tuxertov, ibid., 2413 f ; "2512, 2514, et de sa 
statue ou représentation appelée : t) Tvr/éa, ibid., 2413 h. 



La même divinité apparaît sur les monnaies de plu- 
sieurs villes, à Laodicée, à Édraï (fig. 5), etc., F. de 
Saulcy, Numismatique de la Teire Sainte, in-4°, Paris, 
1874, p. 4-5; 373-374; pi. xxm, 1-3; et de plusieurs em- 
pereurs, par exemple d'Élagabale. H. Cohen, Description 
historique des monnaies frappées tous l'empire romain, 
2« édit., 8 in-8», Paris, 1880-1802, t. nr, p. 328, n» 46; 
cf. t. vin, p. 385. Sur une inscription bilingue de Pal- 
myre, Gad est nommé comme le dieu protecteur de la 
tribu des Benê-Theima. De Vogué, Inscriptions sémi- 
tiques, in-4», Paris, 1868-1877, n» 3. Cf. J. H. Mordtmann, 
Gad-Tyche, dans la Zeitschrift der deutsch. morgenl. 
Gesellschaft, t. xxxi, 1877, p. 99-101. Plusieurs noms pro- 
pres palmyréniens , ti, n»ii, rftna, Nriyia, istti, de 
même que phéniciens, nti, m, Dm, Dyrn, nayrn, 
nyu, etc., renferment comme élément essentiel l'appel- 
lation de Gad. G. Kerber, Hebrâische Eigennamen, 
1897, p. 68. 

Son culte se perpétua longtemps en Syrie. Isaac d'An- 
ticche, Opéra, xxxv, édit. Bickell, 2 in-8°, Giessen, 
1873-1877, t. il, p. 210, 211, raconte que, à son époque, 
on dressait encore des tables sur les toits des maisons 
au dieu Gad, et le Talmud mentionne aussi ces offrandes. 
P. Scholz, Gbtzendienst und Zauberwesen bei den 
alten Hebrâern, in-8», Ratisbonne, 1877, p. 410. Du 
temps de saint Porphyre, évêque de Gaza,, qui fut mar- 
tyrisé en 421 de notre ère, il y avait encore dans cette 




5. — Gad-Tyché sur una monnaie d'tdraï. 
Monnaie de LuciUe, frappée à Édraï. AYrOYCTA|AOÏ"- 
KIÀAA. Buste de LuciUe, à droite. — i^.TrXH AAP| 
AHNQNv Buste, à droite, tourelé, de la Ti5;<i) d'Édraï. 

ville un Tychéon ou temple de la Fortune. Acta sanclo- 
runx, februarii t. m, p. 655, n» 64. Voir F. Vigouroux, 
Le dieu Gad et son culte en Orient, dans le Bulletin 
de l'Institut catholique de Paris, juillet 1899, p. 324-334. 
On honorait le dieu Gad en dressant pour lui une 
table et en lui offrant des libations, en faisant pour lui 
ce que les Latins appelèrent lectisternia. Voir S. Jé- 
rôme, Inls., lxv, 11, t. xxiv, col. 639. Aux iv'et V e siècles 
de notre ère, les Juifs avaient encore, dans une partie de 
leur maison, un lit préparé pour Gad. Voir Chwolson, 
Die Ssabier, t. Il, p. 226. Un auteur arabe, En Nedlm, 
dans le Fihrist, 1. IX, c. v, § 8, ouvrage composé en 
l'an 987 de notre ère, nous a laissé une curieuse des- 
cription de la manière dont les Sabéens honoraient 
encore de son temps le dieu de la Fortune. « Au se- 
cond Tischri (novembre), à partir du 21 de ce mois, 
dit-il, ils jeûnent neuf jours. Le dernier jour (de ce 
mois), le 29, est consacré en l'honneur du dieu Rab el- 
Bacht (le dieu de la Fortune ou du Bonheur). Chaque 
nuit (des jours de fête), ils emiettent du pain tendre, 
ils le mélangent avec de l'orge, de la paille, de l'encens 
et du myrte frais ; ils versent de l'huile dessus, remuent 
le tout ensemble et le répandent dans leurs demeures 
en disant : Voyageurs nocturnes de la Fortune ! vous 
avez ici du pain pour vos chiens, de l'orge et de la 
litière pour vos bêtes, de l'huile pour vos lampes et du 
myrte pour vos couronnes. Entrez en paix et sortez en 
paix et laissez pour nous et pour nos enfants une 
bonne récompense. » Voir le texte et la traduction pu- 
bliés par Chwolson, dans Die Ssabier, t. n, p. 32. 

F. Vigouroux. 



27 



GAD (TRIBU) 



28 



4. GAD, une, des douze tribus d'Israël. 

I. Géographie. — La tribu de Gad occupait, au delà, 
c'est-à-dire à l'est du Jourdain, Num., xxxii, 32; 
Jos., XHI, 8, dans le pays de Galaad, Num., xxxii, 29; 
Deut., m, 12, 16, le territoire compris entre Ruben au 
sud, et Manassé au nord. Elle avait partagé avec la pre- 
mière le royaume de Séhon, roi des Amorrhéens, dont 
elle posséda la partie septentrionale. Num., xxxii, 38; 
Jos., xiii, 8-10, 21, 27. Voir la carte. 

I. limites. — Ses limites précises sont ainsi décrites 
par Josué, xm, 24-28 : « Moïse donna aussi à la tribu de 
Gad, aux enfants de Gad selon leurs familles [la terre 
dont voici la division] : Leurs possessions étaient Jazer, 
toutes les villes de Galaad (pu plutôt la moitié de la pro- 
vince, comme on le dit ailleurs, Deut., m, 12; Jos., xm, 
31) et la moitié de la terre des enfants d'Ammon jusqu'à 
Aroër, qui est en face de Rabba ; depuis Hésébon jusqu'à 
Râmat-ham-mispéh (Vulgate : Ramoth, Masphé) et 
fiétonim, et depuis Mahanaïm jusqu'à la frontière de 
Lidbir (Vulgate : Dabir). Dans la vallée [ils possédaient] 
Bétharan, et Bethnemra, et Soçoth, et Saphon, le reste 
du royaume de Séhon, roi d'Hésébon; le Jourdain [for- 
mait] la limite jusqu'à l'extrémité de la mer de Cénéreth, 
au delà du Jourdain vers l'orient. Tel est l'héritage des 
enfants de Gad selon leurs familles, [avec] leurs villes et 
leurs villages; » La frontière est nettement tracée de 
deux côtés. Au sud, elle comprend une iigne droite 
allant du Jourdain vers l'est et passant au-dessus d'Hes- 
bdn. Cette ville représente, en effet, l'ancienne Hésébon, 
qui terminait au nord le territoire de Ruben, Jos., xm, 
17, et marquait au sud, nous venons de le voir, la limite 
de Gad. Il faut dire cependant que cette ligne de démar- 
cation est ici un peu flottante, comme ailleurs du reste, 
par exemple entre Dan et Juda. Ainsi Hésébon, bien 
qu'attribuée à Ruben, Jos., xm, 17, est néanmoins 
comptée parmi les villes lévitiques de Gad. Jos., xxi, 37; 
I Par., vi, 80,81. Peut-être lui fut-elle réellement donnée 
plus tard, ou bien faut-il tenir compte d'une certaine 
indécision entre les villes frontières. Noué savons, d'autre 
part, que la tribu voisine possédait de ce même côté 
Bethjésimotb, aujourd'hui Khirbet Suéiméh, Jos., xm, 
20, Asédoth, Ayun Muça, Jos., xm, 20, et Éléalé, El- 
'Al. Num., xxxii, 37. A l'ouest, le Jourdain constituait 
la limite naturelle. Deut , m, 17; Jos., xm, 27. Gad pos- 
sédait ainsi toute la plaine ou l'Arabah depuis l'extrémité 
méridionale du lac de Génésareth jusque près de la mer 
Morte. Deut., m, 17; Jos., xm, 27. Cependant la partie 
montagneuse qui lui appartenait n'allait pas si haut vers 
le nord. Le texte sacré, en effet, lui assigne, dans un 
passage, Deut., m, 16, comme frontière septentrionale, 
le torrent de Jaboc, c'est-à-dire le Nahr ez-Zerqa, qui 
séparait autrefois les deux royaumes amorrhéens et de- 
vait séparer de même Gad de Manassé oriental. Mais 
ailleurs, Jos., xm, 26, 30, la limite entre les deux tribus 
est fixée par Mahanaïm (Vulgate : Manalm). Cette localité 
se trouvait au nord du Jaboc. Cf. Gen., xxxii, 2, 22. Mal- 
heureusement son emplacement exact n'est pas connu. 
Plusieurs auteurs ont cru la retrouver sous un nom qui 
la rappelle assez bien, Mahnéh, à une certaine distance 
au nord du Nahr ez-Zerqa. Voir Mahanaïm. Si l'on adopte 
cette opinion, il faut donc reculer jusque-là la frontière 
de Gad. L'expression de Josué, xm, 26 : « Depuis Maha- 
naim jusqu'à la frontière de Lidbir, » ne nous apporte 
aucune lumière. Voir Dabir 3, t. il, col. 1200; Lodabar. 
De même en est-il pour celle qui indique la ligné de dé- 
marcation du côté de l'est : « Jusqu'à Aroër, qui est en 
face de Rabba. » Jos., xm, 25. Rabba est bien l'ancienne 
Rabbath-Ammon, aujourd'hui Amman; mais l'Aroër 
mentionnée ici est inconnue. Voir Aroer 2, 1. 1, col. 1021. 
Nous devons croire cependant que le territoire de Gad 
ne dépassait pas la capitale des Ammonites, puisque cette 
tribu n'avait reçu que « la moitié de la terre des fils 
d'Ammon ». Jos., xm^2S. Nous marquons en pointillé 



sur la carte une limite fictive, mais assez probable. Voir 
Ammon 4, t. i, col. 489, et fig. 119. 11 faut remarquer 
néanmoins que plus tard elle s'agrandit assez considéra- 
blement et s'étendit « dans la terre de Basan jusqu'à 
Selcha », aujourd'hui Salkhad, au sud du Djebel Hauran, 
à l'extrême limite des possessions israélites. Cf. I Par., 
v, 11, 16. 

IL. villes principales- — Les villes attribuées à Gad 
par Josué, xm, 25, sont les suivantes : 

1. Jaser (hébreu : Ya'zêr; Septante : 'IaÇirjp) ou Jazer, 
Num., xxxii, 1, 3. Eusèbe et saint Jérôme, Onoriiastica 
sacra, Gœttingue, 1870, p. 131, 264, la placent à dix milles 
(près de quinze kilomètres) à l'ouest de Philadelphie, 
c'est-à-dire Rabbath Ammon ou Ammdn, et à quinze 
milles (vingt-deux kilomètres) d'Hésébon ou Hesbân. On 
a proposé de la reconnaître dans Beit Zér'ah, à cinq 
kilomètres environ au nord-est d'Hesbân, à seize kilo- 
mètres au sud-ouest d'Amman. Cf. G. Armstrong, 
W. Wilson et Conder, Names and places in the Old and 
New Testament, Londres, 1889, p. 97. Khirbet Sâr ou 
Sir, à l'ouest d'Amman, répondent bien mieux aux indi- 
cations de VOnomasticon. 

2. Ramoth-Masphé (hébreu : Râmaf ham-tniçpéh; 
Septante : 'Apotêwè xotrà ri)V Mauoviqîi). Plusieurs identi- 
fications sont proposées ici, suivant qu'on sépare ou 
qu'on unit les deux mots. Une opinion assez commune 
est en faveur d' Es-Salt; mais elle n'a rien de certain. On 
trouve ailleurs Ramoth en Galaad (hébreu : Ra'môt bag- 
Gil'dd; Septante : 'Apï)u.<i>8 £v T>j Ta^aâB; 'Pau.o>9 iv t»j 
TaXaâB) comme cité lévitique et' ville de refuge. Jos., xx, 
8; xxi, 38; I Par., vi, 80. 

3. Bétonim (hébreu : Betônîm; Septante : Botocve!; 
Codex Alexandrinus, Botocviv), généralement reconnue 
aujourd'hui dans Batânah ou Batnéh, à quelque dis- 
tance au sud-ouest d'Es-Salt. Cf. Van de Velde, Meraoir 
to accompany the Map of the Holy Land, Gotha, 1858, 
p. 298. Voir t. i, col. 1764. 

4. Manaïm (hébreu : Mahanaim; Septante : Maiv), 
citée ailleurs comme ville de refuge et donnée aux en- 
fants de Lévi. Jos., xxi, 38; I Par., vi, 80. C'est peut-être 
Mahnéh ou Mihnéh. Cf. G. Armstrong, W. Wilson et 
Conder, Names and places, p. 120; F. Buhl, Géographie 
des Allen Palàstina, 1896, p. 257. 

5. Bétharan (hébreu : Bêp hârâm; Septante : Cofiex 
Alexandrinus, Bnjôapàn), aujourd'hui Tell er-Ramêh, 
au nord-est de l'embouchure du Jourdain dans la mer 
Morte. Voir t. i, col. 1664. 

6. Bethnemra (hébreu : BêfNimràh; Septante : Boeifla- 
va6pi), voisine de Bétharan, avec laquelle elle est tou- 
jours citée (cf. Num.,xxxn, 36), se retrouve actuellement 
sous le nom à peine changé de Tell Nimrin, au nord de 
Tell ei'-Raméh. Voir t. i, col. 1697. 

7. Socoth (hébreu : Sukkôf, Septante : Eûx^mûs). On 
propose de l'identifier avec Tell Dar'ala, au-dessus du 
Nahr ez-Zerqa. Cf. G. Armstrong, Names and places, 
p. 170. C'est problématique. 

8. Saphon (hébreu : Sâfôn; Septante : Eeeçâv). C'est 
V'Amatfio du Talmud (cf. A. Neubauer, La géographie 
du Talmud, Paris, 1868, p. 249), l"Au.a8oG« de Josèphe, 
Ant. jud., XIILxiii, 5, etc. Les uns la placent à El- 
Hamméh, sur lés bords du Schériat el-Menddiréh ou 
Yarmouk, au sud-est du lac de Tibériade. Cf. Names 
and places, p. 180. D'autres la cherchent à Tell Amatéh, 
près de l'embouchure de Youadi Radjib dans le Jour- 
dain. Cf. F. Buhl, Géographie, p. 259. 

A cette liste il faut ajouter, d'après celle des Nombres, 
xxxii, 34-36: 

9. Jegbaa (hébreu : Yogbehâh; Septante : {tybxrav 
avede) parait bien identifiée avec El-Djubéihdt, au 
nord-ouest d'Amman. 

Faut-il ajouter également Étroth et Sophan, qui pré- 
cèdent Jazer et Jegbaa, Num., xxxii, 35? L'hébreu 
porte : 'Atrof Sôfdn, Il y a là une obscurité dont on te 



Dictionnaire de la Bible 



Lefcouzey et Ané.- Paris 



O ** / ï HVPPOSo. ,. CjniwWwt' 



1 x Zcfitbiye/L. ■ \ Jth ïasT x ffaninin/iï 

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TRIBU 
DE GAD 



/«r noms d-aprèr 2a- Vu l&ate jwi£ écrits en, 
carortfires droits rvtujres .- Les noms bibliques qui: se 
trouvent sur les monuments égyptiens et assyriens 
sent en awculei-es penches iléus; ceux qui. ne sont 
pas bihUques en caraetères droits bleus. 



Eckelle 



32 e 



33"30 E.do Paris 



L.Thuillier del. 



Imp.Thifren ay 



29 



GAD (TRIBU) 



30 



peut guère sortir. Voir Étroth, col. 2011. Ce qui nous 
parait certain, c'est que les autres villes « rebâties par 
les fils de Gad », comme Dibon (aujourd'hui Dhibân), 
Ataroth (Atlàrus), et Aroër (Ard ici, N'uni., xxxu, 34, 
n'appartinrent pas à la tribu, niais firent partie du ter- 
ritoire de Ruben. Les enfants de Gad et de Hubcn, après 
avoir réclamé et obtenu la part de leur héritage à l'est 
du Jourdain, réparèrent et fortilièrent indistinctement 
les antiques cités. Le pays, resté un certain temps 
indivis, fut plus tard partagé, avec les limites que nous 
avons indiquées. 

111. hèCSt Hll'TluX. — La tribu de Cad occupait ainsi, <1» 
dflù du Jourdain, un territoire composé de deux parties 
distinctes, la [daine et la montagne. I.a première com- 
prenait l'étroite vallée qui suit le Meuve presque dans 
toute sa longueur depuis le lac de Tibériade jusqu'à la 
la mer .Morte. C'est une bande de terre profondément 
encaissée entre les fourrés qui bordent la rive gauche 
et la ligne parallèle des montagnes de l'est. Coupée 
dans le sens transversal par les nombreux ouadis qui 
descendent de ces hauteurs, elle s'enfonce de plus en 
plus au-dessous du niveau de la Méditerranée à mesure 
qu'elle avance vers le sud. Bien abritée, chauffée par un 
s, il' il ardent, et d'un autre cé>té rafraîchie par de nom- 
breux cours d'eau, elle était d'une grande fertilité. Voir 
lliiôu, Jnt luiAtN. Ile cette vallée, on monte à la zone 
montagneuse par des étages successifs. Dans son 
ensemble, celle seconde partie forme un massif qui do- 
mine le Chnr de plus de douze cents mètres, tandis que, 
ver* l'est, il constitue un rebord de collines à peine éle- 
vé de deux cents mètres. C'est à peu près la moitié des 
anciens monts de Ualaad, le nord de ce que l'on appelle 
aujourd'hui le Beli/ti, le sud de VAiljlïm. De nom- 
breux ravins et torrents coupent cette chaîne. De l'oiuirfi 
lleabàn ou Kahr ei-'£f>ifa , on peut distinguer aux envi- 
rons d .-Immuu et de Djubéilmt comme un centre d'où 
ils partent en sens inverse, les uns vers l'ouest ou le sud- 
ouest, les autres vers le sud. d'autres vers l'est, d'autres 
enfin vers le nord. Ceux de la direction orientale et 
septentrionale sont les affluents du Jaboc, dont le cours 
très long et très singulier contourne le plateau mon- 
tueux en le coupant profondément. Ce torrent reçoit 
aussi une partie des eaux qui descendent du Djebel 
Adjlùn, et tombe dans le Jourdain près de l'ancien 
pont de Ddmiyéh, en face de (Jnrn Sartabéli. Il est 
bordé sur presque tout son parcours de massifs de ro- 
seaux et de lauriers roses, dont les Heurs lui donnent 
au printemps un riant aspect. Cependant la gorge sau- 
vage au milieu de laquelle il roule contraste avec la 
beauté du plateau. Tout ce pays, en efTet, oITre l'aspect 
d'un vrai bocage, dont les bosquets gracieusement grou- 
pés sont séparés par des champs cultivés. C'est une 
heureuse variété de terre arable, de pâturages et de 
belles forêts. Cf. L. Oliphant, The Land of Gilead, in-8», 
tdimbourg et Londres, 1880, p. 197-223. A l'exception 
du Thabor. dont les bois sont bien diminués, des taillis 
du Carmel, et des fourrés de Banias, la Palestine occi- 
dentale ne présente rien qui puisse lui être comparé. Au 
lieu des contrées dénudées et brûlées que le voyageur 
traverse de l'autre coté du Jourdain, il trouve là, avec 
les clairs ruisseaux qui descendent des montagnes, des 
forêts de chênes et de térébinthes, auxquels se mêlent 
le sycomore, le hêtre et le figuier sauvage, des pentes 
escarpées couvertes de feuillage, des vallées verdoyantes. 
Au printemps, c'est presque partout un tapis de fleurs, 
anémones, cyclamens, asphodèles, etc. Cf. C. R. Conder, 
tlelh and }foab, in-8", Londres, 1880. p. 102. L'ensemble 
du plateau est dominé par des sommets qui dépassent 
mille mètres. Citons seulement, au nord, le Djebel 
lin kart (1085 mètres), et, au centre, le Djebel Osarh 
(1096 mètres). Du haut de ce dernier, qui est le pic le 
plus élevé de la chaîne de Galaad, une vue magnifique 
s'étend sur le massif palestinien, la vallée du Jourdain, 



le Djebel Adjlùn, jusqu'au cône de l'Uerinon. Au pied 
de cette montagne, vers le sud, se trouve la ville la plus 
importante, chef-lieu du district, Es-Hall. On rencont e 
en plusieurs endroits des vestiges de l'antiquité préhis- 
torique, dolmens et autres, et des ruines très intéres- 
santes, comme à Araq el-Émir, l'ancienne Tyrtu,k Djé- 
rasch ou Gcrasa, Kliirbet Fahil ou l'ella. Voir Ualaad. 
On comprend, d'après ce simple aspect que nous don- 
nons de la contrée, qu'elle ait excité l'envie des fds de 
Cad, riches en troupeaux. Num., xxxn,1,4. Aujourd'hui 
encore, c'est la ressource des bédouins, alors qu'il n'y a 
plus un brin d'herbe ailleurs. 

II. Histoire. — Au moment où Jacob descendait en 
Egypte, les sept fils de Cad formaient le noyau de la 
tribu. Gen., xlvi, 16. Lors du premier recensement fait 
au Sinaï, elle avait pour chef Éliasaph, fils de Duel, 
N'um., i,4; h, 14; x, 20, et elle comptait 45 650 hommes 
en état de porter les armes. N'urn., i, 24. Elle avait sa 
place au sud du tabernacle avec Ruben et Siméon. 
N'um., it, 14. D'après l'ordre prescrit pour les marches 
et les campements, elle ofTrit à l'autel, par les mains de 
son prince, les mêmes dons que les autres tribus. 
Num., vu, 42. Parmi les explorateurs du pays de Cha- 
naan, celui qui la représentait était Guël, fils de Machir. 
Num., xili, 16. Au second dénombrement, dans les 
plaines de Moab, elle ne comptait plus que 40500 hommes ; 
c'était donc une perte de 5150. N'um., xxvi, 15-18. Après 
la conquête du territoire situé à l'est du Jourdain, Gad 
et Ruben, qui avaient pendant de longues années 
campé l'un près de l'autre et désiraient ne pas se sépa- 
rer, demandèrent, comme part d'héritage, les terres de 
Jaier et de Galaad, propres à nourrir leurs nombreux 
troupeaux. A prendre leur requête à la lettre, on peut 
croire qu'ils désiraient s'installer immédiatement dans 
le district convoité, dont ils énuméraient complaisam- 
ment les villes, et qu'ils n'avaient nul souci de partici- 
per à la conquête de la Palestine. Num., xxxu, 1-5. Cet 
égoïsme et ce manque de patriotisme blessèrent vive- 
ment Moïse, qui leur fit de graves représentations. 
Alors les suppliants, rachetant leur faiblesse par une 
décision courageuse, promirent de marcher les pre- 
miers au combat, après avoir mis leurs troupeaux dans 
des parcs bien clos et leurs familles dans des villes 
fortes, sans doute celles qui avaient été conquises sur les 
Amorrhéens. N'um., xxxu, 6-27. Moïse prit acte de cette 
promesse, annulant la donation au cas où elle ne serait 
pas tenue. Après un engagement renouvelé pour la troi- 
sième fois, les deux tribus furent installées dans le pays 
qu'elles avaient demandé, et commencèrent par rebâtir 
certaines villes des plus importantes. N'um., xxxu, 28- 
36; xxxiv, 14. Lorsque les Hébreux, entrés dans la Terre 
Promise, prononcèrent dans la vallée de Sichem les bé- 
nédictions et les malédictions, elles se trouvèrent côte à 
cote sur le mont Hébal pour les malédictions. Deut., 
xxvii, 13. Accomplissant, en efTet, fidèlement leur pro- 
messe, elles avaient marché en tête des enfants d'Israël, 
Jos., iv, 12, et leurs possessions au delà du Jourdain 
furent confirmées. Jos., xm, 24-28; xvm, 7. Gad fournit 
comme villes lévitiques : Ramoth-Galaad, Manafm, 
Hésébon et Jaser. Jos., xxi, 37; I Par., vi, 80, 81. Les 
guerriers transjordaniens furent licenciés avec hon- 
neur par Josué, qui leur rappela en même temps leurs 
principaux devoirs, recommandation utile, parce qu'i.'s 
s'en allaient asseï loin du centre religieux. Jos., xxif, 
1-6. — Arrivés sur la rive droite du Jourdain, ils y éri- 
gèrent un autel d'une grandeur considérable. Ce fait 
causa dans les autres tribus cisjordaniennes une vive su- 
rexcitation : elles l'interprétèrent comme un acte de ré- 
bellion contre la loi divine, comme une véritable apos- 
tasie. Assemblées à Silo, elles envoyèrent une ambassade 
en Galaad. Les délégués protestèrent contre ce qu'ils 
regardaient comme un grave attentat aux droits de 
Dieu, attentat qui risquait d'amener sur le reste du 



31 



GAD — GADÉROTH 



3fc 



peuple de cruelles représailles. Les accusés protestèrent 
énergiquement de la pureté de leurs intentions, et expli- 
quèrent leur conduite en disant que, loin de vouloir se 
séparer de Jéhovah et de leurs frères, ils n'avaient son- 
gé au contraire qu'à revendiquer et assurer pour 
l'avenir leur union étroite avec Dieu et le reste d'Israël. 
L'incident fut doifc conclu pacifiquement, et « les enfants 
de Ruben et les enfants de Gad appelèrent l'autel qu'ils 
avaient bâti : Témoin entre nous que Jéhovah est Dieu ». 
Jos., xxn, 7-34. — Lorsque David était caché dans le dé- 
sert, à Odollam ou à Engaddi (cf. I Reg., xïii, 1, 4; 
xxiv, 1-2), des hommes de Gad, très forts et excellents 
guerriers, vinrent lui offrir leur concours. I Par., xii, 
8-15. — La tribu fournitaussi son contingent pour l'élec- 
tion royale de David à Hébron. I Par., xii, 37. — Vers la 
fin du règne de Jéhu, elle succomba, comme les autres 
tribus transjordaniennes, sous une invasion victorieuse 
d'Hazaël, roi de Syrie. IV Reg., x,32, 33. — Elle prit part 
avec elles à une expédition contre les Agaréniens, 
I Par., v, 18, 19, et avec elles fut emmenée en captivité 
par les Assyriens. I Par., v, 26. — Lorsqu'elle fut ainsi 
déportée, les Ammonites, ses voisins, s'emparèrent de 
son territoire et de ses villes, crime que Dieu leur repro- 
cha vivement et ne laissa pas impuni. Jer., xlix, 1. — 
Dans le nouveau partage de la Terre Sainte, d'après 
Ezéchiel, Gad occupe la dernière place au. sud. Ezech., 
xlviii, 27, 28. Dans sa reconstitution idéale de la cité 
sainte, le même prophète, xlviii, 3i, met à l'ouest « la 
porte de Gad », avec celles d'Aser et de Nephthali. — 
Enfin saint Jean, Apoc, vu, 5, cite Gad entre Ruben et 
Aser. 

III. Caractère. — L'esprit guerrier de Gad, son rôle 
dans la conquête de la Terre Promise, sa vaillante acti- 
vité contre des voisins envahissants, une bravoure mêlée 
de fierté, tous ces caractères sont marqués, bien que 
d'une manière générale et parfois obscure, dans la pro- 
phétie de Jacob et la bénédiction de Moïse. La première, 
Gen., xlix, 19, renferme une suite très remarquable de 
jeux tle mots sur Gad : 

Gâd gedûd yegûdénnù 

Vehû' yagùd 'âqèb. 

Gad, la foule [des ennemis, sous ses pieds] le foule, 

Mais lui, [a son tour,] sous son talon les foulera. 

On sait que "l'est du Jourdain fut longtemps opprimé 
par les Ammonites, mais que Jephté fut un puissant li- 
bérateur. Jud., x, 8, 17; xi, 4-33. La bénédiction de 
Moïse n'est pas moins expressive. Deut., xxxm, 20, 21. 

Béni soit Celui [Jéhovah] qui met Gad au large ! 

Gomme le lion il est couché, 

Il déchire l'épaule et la tête [de sa proie]. 

Il a vu [choisi] pour lui les premiers [du pays], 

Car là était réservée la part du chef. 

Il marche à la tête du peuple, 

Exécute les justices de Jéhovah. 

Et ses arrêts à l'égard d'Israël. 

Gad est donc le lion oriental, comme Juda est le lion 
occidental. Gen., xlix, 9. Il a su se tailler une belle 
part dans « les prémices » du pays conquis, c'est-à-dire 
l'est du Jourdain, faisant bonne garde contre les tribus 
arabes, qui voulaient envahir le territoire d'Israël. Il a 
vaillamment marché à la tête du peuple pour la con- 
quête de Chanaan. Ses qualités guerrières sont parfaite- 
ment exprimées dans ces paroles :« De Gad accoururent 
auprès de David, lorsqu'il était caché dans le désert, des 
hommes forts et d'excellents guerriers, maniant le bou- 
clier et la lance, ayant un visage de lion, agiles comme 
les chèvres des montagnes... Le moindre pouvait résister 
à cent, le plus vaillant à mille. » I Par., xn, 8, 14. Les 
exploits de ces héros gadites sont rappelés, I.Par., xii, 
15, par une simple et rapide allusion à un fait qui était 
resté dans toutes les mémoires : « Ce sont eux qui tra- 
versèrent le Jourdain au premier mois (abib ou nisan, 



mars ou avril), lorsqu'il a coutume de déborder sur ses 
rives (à la suite des pluies printanières et à la fonte 
des neiges de l'Hermon); ils mirent en fuite tous ceux 
qui demeuraient dans les vallées tant à l'orient qu'à 
l'occident. » Les tribus transjordaniennes étaient d'ail- 
leurs renommées pour leur valeur guerrière, cf. I Par., 
v, 18, que dut exciter et développer le voisinage des 
Arabes pillards. Voir Jephté. A. Legendre. 

5. GAD (VALLÉE DE) (hébreu : ffcm^nahal hag*Gâd; 
Septante : ^ çapâfï TâS), vallée mentionnée à propos 
d'Aroër, ville située au delà du Jourdain. II Reg., xxiv, 
5. Le texte présente ici certaines difficultés qu'on trou- 
vera expliquées à l'article Aroer 2, t. i, col. 1025. 

GADARÉNIENS (grec rata^vot'), Marc, v, 1; 
Luc, vin, 26, 37 (texte grec). Voir Géraseniens. 

GADDEL (hébreu : Giddel; Septante :KeSéS; Codex 
Alexandrinu8 :ri55r{k), chef d'une famille de Nathinéens 
dont les membres revinrent de la captivité avec Zoroba- 
bel, I Esdr. , n, 47. Dans la liste parallèle de II Esdr., 
vu, 49, il estappelé Geddel par la Vulgate. Voir Geddel 2. 

1. GADDI (hébreu : Gaddi; Septante : TaSSi), fils de 
Susi, de la tribu de Manassé, fut un des douze espions 
envoyés par Moïse pour explorer Chanaan. Num., 
xiii, 12 (hébr., 11). 

2. GADDI (hébreu : hag-Gâdî; Septante : 6 TeSSî), 
nom dont la Vulgate, I Par., xii, 8, semble faire un nom 
de lieu, alors que c'est un mot ethnique désignant les 
hommes de la tribu de Gad. Il s'agit des guerriers qui 
vinrent offrir leur concours à David, réfugié dans le 
désert. Voir Gad 4 et Gadi 1. A. Legendre. 

GADDIS (Septante : VaSSk), surnom de Jean, un des 
frères de Judas Machabée. I Mach., n, 2. TaSSiç parait 
être avec une terminaison grecque (cf. accusatif TaSSiv 
dans Josèphe, Ant. jud., XIII, i, 2) le nom hébreu Gad- 
di, >u, « fortuné. » 

GADER (hébreu : Gédér, « mur; «Septante : TaSÉp), 
ville de Palestine, dont le roi fut vaincu par Josué au 
moment de la conqdête. Jos., xii, 13. Elle se trouvait dans 
la partie méridionale, comme le prouvent évidemment 
les aatres cités au milieu desquelles elle est mentionnée, 
Gazer, Dabir, Herma, Héred. Elle paraît identique à une 
localité de la tribu de Juda appelée, I Par., n, 51, Beth- 
gader (hébreu : Bêf-Gâdêr, « maison de la muraille »). 
Voir t. I, col. 1685. On l'identifie tantôt avec Gédor (hé- 
breu ? Gedôr), de la même tribu, Jos., xv, 58, aujour- 
d'hui Djédur, à l'ouest de la route qui conduit de Beth- 
léhem à Hébron, à peu près à égale distance des deux; 
tantôt avec Gédéra (hébreu : hag-Gedèrâh), située dans 
la Séphélah, Jos., xv, 36 (voir Gédéra) ; parfois même 
avec Gidéroth (hébreu : Gedêrôt), dans la même plaine, 
et appartenant également à Juda. Jos., xv, 41. Faute de 
renseignements, le choix est difficile à faire. 

A. Legendre. 

GADÉROTH (hébreu : hag-Gedêrôf, au pluriel et 
avec l'article, « les parcs à brebis; » Septante : Codex 
Vatieanus, Takrifm; Codex Alexandrinus, rorôï]p<à(l), 
ville de Palestine, située dans la Séphélah et prise par 
les Philistins sous le règne d'Achaz. II Par., xxviii, 18. 
Elle est appelée Gidéroth, dans la Vulgate, Jos., xv, 41; 
mais le nom hébreu est le même, Gedêrôt, sans l'article ; 
Septante : TeSoiûp. Dans ce dernier passage, elle est men- 
tionnée parmi les villes du second groupe de « la plaine », 
après Églon (Khirbet 'Adjldn), Chebbon (ElrQubéibéh), 
Léhéman (Khirbet el-Lam) et Cethlis (inconnue). Voir la 
carte de la tribu de Juda. Elle est distincte de Gédéra 
(hébreu : hag-Gedêrâh) et de Gédérothaïm (hébreu i 



33 GADÊROTH — GAÉLIQUES (VERSIONS) DES SAINTES ÉCRITURES 34 



Gedêrô(dîm), qui disaient partie du premier groupe. 
Jos., xv, 36. On a voulu l'identifier avec Qatrah, village 
situé au sùd-est de Yebna. Cf. Survey of Western Pa- 
lestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. il, p. 410; R. 
von Riess, BibeUAtlas, 2« édit., 1887, p. 12. Mais c'est 
plus bas, croyons-nous, qu'il faut chercher l'emplace- 
ment de Gadêroth. A. Legendre. 

GADÉROTHITE (hébreu : hag-gedêrâfi; Septante : 
i raBapoe8eie(|i ; Vulgate : Gaderothites), natif de Gader, 
de Gador ou de Gédéra. Parmi les Benjamites qui aban- 
donnèrent le parti de Saûl et se joignirent à David, le 
texte sacré nomme « Jézabad le Gadérothite ». I Par., xu, 
, 4. Il est difficile de déterminer où était située la ville 
dont Jézabad était originaire. Elle devait être dans la 
tribu de Benjamin. Cf. I Par., xu, 2. Or les villes nom- 
mées dans l'Écriture Gader, Gédéra, Gadêroth, Gédor 
(excepté probablement Gédor de I Par., xu, 7, qui devait 
être en Benjamin) étaient de la tribu de Juda. Gedêrdh, 
signifiant en hébreu « parc de troupeaux », était d'ailleurs 
un nom de lieu assez commun en Palestine. Quelques- 
uns pensent que Jézabad était originaire du village 
actuel de Djédiréh près A'EUDjïb (Gabaon). Palestine 
Exploration Fund, Memoirs, t. m, p. 9-10. 

GADGAD (hébreu : Hôr hag-Gidgâd, « la caverne 
de Gidgad, » Num., xxxm, 32 ; hag-Gudgôdâh, avec hé 
local, Deut., x, 7; Septante : tô opo; TaSyâS, « la mon- 
tagne de Gadgad, » Num., xxxm, 32, 33; taSyàà, Deut., 
x, 7 ; Vulgate : mons Gadgad, Num., xxxm, 32 ; Gadgad, 
Deut., x, 7), une des stations des Israélites dans leur 
marche vers le pays de Chanaan. Num., xxxm, 32; 
Deut., x, 7. Elle est placée après Benéjaacan, Num., 
xxxm, 32; après Moséra, Deut., x, 6, 7. Voir Moséroth, 
Moséra. Les Septante et la Vulgate en ont fait une 
« montagne », en lisant in, har, au lieu de in, Jfôr. 

Il règne une très grande obscurité dans toutes les 
stations mentionnées à partir du Sinaï. Tout ce que 
nous savons, c'est que Gadgad n'est séparée que par 
deux campements, Jétébatha et Hébrona, d'Asiongaber, 
-ville située à la pointe septentrionale du golfe Èlani- 
tique. Num., xxxm, 32-35. Il est probable qu'elle se 
trouvait au-dessus, non loin de l'ouadi Arabah. Les 
voyageurs signalent dans ces parages, à l'ouest, une 
-vallée appelée ouadi el-Ghudhâghidh, qui rejoint, dans 
la direction du sud-ouest au nord-est, l'ouadi el-Dje- 
râfêh. Cf. Robinson, Biblical Researches in Palestine, 
Londres, 1856, t. I, p. 181, et la carte. On pourrait voir 
nn certain rapprochement entre l'hébreu Tins, Gid- 
gad, niVii, Gudgôdâh, et l'arabe ,_J»iL«»àJ\, EUGhud- 

hdghid; mais il n'est pas sans difficultés, et il est bon 
de n'y pas trop insister, bien que les données scriptu- 
raires puissent plus ou moins appuyer la convenance 
topographique. A. Legendre. 

GADI, nom ethnique et nom d'un Israélite. 

1. GADI (hébreu : hag-Gâdi; Septante : Codex Vatv- 
■canus, ulô; raXaaêBe! ; Codex Alexandrinus, v\bt Ta&Sl), 
donné dans la Vulgate, de Gadi, comme la patrie de 
Bonni, un des vaillants guerriers de David, signifie en 
réalité Gadite, c'est-à-dire descendant de Gad. II Reg., 
rail, 36. A. Legendre. 

8. GADI (hébreu : Gâdî; Septante : Taôôii; Codex 
Alexandrinus, reSSeî), père de Manahem, roi d'Israël. 
IV Reg., xv, 14, 17. 

GADITE (hébreu : hag-gâdi, Deut., m, 12, 16; iv, 
43; Jos., xxir, 1, 9, etc. ; Septante : i VàS, <5 TaSSi, oî 
viol Tiê; Vulgate : Gaditse, Jos., i, 12; xii, 6; xxn, 1; 
I Par., xu, 8 (voir Gaddi 2), xxvi, 32), descendant de Gad. 
Voir Gad 1, col. 23. — Un Gadite, nommé Bonni, estmen- 
tionné II Reg., xxm, 36. Voir Gadi 1 et Bonni 1, t. i, 

DICT. DE LA BIBLE. 



col. 1846. — Nous apprenons, I Par., xi, 8, 14, que des 
Gadites, guerriers vaillants, allèrent se joindre à David 
dans le désert, quand il fuyait Saûl. La Vulgate a tra- 
duit inexactement, I Par., xii, 8, de Gaddi, comme si 
c'était un nom de lieu, au lieu de traduire Gaditee. Voir 
Gaddi 2, col. 32. 

GADOR (hébreu : Gedôr; Septante : répapa), ville 
mentionnée une seule fois dans l'Écriture à propos des 
migrations de la tribu de Siméon. I Par., îv, 39. Les 
Siméonites, resserrés entre les Philistins et Juda, cher- 
chèrent, comme les Danites, à étendre leurs possessions. 
« Ils partirent donc, dit le texte sacré, pour entrer dans 
Gador jusqu'à l'orient de la vallée, et chercher des 
pâturages pour leurs troupeaux. Ils en trouvèrent de 
fertiles et d'excellents, et une terre très spacieuse, pai- 
sible et fertile, où s'étaient établis des gens de la posté- 
rité de Cham. Ces hommes... vinrent donc sous le règne 
d'Ézéchias, roi de Juda ; ils renversèrent leurs tentes, et 
tuèrent ceux qui y habitaient (d'après l'hébreu, les 
Me'ûnîm), et ils en sont demeurés jusqu'à présent les 
maîtres, s'y étant établis à leur place, à cause des pâtu- 
rages très gras qu'ils y trouvèrent. » I Par., iv, 39-41. Rien 
dans ce récit ne nous permet de déterminer la position 
de Gador. Il n'est pas probable cependant qu'elle soit iden- 
tique à Gédor de Juda, Jos., xv, 58, aujourd'hui Khirbet 
Djédur, à l'ouest de la route qui va de Béthléhem à Hé- 
bron. Outre que le site ne parait guère convenir, il est 
peu croyable que les enfants de Siméon aient fait des con- 
quêtes de ce côté. La mention des Méonnites (Me'ûnîm) 
ou habitants de Maon, ville située aux environs de Pétra, 
ferait supposer que l'expédition eut lieu dans la direction 
du sud-est, conjecture que pourrait appuyer le récit de 
la seconde expédition, I Par., iv, 42, si elle se rattachait 
à la première. Quelques historiens et critiques contem- 
porains, entre autres H. Ewald, Geèchichte des Volkes 
Israël, Gœttingue, 1864, t. i, p. 344, préfèrent la leçon 
des Septante, qui ont lu m», Gerâr, au lieu de mi 

Gedôr, La confusion se comprend à cause de la ressem- 
blance des lettres, et Gérare, au sud de Gaza, est bien 
connue dans la Bible pour ses pâturages. D'autres re- 
gardent ce changement comme peu vraisemblable et ce 
territoire comme peu conforme aux limites des pos- 
sessions de la tribu de Siméon. Cf. C. F. Keil, Chronik, 
Leipzig, 1870, p. 72. A. Legendre. 

GAÉLIQUES (VERSIONS) DES SAINTES ÉCRI- 
TURES. — Le gaélique est une des deux branches du 
celtique. De même que l'autre branche, le britannique, 
comprend trois grands rameaux distincts (breton armo- 
ricain, breton gallois et breton comique), de même le 
gaélique se divise actuellement en deux grands rameaux, 
le gaélique d'Ecosse et le gaélique d'Irlande, auxquels 
il faut ajouter le dialecte moins important de l'île 
du Man. L'histoire des versions gaéliques de la Bible 
peut se diviser en trois périodes, correspondant aux 
trois grandes phases de la langue et de la littéra- 
ture des Gaëls : une période de formation, qui va du 
vni« siècle environ après Jésus-Christ jusqu'au xi e ; une 
période de transition, qui s'étend du xi' au xvi" siècle 
environ; et la période moderne, qui va du xvi° siècle 
jusqu'à nos jours. 

I. La période de formation, ou du gaélique ancien, ne 
contient pas de versions suivies proprement dites, mais 
un certain nombre de fragments épars, qui sont con- 
servés, ordinairement sous forme de gloses plus ou 
moins étendues, dans divers manuscrits, principalement 
liturgiques ou bibliques. Voici les plus importants. — 
1. Le plus ancien fragment connu de la littérature gaé- 
lique consiste dans les nombreuses gloses d'un com- 
mentaire latin sur les Psaumes qui se trouve à la biblio- 
thèque Ambrosienne de Milan. Ce manuscrit est coté 
C. 301, et remonte au vm« siècle. Un certain nombre de 

III. - 2 



35 



GAELIQUES (VERSIONS) DES SAINTES ÉCRITURES 



36 



ces gloses ont été publiées par Zeuss et Ebel, Gramma- 
tica celtica, Berlin, 1853, p: 1063-1071 ; par Nigra, dans 
la Revue celtique, t. i, p. 60-84; et par M. Whitley 
Stokes, Goidelica, old and early-niiddle-irish gloses, 
prose and versé, Londres, 1872, 2 e édit., p. 20-51. De- 
puis, une édition complète du manuscrit a été publiée 
par M. Ascoli, dans VArchivio glottologico italiano, t. v, 
Tome et Turin, 1878-1889. — 2. La bibliothèque de 
l'Universiti de Turin contient un manuscrit du com- 
mencement du ix e siècle, écrit par un scribe irlandais, 
et qui renferme le texte latin d'un commentaire sur 
saint Marc, avec des gloses, les unes latines, les autres 
gaéliques. Ce document a été publié par Nigra, Glossse 
hibernicse veteres codicis taurinensis, Paris, 1869; par 
W. Stokes, Goidelica, ' Londres, 1872, p. 3-13; et par 
Zimmer, dans ses Glosste hibernicse, Berlin, 1881, p. 199- 
208. — 3. Les gloses gaéliques du manuscrit connu sous 
le nom de Psautier de saint Caimin, qui appartient aux 
franciscains de Dublin, ne remontent pas, comme le 
croient plusieurs savants irlandais, au MF ni même au 
vin» siècle, mais sont d'une époque plus tardive, le 
si» siècle probablement. Voir la^ Revue celtique, jan- 
vier 1886, p. 96. — 4. The old-irish glosses at Wûrs- 
burg, edited with a translation and glossarial index, by 
Whitley Stokes, Part h, The glosses and translation, 
Londres, 1887. Cette publication contient les gloses 
gaéliques, importantes et nombreuses, qui se trouvent 
dans un manuscrit de saint Paul, conservé à Wurzbourg, 
et qui parait être du xi» ou x e siècle ; mais les gloses 
sont antérieures comme rédaction à cette date paléogra- 
phique, et remontent au ix e ou même au vm e siècle. 
Elles ont été écrites, sous forme de commentaire des 
Épitres, par un moine Irlandais, qui semble avoir tiré 
son travail, du moins en grande partie, d'un ou de plu- 
sieurs commentaires latins plus anciens. Il avait certai- 
nement sous les yeux les œuvres de son compatriote 
Pelage, car il en cite quelques extraits latins. Tout porte 
à croire que le texte gaélique a d'ailleurs d'autres 
sources, dont la détermination précise éclairciràit sans 
doute bien des passages obscurs de la glose. Ajoutons 
que les gloses de Wurzbourg ont d'abord été publiées, 
du moins pour la plupart, dans la Grammatica celtica 
de Zeuss, Berlin, 1853; et, quelque temps après, par 
Zimmer, dans ses Glossse Hibernicse, Berlin, 1881 ; mais 
Ces éditions sont incomplètes et contiennent beaucoup 
de mauvaises lectures. En outre, M. W. Stokes a repro- 
duit, dans son édition, la plus grande partie du texte 
latin des Épitres,' tel que le donne le manuscrit de 
Wurzbourg, au lieu que M. Zimmer a seulement copié 
les passages de la Vulgatè qui correspondent aux gloses 
gaéliques. L'édition de ce dernier ne contient d'ailleurs 
pas la traduction du texte gaélique, et ne peut dès lors 
servir qu'aux celtistes; tandis que M. Stokes a ajouté 
une traduction anglaise à sa publication. — 5. Un court 
fragment de gaélique ancien, l'Oraison dominicale, se 
trouve dans le Leabhar Breac (folio 124), manuscrit 
important de Dublin dont nous reparlerons tout à l'heure, 
et qui est du xiv> siècle. Mais le texte de l'Oraison do- 
minicale est certainement antérieur de plusieurs siècles 
au manuscrit qui le contient, car on "y trouve un 
exemple de pronom infixe, ro-n soer, « délivre-nous. » 
— 6. Un des livres liturgiques les plus anciens de 
l'Église d'Irlande, le Liber Hymnorum, contient aussi 
un grand nombre de formules et de traits bibliques. Le 
Liber Hymnorum, ou recueil d'hymnes latins et gaé- 
liques, est conservé dans deux manuscrits, dont le plus 
important est de la fin du XI e siècle, mais a été exécuté 
lui-même sur un manuscrit plus ancien. La haute anti- 
quité de ces textes résulte de ce fait, que les hymnes 
gaéliques n'étaient plus compris des Irlandais eux-mêmes 
an xi* siècle, comme on le voit par le grand nombre de 
glosés qui en expliquent ou cherchent à en expliquer 
lés obscurités. D'ailleurs, la langue même de ces pièces 



liturgiques nous reporte, par ses archaïsmes, & la date 
des plus anciens morceaux gaéliques, ceux du vm« siècle. 
Les deux manuscrits du Liber Hymnorum sont à Du- 
blin, au collège de la Trinité et chez les franciscains. 
Ils ont été publiés pour la première fois par le D r Todd, 
Book of Hymns of the ancient Irish church, Dublin, 
fasc. i, 1855; fasc. n, 1869. La publication, qui était 
restée inachevée, a été heureusement complétée par une 
savante édition du même ouvrage, due aux soins de 
MM. Bernard et Atkinson, The Irish Liber Hymnorum, 
2 in-8°, formant les tomes xm et xiv de la collection 
Bradshaw, Dublin, 1897. L'édition comprend un index 
des citations bibliques, t. i, p. 211-213. La partie gaé- 
lique de ce recueil avait d'ailleurs été éditée au complet 
par M. W- Stokes dans ses Goidelica, 2» édit., Londres, 
1872; et par Windisch, dans ses Irische Texte, Leipzig, 
1880. Des 48 morceaux liturgiques que comprend le 
Liber Hymnorum, l'hymne de Colman est peut-être le 
plus biblique. Écrit dans le genre de ce qu'on a appelé 
plus tard des « pièces farcies », c'est-à-dire en un 
mélange de latin et de langue vulgaire, il contient une 
foule d'invocations bibliques, qui rappellent les prières 
analogues qu'on récite pour les agonisants. — 7. Un 
fragment d'un traité sur les Psaumes en gaélique ancien, 
a été publié par M. Kuno Meyer sous le titre de Hiber- 
nica minora, being a Fragment of an old-irish Treatise 
on the Psalter, Oxford, 1894. Ce volume fait partie des 
Anecdota Oxoniensia, Texts, documents and extracts, 
mediœval and modem séries, part. vm. Il a été publié 
d'après le manuscrit 512, Bawlison B, de la bibliothèque 
Bodléienne d'Oxford, qui est du XV e siècle, mais qui pro- 
cède lui-mèmed'un texte original remontantau vm e siècle, 
d'après M. Kuno Meyer. Ce traité gaélique sur les 
Psaumes a une certaine importance, surtout par son 
antiquité. — 8. Sous le titre de Hibemica, M. W. Stokes 
a publié, dans la Revue de Kuhn, Zeitschrift fur ver- 
gleiçhende Sprachforschung, t. xxxi, 232-255, un recueil 
de gloses et de divers textes gaéliques très courts, qu'il 
a tirés en grande partie de trois manuscrits bibliques, 
à savoir : un commentaire des Psaumes, manuscrit 
palatin 68 de la bibliothèque Vaticane, qui est du 
yiii« siècle; un évangile dé saint Matthieu, coté Mp. 
th. f. 61, ^ la bibliothèque de Wurzbourg, et qui est du 
vm e ou IX e siècle ; un commentaire latin sur Job, qui 
forme le n° 460 du fonds Laud dans la bibliothèque 
Bodléienne d'Oxford, et qui est du XI e ou xn« siècle. — 
9. Sans être absolument biblique, le Félire Oengusso, ou 
martyrologe d'Oengus le Culdée, doit être noté ici, parce 
qu'il contient, dans le prologue et surtout l'épilogue, 
une foule de traits et d'invocations bibliques. Le Félire, 
qui est écrit sous forme de poème, est conservé dans 
des manuscrits du XIV e siècle; mais le texte est de beau- 
coup plus ancien, et remonte certainement au X e ou 
même au IX e siècle. Voir la Revue celtique, août 1881, 
p. 99. Il a été publié par M. W. Stokes, d'abord dans les 
Transactions of the Royal I)nsh Academy, Dublin, 1876; 
puis, en volume détaché, sous le titre : The Calendar 
of Oengus, text, translation, glossarial index, and 
notes, Londres, 1880. — 10. Le Livre d'Armagh, 
manuscrit du IX e siècle, qui appartient au collège de la 
Trinité de Dublin, contient un certain nombre de gloses 
et notes gaéliques relatives au Nouveau Testament. 
Elles ont été publiées par le P. Hogan, dans son ou- 
vrage : Documenta de sancto Patritio Hibernoi-um 
apostolo, ex libro Amiachano ; Pars II a , Dublin, 1890. 
Quelques-unes d'entre elles avaient déjà été éditées par 
M. W. Stokes, dans son article Hibernica, paru dans la 
Revue de Kuhn, loc. cit. M. Stokes a donné également 
une description savante et détaillée du Livre d'Armagh- 
dans l'ouvrage The tripartite life of Patrick, with other; 
documents relating to that saint, Londres, 1887. Voir 
l'Introduction, p. xc-xcix. — 11. Notons encore de 
courts fragments dans le Traité sur la Messe, qui se 



37 



GAÉLIQUES (VERSIONS) DES SAINTES ÉCRITURES 



3* 



trouve à la fin du Missel de Stowe, manuscrit liturgique 
datant en partie du vm e siècle, et en partie du X e . Voir 
Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris, 1889, 
p. 148. Ce Missel a été publié par Warren, The Liturgy 
and ritual of the Celtic church, Oxford, 1881, p. 207- 
248. M. W. Stokes a édité et étudié à part les passages 
gaéliques du livre, The Irish passages in the Stowe 
Missal, Calcutta, 1881. — 12. Enfin à Cambridge, dans 
la bibliothèque de Saint-John's Collège, il existe un 
psautier latin manuscrit du X e siècle, qui contient des 
gloses gaéliques. Elles ont été publiées, d'abord par 
M. W. Stokes, Goidelica, 2 e édit., p. 58-60; puis par 
-■Zimmer, Glosste Bibernicse, p. 209-211. 

II. La période du gaélique moyen, ou période de 
transition, qui va du xi" siècle, environ, jusqu'au xvi», 
ne contient pas davantage de versions bibliques propre- 
ment dites; mais elle est cependant plus riche que la 
période précédente, comme littérature biblique géné- 
rale. Il serait d'ailleurs difficile, à l'heure actuelle, de 
donner la liste complète des morceaux bibliques, attendu 
qu'un grand nombre sont encore en manuscrit et ont été 
jusqu'ici peu ou point étudiés. Voici seulement les prin- 
cipaux par ordre chronologique. — 1. Entre le xi« et le 
XIV e siècle, il y a peu de chose. Notons cependant, dans, 
le British Muséum, le manuscrit 1802 du fonds Harléien, 
petit in-4° de 156 feuillets, écrit à Armagh, l'an 1139, 
par le scribe irlandais Maelbrigte Hua Maelunaig, et qui 
contient d'abord le texte latin des quatre évangiles, appa- 
renté de très près à la Vulgate, avec quelques gloses 
gaéliques; puis surtout quatre poèmes gaéliques: le 
premier, sur les Mages; le second, sur le Christ et ses 
apôtres; le troisième, sur leur mort; le quatrième, en 
vers mnémoniques, sur la guerre qui éclata entre la 
tribu de Benjamin et les autres enfants d'Israël. Notons 
encore la Vision d'Adamnan dans le Leabhar na huidhre 
(Livre de la vache brune), manuscrit du xn e siècle, à la 
bibliothèque de l'Académie royale d'Irlande, à Dublin. La 
Vision d'Adamnan est un morceau religieux, rempli de 
formules bibliques sur le ciel et l'enfer. Cette pièce a été 
publiée par M. W. Stokes, Simla, 1870, et par M. Win- 
disch, dans les Irische Texte, Leipzig, 1880. Le même 
manuscrit contient quelques sermons et homélies, dont 
une, entre autres, sur le jugement dernier, donne à 
peu près tous les passages de l'Évangile ayant trait au 
jugement, avec des textes de saint Paul et de l'Apocalypse. 
Cette homélie a été publiée, pour la première fois, dans 
la Revue celtique, t. iv, p. 245-255, par M. W. Stokes. 
— 2. Au xiv e siècle, on trouve une histoire d'Israël dans 
un manuscrit volumineux et important, le Leabhar 
Breac (livre tacheté), à la bibliothèque de l'Académie 
royale d'Irlande, aujourd'hui cote 23, P. 16, et aupara- 
vant 40.6 de l'ancien fonds de l'Académie. Ce manus- 
crit, qui est une compilation de morceaux bibliques et 
religieux, a été publié sous le titre suivant : Leabhar 
Breac, the « Speckled Book », otherwise styled Leabhar 
tnor Duna Doighre, the « great Book of Dun Doighre », 
a collection of pièces in Irish and Latin, compiled 
front ancient sources about the close of the fourteenth 
ccntury : now for the first time published from the 
original manuscript in the library of the Royal Irish 
Academy, part, i, Dublin, 1872; part. Il, Dublin, 1875. 
Cette publication est un fac-similé lithographique exécuté 
sous la direction de M. Gilbert, qui contient, outre l'his- 
toire d'Israël, p. 113-132, une histoire abrégée du Nou- 
veau Testament, p. 132-150; et, çà et là, des sermons, des 
homélies, des Passions remplis de textes bibliques. 
La Passion de Jésus-Christ, qui est à la page 160, n'est 
pas autre chose qu'une traduction de l'Évangile apo- 
cryphe de Nicodème. Au reste, il est difficile de dire 
sur quel texte ces passages bibliques ont été directement 
traduits. Les savants qui ont étudié le Leabhar Breac, 
n'ont pas, jusqu'ici, porté suffisamment leur attention 
sur ce point. M. Y/. Stokes semble croire à une traduc- 



tion faite sur la version latine antéhiéronyniienner 
Revue celtique, t. n, p. 382. Peut-être, d'ailleurs, selon 
plusieurs celtistes, ces différents passages ne seraient-ils 
que des fragments d'une version gaélique plus ancienne 
de la Bible. En attendant une étude d'ensemble sur 
cette question, on consultera avec fruit le travail que 
M. R. Atkinson a récemment consacré aux Passions et 
aux homélies du Leabhar Breac, sous ce titre : The 
Passions and the Homilies from Leabhar Breac; text, 
translation and glossary, Londres, 1887. Ce volume 
contient la reproduction des textes gaéliques, p. 41-275; 
la traduction anglaise de ces textes, p. 277-514; un 
glossaire gaélique-anglais, p. 515-910. Voir dans la Bévue 
celtique, janvier 1888, p. 127-132, une appréciation de 
cet ouvrage par M. d'Arbois de Jubainville. Dans la 
même Revue, t. n, p. 381-383, M. W. Stokes donne une 
liste, d'ailleurs incomplète, des homélies du Leabhar 
Breac. D'autres textes de ce manuscrit qui contiennent, 
des légendes relatives à l'enfance de Jésus-Christ, sont 
imités ou traduits des évangiles apocryphes. Ils ont été 
publiés par le P. Hogan, avec une traduction anglaise, 
dans le t. vi des Todd Lectures séries, sous le titre de 
Homilies and legends from Leabhar Breac, Londres, 
1895. — 3. Après le Leabhar Breac, le manuscrit 
biblique le plus important du XIV e siècle est le Leabhar 
Buide Lecain, « livre jaune de Lecan, » que possède la 
bibliothèque du collège de la Trinité, à Dublin. Il est 
coté H. 2.16, et a 958 colonnes. On y trouve un résumé 
de l'histoire de l'Ancien Testament, p. 62 et suiv., 28iet 
suiv., ainsi que la Passion du Christ, simple traduction 
de l'évangile apocryphe de Nicodème, p. 141 et suiv., 
comme celle du Leabhar Breac. Voir, pour l'analyse 
du manuscrit, O'Curry, Lectures on the manuscript 
materials of ancient Irish History, Londres, 1861, 
p. 190-192. — 4. Au XIV e siècle appartient encore le 
manuscrit 23. P. 12, autrefois 41.6, dans l'ancien fonds 
de l'Académie royale d'Irlande, à Dublin. Il est connu 
sous le nom de Livre de Ballymote, et contient aussi, 
avec quelques variantes de rédaction, l'histoire d'Israël, 
qui se trouve dans le Leabhar Breac. — 5. Au XIV e siècle 
également, remonte le manuscrit que possède la biblio- 
thèque de l'Université de Rennes. C'est un in-quarto de 
125 feuillets. La première partie contient divers mor- 
ceaux religieux plus ou moins bibliques, et notamment 
une homélie qui commence par un récit de la création 
et des premiers temps du monde, traduit librement de 
la Genèse; un recueil de sentences sur la patience, 
tirées de saint Jacques, saint Paul, Job, les Nombres, 
l'Ecclésiaste, le Lévitique, le Deutéronome et Isaïe; un 
recueil de sentences sur la charité, tirées des mêmes 
auteurs; enfin un autre recueil de sentences sur les 
peines de l'enfer, tirées d'Isaïe, de l'Ecclésiaste, de 
saint Matthieu, saint Luc et les Actes des Apôtres. Voir, 
dans la Revue celtique, janvier 1894, une analyse 
détaillée de ce manuscrit, par G. Dottin. — 6. Parmi 
les manuscrits du xv e siècle, les principaux sont : le 
n» 23. P. 3, autrefois Hodge and Smith 142, à la biblio- 
thèque de l'Académie royale d'Irlande, à Dublin, qui 
contient une Vie de Jésus-Christ et une Vie de la Sainte 
Vierge; le manuscrit coté V, par Gilbert, dans l'ouvrage 
où il a catalogué les manuscrits du couvent des fran- 
ciscaines de Dublin, Fourth report of the royal Cor» 
mission on historical manuscripts, Dublin, 1874; on y 
trouve une Vie de Jésus-Christ. Un manuscrit plus 
important est le n°l du fonds celtique de la Bibliothèque 
Nationale, à Paris, qui a été décrit par Todd dans les 
Proceedings of the Royal Irish Academy, Dublin, 1846, 
t. m, p. 223-229. Il contient, dans la première partie, 
fol. 1-8, sous le titre : Stair claindi Israël, une histoire 
abrégée du peuple juif, qui commence par ces mots : 
« Voici la détermination, le récit et le commencement 
de l'histoire du second âge du monde. » Ce morceau, 
qui a été écrit en 1473, d'après une note du manuscrit, 



39 



GAÉLIQUES (VERSIONS) DES SAINTES ÉCRITURES 



40 



est le même, avec quelques variantes, que celui du livre 
de Ilallymote. La seconde et la quatrième partie, 
fol. 8-9 et 22-29, contiennent, sous le titre : Enseigner 
ment du roi Salorhon, plusieurs passages de l'Ecclé- 
siaste et de la Sagesse. Dans la cinquième partie, 
fol. 30-57, il y a plusieurs homélies sur des vies de 
saints, avec -des passages bibliques, et surtout sous 
forme de Vie de Joseph d'Arimathie, une traduction de 
l'Évangile apocryphe de Nicodème, plus complète que 
celle qui a été publiée par Atkinson. La septième partie, 
fol. 74-117, contient également diverses homélies, avec 
des citations bibliques; la Vision d'Adamnan, dont nous 
avons parlé plus haut; et d'autres morceaux qui se trou- 
vent pour la plupart dans Atkinson, The Passion and 
the HomiUes front Leabhar Breac, Londres, 1887. Voir 
une analyse détaillée de ce manuscrit par M. d'Arbois 
de Jubainville, dans la Revue celtique, octobre 1890, 
p. 390-404. 

III. La troisième période du gaélique, ou gaélique 
moderne, a ceci de particulier, qu'elle se divise en deux 
branches principales, dont chacune a. sa littérature à 
part, et, par conséquent, des versions de la Bible qui 
sont distinctes. Dans les deux périodes précédentes, 
c'est l'Irlande qui était le point de départ du mouvement 
intellectuel gaélique, et c'est à elle que revient l'initiative 
de la littérature biblique dont nous avons résumé l'his- 
toire. Mais, à partir du XVI e siècle, les troubles politiques 
et surtout religieux qui accompagnèrent l'établissement 
de la Réforme, dans les lies Britanniques, déterminèrent 
une scission parmi les populations de langue gaélique. 
Il y eut les Gaëls d'Irlande et les Gaëls de l'Ecosse occi- 
dentale, ou Higklanders (habitants des hautes terres). 
C'est à la langue de ces derniers qu'on réserve ordinai- 
rement, dans l'histoire littéraire de la Grande-Bretagne, 
le nom de gaélique proprement dit. Le gaélique d'Irlande 
est plus communément appelé l'irlandais. Venant d'ail- 
leurs de la même souche, les deux langues ont entre 
elles la plus étroite affinité. 

1° Gaélique d'Irlande. — Un certain nombre de 
morceaux -bibliques sont encore en manuscrit. Ainsi, 
par exemple, une Vie de Jésus-Christ, remontant au 
xvi» siècle, est signalée. comme faisant partie de la col- 
lection Stowe, dans le catalogue publié par O'Conor 
sous le titre Bibliotheca manuscripta Stowensis, a des- 
criptive catalogue of the manuscripts in the Stowe li- 
brary, Buckingham, 1818. Cette collection est devenue, 
en 1849, la propriété de lord Ashburnham qui l'a cédée, 
croyons-nous, en 1883, au British Muséum. Une autre 
Vie de Jésus-Christ, composée au xvn e siècle, est con- 
tenue dans le manuscrit n» 28 de la bibliothèque des 
franciscains de Dublin. On signale également des 
parties bibliques dans les manuscrits 18.205 Additional, 
137 Egerton, E. H. Cottonian Vespasian du British 
Muséum, tous du xvi» siècle. Voir d'Arbois de Jubain- 
ville, Essai d'un catalogue de la littérature épique de 
l'Irlande, précédé d'une étude sur les manuscrits en 
langue irlandaise conservés dans les îles Britanniques 
et sur le continent, Paris, 1883. 

La première version imprimée est celle du Nouveau 
Testament, à la fin du xvi e siècle. Elle fut entreprise, 
vers 1574, par John Kearney, trésorier de l'église Saint- 
Patrick à Dublin; Nicolas Walsh, plus tardévêque 
d'Ossory; et Néhémie Dovellan, qui devint archevêque 
de Tuam en 1595. Mais des difficultés de diverse nature 
les empêchèrent de terminer leur travail; et ce fut 
William O'Donnell, successeur de Dovellan sur le siège 
archiépiscopal de Tuam, qui mit la dernière main à 
cette traduction, avec l'aide de Mortogh O'Cionga, plus 
connu sous le nom de King. L'ouvrage, fut imprimé en 
1602, en caractères irlandais, et tiré à cinq cents exem- 
plaires, in-fol., sous le titre suivant : An Twmna Nuad 
ar dtigearna agus ar slanuigteora Josa Criosd, air na 
larruing go firinneach as an ngreigis ngdarac, « Le 



Nouveau Testament de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus- 
Ghrist, traduit exactement de l'original grec, i Dublin, 
1603. C'est au même William O'Donnell qu'on doit la 
traduction irlandaise des parties bibliques du Book of 
Common Prayer, qui parut en 1608. 

La version de l'Ancien Testament fut entreprise, 
quelques années après, par Bedell, un linguiste dis- 
tingué, qui avait appris l'hébreu à Venise, sous la di- 
rection d'un rabbin très instruit, pendant qu'il était 
chapelain de sir Henry Wotton. Élevé en 1629 au siège 
épiscopal de Kilmore et Ardagh, Bedell, qui ne savait 
pas l'irlandais, se mit aussitôt à l'apprendre; et, peu 
après, il pouvait commencer son travail. Sur le conseil 
du primat d'Irlande, Jacques Usher, il s'était d'ailleurs 
assuré le concours de King, qui avait déjà collaboré à 
la traduction du Nouveau Testament, ainsi que du Rév. 
Denis O'Sheriden. Le travail fut mené assez vite, et il 
était à peu près terminé en 1640. On se disposait à l'im- 
primer, quand de sérieuses difficultés survinrent qui 
a Tétèrent la publication. L'exactitude de la traduction 
était contestée, et le travail de King spécialement at- 
taqué. Bientôt le peuple s'en mêla, et une émeute força 
Bedell et sa famille à quitter le pays. Il mourut en 1641, 
chez son ami O'Sheriden, en lui confiant son manuscrit. 

Les troubles politiques et religieux qui agitaient alors 
la Grande-Bretagne empêchèrent longtemps d'imprimer 
l'ouvrage. Ce fut seulement en 1680, lorsque la première 
édition du Nouveau Testament fut complètement épuisée, 
qu'on se décida à la réimprimer et à publier en même 
temps la- version de Bedell. Un gentilhomme de Londres, 
Robert Boyle, avança les fonds nécessaires, et le 
D' André Sali fut chargé de reviser le manuscrit, de 
concert avec le D r Higgins, professeur au collège de la 
Trinité, à Dublin. Sali, étant venu à mourir en 1682, 
fut remplacé par Réilly, et le travail de revision fut con- 
tinué sous la haute direction du D r Marsh, qui devint 
ensuite primat d'Irlande. De cette manière, la version 
de Bedell parut enfin en 1686, sous ce titre : Leabair 
an tsean Twmna, air na dtarruing on teanguid ugda- 
rac go gaidlig, tre curam agus saotar an doctur Bedel, 
roime easppg Cillenwire a n'Erin, « Les livres.de 
l'Ancien Testament traduits, du texte original en 
gaélique, paroles soins et le travail du D r Bedel, jadis 
évêque de Kilmore, en Irlande, » in-4», Londres, 1686. 
L'édition fut tirée à cinq cents exemplaires, dont 
deux cents étaient destinés aux Gaëls de l'Ecosse occi- 
dentale. La version irlandaise de la Bible par Bedell et 
O'Donnell est restée depuis lors la plus populaire dans 
cette partie de l'Ecosse. A la fin du xviii» siècle, en 1790, 
on publia une seconde édition de la Bible irlandaise; 
mais elle était en caractères romains ordinaires, et spé- 
cialement destinée aux Higklanders de l'Ecosse. En 
1799, le D r Stokes fit faire un tirage à part de saint Luc 
et des Actes des Apôtres, suivi en 1806 d'une édition 
spéciale des quatre Évangiles et des Actes, avec une tra- 
duction anglaise en face du texte irlandais. La « Société 
biblique britannique et étrangère » publia également, à 
partir de 1809, plusieurs éditions complètes ou partielles, 
de la Bible irlandaise. Ces publications ne sont guère 
que la reproduction plus ou moins fidèle de la version 
de Bedell et O'Donnell. Notons encore la traduction de 
la Genèse et de l'Exode par Convellan, Londres, 1820; 
et par Mac Haie, devenu plus tard archevêque catho- 
lique de Tuam, Dublin, 1840. 

2° Gaélique d'Ecosse. — Le premier livre imprimé 
en gaélique écossais est le livre de prière intitulé The 
Book of common order, plus connu sous le titre John 
Knoafs Liturgy, Edimbourg, 1567. C'est à la demande 
des Réformés d'Ecosse, qui voulaient propager ,1a doc- 
trine "de Knox, dans les endroits où le peuple ne com- 
prenait ni l'anglais ni le latin, que cet ouvrage fut tra- 
duit en gaélique, par Jean Carswell, surintendant d'Argyll 
et des lies Hébrides pour l'Église presbytérienne. Ce 



41 



GAÉLIQUES (VERSIONS) DES SAINTES ÉCRITURES 



42 



livre, qui contient une foule de sentences et de prières 
publiques, a été réimprimé à Edimbourg, en 1873, par 
Thomas Mac Lauchlan, un des celtistes les plus compé- 
tents de la Grande-Bretagne. C'est seulement en 1659 
qu'on trouve la première version biblique proprement 
dite, sous ce titre : An ceud chaogad do schalmaibh 
Dhaibhidh, ar a tarruing as an eabhra a meadar dhana 
ghaoidhile, « Les 50 premiers Psaumes de David, tra- 
duits de l'hébreu en vers gaéliques. » Cette version, pu- 
bliée à Glasgow, fut l'oeuvre du synode d'Argyll, lequel 
ordonna de chanter ces Psaumes dans les églises et les 
familles où le gaélique était en usage. En 1684, parut à 
Edimbourg une nouvelle version des Psaumes, cette fois 
complète, sous ce titre : Psalma Dhaibhidh a n'mea- 
drachd, do reir an phrionik-chanamain, « Les Psaumes 
de David en vers, d'après le texte original. » Cette tra- 
duction est de Robert Kirk, « ministre de l'évangile du 
Christ à Balguhidder. » On la désigne communément 
sous le nom de « Psautier de Kirk ». En 1694 fut ter- 
minée la version commencée par le synode d'Argyll. 
Elle est intitulée Sailm Dhaibhidh a meadar dhana 
ghaodheilg, do reir na heabhra, agus na translasioin 
is fearr a mbèarla agus nladin, Edimbourg, 1715, « Les 
Psaumes de David en vers gaéliques, d'après l'hébreu et 
les meilleures traductions faites en anglais et en la- 
tin. » Deux autres éditions de cet ouvrage parurent à 
Glasgow, en 1738 et 1751. Comme la traduction laissait 
à désirer sur certains points, le synode d'Argyll la fit 
reviser par Alexandre Macfarlane, ministre presbytérien 
de Kilmelfort et de Kilninver, Glasgow, 1753. A cette ver- 
sion revisée on ajouta ça et là, sous forme d'hymnes et 
de paraphrases, quarante-cinq morceaux bibliques en 
vers, choisis dans les différentes parties de l'Écriture. 
Le choix et la composition de ces différents morceaux 
fut l'œuvre d'une commission nommée par l'assemblée 
générale de l'Église presbytérienne. Macfarlane les tra- 
duisit d'ailleurs, comme le reste. Cet ouvrage eut de 
nombreuses éditions à Glasgow, à Perth, à Inverness, à 
Edimbourg. Quelques années après, en 1767, paraissait 
-a Edimbourg la première version complète du Nouveau 
Testament, sous le titre suivant : Tiomnadh nuadh ar 
Tighearna agus ar slanuighir Josa Criosd, eidir-thean- 
gaichf o'n ghreugais chun gaidhlig albannaich, maille 
ri sedlannaibh aith-ghearra chum a chan'ain sin a 
leughadh, « Le Nouveau Testament de notre Seigneur 
et Sauveur Jésus-Christ, traduit du grec en gaélique 
d'Ecosse, avec une méthode pour lire facilement cette 
langue. » Cette version est l'œuvre de James Stewart, 
ministre presbytérien de Killin. Elle fut faite sur l'ini- 
tiative et aux frais de la Société établie en Ecosse pour la 
propagation de la religion réformée. En 1796, parut une 
seconde édition de cette version par Stewart, fils du 
précédent, qui revisa et modifia quelque peu l'œuvre de 
son père. Trois éditions successives parurent ensuite, 
également à Edimbourg, mais sans changement notable, 
en 1813, 1819 et 1821. Celles qui ont suivi, en assez 
grand nombre, jusqu'en 1860, soit à Edimbourg, soit à 
Londres, à Perth et à Inverness, n'ont guère fait que 
reproduire l'une ou l'autre de ces premières éditions. 
La plus ancienne version complète de l'Ancien Testa- 
ment remonte à 1783, du moins pour la première partie, 
qui contient le Pentateuque. Leabhraiche an Tseann 
Tiomnaidh air an tarruing o'n cheud chanain chum 
Gaelic albannaich, ann an ceithir earrannaibh, « Les 
Livres de l'Ancien Testament traduits de la langue origi- 
nale en gaélique d'tcosse, en quatre parties, » Edim- 
bourg, 1783-1801. Cette version est l'œuvre de John 
Smart, ministre presbytérien de Luss, à l'exception des 
Prophètes, qui furent traduits par John Smith, ministre 
de Campbeltown, Edimbourg, 1786. Elle parut à la de- 
mande et sous le patronage de la société qui est connue 
sous le nom de Society for the Propagation of the 
Christian Knowledge through the Eighlands and 



Islands of Scotland. Une édition révisée de cette ver- 
sion fut publiée, à la demande de la même société, par 
Alexandre Stewart, ministre de Dingwall, en collabora- 
tion avec J. Stuart, ministre de Luss, Edimbourg, 1807. 
La même année, parut à Londres la première Bible 
gaélique complète, sous ce titre : Leabhraichean an 
Tseann Tiomnadh agus an Tiomnadh Nuadh, air an 
tarruing o na ceud clianuineabh chum gaelic albanaich. 
Cette version, qui fut faite pour la Société biblique de 
Londres, passe généralement pour une reproduction de 
celle d'Edimbourg, 1807, en ce qui concerne du moins 
l'Ancien Testament. Il y a pourtant quelques différences 
entre les deux, notamment pour les Prophètes, où l'édi- 
teur, Daniel Dewar, a suivi la traduction de Smith, de 
préférence à celle d'Alexandre Stewart. En 1820, une 
nouvelle revision de la Bible fut décidée par l'assemblée 
générale de l'Église presbytérienne, et confiée aux deux 
ministres presbytériens John Stuart et Alexandre Ste- 
wart. Mais ceux-ci moururent tous deux l'année sui- 
vante, après avoir mené leur travail seulement jusquau 
premier livre des Rois. L'œuvre fut alors confiée à une 
commission, dont les principaux membres étaient 
Heming, Anderson, Macleod, Graham, Irvine, John 
Stewart, Mac' Neil, Dewan. La version ainsi révisée pa- 
rut à Edimbourg, en 1826. On fit aussi une édition spé- 
ciale des Psaumes « pour être chantés dans le service 
divin », selon la formule imprimée à la suite du titre, 
Edimbourg, 1826. Précédemment, le synode d'Argyll avait 
autorisé la publication d'une nouvelle traduction des 
psaumes par J. Smith, sous ce titre : Sailm Dhaibhidh 
maille ri laoidhean o'n Scrioptur naomha, chum bhi 
air an sein ann an aora' Dhia, « Les Psaumes de 
David, avec des hymnes tirées des saintes Écritures, 
pour être chantées dans le service divin, » Edimbourg, 
1787. L'ouvrage contenait aussi cinquante hymnes bi- 
bliques, le Credo, l'Oraison dominicale et les dix com- 
mandements, en vers, avec des tons pour chanter les 
psaumes. La version de Smith a eu, depuis cette époque, 
de nombreuses éditions à Edimbourg, Glasgow et In- 
verness. L'une d'elles porte ces mots en sous-titre : A 
new gaelic version of the Psalms of David, more 
adapted to Christian worship and to the capacity of 
ptain and illiterate persans, Glasgow, 1801. — Une 
autre version des psaumes, assez répandue en Ecosse, 
est celle de Thomas Ross, ministre presbytérien de 
Lochbroom, qui est intitulé : Sailm Dhaibhidh ann an 
Dan Gaidhealach do reir na heabhra agus an eadar- 
theangaichaidh a's fearr an laidin, an gaidhlig, 's an 
gaill-bheurla, & Les Psaumes de David mis en vers 
gaéliques, d'après l'hébreu et les meilleures versions 
latines, gaéliques et anglaises, » Edimbourg, 1807. A 
cette traduction on joignit plus tard les hymnes et le 
psautier de Macfarlane, Inverness, 1818; Glasgow, 1830. 
Cette dernière édition, qui fut publiée par Francis Orr, 
est ordinairement désignée sous le nom de « Psautier 
de Ross ». — En 1800, parut à Edimbourg une version 
du Livre des Proverbes, sous ce titre : Leabhar nan 
gnath-fhocal, air a thionndadh o'n cheud chanain chum 
gaelic albannaich. C'est un extrait de la première ver- 
sion de l'Ancien Testament. En 1815, parut à Glasgow 
la traduction de l'évangile de saint Luc, à l'usage des 
écoles et des collèges. Le texte gaélique est accompagné 
de la version anglaise ordinaire, qui se trouve en re- 
gard. C'est également en vue des élèves et des étudiants 
écossais qu'on publia l'ouvrage suivant : Earrannan do 
na Scriobtuiribh air an cur n'a cheile air son sgoilean, 
« Morceaux choisis de la Bible, à l'usage des écoles, » 
Edimbourg, 1825. — La seconde moitié du XIX e siècle n'a 
guère vu paraître que des éditions revisées des traduc- 
tions précédentes par différents ministres de l'église 
presbytérienne, entre autres Maclachlan, Clark, Neil et 
Dewar. Il n'y a à signaler qu'une version catholique dii 
Nouveau Testament, sous ce titre : Tiomnadh nuadh, 



m GAÉLIQUES (VERSIONS) DES SAINTES ÉCRITURES — G AL A AD 44 



ar tighearna agus ar slanair Josa Criosta, air a thion- 
rtdadh as an laidinn gu gaidhlig, « Le Nouveau Tes- 
tament de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, tra- 
duit du latin en gaélique, » Aberdeen, 1875. Cette 
version, qui parut avec l'approbation des évêques 
d'Ecosse, est l'œuvre du P. Mac-Eachain, et a été pu- 
bliée par le P. Grant, nommé plus tard évoque d' Aber- 
■deen, et par le P. Macintosh. 

3° Gaélique de Vile du Man. — La version la plus 
importante de ce dialecte, et même, croyons-nous, la 
seule traduction complète de la Bible est intitulée : Yn 
Chenn Conaant, as yn Conaant Noa, « L'Ancien Tes- 
tament et le Nouveau Testament, » Londres, 1819. Cette 
publication est l'œuvre de la Société biblique. Parmi 
les traductions partielles de la Bible, on peut signaler 
celle du Cantique des Cantiques qui a paru dans les 
Celtic Hexapla, in-folio de 63 feuillets, Londres, 1858. 
Des six versions parallèles que contient ce volume, la 
troisième est eh mannois, la seconde en gaélique 
d'Ecosse, et la première en gaélique d'Irlande. Voir 
Bretonnes (Versions), t. i, col. 1927. Une version man- 
noise partielle des épîtres et des évangiles lus à la Messe 
se trouve aussi dans les Liherieu hag Avieleu, or the 
catholic epistles and gospels for the day up to Ascen- 
sion... into the brehonec of Brittany, also in three 
other parallel columns a new version of the same into 
gaelic or tnanx or cernaweg, by Christoll Terrien and 
Charles Waring Saxton, in-folio de 70 feuillets, Londres, 
Trûbner, sans date. 

Voir Eugène O'Curry, Lectures on the manuscript 
materials of ancient Jrkh History, Londres, 1861; 
Dublin University Magazine, Dublin, octobre 1867; 
John Reid, Bibliotheca Scoto-Celtica, or an account of 
ail the books which hâve been printed in the gaelic 
language, in-8°, Glasgow, 1833. J. Bellamy. 

GAGE (hébreu : hâbôl et hàbôlâh, de hâbal, « prendre 
en gage; v'âbôt, de 'abat, « donner en gage; » ârubbdh 
- et 'êrdbôn, de 'àrab, « donner en gage; » Septante : 
èvexûpa<r|ia, hs.x^Ç>a<![>.6(, àppaëwv; Vulgate : pignus, 
arrhabo), objet d'une certaine valeur donné en garantie 
de l'exécution d'une promesse ou du paiement d'une dette. 

I. A l'époque patriarcale. — Juda, prenant sa bru 
Thamar pour une femme de mauvaise vie, lui promet 
un chevreau de son troupeau, et, sur sa demande, lui 
donne en gage son cachet, son cordon et son bâton. 
Thamar représente ensuite ces gages pour se faire recon- 
naître et échapper au châtiment. Gen., xxxvm, 16-25. 

II. Sous la loi mosaïque. — 1° La législation. — Di- 
verses raisons pouvaient obliger certains Israélites à em- 
prunter de l'argent. Il était recommandé de ne point 
se montrer dur à leur égard et de leur prêter ce dont 
ils avaient besoin. Deut., xv, 8. Mais il était en même 
temps défendu de réclamer un intérêt pour l'argent 
ainsi prêté. Exod., xxn, 25; Lev., xxv, 37; Deut., xxm, 
30. Pour que le prêteur se décidât à aliéner son argent 
durant un temps donné, il fallait donc au moins qu'il 
reçût de l'emprunteur une garantie. La loi avait prévu 
le cas, et elle autorisait le prêteur à se faire remettre 
ungage. En même temps, elle prenait des mesures pour 
défendre l'indigent contre les exigences exagérées du 
prêteur. Celui-ci n'avait pas le droit de pénétrer dans la 
maison de l'emprunteur pour y saisir ce qui était à sa 
convenance. Il devait se tenir à la porte, et c'est là que 
le gage lui était présenté. Deut., xxiv, 10, 11. On ne 
pouvait prendre en gage les objets de première néces- 
sité, le vêtement de la veuve, Deut., xxiv, 17, les deux 
meules, ni même la meule de dessus, sans laquelle il 
devenait impossible de moudre le blé. Deut., xxiv, 6. Si 
l'emprunteur se trouvait dans un dénuement tel qu'il 
n'eût que son manteau pour s'abriter contre la fraîcheur 
des nuits, on devait le lui rendre le soir, sans doute pour 
le reprendre le lendemain matin. Exod., xxii, 25; Deut., 



xxiv, 12, 13. Ces quelques prescriptions indiqua:3nt 
assez l'esprit de la loi et servaient de base pour résoudre 
les difficultés relatives aux emprunts sur gages. — 2» La 
pratique. — Les Juifs du temps de Néhémie engagent 
leurs champs, leurs vignes et leurs maisons pour avoir 
du blé dans un temps de disette. II Esdr., v, 3. Parfois, 
des hommes durs et malhonnêtes prenaient en gage les 
vêtements de leurs frères, sans motif suffisant, Job, 
xxn, 6, et en faisaient un scandaleux étalage. Am., H, 
8. Ils allaient même jusqu'à saisir le bœuf de la veuve, 
l'âne de l'orphelin, les ustensiles du pauvre. Job, xxiv, 
3, 9. D'autres fois, bien que remboursés, ils ne rendaient 
pas le gage. Ezech., xvm, 12. La chose devint si com- 
mune à une époque, qu'Ezéchiel, xvm, 7, 16; xxxm, 15, 
caractérise l'homme de bien en disant qu'il rend les 
gages au débiteur qui s'est acquitté. — On se portait 
caution, en fournissant un gage à la place de l'em- 
prunteur ou en répondant pour lui. Les auteurs sacrés 
ne favorisent pas cet usage. Voir Dette, 3° et 4°, t. n, 
col. 1394-1395. 

III. Le gage spirituel. — Saint Paul dit à plusieurs 
reprises que le Saint-Esprit nous a été donné comme 
gage. II Cor., i, 22; v, 5; Eph., 1, 14. C'est un bien 
présent qui nous garantit la possession d'un bien futur, 
la gloire éternelle. Dans le même sens, l'Église appelle 
la sainte Eucharistie futurse glorix pignus, en se ré- 
férant aux paroles de la promesse. Joa., vi, 51, 54. 

H. Lesètre. 

GAHAM (hébreu r Gaham; Septante : r«a|x.), fils de 
Nachor, le frère d'Abraham. C'est un des quatre enfants 
qu'il eut de Roma sa concubine ou épouse de second 
rang. Gen., xxn, 24. On n'est pas parvenu à retrouver 
les traces de la tribu dont Gaham fut le père. 

GAHER (hébreu : Gahar; Septante : Tâek et TaBi^; 
Codex Alexandrinus, Taâç>), chef d'une famille de Nathi- 
néens dont les membres revinrent de la captivité avec 
Zorobabel. I Esdr., n, 47; II Esdr., vu, 49. 

GAÏUS (riïoç), nom, dans le texte grec du Nouveau 
Testament, de quatre chrétiens dont l'un, originaire de 
Corinthe, Rom., xvi, 23; I Cor., i, 15, est appelé Catus 
par la Vulgate (voir t. n, col. 47); elle a conservé pour 
les trois autres la lorme grecque Gaïus. 

1. GAIUS, Macédonien, compagnon de saint Paul, qui 
fut saisi par les Éphésiens, avec Aristarque, son compa- 
triote, lorsque Démétrius souleva les habitants de celte 
ville contre l'apôtre des Gentils. Act., xix, 29. Plusieurs 
commentateurs l'ont confondu, mais sans raison suffi- 
sante, avec Caïus de Corinthe. On ne sait plus rien de 
son histoire. 

2. GAÏUS de Derbé, en Lycaonie, compagnon de saint 
Paul dans son dernier voyage à Jérusalem. Act., xx, 4. 
C'est le seul fait connu de sa vie. 

3. GAIUS, chrétien d'Asie Mineure, selon toutes les 
probabilités. Saint Jean lui adressa sa troisième Épitre, 
III Joa., 1, et il y fait l'éloge de son zèle et de sa cha- 
rité à" exercer les devoirs de l'hospitalité envers ses 
frères. Plusieurs l'ont identifié avec Gaïus de Derbé ou 
même avec Gaïus le Macédonien, mais comme cette 
identification ne repose que sur la similitude de nom, 
elle est peu probable, le nom de Gaïus ou Caïus étant 
très commun dans tout l'empire romain. 

GALAAD (hébreu : Gil'âd; Septante : r<xXa<iô),.nom 
de trois personnes, d'un monument élevé par Jacob, 
d'une ville, et d'une contrée montagneuse. 

1. GALAAD, fils de Machir, lequel était fils de Manassé 
et petit-fils de Joseph. U fut le père de la famille des 



45 



GALAAD 



46 



Galaadites. Num., xxvi, 29; I Par., n, 21, 23; I Par., 
vn, 14. D'après Jos., xvii, 3, il était père de Hépher. Le 
livre des Nombres, xxvi, 30-33, et la liste de I Par., vu, 
15-17, donnent avec des variantes tous ses enfants. 

2. GALAAD, père de Jephté, qu'il eut, non de sa femme 
légitime, mais d'une prostituée. Jud., xi, 1, 2. 

3. GALAAD, fils de Michaël et père de Jara de la 
tribu de Gad. Il était descendant de Buz dont les familles 
habitaient le centre du pays de Galaad. I Par., v, 14-16. 

4. GALAAD, nom donné par Jacob au monument ou 
cippe élevé par lui, dans la montagne du même nom, à 
son retour de Haran. 

1» Histoire. — Après vingt années de séjour au pays 
de sa mère , Jacob s'était déterminé à retourner dans la terre 
de Chanaan où il était né, prenant avec lui toute sa famille. 
Trois jours après, Laban, son beau-père, ayant appris 
cette fuite, se mit à sa poursuite et l'atteignit aux monts 
de Galaad. L'accord s'étant fait entre eux, Laban proposa 
un pacte et l'érection d'un monument qui en serait la 
preuve et le mémorial. Jacob accepta, et aussitôt il 
choisit un bloc de pierre et l'érigea en monument. 
Laban appela ce tas en araméen sa langue Yegar Sâhâ- 
dûfâ', « monceau-témoin; » Jacob le nomma Galaad 
hihi gal'êd) dont la signification en hébreu est la 

même. Gen., xxxi, 47. « Laban dit, continue le texte 
sacré : Ce monceau (h\ gai) est témoin h? 'éd) au- 
jourd'hui entre moi et toi. » Pour cela il fut appelé 
Gal'êd et encore ham-Mispâh, « l'observation, » parce 
qu'il avait ajouté : « Jéhovah observera /*]ï> îséf), lorsque 

nous nous serons séparés. Si tu maltraites mes filles et 
que tu prennes d'autres femmes à côté d'elles, personne 
[de nous] ne sera là, mais Dieu le verra et il sera témoin 
entre moi et toi. » Et Laban dit [encore] à Jacob : 
« Tu vois ce monceau {gai), tu vois ce monument, je 
les ai établis témoins (êd) entre moi et toi. Témoin est ce 
monceau, témoin est ce monument que je ne les dépas- 
serai pas pour aller vers toi et que tu ne les dépasseras 
pas pour venir vers moi dans des intentions mauvaises. 
Que le Dieu d'Abraham, que le Dieu de Nachor, le Dieu 
de nos pères soit juge entre moi et toi. » Jacob fit ser- 
ment sur l'honneur de son père Isaac; il égorgea des 
animaux sur ces montagnes et il invita ses parents à 
manger. Ils mangèrent et ils passèrent la nuit dans ces 
montagnes. Gen., xxxi, 54-55. Le traducteur de la Vul- 
gate a laissé, sans les rendre, les mots du f. 49 : et 
■encore ham-Mispdh parce qu'il avait dit, qui suivent 
« il fut appelé Gal'êd >». Les Septante les ont traduits par 
cette phrase peu intelligible : %a\ ô'pairtç îjv elitev, et 
Visio quam dixit. Le Targum d'Onkélos traduit ham- 
Mispâhpar Sekkûfâ'. La plupart des interprètes consi- 
dèrent Mispâh comme un nom propre employé simulta- 
nément avec Galaad. Ce monument, selon Josèphe, avait 
la forme d'un autel. Ant. jud., I, xix, 11. Il était sans 
■doute de la nature de ces innombrables monuments qui 
se trouvent presque à chaque pas dans tout l'ancien pays 
■de Galaad, et sont désignés sous le nom de dolmens, men- 
hirs ou cromlechs. Il parait être devenu, après l'occupa- 
tion du pays par les Israélites, un but de pèlerinages et 
Jephté y alla prier le Seigneur. Jud., xi, 11. Des abus se 
mêlèrent ensuite à ce culte contre lesquels s'éleva avec 
force le prophète Osée, vi, 8; cf. v, 1 (hébreu). 

2° Situation. — L'identité de la montagne de Galaad 
où Jacob éleva le monceau de pierres commémoratif du 
même nom, avec la montagne de Galaad occupant le ter- 
ritoire des tribus Israélites transjordaniennes, ne peut 
être douteuse. La parenthèse du f. 48 du même cha- 
pitre xxxi de la Genèse, indique qu'il s'agit des mêmes 
monts de Galaad appelés ultérieurement ainsi chez les 
Hébreux. Les autres passages du Pentateuque où Galaad 



est nommé, supposent la même identité. Ces montagnes 
sont celles appelées aujourd'hui le Djebel 'Adjlûn et 
le Djebel es-Salf, les premières au nord du Zerqa', les 
secondes au sud. 

La stèle de Jacob devait être située au nord du Zerqa', 
l'ancien Jaboc. Jacob, venant du nord, ne l'avait pas 
encore franchi. Le targum arabe de R. Sa'adiâh traduit 
ordinairement Galaad par DjérdS, mais il semble avoir 
en vue la contrée de Djérâs en général et non un point 
particulier. Le verset- cité du texte hébreu, 49, parait 
identifier Galaad avec Maspha ; peut-être ce dernier nom 
est-il celui qui fut donné au territoire où se trouvait le 
cippe et à la localité qui l'occupa. Plusieurs voyageurs 
modernes croient reconnaître Maspha dans Sûf, nom 
porté par un village distant de sept kilomètres au nord- 
ouest de Djérâs. Voir Armstrong, Names and Places in 
the old Testament, in-8», Londres, 1887, p. 127. DjérâS 
et Sûf sont au nord du Zerqa'. Le campement de Jacob 
quand il éleva le monceau de Galaad était à l'est du lieu 
appelé ensuite Mahanaïm, car c'est après avoir quitté 
Galaad pour se diriger vers le Jaboc et le Jourdain qu'il 
arriva en cet endroit. Une ruine appelée aujourd'hui 
Mahnéh, située à dix kilomètres au nord-ouest de Soûf, 
semble garder l'ancien nom de Mahanaïm et indiquer 
au moins la région où se trouvait ce lieu. Le chemin 
venant de la contrée de Damas et des plaines du Haurân, 
pour gagner la vallée du Jourdain, atteint les montagnes 
près de ffoson, dans le district de 'Adjlûn, à vingt-deux 
kilomètres au nord de Soûf. De là, il prend la direction 
du sud-sud-ouest pour gagner Mahnéh et 'Adjlûn,. en 
passant à dix kilomètres au nord de Sûf et à douze ou 
quinze de Djérâs. C'est la route qu'a dû suivre Jacob. 
C'est sur ce chemin, entre Hoson et Mahnéh, et peut- 
être au point le plus rapproché de Soûf, que l'on doit, 
semble-t-il, chercher le lieu de campement de Jacob et 
celui du monceau de pierres qu'il y érigea. Ces pays ont 
été fort bouleversés et la tradition locale ne parait pas 
avoir gardé le souvenir de ce monument. Voir Galaad 3 
et 4, Mahanaïm, Maspha en Galaad et Mésopotamie. 

L. Heidet. 

5. GALAAD, ville de la contrée transjordanienne du 
même nom. — On lit, Jud., xn, 7, dans la Vulgate et les 
Septante : « Jephté le Galaadite jugea Israël six ans, 
puis mourut et fut enseveli à Galaad sa ville. » Le pro- 
phète Osée, vi, 8, qualifie « Galaad ville (qiryaf) d'opé- 
rateurs d'iniquité, toute souillée de sang ». De ces deux 
passages un grand nombre de commentateurs concluent 
à l'existence d'une ville du nom de Galaad; plusieurs 
autres la nient. — 1° D'après les premiers, l'Écriture est 
claire et formelle. Le texte hébreu actuel porte, il est 
vrai, Jud., XII, 7 : vay^yqqâber be'arê Gil'âd, « il fut 
enseveli dans les villes de Galaad; » les massorètes ont 
à tort confondu T avec > : la lecture ancienne devait être 
celle qui est attestée par les traductions : be'îrô Gil'ad, 
« dans sa ville Galaad. » Le passage d'Osée serait suffi- 
sant pour témoigner de l'existence d'une Ville de ce 
nom. Eusèbe et saint Jérôme l'affirment également. Après 
avoir parlé des monts de Galaad, Eusèbe ajoute : « Il y 
a encore dans le mont Liban une ville [appelée] Galaad, 
située dans la même montagne [de Galaad]; elle fut 
enlevée aux Amorrhéens par Galaad, fils de Machir, fils 
de Manassé. Onomasticon, édit. Larsow et Parthey, Ber- 
lin, 1862, p. 140. La traduction de saint Jérôme est un 
peu différente : « Galaad... c'est de cette montagne que 
la ville qui y a été bâtie a pris son nom. » De titu et 
nominibus loc. hebr., t. xxiii, col. 898. L'existence de 
Maspha de Galaad, en tant que ville, est du reste indu- 
bitable et l'identité de Maspha et de Galaad est indiquée 
Gen., xxxi, 49 (texte hébreu). Voir Galaad 2. Le nom 
de la ville de Galaad, selon plusieurs, serait sans rela- 
tion avec le nom du monument élevé par Jacob ; il lui 
aurait été donné par Galaad, fils de Machir, qui l'aurait 
fondé ou occupé le premier après la conquête; et il n'y 



-47 



GALAAD 



43 



aurait pas à les chercher au même lieu. Ed. Castell, 
Lexicon heptaglotton, Londres, 1669, t. i, col. 562. — 
2° D'autres interprètes nient que la Bible indiqué l'exis- 
tence d'une ville appelée Galaad. D'après eux, le passage 
des Juges doit se traduire : « Jephté fut enseveli dans 
une des villes de Galaad, » ou « dans sa ville [qui est] 
en Galaad ». Galaad serait un génitif. La ville de Jephté, 
c'est Maspha, Jud., xi, 34; elle ne peut avoir été appelée 
en même temps Galaad. 

Josèphe, Ant. jud., V, vu, 12, traduisant textuellement 
le passage Jud., xu, 7, appelle la ville de Jephté, où il 
fut enseveli, Eeësrjc, Sebée ou Sévée. Ce nom est sans 
doute celui usité de son temps, dérivant par corruption 
de Maspha. Dans le passage d'Osée, le mot qiriaf, civitas, 
peut être employé comme collectif, pour toutes les villes 
de Galaad. Peut-être encore au lieu de Galaad faut-il lire 
Galgala : c'est la leçon donnée par Théodoret, In Ose., 
t. xxxi, col. 1585. Le témoignage d'Eusèbe et de saitt 
Jérôme sur ce point n'est pas celui d'une tradition locale ; 
ils reproduisent seulement la lecture admise par eux des 
passages cités;, ils ont pris à tort, Num., xxxn, 39, le 
nom de Galaad pour celui d'une ville, il y est questicn 
de tout le pays alors occupé par les Amorrhéens. Bon- 
frère, In librum Jud., dans Migne, Cursus Scriptwœ 
sacrx, t. vm, col. 925, et dans Onomaslicon urbium et 
locorum Scripturse sacrée, édit. Jean Clerc, Amsterdam, 
1707, p. 80, note 7; Math. Polus, Synopsis criticorum, 
Francfort-sur-le-Main, 1712, t. i, In Gènes., col. 1066; 
t. m, In Ose., col. 1603. 

Ces opinions ne sont pas inconciliables. Si les deux 
passages cités de la Bible permettent la controverse, 
l'existence d'une Maspha en Galaad est indéniable. Les 
versets comparés de Gen., xxxi, 49 (hébreu); Jud., xi, 
11 ; Osée, v, 1 (hébreu), et vi, 8, à cause de la vénération 
religieuse qui y est constatée à l'égard de Maspha et de 
Galaad, autorisent à croire, bien qu'ils n'en donnent pas 
la certitude, Maspha de Jephté où il va prier, Maspha tt 
Galaad d'Osée identiques à Mispâh de Gen., xxxi, 49. 
S'il s'agit de ce Maspha, il a pu être appelé à l'occasion 
Galaad, quoique ce ne fût pas son nom propre et ordi- 
naire, parce que, sur son territoire, s'élevait le monument 
commémoratif appelé Galaad. Deux ruines conservent 
aujourd'hui ce même nom : le khirbet Gil'âd, situé à 
dix kilomètres au nord d'es-Salt et le khirbet Gil'ûd, 
situé environ trois kilomètres plus au nord; toutes deux 
sont sur les collines qui s'abaissent peu à peu vers le 
Zerqa', du côté du sud. Elles ne peuvent avoir d'autre 
rapport avec le Gal'êd-Mispàh que le nom; le site de 
celui-ci doit, selon toute vraisemblance, se chercher au 
nord du Zerqa ', l'ancien Jaboc. Aucun document n'empê- 
cherait mais aucun n'autoriserait non plus d'identifier avec 
l'une ou l'autre de ces ruines le Galaad d'Osée et le 
Galaad-Mispah de Jephté. Il faut en dire autant des di- 
verses localités avec lesquelles les géographes modernes 
identifient souvent Ramoth de Galaad et Ramoth-ham- 
Mispâh, selon eux identiques aussi à Maspha de Jephté 
et à Galaad d'Osée. Ce prophète ne donne aucune indi- 
cation et celles du livre des Juges sont peu précises. Voir 
Maspha, Ramoth de Galaad et Ramoth-Masphé. 

L. Heidet. 
6. GALAAD, contrée montagneuse du pays d'Israël, à 
l'est du Jourdain. 

I. Nom. — Le pays de Galaad est cité environ cent fois 
dans la Bible; soixante-quinze ou seize fois il est désigné 
du seul nom de Galaad, GiVâd, dix-huit fois ou dix- 
neuf par celui de « terre de Galaad », 'érés Gil'âd, 
six fois par celui de « mont » ou « monts de Galaad », 
bar hag-Gil'âd ou har Gil'âd, sans article, dans les 
livres poétiques. Il se rencontre dans la plupart des livres 
de l'Ancien Testament et n'apparaît plus dans le Nouveau. 
Dans la version grecque et dans la latine de I Mach., 
deux fois exceptées, v, 9 et 55, où se trouve la forme 
hébraïque usitée dans les autres livres, la dénomination 



« terre de Galaad » est remplacée par la forme des noms 
de pays raXaaSréiç, Galaaditis, « Galaditide. » Josèphe 
emploie encore fréquemment la forme TaXaS-jp^ç, « Gala- 
dène. » L'ethnique Gil'adi, pluriel Gil'adim, IV Reg., 
xv, 25; 'anSê Gil'âd, « hommes de Galaad, » Jud., xn r 
4, 5; ou collectif Gil'âd, Jud., xil, 5, est rendu dans 
les versions par raXaà5i)Tr)i:, Galaaditis, Galaadita, 
« Galaadite; » Josèphe fait usage aussi de raXa&riv<S«. 
Le pays de Galaad prit ce nom du monceau de pierre 
élevé par Jacob sur son territoire. Gen., xxxi, 48. Voir 
Galaad 4. Cf. Josèphe, Ant. jud., I, xix, 11. 

Le nom de Galaad dut être employé d'abord exclusive- 
ment par les fils de Jacob pour désigner d'une manière 
générale la région où se trouvait le monument élevé par 
leur père; Moïse en fit un usage constant et il fut uni- 
versellement accepté par son peuple après la conquête. 
Le pays de Galaad était compris auparavant dans la dési- 
gnation générale de « terre des Amorrhéens », et peut- 
être dans les dénominations spéciales de Basan ou d'Argob. 
Cf. Num., xxi, 31, 33; Deut., n, 24; m, 2, 8-16; Jos., 
xin, 4, 10,21;xxiv,8; Jud.,i,36;x,8;xi,19,21,23;Amos, 
il, 9, 10. Voir Basan et Argob. Le nom de Galaad, d'ori- 
gine et usage israëlites, ne parait pas avoir été cependant 
complètement ignoré des étrangers. On croit l'avoir re- 
connu dans la forme mutilée Gala..., d'une inscription 
cunéiforme dans laquelle Théglathphalasar III raconte sont 
expédition contre la Syrie et le royaume d'Israël (734). 
Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 
6* édit., Paris, 1896, t. m, p. 522-524. Sous la domina- 
tion romaine, le nom de Galaad tomba dans l'oubli et le 
pays fut désigné de l'appellation commune « au delà du 
Jourdain », it£pav to0 UopSôvou, trans Jordanem. Les 
Évangiles ne le désignent plus autrement. Cf. Matth., iv, 
15, 25; Marc, m, 8; x, 1; Joa., i, 28; m, 26; x, 40. C'est 
la traduction littérale de l'expression 'êbér hay-Yardên, 
par laquelle la Bible indique souvent la même région, 
et qui est constamment employée comme nom propre 
dans les Talmuds et les écrivains juifs. Mischna, Baba 
bathra, m, 2; ibid., Kethuboth, xm, 9, etc. Cf. A. Neu- 
bauer, Géographie du Talmud, in-8", Paris, 1868, p. 55. 
On a fait de là le mot Pérée. Voir Pérée. Depuis la con- 
quête arabe le nord de Galaad est connu sous le nom de 
Djebel 'Àdjlûn et le sud sous celui de Belqa'. Si l'on 
entend parfois aujourd'hui le nom de Djebel Djile'ad chez 
les habitants de la contrée pour désigner les montagnes 
qui s'étendent au nord d'es-Salt jusqu'au Zerqa', c'est 
de la bouche des chrétiens qui lisent la Bible; il est 
inconnu aux Bédouins et aux autres musulmans. 

II. Géographie. — 1» Étendue. — La région de Galaad 
est au delà, c'est-à-dire à l'est du Jourdain. Gen., xxxi; 
xxxii,10; Jud., v,17.etc. Elle estau nord de l'Arnon (ouadï 
Môdjeb), au nord d'Hésébon et avant d'atteindre Dan et 
le mont Hermon : les Israélites la conquirent avant de 
traverser le Jourdain et elle fait partie du territoire des 
tribus orientales d'Israël, compris entre l'Arnon au sud 
et PHermon au nord, le Jourdain à l'ouest et le désert 
habité par les Arabes nomades à l'est. Num., xxxn, 1, 
29, 30, 39-40; Deut., n, 36; m, 10, 16; iv, 41, 49; xxxiv,. 
1; Jos., xii, 1, 2; xm, 8, 11, 25, 31, 32; xxn, 9, 32; 
I Par., v, 9, 10, etc. La région de Galaad est bornée à 
l'ouest par le Jourdain, qui la sépare de la terre de Cha- 
naan; au nord, à l'est et au sud elle ne parait jamais 
avoir eu de frontières fixes et déterminées et son étendue" 
a été des plus variables. Dans le principe, les fils de 
Jacob, sous le nom de Galaad, avaient sans doute entendu 
désigner d'une manière vague seulement le pays où leur 
père avait dressé le monument de pierre de Galaad : 
probablement la seule région appelée aujourd'hui « pays » 
ou « montagne de 'Adjloûn», comprise entre le Sertat el- 
Menâdréh, l'ancien Yarmouk au nord, le Zerqa' ou Jaboc- 
au sud, la vallée du Jourdain à l'ouest et le IJamad oa 
désert au delà de DjérâS à l'est. C'est la moindre étendue 
qui ait jamais été attribuée à Galaad, mais c'en est néan- 



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moins la partie essentielle qui a donné son nom au reste 
du pays. Dans son extension la plus large, le pays de 
Galaad embrasse tout le territoire concédé, au delà du 
Jourdain, aux tribus de Ruben, de Gad et à la demi- 
tribu de Manassé, depuis TArnon an sud, jusqu'à Dan 
et au Hermon, au nord. Dans cette acception, les fron- 
tières du côté de l'orient et du nord-est, et, vers la fin 
du royaume d'Israël, les frontières du sud, ont souvent 
varié, s'avançant ou reculaut, suivant les vicissitudes de 
la puissance d'Israël. Celles de l'est semblent s'être avan- 
cées jusqu'aux montagnes du Hauran et jusque dans le 
désert vers l'Euphrate. Plus d'une fois Galaad parait avoir 
cette signification étendue dans la bouche de Moïse, 
Deut., m,8, 16; xxxiv, 1; de même Josué,xn, 1-6; xxii, 
9, 13, 15, 32; souvent aussi dans les autres livres de la 
Bible comme Jud.,v,17; x, 8,17, 18; xi, 5,8, 11; xn, 4; 
II Reg., il, 9; IV Reg., xv, 29; I Par., v, 9, 10; xxvil, 
21; Judith, i, 8 (grec); Ezech., xlvii, 18"; Àmos, i, 3, 
13; Âbdias, 19; Zach.,x, 10;IMach., généralement. Fré- 
quemment Galaad est distingué des pays de Basan, 
d'Ârgob et de Gaulon, faisant cependant eux aussi partie 
du territoire des tribus orientales ; ou encore de la région 
du sud, depuis Hésébon à PArnon, qui avait jadis appar- 
tenu aux Moabites et rentra en leur possession dans la 
suite. Deut., i, 5; m, 10, 13-16; xxxiv, 1, 5, 6, 8; Jos., 
xn, 2, 4, 5; xni, 11, 30, 32; IV Reg., x, 33; I Par., v, 
16; Jer., xlviii; Ezech., xxv, 9; Amos, n, 2. Dans cette 
condition le pays de Galaad est restreint entre le Yar- 
mouk au nord, l'ouadi Kefrein ou peut-être l'ouaci 
Hesbdn au sud et DjérâS à l'est. Il forme une sorte de 
quadrilatère d'une longueur à vol d'oiseau de près de 
cent kilomètres, et de trente-cinq de largeur. Chacune 
des deux parties de la contrée, divisée par le Jaboc était 
appelée une « moitié de Galaad ». C'est Galaad propre- 
ment dit, le Galaad de toutes les époques de l'histoire, 
celui dont nous nous occuperons spécialement. 

II. Description. — 1° Montagnes. — Ainsi limité, 
Galaad est un massif de montagnes compactes fermant à 
l'est la vallée du Jourdain, parallèlement aux montagnes 
de Judée et de Samarie qui la bordent du côté de l'ouest. 
Elles sont formées par les profonds ravins qui terminent 
ainsi le haut plateau du IJamâd ou désert de Syrie. Le 
calcaire se trouve partout ; il est mêlé de basalte dans là 
partie la plus septentrionale. Du côté de l'ouest les monta- 
gnes de Galaad, dominant d'une hauteur de plus de douze 
cents mètres la vallée du Jourdain, avec leurs gorges 
nombreuses et profondes, présentent un aspect imposant; 
du côté de l'est, s'élevant à peine de deux cents mètres 
au-dessus du plateau, elles semblent de basses collines for- 
mant un rebord à la plaine. L'altitude moyenne des mon- 
tagnes est de 900 mètres. Les sommets les plus élevés sont, 
au nord du Zerqa' le Djebel IJakkart dont l'altitude au- 
dessus de la Méditerranée est de 1 085 mètres ; au sud le 
Djebel HôSa' près de Sait, le plus élevé de tous, a 1 096 mè- 
tres (flg. 7). Ce sommet porte le nom du prophète 
Osée, Nébi H osa', du sanctuaire qui lui est consacré sur 
la montagne. Les musulmans et les chrétiens y viennent 
de loin en pèlerinage. Ils prétendent que c'est le lieu de 
sépulture du prophète. Un autre sommet non moins 
célèbre c'est le Djebel Mâr Elias, « le mont de saint 
Élie » (fig. 8). Sa hauteur dépasse 900 -mètres. Il est 
situé au nord du Zerqa, à l'ouest de Matynéh et à l'est 
dUEl-Estéb, tenu pour l'ancienne Thesbé, patrie du pro- 
phète. La partie supérieure du mont est couverte de 
débris de constructions, parmi lesquelles on remarque 
des colonnes de marbre et des chapiteaux corinthiens, ce 
sont les restes d'un ancien monastère et d'une église 
dédiée à Élie, d'après les chrétiens de la contrée, qui 
chaque année, le jour de la fête du prophète, s'y rendent 
en foule pour y célébrer les saints mystères. 

2» Cours d'eaux. — Ces montagnes sont découpées 
par d'innombrables vallées ou torrents dont les artères 
principales se rendent toutes en serpentant vers le Jour- 



dain, auquel elles apportent le tribut d'eaux abondantes. 
Les plus remarquables sont, en descendant du nord au 
sud, le Seri'at el-Menâdréh, l'ouadi 'eWArab, l'ouadi 
Yâbis, l'ouadi 'Adjloûn, l'ouadi Râdjib, l'ouadi Zerqa', 
l'ouadi SdHb et l'ouadi Kefrein. Le Seri'at eV-Menâdréh 
est l'Yarmouk des Juifs et le Hiéromax des Grecs; ses 
eaux sont presque aussi abondantes que celles du Jour- 
dain. Le Zerqa' est l'ancien Jaboc. Cette vallée, la plus 
profonde et aux berges les plus escarpées, divise Galaad 
en deux parties à peu près égales. Voir JABOC. L'ouadi 
Yàbis est encore appelé par les indigènes ouadi Mâr 
Elias, « le torrent de saint Élie, » parce que c'est là, 
disent-ils, qu'il se cacha lorsqu'il fuyait la colère d'Achàb. 
Cette tradition est mentionnée au xrv e siècle par le rab- 
bin Estori ha-Parchi qui vivait à Beissân. Caftor va-Fé- 
rach, édit. Luncz, in-12, Jérusalem, 1897, p. 311-312. La 
contrée qui s'étend sur le bord du Yâbis, au nord, est 
nommée le Kora' : Xoppâ, Chorra, c'est le nom donné 
par les Septante au torrent de Carith, usité chez les chré- 
tiens du IV e siècle. Ces renseignements confirment l'iden- 
tité de l'ouadi Yâbis avec le Carith. Voir Carith, t. n, 
col. 286-288. 

3° Flore et faune. — Galaad avait jadis de vastes forêts 
djchênes,detérébinthes,d'autresarbres,etcelled'Éphraïm 
est connue par la mort tragique d'Absalom. II Reg., xviii, 
6, 9. Elles produisaient en abondance des résines di- 
verses et des baumes précieux devenus célèbres dans 
le monde entier. Gen., xxxvn, 26; Jér.,xm, 22; xlvi, 11; 
voir Balanite, t. i, col. 1406-1409; Baumier, col. 1519- 
1521. Jérémie, xxii, 6-3, compare Galaad au Liban et 
semble indiquer parmi ses arbres la présence du 
cèdre. Les guerres qui ravagèrent le pays en ayant enlevé 
presque tous les habitants, les arbres envahirent tout. 
Ils avaient fini par recouvrir jusqu'aux ruines des an- 
ciennes villes et tout le pays de Galaad était devenu une 
immense forêt où croissaient le térébinthe, le lentisque, 
l'arbre de Judée appelé qêqâb par les Arabes, le pin, le 
platane, en quelques lieux l'olivier sauvage, mais où 
dominait le chêne. Dans les fourrés impénétrables 
vivaient le chacal, le renard, le chat-tigre, le loup, la 
hyène, la panthère et surtout des légions de sangliers 
qui n'ont pas entièrement disparu. Le fer et le feu, avec 
les Circassiens musulmans immigrés après la guerre 
turco-russe de 1878, sont entrés dans ces grands bois; il 
ne faudra pas de longues années pour rendre les monts 
de Galaad aussi dénudés et désolés que les monts de Judée. 
Galaad fut recherché par les Rubénites et les Gadites 
pour ses pâturages. Num., xxxii, 1, 4; cf. Michée, vu, 
14. Aujourd'hui les Bédouins, alors qu'il n'y a plus un 
brin d'herbe ailleurs, viennent du fond du désert faire 
paître, à travers les districts de Salf et de 'Adjlûn, 
leurs innombrables troupeaux de chèvres, de brebis, de 
bœufs et de chameaux. Salomon, Cant., rv, 1 ; vi, 4, com- 
parait la chevelure de la bien-aimée aux troupeaux de 
chèvres montant de Galaad ; les animaux, dans cette ré- 
gion, se font encore remarquer par la grandeur de leur 
taille, la beauté et la noblesse de leur port. Le sol de 
Galaad n'est guère moins pierreux que celui de la Judée; 
la terre végétale y est cependant assez abondante pour 
permettre à peu près partout la culture. Elle y est de 
couleur brunâtre et très fertile. Les terrains à pente douce 
ou presque plats se prêtant à la culture du blé, de l'orge 
ou des autres céréales, ne font pas défaut; mais tous 
semblent plus spécialement disposés pour la culture de 
la vigne. Les nombreux rochers taillés en pressoirs qui 
se trouvent en tout lieu, montrent qu'elle n'a pas été 
négligée par ses anciens habitants; les beaux vignobles 
des alentours de Sait, de 'Andjéra, de 'Adjlûn et 
d'autres endroits prouvent qu'elle pourrait être reprise 
avec succès. L'olivier, le figuier, le grenadier, l'aman- 
dier, le pêcher et l'abricotier, le prunier, le poirier, le 
pommier, l'oranger et le citronnier croissent dans les 
jardins et au bord des ruisseaux; leurs fruits ne sont 



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m 



pas moins bons que ceux de Judée et de Samarie. 
4» Villes. — Plusieurs villes de Galaad sont mention- 
nées dans les saints Livres. Ramoth de Galaad et Jabès 
de Galaad qui sont attribuées à cette contrée par leurs 
noms mêmes, sont fréquemment nommées. Maspha lui 
est assignée par l'ethnique a galaadite » donnée Jephté qui 
est originaire de cette ville, Jud., xi, 1; de même Maha- 
naïm, ville de Berzellaï le Galaadite, II Reg., xvii, 
27, etc., de, même encore Thesbé, patrie d'Élie le Galaar- 
dite. III Reg., xvn, 1. Jaser, Betonim, Jegbaa, Beth- 
Nimra, Aroër près de Rabbath, Socoth, Phanuel,Éphron, 
paraissent être de Galaad d'après le contexte biblique, 
clair pour celles-ci, moins clair pour quelques autres loca- 
lités. Les villes de Gadara et Gérasa, qui, selon quelques 
interprètes, ont formé les noms .ethniques de l'Évangile 
Gadaréniens et Géraséens, appartenaient à Galaad. Jo- 
sè$he,Ant.jud., XIII,xin,5; cf.A.Neubauer, Géographie 



peu à peu vers le sud-ouest et le Jourdain, lorsqu'il ren- 
contra sur son chemin une troupe d'anges et appela ce 
lieu Mahanatm, « les deux camps. » De là il envoya des 
messagers à son frère Ésaû. Jacob était encore en Galaad 
quand les envoyés vinrent lui annoncer l'approche de 
son frère avec quatre cents hommes. Jacob était arrivé 
sur le bord du Jaboc. Après avoir fait franchir cette 
rivière à sa famille, il soutint la lutte mystérieuse après 
laquelle il fut appelé par son antagoniste Israël. Jacob 
appela cet endroit Phanuel, « face de Dieu. » Peu 
après il était rejoint par Ésaû qui se réconcilia avec lui. 
Avant de passer le Jourdain et de rentrer en Chanaan, 
Jacob séjourna quelque temps encore en cette région, 
au bas des monts de Galaad; il appela le lieu de son 
campement Socoth, « les tentes. » Gen., xxii-xxiii. 
Dès cette époque lointaine, Galaad exerçait déjà le com- 
merce avec ses produits; les marchands qui achetèrent 




7. — Djebel Hosa, près d'Es-Salt. D'après une photographie de M. L. Heidet. 



du Talmud, 1868. p. 250. Ces villes n'étaient pas les 
seules ; sur la plupart des sommets de Galaad s'élevaient 
des cités et des bourgades; c'est ce que démontrent les 
ruines antiques que l'on trouve dans le pays de 'Adjloûn 
et dans le Belqa'. 

III. Histoire. — 1» A vant la captivité de Babylone. — 
Dans les temps les plus reculés, on voit le pays de 
Galaad habité par la race des Raphaïm ou des « Géants ». 
Vaincus à Astaroth Carnaïm par Chodorlahomor dont 
ils avaient voulu secouer le joug, ils durent laisser le roi 
..d'Élam et ses alliés parcourir la région pour se rendre 
à Sodome. Gen., xiv, 5. Ces populations étaient appelées 
les Émim par les Moabites et les Zuzim ou Zomzommin 
par les Ammonites. Les descendants de Lot s'emparèrent 
sur elles de toute la région qui devait former, au delà 
du Jaboc, la partie méridionale de Galaad; mais les 
Amorrhéens devenus maîtres du pays au nord du même 
fleuve, refoulèrent les Moabites au delà de l'Arnon et 
les Ammonites vers l'est, au delà de Jazer. Gen., xrv, 5 
et Deut., il, 10-11, 20-21; m, 11-13; Num., xxi, 2&30. 
Ce peuple était en possession de toutes les montagnes 
de Galaad quand Jacob venant de Haran y arriva. Voir 
Galaad 2. Après s'être séparé de Lacan, Jacob s'avançait 



Joseph venaient de Galaad avec leurs chameaux chargés 
de résines aromatiques qu'ils allaient vendre en Egypte. 
Gen., xxxvn, 25. — A l'arrivée de Moïse avec les enfants 
d'Israël, Séhon, roi des Amorrhéens, qui habitait Hésé- 
bon et régnait sur le sud de Galaad, voulut s'opposer au 
passage des Hébreux. Moïse le battit et s'empara de tout 
le territoire jusqu'au Jaboc. Les Gadites et les Rubénites 
l'ayant demandé pour leur part, Moïse le leur concéda, 
à la condition qu'ils assisteraient leurs frères dans la 
conquête de la terre de Chanaan. Ils laissèrent leurs 
femmes, leurs enfants et leurs troupeaux dans les villes 
préparées et fortifiées par eux, et ils passèrent le Jaboc 
avec le reste de l'armée. Le roi de Basan, Og, rejeton des 
Raphaïm, régnait sur le pays au nord du fleuve. Il 
s'avança contre les Israélites et les rencontra près d'Édréi. 
Il fut défait et toute la partie nord de Galaad devint 
ainsi la possession des Hébreux. Moïse la donna à Gad 
et à la famille de Machir, de la tribu de Manassé, qui 
avait particulièrement contribué à la conquête de la 
région. Num., xxi t 21-35; xxxii, 39-42; Deut., h, 26-37; 
ni, 1-20; Jos., rv, 12; I Par., h, 21-22. — La conquête 
de Chanaan achevée, la propriété de Galaad et de toute 
la terre transjordanienne fut confirmée par Josné et 



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l'assemblée de Silo aux denx tribus de Gad et de Rubcn 
et à la demi-tribu de Manassé. Gad reçut toute la région 
de Galaad au sud du Jaboc, jusqu'à Hésébon et Elealé 
et une part de la région septentrionale. Cette portion 
s'étendait d'est à ouest, de Mahanaïm au Jourdain et du 
snd au nord, du Jaboc au lac de Cinnéreth. Manassé eut 
le reste et le pays de Basan et d'Argob. Onze villes 
furent assignées aux lévites pour leur habitation dans 
la transjordane, dont trois de la tribu de Gad apparte- 
naient au pays de Galaad proprement dit : c'étaient 
Ramoth, Mahanaïm et Jazer. Ramoth fut désignée en 
outre pour ville de refuge. Les lévites habitant Galaad 
appartenaient aux familles de Gerson et de Mérari. Josué, 
mi, 8-32; xvii, 1-6; xx, 8; xxi, 7, 27, 36-37. Les habi- 
tants de Galaad séparés de leurs frères par le Jourdain 
négligèrent plus d'une fois d'aller les assister contre 
leurs ennemis. Débora leur reprocha leur indifférence 



Londres, 1890, p. 137-138. — Les trente Bis de Jaïr étaient 
chefs de trente villes appelées Havoth Jaïr dont une 
partie devait être aux alentours de Camon. — Jephté 
délivra Galaad du joug des Ammonites qui depuis dix- 
huit ans l'opprimaient durement. Les Galaadites don- 
nèrent le signal de l'indépendance en rejetant toutes les 
divinités étrangères. Ils mirent à leur tête Jephté qui fut 
proclamé à Maspha chef de tout le peuple de Galaad et 
les délivra du joug de ses ennemis. Jud., x, 8-18; xi. 
Les Éphraïmites, se plaignant de n'avoir pas été* appelés 
à prendre part à la guerre contre les Ammonites, pas- 
sèrent le Jourdain et envahirent Galaad. Jephté appela 
à son aide tous les habitants de Galaad, battit les Éphraï- 
mites et fit immoler les fuyards sur les bords du Jour- 
dain dont il avait fait surveiller les gués. Jud., xo. "Voir 
Jephté. Cinquante ans environ après la mort de Jephté, 
les Ammonites, conduits par Naas leur roi, envahirent 




8. — Djebel Mâr-Éiias. D'après une photographie de M. L. Heidet. 



pour n'avoir pas pris part à la guerre contre Jabin, roi 
d'Azor, et les Chananéens coalisés, Jud., v, 17 ; Gédéon 
châtia sévèrement les habitants de Socoth et de Phanuel, 
pour avoir refusé de fournir du pain à lui et à ses guer- 
riers, alors qu'il poursuivait à travers le pays de Galaad 
les Madianites vaincus et en fuite, Ibid., vin, 6-9, 13-17; 
les habitants de Jabès furent exterminés pour n'avoir 
pas répondu à l'appel de l'assemblée de la nation et 
n'être pas venus prendre part à la guerre contre Ben- 
jamin. Ibid., xxi, 8-11. D'après la lecture actuelle, Jud., 
Vil, 3, il semblerait que Gédéon, avant d'attaquer les 
Madianites, fût campé dans les monts de Galaad, mais il 
faut lire en cet endroit Gelboé au lieu de Galaad : c'est 
de Gelboé en effet qu'il doit descendre pour se rendre à 
la fontaine de Harad. Voir IIarad. Plus d'une fois les 
Galaadites tombèrent dans l'idolâtrie comme leurs frères 
de l'autre rive du Jourdain, et comme eux ils subirent la 
domination étrangère etsa tyrannie. Deux juges originaires 
de Galaad, les défendirent et les délivrèrent : Jaïr et 
Jephté. Jaïr appartenait à Manassé. Il jugea son peuple 
vingt-deux ans et fut enseveli à Camon sa patrie. Jud., x, 
3-6. Cf. Estori Parchi, Caftor va-Phérach, ch. 21, édit 
J.uncz, p. 311 ; G. Schumacher, Northern 'Adjlûn, in-8°, 



de nouveau le pays de Galaad, passèrent le Jaboc et 
vinrent mettre le siège devant Jabès. Saûl, qui venait 
d'être proclamé roi, franchit le Jourdain avec une im- 
mense armée, tomba sur le camp des Ammonites avant 
la fin de la nuit et les mit en complète déroute. 1 Reg., 
xi, 1-11. Peu de temps après, Galaad servit de refuge 
aux fuyards abandonnant la région à l'Occident du Jour- 
dain devant l'invasion des Philistins. I Reg., xiii, 7. II 
offrit quelque temps la sépulture aux ossements du roi 
Saûl et de Jonathas son fils, ensevelis par les habitants 
de Jabès dans un bosquet voisin de leur ville, jusqu'au 
jour où David les fit prendre pour les ensevelir dans le 
tombeau des ancêtres de Saûl. I Reg., xxxi, 8-13; II Reg., 
H, 4-7; xxi, 12-14. A la mort de Saûl, le pays de Galaad 
se soumit à Isboseth son fils. II Reg., n, 9. Abner, chef 
de l'armée d'Isboseth, vaincu par Joab, chef de l'armée 
de David, chercha un asile en Galaad et vint à Mahanaïm. 
Ibid., 29. David fuyant devant Absalom se retira aussi 
en Galaad et à Mahanaïm. Il fut généreusement accueilli 
par les Galaadites qui lui offrirent un lit, de la vaisselle 
et toutes sortes de provisions pour lui et ses hommes. 
II Reg., xvii, 22, 24, 27-29; xix, 32. (La Vulgate dans 
ces passages traduit Mahanaïm par Castra.) Absalom 



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poursuivant son père, passa à son tour en Galaad. II Reg., 
xvii, 26. Le combat entre l'armée de David et l'armée du 
révolté se livra dans la forêt d'Éphraïm, au nord du Jaboc 
et non loin sans doute de la localité appelée aujourd'hui 
Fâra'. Voir Épiiraïm (Forêt d'), t. h, col. 1880. L'armée 
d'AJbsalom fut vaincue et dispersée et Galaad devint le 
tombeau de son chef. II Reg., xvm. Des délégués de 
Juda vinrent en Galaad prendre David pour le ramener 
en Judée. Le vieux Galaadite Berzellai qui avait assisté 
David de ses biens, l'accompagna jusqu'au Jourdain, 
mais ne voulut'point quitter son pays. II Reg., xix, 9-40. 
Le recensement exécuté par Joab, la quarantième année 
du règne de David, constata en Galaad deux mille sept 
chefs de groupes de famille de grande valeur; ils furent 
préposés au pays pour tout ce qui concernait le culte 
divin et le service du roi. II Reg., xxiv, 5-6; I Par., 
xxvi, 31-32. Jaddo, fils de Zacharie, était chargé de la 
demi-tribu de Manassé. I Par., xxvn, 21. Sous Salo- 
mon, les préfets de tribut en Galaad étaient Bengaberà 
Ramoth de Galaad et Ahinadab fils d'Addo à Mahanaîm ; 
Gaber,filsd'Uri, avait sous lui le pays qui avait appartenu 
à Séhon et à Og (probablement la portion du royaume 
de ce dernier qui se trouvait au sud du Jaboc). III Reg., 
iv, 13-14. La gloire la plus pure de Galaad est d'avoir 
donné la naissance au prophète Élie et de l'avoir dérobé 
à la fureur d'Achab et de Jézabel. Peut-être est-il en 
droit de revendiquer encore le prophète Osée, comme 
le prétend une tradition actuelle. 

Les Syriens, avec leur roi Bénadad II, envahirent Ga- 
laad au temps d'Achab, et s'emparèrent de Ramoth. 
Achab, voulant reprendre cette ville, s'avança en Galaad, 
accompagné par Josaphat, roi de Juda ; mais il fut 
atteint d'une flèche dès le commencement du combat, 
mourut le même jour et son armée s'éloigna. III Reg., 
xxn, 1-36; II Par., xvm. Joram, fils et deuxième suc- 
cesseur d'Achab, porta de nouveau la guerre en Ga- 
laad ; il ne réussit pas mieux que son père j blessé 
comme lui d'une flèche, il se retira laissant Jéhu géné- 
ral des troupes continuer la lutte. Un disciple d'Elisée 
envoyé par le prophète vint à Jéhu, le sacra roi et le 
chargea, au nom du Seigneur, de venger les crimes 
commis par la maison d'Achab. L'expédition parait avoir 
été abandonnée. IV Reg., vm, 26-29 ; ix ; II Par,, xxn, 
5-6. Tandis que Jéhu régnait sur Israël, Hazaël, succes- 
seur de Bénadad II, sur le trône de Damas, se jeta 
sur Galaad et le parcourut en tout sens, pillant, incen- 
diant et commettant les plus affreuses atrocités. IV Reg., 
x, 32-33; xm, 3. Cf. vm, 10-12; Jos., Ant. jud., IX, 
vin, 1. Le prophète Amos, i, 3,13, annonce des châti- 
ments à Damas etaux Ammonites pouravoir écrasé Galaad 
sous les herses de fer et éventré les femmes en- 
ceintes. Sous lés règnes de Joachaz, fils de Jéhu, et de 
Joas, frère et successeur de Joachaz, Galaad avait été 
délivré quelques instants, ainsi que le reste d'Israël, de 
la longue et dure tyrannie des Syriens. IV Reg., xm, 
4-5, 23-25. Jéroboam II, fils de Joas et son successeur, 
brisa le joug de Damas et l'assujettit elle-même. IV Reg., 
Xiv, 26-28. Galaad eut encore quelques jours de prospé- 
rité. Le recensement opéré' sous ce roi compte pour le 
pays transjordanien quarante-quatre mille sept cent 
soixante guerriers munis de boucliers, d'épées et d'arcs, 
parfaitement formés à la guerre. Aidés de leurs voisins, 
ils combattirent les Agaréens vivant à l'est de Ga- 
laad, leur tuèrent un grand nombre d'hommes, firent 
prisonniers cent mille autres et ramenèrent cinquante 
mille chameaux, deux cent cinquante mille brebis et 
deux mille ânes. Le peuple de Galaad était innom- 
brable; il occupa le pays des Agi réens jusqu'à la capti- 
vité. II Par., v, 11-23. 

Les Galaadites, quand éclata le schisme de Jéroboam l' r , 
avaient accepté le culte du veau d'or et s'étaient livrés 
à tous les désordres qu'il entraînait à sa suite ; ils de- 
vaient subir le châtiment annoncé par les prophètes à 



Israël coupable et être emmenés en captivité. Ose., vi, 8; 
xii, 11. Cf. x, 6; IV Reg., xvn, 23. Sous le règne de 
Phacée, Théglathphalasar envahit le nord et l'est du 
royaume d'Israël et transporta les habitants de Galaad, 
avec ceux de la Galilée supérieure, en Assyrie (731). 
IV Reg., xv, 29. Les inscriptions cunéiformes font men- 
tion de l'événement et ajoutent que le roi assyrien 
institua ses généraux gouverneurs de ces provinces dé- 
peuplées. Western Asiatic Inscription, t. m, p. 10, 
n° 2. Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes mo- 
dernes, 6" édit., 1896, t. m, p. 522-524. Treize ans plus 
tard, les restes des tribus de Gad, de Ruben et de Ma- 
nassé oriental demeurés en Galaad furent déportés à 
Hala, à Habor et sur les rives du fleuve Gozan (721), 
avec les autres Israélites faits captifs après la prise de 
Samarie. I Par., v, 26. Cf. IV Reg., xvn, 23. 

Le pays de Galaad fut occupé alors par les Ammo- 
nites, les Moabites et probablement aussi par les Arabes 
ismaélites, iduméens ou madianites qui habitaient le 
désert à l'orient. Cf. Is., xv ; Jer., xlviii ; xlix, 1 ; 
Amos, i, 13. Ces populations s'unirent aux Syriens et 
à leurs voisins pour repousser les prétentions du roi 
d'Assyrie [Assurbanipal] leur demandant de s'assujettir 
à lui payer le tribut. Judith, grec, i, 8. (Dans la Vul- 
gate on lit Cédar au lieu de Galaad.) Une armée con- 
duite par Holopherne vint venger le roi d'Assyrie de ce 
refus. La terre de Moab et d'Ammon, dont Galaad for- 
mait la principale partie, est spécialement mentionnée 
parmi les pays qui furent dévastés et dont les habitants 
furent passés au fil de l'épée. Judith, i, 12. Les villes 
de la région du Jaboc, d'après la version Peschito, 
Judith, il, 14, furent détruites. La Vulgate lit Mambré 
pour Jaboc; le grec, n, 24, porte 'A6p<iva. Les popula- 
tions terrifiées députèrent des ambassadeurs au puissant 
monarque pour faire acte de la plus entière soumis- 
sion. Cette démarche n'évita pas à leurs pays une nou- 
velle dévastation. Les villes furent détruites, les arbres 
coupés et les habitants enrôlés par force dans les 
troupes auxiliaires réunies pour marcher avec les troupes 
régulières contre la Samarie et la Judée. Les peuples occu- 
pant Galaad, Moabites, Ammonites, Iduméens, se trou- 
vaient dans l'armée faisant le siège de Béthulie. Judith, 
m. Cf. Judith, Vulgate, v, 23; vil, 8; grec, vi, 1 ; vu, 8, 
17-18. La concentration des forces eut lieu, d'après la 
Vulgate, Judith, n, 14-15, dans la terre de Gabaa, habi- 
tée par les Iduméens. Peut-être faudrait-il lire Galaad. 
Les habitants de Galaad, en apprenant la mort d'Holo- 
pherne, se joignirent aux Juifs et aux Galiléens pour 
poursuivre les soldats assyriens en fuite. Judith, xv, 5 
(grec). 

Plus d'une fois, pendant les invasions de Sennachérib 
et de Nabuchodonosor, les fugitifs juifs cherchèrent une 
retraite en Galaad; il y furent mal accueillis par les- 
Ammonites et les Moabites possesseurs du pays. Les 
prophètes reprennent ceux-ci et leur annoncent qu'eux 
aussi seront expulsés à leur Itour, que Galaad reverra, 
ses anciens habitants, les fils d'Israël, et reprendra son 
antique splendeur. Jer., xlix, 1-3; l, 19; Amos, i, 13- 
15; Abdias, 19; Zach., x, 10. Cf. Is., xvi; Ezech., xxv; 
Soph., n, 8-10. 

2° Depuis la captivité jusqu'à Jésus-Christ. — De re- 
tour de Babylone, les Juifs ne tardèrent pas à s'établir 
dans le pays de Galaad. Hyrcan, fils de Joseph, neveu lui- 
même par sa mère du grand prêtre Onias, repoussé par 
ses frères parce qu'il était le plus jeune, alla se fixer au 
delà du Jourdain, dans la partie méridionale de Galaad. 
Là, non loin d'Hésébon, sur un rocher environné de 
profonds ravins, il s'éleva une puissante forteresse. 
De vastes constructions devaient servir à son habitation 
et à recevoir ses amis.. Les murailles étaient ornées de 
représentions d'animaux gigantesques; des jardin» 
arrosés par des eaux courantes faisaient l'agrément de- 
ce séjour. Ce château fut appelé Tyr. Il est connu au- 



57 



GALAAD 



58 



jourd'hui sous le nom de 'Arâq-él-Émir, « la roche du 
Prince, » et ses grandes ruines font encore l'admiration 
des visiteurs ; elles sont à dix-sept kilomètres, nord-nord- 
est, de Hesbân. Dans cette situation, Hyrcan fut comme 
le roi de la contrée. Il faisait la guerre aux Arabes, leur 
tuait du monde et faisait de nombreux prisonniers. Il se 
maintint ainsi sept ans, jusqu'à l'avènement d'Antio- 
chus IV Épipharie (175). Redoutant la puissance de ce 
prince et des représailles, il se donna la mort. Josèphe, 
Ant. jud., XII, rv, 11. Cf. de Saulcy, Voyage en Terre 
Sainte, in-8», Paris, 1865, p. 211-234. Les Juifs, établis 
dans les diverses localités de Galaad, y vécurent assez 
tranquilles jusqu'à la persécution d'Antiochus IV qui 
surexcita le fanatisme des Grecs et des Syriens. Ces 
païens maltraitèrent les Juifs. Juda Mâcha bée passa en 
Galaad, au sud du Jaboc, pour les réprimer. Il trouva 
Timothée, chef des Ammonites, à la tête de forces puis- 
santes. Il lui livra de nombreux combats, finit par le 
réduire, s'empara de Jazer (Vulgate : Gazer) et de tous 
les pays des alentours et retourna en Judée. Tous les 
peuples de Galaad se réunirent alors et décidèrent de 
massacrer tous les Juifs vivant parmi eux. Timothée 
était le chef du mouvement. Ils commencèrent à mettre 
leur dessein à exécution dans le pays de Tubin (grec : 
Tn)6iou, probablement l'ancien pays de Tob, au nord 
du Jaboc). Plus de mille hommes y périrent ; les 
femmes et les enfants furent réduits en esclavage et tous 
les biens pillés. Tous les autres Juifs du pays se réfu- 
gièrent dans la forteresse de Dathéman et écrivirent à 
Juda pour l'informer du péril extrême où ils se trou- 
vaient. Juda et Jonathas son frère passèrent le Jourdain 
et s'avancèrent à trois journées de marche. Les Naba- 
théens leur racontèrent tout ce qu'avaient souffert leurs 
frères, leur firent connaître la situation critique des 
Juifs en Galaad et le dessein de leurs ennemis d'atta- 
quer dès le lendemain les villes occupées par les Juifs 
et de s'emparer de toutes le même jour. Juda marcha 
toute la nuit avec sa troupe et sur le matin arriva à la 
forteresse ennemie. A sa vue, les ennemis, qui se prépa- 
raient à l'assaut, prennent la fuite. Juda les poursuit 
et en fait un grand carnage. De là, il se dirige sur 
Maspha, la prend, la brûle et en massacre tous ses 
habitants mâles. Il s'empare de même de la plupart des 
villes de Galaad. Timothée avait réuni une nouvelle et 
nombreuse armée composée d'Arabes mercenaires. Juda 
va à sa rencontre et le met en déroute. Voyant cependant 
que les Israélites n'étaient pas assez nombreux ni assez 
forts pour se défendre et se maintenir en Galaad en face 
de leurs adversaires, il les réunit tous avec leurs femmes 
et leurs enfants pour les emmener en Judée. Arrivé 
avec toute cette multitude à Éphron, les habitants de 
cette ville veulent l'empêcher de passer outre. Juda en 
fait immédiatement le siège, la prend d'assaut le lende- 
main matin, la rase, passe sur les cadavres de ses 
habitants et va franchir le Jourdain en face de Bethsan 
(164). I Mach., v, 1-62. Galaad retombe au pouvoir des 
Arabes et des Gréco-Syriens. — Alexandre Jannée, de- 
venu roi de Judée (106-79), y fait plusieurs expéditions 
militaires et, malgré quelques échecs, finit par le ré- 
duire. Les habitants de Pella ayant refusé de se sou- 
mettre à la religion des Juifs, leur ville fut détruite. 
Josèphe, Ant. jud., XIII, xv, 3-4; Bell, jud., I, rv, 3. 
— Bientôt après les armées de Rome envahirent la con- 
trée et Pompée passa par Pella pour aller assiéger Jéru- 
salem (63). A son retour, il rendit l'indépendance aux 
villes soumises par Alexandre. Le nom de Galaad dispa- 
raît ; il est remplacé par celui de Pérée. La Pérée unie 
à la Cœlésyrie est souvent confondue avec elle et elle est 
placée sous le gouvernement d'un prêteur romain. Ant. 
jud., XIV, ni, 4; iv, 4; Bell, jud., I, vi, 5; vn, 7. Ga- 
binius y érigea deux tribunaux (ouvISpia) pour l'admi- 
nistration du pays, l'un à Gadara, l'autre à Amathonte. 
Ant. jud., XIV, v, 4; Bell, jud., I, vin, 5. Les principales 



villes de la Pérée, Gérasa, Gadara, Pella, Abila, Dios, 
s'unirent aux villes des pays voisins de Gaulanitide, de 
Batanée, de Galilée et formèrent une sorte de confédé- 
ration connue sous le nom de Décapole. Voir Décapole, 
t. il, col. 1333-1336. Auguste joignit Gadara au royaume 
d'Herode. Ant. jud., XV, vu, 3. A la mort de ce prince, 
la province de Pérée, s'é tendant de Pella à Machéronte, 
fit partie de la tétrarehie d'Hérode Antipas ; mais Gadara, 
qui était une ville grecque, fut réuni à la Syrie (39). 
Ant. jud., XVII, xi, 4 ; Bell, jud., II, vi, 3. 

3° Depuis Jésus-Christ. — Sous les Hérode, les Juifs 
se rétablirent en colonies en Décapole et en Pérée. Un 
grand nombre d'entre eux vinrent écouter les enseigne- 
ments de Jésus. Math., iv, 25 ; Marc, m, 8. Le Seigneur 
se rendit plus d'une fois au milieu d'eux. Marc., vn, 31 ; 
x, 1. Jean avait baptisé Jésus dans cette partie de la 
Pérée qui appartenait à la Gala.iditide largement enten- 
due. Joa., I, 28 ; m, 26 ; x, 40. Machéronte, où Jean fut 
emprisonné et mis à mort par Hérode Antipas, était de 
la même contrée. Josèphe, Ant. jud., XVII, v,2. Lorsque 
ce prince eut été exilé dans les Gaules, la Pérée fut 
annexée au royaume d'Hérode Agrippa (39-44). Ant. 
jud., XVIII, vu, 2 ; Bell, jud., II, ix, 6. A sa mort, la 
région transjordanienne retomba sous la domination 
directe de Rome. Ant. jud., XIX, ix, 2. Le massacre 
des Juifs à Césarée par les Syriens, sous le procurateur 
Florus, provoqua le soulèvement des Juifs de la Pérée ; 
ils tuèrent une multitude de païens, à Gérasa, à Pella, 
à Philadelphie, à Hésébon et dans tout les pays des 
alentours. Les Syriens exercèrent des représailles (64). 
Bell, jud., II, xvin, 1-2. Les Juifs de Jérusalem organi- 
sant le pays, après la défaite de Cestius et des troupes 
romaines, nommèrent Manassé préfet de Pérée (65). 
Bell, jud., II, xx, 4. Pella était la capitale de la topar- 
chie formée dans cette région. Bell, jud., III, m, 5. 
Vespasien, aussitôt arrivé pour réprimer la révolte de 
Judée, vint à Gadara, métropole de la Pérée, où il fut 
accueilli par une partie de ses habitants comme un libé- 
rateur. Il chargea son lieutenant Placide de soumettre 
le reste de la Pérée. Bell, jud., IV, vu, 3-6. L'ancien 
pays de Galaad, pendant toute la durée de la guerre, 
donna l'hospitalité à la chrétienté de Jérusalem. Avertis 
par les prophéties de Jésus, les fidèles conduits par 
leur évêque Siméon, fils de Cléophas, s'étaient retirés 
à Pella où sans doute se trouvaient déjà d'autres dis- 
ciples du Seigneur (67-70). Eusèbe, H. E., rv, 5, t. xx, 
col. 221-224; S. Épiphane, Advers. hser., xxix, t. xli, 
col. 401 ; De mens, et pond., xv, t. xliii, col. 261. — La 
guerre finie, des colonies gréco-romaines s'élevèrent en 
tout lieu, Vmm-Keis (Gadara), Fahêl (Pella), Beit-Râs 
(Capitolias), Irbid (Abila), DjéraS (Gérasa) surtout, avec 
les ruines de leurs temples, de leurs théâtres, de leurs 
bains, de leurs palais et leurs immenses portiques, té- 
moignent combien grande fut leur splendeur et le luxe 
de leur civilisation. De nombreuses voies de communi- 
cation, dont on peut encore suivre les traces, les reliaient 
entre elles. 

Le christianisme, qui n'avait point quitté le pays avec 
Siméon reconduisant son peuple à Jérusalem, s'y déve- 
loppa à la faveur de la liberté et de la protection qu'accor- 
dèrent aux chrétiens les empereurs de Byzance (325-636). 
Les noms de Gadara, Pella, Abila, Philadelphie ("Amman), 
Esbus (Hésébon), Mâdâba, Livias et de plusieurs de leurs 
évêques, se lisent dans les actes des anciens conciles ou 
sur les listes des villes épiscopales du patriarcat de Jéru- 
salem. Voir Le Quien, Oriens christianus, in-f», Paris, 
1740, t. ni, p. 698-719; Ad. Reland, Palxstina, 1. I, 
cap. xxxv, in-4», Utrecht* 1714, p. 214-229. Pendant cette 
période, les souvenirs bibliques de l'antique terre de 
Galaad y attirèrent souvent les pèlerins. Sainte Sylvie, 
ou la pèlerine du rv» siècle désignée sous ce nom, après 
avoir visité Livias (l'ancienne Bétharan, aujourd'hui 
1 éllrRâméh), centre du campement desHébrsux avant le 



59 



GALAAD — GALATE 



60 



passage du Jourdain, après avoir gravi les pentes raides 
du Nébo, célèbre par la mort de Moïse, voulut voir le 
tombeau de Jephté, la ville où naquit Élie et le torrent 
où il se cacha, avant de se rendre au pays de Job, dans 
l'ancien territoire de Manassé oriental. Des monastères 
s'élevaient dans la plupart de ces lieux et des moines 
nombreux étaient venus de loin s'y enfermer pour 
méditer et prier. Peregrinatio, édit. Gamurrini, in-4», 
Rome, 1887, p. 58-60. La grande victoire gagnée sur les 
bords du Yarmouk, non loin d'Umm-Keis, par les gé- 
néraux de 'Omar sur les armées d'Héraclius, arracha ces 
pays à Byzance et les plaça sous le joug de l'Islam (636). 
ïhéophane, Chronogr., A. M. 6126, t. cvm, col. 692. — 
Les croisés y établirent leur domination éphémère 
(1100-1187); un immense château, semblable à celui de 
Kérak et assez bien conservé jusqu'à ce jour, fut élevé 
au sommet de la montagne, à deux kilomètres à l'ouest 
du village de 'Adjloun, pour surveiller et protéger là 
contrée au nord du Zerqa', au centre de laquelle il se 
trouve : il est appelé Qala'at er-Rabbad. Depuis le 
départ des croisés, il servit de résidence à un chef 
arabe qui se regardait comme le maître du pays. 
L'an 1632, 'Aly, fils de Fahr ed-Dîn, émir des Druzes, 
l'assiégea et s'en empara. Il y mit une forte garnison 
pour arrêter les courses des Arabes bédouins qui sou- 
vent infestaient la région et allaient même porter leurs 
ravages au delà du Jourdain. Sous cet émir, le pays cie 
'Adjloun, délivré de la tyrannie des pachas de Damas, 
continuait à jouir d'un régime de liberté et de justice : 
les cultivateurs et les chrétiens y vinrent nombreux pour 
l'habiter et le travailler. L'année suivante, une armée 
turque vint attaquer les soldats de l'émir; ils résistèrent 
jusqu'en 1637. Eug. Roger, La Terre Sainte, 1. 1, ch. xvm, 
in-4», Paris, 1646, p. 190-192. Les chrétiens se sont 
maintenus dans la plupart des villages du district de 
'Adjloun, relevés alors; il y en a 'Adjlun, à 'Aïn Djen- 
néh, à 'Andjéra, à Sûf, à Hoson, à 'Qrdjân, à Dje- 
deita' à Kefr 'AMI, à Fâra', à Kéfrendji et en plusieurs 
autres lieux. Le patriarcat latin de Jérusalem a fondé, 
depuis quelques années, des missions et des écoles dans 
plusieurs de ces localités, au nord du Zerqa' et, au sud, 
à Sait, à Feheis, à Er-Rememîn. La population mu- 
sulmane a été augmentée, en 1878, par une immigration 
de Circassiens fuyant leur pays conquis par les Russes. 
Ils ont occupé les campagnes les plus fertiles de l'ancien 
Galaad et ont élevé des villages au milieu des ruines de 
'Amman et de Djéràs, dans l'ouadi Sir, non loin de 
Sait, près du Khirbet-Sàr, dont le nom rappelle peut- 
être l'ancien Jazer, et en plusieurs endroits du Hauràn et 
du Djolàn. L'antique pays de Galaad proprement dit est 
divisé actuellement en deux districts (Qada'), subdivisés 
eux-mêmes en divers cantons (nâhïiet) : le district de 
'Adjloun, avec 'Irbid, une des Arbela de l'histoire, 
pour chef-lieu, comprend toute la partie au nord du 
Zerqa' jusqu'au âeri'at el-Menâdréh ou Yarmouk; celui 
du Belqa', au sud, a Es-Salt pour chef-lieu : les deux 
dépendent du gouvernement général {oualâiiet) de 
Damas. 

IV. Bibliographie. — A. Reland, dans Palœstina, 1. 1, 
c. xxxii, Departibus Terne trans-Jordanise, Persea, etc., 
in-4°, Utrecht, 1714, p. 193-204; Seetzen, dans Reisen 
dârch Syrien, Palâstina, in-8», Berlin, 1854, p. 362- 
417; G. Schumacher, Northern ' Adjlun, within the De- 
capolis, in-8°, Londres, 1890; Guy le Strange, À ride 
through Adjlun and the Belka, dans G. Schumacher, 
Across the Jordan, in-8°, Londres, 1889, p. 268323; 
S. Merill, East of tlie Jordan, 2 e édit., in-8°, New-York, 
1883; Van Kasteren, Bemerkungen ûber einige alte 
Ortschaften inOst Jordanland, dans la Zeitschrift des 
Deutsçhen Palâstina Vereins, Leipzig, t. .xm, 1890, 
p. 205-219; F. Buh'l, Géographie des Alten Palâstina, 
in-8», Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 241-267. 

L. Heidet. 



GALAADITE (hébreu : Gil'ddi; Septante : Talocat;, 
ra.\aallviii'< Vulgate : Galaadila, Galaadites), descen- 
dant de Galaad ou habitant du pays de ce nom. — 1» Les 
Galaadites en général sont mentionnés, Num., xxvi, 29; 
Jud., xi, 40; xn, 5; IV Reg., xv, 25. — 2° Le texte sacré 
parle de trois Galaadites en particulier : de Jaïr, Jud., x, 3; 
de Jephté, xi, 1; xn, 7; de Berzellaï, II Reg., xvn, 27; 
xix, 31, 32; III Reg., H, 7; I Esd., n, 61; II Esd., vu, 63. 
Voir Galaad 1. 

GALAADITIDE (Septante : ^ TaXanSîTiç; Vulgate : 
Galaaditis), nom donné dans I Mach., v, 17, 20, 25, 27, 
36, 45, et xiii, 22, au pays de Galaad. Voir Galaad 3. 

GALAL (hébreu : Galâl; Septante : V<xl<xal), nom de 
deux lévites. 

1. GALAL, lévite de la famille d'Asaph, I Par., IX, 15. 
du nombre de ceux qui habitèrent Jérusalem au temps 
de Néhêmie. Il n'est pas nommé dans la liste parallèle. 
II Esdr., xi, 17. 

2. GALAL, lévite, fils d'Idithun, et père de Samua,' 
lequel l'était d'Abda. Ce dernier fut du nombre de ceux 
qui habitèrent Jérusalem au retour de la captivité, du 
temps de Néhémie.IIEsdr., xi, 17. Dans la liste parallèle 
de I Par., rx, 16, ce Galal est nommé, mais les noms de 
Samua et d'Abda sont changés en Séméias et Obdia. 

GALALAÏ (hébreu : Gilâlaî; Septante : reXwX), un 
des fils des prêtres qui jouèrent des instruments pres- 
crits par David, à la dédicace des murs de Jérusalem au 
temps de Néhémie. II Esdr., xn, 35 (hébr. 36). 

GALATE (grec : TaXir/a ; Vulgate, Galata), habitant 
de la Galatie (fig. 9 ). 1» Ce mot s'applique dans la Bible 




9.— Berger galate. D'après E. Kannenberg, Kleinasien, p. 26. 

aux Gaulois d'Asie et par extension aux habitants de la 
province romaine de Galatie. Il est question de Galates 
dans II Mach., vm, 20. Judas, pour encourager ses . 



Ci 



GALATE — GALATES (ËPITRE AUX) 



62 



troupes, leur rappelle la bataille livrée contre les Galates 
en Babylonie. Les Macédoniens, c'est-à-dire l'armée du 
roi de Syrie, allaient être battus, quand les 6000 Juifs, 
qui servaient comme auxiliaires, remportèrent la vic- 
toire et défirent à eux seuls 120 000 Galates, à l'aide du 
secours que leur donna le ciel. Le résultat de cette vic- 
toire fut pour les Juifs d'obtenir un grand nombre de 
faveurs de la part des rois de Syrie. La Sainte Écriture 
ne s'explique pas sur la nature du secours que le ciel 
donna aux Juifs. S'agit-il (d'un orage, de grêle ou de 
tonnerre ? Nous l'ignorons . La bataille à laquelle il est 
fait allusion ici fut livrée dans la guerre qu'Antiochus III 
le Grand fit à Molon, satrape rebelle de Médie, qui avait 
à sa solde des mercenaires galates, comme en avait 
Antiochus lui-même. Polybe, v, 53. Cf. G. Wernsdorf, 
De republica Galatarum, in-8°, Nuremberg, 1743, 
p. 137; Id., Commentalio historico-critica de fide libro- 
rum Machabmorum , in-4", Vratislav, 1747, p. 97; C. F. 
Keil, Commentât- ïtber die Bûcher der Makhabâer, 
in-8», Leipzig, 1875, p. 361-362. 

2» Les Galates sont encore nommés dans l'Épltre qui 
leur est adressée. Gai., m, 1. « Galates insensés! leur 
écrit l'Apôtre, qui vous a fascinés au point de vous em- 
pêcher d'obéir à la vérité, vous aux yeux de qui Jésus- 
Christ a été peint comme crucifié ? » Les Galates sont 
dépeints comme inconstants, se détournant prompte- 
ment de celui qui les a appelés par la grâce de Jésus- 
Christ pour passer à un autre Évangile, et cela unique- 
ment parce qu'il y a des gens qui les troublent et qui 
veulent renverser l'Évangile du Christ. Gai., i, 6-7. Ces 
adversaires de saint Paul et de l'Évangile étaient les 
Juifs et les judaîsants. Il y avait en effet un grand 
nombre de Juifs en Galatie. Josèphe, Ant. jud., XVI, 
vi, 2. Voir Galatie, Galates (Épitre aux). 

E. Beurlier. 
GALATES (ÉPITRE AUX). - Titre et souscription. 
— Les manuscrits onciaux les plus anciens, N ABK et 
plusieurs minuscules, 3, 17, 37, 47, 80, 108, portent en 
tète de cette Épitre : irpo; TaXaTa;; d'autres ajoutent : 
ejci<jToXr|. Voir Tischendorf, Tfovum Testamentum grsece, 
editio octava major, t. Il, p. 627. Les manuscrits N AB*C, 
6, 17, 135 ont pour souscription : npo? yaXaxa?; quel- 
ques codex y ajoutent omo pu|iri;, aito scpsaou, 5ia tito-j, 
Sca titoo xat Xouxa, Bia tujjixou. Pour les souscriptions 
plus développées, voir Tischendorf, Nov. Test., t. h, 
p. 662. 

I. Destinataires dé l'Épitre. — Cette' lettre est 
adressée « aux églises de Galatie ». i, 3. Mais, ainsi 
qu'on l'a vu à l'article précédent, ce terme : Galatie, au 
temps de saint Paul, désignait ou le pays des Galates, 
ou la province romaine de Galatie. L'Épitre peut donc 
avoir été écrite aux Galates proprement dits, que Paul 
aurait évangélisés pendant son second et son troisième 
voyage missionnaire, Act., xvi, 6; xvm, 23, ou aux habi- 
tants de la province romaine de Galatie, c'est-à-dire aux 
Églises d'Antioche de Pisidie, d'Iconium, de Lystre et de 
Derbé, que Paul avait fondées, lors de son premier 
voyage missionnaire, Act., xm, 14-xiv, 22, et qu'il visita 
ensuite à deux reprises. Act.,xvi, 1-5; xviii,23. Les deux 
opinions ont pour elle des défenseurs et des arguments 
de valeur, au point qu'il est difficile de prononcer un 
verdict définitif. 

Reste à déterminer si les Galates, à qui la lettre était 
adressée, étaient Juifs ou Gentils, ou s'il y avait des 
uns et des autres et dans quelle proportion ils étaient. 
. Les Gentils ou les incirconcis étaient certainement en ma- 
jorité, v, 2; vi,12; iv,8; m, 28, 29. En effet, toute l'ar- 
gumentation de l'Épitre tend à établir que les lecteurs ne 
doivent pas se faire circoncire, car ce n'est pas la cir- 
concision qui justifie, mais la foi en Jésus-Christ. S'ils 
se font circoncire, le Christ ne leur servira de rien, 
S 2; s'ils sont au Christ, ils deviendront postérité d'Abra- 
ham, m, 29. Cependant plusieurs textes prouvent qu'il 



y avait parmi les lecteurs des Juifs de naissance et des 
prosélytes, il, 15; m, 13, 23, 25, 28; rv, 3. En outre, 
les lecteurs de l'Épitre devaient être très familiers avec 
l'Ancien Testament, et même habitués à la dialectique 
rabbinique; autrement Paul n'aurait pas cité aussi sou- 
vent les Livres saints et appuyé presque toute son argu- 
mentation doctrinale sur l'autorité de l'Écriture. Si nous 
exceptons l'Épitre aux Romains il n'est aucune Épitre 
de saint Paul, où l'on trouve une aussi forte proportion 
de citations de l'Ancien Testament. Donc les destina- 
taires de cette Épitre étaient en majorité des païens et 
pour la plupart probablement des prosélytes et une mi- 
norité de Juifs de naissance. 

IL Occasion et but de l'Épitre. — L'Épitre aux Ga- 
lates est une lettre toute de circonstance; c'est donc en 
relevant les allusions qui y sont contenues, que nous 
pourrons retracer les rapports de Paul avec les Églises 
de Galatie et les circonstances qui ont donné naissance 
à cette lettre. Saint Paul avait évangélisé lui-même ces 
Églises, i, 8, 9, et cela, lorsqu'il souffrait de cette ma- 
ladie, dont il parle aussi aux Corinthiens. II Cor., xii, 7. 
Malgré cet état, qui aurait pu faire de lui un objet de 
mépris et de dégoût, iv, 14, les Galates l'avaient reçu 
comme un ange de Dieu, comme Jésus-Christ. IV, 14. 
Il se souvient de leurs témoignages d'affection; ils se 
seraient arraché les yeux pour les lui donner, rv, 15. 
Aussi les appelle-t-il ses petits enfants; il souffre encore 
pour eux les douleurs de l'enfantement, rv, 19. Son mi- 
nistère avait été fructueux, car les Galates avaient reçu 
le Saint-Esprit, m, 2; des églises avaient été fondées; 
des miracles avaient été faits parmi eux, m, 5; Dieu 
avait envoyé dans leurs cœurs l'Esprit de son fils, iv, 
6; ils couraient bien, v, 7. Après la première évangéli- 
sation Paul fit aux Galates, au moins une seconde vi- 
site, Gai., iv, 13, si l'on restreint le sens de np<Stepov, et 
déjà, peut-être, à ce moment s'aperçut-il que les senti- 
ments des Galates étaient changés à son égard et que leur 
foi t'tait chancelante, puisqu'il eut besoin de l'affermir, 
Act., xvi, 5; xvm, 25, et que, dans sa lettre, il dit aux 
Galates : Gomme nous l'avons dit précédemment et main- 
tenant je le répète : si quelqu'un vous annonce un 
autre Évangile que celui que vous avez reçu qu'il soit 
anathème. I, 9. Il ne s'agit pas ici de ce que Paul vient 
de dire, car la répétition ne renforce pas la phrase 
précédente. Mais bientôt après Paul apprit que le mal 
avait fait des progrès nouveaux. Est-ce par une lettre 
ou par des délégués venus de ces Églises qu'il connut 
cet état? Nous ne pouvons le savoir, mais l'Apôtre pa- 
rait très bien informé et certain de la vérité des ren- 
seignements qu'il a, car il ne parait pas mettre un seul 
instant en doute leur exactitude. Des gens, venus pro- 
bablement d'Antioche, avaient enseigné aux Galates un 
Évangile différent de celui de Paul, i, 6-8. Qui étaient- 
ils? nous l'ignorons, car Paul en parle toujours à mots 
couverts et même assez dédaigneux; il les appelle Ttve;. 
i, 7. C'étaient des chrétiens d'origine juive, IV, 29; I, 3; 
vi, 12-17, et il est probable qu'il y en avait plusieurs; 
cela ressort du pluriel employé à leur sujet, i, 7; rv, 
17; v, 12; mais un d'entre eux prédominait et devait 
être un homme d'une autorité reconnue, car Paul dit 
de lui : Celui qui vous trouble, quel qu'il soit, en por- 
tera le jugement, v, 10. 

La lettre de l'Apôtre nous indique très nettement par 
les réponses qu'il y fait la tactique de ses adversaires. 
Elle était dirigée contre son autorité apostolique et contre 
ses enseignements dogmatiques et moraux. — 1» On at- 
taquait la vie apostolique de Paul et surtout son indé- 
pendance à l'égard des premiers Apôtres. Il n'avait eu 
à leur égard tout d'abord, c'est-à-dire après sa conver- 
sion, qu'une position subordonnée, 1,1, 16-20; c'est d'eux 
qu'il avait reçu son enseignement et même, au concile 
de Jérusalem, il avait dû le leur soumettre, n, 1-11 ; à 
Antioche, Pierre n'avait pas approuvé sa conduite avec 



63 



GALATES (ÉPÎTRE AUX) 



ai 



les Gentils, et s'était ostensiblement séparé de lui. n, 
41-15. Il n'avait aucun mandat pour remplir une mis- 
sion parmi les païens, n, 7-9; car il n'avait rien, ni 
personne qui attestât cette mission, sinon lui-même. La 
manière de vivre qu'il préconisait était contraire aux 
usages des Églises de Palestine et à la prédication des 
Apôtres. C'était pour plaire aux nouveaux convertis et 
obtenir de plus grands succès, i, 10, qu'il diminuait 
l'Évangile dans ses parties essentielles. Il sait d'ailleurs 
s'adapter aux circonstances, faire des concessions, i, 10; 
v, 11, et parler aux Juifs d'une tout autre manière. 
— 2° On attaquait surtout l'Évangile de Paul. La loi 
mosaïque avait été donnée aux hommes par Dieu comme, 
un signe éternel d'alliance; par conséquent, si les Ga- 
lates voulaient participer à cette alliance, être des chré- 
tiens complets, des membres de la communauté chré-. 
tienne, avoir part au salut messianique, ils devaient se 
faire circoncire, v, 2; vi, 12, observer les jours et les 
fêtes des Juifs, rv, 10. Mais les adversaires de Paul n'in- 
sistaient pas sur les autres obligations, imposées par la 
loi mosaïque ; ils n'avaient pas osé enseigner que le cir- 
concis devait s'astreindre à toute la loi, v, 3; cette loi que les 
Juifs de naissance eux-mêmes n'observaient pas en entier. 
VI, 13. Ils rappelaient que les convertis du paganisme, 
«n se faisant circoncire, participaient à tous les privi- 
lèges que les Juifs avaient obtenus du pouvoir civil, et 
qu'ainsi ils évitaient la persécution, v, 11. — 3° En pro- 
clamant la déchéance de la loi, Paul met en doute la 
valeur des promesses divines, enlève toutes les barrières 
qui restreignaient le péché, et la liberté chrétienne, qu'il 
proclame, est la licence, l'autorisation de se livrer à tous 
les vices. 

L'attaque des judaïsants était habile, car leur doctrine 
paraissait avoir pour elle l'Ancien Testament, la pratique 
de Jésus-Christ lui-même, des premiers Apôtres et des 
Églises de Palestine; elle frappait au cœur même l'Évan- 
gile de l'Apôtre. Le salut est-il accordé à l'homme uni- 
quement par la foi en Jésus-Christ ou a-t-il, pour condi- 
tion nécessaire, l'observance de la loi mosaïque? Paul 
a nettement posé la question lorsqu'il dit aux Galates : 
Je vous déclare que, si vous vous faites circoncire, le 
Christ ne vous servira de rien, v, 2. La question était 
donc de savoir si la loi était une institution transitoire, 
actuellement dépassée, qui avait produit tous ses effets 
et qui maintenant était remplacée par une nouvelle al- 
liance, dont Jésus-Christ était l'initiateur et la condition. 
La question était certes difficile à résoudre, et il est pos- 
sible que les judaïsants aient été de bonne foi. L'on ne 
peut donc s'étonner que ces insinuations contre la per- 
sonne de l'Apôtre, que ces attaques contre son autorité 
et ses enseignements aient troublé profondément les Ga- 
lates et que leur foi ait été ébranlée, i, 6. Us étaient 
fascinés, m,l, et leur marche en avant fut arrêtée, v, 7; 
ils croyaient que Paul ne leur avait appris qu'un Évan- 
gile incomplet, que, n'étant pas un disciple immédiat du 
Seigneur, il ne savait pas tout. Ils étaient sur le point 
d'accepter un autre Évangile, i, 6, et de finir par les 
œuvres de la chair, après avoir si bien commencé par 
celles de l'esprit.-in, 3. Déjà ils observent les jours et les 
mois, les temps et les années, iv, 10; ils veulent se placer 
entièrement sous la loi. rv, 21. Il ne semble pas cepen- 
dant qu'ils se soient déjà fait circoncire, v, 2, ni que les 
adhérents du nouvel Évangile aient été encore bien nom- 
breux, et que tout espoir de les ramener et de rétablir* 
les Galates dans la foi en Jésus-Christ ait été perdu, car 
Paul, tour à tour, exprime son anxiété, rv, 20, et sa 
confiance, v, 10; il éprouve de nouveau pour eux les 
douleurs de l'enfantement, mais enfin il espère qu'ils 
obéiront à la vérité et qu'ils persévéreront comme lui. 
■v,10. Quel qu'eût été le succès de ses adversaires auprès 
de ses enfants tendrement chéris, Paul fut très inquiet, 
IV, 20, et il aurait voulu être auprès d'eux pour changer 
de langage et les exhorter plus vivement. IV, 20. Dans 



l'impossibilité où il est d'aller les visiter, il prend la 
plume et, au lieu de dicter sa lettre, comme il le faisait 
d'ordinaire, il écrit de sa propre main aux Galates, vi, 11, 
persuadé que ce témoignage de sollicitude les touchera 
et que sa propre écriture aura plus d'efficacité que celle 
d'un secrétaire. Personne ne s'interposera entre lui et 
ses chers Galates. Il est vrai que le sens de cette phrase, 
vi, 11, n'est pas très clair. Saint Paul a-t-il voulu dire : 
Vous voyez quelle grande lettre je vous ai écrite de ma 
propre main, ou bien : Voyez avec quelles grandes lettres 
je vous ai écrit de ma propre main. De plus, Paul veut-il 
parler ici de toute sa lettre ou bien appeler l'attention 
des Galates seulement sur les dernières phrases, vi, 11-18, 
qu'il aurait ajoutées lui-même? Ce petit problème, sou- 
levé depuis longtemps, n'a pas été encore résolu. Cf. 
Cornely, Comm. in Gai., p. 604. 

En résumé, l'argumentation des adversaires de l'Apôtre 
pouvait être réduite à trois points : 1° L'Évangile de Paul 
n'était pas d'origine divine et son apostolat était secon- 
daire. — 2» En détruisant la loi, il est en opposition avec 
Dieu lui-même, qui a établi celle-ci comme condition de 
son alliance avec l'homme. — 3° Il ouvre la porte à toutes 
les licences. Il est peu probable que les attaques des 
judaïsants aient revêtu cette forme logique, et c'est Paul 
lui-même qui leur a imprimé cette puissance de dia- 
lectique. Il suit donc ses adversaires dans toutes leurs 
attaques et leur répond en établissant : 1. l'origine di- 
vine de son Évangile et son indépendance à l'égard des 
autres apôtres; — 2. que la justification nous est accordée 
par la foi en Jésus-Christ crucifié et ressuscité, et non 
par la loi; que celle-ci n'a été qu'une alliance transitoire 
entre Dieu et l'homme; — 3. que la déchéance de la loi 
ne brise pas tout frein moral, car, désormais, la charité 
chrétienne sera la règle de nos actions. Telles sont les 
vérités que saint Paul établit dans sa lettre aux Galates. 

III. Date et lieu de composition. — On ne sait ni la 
date exacte de l'Épitre aux Galates, ni la place que celle- 
ci occupe dans l'ordre des autres Épîtres de saint Paul. 
Il existe sur ces deux points, ainsi que sur le lieu de com- 
position, des opinions très diverses et cela dès les temps 
anciens. Marcion, d'après S. Ëpiphane, Hœr., xm, 9, t. xli, 
col. 708, place l'Épitre aux Galates en tête des autres 
Épîtres de saint Paul. Victorin, vers 380 (Mai, Script, 
vet. nova coll., m, 2, 1), rapporte que Paul écrivit cette 
épître, au temps où il prêchait à Éphèse, par conséquent 
pendant son troisième voyage missionnaire. Saint Jean 
Chrysostome, In Rom. hom. I, -\, t. lx, col. 393, con- 
jecture qu'elle est plus ancienne que l'Épitre aux Romains 
et qu'elle a dû être écrite vers la fin du troisième voyage 
de Paul. Théodoret, Comm. in Ep. Pauli, Prœf., 
t. Lxxxii, col. 41 et 504 ; saint Jérôme, In Gai., rv, 20, vi, 11, 
t. xxvi, col. 414 et 452 ; Euthalius, Argum. in Epi st. 
Pauli, t. lxxxv, col. 760; Pseudo-Athanase, Syn. S. 
Script., 62, t. xxvni, col. 417; Œcuménius, Comm. in 
Ep. Pauli, t. cxvm, col. 1089, pensent qu'elle fut écrite 
à Rome, pendant la première captivité de saint Paul. Les 
manuscrits, B"» KPL, 37, 47, 48, les deux versions 
syriaques, la version copte portent en souscription airo 
pu|tf)c. Cette opinion a encore de nos jours quelques 
représentants, Halmel, Koehler, et cela à cause des pas- 
sages, rv, 20; vi, 17, où l'on voit des allusions à la capti- 
vité de saint Paul, et de l'emploi qu'il fait des termes 
de droit romain, rv, 2; m, 20. Zahn, Einl. in dos N. T., 
1. 1, p. 140-143, a montré que ces preuves étaient insuf- 
fisantes et qu'en particulier, si Paul avait été captif au 
moment où il écrivait, il l'aurait dit plus nettement, 
ainsi qu'il le fait dans les Épîtres, écrites certainement 
pendant sa captivité. De la diversité d'opinion sur les 
destinataires de l'Épitre est née la divergence des hypo- 
thèses sur la date et le lieu de composition. Elle est, a- 
t-on dit, la première Épître de saint Paul (Marcion, 
Zahn); la dernière (Koehler); elle a été écrite avant 
l'an 54 (Calvin, Michaêlis, Keil); peu de temps après la 



65 



GALATES (ÉPITRE AUX) 



66 



conférence de Jérusalem (Cornely, Hausrath Pfleiderer) ; 
à Ântioche (Renan, Ramsay); à jiphèse, pendant le 
troisième voyage missionnaire (Meyer, Reuss, Holtz- 
mann, Lipsius) ; à Corinthe, après son séjour de trois ans 
à Ëphèse (Bleek, Lightfoot); à Rome (saint Jérôme, 
Schrader). Établissons d'abord les faits auxquels doit 
satisfaire une solution du problème. L'Épltre a dû être 
écrite après le concile de Jérusalem, puisque, de l'aveu 
de presque tous les critiques, le voyage à Jérusalem et 
les entretiens de Paul avec les chrétiens de cette ville et 
les apôtres, Gai., h, 1-10, doivent être identifiés, avec le 
voyage de Paul, raconté au ch. XV des Actes. En outre, 
elle a été écrite après une seconde visite aux Églises de 
Galatie, car saint Paul dit à ses lecteurs : Vous savez 
que je vous ai pour la première fois annoncé l'Évangile 
à cause d'une infirmité de la chair, IV, 13; ce qui sup- 
pose que l'apôtre a visité ces Églises au moins une 
seconde fois. Il est vrai que Tcp6ngo\ ne signifie pas né- 
cessairement une première fois, mais peut être traduit 
par : auparavant, antérieurement. Cependant, qu'il y ait 
eu une seconde visite aux Églises de Galatie avant l'envoi 
de l'Épitre, cela ressort assez nettement du ch. i, 8, fi : 
« Mais quand nous-même , quand un ange du ciel 
annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous 
avons prêché, qu'il soit anathème ! Comme nous l'avons 
dit précédemment et maintenant je le dis de nouveau : 
si quelqu'un vous annonce un autre Évangile que celui 
que vous avez reçu, qu'il soit anathème. » 11 est impos- 
sible que ces mots, comme nous l'avons dit précédem- 
ment, se rapportent à ce qui vient d'être dit, que ce soit 
une simple répétition. Ils font allusion à une parole 
prononcée, lors d'une visite aux Églises évangélisées. 
Or, elles n'ont pu être dites lors de la première évangé- 
lisation, car, à cette époque, il n'y avait pas lieu de pré- 
munir les convertis contre un autre Évangile qui leur 
aurait été prêché. En outre, la lettre fut écrite peu de 
temps après cette seconde visite, car saint Paul exprime 
aux Galates son étonnement de ce qu'ils se sont dé- 
tournés aussi promptement de celui qui les a appelés 
par la grâce du Christ, i, 6. Le terme tayioii est, il est 
vrai, assez vague, mais cependant ne permet pas de sup- 
poser un trop grand espace de temps entre la conversion 
des Galates et leur défection. A quel moment eut donc 
lieu cette seconde visite aux Églises de Galatie? Pour 
les uns la seconde visite est celle dont il est parlé au 
ch. xvi, 6, des Actes. L'évangélisation du pays est racontée 
auxch. xiii et xiv. Paul aurait donc écrit sa lettre pendant, 
son deuxième voyage missionnaire ; à quel moment précis 
et en quel lieu, il est difficile de le dire exactement. Le 
P. Cornely, Comm. in Gai., p. 368, pense qu'elle a pu 
être écrite à Troade, où Paul aurait appris par Luc les 
menées des judaïsants et les succès de leur prédication 
chez les Galates. L'Épltre aux Galates aurait donc été la 
première en date des lettres de saint Paul. Cependant, 
pour rester, en accord avec les Pères et les critiques 
catholiques, qui placent en première ligne les Épltres 
aux Thessaloniciens, il suppose que l'Épitre aux Galates 
a été écrite à Corinthe vers l'an 53. Il pense même que 
le porteur de la lettre fut Silas, le compagnon de saint 
Paul, pendant ce voyage. Chargé par les apôtres, Act., xv, 
22, de porter à Antioche le décret de Jérusalem, il était 
mieux à même que personne de rétablir l'exactitude des 
faits, dénaturés par les judaïsants. La première épitre 
de Pierre, v, 12, prouve que Silas ou Silvanus était bien 
connu des Églises de Galatie. Zahn, Einleit., t. i, 
p. 140, pense aussi que l'Épitre aux Galates a été écrite 
à Corinthe, probablement vers mars 53, mais avant les 
Épltres aux Thessaloniciens, parce que dans la lettre 
aux Galates il n'est fait aucune mention de Silas et de 
Timothée, bien connus cependant des Galates; c'est donc 
qu'elle a été écrite avant que les deux missionnaires, 
qui s'étaient séparés de Paul à Bérée, Act., xvh, 15, ne 
l'eussent rejoint à Corinthe. Act., xvm, 30. Pour d'autres 

IlICT. DE LA BIBLE. 



critiques, l'évangélisation est racontée au ch. xvi, 6, des 
Actes et la seconde visite est mentionnée an ch. xvm, 23. 
Ce serait donc à Éphèse, où Paul se rendit après avoir 
parcouru les hautes provinces de l'Asie, Act., xix, 1, 
qu'il écrivit sa lettre aux Galates. A peu près à cette 
époque, en l'espace de deux ou trois ans, l'apôtre écrivit 
ses Épîtres aux Galates, aux Corinthiens et aux Romains. 
Or, il y a entre ces lettres, surtout celles aux Galates et 
aux Romains, des ressemblances indéniables, ressem- 
blances d'idées et même très souvent d'expressions. 
Nous le montrerons bientôt d'une manière précise;' Il 
faut donc placer l'Épitre aux Galates, à peu près au 
même temps que les autres Épîtres aux Romains et aux 
Corinthiens, par conséquent à Éphèse, vers l'an 55-57, 
ou à Corinthe en 58. La conclusion n'est pas inatta- 
quable. Elle peut avoir sa valeur pour les critiques, qui 
admettent chez l'apôtre un développement doctrinal et 
pensent que ses idées ont suivi le cours des événements, 
et que Paul n'avait pas de son Évangile une idée com- 
plète et définitive avant les controverses avec les ju- 
daïsants. C'est pour répondre à leurs attaques que 
l'apôtre aurait esquissé, d'abord dans sa lettre aux 
Galates, son système théologique et qu'il l'aurait déve- 
loppé ensuite dans l'Épitre aux Romains. Dans la 
première lettre il avait établi la déchéance de la loi et 
montré la raison d'être de la loi mosaïque dans le plan 
divin ; dans la deuxième, il développe dans son ensemble 
le plan de Dieu dans l'histoire de l'humanité et prouve 
que la loi mosaïque n'a été qu'un moment de cette 
histoire. Nous dirons plus loin quels sont les rapports 
entre les Épltres aux Galates et aux Romains, et nous 
reconnaîtrons que la seconde peut être regardée comme 
un complément ou un développement de la première, 
mais cette constatation ne nous oblige pas du tout à 
croire que saint Paul n'a vu que peu à peu l'ensemble 
de sa doctrine. — Dans l'Épitre aux Galates, épitre de cir- 
constance, il adapte ses enseignements à une situation 
donnée, et, par suite, traite une partie seulement de la 
question , celle qui était l'objet des attaques des ju- 
daïsants, tandis que, dans l'Épitre aux Romains, il 
présente un exposé complet de son Évangile, destiné à 
préparer les chrétiens de Rome à le recevoir et à ac- 
cepter sa doctrine. En outre, la situation de l'Église de 
Corinthe, telle qu'elle nous est présentée surtout dans 
la seconde Epitre aux Corinthiens, offre des analogies 
frappantes avec celle des Eglises de Galatie. Des deux 
côtés, ce sont les mêmes insinuations , les mêmes 
attaques contre l'autorité apostolique de Paul, les 
mêmes adversaires, des judaïsants. Les Épltres aux Ga- 
lates, aux Corinthiens et aux Romains ont donc cer- 
tainement été écrites à peu près à la même époque, et 
à un moment où la situation était à peu près identique, 
mais il peut y avoir eu entre elles un intervalle de 
quelques années. Le contenu même de ces lettres le 
prouve. Dans les premières, la polémique est ardente, 
elle est personnelle ; dans la dernière il semble qu'elle 
est apaisée. L'Épltre aux Romains est une exposition 
large et tranquille d'une vérité désormais assurée. Il est 
donc possible que Paul ait écrit l'Épitre aux Galates vers 
l'an 53, les Épltres aux Corinthiens en 57 et l'Épitre 
aux Romains en 58, à moins qu'on ne préfère rap- 
procher davantage l'Épitre aux Galates des, autres 
Épltres et la placer en l'an 56-57. 

IV. Canonicité. — La canonicité de l'Épitre aux 
Galates ressort de ce fait que, ainsi qne nous allons le 
démontrer, elle a été très probablement connue des 
Pères apostoliques, qu'elle a été certainement employée 
par les Pères de l'Église, dès le milieu du n« siècle, et 
qu'elle est cataloguée dans la plus ancienne liste d'écrits 
canoniques, le canon de Muratori, et dans les autres 
canons. Elle est dans les vieilles versions latines, sy- 
riaques, égyptiennes, et dans les plus anciens ma- 
nuscrits, Valicanus, Sinailicus, Alexandrinus, etc. 

IIL - 3 



67 



GALATES (ÉPITRE AUX) 



V. AuTBENTîcrré.— 'L'authenticité de l'Épître aux 
Galates aurait à peine besoin d'être établie, tellement 
elle ressort avec évidence des faits racontés dans la lettre 
et des doctrines qui y sont exposées. Aussi l'a-t-on, dès 
les temps les plus anciens, reconnue comme ayant été 
écrite par l'apôtre Paul. Si nous ne tenons pas compte 
des doutes émis par l'Anglais Evanson (1792), c'est en 
notre siècle surtout que des critiques ont nié l'authen- 
ticité de cette lettre. 

Le premier en date fut Bruno Bauer, qui l'attaqua 
dans la première partie de sa Kritih der paulinischen 
Briefe, Berlin, 1852. Le point de départ était une réac- 
tion contre le système de Christian Baur, sur l'authen- 
ticité des quatre grandes Épitres et le rejet des autres 
Épitres et des Actes des Apôtres. Naber etPierson, Veri- 
similia, laceram conditionem N. T. exemplu illustra- 
verunt et ab origine repetierunt, Amsterdam, 1887; 
Loman, Qusestiones Paulinœ, Leyde, 1882; van Manen, 
Bezwaren tegen de echtheit van Paulus brief aan de 
Galatiërs, Th. Tijdsch, 1886; Vôlter, Die Composition 
der paulinischen Hauptbriefe ; I, Der Rônier und 
Galater-Brief, Tubingue, 1890; Scholten, Bijdragen, 
1882, ont marché dans la même direction et attaqué les 
quatre grandes Épitres. Ils les ont remaniées, dépecées, 
mutilées, n'en ont même conservé que des fragments ou 
les ont déclarées entièrement supposées. Rudolf Steck, 
Der Galaterbrief nach seiner "Echtheit untersucht,Bei- 
lin, 1888, a concentré ses efforts sur l'Épître aux Galates. 
J. Friedrich (Mâhliss), Die Unechtheit des Galaterbrief es, 
Halle, 1899, a résumé les objections des uns et des autres, 
surtout de Bauer et de Steck. Toutes leurs objections 
seront réfutées par l'établissement de l'authenticité par 
des preuves positives. Quelques mots suffiront ensuite 
pour résoudre celles de leurs difficultés, qui n'auront 
pas encore été éclaircics, principalement celles qui 
naissent des rapports entre l'Épître aux Galates et les 
Actes des Apôtres. 
1° Preuvet extrinsèques, t- Saint Irénée est le pre- 
. mier qui ait formellement attribué l'Épître aux Galates 
à saint Paul; mais des écrivains ecclésiastiques, plus 
anciens que lui, l'ont connue, car on trouve dans leurs 
écrits quelquefois des citations presque textuelles etsoù^ 
vent des passages qui la rappellent de près. — Les rap- 
prochements avec l'Épître de Clément Romain sont très 
vagues. Cf. I Cor., n, 1, t. i, col. 209, et Gai., m, 16; 
I Cor., 49, 6, t. i, col. 312 et Gai., i, 4; II Cor., qui 
n'est pas de Clément Romain, mais remonte au milieu 
du m siècle, l'auteur, n, 1, t. i, col. 332, cite le pas- 
sage d'Isaïe, liv, 1, comme le fait saint Paul, Gai., iv,27, 
et l'Interprète de la même façon. Tous deux reprodui- 
sent les Septante. ,Les autres comparaisons, ix, 7, t. I, 
col. 228, et Gai., iv, 10; xvii, 3, t. i, col. 244, et Gai., i, 14, 
sont très vagues. — On trouve dans les lettres authen- 
tiques d'Ignace martyr plusieurs coïncidences, mais on 
ne pourrait affirmer qu'elles prouvent une relation entre 
ces lettres et l'Épître aux Galates. Voir Ephes., xvi, 1, 
t. v, col. 658 et Gai., v, 21; Polyc, i, t. v, col. 720, 
et Gai., vi, 2; Rom., va, t. v, col. 693 et Gai., v, 24; 
vi, 14; Philad., i, t. v, col. 697 et Gai., i, 1; Boni., n, 
t. v, col. 688 et Gai., i, 10, etc. — Les rapports avec l'Épître 
de saint Polycarpe paraissent plus nets; l'évêque de 
Smyrnê emploie des membres de phrase, qu'il a dû lire 
dans l'Épître aux Galates. Ainsi v, 1, t. v, col. 1009 : 
eîîdteç oûvÔTi 8eô( où [«wnqpiÇeTat. Cf. Gai., VI, 7. Cepen- 
dant cette expression : on ne se moque pas de Dieu, 
peut être una expression proverbiale. Cette formule : 
courir en vain, qu'emploie saint Paul, n, 2, se retrouve, 
IX, 2, t. v, col. 1013. Ileiteiffiilvou? ÔTt outoi itàvteç ovx 
ci; xevôv eSpapov, àXVlv làinv. tuîI Sixatoavvr]. Cf.. encore, 
ni, 2, t. y, col. 1008, et Gai., rv, 26; vi, 3, t.' v, col. 1012, 
Gai., rv, 18; xii, 2, t. v, col. 1014, et Gal. r i, 1. — Saint Jus- 
tin a certainement connu cette Ëpltre. Dans son dialogue 
avec Tryphon, xcv, il cite, t. vi, col. 701, le même pas- 



sage du Deutéronomé, xxni, 26, que saint Paul, Gai., 
m, 10, et xevi, t. vi, col. 70t, il cite encore un autre 
passage du Deutéronomé, xxi, 23, de la même façon 
que saint Paul, Gai., m, 13, et il s'en sert pour faire un 
raisonnement, analogue à celui de saint Paul. Il intro- 
duit le premier par Une phrase, qui ressemble beaucoup 
à celle de Gai., ni, 10. Ce qui parait décisif sur l'em- 
prunt, fait par saint Justin à saint Paul, c'est que ces 
deux textes sont, mot pour mot, semblables à ceux de 
l'Épître aux Galates. Or, ici, Paul n'a reproduit ni les 
Septante que nous avons, ni le texte hébreu. — Athéna- 
gore dans son Apologie, in, t. vi, col. 921, parle comme 
saint Paul, IV, 9, des : ta iczu>x* *« v i àoOsvïj <rroij(eta, les 
éléments faibles et pauvres, expression très singulière et 
qu'il a dû emprunter à saint Paul. Ces textes, on le voit, 
à part un ou deux, sont peu probants. — Ceux des héré- 
tiques le sont davantage. Lightfoot, Ep. to the Gai., 
p. 61, dit que les Ophites ont fait un grand usage de 
cette lettre. On en trouve des citations textuelles dans 
leurs écrits. Ainsi ils auraient cité Gai., iv, 26; voir Phi- 
losophumena,\,l,Pat. gr.,\. xvi, col. 3139; Gai., iv, 27, 
et Philos., v, 8, col. 3150, etc. Les Valentiniens d'après 
Irénée, i, 3, 5, Adv. Hœr., t. vu, col. 478, s'en seraient 
servis aussi. Marcion l'avait placée dans son Canon en 
tête des Épitres de Paul. Voir les parties qui nous en 
restent dans Zahn, Gesch. des N. T. Kanons, p. 495-505. 
Celse parle de ces hommes qui disent : èjjio'i x<fo[<.oç leza-j- 
putai xàyw tô x(5<t(jl(j>. Gai., vi, 14. C'est, dit Origène, la 
seule sentence que Celse ait empruntée à saint Paul. 
Cont. Cels,, v, 65, t. xi, col. 1288. L'auteur ébionite des 
Homélies clémentines, xvn, 19, t. n, col. 401, met dans 
la bouche de saint Pierre un discours, où celui-ci 
reproche à Simon le Magicien, c'est-à-dire à Paul, de 
s'être opposé à lui, êvavno^ «vôio-crixâ; (ioi, de l'avoir con- 
damné, xaxeYvu)iT(iivov, paroles qui rappellent Gai., H, 11. 
Il s'y trouve encore d'autres allusions à l'Épître aux 
Galates. On pourrait trouver d'autres rapprochements 
dans Justin le gnostique, dans Tatien, les Actes de Paul 
et de Thècle, XL. Gai,, n, 8. Mais pour ce temps-là, 
deuxième moitié du il» siècle, nous avons les textes 
précis de saint Irénée : Hœr., v, 21, 1, t. vu, col. 1179, 
Voir aussi m, 6, t. vu, col. 863. Au in e siècle, Clément 
d'Alexandrie, Strom., m, 15, t. vm, col. 1200. Tertul- 
lien, De preescript., c. vi, t. n, col. 18, etc. 

Preuves internes. — Ce témoignage de la tradition 
est fortement corroboré par l'étude de l'Épître elle-même. 
1° Cette Jipître rentre bien dans la suite des événements, 
que nous présentent pour cette époque les autres Épi- 
tres de Paul et les Actes des Apôtres, et l'on ne retrouve 
pas au II e siècle une situation historique, qui puisse 
l'expliquer; 2° les doctrines sont en accord avec celles 
qu'a enseignées saint Paul et 3° le style est identique à 
celui des lettres de l'apôtre. — 1° L'Épître aux Galates est 
une des premières Jipîtres de saint Paul, et, quelle que 
soit l'hypothèse que l'on adopte sur sa date ou ses des- 
tinataires, elle doit être placée à peu près au même 
temps que les Épitres aux Corinthiens, quelques années 
après les discussions d'Antioche sur les conditions d'ad- 
mission des païens dans la communauté chrétienne, 
après le concile de Jérusalem, où fut réglée la question 
et avant ou après la deuxième aux Corinthiens, où se, 
discute encore l'autorité apostolique de Paul. Elle répond 
de tout point à ces diverses situations et n'a pu être: 
écrite qu'à cette époque, car ces questions n'ont pas été 
posées de nouveau dans les temps postérieurs. L'Église 
chrétienne se rattachait étroitement au judaïsme par ses 
origines, ses doctrines et ses premiers prédicateurs. Une 
question se posa donc, dès les premiers jours où des 
incirconcis écoutèrent la parole apostolique. Devait-on 
les admettre dans la société chrétienne et à quelles con- 
ditions? Saint Pierre trancha la première question en 
baptisant le centurion Corneille et sa maison. Act., x. 
La deuxième question était plus délicate. Les chrétiens 



GALATES (EPITRE AUX) 



70 



avaient des assemblées, où ils mangeaient en commun. 
Act., il, 46; xx, 7. Or, le Juif et surtout le pharisien ne 
pouvaient, d'après leur coutume, participer à un repas, 
où se trouvaient des incirconcis. La conclusion était 
donc qu'il fallait circoncire les païens convertis. La 
discussion sur ce point, soulevée à Antioche, fut réglée 
par le concile de Jérusalem. Les incirconcis furent admis 
dans la société chrétienne sans être astreints à la circon- 
cision et à l'observance de la loi mosaïque. Mais certains 
Juifs, surtout parmi les pharisiens, ne désarmèrent pas 
tout d'abord, et la question, de purement doctrinale, 
devint personnelle. Ils attaquèrent celui qui représentait 
cette doctrine de la déchéance de la loi, saint Paul, et 
le représentèrent comme un apôtre secondaire, un 
homme qui n'avait aucune autorité, sinon celle qu'il se 
donnait lui-même. Nous trouvons dans les Actes les faits 
qui trahissent cette hostilité contre saint Paul et dans la 
deuxième Épître aux Corinthiens, sinon déjà dans la 
première, nous voyons saint Paul défendre son autorité 
apostolique contre les judaïsants. Or, si nous examinons 
PÉpltre aux Galates, nous constatons que son contenu 
répond à l'ensemble de ces faits et de ces doctrines. 
1. Saint Paul établit son indépendance apostolique, en 
racontant à sa manière ce qui nous est connu par ailleurs; 
en y ajoutant des détails tout personnels, que nous ne 
connaissons pas par d'autres écrits, ce qu'un faussaire 
n'aurait pu faire; en procédant souvent par des allusions, 
que nous ne comprenons plus, et qui engendrent des 
difficultés inextricables pour nous, mais très intelligibles 
pour les lecteurs du temps. Or, à quelle autre époque, 
sinon du vivant de Paul, était-il nécessaire de démontrer 
son indépendance apostolique? et a-t-elle été discutée 
plus tard? Tout au contraire. Un grand nombre d'Églises 
réclamèrent saint Paul comme leur fondateur et bientôt 
il fut appelé l'apôtre par excellence et réuni à saint 
Pierre comme un des piliers de l'Église naissante. Si, 
dans le milieu du II e siècle, une secte infime, issue du 
judéo-christianisme, les ébionites, attaqua saint Paul, 
ce ne fut pas comme apôtre qu'il fut pris à parti, mais 
comme menteur, imposteur; ce qui n'est pas du tout le 
cas des adversaires, dont il est parlé dans l'Épltre aux 
Galates. — 2. Dans l'Épitre aux Galates on voit que la 
controverse sur les observances légales, close en prin- 
cipe, renaît sous une forme atténuée ; les Galates se sont 
laissé persuader que, pour faire partie de la vraie com- 
munauté chrétienne ou, tout au moins, pour atteindre à 
un plus haut degré de perfection, il fallait être circoncis, 
sinon, on restait dans un état inférieur. C'était bien la 
manière devoir de certains chrétiens primitifs de Jéru- 
salem, telle qu'elle ressort du récit des Actes. Mais voit- 
on que, plus tard, c'est-à-dire après leur tentative auprès 
des chrétiens de Galatie, les Juifs convertis aient voulu 
imposer là circoncision? Ce fut leur dernier effort et peu 
après, à Corinthe, ils n'essayent plus de le faire; ils 
attaquent surtout l'autorité de Paul. A quoi donc aurait 
servi au n» siècle la démonstration, que donne saint 
Paul, de l'inutilité de la circoncision pour le salut? 
C'était une question tranchée depuis longtemps. Aussi, 
aucun document dé la fin du I er ou du n« siècle ne fait 
allusion à cette controverse, et l'on voit les païens con- 
vertis entrer de plain pied dans la communauté chré- 
tienne. Les ébionites attaquèrent l'enseignement de saint 
Paul, mais n'essayèrent pas d'imposer la circoncision 
aux païens convertis. Le contenu de l'Épitre aux Galates 
s'adapte donc bien aux circonstances historiques et doc- 
trinales du temps de saint Paul et ne répond à aucune 
des situations historiques postérieures. Donc elle a été 
écrite par saint Paul, car on ne peut supposer qu'un 
contemporain ait pu avec succès prendre son nom. 
Comme confirmation, on pourrait trouver, en compa- 
rant celte Épître aux autres lettres de Paul ou anx Actes, 
des rapports de faits, qui ne s'expliquent pas, si l'auteur 
n'est pas l'Apôtre. Citons seulement les allusions, que 



fait Panl à des souffrances, qu'il a éprouvées en sa chair 
chez les Galates, IV, 11-16, souffrances, dont il parle 
aussi aux Corinthiens, II Cor., xii, 7, mais en les mêlant 
à des idées totalement différentes, ce qui exclut toute 
idée de copie. Citons encore ce qui est dit de saint Jac- 
ques, ch. i et il, et qui se trouve en parfaite conformité 
avec ce qu'en disent tes Actes, ch. rv. On trouve, v, 19, 
une de ces énumérations de péchés et de vertus, qui 
leur sont opposées, très familières à saint Paul; Rom., 
i, 29; I Cor., vi, 9; II Cor., xii, 20; Eph., v, 3, 5, 9; 
Col., ni, 5, 12, etc. — 2° Nous retrouvons dans l'Épitre 
aux Galates les doctrines des autres Épitres de saint 
Paul et principalement celles de l'Épitre aux Romains. 
Les points de contact entre ces deux lettres sont très 
nombreux; ils le sont même tellement qu'on a pu sou- 
tenir que l'une est, en partie, empruntée à l'autre. Il 
faut donc reconnaître les rapports étroits q'ii existent 
entre elles, mais montrer que les arguments, tout en 
étant les mêmes, sont employés de telle façon, qu'ils 
prouvent l'identité d'auteur et non des emprunts, faits 
par un faussaire. Les idées, ainsi que la doctrine à éta- 
blir, sont identiques, mais ni l'ordre dans lequel elles 
sont disposées, ni les termes qui les expriment ne sont 
les mêmes. Il y a rapprochement et non dépendance 
littéraire. Relevons d'abord les idées exprimées en termes 
assez rapprochés. On a signalé vingt-quatre ressemblances 
avec l'Épitre aux Romains; Gai., m, 11; Rom., m, 20; 
Gai., m, 19; Rom., v, 20; Gai., m, 23; Rom., m, 18; 
Gai., m, 27; Rom., vi, 3, etc., quatorze avec la pre- 
mière Épttre aux Corinthiens, Gai., i, 8, 9; I Cor., xvi, 22; 
Gai., m, 26; I Cor., xii, 13, etc., et onze avec la deuxième 
Épître aux Corinthiens. Gai., iv, 17; II Cor., xi, 2; Gai., 
x, 10; II Cor., n, 3, etc. Ce sont, pour la très grande 
majorité, des phrases, exprimant, il est vrai, la même 
idée, ce qui prouve l'identité d'auteur, mais en des 
termes différents, quoique très rapprochés, ce qui exclut 
la dépendance littéraire. Citons quelques exemples : 
Gai., i, 20 : & Se YP^w 6|«v, i5où êv<iirtov to0 6eo0, ott 
où ^eûSonou, et Rom., ix, 1 : àlrflzuxv \lfu> iv Xpi<rt<S, où 
'J/eySoiiai, et II Cor., xi, 31 : <5 9eô;... olSev oti où ij/eOSonai. 
Ou encore : Gai., m, 27, oW eW Xpio-rbv à6«im<rf>Y]Te 
Xpiutôv ivefiûffaofle, et Rom., xm, 14, êvS-jaaofle xôv xûpiov 
'Irjaoviv Xpio-roV Les rapprochements les plus textuels 
sont les suivants : Gai., iv, 30, àU« t£ Xéysi r| yP«?*Ij et 
Rom., rv, 3, xi y«p *i YP a 1"î ^yet; Gai., i, 11, YvwpiÇio Si 
û|iîv, &H\t?oi, tô s0aYY^'O"'> tô eùaYY^'iflèv ûit'èjioO, et 
I Cor., xv, 1, YVdipiîdi 8s {i[J.ïv, àSe),ço(, to t\>orc(é\<.ai, 
h eOaYY^KTaixïiv û|iîv ; Gai., v, 9, (iixpà ïv|M) 8),ov tô çii- 
papa C'jjjloî, et I Cor.,v, 6, oùx oi^axe ô'ti (iixpà Ç'V r i ô'Xov 
tô 9Ûp«|ia Çu(toï. Cf. encore Gal.,m,6; Rom v rv,3; Gai., 
m, 12; Rom., x, 5; Gai., v, 14; Rom., xm, 9. Or, ces 
ressemblances textuelles, bien peu nombreuses, on le 
voit, ne prouvent pas du tout qu'un faussaire a copié les - 
Épitres de Paul pour écrire la lettre aux Galates. La pre- 
mière est une formule de citation, la troisième un pro- 
verbe et la deuxième une idée très générale, toutes 
formes, qu'on ne peut s'étonner de retrouver sous la 
plume de saint Paul à plusieurs reprises. Les autres 
textes mis en présence sont des citations de l'Ancien 
Testament. Un faussaire empruntant à saint Paul des 
passages en aussi grand nombre les aurait copiés plus 
textuellement et n'aurait pas su les varier ainsi par des 
formules différentes, quoique reproduisant la même idée. 
C'est l'Apotre lui-même qui, ayant à exprimer des idées 
analogues, n'a pas craint de se répéter lui-même mais 
non servilement. Pourquoi d'ailleurs n'aurait-il pas agi 
ainsi dans ses différentes lettres lorsqu'on le voit suivre 
ce procédé dans le cours d'une même lettre ? Cf. Rom., 
m, 17 ; ix, 4, etc. (consulter les références marginales 
de l'Épitre aux Romains). 

Si maintenant nous étudions la doctrine des deux 
épitres dans son ensemble, nous constatons que, des 
deux côtés,' il est établi que la circoncision est inutile 



71 



GALATES (ÉPITRE AUX) 



72 



pour la justification ; dans l'Epi tre aux Calâtes tont l'ef- 
fort de l'Apôtre est donné pour établir cette proposition 
seule et l'argumentation est entièrement dirigée dans ce 
sens ; dans l'Épltre aux Romains, Paul expose, dans son 
ensemble, sa doctrine sur la justification, et l'inutilité 
de la .circoncision pour le salut entre dans l'exposé 
général comme une partie. Toutes les idées et les preuves 
qui, dans l'Épltre aux Galates, établissent l'inutilité de la 
circoncision, se retrouvent dans l'Épltre aux Romains, 
mais dans un ordre différent et avec une portée plus 
générale ; elles sont introduites à leur place dans la dé- 
monstration du plan de Dieu dans l'histoire de l'huma- 
nité. Mises en face l'une de l'autre, il faut reconnaître 
que l'Épltre aux Galates est une ébauche partielle, dont 
l'Épltre aux Romains est le tableau définitif. Il suffit de 
suivre les principales idées pour s'en convaincre. Paul 
affirme dans la première que l'homme est incapable 
d'accomplir toutes les œuvres de la loi ; or, il prouve 
dans les trois premiers chapitres de la seconde qu'en 
fait ni le Gentil, ni le Juif n'ont observé la loi. L'homme 
n'est pas justifié par la loi, car le juste vivra par la foi, 
Gai., h, 11; Rom., i, 17; ce mode de justification est le 
plus ancien, puisque Abraham a été justifié par sa foi, 
avant d'être circoncis, Rom., îv, 11, et longtemps avant 
la promulgation de la loi. Gai., m, 6; rv, 3. La promesse 
est faite à Abraham et à sa postérité et cette postérité 
c'est le Christ et ceux qui croient en lui, Gai., n, 16, car 
Abraham n'a pas été le père des Juifs seulement, mais il 
a été le père de tous ceux qui croient sans être circoncis. 
Rom., iv, 11. Les conséquences morales de cette doctrine 
de la justification par la loi sont exposées rapidement 
dans l'Épltre aux Galates, v, 13, tandis gue, dans l'Épltre 
aux Romains, Paul s'y arrête longuement et établit en 
détail ce que sera la vie du fidèle dans le Christ. Rom., 
vi, vil, vin. Peut-on conclure de cette comparaison que 
l'épître abrégée est un résumé ou que l'épître la plus 
' longue est un développement de l'autre? Non, car, bien 
que les doctrines de l'Épltre aux Galates se retrouvent 
dans l'Épitre aux Romains, elles sont présentées d'une 
façon trop indépendante, elles s'enchaînent trop logi^ 
quement pour marcher à une conclusion très, particu- 
lière, pour qu'on puisse les croire glanées, une à une, 
dans un autre exposé. Elles viennent du même fond, 
mais ne sont pas empruntées l'une à l'autre. On comprend 
très bien qu'un écrivain, ayant à exposer deux fois la 
même doctrine, se soit répété de cette façon, tantôt lit- 
térale, tantôt indépendante; tandis qu'on ne voit pas 
pourquoi un faussaire aurait reproduit les textes ici ser- 
vilement, ici très largement. Il aurait été bien habile. 
Le plus simple est de croire que saint Paul a écrit les 
deux Épltres. 

3° Style de l'Épitre. — Il est inutile de prouver dans 
le détail que le style de l'Épitre aux Galates est bien 
celui de l'Apôtre dans les lettres, que tous reconnaissent 
comme authentiques. Le nier, c'est nier l'évidence et il 
suffit de lire attentivement une page de cette Épître et 
une page de l'Épltre aux Romains, par exemple, pour 
être convaincu de l'identité d'écrivain. On relève des 
âitaÇ XsYÔ(ieva, mais toutes les Épltres de saint Paul en 
ont et même en de plus fortes proportions que l'Épitre 
aux Galates. On n'y trouve pas certaines figures de rhé- 
torique qui sont fréquentes dans les Épltres aux Corin- 
thiens. Mais peut-on obliger l'Apôtre à employer tou- 
jours les mêmes formes de langage? En fait, il a usé à 
peu près de toutes les formes de rhétorique, les unes, 
plus souvent dans telle Épltre, les autres dans telle autre 
Épltre, mais que conclure de là? Rien, sinon que sa dis- 
position d'esprit ou son sujet n'étaient pas le même. — 
De cette ressemblance de style avec l'Épitre aux Romains, 
de ces mêmes expressions, de ces mêmes mots, employés 
dans les deux lettres, peut-on conclure à une imitation, 
exécutée par un faussaire? Ce serait supposer un faus- 
saire trop habile et tel qu'il n'y en eut jamais. Le style 



de saint Paul est absolument inimitable, parce qu'il ne 
suit pas des règles fixes et déterminées. On peut imiter 
le style d'un écrivain, qui travaille à tête reposée, qui 
emploie toujours les mêmes procédés, mais comment 
imiter un style, tel que Celui de Paul, un style dont les 
procédés varient avec les circonstances, qui change i 
chaque instant, tout en restant au fond le même, un 
style où souvent les règles de la grammaire sont violées, 
Paul se préoccupant seulement d'exprimer sa pensée et 
s'inquiétantpeu de la forme? C'est d'ailleurs supposer à 
ce faussaire une préoccupation qui n'était pas du tout de 
son temps. Aux premiers siècles du christianisme il y a 
eu des livres pseudépigraphes, mais dans aucun de ces 
écrits, on ne voit que l'auteur ait essayé d'imiter le style 
de l'auteur supposé. 

4" Rapports entre l'Épitre aux Galates et les Actes des 
Apôtres. — Toutes les divergences qu'on a relevées entre 
l'Épitre aux Galates et les Actes, s'expliquent si l'on se 
place au point de vue particulier des deux écrivains. 
Saint Luc a écrit en historien et saint Paul en apolo- 
giste de sa conduite. Le premier raconte ce qui inté- 
resse l'Église tout entière, ce qui importe à l'histoire de 
sa fondation et de son extension, il laisse de côté tous 
les faits personnels ou de détail ; le second raconte seu- 
lement ce qui lui est personnel. Luc a voulu en faire un 
récit complet et objectif. Paul choisit parmi les faits 
ceux qui conviennent à sa thèse. Il n'a pas l'intention 
d'écrire une page d'histoire; il veut démontrer que son 
Évangile lui vient directement de Dieu, qu'il n'a reçu 
aucun enseignement humain, qu'il ne dépend pas des 
premiers Apôtres, qu'il est avec eux sur un pied d'éga- 
lité; pour démontrer cette indépendance apostolique il 
cite seulement les faits qui la prouvent, car il n'avait 
pas à faire un récit détaillé des événements, bien connus 
de ses lecteurs. D'ailleurs, si l'on prend une à une les 
divergences, elles s'expliquent à la condition de ne pas 
presser les termes, de leur donner, au contraire, un 
sens large et de tenir compte des exigences de la polé- 
mique. Les divergences entre Act. , ix, 1-21, et Gai., 
i, 15, 16, s'expliquent facilement à la condition de suivre 
les principes d'exégèse que nous venons de rappeler. 
Entre Act., ix, 19-30, et Gai., I, 16-24, il y a deux diver- 
gences plus difficiles à concilier. 1° Paul dit qu'après sa 
conversion il se retira en Arabie et que c'est après trois 
ans seulement qu'il alla à Jérusalem, i, 17-18. Les Actes, 
ix, 23, ne parlent pas du voyage en Arabie et rapportent 
que Paul alla à Jérusalem, «c 8k iîiXïipoûvTo 7)[«.épxi ixavai, 
« lorsque furent accomplis des jours nombreux; » i-*.ai6i 
„a aussi ce sens, car la Vulgate le traduit toujours par 
multus et saint Luc l'emploie lorsqu'il ne connaît pas 
exactement le temps écoulé; il n'y a donc aucune contra- 
diction réelle entre les deux récits. — 2° Saint Paul, 
Gai., i, 19, dit que, pendant son séjour à Jérusalem, il 
ne vit que Pierre et Jacques et qu'il était inconnu de 
visage aux Églises de Judée, tandis que les Actes, îx, 
26-29, rapportent qu'à Jérusalem il essaya de se mettre 
en rapport avec les disciples, qui se défiaient de lui; 
Barnabe le conduisit aux Apôtres et, depuis lors, il allait 
et venait avec eux dans la ville et discutait avec les Gen- 
tils. — Les deux récits donnent aux faits une physio- 
nomie différente, mais non contradictoire. Saint Paul 
appuie principalement sur ce fait qu'il n'a vu que Pierre 
et Jacques parce qu'ils étaient les Apôtres les plus en 
vue et les seuls qui auraient pu lui imposer une doc- 
trine; or, ils ne l'ont pas fait. Les rapports qu'il a pu 
avoir avec les autres n'avaient, à son point de vue, aucune 
importance ; aussi n'en parle-t-il pas. — Les divergences 
entre Gai., H, 1-10, et Act., xv, 1-35, ne sont pas réelles, 
parce que Paul s'est placé dans son récit à un point de 
vue tout à fait personnel et les Actes, au contraire, ont 
donné l'ensemble des faits; les événements mentionnés 
sont, en définitive, les mêmes dans leur origine, dans 
leurs grandes lignes et dans leur résultat. Saint Paul ne 



73 



GALATES (ÉPITRE AUX) 



74 



mentionne que ses rapports privés avec les Apôtres 
parce que cela seul importait à sa thèse, tandis que 
saint Luc raconte les faits publics, qui seuls intéressaient 
l'histoire. Paul fait cependant une allusion très claire à 
l'exposition qu'il a faite de sa prédication à toute la com- 
munauté, II, 1, 2. 'Avs6ï]v eiç 'IepddoXujia... xa\ àve6é(jLi)v 
ai-oli tô eùaYYÉXtov 5 xi)p - j(i<Tci> Èv toïç É'Ovecrtv, xccr' iSîav 
?ot; Soxoûaiv : je montai à Jérusalem et je leur (à ceux 
de Jérusalem) exposai l'Évangile que j'annonce aux na- 
tions, et, en particulier, à ceux qui paraissent (aux plus 
considérés), car o-jtoiç ne peut se rapporter ici aux 
Apôtres ; il est commandé par 'ÏEprfotAupa ; il y eut donc 
un exposé aux fidèles de Jérusalem et des conférences 
privées avec les Apôtres, toïç Joxoûctiv. La seule difficulté 
véritable est dans l'affirmation de Paul que les Apôtres 
ne lui ont rien imposé, h, 6, tandis que d'après les 
Actes, xv, 28, 29, on a exigé des païens convertis l'obser- 
vance de quatre préceptes. Saint Paul, il est vrai, ne 
parle pas de ces quatre défenses, mais il ne les exclut 
pas non plus, car les paroles que l'on cite ne s'y rap- 
portent en aucune façon. Saint Paul dit, n, 6 : èjjloV 
yàp o\ Soxoûvre; oùSsv npoiravéOevro. Quel est le sens 
exact de 7cpo<nxv£8evro ? Faut-il traduire par « ils ne m'ont 
rien imposé » ou : « ils ne m'ont rien communiqué? » 
Le contulerunt de la Vulgate, entre les sens divers qu'il 
comporte, a ce dernier sens. C'est d'ailleurs la signifi- 
cation primitive de uponavéSevio, qui vçut dire : « com- 
muniquer de plus. » 

V. Texte de l'Épitre. — Des vingt manuscrits onciaux 
qui contiennent les Épîtres de saint Paul, dix possèdent 
l'Épitre aux Galates en entier, nABCDEFGKLP, trois 
F«HN en ont des fragments; on la trouve aussi dans 
les cursifs qui, pour saint Paul, sont du nombre de 480, 
ainsi que dans 265 lectionnaires ; nous ne pouvons dire 
si tous contiennent cette Épître. Voir Tischendorf, No- 
vum Testamentum grsece, t. m, Prolegomena, auctore 
C. R. Gregory, p. 418-435,653-675, 778-791. Les manus- 
crits présentent un certain nombre de variantes; une 
douzaine seulement ont quelque importance. Voir Tis- 
chendorf, Novum Testamentum grsece, t. n, p. 627-662; 
t. m, p. 1291-1292. 

VI. Citations de l'Ancien Testament. — Il y a dix- 
neuf citations de l'Ancien Testament dans l'Épitre aux 
Galates; neuf livres sont cités : la Genèse, six fois, xii, 
3; xv, 6; xxn, 18; xxi, 10; xvn, 8; xxrv, 7; le Deutéro- 
nome, deux fois, xxvn, 26; xxi, 23; les Psaumes, trois 
fois pour le même texte, cxxii, 3; cxxrv, 5; cxxvn, 6; 
Isaïe, deux fois, xltx, 1 ; nv, 1 ; le Lévitique, deux fois, 
xviii, 5; xix, 8; Habacuc, une fois, n, 4, ainsi que 
l'Exode, xii, 40; Néhémie, ix, 29, et Ézéchiel, xx, 11. Huit 
citations, m, 6, 8, 10, 11, 12, 13; rv, 27, 30 sont tex- 
tuelles ou presque textuelles et empruntées aux Septante ; 
trois sont introduites par ^iypnmou yâp, m, 10; iv, 22, 
27; une par ti Mfii ^ ypa?^, rv,30, et une autre, m, 13, 
par 8ti •féypxtrcai. 

VIL Analyse de l'Épitre. — On peut distinguer le 
préambule, le corps de l'Épître et l'épilogue. Le corps 
de l'Épître se subdivise en trois parties : la première est 
l'apologie de l'apôtre; la seconde partie est dogmatique 
et expose l'Évangile de Paul, tandis que la troisième 
partie établit les conséquences morales, qui en dé- 
coulent. 

1° Préambule, i, 1-10. — Salutation de Paul, apôtre par 
la seule vocation divine, et des frères aux Églises de 
Galatie, i, 1, 2; actions de grâces et souhaits de paix de 
la part de Dieu et de Jésus-Christ qui nous a sauvés, 3-5. 
JËtonnement de l'Apôtre en apprenant l'inconstance des 
Galates, 6; anathème à quiconque, fût-ce lui ou un 
ange, qui prêcherait un autre Évangile que celui qu'il 
leur a annoncé, 7-9; s'il parle ainsi, c'est qu'il veut 
plaire à Dieu et non aux hommes, 10. 

Première partie. — Apologie de l'Apôtre, i, 11-n, 21. 
— i. Saint Paul établit son indépendance apostolique, i, 11- 



24; il déclare qu'il n'a pas reçu son Évangile d'un 
homme, mais dé Jésus-Christ, i, 11, 12. Première-preuve, 
sa conversion et sa vocation, i, 13-17; il a été d'abord 
juif zélé et persécuteur des chrétiens, 13, 14, jusqu'au 
jour où Dieu lui révéla son fils, 15, 16, et sans consulter 
personne ni monter à Jérusalem, il se retira en Arabie, 
puis vint à Damas, 17. Deuxième preuve, i, 18-24. Trois 
ans après, il visita Pierre et ne vit que lui et Jacques, 
18-20; il viut ensuite en Syrie et en Cilicie, étant inconnu 
aux Églises de Judée, qui, cependant, ayant appris que 
l'ancien persécuteur prêchait la foi, glorifiaient Dieu à 
cause de lui, 21-24. — il. Saint Paul montre que sa doctrine 
a été reconnue conforme à celle des Apôtres, II, 1-21, 
par deux faits : 1° à la conférence de Jérusalem, u, 1-10 
il a exposé à toute l'Église et aux Apôtres en particulier 
son Évangile, n, 1-2, et l'on n'obligea pas Tite à être 
circoncis, f. 3, malgré les faux frères qui voulaient entra- 
ver la liberté en Jésus-Christ, f. 4, et Paul ne leur a 
point cédé, f. 5; les apôtres, les plus considérés, n'ont 
rien ajouté à son Évangile, f. 6, mais, voyant que l'Évan- 
gile lui avait été confié pour les incirconcis comme à 
Pierre pour les circoncis, Jacques et Céphas et Jean lui 
donnèrent la main d'association, f. 7-9, lui demandant 
seulement de se souvenir des frères, j^. 10 — 2° La con- 
troverse avec Pierre à Antioche prouve aussi son indé- 
pendance apostolique, II, 11-21. Paul en fait le récit; il' 
a résisté en face à Pierre qui, tout d'abord, mangeait- 
avec les païens, mais se retira, lorsque arrivèrent des 
émissaires de Jérusalem, f. 11-12; d'autres Juifs et Bar- 
nabe imitèrent son exemple, f. 13. Voyant cette con- 
duite, qui n'était pas selon l'Évangile, Paul lui dit : Si 
toi, Juif, tu vis à la manière des païens, pourquoi obliges- 
tu les païens à judaïser? f. 14; nous, Juifs, sachant que 
l'on n'est pas justifié par les œuvres de la loi, mais par 
la foi, nous avons cru en Jésus-Christ pour être justifies 
par la foi en lui, f. 15-16, de sorte que si, en cherchant 
à être justifiés par le Christ, nous sommes trouvés pé- 
cheurs, ce n'est pas que le Christ soit le ministre du 
péché; mais je suis transgresseur, si je rebâtis ce que 
j'ai détruit, f. 17-18; mais non, par la loi je suis mort 
à la loi; crucifié avec le Christ; c'est lui qui, étant mort 
pour moi, vit en moi, f. 19-20. Si la justice s'obtient par 
la loi, lé Christ est mort en vain, f. 21. 

Deuxième partie. — Partie dogmatique, m, lr-rv, 31. 
— i. Saint Paul prouve que la justification nous est accor- 
dée non par la loi, mais par la foi. — 1° Preuve d'expé- 
rience, m, 1-7. Qui donc a fasciné les Galates If. 1. C'est 
par la foi et non par la loi qu'ils ont reçu l'Esprit; ils 
ont commencé par l'Esprit, finiront-ils par la chair? 
y. 2-4; serait-ce en vain qu'ils ont souffert? y. 5. — 
2° Preuve d'Écriture, m, 8-iv, 20 — 1. Abraham fut jus- 
tifié par la foi; tous ceux qui croient comme lui sont 
ses fils, f. 6-7. Dieu en disant que toutes les nations se- 
ront bénies en lui, annonçait que les païens seraient jus- 
tifiés par la foi, y. 8; et ceux qui croient sont bénis avec 
Abraham le croyant, j^. 9. Car, 2. la loi ne confère pas 
cette bénédiction; au contraire, elle prononce la malé- 
diction sur ceux qui s'attachent aux csuvres de la loi, 
qu'il est impossible d'accomplir en entier, y. 10, et l'Écri- 
ture dit que le juste sera justifié par la foi, y. 11; car la 
loi ne parle pas de ce qu'il faut croire, mais de ce qu'il 
faut faire, y. 12. Mais le Christ nous a rachetés de la 
malédiction, lorsqu'il l'a prise sur lui, afin que la béné- 
diction d'Abraham parvint aux païens, y. 13-14. — 
3° a) Paul prouve que la loi n'a pas annulé la promesse 
faite à Abraham, n, 15-18; les contrats faits entre les 
hommes ne sont pas annulés, à plus forte raison ceux 
qui ont été faits entre Dieu et les hommes, y. 15; or, la 
promesse a été faite par Dieu à Abraham et & sa posté- 
rité, qui est dans le Christ, et la loi, venue quatre cents 
ans plus tard, ne peut annuler la promesse faite gra- 
tuitement à Abraham, y. 16-18. — b) Il établit la raison 
d'être de la loi et ses caractères, m, 19-rv, 7. La loi a été 



75 



GALATES (ÉPITRE AUX) 



76 



ajoutée à la promesse pour faire ressortir les transgres- 
sions, mais elle est temporaire et n'a pas été donnée 
directement par Dieu, mais par les anges et transmisé 
par un médiateur, J. 19-20. La loi n'est pas contraire à 
la promesse; elle le serait, si elle pouvait justifier, car 
alors la justice viendrait de la loi, f. 21 ; elle a enfermé 
tous les hommes sous le péché, elle a été notre garde 
et notre pédagogue pour nous amener au Christ, j. 22- 
21. Les Galates ne sont plus sous ce pédadogue, étant fils 
de Dieu par Jésus-Christ, f. 25-26; ils ont revêtu le 
Christ par le baptême et il n'y a plus aucune distinc- 
tion de nationalité ou de religion; tous sont la postérité 
d'Abraham et les héritiers de la promesse, j>. 27-29. 
L'héritier, tant qu'il est enfant, est sous la tutelle; ainsi 
en était-il de nous, asservis sous la tutelle de la loi, iv, 
1-3; mais Dieu a envoyé son fils pour racheter ceux 
qui étaient sous la loi et faire de nous ses enfants 
d'adoption, jf. 4-5; et par l'Esprit du Fils ils ne sont plus 
esclaves mais fils et héritiers, jL 6-7. — h. Conclusions 
et exhortations, iv, 8-20. — 1° Comment donc, connais- 
sant Dieu maintenant, retournez-vous à ces pauvres élé- 
ments auxquels vous voulez être encore asservis? ai-je 
donc travaillé en vain à votre égard? t. 8-11. Soyons 
unis; rappelez-vous l'accueil que vous m'avez fait; vous 
m'avez reçu comme un ange de Dieu, vous m'étiez tout 
dévoué, f. 12-16; d'autres sont zélés pour vous, mais afin 
de vous détacher de moi et de vous attirer à eux, f. 17- 
18; mes petits enfants, je souffre de nouveau pour vous 
les douleurs de l'enfantement et je voudrais être au mi- 
lieu de vous, f. 19-20. — 2° Preuve de la déchéance de 
la loi par l'allégorie des deux fils d'Abraham, types des 
deux alliances, iv, 21-31. Paul demande aux Galates s'ils 
comprennent la loi. Abraham eut deux fils : l'un, fils de 
l'esclave et né selon la chair; l'autre, fils de la femme 
libre et né selon la promesse, f. 21-23; ces deux mères 
représentent les deux alliances; l'une, Agar, esclave, 
représente l'alliance du Sinaï et la Jérusalem déchue et 
enfante des esclaves, J. 24-26; l'autre, Sara, représente 
la Jérusalem d'en haut et, bien que stérile, a, suivant 
la promesse, enfanté de nombreux enfants, parmi les- 
quels nous sommes, f. 27-28; comme Ismaël a persé- 
cuté Isaac, ainsi maintenant ceux qui sont nés selon la 
chair persécutent ceux qui sont nés selon l'esprit, mais 
l'esclave a été chassée, et seul lé fils de la femme libre 
sera héritier. Et nous, nous sommes les enfants de la 
femme libre, ?• 29-31. 

Partie morale, v, 1-vi, 10. — 1. Conclusions pra- 
tiques, v, 1-25. — 1» Si les Galates se remettent sous 
le joug de la loi et s'ils se soumettent à la circoncision, 
le Christ leur devient, inutile; ils doivent observer toute 
la loi et ils sont déchus de la grâce, v, 1-4; car, nous, 
c'est de la foi que nous attendons la justice, t. 5; en 
Jésus-Christ, il ne sert de rien d'être circoncis ou non, 
il faut avoir la foi, agissant par la charité, jt. G — 2° Ce 
n'est pas Dieu qui a détourné les Galates de la voie où ils 
couraient si bien; celui qui les a troublés en portera le 
jugement, f. 7-10; et si moi, je prêche encore la circon- 
cision, pourquoi suis-je persécuté ? J. 11 ; que ceux qui 
vous troublent soient retranchés, f. 12 — 3° Que les 
frères, appelés à la liberté, n'en abusent pas pour vivre 
selon la chair, mais qu'ils se soumettent les uns les 
autres par la charité, qui est toute la loi, f. 13-14; car 
s'ils se haïssent, ils seront détruits les uns par les autres, 
f. 15. Qu'ils vivent selon l'Esprit et ils n'accompliront 
pas les œuvres de la chair, car ces deux vies sont con- 
traires l'une à l'autre, }. 16-18; l'esprit les délivrera de 
la loi et des œuvres de la chair, f. 19; ceux qui com- 
mettent ces choses, qu'il énumère, n'hériteront pas le 
royaume de Dieu, f. 20-21; les fruits de l'esprit, qu'il 
énumère, sont l'œuvre de ceux qui ont été crucifiés avec 
Jésus-Christ et qui marchent selon l'esprit, f. 22-25. 

n. Conseils, v, 26-yi, 10. — Évitons la vaine gloire et 
l'envie, v, 26; redressez avec douceur ceux qui sont 



tombés, prenez garde à vous-même, vi, 1; aidez-vous 
mutuellement, f.'ï; celui qui s'enorgueillit se trompe 
lui-même, f. 3; que chacun s'examine, mais non par 
rapport à autrui, }. 4-5; qu'ils fessent part de leurs biens 
à ceux qui leur enseignent la parole, f. 6. Qu'ils ne 
s'abusent point; on moissonne ce qu'on a semé; la chair 
engendre la corruption et l'esprit la vie éternelle, f. 7-8; 
faisons du bien à tous, surtout aux fidèles, et nous mois- 
sonnerons en son temps, f. 9-10. 

Épilogue, vi, 11-18. — Paul a écrit cette longue lettre 
de sa propre main, f. 11; ceux qui leur imposent la 
circoncision, quoiqu'ils ne gardent pas la loi, veulent 
éviter la persécution et se glorifier à cause d'eux, f. 11- 
14; pour lui, il ne se glorifie que de la croix de Jésus- 
Christ, car la circoncision n'est rien; être une nouvelle 
créature est tout, f. 15; paix et miséricorde à ceux qui 
suivront cette règle, f. 16. Que personne ne l'attaque 
désormais, car il porte sur lui les stigmates du Seigneur 
Jésus, f. 17; que la grâce du Seigneur soit avec leur 
esprit, f. 18. 

VI. Bibliographie. — Pères grecs : S. Jean Chry- 
sostome, Homiliœ in Epist. ad Galatàs, t. lxi, 
col. 610-682; S. Cyrille d'Alexandrie, Fragmenta eœpla- 
nationis, t. lxxiv, col. 916; Théodoret de Cyr, Interpre- 
tatio, t. lxxxii, col. 459-504; Théodore de Mopsueste, 
Commentaire sur les Épîlres de saint Paul, dans Pitra, 
Spicilegium Solesmense, t. 1, p. 49; Eusèbe d'Emèse et 
Sevérien, Catcnx grsecorum Patrum in N. T., éd. 
Cramer; Œcuménius, Commentàrius, t. cxvm, col. 1093-; 
1168; Théophylacte, Explanatio, t. cxxiv, col. 951-1032; 
S. Jean Damascène, Loci selecti, t. xcv, col. 775-832. 
Euthymius Zigabène, Comm. in XIV Epist. S. Pauli, 
Athènes, 1887. — Pères latins : Victorinus Afer, Libri 
duo in Epist. ad Galatas, t. vin, col. 1145-1198; Am- . 
brosiaster, Commentàrius, t. xvn, col. 805-824; Pelage 
ou un Pélagien, Commentàrius, t. xxx, col. 337-272; 
S. Jérôme, Comm. in Ep. ad Galatas, libri très, 
t. xxvi, col. 307-438; S.Augustin, Epistolse ad Galatas 
expositionis liber unus, t. xxxv, col. 2105-2147; Cajsio- 
dore, Complexiones in Epistolas Apostolorum, t. lxx, 
col. 1343-1346; Primasius d'Adrumète, Commentaria, 
t. lxviii, col.' 415-608; Seduiius Scotus, Collectanea, 
t. ciii, col. 181-194; Claudius Taurinensis, Commen- 
tàrius, t. civ, col. 838-912; Florus Lugdunensis, Com- 
mentàrius, t. cxix, col. 363-374; Raban Maur, Enarratio- 
num in Epist. Pauli libri XXX, t. cxii, col. 246-382; 
Walafrid Strabon, Glossa ordinaria, t. exiv, col. 570- 
588, — Moyen âge : Haymon d'Alberstadt, Expositio, 
t. cxvii, coï 669-700; Hugues de Saint-Victor, Quœstio- 
nes, t. clxxv, col. 553-568; Hervé de Bourges, Com- 
mentàrius, t. clxxxi, col. 1129-1202; Pierre Lombard, 
Collectanea, t. cxci, col. 93-190; Hugues de Saint-Cher, 
Postilla; S. Thomas d'Aquin, Commentàrius, Paris, 
1880; Nicolas de Lyre, Postilla; Denys le Chartreux, 
Commentaria. — xvi», xvn e , xviii e siècles : Cajetan, 
Literalis Expositio, Rome, 1529; J. Gagnseus, Brevis- 
sima Scholia, Paris, 1543; Salmeron, Commentario- 
rum, t. xiv, Cologne, 1602; Mayer, Der Brief Pauli an 
die Galater, Vienne, 1788. — xix e siècle : Catholiques 
(commentaires spéciaux) : F. Windischmann, Erklârimg 
des Brief es an die Galater, Mayence, 1843; Messmer, 
Erklârung des Brief es an die Galater, Brixen, 1862; 
A. Bisping, Erklârung des Brief es an die Galater, 
Munster, 1863; Fr. Reithmayr, Commentar zum Brief 
an die Galater, Munich, 1865; Drach, Les Épîtres de 
saint Paul, Paris, 1871; D. Palmieri, Commentàrius 
in Epist. ad Galatas, Gulpen, 1886; Al. Schâfer, Die 
Briefe Pauli an die Tkess. und an die Galater, Muns- 
ter, 1890; Cornely, Commentàrius in Epist. ad Ga- 
latas, Païis, 1892; Seidenpfenning, Der Brief an die 
Galater, Munich, 1892; Niglutch, Brevis Commentàrius 
in S. Pauli Epist. ad Galatas, Trente, 1899; Belser, 
Die Selbstvertheidigung des kl. Paulus im Galater'- 



77 



GALATES (ÉPÏTRE AUX) — GALATIE 



78 



■ hrièfe, Fribourg, 1890. — Non catholiques : Winer, 
Pauli ad Galatas Epist., Leipzig, 1821; Paulus, Des 
Ap. Paulus Lehrbrief an die Galater, 1831 ; Rûckert, 

■Kom. ûber den Brief an die Galater, 1833; Usteri, 
Kom. ûber den Brief an die Galater, 1833; Sardinoux, 
Commentaire sur l'ÉpUre aux Galates, Valence, 1837 ; 
Hilgedfeld, Galaterbrief, Leipzig, 1852 ; Ellicott, St. Paul's 
Epistle to the Galalians, Londres, 1854, Wieseler, Kom. 
ûber den Brief an die Galater, Gœttingue, 1859; 
Hofmann, Der Brief an die Galater, 1863; Lightfoot, 
St. Paul's Epistle to the Galatians, Londres, 1865; 
Holsten, Inhalt und Gedankengang des Brief s an die 
Galater, Rostock, 1859; Id. Der Brief an die Geniein 
den Galatiens, Berlin, 1880; Schaff, Tfte Epistles ofPaul, 
Galatians, New-York, 1881 ; Beet, Corn, on St. Paul's 
Epist. to the Galatians, Londres, 1885; Corssen, Epis- 
tula ad Galatas, Berlin, 1885; Steck, Der Galaterbrief 
nach seiner Echteit untersucht, Berlin, 1888; Findlay, 
The Epist. to the Galatians, New-York, 1889; Schlat- 
ter, Der Galaterbrief, Cal, 1890; Gloël, Die jungste 
Kritik des Galaterbrief es, Leipzig, 1890; Lipsius, 
Der Brief an die Galater, Fribourg, 1891 ; Schmidt, 
Der Galaterbrief im Feuer der neûesten Kritik, Leip- 
zig, 1892; Drummond, The Epistle of St. Paul to the 
Galatians, Londres, 1893; Jowet, Epistle to the Gala- 
tians, Londres, 1894 ; Dalmer, Der Brief Pauli an die 
Galater, Gùtersloh, 1897; Sieffert, Der Brief an die 
Galater, 1899; V. Weber, Die Abfassung des Galater- 
brief» vor dem Apostelkonzil, Ravensburg, 1900. 

E. Jacquier. 
GALATIE. Le mot grec rocXoccfoc avait trois accep- 
tions différentes. Il désignait : 1» le pays d'Europe habité 
par les Gaulois et appelé en latin GaUia. Ce pays com- 
prenait la Gaule transalpine située entre le Rhin, 
l'Océan, les Pyrénées et les Alpes, et la Gaule cisalpine, 
c'est-à-dire la partie nord de l'Italie ou la plaine du Pô ; 
— 2° la région d'Asie-Mineure occupée par les Gaulois à 
la suite de l'invasion qu'ils firent en Asie-Mineure au 
IV» siècle. Trois tribus qui avaient fait partie de l'immi- 
gration, après la défaite que leur infligea Prusias, roi 
de Bithynie, en 216 avant J.-C, s'installèrent définiti- 
vement dans la région située entre le Sangarius et 
l'Halys ; les Troémiens au nord-est avec Tavia pour ca- 
pitale, les Tolisboïens à l'ouest à Pessinonte et les 
Tectosages, entre les deux, à Ancyre ; — 3° la province 
romaine de Galatie, formée du royaume d'Amyntas 
après la mort de ce roi en 24 après J.-C. Antoine et 
Auguste avaient ajouté aux domaines de ce prince la 
Pisidie, la partie orientale de la Phrygie, la Lycaonie, 
l'Isaurie, le Pont galatique. La province romaine com- 
prit tous ces pays. (Voir la carte.) Dion Cassius, xux, 
32; li, 2; lui, 26. Cf. Th. Mommsen et J. Marquardt, 
Manuel des Antiquités romaines, trad. fr., in-8°, Paris, 
1892, t. IX; Organisation de l'Empire romain, t. Il, 
p. 276-281. La province romaine de Galatie dépendait de 
l'empereur et était gouvernée par un légat propréteur de 
rang prétorien. Corpus inscriptionum latinarum, t. m, 
part, i, n° 248 ; t. iv, n» 1544. Cf. J. Marquardt, Manuel, 
p. 281-285. Le Gouverneur résidait à Ancyre, métropole 
4e la Galatie, Corpus inscriptionum greecarum, n<" 4011, 
4020, 4030,4042,5896; Eckhel, Doctrina numorum,t.m, 
p.177. Dans bette ville se réunissait une assemblée appelée 
xolvôv TaXaTùv, commune Galatiœ, à la tête de la- 
quelle était un galatarque, et qui célébrait le culte de 
Rome et d'Auguste dans le temple dédié à ces divinités. 
C'est sur les murs de ce temple qu'on a retrouvé l'ins- 
cription célèbre qui contient les Res gcstœ divi Au- 
gusti. Voir Corpus inscr. grsec, n° 4039 ; Corpus inscr. 
latin., t. m, p. I, n» 252. Cf. Th. Mommsen, Res gestœ 
diviAugusti,%° êdit., in-8», Berlin, 1883. Voir G. Perrot, 
De Galatia provincia romana, in-8°, Paris, 1867 ; H. 
Kiepert, Manuel de géographie ancienne, trad. franc., 
in-8», Paris, 18S7, p. 62 ; Th. Mommsen, Histoire ro- 



maine, trad. franc., t. x, in-8», Paris, 1887, p. 94-118.- 
I. La. Gaiatie a.u temps des Machabées. ^- D'après 
I Mach., vhi, 2, Judas entendit parler des combats livrés 
par les Romains, des prodiges de valeur qu'ils avaient 
faits dans la Galatie (èv toîç l'aXâ-ratç, Vulgate : ira Galatia), 
dont ils s'étaient emparés et qu'ils avaient réduite à payer 
tribut. Les commentateurs hésitent sur la question de 
savoir quel est le pays désigné ici sous le nom de Ga- 
latie. S'agit-il des Gaulois d'Europe ou des Gaulois 
d'Asie ? L'un et l'autre sont également admissibles. En 
effet, à cet époque, les Romains avaient remporté des 
victoires à la fois sur les Gaulois d'Asie et sur les Gau- 
lois d'Europe. En 189, le consul Cn. Manlius Valso 
avait envahi la Galatie, accompagné d'Attale, frère du 
roi de Pergàme, et avait défait les Galates. Les auteurs 
romains évaluent à 40000 le nombre de ceux qui 
étaient restés sur le champ de bataille et une foule con- 




I,. T^itiïTIht- t'fi't : 



10. — Carte de la Galatie. 



sidérable avait été faite prisonnière; Tite Live xxxvm, 
12, 18-23, 34; Florus, n,ll ; Polybe, xxn, 24. Les Galates 
furent obligés de faire la paix avec Eumène, roi de Per- 
gàme, et de se confiner dans les limites de leur terri- 
toire d'où ils tentaient à chaque instant de sortir. Tite 
Live, xxxvin, 40. Cette victoire contribua beaucoup à 
répandre la terreur du nom romain dans l'Asie entière, 
il est donc naturel que l'écho en soit arrivé jusqu'aux 
Juifs. C'est pourquoi tous les commentateurs anciens 
avaient vu dans le passage des Machabées une allusion 
réelle aux victoires de Cn. Manlius. M. Th. Mommsen, dans 
C. L. Grimm, Dos erste Buch der Makkabâer, in-8», 
Leipzig, 1853, p. 235, a émis le premier l'opinion qu'il 
s'agissait au contraire des victoires remportées sur les Gau- 
lois d'Europe dont il est question dans Polybe, n, 14-34. 
Les raisons qu'il donne sont les suivantes : 1° à l'époque 
de Judas, les Gaulois d'Europe payaient tribut et non 
ceux d'Asie; 2» la Galatie est nommée avant l'Espagne; 
or, la Galatie d'Asie n'a été envahie qu'après la con- 
quête espagnole. Aujourd'hui les commentateurs hésitent 
entre les deux opinions qui sont également plausibles. 
Cf. C. F. Keil, Commentar ûber die Bûcher der Mak- 
kabâer, in-8», Leipzig, 1875, p. 111. Pour II Mach., vin, 
28, où il est question des Galates, voir Galates. 
II. La Galatie dans le'Noii.vkau Testament. — Dans 



79 



GALATIE — GALBANUM 



80 



son premier voyage, saint Paul traversa la partie sud 
de la province romaine de Galatie. Il fonda des Églises 
à Antiocbe de Pisidie, à Iconium, à Lystres et à Derbé. 
Act., xiv, 1-24. Ces Églises prospérèrent et l'apôtre les 
visita à son second voyage pour les confirmer dans la 
foi et pour leur porter le décret du concile de Jérusa- 
lem. Act., xvi, 1-5. Puis, parlant d'Iconium, il se dirigea 
vers le nord et traversa la Phrygie se dirigeant vers la 
partie nord de la province, il pénétra donc dans la Ga- 
latie celtique, raXotTtxr) x^P"» Galatica regio, et de là 
se rendit en Mysie. Act., xyi, 6,7. A son troisième voyage, 
il revint par le même chemin. Act., xvm, 23; xix, 1. 
La Galatie, TaKazix, est également nommée parmi les 
contrées où sont les chrétiens auxquels est adressée la 
première Épltre de saint Pierre. I Petr., I, 1. Un des 
disciples de saint Paul, Crescens, quitta son maître 
pour aller en Galatie, TaXatta. I Tim., iv, 10. Saint Paul 
avait ordonné aux Églises de Galaiie de faire des quêtes 
pour le soulagement des pauvres. I Cor., xvi, 1. 

Les commentateurs de l'Épltre aux Galates se sont 
demandé ou étaient situées les Églises auxquelles l'Apôtre 
envoie sa lettre. S'agit-il de celles qu'il fonda dans la 
partie méridionale de la province, lors de son premier 
voyage, c'est-à-dire des Eglises d'Àntioche, d'Iconium, 
de Lystres et de Derbé, ou bien des Églises de la Gala- 
tie du nord, c'est-à-dire du pays celtique proprement 
dit? Il est très probable qu'il s'agit des premières. C'est 
l'opinion la plus généralement adoptée et celle qui s'ap- 
puie sur les meilleurs arguments. Les principales raisons 
qui militent en sa faveur sont les suivantes : 1" Saint 
Paul a l'habitude de désigner les pays d'après la termi- 
nologie administrative romaine. Il en est ainsi pour 
l'Achaïe, Rom., xv, 26; I Cor., xvi, 15; etc., pour la 
Macédoine, Rom., xv, 25 ; I Cor., xvi, 5 ; etc., pour 
l'Asie, I Cor., xvi, 19 ; II Tim., i, 15 ; etc. Or les Romains 
se servaient du mot Galatie pour désigner la province 
tout entière. C'est ce que démontrent les inscriptions 
d'Iconium, Corpus inscript, grxc, n» 3991 ; American 
Journal of Philology, 1886, p. 129 ; 1888, p. 267. — 
2' Saint Barnabe avait une autorité manifeste sur les^ 
chrétiens des Églises de Galatie, Gai., Il, i, 9-13 ; or il 
ne fut le compagnon de saint Paul que lorsqu'il fonda 
les Églises de la Galatie du sud et non lorsqu'il alla 
dans la Galatie du nord. Yoir Barnabe, t. i, col. 1461- 
1464. —3» La Galatie dont il est question dans l'éplire est 
un pays où saint Paul séjourna longtemps, ce qu'il ne 
fit que dans le sud. — 4° Le sud de la Galatie était en 
rapports -avec les judaïsants, puisque saint Paul dut y 
porter le décret de l'Église de Jérusalem, il n'y a au- 
cune raison de penser qu'il en ait été de même de la 
région celtique. —5° C'est bien au voyage dans le sud de 
la Galatie que peut s'appliquer la phrase de saint Paul 
qui dit qu'il fut l'ait per infirmitatem camis. Gai., iv, 
13. L'Apôtre était alors malade et persécuté. Les Actes 
ne parlent ni de maladie, ni de persécution au temps 
de son passage dans la Galatie du nord. Cf. Cornely, 
Historica et critica introductio in scripturam sacrant, 
in-», Paris, 1885-1887, t. m, p. 415-422; C. Fouard, 
Saint Paul, ses missions, in-8°, Paris, 1892, p. 54, n. 1 ; 
W. Ramsay, The Church in Ihe Roman empire, in-8°, 
Londres, 1894, p. 97-104; Id., Saint Paul, The travelter 
and the roman citizen, in-8°, Londres, 1895, p. 89-195. 
Ceux qui croient que la Galatie où sont situées les 
Eglises destinataires de l'épitre est la Galatie du nord, 
prétendent que le caractère des Galates, tel qu'il est dé- 
crit par l'apôtre, est bien le caractère d'une population 
celtique. Cet argument n'a guère de valeur, car on peut 
trouver de grandes ressemblances entre les Galates et 
les populations .orientales. Hais ils insistent surtout sur 
les difficultés qu'offre l'autre théorie. E. Schûrer, dans 
la Theologische Literaturzeitung, 1892, p. 468, et Jahr- 
bûcher fur protestantische Théologie, 1893, p. 471, 
affirme que jamais il n'y eut de province portant offi- 



ciellement le nom' de Galatie ; Cheetham, dans la Clas- 
sical Review, 1894, p. 396, soutient la même thèse. Les 
arguments que nous avons donnés plus haut et en parti- 
culier les inscriptions d'Iconium prouvent que la pro- 
vince romaine portait bien ce nom. Cf. Ptolémée, V, 
iv, 11, 12; W. Ramsay, The Church in the Roman 
empire, p. 13, note. E. Schûrer s'est rétracté dans le 
Theologische Literaturzeitung, 30 sept. 1893. Il faut 
enfin remarquer que saint Luc, lorsqu'il parle de la Ga- 
latie celtique, l'appelle TaXarixT] x^P" et non r«Xat(a ; 
il est donc vraisemblable que ce dernier mot désigne la 
province romaine. Dans I Petr., i, 1, il est également 
selon toutes les vraisemblances que le mot Galatie dé- 
signe la province romaine et non le district celtique. 

E. Beurlier. 

GALBANUM (hébreu -.hélbenâh; Septante : ya'tëivriii 
Vulgate : galbanus), gomme-résine odorante. 

I. Description. — C'est le suc concrète en forme de 
larmes qui exsude spontanément vers le bas de la tige 
d'une ombellifère de la Perse, le Ferula galbaniftua de 
Boissier (fîg. 11). Il diffère surtout par son odeur spé- 



C&l: 




11. — Ferula galbaniftua. 

ciale, forte et persistante, des produits analogues fournis 
par diverses espèces de férule de la même région orien- 
tale, et composés aussi essentiellement de gomme et de 
résine avec une proportion variable d'huile volatile : la 
gomme ammoniaque qui lui ressemble beaucoup est plus 
franchement aromatique, Y Assa-fœtida et le Sagapenum 
au contraire étant plutôt fétides et alliacés. — Le genre 
Ferula comprend des plantes vivaces de haute taille , à 
tiges devenant très grosses mais fistuleuses et de consis- 
tance purement herbacée. Les feuilles à pétiole qui em- 
brasse largement la tige, ont un vaste limbe divisé jus- 
qu'à quatre fois en un très grand nombre de petites dé- 
coupures linéaires parfois un peu élargies. Les fleurs 
d'un jaune verdâtre sont groupées en inflorescence 
terminale comprenant une grande ombelle primaire 
fertile, entourée à sa base de plusieurs ombelles secon- 
daires, souvent rapprochées en faux-verticilles et sté- 
riles, les unes et les autres sans involucre ou entourées 
seulement de quelques bractées décidues. — Le Ferula 
galbaniftua a le limbe des feuilles radicales couvert 
d'un tomentum cendré; celles de la tige sont réduites 
à des gaines oblongues, aiguës et caduques. Ses pétales 
acuminés à pointes involutées le distinguent d'une espèce 



81 



GALBANUM — GALGAL 



82 



voisine, le Ferula rubricàulis, avec laquelle Boissier 
l'avait confondu jadis sous le nom de Ferula erubes- 
cens. Le Ferula gummosa séparé d'abord spécifique- 
ment du galbanifl.ua par le même auteur lui a été fina- 
lement rattaché comme simple variété. Boissier, Flora 
Orientalis, t. h, p. 989. F. Hy. 

H. Exégèse. — Le hélbenâh était un des quatre in- 
grédients du parfum sacré. Exod., xxx, 34-38. La simili- 
tude de ce nom avec le grec ^axéâv») et le latin galba- 
num ne saurait laisser de doute sur sa signification. — 
Dans Eccli., xxiv, 21, la sagesse se compare à ce même 
parfum sacré : les quatre ingrédients énumérés dans 
l'Exode sont seuls aussi mentionnés dans le texte grec 
de l'Ecclésiastique (le latin ajoute par erreur un autre 
nom le storax) et le galbanum est du nombre des 
quatre. Or le ^aX6otvi) et le galbanum ont une significa- 
tion bien déterminée dans la littérature grecque et la- 
tine. C'est une gomme résine qui entrait dans certaines 
compositions de parfums. Dioscoride, m, 87; Thëo- 
phraste, H. P., ix, 7; Pline, H. N., xn, 56; xm, 2. 
Seule, l'odeur du galbanum n'est pas très agréable, elle 
est acre et forte. On ajoutait cependant cette gomme 
résine, sans doute pour fixer l'odeur, comme ledit Pline, 
H.N., XIII, 2, et en même temps pour chasser les mous- 
tiques. Pline, H. N., XIX, 58. Le choix de cet ingrédient 
pour le parfum sacré pourrait bien avoir sa raison dans 
cette dernière propriété : il importait d'écarter perpé- 
tuellement les moucherons de l'intérieur du saint, où était 
dressé l'autel des parfums. — Quant à la plante qui pro- 
duit le galbanum, il y eut incertitude parmi les anciens 
sur son nom précis. En tout cas, ce ne peut être le Bubon 
galbanum, plante qui croît au cap de Bonne-Espérance. 
Pline, H. N.,'xn, 56, y voit une férule, nommée stago- 
nitis, « qui découle, » qu'il fait recueillir sur le mont 
Amanus en Syrie. Pour Dioscoride, c'est une plante 
ombellifère que son commentateur, Kûhn, t. n, p. 532, 
regarde comme le Ferula ferulago. Il est très possible 
que les Hébreux appelassent hélbenâh, galbanum, non 
seulement la gomme résine du Ferula galbaniflua, 
mais aussi les produits analogues de diverses autres 
plantes du même genre Ferula. 

Dans le texte hébreu de l'Exode, le hélbenâh est suivi 
du mot sammîm diversement rendu . A suivre la recen- 
sion massorétique qui place un accent distinctif sur hél- 
benâh, il faut s'arrêter après ce dernier mot et traduire : 
« Prends des aromates, du stacté, de l'onyx, du galba- 
num, ces parfums (dis-je) et de l'encens le plus pur. » 
Mais il faudrait, dans ce cas, au moins l'article, sinon 
l'adjectit démonstratif devant sammîm . Il est vrai que 
le n, hé, final de hélbenâh pourrait peut-être s'en dé- 
tacher et s'unir à sammîm, en lisant n>DDn pbn. Quand 
même ce serait possible, la construction n'en reste pas 
moins singulière, embarrassée, et il est préférable d'aban- 
donner la ponctuation massorétique et de suivre la ma- 
nière délire des Septante et celle de la Vulgate qui ont 
uni le mot sammîm à hélbenâh : x a ^«.i-r\i f)8o<j|jiov, 
galbanum boni odoris. Mais pour l'exactitude de la tra- 
duction, il faudrait retrancher le mot boni de la Vul- 
gate : sammîm ne marque pas nécessairement un par- 
fum agréable (ce qui du reste ne conviendrait pas au 
galbanum à l'odeur acre et forte), mais une odeur péné 
trante. Toutefois il reste une difficulté dans l'hypothèse 
où il faut unir sammîm à hélbenâh, c'est que ce der- 
nier mot n'est pas à l'état construit. D'autre part si on 
lisait d>ddh pbn, il pourrait être sans doute à l'état 
construit, mais le pluriel du mot suivant ne s'explique 
guère. Aussi en définitive il y aurait plutôt lieu de sup- 
poser que le mot sammîm du commencement de ce ver- 
set, a été récrit une seconde fois par erreur. Ou bien ne 
faudrait-il pas voir une confusion dans l'ancienne écri- 
ture avec nWa, bésém, qui est le mot généralement em- 
ployé dans cette locution? Ex., xxx, 23; Celsius, Hierobo- 
lanicon, in-18, Amsterdam, 1748, 1. 1, p. 267-271; E.Fr. 




K. Rosenmûller, Handbueh der biblischen Alterthum- 
skunde, in-8», 1830, t. iv, p. 151; J. D. Michaelis, £>p- 
plemenla ad lexica hebrsea, in-8°, Gœttingue, 1792, t. Il, 
p. 753-756; I. Lôw, Aramàische Pflanzennamen, in-8», 
Leipzig, 1881, p. 163. £. Levesque. 

GALE (hébreu : gdrâb, hérés; Septante : J-wpa 
àfpia, xviqçT); Vulgate : scabies, prurigo), aûection 
cutanée causant une démangeaison assez vive. Ce mal 
est dû à l'introduction sous la peau d'un parasite, VAca- 
rus scabiei ou sarcopte de la gale (fig. 12), qui y établit 
son gîte, s'y développe, s'y multiplie, et creuse de petits 
sillons dans lesquels il chemine. Dés éruptions se pro- 
duisent ensuite sur 
la peau. Le mal est 
contagieux, mais il 
se guérit rapidement 
par des applications 
sulfureuses.Certains 
animaux, particuliè- 
rement les brebis, 
sont aussi sujets à la 
gale. Elle est causée 
en eux par une autre 
espèce de sarcopte. 

— La loi défendait 
d'admettre au sacer- 
doce le lévite atteint 
de la gale. Lev., xxi, 
20. On ignorait sans 
doute alors le moyen 
de guérir ce mal. On 
ne devait' pas non 
plus offrir au Sei- 
gneur une victime 
galeuse. Lev., xxn, 
22. Parmi les maux 
dont Dieu menace 

les Hébreux prévaricateurs figurent le gdrâb et lo 
hérés. Deut., xxvm, 27. Le hérés n'est peut-être pas 
la gale proprement dite, puisqu'il est nommé dans le 
même texte avec le gârâb, mais c'est une aflection si- 
milaire, que les versions appellent xvifo»], prurigo, par 
conséquent une maladie de peau caractérisée par une 
démangeaison pareille à celle que cause la gale. — Le 
nom de gârêb, « galeux, » a été porté par un homme du 
temps de David, II Reg., xxm, 38, et donné à une col- 
line voisine de Jérusalem. Jer., xxxi, 39. Voir Garkb. 

— Dans un autre passage, Lev., xm, 6, est nommée une 
maladie de peau qui a tout d'abord les apparences de la 
lèpre et s'en distingue au bout de quelques jours, la 
mispahaf. Les Septante traduisent par orjuotoia, une 
« marque », et la Vulgate par scabies. Il s'agit proba- 
blement dans ce texte d'une espèce de dartre et non de 
la gale. H. Lesétre. 

GALGAL (hébreu : Gilgâl, forme pilpel de gâlal, 
« rouler; » d'où le sens de « roue, cercle »; Septante : 
TxV^&k, YiXyaXa.), nom de deux, peut-être de trois loca- 
lités de Palestine. , 

1. GALGAL (hébreu -.Gilgâl; Septante : Codex VatU 
canus, i\ Va.XO.aia; Codex Alexandrinus, Tëk-fiâ), nom 
d'une ville de Palestine dont le roi fut vaincu par Josué 
au moment de la conquête de Chanaan. Jos., xu, 23. Le 
texte hébreu porte exactement : méléh-Gôyîm le-Gilgâl, 
« le roi de Gôylm de Gilgâl. » La Vulgate a pris le mot 
Gôyim dans le sens général de « nations » ou « Gentils », 
rese gentium Galgal. Les Septante y ont vu un nom 
propre : powUùc Tef {Codex Alexandrinus, rwetp). H 
est probable qu'il désigne certaine tribu primitive de la 
contrée, et qu'au lieu de signifier « les nations païennes », 
comme en d'antres endroits, il a un sens spécial comme 



12. — Acare ou sarcopte de la gale. 



m 



GALGAL — GALGALA 



84 



,.Gen., xiv, 1. 'D'après certains manuscrits grecs, qui 
donnent îj raXtXaCw, on pourrait croire que les tra- 
ducteurs ont lu Gdlîl au lieu de Gilgâl. Quelques auteurs 
pensent que c'est la leçon probable. Cf. F. Buhl, Geo- 
graphie des alten Palâstina, Fribourg-en-Brisgau, 1896, 
p. 213. Mais les autres versions anciennes, chaldaîque, 
syriaque et arabe, sont d'accord pour confirmer le texte 
actuel et la leçon de la Vulgate, — Où se trouvait cette 
ville royale de Galgal? Pans la liste de Josué, xn, 9-24, 
elle appartient à la confédération du nord, f. 18-24, 
mais à la contrée méridionale de ce second groupe. Elle 
est, en effet, mentionnée entre Dor, aujourd'hui Tan- 
tura, sur les bords de la Méditerranée, au-dessous du 
Carmel, et Thersa ou Talluzah, au nord-est de Naplouse. 
Or, on trouve plus bas, au sud-est de Kefr Saba, un 
village dont le nom, A^Jj-^A-s., Djeldjuliyéh, répond 
exactement à la forme hébraïque hih}, Gilgâl, Cf. 

G. Kampffmeyer, Alte Namen im, hêutigen Palâstina, 
dans la Zeitschrift des Deutschen Palâstina-Vereins, 
t. xvi, 1893, p. 32. Il représente également bien le bourg 
de Galgulis, xû|Av) raX-rovXiî, qu'Eusèbe et saint Jérôme, 
Onomastica, 1870, p. 127, 245 , signalaient de leur temps 
comme identique à « Gelgel, TeX^éX, que prit Josué ». 
Ils le placent à six milles (près de neuf kilomètres) au 
nord d'Antipatris. Si l'on reconnaît cette dernière ville 
dans Medjdel Yabu, la distance de Djeldjouliyéh est 
parfaitement exacte. Si on l'identifie avec Qala'àt Bas 
el-'Aïn, la distance étant insuffisante, quelques auteurs 
cherchent Galgal à Qalqîliyéh, A^LJLLS, éloigné d'en- 
viron dix kilomètres. Si l'on veut enfin la voir dans 
Kefr Saba, Djeldjouliyéh étant au sud n'est plus dans 
la position voulue, et Qalqîliyéh est trop près. Voir Anti- 
patris, 1. 1, col. 706, et la carte d'ÉPHRAïM, t. u, col. 1876. 
L'emplacement de Galgal dépend donc en somme de celui 
d'Antipatris, et le choix est entre deux localités assez 
voisines. — Qalqiliyéh est un village de 1200 habitants, 
situé sur une colline assez basse, et dont les maisons sont 
bâties en pisé ou avec de menus matériaux. Djel- 
djouliyéh, avec 600 âmes, se trouve dans la plaine, 
sur un faible monticule. Les maisons en sont très gros- 
sièrement bâties; des vestiges de constructions antiques 
sont épars sur divers points. On voit, au bas du mon- 
ticule, les restes d'un beau khan, formant un rectangle, 
avec une cour au centre et des galeries voûtées alentour. 
— Avec bon nombre d'auteurs, et en particulier V. 
Guérin, qui a longuement discuté la position d'Anti- 
patris, Samariêj t. n, p. 356-369, nous regardons Djel- 
djouliyéh comme le site probable de Galgal. Cette idenr 
tificatiôn est acceptée par Robinson, Biblical Besearches 
in Palestine, Londres, 1856, t. n, p. 243; Van de Velde, 
Memoir to accompany the Map of the Holy Land, 
Gotha, 1858, p. 316; W. M. Thomson, The Land and 
the Booh, Londres, 1881, t. i, p. 51; et les explorateurs 
anglais, Surveyof Western Palestine, Memoirs, Londres, 
1881-1883, t. n, p. 288; G. Armstrong, W. Wilson et 
Conder, Names and places in the Old and New Tes- 
tament, Londres, 1889, p. 73. — Il est possible que 
Djeldjuliyéh représente aussi la Galgala dont parle le 
premier livre des Machabées, lx, 2. Il y est dit que 
l'armée syrienne, envoyée en Judée par Démétrius pour 
venger la défaite de Nicanor, alla « par la route qui 
mène à Galgala ». Cette expression semble indiquer que 
le chemin suivi fut une voie stratégique, comme celle 
qui allait d'Egypte à Damas, en passant par la plaine de 
Saron, où se trouve Djeldjouliyéh. C'est d'ailleurs par 
la plaine maritime qu'avaient eu lieu les invasions 
syriennes précédentes. Cf. I Mach., m, 16, 40; rv, 29. 
Voilà pourquoi l'on y place plus généralement Galgala, 
de préférence à Djildjilia des montagnes d'Éphraïm, et 
à Tell Djeldjoul de la plaine du Jourdain. Quelques 
critiques, pour couper court à la difficulté, supposent 
qu'il y avait primitivement dans le texte < Galilxa » ou 



< Galaad », . au lieu de « Galgala ». C'est une simple 
conjecture. Cf. Keil, Commentar ûber die Bâchei' der 
Makkabâer, Leipzig, 1875, p. 148. A. Legendrje. 

2. GALGAL (hébreu : Bê( hag-Gilgâl; omis Septante; 
dans les Vulgate : domus Galgal), une des villes qui 
envoyèrent des chantres à Jérusalem pour la consécration 
solennelle des murailles rebâties après la captivité. II Esd., 
xn, 28, 29. Elle est mentionnée avec Géba, aujourd'hui 
Djéba', et Azmaveth, Hizméh, toutes deux appartenant à 
la tribu de Benjamin et situées au nord-est de la ville 
sainte. Avec elles, elle est placée « dans le cercle »_ou « les 
environs de Jérusalem » (hébreu : hak-kikkâr sebîbôf 
YerûSdlaim). Que signifie ce cercle ou district de Jéru- 
salem et jusqu'où s'étendait-il ? S'il s'agit de la vallée du 
Jourdain, qui porte ordinairement ce nom de kikkdr 
(cf. Gen., xin, 10, 11; III Reg., vu, 46; II Esd., m, 22), 
Galgal est alors la fameuse Galgala où campèrent les 
Hébreux après le passage du Jourdain. Voir Galgala 1. 
Quelques auteurs, cherchant plutôt l'endroit dont nous 
parlons au nord de la cité sainte, comme Azmaveth et 
Géba, l'identifient avec Djildjilia, au-dessus de Béthel, 
à l'ouest de la route qui va de Jérusalem à Naplouse. 
Voir Galgala 2. Mais le district en question allait-il 
jusque-là? C'est douteux. Cf. C. F. Keil, Chror.ik Esra, 
Nehemia, Leipzig, 1870, p. 584. A. Legendre. 

8. GALGAL (hébreu : Gilgâl; Septante : TaX-faX, Os., 
ix, 15; roXoôS, Os., xn, 11), ville qui fut, pour les 
Israélites, un centre d'idolâtrie. Os., ix, 15; xii, 11. U 
s'agit probablement de Galgala située dans la plaine du 
Jourdain, et non de Galgala des montagnes d'Éphraïm. 
Cependant les auteurs ne sont pas d'accord. Voir Gal- 
gala 1 et 2. 

GALGALA (hébreu : hag-Gilgâl, avec l'article par- 
tout, excepté Jos., v, 9; Septante : TaX-y-oX, râXY«Xa au 
pluriel), nom de deux localités de Palestine. 

1. GALGALA, premier campement des Israélites dans 
la plaine du Jourdain, après qu'ils eurent passé le fleuve; 
lieu de la circoncision et de la première pâque célébrée 
dans la Terre Promise. Jos., iv, 19; v, 8, 10. Ce fut un 
des endroits qui restèrent toujours sacrés aux yeux du 
peuple hébreu. 

I. Situation. — Galgala se trouvait « à l'orient de 
Jéricho » (hébreu : biqesêh mizrah Yerîhô, « à l'extré- 
mité orientale de Jéricho, » ou du territoire de l'ancienne 
ville). Jos., iv, 19. Située près de la frontière septen- 
trionale- de Juda, elle était « vis-à-vis de la montée 
d'Àdommim », aujourd'hui Tala'at ed-Denim, ou la voie 
antique qui montait de Jéricho à Jérusalem. Jos., xv, 7. 
C'est tout Ce que nous apprend l'Écriture. Josèphe, Ant. 
jtid., V, i, 4, en fixe l'emplacement à 50 stades 
(9 kilomètres 247 mètres), à l'ouest du Jourdain, et à 
10 stades (1 kilomètre 849 mètres), à l'est de Jéricho. 
Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 
1870, p. 102, 126, 233, la placent à deux milles (près de 
3 kilomètres) de cette dernière ville. Cette différence 
vient probablement de ce que le premier historien parle 
de l'antique Jéricho, tandis que les deux autres parlent 
de la nouvelle, qui n'était pas tout à fait au même 
endroit. Voir Jéricho. S'il faut en croire ces derniers, 
on montrait encore de leur temps, sur le site désert de 
Galgala, vénéré comme saint, les pierres qui furent 
apportées du Jourdain. C'est aussi le témoignage de 
Théodose (vers 530), qui indique ce site à un mille de 
Jéricho et à cinquante stades du Jourdain. De Terra 
Sancta, xn, dans les Itinera Terrai Sanctœ de la 
Société de l'Orient latin, Genève, 1877, t. i, p. 67. An- 
tonin de Plaisance (vers 570), Arculphe (vers 670) et 
saint Willibald (723-726) y mentionnent une église qui 
renfermait ces pierres. Cf. Itinera Terrœ Sanctx, t. i, 



85 



GALGALA 



86 



p. 99, 176, 262. Le pèlerin russe Daniel (1106-1107) 
y signale un couvent et une église consacrés à saint 
Michel; là, en effet, dit-il, « à une verste de Jéricho, du 
côté de l'orient estival, est situé le lieu où le saint 
archange apparut à Josué, fils de Nun, en présence de 
l'armée des Israélites. » Jos., v, 13-15. Cf. Itinéraires 
russes en Orient, Genève, 1889, t. i, p. 31. Enfin R. J. 
Schwarz, Dos heilige Land, Francfort-sur-le-Main, 1852, 
p. 99, préteud qu'il y a, dans le voisinage du Jourdain, 
une colline semblable à un monceau de pierres, que les 
Arabes appellent Galgala. Personne, cependant, avant 
1865, n'avait découvert un nom qui pût rappeler cette 
localité célèbre. A cette époque, M. Zschokke entendit 
plusieurs habitants de la contrée appliquer à un tertre 
de la plaine le nom de Tell Djeldjûl. Cf. H. Zschokke, 
Beitrâge zur Topographie der westlichen Jordansaue, 
Vienne, 1866, p. 26. Plus tard, en 1874, les explora- 
teurs anglais remarquèrent, au même endroit, au sud 
d'un tamaris isolé, une ancienne citerne appelée birket 
Djildjuliyéh. Cf. Palestine Exploration Fund, Quar- 
terly Statement, Londres, 1874, p. 36. L'emplacement 
.correspond assez exactement aux données de Josèphe, 
bien que la distance du Jourdain, cinquante stades, soit 
un peu exagérée. Voir la carte de Benjamin, t. i, 
col. 1588. La dénomination et les légendes attachées à ce 
coin de terre peuvent venir d'une tradition chrétienne ; 
mais celle-ci peut avoir aussi pour base, une tradition 
juive. Cf. Pal. Expl. Fuiid, Quart. Statement, 1874, 
p. 70, 170, 174. En tout cas, on ne saurait nier le 
rapport onomastique entre l'hébreu 'îi'îs, Gilgâl, et 

l'arabe ^O-»., Djeldjûl, ou A «Ij» - *. >.•>■, Djeldjûliyêh. 

Cf. G. Kampffmeyer, Aile Namen im heutigen Palàs- 
tina und Syrien, dans la Zeitschrift des Deutschen Pa- 
lastina-Vereins, Leipzig, t. xvi, 1893, p. 32. L'identifi- 
cation est acceptée par le plus grand nombre des auteurs. 
Cf. V. Guérin, Samarie, t. i, p. 117; G. Armstrong, 
VV. Wilson et Conder, Names and places in the Old 
and New Testament, Londres, 1889, p. 72; R. von 
Riess, Bibel-Atlas, 2 e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1887, 
p. 13, etc. Le sol que recouvrent les ruines de Tell 
Djeldjoûl est parsemé d'amas de pierres, quelques-unes 
d'assez grandes dimensions, mais la plupart de moyenne 
grandeur, mêlées à de menus matériaux. On y a trouvé 
de nombreux petits cubes de mosaïque épars sur une 
plate-forme où s'élevait sans doute l'ancienne église 
mentionnée par les vieux pèlerins. Au sud-sud-est du 
tamaris appelé Schedjerer et-Ithléh, est le réservoir ou 
birket, long de 30 m 50 sur 25""60 de large, construit en 
pierres grossièrement taillées, sans ciment apparent. A 
l'est et à l'ouest du même arbre, on peut suivre certaines 
lignes de maçonnerie semblable à celle de la citerne, 
représentant les fondements de trois constructions. 
Enfin, au sud et au sud-est de ces ruines, on compte 
plus d'une vingtaine de petits monticules irrégulière- 
ment espacés, de forme et de grandeur variables. L'un 
d'eux, fouillé par M. Clermont-Ganneau , a révélé 
quelques fragments de poterie et de verre. Voir le plan 
donné dans le Palestine Exploration Fund, Quart. St., 
1894, p. 182, et Survey of Western Palestine, Menioirs, 
Londres, 1881-1883, t. m, p. 173-175, 181-184, 191. 

II. Histoire. — Galgala fut un lieu célèbre, principa- 
lement sous Josué et Samuel, en raison des événements 
qui s'y accomplirent dès la prise de possession de la 
Terre Sainte par les Israélites. Après le miraculeux pas- 
sage du Jourdain, c'est là qu'ils vinrent camper, le 
dixième jour du premier mois de la quarante et unième 
année depuis leur sortie d'Egypte. Josué y fit déposer les 
douze pierres prises dans le lit du fleuve, et qui devaient 
rester aux yeux des générations futures et des peuples 
de la terre comme le monument de la puissance et de la 
protection de Jéhovah. Jos., rv, 19-25. Ce ne fut d'abord 
qu'un simple camp retranché, d'où les Hébreux partirent 



pour la conquête du pays, et qui leur servit de centre de 
ralliement. Mais avant d'entreprendre la lutte, ils se 
sanctifièrent par la circoncision et la pàque. Les hommes 
nés dans le désert n'avaient pas reçu dans leur chair le 
signe de l'alliance divine. Sur un ordre donné par Dieu 
à Josué, ils furent circoncis avec des couteaux de pierre, 
dont on a retrouvé des spécimens aux environs de Tell- 
Djeldjoul. C'est alors que, par un jeu de mots conforme 
à l'esprit des Orientaux, le nom àe Gilgâl tut appliqué au 
lieu lui-même : « Alors le Seigneur dit à Josué : Aujour- 
d'hui j'ai levé (hébreu : gallôfi, « j'ai roulé ») de dessus 
vous l'opprobre de l'Egypte. Et ce lieu fut appelé Gal- 
gala, comme on l'appelle encore aujourd'hui. » Jos., Y, 2-9. 
Le quatorzième jour du mois, le peuple célébra la solen- 
nité pascale, la seconde mentionnée depuis la sortie 
d'Egypte. La manne cessa de tomber, et « les enfants 
d'Israël mangèrent des fruits que la terre de Chanaan 
avait portés l'année même ». Jos., v, 10, 12. C'est là que 
Josué reçut les habitants de Gabaon, qui surprirent sa 
bonne foi; de là qu'il partit pour les secourir, et là qu'il 
revint après la mémorable journée où il arrêta le soleil, 
comme après ses rapides expéditions dans le sud de la 
Palestine. Jos., lx, 6; x, 6, 7, 9, 15, 43. C'est là aussi 
qu'il était quand les fils de Juda vinrent appuyer près de 
lui la requête de Caleb. Jos., xiv, 6. Un ange du Sei- 
gneur monta de Galgala à Bôklm ou « le lieu des Pleu- 
rants », pour reprocher aux Israélites d'avoir fait alliance 
avec les Chananéens. Jud., h, 1. — Cette localité est aussi 
mentionnée dans l'histoire d'Aod. Jud., m, 19. La Vul- 
gate en fait un « lieu d'idoles » ; mais le mot hap-pesîlim, 
qui sert parfois à désigner des statues idolâtriques, est 
pris ici par certains auteurs dans le sens de « carrières 
de pierre », et, pour d'autres, indique un lieu spécial 
situé près de Galgala. 

Sous Samuel, Galgala fut, avec Béthel et Mesphath, 
un des Centres où se tenaient, sous la présidence du 
prophète, des assemblées plénières de la nation. I Reg., 
vu, 16. C'était, selon le mot des Septante, un des « lieux 
saints », ol T)yio«j(i.svoi, et voilà pourquoi Saûl, d'après 
l'ordre du même prophète, y devait descendre pour 
offrir un sacrifice et immoler des victimes pacifiques. 
I Reg., x, 8. Son élection y fut solennellement confirmée. 

I Reg., xi, 14, 15. Pendant la guerre contre les Philis- 
tins, il y vint de Machinas, et le peuple s'y rassembla 
près de lui. Comme Samuel tardait de venir, le roi, se 
voyant peu à peu abandonné, et craignant, dit-il, d'être 
attaqué par l'ennemi avant d'avoir apaisé le Seigneur, se 
permit d'offrir l'holocauste. C'est alors qu'il reçut l'an- 
nonce de sa future déchéance. IReg., xm, 4, 7,8, 12,15. 

II y entendit plus tard sa sentence de réprobation, et 
Agag, roi d'Amalec, qu'il avait épargné, fut immolé sans 
pitié. I Reg., xv, 12, 21, 33. Lorsque David, après la 
mort d'Absalom, revint à Jérusalem, le peuple courut à 
sa rencontre jusqu'à Galgala. II Reg., xix, 15, 40. — Le 
souvenir des grands événements qui s'y étaient passés 
au début de la conquête dut rester toujours gravé dans 
la mémoire des Hébreux; Dieu le rappelle par la bouche 
du prophète Michée, vi, 5. Cependant, en raison même 
du culte religieux dont cet endroit avait été longtemps 
le centre, il devint plus tard un foyer d'idolâtrie. C'est 
ce qui ressort de plusieurs passages prophétiques, plus 
ou moins obscurs. Cf. Os., iv, 15; ix, 15; xii, 11; 
Am., iv, 4. Voilà pourquoi Amos, v, 5, annonce sa des- 
truction par ce jeu de mots intraduisible : Gilgâl 
gdlôh ygléh, Vulgate : « Galgala sera emmenée cap- 
tive. t> AvecJ. Knabenbauer, Comnientarius inprophetas 
minores, Paris, 1886, t. i, p. 65, et d'autres commenta- 
teurs, nous croyons, en effet, qu'il s'agit, dans ces pro- 
phètes, de la Galgala dont nous venons de retracer 
l'histoire. Certains . exégètes, comme Keil, Biblischer 
Commentar ûber die zwolf kleinen Propheten, Leipzig, 
1888, p. 58, pensent qu'il est plutôt question de Galgala 
des montagnes d'Éphraïm, célèbre sous Élie et Elisée. 



87 



GALGALA — GALILÉE 



TV Reg., n, 1; n, 38. Voir Galgaia 2. C'est cette der- 
nière qui est mentionnée dans le Deutéronome,. XI, 30. 
Galgala dont parle le premier livre des Machabées, IX, 2, 
ne saurait être celle de la plaine du Jourdain. Voir 
Galgal 1. A. Legendre. 

2. GALOALAf ville dont il est question dans l'histoire 
d'Élie et d'Elisée. IV Reg., n, 1 ; nr, 38. « Lorsque le 
Seigneur voulut enlever Élie au ciel au moyen d'un 
tourbillon, il arriva qu'Élie et Elisée venaient de Gal- 
gala. Et Élie dit à Elisée : Restez ici, car le Seigneur 
m'a envoyé jusqu'à Béthel. Elisée lui répondit : Vive le 
Seigneur, et vive votre âme, je ne vous abandonnerai 
point. Et ils descendirent (hébreu : yêredû) à Béthel. » 
IV Reg., n, 1, 2. On voit tout de suite qu'il ne peut 
s'agir ici de Galgala ou Tell-Djeldjul de la plaine du 
Jourdain. Pour aller de ce point, situé au-dessous du 
niveau de la Méditerranée, à Béthel ou Beitin, qui est à 
une altitude de 881 mètres, il fallait beaucoup monter. 
Mais on trouve, au nord de cette dernière localité, un 
village dont le nom et la position répondent bien aux 
exigences du texte sacré. C'est Djiîdjilia, bourg de 
200 habitants, sur une haute colline, escarpée de trois 
côtés, avec plusieurs citernes creusées dans le roc et une 
source jaillissant de dessous un rocher. Cf. V. Guérin, 
Samarie, t. u, p. 167. En réalité, il est moins élevé 
(altitude, 744 mètres) que Beitin, mais quand on vient 
des hauteurs qui dominent le grand ouadi el-Djïb, qu'il 
faut traverser pour aller à Béthel, on a l'impression de 
descendre vers ce point. Cf. Survey of Western Pales- 
tine, Memoirs, Londres, 1882, t. n, p. 290. D'ailleurs, 
l'Écriture dit simplement que les deux prophètes étaient 
sur le chemin de Galgala à Béthel. Voir la _ carte de la 
tribu d'ÉPHRAiM, t. il, col. 1876. C'est là qu'Elisée opéra 
un de ses miracles en rendant douces et mangeables des 
herbes amères. IV Reg., iv, 38-41. Voir Coloquinte, 
t. H, col. 859. D'après les premiers mots du f. 38 : « Et 
ÉJisée retourna à Galgala, » on peut croire qu'il y résidait 
habituellement avec ses disciples ou les fils des pro- 
phètes. — On admet généralement que Djiîdjilia repré- 
sente aussi la Galgala de Deut., xi, 30, citée pour déter- 
miner la position des monts Hébal et Garizim. — Faut- 
il y reconnaître également celle qui est mentionnée 
I Mach., ix, 2? On ne sait au juste. Il est plus probable 
qu'il s'agit là de Galgal, Jos., xil, 23, aujourd'hui Djel- 
djuliyéh. Voir Galgal 1. A. Legendre. 

1. GALILÉE (hébreu : Gàlil, Jos., xx, 7; xxi, 32, 

I Par., vi, 76; avec l'article, hag-Gâlil, III Reg., ix, 11; 
hag-Gdlildh, IV Reg,, xv, 29; à l'état construit, Gelil 
hag-gôyim, Is., IX, 1; Septante et Nouveau Testament : 
il ra.yu.ala), province septentrionale de la Palestine, 
célèbre surtout dans les Évangiles. 

I. Nom. — Ce nom, qui devait briller d'un si vif éclat 
dans l'histoire du christianisme, ne se trouve que six 
fois en hébreu, et encore avec une signification restreinte. 

II se rattache à la racine gdlal, « rouler, » d'où le sens 
dérivé de « cercle » ou « région, district ». Le féminin 
gelildh, pluriel gelîlôf, est, dans plusieurs passages de 
la Bible, employé pour désigner certaines parties de la 
plaine maritime et de la vallée du Jourdain; ainsi 
l'expression gelilôf hap-Pelièfim, Jos., xm, 2, ou gélilôt 
Peléséf, Joël, m, 4, indique c le pays des Philistins ». 
C'est pour cela que la Vulgate a, faussement du reste, 
traduit Jos., xm, 2, par Galilœa, Pkilistiim, tandis que 
les Septante ont mis plus justement opta $uXt<mE!n. 
Cf. C. Vercellone, VarUe lectitmes Vulgatse latinse, 
Rome, 1864, t n, p. 31. De même gelilôf hay-Yardên, 
Jos., xxii, 10, correspond à ce que l'Écriture appelle 
ailleurs, Gen., xm, 10, etc., kikkar hay-Yardên, « le 
cercle du Jourdain, » ou la partie du Ghôr qui avoisine 
son embouchure dans la mer Morte. C'est la même con- 
trée qu'il faut voir dans Vhag-Gelîlâh haq-qadntfmàh, ou 



f cercle, district oriental » d'Ézéch., xlvii, 8, au lieu de 
la « Galilée orientale », t; roXiiaia -f) itpdç àvgrroXixç, des 
Septante. Lé mot gâlîl, appliqué à une portion du pays 
qui tut plus tard la Galilée, apparaît pour la première 
fois dans l'Ancien Testament à propos d'une ville de 
refuge, Cédés de Nephthali, appelée QédéS bag-Gâlîl; 
Septante : K<x8t)< tv tt| TaXiXaU, Jos., xx, 7; xxi, 32; 
I Par., VI, 76, et qui, située au nord-ouest du lac Mérom, 
a subsisté jusqu'à nos jours sous le même nom de Qadès. 
La « terre de Galilée », en hébreu 'ère? hag-Gâlil, 
désigne ensuite, III Reg., IX, 11, le district septentrional 
de la Palestine qui renfermait les vingt villes données 
par Salomon à Hiram, roi de Tyr. C'est le même terri- 
toire, voisin de la Phénicie, que représente Vhag-Gdlï- 
Idh, IV Reg., xv, 29, distinguée de « la terre de Neph- 
thali », et soumise par Théglathphalasar. Enfin, comme 
cette contrée du nord était habitée par une multitude 
de gentils, Isaïe, ix, 1, l'appelle Gelil hag-gôyim, « la 
Galilée des nations. » 

II. Géographie. — 1» Limites, divisions. — Les auteurs 
hébreux, on le voit, nous éclairent peu sur l'origine du 
nom de Galilée. Appliqué d'abord à la région septentrio- 
nale de la Terre Sainte, il s'étendait, au temps d'Isaïe, 
jusqu'aux bords du lac de Tibériade. Il finit, plus tard, 
par désigner tout le massif montagneux situé entre le 
Jourdain et la Méditerranée, auquel s'adjoignit même la 
plaine d'Esdrelon. L'Ancien Testament ne nous donne 
néanmoins aucun renseignement positif ni sur l'époque 
à laquelle la Galilée devint une province distincte ni sur 
son étendue. Le livre de Tobie, I, 1, nous parle de la 
« haute Galilée » (Codex Sinaiticus, h tîj «vu raXeiXasa ; 
Vulgate : in superioribus Galilxse); de' même celui de 
Judith, I, 8, qui distingue en même temps cette contrée 
de « la grande plaine d'Esdrelon », rr)v ôfvio TaluXalM 
xa! to niya iteSfov 'Ecrp^ji (la Vulgate a supprimé la 
conjonction), A l'époque des Machabées, la province 
nous apparaît distincte de la Samarie et de la Judée, 
I Mach., x, 30, ne comprenant ni la plaine de Jezraël, 
ni le territoire de Ptolémaïde. I Mach., xn, 47, 49. 

A l'époque de Notre-Seigneur, la Galilée formait une 
des trois grandes divisions de la Palestine, à l'ouest du 
Jourdain. Lucl, xvii, 11; Act., ix, 31. (Voir la carte.) Elle 
renfermait le territoire des anciennes tribus d'Aser, de 
Nephthali, de Zabulon et d'Issachar. Josèphe, Bell.jud., 
III, m, 1, nous la décrit en ces termes, avec ses deux 
parties et leurs limites : « Il y a, dit-il, deux Galilées, 
l'une haute et l'autre basse; la Phénicie et la Syrie les 
environnent. Au couchant, elles ont pour limites les 
frontières du territoire de Ptolémaïde et le Carmel, mon- 
tagne appartenant autrefois aux Galiléens et maintenant 
aux Tyriens; au midi, la Samarie et Scythopolis (Béi- 
sdn), jusqu'aux rives du Jourdain; à l'orient, l'Hippène 
et la Gadaritide, ainsi que la Gaulanitide et les frontières 
du royaume d'Agrippa; au nord enfin, Tyr et toute la 
région des Tyriens. La Galilée inférieure se développe en 
longueur depuis Tibériade jusqu'à Chabulon (XceêquXûv, 
peut-être Kabul, au sud-est d'Akka ou Saint-Jean d'Acre; 
d'autres lisent ZaêouXùv, peut-être 'Abilin, un peu plus 
bas), qu'avoisine sur la côte Ptolémaïde; et, en largeur, 
depuis le bourg de Xaloth (Iksâl), situé dans la Grande 
Plaine (Esdrelon), jusqu'à Bersabé (inconnue), où com- 
mence la Galilée supérieure. Celle-ci s'étend de là en 
largeur jusqu'à Baca, qui la sépare du pays des Tyriens, 
et en longueur depuis Thella (Et-Téleil, sur le lac Mé- 
rom), bourg voisin du Jourdain, jusqu'à Méroth. » Plus 
loin, III, m, 4, le même historien donné comme limite 
méridionale à la Galilée, non plus Xaloth, mais Ginsea, 
aujourd'hui Djénîn, au sud de la plaine d'Esdrelon; c'est 
là, en effet, dit-il, que a commençait la Samarie, située 
entre la Judée et la Galilée ». Les Talmuds déterminent 
de la même façon la frontière de ce côté, en la plaçant 
à Eefar 'Outheni (Kefr Qud ou Kefr Adan), à l'ouest 
de Djénîn. Mais, s'occupant de la Palestine au point de 



Dictionnaire àelaBible 



T et.ou5.ey et, Anê -Paris 



33* 



CARTE 

DE LA 

GALILÉE 



Les noms d'après la Vulgate sont écrits 
en- caractères droits rouges.— Les noms, 
qui ne sont pas bibliques , en, caractères droits 
bleus. 



ORHiA-HOPOUS 



Za/v 



33*Z. de Paris 












Jt f °" HaeidJba. 

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35° 



3S'3V 



33° 



Imp, Dufreftoy 



L.ThtaUierdel. 



89 



GALILÉE 



90 



vue dogmatique et non au point de vue politique ou stra- 
tégique, ils divisent la Galilée en trois parties : « La 
Galilée supérieure (pays montagneux), au delà de Kefar 
Hananyah (Kefr 'Andn), pays où l'on ne trouve pas 
de sycomores; la Galilée inférieure (pays de plaine), en 
deçà de Kefar Hananyah, qui produit des sycomores; 
enfin, le cercle de Tibériade (pays de vallées). » Cf. A. Neu- 
bauer, La géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 178. 
Ils mettent ainsi plus haut que Josèphe la ligne de 
démarcation entre les deux divisions de la province. 

2° Description. — La Galilée est ainsi déterminée, du 
côté du sud, par une ligne qui, partant du Carmel, suit 
le bord septentrional des monts de Samarie, et forme un 
arc de cercle dont l'extrémité orientale aboutit aux envi- 
rons de Béïsân et au Jourdain. Du côté de l'est, elle a 
pour limites le fleuve sacré et les deux lacs de Tibériade 
et de Mérom. Au nord le Nahr el-Qasimiyéh, ou « fleuve 
de la séparation », constitue une barrière toute naturelle. 
Enfin du côté de l'ouest, la plaine côtière s'allonge comme 
une bordure plus ou moins large entre les monts gali- 
léens et la Méditerranée. Notre description se bornera 
à la région montagneuse qui donne en somme le vrai 
relief du pays. Pour la plaine, voir Esdrelon, t. il, 
col. 1945. 

La Galilée, dans son ensemble, est un système monta- 
gneux qui peut être considéré comme le prolongement 
du Liban. Cependant elle comprend deux massifs dis- 
tincts, de niveau et d'aspect différents, qui ont justement 
servi de base à la division bien connue en Haute et 
Basse Galilée. En suivant les Talmuds, qui nous sem- 
blent avoir mieux que Josèphe indiqué la limite entre 
les deux, tirons une ligne de Saint-Jean d'Acre à l'extré- 
mité nord du lac de Tibériade, et nous rencontrerons 
une vallée, appelée Medjdel Kérutn, courant de l'ouest 
à l'est, et située à 250 mètres au-dessus de la Méditer- 
ranée. Les montagnes qui la dominent au nord sont 
sensiblement plus élevées que celles du sud ; l'enchevê- 
trement des collines et des vallées donne au premier 
groupe une physionomie que n'a pas le second. Nous 
avons donc là un trait physique suffisamment caractérisé 
pour établir une démarcation entre les deux parties de 
la province. 

Le massif septentrional est un vrai labyrinthe de hau- 
teurs, dans lequel on peut cependant distinguer immé- 
diatement au-dessus de la ligne transversale que nous 
venons de tracer, une arête principale de trois sommets, 
le Djebel Adâthir (1025 mètres), le Djebel Djarmuk 
(1198 mètres) et le Djebel Zabud (1114 mètres). Ce 
faite, avec ses prolongements, forme quatre bassins iné- 
gaux, dont trois à l'est et un à l'ouest, bien qu'en réalité 
il -y ait deux versants méditerranéens et deux jordaniens. 
Vers le sud-est, plusieurs torrents descendent des monts 
de Safed à la côte nord-ouest du lac de Tibériade. Plus 
haut, les ouadis s'en vont dans la direction de l'est, 
aboutir au Jourdain ou au lac Houléh. Mais, au-dessus 
du Djebel Hadiréh, un versant se dirige vers le nord 
pour tomber dans le Nahr el-Qasimiyéh, vers le coude 
que fait ce fleuve en se rendant à la Méditerranée. A 
l'ouest, se profilent transversalement ou obliquement des 
chaînons tourmentés, rattachés entre eux par des con- 
treforts latéraux. A douze kilomètres sud-est d'Iskandé- 
rounéh, le Tell Bêlât atteint 750 mètres, et, plus bas, le 
rebord de Terschiha est à 632 mètres. Sur ce versant, 
les rivières arrêtées jadis dans les cavités des entrecroi- 
sements, ont rompu cette barrière, et quelques marais 
seulement indiquent aujourd'hui pendant les pluies la 
place des anciens lacs. De nombreux ouadis descendent 
de la montagne et viennent déchiqueter la côte méditer- 
ranéenne. Les principaux, en allant du nord au sud, 
sont les ouadis el-Humraniyéh, eUEzziyéh, el-Qurn, 
le nahr Mef'schukh et le nahr Sémiriyéh. Des sentiers 
raides, parfois taillés en escaliers et d'une ascension 
pénible, courent le long de ces chaînons du groupe sep- 



tentrional. Les flancs abruptes sont néanmoins boisés, 
parfois tapissés de vignes, et portant des terrasses suc- 
cessives soutenues par de gros murs. Du sein de ces 
broussailles, au milieu d'épais fourrés de chênes verts, 
d'arbousiers et de caroubiers, surgissent aux yeux de 
l'explorateur des arasements de murs d'enceinte, de 
tours et de maisons, des décombres de villes ou de for- 
teresses, perchées comme des nids d'aigles sur des cimes 
élevées, des vestiges de temples, de synagogues et d'églises. 
Le roc est percé de tombeaux, de citernes, de magasins 
souterrains, de pressoirs. Il y a là des ruines de toutes 
les civilisations, depuis l'époque chananéenne jusqu'à 
la domination des croisés. 

Les monts de la Basse Galilée, moitié moindres 
de hauteur, atteignent à peine 600 mètres dans leurs 
plus hauts points. Les principaux sommets sont : le 
Djebel el-Kummanéh (570 mètres), le Djebel Tur'dn 
(541 mètres) et le Djebel et-Tur ou Thabor (562 mètres). 
Ces chaînons méridionaux sont plus symétriquement 
orientés sur leurs deux versants et entourent quelques 
hautes plaines. La plus importante est celle de Battaûf, 
marécageuse à l'est, mais très fertile, longue de 14 à 
15 kilomètres, et large de près de 4 kilomètres, à 
150 mètres au-dessus de la mer, et entre des montagnes 
qui la dominent de 350 à 400 mètres. Plus bas, au pied 
sud du mont Tour'ân, est une vallée du même nom, 
longue de 8 kilomètres, sur 1 kilomètre et demi de 
large, également fertile. A l'ouest, le versant méditerra- 
néen forme un double bassin, celui du Nahr Na'man 
(l'ancien Bélus), dont les branches principales sont les 
ouadis Schaïb, eUHalazun, 'Abilîn, et celui de l'ouadi 
el-Malek, affluent du Cison ou Nahr el-Muqatta. A' 
l'est, Vouadi er-Rabadiyéh et l'ouadi el-Har)iâm des- 
cendent au lac de Tibériade. Enfin, dans les directions 
sud-est, sud et sud-ouest, d'autres torrents s'en vont vers 
le Jourdain ou ses affluents, et vers le Nahr el-Muqalta. 
Les villages, encore plus nombreux autrefois qu'aujour- 
d'hui, s'élèvent dans les vallées, sur le penchant ou sur 
le sommet des montagnes. Celles-ci étaient jadis culti- 
vées jusqu'au plateau supérieur. On voit encore s'étager 
sur leurs pentes des plantations d'oliviers et de figuiers, 
ou des bouquets de térébinthes et de chênes, ou des 
fourrés de lentisques et de houx. 

La Galilée se rattache au Liban, on peut dire comme 
la racine à l'arbre. Et c'est à cette dépendance qu'elle 
doit en partie la fertilité qui la met, aujourd'hui encore, 
bien au-dessus de la Samarie et de la Judée. Le Liban, 
en effet, emmagasine l'humidité que lui envoient" les 
vents d'ouest saturés des vapeurs de la mer; il tient en 
réserve les neiges de l'hiver, et dispense jusque dans 
ses racines les trésors amassés en son sein. De là 
viennent, avec des pluies un peu plus abondantes, les 
nombreuses sources qui arrosent la contrée. Avec cela, 
la température est douce sur la côte, chaude dans la 
vallée du Jourdain, et toujours fraîche dans la mon- 
tagne. L'air y est vivifiant. Autrefois surtout, forêts, 
prairies, champs cultivés, plaines couvertes de blé et 
d'orge, jardins, vergers, vignobles, fontaines, lacs et ri- 
vières, cités nombreuses et prospères, donnaient à cette 
région un aspect aussi varié qu'attrayant. Les bénédic- 
tions de Jacob et de Moïse, relatives aux tribus du nord, 
Gen., xlix, 13, 14, 20, 21; Deut., xxxm, 18, 19, 23, 24, 
font allusion à ces richesses. Au I er siècle de notre ère, 
ce petit coin de la Palestine était ravissant. La descrip- 
tion que nous en a laissée Josèphe, Bell, jud., III, m, 
2; x, 8, en fait une véritable merveille. Douceur du cli- 
mat, beauté de la nature, fécondité inépuisable du sol, 
tout y était réuni. Le lac de Tibériade surtout était l'or- 
gueil de la contrée. Incessamment animé par les barques 
des pêcheurs, il offrait sur ses bords la végétation la 
plus abondante et des arbres de toutes les essences. La 
fertilité de la Galilée n'est pas moins vantée par les 
Talmuds. « Le pays de Nephthali, dit celui de Babylone. 



91 



GALILÉE 



92 



Megillalt, 6 a; Berdkhol, 44, a, est partout couvert de 
champs féconds et de vignes ; les fruits de cette contrée 
sont reconnus pour être extrêmement doux. » C'est 
l'huile surtout qu'on trouvait en abondance dans celte 
province. « Il est plus facile, dit encore le Talmud, 
Bereschit rabba, cliap. xx, d'élever une légion (forêt) 
d'oliviers en Galilée que d'élever un enfant en Palestine. 
C'est pour cela que d'après l'Écriture, Deut., xxxm, 24, 
Aser a trempait son pied dans l'huile ». Le vin y était 
plus rare, et, pour ce motif, plus estimé. On ne man- 
quait pas non plus de lin ; les femmes y confection- 
naient des vêtements de lin filé d'une grande finesse. 
Cf. A. Neubauer, La géographie du Talmud, p. 180. 

Malgré sa déchéance, le pays garde encore des ves- 
tiges de son ancienne beauté. Les forêts y sont plus 
rares; mais on y trouve, outre les arbustes et les 
plantes aromatiques, de nombreuses espèces végétales, 
l'olivier, le figuier, le chêne, le térébinthe, le noyer, 
le palmier, le cèdre, le cyprès, le pin, le sycomore, 
lé mûrier, l'amandier, le grenadier, le citronnier et 
de magnifiques lauriers-roses. Parmi les principales 
productions, outre Je blé et l'orge, on peut citer le mil, 
l'indigo, le riz, la canne à sucre, les oranges, les poires, 
les abricots, etc. Les poissons du lac de Tibériade sont 
excellents. La grande plaine d'Esdrelon est un grenier 
d'abondance, celles de Battaouf et de Tour'an sont éga- 
lement très fertiles. Rien de plus gracieux et de plus 
frais que les sources du Jourdain vers Tell el Qadi et 
Banias. 

Ajoutons enfin, pour terminer cette description, que 
le calcaire crétacé qui compose la Galilée est percé de 
roches volcaniques dans les environs de Safed, de Naza- 
reth, et sur les bords du lac de Génésareth. De là, les 
sources d'eaux chaudes qu'on trouve sur la rive occi- 
dentale à Hammam. Voir Éma.th 3, t. il, col. 1720. De là 
aussi les tremblements de terre qui ont plusieurs fois 
bouleversé la contrée. En 1759 et en 1837, Safed fut 
ainsi ruinée; le dernier fit périr près de 5000 per- 
sonnes dans cette malheureuse ville. 

3» Population; villes. — Josèphe, Bell, jud., III, m, 
2, nous représente la Galilée comme habitée dans les 
plus petits coins, parsemée de villes, avec une popula- 
tion très nombreuse, dont il exagère même les chiffres. 
Dans sa Vie, § 45, il compte 204 villages et 15 villes 
fortifiées. Cette densité de la population peut d'ailleurs 
s'expliquer, quand on pense à tout ce qui devait la favo- 
riser, les avantages du climat, les richesses du sol, les 
ressources de l'industrie et du commerce. A l'époque 
chananéenne, lorsque cette région septentrionale fut par- 
tagée entre les quatre tribus d'Aser, de Nephthali, de 
Zabulon et d'Issachar, on comptait déjà 69 villes impor- 
tantes, que la Bible cite par leurs noms. Jos., six, 10-39. 
La tribu dé Nephthali avait 16 villes fortifiées, 'ârê 
mibsdr. Jos., xix, 35-38. On trouvera à l'article concer- 
nant chacune de ces tribus la nomenclature de ces an- 
tiques cités. Nous mentionnerons seulement ici, avec les 
plus connues du Nouveau Testament, celles dont parlent 
Josèphe et les Talmuds, afin de donner la physionomie 
de la Galilée à l'époque la plus importante de son 
histoire. 

La vie était surtout concentrée sur les bords du lac de 
Tibériade. Une seule ville, Tabariyéh, renferme aujour- 
d'hui dans ses murailles ébréchées le mouvement qui 
animait autrefois ces parages enchanteurs. Mais au 
temps de Notre-Seigneur, on rencontrait, en montant 
vers le nord, Magdala, la ville de Marie-Madeleine, 
Capharnaûm, la patrie d'adoption du Sauveur, Coro- 
iaîn, la cité maudite, Bethsaîde, la patrie de Pierre, 
d'André et de Philippe, et, en descendant vers l'extré- 
mité méridionale du lac, Tarichée, Taperai, Tapi^aîai 
une des places fortifiées par Josèphe et prises par Titus. 
Cf. Josèphe, Bell, jud., II, xx, 6; III, X, 1,5. Dans le 
Même cercle, à une certaine distance de la côte, se trou- 



vaient : Beth Maon (aujourd'hui Maoûn), et Arbel ou' 
Arbela (Irbid), citée dans le Talmud, Midrasch Koheleth, 
I, 18, pour sa fabrication de tissus communs, et fortifiée 
par Josèphe, Vita, 37. 

Dans la Galilée supérieure, nous mentionnerons : 
Kefar Hananyah, dont les habitants étaient en majeure 
partie des marchands de pots de terre noire (Talmud 
de Jérusalem, Maaséroth, H, 3); 'Akabara (actuellement 
Akbai-a), où l'on élevait des faisans,' et que Josèphe 
fortifia, Bell, jud., II, xx, 6; Vita, 3'7; Séfathon Safed, 
une des localités les plus importantes aujourd'hui, et 
bâtie sur une hauteur d'où l'on jouit d'une vue splen- 
dide; Mérôn (Méiron), presque toujours citée dans les 
Talmuds conjointement avec Gusch Halab, renommée 
pour l'abondance de ses huiles; cette dernière est l'an- 
cienne Giscala, place fortifiée par Josèphe, la dernière 
qui tint contre les Romains, Bell, jud., II, xx, 6; IV, n, 
1-5, et appelée aujourd'hui El-Djisch. Les vieilles cités 
bibliques de Cédés et de Cana ont subsisté jusqu'à nos 
jours sous les mêmes noms de Qadès et de Qana. — 
Dans la Galilée inférieure : Gabara (Khirbet Kabra), qui 
était, d'après Josèphe, Vita, 25, 46, une des trois plus 
grandes villes de la Galilée, avec Sepphoris et Tibé- 
riade; Sélamis (Khirbet Sellaméh), fortifiée par Jo- 
sèphe, Bell, jud., II, xx, 6; Sîknîn, la Ew-jâv»] de Jo- 
sèphe, Vita, 51, actuellement Sakhnin Kabul; l'antique 
cité d'Aser, Jos., xix, 27, la Xa6a>X<ô de Josèphe, Vita, 
43, portant encore le même nom de Kabul; Yôdafat 
l'ancienne, mentionnée' dans la Mischna, Erakhin, ix, 
6, comme un endroit de la Galilée fortifié par Josué; 
c'est la 'Itozâitaxa de Josèphe, célèbre par le siège qu'il 
y soutint contre Vespasien, et où il fut fait prisonnier, 
Bell, jud., III, vu, 7-36; vm, aujourd'hui Khirbet Djé- 
fal; Schefar'am (Schéfa 'Atnr), ville où le sanhédrin 
vint tenir ses séances après avoir quitté Uscha {Khirbet 
Huschéh); Talmud de Babylone, Rosch haschanah, 
51 6); Ruina (Khirbet Ruméh); Sippôrî, Sswcpcopi;, cité 
très importante dont parlent souvent les Talmuds et 
Josèphe, Ant. jud., XIV, v, 3; XVII, x, 9; Bell, jud., I, 
vm, 5, etc., prise par Hérode le Grand, brûlée par 
Varus, rebâtie par Hérode Antipas, devint la place la 
plus forte et le chêf-lieu de la Galilée,, actuellement en- 
core une ville de 3,500 habitants nommée Seffuriyéh; 
Beth-Lêhem [Na]$eriyéh, « Belhléhem près de Naza- 
reth, » pour la distinguer de Bethléhem de Judée, est 
toujours appelée Beit Lahm; isimônià, Ei[ia>>n«; (Jo- 
sèphe, Vita, 24), conservait, à la fin du il» siècle, une 
population juive, et subsiste sous le nom de Sémuniyéh. 
Les villes connues surtout dans le Nouveau Testament 
sont Nazareth et Cana (Kefr Kenna). — Enfin, dans la 
plaine d'Esdrelon et celle du Jourdain, nous signale- 
rons : Naïm (Naïn), appuyée au Djebel Dahy ou Petit- 
Hermon ; Beth Sche'an ou Scythopolis (Béïsân), dont un 
rabbin disait : « Si le paradis doit se trouver en Pales- 
tine, la porte en est à Beth Sche'an ; » Tivaia, Josèphe, 
Bell, jud., III, m, 4, c'est-à-dire Djénin, l'ancienne En- 
gannim. — Cette rapide revue, qui n'embrasse que les 
principales villes de Galilée, nous montre, partout où 
nous jetons les yeux, sur les hauteurs ou dans la plaine, 
des centres importants d'agglomération, une population 
nombreuse, riche et active. Cf. A. Neubauer, La géo- 
graphie du Talmud, p. 188-240. 

4° Routes. — l& Galilée fut une province privilégiée 
non seulement par la richesse du sol, le nombre des 
habitants, mais encore par sa position géographique et 
les voies de communication qui la reliaient aux contrées 
voisines. Alors que la Judée est toujours restée un pays 
fermé, la Galilée a été un pays largement ouvert. Des 
routes la traversaient pour aller des côtes phéniciennes 
en Samarie, en Galaad, dans le Haurau, à Damas, comme 
pour aller d'Egypte en Assyrie. Elles suivaient non seu- 
lement la plaine d'Esdrelon, la vallée du Jourdain et les 
hrges plateaux de la Basse Galilée, mais elles couraient- 



93 



GALILÉE 



94 



à travers le dédale des monts de la Haute Galilée. 
Certaines lignes de trafic, quelques khans en ruine- et 
des vestiges de voies romaines les jalonnent encore. 
Depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, 
Damas a eu ses débouchés vers la mer. Ils ont varié 
suivant les âges et les circonstances politiques. Les 
ports qui servirent d'entrepôts à la grande ville furent 
tantôt Tripoli, Beyrout, Sidon, tantôt Tyr, Saint-Jean 
d'Acre ou Khaïfa. Les trois derniers furent longtemps 
lès préférés et les plus commodes. Une route, longeant 
le pied de l'Hermon, passait par Banias, traversait le 
Jourdain à Tell el-Qadi et, par Abrikfia, s'en allait en 
droite ligne à Tyr. Pour atteindre Akka ou Caïpha, une 
autre descendait, dans la direction du sud-ouest, vers le 
Djitr Bendt Yaqub, au sud du lac Mérom, et s'en- 
gageait à travers la limite des deux Galilées, ou suivait 
le lac de Tibériade pour rejoindre la plajne d'Esdrelon, 
Une troisième avec ses embranchements passait le 
Jourdain au sud du lac de Génésareth et se rattachait 
au réseau de la grande plaine, qui fut comme le carre- 
four dés nations anciennes. Celle qui, par les bords si 
fréquentés du lac de Tibériade, traversait les tribus de 
Nephthali et de Zabulon, était cette « voie de la mer » 
dont parle Isaïe, ix, 1, en annonçant les divines clartés 
que le Messie devait répandre sur ces contrées. La 
Galilée était ainsi sillonnée par une foule de routes qui 
la coupaient de l'est à l'ouest, convergeant vers les 
points importants de la côte méditerranéenne et du 
Jourdain. D'autres la parcouraient en sens inverse, sui- 
vant la plaine maritime du sud au nord, ou s'engageant 
à travers les collines, dans la même direction, par exem- 
ple, par Safed, Qadès et Hounin vers le Nahr el-Qasi- 
miyèh. 

111. Histoire. — Les Israélites, en s'établissant dans 
le nord de la Palestine, gardèrent au milieu d'eux un 
grand nombre des Chananéens vaincus. Jud., i, 30-33; 
IV, 2. Cette faiblesse fut pour eux la source de fréquentes 
difficultés. D'un autre côté, en raison du voisinage des 
nations idolâtres, l'élément païen resta toujours assez 
fort dans cette région. Is., ix, 1. il devint prédominant 
lorsque Théglathphalasar, roi d'Assyrie, eut emmené en 
captivité les habitants de la Haute Galilée et de la terre 
de Nephthali. IV Reg., xv, 29; Josèphe, Ant.jud., IX, 
xi, 1. Après le retour de l'exil, à l'époque, asmonéenne, 
les Juifs étaient peu nombreux au sein de ces popu- 
lations qui les opprimaient. Ils envoyèrent un jour 
demander protection à Judas Machabée. en disant que 
lès gens de Ptolémaïde, de Tyr et de Sidon, et toute a 
Galilée des nations s'étaient assemblés contre eux pour 
les perdre. Celui-ci chargea de eur défense Simon, son 
frère, qui partit avec trois mille hommes, livra de 
nombreux combats aux gentils, dont près de trois mille 
tombèrent sous ses coups, puis emmena avec lui en 
Judée, à la joie de tout le peuple, les Juifs de Galilée, 
avec leurs femmes, leurs enfants et tout ce qui leur 
appartenait. ,1 Mach., v, 14-23, 55; Josèphe, Ant. jud., 
XII, VIII, 2. Sous Jonathas Machabée, le pouvoir des 
Asmonéens s'accrut rapidement et s'étendit apparem- 
ment sur la Galilée. Ant. jud., XIII, n, 3; iv, 9; v, 6. 
Jonathas défit les généraux de Démétrius à Cadès, I Mach., 
xi, 63-74; Ant. jud., XIII, v, 6; mais il finit par se 
laisser prendre au piège que lui tendit Tryphon, tandis 
que les deux mille hommes qu'il avait renvoyés en 
Galilée réussirent à rentrer sains et saufs en Judée. 
I Mach., xii, 47-52; Ant. jud., XIII, vi, 2. La Galilée 
forma une partie du royaume asmonéen, et participa 
sans doute à la prospérité générale sous le gouvernement 
de Jean Hyrcan. C'est peut-être à cette époque que les 
Juifs commencèrent à s'établir dans la province. On 
comprend d'ailleurs' que la fertilité du sol et les facilités 
du commerce aient attiré un bon nombre d'émigrants 
dès collines moins riches de la Judée. L'an 47 avant 
Jésus-Christ, Antipater ayant été homme gouverneur de 



la Judée, confia le gouvernement de la Galilée à son fila 
Hérode, âgé de vingt-cinq ans, Ant. jud., XIV,' ix, 2, 
qui y domina plus tard en roi. A la mort de celui-ci, 
Hérode Antipas devint tétrarque de la Galilée et de la 
Pérée, Ant. jud., XVII, yiii, 1, fonction qu'il garda 
jusqu'à son bannissement, 39 après Jésus-Christ, c'est-à- 
dire pendant la période où s'écoula la vie du Sauveur. 
Luc, m, 1; xxm, 7. La contrée passa ensuite à Hérode 
Agrippa I", puis, après lui, fut placée sous l'autorité du 
procurateur romain de la Judée, à l'exception d'un petit 
district qui fut donné à Hérode Agrippa II. Elle demeura 
dans cette situation jusqu'à la ruine finale de la nation. 

La Galilée doit surtout à l'évangile la place qu'elle 
tient dans l'histoire du monde. C'est « dans une ville 
de Galilée, nommée Nazareth », que le Fils de Diett s'in- 
carna, passa son enfance et sa jeunesse, et fit entendre 
sa parole au début de son ministère. Cf. Luc, i, 26; il, 
4, 39; iv, 14, 16; Matth., h, 22, 23; iv, 12, 13; xxi, 11; 
Marc, i, 9, 14. « Caria de Galilée » fut le théâtre de son 
premier miracle. Joa., n, 1, 11; rv, 46. g Capharnaûm, 
ville de Galilée, » lui servit de séjour, quand il eut 
quitté Nazareth, et recueillit les nombreuses marques de 
sa puissance et ses divins enseignements. Matth., iv, 
13; ix, 1; xi, 20; Luc, iv, 31. «; La mer de Galilée » 
fut témoin de plusieurs événements importants de sa 
vie publique : vocation des apôtres, tempête apaisée, 
pêche miraculeuse, etc. Matth., îv, 48; xv, 29; Marc, 
l, 16; vu, 31. Jésus parcourut la Galilée, prodiguant 
partout, dans les villes et les villages, les marques de 
sa bonté; les "foules venaient des moindres hameaux 
pour le voir et l'entendre. Matth., iv, 23, 25; Marc, i, 
14, 28, 39; m, 7; Luc, iv, 44; v, 17; xxm, 5. C'est là 
qu'il se transfigura sur une montagne, Matth., xvn, 1, 
Marc, ix, 1; Luc, ix, 28, et enfin qu'il se montra à 
ses Apôtres, des Galiléens eux aussi, après sa résurrec- 
tion. Matth., xxvi, 32; xxvm, 7, 10, 16; Marc, xiv, 28; 
xvi, 7. La Galilée fut donc le berceau de la foi chré- 
tienne, le théâtre des actions et de la prédication du 
Sauveur pendant une bonne partie de son ministère. 
Est-il étonnant que tant de pages des Évangiles reflètent 
la physionomie physique et morale de cette contrée ? Les 
miracles, les discours, les paraboles de Notre-Seigneur, 
les événements qui marquent chacune de ses journées, 
tout nous est un tableau faisant revivre à nos yeux les 
richesses et les beautés de la nature, les mœurs du 
pays. Qu'on se rappelle, en particulier, le sermon sur la 
montagne, Matth., v-vn; la résurrection du fils de (a 
veuve de Naïm, Luc, vil, 11-16; la multiplication des 
pains, Matth., xiv, 13-21; Marc, vi, 31-44; les noces de 
Cana, Joa., n, 1-41; la vocation et le festin de Lévi, Luc, 
v, 27-39; les paraboles de la semence, de l'ivraie, du 
grain de sénevé, Matth., xm; etc. Rien n'échappe au 
regard et à l'esprit du Maître : le ciel, la terre, la mer, 
les champs de blé, les fleurs, l'herbe de la prairie, les 
poissons, les oiseaux, tout sert de base à ses admirables 
enseignements. 

Patrie du Christ et des Apôtres, la Galilée devint, après 
la ruine de Jérusalem, le centre religieux des Juifs, le 
siège de leurs plus brillantes écoles, la résidence de 
leurs plus célèbres rabbins. On trouve encore en 
plusieurs endroits de beaux restes de leurs synagogues. 
Tibériade surtout fut leur ville sainte. C'est là que se 
fixèrent les lois orales et traditionnelles, auxquelles fait 
si souvent allusion Notre-Seigneur, et qui formèrent, au 
commencement du m e siècle, un vaste recueil connu 
sous le nom de Mischna, « répétition » ou « seconde 
loi », complété plus tard par la Gémara. Les deux 
compilations réunies constituent le Talmud de Jéru- 
salem. C'est là également que naquit la Massore ou 
travail critique sur le texte hébreu de la Bible, fruit de 
longues et consciencieuses études. — Pour le caractère 
et le dialecte des habitants de la Galilée, voir Galiléen. . 

IV. Bibliographie. — H. Reland, Pal&stina, Utrecht, ' 



95 



GALILÉE — GALLAS (VERSIONS) DE LA BIBLE 



96 



1714, t. i, p. 127-129, 180-184, 306-307; A. P. Stanley, 
Sinai and Palestine, Londres, 1866, 361-387; A. Neu- 
bauer, La géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 177- 
240; "V. Guérin, Galilée, Paris, 1880, t. i (p. 76-82, 
limites et description générale) et n; Survey of western 
Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883* t. i; S. Merrill, 
Galilée in the Time of Christ, Boston, 1881 ; Londres, 
1885; Conder, Handbook to the Bible, Londres, 1887, 
p. 208, 311-314, 318; Tent Work in Palestine, Londres, 
1889, p. 71-87; G. A. Smith, The historital Geography 
of the Holy Land, Londres, 1894, p. 414-435; F. Buhl, 
Géographie des alten Palâstina, Fribouwr-en-Brisgau 
et Leipzig, 1896, p. 72-74, 82, 107, 113, 214>237. 

A. Legendre. 
2. GALILÉE (MER DE). Voir TmÉMMtE (Lac de). 

GALILÉEN (raXcîiaîOî). Ce nom, qui ne se trouve 
que dans le Nouveau Testament, désigne les habitants 
de la Galilée en général, Luc.,xm, 1, 2; Joa., iv, 45, ou 
bien est appliqué à Notre-Seigneur, Matth., xxvi, 69; 
Luc. xxiii, 6, à saint Pierre, Marc, xrv, 70; Luc, xxii, 
59, à Nicodème, Joa., vii, 52, aux Apôtres, Act., I, 11; 
n, 7, et à Judas dont parlent les Actes, v, 37. 

La Galilée, à l'époque de N.-S., était en majeure par- 
tie habitée par les Juifs, mais elle comprenait aussi une 
population mêlée de Grecs, d'Arabes, de Syriens, de 
Phéniciens. Le vieux sang hébreu ne s'y était pas con- 
servé pur comme en Judée. Le contraste entre les deux 
peuples du nord et du sud de la Palestine était aussi 
frappant que celui qui existait entre les deux pays. D'un 
côté, une nature tour à tour riante et grandiose et une 
population à la foi simple et profonde, aux idées neuves 
et hardies; de l'autre, un sol aride et désolé et un peuple 
attaché à ses traditions, ne voulant connaître que la 
lettre de la loi. L'esprit du paysan galiléen s'ouvrait vo- 
lontiers aux croyances nouvelles; chez le Juif de Jéru- 
salem, dominaient au contraire la routine et les préjugés. 
La Galilée a été le berceau du christianisme, tandis que 
la Judée était desséchée par un pharisaïsme étroit et un 
saducéisme à courte vue. Par leurs fréquents contacts 
avec les nations voisines, les Galiléens avaient acquis 
une certaine largeur d'idées et un caractère conciliant, 
qui les faisaient mal voir en Judée. Ils passaient, aux 
yeux des fervents et des orgueilleux de la ville sainte, 
pour des ignorants et des sots. Cf. Talmud de Babylone, 
Eriibin, 53 b. Il était convenu que rien de bon, aucun 
homme sérieux, aucun prophète, ne pouvait venir de 
Galilée, et en particulier de Nazareth. Cf. Joa., i, 46; 
vu, 52. Méritaient-ils un tel mépris? Non. Josèphe, 
Bell, jud., III, m, 1, nous les représente comme labo- 
rieux, hardis et vaillants.Le Talmud de Jérusalem, Ke- 
tuboth, iv, 14, déclare lui-même qu'ils étaient plus 
soucieux de l'honneur que de l'argent, tout le contraire 
de ce que l'on trouvait en Judée. En Galilée, la veuve 
restait dans la maison du mari défunt, tandis qu'en Judée 
les héritiers avaient la faculté de l'éloigner, en lui ren- 
dant sa dot. Mischna, Keluboth, iv, 14. D'autres passages 
talmudiques nous montrent chez les Galiléens un pro- 
fond sentiment de charité : « Dans un endroit de la 
Galilée supérieure, on avait soin de faire servir tous les 
jours à un pauvre vieillard une portion de volaille, parce 
qu'il avait l'habitude de prendre cette nourriture aux 
jours de sa prospérité. » Tosiftah, Péah, ch. vin. 

Si les Galiléens avaient dans la douceur de leur ca- 
ractère quelque chose de la douceur de leur climat, il 
y avait bien aussi dans leur tempérament, comme dans 
leur terr*", quelque pointe volcanique. Ils étaient prompts 
à la révolte, plus irritables que les habitants de la Judée ; 
le peuple de Tibëriade surtout était par nature ami des 
changements et se complaisait facilement dans les sédi- 
tions. Cf. Josèphe, Tito, 17. — Judas le Galiléen, Act., 
v, 37, se fondant sur le principe que Dieu était le seul 
souverain de son peuple, et représentant comme une 



mesure de servitude la taxe en vue de laquelle était fait 
le recensement de Cyrinus, travailla de tout son pou- 
voir à soulever les Juifs contre la domination romaine 
en les appelant à la liberté. Ant. jud., XVIII, i, 1, 6; Bell, 
jud., II, vin, 1. Il périt; mais son parti, dispersé,, loin 
d'être anéanti, reparut plus tard sous le nom de Zéla- 
teurs, et joua un grand rôle dans la guerre contre les 
Romains. — Saint Luc, xm, 1, 2, fait allusion à un 
événement tragique qui se passa à Jérusalem au temps 
de N.-S. Des Galiléens, assaillis tout à coup par les sol- 
dats de Pilate dans le parvis du temple, au moment où 
les prêtres immolaient en leur nom des victimes, furent 
immolés eux-mêmes sans pitié, de sorte que « leur 
sang se mêla au sang de leurs sacrifices ». Les soulève- 
ments n'étaient pas rares à cette époque, surtout à l'oc- 
casion des fêtes, et les Galiléens se rencontraient tou- 
jours parmi les zélotes les plus exaltés et les plus 
remuants. Pilate réprimait l'émeute sans miséricorde, 
sans être arrêté par la sainteté du temple juif. — On 
sait comment la Galilée fut un centre de rébellion aux 
derniers jours de l'histoire juive, avant la chute de Jé- 
rusalem. — Les apôtres avaient bien un peu de ce ca- 
ractère bouillant, témoin l'épisode de saint Pierre et de 
Malchus, au Jardin des Oliviers. Joa., xvm, 10. 

Au point de vue religieux, les talmuds mentionnent 
plusieurs différences entre la Galilée et la Judée. Dans 
ce dernier pays, les jeunes mariés pouvaient se trouver 
en tête à tête immédiatement après la cérémonie nup- 
tiale, liberté qu'ils n'avaient pas dans le premier, où les 
mariages, en général, se célébraient avec plus de déco- 
rum. Les Galiléens étaient plus sévères dans les pra- 
tiques religieuses ; la veille de Pâques on travaillait en- 
core en Judée, tandis qu'en Galilée on avait déjà cessé 
tout ouvrage. Les talmuds énumèrent encore des diffé- 
rences dans le rite des synagogues, dans la composition 
des tribunaux civils, dans les poids et mesures. Cf. A. 
Neubauer, La géographie du Talmud, Paris, 1868, 
p. 182. Les habitants de la Judée étaient plus versés que 
les Galiléens dans la science religieuse. A cela rien 
d'étonnant. C'est dans la province du sud que se trou- 
vaient la corporation sacerdotale et la grande école des 
docteurs. Celle du nord était agitée, toujours considérée 
comme en état de guerre ; elle n'avait probablement que 
des maîtres ambulants et non pas des écoles fixes 
comme la Judée. — Une difficulté peut-être éloignait en- 
core les Galiléens de la chaire des rabbins juifs, c'était 
leur prononciation défectueuse, qui les rendait presque 
ridicules aux yeux des méridionaux. On connaît l'his- 
toire de saint Pierre trahissant son origine par son 
accent. Matth., xxvi, 73. En Galilée, en effet, on ne dis- 
tinguait pas entre elles les gutturales. « Les habitants 
de Beth-Schean, de Haïfa et de Tibaon confondaient 
dans leur prononciation le 'aïn, y, avec le aleph, n; 
c'est pourquoi on ne pouvait les admettre pour réciter 
les prières à haute voix au nom de la communauté. » 
Talmud de Babylone, Megillah, 24 b. On en cite des 
exemples : « Un Galiléen demanda un jour un "ibn, 
'amr; on lui répondit : Fou de Galiléen, que demandes- 
tu ? est-ce un âne pour monter dessus, nnn, hàmdr, du 
vin pour boire, non, hémér, un habit pour te couvrir, 
137, 'âmar, ou une brebis pour l'égorger, -in>ti,'êniar1 » 
Talmud de Babylone, Erubin, 53 b. « Si les Judéens 
et les Galiléens s'aimaient peu, cependant ils n'éprou- 
vaient les uns contre les autres rien qui ressemblât à de 
la haine. Ils étaient trop voisins pour que leur jalousie 
mutuelle ne s'éveillât pas, mais leur rivalité portait 
toujours sur des points de détail, et, dans les grandes 
questions religieuses et patriotiques, ils savaient être 
profondément unis. » E. Stapfer, La Palestine, 1885, 
p. 119. < A. Legendre. 

GALLAS (VERSIONS) DE LA BIBLE. - Les 

Gallas, c envahisseurs, s d'après les uns; n barbares, » 



97 



GALLAS (VERSIONS) DE LA BIBLE — GALLION 



d'après les antres, sont des nègres d'un type particulier 
qui habitent l'est et le sud de l'Abyssinie. Ils s'appellent 
eux-mêmes Oroma, Ilmorma. Le Nouveau Testament a 
été traduit en leur langue par un missionnaire pro- 
testant, J. L. Krapf. D a publié lui-même Evangelium 
Matthan translatum in linguam Gallarum, Ankobari, 
Tegni Shoanorum capitalis, 1841. La Société biblique 
anglaise a publié le Nouveau Testament entier en ca- 
ractères amhariques en 1876; il a été imprimé à Chri- 
shona près de Bâle, de même que la Genèse, parue en 
1872, l'Exode, paru en 1877, et les Psaumes, parus en 1872. 
Voir J. L. Krapf, Reisen in Ost-Afrika, 2 in-8», Korn- 
thal, 1858, t. r, p. 484; W.Ch. Plowden, Travels in Abys- 
$inia and the Galla Country, in-8°, Londres, 1868; 
Ph. Paulitschke, Beitrâge zur Ethnographie und An- 
thropologie der Somal, Galla und Harari, 2" édit., in-4", 
Leipzig, 1888; [le cardinal] J. Massaja, Lectiones gram- 
maticales pro Missionariis qui addiscere volunt lin- 
guam amancam necnonet linguam oromonicam, 
in-8», Paris, 1867; Id., Imiei trentacinque anni diMis- 
sioninell' alta Etiopia, 12 in-4», Rome, 1885-1892; Fr. 
Prsetorius, Zur Grammatik der Gallasprache, in-8», 
Berlin, 1893, p. m-v. 

GALLIM (hébreu : Gallîm, « monceaux de pierres » 
ou «t sources »), nom de trois localités situées, les deux 
premières dans les environs de Jérusalem, la troisième 
dans le pays de Moab. 

1. GALLIM (Septante: Codex Alexandrinùs, YaXkiy.; 
Codex Vaticanus, r<xXé|t; correspond à l'hébreu Gal- 
lîm), ville de la tribu de Juda, que„ne mentionnent ni 
le texte hébreu ni la Vulgate, mais qu'on trouve dans 
les Septante avec dix autres formant un même groupe. 
Jos., xv, 59. Saint Jérôme, Comment, in Mich,, t. xxv, 
col. 1198, suit la leçon du Codex Alexandrinùs en l'ap- 
pelant G-allim. La place qu'elle occupe dans l'énuméra- 
tion de Josué indique tout naturellement sa position, 
Citée entre Carem, aujourd'hui 'Aïn Kdritn, à six kilo- 
mètres à l'ouest dé Jérusalem, et Bmther, actuellement 
Bittir, au nord-ouest de Bethléhem, elle doit être cher- 
chée dans le voisinage de ces deux localités. Or, entre 
Bittir et Bethléhem, on rencontre un gros village, Beit 
Bjàld, dont le nom, dans son dernier élément, peut 
rappeler Gallim. On a voulu l'identifier avec différentes 
«ités bibliques, Rama, Éphrata, Bézec, Béthel, Séla, 
Gilo. Cf. T. Tobler, Topographie von Jérusalem und sei- 
nen Umgebungen, Berlin, 1854, t. h, p. 413. Tout au 
plus pourrait-on tenter une assimilation avec la der- 
nière, hébreu : Gilôh, Jos., xv, 51, comme l'a fait V. 
Guérin, Judée, 1. 1, p. 118. En tenant compte cependant 
de l'ordre suivi par Josué dans le groupement des villes 
de chaque tribu, de Juda en particulier, nous ne croyons 
pas pouvoir faire remonter si haut un endroit que le 
•contexte place plutôt au sud d'Hébron. Voir Gilo. Nous 
acceptons plus volontiers l'identification de Beit Djâld 
avec Gallim ou Galem, déjà proposée par les explora- 
teurs anglais, Cf. Survey of Western Palestine, Me- 
■moirs, Londres, 1881-1883, t. m, p. 20. Le village actuel 
ne renferme aucun débris important de l'antiquité, mais 
•c'est un des plus considérables de la contrée ; il possède, 
suivant certains renseignements, trois mille habitants, 
parmi lesquels 2 700 grecs schismatiques et 300 grecs 
•catholiques. « Aucun musulman n'ose y séjourner long- 
temps; car, d'après une ancienne légende qui trouve 
•encore quelque créance dans le pays, les sectateurs de 
Mahomet qui oseraient y demeurer trois jours sans se 
faire chrétiens courraient risque d'y mourir de mort 
subite. » V. Guérin, Judée, t. i, p. 113. On y remarque 
surtout la chapelle et lé séminaire bâtis par le patriarche 
latin de Jérusalem. Les environs sont très fertiles, et le 
■vin qu'on y récolte est renommé. 

A. Legendre. 

DICT. DE LA BIBLE. 



2. GALLIM (Septante: Codex Vaticanus, Voy.y.i ; Co- 
dex Alexandrinùs, TaWsl), lieu d'origine de Phalti on 
Phaltiel, à qui Saûl avait donné Michol, femme de 
David, que celui-ci réclama plus tard. I Reg., xxv, 44. 
Nous n'avons aucun renseignement pour en déterminer 
la position. Nous lisons bien, II Reg., m, 16, qu'Abner, 
en ramenant à Hébron l'épouse royale, passa par Bahu- 
rim, petite localité à l'est de Jérusalem, d'où il renvoya 
Phalti, qui avait suivi Michol en pleurant. Mais que 
conclure de là, sinon que Gallim devait se trouver dans 
la tribu de Benjamin? C'est peut-être alors la même ville 
que mentionne Isaïè, x, 30, quand il décrit la marche 
des Assyriens contre la cité sainte. Après avoir tracé 
leur route du nord au sud par Aïath, l'antique Aï, Ma- 
gron, Machinas (Mukhmas), Gaba (Djéba'), Rama (Er' 
Bâm), Gabaath de Saùl (Tell eh-Fûl), il montre la ter- 
reur répandue par l'invasion, en s'écriant : 

Fais retentir ta voix, fille de Gallim ! 
Prends garde, Laïsa! pauvre Anathoth! 

Les dernières localités, depuis Gaba jusqu'à Anathoth 
('Anâta), forment un groupe situé au nord-est de Jéru- 
salem. C'est donc de ce côté qu'il serait permis de cher- 
cher celle dont nous nous occupons. Aussi trouvons-nous 
peu fondée l'opinion qui propose de l'identifier avec 
Beit Djâla, gros village près de Bethléhem. Cf. Survey 
of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, 
t. m, p. 20. Ce village représenterait bien plutôt, croyons- 
nous, la ville de Juda appelée r<xXÉ|i (Codex Alexandri- 
nùs, r<xXXt|i) par les Septante, Jos., xv, 59 (manque 
dans l'hébreu et la Vulgate), et mentionnée entre Kapéu, 
actuellement 'Aïn Karim, au sud-ouest de Jérusalem, et 
©e8rçp (Codex Alexandrinùs, Bat'ôrjp), aujourd'hui Bittir, 
au sud de la précédente. Voir Gallim 1. — Eusèbe et saint 
Jérôme, Onontastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 129, 246, à 
propos de Gallim, patrie de Phalti, parlent d'un bourg 
situé près d'Accaron, Agir, dans la plaine de Séphélah, 
et appelé Galla, TaXXata. D'après ce que nous venons 
de dire, on ne saurait y voir ni Gallim, ni Galem. 

A. Legendre. 

3. GALLIM (hébreu : 'Églaim, «c les deux étangs; » 
Septante : 'AyaXti'iJi,; Codex Sinaiticus, 'AyaXXipi), ville 
de Moab, mentionnée une seule fois dans l'Écriture. Is., 
xv, 8, Le prophète, voulant montrer comment les cris 
de douleur se feront entendre en Moab d'un bout à 
l'autre du territoire, prend deux points opposés, Gallim 
et Béer-Elim ou « le Puits d'Élim ». Celui-ci corres- 
pond à une des dernières stations des Israélites au delà, 
c'està-dire au nord de l'Arnon. Voir Béer^Elim et Béer 
2, t. i, col. 1548. Celui-là doit donc être cherché au sud. 
C'est probablement VAgallim, 'AYaXXei'n, qu'Eusèbe et 
saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 98, 
228, signalent à huit milles (près de douze kilomètres) 
au sud d'Aréopolis, Er-Rabbah. C'est peut-être aussi 
l"Af aXXa de Josèphe, Ant. jud., XIV, I, 4, une des 
douze villes prises aux Arabes par Alexandre Jannée. 
Son emplacement est inconnu. — Quelques auteurs 
confondent Gallim avec Engallim (hébreu : En-' Églaim; 
Septante : 'EvafaXXs(|ji). Ezech., xlvii, 10. Il y a entre 
les deux noms une différence d'orthographe et de signi- 
fication qui ne permet guère d'adopter ce sentiment. 
Voir Engallim, t. h, col. 1801. 

A. Legendre. 
GALLION (VaXku&v) (L. Junius Annaeus Gallio), pro- 
consul d'Achaïe, au temps où saint Paul évangélisa Co- 
rinthe. Les Juifs se soulevèrent contre saint Paul et con- 
duisirent l'Apôtre devant le tribunal de Gallion, en disant : 
« Cet homme excite les gens à servir Dieu d'une manière 
contraire à la loi. » Saint Paul allait répondre; Gallion 
l'empêcha de parler et dit aux Juifs : « S'il s'agissait de 
quelque injustice ou de quelque mauvaise action, je vous 
écouterais, mais s'il s'agit de discussions sur une parole, 
sur des noms ou sur votre loi, cela vous regarde; je no 

III. - 4 



99 



GALLION — GALLOISES (VERSIONS) DE LA BIBLE 



400 



■veux pas être juge de ces choses, s Et il les renvoya du 
tribunal. Alors tous se saisirent de Sosthène, chef de la 
synagogue, et le battirent devant la synagogue sans que 
Gallion s'en mêlât. Act., xvin, 12-18. L. Junius Annœus 
Gallio était le frère aîné de Sénèque, Par la naissance 
il portait le nom de M. Annseus Novalus. Adopté par le 
rhéteur Junius Gallio, il prit le nom qu'il porta depuis. 
.Pline, H. N., xxxi, 33; Tacite, Ann., xvi, 17; Quin- 
tilien, Inst. orat., IX, n, 91. Sénèque parle de lui dans 
la préface du livre II des Quœstiones naturales et le 
dépeint comme un homme universellement aimé. Cf. 
Stace, Silv., II, vu, 32. Ce fut également à lui que 
Sénèque dédia le De Vita beata. Après que Claude eut 
rendu l'Achaïe au Sénat et que, par conséquent, elle eut 
pour gouverneur un proconsul (Suétone, Claud., 25), 
Gallion fut mis à la tête de cette province. Ce fut très 
probablement après que Sénèque eut été rappelé d'exil. 
F. Blass, Acta Apostolorum, in-8», Gœttingue, 1895; 
Prolegom., p. 22. Cf. Wieseler, Chronologie des Apos- 
tolischen Zeitalters, in-8°, Gœttingue, 1848, p. 119. 
Gallion quitta ce gouvernement, parce que le climat du 
pays était défavorable à sa santé; Sénèque, Epist. 104. 
Il ne fut pas des derniers à plaisanter sur la mort de 
Claude, Dion Cassius, lx, 35*, et il flatta la vanité de 
Néron. Dion Cassius, lxi, 20. La mort de son frère lui 
inspira une grande terreur et il implora la pitié de son 
meurtrier. Tacite, Ann., x, 73. On ignore de quelle façon 
et à quelle époque il mourut. E. Beurlier. 

GALLOISES (VERSIONS) DE LA BIBLE. — 

Le gallois, ou breton-gallois, est un des trois grands 
rameaux de la branche britannique du celtique. Actuel- 
lement, il diffère assez des deux autres, le breton-armo- 
ricain et le breton-comique, pour constituer vis-à-vis 
d'eux un groupe à part. Comme l'indique son nom, on 
le parle dans la principauté de Galles, en Angleterre. 

1° La littérature biblique du gallois du moyen âge est 
peu importante. Elle se réduit, en somme, à des frag- 
ments plus ou moins considérables, dont une partie est 
contenue dans le Llyvyr agkyr Llandewivrevi, «Livre 
i de l'anachorète de Llan-dewivrevi, » manuscrit de 1346, 
conservé à la bibliothèque de Jésus Collège, à Oxford. 
Ce manuscrit a été publié dans les Anecdota Oxoniensia, 
mediœval and modem séries, part, vi, par MM. Morris 
Jones et John Rhys, sous le titre : The Elucidarium 
and other Tracts in Welsh from the Llyvyr, Oxford, 
1894. Les principaux fragments bibliques qu'il contient 
sont : 1» le récit de l'Annonciation de l'ange Gabriel, 
Luc, i, 26-38; 2° le début de l'Évangile de saint Jean, i, 
1-14; 3° une explication de l'Oraison dominicale. D'autres 
fragments se trouvent dans le second volume des extraits 
de manuscrits gallois qui ont été publiés sous Ce titre : 
Welsh Manuscript Literature, completion of sélections 
from the Hengwrt manuscripts preserved in the Pen- 
iarth library,edited and translated by theRev. Robert 
Williams and the Rev. G. Hartwell Jones, 2 in-8°, Car- 
diff, 1874-1892. Outre plusieurs morceaux apocryphes, 
comme l'évangile de l'Enfance, l'évangile de Nicodème, 
l'histoire de Ponce-Pilate, l'histoire de Judas, etc., ce vo- 
lume contient : 1° le récit de la Passion selon saint Mat- 
thieu, p. 250; 2° les signes précurseurs du jugement der- 
nier, d'après le même évangéliste, p. 274; 3° les mêmes 
fragments, avec quelques variantes, que ceux du Livre 
de l'anachorète, p. 291, 296-97. Voir aussi les parties 
bibliques de l'office de la sainte Vierge, d'après un ma- 
nuscrit du xrv e siècle, dans la Myvirian Archaiology of 
Wales, publié par Owen Jones, Londres, 1795. 

2° La première version galloise de la Bible parait avoir 
été exécutée dans la seconde moitié du XV e siècle, vers 
1470, à Celydd Sfan, près de Bridgend, dans le comté 
de Glamorgan. Mais elle n'a jamais été publiée, et même 
le manuscrit, qui existait encore au commencement de 
ce siècle, a disparu depuis. Voir S. Bagster, The Bible 



of every Land, Londres, 1860, p. 153. Dans la préface 
de sa traduction du Nouveau Testament, parue en 1567, 
Richard Davies mentionne aussi une version galloise du 
Pentateuque, qui existait vers 1527, et dont il avait vu 
lui-même une copie manuscrite entre les mains d'un de 
ses parents; mais il ne donne aucun détail, ni sur le 
traducteur, ni sur la date de la traduction. En 1526, un 
décret du Parlement d'Angleterre ordonna de faire une 
version galloise de toute la Bible, sous la haute direction 
des évêques de Saint-Asaph, de Bangor, de Saint-David, 
de Llandaff et d'Hereford. Le travail fut confié à William 
Salisbury, qui traduisit seulement les Evangiles, les 
Actes des Apôtres et les Épitres. Encore six de ces 
dernières, l'Epitre aux Hébreux, les deux à Timothée, 
l'Épltre de saint Jacques et les deux Épitres de saint 
Pierre, furent-elles traduites par Richard Davies, évêque 
de Saint-David. Oh y ajouta la version de l'Apocalypse 
par Huet, chantre de la paroisse de Saint-David, et l'on 
eut ainsi la première version complète du Nouveau Tes- 
tament, sous le titre de : Testament Newydd ein Harg- 
Iwydd an Hiachawdur Jesu Crist, « Nouveau Testament 
du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. » La traduction, 
qui fut faite sur le grec, est assez fidèle en général ; mais 
elle laisse à désirer sous le rapport littéraire. A l'exception 
de l'Apocalypse et de quelques Épitres, elle n'est pas di- 
visée en versets, mais seulement en chapitres. Dédiée à 
la reine Elisabeth, cette traduction parut à Londres, en 
1567, in-4°.Voir Archseologia Cambrensis, 3 e série, t. xi, 
Londres, 1865, p. 89. 

3° Une vingtaine d'années après, on s'occupa de l'Ancien 
Testament. Ce fut un pasteur de Llanrhaidr-Mochnant, 
dans le comté de Denbigh, William Morgan, plus tard 
évêque de Llandaff en 1595, et de Saint-Asaph en 1601, 
qui entreprit cette tâche, tie sa propre initiative. Aidé de 
plusieurs collaborateurs, il traduisit l'Ancien Testament 
sur le texte original, et revisa la version que Salisbury 
avait faite du Nouveau Testament. L'ouvrage tout entier 
fut terminé et imprimé en 1588, sous le titre : Y Bibl 
Cyssegr-lan, sef yr Hen Destament a'r Newydd, « La 
Sainte Bible ou l'Ancien Testament et le Nouveau; » in- 
fo, Londres. Il existe encore deux exemplaires de cette 
édition : l'un; à la Société biblique de Londres et l'autre 
à la bibliothèque du chapitre de Westminster. On fit un 
tirage à part de la traduction des psaumes, sous le titre : 
Psalmau Dafydd, « Psaumes de David, » in-8», Londres, 
1588. Quatre exemplaires de ce tirage à part existent en- 
core : l'un, au collège de l'Université de Cardiff ; deux 
autres au British Muséum, et le quatrième à la biblio- 
thèque de Shirburn Castle. Au reste, on vient de réédi- 
ter ce psautier gallois, avec un fac-similé photographique 
de la curieuse gravure qui est en tête de l'ouvrage, Lon- 
dres, 1898. La publication a été dirigée par Thomas Po- 
well, professeur au collège de l'Université de Cardiff. — 
Le D* Morgan avait entrepris, aussitôt après sa traduc- 
tion de la Bible, une seconde revision du Nouveau Tes- 
tament de Salisbury ; et son travail allait être livré à l'im- 
pression, en 1604, quand il mourut. L'ouvrage paraît être 
resté en manuscrit. Voir, pour l'appréciation détaillée des 
œuvres du D r Morgan, le volume gallois qui est intitulé : 
Bywyd ac amser yr esgob Morgan, « La vie et l'époque 
de l'évêque Morgan, » par Charles Ashton, Treherbest, 
1891. 

4 e Les travaux bibliques du D r Morgan furent continués 
par son successeur sur le siège épiscopal de Saint-Asaph, 
le D r Richard Parry. Avec l'aide de son savant secrétaire, 
le D r John Davies, il entreprit une revision complète de 
toute la Bible galloise, en y apportant des corrections si 
nombreuses et si importantes, que son travail ressemble 
plutôt à une version, nouvelle qu'à une revision pro- 
prement dite. Cette version est très estimée dans l'église 
anglicane du pays de Galles; et la plupart des éditions 
postérieures n'ont guère fait que la reproduire. Elle 
parut à Londres, in-f°, en 1620, avec une dédicace au roi 



101 



GALLOISES (VERSIONS) DE LA BIBLE — GAMALIEL 



102 



Jacques. L'exemplaire qui fut offert au roi est conservé 
au British Muséum. Comme le format de l'édition n'é- 
tait guère portatif, on en fit une autre plus commode, in- 
8», Londres, 1630, qui contenait, outre l'Ancien et le Nou- 
veau Testament, le Book of Common Frayer, et une 
traduction du Psautier en vers. Cette traduction, qui est 
encore en usage dans l'église anglicane du pays de 
Galles, était l'œuvre du D r Pryce, archidiacre de Merio- 
neth. Précédemment, il avait paru une autre traduction 
versifiée des Psaumes, par le capitaine Middleton, Lon- 
dres, 1603. 

5» Nous devons signaler aussi , parmi les versions du 
XVII e siècle s'étendant à toute la Bible, celle qui fut 
publiée à Oxford, in-f°, 1690, et qui est connue sous 
le nom de Bishop Lloyd's Bible, parce que l'évêque 
Lloyd en surveilla la publication, et s'occupa spéciale- 
ment de la chronologie et des notes qui accompagnent 
le volume. Ce fut la première Bible galloise imprimée 
en caractères romains. — Voir, pour de plus amples dé- 
tails sur les versions galloises de la Bible des xvi» et 
xvih siècles, les remarquables études critiques qui ont 
été faites à ce sujet par Walter Davies, plus connu sous 
le nom bardique de Gwalter Mechain, et qui ont été 
réunies après sa mort (-j- 1849) dans ses œuvres com- 
plètes, Gwaith y Walter Davies, 3 in-8°, Carmarthen et 
Londres, 1868. 

6° En 1718, parut à Londres la première Bible de la 
Society for promoting Christian Knowledge. Elle est 
plus connue sous le nom de Moses Williams' Bible, du 
nom d'un pasteur de Dyfinoy, dans le comté de Breck- 
nock, qui en surveilla la publication. Elle contient, outre 
les deux Testaments, les Psaumes en vers, quelques 
hymnes et prières bibliques, avec des notes marginales 
et des sommaires en tête des chapitres. — D'autres édi- 
tions de la Bible ont été publiées, dans le courant du 
xviii" siècle, à Carmarthen, Londres, Cambridge et 
Oxford. Elles diffèrent peu des précédentes, si ce n'est 
par des changements orthographiques. 

7° Au commencement du xix e siècle, Thomas Charles, 
pasteur de Bala, trouvant que la diffusion de la Bible se 
faisait trop lentement dans le pays de Galles, conçut le 
projet d'une vaste association qui remédierait à cet état 
de choses. Ce fut l'origine de la Société biblique de 
Londres (British and Foreign Bible Society), fondée le 
7 mars 1804. Un des premiers soins de la société 
naissante fut de préparer une édition stéréotypée d'une 
Bible galloise, qui devait être tirée à vingt mille exem- 
plaires in-8°. Le texte devait être celui de l'édition 
d'Oxford de 1799, que Thomas Charles voulut reviser au 
préalable. Sur ces entrefaites, le Rév. J. Roberts, 
pasteur de Tremerchion, dans le comté de Flinth, cri- 
tiqua vivement l'opportunité et la justesse des modifi- 
cations projetées par son co lègue ; et, par l'intermédiaire 
de la Society for promoting Christian Knowledge, il 
adressa des réclamations en ce sens au président de la 
Société biblique de Londres. On nomma un comité 
pour examiner la question. Il fut reconnu quelles chan- 
gements orthographiques mis à part, le travail de 
Th. Charles avait au moins le mérite de l'exactitude. 
Quant aux modifications d'orthographe, la question, 
dépassant la compétence du comité, fut soumise au 
savant philologue Walter Davies, pasteur de Meifod, 
dans le comté de Montgomery. Ce dernier se prononça 
contre les innovations de Charles, et, en conséquence, 
l'édition projetée fut abandonnée. La Société biblique 
de Londres en publia alors une autre en 1806, semblable 
à celle qui avait paru en 1752, par les soins de la Society 
for promoting Christian Knowledge. Les nouvelles et 
nombreuses éditions qui ont été faites depuis cette 
époque ne diffèrent pas sensiblement des précédentes. 
— Il est bon de noter, d'une façon générale, que les 
bibles galloises, ayant été publiées par des éditeurs non 
catholiques, ne contiennent pas ordinairement, du moins 



en ce siècle, les livres que les protestants appellent 
« apocryphes », c'est-à-dire les deutérocanoniques. 

Voir l'ouvrage gallois : Lyfryddiaeth y Cymry, yn 
cynnwys fumes y llyfrau a gyhoeddwyd yn yr iaith 
Gmraeg, ac mewn perthynas i Gmru a'i thrigolion o'r 
flwyddyn i5A6 hyd y flwyddyn 1800, « Bibliographie 
galloise, contenant l'indication des livres en gallois, et 
de ceux relatifs au pays de Galles, publiés de 1546 à 
1800, » in-8», Llanidloes, 1869. Cet ouvrage, qui est de 
William Rowlands, a été continué par M. Silvan Evans 
pour la période 1800-1869, et doit être complété par les 
suppléments parus dans la Revue celtique, Paris, 1872- 
1875, t. i, p. 376-394; t. n, p. 31-43, 346-351. 

J. Beliahy. 

GAMALIEL, nom de deux personnages, l'un de l'An- 
cien, l'autre du Nouveau Testament. 

1. GAMALIEL (hébreu : Gamlî'êl, « Dieu récompense; » 
Septante : TaiiaXt^X), fils de Phadassur, était chef de la 
tribu de Manassé, à l'époque du séjour au désert du 
Sinaï. Il était à la tête de 32200 combattants. Comme 
les autres chefs de tribu, il fit des présents au sanc- 
tuaire. Num., i, 10; il, 20; vil, 54, 59; x, 23. 

2. GAMALIEL (Nouveau Testament : ra|iaXtï)X), sur- 
nommé l'ancien (haz-zdqêri) ou Gamaliel I er , pour le dis- 
tinguer de son petit-fils, Gamaliel le jeune ou Gama- 
liel II, est ordinairement identifié avec le membre du 
Sanhédrin, du même nom, qui prit en pleine séance la 
parole en faveur des Apôtres. Il était de la secte des 
pharisiens et un docteur de la loi, honoré par tout le 
peuple. Act., v, 34. Chef d'une importante école rabbi- 
nique à Jérusalem, il eut pour disciple saint Paul qui 
déclare avoir été instruit par son maître dans l'exacte et 
stricte interprétation de la loi paternelle, telle que la 
concevaient les pharisiens. Act., xxii, 3. Sa famille se 
considérait comme appartenant à la tribu de Benjamin, 
quoique plus tard elle ait été comptée au nombre des 
descendants de David. Si Hillel était de la race de Da- 
vid, on ne peut regarder Gamaliel comme son petit-fils 
qu'en supposant, ou bien que Hillel descendait de David 
par sa mère, ou bien que Gamaliel était fils d'Hillel par 
le côté maternel. G. Dalman, Die Worte Jesu, t. i, Leip- 
zig, 1898, p. 265. La littérature juive le donne comme la 
souche des derniers patriarches juifs de Palestine, et 
plusieurs critiques, J. Lightfoot, Horee hebraicee et taV 
mudicse in Acta Apostolorum, Leipzig, 1679, p. 45; 
J. Cohen, Les Pharisiens, Paris, 1877, t. i, p. 415; t. H, 
p. 54; E. Stapfer, Les idées religieuses en Palestine à 
l'époque de Jésus-Christ, 2 e édit., Paris, 1878, p. 198-199, 
en avaient conclu que Gamaliel présidait le Sanhédrin, 
quand Jésus comparut devant cette assemblée. Mais cette 
conclusion est contraire au livre des Actes, v, 34, qui fait 
de Gamaliel un simple membre du Sanhédrin, un des 
scribes ou docteurs qui avaient siège et voix à ce tri- 
bunal. J. et A. Lémann, Valeur de l'assemblée qui pro- 
nonça la peine de mort contre Jésus-Christ, 3 e édit., 
Paris, 1881, p. 30; E. Stapfer, La Palestine au temps de 
Jésus-Christ, 3 e édit., Paris, 1885, p. 94-98. Gamaliel, 
quoique siégeant seulement dans le groupe des juges 
assesseurs, jouissait dans le grand conseil d'une haute 
considération et y exerçait une réelle influence. On le 
vit bien à la comparution des Apôtres. Les disciples de 
Jésus, qui témoignaient avec tant de fermeté en faveur 
de leur Maître, allaient être condamnés à mort, quand 
ce docteur si savant et si vanté se leva dans le conseil 
et demanda qu'on fit momentanément sortir les Apôtres, 
afin d'exposer en toute liberté son avis. Il fit entendre 
alors des paroles de prudence et de modération. En 
conseiller sage et prévoyant, il prémunit les juges contre 
une résolution violente et précipitée et il tire ses con- 
sidérants des faits de l'histoire contemporaine. II 
rappelle l'issue à laquelle avaient abouti, d'elles-mêmes, 



103 



GAMALIEL — GAMZO 



104 



les tentatives récentes de Theudas et dé Juda le Ga- 
ïilécn. Le cas présent pourra avoir la même solution, 
et au lieu de recourir à une répression violente, il faut 
laisser au temps la conclusion de l'affaire. « Si l'idée ou 
l'entreprise des Apôtres, dit-il en terminant, vient des 
hommes, elle se dissoudra d'elle-même; si elle vient de 
Dieu, vous n'êtes pas capables de l'entraver et vous 
vous exposez à combattre contre Dieu même. » Cet avis 
sage et modéré prévalut dans le Sanhédrin qui renvoya 
les Apôtres après les avoir fait frapper de verges. Act., v, 
33-40. On a discuté le mobile qui avait inspiré Gamaliel. 
.On a prétendu tour à tour qu'il avait parlé ainsi par 
opposition aux Sadducéens et pour faire échouer leurs 
projets, :Ou par politique, afin de ménager la situation 
.dû Sanhédrin en face du peuple et des Romains, ou par 
un sentiment de droiture naturelle, ou enfin par un 
secret penchant vers la nouvelle doctrine. H.-J. Crelier, 
Les Actes des Apôtres, Paris, 1883, p. 67-71 ; C. Fouard, 
Saint Pierre, Paris, 1886, p. 45-48; E. Le Camus, 
L'Œuvre des Apôtres, Paris, 1891, p. 84-92. 
: L'enseignement de Gamaliel, que son disciple Saul 
.déclare conforme à la plus exacte interprétation de la 
Loi dans le sens des Pharisiens, Act., xxn, 3, ne nous 
est connu que par quelques décisions juridiques que lui 
.attribue la Mischna. Au traité Orla, n, 12, Talmud de 
Jérusalem, trad. Schwab, t. m, Paris, 1879, p. 34, il a 
.décidé, d'accord avec les sages, que la levure profane 
tombant dans la pâte avec la levure d'oblation, n'entraîne 
l'interdit de la pâte que si elle suffit à la faire fermenter. 
Au traité Yebamoth, xvi, 7, ibid., t. vu, 1885, p. 219- 
220, on rapporte qu'il permettait d'épouser une femme 
.sur l'avis du décès de son mari, énoncé par un seul 
témoin, et qu'il autorisait les veuves à se remarier sur 
l'assertion du décès de leurs époux par un seul témoin. 
D'après le traité Guitin, rv, 2, ibid., t. ix, 1887, p. 2, il 
modifia, dans l'intérêt de l'ordre du monde et des bonnes 
règles, les conditions de l'annulation de l'envoi de l'acte 
de divorce. Il ne permit plus qu'elle se fit à l'insu de la 
femme et voulut que l'on inscrivît sur l'acte les noms 
de l'homme et de la femme avec tous leurs surnoms. Il 
établit aussi, ibid., iv, 3, p. 5, que la veuve pourrait 
désormais se faire payer son douaire, en vouant tel 
olijet que les orphelins désigneront. Il est raconté, 
Scliabbath, xvi, 1, ibid., t. iv, 1881, p. 161, que Ga- 
maliel, se trouvant debout sur un échafaudage de con- 
. struction à la montagne sainte, reçut un exemplaire de 
Job transcrit en chaldéen, et qu'il dit aux maçons de 
l'enfouir sous le mur fondamental. Cette action est rap- 
portée pour prouver qu'il faut enfouir les exemplaires 
sacrés hors d'usage, en quelque langue qu'ils soient 
écrits. Les autres paroles de R. Gamaliel, reproduites 
dans le Talmud, ont été prononcées par Gamaliel II. On 
ne peut, sur de si faibles indices, déterminer le carac- 
tère théorique ou pratique de l'enseignement du maître 
." de saint Paul. Cf. Fouard, Saint Pierre, p. 143-150. 
Gamaliel I er est mort avant l'an 70, puisqu'il n'est pas 
question de lui dans les récits du siège et de la prise 
de Jérusalem par les Romains, tandis que son fils 
Siméon joua alors un rôle important. La Mischna, Sota, 
ix, 16, ibid., t. vu, p. 342, dit que, depuis cette mort, 
« la gloire de la Loi s'est éteinte, et avec elle sont ruinés 
la pureté et le pharisaïsme. » Cela signifie seulement, 
. d'après le contexte, que depuis son époque l'austérité et 
la vie religieuse des pharisiens stricts ont disparu. 
L'auteur des . Récognitions clémentines, i, 65-67, t. i, 
col. 1242-1244, suppose que Gamaliel, encore membre 
du Sanhédrin, était secrètement chrétien et n'était resté 
extérieurement attaché an judaïsme que pour mieux 
servir ses frères. Au v« siècle , l'ancien sanhédrite apparut 
au prêtre Lucien et lui révéla l'endroit où il avait ense- 
. veli les restes mortels du diacre Etienne; il lui apprit 
qu'il s'était converti au christianisme avec son fils 
Abib et Nicodème et qu'ils avaient été baptisés par 



saint Pierre et saint Jean. Epistola Luciani ad omnem 
Ecclesiam, 3-4, t. xu, col. 809-812; Photius, Biblio- 
theca, col. 171, t. an, col. 500-501. Cf. Tillemont, Mé- 
moires pour servir à l'histoire ecclésiastique, Paris, 
1694, t. n, p. 10-13, 27-30. Son corps, découvert alors à 
Caphargamala avec celui de saint Etienne, serait con- 
servé à Pise. J.-C. Wagenseil, Sota, Altdorf, 1674, 
p. 992-993. Plusieurs martyrologes citent Gamaliel 
comme saint et le martyrologe romain mentionne, au 
3 août, l'invention de ses restes mortels et de ceux de 
saint Etienne. — Cf. J. Derenbourg, Essai sur l'histoire 
et la géographie de la Palestine, t. i, 1867, p. 241; 
H. Grsetz, Geschichte der Juden, 3 e édit., 1878, t. m, 
p. 373; M. Bloch, Institutionen des Judentums, t. n 1, 
1884, p. 118-202; E. Schûrer, Geschichte desjûd. Volkes, 
2 e édit., t. n, p. 300; M. Braunschweiger, Die Lehrer 
der Mischnah, 1890, p. 50. 

E. Mangenot. 

GAMARI AS, nom de deux Juifs mentionnés par 
Jérémie. 

1. GAMARIAS (hébreu : Gemaryâh; Septante : Va\jjx- 
pîaç), fils d'Helcias, envoyé à Babylone près de Nabucho- 
donosor avec Elasa fils de Saphan. Jérémie leur remit 
une lettre pour les captifs afin de les prémunir contre 
les faux prophètes qui annonçaient un prompt retour et 
les engager à s'établir en paix dans la terre d'exil au 
moins pour soixante-dix ans. Jer., xxix, 3, 4. 

2. GAMARIAS (hébreu : Gemaryâhû; Septante : IV 
(iapia«), fils de Saphan, un des conseillers du roi Joa- 
chim, devant lesquels Baruch lut, dans la chancellerie, 
une prophétie de Jérémie. Effrayés de cette lecture, ils 
en donnèrent connaissance au roi qui déchira le rou- 
leau et le jeta dans le feu, malgré les représentations de 
Gamarias. Jer., xxxvi, 12, 13, 25. 

GAMUL (hébreu :_Gâmûl; Septante : rafioyX), chef 
de la vingt-deuxième des familles sacerdotales, distri- 
buées en vingt-quatre classes par David. I Par., xxiv, 17. 

GAMZO (hébreu : Gimzô, « lieu fertile en syco- 
mores; » Septante : Codex Vaticanus, TaXeCw; Codex 
Alexandrinus, rajiaiîai'), ville de Palestine mentionnée 
une seule fois dans la Bible. II Par., xxvm, 18. Située 
dans la plaine de Séphélah, elle fut prise, avec les vil- 
lages qui en dépendaient, par les Philistins, qui s'y éta- 
blirent. Cet événement eut lieu sous le règne d'Achaz, 
roi de Juda. Les autres cités qui eurent le même sort 
appartiennent ou au nord-ouest de la tribu de Juda, 
comme Socho (Khirbel Schuéikéh)^ ou à la limite de 
Juda et de Dan, comme Bethsamès ÇAîn Schems),, 
Thamna (Khirbet Tïbnéh), pu au sud-est de Dan, comme 
Aïalon (Yâlô). Gamzo était la plus septentrionale, et elle 
a subsisté jusqu'à nos jours exactement sous le même 
nom. On trouve, en effet, un peu au sud-est de Loudd 
ou Lydda, un village dont le nom arabe i_»w^-> Djimzû, 
reproduit parfaitement la forme hébraïque, "itdj Gimzô. 

Cf. G. Kampffmeyer, Alte Namen im heuligen Palâs- 
tina und Syrien, dans la Zeitschrift des Deutschen 
Palâstina-Vereins, Leipzig, t, xvi, 1893, p. 34. Il cou- 
ronne une colline assez élevée. Des bouquets d'olivier» 
et quelques palmiers s'élèvent alentour. Il compte 
400 habitants, et l'on y rencontre plusieurs puits, proba- 
blement antiques, mais celui qui approvisionne actuelle- 
ment le bourg en est assez éloigné. Cf. V. Guérin, 
Judée, t. i, p. 335; Robinson, Biblical Researches in 
Palestine, Londres, 1856, t. ri, p. 249; Surveyof Wes- 
tern Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. n, 
p. 297.^— Le Talmud de Babylone, Taanith, 21 a, cite 
Ginizo comme ville natale d'un certain Nahum, qui 
avait, dit-il, pour maxime que Dieu dirige toutes choses 
pour le mieux. Lui arrivait-il un désagrément ou un 



105 



GAMZO — GARIZIM 



106 




malheur, il avait pour coutume de dire philosophique- 
ment : fui» 1 ) it ai, Gam zû letôbâh, « ceci également 
est pour le bien. » C'est là un jeu de mots sur le nom 
de la ville. Cf. A. Neubauer, La géographie du Talmud, 
Paris, 1868, p. 98; Reland, PalmsHna, Utrecht, 1714, 
t. il, p. 812. A. Legendre. 

GANGRÈNE (grec : yâyypatva; Vulgate : cancer), 
destruction de la vie dans une partie des tissus du corps 
(fig. 14), à la suite de contusions, de brûlures, d'altération 
du sang ou de troubles dans sa circulation, d'introduction 
de germes putrides, etc. Sous 
l'influence de ce mal, les 
chairs perdent toute sensi- 
bilité et parfois même entrent 
en putréfaction comme des 
chairs mortes. Assez souvent 
la gangrène s'étend de proche 
en proche, envahit rapide- 
ment les tissus et amène la 
mort. Saint Paul fait allusion 
à cette marche envahissante 
du mal, quand il compare 
l'enseignement des faux doc- 
teurs à la gangrène qui ronge, 

- -1 vo(itiv îÇei. II Tim., Il, 17. Le 

- - 3 mot vo|it| signifie l'« action 
...3 de ronger », en parlant des 

ulcères. Hippocrate, Pronos- 
tic, 98. La fausse doctrine 

„. . « rongera » donc les âmes et 

il. - Gangrène des extrémi- , fera érf comme Ja 

tés : 1. rougeur des tissus , r ,' , . ?,, 

sains en arrière du sillon; grene ronge les chairs et de- 
2. 6illon au niveau du point truit le corps. L'expression 
d'élimination; 3. portion gan- énergique du texte grec est 
gréneuse devant se détacher, rendue dans la Vulgate par 
un équivalent : ut cancer 
serpit, « rampe, » s'étend « comme un cancer ». Le can- 
cer est une tumeur maligne qui Se développe dans un 
organe, se reproduit après l'ablation et finit par atrophier 
l'organe et faire périr le malade. L'action du cancer est 
aussi dangereuse que celle de la gangrène, mais elle est 
moins apparente et moins répugnante. Voir Cancer, 
t. ii, col. 129. H. Lesètre. 

GARDE DU CORPS. Voir Armée, t. i, col. 973. 

GARDIENS DES PORTES DU TEMPLE. Voir 

PORTIERS. 

GAREB (hébreu : Gârêb; Septante : Tapée), nom 
. d'un Israélite et d'une colline. 

t. GAREB, un des vaillants guerriers de l'armée de 
David. II Reg., xxm, 38; I Par., xi, 40. Dans ces deux 
endroits le nom propre est suivi de l'adjectif pu nom 
patronymique hay-yifû que la Vulgate rend par Je- 
thrsms dans I Par., xi, 40 et par et ipse Jethrites dans 
II Reg., xxiii, 38. Elle ajoute et ipse parce que dans ce 
verset le nom précédent Ira est suivi de la même épi- 
thète, Jethrites. Gareb comme Ira seraient-ils fils de 
Jétber, père d'une famille de Carialhiarim? I Par., Il, 
53. Ou bien ne faudrait-il pas plutôt y voir un nom de 
lieu hay^yaf(irî, de Yattir (Vulgate : Jéther), ville dans la 
montagne de Juda'.'I Reg., xxx, 27; Jos., xv, 48; xxi, 14. 

E. Levesque. 

2. GAREB, colline voisine de Jérusalem, mentionnée 
une seule fois dans l'Écriture. Jer., xxxi, 39. Le pro- 
phète, traçant le pourtour de la nouvelle Jérusalem, part 
de la tour d'Hananéel, située très probablement vers le 
nord-est des remparts, puis vient à la porte de l'Angle, 
Cest-â-dire au nord-ouest. Voir Angle (Porte de L'),t. i. 



col. 600. De là il fait passer le cordeau « sur la colline 
de Gareb et vers Goatha », tourne, ensuite au sud par la . 
vallée de Hinnom, qu'il appelle « la vallée des cadavres 
et des cendres », et arrive enfin « au torrent de Cédron, 
et jusqu'à l'angle de la porte des Chevaux à l'orient ». 
D'après cette description, il semble clair que la colline 
dont nous parlons se trouvait à l'ouest ou au sud-ouest 
de la ville; mais son emplacement exact est inconnu. 
La signification du nom fait croire que c'était « la col- 
line des lépreux », c'est-à-dire l'endroit où demeuraient 
confinés ces malheureux à qui l'on interdisait l'entrée 
de la cité. Scholz pense que c'est aujourd'hui la mon- 
tagne du Mauvais-Conseil ou Djebel Deir Abu Tor. Cf. 
J. Enabenbauer, Comment, in Jer., Paris, 1889, p. 396. 
D'autres identifient plutôt Gareb avec la montagne que 
signale le livre de Josué, xv, 8; xvm, 16, et « qui est 
vis-à-vis de Géennom à l'occident, et à l'extrémité de la 
vallée de Réphaïm ou des Géants vers le nord ». Cf. 
Keil, Der Prophet Jeremia, Leipzig, 1872, p. 341 ; Fil- 
lion, La Sainte Bible, Paris, 1898, t. v, p. 647. 

A. Legendre. 
GARIZIM (hébreu : Gerizzîm; Septante : Vapi^h), 
montagne de la chaîne d'Éphraïm, située au sud de 
Naplouse, en face du mont Hébal. Deut., xi, 29; xxvn, 
12; Jos., vin, 33; Jud., ix, 7; II Mach., v, 23; vi, 2. 

I. nom. — On a différemment interprété le mot hébreu. 
Gésénius, Thésaurus, p. 301, y voit le nom d'une peu- 
plade, les Gérizéens (hébreu : kag-Girzî ou Gerizzi; 
Vulgate : Gerzi), I Reg., xxvn, 8, dont une colonie au 
moins .aurait habité la contrée, et à laquelle la montagne 
aurait emprunté sa dénomination, comme une autre du 
même massif tenait son nom des Amalécites. Jud., xir, 
15. Tel est aussi le sentiment de Stanley, Sinai and 
Palestine, Londres, 1866, p. 237, note 3. Cependant la 
leçon de I Reg., xxvn, 8, est douteuse; le qerî porte 
Gizrî. D'autres s'en rapportant à la racine gâraz, qui, 
comparée à l'arabe, veut dire « couper, séparer », ou 
désigne « une terre stérile », reconnaissent dans Geriz- 
zîm une allusion à l'aspect physique du mont, « abrupt » 
et « dénudé ». On peut trouver d'autres explications de 
même valeur, c'est-à-dire également conjecturales. Cf. 
J. Simonis, Onomasticum Vet. Test., Halle, 1741, p. 67. 

II. situation et description. — La situation du Ga- 
rizim est, avec celle de l'Hébal, déterminée de la manière 
suivante dans le premier passage de la Bible où il en 
est question, Deut., xi, 30 (traduit d'après l'hébreu) : 
« [Ces montagnes] sont au delà du Jourdain, » c'est-à- 
dire à l'ouest, par opposition aux campements des 
Hébreux, qui alors se trouvaient à l'est; « derrière la 
route de l'occident, » ou au delà de la route qui traverse 
le pays de Chanaan, conduisant de Syrie en Egypte et 
passant par le cœur même de la contrée, celle qu'avaient 
suivie Abraham et Jacob, l'antique voie qui, de la plaine 
d'Esdrelon, se dirige par les monts de Saniarie vers 
Jérusalem et le sud; « dans la terre du chananéen, qui 
habite dans l'Arabah, » ce dernier mot désignant, non 
pas, comme le veulent certains auteurs, la vallée de 
Sicbem ou la plaine d'El Makhnah, mais celle du Jour- 
dain ou le Ghôr, que les Israélites avaient en ce moment 
sous les yeux et qui leur représentait « la terre de Cha- 
naan »; « vis-à-vis de Gilgal, » non pas Galgala, premier 
campement des Hébreux près de Jéricho, Jos., iv, 19, 
aujourd'hui Tell Djeldjûl, mais la ville dont il est ques- 
tion dans l'histoire d'Élie et d'Elisée, IV Reg., n, 1; 
îv, 38, actuellement Djildjilia, au nord de Béthel, à 
l'ouest de la route de Jérusalem à Naplouse (voir Gal- 
gala. 2); « près des térébinthes de Môréh, » ou cette 
« vallée illustre » (d'après la Vulgate; 'êlôn Môréh, 
d'après l'hébreu), que la Genèse, xn, 6, à propos 
d'Abraham, mentionne près de Sichem. Pour avoir mal 
compris ce verset, en ce qui concerne Galgala, Eusèbe.et 
saint Jérôme, Onomastica sacro,Gœttingue, 1870, p. 126, 
242, 243, placent faussement le Garizim et l'Hébal auprès 



107 



GARIZIM 



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de Jéricho. Il est clair cependant, en dehors de l'expli- 
cation qui vient d'être donnée, que l'auteur sacré désigne 
les deux montagnes non dans le voisinage du Jourdain, 
mais à l'extrême horizon, où elles sont cachées à sa vue. 
D'ailleurs l'épisode de Joatham, montant sur un des 
éperons du Garizim pour adresser la parole aux habitants 
de Siehem, Jud., ix, 7, l'histoire de la Samaritaine dé- 
signant du geste la montagne sur laquelle ses ancêtres 
avaient leur lieu d'adoration et qui dominait le puits de 
Jacob, Joa., iv, 20, 21, en déterminent suffisamment la 
position. C'est là, près de Néapolis ou Naplouse, que les 
vieux pèlerins ont reconnu le sommet dont nous parlons : 
le pèlerin de Bordeaux (333), sainte Paule (404), saint 



ouadi Râs el-'Aîn. C'est par ce gracieux ravin, qui trace 
sur les flancs dénudés du Garizim un sillon de ver- 
dure, que l'on monte de la ville sur le sommet. De la 
source qui donne son nom à l'ouadi, on peut d'un coup 
d'oeil embrasser Naplouse et les magnifiques jardins qui 
l'entourent. A partir de là, une montée raide et pier- 
reuse, tapissée cependant de fleurs au printemps et cul- 
tivée sur certains points, conduit sur un large plateau 
accidenté, couvert de broussailles et de monceaux de 
pierres. Du point culminant on jouit d'un splendide pa- 
norama : au nord, par delà les monts de Samarie et de 
Galilée, se dressent dans le lointain les cimes neigeuses 
du Grand Hermon ; à l'est, au delà de la plaine d'El 




15. — Le mont Garizim, vu du sud. D'après une photographie. 



Willibald (723-726), etc. Cf. Itinera Teivse Sanctse, édit. 
de \A Soôiété de l'Orient latin, Genève, 1877, t. i, p. 16, 
38, 269. 

Le Garizim est appelé aujourd'hui Djebel es-Sumara, 
« la montagne des Samaritains, » et Djebel et-Tûr; ce 
dernier nom lui est commun avec plusieurs autres 
monts célèbres les Arabes appliquant le mot Tûr, qui 
signifie « montagne, hauteur », notamment au Sinaï, au 
Thabor, à la colline des Oliviers. Il domine, de sa paroi 
septentrionale, la ville de Naplouse et la vallée qui le 
sépare de l'Hébal (fig. 15) ; du côté de l'est, il borde la 
plaine d'Elr-Makhnah, projette assez loin ses racines vers 
le sud, et se rattache, à l'ouest, au massif éphraïmite. 
Formé presque entièrement de calcaire nummulite, il 
s'étend de l'est à l'ouest, et s'élève à une hauteur de 
868 mètres au-dessus de la Méditerranée. II se termine 
en un petit plateau protégé à l'est et au nord par un 
escarpement qui constitue comme un gigantesque esca- 
lier sur la plaine orientale. Ce plateau supérieur s'abaisse 
par une pente douce à l'ouest, où l'escarpement se 
• creuse au nord-ouest en une riante vallée nommée 



Makhnah, apparaissent, derrière une chaîne de collines 
entrecoupée de vallées fertiles, les hauteurs coupées à 
pie qui resserrent le Ghôr et le Jourdain; au sud la vue 
s'étend sur les montagnes d'Éphraïm, et, à l'ouest, sur 
la plaine de Saron et les flots bleus de la Méditerranée. 
Plusieurs vestiges de l'antiquité appellent, sur ce 
plateau, l'attention du voyageur. (Voir fig. 16, et cf. le 
plan détaillé que donne le Palestine Exploration Fund 
Quarterly Statement, Londres, 1873, p. 66.) Après avoir 
passé près de l'endroit où campent les Samaritains, lors- 
qu'ils viennent célébrer les fêtes de Pâques, de la Pen- 
tecôte et des Tabernacles, on arrive aux blocs énormes 
et non taillés connus sous le nom de Tena'scher Bald- 
iah, « les douze pierres plates. » Fendus par le temps 
et séparés en deux et même trois parties, ce qui rend 
assez difficile d'estimer au juste leur nombre réel et pri- 
mitif, ils sont 'agencés de manière à constituer, une 
sorte de plate-forme longue de 25 pas sur 7 de large. 
Depuis les fouilles du capitaine anglais Anderson, en 
1866, il n'est plus permis de les prendre pour des 
rochers naturels, avec lesquels ils se confondent "faci- 



109 



GARIZIM 



110 



lement; mais il faut admettre qifils cnt été apportés et 
plates là par la main de l'homme. On voit, en effet, 
qu'ils reposent sur trois assises superposées d'autres 
blocs moins considérables. Les Samaritains qui, tous les 
samedis, viennent faire là leurs prières, prétendent que 




16. — Caite du mont Garizim. 

ces pierres, représentant par leur nombre les douze 
tribus, sont celles crue, conformément à leur Penta- 
teuque, Josué aurait, d'après l'ordre de Dieu, placées 
sur le mont Garizim pour servir d'autel. Mais la Bible, 
on le sait, porte 
dans tous les ma- 
nuscrits hébraï- 
ques, à ce sujet, 
le mot 'Ébal au 
lieu de Garizim. 
Cf. Deut, xxvii, 
4; Jos., vin, 30. 
On soupçonne les 
Samaritains eux- 
mêmes d'avoir 
plus tard érigé ce 
monument, dans 
l'intention de con- 
sacrer ainsi leur 
texte erroné. 

Un peu au delà, 
vers l'est, sur le 




Au milieu de ce quadrilatère s'élevait un édifice octo- 
gone, dont les arasements seuls sont visibles; il avait 
été bâti en pierres de taille très régulières et complète- 
ment aplanies, à en juger par quelques assises encore 
en place. L'abside, très exactement tournée vers l'orient, 
est demi-circulaire et a une profondeur de 9 mètres, 
égale à la longueur du côté sur lequel elle s'appuie. Ab- 
straction faite de cette abside et des chapelles latérales, 
qui débordent en dehors, l'édifice devaitoffrir une grande 
ressemblance avec la mosquée d'Omar. Son orientation 
semble bien indiquer une ancienne église chrétienne. 
Aussi y reconnait-on généralement celle de Sainte- 
Marie, fondée par Zenon, et que Juslinien avait environnée 
d'une enceinte fortifiée pour la mettre à l'abri des dé- 
prédations des Samaritains. De Saulcy, Voyage autour 
de la mer Morte, Paris, 1853, t. n, p. 410, a cru retrou-' 
ver dans les ruines que nous venons de décrire les ves- 
tiges de l'ancien temple samaritain fondé par Sanabal- 
lète et dont nous parlons plus loin. V. Guérin, Samarie, 
t. I, p. 427, pense que l'enceinte en gros blocs à bossage 
est bien le téménos du temple, téménos qui fut ensuite 
restauré par Justinien. Par conséquent, l'édifice octo- 
gone occupe lui-même l'emplacement de l'ancien sanc- 
tuaire samaritain ; mais les débris qu'on voit là ne sont 
évidemment pas ceux de ce temple, rasé par Jean 
Hyrcan. Il est probable que Sanaballète, en voulant 
établir sur le Garizim un temple rival de celui de Jéru- 
salem, avait dû imiter la forme de celui-ci, c'est-à-dire 
celle d'un rectangle. C'est la même qu'on trouve sur les 
magnifiques médailles impériales d'Antonin le Pieux, 
frappées à Néapolis, et représentant sur la montagne en 
question le temple bâti par Adrien en l'honneur de Ju- 
piter Très-Haut, lequel avait dû succéder à celui de 
Jupiter Hellénien, identique lui-même avec celui des 
Samaritains (flg. 17). Quant à l'enceinte extérieure, on 
l'appelle encore aujourd'hui El-Qala'ah, « la forteresse, » 
à cause de l'épaisseur des murs qui la délimitent et des 
tours qui la flanquent. Elle renfermait aussi de nom- 
breuses chambres qui s'appliquaient sur les murs. 

En dehors et au nord de cette enceinte, on en re- 
marque une seconde, bâtie comme la précédente, et 
datant de la même époque. Elle contient une vaste pis- 
cine longue de 35 
mètres sur une 
largeur de 18. Ce 
réservoir, aujour- 
d'hui à sec, a été 
construit avec des 
blocs d'un appa- 
reil un peu moins 
considérable; les 
murs ont l m 15 
centimètres d'é- 
paisseur. Le trop 
plein de la piscine 
s'écoulait, par un 
regard très habi- 
lement taillé en 
forme de niche 
dans un puits 



17. — Médaille de bronze d'Antonin le Pieux, frappée à Néapolis ( Sichem), 

point" culminant! ANTQNINOS 2EB. EY2E. | AYT0K.KAI2AP. Buste d'Antonin le Pieux, adroite. cre usé à quelques 

s'étend une vaste — >?• * A - NEA2II0AE02 2YP1A2 IIAAAI2TI | NH2. Le mont Garizim, au mètres p i us i ; n , 

enceinte quadran- s ™ 1 "* dw P*<>l est le temple des Samaritains. On trouve là éga 



gulaire, encore en 

partie debout, flanquée aux quatre angles d'avant-corps 
ou petites tours carrées. Les murs ont une épaisseur de 
i m 35, et sont revêtus de gros blocs, la plupart taillés en 
bossage et posés sans chaux ni ciment. Les faces sud 
et nord ont 79 mètres de longueur, celles de l'est et de 
l'ouest, 64 m 50. Sur le milieu de la face méridionale on 
remarque un avant-corps semblable à ceux des angles, 
et auquel répond, dans la face opposée, une grande 
porte, la seule qui donnait jadis accès dans l'enceinte. 



lement un assez 
grand nombre de tombes musulmanes, et c'est proba- 
blement ce cimetière qui a éloigné les Samaritains de 
l'emplacement de leur ancien temple, à la fois profané, 
d'après eux, par une église chrétienne et par des tom- 
beaux arabes. 

A quatre-vingts pas environ au sud du Qala'ah, se 
trouve une plate-forme rocheuse dont les contours irré- 
guliers sont bordés de pierres. Inclinée de l'est à l'ouest, 
elle aboutit de ce dernier côté à une large fente, qui 



111 



GARIZIM 



113 



n'est antre chose que l'orifice d'une sorte de puits ou de 
citerne creusée dans le roc. Parmi les Samaritains, 
quelques-uns prétendent que ce serait-là l'ancien autel 
de leurs sacrifices; d'antres croient que l'arche d'al- 
liance s'est jadis reposée en cet endroit. A quelques pas 
au sud, ils vénèrent comme le lieu du sacrifice d'Abraham 
une sorte d'auge oblongue grossièrement taillée dans le 
roc. Pour eux, en effet, le Garizim est le mont Moria, 
dont la tradition générale fait plutôt la colline du temple 
à Jérusalem. Voir Moria. Enfin, à l'ouest, au nord et au 
sud de la vaste enceinte décrite plus haut, sont éparses 
ou accumulées sur le sol des ruines appelées Khirbet 
Lvza. En suivant la direction de plusieurs rues, qu'on 
distingue encore, on marche entre les débris d'une foule 
de petites maisons bâties avec des matériaux de moyen 
appareil. Une vingtaine de citernes recueillaient, avec la 
grande piscine que nous avons mentionnée, les eaux 
pluviales destinées aux besoins des habitants. Aucune 
source, en effet, ne coule sur le plateau de Garizim. 
Cette ville, d'ailleurs sans histoire, est. sans doute celle 
qu'Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœt- 
tingue, 1870, p. 135, 274, mentionnent près de Sichem. 
j III. bistoire. — 1° Le Garizim apparaît pour la pre- 
mière fois dans la Bible à propos de la cérémonie si 
imposante des bénédictions et des malédictions, pres- 
crite par Moïse, JDeut., xi, 29; xxvii, 12, et accomplie 
par Josué, vin, 33. Les tribus qui se placèrent, non pas 
évidemment sur le sommet, mais sur les premières 
pentes de la montagne, étaient Siméon, Lévi, Juda, 
Issachar, Joseph et Benjamin. Deut., xxvn, 12. C'est de 
là également que Joatham, échappé seul au massacre de 
ses frères, fit entendre son magnifique apologue, pour 
reprocher aux habitants de Sichem d'avoir élu roi Abi- 
mélech. Jud., ix, 7. Le texte hébreu, très fidèlement 
suivi par les Septante et la Vulgate, porte bien ici : 
be-rô"s har-Gerizzîm, «[il se tint] sur le sommet du 
mont Garizim. » Mais il ne faut pas prendre ces mots à 
la lettre. Quelque puissance, en effet, que Joatham ait pu 
donner à sa voix, quelles que soient en cet endroit la 
pureté de l'air et ses propriétés acoustiques, il eût été 
impossible à l'orateur d'être entendu des Sichémites. On 
doit donc admettre qu'il gravit derrière la ville un point 
élevé de la montagne, d'où sa parole pût être saisie, 
d'où il pût lui-même se soustraire ensuite facilement à 
la vengeance d'Abimélech. Voir Vigouroux, La Bible et 
les découvertes modernes, 6» édit., t. m, p. 156. 

2° Longtemps après, les Samaritains, étrangers im- 
plantés en Palestine et regardés par les juifs comme 
idolâtres, avant été exclus par ceux-ci de toute coopéra- 
tion au rétablissement du temple de Jérusalem, réso- 
lurent de se bâtir à eux-mêmes un sanctuaire, qui fût 
le centre de leur culte et de leur nationalité. Ils choi- 
sirent pour cela le mont Garizim. Suivant Josèphe, Ant. 
jud., XI, vu, 2; vin, 1-4, ce monument aurait été cons- 
truit sous le règne d'Alexandre le Grand. Jaddus, fils du 
grand prêtre Jean et son héritier dans le souverain 
nontificat, avait un frère nommé Manassès, à qui Sana- 
hallète, satrape de Samarie, avait donné sa fille en ma- 
riage, espérant par cette alliance se concilier toute la 
nation juive. Mais à Jérusalem, les membres du conseil 
ne purent souffrir que le frère du grand prêtre, devenu 
l'époux d'une femme étrangère, participât au sacerdoce. 
Ds finirent par lui enjoindre de divorcer ou de cesser 
ses fonctions. Jaddus lui-même, cédant à l'indignation 
générale, écarta de l'autel Manassès, qui alla trouver son 
beau-père, en lui disant qu'il aimait mieux consentir à 
une séparation douloureuse que de renoncer à ses droits 
au sacerdoce. Sànaballète lui promit alors, s'il mainte- 
nait son union, non seulement de lui conserver sa di- 
gnité, mais encore de le faire parvenir au souverain 
pontificat, et, avec le consentement du roi Darius, de 
.bâtir sur le Garizim un temple semblable à celui de 
Jérusalem. Manassès, ébloui par ces promesses, resta 



auprès de son beau-père, et fut suivi par beaucoup 
d'Israélites et même des prêtres engagés dans des ma- 
riages analogues, auxquels le satrape fournit de l'argent, 
des terres et des maisons. Cependant Alexandre, vain- 
queur de Darius, s.'avança alors en Syrie et Vint mettre 
le siège devant Tyr. Sànaballète, pour se ménager les 
bonnes grâces du conquérant, lui amena des auxiliaires 
et lui exposa le désir de son gendre Manassès, frère de 
Jaddus, grand prêtre des Juifs, de construire un temple 
sur les terres soumises à son autorité. Il lui représen- 
tait habilement que la réalisation d'un pareil projet lui 
serait très utile, parce que c'était diviser la nation juive, 
qui, unie, pourrait songer à la révolte, comme sous là 
domination assyrienne. Alexandre se laissa persuader, et 
Sànaballète bâtit aussitôt un temple sur le mont Garizim, 
et Manassès fut investi du souverain pontificat. Tel est 
en résumé le récit de Josèphe. Mais plusieurs critiques 
font remonter la fondation de ce monument à une 
soixantaine d'années auparavant, s'appuyant sur le 
II e livre d'Esdras, xm, 28, où il est dit qu'un des fils du 
grand prêtre Joïada fut exilé par Néhémie pour avoir 
épousé une fille de Sanaballat le Horonite. Ce dernier 
était gouverneur de Samarie pour le roi de Perse. Est-il 
donc probable qu'il y ait eu, à deux époques différentes, 
deux satrapes de Samarie de même nom et ayant chacun 
pour gendre un prêtre juif? D'un autre côté, selon Bar- 
ges, Les Samaritains de Naplouse, Paris, 1855, p. 118, 
« le récit de Josèphe est en contradiction avec la tradi- 
tion des Samaritains d'après laquelle leur temple, cons- 
truit primitivement par Josué, ruiné ensuite par l'armée 
de Nabuchodonosor, roi d'Assyrie, aurait été restauré, 
au retour de la captivité, par Samballat ou Sanaballat, 
chef de leur nation. Cf. Chronicon Samaritanum ara- 
bice conscriptum cui titulus est Liber Josue, Leyde, 
1848, p. 216, 298, 314. Il est clair que cette tradition 
se trompe quand elle fait Sanaballat contemporain de 
Zorobabel, avec lequel elle semble le confondre; mais il 
est, selon toutes les apparences, le même personnage, 
que le Sanaballat du livre de Néhémie, lequel se montra 
si hostile aux Juifs revenus de l'exil. » 

3° Le Garizim est nommé, II Mach., v, 23, pour repré- 
senter le territoire des Samaritains. Comme les Syriens 
se défiaient de cette nation remuante, qui ne tenait guère 
moins que les Juifs à sa religion et à ses coutumes, 
Antiochus Epiphane mit à- la tête des troupes chargées 
,de la maintenir dans l'obéissance des officiers sans 
pitié, tels qu'Andronique, qui commandait la garnison 
établie sur la montagne. Le même roi, voulant profaner 
le temple de Garizim comme celui de Jérusalem, le fit 
appeler « temple de Jupiter l'Hospitalier ». II Mach., VI, 2. 
Josèphe, Ant. jud., XII, v, 5, prétend que ce fut à la 
demande des Samaritains eux-mêmes que leur temple 
fut dédié à Jupiter Hellénien. Le même auteur, Ant. 
jud., XIII, ix, 1, nous apprend qu'il fut détruit par Jean 
Hyrcan, l'an 132 avant Jésus-Christ, après avoir duré 
deux cents ans. Cependant les termes dont il se sert : 
« Il arriva que ce temple fut dévasté (littéralement, 
devint désert), » ne veulent pas dire qu'il fut renversé 
de fond en comble avec l'enceinte sacrée qui l'entourait. 
Celle-ci put être épargnée, du moins en partie; le sanc- 
tuaire seul, comme ayant été profané par le culte de 
Jupiter Hellénien, dut être traité avec plus de rigueur. 
L'an 36 de notre ère, sous le gouvernement de Ponce 
Pila te, un imposteur attira, par de fallacieuses promesses, 
une foule de Samaritains sur le Garizim. Mais le gouver- 
neur romain, craignant une sédition, fit occuper par ses. 
troupes les abords de la montagne, et il y eut un grand 
nombre de tués ou de prisonniers. 

4° Suivant la Chronique des Samaritains, Adrien,, 
ayant rasé Jérusalem, passa à Naplouse, où il ordonna 
de tuer tous les Samaritains partout où l'on en rencon- 
trerait. Ensuite il bâtitsur leGarizim un village [qarîyèh} 
auquel il donna le nom de son père César, et construisit 



d!3 



GARIZIM — GATEAU 



«4 



un temple an pied delà montagne, an-dessus de la ville. 
Ce temple « était consacré à Jupiter, comme nous l'ap- 
prennent Dion Cassius, xv, 12, le philosophe Marinus 
de Naplouse qui vivait au v" siècle, tous les deux cités 
par Photius dans sa Bibliothèque (codex 242) : 'Ev ôpei 
'ApyapfÇû xaXoù|iivû, dit Marions, « sur une montagne 
appelée Hargarizon (corruption de l'hébreu, ter Ge- 
rizzim, « mont Garizim »), Jupiter Très-Haut possède 
un temple très vénéré. » Cf. Barges, Les Samaritains, 
p. 101. C'est celui que nous voyons représenté sur les 
médailles impériales d'Antonin le Pieux (fig. 17). Il est 
rectangulaire, à deux frontons, orné d'un péristyle et 
• environné d'une enceinte extérieure ou téménos. Un 
gigantesque escalier y conduit. Mais quel était l'empla- 
cement de ce sanctuaire? Barges, p. 100, 102, se fondant 
sur une phrase de la Chronique samaritaine, le place au 
pied du Garizim, sur un plateau qui domine Naplouse. 
D'après V. Guériri, Samarie, t. i, p. 435, il se trouvait 
plutôt sur le bord extrême du plateau supérieur de la 
montagne, au milieu de l'enceinte qui avait contenu le 
sanctuaire samaritain bâti par Sanaballète. L'escalier 
subsistait encore l'an 333 de notre ère ; car le Pèlerin de 
Bordeaux dit que l'on montait au sommet du Garizim 
(nions Agazaren) par trois cents marches. « Ce chiffre, 
ajoute l'explorateur français, est évidemment insuffisant 
pour atteindre de Naplouse le sommet de Garizim, qui 
domine cette ville d'environ 350 mètres; mais rien ne 
nous dit qu'il partait de Néapolis ; il pouvait fort bien ne 
commencer qu'à l'endroit où l'ascension de là montagne 
devenait plus raide; dans tous les cas, les mots ad 
summum montent prouvent qu'il faut chercher, non au 
pied, mais sur le plateau supérieur de Garizim, le temple 
représenté sur les médailles d'Antonin le Pieux, et qui, 
d'ailleurs, étant dédié à Jupiter Très-Haut, semble indi- 
quer par ce nom même, qu'il occupait une position 
culminante sur la montagne. » Sous le règne de Zenon, 
les Samaritains furent expulsés de Garizim par ordre de 
cet empereur, à cause des actes de cruauté qu'ils avaient 
commis contre les chrétiens, et une église en l'honneur 
de sainte Marie fut construite sur la montagne et envi- 
ronnée d'un simple mur de défense en pierres amonce- 
lées. Dévastée par les Samaritains sous le règne d'Anas- 
tase, elle fut rétablie plus tard par Justinien et entourée 
alors d'une enceinte plus difficile à forcer. Telle est l'ori- 
gine des ruines que nous avons étudiées. 

Voir Robinson, Biblical researches in Palestine, Lon- 
dres, 1856, t. il, p. 274-279; F. de Saulcy, Voyage en 
terre sainte, Paris, 1865, t. H, p. 246-250; Voyage autour 
de la mer Morte, Paris, 1853, t. H, p. 400-411 ; Stanley, 
Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 248-252; V. Gué- 
rin, Samarie, Paris, 1874, t. i, p. 424-444; Palestine 
Exploration Fund, Quarterly Statement, Londres, 1873, 
p. 66-71 ; Survey of Western Palestine, Memoirs, Lon- 
dres, 1881-1883, t. H, p. 187-193; W. M. Thomson, The 
Land and the Book, in-12, Londres, 1890, p. 470477; 
C. R. Conder, Tent Work in Palestine, Londres, 1889, 
p. 29-35. A. Legendre. 

GARNI I (hébreu : hag-Gamiî; Septante: r<xp|i.t);nom 
patronymique qu'il ne faut pas unir au mot précédent 
Ceïla, lequel est un nom de ville, mais au nom du père ou 
fondateur de cette cité, Naham. I Par.,lY, 19. Ce passage 
est du reste très obscur et a donné lieu à des interpréta- 
tions contradictoires et toutes purement hypothétiques. 

QASPHA (hébreu : Gispâ'; omis dans l'édition 
sixtine des Septante; mais dans le Codex Alexandrinus, 
on lit : rcapâ), c hef de Nathinéens, habitant le quartier 
d'Ophel après le retour de la captivité. II Esdr., xi, 21. 

QATEAU, pâtisserie composée de farine et de 
quelque autre substance, huile, miel, etc., que l'on fait 
cuire au four et qui constitue un aliment plus délicat 



que le pain ordinaire. Les Égyptiens savaient faire 
diverses espèces de gâteaux. Wilkinson, Manners and 
cûstoms of the ancient Egyptians, Londres, 1878, 
t. h, p. 385-386. Les Israélites en fabriquèrent aussi, et 
les écrivains de l'Ancien Testament en font assez sou- 
vent mention. 

I. Différentes espèces. — 1° La halldh, de hâlal, 
« percer, » gâteau que l'on perforait pour empêcher les 
gaz de le boursoufler. La hallâh, aptoç, xoMu>p(ç v 
panis, collyris, collyrida, servait surtout dans les sa- 
crifices. Lev., xxrv, 5, etc. On voit cependant que 
David en offrit une à chacun de ceux qui avaient assisté 
à la translation de l'arche à Jérusalem. II Reg., vi, 19. 
— 2» Les lebîbôf, de lâbab, « être gras, » xoXXupî8eç, 
sorbitiunvulse, sont des gâteaux succulents et délicats 
qu'une fille de David, Thamar, ne dédaignait pas de 
pétrir elle-même et qu'elle faisait cuire dans la poêle. 
II Reg., xiil, 6-11. — 3° Les niqqudîm, de nâqad, 
» percer, » xoUypifia, crustula, sont des gâteaux per- 
forés comme les hallô(. La femme de Jéroboam en em- 
porta à Silo pour les offrir au prophète Ahias. III Reg., 
xrv, 3. — 4» La 'ugâh (nia'ôg, I (III) Reg., xvii, 12; 
Ps. xxxv (xxxiv), 16), de 'ûg, « avoir la forme ronde, » 
èyxpucpici;, panis subeinericius. C'est une espèce de 
galette qu'on pouvait préparer rapidement, dans les cas 
pressés, et emporter avec soi en voyage. On la cuisait 
sur des pierres chauffées au feu, III Reg., xix, 6, ou 
sous les cendres d'un combustible quelconque. Ezech., 
rv, 12. Dans le premier cas, il fallait la retourner afin 
qu'elle ne fût pas cuite d'un seul côté. Éphraïm, se 
mêlant aux peuples païens et adoptant leurs usages, est 
comparé à une « 'ugâh non retournée », Ose., vu, 8, 
par conséquent brûlée d'un côté, non cuite de l'autre, 
et en somme bonne à rien. Ce genre de gâteau est pré- 
paré à la hâte par Abraham quand il reçoit la visite des 
trois anges. Gen., xvm, 6. A leur sortie d'Egypte, les 
Israélites en font dès leur première étape, sans y mettre 
de levain, leur départ précipité ne leur ayant pas permis 
de s'en munir. Exod., xn,39. Sur l'ordre d'Élie, la veuve 
de Sarepta fait une 'ugâh avec ce qui lui reste de farine 
et d'huile. III Reg., xvii, 13. — 5° Le selûl, de sâlal, 
« rouler, » gâteau en forme de boule, capable de rouler 
sur une pente. Quand Gédéon se rend secrètement au 
camp des Madianites, il entend un soldat racontant un 
rêve qu'il vient d'avoir : il lui semblait voir un selûl qui 
roulait sur le camp et renversait sa tente. Il ajoute que 
ce selûl doit être la figure de Gédéon qui s'apprête à les 
terrasser. Jud., vu, 13. Le sens du mot selûl est déter- 
miné par les versions : Septante : [lotfi?; Symmaque : 
xoXkipix; Aquila : êyxpucpsaç; Josèphe, Ant., jud., V, VT, 
4 : iiâÇa; Vulgate : panis subeinericius. — 6° Le râqiq, 
de râqaq, « être léger, » lâyavov, gâteau léger à l'huile, 
laganum. Ce gâteau n'apparaît que dans les sacrifices. 
Lev., il, 4, etc. — 7° La sapihîf, de sâfaf, « être large, » 
èyxpfç, gâteau au miel, large et peu épais, auquel on 
compare la manne à raison de son goût. Exod., xvi, 31. 
La Vulgate traduit simplement par simila. — 8° Le 
lesad, èyxp'i; iÇ ektxiov, panis oleatus, gâteau à l'huile 
auquel est aussi comparée la manne à cause de son 
goût. Num., XI, 8. — 9° Le kikkâr, de kârar, « être 
rond, » opTo;, panis, I Reg., n, 36; Prov., vi, 26, etc., 
est moins un gâteau qu'un pain proprement dit. Voir 
Pain. — 10° Le kawân, nom d'une espèce de gâteau 
qu'on offrait à Astarté, la « reine du ciel ». Jer., vu, 
18; xirv, 19. Gesenius, Thésaurus, p. 669, rattache ce 
mot au radical chaldéen kavvèn, « préparer. » Saint Jé- 
rôme, In Jerem., Il, 7, t. xxiv, col. 732, adopte cette 
même étymologie : placentas sive prseparationes. Les 
Septante traduisent par yavtiv, qui n'a pas de sens en 
grec et reproduit phonétiquement le mot du texte 
hébreu, et la Vulgate par placenta. U semble plus pro- 
bable que kawân est un mot d'origine étrangère, spé- 
cialement usité dans le culte de la déesse, et emprunté 



1 



m 



GATEAU — GAULON 



•lift 



par Jérémie pour parler d'une pratique idolâtrique 
qu'avaient adoptée certains Israélites. Sur ces offrandes 
de pains et de gâteaux aux idoles, voir Bâhr, Symbolik 
des tnosaischen Cullus, Heidelberg, 1837, t. i, p. 435- 
438. — 11° La débêlâh, gâteau de forme arrondie, ap- 
pelé en grec icaiâOr), du syriaque deba.Ua', dont le 
l,d, initial est tombé, et dans la Vulgate: massa, palatha. 
La raXâÔT) était une masse de figues ou de raisins secs, 
formant par compression une sorte de gâteau tantôt 
tond comme un pain, tantôt carré comme une brique, 
et qui pouvait se conserver assez longtemps. C'est encore 
sous cette forme que nous arrivent les figues dessé- 
chées. Ce genre de gâteau, dans lequel n'entrait aucune 
farine, était bien connu chez les différents peuples de 
l'antiquité. Hérodote, IV, 23; Lucien, Piscat., 41; Théo- 
phraste, Hist. plant., IV, m, 1; S. Jérôme, In 
Ezech., il, 7, t. xxv, col. 62. La debêlâh était une con- 
serve que l'on emportait dans les expéditions et les 
voyages. David en avait dans son camp. I Reg., xxx, 12. 
Abigaïl lui avait apporté précédemment d'abondantes 
provisions, entre autres cent débêlîm de raisins secs et 
deux cents debêlim de figues. I Reg., xxv, 18. A Hébron, 
on le munit également de provisions et de gâteaux de 
figues et de raisins. I Par., xii, 40. Quand Judith sortit 
de Béthulie pour aller trouver Holopherne, elle prit avec 
elle des provisions au nombre desquelles se trouvaient 
dès palathee. Judith, x, 6. — On se servait aussi de la 
debêlâh de figues en médecine. Isaïe en fit appliquer 
une sur le mal du roi Ezéchias. IV Reg., xx, 7; 1s., 
xxxviii, 21. Saint Jérôme, In 1%., xi, 38, t. xxiv, col. 396, 
dit que, « d'après la science médicale, les figues des- 
séchées et aplaties ont la propriété d'attirer toute 
l'humeur à la surface. » Voir Figue, t. n, col. 2241. — 
12» La 'âswâh, gâteau de raisins comprimés, que l'on 
mangeait pour réparer ses forces, Cant., n, 5, particuliè- 
rement après une marche fatigante. II Reg., vi, 19; 
I Par., xvi, 3. Dans le culte idolâtrique, on faisait usage 
de ces gâteaux. Ose., m, 1. Quelques anciennes versions 
ont fait venir 'âsîsdh de ses, « six, » et lui ont prêté le 
sens de « setier », sixième partie d'une mesure de vin. 
Mais la plupart des anciens interprètes ont pris ce 
mot dans le sens de « gâteau », qui convient beaucoup 
mieux au contexte dans ces différents passages. Cant., 
Il, 5, les Septante ont : êv (Jivpoiç, « avec des parfums, » 
probablement au lieu de âv àjjiôpai;, « avec des gâteaux 
de miel; » Vulgate : floribus; II Reg., vi, 19 : Xâyavov 
otcô xuyâvou, « gâteau de la poêle, » simila frixa oleo; 
I Par., xvi, 3 : ànopfn]?, frixa oleo simila; Ose., m, 1 : 
itsnp,axa [ASTa axaylSoç, vinacia uvarum. « On peut 
traduire ■széy.y.aia par placenta ou crustula, qu'on offre 
aux idoles et que les Grecs appellent TcdTcava (galettes 
de sacrifices). » S. Jérôme, In Ose., i, 3, t. xxv, 
col, 842. Rosenmùller, Hoseas, Leipzig, 1812, p. 102, 
fait venir 'âsîsdh de 'es, « feu. » Mais ce gâteau de 
raisins ne devait point passer par le feu. L'étymologie 
de Gesenius, Thésaurus, p. 166, qui le tire d'un radical 
'âSaS, « comprimer » (en assyrien, aSsuSu, « affermir »), 
semble préférable. 

II. LES GATEAUX OFFERTS DANS LE ÏEMPLE. — 1» Deux 

sortes de gâteaux seulement apparaissent dans les sacri- 
fices, la halldh et le râqiq. Les hallôp sont des gâteaux 
gras et épais, composés de fleur de farine sans levain et 
d'huile, cuits dans une poêle ou sur une plaque et en- 
suite arrosés d'huile. Le râqiq est une espèce de galette, 
ayant à peu près la même composition, mais beaucoup 
plus légère, et ressemblant à une crêpe durcie au feu. 
Ces gâteaux étaient mangés par les prêtres, après qu'un 
morceau en avait été brûlé sur l'autel. Cependant, ceux 
qu'offraient Aaron.et ses fils devaient être entièrement 
consumés. Lev., VI, 20-22. Cf. Reland, Antiquitates 
sacrée, Utrecht, 1741, p. 195-196. — 2» Un lévite avait la 
charge de veiller dans le Temple â tout ce qui se rap- 
portait aux gâteaux sacrés, préparation, cuisson à la 



poêle, etc. I Par., ix, 31. David en préposa plusieurs à 
ce service. I Par., xxm, 29. — 3° La halldh et le râqiq 
figurent ensemble dans différentes cérémonies litur- 
giques : les offrandes ordinaires, Lev., n, 4; la consé- 
cration des prêtres, Exod., xxix, 2; la consécration 
d'Aaron et des grands-prêtres, Exod., xxix, 23; Lev., vin, 
26; le sacrifice d'actions de grâces, Lev., vu, 12, et 
celui du nazaréat. Num., vi, 15, 19. Les pains de propo- 
sition, renouvelés chaque sabbat, consistaient en douze 
hallôf. Lev., xxiv, 5. C'étaient également des hallô( 
qu'il était commandé de faire avec les prémices de la 
pâte. Num., xv, 20. Au même genre se rapportent les 
gâteaux de fleur de farine pétrie à l'huile qu'on offrait 
pour la consécration des lévites. Num., vin, 8. — 
4° L'offrande de ces gâteaux, composés de farine et 
d'huile, avait pour but de consacrer à Dieu les sub- 
stances qui servent à l'alimentation de l'homme, et de 
rappeler à ce dernier le souverain domaine du Créateur 
sur la vie humaine comme sur tout ce qui sert à l'en- 
tretenir. Ces gâteaux devaient être azymes, parce que le 
levain est comme un symbole de corruption par sa 
nature même. Cf. Bâhr, Symbolik des mosaischen 
Cullus, t. il, p. 300-302, 316-320. H. Lesêtrè. 

GATHAM (hébreu : Ga'fdm; Septante. : ro6d(ji, 
Gen., xxxvi, 11, Totatiày.; Codex Alexandrinus, ro6d[i, 
I Par., I, 36), quatrième fils d'Éliphaz, fils d'Ésaii. 
Gen., xxxvi, 11; I Par., i, 36. Il était 'allûf, « chef » 
d'une tribu dans la terre d'Edom. Gen., xxxvi, 16. Cette 
tribu n'a pu encore être identifiée. 

GAUCHE (MAIN). Voir Main. 

GAULANITIDE. Voir Gaulon. 

GAULON (hébreu : Gôlân, Deut.,iv, 43; Jos., xx, 8; 
xxi, 27; I Par., vi, 56; le qerï porte Gâlôn, Jos.. xx, 
8; XXI, 27, mais un grand nombre de manuscrits don- 
nent Gôldn [cf. B. Kennicott, Vet. Testam. cum variis 
lect., Oxford, 1776, t. i, p. 472, 473] ; Septante : Codex 
Vaticanus, TauXiiv, Deut., iv, 43; Jos., xx, 8; xxi, 27; 
r&ùiv, I Par., vi, 71; Codex Alexandrinus, TwXâv, 
Jos., xx, 8; xxi, 27; FauXiiv, I Par., vi, 71; Vulgate : 
Gaulon, Jos., xx, 8; xxi, 27; I Par., vi, 71; Golan, 
Deut., iv, 43), ville de refuge située en Basan, dans la 
tribu de Manassé oriental, Deut., iv, 43; Jos., xx, 8, et 
assignée aux Lévites fils de Gerson. Jos., xxi, 27; 
I Par., VI, 71. Josèphe l'appelle Tavlâva, Ant.jud., IV, 
vu, 4; TauXâvï], Ant.jud., XIII, xv, 3; Bell, jud., 1, iv, 
4, 8, et nous dit qu'elle fut prise par Alexandre Jannée. 
Ant. jud., XIII, xv, 3. Le Talmud de Babylone, Mak- 
koth, 9 b, cherchant à établir la situation parallèle des 
cités de refuge de chaque côté du Jourdain, place Go- 
lan en face de Cédés de Nephthali. Cf. A. Neubauer, La 
géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 55. Eusèbe et 
saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, 
p. 125, 242, mentionnent Gaulon, T*xv\ù>v, comme un 
très gros village, x(&|M) fuylcni\, de la Batanée. On trouve 
encore dans la région transjordane, à la hauteur du lac 
de Tibériade, sur Youadi escli^Schéféil, une localité 
importante du nom de Sahem el-Djaûlân, .-^JjaJl ,»~»-.«o. 
On peut, à la suite de G. Schumacher, Across the Jor* 
dan, Londres, 1886, p. 19, 91; TheJaulân, Londres, 1888, 
p. 1, l'identifier avec la ville dont nous parlons. Elle 
est un peu en dehors des limites géographiques du Djo- 
lân actuel, qui représente l'ancienne Gaulanitide; mais, 
en réalité, on la regarde toujours comme faisant partie 
de ce district. Du reste, on ne sait guère jusqu'où s'éten- 
dait à l'est cette dernière province. En tout cas, Sahem, 
el-Djaûlân appartient bien à l'ancien pays de Basan et 
peut représenter par son nom l'antique cité biblique. 
Voir la carte du pays de Basan, t. i, col. 1488. C'est au- 
jourd'hui un grand village, mieux bâti que beaucoup 



117 



GAULON — GAZA 



118 



d'autres de la cortrée. Les maisons, dont plusieurs sont 
abandonnées et en ruine, sont construites en pierre; 
très peu ressemblent à ces huttes en terre que l'on voit 
assez fréquemment dans ces parages. Les rues sont lar- 
ges et généralement droites. Certains restes d'édifices 
montrent, par leur ornementation et leur caractère, qu'il 
y avait là une petite ville chrétienne, que la population 
actuelle, avec près de 300 âmes, ne remplit pas à moitié. 
Bien que le climat soit sain, le sol riche, l'eau abon- 
dante, cette population va néanmoins en diminuant. Des 
jardins et des vergers bordent le ruisseau qui coule à 
l'ouest du village, mais ils sont en mauvais état. D'après 
une tradition conservée par les habitants, confirmée par 
les ruines assez étendues, par la grandeur et par le plan 
général de Sahem el-Djaûlân, cette localité aurait été, 
dans les temps anciens, « la capitale du Djolân » et le 
siège du gouvernement. Les principaux vestiges de l'an- 
tiquité se trouvent dans le quartier nord. Il y a là un 
grand édifice construit en pierres de basalte soigneuse- 
ment taillées, et qui a toute l'apparence d'une église des 
croisés. Assez bien conservé, il forme, avec trois autres, 
lin carré qui entoure la cour du scheikh. On y remarque 
plusieurs ornements en bas-relief. Cf. G. Schumacher, 
Across the Jordan, p. 91-99. 

Gaulon ou Gôldn a donné son nom à un district de 
la région transjordane, appelé TauXavtTiç, la Gaulani- 
tide, par Josèphe, Ant. jud., IV, v, 3; VI11, H, 3; X11I, 
xv, 4; Bell, jud., II, xx, 6; III, m, 1, 5; x, 10; IV, i, 1. 
C'était, à l'époque romaine, une des quatre divisions de 
l'ancien royaume de Basan; les autres parties étaient : 
la Batanée, la Trachonitide, PAuranitide. Bornée au sud 
par le Schériat el-Menâdiréh ou Yarmouk, elle s'ap- 
puyait à l'ouest sur le lac de Tibériade et le Jourdain, 
s'étendait vers le nord jusqu'au pied de l'Hermon, et 
confinait à l'est à la grande plaine du Ha'uran. Elle ren- 
traitainsidans le royaume amorrhéen d'Og, que Josèphe, 
Ant. jud., IV, v, 3, appelle roi de Galadène et de Gaula- 
nitide. Elle avait comme villes principales et fortifiées : 
Séleucie, Sogane et Gamala. Bell, jud., II, xx, 6. Elle 
se divisait en deux parties : la Gaulanitide supérieure, 
avec Sogane comme capitale, et la Gaulanitide infé- 
rieure, avec Gamala. Bell, jud,, IV, i, 1. Parmi les 
■autres cités renfermées dans ses limites on trouve : 
Hippos (aujourd'hui Sûsiyéh), l'ancienne Aphec (Fîk), 
Alimes (Kefr el Ma), Casbon (Khisfïn). Après la mort 
d'Hérode le Grand, elle appartint à là tétrarchie de Phi- 
lippe. Ant. jud., XVIII, rv, 6. 

Le nom de cette région survit dans le Djolân actuel, 
^N^a-, dont la limite vers l'est s'étend jusqu'au Nahr 
el 'Atlân. C'est un plateau qui monte progressivement 
vers le nord, avec une hauteur moyenne de sept à huit 
cents mètres au-dessus de la Méditerranée. De formation 
basaltique, avec une couche de lave recouvrant le cal- 
caire, il est arrosé par de belles sources et de nom- 
breux ruisseaux, et cultivé aux alentours des villages. 
Entre le Nahr er-Ruqqâd, qui l'enferme à l'est comme 
un fossé naturel descendant du nord au sud, et la dé- 
pression du Jourdain, à l'ouest, il est coupé par des 
torrents qui viennent se perdre dans le lac Houléh ou 
se dirigent vers le lac de Tibériade, principalement à sa 
pointe nord-est. Au nord, une curieuse chaîne volca- 
nique, parallèle au Jourdain, aligne une série de monts 
isolés, d'un aspect singulier; ce sont des cratères de 
volcans éteints, les tells El-Ahmar (1 238 m.), Abu en- 
Néda (1257 m.), Abu Yusef (1029 m.), ElrFaras 
(948 m.). Le sol, couvert de monceaux de rocs basal- 
tiques, ressemblant à des sites ruinés, ne possède pas 
■cet humus fin et rouge qui fait la richesse du Hauran. 
-Il n'en forme pas moins, surtout dans la partie septen- 
trionale, d'excellents pâturages, où l'herbe pousse très 
bien au printemps, et où les Arabes Anazéh nourrissent 
de nombreux troupeaux. Les ruines, les inscriptions, les 
restes de voies romaines prouvent que ce pays fut au- 



trefois très habité. On y rencontre, comme en Galaadet 
en Moab, des dolmens remarquables, monuments pro- 
bables des antiques populations amorrhéennes. Voir 
Manassé oriental, tribu et carte. Pour les détails, cf. 
G. Schumacher, Der Dscholan, dans la Zeitschrift des 
Deutschen Palàstina-Vereins, Leipzig, t. ix, 1886, 
p. 167-368, avec cartes, plans et gravures; traduction 
anglaise, The Jauldn, in-8°, Londres, 1888; Across the 
Jordan, in-8», Londres, 1886, p. 1-102. 

A. Legendre. 

GAVER (MONTÉE DE) (hébreu : ma'âlêh-Gtir; 
Septante : èv râ àvaêai'vetv Tat; Vulgate : ascensus Ga- 
ver), lieu où fut mortellement frappé Ochozias, roi de 
Juda, fuyant devant Jéhu, après la mort de Joram. 
IV Reg., ix, 27, L'Écriture, qui ne le mentionne qu'une 
seule fois, le place « près de Jéblaam ». Les Septante le 
confondent même avec cette dernière ville, Tac, rj êcrriv 
'IeëXain; mais les autres versions anciennes ont exacte- 
ment traduit l'hébreu comme la Vulgate. Jéblaam 
(hébreu ; Yble'dm), ou Baalam (hébreu : BiVârn), la Belma 
de Judith, vu, 3, est généralement identifiée aujourd'hui 
avec Khirbet Bel'améh, à deux kilomètres au sud de 
Djenin. C'est donc une colline des environs qui doit re- 
présenter la montée dont nous parlons. Djénin, du 
reste, l'ancienne 'En-Gannîm, ou « source des jardins », 
est probablement la Bêt hag-gân, « maison du jardin » 
(Vulgate : domus horti), dans la direction de laquelle 
s'enfuit Ochozias en quittant Jezraël (Zer'în). Voir En- 
gannim 2, t. h, col. 1802, et Jéblaam. 

A. Legendre. 

GAZA (hébreu nw 'Azzdh, « la forte; » Septante: 
FctÇa; en égyptien : Gazatu; en assyrien : Hazzatu; 




18. — Drachme d'un dynaste de Gaza. 

Double tête janiforme, diadémée. — fi|. AXO (Gaza). Chuustfe 
entre deux épis. 

en arabe : Ghazzéh (ys), Ghazzat-Hachem), ville des 
Philistins. Cette cité, l'une des plus anciennes du monde 
encore existantes, est nommée la première fois Gen., x, 
19. Elle se trouve dans l'angle sud-ouest de la Palestine, 
non loin de la frontière égyptienne, à quatre kilomètres 
environ de la Méditerranée, sur un plateau en grande 
partie artificiel (^S>\ia), élevé d'une vingtaine de mètres 
au milieu d'une vallée large d'une heure de l'ouest à 
l'est et longue de deux heures du nord au sud. Cette 
vallée est remplie de jardins de toute sorte dans toutes 
les directions; elle est entourée vers l'ouest des dunes 
de la mer et vers le nord et l'est de collines peu élevées. 
La plus remarquable de ces collines, située au sud-est de 
la ville, est appelée maintenant Djebel El-Mountar, au- 
trefois probablement Aldioma Angaris. 

I. Histoire. — 1° Origine. — Tout ce que disent les an- 
ciens auteurs sur la fondation de Gaza ne sont que 
fables inventées après coup; on ne sait ni quand ni 
par qui cette ville a été fondée. Cependant il est très 
probable qu'elle existait déjà au temps d'Abraham, peut- 
être depuis des siècles. Les premiers habitants de Gaza, 
que nous connaissons, étaient les Hévéens, Deut., ir, 23; 
à ceux-ci se réunirent d'autres Chananéens, Gen., x, 19, 
venant du nord, les Philistins, Deut., n, 23, venant du 
sud (Etienne de Byzance, De Vrbibus, in-4», Leipzig, 
1825, aux mots TâÇa et Mtvûa, p. 128, 300, dit que la ville 
de Gaza était une colonie Cretoise, cf. Soph., H, 5) et 
les Rephaïm ou Énacim expulsés de la montagne par 



119 



GAZA 



120 



Josué. Jos., xi, 22. La Gaza philistine était la métropole 
principale des Philistins, entourée de villes et de vil- 
lages, sous la domination d'un prince appelé aussi roi. 
Gaza appartenait à la Terre Promise, Gen., xv,18,et fut 
attribuée par Josué à la tribu de Juda. Jos., xv, 47. Ce- 
pendant Josué ne put conquérir cette ville, car elle était 
entourée d'une haute muraille. Am., i, 7. La tribu de 
Juda, Jud., i, 18, et plus tard Salomon, III Reg., rv, 24, 
et Ézéchias, IV Reg., xvm, 8, réussirent à la soumettre 
passagèrement. 

2° Prophéties contre Gaza. — La haine des habitants 
de Gaza contre les Juifs était grande et ils faisaient 
commerce d'esclaves juifs, Am., I, 6, c'est ce qui leur 



4° Gaza à l'époque des Égyptiens, des Assyriens, des 
Perses et des Grecs. — Étant située sur la seule route 
qui conduit de l'Asie en Egypte, Gaza était exposée à l'in- 
vasion des armées des conquérants, qui se disputaient le . 
pouvoir en Orient et ne pouvait pas en conséquence 
toujours garder son indépendance. Tantôt elle dut se 
soumettre aux Égyptiens, tantôt aux Assyriens et Chal- 
déens, et à la fin aux Perses. Gaza dut souffrir de ces 
expéditions continuelles dans les temps historiques et 
préhistoriques; car les habitants n'étaient pas disposés 
à se soumettre à des étrangers. Les anciens auteurs van- 
tent leur courage et la fidélité de ses habitants. Cepen- 
dant ils étaient toujours inclinés vers l'Egypte. Une des 







19. — Vue de Gaza. D'après une photographie. 



attira les malédictions des prophètes d'Israël disant : 
« Je ne pardonnerai pas à Gaza ; je jetterai le feu sur 
les murailles de Gaza et il mangera ses palais. » Am., i, 
6-7. « Gaza souffrira et le roi de Gaza souffrira. » Zach., 
ix, 5. « Gaza sera 'âzùbdh, èpT^io;, déserta, désolée. » 
Sopli., il, 4. Jérémie menace cette ville de la colère du 
Seigneur, xxv, 20, et lui prédit que la « calvitie (deuil, 
désolation) viendra sur elle ». Jer., xlvii, 5. L'histoire 
de Gaza prouve que ces malédictions ne sont pas restées 
sans effet. 

3» Samson à Gaza. Jud., xvi, 1-3, 21-31. — La 
tradition à l'égard de Samson est attachée à la ville 
actuelle ; les indigènes le connaissent sous le nom 
é'Abou'lasm, « l'énergique. » Il n'y a plus de traces du 
temple de Dagon, qui se trouvait probablement dans le 
voisinage du tombeau fictif érigé à ce héros par les mu- 
sulmans au sud-èst de la ville, à côté de la porte, dont 
Samson emporta les battants au Djebel El-Mountar, 
comme on le croit généralement avec raison. Le moulin 
à bras de Samson est encore en usage dans le pays 
•malgré deux ou trois moulins à vapeur. 



lettres trouvées à Tell-el-Amarna et écrite par Yatibiri à 
Amenhotep III, nous apprend que cette ville était alors 
sous la domination des pharaons. Proceedings of the 
Society of Biblical Arckxology, t. xv, 1893, p. 504. Le 
pharaon mentionné III Reg., ix, 16, et le pharaon Sésac, 
III Reg., xiv, 25, passèrent par Gaza. Théglathphalasar III, 
roi de Ninive.la prit et la rendit tributaire (734). F. Vi- 
gouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6 e édit., 
t, m, p. 522. Elle s'allia avec l'Egypte contre les Assy- 
riens, mais Sargon la remit sous le joug et en fit le roi 
Hannon prisonnier. Ibid., p. 570, 587, 588. Cf. Is., xx, 1. 
Elle resta soumise à Sennachérib, ibid., t. rv, p. 31,33; 
à son fils Assaraddon, ibid., p. 71, et à son petit-fils 
Assurbanipal, ibid., p. 87. Néchao II, roi d'Egypte, 
reprit Gaza de vive force. Jer., xlvii, 1. Sur le territoire 
de Gaza, les Scythes furent arrêtés par Psammétique. 
Hérodote, I, 105.' Après la bataille de Carchamis (606), 
Gaza fut obligée d'accepter la domination du roi deB aby- 
lone. Lorsque Cambyse, roi de Perse, s'avança contre 
l'Egypte, Gaza seule osa lui résister et subit un siège, 
dont le résultat nous est inconnu (529). Polybe, xvi. Elle 



m 



GAZA. 



122 



fut, en tout cas, soumise aux Perses. Kadytis, dont parle 
Hérodote, n, 159, était une grande ville sur la seule 
route qui conduit de la Mésopotamie en Egypte dans 
le pays des Supot IlaXixicmvos en face des emporta 
.arabes, entourée d'un territoire qui touchait à la mer ; 
Hérodote l'a vue lui même et la compare avec Sardes. 
Stark, Gaza, p. 218, croit, avec plusieurs auteurs, que 
Kadytis est Gaza, tandis que d'autres l'identifient avec 
.Jérusalem appelée aujourd'hui eUQods. On pourrait 
penser aussi à Cadès. H va sans dire, que l'opinion de 
Stark est beaucoup plus probable que celle des autres. 
Le nom ne présente pas de difficultés, si on le rapproche 
de ta prononciation égyptienne Gazatu. Gaza se trou- 
vait en tout cas sur la route prise par Hérodote. Gaza 
avait comme Sardes une acropole entourée de faubourgs. 

Vers l'automne 332, Alexandre le Grand arriva avec 
son armée à Gaza. Les habitants lui fermèrent les 
portes et il fut obligé de faire un siège en règle qui dura 
deux mois. Il n'est pas possible que toute la ville fut 
alors entourée d'une digue. Un amas de terre au sud- 
ouest de la ville appelé aujourd'hui bàb eUdarun, où se 
fait le carnaval grec, peut être un reste de cette digue. 
C'est du côté où la ville a été prise, que l'on a bâti 
plus tard une église nommée Irène. Ce siège fut le troi- 
sième que soutint Gaza. La ville fut dévastée à cette 
occasion, mais pas détruite ; elle fut bientôt rétablie au 
même lieu avec la permission d'Alexandre. On a voulu 
prétendre que la nouvelle ville s'élevait à côté de l'an- 
cienne, qui serait restée déserte (£p»)|i.oc) au dire de 
Strabon, xvi, p. 370. Mais cette opinion est en contra- 
diction avec les données de Diodore, xvii, 49, d'Arrien, 
il, 23, et d'autres. Donc Gaza continua à exister sur le 
même emplacement, mais elle cessa d'être une ville 
philistine pour devenir une ville hellénique. 

Le territoire de Gaza devint alors un champ de bataille 
pour les armées des rois égyptiens, syriens et juifs, jus- 
qu'à la conquête de la Palestine par les Romains. Occu- 
pée d'abord en 320 par Etolémée (Appien, Syr., 52), 
Gaza fut prise en 315 de vive force par Antigone, Dio- 
dore, xix, 59, qui y laissa Démétrius. Appien, xix,69. 
Celui-ci fut battu en 312 à Gaza (non à Gamala, Jus- 
tin, xv, 1), par Ptolémée (Diodore, xix, 90), qui abattit 
les fortifications de la ville. Diodore, XIX, 93. Occupée en 
306 par Antigone (Diodore, xx, 73), elle tomba de nou- 
veau en 302 entre les mains de Ptolémée et resta sous 
la domination égyptienne pendant un siècle. L'armée 
syrienne se rassembla en 218 et en 217 à Gaza pour la 
bataille de Raphia à la suite de laquelle la ville fut 
occupée de nouveau par les Égyptiens. Le texte de Po- 
lybe, v, 80, est altéré ; il n'existe pas de Gaza en 
Egypte entre Péluse et Rhinocolure. L'année 198, Gaza . 
fut prise par force et dévastée par les Syriens et resta 
sous leur domination pendant un siècle. La ville se re- 
leva bientôt de nouveau sur le même emplacement. 
Antiochus IV Epiphane passa par Gaza se rendant en 
Egypte en 170 et 168; une armée égyptienne traversa 
Gaza en 152 et en 147. Josèphe, Ant. jud., XIII, v, 5. L'an 
145, Jonathas Machabée arriva avec son armée devant 
Gaza, qui lui ferma ses portes ; Jonathan incendia 
les faubourgs et les habitants demandèrent la paix ; ils 
donnèrent des otages, qui furent envoyés à Jérusalem. 
I Mach., xi, 61. (Dans I Mach., xin, 43, il faut lire Gazâra 
au lieu de Gaza.) En 104, Gaza fut occupée par Lathu- 
rus. Josèphe, Ant. jud., XIII, xm, 3. Alexandre Jannée 
assiégea Gaza pendant une année (98) et prit la ville par 
trahison. Les habitants furent massacrés et la ville dé- 
vastée. C'est ainsi que les Juifs eux-mêmes ont exécuté 
les menaces des Prophètes contre Gaza. La ville dé- 
truite fut rebâtie de nouveau sur le même lieu par 
Pompée, Josèphe, Ant. jud., XIV, rv, 4, et par Gabinius. 
Appien, Syr., 51 (cf. 54). 

II. La nouvelle Gaza. — Une ville commerciale im- 
portante comme Gaza ne pouvait pas rester sans port 



sur la mer, surtout pendant la période hellénique. Le 
port appelé d'abord Mayouma devint avec le temps une 
.ville proprement dite entourée d'une enceinte, dont on 
peut encore, suivre les traces en partie. Cependant cette 
ville maritime faisait toujours partie de Gaza, dont elle 
forma le quartier maritime, jusqu'aux temps de Cons- 
tantin. Gaza devint donc comme Ascalon, Azot et 
Jamnia, une ville double, l'une sur le rivage de la mer, 
l'autre dans l'intérieur des terres. Pour distinguer ces 
deux villes on se servait de diverses expressions, par 
exemple : ^ HatetiiaÇa, t| véa Yala, *) itapâXioç, <j 
(«(TOYeîoç, f[ £pT)(ioç. La distance était de vingt stades. 

Déplacement de Gâta. — On a prétendu que Gaza a 
t'té déplacée par la suite des temps ; c'est l'opinion de 
Stark, Gaza, p. 509. Saint Jérôme avait dit expressé- 
ment (Eusèbe, Onomasticon, édit. Larsow, 1862, p. 137) : 
« On retrouve à peine des vestiges des fondements 
de la cité antique ; celle que l'on voit maintenant a été 
bâtie en un autre lieu que l'ancienne. » On a voulu 
aussi conclure d'un passage d'un géographe anonyme, 
que cette prétendue nouvelle Gaza se trouvait au sud de 
l'ancienne, à une demi-heure à peu près ; la distance de 
la ville maritime ainsi que du port restait toujours la 
même. Voici le passage en question : Mexà t'a Pivoxii- 
poupa T] vèa TâÇa xeïiac rnSXi; oùaa xat aÙTrj elS' ï| epi]|£OC 
TiÇai e'xa ^ 'AiyxaXwv rcâXi;. L'ancienne Gaza se trouvait 
donc à Gebalia et son port était Anthédon. Si l'on 
demande quand a eu lieu ce déplacement, les uns répon- 
dent : après la destruction de la ville par Alexandre 
(332), d'autres après sa destruction par les Syriens 
(198) et d'autres, après sa destruction par Alexandre Jan- 
née. Il suffit de voir la ville actuelle, pour connaître 
qu'elle n'a pu jamais être déplacée. 

D'abord le passage cité plus haut ne prouve rien pour 
ce déplacement prétendu, parce que tj via TriÇa n'est 
pas cette prétendue nouvelle Gaza au sud de l'ancienne, 
mais Son port, Mayoumas. Après avoir nommé Rhinoco- 
lure, l'auteur nomme la nouvelle Gaza, qui se trouvait 
aussi près de la mer ; ne pouvant pas passer l'ancienne 
Gaza sous silence, il la place entre la nouvelle et Asca- 
lon. Ce passage prouve, en outre, que l'ancienne Gaza 
était alors une ville florissante ; car il remarque comme 
une chose singulière, que la nouvelle Gaza était aussi 
une ville, donc l'ancienne devait l'être aussi ; du reste 
il parle de villes florissantes, non ruinées. Donc le mot 
6'pTjjj.oc ne signifie ici ni déserte, ni abandonnée, ni dé- 
solée, mais tout simplement « terrestre », en arabe barri, 
par opposition à «maritime ». Le passage de saint Jé- 
rôme doit être expliqué par un malentendu; il parle 
probablement d'un faubourg ruiné de Gaza, car l'Acro- 
pole était alors encore entourée d'une enceinte. 

Nous avons encore d'autres raisons contre ce dépla- 
cement prétendu. Point de traces d'une ville importante 
dans le voisinage de Gebalia. Chaque village ruiné a 
laissé des traces ; peut-on supposer que l'ancienne Gaza 
ait disparu, sans en laisser ? Si l'ancienne Gaza était à 
Gebalia, elle devait avoir Anthédon pour port; mais le 
port de Gaza était toujours Mayoumas. La ville actuelle 
se trouve sur un plateau artificiel de 6 à 10 mètres de 
décombres. Deux mille ans ne suffisent pas pour for- 
mer un semblable plateau artificiel ; il en faut bien 
quatre ou cinq mille pour cela. La tradition de Samson 
est attachée à la ville actuelle. La tradition d'Alexandre 
le Grand était au iv° siècle chrétien attachée à la 
ville actuelle. Les indigènes ne savent absolument rien 
de ce déplacement prétendu de leur ville, au contraire, 
ils sont pleinement convaincus que Gaza n'a jamais été 
déplacée. 

Le passage des Actes, vm, 26 : hsec est déserta, ne 
souffre pas la moindre difficulté; déserta, se rapportant 
à Gaza, ne dit pas que la ville était ruinée, mais seule- 
ment- qu'elle se trouvait sur la terre ou dans le désert, 
non sur la mer. Si l'on demande pourquoi Gaza étant 



123 



GAZA — GAZABAR 



124 



une ville florissante a été appelée ïprinoç, déserta, on 
pourra répondre, parce qu'elle fut dévastée à plusieurs 
reprises ou parce qu'elle se trouvait isolée dans l'inté- 
rieur du pays. 

Malgré tant d'incursions hostiles et de dévastations 
plusieurs fois répétées, Gaza ne disparaissait pas; au 
contraire, la ville devenait toujours plus florissante, 
grâce aux richesses, fruit d'un commerce considérable et 
de la fertilité du pays, surtout pendant la domination 
romaine, qui donna à Gaza beaucoup de libertés. Gaza 
avait alors ses propres monnaies (flg. 18), sa propre 
ère, qui commence en l'an 62 avant J.-C. Elle avait 
les titres de Upà, cïotAoç àvudvonoc, marri, tvatSffi, 
>.a|i7rp<x, (lefiVfi. Les auteurs gTecs la nomment une 
grande ville, la plus grande ville de la Syrie. Plu- 
tarque, Alex., 25. Gaza exportait du blé, du vin, de 
l'huile, etc. Les auteurs latins vantent Gaza comme 
civitas insignis, populo frequens et clara, splendida, 
deliciosa, eminens, in negotio ebulliens et abundans 
omnibus. 

III. Gaza, dans le Nouveau Testament, — 1° Le re- 
pos de la sainte famille. — Il n'est pas probable 
que la sainte famille ait passé par Gaza en allant en 
Egypte, parce que cette ville était alors sous la domi- 
nation du roi Hérode ; au contraire, elle a dû passer par 
Gaza au retour, d'après la tradition des indigènes, qui 
indique le lieu du repos dans un jardin au sud-est de la 
ville (non dans l'église grecque). Du reste on n'y voit 
aucun monument. 

2» Le christianisme à Gaza. — Les habitants de Ga- 
za n'étaient pas disposés à se faire chrétiens, car cette 
ville était un centre du paganisme hellénique et son 
temple principal, appelé Marneion, rivalisait avec le Se- 
rapeion d'Alexandrie. Au contraire les habitants de 
Mayoumas ne faisaient pas autant de difficulté à embras- 
ser la religion chrétienne, c'est pourquoi Constantin 
donna ordre de séparer Mayoumas de Gaza. Mayoumas 
devint donc une ville indépendante sous le nom de 
Constantia jusqu'à l'avènement de Julien l'Apostat, qui 
la réunit de nouveau à Gaza. Enfin vers la fin du 
IV» siècle le paganisme fut extirpé aussi à Gaza par 
les miracles de saint Hilarion, l'énergie de saint Por- 
phyre et la force militaire. Le territoire de Gaza avait 
alors trois évéques, un à Gaza, un à Mayoumas et un à 
Anthédon. Gaza et Anthédon ont encore des titulaires. 
L'école chrétienne de Gaza a été illustrée pendant les 
V e et vi" siècles par Zozime, Procope, Chorikios, Isidore, 
Ënée, Timothée et Jean. Voir K. Seitz, Die Schule von 
Gaza, in-8°, Heidelberg, 1892. Il y avait alors à Gaza au 
moins cinq églises, dont une, YEudoxiana, remplaça le 
Marneion, probablement la grande mosquée actuelle. Les 
fêtes se faisaient avec grande solennité. La ville était 
remplie de palais , lorsqu'elle . tomba au pouvoir des 
Arabes après la bataille de Tadoun près de Gaza (€35). 

IV. État actuel. — Quoique Gaza ne soit plus que 
l'ombre de son ancienne splendeur, elle est encore 
néanmoins une des plus grandes villes de la Palestine, 
avec 30000 habitants à peu près, dont 800 Grecs, 
120 juifs, 70 catholiques, 50 protestants et le reste mu- 
sulman. Gaza est une ville orientale et musulmane sous 
tous les rapports. Vue du dehors (fig.19), la ville, entou- 
rée de jardins, parsemée de palmiers,est charmante; l'in- 
térieur est rebutant avec ses rues étroites et sales, et ses 
maisons basses et sans fenêtres par dehors, dont une 
grande partie est en briques cuites au soleil. La ville est 
composée de deux parties (fig. 20), une supérieure sur le 
plateau et une inférieure dans la plaine au sud-est, ap- 
pelée Sadjaîyé; chacune est divisée en plusieurs quar- 
tiers. Le quartier chrétien se trouve dans la ville haute. 
L'église, qui contient le tombeau de saint Porphyre, est 
ancienne. La grande mosquée, dans le centre de la ville 
haute, est remarquable; celle deHachem, au nord de la 

' ville, contient le tombeau de ce personnage, grand-père 



de Mahomet. Gaza est aussi la patrie de l'amam el-Cha- 
fai, le fondateur d'une des quatre sectes orthodoxes de 
l'Islam. Le bazar est double, l'un en haut, l'autre en bas. 
Gaza a un kaïmakam avec tous les tribunaux ordinaires 
et services de poste et télégraphe international. Le dis- 
trict de Gaza comprend tout le pays des Philistins avec 
60 villages habités par 50000 fellahs, et la partie mé- 
ridionale de la Palestine habitée par 50000 bédouins. La 
population de Gaza est paisible, moins fanatique qu'ail- 
leurs. La fertilité du pays n'a pas changé. On peut 
encore dire avec Medjir ed-din : « Heureux qui habite à 
Gaza ! » C'est une des meilleures villes de la Palestine avec 
beaucoup d'arbres et de palmiers, de légumes et toutes 
sortes de fruits, avec un climat excellent, un air pur et 
une trentaine de puits d'eau douce, abondants. Gaza se 
maintient par ses propres ressources, surtout par le 
commerce d'orge et de blé, dont l'exportation à Gaza 
même donne aux habitants, si la récolte est bonne, un 
revenu d'un à deux millions de francs par an. L'orge est 




LÉGENDE.'' aScals anglaisé' 

\EgIise e£eco&ides£d£êrls\l Grande. Mosquée 
tE/lUseetécoU des Grecs XiMssouéa defia dUTn. 



\6ZeSàml 

<l£/in7i-ex~Zez£ 
iTéLè(jraplu>. 



20. — Plan de Gaza. D'après G. Gatt 

fournie par les Bédouins, le blé par les fellahs. Les restes 
de la ville ancienne sont ensevelis sous les décombres; 
partout où l'on creuse, on en trouve des débris. Au-dessus 
du sol, on ne voit que morceaux de marbre dispersés 
ça et là en grande quantité. Comme les matériaux de 
construction sont très rares, on démolit les maisons dé- 
labrées pour en bâtir de nouvelles. L'enceinte de la ville 
a disparu complètement; cependant on peut en suivre 
la direction et les portes. La ville sur la mer a complè- 
tement disparu, le port ou plutôt la rade est fréquenté 
par des bateaux à vapeur et voiliers pendant l'été, pour 
charger les céréales. La mission anglicane a été fondée 
en 1876, la mission catholique en 1879. La frontière 
égyptienne se trouve à Rapha, à 8 heures au sud de Ga- 
za. On jouit dans cette ville d'un climat tempéré : on 
n'y souffre pas du froid pendant l'hiver ni de la chaleur 
pendant l'été. — Voir Starck, Gaza, in-8°, Iéna, 1852; 
V. Guérin, La Judée, t. n, p. 196; A. von Hôrman, Ga- 
za, Brixen, 1876, Çh. Clermont-Ganneau, Archseological 
Researches in Palestine, t. il, Londres, 1896, p. 379-427. 

G. GATT. 
GAZABAR (hébreu : hag-gizbâr avec l'article), mot 
faussement pris pour un nom propre par la Vulgate, qui 
en fait le père d'un Mithridate. Ce nom d'origine per- 
sane signifie « trésorier » : Mithridate le trésorier. Les 
Septante comme Josèphe, Ant. jud., XI, i, 3, ont bien 
rendu ce mot par YaÇoçvXaÇ, « trésorier. ï 



125 



GAZAM — GAZER 



428 



GAZAM (hébreu : Gazzàm; Septante : raÇén), chef 
d'une famille de Nathinéens qui revinrent de la cap- 
tivité avec Zorobabel. I Esdr., n, 48. Dans la liste paral- 
lèle, II Esdr., vii, 51, la Vulgate le nomme Gézem. 

GAZARA (raÇipa, Ta^pâ, tantôt au singulier, tantôt 
au pluriel, en grec comme en latin), place importante 
de la Palestine, plusieurs fois mentionnée dans l'histoire 
des Machabées. I Mach., vii, 45; ix, 52, etc. Elle est 
identique à Gazer, l'ancienne cité royale chananéenne. 
Jos., x, 33, etc. Voir Gazer 1, col. 126. 

GAZÉEN (hébreu : kâ-'azzâti; Septante : TaÇatoç, 
Jos., xm, 3; ol cm'o TâC/iç, I Mach., xi, 62; "Vulgate : 
Gazsei, Jos., xm, 3; Gazenses, I Mach., xi, 62), habi- 
tant de Gaza, Voir Gaza. 

GAZELLE (hébreu : sebi, féminin : sebiyâh; Sep- 
tante : 8opxôç, BopxâSiov; Vulgate : caprea), quadrupède 
ruminant, appartenant au genre antilope, voir t. i, 
col. 669, caractérisé par ses cornes annelées et recour- 
bées en forme de lyre, son œil noir, vif et doux, ses 
membres très fins, sa queue courte terminée par une 
touffe noire, son pelage fauve sur le dos et blanc sous le 
ventre, avec une bande plus foncée séparant les deux 
teintes. La gazelle (fig. 21) a la taille un peu plus petite 
que le chamois. Elle est remarquable par sa douceur, 




21. — Gazelle. 

sa timidité qui la rend très difficile à approcher, la 
rapidité de son allure et son port si gracieux que les 
Hébreux lui ont donné le nom de sebi, qui veut dire en 
même temps « beauté ». Prise jeune, elle s'apprivoise 
aisément et ne cherche pas à reconquérir sa liberté. — 
1° La gazella dorcas, appelée ghazâl par les Arabes, est 
le gros gibier le plus abondant de la Palestine, le seul 
même que les voyageurs aient chance de rencontrer. On 
en voit parfois jusque sur le mont des Oliviers. Dans le 
sud, où elles abondent, on aperçoit les gazelles par cen- 
taines à la fois. En Galaad se trouve communément la 
gazella arabica ou cora, plus belle encore que la gazelle 
ordinaire, dont elle ne constitue qu'une simple variété. 



Sa couleur s'harmonise si parfaitement avec celle du 
désert qu'il est malaisé de la distinguer à quelque dis- 
tance. La chair de la gazelle est très estimée, bien que 
moins succulente que celle de la chèvre sauvage. Dans 
les grandes chasses, on se sert du lévrier pour atteindre 
la gazelle; on y joint aussi le faucon. Les Arabes se 
contentent de se mettre en embuscade pour attendre le 
passage de l'animal dans les défilés ou sur les sentiers 
qui mènent aux mares. Dans le Hauran, on attire les 
gazelles, au moyen d'appâts, dans des enceintes fermées 
où on les prend dans des pièges. Tristram, The natural 
history of the Bible, Londres, 1889, p. 127-131 ; Wood, 
Bible animais, Londres, 1884, p. 133-140; Socin-Ben- 
zinger, Palâstina und Syrien, Leipzig, 1891, p. lxi. La 
gazelle était bien connue et fort estimée sur les bords 
du Nil. L'un des nomes de la Moyenne-Egypte portait 
son nom. Au milieu des tombes royales de Deir el-Bahâri, 
on a trouvé la momie d'une gazelle favorite d'Isimkho- 
biou. Cf. Maspero, Histoire ancienne des peuples de 
l'Orient classique, Paris, t. n, 1897, p. 523. Le gracieux 
animal charmait donc les Égyptiens aussi bien que les 
Hébreux. — 2° La Sainte Écriture parle plusieurs fois 
de la gazelle. C'est le type de l'agilité. On lui compare 
les guerriers rapides à la course, II Reg., n, 18; 

I Par., xn, 8, et sa vitesse est l'image de l'empressement 
avec lequel il faut fuir le mal. Eccli., xxvii, 22. Car la 
gazelle est en éveil à la moindre alerte, Is., xm, 14, et 
elle sait même s'échapper de la main du chasseur qui 
croit la tenir. Prov., vi, 5. Elle est aussi le type de la 
beauté. Le bien-aimé et l'épouse du Cantique, n,9; IV, 5, 
sont représentés avec les qualités de la gazelle, et c'est 
par les gazelles et les biches, c'est-à-dire par la portion 
la plus aimable et la plus séduisante de son troupeau, 
que l'épouse fait ses adjurations. Cant., n, 7; ni, 5. 
Enfin la chair de la gazelle sert d'aliment, et c'esfmême 
une nourriture qui peut servir à désigner ce qu'il y a de 
meilleur. Deut, xii, 15, 22; xiv, 5; xv, 22. Elle figurait 
avec honneur sur les tables de Salomon. III Reg., iv, 23. 
— 3° Le nom de la gazelle a été donné à des personnes, 
Sebia, sibyâ", I Par., vin, 9; Sebia, sibydh, IV Reg., xn, 1; 

II Par., xxiv, 1, et à une ville, Seboim, sebo'îm, 
Gen., x, 19; xiv, 2; Deut., xxix, 23; Os., xi, 8. Sous sa 
forme araméenne, tabyd', il devient celui d'une femme 
de Joppé, Tabîtd', Tabitha, ressuscitée par saint Pierre, 
Act., ix, 36. H. Lesêtre. 

GAZER (hébreu : Gézér; Septante : TaÇép, Jos., x, 
33, etc.; 'IôÇ/iv ou 'IâÇvjp, I Mach., v, 8), nom de deux 
villes, situées l'une à l'ouest, l'autre à l'est du Jourdain. 

1. GAZER (hébreu : Gézér, Jos., x, 33; xn, 12; XXI, 

21; III Reg., ix, 16; I Par., vi, 52; vii, 28; xx, 4; à la 
pause, Gâzér, Jos., xvi, 3, 10; Jud., I, 29; II Reg., v, 
25; III Reg., ix, 15, 17; avec hé local et à la pause, 
Gâzerâh, I Par., xiv, 16; Septante : TaÇép, Jos., x, 33; 
xvi,10; Jud., i,29; III Reg.,ix. 17,1 Par.,vi,67(héb.52); 
vu, 28; xx, 4; TeÇép, III Reg., ix, 15, 16; ToSép, 
Jos., xn, 12 (Codex Ambrosianus, ToÇép); TaÇâpa, tant 
au singulier qu'au pluriel, I Mach., ix, 52; xm, 53; 
xiv, 7, 34; xv, 28, 35; xvi, 1, 19; x, 32; PaÇ^oa. u R eg-r 
v, 25; I Par., xiv, 16; I Mach., vu, 45; Vulgate : Gazer, 
Jos., x, 33; xn, 12; xvi, 3,10; xxi, 21; Jud., i, 29; 

III Reg., ix, 15, 16, 17; I Par., vi, 67 (hébreu, 52); vil, 
28; xx, 4; Géier, Il Reg., v, 25; Gazara, au singulier,- 

I Mach., vii, 45; ix, 52; xrv, 7, 34; xv, 28, 35; xvi, 19; 

II Mach., x, 32; au pluriel, I Mach., xm, 53; xvi, 1; 
Gazera, I Par., xiv, 16; Gézéron, I Mach., iv, 15)j an- 
tique cité chananéenne, dont le roi, Horam, fut pris par 
Josué, x, 33; xn, 12; ville de refuge et b'vitique delà 
tribu d'Éphraïm, Jos.,xxi,21; I Par., vi, 67 (hébreu, 52); 
mentionnée sous David et Salomon, II Reg., v, 25; 
I Par., xiv, 16 ; xx, 4 ; HT Reg., ix, 15, 17 ; plus célèbre 
sous les Machabées, I ..iach., vu, 45, etc. Ce fut une 



-127 



GAZER 



128 



place importante, et sa découverte de nos jours a été 
'l'une des plus intéressantes dans le domaine de la géo- 
graphie biblique. 

I. Nom. — Le nom hébreu Gézér se rattache à la racine 
^gâzar, «couper. » On peut, avec F. Mûhlau et W. Volck, 
W. Gesenius' Handwôrterbuch, Leipzig, 1890, p. 154, lui 
' donner le sens de « lieu coupé ou taillé à pic », qui con- 
vient bien à la colline ou tell dont nous parlons plus bas 
comme représentant l'ancienne ville. Quoi qu'il en soit de 
l'élymologie, c'est un fait remarquable que le nom a sub- 
sisté exactement sous la même forme depuis les origines 
les plus reculées jusqu'à nos jours. Il est écrit Gaz-ri, 
Ga-az-ri sur les tablettes de Tell el-Amarna, 163, 22 ; 177, 
21; 180, 14; 183, 8; 204-206; 239, 43. Cf.H. Winckler, Die 
Thontafeln vonTellel-Amarna, Berlin, 1896, p. 288, 300, 
306, 312, 328, 354. Sur la liste de Thotmès III, il occupe le 

n° 104, avec la transcription : À \^ ^ï «=>, Qazir, 
j %. ^1 JkS, Qa-zirr. Cf. A. Mariette, Les listes géo- 
graphiques des pylônes de Karnak, Leipzig, 1875, 
. p. 41 ; G. Maspero, Sur les noms géographiques de 
la liste de Thoutmos III qu'on peut rapporter- à 
la Judée, extrait des Transactions of the Victoria 
Instituts, or philosophical Society of Great Britain, 
Londres, 1888, p. 16; W. Max Miiller, Asien und Eu- 
ropa nach altâgyptischen Denkmàlern, Leipzig, 1893, 
p. 160. On l'a retrouvé sur une stèle de Ménéphtah, dé- 
couverte en 1896 par Flinders Pétrie. Cf. G. Maspero, 
Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, 
Paris, t. il, 1897, p. 436. La forme Gazer est devenue 
TaÇipa à l'époque des Machabées. C'est celle qu'on ren- 
contre dans Josèphe, Ant. jud., VII, iv, 1 ; xil, 1 ; VIII, 
vi, 1 ; XIII, i, 3; îx, 2, bien qu'on lise TaSôpa, Ant. jud., 
. V,. I, 22, comme TaSapi; dans Strabon, xvi, 759. Au temps 
d'Eusèbe etde saint Jérôme,Onomastica sacra, Gœttingue, 

1870, p. 127, 244, le même nom de Gazara, TaÇâpot, 
existait encore. Sous les croisés, il fut transformé en 
Gisart, Mont Gisart, Mont Gissart, Mongisart, Mons 
Gisardus.Cî. Ch. Clermont-Ganneau, Recueil d'archéo- 
logie orientale, Paris, 1888, 1. 1, p. 351-391. Enfin, depuis 
les anciens historiens musulmans jusqu'à nos jours, la 

dénomination arabe .j^. Jpî, tell (colline de) Djézer, a 
maintenu l'exacte reproduction de l'hébreu. Cf. Guy Le 
Strange, Palestine under the Moslems, Londres, 1890, 
p. 543, 600; G. Kampffmeyer, Alte Namen im heutigen 
Palàstina und Syrien, dans la Zeitschrift des Deutschen 
Palàstina-Vereins, Leipzig, t. xvi, 1893, p. 32. 

H. Situation et description. — Voici les renseigne- 
ments que nous fournissent la Bible et les autres docu- 
ments historiques sur l'emplacement de Gazer. C'était 
une ville de la Palestine méridionale : dans l'énumération 
des cités royales prises par Josué, elle est mentionnée 
après Lachis et Églon, Jos., XII, 11, 12, de même que 
les tablettes de Tell el-Amarna en parlent avec Ascalon 
et Lachis. Cf. H. Winckler, Thontafeln von Tell el- 
Amarna, p. 307. Elle se trouvait, d'après Josèphe, Ant. 
jud., VII, iv, 1, à l'extrémité du pays philistin, et, d'après 
I Mach., xiv, 34, à la frontière du territoire d'Azot. Elle 
formait la pointe sud-ouest de la tribu d'Éphraïm, à 
l'ouest de Béthoron inférieur (Beit l Ur et-Tahta). Jos., 
xvi, 3. Voir Éphraïm 2, t. h, col. 1874. Elle était à une 
journée de marche d'Adazer ou Adarsa (Khirbet Adaséh), 
localité située au nord de Jérusalem. I Mach., vu, 45. 
Enfin l'indication la plus précise nous est donnée par 
Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, p. 127, 244, 
qui nous disent que, de leur temps, Gazer était encore 
un bourg, x<op.Yi, appelé TaÇâpa, à quatre milles (près 
de six kilomètres) au nord de Nicopolis (aujourd'hui 
'Amuâs). Malgré - ces renseignements, dont le dernier 
est si net, malgré toutes les recherches des explorateurs, 
l'identification de cette ville resta un problème jusqu'en 

1871. En désespoir de cause, la plupart des commenta- 



teurs, se raccrochant à une ressemblance superficielle 
.des noms, placèrent Gazer à Yazur, village situé au 
sud-est et tout près de Jaffa. Cf. R. J. Schwarz, Dos 
lieilige Land, Francfort-sur-le-Main, 1852, p. 58; K. von 
Raumer, Palàstina, Leipzig, 1850, p. 172; d'autres le 
placèrent à El-Qubâb, qui se trouve dans la direction 
indiquée par Eusèbe et à peu près à la distance voulue 
d'Amouas. Cf. Van de Velde, Menioir to accompany the 
Map of the Holy Land, Gotha, 1858, p. 315. 

Il était réservé à un savant français, M. Clermont- 
Ganneau, de découvrir le véritable site de Gazer. En 
lisant certain chroniqueur arabe de Jérusalem, 
Moudjir-ed-Din, il remarqua la relation d'un incident 
qui eut lieu en Palestine en l'an 900 de l'hégire. 11 
s'agissait d'une escarmouche entre un parti de Bédouins 
pillards et un gouverneur de Jérusalem en tournée dans 
le district de Ramléh. Les cris des combattants, qui se 
pourfendaient au village bien connu de Khoulda ou 
Khouldéh, étaient distinctement perçus à un autre vil- 
lage appelé Tell el-Djézer, « la colline de Djézer. » Ce 
dernier nom était le correspondant exact de l'hébreu 
Gézér, surtout si l'on prononce l'arabe à l'égyptienne : 
Guézer. Bien que toutes les cartes fussent muettes sur 
cet endroit, l'existence n'en était pas moins démontrée 
de la façon la plus positive et corroborée par l'assertion 
d'un géographe arabe du xm e siècle de notre ère, 
Yakoùt, qui cite ce Tell el-Djézer comme une place 
forte du district de Falestin, c'est-à-dire de Ramléh. 
Étant à portée de voix de Khoulda, il ne pouvait en être 
bien éloigné. M. Clermont-Ganneau, suivant cette piste 
sur le terrain, découvrit Gazer à environ cinq kilomètres 
au nord de Khoulda, tout près d'un' village figurant sur 
les cartes sous le nom &' Abou-Schauschéh. Il y constata 
l'emplacement d'une grande cité, présentant tous les 
caractères d'une ville forte et répondant à toutes les 
conditions requises. Cependant, le nom de ce Tell el- 
Djézer, conservé partous les habitants d'Abou-Shouschéh, 
qui en fait partie, était inconnu aux gens de Khoulda, 
leurs voisins. Cf. Ch. Clermont-Ganneau, La Palestine 
inconnue, in-18, Paris, 1876, p. 14-23. 
, Cette découverte, déjà solidement appuyée, demandait 
le renfort de quelque bon argument épigraphique, par 
exemple d'une inscription in situ contenant le nom de 
la ville. Quelques années plus tard, le savant explora- 
teur eut la bonne fortune de trouver, sur l'emplacement 
même qu'il avait assigné à Gazer, une série d'inscrip- 
tions décisives justifiant admirablement ses vues théo- 
riques. En 1874, au cours d'une mission archéologique 
que lui avait confiée la société du Palestine Explora- 
tion Fund, il découvrit, gravée sur le rocher, à 800 mè- 
treS environ droit à l'est de Tell el-Djézer, une première 
inscription bilingue, en grands caractères grecs et hé- 
breux, contenant ces simples mots, singulièrement si- 
gnificatifs dans leur laconisme : 'AXxiou, ^ti nnr, 
« limite de Gézer, de Alkios. » Ce nom judéo-grec, 
Alkios, au génitif, est vraisemblablement celui du ma- 
gistrat, civil ou religieux, qui avait présidé à l'établis- 
sement de cette limite officielle, vers l'époque des 
Machabées, à en juger par la paléographie des caractères. 
L'identité de Gazer et de Tell el-Djézer était donc un 
fait bien acquis. Ce n'était pas tout cependant; et les 
nouvelles découvertes de l'éminent professeur, fruit 
d'ingénieuses suppositions, jettent un jour trop singulier 
sur cette ville et les autres cités lévitiques pour ne pas 
les rapporter ici. 

Frappé de ce fait que ce jalon épigraphique était nor- 
malement orienté par rapport au tell, M. Clermont-Gan- 
neau en conclut que la limite dont il s'agissait devait * 
être une limite enveloppant la ville, et non pas simple- 
ment une ligne de démarcation passant, par exemple, 
entre deux territoires contigus; dans ce dernier cas, on 
s'attendrait, en effet, à avoir la mention du second terri- 
toire : « Limite de Gézer et de... » Comme il est ici 



429 



GAZER 



130 



question d'une ville lévitique, il 'supposa qu'on pourrait 
avoir affaire à la délimitation de la zone sacrée du 
migrasch, entourant ces sortes de villes, zone qui rappelle 
à plusieurs égards le irpiauxeiov ou le pomœrium de 
l'antiquité classique, et qui, plus tard> semble avoir servi 
à fixer la distance légale du fameux « chemin sabbatique», 
uaëSâtou ôSôç, raa mnn, dont parlent les Actes des 
Apôtres et le Talmud. Il en arriva ainsi à conclure que 
ce jalon épigraphique ne devait pas être isolé et qu'il 
devait y en avoir une série d'autres à découvrir tout 
autour de l'emplacement de Gazer, à des distances sen- 
siblement égales et sur des points répartis selon des 
lignes normalement orientées. L'événement ne tarda pas 
à justifier ce raisonnement. En cherchant le long d'une 
ligne dirigée du sud-est au nord-ouest, il découvrit, à 
150 mètres environ de la première, une seconde inscrip- 
tion, également gravée sur le rocher, et d'une teneur 
absolument identique : « Limite de Gézer; d'Alkios. s 




hb&h 




22. — Inscription trouvée à Tell el-Djézer. 

La seule différence c'est que les deux textes étaient dis- 
posés dos à dos, au lieu d'être mis bout à bout, comme 
dans le premier cas. De plus, entre les deux inscriptions, 
il en trouva une troisième, purement hébraïque, plus 
courte et d'une interprétation difficile. 

Sept ans plus tard, en 1881, M. Clermont-Ganneau dé- 
couvrit, toujours sur le même alignement sud-est-nord- 
ouest, un troisième exemplaire de l'inscription bilingue, 
dont les deux textes étaient superposés. Il ne put à ce 
moment explorer à fond les alentours de Tell el-Djézer 
pour y chercher les autres jalons épigraphiques simi- 
laires qui devaient, selon lui, exister sur les autres côtés 
du migrasch : nord, ouest, et sud. Mais le P. Lagrange, 
continuant ces investigations, a trouvé, en 1898, un 
quatrième exemplaire de l'inscription, conçu dans les 
mêmes termes et gravé sur le rocher. La disposition 
des deux textes est identique à celle du second exem- 
plaire, c'est-à-dire que la ligne hébraïque et la ligne 
grecque sont adossées. Voir fig. 22. Mais ce qui est sur- 
tout important, c'est la position qu'occupe ce jalon par 
rapport au Tell el-Djézer et aux autres textes congé- 
nères. Il est, en effet, au droit sud du Tell, par consé- 
quent dans une région toute différente du premier 
groupe situé à l'est; ce qui tend à démontrer qu'il s'agit 
bien dé lignes limitant une zone périphérique à la ville. 
L'aire ainsi limitée formait peut-être un carré orienté 
par ses angles. Cf. Clermont-Ganneau, Recueil d'archéo- 
logie orientale, Paris, 1888-1899, t. ni, p. 116-123, 264- 
268; Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres, Paris, septembre-octobre 1898, IV e /Série, 
t. xxvi, p. 686-694; mars-avril 1899, t. xxvii, p. 247-251 ; 
Revue biblique, Paris, janvier 1899, t. vin, p. 109-115; 
juillet 1899, t. vm, p. 422-427. 

Tell el-Djézer occupe une situation importante à l'en- 
trée des montagnes qui bordent la plaine de Séphélah. 
Voir fig. 23. C'est une colline oblongue, orientée de 
l'ouest à l'est, au-dessus du village d'Abou-Schouschéh, 
au sud-est de Ramléh, à droite de la route qui va de 
Jaffa à Jérusalem, à gauche de la ligne du chemin de 
fer. On dirait un fort avancé, détaché du rempart mon- 
tagneux qui s'élève peu à peu vers l'est, et dominant de 

DICT. SE LA BIBLE. 



75 à 80 mètres les vallées environnantes, avec une alti- 
tude de 260 mètres environ au-dessus de la Méditer- 
ranée. A l'extrémité occidentale se trouve l'ouély de 
Scheikh Mohammed el-Djézary, et à l'extrémité orien- 
tale sont les restes d'une construction rectangulaire. On a, 
de l'édifice musulman, une magnifique vue sur la plaine 
maritime, avec Ramléh au nord-ouest entourée de ses 
jardins, de ses bois d'oliviers et de palmiers. La vallée 
qui suit le tell au sud tourne vers l'est et le sépare de 
Khirbet Yerdéh, où se trouve une belle source. Sur les 
flancs rocheux de la colline, principalement au nord et 
à l'est, on voit de nombreuses excavations, tombeaux et 
pressoirs ; on compte plus d'une vingtaine de ces der- 



Schi 




Scteac%" 



Mousa Telli'a 



Echelle 



23. — Carte des environs de Tell el-Djézer. 

niers. Cf. Palestine Exploration Fund, Quarterly Sta- 
tement, Londres, 1874, p. 5-6, 56; 1875, p. 74-77; Survey 
of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. n, 
p. 42&440; C. R. Conder, Tent Work in Palestine, in-8», 
Londres, 1889, p. 6. 

III. Histoire. — Gazer (fig. 24) est une des plus an- 
ciennes villes de la Palestine et a joué un rôle assez impor- 
tant. Elle existait déjà avant l'arrivée des Israélites dans le 
pays de Chanaan. Les monuments de l'histoire profane 
confirment sous ce rapport les données de la Bible. Un 
roi égyptien de la XVIII e dynastie, Thothmès III, s'en 
empara, et le nom de la vieille cité est resté gravé sur 
les pylônes de Karnak. Elle eut alors des. gouverneurs 
qui l'administraient sous l'autorité des pharaons. Les 
Tablettes de Tell el-Amarna nous apprennent que celui 
qui la gouvernait sous Aménophis III et Aménophis IV 
s'appelait Yapahi. Cf. H. Winckler, Die Thontafeln 
von Tell el-Amarna, p. 329, 331. Elle est mentionnée 
avec Ascalon et Israël (Isiraalu) sur la stèle de Méné- 
phtah, de la XIX e dynastie, mais l'orthographe du nom 
diffère un peu de celle des listes, de Thothmès III. Cf. 
Revue biblique, avril 1899, p. 271, 273. Lors de l'entrée 
des hébreux dans la Terre Promise, elle avait pour roi 
Horam, ou Élam d'après les Septante. Ce prince, ayant 
voulu secourir Lachis, fut exterminé avec tout son 
peuple par Josué, x, 33; xii, 12. Dans le partage primi- 
tif du territoire conquis, elle formait la limite sud-ouest 
de la tribu d'Éphraïm. Jos., xvi, 3. Mais il est possible 

m. - 5 



131 



GAZER -GAZERIN 



132 



que, comme certaines villes frontières, elle ait été en- 
suite enclavée dans la tribu de Dan. Voir Éphraïm 2, 
t. il, col. 1874. Néanmoins les habitants chananéens ne 
furent pas détruits et demeurèrent tributaires au milieu 
des enfants d'Israël. Jos., xvi, 10; Jud., i, 29. Ville de 
refuge, elle fut assignée aux Lévites fils de Caath. Jos., 
xxi, 21 ; I Par., vi, 67 (hébreu, 52). David, vainqueur des 
Philistins, les poursuivit depuis Gabaon (I Par., xiv, 16, 
et Septante, II Reg., v, 25), ou depuis Gabaa (hébreu : 
Géba', II Reg., v, 25), jusqu'à Gazer (Vulgate : Gézer, 
II Reg., v, 25; Gazera, I Par., xiv, 16). Il fit également 
contre eux à Gazer (Gob, d'après II Reg., xxi, 18), une 
expédition dans laquelle se signala un de ses héros. 
I Par., xx, 4. Les Chananéens habitaient encore cette 
ville comme tributaires pendant le règne de Salomon. A 
cette époque, un pharaon d'Egypte, dont la Bible n'in- 
dique pas le nom, s'empara de cette place, la livra aux 
flammes et tua tous les Chananéens qui s'y trouvaient, 
puis il la donna en dot à sa fille, devenue l'épouse du 



du récit dénotent un siège en règle. Simon investit la 
ville avec son armée, s'approcha des remparts avec des 
machines (d'après le grec : des èXsiufteic, des % prend- 
villes »), attaqua une tour et s'en empara. Ceux qui étaient 
dans une de ces machines firent irruption dans la 
ville, où il y eut un grand tumulte. Les habitants, 
montant sur les murailles avec leurs femmes et leurs 
enfants, et ayant leurs tuniques déchirées en signe 
de deuil et de supplication, demandèrent grâce. Simon, 
apaisé, cessa de les combattre; if les chassa cependant 
de la cité, purifia les maisons souillées par les idoles, 
fit son entrée au chant des hymnes et y établit sa de- 
meure. Jean, son fils, s'y fixa également après avoir été 
nommé généralissime des troupes juives. I Mach., xm, 
54; xvi, 1. Ptolémée, son gendre, après l'avoir traîtreu- 
sement assassiné avec deux de ses fils, envoya des affidés 
à Gazara pour perdre Jean lui-même; mais, prévenu à 
temps, celui-ci échappa au péril et mit à mort ceux qui 
étaient venus pour s'emparer de lui. I Mach., xvi, 1P, 




Vue de Tell el-Djézer. D'après une photographie. 



monarque Israélite. III Reg., ix, 16. Celui-ci la rebâtit. 
III Reg., IX, 15, 17. Cf. F. Vigouroux, La Bible et lés dé- 
couvertes modernes, 6 e édit., Paris, 1896, t. m, p. 266-270. 
A l'époque des Machabées, Gazer figure souvent dans 
les luttes soutenues par les Juifs contre les Séleucides, 
et elle devient un des principaux boulevards des princes 
asmonéens. Judas Machabée, ayant défait les troupes de 
Gorgias non loin d'Emmaûs, les harcela jusqu'à Gazer 
(Vulgate : Gézérori) et jusque du côté d'Azot et de Jam- 
nia. I Mach., iv, 15. Plus tard, il remporta près d'Adarsa 
une brillante victoire sur- Nicanor, qui périt dans le 
combat, et il poursuivit, l'espace d'un jour de marche, 
l'armée fugitive jusqu'à Gazara ou Gazer. I Mach.,. vu, 45. 
Après la mort de Judas, Bacchide se rendit maître de 
la place et la fortifia. I Mach., ix, 52. Elle retomba 
ensuite au pouvoir de Simon Machabée, qui y laissa 
une garnison juive. I Mach., xiv, 7, 34; xv, 28, 35. Le 
siège en est raconté d'une manière assez tragique 
I Mach., xm, 43-48. Bien que tous les manuscrits grecs 
et les anciennes versions nomment ici Gaza, il est très 
probable qu'il faut plutôt, avec Josèphe, Ant. jud., XIII, 
vi, 6; Bell, jud., I, ii, 2, lire Gazara. « C'est à cette 
leçon que les critiques donnent assez généralement et à 
bon droit la préférence. En effet, la lointaine Gaza ne 
nuisait en rien à l'indépendance des Juifs. Il n'en était 
pas de même de Gazara, si rapprochée de Jérusalem, et 
qui était, avec l'Acra, le principal appui du parti hellé- 
niste. Cf. I Mach., ix, 52; x, 12; xiv, 7, 34. » Fillion, 
La Sainte Bible, Paris, 1899, t. vi, p. 768. Les détails 



21. —La Gazara de II Mach., x, 32, place forte ou châ- 
teau fort (en' grec : TdtÇapa XeYÔji-evov ôxuptûjia, eî \>.aka. 
çpoûpiov), où Timothée se réfugia, et où il fut assiégé, 
par Judas, puis vaincu et mis à mort, prête matière à 
difficultés. Parmi les commentateurs, les uns l'assimilent 
S Jazer de Num., xxxn, 35, située dans la tribu de Gad, 
à l'est du Jourdain; les autres y voient Gazer ou Tell 
el-Djézer; d'autres enfin ne savent comment l'identifier. 
Cf. Fillion, La Sainte Bible, t. vi, p. 860; F. X. Patrizi, 
Deconsensu utriusque libri Machabseorum, in-4°,Rome, 
1856, p. 259; CF. Keil, Die Bâcher der Makkabàer, 
in-8°, Leipzig, 1875, p. 386. Ce qu'il y a de certain, c'est 
que les détails donnés, II Mach., x, 32-38, sur le siège 
de cette place, siège qui dura quatre jours, conviennent 
bien à Tell el-Djézer. — Cf. Ch. Clermont-Ganneau, Ar- 
chseological Researches in Palestine, Londres, 1896, t. il, 
p. 224-265. A. Legendre. 

2. GAZER (Codex Alexandrinus : 'WCw,CodexSinai- 
ticus : 'IâÇrjp), ville située à l'est du Jourdain et prise 
par Judas Machabée. I Mach., v, 8, La leçon probable 
du grec est 'IâOlp- Aussi reconnaît-on ici Jazer de la 
tribu de Gad. Jos., xm, 25. Voir Jazer. 

GAZERA (hébreu : Gâzerâh; Septante : TaÇripi), ville 
de Palestine, signalée à propos d'un combat de David 
contre les Philistins. I Par., xiv, 16. Elle est identique à 
Gazer. Voir Gazer 1. A. Legendre. 

GAZERIN, nom chaldéen d'une classe de devins de 



433 



GAZERIN — GAZOPHYLACIUM 



434 



BabylôTie qui prédisaient l'avenir au moyen des astres. 
Dan., il, 27; rv, 4; v, 7, 11. Vulgate : Aruspices. Voir 
Divination, 11°, t. u, col. 1447, et Aruspices, 1. 1, col. 1050. 

GAZOPHYLACIUM (hébreu : ganzak, 'ôsâr; Sep- 
tante : ïaÇoçvXixiov, Q-^aa-upâi;; Vulgate : gazophyla- 
cium, thésaurus), la salle où se gardait le trésor du 
Temple et, par métonymie, le trésor lui-même. 

I. Son histoire. — 1° La constitution d'un trésor 
affecté au service du Sanctuaire remontait à Moïse, qui 
frappa tout Israélite d'un impôt d'un demi-sicle dans 
ce but. Exod., xxx, 11-16. Ce trésor eut besoin de gar- 
diens, et quatre familles lévitiques furent investies de 
cette fonction par Samuel et par David. I Par., IX, 22, 26. 
Ce dernier désigna ensuite pour cet office les fils de 
Jéhiéli. I Par., xxvi, 22-26. — 2" Quand David songea à 
bâtir le Temple, les chefs de famille et les officiers 
royaux apportèrent au trésor tout ce qu'ils avaient de 
pierres précieuses. I Par., xxix, 8. Le roi laissa à son 
fils le plan des ganzakkîm ou chambres du trésor qu'il 
avait à ménager dans la construction de l'édifice. 

I Par., xxviii, 12. Quand l'œuvre fut achevée, Salomon 
plaça dans le trésor l'or, l'argent et tous les ustensiles 
mis en réserve par son père. III Reg., vu, 51 ; 

II Par., v, 1. — 3° Sous les rois suivants, le trésor du 
Temple subit différentes vicissitudes. Sous Roboam, 
Sésac, roi d'Egypte, s'en empara, après être entré victo- 
rieux à_. Jérusalem. III Reg., xiv, 26; II Par., xn, 19. 
Asa prit l'or et l'argent du trésor et les envoya à Béna- 
dad, roi de Syrie, afin de le décider à prendre parti pour 
lui contre Baasa, roi d'Israël. III Reg., xv, 18; 
II Par., xvi, 12. — 4° Sous Joas, les prêtres recevaient 
directement, de la main à la main, l'argent destiné au 
trésor. Ils ne faisaient probablement que continuer ce 
qui s'était constamment pratiqué jusqu'à cette époque. 
Mais leur négligence à réparer le Temple obligea le roi 
à intervenir et les prêtres à se décharger sur lui de l'en- 
tretien de l'édifice. Le grand-prêtre Joïada fit alors dis- 
poser un coffre, muni d'un trou à sa partie supérieure, 
et les prêtres y versaient ce qu'ils recevaient pour le 
Temple. Quand le coffre était plein, le secrétaire du roi 
et le grand-prêtre en comptaient le contenu et remettaient 
l'argent aux entrepreneurs des travaux de réparation. 
L'argent des sacrifices pour le délit et pour le péché 
restait seul aux prêtres, auxquels il appartenait person- 
nellement. Après sa défaite par Hazaël, roi de Syrie, 
Joas prit tout ce qu'il y avait dans le trésor et l'envoya 
au vainqueur, pour l'empêcher de marcher sur Jérusa- 
lem.. IV Reg., xn, 4-18; II Par., xxiv, 4-25. — 5» Nabu- 
chodonosor, après avoir pris Jérusalem, s'empara du tré- 
sor du Temple, IV Reg., xxiv, 13; II Par., xxxvi, 18, et 
le transporta dans le trésor de son dieu. Dan., I, 2. — 
6° Dans sa description du Temple, Ezéchiel, xlii, 13, 
mentionne les chambres où les prêtres doivent déposer 
les choses très saintes et les offrandes. Dans plusieurs 
autres passages de Jérémie, xxxv, 4; xxxvi, 10-21, et 
d'Ézéchiel, xl, 17; xli, 10; xlii, 1, etc., où les versions 
emploient le mot gazophylacium, il est seulement ques- 
tion de diverses chambres du Temple, non du trésor. — 
7» Au retour de la captivité, le trésor fut reconstitué par 
la restitution que Cyrus fit des vases sacrés, I Esdr., i, 
8-11, et par des dons spontanés. I Esdr., vin, 28-30. Des 
redevances en nature y étaient apportées. II Esdr., x, 
37-39. Des prêtres et des lévites en furent établis gar- 
diens. II Esdr., xn, 43. Néhémie fit expulser des 
chambres du trésor l'Ammonite Tobie, parent du prêtre 
Éliasib, qui avait toléré cette intrusion, et il rétablit les 
Choses dans l'état où elles devaient être. II Esdr., xiii, 
4-13. On voit par ces récits que la chambre du trésor 
proprement dit avait pour annexes des magasins dans 
lesquels on déposait les dons en nature, dîmes du blé, 
du vin, de l'huile, que les lévites devaient apporter. 
Mais ces objets ne constituaient pas, à proprement parler, 



le-trésor du Temple, puisqu'ils étaient réservés à l'usage 
des prêtres. Voir Dîme, t. H, col. 1434. — 8° Antiochus IV 
Épiphane pilla complètement le trésor du Temple et s'y 
empara de dix-huit cents talents (plus de huit millions en 
talents d'argent hébraïques). I Mach., i,24;IIMach.,v,21. ' 
Au temps de Séleucus IV, un Juif, nommé Simon, révéla 
à Apollonius,, officier syrien, que le Temple renfermait 
d'énormes sommes, qui constituaient la fortune publique 
et n'étaient point exclusivement destinées aux sacrifices. 
Cette allégation était vraie, parce que les Juifs n'avaient 
pas d'autre trésor public que celui du Temple. C'est seu- 
lement au temps des rois qu'on avait distingué entre le 
trésor royal et celui du Temple. Voir Trésor. Démétrius 
envoya son intendant, Héliodore, pour mettre la main 
sur les richesses du Temple. Le grand-prêtre Onias, 
pour s'opposer à cet enlèvement, déclara que les coffres 
contenaient des dépôts, le bien des veuves et des orphe- 
lins, les fonds du riche citoyen Hircan, fils de Tobie, 
en tout quatre cents talents d'argent (trois millions et 
demi en talents hébraïques, un peu plus de cinq cent 
mille francs en talents syriens) et deux cents talents 
d'or (plus de vingt-six millions en talents hébraïques, 
probablement un demi-million seulement en talents 
syriens).* Dieu intervint pour protéger le trésor contre 
la cupidité d'Héliodore. II Mach., m, 5-11, 26-27. — 
9° A la prise de la ville par Pompée, le trésor renfer- 
mait deux mille talents (environ dix-sept millions, en 
supposant l'estimation faite en talents hébraïques d'ar- 
gent). Le général romain les respecta. Joséphe, Ant. 
jud., XIV, iv, 4; Bell, jud., I, vu, 6. Moins scrupuleux, 
Crassus prit au Temple huit mille talents, quatre fois la 
somme laissée par Pompée. Ant. jud., XIV, vil, 1. — 
10° Dans le Temple restauré par Hérode, le gazophyla-, 
cium occupait la droite du parvis des femmes, afin que 
tout Israélite put y accéder aisément. Il était précédé 
d'un portique remarquable par la hauteur et la richesse 
de ses colonnes. Josèphe, Bell, jud., V, v, 2. C'est au 
sommet de ce portique qu'Hérode Agrippa suspendit la 
chaîne d'or que Caligula lui avait offerte en souvenir de 
sa captivité à Rome sous Tibère. Josèphe, Ant. jud., 
XIX, vi, 1. Les abords de la salle du trésor portaient 
le nom de gazophylacium. Aussi saint Jean, m, 20, 
dit-il que Jésus enseignait dans le gazophylacium. De 
cet endroit, on voyait aisément ce qui se passait auprès 
du trésor. Marc, xn, 43; Luc, xxi, 1. — 11° Pilate, se 
conformant d'ailleurs aux coutumes juives, prit dans ce 
trésor ce qui était nécessaire pour la construction d'un 
aqueduc. Josèphe, Bell, jud., II, ix, 4. S'il mécontenta 
les Juifs, c'ebt sans doute qu'en cette circonstance il se 
comporta avec le manque d'égards qui lui était familier. 
— 12° Enfin, pendant la guerre de Judée, le prêtre 
Jésus, fils de Thébuthi, et le trésorier Phinéas livrèrent 
à Titus tous les objets précieux que renfermait le trésor. 
Bell, jud., VI, vin, 3. 

IL Son fonctionnement. — 1» Outre le demi-sicle 
prescrit par Moïse, Exod., xxx, 11-16, le trésor recevait 
l'argent du rachat des premiers-nés, Num., xvm, 15; 
des vœux, Lev., xxvn, 2-8, etc., et les dons volontaires, 
IV Reg., xn, 4, même des étrangers au culte du vrai 
Dieu. I Esdr., vu, 15-17, etc. Il n'était pas permis de ver- 
ser au trésor l'argent provenant d'un acte criminel ou 
infâme. Deu t., xxm, 18; Prov., xv, 8; xxi, 27; Eccli., 
xxxiv, 21 ; Matth., xxvn, 6. Au temps de Notre-Seigneur, 
le trésor portait le nom de Corbona. Marc, vu, 11; 
Matth., xxvn, 6. Voir Corbona, t. n, col. 964. —2° Pour 
mettre les offrandes dans le trésor, au moins dans le 
Temple d'Hérode, il n'était pas nécessaire de s'adresser 
directement aux prêtres. Le long de la muraille de droite 
du parvis des femmes, s'ouvraient des orifices dans les- 
quels on versait l'argent, qui de là tombait dans les 
caisses de la chambre du trésor. Ces orifices portaient le 
nom de Sôfàrôf, s. trompettes, » ce qui indique assez 
leur forme allongée et évasée à l'extrémité. Ils étaient. 



135 



GAZOPHYLACIUM — GÉANTS 



136 



au nombre de treize, répondant à autant de destinations 
différentes : 1. demi-sicles de l'année courante; 2. demi- 
sicles de l'année échue; 3. colombes et tourterelles; 
4. holocaustes; 5. bois; 6. encens; 7. or et argent pour 
' les ustensiles du Temple. Les six autres, portant l'ins- 
eription « à volonté », recevaient ce qui restait à offrir 
quand on avait donné le nécessaire pour les sacrifices : 
8. surplus d'un sacrifice expiatoire ; 9. surplus d'un sa- 
crifice pour lé délit ; 10. surplus des sacrifices pour cer- 
taines impuretés légales; 11. surplus du sacrifice de 
nazirat;12. surplus du sacrifice des lépreux; 13. surplus 
des offrandes volontaires. L'argent des sept premiers 
troncs, particulièrement des 3 et 4, était employé par les 
prêtres sans qu'on eût à s'en occuper ; ils immolaient 
autant de victimes que l'indiquaient les sommes remises. 
L'argent des six derniers troncs servaient à offrir des 
holocaustes. Schekalim, vi, 5; Gem. Yqma, 55, 2. — 
3» Trois fois l'an, quinze jours avant les trois grandes 
fêtes, on tirait du trésor trois coffres d'argent pour 
solder les différents objets nécessaires aux sacrifices de 
ces fêtes et payer les personnes qui remplissaient Cer- 
tains offices accessoires. Ce qui restait dans le trésor, 
après qu'on en avait retiré ces trois coffres, était employé 
à différents travaux d'entretien et de réparation au 
Temple, aux aqueducs du sanctuaire et même aux tours 
' et aux murs de la ville. Gem., Ketuboth, 106, 2. Les 
sommes qui n'avaient pas été dépensées à ces travaux 
servaient à acheter du vin, de l'huile et de la farine 
pour les offrandes des particuliers, auxquels on les ven- 
dait avec un profit pour le trésor. Cf. Reland, Antiqui- 
tates sàcrse, Utrecht, 1741, p. 47-50. — 4° La scène 
décrite dans l'Évangile, Marc, xn, 41-44; Luc, xxi, 1-4, 
nous montre les riches versant leurs offrandes avec 
ostentation dans le trésor. On pouvait se rendre compte 
dé l'abondance des dons qu'ils apportaient, et, pareils 
aux hypocrites qui faisaient sonner de la trompette 
pour avertir qu'ils allaient distribuer leurs aumônes, 
Matth., vi, 2, ils prenaient soin que la foule, nombreuse 
aux abords du gazophylacium, n'ignorât rien de leurs 
libéralités. Notre-Seigneur met l'humble aumône de la 
veuve au-dessus de leurs dons orgueilleux. 

H. Lesêtre. 

GÉANTS, hommes d'une stature extraordinaire. La 
Sainte Écriture parle plusieurs fois d'hommes auxquels 
les versions donnent le nom de géants, et qui portent 
en hébreu des appellations diverses. 

I. Les nefîlîm. — 1° On lit dans un récit de la 
Genèse, vi, 4, qui se rapporte à l'époque antérieure au 
déluge : « Les nefîlîm étaient sur la terre en ces jours- 
là, et aussi après que les fils d'Elohim s'unirent aux filles 
des hommes et qu'elles leur engendrèrent : ce sont là 
les gibborîm (les forts), qui autrefois furent hommes de 
renom. » L'étymologie du mot nefîlîm n'est point assurée. 
Gesenius, Tliesaurus, p. 899, tire ce nom de nâfal, 
« tomber. » Les nefîlîm seraient, non pas, comme pen- 
sent quelques hébraïsants, ceux devant qui l'on tombe, 
par crainte ou par faiblesse, mais ceux qui tombent sur 
les autres par violence et avec la supériorité de leur 
force. Cf. Gen., xliii, 18 -..hitnappêl 'alênu, « tomber 
sur nous. » Ce sens est adopté par Aquila : èittm'irrovTEç, 
et Symmaque : (itaîoi. D'autres rattachent nefîlîm à 
pdlâ', « distinguer, » d'où le niphal, « être remarquable, 
grand, étonnant. » Ces étymologies ne s'imposent pas, 
et ni les Septante : ylfavx(, ni la Vulgate : gigantes, 
ne paraissent s'en être inspirés. Dans la mythologie, les 
géants étaient des hommes sauvages et d'énorme stature 
que Zeus détruisit, Odyss., vu, 59, 206; x, 120, des fils 
de Gœa, personnification de la terre, Hésiode, Theog., 185, 
des fils de la terre et du Tartare, qui se révoltèrent 
contre Jupiter, voulurent escalader le ciel, furent fou- 
droyés et ensevelis sous l'Etna. Ovide, Metam., i, 152, 
v, 319; Fast., v, 35; Cicéron, De nat. deor., n, 28, 70; 
'Lucrèce, iv, 139; v, 118, etc. Les deux versions se ser- 



vent donc ici, comme dans d'autres passages, d'un'terme 
mythologique pour rendre, par analogie, un mot hébreu 
qui exprime une idée positive et historique. Il suit de- 
cette interprétation que les nefîlîm constituaient une 
race d'hommes remarquables par leur force, peut-être 
leur stature plus haute que celle des autres hommes, et 
la domination qu'ils exerçaient sur le monde de leur 
temps. Saint Jérôme, In Is., vi, 14, t. xxiv, col. 219, 
remarque que les Gentils appelaient « géants » ceux qui 
sont nés de la terre, tandis que nous donnons ce nom à- 
ceux qui accomplissent des œuvres terrestres. Dans les 
livres postérieurs de la Bible se retrouvent quelques 
allusions à ces êtres antédiluviens. Dans le cantique qui 
termine le livre de Judith, xvi, 8, il est dit que l'ennemi 
a été terrassé par une femme, non par les fils des Titans, 
viol TtTÔvtùv, filii Titan, ni par les hauts géants, û<lii]Àoi 
Fifavreç. Les Titans étaient, selon la mythologie, issus 
de Titan, fils d'Uranus, et de la terre. Révoltés contre 
Saturne, frère aîné de leur père, ils furent foudroyés 
par Jupiter et précipités dans le Tartare. C'étaient donc 
des êtres analogues aux géants, et le livre de Judith 
évoque probablement, sous ces noms d'emprunt, le sou- 
venir des nefîlîm d'autrefois. Le livre de la Sagesse, 
xiv, 6, désigne plus clairement les orgueilleux géants, 
ûitepriçoivoi Y'YawEc, superbi gigantes, qui périrent dans 
les eaux du déluge. Cf. III Mach., n, 4. Ces textes sup- 
posent que les nefîlîm formaient une race forte, au- 
dacieuse, orgueilleuse et en révolte contre Dieu; mais 
rien n'indique en eux, comme caractère saillant, l'idée 
de stature énorme que nous attachons au mot « géants». 
Du texte de la Genèse, vi, 4, on peut tirer d'importantes 
conclusions. Tout d'abord, les nefîlîm préexistaient sur 
la terre à l'union des « fils de Dieu » et des « filles de 
l'homme », puisque le texte dit formellement qu'il y en 
eut aussi, vegam, après cette union. Ces nefîlîm étaient- 
ils descendants de Seth ou de Caïn? Probablement des 
deux. Rien ne laisse supposer en effet que le crime de 
Caïn ait causé une dégénérescence physique dans sa race. 
L'union des « fils de Dieu » avec les ci filles de l'homme »• 
semble au contraire avoir apporté une certaine modifi- 
cation dans l'état de l'humanité, car les fils qui sortirent 
de cette union ne furent pas des nefîlîm, comme leurs 
ancêtres, dont beaucoup existèrent encore jusqu'au dé- 
luge, mais seulement dès gibborîm, « des forts. » Ces 
derniers se firent un nom. L'auteur sacré ne dit pas à 
quel titre. Il est possible qu'ils aient cherché la célé- 
brité, en posant pour des hommes plus avisés, plus 
entreprenants que leurs pères, en faisant de l'oubli de 
Dieu une condition de bonheur et de progrès, enfin en 
contractant des unions avec la partie maudite, mais 
peut-être plus industrieuse, du genre humain. Josèphe, 
Ant. jud., I, m, 1, les appelle « des fils déshonorés, qui, 
se fiant à leur valeur, méprisèrent toute honnêteté ». 
C'est seulement à raison de leur audace contre Dieu 
qu'il les compare aux rcyavue; des Grecs. — 2» Au livre 
des Nombres, xm, 33, apparaît pour la seconde et der- 
nière fois le nom de nefîlîm. Voici en quelles circon- 
stances. Moïse avait envoyé en avant, dans le pays de 
Chanaan, des espions chargés de l'explorer. Ceux-ci 
s'avancèrent jusqu'à Hébron, et en rapportèrent une 
grappe de raisins si considérable que deux hommes la 
portaient sur une perche. Caleb et Josué, Seuls parmi 
les envoyés, déclarèrent au retour que les Israélites pou- 
vaient parfaitement se rendre maîtres du pays. Mais les- 
autres dirent : « Le pays dévore ses habitants. Tous 
ceux que nous y avons vus sont des hommes de haute 
taille. Là, nous avons vu des nefilîm, fils d'Énac (issus) 
de nefîlîm, et nous étions à nos yeux comme des saute- 
relles, et nous l'étions à leurs yeux. » Pour interpréter 
ce texte, il faut d'abord se souvenir que les espions 
hébreux ne pouvaient connaître les nefilîm d'avant le 
déluge que par ouï-dire. Si la restriction du déluge à 
une partie seulement de l'humanité était scientifique- 



137 



GÉANTS — GÉBAL 



138 



ment démontrée, on pourrait admettre, avec certains 
auteurs, que ces nefilîm sont les descendants directs 
des Caïnites antédiluviens. Cf. Motais, Le déluge bibli- 
que, Paris, 1885, p. 335. Mais cette démonstration n'est 
pas faite. Voir Déluge, t. n, col. 1356. On peut donc 
dire que les nefilîm contemporains de Moïse ne sont 
ainsi nommés que par analogie. A leur époque, le mot 
nefilîm désignait des hommes de haute taille. D'autre 
part, il faut peser le témoignage de ceux qui en parlent. 
Ce sont des gens effrayés, qui veulent faire partager leur 
frayeur à tout le peuple. L'expression dont ils se servent : 
« Nous étions auprès d'eux comme des sauterelles, » doit 
donc être débarrassée du caractère hyperbolique dont 
l'ont revêtue le génie oriental, l'effroi des espions et le 
complot que ceux-ci avaient formé de détourner leurs 
compatriotes de la conquête de Chanaan. Il reste alors 
ceci. Certains Chananéens étaient des hommes de plus 
haute stature que les Hébreux; ils constituaient une race 
physiquement plus forte et d'apparence redoutable. Mais 
ils n'avaient probablement rien de commun avec les an- 
ciens nefîlîm, et, en somme, les Hébreux réussirent à les 
vaincre plus tard et à s'emparer du pays de Chanaan. — 
■Cette idée que les premières générations humaines pos- 
sédaient une stature plus élevée que leurs descendants 
demeura fixée dans le souvenir des anciens peuples. On 
en retrouve l'expression dans le quatrième livre d'Esdras, 
T, 52-55, œuvre apocryphe où il est expliqué que la taille 
des hommes s'abaissa peu à peu, à mesure que les géné- 
Tations se succédaient. Au point de vue anthropologique, 
rien n'a encore démontré que les premiers hommes 
aient eu une taille notablement supérieure à celle de 
leurs descendants. Les fossiles humains remontant à 
l'époque préhistorique sont trop rares et trop incomplets, 
pour qu'il soit permis d'en tirer une conclusion quel- 
conque au sujet de la stature. Voir Adam, t. i, col. 191. 
■Cf. N. Joly, L'homme avant les métaux, Paris, 1888, 
p. 75. Sans doute, on trouve de temps en temps d'antiques 
ossements humains accusant une taille extraordinaire, 
■qui va parfois jusqu'à près de 3 m 50. Revue des questions 
scientifiques, Bruxelles, juillet 1890, p. 311, 312; Revue 
scientifique, Paris, 13 octobre 1894, p. 474. Mais il est 
assez probable que ce sont là des cas exceptionnels, 
analogues à ceux de ces hommes à taille colossale qui se 
rencontrent encore de temps en temps de nos jours, et 
■dont on a vu plusieurs atteindre près de 3 mètres de 
haut. — L'Ecclésiastique, xvi, 8, parle de ces antiques 
géante qui ne surent pas implorer le pardon de leurs 
péchés et périrent avec leur puissance. 

II. Les gïbbôrîm. — Leur nom vient de gâbar, a. être 
fort. » Les gïbbôrîm sont habituellement dans la Sainte 
Écriture les hommes remarquables par leur force et leur 
courage, ceux que nous appelons des « héros ». Voir 
t. i, col. 973. Parfois les versions leur donnent le nom 
de géants. Nous avons vu que les « fils de Dieu » qui 
s'unirent aux « filles de l'homme », Gen., vi, 4, don- 
nèrent naissance à des gïbbôrîm, ytyavreç, gigantes, 
dont le nom hébreu marque au moins une dissemblance 
avec les nefilîm. De ces gïbbôrîm, nés de « fils de Dieu » 
■et de « filles de l'homme », les Grecs ont fait leurs 
jf|fu6soi, nés d'un être divin et d'un être humain, demi- 
dieux ou héros. Iliad., xii, 23; Hésiode, Op. et dies, 
159, etc. — Nemrod « commença à être gibbôr (yiyaî, 
potens) sur la terre, et fut un gibbôr (yt'yaç, robustus) 
chasseur devant Jéhovah ». Gen., x, 8, 9. Dans ce texte, 
et quelques autres où les Septante traduisent par yt'yac, 
Ps. xix (xvm), 6; Is., m, 2, etc., il n'y a pas lieu de 
donner à gibbôr un sens différent de celui qu'il a com- 
munément. 

III. Les refâ'îm. — Ce nom désigne des peuplades 
d'origine chananéenne, voir Raphaïu, et quelquefois les 
âmes des morts. Les versions ont fréquemment pris les 
refâ'îm pour des géants. Prov., ir, 18 : -pfiyevEîc (fils de 
Ja terre, Géants ou Titans), inferi; ix, 18 : y/jysveîc, 



gigantes (Symmaque : 8so[ieéxot); XXI, 16 : ytyavTe;, 
gigantes; Is., xiv, 9 : yiyixvTec, gigantes. Dans deux 
passages, les versions lisent rofim, « médecins, » au 
lieu de refâ'îm. Ps. LXXxvm (lxxxvii), 11 : îoiTpo:, 
medici; Is., xxvi, 14 : tatpot, gigantes. Il résulte de là 
que le mot refâ'îm ne peut rappeler l'idée de géants 
que quand il est question du peuple des Raphaïm, et 
encore faut-il seulement entendre par ces géants des 
hommes de taille plus élevée que celle des Hébreux, et 
redoutables aux yeux de ces derniers par leur sauvagerie 
et leur férocité. Parmi ces peuples, la Sainte écriture 
mentionne, avec les Raphaïm, les Émim, les Énacites 
et les Zuzim. Voir ces mots. — Baruch, m, 26, rappelle 
ces géants d'autrefois, qui étaient d'une taille élevée et 
savaient la guerre, et que cependant le Seigneur ne 
choisit pas pour leur révéler le chemin de la sagesse. 

IV. Quelques géants particuliers. — La Sainte 
Écriture mentionne spécialement Og, de la race des 
Rephaïm et roi de Basan, dont le lit ou sarcophage était 
long de neuf coudées (plus de trois mètres et demi), 
Deut., m, 11 ; Goliath, dont la taille avait six coudées et 
un empan (environ deux mètres soixante). I Reg., xvii, 
4. Voir Og, Goliath. — Saûl dépassait tout le peuple 
de la tête. I Reg., xi, 23, 24. — Banaïas. l'un des officiers 
de David, avait tué un Égyptien haut de cinq coudées • 
(deux mètres). I Par., xi, 23. — Josèphe, Ant. jud., 
XVIII, iv, 5, mentionne un Juif, nommé Éléazar, géant 
de sept coudées (deux mètres quatre-vingt-cinq), que le 
roi des Parthes, Artaban, envoya en présent à l'empe- 
reur Tibère. Voir Enacites, t. n, col. 1766. 

W T ifï'c;É T 'r , Tï ir 

GÉBA (hébreu : Gâba', II Esd., vu, 30; xi, 31 ; Géba', 
II Esd., xn, 29; Septante : Vx.ëaâ), ville de la tribu de 
Benjamin, réhabitée par les Juifs au retour de la capti- 
vité. II Esd., vu, 30; xi, 31; xii, 29. Voir Gabaa 2, col. 4. 

A. Legendre. 

1. GÉBAL (hébreu : Gebal; Septante : TeeàX), la 
Byblos des Grecs, ville de Phénicie (fig. 25). Le nom de 
Gébal (aujourd'hui Djébaïl) vient de gâbal, «entrelacer, » 
et désigne une région montagneuse (cf. l'arabe djebel, 
« montagne »). Son nom ne se lit qu'une seule fois dans 
le texte hébreu de la Bible, dans Ezéchiel, xxvii, 9, où 
les plus expérimentés des Gibliens, ziqnê Gebal va-l}âkâ- 
méhâ (Vulgate ; senes Giblii et prudentes ejus), sont 
désignés comme ayant contribué à la fortune de Tyr. Le 




25. — Monnaie autonome de Byblos. 

Tète de Tyché, diadémée, voilée et tourelée, à droite. — $j. L, A a t, 

d, ifj 4 ttf. Chronos phénicien, androgyne, à six ailes éployées, 

debout, à gaucbe. 

Gébal (Gebdl) dont le nom se trouve au Ps. lxxxii, 8, 
dans l'énumération des peuples qui se liguent contre le 
Dieu d'Israël, ne doit pas s'appliquer à la ville phéni- 
cienne, d'après l'opinion la plus probable. Voir GÉBAL 2. 
Les Gibliens ou Giblites (hébreu : Giblîm; Vulgate : 
Giblii), c'est-à-dire les habitants de Gébal, sont men- 
tionnés : — 1» dans le texte hébreu de Josué, xin,5, oùils 
semblent désignés comme devant être conquis par les 
fils d'Israël, mais ce texte, différemment traduit par les 
Septante qui portent TaXtàB $u).i<7rt£Î[i, et par la Vulgate 
qui supprime les Gibliens, est probablement fautif; > 
— 2°dans III Reg., v,18 (hébreu, I Reg., v, 32), où il est 
dit que les Gibliens préparèrent les pierres et les bois 
pour édifier la maison du Seigneur, de concert avec les 



139 



GÉBAL 



140 



ouvriers de Salomon et ceux de IJiram, roi de Tyr. 
Le nom de Gébal, écrit tantôt Gubal, tantôt Gubli, est 
souvent mentionné dans les tablettes de Tell el-Amarna 
et dans les inscriptions cunéiformes. E. Schrader, Die 
Keilinschriften und dos dite Testament, 2 e édit., in-8°, 
Geissen, 1883, p. 185. Il devint pour les Grecs B-j6),o; 
ou BtêXo;. On sait toute la célébrité que valurent à cette 
ville sainte du paganisme les souvenirs annuellement 
fêtés de la mort et de la résurrection d'Adonis, le Tham- 
muz syrien. Sous la domination grecque, les pèleri- 
nages auprès du fleuve qui, à la fonte des neiges, rou- 
lant des terres rouges, semblait encore teint du sang du 
jeune chasseur blessé, devinrent de plus en plus dé- 
monstratifs et fréquents. Le sensualisme de ce temps, 



marbre blanc enfoui à cinq mètres sous terre, et il l'ex- 
ploite en partie comme carrière de pierres, en partie 
comme trésor archéologique, car il réserve conscien- 
cieusement sous clef, dans un local voisin, les statues, 
les chapiteaux et même quelques-unes des frises décou- 
vertes par ses travailleurs. La partie de ce temple qu'il 
nous a été donné de visiter est vraiment magnifique. Les 
nécropoles qui s'étendent au levant de Djébaïl du sud au 
nord offrent aussi un vif intérêt, mais à d'autres points 
de vue. Il semble que l'artiste, y supprimant toute dé- 
coration, a voulu donner uniquement à la maison des 
morts le caractère de simplicité grandiose qui convient 
à de telles demeures. 
Le type des habitants de Byblos est remarquable de 




26. — Vue de Djébaïl, prise de la forteresse en mai 1899. D'après une photographie de M. L. Heidèt. 



non moins que le mysticisme naturel aux peuples 
d'Orient, y trouvait largement son compte. Voir Thammuz. 
Comme nous le dit III Reg., v, 18, les Gibliens furent 
de remarquables constructeurs. Nous sommes allés à 
Byblos (fig.26) en mai 1899, et nous avons vu les restes 
de leur célèbre architecture. Il n'est pas douteux, pour 
• quiconque a examiné les soubassements de l'enceinte du 
temple à Jérusalem et les grandes pierres de l'angle 
sud-est du château de Djébaïl, que, tout en étant d'une 
époque différente, les ouvriers qui ont manié et taillé en 
bossage ces énormes blocs de 1 mètres de long sur deux 
de large sont de la même école (fig. 27 et 28). Les colonnes 
de granit bleu ou rose couchées à Djébaïl dans le petit 
port depuis longtemps ensablé et où n'abordent que des 
barques de pêcheurs, ne suffiraient pas, rongées qu'elles 
sont par le temps et les flots, à nous faire juger du 
goût que les Gibliens déployèrent en architecture. C'est 
dans les fouilles fortuitement entreprises ' par un des 
grands propriétaires du pays qu'on doit aller admirer 
l'art des sculpteurs de Byblos. En voulant se bâtir une 
maison, il a mis la main sur un très beau temple de 



force et d'agilité chez les hommes, de gracieuse affa- 
bilité chez les femmes. Des maisons à l'européenne 
commencent à s'élever un peu partout au milieu de 
ruines qui n'ont, d'ailleurs, rien de triste. La petite 
baie azurée, dans laquelle l'antique Byblos baignait ses. 
pieds, demeure encore, comme toutes celles qui, jusqu'à 
Beyrouth, s'arrondissent successivement en courbes ca- 
pricieuses, le long de jolis et riches villages, un des 
sites les plus enchanteurs que l'antiquité eût trouvés pour 
y établir des fêtes de plaisir et deo réunions de débauche 
en l'honneur soit d'Adonis, soit de Beltis, la « Dame 
de Byblos ». Les monnaies de cette ville (iig 25) portent 

l'inscription : tj y/ 4 »d i, q a Z, , U-Gebal qodSef, « à Gé- 
bal la sainte. » Des monnaies de l'époque impériale re- 
présentent le même temple de Byblos consacré à Baal et à 
Beltis. (Voir fig. 390, t. i, col. 1318.) — Voir Corpus 
inscriptionum Sèmiticarum, in-f°, Paris, 1881, t. i, 
fasc. i, p. 1-8; Strabon, xvi, 2, 18; E. Renan, Mission de 
Phénicie, in-f», Paris, 1864, p. 153-281 ; E. G. Rey, Étude 
sur les monuments de l'architecture militaire des 



141 



GÉBAL — GEBBÉTHON 



142 



Croisés en, Syrie, in-4», Paris, 1871, p. 217-219, avec un 
plan de Djébaïl, pi. xxi. E. Le Camus. 

2. GÉBAL (hébreu : Gebâl; Septante : Codex Alexan- 
drinus: reêâ).; Codex Vaticanus: NotëâX; Codex Sinai- 
iicus: raiêàX),nom d'un peuple mentionné an Ps. lxxxii 
(hébreu, lxxxiii),8, avec les Moabites, les Ammonites, les 
Amalécites, etc. L'auteur du cantique sacré décrit une coa- 
lition redoutable, formée contre le royaume théocratique 
par toutes les nations voisines, sous l'impulsion de 
l'Assyrie. D'après les meilleurs interprètes, cette coa- 
lition n'est autre que la ligue qui eut lieu contre Juda 
sous le roi Josaphat. Cf. II Par., xx, 1-29. Seulement le 
Psalmiste donne une liste plus complète que le second 
livre des Paralipomènes. Josèphe, Ant. jud., IX, i, 2, 



~ - ' - * f gï '. = ~JÏ *ûKK! ~*-]A !ji UjfrïM -fit- 



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BUSH 




27. — Forteresse de Djébaïl. D'après Renan, Mission de Phénicie. 
Atlas.pl. xxv. 

ajoute aussi aux principaux confédérés « une grande 
multitude d'Arabes ». Si l'on s'en rapporte à la nomen- 
clature du Ps. lxxxii, qui suit à peu près l'ordre géo- 
graphique, il faut placer Gébal au sud ou à l'est de la 
mer Morte. C'est, en effet, à ces régions qu'appartiennent 
les six premiers peuples cités avec cette tribu, Iduméens, 
Ismaélites, Moabites, Agaréniens, Ammonites et Ama- 
lécites. L'ouest de la Palestine est représenté par les 
Philistins (Vulgate : alienigense, « les étrangers ») et les 
habitants de Tyr. Or les auteurs anciens, comme les 
voyageurs modernes, signalent au sud-est du lac Asphal- 
tire, une contrée dont le nom, Djébâl, rappelle exacte- 
ment le Gébâl hébreu. D'après Josèphe, Ant. jud., II, 

I, 2, une partie de Pldumée s'appelait i\ ToSoXîtiç, « la 
Gobolitide. » Le même historien, Ant. jud., IX, ix, 1, 
complétant le récit de IV Reg., xrv, 7, et de II Par., xxv, 

II, dit qu'Amasias, roi de Juda, fit la guerre aux Ama- 
lécites, aux Iduméens et aux Gabàlites. Les Targums et 
la version samaritaine du Pentateuque mettent souvent 
Gébalah pour « les monts de Séir ». Eusèbe et saint Jé- 
rôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 125, 149, 
155, 241, etc., font de la Gébalène l'équivalent de l'Idumée 



ou de la montagne iduméenne, ou tout au moins d'un 
district des environs de Pétra. C'est dans cette région 
qu'ils placent les villes d'Édom mentionnées Gen., xxxvi, 
31-43, telles que Mabsar, Magdiel, Jétheth, Masréca. Le 
nom de Djébâl demeure encore attaché aujourd'hui au 
prolongement septentrional des monts iduméens, au sud 
de Kérak, entre l'ouadi El-Ahsy et l'ouadi El-Ghuuéir, 
le reste du massif s'appelant Djebel esch^Schérah jus- 
qu'à l'extrémité méridionale. Cf. J. L. Burckhardt, 
Travels in Syria and the Holy Land, Londres, 1822, 
p. 410; E. Robinson, Biblical Researches in Palestine, 
Londres, 1856, t. n, p. 154. Gébal du Ps. lxxxii repré- 
sente donc, croyons-nous, une peuplade iduméenne. 
Quelques auteurs cependant confondent cette tribu avec 
Gébal ou Byblos, ville maritime de la Phénicie, dont 
parle Ézéchïel, xxvii, 9. Cf. W. Smith, Dictionary of 




28. — Fragment de mur de la forteresse de Djébaïl. D'après Renan, 
Mission de Phénicie. Atlas, pi. xxv. 

tlie Bible, 2 e édit., Londres, 1893, t, i, p. 1138. Mais, 
dans ce cas, -l'auteur sacré aurait plutôt uni le nom de 
Gébal à celui de Tyr, et n'eût pas placé au milieu de 
nations du midi et de l'est une ville du nord, 

A. Legendre. 
GEBBAÏ (hébreu : Gabbay; Septante : r-Q^; Codex 
Alexandrinus, Ti)6zEi; Codex Sinaiticus, Tv)êi{ç,). D'après 
l'hébreu, ce mot doit s'unir au suivant pour ne former 
qu'un seul nom propre : Gabbay-Sdllay . La ponctua- 
tion actuelle de la Vulgate (Gebbai, Sellai) et celle 
des Septante séparent les deux mots; mais la virgule 
doit être remplacée par un trait d'union. Gabbay-Salldy 
était un chef de famille de la tribu de Benjamin, habi- 
tant Jérusalem au temps de Néhémie. II Esdr., xi, 8. 

GEBBAR (hébreu : Gibbâr; Septante : Txêip). Les 
Benê-Gibbâr (Vulgate : « les fils de Gebbar »), au nom- 
bre de quatre-vingt-quinze, retournèrent de la captivité 
avec Zorobabel. I Esd., n, 20. Le nom de Gebbar, qui 
indique le lieu d'origine de cette famille, est probable- 
ment une altération du nom de Gabaon, qu'on lit dans a 
liste parallèle de II Esd., vu, 25. Voir Gabaon, 7°, col. 21. 

GEBBÉTHON (hébreu : Gibbefôn, « hauteur ; » Sep- 
tante : Codex Vaticanus, Bs-reôûv, Jos., xix, 44; r«6a9wv, 
III Reg., xv, 27; xvi, 17; reBeSSv, Jos., xxi, 23; Tagawv, 
III Reg., xvi, 15; Codex Alexandrinus, Toêoôwv, Jos., 
xix, 44; III Reg., xvi, 15; raêeBwv, Jos., xxi, 23; Vul- 
gate : Gebbethon, Jos., xix, 44; III Reg., xv, 27; xvi, 15, 
17; Gabatlion, Jos., xxi, 23), ville de la tribu de Dan, 
Jos., xix, 44, donnée aux Lévites, fils de Caath. Jos., 
xxi, 23. Elle est citée, Jos., xix, 44, entre Elthécé et 
Balaath, dont malheureusement l'identification précise 
est encore à trouver. Cependant, en tenant compte de 
l'ordre suivi par Josué dans ses énumérations, od peut 
regarder Gebbethon comme formant, avec Balaath, une 
sorte de transition entre le groupe méridional et le 



143 



GEBBÉTtJON — GEDDELTHI 



ite 



groupe septentrional des villes datâtes. Voir Dan 2, 
tribu et carte, t. H, col. 1232. Voilà pourquoi il est per- 
mis, à la suite des explorateurs anglais, de reconnaître 
cette localité dans le village actuel de Qibbiyéh, au sud- 
est de Beit Nebâla. Cf. Survey of Western Palestine, 
Memoirs, Londres, 1881-1883, t. il, p. 297; G. Armstrong, 
W. Wilson et Conder, Names and places in tke Old 
and New Testament, Londres, 1889, p. 69. Elle se 
trouve ainsi non loin à.'EU-Yehudiyéh, qui représente 
certainement Jud, mentionnée presque immédiatement 
après. Jos., xix, 45. Eusèbe et saint Jérôme, Onomastïca 
sacra, Gœttingue, 1870, p. 128, 246, signalent, à propos 
de Gabathon de la tribu de Dan, une petite ville nom- 
mée Gabe, Faêt, à seize milles (près de vingt-quatre 
kilomètres) de Gésarée. Il est impossible de chercher 
aussi loin des limites de la tribu la cité dont nous par- 
lons. Qibbiyéh n'est plus aujourd'hui qu'un pauvre vil- 
lage réduit à une trentaine de misérables habitations, 
dont la moitié sont renversées ou fort dégradées. Situé 
à l'extrémité de la Séphélah, sur les premiers contreforts 
de la montagne, il a pu avoir autrefois une certaine 
importance. En supposant qu'il représente réellement 
Gebbéthon, on comprend que les Philistins et les Israé- 
lites s'en soient disputé la possession. Nous voyons, en 
effet, III Reg., xv, 27, Nadab, fils de Jéroboam, occupé 
à faire le siège dé Gebbéthon, « ville des Philistins, » 
lorsqu'il fut assassiné par Baasa. Un quart de siècle 
plus tard, Amri l'assiégeait encore lorsqu'il fut établi roi 
d'Israël à la place de Zambri. III Reg., xvi, 15, 17. C'est 
tout ce que l'Écriture nous apprend sur l'antique cité. 

A. Legendre. 
GEBHARDI Heinrich Brandanus, luthérien alle- 
mand, professeur d'hébreu à Greifswald, né à Bruns- 
wick le 6 novembre 1657, mort le 1 er décembre 1729. 
Voici la liste de ces principaux ouvrages : De nomine 
tetragrammato, in-4», Greifswald, 1689; Exercitationes 
antiaberlinm duodecim in Esaïœ cap. XL et xli, in-4 , 
Greifswald, 1692; Consensus Judeeorum cum Joanne 
Baptista in dnctrina de satisfastione Messiœ ad Jua., i, 
29, in-4°, Greifswald, 1689; Epistola ad amicum de 
resurrectione prima, Apocal., xx, 5, 6, in-4», Greifs- 
wald, 1695; BeGog et Magog,Ezech., xxxrm et xxxix, 
Apoc, xx, 8-9, in-4», Greifswald, 1695; Isagoge ad 
Apocalypsim divi Johannis apostoli, in-4», Greifswald, 
1696; De Orebhim Elise nutritoribus, naturales ne corvi 
an hornines intelligantur, I Sam.j xvii,46, in-4», Greifs- 
wald, 1697; Centum loca Novi Testamenti quse R. Isaac 
fil. Abraham in suo Munimine fidei depravaverat vin- 
dicata, in-4», Greifswald, 1699; In epistolam Judas 
intégra commentatio in qua preecipue orientales epi- 
stolse versiones examinanlur, in-4», Francfort, 1700, 
publié avec un fragment d'un commentaire de G. Dorsch 
sur la même épître ; De essentiali nomine Dei Jehova 
qua simul fabulai Schemhamphorasch orïgo aperitur, 
Ex., vi, S, in4», Greifswald, 1701 ; Succincla exegesis 
in Ps. i et il, in-4», Greifswald, 1702; Vindiciœ quo- 
rumdam locorum Hebrxi codicis adversus Paulum 
Pezron, in-4°, Greifswald, 1705; Disputatio de vtïlpi- 
bus Simsonis, Jud., xv, 4, in-4», Greifswald, 1707; De 
maxilla simsonea, Jud., xv, i9, in-4», Greifswald, 1707; 
De Beelzebul, Luc.,xi, i5, in-4», Greifswald, 1707; Parà- 
phrasis epistolœ ad Titum, cum notis et censura in 
versiones Retzii et Trillerii, in-4», Greifswald, 1714. De 
1723 à 1728, il publia en outre des études sur les petits 
prophètes, qui furent réunies en un seul volume par 
les soins de J. .1. Gebhardi sous le titre : Grundliche 
Einleitung in die zwôlf kleinen Propheten, in-8°, 
Brunswick, 1734. Voir Walch, Bibl. theol., t. i, p. 864. 
882; t. rv, p. 564, 590, 723, 756, 764; Le Long, Biblioth. 
sacra, p. 739; Àllgemeine deutsche Biographie, t. vm, 
1878, p. 481. B. Heurtebize. 

GECKO, reptile de l'ordre des sauriens, ù peu 



près de même forme et de même taille que le lé- 
zard, mais d'une configuration beaucoup moins lé- 
gère (flg. 29). Le gecko possède à chaque patte cinq 
doigts très divergents, munis d'ongles crochus, élargis 
à leur extrémité et pourvus en dessous d'un système de 
lamelles imbriquées, permettant à l'animal de faire le 
vide pour s'accrocher aux parois les plus lisses et les 
plus verticales et s'y maintenir immobile pendant des 
heures. La peau est de couleur grisâtre, si bien que le 
gecko peut passer inaperçu sur les rochers, les mu- 
railles et les troncs d'arbres. Mais cette peau semble 
couverte de pustules et 
d'écaillés granulées, qui 
donnent à ce petit sau- 
rien, d'ailleurs timide et 
inoffensif, une apparence 
répugnante comme celle 
du crapaud et le font sou- 
vent pourchasser à l'égal 
d'un être venimeux. Le 
gecko pousse un cri ana- 
logue au bruit que pro- 
duit la langue quand on 
la détache brusquement 
de la paroi supérieure du 
palais. Ce cri lui a fourni 
son nom par onomatopée 
dans les langues moder- 
nes. L'animal se nourrit 
exclusivement d'insectes 
et habite surtout les pays 
méditerranéens. — Le gec- 
ko, ptyodactylus gecko, 
est commun en Pales- 
tine. Lortet, La Syrie 
d'aujourd'hui , Paris, 
1884, p. 145. Aussi con- 
jecture-t-on qu'il est dé- 
signé en hébreu par le 
mot 'ânâqâh, nom d'un 
animal rangé parmi d'au- 
tres sauriens et proscrit 
de l'alimentation. Lev., xi, 30. Le mot 'ânâqâh viendrait 
de 'ânaq, « gémir, » sans que pourtant cette étymologie 
s'impose. Les versions ont traduit par u.vyàcXri, mygale, 
« musaraigne, » petit mammifère nocturne peu vraisem- 
blablement mentionné dans cet endroit. Il serait éton-* 
nant au contraire que le gecko ne fût pas nommé en 
compagnie du caméléon et du lézard. Cf. Tristram, The 
natural history of the Bible, Londres, 1889, p. 265. 

H. Lesêtre. 
GEDDEL (hébreu : Giddêl), nom de deux person- 
nages que la Vulgate orthographie de façons diverses. 

1. GEDDEL (Septante : Tegriâ; Codex Alexandrinus : 
Tzhhr\\, I Esdr., il, 56, et rccSrjX; Codex Alexandrinus : 
Tzhhr},, II Esdr., vu, 58), rangé parmi les fils des servi- 
teurs de Salomon, prisonniers de guerre attachés au ser- 
vice du temple. I Esdr., n, 56. Dans la liste parallèle 
II Esdr., vu, 58, la Vulgate le nomme Jeddel. 

2. GEDDEL (Septante : r<xSrjX), chef de famille parmi 
les Nathinéens revenus de captivité avec Zorobabel. 
II Esdr., vu, 49. Dans la liste parallèle, I Esdr., n, 47, 
la Vulgate l'appelle Gaddel. 

GEDDELTHI (hébreu : Giddélti ; Septante : ToSoX- 
XccBei; Codex Alexandrinus : TeSoMiOt), lévite, un des 
quatorze fils d'Héman. Avec ses frères, il était chargé 
de chanter et de jouer des instruments de musique dans 
le temple. . I Par.', xxv, 4. Sa famille était la vingt- 
deuxième de celles qui, à tour de rôle, servaient dans 
la maison du Seigneur, ji. 29. 




29. — Le gecko. 



445 



GEDDES — GEDÉON 



146 



GEDDES Alexander, exégète rationaliste écossais, 
né le 4 septembre 1737, à Arradowl, dans le Banffshire, 
mort à Londres, le 56 février 1802. Né de parents catho- 
liques, il se destina à l'état ecclésiastique, se rendit en 
1758 au collège des Écossais à Paris et apprit l'hébreu au 
cours de l'abbé Ladvocat. Il fut ordonné prêtre à Dundee 
en 1764. Ses témérités et ses hardiesses ne tardèrent pas 
à le mettre mal avec l'autorité ecclésiastique. Sa traduc- 
tion anglaise de la Bible avec notes critiques le fit in- 
terdire dés fonctions sacerdotales. Le premier volume 
contenant le Pentateuque et Josué parut, in-4°, à Londres, 
en 1792, sous ce titre : The Holy Bible, or the Books 
accounted Saa'ed by Jews and Christians, otherwise 
called the Books of tlw Old and New Covenants, faith- 
fully translated from corrected Text of the Originals; 
with varions Readings, explanatory Notes, and critical 
Remarks. Le second volume, publié en 1797, contenait 
les Juges, les livres de Samuel, des Rois et les Chro- 
niques. Cette version avait été précédée d'un Prospectus 
of a New Translation of the Holy Bible, in-4°, Glasgow, 
1786, et de A Letter to the Right Rev. the Lord Bishop 
ofLondon, containing Queries, Doubts, and Difficulties 
relative to a Vernacular Version of the Holy Scrip- 
tures; being an Appendix to ihe Prospectus, in-4°, 
Londres, 1787. Elle fut suivie de Critical Remarks on 
the Hebrew Scriptures, corresponding with a new 
Translation of the Bible; containing Remarks on the 
Pentateuch, t. I (le seul publié), in-4°, Londres, 1800. — 
Dans ses écrits, Geddes accepte les idées des rationalistes 
allemands; il cite souvent Eichhorn, le D r Paulus, etc. 
D'après lui, la Bible est un livre purement humain, l'his- 
toire de la création et celle de la chute sont des mythes, 
les miracles racontés dans l'Exode, des fables ou des 
hallucinations; il nie l'inspiration des Écritures, il atta- 
que Moïse comme historien, comme moraliste et comme 
législateur. C'est surtout dans ses Remarques critiques 
(qui ne s'occupent que du Pentateuque) qu'il donne libre 
cours à son scepticisme. La version resta inachevée. En 
dehors des deux volumes déjà mentionnés, fut publié 
après sa mort, par J. Disney et Ch. Butler : A new 
Translation of the Book of Psalms, from the original 
Hebrew; with various Readings and Notes, in-8°, Lon- 
dres, 1807; œuvre inachevée (Ps. i-cvm). — Malgré tous 
ses écarts, Geddes prétendait toujours être catholique. Il 
n'est pas certain cependant qu'il eût conservé la foi à la 
divinité de Jésus-Christ. Un prêtre français, appelé Saint- 
Martin, lui donna l'absolution la veille de sa mort, mais 
sans être sûr que le malade eût sa pleine connaissance. 
J. M. Good, Memoirs of the life and writings of Alex. 
Geddes, in-8°, Londres, 1803, p. 525. John Douglas, le 
vicaire apostolique de Londres, ne voulut point permettre 
qu'on célébrât publiquement le saint sacrifice pour le 
repos de son âme. Les rationalistes lui ont décerné de 
grands éloges. H. Dôring, dans Ersch et Gruber, Allge- 
meine Encyklopàdie, sect. i, t. lvi, p. 419; H. G. Pau- 
lus, son ami, traduisit en allemand, en 1801, sa Modest 
Apology for the Roman catholics of Great Britain, in-8°, 
Londres, 1800, qui était plus une attaque qu'une défense 
des catholiques. Un autre rationaliste allemand, Joh. Sev. 
Vater, fit entrer les Critical Remarks de Geddes dans 
son Commentar ûber den Pentateuch, mit Einleitung 
zu den einzeVnen Abschnitten des eingeschalten TÏèbér- 
setzung von Alex. Geddes's kritischen und exegetischen 
Anmerkungen, 3 in-8», Halle, 1802. — Esprit bizarre et 
singulier, qui prétendait reconnaître le caractère des 
gens à la forme de leur nez, Geddes joignait à des qualités 
réelles de graves défauts. Ses connaissances philologiques 
etlinguistiques étaient étendues, son érudition vaste, mais 
il en abusa et manqua en tout de mesure. Il traite d'une 
façon arbitraire le texte original, et adopte les sens les plus 
forcés. Ses notes ne choquèrent pas moins les protes- 
tants que les catholiques. — Voir W. Orme, Bibliotheca 
biblica, in-8», Edimbourg, 1824, p. 202. F. Vigouroux. 



GEDDIEL (hébreu : GaddVêl; Septante : TouSi^X), fils 
de Sodi, de la tribu de Zabulon, fut un des explorateurs 
envoyés par Moïse dans la terre de Chanaan. Num., 
xm, 10. 

GÉDÉLIAS (hébreu : Gedalyâkû; Septante : ToSo- 
Xfa;), fils de Phassur, un des principaux personnages de 
Juda qui demandèrent au roi Sedécias la mort de Jérémie 
et le firent jeter dans une prison souterraine. Jér., 
xxxvm, 1, 4, 6. 

GEDÉON, nom de trois Israélites dans la Yulgate. 

1. GEDÉON (hébreu : Gid'ônî; Septante : raSewvt; 
Codex Alexandrimis : TaSzuvi), le père d'Abidan qui 
était chef de la tribu de Benjamin pendant le séjour au 
désert du Sinaï. Num., i, 11; h, 22; vu, 60, 65; x, 24. 

2. GEDÉON (hébreu : Gide'ôn, « celui qui abat; » 
Septante : Tz&swt), le cinquième juge d'Israël et le phis 
grand de tous, après Samuel. 

I. Gédéon avant sa judicature. — 1° Tribu et fa- 
mille. — Il était de la tribu de Manassé et de la famille 
d'Abiézer. Voir t. n, col. 2164. Cette famille tenait nn 
rang modeste dans la tribu. Jud., vi, 15. Le père de Gé- 
déon se nommait Joas et habitait Éphra. Jud., vi, 11. 
Gédéon lui-même était un homme vigoureux et de belle 
taille. Jud., viii, 18.-2° Vocation. — Quand il fut choisi 
par Dieu pour délivrer ses contemporains, il élait occupé 
à dépiquer les épis de blé, non dans l'aire, mais dans le 
pressoir, probablement dans la cuve supérieure où on 
foulait les raisins, par crainte des Madianites. Voir t. n, 
col. 1869. Depuis sept ans, en effet, cette peuplade oppri- 
mait les Israélites, coupables d'idolâtrie. Chaque année, 
les Madianites, avec les Amalécites et les Arabes nomades, 
faisaient des razzias sur les terres des Hébreux. Ils par- 
couraient le pays de l'est à l'ouest, dressaient leurs tentes 
au milieu des champs ensemencés et pareils à une nuée 
de sauterelles, dévoraient les récoltes et enlevaient les 
bestiaux. Les habitants se réfugiaient alors dans les mon- 
tagnes et se cachaient dans les cavernes. Instruits par 
l'épreuve, ils se ressouvinrent enfin du Seigneur qui, sa- 
tisfait de leur repentir, leur fit annoncer par un prophète 
leur prochaine délivrance. Jud., vi, 1-10. Jéhovah suscita 
Gédéon pour cette œuvre de libération. Un ange apparut 
au fils de Joas sous le térébinthe qui s'élevait auprès du 
pressoir, et lui dit : « Le Seigneur est avec vous, vail- 
lant héros. » Gédéon s'enquit auprès du messager céleste 
qu'il ne connaissait pas et qu'il prenait pour un voya- 
geur, des motifs pour lesquels Dieu abandonnait son 
peuple aux coups des Madianites. L'ange lui révéla alors 
la mission dont il était chargé et lui annonça que Dieu 
l'avait choisi pour délivrer Israël. Surpris, Gédéon ob- 
jecta l'humble condition de sa famille. L'ange le rassura 
et lui promit le secours divin et la victoire. Par pru- 
dence et non par défiance, Gédéon demanda un signe 
visible de sa mission et une garantie de cette promesse. 
Les exégètes se partagent sur la nature du signe de- 
mandé. La plupart estiment que Gédéon, en apprêtant 
un chevreau et des pains sans levain, voulait offrir un 
sacrifice à l'ange du Seigneur. Mais les plus récents ne 
voient dans ces apprêts qu'un repas préparé à l'envoyé 
céleste. Celui-ci manifeste sa puissance, en faisant jail- 
lir du rocher un feu miraculeux qui consuma les mets 
apportés. Gédéon reconnut seulement qu'un ange du 
Seigneur lui avait apparu et il craignait de mourir; 
mais Dieu le rassura et lui dit de se tenir en paix. Gé- 
déon éleva en souvenir de cette apparition un autel qu'il 
•appela : « La paix de Jéhovah. » — 3° Préparation ci la 
mission. — La nuit suivante, Dieu lui ordonna de renver- 
ser l'autel de Baal et l'âîêrâh, c'est-à-dire le pieu qui 
symbolisait la déesse Astarté ou le bois qui lui était 
consacré, voir t. i, col. 1074; et d'élever à leur place un 



147 



GÉDÉON 



148 



autel au vrai Dieu. Le père de Gédéon honorait ces 
fausses divinités, et Jéhovah voulait éprouver la fidélité 
du héros qu'il avait choisi pour délivrer son peuple. 
Gédéon devait brûler en holocauste avec le bois coupé le 
taureau de sept ans, qui appartenait à son père. On a 
remarqué que l'âge de la victime correspondait au 
nombre des années d'oppression des Israélites. Gédéon 
exécuta les ordres divins avec l'aide de dix de ses servi- 
teurs; mais il le fit de nuit par crainte de ses parents et 
de ses compatriotes qui étaient idolâtres. Ceux-ci, irrités 
de cet acte qu'ils tenaient pour une profanation, en re- 
cherchèrent l'auteur et, quand ils surent que c'était Gé- 
déon, ils voulurent le faire mourir. Mais Joas, sommé 
de livrer son fils, le sauva par un heureux trait d'es- 
prit; il répondit que Baal offensé avait à venger lui- 
même son honneur outragé. Comme le dieu ne le put 
et laissa en vie son insulteur, Gédéon reçut dès lors le 
surnom de Jérobaal, en hébreu Yerubba'al, « que Baal 
plaide (sa cause). » Jud., vi, 11-32. Si Gédéon offrit un 
holocauste, sans être prêtre et contrairement à la loi, ce 
fut par l'ordre de Dieu. Talmud de Jérusalem, traité 
Meghilla, i, 12, trad. Schwab, t. vi, Paris, 1883, p. 225. 
IL Judicature de Gédéon. — 1° Débuts. — Le sauveur 
d'Israël était désigné; on attendait l'ennemi. Bientôt il 
passa le Jourdain et vint camper dans la vallée de 
Jézraêl. Le nouveau juge,, revêtu de l'esprit de Dieu, fit 
sonner de la trompette et convoqua d'abord sa famille, 
puis sa tribu, ensuite les tribus voisines d'Aser, de Za- 
bulon et de Nephthali. Avant de se mettre en campagne, 
il fut encouragé par le double miracle de la toison, d'a- 
bord inondée de rosée sur la terre sèche, puis, par 
contre épreuve, desséchée sur la terre humide. Quelques 
commentateurs, saint Augustin, Qumst. in Heptat., vu, 
49, t. xxxiv, col. 813; Rupert, De Trin., In Jud., 10, 
t. clxvii, col. 1036, et des théologiens, notamment 
saint Thomas, 2 a 2*, q. xcvn, a. 2, ad 3 am , ont pensé 
que dans cette circonstance Gédéon avait tenté Dieu et 
n'ont pas osé l'excuser de tout péché. Mais la plupart, Ori- 
gène, In lib. Jud.,Hom. ix, 4, t. xn,col. 983, saint Am- 
broise, De Spiritu Sancto, i, prol.,' 6, t. xvi, col. 705, 
saint Isidore, Quœst. in lib. Jud., 4, n° 2, t. lxxxiii, 
col. 382, Raban Maur, Comment, in lib. Jud., n, 3, 
t. cvih, col. 1159, ont approuvé sa conduite. Dieu, en 
effet, obéit à son désir et ne lui reprocha pas l'indiscré- 
tion de sa demande. D'ailleurs, le signe était nécessaire 
pour les soldats dont Gédéon prenait le commandement 
plutôt que pour le chef lui-même. F. de Hummelauer, 
Comment, in lib. Judicum, Paris, 1888, p. 154-155. 
— 2° Choix des combattants. — Ainsi affermi, Gédéon alla 
camper de nuit avec ses troupes à la fontaine d'Harad. 
Les Madianites étaient' dans la plaine à ses pieds. La 
victoire promise ne devait pas venir de la force des 
combattants, mais de la puissance divine. Aussi par ordre 
du Seigneur, l'armée qui se montait à 32 000 hommes 
fut finalement réduite à trois cents. Les timides, dont le 
courage aurait défailli à l'heure de la bataille, se reti- 
rèrent au nombre de 22 000. Une épreuve, suggérée par 
Dieu, diminua dans une proportion plus grande encore 
le chiffre des soldats intrépides. Tous ceux qui, pour 
désaltérer leur soif, mirent genou en terre furent exclus; 
ceux qui se contentèrent de tremper leurs lèvres dans 
l'onde rafraîchissante furent élus et il ne s'en trouva 
que 300. Ce n'étaient pas les plus lâches, comme l'ont 
prétendu Josèphe, Ant. jud., V, vi, 4, et Théodoret, 
Quœst. in Jud,., int. xvi, t. lxxx, col. 504, pour rehaus- 
ser le caractère miraculeux de la victoire de Gé- 
déon. C'étaient plutôt les plus intrépides et les plus 
aptes à un audacieux coup de main. D'ailleurs, leur ar- 
deur à poursuivre les Madianites fut une preuve de leu» 
courage. Jud., vu; 1-8. — 3° Gédéon au camp des Ma- 
dianites. — La nuit qui suivit le renvoi des troupes, 
Dieu voulut fortifier encore la confiance de Gédéon et lui 
donner une nouvelle assurance de la victoire. Il lui or- 



donna de pénétrer en espion avec un seul serviteur au 
camp des ennemis. Gédéon s'y introduisit du côté où 
veillaient les sentinelles, et il entendit un soldat de garde 
raconter à un de ses compagnons un songe dans lequel 
il avait vu une miche ronde de pain d'orge, cuite sous 
la cendre, rouler dans le camp et y renverser, une tente 
qu'elle avait rencontrée. Le compagnon d'armes inter- 
préta ce songe mystérieux dans ce sens que le Seigneur 
avait livré l'armée madianite à l'épée de Gédéon. En- 
couragé par cette explication, Gédéon revint vers ses 
hommes et les éveilla pour le combat. Jud., vu, 9-15. — 
4° Bataille et victoire. — Il les partagea aussitôt en trois 
groupes. Chacun fut muni d'une trompette et d'un vase 
qui cachait unflambeau. Voir Cruche, t. n, col. 1138-1139. 
Le chef expliqua à tous sa tactique : il voulait surprendre 
les ennemis endormis et jeter la panique parmi eux. 
Les groupes se porteront donc dans trois directions dif- 
férentes, comme pour entourer le camp et le cerner. On 
venait de relever les postes au commencement de la 
seconde veille. A la faveur des ténèbres, les trois 
cents soldats se disposent en cordon et au signal con- 
venu, ils sonnent tous ensemble de la trompette, brisent 
les pots de terre et font briller leurs torches allumées. 
Ils poussent en même temps, de toutes leurs forces, le 
cri de guerre : « Le glaive de Jéhovah et de Gédéon ! » 
Éveillés en sursaut, les Madianites furent saisis d'une 
panique indescriptible. Ils tournèrent leurs armes les 
uns contre les autres et s'entr'égorgèrent. Les soldats de 
Gédéon furent vainqueurs sans coup férir. Ceux des 
ennemis qui échappèrent au premier carnage s'enfuirent 
dans la direction du Jourdain. Ils furent poursuivis par 
les tribus d'Aser, de Nephthali et de Manassé. Gédéon 
manda aux Éphraïmites de prendre les devants et d'oc- 
cuper les gués du fleuve. Ils tuèrent deux chefs madia- 
nites, Oreb et Zeb, et apportèrent leurs têtes à Gédéon. 
Jud., vu, 16-25. Ils se plaignirent arrogamment de 
n'avoir pas été appelés au combat et dans leur mécon- 
tentement, ils faillirent en venir à la violence. Gédéon 
les apaisa, en faisant une réponse habile à leur plainte 
insolente. Il amoindrit modestement son rôle et grandit 
Je leur. « Que pouvais-je faire, dit-il, qui égalât ce que 
vous avez fait?, Le grapillage d'Éphraïm ne vaut-il pas 
mieux que la vendange d'Abiézer?.Le Seigneur a livré 
entre vos mains les princes de Madian, Oreb et Zeb, 
Qu'ai-je pu faire qui approchât de ce que vous avez fait ! » 
Jud., vin, 1-3. M. Vigouroux, La Bible et les découverte? 
modernes, 6 e édit., 1896, t. m, p. 150, place cet événe- 
ment à la fin de l'expédition et trouve dans le récit une- 
anticipation. Les têtes des deux chefs madianites furent, 
en effet, portées à Gédéon sur la rive gauche du Jour- 
dain. Jud., vu, 25. — 5° Poursuite des fugitifs. — La 
vaillante troupe des trois cents se lança de son côté à la 
poursuite des fuyards et passa le Jourdain sur les traces 
des deux émirs, Zébée et Salmana. Exténuée de fatigue, 
elle ne pouvait plus avancer. Son chef demanda aux 
habitants de Soccoth et de Phanuel des vivres pour Isl 
réconforter; il essuya un arrogant refus et remit sa 
vengeance après l'expédition. Continuant sa course, il 
atteignit les deux chefs à Karkor où ils se reposaient 
avec quinze mille hommes. Les fugitifs, se croyant en 
sûreté, furent surpris et n'opposèrent aucune résistance. 
Les deux émirs furent pris et leur armée mise en 
déroute. Revenu du combat, Gédéon appliqua aux 
habitants de Soccoth et de Phanuel les châtiments dont, 
il les avait menacés. Il abattit la tour de Phanuel après; 
avoir tué ses habitants, et il fit périr, en les roulant, 
dans les ronces et les épines, les soixante-dix-sept chefs, 
de famille de Soccoth. Voir t. n, col. 1896. Il lui restait 
à Venger, sur les deux émirs prisonniers, la mort de ses. 
frères qui avaient été tués au mont Thabor. Il chargea 
de ce soin Jéther, son fils aîné. Celui-ci, qui n'était 
encore qu'un jeune homme, hésita à tirer son épée. 
Zébée et Salmana demandèrent à être frappés de la 



449 



GÉDÉON — GÉDÉRA 



450 



main de Gédéon; ils ne Voulaient pas subir l'humiliation 
de périr sous les coups d'un enfant. Gédéon les tua et 
s'empara des ornements qui pendaient au cou de leurs 
chameaux. Jud., viii, 4-21. — La victoire remportée par 
Gédéon sur les Madianites eut des résultats décisifs. 
Cette peuplade, jusqu'alors si redoutée des Israélites, fut 
entièrement humiliée et ne put plus lever la tête devant 
eux. Jud., vm, 28. Elle ne compta plus parmi les ennemis 
du peuple de Dieu et son histoire prit fin. Aussi la ba- 
taille qui l'écrasa laissa un souvenir ineffaçable en Israël. 
Elle fut célèbre autant que le passage de la mer Rouge 
et elle fut souvent citée comme un exemple saisissant 
de la protection divine. I Reg., xii, 11 ; Ps. lxxxii,12; Is., 
x, 26. Isaïe, ix, 4, l'a appelée « la journée de Madian ». 
III. Gédéon après sa mission. — 1° Il refuse le pou- 
voir royal. — Cette victoire excita l'enthousiasme au 
point que les Israélites offrirent à Gédéon la royauté 
héréditaire, a Les maux qu'ils avaient soufferts, faute 
d'un chef qui sût organiser la résistance et se mettre à 
leur tête, la bravoure, l'intrépidité, l'habileté, la sagesse 
et la fermeté de Gédéon leur firent comprendre les 
avantages d'une union étroite entre les différentes tribus, 
sous un maître qui, réunissant en faisceau ces forces 
éparses, pourrait les rendre invincibles. » F. Vigouroux, 
La Bible et les découvertes modernes, 6" édit., 1896, 
t. m, p. 149. Gédéon eût été digne d'être le premier roi 
de son peuple. Il avait la taille et la prestance d'un fils 
de roi, Jud., vin, 18; c'était un héros et un habile poli- 
tique. Mais sa magnanimité égalait son courage; Il refusa 
modestement le commandement suprême et il rejeta les 
offres séduisantes de ses compatriotes par un motif de 
foi et de piété. « Je ne serai pas votre maître et mon fils 
ne sera pas votre maître; c'est Jéhovah qui sera votre 
maître. » — 2° Gédéon se fait un éphod. — Le libérateur 
d'Israël, qui s'était honoré par le refus du pouvoir royal, 
demanda, comme part du butin, les pendants d'oreilles 
en or qui avaient été pris aux ennemis. On s'empressa 
de satisfaire à son désir et chaque soldat jeta sur un 
manteau, étendu par terre, tous les nézem qui étaient 
en ses mains. Il y en eut dix-sept cents sicles d'or 
pesant, sans compter les ornements, les colliers précieux 
et les vêtements d'écarlate des chefs madianites. Avec 
toutes ces richesses, Gédéon fit plus tard un éphod, non 
une idole, mais un vêtement sacré (voir t. n, col. 1868), 
qui devint une occasion d'idolâtrie pour le peuple et de 
scandale et de ruine pour sa propre famille. Gédéon 
prévit-il. ces conséquences graves de son action et fut-il 
coupable d'avoir fait confectionner ce riche vêtement 
sacerdotal? Saint Augustin, Quxst. in Heptat., vu, 41, 
t. xxxiv, col. 806, 807, le pense; il lui reproche d'avoir 
transgressé une loi divine et d'avoir ainsi commis une 
faute. On peut toutefois justifier sa conduite per- 
sonnelle, préjuger de ses bonnes intentions et ne pas le 
rendre responsable des abus qui se sont produits après 
sa mort. Cf. de Hummelauer, Comment, in lib. Judic., 
Paris, 1888, p. 176-177. — 3° Derniers événements de la 
vie de Gédéon. — Après sa victoire, le libérateur d'Israël 
retourna simplement à sa terre d'Éphra. Il y vécut qua- 
rante ans encore au milieu de ses nombreux enfants. 
Il avait soixante-dix fils, nés de plusieurs femmes. Une 
épouse de second rang qu'il avait à Sichem fut mère 
d'Abimélech. Il mourut dans une heureuse vieillesse et 
fut enseveli à Éphra dans le tombeau de son père Joas. 
Après sa mort, les Israélites oublièrent le Seigneur qui 
les avait délivrés des Madianites, et retombèrent dans le 
Culte idolâtrique de Baal. Ils furent aussi ingrats envers 
la famille de Gédéon, leur libérateur. Jud., vin, 24-35. — 
Voir Abimélech, t. i, col. 54-58. Cf. Glaire, Les Livres 
Saints vengés, Paris, 1845, t. il, p. 39-52 ; Vigouroux, La 
Bible et les découvertes modernes, 6" édit., Paris, 1896, 
t. ni, p. 131-155 ;Card. Meignan, Dé Moïse à David, Paris, 
1896, p. 401-415; F. de Hummelauer, Comment, in Judic. 
cl Ruth, Paris, 1888, p. 133-180. E. Mangekot. 



3. GÉDÉON. Un des ancêtres de Judith, de la tribu 
de Siméon. Il était fils de Raphaïm et père de Jammor. 
Judith, vm, 1, d'après la Vulgate. Le nom est omis dans le 
Codex Vaticanus, mais se trouve dans YAlexandrinus. 

GÉDÉRA (hébreu, hag-Gedêrâh, avec l'article, « le 
parc de troupeaux, » Jos., xv, 36; sans article, I Par., 
iv, 23; Septante, ràSïjpa, Jos., xv, 36; TaSipô; Codex 
Vaticanus, Faëaripâ; Codex Alexandrinus, ToBripô, 
IPar., iv, 23), ville de la tribu de Juda. Jos.,xv, 36. Elle 
fait partie du premier groupe des cités de « la plaine » 
ou de la Séphélah, et est mentionnée entre Adithaïm et 
Gédérothaïmj qui malheureusement ne nous fournissent 
aucune indication pour son emplacement. Plusieurs 
auteurs pensent que c'est le FeSo-Jp, Gedur, d'Eusèbe et 
de saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, 
p. 127, 245, appelé de leur temps « TtSpoiç, Gedrus, 
grand village situé à dix milles (près de quinze kilo- 
mètres) de Diospolis (Ludd ou Lydda), sur la route 
d'Éleuthéropolis (Beit Djibrin) ». En acceptant cette 
assimilation et en suivant ces données, on arrive facile- 
ment à une localité actuelle, Khirbet Djediréh, située à 
la distance voulue au sud-est de Ludd, au sud-ouest 
d'Amouas, et dont le nom répond exactement à celui de 
l'antique cité biblique. L'arabe «jjJ-a., Djediréh, re- 
produit très bien, en effet, même comme signification, 
l'hébreu mu, Gédêràh. Cette identification est acceptée 

par les explorateurs anglais, Survey of Western Pales- 
tine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. m, p. 43; G. Arm- 
strong, W. Wilson et Conder, Names and places in the 
Old and New Testament, Londres, 1889, p. 67; par 
Grove et Wilson dans Smith, Dictionary pf the Bible, 
2 e édit., Londres, 1893, t. i, p. 1140; J. A. Selbie dans 
J. Hastings, Dictionary of the Bible, Edimbourg, 1898, 
t. il, p. 118. Rien ne prouve cependant que le Gedur 
d'Eusèbe et de saint Jérôme soit la Gédéra de Josué. 
Ensuite Djediréh nous paraît entrer un peu avant dans 
la tribu de Dan, bien qu'à la rigueur l'extrême limite de 
Juda ait pu s'étendre jusque-là. — Il est un autre site qui 
concorderait mieux, selon nous, avec la frontière de la 
tribu, c'est celui de Qalrah, au sud-est de Yebna. Il est 
clair que l'arabe iLLs, Qatrah, n'a pas avec le nom 
hébreu la même correspondance philologique que Dje- 
diréh. Il est vrai cependant que les Arabes d'Egypte et 
ceux du sud de la Palestine, au lieu de prononcer 
Qatrah, disent Gadrah en adoucissant les deux pre- 
mières consonnes, ce qui rend plus sensible la ressem- 
blance des deux noms. Malgré cela, si l'on comprend le 
changement du 5, ghimel, en Jj, qoph, il est plus diffi- 
cile d'expliquer celui du t, daleth, en L, \â. Cf. G. 
Kampffmeyer, Alte Namen im heutigen Palâstina und 
Syrien, dans la Zeitschrift des Deutschen Palàstina- 
Vereins, Leipzig, t. xv, 1892, p. 19-21; t. xvi, 1893, p. 31. 
L'identification de Gédéra avec Qatrah est admise par 
Van de Velde, qui écrit le nom Gheterah ou Ghederah, 
Memoir to accompany the Map of the Holy Land, 
Gotha, 1858, p. 313; Reise durch Syrien und Palâstina, 
Leipzig, 1855, t. Il, p. 166; par V. Guérin, Judée, t. H, 
p. 35; Fillion, Atlas géographique de la Bible, Paris,. 
1890, p. 26; F. Buhl, Géographie des alten Palâstina, 
Leipzig, 1896, p. 188. Le village de Qatrah, situé sur une 
faible éminence, au milieu de la Séphélah, compte sii 
cents habitants. Les maisons sont bâties en pisé. Autour 
d'un grand puits à noria, probablement antique, gisent 
six tronçons de fûts de colonnes de marbre gris. Des 
haies de cactus environnent le bourg et servent de clô- 
ture à des plantations de figuiers et d'oliviers. Plusieurs 
magnifiques acacias mimosas s'élèvent aussi sur divers 
points. Cf. V. Guérin, Judée, t. n, p. 35. — Le nom de 
Gedêrâh indique, par sa signification de « parc aux 
troupeaux », que la ville était principalement habitée par 
des bergers, ou du moins que sa plus grande richesse 



151 



GÉDÉRA — GÉDOR 



152 



consistait en troupeaux de moutons et de brebis. L'his- 
toire de cette localité nous est inconnue, et il n'en est 
fait mention qu'une autre fois dans l'Écriture. Dans 
I Par., iv, 23, selon l'interprétation. la plus probable, il 
est question des potiers, descendants de Séla, fils de 
Juda, « qui habitaient Netâ'îm et Gedèrâh. » La Vul- 
gate a traduit ces deux noms propres par des noms com- 
muns : « Ce sont les potiers qui habitaient dans les 
plantations et dans les haies. » Mais les Septante sont 
plus exacts en rendant le texte par êv 'ATafyi x«t Tahiti. 
— Il est une autre Gedêrâh, désignée seulement dans 
l'ethnique hag-Gedêrâfi, Vulgate, Gaderothites, et patrie 
de Jézabad. I Par., xn, 4. Il ne faut pas la confondre 
avec celle dont nous venons de parler, puisqu'elle appar- 
tenait à la tribu de Benjamin. C'est aujourd'hui Djédî- 
réh, à une demi-heure au nord-est d'El-Djib. Voir 
Gadérothite, col. 33. A. Legendre. 

GÉDÉRITE (hébreu : hag-Gedêrî, avec l'article; 
Septante : i re8<i>psÎTT|Ç ; Vulgate : Gederites), originaire 
de Gader ou Beth-Gader. Balanan, à qui David avait 
confié l'administration de ses oliviers et de ses sycomores 
dans la Séphélah, était Gédérite. I Par., xxvn, 28. Ce qua- 
lificatif pourrait signifier également originaire de Gédor. 
Voir Balanan 2, 1. i, col. 1400. 

GÉDÉROTHAÏM (hébreu : Gedêrôfâîm, « les deux 
parcs à troupeaux; » Septante : v.cù ai ÈicaJXei; a\nr\s), 
ville de la tribu de Juda, mentionnée une seule fois 
dans l'Écriture. Jos., xv, 36. C'est la dernière du premier 
groupe de « la plaine » ou de la Séphélah. On se de- 
mande cependant comment il faut considérer ce nom. 
Les Septante, en mettant ici : x«i ai ènaOXeiç aùir);, « et 
ses parcs à brebis, » ont bien lu Gedêrôf, mais avec le 
pronom suffixe, et ont appliqué le nom commun à la 
ville précédente, Gédéra (hébreu : hag-Gedêrdh), dont- 
il indiquerait une simple dépendance. De cette façon, le 
nombre des cités énumérées, Jos., xv, 33-36, est bien 
de quatorze, comme porte le texte, tandis que, avec 
Gédérothaïm, il faudrait dire quinze. Voilà pourquoi 
quelques auteurs veulent voir ici une vieille glose, ou 
une faute de copiste, une sorte de répétition occasionnée 
par le mot précèdent, hag-Gedêrah. Ce n'est pas im- 
possible; mais la question du chiffre n'est pas uDe raison 
suffisante, car on rencontre ailleurs la même difficulté. 
C'est ainsi qu'au t- 32 du même chapitre, à la récapitu- 
lation des villes du Négeb ou du midi, le texte donne le 
nombre de 29 seulement, alors qu'en réalité l'énumé- 
ration se compose de 36 noms. Cette divergence pro- 
vient ou de ce qu'une erreur s'est glissée dans les lettres 
qui marquaient les chiffres, ou de ce que quelques-uns 
de ces noms doivent être réunis pour ne désigner qu'une 
seule et même localité. Les Septante, du reste, dans le 
groupe dont fait partie Gédérothaïm, offrent d'assez 
nombreuses variantes, noms changés ou supprimés 
comme Adithaïm. Il est permis, malgré ces obscurités, 
de suivre l'hébreu et la Vulgate, et de regarder Gédé- 
rothaïm comme une ville. Mais, dans ce cas, il ne faut 
pas la confondre avec Gadéroth ou Gidéroth, men- 
tionnée après, jf. 41, dans le second groupe de « la 
plaine ». Son emplacement est absolument inconnu. 

A. Legendre. 

GÉDOR (hébreu : Gedôr), nom d'un ou de plusieurs 
Israélites et de diverses localités de Palestine. 

1. GÉDOR (Septante: rsSotip), Benjamite, ancêtre de 
Saûl, donné comme fils d'Abigabaon ou Jéhiel. I Par., 
vm, 31 ; ix, 37. Voir Abigabaon et Jéhiel. 

2. GÉDOR (Septante : FtStip), selon le» uns, fils de 
Phanuel, descendant de Juda. I Par., rv, 4. Selon d'autres, 
Gédor est plus probablement un nom de ville, fondée 
par les enfants de Phanuel. En effet, le contexte le de- 



mande. Dans la phrase « Phanuel, père de Gédor, et 
Ézer, père d'Hosa, sont les fils de llur, premier-né 
d'Éphrata, le père, de Bethléhem », Bethléhem et Hosa, 

1 Par., xi, 29, étantdes noms de ville, Gédor doit, par une 
sorte de parallélisme, être considéré comme un nom de 
lieu. Ce doit être vraisemblablement la Gédor de Juda 
qui est mentionnée dans Josué, xv, 58, aujourd'hui 
Djedûr. Voir Gédor 4. 

3. GÉDOR (Septante : TeSdip), fils de Jared, descendant 
de Juda, selon les uns. I Par.,iv, 18. Mais il est, comme 
pour le précédent, plus naturel d'y voir un nom de lieu. 
Jared père de Gédor signifierait Jared fondateur de 
Gédor. En effet, dans la phrase « La femme (de Méred) 
Judaïa enfanta Jared père de Gédor et Héber père de 
Socho, et lcuthiel père de Zanoé », Socho et Zanoé étant 
des noms de ville, Gédor doit être également un nom de 
lieu, le même probablement que le précédent : d'après 
cela la ville de Gédor aurait été habitée par les descen- 
dants de Jared comme par ceux de Phanuel. Voir Gédor 

2 et 4. E. Levesque. 

4. GÉDOR (hébreu : Gedôr; Septante : Codex Vati- 
canus, TeSSwv; Codex Alexandrinus, FeSwp), ville de 
la tribu de Juda. Jos., xv, 58. Elle fait partie du qua- 
trième groupe des cités de « la montagne », et est men 
tionnée immédiatement après Halhul et Bessur. Or, ces 
deux dernières sont parfaitement connues : Halhul 
(hébreu : Ifalfyûl) existe encore aujourd'hui exactement 
sous le même nom, Bialhûl, à une heure et demie au 
nord d'Hébron, et Bessur (hébreu : Bêf-Sûr) survit 
dans Beit-Sûr, un peu au-dessus du village précédent, 
vers le nord-ouest. C'est donc dans le massif mon- 
tagneux qui se trouve au nord d'Hébron qu'il convient 
de chercher Gédor. On trouve, en effet, à cinq kilo- 
mètres au nord de Beit-Sùr, une localité dont le nom, 
.yXs»., Djedûr, reproduit incontestablement la forme 

hébraïque, Tni. C'est probablement le village de Ga- 

dora, TaiSMpa, qu'Eusèbe et saint Jérôme, Oriomaslica 
sacra, Gœttingue, 1870, p. 127, 245, signalent près du 
-Térébinthe, comme représentant l'antique cité de Juda 
qu'ils nomment Gaddera, PâSecpa. « Khirbet Djedûr 
consiste en un amas de ruines peu distinctes, sur une 
colline que borde, au nord et à l'ouest, une profonde 
vallée. L'emplacement que ces ruines occupaient est 
maintenant envahi par un fourré de chênes verts, d'ar- 
bousiers et de térébinthes à l'état de simples broussailles. 
Un magnifique chêne, aux proportions colossales, s'élève 
sur le point culminant de la colline. Les siècles en s'ac- 
cumulant sur cet arbre n'en ont point tari la sève; 
peut-être est-il contemporain des derniers âges hé- 
braïques de la petite ville dont les vestiges l'entourent. 
Celle-ci, sauf les arasements d'un mur d'enceinte et de 
quelques maisons, sauf aussi deux citernes, est complè- 
tement détruite. » V. Guérin, Judée, t. m, p. 380. Cf. 
E. Robinson, Biblical Researches in Palestine, Londres, 
1856, t. m, p. 283; Survey of Western Palestine, 
Memoirs, Londres, 1881-1883, t. m, p. 313, 354. — 
Gédor se retrouve deux fois dans les fragments généa- 
logiques de la maison de Juda. I Par., iv, 4, 18. Voir 
sur ce sujet Gédor 2 et 3. A. Legendre. 

5. GÉDOR (hébreu : hag-Gedôr, avec l'article; Sep- 
tante : TeSwp), patrie de Jéroham, dont les deux fils, 
Joéla et Zabadia, sont mentionnés parmi les héros qui 
vinrent rejoindre David à Sicelég. I Par., xn, 7. Cette 
ville est-elle identique à la précédente, cité de Juda, 
Jos., xv, 58? Plusieurs commentateurs le croient, 
comme ils voient dans Gadéroth (hébreu : hag-Gedêrâfi, 
« de Gédérah ■»)', du f. 4, Gédéra (hébreu : hag-Gedê- 
rdh), ville de la Séphélah. Jos., xv, 36. Cf. Clair, Les 
Paralipomènes, Paris, 1880, p. 151 ; Fillion, La Sainte 
Bible, Paris, 1896, t. m, p. 55. Cependant on peut 



153 



GÉDOR — GÉENNOM 



154 



objecter : 1" que les héros qui abandonnent Saiil sont 
appelés ses « frères », c'est-à-dire ses compatriotes, 
« de Benjamin; » I Par., XII, 2; — 2» que les villes d'où 
ils sont originaires appartiennent à la tribu de Ben- 
jamin : Gabaa, Anathoth, f. 3; Gabaon, t. 4; — 3° que 
Gadéroth elle-même, f. 4, peut parfaitement être le vil- 
lage actuel de Djédîréh, tout près A'El-Djïb ou Gabaon. 
On pourrait donc chercher aussi Gédor, de I Par., xn, 
7, dans la même tribu, à moins d'admettre, avec certains 
auteurs, que des familles benjamites étaient venues 
s'établir dans des villes de Juda. Cf. C. F. Keil, Chronih, 
Leipzig, 1870, p. 133. A. Legendre. 

6. GÉDOR se lit dans le texte hébreu de I Par., rv, 



la vallée, est totalement inconnu. Il était probablement 
Chananéen, car c'est dès le temps de Josué, xv, 8, que 
cette appellation apparaît. La vallée de Hinnom (fig. 30) 
commence à l'ouest de Jérusalem, à la piscine appelée 
aujourd'hui BirketMamilla, à une altitude de 783 mètres. 
Elle se dirige d'abord vers le sud-est, puis descend vers le 
sud, en contournant le mont Sion,et reprend la direction 
de l'est pour aboutir à la vallée du Cédron, au sud de 
la colline d'Ophel, à une altitude de 615 mètres. La lon- 
gueur totale de la vallée est de près de 4 kilomètres. 
Elle s'appelle aujourd'hui ouadi er-Rabâbi. Elle n'est 
point arrosée ; mais la culture y est assez florissante en 
plusieurs endroits. Dans d'autres, surtout au sud, sur 
les pentes du mont du Mauvais-Conseil, sont des escar- 




30. — La vallée de Géennom. D'après une photographie de M. L. Heidet. 



39; mais la Vulgate porte Gador. Il ne s'agit proba- 
blement pas ici de la cité de Juda qui est identifiée avec 
Khirbet Djedûr. Voir Gador, col. 34. 

7. GÉDOR tt KeSpuv, I Mach., xv, 39; tj Ke8p<i, 
Mach., xv, 40), ville de Palestine, fortifiée par Cen- 
débée, commandant syrien du littoral. I Mach., xv, 39, 
40. La Vulgate l'appelle Cédron plus loin, I Mach., xvi, 
9, nom que lui donne le texte grec, I Mach., xv, 39. C'est 
peut-être l'antique Gédéra de Jos., xv, 36. Voir Cédron 
2, t. il, col. 386, et Gédéra, col. 150. A. Legendre. 

GÉENNOM (hébreu : Gê bén-Hinnôni, Gê Hinnôm, 
Gê' Hinnôm, et une fois en chetib, IVReg.,xxin,10 ; Gê 
benê-Hinnôm; Septante : jâpafÇ uioO 'Evv<Sji, réBsvevv6(i, 
Taiewa ; Vulgate : Geennoni, Jos., xvin, 16; Vallis En- 
nom, Vallis filii et filiorum Ennom, Vallis Benennom), 
nom d'une vallée située près de Jérusalem. Gê bén-Hin- 
nom signifie « vallée du fils de Hinnom », et les autres 
appellations de la vallée ne sont que desabréviations de ce 
premier nom. Ce fils de Hinnom, qui donna son nom à 



pements rocheux et des grottes naturelles qu'on a plus 
tard utilisées pour en faire des sépultures. La vallée de 
Géennom servait de limite, sur une grande partie de 
son étendue, entre la tribu de Juda et celle de Benjamin. 
Jos., xv, 8; xviii, 16. Voir la carte, t. r, col. 1588. Comme 
l'endroit où cette vallée aboutissait à celle du Cédron 
était fort agréable, les jardins royaux y avaient été éta- 
blis. Le culte de Baal et de Moloch y fut installé par 
Achaz, II Par., xxvm, 3, et par Manassé, II Par., xxxm, 
6, et l'endroit où on le célébra prit alors le nom de 
Topheth. Jérémie fait mention des abominations qui se 
commettaient là, Jer., vu, 31; xxxii, 35, et c'est dans la 
vallée même de Géennom qu'il prédit, sur l'ordre de 
Dieu, la ruine de Jérusalem. Jer., xix, 2, 6. Cette vallée 
était alors devenue si fameuse que, dans un autre pas- 
sage, le prophète la désigne par le seul mot hag-gê', « la 
vallée. » Jer., H, 23. Le roi Josias souilla Topheth, dans 
la vallée de Géennom, en y faisant jeter des cadavres et 
des immondices dont on se débarrassait par des feux 
perpétuels. IV Reg., xxm,10. Voir Topheth. Après la 
captivité, la vallée ne fut plus connue que sous le nom. 



155 



GÉENNOM — GELBOÉ 



156 



de Gê' Hinnôm. II Esdr., xi, 30. Ce nom devint yéewa 
dans le Nouveau Testament, Matth., v, 22, et comme il 
éveillait le souvenir des abominations idolàtriques et des 
victimes qu'on y avait brûlées en l'honneur de MoIocîj, 
on en fit une des appellations du feu éternel. Voir 
Géhenne. — En remontant la vallée, on trouve d'abord 
à gauche, sur les premières pentes du mont du Mauvais- 
Conseil, le lieu appelé Haceldama, puis à mi-chemin le 
Birket es-Soultan, grande piscine toujours à sec, et enfin 
au sommet le Birket Mamilla, piscine moitié moins 
grande que la précédente. — Divers auteurs ont proposé 
d'identifier Géennom soit avec la vallée appelée par 
Josephe Tyropœon, soit avec la vallée du Cédron. La 
vallée du Tyropœon est probablement celle qui partage 
la ville de Jérusalem en partant de la porte de Damas 
et se dirigeant vers la piscine de Siloé. Ni l'une ni 
l'autre de ces explications ne concorde avec les textes. 
La vallée du Tyropœon ne peut avoir servi de frontière 
entre Juda et Benjamin et la vallée du Cédron est ap- 
pelée en hébreu nahal et non pas gê'. 

H. Lesètre. 

GÉHENNE (grec : ylsvva; Vulgate : gehenna), nom 
par lequel est désigné l'enfer dans le Nouveau Testa- 
ment. Nous en avons fait le mot français « gêne ». 
Téewa désigne proprement Géennom, la « vallée d'En- 
nom », située au sud-ouest de Jérusalem. C'est dans cette 
vallée, à l'endroit appelé Topheth, que les Juifs idolâtres 
offraient des enfants en sacrifice et les brûlaient en l'hon- 
neur de Moloch. IV Reg., xvi, 3; II Par., xxvm, 3; 
xxxin, 6; Jer.,vn, 31; XIX, 2-6. Lorsque le roi Josias eut 
mis un terme à ces horribles immolations, IV Reg., 
xxni, 10; II Par., xxxiv, 4-5, afin de rendre ce lieu à 
jamais odieux, on y jeta les immondices de la ville et 
tes cadavres des animaux, et pour que ces restes impurs 
ne devinssent pas un foyer de corruption, on les brûla 
par le feu, d'après certains commentateurs. Voir H. Cre- 
mer, Bïblisch-theologisches Wôrlerbuch der neutesta- 
mentlicher Gràcitàt, 1' édit., Gotha, 1893, p. 209. A 
cause des victimes qui y avaient été brûlées, cette vallée 
fut appelée yéevvMTOîi irùpoç, « la géhenne du feu, » Matth., 
v,22; xvm,9;Marc, ix, 47 (cf. Matth., xm,42,50; Marc, 
IX, 45, 48), et elle devint l'image de l'enfer. De là, le nom 
de « géhenne », donné dans le Nouveau Testament au 
lieu où les réprouvés sont punis de leurs crimes par le 
supplice du feu. Matth., v, 22, 29, 30; x, 28; Marc, ix, 
43, 45; Luc, xii, 5;Jac, m, 6. Cf. Judith, xvi,21; Eccli., 
vu, 19; Apoc, xix, 20; xx, 10, 14, 15; xxi, 8. Kpio-iç -riiç 
fsévvriç, judicîum gehennse, Matth., xxni, 33, signifie la 
condamnation aux peines de l'enfer, et ùioç ttjç yeévvjj;, 
filius gehennse, Matth. , xxm, 15, désigne celui qui vient 
d'y être condamné. Cf. IV Esd., m, 1-6. Le livre d'Hé- 
noch, 26, 27, 56, 90, place aussi l'enfer dans la vallée 
d'Ennom.VoirAd. Lods,Le Livre d'Hénoch, ih-8°, Paris, 
1892, p. 55-57, 187-191, et les notes d'A. Dillmann, Dos 
Buch Henoeh, in-8°, Leipzig; 1853, p. 131-132, et pour 
le texte, p. 15-16, 28, 64. Cf. aussi H. Charles, The As- 
sunvption of M oses, pp. 43-44. Voir Géennom et Topheth. 

F. Vigouroux. 

GÉHON (hébreu : Gîhôn; Septante : Peùv), un des 
quatre fleuves du paradis terrestre. Gen., Il, 13. Il n'en 
est question que dans ce passage de l'Écriture, et Eccli., 
xxrv, 37 (24), où Sirach le nomme avec les autres fleuves 
de l'Éden. Les Septante le donnent à tort, Jer., il, 18, 
comme l'équivalent du mot hébreu Sihôr, qui désigne 
le Nil (Vulgate : aqua lurbida). Sur l'identification du 
■Géhon, voir Paradis terrestre. 

GÉLASE (CANON DU PAPE). Voir Canon, t. n, 
■col. 153, 177-178. ■ 

GELBOÉ (hébreu : Gilbôa', toujours avec l'article, 
excepté I Par., x, 1; Septante : Vslëové), petite chaîne 
■de, montagnes, bordant au sud-est la plaine d'Esdrelon, 



et célèbre par la mort de Saûl et de Jonathas. I Reg., 
xxvm, 4; xxxi, 1, 8; II Reg., i, 6, 21; xxi, 12; I Par., 
x, 1, 8. Le nom, yahî, Gilbôa', survit encore dans celui 

d'un village, ^^^JLs», Djelbûn, situé vers le sud de la 
chaîne : la terminaison un a simplement remplacé l'as- 
piration finale. Cf. G. Kampflmeyer, Alte Namen im 
heutigen Palàstina und Syrien, dans la Zeitschrift des 
Deulschen Palàstina Vereins, Leipzig, t. xvi, 1893, 
p. 32. Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœt- 
tingue, 1870, p. 129, 247, placent les monts de Gelboé à 
six milles (près de neuf kilomètres) de Scythopolis 
(Béisân), avec un bourg appelé Gelbus, TeXëoOç. Le mas- 
sif est connu aujourd'hui sous le nom de Djebel Fo- 
qû'a, qui est celui d'un village, Foqû'a, situé sur le 
versant occidental. Il termine au nord-est les monts 
d'Éphraïm comme une sorte de corne, décrivant un arc 
du cercle irrégulier dont la convexité est tournée vers 
la vallée du Jourdain. L'ouadi Schubâsch en forme la 
limite méridionale, tandis que Zer'în, l'antique Jezraël, 
en occupe la pointe nord-ouest. Sa longueur est d'envi- 
ron 13 à 14 kilomètres, et sa largeur de 5 à 8 kilomètres. 
Le point le plus élevé est à Scheikh Burhîn, 516 mètres 
au-dessus de la Méditerranée, hauteur égale à celle du 
Djebel Dahy ou petit Hermon, inférieure à celle du 
Thabor. La plaine d'Esdrelon ayant une altitude moyenne 
de 90 à 100 mètres, la hauteur apparente du Djebel Fo- 
qû'a n'est en réalité, de ce côté, que de trois à quatre 
cents mètres, tandis que, au contraire, la vallée du Jour- 
dain étant bien au-dessous du niveau de la mer, le, 
mont la domine de six à sept cents mètres. Le Gelboé 
est divisé en plusieurs plateaux et sommets par des val- 
lées plus ou moins profondes. Escarpé au nord, avec 
des couches de terrains singulièrement tourmentées, il 
a, vers l'est, des pentes extrêmement raides, tandis qu'à 
l'ouest il s'abaisse doucement vers la plaine. Il est prin- 
cipalement composé de calcaire mélangé, à l'ouest et au 
nord, d'une craie tendre, blanche, d'où le nom de Râs 
Schéibdn, « le sommet blanc, » appliqué à l'un des 
pics de la chaîne. Nu et sans eau sur les plateaux supé- 
rieurs, il possède cependant çà et là de belles sources; 
on en trouve, au pied oriental de la montagne, à Khir- 
bet Mudjedda' , 'Aïn el-Djosak, 'Ain el-Djema'în, 'Ain 
el-'Asy, qui est une abondante source thermale. Au pied 
septentrional, on rencontre 'Aïn Djdlûd, 'A ïn el-Méiyitéh, 
'Aïn Tuba'un. Le versant de l'ouest jette ses eaux dans 
une des branches du Cison, celui du nord dans le Nahr 
Djdlûd, et celui de l'est dans le Jourdain, Le blé et 
l'orge croissent sur les pentes les plus douces et sur 
certains plateaux. Des bouquets d'oliviers et de figuiers, 
des haies de cactus environnant quelques jardins, des 
herbes sauvages et des broussailles, et, sur les flancs 
plus escarpés, la roche nue, tel est, en somme, l'aspect 
de cette montagne contre laquelle David, dans sa su- 
blime élégie sur la mort de Saûl et de Jonathas, pro- 
nonça cette malédiction, II Reg., I, 21 : 

Montagnes de Gelboé, que la rosée et la pluie ne tombent 

[jamais sur vous !] 
Qu'il n'y ait point sur vous de champs à prémices ; 
Parce que c'est là qu'a été jeté le bouclier des héros, 
Le bouclier de Saul, comme s'il n'eût point été sacré de 

Ll'huile (sainte).J 

Cette stérilité contraste étrangement avec les riches 
vallées qui entourent la montagne. La vigne tapissait 
autrefois les flancs qui avoisinent Zer'în, comme nous 
le savons par l'Écriture, III Reg., xxi, 1, et comme l'at- 
testent encore aujourd'hui les antiques pressoirs creusés 
dans le roc. 

Le Djebel Foqîfa renferme une dizaine de villages : 
Djelbûn, au sud, situé dans le fond et sur les pentes 
d'un vallon, avec des m'usons grossièrement bâties en 
menus matériaux et en pisé, et contenant environ 
350 habitants; —Foqû'a, à l'un des points culminants de 



157 



GELBOÉ — GELILOTH 



158 



la montagne, avec quelques jardins bordés de cactus, 
et une population de 400 âmes; — Elr-Mezâr, 500 habi- 
tants, occupe une position élevée, d'où le regard em- 
brasse tout l'ensemble des monts Gelboé, la vaste plaine 
d'Esdrelon et la belle chaîne du Carrnel, le petit Hermon 
et, par delà le Thabor, les cimes neigeuses du grand 
Hermon, enfin, à l'est, au delà du Jourdain, les mon- 
tagnes de Galaad; — Beit Qâd, avec sa ceinture de cactus; 
— Deir Ghuzdléh, pauvre village, qui consiste en une 
quinzaine de misérables habitations construites en terre 
et en menus matériaux^ près duquel on a trouvé, en 
1372, un curieux monument de pierre semblable aux 
dolmens de Galilée et de l'est du Jourdain; — 'Arrânêh, 
sur les bords de la plaine; — Sandelah, hameau situé 
sur un monticule; — Nûris, aux maisons mal construites 
et pour la plupart en partie renversées, possédant un 



Bible et les découvertes modernes, 6" édit., t. m, p. 142* 
Trois consonnes sur les quatre qui les composent, sont 
les mêmes dans les deux noms hébreux nhi, ly^i; de 
là la confusion. Voir Harad. — Cf. E. Robinson, Biblical 
Researches in Palestine, Londres, 1856, t. n, p. 325; 
Physical Geography of the Holy Land, Londres, 1865, 
p. 24; V. Guérin, Saniarie, 1. 1, p. 325; Surveyof Wes- 
tern Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. h, p. 75, 
79, 88, 90, 91 ; G. A. Smith, Historical Geography of the 
Holy Land, Londres, 1894, p. 400-405. 

A. Legendre. 
GELÉE, abaissement de température au-dessous de 
0", amenant la solidification de l'eau sous forme de 
glace. La gelée est très rare en Palestine, et encore ne 
se fait-elle sentir que sur les plateaux les plus élevés du- 
pays. En janvier 1864, on a constaté à Jérusalem un mi- 




31. — Vue des monts de Gelboé. D'après une photographie. 



certain nombre de caveaux pratiqués dans le roc et 
probablement antiques; — pour Zer'în, voir Jezraël. 

Le mont Gelboé n'est nommé dans l'Écriture qu'à 
propos du combat de Saûl contre les Philistins, de sa 
défaite et de sa mort. Les ennemis étant venus camper 
à Sunam, aujourd'hui Sôlâm, sur la dernière pente du 
Djebel Dahy, Saûl se retrancha sur le Gelboé. I Reg., 
xxviii, 4. C'est là qu'il tomba avec trois de ses fils et un 
grand nombre d'Israélites, les autres fuyant devant les 
■vainqueurs. I Reg., xxxi, 1; II Reg., i, 6; I Par., x, 1. 
C'est là que les Philistins, venant, le lendemain de la 
bataille, dépouiller les morts, trouvèrent le cadavre du 
roi, lui coupèrent la tête et lui enlevèrent ses armes. 
I Reg., xxxi, 8; II Reg., xxi, 12; I Par., x, 8. David 
pleura cette fin tragique, unissant dans les magnifiques 
accents de sa douleur son plus cruel ennemi et son 
meilleur ami, lançant contre la montagne, témoin de 
leur chute, la malédiction que nous avons rappelée. 
— Dans le texte actuel de l'histoire de Gédéon, le mont 
Gelboé n'est pas désigné par son nom véritable, mais il 
y a lieu de croire toutefois que, au lieu de « Galaad » 
que nous lisons Jud., vil, 3, c'est « Gelboé » qu'il faut 
lire, parce que la fontaine d'Harad, où burent les soldats 
de Gédéon, Jud., vu, 1, 5-7, est au pied du Gelboé, et 
qu'il ne peut être question dans ce passage- du pays de 
Galaad situé à l'est du Jourdain. Voir F. Vigouroux, La 



nimum de — 3°9. Socin, Palâstina und Syrien, Leipzig, 
1891, p. 54. Pour exceptionnel que soit cet abaissement, 
il suffit à donner aux habitants l'idée de la gelée. — Les 
Livres Saints ne parlent guère de ce phénomène. Les 
jeunes gens dans la fournaise, Dan., m, 69, invitent la 
gelée (irâyoç, gelu) et le froid à bénir le Seigneur. Ils 
pouvaient parler ainsi en Babylonie, où la température 
tombe parfois à — 5» en hiver. Voir 1. 1, col. 1361. — L'au- 
teur de l'Ecclésiastique, xliii, 22, dit que quand le vent 
du nord vient à souffler, l'eau se congèle (7iay^<rexat, ge- 
lavit) en cristal. — Zacharie, xiv, 6, annonce qu'au jour de 
l'avènement du Seigneur, « il n'y aura plus de lumière, 
mais du froid et de la gelée. » Le keri porte : yeqârôf ve- 
qipâ'ôn, 4"Sx»Ç **l tctYoç, frigus et geltt. Le kethib lit : 
yeqârôt yiqqdfûn, « les splendides se contractent, » 
c'est-à-dire les astres brillants font rentrer leur éclat, 
s'obscurcissent. Les deux leçons de l'hébreu ne diffèrent 
que par la substitution d'un », y, à un i, v. La leçon du 
keri a pour elle les versions anciennes et les targums ; 
celle du chethib, bien que grammaticalement beaucoup 
moins claire, est plus conforme au parallélisme et re- 
produit une idée familière aux auteurs sacrés quand ils 
parlent des derniers jours. Joël, m, 15; Is., xm, 10; 
Ezech., xxxii, 7, 8; Matth., xxrv, 29; Apoc, vi, 12. 

H. Lesètre. 
GELILOTH (hébreu : Gelîlôf; Septante : ValilM), 



459 



GELILOTH — GÉNÉALOGIE 



460 



localité de Palestine. Jos., ïtiii, 18. La Vulgate a rendu Ge- 
liloth par un nom commua : ad tumufos, « aux tertres. » 
Elle n'est nommée qu'une fois dans l'Écriture pour dé- 
terminer les limites qui séparent les tribus de Juda et 
de Benjamin entre Ensémés et la montée d'Adommin. 
Jos., xviii, 17-18. Voir Benjamin, t. n, col. 1593. Comme 
dans le passage parallèle, Jos., xv, 7, Galgala est nommé 
au lieu de Geliloth, on ne peut guère douter que Geli- 
loth et Galgala ne soient deux formes différentes du 
même nom de lieu. Voir Galgala 1, col. 84. Sur la si- 
gnification du mot Geliloth et les autres emplois de ce 
mot, voir Galilée 1, col. 87. 

GÉMALLI (hébreu : Gemallî; Septante : ratios; 
Codex Alexandrinus :■ To[xa)ii)i P ere d'Ammiel, de la 
tribu de Dan, lequel fut un des explorateurs de la terre 
de Ghanaan. Num., xiii, 13 (hébreu, 12). 

GÉMARA, partie du Talmud dans laquelle est com- 
mentée la Mischna. Voir Talmud. 

GENDRE (hébreu : hàfàn; Septante : 7a.11.6p6s; Vul- 
gate : gêner), le mari par rapport au père et à la mère 
de sa femme. — En hébreu, le mot hâtdn, de hdtan, 
« marier sa fille, » désigne celui auquel des parents ont 
donné leur fille ; le hâfân est à la fois le nom du mari 
vis-à-vis de la fille, et le nom du gendre vis-à-vis des 
parents. Voir Mari. La Sainte Écriture mentionne spé- 
cialement les gendres de Lot, qui refusèrent de croire à 
l'annonce que l'ange avait faite de la ruine imminente 
de Sodome, et périrent victimes de leur incrédulité. 
Geri., XIX, 12-14. Elle mentionne Samson, comme gendre 
d'un homme de Tamnatha, Jud., xv, 6; le lévite 
d'Éphraïm comme gendre d'un Bethléhémite, Jud., xix, 
5-10; David comme gendre de Saûl, I Reg., xvm, 18-27; 
xxii, 14; Tobie, l'adversaire de Néhémie, comme gendre 
de Sichénias, II Esdr., vi, 18; un fils de Joïada comme 
gendre de Sanaballat, II Esdr., xiii, 28; le jeune Tobie 
comme gendre de Raguël, Tob., x, 8; Alexandre I er Balas, 
roi de Syrie, comme gendre de Ptolémée VI Philométor, 
roi d'Egypte, I Mach., x, 54, et Ptolémée, fils d'Abobi, 
qui fit périr son beau-père, 'le grand-prêtre Simon. 
I Mach., xvi, 12. — Un terme correspondant à celui de 
hdfdn, kaltâh, désignait la femme soit comme épouse 
vis-à-vis du mari, soit comme bru vis-à-vis du père et 
de la mère du mari. Septante : iiy.yr\; Vulgate : nurus. 
Voir Fiançailles, t. n, col. 2230. Il est question, dans 
la Sainte Écriture, de la bru ou belle-fille de Lot, Gen., 
xi, 31 ; de Thamar, bru de Juda, Gen., xxxvm, 11-24; 
I Par., il, 4; dé Ruth et d'Orpha, brus de Noémi, Ruth, 
I, 6, 7, 22; iv, 15, et de la bru du grand-prêtre Héli. 
I Reg., iv, 19. — Le mariage d'un homme avec sa bru 
était défendu sous peine de mort. Lev., xvm, 15; xx, 12. 
Ézéchiel, xxii, 11, reproche aux Israélites la violation de 
cette loi. — Notre-Seigneur vient, par son Évangile, 
séparer la bru de sa belle-mère, Matth., x, 35; Luc, 
XII, 53, c'est-à-dire établir des obligations supérieures à 
celles de la famille, par suite desquelles les parents se 
diviseront entre eux selon qu'ils seront croyants ou 
infidèles. H. Lesêtre. 

1. GÉNÉALOGIE. — I. Sens du mot généalogie. — 
Le mot généalogie (yevEaXoYéa) n'apparait que deux fois 
dans lé Nouveau Testament. I Tim., i, 4; Tit., m, 9. Il 
y désigne quelque chose qui ressemble aux émanations 
spontanées des éons et où l'on pourrait voir le germe de 
certaines doctrines gnostiques. Saint Paul recommande 
à Timothée de proscrire ces fables et ces « généalogies » 
sans fin, et à Tite d'éviter ces questions oiseuses et ces 
« généalogies » vaines. Le mot -feveaXo-ffa ne se trouve 
que dans quelques manuscrits des Septante, là où le texte 
reçu lit xata),ofi(i|itSç ou xaTaXo^iutiôç. I Par., rv, 33; 
vil, 5, 7; ix, 22; I Esdr., vin, 1. — Nous entendons par 



généalogies ce que la Vulgate appelle generationes ou 
liber generationis (fe-viaeic ou fJiôXoç -xtviazai, en hébreu 
tôldôt ou sêfer tôldôt). C'est la formule par laquelle 
débutent les dix parties de la Genèse : Ecce genera- 
tiones, ou par exception, v, 1 : Liber generationis. En 
dehors de la Genèse nous retrouvons trois fois cette même 
formule: Num., m, 1; Ruth, IV, 18 ; I Par., i, 22, et assez 
souvent, surtout dans les Paralipomènes, une formule 
analogue à celle-ci : Filii Levi in generationibus suis. 
— Il importe de savoir ce que signifie, dans ces phrases, 
le mot tôldôt. Ce n'est pas proprement « générations », 
ni « table généalogique », au moins dans l'hébreu bi- 
blique. La preuve en est dans ces exemples : Voici les 
tôldêt du ciel et de la terre, Gen., n, 4 ; voici les fôldôt 
de Noë, Gen., vi, 9; suit l'histoire du déluge. Tôldôt 
dérive de yâlad, « enfanter, » et devait signifier d'abord 
« postérité, race ». Mais comme, aux temps primitifs, la 
généalogie était la charpente de l'histoire et que celle- 
ci n'était, à vrai dire, qu'un cadre généalogique garni 
d'anecdotes et de faits divers, le mot en vint à désigner 
l'histoire telle qu'elle se transmettait alors oralement ou 
par l'écriture, c'est-à-dire une série d'événements relatifs 
au même groupe familial, brodés sur un canevas généalo- 
gique plus ou moins serré. Enfin, à la longue, le sens 
étymologique s'effaça complètement et fôldôt signifia 
simplement» histoire ou chronique ». «Les biographies 
patriarcales, dit l'abbé de Broglie, dans le Congrès 
scientifique international des Catholiques de 1888, in-8°, 
Paris, 1889, t. i, p. 110, sont des éléments généalogiques 
épanouis et dilatés; les versets généalogiques sont des 
biographies abrégées ou rudimentaires. » 

II. Topographie des généalogies. — Les principales 
généalogies de l'Ancien Testament sont dispersées dans 
les livres suivants : 

Liste des patriarches d'Adam à Noë . . Gen., v, 1-32. 

Table ethnographique des fils de Noë . . Gen., X, 1-32. 

Liste des patriarches de Sem à Tharé . Gen., xi, 10-26. 

Descendants de Tharé Gen., XI, 27-32. 

Descendants de Nachor ' Gen., xxn, 20-24. 

Descendants d'Abraham par Cétura . . . Gen., xxv, 1-4. 

-^Descendants d'Ismaël Gen., xxv, 12-18. 

Liste des fils de Jacob Gen., xxxv, 23-29. 

Descendants d'Ésaii et princes d'Édom .- Gen., xxxvi, 1-43. 

Famille de Jacob émigrant en Egypte . Gen., xlvi, 8-27. 

Généalogie des lévites Num., m, 14-39. 

Généalogie des chefs des tribus .... Num., xxvi, 1-51. 

Généalogie de David Ruth., iv, 18-22. 

Généalogie d'Esdras I Esdr., vu, 1-5. 

Généalogie de plusieurs personnages. . II Esdr., xi et xn. 

Les neuf premiers chapitres du premier livre des 
Paralipomènes sont entièrement remplis par des listes 
généalogiques annotées, tantôt résumant, tantôt déve- 
loppant les généalogies ci-dessus indiquées, y ajoutant 
aussi parfois d'autres documents d'origine inconnue. 
C'est ainsi qu'on y trouve deux généalogies de Benja- 
min, l'une succincte, I Par., vu, 6-12, tirée de la Ge- 
nèse et des Nombres, l'autre plus étendue, I Par., vin, 
1-40, dont nous ignorons la provenance. Il y a égale- 
ment deux généalogies de Juda, l'une assez courte, iv, 
1-23, l'autre beaucoup plus complète, n, 3-m, 24, des- 
cendant jusqu'après la captivité. Ces doubles généalo- 
gies présentent des divergences très frappantes que 
l'auteur ne semble pas se mettre en peine d'harmo- 
niser. On voit qu'en véritable historien il reproduit des 
sources anciennes, sans système préconçu et sans mo- 
dification de tendance. — Pour les généalogies parti- 
culières, voiries articles spéciaux; pour la généalogie 
de Notre-Seigneur, voir Généalogie 2. 

III. Conservation des généalogies. — Tous les Sé- 
mites attachent à leur descendance une importance 
extrême. On sait que les Arabes enregistrent soigneuse- 
ment la lignée même de leurs chevaux et distribuent à 
ces derniers - des quartiers de noblesse, aussi documen- 
tés que ceux de nos traités héraldiques. Cf. la lettre 



161 



GÉNÉALOGIE 



162 



d'Abd-el-Kader au général Daumas, dans la Revue des 
deux mondes, 15 mai 1855, p. 775-777. Naturellement, ils 
font encore plus de cas du blason de l'homme. Chez 
eus toute biographie de guerrier, de poète, d'écrivain, 
d'artiste ou de savant, débute par une longue généa- 
logie. Caussin de Perceval, dans son Essai sur l'histoire 
des Arabes avant Vlslamisme, in-8°, Paris, 1844-1848, 
reproduit en partie ces listes, recueillies dans le Livre 
des Chansons (Kitàb-eUAghànï) et autres ouvrages sem- 
blables. Les Hébreux partageaient ce goût commun à 
tous les Sémites, et ils avaient un intérêt particulier à 
conserver des titres qui leur conféraient des droits - 
et des privilèges. Prêtres et lévites, pour remplir 
leurs fonctions honorables et bien rémunérées, avaient 
à établir légalement leur descendance. Au retoty de la 
captivité plusieurs furent exclus de la classe sacerdo- 
tale, I Esd., Il, 62; II Esd., vu, 64, et quelques laïques 
privés du droit de cité, I Esd., n, 59; II Esd., vu, 61, 
faute de pouvoir démontrer leur origine lévitique ou 
israélite. Cette preuve était nécessaire, même aux 
laïques, pour jouir de certains droits, par exemple pour 
rentrer eh possession de leurs biens de famille, à 
l'époque dii jubilé. Et comme le sol de la Palestine avait 
été, selon les prescriptions mosaïques, concédé inalié- 
nablement à telle tribu et à telle maison, il fallait, pour 
revendiquer une portion du domaine héréditaire aliéné 
pour un motif quelconque, faire remonter sa généalogie 
jusqu'à l'un des douze patriarches. On ne s'étonne donc 
pas qu'après l'exil presque toutes les familles eussent 
leurs papiers en règle et que l'exception soit signalée 
par les auteurs sacrés comme un fait anormal. 

La parenté la plus rapprochée conférait encore les 
droits et les devoirs du gôêl. Vulgate : propinquus ou 
proximus. Ruth., iv, 1-6; Lev., xxv, 25. « L'utilité pra- 
tique des généalogies, dit l'abbé de Broglie, ouvr, cité, 
p. 117, en garantit le caractère historique. Sans doute, 
il a pu exister beaucoup- d'-erreurs ; il peut et il doit 
y avoir eu beaucoup de falsifications. L'importance pra- 
tique de ces documents était une excitation à la fraude. 
Mais l'intérêt rival était une garantie que la fraude se- 
rait démasquée. Si donc il n'y a pas lieu (toute question 
d'inspiration écartée) d'avoir foi d'une manière absolue 
dans chacun de ces documents, le caractère historique 
de l'ensemble ne peut être contesté. » — En particulier, 
les généalogies du premier livre , des Paralipomènes 
(i-ix) inspirent pleine confiance. Quelques-unes repro- 
duisent exactement, quoique en abrégé, les listes du Pen- 
tateuque ; les autres, qu'il nous est impossible de con- 
trôler, ne sont certainement pas inventées par l'auteur 
qui, plusieurs fois, nous donne ses sources. Ainsi pour 
la tribu de Gad, nous sommes renvoyés au recense- 
ment de cette tribu, I Par., v, 17; pour la tribu d'Is- 
sachar au dénombrement fait sous David. I Par., vu, 2. 
Les registres publics, faciles à dresser, parce que de 
temps immémorial chaque famille possédait ses titres 
privés, devinrent mieux tenus et plus accessibles à par- 
tir de l'époque où se firent les recensements officiels. 
Nous connaissons les dénombrements de David, I Par., 
vu, 2; xxvi, 31; d'Asa, II Par., xiv, 8; d'Ozias, II Par., 
xxvi, 11 ; de Joatham pour Juda et de Jéroboam II 
pour les tribus du Nord, I Par., v, 17; et il y en eut évi- 
demment plusieurs autres. Voir, sur les listes généalo- 
giques du premier livre des Paralipomènes, F. von 
Hummelauer : Dos vormosaische Priesterthum in Is- 
raël, vergleichende Studie zu Exodus und 1 Chron. 2-8, 
Fribourg-en-Brisgau, 1899, p. 41-106. 

Deux tribus surtout devaient tenir à ces archives généa- 
logiques (Sêfér hay-yahas), U Esd., vu, 5; la tribu sacer- 
dotale de Lévi et la tribu souveraine de Juda. Josèphe, 
Vit., i, *Q{ £v toïç 6r,|iciacai; SéXtoi; àvayEYpa|i|jivi)v T|î- 
pov, dans son autobiographie puise quelques détails à ces 
archives publiques. Il mentionne avec fierté l'origine 
royale de sa mère. Il nous apprend ailleurs avec quel 

DICT. DE LA BIBLE. 



soin les prêtres, même exilés en Egypte ou à Babylone, 
conservaient la pureté de leur sang et le souvenir de 
leur descendance. Ils expédiaient de temps en temps à 
Jérusalem des registres authentiques où paraissaient dans 
certains cas les femmes elles-mêmes, car le fils d'une 
esclave ou d'une ancienne prisonnière de guerre ne pou- 
vait plus remplir les fonctions sacerdotales. Cont. Apion., 
i, 7. Comme le Mescie devait sortir de Juda et de la 
maison de David, un motif nouveau devait exciter les 
membres de cette tribu et de cette famille à préserver 
les titres de leur illustre origine. Un fait curieux rap- 
porté par Eusèbe d'après Hégésippe, H. E., m, 19, 20, 
t. xx, col. 252, nous montre qu'ils n'y manquaient pas. 
Domitien ordonna de mettre à mort tous les descen- 
dants de David : il fallait bien qu'un document officiel 
permît de les distinguer. Au témoignage d'Hégésippe, 
les parents du Sauveur ne durent la vie qu'à, l'humilité 
de leur condition, l'empereur ayant compris qu'il n'y 
avait rien à craindre de si petites gens. 

Quant aux généalogies patriarcales, abstraction faite 
de l'inspiration, nous n'avons aucun moyen direct d'en 
prouver la véracité. L'écriture peut avoir été employée 
de très bonne heure à conserver le souvenir de nos 
origines, car elle remonte beaucoup plus haut qu'on ne 
le croyait il y a un demi-siècle. D'ailleurs une mémoire 
ordinaire suffit à retenir deux dizaines de noms, accom- 
pagnés de courtes notices; et l'on sait la puissance de 
la mémoire chez les peuples où l'écriture n'est pas d'un 
usage courant. Nous ne prétendons pas cependant que 
les noms antiques nous aient été transmis sans modi- 
fication. Dans les langues primitives tout mot. y compris 
les noms propres, doit signifier quelque chose. Les 
noms étrangers sont traduits ou remplacés ; ils se modi- 
fient au fur et à mesure de la transformation du langage. 
Dans les listes de la Genèse, les noms des patriarches 
ont une physionomie sémitique et même hébraïque très 
accusée. Ils doivent avoir été accommodés au génie de la 
langue. Le procédé importe peu. A toutes les époques des 
personnages ont été connus dans l'histoire sous des noms 
qu'ils n'ont point portés, soit que, leur nom véritable 
étant ignoré, on les désigne par un nom commun : 
Brennus, Pharaon, saint Adaucte, Miramolin, etc., soit 
pour toute autre cause. Cela n'empêche pas ces person- 
nages d'être historiques. Les rapprochements tentéspar 
Fr. Lenormant, Origines de l'histoire, t. i, Paris, 1880, 
p. 214-290, entre les patriarches antédiluviens de la 
Bible et les rois antédiluviens de la tradition chal- 
déenne, paraissent forcés. 11 n'y a de commun que le 
nombre dix, mais ce nombre, somme des doigts des 
deux mains, nous est enseigné par la nature, comme 
base de la numération, et se rencontre ailleurs dans des 
listes semblables. Sur l'origine mythologique des patriar- 
ches antédiluviens, voir F. Vigouroux, Livres Saints et 
critique ration., 1891, t. iv, liv. I, chap. vu, p. 191-217. 
Sur la prétendue identité de la généalogie des Séthites et 
des Caïnites, voir Vigouroux, ibid., chap. vin, p. 218-227, 
et de Hummelauer, Comment, in Gènes., 1895, p. 184-189. 

IV. Point de vue des généalogies. — Un principe 
élémentaire, quand il s'agit d'apprécier les institutions 
ou les écrits des anciens, c'est de se placer à leur point 
de vue : faute de quoi l'on tourne dans un perpétuel 
malentendu, blâmant ce qu'il faudrait approuver, approu- 
vant ce qu'il faudrait blâmer. Chez les Sémites, la notion 
et le rôle des généalogies diffèrent des nôtres au triple 
point de vue ethnographique, systématique et juridique. 

1° Point de vue ethnographique. — Pour nous, mo- 
dernes, les droits de l'individu priment tout, la famille 
est reléguée au second plan; pour le Sémite, la famille 
était tout, l'individu presque rien. De là, cette concep- 
tion de la justice qui ne manque guère de nous scanda- 
liser; cette solidarité pour le bien et pour le mal, dans 
les châtiments et les récompenses; de là aussi cette iden- 
tification du père avec ses enfants, du chef de race avec 

III. - 6 



163 



GÉNÉALOGIE 



464 



laraee elle-même, qu'on peut constater presque à chaque 
page de l'Ancien Testament. « Par suite de cette solida- 
rité, dit fort bien l'abbé de Broglie, ouvr. cité, p. 102, 
le même nom propre signifie indifféremment, en prin- 
cipe général, un individu et une famille, tribu ou nation. 
Israël est le fils d'Isaac : Israël, c'est le peuple israélite. 
Juda, c'est le fils de Jacob : Juda c'est la tribu de Juda. 
Ce n'est pas par métaphore que les tribus sont désignées 
. par le nom de l'aïeul. Le sens ethnographique et le sens 
personnel et biographique sont aussi propres, aussi natu- 
rels l'un que l'autre. » Il y a plus. Le peuple finit par 
s'identifier avec le pays qu'il occupe. Le sol personnifie 
la race. Israël c'est à la fois le fils d'Isaac, le peuple 
hébreu et la Palestine ; Éphraïm c'est le fils de Joseph, 
c'est une des douze tribus et c'est le pays montagneux 
qui avoisine Sichem. « Voici les fils de Séir l'Horréen... 
voilà les chefs des Horréens qui commandèrent dans la 
terre de Séir. s Gen., xxxvi, 20 et 30. Dans la suite, fils 
de Séir devint synonyme d'Iduméens. II Par., xxv, 11, 14. 

Il ne faudra donc pas être surpris de trouver, dans les 
tables généalogiques, des peuples et même des pays 
mêlés à des individus : le pays désignant par une méta- 
phore, presque effacée à force d'être usuelle, la popula- 
tion qui l'habite. Ainsi Cham, fils de Noë, engendre 
Mesraîm (les deux Égyptes, la basse et la haute ; Mesraïm 
étant le duel de Mesr, usité encore en arabe pour indi- 
quer l'Egypte). Mesraïm, à son tour, engendre les Ludim 
habitants du Delta), les Ànanim, les Laabim (Libyens), 
les Nephtuim (habitants de Memphis; Naphtah, gens 
de Phtah), les Phetrusim (habitants de la Thébaïde; 
P-tO-res, la terre du Sud), les Chasluim, souche des 
Philistiim (Philistins) et des Caphtorim (Cretois). Cha- 
naan de son côté engendre Sidon (la Pêcherie), l'Hé- 
théen, l'Amorrhéen, l'Hévéen, l'habitant d'Arka, d'Arad, 
de Simyra, de Hamath. Il n'y a pas là de mythe; il y a 
filiation véritable; seulement le nom de l'aïeul oublié 
est remplacé par le nom ethnique ou géographique. 

2° Point de vue mnémonique. — A une époque où, 
l'écriture étant inconnue ou peu répandue, les traditions 
antiques se transmettaient de père en fils, elles se 
figeaient aisément dans un cadre inflexible qui soulageât 
la mémoire et servît à conserver intacts les documents. 
Deux systèmes étaient en présence : versifier l'histoire, 
et c'est le moyen qu'adoptèrent la plupart des peuples 
depuis les Grecs et les Hindous jusqu'aux sauvages de 
l'Australie et de la Micronésie, ou bien recourir aux 
artifices mnémoniques, aux nombres sacramentels. Le 
choix de ces nombres fut déterminé par des considéra- 
tions symboliques dont ce n'est pas ici le lieu d'étudier 
la nature et l'origine. Toujours est-il que le nombre dix, 
somme des doigts des deux mains, base de la numéra- 
tion, et le nombre sept, total des jours de la semaine, 
avec leur produit, 10 X 7 =70, furent pour les Hébreux 
les nombres mystiques par excellence. Il y a 10 patriar- 
ches antédiluviens, 10 patriarches postdiluviens. L'au- 
teur des Paralipomènes énumère 70 descendants de Juda 
(I Par., H, 3, 55), 70 descendants de Benjamin, toi, 1, 28. 
Le tableau ethnographique de la Genèse comprend 70 noms. 
Moïse aurait pu l'augmenter ou le réduire, car il men- 
tionne des peuplades de peu d'importance et passe sous 
silence des races que certainement il connaissait. Les 
descendants de Jacob, comptés à l'occasion de l'entrée 
en Egypte, sont encore au nombre de 70. Mais plusieurs 
membres de cette liste étaient déjà morts et d'autres 
n'étaient pas nés encore. Cf. de Hummelauer, Comment, 
in Gènes., p. 572, et Pannier, Genealogise biblicœ, 1886, 
p. 272. On voit l'intention de l'auteur d'arriver au chiffre 
fatidique de 70. Ce n'était pas là un frivole jeu d'esprit. 
En s'arrêtant à un nombre sacramentel, on fermait la 
porte aux additions frauduleuses de noms nouveaux et 
on prévenait les omissions dictées par le désir d'abréger. 
Restaient les substitutions d'un nom à un autre, substi- 
tutions qui probablement se sont produites plus d'une 



fois dans nos listes généalogiques, mais le mal était sans 
remède. Nous terrons bientôt que saint Matthieu a rangé 
les ancêtres du Christ en trois séries de quatorze mem- 
bres chacune et cet artifice, partie symbolique, partie 
mnémonique, a eu pour résultat l'omission voulue de 
plusieurs intermédiaires. Ces remarques ont de" l'im- 
portance pour la question des lacunes sur laquelle les 
catholiques semblent de plus en plus tomber d'accord; 
mais elles n'infirment en rien la véracité des écrivains 
inspirés, qui ont bien pu raccourcir leurs listes, pour 
les faire entrer dans leur cadre inflexible, mais non les 
allonger. 

3» Point de vue juridique. — La loi du lévirat est 
bien connue : « Quand, de plusieurs frères habitant 
ensemble, l'un mourra sans enfants, sa veuve ne se 
remariera pas à un étranger, mais le frère du défunt la 
prendra pour femme et le premier fils qu'elle enfantera 
succédera au nom du mort (mot à mot : se lèvera sur 
son nom, c'est-à-dire héritera de son nom et de ses 
biens), afin que le nom de ce dernier ne soit pas effacé 
d'Israël. » Deut., xxv, 5, 6. Suit la cérémonie ignomi- 
nieuse que doit subir le beau-frère s'il refuse d'accom- 
plir ce devoir. Voir Lévirat. C'était là une très ancienne 
coutume, Gen., xxxvni, 8, 14, 26, sanctionnée par Moïse 
par dérogation spéciale aux empêchements de mariage 
entre beau-frère et belle-sœur, édictés dans le Lévitique, 
xviii, 16; xx, 21. Le législateur ayant en vue, comme il 
le marque expressément, de prévenir l'extinction totale 
d'une famille, ce qui était considéré comme un grand 
malheur, le premier fruit de cette union était regardé, 
par une fiction juridique, comme le fils véritable du 
défunt. Il continuait la lignée de son père légal et dans 
un tableau généalogique il en adoptait tous les ancêtres. 
Nous concluons du cas de conscience posé par les Sad- 
ducéens, Matth., xxn, 24; Marc, xn, 19; Luc, xx, 28, 
pour embarrasser le Sauveur, que la loi du lévirat sub- 
sistait encore au temps de Jésus-Christ. Dans l'histoire 
de Ruth, c'est autre chose. Booz n'est pas le beau-frère 
(yâbdm) de Ruth, mais bien le plus proche parent (gô'êfy 
de son mari défunt. Il n'y a donc pas application stricte 
de la loi du lévirat; mais l'exemple montre que l'usage 
tendait à élargir le principe posé par Moïse au lieu de le 
restreindre. Cf. Driver, Deuteronomy, 1895, p. 285. 

Les Hébreux ne connaissaient pas l'adoption (voir 
Adoption) à la manière des Grecs et des Romains. Il n'y 
a pas trace non plus dans la Bible de cette filiation 
fictive, en usage chez quelques peuples, suivant laquelle 
un roi était considéré comme le fils et l'héritier de son 
prédécesseur. Mais on peut se demander si, outre la loi 
du lévirat, il n'existait pas d'autre mode de filiation 
légale, pouvant faire dévier une généalogie de sa marche 
directe, ou créer, pour un seul personnage, un double 
courant généalogique. La nature de notre travail ne nous 
permet pas de traiter à fond la question : nous appelons 
seulement l'attention du lecteur sur les points suivants. 

On sait que la postérité de Jacob était divisée en douze 
tribus (maftêh ou Sêbéf, signifiant l'un et l'autre 
« verge », soit « branche vivante », d'après la métaphore 
usitée partout qui représente le chef de race comme 
une tige et ses descendants comme des rameaux, soit 
plutôt « branche morte », bâton de commandement, 
sceptre). Au-dessous de la tribu était la famille (mUpâ- 
hâh), groupe considérable de maisons sous un chef 
commun (comparez les sous-tribus arabes), qui s'était 
déjà constitué en Egypte. Au moment de l'Exode, le 
nombre des familles, sans compter la tribu de Lévi, était 
de 58. Num., xxvi; Ruben en a 4, Siméon 5, Gad 7, 
Juda 5, Issaihar 4, 2Jabulon 3, Manassé 8, Éphk-aïm 4, 
Benjamin 7, Aser 5, Nephthali 4, Dan une seule. Mais 
ce nombre" était sujet à changer avec le temps. Une sub- 
division de la famille était la maison {bèf-db), enfin au 
bas de l'échelle sociale était le foyer représenté par le 
père de famille (viri Juda et Israël). Si le nombre des 



165 



GÉNÉALOGIE DE JESUS-CHRIST 



166 



tribus demeure invariable et est maintenu en droit alors 
même que de fait plusieurs tribus étaient à peu près 
éteintes, il en fut tout autrement des familles et des 
maisons. Une famille pouvait être réduite au rang de 
maison ; une maison, croissant en nombre et en impor- 
tance, pouvait devenir famille; deux familles ou deux 
maisons, à force de décliner, pouvaient se fondre en 
une. Nous trouvons dans l'Écriture un exemple intéres- 
sant de cette fasion. 1 Par., ixm, 11. Jaûs et Baria 
eurent peu d'enfants; voilà pourquoi ils ne comptèrent 
que pour une seule maison (bê(-'âb). Cf Riebm, Hand- 
wôrterbuch des biblischen AUertums, 2 e édit.,1894,t. n, 
p. 1562-1568. Or il s'agirait de savoir : — 1 . S'il y avait dans 
le peuple juif des maisons ou des individus qui ne fissent 
pas remonter leur origine à l'un des douze patriarches 
éponymes des tribus. Au moment de l'entrée en Egypte, 
la famille de Jacob était accompagnée d'un nombre 
d'étrangers et de serviteurs certainement bien supérieur 
à celui des fils et petits-fils d'Israël. Ces clients faisaient 
partie de la famille, s'alliaient avec elle, confondaient 
leur sang avec le sien, étaient incorporés au peuple élu. 
Leurs descendants n'étaient-ils pas regardés, par une 
fiction juridique fondée sur le mélange du sang, comme 
les véritables descendants de Jacob? Ces accroissements 
par le dehors furent toujours fréquents, en Egypte, au 
moment de l'Exode, après l'occupation de la Terre Pro- 
mise. Les prosélytes qui, comme Achior, Judith, xrv, 6, 
étaient incorporés au peuple d'Israël n'étaient-ils pas 
inscrits dans l'une des tribus? Ne devenaient-ils pas 
légalement les fils du fondateur de la famille à laquelle 
ils s'étaient agrégés? En dehors d'Éphraïm et de Ma- 
nassé, -les fils de Joseph ne firent pas souche et leur 
descendance fut assignée à l'un de leurs frères. Dans les 
divers recensements, Num., i-ii, xxvi, etc., on ne con- 
naît que les fils des treize patriarches ; en particulier, il 
n'y a de descendants de Joseph que les fils de Manassé 
et les fils d'Éphraïm. Num., H, 18, 20. Jacob mourant 
avait dit à Joseph : « Les deux fils que tu as eus, avant 
mon entrée en Egypte, sont à moi; Éphraïm et Ma- 
nassé seront miens comme Ruben et Siméon. Pour les 
autres, que tu as engendrés ensuite, ils seront à toi : ils 
porteront le nom de leurs frères dans leurs possessions. » 
Gen., xl vm, 5, 6. — 2. 11 faudrait savoir encore si, 
quand deux familles ou deux maisons faisaient fusion, 
les ancêtres devenaient communs. Les Arabes ne con- 
çoivent pas autrement la généalogie, et tous les membres 
d'une tribu ou d'une sous-tribu sont censés descendre 
du fondateur éponyme. Cela simplifie singulièrement 
les arbres généalogiques. N'y aurait-il pas eu chez les 
Israélites une fiction semblable ? Ces questions, jusqu'ici 
négligées, sont très difficiles; mais elles seraient d'une 
extrême importance pour résoudre bien des divergences 
et des antilogies. 

V. Lacunes dans les généalogies. — La possibilité 
et même l'existence des lacunes dans les listes généalo- 
giques a été mise en pleine lumière par le P. Brucker, 
La Chronologie des premiers âges de l'humanité, dans 
la Controverse, 15 mars et 15 mai 1886, t. xm, p. 375-393, 
et t. xiv, p. 5-27, et par M. l'abbé Pannier, Genealogise 
biblicse cum monumentis Mgypliorwm et Chaldœo- 
rum collatss, in-8°, Lille, 1886. Pour peu qu'on soit au 
courant des usages orientaux on n'y verra aucune diffi- 
culté quand les membres des généalogies sont reliés par 
le mot « fils ». Ne lisons-nous pas dans saint Matthieu : 
« Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, 
fils d'Abraham? » Les Paralipomènes abondent en généa- 
logies où fils et petits-fils confondus sont attribués à un 
père commun. Il n'en faut pas voir davantage lorsque les 
anneaux intermédiaires sont unis par le mot « engendra ». 
On constate dans «aint Matthieu, qui se sert de ce mot, 
1, 2-16, un assez grand nombre d'omissions, les unes 
parfaitement certaines, les autres plus ou moins pro- 
bables. Du reste les exemples de ce fait ne se comptent 



pas. Nous avons vu ci-dessns que des personnages du 
tableau ethnographique de la Genèse avaient « engendré » 
des peuples. 

Quelques auteurs ont cru trouver une distinction de 
sens dans les formes kal et hiphil du verbe yâlad, 
« engendrer. » La forme hiphil ne se dirait que de là 
génération immédiate, la forme kal comprendrait aussi 
la génération médiate, avec omission d'un ou plusieurs 
membres. Cette distinction est arbitraire et ne repose 
sur rien. C'est la forme hiphil, hôlîd, qui est employée 
dans la liste des patriarches antédiluviens, Gen., v, et 
dans celle des patriarches postdiluviens. Gen., xi. Dans 
ces deux cas, une raison spéciale s'est opposée longtemps 
à l'admission des lacunes et fait encore impression sur 
quelques interprètes. S'il y avait seulement : « Malaléel 
engendra Jared, » Gen., v, 15, ils admettraient sans 
peine que Jared peut être seulement le petit-fils ou le 
descendant plus éloigné de Malaléel ; mais le texte porte : 
« Malaléel vécut soixante-cinq ans et il engendra Jared. 
Et Malaléel, après qu'il eut engendré Jared, vécût huit 
cent trente ans et il engendra des fils et des filles. » 
Dans ces formules, si serrées en apparence, où trouver 
un interstice pour glisser les générations intermédiaires, 
dont nous avons besoin si nous voulons mettre d'accord 
la chronologie biblique avec la chronologie profane? Il 
faut entendre : Malaléel, à l'âge de 65 ans, engendra le 
père ou l'aïeul de Jared; et ce sens n'est sans doute pas 
celui qui se présente le plus naturellement à l'esprit. Le 
tout est de savoir s'il est imposé par des données extrin- 
sèques certaines ou approchant de la certitude. Or, 
d'après beaucoup d'apologistes catholiques dont lenombre 
va toujours croissant, il en est réellement ainsi. La chro- 
nologie biblique, obtenue dans l'hypothèse des généa- 
logies complètes, est trop courte, soit qu'on suive les 
chiffres du texte hébreu, soit qu'on adopte ceux des 
Septante. Voir Chronologie. Dès lors on est bien forcé 
d'entendre le mot « engendra » d'une génération mé- 
diate. On peut remarquer : 1. que le mot « engendra » 
comporte réellement ce sens en hébreu et que par suite 
la véracité de l'Écriture est sauvegardée; 2. que l'auteur 
sacré n'a pas du tout l'intention de faire une chronologie, 
car autrement il omettrait les chiffres qui n'importent 
en rien à la chronologie et il ferait la somme des 
années; 3. que le tableau tel qu'il se présente actuelle- 
ment à nous peut avoir été obtenu par réduction, en 
supprimant les intermédiaires moins connus, et en main- 
tenant toutefois le cadre primitif. F. Prat. 

2. GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. Le premier 
et le troisième évangélistes nous ont laissé chacun une 
généalogie de Notre-Seigneur. Saint Matthieu intitule la 
sienne : « Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de 
David, fils d'Abraham » ([StgXoç ytviaimi, ce qui corres- 
pond évidemment à l'hébreu sêfér fôldôf), et la place en 
tête de son livre. Celle de saint Luc vient après le récit 
du baptême, m, 23-38, et débute ainsi : « Et Jésus avait 
environ trente ans, étant, comme on le croyait, fils de 
Joseph, qui fut d'Héli, qui fut dé Mathat, etc. » Ka\ 
aOràç i)v ô 'Iy]<to0{ d>m\ ètûv Tptâxovta âp"/6[«.evo{, <ôv ci; 
Évo|1'!Ç£to ijV>i 'Iaxrriç, toû 'HXé, toû MartâT, xtà. C'est 
le texte reçu, mais Tischendorf et Westcott-Hort pré- 
fèrent la leçon donnée par d'excellents manuscrits et 
plusieurs Pères grecs : &v. uïôç, <Jç êvoiiiCexo, 'Iwt^ç, 
toO 'HXeî, xtX. Cette variante est à noter, car, si on 
l'admet, il devient plus difficile de soutenir que la généa- 
logie reproduite par saint Luc est celle de Marie. 

I. Généalogie de saint Matthieu. — Elle est descen- 
dante, d'Abraham à Jésus. Elle est distribuée en trois 
séries, de quatorze noms chacune, se terminant, là pre- 
mière à David, la seconde à la captivité et la troisième 
au Messie. Cette division en trois séries égales n'est pas 
accidentelle ; elle est voulue, comme le prouve ce résumé 
ajouté par l'auteur lui-même, i, 17 : « Somme des gcné- 



167 



GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST 



168 



rations : d'Abraham à David quatorze générations, de 
David à l'exil de Babylone quatorze générations, de 
l'exil de Babylone au Christ quatorze générations. » . 




1. Abraham. 

2. Isaac. 

3. Jacob. 

4. Juda. 

5. Phares. 

6. Esron. 

7. Aram. 

8. Aminadab. 

9. Naasson. 

10. Salmon. 

11. Booz. 

12. Obed. 
yl3. Jessé. 
AÏ4. David. 



iz. 



n* SERIE 

1. Salomon. 

2. Roboam. 

3. Abias. 

4. Asa. 

5. Josaphat. 

6. Joram, 

7. Ozias_ Tj V 
i. Joatham. V 

9. Achaz. 

10. Ézéchias. 

11. Manassès. 

12. Amon. 
Josias. * 
Jéchonias. 



VH 



m* SERIE 

1. Jéchonias. 

2. Salathiel. 

3. Zorobabel. 

4. Abiud. 

5. Éliacim. 

6. Azor. 

j 7. Sadoc. 
) 8. Achim. 
j 9. Éliud. 
i 10. Éléazar. 
V 11. Mathan. 

12. Jacob. 

13. Joseph. 

14. Jésus. 



Ce qui frappe d'abord dans cette liste des ancêtres du 
Sauveur, c'est qu'elle contient de nombreuses lacunes. 
— 1° Entre Joram et Qzias trois rois bien connus sont 
omis : Ochozias, Joas, Amasias. L'omission n'est pas 
due à une faute de copiste, comme on l'a quelquefois 
prétendu sans l'ombre d'une raison, car les générations 
de la seconde série seraient alors au nombre de dix-sept 
et non plus de quatorze. Elle ne peut pas être attribuée 
à un oubli de l'auteur (les personnages laissés de côté 
sont trop célèbres) ; elle est donc intentionnelle et systé- 
matique. Malgré cela, Joram est relié au fils de son 
arrière-petit-fils par la formnle ordinaire : « Joram en- 
gendra Ozias, » sans que rien, dans le texte, fasse 
soupçonner la suppression de trois anneaux intermé- 
diaires. — 2° Josias est donné pour le père de Jéchonias, 
il n'est que son grand-père. En effet, Josias eut pour fils 
Joakim et ce dernier engendra Joachin appelé aussi 
Jéchonias. Quelques auteurs, il est vrai, recourent icj 
encore à une erreur de copiste. Ils font remarquer que, 
si l'on n'intercale Joakim entre Josias et Jéchonias, la 
seconde série ou la troisième aura seulement treize 
noms au lieu de quatorze. Cette hypothèse serait assez 
plausible si elle avait plus de témoignages en sa faveur ; 
malheureusement elle est très peu appuyée et l'embrasser 
dans ces conditions serait violer toutes les règles de la 
critique. La raison alléguée n'est pas décisive. Saint 
Matthieu a besoin de quatorze noms dans chaque série 
et il les obtient en répétant, au_ début de la troisième, 
le nom de Jéchonias qui termine la seconde. Jéchonias 
est répété parce qu'il fut roi et homme privé : comme 
roi, il clôt la liste des successeurs de David sur le trône 
de Juda ; comme homme privé, il ouvre celle des descen- 
dants de David qui n'ont pas porté le sceptre. Le grou- 
pement adopté par saint Matthieu étant surtout un arti- 
fice mnémonique, il n'y a pas d'inconvénient à ce qu'un 
personnage soit compté deux fois. Il y en aurait un si 
l'évangéliste", faisant la somme des trois groupes, don- 
nait pour total quarante-deux générations. On a vu plus 
haut que ce n'est pas le cas. — 3" Entre Phares, né 
dans le pays de Chanaan, et Naasson, chef de la tribu 
de Juda au temps de l'Exode, saint Matthieu ne men- 
tionne que trois membres : Esron, Aram et Aminadab. 
C'est trop peu, soit qu'on fasse durer le séjour en Egypte 
430 ans, soit qu'on le réduise à 215. Voir Chronologie, 
t. n, col. 727-728. Ici encore la généalogie du Sauveur 
est donc très probablement incomplète. — 4° Entre Sal- 
mon, né dans le* désert, et Jessé père de David, il n'y a 
que deux générations, pour un laps de temps d'au moins 
trois siècles, car le temple de Salomon ne fut commencé 
que 480 ans après l'Exode. III.Reg., vi, 1. Évidemment 
c'est insuffisant, puisque la longévité moyenne, à cette 
époque, n'était guère supérieure à la nôtre. La conclu- 
sion qui s'impose c'est que nous sommes en présence 
d'une nouvelle lacune. Il faudra en dire autant des 
autres généalogies de David. Ruth, nr, 20-22; I Par., iv, 1. 



— 5» Entre Zorobabel et Jacob, père de Joseph, saint 
Matthieu ne place que huit chaînons intermédiaires. 
Saint Luc, pour la même période (entre Zorobabel et 
Héli, père de Joseph), en énumère dix-sept. Ce dernier 
chiffre est beaucoup plus satisfaisant si l'on songe que 
la captivité prit fin l'an 538 avant J.-C. De tous côtés 
nous arrivons au même résultat : la généalogie du 
Sauveur, en saint Matthieu, a des lacunes assez nom- 
breuses et ces lacunes ont pour explication naturelle le j 
cadre mnémonique et symbolique où l'auteur désirait, 
s'enfermer. 

II. Généalogie de saint Luc. — Elle est ascendante 
et remonte jusqu'au premier homme, jusqu'à Dieu lui- 
même : « qui fut d'Adam, qui fut de Dieu. » Elle paraît 
assujettie elle aussi à un procédé mnémonique, d'où le 
symbolisme n'est pas exclu. Le tableau suivant rendra 
la chose sensible : 



I" SÉRIE 

1. Jésus. 

2. Joseph. 

3. Héli. 

4. Mathat. 

5. Lévi. 

6. Melchf. 
JZ, Janné. 

8. Joseph. 

9. Mattathias. 
■ 10. Amos. 

11. Nahum. 

12. Hesli. 

13. Naggé. 

14. Mahath. 
TG. Mattathias. 

16. Séméi. 

17. Josepb. 

18. Juda. . 

19. Joaiwa. 

20. Résa. 

21. Zorobabel. 



il" SÉRIE] 

22. Salathiel. 

23. Néri. 

24. Melchi. 

25. Addi. 

26. Cosan. 

27. Elmadan. 
_28. Her. 

29. Jésus. . 

30. Éliézer. 

31. Jorim. 

32. Matthat. 

33. Lévi. 

34. Siméon. 
J5. Juda. 

36. Joseph. 

37. Jona. 

38. Éliacim. 

39. Méléa. 

40. Menna. 

41. Mattatha. 

42. Nathan. 



ni' serbe 

43. David. 

44. Jessé. 

45. Obed. 

46. Booz. 

47. Salmon. 

48. Naason. 

49. Aminadab. 
"50. Aram. 

51. Esron. 

52. Phares. 

53. Juda. 

54. Jacob- 

55. Isaac. 

56. Abraham. 



57. Tharé. 

58. Nachor. 

59. Sarug. 

60. Ragau. 

61. Phaleg. 

62. Héber. 

63. Salé. 
£l. Caïnan. 

65. Arphaxad. 

66. Sem. 

67. Noé. 

68. Lamech. 

69. Mathusalem. 

70. Hénoch. 
Tl. Jared. 

72. Malaléel. 

73. Caïnan. 

74. Hénos. 

75. Seth. 

76. Adam. 

77. Dieu. 



On voit que l'arbre généalogique de saint Luc com- 
prend onze septa ines, de noms, en tout soixante-dix- | 
sept personnes : — 21 noms ou trois septaines de Jésus à i 
la captivité, — 21 noms ou trois septaines de la captivité 
à David exclu, "— 14 noms ou deux septaines de David 
inclus à Abraham inclus, — 21 noms ou trois septaines 
d'Abraham à Dieu, le créateur du genre humain et 
le père véritable de Jésus. Si ce groupement n'est pas 
intentionnel (rien ne prouve absolument qu'il le soit) il 
offre tout au moins des coïncidences et des combinai- 
sons curieuses qui feraient penser qu'il n'est pas fortuit. 
La quatrième série est composée des patriarches antédi- 
luviens et postdiluviens jusqu'à Abraham. On y trouve 
entre Arphaxad et Salé le nom de Caïnan qu'on ne lit plus 
dans le texte hébreu et que saint Luc insère d'après les 
Septante (Voir Caïnan) La troisième série est exactement 
identique à la première de saint Matthieu. Seulement les 
deux évangélistes suivent un ordre inverse. Pour lej 
reste, saint Matthieu et saint Luc n'ont de commun que! 
les noms de Salathiel et de Zorobabel. Différence 
curieuse : saint Luc met dans chacune de ses deux 
séries trois septaines de noms, saint Matthieu seulement 
deux, encore faut-il, pour compléter la troisième, répéter 
le nom de Jéchonias. 

On admet assez généralement que le Salathiel et le 
Zorobabel de saint Luc sont identiques aux personnages 
de même nom, mentionnés dans saint Matthieu; car : 
1" les deux noms, figurant de part et d'autre vers le 
milieu des listes, doivent appartenir à la même époque; 
2° ces noms sont peu communs et il serait extraordinaire 
que deux, personnages' différents, se succédant dans le 
même ordre, les eussent portés. Ces raisons ne pa- 
raissent pas décisives : 1° Dans saint Matthieu, Salathiel 
a Jéchonias pour père, et Zorobabel Abiud pour fils; en 
saint Luc, le père dé .Salathiel est Néri, et le. fils de 



169 



GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST 



170 



Zorobabel Résa. .Cela ne concorde guère. Pour établir 
l'harmonie il faut recourir à deux applications succes- 
sives, assez compliquées, de la loi du lévirat; — 2» Les 
noms de Salathiel et de Zorobabel purent être fréquents 
chez les Juifs, après la captivité, comme chez nous celui 
de Napoléon, après l'empire. On ne les retrouve pas 
dans les écrits de l'Ancien Testament; mais il y a très 
peu d'écrits postérieurs à cette époque, et d'ailleurs les 
noms de Jacob et de Lévi, que nous rencontrons plusieurs 
fois dans nos listes et qui sans doute étaient communs, 
ne figurent dans l'Ancien Testament que" pour désigner 
les patriarches connus. Aucun de leurs homonymes 
n'est parvenu à la célébrité ; — 3° Quant à l'ordre iden- 
tique, il n'a rien d'étonnant. Les noms illustres s'ap- 
pellent mutuellement. Même chez les juifs modernes, 
un Abraham nomme volontiers son fils Isaac, et celui-ci 
donnera au sien le nom de Jacob. On obtient ainsi, dans 
des familles différentes, les mêmes séries bibliques. 
Cela peut fort bien être le cas pour Salathiel et Zoro- 
babel. 

III. Conciliation des deux généalogies. — Les 
systèmes de conciliation ayant une sérieuse probabilité 
V se réduisent à deux. — Première solution. — Saint Mat- 
I thieu donne la généalogie de Joseph et saint Luc celle 
\ de Marie. Ce système ne résout pas seulement la diffi- 
culté, il la supprime. Joseph descend alors de David 
par Salomon en suivant la ligne directe jusqu'à la fin 
j de là royauté; Marie descend de David (par Nathan), et 
ses ancêtres, sauf peut-être Salathiel et Zorobabel, sont 
/ tous inconnus dans l'histoire. A raison de sa simplicité 
et de sa valeur apologétique ce système a été adopté, 
depuis le xvi e siècle, par un grand nombre d'écrivains, 
tant protestants que catholiques. Ses partisans ne se 
proposent pas précisément de le démontrer. Ils sou- 
tiennent qu'il peut être admis et cela suffit. En effet 
pour qu'une hypothèse réduise une objection à néant, 
c'est assez qu'elle soit vraisemblable. L'onus probandi 
incombe à l'agresseur. — Or, toujours d'après les défen- 
seurs dece système, l'hypothèse en question réponde tout 
et ne se heurte à rien. 1° Elle est conforme au texte de 
\ saint Luc, m, 23. Dans cette phrase : Kcft ocùtoç ^v 6 
I 'Ifiaovi â>aù Ètûv TptâxovTa àpx<5[<.svoç, &y (toç évofiiÇeTO 
1 vjiôç 'Iuxrrçfp) f°û 'HXt, toO MoTSaT, xtX, mettez entre pa- 
renthèses les mots toç àvojifîêTo utbç 'Iuxt-^ç, comme nous 
«'avons fait ci-dessus, le sens sera : Jésus, qu'xrn croyait 
Mis de Joseph, l'était réellement d'Héli, fils de Mat- 
'that, etc. La construction est bien un peu dure, mais on 
rencontre chez les classiques des tournures assez ana- 
logues. Patrizi, De Evangeliis, 1. III, diss. ix, cap. 19, 
in-4°, Fribourg, 1853, t. n, p. 85. — 2° Une tradition res- 
pectable veut que le père de la sainte "Vierge s'appelât 
Joaçhim; saint Luc, d'après ce système, lui donne le 
nom d'Héli. 11 n'y a pas contradiction. Héli ou Éli est 
l'abrégé d'Éliachim, et Éliachim est l'équivalent de 
Joachim; seul le nom divin diffère, El d'un côté, 
Jéhovah de l'autre. Dans.Judith, le même grand prêtre 
est appelé tantôt Joachim, xv, 9, tantôt Éliachim, iv, 5, 
7, 11. — On élève contre ce système deux objections 
assez fondées. — 1» La tradition lui est contraire. — 
Saint Hilaire le mentionne bien (Mai, Nov. JBibl. Patr., 
t. i, p. 477), mais pour le repousser. Le moyen âgé, 
comme l'antiquité, semble l'ignorer. Au dire de Patrizi, 
il se présente d'abord, vers la fin du XV e siècle, sous le 
patronage d'Annius de Viterbe. C'est seulement au 
Xvi« siècle qu'il fait ses premiers adeptes. Voilà des 
dits incontestables; mais peut-être ne faudrait-il pas 
invoquer la tradition dans une question de ce genre. 
Les Pères ne cherchent ici qu'une réponse aux diffi- 
cultés et ils souscriraient volontiers à toute solution sa- 
tisfaisante. Saint Augustin avait soutenu d'abord l'hypo- 
thèse de l'adoption, mais dès qu'il connut l'explication 
de Jules Africain il s'y rallia. Retract., h, 7, t. xxxii, 
«ol. 633. — 2° L'exégèse parait forcée. — Il est certain 



que le sens tiré des paroles de saint-Luc ne se présente 
pas naturellement à l'esprit; autrement on n'aurait pas 
attendu le xvi« siècle pour l'y découvrir. D'ailleurs la 
variante que préfèrent les modernes critiques àv uiôç, 
(iç Èvojii'ÇeTO, 'Ia><Tï|y toû 'HXeî, rend ce système insoute- 
nable. 

Deuxième solution. — Les deux généalogies se rap-\ 
portent à Joseph, mais «aint Matthieu donne les ancêtres \ 
naturels, saint Luc les ancêtres légaux. Ce système est ; 
exposé tout au long par Jules Africain dans sa lettre à 
Aristide, reproduite par Eusèbe. Migne, Patr. gr., t. XX, 
col. 89, et t. xxn, col. 965. L'auteur le fait remonter à des 
parents du Sauveur dont il ne met pas en doute la véra- 
cité. Mathan, descendant de Salomon et aïeul de Joseph, 
eut, dé sa femme Estha, un fils nommé Jacob. Après la 
mort de Mathan, sa femme Estha se maria à Mathat et 
en eut un fils, Héli. Jacob et Héli étaient donc frères 
utérins,' descendant l'un de Salomon (par Mathan), 
l'autre de Nathan (par Mathat). Héli étant mort sans 
enfants, son frère Jacob, en vertu de la loi du lévirat, 
épousa sa femme et de cette union naquit saint Joseph, 
fils réel de Jacob et descendant direct de Salomon, fils 
légal d'Héli et, de ce côté, descendant de Nathan. Nous 
avons fait au système de Jules Africain un léger change- 
ment. Nous avons substitué le nom de Mathat à celui de 
Melchi, donné par l'auteur, peut-être par inadvertance, 
ou plutôt parce que, dans son manuscrit, Lévi et Mathat 
étaient omis, de sorte que Melchi suivait Héli sans inter- 
médiaire. Cette leçon devait être assez répandue, car on 
la constate chez saint Ambroise et chez saint Grégoire de 
Nazianze. Voici maintenant le schéma simplifié du sys- 
tème : 



Lignée de Salomon. 
Mathan 



Jacob 



Estha 



Lignée de Nathan. 
^ — * Mathat 




«W 



Si l'on admet que Salathiel et Zorobabel, nommés à la 
fois par saint Matthieu et par saint Luc, sont les mêmes 
personnages, il faudra faire intervenir deux fois encore 
la loi du lévirat pour expliquer la double déviation de la 
ligne généalogique. Voir Coraely, Introductio specialis 
in Nov. Test., p. 199. La chose n'est pas invraisemblable, 
la loi du lévirat devant être d'une application assez fré- 
quente. On ne peut rien objecter de sérieux contre le 
système exposé ci-dessus. Il a un fondement historique 
très suffisant; rien n'empêche donc de l'admettre et les 
rationalistes ont mauvaise grâce de lui opposer une fin 
de non-recevoir. Car il n'est pas question de certitude; 
une solide probabilité nous suffit, pour fermer la bouche 
à ceux qui accusent les Évangélistes de se contredire. 
Aussi les interprètes protestants « les plus modérés » 
ont-ils tort de « renoncer définitivement à tout essai de 
conciliation ». Cf. A. Sabatier, dans Y Encyclopédie des 
sciences religieuses, Paris, 1878, t. v, p. 466. 

Quelques catholiques ont peine à comprendre que la 
généalogie de Joseph puisse être la généalogie de Jésus, 
puisque Marie ayant conçu son divin fils par l'opération 
du Saint-Esprit, le sang de Jésus n'était pas le sang de 
Joseph. La difficulté, assez grande pour nous, n'émeut 
point les Pères qui adoptent unanimement cette explica- 
tion; elle n'aurait fait aucune impression dans les mi- 
lieux imbus d'idées juives; aussi Jules Africain ne la 
mentionne pas. Saint Augustin va jusqu'à écrire : a Si 



171 



GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST — GÉNÉRATION 



172 



l'on pouvait démontrer que Marie n'avait aucun lien de 
parenté avec David, cette raison (le mariage de Joseph 
avec Marie) suffisante pour faire appeler Joseph père de 
Jésus, suffirait aussi pour que le Christ fût regardé 
comme fils de David. » De Coris. Evang., n, 1, 2, t. xxxrv, 
col. 1071. Les autres Pères de l'Église, qui s'occupent 
de l'objection, font une réponse analogue. Par droit de 
légitime mariage, Jésus appartenait à Joseph, comme la 
moisson appartient au maître du champ; il pouvait 
l'appeler son père et Joseph pouvait à son tour l'appeler 
son fils. Si, dans les idées des Juifs, la paternité légale 
suffisait pour établir la généalogie d'un homme, la pa- 
ternité spéciale de Joseph à l'égard de Jésus est plus que 
suffisante. Joseph étant non seulement père légal mais, 
en un sens, vrai père de Jésus, ses ancêtres sont les 
ancêtres du Fils de Dieu et Jésus-Christ descend de 
David, même par Joseph. 

D'ailleurs la tradition nous enseigne et tous lès Pères 
supposent l'étroite parenté de Joseph et de Marie. 
Comme fille unique, elle dut se marier à Joseph pour 
obéir aux dispositions de la Loi, Num., xxxvi, 6-12, qui 
obligeait les héritières à prendre un époux dans leur 
famille. La sainte Vierge ayant fait vœu de virginité, 
Luc, i, 34, on n'imagine aucune raison de son mariage, 
en dehors de l'obéissance à la Loi. Quoi qu'il en soit, 
les Pères, depuis' saint Justin, Adv. Tryph., c, t. vi, 
col. 709, et saint Ignace, Eph., xvm, t. v, col. 660, disent 
explicitement que Marie était, elle aussi, du sang de Da- 
vid, soit qu'ils l'aient su par tradition, soit qu'ils l'aient 
conclu de divers passages de l'Écriture. Rom., i, 3; 
IITim., ii,8. Saint Jean Damascène,De Fideorthod., rv, 
14, t. xciv, col. 1157, d'après des sources que malheu- 
reusement il n'indique pas, explique de la manière sui- 
vante la parenté de Marie et de Joseph : 



Lignée de Salomon. 
Mathan. 



Jacob. 

I 
Joseph. 



Lignée de Nathan. 
Lévi. 



hat. 



Mat 



Héli. 



Panther. 

I 

Barpanther. 

Joachim. 

Marie. 



Comme dans le système de Jules Africain, connu de 
saint Jean Damascèné, Héli et Jacob sont frères utérins, 
Joseph est neveu d'Héli et petit-neveu de Mathat, qui 
est lui-même l'arrière-grand-oncle de Marie. Nous avons, 
ici encore, substitué Mathat à Melchi, car saint Jean Da- 
mascèné comme Jules Africain, saint Irénée, Havres., m, 
21, t. vu, col. 952, saint Ambroise et saint Grégoire de 
Nazianze, ignorent l'existence des deux générations qui, 
dans le texte actuel de saint Luc, séparent Héli de 
Melchi. — Voir Danko, Historia Revelationis divinœ 
Novi Test., Vienne, 1867, p. 180-192, donne le titre des 
principaux traités sur la question jusqu'en 1865 inclusi- 
vement. Parmi les auteurs les plus récents, nous men- 
tionnerons : Patrizi, De Evangeliis, part, m, diss. ix : 
De Génère J.-C, t. n, p. 33-105. Voir aussi Didon, Jésus- 
Christ, t. n, p. 410-18; Fouard, Vie de N.-S. J.-C, t. i, 
p. 479-91 ; Cornely, Introductio spec. in Nov. Testant., 
p. 195-201. Grimm, Einheit der Evangelien, p. 725, et 
Leben Jesu, t. i, p. 186, t. n, p. 137, traite la question à 
fond. F. Prat. 

GÉNEBRARD Gilbert, bénédictin français, arche- 
vêque d'Aix, né à" Riom en 1537, mort a Sémur le 
24 mars 1597. Il avait embrassé la vie religieuse à l'ab- 
baye de Marzac, en Auvergne. En 1563, il fut reçu 
docteur en théologie à Paris et devint un ligueur des 
plus ardents. Le duc de Mayenne obtint pour lui, en 



1591, du pape Grégoire XIV, l'archevêché d'Aix. U fut 
sacré l'année suivante et, pendant quelques années, 
put gouverner en paix son diocèse. Mais Henri IV, 
après son abjuration , étant devenu seul maître du 
royaume, Génebrard dut s'éloigner et se retirer à 
Avignon. Il obtint, par la suite, de pouvoir se retirer 
à son prieuré de Sémur, en Bourgogne, où il put se 
livrer à ses études et où il termina sa vie. Génebrard 
a beaucoup écrit. Parmi se9 ouvrages qui, en grande 
partie, ne sont que des traductions assez libres, nous 
citerons : Isagoge rabbinica ad legenda et intelligenda 
Hebrseorum et Orientalium sine punctis scripta, m-¥, 
Paris, 1563; De metris Hebrxorum ex libro R. David 
Jechiss, cui titulus Leshon Lemudin, in-16, Paris, 1563; 
Eldad Danius Hebrseus historiens de Juidœis clausis y 
eorumque in JEthiopia beatissimo imperio, in-8°, Paris, 
1563; Joël propheta cum Chaldsea paraphrasi et Com- 
mentariis Salomonis Jarhii, Abrahami Aben Eira, et 
Davidis Kimchi, latine :■ interprète G. Genebrardo cum 
ejus enarratione, in-i», Paris, 1563; Alphabetum hebrai- 
cum et indicqta Psalmorum prinii et secundi Lyrica, 
ad formam Pindari, strophe, antistrophe et epodo, 
in-4», Paris, 1564; Scholia et Tractatus IV ad granit 
maticam hebrxam Clenardi, ad absolutiorem lingux 
sanctx institutionem, in-4°, Paris, 1564; Symbolum 
fidei ludxorum e rabbi Mose JEgyptio Precationes 
eorumdem pro defunctis. Commemoratio Divorum et 
ritus nuptiarum, e libro Mahzor. Interprète G. Gene- 
brardo, in-8», Paris, 1569; Chronologies sacrée liber, 
in-12, Louvain, 1570; Trium rabbinorum Salomonis 
Jarchii, Abrahami Ben-Ezrœ, et anonymi commentaria 
in canticum canticorum in latinam linguam conversa 
a G. Genebrardo cum ejus commentariis, in-i», Paris, 
1570; Psalmi Davidis vulgata editione, calendario 
hebrxo, syro, grssco, latino, hymnis, argumentis et 
commentariis genuinum et primsevum sensum hebrais- 
mosque breviter aperientibus instructi, in-8°, Paris, 
1577; Histoire de Flave Josèphe, sacrificateur hébreu, 
mise en français, revue sur le grec, et illustrée de 
chronologies, figures, annotations et tables, in-fol., Pa- 
ris, 1578; Chronographiee libri IV. Priores duo sunt 
de rébus veteris populi et preecipiuis quatuor milliwn) 
annorum gestis..., in-fol., Paris, 1580; Canticum can- 
ticorum versïbus iambicis et commentariis explicatum 
adversus trochaicam Theodori Bezee interpretationem, 
in-8», Paris, 1585. — Voir Richard Simon, Hist. critique 
duVieux Testament, p. 425; [D. François,] Bibliothèque 
générale die tous les écrivains de l'ordre de S. Benoit 
t. i, p. 367; Gallia christiana, t. i, p. 334; Nicéron, 
Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, 
t. xxh, p. 1; Ziegelbauer, Historia rei litterarix Ord. 
S. Benedicti, t. i, p. 613; t. n, p. 55, 150; t. m, p. 361; 
t. iv, p. 13, 21, 30, etc. B. Heurtebize. 

GÉNÉRAL, commandant d'armée. Voir Armée chez 
les Hébreux, in-8», 1. 1, col. 979. 

GÉNÉRATION (Vulgate : generatio). Parmi les 
sens multiples de ce mot dans la Vulgate, il faut remar- 
quer les sens particuliers suivants.— 1° La Vulgate tra- 
duit par generationes l'hébreu {oldôf, qui signifie « gé- 
néalogie », dans le sens propre et dans le sens figuré. 
Voir Généalogie, i, col. 160. — 2° Le mot « génération »• 
est le plus communément, dans la Bible latine, la tra- 
duction de l'hébreu -m , dôr (Septante, ordinairement : 
yevedt). La signification primitive de ce terme est « révo- 
lution, cercle, orbis i.-d'où « période du temps », appli- 
quée souvent à la durée moyenne d'une génération: 
d'hommes. — 1» Pendant l'époque patriarcale, dôr = 
generatio semble désigner une période de cent ans ou 
d'un siècle. Gen., xv, 16, comparée avec y. 13, etExod., 
in, 40. Cf. Censorinus, De die natali,\l. — 2» Pins tard, 
il signifia aussi chez la plupart des peuples modernes 



173 



GÉNÉRATION — GÉNÉSARETH (TERRE DE) 



174 



une durée de trente ou quarante ans. Job, XLII, 16; 
Hérodote, xii, 142. Cf. Gesenius, Thésaurus, p. 331. 

— 3° On l'emploie aussi pour un temps indéfini, passé, 
Deut., xxxn, 7; Is., lviii, 12; lxi, 4; Act., xiv, 16, etc., 
ou futur, Ps. xxii (Vulgate, xxi), 30; lxxi (lxx), 18, etc. 

— 4° Dans un sens concret, dôr = fevea = generatio 
veut dire ceux qui vont de la même génération, c'est-à- 
dire les contemporains, Gen., vi, 9; Num., xxxn, 13; 
Deut., i, 35; H, 1$; Is., lui, 8; Matth., xxiv, 34; Luc, 
ix, 41 ; xi, 31, etc. — 5° Dans un sens légal, la « généra- 
tion » est « la postérité » de quelqu'un. Lev., m, 17, etc. 

— 6° Par extension, dôr = generatio en est venue, en 
mettant de côté toute idée de temps, à signifier une 
« race » ou« classe » d'hommes, « la race des justes, » 
Ps. xiv (xm), 6; « la race des méchants, » Deut., xxxn, 5; 
Matth., xvn, 17; Marc, ix, 19; Luc^vi, 8, etc. 

GÉNÉSAR désigne dans la Vulgate actuelle, 
I Mach., xi, 67, et Matth., xiv, 34,1e lac et la région 
appelés encore Génésareth. Ce nom est écrit Genessar 
dans plusieurs manuscrits et dans plusieurs éditions 
anciennes de la Vulgate et Tivi^aâp dans la Bible 
grecque. C'est la transcription du nomGenêsâr, Ginêsâr, 
Ginôsâr, Ginnôsâr, Ginnêsâr, que l'on trouve fréquem- 
ment dans les Targumim, dans le Talmud et quelquefois 
dans les versions syriaques et arabes. Josèphe l'écrit : 
revvYiCTap comme la Bible grecque. Dans le Targum 
d'Onkélos et dans celui de Jonathan, Génésar remplace 
généralement les noms Kinneref et Kinnérof. Voir Céné- 
reth, t. n, col. 417-421; Cennéroth, ibid., col. 422, et 
Génésareth. 

1. GÉNÉSAR (EAUX DE), tô OSwp Tew^dàp, aqua 
Genesar, I Mach., xi, 67, désigne le lac appelé par saint 
Luc, v, 1, lac de Génésareth. En ce dernier passage de 
saint Luc, la version syriaque de Schaaf et la Jérosoly- 
mitaine portent aussi Génésar, ainsi qu'un manuscrit 
de la version italique. Voir Génésareth 1. 

2. GÉNÉSAR (TERRE DE), terra Genesar, Matth., xiv, 
34, dans l'édition de la Vulgate de Clément VIII, de 1598, 
et dans plusieurs manuscrits de la version italique; terra 
Gennesar, dans un manuscrit de l'Italique, dans plu- 
sieurs manuscrits et anciennes éditions de la Vulgate; 
'ar'a' de-Génésar, dans les versions syriaques Cureton et 
Schaaf, -jf,... Tew^uâp, dans le codex gréco-latin de Bèze, 
désigne la région appelée terre de Génésareth, terra 
Génésareth, par la même Vulgate, au passage parallèle 
de saint Marc, vi, 53, et y*) TewriuapéT, aux deux pas- 
sages, et par le texte grec, dans tous ses autres manu- 
scrits et recensions. Genesar se lit en cet endroit de 
saint Marc, dans le Codex Bezm, dans plusieurs manu- 
scrits de la version italique et dans la version syriaque 
de Schaaf. Voir Génésareth. L. Heidet. 

GÉNÉSARETH, Marc, vi, 53, et Luc, v, 1, dans la 
Vulgate actuelle, d'après l'édition clémentine de 1598. Un 
codex de la version italique a Genesaret, plusieurs ma- 
nuscrits de la même version ont Genessaret. Luc, v, 1. 
Dans les manuscrits grecs, outre la forme plus ordinaire 
rEWY)<7apéT, on trouve encore les diverses formes Tïwe- 
aapîT, TewriCTapÔT, rèvrjCTapeT, TeveCTapéT, Tewrisapéft, 
revvT)<7«p£8. Aux endroits où, dans la Vulgate et quelques 
versions, on lit Génésar ou Genessar, dans les Évangiles 
grecs — excepté le Codex Bezm Cantabrigiensis où se 
rencontre, Matth., xiv, 31, et Marc, vi, 53, la leçon 
revvrjdâp — on trouve constamment Tew^CTapéT ou l'une 
de ses variantes. La plupart des versions, aux mêmes en- 
droits, ont Génésareth. L'universalité de cette leçon dans 
le texte grec permet de le conjecturer, elle est la leçon 
authentique, la seule donnée par les synoptiques; la 
leçon Genessar a pu être empruntée des écrivains juifs; 
il est possible cependant que saint Matthieu l'ait écrit 



dans son Évangile hébreu, selon l'usage de ses compa- 
triotes. La leçon du codex gréco-latin de Bèze parait être 
un emprunt fait de la version latine pour la conformité 
de textes. — Génésareth est le nom donné dans le Nou- 
veau Testament au principal lac de la Galilée et à une 
région de son voisinage. 

1. GÉNÉSARETH (LAC DE) (Xcjjn/Y) IY/v^apéT, Sta- 
gnum Génésareth). Luc, v, 1. Ce nom est celui de toutes 
les recensions et éditions, tant latines que grecques, et 
de tous les manuscrits; de la version syriaque Peschita, 
et des versions éthiopiennes, coptes et arméniennes. La 
version syriaque de Schaaf et la Jérosolymitaine ont 
seules Gennesar; les versions arabes et les versions sy- 
riaques modernes les suivent quelquefois. C'est le lac 
appelé aqua Genesar, t!> ûêup Tewiiaip, les eaux de Gé- 
nésar, I Mach., xi, 67;saintJean, vi, 1, le nomme « mer 
de Galilée ou de Tibériade ». Voir Tibériade- (mer de). 

2. GÉNÉSARETH (TERRE DE) (rewi^apét, terra Gé- 
nésareth). Marc, vi, 53. C'est la même région, près du 
lac de Tibériade, qui est appelée à l'endroit parallèle, 
Matth., xiv, 34, terre de Génésar. 

1» Nom. — L'étymologie et l'origine du nom Génésa- 
reth ou Génésar ont été de tout temps discutées. La 
région de Gennesar aurait, prétend Josèphe, donné son 
nom au lac. Bell, jud., III, x, 7. Origène avoue n'en pas 
connaître la signification et ne pouvoir pas fonder 
d'allégorie sur lui. In Matth., xi, 6, t. xin, col. 917, 
920. Saint Jérôme reproduit les paroles d'Origène et les' 
fait siennes. In Matth., xiv, 34, t. xxiv, col. 104. Dans la 
liste De nominibus hebraicis, t. xxm, col. 841, emprun- 
tée en partie à Origène, on lit cependant Genesar, ortus 
(hortus)principum,« Génésar, jardin des princes,» comme 
si le nom était Gan-Sârim, onw-jî. Un midrasch, 
Bereschith-rabba, ch. xcviii, donne la même étymo-' 
logie, « jardin des princes, » Gan et èdr, "w-fi. Elle a 
été adoptée par une multitude d'interprètes des temps; 
postérieurs. Pour d'autres interprétations, voir Ad. Neu- 
bauer, Géographie du Talmud, in-8°, Paris, 1868, p. 215; 
Huet, dans Origène, Patr.gr., t. xm,col. 918, note 83; Val- 
larsi et Maffei, Patr. lat., t. xxm, col. 841, note 6; t. XXIV, 
col. 103-104, note 6; Buhl, Géographie des Allen Palàs- 
tina, in-8«, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 113-114. Le 
nom de Génésareth, d'après ces interprètes, aurait appar- 
tenu d'abord au pays et aurait ensuite passé au lac. Ces| 
étymologies, pensent plusieurs autres, sont forcées et 
invraisemblables. Génésareth vient plutôt de l'hébreu 
Kinneref, par la transformation du k en g, l'insertion 
de s et la suppression du f pour Ginnesar. Huet, loc. cit.; 
Edm. Castell, Lexicon heptaglolton, in-f°, Londres, 
1669, t. i, p. 581. « [Genessar] n'est pas un mot hébreu, 
dit Matth. Polus, mais une mauvaise prononciation du 
nom hébreu Kinnérép. Ce nom est venu au lac, croient 
quelques-uns, de sa forme approchant de celle d'une 
harpe; mais il est beaucoup plus probable qu'il est 
passé au lac de la région de ce nom, qui l'a reçue elle- 
même de l'antique ville appelée par Josué du nom 
pluriel de Kinnérof, xi, 2, et Kinneref, xix, 35. Dans la 
suite, le nom donné au lac se sera adouci dans la pro- 
nonciation et l'on aura mieux aimé dire Genessar, qui 
est souvent employé dans l'Ancien Testament en chal- 
déen, au lieu de Kinnérép. » Synopsis criticorum, in-f», 
Francfort-sur-le-Main, 1712, t. iv, col. 363. Cf. Gesenius, 
Thésaurus, p. 698. La forme Génésareth pourrait être 
plus ancienne que Génésar et avoir formé la transition 
entre ce nom et Kinnéréth ou Cénéreth. Voir Cénéreth, 
t. n, col. 417. 

II. Situation et étendue. — La terre de Génésareth 
était située du côté occidental du lac de Galilée et du 
Jourdain. Cette situation est clairement indiquée par 
les récits comparés de Matth., xiv, 13-36; Marc, vi, 31- 
56; Luc, ix, 10-17. Jésus s'était retiré avec ses disciples 



175 



GÉNÉSARETH (TERRE DE) 



176 



à Bethsaïde, du côté oriental du lac; rejoint par la 
foule, il ordonna à ses disciples de monter en barque et 
de repasser de l'autre côté, « et, ajoutent les deux évan- 
gélistes Matthieu et Marc, après, avoir passé de l'autre 
côté, ils vinrent en la terre de Génésareth. » Elle 
se trouvait sur le bord même du lac. La phrase com- 
mune des évangélistes xai StauepâaavTSî èVi tJjv tV yjXOov 
et; revvvioapsT, signifiant littéralement : « et ils pas- 
sèrent de l'autre côté en la terre [et] ils vinrent à Géné- 
sareth, » pourrait laisser croire que la terre ou le pays 
où ils abordèrent était différente de Génésareth qui elle- 
même était à distance du rivage; le récit de saint Marc, 
ajoutant immédiatement après : rew^oopér, xoà npoatop- 



La « terre de Génésareth » des Évangiles parait avoir une 
extension plus grande que la campagne de Gennésar de 
l'écrivain juif. La campagne de Gennésar mesurait le 
long du lac trente stades et en avait vingt en longueur. 
Cette dimension et la description que fait Josèphe dé- 
signent certainement, et c'est l'avis de tous les palesti- 
nologues, la petite plaine du Ghûeir, « le petit Ghôr » 
actuel, au nord-ouest du lac de Tibériàde (fig. 32). La 
largeur de cette plaine mesurée du 'Aïn et-Tîn jusqu'à 
l'endroit où l'ouadi Kaisarîéh opère sa jonction avec 
l'ouadi elr-'Amûd, est de 3 700 mètres ou vingt stades; 
de Medjdel à la même fontaine 'Aïn-et-Tîn, la plus 
grande longueur du Ghûeir, sur le bord du lac, on 




32, — Le Ghoueir. D'après une photographie de M. L. Heidet. 



(j.(o6v)ïav, xa\ èÇeXOiSvrtûv ocùriov Ix toO nXoîou, « ils vinrent 
à terre à Génésareth où ils abordèrent, et étant sortis 
de la barque... » laisse voir qu'il n'en est rien. La 
phrase grecque des évangélistes est la traduction lit- 
térale de la phrase hébraïque conçue dans leur pensée 
qui régulièrement doit se traduire : « et traversant le lac 
ils vinrent aborder à la terre de Génésareth, où étant 
' descendus de barque... » Les conclusions fondées sur la 
f'.rase grecque, c'est-à-dire la distinction enlre le pays 
où abordèrent les apôtres et la localité où ils se ren- 
dirent; la supposition de deux étapes, l'une par mer, 
l'autre par terre, et l'éloignement de Génésareth du ri- 
vage; celle de l'identité de cette Génésareth avec Ca- 
pharnaum où saint Jean, VI, 13, dit qu'abordèrent les 
disciples, sont autant d'hypothèses qui n'ont point de 
raison d'être dans le récit évangélique légitimement 
interprété. La description de la région de Gennésar de 
Josèphe, Bell, jud.; III, x, 8, l'indique aussi sur le ri- 
vage. «La campagne, -/<âpz, deGénessar,dit cethistorien, 
s'étend Je long du lac, rapi-rcivet... Elle s'étend, ajoute-t- 
il plus loin, sur le bord du lac du même nom, itapâttîvEi 
xcrci tôv eÛY ia *' v ^C ô;j.ûw(iou )i(iv/-,;. » 



trouve 4 700 mètres ou vingt-cinq stades; trente stades 
ou 5 600 mètres, nous conduisent tout près des fon- 
taines appelées 'Aïn et-Tabigha, que l'on trouve à 
mille et quelques mètres vers l'est de 'Aïn et-Tîn. Les 
dimensions données par Josèphe font de la petite plaine 
d'et-Tabigha une partie de la « campagne de Gennésar ». 
Tout en comprenant le territoire décrit par Josèphe, la 
« terre de Génésareth » des Évangiles est plus étendue. 
Après l'avoir nommée, saint Marc, vi, 55-56, ajoute : 
« et parcourant toute cette région... partout où il entrait, 
dans les villes et les villages... » donnant à comprendre 
qu'il s'agit d'un territoire plus étendu que le Ghûeir 
qui n'a jamais eu dans sa zone restreinte de si nom- 
breuses cités, bourgades et campagnes. Capharnaùm est 
attribué par le récit de saint Jean, vi, 17, comparé aux 
récits cités de saint Matthieu et de saint Marc, à la terre de 
Génésareth. Les Évangélistes lui donnent peut-être toute 
l'extension du territoire appelé, III Reg., xv, 20, « tout 
Cennéroth. » La Vulgate, ibid., fait le pays de Cennéroth 
égal au pays de Nephthali : universam Cennéroth, otn- 
nem scilicet terrant Nephthali. Le texte hébreu est 
moins précis : « [Ben-Hadad] prit, dit-il, 'Iyyôn, et tout 



177 



GÉNÉSARETH (TERRE DE) 



178 



Kinnerot [et se répandit] sur toute la terre de Nephthali ; » 
il semble faire de Cennéroth une partie seulement de 
Nephthali. Ces données ne permettent pas d'assigner des 
limites certaines à la terre de Cennéroth ou de Génésa- 
reth; mais il est naturel de penser que l'on désignait 
par ces noms toute la région à partir du Jourdain, bor- 
dant le côté occidental du lac de -Tibériade. A l'ouest la 
limite même de Nephthali et de Zabulon parait avoir été 
sa limite; elle poivrait s'avancer, au nord, jusqu'à la 
plaine du Hûléh et aux montagnes de Safed. 

III. Description. — La terre de Génésareth est une 
Tégion en pente, bordant en amphithéâtre, au nord et à 
l'ouest, le gracieux lac de Tibériade. Voir t. n, fig. 64, 
col. 203. Les ravins, creusés par les eaux, descendant des 
plateaux ou des hauteurs supérieures vers le profond af- 
faissement occupé par le lac, ont formé de cette région 
une suite de collines, séparées au milieu par la large 
ouverture qui est la plaine du Ghoûeir. Au nord, les col- 
lines, composées de terres fertiles mêlées de pierres 
basaltiques, s'abaissent doucement vers le lac, offrant de 
vastes espaces propres à la culture. A l'ouest, la berge 
s'élève brusquement et offre l'aspect de montagnes aux 
flancs escarpés et rocheux, laissant toutefois ça et là entre 
leur base et le lac une assez large lisière. Tout ce pays 
était jadis couvert de luxuriantes plantations d'arbres de 
toute espèce; mais la plaine dont nous avons parlé en 
était comme le joyau et semblait justifier l'interprétation 
de « Jardin des princes », que l'on donnait de son nom. 
Josèphe, ïoc. cit., en fait la plus brillante description. 
« Sur le bord du lac de Gennésar, dit-il, s'étend une 
région du même nom, non moins admirable par sa na- 
ture que par sa beauté. Dans son sol fécond prospèrent 
toutes les sortes d'arbres qu'y plantent ses habitants. 
Son heureux climat est favorable à toutes les espèces de 
fruits : les noyers qui demandent une température 
froide y croissent en grande quantité ; de même les pal- 
miers qui ont besoin de la chaleur. A côté d'eux gran- 
dissent les figuiers et les oliviers qui aiment un air 
tempéré. On peut dire que la nature y a concentré 
tous ses efforts pour faire croître les produits les plus 
opposés et pour donner en même temps les fruits des 
diverses saisons de l'année. Non seulement elle produit 
les fruits les plus rares que l'on ne croirait pas pouvoir 
y trouver, mais elle les garde au delà de toute attente; 
ainsi les meilleurs de tous les fruits, les raisins et les 
figues y mûrissent pendant dix mois et les autres fruits 
y viennent en même temps foute l'année. Outre ces 
avantages du climat, cette région est encore arrosée par 
une source d'une très grande abondance, appelée Ca- 
pharnaum par les gens du pays. Quelques-uns la 
croient une veine du Nil parce qu'elle donne naissance 
à un poisson semblable au coracinos qui se trouve dans 
le lac d'Alexandrie. » Toute la terre de Génésareth était 
ainsi un immense jardin du milieu de la verdure duquel 
émergeaient, lui formant comme un diadème d'honneur, 
d'innombrables cités et bourgades, avec des synagogues 
monumentales. L'histoire nomme Capharnaum, Coro- 
zaïn, Magdala, Arbèle, Tibériade et ses bains d'eaux 
"thermales, Sennahris, probablement l'antique Cénéreth, 
€t Tarichée sa voisine. 

Toute cette splendeur a cessé. Seule Tibériade, envi- 
ronnée, dans un espace réduit aux trois quarts, de 
remparts à demi ruinés, est encore debout, et quelques 
mauvaises huttes délaissées sur les ruines de Magdala et 
habitées par des fugitifs égyptiens ont une apparence de 
village; c'est à peine si quelques monceaux de pierres 
perdus dans les épines et les chardons permettent de 
constater l'existence passée des autres villes €t bour- 
gades. Les noyers et les oliviers ont complètement dis- 
paru et les vignes ne couvrent plus les coteaux. Un pal- 
mier à Mejdel, trois ou quatre à Tibériade, quelques 
jeunes palmes poussant en touffes autour d'un vieux 
tronc brisé, au Ghoûeir et à Tabigha, deux ou trois 



figuiers devenus sauvages sont les rares témoins qui 
restent de la prospérité passée de la contrée. Des 
fourrés de séders, du milieu desquels la tourterelle soli- 
taire fait entendre ses roucoulements plaintifs, ont rem- 
placé les riants jardins. Dans cet abandon, la nature 
est toujours belle et riche. Le climat très chaud aux 
mois de juillet, août et septembre, y est le reste de l'année 
d'une grande douceur. A la saison des pluies, quand les 
grandes herbes et les fleurs éclatantes couvrent la con- 
trée comme un immense tapis, le paysage pourrait 
encore rivaliser avec les plus vantés des autres pays. En 
tout temps, le ciel y est généralement d'une limpidité 
brillante, et les montagnes d'hyacinthe et les horizons 
empourprés se reflétant le soir dans les flots tranquilles 
du lac, défient le pinceau du peintre le plus habile 
d'oser tenter d'en transporter les couleurs sur la toile. 
Les champs de doura et de concombres que les paysans 
des montagnes voisines s'ouvrent quelquefois au milieu 
des broussailles de la plaine, les jardins de l'établisse- 
ment d'et-Tabigha, nouvellement créés et plantés de ba- 
naniers, d'orangers, de citroniers, de poiriers, de pru- 
niers, de pommiers et de toutes les espèces d'arbres de 
la contrée et d'ailleurs, par leurs produits précoces, 
continus et abondants, témoignent que la terre de Géné- 
sareth est toujours prête à combler de ses biens ceux 
qui voudront la travailler et utiliser les eaux dont l'a 
gratifiée la nature. 

Les eaux des monts environnants sont amenées au 
Ghoûeir par trois grandes vallées : l'ouadi el 'Amûd 
qui descend de Meirori et de Safed, l'ouadi er-Rdbadiéh 
qui vient du nord-ouest et l'ouadi eX-Hamâm, dont le 
rochers à pic recèlent les célèbres cavernes d' Arbèle et 
qui arrive de ffaffin, à l'ouest. Deux grandes fontaines 
ont leur origine dans le Ghoûeir même : l'une, appelée 
'Aïn-Medaûarah, ou la « fontaine ronde », parce que 
ses eaux sont recueillies dans un bassin circulaire de 
vingt-six mètres de diamètre et de deux de profondeur, 
sourd, non loin de Medjdel, à l'extrémité sud-ouest de la 
plaine qu'elle arrose sur une longueur d'un kilomètre. 
Dans ses eaux tièdes et limpides, se jouent une multi- 
tude de petits poissons. Parmi eux, Tristram, de Saul- 
cy et d'autres voyageurs ont cru reconnaître le kora- 
kinos et sont demeurés persuadés que c'est là la « fontaine 
Capharnaum » de Josèphe. Cf. de Saulcy, Voyage autour, 
de la mer Morte, in-8», Paris, 1858, t. I, p. 489-492. 

Robinson, Sepp et quelques autres la voient dans la 
secondé fontaine , 'Aïn et-Tînéh, la « fontaine du 
figuier », ainsi nommée d'un figuier qui l'ombrageait. 
Elle prend naissance au nord-est, à l'autre extrémité 
du Ghoûeir, à cent cinquante mètres du lac, au pied du 
Djebel 'Oreiméh, colline peu élevée au sommet de la- 
quelle sont les ruines d'une petite forteresse et qui 
sépare le Ghoûeir de la plaine d'et-Tabigha; ses eaux 
vont se perdre aussitôt dans un petit marais formé par 
elles. La plus grande abondance d'eau de la région pro- 
vient de 'Aïn et-Tabigha, la « fontaine » ou plutôt « les 
fontaines d'et-Tabigha », car il y en a plusieurs. Elles 
s'échappent du pied de la colline qui ferme à l'est la 
petite plaine du même nom. Deux d'entre elles sont 
captées dans des tannûrs, ou tours rondes, à dessein 
d'en élever le niveau. Plusieurs, dont il n'est pas pos- 
sible aujourd'hui de déterminer le nombre, sortent en 
bouillonnant de dessous des monceaux de décombres, 
restes d'anciennes constructions et d'anciens moulins. 
Une autre, la plus forte de toutes, ce semble, jaillit dans 
un grand bassin octogonal de quatre-vingts mètres de 
pourtour et dix de profondeur. Dans ses eaux, au milieu 
d'autres petits poissons, se trouve aussi celui qui est 
regardé comme le korakinos. Un canal, en partie ruiné, 
part du tannûr le plus rapproché du grand bassin, 
contourne, du côté du nord, toute la plaine de Tabigha, 
les flancs du 'Oreiméh, la partie la plus élevée du Ghoûeir 
et va disparaître, après un parcours d'environ trois ki- 



179 



GÉNÉSARETH (TERRE DE) — GENÈSE (PETITE) 



180 



lomètres, non loin de la ruine appelée 'Abu-Sûséh, 
située à la sortie de Poud'el-'Amoûd. Le dominicain 
Burchard, en 1283, fait déjà allusion au grand bassin et 
atteste l'existence, en cet endroit, du Jwrakinos : la fon- 
taine est pour lui celle appelée Capharnaum par Josèphe, 
Descnptio Terrse Sanctse, édit. Laurent, in-4°, Leipzig, 
1873, p. 35. V. Guéri n, Wilson, Conder croient aussi le 
■Ain et-Tabigha, la véritable fontaine dont parle l'his- 
torien juif. Elle est la seule en effet, la nature des lieux 
et les ruines du canal le montrent, qui ait jamais 
arrosé cette région sur une étendue un peu considé- 
rable. Voir V. Guérin, Galilée, t. i, p. 208-209, 214-215, 
224-225. A. Conder, The Survey of Wespern Palestine, 
Memoirs, Londres, 1881, t. i, p. 382. Buhl, Géographie 
de}- Alten Palâstina, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 114. 
IV, Histoire. — La terre de Cénéreth, plus tard de 
Génésareth, prise par les Hébreux sur les Chananéens, 
fut occupée par les fils de Nephthali. Voir Nephthali . 
(tribu de). Le roi de Syrie Ben-Hadad, à la demande 
d'Asa, roi de Juda, qui voulait détourner Baasa, roi 
d'Israël, de ses entreprises contre son royaume, envahit 
Nephthali et ravagea tout le pays de Cénéreth. III Reg., 
xv, 20. Ce pays dut subir plus tard l'invasion bien plus 
terrible de Théglathphalasar; ses habitants furent alors 
déportés en Assyrie avec le reste de la tribu (734). 
IV Reg., xv, 29.- Jonathas Machabée (161-143), allant 
attaquer à Cadés les troupes de Démétrius, roi de Syrie, 
passa par la terre de Génessar et y campa une nuit, sur 
le bord du lac. I Mach., xi, 67. Le Sauveur, au com- 
mencement de sa vie publique, quitta Nazareth pour 
venir s'établir dans la terre de Génésareth, à Caphar- 
naum. Le prophète Isaïe, selon l'interprétation de 
saint Matthieu, faisait allusion à cet événement et cé- 
lébrait la gloire de ce pays lorsqu'il disait : « La terre 
de Zabulon et la terre de Nephthali, la voie d'au delà du 
Jourdain, la Galilée des nations, le peuple assis dans les 
ténèbres a vu une grande lumière; la lumière a res- 
plendi sur les hommes assis à l'ombre de la mort. » 
Is., ix, 1; Matth., iv, 13-16. Là, Jésus se mit à prêcher 
le royaume de Dieu, Matth., rv, 17; là, il réunit ses 
Apôtres et ses disciples et les prépara à leur mission; 
là, les foules vinrent à lui, pour l'écouter et lui présenter 
leurs malades; là, il fit entendre la plupart de ses dis- 
cours et de ses paraboles; là, il accomplit le plus grand 
nombre de ses miracles, guérissant les aveugles, les 
sourds et muets, les paralytiques, les lépreux, les dé- 
moniaques. Il parcourut le pays dans tous les sens et 
prêcha dans toutes les villes et les campagnes de la 
région. Matth., iv, 18-25; v, xm, xrv, 34-36; Marc, i, 16- 
45; iv, vi, 53-56; Luc, lv, 31-44; v, vi, etc. La campagne 
où Jésus accueillit la foule, venue de la Judée, de Jéru- 
salem, des bords de la Méditerranée, de Tyr et de 
Sidon, est sans doute le Ghoûeir et la plaine d'et-Ta- 
bigha qui suit le Ghoûeir, du côté de l'est, et la mon- 
tagne où il allait souvent prier et passer la nuit dans 
l'oraison, les collines qui entourent ces plaines. Luc, vi, 
12-18; cf. vu, 1. C'est à cette même montagne qu'il con- 
voqua ses Apôtres et ses disciples après sa résurrection, 
pour achever leur instruction et leur formation. Debout 
sur le rivage il appela les sept, Pierre et ses compa- 
gnons occupés à pêcher; lorsqu'ils furent venus il 
les invita à manger le pain et les poissons cuits sur les 
charbons; il demanda à Pierre : Pierre m'aimes-tu? et 
il lui dit : Pais mes agneaux, pais mes brebis. Matth., 
xxvm, 10, 16-20; Marc, xvi, 7; Joa., xxi. Marie-Made- 
. leine appartenait à la terre de Génésareth et était pro- 
bablement de la ville de Magdal ou Magdala, comme 
l'indique son nom Magdalena. La terre de Génésareth 
fut ainsi le séjour de choix et de prédilection du 
Sauveur, le berceau de l'Église chrétienne et son premier 
centre. Elle ne cessa point d'être chère, dans la suite 
des siècles, aux chrétiens. Les judéo-chrétiens appelés 
Minim par les Juifs infidèles, c'est-à-dire hérétiques, y 



demeurèrent longtemps et y accomplirent de nombreux 
prodiges, comme l'attestent les écrivains juifs eux- 
mêmes. Midrasch Kohélet, i.xxxv, p. 63. Cf. Carmol, 
Itinéraires de la Terre-Sainte traduits de l'hébreu, 
in-8», Bruxelles, 1847, p. 260 et 310. Pendant la guerre 
des Juifs (66-70), ces chrétiens eurent sans doute beau- 
coup à souffrir du passage des armées romaines et 
juives qui se livrèrent plus d'une fois dans cette région 
d'acharnés combats. Cf. Josèphe, Vita, passim. Après la 
guerre, nous les y retrouvons persécutés par leurs com- 
patriotes demeurés infidèles et expulsés des villes de 
Capharnaum et Tibériade. Lorsque Constantin eut donné 
la paix à l'Église, plus'eurs Juifs de ce pays, de condition 
distinguée, se convertirent. Parmi eux il faut citer Joseph 
de Tibériade, à qui l'empereur conféra la dignité de comte- 
de l'empire. L'Église l'honore parmi ses saints et célèbre 
sa fête le 22 juillet. Joseph fut plein de zèle et fit bâtir 
avec le secours de l'empereur plusieurs églises dans 
la contrée de Génésareth, entre autres une à Tibériade 
et une à Capharnaum. S. Épiphane, Adversus hsereses, 
xxx, col. 409 et 424. Cf. Acta Sanc t., julii t. v, édit. Pal- 
mé, p. 238-252. — Sur les scènes évangéliques dont on 
voulut consacrer ainsi le souvenir, voir L. Heidet, Tabi- 
ghâh und seine Erinnerungen, dans la revue Das 
heilige Lande, Cologne, 1895-1896, p. 210-228; Tabigha, 
ibid., 1898, p. 158-167. L. Heidet. 

1. GENÈSE, premier livre du Pentateuque. Voir 
Pentateuque. 

2. GENÈSE (PETITE), ^| leirrï| Yiit<nz, livre apocryphe 
(t. i, col. 770-771), appelé aussi Livre des Jubilés, ta 
'lojgYjiaîa, parce qu'il est divisé en années jubilaires. Le 
catalogue des livres apocryphes qui porte le nom de 
saint G-élase l'identifie avec le Livre des filles d'Adam 
(voir t. i, col. 769 et 770). Cf. J. A. Fabricius, Codex 
pseudepigraphus Veteris Testamenti, 2 e édit., 1722, 
p. 125. On lui donne le nom de Genèse, parce qu'elle s'oc- 
cupe des faits racontés dans le premier livre du Penta- 
teuque et on la qualifie de Xeuxt] ou xisivT], « petite, » 
non parce qu'elle est plus courte que la Genèse, elle est 
au contraire plus étendue, mais parce qu'elle a peu 
d'importance en comparaison du livre de Moïse. On lui 
a donné aussi quelquefois, chez les Grecs, le nom 
d'Apocalypse de Moïse, parce qu'il a la forme d'une ré- 
vélation faite au législateur des Hébreux. En éthiopien, 
elle est appelée Kufalé, « Division des jours. » Sur les 
divers noms de cet apocryphe, voir H. Rônsch, Das 
Buch der Jubilàer oder die kleine Genesis, in-8°, Leipzig, 
1874, p. 461-482. 

I. Contenu. — La Petite Genèse i raconte les mêmes 
faits que la Genèse de Moïse , en les exposant selon 
l'idée que s'en faisaient les Juifs du commencement de 
notre ère. Le récit est mis dans la bouche de « l'ange de 
la face » de Dieu. Cet ange décrit à Mcïse, pendant les 
quarante jours qu'il passa sur le mont Sinaï, les évé-' 
nements qui se sont accomplis « depuis la première 
création » jusqu'à l'entrée des Israélites dans la terre 
de Chanaan, le tout divisé par périodes jubilaires de 
49 ans, au nombre de 50, ce qui fait un total de 2450 ans. 
Chaque événement est daté. Nous lisons, par exemple, 
c. xxn, 1 : « Et il arriva dans la première semaine du 
quarante-quatrième jubilé, la seconde année, c'est-à- 
dire l'année dans laquelle mourut Abraham, qu'Isaac et 
Ismaël vinrent du puits du Serment pour célébrer la 
fête des semaines, c'est-à-dire la fête des prémices de 
la moisson avec leur père Abraham. » L'un des prin- 
cipaux objets de l'auteur a été de disposer ainsi par 
ordre chronologique d'ans, de mois, de jours, cf. Gai., 
iv, 10, tous les événements de l'histoire du monde et 
des patriarches jusqu'à Moïse. Il veut, de plus, compléter 
ce qu'il ne trouve pas assez développe dans le Penta- 
teuque et explique ce qui ne lui semble pas assez clair. 



181 



GENÈSE (PETITE) 



182 



Il s'occupe longuement des questions liturgiques. Il 
s'étend sur la circoncision, les sacrifices, le sabbat, le» 
fêtes, les aliments que la loi mosaïque permet de 
manger, etc. Il fait remonter à l'époque patriarcale l'in- 
stitution des fêtes judaïques. C'est ainsi que les anges 
racontent, c. xvi, 20-21, 29, après la naissance d'Isaac : 
« Et [Abraham] bâtit là un autel au Seigneur qui l'avait 
sauvé et le réjouissait dans la terre de son pèlerinage, et 
il célébra une fête joyeuse (la fête des Tabernacles) en 
ce mois pendant sept jours, auprès de l'autel qu'il avait 
bâti, près du puits du Serment, et il contruisit des 
tentes de feuillage en cette fête pour lui et pour ses 
serviteurs et il fut le premier à célébrer la fête des 
Tabernacles sur la terre... C"est pourquoi il fut ordonné 
dans les tablettes célestes concernant Israël qu'il célé- 
brerait la fête des Tabernacles avec allégresse pendant 
sept jours le septième mois. » Un certain nombre de 
légendes dans le genre de celles qu'on rencontre dans 
les livres désignés sous le nom de Midraschim sont 
intercalées dans le récit. 

IL Auteur. — L'auteur de la Petite Genèse était un 
Juif de Palestine, instruit et zélé pour l'observance de 
la loi, qui vivait au I er siècle de l'ère chrétienne. On a 
voulu en faire un Essénien. Ad. Jellinek, Beth ha-Mi- 
drasch, 6 in-8°, Leipzig, 1853-1878, t. m, p. xxxil, ce qui 
ne s'accorde point avec l'estime qu'il professe pour les 
sacrifices sanglants, rejetés par les Esséniens; un Juif 
helléniste d'Alexandrie, Z. Frankel, Das Buch der Jubi- 
lâen, dans le Monastschrift fur Geschichte und Wis- 
senschaft des Judenthums, 1856, p. 311-316, 380-400, 
opinion réfutée par B. Béer, Noch ein Wort ûber das 
Buch der Jubilàen, in-8», Leipzig, 1857 ; un Samaritain 
de la secte de Dosithée, Béer, Das Buch der Jubilàen, 
In-8°, Leipzig, 1856, malgré les éloges décernés au mont 
Sion et non au mont Garizim. Voir A. Dillmann, dans la 
Zeilschrift der deutschen morgenlândischen Gesell- 
schdft, t. xi, 1857, p. 162, etc. Plusieurs'critiques pensent 
qu'il était pharisien,, parce qu'il croit à la résurrection 
des morts, etc., A. Dillmann, dans Herzog, Real-Ency- 
klopâdie, 2« édit., t. xii, 1883, p. 365; mais on leur 
objecte qu'il n'attachait pas d'importance à la tradition 
écrite, contrairement à la pratique pharisaïque. — D'après 
quelques-uns, N. C. Headlam, dans J. Hastings, Dictio- 
nary of the Bible, t. u, 1899, p. 791, l'auteur de la 
Petite Genèse a eu surtout en vue les chrétiens. Lors- 
qu'il s'élève contre « ceux qui ont abandonné les ordon- 
nances que Dieu avait données à son peuple en faisant 
alliance avec lui », il fait sans doute allusion aux pres- 
criptions auxquelles il attache le plus d'importance, le 
sabbat, les fêtes juives, la circoncision, etc., c'est-à- 
dire les articles de la loi mosaïque que n'observaient 
pas les chrétiens. Cf. Act., XV. — Quoi qu'il en soit, M. H. 
Charles, Ethiopie version of the Hebrew Book of the 
Jubilees, in-4°, Oxford, 1895, p. ix, le caractérise en 
ces termes : « Le livre des Jubilés, qui est réellement 
un commentaire hagadique de la Genèse, est important 
comme étant le monument principal et, en pratique, le 
seul du pharisaïsme légal, tel qu'il était au siècle qui a 
précédé immédiatement l'ère chrétienne. Comme nous 
avons l'autre face du pharisaïsme, sa face apocalyptique 
et mystique, représentée dans le livre d'Hénoch, nous 
avons ici son complément naturel dans ce légalisme 
dur, inexorable, au joug duquel, suivant l'auteur, la 
création est soumise depuis le commencement et doit 
être soumise jusqu'à la fin. » 

III. Langue. — L'auteur écrivit en hébreu ou en ara- 
méen. Saint Jérôme nous en fournit la preuve. Il dit en 
effet, à Fabiola, Epist. lxxviii, 18 (cf. aussi 24), t. xxii, 
col. 711, 715, qu'il a trouvé le mot hébreu (iiDl, Dn), iîessa, 
Num., xxxil, 21, dans la « Astctt) Genesis » et là seule- 
ment. Un fragment syriaque le nomme aussi « le livre 
hébreu appelé Jubilés ». Quelques mots hébreux de 
l'original ont d'ailleurs été conservés dans les versions 



et dans les citations des Midraschim. H. Charles, Ethiopie 
version, p. ix-x, 179-182. — Sal. Rubin a fait une traduc- 
tion de cet apocryphe en hébreu : Das Buch der Jubilàen 
oder die ktéine Genesis, in-8°, Vienne, 1870. 

IV. Date. .— L'opinion aujourd'hui la plus commune 
est que la Petite Genèse a été composée vers l'an 50 de 
notre ère. Krûger la fait remonter à l'an 320 avant J.-C. 
Die Chronologie im Bûche der Jubilàen, dans ZDMG., 
t. xii, 1858, p. 279-281; J. Langen, Das Judenlhum in 
Palàstina sur Zeit Christi, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 
1866, p. 84, à l'an 140-160; H. Ewald la fait descendre 
aux dernières années du I er siècle après J.-C, mais 
toutes ces dates sont en contradiction avec le contenu du 
livre. Le temple de Jérusalem existait encore quand il a 
été écrit; il est donc antérieur à la fin de r r siècle. La 
haine que manifeste l'auteur contre les Iduméens té- 
moigne qu'il vivait sous la domination des Hérodes. Il 
connaît le Testament des douze patriarches et le Livre 
d'Hénoch. 

V. Traductions et éditions. — i" Traduction grecque. 
— La Petite Genèse fut traduite en grec à une époque 
inconnue. Les deux plus anciens auteurs qui l'aient ci- 
tée sont saint Épiphane et saint Jérôme. Le premier, 
Hxr., xxxix, 6, t. xu, col. 672, la mentionne sous son 
double nom : 'Ev toi; 'IwëïjXat'oiî èuptrastat, T?j xa\ 
AsuTOYSvéusi xaXou[icvif). Ce dernier nom est celui que 
lui ont donné ordinairement les auteurs anciens, sauf 
les variantes de ce titre. Quelques lignes plus loin, dans 
le même passage, l'auteur des Hérésies la cite sous le sim- 
ple nom de Asxtï] Tlveoi;. Saint Jérôme, Epist. lxxviii, 
ad Fabiol., 18, t. xxii, col. 711, la mentionne également 
sous ce dernier nom et par conséquent d'après la ver- 
sion grecque. George Syncelle, Cédrénus, Michel Glycas 
et Zonaras ont fait souvent usage de la Asjroi Téveiriç, 
comme ils l'appellent, et c'est principalement grâce aux 
extraits qu'ils en ont rapportés qu'on a pu reconstituer 
une partie de la traduction grecque de cet apocryphe. 
Voir George Syncelle, Chronogr., édit. de Bonn, 1829, 
t. i, p. 4-5, 7-13, 183, 192, 203, etc.; Bonn, 1836, p. 198, 
206, 392; Cédrénus, Histor. Compend., édit. de Bonn, 
1838, t. i, p. 6, 9, 16, 48, 53, 85; Glycas, Annal, édit. de 
Bonn, 1836, p. 198, 206, 392; Zonaras, Annal, édit. de 
Bonn, 1841, t. i, p. 18. — Les fragments grecs de la 
Petite Genèse ont été recueillis pour la première fois 
par J. A. Fabricius, Codex pseudepigraphus Veteris 
Testamenti, 2» édit., 2 in-12, Hambourg, 1722, t. i, 
p. 119; t. il, p. 849-864. H. Charles en a reproduit aussi 
quelques passages à leur place respective, dans son 
Ethiopie version of Jubilees, p. 5-9, 36, etc. 

2° Traduction syriaque. — On possède un court frag- 
ment de la Petite Genèse en syriaque, ce qui permet de 
croire qu'elle avait été traduite en cette langue, et pro- 
bablement de l'hébreu original. H. Charles, Ethiopie 
version, p. x, 183. Publié d'abord par Ceriani, dans ses 
Monumenta sacra et profana, t. n, fasc. i, p. 9-10. 

3° Traduction éthiopienne. — Ce livre apocryphe nous 
est surtout connu par une traduction éthiopienne. Ce 
n'est qu'en cette langue qu'on le possède en entier ou à 
peu de chose près. Cette traduction a été faite directe- 
ment sur la version grecque, dont elle a conservé un 
certain nombre de mots : SpOç, gocXavoç, Xtip, ayTvoç, 
<fipa.-[i, etc. Elle est très servile, mais très exacte, quoique 
les manuscrits qui nous l'ont conservée soient assez 
corrompus. Dillmann en a donné d'abord une version 
allemande dans les Jahrbùcher des biblisclien Wissen- 
schaft, 8, t. il, 1850, p. 230-256 et t. m, 1851, p. 1-96; 
puis une édition du texte éthiopien, Liber Jubilseorum 
sethiopice, ad duorum librorum manuscriptorum fidem, 
in-4°, Kiel, 1859. Littmann l'a aussi traduit en allemand, 
dans Kautzsch, Apokryphen und Pseudepigraphen, 
1899. H. Charles a fait paraître une nouvelle édition du 
texte, d'après quatre manuscrits : The Ethiopie version 
of the Iwbrew Book of Jubilees, in-4», Oxford, 1895. On 



183 



GENÈSE (PETITE) — GENÊT 



184 



lui doit également une traduction anglaise de ce livre 
dans la Jewish Quarterly Review, octobre 1893; t. v, 
p. 703-708, juillet 1894, t. vi, p. 184-217, 710-745, et jan- 
vier 1895, t. vu, p. 297-328. Une autre traduction anglaise 
acte faite en Amérique par G. H. Schodde, Book of Ju- 
bilies, Oberlin, Ohio, 1888. 

if Traduction latine. — La Petite Genèse avait été aussi 
traduite en latin, maison n'a retrouvé jusqu'ici qu'environ 
un quart de cette traduction dans un palimpseste de la 
bibliothèque ambrosienne de Milan. Ce fragment a été 
édité pour la première fois par l'abbé Ceriani dans ses 
Monumenta sacra et profana, 1. 1, fasc. I, in-4°, Milan, 
1861, p. 15-62. H. Rônsch l'a réédité dans Dos Buch der 
Jubilàen unter Beifilgung des revidirten Textes der 
lateinischen Fragmente, in-8", Leipzig, 1874, p. 10-94. 
H. Charles en a donné une nouvelle édition revue et cor- 
rigée, en regard de la partie de la version éthiopienne 
avec laquelle elle concorde. The Ethiopie version, p. 45 
et suiv. Cette traduction a été faite sur le grec et a une 
valeur réelle pour la critique du texte. Voir, outre les 
ouvrages déjà cités, E. Schûrer, Geschichte derjùdischen 
Volkes, t. i, 2« értit., Leipzig, 1890, p. 628; t. m, 3 e édit, 
1898, p. 274-280 (bibliographie, p. 279) ; W. Singer, Dos 
Buch der Jubilàen, in-8°, Stuhlweinenburg, 1898. La bi- 
bliographie complète, antérieure à 1874, se trouve dans 
Rônsch, Buch der Jubilàen, p. 422-439. 

F. Vigouroux, 
GENÊT (hébreu : rôfém; Septante : pa8|iév; Codex 
Alexandrinus : |5a(iâ9, dans III Reg., xrx, 4; au verset 
suivant çut6v; ÇOX05 dans Job, xxx, 4 et épiijjuxoî; dans 
Ps. exix, 4; Vulgate : Juniperus dans III Reg., xix, 4 
■et 5, et Job, xxx, 4; mais desolatoriis, dans Ps. exix, 4). 
I. Description. — On désigne sous ce nom plusieurs 
arbrisseaux de la famille des Légumineuses, tribu des 
Génistées, dont les rameaux sont allongés, non épineux, 
verts et sans feuilles, ou à peu près, à l'état adulte. Les 
deux espèces les plus répandues en Palestine sont : 
— 1° le Sparti um junceum Linné, qui est souvent 
cultivé dans les jardins sous le nom vulgaire de Genêt 
d'Espagne , et s'est naturalisé sur beaucoup de points 
même en dehors de la région méditerranéenne. Le tronc 
ligneux, haut de 2 à 3 mètres, se termine au sommet par 
•des rameaux effilés rappelant les tiges de jonc, légère- 
ment striés, portant de rares feuilles indivises et à leur 
extrémité des grappes de fleurs jaunes odorantes, aux- 
quelles succèdent des fruits en gousses, noirs, allongés 
«t comprimés; — 2" le Rétama Rœtam Boissier (fig. 33), 
dont le nom rappelle la plante indiquée dans la Bible, 
a les fleurs blanches, disposées par petits bouquets 
sessiles le long des rameaux, et les gousses qui en pro- 
viennent sont courtes, ovales-pointues, à une seule 
graine. C'est une espèce désertique à rameaux dressés, 
raides et très nombreux, répandue depuis l'Egypte jus- 
qu'à la Phénicie et aux bords de la mer Morte. 

F. Hy. 
II. Exégèse. — Le sens du mot rôfém a échappé aux 
traducteurs grecs. Dans III Reg., xix, 4, ils se contentent 
de transcrire le nom hébreu, et encore en l'altérant. Ils 
paraissent cependant y avoir reconnu une plante, puis- 
qu'ils traduisent par çvtô'v, III Reg., xix, 5, ou par 
Ç-jXoc, Job, xxx, 4; mais ils n'ont pas su en déterminer 
l'espèce. Saint Jérôme dans la Vulgate n'est pas plus 
heureux : deux fois il traduit par Juniperus, « genévrier, » 
«ans qu'on puisse en voir la raison, et une fois la tra- 
duction latine des psaumes, faite sur les Septante, porte 
desolatoriis, dans Ps. exix, 4. Également ignorant du 
sens, le traducteur syriaque met « un chêne » dans 
Ps. cxx, 4, et c un térébinthe b dans III Reg., xix, 4. 
Josèphe lui aussi, racontant l'histoire d'Élie, Ant. jud., 
VIII, xm, 7, parait ignorer le nom de l'arbre sous lequel 
se reposa le prophète dans sa marche vers l'Horeb; il le 
désigne par une expression vague, irpdc tivt SlvSpe», 
« sous un certain arbre. » Malgré cette incertitude des 



anciens traducteurs, nous pouvons retrouver sûrement 
le vrai sens du ternie hébreu rôfém, grâce à son iden- 
tité avec le mot arabe reteni, fJ., lequel désigne cer- 
tainement le Genistà Rœtam des anciens 'botanistes, 
appelé actuellement Rétama Rœtam. C'est plutôt cette 
espèce que le Genêt d'Espagne, appelé cependant encore 
rétama dans ce dernier pays. De plus le genêt Rœtam 
répond exactement aux caractères de la plante rôfém des 
textes bibliques. On rencontre cette espèce, non seule- 
ment dans le désert de Juda, et sur les bords de la mer 
Morte, mais encore et en très grande abondance dans le 
désert de Sinaï que traversa Élie. III Reg., xix, 4. (Une 




33. — Rétama Rœtam Boissier. 

des stations des Israélites dans le désert se nomme Rif- 
mdh, ou « lieu de genêts ». Num., xxxin, 18, 19.) Le pro- 
phète se reposa sous un rôfém : or ce genêt, ou rétém 
des Arabes, atteint jusqu'à trois ou quatre mètres de haut, 
et donne assez d'ombrage pour offrir une halte précieuse 
au voyageur dans la chaleur brûlante du désert. Cf. Vir- 
gile, Georg., 11, 434. En second lieu le bois de genêt fait 
un feu ardent et persistant; les Arabes en arrachent 
les pieds, et, avec le bois, surtout la racine, ils font 
du charbon qui est d'excellente qualité : aussi la lan- 
gue perfide est-elle comparée à un charbon de genêt. 
Ps. cxx (Vulgate, exix), 4. Cf. Burckhardt, Travels in 
Syria, in-4», Londres, 4822, p. 791; Robinson, Biblical 
Researches, 3« édit., in-8», 1867, Londres, 1. 1, p. 84, 203- 
205; W. M. Thomson, The Land and the Book, in-8», 
Londres, 1885, p. 611 ; H. B. Tristram, The natural his- 
tory of the Bible, * édit., in-12, Londres, 1889, p. 359, 



185 



GENÊT — GENÉVRIER 



486 



Enfin le livre de Job, xxx, 4, nous représente des habi- 
tants à demi sauvages du Hauran, réduits à manger des ra- 
cines de genêts. Ces racines sont très amères, et il faut 
être réduit à la dernière extrémité pour s'en nourrir. C'est 
ce qui a fait penser à quelques interprètes que non 1 !, 

lahmâm, ne doit pas se traduire ici « leur nourriture », 
mais, en rapprochant ce passage de Is., xlvii, 14; Job, 
xxrv, 7, 8, « pour se chauffer. » « Ils prennent la racine 
de genêt pour seVhauffer. » Gesenius, Thésaurus, 
p. 1317. Cf. J. Thévenot, Relation d'un voyage fait au 
Levant, Paris, 1665-1674, 1. II, p. 1, c. xxv. Mais cette 
traduction a été peu suivie, et la plupart des interprètes 
continuent à traduire lahmâm par « leur nourriture ». 
Quelques-uns, il est vrai, mais sans plus de succès, ont 
pensé que sôrés pouvait s'entendre, non pas de la racine 
de la plante, mais de ses produits, de ses fruits. Smith, 
Dictionary of the Bible, 2« édit., 1893, t. i, p. 1853. Job 
veut tout simplement désigner, par ce vers, des hommes 
réduits dans le désert à une telle extrémité qu'ils se voient 
obligés de se nourrir de racines de genêt, qu'on méprise 
d'ordinaire à cause de leur amertume. Elles étaient seu- 
lement employées en médecine par les Arabes, d'après 
Ibn El-Beïthar, Traité des simples, dans Notice et extraits 
des Manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. xxv, 
part, i, p. 169. Voir A. Schultens, Liber Jobi, in-8°, Leyde, 
1737, p. 828; J. D. Michaelis, Supplementum ad lexica 
hebraica, t. n, p. 2270; 0. Celsius, Hierobotanicon, in- 
12, Amsterdam, 1748, t. i, p. 246-250 ;E. F. K.Rosenmûl- 
ler, Handbuch der biblischen Alterthumskunde, Leipzig, 
1830, l re part., p. 120-123. E. Levesque. 

GENÉVRIER (hébreu : 'ar'ar), terme mal interprété 
par les Septante et la Vulgate qui y ont vu la « bruyère », 
<xYpio|iupi'xT], myrica. Sous les noms de cèdre, de cyprès 
sont également compris certaines espèces de genévriers. 

I. Description. — Les genévriers sont des arbrisseaux 
toujours verts, atteignant parfois la taille de vrais arbres, 
qui appartiennent à la tribu des Cupressinées parmi les 
Conifères. Leur principal caractère distinctif est dans le 
fruit dont les écailles intimement soudées deviennent 




celui des Oxycèdres, les jeunes rameaux sont à trois 
angles, avec des feuilles toutes étalées, piquantes, articu- 
lées à leur base et disposées par verticilles ternaires : 




34. — Juniperus Oxycedrus. 

charnues à fa maturité et sont ordinairement recou- 
vertes d'une poussière glauque. Les espèces de Palestine 
se répartissent en trois groupes naturels. 1° Dans 



35. — Juniperus phœnicca. 

les fleurs y sont toujours dioïquès. L'Oxycèdre propre- 
ment dit (fig. 34), vulgairement nommé code {Juniperus 
Oxycedrus Linné), se reconnaît à ses fruits médiocres, 
arrondis et lisses, variant de la grosseur d'un pois à 
celui d'une cerise, d'un rouge luisant à la maturité; le 
Juniperus macrocarpa Sibthorp a les fruits plus gros, 
épars, tuberculeux, à chair sèche aromatique. — 2" Le 
groupe des Caryocèdres, voisin du précédent, en diffère 
par ses feuilles décurrentes et par ses graines soudées 
en forme de noyau à trois loges et très dur; il ne com- 
prend que le Juniperus drupacea Labillardière, arbre 
de 10 à 15 mètres dressé en pyramide. — 3° Les espèces 
du dernier groupe ont leurs graines libres, leurs feuilles 
adnées, pour la plupart courtes, squamiformes, sans 
articulation basilaire et ordinairement pourvues sur le 
dos d'une glande résineuse. Dans le Juniperus phœ- 
nicea Linné (fig. 35), les fruits mûrissent seulement 
au bout de la deuxième année, et l'inflorescence est 
variable, tantôt monoïque, tantôt dioïque. Les suivants, 
toujours monoïques, sont à maturation annuelle. Le 
véritable Juniperus Sabina Linné semble manquer en 
Syrie, mais ce type y est représenté par la variété 
Taurica Pallas (Juniperus excelsa Bieberstein), plus 
robuste, à fruits plus gros, renfermant de quatre à six 
graines, et par la variété squarrulosa Spach [Juni- 
perus fœtidissima Willdenow), ainsi nommée pour ses 
feuilles supérieures à pointe un peu retroussée. 

F. Hy. 
11. Exégèse. — La Vulgate emploie en deux endroits 
le nom de Juniperus, « genévrier, » III Reg., xix, 4- 
5, et Job, xxx, 4, mais par erreur : car le nom hébreu 
rôfém désigne le genêt. Voir Genêt. Juniperus eût été 
au contraire la traduction exacte du terme hébreu 'ar'âr, 
Jer., xvn, 6, écrit 'âro'êr dans Jer., xlviii, 6, mal com- 
pris des Septante et de la Vulgate qui y ont vu la 
« bruyère », àrpiopupixi), myrica.. Voir Bruyère, t. I, 



187 



GENEVRIER — GENOUDE 



188 



Col. 4956. Cet 'ar'âr biblique rappelle manifestement le 
'ar'ar, j*j*, des Arabes qui est certainement le gené- 
vrier et en particulier le Junipertts oxycedrus. G. Post, 
Floraof Syria, Palestine andSinai, in-8», Beyrouth (sans 
date), p. 749; Ibn El-Beïthar, Traité des simples, dans 
Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque 
nationale, t. xxv, î™ part., p. 442-443. Le nom égyptien 
du genévrier, Juniperus phœnicea, ouâr ou ârou, qui 
parait d'origine étrangère, rappelle aussi la plante 
biblique 'ar'âr. Loret, La flore pharaonique, 2 e édit., 
in-8», 1892, p. 41. La plante qui est mentionnée dans les 
deux textes de Jérémie sert de terme de comparaison 
pour marquer l'isolement, l'abandon où se trouve 
l'homme qui ne se confie pas en T)ieu. Il est comme un 
'ar'ar dans le désert : ce qui convient bien à Yoxycedrus 
ou au Juniperus phœnicea. Celsius, Hierobotanicon, 
t. Il, p. 195, avait pensé au Juniperus sabina; cette 
espèce, il est vrai, ne parait pas exister dans ces régions; 
on peut s'arrêter de préférence à quelques espèces voi- 
sines. 

Chez les anciens, les dénominations de plantes n'étaient 
pas aussi fixes et précises que chez nous dans les 
ouvrages scientifiques. Aussi faut-il voir parfois le gené- 
vrier compris sous certains noms comme ceux de cèdre, 
de cyprès. 1° Le mot xéSpo; est donné par Théophraste, 
Hist. plant., m, 12, au genévrier oxycèdre et au gené- 
vrier de Phénicie. Il doit en être de même du terme de 
'èréz dans Lévitique, xiv, 4, 6, 49-52, et Num., xix, 6. 
Le bois de éréz est prescrit par Moïse pour la purifica- 
tion des lépreux et de ceux qui ont été souillés par le 
contact d'un mort, et cela pendant les quarante ans de 
séjour au désert du Sinaï. Or le cèdre ne se rencontre 
pas dans ces régions, tandis que le genévrier y est assez 
fréquent, par exemple le Juniperus phœnicea ou même 
Yoxycedrus. D'ailleurs, le bois parfumé du genévrier 
était brûlé dans les sacrifices, dans les funérailles chez 
les anciens et pouvait parfaitement remplir le dessein 
que se proposait le législateur. Voir t. n, col. 377. — 
2° De même sous le nom de berôs, « cyprès, » étaient 
comprises plusieurs espèces d'arbres ayant quelque rap- 
port avec lui. Il est à remarquer que Dioscoride, i, 108, 
et Pline, H. N., xxiv, 61, appellent une sorte de gené- 
vrier BpâOu, brathy, nom que rappelle berôS. D'autre 
part, les versions orientales traduisent plusieurs fois le 
mot beroS par Serbin comme la version arabe, par surban 
comme le chaldéen, ou sarvino avec le syriaque. Or ces 
termes désignent une espèce de genévrier, comme le 
Juniperus excelsa ou le drupacea. Enfin les fruits du 
Juniperus phœnicea se nomment en égyptien perSu, 

-g^» : mot qui semble indiquer une origine com- 
mune avec le nom berôS du cyprès. Voir Cyprès, t. n, 
col. 1173. E. Levesque. 

GÉNISSE, jeune vache. Voir Vache, veau. 

GENNÉE (Septante : IYvvaioc; Codex Alexandrinus : 
rewéo;; Vulgate : Gennœus), père d'un Apollonius qui 
était gouverneur de la Cœlé-Syrie. II Mach., xii, 2. Voir 
Apollonius, t. i, col. 776. 

GENOU (hébreu : bérék ; Septante y°vu ; Vnlgate : 
genu), partie antérieure de l'articulation qui relie la 
jambe à la cuisse. — 1° Un muscle extenseur, le triceps 
fémoral, maintient la rigidité de l'articulation, de telle 
sorte que les os de la jambe, le tibia et le péroné, forment 
le prolongement vertical du fémur, ce qui permet à 
l'homme de se tenir debout. Dans le cas d'extrême fai- 
blesse, par exemple à la suite d'un jeûne prolongé, Ps. 
cvni, 24, le muscle extenseur n'a plus la force" de rem- 
plir sa fonction, le genou plie et l'homme tombe. Dans 
la Sainte Écriture, les genoux qui chancellent, Is.,xxxv, 
3; Eccli., xxv, 32, qui se fondent en eau, c'est-à-dire 



qui perdent toute consistance, Ezech., vn, 17 ; xxi, 7 (12), 
sont le symbole d'une grande faiblesse morale. Il est 
recommandé de les raffermir, c'est-à-dire d'encourager 
et de soutenir ceux qui sont soumis à l'épreuve. Job, nr, 
4; Is., xxxv, 3 ; Hebr., xii, 12. — Une frayeur subite 
paralyse la force musculaire et fait trembler les genoux. 
Dan., v, 6; x, 10. — Dieu menace les Israélites prévari- 
cateurs d'ulcères aux genoux et aux cuisses. Deut., 
xxvih, 35. Quelques auteurs ont pensé que la menace 
divine se rapporte à l'éléphantiasis. Voir t. n, col. 1662- 
1664. — 2° En attendant la pluie qu'il a prédite, le pro- 
phète Élie est assis sur le Carmel, la tête entre les ge- 
noux, dans l'attitude d'un profond recueillement et 
d'une confiance qui n'a pas besoin d'interroger l'horizon 
pour être assurée de l'événement annoncé. III Reg., 
xvin, 42. — 3° On tient sur ses genoux, c'est-à-dire, 
quand on est assis, sur les deux cuisses formant une 
sorte de siège, ceux que l'on aime et dont on prend soin 
à différents titres. On tient ainsi l'enfant qui vient de 
naître. Job, m, 12. On le reconnaît par là pour fils ou 
pour petit-fils, Gen., l, 23, alors même que la filiation 
n'est qu'adoptîve ou légale. Gen., xxx, 3. Samson dort 
sur les genoux de Dalila, c'est-à-dire qu'assis à terre il 
repose sa tête sur les genoux de la Philistine. Jud., xvi, 
19. C'est sur ses genoux que la Sunamite voit mourir 
son enfant. IV Reg., iv, 20. Le Seigneur compare son 
peuple régénéré à un enfant chéri que l'on berce et que 
l'on caresse sur les genoux. Is., lxvi, 12. — 4°. Dans la 
prophétie de Jacob, Juda est comparé à un lion qui plie 
les genoux et se couche, dans l'attitude d'un repos que 
personne n'osera troubler. Gen., xlix, 9. Balaam répète 
la même comparaison à propos d'Israël. Num., xxiv, 9. 
On fait plier les genoux aux chameaux pour leur per- 
mettre de se reposer. Gen., xxrv, 11. Les soldats de 
Gédéon qui font preuve de peu de virilité en s'abaissant 
à terre sur les deux genoux pour boire à l'eau du tor- 
rent, sont écartés de l'armée par ordre du Seigneur. 
Jud., vil, 5, 6. Sur l'usage de prier à genoux chez les 
Hébreux, voir Génuflexion. H. Lesêtre. 

GENOUDE (Antoine Eugène de), dont le vrai nom 
était Genoud, ecclésiastique et publiciste français, né à 
Montélimar (Drôme) le 9 février 1792, mort à Hyères 
(Var) le 19 avril 1849. Après des études faites au lycée 
de Grenoble et un essai de la vie ecclésiastique au sémi- 
naire de Saint-Sulpice, qu'il quitta sans avoir reçu les 
ordres sacrés, il fournit dans le monde une brillante 
carrière d'homme politique et de journaliste. En 1834, 
sa femme étant morte, Genoude, rappelé à sa vocation 
première par cette perte, reçut la prêtrise en 1835 et 
mit sa plume et son talent réel de polémiste au service 
de la religion dont il fut un brillant défenseur jusqu'à 
sa mort. Parmi ses nombreux ouvrages, nous devons 
mentionner : Traduction nouvelle des prophéties d'Isaîe, 
avec un discours préliminaire et des notes, in-8°, Paris, 
1815 ; Traduction nouvelle du livre de Job, par l'auteur 
de la traduction des prophéties d'Isaîe, in-8°, Paris, 1818; 
Les Psaumes, traduction nouvelle, in-8°, Paris, 1819; 
1820; Psautier français, traduction nouvelle avec des 
arguments à la tête de chaque Psaume, 2 in-18, Paris, 
1821; Sainte Bible d'après les textes sacrés avec la Vul- 
gate, 20 tomes en 23 volumes in-8», Paris, 1820-1824 (le 
texte latin de la Vulgate est reproduit au bas des pages); 
2 e édit, t. i, in-8», Paris, 1826; 3= édit. avec ce titre : 
La Sainte Bible. Traduction de M. de Genoude. Nou- 
velle édition, publiée sous les auspices du clergé de France 
et dirigée par les soins de M. l'abbé Juste, 3 in-4°, Paris, 
1834-1837; 4« édit., par le même, 5 in-4°, Paris, 1837- 
1840; édition diamant, Paris, 1341; in-18,1846;in-12,t.l^ 
1845; 3 in-8», Taris, 1858; La divinité de Jésus-Christ an- 
noncée parles prophètes, démontrée par lesévangélistes, 
prouvée pat l'accomplissement des prédictions de Jésus- 
Christ, 2 in-12, Paris, 1842; Biographie sacrée ou his- 



489 



GENOUDE — GENTILS 



190 



toire des personnages cités dans l'Ancien et le Nouveau 
Testament, sous la direction de M. l'abbé de Genoude, 2 
in-8", Paris, 1844; Leconset modèlesde littérature sacrée, 
in-8°, Paris, 1837, 1845; Vie de Jésus-Christ et des 
Apôtres tirés des Saints Évangiles, in-8», Paris, 1836; 
Vie de Jésus-Christ d'après le texte des quatre évangé- 
listes, distribuée selon l'ordre des faits, précédée d'un 
discours préliminaire, in-12, Paris, 1851. — La traduc- 
tion de la Bible par. Genoude imprimée aux frais de 
l'État, et dont l'auteur fut présenté au roi qui le décora, 
lui fit une pension et lui accorda des lettres de noblesse 
avec le titre de baron, cette traduction « ne manque pas 
d'élégance », dit M. F. Vigouroux, « mais est pleine 
d'inexactitudes. i> Manuel biblique, lOédit, t. i, p. 269. 
Glaire estime « que l'auteur, complètement étranger aux 
langues de la Bible, prend souvent le change en rap- 
portant à l'hébreu, par exemple, un sens qui est celui 
■du grec des Septante ou du latin de la Vulgate ». Dic- 
tionnaire universel des sciences ecclésiastiques, 2 in-8°, 
Paris, 1868, 1. 1, p. 885. La publication de cette traduction 
fut néanmoins considérée comme un événement. Lamar- 
tine, en dédiant à M. de Genoude son « dithyrambe » sur 
La poésie sacrée, accompagna sa dédicace de cette note : 
« M. de Genoude est le premier qui aitfait passer dans la 
langue française la sublime poésie des Hébreux. Jusqu'à 
présent nous ne connaissions que le sens des livres de Job, 
■d'Isaïe et de David; grâce à lui, l'expression, la couleur, 
le mouvement, l'énergie vivent aujourd'hui dans notre 
langue. » Méditations, xxxi, dans les Œuvres de La- 
martine, Poésies, édit. Lemerre, t. i, 1885, p. 228. (Cf. 
H. Bretonneau, Biographie de M. de Genoude, p. 100- 
108.) Cf. les éloges donnés au traducteur par La Men- 
nais, Chateaubriand, etc., reproduits dans le t. xxui de 
La Sainte Bible, 1824, p. 143-184. Rien ne saurait mon- 
trer comme le succès extraordinaire d'une version aussi 
faible et aussi imparfaite, à quel bas niveau la Révolution 
française avait fait tomber en France les études scriptu- 
raires, mais aussi combien clergé et fidèles éprouvaient 
le besoin de s'abreuver aux sources de la révélation. — 
"Voir de Genoude, Histoire d'une âme (autobiographie, 
histoire de la conversion de l'auteur), in-8°, Paris, 1844 
{avait déjà paru dans sa Divinité de Jésus-Christ. Ou- 
vrage suivi de l'Histoire d'une âme, 1842) ; Biographie de 
M. de Genoude, par un collaborateur du journal Le Bour- 
bonnais, in-8°, Paris, 1844 (réédité, in-12, Paris, 1846, avec 
le nom de l'auteur, Fayet) ; H. Bretonneau, Biographie 
de M. de Genoude, in-12, Paris, 1847-1448. 

0. Rey. 
GENTHON (hébreu : Ginne(ôn et Ginnefôy; Sep- 
tante : TavvK 6wv; Codex Sinaiticus : 'AvattiO; Codex 
Alexandrinus : raavvaOwv dans II Esdr., x, 6; omis 
dans le Codex Vaticanus, mais dans le Codex Alexan- 
drinus : revvr)6oue pour II Esdr., xn, 4; omis dans le 
Codex Vaticanus, mais dans le Codex Alexandrinus : 
rav«8<i[i. pour II Esdr., XII, 16), un des prêtres qui 
signèrent l'alliance théocratique au temps de Néhémie. 
II Esdr., x, 6. Il était chef de famille; c'est un de ses 
descendants, Mosollam, qui lui avait succédé au temps 
du pontificat de Joacim. II Esdr., xu, 16. Le même per- 
sonnage est mentionné parmi les prêtres qui revinrent 
de captivité avec Zorobabel. II Esdr., xii, 4. Il /est 
nommé en ce dernier endroit Ginnetoy, par suite d'une 
formation incomplète du j (noun final) qui a été pris 
pour un », yod. E. Levesque. 

GENTILS (hébreu : gôyîm; Septante : £8vr], l8vtxoi, 
'ExXrjvéç; Vulgate : gentes, gentiles, Grseci), tous ceux 
qui n'appartenaient pas à la nation israélite. Sur ceux 
qui embrassaient la religion juive sans appartenir au 
peuple juif, voir Prosélytes. 

I. Dans l'Ancien Testament. —^.Signification. — l.Les 
écrivains sacrés établissent toujours une distinction très 
nette entre le peuple de Dieu, 'am Yehovdh, et les gôyîm. 



Ces derniers sont les peuples étrangers, Is., xiv, 26; 
Mich., iv, 2, 11 ; Zach., m, 3; II Esdr., v, 8, etc., sur 
lesquels la supériorité est promise aux Israélites. Deut., 
xxvi, 18. — 2. Le mot gôyîm implique parfois une idée 
d'hostilité, quand il s'agit d'étrangers qui sont considérés 
en tantqu'idolâtres ou qui sonten guerre avec Israël; Ps. Il, 
1; ix, 6; Jer., xxxi, 10; Ezech., xxiu, 30; xxx, 11. De là 
lé nom de gélîl haggôyîm, « cercle des gentils, » donné 
à la Galilée. Is., vm, 23. Ordinairement cependant, la 
distinction entre Israélites et gôyîm n'entraînait par 
elle-même aucun rapport hostile, sauf envers quelques 
peuples déterminés, comme les Amalécites et les Madia- 
nites. Voir Guerre, ii, 2°. Les rapports des Israélites 
avec les étrangers étaient au contraire soumis à des 
règles de justice et de bienveillance prévues par la lé- 
gislation mosaïque. Voir Étranger, t. il, col. 2040. — 
3. Il commença à en être autrement quand les Israélites 
se virent traités durement par les Syriens, les Assyriens, 
les Chaldéens, et qu'ils furent emmenés en captivité par 
ces derniers. La haine de l'étranger devint alors pour 
eux comme un instinct naturel, Ps. cxxxvm (cxxxvn), 
8, 9, et en même temps une sauvegarde contre l'ido- 
lâtrie de leurs nouveaux maîtres. Ce sentiment s'atténua 
chez un très grand nombre de Juifs qui se fixèrent alors 
au milieu des étrangers. Voir Captivité, t. n, col. 239. 
Il garda une certaine vivacité chez les Juifs qui re- 
vinrent à Jérusalem et y eurent à se défendre à la fois 
contre l'hostilité et contre l'immoralité de leurs voisins. 
II Esdr., v, 8; ix, 2; xm, 1-3. Les pharisiens s'ap- 
pliquèrent à développer cette antipathie contre tout ce 
qui n'était pas israélite; ce fut même là un des traits 
caractéristiques de leur secte. Voir Pharisiens. Toutefois, 
sous les Machabées, les Juifs ne dédaignèrent pas de 
faire des alliances très étroites avec les gôyîm de Rome 
et de Sparte. I Mach., xu, 1-23. 

2° Les Gentils et le culte mosaïque. — 1. Les Gentils 
pouvaient, sans se faire prosélytes, être admis à parti- 
ciper dans une certaine mesure au culte mosaïque. La 
loi autorisait l'étranger à offrir des holocaustes dans le 
Temple, pourvu qu'il habitât au milieu d'Israël. Lev., xvii, 
8; xxu, 17,18. Salomon suppose aussi que l'étranger 
qui arrive de loin, par conséquent le Gentil, pourra venir 
prier dans lé Temple. III Reg., vm, 41-43. — 2. Dans 
le temple de Salomon, pas plus que dans celui de Zoro- 
babel, il n'est pourtant fait mention d'aucun endroit où 
puisse être admis le Gentil pour venir prier le Seigneur. 
Dans ces temples, les Juifs ne mentionnent que trois 
cours, celle des femmes, celle des Israélites et celle des 
prêtres. Les Gentils n'y pouvaient pénétrer et devaient, 
pour prier, se tenir en dehors, sur la montagne. Kelim, 
i, 8; Reland, Antiquitates sacrée, Utrecht, 1741, p. 45. 
Dans le temple d'Hérode, il y eut une cour des Gentils, 
appelée aussi cour commune, dans laquelle les Gentils 
étaient admis, à condition de ne pas franchir, sous peine 
de mort, la barrière qui entourait le temple proprement 
dit. Voir Temple; Middoth, n, 2; Jerus. Abodah Zarah, 
f. 40, 2; Stapfer, La Palestine au temps de Jésus-Christ, 
Paris, 1885, p. 388-390. — 3. Après le retour de la cap- 
tivité, les Juifs recevaient volontiers les dons que les 
Gentils faisaient au Temple de Jérusalem. Le roi de 
Syrie, Séleucus IV Philopator, offrait de quoi offrir des 
sacrifices. II Mach., m, 1-3. Alexandre, père du procu- 
rateur Tibère, quatrième successeur de Ponce-Pilate, 
fournit l'or et l'argent nécessaires à la décoration des 
portes du Temple. Josèphe, Bell, jud., V, v, 3. Marc 
Agrippa se montrait plein de vénération pour le Temple. 
Josèphe, Bell, jud., II» xvi, 2. L'empereur Auguste 
faisait offrir chaque jour au Temple de Jérusalem un 
holocauste de deux agneaux et d'un taureau. Philon, De 
légat, ad Caium, 40. Lui et sa femme avaient fait don 
de vases précieux. Josèphe, Bell, jud., V, xm, 6. D'une 
manière générale, on recevait les dons, les victimes, les 
gâteaux et les libations des Gentils. Tertullien, Apologet-, 



d91 



GENTILS — GENUFLEXION 



192 



xxvi, 106, t. I, col. 432. Après Auguste, les Juifs con- 
tinuèrent à leurs frais les sacrifices pour l'empereur et 
pour le peuple romain. Josèphe, Cont. Ajnon., n, 6. Ce 
fut seulement au début de la dernière guerre qu'Éléazar 
fit supprimer ces sacrifices et défendit de recevoir les 
dons des étrangers, ce qui fut considéré comme un acte 
d'hostilité envers les Romains. Josèphe, Bell, jud., II, 
xvn, 2. — 4. Les sacrifices offerts par les Gentils ne 
pouvaient être que des holocaustes d'oiseaux ou de qua- 
drupèdes, présentés soit comme dons votifs, nédér, Lev., 
xxn, 18, soit comme dons spontanés, nédâbdh. Lev., xxii, 
23; Siphra, f. 239,1. Les Gentils pouvaient encore offrir 
des oiseaux, des gâteaux, du vin, de l'encens et du hois. 
On ne leur permettait ni le sacrifice expiatoire, ni le 
sacrifice pour le délit. Siphra, f. 87, 2. S'ils présentaient 
des victimes pour d'autres espèces de sacrifices, on les 
offrait en holocaustes, toujours à condition que ces vic- 
times fussent conformes aux exigences de la loi. On 
n'imposait pas les mains aux victimes des Gentils et l'on 
omettait plusieurs autres formalités. Zebaehim, iv, 5; 
Eieland, Antiquit. sacr., p. 171, 172. — 5. Le premier-né 
des animaux appartenait de droit au Seigneur et de- 
venait chose sacrée. S'il avait quelque défaut, on ne 
pouvait l'offrir en sacrifice. Deut., xv, 19-22. Dans le 
principe, les Israélites pouvaient le manger comme un 
animal ordinaire; par la suite, les prêtres furent auto- 
risés par l'usage à le vendre ou à le donner à manger 
aux Gentils. Maaser scheni, i, 1, 2. 

II. Dans le Nouveau Testament. — 1» La distinction 
subsiste encore entre les Gentils, e6v7], gentes, et le 
peuple d'Israël, ).ab{ 'lapa.r\\, plebs Israël, mais le 
Messie vient précisément pour la faire disparaître. Luc, 
n, 32. Sans doute, lui-même n'est envoyé personnelle- 
ment qu'aux brebis de la maison d'Israël- qui ont péri. 
Matth., xv, 24. Mais par ses paraboles, Matth., xm, 47; 
xxii, 9, 10, par l'accueil qu'il fait à des Grecs, Joa., xn, 
20, 23, et surtout par les ordres qu'il donne à ses 
Apôtres, Matth., xxvm, 19; Marc, xn, 15; Luc, xxrv, 
47, il indique que l'Évangile et le salut sont pour les 
Gentils aussi bien que pour les Juifs. Il parle cependant 
des Gentils, èOvtxof, en tant qu'idolâtres, comme 
d'hommes dont lès pratiques religieuses ne doivent pas 
être imitées, Matth., vi, 7, et qui, malgré quelques bons 
sentiments, Matth., v, 47, sont légitimement tenus à 
distance en quelques circonstances. Matth., xvm, 17. — 
2» Cette entrée des Gentils dans le royaume spirituel 
fondé par le Messie avait été très formellement annoncée 
par les propriétés. Ps. il, 8; xxi, 28; lxxxv, 9; Is., lx, 
3, 5; Mal., i, 11, etc. Les Apôtres eurent quelque peine 
à se faire à cette idée. Act., x, 28, 45. Certains chrétiens, 
convertis du judaïsme, ne l'admirent même pas du tout 
et formèrent une secte qui apporta toutes sortes d'en- 
traves à l'évangélisalion des Gentils. Voir Judaïsants. 
— 3° Les Apôtres se trouvèrent bientôt dans la néces- 
sité de s'adresser aux Gentils pour remplir leur mission. 
On les voit prêcher l'Évangile à ces derniers aussi bien 
qu'aux Juifs. Act., xi, 20; xiv, 1, 5; xvi, 1, 3; xvn, 4, 12; 
xvm, 4; xix, 10, 17; xx, 21; xxi, 28, etc. Saint Paul 
prend même le titre spécial d'apôtre des Gentils, Rom., 
xi, 13; Gai., n, 9; II Tim., i, 11, titre auquel lui donne 
droit sa vocation. Act., ix, 15. — 4" La doctrine chré- 
tienne sur la vocation des Gentils est plus particulière- 
ment exposée par saint Paul. En droit, depuis la ré- 
demption, il n'existe plus de distinction entre les Juifs 
et les Gentils. I Cor., xn, 13; Col., m, 11; Eph., n, 14; 
m, 6; Gai., m, 28. La gratuité de la rédemption fait que 
les uns n'y ont pas plus de droit que les autres. Rom., i, 
14, 16; n, 9, 10; m, 9; x, 12; I Cor., i, 22, 24. Les 
Gentils ont le même Dieu que les Juifs. Rom., m, 29. 
Les chrétiens seront donc pris parmi les Gentils aussi 
bien que parmi les Juifs, Rom., ix, 24, et pour aller de 
la gentilité au christianisme, il ne sera nullement néces- 
saire de passer par le judaïsme. I Cor., xn, 2. Voir 



Hellénistes. — 5» Le développement de l'Église fit 
encore mieux comprendre par la suite le rôle que le 
Sauveur avait réservé aux Gentils. En fait, le christia- 
nisme, « sémitique par son origine historique, est gréco- 
romain par son développement. » Duchesne, Les ori- 
gines chrétiennes, Paris, 1881, lithograph., p. 1-10. 

H. Lesètre. 
GENUBATH (hébreu : Genubaf; Septante : ravr)6(i8), 
fils d'Adad (Hadad), ce prince de la race royale 
d'Idumée qui, au temps de l'expédition des armées de 
David en ce pays, s'enfuit en Egypte. Voir Adad, t. i, 
col. 166. Ayant épousé la sœur de Taphnès, la femme du 
Pharaon, d'abord, il en eut un fils, Genubath, qui fut 
élevé à la cour, avec les propres enfants du roi. III Reg., 
xi, 20. Quant à l'origine et à la signification de ce mot, on 
l'a rapproché du nom trouvé dans les inscriptions pal- 

myréniennes, CV_ioX, Genubâ'. De Vogué, Inscriptions 
sémitiques, in-4°, Paris, 1868, n° 137, p. 82. D'autres y ont 
vu un nom dérivé de l'égyptien L& I «■"» , genbt, qui si- 
gnifie « mèche de cheveu, tresse ». C'était le nom de la 
tresse que portait sur le côté de la tête le prince héri- 
tier. Voir fig. 535, t. n, col. 1617-1618. H. G. Tomkins 
dans les Proceedings of the Society of Biblical archsso- 
logy, t. m, mai 1888, p. 72. E. Levesque. 

GÉNUFLEXION, acte qui consiste à plier un ou deux 
genoux et à s'en servir pour s'appuyer à terre. Dans cette 
posture, l'homme diminue sa taille de toute la longueur 
de la jambe et s'abaisse devant celui qu'il veut honorer 
ou implorer. L'habitude de prier à genoux, si commune 
aujourd'hui, était assez rare autrefois. Un bas-relief de 
Paros, sculpté à l'entrée d'une grotte (fig. 36), repré- 
sente une foule d'adorateurs rendant leurs hommages 
à Cybèle assise sur son trône, à Pan, aux nymphes et 
à d'autres divinités. Seule, une femme est agenouillée, 
au milieu de tous les autres adorateurs debout. Les 
Grecs regardaient cette posture comme peu digne d'un 
Ijomme libre et convenable seulement pour les Bar- 
bares. Théophraste, Char., xn, 1; Plutarque, De su- 
perstit.,B; Diogène Laerte, Vi, 37. Voir O. Mùller'et Frd. 
Wieseler, Denkmaler der alten Kunst, 2 in-f», Gœt- 
tingue, 1856, t. Il, p. ll;Boeckh, Corpus inscript, grée, 
t. n, n° 2387, p. 347-348. On n'a pas découvert dans les 
catacombes un seul monument où un chrétien soit re- 
présenté priant à genoux. L'usage de se prosterner est 
néanmoins mentionné dans l'Ancien et dans le Nouveau 
Testament, quoiqu'il fût moins ordinaire parmi les Juifs 
qu'il ne l'est devenu parmi les chrétiens. On fléchit le 
genou : — 1° Devant Dieu. On voit se mettre à genoux pour 
prier Dieu le roi Salomon, III Reg.,vm,54;II Par., VI, 13; 
Ézéchias et les chefs du peuple, II Par.,xxix,30; le pro- 
phète Daniel qui, trois fois le jour, prie dans cette pos- 
ture en se tournant du côté de Jérusalem, Dan., vi, 10; 
saint Etienne, Act., vu, 59; saint Pierre, Act., ix, 40, et 
saint Paul. Act., xx,36; xxi, 5;Eph., m, 14. Les malheu- 
reux qui attendent une faveur de Notre-Seigneur fléchis- 
sent le genou devant lui pour le prier. Matth., xvn, 14; 
Marc, i, 40; x, 17; Luc, v, 8. Notre-Seigneur lui-même 
prie à genoux pendant son agonie. Luc, xxii, 41. Le Sei- 
gneur prescrit qu'on fléchisse le genou devant lui. Is., 
xlv, 24. Les pieux Israélites le font. Ps. xciv, 6. Les 
habitants du désert le feront un jour, Ps. lxxi, 9, et 
au nom de Jésus tout genou fléchira au ciel, sur terre 
et dans les enfers, en signe d'adoration et de dépen- 
dance. Rom., xiv, 11; Phil., n, 10. — Chez les premiers 
chrétiens, on se tenait ordinairement debout pour prier. 
Cependant, à l'exemple de Notre-Seigneur et des Apôtres, 
on priait aussi à genoux, quoique les monuments figurés 
primitifs ne nous en, aient pas conservé le souvenir. 
Voir Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 
Paris, 1877, p. 666-668. Saint Jacques le Mineur 



163 - GÉNUFLEXION — GÉORGIENNE (VERSION) DE LA BIBLE 



194 



avait nne telle habitude de prier dans cette posture que 
ses genoux en avaient contracté des callosités comme 
celles d'un chameau. Hégésippe, dans Eusèbe, jff. E., 
il, 23, t. XX, col. 197. — 2» Devant les idoles. On flé- 
chissait les genoux devant Baal. III Reg., xix, 18; Rom., 
xi, 14. Voir un roi en prostration devant Isis, fig. 36, 
t. i, col. 234. — 3° Devant les hommes. Quand Joseph 
fut préposé au gouvernement de l'Egypte par le Pha- 
raon, un crieur public accompagna le char où il était 
monté en disant à tous : abrêk. Gen., xli, 43. Bien que 
ce mot ait une certaine ressemblance avec bérék, « ge- 
nou, » on le regarde communément comme un mot 
d'origine égyptienne signifiant : « à genoux ! » Voir 
Abrek, t. i, col. 90. L'officier d'Ochozias fléchit le genou 



et Hérode les fit emmener. Act., xir, 6, 19. — Le geôlier 
de Philippes, auquel fut confiée la garde de Paul et de 
Silas, n'était pas un simple çuXa?, un de ces gardes su- 
balternes, comme les précédents, qu'on poste à la porte 
tantôt d'un cachot, tantôt d'un autre, mais un 8e<i(io?0).aÇ, 
le geôlier en chef de la prison. On lui avait recommandé 
de veiller étroitement sur les prisonniers. Au milieu de 
la nuit, la prison s'ouvrit, les chaînes des prisonniers 
tombèrent, et le geôlier, les croyant échappés et re- 
doutant pour lui-même les conséquences de leur fuite, 
voulut se donner la mort. Les apôtres l'en empêchèrent 
et même le convertirent avec toute sa famille. Le len- 
demain matin, c'est à lui que Paul et Silas refusèrent 
de sortir de prison si les magistrats ne venaient les 




_J» ~jF^.**-^5> 



36. — Femme agenouillée adorant Cybèle au milieu d'autres adorateurs. D'après C. O. MûUer, Denkmàler der alten Kunst, 

1856, t. u, pi. Lxm, fig. 814. 



devant le prophète Élie. IV Reg., i, 13. Les sujets d'Assué- 
rus, Mardochée excepté, fléchissaient le genou devant 
Aman. Esth., in, 2, 5. Par dérision, les soldats de Pilote 
firent la génuflexion devant Jésus, roi des Juifs. Matth., 
xxivi, 29 ; Marc, xv, 19. Voir des personnages agenouil- 
lés devant un mort, t. n, col. 435, fig. 144, ou devant 
un vainqueur, t. I, col. 227, fig. 35; col. 325, fig. 37; 
col. 511, fig. 124; col. 637, fig. 158; col. 1486, fig. 455; 
t. u, col. 1637, fig. 541. H. Lesêtre. 

GÉOGRAPHIE BIBLIQUE. Voir Table ethnogra- 
phique et Palestine. 

GEOLIER (grec : t?i\al, Sea^o^ilal; Vulgate : cus- 
tos), celui qui a la charge de garder les prisonniers. — 
Quand l'ange du Seigneur eut délivré les apôtres em- 
prisonnés par ordre du sanhédrin, on trouva après leur 
départ la prison fermée et les gardiens, devant les portes, 
ignorant que les prisonniers eussent disparu. Act., v, 
23. — D'autres gardiens veillaient à la porte de la prison 
où saint Pierre était détenu. Ils ne s'aperçurent pas non 
plus de la délivrance de l'Apôtre par l'ange du Seigneur, 

DIÇT. DE LA BIBLE. 



délivrer en personne. Act., xvi, 23-36. Le mot Ssufio^Xal 
désigne le geôlier chez les auteurs profanes. Lucien, 
Toxaris, 30; Artémidore, Onirocrit., n, 60, etc. 

GÉOLOGIE DE LA PALESTINE. Voir Palestine. 

GÉORGIENNE (VERSION) DE LA BIBLE. - 

I. La Géorgie. — La Géorgie est une région transcauca- 
sienne comprenant le haut bassin du Khoûr, les bassins 
du Rion et de l'Ingour, les montagnes d'Adjara et le lit- 
toral delà mer Noire jusqu'à Trébizonde. De nombreuses 
circonstances de conquête, de déplacement et de géné- 
ralisation ethnographique ont fait que la Géorgie a porté, 
dans le cours des âges, différents noms. Une grande 
partie de la Géorgie actuelle était connue dans l'anti- 
quité sous le nom d'Ibérie. Le nom de Géorgie, natura- 
lisé en Europe par des moines voyageurs du xm e siècle, 
n'est pas indigène, mais d'origine persane. En effet 
Gourdjistan [= pays du Khoûr] était pour les Persans, 
et, d'après eux, pour les Arabes, le pays du Khoûr. — 
Le peuple géorgien est entré dans l'histoire à l'époque 
d'Alexandre le Grand et ses destinées furent dans lu 

III. - 7 



195 



GÉORGIENNE (VERSION) DE LA BIBLE 



196 



cours des siècles pics ou moins liées à celles de l'Armé- 
nie. En 1798 la Céorgie fut soumise à la Russie; au- 
jourd'hui elle a pour capitale Tiflis. — Le christianisme 
pénétra d'assez bonne heure en Géorgie. On croit géné- 
ralement — du moins les traditions locales l'affirment 
— qu'il y fut porté par une esclave arménienne, prison- 
nière de guerre, sainte Nuna, au iv e siècle, vers 325. 
Socrate, H. E., i, 20, t. lxvii, col. 129. 

II. Langage. — La langue géorgienne, dans laquelle 
fut traduite la Bible, est d'une allure très bizarre, et, en 
tout cas, assez mystérieuse. Pour ce qui touche à la na- 
ture et aux caractères généraux de la langue géorgienne, 
les philologues ne savent rien de certain : on a émis à 
ce sujet différentes opinions. Trois sentiments surtout 
se sont produits sur la nature et les caractères de la 
langue géorgienne. Les uns ont cherché à ramener la 
langue géorgienne à la famille aryenne, mais cette opi- 
nion est aujourd'hui abandonnée. Max Mùller a placé le 
géorgien dans le groupe des langues touraniennes. 
D'autres ont préféré faire une famille à part des langues 
caucasiennes, dont fait naturellement partie la géor- 
gienne. On est généralement d'accord pour distinguer 
deux dialectes dans la langue géorgienne, comme du 
reste dans toutes les langues orientales : le littéraire et 
le vulgaire. Les Géorgiens ont aussi deux alphabets 
amban : l'ecclésiastique et le civil. Le premier est 
appelé khoutsouri (= presbytéral), parce qu'on ne s'en 
sert que dans les livres relatifs à la religion. L'alphabet 
civil s'appelle mkhedrouli khali (= la main ou l'écri- 
ture des guerriers). 

III. Date et sources de la version. — On ne peut 
pas fixer l'époque à laquelle furent traduits les Livres 
Saints en langue géorgienne. Tous ceux qui ont tant soit 
peu touché cette question en conviennent. On peut sup- 
poser néanmoins, que la date de la traduction des Livres 
Saints doit être assez étroitement liée à celle de la con- 
version de la Géorgie à la religion chrétienne. Lorsque 
les Géorgiens eurent embrassé le christianisme, ils du- 
rent, selon toutes les probabilités, sentir la nécessité de 
traduire en leur langue les Livres Saints pour les besoins 
liturgiques. Sous ce rapport la Géorgie a dû suivre la 
même loi que les autres peuples; après la conversion, 
une traduction de la Bible s'imposait tout naturelle- 
ment. En supposant donc que les Géorgiens se soient 
convertis au christianisme sous Constantin, comme l'af- 
firme Sozomène, H. E., n, 7, t. lxvii, col. 949, nous ne 
nous tromperons pas de beaucoup en plaçant au V e siècle 
la traduction des saintes Écritures. — Sur quel texte fut 
faite la version géorgienne? Même incertitude. Trois 
opinions se sont produites sur cet obscur sujet. — 1° La 
première soutient que la version géorgienne fut faite 
sur un texte grec. Cette opinion est de beaucoup la plus 
probable, mais elle ne peut pas être démontrée avec cer- 
ti Ude. On invoque en sa faveur les fréquents rapports 
que les Géorgiens avaient à cette époque avec les Grecs. 
Le fait n'est pas discutable. Toutefois cet argument est 
une simple présomption. La question de ce côté revient 
à savoir si, à l'époque dont il s'agit, il était plus aisé de 
trouver des Géorgiens hellénisants ou des Géorgiens 
arménisants, car, si les Géorgiens avaient alors des rap- 
ports avec les Grecs, ils en avaient aussi avec les Armé- 
niens. On en a appelé à certains indices de critique tex- 
tuelle. Ces indices ne sont pas absolument concluants. 
— 2° La deuxième opinion prétend que la version géor- 
gienne fut faite sur le texte arménien. On ne saurait 
disconvenir que cette opinion n'ait de prime abord pour 
elle un grand fait historique : c'est l'importation du chris- 
tianisme d'Arménie en Géorgie. Si l'Arménie a porté le 
christianisme en Géorgie, comme la chose est certaine, 
il ne serait pas impossible qu'elle lui ait aussi commu- 
niqué les Saintes Écritures. D'autre .part, certaines res- 
semblances entre le texte arménien et le texte géorgien 
donnent à cette opinion quelque probabilité. — 3° Une 



troisième opinion a soutenu que la version géorgienne 
avait été faite sur un texte slave. Zenker, Bibliotheca 
orientalis, Leipzig, 1861, t. n, p. 171. Cette opinion n'est 
guère admissible. Le christianisme a pénétré en Géorgie 
assez longtemps avant d'avoir pénétré dans les pays sla- 
vons. Les Géorgiens et les Slaves, selon toute vraisem- 
blance, n'ont dû commencer à avoir des rapports entre 
eux qu'à partir du moment où ils ont plus ou moins subi 
l'influence de la Russie. 

IV. Manuscrits. — Les manuscrits géorgiens de la 
Bible sont très peu nombreux en Europe. Si l'on excepte 
un manuscrit très estimé de la Bible entière, qui est 
censé remonter au X e siècle, et qui se trouve au mont 
Athos, tous ne sont que partiels. Parmi les manuscrits, 
qui se trouvent en Orient, soit à Sainte-Croix de Jé- 
rusalem, soit au mont Sinaï, soit enfin au monastère 
d'Etchmiadniz sur le mont Ararat en Arménie, quelques- 
uns contiennent toute la Bible. Scholz, Bibl. krit. Reise, 
Leipzig, 1823, p. 148, 149, et Tischendorf, Reise in den 
Orient, Leipzig, 1846, t. n, p. 69, ont recensé tant bien 
que mal les manuscrits de Sainte-Croix de Jérusalem. 
Scholz parle de 400 manuscrits qui seraient la propriété 
de ce célèbre monastère. Ceux du monastère d'Etchmiad- 
niz sont, paraît-il, assez nombreux. S. C. Malan, The 
Gospel according to S. John translated from the eleven 
oldest versions except the Latin, Londres, 1862. Un 
nombre assez respectable doit se trouver aussi au mont 
Sinaï. Dans la Bibliothèque géorgienne de Tiflis, Scri- 
vener a examiné trois manuscrits des Évangiles, très an- 
ciens, pense-t-il, écrits en onciales et sur parchemin. 
En Europe, la Bibliothèque vaticane seule possède trois 
manuscrits partiels : 1. Vat. Clem. Assem. 1, p. 587 a, 
Num. 2, in-4°, Membran. foll. 303, Évahg. 2. "Vat. Clem. 
Assem. 1, p. 587 a, Num. 3, in-4°, papier, foll. 178, 
Evang. 3. Vat. Iber. 1, ancien, in-4°, Membran. Evang. 
Mai, Scriptorum veterum nova collectio, Rome, t. v, 
p. 242. 

V. Éditions imprimées. — Les éditions de la version 
géorgienne sont extrêmement rares. Les unes sont com- 
plètes, les autres partielles. Au nombre des premières il 
faut citer surtout l'édition de Moscou (1723). Chr. Gins- 
burg, dans'Kitto, A Cyclopœdia of Biblical Literature, 
3= édit., t. h, 1866, p. 110. En 1743, on fit une nouvelle 
édition à Svenzga, localité de la banlieue de Moscou. 
Cette édition aurait été, prétend-on, retouchée sur un 
texte slave. Une autre édition parut à Saint-Péters- 
bourg en 1816 en caractères ecclésiastiques, et en 1818 
en caractères civils. Franc. Car. Alter, Uber georgia- 
nxsclie Literatur, Vienne, 1798; S. C. Malan, loc. cit. La 
Bibliothèque nationale de Paris possède une édition en 
caractères ecclésiastiques, cotée A, 2098. Parmi les édi- 
tions partielles, il faut mentionner celle de l'épltre à 
Philémon par J. H. Petermann, faite en 1844 sur l'édi- 
tion de 1816. Pauli Epistula ad Philemonem speci- 
minis loco ad (idem versionum ûrientalium veterum 
una cum earum textu originali grsece édita, Berlin, 
1844. Les Évangiles et les Actes ont été édités à Tiflis en 
1879. 

VI. Particularités critiques. — Les principales par- 
ticularités critiques du texte géorgien sont les suivantes. 
— 1° Les manuscrits de Tiflis et les éditions qui en déri- 
vent contiennent les derniers versets de saint Marc, xvi, 
9-20. On a donc une preuve de plus de l'authenticité de 
cette péricope dans le texte géorgien. — 2° Luc, n, 14. 
Le texte géorgien porte la leçon des meilleurs manus- 
crits grecs : da qatstha choris sathnoeba = %a\ êv 
àv8p<5noiç e-i6oxïa. — 3° Les trois manuscrits de la Vati- 
cane contiennent le récit de la femme adultère; mais ils 
le placent après le verset 44, et non après le verset 52 du 
chapitre septième de saint Jean. Au contraire, les textes 
imprimés, par exemple celui de Tiflis, suivent l'ordre 
ordinaire et placent le récit après le verset 52 qui ter- 
mine, dans les éditions critiques, le chapitre septième. 



197 



GÉORGIENNE (VERSION) DE LA BIBLE — GÉRARE 



198 



— 4" Enfin les textes imprimés contiennent aussi le 
verset des trois témoins. Cependant, tel qu'il est, ce ver- 
set_paralt briser le lien grammatical, de sorte qu'il res- 
terait à vérifier s'il se trouve dans les manuscrits. Voir 
Adler, Von georgischen Bibelûbertzung, dans l'Allge- 
meine Bibliothek der Biblischen Literatur, t. I, 1787, 
p. 153-169; V. Ermoni, La version géorgienne de la 
Bible, in-8°, Paris, 1899. V. Ermoni. 

GÉRA (hébreu : Géra', cf. I*. phénicien ^"^, Cor- 
pus Inscript. Semit., 106, t. i, p. 127; Septante : i\)pdt), 
nom d'un ou de Heux descendants de Benjamin. 

1. GÉRA, un des ils ou descendants de Benjamin, qui 
est dinné dans Gen., xlvi, 21, comme vivant au temps 
de " ntrée de Jacob en Egypte. D'après I Par., vm, 3, 
il était fils ''e Balé, le fils aîné de Benjamin. Son nom 
ne parait pas dans la généalogie des fils de Benjamin, 
distîngnés par familles, qui se lit dans Num., xxvi, 38- 
40; mais on y voit la mention de ses deux enfants, Su- 
pham et Hupham. Cf. I Par., vin, 5. Sur la généalogie 
des fils de Benjamin, dont les noms sont assez altérés 
dans les diverses listes, voir Benjamin, t. i, col. 1589. 
Géra fut un ancêtre d'Àod, juge d'Israël, Jud., m, 15; et 
de Séméi qui insulta David fuyant devant Absalom. 
II Reg., xvi, 5; xix, 16, 18; III Reg., n, 8. 

2. GÉRA, qui transporta de Gabaa à Manahath les 
familles de Naaman et d'Achia, les fils d'Ahod, et eut 
pour enfants Oza et Ahiud. I Par., vm, 7. Ce Géra 
pourrait être le même que le précédent. 

E. Levesque. 

GÊRÂH, nom hébreu du plus petit poids dont faisaient 
usage les Israélites. Le mot gêrâh signifie « grain, baie 
(de fruit) ». Le plus petit poids s'appelait aussi autrefois 
« grain » en France et dans d'autres parties de l'Europe. 
Il est probable qu'on se servit primitivement de grains 
pour peser les menus objets. — Le gêrdh était la vingtième 
partie du sicle. Exod., xxx, 13; Lev., xxvn, 25; Num., 
m, 47; xvm, 16; Ézech., xlv, 12. Tous ces passages 
nous disent une seule et même chose, savoir que « le 
sicle a vingt gêrdh», et ils nous montrent que le gêrdh, 
comme le sicle, était tout à la fois un poids et une valeur 
monétaire. — Les Septante ont toujours traduit gêrdh par 
hfial.àc, et la Vulgate, par obolus. 'O6o)i6; signifie pro- 
prement en grec une petite barre de métal. W. Prellwitz, 
Elymologisches Wôrterbuch der Griechischen Sprache, 
in-8», Gœttingue, 1892, p. 217; J. Brandis, M'ùnz-Maus, 
und Gewichtswesen, in-8°, Berlin, 1866, p. 60. L'obole 
était le sixième de la drachme attique, et son poids, 
comme sa valeur, était inférieur à celui du gêrdh, de 
sorte que l'équivalence entre le gêrdh et l'obole n'est 
qu'approximative et fondée seulement sur ce que l'un et 
l'autre occupaient le rang le plus bas dans l'échelle des 
poids et mesures des Hébreux et des Grecs. D'après les 
rabbins, le gêrdh équivalait au poids de seize grains 
d'orge. A. Bock, Metrologische Untersuchungen, in-8°j 
Berlin, 1838, p. 58. A en juger par les valeurs connues 
des poids et monnaies à l'époque des Machabécs, le 
gêrâh pesait 708 milligrammes et valait, en or, 2 fr. 17; 
en argent, fr. 14. — Les Septante ont employé une autre 
fois le mot ôëo)ôç dans leur vorsion, I Reg., n, 36, pour 
rendre l'hébreu 'âgôrâh, qui désigne une petite monnaie 
de poids indéterminé (Vulgate : nummus). 

GÉRARE (hébreu : Gerdr, Gen., xx, 1, 2; xxvi, 6, 
17, 20, 26; II Par., xiv, 13, 14; Gerdrâh, avec hé local, 
Gen., x, 19; xxvi, 1; Septante : Tepapô, employé au 
singulier et au pluriel dans la Genèse; TeSùp, II Par., 
xrv, 13, 14; Vulgate : Gerara, tantôt au singulier, tantôt 
au pluriel), ville située sur lia frontière sud-ouest de la 
Palestine, Gen., x, 19, dans le pays des Philistins. Gen., 
XXVI, 1,6, et où séjournèrent quelque temps les pa- 



triarches Abraham et Isaac. Gen., xx, 1, 2; xxvi, 1, 6, 
17, 20, 26. On l'identifie généralement avec Khirbet 
Umm Djerdr, à trois heures au sud-sud-ouest- de Gaza. 

I. Nom. — Le nom a reçu différentes interprétations 
plus ou moins plausibles. Cf. J. Simonis, Onomasticutn 
Veteris Testamenti, Halle, 1741, p. 113; F. Hitzig, 
Urgeschichte und Mythologie der Philistâer, Leipzig, 
1845, p. 118. Mais, à la différence de' beaucoup d'autres, 
il garde dans les versions et les auteurs anciens une 
forme invariable (excepté II Par., xrv, 13, 14, où les 
Septante donnent TeSiûp, ce qui s'explique par la con- 
fusion facile et assez fréquente entre le i, daleth, et le 
-i, resch). Josèphe, Ant. jud., I, xn, 1; xvm, 2; VIII, 
xu, 2, parle de Gérare, rtpapà, « ville de Palestine, » 
et de la région Gérarilique. Il en est de même d'Eusèbe 
et de saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, 
p. 124, 240. On croit également reconnaître cette pro- 
vince Geraritica dans le mot ipmi, du Talmud de Jé- 
rusalem, Schebiith, vi, 1; Midrasch, Bereschith rabba, 
c. XL vi. Il y est dit que cette contrée est malsaine jusqu'au 
torrent d'Egypte; à ce titre elle était considérée comme 
pays des Gentils. Le Targum de Jonathan sur la Genèse, 
xx, 1, rend aussi le mot Gerdr par ipmi. Cf. A. Neu- 
bauer, La géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 65. 
Sozomène, Hist. eccl., vi, 32, signale un monastère 
florissant de son temps Iv Tepâpoiç, à Gérare. Plusieurs 
égyptologues pensent que l'antique cité biblique est 
mentionnée dans les listes de Karnak sous le n« 80 et 
la forme ■«»» -*4 -AS, Ke-ru-ru ou Kerara. Cf. A. 

Mariette, Les listes géographiques des pylônes de Kar- 
nak, Leipzig, 1875, p. 36; G. Maspero, Sur les noms 
géographiques de la liste de Thoutmos 111 qu'on peut 
rapporter à la Judée, extrait des Transactions of the 
Victoria Institute, or philosophical Society of Great 
Britain, Londres, 1888, p. 8. W. Max Mûlfer, Asien und 
Europa nach altàgyptischen Dènkmâlern, Leipzig, 
1893, p. 159, fait quelque réserve. Dans le nom actuel, 
Khirbet Umm Djerdr, le dernier mot, le seul impor- 
tant, se présente avec certaines variantes. V. Guérin, 

Judée, t. il, p. 257, écrit : Ays \ El-Djerâr, avec l'ar- 
ticle; le Survey of Western Palestine, Name Lists, 

Londres, 1881, p. 420 :Aj.^, Djerrâr, en doublant le 
ra. La première orthographe paraît plus exacte. Le nom 
signifie : « Ruine de la mère des cruches, » parce qu'il 
y a en cet endroit de nombreux débris de poterie. En 
dehors de sa signification, l'arabe Djerdr est l'équivalent 
précis de l'hébreu m>, Gerdr. Il est possible que l'an- 
tique dénomination hébraïque ait longtemps subsisté, 
et que plus tard on l'ait appliquée à la circonstance 
locale en question. Cf. G. Kampffmeyer, A Ite Namen 
im heutigen Palâstma und Syrien, dans la Zeitschrift 
des Deutsclien Palâstina Vereins, Leipzig, t. xvi, 1893, 
p. 34. 

II. Identification et description. — Les données 
de l'Écriture sont des plus succinctes. Elle nous montre 
d'abord que Gérare était à l'opposé de Sidon, sur la 
route qui descend du nord au sud en passant par Gaza. 
Gen., x, 19. Elle place ensuite cette ville dans le pays 
des JPhilistins. Gen., xxvi, 1. Elle nous apprend enfin 
qu'il y avait dans les environs un torrent de même nom, 
nàhai-Gerdr, « le torrent de Gérare. s Gen., xxvi, 17. 
Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, p. 124, 240, 
nous disent que « Gérare, qui donnait son nom à la 
région Géraritique, au delà du Daroma, était à 25 milles 
(37 kilomètres) d'Éleuthéropolis (Beit Djibrin), vers le 
midi ». Si la distance s'applique à la ville même, c'est- 
à-dire à Khirbet Umm Djerdr, elle est inférieure de 
sept ou huit kilomètres au moins. Mais si elle s'applique 
à « la région », on peut croire que la partie septentrio- 
nale de celle-ci correspondait au chiffre donné. Le 
« torrent de Gérare » serait, dans ce cas, le cours in- 



199 



GÉRARE — GÉRASÉNIENS (PAYS DES) 



200 



férieur de Youadi Ghazzéh, qui se rend à la mer dans 
la direction du nord-ouest. Cette identification a été ac- 
ceptée parla plupart, des auteurs, après la découverte 
du site de Khirbet Umm Djerdr par Rowlands. Cf. 
G. Williams, The Holy City, 2" édit., Londres, 1849, 
t. i, p. 463-468. Telle est, en particulier, l'opinion de 
Van de Velde, Reise durch Syrien und Palàstina, 
Leipzig, 1855, t. n, p. 182; Mémoir to accûmpany the 
Map of the Holy Land, Gotha, 1858, p. 313-314; 
V. Guérin, Judée, t. il, p. 257; des explorateurs anglais, 
iSurvey of Western Palestine, Menwirs, Londres, 1881- 
1883, t. m, p. 389; G. Armstrong, W. Wilson et Conder, 
Naines and places in the Old and New Testament, 
Londres, 1889, p. 69; de R. Von Riess, Bibel- Atlas, 
2 e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1887, p. 12, etc. — Les 
ruines de l'antique cité de Gérare, dont le nom presque 
seul a survécu, sont aujourd'hui à peine distinctes, et 
consistent uniquement en quelques citernes et divers 
tas de pierres éparses au milieu de champs de blé. La 
ville était bordée, à l'ouest et au sud, par l'ouadi Ghazzéh. 
La vallée dans laquelle coule ce torrent est large, formée 
qu'elle a été par une puissante action des eaux ; l'ouadi 
reçoit, en effet, le drainage d'une immense superficie de 
terrain, depuis Hébron jusqu'aux montagnes de l'extrême 
sud de la Palestine. On comprend dès lors que les pa- 
triarches soient venus y planter leurs tentes, comme le 
font encore les Arabes de nos jours. On n'y trouve pas 
cependant de puits en maçonnerie semblables à ceux de 
Bersabée. Les Bédouins actuels obtiennent de l'eau en 
; creusant dans le lit du torrent, souvent à sec, des fosses 
ou petits réservoirs appelés hafdîr, au singulier hafire'h. 
Mais ces bassins se comblent aisément et ont besoin 
d'être creusés de nouveau. Nous avons dans ces détails 
la plus frappante explication du psssage de la Genèse, 
xxvi, 17-22, où nous voyons Isaac « creuser de nouveau 
d'autres puits, que les serviteurs d'Abraham, son père, 
avaient creusés, et que les Philistins après sa mort 
avaient obstrués... », puis « fouiller aussi au fond du 
torrent et y trouver de l'eau vive ». Le mot hébreu, 
hâj'ar, employé ici pour désigner l'action de creuser, 
correspond exactement au terme arabe, frafîréh, usité 
actuellement. Il y a néanmoins autour d'Umm Djerdr 
plusieurs citernes construites avec de petites pierres 
enfoncées dans d'épais lits de ciment ; elles servent au- 
jourd'hui de silos. Les débris de poterie qu'on rencontre 
sur le bord septentrional de l'ouadi sont assez curieux. 
Ils sont à demi consolidés par une infiltration de boue 
et présentent des fragments de toutes les grandeurs. La 
matière est de couleur rouge, différant de la poterie 
moderne de Gaza, qui est noire., Signalons enfin au sud 
de Khirbet Umm Djerdr un site ancien d'une certaine 
importance. C'est un énorme monticule, appelé Tell 
Djema, dont les flancs assez raides sont également cou- 
verts de tessons. La région des- alentours est, comme 
celle de Bersabée, propre à l'élevage des troupeaux; elle 
pourrait encore produire des récoltes de blé comme au 
temps d'Isaac. Gen., xxvi, 12. La vie des Arabes du 
pays, ordinairement pastorale, parfois agricole, repré- 
sente celle des anciens patriarches. Cf. Palestine Explo- 
ration Fund, Quarterly étalement, Londres, 1875, 
p. 162-165. 

Un certain nombre d'auteurs cherchent plus au sud 
l'emplacement de Gérare, en s'appuyant sur Gen., XX, 1, 
où il est dit : « Abraham partit de là (de Mambré, près 
d'Hébron) vers le Négeb (le midi), et il demeura entre 
Cadès et Sur, et il habita quelque temps à Gérare. » On 
reconnaît généralement Cadès aujourd'hui dans l'oasis 
d"l» Qadis, à 80 kilomètres au sud de Bersabée, et Sur 
indique la partie nord-ouest du désert arabique qui con- 
fine à l'Egypte. C'est donc entre ces deux points, et non 
dans les environs de Gaza, qu'il conviendrait de chercher 
la cité philistine. Pour les uns, elle devait se trouver 
sur les bords de l'ouadi el-Arisch, « le torrent d'Egypte. » 



Cf. Kneucker, dans Schenkel, BibeULexikon, Leipzig, 
1869, t. h, p. 385-386. Pour les autres, l'ouadi Djerûr, 
au sud-ouest d'Aïn Qadis, représenterait plus exactement 
« le torrent de Gérare » et rappellerait la ville de même 
nom. Cf. Trumbull, Kadesh-Bamea, New- York, 1884-, 
p. 61-65; H. Guthe dans la Zeitschrift der Deutschen 
Palâstina-Vereins, Leipzig, t. vin, 1885, p. 215. Mais on 
peut répondre : 1° Le texte sacré ne dit point formelle- 
ment que Gérare était entre Cadès et Sur. Il se contente 
de nous apprendre qu'Abraham séjourna quelque temps 
à Gérare : est-ce avant, est-ce après ses pérégrinations 
dans la région méridionale entre Cadès et Sur ? c'est ce 
que rien ne nous indique ; — 2° L'ouadi Djerûr est trop 
loin de Gaza pour avoir servi, avec cette ville, de point 
de repère dans là frontière occidentale de Chanaan. 
Gen., x, 19; — 3° Enfin jamais le pays des Philistins ne 
s'est étendu si loin, tandis que Khirbet Umm Djerdr 
rentre parfaitement dans ses limites. 

III. Histoire. — La Genèse, xxvi, 1, 6, nous donne 
Gérare comme le premier siège de la puissance philis- 
tine dans le pays de Chanaan. Voir Philistins. Les deux 
rois qu'elle mentionne portent le même nom, Gen., xx, 
2; xxvi, 1, peut-être le titre commun des princes de la 
contrée. Toute leur histoire est contenue dans leurs 
rapports avec Abraham et Isaac. Les événements ra- 
contés ont une sensible analogie, quoique avec des cir- 
constances différentes. Voir Abimélech 1, 2, t. i, col. 53, 
54. C'est dans cette région que Sara mit au monde 
Isaac. Gen., xxi, 2, 3. Nous avons vu comment ce pa- 
triarche, revenu plus tard dans le pays, s'y livra à l'agri- 
culture, Gen., xxvi, 12, et y creusa des puits, qui furent 
le sujet de nombreuses querelles avec les pasteurs de 
Gérare. Gen., xxvi, 18-22. — Il n'est plus ensuite question 
de la ville qu'à l'époque d'Asa, roi de Juda. II Par., xiv, 
13, 14. Sous ce prince, une armés innombrable, com- 
posée d'Éthiopiens et de Libyens, envahit la Palestine 
sous la conduite de Zara, roi d'Egypte, et s'avança jus- 
qu'à Marisa, aujourd'hui Khirbet Mer'asch, près de Beit 
Djibrîn. Asa marcha au-devant de l'ennemi et lui livra 
bataille dans la vallée de Séphata, près de Marésa. Vic- 
torieux, il poursuivit les hordes éthiopiennes jusqu'à 
Gérare. Comme les Philistins avaient probablement fait 
cause commune avec les Égyptiens, les troupes de Juda 
s'emparèrent de cette dernière ville (cf. Josèphe, Ant. 
jud., VIII, xii, 2), ravagèrent toutes les cités des en- 
virons, ainsi que les bergeries, et rapportèrent à Jéru- 
salem un butin considérable. — On croit généralement 
qu'il s'agit aussi de Gérare au second livre des Machabées, 
xiii, 24, à propos des Gerréniens qui "y sont mentionnés. 
Voir Gerréniens. A. Legekdre. 

GÉRASÉNIENS (PAYS DES) (f, •/«?« ™v Vc?a- 
<jï)vû>v, TaSapiivûv, rspYS<m)vô)v, selon les différents ma- 




Monnaie de Gérasa. 



KPISniNASEBASTH. Buste de Crispine.-^. APTEMIS 
TYXH TEPASQN. Buste de Diane, tourné à droite, lo 
carquois sur l'épaule. 

nuscrits), région où Notre-Seignèur guérit un possédé 
(deux, suivant saint Matthieu), et où les démons préci- 
pitèrent lés porcs dans la mer. Matth., vin, 28; Marc, 
v, 1; Luc, vm, 26, 37. Elle était située « au delà », c'est- 



201 



GÉRASÉNIENS (PAYS DES) 



202 



à-dire à l'est « du lac » de Tibériade, Matth., rai, 28;- 
Marc, v, 1; « vis-à-vis de la Galilée. » Luc, vin, 26. 
Mais où la placer exactement ? Nous sommes en présence 
d'une très grande difficulté, qui provient des variantes 
du texte grec Nous avons donc, pour chercher une so- 
lution plus ou moins probable, à interroger les ma- 
nuscrits, les versions, le contexte, la tradition et les 
cxégètes. 

' I. Critique textuelle. — Si la Vulgate, dans les trois 
synoptiques, donne uniformément le nom de Gérasé- 
niens aux habitants du pays qui fut le théâtre du mi- 
racle, il n'en est pas de même du texte grec. On .trouve, 
en effet, "même dans chaque Évangéllste, des variantes 



compte en sa faveur : l'ancienne italique, la Vulgate et 
la version sahidique. La leçon Gergéséniens est soutenue 
par les versions copte (bohérique), gothique, arménienne 
et éthiopienne. — En résumé, raSapïjv&v parait bien 
être la leçon de saiDt Matthieu; elle est attestée par des 
manuscrits et des versions qui réunissent l'antiquité et 
l'universalité, et est adoptée, pour le texte de cet évan- 
géliste, par Tischendorf et par Hort et Westcott dans 
leurs éditions du Nouveau Testament. repainivSv doit 
être celle de saint Marc, d'après l'autorité de B, N, D, 
de l'Italique, de la Vulgate, qui représentent l'antiquité 
et l'accord d'Alexandrie avec l'Occident; elle est acceptée 
par les mêmes critiques. Pour saint Luc, l'accord est 




38. — Vue générale de Gérasa, prise du temple du Sud. D'après deLuynes, Voyage d'exploration à la mer Morte, Atlas,^l. 52. 



d'où résultent trois leçons différentes, entre lesquelles 
le choix est difficile. Prenons les cinq manuscrits les 
plus importants : Codex Vaticanus, B; Sinaiticus, x; 
Alexandrinus, A; Ephrsemi, C; Bezee, D. Nous aurons 
alors le tableau suivant : 



MATTH. 

B. r«Sapï)Vûv 
N. ra^apvjvûv 
A. r£pys<nivûv 

C. raôap-^vtùv 

D. rep«<n)vâv 



MARC. 

rEpa<n)vûv 
repadTjvôiv 
raôapTjvCjv 
raôap7]vâ)v 
repa<r»ivûv 



LUC. 

repajïivtôv 
repye(TY]vàjv 
ra8api)vâiv 
Tepainrivwv 
repa<JY]v<5v 



Ajoutons à cela que, dans saint Matthieu, le « texte 
reçu » porte repyeinivûv, et est appuyé par dix ma- 
nuscrits onciaux et un grand nombre de minuscules. 11 
nous reste donc, en somme, à choisir entre raSap-tp&v, 
Vtpaarp&v et rep-ye(j7)vûv. — Les versions sont égale- 
ment divisées. La leçon Gadaréniens a pour elle : la 
version syriaque Peschito, le manuscrit sinaïtique sy- 
riaque et la version persane. Là leçon Géraséniens 



moins complet. Tischendorf admet repyeffYivffiv; Hort et 
Westcott ont repa<r»)v<5v, qui semble la vraie leçon. 
Les manuscrits et les versions sont nombreux pour 
repyeffjjvôjv; mais s'il y a là la majorité, il n'y a pas 
l'antiquité, et puis ce groupe de témoins trahit une cor- 
rection savante, que l'on tient à bon droit pour suspecte. 
C'est à Origène, en effet, qu'il faut probablement faire 
remonter l'origine de cette leçon. Le grand docteur, 
trompé par une fausse tradition locale, a voulu corriger 
le' texte reçu de son temps, qui portait généralement 
Géraséniens, parfois Gadaréniens. « Mais Gérasa, dit-il, 
est une ville d'Arabie, qui n'a ni mer ni port tout près. 
Or, les évangélistes, gens qui connaissaient très bien la 
Judée, n'auraient pas dit un mensonge si évident et facile 
à réfuter. Gadara est une ville de Judée, près de laquelle 
il y a des bains fameux; mais il n'y a là ni lac ni mer 
avec des précipices. Tandis que Gergésa, d'où les Ger- 
géséens, est une ancienne ville près du lac qu'on nomme 
maintenant de Tibériade, près de laquelle il y a un pré- 
cipice penché sur le lac, d'où l'on montre que les porcs 
ont été précipités par les démons, i Comment, in Jos., 



203 



GÉRASÉNIENS (PAYS DES) 



204 



t. xnr, col. 270, 271. Origène a donc conclu de l'existence 
des Gergéséens, peuple que les Hébreux trouvèrent en 
Palestine quand ils en prirent possession, Gen., xv, 21; 
Deut., vu, 1 ; Jos., xxrv, 11, à une ville de Gergésa, alors 
que le nom de cette nation avait depuis longtemps dis- 
paru sans laisser de traces. Cf. Josèphe, Ant. jud., I, vi, 
2. Il cède aussi à sa tendance allégorique en voyant 
dans la signification de Gergesa, « habitation de ceux qui 
chassent, » une allusion prophétique aux habitants de 
la ville, qui prièrent le Sauveur de s'éloigner de leurs 
frontières. Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, 
Gœttingue, 1870, p. 130, 248, ont suivi le célèbre cri- 
tique : « Gergésa, où le Seigneur a guéri les démo- 



trouvaient sur le bord d'une route, qui devenait périlleuse 
en raison des démoniaques. Matth., vm, 28. — 5° Enfin, 
« non loin, sur la montagne, paissait un nombreux 
troupeau de porcs, » Matth., vm, 30; Marc, v, 11; Luc, 
vm, 32, qui va se précipiter dans la mer « par des pentes 
escarpées », xotrà to-j xothivoû. Matth., vm, 32; Marc, v, 
13; Luc, vm, 33. — La topographie, de son côté, nous 
indique deux points comme lieux naturels de débar- 
quement, probablement les mêmes autrefois qu'aujour- 
d'hui : à l'embouchure de l'ouadi Semak, près de Kursi 
ou Kersa, et à celle de l'ouadi Fîk, près des ruines de 
Qala'at el-Hosn. « Il est à remarquer [aussi] que sur 
toute la côte orientale du lac de Tibériade, il n'y a pas 



-Bouks dXkHammèh Moule cŒl-jHezjyia. 




i.TtaiHirr.deE 

39. — Plan d'Unim-Qeis, l'antique Gadara. D'après G. Schumacher, Northern 'Ajlûn, in-12, Londres, 1890, p. 47. 



niaques; et l'on montre encore maintenant sur la mon- 
tagne un bourg près du lac de Tibériade, dans lequel les 
porcs ont été précipités. » Cependant, chose singulière, 
saint Jérôme a uniformément maintenu Géraséniens 
dans les Évangiles. La leçon rspyeoTivôv semble ainsi 
n'avoir conquis son autorité que grâce au crédit d'Ori- 
gène. On- l'élimine donc généralement pour ne garder 
que r£pa<7r]vtùv et ra8api]v(Sv. 

II. Données évangéliques et topographiques. — Le 
récit des synoptiques nous fournit les renseignements 
suivants. — 1» Notre-Seigneur, se dirigeant vers la rive 
orientale du lac de Tibériade, atteint un point normal 
de débarquement; car le lac a, lui aussi, ses petites 
échelles dont on ne s'écarte pas sans de graves raisons. 
— 2° A peine descendu de la barque, Marc, v, 2, il ren- 
contre le possédé qui sortait des tombeaux, èx tûv 
pvT]|i£i£)v; il s'agit sans doute d'une nécropole assez im- 
portante. — 3° Ce possédé était « un homme de la ville ». 
Luc, vm, 27. Il y avait donc près de là une ville, 7tôXiç, 
et non an simple bourg, xw|£7), deux mots que les évan- 
fiôlistes distinguent ordinairement. — 4° Les tombeaux se 



nn seul endroit où le rocher plonge dans la mer, comme 
cela se rencontre si souvent le long de la mer Morte. La 
montagne n'est à pic nulle part jusqu'à l'eau : partout, 
du moins aujourd'hui, une langue de terre plus ou moins 
large la sépare du lac. En revanche, presque partout, la 
montagne s'abaisse en pentes escarpées qui réalisent 
suffisamment la condition proposée : les porcs prennent 
leur élan sur ces précipices et, poussés par les démons, 
vont se noyer dans les flots. » M.-J. Lagrange, Origène, 
la critique textuelle et la tradition topographique, dans 
la Revue biblique, Paris, t. rv, 1895, p. 519. 

III. Identification. — Dans ces conditions, en ne re- 
tenant, d'après la critique textuelle, que les deux va- 
riantes r£pa<rr|vôv et raSotpirjvôiv, où placer le pays dont 
nous nous occupons ? Voici les trois hypothèses émises 
à ce sujet. — 1" r£pa<n)vô>v rappelle évidemment l'an- 
cienne répot<ra (fig .37), une des principales villes de la Dé- 
capole. Cf. Josèphe, Bell, jud., I, rv, 8. Connue aujourd'hui 
sous le nom de Djérâsch (fig. 38), elle est située bien loin 
au sud-est du lac de Tibériade, sur les confins du désert 
d'Arabie. Ses magnifiques ruines, parmi lesquelles on 



205 



GÉRA.SÉNIENS (PAYS DES) 



206 



voit les restes de plusieurs temples, d'un théâtre, de 
thermes, etc., attestent son importance passée. On a cru 
que l'antique cité pouvait étendre sa domination sur un 
territoire considérable, de telle sorte que la « région des 
Géraséniens » eût atteint les bords mêmes du lac. Mais 
cette hypothèse tombe devant l'existence d'autres villes, 
voisines de la mer de Galilée, qui ne dépendaient en 
rien de Gérasa. Origène avait donc raison de dire que 
les évangélistes ne pouvaient penser à cette ville, qui ne 
saurait correspondre aux données du récit sacré. — 
2° ra6ap7)vôv représente l'antique ViSapa (fig. 39-40), une 
dés places les plus importantes de la Pérée, et chef-lieu 




40. — Monnaie de Gadara. 

TIBERIQ KAIEAPI. Tète de Tibère, à droite. - 

^. TAAAPEIS. Têtede femme voilée et tourelée, à droite. 

d'un district particulier, appelé la Gadaritide. Cf. Jo- 
sèphe, Ant. jud., XIII, m, 3; Bell, jud., IV, vu, 3. On 
la reconnaît aujourd'hui dans Umm Qeis,k dix kilomètres 
environ au sud-est de la pointe méridionale dij lac de Tibé- 
riade. La position est admirable ; les ruines sont également 







EchelU 

— Entrée d'un tombeau a Umm-Qeis. D'après Schumacher, 
Northern 'Ajlûn, p. 71. 

très belles. La vieille cité, assise sur une colline qui 
s'avance à l'extrémité septentrionale des monts de Galaad, 
pouvait facilement prolonger son territoire jusqu'au ri- 
vage. Sa nécropole est une des plus remarquables du pays, 
lies mieux conservés de ses tombeaux (fig.41,42), creusés 
dans le roc, servent aujourd'hui d'habitation; les démo- 
niaques pouvaient donc y résider. Bon nombre d'auteurs 
voient dans Gadara la ville du récit évangélique. Il faut 
avouer cependant qu'elle est encore trop éloignée du lac, 
■et que ses tombeaux ne peuvent être les « monuments » 
■d'où s'échappèrent les possédés qui se présentèrent au 
Sauveur « aussitôt après sa sortie du bateau». Marc, v, 
2. Dans cette hypothèse, d'ailleurs, les démons auraient 
plus tôt fait de noyer les pourceaux dans le Hiéromax 
ou Schériat el-Menadiréh, presque aussi gros que le 



Jourdain, et qui se trouvait forcément sur leur route. 
— 3° C'est donc sur le rivage de la mer galiléenne qu'il 
convient de che<-;her le lieu du miracle. Or, on a dé- 
couvert près de l'ouadi Semak les ruines d'une localité 
appelée Kursi, Kersa ou encore Kursa. Cf. W. M. Thom- 
son, The Land and the Book, in-8», Londres, 1890, 
p. 375; J. Macgregor, The Bob Boy on the Jordan, in-8», 
Londres, 1869, p. 422; G. Schumacher, Der Dscholan, 
dans la Zeitschrift des Deutschen Palâstina-Vereins, 
Leipzig, t. ix, 1886, p. 340. Le mot Kursi, en arabe, si- 
gnifie « siège », mais les habitants du pays ont pu altérer 
la prononciation primitive pour se rapprocher d'un 
terme connu et significatif, qui répond assez bien à la 
configuration du lieu. Kersa serait donc la Gergésa 
d'Origène et la Gerasa de certains voyageurs du moyen 
âge. Cette opinion est assez généralement adoptée main- 
tenant. Cf. Wilson dans Smith, Dictionary of the Bible, 
2 e édit, Londres, 1893, t. i, part. II, p. 1099; C. Warren, 
dans J. Hastings, Dictionary of tlie Bible, Edimbourg, 
1898, t. il, p. 159-160. 

Cependant le P. Lagrange, Bévue biblique, 1895, 
p. 519, croit qu'il est impossible de placer à Kursi-Kersa 
le lieu du miracle, et cela pour les raisons suivantes : 
1° Kersa n'a jamais été une ville ; les ruines indiquent 
tout au plus un bourg. — 2» Il n'y a pas aux environs 
de nécropole, ni même de tombeaux isolés creusés dans 
le roc, qui puissent rendre l'impression du récit évan- 
gélique. Il y a bien, à l'orient de la ville, une grotte 
de 6 m 50 de long et de 4 m 50 de profondeur sur 2 m 80 de 
hauteur, creusée dans le flanc de la colline, mais elle ne 
présente aucun caractère sépulcral. — 3° Quoiqu'il y ait 
près de cette grotte une sorte de terrasse artificielle qui 
portait une tour d'environ 4 mètres de large sur 10 de 
long, les ruines de Kursi sont toutes sur le bord du lac, 
de sorte que les pourceaux descendant de la montagne 
auraient dû passer près de la ville et par conséquent 
auraient été aperçus, tandis que, dans l'Evangile, il faut 
aller prévenir les habitants. L'événement, dira-t-on, 
pouvait se passer à une certaine distance : mais au nord, 
l'ouadi Semak ferme l'horizon, au sud il n'y a certai- 
nement pas de grottes sépulcrales le long de la montagne, 
jusqu'à celles [de Qala'at ei-flosn], qui ne dépendent plus 
de Kersa. Ajoutons que Kersa, situé dans la plaine, ne 
peut être la Gergésa d'Eusèbe et de saint Jérôme, ou du 
moins le bourg situé sur la montagne, qu'ils décorent 
de ce nom... Kersa ne peut donc être le lieu du miracle; 
il y a seulement à retenir que le nom pourrait bien, en 
effet, rappeler le pays des Géraséniens, car l'Évangile 
cite le pays et non la ville des Géraséniens. » Le savant 
auteur placerait plutôt la scène évangélique à une heure 
plus au sud, du côté de l'ouadi Fih. Là, à environ deux 
kilomètres de la rive, se trouve la colline de Qala'at él- 
Hosn, avec des ruines considérables. C'est l'emplacement 
d'une ville, la seule qui existât dans la région centrale 
de la rive orientale. Un peu au sud-ouest, à l'endroit 
nommé Halas, était la nécropole. Les tombeaux ne sont 
pas immédiatement sur le bord de la mer, mais saint 
Marc fait remarquer, v, 6, que le possédé « voyant Jésus 
de loin courut vers lui ». Le Sauveur se trouvait sur la 
voie qui longe le lac, devenue dangereuse, aune certaine 
distance de la ville. Les porcs paissant dans la montagne 
devaient eux-mêmes en être assez éloignés et sans doute 
du côté opposé à la cité, puisque les pasteurs s'enfuirent 
et vinrent prévenir les habitants. Matth., vin, 33. Il est 
possible également qu'un site voisin, Kuren Djéradéh, 
conserve comme Kersa, sous une forme altérée, le sou- 
venir des Géraséniens. La partie centrale du lac devait 
donc porter ce nom, et la topographie moderne confirme 
ainsi l'Évangile. — On a cherché à concilier les textes et 
les opinions en disant que saint Matthieu parle de la 
région en général, saint Marc et saint Luc, d'un point 
particulier. Le pays serait indiqué par la ville la plus 
considérable, Gadara, dont le territoire, la Gadaritide, se 



207 



GËRASËNIENS (PAYS DES) — GERBE 



208 



serait étendu sur tonte la rive orientale du lac, au moins 
dans la moitié sud. liersa représenterait le lieu du 
débarquement. Cf. J. Knabenbauer, Comment in Matth., 
Paris, 1892, t. i, p. 333. Mais on peut répondre d'abord 
qu'il n'y a pas lieu d'établir une différence entre les 
synoptiques. Tous les trois parlent de la « région », e?ç 
tt,v x^P 011 » e * l'analogie est trop grande entre leurs récits 




=i 



42. — Mausolée à Umm-Qeis. Il est en majeure partie souterrain. 
En haut, restes d'arcades. Au-dessous, plan du tombeau. L'en- 
trée est au bas, au milieu (ouest). Une grande partie est taillée 
dans le roc. D'après Schumacher, Northern 'Ajlûn, p. 66. 

pour qu'on admette cette divergence. Ensuite la frontière 
de la Galilée était formée, de ce côté, par la Gadaritide 
et l'Hippène. Or Hippos a été parfaitement identifiée 
avec Sûsiyeh, près de Fik. Cf. Clermont-Ganneau, Où 
était Hippos de la Décapote) dans les Comptes ren-- 
dus de l'Académie des Inscriptions, 1875, p. 142-144; 
1886, p. 463466. La Gadaritide ne pouvait donc com- 
mencer qu'au sud de ce point, et lïersa n'en pouvait 
dépendre. A. Legekdre. 



GERBE (hébreu : 'ônxér, 'âtnir et 'àlumtnâh; Sep- 
tante : Spâ-nia, y.<Sproc; Vulgate : manipulus, fœnum), 
faisceau de blé ou autre céréale, coupé et lié de façon à 
ce que les épis soient tournés du même côté, ou des 
deux côtés en dehors. 

I. Nom. — Le nom propre de la gerbe est 'ômér, du 
verbe 'âmar qui au piël 'immêr signifie réunir, assem- 
bler des épis pour en faire des gerbes, d'où le nom- 
de me'ammêr, Ps. cxxix (Vulgate, cxxvm), 7, pour 
« celui qui fait des gerbes ». Le terme 'âmir désigne 
probablement d'abord la javelle ou poignée de blé qu'on 
laisse tomber sur le sillon en coupant les liges. Dans une 
comparaison Jérémie, îx, 21 (Vulgate, 22), parle de la 
javelle, 'âmîr, qui tombe derrière le moissonneur et que 
personne ne ramasse pour en faire une gerbe. Cepen- 
dant dans les autres endroits, Amos, u, 13; Mich., iv, 
12; Zach., xn, 6, 'àmîr a le sens de gerbe. Dans la 
Genèse, xxxvii, 7, et dans le psaume cxxvi (Vulgate, 
cxxv), 6, est employée une expression synonyme, 'âlum- 
mâh, d'une racine 'âlam, « lier. » Le mot sebàfim, que 
la Vulgate traduit par manipulis, gerbes, dans Ruth, n, 
16, a sans doute ici ce sens, mais à proprement parler 
il signifie « faisceau, botte ». 

II. Usages juifs et comparaisons. — 1° Les Israélites 
avaient la coutume de mettre les épis en gerbe une fois 
qu'ils étaient coupés. Gen., xxxvn, 7; Lev., xxm, 10-15; 
Ruth, il, 7, 15, 16; Job, xxiv, 10 (Septante : ifnoiioç, 
bouchée; Vulgate : spicas); Judith, vin, 3; Jer;, ix, 22; 
Mich., iv, 22. Il semble qu'ils coupaient les tiges du blé 
ou de l'orge assez près de l'épi, sans laisser beaucoup 
de paille, Job, xxiv, 24; en cela ils suivraient l'usage 
égyptien. Ceux qui étaient chargés de lier les gerbes, 
venaient après ceux qui avaient coupé les poignées de 
blé avec la faucille, ramassaient les javelles et les por- 
taient à pleines brassées pour en faire des gerbes, 
Ps. cxxix (Vulgate, cxxvm), 7. Les gerbes étaient 
réunies en tas ou meule, 'ârêmâh (Vulgate : acervus 
manipulorum), on les chargeait sur des chariots pour 
les porter à l'aire ou dans les greniers. Amos, n, 13. 
C'est avec jpje que le moissonneur rentre ainsi avec les 
gerbes de sa moisson. Ps. cxxvi (Vulgate, cxxv), 6. 
Voir Moisson. En faveur des étrangers, des veuves et 
des orphelins, la loi hébraïque avait décidé qu'on devait 
leur réserver la glane. Aussi, lorsque, après ia moisson, 
il a été oublié quelque gerbe, 'ômér (ou plutôt quelque 
javelle, cf. Lev., xix, 9; xxm, 22, et Ruth, n, 7), il ne 
faut pas retourner la chercher, mais la laisser pour le 
pauvre, afin que Dieu bénisse les travaux des moisson- 
neurs. Deut., xxiv, 19. Aussi nous voyons Ruth glaner 
dans les champs de Booz sans être inquiétée par ses ser- 
viteurs, Ruth, n, 7, et même le maître leur recommande 
de laisser tomber à dessein quelques javelles en faisant 
leurs gerbes. Ruth, n, 15, 16. — Pour sanctifier la mois- 
son, la première gerbe devait, d'après la loi, être offerte 
au Seigneur. Lev., xxm, 10-12. La Vulgate met sans 
doute manipulos spicarum, mais l'hébreu 'ômér au sin- 
gulier. Le texte sacré explique la manière dont devait se 
faire cette offrande des prémices de la moisson. Lev., 
xxm, 11-12. Il fallait non pas « élever », comme traduit 
la Vulgate, mais « agiter » la gerbe selon un rite parti- 
culier à plusieurs sacrifices. Voir Sacrifice. — 2° Des 
différentes coutumes ou manipulations concernant les 
gerbes ont été tirées diverses comparaisons. Les cadavres 
des habitants de Jérusalem, dit Jérémie, ix, 21 (Vulgate, 
22), tomberont comme les javelles derrière le moisson- 
neur, sans qu'il y ait personne qui vienne les ramasser 
pour en former des gerbes et les emporter. Les chefs de 
Juda au milieu de leurs ennemis sont comparés à des 
torches enflammées parmi des gerbes disposées en tas. 
Zach., xn, 6. D'après Michée, rv, 12, les nations assem- 
blées contre Sion seront comme des gerbes dans l'aire 
qui seront foulées par Jérusalem. Dans ces trois der- 
niers passages, les Septante et la Vulgate ont traduit par 



209 



GERBE — GERGÉSÉEN 



.210 



paille, yàpxas, fcenum, au lieu de « gerbes ». Dans un 
songe, Joseph voit les gerbes liées par ses frères adorer 
sa propre gerbe : image prophétique de sa puissance 
future. Gen., xxxvii, 7. 

III. Usages égyptiens. — Les Hébreux furent souvent 
témoins durant leur séjour en Egypte de la façon dont les 
habitants de la vallée du Nil coupaient les épis et les ras- 
semblaient pour en former des gerbes. Peut-être la cou- 
tume hébraïque, qui n'est pas asseV explicitement décrite 
dans les textes, se rattache-t-elle sur ce point à la pra- 
tique égyptienne. Celle-ci est clairement révélée par les 
textes : il n'est donc pas inutile de la connaître. « L'épi 
coupé, on le ramassait et on en formait des gerbes sur 
place. La gerbe, qui parait s'être appelée quelquefois 

■ | a, pohit, est assez courte et ne dépasse guère 

40 centimètres en moyenne. On l'assemblait, non pas 
comme chez nous, en entassant tous les épis dans la 
même direction, mais en couchant chaque javelle dans 
un sens différent, si bien que la gerbe achevée pré- 
sentait l'aspect d'un paquet terminé à chaque bout par 
une couronne d'épis. Une forte corde, passée au milieu, 
maintenait la botte en place. Cette opération est, repré- 
sentée assez souvent, et l'on voit(fig. 4-3) l'ouvrier appuyer 
du genou sur la gerbe, tandis qu'il serre le nœud cou- 
lant afin de tasser les tiges davantage... (voir aussi fig.45, 
t. i, col. 278). Les gerbes étaient empilées méthodique- 
ment dans un coin du champ, en attendant qu'on vînt 
les chercher. » G. Maspero, La culture et les bestiaux 
d'après les tom beaux de l'ancien Empire, dans Études 
égyptiennes, in-8», Paris, 1888, t. n, fasc. i, p. 86-78. Cf. 
Lepsius, Denkmàlér, Abth. n, pi. 43, 47, 106, 107 ; Mariette, 




43 — Égyptiens mettant le blé en gerbes 

VI" dynastie. Tombeau de Sauiet el-Meitin. D'après Lepsius, 

Denkmâler, Abth. il, pi. 106. 

Les Mastabas de l'Ancien Empire,in-¥J?iiT\s, 1889,p.212, 
288, 325, 347. « Les tas étaient parfois très gros ; au tombeau 
4e Nofiriritnif , on définit l'un d'eux: «gerbes entassées 
pour le magasin, 602, » et le nombre de gerbes à enle- 
ver dans les différents tas était de 2300. G. Maspero, La 
culture, p. 90, 92. On chargeait les gerbes sur des ânes 
portant le bât à double poche, et on les menait au gre- 
nier où elles devaient être déchargées. Voir Grenier, 
Moisson. E. Levesque. 

GERBOISE, rongeur de la taille du rat, avec de larges 
oreilles, un pelage fauve en dessus et blanc en dessous, 
une longue queue terminée par une touffe de poils, deux 
pattes de devant assez courtes, tandis que les pattes pos- 
térieures sont fort longues. Les premières servent à 
l'animal pour porter à la bouche les aliments, graines 
ou racines. Avec les pattes postérieures, la gerboise 
exécute des sauts de près de trois mètres, surtout quand 
elle est poursuivie. C'est ce qui fait donner à l'animal le 
nom général de dipus, comme s'il n'avait que deux 
pieds (fig. 43). Les Arabes l'appellent jarbu, d'où son 



nom en français, et regardent sa chair comme un mets 
succulent. La gerboise vit surtout en Arabie, en Syrie et 
dans les déserts sablonneux de l'Afrique. Les différentes 
espèces, dipus gerbo, dipus segyptius, àlactaga jaculus, 
appelée aussi scirtetes et dipus sagitta, se rencontrent 




44. — La gerboise. 

fréquemment sur les côtes méridionales de la Méditer- 
ranée et en Syrie. Plusieurs auttfors, Hasselquist, Itiner. 
Palsest., Stockholm, 1757, p. 277; Bochart, Hierozoicon, 
Leipzig, 1873, t. Il, p. 409 ; Rosenmùller, Scholia in Le- 
vitie., Leipzig, 1798, p. 61; Fillion, Atlas d'hist. nat. 
de la Bible, Paris, 1884, p. 95, ont pensé que la ger- 
boise pouvait être désignée dans le texte du Lévitique, 
xi, 5, qui défend de manger la chair du sâfân. De fait, 
le Targum traduit Sâfân par tafza', de tafâz, « sauter, » 
ce qui conviendrait bien à la gerboise. Cf. de Humme- 
lauer, Exod. et Levit., Paris, 1897, p. 426. Mais le mot 
Sâfân ne peut désigner que le daman. Voir Chœro- 
grylle, t. il, col. 713. 11 reste donc à conclure que la 
gerboise, bien que connue en Palestine, et même re- 
doutée pour les ravages qu'elle cause dans les moissons, 
n'est pas nommée dans la Bible. H. Lesétre. 

GERGÉSÉEN (hébreu : hag-Girgâ'sî, toujours au 
singulier et avec l'article; Septante : ô Tep-feo-aîo;), 
peuple chananéen qui habitait la Palestine avant la con- 
quête des Israélites. Gen., x, 16; xv, 21; Deut., vu, 1; 
Jos., m, 10; xxiv, 11; I Par., i, 14; II Esd., îx, 8. 11 est 
donné, Gen., x, 16; I Par., i, 14, comme le cinquième 
descendant de Chanaan. Dans les autres passages, il est 
simplement mentionné parmi les autres tribus du pays. 
Voir Chananéen, t. n, col. 539. 11 n'en reste plus que le 
nom, suivant le mot de Josèphe, Ant. jud., I, vt, 2, et 
sa position à l'ouest du Jourdain ne nous est indiquée 
que par Josué, xxiv, 11. On a cependant cfu qu'il sub- 
sistait encore au temps de Notre-Seigneur dans les 
repYe(rnvoi ou Gergéséniens dont parle le « texte reçu » 
de saint Matthieu, vin, 28, à propos des démoniaques 
guéris et des pourceaux précipités dans la mer. Leur 
capitale aurait été Gergêsa, aujourd'hui Kersa, sur le 
bord oriental du lac de Tibériade, à l'embouchure de 
l'ouadi Semak. Mais cette opinion, basée principalement 
sur l'autorité d'Origène, est tout à fait problématique. 
Voir Géraséniens (Pays des). Un fragment de tablette 
assyrienne, conservé au British Muséum, a peut-être 
gardé le souvenir des Gergéséens dans les KirkiMti qu'il 
mentionne plus d'une fois, et qu'il qualifie, dans un cas 
en particulier, de rabbâti, « nombreux. » Cf. A. Pinches, 
dans J. Hastings, Dictionary of the Bible, Edimbourg 



211 



GERGÈSEEN — GERRENIENS 



212 



1898, t. il, p. 178. Certaines traditions juives prétendent 
que ce peuple, à l'époque de Josué, aurait émigré vers 
l'Arménie. Cf. A. Knobel, Die Vôlkertafel der Genesis, 
Giessen, 1850, p. 333. A. Legendre. 

GERHARD Jean, théologien luthérien, né à Qued- 
limbourg le 17 octobre 1582, mort à Iéna le 17 août 1637, 
étudia à Wittenberg, à Iéna et à Marbourg et fut suc- 
cessivement surintendant à Helbôurg, et surintendant 
général à Cobourg. Il enseigna ensuite la théologie à 
l'Université d'Iéna dont il fut recteur pendant quelques 
innées. On remarque parmi ses nombreux écrits : 
Le légitima S. Scriplurss interpretatione, in-4», Iéna, 
1610; Commentarius in harmoniam historiée evan- 
çelicse de passione, morte, resurrectione et ascensione 
Jesu Christi, in-4», Iéna, 1610; Harmonise evangelicee 
continuâtes, Pars I, in-4°, Iéna, 1626 ; Pars II et m, in-4», 
Iéna, 1627 (c'est la suite de l'ouvrage de M. Chemnitz, 
Harmonia evangelica, 1600-1611); Synoptica explicatif) 
capitis seeundi Epistolse Jacobi a commate 4 usque ad 
finem, in-4», Iéna, 1632 ; Adnotationes in prophetas Artws 
etJonam, in-4», Iéna, 1634. Dans ses Loci theologici, 10 
in-f°, Iéna, 1610, se rencontrent diverses dissertations 
ayant trait à l'Écriture Sainte. Les ouvrages suivants 
furent publiés après sa mort par les soins de son fils, 
Jean Ernest Gerhard : Commentarius in Genesim, 
in quo textus declaratur, quxsliones dubise sol- 
vuntur, observationes éruunlur et loca in speciem 
pugnantia conciliantur, in-4», Iéna, 1637; Commenta- 
rius in Epistolam ad Hebrseos, in-4», Iéna, 1641 ; Adno- 
tationes inutramque Epistolam Pétri, in-4°, Iéna, 1641; 
Adnotationes in Epistolam Judss, in-4", Iéna, 1641 ; 
Adnotationes in Apocalypsim Joannis theologi, in-4°, 
Iéna , 1643 ; Adnotationes ad priorem et posteriorem Pauli 
ad ' Timotheum Epistolam, in-4», Iéna, 1643; Com- 
mentarius in Deuteronomium, in-4», Iéna, 1654; Adno- 
tationes in Epistolas ad Colossenses, in-4», Iéna, 1660; 
Adnotationes in Psalmos quinque priores, in-4°, Jéna, 
1663; InEvangelium AfattAasi, in-4", Iéna, 1663; InEpis- 
lolam ad Romanos, in-4», Iéna, 1666; In Acta Aposto- 
lorum, in-4°, Iéna, 1669; In primam et secundam 
Jvhannis, in-4», Hambourg, 1709. — Voir E. R. Fischer, 
Vita J. Gerhard, in-8°, Leipzig, 1723; Walch, Biblioth. 
theologica, t. i, p. 55; t. iv, p. 208, 454, 465, 576, etc. 

B. Heurtebize. 

GERHAUSER Johann Balthasar, théologien catho- 
lique allemand, né le 24 septembre 1766 à Kaufbeuren, 
en Souabe, mort en 1825 à Dillingen. Il étudia à Augs- 
bourg et à Dillingen, devint en 1789 préfet du Convict 
de cette dernière ville, et, en 1795, professeur de dogma- 
tique et d'exégèse. On a de lui : Theoria hermeneulicse, 
1811 ; Charakter und Théologie des Apostels Paulus aus 
seinen Redenund Briefen, in-8», Landshut, 1816 ; Ueber 
die Psalmen. Eine exegetische Abhandlung. Mit Ueber- 
setzung und Erklârung, in-8°, Munich, 1817; Ueber 
dos Gesprach Jesu mit Nikodemus, in-8», Dillingen, 
1820. Après sa mort, A. Lerchenmùller publia, d'après 
ses leçons, une Biblische Hernieneutik, 2 in-8», Kemp- 
ten, 1829, et Einleitung in dos Evangelium des h. 
Johannes, in-8», Kempten, 1831. — Voir P. K. Felder, 
Gelehrten - Lexicon der katholischen Geistlichkeit 
Deutschlands, 3 in-8», Landshut, 1817-1822, t. i, p. 265; 
t. m, p. 493. 

GERLACH (Karl Friedrich Otto von), ministre évan- 
gélique prussien, né à Berlin le 12 avril 1801, mort le 
24 octobre 1849. En 1828, il devint privat-docent de 
théologie; en 1834, pasteur de l'église Sainte-Elisabeth 
dans nn faubourg de Berlin ; en 1847, prédicateur de la' 
Cour; en 1849, professeur ordinaire de théologie. Parmi 
ses écrits, nous avons à mentionner seulement son 
Commentar zum Neuen Testament, in-8», Berlin, 1841 ; 
3» édit., 2 in-8», 1844; nouvelle édit., 1858. — Le suc- 



cès de cet ouvrage le porta à y ajouter l'Ancien Testa- 
ment et le tout parut sous le titre : Die heilige Schrift 
nach Dr. Martin Luther's Uebersetzung, mit Einleitun- 
gen und erklârenden Antnerkungen, 6 in-8», Berlin, 
1843-1853. Le tome iv, qui termine l'Ancien Testa- 
ment, fut publié, après la mort d'Otto von Gerlach, par 
Schmieder. 

GERME (hébreu : sémah, traduit très diversement 
par les Septante : ËTtiXâiuJ/ei, Is., iv, 2; ôcvOoç, Is., LXI, 11 ; 
î<rxûv, Osée, vm, 7; tôc ivaTÉXXovToe, Gen., xix, 25, 
àvaTiXXov<rat, Ps. LXIV, 11, itpoavatéXXovTa, Ezech., XVII, 
9; mais dans les autres endroits, ocvoeroXTi ; Vulgate : viren- 
lia, Gen., xix, 25, germinans, Is., xxiv, 10, Oriens, Zach., 
m, 8, 11, 12, et partout ailleurs germen), n'est pas pris 
au sens strict d'embryon, ou de la partie de la graine 
qui doit former la nouvelle plante, mais désigne ce qui 
pousse de la terre, la végétation et par dérivation un 
rejeton, un plant. Deux fois le mot sémah est pris dans 
le sens abstrait de croissance, Eiech., xvn, 9, 10; mais 
le plus souvent il est employé dans un sens collectif 
pour désigner les végétaux, les plantes : ainsi çénwh 
hââdâmdh, « les plantes de la terre. » Gen., xix, 25; 
Ps. lxv, 11; Is., lxi, 11; Ezech., xvi, 7. De là aussi le 
sens de plant, de rejeton. Osée, vm, 7. Par une méta- 
phore semblable à Is., xi, 1, et lui, 2, où le Messie est 
comparé à un rejeton, à un plant, à une fleur, hôtér, 
néser, yôriêq, et sôréS, ainsi dans Jérémie et Zacharie 
est-il appelé sémah. « Je susciterai à David un germe 
(rejeton) juste, sémah saddiq, Jer., xxiii, 5; un germe 
(rejeton) de justice, sémah sedâqâh. Jer., xxxiu, 15. 
C'est même le nom que lui donne Zacharie. « Je ferai 
venir mon serviteur le Germe (rejeton). » Zach., m, 8. 
« Voici un homme dont le nom est Germe (rejeton). » 
Zach., VI, 12. Dans ces deux endroits la Vulgate, se rap- 
prochant des Septante qui portent ivocToXiri, a traduit par 
Oriens. Le chaldéen paraphrase et met pour Zach., m, 
8 : « Voici que j'amène le Messie, mon serviteur et 
il sera manifesté. » Ces images tirées des plantes 
pour désigner des rois, des personnages, sont usitées 
chez les poètes anciens. Cf. Sophocle, Electr., 422; 
Homère, lliad., xxii, 87; Odyss., vi, 157, etc. Beaucoup 
d'exégètes rattachent à cette appellation du Messie le 
passage d'Isaïe, iv, 2, sémah Yehôvdh. « Le germe 
(rejeton) de Jéhovah sera dans la splendeur et la gloire. » 
Cependant les Septante n'ont pas vu ce sens et prenant 
rtDï pour un verbe ils ont traduit : « Dieu fera éclater 
sa sagesse et sa gloire sur la terre. » De plus l'expression 
sémah Yehôvdh étant en parallèle avec ferî hâ'drés, 
« les fruits de la terre, » est regardée par un certain 
nombre d'exégètes comme un collectif exprimant : 
toutes les plantes que Jéhovah fait pousser. Ce serait 
l'abondance et la fertilité des produits de la terre ac- 
cordée aux Juifs après le retour de la captivité, au temps 
du Messie. Cf. 'âsê Yehôvdh, « les arbres de Jéhovah. sis., 
civ, 116. — En un bon nombre d'endroits la Vulgate a 
germen, lorsque le texte hébreu ne porte pas sémah, 
mais une autre expression comme yebûl, ou déië , nâtâ' f 
nîn, etc. Lev., xxvi, 4; Deut., si, 17; xxxii, 22; Is., v, 7; 
xiv, 22; xv, 6; xvn, 10; xxxiv, 1, etc. 

E. Levesque. 

GERRENIENS (grec: renvoi; Codex Alexan- 
drinus : revvTjpoi ; Vulgate : Gerrenï), nom d'un peuple 
ou d'une tribu nommée seulement II Mach., xm, 24. 
Lorsque le général syrien Lysias fut obligé, par les 
troubles qui avaient éclaté à Antioche, de quitter la 
Palestine et de faire la paix avec Judas Machabée, il 
établit un gouverneur dont le gouvernement s'étendit 
e depuis Ptolémaïde jusqu'aux Gerréniens n, dit le texte. 
II Machi , xiii, 24. — La Vulgate porte que ce fut Judas 
Machabée qui fut nommé gouverneur de ce pays, mais 
le texte grec ne le dit pas ; il est assez probable qu'il faut 
prendre comme nom propre le mot 'Hyefiovii; que la 



213 



GERRÉNIENS — GERSONITE 



214 



Vulgate et la plupart des commentateurs ont pris pour 
un substantif commun « chef », et traduire : « (Lysias 
nomma Hégémonide gouverneur, etc. » Voir Hégémo- 
nide. — Les manuscrits et les versions anciennes ne sont 
pas d'accord sur le nom du peuple qui marque la limite 
méridionale, tandis que l'édition sixtine porte Teppiivoc, 
l'A lexandrinus lit: Tewripot; le Codex 55 : repapnivoi; 

la version syriaque : >V^^, Gazài\ c'est-à-dire Gazer ou 

Gazara, etc. Avec une telle variété de leçons, il est im- 
possible de déterminer d'une manière certaine ce que 
pouvaient être les Gerréniens; quelle était la tribu ou 
la ville désignée par ce nom ou par un nom plus ou 
moins approchant. Tout ce que l'on peut dire, c'est que, 
s'il ne s'agit pas d'une tribu nomade habitant sous la 
tente, cette expression doit s'appliquer à une ville, comme 
l'a compris la version syriaque, puisque le premier terme, 
celui de la limite septentrionale, est un nom de ville, 
Ptolémaïde. On peut induire aussi du passage analogue 
I Mach. , xi, 59, que les Gerréniens devaient habiter 
dans les environs de la frontière d'Egypte, les possessions 
des Séleucides étant bornées au sud par le royaume 
des Ptolémées. S'il en était ainsi, comme on ne peut 
guère en douter, on ne saurait voir dans les Gerréniens, 
ainsi que l'ont fait beaucoup de commentateurs, les habi- 
tants de la ville appelée Féppov par Ptolémée, iv, 5; 
Gerro par Pline, H. N., VI, 29; Téppa, par Strabon, 
XVI, 33, p. 647; Tépa, par Sozomène, H. E., vm, 19, 
t. lxvii, col. 1565, parce que cette ville était située entre 
Rhinocolure et Péluse et par conséquent en Egypte. 
Voir Egypte (Torrent d'), t. n, col. 1621. En corrigeant 
en Gaza la leçon de la version syriaque Gazar (Gazer = 
Gazara est inadmissible), on aurait une limite naturelle 
du royaume d'Antiochus IV Épiphane du côté du sud, 
car Gaza était en effet la dernière ville soumise de 
ce côté aux Séleucides. — Si l'on préfère conserver un 
nom de peuple, on peut voir dans les Gerréniens une 
altération du nom des habitants de Gérare, nom qui se 
retrouve en effet d'une façon reconnaissable dans le 
rspapnjvoî du Codex 55. Cette dernière opinion est au- 
jourd'hui la plus communément admise. Voir Gérare, 
col. 200. Cf. L. W. Grimm, Dos Zweite Buch.der Mac- 
cabâer, in-8", Leipzig, 1857, p. 191. F. Vigouroux. 

GERSAM (hébreu : Gersom, avec écriture défectivc 
nsruou pleine msns ; cf. Tsn5,Euting, Sinait. Inschriften, 
in-4», Berlin, 1891, p. 31, n» 216 et tab. 13; Septante: 
rï)p<rdt|i, sauf dans Jud., xvm,30: Tr t pa6{i.etCodex Alexan- 
drinus, rep<Tu>|i), fils premier né de Moïse et de Séphora. 
Exod.,n, 22; xvin, 3. Dans ces deux endroits, l'étymologie 
de ce nom est donnée comme s'il y avait Dtf -iî, Ger Sam, 
« étranger là. » « Il l'appela Gersam, disant : Je suis pas- 
sant dans un pays étranger. » Cependant l'hébreu ne porte 
pas GerSant, comme ont lu les Septante, mais GerSôm, qui 
paraît venir de la racine tf-ii, garas, « expulser, bannir, » 

et signifier « expulsion, bannissement ». Il n'est pas 
nécessaire que Moïse veuille donner une vraie étymo- 
logie; il peut simplement avoir voulu, par un jeu de 
mots, faire allusion à sa situation rappelée par la pre- 
mière syllabe Gêr, d'un nom sans doute déjà existant. 
C'est du fils aîné de Moïse, par conséquent de Gersam, 
qu'il est question Exod., iv, 24-26, au sujet de la cir- 
concision, omise puis accomplie .par Séphora. Dans 
Jud., xvm, 30, le lévite Jonathan est dit fils c'est-à-dire 
descendant de Gersam, fils de Moïse. Le texte massoré- 
tique, suivi par les Septante, porte Manassé au lieu 
de Moïse : soit par erreur, soit par respect pour la 
mémoire de Moïse, dont le nom a été défiguré par l'in- 
sertion d'un J, nun, dans nWD, transformé ainsi en nwab, 
Manasséh. La vraie leçon est Môieh, Moïse. Dans 
I Par., xxm, 15, 16, et xxvi, 24, le fils de Moïse est 
appelé Gersom : la Vulgate abandonne ici la lecture des 



Septante pour suivre celle de l'hébreu. Dans ces deux 
passages on donne à Gersom un fils nommé Subuel ou 
Subacl. E. Levesque. 

GERSOM (hébreu : Gersôm), nom de trois Israé- 
lites. 

1. GERSOM, nom du fils de Lévi dans I Par., vi, 20, 
appelé Gerson. Voir Gèrsch. 

2. GERSOM, nom du fils de Moïse dans I Par., xxm, 
15,16, et xxvi, 24, nommé ailleurs sous la forme Ger- 
sam. Voir Gersam. 

3. GERSOM (Septante : r^putiiji), descendant de Phi- 
nées, qui fut un des chefs de familles revenus de la 
captivité avec Esdras. I Esdr., vm, 2. 

GERSON (hébreu : GerSôn, mais GerSôm. dans 
1 Par., vi, 2; XV, 7; Septante : r^paûv, Gen., xlvi, 11 ; 
TeSdtiv dans les autres livres, sauf I Par., xxm, 7, où 
on lit napoatiiji, et I Par., xv, 7, r^pain; à la place de 
TeêCTtiv, le Codex Alexandrinus met habituellement 
Fïipdtàv; Vulgate, Gerson, sauf I Par., vi, 20, 43,62,71^ 
xv, 7 et II Par., xxix, 12, où le nom est écrit Gersom), 
l'alné des fils de Lévi, Gen,, xlvi, 11; Num., m, 17; 
xxvi, 57; 1 Par., vi, 1, 16; il était né quand Jacob vint 
en Egypte avec toute sa famille. Gen., xlvi, 11. Ses fils 
furent Lobni et Séméi, Exod., VI, 16, 17; Num., III, 18; 

I Par., vi, 17, 20; ils donnèrent naissance à deux familles 
de Lévites, dont les enfants mâles s'élevaient à sept mille 
cinq cents au moment du dénombrement fait par Moïse. 
Num., m, 21, 22. Ces deux branches formaient l'une 
des trois grandes familles de Lévites, les Gersonites. 
Num., m, 21 (hébr.); xxvi, 57. Leurs fonctions sont 
indiquées Num., iv, 22, 27, 28. Après l'offrande de 
divers dons au sanctuaire par les chefs des douze tribus, 
Moïse donna aux Lévites, fils de Gerson, deux chars et 
quatre bceufs.Num., vu, 7. Dans les marches, ils devaient 
porter les objets sacrés confiés à leur garde. Num., x, 17. 
Dans le partage des villes destinées aux Lévites, les en- 
fants de Gerson eurent treize villes, dans les tribus 
d'Issachar, d'Aser, de Nephthali et la demi-tribu de 
Manassé en Basan, Jos., xxi, 6, 33; I Par., vi, 62; elles 
sont énumérées Jos., xxi, 27-32; I Par., vi, 71-76. 
Asaph, lévite du temps de David, était de la famille de 
Gerson. I Par., VI, 39-43. Quand David eut préparé un 
tabernacle au Seigneur sur la colline de Sion , il fit 
venir pour le transport de l'arche parmi les Lévites, 
Joël, chef de la famille de Gerson, et cent trente de ses 
frères. I Par., xv, 7. Dans la distribution des Lévites 
par classes, les fils de Gerson formèrent dix familles, six 
de la branche Lobni ou Léédan , et quatre de la branche 
Séméi. I Par., xxm, 6-10. Aux fils de Léédan est confiée 
une partie des trésors et des vases sacrés. I Par., xxvi, 
21. Au lieu de « fils de Gerson », on lit Gersonni, nom 
patronymique. A l'époque d'Ézéchias, parmi les Lévites 
chargés de la purification du temple, on remarque deux 
descendants de Gerson, Joah et Éden. II Par., xxix, 12. 
La Vulgate, qui orthographie le nom habituellement Gef- 
soni écrit Gersom dans I Par., vi, 20, 23, 62, 71 ; xv, 7; 

II Par., xxix, 12. E. Levesque. 

GERSONITE (hébreu: hag-gerSunnî; Septapte : 
6 re8<7<àv, vfoç rt8<7tiv, i reê<T(i>vef et T^pnoneâ ; Codex 
Alexandrinus, à Yrfiatâv, T-tipaatt( et reéowvt; Vulgate : 
Gersonita, Gersonites), nom patronymique des descen- 
dants de Gerson. Num., m, 21 (hébr.), 23 (hébr.), 
24 (hébr.) (dans «es trois endroits, la Vulgate par abré- 
viation a omis ce nom) ; Num. , rv, 24-27 (Vulgate : Gerson) ; 
Num., xxv, 57; Jos., xxi, 33 (Vulgate : Gerson); I Par., 
xxm, 7 (Vulgate : filii Gerson); I Par., xxix, 8; II Par., 
xxix, 12 (Vulgate : Gersom). Voir Gersom. 



2i5 



GERSONNI — GESENIUS 



21G 



GERSONNI (hébreu : hag-gersunni; Septante : 
r»ip<«i>vef; Codex Alexandrinus, r*ip<Tc«m), nom patro- 
nymique appliqué à Lédan. I Par., xxyi, 21. « Fils de 
Gersonni » de la Vulgate signifie d'après le texte hébreu : 
« fils du Gersonite, » c'est-à-dire fils de la branche de 
Gerson. La suite du texte dans la Vulgate est encore plus 
fautive. De Lédan, les chefs de famille Lédan et Ger- 
sonni et Jéhieli. Il faut traduire : « Pour Ladan, les chefs 
de famille de Ladan, le Gers; lite, [étaient] Jéhiel. » 

E. Levesque. 

GERZI (hébreu : hag-Girzi (chetib); hag-Gerizzi ou 
hag-Gizrî (keri); Septante : Codex Alexandrinus, tov 
riÇpaîov), nom d'une tribu qui habitait au sud de la 
Palestine et qui, avec les Amalécites et les Gessurites, 
occupait, du temps de Saûl, le pays qui s'étend entre la 
Terre Sainte et l'Egypte. I Sam. (Reg.), xxvn, 8. Elle 
c'est nommée que dans ce passage de l'Écriture. Pendant 
que David, persécuté par Saûl, demeurait à la cour 
d'Achis, roi des Philistins, il faisait des incursions contre 
les tribus du sud avec les gens qui l'avaient suivi. Il est 
bien difficile de savoir ce qu'étaient les Gerzites : 1° Le 
changement qu'ont fait les Massorètes du Girzî du texte 
en Gerizzî ou Gizri les transforme en habitants de 
Gazer ou Gézer, mais cette ville était au nord, non au 
sud du pays des Philistins. Voir Gazer, col. 127. — 
2» La forme Gerzî rappelle; le mont Garizim. Gesenius, 
Thésaurus, p. 301, a supposé que les Gerzites étaient des 
nomades qui, ayant habité d'abord au pied du mont 
Garizim, avaient ensuite émigré dans les déserts du 
sud, mais avaient laissé leur nom à la montagne. — 
3° D'après une troisième hypothèse, les Gerzites seraient 
les mêmes que les Gerréniens mentionnés II Mach., xm, 
24. Cette hypothèse, soutenable comme la précédente, 
ne peut pas davantage être prouvée. Il est d'ailleurs 
également difficile de savoir ce qu'étaient les Gerréniens 
(d'après l'opinion la plus probable, c'étaient les habitants 
de Gérare). Voir Gerréniens, col. 213. 

GÉSAN (hébreu : GêSdn : Septante : Stofâc; Codex 
Alexandrinus,. Yr$tj&>y.), troisième fils de Jahaddaï, 
I Par., il, 47, dans la postérité de Caleb. 

GESENIUS Friedrich Heinrich Wilhelm, orienta- 
liste et exégète allemand, né à Nordhausen le 3 fé- 
vrier 1786, mort à Halle le 23 octobre 1842. Il fit ses 
premières études au gymnase de sa ville natale ; il suivit 
ensuite les cours de théologie de l'université de Helm- 
stœdt, puis de celle de Gœttingue. Après avoir professé 
à Helmstaedt, à Gœttingue et à Heiligenstadt, il fut 
nommé à Halle, en 1810, professeur extraordinaire de 
théologie, en 1811, professeur ordinaire, en 1827, consis- 
torialrath. Il demeura dans cette ville jusqu'à sa mort. 
Son enseignement eut un tel succès qu'il réunit jusqu'à 
quatre à cinq cents auditeurs autour de sa Chaire. Gese- 
nius a renouvelé dans une certaine mesure l'étude de 
l'hébreu, en l'éclairant au moyen de la grammaire et de 
la lexicologie comparée des autres langues sémitiques. 
Ses ouvrages, quoiqu'ils ne soient pas exempts d'erreurs 
et accordent trop au rationalisme, sont remarquables par 
la solidité de l'érudition et la clarté de l'exposition. 

1° Il publia d'abord un Hebràisch-deutsches Hand- 
wôrterbueh ûber die Schriften des alten Testaments 
durchaus nach alphabetischer Ordnung, 2 in-8», Leipzig, 
1810-J812. Trois ans plus tard parut un Neues hebràisch- 
deutsches Handwôrterbueh fur Schulm, in-8», Leipzig, 
1815. Une nouvelle édition reçut le lin «i qui lui est resté 
depuis : Hebràisches una chaldâisches Handwôrterbueh 
ûber dos alte Testament, in-S , Leipzig, 1823; 3 e édit., 
1828; 4 e édit., 1834. Ce lexique fut traduit en plusieurs 
langues européennes. Les éditions se sont multipliées 
depuis, mais elles ont été profondément modifiées par 
les éditeurs successifs. La dernière est intitulée : Wilhelm 
Gesenius' Hebràisches und aramâisches Handwôrter- 



bueh ûber das alte Testament in Verbindung mit Prof. 
Albert Socin und Prof. H. Zimmern, beàrbeitet von 
l) r Fronts Buhl, 13 e édit., in-8°, Leipzig, 1899. Gesenius 
avait traduit lui-même son Handwôrterbueh en latin, sur 
la troisième édition allemande : Lexicon manuale hebrai-. 
cum et clialdaicum in Veteris Testamenti libros, in-8», 
Leipzig, 1833; 2" édit., revue par A. Th. Hoffmann, in-8», 
Leipzig, 1847. Migne en a donné une édition retouchée : 
Catholicum lexicon hebraicum et chaldaicum in Veteris 
Testamenti libros, hoc est : Guillelmi Gesenii lexicon 
manuale hebraico-latinum ordine alphabetico digestum, 
ab omnibus rationalistis et antimessianis impietatibus 
expurgavit, emendavit, expulsis novis et antehac inau- 
ditis sensibus a viro protestanti excogitatis et temere 
obstrusis, veteris autem traditionis ut et SS: Ecelesise 
Patrum interpretationibus restitutis et propugnatis ; 
multisque additionibus philologicis illustravit et ordi- 
navit Paulus L. B. Drach. Accesserunt Grammatica 
hëbraicse linguse quam germanico scripsit idioniate 
Gesenius, latinitdte autem donavit F. Tempestini, etc., 
edidit J. P. Migne. In-4°, Paris, 1848. — En 1826 com- 
mença à Leipzig l'impression de l'œuvre la plus impor- 
tante de Gesenius, le Thésaurus philologico-eriticus 
lingues hëbraicse et chaldaicx Veteris Testamenti. Le 
Thésaurus, formant trois tomes, comprend six parties 
in-4° ; la première parut en 1829, la cinquième en 1842, 
la sixième en 1853. C'est le dictionnaire hébreu le plus 
considérable qui ait vu le jour. Chaque nom propre y a 
sa place et tous les passages de quelque importance con- 
tenus dans la Bible y sont expliqués, de sorte que cet 
ouvrage peut presque tenir lieu d'une concordance 
hébraïque. L'auteur mit naturellement à profit les tra- 
vaux de ses devanciers. En 1820, il avait fait un voyage 
scientifique à Paris et à Oxford pour y recueillir des 
matériaux. La préface qu'il annonçait en 1835 en tête de 
son second fascicule comme devant paraître avec le cin- 
quième et dans laquelle il aurait fait connaître ses 
sources, n'a jamais été composée, mais celle qu'il avait 
mise en 1823 en tête de la seconde édition de son 
Hébrâisches^und chaldâisches Handwôrterbueh peut la 
suppléer. Le premier fond de son œuvre lui fut fourni 
par le Se fer has-sârasïm ou « Livre des racines » de 
David Kimchi et par le Thésaurus linguse sanctœ, sive 
Lexicon hebraicum ordine et copia cseteris antehac 
editis anteferendum, auctore Sancto Pagnino Lucensi, 
nunc demum cum doctissimis quibusque Hebrseorum 
et aliorum scriptis quam accuratissime collatum, et ex 
iisdem auctum atque recognitum , opéra Jo. Merceri, 
Antonii Cevallerii et B. Cornelii Bertrami, 2 in-f«, 
Lyon, 1575. Voir Gesenius, Handwôrterbueh, 1823, Vor- 
rede, p. xix. Cf. Dictionnaires delà Bible, t.n, col. 1414 
et 1418. Gesenius ne put achever cette œuvre colossale 
Elle fut terminée en 1853, onze ans après sa mort, à 

partir du mot nauf, p. 1358, par son élève et ami Emile 

Rœdiger, qui y ajouta aussi en 1858 un supplément et 
des tables. On a reproché au savant hébraïsant de n'avoir 
fait entrer dans son cadre que l'Ancien Testament et 
d'avoir complètement négligé l'héh^eu postbiblique, de 
sorte que son Tliesaurus est incomplet. On doit lui 
reprocher également d'avoir donné une importance 
exagérée à l'arabe, principalement dans ses explications 
étymologiques. Il est résulté de là qu'il a quelquefois 
défiguré le sens des mots hébreux. Voir J.-B. Glaire, 
Lexicon manuale hebraicum etclialdaieum, in-8", Paris, 
1830, p. rv-v. Mais tous les hébraîsants qui ont puisé à 
cette riche mine ne peuvent s'empêcher de reconnaître 
combien elle est utile et précieuse. 

2 e Les travaux de Gesenius sur la grammaire hébraïque 
ont également fait époque. Son Hebrâische Grammatik 
(intitulée aussi Hebràisches Elementarbuch, Theile i), 
parut à Halle, in-8», 1813, et supplanta aussitôt toutes les 
grammaires usitées jusqu'alors dans les écoles d'Aile- 



217 



GESENIUS — "GESSEN 



218 



magne. Elle futcomplétée l'année suivante par une chres- 
tomathie: Hebrâisches Lesebuch (Hebrâisches Eletnen- 
tarbuch, Theile n), 1814. La dernière édition de cette 
grammaire, publiée par l'auteur en 1842, était la trei- 
zième. Depuis, le nombre en a doublé. La 14 e fut 
publiée par E. Rcediger en 1845, ainsi que les huit sui- 
vantes (la 21 e a paru en 1872), la 27 e et les suivantes 
depuis 1878 par E. Kautzsch. Voici le titre de la dernière : 
Wilhelm Gesenius' Hebràische Grammatik vollstândig 
umgearbeitet von E. Kautzsch, 26 e édit., Leipzig, 1896. 
— La 11 e édition de YHebrâisches Lehrbuch a été donnée 
en 1873, à Leipzig, par Heiligstedt. — Gesenius avait pu- 
blié en 1818, comme supplément à sa grammaire : Voll- 
stândige Paradigmen des regelmâssigen und unregel- 
mâssigen Verbi der hebrâischen Sprache, in-8", Halle, 
1818; nouvelle édition, 1819. — On a reproché avec 
raison à Gesenius un système grammatical trop artificiel; 
les neut déclinaisons qu'il a admises en hébreu , par 
exemple, etc., sont des subtilités sans fondement. Mais 
il n'en a pas moins rendu les plus grands services à 
l'étude de l'hébreu et inauguré une ère nouvelle dans 
la philologie sémitique au point de vue grammatical 
comme au point de vue lexicologique. — Les éditeurs de 
sa Grammaire l'ont d'ailleurs profondément modifiée 
depuis 1845 dans les diverses éditions qu'ils ej ont don- 
nées. — A ces travaux lexicographiques et grammaticaux, 
se rattachent deux autres ouvrages de valeur, dont le pre- 
mier est l'introduction au second : Geschichte der he- 
brâischen Sprache und Schrift, in -8°, Leipzig, 1815; 
Ausfûhrliches grammatisch-kritischesLehrgebàude der 
hebrâischen Sprache, mit Vergleichung der verwand- 
ten Dialekt, in-8», Leipzig, 1817. 

3° Gomme exégète, Gesenius a commenté Isaïe : Der 
prophet Jesaia, ùbersetzt und mit einem vollstândigen 
philologisch- kritischen und historischen Commentar 
begleitet, 3 in-8», Leipzig, 1820-1821; 2" édit., 1829. Le 
commentateur est un habile philologue et un savant in- 
terprète, mais il ne réussit pas aussi bien à faire res- 
sortir la pensée du prophète qu'à expliquer littéralement 
son langage. Il rejette l'authenticité de plusieurs cha- 
pitres d'Isaïe. — On a aussi de Gesenius une édition de 
la Genèse : n>WNna, Genesis, Hebraice ad optima exenv- 
plaria accuratissime expressa, in-8», Halte, 1828, ainsi 
que de Job : 3->n liber, ad optima exemplaria accura- 
tissime expressus, in-8°, Halle, 1829. 

4° La langue arabe lui doit aussi quelques contributions. 
Dès 1810, il publia Versuch ûber die maltesische Sprache, 
zur Beurtheilung der neulich wiederholten Behauptung, 
dass sie ein Veberrest der altpunischen sei, und au 
Beytrag zur arabischen Dialeklologie, in-8», Leipzig, 
1810, où il démontra, contrairement à l'opinion reçue 
•alors, que le maltais n'était ni du punique, ni du phénicien, 
mais un dialecte arabe corrompu. — Il fit paraître plus 
tard : De Bar Alio et Bar Bahlulo lexicographis Syro- 
Arabicis ineditis commentatio, 2 parties in-4°, Leipzig, 
1834-1839. — Mais il s'occupa plus particulièrement des 
deux idiomes sémitiques qui ont le plus d'affinité avec 
l'hébreu biblique, le samaritain et le phénicien. Il pu- 
blia parmi ses premiers travaux (ce fut sa thèse de doc- 
torat) : De Pentateuchi Samaritani origine, indole et 
auctoritate commentatio philologica critica, in -4", 
Halle, 1815; et dans la suite : Programma. Commen- 
tatio de Samaritanorum theologia, ex fontibus ineditis, 
in-4», Halle, 1824; Carmina samaritana e codicibus 
Londinensibus et Gothanis edidit et interpretatione 
latina cuni commentario illustravit ( fascicule i des 
Anecdota orientalia), in-4», Leipzig, 1823 (1825). On a 
de lui sur le phénicien : Programma. De inscriplione 
phomicio-grxca in Cyrenaica nuper reperta ad Carpo- 
eratianorum hseresin pertinente commentatio, in-4», 
Halle, 1825; et, dix ans plus tard, ses Palâographische 
Studien ûber Phônizische und Punische Schrift, in-4°, 
Leipzig, 1835; Disputatio de inscriptione punico-libyca, 



in-4», Leipzig, 1835. Enfin, en 1837, il fit paraître ses 
Scripturse UnguSeque Phœnicise monumenta, quotquot 
supersunt, édita et inedita, additisque de Scriptura et 
lingua Phcenicum commentar lis, 3 in-4°, Leipzig, 
1837. 

5» Gesenius traduisit aussi en allemand les voyages en 
Syrie et en Palestine de Burckhardt en y ajoutant des 
notes importantes sur la géographie biblique : J. L. Bur- 
khardt, Reisen in Syrien, Palàstina und die Gegend des 
Berges Sinai. Aus dem Englischen herausgegeben und 
mit Anmerkungen begleitet von W. Gesenius (t. xxxiv 
et xxxvm de la Bibliothek der neuesten und wichtigsten 
Reisébeschreibungen), 2 in-8», Weimar, 1823-1824. — 
Nous devons enfin mentionner parmi les travaux de 
Gesenius plusieurs articles dignes de remarque, publiés 
dans l'Allgemeine Encyklopâdie d'Ersch et Gruber (en 
particulier l'article Zabier du prospectus) et dans l'A 11- 
gemeine Literaturzeitung de Halle (spécialement l'ar- 
ticle sur la Grammaire égyptienne de Champollion, en 
1837). — Voir Gesenius, eine Erinnerung an seine 
Freunde (œuvre anonyme de R. Haym [R. Gartner]), 
in-8», Berlin, 1843; Fr. A. Eckstein, dans Ersch et Gruber, 
Allgemeine Encyklopâdie, sect. i, t. lxiv, p. 3-9; 
H. Gesenius, Wilhelm Gesenius, Ein Erinnerungsblatt 
an den iOO jâhrigen Geburstag, Halle, 1886. 

F. Vigouroux. 

GESSEN (hébreu : Go'éên; Septante : renéji, Teaiv), 
territoire égyptien habité par les Hébreux depuis l'ar- 
rivée de Jacob jusqu'à l'exode. 

I. Données bibliques. — C'est Joseph qui prend l'ini- 
tiative de désigner, comme futur séjour de sa famille, 
le pays de Gessen, que les Septante appellent Teoiij. 
'Apaêi'as. Gen., xlv, 10. Averti de l'arrivée des frères de 
Joseph, le pharaon s'engage à leur donner « ce qu'il 
y a de meilleur au pays d'Egypte », de sorte qu'ils puis- 
sent « manger la graisse du pays », sans avoir à regretter 
la contrée qu'ils abandonnent. Gen., xlv, 18, 20. Jacob 
et les membres de sa famille viennent en Egypte au 
Dombre de soixante-dix, et Joseph se rend en Gessen 
au-devant d'eux, d'après les Septante : -xad' 'Hptiwv 
miXiv, eU yîiv 'Pajiemri). Gen., xlvi, 27-29. Il leur recom- 
mande de déclarer au pharaon qu'ils sont pasteurs, par 
conséquent d'une condition abominable aux yeux des 
Égyptiens, afin qu'il les fasse habiter dans le pays de 
Gessen. Gen., xlvi, 34. Les frères de Joseph parlent en 
ce sens au pharaon ; celui-ci leur permet de s'établir 
dans le pays de Gessen. Joseph attribue, en conséquence, 
des possessions à sa famille « dans le pays d'Egypte, 
dans la meilleure partie du pays, dans la contrée de 
Ramsès, comme le pharaon l'avait ordonné ». Gen.,XLVir, 
4, 6, 11. Jacob y habita et sa famille s'y multiplia beau- 
coup. Gen., xlvii, 27. Après 430 ans de séjour dans le 
pays de Gessen, les Hébreux étaient devenus très nom- 
breux. Leur prospérité porta ombrage au pharaon qui 
ordonna de les accabler de travaux et de leur faire con- 
struire, avec des briques, les villes de Phithom et de 
Ramsès. Exod., i, 9, 11. Pour se soustraire à la persé- 
cution, les Hébreux sortirent d'Egypte au nombre de 
600000 hommes de pied, sans compter les enfants. 
Exod., XII, 37, 38. Partis de Ramsès et de Socoth, ils 
passèrent par Ètham, puis campèrent à Phihahiroth, en 
face de Béelséphon, sur le bord de la mer Rouge. Exod., 
xiii, 20; xiv, 2. 

II. Le pays de Gessen. — 1° Identification. — Le 
pays de Gessen est le pays compris entre la branche la 
plus orientale du Nil ou branche Pélusiaque et le désert. 
Voir fig. 45 et cf. la carte d'Egypte, t. u, col. 1604. Les 
fouilles pratiquées dans cette région en 1883 et 1885 par 
M. Ed. Naville,pour le compte de l'Egypt Exploration 
Fund, ont rendu cette identification indubitable. Les 
fouilles ont commencé sur l'emplacement de l'ancienne 
Pisapti, aujourd'hui Saft el-Hennéh, à environ une 
douzaine de kilomètres à l'est de Bubaste, près de Za- 



219 



GESSEN 



220 



gazig. Pisapti était la capitale du nome de Souptî, 
« l'Épervier couronné, » probablement le même que le 
nome d'Arabie. Or le nom primitif de Saft el-Hennéh, 
tel que l'ont révélé les monuments exhumés des ruines, 

était Kesem, J$_ V Q ou ^ *?, nom dont la re- 
production phonétique est plus fidèle dans les Septante, 
re(7£(i, que dans l'hébreu, gosén. Le nome de Soupti ou 
Sopt, identifié par H. Brugsch avec le nome d'Arabie, 
ne figure pas encore dans la liste des nomes de l'époque 
de Séti I er , père de Eamsès II. Ce nom ne lui fut donné 
que plus tard et c'est celui que reproduisent les Sep- 
tante, bien placés pour être exactement informés : 
Tsirèjji 'Apa^faç. Le village antique de Kesem a donc 
donné son nom à tout le pays. E. Naville, The shrine 




45. — Carte de la Terre dé Gessen, d'après M. Ed. Naville. 

of Saft el Henneh and the land of Goshen, Londres, 
1887, p. 18, 66. — La ville de Phithom, ou Pa-Toum, 
« demeure du dieu Toum, » a été retrouvée dans les 
ruines de Tell el-Maskhouta, sur la rive occidentale du 
lac Timsah. Phithom était le nom sacré de la ville; son 
nom profane était Toukou. C'est cette ville que les 
Septante nomment 'Hptôwv 7t<SXic, Héroopolis, nom sous 
lequel on désignait Phithom de leur temps. Voir Phithom 
et E. Naville, The store-city of Pithom, Londres, 1885. 
Sur les autres noms de localités mentionnées à propos 
du pays de Gessen, voir Béelséphon, Éthak, Ramessès, 
Sochqth. — Les limites du pays de Gessen n'étaient pas 
exactement définies. Ebers, Durch Gosen zum Sinai, 
1881, p. 73-74, 488-513, et Naville, The shrine of Sait el 
Henneh, p. 14-20, l'intercalent entre Héliopolis au sud, 
Bubaste à l'ouest, Tanis et Mendès au nord. Les 
Hébreux occupèrent la région située à l'est de la 
branche Pélusiaque du Nil. Il n'est en effet question 
d'un passage du Nil ni à l'arrivée de Jacob, ni au départ 
des Hébreux pour le désert. Ils s'étendirent toutefois 
jusqu'à Tanis, à l'ouest de la branche Pélusiaque, ainsi 
que le suppose le Psaume lxxvii, 12, 43. Au moment de 
l'exode, les Hébreux qui habitaient ce district se re- 
plièrent du côté de Ramessès et de Phithom, pour re- 
joindre le gros de la nation. La terre de Gessen avait 
d'ailleurs été providentiellement choisie, au bord du 
désert, afin que les Hébreux pussent quitter l'Egypte 
glus aisément. Le pays n'était pas alors occapé par les 
Egyptiens, ce qui permit à Joseph de le faire attribuer 



sans difficulté à sa famille. Le nome d'Arabie, comme 
nous l'avons vu plus haut, ne figurait pas encore dans 
le cadastre égyptien même à l'époque de Séti I« r , quatre 
siècles après l'arrivée de Jacob et des siens. Tout au 
plus s'y trouvait-il quelques fortins destinés à protéger 
la frontière contre les incursions des Bédouins du . 
désert. — Les Septante placent Phithom ou Héroopolis 
dans la « terre de Ramessès », èv ffl 'Pajieuirî). C'est 
qu'en effet Ramsès II avait sa résidence favorite dans le 
Delta oriental. Il couvrit toute cette région de monu- 
ments dans les ruines desquels on retrouve partout ses 
statues et ses cartouches. La terre de Ramessès avait des 
limites plus étendues que Gessen; mais le pays habité 
par les Hébreux plaisait à l'ambitieux monarque, et c'est 
pour satisfaire à la fois son orgueil et son antipathie 
contre les fils de Jacob qu'il assujettit ces derniers à de 
dures corvées et leur fit bâtir les villes de Ramessès et 
de Phithom. Naville, The shrine of Sait el Henneh, 
p. 18, 20. 

2° Fertilité. — Le texte sacré insiste sur la fertilité 
de la terre de Gessen. Quand les Hébreux furent dans 
le désert, ils murmurèrent en disant : « Nous nous 
rappelons les poissons que nous mangions en Egypte et 
qui ne nous coûtaient rien, les concombres, les melons, 
les poireaux, les oignons et les aulx. » Num., xi, 5. Plus 
tard, ils répétèrent encore : « Pourquoi nous avoir fait 
monter d'Egypte en ce triste pays? On n'y peut rien 
semer et il n'y a ni figuier, ni vigne ni grenadier, pas 
même d'eau à boire ! » Num., xx, 5. Enfin, bien que la 
terre de Chanaan soit représentée comme un pays où 
coulent le lait et le miel, Exod., m, 8, 17, Moïse n'en 
dit pas moins aux Hébreux : « Le pays dont vous allez 
prendre possession n'est pas comme le pays d'Egypte 
d'où vous êtes sortis, et où il n'y avait qu'à jeter la 
semence dans les champs et à arroser du pied (voir 
t. H, col. 1609), comme un jardin potager. » Dent., xi, 
10. Cette manière de parler suppose que le pays de 
Gessen était d'une fertilité merveilleuse. Il en est encore 
de même aujourd'hui, partout où l'irrigation, dont 
Moïse fait mention, peut être pratiquée. Actuellement, il 
est vrai, «^dans cette région on ne voit de culture que 
sur deux bandes étroites. L'une longe le fleuve sur un 
parcours de cent soixante kilomètres, depuis Hélouan au 
sud jusqu'à Salahyëh au nord ; sa largeur moyenne est 
d'environ huit kilomètres. L'autre , le ouadi Toumilat, 
s'étend de l'ouest à l'est sur une longueur de cinquante 
kilomètres, depuis Abou-Hammed jusqu'au lac Timsah, 
et n'a que deux ou quatre kilomètres de large. » Jullien, 
L'Egypte, Lille, 1891, p. 107. 

C'est surtout dans ces deux vallées, dont la superficie 
représente environ quinze cents kilomètres carrés, que 
se développait la culture de tous les végétaux indiqués 
par la Bible et encore aujourd'hui si aimés des fellahs. 
Un ancien canal, dont on a retrouvé les traces, arrosait 
l'ouadi Toumilat et y portait la fertilité, Chaque année, 
à l'époque de l'inondation (juillet- octobre), les eaux 
submergeaient le sol des vallées; on plantait dès qu'elles 
avaient baissé et la récolte se faisait de mars à juin. Les 
poissons, que regrettent les Hébreux au désert, abon- 
daient dans les canaux dérivés du Nil, si bien que la 
ville florissante dé Zagazig a tiré son nom du Zaghzigh, 
petit poisson qui se pêche dans les eaux voisines. Les 
Hébreux habitaient, comme leurs successeurs actuels 
dans la terre de Gessen, dans des huttes fabriquées avec 
du limon desséché et bâties sur un petit talus qui s'éle- 
vait au-dessus du niveau de l'inondation annuelle. Chaque 
habitation avait son amm, ou enclos dé verdure ména- 
geant à la famille l'ombre et la fraîcheur. En dehors des . 
deux vallées du Nil et de Toumilat, le pays est en ma- 
jeure partie envahi par les sables du désert, bien qu'aux 
environs de Salahyèh, à l'ouest du canal de Suez, se 
trouvent de superbes forêts de palmiers dont les dattes 
ont des dimensions extraordinaires. Le canal d'Ismaï- 



221 



GESSEN — GESSURI 



222 



liéh, qui suit l'ouadi Toumilat, a, tout d'abord, paru 
rendre à la vallée son ancienne fertilité. Mais on s'est 
bientôt aperçu que ses eaux se chargeaient du sel dont 
est imprégné le sable du désert et ne tardaient pas à 
arrêter toute végétation. Jullien, L'Éypte, p. 110. Il n'en 
était pas ainsi autrefois, quand les canaux bien entre- 
tenus développaient la culture, et que celle-ci opposait 
une digue à l'envahissement du sable. La terre de Ges- 
sen était alors cultivable sur une grande partie de sa 
superficie, et au moyen de l'antiquevschadouf, voir t. n, 
col. 1607, 1609, on faisait arriver l'eau et, par consé- 
quent, la fertilité, même dans les terres situées au-dessus 
du niveau des canaux d'irrigation. — Les premiers Hé- 
breux qui arrivèrent dans le pays de Gessen, au nombre 
de soixante-dix seulement, trouvèrent aisément dans les 
vallées la nourriture nécessaire à leurs troupeaux. A 
mesure qu'ils se multiplièrent, ils étendirent leurs cul- 
tures et il n'y a pas à s'étonner si, au bout de quatre 
siècles, plus d'un million d'Hébreux trouvèrent à vivre 
de pêche, de culture, d'élevage et aussi de commerce et 
d'industrie dans le pays attribué à leurs pères et consi- 
déré par le pharaon contemporain de Joseph comme 
« ce qu'il y a de meilleur au pays d'Egypte ». Gen., xlv, 
18. Il est vrai que le souverain fit en même temps une 
bonne opération politique. La terre de Gessen était in- 
festée par les incursions périodiques des Bédouins pil- 
lards. C'est probablement une des raisons pour lesquelles 
les Égyptiens ne l'habitaient pas. Les Hébreux devinrent , 
les gardiens naturels de la frontière de ce côté. « Les 
Bnè-Israël prospérèrent dans ces parages si bien adaptés 
à leurs goûts traditionnels... Ils n'y subirent pas le sort 
de tant de tribus étrangères qui, transplantées en Egypte, 
s'y étiolent et s'éteignent, ou se fondent dans la masse 
des indigènes au bout de deux ou trois générations. Us 
continuèrent leur métier de bergers, presque en vue 
des riches cités du Nil, et ils n'abandonnèrent point le 
Dieu de leurs pères pour se prosterner devant les triades 
ou les ennéades des Égyptiens. » Maspero, Histoire an- 
cienne des peuples de l'Orient classique, Paris, 1897, 
t. il, p. 72. — Voir Vigouroux, La Bible et les décou- 
vertes modernes, Paris, 1896, t. il, p. 215-234; Ebers, 
Durch Gosen zum Sinai, Leipzig, 1881 ; E. Naville, The 
shrine of Saft el Henneh and the land of Goshen, Lon- 
dres, 1887; The store-city of Pithotn, Londres, 1885; 
Egypt Exploration Fund, Report of first gênerai mee- 
ting, Londres, 1883; Baedeker. Unter-Aegypten, Leipzig, 
1877, t. i, p. 37, 41 ; Jullien, L'Egypte, Lille, 1891, p. 105- 
128; Le Camus, Notre voyage aux pays bibliques, Paris, 
1894, p. 131-150. H. Lesêtre. 

GESSNER Salomon, théologien luthérien, né à 
Bunzlau en Silésie, le 8 novembre 1559, mort le 7 fé- 
vrier 1605 à Wittenberg, où il était professeur de 
théologie à l'Université. Voici quelques-uns de ses ou- 
vrages : Daniel propheta disputationibus xu et prse- 
fatione chronologica breviter explicatus, in-4°, Wit- 
tenberg, 1601; Hoseas illustrants, in-8°, Wittenberg, 
1601; Disputationes xxxvm in Genesim, in-4°, Wit- 
tenberg, 1604; Paraphrasis et expositio in Nahum, 
in-8», Wittenberg, 1604; Commentationes in Psalmos 
Davidis, in academia Wittenbergensi publiée prxlectse, 
in-f., Wittenberg, 1605; Conwentarius in Joe'lem, 
in-8», Wittenberg, 1614; Commentarius in Obadiam, 
in-8», Hambourg, 1618. Ces deux derniers ouvrages 
furent publiés après la mort de leur auteur par les 
soins de Paul Gesner. — Voir Walch, Biblioth. theola- 
gica, t. iv, p. 453, 494, 555, 568, etc. 

B. Heurtebize. 

GESSUR (hébreu : GeSûr; Septante : Tsantp, 
reSoo'jp, reuffoûp), petit royaume araméen, qui formait, 
avec celui de Maacha, la frontière nord-ouest de Basan, 
et dont le roi, Tholmaï, donna sa fille en mariage à 
David. II Reg., m, 3; I Par., m, 2. De cette union naquit 



Absalom, qui, après le meurtre d'Amnon, alla se ré- 
fugier près de son grand-père, et y resta trois ans. 
II Reg., xili, 37, 38. C'est là que Joab alla le chercher. 
II Reg., xiv, 23, 32; xv, 8. Le nom ethnique est, en 
hébreu, hag-Gesâri, avec l'article et toujours au sin- 
gulier, Deut., m, 14; Jos., xu, 5; xm, 11, 13; hâ- 
'Asûrî, II Reg., n, 9 (probablement une faute de copiste, 
que la Vulgate et la version syriaque ont corrigée) ; Sep- 
tante : Codex Vaticanus, rap^aa-eî, Deut., m, 14; Tep- 
yecrsf, Jos., xii, 5; Tsusipsi, Jos., xm, 11, 13; Oacretpet, 
II Reg., il, 9; Codex Alexandrinus, Tap-fao-ei, Deut., m, 
14; reo-oupî, Jos., xii, 5; xm, 11, 13; @a<roùp, II Reg., 
n, 9; Vulgate : Gessuri, partout. D'après ces derniers 
passages, nous savons que Gessur se trouvait sur la 
frontière d'Argob, Deut., m, 14; sur la limite de Basan, 
royaume d'Og, Jos., xu, 5; près de Galaad, II Reg.,n, 9; 
entre Galaad et l'Hermon. Jos.,xm,ll. Ce district confi- 
nait ou appartenait à la Syrie, II Reg., xv, 8; l'expres- 
sion : Gesûr ba-'Arâm (Vulgate : Gessur Syrise), a pour 
but sans doute de le distinguer du territoire de même 
nom situé au sud de la Palestine. Jos., xm, 2; I Reg., 
xxvii, 8. Voir Gessuri 2. Il semble que cet État fut in- 
dépendant du royaume d'Og. Jos., xu, 5. Les Israélites 
épargnèrent les habitants, Jos., xm, 13, qui, à une cer- 
taine époque, s'emparèrent des villes de Jaïr et d'autres 
cités. I Par., n, 23. Au temps de David, nous voyons un 
roi à la tête du pays. II Reg., m, 3. Abner cependant 
avait réussi à y implanter l'autorité éphémère d'Isbo- 
seth. Il Reg., n, 9. — Quelques auteurs identifient 
Gessur avec le Ledjah, contrée singulière, sauvage et 
volcanique, qui s'étend au nord-ouest du Djebel Hauran, 
et qui correspond à l'ancienne Trachonitide. Voir Argob, 
t. i, col. 950. Rapprochant l'hébreu Gesûr de l'arabe 
djisr, « pont, » ils voient dans le district araméen dont 
nous parlons un « pays de ponts », dénomination qui, 
d'après eux, conviendrait au Ledjah, où les coulées de 
lave ont formé comme des ponts naturels au-dessus de 
nombreux et étroits défilés, et au milieu duquel une 
ville porte encore le nom de Djisréh. Cf. K. Furrer, 
Zur ostjordanischen Topographie, dans la Zeitschrift 
des Deutschen Palàstina-Vereins, Leipzig, t. xm, 1890, 
p. 198. J. L. Porter, dans Kitto, Cyclopsedia of Biblical 
Literature, Edimbourg, 1869, t. n, p. 118, assimile éga- 
lement Gessur à la partie septentrionale de la même 
région et de la plaine voisine jusqu'au [Pharphar. Nous 
croyons que la raison étymologique n'a aucune valeur, 
et que le royaume de Tholmaï était à l'ouest de Basan 
plutôt qu'à l'est. D'autres prétendent que c'est le pays 
appelé maintenant le Djéidûr, l'ancienne Iturée, ou la 
plaine qui s'étend au sud de l'Hermon. Cf. C.'R. Conder, 
dans Smith, Dictionary of the Bible, 2» édit., Londres, 
1893, t. n, p. 1169. Pour d'autres enfin, c'est le Djoldn 
actuel, l'ancienne Gaulanitide. Cf. H. Guthe, Dr. A. Stû- 
bel's Reise nach der Diret et-Tulul und Hauran, 1882, 
dans la Zeitschrift des Deutschen Palàstina-Vereins, 
t. xii, 1889, p. 233; Zur Loge von Gessur, dans la même 
revue, t. xm, 1890, p. 285. Nous nous rallions volontiers 
au sentiment de J. G. Wetzstein, Reisebericht ûber Hau- 
ran und die Trachonen, Berlin, 1860, p. 82, qui place 
Gessur dans la région septentrionale du Djolàn depuis 
ElrQonéitrah jusqu'au pied de l'Hermon. Cette hypo- 
thèse ressort des passages de l'Écriture où Gessur est 
mentionné avec Galaad comme une des contrées trans- 
jordaniennes, II Reg., il, 9, et principalement cité entre 
Galaad et le mont Hermon. Jos., xm, 11. 

A. Legendre. 
GESSURI (hébreu : hag-Gesûrî, avec l'article), nom 
de deux peuplades situées, l'une à l'est du Jourdain, 
l'autre au sud de la Palestine. 

1. GESSURI, nom des habitants du Gessur, district 
araméen situé à l'est du Jourdain, entre Galaad et le 
grand Hermon. Deut., m, 14; Jos., xii, 5; xm, 11, 13; 



223 



GESSURI — GETH 



224 



II Reg., H, 9. Voir Gessur. Le texte reçu et certains ma- 
nuscrits des Septante portent rapvaaeî, repyedec, Deut., 
m, 14; Jos., xii, 5, ce qui suppose, au lieu de nwfs, Ge- 

ëûrî, la lecture nti~a, Girgâsi, nom des « Gergéséens », 

peuple de la Palestine, mais que quelques auteurs ont 
voulu placer également sur la rive orientale du lac de 
Tibériade. Voir Gergéséen. Le texte hébreu, II Reg., 
h, 9, prête matière à difficulté. Voir Assarim, t. i, 
col. 1148, Nous y lisons, en effet, HltfNTi, hâ-Asûri, ce 

qui ne'peut évidemment se rapporter ni à l'Assyrie ni à 
la tribu arabe des Assurim, Gen., xxv, 3, sur lesquelles 
Abner ne pouvait établir l'autorité d'Isboséth. Le chal- 
déen a traduit : 'al debèf 'Asêr, « sur la maison ou la 
tribu d'Aser; » deux ou trois manuscrits seulement 
donnent >"WNn. Cf. B. Kennicott, Vêtus Testant, heb. 
cum variis lectionibus, Oxford, 1776, t. î, p^ 563; S. Da- 
vidson, The hebrew text of the Old Testament, Londres, 
1855, p. 62. Plusieurs auteurs, comme Kôhler, Kam- 
phausen, Budde, admettent cette leçon, hâ-'ASêrî (cf. 
Jud., i, 32). Mais il faut supposer dans ce cas, ce qui 
n'est pas prouvé, que le nom d'Aser désignait l'ensemble 
des trois tribus du nord de Chanaan. On a prétendu 
aussi qu'il s'agit de la ville d'Aser, sur la frontière de la 
demi-tribu de Manassé occidental, Jos., xvn, 7, au sud- 
est de Jezraël. Mais pourquoi l'auteur sacré aurait-il 
mêlé à des contrées bien connues, comme Galaad, 
Jezraël, Ephraïm, une ville, et une ville presque in- 
connue, mentionnée une seule fois dans l'Écriture? La 
Vulgate et la version syriaque ont lu hag-GeSûrî. Nous 
avons tout lieu de croire que c'est la vraie leçon. Le 
. texte des Septante, Codex Vatieanus : ©ctaetpà} Codex 
Alexandrinus : ©airoup, fautif comme l'hébreu, ne peut 
en rien nous éclairer. A. Legendre. 

2. GESSURI (Septante : Codex Vatieanus, à reueipst, 
Jos., xiii, 2; 6 reueipl, I Reg., xxvn, 8; Codex Alexan- 
drinus, Vtao\ip\, Jos., xiii, 2; Teirepe!, I Reg., xxvn, 8), 
nom d'une tribu qui habitait au sud de la Palestine. 
Jos., xiii, 2; I Reg., xxvn, 8. Dans le premier passage, 
où il s'agit des limites de la Terre Promise, Gessuri est 
nommé avec le pays (hébreu : gelilôt, « cercles » ou 
« districts ») des Philistins, et les deux territoires 
forment une contrée s'étendant « depuis le fleuve (hébreu : 
has-sîhôr) qui coule devant l'Egypte (c'est-à-dire l'ouadi 
el-Arisch) jusqu'aux confins i"Éqrôn ou Accaron vers 
le nord, et appartenant à Chanaan ». Dans le second, la 
tribu est mentionnée avec Gerzi et les Amalécites, comme 
une de celles que David envahit et ravagea, alors qu'il 
habitait chez les Philistins. Elle occupait donc bien la 
région méridionale, et ainsi né saurait être confondue 
avec celle qui se trouvait à l'est du Jourdain, entre 
Galaad et le mont Hermon. Voir Gessuri 1, Gessur et 
Geliloth. A. Legendre. 

GETH (hébreu : Gaf ; Septante : ré8 partout, excepté 
I Reg., vu, 14, où le texte reçu et le Codex Vatieanus 
portent 'AÇôg; Codex Alexandrinus, Tée), une des cinq 
villes principales des Philistins, I Reg., vi, 17, etc., ap- 
pelée Gaf PeliHîm, rè8 àXXoçûXwv, Geth Palxstinorum, 
dans Amos, vi, 2. 

I. Nom. — Le mot Gaf est la forme contracte de Génét, 
comme ba(, « fille, » est mis pour bênét. Il est ordinai- 
rement rendu par « pressoir ». Cf. II Esd., xm, 15; 
Joël, m, 13. Il pourrait être aussi la contraction d'une 
forme Gannat, Gannâh, « jardin. » Ce nom semble 
avoir été assez répandu dans la Palestine. La Bible 
mentionne plusieurs villes qui le portaient et, pour les 
distinguer entre elles, fait suivre le nom d'un détermi- 
natif : Gaf ha-Ifêfér, Gethhépher, Jos., xrx, 13; IV Reg., 
xiv, 25; Gaf Rimmôn, Gethremmon. Jos., xix, 45. Les 
documents égyptiens et assyriens nous montrent qu'il 
devait y en avoir d'autres encore. Les listes hiérogly- 



phiques de Karnak contiennent trois Kentu ou Ganutu, 
n» 8 63, 70, 93. Ct A. Mariette, Les listes géographiques 
des pylônes de Karnak, Leipzig, 1875, p. 32, 34, 39. L'un 
de ces trois noms représenterait-il la vieille cité philis- 
tine dont nous parlons? On ne sait au juste; il n'est 
même pas sûr qu'ils désignent des bourgades spéciales. 
Cf. G. Maspero, Sur les noms géographiques de la Liste 
de Thoutmos 111 qu'on peut rapporter à la Judée, 
extrait des Transactions of the Victoria Instilute, or 
philosophical Society of Great Britàin, Londres, 1888, 
p. 3; W. Max Mûller, Asien und Europa nach altâ- 
gyplischen Denkmâlern, Leipzig, 1893, p. 159, 393. On 
trouve dans les tablettes de Tell el-Amarna une GintU 
kirmil, « Gath du Carmel, » et une simple Gimti, Ginti, 
qui est peut-être Geth. Cf. H. Winckler, Die Thontafeln 
von Tell el-Amarna, Berlin, 1896, tabl. 181, 183, 185, 
p. 310, 312, 314. On peut reconnaître la même ville dans 
les inscriptions ennéiformes, celles de Sargon en parti- 
culier, citant Gimtu avec Azot. Cf. Fried. Delitzsch, Wo 
lag das Paradies? Leipzig, 1881, p. 290; E. Schrader, 
Die Keilinschriften und das Aile Testament, Giessen, 
1883, p. 166, 444. Josèphe appelle Geth Htra, rftrr), Ant. 
jud., VI, i, 2; xii, 2; IX, vm, 4. 

II. Identification: — I e Difficultés. — L'emplacement 
de Geth est encore un problème. Aucun passage de 
l'Écriture ne permet de le résoudre. On sait générale- 
ment que cette ville était la plus rapprochée du terri- 
toire des Hébreux, qu'elle constituait ainsi le poste 
avancé des Philistins du côté de l'est. On l'a cherchée, 
on la cherche encore actuellement au moyen de fouilles, 
dans le triangle formé par Beit Djibrin au sud, Tell es- 
Safiyéh à l'ouest, et Tell Zakariya à l'est. Nous ne 
parlons, bien entendu, que des opinions les mieux 
fondées, négligeant les nombreuses conjectures plus ou 
moins sérieuses émises à ce sujet. L'histoire a perdu de 
bonne heure toute trace de cette ville; voilà pourquoi 
les données traditionnelles sont si vagues, si incertaines, 
quand elles ne sont pas contradictoires. Eusèbe et saint 
Jérôme, qui sont d'ordinaire les grands témoins de la 
tradition, ont de tels tâtonnements pour Geth qu'ils ne 
savaient pas au juste, on le voit bien, où la placer. Ainsi 
dans YOnomasticon, Gœttingue, 1870, p. 127, 244, ils 
nous disent qu'elle subsistait encore de leur temps 
comme bourgade au cinquième mille (plus de sept kilo- 
mètres) d'Éleuthéropolis (aujourd'hui Beit Djibrîn), sur 
la route qui allait de cette localité à Diospolis {Lydda, 
Ludd). Ailleurs, au mot Teôdâ, Getha, p. 129, 246, on 
lit : « C'est là que fut transportée l'arche d'alliance, au 
sortir d'Azot ; il y a maintenant un très grand bourg 
appelé Getham, ri60â|A, entre Antipatris (Qala'at Râs 
el-'Aïn) et Jamnia (Yebna). Il en existe également un 
autre nommé Géthîm, re66ei|i. » Cette indication se 
concilie mal avec la première. Le fait biblique men- 
tionné par les auteurs montre bien qu'il s'agit de la 
Geth philistine, cf. I Sam. (Reg.), v, 8, 9; à moins qu'ils 
ne distinguent de celle-ci celle des Énacim, Jos., xi, 22, 
ce qui ne serait pas conforme à l'Écriture. En tout cas, 
la seule désignation de deux localités notoirement diffé- 
rentes prouve suffisamment qu'ils ne font là, comme 
souvent, qu'un simple rapprochement onomastique, sans 
avoir la prétention d'établir une identification précise. 
Dans un autre endroit, au mot Gethremmon, p. 128, 
246, ils assimilent cette ville, de la tribu de Dan, à un 
très grand bourg situé à douze milles (près de dix-huit 
kilomètres) de Diospolis, en se rendant à Éleuthéropolis. 
Reland, Palœstina, Utrecht, 1714, t. i, p. 493, incline 
de là à confondre Geth et Gethremmon, sous prétexte 
que, d'après l'Itinéraire d'Antonin, il y avait dix-huit 
milles de Diospolis à Éleuthéropolis, ce qui, en réalité, 
mettrait Geth à six milles ede cette dernière ville et non 
à cinq. Mais, en fait, la distance entre Lydda et Beit 
Djibrin est, à vol d'oiseau, de vingt-cinq milles, ce qui 
empêche d'identifier les deux cites. Si saint Jérôme suit 



225 



GETH 



226 



Eusèbe dans ses fluctuations, il n'est pas plus fixé sur la 
position de Geth, quand il parle en son propre nom. 
Ainsi, dans son Commentaire sur le prophète Michée, 
i, 10, t. xxv, col. 1159, il place la patrie de Goliath entre 
Éleuthéropolis et Gaza, ce qui est en contradiction. avec 
les données de YOnomasticon, à moins que Gaza ne soit 
une faute pour Gazara, Gazer, qui est sur la route de 
Diospolis. Enfin, dans sa préface sur le prophète Jonas, 
t. xxv, col. 1119, il parle de « Geth, qui est en Opher, 
pour la distinguer d'autres villes de* Geth qu'on montre 
aujourd'hui encore près d'Éleuthéropolis ou Diospolis ». 
Il faut donc conclure que tous ces témoignages ne sau- 
raient peser d'un grand poids dans la balance, il est un 
document plus grave-, mais qui, malheureusement, ne 
peut encore nous mener à une solution. C'est la carte 
mosaïque de Médaba. Elle nous montre tout près de 
Diospolis-Lydda, vers le sud, — autant qu'on peut s'en 
rapporter à cette naïve orientation, — l'image figurée 
d'un bourg avec cette légende : TéO, rj vùv rfrra, ptia 
îtoté tcûv TtlvTe caTpaTti'iov, « Geth, qui est aujourd'hui 
Gitta, autrefois une des cinq satrapies. » Mais les ren- 
seignements bibliques, tout vagues qu'ils soient, sem- 
blent bien assigner à la Geth philistine une position 
beaucoup plus méridionale. Et puis, la légende n'est- 
elle point une glose ajoutée au nom, et dont l'autorité 
serait loin de s'imposer? 

2° Opinions. — Dans ces conditions, voici les princi- 
pales hypothèses émises à ce sujet. — 1° V. Guérin, 
Judée, t. il, p. 108-113, prenant pour base la première 
assertion de VOnomasticon, celle qui place Geth à cinq 
milles au nord d'Éleuthéropolis, arrive, à sept kilo- 
mètres environ au nord-ouest de Beit Djibrin, au vil- 
lage actuel de Dhikrin, qu'il regarde comme l'emplace- 
ment de Geth. Le nom arabe n'a, à la vérité, aucun 
rapport avec l'antique dénomination, mais le site offre 
des traces considérables de sa primitive importance. 
« Des citernes, des puits et des silos creusés dans le 
roc; de vastes galeries souterraines, les unes très dégra- 
dées et à moitié détruites, les autres presque intactes ; 
les vestiges de nombreuses maisons renversées, une 
assez grande quantité de blocs de différentes dimensions 
jonchant un sol hérissé de broussailles ou planté d'oli- 
viers : tout cela, ajouté aux quarante citernes de Dhi- 
krin et aux matériaux antiques qu'on observe dans ce 
village même, atteste évidemment qu'il y avait autrefois 
en cet endroit une ville considérable, assise sur deux 
collines, et qui paraît, à cause de sa position, avoir été 
l'ancienne Gath, l'une des cinq principales cités des 
Philistins. » V. Guérin, Judée, t. H, p. 109. — 2» E. Ro- 
binson, Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856, 
t. il, p. 67, confond à tort Geth et Gethremmon en une 
seule ville, qu'il croit reconnaître, d'après les indica- 
tions de VOnomasticon, dans Deir Dubbân, un peu au 
nord-est de Dihkrin. — 3° On a cherché la cité philis- 
tine plus haut encore, à Tell Zakariyâ. Cf. K. Furrer, 
Wanderungen durch dos heilige Land, Zurich, 1891, 
p. 128-129. Ce tell s'élève sur la rive gauche du grand 
ouadi es-Samt, à l'extrémité orientale de la Séphélah, à 
l'entrée du massif de collines qui précède la chaîne des 
montagnes de Judée. Isolé sur trois côtés par des vallées 
que son sommet domine de plus de 100 mètres, il offrait 
une situation naturellement forte pour une ville antique. 
Le plateau supérieur semble avoir été aplani. Il a, en 
gros, la forme d'un triangle ; le bord, nettement déli- 
mité, garde encore les vestiges d'une enceinte, fortifiée 
même en certains points par des tours en saillie. De nom- 
breuses cavernes creusées dans la roche blanche et 
friable, des citernes, des pressoirs, l'abondance et le 
caractère des débris de poterie : tout, même avant les 
fouilles actuelles, faisait soupçonner là un établissement 
assez considérable et l'influence d'une très vieille civili- 
sation. Cf. Vincent, Les fouilles anglaises à Tell Zaka- 
riyâ, dans la Revue biblique, Paris, t, vni, 1899, p. 444. 

DICT. DE LÀ BIBLE. 



M. Bliss y a fait des découvertes très intéressantes. Cf. 
Palestine Exploration Fund, Quarterly Maternent, 
1899, p. 10-36, 89-111, 170-187. Mais il n'a trouvé aucune 
preuve positive de l'identité de Geth avec cette localité. 
— 4° Depuis Porter, Handbook for Syria, 1858, t. i, 
p. 252, on a souvent supposé que Geth pourrait bien 
être représentée par le village actuel de Tell es-Sdfiyéh, 
distant de Tell Zakariyâ de 8 à 9 kilomètres vers l'ouest. 
C'est également une position stratégique remarquable; 
dominant de 100 mètres l'ouadi es-Samt, elle commande 
toute la partie centrale de la plaine des Philistins; de 
très vieille date, elle a dû attirer l'attention des maîtres 
de la contrée. M. Bliss y a pratiqué aussi des fouilles 
pleines d'intérêt. Cf. Palestine Explor. Fund, Quart. 
Stat., 1899, p. 188-199; 317-333. C'est l'ancienne Blanche- 
Garde des croisés. L'identification avec Geth demeure 
toujours une hypothèse. Elle est cependant admise par 
les explorateurs anglais et d'autres savants. Cf. Survey 
of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, 
t. il, p. 415, 440; G. Armstrong, W. Wilson et Conder, 
Nantes and places in the Old and New Testament, 
Londres, 1889, p. 65; C. R. Conder, dans Smith, Dic- 
tionary of the Bible, 2" édit., 1893, t. H, p. 1131; 
C. Warren, dans Hastings, Dictionary of the Bible, 
1899, t. h, p. 113; R. von Riess, Bibel-Atlas, 2« édit., 
Fribourg-en-Brisgau, 1887, p. 12. — 5° On se demande 
enfin si l'introuvable Geth ne serait pas tout simplement 
Beit Djibrin. Cette hypothèse, indiquée par J. Fûrst, 
Hebrâisches Handwôrterbuch, 1876, t. i, p. 277, soute- 
nue par W. M. Thomson, The Land and the Book, 
Londres, 1881, t. i, p. 215-218, est adoptée par M. Cler- 
mont-Ganneau, Recueil d'archéologie orientale, Paris, 
1899, t. m, p. 273-278 : « Beit Djibrin, dit-il, l'antique 
Bétogabra ou Éleuthéropolis, est certainement le site 
d'une ancienne ville très importante. Or, chose singu- 
lière , elle ne figure sous aucune forme dans la Bible ; 
et, d'autre part, Geth a disparu de bonne heure de la 
tradition toponymique. Ne pourrait-on pas expliquer 
l'une par l'autre ces deux lacunes concordantes et ad- 
mettre qu'à un certain moment, Gath a changé son nom 
contre celui de Bétogabra, exactement, comme plus 
tard, à l'époque grecque, Bétogabra a changé le sien 
contre celui d'Éleuthéropolis ? Gath, la patrie de Goliath, 
le "liai, gibbôr, « le géant, » aurait pu être ultérieure- 
ment appelée Bétogabra, n-qï no, insu no, « la ville 
des géants. » On fait remarquer aussi que, tout prés de 
Beit Djibrin se trouvait Marésa, en hébreu Mârê'sâh, 
Jos., xv, 44, appelée Môréiéf Gap. Mich., i, 14. On ajoute 
enfin que le site en question répond aussi bien qu'au- 
cun des autres mis en avant, aux quelques données 
bibliques concernant la position de Geth. — Nous avons 
exposé le problème avec ses différentes solutions; les 
fouilles entreprises dans ces parages viendront peut-être 
en apporter une certaine et définitive. 

III. Histoire. — Au moment de la conquête israélite, 
Geth fut, avec Gaza et Azot, une des trois villes dans les- 
quelles Josué laissa quelques débris de la race des géants 
nommés Énacim ou fils d'Énac. Jos., xi, 22. — On peut 
croire, d'après I Par., vu, 21, que même avant cette 
époque, les Géthéens avaient eu maille à partir avec 
certaines^ tribus éphraïmites, qui étaient venues opérer 
des /razzias daus la contrée. — L'arche d'alliance étant 
tombée au pouvoir des Philistins, fut transportée d'Azot 
à Geth, qui fut aussi cruellement affligée. 1 Sam. (Reg.), 
v, 8, 9. Les habitants, comme ceux des autres villes prin- 
cipales, offrirent leur ex-voto d'or à Jéhovah. I Reg., vi, 
17. — Sous Samuel, lés Hébreux, vainqueurs des Philis- 
tins, reprirent toutes les villes que ceux-ci avaient con- 
quises sur Israël depuis Accaron jusqu'à Geth. I Reg. ; 
vil, 14. — Goliath, le géant que terrassa David, était de 
cette ville, et descendait probablement des anciens Éna- 
cim. I Reg., xvn, 4, 23. Après le combat dans lequel il 
fut vaincu, les Philistins s'enfuirent, les uns du coté 

III. - 6 



227 



GETH — GETHHEPHER 



228 



d'Accaron, les antres du côté de Geth. I Reg., xvn, 52. — 
C'est dans cette dernière cité que David, pour se dérober 
à la fureur jalouse de Saûl, se retira près du roi Achis. 
I Reg., xxi, 10, 12; xxvii, 2, 3, 4. Ce prince lui donna 
la ville de Siceleg, pour qu'il y habitât, lui et ses gens. 
I Reg., xxvn, 6, 11. — Geth était aussi là patrie d'Oïëde- 
dom, qui reçut dans sa maison l'arche d'alliance lorsque 
David la fit transporter à Jérusalem. II Règ., vi, 10, 11 ; 

I Par., xnijilS. — Le roi, fuyant devant Absalom, avait 
parmi ses gardes du corps six cents Géthéens qui, avec 
leur chef Éthaï, montrèrent un grand dévouement. II 
Reg., xv, 18, 19, 22; xviii, 2. — Sa quatrième campagne 
contre les Philistins fut dirigée contre Geth, II Reg., 
XXI, 20, 22; I Par., xx, 6, 7, qui d-'ja autrefois était 
tombée en son pouvoir. I Par., xvm, 1. — Roboam en re- 
leva les remparts et en fit une Ville forte. II Par., xi, 8. 

— Sous le règne de Joas, Hazaël ,roi de Syrie, s'en rendit 
maître, et de là se dirigea sur Jérusalem. IV Reg,, xii,17. 

— Les Philistins durent la reprendre bientôt, car Ozias, 
fils d'Amasias, roi de Juda, en les comhattant, détruisit 
les murailles de la ville, ainsi que celles de Jabnia et 
d'Azot. II Par., xxvi, 6. — Dans la suite, Geth s'efface peu 
à peu de l'histoire. Quand les prophètes annoncent les 
malheurs dont les Philistins vont être accablés, ils citent 
les quatre autres métropoles, sans faire mention de 
celle-ci. Cf. Jer., xxv, 20; Soph., n, 4; Zach., ix, 5, 6. 
Seul, Amos, vu, 2, la cite encore. Sur Michée, i, 10, 14, voir 
Morescheth-Gath, t. îv, col. 1279. — Sur l'expression 
'al-hag-gi((î( (Vulgate : pro torcularibus), qui se trouve 
dans le titre des Ps. vin, 1, etc., voir Ghtith. 

■ . . A. Legendre. 

GÉTHAÏM (hébreu : Gipfâtm, « les deux pressoirs, » 

II Esd., xi, 33; Giptâyemâk, avec hé local, II Reg., tv, 
3; Septante : r£9ai[n,; Codex Vaticanus, TeWii; Codex 
Alexandrinm, re86efix, II Reg., rv, 3; TeOSaiti, II Esd., 
xi, 33), ville mentionnée incidemment, II Reg., iv, 3, 
comme le lieu de refuge des habitants de Béroth, con- 
traints de s'exiler, peut-être à l'occasion du massacre des 
Gabaonites par Saûl. II Reg., xxi, 1. Elle fut habitée plus 
tard par les Benjamites après leur retour de la captivité. 
II Esd., xi, 33. Dans ce dernier passage, elle est citée, 
avec Asor et Rama, après d'autres localités delà tribu 
de Benjamin. Mais il ne faudrait pas en conclure qu'elle 
appartenait primitivement à cette tribu. Les noms qui 
suivent, en effet, c'est-à-dire Hadid, Neballat, Lod, Ono, 
nous transportent dans la tribu de Dan. Il est probable, 
ensuite, que les Bérothites n'allèrent pas chercher un abri 
dans les environs d'Asqr (Khirbet Hazzur) et de Rama 
(Er-Ram), c'est-à-dire à peu de distance de leur propre 
ville, au centre même du danger pour eux. R. J. Schwarz, 
Dos heilige Land, Francfort-sur-le-Main, 1852, p. 103, 
identifie Géthaïm avec Ramléh, qui, d'après certaines 
traditions juives, serait l'ancienne Geth des Philistins. 
Cette ville, croyons-nous, était située plus au sud. Voir 
Geth. Mais il serait possible que Ramléh représentât, 
en même temps que la Gitta de la carte de Médaba, 
l'antique Géthaïm, qui se trouverait ainsi parfaitement 
dans le rayon des autres villes, Hadid (Hadithéh), 
Neballat (Beit Nebâla), Lod (Ludd), Ono (Kefr Ana). 
Voir la carte de la tribu de Dan, t. n, col. 1232. La 
cité dont nous parlons pourrait aussi être identique 
à Gethremmon (hébreu : Gaf-Rimmôn). Jos., xix, 45. 
Voir Gethremmon. — On trouve encore Tz-Aaiv., TtQaly., 
dans la version des Septante : Gen., xxxvi, 35; I Par., 
i, 46, pour l'hébreu 'Avî{, et I Reg.,xiv, 33, au lieu d'un 
verbe. Il est probable, en effet, que, dans ce dernier 
passage, Èv r&88âi|x est une mauvaise lecture du texte 
original, qui porte : nrnia, begadtém, « vous avez violé 

la loi, i> et non pas ntnia, be-Gippâim, « à Géthaïm. » 

Dans les deux cas, les autres versions donnent tort aux 
traducteurs grecs en suivant l'hébreu. 

A. Legendiie. 



GÉTHÉEN (hébreu: hag- Giffî (avec l'article); Sep- 
tante, reflaïoç, lYrtafoç ; Vulgate, Gethxm), habitant de 
Geth ou originaire de cette ville. Les Géthéens en général 
sont nommés Jos., xm, 3;ISam. (Reg.),v,8,9; les soldats 
géthéens de David, U Sam. (Reg.), xv, 18. Trois per- 
sonnages sont désignés comme Géthéens ou originaires . 
de Geth; Goliath, II Sam. (Reg.), xxi, 19; I Par., xx, 5 
(voir Goliath, col. 268); Obédédom, II Sam. (Reg.), vi, 
10, 11; I Par., xm, 13, et Éthaï, II Sam. (Reg.), xv, 19, 
22 (et xv, 2; Vulgate : de Geth). 

GÉTHER (hébreu : Géper; Septante : TâOep), le troi- 
sième des quatre fils d'Aram. Gen., x, 23. Dans I Par., 
i, 17, il est compté d'une façon générale, avec son père 
et ses frères, parmi les enfants de Sem. Nous ne savons 
absolument rien sur la tribu dont il fut la souche, son 
nom n'étant mentionné qu'en ces deux endroits de 
l'Écriture. Les suppositions qu'on a faites reposent sur 
des étymologies ou des rapprochements plus ou moins 
plausibles. Josèphe, Ant. jud., I, vi, 4, indique les Bac- 
triens comme descendants de Géther. A. Knobel, Die 
Vôlkertafel der Genesis, Giessen, 1850, p. 235, voit dans 
le patriarche araméen le Ghâter des traditions arabes, 
ancêtre des peuplades de Themud et de Djadis. Pour 
M. F. Lenormarit, Histoire ancienne de l'Orient, 9 e édit., 
Paris, 1881, t. i, p. 289, ce nom représente le canton que 
la géographie classique appelle PIturée. Pour d'autres, 
ce serait une contrée de la Mésopotamie. Cf. F. de Hum- 
melauer, Commentarius in Genesim, Paris, 1895, p. 331. 
On peut voir encore d'autres hypothèses dans G. B. Wi- 
ner, Biblisches Realwbrterbuch, Leipzig, 1847, t. i, p. 423. 

A. Legendre. 

GETHHEPHER (hébreu : Giftâh Eèfér, avec hé lo- 
cal après le premier mot, Jos., xix, 13; Gap ha-Hêfér, 
avec l'article devant le second, « le pressoir de l'excava- 
tion, » c'est-à-dire « le pressoir creusé », IV Reg., xiv, 
25; Septante : Teëtpi; Codex Alexandrinm, TatOÛi, 
Jos., xix, 13; TeOxoçsp; Codex Vaticànus, re8x<Sëeo ; 
Codex Alexandrinm, ré9 A/oëip, IV Reg., xrv, 25; 
Vulgate : Geth quse. est in Opher, IV Reg., xiv, 25), ville 
de la tribu -de Zabulon, Jos., xix, 13, et patrie du pro- 
phète Jonas. IV Reg., xiy, 25. Elle est signalée dans 
YOnomasticori, Gœttingue, 1870, p. 128, 129, 245, 247, 
sous les noms de Gethchefer, Gethachofer, reèOeçâ, 
reOôapxoçsp, mais sans aucune indication sur son em- 
placement. Saint Jérôme, dans la préface de son Commen- 
taire sur Jonas, t. xxv, col. 1118, dit que « Geth, qui 
est en Opher, est un petit bourg situé à deux milles 
(près de trois kilomètres) de Sepphoris, en allant vers 
Tibériade, et où l'on montre le tombeau du prophète ». 
D'après les Talmuds, ïïéfer n'était pas non plus éloignée 
de Sepphoris, aujourd'hui Seffûriyéh, au nord de 
Nazareth. Cf. A. Neubauer, La géographie du Talmud, 
Paris, 1868, p. 200. Benjamin de Tudèle, Itinerarium, 
édit. Const. L'Empereur, Leyde, 1633, p. 92, place le 
tombeau de Jonas dans ce dernier endroit. Le rabbin 
Ishak Chelo, dans son écrit intitulé : Les chemins de 
Jérusalem, le place à Kefr Kenna; mais il identifie 
Gethhépher avec le village de Meschhad. « De Seppho- 
ris, dit-il, on va à Gathahépher, aujourd'hui Meschhad. 
C'est la patrie du phophète Jonas, fils A'Amithaï, ainsi 
qu'il est dit dans l'Écriture Sainte. C'est un endroit peu 
considérable, habité seulement par quelques musul- 
mans pauvres. » Cf. E. Carmoly, Itinéraires de la Terre 
Sainte, Bruxelles, 1847, p. 256. Cette identification est 
généralement acceptée. Cf. R. J. Schwarz, Dos heilige 
Land, Francfort-sur-le-Main, 1852, p. 62; Robinson, 
Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856, t. n, 
p. 350; V. Guérin, Galilée, t. i, p. 166; G. Armstrong, 
W. Wilson et Conder, Names and places in the Old 
and New Testament, Londres, 1889, p. 66; F. Buhl, 
Géographie des alten Palâstina, Leipzig, 1896, p. 219, etc. 
— El-Meschhad est au sud-est de Seffûriyéh et tout près 



229 



GETHHÉfHER — GETHSÉMANI 



230 



de Kefr Kenna. La population actuelle est dé 300 habi- 
tants au plus. On y vénère dans une petite mosquée un 
tombeau couvert d'un tapis vert et renfermant, dit-on, 
la dépouille du prophète Jonas. Telle est la tradition ac- 
créditée parmi les habitants de l'endroit et de Nazareth. 

A. Legendre. 
GETH-OPHER, IV Reg., xrv, 25. Voir Gethhepher. 

GETHREMMON (hébreu : Ga{-rimmôn; Septante : 
reôpejifitovj, nom d'une ou deux vflles de Palestine. 

1. GETHREMMON (Septante : r £ epe|i(niv, Jos., xix, 45; 
reôepejijicov, Jos., xxi, 24; TeOtoptôv; Codex Alexan- 
drinus, rs8pe[i[i(iv, I Par., yi, 69), ville de la tribu de 
Dan, Jos., xix, 45, assignée aux Lévites fils de Caath. 
Jos., xxi, 24; I Par., vi, 69. Elle est mentionnée, Jos., 
xix, 45, entre Bané-Barach et Méiarcon; elle tait donc 
partie du groupe septentrional des cités danites. Voir 
Dan 2, tribu et carte, t. n, col. 1232. Son emplacement 
ii'a pas été retrouvé jusqu'ici : Eusèbe et saint Jérôme, 
Onomastica sacra, Goettingue, 1870, p. 128, 246, disent 
que, de leur temps, c'était encore un gros bourg à 
12 milles (près de 18 kilomètres) de Diospolis (Lydda, 
Ludd), en se rendant à Éleuthéropolis (Beit-Bjïbrîn). 
Cette distance nous mène à l'opposé du groupement de 
Josué, xix, 45, 46. D'ailleurs, les données de VOnomas- 
ticon, en ce qui concerne les villes du nom de Geth, 
sont tellement incertaines qu'on ne saurait les prendre 
comme base d'investigation. Voir Geth. M. Clermont- 
Ganneau, Recueil d'archéologie orientale, Paris, 1888- 
1899, t. m, p. 273, émet l'hypothèse que Gethremmon 
pourrait bien être la Gitta marquée tout près de Dios- 
polis-Lydda sur la carte mosaïque de Màdeba, et qu'en 
conséquence elle pourrait être identifiée avec Ramléh. 
Si cette dernière localité passe généralement pour être 
de fondation arabe, il n'en est pas moins possible qu'il 
y eût auparavant, sur ce point très bien situé, un bourg 
avec un nom. Il se pourrait même, ajoute-t-il, « que le 
surnom de Rimmon ait eu quelque influence sur 
l'adoption du nom de Ramléh, nom en apparence pure- 
ment arabe (« sable »). Letn s'échangent souvent dans 
les dialectes palestiniens, et la toponymie populaire, en 
Syrie comme ailleurs, a une tendance marquée à 
déformer les noms de lieux pour les ramener à des 
mots connus. » Elle serait alors identique à Géthaïm, 
que R. J. Schwarz, Das keilige Land, Francfort-sur-le- 
Main, 1852, p. 103, assimile à Ramléh. Voir Géthaïm. 

A. Legendre. 

2. GETHREMMON (Septante : Codex Vaticanus, 'Ieëa8i; 
Codex Alexandrinus, Batô<râ), ville de la demi-tribu 
occidentale de Manassé, donnée aux Lévites iils de Caath. 
Jos., xxi, 25. Dans le passage parallèle de I Par., vi, 70 
(hébreu, 55), on lit Baalam (hébreu : Bil'âm; Septante : 
'IefiëXniv; Codex Alexandrinus, 'IëXctiji.) On voit, du 
reste, comment même dans Josué, xxi, 25, les Septante 
ont dû avoir un texte différent, puisqu'ils mettent 'IeêaDi, 
BaLÔiri. 'IeëaBâ est peut-être mis pour 'Ié6aXâ. Voilà 
pourquoi on attribue généralement Gethremmon à une 
faute de copiste. Voir Baalam, t. i, col. 1323. Si l'on 
maintient cependant cette leçon, on pourra trouver sur 
le territoire de Manassé certaines localités répondant à 
l'un ou l'autre des éléments du composé Gap-Rimmôn. 
On signale, en particulier, KefrRummdn au nord-ouest 
de Sébastiyéh et, plus loin, vers la plaine de Saron, le 
village de Djitt. R. J. Schwarz, Das heilige Land, Franc- 
lort-sur-le-Main, 1852, p. 126, identifie Gethremmon 
avec Adadremmon (hébreu : Hâdadrimmôn); mais ce 
dernier endroit rentre plutôt dans la tribu d'Issachar. 

A. Legendre. 

GETHSEMAW (grec : Ttb<rt\\utvëi), endroit voisin de 
Jérusalem, dans lequel eut lieu l'agonie de Notre-Sei- 
.gneur le soir du jeudi saint. 

I. Données évangéliques. — Gethsémani était situé 



au delà du Cédron, Joa., xvm, 1, sur la montagne des 
Oliviers. Luc.,xxn, 39. Il y avait là un jardin, Joa., xvm, 
1, que saint Matthieu, xxvi, 36, et saint Marc, xrv, 32, 
désignent par l'expression plus vague de ^topfov, « em- 
placement, » traduite elle-même par villa et prsedium 
dans la Vulgate. Malgré cette traduction, il n'y a pas de 
raison pour supposer qu'il y ait eu en cet endroit des 
constructions quelconques. Le mot Gethsémani répond à 
l'hébreu gat, « pressoir, » et Sémén, « huile, » étymo- 
logie beaucoup plus probable que les autres que l'on a 
proposées: gê' Semanê', « vallée de l'huile; » gat sî- 
manê, « pressoir des signaux; » gedét Sémén, « colline 
d'huile, s c'est-à-dire « colline fertile ». Il y avait donc là 
ou il y avait eu un pressoir à huile, chose toute natu- 
relle au bas de la montagne des Oliviers. Il s'y trouvait 




46.— Olivier du Jardin de Gethsémani. D'après une photographie. 

des arbres, puisque c'était un jardin, et ces arbres 
étaient des oliviers (fig. 45). Cet emplacement ne parait 
pas avoir été fréquenté par le public, malgré sa proximité 
de Jérusalem. Mais Notre-Seigneur y venait fréquemment 
avec ses disciples, Joa., xvm, 2, assuré d'y trouver la 
solitude et le calme. Il est à croire que le jardin appar- 
tenait à quelque disciple fidèle et que le Sauveur pou- 
vait s'y retirer à son gré. L'ombre des oliviers y garan- 
tissait des rayons du soleil. La clarté de la pleine lune 
n'aurait pas réussi à en percer l'épais feuillage; aussi, la 
nuit du jeudi au vendredi saint, Judas se fit-il accompa- 
gner de gens munis de lanternes et de falots. Joa., xvm, 
3. Après la dernière Cène, Jésus arriva en ce lieu, 
accompagné de ses apôtres. Il les y laissa, probablement 
non loin de l'entrée, en leur disant de s'y reposer pen- 
dant qu'il s'en irait plus loin et prierait. Matth., xxvi, 
36; Marc, xrv, 32. Il prit cependant avec lui Pierre, 
Jacques et Jean, auxquels il recommanda, non plus de 
se reposer, comme les huit autres, mais de veiller et de 
prier. Matth., xxvi, 37, 38; Marc, xrv, 33, 34; Luc, 
xxii. 40. Puis il s'éloigna encore de ces trois Apôtres à 



231 



GETHSEMANI 



232 



une faible distance, Matth., xxvi, 39; Marc, xrv, 35, à la 
distance d'un jet de pierre, Luc, xxii, 41, à une tren- 
taine de mètres par conséquent. C'est là que le Sauveur 
entra en agonie et que, justifiant le nom de ce lieu, il 
permit à l'angoisse de l'écraser comme dans un pres- 
soir, au point que le sang s'échappa de son corps comme 
l'huile de l'olive. Cf. Is., lxiii, 2, 3. Son agonie termi- 
née, il rejoignit les trois apôtres qui, au lieu de prier 
avec lui, s'étaient endormis, et il leur ordonna de se 
lever et de marcher avec lui. Matth., xxvi, 45, 46; Marc, 
XIV, 41, 42; Luc, xxil, 45, 46. Tout aussitôt apparut Judas, 
à la tête de ceux qui venaient s'emparer du divin Maitre. 
II. État actuel des lieux. — Gethsémani s'appelle 



année une petite récolte. Ils sont ou des contemporains 
de Notre-Seigneur, ou des rejetons immédiats de ceux 
qui ont été témoins de l'agonie du divin Maitre. En tous 
cas, ils sont antérieurs à la conquête musulmane, puis- 
qu'ils n'ont jamais été soumis à l'impôt. Voir Olivier. 
La grotte située au nord du jardin est de forme irrégu- 
lière (fig. 48). Elle mesure dix mètres de long et sept ou 
huit de large. La voûte en est soutenue par plusieurs 
piliers naturels et percée d'une ouverture qui donne à 
penser que cette grotte a servi primitivement de citerne. 
Il faut descendre un escalier de six marches pour y ac- 
céder. Trois autels ont été dressés dans cette grotte et 
la voûte garde encore la trace d'étoiles qui y ont été 




47. — Le Jardin de Gethsémani. D'après une photographie. 



aujourd'hui en arabe Boslân-ès-zeitun, « jardin des 
oliviers, » ou encore El-Djesmaniyéh, corruption du 
nom primitif. Si l'on sort de Jérusalem par la porte de 
Saint-Étienne et qu'on traverse le Cédrdn, on rencontre 
d'abord le monument appelé tombeau de la sainte 
Vierge; derrière ce monument, un peu plus à l'est par 
conséquent, une grotte dite grotte de l'Agonie, et au sud 
de cette grotte un jardin connu sous le nom de jardin 
de Gethsémani. Comme Notre-Seigneur, le soir du 
jeudi saint, dut sortir de Jérusalem par une des portes 
du sud et ensuite remonter la vallée du Cédron, il entra 
à Gethsémani par le jardin, à l'extrémité septentrionale 
duquel se trouve la grotte, à moins toutefois que l'entrée 
de la propriété ne se soit trouvée au contraire du côté 
de la grotte. Le jardin (fig. 47) est en forme de trapèze 
et a une cinquantaine de mètres de côté. Il appartient 
aux franciscains, qui l'ont entouré d'un mur en 1848 et 
ont érigé à l'intérieur, en 1873, les quatorze stations du 
chemin de la croix. Ce jardin renferme encore sept oli- 
\iersdont le plus gros (fig. 46) a huit mètres de circon- 
férence et qui, malgré leur vétusté, fournissent chaque 



peintes à une époque reculée. Le rocher apparaît de 
toutes parts dans son état naturel ; c'est un des rares 
sanctuaires de Palestine dont l'état primitif n'ait pas 
été altéré par des embellissements subséquents. A quinze 
mètres de la porte actuelle du jardin de Gethsémani,. 
une colonne marque l'endroit où Judas aurait consommé 
sa trahison. A quatre ou cinq mètres de là, mais encore- 
à soixante-dix mètres de la grotte, se voit un rocher 
près duquel les trois Apôtres, Pierre, Jacques et Jean, 
auraient été laissés par Notre-Seigneur. Un oratoire 
rappelant le sommeil des Apôtres couvrait ce rocher au 
XII e siècle. Les ruines mêmes en ont disparu. 

LU. Données traditionnelles. — La grotte porte au- 
jourd'hui le nom de grotte de l'Agonie. Une inscription 
y rappelle même le mystère. Cependant les identifications 
actuelles n'ont pas toujours eu cours dans les anciens 
temps. L'Évangile ne parle pas de la grotte et ne dit 
rien qui autorise à assurer que Notre-Seigneur ait fait sa 
prière en ce lieu précis. Son silence, il est vrai, n'est 
pas une preuve péremptoire en faveur d'une opinion, 
contraire. Saint Jérôme, De situ et nom. loc. hebr,, 



233 



GETHSEMANI — GÉZEZ 



234 



Gethsemani, t. xxm, col. 903, dit que de son temps 
une église s'élevait à l'endroit où le Sauveur avait prié 
avant sa passion, au pied du mont des Oliviers. Cette 
église n'était évidemment pas bâtie au-dessus des oliviers ; 
. peut-être l'était-elle au-dessus de la grotte; toutefois 
saint Jérôme ne mentionne pas ce détail pourtant digne 
de remarque. Théophane, Chronicon, ad annum 683, 
parle de colonnes qu'on aurait voulu enlever de Gethse- 
mani à cette époque, et qu'on laissa à la requête des 
chrétiens notables de Palestine. Cf. Reland, PaUestina 
illustrata, Utrecht, 1714, p. 857. L'higoumène Daniel, 
qui voyageait en Palestine en 1113, suppose que Notre- 
Seigneur fut livré par Judas dans la caverne, mais qu'il 



p. 170; Friedlieb, Archéologie de la Passion, trad. Mar- 
tin, Paris, 1897, p. 80, 81. 

H. Lesêtre. 
GEZEM (Gazzâm ; Septante : T-fiâu), père d'une 
famille de Nathinéens qui revinrent de captivité avec 
Zorobabel. II Esdr., vn, 51. Dans la liste parallèle de 
I Esdr., n, 48, la Vulgate le nomme Gazam. 

GÉZER, orthographe, dans la Vulgate, II Reg., v, 
25, du nom de ville écrit ailleurs Gazer. Voir Gazer, 
col. 126. 

GÉZÉRON, nom, dans la Vulgate, I Macli., iv, 15, ' 




48. — Intérieur de la grotte de Gethsemani. D'après une photographie. 



avait prié à un jet de pierre de cet endroit, au lieu où 
s'élevait de son temps une petite chapelle. Jean de Wurtz- 
bourg, au milieu du XII e siècle, dit également que les 
apôtres dormirent dans la grotte, mais qu'une nouvelle 
église, appelée église du Sauveur, entourait le lieu où 
le Seigneur avait prié. Il résulte de ces deux passages et 
du témoignage d'autres pèlerins de la même époque, 
qu'on regardait au moyen âge la grotte appelée aujour- 
d'hui de l'Agonie, comme la caverne où Jésus alla tout 
d'abord avec ses disciples, les engageant à s'y reposer, 
tandis qu'il irait prier autre part. « Cette divergence de 
la tradition relative à la grotte, dit V. Guérin, Jérusalem, 
Paris, 1889, p. 292, ne lui enlève en rien de la sainteté 
dont elle doit être entourée aux yeux des chrétiens, car 
elle n'en reste pas moins consacrée par le souvenir du 
Christ qui y aurait eu sa sueur de sang ou y aurait été 
livré aux Juifs par Judas. » Cf. Liévin, Guide de la 
Terre Sainte, Jérusalem, 18S7, t. I, p. 328-334; Socin, 
Palàstina und Syrien, Leipzig, 1891, p. 92; Ollivier, La 
"Passion, Paris, 1891, p. 55-63; Vigoureux, Le Nouveau 
Testament et les découvertes archéologiques, Paris,ÎSQ3, 



d'après le texte grec, de la ville appelée ailleurs Gazer. 
Voir Gazer, col. 126. 

GÉZEZ (hébreu : Gâzêz; Septante : 6 TeÇo-jé), nom 
d'un ou deux descendants de Caleb, mentionnés dans le 
même verset. I Par., n, 46. 

1. GÉZEZ, un des fils de Caleb, par Épha, sa concu- 
bine. I Par., n, 46. Il est nommé le troisième après 
Haran et Mosa. 

2. GÉZEZ est donné aussitôt après comme le fils de 
Haran. Il serait alors le petit-fils de Caleb, tandis que le 
premier Gézez serait son fils : il est possible que le même 
nom ait été porté par deux personnes dans la même 
famille. Cependant il est bien probable que ce second 
Gézez a été écrit par nne faute de copiste pour Jéhday 
(Vulgate : Jahaddaï). Sans cela, on ne voit pas comment 
Jahaddaï du verset suivant se rattache à ce qui précède 
dans la généalogie des descendants de Caleb. I Par., n, 
£2-47. Tous les noms qui forment les anneaux de la 



231 



GETHSEMANI 



232 



une faible dislance, Matth., xxyi, 39 ; Marc, xrv, 35, à la 
distance d'un jet de pierre, Luc, xxii, 41, à une tren- 
taine de mètres par conséquent. C'est là que le Sauveur 
entra en agonie et que, justifiant le nom de ce lieu, il 
permit à l'angoisse de l'écraser comme dans un pres- 
soir, au point que le sang s'échappa de son corps comme 
l'huile de l'olive. Cf. Is., lxiii, 2, 3. Son agonie termi- 
née, il rejoignit les trois apôtres qui, au lieu de prier 
avec lui, s'étaient endormis, et il leur ordonna de se 
lever et de marcher avec lui. Matth., xxvi, 45, 46 ; Marc, 
xrv,41,42; Luc.,xxii,45, 46. Tout aussitôt apparut Judas, 
à la tête de ceux qui venaient s'emparer du divin Maître. 
II. État actuel des lieux. — Gethsémani s'appelle 



année une petite récolte. Ils sont ou des contemporains 
de Notre-Seigneur, ou des rejetons immédiats de ceux 
qui ont été témoins de l'agonie du divin Maître. En tous 
cas, ils sont antérieurs à la conquête musulmane, puis- 
qu'ils n'ont jamais été soumis à l'impôt. Voir Olivier- 
La grotte située au nord du jardin est de forme irrégu- 
lière (fig. 48). Elle mesure dix mètres de long et sept ou 
huit de large. La voûte en est soutenue par plusieurs 
piliers naturels et percée d'une ouverture qui donne à 
penser que cette grotte a servi primitivement de citerne. 
Il faut descendre un escalier de six marches pour y ac- 
céder. Trois autels ont été dressés dans cette grotte et 
la voûte garde encore la trace d'étoiles qui y ont été 




47. — Le Jardin de Gethsémani. D'après une photographie. 



aujourd'hui en arabe Bostân-ès-zritun, « jardin des 
oliviers, » ou encore El-Djesmaniyéh, corruption du 
nom primitif. Si l'on sort de Jérusalem par la porte de 
Saint-Étienne et qu'on traverse le Cédroh, on rencontre 
d'abord le monument appelé tombeau de la sainte 
Vierge; derrière ce monument, un peu plus à l'est par 
conséquent, une grotte dite grotte de l'Agonie, et au sud 
de cette grotte un jardin connu sous le nom de jardin 
de Gethsémani. Comme Notre-Seigneur, le soir du 
jeudi saint, dut sortir de Jérusalem par une des portes 
du sud et ensuite remonter la vallée du Cédron, il entra 
à Gethsémani par le jardin, à l'extrémité septentrionale 
duquel se trouve la grotte, à moins toutefois que l'entrée 
de la propriété ne se soit trouvée au contraire du côté 
de la grotte. Le jardin (fig. 47) est en forme de trapèze 
et a une cinquantaine de mètres de côté. Il appartient 
aux franciscains, qui l'ont entouré d'un mur en 1848 et 
ont érigé à l'intérieur, en 1873, les quatorze stations du. 
chemin de la croix. Ce jardin renferme encore sept oli- 
viers dont le plus gros (fig. 46) a huit mètres de circon- 
férence et qui, malgré leur vétusté, fournissent chaque 



peintes à une époque reculée. Le rocher apparaît de 
toutes parts dans son état naturel; c'est un des rares 
sanctuaires de Palestine dont l'état primitif n'ait pas. 
été altéré par des embellissements subséquents. A quinze 
mètres de la porte actuelle du jardin de Gethsémani, 
une colonne marque l'endroit où Judas aurait consommé 
sa trahison. A quatre ou cinq mètres de là, mais encore 
à soixante-dix mètres de la grotte, se voit un rocher 
près duquel les trois Apôtres, Pierre, Jacques et Jean, 
auraient été laissés par Notre-Seigneur. Un oratoire 
rappelant le sommeil des Apôtres couvrait ce rocher au. 
xii? siècle. Les ruines mêmes en ont disparu. 

III. Données traditionnelles. — La grotte porte au- 
jourd'hui le nom de grotte de l'Agonie. Une inscription 
y rappelle même le mystère. Cependant les identifications 
actuelles n'ont pas toujours eu cours dans les anciens 
temps. L'Évangile ne parle pas de la grotte et ne dit 
rien qui autorise à assurer que Notre-Seigneur ait fait sa 
prière en ce lieu précis. Son silence, il est vrai, n'est 
pas une preuve péremptoire en faveur d'une opinion 
contraire. Saint Jérôme, De situ et nom. loc. hebr., 



233 



GETHSÉMANI — GËZEZ 



234 



Gettisemani, t. xxm, col. 903, dit que de son temps 
une église s'élevait à l'endroit où le Sauveur avait prié 
avant sa passion, au pied du mont des Oliviers. Cette 
église n'était évidemment pas bâtie au-dessus des oliviers; 
peut-être l'était-elle au-dessus de la grotte; toutefois 
saint Jérôme ne mentionne pas ce détail pourtant digne 
•de remarque. Théophane, Ckronicon, ad annum 683, 
parle de colonnes qu'on aurait voulu enlever de Gethsé- 
mani à cette époque, et qu'on laissa à la requête des 
chrétiens notables de Palestine. CK Reland, Palmstina 
illustrata, Utrecht, 1714, p. 857. L'higoumène Daniel, 
qui voyageait en Palestine en 1113, suppose que Notre- 
Seïgneur fut livré par Judas dans la caverne, mais qu'il 



p. 170; Friedlieb, Archéologie de la Passion, trad. Mar- 
tin, Paris, 1897, p. 80, 81. 

H. Lesêtre. 
GÉZEM (Gazzâm ; Septante : r^âu.), père d'une 
famille de Nathinéens qui revinrent de captivité avec 
Zorobabel. II Esdr., vu, 51. Dans la liste parallèle de 
I Esdr., n, 48, la Vulgate le nomme Gazam. 

GÉZER, orthographe, dans la Vulgate, II Reg., v, 
25, du nom de ville écrit ailleurs Gazer. Voir Gazeb, 
col. 126. 

GÉZÉRON, nom, dans la Vulgate, I Mach., iv, 15, 



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48. — Intérieur de la grotte de Gethsémani. D'après une photographie. 



avait prié à un jet de pierre de cet endroit, au lieu où 
s'élevait de son temps une petite chapelle. Jean de Wurtz- 
bourg, au milieu du XII e siècle, dit également que les 
apôtres dormirent dans la grotte, mais qu'une nouvelle 
église, appelée église du Sauveur, entourait le lieu où 
le Seigneur avait prié. Il résulte de ces deux passages et 
du témoignage d'autres pèlerins de la même époque, 
qu'on regardait au moyen âge la grotte appelée aujour- 
d'hui de l'Agonie, comme la caverne où Jésus alla tout 
d'abord avec ses disciples, les engageant à s'y reposer, 
tandis qu'il irait prier autre part. « Cette divergence de 
la tradition relative à la grotte, dit V. Guérin, Jérusalem, 
Paris, 1889, p. 292, ne lui enlève en rien de la sainteté 
dont elle doit être entourée aux yeux des chrétiens, car 
elle n'en reste pas moins consacrée par le souvenir du 
Christ qui y aurait eu sa sueur de sang ou y aurait été 
livré aux Juifs par Judas. » Cf. Liévin, Guide de la 
Terre Sainte, Jérusalem, 1887, t. i, p. 328-334; Socin, 
Palâstina und Syrien, Leipzig, 1891, p. 92; Ollivier, La 
Passion, Paris, 1891, p. 55-63; Vigouroux, Le Nouveau 
Testament et les découvertes archéologiques, Paris, 1S03. 



d'après le texte grec, de la ville appelée ailleurs Gazer. 
Voir Gazer, col. 126. 

GÉZEZ (hébreu : Gâzêz; Septante : 4 reloué), nom 
d'un ou deux descendants de Caleb, mentionnés dans le 
même verset. I Par., n, 46. 

1. GÉZEZ, un des fils de Caleb, par Épha, sa concu- 
bine^ I Par., Il, 46. Il est nommé le troisième après 
Hâran et Mosa. 

2. GÉZEZ est donné aussitôt après comme le fils de 
Haran. Il serait alors le petit-fils de Caleb, tandis que le 
premier Gézez serait son fils : il est possible que le même 
nom ait été porté par deux personnes dans la même 
famille. Cependant il est bien probable que ce second 
Gézez a été écrit par une faute de copiste pour Jéhday 
(Vulgate : Jahaddaï). Sans cela, on ne voit pas comment 
Jahaddaï du verset suivant se rattache à ce qui précède 
dans la généalogie des descendants de Caleb. I Par., il, 
£2-i7. Tous les noms qui forment les anneaux de la 



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GETHSEMANI 



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une faible distance, Matth., xxvi, 39 ; Marc, xrv, 35, à la 
distance d'un jet de pierre, Luc, xxii, 41, à une tren- 
taine de mètres par conséquent. C'est là que le Sauveur 
entra en agonie et que, justifiant le nom de ce lieu, il 
permit à l'angoisse de l'écraser comme dans un pres- 
soir, au point que le sang s'échappa de son corps comme 
l'huile de l'olive. Cf. Is., lxiii, 2, 3. Son agonie termi- 
née, il rejoignit les trois apôtres qui, au lieu de prier 
avec lui, s'étaient endormis, et il leur ordonna de se 
lever et de marcher avec lui. Matth., xxvi, 45, 46 ; Marc, 
Xiv, 41, 42; Luc, xxii, 45, 46. Tout aussitôt apparut Judas, 
à la tête de ceux qui venaient s'emparer du divin Maître. 
IL État actuel des lieux. — Gethsémani s'appelle 



année une petite récolte. Ils sont ou des contemporaiis 
de Notre-Seigneur, ou des rejetons immédiats de ceix 
qui ont été témoins de l'agonie du divin Maître. En tas 
cas, ils sont antérieurs à la conquête musulmane, pus- 
qu'ils n'ont jamais été soumis à l'impôt. Voir Olivib. 
La grotte située au nord du jardin est de forme irrégi- 
lière (flg. 48). Elle mesure dix mètres de long et sept m 
huit de large. La voûte en est soutenue par plusie<rs 
piliers naturels et percée d'une ouverture qui donne à 
penser que cette grotte a servi primitivement de citerie. 
Il faut descendre un escalier de six marches pour y œ- 
céder. Trois autels ont été dressés dans cette grotteet 
la voûte garde encore la trace d'étoiles qui y ont <té 




47. — Le Jardin de Gethsémani. D'après une photographie. 



aujourd'hui en arabe Boslârtrès-zeitun, « jardin des 
oliviers, » ou encore El^Djesmaniyéh, corruption du 
nom primitif. Si l'on sort de Jérusalem par la porte de 
Saint-Étienne et qu'on traverse le Cédron, on rencontre 
d'abord le monument appelé tombeau de la sainte 
Vierge ; derrière ce monument, un peu plus à l'est par 
conséquent, une grotte dite grotte de l'Agonie, et au sud 
de cette grotte un jardin connu sous le nom de jardin 
de Gethsémani. Comme Notrè-Seigneur, le soir du 
jeudi saint, dut sortir de Jérusalem par une des portes 
du sud et ensuite remonter la vallée du Cédron, il entra 
à Gethsémani par le jardin, à l'extrémité septentrionale 
duquel se trouve la grotte, à moins toutefois que l'entrée 
de la propriété ne se soit trouvée au contraire du côté 
de la grotte. Le jardin (fig. 47) est en forme de trapèze 
et a une cinquantaine de mètres de côté. Il appartient 
aux franciscains, qui l'ont entouré d'un mur en 1848 et 
ont érigé à l'intérieur, en 1873; les quatorze stations du 
chemin de la croix. Ce jardin renferme encore sept oli- 
viers dont le plus gros (fig. 46) a huit mètres de circon- 
férence et qui, malgré leur vétusté, fournissent chaque 



peintes à une époque reculée. Le rocher apparaît de 
toutes parts dans son état naturel ; c'est un des ra'es 
sanctuaires de Palestine dont l'état primitif n'ait pas 
été altéré par des embellissements subséquents. A quhze 
mètres de la porte actuelle du jardin de Gethsémni, 
une colonne marque l'endroit où Judas aurait consonmé 
sa trahison. A quatre ou cinq mètres de là, mais enore 
à soixante-dix mètres de la grotte, se voit un rocier 
près duquel les trois Apôtres, Pierre, Jacques et Jan,. 
auraient été laissés par Notre-Seigneur. Un oratire 
rappelant le sommeil des Apôtres couvrait ce roche au. 
xii« siècle. Les ruines mêmes en ont disparu. 

III. Données traditionnelles. — La grotte porte au- 
jourd'hui le nom de grotte de l'Agonie. Une inscripion 
y rappelle même le mystère. Cependant les identificatons 
actuelles n'ont pas toujours eu cours dans les ancens 
temps. L'Évangile ne parle pas de la grotte et n<dit 
rien qui autorise à assurer que Notre-Seigneur ait fat sa 
prière en ce lieu précis. Son silence, il est vrai, l'est 
pas une preuve péremptoire en faveur d'une opiiion 
contraire. Saint Jérôme, De situ et nom. loc. hàr., 



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GETHSEMANI — GÉZEZ 



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Gethsemani, t. xxm, col. 903, dit que de son temps 
une église s'élevait à l'endroit où le Sauveur avait prié 
avant sa passion, au pied du mont des Oliviers. Cette 
église n'était évidemment pas bâtie au-dessus des oliviers ; 
. peut-être l'était-elle au-dessus de la grotte; toutefois 
saint Jérôme ne mentionne pas ce détail pourtant digne 
de remarque. Théophane, Chronicon, ad annum 683, 
parle de colonnes qu'on aurait voulu enlever de Gethse- 
mani à cette époque, et qu'on laissa à la requête des 
chrétiens notables de Palestine. Cf. Reland, Palsestina 
illustrata, Utrecht, 1714, p. 857. L'higoumène Daniel, 
qui voyageait en Palestine en 1113, suppose que Notre- 
Seigneur fut livré par Judas dans la caverne, mais qu'il 



p. 170; Friedlieb, Archéologie de la Passion, trad. Mar- 
tin, Paris, 1897, p. 80, 81. 

H. Lesêtre. 
GÉZEM (Gazzâm ; Septante : Fr^âp.), père d'une 
famille de Nathinéens qui revinrent de captivité avec 
Zorobabel. II Esdr., vu, 51. Dans la liste parallèle de 
I Esdr., il, 48, la Yulgate le nomme Gazam. 

GÉZER, orthographe, dans la Vulgate, II Reg., v, 
25, du nom de ville écrit ailleurs Gazer. Voir Gazer, 
col. 126. 

GÉZÉRON, nom, dans la Vulgate, I Macli., )v, 15, ' 





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48. — Intérieur de la grotte de Gethsemani. D'après une photographie. 



avait prié à un jet de pierre de cet endroit, au lieu où 
s'élevait de son temps une petite chapelle. Jean de Wurtz- 
bourg, au milieu du XII e siècle, dit également que les 
apôtres dormirent dans la grotte, mais qu'une nouvelle 
église, appelée église du Sauveur, entourait le lieu où 
le Seigneur avait prié. Il résulte de ces deux passages et 
tlu témoignage d'autres pèlerins de la même époque, 
qu'on regardait au moyen âge la grotte appelée aujour- 
d'hui de l'Agonie, comme la caverne où Jésus alla tout 
d'abord avec ses disciples, les engageant à s'y reposer, 
tandis qu'il irait prier autre part. « Cette divergence de 
la tradition relative à la grotte, dit V. Guérin, Jérusalem, 
Paris, 1889, p. 292, ne lui enlève en rien de la sainteté 
dont elle doit être entourée aux yeux des chrétiens, car 
elle n'en reste pas moins consacrée par le souvenir du 
Christ qui y aurait eu sa sueur de sang ou y aurait été 
livré aux Juifs par Judas. » Cf. Liévin, Guide de la 
Terre Sainte, Jérusalem, 18S7, t. i, p. 328-334; Socin, 
Palâslina und Syrien, Leipzig, 1891, p. 92; OUivier, La 
Passion, Paris, 1891, p. 55-63; Vigouroux, Le Nouveau 
Testament et les découvertes archéologiques, Paris, 1S03. 



d'après le texte grec, de la ville appelée ailleurs Gazer. 
Voir Gazer, col. 126. 

GÉZEZ (hébreu : Gâzêz; Septante : 6 TeÇo-jé), nom 
d'un ou deux descendants de Caleb, mentionnés dans le 
même verset. I Par., n, 46. 

1. GÉZEZ, un des fils de Caleb, par Épha, sa concu- 
bine I Par., n, 46. Il est nommé le troisième après 
Haran et Mosa. 

2. GÉZEZ est donné aussitôt après comme le fils de 
Ilaran. Il serait alors le petit-fils de Caleb, tandis que le 
premier Gézez serait son fils : il est possible que le même 
nom ait été porté par deux personnes dans la même 
famille. Cependant il est bien probable que ce second 
Gézez a été écrit par une faute de copiste pour Jéhday 
(Vulgate : Jahaddaï). Sans cela, on ne voit pas comment 
Jahaddaï du verset suivant se rattache à ce qui précède 
dans la généalogie des descendants de Caleb. I Par., il, 
£2-47. Tous les noms qui forment les anneaux de la 



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GETHSEMANI 



232 



une faible distance, Matth., xxvi, 39; Marc, xrv, 35, à la 
distance d'un jet de pierre, Luc, xxii, 41, à une tren- 
taine de mètres par conséquent. C'est là que le Sauveur 
entra en agonie et que, justifiant le nom de ce lieu, il 
permit à l'angoisse de l'écraser comme dans un pres- 
soir, au point que le sang s'échappa de son corps comme 
l'huile de l'olive. Cf. Is., lxiii, 2, 3. Son agonie termi- 
née, il rejoignit les trois apôtres qui, au lieu de prier 
avec lui, s'étaient endormis, et il leur ordonna de se 
lever et de marcher avec lui. Matth., xxvi, 45, 46; Marc, 
xiv, 41, 42 ; Luc, xxii, 45, 46. Tout aussitôt apparut Judas, 
à la tête de ceux qui venaient s'emparer du divin Maître. 
II. État actuel des lieux. — Gethsémani s'appelle 



année une petite récolte. Ils sont ou des contemporains 
de Notre-Seigneur, ou des rejetons immédiats de ceux 
qui ont été témoins de l'agonie du divin Maître. En tous 
cas, ils sont antérieurs à la conquête musulmane, puis- 
qu'ils n'ont jamais été soumis à l'impôt. Voir Olivier. 
La grotte située au nord du jardin est de forme irrégu- 
lière (fig. 48). Elle mesure dix mètres de long et sept ou 
huit de large. La voûte en est soutenue par plusieurs 
piliers naturels et percée d'une ouverture qui donne à 
penser que cette grotte a servi primitivement de citerne. 
Il faut descendre un escalier de six marches pour y ac- 
céder. Trois autels ont été dressés dans cette grotte et 
la voûte garde encore la trace d'étoiles qui y ont été 




Le Jardin de Gethsémani. D'après une photographie. 



aujourd'hui en arabe Bostân-ès-zeitun, « jardin des 
oliviers, » ou encore EUDjesmaniyéh, corruption du 
nom primitif. Si l'on sort de Jérusalem par la porte de 
Saint-Étienne et qu'on traverse le Cédron, on rencontre 
d'abord le monument appelé tombeau de la sainte 
Vierge; derrière ce monument, un peu plus à l'est par 
conséquent, une grotte dite grotte de l'Agonie, et au sud 
de cette grotte un jardin connu sous le nom de jardin 
de Gethsémani. Comme Notre-Seigneur, le soir du 
jeudi saint, dut sortir de Jérusalem par une des portes 
du sud et ensuite remonter la vallée du Cédron, il entra 
à Gethsémani par le jardin, à l'extrémité septentrionale 
duquel se trouve la grotte, à moins toutefois que l'entrée 
de la propriété ne se soit trouvée au contraire du côté 
de la grotte. Le jardin (fig. 47) est en forme de trapèze 
et a une cinquantaine de mètres de côté. Il appartient 
aux franciscains, qui l'ont entouré d'un mur en 1848 et 
ont érigé à l'intérieur, en 1873, les quatorze stations du 
chemin de la croix. Ce jardin renferme encore sept oli- 
viersdont le plus gros (fig. 46) a huit mètres de circon- 
férence et qui, malgré leur vétusté, fournissent chaque 



peintes à une époque reculée. Le rocher apparaît de 
toutes parts dans son état naturel ; c'est un des rares: 
sanctuaires de Palestine dont l'état primitif n'ait pas 
été altéré par des embellissements subséquents. A quinze 
mètres de la porte actuelle du jardin de Gethsémani, 
une colonne marque l'endroit où Judas aurait consommé 
sa trahison. A quatre ou cinq mètres de là, mais encore 
à soixante-dix mètres de la grotte, se voit un rocher 
près duquel les trois Apôtres, Pierre, Jacques et Jean, 
auraient été laissés par Notre-Seigneur. Un oratoire 
rappelant le sommeil des Apôtres couvrait ce rocher au 
xii e siècle. Les ruines mêmes en ont disparu. 

III. Données traditionnelles. — La grotte porte au- 
jourd'hui le nom de grotte de l'Agonie. Une inscription. 
y rappelle même le mystère. Cependant les identifications 
actuelles n'ont pas toujours eu cours dans les anciens 
temps. L'Évangile ne parle pas de la grotte et ne dit 
rien qui autorisé à assurer que Notre-Seigneur ait fait sa 
prière en ce lieu précis. Son silence, il est vrai, n'est 
pas une preuve péremptoire en faveur d'une opinion, 
contraire. Saint Jérôme, De situ et nom. loc. hebr., 



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GETHSEMANI — GEZEZ 



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Gethsemani, t. xxm, col. 903, dit que de son temps 
une église s'élevait à l'endroit où le Sauveur avait prié 
avant sa passion, au pied du mont des Oliviers. Cette 
■église n'était évidemment pas bâtie au-dessus dés oliviers ; 
. peut-être l'était-elle au-dessus de la grotte; toutefois 
saint Jérôme ne mentionne pas ce détail pourtant digne 
de remarque. Théophane, Chronicon, ad annum 683, 
parle de colonnes qu'on aurait voulu enlever de Gethse- 
mani à cette époque, et qu'on laissa à la requête des 
chrétiens notables de Palestine. Cf. neland, Paltestina 
illustrata, Utrecht, 1714, p. 857. L'higoumène Daniel, 
qui voyageait en Palestine en 1113, suppose que Notre- 
Seigneur fut livré par Judas dans la caverne, mais qu'il 



p. 170; Friedlieb, Archéologie de la Passion, trad. Mar- 
tin, Paris, 1897, p. 80, 81. 

H. Lesêtre. 
GÉZEM (Gazzâm ; Septante : Y-i^i.^.), père d'une 
famille de Nathinéens qui revinrent de captivité avec 
Zorobabel. II Esdr., vu, 51. Dans la liste parallèle de 
I Esdr., il, 48, la Vulgate le nomme Gazam. 

GÉZER, orthographe, dans la Vulgate, II Reg., v, 
25, du nom de ville écrit ailleurs Gazer. Voir Gazer, 
col. 126. 

GÉZÉRON, nom, dans la Vulgate, I Macli., iv, 15, 




48. — Intérieur de la grotte de Gethsemani. D'après une photographie. 



avait prié à un jet de pierre de cet endroit, au lieu où 
s'élevait de son temps une petite chapelle. Jean deWurtz- 
bourg, au milieu du XII e siècle, dit également que les 
apôtres dormirent dans la grotte, mais qu'une nouvelle 
église, appelée église du Sauveur, entourait le lieu où 
le Seigneur avait prié. Il résulte de ces deux passages et 
■du témoignage d'autres pèlerins de la même époque, 
qu'on regardait au moyen âge la grotte appelée aujour- 
d'hui de l'Agonie, comme la caverne où Jésus alla tout 
d'abord avec ses disciples, les engageant à s'y reposer, 
tandis qu'il irait prier autre part. « Cette divergence de 
la tradition relative à la grotte, dit V. Guérin, Jérusalem, 
Paris, 1889, p. 292, ne lui enlève en rien de la sainteté 
dont elle doit être entourée aux yeux des chrétiens, car 
elle n'en reste pas moins consacrée par le souvenir du 
Christ qui y aurait eu sa sueur de sang ou y aurait été 
livré aux juifs par Judas. » Cf. Liévin, Guide de la 
Terre Sainte, Jérusalem, 1887, t, i, p. 328-334; Socin, 
Palâsiina und Syrien, Leipzig, 1891, p. 92; Ollivier, La 
Paxsion, Paris, 1891, p. 55^63; Vigouroux, Le Nouveau 
Testamentet les découvertes archéologiques, Paris, ÎSG3, 



d'après le texte grec, de la ville appelée ailleurs Gazer. 
Voir Gazer, col. 126. 

GÉZEZ (hébreu : Gdzêz; Septante : ô re!>jé), nom 
d'un ou deux descendants de Caleb, mentionnés dans le 
même verset. I Par., n, 46. 

1. GÉZEZ, un des fils de Caleb, par Épha, sa concu- 
bine^ I Par., il, 46. Il est nommé le troisième après 
Haran et Mosa. 

2. GÉZEZ est donné aussitôt après comme le fils de 
Ilaran. Il serait alors le petit-fils de Caleb, tandis que le 
premier Gézez serait son fils : il est possible que le même 
nom ait été porté par deux personnes dans la même 
famille. Cependant il est bien probable que ce second 
Gézez a été écrit par une faute de copiste pour Jéhday 
(Vulgate : Jahaddaï). Sans cela, on ne voit pas comment 
Jahaddaï du verset suivant se rattache à ce qui précède 
dans la généalogie des descendants de Caleb. I Par., il, 
£2-47. Tous les noms qui forment les anneaux de la 



235 



GÉZEZ — GÏEZI 



236 



généalogie y sont répétés deux fois, sauf celui de 
Jahaddaf. 

GÉZONITE (hébreu : hag-Gizônî; Septante, édition 
sixtine : 6 TiÇuvÎTric; omis dans le Codex Sinaiticus; 
Codex Alexandrinus, à Ttow/i; recension de Lucien : 
6 Touvt; Vulgate : Gezonites), qualificatif ethnique ou 
plutôt patronymique d'Assem, un des gîbbôrîm ou vail- 
lants de David, ou bien père de quelques-uns de ces gîb- 
bôrîm. I Par., xi, 33 (hébreu, 34). Le nom du gibbôr ou 
du père de ces gibbôrîm est peut-être altéré : il s'appelle 
Jassen dans la liste parallèle II Reg., xxm, 32. Voir 
Assem, t. i, col. 1127. Sa qualité de Gézonite n'est pas 
moins difficile à préciser que son nom. On ne connaît 
point de localité appelée Gézon ou Gizon. La leçon du 
Codex Alexandrinus et de Lucien ferait supposer 
qu'Assem ou Jassen était un Nephthalitê, descendant de 
Guni. Gen., xlvi, 24; I Par., v, 15. . 

GHÉMARA, seconde partie du Talmud. Voir Talmud. 

GHESQUIÈRE Joseph, jésuite belge, né à Courtrai 
le 27 février 1731, mort à Elsen le 23 janvier 1802. Entré 
au noviciat de Malines le 16 octobre 1750, il enseigna les 
humanités, fut attaché à la rédaction des Acta sanc- 
torum. Après 1773, il continua ses travaux historiques 
sur la Belgique et fut reçu membre de l'Académie impé- 
riale et royale de Bruxelles. A l'invasion de la Belgique 
par les troupes françaises, il se retira à Essen. Outre de 
nombreux ouvrages d'histoire, il publia : David propheta, 
David doctor, David hymnographus, David historiogra- 
phus. Seu Psalmi prophetici, hymnici, et historici, 
philologiceacparaphrastice expositi, servato authentico 
textu, in-8°, Essen, 1800; in-12, Gand, 1824; in-8°, Venise 
1S25; in-18, Arras, 1877. C. Sommervogel. 

GHIMEL, î, nom de la troisième lettre de l'alphabet 
hébreu, g, exprimant la consonne g (prononciation tou- 
jours dure). On pense communément que ce nom signifie 
« chameau », hébreu : gamal, d'où le latin carnelus et 
notre mot français « chameau ». La forme ancienne de 
cette lettre en phénicien, \, paraît représenter grossière- 
ment le cou de cet animal. Le gamma (fây-pa = Y<i(i^a) 
des Grecs, T, rappelle la forme antique, un peu défi- 
gurée et tournée' en sens inverse. Voir Alphabet. 

GHISLIERI (Ghislerius) Michel, théatin, né à Rome 
en 1564, mort en 1646 à l'âge de 83 ans. C'était un dis- 
ciple du célèbre Agellius, dont il suivit la méthode exé- 
gétique; il fut très versé dans les langues orientales. 
On a de lui : Commentarii in Canticum Canticorum 
Salomonis, juxta lectiones Vulgatam, hebrœam et 
grsecas tum lxx tum aliorwm veterum interpretum, 
in-f», Rome, 1609; nouvelle édit. augmentée, Venise, 1613 ; 
Anvers, 1614; Paris, 1618. Il s'attache au sens littéral, 
puis expose le sens mystique et moral. Commentarii in 
Jeremiam prophetam, 3 ;in-f°, Lyon, 1613, également 
selon la Vulgate, l'Hébreu, la paraphrase chaldaïque 
et le grec des Septante accompagné d'une Chaîne tirée 
des Pères. — Voir Hurter, Nomenclator literarius, t. I, 
2« édit., p. 445-446; A. F.Vezzozi, I Scrittori de' Cherici 
regolaridetti Teatini, 2 in-4°, Rome, 1780, t. i, col. 391- 
397. E. Levesque. 

GHÔR, nom donné à la plaine du Jourdain par les 
écrivains arabes. VoirAïUBAH, 1. 1, col. 820, et Jourdain. 

GIAH (hébreu : Giah; Septante : Ttxi; Vulgate : Val- 
lis), localité qui n'est nommée que II Sam. (Reg.), n, 
24, pour déterminer la position de la colline d'Amman. 
Voir Ammau 2, t. i, col. 484-485. 

GIBBORIM. Voir Armée, t. i, col. 973 et Géants, 
col. 137. ■ 



GIBERT Joseph Balthasar, historien français né à 
Aix-en-Provence, le 17 février 1711, mort le 12 novembre 
1771. Après avoir terminé ses études à Paris, chez son 
oncle Balthâzar Gibert, et suivi le barreau pendant 
quelque temps, il fut nommé par Malesherbes inspecteur 
de la librairie, puis appelé à la charge d'inspecteur 
général du domaine, et nommé enfin garde du dépôt 
des archives de la pairie. Ses travaux d'érudition et 
d'histoire lui avaient valu, en 1746, une place à l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres; parmi eux, plu- 
sieurs se rapportent à l'Écriture Sainte, ' tels que : 
Mémoire sur le passage de la mer Rouge, in-4°, Paris, 
1755; Dissertation sur l'histoire de Judith, in-12, Paris, 
1739; réimprimée dans le tome xxi des Mémoires de 
l'Académie des Inscriptions, en 1754; Dissertation sur 
la chronologie des Machabées, 1759 (dans le tome xxv 
des Mémoires de l'Acad. des inscriptions); Sur la chro- 
nologie des rois de Juda et d'Israël, 1761 (ibid., t. xxx). 

A. Régnier. 

GIBLÉENS ou GIBLITES, habitants de Gobai (By- 
blos), Jos., xm, 5 (hébreu); III Reg., v, 18; (Vulgate: 
Ézech., xxvn, 9). Voir Gebal 1, col. 138. 

GIDÉROTH, orthographe, dans la Vulgate, Jos., 
xv, 41, du nom de la ville appelée ailleurs Gadéroth. 
Voir Gadéroth, col. 32. 

GID'ÔM (Septante : TeSàv; Codex Alexandrinus, 
TaXaâS; manque dans la Vulgate), localité inconnue, 
nommée seulement, Jud., XX, 45, comme l'endroit où 
les enfants d'Israël cessèrent de poursuivre les Benja- 
mites après les avoir battus à la bataille de Gabaa. 
Gid'ôm venant du verbe gâda', qui signifie « couper, 
briser », certains commentaires pensent qu'on ne doit 
point traduire : « ils les poursuivirent jusqu'à Gid'ôm, » 
mais, « ils les poursuivirent jusqu'à ce qu'ils les eurent 
taillés en pièces. » Il est néanmoins plus probable que 
Gid'ôm est réellement un nom de lieu, et désigne un 
endroit situé à l'est de Gabaa {Tell el-Fûl). 

GIESELER Johann Karl Ludwig, théologien pro- 
testant, né le 3 mars 1793 à Petershagen près de Minden 
en Westphalie, mort à Gœttingue le 6 juillet 1854, suivit 
les cours de l'Université de Halle et en 1813 combattit 
pour l'indépendance dé son pays. La paix rétablie, il 
eut la direction du gymnase de Minden et, en 1819, 
obtint une chaire à la nouvelle Université de Bonn où il' 
resta jusqu'en 1831. A cette date, il passa à Gœttingue 
pour y donner le même enseignement. De cet auteur 
nous mentionnerons les deux ouvrages suivants : His- 
torisch-kritischer Versuch âber die Enstehung und die 
frûhern Schicksale der schriftlichen Evangelien, in-8°, 
Leipzig, 1818 : l'auteur, que cet écrit rendit aussitôt 
célèbre, rejette l'hypothèse d'un Évangile primitif où 
auraient puisé les synoptiques; Vêtus translutio latina. 
Jesaise libri Veteris Testamenti pseudepigruphi, édita. 
atque illustrala pnefalione et notis, in-4°, Gœttingue,: 
1832. Son Lehrbuch der Kirchengeschichte, 6 in-8 ,. 
1824-1857, lui a valu la réputation de grand historien.. 

B. Heurtebize. 

GIÉZI (hébreu : Gêhàzi ou Gêyhâzi; Septante : Tuti), 
dont on ignore la patrie et la famille, n'est connu que 
comme serviteur du prophète Elisée. Il apparaît pour la 
première fois, lorsque Elisée promit un fils à la pieuse 
Sunamite, chez qui il avait trouvé une généreuse hospi- 
talité. Voulant reconnaître les services de son hôtesse, 
l'homme de Dieu la fit appeler par Giézi et lui offrit 
son intervention à la cour du roi d'Israël. En paix avec 
tous, elle n'avait pas de faveur à demander. Elisée con- 
sulta son serviteur. Celui-ci, qui avait peut-être entendu 
la Sunamite se plaindre de sa stérilité, suggéra à son 
maître le désir secret de cette femme : « Elle n'a pas de 
fils et son mari est déjà vieux. » Elisée la fit rappeler et 



237 



GIÉZI — GIGAS LIBRORUM 



238 



lui annonça qu'elle serait mère dans un an. IV Reg., 
iy, 11-17. L'enfant, ainsi annoncé, grandit, fut frappé 
d'insolation et mourut. Sa mère, pleine de foi, recourut 
à nlisée. Le prophète, retiré sur le Carmel, la vit venir 
de loin et signala son arrivée à Giézi, qu'il envoya à sa 
rencontre demander ai tout allait bien à la maison. La 
femme de Sunam répondit évasivement au serviteur : 
« Tout va bien; » mais arrivée auprès de l'homme de 
Dieu, elle se prosterna devant lui et lui saisit les pieds 
en suppliante. Giézi, jugeant cette action peu respec- 
tueuse et trop familière, voulut écarter la Sunamite. 
Elisée lui commanda de la laisser expliquer son chagrin. 
Ému de la mort de reniant, il envoya Giézi en toute hâte 
pour le rappeler à la vie : « Ceins tes reins, prends mon 
bâton dans ta main et pars. Si tu rencontres quelqu'un, 
ne le salue point, et si quelqu'un te salue, ne lui ré- 
ponds pas, et mets mon bâton sur le visage de l'enfant. » 
Théodoret, Quaest. in IV Reg., int. xvn, t. lxxx, col. 756, 
a pensé qu'Elisée fit ces recommandations, parce qu'il 
craignait que son serviteur, orgueilleux et vaniteux, ne 
s'arrêtât pour dire aux passants le motif de sa course 
précipitée et n'empêchât par sa vaine gloire l'accomplis- 
sement du miracle; mais rien dans le texte n'indique 
cette crainte. Cependant, la mère éplorée emmena le 
prophète avec elle. Giézi, qui les avait précédés, ne réussit 
pas à rappeler l'enfant à la vie. Bien qu'il eût exécuté 
exactement les ordres de son maître et placé son bâton 
sur le visage du mort, celui-ci ne reprit ni la voix, ni lé 
sentiment. Étonné, Giézi annonça à Elisée son insuccès. 
Plus heureux, le prophète ressuscita le cadavre et 
ordonna à son serviteur d'appeler la mère pour lui rendre 
son fils plein de vie. IV Reg., IV, 18-37. Voir t. Il, 
col. 1692. Les commentateurs n'attribuent pas l'insuccès 
de Giézi à ses défauts; ils pensent généralement que 
Dieu voulait glorifier directement et sans intermédiaire 
son prophète. 

Giézi eut un rôle moins beau dans l'épisode de la gué- 
rison de Naaman. Elisée avait refusé les généreuses 
offrandes du général syrien. IV Reg., v, 16. Moins désin- 
téressé que son maître, le serviteur courut après Naaman 
qui, à sa vue, descendit de son char et vint à sa ren- 
contre. Par un impudent mensonge, Giézi attribua à 
Elisée la requête qu'il adressait au riche officier : « Mon 
maître m'a envoyé vous dire : « Deux jeunes fils des 
« prophètes sont arrivés tout à l'heure de la montagne 
« d'Éphraïm ; donnez-leur un talent d'argent et deux vête- 
« ments de rechange. » Naaman donna deux talents et 
deux vêtements, qu'il fit porter par ses serviteurs. Le 
soir venu, Giézi serra les cadeaux dans sa maison et 
renvoya les porteurs. Pour dissimuler sa manœuvre et 
détourner les. soupçons, il se présenta à Elisée, sans être 
mandé. Le prophète, qui savait par révélation l'indigne 
conduite de son serviteur, l'interrogea : « D'où viens-tu, 
Giézi? » Continuant à mentir, Giézi répondit : « Votre 
serviteur n'est allé nulle part. » Le prophète lui reprocha 
alors sévèrement ce qu'il avait fait et l'en punit : « Tu 
as reçu de l'argent et des habits pour acheter des plants 
d'oliviers, des vignes, des bœufs, des brebis, des servi- 
teurs et des servantes. Mais aussi la lèpre de Naaman 
s'attachera à toi et à toute ta race pour jamais. » Giézi 
se retira, couvert d'une lèpre blanche comme la neige. 
IV Reg-, v, 20-27. Voir t. n, col. 1693. Cette punition 
était méritée, car la demande de Giézi et son acceptation 
de présents étaient de nature à discréditer auprès des 
Syriens les prophètes du vrai Dien et à les faire paraître 
aussi cupides que les prophètes des idoles. D'ailleurs, 
Giézi avait abusé du nom de son maître et avait voulu 
le tromper. On en conclut qu'il quitta dès lors définiti- 
vement le service d'Elisée. Plus tard, si on admet que 
le récit biblique suit l'ordre chronologique, après la 
lamine de sept ans qui désola le pays, la Sunamite qui, 
sur le conseil d'Elisée, s'était retirée chez les Philistins, 
vint demander à Joram que sa maison et ses terres lui 



soient rendues. Le roi conversait alors avec Giézi et se 
faisait raconter les merveilles opérées par Elisée. Giézi 
venait de rappeler la résurrection du fils de la Sunamite, 
lorsque les apercevant il les désigna au roi qui leur fit 
rendre justice. IV Reg., vm, 1-6. Toutefois, on a pensé 
que ce récit n'est pas à sa place et que l'épisode de la 
conversation de Giézi avec le roi avait précédé la gué- 
rison de Naaman et la punition de Giézi, car le roi n'au- 
rait pas parlé avec un lépreux. Les rabbins ont jugé 
sévèrement Giézi et ont dit que si Elisée était saint, son 
serviteur ne l'était pas. Talmud de Jérusalem, Berakhoth, 
t, 5, trad. Schwab, 1. 1, Paris, 1881, p. 263; Yebaniolh, 
II, 4, t. vu, 1885, p. 28. Ils ont enseigné, Sanhédrin, x, 2, 
t. XI, 1889, p. 45, 55-57, qu'il était un des quatre parti- 
culiers, n'ayant point de part à la vie future. Il était fort 
instruit dans l'étude de la loi, mais il avait trois défauts : 
il était jaloux, de mœurs relâchées, et il ne croyait pas 
à la résurrection des morts. Ces reproches des rabbins 
ne sont fondés que sur des interprétations étranges de 
quelques versets bibliques. Le texte sacré ne lui attribue 
expressément que la cupidité des biens terrestres et le 
mensonge. E. Mangenot. 

GIGAS LIBRORUM, manuscrit de la Vulgate latine, 
ainsi nommé parce qu'il est de très grande dimension, 
d'un poids si considérable qu'il faut deux ou trois hommes 
pour le porter. On l'appelle aussi Teufelsbibel, « la 
Bible du diable, » parce que, d'après une légende, un 
moine, qui avait été condamné à mort, eut la vie sauve 
pour l'avoir écrit tout entier en une nuit avec l'aide 
du diable, dont on voit l'image, dans le volume, à la 
feuille 290. Une notice contenue dans le manuscrit et 
datée de 1295 donne ce codex comme une des sept mer- 
veilles du monde. 

1» Description. — Les feuillets sont en parchemin 
épais, de peau d'âne, à ce qu'on croit. Us ont environ 
m ,875 de hauteur et m ,45 de largeur, de sorte que la 
largeur du livre ouvert est à peu près de m ,90. Leur 
nombre est de 309, sans compter trois bandes de par- 
chemin dont deux sont adhérentes à la couverture supé- 
rieure et la troisième est cousue à la feuille 273 qui 
contient la fin de l'Apocalypse. Huit feuillets manquent, 
parmi lesquels le premier qui contenait les six premiers 
chapitres de la Genèse. Le manuscrit est écrit en grandes 
lettres minuscules bien lisibles; les mots sont séparés 
et ont quelques signes de ponctuation. Il est difficile de 
savoir si le manuscrit est tout entier de la même main. 
Les ouvrages profanes qu'il renferme avec la Bible sont 
d'une écriture plus petite et les lettres initiales sont de 
forme différente, de sorte qu'il semble que le « Géant » 
a été écrit au moins par deux copistes différents. Le 
codex est partagé en deux colonnes, dont chacune a régu- 
lièrement 106 lignes, quelques pages exceptées (287-294). 

2° Histoire. — Le Gigas librorum est conservé aujour- 
d'hui à la Bibliothèque royale de Stockholm. D'après 
une notice écrite sur la couverture supérieure, il a appar- 
tenu au monastère bénédictin de Podlazic en Bohême, 
et, après avoir été mis pendant quelque temps en gage, 
il fut vendu en 1295 au monastère de Brevnov, près ae 
Prague. Il devait avoir été achevé en 1239. Le copiste 
fut peutêtre un Hermannus monachus inclusus, men- 
tionné dans un calendrier qui y fut ajouté postérieure- 
ment. Après diverses péripéties, le codex était arrivé à 
Prague, où il devint le butin des Suédois, avec le célèbre 
Codex argenteus d'Upsal, le 16 (26) juillet 1648. Il est 
conservé à Stockholm depuis cette année 1648. 

3" Contenu. — Tout l'Ancien Testament est reproduit 
dans les 118 premiers feuillets (à part la lacune du 
feuillet 1) ; puis viennent les écrits de Josèphe, les Éty- 
mologies de saint Isidore de Séville, etc. Le Nouveau 
Testament remplit les feuillets 253-286. — L'Ancien Tes- 
tament est la reproduction de notre Vulgate latine, à 
l'exception des Psaumes qui sont donnés d'après la ver- 



239 



GIGAS LIBROKUM — GIHON 



240 



sion que saint Jérôme en avait faite sur l'hébreu, laquelle 
n'a pas été insérée dans notre édition vulgaire. Quant au 
Nouveau Testament, les livres qui le composent sont 
disposés dans un ordre particulier. En tête, les quatre 
Évangiles, puis les Actes des Apôtres, ensuite les Épitres 
catholiques et l'Apocalypse et enfin les Épitres de 
saint Paul, classées comme à l'ordinaire, de sorte que 
l'Épitre aux Hébreux clôt la collection. A la suite est 
placée l'Épître apocryphe de saint Paul aux Laodiciens. 
Les trois premiers Évangiles et l'Épître de saint Jacques 
sont accompagnés de leçons empruntées aux versions 
antérieures à saint Jérôme. La traduction des Actes n'est 
pas celle que nous lisons dans notre Vulgate latine, mais 
une traduction préhiéronymienne. Il en est de même de 
l'Apocalypse. M. Jean Belsheim a publié ces deux der- 
niers livres, à cause de leur importance pour l'étude des 
anciennes versions latines : Die Apostelgeschichte und 
die Offenbarung Johannis in einer alten lateinischer 
Uebersetzung aus dern Gigas Librorum zum ersten 
Mal herausgegeben, in-8°, Christiania, 1879. La descrip- 
tion et l'histoire du Gïgas librorum se trouvent, ibid., 
p. iii-xix. F. Vigouroux. 

GIHON (hébreu : gifiôn, de gîaJi, « jaillir; » Sep- 
tante : Ticiv, Teiûv; Vulgate : Gihon), source située à 
l'est de Jérusalem, sur les pentes de la colline d'Opliel. 
Cette source porte le même nom hébreu que le Géhon, 
fleuve du paradis terrestre. 

1° Il est question de cette fontaine pour la première 
fois au temps de David. Quand Adonias tenta de se faire 
proclamer roi, il assembla ses partisans auprès de la 
fontaine de Rogel, située à la jonction des vallées de 
Géennom et du Cédron, au sud-est de la ville. Pendant 
ce temps, sur l'avis de Nathan, David fit conduire Salo- 
mon à Gihon, où Sadoc lui donna l'onction royale. Tous 
poussèrent ensuite le cri de : « Vive le roi Salomon ! » 
qui retentit jusqu'à Rogel où Adonias terminait le festin 
qu'il avait offert à ses amis. Ainsi furent déjoués les 
projets du prétendant. III Reg., i, 33, 38, 45. Josèphe, 
Ant. jud., VII, xiv, 5, note que la fontaine de Gihon 
était 'éiia T7jç rcôXewç, « hors de la ville. » Elle en était 
assez voisine pour que la cérémonie du sacre pût s'ac- 
complir rapidement et que Salomon remontât à Jéru- 
salem pendant le festin d'Adonias. 

2° A l'approche de l'armée de Sennachérib, Ézéchias 
fit boucher toutes les sources des alentours de Jérusa- 
lem, pour que l'ennemi ne trouvât d'eau nulle part. 
II Par., xxxn, 4. Mais afin d'assurer aux habitants de la 
ville l'eau qui leur était nécessaire, «il obstrua la source 
supérienre des eaux de Gihon et fit passer les eaux par- 
dessous à l'occident de la cité de David. » II Par., xxxn, 
30. L'Ecclésiastique, xlviii, 19, parle aussi de l'eau 
qu'Ezéchias amena dans l'enceinte de la ville en creusant 
le rocher avec le fer. Ces passages se rapportent à 
l'aqueduc que le roi fit creuser par-dessous la colline 
d'Ophel, pour amener les eaux de la fontaine de Gihon, 
qui était en dehors des murailles, jusque dans la pis- 
cine de Siloé, ménagée à l'intérieur de l'enceinte. Voir 
Aqueduc, t. i, col. 804-807. Cf. II Esdr., n, 14. Comme 
par la suite c'est à Siloé qu'aboutirent les eaux de 
Gihon, on s'explique qu'en chaldéen gil}ôn ait été tra- 
duit par Hlôaf.1. Voir Siloé. 

3° A son retour de Babylone, Manassé fit travailler en 
dehors de la ville de David, à l'occident de Gihon, dans 
la vallée, au mur qui va jusqu'à la porte des Poissons, 
et il poursuivit l'enceinte jusqu'à Ophel. II Par., xxxm, 
14. Le travail en question s'exécuta autour de la colline 
d'Ophel, entre la ville et Gihon, terme qui désigne ici 
soit la fontaine elle-même x ouverte à nouveau après 
l'éloignement des Assyriens, soit la vallée à laquelle la 
source donnait son nom. Cf. V. Guérin, Jérusalem, 
Paris, 1889, p. 15, 40. 
4» Les opinions ont été longtemps très diverses sur 



la situation de la fontaine de Gihon. De Saulcy, Bar- 
clay, etc., l'ont placée au nord de la porte de Damas; 
Robinson, Thomson, Tobler, etc., près du Birket Ma- 
milla. On identifie aujourd'hui plus communément la 
source de Gihon avec la Fontaine de la Vierge, 'Aïn 
Sitti Mariant, ou 'Aïn Umm edr-Déredj, e. Fontaine 
de la Mère de l'Escalier » (fig. 49). C'est la seule source 
d'eau vive qui existe à Jérusalem. Tacile, Hist., v, 12, 
fait mention de cette unique « source d'eau perpétuelle », 
dans sa description de la Ville sainte. C'est pourquoi il 
importait tant d'en assurer la jouissance aux habitants 
en prévision du siège. H n'y a pas de source au nord de 
la porte de Damas, et le Birket Mamïlla n'est qu'un 
réservoir alimenté par des sources lointaines, dont les 




49. — Fontaine de la Vierge. D'après une photographie. 

aqueducs pouvaient toujours être coupés par les assié- 
geants. — La Fontaine de la Vierge « est placée au fond 
d'une excavation taillée dans le rocher, où l'on descend 
par un escalier de trente marches, divisé en deux 
(16 + 14) par une chambre voûtée en ogive, d'un peu 
plus de trois mètres de large sur autant de hauteur. La 
grotte inférieure est à environ huit mètres de profon- 
deur : l'eau sort dans un bassin d'environ cinq mètres 
de long sur deux mètres de large et à peu près autant 
de profondeur, et elle disparait dans un canal souterrain 
qui la conduit à la fontaine Siloé ». Chauvet et Isambert, 
Syrie, Palestine, Paris, 1890, p. 318. Ce canal n'est 
autre que l'aqueduc d'Ézéchias. Josèphe, Bell, jud., V, 
iv, 1, dit que l'eau de Siloé est « douce et abondante ». 
Celle de la Fontaine de la Vierge est aujourd'hui légère* 
ment saumâtre. Il est très probable que la Fontaine de 
la Vierge reçoit ses eaux de l'esplanade du Temple. Elle 
est sujette à des intermittences caractéristiques. Une ou 
deux fois par jour, mais plus rarement en été, le niveau 
s'élève subitement. Ce phénomène doit s'expliquer par 
l'effet d'un siphon naturel sur le parcours des eaux. Il 



241 



GIHON 



GIMAREY 



242 



est peu probable qu'on doive identifier cette fontaine 
avec celle du Dragon, mentionnée II Esdr., n, 13. Voir 
Dragon (Fontaine du), t. n, col. 1503. Le nom de Fon- 
taine de la Vierge a été donné à Gihon par suite d'une 
croyance légendaire qui est sans fondement historique. 
— Voir Socïn, Palâstina und Syrien, Leipzig, 1891, 
p. 101 ; Liévin, Guide de Terre Sainte, Jérusalem, 1887, 
1. 1, p. 381 ; Le Camus, Notre voyage aux pays bibliques, 
Paris, 1894, t. i, p. 379. H\Lesètre. 

1. GILBERT de Holland ou de Hoylandiâ, né dans le 
district de Holland, comté de Lincoln, en Angleterre, 
vécut dans le xn e siècle. Il embrassa la règle cistercienne 
et en 1163 fut élu abbé de Swinshed. Il fit fleurir l'étude 
des saintes lettres dans son monaslère et, sur l'ordre 
de ses supérieurs entreprit d'achever l'exposition com- 
mencée par saint Bernard sur le Cantique des Cantiques. 
Il mourut en 1172 au monastère de Larivour au diocèse 
de Troyes, d'après la chronique de Clairvaux. Saint 
Bernard avait laissé son commentaire au premier verset 
du troisième chapitre. Gilbert le continua à partir de ce 
verset et commenta dans quarante-huit sermons les troi- 
sième et quatrième chapitres et les neuf premiers versets 
du cinquième. Mabillon a publié le Commentaire de Gil- 
bert dans son édition de saint Bernard, t. n (1690), p. 1, 
et Migne l'a reproduit dans le t. clxxxiv, col. 11, de la 
Patrologie latine. A tort ont été attribués à Gilbert de 
Holland d'autres commentaires d'ailleurs inédits, sur le 
psautier, sur les épîtres de saint Paul et sur l'Apoca- 
lypse. — Voir Visch, Biblioth. Scriptorum Ord. Cister- 
ciensïs (1656), p. 126; D. François, Biblioth. générale 
des écrivains de l'ordre de S. Benoit, t. il, p. 394; Fa- 
bricius, Biblioth. latina médise setalis (1858), t. il, p. 57. 

B. Heurtebize. 

2. GILBERT Foliothj chanoine régulier anglais, puis 
bénédictin, fut en 1139 choisi pour abbé de Glocester. Il 
devint ensuite évêque d'Hereford, puis en 1163 évêque 
de Londres. Sur ce siège il se montra l'adversaire de 
saint Thomas Becket dans ses démêlés avec Henri II, roi 
d'Angleterre. Il mourut le 18 février 1188. Il a laissé une 
Expositio Cantici canticorum publiée à Londres, in-4°, 
1638, et reproduite dans la Patrologie latine, t. en, 
col. 1146. — Voir Histoire littér. de la France, t. xin, 
p. 372; Fabricius, Biblioth. latina medim mtatis (1858), 
t. h, p. 54; Patrol, latine, t. exc, col. 739; t. en, 
col. 1146. B. Heurtebize. 

GILL John, théologien anabaptiste anglais, né à Ket- 
tering le 23 novembre 1697, mort à Londres le 14 oc- 
tobre 1771. D'une famille pauvre, il réussit sans aucune 
ressource à acquérir une sérieuse connaissance de la 
théologie et des langues orientales. Il remplit les fonc- 
tions de prédicateur à Higham-Ferrars, puis à Londres. 
Parmi ses nombreux écrits qui presque tous sont des 
ouvrages de controverse nous remarquons : An exposi- 
tion of the Book of Salomon's Song, commonly called 
"Canticles, in-f», Londres, 1728 (contre le D r Whiston 
qui affirmait que le Cantique des Cantiques était un 
livre apocryphe); Tlie Prophecies of Old Testament res- 
pecting the Messiah, considered and proved to be lite- 
rally fulfilled in Jésus, in-f", Londres, 1728; Disserta- 
tion concerning the antiquities of the Hebrew Lan- 
guage, in-8», Londres, 1767; An exposition of the Old 
and New Testament, 9 in-4», Londres, 1809-1810. Ce 
dernier ouvrage est un recueil des divers écrits de John 
Gill sur les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. 

B. Heurtebize. 

GILO (hébreu : Gilôh; Septante : r^Xûii; Codex 
Alexandrinus, rn|X<ov, Jos., xv, 51; TuXi, II Reg., xv, 
12), ville de la tribu de Juda, Jos., xv, 51, et patrie 
d'Achitophel. II Reg., xv, 12. Elle fait partie du premier 
groupe des cités de la montagne, dans lequel on trouve : 
Jéther (aujourd'hui Khirbet 'Attir), Socoth (Khirbet 



Schuéikéh), Anab ('Andb), Istémo (Es-Semu'a), etc., for- 
mant un district situé vers le sud-ouest d'Hébron. On ne 
rencontre dans ce rayon aucun nom pouvant rappeler 
Gilo. Il existe plus haut, au nord d'El-Khalil, une loca- 
lité qui, au point de vue onomastique, représente bien 
l'antique cité biblique; c'est Khirbet Djâld. Il y a, en 
effet, entre l'arabe Mla», Djâld, et l'hébreu rfti, Gilôh, 

correspondance parfaite. Les explorateurs anglais ad- 
mettent cette identification, du moins comme probable. 
Cf. Survey of Western Palestine, Memoirs, Londres, 
1881-1883, t. m, p. 313; G. Armstrong, W. Wilson et 
Conder, Names and places in the Old and New Testa- 
ment, Londres, 1889, p. 73. Ce qui nous empêche d'adhé- 
rer à ce sentiment, c'est l'éloignement du groupe auquel 
appartient Gilo. Khirbet Djâld rentre plutôt dans le qua- 
trième groupe de la montagne, avec Halhul (ffalhûl), 
Gedor (Khirbet Djedûr), etc. Cf. Jos., xv, 58, 59. Josué, 
dans ses énumérations, suit un ordre si exact, que nous 
hésitons à y voir ici une dérogation. A plus forte raison* 
est-il difficile, malgré le même rapprochement onomas- 
tique, de chercher la patrie d'Achitophel à Beit Djâld, 
gros bourg situé prés de Bethléhem. Telle est cepen- 
dant l'opinion de R. J. Schwarz, Dos heilige Land, 
Francfort-sur-le-Main, 1852, p. 76, dont la conjecture 
parait vraisemblable à T. Tobler, Topographie von Jéru- 
salem und seinen Vmgebungen, Berlin, 1854, t. Il, 
p. 413, et à V. Guérin, Judée, t. i, p. 118. — Gilo était la 
patrie d'Achitophel, conseiller de David. II Reg., xv,12; 
xxni, 34. Ce confident du roi, devenu plus tard un 
traître, devait avoir là sa résidence habituelle. Il s'y 
trouvait du moins au moment de la révolte d'Absalom. 
II Reg., xv, 12. C'est là qu'il vint se pendre de désespoir 
et fut enseveli dans le tombeau de son père. II Reg., 
xvii, 23. Voir Achitophel, 1. 1, col. 146. 

A. Legendre. 
GILONITE (hébreu : hag-Gilôni, avec l'article; 
Septante : Codex Vaticanus, ©exuvef; Codex Alexan- 
drinus, riXuvaîoç, II Reg., XV, 12; TeiXwviTo;, Il Reg., 
xxni, 34), natif de Gilo; nom appliqué seulement à 
Achitophel. Voir Gilo. A. Legendre. 

GILPIN Guillaume, théologien anglican, né à Carlisle 
en 1724, mort à Boldre le 5 avril 1804. Il étudia à l'Uni- 
versité d'Oxford et entra dans les ordres. Après avoir été 
quelque temps vicaire, il établit une école à Cheam, 
près de Londres, et devint ensuite curé de Boldrè dans 
le Hampshire. Parmi ses écrits, nous devons mention- 
ner : Exposition of the New Testament, in-4°, Londres, 
1790; 2 in-8°, Londres, 1811. B. Heurtebize. 

GIMAREY Louis Philibert, ecclésiastique français, 
né à Romanèche (Saône-et-Loire), le 6 juin 1808, mort 
à Dracy-le-Fort le 24 mars 1861. Après avoir suivi les 
cours de philosophie et de théologie au grand séminaire 
d'Autun (1827-1829), il professa successivement la sep- 
tième (1832) et la troisième (1833) au petit séminaire de 
cette ville. Entré à Saint-Sulpice et son noviciat à la 
Solitude d'Issy terminé (1836-1837), il fut envoyé au sémi- 
naire d'Avignon en 1838. En 1846, il rentra dans le dio- 
cèse d'Autun, fut curé de Saint-Jean-des- Vignes en 1847, 
aumônier du collège d'Autun en 1854 et, en 1857, curé 
de Dracy-le-Fort, où il mourut à l'âge de 53 ans. On a 
de lui: Nouveau commentaire littéral, critique et théo- 
logique, avec rapport aux textes primitifs, sur tous les 
livres des divines Écritures, par M. le docteur J. F. 
d'Allioli; traduit de l'allemand en français sur la 
6 e édition, traduction revue et approuvée par l'auteur, 
avec le texte latin et la version française en regard, 
10 in-8», Paris, 1854; plusieurs éditions; le traduc- 
teur a ajouté au travail d'Allioli de nombreuses notes qui 
en ont fait un commentaire nouveau (voir Allioli, t. I, 
col. 389); Théâtre des événements racontés dans les 



213 



GIMAREY — GITH 



244 



divines Écritures, ou l'ancien et le nouvel Orient étu- 
diés au point de vue de la Bible et de l'Eglise, par 
M. le docteur L. C. Gratz, vicaire général d'Augs- 
bourg, traduit de l'allemand, 2 in-8», Paris, 1869; nou- 
velle édition abrégée, revue et corrigée par l'abbé 
Crampon, in-8», Paris, 1884; Explication ges Épîtres et 
Évangiles des dimanches, des principales fêtes et des 
fériés de toute l'année selon le rit romain, où l'on ex- 
pose le sens littéral du texte sacré, 2 in-12, Paris, 1857. 
— Voir L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne, 3 in-8», 
Bordeaux, 1900, t. m, p. 300-302. O. Rey. 

GINETH (hébreu: Gînap; Septante: ToiviS), père 
d'un certain Tebni, qui, après la mort de Zambri, roi 
d'Israël, disputa le trône à Amri. III Reg., xvi, 21, 22. 

GIRAFE. Voir Cahêléopard, t. n, p. 91. 

GITANE (VERSION) DE LA BIBLE. Les Gitanes 
(en espagnol Gitanos) sont connus sous des noms divers : 
Bohémiens, en France; Gypsies (d'É-jrj/pt-ien, parce 
qu'on les a supposés originaires d'Egypte d'où ils auraient 
été exilés pour avoir refusé l'hospitalité à la sainte Vierge 
et à l'enfant Jésus, G. Barrow, The Zincali, 1888, p. 90), 
en Angleterre; Zigeuner, d'où nous avons fait Tsiganes, 
en Allemagne; Zingari, en Italie; Heidenen (<t païens »), 
en Hollande; Tarlares, en Suède et en Norvège, etc.; 
ils s'appellent eux-mêmes Boni, « homme, mari. » Voir 
D. Mac Richtie, Accounts of the Gypsies of India, in-16, 
Londres, 1886, p. 61-112 ; C. Améro Bohémiens, Tsiganes 
et Gypsies, in-12, Paris (1895), p. 139-140. Ils errent par 
bandes en Asie, dans quelques parties de l'Afrique et 
dans toute l'Europe, sans histoire, sans traditions, et 
parlant néanmoins partout une même langue, formant, 
plus encore que les Juifs, un peuple séparé et distinct 
au milieu des autres nations. Ils sont redoutés à cause 
de leurs vols et se donnent comme sorciers. Voir 
V. S. Morwood, Our Gipsies, in-8», Londres, 1895, 
p. 296-320; Ch. G. Leland, Gypsy Sorcery and Fortune 
Telling, in-4°, Londres, 1891 ; H. von Wlislocki, Zauber- 
und Besprechungs-Formel der Zigeuner, in-8°, Buda- 
pest, 1888; Id., Volksglaube und religiôser Brauchder 
Zigeuner, in-8 , Munster i. W., 1891, Id., Aus dem 
inneren Leben der Zigeuner, in-8°, Berlin, 1892. Leur 
langue, qu'ils appellent rommany, se rattache étroite- 
ment au sanscrit. Fr. Mayo, Los Gitanos, in-16, Madrid, 
1869, p. 43, etc. Ils sont donc originaires de l'Inde et 
appartiennent à la classe des Parias. Ils paraissent avoir 
émigré de leur pays d'origine au commencement du 
XV e siècle, lors de l'invasion de Tamerlan. On les signale 
pour la première fois en France en 1427, P. Bataillard, 
Les débuts de l'immigration des Tsiganes, in-8», Paris, 
1890, p. 11, et en 1447 en Espagne, où ils sont encore 
aujourd'hui au nombre d'une quarantaine de mille. 
Nous en avons Vu particulièrement à Grenade, où plu- 
sieurs vivent dans des cavernes creusées dans la mon- 
tagne dé l'Albaycin en face de l'Alhambra, comme des 
Troglodytes. Quelques-uns d'entre eux sont catholiques. 
— Un protestant anglais, G. Borrow, a traduit le Nouveau 
Testament en rommany; il a publié à Madrid en 1837 
la version de l'Évangile de saint Luc. Embéo e majarô 
Lucas. El Evangélio segun S. Lucas traduc. al romani 
6 dialecto de los Gitanos de Espana, Londres (Madrid). 
C'est le premier ouvrage qui ait jamais été imprimé en 
cette langue. Le traducteur a refait plus tard son œuvre 
et elle a été réimprimée en 1872. — Voir H. M. W. Grell- 
mann, Historische Versuch ûber die Zigeuner, 2 e édit., 
Gœttingue, 1787 (traduction française par J., Histoire 
des Bohémiens, in-8°, Paris, 1810) ; G. Borrow, The Zin- 
cali or An Account of the Gypsies of Spain, 4 e édit. , in-16, 
Londres, 1888; P. Th. Bataillard, De l'apparition et de 
la dispersion des Bohémiens en Europe, dans le t. v, 
p! 438-475; 521-539, de la Bibliothèque de l'École des 



Chartes, 1844; Id., Nouvelles recherches sur l'apparition 
et la dispersion des Bohémiens en Europe, ibid., 1849, 
3 e série, t. i, p. 14-55, etc. ; A. F. Pott, Die Zigeuner in 
Europa und Asien, 2 in-8°, Halle, 184H845, t. il, 
p. 464-476, 499-521 ; Walter Simson, A Hislory of the 
Gypsies, in-12, New-York, 1866; Sam. Roberts, Historg 
of the Gipsies, 5 e édit., in-8», Londres, 1842; Ad. Colocci, 
Gli Zingari, in-8», Turin, 1889 (bibliographie, p. 330- 
356); [S. Bagster,] Bible of every Land, in-4», Londres, 
1860, p. 130-132 ; G. Barrow, The Bible in Spain, 2« édit., 
3 in-12, Londres, 1843, t. i, p. 151 sq.; t. n, p. 379; 
t. m, p. 233-237 ; Verzeichniss der Werken und Aufsâtzen 
welche in altérer und neuerer Zeit ûber die Geschichte 
und Sprache der Zigeuner verôffentlicht werden sind, 
in-8», Leipzig, 1886. F. Vigouroux. 

GITH (hébreu : qésafr; Septante : jiixpbv |A£Xiv9eov), 
nom latin de la nigelle ou nielle cultivée, appelée aussi 
cumin noir, qu'il ne faut pas confondre avec la nielle 
des blés ou fausse nielle, plante commune dans les blés 
et très différente du gith. 

I. Description. —Le Nigella sativa Linné (fig.50) est 




50. — Nigella sativa. 

une herbe annuelle qui croît dans les champs d'Egypte,, 
de Syrie et d'Asie Mineure, mais il est difficile de savoir 
si elle y est vraiment spontanée ou seulement sortie des 
cultures où on la propage de temps immémorial pour 
sa graine usitée en épice. La plante appartient à la tribu 
des Helléborées, parmi les Renonculacées; les feuilles 
sont deux ou trois fois divisées en lanières fines et 
divergentes ; les fleurs toutes terminales ont des sépales 
bleuâtres atténués en court onglet comme les pétales 
dont le limbe est bilabié avec une fossette nectarifère à 
la base. Les carpelles au nombre de 5 à 7 sont soudés 
jusqu'à leur sommet en une sorte de capsule ovoïde, 
verruqueuse sur le dos et rostrée au sommet par le pro- 



245 



GITH 



GIUSTINIANI 



240 



longement des styles. Les graines y naissent nom- 
breuses, trigones, rugueuses-tuberculeuses à la surface, 
et c'est l'odeur aromatique dont elles sont douées qui les 
fait rechercher comme condiment. F. Hy. 

IL Exégèse. — Le qésah, chaldéen qesah, qisha', 
est, dit R. Salomon, « une graine semblable au cumin, 
sauf qu'elle est noire, d'où son nom de Nigella et en 
grec melanthium. » J.' Buxtorf, Lexicon chaldaicum. 
édit. Fischer, in-8», Leipzig, p. 1042. Plusieurs rabbins 
traduisent même par le nom moderne hébraïsé Nb»J ou 
■A»:. I. Lôw, Aramâische Pflanzennamen, in-8°, Leipzig, 
1881, p. 366. « La nielle (gith), selon Pline, H. N., xx, 
71 , est appelée par les Grecs tantôt melanthion, tantôt 
melanspermon. La meilleure est celle qui a l'odeur la 
plus pénétrante et qui est la plus noire. » C'est la plante 
très connue des Arabes sous le nom de Sûnîz. Cf. Cel- 
sius, Hierobotanicon, in-12, Amsterdam, 1748, t. u, 
p. 70-71. Il n'y a donc pas de difficulté pour l'identifica- 
tion. Les anciens et en particulier les Orientaux s'en 
servaient comme condiment; on mêlait la graine à la 
pâte et au pain pour lui donner de la saveur. Diosco- 
ride, m, 83. C'est un assaisonnement très agréable pour 
le pain, dit Pline, H. N., xix, 52. Les rabbins tiennent 
le même langage. Celsius, Hierobotanicon, p. 72; Bux- 
torf, loc. cit. C'est pour cela que la plante est de nos 
jours cultivée eh Egypte ; elle devait l'être autrefois, car 
on a retrouvé des graines dans les sépultures. Loret, 
La flore pharaonique, 2 e édit., 1892, p. 120. 

La nielle ou gith est associée au cumin dans un pas- 
sage d'Isaïe, xxvm, 24-27, où, par une image tirée de 
l'agriculture, le prophète veut montrer la sagesse de la 
Providence divine. 

Celui qui laboure pour semer laboure-t-il toujours ? 
Ouvre-t-il et brise-t-il toujours le sol? 
N'est-ce pas après en avoir égalisé la surface 
Qu'il répand la nielle et sème le. cumin? 

Son Dieu lui enseigne la marche à suivre 

Et lui donne ses instructions, 

Car on ne foule point la nielle avec Je traîneau, 

Et sur le cumin on ne passe pas la roue du chariot; 

Mais on frappe la nielle avec le bâton, 

Et le cumin avec le fléau. 

La graine de la Nigella sativa ou nielle ne serait pas 
assez dure pour résister au poids de la roue. Comme 
pour le cumin, on se servait du bâton ou fléau : c'est 
ainsi qu'on procède encore en Palestine. H. B. Tristram, 
The natural History of the Bible, 8» édit., Londres, 
1889, p. 444. E. Levesque. 

GITTITH (hébreu : giffîf, littéralement « la gé- 
théenne »). Ce mot qui se lit au titre des psaumes vm, 
lxxxi (hébr.) et lxxxiv (hébr.), a été rendu par les Sep- 
tante, Aquila et Symmaque : ûitàp xûv Xtjvwv, « sur les 
pressoirs, » Vulgate : pro torcularibus, comme si les 
psaumes qui portent cette indication étaient des sortes 
d'èiuiX^via ou chants destinés aux réjouissances qui ac- 
compagnent les vendanges. Ceux qui adoptent cette tra- 
duction des versions grecques s'appuient sur les textes 
qui font allusion à ces fêtes : Jud., IX, 27; Is., xvi, 8-10; 
Jer., xlviii, 33. Mais le texte des Psaumes cités ne s'ap- 
plique pas aisément à cette circonstance. Au surplus, la 
traduction Xtjvûv est fondée, comme l'a observé Calmet, 
Comment, sur les Psaumes, Ps. vui, sur une lecture 
fautive : gitfôt, pluriel de gat, « pressoir. » Voir M. Polus, 
Synopsis criticorum, Francfort, 1694, t. n, p. 535, 58. 
Le Targum chaldéen fournit un autre sens, dans cette 
paraphrase : 'aUkinnôrâ d-aytê miggat, Ps. vm; 'al 
kinndrd d-âytyâ min gat, Ps. uxxxi, ou d-aytyd mig- 
gat, Ps. lxxxiv, « sur la harpe rapportée de Geth. » 
Théodotion a de même : iitèp tîjc TETfltTtSoç. De nom- 
breux interprètes ont adopté cette signification, et fait de 
ce mot l'indication soit d'un instrument, soit d'un chant 



à la mode de Geth. Pour en attribuer l'introduction à 
David, on se fonde sur la circonstance de son séjour à 
Geth. I Reg., xxvil, 2; xxix, 3. Mais que David ait rap- 
porté du pays des Philistins un instrument de musique 
ou un air, connu depuis sous le nom de gittU, ce n'est 
qu'une supposition, acceptée au défaut d'une explication 
meilleure. — A ces deux interprétations traditionnelles, 
Calmet en substitue une nouvelle, plus ingénieuse, mais 
moins probable. Selon lui, giffif désignerait « le chœur 
des chanteuses géthéennes ». Comment. , Ps. vm. Si 
David eut à son service des soldats de Geth, I Reg., xv, 
18, on ne peut pas toutefois en conclure qu'il ait recruté 
de la même manière une troupe de chanteuses de ce 
pays. De plus, ces chanteuses n'auraient pas exécuté les 
Psaumes, les femmes n'étant pas admises à figurer dans 
les cérémonies du culte. Voir Chantres du Temple, t. n, 
col. 557. — En dehors de ces interprétations, on peut 
faire une autre hypothèse : on peut rattacher giftit à la 
racine jjj, nâgan, qui désigne le jeu des instruments 
à cordes, l'action de toucher les cordes avec la main. 
"Voir Harpe. Ce mot, à terminaison féminine, formé par 
inversion et assimilation de consonnes, aurait ainsi une 
signification analogue à celle de negînâh, « attouchement 
des cordes : » bv-neginôf, Ps. rv; 'al-negînôt, Ps. vi; et 
l'expression 'al-haggiftit pourrait se traduire de la 
même manière : « avec accompagnement d'instruments 
à cordes. » J. Parisot. 

1. GIUSTINIANI Agostino, prélat italien, orientaliste, 
né à Gênes en 1470, mort dans un naufrage en 1536, 
avait fait profession sous la règle de saint Dominique au 
couvent de Saint-Apollinaire de-Pavie. Il se livra sur- 
tout à l'étude des langues orientales et après avoir en- 
seigné dans les maisons de son ordre obtint de consacrer 
tous ses soins à la préparation d'une Bible polyglotte. 
En 1514, il fut nommé par Léon X évêque de Nebbio 
en Corse. Sur l'invitation de François I er , il vint en 
France où lui fut confiée la chaire d'hébreu à l'Univer- 
sité de Paris. Il parcourut la Belgique et l'Angleterre 
et après une absence de cinq années revint dans son 
diocèse. Il périt dans un naufrage entre Gênes et l'Ile 
de Corse. Voici ses principaux ouvrages : Liber Job 
nuper hebraicse veritati restitutus cum duplici versione 
latina, in^°, Paris, 1516 : le texte est accompagné de la 
Vulgate et d'une traduction de Giustiniani; Psalterium 
hebrmum, grxcum, arabicum et chaldaicum cum tribus 
interpretationibus et glossis, in-f°, Gênes, 1516. Cet ou- 
vrage, disposé sur huit colonnes, contient : 1° le texte 
hébreu; 2° la traduction de celui-ci par Giustiniani ; 3» la 
Vulgate; 4° les Septante; 5° une version arabe; 6° une 
paraphrase chaldaïque; 7» la traduction de cette para- 
phrase et 8° des scholies. Les sommes énormes exigées 
pour une telle publication ne permirent pas à l'auteur 
d'éditer ainsi tous les livres de l'Écriture Sainte. — Voir 
Échard, Scriptores ord. Prsedicatorum, t. Il, p. 96; 
Ughelli, Italia sacra, t. IV (1719), col. 1013. 

B. Heurtebize. 

2. GIUSTINIANI Benoit, jésuite italien, né à Gênes vers 
1550, mort à Rome le 19 décembre 1622. Entré au novi- 
ciat à Rome, il enseigna la rhétorique au collège Romain, 
la théologie à Toulouse, Messine et Rome, fut plus de 
vingt ans recteur des pénitenciers du Vatican et théolo- 
gien du cardinal Cajetan pendant sa légation en Pologne. 
In omnes B. Pauli Apostoli Epistolas explanationes, 
2 in-f°, Lyon, 1612-1613; In omnes catholicas Epistolas 
explanationes, in-P, Lyon, 1621. 

C. SOMMERVOGEL. 

3. GIUSTINIANI Fabiano, théologien italien, né en 
1578 à Lerma, dans le diocèse de Gênes, mort à Ajaccio 
le 3 janvier 1627, était entré dès 1597 dans la congré- 
gation de l'Oratoire fondée par saint Philippe de Néri. 
Ses supérieurs lui confièrent la charge de bibliothécaire- 
de Sainte-Marie de Vallicella. En 1616 il fut nommé 



247 



GIUSTINIANI — GLANAGE 



248 



évêque d'Ajaccio. On a de cet auteur : Elenchus aucto- 
rwtn, qui in S. JBi6lia etiam in versiculos data opéra 
scripserunt, in-f°, Rome, 1612; Index universalis mate- 
riarum Biblicarum, in-f°, Home, 1612, ouvrages remplis 
d'erreurs bibliographiques ; Commentarius de S. Scrv- 
ptura ejusque interpretibus, in-8% Rome, 1614; Tobias 
explahationibus historicis et documentis moralïbus ii- 
lustratus, in-f°, Rome, 1620. — Voir Ughelli, Italia 
sacra, t. m, col. 499; Hurter^ Nomenclator literarius 
(2° édit.), t. i, col. 320. B. Heurtebee. 

GIVRE (hébreu : kefôr; Septante : xô^vv;; Vulgate : 
pruina), légère couche de glace résultant de la congéla- 
tion de la rosée, quand la température nocturne s'abaisse 
à 1» ou 2° au dessous de zéro. Le givre, appelé aussi 
gelée blanche, se dépose alors à la surface des objets peu 
Conducteurs de la chaleur et forme sur les branches des 
arbres de fines cristallisations arborescentes. — 1° L'au- 
teur de l'Ecclésiastique, xliii, 21, fait allusion aux appa- 
rences du givre quand il dit : 

(Dieu) répand le givre sur le sol comme du sel, 

Et quand il gèle U y a comme des pointes de chardons. 

Au Psaume cxlvii, 16, la comparaison est différente : 

E répand le givre comme la cendre. 

Au lieu de givre, kefôr, les versions mentionnent ici 
la vapeur, le brouillard qui s'étend à la surface du sol, 
éu.fy>.7i, nebula. La comparaison avec la cendre devient 
alors difficile à justifier. Dans la Sagesse, v, 15, l'espé- 
rance de l'impie est assimilée au givre, iri-/vri, qu'em- 
porte la rafale. La Vulgate, qui a suivi la leçon S.%vt), 
« efflorescence, » de quelques manuscrits grecs, traduit 
par spuma gracilis, « légère écume. » Dans un autre 
passage, Sap., xvi, 29, l'espérance du méchant est encore 
comparée au givre qui fond aisément à la première cha- 
leur. La manne du désert, que l'auteur de l'Exode, xvi, 14, 
appelle une espèce de kefôr, est représentée par la 
Sagesse, xvi, 22; xix, 20, comme ayant les apparences 
du givre. La nature du givre justifie toutes ces compa- 
raisons employées par la Sainte Écriture. Répandu sur 
le sol en couche légère, il y ressemble au sel, à la manne, 
à la cendre blanchâtre, tandis qu'il se suspend sur les 
branches des arbres et des arbustes en efflorescences 
qui hérissent leurs pointes comme celles des chardons. 
Seulement les auteurs sacrés, pour lesquels le spectacle 
du givre était relativement rare, empruntent leurs 
termes de comparaison à des objets plus familiers, qui 
seraient dans nos climats la chose comparée plutôt que 
celle à laquelle on compare. — 2° Le givre, comme toutes 
les merveilles de la nature, a Dieu pour auteur : « Qui 
donc enfante le givre, » si ce n'est lui ? Job, xxxvm, 29. — 
Dans Daniel, vi. 68, la rosée et le givre, deux formes du 
même phénomène, sont invités ensemble à bénir le Sei- 
gneur. H. Lesêtre. 

GLACE (hébreu : gérai} ; Septante : ici-roc toiyet<Sç, 
*pû<rca>.Xoç : Vulgate : glacies, gelu, pruina; deux antres 
mots hébreux, gdbU et 'élgabvs, désignant la glace, ne 
sont employés qu'avec le sens de grêle ou de cristal ; voir 
Cristal, t. n, col. 1119, et Grêle), eau solidifiée, par 
suite de l'abaissement de là température au-dessous de 
zéro. Voir Gelée. — 1° L'auteur de l'Ecclésiastique, xliii, 
22, décrit ainsi le phénomène de la formation de la glace : 
« Le vent froid du nord se met à souffler et l'eau se con- 
gèle en glace; il fait cesser tout rassemblement des eaux, 
et l'eau se revêt comme d'une cuirasse. » C'est Dieu qui 
produit la glace. Job, xxxvn, 10; xxxvm, 29. Aussi la 
glace est-elle nommée parmi les créatures invitées à 
bénir le Seigneur. Dan., m, 70; Ps. cxlviii, 8. — 2» La 
chaleur du soleil fait fondre la glace : ainsi disparaissent 
les péchés que Dieu pardonne, Eccli., m, 17, et l'espé- 



rance de l'ingrat. Sap., xvi, 29. Après le dégel, les gla- 
çons troublent l'eau du torrent qui les entraîne. Job, 
vi, 16. H. Lesêtre. 

GLAIRE Jean-Baptiste, ecclésiastique et orientaliste 
français, né à Bordeaux le 1 er avril 1798, mort à Issy 
(Seine), le 25 février 1879. Ses premières études termi- 
nées dans sa ville natale, il suivit, à Paris, le cours de 
théologie de Saint-Sulpice et, en même temps, ceux des 
langues orientales que professaient Sylvestre de Sacy et 
Eugène Burnouf. Ordonné prêtre en 1822, il enseigna, 
cette année même, l'hébreu au séminaire de Saint-Sul- 
pice jusqu'en 1831. Il fut alors promu, à la Sorbonne, 
titulaire de la chaire d'hébreu vacante par le décès de 
Chaunac de Lanzac, dont l'abbé Glaire était le suppléant 
depuis 1825. Il devint, en 1841, doyen de la faculté de 
théologie et conserva ces fonctions jusqu'en 1851. Il passa 
à' Issy ses dernières années dans la retraite. Parmi ses 
nombreux travaux, mentionnons : Lexicon manuale 
hebraicum et chaldaicurri, in-8°, Paris, 1830, dont le 
fonds est tiré du Lexicon de Gesenius; Principes de 
grammaire hébraïque et chaldaïque, in-8°, Paris, 1832 
et 1843; La Sainte Bible en latin et en français, 3 in-4°, 
Paris, 1834; Torah Mosché, le Pentateuque, avec traduc- 
tion et notes, 2 in-8», Paris, 1835-1837; Introduction 
historique et critique aux livres de l'Ancien et du Nou- 
veau Testament, 6 in-12, Paris, 1836; plusieurs éditions; 
Les Livres Saints vengés ou la vérité historique et 
divine de l'Ancien et du Nouveau Testament, 2 in-8°, 
Paris, 1845; Abrégé d'introduction aux livres de l'An- 
cien et du Nouveau Testament, 2 in-8 1 », Paris, 1846; 
plusieurs éditions; Manuel de l'hébraïsant, in-12, Paris, 
1850; Principes de grammaire arabe, in-8°, Paris, 
1861; La Sainte Bible selon la Vulgate, 4 in-18, Paris, 
1871-1873; récentes éditions, dont la 3 e avec introductions, 
notes et appendices par F. Vigoureux, 4 in-8 1 », Paris, 
1889-1890. • O. Rey. 

GLAIVE. Voir Épée, t. n, col. 1824. 

GLANAGE, action de recueillir dans un Champ les 
épis abandonnés ou négligés par les moissonneurs(fig.51). 
On le permet dans nos lois modernes, mais seulement 
aux indigents incapables de travailler et encore dans cer- 




51. — Glaneuses en Palestine. 
D'après une photographie de M. L. Heîdet. 

taines conditions. Cette ' législation de charité qui s'est 
perpétuée dans le christianisme est un héritage de la loi 
de Moïse. Mais à côté du motif d'humanité il y en avait 
un autre, celui de rappeler aux enfants d'Israël l'escla- 



249 



GLANAGE — GLOIRE 



250 



vage d'Egypte (Qg. 52). Deut., xxrv, 22. La loi juive per- 
mettait le glanage au pauvre et à l'étranger, à la veuve et 
à l'orphelin. Lev., xix, 9; xxm, 22; Deut., xxiv, 19. 
On y prescrit même au maître de ne pas ramasser les 
épis restés après la moisson. Aussi Ruth peut sans être 
inquiétée par les serviteurs de Booz glaner dans son 
champ. Ruth, n, 7. Loin de la repousser, le parent de 
Noémi recommande aux siens de laisser à dessein tom- 
ber les épis, tandis qu'ils faisaient des gerbes. Ruth, 
H, 15, 16. La glane s'appelait léqét. Lév., xix, 9; xxm, 




- Glaneuses égyptiennes. D'après une peinture 
du Musée du Louvre. 



22. « Qu'appelle-t-on léqét? » dit le Talmud de Jéru- 
salem, tr. Pea, 7, traduction française par M. Schwab, 
t. il, Paris, 1878, p. 63, on répond : « Ce qu'on laisse 
tomber de la main, au moment de la moisson. » On 
traite ensuite longuement, p. 63-73 et p. 84 et 106, des 
conditions où il y a léqét, «glane» légitime. En prédisant 
la ruine d'Israël, Isaïe, xvn, 5, compare le petit nombre 
qui sera épargné aux javelles ou épis oubliés par le 
moissonneur qui fait les gerbes. A la législation du gla- 
nage pour les céréales se rattache celle du grappillage 
pour le raisin et les fruits. Voir Grappillage. 

E. Levesque. 
GLAND, fruit du chêne. Voir Chêne, t. n, col. 652. 

GLANVILLE (Barthélémy de). Voir GlaunwilL, dans 
Franciscains, t. h, col. 2375. 

GLASS, GLASSIUS Salomon, théologien allemand, 
luthérien, né à Sondershausen en 1593, mort à Gotha 
le 27 juillet 1656, enseigna les langues orientales à l'Uni- 
versité d'Iéna et en 1625 fut nommé superintendant des 
églises et des principautés de Schwartzbourg-Sonders- 
hausen. Douze ans plus tard, il revenait à Iéna pour y 
occuper la chaire de théologie. Il fut ensuite appelé aux 
fonctions de superintendant du duché de Saxe-Gotha. Il 
doit sa célébrité à sa Philologia Sacra, qua totius sacro- 
rum veteris et novi Testamenti Scripturœ tum Stylus 
et litteratura, tum sensus et genuinse interpretationis 
ratio et doctrina libris quinque expanditur ac tradi- 
tur, in-4°, Iéna, 1623. Cet ouvrage eut de nombreuses 
éditions toutes revues et améliorées par l'auteur lui- 
même ou par d'autres théologiens. La meilleure édition 
est celle de Leipzig, donnée par Olearius, in-4°, 1725. 
L'édition de Dathe et Bauer, 3 in-8°, Leipzig, 1776-1797, 
contient des additions importantes, mais est imprégnée 
de rationalisme. Glass a en outre composé : Onomato- 
logia Messix prophetica, ih-4», Iéna, 1624; Christolo- 
gia Bavidica, in-4°, Iéna, 1638; Christologia Mosaïca, 
in-4", Iéna, 1649. Ces trois derniers écrits ont été 
réunis en un volume par Crenius, in-4°, Liège, 1700; 
Exegesis Evangeliorum et Epistolarum, in-4°, Gotha, 
1647. — Voir Walch, Bibl. theologica, t. iv, p. 240, 
1>14. B. Heurtebize. 

GLOBE, ornement de métal (fig. 53), ou d'autre 
matière (fig. 54) de forme sphérique. 1° Parmi les ob- 




53. — Bijou égyptien 
en or en forme de 
globe. Musée du 
Louvre. Grandeur 
naturelle. 



jets précieux que les femmes apportent à Moïse pour la 
fabrication des ustensiles du tabernacle, est nommé, 
avec les boucles, les anneaux et les bagues, un ornement 
appelé kûmdz. Exod., xxxv, 22. Les • 
Israélites en trouvent également 
parmi les dépouilles des Madianites, 
après la victoire remportée sur ces 
derniers. Num., xxxi, 50. Les Sep- 
tante traduisent le mot hébreu par 
7tîpifié?ca, •« bracelets, » et la "Vulgate 
par dextralia. En rapprochant le 
mot hébreu de l'arabe, kâmaz, « met- 
tre en boule, s Rosenmûller, In 
Exod., Leipzig, 1795, et Gesenius, 
Thesavrw, p. 692, lui donnent le 
sens de boule, ou petit globe d'or. 
Diodore de Sicile, ni, 44, signale 
chez les Arabes des parures de ce genre, petits globes 
d'or de la grosseur d'une noisette ou d'une noix, qu'on 
suspendait aux bracelets des bras ou des jambes. Le 
kûmdz avait donc quelque analogie de forme et de 
matière avec ce que fut plus tard la bulla des jeunes 
patriciens romains. Cicéron, Verr., II, i, 58. — 2° Au- 
dessus des colonnes du Temple, on plaça des gullôf. 
III Reg., vu, 41; II Par., iv, 13. La gullâh, de gâtai, 
« rouler, être rond, » est 
une sorte de sphère plus 
ou moins aplatie qui for- 
mait la base du chapiteau. 
Voir Colonnes du Temple, 
t. il, col. 856. Les versions 
traduisent par orpsTrcâ, 
■■ arrondis, » funiculi, et 
ywXâO, epistylia. Les deux 
calottes de la sphère étaient 
engagées l'une dans la par- 
tie supérieure de la co- 
lonne, l'autre dans le cou- 
ronnement du chapiteau, 
de telle sorte qu'on n'aper- 
cevait de la sphère que la 
zone comprise entre deux 
petits cercles également distants du grand. Ainsi com- 
pris, cet ornement pouvait occuper convenablement la 
partie inférieure d'un chapiteau. H. Lesêire. 

1 . G LOI RE (hébreu : kâbôd, de kâbad, « être illustre ; » 
outre ce mot, le plus communément employé, on ren- 
contre encore, avec le sens de « gloire » : hâddr, de 
hâdar, « gonfler, » Ps. cxlix, 9; tehillâh, de hâlal, « res- 
plendir, » Is., xlii, 8; Jer., xlviii, 2, etc..; 'dz, de 'âzaz, 
c< être fort, » Exod., xv, 2; Ps. vm, 3, etc.; (ifârdh, de 
pâ'ar, (l être honoré, » Jud-, iv, 9; Prov., xix, 11, etc.; 
Septante : SôÇa ; Vulgate : gloria), éclat qui s'attache au 
nom de quelqu'un à raison de sa dignité, de ses actes, 
de ses mérites, etc. 

1° La gloire vient à l'homme soit de Dieu qui la lui 
accorde comme bien de nature, Ps. vm, 6, ou comme 
faveur, III Reg., m, 13, soit de ses actions. Prov., xx, 3; 
Eccli., xxv, 8; xxxi, 10, etc. La gloire est ordinairement 
précédée de l'humiliation. Prov., xv, 33; xxix, 23; 
Eccli., îv, 25; Luc, xrv, 11, etc. Elle ne sied point à 
l'insensé. Prov., xxvi, 1. Le sage ne doit pas chercher 
sa gloire dans des futilités, I Cor., m, 21; Gai., v, 26, 
mais dans les biens d'un ordre supérieur. Rom., v, 2; 
I Cor., i, 31; Gai., vi, 14, etc. La gloire éternelle est. le 
bonheur de l'autre vie préparé à l'âme fidèle. Rom., 
vin, 18; I Cor., xv, 43; II Cor., rv, 17; Col., i, 27; m, 4; 
I Pet., v, 1, 4, 10, etc. 

2° Dieu est la gloire d'Israël, c'est-à-dire le bien dont 
Israël a le plus droit d'être fier. Ps. m, 4; cv, 20; 
Jer., il, 11, Il doit être aussi celle du chrétien. I Cor., 
i, 31; II Cor., x, 17; Phil., m, 3, etc. 




54. — Ornement égyptien en 
forme de globe. Faïence 
creuse travaillée à jour. Mu- 
sée Saint-Louis à Carthage. 



251 



GLOIRE — GLOSE 



252 



3° Les nobles d'un peuple sont appelés sa gloire, en 
Israël, Is., v, 13; xvn, 3, 4; Mich., i, 15; Judith, xv, 10; 
en Assyrie, Is., vm, 7; x, 16; en Moab. Is., xvi, 14. 

4° Le mot kâbôd désigne parfois l'âme de l'homme, 
ce qui par excellence fait sa gloire, Gen., xljx, 6; 
Ps. vu, 6; xxix, 13; lvi, 9; cvii, 2, et reproduit le mieux 
ici-bas la glorieuse image de Dieu. Cf. Frz. Delitzsch, 
System der biblischen Psychologie, Leipzig, 1861, p. 98, 
105, 202. H. Lesétre. 

2. GLOIRE DE DIEU. Cette locution de la Sainte Écriture 
se rapporte à deux choses distinctes : la manifestation 
éclatante et surnaturelle que Dieu fait de sa présence en 
certaines circonstances, et l'honneur que lui rendent les 
créatures par leurs hommages. 

I. Manifestation de la présence divine. — Cette mani- 
festation est réservée par le Seigneur à son peuple. 
1° La gloire de Jéhovah, kâbôd Yehôvâh, SiJÇa toû 9eo0, 
gloria Domini, se montre pour la première fois au 
désert, peu après la sortie d'Egypte, quand les cailles et 
la nourriture miraculeuse de la manne sont envoyées aux 
Hébreux. Exod., xiv, 7. Elle apparaît au Sinaï, « comme 
un feu dévorant sur le sommet de la montagne. » 
Exod., xxiv, 16, 17. Moïse demande au Seigneur à voir 
sa gloire, non plus seulement ce qu'il en a pu aperce- 
voir au Sinaï, mais quelque chose qui se rapproche 
davantage de la majesté même de Dieu, de son essence 
divine. Cf. S. Augustin, De Gènes, ad lit., xn, 27, 
t; xxxiv, col. 477. Le Seigneur lui répond qu'on ne peut 
le voir de face sans mourir, mais qu'il se montrera à lui 
en passant et par derrière, c'est-à-dire en atténuant assez 
l'éclat de sa majesté pour qu'un œil humain puisse le 
supporter. Exod., xxxm, 18-23. La maxime des Pro- 
verbes, xxv, 27, d'après la Vulgate : « Celui qui jette un 
œil curieux sur la majesté sera écrasé par la gloire, » 
rappellerait la réponse faite par le Seigneur à Moïse, si 
le sens de l'hébreu n'était un peu différent : « Il y a 
gloire à scruter les choses importantes. » — 2° Quand le 
tabernacle est construit, il devient le siège de la gloire 
de Dieu. Cette gloire éclate de temps en temps au-dessus 
du tabernacle, Lev., IX, 6, 23; Num., xiv, 10, ou elle 
remplit le tabernacle. Exod., XL, 32. L'autre lui sert 
comme de trône et elle se. manifeste au-dessus du pro- 
pitiatoire, entre les « chérubins de gloire ». Heb., ix, 5. 
Voir Arche d'alliance, t. i, col. 918, 919; Chérubins, 
t. H, col. 661. De cette gloire part un feu dévorant qui 
détruit les coupables. Num., xvi, 35. Cf. Is., lix, 19. 
Pour la voir, Moïse et Aaron se rendent au tabernacle. 
Num., xx, 6. Cette manifestation sensible de la présence 
de Dieu n'était pas continue ; les textes sacrés en parlent 
toujours comme d'un phénomène transitoire. Il n'en est 
plus question d'ailleurs dans la suite de l'histoire du 
tabernacle, après les jours de Moïse. — 3° La gloire du 
Seigneur remplit le temple de Salomon, au moment de 
sa dédicace. Elle prit alors la forme d'une nuée. III Reg., 
vm, 11; II Par., v, 14; vu, 3. Cette nuée rappelait celle 
qui se montrait dans le tabernacle. Lev., xvi, 2. Voir 
Colonne de nuée, t. n, col. 855, et Nuée. Dans ses visions, 
Ézéchiel, mu, 2, 5; xliv, 4, voit également la gloire de 
Dieu remplir le temple. Cf* Ps. xxv, 8. — 4° Cette gloire 
de Dieu remplit toute la terre, Is., H, 10, 21; vi, 3; 
Habac, m, 3; elle accompagne Dieu dans ses apparitions, 
Ps. xviii. 13, 19, et se manifeste aux prophètes. Ezech., 

I, 28, m, 12, 23; toi, 4; x, 4, 18. — 5° La gloire de 
Dieu n'apparut pas tout d'abord dans le second temple 
comme dans le premier. Mais Isaïe, lx, 1, 2, prédit que 
la gloire de Jéhovah se lèverait sur Jérusalem, et Aggée, 

II, 8, annonça que le nouveau temple en serait rempli. 
— 6» La venue du Fils de Dieu sur la terre réalise ces 
promesses. « Nous avons vu sa gloire. » Joa., i, 14. H est 
lui-même le « roi de gloire », Ps. xxm, 7-10, et « la 
splendeur de la gloire du Père », Hebr., i, 3, la mani- 
festation la plus parfaite de la majesté divine. — 7» Voir 



la gloire de Dieu sur la terre, c'est être témoin d'un 
grand miracle. Joa., XI, 40. C'est le Père qui est la source 
de cette gloire. Il est le « Père de gloire », Eph., i, 17; 
le <c Dieu de gloire », Act., vu, 2; Jésus-Christ est le 
« Seigneur de gloire », I Cor., H, 8, annonçant 1' « Évan- 
gile de gloire ». II Cor., iv, 4. Une voix provenant « de 
la gloire magnifique » lui rend témoignage au Thabor. 
II Pet., I, 17. Jésus-Christ est maintenant dans la gloire 
du Père, Phil., H, 11, où l'aperçut saint Etienne. Act., 
vu, 55. Il est entré dans sa gloire, c'est-à-dire qu'il a 
associé son humanité sainte dans le ciel à la gloire de 
sa divinité. Luc, xxiv, 26; I Thés., Il, 12; II Thés., u, 13; 
Tit., il, 13; I Pet., v, 10. Il viendra un jour avec cette 
gloire pour le dernier jugement. Matth., xvi, 27; Marc, 
vm, 38; xiu, 26. — 8° Cette gloire de Dieu est incom- 
municable aux créatures. Is., xlii, 8; xlviii, 11. « Tous 
ont besoin de la gloire de Dieu, » c'est-à-dire du secours 
divin qu'assure sa présence. Rom., m, 23. — Dans tous 
Ces textes, il s'agit de la présence de Dieu manifestée 
par des phénomènes de différente nature. Les Juifs de 
l'époque voisine de l'ère chrétienne ont donné à cette 
présence le nom de sekînâh, du verbe sâkan, « habiter, » 
ou de miskân, « tente, tabernacle, » <jx7)vt|. La sekînâh 
est donc la même chose que le kâbôd Yehôvâh. Saint 
Jean, i, 14, fait sans doute allusion à ces deux termes 
quand il dit que le Verbe a habité parmi nous, ê<rxr|- 
vw(7£v Èv r,[ûv, et que nous avons vu sa gloire. Cf. Bâhr, 
Symbolik des Mosaischen Quitus, Heidelberg, 1837, 
p. 226, 302. 

II. Honneur tendu à Dieu par les créatures. — Cet 
honneur constitue la gloire extérieure de Dieu. 1" Toutes 
les créatures sont invitées à rendre gloire à Dieu. 
Ps. xxviii, 2-9; lxvii, 35; xcv, 3-8; Jer., xm, 11, etc. 
Les cieux chantent cette gloire. Ps. xvm, 2. Les apôtres 
la proclament. Rom., xvi, 17; Gai., i, 5, etc. Le chrétien 
est invité à faire toutes ses actions pour la gloire de 
Dieu. I Cor., x, 31. — 2° Rendre gloire à Dieu, c'est le 
remercier et le louer, Tob., xi, 16; Matth., ix,8; Luc, n, 
20; xm, 13; xvn, 18; xxm, 47; Act., xr, 18; Rom., i, 
21, etc.; c'est quelquefois faire un aveu, Jos., vu, 9; 
Joa., IX, 24, ou se repentir, Apoc, xvi, 9, par consé- 
quent rendre hommage, à sa véracité et à sa sainteté. 

H. Lesétre. 

GLOSE, mot qui vient du grec yX<5<j<ja, mais qui a 
pris le sens particulier d' « explication, d'interprétation » 
d'un mot ou d'une phrase, spécialement Je la Sainte 
Écriture. 

I. Origine du mot glose. — Dans le grec classique, 
Y^ù<r<ja signifie « langue (organe de la parole) » et « lan- 
gage » parlé par un peuple. Peu à peu les grammairiens 
et les Scholiastes grecs en vinrent à appeler yî.woirat les 
mots qui avaient vieilli ou étaient tombés en désuétude, 
ou bien dont la signification avait changé et encore les 
termes techniques ou d'un usage local et circonscrit. 
rXtiuuaç, dit un scholiaste de Denys d'Halicarnasse (dans 
J. J. Wetstein, Novum Teslamenlum grsecum, t. Il, 
Amsterdam, 1752, p. 151, suri Cor., xn,10), çwvà; àpxaia? 
y.a\ àito?evt(j(j.sv«î ^ émxwpiaïo'iiTa;. « On appelle y\G><jaau 
les mots vieillis ou étrangers et les provincialismes. » 
Cf. la scholie rapportée dans Ersch et Grùber, Allge- 
meine Encyklopadie, Glossa, sect. i, t. lxx, p. 135, 
note 11. Ces mots avaient donc besoin d'être expliqués 
pour être compris de tous. Comme on donnait le nom 
de yXwucjai aux termes dont on expliquait la significa- 
tion, on donna le nom de •f"ku>am\\i.a et aussi celui de 
Y).5)<roa à l'explication elle-même; c'est dans cette der- 
nière acception qu'est employé le mot glossa, « glose, s 
Voir Fr. Bleek, Ûeber die Gobe des yltiaaaii XaXetv, dans 
les Theologische Studien und Kriliken, 1829, p. 32-44; 
J. G. Rosenmûller, Historia interpretationis librorum 
Sacrorum, t. rv, Leipzig, 1813, p. 356-387. 

II. Gloses dans les Saintes Écritures. — Longtemps 
avant que le nom fût inventé, les gloses existaient déjà. 



253 



GLOSE 



254 



Le besoin naturel d'expliquer les mots vieillis dont on 
ne comprenait plus le sens, les noms propres de lieux 
qai avaient changé avec le temps, etc., était cause que 
les possesseurs ou les copistes d'un manuscrit écrivaient 
en marge ou entre les lignes, et quelquefois dans le 
texte lui-même, des notes qui en éclaircissaient les ob- 
scurités. La plupart des anciens manuscrits encore exis- 
tants en sont la preuve. Cf. S. Jérôme, Epist., en, 46, ad 
Sunniam et Frelelam, t. xxn, col. 853. 

1» Dans le texte hébreu. — Les gloses reVnontent peut- 
être à une époque très reculée dans le texte hébreu. Il 
est très difficile, impossible même, excepté peut-être 
pour quelques passages en vers, de discuter aujourd'hui 
avec certitude ce qui est véritablement glose dans l'ori- 
ginal, mais plusieurs explications en ont au moins l'ap- 
parence. Elles ont passé plus tard dans le texte courant 
lui-même, où elles rendaient service au lecteur, sans 
nuire par leur intrusion à l'intégrité substantielle de 
l'écrit inspiré. On peut citer comme exemple : « (Les 
Hébreux) campèrent en désert de Sin : c'est Codés » hî' 
Qddês. L'existence de ces gloses est admise par Tostat, 
Comment, in Deut., in-f», Venise, 1596, Deut., m, 
quaest. 3, p. 15-16 (il attribue à Esdras les mots «jusqu'à 
ce jour », f. 14, et les mots : « On montre son lit de 
fer [d'Og], qui est à Rabbath, etc. », f. 11); par Corné- 
lius à Lapide, InPentat. Argum., édit. Vives, t. i, 1866, 
p. 27 (il donne comme exemple, Gen., xiv, 14, où Dan 
est pour Lais; les citations de Num., xxi, 14-15, 27, etc.); 
par Cornely, Introductio in lïbros sacros, t. n, part, i, 
p. 83, etc. Sur ces gloses, cf. B. Welte, Nachmosaisches 
im Pentateuch, in-8°, Karlsruhe, 1841, p. 161-230. 

2° Dans les Septante. — L'existence des gloses dans les 
Septante est un fait certain, constaté par la comparaison 
de cette version avec le texte original. Ainsi, Jud.,i,27, en 
nommant Bethsan, les Septante ou leur glossateur ajou- 
tent : r\ !<rrt ExuOûv toSXiç, « c'est Scythopolis, » d'après 
le nom qu'on donnait à cette ville de leur temps. Cf. 
Frankel, Vorstudien zu der Septuaginta, in-8», Leipzig, 
4841, p. 70-77. 

3° Dans la Vulgate. — Saint Jérôme ou ses glossa- 
teurs ont aussi intercalé dans la version latine quelques 
gloses explicatives, dont la présence est facile à remar- 
quer. Ainsi, Gen., xxxi, 47, lorsque Laban et Jacob ont 
nommé la pierre élevée en témoignage de leur alliance 
Yegar Sahaduthah et Gil'ad (Vulgate : Tumulum testis; 
Acervum testimonii), saint Jérôme, qui a traduit en latin 
les mots sémitiques d'après leur signification, ajoute : 
uterque juxta proprietatem linguse suse, « chacun selon 
la propriété de sa langue. » — Gen., xxxrx, 19, lorsque 
la femme de Putiphar calomnie Joseph auprès de son 
mari, le traducteur ajoute que le maître de Joseph fut 
nimium credulus. — Jos., m, 16, lorsque le texte hébreu 
nomme « la mer de sel », saint Jérôme explique : mare 
solitudinis, quod nunc vocatur Mortuum, « la mer du 
désert qu'on appelle maintenant mer Morte. » — Jud., x, 
4, après avoir rapporté le nom hébreu des trente villes 
•de Galaad appelées Havolh Jair, le traducteur glose : 
« c'est-à-dire villes de Jaïr. » — Au verset suivant, où 
l'original porte : « Jaïr... fut enseveli à Kamon, » la Vul- 
gate nous dit : « Jaïr fut enseveli dans le lieu qui a pour 
nom Chamon, » etc. Voir aussi Jos., xvm, 17; Jud., 
Xvi, 17, etc. 

III. Glossaires. — Les gloses furent tantôt écrites à 
la marge même des codices, vis-à-vis du mot qu'elles 
expliquaient, tantôt entre les lignes. Lorsqu'elles furent 
devenues nombreuses, on les réunit dans des livres 
séparés qu'on appela <t glossaires » ; l'auteur ou le com- 
pilateur des gloses reçut le nom de « glossateur ». Ce 
fut là l'origine de la lexicographie. Les gloses n'étaient 
pas d'abord rangées par ordre alphabétique, mais selon 
l'ordre où se rencontraient les mots dans l'auteur qu'on 
expliquait; elles n'embrassaient pas non plus tous les 
mots d'une langue, comme nos lexiques et nos diction- 



naires, mais seulement ceux que les glossateurs jugeaient 
obscurs ou peu connus. Leur but étant d'apprendre au 
lecteur ce qu'il ignorait, ils furent amenés peu à peu à 
élargir leur cadre et à ajouter à l'explication lexicolc- 
gique des notices historiques, biographiques, géogra- 
phiques, etc. Enfin, pour rendre plus tard les gloses 
plus faciles à trouver, on les disposa par ordre alphabé- 
tique, comme dans nos dictionnaires. Ces anciens 
« glossaires f> rendent encore aujourd'hui de précieux 
services pour l'étude. Nous ferons connaître les plus im- 
portants en énumérant les principaux glossateurs. 

IV. Glossateurs. — i. gloses rabbiniqves- — 1» Une 
partie de la Massore peut être considérée comme un 
glossaire du texte hébreu de l'Ancien Testament. Voir 
Massore. — 2° La plupart des commentaires des rabbins 
ne sont guère que des glossaires, parce qu'ils s'occupent 
surtout de l'explication des mots hébreux. — Voir par 
exemple : Opuscules et traités d'Abou ( l-Walid Merwan 
Ibn Djanah de Cordoue. Texte arabe publié avec une 
traduction française, par J. et H. Derenbourg, in-8», 
Paris, 1880. Cf., du même, Le livre des Parterres 
fleuris, trad. Moïse Metzger, in-8», Paris, J1889. — 3° Les 
rabbins du moyen âge ont souvent intercalé dans leurs 
commentaires hébreux des mots de la langue du pays 
où ils vivaient, lesquels sont de véritables gloses de 
l'expression sémitique. Voir A. Darmesteter, Gloses et 
Glossaires hébreux-français du moyen âge, dans ses 
Reliques scientifiques, 2 in-8», Paris, 1890, t. i, p. 165- 
195 (paru d'abord dans la Romania, t. i, 1872, p. 146- 
176). 

il. glossateurs grecs. — 1° Résychius. — Le plus 
ancien des glossateurs grecs que nous connaissions 
comme ayant formé un glossaire est un grammairien 
d'Alexandrie, nommé Hésychius. Il compila, vers 380, 
les gloses des commentateurs d'Homère et, à cette occa- 
sion, celles de quelques autres classiques. Le seul ma- 
nuscrit connu de son œuvre est du xv c siècle; il fut 
publié, mais avec des additions de son cru, par Masu- 
rus, in-f», à Venise, 1514. L'édition la plus récente est 
celle de Maurer Schmidt, 'Hiux^ou Ae£ix<Sv, 5 in-4», 
Iéna, 1858-1868 (editio minor, 2 ïn-4», Iéna, 1863, 1864, 
1867). Hésychius devait être païen, mais dans le manus- 
crit qui est parvenu jusqu'à nous, des mains chrétiennes, 
depuis le V e siècle, y ont intercalé des g loses bibliques, 
d'une véritable valeur. Les unes sont tirées de vocabu- 
laires bibliques déjà existants à cette époque; d'autres 
expliquent les mots difficiles par l'interprétation qu'en 
ont donnée Aquila et Symmaque dans leurs versions grec- 
ques de l'Ancien Testament ; d'autres enfin sont emprun- 
tées aux anciens commentateurs de l'Église grecque, 
tels que saint Basile, saint Cyrille d'Alexandrie, saint 
Épiphane, Procope, etc. — Toutes les gloses du manus- 
crit hésychien relatives aux Saintes Écritures ont été 
réunies et publiées à part par J. Chr. Gl. Ernesti, Hesy- 
chii Alexandrini Glossse sacrée, grsece. Ex universo illius 
opère in usum interpretationis Lïbrorum sacrorum. 
Accesserunt, prseter dissertationem de Glossis sacris 
Resychii (parue auparavant, in-4», Leipzig, 1782), Glossx 
greeese in Psalmos ex catalogo manuscriptorum Riblio- 
theese Taurinensis denuo édites, in-8», Leipzig, 1785. 
Voici, comme spécimen, quelques-unes des premières 
gloses recueillies par Ernesti: "AëeX. itévOoç. — Ô6pa. 
So-jXt). itaXXox^. — âSpat. véat, SoOXat... — àfiiacm. 
xTlpôÇotTG. — àffâiret. ScaçuXeUet- xtX. Voir aussi Glossse 
sacrée ex Hesychio, dans L. C. Valckenaer, Opuscula 
philologica, 2 in-8», Leipzig, 1808-1809, t. i, p. 175-202; 
cf. t. il, p. 152-164. — Sur Hésychius et son œuvre, 
voir J. Aug. Ernesti, De vero usu et indole Glossario- 
rum grsecorum, Leipzig, 1742, 1847 ; R. Bentley, Epis- 
tola lxix, viro J. Chr. Biel (sur Hésychius), dans ses 
Epistolm, in-8», Leipzig, 1825, p. 192-199; J. A. Fabri- 
cius, Bibliotheca grseca, édit. Harles, t. vi, p. 201-227; 
C. Frd. Ranke, De Lexici Hesychiapi vera origine et 



255 



GLOSE 



256 



gcnuina forma, in-8°, Leipzig, 1831 ; Hugo Weber, De 
Hesychii ad Eulogium épistola, in-4°, Halle, 1865; F. G. 
Welcker, Hesychius, dans ses Kleinere Schriften zur 
griechischen Literaturgeschichte, 2 in-8°, 1844-1845, 
t. n, p. 542-596. 

2° Photius, patriarche schismatique de Constantinople, 
né dans cette ville vers les premières années du IX e siècle, 
élevé en 857 au siège patriarcal, mort en 891, fut un 
érudit infatigable. Il rédigea, outre sa Bibliothèque et 
d'autres ouvrages, une AéSstov awaytafri, qu'on croit 
avoir été composée après l'an 857 et qui fut publiée pour 
la première fois par J. Gf. J. Hermann (t. ni, in-4», 
Leipzig, 1808, de Zonarse Jh. et Photii Lexica grseca). 
R. Porson en a donné une nouvelle édition : <J>wti'ov 
XéSswv avvaftoyr). E. Cod. Galean, 2 in-8°, Cambridge, 
1822; Leipzig, 1823; de même S. A. Naber, Lexicon, 
2 in-8°, Liège, 1864-1865. Photius avait compilé ce re- 
cueil pour faciliter l'intelligence des auteurs classiques 
et des Saintes Écritures. Voir Fabricius, Bibliotheca 
grseca, édit. Harles, t. VI, p. 603. 

3° Suidas, érudit grec du moyen âge, n'est connu que 
par son Lexique. On ignore tout de sa personne; on 
se demande si son nom n'est pas un pseudonyme; 
l'époque même où il a vécu est douteuse. Tout ce qu'on 
peut affirmer, c'est qu'il est postérieur à Photius et 
antérieur à Eustathe, grammairien de Constantinople, 
commentateur de Ylliadeet del' Odyssée, mort vers 1198. 
Le dernier éditeur de Suidas, Bernhardy, croit qu'il 
était originaire de Samothrace, qu'il a vécu dans la 
seconde moitié du X e siècle, qu'il était prêtre ou au 
moins moine et que son œuvre a été publiée vers 976. 
La première édition du Lexicon de Suidas fut publiée t 
mais incomplètement, par Démétrius Chalcondylas, à 
Milan, 1499; puis par Aide, à Venise, 1514. La meilleure 
édition est celle de God. Bernhardy, Suidse Lexicon, 
grsece et latine, 4 in-4», Halle, 1843-1853. — Suidas avait 
puisé pour sa compilation à toutes les sources qu'il avait 
sous la main : grammairiens, scholiastes, glossateurs de 
tout genre, païens et chrétiens. Son œuvre est tantôt 
un simple lexique, tantôt une sorte d'encyclopédie et 
contient une masse de renseignements utiles, malgré 
quelques erreurs. Une des parties les plus importantes, 
ce sont ses gloses bibliques, généralement tirées d'Hé- 
Sychius et des exégètes grecs, Théodoret,Œcuménius,etc, 
et relatives soit aux noms propres bibliques, soit aux 
mots et aux idées les plus dignes de remarque du Nou- 
veau Testament. J. Chr. Gottl. Ernesti les a publiées à 
part avec celles de Phavorinus : Suidse et Phavorini 
glossse sacrse, grsece, cum spicilegio Glossarum saci-a- 
rum Hesychii et Etymologici niagni. Accessit disserta- 
tiuncula de Glossis sacris Suidss et Phavorini, in-8», 
Leipzig, 1786. — Voir h A. Fabricius, Bibliotheca grseca, 
édit. Harles, t. vi, p. 390-595; Gass, dans Herzog, Real- 
Encyklopâdie, 2= édit., t. xv, 1885, p. 53-57. 

4« UEtymologicum magnum, œuvre d'un auteur in- 
connu du XI ou XII e siècle. Il fut publié d'abord par 
Masurus, à Venise, en 1449. De meilleures éditions ont 
été données depuis par Frd. Sylburg, Etymologicon 
magnum, in-4°, Leipzig, 1794 (editio nova correctior, 
curante G. H. Schâfer, in-4», Leipzig, 1816) et par Gais- 
ford : Etymologicon magnum seu verius Lexicon 
sxpissime vocabulorum origines indagans ex pluribus 
Lexicis, Scholiastis et Grammaticis, Anonymi cujus- 
dam opéra concinnatum. Ad codd. rnss. recensuit et 
notis variorum instruxit Thomas Gaisford, in-f°, 
Oxford, 1848. — Voir Fabricius, Bibliotheca grseca, édit. 
Harles, t. vi, p. 595-628. 

5° Jean Zonaras, préfet de la garde impériale d'Alexis 
Coronène, renonça, peu après la mort de ce prince, 
arrivée en 1118, à tous les honneurs, par suite de la 
perte de sa femme et de ses enfants, et se fit moine au 
mont Athos ou dans une petite île de la mer Egée. Il s'y 
livra avec ardeur à l'étude et au travail. Parmi ses nom- 



breux écrits se trouve une S-jv«Y«oT'n AlUtav, on Glos- 
saire compilé d'après les sources où avaient déjà puisé 
Hesychius, Suidas, etc. Il a été publié par J. A. H. 
Tittmann, Zonarse Jh. et Photii Lexica grœca nunc 
primum édita, 3 in-4», Leipzig, 1808. Les deux premiers 
volumes contiennent Zonaras. Certains critiques pen- 
sent que ce recueil est antérieur à Zonaras. Voir Zôckler, 
dans Herzog, Real-Encyklopàdie, 2 e édit., t. xvn, 1886, 
p. 556. F. W. Sturz a recueilli dans Zonaras : Glossse 
sacrse Novi Testamenti illustratse. Programm der Fûr- 
stenschule l-ui, in-4», Grimma, 1818-1820. _ 

6» Phavorinus ou Favorinus, ainsi appelé parce qu'il 
était de Favora, près de Camerino, en Italie, de son 
vrai nom Guarino ou Varinus, né en 1460, mort en 1537, 
moine bénédictin, disciple de Jean Lascaris et d'Ange 
Politien, précepteur de Léon X, directeur de la biblio- 
thèque des Médicis à Florence et enfin évêque de Nocera, 
est l'auteur d'un lexique grec qui fut longtemps en 
faveur. Il parut in-f», à Rome, en 1523, sous le titre de 
Lexicon grsecum ; à Bàle, in-f», 1538, sous le titre de 
Dictionarium Varini Phavorini ;à Venise, 1712, 1801. 
Voir Fabricius, Bibliotheca grseca, édit. Harles, t. vi, 
p. 648-651. 

Tous ces recueils de gloses ont un intérêt particulier 
pour l'histoire de l'interprétation des Livres Saints parce 
que, étant formés principalement d'extraits d'auteurs 
anciens et tirés d'ouvrages en partie aujourd'hui per- 
dus, ils nous donnent des renseignements précieux sur 
le sens de beaucoup de mots bibliques et sur la ma- 
nière dont les expliquaient les premiers écrivains ecclé- 
siastiques. 

7» Eu outre des recueils particuliers des Glossse sacrse 
que nous avons déjà mentionnés, J. C. Suicer les a 
réunies pour la plupart dans son Thésaurus ecclesiasti- 
cus e Patribus Grsecis ordine alphabetico concinnatus, 
exhibens qusecumque phrases spectant, etc., 2 in-f», 
Amsterdam, 1682; 1 in-f», ibid. , 1728. De même 
J. Alberti, dans son Glossarium sacrum in sacros Novi 
Fœderis lïbros, in-8», Liège, 1735. Alberti ne suit pas 
l'ordre alphabétique des mots, mais les livres mêmes du 
Nouveau Testament par chapitres et par versets. — On 
s'est naturellement servi de ces divers glossaires pour la 
composition des meilleurs lexiques grecs modernes de 
l'Ancien et du Nouveau Testament, tels que le Novus 
Thésaurus philologico-criticm sive Lexicon in LXX, de 
J. Frd. Schleusner, 5 in-12, Leipzig, 1820-1821 ; la Clavis 
Novi Testamenti philologica, de Chr. G. Wilke, revue 
par C. L. W. Grimm, 3» édit., Leipzig, 1888. 

in. glossateurs latins. — Parmi les glossateurs 
latins, deux sont particulièrement célèbres, Walafrid 
Strabon et Anselme de Laon, compilateurs de la Glossa 
ordinaria et de la Glossa interlinearis. 

1» La Glossa ordinaria, ainsi nommée parce qu'elle 
fut d'un usage général et jouit d'une grande autorité 
pendant tout le moyen âge, comme on le voit en parti- 
culier par les citations qu'en font Pierre Lombard et 
saint Thomas d'Aquin, n'est pas un glossaire dans le 
sens exact du mot, mais plutôt un commentaire de toute 
l'Écriture. Son objet principal n'est pas lexicographique, 
mais théologique; elle s'attache à montrer l'étroit rap- 
port qui existe entre l'Ancien et le Nouveau Testament; 
elle expose le triple sens historique ou littéral, spirituel 
ou mystique, et enfin moral. Elle ne néglige pas, d'ail- 
leurs, les explications historiques et géographiques. Au 
mérite d'une doctrine pure et orthodoxe s'ajoute celui 
d'une rédaction remarquable par sa concision et par sa 
clarté, qui lui a mérité le surnom de lingua Scripturse. 
Elle a pour auteur Walafrid, surnommé Strabon, stra- 
bus, « le louche, » abbé de Reichenau, mort le 17 juillet 
849, dans un âge peu avancé, à la cour de Charles le 
Chauve. Il tira la~ plupart de ses notes des écrits des 
Pères de l'Église, et il indique ordinairement la source 
où il puise. Les plus fréquemment cités sont saint Au- 



257 



GLOSE 



GOB 



258 



gustin, saint Jérôme, saiDt Grégoire le Grand, saint Isi- 
dore de Séville, le vénérable Bède, Rhaban-Maur. Saint 
Ambroise et saint Jean Chrysostome le sont plus rare- 
ment. Dans le Lévitique, ce sont les citations d'Ésichius 
{Hésychius) qui dominent; dans les Nombres, celles 
d'Origène; dans les Psaumes, celles de Cassiodore. Il 
ajouta lui-même les notes qu'il jugea utiles, surtout 
dans le Nouveau Testament. Voir Histoire littéraire de 
la France, t. v, 1711, p. 62-63. — Peu d'ouvrages ont 
joui d'une si grande réputation et obtenu un pareil suc- 
cès. Pierre Lombard, qui a composé un Commentarius 
in Psalmos, t. CXCi, col. 55-1296, dans le genre des 
Gloses , citait la Glossa ordinaria simplement sous le 
nom d'Auctoritas. Du ix e au xvi e siècle, c'est-à-dirê 
pendant environ 700 ans, elle fut comme l'organe de la 
tradition et de l'interprétation scripturaire en Occident, 
l'unique ou, du moins, le principal commentaire dont 
firent usage les théologiens scholastiques. Nicolas de 
Lyre (f 1340) eut beau inaugurer au xiv e siècle une nou- 
velle méthode dans l'exégèse, l'œuvre de Walafrid Stra- 
bon n'en perdit pas sa réputation séculaire. Luther lui- 
même en fit grand usage pour sa traduction allemande 
de la Bible. Herzog, Real-Encyklopâdie, 2" édit.., t. m, 
1878, p. 550. Après l'invention de l'imprimerie, les édi- 
tions s'en multiplièrent jusqu'au xvn e siècle. Migne a 
réimprimé la Glossa ordinaria dans sa Patrologie la- 
fiwe,t.cxm et cxiv. (Quelques auteurs contestent aujour- 
d'hui qu'elle soit l'œuvre de Walafrid Strabon. S. Berger, 
Histoire de la Vulgate, in-8 , Nancy, 1893, p. 133.) 

2° La Glossa interlinearis dut son origine au besoin 
de combler une lacune de la Glossa ordinaria. Wala- 
frid Strabon avait donné peu de place à l'explication 
même des mots. Anselme de Laon (f 1117) entreprit le 
travail que l'abbé de Reichenau avait négligé. Voir 
Anselme 2, t. i, col. 657. Il savait l'hébreu et le grec. Il 
s'en servit pour expliquer, entre les lignes de la Vul- 
gate, au-dessus du mot lui-même, d'où le nom A'interli- 
nearis donné à sa glose, les mots plus ou moins obscurs 
ou équivoques. Voir Histoire littéraire de la France, 
t. x, 1756, p. 180-182. 

A partir du XII e siècle, les copies de la Vulgate furent 
ordinairement enrichies des deux gloses ordinaria et 
interlinearis, la première étant placée à la marge et au 
bas des pages, la seconde entre les lignes. Plus tard, 
au xiv" siècle, on ajouta aux notes de Walafrid Stra- 
bon les Postilla de Nicolas de Lyre et les Additiones à 
ces Postules par Paul de Burgos. Plusieurs des pre- 
mières éditions de la Vulgate sont imprimées avec ces 
gloses et ces notes : Biblia sacra cum glossis interlv- 
neari et ordinaria, Nie. Lyrani Postilla ac moralita- 
tibus, Burgensis additionibus et Thoringi replias, 
% in-f°, Venise, 1588. Une des meilleures éditions est 
«elle des théologiens de Douai : Biblia sacra cum Glossa 
ordinaria, prinium a Slrabone Fuldensi collecta, 
nunc novis explicationibus locupletata, cum Postillis 
Nie. de Lyrse, neenon Additionibus Pauli Burgensis 
et Matthix Thoringi Replicis, opéra theologorum Dua- 
cenorum emendata, cum Leandri a S. Martino con- 
jecturis, 6 in-f», Douai, 1617. Elle fut rééditée avec 
des additions par Léandre de Saint- Martin, 6 in-f", 
Anvers, 1634. — Ces recueils ont aujourd'hui une valeur 
plutôt historique que philologique et l'on ne saurait 
s'en contenter, mais on ne doit point méconnaître les 
services qu'ils ont rendus. Les passages des Pères de 
l'Eglise qui y sont rassemblés gardent toujours leur, 
"valeur théologique et exégétique. 

3° Gloses philologiques. — Outre la Glossa ordinaria 
et la Glossa interlinearis, on composa aussi chez les 
Latins des glossaires ou recueils en vue d'expliquer sur- 
tout le sens des mots, sans exclure l'explication des 
«hoses. Le plus connu et le plus célèbre de ces ouvrages 
est celui de saint Isidore de Séville, Originum sive Ety- 
mologiarum libri XX {Patr. lot., t. i^xxii), sorte d'en- 

DICT. DE LA BIDLE. 



cyclopédie de son temps, achevée en 632, qu'on a appelée 
quelquefois Liber Glossarum. Ersch et Gruber, Allge- 
meine Encyklopâdie, sect. I, t. lxx, p. 145. Saint Isidore 
a recueilli ses définitions et explications dans les auteurs 
classiques et surtout dans les écrivains ecclésiastiques. 
Malgré des erreurs inévitables et fort excusables à 
l'époque où écrivait l'auteur, les Étymologies n'en res- 
tent pas moins une mine inappréciable de renseigne- 
ments utiles. Saint Isidore eut de nombreux imitateurs, 
mais ils n'ont rien produit qui soit comparable à leur 
modèle. — Voir Kaulen, dans Wetzer et Welte, Kirchenr 
lexicon, 2 e édit., t. v, 1888, col. 712; Gust. Loewe, Pro- 
dromus corporis Glossariorum latinorum; qusestiones 
de Glossariorum latinorum fontibus et usu, in-8°, 
Leipzig, 1876; S. Berger, De Glossariis et Compendiis 
exegeticis quibusdam medii sévi sive de libris Amilenbi, 
Papise, Hugutionis, Guill. Britonis, de Catholicon, 
Mammotrecto, aliis, in-8», Paris, 1879. 

F. Vigouroux. 
GLOSSOLALIE. Voir Langues (Don des). 

GNIDE (Vulgate: Gnidus, II Mach., xv, 23; Act, 
xxvn, 7), ville de Carie. Voir Cnide, t. n, col. 812. 

GOATHA (hébreu: Gô'âfàh, avec hé local; Sep- 
tante : êÇ èxXexTûv XiOwv), lieu situé dans le voisinage 
de Jérusalem, et mentionné une seule fois dans l'Écri- 
ture. Jer., xxxi, 39. C'est, avec la colline de Gareb, une 
des limites assignées par le prophète à la nouvelle Jéru- 
salem. Comme le tracé part du nord-est pour aller vers 
le nord-ouest, puis, après avoir passé par les deux points 
en question, se dirige par la vallée de.Hinnom, au sud, 
et par le torrent de Cédron, à l'est, on en conclut que 
Gareb et Goatha marquent la ligne occidentale. Mais 
leur emplacement exact est inconnu. Voir Gareb 2, 
col. 105. Le nom hébreu devait être n7'a, Gô'âh; le hé 

local indique la direction, « vers Gô'dh, » ce qui place 
cet endroit au sud de Gareb, par conséquent au sud- 
ouest de la ville sainte. On a rattaché ce nom à la racine 
gâ'âh, « mugir » ou « beugler », et c'est peut-être sur 
cette étymologie qu'est basée la traduction du Targum : 
berêkaf 'égid', la « piscine de la génisse ». Mais on l'a 

rapproché plus justement de l'arabe : Aysta. ,dja'uah, 
« terre rude, dure et noire. » Cf. F. Mùhlau et 
W. Volck, W. Gesenius' Heb. und Aram. Handwor- 
terbuch, Leipzig, 1890, p. 165. Les Septante, en mettant : 
èÇ éxXexTfiv Àtôwv, « des pierres choisies, » semblent 
avoir lu n>T3, Gâzîf. La version syriaque, de son côté, a 

leràmta', « à l'éminence. » Si l'on s'en rapporte au 
Targum ou à la Peschito, Goatha serait donc une piscine 
ou une colline du sud-ouest de Jérusalem. Vitringa et 
Hengstenberg ont voulu l'identifier avec le Golgotha, 
comme si ce dernier nom s'écrivait nn7i bi. Cf. Keil, 
Der Prophet Jeremia, Leipzig, 1872, p. 342. Cette opi- 
nion est insoutenable au double point de vue onomastique 
et topographique. La présence de l'aï», et l'interpréta- 
tion donnée par les évangéiistes eux-mêmes : roXyoflà, 
c'est-à-dire xpaviov, xpaviov tiStioç, « crâne » ou « le lieu 
du crâne », rendent toute assimilation impossible entre 
les deux mots. Cf. Matth.,xxvii, 33; Marc., xv, 22; Luc, 
xxln, 33. D'ailleurs, la colline où mourut le Sauveur 
était au nord-ouest de Jérusalem. A. Legendre/ 

GOB (hébreu : Gôb; Septante : TéB, II Reg., xxi, 18; 
*P(5(i, Codex Alexandrinus : T6S, II Reg., xxi, 19), 
localité mentionnée deux fois seulement comme théâtre 
de deux combats entre les guerriers de David et les 
Philistins. II Reg., xxi, 18, 19. Elle est complètement 
inconnue. Le texte, du reste, présente ici de grandes 
difficultés. Dans le premier passage, II Reg., xxi, 18, 
l'hébreu, la Vulgate, le chaldéen ont Gôb; mais les 
Septante et le syriaque donnent Geth. D'un autre côté, 

m. - a 



259 



GGB — GOÊL 



260 



dans le récit parallèle, I Par., xx, 4, l'hébreu, la Vul- 
gate, le chaldéen et les Septante portent Gazer, tandis 
que le syriaque met Gaza. On lit de même Gazer, dans 
Josèphe, Ant . jud., VII, xn, 2. — Dans le second passage, 
II Reg., xxi, 19, l'hébreu, la Vulgate, le chaldéen don- 
nent Gob; les Septante hésitent entre 'Pou, 'Pô"ë et 
N<56. Le récit parallèle de I Par., xx, 5, n'offre aucun 
nom de localité. Pour ajouter encore à la difficulté, bon 
nombre de manuscrits hébreux ont Nôb au lieu de Gôb 
dans les deux versets du II« livre des Rois. Cf. J.-B. de 
Rossi, Varias lectionès Vet. Testamenti, Parme, 1785, 
t. il, p. 190. Faut-il croire que Gob est une faute de 
copiste pour Gazer ou pour Geth ? Faut-il, avec Keil, 
Die Bûc/ier Samuel», Leipzig, 1875, p. 362, en faire un 
endroit voisin de Gazer? Faut-il, enfin, le maintenir 
seulement comme lieu du troisième combat, II Reg., 
xxi, 19, en plaçant le second à Gazer, f. 18, et le qua- 
trième à Geth, f. 20? Le champ est ouvert à toutes les 
conjectures. A. Legendre. 

GODEAU Antoine, prélat français et littérateur, né à 
Dreux en 1605, mort à Vence le 21 avril 1672, s'adonna 
tout d'abord à la poésie et fut un des premiers membres 
de l'Académie organisée par Richelieu. En 1635, il entra 
dans les ordres et ne tarda pas à être nommé évêque 
de Grasse, siège qu'il échangea pour celui de Vence. 
Godeau a beaucoup écrit; nous ne citerons de lui que 
les ouvrages suivants : Paraphrase sur les Épîtres aux 
Corinthiens, aux Galettes et aux Éphésiens, in-4°, Paris, 
1632 ; Paraphrase sur l'Épître de saint Paul aux Ro- 
mains, in-4°, Paris, 1635; Paraphrase sur l'Épître de 
saint Paul aux Hébreux, in-12, Paris, 1637; Para- 
phrase sur les Épîtres canoniques, in-12, Paris, 1640 , 
Paraphrase sur les Épîtres de saint Paul aux Thessa- 
loniciens, à Timothée, à Tite et à Philémon, in-12, 
Paris, 1641 ; Les Psaumes de David traduits en vers 
français, in-12, Paris, 1648 (les protestants ont souvent 
recours à cette traduction); Version expliquée "du Nou- 
veau Testament, 2 in-8°, Paris, 1668. — Voir Richard 
Simon, Histoire critique du Nouveau Testament, 1693, 
p. 879; Dupin, Biblioth. des auteurs ecclésiastiques du 
xvip siècle, 2" partie, 1719, p. 429; A. Speroni degli 
Alvarotti, Vita di A. Godeau, vescovo di Vence, in-4°, 
Venise, 1761 ; Bibliographie catholique, t. xxxiv, p. 185; 
K. Sudhoff. dans Herzog, Real-Encyklopâdie, 2 e édit., 
t. v, 1879, p. 250. B. Heurtebize. 

GODOLIA. Voir Godolias 2. 

GODOLIAS (hébreu : Gedplyâh et Gedalyâhû, 
sYàh, c'est-à-dire Jéhovah est grand;» Septante: 
roSoXfaç), nom de quatre Israélites. 

1. GODOLIAS, lévite, un des fils ou disciples d'Idithun. 
I Par., xxv, 3. Il était chef de la seconde des vingt-quatre 
classes de chanteurs dans le service du Temple, x, 9. 

2. GODOLIAS ou, selon le texte actuel de la Vulgate, 
Godolia, un prêtre du temps d'Esdras, qui avait épousé 
■une femme étrangère durant sa captivité. I Eadr., x, 18. 

3. GODOLIA8, fils d'Ahicam, avait été nommé gou- 
verneur de la Judée par Nabuchodonosor après la ruine 
de Jérusalem. IV Reg., xxv, 22; Jer., XL, 5. Il résidait à 
Masphath; Jérémie se retira près de lui, Jer.,xxxix, 14; 
XL, 6 : car Godolias entrait bien dans ses vues, et d'ail- 
leurs son père, Ahicam, l'avait déjà protégé contre ses 
ennemis. Jer., xxvi, 24. Les Juifs restés dans le pays et 
ceux qui s'étaient enfuis dans le pays deMoab,d'Ammon 
ou d'Idumée, se réunirent aussi auprès de Godolias. 
Jer., xl, 8-12. Johanan, fils de Carée, vint le prévenir 
des mauvais desseins du roi d'Ammon contre lui. Baalis 
devait en voyerlsmahêl pour le tuer. Godolias n'en voulnt 



rien croire, reçut Ismaël à sa table; mais à la fin du 
repas, celui-ci et ceux qui l'accompagnaient se jetèrent 
sur Godolias et le massacrèrent avec les Juifs et les Chal- 
déens qui l'entouraient. IV Reg., xxv, 23-25; Jer., xl, 
15-16; xli, 1-3. Ce qui amena le reste du peuple à se 
réfugier en Egypte. Jer., xli, 17-19. 

4. GODOLIA8, fils d'Amarias et père de Chusi, par 
conséquent aïeul du prophète Sophonie. Soph., I, 1. 

E. Levesque. 

GÔÊL (hébreu : gô'ël), mot hébreu qui n'a d'équiva- 
lent exact dans aucune de nos langues européennes, ni, 
dans son sens spécial, dans les autres langues sémitiques. 
On ne peut se rendre compte de toute sa force expressive 
que dans le texte original. Comme ce terme a une véri- 
table importance, il est nécessaire de s'en faire une 
notion exacte. Gô'êl désigne un proche parent qui doit 
remplir envers un membre de sa famille ou de sa pa- 
renté des devoirs particuliers. 

I. Origine du mot. — Gô'êl vient du verbe gâ'al, qui 
signifie en général « réclamer » une chose, « revendiquer» 
une personne, ou bien une chose (Gâ'al se prend dans le 
simple sens de « racheter » une chose vouée ou la dîme. 
Lev., xxvn, 13, 15, 20, 31, 33). Par une exception assez 
rare, le mot gâ'al et son dérivé gô'êl ne se retrouvent 
dans aucune langue sémitique autre que l'hébreu. On lit 
gô'êl, il est vrai, dans le Samaritain et dans le Targum, 
mais c'est un emprunt qu'ils ont fait à la Bible. L'obli- 
gation pour les proches parents de venger le sang des 
leurs, qui existe aussi parmi les Arabes, porte chez eux 
un nom différent, elle s'appelle .b, thar. 

II. Devoirs du goél chez les Hébreux. — Le gôêl 
est tenu à certains devoirs spéciaux qui consistent : 
1° à racheter son parent devenu esclave; 2° à racheter 
son champ. lorsqu'il a été aliéné; 3° à épouser sa veuve 
restée sans enfants; 4» son obligation la plus stricte et 
la plus importante est de venger le sang de ses proches, 
s'ils viennent à être tués. 

1. RACHAT DU PARENT DE VENU ESCLAVE. — L'obligation 

du rachat incombait au gôêl ou proche parent, quand 
un des siens était devenu esclave. Lev., xxv, 47-49. Cette 
obligation, appelée ici rfîNs, gê'ullâh, n'était sans doute 

pas très stricte; elle constituait seulement un droit 
que les parents, sans y être rigoureusement tenus, pou- 
vaient faire valoir afin de forcer, s'il était nécessaire, 
le propriétaire de l'esclave à accepter sa rançon. Cf. 
Esclave, t. n, col. 1923. — L'ordre de parenté, selon 
lequel le gôêl pouvait ou devait intervenir en faveur de 
l'esclave, est expressément indiqué, Lev., xxv, 48-49 : 
«Un de ses frères le rachètera (ig'dlénnu; Vulgate : 
redimet), ou bien son oncle, ou le fils de son oncle le 
rachètera ou quelque autre de son sang, de sa famille, le 
rachètera. » L'esclave pouvait aussi se racheter lui-même, 
s'il en avait le moyen. 

//. RACHAT PAR LE GÔÊL VU CHAMP DE SES PROCHES. 

— Quand un Israélite, à cause de sa pauvreté, a été forcé 
de vendre son bien-fonds, ses parents plus fortunés ont 
le droit de le racheter : « Si ton frère devient pauvre et 
vend quelque chose de ce qu'il possède, son gôêl, son 
parent, haq-qârôb, rachètera, gâ'al, ce qui a été vendu 
par son frère, » Lev. , xxv, 25. Ce droit de rachat, 
gê'ullâh, f. 24; Jer., xxxii, 7, a pour but de rendre per- 
pétuelle dans les familles la propriété foncière, confor- 
mément aux prescriptions de la loi. Lev., xxv, 23. L'ordre 
selon lequel les parents doivent racheter le champ est 
sans doute le même que dans le cas précédent. Nous 
trouvons un exemple de l'exercice de ce droit et de la 
substitution d'un gôêl, parent d'un degré inférieur, à 
un gôêl plus proche, dans le livte de Ruth. Le gôêl 
joue un grand rôle dans cette histoire. Booz est un des 
parents de Noémi, mig-gô'âlênû, « un de ses gôêls. » 
Ruth, il, 20. C'est à ce titre que Ruth lui demande 



<m 



GOÊL 



26â 



d'étendre « son aile » sur elle, « puisqu'il est son gôêl. » 
(Septante : àyyi<nevi; Vulgate : propinquus.) Ruth, 
m, 9. Booz lui répond, f. 12-13 : « Il est vrai que je 
suis gôêl, mais il y a un gôêl plus proche que moi... 
Demain, s'il veut exercer son droit sur toi (ig'âlêk), qu'il 
l'exerce (ig'âl), mais s'il ne veut pas l'exercer (lego'ôlêk), 
alors je serai ton gôêl (ge'altik). » Le lendemain donc, 
s'étant rendu à la porte de la ville, lorsque le gôêl le 
plus proche ( hag-gô'êl) de Noémi vink à passer, Booz 
lui dit, après avoir pris dix anciens comme témoins : 
« La pièce de terre qui était à notre frère Élimélech, 
Noémi l'a vendue à son retour des champs de Moab. Et 
moi, je me suis dit que je t'en informerais et je te dis : 
Acquiers -la devant ceux qui sont assis ici et devant 
les anciens de mon peuple ; si tu veux la racheter comme 
gôêl, rachète-la, et si tu ne veux pas la racheter comme 
gôêl, déclare-le moi, car il n'y a personne qui soit gôêl 
avant toi, et moi, je viens après toi. — Et il répondit : 
Je la rachèterai comme gôêl. — Alors Booz dit : Au 
jour où tu acquerras le champ de la main de Noémi, 
tu l'acquerras aussi de la main de Ruth la Moabite, 
femme du défunt, (et tu l'épouseras) pour relever le nom 
du défunt dans son héritage. — Et le gôêl répondit : Je 
ne puis pas le racheter {lig'ol), car je craindrais de perdre 
mon héritage, sois le gôêl, car je ne puis l'être, s C'est 
ainsi que Booz racheta le champ de Noémi et épousa 
Ruth la Moabite. Ruth, îv, 1-10. — Nous trouvons un autre 
exemple de ge'ullâh ou droit de rachat d'un champ dans 
Jérémie. Pendant que Nabuchodonosôr assiégeait Jéru- 
salem et que le prophète lui-même était enfermé en 
prison, la 10 e année du règne de Sédécias, le Seigneur 
dit à Jérémie : « Voici que Hanaméel, fils de Sellum, 
ton oncle, vient vers toi pour te dire : Achète-moi 
mon champ, qui est à Anathoth, parce que tu as le droit 
de rachat (mtitpat hag-gëullâh) pour l'acquérir. —Hana- 
méel, fils de mon oncle, vint donc vers moi, selon la 
parole du Seigneur, dans la cour de la prison, et il me 
dit : Achète, je te prie, mon champ, qui est à Anathoth, 
dans la terre de Benjamin, parce que tu as le droit 
d'acquisition, à toi est le rachat (gëul'ldh) ; achète -le 
donc. — Alors je reconnus que c'était la parole de 
Jéhovah et j'achetai le champ d'Hanaméel, fils de mon 
oncle, et je lui pesai l'argent, dix-sept sicles d'argent. » 
Jer., xxxn, 7-9. Voir Héritage. 

///. OBLIGATION POUR LE GÔÊL D'ÉPOUSES LA VEUVE 

DE SON parent MORT sans ENFANTS- — Lorsqu'un 
homme meurt en laissant sa femme veuve sans enfants, 
son parent, en qualité de gôêl, doit la prendre pour 
épouse, comme nous l'avons vu par l'exemple de Booz 
et de Ruth. Ruth, m, 13. Voir aussi Tobie, m, 17 (texte 
grec), où il est dit que le jeune Tobie «devait épouser sa 
cousine », Sara, fille de Raguël, dont les sept premiers 
marisavaient été tués par le démon : 8i<Su Teoêfa imêiXku 
xXY]povo|«jo-at aÙTTJv. 

iv. gôêl veugeijr du sang- — 1» Le devoir le plus 
grave et le plus strict du gôêl était celui qui l'obligeait 
à venger par lui-même le sang de ses proches en fai- 
sant périr à son tour celui qui leur avait ôté la vie. 
Num., xxxv, 19. L'Écriture l'appelle alors gô'êl had- 
dâm, « vengeur du sang. » Num., xxxv, 19, 21, 24, 25, 
27 (avec omission de had-dâm, f. 12); Deut., xix, 6, 12; 
Jos., xx, 3, 5, 9; II Sam. (Reg.), xrv, 11. L'obligation de 
venger le sang est fondée sur le respect même de la 
vie humaine. Gen., ix, 5; Lev., xxiv, 17; cf. Ps. ix, 13. 
Le sang versé crie vengeance à Dieu, Gen., iv, 10; Is., 
xxvi, 21 ; cf. Ezech., xxiv, 7, et il faut que justice soit 
feite. Cet usage a été commun dans l'antiquité. Voir 
IÙad., xxiii, 8i, 88; xxiv, 480, 482; Odyss., xv, 270, 
276 , et les nombreux exemples rapportés par A. G. Hoff- 
mann, Blulrache, dans Ersch et Gruber, Allgemeine 
Encyklopâdie , t. xi, 1823, p. 89-93 ; par Mac Clintock et 
J. Strong, Cyclopœdia of Biblical Literature, t. i, 1891, 
p. 569-8S7. Il est encore aujourd'hui subsistant chez un 



grand nombre de peuples du nouveau monde comme 
de l'ancien (cf. la vendetta corse), A. H. Post, Studien 
zur Entwicklungsgeschichte des Familienreehts, in-8", 
Oldenbourg, 1890, p. 113-129 (bibliographie générale, 
p. 113); chez les Arabes, en particulier, dont les cou- 
tumes se rapprochent beaucoup de celles des anciens 
Hébreux, il est en vigueur dans toute l'étendue du désert, 
et depuis les rives du Nil jusqu'au Sennaar. Burckhardt, 
Notes on the Bédouins, t. i, p. 312-313. Le thar est re- 
gardé par tous et comme un droit et comme un devoir 
rigoureux. Un proverbe arabe dit : « Le feu de l'enfer 
devrait-il être mon lot, je n'abandonnerais pas le thar. ■» 
Ibid., p. 314-315. Cf. P. J. Baldensperger, Morals of 
the Fellahîn, dans le Palestine Exploration Fund, Quar- 
terly Statement, 1897, p. 128-132. Mahomet, dans le 
Koran, sanctionne expressément la vengeance du sang. 
« croyants, dit-il, il, 173, 175, la peine du talion 
vous est prescrite pour le meurtre. Un homme libre 
pour un homme libre, un esclave pour un esclave, et 
une femme pour une femme... Dans la loi du talion est 
votre vie, ô hommes doués d'intelligence. » Traduction 
Kasimirski, in-12, Paris, 1840, p. 26. En vertu de cette 
coutume générale chez les tribus nomades, le sang du 
père doit être vengé par le fils, du frère par le frère, ou, 
à leur défaut, par les autres plus proches parents. Cf. 
II Sam. (II Reg.), xiv, 7. Celui qui manquerait à ce devoir 
rigoureux serait l'objet du mépris public et répudié de 
tous les siens. 

2° Le « vengeur du sang » dans l'Écriture. — Moïse 
trouva « la vengeance du sang » établie parmi son peuple, 
comme le suppose le ch. xxxiv de la Genèse, où nous 
voyons les fils de Jacob massacrer les habitants de 
Sichem pour « venger » l'honneur de leur sœur Dina, 
qui ne leur était pas moins cher que la vie. Le légis- 
lateur sanctionna expressément cette coutume : « Le 
gôêl du sang tuera l'homicide; dès qu'il le rencontrera, 
il le fera mourir. »Num., xxxv, 19. — Nous avons dans 
l'Écriture plusieurs exemples de l'application de la loi. 
— 1. C'est en vertu de cet usage que Gédéon, après 
avoir pris Zébée et Salmana, fait mourir ces deux chefs 
des Madianites, parce que, dans une de leurs incursions 
contre Israël, ils avaient tué sur le mont Thabor ses 
propres frères, « fils de sa mère. » Jud., vu, 19. « Si 
vous aviez conservé la vie à mes frères, leur dit-il, je 
ne vous tuerais point. » Jud., vm, 19. Mais comme gôêl 
de ses frères, le juge d'Isra