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Full text of "Vigouroux, Dictionnaire de la Bible"

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DICTIONNAIRE 



DE LA BIBLE 



TOME DEUXIEME 

PREMIÈRE PARTIE 



ENCYCLOPEDIE 

DES 



SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES 

RÉDIGÉE PAR 

LES SAVANTS CATHOLIQUES LES PLUS ÉMINENTS 

DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



1° DICTIONNAIRE DE LA BIBLE 

Publié par F. VIGÛUROUX, prêtre de Saint-Sulpice 

Ancien professeur à l'Institut catholique de Paris, Secrétaire de la Commission biblique. 



2° DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE 

Commencé sous la direction de A. VACANT, prof, au Sém. de Nancy, 
Continué sous celle de Eug. MANGENOT, professeur à l'Institut catholique de Paris. 



3° DICTIONNAIRE D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 

ET DE LITURGIE 

Publié par le R mc dom Fern. CABROL, abbé de Farnborough et dom H. LECLERCQ. 



4° DICTIONNAIRE D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 

Publié par Mgr Alfred BAUDRILLART, recteur de l'Institut catholique de Paris, 
Albert VOGT, docteur es lettres, et Urbain ROUZIÈS. 



5° DICTIONNAIRE DE DROIT CANONIQUE 

(En préparation) 



Imprimatur 
Parisiis, die 21 Octobris 1899. 



| Feanciscus, Gard. RICHARD, 
Arch. Par. 




DILECTO FILIO 

Fulgrano VIGOUROUX 

PRESBYTERO SULPICIANO 

LEO PP. XIII 

DILECTE FILI 

SALUTEM ET APOSTOLICAM BENEDICTIONEM 

Magni ponderis opus, Dictionnaire de 
la Bible, quod ita est a te institutum ut 
disciplinarum omnium subsidiis volumen 
divinum vindicetur atque illustretur, prse- 
cipua Nos gratia jam tum complexi sumus 
quum prima ejusdem ordireris consilia. 
Praeter ipsam rei praestantiam , occurre- 
bant cogitationi et nova laus inde obven- 
tura catholicorum ingeniis , et solidse uti- 
litates qua? possent non ad vestrates tan- 
tum defluere, sed eo vel latius redundare. 



A NOTRE CHER FILS 

Fulcran VIGOUROUX 

PRÊTRE DE SAINT-SULPICE 

LÉON XIII PAPE 

CHER FILS 

SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE 

L'ouvrage si considérable (Dictionnaire 
de la Bible) que vous avez entrepris dans 
la pensée de faire concourir toutes les 
sciences à la défense et à l'explication des 
divines Écritures fut, dès le moment où 
vous en formiez le premier dessein, l'objet 
de notre particulière faveur. Outre l'impor- 
tance même du sujet, notre esprit se repré- 
sentait la gloire nouvelle qui en revien- 
drait au génie catholique, et les sérieux 
avantages que votre pays ne serait pas 



— VI — 



Fiducïamque exitus îllud' augebat, quod 
operis summam et procurationem gereres 
tu, cujus exquisitam eruditionem, perspi- 
cax cum temperatione judicium, dignum- 
que in Ecclesise documenta obsequium 
édita scripta dudum probaverant. Eisdem 
de causis nequaquam defuisse tibi pote- 
rant vel Episcoporum suffragia, vel horta- 
tiones doctorum hominum, quorum etiam 
satis multi, non minus exemplo tuo quam 
nomine excitati, adjungere se tibis socios 
laborum et menti facile voluerunt. 



Est igitur Nobis jucundum, communium 
curarum et fructuum haud exiguam par- 
tem jam esse in médium prolatam, quse, 
sicut compertum habemus, non modo 
expectationi plane congruerit, verum etiam 
plense absolutseque rei acuere desiderium 
videatur. 

Sane quod in uno eodemque opère 
digesta et prompta suppeditentur quae- 
cumque sacris Bibliis pernoscendis esse 
usui possint, eaque deducta potissimum 
ex veterum copiosa sapientia, quam tamen 
recentiorum compleant honestse acces- 
siones, hoc demum est aeque de religione 
ac de studiis optimis praeclare mereri. 
Sic, dilecte Fili, ex tua sociorumque 
assiduitate et industria fieri perlibentes 
videmus, quod in encyclicis litteris Pro- 
videntissimus Deus vehementer Ipsi sua- 
simus, ut multo plures catholici divina- 
rum Litterarum cultui providere, quum 
accommodate ad tempora, tum omnino 
ad prsescripta in eisdem litteris tradita, 
studiose contendant. 



seul à en retirer, mais qui pourraient en 
rejaillir bien au delà. Et ce qui accrois- 
sait notre confiance dans le succès de 
l'œuvre, c'était d'en voir la conduite et la 
direction aux mains d'un homme tel que 
vous , dont le rare savoir, la perspicacité 
dans la critique unie à la modération, et 
enfin la soumission si fidèle aux enseigne- 
ments de l'Église nous étaient déjà attestés 
par tous vos précédents écrits. Toutes ces 
raisons ne pouvaient manquer de vous 
obtenir le suffrage des évêques et les en- 
couragements des savants, dont un boa 
nombre, excités par votre exemple autant 
que par votre nom, se sont fait un plaisir 
de s'associer à votre entreprise, pour en. 
partager avec vous le labeur et le mérite. 

Il Nous a donc été très agréable de voir 
paraître au jour une portion déjà notable 
de cette œuvre, fruit de vos communs 
efforts, et dont le mérite, Nous le savons, 
ne répond pas seulement à l'attente qu'on 
en avait conçue, mais excite plus vivement 
encore le désir de son entier et complet 
achèvement. 

Et, de fait, réunir ainsi dans un seul et 
même ouvrage et mettre à la portée de 
chacun tout cet ensemble de connais- 
sances, qui, puisées avant tout aux sources 
si riches de la sagesse antique, mais com- 
plétées aussi par les légitimes résultats 
de la science moderne, peuvent aider à 
l'intelligence des Saints Livres, c'est assu- 
rément bien mériter de la religion en 
même temps que des bonnes études. Par 
là, cher Fils, et grâce à votre zèle, à vos 
efforts et à ceux de vos collaborateurs, 
Nous avons la joie d'assister à la réalisa- 
tion du vœu que Nous exprimions avec 
tant d'instance dans l'encyclique Provi- 
dentissimus Deus : voir les catholiques 
s'adonner en bien plus grand nombre à 
l'étude des Saintes Lettres, et cela avec un 
égal souci de s'accommoder aux besoins des 
temps et de se conformer complètement 
aux prescriptions de la dite encyclique. 



VII 



Quapropter admodum placet commen- 
dationem vobis Nostram peculiari testi- 
monio significare, eamque optamus adeo 
in animis vestris divina cum gratia posse , 
ut confirmatis auctisque viribus persequa- 
mini incepta et féliciter perficiatis. 



Quod vero te proprie attingit, dilecte 
fili, perge religiosse Sodalitati tuse orna- 
mentum opemque afferre ; excultisque a te 
ipso alumnis nihil sit potius, quam ut, 
per tua? vestigia disciplinae, rei biblicas 
incrementa quotidie efficiant docendo et 
scribendo uberiora. 



Jam tibi , eisque singulis quos consortes 
habes egregii laboriosique propositi, cse- 
lestium munerum auspicem, Apostoli- 
cam benedictionem effusa caritate imper- 
timus. 



Datum Romae apud Sanctum Petrum 
die m februarii, anno MDCCCXCVI, Pon- 
tificatus Nostri decimo octavo. 



&£-* <r t r:ti;t 




Aussi c'est pour Nous un très grand 
plaisir que de vous exprimer par un témoi- 
gnage spécial toute notre approbation : 
puisse-t-elle avec le secours de la grâce 
divine, affermir votre courage et vous 
donner de nouvelles forces pour la conti- 
nuation et l'heureux achèvement de votre 
œuvre ! 

Et pour ce qui vous touche personnel- 
lement, continuez, cher Fils, à procurer 
à votre religieuse Compagnie l'honneur 
de vos services ; et que les élèves formés 
par vous n'aient rien de plus à cœur que 
de marcher sur les trace de leur maître, 
et, par leur enseignement ou par leurs 
écrits, de faire faire à la science biblique 
des progrès chaque jour nouveaux. 

A vous donc et à chacun de ceux qui 
se sont associés à votre noble et laborieuse 
entreprise, c'est avec effusion de cœur 
que Nous accordons,- comme gage des 
faveurs célestes, la bénédiction aposto- 
lique. 

Donné à Rome, près Saint- Pierre, ce 
3 février de l'année 1896, de Notre Pon- 
tificat la dix- huitième. 




LETTRE 



DE S. É. LE CARDINAL RAMPOLLA 



SECRETAIRE D'ETAT DE SA SAINTETE LE PAPE LEON XID 



Rndo Padre, 

Colla pubblicazione del Dictionnaire de 
la Bible, V. P. non solo pone il suo nome 
fra i più eruditi e sani scrittori di tutto ciô 
che riguarda le Sacre Scritture, non solo 
accresce con essa 1' onore délia dotta Gon- 
gregazione a cui appartiene, ma rende an- 
cora un segnalato servigio alla Chiesa, ai 
suoi ministri, ed a quanti s' interessano 
délia biblica scienza. La offerta pertanto 
che Ella mi ha fatto del primo volume del 
suo Dizionario non poteva non riuscirmi 
di particolare gradimento, e me le pro- 
fesso perciô grandemente tenuto. 



Augurandole poi ch' Ella possa compiere 
sollecitamente 1' edizione di si importante 
e desiderato lavoro, ho il piacere di con- 
fermarmi con sensi di distinta stima 

Di V. P. 

Roma , 5 marzo 1895. 

Affmo per servirla, 
M. Card. RAMPOLLA. 

R. P. F. Vigouroux, 
prête di S. Sulpizio, Parigi. 



Mon Révérend Père, 

Par la publication du Dictionnaire de la 
Bible, non seulement vous placez votre 
nom parmi les écrivains les plus érudits et 
les plus sûrs en tout ce qui regarde les 
Saintes Écritures, non seulement vous 
augmentez parla la réputation de la savante 
Congrégation à laquelle vous appartenez , 
mais vous rendez encore un service signalé à 
l'Église, à ses ministres et à tous ceux qui 
s'intéressent à la science biblique. L'hom- 
mage que vous m'avez fait du premier vo- 
lume de votre Dictionnaire ne pouvait donc 
que m'être particulièrement agréable, et 
je vous en suis très obligé. 

En faisant des vœux pour que vous puis- 
siez achever comme il faut la publication 
de cet ouvrage si important et si désiré, 
j'ai le plaisir de me dire, avec mes senti- 
ments d'estime distinguée, 

De votre Paternité 

Le très dévoué, 
M. Card. RAMPOLLA. 



Rome, 5 mars 

Au R. P. F. Vigouroux, 
prêtre de Saint-Sulpice, à Paris. 



XI — 



TRANSCRIPTION DES CARACTERES HÉBREUX EN CARACTÈRES LATINS 


Aleph x ' (esprit doux) 
Beth 3 b 


Mem n , d 
Nun ], : 


m 
n 


Kamets -^j— d 
Patach _ a 


Ghimel i g ( doit se prononcer 


Samech d 


s 


Tséré ___ ê 
Ségol — ^— é 
Chirek gadol i_ i 
Chirek qaton —r- i 
Cholem \ ô 
Kamets chatouph —r- o 
Schoureq =; û (ou long) 
Kibbouts — r- M {ou bref) 
Scheva mobile —— e 
Chateph patach — — â 
Chateph ségol ___ ë 
Chateph kamets __ ô 


toujour 
Daleth i d 
Hé n h 
Vav i v 
Zaïn T z 
Heth n Jj, (aspiratio 
Teth iD t 
lod > y (consonnt 
Caph -j, 3 k 
Laraed h l 

TRANSCRIP1 


s dur) 

n forte) 
), i 


Aïn y 
Pé s 
Phé i, s 
Tsadé y, s 
Qoph p 
Resch i 
Sin .to 
Schin w 

Thav n' 


' (esprit dur) 
P 
f 
? (ts) 

1 
r 
S 
s (ch, comme dans 

cheval) 
t 


riON DES CARACTERES ARABES EN 


CARACTERES LATINS 


H 

n 
o 


NOM 


FORME 


o 

Cu 

■«î 
F! 


PRONONCIATION 


i-3 


C/3 


s 

-tu 


Cm 


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Élif. . . . 


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esprit doux. 


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Ba . . . . 


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Ta ... . 


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S 


**. 


CI^- 


t/i ou t 


th anglais dur, le 8 grec. 


5 


Djinn. . . 


E 


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t 


*" 


g italien de giorno. En Egypte et dans quelques 
parties de l'Arabie, comme g dans garçon. 


6 


Ha ... . 


c 


^- 


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<. 


h 


aspiration forte. 


7 


Ha .... 


i 


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à: 


i 


h ou fr/s 


aspiration gutturale, j espagnol, ch allemand. 


8 


Dal. . . . 


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d. 


9. 


Dal. . . . 


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th anglais doux, le S grec. 


10 


Ra . . . . 


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J 


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J s 


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Za.. . . 


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z. 


12 


Sin. . . 


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«ma. 


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s 


s dur. 


13 


Schin. . 


<J> 


ÀÀ 


JU. 


o^- 


sch ou s 


ch , dans cheval. 


14 


Sàd. . . 


U> 


.O 


sa 


L>» 


s 


s emphatique, prononcée avec la partie antérieure 
de la langue placée contre le palais. 


15 


Dàd. . . 


1> 


sa 


.-ô. 


J 1 


d 


d emphatique. 


16 


Ta . . . 


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k 


k 


t ■ 


t emphatique. 


17 


Zà . . . 


Ji 


k 


k 


k 


z 


z emphatique. 


18 


'Aïn . . 


t 


s. 


JL 


e 


' 


esprit rude : v hébreu, son guttural. ' 


19 


Ghsïn . . 


i 


s. 


SL 


é 


gh ou g 


r grasseyé. 


20 


Fa ... . 


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9 


À 


ii 


f 


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21 


Qoph. . 


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k explosif et très guttural. • 


22 


Kaph . . 


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Làm . . 


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No un. . 


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Cf 


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aspiration légère. i 


27 


Ouaou . 


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ou français, w anglais. i 


23 


Ya . . . 


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i, ï- 






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/OYELLES 




Fatha. . 


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a, é avec élif, = â. 




Kesra. . 


/ 




i, é avec ya, = 1. 


■-TT- 


Dhamma 


S 




ou, o avec ouaou, = où. 



LISTE DES COLLABORATEURS 



DU TOME DEUXIEME 



MM. 

Apollinaire (le R. P.), de l'ordre des Capucins. 
Autore (le R. P.), de l'ordre des Chartreux, à l'ab- 
baye de Sélignac. 
Azibert (J. P. A.), aumônier, à Castelnaudary. 
Batiffol Pierre (Mo p ), prélat de la maison de Sa Sain- 
teté, docteur en théologie et es lettres, recteur de 
l'Institut catholique de Toulouse. 

Bellamy Jullien Marie, ancien professeur d'Écriture Sainte 
au grand séminaire de Vannes. 

Benoit (le R. P.), de l'ordre des Carmes, professeur 
d'Écriture Sainte au couvent des Carmes, à Mont- 
pellier. 

Beurlier Emile, docteur es lettres, curé de Notre- 
Dame d'Auteuil , à Paris. 

Delattre (le R. P. Alfred Louis), des Missionnaires 
d'Afrique , archiprêtre de Saint - Louis de Carlhage. 

Fouard C, ancien professeur d'Écriture Sainte à la 
Faculté de théologie de Rouen, à Boisguillaume. 

Gandoger Michel, professeur, à Arnas, près Villefranche 
(Rhône). 

Gigot Charles, prêtre de Saint-Sulpice, professeur d'Écri- 
ture Sainte au grand séminaire de Boston (États-Unis). 

Hamard Pierre, chanoine de Rennes. 

IIeidet Louis, secrétaire du patriarche latin de Jérusalem, 
ancien professeur à l'école des Études bibliques de 
Jérusalem. 

Heurtebize (le R. P. dom Benjamin), bénédictin de la 
Congrégation de France, à Solesmes. 

Huyghe (le R. P. G.), des Missionnaires d'Afrique, à 
Carthage. 

Hy Félix, professeur de botanique à la Faculté catholique 
d'Angers. 

Hyvernat Henri, professeur de langues orientales à 
l'Université catholique de Washington (États-Unis 
d'Amérique). 

Jacquier E., docteur en théologie, professeur d'Écri- 
ture Sainte aux Facultés catholiques de Lyon, curé de 
Serézin- du -Rhône (Isère). 

Lagrange (le R. P.), prieur du couvent de Saint-Étienne 
de Jérusalem, professeur à l'école des Études bibliques 
de Jérusalem. 

Le Camus Emile, docteur en théologie, évèque de la 
Rochelle. 

Legendre Alphonse, docteur en théologie, professeur 
d'Écriture Sainte et d'archéologie biblique à la Faculté 
catholique d'Angers. 

Lesètre Henri, curé de Saint-Étienne-du-Mont, Paris. 



MM. 

Levesque Eugène, prêtre de Saint - Sulpice , professeur 

d'Écriture Sainte au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. 

Mangenot Eugène, professeur d'Écriture Sainte au grand 

séminaire de Nancy. 
Many Séraphin, prêtre de Saint-Sulpice, docteur en théo- 
logie et en droit canon, professeur de droit canon au 
séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. 
Marucchi Horace, professeur au séminaire pontifical de 
l'Apollinaire, à Rome, bibhothécaire à la Bibliothèque 
vaticane. 
Mandonnet (leR. P.), des Frères-Prêcheurs, professeur 

à l'Université de Fribourg. 
Méckineau (le R. P. Lucien), delà Compagnie de Jésus, 

à Paris. 
Mély (F. de), à Paris. 

Miskgian Jean, vice-recteur du collège patriarcal armé- 
nien, à Rome. 
Norbert (le R. P.), des Franciscains de Terre-Sainte , à 

Paris. 
Palis Eugène, aumônier, à Béziers. 
Pannier Eugène , professeur d'archéologie et de langues 

orientales à la Faculté catholique de Lille. 
Parisot (le R. P. dom Jean), bénédictin de la Congréga- 
tion de France , à Ligugé. 
Philippe Élie, supérieur du grand séminaire de Langres. 
Plaine (le R. P. dom François), bénédictin de la Congré- 
gation de France, à Silos (Espagne). 
Rohart Charles, professeur d'Écriture Sainte et d'hébreu 

à la Faculté catholique de Lille. 
Renard Paul, docteur en théologie, professeur d'Écriture 

Sainte au grand séminaire de Chartres. 
Régnier Adolphe, bibliothécaire à l'Institut de France, 

à Paris. 
Rey Octave, du clergé de Paris. 
Sauveplane Jules, du clergé de Paris. 
SedlàCek Jaroslaus, professeur à Prague. 
Sommervogel (le R. P. Carlos), de la Compagnie de 

Jésus, à Paris. 
Thédenat Henri (le R. P.), de l'Oratoire, à Paris. 
Touzard, prêtre de Saint-Sulpice, professeur d'Écriture 

Sainte au Séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. 
Vacant Alfred, docteur en théologie, professeur de dogme 

au grand séminaire de Nancy. 
Van den Ghkyn (le R. P. Joseph), de la Compagnie de 
Jésus, bollandiste , conservateur des Manuscrits de la 
Bibliothèque royale, à Bruxelles. 
Vax Jàasterex (le R. P. P.), de la Compagnie de Jésus, 
à Maëstricht (Hollande). 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 



C 



C. Voir Caph. 

CAATH (hébreu : Qehât; une fois, Num., m, 19, 
Qbhâf; Septante : KâO et Kaâ8), le second des trois 
fils de Lévi. Exod., vi, 16; Num., m, 17. Il était né 
dans la terre de Chanaan , avant le départ de Jacob et 
de sa famille pour l'Egypte. Gen., xlvi, 11. Il mourut 
dans le pays de Gessen, à l'âge de cent trente-trois ans. 
Exod., vi, 18. L'Écriture nous apprend qu'il eut quatre 
fils: Amram, Jésaar, Hébron et Oziel, les pères des 
quatre grandes familles des Amramites, des Jésaarites, 
des Hébronites et des Oziélites. Num., m, 27. Voir 
Caathites. — D'après Exod., VI, 18-20; Num., xxvi, 
58-59; I Par., vi, 1; xxm, 12-13, Caath est le père d'Am- 
ram et le grand- père d'Aaron et de Moïse; il ne serait 
donc séparé de ces deux derniers que par une seule géné- 
ration. Mais cette conclusion, qui découle des termes" du 
récit sacré pris dans leur rigueur, soulève deux difficultés 
des plus sérieuses. — 1° La première se tire de l'impos- 
sibilité de remplir, avec les seules générations énumérées 
dans l'Exode, vi, 18-20, l'intervalle des quatre cent trente 
ans qu'aurait duré le séjour d'Israël en Egypte, Exode, 
xn, 40, selon l'hébreu, la Vulgate et le syriaque. Cf. Gen., 
xv, 13-16; Act., vu, 6-7; Judith, v, 9; Gai., m, 17. Il 
est vrai que beaucoup de commentateurs, s'appuyant sur 
d'autres versions d'Exode, xii, 40, et interprétant diffé- 
remment les autres textes, réduisent cet intervalle à deux 
cent quinze ans, et font ainsi disparaître la difficulté sur 
le terrain de l'exégèse; mais elle reparaît, et avec plus de 
force, sur celui de l'égyptologie. D'après les résultats déjà 
acquis dans cette science, il paraît impossible d'assigner 
au séjour des Hébreux en Egypte une durée inférieure 
à celle de quatre cent trente ans; et si jamais cette im- 
possibilité est scientifiquement établie, il faudra néces- 
sairement admettre que de Caath à Moïse il y a des géné- 
rations omises dans la liste généalogique d'Exode, VI, 
16-20; Num., xxvi, 57-59. Voir J. Brucker, Chrono- 
logie des premiers âges, dans la Controverse , mars 
1886, p. 388; septembre 1886, p. 101, et F. Robiou, 
ibid., octobre 1886, p. 299-300. — 2° L'autre raison de 
rejeter une parenté si rapprochée entre Caath et Moïse 
est fournie par le recensement opéré la seconde année 
après l'exode. On y voit figurer, Num., m, 28, huit mille 
six cents descendants mâles de Caath, dont la postérité 
s'élevait ainsi , les femmes comprises, à environ dix -sept 

DICT. DE L.\ CIBLE. 



mille deux cents. Cependant Caath n'avait que quatre fils, 
comme il est dit, I Par., xxm, 13, et comme cela ressort 
des diverses statistiques de la tribu de Lévi ; et les enfants 
de ces quatre fils vivaient encore à l'époque du recen- 
sement. Dans ces conditions, le chiffre de dix-sept mille 
deux cents descendants de Caath est tout à fait invraisem- 
blable. Mais cette invraisemblance est particulièrement 
frappante dans la ligne d' Amram, dont la postérité devait 
comprendre le quart du total des Caathites, c'est-à-dire 
à peu près quatre mille trois cents. Or Amram n'eut que 
deux fils, Aaron et Moïse. Exod., vi, 20; Num., xxvi, 59; 
I Par., vi, 3. L'Écriture, qui ajoute même à leurs noms, 
contre son usage , le nom de « leur sœur Marie », Num. , 
xxvi, 59; I Par., vi, 3, ne leur attribue nulle part d'autres 
frères. S'ils en avaient eu, nous les trouverions certaine- 
ment rangés soit parmi les prêtres, avec Moïse et Aaron 
et les fils de ce dernier, cf. Ps. xcvm, 6, soit au moins 
parmi les lévites, comme le furent les fils de Moïse. 
I Par., xxm, 14. Moïse, de son côté, n'avait au temps de 
l'exode que deux fils, Gersam et Éliézer, Exod., xvni, 
3-4; n, 22; I Par., xxm, 15, et ces deux fils n'avaient 
très probablement pas encore d'enfants à cette époque. 
Exod., xviii, 3-4. Enfin Aaron n'a eu que quatre fils, 
Exod., vi, 23, etc.; car, toute sa famille étant vouée au 
sacerdoce, nous ne voyons pas cependant que Dieu appelle 
à la consécration sacerdotale d'autres Aaronites que Na- 
dab, Abiu, Éléazar et Ithamar, Exod., xxvm, 1 ; et lorsque 
les deux aînés ont péri en punition de leur sacrilège, 
l'Écriture ne nomme pas d'autres survivants qu'Éléazar 
et Ithamar. Lev., x, 1-2, 16. Ainsi la précision du texte 
biblique ne permet pas de supposer, à côté des per- 
sonnages que nous venons de nommer, des collatéraux 
dont les descendants auraient été dénombrés avec ceux 
des Amramites mentionnés dans le récit. Nous n'avons 
donc, pour composer la postérité d'Amram, que ses 
deux fils, ses six petits-fils et les enfants, en nombre 
inconnu, mais évidemment fort restreint, de ces derniers. 
Qu'on ajoute la descendance féminine, et même, comme 
quelques-uns le veulent, un certain nombre de servi- 
teurs ou d'étrangers affiliés , on restera toujours à une 
immense distance du chiffre de quatre mille trois cents 
Amramites. L'analogie conduirait aux mêmes conclusions 
pour les autres branches et, par suite, pour l'ensemble 
des Caathites. Il faut donc, à moins d'erreur dans les 
chiffres, admettre que Caath est , non le grand-père , mais 

II. — 1 



3 



CAATH 



CABANE 



un ancêtre plus éloigné, d'Aaron et de Moïse, et qu'il 
manque quelques noms dans la généalogie donnée, Exod., 
vi, 18-20, etc. 

On doit toutefois reconnaître que la trame du texte, 
qui est partout fort serrée, ne laisse pas voir aisément 
en quel point devraient être introduites les générations 
omises. Y a-t-il eu un seul Amram, le père d'Aaron et 
de Moïse? La lacune serait alors entre lui et Caath, et 
conséquemment les mots « engendra » et « fils », Num., 
xxvi, 58, et I Par., vi, 1, devraient s'entendre d'une 
génération et d'une filiation médiates. Y a-t-il eu deux 
ancêtres de Moïse portant l'un et l'autre le nom d'Am- 
ram, et dont l'un serait fils de Caath, l'autre le père de 
Moïse ? Dans ce cas, c'est entre ces deux personnages que 
prendront place les ascendants de Moïse non mentionnés 
par lui dans sa généalogie. C'est ce dernier sentiment 
qu'embrasse Keil, qui cite à l'appui un exemple de 
pareille omission dans I Esdr., vu, 3. Esdras omet dans 
sa propre généalogie cinq de ses ancêtres, en passant 
immédiatement d'Azarias (Amasias), fils de Méraïoth, 
à Azarias, fils de Joachan; cf. I Par., vi, 7-11. Keil, Com- 
ment, on the Pentateuch, trad. anglaise, 1872, 1. 1, p. 470; 
cf. t. i, p. 212. Sur la filiation de Jochabed femme 
d'Amram, voir Jochabed. Mais quelque embarras qu'on 
éprouve à déterminer l'endroit où la lacune s'est pro- 
duite, c'est là une question accessoire, de laquelle on 
ne saurait faire dépendre la solution du problème prin- 
cipal touchant la réalité d'une omission de noms dans 
la descendance de Caath. E. Palis. 

CAATHITES (hébreu : benê Qôhâf, « fils de Caath, » 
Num., m, 19; haqqôhàtî [avec l'article], « le Caathite;» 
Septante : util K<xa8; Vulgate : flîii Caath, Caathitse), 
descendants de Caath , second fils de Lévi. Ils formaient 
quatre branches , issues des quatre fils de Caath : Amram, 
Jésaar, Hébron et Oziel, Num., m, 19, qui donnèrent leur 
nom aux quatre familles des Amramites, des Jésaarites, 
des Hébronites et des Oziélites. Num., m, 27. Cette déno- 
mination ne s'étendait pas toutefois aux Aaronites ou 
descendants d'Aaron, qui étaient tous prêtres, dans les pas- 
sages où il est question des Caathites considérées comme 
lévites ou ministres sacrés d'ordre inférieur. Au premier 
recensement, il y eut huit mille six cents Caathites du 
sexe masculin, depuis un mois et au-dessus, dont deux 
mille sept cent cinquante entre trente et cinquante ans. 
Num., m, 28; iv, 36. Ce chiffre dut se trouver un peu 
augmenté au second recensement, comme le fut le chiffre 
total des Lévites, monté de vingt-deux mille ou vingt-deux 
mille trois cents, Num., m, 39, à vingt-trois mille. Num., 
xxvi, 62. Mais on ne peut que le conjecturer, le texte 
sacré ne donnant plus cette fois le nombre des Lévites 
par familles. — Les fils de Caath avaient pour chef immé- 
diat Élisaphan, fils d'Oziel, Num., ni, 30, et pour chef 
suprême Éléazar, fils aîné d'Aaron, placé au-dessus de 
tous les serviteurs du sanctuaire, selon l'hébreu de Num., 
m, 32. — Si l'on avait classé les Lévites selon l'ordre de 
primogéniture de leurs ancêtres, les Caathites auraient 
dû passer après les Gersonites, puisque. Gerson était le 
fils aîné de Lévi. Mais parce que les prêtres avaient été 
choisis par Dieu dans la descendance de Caath, les Caa- 
thites furent toujours placés, par l'ordre du Seigneur, 
immédiatement après les prêtres, leurs frères, et avant 
les autres Lévites. Ils reçurent la mission de porter, pen- 
dant les marches, le mobilier du tabernacle. Toutefois les 
vases, les ustensiles et les diverses pièces de ce mobilier 
devaient être préalablement enveloppés avec le plus grand 
soin dans des couvertures par les prêtres, et il était dé- 
fendu aux Caathites, sous peine de mort, soit de toucher 
directement leur sacré fardeau, soit de regarder et de 
voir à découvert ces différents objets, avant qu'on les eût 
enveloppés. Num., iv, 4-20. Les objets dont le transport 
revenait aux Caathites étaient l'arche d'alliance, la table 
des pains de proposition avec ces pains, les encensoirs, 



les mortiers et les coupes pour les libations, le chandelier 
à sept branches avec ses lampes et tous les accessoires , 
l'autel d'or des parfums et tous les vases du sanctuaire , 
enfin l'autel des holocaustes, ainsi que les brasiers et tous 
les vases ou ustensiles employés dans les sacrifices. Il 
faut très probablement joindre à cette énumération le 
bassin d'airain, mentionné dans un verset intercalé après 
Num., iv, 14, par les Septante et par le texte samaritain, 
mais dont le texte hébreu ne parle pas. 

Après l'érection du tabernacle, les chars et les bœufs 
offerts, à l'occasion de cette solennité par les princes 
du peuple furent, sur l'ordre de Dieu, donnés aux Ger- 
sonites et aux Mérarites, pour leur servir à transporter 
la charpente du tabernacle, les tentures, les couver- 
tures, etc. ; mais les Caathites ne reçurent ni chars ni 
bœufs, parce qu'ils devaient porter eux-mêmes sur leurs 
épaules leur part de bagage sacré, et cela à cause de la 
sainteté plus grande de leur fardeau. Num., vu, 1-9. 

Lorsqu'on levait le camp pour se mettre en marche, 
dans le désert, les Caathites ne partaient qu'à la suite de 
la seconde tribu, celle de Ruben, Num., x, 21, tandis que 
les Gersonites et les Mérarites décampaient à la suite de 
la première tribu, celle de Juda, afin que le tabernacle 
dont ils étaient porteurs fût dressé et prêt à recevoir le 
mobilier religieux porté par les Caathites. Num., x, 17. 
Dans le camp, la place des Caathites était au sud du 
tabernacle, Num., m, 29, à la suite des prêtres, campés à 
l'orient- Ce fut aussi à proximité des enfants d'Aaron qu'ils 
reçurent leur part de villes lévitiques dans les tribus de 
Dan, d'Éphraïm et de Manassé occidental. Jos., xxi, 4-5. 

Il n'est plus question des Caathites depuis le partage de 
la Terre Promise jusqu'à l'époque des rois. Lorsque, de la 
maison d'Obédédom, où elle avait été déposée, l'arche d'al- 
liance fut transportée à Jérusalem, nous les voyons con- 
voqués par David à cette cérémonie, où ils furent plus 
nombreux que les Gersonites et les Mérarites, I Par., xv, 
2-15; et c'est parmi eux que durent être pris, conformé- 
ment à Num., iv, 15, les lévites qui portèrent l'arche sur 
leurs épaules. I Par., xv, 15. En dehors de cette fonction, 
qu'ils avaient exercée dès le commencement, il n'existe 
aucune prescription attribuant à la famille de Caath un 
emploi spécial et distinct dans le service du tabernacle 
ou du temple. Cf. I Par., vi, 33-48. Nous voyons seule- 
ment, I Par., ix, 32, qu'ils avaient la charge de pourvoir 
au renouvellement des pains de proposition tous les jours 
de sabbat; et ce ministère fait supposer qu'ils conser- 
vèrent toujours parmi les autres enfants de Lévi le pre- 
mier rang, que Dieu leur avait assigné dès le commen- 
cement. Num., iv, 4-15. On trouve encore un indice de 
cette prééminence dans les hautes charges que David 
leur confia lors de la réorganisation de l'ordre lévitique. 

I Par., xxvi, 26-32; cf. I Par., ix, 19; xxvi, 1-3. Il est 
fait mention des Caathites sous les règnes de Josaphat, 
d'Ézéchias et de Josias , mais dans des circonstances 
qui n'offrent aucun intérêt particulier pour leur histoire. 

II Par., xx, 19; xxix, 12; xxxiv, 12. E. Palis. 

CAB, nom hébreu de mesure, qab, qui signifie « petit 
vase , coupe ». La Vulgate a simplement latinisé le nom 
sémitique, cabus, à l'imitation des Septante, qui l'avaient 
grécisé sous la forme xiêo:. Cette mesure n'est men- 
tionnée qu'une fois dans l'Écriture, IV Reg. , vi, 25, où 
il est raconté que du temps d'Elisée , par suite de la fa- 
mine terrible qui sévit à Samarie, lors du siège de la ville 
par les Syriens, « le quart d'un cab de fiente de colombes se 
vendait cinq sicles d'argent. » Le cab équivalait à un tiers 
de hin; c'était la sixième partie du se'âh, la dix-huitième 
de 1' 'êfâh, c'est-à-dire à peu près 1 litre 16 centilitres. Le 
quart du cab était donc environ de 0,29 centilitres. 

CABALE. Voir Kabbale. 

CABANE. Voir Maison. 



CABARETIER 



CACHALOT 



6 



CABARETIER. Plusieurs traducteurs rendent ainsi 
le mot y.âjn]Xo5, Eccli., xxvi, 28 (24); Vulgale : caupo , 
mais il signifie plutôt « un marchand au détail a en général, 
un revendeur, et souvent celui qui falsifie sa marchandise 
ou trompe l'acheteur par des procédés déloyaux. Il peut 
désigner spécialement un marchand de vin qui mêle de 
l'eau au vin: '01 xiTzr^oi <ro'j ja{tyo'j<7i tov otvov 'j'Sari, 
traduisent les Septante, Is., i, 22. L'auteur de l'Ecclésias- 
tique dit : « Le gros marchand (sjxTiopoç) évite difficile- 
ment les fautes, et le petit marchand (xâmjXoç) n'échappe 
pas au péché, » soit qu'il vende du vin trempé d'eau" ou 
d'autres marchandises. Saint Paul, II Cor., h, 17, parle 
des -Aa7rr,),£u6vT£ç tov ),ôyov toO QsoO (Vulgate : adultér- 
antes verbum Dei) , c'est-à-dire de ceux qui corrompent 
et altèrent la parole de Dieu, comme des marchands in- 
délicats, et, ajoutent quelques commentateurs, cherchent 
à s'en faire un profit illicite. S. Jean Chrysostome, In 
II Cor., hom. v, 3, t. lxi, col. 431. 

CABSÉEL (hébreu : Qabse'êl, Jos., xv, 21; II Reg., 



boul]; mais les distances marquées par Josèphe sont 
loin d'être toujours parfaitement exactes, comme j'ai pu 
m'en convaincre plus d'une fois. » Voir Aser, tribu et 
carte, col. 1084. Celte bourgade, dont la population est 
de quatre cents habitants, tous musulmans, est assise 
sur une colline qu'ombragent des oliviers au nord et au 
sud. Elle a remplacé une petite ville ancienne, dont il 
subsiste encore, sur le plateau et les flancs du coteau, 
de nombreuses citernes creusées dans le roc, beaucoup 
de pierres de taille éparses çà et là ou engagées comme 
matériaux dans des constructions musulmanes, quelques 
fragments de colonnes monolithes provenant d'un édifice 
rasé, les vestiges d'un mur d'enceinte et des débris de 
sarcophages ornés de disques et de guirlandes de fleurs. 
Cf. V. Guérin, Galilée, t. i, p. 422; Survey of Western 
Palestine, Memoirs, Londres, 1881, t. I, p. 271, 308. — 
Caboul est mentionnée dans le Talmud de Jérusalem, 
Taanith, IV, 8; Pesakhim, IV, 1; on y lit. qu'elle fut dé- 
truite à cause de la discorde qui régnait entre les habi- 
tants, et que Hillel et Yehouda, fils de R. Gamaliel II, y 




1. — Cachalot. 



xxm, 20; I Par., xi, 22; Yeqabse'êl, II Esdr., xi, 25; 
Septante : BaiaeXer,/, Jos., xv, 21; Kaâeaer^, II Reg., 
xxm, 20; Kagacrarj)., I Par., xi, 22; K«6creiiX, II Esdr., 
xi, 25), ville de la tribu de Juda; c'est la première du 
groupe situé à l'extrême sud de la Palestine, « près des 
frontières d'Édom. » Jos. , xv, 21. Elle est mentionnée 
deux fois comme étant la patrie de Banaïas, fils de Joïada, 
un des officiers de l'armée de David. II Reg., xxm, 20; 
I Par., xi, 22. Après la captivité, elle fut réhabitée par 
les enfants de Juda. II Esdr., XI, 25. Eusèbe et saint Jé- 
rôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 109, 273, 
la citent sans autre indication sous les noms de Kago-s^X 
et Capseel. Les voyageurs modernes n'ont pu en retrou- 
ver aucune trace. Yeqabse'él, qu'on lit II Esdr., xi, 25, 
semble la forme pleine du nom. A. Legendre. 

CABUL (hébreu : Kàbùl; Septante : Xuè%\>.a<sa\)A\, 
par l'union du mot hébreu qui suit, rnissemô'l, « à 
gauche; » Codex Alexandrinus : XaSàiX àjià àpiaTEp&v), 
ville située sur la frontière de la tribu d'Aser. Jos., xix, 27. 
C'est le village (xii^) de XaëwXci, que Josèphe, dans sa 
Vie, 43, 44, 45, mentionne « sur les confins de Ptolé- 
maïde (Saint-Jean-d'Acre), et à quarante stades de Jota- 
pata (aujourd'hui Khirbet Djéfat, au nord de Nazareth). 
Or entre les deux points désignés par l'historien juif se 
trouve une localité qui, par son nom et sa position, re- 
présente exactement l'antique cité dont nous parlons ; 
c'est Kaboul, J^jI^, qu'on rencontre plus d'une fois 
dans les auteurs arabes. Cf. Guy Le Strange, Palestine 
under the Moslems, in-8°, Londres, 1890, p. 15,39,289, 
467, 585. « A la vérité, dit Victor Guérin, Galilée, t. i, 
p. 424, il y a cinquante stades et non quarante seulement 
■entre le Khirbet Djéfat (Jotapata) et le village [de Ka- 



séjournèrent. Cf. Neubauer, La géographie du Talmud , 
in-8°, Paris, 1868, p. 205. Là furent ensevelis Rabbi Abra- 
ham, fils d'Esra, Rabbi Yehouda ha-Lévi et Rabbi Salo- 
mon ha-Katon, s'il faut en croire certaines relations. 
Cf. E. Carmoly, Itinéraires de la Terre Sainte, in-8°, 
Bruxelles, 1847, p. 453, 482. — Le même mot hébreu, 
Kdbûl (Vulgate: Chabul), se retrouve III Reg., ix, 13, 
pour indiquer le territoire que Salomon donna à Hiram, 
roi de Tyr. Désigne -t-il la ville dont nous venons de par- 
ler et ses environs? Ce n'est pas certain. Voir Chabul. 

A. Legendre. 

CACHALOT. Le cachalot n'est pas nommé expressé- 
ment dans la Bible, pas plus que les autres cétacés. 11 y 
est cependant compris sous la dénomination de (an ci 
de (annîm (Septante : xr|T7|; Vulgate : celé, Gen., I, 21; 
Job, vu, 12; Eccli., xliii, 27 (grec); Dan., vu, 19). Cf. 
Ps. cm (hébreu, civ), 25-26. Tannîm désigne tous les 
animaux rampants, aquatiques ou marins, remarquables 
par leur dimension. Voir Baleine. Jérémie, Lam., iv, 3, 
note un détail qui ne convient qu'aux mammifères, et 
s'applique fort bien aux cétacés : « Les fannîm décou- 
vrent leur mamelle et allaitent leurs petits. » Pour allaiter 
leurs petits, qui du reste n'ont besoin du lait maternel 
que pendant six semaines environ, les cétacés remontent 
à la surface de l'eau et se tournent sur le côté, de ma- 
nière que leur mamelon affleure la surface de la mer 
et puisse être saisi facilement par le petit. Celui-ci tète 
alors sans courir le danger d'avaler de l'eau en même 
temps que du lait. L'amour des cétacés pour leurs petits 
est extrême; il mérite bien d'être opposé, comme dans 
le texte de Jérémie, à la cruauté maternelle de l'au- 
truche. 

Le cachalot (fig. 1) est un cétacé cétodonte, c'est- 



CACHALOT — CAD 



8 



à -dire pourvu de dents et non de fanons comme la ba- 
leine. 11 porte en zoologie le nom de Physeter macro- 
cephalus. Sa tète, en effet, est énorme. Elle affecte la 
forme d'un cylindre légèrement comprimé et tronqué en 
avant. A la partie inférieure s'ouvre une gueule armée de 
grosses dents coniques qui peuvent atteindre le nombre de 
cinquante-quatre. La dimension du crâne seul atteint par- 
fois jusqu'à quatre mètres cinquante de long et deux mètres 
cinquante de large. La taille ordinaire de l'animal est de 
quinze à vingt mètres; quelques individus sont allés jus- 
qu'à vingt-huit. Les mœurs des cachalots ne sont pas 
encore assez connues pour qu'on puisse décider si ces ani- 
maux constituent plusieurs espèces différentes. Ces gros 
cétacés sont voraces ; ils s'attaquent à toutes sortes de proies, 
même aux baleines. C'est dans les intestins de ces ani- 
maux que se produit l'ambre gris, qui parait n'être autre 
chose qu'un des résultats de leur digestion. Voir Ambre. 
Ils voyagent par troupes, et leurs bandes comprennent 
parfois jusqu'à deux et trois cents individus. Us fré- 
quentent les mers équatoriales et suivent les courants 
chauds des autres océans. Ils pénètrent jusque dans la 
Méditerranée. En 1715, on en a capturé sur les côtes de 
la Sardaigne. Un cachalot de soixante pieds a été pris 
sous Louis XV, près de Collioure. En 1853, on en a saisi 
une bande dans la mer Adriatique, et, en 1856, on a 
encore capturé un de ces monstres sur les côtes du Var. 
Cf. Van Beneden, P. Gervais, Ostéographie des cétacés, 
Paris, 1880, p. 303-329. Pline, H. N., xxxii, 53, 2, range 
le Physeter en tète des cétacés , même avant la baleine. 
11 est parfaitement possible que les Hébreux aient connu, 
au moins vaguement, le cachalot, sans le distinguer des 
autres monstres marins. Dans les temps anciens, quel- 
ques-uns ont pu échouer sur les côtes de Palestine. Cet 
animal ne saurait être cependant, à aucun titre, celui dont 
il est question dans l'histoire de Jonas. La plupart des 
raisons invoquées pour écarter la baleine valent aussi pour 
le cachalot. H. Lesêtre 

CACHET. Voir Sceau. 

CACTUS. Dans la région méditerranéenne, on dé- 
signe surtout sous le nom de cactus l'Opuntia vulgaris 
des botanistes, ou Figuier de Barbarie. C'est une plante 
arborescente de la famille des cactacées ( fig. 2). La 
tige de l'Opuntia, qui peut s'élever à plusieurs mètres 
de hauteur, est formée de disques aplatis, ovales, très 
épais et charnus, articulés les uns sur les autres, à bords 
arrondis; ces disques sont parsemés d'aiguillons redou- 
tables, fins, allongés, disposés en faisceaux, occasionnant 
une piqûre douloureuse et non sans danger. Sa fleur est 
très grande, en forme de cloche, jaune ou rouge, suivant 
les diverses variétés; elle s'ouvre et se ferme plusieurs 
jours de suite. Ses pétales sont très nombreux, disposés 
sur plusieurs rangs, ainsi que les étamines. Les fleurs 
naissent sur le tranchant des disques ou articles supé- 
rieurs. Le calice est formé de nombreuses folioles colo- 
i rées de la même manière que les pétales, eh sorte qu'il 
est difficile de les dislinguer de ceux-ci. Le fruit, très 
charnu, est deux à trois fois gros comme le pouce, cylin- 
drique, creusé au sommet de sillons circulaires; il est 
recouvert d'une peau rougeàtre, hérissée sur les angles 
de faisceaux d'aiguillons, comme les feuilles ou disques 
de la tige ; à l'intérieur, il contient de nombreuses graines 
jaunâtres, entourées d'une pulpe orangée ou rougeàtre, 
comestible, d'un goût sucré mais fade, quoique assez 
apprécié des habitants des pays chauds, notamment des 
Arabes, qui en font des conserves ou le mangent tel quel ; 
pour certaines tribus du nord de l'Afrique , la récolte des 
fruits du figuier de Barbarie est même chose importante. 
Cette plante bizarre, qui rappelle bien la végétation 
tropicale, n'est pas indigène dans les contrées chaudes de 
l'ancien monde. Elle fut introduite de l'Amérique cen- 
trale en Europe vers le commencement du xyi" siècle. 



J. Labouret, Monographie de la famille des cactées , 
in-12, Paris, 1858, p. ix; C. Lemaire, Les cactées, in-12, 
Paris, 1869, p. 10. Elle se multiplia alors si rapidement 
dans tout le bassin méditerranéen, qu'actuellement on 
peut la considérer comme endémique à cette région. Elle 
abonde en particulier en Palestine, où on la rencontre 




2. — Cactus. 

Au bas , à gauche , fleur ; & droite , coupe de la fleur ; 

au milieu, fruit. 

à chaque pas et où elle atteint de grandes proportions, 
formant autour des champs des haies impénétrables. Mais 
il est certain que la Sainte Écriture n'a pu parler de 
l'Opuntia, qui était absolument inconnu du temps des 
écrivains sacrés, bien que, dit M. Fillion , Atlas d'his- 
toire naturelle de la Bible, in-4°, Paris, Lyon, 1884, 
p. 26, on soit instinctivement porté, comme l'ont fait 
certains commentateurs , à le regarder comme l'une des 
plantes épineuses de la Bible. M. Gandoger. 

CAD. Ce mot en hébreu, kad, désigne un vase d'ar- 
gile, cruche, urne, etc., d'une contenance indéterminée. 
Il passa dans la langue grecque sous la forme xâ8oç, et 
dans la langue latine sous la forme cadus. Les Grecs 
et les Latins eurent des cads de diverses matières, quoique 
plus communément en terre. Us en faisaient grand usage, 
s'en servant pour transporter et conserver le vin, ainsi 
que toute espèce de liquides. On en a trouvé un certain 
nombre dans les ruines de Pompéi (fig. 3). Ils dési- 
gnaient aussi par ce mot une mesure équivalente à l'am- 
phore attique ou métrète et à trois urnes romaines. La 
Vulgate ne l'a jamais employé pour rendre le mot hébreu 
kad, mais elle s'en est servie une fois dans le Nouveau 
Testament, Luc, xvi, 6, dans la parabole de l'économe 
infidèle, pour traduire un nom de mesure, le bath (fli- 
to-j;), valant environ 38 litres 88. Voir Bath 2. L'emploi 



CAD — CADAVRE 



iO 



de cad s'explique facilement dans ce passage, parce qu'il 
est question d'huile et que les Romains avaient coutume 




3. — Cad. D'après une peinture de Pompôi. 

de la conserver dans des cadi; de plus, le cadus des 
Latins, employé comme mesure, avait presque la même 
capacité que le bath hébreu. 

1. CADAVRE. Le corps mort de l'homme ou des 
animaux pouvait être, chez les Hébreux, l'occasion d'une 
souillure ou impureté légale. Nous ne le considérons ici 
qu'à ce point de vue. Pour l'ensevelissement des morts, 
voir SÉPULTURE. 

I. Impuretés légales produites par les cadavres. 
— 1° Cadavre des animaux impurs. — Le cadavre des 
volatiles et des quadrupèdes impurs souillait légalement 
ceux qui le touchaient et surtout ceux qui le portaient; 
dans les deux cas, l'impureté cessait le soir, moyennant 
une ablution; dans le second cas, le porteur du cadavre 
devait en outre laver ses vêtements. Lev., xi, 24-28. — 
Quant au cadavre des reptiles impurs, l'impureté légale 
qu'il occasionnait se propageait davantage : les personnes 
qui le touchaient ou le portaient étaient souillées jusqu'au 
soir; si le cadavre ou quelque chose du cadavre tombait 
sur quelque objet, cet objet était souillé; le législateur 
hébreu signale en particulier certains objets plus exposés 
à cette sorte de souillure : les vêtements de tout genre, 
les vases ou ustensiles de bois ou d'argile, les liquides 
qui pourraient y être contenus, les mets et les boissons, 
les fours portatifs ; toutefois les fontaines, les citernes et 
les réservoirs d'eau n'étaient pas souillés par ces cadavres ; 
dans des pays où l'eau est très rare, c'aurait été un incon- 
vénient grave d'interdire, ne fût-ce que pour un jour, 
l'accès des sources ou des citernes. Quant aux grains des- 
tinés aux semailles, s'ils sont secs, ils ne sont pas souillés 
par ces cadavres; s'ils sont mouillés, ils contractent la 
souillure. Lev., xi, 31-38. Les ustensiles de bois ou les 
vêtements souillés de cette manière demeuraient impurs 
jusqu'au soir; moyennant un lavage, ils étaient rendus 
à leur premier usage; mais pour les ustensiles ou vases 
d'argile, ils étaient brisés. Lev., xi, 32, 33, 35. — Le ca- 
davre des animaux aquatiques impurs est aussi regardé 
comme immonde, Lev., xi, 11, et en conséquence il souil- 
lait ceux qui le touchaient. 



2° Cadavre des animaux purs. — Il n'est déclaré souillé 
ou immonde que dans deux cas : 1. Lorsque l'animal est 
mort de maladie, Lev., xi, 39-40; dans ce cas, celui qui 
louche ou porte le cadavre et celui qui en mange sont 
impurs ; l'impureté dure jusqu'au soir, et disparaît moyen- 
nant le lavage des vêtements. — 2. Lorsque l'animal a 
été tué par une bête, Lev., v, 2; celui qui touche ce ca- 
davre est souillé; le genre d'impureté et le mode de puri- 
fication paraissent avoir été les mêmes que dans le pre- 
mier cas ; car, d'après l'interprétation commune des com- 
mentateurs juifs, les animaux morts d'eux-mêmes et ceux 
qui sont déchirés par les bêtes sont mis sur la même ligne. 

— Pour la « manducation » de la chair des animaux morts 
d'eux-mêmes ou déchirés par les bêtes, voir Chair des 
animaux. 

3° Cadavre de l'homme. — Quiconque touchait un 
mort, ou même simplement un ossement humain, un 
tombeau, était impur devant la loi; bien plus, quand la 
mort avait lieu dans une tente ou dans une maison, l'im- 
pureté légale frappait tous ceux qui entraient dans la 
tente ou la maison ; tous les vases , tous les ustensiles , 
tout le mobilier qui se trouvaient dans ce lieu étaient 
également impurs, sauf les vases munis d'un couvercle. 
Num., xix, 11-16. Ceux qui avaient contracté cette impu- 
reté étaient exclus non seulement du temple et de la par- 
ticipation aux choses saintes, mais encore de la société 
des hommes. Moïse ordonne de chasser du camp celui 
qui en est souillé. Num., v, 2-3. Cette impureté durait 
sept jours , et ne cessait que par un rite spécial , l'asper- 
sion avec l'eau lustrale. Voir Aspersion, 1. 1, col. 1116-1117. 

— En conséquence, comme les prêtres devaient être cons- 
tamment purs, à cause de leurs fonctions qui les obligeaient 
à aller souvent dans le Temple, et à toucher les choses 
saintes, il leur était interdit d'avoir avec les morts aucun 
rapport qui pût les souiller, à moins qu'il ne s'agît de 
leurs parents les plus proches, que le législateur énumère 
avec soin. Lev., xxi, 1-4. La loi est beaucoup plus sévère 
pour le grand prêtre, qui ne devait s'approcher d'aucun 
mort, pas même de son père ou de sa inère. Lev., xxi, 
10-11. Même défense est faite aux Nazaréens. Num., vi, 
6-7. 

IL Sanction. — Quant à la sanction de ces lois mo- 
saïques sur le contact prohibé des cadavres, elle est dif- 
férente, suivant que ces lois concernent le cadavre des 
animaux ou celui de l'homme ; pour les premières, Moïse 
ne marque pas de sanction spéciale, et en conséquence 
il faut appliquer les règles générales dont il est question 
Num., xv, 22-31, et Lev., iv-vn; pour les secondes, celles 
qui regardent le cadavre de l'homme, la sanction est plus 
sévère; elle est exprimée deux fois au texte cité des 
Nombres, xv, 23 et 31 ; c'est la peine signifiée par le mot 
hébreu kârat (Septante : ÈÇoXoôpEÛco ; Vulgate : delere, 
exterminare, et, au passif, perire, interire, de'populo); 
la peine du kârat est, non pas l'exil, comme l'ont dit 
quelques auteurs ; mais , ou bien , d'après les interprètes 
juifs, une mort prématurée, infligée ou plutôt ménagée 
par Dieu lui-même, ou bien, d'après les interprètes chré- 
tiens, la peine de mort ou de l'excommunication infligée 
par le juge. Voir Bannissement, t. i, col. 1430-1431. 

III. Motifs. — Les motifs de ces prescriptions sont sur- 
tout les deux suivants : 1° Moïse, en détendant aux Hé- 
breux le contact des cadavres, sous peine d'impureté légale 
et d'exclusion temporaire des choses saintes, se proposait 
de leur rappeler la pureté de cœur et la sainteté qui sont 
requises pour le service de Dieu, surtout dans son temple ; 
voilà pourquoi, Lev., xi, 43-45, Dieu lui-même, après 
avoir posé le principe général : « Ne touchez aucune de 
ces choses, de peur que vous ne soyez impurs, » ajoutait 
immédiatement : « Car je suis le Seigneur votre Dieu ; 
soyez saints, parce que je suis saint... Je suis le Seigneur 
qui vous ai tirés du pays de l'Egypte, pour être votre 
Dieu; vous serez donc saints, parce que je suis saint. » 
Et plus loin, Num., xix, 13, le législateur hébreu , après 



11 



CADAVRE — CADÉMOTH 



12' 



avoir obligé celui qui serait souillé par le contact du 
cadavre de l'homme à subir une purification légale, le 
menace, en cas de désobéissance, de la terrible peine 
du kârat dont nous avons parlé, « parce qu'il souille le 
tabernacle du Seigneur, » ce qui est répété au ^.20. — 
2° Moïse, dans les lois que nous venons d'expliquer, se 
proposait aussi la propreté et l'hygiène. 11 suffit, en effet, 
de lire ces prescriptions diverses pour voir combien leur 
observance devait, chez les Hébreux, entretenir la pro- 
preté et écarter les causes d'insalubrité et d'infection. 
Afin d'éviter toutes ces souillures légales, plus ou moins 
incommodes, les Hébreux se voyaient obligés d'éloigner 
le plus possible les cadavres des animaux, et de les en- 
fouir sous terre le plus promptement possible; ils enter- 
raient leurs morts aussitôt que la prudence le permettait, 
et établissaient les cimetières, au moins les cimetières 
communs, en dehors des villes; lors même qu'il s'agis- 
sait de morts étrangers ou même ennemis , par exemple 
après une bataille , ils prenaient soin de les enterrer. 
Nous voyons, sous ce rapport, un trait remarquable dans 
Ézéchiel; après la lutte terrible dont il parle au cha- 
pitre xxxix, dans laquelle Israël est vainqueur, on nomme 
une légion d'explorateurs et de fossoyeurs ; les premiers 
parcourent tout le pays, et, à côté de chaque cadavre, et 
même de chaque ossement qu'ils rencontrent, ils plantent 
un jalon; les fossoyeurs, à l'aide de ce signe, reconnaissent 
les ossements et procèdent à la sépulture. Sans doute 
c'est une « vision » que décrit le prophète, mais il est 
évident qu'il parle suivant les usages observés dans son 
pays et bien connus de ceux pour qui il écrivait. Il n'y 
a pas jusqu'au corps du malheureux condamné qui n'ait 
attiré l'attention, sous le rapport qui nous occupe, du 
législateur hébreu; il veut que le corps du condamné 
attaché à une potence en soit détaché et soit enterré le 
jour même de l'exécution, « pour ne pas souiller la terre 
que Dieu doit donner en possession aux Hébreux. » 
Deut., xxi, 22-23. Ainsi Moïse prévenait l'infection qu'au- 
raient pu produire l'exposition prolongée du cadavre en 
plein air, et la décomposition qui s'ensuit promptement, 
surtout dans les pays chauds, comme en Orient. Qui ne 
sait qu'un certain nombre d'épidémies, particulièrement 
dans ces contrées, sont occasionnées par les cadavres 
d'hommes ou d'animaux qui sont gisant sur le sol , 
exposés aux ardeurs du soleil? C'est ce qu'a voulu pré- 
venir le législateur hébreu. C'est ce qu'ont tenté aussi, 
dans une certaine mesure, d'autres législateurs ; car nous 
retrouvons l'impureté légale et la purification obligatoire, 
après le contact d'un cadavre, chez un bon nombre de 
peuples anciens : chez les Indiens, cf. Lois de Manou, 
v, 59, dans Pauthier, Livres sacrés de l'Orient, Paris, 
1844, p. 381; chez les Arabes, cf. G. Sale, Observa- 
tions sur le mahométisme , dans Pauthier, ouvrage cité, 
p. 504; chez les Perses, cf. Anquetil du Perron, Zend- 
Avesta, Paris, 1771, t. il, p. 371-377; chez les Grecs, les 
Romains et d'autres peuples païens, cf. Meursius, De 
funere, c. xv, xlix (dans Gronovius, Thésaurus grœca- 
rum antiquitatum , Venise, 1732, t. xi, col. 1101-1103; 
1161-1162); Gutherius, De Jure Manium seu de ritu, 
more et legibus prisa funeris, lib. H, c. 7, 8 (dans 
Grsevius, Thésaurus antiquitatum romanarum, Venise, 
1737, t. XII, col. 1175-1178); Marquardt, Vie privée des 
Romains, Paris, 1892, t. I, p. 442. Ces mêmes coutumes 
s'observent chez plusieurs peuples modernes, par exemple, 
au Japon et dans les îles de l'archipel Tonga , dans l'océan 
Pacifique. Cf. Burder, Oriental Customs, Londres, 1822, 
t. il, p. 154-155. 

IV. Observation de la loi. — Toutes ces prescriptions 
sur le contact des cadavres ont été soigneusement ob- 
servées et gardées chez les Juifs. Au temps de Notre- 
Seigneur il en était encore ainsi, ou plutôt tout cela 
s'était accru et embarrassé d'une multitude d'observances 
minutieuses , souvent mentionnées dans les Évangiles. 
Matth., xv, 2; xxm, 25-26 Marc, vu, 2-5; Joa., n, 6. 



Josèphe mentionne la purification qui devait suivre l'as- 
sistance à un convoi funèbre. Contra Appionem , II, 26. 
La Mischna expose très longuement tout ce qui concerne 
l'impureté légale provenant des cadavres dans plusieurs 
Traités, surtout dans le Traité 'oholôt. Maimonide en 
traite également dans un ouvrage spécial ayant pour 
titre : De l'impureté contractée par le contact des morts, 
dont il donne un résumé dans More Nebochim, m, 47, 
traduction latine de Buxtorf, Bàle, 1629, p. 490-494. Après 
la destruction du temple de Jérusalem, l'observation de 
ces prescriptions devint plus difficile , en sorte que peu 
à peu les Juifs se relâchèrent dans l'accomplissement de 
ces lois, et finirent par les abandonner complètement; 
c'est ce que dit Léon de Modène, Cérémonies et cou- 
tumes des Juifs, chap. vin, Paris, 1581, p. 18. — Sur la 
question de l'impureté légale, contractée par le contact 
des cadavres, cf. Spencer, De legibus Hebrseorum, La 
Haye, 1686, p. 137-149; Michaelis, Mosaisches Iiecht,. 
§§215, 216, Francfort-sur-le-Mein, 1778, t. iv, p. 300-313; 
Saalschùtz, Dus Mosaische Recht, k. 31, Berlin, 1853, 
t. i, p. 265-274. S. Many. 

2. CADAVRES (VALLÉE DES) (hébreu : 'éméq pegâ- 
rim, Jer., xxxi, 40; manque dans les Septante, Jer., 
xxxvni, 40). Jérémie nomme cette vallée, pour désigner 
le Midi, dans la description qu'il fait d'une manière pro- 
phétique de la restauration future de Jérusalem à l'époque 
messianique. Il appelle « vallée des cadavres et des cendres » 
la vallée de Géennom, parce que, depuis qu'elle avait été 
rendue profane par le roi Josias, à cause des actes idolâ- 
triques qui y avaient été commis, IV Reg., xxm, 10, on 
y jetait les immondices de la ville, les animaux morts et 
les détritus de toute espèce. Voir Géennom. 

CADEAUX. Chez les Hébreux, on payait au père qui 
donnait sa fille en mariage un prix déterminé qu'on 
appelait mohar. Gen., xxxiv, 12, etc. Voir Mariage. De 
plus, on offrait, au moins dans certaines circonstances, 
des cadeaux à la fiancée. Gen., xxiv, 53; xxxiv, 12. Ils 
sont appelés matan, « don, » dans ce dernier passage. 
Les présents faits par Éliézer à Rébecca pour son maître 
Isaac consistaient en bijoux d'argent et d'or et en vête- 
ments. Gen., xxiv, 53. 

CADÉMOTH (hébreu : Qedêmôt, pleinement écrit r 
Deut., n, 26; I Par., vi,64; Jos., xxi, 37; défectivement , 
Jos.,xiii, 18; Septante: KEfiajjuûO, Deut., n, 26; Baxî8[iw8, 
Jos., xiii, 18; t| Asx[iwv, Jos., xxi, 37; ô Ifaâ,aw6, I Par., 
vi (hébreu : 64), 79; Vulgate : Cademoth, Deut., n, 26; 
I Par., VI (hébreu: 64), 79; Cedimoth, Jos., xiii, 18; 
omis, Jos., xxi, 36), ville située à l'est de la mer Morte, 
assignée à la tribu de Ruben, Jos., xin, 18; donnée, avec 
ses faubourgs, aux Lévites, fils de Mérari. Jos., xxi, 37 
(d'après l'hébreu) ; I Par., vi (hébreu : 64), 79. C'est aussi 
le nom du «désert » (hébreu : midbar) où étaient cam- 
pés les Israélites quand Moïse demanda à Séhon, roi des 
Amorrhéens, la permission de passer par son territoire 
pour se rendre dans la Terre Promise. Deut., Il, 26. Plu- 
sieurs critiques ont attaqué l'authenticité du passage du 
texte hébreu où cette ville est citée dans Josué, xxi, 37; 
mais il a en sa faveur l'autorité des manuscrits , des ver- 
sions , la conformité avec les endroits parallèles de Jos., 
xiii, 18; I Par., VI (hébreu : 64), 79. On peut voir une 
longue et savante dissertation sur ce sujet dans J.-B. de 
Rossi, Varias lectiones Veteris Testamenti , Parme, 1785, 
t. il, p. 96-106. 

Nous ignorons la position de Cademoth; Jassa et Mé- 
phaath, qui l'accompagnent toujours et pourraient ainsi 
nous servir de point de repère, sont elles-mêmes incon- 
nues. Comme Aroër, « située sur le bord de l'Arnon , » 
Jos., XIII, 16, formait l'extrême limite méridionale du 
royaume de Séhon, Jos., xii, 2, et des conquêtes Israé- 
lites à l'orient du Jourdain, Deut., n, 36; ni, 12; îv, 48,, 



CADÉMOTH — CÂDÈS 



U 



on doit supposer que ces villes étaient au nord du torrent, 
aujourd'hui Vouadi Modjib. D'un autre côté cependant, 
« le désert de Cadémoth » devait être en dehors du ter- 
ritoire amorrhéen. Deut., n, 26-37; Num., xxi, 21-24. 
Faudrait -il donc distinguer la ville du désert, comme 
semblent le faire Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica 
sacra, Gcettingue, 1870, p. 109, 270? C'est inutile, 
croyons-nous. On peut dire que la ville se trouvait près 
d'un des bras supérieurs de l'Arnon, vers l'est, Vouadi 
Enkeiléh ou Vouadi Baloua, par exemple, et qu'elle 
donnait son nom au désert environnant , confinant à Test 
et au sud au désert syro-arabe; à moins que les deux ne 
fussent ainsi appelés d'après leur situation dans la « con- 
trée orientale » (hébreu : qédém). — On a voulu recon- 
naître Cadémoth dans les Listes hiéroglyphiques de Sésac, 
n° 25; M. Maspero croit avec raison qu'il est impossible de 
songer à cette identification. Cf. Zeitschrift fur àgyp- 
tische Sprache, 1880, p. 45. A. Legendre. 

CADÈS (hébreu : QâdêS, « saint; » Septante : KâSy);), 
nom de plusieurs villes de Palestine et d'un désert. 

1. CADÈS, CADÈSBARNÉ (hébreu : QâdêS, Gen. , 
xiv, 7; xvi, 14; xx, 1 ; Num., xm, 27 (hébreu, 28) ; xx, 1, 
14, 16, 22 ; xxvii, 14 ; xxxm , 36, 37 ; Deut. , i , 46 ; xxxn, 51 ; 
Jud., xi, 16, 17 ; Ps. xxvm (hébreu : xxix), 8; Ezech., xlvii, 
19; xlviii, 28; Qâdês Barnê'a, Num., xxxn, 8; xxxiv, 4; 
Deut., i, 2, 19; n, 14; ix, 23; Jos., x, 41; xiv, 6, 7; xv, 3; 
Septante : KâSrj;, comme en hébreu; Iv aiytaîioîç, Eccli., 
xxiv, 18; K<£8yi; Bapv/), comme en hébreu, excepté 
Num., xxxiv, 4, où on lit : KâSr); tou Bapvrj), ville située 
à l'extrême limite méridionale de la Terre Promise. Num., 
xxxiv, 4; Jos., xv, 3; Ezech., xlvii, 19; xlviii, 28. C'est 
aussi le nom du désert environnant, Ps. xxvm (hébreu, 
xxix), 8, et une des stations les plus importantes des 
Hébreux dans leur marche de quarante ans vers le pays 
de Chanaan. Num., xm, 27; xx, 1, etc. Après le Sinaï, 
c'est le point capital de ce long voyage à travers la pénin- 
sule arabique; son emplacement est l'objet d'un problème 
intéressant à étudier et de nombreuses discussions qu'il 
nous faut résumer. Nous verrons plus tard s'il y a lieu de 
distinguer deux endroits de ce nom sur la route des Israé- 
lites; disons tout de suite que Cadès et Cadésbarné sont 
certainement un seul et même lieu, comme il est facile 
de s'en convaincre en comparant Num., xm, 27, avec 
Num., xxxn, 8; Deut., i, 19; ix, 23; Jos., xiv, 6, 7. 

I. Noms. — Cadès s'appelait anciennement « la Fontaine 
de Misphat » ou « du Jugement » (hébreu : 'En MiSpât; 
Septante : r, nr^i) t-î}; -,ip{<rera; ). Gen., xiv, 7. Cette appella- 
tion se rattache-t-elle au sanctuaire de quelque dieu, qui, 
longtemps avant Moïse, aurait rendu là ses oracles, ou 
à la juste sévérité de Dieu, qui s'y manifesta envers un 
peuple désobéissant et sans cesse en murmures? Il n'y a 
rien dans le texte sacré qui favorise l'une ou l'autre de 
ces conjectures, émises par différents auteurs. Voir Mis- 
niAT. Il en est de même pour l'origine ou la signification 
des autres noms. L'hébreu vTp, qâdês, signifie « saint », 

et a pour correspondant en arabe le mot ^iAS, qods. 
Mais il est difficile de savoir si cette dénomination se 
rapporte à un sanctuaire primitif, ou à la présence de 
l'arche d'alliance, ou aux événements dans lesquels Dieu 
« se sanctifia » (hébreu : yeqaddês) c'est-à-dire mani- 
festa sa puissance aux Israélites, Num., xx, 13, en les 
comblant de bienfaits, malgré leur incrédulité et leurs 
révoltes, et en punissant Moïse et Aaron à cause de leur 
faute. Les différentes étymologies proposées pour Barné, 
y;ia, Barnê'a, c'est-à-dire « désert », ou « fils », ou 

« puits de l'Égarement », etc., sont discutables, et l'on 
ignore si le mot indiquait une ville dont le nom se serait 
uni à celui de Cadès, ou un personnage, comme semble- 
rait le supposer la traduction des Septante , Num., xxxiv, 4, 
KiSï,; toj Bïpvr,. Cf. H. Clay Trumbull, Kadesh-Bar- 



nea, in-8°, New-York, 1884, p. 24, 43; Keil, Numen, 
Leipzig, 1870, p. 292. 

II. Situation. — 1° D'après l'Ecriture. — L'empla- 
cement de Cadès est une question des plus controversées. 
Pour la bien comprendre, et avant d'examiner les opi- 
nions émises à ce sujet, il est nécessaire de fixer les 
points géographiques que la Bible détermine à elle seule. 
Cadès paraît pour la première fois au chap. xiv, 7, de la 
Genèse, dans le récit de la première campagne militaire 
racontée par nos Saints Livres. Après avoir frappé « les 
Chorréens oullorréens des montagnes de Séir» ou d'Édom, 
c'est-à-dire de la chaîne qui s'étend entre la mer Morte 
et le golfe Élanitique, « jusqu'à 'Êl-Pâ'rân, » probable- 
ment le port d'Aïla ou Élath, Deut., H, 8, au fond du 
même golfe, Chodorlabomor et ses alliés, remontant vers 
le nord, « vinrent jusqu'à 'Ên-MiSpat, qui est le même 
[lieu] que Cadès. » Puis « ils ravagèrent tout le pays des 
Amalécites », ou plutôt la contrée qu'occupa plus tard 
cette tribu et qui comprenait la partie septentrionale de 
la péninsule sinaïtique, de la frontière d'Egypte au sud 
de la Palestine et sur les confins de l'Arabie Pétrée. Voir 
Amalécites, 1. 1, col. 428. Enfin ils défirent « les Amor- 
rhéens qui habitaient Asason - Thamar » ou Engaddi, sur 
le bord occidental de la mer Morte. Voir Amorrhéens, 
t. i , col. 503. De ce passage il ressort que Cadès avait à 
l'est les monts de Séir, au sud Élath, dans un voisinage 
immédiat les Amalécites, et au nord les Amorrhéens. 

Cadès sert ensuite à déterminer l'emplacement de 
Béer -lalfaï- roi, ou « le Puits du Vivant qui me voit », 
près duquel l'ange de Dieu trouva Agar, la servante de 
Sara, fuyant vers l'Egypte. Gen., xvi, 14. Or ce puits, 
d'après l'Écriture, était « dans le désert, près de la source 
qui est sur le chemin de Sur », Gen., xvi, 7; « dans la 
terre du midi » ou le Négéb, Gen., xxiv,6 2; « entre Ca- 
dès et Barad, » Gen., xvi, 14. Sur indique la partie nord- 
ouest du désert arabique qui confine à l'Egypte. Béer- 
lahaï-roî se trouvait donc sur l'ancienne route qui d'Hé- 
bron conduisait au pays des Pharaons en passant par 
Bersabée, c'est-à-dire dans la direction du nord-est au 
sud-ouest; il était entre Cadès à l'est et Barad (inconnu) 
à l'ouest. D'où nous pouvons conclure que Cadès ne de- 
vait pas être loin de la route d'Hébron en Egypte. C'est 
le chemin que dut prendre Abraham, lorsque, partant 
de Mambré, il vint « habiter dans la terre du midi, entre 
Cadès et Sur, et séjourna quelque temps à Gérare », au 
sud de Gaza. Gen., xx, 1. Malgré le vague de l'indication, 
nous comprenons ici la contrée bornée à l'est par le désert 
de Cadès et au sud -ouest par celui de Sur. 

Le Deutéronome , i , 2, marque la distance qui séparait 
l'endroit dont nous parlons de la montagne du Sinaï. Il 
était à « onze journées de marche du mont Horeb, par 
la route du mont Séir », non pas, croyons-nous, celle qui 
longe le massif, par l'Arabah; mais simplement celle qui 
conduit de ce côté, indiquant la direction du nord -est. 
Il est malheureusement difficile de savoir quelles furent 
les étapes des Hébreux pendant ce voyage. La liste des 
stations, Num., xxxm, 16-36, est diversement interprétée. 
Plusieurs auteurs croient que Bethma, Num., xxxin, 18, 
aujourd'hui Vouadi Abou Relmât, était près de Cadès, si 
ce n'était la ville elle-même. Dans ce cas, l'Écriture ne 
mentionnerait entre le Sinaï et Cadès que les trois stations 
les plus importantes. Num., xxxm, 16-18. Ce qu'il y a 
de certain, c'est que les Israélites arrivèrent là après avoir 
traversé le désert de Pharan, Num., x, 12, « grand et ter- 
rible désert, » Deut., i, 19, dans lequel Cadès est elle- 
même placée. Num., xm, 27. Il s'agit ici de la région que 
les Arabes appellent eux-mêmes Bâdiet et-Tîh, ou « désert 
de l'Égarement », et qui s'étend au nord jusqu'au Négeb 
ou Palestine méridionale, à l'est jusqu'à la vallée pro- 
fonde de l'Arabah, à l'ouest jusqu'au désert de Sur, et au 
sud jusqu'au massif du Siuai. C'est un plateau calcaire, 
désolé, presque sans végétation et sans habitants, qui 
occupe près de la moitié de la péninsule. 



Il 



CADÈS 



16 



Cadès était ainsi le point le plus rapproché de la Terre 
Promise, « sur le chemin qui conduit à la montagne des 
Amorrhéens, que le Seigneur devait donner aux Israé- 
lites, » Deut., i, 19, 20, c'est-à-dire au district montagneux 
qui termine la Palestine du côté du sud. Aussi est-ce de 
là que Moïse envoya les explorateurs et là qu'ils revinrent 
au bout de quarante jours. Num., xui, 26, 27; xxxii, 8; 
Deut., i, 19 et suiv.; ix, 23; Jos., xiv, 6, 7. Cet endroit se 
trouvait donc au-dessous du Négéb, Num., xm, 18, et les 
Hébreux avaient au nord, devant eux, « les Amalécites 
et les Chananéens qui habitaient dans les montagnes. » 
Num., xiv, 43, 45. 

En punition de leur conduite séditieuse après le retour 
des explorateurs, les enfants d'Israël furent condamnés 
à errer pendant trente -huit ans dans les vastes solitudes 
de l'Arabie Pétrée. Ils reprirent le chemin « du désert, 
par la voie de la mer Rouge ». Num., xiv, 25 ; Deut., i, 40. 
Dix-sept stations seulement remplissent ce long séjour, 
Num., xxxiii, 19-36, la plupart malheureusement incon- 
nues. Le point le mieux marqué est Asiongaber, port 
situé à l'extrémité septentrionale du golfe Élanitique. 
« D'où étant partis, ils vinrent au désert de Sin, qui est 
Cadès. » Num., xxxni, 36. C'est là que nous les retrou- 
vons le premier mois de la quarantième année, après la 
sortie d'Egypte, Num., xx, 1; là qu'ils se plaignent du 
manque d'eau, comme autrefois à Mara et à Raphidim ; 
là que Moïse frappe deux fois le rocher de sa verge et 
que coule « l'eau de la contradiction ». Num., xx, 13; 
xxvn, 14 ; Deut., xxxii, 51. C'est de Cadès enfin que Moïse 
envoie des messagers au roi d'Èdom, pour lui demander 
la permission de passer par son territoire, Num., xx, 14; 
Jud., xi, 16, 17, ut, dans cette circonstance, « la ville » est 
signalée comme étant « à l'extrémité du royaume » idu- 
mécn. Num., xx, 16. 

Le dernier témoignage à signaler, au point de vue géo- 
graphique, est tiré de la frontière méridionale de la Terre 
Sainte, qui « commence à l'extrémité de la mer Salée (mer 
Morte), et à cette langue de mer qui regarde le midi, 
s'étend vers la montée du Scorpion et passe jusqu'à Sina, 
monte ensuite vers Cadèsbarué , vient jusqu'à Esron, 
monte vers Addar, et tournant vers Carcaa, puis passant 
à Asémona, arrive au torrent d'Egypte (ouadi el-Arisch) 
et se termine à la grande mer (la Méditerranée) ». Jos., 
xv, 2-4; Num., xxxiv, 4-5; Ezeeh., xlvii, 19; xlviii, 28. 
Ces limites nous représentent un arc de cercle qui part 
de la mer Morte pour aboutir à l'embouchure de l'ouadi 
el-Arisch et dont Cadès occupe à peu près le milieu. Voir 
Acrabim, 1. 1, col. 151 ; Adar, col. 210; Asémona, col. 1079. 

Le résumé de ces données nous montre clairement 
que Cadès était à l'ouest des montagnes de Séir et de 
l'Arabah, à l'extrême limite des possessions iduméennes 
de ce côté, au nord d'Élath et d'Âsiongaber, à onze jour- 
nées au nord de l'Horeb, dans les déserts de Pbaran et 
de Sin, non loin de la route d'Hébron en Egypte, au sud 
des montagnes amorrhéennes, au-dessous du Négéb ou 
de la Palestine méridionale, dont elle occupe le point le 
plus éloigné. Toutes ces indications réunies nous con- 
duisent vers le massif montagneux dont font partie le 
Djebel el-Makhrah, le Djebel Moueiléh, le Djebel 
Tououâl el-Fahm, etc., et d'où partent les deux versants 
opposés, celui de la Méditerranée et celui de l'Arabah. Il 
faut donc chercher Cadès dans une ligne qui s'étend entre 
ce massif et le Djebel Scherra ou mont Séir, au-dessus 
de Pétra. 

2° D'après les auteurs modernes. — On n'a pas pro- 
posé moins de dix-huit sites pour Cadèsbarné. Nous ne 
pouvons entrer dans la discussion de chacun de ces points, 
dont un grand nombre sont en contradiction avec les 
données scripturaires que nous venons d'exposer. Voir 
Trumbull, Kadesh Barnéa, p. 303, avec les renvois. En 
somme , ils peuvent se ramener à deux principaux : dix 
sont dans l'Arabah ou sur ses bords; huit dans le désert, 
sur le plateau supérieur; Ain el-Oueibéh peut représenter 



les premiers, et 'Ain Qadis les seconds. C'est autour de 
ces deux noms que se rangent, à l'heure actuelle, tous 
les auteurs. 

Aïn el-Oueibéh, une des sources les plus importantes 
de la grande vallée, se trouve, au bord occidental, là où 
le terrain s'abaisse graduellement en collines calcaires, 
en dehors de la courbe de Youadi el-Djeib, qui descend 
du sud-ouest pour se diriger vers l'est -nord -est. Il y a 
là trois fontaines, sortant du rocher qui forme la pente, 
à quelque distance les unes des autres, et courant en 
petits ruisseaux au pied des collines. L'eau n'est pas très 
abondante, et, dans les deux plus septentrionales, elle a 
une teinte malsaine avec un goût sulfureux. Celle du midi 



n 




i. — Cadèsbarné. 
D'après Trumbull, Kadesh. Barnea, p. 308. 

consiste en trois filets d'une eau limpide et bonne, tom- 
bant au fond d'une excavation. Le calcaire tendre, en se 
détachant, a formé un bord semi- circulaire, comme la 
courbe d'un théâtre antique , autour de la source. Au- 
dessous de cet endroit, près de l'ouadi el-Djeib, est un 
fourré d'herbes grossières et de roseaux, avec quelques 
palmiers, présentant de loin l'apparence d'une belle ver- 
dure, et n'offrant de près qu'un terrain marécageux. Dans 
le lointain , vers l'est , se dresse dans toute sa majesté le 
mont Hor, dominant tous les pics qui s'élèvent au-dessus 
de l'Arabah. Ici pas la moindre trace de ruines. (Voir 
fig. 4; les montagnes qu'on aperçoit sont celles de 
l'ouest.) Cf. Robinson, Biblical Besearches in. Palestine, 
3 in -8°, Londres, 1856, t. n, p. 174-175; de Luynes, 
Voyage d'exploration à la mer Morte, t. i, p. 302-303. 
Les arguments en faveur de cet emplacement peuvent 
se résumer ainsi : — 1» Quand les Israélites vinrent du 
Sinaï à Cadès « par le chemin du mont Séir », Deut., i, 2, 
leur route naturelle fut par l'Arabah, qui longe le bord 
occidental du massif iduméen. Or, sur cette grande route 
vers le pays de Chanaan, la source la plus importante est 
l'Aï» el-Oueibéh. C'est la même voie qu'avait suivie Cho- 
dorlahomor, lorsque, après avoir tourné la pointe sud des 
montagnes de Séir, il dut remonter la grande vallée pour 
s'arrêter à Cadès et de Jà gagner la Pentapole. Gen., xiv, 



47 



CADES 



18 



6-8. — 2» D'après Num., xx, 16, Cadès était « à l'extrême 
limite » d'Edom. Or l'Arabah fermait ce pays à l'occident. 
Donc Cadès devait être dans l'Arabah, ou au moins tou- 
cher l'ouadi, comme Aïn el-Oueibéh. — 3° A in el-Oueibéh 
offre un théâtre naturel pour les événements racontés par 
la Bible. « Là, dit Robinson, Bïblical Researches, t. Il, 
p. 175, toutes ces scènes étaient devant nos yeux. Là est 
la source, jusqu'à ce jour la plus fréquentée de l'Arabah. 
Au nord-ouest est la montagne par laquelle les Israélites 
avaient essayé de monter vers la Palestine et d'où ils 
avaient été repoussés. Num., xiv, 40-45; Deut., i, 41-46. 
En face de nous s'étend le pays d'Édom ; nous sommes 
à son extrême frontière , et là , directement devant nos 
regards, s'ouvre le grand ouadi el-Ghoueir, offrant un 
passage facile à travers la montagne vers le plateau supé- 
rieur. Plus loin, du côté du sud, le mont Hor projette 
son sommet remarquable, à la distance de deux bonnes 



qu'il rencontra de ce côté, devait donc être plus à l'ouest 
qu'Aïn el-Oueibéh. — 2° Moïse, Gen., xvi, 14; xx, 1, 
pour déterminer l'emplacement du puits d'Agar et les 
pérégrinations d'Abraham dans la terre du midi, prend 
Cadès comme point de repère. Pouvait-il vraiment l'aller 
chercher si loin vers l'est, à une telle distance de la route 
d'Egypte? — 3° Pour venir du Sinaï à Cadès, les Israélites 
traversèrent « le grand et terrible désert » de Pharan, 
Deut., i, 19; ce qui indique le désert de Tih et lion pas 
l'Arabah. Palmer, The désert of the Exodus, 2 in-8", 
Cambridge, 1871, t. h, p. 353, combat la théorie de 
Robinson au point de vue stratégique. En venant s'établir 
à Aïn el-Ouéibéh, dans le voisinage des défilés de Sufah 
et de Fiqréh, les Hébreux, dit -il, se seraient enfermés 
comme dans un cul-de-sac, entre les sujets du roi d'Arad, 
les Amorrhéens, les Iduméens, les Moabites , tandis que, 
auprès d'Ain Qadis (plus à l'ouest), ils n'avaient autour 




S. — Ouadi Qadis. D'après F. W. Holland, dans le Palestine Exploration Fimd, Qiiarterlii Statement, 1884, p. 9. 
Ii'ouadi Qadis est à l'extrémité, a gauche; le commencement du Djebel Méraiflg est a droite; la croupe qui s'étend de la droite 

jusque vers le milieu du paysage est le Djebel Aneigah. 



journées de marche pour une telle multitude. La petite 
fontaine et-Taiyibéh, située au fond de la passe Er-Rubd'ij, 
peut alors avoir été ou les puits de Benéjaacan ou Mosé- 
roth des stations d'Israël. Num., xxxm, 30, 31, 37. » — 
4° La frontière méridionale de Juda, qui touchait le « ter- 
ritoire d'Edom et le désert de Sin », conduit assez direc- 
tement à Aïn el- Oueibéh après « la montée du Scorpion », 
que plusieurs auteurs placent au sud de la Sebkah, ou de 
la plaine marécageuse faisant suite à la mer Morte. Voir 
Acrabim, t. I, col. 151. 

Celte opinion a été admise, à la suite de Robinson, par 
un certain nombre de voyageurs et de savants, entre 
autres parle duc de Luynes, Voyage d'exploration à la 
mer Morte, t. i, p. 303-310, et J. L. Porter, dans Kitto, 
Cyclopœdia of Biblical Literature, 1862-1866, t. n, 
p. 703-705. Elle est loin cependant d'être exempte de diffi- 
cultés ; voici les objections qu'elle soulève : 1° La marche 
de Chodorlahomor, telle qu'elle est décrite Gen., xiv, 6-8, 
nous montre que ce roi ne gagna pas directement la Pen- 
tapole; mais qu'il fît un détour vers l'ouest, par le pays 
des Amalécites et des Amorrhéens, pour venir frapper 
Engaddi. Sa direction ne fut donc pas en ligne droite 
vers le nord, par l'Arabah. Il dut éviter les passes diffi- 
ciles qui, comme le Naqb es-Safa, se trouvent au sud- 
ouest de la mer Morte, pour se rapprocher de la route 
d'Egypte en Palestine. Cadès, la plus importante oasis 



d'eux que le désert, et aucun peuple redoutable par der- 
rière. Un bon général comme Moïse n'aurait pas choisi 
une si mauvaise position pour un camp si important. — 
4° Le site proposé ne répond pas complètement aux don- 
nées de la Bible : on n'y voit aucun rocher (has-séla') 
qui rappelle celui devant lequel Moïse rassembla le peuple 
pour en faire jaillir l'eau si ardemment souhaitée, Num., 
xx, 7-11, aucun emplacement approprié à une ville; on 
n'y rencontre aucun nom qui puisse être rapproché de 
Cadès. — 5' Enfin le tracé de la limite méridionale place 
Cadès au sud- ouest de la mer Morte bien plutôt qu'au 
sud, comme Aïn el- Oueibéh. 

Aussi propose-t-on un autre site qui semble plus con- 
forme à l'ensemble des détails que nous avons relevés 
d'après l'Écriture. En 1842 , un voyageur, J. Rowland , de 
Queen's Collège, à Cambridge, signalait à soixante -dix 
kilomètres à l'ouest d'Ain el- Oueibéh une fontaine dont 
le nom ^Oi>j", prononcé Qadis ou Qoudeis, quelquefois 
Gadis , rappelle exactement celui de Cadès (hébreu : 
Qâdêë). Cette découverte et les raisons de l'identification, 
publiées d'abord dans Williams, The Holy- City, Londres, 
1845, Appendix, furent le point de départ de nombreuses 
discussions parmi les savants en Allemagne, en Angle- 
terre, en Amérique. Cet endroit important fut depuis 
visité par plusieurs voyageurs : en février 1870, par 
E. H. Palmer, The Désert of Die Exodus, t. n, p. 349-353; 



19 



CADES 



20 



le 14 mai 1878, par F. W. Holland, Palestine Explora- 
tion Fund, Quarterly Slatement, 1879, p. 69; 1884, p. 9; 
le 1« avril 1881 , par H. Clay Trumbull, Palest. Expl. Fund, 
1881, p. 208-212; ce dernier, dans un ouvrage très étendu, 
Kadesh-Barnea, in -8°, New- York, 1884, s'est fait l'his- 
torien de la question et le champion de cette seconde 
hypothèse, en même temps qu'il donnait le récit de son 
voyage. Voir aussi Zeitschrift des deutschen Palàstina- 
Vereins, Leipzig, 1885, t. vin, p. 182-232. — Aïn-Qadis 
se trouve à quatre-vingts kilomètres au sud de Bersabée, 
à l'extrémité de Youadi Qadis (fig. 5), qui s'étend au- 
dessous d'un massif montagneux formé par le Djebel el- 
Makhrah, le Djebel Méraifig, le Djebel Aneigah. (Cf. la 
carte qui accompagne le récit du voyage de Holland , 
Palest. Expl. Fùnd, Quart. Statement, 1884, p. 4. ) C'est 
une délicieuse et fraîche oasis, couverte de figuiers et 
d'arbustes variés , dont le charme est surtout appréciable 
quand on sort du désert brûlé qui l'environne. Au tour- 
nant nord -est de ce pittoresque amphithéâtre sort des 
collines calcaires la large masse du rocher regardé par 
Rowland comme étant celui que frappa Moïse, pour en 
faire jaillir de l'eau, bien que la source miraculeuse ait 
disparu. De dessous ce banc rocheux s'échappe un ruis- 
seau assez abondant. Le premier réservoir est un puits 
circulaire, construit avec des blocs de pierre usés par le 
temps. A une petite distance vers l'ouest et plus bas s'en 
trouve un second, semblable à l'autre, quoique de plus 
grande dimension. Autour des deux sont des auges de 
pierre, dont le travail primitif rappelle celles de Bersa- 
bée. Un peu au sud -ouest du second on voit un bassin 
plus large que les deux puits, mais non muré comme 
eux. Dans tout le voisinage, les chameaux et les chèvres 
ont laissé des traces qui montrent combien a été fréquenté 
de tout temps ce lieu si bien arrosé. Enfin , plus bas en- 
core, est un autre réservoir, alimenté par l'eau qui coule 
en cascades, à travers un lit étroit, du bassin supérieur. 
Cette eau est remarquablement pure et fraîche. Aux en- 
virons i'Aïn Qadis est une large plaine capable de rece- 
voir une grande multitude. Cf. Clay Trumbull, Kadesh- 
Barnea, p. 272-274. 
Les arguments en faveur de ce site sont les suivants : 

— 1» La région qujoccupe Aïn Qadis a une importance 
qui montre comment elle a pu attirer des armées comme 
celles de Chodorlahomor et des Israélites. Située non 
loin de la jonction des principales routes qui du désert 
montent vers Chanaan, et qui de là peuvent être surveil- 
lées, elle possède elle-même une route intérieure défendue 
par les montagnes. Dans cette direction du nord, toute 
une ligne de sources ou de puits, Biâr May in, 'Aïn Qadis, 
'Aïn Qoudrât, 'Aïn Moueiléh, El-Birein, semblent tra- 
cer une voie toute naturelle. La plaine qui avoisine Aïn 
Qadis peut servir de campement à un peuple nom- 
breux. — 2° Toutes les données scripturaires qui dé- 
terminent la situation de Cadès s'adaptent parfaitement 
au site proposé par Rowland, Trumbull et les autres. 

— 3° Les cinq raisons que nous avons opposées à la pre- 
mière hypothèse, Aïn el-Oueibéh, sont autant d'argu- 
ments en faveur i'Aïn Qadis. Les limites méridionales 
de la Terre Sainte , en particulier, s'expliquent très bien, 
dans ce cas, par une ligne qui, partant de la mer Morte, 
suit Vouadi Fiqréh, passe au-dessous du Naqb es-Safa 
(montée du Scorpion), puis poursuit sa courbe jusqu'à 
Aïn Qadis, pour remonter vers l'ouest jusqu'à l'embou- 
chure de Vouadi el-Arisch (torrent d'Egypte). Les évé- 
nements bibliques trouvent là un théâtre tout naturel : 
montagnes du sud de la Palestine, rocher, sources. — 
4° Le nom (Qoudeis est un diminutif de Qods, « saint ») 
ajoute dans la balance un poids incontestable. C'est le 
seul endroit du désert où on le trouve, et il s'applique 
non seulement à la source, mais à la montagne et à la 
vallée voisines. On peut signaler aussi celui i'Abou Ret- 
mât, ouadi placé par Robinson, Biblical Researches, 1. 1, 
p. 189, à l'ouest du Djebel Qadis, et dans lequel plusieurs 



auteurs reconnaissent Rethma, Num., xxxni, 18, une des 
stations proches de Cadès, sinon Cadès elle-même. 

Il y a cependant une difficulté, la plus sérieuse en 
somme de celles qui ont été soulevées contre cette opi- 
nion, et en grande partie l'argument capital de la pre- 
mière hypothèse. L'Écriture place Cadès « â l'extrémité » 
du royaume d'Édom (Vulgate : in extremis finibus tuis), 
Num., xx, 16, ce qui, rapproché du y. 22, d'après lequel 
le mont Hor est situé « sur les confins du pays d'Édom », 
semble mettre la ville bien plus près des monts idu- 
méens, c'est-à-dire dans l'Arabah. Il y a là une con- 
fusion que l'explication des termes peut dissiper. L'ex- 
pression « à l'extrémité du royaume » ne veut pas dire 
que la ville appartenait aux Iduméens; la Bible, au 
contraire, l'attribue au pays de Chanaan. Num., xxxiv, 
4; Jos., xv, 3; x, 41. Le sens est simplement qu'elle 
était à la frontière d'Édom. Il ne faut pas confondre 
qesêh gebûlékâ, « l'extrémité de ton territoire, » Num., 
xx, 16, avec gebûl 'érés 'Édôm, « le territoire du pays 
d'Édom, » Num., xx, 23. Rien ne nous dit que ce pays 
s'arrêtât, à l'ouest, à l'Arabah. Les Iduméens avaient 
conquis une partie du désert de Pharan, borné au nord 
par le désert de Sin. Num., xxxiv, 3. Cf. Keil, Numeri, 
Leipzig, 1870, p. 292. On objecte encore ces paroles 
d'Eusèbe : « Cadès-Barné, désert qui s'étend jusqu'au- 
près de la ville de Pétra, » Onomastica sacra, p. 269; 
puis celles de l'Écriture : « Sortant de Cadès , ils cam- 
pèrent sur le mont Hor. » Num., xxxin, 37.. Entre ces 
deux points l'écrivain sacré ne mentionne aucune station 
intermédiaire, et il donne à penser que les Hébreux ga- 
gnèrent en une seule étape la montagne où mourut Aaron. 
Or un intervalle de quarante- cinq kilomètres seulement 
la sépare d'Aïn el-Ouéibéh, tandis qu'elle est à quatre- 
vingt-quinze kilomètres au moins d'Aïn Qadis. M. Gué- 
rin, La Terre Sainte, t. H, p. 310, répond justement : 
« Entre l'Ain Qadis et Pétra on ne rencontre les vestiges 
d'aucun endroit jadis habité, si ce n'est par des nomades. 
Par conséquent, même en plaçant Cadès-Barné dans le 
voisinage de I'Aïn Qadis, on peut dire avec Eus'èbe que 
le désert ainsi appelé s'étendait jusqu'à la ville de Pétra. 
[Ensuite], si de l'Ain Qadis au Djebel Haroun, l'ancien 
mont Hor, où Israël transporta ses tentes, l'intervalle de 
quatre-vingt-quinze kilomètres est beaucoup trop grand 
pour avoir pu être franchi par tout un peuple en marche, 
autrement qu'en trois jours au moins, qui empêche de 
supposer que la Bible s'est contentée d'indiquer la der- 
nière étape, qui avait été signalée par un événement 
éclatant, la mort du grand prêtre Aaron, tandis que les 
autres étapes intermédiaires ont été supprimées dans le 
récit de l'historien sacré, comme n'ayant été marquées 
par aucun fait saillant? » 

Outre les voyageurs déjà cités, Palmer, Holland, Clay 
Trumbull, la plupart des auteurs acceptent aujourd'hui 
celte opinion sinon comme certaine, au moins comme 
très probable : G. B. "Winer, Biblisches Reahvôrterbuch, 
2 in-8», Leipzig, 1847, t. i, p. 641; E. Hull, Mount Seir, 
in -8°, Londres, 1889, p. 188; G. Armstrong, Wilson et 
Conder, Names and places in the Old and New Testa- 
ment, in-8°, Londres, 1889, p. 107; R. von Riess, Bibel- 
Atlas, Fribourg-en-Brisgau, 1887, p. 16; Fillion, Atlas 
géographique de la Bible, Paris, 1890, p. 14; M, Jullien, 
Sinaï et Syrie, Lille, 1893, p. 161. 

Ces deux hypothèses pourraient se concilier dans l'opi- 
nion de ceux qui veulent reconnaître une double Cadès , 
l'une au désert de Pharan, l'autre au désert de Sin. Tel 
est, en effet, le sentiment défendu par E. Arnaud, La 
Palestine ancienne et moderne, in -8°, Paris, 1868, p. 113- 
116, après Hengstenberg , Aulhenlie des Pentateuchs, 
Berlin, 1839, t. n, p. 427; de Raumer, Der Zug der 
Israeliten, Leipzig, 1837, p. 40, et d'autres. Mais cette 
distinction est-elle bien fondée?— On s'appuie d'abord 
sur le double voyage des Israélites à Cadès, le premier 
effectué la deuxième année de la sortie d'Egypte, Num.,. 



21 



CADÈS — CADÈS (DÉSERT DE) 



22 



x, 11; xiii, 27 (hébreu, 26); le second, le premier mois 
de la quarantième année, Num., xx, 1; et, en racontant 
ce dernier, l'Écriture ne parle plus que du désert de Sin. 
— Les deux séjours , pas plus que les deux déserts , ne 
nous obligent à admettre deux villes différentes. Les Hé- 
breux, arrivés au terme de leur châtiment, c'est-à-dire 
de leurs années d'égarement, reprirent le chemin de Cha- 
naan et purent parfaitement revenir, comme la première 
fois, camper à Cadès. D'un autre côté, on pense générale- 
ment que Sin est le nom donné à la partie septentrionale 
du désert de Pharan, ce qui ressort de Num., xm, 22 
(hébreu, 21); Jos., xv, 1, 3; en sorte que la ville 
pouvait être attribuée à l'une ou à l'autre de ces régions. 
Voir Sin. — Ensuite, dit-on, le livre des Nombres, xx, 5, 
représente le territoire de Cadès comme un « lieu affreux, 
où l'on ne peut semer; qui ne produit ni figuiers, ni 
vignes, ni grenadiers, et où l'on ne trouve pas même 
d'eau pour boire ». Or, pendant le séjour d'Israël au désert 
de Pharan , le peuple ne se plaignit jamais du manque 
d'eau, et cependant il y passa les mois les plus chauds de 
l'année, depuis le commencement de mai jusqu'au milieu 
de septembre. Au contraire, dès qu'il arrive au désert 
de Sin, au premier mois, c'est-à-dire immédiatement 
après la saison des pluies, il commence par murmurer et 
se plaindre d'avoir été conduit dans un pays sans eau. 
La raison paraît plus sérieuse; mais on peut répondre, 
avec Calmet, Commentaire littéral sur les Nombres, 
Paris, 1709, p. 130: « Duit-on s'étonner que dans des 
lieux différents d'un désert de même nom, on manque 
d'eau dans un endroit , tandis qu'on en a en abondance 
dans un autre? » Le nom de Cadès indique ici plutôt un 
grand district du désert de Sin qu'une localité déterminée. 
Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, Gœltingue, 
1870, p. 108, 122, 269, 298, de même que les meilleurs 
commentateurs, ne font aucune distinction. Nous devons 
dire cependant qu'il y a une certaine obscurité dans la 
pensée de saint Jérôme, qui place « la fontaine du juge- 
ment » auprès de Pétra, Liber heb. qusest. in Genesim, 
t. xxiii, col. 960, tout en signalant dans la région de 
Gérare un endroit nommé Berdan, ce qui veut dire 
« puits du jugement ». Onomastica sacra, p. 145. 

III. Histoire. — Cadès, avons -nous dit, tient une 
place importante dans l'histoire des Israélites, comme 
étant leur principale station après le Sinaï , le théâtre de 
leurs défaillances et de leur châtiment, aussi bien que 
celui des manifestations divines, le point de départ de 
leur égarement à travers le désert, leur centre de ral- 
liement après ces trente-huit années de punition. Les 
événements qui s'y rattachent ont déjà été énumérés à 
propos de la question géographique. Moïse se dirigeait 
vers la Terre Promise, se disposant à y pénétrer par la 
frontière méridionale, lorsque, arrivé à Cadès, il reçut de 
Dieu l'ordre d'y envoyer auparavant des explorateurs pour 
la parcourir et en examiner la fertilité, les habitants, les 
villes. Ceux-ci revinrent en rapportant des fruits magni- 
fiques, indices de la richesse du sol ; mais ils cherchèrent, 
sauf Josué etCaleb, à décourager la multitude en repré- 
sentant le pays comme couvert de villes fortes et occupé 
par un peuple de géants auprès desquels ils ne semblaient 
eux-mêmes que de simples sauterelles. Une sédition 
éclata, et Moïse, tout en apaisant dans une admirable 
prière la colère divine, déclara cependant aux Hébreux, 
de la part du Seigneur, qu'à l'exception de Caleb et de 
Josué la génération actuelle n'entrerait pas dans cette 
terre qu'elle s'était fermée par son esprit de révolte. 
Malgré ce terrible arrêt, et comme pour lui donner une 
sorte de démenti, les Israélites essayèrent de forcer les 
frontières de Chanaan, pendant que Moïse restait à Cadès 
avec l'arche d'alliance, refusant de les suivre dans leur 
folle entreprise. Battus et refoulés sur Cadès par les Ama- 
lécites et les Chananéens, ils commencèrent à errer du 
côté de la mer Rouge. Num., xm, xiv; Deut., I, 19-46. j 

Quand la génération coupable eut semé ses ossements ! 



à travers les solitudes où elle avait été condamnée à vivre 
pendant trente -huit ans, ses enfants se retrouvèrent à 
Cadès. Marie , sœur de Moïse , y subit elle-même la sen- 
tence divine et y fut ensevelie. Num., xx, 1. Eusèbe et 
saint Jérôme, Onomastica sacra, p. 108, 269, disent que 
de leur temps on montrait encore son tombeau. Josèphe, 
de son côté, Ant. jud., IV, IV, 6, affirme qu'elle fut en- 
terrée sur une montagne appelée Sin, ce qui peut se con- 
cilier avec l'assertion précédente, puisque Cadès se trou- 
vait dans le désert de Sin et pouvait avoir dans son voi- 
sinage une montagne de même nom. Le peuple, toujours 
prompt aux murmures et à la révolte, malgré les châti- 
ments divins, se plaignit amèrement du manque d'eau. 
Moïse, rassemblant la multitude auprès d'un rocher, le 
frappa de sa verge et en fit jaillir une source abondante, 
plusieurs fois appelée dans l'Écriture « les eaux de Méri- 
bah » ou « de la Contradiction »; mais, pour avoir frappé 
deux fois le rocher, paraissant ainsi manquer de con- 
fiance envers la toute -puissance divine, il fut lui-même 
privé de l'honneur d'introduire les Hébreux dans la Terre 
Promise. Obligé , pour s'en approcher, de prendre la di- 
rection de l'est, il entama des négociations avec le roi 
d'Édom, pour obtenir la permission de traverser son ter- 
ritoire; sa demande fut repoussée par un refus formel. 
Quelque temps après , il quitta définitivement Cadès pour 
s'avancer vers le mont Hor, où mourut Aaron. Num., xx. 
Cadès forma, au sud, la limite extrême de la Terre 
Sainte. Jos., xv, 2-4; Num., xxxiv, 4-5; Ezech., xlvii, 19; 
xlviii, 28. Les palmiers de cette oasis frappèrent l'imagi- 
nation des Hébreux, et l'auteur de l'Ecclésiastique, xxiv, 18 
(d'après laVulgate), leur emprunte une comparaison dans 
sa gracieuse description de la Sagesse. Le grec actuel 
porte sv àiYiaXoî:, « sur les rivages, » au lieu de « âv KâSrjç » ; 
mais on trouve dans certains manuscrits âv TaSSi, âv 
rdSoiç ; d'autres donnent èv 'EyyàSoiç , « à Engaddi , » 
ville de Juda , sur le bord occidental de la mer Morte, et 
autrefois très renommée pour ses palmiers. 

A. Legendre. 

2. CADÈS (hébreu : Qédés ; Septante : Kâ8ï)i;)> cité cha- 
nanéenne dont le roi fut vaincu par Josué, xn, 22, et qui 
est mentionnée deux fois au premier livre des Machabées, 
xi, 63, 73, dans un des combats de Jonathas. Ce dernier 
récit la place « dans la Galilée », f. 63, et, d'après l'énu- 
mération de Jos., xii, 19-24, elle faisait manifestement 
partie des villes du nord. Elle est plus souvent citée dans 
la Vulgate sous le nom de Cédés, conforme à la dénomi- 
nation hébraïque; elle appartenait à la tribu de Nepb- 
thali et a survécu jusqu'à nos jours dans le village de 
Qadès, au nord-ouest du lac Houléh ou Mérom. Voir 
Cédés 1, col. 360. A. Legendre. 

3. CADÈS (hébreu : Qédés; Septante : Kà8»];)> ville de 
la tribu de Juda, située à l'extrême frontière méridio- 
nale. Jos., xv, 23. Est-ce la même que Cadèsbarné, 
comptée au ^ . 3 dans le tracé des limites ? Quelques-uns 
le pensent, sous prétexte qu'on ne pouvait omettre un 
point de cette importance dans l'énumération générale. 
D'où vient cependant la différence de ponctuation, Qédéé 
au lieu de Qâdês, dans le texte massorétique , pour un 
nom si connu? Nous nous trouvons ici en présence d'un 
problème difficile, sinon impossible à résoudre. Ce pre- 
mier groupe des villes de Juda renferme une série de 
noms pour la plupart rebelles à toute espèce d'identifi- 
cation. Adada, qui précède Cadès, répond bien k'Ad'adah, 
ruines qui se trouvent entre Bersabée et la mer Morte; 
mais Asor, qui suit, est inconnue, quoique le Djebel 
Hadlréh, au nord-est d'Aïn Qadis, puisse la rappeler et 
rapprocher ainsi les deux sites bibliques. 

A. LEGESDRE. 

4. CADÈS DES HÉTHÉENS. Voir CÉDÉS 2. 

5. CADÈS (DÉSERT DE) (hébreu : midbar QâdêSr 
Septante : rç 'épr^a; ICâô-r,;), désert mentionné dans le 



23 



CADÉS (DÉSERT DE) — CADRAN SOLAIRE 



24 



Ps. xxvm (hébreu : xxix), 8, où l'auteur sacré, pour 
donner quelque idée de la majestueuse puissance de Dieu, 
représente la tempête fondant en un clin d'œil des hau- 
teurs du Liban jusqu'aux régions désolées de la péninsule 
sinaïtique . 

La voix du Seigneur ébranle le désert, 

Et le Seigneur fait tressaillir le désert de Cadès. 

L'hébreu porte littéralement : « La voix de Jéhovah l'ait 
danser le désert, » allusion au sable que l'ouragan sou- 
lève et lance en tourbillons. Cf. Fillion , La Sainte Bible, 
Paris, 1892, t. iv, p. 90. Il s'agit ici des solitudes qui avoi- 
sinent Cadès ou Cadèsbarné. Voir Cadès 1. Si l'on place 



Le cadran solaire se compose essentiellement d'une sur- 
face fixe, plane, courbe, horizontale, verticale ou incli- 
née, sur laquelle on établit une tige ou style également 
fixe, faisant avec l'horizon un angle égal à la latitude du 
lieu. Ce style doit être situé dans le plan du méridien, 
c'est-à-dire dans le plan qui passe par le lieu où se trouve 
le cadran et par la ligne des pôles. Dans ces conditions, 
le soleil vient frapper le style et projette sur le cadran 
une ombre qui se déplace avec les différentes heures du 
jour et peut servir à les marquer avec une assez grande 
précision. Quand le style est vertical et la table horizon- 
tale, le cadran devient alors un gnomon, et ne peut 
guère servir qu'à déterminer le midi vrai. — Les anciens 




Désert de Cadès. D'après Palmer, Désert of the ExoHus, t. n, p. 



ce lieu célèbre à Ain Qadis, le « désert » désigne alors le 
massif montagneux, percé de nombreuses vallées, qui 
s'élève entre l'ouadi Arabah à l'est, l'ouadi el-Arisch à 
l'ouest, le Négeb au nord, et le désert de Tîh au sud. 
C'est, malgré quelques oasis, la partie la plus stérile des 
contrées qui s'étendent de la Syrie au Sinaï et dont la 
fertilité diminue à mesure qu'on s'avance vers le sud. Il 
est probable cependant que cette région, au moment 
de l'exode, n'offrait pas un aspect aussi pauvre, et qu'elle 
a proportionnellement perdu de ses avantages, comme la 
Palestine elle-même (fig. 6). Voir E.-H. Palmer, The 
Désert of the Exodus, 2 in-8°, Cambridge, 1871, t. H, 
p. 3i9-351. A. Legendre. 

CADÈSBARNÉ. Voir Cadès 1. 

CADETS. Us n'avaient, dans la succession paternelle, 
que la moitié de la part qui était attribuée à l'aîné. 
Cf. Deut., xxi, 17. Voir Héritage. 

CADRAN SOLAIRE (hébreu: ma'âlôt; Septante: 
àvaSaOuo!; Vulgate : horologium). — I. Description. — 



connaissaient les cadrans solaires, et c'est de Chaldce que 
ces instruments furent importés en Occident. Hérodote, 
H, 109, édit. Didot, 18G2, p. 105, dit que « les Grecs ont 
reçu des Babyloniens le cadran solaire (ndXov), le gno- 
mon et la division du jour en douze parties». Vitruve, 
ix, 8, Paris, 18i6, p. 151, fait honneur au Chaldéen Bé- 
rose de l'invention d'un instrument appelé « hémicycle », 
et qui n'était autre chose qu'un cadran solaire. 11 est pro- 
bable toutefois qu'au lieu d'inventer, Bérose n'ait fait que 
décrire un instrument déjà connu en Chaldée avant lui. 
Vitruve nomme treize espèces de cadrans en usage à son 
époque et suppose qu'il en existe encore d'autres. Les 
cadrans solaires se rattachent à trois types différents. 

1° Les cadrans sphériques. — A cette classe appartient 
l'hémicycle de Bérose, creusé dans un bloc rectangulaire 
et limité au nord et au sud par deux plans inclinés pa- 
rallèlement au plan équatorial. Le style, fixé au centre, 
marquait les heures sur la surface concave de l'hémi- 
sphère. Suivant la hauteur du soleil sur l'horizon, l'ombre 
portée par l'extrémité du style se rapprochait plus ou 
moins du centre. Des cercles concentriques, coupant les 
rayons qui marquaient les heures, pouvaient ainsi noter 



25 



CADRAN SOLAIRE 



20 



les différentes époques de l'année, par exemple, l'entrée 
du soleil dans chaque signe du zodiaque. Ce cadran, avec 
son réseau de rayons et de cercles, était probablement 
celui que les anciens connaissaient sous le nom de « toile 
d'araignée », et dont Vitruve attribue l'invention à Eudoxe 
de Cnide. Le musée du Louvre possède deux anciens ca- 
drans sphériques. Nous reproduisons ici l'un d'entre 
eux (fig. 7). 

2° Les cadrans coniques. — Ils sont formés par la sur- 
face concave d'un cône circulaire droit. L'axe du cône 
doit être parallèle à l'axe du monde, et l'extrémité du 
style est fixée sur cet axe. Le fragment de cadran trouvé 
à Oum-el-Aouamid, près de Tyr, par Renan, Mission de 
Phénicie, 1864, p. 729, faisait partie d'un cadran conique 
(fig. 8). Les quelques mots qui subsistent de l'inscrip- 
tion : « ...ton serviteur, Abdosir, fils d'E..., » nous ap- 




7. — Cadran sphérlque, trouvé, croit -on, il Athènes. 
Musée du Louvre. 

prennent que l'instrument était consacré à une divinité 
tyrienne. La construction d'un pareil cadran suppose déjà 
des connaissances assez avancées sur les propriétés des 
sections coniques. « Il est fort probable d'après cela , et 
conformément d'ailleurs à la tradition historique, que les 
cadrans sphériques ont précédé ceux dont nous nous occu- 
pons.» Colonel Laussédat, Comptes rendus de l'Académie 
dessciences, 25juillet 1870, p. 261-265; Mission de Phénicie, 
p. 741. Néanmoins les anciens pouvaient assez aisément, 
soit au moyen du calcul , soit par des constructions gra- 
phiques, déterminer la figure et les dimensions du segment 
de section conique qui formait l'horizon du cadran, ainsi 
que la position et le rayon du segment de cercle qui for- 
maient l'ouverture de la face antérieure du cadran.Wcepcke, 
Journal asiatique, mars-avril 1863, p. 292-294-; Mission 
de Phénicie, p. 731. Voir d'autres cadrans coniques dans 
Duruy, Histoire des Grecs, 1887, t. i, p. 639-640. Le ca- 
dran d'Oum-el-Aouamid a été restauré et complété. Outre 
les rayons marquant les heures, il portait trois cercles 
concentriques indiquant la projection de l'ombre aux deux 
solstices et à l'équinoxe. 

3° Le cadran plan, équatorial, horizontal, vertical, etc., 
suivant la position du plan, n'a été inventé que plus tard. 
Voir G. Rayet, Les cadrans solaires coniques, dans les 
Annales de chimie et de physique, 5 e série, t. VI, 1875, 
p. 53-61. 

II. Le cadran solaire chez les Hébreux. — Les Hé- 
breux ont connu l'usage du cadran solaire, au moins du 



plus simple, le cadran sphérique. Il en est, en effet, ques- 
tion dans les Livres Saints, à propos de la maladie du roi 
Ézéchias. Is., xxxvm, 8; IV Reg., xx, 9-11. Isaïe raconte 
qu'Ézéchias, gravement malade, demanda au Seigneur la 
santé. Le prophète fut chargé d'annoncer au roi que quinze 
années allaient être ajoutées à sa vie. Il lui dit : « Voici 
pour toi le signe de la part de Jéhovah que Jéhovah ac- 
complira cette parole qu'il a dite : Voici que je ferai rétro- 
grader l'ombre des ma'âlôt, qui était descendue sur les 
ma' alôf d'Achaz par le soleil, de dix ma'âlôt en arrière; 
et le soleil rétrograda de dix ma'âlôt sur les ma'âlôt 
qu'il avait descendus. » Dans le livre des Rois, quelques 
détails sont ajoutés au récit de l'entrevue entre le prophète 
et Ézéchias. « Isaïe dit : Voici pour toi le signe de la part 
de Jéhovah que Jéhovah accomplira la parole qu'il a dite : 
L'ombre avancera-t-elle de dix ma'âlôt ou rétrogradera- 
t-elle de dix ma'âlôt? Ézéchias dit : C'est peu de chose 
pour l'ombre d'avancer de dix ma'âlôt; que l'ombre ré- 




8. — Cadran conique phénicien. 

La restitution de la partie perdue est Indiquée au moyen 

d'un pointillé. — Musée du Louvre. 

trograde plutôt de dix ma'âlôt en arrière. Le prophète 
Isaïe invoqua Jéhovah, et il fit rétrograder l'ombre sur 
les ma'âlôt, qu'elle avait descendus sur les ma'âlôt 
d'Achaz, de dix ma'âlôt en arrière. » — Le mot ma'âlôt 
signifie « montées » ou « degrés ». Il a été entendu dans 
le sens le plus littéral par les Septante, laversion syriaque, 
Josèphe, Ant. jud., X, il, 1, etc. Dans son commen- 
taire sur Isaïe, 1. m, tom. 4, xxxvm, 4-8, t. lxx, col. 788, 
saint Cyrille d'Alexandrie semble dire qu'il s'agit de degrés 
établis d'après certaines règles dans la maison d'Achaz, 
et sur lesquels on mesurait le cours du soleil d'après la 
déclinaison de son ombre. Saint Jérôme, In Is., xxxvm, 
t. xxiv, col. 391-392, après avoir mentionné la traduc- 
tion de Symmaque, qui parle de « lignes » et d' « hor- 
loge », suppose aussi l'ombre descendant le long des de- 
grés de la maison. Il proteste seulement contre ceux qui 
prétendent montrer dans l'enceinte du temple ces degrés 
de la maison d'Achaz et d'Ézéchias. C'est en s'appuyaut 
sur ces traductions et ces interprétations qu'un certain 
nombre d'auteurs modernes ont imaginé devant le palais 
d'Ézéchias une sorte d'obélisque dressé sur des marches, 
et faisant descendre son ombre sur ces marches à mesure 
que le soleil s'inclinait à l'horizon. Mais, comme nous 
l'avons vu plus haut, un pareil monument ne constitue 
qu'un gnomon, marquant le midi vrai, mais incapable 
d'indiquer avec régularité les heures du jour. D'autre 
part, une ombre « qui descend » n'est pas nécessairement 
une ombre qui s'avance de haut en bas. Elle peut être 
une ombre qui, par un mouvement quelconque, marque 
la descente ou l'inclinaison du soleil , et mérite à ce titre 



27 



CADRAN SOLAIRE — CADUM1M 



28 



le nom d'ombre descendante. Il est beaucoup plus pro- 
bable que le pluriel ma'âlôf, « degrés, » désigne un ins- 
trument portant des degrés, autrement dit gradué, comme 
un cadran. Gesenius, Thésaurus linguse hebrseee, p. 1031. 
Achaz était en relations d'amitié avec le roi assyrien Thé- 
glathphalasar, et il se montra fort curieux des choses 
babyloniennes , au point d'emprunter aux Assyriens la 
forme même de leurs autels. IV Reg., xvi, 7, 10. 11 est 
donc naturel de penser qu'il put recevoir aussi de son 
puissant allié un de ces cadrans solaires sphériques ou 
coniques, depuis longtemps en usage chez les Chaldéens. 
C'est en ce sens que le mot ma'âlôf est traduit par Sym- 
maque : (Lpo^ôyiov; saint Jérôme: horologium, et le Tar- 
gum : 'ébén sâ'ayyd', « pierre des heures. » Dans les 
deux textes reproduits plus haut d'après l'hébreu, le mot 
ma'âlôf a donc tantôt le sens ordinaire de « degrés », et 
tantôt le sens de « cadran », les Hébreux manquant de 
terme spécial pour désigner cet instrument tout nouveau. 

III. Le miracle pu cadran d'Ézéchias. — Le texte 
sacré parle d'un « signe », Is., xxxvm, 7; IV Reg., xx, 9; 
II Par., xxxn, 24, c'est-à-dire d'un fait surnaturel. Isaïe 
promet deux choses à Ézéchias malade mortellement et 
menacé par les Assyriens : le roi vivra encore quinze ans, 
et il sera délivré de ses ennemis. Mais comme l'échéance 
de ces deux événements est assez éloignée , le prophète 
va opérer un signe immédiat, c'est-à-dire un miracle 
prouvant qu'il parle au nom de Dieu. L'ombre du style 
doit-elle avancer de dix degrés sur le cadran, ou reculer 
de dix degrés? Nous ignorons à quelle division du temps 
correspondaient ces degrés. Chaque jour l'ombre avançait 
d'un degré par chaque unité de temps, soit de dix degrés 
par dix unités de temps. Elle se mouvait toujours d'occi- 
dent en orient sur le cadran, c'est-à-dire qu'elle avançait 
dans le sens contraire à la marche du soleil; jamais elle 
ne reculait, c'est-à-dire n'allait de l'orient à l'occident, 
ce qui eût supposé une marche rétrograde du soleil. Évi- 
demment, quand Isaïe propose de faire avancer l'ombre 
de dix degrés, il parle d'un avancement instantané ou du 
moins beaucoup plus rapide que celui qui se produit en 
dix unités de temps. Ézéchias, se figurant peut-être que 
l'avancement en question doit se produire dans le temps 
normal ou à peu près, trouve que la chose ne serait pas 
merveilleuse. En tout cas, pour plus de sûreté, il réclame 
la production d'un phénomène absolument en dehors des 
lois de la nature, le recul de l'ombre. L'effet à produire 
dépasse la puissance des causes naturelles. Aussi le texte 
sacré marque-t-il expressément que « le prophète Isaïe 
invoqua Jéhovah et il fît rétrograder l'ombre sur les 
degrés ». 

Comment la rétrogradation de l'ombre s'opéra -t- elle? 
A en croire certains rationalistes, la chose serait des plus 
simples. Comme nous l'avons marqué en commençant, 
dans un cadran solaire bien construit, le style doit faire 
avec l'horizon un angle égal à la latitude du lieu. Cette 
latitude est à Jérusalem de 31° 46'. En diminuant cet angle 
de manière que la déclinaison du style se rapproche de 
celle du soleil, soit de "13° 21' à Jérusalem, on obtient 
ce résultat, qui ne se produit normalement que sous les 
tropiques : dès que le soleil apparaît au-dessus du plan 
du cadran, on voit l'ombre s'écarter d'abord du méridien, 
puis s'en rapprocher jusqu'à midi et progresser dans le 
même sens, pour reprendre ensuite une marche contraire 
jusqu'au coucher du soleil. Il y a donc une véritable ré- 
trogradation de l'ombre. Le phénomène est surtout sen- 
sible au solstice d'été. Quand Isaïe « fit rétrograder l'ombre 
sur les degrés a, il se contenta donc d'incliner le cadran 
de 13° 21'. Spinoza, Tractatus theologico-politicus, h, 28, 
t. m, p. 39, trad. Saisset, t. n, p. 43; E. Guillemin, De 
la rétrogradation de l'ombre sur le cadran solaire, Lau- 
sanne, 1878 (extrait des Actes de la 60 e session de la Société 
helvétique des sciences naturelles, août 1877); Littré, De 
quelques phénomènes naturels donnés ou pris dans la 
Bible comme miraculeux , dans la Philosophie positive, 



1879, t. xxii, p. 147-149. Voir F. Vigouroux, Les Livres 
Saints et la critique rationaliste, 4 e édit., t. i, p. 518; 
t. v, p. 126-133. — Il est incontestable qu'on peut, par 
un déplacement convenable d'un cadran solaire, produire 
naturellement le phénomène de la rétrogradation de 
l'ombre. Mais le texte biblique ne permet pas d'admettre 
qu'Isaïe ait employé ce moyen. 1° Le prophète promet à 
Ézéchias un signe, c'est-à-dire une preuve surnaturelle 
de ce qu'il avance. D'après l'explication proposée, il aurait 
employé un moyen purement naturel, qu'il faut supposer 
connu de lui seul et ignoré du roi et des assistants. Or 
l'emploi de ce moyen, dans une circonstance aussi grave, 
aurait constitué une pure supercherie, incompatible avec 
tout ce que nous savons du caractère et de la vie d'Isaïe. 
La prière qu'il adresse au Seigneur, pour obtenir la pro- 
duction de l'effet demandé, ne serait elle-même qu'une 
indigne hypocrisie. — 2° On cherche une explication na- 
turelle pour se débarrasser du miracle. Mais cette expli- 
cation fut-elle aussi plausible quelle l'est peu, le surna- 
turel subsisterait encore dans les prophéties qu'Isaïe fait 
à Ézéchias et dans leur parfait accomplissement. Il faut 
donc ou bien accepter le récit tout entier tel qu'il est 
écrit , ou le rejeter tout entier, sans autre motif que le 
caractère surnaturel des faits. — 3° Les mots du texte des 
Rois : « Il fit rétrograder l'ombre sur le cadran, » ne signi- 
fient nullement qu'Isaïe dérangea lui-même l'instrument. 
Il était malaisé qu'à l'insu de tous Isaïe en modifiât la 
position, ou même en déplaçât le style. D'ailleurs nous ne 
pouvons savoir quelle était la nature du cadran d'Achaz, 
et il n'est point assuré qu'on pût y obtenir, par simple 
déplacement, le même effet de rétrogradation qu'avec 
nos cadrans actuels.— Le signe opéré par Isaïe, agissante 
l'aide de la puissance divine, est donc incontestablement 
miraculeux. Toutefois rien n'oblige à donner au miracle 
toute l'étendue qu'il pourrait comporter à la rigueur, par 
exemple, de supposer que la rétrogradation de l'ombre a 
été produite par un mouvement apparent du soleil de l'oc- 
cident à l'orient, et en réalité par une révolution du globe 
terrestre d'orient en occident. Le phénomène ainsi expli- 
qué n'affecterait que la terre seule, mais obligerait à ad- 
mettre une prolongation du jour, que rien , dans le texte 
sacré, n'autorise à supposer. La rétrogradation de l'ombre 
fut donc produite par une simple déviation, locale et 
momentanée, des rayons lumineux qui frappaient le style, 
déviation entraînant un déplacement correspondant de 
l'ombre portée. H. Lesètre. 

CADUMIM (hébreu : Qedûmîm; Septante : àp^aîwv; 
dans certains manuscrits: Ka8ï][«[i., KaSr|(ji£[V.)i torrent 
mentionné seulement par la Vulgate, dans le cantique de 
Débora. Jud., v, 21. L'hébreu porte : 

NaJfal Qisôn gera/âm, 

Nahal qedûmîm, nahal Qîsôn; 

ce que la Vulgate traduit ainsi : 

Le torrent de Cison a entraîné leurs [cadavres], 
Le torrent de Cadumim, le torrent de Cison. 

La question est de savoir si le mot qedûmîm indique un 
nom propre, ou s'il n'est qu'une épithète poétique appli- 
quée au Cison, aujourd'hui le Nahr el-Mouqatta, qui 
traverse la plaine d'Esdrelon et longe la chaîne du Car- 
mel, pour se jeter dans la mer auprès de Caïfa. « Quelques- 
uns, dit Calmet, croient qu'il y avait deux torrents, qui 
prenaient leurs sources aux environs du mont Thabor, 
dont l'un coulait du couchant à l'orient, et allait tomber 
dans la mer de Tibériade ou dans le Jourdain; et c'est, 
dit-on, celui-là qui était appelé Cadumim. L'autre tor- 
rent venait se décharger dans la Méditerranée, vers le 
mont Carmel; et c'est celui-ci qui s'appelait torrent de 
Cison. Mais on attend des preuves de cette hypothèse. 
Nous ne voyons rien, ni dans Josèphe, ni dans l'Écri- 
ture, qui nous persuade de l'existence de ce prétendu 



20 



CADUMIM — CAGE 



30 



torrent de Cadumim, qui se dégorgeait dans la mer de 
ïibériade. » Commentaire littéral sur le livre des Juges, 
Paris, 1711, p. 83. On ne voit pas, en effet, d'après le 
texte même, la nécessité de distinguer deux torrents; 
l'expression nahal qedûmim semble plutôt n'être mise 
là, en vertu de la loi du parallélisme synonymique, que 
pour déterminer le « torrent de Cison ». G. Bickell, Car- 
mina Veteris Testamenti metrice, in-8°, Inspruck, 1882, 
p. 196-197, regarde les deux derniers mots, torrent de 
Cison, comme une répétition inutile, brisant l'harmonie 
du vers, et contraire au mètre poétique adopté dans la 
pièce. Disons cependant que les versions syriaque et arabe 
mettent ici deux noms propres, unis par la conjonction 
et. De même on lit dans certains manuscrits grecs : 
Ka8T|osîn, K«8ïi!ji.etv, K<x8t][ju'u., Ka8ï](jiei(j-. Cf. R. Holmes 
et J. Parsons, Vêtus Testant, grœcum cum variis lectio- 
nibus, Oxford, 1810-1827, t. n (sans pagination). La plu- 
part des commentateurs prennent qedûmim pour un 
nom commun, mais diffèrent dans la signification qu'il 
s'agit de lui donner. On lui attribue, en effet, les quatre 
sens dont est susceptible la racine, qddam. — 1° Les 



M. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 
5 e édit., Paris, 1889, t. m, p. 292, traduit le verset en 
question : 

Le torrent de Cison a roulé leurs [cadavres], 
Le torrent des combats , le torrent de Cison. 

A. Legendre. 
CADUS. Voir Cad. 

CAGE, loge portative où l'on garde des animaux, en 
particulier des oiseaux. — 1° Il est question dans Jérémie , 
v, 27, d'un objet appelé kelûb, que les Septante traduisent 
par irayi';, mot qui signifie ordinairement « filet », et la 
Vulgate, par decipula, « piège, trébuchet. » Le texte dit 
formellement que ce kelûb est « plein d'oiseaux » ; c'est 
pourquoi on traduit ordinairement le mot hébreu par 
« cage ». Le kelûb, d'après le contexte, n'est pas toute- 
fois une cage ordinaire; c'est un engin de chasse dont 
on se sert pour prendre des oiseaux libres au moyen 
d'oiseaux captifs qui servent d'appeau. Ceux-ci sont 
enfermés dans une cage disposée de telle façon, qu'une 
petite porte tombe mécaniquement lorsqu'un oiseau y 




9. — Oiseaux aquatiques pris vivants au filet et mis en cage. — Le texte porte au-dessus de chaque partie de la scène : 
Prise au filet des oiseaux — surintendant des filets — mise en cage ». Sauiet el-Meitin. vi« dynastie. D'après Lepsius, Denlimdkr, 

Abth. n, pi. 105 



tins rattachent ce masculin pluriel à mp , qédém, « anti- 
quité, » et font ainsi du Cison « le torrent ancien ». C'est 
ainsi que l'ont compris les Septante, en traduisant par 
Xeijiippou; àp-/aiL(i>v. Telle est l'opinion de Gesenius, 
Thésaurus, p. 1194. Mais que signifie cette appellation? 
Il est difficile de le savoir. La paraphrase chaldaïque 
l'explique en disant que c'est « la rivière où, depuis les 
temps anciens [milleqodâmm), des miracles furent faits 
en faveur d'Israël ». On répond à bon droit que l'Écri- 
ture ne mentionne aucune victoire des Israélites près du 
Cison avant Débora. J. Fûrst, Hebràisclies Handivôr- 
terbuch, 1876, t. n, p. 296, en cherche la raison dans les 
combats dont fut le théâtre la plaine arrosée par le Cison, 
qui de tout temps a été le grand champ de bataille de la 
Palestine. Mais , s'il s'agit ici des rencontres des nations 
païennes, Égyptiens, Assyriens, Chananéens, l'Écriture 
n'a point coutume de célébrer leurs guerres dans ses 
cantiques, quand le peuple de Dieu n'y est mêlé d'au- 
cune façon. Il n'est pas plus juste de voir dans le « tor- 
rent ancien » « un torrent perpétuel ou qui coule tou- 
jours ». Rosenmùller, Scholia in Vet. Test., Judices, 
Leipzig, 1835, p. 143. — 2" Quelques-uns, empruntant 
â n--p, qiddêm, le sens de « prévenir », rendent l'expres- 
sion nahal qedûmîm par « torrent des prévenus », ou 
surpris, c'est-à-dire subitement engloutis par les eaux. 
C'est une opinion que Rosenmùller, loc. cit. , regarde à 
juste litre comme forcée. — 3° D'autres rapprochent 
qedûm de ditb, qàdtm, « orient, » et pensent que le 

Cison, dont le cours va de l'est à l'ouest, serait ainsi 
appelé « torrent oriental ». Cf. F. de Hummelauer, Com- 
mentarius in libros Judicum et Ruth, in-8°, Paris, 1888, 
p. 126. — 4° Plusieurs enfin, s'appuyant sur une autre 
signification de qiddêm, prennent qedûmim dans le sens 
de « rencontres hostiles » ou combats. C'est ainsi que 



pénètre de l'extérieur, attiré par le prisonnier. L'Ecclé- 
siastique, XI, 32 (30), parle aussi de cet instrument, 
qu'on employait spécialement pour prendre des perdrix. 
« Comme la perdrix chasseresse dans la cage, dit l'auteur 
sacré, tel est le cœur du superbe, lorsque, comme un 
espion, il médite la chute d'autrui. » (Texte grec.) Cf. Aris- 
tote, Hist. animal., ix, 8. La cage à piège est ici appelée 
xapTocXXoç, mot qui signifie proprement « un panier ou 
une corbeille d'osier », ce qui semble indiquer qu'on 
fabriquait le kelûb avec de l'osier. Cf. Amos, vm, 1-2, 
où kelûb désigne un panier (d'osier). — Cet engin de 
chasse portait le même nom chez les Syriens : la Peschito, 
Eccli., xi, 32, rend xâptaXXoç par JL od^ S, klûbio' ; il 
passa chez les Grecs, qui en conservèrent jusqu'au nom, 
sous les formes xXtuëô';, xXoygoç et xXo6ôî. Oppien, Ixent., 
m, 14. Voir Bochart, Opéra, Hierozoicon, édit. Leusden, 
1692, t. n, p. 662; t. ni, p. 90; du Cange, Glossarium 
médise et infimee grœcitatis, Lyon, 1688, t. i, col. 668, 
669. — Saint Jean, dans l'Apocalypse, xvm, 2, désigne 
aussi par un mot vague la cage des oiseaux, quand il 
parle de la çuXaxr) nx-no; opvÉou àxa6âpTou , custodia 
omnis volucris immundx, « la prison de tous les oiseaux 
impurs. » — Sans nommer la cage, le livre de Job, XL, 2i 
(hébreu, 29), fait allusion aux oiseaux captifs. Dieu 
demande à Job , en décrivant le crocodile : 

Joueras - tu avec lui comme avec un passereau , 

Et l'attacheras -tu pour [l'amusement] de tes filles? 

Ce dernier vers semble indiquer qu'on liait les oiseaux 
captifs avec un fil ; mais il est à croire qu'on avait aussi 
des cages pour les conserver, parce qu'ils ont été de tout 
temps un jouet pour les enfants et les femmes. Passer 
delicise mese puellx, dit Catulle. On n'a pas trouvé ce- 
pendant d'oiseaux d'agrément, en cage, figurés dans les 
scènes domestiques que nous ont conservées les monu- 



31 



CAGE — CAIIANA BEN TACHLIFA 



32 



ments égyptiens ; ils nous montrent seulement des cages 
servant à enfermer (fig. 9) et à transporter (fig. 10) les 
oiseaux pris vivants, à la chasse, dans des filets. Nous pos- 
sédons des représentations de cavex romaines, décou- 
vertes à Pompéi, à Herculanum et à Stabies. Voir Reale 




10. — Transport en cage des oiseaux pris vivants a la chasse. 

xn e dynastie. Béni-Hassan. 

D'après Lepsius, Denfcaater, Abth. n. Bl. 128. 

Museo Borbonico, t. i, pi. m; t. ix, pi. iv; Pitture an- 
iiche d'Ercolano, t. m, Naples, 1762, pi. vu, p. 41. Sur 
un vase grec trouvé à Nola, on voit un jeune homme 
portant une caille dans une cage. H. D. de Luynes, Des- 



de qubbâh, expression qui dans les Nombres, xxv, 8, 
désigne « une tente en forme de dôme ou de coupole ». 
Certains orientalistes croient que c'est de ce terme sé- 
mitique qu'est venu , par l'intermédiaire de l'arabe et 
du latin du moyen âge, le mot « coupole ». On pourrait 
donc induire de laque les cages assyriennes, et pro- 
bablement aussi les cages hébraïques, se terminaient 
ordinairement en forme de coupole ou de dôme, d'après 
le sens de qubbâh , et res- 
semblaient par conséquent à 
la cage que Boldetti, Osser- 
vazioni soprai cimeleri cris- 
liani, in-f°, Rome, 1720, 
p. 154, a trouvée représentée 
sur un vase chrétien (fig. 11). 

2° Ezéchiel, xix, 1-9, com- 
pare Jérusalem à une lionne 
et ses rois à des lionceaux. 
Au f. 9, il dit que l'un de 
ses lionceaux (Jcchonias) sera 
enfermé dans une cage (sm- 
gar) pour être conduit à Ba- 
bylone. Les monuments figu- 
rés représentent ces cages, 
construites avec des traver- 
ses de bois (lig. 12), et qui 
servaient à transporter et à 
garder les bêtes féroces. C'est 
par leur moyen que les rois 
de Babylone amenaient dans leur capitale les lions qu'ils 
enfermaient dans des fosses, et qu'ils nourrissaient avec 
de brebis ou des hommes condamnés à mort, comme le 
raconte le livre de Daniel, vi, 7, 16-24; xiv, 30-42. 

F. Vigouroux. 

CAHANA BEN TACHLIFA, célèbre hagadiste, né 
à Pum-Nahara, en Babylonie, vers 330, et mort en 413. 




H. — Cage romaine 

renfermant un oiseau. 

D'après Boldetti. 




12. — Cage assyrienne retiiennarit un lion. Koyoundjlk. D'après V. Place, ^initie et l'Assyrie, t. m pi. 50 



cription de quelques vases peints, in-f°, Paris, 1840, 
pi. xxxvn, p. 21. Voir aussi une cage avec oiseaux, 
d'après une pierre gravée, dans V. Duruy, Histoire des 
Romains, t. n, 1880, p. 668. — Les inscriptions cunéi- 
formes mentionnent souvent la cage, quppu. Ainsi, 
Sennachérib, parlant du roi de Juda, Ézéchias, enfermé 
dans Jérusalem, dit : sa-a-su kirna issur qu-up-pi kirib 
'ir Ursa-li-im-mu 'ir sarru-ti-su 'i-bu-su ; « je l'en- 
fermai, comme un oiseau dans sa cage, dans Jérusalem, 
sa ville capitale. » Rawlinson , Cuneiform inscriptions of 
Western Asia (Cylindre de Taylor, col. m, 1. 20-21), 
t. I, pi. 39. Le nom de quppu est le même que celui 



Il fit ses premières éludes sous la direction de Raba. 
En 397, il fut placé à la tète de l'école de Pum-Badita, 
fonction qu'il conserva seize ans, jusqu'à sa mort. On lui 
doit la compilation appelée Pesikta : c'est une série de 
leçons tirées du Pentateuque et des prophètes, pour 
l'usage des jours de fête et des sabbats dans les syna- 
gogues, avec l'explication traditionnelle de ces passages 
de l'Écriture. Ce Midrasch ou commentaire homilétique 
en vingt- neuf sections ne nous est pas parvenu dans sa 
forme originale; mais cent quatre-vingt-dix fragments 
ont été conservés dans le Midrasch JaUut, de Siméon 
1 Cara. Il a été publié à part par A. YVùnsche, Pesikta des 



33 



CAHANA BEN TACHLIFA — CAILLE 



34 



Rab Kahana, in-8°, Leipzig, 1885. Cf. J. Fiïrst, Kahana 
ben Tachlifa, sein Leben und seine Thàligkeit, imprimé 
dans Kullur- und Literaturgeschichte der Juden in 
Asien, t. i, p. 71, 217, 251, et in-8°, Leipzig, 1849. 

E. Levesque. 
CAHEN Samuel, exégète israélite français, né à Metz 
le 4 août 1796, mort à Paris le 8 janvier 1862. Après avoir 
étudié à Mayence, près du grand rabbin, il revint en 
France, où, en 1824, il devint directeur do l'école israé- 
lite de Paris. Son principal ouvrage est : La Bible, tra- 
duction nouvelle avec l'hébreu en regard, accompagné 
des points -voyelles et des accents toniques, avec des 
notes philologiques , géographiques et littéraires et les 
principales variantes de la version des Septante et du 
texte samaritain, 18 in-4°, Paris, 1831-1831. Le texte 
hébreu est peu correct; la traduction lourde et souvent 
inexacte, parfois contredite par les notes, empruntées à 
la critique allemande. — Voir L. Wogue, Histoire de la 
Bible et de l'exégèse biblique jusqu'à nos jours, in -8°, 
Paris, 1881, p. 342. E. Levesque. 

CAILLE (hébreu : selâv; Septante : ôprjyou,viTpa; Yul- 
gate : coturnix). La caille est mentionnée dans la Sainte 
Écriture à l'occasion d'un miracle répété deux fois pen- 
dant le séjour des Hébreux au désert. La première fois, 
les Hébreux se trouvaient au désert de Sin, entre Élim 
et le Sinaï., non loin du rivage oriental du golfe de Suez. 
Partis d'Egypte seulement depuis un mois et demi, ils 
murmurèrent au souvenir des viandes et du pain qu'ils 
mangeaient au pays de la servitude. Le Seigneur dit alors 
à Moïse : « J'ai entendu les murmures des enfants d'Is- 
raël. Dis-leur : Sur le soir, vous mangerez de la viande , 
et demain vous aurez du pain à satiété : vous saurez alors 
que je suis le Seigneur votre Dieu. Quand le soir fut ar- 
rivé, des cailles montèrent et couvrirent le camp, et le 
matin une rosée s'étendit autour du camp. » Exod., svi, 
11-13. Cette rosée était la manne, et ce mets miraculeux 
plut tellement aux Israélites, que les cailles semblent avoir 
peu attiré l'attention en cette occasion. — Au printemps sui- 
vant, un an après la sortie d'Egypte , les Israélites venaient 
de quitter le mont Sinaï. A l'exemple des gens de toutes 
sortes qui les avaient suivis au désert, ils recommencèrent 
à se plaindre : la manne leur procurait une nourriture 
agréable et abondante ; mais ils s'en déclarèrent fatigués 
et regrettèrent la viande, les poissons et les légumes 
d'Egypte. Le Seigneur promit encore d'accéder à leurs 
désirs; malgré leur grand nombre (ils étaient six cent 
mille capables de porter les armes), ils auraient de la 
viande pour un mois entier, jusqu'à en être dégoûtés. 
« Alors un vent envoyé par le Seigneur amena les cailles 
d'au delà de la mer et les répandit dans le camp, ainsi 
que sur un espace d'une journée de marche tout autour du 
camp (Vulgate : et elles volaient dans l'air), à une hau- 
teur de deux coudées (un peu plus d'un mètre) au-dessus 
de la terre. Le peuple se leva. Tout ce jour-là, la nuit 
et le jour suivant, il ramassa des cailles. Ceux qui en 
eurent le moins en avaient dix liômér (soit près de quatre 
hectolitres). Ils les firent sécher tout autour du camp. » 
Nuin., xi, 31, 32. Mais aussitôt après avoir ainsi donné 
la preuve de sa puissance, le Seigneur fit éclater sa colère 
contre les ingrats. La station où se trouvaient les Israé- 
lites en prit le nom de Qibrôf Hatfa'âvâh, « Sépulcres 
de Concupiscence. » Le Psaume cv (civ), 40, rappelle le 
premier de ces deux événements : 

A leur demande, il flt venir des cailles, 
Et il les rassasia avec le pain du ciel. 

Dans un autre Psaume portant le nom d'Asaph, le second 
événement est rapporté avec plus de détails : 

Il leur envoya les aliments à profusion ; 
Il mit en mouvement le vent d'est dans les cieux, 
Et amena par sa puissance le souffle du midi. 
11 leur fit pleuvoir la viande comme la poussière, 

DICT. DE LA BIBLE. 



Et les oiseaux ailés comme les sables des mers. 

Il les fit tomber au milieu de leur camp 

Et tout autour de leurs tentes. 

Ils mangèrent et se rassasièrent à l'envi ; 

Il leur procura ainsi ce qu'ils désiraient. 

Us n'avaient pas encore satisfait leur convoitise, 

La nourriture était encore à leur bouche , 

Quand la colère de Dieu s'éleva contre eux. 

II porta la mort parmi les mieux repus , 

Et abattit les jeunes hommes d'Israël. 

Ps. I.XXVIH (lxxvii), 25-31. 

Plusieurs questions se posent à l'occasion de ces récits. 
1° Identification du « selâv » et de la caille. — Quelques 
auteurs ont avancé que le mot hébreu désigne la saute- 
relle, le poisson volant, le coq de bruyère, la casarca 
rutila ou espèce d'oie rouge, etc. Stanley, qui a vu pas- 
ser un vol de grues innombrables du Sinaï à Akabah, 
pense qu'il s'agit ici de ces derniers oiseaux. Sinai and 
Palestine, 1856, p. 80. Aucun do ces animaux ne saurait 




13. — La caille. 

être le èelâv biblique. Le psaume lxxvth parle d' « oiseaux 
ailés », ce qui oblige à écarter de prime abord la saute- 
relle et le poisson volant. Le coq de bruyère ou tétras est 
un oiseau du nord. La casarca vit auprès des lacs salés, 
mais n'est pas mangeable. La grue serait un aliment aussi 
détestable. Les anciennes traductions identifient le èelâv 
avec la caille. En arabe, cet oiseau s'appelle salwâ. En 
hébreu comme en arabe, le nom de la caille vient très 
probablement du verbe sâlàh, « être gras, » et se rapporte 
ainsi à l'un des caractères les plus saillants de l'oiseau. 
La caille est un gallinacé du genre perdrix (fig. 13). Elle a 
beaucoup d'analogie avec cette dernière , mais elle en diffère 
par sa taille plus petite et par son cri très particulier. Ce 
cri lui a valu en bas-latin le nom de qaquila, d'où vient 
celui de « caille ». Elle est de couleur brune et se con- 
fond si bien avec le sol, qu'à une faible distance elle échap- 
perait au regard le plus exercé, si elle ne se trahissait 
elle-même par son cri. « Les cailles ont le vol plus vif 
que les perdrix; elles filent plus droit. Il faut qu'elles 
soient vivement poussées pour qu'elles se déterminent à 
prendre leur essor. Elles courent donc plus qu'elles ne 
volent. » D'Orbigny, Dictionnaire universel d'histoire 
naturelle, Paris, 1872, t. x, p. 476. Les cailles se déplacent 
ordinairement pendant la nuit ; elles « aiment surtout à 
voyager au clair de la lune ». Chenu, Encyclopédie d'his- 
toire naturelle, Paris, 1854. Oiseaux, VI e part., p. 150. 
Le jour, elles restent couchées sur le côté, la tête et les 
pattes étendues à terre. Cette inaction habituelle paraît 
contribuer à leur embonpoint. La chair de la caille est 

II. - 2 



35 



CAILLE 



36 



grasse, mais succulente. Elle ne renferme aucun principe 
nuisible à l'homme qui s'en nourrit, contrairement à 
l'opinion de quelques anciens. Pline, H. N., x, 23; Lu- 
crèce, iv, 642. Si donc tant d'Israélites ont péri après en 
avoir mangé au désert, il faut l'attribuer en partie à leur 
gloutonnerie, et surtout à l'intervention de la colère 
divine. 

2° Provenance et migration des cailles. — Les cailles 
sont originaires des pays chauds. Diodore de Sicile, i, 60, 
atteste qu'elles abondaient sur les frontières d'Egypte et 
de Syrie. Josèphe, Ant. jud. , II, m, 5, rappelle en ces 
termes l'événement raconté au livre des Nombres : « Il 
arriva une grande quantité de cailles , espèce d'oiseaux 
que nourrit particulièrement le golfe Arabique. » Les 
cailles ressentent un impérieux besoin de voyager. Chaque 
année, en avril et eu septembre, même quand elles sont 
en captivité, elles s'agitent instinctivement comme pour 
partir. A l'état libre, elles se groupent en multitudes 
immenses, et attendent un vent favorable pour entre- 
prendre la traversée des mers. Sans le secours du vent, 
elles ne pourraient voyager à longue distance. Aristote, 
Hist. anim., vm, 14. Elles profitent de toutes les îles 
pour se reposer. C'est ainsi qu'elles s'abattent en foule à 
Malte et dans les îles de l'Archipel, quand elles passent 
d'Afrique en Europe. Parfois elles descendent sur les 
vaisseaux. Pline, H. N., x, 23, parle d'un bâtiment sub- 
mergé sous le poids de ces oiseaux. Si le vent les con- 
trarie trop violemment avant qu'elles puissent aborder 
en quelque endroit, les cailles sont bientôt condamnées 
à périr. « Elles traversent régulièrement le désert d'Ara- 
bie, en volant surtout pendant la nuit. Comme elles ne 
sont pas de haut vol, malgré leurs habitudes de migra- 
tions, elles choisissent instinctivement les bras de mer 
les plus étroits , et mettent à profit toutes les îles pour y 
faire une halte. » Tristram, The natural History of the 
Bible, Londres, 1889, p. 231. A leur première apparition 
au camp d'Israël, les cailles venaient de la côte d'Afrique, 
et étaient amenées à travers le golfe de Suez par un vent 
de sud-ouest. Dans le second cas, le Ps. lxxviii parle des 
vents de l'est et du midi. Les cailles arrivaient donc 
d'Arabie et venaient de faire la traversée du golfe d'Aka- 
bah. « Conformément à leur instinct bien connu , elles 
durent suivre la côte de la mer Rouge jusqu'à l'endroit 
où la presqu'île du Sinaï la divise en deux. Puis, profi- 
tant d'un vent favorable, elles traversèrent le détroit et 
se reposèrent près du rivage avant d'aller plus loin. C'est 
pourquoi nous lisons que le vent les amena de la mer, et 
que, se maintenant près du sol, elles tombèrent comme 
la pluie autour du camp. Elles commencèrent à arriver 
le soir, et le matin suivant toute la troupe se reposait. » 
Tristram, Natural History, p. 232. 

3° Leur grand nombre. — Quelques auteurs pensent 
que le mâle de la caille est polygame. Le fait n'est pas 
prouvé. La ponte annuelle de la caille est de douze à 
quinze œufs, et les cailletaux, à peine éclos, commencent 
déjà à se tirer d'affaire par eux-mêmes. Les migrations 
des cailles sont extraordinairement nombreuses. « Il en 
tombe une quantité si prodigieuse sur la côte occidentale 
du royaume de Naples, aux environs de Nettuno, que 
sur une étendue de côtes de quatre à cinq milles, ou en 
prend quelquefois jusqu'à cent milliers par jour. » Buffon, 
Œuvres, 1845, t. v, p. 393. Dans l'île de Capri, le sol 
est couvert de ces oiseaux au mois de septembre , si bien 
que l'évêque, qui en tire un certain revenu, porte le surnom 
d' « évêque des cailles ». Tristram, Natural History, p. 232, 
dit avoir vu « en avril, au point du jour, le sol de l'Algérie 
couvert de cailles sur une étendue de plusieurs acres, là 
où la veille dans l'après-midi on n'apercevait rien. Elles 
étaient si fatiguées, qu'elles remuaient à peine, tant qu'on 
ne marchait pas sur elles. Bien qu'on les massacrât par 
centaines, elles ne quittèrent la place que quand le vent 
changea ». Quand elles passent en troupes dans la basse 
Egypte, elles sont si pressées que les enfants mêmes en 



tuent plusieurs d'un seul coup de bâton, et si nombreuses 
qu'elles pénètrent en quantité jusque dans les églises. 
Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 1889, 
t. il, p. 467. 

4° Capture des cailles. — Quand les cailles sont extrê- 
mement fatiguées, il est assez facile de les prendre ou de 
les tuer sur place. On peut encore se saisir d'elles quand 
elles volent, car elles s'élèvent alors très peu au-dessus 
du sol. Quand le texte hébreu dit qu'il y avait des cailles 
tout autour du camp « à une hauteur de deux coudées », 
il faut donc entendre celte expression non de l'épaisseur 
du gibier qui jonchait le sol, mais de la hauteur à laquelle 
il volait. Ainsi l'a compris avec raison la Vulgate. Autre- 
fois , on prenait les cailles au moyen de filets tendus sur 
le rivage. Diodore de Sicile , 1 , 60. Aujourd'hui encore , 
en Orient, on s'empare d'elles en grandes quantités à 
l'aide de procédés probablement très anciens. Parfois on 
entoure la place où elles se sont fixées, en formant un 
cercle ou une spirale qui se rétrécit de plus en plus. Quand 




14. — Préparation de conserves d'oiseaux en Egypte. 
D'après ChampoUion , Monuments de l'Egypte , t. n , pi. clxxxv. 

à la fin les oiseaux se trouvent rassemblés en une même 
masse, les chasseurs jettent les filets sur eux. D'autres 
fois, après avoir fait cercle autour des cailles, on fond 
tout d'un coup sur elles à un signal donné, et en peu de 
temps on prend par milliers les oiseaux terrifiés. Dans le 
nord de l'Afrique, aussitôt qu'un vol de cailles s'est abattu, 
les gens du village voisin les cernent de loin, en agitant 
leurs burnous avec leurs bras étendus comme les ailes 
de grands oiseaux. Peu à peu ils obligent les cailles à 
chercher un abri dans des buissons naturels ou artificiels, 
et quand elles s'y sont réfugiées, ils couvrent les buissons 
de leurs burnous et enferment leur proie comme dans 
une cage. Les cailles se laissent ainsi rassembler parce 
qu'elles préfèrent se servir de leurs pattes plutôt que de 
leurs ailes. Néanmoins, quand elles ne sont pas fatiguées, 
elles finiraient par s'envoler et par échapper aux chas- 
seurs, si ces derniers ne procédaient pas avec précaution. 
Cf. Wood, Bible Animais, Londres, 1884, p. 434. Les Israé- 
lites du désert ne furent donc pas embarrassés pour saisir 
les cailles en grand nombre, surtout à la suite du voyage 
fatigant qu'elles venaient d'exécuter. — Le Seigneur avait 
promis des cailles pour un mois. Les Hébreux pouvaient 
conserver cet aliment pendant longtemps , en employant 
le procédé qu'ils avaient vu en usage parmi les Égyptiens. 
Ceux-ci faisaient sécher les cailles au soleil. Hérodote, 
il, 77. Les Hébreux en firent autant. Les Égyptiens pré- 
paraient aussi leurs conserves de gibier à plume dune 
manière plus compliquée. Les monuments représentent 
cette opération (fig. 14). Le premier Égyptien plume 
l'oiseau; le second le vide; le troisième le met dans de 
grandes jattes avec du sel. Quand on voulait se servir de 
ces conserves, on commençait par faire dessaler l'oiseau 
dans l'eau pendant plusieurs heures. 

5° Caractère miraculeux de ces deux événements. — 
L'apparition de nombreuses troupes de cailles au désert 
du Sinaï est un phénomène naturel. Dieu cependant ne 



37 



CAILLE — CAIN 



38 



s'est servi des causes physiques dans ces deux occasions 
qu'en y ajoutant la marque de son intervention surnatu- 
relle. Le caractère surnaturel de l'arrivée des cailles se 
reconnaît à ce que : 1. Elle s'est produite au moment 
voulu par le Seigneur. — 2. Elle a été annoncée à l'a- 
vance. — 3. Dans le second cas, la quantité des cailles 
a prodigieusement dépassé ce qui se rencontre habituel- 
lement. Bufibn parle de cent mille cailles prises en un 
jour à Nettuno. Au désert, six cent mille hommes, pour 
ne compter que les plus forts, ramassent chacun un mi- 
nimum de quatre hectolitres, soit vraisemblablement dés 
centaines de cailles. — 4. Enfin l'intervention divine se 
montre encore dans le châtiment qui frappe non seu- 
lement les « mieux repus », mais aussi les « jeunes 
hommes », comme marque le Psaume lxxviii, 31. Cf. 
Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 1889, 
t. il, p. 4G3-468. H. Lesètre. 

CAÏN ( hébreu : Qaïn ; Septante : Kiev ) , fils aîné 
■d'Adam et d'Eve. Lorsque Eve l'eut mis au monde, elle 
dit : « J'ai acquis (qânîti) un homme par Jéhovah. » 
Gen., iv, 1. Cf. Gen., xiv, 19; Prov.,vm, 22. Le nom de 
Caïn se retrouve avec le sens de « créature, rejeton », 
dans les inscriptions sabéennés de l'Arabie méridionale. 
En assyrien, il signifie « ce qu'on possède, un esclave », 
signification qui est peut-être un vestige de la malédiction 
du meurtrier d'Abel. F. Lenormant, Lettres assyriolo- 
giques, t. n, p. 173 et p. 15-16. Caïn s'adonna à la culture 
de la terre, tandis qu'Abel, son frère, gardait les brebis. 
L'agriculture et la vie pastorale nous apparaissent ainsi 
dès les premiers jours de l'humanité. Déjà Adam cultivait 
la terre dans le paradis ; après qu'il en eut été chassé, il 
continua ce travail , devenu pénible par l'effet du péché ; 
il est à croire qu'ily joignit l'élevage des brebis afind'avoir 
de quoi se vêtir et afin de se procurer pour sa nourriture, 
outre les produits des champs, le lait et peut-être aussi 
la chair de ces animaux. Ses fils partagèrent naturelle- 
ment ses travaux, et, soit par la volonté d'Adam, soit par 
goût personnel, chacun d'eux se livra à l'une de ces deux 
occupations, sauf à faire au besoin échange avec son frère 
des produits de leur travail respectif. L'Ecriture ne nous 
■dit rien des sentiments de Caïn pour son frère jusqu'au 
jour où il offrit au Seigneur des fruits de la terre. Dieu 
ne regarda ni ses présents ni lui-même, tandis qu'il 
•agréait les offrandes et la personne d'Abel. Cette préfé- 
rence irrita profondément le fils aîné d'Adam, et l'abat- 
tement empreint sur son visage fit voir la colère et la 
haine qui venaient de s'allumer en lui contre son frère. 
Gen., iv, 5. Cependant plusieurs Pères ont pensé que 
l'aversion de Caïn contre Abel existait déjà auparavant, 
et que c'est pour cela que Dieu n'agréa pas son sacrifice. 
S. Cyprien, De Unit. Eccl., t. iv, col. 510; S. Augustin, 
In Èpist. Joan. ad Parthos, m, Tract, v, n. 8, t. xxxv, 
■col. 2017; S. Bernard, In Cantic, Serm. xxiv, 7, 
t. clxxxiii, col. 898. En ce qui regarde ce rejet des 
•offrandes de Caïn, on peut en donner une autre raison 
plus profonde. Saint Paul, en disant, Hebr., xi, 4, que 
ce fut par sa foi qu'Abel présenta à Dieu des offrandes 
plus abondantes que celles de Caïn, nous enseigne indi- 
rectement que Caïn manqua de cette foi et de la religion 
•qui l'accompagne nécessairement. C'est aussi ce que donne 
à entendre la Genèse, iv, 3-4 : « Abel, dit-elle, offrit des 
premiers-nés de son troupeau et de leur graisse, » c'est- 
à-dire des plus gras et des plus beaux; mais, en ce qui 
touche Caïn, elle se borne à dire qu'il « fit une offrande 
des fruits du sol », les premiers venus sans doute ; peut- 
«tre même garda-t-il à dessein pour lui ce qu'il y avait 
de meilleur, comme l'insinue la traduction des Septante : 
ôp6w; ôé ht, StsXr,; , Gen. , iv, 7, et comme le pensent 
beaucoup de commentateurs. S. Pierre Chrysologue, 
Serm. cix, t. m, col. 502; cf. S. Chrysostome, Homil. 
xrii in Gènes., 5-6, t. lui, col. 155. Il faisait du moins un 
partage toujours abominable aux yeux de Dieu, « lui don- 



nant quelque chose du sien, mais se gardant lui-même. » 
S. Augustin, De Civit. Dei, xv, vu, t. xli, col. 444. 

Caïn en voulut à son frère d'un résultat qu'il savait bien 
ne pouvoir imputer qu'à lui-même, et la colère contre 
Abel le « brûla ». Gen., iv, 5 (hébreu). Dieu essaya de le 
ramener à de meilleurs sentiments; comme il était allé 
au-devant du père après son péché dans le paradis, il vint 
de même au-devant du fils coupable, montrant par là que 
sa miséricorde était toujours assurée à l'homme. Il y eut 
même, dans cette démarche divine envers Caïn, quelque 
chose de plus touchant : le Seigneur s'était borné à faire 
constater à Adam sa nudité corporelle comme témoignage 
du péché extérieur qu'il avait commis, tandis qu'il parla 
à Caïn de ses dispositions intimes et des projets fratri- 
cides qu'il tenait cachés au fond de son cœur. « Pour- 
quoi, lui dit -il, es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il 
abattu? Est-ce que, quand tu as bien agi, tu ne le relèves 
pas, en signe de ta bonne conscience? Mais si tu ne fais 
pas bien, le péché se tient en embuscade à ta porte, et 
son désir est vers toi [ pour que tu succombes ] ; mais toi, 
domine sur lui. » Gen., iv, 6-7 (hébreu). Dieu avertit 
donc Caïn du danger auquel l'exposaient les mauvaises dis- 
positions dans lesquelles il s'entretenait. En outre, Dieu 
ne se borna pas à révéler à Caïn son état intérieur ; il lui 
rappela aussi la puissance de son libre arbitre pour résis- 
ter aux tentations et vaincre cette bête féroce du péché. 
S. Bernard, Serm. v in Quadrages., n. 3, t. clxxxiii, 
col. 179. La version de ce passage dans la "Vulgate offre 
un sens un peu différent : « Si tu fais bien , ne recevras- 
tu pas la récompense, » comme Abel a reçu la sienne? 
« Si tu fais mal , au contraire , le péché ne sera - 1 - il pas 
aussitôt à ta porte? mets sous toi ton désir, et tu le do- 
mineras. » Beaucoup entendent ici par le péché la peine 
qui le suit, le remords, le trouble, etc. Cf. Zach., xiv, 19. 

Caïn ne fut ni touché par ce langage plein de bonté, 
ni effrayé de ce regard qui pénétrait dans les replis de 
son âme. Il exécuta le dessein qu'il avait formé de tuer 
Abel : « Et Caïn dit à son frère : Allons dehors. » Ces 
deux derniers mots manquent dans l'hébreu. « Et lors- 
qu'ils furent dans la campagne, Caïn se jeta sur son frère 
Abel et le tua. » Gen. , iv, 8. Il n'y a pas trace de lutte 
dans le récit, qui ne nous dit pas non plus si le meurtrier 
accomplit son crime par la seule force de son bras ou 
à l'aide de quelque arnfe. « Et le Seigneur dit à Caïn : Où 
est ton frère Abel? » Gen., iv, 9. C'est une chose remar- 
quable que Dieu procède par interrogation avec Caïn 
comme avec Adam après leur péché : « Où es-tu? » dit-il 
à Adam, Gen., m, 9; et à Caïn : « Où est ton frère? » et 
tout de suite après : « Qu'as-tu fait de ton frère? » Gen., 
iv, 9, 10. Il lui avait déjà dit : « Pourquoi es-tu irrité? » 
Gen., iv, 6. Dieu prévient ainsi l'homme coupable, l'oblige 
à regarder en lui-même pour voir sa faute, et à disposer 
son cœur pour recevoir le pardon par le repentir. S. Pros- 
per, De vocatione Gentium, n, 13, t. li, col. 698. Cette 
bonté pour celui qui venait de commettre un si grand 
crime, au mépris des paternelles remontrances de Dieu, 
fait ressortir plus fortement l'insolente réponse de Caïn; 
au lieu de se cacher et de s'humilier devant le Seigneur, 
comme Adam son père , il tient tête à Dieu et semble le 
défier: « Je n'en sais rien, dit-il. Suis-je le gardien de 
mon frère? » Gen., iv, 9. Il savait bien pourtant que 
Dieu, qui avait lu naguère dans son cœur, ne pouvait 
ignorer son forfait. Par son impénitence orgueilleuse, il 
contraignit en quelque sorte le Seigneur à lui infliger un 
terrible châtiment : « Tu seras maudit sur la terre,... 
tu la cultiveras, elle ne te donnera pas ses fruits : tu seras 
vagabond et fugitif sur la terre. » Gen., IV, 10-12. Dieu 
n'avait pas maudit Adam, mais seulement la terre, parce 
qu'Adam avait confessé sa faute ; il maudit Caïn , comme 
il avait maudit le serpent, c'est-à-dire le démon, dont Caïn 
imitait l'envie et avait suivi les inspirations. Cf. S. Chry- 
sostome, Homil. xix in Gen., 3, t. lui, col. 162. En 
même temps il aggrava pour lui la malédiction de la terre, 



39 



GAIN — CAINAN 



40 



et tout cela parce que Caïn avait aggravé son péché par 
son impénitence et son arrogance. 

Caïn se livra alors au désespoir et déclara que « son 
iniquité était trop grande pour être pardonnée ». Gen., 
iv, 13. Beaucoup de commentateurs modernes préfèrent 
cette autre traduction, dont ce passage est susceptible : 
« Trop grande est ma punition pour être supportée. » 
Ce sens paraît mieux répondre à la conduite de Caïn et 
aux paroles qu'il ajoute; ces paroles montrent bien, en 
effet, qu'il était beaucoup moins affligé de son péché 
que des suites de ce péché; après avoir ôté la vie à son 
frère, il n'avait d'autre souci que de conserver la sienne : 
« Voilà, ajouta-t-il, que vous me rejetez aujourd'hui de 
dessus la face de la terre , et je me cacherai de devant 
Votre face;... le premier qui me rencontrera me tuera. » 
Gen., iv, 13-14. Ceux dont il redoutait la vengeance étaient 
ou les enfants d'Abel, si toutefois Abel était marié (voir 
Abel, col. 290), ou bien les autres enfants ou descendants 
d'Adam, soit qu'il en existât déjà, soit que Caïn parlât en 
prévision de l'avenir. Cf. Gen., v, 4. On ne saurait inférer 
de ces paroles de Caïn qu'il existait alors sur la terre des 
hommes d'une autre race que celle d'Adam. Voir F.Vigou- 
roux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 4 e édit., 
t. iv, p. 19-20. 

Cependant Dieu voulait laisser au coupable le temps de se 
repentir; il voulait aussi dès le commencement faire voir 
qu'il ne permet à personne d'ôter. de son autorité privée, la 
vie à son semblable. Cf. Gen., ix, 5. 11 déclara donc que celui 
qui oserait tuer Caïn « payerait sept fois la vengeance » 
(hébreu), c'est-à-dire serait très sévèrement puni, et« il 
posa sur Caïn un signe, afin que personne de ceux qui le 
rencontreraient ne le tuât ». Gen., IV, 15. 

Qu'était-ce que ce signe? D'après certains commenta- 
teurs , il aurait consisté en quelque phénomène extérieur 
qui devait rassurer Caïn, de même que l'arc - en - ciel fut 
donné à Noé comme le gage que les hommes ne seraient 
jamais plus détruits par le déluge. Gen., ix, 13. Mais les 
expressions employées par Moïse ne peuvent s'entendre 
que d'un signe placé sur la personne même de Caïn. 
Cf. Ezech., ix, 4-6; Apoc, ix, 4. Théodoret, Qusest. xlii 
in Gen., t. lxxx, col. 143. 

Ce qui devait encore contribuer à rassurer Caïn, c'était 
qu'il allait être séparé de ceux dont il pouvait redouter la 
vengeance. 11 allait s'éloigner « de la face de la terre », 
c'est-à-dire du pays où il avait jusque-là habité, tout près 
sans doute de l'Éden. Alors commença pour lui une vie 
errante et vagabonde. La Vulgate dit que Caïn habita le 
pays qui est à l'orient de l'Éden. Gen., iv, 16. L'hébreu 
porte : « Dans la terre de Nod , à l'est de l'Éden. » Nod 
signifie « fuite »; il est inutile de chercher avec certains 
exégètes à déterminer le site de ce pays; nous l'ignorons 
complètement, nous. ne savons pas même quelle était la 
situation de l'Éden et à quelle distance s'en éloigna le 
fugitif condamné par Dieu à une vie instable et toujours 
errante. 

La Genèse ajoute encore deux traits à ce qu'elle nous a 
déjà appris sur Caïn ; il eut un fils nommé Hénoch, et il bàtil 
une ville qu'il appela, de son nom, llénoch. Gen., îv, 17. 
L'épouse qui donna ce fils à Caïn ne pouvait être qu'une 
de ses sœurs, fille d'Adam et d'Eve comme lui; cette sorte 
d'union s'imposait évidemment dans la première famille 
<le l'humanité. A quelle époque naquit Hénoch? Certai- 
nement avant la fondation de la ville qui prit son nom ; 
mais était-il déjà né avant le crime commis par son père? 
L'Écriture n'en dit rien, de même qu'elle passe sous si- 
lence bien d'autres points qui se rapportent à ces temps 
primitifs, tels que l'âge de Caïn et d'Abel au moment où 
celui-ci fut tué par celui-là ; le nombre des enfants qu'eut 
Adam, Gen., v, 4; les enfants que Caïn lui-même pouvait 
avoir lorsqu'il commit son fratricide (on peut croire qu'il 
avait alors près de cent trente ans, cf. Gen., v, 4-5), ou 
ceux qui lui naquirent dans la suite; l'époque où il con- 
struisit la ville; les années qu'il a vécu, etc. Ce silence 



suffit pour rendre vaines certaines objections qu'on a faites 
contre l'histoire du fils aîné d'Adam. 11 faudrait, en effet, 
connaître tout cela pour mettre le récit biblique en con- 
tradiction avec lui-même, sous prétexte que la crainte 
de Caïn d'être tué par ceux qui le rencontreraient et la 
construction de la ville supposent l'existence d'un grand 
nombre d'hommes. Cette absence de toute indication 
chronologique permettrait de trouver ce grand nombre 
d'hommes, s'il était nécessaire pour expliquer les faits, 
puisque plusieurs siècles ont dû ou ont pu s'écouler entre 
ces différents faits, à une époque où la longévité humaine 
était si prodigieuse. S. Augustin , De Civil. Dei, xv, 8 , 
t. xli, col. 447; Qussst. i in Gen., i, t. xxxiv, col. 548. 
D'ailleurs, en ce qui regarde la «ville », ce mot peut fort 
bien signifier ici simplement la réunion de quelques habi- 
tations, cf. F. Vigouroux, Les Livres Saints, t. IV, p. 21; 
et, d'autre part, il est évident que fonder une ville, le 
mot seul le dit, c'est commencer de construire; or cela 
est loin de supposer déjà un grand nombre d'habitants. 
La Genèse nous fait voir Caïn à l'œuvre : « 11 bâtit une 
ville; » mais elle ne dit pas qu'il se soit fixé à Hénoch 
et qu'il ait ainsi échappé à son châtiment en cessant 
de mener une vie errante, comme quelques-uns le pré- 
tendent. Nous devons croire que la justice de Dieu n'a 
pas été frustrée, quoique l'auteur sacré ne nous parle 
plus de Caïn depuis son départ pour la terre d'exil. Au 
dire de Josèphe, il se serait livré dans la suite à toute 
sorte de crimes. Ant. jud., I , n , 2. Plusieurs ont pensé 
qu'il fut tué par Lamech, un de ses arrière -petits -fils, 
d'après Gen., iv, 23; mais c'est une interprétation tout à 
fait arbitraire de ce texte, et Théodoret la traite de futile, 
Qusest. xliv in Gen., t. lxxx, col. 146. 

Caïn a été regardé par les Pères comme le type des 
persécuteurs des justes; Jésus -Christ le dit assez claire- 
ment. Matth., .xxiii, 32-35. Ce furent, en effet, la vie pure 
et la piété d'Abel, dont Dieu agréa le sacrifice, qui allu- 
mèrent dans le cœur de Caïn le feu de la jalousie et de 
la haine; et son crime n'eut point d'autre cause, d'après 
saint Jean. 1 Joa., m, 12. Aussi saint Augustin dit- il qu'il 
est le fondateur de la cité de Babylpne, la cité des mé- 
chants, toujours en lutte, dans le cours des siècles, contre 
la cité de Dieu, l'Église. De Civit. Dei, xv, 15, t. xli, 
col. 456; Enarrat. in Ps. lxi, t. xxxvi, col. 733. Saint 
Basile appelle Caïn « le premier disciple du démon ». 
Homil. de Invidia, t. xxxi, col. 376. Il est question de 
Caïn dans trois passages du Nouveau Testament, Hebr., 
xi, 4; 1 Joa., m, 12, déjà cités, et Jude, 11, où l'au- 
teur de l'Épître dit, en parlant des méchants, qu'ils 
suivent la voie de Caïn. E. Palis. 

CAINAN. Hébreu : Qênân, « possesseur; » Septante : 
Kai'vâv. Nom de deux patriarches , dont le second est 
mentionné seulement dans les Septante et en saint Luc. 

1. CAÏNAN, arrière-petit-fils d'Adam et fils d'Énos. Il 
devint père de Malaleël, à l'âge de soixante -dix ans, et 
vécut encore huit cent quarante ans, pendant lesquels 
il donna naissance à d'autres fils et à des filles. Le nombre 
total des années de sa vie fut de neuf cent dix ans. Gen., 
v, 9, 12-14. Cf. I Par., i,2; Luc, m, 37. D'après une légende 
rabbinique, rapportée parW. H. Mill, Vindication of our 
Lord's genealogy, dans Observations on the attempted 
Application of Pantheistic Principles to the Theorij 
and historié Criticism of the Gospel, in-8°, Cambridge, 
1840-1844, p. 150, dont on retrouve des traces dans cer- 
taines traditions syriaques, Caïnan (ou son homonyme 
de Gen., x, 24; xi, 12-13, selon les Septante) aurait le 
premier introduit dans le monde le culte des idoles et 
l'astrologie. Cette légende ne repose sur aucun fondement 
historique; nous ne saurons jamais sur Caïnan autre 
chose que ce que nous apprennent les cinq versets de la 
Genèse cités ci-dessus. La tradition que nous venons de 
rappeler fut appliquée par les hellénistes au Caïnan post- 



41 



CAINAN 



42 



diluvien, comme on le voit dans Grégoire Bar-Hebraeus, 
Chronic, pars i a , Dyn. i, édit. de J. Bruns et G. Kirsch, 
2 in-8°, Leipzig, 1789, t. i, p. 8; t. n, p. 7. L'origine en 
est inconnue. Fried. Baethgen, Beitràge zur semit. Réli- 
gionsgeschichte , in-8°, Berlin, 1888, p. 128, 152, sup- 
pose qu'elle provient de l'assonance qui existe entre le 
nom de Caïnan et le dieu sabéen Kenan. D'autres l'expliquent 
par le sens de la racine arabe ou araméenne dont on fait 
dériver le nom de Caïnan. E. Palis. 

2. CAÏNAN (Septante: Kaïvîv), fils d'Arphaxad -et 
père de Salé, d'après les Septante, Gen., x, 24; xi, 12-13; 
I Par., i, 18 et peut-être 24; Luc, m, 35-36. Le texte 
hébreu actuel ne porte ce nom ni dans la Genèse ni dans 
les Paralipomènes. Cette différence entre le grec et l'hé- 
breu a été le sujet de longues discussions parmi les 
commentateurs, et leurs tentatives pour concilier les deux 
textes ont donné naissance à diverses opinions. Pererius, 
après avoir rappelé cinq de ces opinions, dont aucune ne 
le satisfait, déclare, à la suite de Bède et de plusieurs 
autres, que cette question du Caïnan postdiluvien sou- 
lève des difficultés insolubles et qu'elle demeure pour lui 
une énigme indéchiffrable. Voir Estius, Annot. in Luc, 
m, 36, Paris, 1684, p. 457. 

Cependant la difficulté de la solution parait provenir 
non pas tant du fond même de la question que de la 
manière dont elle était posée. On regardait les nombres 
des généalogies patriarcales tels qu'ils se trouvent dans 
la Bible comme une donnée fort importante, et voilà 
sans doute pourquoi on ne voulait trouver en défaut sur 
ce point ni le texte hébreu des Massorètes, objet d'une 
sorte de respect superstitieux, surtout avant les tra- 
vaux du P. J. Morin (voir Cornely, Introduct. in libros 
sacros Compendium, Paris, 1889, p. 163), ni le texte 
des Septante , qui était autrefois regardé par plusieurs 
comme inspiré. S. Augustin, De consensu Evangel., n, 
66, t. xxxiv, col. 1139, et Qumst. clxix in Gen., 
t. xxxiv, col. 595. Il fallait donc, tout en maintenant la 
leçon de l'hébreu et celle du grec, expliquer comment 
Caïnan se lisait dans celui-ci et manquait dans celui-là. 
On conçoit que le problème ainsi proposé devait embar- 
rasser même les plus habiles. 

1° Il y eut des commentateurs qui prétendirent que, 
pour obtenir un nombre égal dans les deux listes des 
patriarches antédiluviens et postdiluviens, ou pour toute 
autre raison , Moïse aurait omis Caïnan dans la seconde , 
et que les Septante l'y auraieut rétabli par une inspira- 
tion divine. C'est là une affirmation gratuite, et personne 
du reste n'admet aujourd'hui l'inspiration des traducteurs 
alexandrins. — 2° Non moins arbitraire est le procédé de 
certains autres, qui, tenant pour véritable le nombre 
de générations donné par l'hébreu, et croyant qu'on pou- 
vait, sans augmenter ce nombre, maintenir le nom de 
Caïnan dans la version des Septante , imaginèrent soit de 
faire de Salé un fils adoptif de Caïnan, soit de le lui don- 
ner pour frère : deux hypothèses également gratuites, 
dont la seconde contredit en outre Gen., x, 24; xi, 12-13. 
On peut adresser le même reproche d'arbitraire à ceux 
qui identifient Caïnan avec Salé, en s'appuyant sur le pas- 
sage parallèle de saint Luc, m, 36, où, d'après eux, les 
deux mots toû Kafvâv auraient été placés après toC SoeXi 
comme une sorte d'explication par apposition, de manière 
à donner ce sens : « Salé, celui qui s'appelle aussi Caïnan. i, 
— 3° Selon une opinion adoptée par Grotius et un assez 
grand nombre d'exégètes, il n'y aurait pas de contradic- 
tion entre le texte original hébreu et le texte primitif des 
Septante, et Caïnan aurait été introduit plus tard dans le 
grec par des copistes, peut-être avec l'intention de com- 
pléter la liste des traducteurs alexandrins par celle de 
saint Luc. Voir Grotius, Annotât, in Luc., m, 36, Ams- 
terdam, 1641, p. 658. — 1. Ces auteurs regardent comme 
un indice de cette interpolation la singulière identité des 
deux nombres d'années qui suivent le nom de Caïnan et 



celui de Salé. Gen., xi, 12-13. — 2. Ils allèguent encore 
l'absence de Caïnan dans l'édition sixtine des Septante, 
I Par., i, 18, 24; dans l'édition vulgaire, I Par., i, 24, et 
dans les Codex Vaticanus et Sinaiticus, et ils concluent 
de cette omission que ce nom manquait aussi primitive- 
ment même dans le grec de Gen., x, 24, et xi, 12- 13. — 
3. Un autre argument qu'apportent ces écrivains pour 
prouver que Caïnan n'était pas dans l'original grec , c'est 
qu'il n'a été connu ni des anciens auteurs païens ou juifs, 
Bérose, Eupolème, Polyhistor, Josèphe, Philon, ni des 
premiers Pères. Mais Alexandre Polyhistor et Eupolème 
(ce dernier connu seulement par les citations du pre- 
mier) ne parlent pas des généalogies de la Genèse dans 
les fragments que nous a conservés Eusèbe , et qui ont été 
recueillis dans les Historicorum grsecorum fragmenta, 
t. m, édit. Didot. Bcrose (le Bérose chaldéen authen- 
tique) n'a jamais cité la Bible; quant à Josèphe et à Phi- 
lon, ils suivent quelquefois, Josèphe. surtout, le texte 
hébreu ; leur silence sur Caïnan ne tirerait donc pas 
à conséquence, non plus que celui des autres auteurs 
profanes. En ce qui regarde les plus anciens Pères, leur 
témoignage ne saurait fournir un argument certain dans 
un sens ou dans l'autre. En effet, tandis que, d'après 
Grotius, Annot. in Luc, m, 36, p. 658, et d'après d'autres, 
ils auraient ignoré l'existence du second Caïnan, le P. Pez- 
ron affirme, au contraire, dans Calmet, Comment, litté- 
ral de la Genèse, x, 24, Paris, 1707, p. 297, qu'il a été 
connu de tous les Pères qui ont vécu avant Origène. Cette 
divergence tient sans doute à ce que la supputation du 
nombre des générations est souvent exprimée d'une ma- 
nière équivoque, rien n'indiquant par quels personnages 
commencent ou finissent les lignes généalogiques dont 
s'occupent ces écrivains. Voir S. Épiphane, De meneur, 
et ponderibus, 22, t. xliii, col. 277 ; cf. Expositio fidei, 4, 
t. xlii, col. 780. De plus, il arrive quelquefois qu'on juge 
de leur sentiment par des passages discutables, sans re- 
courir à ceux où leur vraie pensée est formellement expri- 
mée. Saint Épiphane, par exemple, qu'on invoque contre 
Caïnan , nomme plusieurs fois ce patriarche , en le don- 
nant expressément comme fils d'Arphaxad et père de 
Salé, Haeres. lxvi , 83, t. xlii, col. 164; Lib. Ancor., 59 
et 114, t. xliii, col. 121, 224; et il paraît supposer sa pré- 
sence dans la seconde dizaine généalogique du texte ci- 
dessus indiqué de V Expositio fidei. Du reste, on ne 
pourrait jamais rien inférer de certain contre Caïnan soit 
des textes, même incontestables, des Pères, soit des 
versions faites sur les Septante, parce qu'il a pu circuler 
de bonne heure des copies corrigées d'après l'hébreu , 
comme le fut celle des Hexaples d'Origène. Ajoutons 
enfin que si la liste donnée par saint Luc a été emprun- 
tée aux Septante, comme le pensent la plupart des com- 
mentateurs, Caïnan se lisait dans la version grecque 
du temps de Notre -Seigneur. L'opinion de Grotius est 
donc loin d'être appuyée sur des preuves vraiment solides, 
et il faut chercher ailleurs la solution du problème de 
Caïnan. — 4° La véritable explication parait avoir été 
donnée par ceux qui ont pensé que le nom de Caïnan, 
primitivement porté par le texte hébreu, a été omis plus 
tard dans les manuscrits qui ont servi à saint Jérôme et 
aux Massorètes. Cette explication si simple et si naturello 
est admise pour bien d'autres passages des Livres Saints ; 
rien ne s'oppose à ce qu'on y recoure dans celui-ci. On 
conçoit aisément, en effet, quand il s'agit d'une liste sou- 
vent recopiée pendant de longs siècles, qu'un des noms 
qu'elle porte soit omis par •certains copistes et conservé 
par d'autres; les Septante ont donc pu faire leur traduc- 
tion sur un ou plusieurs manuscrits portant le nom de 
Caïnan, tandis que ce nom manquait dans le manuscrit 
des Massorètes. 

11 résulte de là que si l'on ne peut apporter en faveur 
de l'existence historique du second Caïnan des preuves 
décisives, il n'y a point non plus de raison suffisante pour 
la rejeter. Cette existence nous est d'ailleurs attestée par 



43 



CAINAN 



CAIPHE 



44 



saint Lue, qui confirme la leçon des Septante en la re- 
produisant. Certains exégétes, il est vrai, sont d'avis que 
l'évangéliste, en adoptant la liste des traducteurs alexan- 
drins, n'en sanctionne pas pour cela l'authenticité. Ce- 
pendant il faut, selon la judicieuse observation du P. Bru- 
cker, remarquer que le passage de saint Luc n'est pas 
une simple citation des Septante. En effet on voit, par la 
manière dont la liste généalogique du troisième Évangile 
est rédigée, que l'existence de Caïnan y apparaît comme 
« l'affirmation d'un fait, qu'il répète d'après les Septante 
si l'on veut, mais en se l'appropriant et en lui conférant 
par là même la certitude inséparable de toute affirmation 
d'un auteur inspiré ». Controverse, septembre 1886, p. 99. 
Il en est qui pensent que saint Luc n'a pas emprunté la 
liste généalogique à la traduction alexandrine, mais qu'il 
l'a prise dans les registres publics ou dans les archives 
de la famille de David. S'il en était ainsi, ce serait un 
argument historique de plus en faveur du Caman post- 
diluvien. Mais, quelle que soit la source où saint Luc a 
puisé ses informations, on ne peut point rouvrir contre 
son Caïnan le procès intenté à celui des Septante. Tous 
les manuscrits grecs, latins, syriaques, etc., du troisième 
évangile portent ce nom. On ne connaît qu'une excep- 
tion, un seul manuscrit où il manque, et ce manuscrit 
est fort suspect; c'est le Codex Bezse, fameux par ses 
leçons souvent singulières. D'une pareille unanimité dans 
les copies, n'est-on pas en droit de conclure que le nom 
de Caïnan se trouvait dans l'original ? Et cette conclu- 
sion, à son tour, parait en entraîner deux autres : la pré- 
sence de ce nom dans le texte grec primitif et l'existence 
réelle de Caïnan. E. Palis. 

CAÏNITES, descendants de Caïn, fils aîné d'Adam. 
Nous connaissons le nom de quelques-uns d'entre eux : 
Hénoch , - Irad , Maviael, Mathusael, Lantech, et les trois 
fils de ce dernier, Jabel, Jubal et Tubalcaïn. Gen., iv, 
18-22. La liste de ces noms, inscrits dans la Genèse par 
ordre de descendance, forme une série généalogique par- 
faitement distincte de celles des Séthites, Gen., v, 4-31. 

Voir GÉNÉALOGIES ANTÉDILUVIENNES. 

D'après ce que la Genèse, iv, 19-23; cf. vi, 1-6, nous 
raconte des Caïnites, nous voyons qu'ils portèrent jusqu'à 
la fin l'empreinte du tempérament moral de leur père. 
La cupidité de Caïn et son amour pour les biens ter- 
restres passèrent à sa race et lui imprimèrent un grand 
élan pour le développement de la civilisation matérielle. 
La fondation d'une ville par Caïn dut entraîner la con- 
struction d'autres villes à mesure que la population s'ac- 
croissait ; et de là résulta sans doute chez ses descendants 
une tendance à négliger l'agriculture, qui avait été l'oc- 
cupation de Caïn, pour s'appliquer aux métiers et aux 
arts. Aussi, pendant que les Séthites continuent à donner 
leur préférence à la vie pastorale, voyons-nous les Caïnites, 
après quelques générations, se distinguer par les inven- 
tions qui conviennent aux habitants des villes; Jubal, qui 
est mentionné comme étant, parmi les siens, le père des 
nomades, semble faire seul exception. Gen., iv, 20-22. 

Un autre caraclère transmis par Caïn à sa race, c'est 
une sorte de mélange d'orgueil arrogant, de violence, 
d'impiété et de sensualité, aboutissant à une licence effré- 
née chez ceux dont les filles sont appelées, d'après une 
opinion fort probable, les « filles des hommes ». Gen., 
vi, 2. Les noms mêmes de trois de ces femmes, que l'Écri- 
ture nous a conservés, exhalent comme un parfum de 
sensualisme : Noéina « agréable, aimable », la lille de La- 
mech ; Ada, « ornée, » et Sella,« la brune, » ses deux femmes. 
Cf. S. Augustin, De Civit. Dei, xv, 20, t. xli, col. 465. 
La corruption des Caïnites finit par se communiquer aux 
Séthites; ce fut la conséquence naturelle des relations 
qui s'établirent entre eux, mais surtout du mariage des 
a enfants de Dieu » ou Séthites avec les « filles des 
hommes », c'est-à-dire des Caïnites, d'après l'explication 
des Pères. S. Augustin, De Civit. Dei, xv, 2i, t. xli, 



col. 472. Le débordement général des vices qui en résulta 
amena sur la terre le châtiment du déluge universel, Gen., 
vi, 1-3, 6-7. Voir Déluge. — Le nom de Caïnites fut porté, 
au ir* siècle de notre ère, par les membres d'une secte 
dérivée des gnostiques, qui rendaient de grands hon- 
neurs à Caïn. Ils prirent , à cause de cela , le nom spé- 
cial de Caïnites, quoiqu'ils honorassent en même temps 
Cham, les Sodomites, Coré, Judas et généralement tous 
les personnages célèbres dans l'histoire par leur perversité. 
Ils prétendaient que Caïn tirait son origine d'un principe 
supérieur au Créateur qui avait donné l'existence à Abel. 
Ils déclaraient la guerre aux ouvrages de ce Créateur et 
se livraient à toute sorte d'abominations. Voir S. Épiphane, 
Hier., xxxviii, t. xli, col. 653; Tertullien, De praescript., 
xl vu, t. ii, col. 65; S.Augustin, De Hier., xvm, t. xlii, 
col. 29. E. Palis. 

CAIPHE (KaiVfcpoc;), grand prêtre juif, 18-36 après 
J.-C, de son vrai nom Joseph, comme nous l'apprend 
l'historien Josèphe , Ant. jud., XVIII, n, 2; iv, 2; Caïphe 
n'était qu'un surnom; saint Matthieu semble l'indiquer, 
xxvi, 3. Diverses étymologies de KaViçaç ont été propo- 
sées. Saint Jérôme, Fragm. II, De nomin. hebr., t. xxm, 
col. 1158, dit qu'il signifie : investigator vel sagax, sed 
melius vomens ore. D'après les savants modernes, Kaiaçoc j 
viendrait de Kayefa', « oppresseur, » ou de Kefa, « rocher. » 
Derenbourg, Essai sur l'histoire et la géographie de la- 
Palestine, p. 215, note 2, s'appuyant sur un passage de 
la Mischna, Parah, m, 5, affirme que la vraie ortho- 
graphe du nom de Caïphe est Qaïpha, par un qoph. 
Franz Delitzsch est du même avis, Zeitschrift fur luthe- 
rische Théologie, 1876, p. 59i. 11 reconnaît d'ailleurs,, 
comme M. Derenbourg, qu'on ne peut expliquer l'étymo- 
Iogie de ce surnom. 

Caïphe, gendre d'Anne, Joa., xvm, 13, avait été établi 
grand prêtre, en l'an 18 de notre ère, par Valerius Gratus, 
en remplacement de Simon, fils de Kamith, et fut des- 
titué, en 36, par Vitellius. Il fut donc grand prêtre pen- 
dant près de dix -huit ans; ce long pontificat, en un 
temps où les grands prêtres se succédaient rapidement, 
s'explique uniquement par la bassesse d'ârne et la servi- 
lité de Caïphe. Les procurateurs romains trouvèrent en 
lui un instrument docile. A diverses reprises, le grand 
prêtre, chef religieux et civil de la nation juive, aurait 
dû prendre la défense des intérêts religieux de son 
peuple ; l'histoire ne dit pas que Caïphe se soit joint aux 
protestations des Juifs indignés des sacrilèges du procu- 
rateur romain. Lorsque Pilate fit porter à Jérusalem les 
images de César, qui surmontaient les étendards des lé- 
gions ; lorsqu'il s'empara du trésor du temple (korban) et 
qu'il fit massacrer le peuple, les Juifs protestèrent; mais 
Caïphe, malgré sa qualité de pontife, semble avoir tout 
accepté, car il n'est jamais question de lui. Nous savons 
par saint Luc, m, 2, qu'il était grand prêtre au temps 
où saint Jean -Baptiste commença sa prédication (voir 
Anne), et nous le retrouvons au sanhédrin, après la 
résurrection de Lazare. Joa., xi, 47-ôi. Les grands 
prêtres et les pharisiens étaient hésitants sur la conduite 
à tenir envers Jésus ; s'ils le laissent aller, tous croiront 
en lui, et les Romains viendront et détruiront le pays et 
la nation. Un d'eux, Caïphe, le grand prêtre de cette 
année -là, leur adresse ces paroles : «Vous n'y entendez 
rien, vous ne réfléchissez pas qu'il vaut mieux pour vous 
qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation 
ne périsse pas tout entière. » Ce n'est pas de lui-même, 
ajoute l'évangéliste, qu'il parlait ainsi ; mais, étant grand 
prêtre cette année -là, il prophétisait que Jésus allait 
mourir pour la nation, et non seulement pour la nation, 
mais pour rassembler les enfants de Dieu qui étaient 
dispersés. Joa., xvm, 14. Malgré son indignité, Caïphe 
a donc été en cette occasion le porte -parole de Dieu. Ce 
n'est pas en tant qu'homme privé que Caïphe a parlé, mais 
comme représentant officiel de Jéhovah, comme grand 



45 



CAIPHE 



46 



prêtre. Ses paroles étaient-elles, comme le dit Edersheim, 
The life and limes of Jésus the Messiah, Londres, 
1884, t. il, p. 326, un adage bien connu des Juifs : « Il 
vaut mieux qu'un homme meure et que la communauté 
ne périsse point » (Bereschith Rabba, 91, f. 89 b; 94, 
f. 92, 3)? Il est difficile de l'affirmer. Des paroles analogues 
se retrouvent chez les écrivains juifs ou même dans la lit- 
térature profane. Voir Weststein , In Joa., xi, 50, Amster- 
dam, 1751, p. 919. — Pourquoi saint Jean dit-il à deux 
reprises que Caïphe était le grand prêtre de cette année , 
lorsqu'il y avait déjà peut-être quinze ans qu'il était pon- 
tife? Diverses réponses ont été faites à cette question. Les 



non loin du Cénacle, sur l'emplacement actuel du couvent 
arménien du mont Sion. Derenbourg, Histoire de la 
Palestine, 'p. 465, dit que la demeure d'Anne et de Caïphe, 
son gendre, était située sur le mont des Oliviers. Cette 
opinion nous paraît peu fondée. 

Jésus comparaît devant le sanhédrin , présidé par 
Caïphe, Matth., xxvi, 57-68; Marc, xiv, 53-65; des faux 
témoins sont produits contre lui, mais l'accusation lan- 
guit au milieu de dépositions mensongères et contradic- 
toires; le grand prêtre se lève alors, et, se plaçant au 
milieu de l'assemblée, dit au Sauveur : « Tu ne réponds 
rien à ce que ceux-ci témoignent contre toi? » Jésus se 




15. — Mont du Mauvais Conseil. D'aprèa une photographie. 



uns ont pensé qu'Anne et Caïphe étaient grands prêtres à 
tour de rôle , chacun une année; d'autres croient que 
l'évangéliste fait allusion à la rapide succession des grands 
prêtres. Enfin on s'attache surtout au pronom Ixesvo;, 
et l'on suppose que saint Jean a voulu dire que Caïphe 
était grand prêtre en cette année mémorable, qui fut 
celle de la mort de Jésus. 

11 est ensuite fait mention de Caïphe lorsque les 
grands prêtres et les anciens se réunirent dans son palais, 
pour délibérer sur la question de s'emparer de Jésus par 
ruse et de le mettre à mort. Matth. , xxvi , 3. C'est à la 
suite de ce conseil que fut conclu le marché avec le traître 
Judas. D'après la tradition , ce palais de Caïphe serait une 
maison de campagne située sur une hauteur voisine de 
Jérusalem, qui porte encore le nom de « Mauvais Conseil » 
tig. 15). Après son arrestation au jardin des Oliviers, Jésus 
fut conduit au palais du grand prêtre. Luc, xxii, 54. Saint 
Jean, xvm, 13, nous apprend que le Seigneur comparut 
d'abord devant Anne et, xvm, 2i, que celui-ci l'envoya 
ensuite à Caïphe. D'où il faut conclure que les palais 
d'Anne et de Caïphe , s'ils étaient séparés , étaient au 
moins contigus. La tradition les place sur le mont Sion , 



tait. Alors Caïphe lui défère le serment solennel qui, selon 
la Loi, Lev., v, 1, l'obligeait à répondre : « Je t'adjure 
par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le 
fils de Dieu. » Matth., xxvi, 63. Cf. saint Marc, xiv, 01. 
Sur la réponse affirmative de Jésus, le prince des prêtres, 
pour montrer qu'il considère les paroles du Seigneur 
comme un blasphème, fait ce qu'ordonne la loi en pa- 
reille circonstance (Sanhédrin, vu, 5, 10, 11; Moed 
katon, f. 26 a) il déchire ses vêtements en s'écriant : « Il a 
blasphémé; qu'avons -nous encore besoin de témoins? 
Vous avez entendu le blasphème ; que vous en semble ? » 
Tous répondirent que Jésus méritait la mort. Au milieu 
de celte nuit, Notre -Seigneur fut traduit de nouveau de- 
vant le sanhédrin, réuni probablement encore dans la 
maison de Caïphe, puisque, d'après saint Jean, xvm , 28, 
c'est de chez Caïphe qu'il fut mené au prétoire de Pilate. 
Les Évangiles ne nous disent pas si Caïphe joua un rôle 
particulier dans cette assemblée. 

Il est fait une fois encore mention nominative de 
Caïphe, lors de la comparution devant le sanhédrin de 
Pierre et de Jean, arrêtés la veille dans le temple. Act., 
IV, 6. Mais le titre de grand prêtre est donné à Anne eï 



47 



CAIPI1E 



GAJETAN 



43 



non à Caïphe. Au chap.v, 17, il est parlé du grand prêtre 
qui, avec ceux de son parti, les sadducéens, fait jeter les 
Apôtres en prison; au y. 27, le grand prêtre interroge 
les Apôtres devant Je sanhédrin réuni. Chap. vu, 1, le 
grand prêtre demande à Etienne, amené devant le san- 
hédrin , si tout ce qu'on lui reproche est vrai. Ce grand 
prêtre, qui n'est pas nommé, est-ce Caïphe ou Anne? Il 
est certain que le grand prêtre en fonction était à celte 
époque Caïphe ; il est probable cependant que dans ces 
passages il s'agit d'Anne, puisque c'est à celui-ci que saint 
Luc donne le titre de grand prêtre. Act., iv, 6. — Caïphe 
fut déposé du souverain pontificat en l'an 36, par le légat 
de Syrie, Vitellius, qui, si l'on en croit une insinuation de 
Josèphe , aurait par cet acte voulu plaire aux Juifs. Ant. 
jud., XVII 1, iv, 3. Il n'est plus fait ensuite aucune men- 
tion de Caïphe, et l'on ignore quelle fut sa fin. 
1 E. Jacquier. 

CAIRENSIS (CODEX). On désigne sous ce nom 
et par le sigle N a deux fragments d'un manuscrit grec 
pourpre oncial à lettres d'or, du VI e siècle, contenant un 
court passage de l'Évangile selon saint Marc, ix, 14-18, 
20-22, et x, 23, 24, 29. Ce manuscrit mutilé appartenait 
au patriarche d'Alexandrie en résidence au Caire; en 1850, 
le prélat russe Porphyre Uspenki collationna ces frag- 
ments et en publia le texte dans un livre dont le titre 
(en russe) est Voyage en Egypte et aux monastères 
de Saint-Antoine et de Saint-Paul de Thèbes, Saint- 
Pétersbourg, 1856. On ne sait ce que sont devenus depuis 
les fragments. Voyez Gregory, Prolegomena auNovum Tes- 
tamentum grsecunx, de Tischendorf, Leipzig, 1884, p. 384. 

P. Batiffol. 

CAÏUS. Le texte grec du Nouveau Testament nomme 
quatre chrétiens appelés riïoç. La Vulgate a conservé 
pour trois d'entre eux la forme Gains (voir Gaïus); elle 
appelle le quatrième Caïus. 

CAÏUS, chrétien. de Cormlhe. Seul avec Crispus, Caïus 
fut baptisé de la main de saint Paul. I Cor., i, 14. Dans 
l'épître adressée aux Romains, xvi, 23, l'Apôtre envoie à 
ceux-ci les salutations de Caïus, qui lui donna l'hospitalité, 
ainsi qu'à toute l'Église. C'est du moins ce qui ressort du 
texte grec; la Vulgate dit: Salulat vos Caius hospes meus 
et universa Ecclesia. On ne peut supposer qu'il soit ques- 
tion ici de toute l'Église chrétienne, ou même de l'Église 
de Corinthe, qui envoient leurs salutations ; elles l'avaient 
déjà fait plus haut, xvi, 16. Saint Paul vivait donc dans 
la maison de Caïus, et il y réunissait la communauté de 
Corinthe, pour instruire les chrétiens et célébrer les saints 
mystères en sûreté. Quelques interprètes l'ont confondu 
avec un des autres Gaïus nommés dans le Nouveau Tes- 
tament, mais il est impossible de savoir avec certitude 
ce qui en est. E. Jacquier. 

. CAJETAN (Thomas deVio), ainsi nommé du nom 
de Gaëte ou Cajète, petite ville du royaume de Naples, 
où il naquit le 20 février 1469 (le 25 juillet 1470, d'après 
Capici). Entré à quinze ans chez les Dominicains de 
Gaëte (1484), il étudia la théologie à Bologne, où il fit des 
progrès rapides dans les sciences sacrées, et fut reçu 
docteur en théologie, en 1494, à l'assemblée générale 
de l'ordre tenue à Ferrare. 11 enseigna la théologie pen- 
dant quelques années à Brescia, à Pavie et à Rome, 
et fut promu, en 1500, à la charge de procureur géné- 
ral de l'ordre. Élu général à l'âge de trente-neuf ans, 
sur la recommandation de Jules II (1508), et créé cardinal 
par Léon X (1517), il fut chargé par celui-ci d'une mission 
en Allemagne, pour faire entrer l'empereur Maximilien 
dans la ligue contre les Turcs et lui présenter l'épée bé- 
nite par le pape. Il devait aussi travailler à ramener Lu- 
ther à l'obéissance. Son insuccès sur ce point ne l'empê- 
cha pas d'être élevé, en 1519, au siège épiscopal de Gaëte. 
Après plusieurs autres missions accomplies sur l'ordre du 
pape, et notamment celle de légal en Hongrie d'Adrien VI 



(1523), il se fixa à Rome, où il commença seulement à 
s'appliquer spécialement à l'étude des Saintes Écritures. 
Préparé imparfaitement à ce genre de travaux, il y porta 
non seulement son inexpérience, mais encore ses habitudes 
d'esprit, ses tendances à l'originalité, son attrait pour les 
interprétations nouvelles et singulières. Méthode dange- 
reuse, qui devait ouvrir la voie à de regrettables excen- 
tricités. Distrait pendant quelque temps de ces travaux , 
à l'époque de la prise de Rome par l'armée impériale 
(1527), fait prisonnier et racheté au prix d'une rançon de 
cinquante mille écus romains, Cajetan reprit sa vie d'é^ 
tudes, qu'il n'interrompit plus jusqu'à sa mort (9 août 153i, 
selon d'autres 1535). 

Cajetan, devenu justement célèbre par ses opuscules 
théologiques, ses controverses avec les luthériens, sur- 
tout par ses commentaires sur la Somme de saint Tho- 
mas, mérite moins de renom pour ses travaux scriptu- 
raires, bien que parmi les exégètes de son temps il occupe 
incontestablement un des premiers rangs. Ses ouvrages 
exégétiques embrassent tous les livres de l'Ancien Testa- 
ment, excepté le Cantique des cantiques et les Prophètes 
(il commenta cependant les trois premiers chapitres 
d'Isaïe), et ceux du Nouveau Testament, sauf l'Apoca- 
lypse, parce que, comme il le dit lui-même, le sens 
littéral, le seul auquel il s'attachât, ne lui était pas clair. 
Dans le commentaire sur les Psaumes, composé le pre- 
mier, à Rome, en 1527, et publié à Venise en 1530, il 
se plaint que presque tous ceux qui ont commenté ce 
livre avant lui sont demeurés dans les interprétations 
mystiques, sans se préoccuper du sens littéral. In Psalmos. 
Epist. ad Clément. VII. Il y parle des secours qu'il a 
mis à profit, savoir: la version de saint Jérôme sur l'hé- 
breu, qu'il a comparée avec celle des Septante et avec 
quatre versions modernes faites sur l'hébreu. De plus, 
Cajetan , assez peu versé dans la connaissance de l'hé- 
breu et du grec, ce qu'il avoue lui-même, recourut à deux 
hébraïsants, l'un juif, l'autre chrétien, pour la traduc- 
tion des livres écrits en hébreu. In Psalm. Prœf., Opéra, 
Lyon, 1639, t. m, p. 1. Sa méthode de traduction était 
d'abord de chercher à résoudre lui-même les dillicultés 
à l'aide des dictionnaires, puis il interrogeait ces savants, 
recevait d'eux les différentes traductions possibles, soit 
en latin, soit en langue vulgaire, et choisissait celle qui 
lui paraissait s'harmoniser le mieux avec le contexte. Il se 
servit de même d'un helléniste pour la traduction des 
Septante et du texte grec du Nouveau Testament. Ce pro- 
cédé de traduction fit que Cajetan s'éloigna en de nom- 
breux passages de la version de saint Jérôme. Pour le 
Nouveau Testament en particulier, il dit, dans la préface 
de son commentaire sur saint Matthieu , qu'il corrige la 
Vulgate quand la pensée s'éloigne du grec; mais qu'en 
dehors de là il a conservé le texte de saint Jérôme, alors 
même que la traduction lui a paru défectueuse, excepté 
pour l'Évangile de saint Jean et l'Épitre aux Romains, 
dans lesquels il a corrigé toute traduction défectueuse, 
à cause de l'importance et de la difficulté de ces deux 
livres. Prœf. in Mattltœum, Opéra, t. iv, p. 1. Pour 
apprécier justement ces travaux, il faut se rappeler que 
l'exégèse, qui avait été. morale au temps des Pères et mys- 
tique au moyen âge, devenait au xvi e siècle, une exégèse' 
théologique et même critique. C'est avec le sentiment de 
cette évolution que Cajetan fit ses traductions et ses com- 
mentaires, sans parler de l'influence qu'eut certainement 
sur ses opinions la préoccupation des tendances et des 
besoins de la société savante de son temps. 

Dans l'année 1527 furent imprimés les commentaires 
sur l'Évangile de saint Matthieu, qu'il pense avoir été écrit 
en grec, comme l'avait dit Érasme, et sur saint Marc. Les 
commentaires sur les deux derniers Évangiles parurent 
l'année suivante, 1528, et furent suivis, en 1529, des com- 
mentaires sur les Actes, les Épîtres de saint Paul et les 
épîtres catholiques. Cajetan, comme Érasme, doute de la 
canonicité de l'Épitre de saint Jacques et de la première 



49 



CAJETAN 



CALAME 



50 



de saint Jean. Les commentaires sur l'Ancien Testament 
furent publiés pour la première fois entre les années 1531 
et 1534, sauf celui des Psaumes, paru en 1530 (réédité à 
Paris, en 1532), et celui d'Isaïe, interrompu par la mort de 
l'auteur après le troisième chapitre et publié en 1542. Il y 
eut de tous ces commentaires de nombreuses rééditions. 
Cajetan donna de plus, en douze chapitres, des explica- 
tions sur soixante -quatre passages détachés du Nouveau 
Testament. Elles ont été réunies par l'auteur en un vo- 
lume intitulé : Jentacula, hoc est prssclarissima pluri- 
morum notabilium sententiarum Novi Testamenti UUe- 
ralis expositio. Cajetan avait composé cet ouvrage pen- 
dant les loisirs de sa légation en Hongrie (1523-1524), 
et les avait appelés Déjeuners , par allusion au peu de 
temps dont il avait pu disposer pour méditer la Sainte 
Écriture, s'y donnant seulement « sans dresser la table, 
sans s'y installer ». Les Jentacula furent publiés après son 



scandale. Le résultat de ces Annotations fut la revision 
et la correction de plusieurs passages de Cajetan, dans 
l'édition de 1G39. 

Cajetan fut aussi attaqué par Melchior Cano, dans le 
traité De lotis theologicis , vu, 3-4, dans le Cursus théo- 
logies de Migne, 1. 1, col. 374-391, et par Dupin, Histoire 
des auteurs ecclésiastiques du xvi' siècle, Paris, 1713, 
p. 418. Au contraire , le dominicain Sixte de Sienne prit 
la défense de sou explication de Gen., i, 1, en repro- 
chant à son tour à Catharin de voir des difficultés où il 
n'y en avait pas. Bibliotkeca sacra, 1. v, Annotât, i, in-f°, 
Venise, 1566, p. 519. Richard Simon le défendit également 
dans son Histoire critique du Vieux Testament , 1. il, 
ch. xx; 1. m, ch. xn, 1685, p. 319, 320, 419-421 , contre 
le jésuite Gretser, Tractatus de novis translationïbus , 
cap. il, et contre Pallavicin , Historia concilii Tridentini, 
1. VI, cap. xviii, édit. de 1775, p. 234. 




16. — Scribes avec leur calame. Ghizéh. iv e dynastie. D'après Lepsius, Denkmaler, Abth. il, Bl. 11. 



retour à Rome près de Clément VII (1525), et plus tard 
à Paris (1526), à Lyon (1565) et a Douai (1613). 

On a reproché avec raison à Cajetan de s'être trop atta- 
ché au texte et aux annotations d'Érasme et des autres 
critiques contemporains , catholiques ou réformés. Un 
autre reproche est d'avoir fait trop peu de cas des inter- 
prétations des Pères. 11 enseigna, en effet, que si un nou- 
veau sens se présentait au commentateur comme plus con- 
forme à la lettre, en conformité d'ailleurs avec la doctrine 
de l'Église, on pouvait l'embrasser, quand même il aurait 
contre lui « le torrent des saints docteurs ». Prœfat. in 
quinque Mosaicos libros, Opéra, t. i (non paginée). Le car- 
dinal Pallavicin, en rapportant cette opinion, qu'il n'ose 
absolument repousser, dit qu'un bon nombre de théolo- 
giens et d'exégètes s'en sont émus. Il ajoute qu'elle n'a 
point été visée par les Pères du concile de Trente, qui ont 
seulement déclaré qu'on ne peut admettre une interpréta- 
tion tenue pour hérétique par les Pères , les papes et les 
conciles. Historia concilii Tridentini, 1. vi, cap. xvm, 
édit. de 1775, p. 234. Cependant le dominicain Ambroise 
Catharin, hardi et singulier lui aussi dans ses doctrines, 
dénonça les commentaires de Cajetan à la faculté de 
théologie de Sorbonne et en obtint une censure de seize 
propositions, tirées des commentaires sur les Évangiles. 
Cajetan se défendit eu montrant que ces assertions n'é- 
taient pas de lui, ou du moins qu'elles n'avaient pas le 
sens qu'on leur attribuait, ce qui n'empêcha pas Catha- 
rin, après la mort de Cajetan, de publier ses Adnota- 
tiones in excerpla qusedam de commentariis Cajetani, 
Paris, 1535, ouvrage rempli de critiques très aigres et de 
sévères accusations de témérité, d'erreur, d'hérésie et de 



Les commentaires de Cajetan ont été réunis et publiés 
à Lyon , en 1639 , 5 in - f°, sous le titre : Opéra omnia 
quotquot in Sacrée Scripturse exposilionem reperiuntur, 
cura et industria insignis collegii S. Thomse comple- 
ctensis. Cette édition est précédée de la Vie de Cajetan 
par J.-B. Flavius Aquilanus, son secrétaire particulier. 

Bibliographie. — Bellarmin-Labbe, Scriptores eccle- 
siastici, 1728, p. 540; Ekermann, Dissertatio de cardi- 
nale Cajetano, in-4°, Upsal, 1761 ; Fabricius, Bibliotheca 
médise rntatis , 1746, t. vi, p. 739-740; Quétif-Échard, 
Scriptores ordinis Prmdicatorum , 1719, t. il, p. 14-21, 
824; Touron, Histoire des hommes illustres de l'ordre 
de Saint-Dominique , 1747, t. iv, p. 1-26; Limburg, 
Kardinal Kajetan, dans la Zeitschrift fur catholische 
Théologie, 1880, t. iv, p. 239-279. P. Renard. 

CALAME (.hébreu: 'et; Septante: •/.àXay.o!.; Vulgate: 
calamus) , roseau dont on se servait et dont on se sert 
encore en Orient pour écrire. Les Arabes l'appellent *JJ\ 
qalam. — I. D'après quelques commentateurs, le sébét 
sôfêr, « bâton du scribe », dont parle Débora dans son 
cantique, Jud., v, 14, au sujet de Zabulon, ne serait pas 
autre chose que le roseau à écrire. Quoi qu'il en soit de 
cette interprétation, c'est le mot hébreu 'et qui corres- 
pond à calame. Il désigne dans plusieurs passages de 
l'Écriture un style ou instrument pointu en fer dont on 
se servait, comme du hérét, pour graver des caractères 
sur la pierre ou sur une matière dure; il est alors suivi 
du mot barzél, « fer, » Job, xix, 24; Jer., xvn, 1; mais, 
dans d'autres passages, il désigne certainement le roseau 
à écrire. Le 'et du scribe qui écrit rapidement, Ps. xi.v 



51 



CALAME 



52 



M 



(Vulgate, xliv), 2, est un calame, jonc ou roseau, car 
on ne pouvait écrire vite avec le style en fer, tandis que 
le roseau, creux et taillé comme une plume d'oie, ou 
bien le jonc dont le bout mâché forme pinceau, est 
propre à retenir l'encre et peut courir avec agilité en tra- 
çant des caractères sur le papyrus, le parchemin, etc. Le 
'et des scribes dont parle Jérémie, vm, 8, est aussi 
probablement le calame. Les Septante l'entendaient ainsi, 
puisqu'ils ont traduit 'et dans ce passage par <r/oïvoç, 
« jonc », se servant du mot par lequel Aquila a rendu le 
terme hébreu dans le Psaume xliv, 2. 
Voir J. F. Schleusner, Novus thésaurus 
philogico-criticus, 1821, t. v, p. 247. 
Ce qui est certain, c'est que son disciple 
Baruch se servait du calame pour écrire 
les prophéties que lui dictait son maître, 
puisqu'elles étaient écrites à l'encre. Jer., 
xxxvi, 18. Les Apôtres se servaient aussi 
du calame. IlIJoa., 13. — Dès une époque 
fort ancienne, les écrivains de profession, 
en Orient, portaient comme aujourd'hui 
à leur ceinture une écritoire contenant 
de l'encre, Ezech., ix, 2, 3, 11, et proba- 
blement aussi des joncs ou des roseaux 
taillés, dans un compartiment séparé. 
JA Voir S. Jérôme , In Ezech., ix, 2, t. xxv, 
col. 86-87; Epist. lxv ad Principiam, 
t. xxn, col. 627. 

Les Hébreux avaient dû prendre en 
Egypte l'habitude d'écrire avec le calame. 
Cet usage, inconnu dans la Chaldée 
primitive, la patrie d'Abraham, où l'on 
traçait sur l'argile les clous qui constituent 
l'écriture cunéiforme avec un poinçon à 
pointe triangulaire, était, au contraire, 
très répandu dans la vallée du Nil , qui 
produisait en abondance av.ec le papyrus 
cyperus, d'où l'on tirait la matière sur 
laquelle on écrivait, les joncs et les ro- 
seaux avec lesquels on traçait à l'encre 
noire ou rouge les caractères hiérogly- 
phiques, hiératiques ou démotiques. On 
voit un grand nombre de calâmes repré- 
sentés sur les monuments, et l'on en a 
trouvé aussi dans les tombeaux. Les 
scribes apparaissent souvent avec le pin- 
ceau à la main ou sur l'oreille (fig. 16), 
comme les décrit Clément d'Alexandrie, 
Strom., vi, 3, t. IX, col. 253 : « Le scribe 
sacré, dit-il, a dans sa main le livre et 
Fig. 17. k* palette (xavovot), qui contient l'encre et 

Calâmes dans I e J onc ave c lequel il écrit. » Le musée 
une palette égyptien du Louvre (armoire X) possède 
de scribe. plusieurs palettes, la plupart en bois, 

quelques-unes en ivoire et en pierre, 
dans lesquelles sont creusés les godets où l'on détrem- 
pait l'encre sèche avec de l'eau; il s'y trouve aussi une 
sorte de casier pour mettre les calâmes, que plusieurs 
conservent encore, comme celle du scribe Pai (xvin e ou 
xix e dynastie) que nous reproduisons ici (fig. 17). 

Dans leurs guerres contre les Égyptiens ou dans leurs 
rapports avec les populations de l'Asie antérieure, les 
Assyriens et les Chaldéens apprirent aussi à se servir de 
calâmes, dans les cas où l'emploi de la tablette d'argile, 
qui resta comme leur papier ordinaire, n'était point d'un 
usage pratique. Nous avons la preuve du fait dans un 
bas-relief assyrien où nous voyons un scribe écrivant 
avec un calame (fig. 18). C'est d'une manière analogue 
que pendant le fameux festin de Balthasar la main me- 
naçante devait écrire sur les murs de la salle du festin 
les paroles mystérieuses: Mane, Thecel, Phares. Dan., 
v, 5-25. 
II. Les écrivains du Nouveau Testament écrivirent natu- 



4Î 



in 



n 



rellement les Évangiles et les Épitres à la manière gréco- 
romaine, c'est-à-dire avec des calâmes de roseau. 111 Joa., 
13. Cf. III Mach., iv, 20; Pesachim, f. 57. Il y avait déjà à 
leur époque quelques calâmes artificiels en métal ou en 
matières précieuses. Voir H. Bender, Rom und rômisches 
Leben im Alterthum, 2 e édit., in-8°, Tubingue, 1893, 
p. 349. Le musée d'Aoste en possède un en bronze. 
Ed. Aubert, La vallée d'Aoste, in-4», Paris, 1860, p. 191- 
192. Dans l'Anthologie palatine, vi, 227, édit. Didot, 
t. i, p. 200, le poète Crinagore envoie à Proclus, un de 
ses amis, pour l'anniversaire de sa naissance, un ca- 
lame d'argent. Mais c'étaient des objets de luxe qui ne 
furent jamais à l'usage des Apôtres. Ils se servaient de 




18. — Scribes assyriens inscrivant les têtes des ennemis tués» 
D'après Layard, Nineveh and its Bemains, t. n, p. 184. 

simples roseaux taillés, semblables à celui qu'on a trouvé 
à Herculanum dans un papyrus et qui est conservé au- 
jourd'hui au musée de Naples (fig. 19), et tel que ceux 
que l'on voit si souvent représentés dans les fresques de 
Pompéi (fig. 20). Ils sont formés de la tige de Yarundo 
donax, variété du rotang ou rotin. C'est pour cela que 
dans les épigrammes grecques SôvocS et itàXa^o? désignent 
l'instrument à écrire. On récoltait les plus estimés de ces 
roseaux en Egypte, aux environs de Memphis : 

Dat chartis habiles calamos Memphitica tellus , 

dit Martial, xiv, 38, 1, et sur le territoire de Cnide, 
ville de l'ancienne Carie. « Arrêtons là, dit Ausone, 
Epist., xvn, 49, édit. Teubner, 1886, p. 252, le roseau. 



19. — Roseau taillé trouvé à Herculanum. Musée de Naples. 

de Cnide au pied fourchu, qui va dessinant sur la sur- 
face de la page aride les traits noirâtres des filles de- 
Cadmus, » c'est-à-dire les traits des lettres. On vantait 
encore ceux qui entouraient le lac Anaïtique, dans la 
grande Arménie, le lac d'Orchomène et la fontaine Aci- 
dalie dans la Béotie. Pline, H. N., xvi, 36 (64, 1. 157). Un 
édit de Dioclétien récemment découvert fixe le prix des 
différentes espèces de calâmes. Ce sont ceux d'Egypte 
qui sont taxés le plus cher. Journal of Hellenic Studies, 
1890, t. xi, p. 318 et 323. Ces roseaux étaient taillés abso- 
lument comme le sont encore aujourd'hui les plumes 
d'oie, ainsi qu'on en peut juger par les échantillons re- 
produits plus haut. On se servait pour tailler les roseaux 
d'un canif pareil aux nôtres, appelé en latin scalprum, 
Tacite, Ann., v, 8; Suétone, Vitellius, 2; et en grec r.a),a- 
u.6fXuso;, Etymol. magn. (1848), 485, 35. A l'aide du 
canif, on taillait le petit roseau en pointe, et on le fen- 
dait par le bout. Anthol. palat., vi, 64, 65, t. I, 
p. 168, 169. Après s'être servi du calame, on le renfer- 
mait dans un étui. Pour le rafraîchir, on se servait d'une 



53 



CALAME — CALASIO 



54 



petite lime ou d'une pierre ponce. Anthol. palat., vi, 
68, t. i, p. 170. Ibn-el-Bawab, poète et calligraphe 
arabe du v* siècle de l'Hégire, donne aux scribes les 
conseils suivants : « vous qui désirez posséder dans 
sa perfection l'art d'écrire et qui avez l'ambition d'excel- 
ler dans la calligraphie, choisissez d'abord des qalams 
droits , solides et propres à produire une belle écriture , 
— et lorsque vous voudrez en tailler un, préférez celui 
qui est d'une grosseur moyenne. — Examinez ses deux 



quatre cents espèces. Les Hébreux ont donc certainement 
connu la calandre et le ver palmiste. Cependant les 
Livres Saints n'en font aucune mention bien certaine, 
quoique divers commentateurs aient cru la reconnaître, 
soit dans le gâzâm, soit dans le selâsâl. Mais 1° il est 
probable que le gâiàm est une espèce de sauterelle. 
Joël, i, 4; h, 25; Am., iv, 9. Wood, Bible animais, 
Londres, 1884, p. 030. 2° Moïse dit, en menaçant des ven- 
geances divines son peuple infidèle : « Le selâsâl (qerî) 




Calâmes et instruments divers pour écrire. Fresques de Pompé], Museo Borbonico, t. i, pi. 12. 



extrémités et choisissez, pour la tailler, celle qui est la 
plus mince et la plus ténue. — Placez la fente exacte- 
ment au milieu , afin que la taille soit égale et uniforme 
des deux côtés. — Après que vous aurez exécuté tout cela 
en homme habile et connaisseur en son art, — appli- 
quez toute votre attention à la coupe, car c'est de la coupe 
que tout dépend. » Spire Blondel, Les outils de l'écri- 
vain, in-12, Paris, 1890, p. 76. — La plume à écrire propre- 
ment dite, c'est-à-dire la plume d'oiseau, est mention- 
née pour la première fois au vn e siècle par saint Isidore 
de Séville, Etymol.,vi, 14, 3, t. lxxxii, col. 241. — Voir 
L. Low, Graphische Requisiten und Erzeugnisse bei den 
Juden, 2 in-8°, Leipzig, 1870-1871, 1. 1, p. 174; E.A.Steg- 
lich, Skizzen ùber Schrift- und Bùcherwesen der Hebrâer 
zw Zeit des alten Bundes, in-4°, Leipzig, 1876, p. 10; 
R. Raab, Die Schreibmaterialien , in -8°, Hambourg, 
1888, p. 107. F. Vigouroux. 

CALANDRE. C'est un insecte de l'ordre des coléop- 
tères tétramères et de la famille des rhyncophores , à la- 
quelle appartiennent aussi les charançons, les bruches, etc. 
On connaît surtout, dans nos contrées, la calandre du blé 
et la calandre du riz, dont les larves dévorent l'intérieur 
des grains entassés dans les greniers, et causent de grands 
ravages. En Orient, on rencontre fréquemment la calandre 
palmiste, calandra ou curculio palmariim, qui atteint 
jusqu'à trois ou quatre centimètres de longueur (fig. 21). 
L'animal a le rostre long, les élytres d'un noir mat et pro- 
fondément striées, les pattes robustes, le corps d'un noir 
velouté, le corselet ovalaire, rétréci en avant et arrondi 
en arrière. Il marche lentement et se cramponne au corps 
qui le soutient. La larve de la calandre, ou ver palmiste, 
est très grosse. Elle est d'un blanc sale. Elle vit dans les 
troncs de palmiers, dont elle dévore la matière féculente. 
Au moment de sa transformation, elle se fabrique une 
coque avec les filaments du bois de palmier. Dans certains 
pays, on fait griller le ver palmiste et on le considère 
comme un mets très délicat. — Les coléoptères abondent 
en Palestine, où les naturalistes en ont compté plus de 



dévorera tous les arbres et les fruits de ton sol. » Deut., 
xxviii, 42. La calandre ou le ver palmiste sont- ils dési- 
gnés par le mot selâsâl? On peut en douter. Ce mot si- 
gnifie « tintement », et suppose par conséquent un animal 
qui produit un certain bruit en se mouvant, comme la 
sauterelle, le criquet, le grillon, etc. Un pareil nom ne 
peut guère convenir à la calandre ni au ver palmiste. 




21. — La calandre palmiste. 

Onkelos et la Peschito rangent le selâsâl parmi les sau- 
terelles. Les Septante traduisent ce mot par ipuo-ië?] et la 
Vulgate par rubigo, « rouille » du blé. H. Lesëtre. 

CALANO (hébreu : Kalnô; Septante : Xotiâvi]), ville 
ainsi nommée dans Isaïe, x, 9. Elle est appelée ailleurs 
Chalanné. Voir Chalanné. 

CALASIO (Marius de), frère mineur, ainsi nommé 
du lieu de sa naissance, voisin de la ville d'Aquila, dans 
les Abruzzes, finit par être simplement appelé Calasius 
dans les écrits des savants. Il naquit en 1550, et mourut 



55 



CALASIO — CALEB 



56 



à Rome en 1620. Il s'appliqua de bonne heure à l'étude 
de l'hébreu, et en acquit une connaissance si extraor- 
dinaire, que Paul V le fit venir à Rome pour l'ensei- 
gner, lui donna le titre de maître général d'hébreu et 
les privilèges ordinairement concédés aux docteurs ; la 
confiance de ce pape s'étant ensuite accrue par la vue 
des vertus de ce digne religieux, il le choisit pour confes- 
seur, et l'admit fréquemment dans sa familiarité. Le 
P. Calasio enseigna l'hébreu au couvent de Saint-Pierre 
in Montorio et à celui de l'Aracœli. Arrivé à sa dernière 
heure, il se fit lire la passion du Sauveur, puis se mit à 
chanter des psaumes en hébreu, et rendit son àme à Dieu 
le 1 er février '1620. -On a de lui: 1° Canones générales 
linguse sanctse, in -4°, Rome, 1616; 2° Dictionnarium 
hebraicum, in -.4°, Rome, 1617; 3° Concordantise sacro- 
rum Bibliorum hebraicorum , 4 in-f°, Rome, 1622; 
Londres, 1747. Dans cet ouvrage, qui a rendu son auteur 
célèbre , Calasio donne aussi les concordances chal- 
daïques des livres d'Ësdras et de Daniel, puis les racines 
chaldaîques, syriaques, arabes et rabbiniques, avec leurs 
dérivés et le rapport qu'elles ont avec l'hébreu , leur tra- 
duction latine de la Vulgale et la traduction grecque des 
Septante, etc. Cette Concordance a pour base celle de 
Rabbi Nathan, imprimée à Venise, en 1523, et à Bâle, 
en 1581. Calasio y travailla pendant quarante ans, avec 
l'aide d'autres savants; il mourut en 1620, avant que son 
œuvre fût publiée. Elle parut l'année suivante, sous les 
auspices et aux frais du pape. L'édition de Londres, 
publiée par \V. Romaine, est inférieure à l'édition ita- 
lienne, quoique Brunet, dans le Manuel du libraire, 
1860, t. i, col. 1469,- dise le contraire. 

P. Apollinaire. 

CALCÉDOINE (Septante : -/aXxïjowv, Apoc, xxi, 19; 
Vulgate : chalcedonius). 

I. Description. — Cette pierre précieuse est une va- 
riété de l'agate. Elle comprend tous les silex d'une cou- 
leur laiteuse, parfois même si incertaine qu'ils restent 
diaphanes. Cette nébulosité est nuancée des teintes les 




22. 



Calcédoine zonée. 



plus variées, quelquefois disposées- en lignes concen- 
triques, d'où le nom de calcédoine zonée (fig. 22). Son 
nom lui vient probablement de Chalcédoine , en Bithynie, 
d'où on la tirait dans l'antiquité. Sous le mot aklidonia , 
qalqadenion qui la désigne en arabe, on reconnaît 
également le -/aXxrjSwv antique. — Cette pierre se trouve 
en masses globuleuses dans les cavités de certaines 
roches; on doit faire remarquer que les formes qu'elle 
revêt dans cette occasion ne lui sont pas particulières. 
C'est un produit neptunien, car on en a trouvé des for- 
mations dans les anciens conduits romains des bains 
de Plombières. Sa pesanteur spécifique est 2,6. Elle 
comprend les variétés suivantes : saphirine, bleuâtre; 
plasma, verdâtre; enhydre, dans laquelle remuent des 
gouttes d'eau retenues dans la masse; stigmite ou gemme 
de Saint -Etienne, piquetée de taches rouges. Le girasol 
est une sorte de calcédoine; la calcédoine hydrophane 



tire son nom de la propriété qu'elle a de devenir plus 
translucide quand elle est plongée dans l'eau. — Autre- 
fois on tirait la calcédoine seulement de l'Asie, en 
particulier de la province de Peim, où Marco Polo l'a 
trouvée, et d'Afrique ; on la rencontrait également en 
Egypte aux environs de Thèbes, et dans le pays des Nasa- 
mons, d'après Pline, H. N., xxxvii, 30. Mais elle existe 
aussi dans l'Europe centrale,' en Saxe, en Bohême, en 
Silésie, en Moravie. — On s'en sert pour graver des ca- 
mées et des intailles. L'annulus pronubus, conservé 
d'abord à Chiusi chez les l'ranciscains , puis transporté 
à Pérouse au xv» siècle, et qu'on disait avoir été donné 
comme anneau de fiançailles par saint Joseph à la sainte 
Vierge, avait comme chaton une calcédoine. — Jusqu'à 
présent on supposait que les anciens n'avaient pas em- 
ployé le mot yaXy.rfiûrj pour désigner la calcédoine; on le 
trouve cependant cité sous la forme xttlyrfiôvio; , dans 
Astrampsychus, auteur du n 8 siècle de notre ère, édité 
par le cardinal Pitra, Spicilegium Solesmense, t. m, 1855, 
p. 393. Mais toute l'antiquité a confondu le chalcedonius, 
avec le charchedonius , espèce de carbunculus ou escar- 
boucle. Cornélius a Lapide, Commentaria in S. Scri- 
pturam, édit. Vives, t. xxi, p. 386-388, et bon nombre 
d'interprètes s'y sont mépris et ont regardé le chalcedo- 
nius comme une sorte de rubis ou escarboucle. Pline, 
H. N., xxxvii, 25 et 30, distingue ces deux pierres, mais 
leur donne le même nom charchedonius , c'est-à-dire 
« pierre de Carthage » , parce que celte ville en était le 
principal entrepôt. Le moyen âge a augmenté la confu- 
sion en ajoutant à ces deux noms celui de -^eXiSôvtoç, 
pierre d'hirondelle, qui sous le nom de cassidoine a été 
souvent pris pour la calcédoine. — Voir Ch. Barbot, Guide 
pratique du joaillier ou Traité des pierres précieuses , 
nouv. édit. revue parCh. Baye, in-12, Paris, 1888, p. 59; 
E. Jeannettaz et E. Fontenay, Diamants et pierres pré- 
cieuses, in -8», Paris, 1881, p. 303, 306, 307, 367. 

F. DE MÉLY. 

IL Exégèse. — D'après l'Apocalypse, xxi, 19, la calcé- 
doine occupe la troisième place dans les fondations de la 
Jérusalem céleste. Les douze pierres fondamentales de 
cette sainte cité rappellent les douze pierres du rational, 
marquées au nom des douze tribus d'Israël; sur les 
douze pierres fondamentales sont également inscrits les 
noms des douze Apôtres. Apoc, xxi, 14. Les interprètes 
ont souvent cherché à déterminer l'apôtre représenté par 
chacune de ces pierres précieuses. D'après les uns, la 
calcédoine représenterait l'apôtre saint André; d'autres y 
voient saint Jacques le Majeur. Cornélius a Lapide, loc. 
cit., p. 387. Mais saint Jean ne donne ici aucune indica- 
tion pouvant servir de base à une détermination. Il est 
peut-être plus sage de voir d'une manière générale, dans la 
diversité de ces pierres, « les dons divers que Dieu a mis 
dans ses élus et les divers degrés de gloire. » Bossuet, 
Apocalypse , dans ses Œuvres, édit. Vives, t. il, p. 580. 
— Il importe de remarquer que pour un bon nombre 
d'auteurs, le xaXxr.Stiv de saint Jean ne serait pas la cal- 
cédoine , mais plutôt un xap-/7|8râv , charchedonius ou 
escarboucle. J. Braun, De vestitu Sacerdotum hebrœo- 
rum, in-8° ; Leyde, 1680, p. 662. Il est vrai qu'il n'y a 
qu'un seul manuscrit pour cette variante; mais on doit 
prendre garde que des douze pierres fondamentales de la 
Jérusalem céleste la calcédoine serait la seule qui ne se 
retrouverait pas parmi les pierres du rational, Exod., xxvm, 
17-20; à sa place on voit précisément le nôfék, ou escar- 
boucle. Voir Escarboucle. E. Levesque. 

CALEB. Hébreu : Kdlêb, « chien, aboyeur; » Septante: 
XaXÉë. Nom de deux Israélites. La Vulgate a un troisième 
Caleb dont le nom ne s'écrit pas de la même manière que 
les deux précédents en hébreu. 

1. CALEB, fils de Jéphoné, de la tribu de Juda. 
Num.,xm, 7; xiv, 6, 24, 30. Il est appelé le Cénézéen, 



:5? 



CALEB 



58 



Num., xxxii, 12; Jos., xiv, 6, 14, probablement parce que 
quelqu'un de ses ancêtres portait le nom de Cénez. On ne 
trouve pas toutefois ce nom de Cénez, non plus que celui 
de Jéphoné, dans les listes généalogiques de I Par., n; 
mais il n'y a en cela rien d'étonnant, ces listes n'étant 
pas complètes. Certains interprètes, invoquant arbitrai- 
rement Gen., xxxvi, 11, 15, 20, et I Par., n, 50, 52, et 
relevant en outre quelques expressions de Jos., xiv, 14; 
xv, 13, ont pensé que Caleb pourrait bien être un Iduméen, 
descendant de Cénez. Gen., xxxvi, 11, 15. A. C. Hervey, 
dans Smith's Dictionary of the Bible, 1863, t. i, p. 242, 
rattache cette hypothèse à la théorie d'après laquelle on 
expliquerait par l'accession de familles étrangères le 
nombre prodigieux qu'avait atteint la population Israélite 
à l'époque de l'exode; cf. de Broglie, Les nouveaux his- 
toriens d'Israël, Paris, 1889, p. 48, et A.-J. Delattre, Le sol 
en Egypte et en Palestine, dans les Éludes religieuses, 
novembre 1892, p. 399. Il faudrait ainsi compter Caleb 
et les autres descendants de l'Iduméen Cénez parmi ces 
étrangers incorporés à la nation choisie de Dieu. Quoi 
qu'il en soit en principe de cette théorie de l'agrégation 
des étrangers au peuple d'Israël, elle n'a pas d'application 
ici. On ne saurait alléguer aucune raison sérieuse pour 
prouver que Caleb n'était pas Israélite d'origine, tandis 
que, au contraire, d'importants détails de son histoire 
supposent en lui un descendant de Jacob, par exemple : 
son rang illustre dans la tribu de Juda, la première en 
Israël, cf. Gen., xlix, 8, 10; Num., n, 3, 9; vu, 12; le 
choix qu'on fait de lui comme explorateur dans le pays 
de Chanaan ; son attitude énergique vis-à-vis de ses com- 
pagnons au retour de cette expédition, etc. Num., xm, 
3, 4, 7. Cf. Num., xxxiv, 17, 19. 

C'est à l'occasion de cette mission dont il fit partie que 
l'Écriture nous parle pour la première fois de Caleb. Elle 
raconte comment, ayant d'entrer dans le pays de Cha- 
naan, Moïse, se conformant en cela au désir du peuple, 
Deut., i, 22, en même temps qu'à l'ordre de Dieu, prit 
dans chaque tribu un espion ou plutôt un explorateur, 
choisi parmi les chefs. Num., xm, 3, 4. Or Caleb fut 
l'élu de la tribu de Juda. Num., xm, 7. Il fit voir au 
retour de l'expédition combien il était digne de la con- 
fiance que Moïse lui avait témoignée en le choisissant. 
En effet, lorsque, revenus à Cadèsbarné, où Israël était 
campé, les autres espions, sauf Josué, effrayèrent le peuple 
et «firent fondre son cœur », Jos., xiv, 8, en exagérant 
les difficultés de la conquête de Chanaan, Caleb essaya 
d'apaiser le murmure excité par ce rapport contre Moïse 
et d'encourager les Israélites. Num., xm, 29-31. Ses pre- 
miers efforts étant restés infructueux, grâce à l'insistance de 
ses compagnons et à leurs nouvelles exagérations, qui pro- 
voquèrent un redoublement de murmures, Caleb en éprouva 
la plus profonde douleur, et, secondé par Josué, il adressa 
la parole à l'assemblée des enfants d'Israël. Il rétablit la 
vérité et leur montra l'excellence de la terre de Chanaan 
et la facilité qu'il y aurait à en faire la conquête. Mais 
les clameurs du peuple s'élevèrent contre lui, et on allait 
le lapider avec Josué, lorsque l'apparition « de la gloire 
de Dieu sur le tabernacle » vint les sauver. Num., xm, 
31 -xiv, 1-10. Le Seigneur loua « son serviteur Caleb, qui 
était rempli d'un autre esprit [que le reste de la multi- 
tude] », Num., xiv, 24, et le récompensa doublement de 
son courage et de sa fidélité. Cf. I Mach., n , 56. D'abord 
il l'excepta, ainsi que Josué, de la terrible sentence portée 
contre le peuple, en punition de sa révolte, et en vertu 
de laquelle tout Israélite âgé de plus de vingt ans au der- 
nier recensement fut condamné à ne pas entrer dans la 
Terre Promise. Num., xiv, 22-24, 29-30, 38. Dieu promit 
en second lieu à Caleb une portion de choix dans la terre 
de Chanaan, pour lui et pour sa postérité. Cette part, 
promise d'une manière générale, Num., xiv, 24, et Jos., 
xiv, 9, est clairement indiquée, Jos., xiv, 12-14; xv, 
13-15 ; c'étaient les districts d'Hébron et de Dabir, au sud 
de la Palestine, région qui portait encore plusieurs siècles 



plus tard le nom de Caleb. I Reg., xxx, 14. Hébron dé- 
signe ici le territoire et non la ville même; celle-ci fut 
donnée aux enfants d'Aaron comme ville sacerdotale et 
cité de refuge. Jos., xxi, 13; I Par., vi, 55-56. 

On pourrait, non sans raison, cf. Jos., xiv, 10-11, voir 
une troisième récompense accordée par Dieu à Caleb 
dans la vigueur juvénile qu'il lui conserva jusque dans 
une vieillesse assez avancée. Non seulement Caleb avait 
survécu aux Israélites qui étaient morts avant d'entrer 
dans la Terre Promise , mais il avait encore conservé 
toutes les forces de l'âge mûr. Aussi parle-t-il avec un 
sentiment de reconnaissance mêlé de fierté de ses quatre- 
vingt-cinq ans, qui lui permettent de combattre aussi 
vigoureusement qu'il le faisait à quarante ans. Jos., xrv, 
10-11; Eccli., xlvi, 11. Confiant dans cette vaillance et 
surtout dans la promesse de Dieu, Jos., xiv, 12, il de- 
manda à Josué et obtint d'aller combattre les habitants 
de la région qui lui était dévolue. Jos., xrv, 6-15. Il prit 
Hébron et « extermina de cette ville les trois fils d'Énac, 
Sésaï, Ahiman et Tholmaï, de la race d'Énac ». Jos., xv, 14. 
La prise de Dabir, qu'il attaqua ensuite, offrit sans doute 
des difficultés particulières, puisqu'il crut devoir pro- 
mettre la main de sa fille Axa à celui qui s'emparerait 
de cette ville. Cf. I Reg., xvo, 25, et I Par., xi , 6. 
Elle fut prise par Othoniel, frère de Caleb, d'après la 
Vulgate; ou son neveu, d'après les Septante, Jud., i, 13; 
m, 9; ou son parent à quelque autre degré, comme 
le pensent certains interprètes. Othoniel devint ainsi le 
gendre de Caleb. L'histoire de Caleb se termine par le 
récit gracieux du don qu'il fit à Axa d'une terre fertile 
demandée par celle-ci comme complément de sa dot. Jos., 
xv, 18-19. 

L'Écriture nous a laissé peu de détails sur Caleb ; 
néanmoins il est resté dans l'histoire sainte comme l'une 
des grandes figures des temps primitifs d'Israël. Il fut 
avant tout un homme de foi, plein de confiance dans 
l'appui et les promesses du Seigneur ; si ardent fut son 
zèle pour la gloire de Dieu , qu'il déchira ses vêtements 
en voyant son peuple refuser de suivre les glorieuses 
destinées auxquelles l'appelait la Providence. Num., xrv, 6. 
Sincère et loyal , son amour de la vérité lui fit tenir 
tète, au péril de sa vie, à tout un peuple révolté, et il 
prouva dans cette circonstance que le courage civique 
allait de pair chez lui avec le courage militaire. Enfin 
le dernier trait que la Bible rapporte de Caleb et que 
nous venons de rappeler complète sa physionomie en 
nous faisant voir en lui, à côté du patriote et du guer- 
rier, un père tendre et débonnaire. Jos., xv, 18-19. "Voir 
Axa. E. Palis. 

2. CALEB, fils d'Hesron, descendant de Juda et pro- 
bablement ancêtre du précédent (Caleb 1). I Par., n, 
9, 18, 42, 48, 50. Il est appelé aussi Calubi (hébreu r 
Kelûbâï). I Par., n, 9. Il épousa d'abord Azuba, dont il 
eut Jérioth. I Par., n, 18. Après la mort d'Azuba, il prit 
pour femme Éphrata , dont il eut un fils, Hur. I Par., 
n, 19. Ce chapitre des Paralipomènes donne en outre sa 
postérité par Mésa, f. 42; puis par deux femmes de 
second rang, Épha, f. 46-47, et Maacha, y. 48-49, et 
sa descendance par Hur, le premier-né d'Éphrata. y . 50. 
Dans ce dernier verset, le texte hébreu est incorrect : 
« Voici les fils de Caleb, le fils de Hur, premier-né 
d'Éphrata... » Caleb n'est pas le fils de Hur, mais bien 
son père. I Par., n, 19. On a voulu distinguer, mais sans 
raison suffisante, un autre Caleb, fils de Hur, et par con- 
séquent petit- fils du Caleb époux d'Éphrata. On a pro- 
posé aussi de lire sans tenir compte de la ponctuation : 
« Voici les fils de Caleb : le fils de Hur, premier -né 
d'Éphrata, [sous-entendu : était] Sobal. » Mais il est plus 
simple, en s'appuyant sur les Septante et la Vulgate, 
de voir une faute de copiste dans le texte hébreu, et de 
lire >:r, benê Hûr, au lieu de p, bén Ifûr. On aurait 
alors : « Voici les fils de Caleb : les fils de Hur, pre- 



59 



CALEB — CALEÇON 



60 



mier-né d'Éphrata, sont Sobal, etc. » Caleb avait une 
fille du nom d'Achsa (hébreu : 'Aksâh, t. i, col. 148), 
qu'il ne faut pas confondre avec Axa (hébreu : 'Aksâh), 
fille de Caleb, le contemporain de Josué. D'après la Vul- 
gate, I Par., h, 24, ce n'est qu'après la mort d'Hesron 
que Caleb épousa Éphrata ; le texte hébreu a un sens tout 
dilférent et prend Caleb -Éphrata pour un nom de ville. 
Voir Caleb -Éphrata. E. Levesque. 

3. CALEB (hébreu: Kelûb; Septante : Xa)ig), frère 
de Sua et père de Mahir de la tribu de Juda. I Par., 
iv, 11. Ce Caleb, dont le vrai nom est Kelûb, n'a rien 
de commun par sa parenté ni avec le fils de Jéphoné 
ou Caleb 1, ni avec le fils d'Hesron ou Caleb 2. 

E. Levesque. 

4. CALEB (LE MIDI DE) (hébreu : négéb Kâlêb; Sep- 
tante : vôtoç XEXoùê), partie du Négéb ou « midi » de la 
Palestine occupée par Caleb et ses descendants. I Reg., 
xxx, 14. Caleb, en effet, comme récompense de sa con- 
duite au moment de l'exploration de la Terre Promise, 
Num., xiv, reçut en partage le district montagneux d'Hé- 
bron avec ses villes fortes. Jos., xiv, 12-14; xv, 13. Plus 
tard, la ville elle-même avec ses faubourgs fut donnée 
aux prêtres, Jos., xxi, 10-11; I Par., vi, 55; mais « ses 
champs et ses villages » restèrent la possession de Caleb, 
Jos., xxi, 12; I Par., VI, 56, dont le territoire devait s'é- 
tendre dans un certain rayon autour d'Hébron, puisqu'un 
de ses descendants, Nabal, avait ses terres sur le Carmel 
de Juda, aujourd'hui El-Kourmoul, à quatorze kilomètres 
environ au sud A'El-Khalil (Hébron). Cette contrée 
est mentionnée, I Reg., xxx, 14, avec le côté méridional 
du pays philistin, à propos d'une invasion des Amalé- 
cites, dont l'intention était de ravager tout le sud de 
Chanaan. A. Legendre. 

5. CALEB-ÉPHRATA (hébreu : Kâlêb Éfrâtâh; Sep- 
tante : XaXïê ùi 'Eçpa6i), nom de l'endroit où mourut 
Hesron, père de Caleb, suivant le texte hébreu de I Par., 
Il, 24. Ce verset est des plus obscurs, et l'on se demande 
si le sens primitif n'en serait pas mieux conservé dans 
les versions grecque et latine que dans le texte original. 
Ce dernier, en effet, doit se traduire ainsi : « Et après la 
mort d'Hesron à Caleb -Éphrata (nrnsN abD3, be-Kâlêb 

'Éfrâtâh), la femme d'Hesron, Abiah, lui enfanta Ashur, 
père de Thécué. » Quel peut être le lieu où s'éteignit le 
descendant de Juda avant la naissance de ce fils? On 
trouve, I Reg., xxx, 14, une contrée du sud de la Pales- 
tine , dans les environs d'Hébron , indiquée sous le nom 
de Caleb ou « midi de Caleb ». Voir Caleb 4. D'un autre 
côté, Bethléhem s'appelait autrefois Éphrata. Gen., xxxv, 
19; xlviii, 7. Éphrata est aussi le nom d'une femme de 
Caleb, qu'il épousa après la mort d'Azuba. I Par., u, 19. 
De là on a supposé que la partie nord du territoire qu'il 
possédait, lui ayant été apportée en dot par cette seconde 
femme ou se trouvant aux environs de Bethléhem , avait 
reçu sa dénomination de l'une ou de l'autre de ces cir- 
constances. Ce serait pour quelques-uns la ville même 
de Bethléhem. J. Fûrst, Rebrâisches Handwôrterbuch , 
Leipzig, 1876, t. i, p. 593; Keil, Biblischer Comrr.entar, 
Chronik, Leipzig, 1870, p. 45. Mais d'abord, outre sa 
composition singulière, ce nom de Caleb - Éphrata ne se 
rencontre nulle part ailleurs, dans aucun livre sacré ou 
profane. Ensuite Hesron a dû mourir en Egypte, où au- 
cune localité n'avait pu recevoir une pareille appellation. 
— Les versions syriaque et arabe portent : « dans la terre 
de Chaleb en Éphrath. » Les Septante et la Vulgate font 
soupçonner que le texte hébreu a été corrompu. Les pre- 
miers, en effet, ont ainsi traduit notre verset : « Et après 
la mort d'Hesron, Caleb vint à Éphrata (yJXOî Xa).èo d; 
'Eypa6â); et la femme d'Hesron [était] Abia, et elle lui 
enfanta... » Ils ont donc lu : nrnss sb: ns, bâ' Kâlêb 
'Éfrâfâh, au lieu de: nmsN abîa, be-Kâlêb 'Éfrâtâh. 



Ce ne serait pas du reste la première fois que les copistes 
auraient omis I'n, a, de m, bâ' ; les massorètes en sont 

témoins en corrigeant --,2 , bâgâd, Gen., xxx, 11, par le 

Qeri, il N3 , bâ' gâd, « le bonheur est venu. » Telle est 

la remarque de C. Houbigant, Biblia hebraica, Paris, 
1753, t. ni, p. 560. Malgré cela, on peut se demander 
encore ce que signifie ce voyage de Caleb d'Egypte en 
Chanaan. — L'auteur de la Vulgate a lu bâ' , comme les 
Septante ; mais il applique ce mot à la consommation du 
mariage de Caleb avec Éphrata. Il y a cependant ici une 
difficulté grammaticale : le verbe NÏ3 , bô', employé dans 
ce sens, doit être suivi de la préposition *w, 'êl. Cf. Gese- 

nius, Thésaurus, p. 184. Nous en avons un exemple dans 
le même chapitre, f. 21 : bâ' Ifesrôn 'él-bat-Mâklr, 
« Hesron s'approcha de la fille de Machir. » Force nous 
est de rester dans les conjectures et de laisser la question 
non résolue. A. Legendre. 

CALEÇON (hébreu : miknâs, de kânas, « envelop- 
per; » Septante: TisptaxeXfi; Vulgate: feminalia, Exod., 
xxvin, 42 ; xxxix, 27 [hébreu, 28] ; Lev. , vi , 10 [hébreu, 3] ; 
xvi,4; Eccli.,XLV, 10 (femoralia); Ezech.,XLiv, 18 l, sorle 
de ceinture enveloppant le milieu du corps et la partie 
supérieure des jambes. Chez les Romains, ce vêtement 
était appelé subligacula , cinctoria, lumbaria, constri- 
ctoria, collectoria. Les raisons de décence qui le firent 
adopter remontent à la déchéance du premier homme. 
L'usage bientôt adopté parmi les hommes de tuniques 
couvrant tout le corps jusqu'à mi -jambes empêcha que 
le caleçon ne devint un vêtement commun. En fait, dans 
l'Écritu— , rien n'indique que le peuple hébreu l'ait em- 
ployé ordinairement, et ce qui est dit dans la Genèse, ix, 




23. — Caleçons égyptiens. Serviteurs portant des offrandes. — 
Le premier à gauche et celui du milieu sont de la IV e dynas- 
tie. Gliizéh. Celui de droite est de la xvm e dynastie. Thèbea. 
D'après Lepsius, Deiikmiiler, Abth. il, Bl. 28 et 31; Abth. il, 
Bl. 40. 

21-22, de Noé tombé en état d'ivresse et des railleries 
de Cham à ce sujet, indique clairement que les caleçons 
n'étaient point en usage; cf. Deut. , xxv, 11; Salmeron, 
Annal, eccles., 1625, t. i, p. 206-207. Cependant, d'après 
la prescription qui en fut spécialement faite chez les 
Hébreux pour la classe sacerdotale, on voit qu'ils n'étaient 
pas inconnus, ni même inusités. Ils avaient dû , en effet, 
s'en servir en Egypte. Les monuments de ce pays montrent 
que le caleçon était porté par tous, et à cause de la cha- 
leur il était souvent l'unique vêtement des travailleurs, 
comme encore aujourd'hui (fig. 23-25). Herm. Weiss, 
Kostûmkunde, Sluttgart, 1860, t. i, p. 47, 204. Les Arabes 
portaient aussi des caleçons , et ils en portent encore 



m 



CALEÇON 



62 



aujourd'hui, mais le plus souvent par -dessous leur long 
manteau. Weiss, ibid. , p. 147; Karst. Niebuhr, Bei- 
sebeschreibung nach Arabien, 1837, t. i, p. 268. Les 
peuples limitrophes de la Palestine, à l'orient et au nord, 
furent obligés de prendre des vêtements moins légers, 
et Hérodote , 1 , 71, témoigne que les anciens Perses 
portaient d'autres vêtements par -dessus leurs caleçons 
faits de peaux d'animaux, munivac àvaSupiôaç. 



être en lin, Exod., xxvin, 42, et Josèphe ajoute : en lin 
retors et d'étoffe très légère. Ant.jud., III, vu, 1. Les 
dimensions sont également indiquées, mais d'une manière 
vague ; il devait couvrir le corps depuis les reins jusqu'aux 
cuisses. Exod., xxvm, 42. Saint Jérôme pense qu'il des- 
cendait jusqu'aux genoux. Episl. lxiv, t. xxn, col. 613. 
D'après la description, d'ailleurs peu claire, qu'en fait 
Josèphe, on peut conclure qu'il descendait moins bas. 




- Autres caleçons égyptiens. — A droite et à gauche, deux hommes armés. Celui de droite est de la vi e dynastie ( Sautet el-Meitin ) ; 
celui de gauche de la xn" dynastie (Béni- Hassan); celui du milieu est plus récent, xvin» dynastie (Tell el-Amarna). 
D'après Lepsius, Denkmaler, Abth. il, BI. 106 et 130; Abth. ni, Bl. 105. 



C'est à raison de leur ministère sacré dans le temple 
el surtout à l'autel des holocaustes, notablement élevé 
au-dessus du parvis et exposé au vent, à cause aussi 
des mouvements violents que les prêtres devaient faire 
pour immoler les victimes, les placer sur le brasier et en 
retourner les chairs, que Jéhovah imposa sous peine de 
mort, aux prêtres de l'ancienne alliance, l'usage du cale- 
çon pendant l'exercice de leurs fonctions. Exod., xxvm, 



Ant. jud., III, vu, 1. Rien n'étant prescrit pour sa forme, 
on peut se demander si ces caleçons étaient un simple 
jupon court et llottant, ou bien s'ils étaient adhérents et 
divisés à la partie inférieure en deux parties suivant la 
forme des jambes. Josèphe, loc. cit., dont le témoignage 
ne vaut guère que pour ce qui se passait de son temps, 
indique cette seconde forme, èu.6aivôvrav sic aÙTo twv 
tcoSwv wunepeï àvaîjupi'Sïç, ce qui est de beaucoup le plus 





25. — Autres formes de caleçons égyptiens de la iv dynastie. 
— Calui de gauche est représenté h Ghizéh ; celui de droite à 
Saqqara. D'après Lepsius, Denkmaler, Abth. n, Bi. 31 et 102. 

42-43; xxxix, 27. On pourrait penser aussi que cette 
règle du rituel mosaïque avait été instituée comme une 
sorte de protestation contre plusieurs pratiques très incon- 
venantes du culte des fausses divinités auquel les Hé- 
breux étaient enclins, comme dans le culte de Phogor, 
le dieu-nature, Num., xxv, 18; xxxi, 16; Jos., xxn, 17; 
cf. Maimonides, Moreh Nebuchim, m, 45; Ugolini, Thé- 
saurus, xin, 385, et dans certains rites religieux des Égyp- 
tiens, Hérodote, H, 48. 
L'Écriture prescrit la matière de ce vêtement ; il devait 





26. — Caleçons royaux. — xix* dynastie. Thèbes. 
D'après Lepsius, Denkmaler, Abth. m, Bl. 123. 

vraisemblable. Le duel employé invariablement en hé- 
breu pour désigner ce vêtement confirme cette conclu- 
sion. Jos. Braun, De vestitu sacerdotum hebrxorum , 
il, 1, 1680, p. 345 et suiv. En cela, les caleçons des 
prêtres hébreux se rapprochaient du maillot ( Si'aÇwu.! , 
subligaculum) des acteurs grecs et romains. Cicéron, De 
offic. , i , 35 ; Rien , Dictionnaire des antiquités romaines 
et grecques, 1883, p. 609. Ils s'éloignaient, au contraire, 
du caleçon des anciens Égyptiens , tombant le plus sou- 
vent en forme de draperie. Lenormant-Babelon , Histoire 



63 



CALEÇON — CALENDRIER 



64 



ancienne de l'Orient, 1883, t. n, p. 48, 79, 80, 124, etc.; 
t. m, p. 71-72. 11 faut observer cependant que même en 
Egypte le caleçon fermé et descendant jusqu'à mi-jambes 
était en usage pour les rois (fig. 26), pour les représen- 
tations des dieux, et par extension pour les prêtres à 
leur service. Lenormant, ibid., t. h, p. 45, 65, 67, 180, 212. 
Ces prêtres le portaient sous leur robe sacerdotale, et ainsi 
il semble que leur habillement se rapprochait beaucoup 
de celui des prêtres hébreux , d'où l'on peut conclure 
qu'en cela comme en beaucoup d'autres choses la légis- 
lation mosaïque s'était inspirée des usages de l'Egypte. 
V. Ancessi, Les vêtements du grand prêtre, in -8", Paris, 
1875, p. 91. P. Renard. 

CALENDES. Les Latins appelaient calendx ou ka- 
lendse le premier jour du mois. Ce mot, qui revient 
souvent dans la Vulgate, dérive du verbe grec xct/.sîv, 
e appeler, » d'où les Romains avaient fait calo. Dans les 
premiers temps de la république, le pontife mineur avait 
coutume de convoquer, calare, le peuple à la Curia 
Calabra, et d'annoncer, entre autres choses, combien de 
jours il y avait du premier du mois aux nones, savoir 
six ou sept, selon les cas, et il l'annonçait en se servant 
de cette formule : Quinque dies te calo, Juno novella, ou 
bien : Septem dies te calo, Juno novella. (Les premiers 
jours du mois étaient consacrés à Junon.) Varron, De lin- 
gua latina, vi, 27. De là le nom de calendes. — Elles 
étaient inconnues des Grecs. Comme leurs mois étaient 
lunaires, de même que chez les Hébreux, ils appelaient 
le premier jour de chaque mois veopivt'a, par contraction 
vo'j[iT,vt'a, proprement « le nouveau mois » ou « la nouvelle 
lune », de véo;, « nouveau, » et [i^v, « mois, » ou [iT|Vrj, 
« lune. » — En hébreu , il n'existait pas de mot spécial 
pour désigner le premier jour du mois; les auteurs sacrés 
l'appellent simplement « le commencement (la tête, r'ôs) 
du mois », Num., x, 10, etc.; ou bien « le premier [jour] 
du mois », Exod., XL, 2, 15, etc. Les Septante ont traduit 
ordinairement ces passages par veo[iï)vîa ; la Vulgate a em- 
ployé le plus souvent le mot latin calendse» Num., x, 
10 , etc., mais quelquefois aussi le mot neomenia, emprunté 
au grec. H Par., n, 4; Ps. lxxx, 4, etc. — La loi mosaïque 
prescrivait pour le premier jour du mois des cérémonies 
particulières. C'était une sorte de fête qu'on appelle com- 
munément aujourd'hui « néoménie ». Voir Nkoménie. 

F. Vigouroux. 

CALENDRIER. Ce mot, dérivé de kalendœ., « ca- 
lendes, » premier jour du mois chez les Romains, désigne 
le catalogue des jours de l'année, rangés par ordre et 
partagés en semaines et en mois (fig. 27). Les Hébreux 
n'avaient pas de calendrier proprement dit ; ils en connais- 
saient du moins les éléments et appliquaient à la division 
du temps certains principes , fondés sur des observations 
astronomiques et agronomiques. Les mouvements du soleil 
et de la lune formaient la métrique du temps. Gen., i, 14; 
Ps. cm, 19; Eccli., xliii, 6-9. Les imperfections de leur 
mesure étaient corrigées par la coïncidence des saisons 
et des travaux de l'agriculture. Tout ce qui constitue le 
calendrier peut se ramener, hormis les fêtes liturgiques, 
au jour, à la semaine, au mois et à l'année. Nous ne 
ferons ici qu'un exposé sommaire des connaissances des 
Hébreux sur ces quatre sujets ; des articles spéciaux four- 
niront de plus amples renseignements. 

I. Jour. — Les Hébreux désignaient du même nom, 
ydm, ce que nous appelons le jour civil et le jour natu- 
rel. Le jour civil, vu;(IWj[i.£pov, II Cor-, xi, 25, allait du 
soir au soir, d'un coucher du soleil à un autre coucher. 
Dieu avait ordonné de célébrer ainsi les sabbats. Lev., 
xxiii, 32. On pense que les autres jours étaient réglés de 
la même manière. Cette mesure doit se rapporter aux 
jours de la création, qui se composaient d'un soir et d'un 
matin, Gen., i, 5, etc., correspondant à la nuit et au jour 
naturels. Cette dernière division, Ps. lxxxvii, 2; II Esdr., 
iv, 9, dépendait de la variation de la lumière et des 



ténèbres. Gen., i, 4-5. Le jour proprement dit allait na- 
turellement de l'apparition de l'aurore au lever des étoiles. 
Il Esdr., iv, 21. Il se divisait en trois parties, fournies 
par la nature : le matin, bôqér, Gen., xix, 27-; midi, sohô- 
rayim, Gen., xliii, 16; Deut., xxvm, 29, et le soir, 'éréb. 
Gen., xix, 1. Cf. Ps. liv, 18. D'autres moments de la 
journée avaient des noms particuliers, tirés des phéno- 
mènes naturels : sahar, « aurore, le malin, » Ps. LVII, 9; 
cvm, 3; néséf, « le crépuscule du matin, » Job, vu, 4; 
I Reg., xxx, 17 ; celui du soir, Job, xxiv, 15; Prov., vu, 9; 
IV Reg., vu, 5 et 7; Jer., xm, 16; rûah hayyôm, « la fraî- 
cheur du jour, » Gen., m, 8. On distinguait deux soirs 
Exod., xii , 6 ; xvi, 12 ; xxix, 39 et 41 ; xxx, 8 ; Lev., xxni 5 • 
Num., ix, 3; xxvm,4, 8, dans l'intervalle desquels cer- 
taines cérémonies religieuses devaient s'accomplir La 



MEN5IS 

IANVAR 

DIESXXXI 

NONQVINT 

DIESHOftVUJ 

NOX'HMI 

SOL 

CAPRKOfiNQ 

TYTtlA 

IVHONIS 

PALVS 

AÇVtTVH 

S AL IX 

HARVNOO 

CCDITVH 

SACRIUCAN 

DIES 
PENATI8W 



MENSIS 

FEBRAR 
DIES-XXVlll 
-NONÇVINT 
OISÎHOAXS 
NOXHOR-XIIT 
SOLAOVARIO 
TYTELNBTVNI 

SEC ETES 
SARIVNTVR 
VINEARVM 
WPERFKM'OUT 
HAKVN DIMES 
IKCfNOVNT 
PAREKTAL1A 
LVPERCALIA 
MRA-COGNATO 
TEAMINALIS 



MENSIS 

MARTIVS 
DlCS-XXXI 
HONSEPTIMAII 
DIES • HORXII 
KOX- HOR'Xll 
/COVINOCTIM 
VIII-KAl-APR 
SOL-PISABVJ 
IVT EL HMRV,t 
«OEPfDAMIN 
INPAJTINO 
PVrANTVR; 

iHwcmscRnvft 

|NSIWINAV1GI»M 
SACR-MAMVWS 
USNAUJvntljW 
TRIAIAVATW 




27. — Calendrier romain indiquant les travaux a ov 
Musée de Naples. D'après le Muaeo Borbonico . t ™ leoles - 

' "• Pi. XLIT. 

durée en a été diversement fixée par les commentateurs 
juifs et chrétiens, soit depuis le déclin du soleil jusqu'à 
son coucher, soit du commencement à la fin de ce cou- 
cher, soit du coucher du soleil à l'entrée de la nuit. 
Cf. Talmud de Jérusalem, Berakhoth, ch.i"', trad. Schwab, 
t. I, p. 4; Gesenius, Thésaurus, p. 1064-1065. Les Juifs 
n'ont pas connu les heures de soixante minutes. Le mot 
sâ'âh, traduit par hora, « heure, » apparaît pour la première 
fois dans Daniel, m, 6; iv, 16; v, 5; mais il désigne un 
clin d'oeil, un instant, un temps court, et non pas une 
heure proprement dite. Dans le Nouveau Testament même, 
ripa, « heure », ne doit pas non plus se prendre dans le sens 
strict. Le jour cependant y est divisé en douze heures. 
Matth., xx, 1-6; Joa.,xi,9. Elles se subdivisent en quatre 
parties, de trois heures chacune, et spécialement mention- 
nées sous les noms de première, troisième, sixième et 
neuvième heures. La première commençait au lever du 
soleil, Marc, xvi, 9; la troisième vers neuf heures du 
matin, Marc., xv, 25; Act., n, 15; la sixième à midi, 
Matth., xxvn, 45; Marc, xv, 33; Luc, xxm, 44; Joa., 
iv, 6; xix. 14; Act., x, 9, et la neuvième vers trois heures 
du soir. Matth., xxvn, 45 et 46; Marc, xv, 34; Luc, 
xxm , 44 ; Act., m , 1 ; x , 3. Ces douze heures étaient de 
durée inégale, selon les saisons, plus longues en été, 
plus courtes en hiver, puisqu'elles dépendaient du lever 
et du coucher du soleil. Pour les mesurer, on se servait 
probablement de sabliers et de clepsydres. Plus tard, les 
rabbins partagèrent l'heure en ôné, qui est un vin^t- 
quatrième de l'heure; en moment ou vingt -quatrième 



C5 



CALENDRIER 



6G 



de Vôné, et en instant, vingt- quatrième du moment. 
Talmud de Jérusalem, Berakhoth, ch. i 8r , trad. Schwab, 
t. i, p. 8. 

La nuit, layelâh, commençait à l'apparition des étoiles. 
« Quand une seule étoile brille, il fait encore jour; si deux 
ont paru, il est douteux que le jour a cessé ; mais quand 
trois sont à l'horizon, la nuit est arrivée certainement. » 
Traité des Berakhoth, dans les deux Talmuds, trad. 
Schwab, p. 2-3 et 222-224. Elle était divisée en trois veilles, 
'asmurôt. Ps. lxii, 7; lxxxix, 4. La première durait du 
coucher du soleil à minuit, Lament., n, 19; la seconde, 
de minuit au chant du coq, ,Tud., vu, 19 et la troisième, 
du chant du coq au lever du soleil. Exod., xiv, 24; I Reg., 
xi, 11. Le Talmud de Babylone, Berakhoth, trad. Schwab, 
p. 225-226, indique le signe physique qui marque le début 
de ces veilles : « Pendant la première, l'àne brait; à la 
seconde, les chiens aboient; à la troisième, l'enfant suce 
le sein de sa mère, ou la femme cause avec son mari. » 
Les contemporains de Jésus-Christ avaient emprunté aux 
Romains la division de quatre veilles. Matth. , xiv, 25 ; 
Marc, xin, 35; Luc, H, 8. La première, ôié, allait du 
coucher du soleil à neuf heures du soir environ, Marc, 
xi, 11; xv, 42; Joa., xx, 19; la seconde, [iesovùx-nov, 
« le milieu de la nuit, » de neuf heures à minuit, Matth., 
xxv, 6; la troisième, iXExiopoywvîa, « le chant du coq, » 
de minuit à trois heures du matin, Marc, xm, 35; cf. 
III Mach. , v, 23; la quatrième, itpwc, de trois heures au 
lever du jour. Joa., xvm, 28. Saint Luc, XII, 38, men- 
tionne la seconde et la troisième veille. Les rabbins con- 
naissaient ces deux supputations. Talmud de Babylone, 
loc. cit., p. 227-228. On comptait aussi les heures de la 
nuit, et la troisième est nommée Act., xxin, 23. 

IL Semaine. — Sept jours révolus constituaient la 
semaine, Sdbûa'. La semaine hébraïque a son fondement 
dans le récit de la création du monde ; la division du 
travail divin est devenue le modèle, la règle et la mesure 
du travail humain : six jours de labeur et un jour de repos. 
Gen., i, 3 -il, 3; Exod., XX, 8-11. La semaine paraît avoir 
été connue avant Moïse, Gen., xxix, 27 et 28, qui, sur 
l'ordre de Dieu, aurait définitivement consacré au repos 
le septième jour. Elle a donc un caractère exclusivement 
religieux et n'est pas plus lunaire que planétaire, puisqu'elle 
ne tient pas compte des jours et des mois et forme une 
chaîne ininterrompue de sept jours en sept jours. Les 
Assyriens ont connu cette semaine et les sabbats ou jours 
de repos, parallèlement à des hebdomades lunaires, qui 
divisaient le mois d'une manière fixe et étaient terminées 
par des jours néfastes. F. Lenormant, Les origines de l'his- 
toire, 2» édit., t. i, p. 243-244, note; Sayce, La lumière 
nouvelle, trad. Trochon, in-12, Paris, 1888, p. 30-31. Les 
jours de travail n'ont pas de nom spécial dans la Bible ; 
le jour de repos est nommé s'abat, « sabbat, repos, ». 
La semaine entière s'appelait aussi sabbat. Lev., xxm, 15; 
Deut.. xvi, 9. Plus tard, les jours de travail furent comptés 
à partir du sabbat. On en trouve la plus ancienne indica- 
tion dans les titres des Psaumes de la version des Septante : 
Ps. xxm, 1, tt,; jxiâç aa66ciTou , « le premier [jour] de la 
semaine »; Ps. xlvii, 1, ôe-JTsp? gagëà-rou, « le second 
[jour] de la semaine; » Ps. xcm, 1, TETpâSi aaSêin-j, « le 
quatrième [jour] de la semaine; » Ps. xcn, 1, e!; tttv 
r.uipocv toO Tipaaaêrjâ-zav , « la veille du sabbat. » Ces ru- 
briques marquent les jours auxquels ces cantiques étaient 
chantés au temple , pendant le sacrifice du matin. Le 
Nouveau Testament mentionne le premier de ces noms, 
îrptiTV) aabêârav, Marc, xvi, 9, ou \x(<x. aaêëârav, « le 
premier [jour] de la semaine ». Matth., xxvm, 1; Marc, 
xvi, 2; Luc, xxiv, 1; Joa., xx, 1 et 19; Act., xx, 7. 
Les Juifs hellénistes appelaient le vendredi rcapaiTxs-j^, 
c'est-à-dire « préparation », parce qu'en ce jour on se 
préparait à la célébration du sabbat. Matth., xxvn, 62; 
Marc, xv, 42; Luc, xxm, 54; Joa., xix, li, 31 et 42. 

III. Mois. — Le début et la durée des mois hébraïques 
furent réglés sur les phases et le cours total de la lune. 

DICT. DE LA BIllLK. 



Un des noms du mois, celui dont se servaient ordinaire- 
ment les Phéniciens, yërah, dérive étymologiquement du 
nom de la lune , yàrêah. Cf. Eccli. , xliii , 8. Une autre 
dénomination plus usitée en hébreu, l,wdés, désignait la 
néoménie ou nouvelle lune. Les mois commençaient, en 
effet, avec la révolution de la luné. Or, comme cette révo- 
lution s'accomplit en vingt neuf jours et demi , les mois 
étaient de vingt-neuf ou de trente jours. Le Talmud de 
Babylone, Berakhoth, ch. iv, trad. Schwab, p. 340, appelle 
les premiers « défectifs », et les seconds « pleins ». Pro- 
bablement des procédés tout empiriques servirent tou- 
jours à fixer la néoménie et à déterminer le commence- 
ment et la durée des mois. Dans les derniers temps, 
l'apparition visible du croissant, attestée par des témoins 
dignes de foi et proclamée par un tribunal officiel, était 
le point de départ du nouveau mois. Talmud de Jérusalem, 
Rosch haschana, i, 4, trad. Schwab, 1883, t. vi, p. 68. Deux 
mois de suite pouvaient donc avoir trente jours. Cepen- 
dant c'était une règle générale qu'une année ne pouvait 
comprendre moins de quatre et plus de huit mois pleins. 

Primitivement les mois se comptaient à partir du mois 
de la fête de Pàque, qui était le premier, et ils étaient 
désignés par leur numéro d'ordre : premier..., douzième. 
I Par., xxvn ,1-15. Cependant quatre eurent plus tard un 
nom spécial : le premier était le mois des épis, 'Abîb, Exod., 
xm, 4; xxm, 15; xxxiv, 18; Deut.,xvi.l (voir ce mot); le 
second le mois des fleurs; Z'w, III Reg., vi, 1, 37; le sep- 
tième, Efanim, le mois des courants, III Reg., vm, 2, et le 
huitième, Bul, le mois des pluies. III Reg., vi, 38. Cf. Tal- 
mud de Jérusalem, Roscli haschana, i, 1-2, trad. Schwab, 
t. vi, p. 61-62. M. Derenbourg, dans le Corpus inscri- 
ptionum semiticarum, t. I, p. 10, 93-94, croit que 
ces noms sont phéniciens, et il pense qu'ils ont été intro- 
duits chez les Hébreux par les ouvriers tyriens qui ont 
travaillé à la construction du Temple de Jérusalem. Dans 
les temps postérieurs à l'exil, la coutume se maintint de 
désigner les mois par leur numéro d'ordre, Agg., i, 1; 
n, 1 et II; Zach., i, 1; vm, 19; Dan., x, 4; I Esdr., m, 
1, 6, 8; vi, 19; vu, 8 et 9; vm, 31; x, 9 et 16; I Mach., 
x, 21 , concurremment avec les noms nouveaux. Le Tal- 
mud de Jérusalem, loc. cit., nous apprend que ces noms 
nouveaux ont été importés de Babylone au retour de la 
captivité. Les textes cunéiformes déjà déchiffrés ont con- 
firmé cette affirmation traditionnelle et rendu insoute- 
nable l'opinion des écrivains qui faisaient dériver ces 
noms de mots persans. En voici la nomenclature avec 
leur forme assyrienne et la comparaison approximative 
avec nos mois : 1° Nisdn, nisannu, mars-avril, II Esdr., 
n, 1; Esther, m, 7 et 12; xi, 2; 2° Iyâr, airu, avril-mai; 
3° Sivdn, sivanu, mai-juin; i° Tammuz, dûza, juin- 
juillet; 5° Ab, abu, juillet-août (voir ce mot) ; 6° Elûl, 
ululu, août-septembre, II Esdr., vi, 15; I Mach., xiv, 27; 
7° Tisri, taSritu, septembre - octobre ; 8° MarljeSvân, 
arafy-Samna, octobre -novembre; 9° Kislêv , kisilivu, 
novembre -décembre, II Esdr., i, 1; Zach., vu, 1 ; I Mach., 
i, 57; iv, 52 et 59; II Mach., i, 9, 18; x, 5; 10» Tébéth, 
tébituv, décembre-janvier, Esther, n, 16; Zach. i, 7; 
11" Sebdt, sabalu, janvier-février, I Mach., xvi, 14; 
12» Addr, addaru, février-mars, Esther, ni, 13; IX, 1. 
Cf. F. Lenormant, Les origines de l'histoire, 1. 1, appen- 
dice iv, 2 e tableau; Ed. Norris, Assyrian dictionary, 
3 in-8°, Londres, 1868-1872; E. Schrader, Die Keilin- 
schriften und das Alte Testament, 1872, p. 247. Deux 
mois macédoniens qui se suivent, le ôioixopivOioî ou 
Stôtr/.op-.çetle Eav8iv.ôç, sontnommésdansle secondlivre 
desMachabées,xi, 21,30, 33 et 38. Cf. Patrizi,Z)e consen- 
su utriusque libri Machabxorum,pTod.,c.\,f. 154-163. 

Le nombre des mois était régulièrement de douze. 
III Reg., IV, 7; 1 Par., xxvn, 1-15; Dan., iv, 26. Mais 
pour faire concorder l'année lunaire avec l'année solaire, 
qui est plus longue de onze jours , il fallait ajouter, tous 
les trois ans environ, un treizième mois, qui n'est pas 
mentionné dans la Bible. Ce mois se plaçait à la fin de 

II. - 3 



67 



CALENDRIER — CALIXTE 



68 



l'année , après le mois d'Adar, qui pouvait être seul re- 
doublé. Aussi le Talmud, par une fausse interprétation 
de II Par., xxx, 2, blàme-t-il le roi Ézéchias d'avoir 
redoublé le mois de Nisan. Les rabbins appellent le mois 
intercalaire 'Adar sênî, 'Adar bâfra, « Adar second ou 
postérieur, » ou simplement Ve'adar. Un tribunal de plu- 
sieurs membres décidait s'il y avait lieu de faire l'inter- 
calation. En général, il le faisait chaque fois qu'à la fin 
du douzième mois le blé n'était pas assez mûr. Le Tal- 
mud de Jérusalem, Rosck haschana, trad. franc., t. vi, 
p. 80, nous a conservé le jugement empirique porté par 
trois pâtres et accepté par les sages. « Le premier dit : 
Au mois d'Adar, la température doit être assez avancée 
pour que les céréales mûrissent et que la iloraison des 
arbres commence. Le deuxième dit : En ce mois, le froid 
diminue tant, qu'en présence même du fort vent d'est 
ton haleine l'échauffé. Le troisième dit : A cette époque , 
le bœuf est transi de froid au matin , tandis qu'à midi il 
va à l'ombre du figuier se détendre la peau par suite de 
la chaleur. Or, cette année, nous ne voyons aucun de ces 
signes -là. » Il y avait lieu d'ajouter un treizième mois. 
C'étaient donc des observations agronomiques qui ser- 
vaient à allonger l'année lunaire et à la faire coïncider 
avec le cours des saisons. Les Chaldéo - Babyloniens 
avaient, eux aussi , à intervalles très rapprochés, un trei- 
zième mois , qu'ils nommaient maqru sa addari , « inci- 
dent à addar; » mais leur système d'intercalation différait 
de celui des Hébreux. Lenormant, op. cit., t. i, p. 250-251, 
note. 

IV. Année. — L'année, sânûh, chez les Hébreux, était 
régulièrement une année lunaire de douze mois, dont la 
durée exacte était de trois cent cinquante -quatre jours 
(quand on n'intercalait pas ve'adar). Suivant l'institu- 
tion de Moïse, elle commençait au printemps, le pre- 
mier jour du mois de Nisan, Exod., xn, 2; cf. Ezech., 
xl, 1, et servait de point de départ au cycle des fêtes. 
Lev., xxiii, 4-44; Num., xxvm, 16-xxix, 39. Cf. Pa- 
trizi, De Evangeliis, 1. ni, p. 528-534. L'année hé- 
braïque n'a pas, comme on l'a cru, une origine égyp- 
tienne; elle ressemble davantage au système chaldéen et 
semble en dériver. Cf. F. Lenormant, Histoire ancienne 
de l'Orient, 9° «dit., t. v, p. 179. Elle était à la fois civile 
et religieuse. Plus tard, probablement à l'époque de la 
domination macédonienne, les Juifs adoptèrent, pour les 
ventes, achats et affaires ordinaires, un autre début d'an- 
née, au premier jour de Tischri, septième mois de l'année 
religieuse. Une tradition juive, Talmud de Jérusalem, 
Rosch haschana, t. vi, p. 54; Aboda Zara, t. xi, p. 181, 
acceptée par quelques Pères de l'Église, prétendait que 
le monde avait été créé à cette date. L'historien Josèphe 
a affirme que celte supputation était antérieure à celle 
qu'établit Moïse pour les usages religieux. Mais l'anti- 
quité de cette année civile est peu fondée; on n'en voit 
de traces qu'après la captivité. Il est probable que les 
Juifs l'adoptèrent en raison de leurs relations avec les 
peuples étrangers ; elle coïncidait avec l'ère des Séleu- 
cides. Patrizi, De consensu utriusque libri Machabaco- 
rum, prod., p. 33-39. Voir t. i, col. 645-648. Enfin les 
anciens Juifs n'avaient pas un cycle d'années. Cf. Patrizi, 
De Evangeliis , 1. m, p. 523-528. Ce n'est qu'au IV e siècle 
de notre ère que les rabbanites reçurent le cycle de dix- 
neuf ans, inventé par Méton. Cf. Isidore Loeb, Date du 
calendrier juif ', dans la Revue des études juives, t. xix, 
1889, p. 214-218. E. Mangenot. 

1. CALICE, mot latin, signifiant « coupe », qui est 
passé en français par la Bible, et qui désigne spéciale- 
ment la coupe dans laquelle Notre -Seigneur consacra à 
la Cène le précieux sang et celle dont le prêtre se sert 
à la messe. Voir Coupe. 

2. CALICE DE BÉNÉDICTION (EOTifaiov ttj; fj\oi(ai). 
Saint Paul emploie cette expression, I Cor., x, 16, pour 



désigner la coupe qui contient le sang de Notre-Seigneur, 
Les usages juifs nous fournissent l'explication de cette 
expression. Jésus, à la dernière Cène, se conforma au 
rituel judaïque de la célébration de la Pàque. Or, dans, 
cette fête, le père de famille prenait au début du repas une 
coupe de vin mêlé d'un peu d'eau. « Béni soit le Seigneur,, 
qui a créé le fruit de la vigne, » disait-il, et il la faisait 
circuler parmi les convives. On mangeait ensuite quelques 
herbes amères, le père de famille versait une seconde- 
coupe, et tous entonnaient l'Hallel ou chant d'action de: 
grâces (voir Hallel); ces deux coupes étaient déjà des- 
coupes de bénédiction. Toutefois le nom de kôs habberê- 
kâk, « calice de bénédiction, » était spécialement ré- 
servé à la coupe principale, la troisième , celle qu'on bu- 
vait immédiatement après avoir mangé l'agneau pascal , 
et qui était suivie du chant de la seconde partie de l'Hal- 
lel. C'était par excellence la coupe d'action de grâces ou 
de bénédiction. Cette locution juive dut venir naturel- 
lement à la pensée de saint Paul et des premiers chré- 
tiens pour désigner la coupe eucharistique, qui était un 
souvenir de la Pàque juive, et la réalisation de ce qu'an- 
nonçait cette fête. Le vrai calice de bénédiction n'est plus 
celui que les Juifs appelaient de ce nom, mais celui que 
le Sauveur a béni , que saint Optât de Milève , De schism. 
Donat., vi, 2, t. xi, col. 1008, avec toute la tradition 
catholique, appelle « le porteur du sang du Christ ». 

J. Bruneau. 
CALINO César, jésuite italien, né à Brescia le 14 fé- 
vrier 1670, mort à Bologne le 19 août 1749. 11 entra au 
noviciat des Jésuites le 14 novembre 1684, enseigna les 
humanités à Faenza et à Parme, deux ans la rhétorique 
à Venise, prêcha à Modène, Parme, Ferrare, Rome, vingt- 
six ans à Bologne, et y expliqua sept ans l'Écriture Sainte 
dans l'église de la Compagnie. Ses Opère ont été réunis 
et publiés en 9 in -4", Venise, 1759; ils sont ainsi divi- 
sés: Tome i. Traltenimento istorico e cronologico suIIq, 
série dell'Antico Testamento , in cui si spiegano ipassi 
più difficili délia divina Scrillura appartenenti alla 
storia e cronologia. — Tome il. Cha contiene le Le- 
zioni sacre e morali sopra liprimi cinque capi del libro 
de' Re. — Tome m. Le Lezioni sopra gli altri cinque 
susseguienti capi del libro primo de' Re. — Tome iv. 
Trattenimento sopra i Santi Vangeli, in cui si espone 
la divinité e mcarnazione, e vita, e morte, e risurrezione 
di N. S. Gesù Cristo, ed il Trattenimento sopra gli Atti 
degli Apostoli. — Les tomes v-ix contiennent des ser- 
mons. — Le tome i parut d'abord en 1727 ; les tomes H 
et m, en 1711-1723; le tome îv, en 1727-1731. — Dans 
son premier volume, le P. Calino critique continuellement 
l'historien Josèphe et l'accuse d'avoir corrompu la vérité 
par ses fables et ses mensonges. L'abbé Francesco Maria 
Biacca, de Parme, prit la défense de Josèphe dans son 
Trattenimento istorico e cronologico , Naples, 1728. Le 
P. Calino lui répondit par Risposta ad una lettera di 
cavalière amico, 1728. Une réplique , suivie d'une autre, 
peut-être de Biacca, mais sous le nom d' « un Pastor 
Arcade », parurent encore en 1728 et 1733. — Les ou- 
vrages du P. Calino ont été traduits en partie en espa- 
gnol, en latin et en allemand. C. Sommeiwogel. 

CALITA, lévite, I Esdr., x, 23; même personnage que 
Célaïa. Voir Célaïa. 

CALIXTE George, théologien luthérien, né à Meelby, 
dans le duché de Holstein, le 14 décembre 1586, mort à 
Ilelmstàdt le 19 mars 1650. Après avoir commencé ses 
études au collège de Flensbourg, il alla les continuer aux 
plus célèbres universités de l'Allemagne, et compléta 
son instruction par des voyages dans les divers pays de 
l'Europe. A son retour, il obtint une chaire à l'université 
de Helmstadt, dont il devint un des professeurs les plus 
estimés. Peu après il recevait l'abbaye de Kœnigslutter , 
ce qui lui assurait d'importants revenus. Très attaché au 



CALIXTE — CALLIRRHOÉ 



70 



luthéranisme, il aurait voulu réunir toutes les Églises. 
Cet appel à la concorde lui suscita de nombreux ennemis, 
qui allèrent jusqu'à l'accuser de papisme, et cependant 
Calixte est un des adversaires les plus dangereux de 
l'Eglise catholique. Il eut de nombreux partisans, qui 
reçurent le nom de calixtins. Sa doctrine fut aussi appelée 
le Syncrétisme. Travailleur infatigable, il a laissé un grand 
nombre d'ouvrages. Parmi ceux-ci quelques-uns furent 
publiés par ses disciples, d'autres ne parurent qu'après 
sa mort. Nous nous bornerons à citer les suivants : Qua- 
tuor Evangelicorum scriptorum concordia et locorum 
qim in iis occurrunt difficilium et dubiorum explicatio, 
in-4°, Halberstadt, 162i; Viginti priorum capitum Exodi 
et locorum in iis difficiliorum expositio faciens potis- 
simurn ad sensum litteralem quani ex ore Georgii Cal- 
lixti suo tempore obitu notavit et nunc publico examini 
subjecit Stephanus Tuckerman, in -4°, Helmstadt, 1625. 
Le même E. Tuckerman publia également : Historia 
Josephi, sive xiv postremorum capitum Geneseos et lo- 
corum in iis difficiliorum expositio litteralis, in -4", 
Helmslàdt, 1654; Historia magorum, in-4°, Helmstadt, 
1628 (il s'agit des mages qui vinrent adorer l'enfant Jésus 
à Bethléhem); Expositio litteralis in epistolam S. Pauli 
ad Titum, in -4°, Helmstadt, 1643; De quxstionibus : 
num mysterium SS. Trinitatis solius Veteris Testa- 
ments libris possit demonstrari et num ejus temporis 
Patribus Filius Dei in propria sua hypostasi apparue- 
rit dissertatio, in -4°, Helmstadt, 16i9; Expositio litte- 
ralis in Epistolam S. Pauli ad Ephesios, in -4°, Bruns- 
wick, 1653; Tractatus de pactis qu.se Deus cum homi- 
nibus iniit, in-4°, Helmstadt, 1654; Expositio litteralis 
in Acla Apostolorum, in- 4°, Helmstadt, 1663; Scholee 
prophéties, ex prselectionibus in prophetas Jesaiam, 
Jeremiam et Ezechielem collectx, in -4°, Quedljnburg, 
'1715; cet ouvrage fut publié par les soins d'Ernest de 
Schulenbourg. Frédéric Ulrich Calixte avait entrepris une 
édition des œuvres de son père; il ne put mener ce tra- 
vail à terme. — Voir Walch, Bibl. theol., t. i, p. 83; t. iv, 
p. 461, 557, 665, 670, 873; Ilenke, Caliœtus und seine 
Zeit, 2 in -8», Halle, 1853-1856. B. IIeurtebize. 

CALLIRRHOÉ (KaMcpp<5r)), sources d'eaux ther- 
males, situées à l'est de la mer Morte, près du Zerqa 
Ha'in, célèbres daiis l'antiquité (Josèphe, Ant. jud., 
XVII, vi, 5; Bell, jud., I, xxxiii, 5; Pline, v, 16), et 
que beaucoup de commentateurs croient être les « eaux 
chaudes» (hébreu : hayyêmim) dont parle la Genèse, 
xxxvi, 24. Plusieurs exégètes y reconnaissent également 
Lésa. Gen., x, 19. Stanley, Sinai and Palestine, in-8°, 
Londres, 1866, p. 295, y place même, bien qu'à tort pro- 
bablement, Engallim (hébreu : 'En 'Églaîm, « source 
des deux génisses » ). Ezech., xlvii, 10. Si ce nom n'ap- 
partient pas directement à la Bible, il y touche par la lit- 
térature talmudique et l'histoire. « >mbp, Callirhoë était le 
nom postbiblique de Lescha (Lésa). » A. Neubauer, La 
Géographie du Talmud, in-8°, 1868, p. 254. Hérode 
le Grand vint inutilement demander aux thermes de Cal- 
lirrhoé la guérison de l'affreuse maladie qui le consumait 
et le conduisit au tombeau. Ant. jud., XVII, vi, 5; Bell, 
jud., I, xxxiii, 5. Pour toutes ces raisons, ce mot mérite 
ici une mention spéciale. Laissant de côté la question 
d'identification qui concerne Lésa et Engallim (voir Lésa, 
Engallim), nous devons, avant de décrire les sources 
dont nous parlons, voir si elles répondent réellement aux 
« eaux chaudes » de Gen., xxxvi, 24. 

I. Explication du texte. — Au milieu des rensei- 
gnements généalogiques , historiques et géographiques 
que Moïse nous donne sur les descendants d'Ésaû, il 
insère, à propos de l'un d'eux, un petit épisode intéres- 
sant. « C'est, dit-il, cet Ana qui trouva des eaux chaudes 
(hébreu: Q'o>n-nM nxd, mâsâ' 'et -hayyêmim) dans le 
désert, pendant qu'il paissait les ânes de Sébéon , son 



i père. » Gen., xxxvi, 24. Le masculin pluriel hayyêmim 
! est un omhX Àeyônîvov, dont l'explication a donné nais- 
\ sance aux quatre opinions suivantes : — 1" Les docteurs 
juifs l'ont traduit par nulles, et prétendent qu'il s'agirait 
ici de la procréation de cette espèce d'animaux, dont Ana 
aurait découvert le secret « en faisant'paltre les ânes de 
son père ». Telle est la paraphrase que Jonathan donne 
au texte dans le Targum ; ainsi ont traduit les versions 
arabe et persane ; tel est le sentiment de Jarchi , Aben- 
Ezra, Kimchi et de plusieurs commentateurs protestants. 
Cf. S. Bochart, Hierozoicon, Leyde, 1712, p. 238-239. Mais 
plusieurs raisons combattent cette hypothèse. D'abord les 
Hébreux appellent le mulet -ns, péréd, et les expressions 

employées dans les langues orientales pour désigner cet 
animal ne ressemblent aucunement à hayyêmim. Ensuite 
le verbe nïd, mâsâ', ne signifie pas « inventer », c'est- 
à-dire découvrir ce qui n'existe pas, mais « trouver » 
une chose déjà existante. Enfin, on ne voit pas bien com- 
ment la seule mention des ânes de Sébéon peut amener 
la conclusion des rabbins. Le mulet est le produit de 
l'âne et de la jument ou du cheval et de l'ânesse. Or, 
dans le texte, il n'est pas question des chevaux. — 
2° D'autres, au lieu de D>D»n, hayyêmim , ont lu D>s>n, 

hayyàmmîm, « les mers , » et veulent qu'Àna ait ainsi dé- 
couvert dans le désert certaines nappes d'eau ou étangs. 
On fait justement remarquer contre cette idée que, pour 
les Hébreux, yammîm ne désigne pas n'importe quelle 
étendue d'eau, mais qu'il indique ou les mers proprement 
dites ou les grands lacs, tels que celui de Tibériade ou le 
lacAsphaltite; et l'on ne pourrait vraiment faire à personne 
un grand mérite d'une semblable découverte dans un 
pays restreint et connu, où les lacs doivent frapper les yeux 
de tout le inonde. — 3° Bochart, Hierozoicon, p. 242-243, 
partage et défend l'avis de ceux qui regardent hayyêmim 
comme un nom propre, celui d'une race de géants, les 
Émim, habitants primitifs du pays de Moab, Gen., xiv, 5. 
Cette opinion s'appuie sur le texte samaritain, qui porte 
D's'xn, nom de ce « peuple grand et puissant, d'une si 
haute taille , qu'on les croyait de la race d'Énac , comme 
les géants », Deut., H, 10, 11, et sur le Targum d'Onke- 
los , qui a traduit par « géants ». II faut pour cela , il est 
vrai , changer l'orthographe du mot , puisque le nom des 
Émim renferme un aleph, N, que n'a pas hayyêmim. 
Ce nom est écrit de deux manières dans la Bible : D»D>Nn, 

hâ-'Emim, Gen., xiv, 5, et n>2Nn, hâ-'Êmhn, sans le 

premier yod. Deut., H, 10, 11. Or, disent les partisans 
de cette hypothèse, en prenant la première orthographe, 
on peut admettre que dans n'D», yêmîm, la radicale ini- 
tiale, n, aleph, est tombée, comme dans aT'i , vayyâréb, 

« et il dressa des embûches, » I Reg., XV, 5, qui est mis 
pour 3-ix>i, vayya'ârêb, etc. Si l'on prend la seconde or- 
thographe, il faudra reconnaître que n>o> , yêmîm, est mis 
pour d'dn, 'émim, par la permutation de N, aleph, et 

de », yod. D'un autre côté , le verbe mâsâ' est souvent pris 
dans le sens d'une « rencontre hostile », cf. Jud., 1,5; 
I Reg., xxxi, 3; III Reg., xm, 24, ou d'un « triomphe 
sur les ennemis », comme Ps. xx (hébreu, xxi), 9: « Ta 
droite trouvera (atteindra) ceux qui te haïssent. » Ana 
serait donc resté célèbre par une victoire sur les Émim, 
qu'il aurait attaqués ou qui l'auraient surpris. Mais le chan- 
gement de mots qui sert de base à cette opinion paraît 
fort douteux. De tous les manuscrits cités par B. Kenni- 
cott, Vet. Testant, heb., Oxford, 1776, t. i, p. 70, pas un 
ne porte Yaleph supposé perdu ou changé. Les Septante, 
qui appellent les Émim toù; '0|ji|Aaîo'jç, Gen., xiv, 5; 
'0&l(ju'v, Deut., il, 10, 11, ont traduit ici par tôv 'Ixpesv; 
de même Aquila , Symmaque et Théodotion mettent 



71 



CALLIRRHOÉ — CA.LMET 



72 



MIjaïv, l[i.B ! .[i : ce qui suppose une lecture semblable au 
texte massorétique et nous montre en tout cas que les 
traducteurs grecs n'ont pas vu ici le peuple géant connu 
dans la Bible. 11 faut avouer enfin que l'auteur sacré est 
par trop laconique s'il veut parler d'un combat ou même 
d'une escarmouche. — 4° Le sentiment général parmi les 
commentateurs est d'accord avec la Vulgate pour admettre 
dans notre récit la découverte d' « eaux chaudes ». Saint 
Jérôme, Lib. heb. Qusest. in Genesim, t. xxm, col. 994, 
rattache le mot yêmim « à la langue punique, qui est 
voisine de l'hébreu ». Gesenius, Thésaurus , p. 586, et 
Fûrst, Hebrâisches Handuiôrterbuch , Leipzig, 1876, t. r, 
p. 516, le font venir de la racine D->, yôm, do>, yâmam, 

« être chaud, a qui a pour correspondant l'arabe «^^a., 
hambn, et le syriaque Jv* -V) -- hamîma', « thermes. » 
C'est en somme l'explication la plus naturelle, et l'on 
comprend alors la signification de la circonstance ajoutée 
par l'historien sacré : « pendant qu'Ana gardait les ânes 
de son père. » Ces animaux contribuèrent sans doute à 
la découverte, de même que les eaux de Karlsbad furent 
trouvées par un chien de chasse de Charles IV, qui en 
poursuivant un cerf se jeta dans une source chaude, et 
par ses hurlements attira les chasseurs. Cf. Keil, Genesis, 
Leipzig, 1878, p. 274. Dans cette hypothèse, il s'agit ici 
des sources thermales que l'on rencontre sur une certaine 
étendue à l'est de la mer Morte, et dont le groupe prin- 
cipal porte le nom de Callirrhoé. 

II. Description. — Les sources de Callirrhoé, aujour- 
d'hui Hammam ez-Zerqa, n'ont été visitées que par un 
tout petit nombre de voyageurs depuis Irby et Mangles, 
en 1818. La description la plus complète nous en est 
donnée par Tristram, The Land of Moab, in-8°, Londres, 
1874, p. 240-252; nous la résumons dans les lignes sui- 
vantes. Il est presque aussi difficile de décrire ce site que 
de le photographier, aucun point ne permettant d'en saisir 
une vue générale. Enterrée dans la fente profonde d'un 
magnifique ravin, Callirrhoé ne peut pas même être soup- 
çonnée du voyageur qui passe sur les hauteurs voisines. 
C'est seulement en approchant du bord septentrional qu'on 
aperçoit cette crevasse aux lianes rudes et escarpés, avec 
une masse de roches basaltiques ( fig. 28). La face nord 
diffère beaucoup de la face méridionale. Moins raide, plus 
impraticable cependant et plus élevée de soixante mètres, 
elle est formée d'un calcaire blanc légèrement teinté par 
la végétation jusqu'au fond du ravin, où apparaît le grès 
rouge. A partir de ce point, des fourrés de roseaux, à 
travers lesquels les sangliers ont tracé leurs sentiers, et 
de hauts palmiers marquent le cours des petils ruisseaux 
d'eau thermale sullureuse, qui murmurent en descendant 
vers le fond de l'ouadi et forment une série de petites 
cascades. De grands rochers noirâtres, à l'aspect volca- 
nique, composés de dépôts sulfureux, et dont quelques- 
uns ont jusqu'à cinquante mètres de hauteur, sont cou- 
verts de plantes assez rares. Une asclépiade {Dœmia cor- 
data), dont la fleur est petite, d'un rouge sombre, avec 
fond blanc, croît uniquement dans les « moraines » de la 
source principale. Une autre plante qu'on trouve seule- 
ment sur les rochers sulfureux et basaltiques est une 
crucifère assez semblable à la giroflée des murailles 
comme forme et comme accroissement, avec une tige 
couleur de soufre et des fleure orange pâle. On remarque 
encore de splendides orobanches, de deux espèces parti- 
culières, un géranium rose qui abonde parmi les pierres, 
et, dans les interstices des rochers, des masses de renon- 
cules et de cyclamens. Pour la botanique de cette contrée, 
voir Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, 
1888, p. 188. 

C'est au point de jonction du grès rouge et du calcaire, 
du côté nord et vers le bas de la falaise, que jaillissent 
les sources de Callirrhoé; elles sont au nombre de dix, 
disposées sur une longueur de quatre kilomètres environ. 
Leur température est de 65 à 70 degrés centigrades. Les 



plus chaudes et les plus sulfureuses sont à l'ouest, vers 
l'embouchure de l'ouadi. Près de la cinquième, on observe 
un phénomène curieux, ce sont des troncs de palmiers 
pétrifiés en une sorte de craie poudreuse, qui s'émiette 
au toucher. La septième et la huitième, à l'ouest, jail- 
lissent au pied de la falaise avec une grande force, et 
tombent dans un bassin, pour disparaître bientôt sous 
une épaisse couche d'incrustations qu'elles ont elles- 
mêmes formées. Les Arabes utilisent ingénieusement ce 
petit canal souterrain pour se ménager des bains. La 




28. — Callirrhoé. D'après une photographie. 

dixième et dernière source est la plus chaude. Josèphe, 
Ant. jud., XVII, VI, 5, déclarait que l'eau de ces sources 
était bonne à boire. Tristram, The Land of Moab, p. 241, 
a confirmé cette assertion en disant que , bien qu'impré- 
gnée de soufre, elle n'était pas du tout nauséabonde, et 
qu'il en but volontiers, sans inconvénient; elle donnait 
seulement une légère saveur au thé. — Quant aux ruines 
romaines ou aux vestiges de la résidence d'Hérode en ce 
lieu, pendant le séjour qu'il y fit, c'est en vain qu'on les 
cherche aujourd'hui; de même en est-il des monnaies, 
qu'on trouvait encore au temps d'Irby et de Mangles. A 
cela rien d'étonnant, car le dépôt sulfureux s'est formé 
si rapidement, que les constructions romaines, quelles 
qu'elles aient été, doivent être maintenant de plu- 
sieurs mètres au-dessous du sol. — On peut voir aussi 
U. J. Seetzen, Reisen dureh Syrien, Palâstina, etc., 
édit. Kruse, 4 in-8», Berlin, 1854, t. u, p. 336-338; 
E. Piobinson, Pliysical geograiJiy of the Holy Land, 
in-8», Londres, 1865, p. 163-164. A. Legendre. 

CALLISTHÈNE (Septante : Ka).)u<r6lvr,;), Syrien que 
le peuple de Jérusalem célébrant la victoire remportée 
sur Nicanor, brûla dans une maison particulière où il 
s'était réfugié. II Mach.,vm, 33. 11 s'était fait remarquer 
au pillage du temple, I Mach., I, 33, et iv, 38, en mettant 
le feu aux portes sacrées. II Mach., vm, 33. Il reçut ainsi 
le juste salaire de son impiété. E. Levesqle. 

CALMET Antoine, en religion dom Augustin, célèbre 
commentateur de la Bible, né le 26 février 1672 à Ménil- 



73 



CALMET 



74 



la-Horgne, auprès de Commercy (Meuse), et mort à l'ab- 
baye de Senones, le 25 octobre 1757. Après avoir fait ses 
humanités au prieuré de Breuil et sa rhétorique (1687-1688) 
à l'université de Pont- à -Mousson, il prit l'habit monas- 
tique à l'abbaye bénédictine de Saint-Mansuy de Toul, et, 
son noviciat terminé, y fit profession religieuse, le 23 oc- 
tobre 1689. Ses études de philosophie, commencées à 
Saint-Èvre de Toul, furent achevées, aussi bien que celles 
de théologie, à Munster, en Alsace. Dans la bibliothèque 
de cette abbaye, dom Augustin trouva la petite grammaire 
hébraïque de Buxtorf et quelques livres de la Bible dans 
leur langue originale. Cette circonstance insignifiante eut 
une influence notable sur le reste de sa vie et fui le point 
de départ de ses travaux sur l'Écriture. Il emporta secrè- 
tement ces volumes dans sa cellule et entreprit d'ap- 
prendre l'hébreu sans le secours d'aucun maître. Au bout 
de quelques mois il obtint, non sans peine, la permission 
de consulter le ministre luthérien Fabre, qui administrait 
la communauté protestante de Munster et avait une con- 
naissance étendue de la langue hébraïque. Ce ministre 
donna des conseils à l'étudiant bénédictin et lui prêta la 
Bible hébraïque de Hutter et un des dictionnaires de Bux- 
' toi'f. A l'aide de ces ressources, Calmet devint bientôt assez 
habile pour comprendre le texte sacré dans l'original. Il 
s'appliqua aussi au grec, dont l'intelligence ne lui était pas 
moins nécessaire pour les travaux d'exégèse qu'il médi- 
tait. Ordonné prêtre le 17 mars 1696, dom Calmet passa 
à Moyen-Moutier et devint membre d'une académie que 
dirigeait dom Hyacinthe Alliot le jeune. Là et à Toul, où 
il résida quelques mois, sous un maître habile et avec le 
concours de ses confrères, il entreprit dans les écrits des 
Pères et des commentateurs modernes, dans les clas- 
siques grecs et latins et mémo dans les relations des 
voyageurs, des recherches sur tout ce qui pouvait éclai- 
rer les passages difficiles de l'Écriture. En six années, il 
rédigea presque tout son Commentaire sur l'Ancien Tes- 
tament et quelques dissertations spéciales. Sur deux d'entre 
elles, concernant Ophir et Tanis, il consulta, au mois de 
mai 1704, Mabillon. Nommé sous-prieur de l'abbaye de 
Munster, en 1704, il termina avec l'aide de jeunes reli- 
gieux, dont il dirigeait les études, l'œuvre qui devait l'im- 
mortaliser, et qu'il résolut définitivement alors de publier. 
Dans ce dessein, au commencement de 1706, il demanda 
au chapitre général de sa congrégation l'autorisation 
d'aller habiter Paris, afin d'y consulter des livres rares 
qui ne se trouvaient pas en Lorraine et d'y chercher un 
éditeur. Sur le conseil de l'abbé Duguet et malgré des 
avis diil'érents, Calmet se décida à donner son ouvrage 
en français, comme il avait été écrit. Le premier volume 
parut en 1707, chez Pierre Émery, sous le titre de Com- 
mentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du 
Nouveau Testament. Les autres, imprimés successive- 
ment, furent accueillis avec faveur par le clergé et les 
savants. Ce légitime succès n'empêcha pas les critiques. 
En 1709, Fourmont attaqua vivement, dans deux lettres, 
divers passages du commentaire sur la Genèse, et repro- 
cha à l'auteur de n'avoir pas tenu assez compte des inter- 
prétations des rabbins. L'année suivante, Calmet publia 
quatre Lettres de l'auteur du Commentaire littéral sur 
la Genèse, pour servir de réponse à la critique de 
M. Fourmont contre cet ouvrage. Richard Simon, dans 
une série de lettres adressées au P. Souciet et à d'autres 
savants, discuta plusieurs explications de Calmet. Comme 
la publication de ces lettres ne fut pas autorisée, la ré- 
ponse de Calmet resta inédite. Ces hostilités, les lenteurs 
du libraire et un procès intenté au typographe pour avoir 
imprimé la traduction française de la Bible de Sacy re- 
tardaient l'apparition des deux derniers volumes du Com- 
mentaire. La première édition ne fut terminée qu'en 
1716; elle compte 23 volumes in-4°. Dans l'intervalle, 
l'auteur avait été nommé, en 1715, prieur de Lay-Saint- 
Christophe. Mais, pour satisfaire aux nombreuses de- 
rnmdes du public, l'éditeur dut, avant l'achèvement de 



la première édition, en entreprendre une deuxième, dont 
le tome premier parut en 1714, et le dernier en 1720; elle 
compte 25 volumes in -4°. Une troisième et magnifique 
édition en 9 volumes in-f° fut publiée à Paris encore, 
de 1724 à 1726. Le dominicain Jean Dominique Mansi fit 
une traduction latine du Commentaire, Lucques, 1730-1738, 
8 tomes en 9 volumes in-f°; réimprimée à Augsbourg et 
à Gràtz, chez Weith frères, 1734, etc., 8 in-f°, et à Wùrz- 
bourg, 1789-1793, 19 in-4°. Un religieux somasque, Fran- 
çois Vecelli, publia une autre traduction latine à Venise, 
1730, 6 in-f", et à Francfort -sur- le -Mcin, 6 in-f". 

Dans ce vaste ouvrage, on trouve : 1° une introduction 
particulière à chacun des livres de la Bible ; 2° en regard 
du texte latin de la Vulgate, la version française de Sacy ; 
3° sur un ou plusieurs versets, au bas de chaque page, 
un commentaire plus ou moins étendu; 4° des disserta- 
tions, au nombre de cent quatorze, sur des points spé- 
ciaux et les passages difficiles du texte sacré. Le com- 
mentaire expose principalement le sens littéral. L'auteur 
reproduit les meilleures explications des exégèles anciens 
et modernes, auxquelles il ajoute au besoin ses propres 
interprétations. Résultat d'immenses recherches et de 
connaissances fort étendues, son œuvre laisse à désirer. 
« Dom Calmet avait travaillé avec un peu trop de vitesse, sa 
critique n'était pas toujours assez judicieuse, assez sûre. 
Versé médiocrement dans la connaissance de l'hébreu, il 
n'avait point étudié les autres langues orientales , qui 
offrent, pour la parfaite intelligence du langage des livres 
de l'Ancien Testament, un secours précieux et même 
indispensable. » Quatremère, dans le Journal des sa- 
vants, octobre 1845, p. 595. Il a passé trop légèrement sur 
des textes difficiles, et s'est contenté trop souvent d'ali- 
gner des interprétations différentes, sans porter de juge- 
ment et laissant le, lecteur indécis. Son style est négligé, 
diffus et trop uniforme. Lui-même l'a justement caracté- 
risé dans une lettre à dom Matthieu Petitdidier, du 20 no- 
vembre 1711 : « J'écris tout simplement comme je pense, 
sans détours et sans finesse. » Néanmoins son ouvrage, 
« d'un travail très considérable et d'une grande érudition » 
(Ellies Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques 
du xra' siècle, t. vu, p. 174), a ramené les commenta- 
teurs de la Bible à une sage exégèse, et a servi longtemps 
de base aux études scripturaires des catholiques et des 
protestants eux-mêmes. 

En préparant son Commentaire, Calmet recueillit les 
matériaux d'une Histoire de l'Ancien et du Nouveau- 
Testament et des Juifs, pour servir d'introduction à 
l'Histoire ecclésiastique de M. Fleury , Paris , 1718 , 
2 in-4°. Des additions nombreuses augmentèrent l'éten- 
due des autres éditions, 1718, 4 in -12; 1725, 7 in -12; 
; 1737, 4 in -4"; 1770, 5 in -4°. Elle fut traduite en anglais 
par Th. Stadehouse, 2 in-f», Londres, 1740; en allemand, 
1 in-f°, Augsbourg, 1759, et en latin, 5 in-8°, Augsbourg. 
L'auteur s'était flatté de la voir devenir « classique » ; 
mais elle était trop étendue et sa composition trop peu 
attachante pour mériter cet honneur. L' Histoire de la vie 
et des miracles de Jésus- Christ, in-12, Paris, 1720; Nancy, 
1728, extraite en partie de l'ouvrage précédent, contient 
un exposé clair et concis de la vie du Sauveur et une 
bonne dissertation sur sa double généalogie. 

Devenu abbé de Saint -Léopold de Nancy, Calmet 
acheva son Dictionnaire historique, critique, chronolo- 
gique, géographique et littéral de la Bible, commencé 
dès 1711. Son but était de populariser la science sacrée 
et de disposer par ordre alphabétique toute la substance 
du Commentaire et d'autres documents qu'il n'y avait pas 
employés. Les deux in-folio dont l'ouvrage se composait 
étaient complètement imprimés avant la fin de 1719, lorsque 
les éditeurs s'imaginèrent que le débit serait plus prompt et 
plus assuré, s'ils y joignaient des gravures. Ils firent donc 
exécuter cent cinquante planches, très médiocres, qu'ils 
y insérèrent. L'auteur, de son côté, ajouta au tome premier 
une Bibliothèque sacrée, ou liste très étendue et non sans 



75 



CALMET — CALOV 



7G 



mérite des livres propres à faciliter l'étude de la Bible, : 
et, au tome second, une chronologie sacrée, la réduction 
des monnaies, poids et mesures des anciens, aux mon- 
' naies, poids et mesures de France, et une explication lit- 
térale des noms hébreux. Cette première édition fut mise 
en vente en 1722 seulement. Elle se ressentait de la pré- 
cipitation apportée à sa rédaction ; on y constata l'absence 
de nombreux articles et l'insuffisance de quelques autres. 
Aussi Calmet composa-t-il un Supplément du Diction- 
naire de la Bible, Paris, 1728, 2 in-f». Les libraires de 
Genève en firent une contrefaçon, 4 in-4» sans figures, 
1729 et 1730. Dans une deuxième édition, 4 in-f°, Paris, 
1730, les articles de la première et du supplément furent 
remaniés et refondus, des améliorations et des additions 
importantes furent introduites, et de nouvelles figures, 
qui n'étaient pas mieux réussies que les premières, ajou- 
tées. Cette édition a été plusieurs fois reproduite, 6 in-8», 
Toulouse, 1783, sans gravures, et 4 in-8», Paris, 1845. 
A cause de son utilité, le Dictionnaire fut bientôt traduit 
en latin par Mansi, 4 in-f», Lucques, 1725-1732, sans gra- 
vures; 4 in-f», Ausgbourg et Grâtz, 1729-1738, avec gra- 
vures, et par un autre écrivain, 4 in-f°, Venise, 1726, etc., 
avec gravures; en allemand, par Glockner, 4 in-4», Lieg- 
nitz, 1751-1754; 2 in-8», Hanovre, 1779-1781; en anglais, 
par S. d'Oyley et John Colson, 3 in-f°, Londres, 1732; 
3 in-f», Cambridge, 1745; 5 in-4», Londres, 1817-1828. 
C'est le meilleur, le plus utile et le plus estimé des ou- 
vrages exégétiques de dom Calmet. 

Un libraire d'Avignon ayant donné dès 1715, en 5 in-8", 
une édition subrepfice des Dissertations détachées du 
Commentaire, les éditeurs français entreprirent une pu- 
blication de même nature. Calmet rangea ses préfaces 
et dissertations dans un ordre méthodique, y ajouta dix- 
neuf dissertations nouvelles, et publia le tout sous ce 
titre : Dissertations qui peuvent servir de prolégomènes 
sur l'Écriture Sainte, 3 in-4°, Paris, 1720. Le premier 
volume renferme les dissertations relatives aux Livres 
Saints en général, le deuxième celles qui concernent l'An- 
cien Testament, et le troisième celles qui se rapportent 
au Nouveau. Les dix-neuf dissertations inédites sontmêlées 
aux autres et occupent la place que leur assigne l'ordre 
des matières. Cette collection obtint un tel succès, qu'elle 
fut réimprimée deux fois en Hollande, sous le titre de 
Trésor d'antiquités sacrées et profanes, 3 in -4° et 12 
in- 12, Amsterdam, 1722. Elle fut traduite en anglais 
par Samuel Parker, Oxford, 1726; en latin par Mansi, 
2 in-f°, Lucques, 1729; en hollandais, Rotterdam, 
1728-1733; en allemand par Jean-Daniel Overbeck, avec 
une préface et des notes de Mosheim, 6 in-8», Brème, 
1738, 1744, 1747, et en italien. En faveur des posses- 
seurs des deux premières éditions du Commentaire, Calmet 
édita séparément les dix-neuf Nouvelles dissertations im- 
portantes et curieuses sur plusieurs questions qui n'ont 
pas été traitées dans le Commentaire littéral sur tous 
les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, in-4°, 
Paris, 1720. 

L'année durant laquelle il fut élu abbé de Senones, en 
1729, Calmet publia un Abrégé chronologique de l'histoire 
universelle sacrée et profane, depuis le commencement 
du monde jusqu'à nos jours, Nancy, in-12; traduit en 
latin, Nancy, 1733, in-12. Il avait rédigé aussi un Tableau 
de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui eût formé 
2 in -4°. Cet ouvrage ne vit pas le jour à part, mais fut 
introduit dans VHistoire universelle sacrée et profane, 
depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, 
17 in-4°, Strasbourg, Senones et Nancy, 1735-1771. Cette 
histoire, peu estimée, fut traduite cependant en latin par 
Meyer, Augsbourg, 1744, etc.; en allemand par le P. Au- 
gustin d'Ornblut, 12 in-12, Augsbourg, 1776-1797; en 
italien par Salvaggio Canturani, Venise, 1742, etc., et les 
six premiers volumes en grec moderne, par ordre de 
l'hospodar de Valachie, Constantin Mavrocordato. 

L'abbé de Senones ne fut pas entièrement distrait de 



l'exégèse par ses travaux historiques. En 173i, il inséra 
dans le Mercure de France, mai, p. 891-901, une Lettre 
au sujet de la prophétie attribuée au roi David, 
Ps. xcv, 10 : « Dominus regnavit a ligno. » Quand l'abbé 
Rondet publia sa Bible, Calmet lui fit remettre, en 1742, 
onze dissertations nouvelles sur le paradis terrestre , 
l'arche de Noé, l'universalité du déluge, la ruine de 
Sodome et de Gomorrhe et la métamorphose de la femme 
de Lot, la manne, les faux messies qui ont paru depuis 
Jésus-Christ, la prophétie d'isaïe, xvm, la mort de la 
sainte Vierge , le Juif errant et la prophétie, Ps. xcv, 10. 
On les lit dans toutes les éditions de la Bible de Rondet 
ou de Vence. Calmet envoya encore au Mercure de 
France, décembre 1756 et janvier 1757, une Lettre sw 
la terre de Gessen et sur le royaume de Tanis , en 
Egypte. Les autres travaux scripturaires de sa vieillesse 
sont restés inédits , à savoir : 1° un Mémoire inachevé 
pour répondre aux attaques de La clef du cabinet, Luxem- 
bourg, 1749 et 1750, contre la chronologie sacrée du Dic- 
tionnaire ; 2° une multitude de Remarques , fort courtes, 
sur divers passages de l'Écriture (Bibliothèque municipale 
de Saint- Dié); 3° Réflexions sur l'idée que les Juifs se 
sont formée du Messie qu'ils attendent; 4° Dissertation 
sur la chronologie du sixiènte âge du monde. Ses lettres 
et celles de ses nombreux correspondants, en partie iné- 
dites et conservées dans les bibliothèques des villes de 
Saint- Dié et de Nancy et du grand séminaire de Nancy, 
prouvent qu'il était consulté de tous côtés sur la Bible, 
et contiennent beaucoup d'indications intéressantes sur 
la littérature sacrée du XVIII e siècle. 

Voir Calmet, Bibliothèque lorraine, 1751, col. 209-217, 
et Notes autographes , publiées par Dinago à la suite de 
VHistoire de Senones, Saint-Dié, 1881, p. 415-421; dom 
Fange, La Vie du Très Révérend Père D. Aug. Calmet, 
Senones, 1762, traduite en allemand par Sébastien Sailer, 
Augsbourg, 1768, et en italien par M9 r Passionei, Rome, 
1770; Histoire de l'abbaye de Senones , dans Documents 
rares ou inédits de l'histoire des Vosges, t. VI, 1880, 
p. 95-150; L. Maggiolo, Éloge historique de D. A. Cal- 
met, Nancy, 1839; Edouard de Bazelaire, Dom Calmet 
et la congrégation de Saint-Vanne, dans le Correspon- 
dant, t. ix, 1845, p. 703-727, 846-874; A. Digot, Notice 
biographique et littéraire sur dom Augustin Calmet, 
Nancy, 1860; Hurter, Nomenclator litterarius, t. h, 
1879-1881, p. 1300-1305. E. Mangenot. 

CALOMNIE. Les bergers d'Isaac ayant creusé un 
puits dans la vallée de Gérare , les bergers du pays leur 
en disputèrent la possession, ce qui fut cause qu'Isaac 
appela ce puits 'Êséq, c'est-à-dire « Altercation, Rixe ». 
La Vulgate a traduit le nom hébreu par Calomnie. Gen., 
xxvi, 20. Voir Éseq. 

CALONA, Thomas de Palerme, de son nom de fa- 
mille Calona, né en 1599, prit l'habit des Capucins le 
15 novembre 1620. Il fut un savant hébraïsant. Il mou- 
rut dans la force de l'âge, à Trapani, le 14 décembre 
1644, peu après avoir donné au public : Commentaria 
moralia super duodecim prophetas minores, Palerme, 

1641. P. AFOLLINA.IRE. 

CALOR (hébreu : Bammaf), I Par., n, 55. Voir 

Rechab 2. 

CALOV Abraham, luthérien allemand, né le 16 avril 
1612 à Morhungen, mort le 25 février 1686 à Wittenberg. 
Il avait étudié à l'université de Kœnigsberg, et fut suc- 
cessivement ministre à Rostock, à Kœnigsberg, à Danlzig 
et à Wittenberg, où il devint surintendant général. Il 
réunit les articles épars de la dogmatique luthérienne 
et en fit un corps de doctrine. Calov a beaucoup écrit ; 
nous ne mentionnerons que les ouvrages suivants qui 
se rapportent aux études sur l'Écriture Sainte : Genca- 



77 



CALOV — CALVAIRE 



78 



logia Cliristi ab erangelistis Matlhseo et Luca conscri- 
pta, in-4°, Wittenberg, 1652; Epistola Judée, analgtice, 
c.cegctice et polemice explicata, in-8°, Wittenberg, 1654; 
Discussio infallibilitalis novse chronologies biblicse C. Ra- 
vii, in -4°, Wittenberg, 1670; Commentarius in Genesim, 
iu-4°, Wittenberg, 1671; Biblia veteris et Novi Testa- 
menti illustrata, seu commentarius in Vêtus et Novum 
Teslamentum in quo ut unicus lilteralis Scriptural sen- 
sus undequaque asserilw et confirmatur : prsemissis 
-chronico sacro, tractatus de nummis, ponderibas et 
mensuris , insertis et vefutatis annotationibus Grotianis 
universis , 5 in-f", Francfort -sur- le -Mein, 1672-1676; 
4 in-f», Dresde, 1719; Deutsche Bibel D. Martini Lu- 
therï, ausder Grundsprache, demi Context und Parallel- 
sprachen , mit Beyfùgung der Auslegung , die in Lu- 
theri Scliriften zu finden, erklàrl, in-f", Wittenberg, 
1682; Crilicus sacer Biblicus de Sacrée Scripturse aucto- 
ritate, canone , lingua originali, fontium puritate ac 
versionibus prsecipuis imprimis vero Vulgata latina et 
grœca LXX interpretum, in -4", Wittenberg, 1683; Apo- 
dixis articulorum fidei e solis Sacrée Scripluree locis 
credenda demonstrans, in-4°, Lunebourg, 1684. Ugolini, 
clans son Thésaurus antiquitatum sacrarum (1744-1769), 
a publié une dissertation de cet auteur, De statu Judseo- 
rum ecclesiastico et polilico, ab anno primo Nativita- 
tis Christi usque ad excidium Hierosolymae, t. xxiv, col. 
mxxvii. — VoirWalch, Bibl. theol.,t. m, p. 13, 14, 86, 
410; t. iv, p. 18i, 191, 202, etc.; Kirchmaier G., Pro- 
gramma in funere A. Calovii, in-f°, Wittenberg, 1686; 
Orme, Bibliotlieca biblica (1824), p. 74. 

B. Heurtebize. 
CALPHI (Septante: XctXcpî), père de Juda, capitaine 
•de l'armée de Jonathas. I Mach., xi, 70. 

CALUBI (hébreu: Kelûbaï; Septante: 6XâXeê), fils 
d'Hesron , le même personnage que Caleb 2. 

CALVAIRE, lieu où fut crucifié Notre -Seigneur. — 
I. Signification du mot. — La transcription grecque du 
nom donné au Calvaire par les Juifs est ToXfoôS, Matth., 
xxvii, 33, mot qui correspond à Taraméen gulgotfâ, et 
à l'hébreu gulgolét, avec le sens de « crâne », du verbe 
gâlal, « rouler, » d'où la signification dérivée de « chose 
qui peut rouler, objet sphérique, crâne ». Saint Matthieu, 
saint Marc et saint Jean traduisent Golgotha par xpavïou 
TÔito;, « le lieu du crâne; » saint Luc, xxm, 33, rend plus 
littéralement le mot hébreu par le grec xpaviov. Le fémi- 
nin latin, employé par la Vulgate, calvaria, a le même 
sens de « crâne » dans Pline, H. N., xxvm, 2;xxx, 18. 
On a expliqué de trois manières différentes le nom donné 
au Calvaire : 

1° C'est à cet endroit qu'on exécutait les criminels et qu'on 
enterrait sur place leurs cadavres. A la suite de saint 
Jérôme, dans son commentaire sur S. Matthieu, xxvn, 
33, t. xxvi, col. 526, un certain nombre de commenta- 
teurs, jusqu'au XVII e siècle, ont admis cette explication. 
Elle n'est pas acceptable, pour les raisons suivantes : — 
1° Les Juifs n'avaient pas d'emplacement fixe pour l'exé- 
cution des sentences capitales. Il était seulement requis 
que le supplice eût lieu hors de la ville. Talmud de 
Babylone, Sanhédrin, f° 42 b. — 2° Il y avait à quelques 
pas du Calvaire un jardin dans lequel Joseph d'Arimathie 
s'était préparé un tombeau. Il n'est pas à croire qu'un 
riche membre du sanhédrin eût choisi, pour y placer sa 
sépullure, l'endroit où l'on mettait à mort les criminels. 
— 3° Dans cette hypothèse, il eût été bien plus naturel 
d'appeler le Calvaire « le lieu des crânes », ou mieux 
encore « le lieu des cadavres ». Mais ce dernier nom lui- 
même ne pouvait convenir : on ne voyait là ni crânes ni 
cadavres. Le crucifié était achevé et détaché de sa croix 
dès le soir même, et le lapidé enseveli de suite; car la 
loi juive ne permettait de laisser à découvert ni cadavres 
ni ossements humains. 



2° Le Calvaire, d'après une opinion fort ancienne, de- 
vrait son nom au crâne d'Adam. C'était, en effet, une 
croyance assez répandue parmi les anciens, que le premier 
homme avait été enseveli dans la cavité inférieure du 
rocher du Golgotha. Origène, In Matth., 126, t. xm, 
col. 1777; S. Athanase, De passione et cruce Domini, 
12, t. xxvm, col. 207; S. Ambroise, J» Luc, x, 114, 
t. xv, col. 1832; Paula et Eustochium, Ep. ad Marcel- 
lam, xlvi, dans les Œuvres de saint Jérôme, t. xxii, 
col. 485, etc. C'est en souvenir de celte tradition que la 
chapelle souterraine du Calvaire est consacrée à Adam , 
et qu'au pied des crucifix on place souvent une tête de 
mort. — Mais cette tradition ne repose sur aucun fon- 
dement solide. Ni l'Ancien ni le Nouveau Testament n'en 
font mention, et il est bien certain que si les Juifs du 
temps de Notre - Seigneur l'avaient connue, ils n'auraient 
pas choisi cet endroit-là même pour y crucifier des con- 
damnés. En réalité, Adam n'a été enseveli ni à cet endroit 
ni à Hébron , comme on le conclut à tort d'un texte mal 
traduit de la Vulgate. Jos., xiv, 15. 

3° Le plus probable est que le nom du Calvaire lui 
venait de la configuration même du rocher, qui devait 
reproduire plus ou moins fidèlement la forme d'un crâne. 
C'est l'opinion que semble adopter saint Cyrille de Jéru- 
salem, Catech. xin, 23, t. xxxm, col. 802, mieux placé 
que personne pour savoir à quoi s'en tenir. On sait avec 
quelle facilité le langage populaire donne à certains reliefs 
pittoresques du sol le nom des objets auxquels ils res- 
semblent. Rien de plus commun, par exemple, dans les 
pays de montagnes, que les noms d'aiguille, de fourche, 
de dent, de tête, etc. Le premier livre des Rois, xiv, 4, 
parle de rochers en forme de dents, et la montagne où 
l'on croit communément aujourd'hui que Notre -Seigneur 
prononça les béatitudes s'appelle les Cornes d'Hattin. 
Strabon, xvn, 3, donne à un promontoire le nom de 
xeçocW, « têtes ». Le nom du Calvaire aurait donc quelque 
analogie avec le mot « Chaumont », calvus nions, « mont 
chauve » , si commun en France. 

II. L'emplacement du Calvaire. — Saint Jean, xix, 20, 
dit que « le lieu où fut crucifié Jésus-Christ était près de 
la ville », et saint Paul, Hebr., xm, 12, ajoute que Notre- 
Seigneur a souffert « hors de la porte ». Cette double indi- 
cation répond parfaitement à l'intention bien connue des 
Juifs. Obligés de crucifier Jésus -Christ hors de la ville, 
ils firent en sorte cependant que son supplice pût avoir 
le plus de témoins possible, et pour cela choisirent le pre- 
mier endroit propice, sur le bord de la route et en vue 
des murs de Jérusalem. L'emplacement assigné par la 
tradition au Calvaire et au saint Sépulcre répond- il à ces 
conditions? Oui, sans nul doute. 

1» Données topographiques. — La ville de Jérusalem 
a eu plusieurs enceintes successives, dont Josèphe donne 
la description, Bell, jud., V, iv, 2. La première et la plus 
ancienne enfermait la colline où était bâti le temple (mont 
Moriah) et le mont Sion actuel; elle franchissait en deux 
points la vallée du Tyropaeon, qui sépare les deux col- 
lines. La seconde enceinte entourait le quartier bas appelé 
Acra, et situé à l'angle intérieur formé par la première 
enceinte, au nord de Sion et à l'ouest du Moriah. La troi- 
sième enceinte eut pour but d'annexer à la ville le quar- 
tier bâti au nord, sur la colline de Bézétha. Elle fut com- 
mencée, dans des proportions magnifiques, par le roi 
Hérode Agrippa (37-44), qui interrompit le travail sur 
les injonctions de l'empereur Claude, animé d'une juste 
défiance envers les Juifs. Ceux-ci achevèrent la muraille 
à l'époque du siège de la ville par Titus. Josèphe dit 
expressément que cette troisième enceinte « traversait les 
cavernes royales ». Ces cavernes sont d'immenses car- 
rières calcaires qui s'étendent au-dessous de Bézétha , et 
d'où l'on a tiré des matériaux pour les grandes construc- 
tions de Jérusalem (Voir Carrière). L'enceinte actuelle 
les traverse. On est amené par là à conclure que la troi- 
sième enceinte de Josèphe suivait à peu près le péri- 



CALVAIRE 



80 



mètre de l'enceinte actuelle. Celte troisième enceinte 
n'existait pas encore du temps de Jésus-Christ; le Cal- 
vaire était donc alors en dehors de la ville (voir Jéru- 
salem), probablement à une centaine de mètres au delà 
des murailles de la seconde enceinte. 

2° Données traditionnelles. — A aucune époque de 
l'histoire, la connaissance du véritable emplacement du 
Calvaire n'a pu se perdre chez les chrétiens. Au temps 
de Notre-Seigneur, les environs de ce lieu commençaient 
à se peupler, puisque dix ans seulement plus tard, Hérode 
Agrippa (37-4i) jugea à propos d'annexer toute cette ré- 
gion à la ville, en bâtissant la troisième enceinte. Josèphe, 
Ant. jud., XIX, vu, 2. Le saint Sépulcre appartenait à 
Joseph d'Arimathie. Nul doute que lui ou d'autres disciples 
du Sauveur ne se soient assuré la possession du Calvaire, 
et n'aient entouré ces lieux du plus profond respect. Au 
moment du siège, tout fut bouleversé dans ce quartier; 
mais ni le saint Sépulcre, qui était un monument mono- 
lithe taillé dans le roc, ni le rocher du Calvaire, n'eurent 
à souffrir gravement, à raison de leur nature même. Si 
l'accès des restes de la ville fut ensuite interdit aux an- 
ciens habitants, « il va de soi que juifs et chrétiens firent 
souvent des visites furtives aux ruines de leurs Lieux 
Saints. » Duchesne, Les origines chrétiennes, in-8°, Paris, 
1878-1881, p. 127. Cf. S. Cyrille de Jérusalem, Catecli. 
xvn, 16, t. xxxiii, col. 988. Bien plus, « quelque temps 
après les tragiques événements de l'an 70, quelques colons 
juifs et chrétiens se hasardèrent à venir demeurer au milieu 
de ces ruines, et y bâtirent des cabanes, de même qu'une 
petite église chrétienne, à l'endroit même où les premiers 
fidèles avaient coutume de se réunir après l'ascension du 
Sauveur, pour célébrer le repas eucharistique. » Hefele, 
Histoire des conciles, traduct. Goschler, Paris, 1869, t. i, 
p. 393; S. Épiphane, De mensur. et ponder., xiv, t. xliii, 
col. 260. Du reste, dès l'année 62, saint Siméon, qui était 
de la race de David, avait succédé au premier évêque de 
Jérusalem, saint Jacques le Mineur; il ne fut lui-même 
martyrisé qu'en 110, sous Trajan. Eusèbe, H. E., m, 32, 
t. xx, col. 281. Jusqu'en 132, des évêques judéo-chré- 
tiens furent à la tète de l'Église palestinienne, et ne purent 
laisser se perdre les traditions concernant les Saints Lieux. 
— Après la révolte de Barcochébas, Hadrien fit de Jéru- 
salem une colonie romaine, sous le nom d'^lia Capito- 
lina, et en interdit totalement l'entrée aux Juifs. La petite 
communauté chrétienne qui se réunit dans la nouvelle 
ville fut donc composée de convertis d'origine païenne, 
et Marc devint alors le premier évêque helléno- chrétien 
de Jérusalem. Mais la Providence voulut que l'empereur 
prit soin de bien marquer lui-même la place du Calvaire, 
en érigeant une statue à Vénus sur le Golgotha, et une 
autre à Jupiter au-dessus du saint Sépulcre. Eusèbe, 
De Vita Constantin., m, 26, t. xx, col. 1087; S. Jérôme, 
Ep. lviii ad Paulin., 3, t. xxii, col. 581. Aussi lorsque 
sainte Hélène vint à Jérusalem, deux cents ans plus tard, 
pour restaurer les Lieux Saints, elle trouva la place du 
Calvaire nettement indiquée par les monuments d'Ha- 
drien. D'ailleurs, à leur défaut, la tradition orale eût am- 
plement suffi à la renseigner, puisqu'on n'était séparé 
des contemporains du Sauveur que par un très petit 
nombre de générations. — La basilique élevée par sainte 
Hélène au-dessus du saint Sépulcre devint, à partir do ce 
moment, l'attestation monumentale de l'eudroit où Notre- 
Seigneur avait souffert. Sans doute cette basilique fut plu- 
sieurs fois depuis détruite et rebâtie; mais les substruc- 
tions restèrent toujours en place, et les nouvelles cons- 
tructions s'élevèrent invariablement sur l'emplacement 
des anciennes. Dans les intervalles , aucun monument 
étranger ne se dressa sur les ruines. La perpétuité d'un 
souvenir de cette importance, toujours localisé au même 
endroit, soit avant, soit après Constantin, constitue une 
preuve du premier ordre en faveur de l'authenticité des 
lieux actuellement vénérés comme ayant été témoins de 
la passion du Sauveur. Toutes les communions chrétiennes 



sont aujourd'hui réunies dans la basilique du Saint- Sé- 
pulcre : catholiques, grecs, arméniens, coptes, syriens, 
ont la conviction d'être en possession des Lieux Saints. 
Bon nombre de doctes protestants partagent leur avis, et 
à nul autre endroit de Jérusalem ne se trouve un monu- 
ment, une ruine, un simple souvenir, pour revendiquer 
l'honneur d'avoir porté la croix du Sauveur. Voir V. Gué- 
rin, Jérusalem, II, ix (Authenticité du Golgotha et du 
Saint-Sépulcre), in-8», Paris, 1889, p. 305-316; Sepp, 
Jérusalem und das Iteiline Land, Schaffouse, 1862, 1. 1, 
p. 174; Furrer, dans le Bibellexicon de Schenkel, t. n, 
p. 506-508. 

III. Transformations slxckssives du Calvaire. — 
1° De Notre- Seigneur à Constantin, — Le Calvaire 
n'était à l'origine ni une colline, ni même un monticule. 
V. Guérin, Jérusalem, p. 329. Il offrait l'aspect d'une 
simple protubérance rocheuse , élevée d'un côté à quatre 
ou cinq mètres du sol, et de l'autre s'inclinant en pente 
douce. La face abrupte de ce rocher était percée d'une 
grotte assez étroite. La route passait vraisemblablement 
à quelques mètres on avant, et de l'autre côté de cette 
route, dans la direction du nord-ouest, se trouvait le 
jardin de Joseph d'Arimathie, avec un sépulcre taillé 
dans le roc, à une trentaine de mètres du Calvaire. Dans 
la direction opposée, à vingt-cinq ou trente mètres à 
l'est du Calvaire, il y avait une ancienne citerne creu- 
sée dans le roc et desséchée, dans laquelle furent aban- 
donnés les instruments de la passion. Ce lieu n'avait donc 
par lui- même rien de lugubre. On y voyait quelques ro- 
chers plus ou moins dénudés et des jardins , et l'on aper- 
cevait à une centaine de mètres le mur de la seconde 
enceinte de la ville, une ou deux des portes qui le traver- 
saient et quelques-unes des quatorze tours qui le défen- 
daient. — Pendant le siège de Jérusalem, l'armée de Titus 
occupa le quartier compris entre la seconde et la troisième 
enceinte pendant deux mois, jusqu'à la prise de la tour 
Antonia. L'attaque de la seconde enceinte se fit à deux 
endroits opposés, vers Antonia et du côté de la ville 
haute, aux environs de la piscine d'Ezéchias. F. de Saulcy, 
Les derniers jours de Jérusalem , in -8°, Paris, 1866, 
p. 283. La lutte ne s'engagea donc pas sur l'emplacement 
des Lieux Saints, et ceux-ci n'eurent pas à en souffrir. — 
Hadrien, poursuivant d'une même animosité les juifs et 
les chrétiens de Jérusalem, fit apporter à la configuration 
des Lieux Saints des modifications importantes, et pour 
en faire perdre le souvenir s'appliqua à les défigurer. 
Par son ordre, « on apporta de la terre des environs pour 
combler tout cet endroit. Quand ensuite on eut établi un 
remblai de hauteur considérable, ou le dalla de pierres. 
On ensevelit donc ainsi le sépulcre divin sous d'épais ter- 
rassements. Lorsque tout ce travail fut terminé, on cons- 
truisit par- dessus l'abominable et maudit sanctuaire. » 
Eusèbe, De Vita Constant., m, 26, t. xx, col. 1035, La 
nouvelle place, ainsi constituée à plusieurs mètres au- 
dessus du sol primitif, fut ornée à ses deux extrémilés 
par deux petits temples consacrés l'un à Jupiter, et l'autre 
à Vénus -Astarté. 

2° De Constantin à nos jours. — A son arrivée à Jéru- 
salem, sainte Hélène fit déblayer l'emplacement comblé 
par Hadrien, et un architecte de Constantinople, Eus- 
tache, construisit au-dessus une vaste basilique qui com- 
prenait dans son enceinte le saint Sépulcre, le Calvaire 
et le lieu.de l'invention de la croix. On en fit la dédicace 
solennelle en 335. — En 615, la basilique fut complète- 
ment incendiée par les Perses. A sa place, on se hâta de 
reconstruire quatre églises différentes , et , en 629, Héra- 
clius rapporta solennellement la vraie croix dans celle qui 
contenait le saint Sépulcre. — En 636, le khalife Omar 
s'empara de la ville, se contenta de venir prier sur les 
marches de l'église du S.iint- Sépulcre, et fit bâtir une 
mosquée sur l'emplacement du temple de Salomon. — En 
1009, le khalife Hakem, animé d'une haine féroce contre 
les chrétiens, fit détruire les quatre églises élevées au- 



81 



CALVAIRE 



82 



dessus des -Lieux Saints. Les monuments furent « démolis 
jusqu'au ras du sol », dit Guillaume de Tyr, Hisl. rerum 
Iransm., i, 4, t. cci, col. 217. Mais, dès Tan 1048. ils 
furent relevés par l'empereur grec , Constantin IV Mono- 
maque. — Le vendredi 15 juillet 1099, les croisés entrèrent 
à Jérusalem. Pendant leur occupation, ils reconstruisirent 
on partie les quatre églises, et les réunirent en une seule. 
A la reprise de la ville par les musulmans, en 1187, Sala- 
din laissa aux chrétiens la jouissance de la basilique, et 
cette jouissance s'est perpétuée sans interruption jus- 
qu'à nos jours. En 1230, le pape Grégoire IX confia la' 



ce trou, et ont remplacé par d'autres pierres les mor- 
ceaux enlevés au rocher. A droite de l'autel, le rocher 
est fendu. Cette fente est à environ deux mètres du trou 
de la croix, du côté de la chapelle latine. Un grillage 
d'argent en recouvre l'ouverture supérieure. Elle a 1™ 70 
de long, environ m 25 de large, et descend en profon- 
deur jusqu'à la petite abside de la chapelle inférieure. Les 
parties saillantes d'une paroi correspondent exactement 
aux parties rentrantes de l'autre, de sorte qu'elles pour- 
raient se rejoindre parfaitement. Le rocher lui-même est 
un calcaire compact, d'un blanc grisâtre avec de petites 
plaques rosées. Dès le IV e siècle, on croyait que la fente 




29. — Façade de l'église du Saint - Sépulcre. 

garde du Saint-Sépulcre aux franciscains, et depuis lors 
l'ancienne église est restée debout (fig. 29), abritant tou- 
jours les lieux consacrés par la mort et la sépulture du 
Sauveur. 

3° Etat actuel du Calvaire. — Le Calvaire est mainte- 
nant situé dans une assez vaste chapelle de la basilique 
(lig. 30). On y monte de l'intérieur de l'église du Saint- 
Sépulcre par un escalier de dix-huit hautes marches. 
Cetie chapelle forme un édicule qui s'élève à 4 m G0 au- 
dessus du sol de la basilique. Elle se compose de deux 
étages, l'un au niveau de l'église, l'autre au niveau de 
la surface supérieure du rocher. L'étage supérieur repose 
en partie sur le rocher même, en partie sur une voûte 
que soutiennent de gros piliers. Il est à peu près carré. 
Deux larges piliers le divisent en deux chapelles paral- 
lèles. La première (lig. 31), qui est, suivant la tradition, à 
remplacement où la croix fut dressée, a 13 m de long sur 
-t™ 50 de large. Elle appartient aux Grecs non unis. Au 
fond est un autel placé sur quatre colonnettes. Sous cet 
autel est le trou qu'on croit avoir été pratiqué dans le 
rocher pour y planter la croix. En 1810, les Grecs non- 
unis ont détaché à coups de ciseau la paroi intérieure de 



30. — Plan d'une partie de l'église du Saint-Sépulcre. 
D'après le F. Liévin. 

Fenêtre qui a vue dans la chapelle des Douleurs. 

Porte fermée. 

Lieu où l'on dit qu'étaient la sainte Vierge et saint Jean 

pendant la Crucifixion. 
Entrée de la chapelle grecque de Sainte -Marie -l'Egyptienne. 
Chapelle de Saint -Jean. 
Chapelle de Saint -Michel. 
Autel du Crucifiement. 
Chambre sous le Calvaire. 
Autel où se trouve le trou de la croix. 
Fissure qui se fit dans le rocher a la mort du Christ. 
Autel du Stabat Matir. 
Chambre sous le Calvaire. 
Ancien escalier conduisant au Calvaire. 
Escalier grec. 

Entrée de la chapelle d'Adam. 
Escalier latin. 



X. Partie du Calvaire où l'on honore Notre-Seigneur dépouillé 

de ses vêtements avant d'être cloué a la croix. 
XI. Lieu où Jésus-Christ fut cloué à la croix. 
XII. Lieu où fut dressée la croix de Notre-Seigneur. 
XIII. Endroit où Jésus -Christ fut descendu de la croix 



avait été produite à la mort du Sauveur. Matth., xxvn,51. 
Saint Cyrille de Jérusalem, Catech., rv, 10 ; xm, 4 : t. xxxm, 
col. 467, 775, écrivait : « Si l'on veut nier qu'un Dieu soit 
mort ici, qu'on regarde seulement les rochers déchirés 
du Calvaire. » — La seconde chapelle, ou du Crucifie- 
ment, à peu près de mêmes dimensions que la précédente, 
occupe l'endroit présumé où Notre-Seigneur fut cloué 



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CALVAIRE 



sur la croix et où se tenait la sainte Vierge. Elle appar- 
tient aux Latins, et renferme deux autels, celui du Stabat 
ou de la Compassion, adossé au pilastre du fond, entre 
les deux chapelles des Grecs et des Latins, et celui du 
Crucifiement (fig. 32), qui occupe le fond de la chapelle 
latine. Vers le milieu de cette chapelle, on aperçoit par 
une fenêtre grillée un petit sanctuaire consacré à Notre- 
Dame des Sept -Douleurs : c'est le porche supérieur 
d'un escalier conduisant autrefois de l'extérieur de la 
basilique à la chapelle du Crucifiement. Ce petit sanc- 



puient sur des raisons sans valeur pour nier que ce soit 
vraiment l'endroit où fut placé le corps de Jésus ». Elu- 
cidatio Terrée Sanctse historica, édit. de 1639, t. n, p. 515. 
Depuis lors, un certain nombre de protestants se sont 
donné la mission de contredire la tradition séculaire, sans 
réussir pourtant à donner le moindre degré de vraisem- 
blance à leurs différents systèmes. Ces systèmes ont pour 
auteurs principaux : le voyageur allemand Korte, Reise 
nac.h déni Weiland gelobten Lande, 1741, p. 210; l'Amé- 
ricain Robinson, Bibliccd Researches in Palestine, t. i, 




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31. — Chapelle du Calvaire. Autel des Grecs. D'après une photographie. 



tuaire n'a que 3 m de long sur 2 m de large. — L'étage 
inférieur de l'édicule porte le nom de chapelle d'Adam. 
Il se compose de la grotte primitive et des voûtes ajou- 
tées plus tard. Les croisés en avaient fait une chapelle 
mortuaire, et à l'entrée se voyaient jadis les tombeaux de 
Godefroy de Bouillon et de Baudouin I er , les deux pre- 
miers rois latins de Jérusalem. Les Grecs, auxquels 
appartient maintenant la chapelle, les ont enlevés ou 
détruits, quand ils rebâtirent la coupole de la basilique, 
après l'incendie de 1808. Liévin, Guide-indicateur de la 
■Terre Sainte, Jérusalem, 1887, t. i, p. 250-258; Socin, 
Palàstina und Syrien, Leipzig, 1891 , p. 73, 74; V. Guérin , 
Jérusalem, p. 329-333. 

IV. Objections contre l'authenticité du Golgotha. 
— Au xvn= siècle, Quaresmius se plaignait déjà de « ces 
hérétiques d'Occident qui trouvent à redire à ce qu'on 
raconte du saint Sépulcre de Notre -Seigneur, et s'ap- 



Boston, 1856, p. 407-418; Jlunk, La Palestine, 1845, p. 52; 
l'Anglais J. Fergusson, dans le Diclionary of tlie Bible, 
t. i, 1863, p. 1028; l'Allemand Titus Tobler, Golgotha, 
1851, p. 287; M. Girdler Worral, dans le Palestine Explo- 
ration Fund, Quarterly Statement , avril 1885, p. 138, 
qui place le Calvaire dans la vallée de Hinnom, à sa 
jonction avec celle du Cédron ; le major Conder, Hand- 
book to the Bible, Londres, 1880, p. 351, etc. 

Les deux théories les plus spécieuses sont celles de 
Conder et de Fergusson. 1. Le premier place le Calvaire 
vers la grotte de Jérémie, au nord de la porte de Damas. 
On l'appelle le Calvaire de Gordon, du nom de son pre- 
mier inventeur. C'est près de cet endroit que fut marty- 
risé saint Etienne. L'auteur en conclut que c'était proba- 
blement le lieu ordinaire des exécutions; qu'il se trouve 
d'ailleurs hors de la seconde enceinte de l'ancienne ville, 
représentée par l'enceinte actuelle, qu'il a la forme d'un 



85 



CALVAIRE 



86 



crâne, et que dans les divers bouleversements qui ont 
précédé ou suivi Constantin, on a perdu le souvenir du 
lieu précis où a été crucifié Notre -Seigneur. Conder dé- 
veloppe ces raisons dans un article du Palestine Explo- 
ration Fund, Quarlerhj Slalement, avril 1883, p. 69-78, 
qui a été presque entièrement traduit dans les Annales 
de philosophie chrétienne , 1883, p. 243-254. En somme, 
la plus forte de ses affirmations est la suivante : « Toutes 
les preuves réunies jusqu'ici s'accordent à montrer que 
le site traditionnel actuel n'était pas en dehors de Jéru- 
salem à l'époque du crucifiement. Tous les écrivains 
anciens et modernes admettent que cette objection est 



32. — Chamelle ciu Calvaire. Autel du Crucifiement. 



fatale à l'authenticité de cet emplacement. » P. 74. L' ob- 
jection serait fatale en effet, si l'on pouvait prouver que 
le Calvaire actuel était compris dans l'enceinte de la ville 
au temps de Notre -Seigneur. Nous avons vu plus haut, 
II, 1° et 2°, qu'il en était tout autrement. D'autre part, 
une erreur de la tradition chrétienne sur une question 
de celte nature est aussi difficile à supposer qu'impos- 
sible à prouver. Dans sa réponse à l'article de Conder, 
11. Duchesne, Annales de philosophie chrétienne, 1883, 
p. 451-456, fait cette observation : « Lorsque l'empereur 
Constantin et sa mère entreprirent , peu après le concile 
de Nicée (325), de consacrer par des édifices religieux 
l'endroit précis de Jérusalem où s'était dressée la croix 
du Sauveur et où avait été creusé son tombeau , on peut 
croire qu'ils prirent quelques renseignements sur les 
lieux, qu'ils interrogèrent la tradition, et ne s'exposèrent 
pas, de gaieté de cœur, aux contradictions des Juifs et 
des païens. » — « L'Écriture porte que Notre -Seigneur fut 
crucifié hors de la ville; le lieu que l'on indiqua à Cons- 
tantin était de son temps en dedans de l'enceinte ; si l'on 




s'était guidé uniquement sur l'Écriture , on n'aurait certes 
pas choisi cet endroit. » L'argument qu'on tire de la des- 
tination antique de cet emplacement n'a pas plus de soli- 
dité que le précédent. « Toute la partie positive de la 
thèse de M. Conder, poursuit II. Duchesne, p. 455, repose 
sur une pétition de principe. Suivant lui , étant connu le 
lieu où s'exécutaient les sentences de lapidation, on a par 
là même le lieu où l'on crucifiait les criminels condam- 
nés à la croix, et en particulier le Golgotha de l'Évangile. 
Or non seulement il n'est pas prouvé que la grotte de 
Jérémie fut le lieu des lapidations, ni même qu'il y eût 
un théâtre unique de ces exécutions; mais, même en 
supposant qu'il y en ait eu un, il resterait à dire pour- 
quoi les crucifiements, et en particulier celui du Christ 
et des deux larrons, doivent avoir eu lieu précisément en 
cet endroit. » Notons que, plusieurs années déjà avant 
de recevoir l'adhésion et l'appui de Conder, cette thèse 
était ruinée par la découverte des cavernes royales , dont 
l'emplacement fixe celui du mur d'Hérode Agrippa, et 
par celle des assises de la seconde enceinte, en deçà du 
saint Sépulcre. Voir Carrière. — Le calvaire de Gordon 
a encore aujourd'hui des partisans parmi les protestants. 
Son authenticité ne semble soulever aucun doute pour 
Haskett Smith, qui a refondu et réédité le Handbook for 
travellers in Syria and Paleslina de Murray, Londres , 
d892, p. 73-76. Il n'ajoute pas de raisons nouvelles à celles 
de Conder et fait grand fonds sur les traditions actuelles 
des Juifs , comme si ces derniers n'étaient pas intéressés 
à égarer la piété chrétienne. Nul n'ignore d'ailleurs qu'à 
partir de l'année 70, les Juifs furent pendant longtemps 
tenus à l'écart de la ville sainte, et qu'en conséquence leur 
tradition a subi une interruption que n'a point connue la 
tradition chrétienne. En réalité , cette opinion nouvelle ne 
repose sur aucun document ancien, ce qui suffit pour en 
démontrer la fausseté. 

2. Plus singulière encore est la théorie de Fergusson. 
D'après lui, Notre -Seigneur aurait été crucifié sur les 
pentes du Moriah, et enseveli dans le caveau de la Sa- 
khrah , que recouvre actuellement la mosquée d'Omar, ou 
Dôme-du-Rocher. Cette mosquée ne serait elle-même que 
l'ancienne basilique de Constantin. Dans cette hypothèse, 
la partie méridionale du Moriah aurait seule été occupée 
par le temple des Juifs. 11 serait difficile à un système 
topographique d'avoir contre lui plus d'impossibilités.Voici 
seulement les principales. \° L'aire du temple d'Hérode 
était identique à l'esplanade actuelle du Haram ech- 
Chérif, « le sanctuaire noble ». Il est impossible que les 
Juifs aient laissé ensevelir le Sauveur à un point quel- 
conque de cette enceinte. — 2» Les conquérants musul- 
mans n'ont jamais cru posséder, dans la roche es-Sakhrah, 
le tombeau de Jésus-Christ. Cette roche, si vénérée par 
eux, forme une sorte de crypte, percée en haut d'un trou 
semblable à l'orifice d'une citerne, et pavée d'un dallage 
qui, à un endroit, résonne sous les pas. 11 existe sous les 
dalles un canal souterrain, que les musulmans appellent le 
puits des Ames. Cette cavité n'est probablement rien autre 
chose qu'une ancienne citerne du Jébuséen Oman. Tout 
porte à croire que dans l'ancien temple l'autel des holo- 
caustes était posé au-dessus de cette citerne, et que les 
eaux et le sang des victimes s'écoulaient jusqu'au Cédron 
par le canal qu'on avait pratiqué dans les substructions. 
Voir V. Guérin, Jérusalem, p. 367, et Aqueduc, t. i, 
col. 801. Ce ne fut donc jamais là un tombeau. Les maho- 
métans, qui révèrent Jésus- Christ comme un de leurs 
grands prophètes, n'auraient pas manqué certainement de 
s'attribuer, à es-Sakhrah, la possession de sa sépulture, 
si l'authenticité du saint Sépulcre eut prêté au moindre 
doute. 

« En appliquant au saint Sépulcre les méthodes archéo- 
logiques ordinaires, on arrive au maximum de certitude 
que l'on puisse atteindre en pareille matière. Et certes, 
personne ne songerait à la contester s'il s'agissait d'un 
temple de Jupiter ou de Saturne, ou du tombeau d'un des 



87 



CALVAIRE — CALVITIE 



88 



grands hommes de l'antiquité païenne. Il n'est pas un 
des monuments anonymes de la Rome impériale qui n : ait 
changé dix fois de nom depuis le moyeu âge. Pour le 
saint Sépulcre, au contraire, depuis Constantin jusqu'à 
nous, il y a une immuable fixité dans l'attribution. Avant 
Constantin, il y a une tradition locale, attestée par les té- 
moignages écrits et par une série d'arguments. » M. de 
Yogûé, Le Temple de Jérusalem, in-f», Paris, 1864, 
p. 117. H. Lesétre. 

CALVIN Jean, de son nom de famille Cauvin, en 
latin Calvinus , d'où le français Calvin, né à Noyon 
en 1509, mort à Genève le 27 mai 1564. Tonsuré et 
pourvu dès l'âge de douze ans d'un bénéfice à la cathé- 
drale de Noyon, il s'appliqua de bonne heure à la lecture 
de la Bible, dans laquelle il commença, dit -il, à décou- 
vrir les erreurs de l'Église romaine. Après avoir étudié 
le droit à Orléans et à Bourges, où il se confirma de plus 
en plus dans les doctrines de la Réforme, il publia son 
commentaire sur les deux livres de Sénèque, De Cle- 
mentia (1532 1. Ce fut sa première manifestation. Doué 
d'un esprit pénétrant et subtil , très versé dans la lec- 
ture de la Sainte Écriture et des Pères, il était porté par 
tempérament aux opinions hardies. Caractère froid et 
esprit systématique, il fut moins impétueux que Luther, 
mais alla tout aussi loin que lui. Ses fréquentes relations 
avec les partisans de la Réforme, surtout avec Bèze et 
"Wolmar, le rendirent suspect. Obligé de quitter l'univer- 
sité de Paris où il étudiait, il se réfugia à Angoulême, où 
il enseigna le grec, et secrètement continua à prêcher la 
nouvelle doctrine. C'est là qu'il composa en partie son 
ouvrage Christianise religionis inslitutio, vrai catéchisme 
de l'église calviniste, qu'il publia plus tard, in-8°, à Bàle, 
en latin, en 1536, et qu'il traduisit lui-même en fiançais, 
en 1540. Calvin y enseigne que par suite de l'obscurcis- 
sement de l'esprit humain, produit par le péché originel, 
l'Écriture est devenue nécessaire. D'après lui, le moyen 
unique pour discerner les livres inspirés ou divins est le 
témoignage que le Saint-Esprit rend dans les âmes. Insti- 
tution de la religion chrétienne , 1. i, ch. vu, 4, 5, édit. 
de Lyon, 1565, p. 35, 36. Ce témoignage est un goût inté- 
rieur, un attrait subjectif. Calvin rejette absolument l'au- 
torité de l'Église pour établir le canon des divines Écri- 
tures. Ce système ne devait pas écarter les divisions; au 
contraire, il en était le principe. Aussi, débordé par le 
mouvement qui multipliait les opinions et les contro- 
verses, Calvin en arriva à enseigner que le meilleur re- 
mède serait dans un synode d'évêques discutant les vérités 
de la religion et les définissant. Inslit. de la relig., 1. iv, 
ch. IX, 13, p. 971. C'était revenir par une voie détournée 
au principe d'autorité nié auparavant. 

Après avoir erré de ville en ville, Calvin passa en Suisse, 
où il essaya de propager ses erreurs. Chassé de Genève, 
en 1538. il se consolait en pensant à David persécuté non 
seulement par les Philistins, mais encore par ses compa- 
triotes. Comm. in Psalm.prsefat., édit. de Robert Etienne, 
1557 (p. iv). Après un séjour de trois ans à Strasbourg, 
pendant lequel il publia son commentaire sur l'Épître aux 
Romains, il rentra triomphant à Genève, rappelé par le 
parti aristocratique. Là il regagna bientôt le terrain perdu, 
devint puissant, et se fit le grand maître de l'église à 
laquelle il donna son nom 11 fut très dur envers ses con- 
tradicteurs, et poussa la cruauté jusqu'à les exiler ou les 
envoyer à la mort. 11 mourut lui-même à Genève, 
en 1564, en prolestant qu'il n'avait jamais prêché que le 
pur Évangile. 

On est surpris qu'avec une santé débile et malgré les 
multiples laheurs d'une nombreuse correspondance, d'une 
prédication quotidienne, et le gouvernement politique et 
ecclésiastique de Genève, Calvin ait pu laisser tant d'écrits. 
Ceux qui se rapportent à la Sainte Écriture sont : 1° des 
commentaires sur tous les livres de la Bible excepté les 
Juges, Ruth, les Rois, les Proverbes, Esther, Esdras, 



; le Cantique des cantiques, l'Ecclésiaste et l'Apocalypse. 
Calvin niait l'authenticité de l'Épître aux Hébreux, qu'il 
! commenta , et n'osait se prononcer sur la seconde épitre 
| de saint Pierre. Le commentaire des quatre derniers livres 
du Pentateuque, intitulé Harmonia quatuor posteriorum 
librorum Pentateuchi, n'est pas un commentaire littéral. 
— 2° Hannonia ex tribus Evangelistis Mattlixo, Marco 
et Luca, composita cum commentariis , ouvrage qui eut 
de nombreuses éditions et fut traduit plusieurs fois en 
français. — 3° Calvin a retouché et corrigé La Bible en 
laquelle sont contenus tous les livres canoniques de la- 
Saincte Escriture, translatée en franc par Olivetan, 
in-4°, Genève, 1540. On ignore d'ailleurs en quoi a con- 
sisté exactement le travail de Calvin. Ed. Reuss, Geschichte 
der heiligen Schriften Neuen Testaments, 6 e édit., in-8", 
Brunswick, 1887, n° 474, p. 539. — Dans l'édition complète 
des œuvres de Calvin, publiée à Amsterdam, en 1671, 
9 in-f', les travaux exégétiques remplissent les sept pre- 
miers volumes. On a fait depuis lors de nombreuses édi- 
tions partielles de ses commentaires. Parmi les plus 
récentes, on peut citer : Commentarii in Novum Testa- 
menlum, édités par Tholuck, Halle, 1833-1838; Com- 
mentarii in Psalmos, édités par le même, Halle, 1836; 
Commentarii in librum Geneseos , édités par Hengsten- 
berg, 1838. — Les commentaires de Calvin, et principale- 
ment les commentaires sur le Pentateuque, lsaïe et les 
Psaumes, l'emportent de beaucoup sur tous les commen- 
taires luthériens et zwingliens, par le soin que l'auteur 
met à rechercher le sens littéral , bien qu'il fasse profes- 
sion d'admettre aussi le sens allégorique, Instit. de la 
relig., 1. ni, ch. iv, 5, p. 505; cf. 1. n, ch. v, 19, p. 255. 
A cause de cette tendance, les luthériens dédaignèrent les 
ouvrages exégétiques de Calvin et l'accusèrent souvent 
d'expliquer l'Écriture comme les Juifs et les sociniens. 
Cf. A. J. Baumgartner, Calvin hébraïsant, in -8°, Paris, 
1889, p. 32-41. 

Voir, sur la vie et l'exégèse de Calvin, le t. xxi (1879) 
de Joannis Calvini Opéra quœ supersunt àninia, edide- 
runt G. Baum, Ed. Cunitz, E. Reuss, Brunswick, 1863 et 
suiv., formant les t. xxix et suiv. du Corpus Reformato- 
rum;* Ed. Reuss, Calvin considéré comme exégèle, dans 
la Revue de théologie de Strasbourg, 1853. t. vi, p. 223-248; 

* Escher, De Calvino librorum Novi Testamenti inter- 
prète, in-8», Utrecht, 1840; * A. Vesson, Calvin exégèle, 
in-8", Montauban, 1855; * A. Tholuck, Die Verdienste Cal- 
vins als Auslegers der heiligen Schrift, dans les Vermi- 
schten Schriften, Hambourg, 1839, t. u, p. 330-360; 

* J. F. W. Tischer, Calvins Leben, Meinungen und Tha- 
ten, in-8°, Leipzig, 1794; * P. Henry, Das Leben Johan. 
Calvins, des grossen Reformators , 3 in-8°, Hambourg, 
1835-1844; Audin, Histoire de la vie, des ouvrages et des 
doctrines de Calvin, 2 in-8°, Paris, 1841; * E. Stàhelin, 
/. Calvins Leben und ausgewâhlte Schriften, 2 in-8°, 
Eberfeld, 1860-1863; * F. lïungener, Calvin, sa vie, son- 
œuvre et ses écrits, in-12, Paris, 1863; * Eug. et Em. Haag, 
La France protestante, 2= édit., t. m ( 1881 ), col. 508-633 ; 

* A. J. Baumgartner, Calvin hébraïsant et interprète de 
l'Ancien Testament , in-8°, Paris, 1889. P. Renard. 

CALVITIE. Hébreu : gabbahat, de gâbah , « être 
élevé, » avoir le front haut; ce mot s'applique à la cal- 
vitie de la partie antérieure et supérieure de la tête, et 
gibbêah désigne le chauve qui a le front dénudé; qàrhah 
et qâral.tat, de qàrah, « rendre poli » comme de la glace, 
est la calvitie de l'occiput; le chauve qui en est affecté 
s'appelle qèrêah ; le verbe màrat signifie « rendre 
chauve », et au niphal « devenir chauve ». En dehors du 
i passage du Lévitique, xm, 40-4'!, où le mot gabbahat 
; est employé, et des deux passages du livre d'Esdras, où 
; on lit le verbe màrat, c'est toujours du mot qàrhah dont 
i se servent les auteurs sacrés. Septante : àvaqjaXàvTco|jia, 
j çaXiy.pcoijia , saXxxpusi;; Vulgate : calvitium,recalvatio, 
et pour désigner le chauve : calvus, recalvaster. Les. 



89 



CALVITIE — CAMÉLÉON 



90 



Hébreux distinguaient deux sortes de calvities, celle qui 
se produit naturellement par la chute des cheveux, et 
celle qui résulte temporairement de l'opération par la- 
quelle on a coupé ras ou rasé la chevelure. 

1° Calvitie naturelle. — Elle était ordinairement une 
conséquence de la vieillesse. Quand elle apparaissait pré- 
maturément, elle pouvait prêter à rire. Elisée était relative- 
ment jeune (il vécut encore une cinquantaine d'années, 
cf. IV Reg., xm, 14) , lorsque les entants des environs de 
Béthel se moquèrent de sa calvitie, en lui criant : « Monte, 
chauve; monte, chauve ! » IV Reg., x, 23. Rien n'autorise 
d'ailleurs à croire que le mot qêrêah tùt devenu un 
terme injurieux qu'on put adresser à un homme pourvu 
<le toute sa chevelure. La calvitie précoce, surtout quand 
elle se produisait rapidement, pouvait être un symptôme 
de lèpre. Le chauve avait alors à se faire examiner. Si le 
cuir chevelu, une fois dénudé, se recouvrait de taches 
blanchâtres et rougeâtres, le chauve devait se soumettre 
aux prescriptions concernant les lépreux. Dans le cas 
contraire, il restait pur. Lev.. xm, 40-43. — Isaïe, ni, 
17, 24, prédit aux filles de Sion, si fières de leurs che- 
veux tressés et frisés, que le Seigneur leur infligera la 
honte de la calvitie, en punition de leurs fautes. Pen- 
dant le siège de Tyr par Nabuchodonosor, « toutes les 
tètes sont devenues chauves et les épaules meurtries » 
dans l'armée des Assyriens, par suite des grandes fatigues 
endurées et des rudes travaux entrepris pour s'emparer 
de la place. Le port prolongé des casques, voir t. i, 
col. 983-984, a pu contribuer aussi à produire cette cal- 
vitie dans l'armée assyrienne. Ez., xxix, 18. 

2° Calvitie temporaire et artificielle. — La loi défen- 
dait de se couper les cheveux sur le devant de la tète, 
d'une certaine manière en usage chez les idolâtres, Lev., 
xix, 27; elle interdisait aussi de se raser la tète en signe 
de deuil, xxi, 5; Deut M xiv, 1 , comme le faisait certains 
peuples païens. Homère, II., xxm, 46; Odys., IV, 197; 
/Elien, Hisl. var., vm, 8. On avait cependant la coutume 
de se raser la tête pour marquer la douleur morale qu'on 
endurait. Job, i, 20; Is., xxn, 12; Jer., xvi, 6; Ezech., 
vil, 18; xxvii, 31; Am., vm, 10; Mich. i, 16. — Esther, 
xiv, 2, s'arrache les cheveux dans son deuil; Esdras 
et Néhémie font de même pour témoigner leur indigna- 
tion. I Esdr., ix, 3; Il Esdr., un, 25. Sous les coups 
de la vengeance divine, « toute tète sera chauve et toute 
barbe rasée, » chez les Moabites, c'est-à-dire tout 
homme sera accablé par les calamités et réduit en capti- 
vité, parce qu'on coupait la barbe aux captifs en signe 
d'ignominie, ls. , xv, 2; Jer., xlvih, 37. C'est parce 
que le roi d'Assyrie châtie au nom de Dieu qu'il est ap- 
pelé un rasoir qui coupe la barbe et les cheveux de ceux 
que Dieu punit en les livrant comme prisonniers au 
vainqueur. Is., vu, 20. La calvitie, c'est-à-dire le mal- 
heur dont elle est le signe, tombera sur Gaza. Jer., xlvii, 5. 
— La calvitie temporaire n'est pas mentionnée après le 
retour de la captivité. On cessa sans doute de la prati- 
quer pour employer un signe de deuil qu'on pouvait 
faire disparaître plus rapidement. On se défigura la tète 
non plus en la rasant, mais en la couvrant de cendres. 
Voir Cendre. H. Lesètre. 

CAMBOLAS (Jacques de), théologien français, vivait 
à Toulouse vers le milieu du xvn e siècle. Nous avons de 
lui : Explanatio epistolarum Pauli et canonicarum, 
in^l2, Toulouse (sans date). A. Régnier. 

CAMBYSE, roi de Perse, fils et successeur de Cyrus, 
régna de 529 à 522 avant J.-C. Il est surtout célèbre par 
la campagne qu'il fit en Egypte, la cinquième année de 
son règne (5215), et par sa cruauté, qui touchait à la folie. 
Hérodote, m, 8, 27-38. Il mourut sans laisser d'héritier 
et sans avoir désigné de successeur. 11 n'est jamais nommé 
expressément dans l'Écriture, mais un certain nombre 
<Ie commentateurs ont cru qu'il était désigné d'une ma- 



nière indirecte. Ainsi : 1° d'après Calmet, le roi qui doit 
dévaster Israël, Ezech., xxxviii-xxxix, « Gog, est Cambyse, 
roi de Perse. » Commentaire littéral, Ezéchiel, 1730, 
p. 381. Le savant bénédictin a même écrit une dissertation 
entière pour essayer de le démontrer. Ibid., p. xxi-xxxiii. 
Contrairement à son opinion, on admet communément 
aujourd'hui que Gog, roi de Magog, est le chef des peu- 
plades scythes, comme l'avait déjà dit saint Jérùme avec 
les Juifs de son temps. In Ezech., 1. xi, t. xxv, col. 350. 
Voir Gog et Magog. — 2° Beaucoup d'interprètes, à la 
suite de Josèphe, qui a commis le premier cette méprise, 
Ant. jud., XI, il, 1 -2, ont pensé que l'Assuérus auquel 
les ennemis des Juifs écrivirent, I Esdr., îv, 6, pour les 
perdre dans son esprit est Cambyse, fils de Cyrus (Clair, 
Esdras et Néhémias, in-8 , Paris, 1882, p. 23); mais 
Assuérus est dans ce passage , comme dans le livre d'Es- 
ther, le roi Xerxès I er . Voir t. i, col. 1141. — 3° Quelques 
exégètes ont aussi voulu à tort identifier Cambyse avec 
le Nabuchodonosor du livre de Judith. Voir Calmet, 
Comment, lïtt., Ezéchiel, 1730, p. xxxn. 

F. Vigouroux. 
CAMÉLÉON (hébreu : tinsémét; Septante : -/a[iai- 
Xémv ; Vulgate : chamseleon). La Bible ne mentionne 
qu'une fois le caméléon, et c'est pour le ranger parmi 
les animaux impurs. Lev. , xi , 30. Le caméléon est en- 
core très commun en Egypte, en Palestine et particuliè- 
rement dans la vallée du Jourdain ; les anciens Hébreux 
ont dû très bien le connaître. Bochart, Hierozoicon, t. i, 
p. 1083, et presque tous les auteurs s'accordent à voir le 
caméléon dans le tinSéméf, bien que les versions y aient 
vu la taupe, et aient donné dans le même verset le nom 




33. — Caméléon. 

de caméléon au koaJ.i, qui est un lézard. Voir Lézard. — 
Le caméléon (fig. 33) est un saurien qui a l'aspect d'un 
lézard à grosse tête, mais qui diffère de ce dernier par 
des caractères très tranchés. 11 a le dos dentelé, les yeux 
saillants, recouverts d'une paupière qui ne laisse passer 
la lumière que par un Irou central assez étroit, et ca- 
pables de se mouvoir indépendamment l'un de l'autre, 
ce qui permet à l'animal de guetter sa proie de plusieurs 
côtés à la fois. Les pattes ont cinq doigts, qu'une peau exté- 
rieure réunit en deux paquets de deux et de trois doigts. 
La queue est préhensihle, comme celle des singes, ce qui 
fait du caméléon un grimpeur. Il vit sur les branches 
d'arbres, et il y cherche les insectes dont il se nourrit. Sa 
langue très agile et terminée par un tube gluant les saisit 
facilement, bien que les mouvements de l'animal soient 
très lents et très compassés. Le caméléon peut, en effet, 
darder cette langue à une distance qui dépasse la longueur 
de son corps. Milne.-Edwards, Zoologie, Paris, 10 e édit., 
1867, p. 455. Du reste, le caméléon est timide, et il s'agite 
d'autant moins qu'il peut rester des mois sans manger. 
Sa longueur est de quarante à cinquanle centimètres. Sa 
propriété la plus curieuse consiste en ce que la ma- 
jeure partie de sa peau n'adhère pas aux muscles. Le 
caméléon, grâce à ses poumons très larges , peut aspirer 
beaucoup d'air, l'introduire entre la chair et la peau, et 



91 



CAMÉLÉON — CAMERON 



92 



ainsi se gonfler extraordinairement. De là sans doute son 
nom de jinsémét, du verbe nâsatn, « respirer. » Les an- 
ciens croyaient même que le caméléon ne vit que d'air. 
Pline, H. N., vin, 33. Ainsi distendue, la peau de l'ani- 
mal devient demi -transparente, et selon les impressions 
ressenties, le pigment passe en plus ou moins grande 
quantité du derme dans l'épiderme et réciproquement, 
ce qui produit des colorations variées allant du jaune ver- 
dâtre au rouge brun et au noir. Cf. Tristram, The natural 
History of the Bible, Londres, 1889, p. 263. — 11 ne faut 
pas confondre le tinsémét de Lev., xi, 30 avec celui de 
Lev., xi, 18 : ce dernier est certainement un oiseau (Vul- 
gate : « cygne »). H. Lesêtre. 

CAMÉLÉOPARD (Septante: xa[ni).07câp5a)Lt«; Vul- 
gate : camelopardalus. Deut., xiv, 5). C'est le nom de 
l'animal que nous appelons girafe; en arabe : zurafet; dans 




31. — Girafe sur un monument de la xvm" dynastie. Thèbes. 
Lepsius, Denlcmaier, Abth. m, Bl. 118. 

la version grecque Venela : Ç-jpâ|x.çto;. Les Grecs et les La- 
tins l'appelaient d'un nom composé de ceux du chameau 
et du léopard, parce que sa forme rappelle celle du cha- 
meau et que son pelage est tigré comme celui du léopard. 
Cet animal est un mammifère de l'ordre des ruminants. Il 
se distingue par la petitesse de sa tête, la longueur de son 
cou, la hauteur de ses jambes, surtout de celles de devant, 
beaucoup plus élevées que les membres postérieurs. La 
taille de la girafe dépasse sept mètres. Le gracieux ani- 
mal est absolument inotlensif , et il n'a pour se défendre 
que son extrême rapidité. La girafe n'habite que les 
déserts de l'Afrique, où elle vit en troupe. Les Hébreux 
avaient pu la voir en Egypte (fig. 31), mais elle n'a 
jamais existé en Palestine. Il est donc peu probable que 
la loi de Moïse s'en soit occupée, et c'est à tort que les 
versions la rangent au nombre des animaux dont il est 
permis de se nourrir. Deut., xiv, 5. Le mot hébreu cor- 
respondant, zéinér, vient de zâmar, qui signifie « jouer 
d'un instrument à cordes ». et par extension « chanter, 
danser » , parce que le chant et la danse se joignent 
souvent à la musique. Gesenius, Thésaurus , p. 420. Le 
zémér est donc un animal à vive allure, dans le genre 
du cerf ou de la chèvre. Quelques auteurs ont pensé au 
chamois; d'autres, en plus grand nombre aujourd'hui, 
au mouflon ou mouton sauvage, parce que le chamois 
ne se trouve pas en Palestine. Voir Chamois et Mou- 
flon. H. Lesêtre. 



CAMERARIUS Joachim, humaniste allemand, pro- 
testant, né à Bamberg le 12 avril 1500, mort à Leipzig 
le 17 avril 1574. Son nom de famille était Liebhard, et 
ses ancêtres avaient reçu le surnom de Camerarius en 
souvenir des fonctions qu'ils avaient remplies à la cour 
d'Henri le Boiteux. Il enseigna le grec et le latin à Erfurt, 
et dés 1521 embrassa la réforme. Il se lia d'une étroite 
amitié avec Mélanchton. En 1526, il était appelé à Nurem- 
berg pour y enseigner les lettres grecques et latines , et , 
en 1530, le sénat de cette ville le députait à la diète 
d'Augsbourg. A partir de ce moment, il prit part à toutes 
les principales discussions théologiques de son époque, 
et la modération de son esprit, jointe à une érudition 
profonde, lui fit occuper une place importante dans toutes 
ces réunions. En 1535, le duc Ulric de Wurtemberg le 
chargeait de réorganiser l'université de Tubingue, et les 
ducs Henri et Maurice de Saxe lui confiaient une mis- 
sion analogue à Leipzig. Parmi ses nombreux écrits , 
nous citerons : Psalmus cxxxni, de concordia, elegiaco 
carminé grseco, in-8°, Leipzig, 1544 ; Historix Jesu Chri- 
sii, filii Dei, nali in terris maire sanctissima semper 
virgine Maria, summatim relata exposilio, ilemque 
eorum quse de Apostolis Jesu Christi singulalim com- 
memorari posse recle et uliliter visa sunt, in-8°, Leip- 
zig, 1566; Epistola ad Isaiam Coepolitam. Cette lettre 
traite de l'ordre des psaumes ; elle se trouve à la fin du 
V e livre de la paraphrase des Psaumes d'Érasme Rudin- 
ger, in -8°, Gorlitz, 1580; Notalio figurarum sermonis 
in quatuor libris Evangeliorum indicata verborum si- 
gnificatione et orationis senlentia, in -4°, Leipzig, 1572; 
Notaliones figurarum sermonis in Scriptis apostolicis , 
in libro Praxaon et Apocalypseos , in-8", Leipzig, 1556. 
Ces deux derniers ouvrages fuient réunis sous le titre : 
Commentarius in Novum Fœdus elaboratus, nuncdenuo 
plurimum illustratus et locupletatus cimi Novo Testa- 
mento ac Theodori Bezse adnolaliombus , in-f°, Cam- 
bridge, 1642. _ — Voir Dupin, Bibliothèque des auteurs 
séparés de l'Eglise romaine du xrn e siècle (1719), t. i, 
p. 462 ; P. S. C. Preu , Narratio succincta de vila et 
meritis J. Camerarii, in -4°, Altorf, 1792. 

B. Heurtebize. 

CAMERON Jean, théologien protestant, né à Glasgow 
vers 1580, mort à Montauban au commencement de 
l'année 1620. Il vint en France à l'âge de vingt ans, et 
enseigna la langue grecque au collège de Bergerac. Peu 
après il obtint une chaire de philosophie à l'académie de 
Sedan. En 1604, il quittait cette ville pour aller étudier 
la théologie aux universités de Genève et de Heidelberg. 
En 1608, il devint pasteur à Bordeaux, et dix ans plus 
tard il obtint, à la suite d'un concours, la chaire de 
théologie de Saumur. Son enseignement sur la grâce, le 
libre arbitre, la prédestination, lui suscita de nombreux 
adversaires, et à la suite de la disgrâce de Duplessis- 
Mornaix, son protecteur, il repassa en Angleterre, où la 
faveur du roi Jacques I er lui fit obtenir la charge de 
principal du collège de Glasgow. Il ne resta que fort peu 
de temps en ce pays et revint à Saumur, mais ne put 
obtenir d'y donner des leçons publiques. Cette défense 
d'enseigner ayant été levée plus tard , Caméron devint 
professeur de théologie à l'académie de Montauban. Sa 
modération le fit s'opposer aux efforts des protestants qui 
voulaient résister à main armée aux ordres du roi. Il est 
le véritable créateur du système de l'universalisme hy- 
pothétique, que son disciple Amyraut devait propager 
quelques années plus tard. Parmi ses écrits, nous ne 
devons mentionner que le suivant : Prselecliones theolo- 
gicse in selectiora qusedam loca Novi Tcstamenti una 
cum traclatu de ecclesia, 3 in-4°, Saumur, 1626-1628. 
Cet ouvrage fut réimprimé sous le litre : Mgrotheticium 
evangelium, hoc est Novi Testamcnti loca quant plu- 
rinia post aliorum labores apte et commode vel illus- 
trata, vel explicata, vel vindicata, in 4°, Genève, 1632. 
Une édition de ses œuvres précédée de sa Vie a été pu- 



93 



CAMERON 



CAMP 



94 



bliée en 1 vol. in-f", Genève, 1658. — Voir Richard 
Simon, Histoire critique du Nouveau Testament (Rotter- 
dam, 1693), p. 730; Dupin, Bibliothèque des auteurs 
séparés de l'Église romaine du xrn e siècle (1719), 
1. 1, p. 336. B. Heurtebize. 

CAMON (hébreu: Qâmôn; Septante: 'Pajjiviiv; Codex 
Alexandrinus : 'Pau.|jnô), lieu de la sépulture de Jaïr, un 
des Juges d'Israël, Jud., x, 5; il n'est mentionné qu'une 
seule fois dans l'Écriture. Josèphe, Ant. jud., V, vu, 6, 
en fait une « ville de Galaad », bt Kafiwvt hoXei tîj; Taîia- 
Sïjvïjî, ce qui semble résulter des quelques détails que nous 
possédons sur Jaïr, originaire de cette contrée et y pos- 
sédant de nombreuses villes. Jud., x, 3-4. C'est peut-être 
la Kajioûv que Polybe, Hist., V, lxx, 12, cite avec Pella 



indication peut fort bien désigner le Tell Keimoun qui 
se trouve à la pointe sud-est du mont Carmel; mais il 
nous est impossible de comprendre pourquoi les deux 
savants auteurs ont mis dans cette contrée le tombeau 
de Jaïr. — Il ne s'agit pas non plus ici de la Ku«(jlwv 
(Vulgate : Chelmon) du livre de Judith, vu, 3. Voir 
Chelmon. A. Legendre. 

1. CAMP, CAMPEMENT (hébreu : mahânéh [une 
fois, IV Reg., vi, 8, tahânôt; Vulgate : insidias] ; grec : 
itïpe[«.6oXr; ; Vulgate : castra), lieu où des nomades dressent 
leurs tentes et font leur séjour, ou bien où s'arrête , spé- 
cialement pendant la nuit, soit une troupe de voyageurs, 
soit une armée en marche, et, par extension, le peuple 
ou l'armée qui campe. Exod., xiv, 19; Jos., v, 8; I Reg.,. 



f=j.»5'ïiyu.sa": •ft^ft-TStïSFîÇïrv -. -~^S^?zyV-^Sii^siïiT^sïC~ = 0-^" 




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35. — Campement d'Arabes nomades. D'après une photographie de M. L. Heidet. 



et d'autres villes de la Pérée prises par Antiochus. 
Cf. Reland, Palsestina , Dtrecht, 1714, t. h, p. 679. 
J. Schwarz, Das heilige Land, in-8°, Francfort-sur-le- 
Main, 1852, p. 185, place Camon au village de Kumima, 
à trois heures à l'est de Bethsan (aujourd'hui Beisân) , 
c'est-à-dire au delà du Jourdain. On retrouve encore 
actuellement au nord-est de Khirbet Fahîl (Pella) un 
endroit appelé Koumeim (plus exactement peut-être 
Qiméim , ^^S), et plus haut quelques ruines du nom 
de Kamm (J£s, Qamm). Cf. la carte de Palestine publiée 
par le comité du Palestine Exploration Fund, Londres, 
1890, feuille 11. Faut- il chercher là notre cité biblique? 
Le nom et la situation dans l'ancienne tribu de Ma- 
nassé oriental nous semblent favoriser cette hypothèse. 
Si Qiméim n'est qu'un diminutif, « le petit sommet, » 
donné par les Arabes comme nom à un endroit un peu 
élevé, Qamm paraît dériver de Qâmôn, par la suppres- 
sion ou la chute de la dernière syllabe, ce qui est un fait 
assez fréquent. Eusèbe et saint Jérôme , Onomastica sa- 
cra, Gœttingue, 1870, p. 110, 272, identifient Camon, 
« la ville de Jaïr, » avec un bourg appelé de leur temps 
Kaiijitovi, Cimona, et situé dans « la grande plaine d'Es- 
drelou », à six milles (un peu plus de huit kilomètres) 
au nord de Legio ( aujourd'hui El-Ledjdjoun ). Celle 



xxvm, 19; Jud., vu, 15, etc. Les camps désignés dans; 
l'Écriture sont d'abord les camps ou plutôt les campe- 
ments des patriarches nomades : de Jacob, Gen., xxxn, 21 ; 
xxxiii, 8 (Vulgate: turmx); de ses fils, quand ils vont 
ensevelir leur père. Gen., L, 9 (Vulgate : turba): Ces 
campements devaient être semblables à ceux des Arabes 
nomades de nos jours (fig. 35 ). Après la sortie d'Egypte, le 
mot '< camp » désigne successivement les endroits où les 
Hébreux s'arrêtent dans le désert, et, après la conquête de 
la Terre Promise, les endroits où les soldats séjournent 
pendant un temps plus ou moins long, dans les diverses- 
guerres qu'ils ont à soutenir contre les peuples voisins. 

I. Cajjps les Hébreux. — 1° Dans le désert du Sinaï. 
— L'organisation du camp des Hébreux dans le désert 
nous est décrite par les Nombres, i, 48-5i; n, 1-32; 
m, 14-39. Au centre est placé le tabernacle. Il occupe la 
place de la tente du chef dans les campements des Arabes. 
Num., i, 48-54. Aussi quand Dieu veut marquer qu'il est 
irrité contre son peuple, par exemple après l'adoration du 
veau d'or, il ordonne à Moïse de placer le tabernacle hors 
du camp. Exod., xxxiii, 7. A l'est du tabernacle sont placés 
Moïse, Aaron et ses fils, qui ont la garde du sanctuaire, 
Num., m, 38; au midi, les descendants de Caath, qui 
ont la charge des ustensiles du sanctuaire, de la table 
des pains de proposition, du chandelier, des autels, de 



95 



CAMP 



96 



l'arche et des voiles qui la couvrent. Num., m, 29. Au 
couchant sont les Gersonites, qui ont soin du tabernacle, 
du pavillon, de sa couverture et de la tapisserie qui sert 
de porte, Num., m, 23; et enfin, au nord, les Mérarites, qui 
ont à porter les ais du tabernacle, ses barres, ses colonnes 
et leurs soubassements, les clous, les cordages, etc. 
Num., m, 35. A l'enlour sont rangées les différentes 
tribus. Pour la place de chacune d'elles, le texte donne 
l'orientation de la première de chaque groupe de trois ; 
il indique simplement, pour les suivantes, qu'elles sont 
placées à coté d'elle. De là certains auteurs ont conclu 
que la première nommée occupait exactement le point 
cardinal indiqué, et que les deux autres l'encadraient. 
Ainsi Juda serait placé exactement à l'est, Issachar au 
nord-est et Zabulon au sud -est. Mais il faut remarquer 
que, dans ce cas, la liste serait faite d'après un ordre 
très compliqué, et comme l'ordre de marche n'aurait pas 
été le même que celui du campement, il aurait fallu, au 
départ et à l'arrivée, une série de manœuvres pour que 
chaque tribu put occuper sa place. Il est plus simple de 
supposer que l'ordre est le même dans les deux cas, et 
que, d'une manière générale, l'auteur sacré désigne pour 
la première des tribus le côté qu'occupent les trois dans 
le camp. On a ainsi : à l'est, les tribus de Juda 
{74600 hommes), d'Issachar (54400 hommes), de Zabu- 
lon (57 400 hommes); puis à la suite, en allant vers 
l'ouest et en revenant par le nord : au midi : Ruben 
{46 500 hommes), Siméon (59 300 hommes), Gad 
(45650 hommes) ; à l'ouest : Éphraïm (40500 hommes), 
Manassé (32200 hommes), Benjamin (35400 hommes); 
et enfin, au nord : Dan (G2700 hommes), Aser (41500 
hommes) et Nephthali (53400 hommes). Num., Il, 1-32. 
Le camp formait donc la figure suivante : 

. N. 



O. 



Dan 


Aser 


Nephthali 


62,700 


41,500 


53,400 


Benjamin 


Mérarites 


Juda 


35,100 

Manassé Geraonttes 
32,200 7,500 

Ephraïm 


6,200 


74,600 

Moïse x . 

Issachar 
Aaron 

54,400 
prêtres 

Zabulon 


Tabernacle. 


Caathitea 


40,500 


8,600 


57,400 


Gad 


Siméon 


Ruben 


45,650 
1 


59,300 


46,500 



Chaque partie du camp est désignée par le même mot 
que le camp entier. C'est ainsi que l'on dit le camp de 
Juda, le camp d'Issachar, etc. Num., H, 9, 10, 16, 18, 31. 
Le temps durant lequel on restait à chaque campement 
était réglé d'après l'arrêt ou la marche de la nuée qui 
planait au-dessus du tabernacle. Quand la nuée s'arrê- 
tait, on campait et l'on restait là tant qu'elle demeurait 
immobile. Num., IX, 15-23. Néanmoins les Israélites 
eurent aussi des guides qui connaissaient le désert, no- 
tamment un Madianite nommé Hobab. Num., x, 31-33. 

Le camp était fermé, nous ne savons par quel moyen; 
mais il y avait une clôture quelconque, puisqu'il y avait 
des portes Exod., xxxii, 26, 27. Des règles sévères avaient 
pour objet la propreté et l'hygiène du camp. Deut., xxiii, 



11-14. Il était ordonné de sortir pour satisfaire aux né- 
cessités de la nature. Deut., xxm, 12. Les lépreux étaient 
exclus du camp. Lev. , xm, 46; Num., v, 2. C'était en 
dehors des portes que les prêtres allaient constater leur 
guérison. Lev., xiv, 3. Cette prescription fut appliquée à 
Marie, sœur de Moïse, quand Dieu la frappa de la lèpre. 
Num., xn, 14. On transportait les cadavres hors du camp, 
Lev., x, 4, et tout homme souillé par le contact d'un mort 
devait demeurer sept jours hors des portes. Num., v, 2; 
xxxi, 19-24. Les exécutions des. criminels, et en particu- 
lier celles des blasphémateurs, avaient lieu hors du camp. 
Lev., xxiv, 14; Num., xv, 35. Quand on offrait à Dieu un 
sacrifice, les parties qui lui étaient offertes étaient brû- 
lées sur l'autel, à l'intérieur du camp; mais la chair, la 
peau, la fiente, étaient brûlées au dehors, comme pour 
les sacrifices expiatoires. Exod., xxix, 14; Lev., iv, 11-12, 
21; vin. 17; ix, 11. C'est, en effet, au dehors du camp 
que se faisaient les sacrifices offerts pour les péchés du 
peuple. Num., xix, 3; Lev., xvi, 27. Il est fait allusion 
à cette coutume dans l'Épître aux Hébreux, xm, 11-13, 
quand l'Apôtre dit que Jésus-Christ, comme les victimes 
expiatoires, a été immolé en dehors de la ville. On jetait 
enfin hors du camp toutes les cendres. Lev., iv, 12 ; vi, 1 1 ; 
Num., xix, 9. 

La liste des campements des Hébreux dans le désert 
nous est donnée par le livre des Nombres, au chap. xxxm. 
Les derniers sont ceux que commanda Josué pendant la 
conquête de la Terre Promise, depuis Jéricho jusqu'à 
Galgala. Jos., iv, 3; v, 9; vi, 11, 18; ix, 6; x, 6, 15, 21, 
29, 31, 34, 36, 43. Voir Stations des Israélites dans 

LE DÉSERT. 

2° Camps militaires des Israélites après la conquête 
de la Terre Promise. — Après la conquête de la terre 
de Chanaan, les Hébreux s'établirent dans des villes, et 
les camps ne furent plus destinés qu'à abriter les troupes 
pendant les expéditions militaires. L'Écriture nous donne 
peu de détails sur l'organisation de ces camps. Nous 
savons seulement que souvent ils étaient placés sur des 
hauteurs, Jud., vu, 8; x, 17; I Reg., xm, 2, 3, 16, 23; 
xvii, 3; xxvm, 4, et près de l'eau, Jud., vu, 4; I Mach., 
IX, 33; xi, 67. Le camp était entouré d'une enceinte. C'est 
du moins ainsi qu'un grand nombre d'interprètes com- 
prennent le sens du mot nia'gâl. I Reg. . xvn , 20 ; xxvi , 5. 
Quelques-uns supposent que cette enceinte était faite de 
chariots de bagage, d'autres que c'était un rempart de 
terre. Gesenius, Thésaurus lingual hebrasss, p. 989. Le 
ïargum traduit ce mot par karqamàh , c'est-à-dire « cir- 
convallation »; les Septante, I Reg., xvn, 20, par (ripo-y-pj- 
).w(jt;, « rond, » ce qui peut s'entendre du camp, qui avait 
souvent cette forme chez les Grecs; la Vulgate emploie 
en cet endroit le mot Magala, en supposant qu'il s'agit 
d'un nom propre. La Peschito traduit par « camp ». 
L'usage d'entourer le camp de chariots existait chez les 
Numides. Quand l'armée livrait bataille, on laissait une 
garde au camp. I Reg., xvn, 22; xxx, 24. Pour donner 
les ordres , les cheTs envoyaient des hérauts à travers les 
rangs des tentes. Jos., i, 10; m, 2; I Mach., v, 49. 

II. Camps des peuples étrangers. — L'Écriture men- 
tionne les camps d'un certain nombre de peuples avec 
lesquels les Israélites furent en guerre. — 1° Camp 
égyptien. Exod., xiv, 20, 21: Judith, ix, 6. Dans ces 
passages, le mot est pris dans le sens d'année. Le camp 
égyptien proprement dit avait la forme d'un carré ou 
d'un rectangle, avec une entrée principale sur l'une des 
faces. Près du centre étaient la tente du général et celles 
des principaux officiers. Sa forme ressemblait à celle 
d'un camp romain. Parfois la tente du général était 
entourée d'un double fossé. Le fossé intérieur entourait 
directement la tente du chef; entre les deux étaient 
placées trois autres tentes, probablement celles de ses 
lieutenants ou de ses officiers d'état -major. Près de 
l'enceinte extérieure un espace était réservé pour les 
chevaux, les bêtes de somme et les bagages. Près de la 




DICT. DE LA BIBLE. 



II. - 4 



99 



CAMP 



100 



tente du général étaient les autels des dieux, les éten- 
dards et le trésor. Les monuments égyptiens représentent 
des personnages s'agenouillant devant des emblèmes sa- 
crés couverts par un canopé. L'enceinte extérieure était 
formée par des boucliers disposés en palissades. Les 
gardes de la porte veillaient et dormaient en plein air. 
Le camp égyptien, tel qu'il est représenté sur les sculp- 
tures du Memnonium de Thèbes, est un camp établi 
après une victoire, ou du moins à un moment où l'on 
n'a pas à craindre les attaques de l'ennemi. (Voir fig. 36.) 
Quand on avait à craindre une agression, le camp était 



mentionne les troupeaux placés à l'intérieur du camp. 
IV Reg., vu, 10, 12, 14, 16. — G» Camp des Assyriens. 
IV Reg., xix, 35; Judith, IX, G, 7; xm, 12; xiv, 18; 
xv, 7; II Mach., xv, 22. — Le livre de Judith ne donne 
pas de renseignements sur la disposition du camp des 
Assyriens, il fournit seulement des détails sur l'aménage- 
ment de la tente d'Holopherne, xm, 1-11, et mentionne 
les reconnaissances faites autour du camp par les soldats, 
x, 11. Les bas -reliefs assyriens nous permettent de sup- 
pléer à cette lacune. — Quelquefois les Assyriens bivoua- 
quaient en plein air, mais le plus souvent, surtout quand 




37. — Camp assyrien. KoyoundjUi. D'après Layard, Monuments of Mneveh, t. n, pi. 24. 



muni de remparts plus solides et de fossés. Voir Wilkin- 
son, The manners and cusloms of the ancient Egyptians, 
2« édit. , t. i, p. 2G7. — Les camps des autres peuples 
étrangers mentionnés dans l'Écriture jusqu'à l'époque 
des Machabées ne sont pour la plupart que simplement 
nommés. — 2° Camp des Madianiles. Le livre des Juges, 
vu, 1, 8, 11-15; vin, 11, décrit le campement de ces no- 
mades, nombreux comme des sauterelles, avec une mul- 
titude de chameaux, dans la plaine d'Esdrelon. Il men- 
tionne les sentinelles que font lever les soldats de Gé- 
déon. Jud., vu, 19. — 3° Camp des Philistins. Il en est 
souvent question. I Reg., iv, 1; xm, 16, 17; xiv, 19; 
xvn, 4, 46, 53; xxvm, 5; II Reg., v, 24; I Par., xi, 18; 
xiv, 15. Les Philistins plaçaient leurs camps dans des 
vallées, I Reg., xm, 16, mais ils occupaient avec soin 
les postes importants. I Reg., xiv, 6, 11, 12, 15. — 4° Camp 
des Ammonites. I Reg., xi, 11; Judith, vu, 17-18 (grec). 
— 5° Camp des Syriens. IV Reg., vu ,4,5,6. L'Écriture 



ils faisaient le siège d'une ville, ils construisaient à une 
certaine distance un vaste camp retranché. D'après les 
monuments figurés, ce camp était entouré d'un mur en 
briques, flanqué de distance en distance de tours créne- 
lées. L'intérieur du camp était divisé en quartiers , et les 
tentes étaient régulièrement disposées le long des rues. 
Une partie était réservée aux images des dieux. Sur un 
bas-relief de Nimroud, actuellement au Musée Britan- 
nique, on voit les prêtres, offrant, au milieu du camp, 
les sacrifices accoutumés à deux enseignes placées sur un 
char. Layard, Monuments of Nineveh, 2 e série, pi. 24 
(fig. 37). Sur un autre bas -relief de Nimroud, le roi 
Sennachérib, assis sur son trône, reçoit devant la porte 
de la tente royale des ambassadeurs étrangers. Layard, 
Monuments , t. i, pi. 77. La tente du roi se distingue des 
autres par une ornementation plus riche. Plus bas sont 
les tentes des soldats et des chefs. Celles des chefs sont, 
comme latente royale, terminées à chaque extrémité par 



101 



CAMP 



102 



une sorte de demi -coupole, soutenue par une armature 
qui paraît formée de deux pièces de bois disposées en x. 
Le milieu de la tente est à ciel ouvert. On distingue très 
bien l'aménagement intérieur des tentes des soldats. Ces 
tentes sont coniques. La toile ou la peau qui les recouvre 
•est soutenue par un mât vertical qui a deux fois la hau- 
teur d'un homme , et d'où parlent des branches disposées 
comme les baleines d'un parapluie. Aux branches sont 
suspendus les ustensiles et les armes des soldats. Ceux-ci 
se livrent à diverses occupations. Les uns sont assis et. 
devisent, les autres disposent leur couchette ou se livrent 
à des travaux domestiques Dans l'enceinte fortifiée, en 
dehors des tentes, sont parqués les chevaux, les bes- 
tiaux destinés à la nourriture des soldats et aux sacri- 
fices , et les bétes de somme. On y plaçait aussi les cha - 
riots. Pendant qu'une partie des soldats se reposait, les 
autres conduisaient les travaux d'approche ou parcou- 
raient la campagne, de façon à intercepter les communi- 
cations des assiégés avec le dehors. Voir G. Rawlinson, 
The five great monarchies uf the ancient eastern World, 
in -8°, Londres, 1862-1867, t. n, p. 72-74; Fr. Lenor- 
mantet E. Babelon, Histoire ancienne de l'Orient, in-4°, 
Paris, 1887, t. v, p. 60. — 7° Camp des Moabites, alliés 
des Assyriens. Judith, vu, 8, 11. — 8° Camp des rois 
grecs de Syrie, I Mach., iv, 18; v, 37, 41; vi, 32, 51; 
vu, 19, 39; ix, 2, 64; x, 48; II Mach., xm, 15, etc. 
Le camp était souvent situé dans la plaine, et sur les 
collines environnantes les Grecs plaçaient des avant-postes. 
I Mach., xi, 73. Quand ils livraient bataille, ils laissaient 
une garde au camp. Jonathas surprit celle qui avait été 
laissée par Apollonius et qui se composait de mille cava- 
liers. I Mach., x, 79. Pour dissimuler leur fuite, ils lais- 
saient des feux allumés dans le camp, comme s'ils y étaient 
demeurés ; c'est par ce moyen qu'ils échappèrent à Jona- 
thas. I Mach., xn, 29.- Dans le camp venaient s'installer, 
avec les troupes, des marchands d'esclaves qui achetaient 
les prisonniers. I Mach., m, 41. Les renseignements que 
nous donnent les auteurs profanes sur les camps des 
Grecs sont d'accord avec les indications bibliques. Ces 
camps étaient parfois de forme carrée, mais souvent ils 
étaient circulaires. Ce dernier plan était celui des Spar- 
tiates. Xénophon, De rep. Laced., xn. Au milieu du 
camp il y avait une place spéciale pour les armes, un 
autel et un marché où. les gens du pays venaient vendre 
des vivres aux soldats. Xénophon, Anab., ni, 2, 1. Le 
camp n'était pas fortifié, sauf de rares exceptions. Polybe, 
vi, 42; Xénophon, Anab., vi, 5, 1. Outre les avant-postes 
et les sentinelles, on envoyait des soldats en reconnais- 
sance aux alentours. Anab., H, -4, 23; v, 1, 9; vu, 3, 34; 
Cyropédie, iv, 1,1; Mneas, Tactiq. , xvni, 22. La nuit 
était partagée en quatre veilles dont la durée variait sui- 
vant les époques de l'année. Arrien, Anabas., v, 24, 2. 
Cependant quelques savants ont cru que la nuit était 
divisée en trois veilles seulement, Diodore de Sicile, 
xix, 38; Cornélius Nepos, Eumènes, 9; Pollux, i, 70; 
mais le sens de ces passages est douteux. Durant la nuit 
des feux restaient allumés dans le camp, et Xénophon 
nous apprend qu'on les éteignait parfois pour tromper , 
l'ennemi. Anab., vi, 8, 20. 11 recommande aussi l'usage 
où étaient les Thraces d'allumer des feux en dehors du 
camp. Anab., vu, 2, 18; Cyrop., m, 8, 25. Les ordres 
étaient communiqués aux soldats par des hérauts ou 
par la trompette. Anab., u, 2, 1 et 20; m, 1, 46; 4, 36; 
v, 2, 18. Voir G. Pascal, L'armée grecque, p. 84; 
H. Droysen, Heerwesen und Kriegfûhrung der Griechen, 
p. 89. — 9° Camp romain. Les Actes, xxi, 34, désignent 
aussi sous le nom de « camp », izxpz\LofjXr, (Vulgate : 
castra), la tour Antonia. Voir Antonia. Celte caserne 
avait, en effet, la forme régulière d'un camp, c'est-à-dire 
la forme rectangulaire. Le prétorium (voir Prétoire), 
comme dans les camps romains, était placé au centre. 
A l'entour étaient les tentes des soldats, rangées on ligne 
droite, et dans le cas où, comme ici, il s'agissait d'une 



construction permanente, les tentes étaient remplacées 
par des constructions en pierre. Dans les camps tempo- 
raires, les lignes des tentes étaient séparées les unes des 
autres par des rues, vise, à la fois dans le sens de la lon- 
gueur et dans celui de la largeur. Le camp était lui-même 
entouré d'un rempart et d'un fossé. L'ensemble de la 
fortification s'appelait vallum. Au milieu de chaque côté 
du carré était une porte. Les portes ainsi que les angles 
étaient protégés par des tours. La description du camp 
que fait Polybe, vi, 27-32, s'applique à celui de grandes 
dimensions, c'est-à-dire qui contenait au moins une légion. 
La tour Antonia était, au contraire, de dimensions plus 
restreintes. Elle ressemblait aux camps permanents dont 
les vestiges ont été retrouvés en beaucoup d'endroits, 
notamment en Gaule. On le verra aisément en comparant 




38. — Camp de Jublains, près du Mans. 

la description de la tour Antonia et le plan du camp do 
Jublains, près du Mans (fig. 38). 

III. Emplois divers du mot « camp ». — 1° Joël, n, 11, se 
sert du mot « camp » pour désigner l'armée de sauterelles 
envoyées par Dieu pour ravager le pays d'Israël. De même, 
il est question du camp (mahânèh) ou de l'armée des 
anges, Gen., xxxn, 3 (Vulgate, 2). Cf. I Par., xn, 22; 
Dan., vu, 10. Sous le nom de camp de Jéhovah, l'Écri- 
ture désigne les endroits où Dieu se montre, Gen., 
xxxn, 2; et ceux où les prêtres étaient établis. I Par., 
ix, 19; II Par., xxxi, 2. Dans l'Apocalypse, xx, 8, le ciel 
est appelé « le camp des saints ». — 2» Parmi les compa- 
raisons que la Bible tire des camps, les unes en font res- 
sortir l'ordre merveilleux, par exemple quand l'épouse 
des Cantiques est comparée à un camp ou à une armée 
bien ordonnée, Cant., vi, 3, 9; vu, 1; d'autres en rap- 
pellent le bruit, Ezech., i, 24, ou la mauvaise odeur. 
Amos, iv, 10. L'Ecclésiastique, xliii, 9, compare la lune 
au fanal qui brille dans le camp. Le grec emploie dans 
ce passage le mot axeùoc, que la Vulgate traduit par ras 
caslrorum. — 3" Enfin la Vulgate appelle « camp de Dan », 
castra Dani, une ville située près de Cariathiarim, dans 
la tribu de Juda. Jud., xvm, 12. Voir Mahanéii Dan. Elle 
traduit aussi quelquefois par « camp », castra, le nom 
propre de Mahanaîm, ville située sur les confins des 
tribus de Gaa et de Manassé et concédée aux lévites. 
II Reg., xvn, 2i, 27; III fieg., n, 8. Plus communément, 
saint Jérôme appelle Manaïm cette ville , que plusieurs 
croient être la localité dont parle la Genèse, xxxn, 2. Voir 
Maxaï.v. E. Beurlier. 



103 



CAMP — GAMPEN 



104 



2. CAMP. La Vulgate, à la suite des Septante, rend 
plusieurs fois par ce mot le nom de lieu appelé en 
hébreu Mal}ânaïm et qui était situé à Test du Jourdain , 
sur les confins de Gad et de Manassé. — Elle le nomme 
Mahanaïm, en l'interprétant par castra, « camp, » dans 
Gen., xxxii, 2; ailleurs elle écrit Manaïm. Jos.,xm,26, 30; 
XXI, 37; III Reg., rv, 14; I Par., VI, 80. Dans les autres 
passages où il est question de cette ville, saint Jérôme tra- 
duit k camp », comme si c'était un nom commun. II Reg., 
il, 8, 12, 29; xvn, 2i, 27; xix, 32; III Reg., n, 8, et, 
d'après quelques commentateurs, Cant., vu, 1 (texte 
hébreu, vi, 13). Voir Mahanaïm et Manaïm. 

F. Vigouroux. 

3. CAMP DE DAN, nom d'un lieu situé à l'ouest de 
Cariathiarim, ainsi appelé parce que les Danites y cam- 
pèrent lorsqu'ils marchaient contre Laïs. Jud., xvm, 12. 
Son nom hébreu est Mahânêh-Dan. Voir Mahanéh Dan. 

CAMPAGNOL (hébreu : 'akbâr ; Septante: (lu;; 




30. — Campagnol. 

Vulgate : mus) , petit mammifère de l'ordre des rongeurs 
et de la famille des rats. Il se distingue des rats ordi- 
naires par sa queue velue, ses pieds sans palmures, et 
son pouce de devant engagé sous la peau. Les campagnols 
se subdivisent en une vingtaine d'espèces , dont quatre ou 
cinq se rencontrent en Palestine. La plus commune, 
parmi ces dernières , est celle du campagnol connu sous 
le nom vulgaire de rat des champs, et appelé par les 
naturalistes Arvicola arvalis (fig. 39). Ce petit animal 
n'a guère que de huit à dix centimètres de long. Son pe- 
lage est d'un jaune brun, sauf sous le ventre, où il passe 
au blanc sale. La fécondité de ce rongeur est très consi- 
dérable; la femelle fait deux portées annuelles de huit à 
douze petits chacune. Ce campagnol habite les champs et 
s'y creuse des terriers qui comprennent deux ou trois 
réduits différents. Il se nourrit surtout de grains, mange 
les semences dans la terre où on les a jetées, et, le temps 
de la moisson venu, coupe le chaume, vide l'épi renversé 
sur le sol , el le mange sur place ou l'emporte dans ses 
terriers. Quand celte nourriture lui fait défaut, le cam- 
pagnol s'attaque aux racines encore tendres des arbris- 
seaux ou bien en ronge la jeune écorce aussi haut qu'il 
peut atteindre, ce qui ne tarde pas à causer la destruc- 
tion des végétaux. On comprend que la multiplication 
d'un pareil animal constitue un véritable fléau pour les 
régions où il s'établit. — ■ Le mot hébreu 'akbar dési- 
gnait nécessairement plusieurs espèces de rats, ou même 
de rongeurs, que les Hébreux ne distinguaient pas les 
uns des autres. Aussi, quand Moïse range le 'akbâr 
parmi les animaux impurs, Lev., xi, 29; quand Isaïe, 
lxvi, 17, parle des prévaricateurs qui le mangeaient, il 



ne faut pas restreindre au seul Arvicola arvalis l'exten- 
sion de ce mot. Mais il est un autre passage de la Bible 
dans lequel ce dernier semble indiqué de préférence à 
tout autre. Quand les Philistins eurent placé l'arche dans 
leur temple de Dagon, le Seigneur frappa les habitants 
d'Azot de deux fléaux. Le premier les atteignit dans leur 
corps, le second dans leurs récoltes. Voici comment 
s'en expriment les différents textes : « Au milieu de 
son territoire naquirent des rats, et il y eut dans la 
ville une grande confusion de mort. » Septante, I Reg., 
v, 6. La Vulgate dit de son côté : « Au milieu de ce 
pays, les fermes et les champs furent en ébullition, des 
rats naquirent, et une grande confusion de mort se pro- 
duisit dans la ville. » Josèphe, Ant. jud., VI, 1,1, ra- 
conte le fait plus clairement : «Des rats innombrables, 
sortis de terre , causèrent le plus grand dommage à tout 
ce qu'il y avait dans cette région , et ils n'épargnèrent ni 
les plantes ni les fruits. » Le texte hébreu , il est vrai , ne 
mentionne pas ce fléau des rats. Mais au chapitre suivant 
il est expressément question des rats « qui ont ravagé la 
terre », et les Philistins fabriquent cinq rats d'or pour 
les renvoyer avec l'arche, ainsi que les autres ex- vota 
offerts en expiation, I Reg., vi, 5, 11, 18. Ces rats, au- 
teurs de si grands ravages dans le pays des Philistins, 
sont probablement des campagnols de l'espèce Arvicola 
arvalis. Tristram, The natural history of the Bible, 
Londres, 1889, p. 122; Wood, Bible animais, Londres, 
1884, p. 92. — Notons, à litre de curiosité, qu'Hérodote, 
H, 141, fait intervenir les « rats de campagne » pour 
expliquer la destruction de l'armée de Sennachérib. Une 
multitude prodigieuse de ces animaux se seraient intro- 
duits dans le camp pendant la nuit, et auraient rongé les 
arcs et les courroies des boucliers, réduisant ainsi à l'im- 
puissance les soldats du roi assyrien. L'historien grec, 
il est vrai , assigne Péluse comme le théâtre de cet évé- 
nement. Son récit prouve du moins qu'on n'étonnait per- 
sonne , en supposant les plaines qui bordent la Méditer- 
ranée, au sud de la Palestine, hantées par les rats des 
champs. H. Lesètre. 

CAMPBELL Georges, théologien protestant, né à 
Aberdeen, en Ecosse, le 25 décembre 1719, mort dans 
cette ville le 6 avril 1796. Il fut pasteur à Banchory- 
Ternan, en 1748, et devint principal du Mareschal Col- 
lège, où il avait commencé ses études. En 1771, il obtint 
une chaire de théologie. Nous avons de cet auteur : A 
dissertation on miracles, containincj an Examination 
of the principles advanced by David Hume, in-8°, 
Edimbourg , 1763 ; The four Gospels , translaled from 
the Greek. Witli preliminary dissertations and notes 
critical and explanatory, 2 in-4°, Londres, 1719; 4 in-8°, 
Aberdeen, 1814. — Voir W. Orme, Bibliotheca biblica 
(1824), p. 79. B. Heuriebize. 

1. CAMPEMENT. Voir Camp. 

2. CAMPEMENTS DES ISRAÉLITES DANS LE DÉ- 
SERT. Voir Stations des Israélites dans le désert. 

CAMPEN (Jean van), hébraïsant hollandais, né à 
Campen (Over-Yssel) vers 1490, mort de la peste à Fri- 
bourg le 7 septembre 1538. Il étudia l'hébreu sous Reu- 
chlin et fut professeur de cette langue à Louvain, de 1519 
à 1531. Il voyagea ensuite en Italie, en Allemagne et en 
Pologne. A Rome, le pape l'employa à divers travaux sur 
l'hébreu. On a de lui : De natura litterarum et puncto- 
rum hebraicoruin ex variis Elise Levitse opusculis libel- 
lus, in-12, Paris, 1520; Louvain, 1528; — Psalmorum 
omnium juxta hebraicam veritatem paraphrastica in- 
terpretatio, in - 16, 1532, explication littérale des Psaumes 
qui eut un grand succès et de nombreuses éditions au 
xvi a siècle, à Lyon, Paris, Nuremberg, Anvers, Slras- 
bourg, Bàle, et fut traduite en français, en allemand, en 



105 



CAMPEN — -CANA D'ASER 



106 



llamand et en anglais ; — Paraphrasis in Salomonis 
Ecclesiasten, Lyon, 1546; — Commentarioli in Epistolas 
Pauli ad Romanos et Galatas , Venise , 1534. 

F. Vigouroux. 
CAMUËL, Hébreu : Qemûél; Septante : Kx^ovr^l. 
Nom de trois personnages. 

1. CAMUËL, troisième fils de Nachor. Gen., xxn,'21. 
Les Septante et la Vulgate l'appellent « père des Syriens », 
traduisant ainsi 'ârâm de l'hébreu. Mais les Syriens 
doivent leur origine à Aram, fils de Sem. Gen., x, 22.' 
D'après Keil, The Pentateuch, Edimbourg, 1885, t. i, 
p. 254, Aram désignerait ici la famille de Ram, d'où 
était issu Éliu. Job, xxxn, 2. On trouve une semblable 
abréviation Rammim, II Par., xxn, 5, pour Arammim. 
IV Reg. , vin, 29. Le voisinage des noms de Hus et de 
Buz, Gen., xxn, 21, comme dans l'histoire de Job, rend 
celle conjecture assez plausible. Aram n'aurait pas formé 
de tribu, mais se serait uni à la tribu de Buz , son oncle. 

2. CAMUËL, fils de Sephtan, un des chefs de tribus 
désignés pour faire le partage de la Terre Promise entre 
les fils d'Israël. Num., xxxiv, 24. 

3. CAMUËL, père d'Hasabias, qui fut chef des Lévites 
-au temps de David. I Par., xxvn , 17. 

CANA, nom d'un torrent et de deux villes, dont la 
première, située dans la tribu d'Aser, est mentionnée 
seulement dans le livre de Josué; la seconde, située en 
Galilée, n'est connue que par le Nouveau Testament. 

1. CANA (hébreu : Qânâh; Septante : XsXxavâ, par 
amalgame de la dernière syllabe du mot nal.ial, qui en 
hébreu précède Qânâh pour indiquer que c'est une ri- 
vière ou torrent, avec le nom même de ce torrent; Codex 
Alexandrinus : -/îi|i.appoi; Kavot), vallée et rivière qui for- 
mait la limite de la tribu d'Éphraïm, au sud, et de Manassé, 
au nord , et qui décharge ses eaux dans la Méditerranée. 
Jos., xvi, 8; xvii, 9. Qânâh signifie « roseau » ; de là vient 
■que la Vulgate, dans les deux passages, a traduit : Vallis 
arundineti, « vallée des roseaux ». Dans le premier, Jos., 
xvi, 8, elle ajoute que la rivière a son embouchure dans 
la mer « très salée », c'est-à-dire dans la mer Morte. 
Mais comme le territoire de la tribu de Manassé ne des- 
cendait pas jusqu'à la mer Morte, il ne saurait être ici 
question d'elle; le texte original en parlant simplement de 
la mer, yam, sans autre détermination , a voulu désigner 
la Méditerranée. Quant à l'identification de Nal.ial Qânâh, 
elle n'est pas certaine. — Le mot nal.ial, comme aujour- 
d'hui ouadi, désigne tout à la fois la vallée et le ruisseau 
ou le torrent qui y coule. — 1° Ed. Robinson , Biblical 
Researches , 1856 , t. ni, p. 135, croit retrouver Qànâh 
dans un ouadi qui prend naissance au centre des mon- 
tagnes d'Éphraïm, près d'Akrâbéh, à une dizaine de kilo- 
mètres au sud -est de Naplouse; il porte le nom d'ouadi 
Qanah et s'unit à l'ouadi Zakur, qui est lui-même un 
affluent du Nahr el-Aoudjéh, dont les eaux se déversent 
dans la Méditerranée, au nord de Jaffa. Le nom de 
Qanah est propre à frapper l'attention. Quant au Nahr 
el-A oudjéh, il pouvait assurément servir de frontière na- 
turelle, mais il est beaucoup trop au sud pour avoir 
limité la tribu d'Éphraïm. — 2° W. M. Thomson, The 
Land and the Book, 1876, p. 507, avait émis l'hypothèse 
que le nal.ial Qânâh est le Nahr Abou Zaboura ou Nahr 
Iskandérounéh actuel, qui prend sa source près de Do- 
thaïn, se dirige vers l'ouest et se jette dans la mer au 
sud de Césarée, formant, dans la dernière partie de son 
cours, une rivière considérable. Nous l'avons traversé deux 
fois en avril 1894, de même que le Nahr el-Aoudjéh, et 
les deux rivières avaient alors environ un mètre d'eau. 
Si le Nahr el-Aoudjéh est trop au sud, le Nahr Abou 
Zaboura est trop au nord. Thomson a d'ailleurs aban- 



donné depuis lui-même son hypothèse. The Land and 
the Book, Southern Palestina, 1881, p. 56. — 3° La 
dénomination de « Vallée des roseaux» peut parfaitement 
convenir aux rives marécageuses du Nahr el-Faléq, où, 
comme beaucoup d'autres voyageurs avant nous, nous 
nous sommes plusieurs fois embourbés , en 1894 , au mi- 
lieu des joncs et des roseaux qui y abondent. Son nom 
actuel de Nahr el-Faléq signifie « rivière de la fente ou 
de la coupure », Rochetailie (roche taillée), comme l'ap- 
pellent les historiens latins des croisades ( Ricardus , Iti- 
nerarium peregrinorum et gesta régis Ricardi, 1. rv, 
c. xvi, dans Chronicles and Memorials of the Reign 
of Richard I, t. I, Londres, 18G4, p. 259); mais le bio- 
graphe arabe de Saladin , Bohaeddin , lui donne un nom 
ayant la même signification que celui qu'il porte dans le 
livre de Josué, Nahr el-Kassab, « rivière des roseaux » 
(Bohaeddin, Vita et res gestse Saladini, édit. Schultens, 
in-f°, Leyde, 1732, p. 191). Les roseaux qui le bordent, 
drus et serrés, sont d'espèces diverses; on y remarque 
surtout celui que les Arabes appellent berbir et qui se 
distingue par l'élégance de sa forme. Ils remplissent, 
comme de petites forêts, les marécages que forme la 
rivière dans la plaine de Saron, avant de se jeter dans 
la mer; on en traverse plusieurs en cet endroit lors- 
qu'on suit la grande route qui va de Gaza à la plaine 
d'Esdrelon et qui a été très fréquentée dans l'antiquité, 
et assurément aucun de ceux qui ont eu à passer à tra- 
vers ces arundineta, pour employer le mot expressif 
de la Vulgate, n'en a jamais perdu le souvenir. Le Nahr 
èl-Faléq, à peu près à égale distance entre le NaJir el- 
Aoudjéh et le Nahr Abou Zaboura, convient, par sa posi- 
tion, comme frontière entre Éphraïm et la demi -tribu de 
Manassé occidental. Il se jette dans la Méditerranée au 
nord d'Arsouf, au nord-ouest d'Et-Thiréh. Voir la carte 
de la tribu d'ÉPHHAÏM. M. V. Guérin, Samarie, t. n, 
n. 3H6, a déjà identifié cette rivière avec le nal.ial Qânâh. 
Ce qui empêche cependant de se prononcer avec une en- 
tière certitude sur l'identification du nahal biblique, c'est 
que le site de Taphua, près duquel il coulait, Jos., x\'l , 8; 
xvii, 8, n'a pu être encore retrouvé. F. Vigouroux. 

2. CANA D'ASER (hébreu : Qânâh, « roseau; » 
Septante : Kav6àv; Codex Alexandrinus : Kavâ), une 
des villes frontières de la tribu d'Aser. Jos., xix, 28. 
D'après l'ordre suivi par l'auteur sacré dans l'énuméra- 
lion des principales localités, f. 25-30, et dans le tracé 
des limites, elle appartenait au nord de la tribu, comme 
Rohob etHamon, qui la précèdent immédiatement. Voir 
Aser 3 et la carte, t. i, coL 1084. C'est la dernière men- 
tionnée « jusqu'à Sidon la Grande » ; voilà pourquoi 
quelques auteurs ont voulu la chercher dans les environs 
de la cité phénicienne. Cf. Keil, Josua, Leipzig, 1874, 
p. 157. Nous ne croyons pas que les possessions israélites 
se soient étendues si loin : l'hébreu 'ad employé ici, 
v. 28, 29, signifie « jusqu'au territoire » de Sidon et de 
Tyr, qui est donné, d'une façon générale, comme dési- 
gnation de frontières. Il ne faut pas non plus la con- 
fondre avec Cana de Galilée, où Notre-Seigneur opéra 
son premier miracle, en changeant l'eau en vin, Joa., il, 
1-11, et qui se trouvait non loin de Nazareth, dans la 
tribu de Zabulon plutôt que dans celle d'Aser. C'est pour- 
tant l'erreur qu'a commise Eusèbe , en disant : « Kana , 
jusqu'à Sidon la Grande , était dans le lot d'Aser. C'est là 
que Notre- Seigneur et Dieu Jésus-Christ changea l'eau 
en vin; c'est de là qu'était aussi Nathaiwël. C'était une 
ville de refuge, ç-jyaSsvT^piov, dans la Galilée. » Onoma- 
stica sacra, Gœttingue, 1870, p. 271. Saint Jérôme, dans 
sa traduction, fait la même méprise, et remplace la der- 
nière phrase par ces mots : « C'est aujourd'hui un petit 
bourg dans la Galilée des nations. » Ibid., p. 110, ou 
Liber de situ et noniinibuslocorumhebraicoruni,t. xxm, 
col. 886, avec les notes. Cette assertion est contraire en 
înêrre temps au texte de Josué et au récit évangélitjue. 



107 



GANA D'ASER 



105 



Voir Cana de Gaulée. On identifie généralement, et 
d'une manière qui nous paraît certaine , Cana d'Aser 
avec un grand village qui porte encore aujourd'hui exac- 
tement le même nom et se trouve à douze kilomètres 
environ au sud -est de Sour (Tyr). L'arabe \JS, Qânâ, 
avec qof initial , est bien la reproduction de l'hébreu 
ïiip, Qànâh, et la position répond parfaitement aux don- 
nées bibliques. Telle est l'opinion de Robinson, Biblical 
Researches in Palestine, Londres, 1856, t. H, p. 456; 
R. J. Schwarz, Das heilige Land, Francfort-sur-le-Main, 
1852, p. 153; Vaii deYelde, Memoir to accompany the 
Map of the Holy Land, Gotha, 1858, p. 327, etc. 

Qânâ, dont la population ' totale comprend au moins 
mille habitants,. se compose de trois quartiers. Le quar- 



de signaler. Vers le nord -ouest, sur les flancs du pro- 
fond et sauvage ouadi 'Aqqàb , partout le rocher a été 
entaillé pour creuser des hypogées et des fours à cer- 
cueil, des pressoirs, etc. « De Kabr-Hiram ou de Ha- 
naouéh à Cana, dit M. Renan, les antiquités de ce genre, 
taillées dans le roc , se rencontrent à chaque pas : c'est, 
par centaines qu'elles se comptent. La route de Cana est, 
sous ce rapport, l'endroit le plus remarquable que j'aie 
vu. Je signalerai en particulier des espèces de caveaux 
ayant dans le haut un trou rond, d'innombrables travaux 
industriels dans le roc, mêlés à de belles sépultures, 
aussi dans le roc. Les pierres en forme de potence (pres- 
soirs) abondent, les chambres dans le roc se voient de 
toutes parts. Il y a aussi des constructions , des restes 
de murs. La colline rocheuse près de Cana surtout est 










40. — Bochers soulptéa à Hanaouèh, près ûe Tyr. D'après Lortet, La Syrie d'aujourd'hui. 



tier supérieur, qui passe pour être le plus ancien, occupe 
le sommet de la colline sur les pentes orientales de la- 
quelle sont situés les deux autres; il est presque entiè- 
rement abandonné aujourd'hui, sauf quelques maisons, 
et les pierres de ses constructions renversées sont trans- 
portées et utilisées dans les autres parties du village. Plus 
bas, vers l'est, est un second quartier, habité, comme le 
premier, par des Métoualis, au nombre de six cents envi- 
ron. On y remarque deux mosquées, dont une à moitié 
ruinée, et une grande maison qui servait autrefois de 
résidence à un bey opulent. Plus bas encore, dans la 
même direction, se trouve le quartier chrétien, qui con- 
tient à peu près quatre cents Grecs unis, dont l'église, 
dédiée à saint Joseph, est nouvellement rebâtie. Une 
chapelle protestante l'avoisine. En continuant à descendre 
des pentes cultivées en figuiers, en oliviers et en tabac, 
on arrive bientôt à un puits appelé, on ne sait pourquoi, 
'Aïn el-Qasîs, « la source du prêtre, » et près duquel 
on lit sur une belle pierre servant d'auge le mot grec : 
EKOCMHCEN, « a orné. » Le reste de l'inscription gît, 
à ce qu'il parait, au fond du puits, où elle a été projetée 
autrefois; elle devait être placée sur un monument qui 
avait été décoré par un personnage dont elle faisait con- 
naître le nom. "V. Guérin, Galilée, t. n, p. 390-391. 

Qânâ ne renferme pas beaucoup d'antiquités, mais ses 
environs en offrent de très curieuses , qu'il est utile 



couverte de ces travaux, trous ronds, petits et grands, 
dans le rocher (les grands sont des ùnoÀ^via), bassins, 
rigoles, etc. . . , c'est aux environs de Cana qu'on trouve les 
plus belles sépultures tyriennes, souvent comparables 
par leur masse grandiose à celle qu'on a décorée du nom 
d'Hiram. » Renan, Mission de Phénicie, in-4°, Paris, 
1864, p. 635, 636. Les vestiges d'antiquité les plus singu- 
liers sont les sculptures bizarres qu'on remarque à quinze 
ou seize cents mètres au nord -ouest du village. Le ravin 
devient de plus on plus sauvage; en beaucoup d'endroits 
les rochers ont été taillés verticalement, et à la surface 
de ces murs abrupts il y a une longue série de petites 
statues et de stèles funéraires taillées en ronde -bosse 
dans le calcaire du sol. « Ces statuettes ont de quatre- 
vingts centimètres à un mètre de hauteur. Elles ont un 
caractère archaïque des plus prononcés; leur corps est 
souvent terminé en pilastre quadrangulaire on par une 
large robe assyrienne fermée du coté gauche. Les yeux 
sont vus de face, tandis que la plupart du temps les 
figures sont tournées de profil. Dans les angles saillants 
du rocher on voit plusieurs tètes qui ne manquent pas 
d'un certain caractère. » Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, . 
dans le Tour du monde, t. xli, p. 30. Cf. Palestine 
Exploration Fund, Quarterly Slatement, 1890, p. 259-'26i, 
avec deux photographies. Voir fig. 40. .M. Lortet prati- 
qua des fouilles à la base de ces sculptures, mais sans- 



109 



CANA D'ASER - CANA DE GALILÉE 



110 



rien trouver qui pût en expliquer la destination ou en 
préciser la date; il les attribue aux proto - Phéniciens. 
M. Guérin, Galilée, t. n, p. 403, les regarde comme bien 
antérieures à l'époque gréco-romaine et y voit des marques 
de l'art égypto- phénicien. M. Renan, Mission, p. 635, 
dit de son côté : « Impossible d'attribuer à un simple jeu 
de pâtres oisifs des images qui ont exigé un travail aussi 
suivi, et où l'on remarque beaucoup d'intentions; il est 
bien difficile pourtant d'y voir des produits d'un art 
sérieux. » Une découverte non moins intéressante a été 
faite dans le voisinage immédiat de ces singuliers monu- 
ments. M. Lortet, ouv. cité, p. 31, y a trouvé des milliers 
de silex taillés et de nombreux fragments d'os et de dents; 



possible , Étude sur divers monuments du règne de 
Thoutmès III, dans la Revue archéologique, Paris, 1861, 
p. 360. Maspero est plutôt porté à l'identifier avec la Cana 
du Nouveau Testament , Sur les noms géographiques de 
la Liste de Thoutmos III qu'on peut rapporter à la 
Galilée, p. 5, extrait du Journal of Transactions of the 
Victoria Institute, or philosophical Society of Great Bri- 
tain, t. xx, 1887, p. 301. Ce qu'il y a de certain, c'est que 

l'égyptien a \^ 1 1 v, Qaïnaou, répond bien à l'hé- 
breu Qânâh; on trouve même la forme hiéroglyphique 
Cana; cf. W. Max Mùller, Asien und Europa nach Altà- 
gyptischen Denkmàlem, Leipzig, 1893, p. 193. On 




41. — Klilrbot Qana. D'aprèa une. photographie de M. L. Heidet. 



parmi les silex on reconnaît les pointes et les racloirs du 
type dit moustérien; les fragments de dents peuvent se 
l'apporter aux genres Cervus, Capra ou Ibex, Equus 
et Bos. 

L'Écriture ne nous dit rien sur Cana ; la mention qu'en 
fait Josué, comme cité chananéenne, nous en montre 
seulement la haute antiquité. Mais les nombreux vestiges 
d'industrie humaine qui l'avoisinent ne nous révèlent- 
ils pas l'importance historique de l'emplacement qu'elle 
occupait? Ces restes de l'âge de pierre, ces bas -reliefs 
et ces figures archaïques, ces hypogées et ces pressoirs, 
n'indiquent-ils pas une succession de races qui ont habité 
le pays depuis les temps les plus reculés jusqu'aux époques 
historiques? Les monuments funéraires surtout et les 
travaux d'économie rustique qu'on rencontre à chaque 
pas dans la contrée manifestent comme un rayonnement 
de l'activité et de la civilisation qui régnaient à Tyr, dont 
Cana bordait le territoire. — Faut-il voir dans notre ville 
la Qaïnaou de la Liste de Thothmès III, n" 26? Mariette 
le pense: Les Listes géographiques des pylônes de Kar- 
nak, in-i", Leipzig, 1875, p. 21. E. de Rougé le croit 



cherche à fixer l'emplacement d'après le groupement des 
villes sur la Liste. Il y a encore bien des obscurités sous 
ce rapport. A. Legendre. 

3. CANA (Kavâ), dite de Galilée, pour la distinguer de 
Cana d'Aser, est une localité mentionnée dans l'Évangile 
de saint Jean, H, 1, 11; rv, 46; xxl, 2, mais que les 
synoptiques passent entièrement sous silence, à moins 
qu'ils n'en aient fait la ville d'origine de l'un des douze 
apôtres, Simon, qu'ils surnomment le Cananéen, Matth., 
x, 4; Marc, m, 18; mais ceci est peu probable, la qua- 
lification de Kavavîni; (ou Kavowœïo;), correspondant ré- 
gulièrement à celle de ÇtjXcdt^;, que lui donnent les listes 
apostoliques. Luc, VI, 15, et Act., i, 13. On sait, en effet, 
que qannoV, signifie en hébreu « zélé ». Cf. Exod., xx, 5; 
Josèphe, Bell, jud., IV, m, 9 ; Galat., i, 14. 

I. Histoire. — Le quatrième Évangile nous dit que la 
petite ville de Cana fut le théâtre du premier prodige 
opéré par Jésus. C'est là, en effet qu'après son baptême, 
il inaugura sa vie publique, en assistant avec ses discipls-s 
à des noces où il changea l'eau en vin. Joa, n, 1, 11. 



411 



CANA DE GALILÉE 



•112 



C'est là également que peu après , et comme il revenait 
encore de Judée, il guérit à distance le fils d'un officier 
royal malade à Capharnaûm. Joa., rv, 46, 54. Enfin au 
dernier chapitre du même Evangile de saint Jean, xxi, 2, 
il est précisé que l'apôtre Nathanaël était de Cana , mais 
en termes tout différents de la qualification de Cananéen 
ou Cananite donnée à Simon le Zélote. 

II. Identification. — Malheureusement, de ces pas- 
sages où Cana est mentionnée, pas un ne donne une indi- 
cation topographique suffisante pour retrouver sûrement 
sa place. Nous savons qu'elle était sur un point élevé par 
rapport à Capharnaûm, car Jésus et les siens « des- 



lité trois grandes étapes pour des voyageurs, et à travers 
des chemins très fatigants. Sur ces simples indications 
générales on se sent donc porté de préférence à chercher 
Cana au sud et non pas au nord de la plaine de Zabulon. — 
Deux sites (et même trois, si l'on voulait se préoccuper de 
l'Ain Cana signalée par Conder près de Reinéli, à trois 
kilomètres au levant de Nazareth), portent dans cette 
plaine le nom de Cana. L'un est Khirbet Qana, au nord, 
sur les premières ondulations de terrain qui s'élèvent 
rapidement du côté de Djefàt, l'ancienne Jopata; l'autre 
au midi, Kefr-Kenna, sur le chemin qui va de Nazareth 
au lac de Tibériade. Ils ont eu tous deux leurs partisans. 







42. — Kefr-Kenna. D'après une photographie. 



cendent », y.aziê-t], Joa., Il, 12, pour se rendre de Cana 
dans cette dernière ville; mais c'était la situation géné- 
rale des terres de Galilée dominant le lac de Génésareth 
et par conséquent les villes qui l'avoisinent. Ce qui peut 
paraître plus significatif, c'est que Jésus y arrive sitôt 
qu'il entre en Galilée, qu'il revienne soit des bords du 
Jourdain après son baptême, Joa., n, 1, soit de Jérusalem 
après la première Pàque de sa vie publique. Joa., rv, 46. 
Il semble donc tout naturel de chercher Cana sur la fron- 
tière méridionale de la Galilée. On peut même faire cette 
observation que Jésus et ses disciples nouvellement choisis 
y arrivent en trois jours, étant partis de Béthanie ou 
Béthabara, le lieu du Jourdain où Jean baptisait. Joa., 
i, 43, comparé avec n, 1. Voir notre Vie de Notre-Seigneur 
Jésus -Christ, 3 e édit., t. i, p. 272. Il ne faut donc pas 
chercher trop au nord le site de Cana, puisque de Bétha- 
bara au Thabor, en suivant la route directe par Scytho- 
polis, il y a déjà quatre-vingts kilomètres, soit quatre- 
vingt-dix jusqu'aux hauteurs de Nazareth. C'était en réa- 



Très certainement il n'y a pas d'impossibilité absolue 
à placer Cana de l'Évangile à Khirbet Qana (fig. 41), 
et cette localité, tout en étant au nord de la plaine, pour- 
rait paraître encore assez à proximité de Nazareth et de 
Capharnaûm pour répondre à ce qui est dit dans l'Évan- 
gile, et même assez bien située comme point stratégique 
pour qu'il semblât utile à Josèphe de l'occuper. Vit., 16. 
Les ruines qu'on y voit sont, au moins dans la partie 
haute de la colline, d'un bel appareil. Il a dû y avoir là 
une place forte servant d'avant - poste à Jotapata. Cepen- 
dant il faut reconnaître que Khirbet Qana n'a pas de 
fontaine, qu'on n'y voit pas trace d'anciens édifices reli- 
gieux , et qu'étant donné le voisinage de Jotapata , il y a 
eu toujours plus d'utilité pour une armée à occuper 
Kefr - Kenna , au sud de la plaine , à cheval sur Séphoris 
et Tibériade, les deux capitales de la Galilée, que Khirbet 
Qana au nord. La science stratégique a ses données inva- 
riables. On sait que c'est à Kefr-Kenna que Kléber, et non 
loin de là, à Esch-Schedjarat, que Junot, dans les premiers 



113 



CANA DE GALILEE 



114 



jours d'avril 1799, arrêtèrent l'avant - garde de l'armée 
turque allant de Damas sur Saint-Jean-d'Acre, et prépa- 
rèrent la bataille du Mont-Thabor. La route militaire de 
Tibériade à la mer a certainement été de tout temps par 
le sud de la plaine de Zabulon , en dominant celle d'Es- 
drelon. Le seul argument sérieux en faveur de Khirbet 
Qana, et qui a provoqué depuis Robinson , Biblical 
Researches, 1856, t. n, p. 347-349, un mouvement 
d'opinion contre Kefr-Kenna, c'est que celui-là aurait 
été désigné jusque dans ces derniers temps sous le nom 
de Qana el-Djélil. Or l'universalité de cette dénomina- 
tion est tellement contestable, qu'il n'a pas été possible, 
pas plus à M. Victor Guérin, Galilée , t. I, p. 475, témoin 
scrupuleux et autorisé s'il en fut, qu'à ceux qui sont 
venus après lui, de la retrouver sur les lèvres d'un véri- 
table habitant du pays. 
Le plus sage demeure donc , pour retrouver avec pro- 




43. — Urne dite de Cana. Musée d'Angers. 

habilité l'ancienne Cana de l'Évangile, d'interroger la 
tradition ancienne et de nous y tenir d'autant plus fer- 
mement, qu'elle s'accorde avec les indications topogra- 
phiques suggérées par l'Évangile ou par Josèphe. Le plus 
ancien itinéraire où Cana se trouve mentionnée est celui 
de sainte Paule , tracé par saint Jérôme : « Cito itinere 
pereurrit Nazareth, nutriculam Domini , Cana et Caphar- 
naum, etc. » Itiner., édit. Tobler, t. i, p. 38. Il ne pré- 
cise rien, mais il semble supposer que Cana était sur la 
route directe de Nazareth à Capharnaûm. Théodose, De 
Terra Sancta, Itiner., édit. Tobler, t. i, p. 71, se con- 
tente de dire que de Diocésarée (Séphoris) à Cana de 
Galilée, ou à Nazareth, il y a une égale distance, cinq 
milles. Il peut y avoir erreur dans le chiffre, car c'est 
trois milles qu'il faut lire, mais le résultat acquis est 
l'égalité des distances ; or cette égalité est parfaite s'il 
vise Kefr-Kenna, elle n'existe plus s'il s'agit de Khirbet 
■Qana. Séphoris se trouve , en effet , au sommet d'un 
triangle équilatéral dont Nazareth et Kefr-Kenna forme- 
raient la base. Antonin le Martyr devient plus explicite. 
Itiner., édit. Tobler, t. i, p. 93. 11 se rend de Ptolémaïde 
à Séphoris en suivant sans doute la grande voie militaire, 
et de Séphoris au bout de trois milles, ce qui est la distance 
exacte, il arrive à Cana , où le Seigneur avait assisté aux 
noces. Là même où Jésus s'était assis , le pieux voyageur 
écrit les noms de ses parents. Ce lieu avait été déjà trans- 
formé en église, puisqu'il s'y trouvait un autel où Anto- 
Jliii offrit une. des deux amphores encore conservées par 



les fidèles, et où l'eau, une fois de plus, venait de se chan- 
ger en vin à l'occasion de sa visite. Après cela il courut 
se laver, en signe d'actions de grâces, dans la fontaine 
de Cana. Près de deux siècles plus tard, vers 726, saint 
Willibald, étant allé de Nazareth à Cana, y trouve une 
grande église; mais il n'y a plus qu'une des deux am- 
phores vénérées par Antonin le Martyr. La piété des 
empereurs d'Orient et des princes d'Occident avait dis- 
puté aux pauvres paysans de Palestine ces illustres re- 
liques. Il passe un jour à Cana et va de là au Thabor. 
Itiner., édit. Tobler, t. H, p. 260. Ce pèlerin a donc 
vénéré lui aussi à Kefr-Kenna, et non à Khirbet-Qana, le 
souvenir du premier miracle de Jésus. L'église qu'on y 
voyait était probablement celle que Nicéphore Callistc, 
H. E., vin, 30, t. cxlvi, col. 113, suppose avoir été bâtie 
par sainte Hélène. 
Au temps des croisades, la tradition devient peu à peu 




44. — Tète de Bacchus de l'urne dite da Cana. 
Musée d'Angers. 



indécise. Peut-être le texte erroné d'Eusèbe, où Cana 
d'Aser était confondue avec Cana de Galilée, donna -t- il 
quelques inquiétudes aux plus lettrés, et chercha-t-on au 
nord de la plaine de Zabulon un site moins éloigné de la 
tribu d'Aser. Quoi qu'il en soit, Sœvulf, vers 1103, place 
Cana à six milles au nord de Nazareth, sur une mon- 
tagne. On n'y voit plus, assure-t-il, qu'un monastère dit 
de l'Arehitriclin. L'orientation de Khirbet Qana est cer- 
tainement bien marquée au nord de Nazareth, mais la 
distance est fausse, car il y a neuf milles. Kefr-Kenna est 
à trois milles nord-est. Phocas, Descript. Terrx Sanctse, 
Patr. gr., t. cxxxm, col. 933, dit que Cana était, de son 
temps, un château fort sans importance, dans les col- 
lines qui se groupent du côté de Nazareth. Il semble 
indiquer Kefr-Kenna. Jean de Wurzbourg suit son 
exemple et trouve Cana à quatre milles de Nazareth et à 
deux de Séphoris. Descript. Terrse Sanclœ, édit. Tobler, 
p. 112. Toutefois, en copiant la relation du moine Brocard, 
Marino Sanuto, vers 132 1 , place catégoriquement Cana à 
Khirbet Qana actuel. Sécréta fidelium , à la suite des 
Gesta Dei per Francos, Hanau , 1611 , p. 253 et carte n. 
La petite ville, dit -il, s'échelonne sur une montagne 
haute et ronde, au nord , et elle domine la piaine de Sé- 
phoris du côté du sud. On y montre sous terre la salle 
du festin devenue une crypte, après tous les bouleverse- 
ments qui ont transformé le pays. De l'église, il ne dit 
rien; mais le trouble apporté dans la tradition primitive, 



115 



CANA DE GALILÉE 



116 



peut-être par quelque personne intéressée à fixer au nord 
de la plaine de Buttauf ou de Zabulon un poste militaire, 
chevaliers de Saint-Jean ou autres, ne fit que s'accroître 
rapidement. Les chartes des XII e et xm e siècles, qu'on al- 
lègue dans la discussion, établissent simplement que dès 
cette époque on distinguait Kefr-Kenna, sous le titre de 
Casai - Robert , de Khirbet Qana, mais rien de plus. 
S. Paoli, Codice diplomatico del militare ordine Gero- 
solimitano, Lucques, 1733, t. i, p. 162, 173. Cependant 
la vieille tradition paraît avoir perdu peu à peu du ter- 
rain, si bien qu'en 1625, Quaresmius, Elucid., Venise, 
1882, t. il, p. 641, tout en mettant Cana à Kefr-Kenna, 
n'ose pas condamner l'opinion qui le place' à K/rirbet 



111. Description, — Le petit village de Kefr-Kenna, 
que nous avons visité trois fois, en 1888 et en 1894 (voir 
Notre voyage aux pays bibliques, t. H, p. 218), est agréa- 
blement situé au bas d'une colline, jadis couverte de con- 
structions (fig. 42). Des débris de murs que la charrue a 
dispersés çà et là, des citernes, des caves nombreuses, 
creusées dans le tuf, indiquent l'ancienne importance de 
la petite cité. Il y eut même, sur la partie haute de la col- 
line, une grande tour rectangulaire, qui servait de châ- 
teau fort. Aujourd'hui le modeste bourg , groupe de mai- 
sonnettes rectangulaires , basses et misérablement bâties, 
n'occupe guère qu'un tiers de l'ancienne cité. Près de huit 
cents habitants, dont trois cents musulmans, autant de 




45, — Fontaine de Cana. 



Qana. Il était pourtant custode des Saints Lieux. Très 
simplement il expose les raisons qui le portent à préférer 
Kefr-Kenna. Or ces raisons subsistent encore aujour- 
d'hui et se résument à trois : sa situation sur la route 
de Nazareth à Tibériade, correspondant plus directement 
aux indications de Josèphe et de l'Évangile ; les ruines 
d'anciennes églises qu'on y exhume chaque jour, et enfin 
la belle fontaine qui a alimenté là de tout temps une im- 
portante population. A Khirbet Qana rien de semblable. 
Nous nous rangeons donc à l'avis de Quaresmius, avec 
la modération même qu'il emploie dans les termes. 
« L'opinion de ceux qui mettent Cana de l'Évangile à 
Kefr-Kenna, dit-il, p. 641, me paraît très probable, bien 
que je n'ose pas condamner l'autre. » Il pourrait se faire 
que des fouilles dans les broussailles de Khirbet Qana 
vinssent modifier la tradition, qui, malgré Robinson et 
quelques autres, demeure en faveur de Kefr-Kenna; 
jusqu'à présent il n'en a rien été. — Pour le Qaanau des 
monuments égyptiens, voir Cana 2. 



grecs, et le reste catholiques latins, peuplent ces gourbis, 
entourer, de haies de cactus et de plantations d'oliviers, de 
figuiers et surtout de grenadiers. Kefr-Kenna reçoit très' 
agréablement la brise du nord-ouest, qui lui arrive à tra- 
vers la plaine du Battauf. Trois sanctuaires chrétiens situés 
au bas de la colline, vers l'ouest, y rappellent aux pèle- 
rins des souvenirs évangéliques. Dans l'église grecque, 
que nous avons trouvée terminée à notre second voyage 
en Palestine, on montre deux urnes en grossier calcaire 
blanc qu'on dit contemporaines de Notre-Seigneur, et qui 
auraient vu l'eau changée en vin au festin des noces. Ces 
urnes ne sont pas authentiques : elles ne ressemblent au- 
cunement aux amphores découvertes dans les caves du 
pays, ni à celles dont on se sert encore aujourd'hui pour 
conserver soit l'eau , soit le vin dans les maisons des 
paysans. Plusieurs hydrières, comme on les appelait 
autrefois, furent transportées d'orient en occident, comme 
élant celles qui avait servi au miracle. Michaud et 
Poujoulat, Correspondance d'Orient, 7 in-8°, Paris, 



117 



CANA DE GALILÉE — CANAL 



US 



-1833-1835, t. v, p. 45S-459. L'une d'elles était à l'abbaye 
de Saint-Denis ; il n'en reste plus qu'un fragment conservé 
au cabinet des Médailles de Paris. Le musée d'Angers 
possède un vase de porphyre rouge (fig. 43), donné le 
19 septembre 1450 par le roi René à la cathédrale de cette 
ville comme « urne de Cana »; mais, quoique cette œuvre 
d'art soit fort ancienne et d'origine orientale, les deux têtes 
de Bacchus qu'on y remarque (fig. 44) ne permettent guère 
d'y voir une des hydrise de Cana. Voir Godard-Faultrier, 
Les urnes de Cana, dans Didron, Annales d'archéologie, 
t. xi, p. 253. Pour d'autres urnes auxquelles on attribue 
la même origine, voir de Vogué, ibid., t. xm, p. 91; 
Gilbert, ibid,, p. 95; Mislin, Les Saints Lieux, 1858, 
t. m, p. 445. Le miracle de Cana est souvent reproduit 
sur les monuments antiques de l'art chrétien. Voir Mar- 
tigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, art. Cana, 
1877, p. 112; F. X.Kraus, Real-Encyklopâdie der christ- 
lichen Alterthùmern , t. il, 1886, p. 91. 

A l'église latine de Cana, on vient de mettre à jour des 
débris intéressants, colonnes, tympans, fragments de mo- 
saïques, qui révèlent l'antiquité d'un sanctuaire chrétien 
bâti en ce lieu. Ce sanctuaire , devenu plus tard une 
mosquée , comme il arriva pour tous les sites les plus 
vénérables, abritait encore en 1652, quand Doubdan la 
visita, Voyage en Terre Sainte, c. nx, 3 e édit., in-8°, 
Paris, 1666, p. 539, une crypte qui correspondait à la 
salle des noces. La construction supérieure, un carré di- 
visé en deux nefs par un rang de colonnes , peut aujour- 
d'hui être pleinement reconstituée. Non loin de là on peut 
voir, vers le nord-ouest, le site supposé de la maison de 
Nathanaël, un petit sanctuaire élevé dans un jardin d'ail- 
leurs fort bien tenu. Mais la relique qui attire surtout 
l'attention, c'est la fontaine (fig. 45). Elle est au bas du 
village, à deux cents mètres environ vers le sud -ouest. 
On y vient puiser de l'eau de tous les côtés. Dans le grand 
bassin où elle se déverse, de grosses anguilles se pro- 
mènent pour y dévorer les sangsues dont ces eaux 
pullulent. Au-dessous et dans d'autres récipients, des 
femmes lavent bruyamment le linge de leur ménage. 
Quand on veut boire pure un peu de cette eau de Cana, 
jadis miraculeusement changée en vin , il faut aller 
vers le sud, à travers une double haie de cactus et de 
grenadiers. Là est la source profonde qui alimente la 
fontaine publique. Les femmes qui craignent de puiser 
dans le bassin rectangulaire où se lavent les passants 
vont remplir leurs amphores à cette sorte de puits. Les 
jeunes filles alertes y descendent prestement, en posant 
leurs pieds sur des pierres placées en saillie dans la petite 
construction circulaire, et elles remontent bientôt après 
par cette singulière échelle , en tenant leur cruche gra- 
cieusement dressée sur l'épaule gauche. Comprenant notre 
désir de boire, à Cana, de l'eau moins souillée que celle 
de la fontaine publique , elles inclinent avec un charme 
incomparable l'urne sur leur bras gauche, et nous offrent 
à boire, dans l'attitude même que Rébecca dut prendre 
jadis vis-à-vis d'Éliézer. L'eau est bonne, mais médiocre- 
ment fraîche. La population semble très avenante. Le 
type est aussi remarquable ici qu'à Nazareth. Sur les co- 
teaux on a récemment planté des vignes. Le vin qu'elles 
produisent est assez bon. — Quant à la pierre qu'on avait 
montrée à S. Antonin de Plaisance et sur laquelle, lui 
avait- on dit, s'était étendu Notre -Seigneur pendant le 
festin des noces, elle n'est plus à Cana ; mais c'est peut- 
être celle qui a été retrouvée en 1885, dans les ruines de 
la Panaghia, à Élatée, en Phocide. Elle est en marbre 
gris, veiné de blanc, longue de 2 m 33, large de m 64 et 
haute de m 33. On y lit l'inscription suivante, que, d'après 
les caractères paléographiques on peut reporter vers 
la fin du vi» siècle : ►£ OVTOCECT1N | OAI0OCAIIO 
| KANATHCrAJ_AIAEACOJ10T | TOTAÛPOINON | 
EnOlIlCEN KC | HMON IC XC »J( « C'est la pierre 
de Cana de Galilée, où Notre-Seigneur Jésus-Christ chan- 
gea l'eau en vin. » Elle a dû être emportée de Palestine 



à l'époque des croisades. Elle est conservée maintenant 
à Athènes. Ch. Diehl, La pierre de Cana, dans le Bul- 
letin de correspondance hellénique, t. ix, 1885, p. 28-42; 
P. Paris, Élatée, la ville et le temple d' Athéna Cranaïa r 
in -8», Paris, 1892, p. 299-312. 

Voir en faveur de l'identification de Kefr-Kenna avec 
Cana de l'Évangile : V. Guérin, Galilée, t. i, p. 168-182. 
et 474-476; de Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, 
Paris, 1853, t. il, p. 449-494; Œgidius Geissler, Die Mis- 
sion von Cana, dans Dos heilige Land de Cologne, 1881, 
p. 93-96, et Nachrichten aus .Cana in Galilâa, ibid.,. 
1883, p. 57-64. — En faveur de Khirbet Qana : Robin- 
son, Biblical Researches in Palestine, 1856, t. n, p. 346- 
349, t. ni, p. 108; Thomson, The Land and the Book r 
édit. de 1876, p. 425. E. Le Camus. 

CANAL. Il existe en hébreu plusieurs mots pour 
exprimer l'idée de canal. Ces mots s'appliquent à toutes- 
sortes de conduits artificiels pratiqués pour donner pas- 
sage à l'eau ou à un liquide quelconque, depuis le petit 
tuyau de métal jusqu'au canal proprement dit. — 1° 'Afîq, 
qui désigne ordinairement le lit naturel des rivières et 
des torrents, se prend aussi pour le petit conduit de métal 
(Vulgate : fistula), Job, xl,13 (hébreu, 18). — 2° Sanf âr 
(Septante : ïnaçutnçik; Vulgate : suffusorimn) est le petit 
tuyau qui amène l'huile. Zach., iv, 12. — 3° Sinnôr est 
le nom d'un conduit alimenté par une chute d'eau, dans 
lequel David ordonne de précipiter les Jébuséens. II Sam. 
(Reg.), v, 8 (hébreu). — ¥Mas'âb, Jud., v, 11 (hébreu); 
rehâlîm, Gen.,xxx,38, 41; Exod., il, \6;sôqét, Gen., xxiv, 
20;xxx, 38 (Septante : >ï]vdç; Vulgate: canalis), sont les 
noms des abreuvoirs, généralement en forme d'auges, 
dans lesquels on faisait boire les animaux. On les fabri- 
quait en bois ou en pierre. 11 n'y avait pas lieu d'en éta- 
blir auprès des sources qui donnaient naissance à un 
ruisseau, mais seulement auprès des puits, trop profonds 
pour que les troupeaux parvinssent à s'y abreuver. On 
tirait l'eau du puits avec des outres ou des espèces de 
seaux, comme on le fait encore aujourd'hui près de Tan- 
tourah , par exemple , et on la versait dans les rigoles le 
long desquelles se rangeaient les troupeaux. — 5° Te'âlâh , 
est la rigole qu'Élie creuse autour de son autel sur le 
Carmel, III Reg., xvni, 32, 35, 38; le chemin que suit 
la pluie, Job, xxxvni, 25; le canal d'irrigation, Ezech., 
xxxi, 4, et surtout l'aqueduc. Is., vu, 3; xxxvi, 2 (Sep- 
tante : iSpafwYo?; Vulgate : aquseductus). Les Hébreux 
avaient creusé un certain nombre de canaux remarquables, 
soit pour amener les eaux où il était besoin, soit pour 
conduire au Cédron celles qui avaient servi dans le temple, 
ainsi que le sang des innombrables victimes immolées 
près de l'autel. Sur ces travaux d'art, voir Aqueduc, t. i, 
col. 797-808. — 6° Ye'ôr est un mot d'origine égyptienne, 
iaur-âa, la « grande rivière », en copte iar-o. Le mot 
ye'ôr, qui est un des noms du Nil, s'applique aussi par 
extension aux canaux dérivés du grand fleuve. On sait, 
en effet, que, dès les âges les plus reculés, les habitants de 
l'Egypte s'appliquèrent à construire des canaux (fig. 46) 
et des digues, pour tirer le meilleur parti possible des 
inondations périodiques de leur fleuve. Maspero, Histoire 
ancienne des peuples de l'Orient, 1895, t. i, p. 6, 70. 
Pendant leur séjour dans la terre de Gessen , les Hébreux 
durent aussi creuser un certain nombre de canaux. Il 
est même assez probable que sous Séti I Er , grand -père 
de Menephtah, leur dernier persécuteur, ils furent em- 
ployés à la construction du grand canal d'eau douce, la 
tenat, qui se dirige des environs de Pithom vers le golfe 
d'Arabie. Le voisinage de ce canal dut être d'un précieux 
secours pour les fugitifs. Vigouroux, La Bible et les 
découvertes modernes, 5 e édit., t. h, p. 392-396. 11 est 
parlé de ces canaux sous le nom de ye'ôr (Septante : 
^otï|iÔ5 ; Vulgate : (lumen), Exod., vin, 1 (hébreu): 
IV Reg., xix, 24 (hébreu , et Nah., m, 8. Le même mot 
désigne encore dans Isaïe, xxxni, 21, un canal quelconque! 



119 



CANAL — CANARD 



120 



(Septante : Siûpug; Vulgate : rivus), et dans Job, xxvm, 
10, un canal creusé dans une mine pour l'écoulement 
des eaux d'infiltration (Septante: SiVr,; Vulgate : rivus). — 
7° Pélég a pris en hébreu le sens de ruisseau , Ps. i, 3 ; 




QUI 




46. — Canal égyptien. xrx e dynastie. Thèbes. 
D'après Lepsius, DenkmiUer, Abth. m, Bl. 128. 

txv, 10; cxtx, 136, mais dérive de palgu, nom par lequel 
les Assyriens désignaient leurs grands canaux (fig. 47). 
Les riverains du Tigre et de l'Euphrate donnèrent encore 
plus d'extension à leurs travaux d'hydraulique que les 
habitants de la vallée du Nil. Les textes assyro - babylo- 



niens nous montrent les souverains du pays travaillant 
déjà, deux mille ans avant notre ère, à la création et à 
l'entretien de tout un réseau de canaux. Ces travaux 
continuent jusque sous Nabuchodonosor, qui déblaye le 
canal oriental de Babylone. Les canaux babyloniens 
avaient une double destination. Ils servaient de moyens 
de transport et répandaient la fécondité dans le pays 
quand, au moment propice, on inondait les plaines avec 
leurs eaux. Hérodote, I, 189-193, dit que « toute la Baby- 
lonie est sillonnée de canaux », et que le nahar Malcha 
était praticable aux vaisseaux, vr,uOT7tÉpifiTo;. Xénophon, 
Anabase, I, iv, 12, 13, 18; vu, 14-16; II, h, 16; in, 
10-13; iv, 13; Arrien, Anabas., VII, xxi, 1-4; Strabon, 
XVII, I, 9, 10, 11, font aussi mention de ces canaux. 
Voir la carte de Babylonie, t. I, col. 1361. Cf. A. Delattre, 
Les travaux hydrauliques en Babylonie, dans la Re- 
vue des questions scientifiques, octobre 1888, p. 451-507. 
Abraham a vu quelques - uns de ces canaux babyloniens. 




47. — Canal assyrien. Koyoundjik. 
D'après Layard, Nineveh and Babylone, p. 231. 

Pendant la captivité, ses descendants ont habité le long 
de ces différents cours d'eau, et pleuré sur leurs rives, 
au souvenir de Sion. Ps cxxxvii (Vulgate, cxxxvi), 1. 
(Le mot nahârût « fleuves, ruisseaux » ne désigne pas 
seulement l'Euphrate, mais aussi ses canaux.) Plusieurs 
Juifs ont pu même être employés à leur entretien ou à 
leur réfection. H. Lesètre. 

CANARD. Oiseau aquatique , de l'ordre des palmi- 
pèdes, vivant soit à l'état sauvage, soit à l'état domes- 
tique (fig. 48). Le canard sauvage passe l'été dans les ré- 
gions polaires et l'hiver dans les pays tempérés. Pendant 
cette dernière saison, on le trouve dans toute la Palestine. 
Une espèce particulière, Varias, angustirostris , habite 
toute l'année dans les marais du lac Houle, au milieu 
des épaisses touffes de papyrus. Quelques autres espèces 
se rencontrent seulement en hiver sur les bords du 
Jourdain, des affluents de la mer Morte, etc. H. B. Tris- 
tram, Fauna and Flora of Palestine (The Survey of 
Western Palestine), Londres, 1884, n°= 252-257, p. 115-116. 
Le canard domestique s'acclimate à peu près dans tous 
les pays. Les Égyptiens le connaissaient bien. Ils l'ont 
représenté assez souvent sur leurs monuments (fig. 49). 
Le canard occupait sa place parmi les volailles destinées 
à l'alimentation, à cause de la saveur de sa chair. Une 
ancienne facture égyptienne, trouvée sur un fragment 
de vase en terre cuite , nous apprend que , dans la vallée 
du Nil, une paire de canards se vendait le quart d'un 



121 



CANARD — GANATH 



122 



oulnou en cuivre, soit vingt-trois grammes de cuivre, 
ou vingt-trois centimes de notre monnaie de bronze. On 
éventail coûtait le même prix, et une chèvre deux out- 
nou, c'est-à-dire autant que huit canards. Maspero, Lec- 
tures historiques, Paris, 1890, p. 22. Bien que les canards 
ne soient pas nommés dans la Bible, les Hébreux ont 
certainement du les connaître, et il est fort présumable 




48. — Canard. 

que ces animaux faisaient partie des volailles mention- 
nées sous le nom de barburim, « oiseaux gras, » qu'on 
servait à la table de Salomon. III Reg., IV, 23 (hébr., 
I Reg., v, 3). Les (titiotôc, altilia, « animaux engraissés, » 




49. — Canards égyptiens. Saqqara. V e dynastie. 
D'après Lepsius, Denkmciïer , Abth. il, Bl. 60 70. 

dont parle saint Matthieu, xxn, 4, comprenaient proba- 
blement aussi des oiseaux , et spécialement des canards. 

H. Lesêtre. 
CANATH (hébreu : Qenàf ; Septante: v] KaâO; Codex 
Alexandrinus : ïj KaavotO, Num., xxxn, 42; *, KaviG, 




50. — Monnaie de Canath. 

ANTÛNOC. Buste lauré d'Antonin, à droite. — 

«,. KANA€)(H)NQN. Buste de Pallaa, à droite. 

I Par., il, 23; Vulgate : Clianath,Num., xxxn, 42; Ca- 
nath, I Par., n, 23), ville située à l'est du Jourdain, 
dans les régions d'Argob et de Basan (fig. 50). 
I. Identification. — On l'identifie généralement avec 



Qanaouât, dont les ruines importantes s'étendent au pied 
occidental du Djebel Hauran, un peu au-dessous de la 
pointe sud-est du Ledjah. Les raisons de cette assimila- 
tion sont les suivantes. D'abord l'analogie est parfaite 
entre les deux noms, rup, Qenât, et CLi\y£, Qanaouât. 

J. G. Wetzstein, Reisebericht ïiber Hauran und die Tra- 
chonen, in-8°, Berlin, 1860, p. 77, note 1, la fait très bien 
ressortir d'après la tradition des Bédouins actuels : n;p , 

qenât , « possession, » est une forme contracte de m:p» 

qenâvàh, ou m:p, qenâvét ; les habitants de la contrée 

n'appellent la ville que Qanaoua, jamais Qanaouât; ils. 



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51. — Plan de Qanaouât. D'après G. Rey, Yoyage an Haouran. 

ne reconnaissent donc pas dans ce mot une forme plu- 
rielle, qui, en arabe, signifiant « canaux », n'aurait aucun 
rapport avec le terme biblique : leur prononciation rap- 
pelle plutôt, comme en hébreu, l'idée de possession 

(arabe : iij^s, qonouah). — En second lieu, plusieurs 

auteurs anciens déterminent suffisamment sa position. 
Voici le témoignage d'Eusèbe et de saint Jérôme, Ono- 
mastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 109, 269: « Canath, 
bourg d'Arabie, maintenant appelé Canatha, Kava9à, 
pris par Naboth, qui lui donna son nom; il appartenait 
à la tribu de Manassé, et il existe encore aujourd'hui dans 
la Trachonitide, près de Bostra. » Ce témoignage est pré- 
cieux en ce qu'il fixe exactement la situation de Cana- 
tha, puis en ce qu'il prouve l'identité de Canatha et de 
la Canath biblique. De même Etienne de Byzance dit : 
« Canatha, ville près de Bostra d'Arabie. » Cf. Reland, 
Palxstina, Utrecht, 1714, t. n, p. 682. Josèphe la men- 
tionne sous les noms de KotvàOoc, Bell, jud., I, xix, 2, et 
de Kavdc, Ant. jud., XV, v, 1, à propos d'une défaite 
infligée aux troupes d'Hérode par les Arabes sous les 
ordres d'Alhénion; mais il la place dans la Cœlésyrie, 



123 



CANATH 



124 



Kiva6a tîj; Ko!),ï)ç Svpfaç. Cette assertion ne saurait nuire 
à la thèse, car « les auteurs appliquent ce nom, non seu- 
lement à la Cœlésyrie proprement dite, entre le Liban et 
l'Anli- Liban, mais aussi au pays damasquin et à toute la 
Pérée jusqu'à Philadelphie, ville dont les monnaies portent 
la légende *aaoe>.<p£wv Ko;X»)ç Supîot; ». W. H. Wad- 
dington, Inscriptions grecques et latines de la Syrie, 
Paris, 1870, p. 535. — Ensuite il semble résulter de Deut., 
m, 13, 14, et de I Par., H, 21-23, que Canath appartenait 
au pays d'Argob, qui comprenait le Ledjah actuel et une 
partie de la grande plaine du Hauran (voir Arcob, t. i, 
col. 950). Qanaouàt rentre bien dans ce territoire. — Enfin 



de la tribu de Manassé oriental. Cf. J. L. Porter, Five 
years in Damascus, Londres, 1855, t. n, p. 111-112. 

Cette identification a été acceptée par la plupart des 
auteurs. Elle parait cependant douteuse à M. Waddington, 
Inscriptions grecques, p. 534. « L'identité des noms, dit-il, 
n'est pas une preuve décisive dans un pays où le même 
nom est souvent porté par plusieurs localités assez éloi- 
gnées l'une de l'autre. » Il est vrai qu'il y a eu dans 
l'antiquité plusieurs villes de Kanatha, Kanata , Kana 
(cf. R. von Riess, Bibel- Atlas, 2 e édit., Fribourg-en- 
Erisgau, 1887, p. 17), et que la Palestine actuelle offre 
encore souvent des noms qui se ressemblent ; mais , 



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52. — Es-Seraï, à Qanaouàt. D'après G. Rey. 



la Table de Peutinger nous fournit un dernier argument. 
Traçant la voie qui menait de Damas à Bostra, elle donne 
les noms suivants avec les distances : Damaspo; Aenos, 
xxvii ; Clianata , xxxvii. Damaspo est une faute pour 
Damasco, ou une abréviation de Damas polis. Aenos ou 
plutôt Pltaenos, <î>aivo;, Phœna, est l'ancienne capitale 
de la Trachonilide, que les monuments ont permis d'iden- 
tifier avec El-Mousmiyéh, à la pointe nord du Ledjah. 
Or la voie romaine qui conduisait de Damas à Bostra, 
passant par les deux points intermédiaires mentionnés 
ici, est encore visible en plus d'un endroit; elle parait 
avoir longé le pied de la montagne où est bâtie Qanaouàt; 
mais elle devait rejoindre la ville ancienne par un em- 
branchement. De plus, la distance respective entre les 
-différentes localités est parfaitement exacte : Aenos- 
Mousmiyéh à xxvn milles romains (environ 40 kilo- 
mètres) de Damas, et C/icmata-Qauaouât à xxxvn railles 
/près de 55 kilomètres) d* Aenos ou Phssna. Voir la carte 



quand l'onomastique est appuyée par d'autres arguments 
de valeur, comme ici , elle garde tout son poids. — La 
seconde difficulté qu'oppose le savant écrivain est tirée 
de certains passages de l'Écriture. Canath fut appelée 
Nobé par son conquérant. Num., xxxii, 42. Or, dans le 
récit de la campagne de Gédéon contre les Madianites , 
nous voyons celui-ci, marchant à la poursuite des enne- 
mis, traverser le Jourdain, passer par Soccoth et Pha- 
nuel, puis « monter par le chemin de ceux qui habitent 
dans les tentes, à l'orient de Nobé et de Jegbaa », sur- 
prendre les fuyards à Karkor (suivant le texte hébreu), 
enfin, après les avoir taillés en pièces, revenir par Soccoth 
et Phanuel. Jud., vm, 4-17. Les localités mentionnées 
ici par la Vulgate appartenaient à la tribu de Gad, Jos., 
xiii, 27; Num., xxxn, 35; Soccoth était dans la vallée 
du Jourdain. « Il est donc évident, conclut M. Wad- 
dington, que Nobah (Nobé) était sur le versant oriental 
des montagnes de Galaad, dans la direction de Gérasa 



425 



CANATH 



126 



ou de Bostra, et près de la limite des territoires de Gad 
et de Manassé ; et si, comme il y a tout lieu de le croire , 
la Nobah du livre des Juges est identique avec la Kénath- 
Nobah du livre des Nombres, rien ne nous autorise à 
placer Kénath dans le Djebel Haourân; si, au contraire, 
les deux localités sont distinctes, le champ est ouvert aux 
conjectures, et on peut identifier Kénath soit avec Kana- 
tha, soit avec Kanata, ville de l'Auranite, située non loin 
de Bostra, soit encore avec Kané, village de la tribu de 
Manassé, cité dans VOnomaslicon d'Eusèbe. » Nous ferons 
remarquer d'abord que le texte sacré ne nous donne pas 
Nobé et Jegbaa comme le terme de la marche de Gédéon 
ou le lieu du combat; il nous dit simplement que celui-ci 



de gradins et un orchestre de dix-neuf mètres de diamètre. 
D'après une inscription grecque, copiée par M. Wad- 
dington, Inscriptions grecques de Syrie, p. 537, n° 2341, 
cet édifice fut élevé par un magistrat nommé Mipy.o; 
OffXroos Auaiot;. A cent pas plus haut se trouve un nym- 
pheum, dans lequel est une belle source qui alimentait, 
par des rigoles encore en place, le jet d'eau qui devait 
exister au centre de l'odéum. Un peu plus à l'est encore 
on voit deux tours, l'une carrée, de construction arabe; 
l'autre ronde , malheureusement tronquée. En regagnant 
la rive gauche, et suivant un ancien aqueduc, on arrive 
à un moulin près duquel on observe un grand pan de 
mur, construit en énormes blocs de basalte joints sans 




53. ~ Temple prostyle à Qanaouât. D'après G. Rey. 



prit la voie des nomades, voie qui se trouvait à l'orient 
<le ces villes , et , étant peu connue des Hébreux , rendait 
plus audacieux le projet du chef Israélite et explique la 
surprise des ennemis. Pour la décrire, l'auteur des Juges 
prend deux points opposés, l'un au nord, l'autre au sud. 
Nous ne croyons donc pas non plus que Gédéon soit allé 
jusqu'au pied du Djebel Hauran. Du reste, rien ne nous 
montre l'identité de cette Nobé avec celle des Nombres; 
il pouvait bien y avoir une ville de ce nom plus bas dans 
les montagnes de Galaad. 

II. Description. — Qanaouât, surtout prospère au temps 
des Antonins, d'après les inscriptions qui y ont été recueil- 
lies, est aujourd'hui presque déserte. Il en reste de belles 
ruines qui s'étendent principalement sur la rive gauche 
de l'ouadi de même nom et occupent un espace de 
1G00 mètres de longueur environ sur 800 de largeur. 
Voir le plan, fig. 51. Une ancienne route pavée, à laquelle 
aboutissaient des rues latérales également pavées, traver- 
sait la ville de l'ouest à l'est et aboutissait au pont. En 
remontant l'ouadi vers l'est, on rencontre un petit théâtre, 
taillé dans les rochers de la rive droite , avec neuf rangs 



ciment et avec de petites pierres dans les intervalles, à 
peu près comme dans les constructions cyclopéennes 
Au-dessus de cet endroit s'élève un ensemble de ruines 
connu sous le nom d'Es-Séraî (fig. 52). C'est d'abord, 
au sud ouest, un édifice qui fut primitivement un temple 
et fut ensuite entièrement remanié à l'époque chrétienne. 
De l'ancienne construction il ne reste que le mur du nord, 
une abside à l'est et le portique, qui était soutenu par quatre 
colonnes comprises entre deux antes très proéminentes 
et percé de deux larges arcades. L'abside de l'est, à trois 
niches, était flanquée de salles obscures, d'une destination 
difficile à déterminer. Au nord de ce premier édifice 
s'élève une grande et remarquable basilique, que M. de 
Vogué fait remonter au IV e siècle. Elle était construite, 
suivant la tradition romaine, avec un portique extérieur 
de huit colonnes corinthiennes, élevées sur des piédes- 
taux, un atrium entouré de dix-huit colonnes, rangées en 
carré , à trois mètres environ des murs : l'église propre- 
ment dite était longue de vingt -quatre mètres, entourée 
intérieurement, comme l'atrium, de dix-huit colonnes, 
portant des arcades en plein cintre; un chœur flanqué 



127 



CANATH 



128 



de deux sacristies et une abside semi- circulaire complé- 
taient la construction. 

A l'est d'Es- Serai, on voit les ruines d'un temple 
prostyle (fig. 53), mesurant trente mètres de long sur 
quatorze de large, avec un portique formé de quatre 
grandes colonnes dont deux seulement sont restées de- 
bout, ainsi que les deux plus petites, placées entre les 
antes, de chaque côté de la porte. Ce monument, par la 
pureté du style et l'élégance des proportions, est un des 
morceaux d'architecture les plus remarquables du Hau- 
ran; il appartient aux bonnes époques de l'art, comme 
l'ont prouvé d'ailleurs les inscriptions qu'y a recueillies 
M. G. Rey, Voyage dans le Haouran, in-8°, Paris, 1860, 



Five years in Damascus, t. n, p. 90-1 15; The Giant cilié» 
of Bashan, Londres, 1871, p. 39-46; G. Rey, Voyage dans 
le Haouran, p. 128-151. 

III. Histoire. — Canath était une ancienne cité amor- 
rhéenne, appartenant au royaume d'Og, roi de Basan, 
sans doute une des nombreuses villes fortes de ce pays. 
Deut., m, 5. Sa position avantageuse en faisait avec Sel- 
chaou Salécha ( aujourd'hui Salkhad) un des forts avancés 
du côté de l'est. Deut., ni, 10. Les « bourgs » qui en 
dépendaient attestent aussi son importance. Num , xxxn, 
42. Aussi dut-elle être enviée par les Israélites au moment 
de la conquête. Assignée par Moïse à la demi -tribu de 
Manassé oriental, Num., xxxn, 33, elle fut conquise par 




54. — Temple périptère à Qanaouât. D'après G. Rey. 



p. 139-140. A droite de ce temple est un énorme mon- 
ceau de débris, au milieu desquels gisent des restes de 
statues. Enfin, à droite de la route, que le même savant 
vovageur appelle la Voie des tombeaux, on visite un 
beau temple périptère ( fig. 54 ) , dans une situation 
ravissante, sur une pente couverte de massifs d'arbris- 
seaux qui croissent au milieu des fûts et des chapiteaux 
renversés. Il mesure dix-neuf mètres de long et quatorze 
de large, et repose sur un soubassement de trois mètres 
environ de hauteur, auquel on arrive par un escalier, du 
côté du nord. L'entrée est précédée d'une double rangée 
de six colonnes; sur les douze, cinq ont disparu. Dix- 
sept colonnes, d'ordre corinthien et mesurant sept mètres 
cinquante de haut , entouraient la cella , sans compter 
celles du portique; trois seulement sont restées debout. 
Ce beau monument est attribué à la même époque que 
le temple prostyle , dont il a le même caractère architec- 
tural. Chauvet et Isarnbert, Syrie, Palestine, Paris, 1887, 
p. 542-544. Cf. J. L. Buiekhardt, Travels in Syria and 
tlie Holy Land, Londres, 1822, p. 83-86; J. L. Porter, 



Nobé, probablement de la famille de Machir, fils de Ma- 
nassé, Num., xxxn, 39-40, pendant qu'un autre descen- 
dant du même patriarche s'emparait, dans la même con- 
trée, des villes qu'il appela de son nom « Havoth Jaïr. » 
Num., xxxn, 41. Nobé imposa lui aussi son nom à la cité 
vaincue; mais cette dénominalion dut tomber de bonne 
heure en désuétude. Il n'est pas sur, en effet, comme 
nous l'avons dit, que la Nobé de Jud., vm, 11, soit la 
même que celle de Num., xxxn, 42, et, à une époque 
inconnue, nous voyons Canath, avec son ancienne appel- 
lation, tomber, en même temps que les villes de Jaïr, au 
pouvoir des Gessurites et des Araméens, voisins de ce 
pays. I Par., n, 23. Telle est toute l'histoire biblique de 
cette ville , dont les monuments n'indiquent la prospérité 
que sous la domination romaine. 

Une inscription araméenne a été copiée dans les ruines 
d'une église, à Qanaouât, par Burckhardt, Travels, p. 84, 
et par Seetzen, Reisen durch Syrien, Patâslina, etc., 
4in-8°, édit. Kruse, Berlin, 1834, t. î, p. 80. MM. de Vogué 
et Waddington n'ont pu la retrouver. Les deux copies 



129 



CANATH — GANDAGE 



130 



incorrectes rendent la lecture douteuse. Cf. M. de Vogué, 
Syrie centrale, Inscriptions sémitiques, Paris, 1869, 
p. 97 ; Corpus inscriptionum semiticarum, pars H , t. i , 
p. 193-200, Paris, 1893. Les inscriptions grecques sont 
assez nombreuses et bien expliquées par M. Waddington, 
Inscriptions grecques, etc., p. 533-540. Nous y voyons 
que l'ethnique de Canatha est Kocva6r)véî (n 08 2216, 
2331 a) ou KsvaO'ivôî (n 2343). On ne signale que deux 
ou trois monnaies de cette ville. Cf. F. de Saulcy, Numis- 
matique de la Terre Sainte, in-4°, Paris, 1874, p. 400. 
Elle figure dans les Notices ecclésiastiques et fut le siège 
d'un évêché. Pour le plan et les détails des ruines , voir 
G. Rey, Voyage dans le Haouran, atlas in-f°, pi. v-vm. 

A. Legexdre. 
CANCER (grec : Y*YïP°" va > <( gangrène »). D'après 
le grec, II Tim., il, 17, saint Paul compare les fausses 
doctrines des hérétiques à la gangrène, dont le virus 
infecte le corps et corrompt peu à peu les parties saines 
avoisinantes, et, si l'on n'y apporte un remède énergique, 
amène la mort. Ainsi l'erreur , pénétrant dans une Église, 
en envahit peu à peu les membres et la ravage jus- 
qu'à ce qu'elle l'ait corrompue en entier, à moins que 
par le glaive de l'excommunication on ne sépare promp- 
tement les membres gangrenés : c'est ce que fit saint 
Paul à l'égard d'Hyménée et d'Alexandre. — La Vulgate 
traduit yâyYpœcva par cancer, qui diffère sans doute de 
la gangrène, mais, comme elle, gagne de proche en 
proche et dévore les chairs jusqu'à ce que le corps en- 
tier périsse : ce qui ne change pas le sens de la compa- 
raison. Plutarque, De discrimine adulatoris et amici, 
xxiv, 40, édit. Didot, Scripta moralia, t. i, p. 78, dans 
une comparaison analogue, unit les deux mots; il com- 
pare la calomnie à la gangrène et au cancer. 

E. Levesque. 
CANDACE (grec: Kïvoaxri), reine d'Ethiopie (fig. 55). 
Le livre des Actes, vin, 26-40, rapporte que le diacre 
Philippe convertit à la foi un Éthiopien, eunuque de cette 
reine, et surintendant de tous ses trésors, qui était venu 
à Jérusalem pour y adorer Dieu, et s'en retournait par 
Gaza dans son pays. — Quelle est cette Candace, reine 
d'Ethiopie? Le nom d'Ethiopie, à l'époque du livre des 
Actes, désignait constamment chez les Juifs les régions 
situées au sud de l'Egypte (voir Chus, Ethiopie); pour 
personne il ne saurait être douteux qu'il ne faille cher- 
cher de ce côté le royaume de Candace. Les chrétiens 
d'Abyssinie, qui revendiquent pour eux tout ce que la 
Bible rapporte des Couschites (ou Éthiopiens, comme tra- 
duisirent les Septante), n'ont pas manqué de faire de Can- 
dace une de leurs reines, et de l'eunuque le premier 
apôtre de leur pays. C'est ce que nous lisons, par exemple, 
dans le Masehafa Mesefîr ou Livre du Mystère (Bibl. 
Nat., fonds éthiopien, n. 113, fol. 59-60). Le P. de Al- 
meida, missionnaire jésuite portugais du XVII e siècle, dans 
son Ilistoria de Ethiopia, 1. ir, c. vin et x (en manuscrit 
au British Muséum, fonds portugais, n. 9861), ainsi que 
le P. Tellez (Historia gênerai de Ethiopia, 1. 1 , c. xxvm , 
1660), ont défendu ces traditions locales de l'Abyssinie. 
Malheureusement, cette opinion ne repose sur aucun fon- 
dement historique ; tous les éthiopisants en conviennent 
depuis Ludolf jusqu'à nos jours (Ludolf, Historia Aithio- 
pise, 1. n, c. iv, 1880; Dillmann, Zur Geschichte des axu- 
milischen Reichs , 1880, p. 4). C'est au pays de Méroë, 
situé au confluent du Nil et de l'Astaboras (aujourd'hui 
Tacassi), et dont les anciens géographes, et Ludolf lui- 
même (ibid.), faisaient à tort une île, qu'il faut placer 
le royaume de Candace. En voici la preuve. On a trouvé 
dans les inscriptions hiéroglyphiques de l'île de Méroé le 



nom dune reine 



Ca,,dace ' C~JI"HI%J ' Kan - 



raconte qu'au temps de César Auguste, pendant que Gal- 
lius jElius guerroyait en Arabie avec des troupes retirées 
d'Egypte, les Éthiopiens se révoltèrent, attaquèrent les 
garnisons romaines et renversèrent les statues de César. 
Pétronius rassembla aussitôt ses troupes , attaqua les re- 
belles, les repoussa jusqu'à Pselchis , ville d'Ethiopie, et 
finalement les mit en pleine déroute. Or, nous dit Strabon, 
XVII, i, 54, et c'est là le passage important à noter ici : 
« Parmi ces rebelles se trouvaient les généraux de la reine 




taki. Lepsius, Denkmàler, Abth. v, Bl. 47, a et h; 
II. Brugsch, Entzifferung der meroilischen Schriftdenk- 
•ûiàler, in-4», Leipzig, 1887, Abth. i, p. 7. Strabon nous 

DICT. DE LA BIBLE. 



55. — Candace ou reine de Méroé frappant un groupe 

d'ennemis vaincus. 

D'après Lepsius, Denkmàler, Temple de Naga, 

Ethiopie, Abth. v, Bl. 56. 

Candace, qui, de notre temps, a commandé aux Éthio- 
piens, femme vraiment courageuse, qui avait perdu un 
œil. » Toûtwv SVjffïv %aX oi tïj{ Ba<jeXÎ<J<JT]; mparqy ot tt|; 
KorvSxxy];, ^ xa9'r l u,à; ^pU TÛv AiOiôituv, àvSptxrj tiç ywri 
7i£7;ï]pw|jiv7) ^ô 7 ÊTspov tùv ôç8a).|i(ôv. Suivent quelques 
hauts faits de cette reine Candace, que Pétronius finit par 
atteindre dans sa ville royale, fixée à Napata, au-dessous 
de Méroé, l'île prétendue des anciens. — Pline, à son tour, 
dans son chapitre sur l'Ethiopie, nous dit que dans l'île 
de Méroé, dont il donne la description, règne une femme 
appelée Candace , nom commun depuis longtemps aux 
reines de ce pays : « Regnare fœminam Candacem, quod 
nomen multis jam annis ad reginas transiit. » Pline, H. N., 
vi, 35. Dion Cassius, Histor. rom., liv, â, rapporte les 
mêmes faits que Strabon, et nous dit que sous les consuls 
M. Marcelluset L. Aruntius, 732 de Rome, 22 avant notre 
ère, Candace commandait les Élhiopiens rebelles. Enfin, 
Eusèbe de Césarée nous atteste que selon la coutume de 
l'Ethiopie, où avait régné Candace, les femmes, encore 
de son temps, exerçaient le pouvoir. H. E., II, i, t. xx, 
col. 137. 11 résulte de tous ces témoignages que l'ancien 
royaume de Méroé était gouverné, au 1 er siècle de l'ère 
chrétienne, par des reines qui portaient le nom de Can- 
dace. On est donc de ce fait autorisé à placer dans ce 

II. - 5 



131 



CANDACE 



CANNE 



132 



pays la reine Candace dont parle le livre des Actes ; mais 
l'on ne peut pas affirmer avec le P. Patrizi, Comm. Act. 
Apost., 1867, p. 68, que la Candace de saint Luc fût la 
même que, vingt-deux ans avant J.-C, Pétronius attei- 
gnait dans sa ville capitale de Napata. 

Quant au surintendant de la célèbre reine, on s'est 
demandé d'abord s'il était dit eunuque dans le sens 
propre du mot, ou si ce n'était pas là un simple titre 
pour désigner un officier intime du palais, selon le terme 
reçu chez les souverains de l'Asie et de l'Egypte. Cette 
seconde opinion parait plus probable, si surtout l'on ad- 
met que le surintendant de Candace était, non pas un 
prosélyte sorti de la gentilité, comme le voulait Eusèbe, 
loc. cit., mais un Juif de race. 

Le même Eusèbe et saint Jérôme après lui , Comm. in 
Is., 1. xiv, c. lui, v. 7, t. xxiv, col. 509, affirment que 
l'eunuque converti au christianisme devint dans la suite 
l'apôtre de l'Ethiopie. En cela, ils ne font que répéter ce 
qu'avait déjà dit saint lrénée, Cont. Hssr., m, 12, et iv, 23, 
t. vu , col. 902 , 1049. Une autre tradition , rapportée par 
Sophronius (Inter opéra S. Hieronymi, Patr. lat., t. xxiii, 
col. 721), mais dont il serait bien difficile de vérifier 
l'exactitude, veut que l'eunuque de Candace ait prêché 
l'Évangile dans l'Arabie Heureuse et jusque dans l'Ile de 
Ceylan , la Taprobana insula des anciens , où il serait 
moi't pour la foi. L. Méchineau. 

CANDÉLABRE. Voir Chandelier. 

CANDIDUS, de son vrai nom Alexandre Blanckaert, 
carme, né à Gand, mort le 31 décembre 1555. 11 a laissé 
une version flamande de la Bible avec figures, remar^ 
quable par sa correction : Die Bibel, wederom met 
ijrooter neersticheyt oversien ende ghecorrigeert meer 
dan in zes hondert plaetsen ende collationeert met den 
onden latynschen onghefalsten Bibelen, in-8°, Cologne, 
1547. — \'oir Biographie nationale, t. n, Bruxelles, 1868, 
col. 450. A. Régnier. 

CANIF (hébreu : ta'ar hassôfér, « couteau, canif du 
scribe; » Septante : Sjupb? toO ~(pT.\j.\j.a.-cé<aç ; Vulgate : 
scalpellus scribse), petit couteau servant à tailler et à 
fendre les calâmes" ou roseaux à écrire. Il se compose 
essentiellement d'une lame aiguisée d'un côté et d'un 
manche en métal, en bois ou en os aux formes variées. Il 
faisait partie de la trousse du scribe ou du copiste. Chez 
les Hébreux on le nommait ta'ar, c'est-à-dire « lame nue 
ou servant à dénuder ». Pour ne pas le confondre avec 
le rasoir, on ajoute hassôfér, « de scribe. » C'est avec un 
canif que le roi Joachim coupa et mit en pièces le rou- 
leau des prophéties de Jérémie dont la lecture l'irrita. 
Jer., xxxvi, 23. — Les scribes d'Egypte avaient certai- 
nement quelque instrument tranchant ou canif pour 
tailler les joncs ou les roseaux qui leur servaient de pin- 
ceau ou de calame, bien qu'on n'en ait pas encore re- 
trouvé dans les tombeaux. 11 en est de même des Grecs 
et des Romains. Chez les Grecs, il se nommait -fK^ic, 
r.a>.à|ioùv, Y'>'J? avov > ou xaXajioYX'Jfo; , ou encore ajnXr] 
covaxoyX'Jço:, Anthologies Palatinx Epigramm., vi, 295; 
chez les Romains, scalprum , scalprum librarium. Sué- 
tone, Vitellius, 2; Tacite, Annal., v, 8. On a trouvé des 
spécimens où la lame se repliant vient s'engager dans une 
rainure pratiquée dans le manche. A. Rich, Dictionnaire 
des antiquités grecques et romaines, 1873, p. 559. Le 
canif est souvent représenté dans les anciens manuscrits 
(fig. 55). Cf. B. de Montfaucon, Palseographia grseca, 
in-f», Paris, 1708, p. 22, 24. E. Levesque. 

CANINI Ange, grammairien italien, né en 1521 à 
Anghiari , en Toscane , mort à Paris en 1557. Philologue 
distingué, il enseigna en diverses villes d'Italie, alla en 
Espagne et fut appelé en France par François 1", qui lui 
donna une chaire de professeur. Il fut ensuite attaché à 



la personne de Guillaume Duprat, évêque de Clermont. 
Il nous reste de cet auteur : Institutiones Unguarum 
syriaese, assyriaese et thalmudicse , una cum œthiopiese 
et arabiese collatione, quibus addila est ad calcem Novi 
Testamenti multorum locorum historica enarratio, 
in-4°, Paris, 1554; Disquisitiones in loca aliquot Novi 
Testamenti obscuriora, dans les Critici sacri, t. vin, 
p. 211; De locis S. Scripturse hebraicis commentaria, 
in-8», Anvers, 1600. — Voir Tiraboschi, Storia délia 
letteratura italiana, t. vu (1824), p. 1504. 

B. Heurtebize. 
CANISIUS Pierre, Canis, de son vrai nom, jésuite 
hollandais, né à Nimèguele 8 mai 1521, mort à Fribourg 
(Suisse), le 21 décembre 1597. 11 fut admis dans la Com- 
pagnie de Jésus le 8 mai 1543, et en fut une des pre- 
mières gloires. L'Allemagne et la Suisse furent le théâtre 
de son zèle apostolique, et il contribua puissamment, par 
ses prédications et ses écrits, à entraver les progrès de 
la Réforme. Son Catéchisme a rendu sa mémoire impé- 
rissable. Il fut béatifié par Pie IX, le 20 novembre 1864. 
Parmi ses ouvrages, il faut citer: 1° Epistolse et Evan- 
gelia quae dominicis et festis diebus de more catholico 
in templis recitantur, in-16, Dillingen, 1570, plusieurs * 
fois réimprimé; 2° Commentaria de Verbi Dei corrup- 
telis, Dillingen, 1571, 1572; Ingolstadt, 1577, 1583; Paris, 
1584; Lyon, 1584; réimprimé en partie dans la Summa 
aurea de laudibus B. M. Virginis de Migne, 1862. Cet 
ouvrage est divisé en deux volumes; le premier contient: 
De sanctissimi preecursoris Donnni Joannis Baptiste- 
historia evangelica ; le second : De Maria Virgine hi- 
comparabili et Dei Génitrice sacrosancta. L'auteur réfute- 
les hérétiques, en particulier les centuriateurs de Magde- 
bourg. — Son ouvrage Notse in Evangelicas lectiones,, 
Fribourg, 1591, in -4°, rentre plutôt dans l'ascétisme. 

C. SOMMERVOGEL. 

1. CANNE qui sert à marcher. Voir Bâton. 

2. CANNE, mesure de longueur, la plus grande dont 
il soit question dans l'Écriture. Ézéehiel la mentionne 
dans ses prophéties, xl, 3-8; xli, 8; xlii, 10-19, pour 
mesurer les bâtiments du nouveau temple de Jérusalem. 
Il l'appelle qânéh, mot qui signifie « roseau », comme le 
latin canna, d'où vient notre mot canne. C'était un roseau 
d'une longueur déterminée, dont on se servait pour me- 
surer les longueurs. Aussi son nom complet est-il « roseau 
à mesurer», qenêh ham-middâh. Ezech., XL, 3,5; xlii, 
16-19. La Vulgate l'appelle calamus [mensurœ], elles 
Septante xàXajio; [uitpov]. Dans l'Apocalypse, xi, 1, 
saint Jean reçoit « un roseau semblable ,à une verge » , 
xàXa(ioç Sjioioi; pâëSiii, pour mesurer le temple de Dieu. 
Plus tard, Apoc, XXI, 15-16, l'ange qui mesure la cité 
sainte se sert aussi de la « canne » , mais elle est en 
or, xôXa[jiov -^pvao-j'i (Vulgate : mensuram arundineam 
auream). 

La détermination de la longueur de la canne d'Ëzéchiel; 
n'est pas absolument certaine. Le prophète nous dit lui- 
même, xl, 5, que le roseau à mesurer, dont se servait 
l'homme qui lui apparut en vision, avait « six coudées et 
un palme, tôfâl}, [de plus], par coudée », c'est-à-dire 
six coudées et six palmes. Cf. Ezech., xliii, 13. Il semble 
résulter de là que la coudée sacrée avait un palme de 
plus que la coudée ordinaire. La longueur de la coudée 
ordinaire n'est pas déterminée avec certitude. Voir Cou- 
dée. En l'évaluant à m 525, et le tôfali ou petit palme à 
m 0875, la canne équivaut à 3 m 675 environ. 

F. Vigouroux. 

3. CANNE AROMATIQUE. Voir JONC ODORANT. 

4. CANNE ou CANN John , théologien anglais non 
conformiste, né en Angleterre, on ignore à quelle date, 
mort à Amsterdam en 1667. Il est surtout connu par une 
édition anglaise de la Bible, accompagnée de notes qui 
ont joui longtemps d'une grande réputation : The Bible» 



133 



CANNE — CANON DES ÉCRITURES 



134 



wilh marginal notes, showing Scripture to be Ihe best 
Interpréter of Scripture, in -8", Amsterdam, 166i; 
Edimbourg, 17'27. — Voir AV. E. A. Axon, dans L. Ste- 
phen, Dictionary of national Biography , t. vin, 1886, 
p. 4M; W. Orme, Bibliolheca biblica, 1824-, p. 81. 

A. Régnier. 
CANNELLE écorce aromatique de deux espèces de 



se desséchant; elle se roule en petits tuyaux, cannélla. 
Les Hébreux connaissaient ces deux substances aroma- 
tiques. Voir Cinnamome et Casse aromatique. 

JT T pVF*îOT T F" 

CANON DES ÉCRITURES. — I. Notion. — 
§ 1. Origine et signification du mot. — Canon est un mot 
grec, xavtiv, qui a des significations très diverses. — 



04 Kà 




56. — Saint Luc, écrivant. Devant lui sont les Instruments qui servent à l'écrivain : en haut, le canif; 

au-dessous, le compas; au bas, à droite, les ciseaux; à gauche, l'encrier. 

Reproduit, d'après de nombreux manuscrits, par Montfaucon, Palseographia grseca, vis-à-vis de la page 22. 



plantes appartenant à la famille des Lauracées : le can- 
nelier de Ceylan , appelé Laurus cinnamomum ou Cin- 
namcmum Zeylanicum, et le cannelier de Malabar ou 
de Chine, le Laurus cassia ou Cinnamomum cassia. La 
cannelle tire son nom de la forme que prend l'écorce en 



1° Acceptions classiques. — Il se rattache probablement au 
sémitique njp, qânéh, « roseau, » « perche (à mesurer, 

notre ancien mot canne) ». Credner, Zur Geschichle des 
Kanons, in -8", Halle, 1847, p. 7. Son sens propre et pri- 



135 



CANON DES ÉCRITURES 



136 



mitif en grec est celui de bâton ou verge droite, telle 
que les baguettes ou le bois destiné à tenir droit un bou- 
clier, IL, vin, 193; xin, 407; telle encore que l'ensuble 
ou cylindre (liciatorium) dont se servent les tisserands, 
11., xxm, 761; telle que le fléau de la balance, la règle 
du charpentier, régula, norma, Anthol. pal., xi, 120, 
édit. Didot, t. n, p. 306, ou le bâton dont on se sert pour 
mesurer. De cette signification originaire sont dérivées par 
métaphore de nombreuses significations particulières. Les 
Grecs appelèrent canon ce qui servit de règle : 1. En 
morale (Spoi tûv iyaOùv xal xocvôvôç, Démosthène, Pro 
corona , 294, édit. Didot, p. 171; cf. Aristote, Ethic. 
Nicom., m, 4, 5; v, 10, 7, édit. Didot, t. Il, p. 29, 65); 

— 2. Dans le langage, les xavovs; étaient ce que nous dé- 
signons sous le nom de règles grammaticales, Westcott, 
General Survey of the history of the Canon of the New 
Testament, in-8", Londres, 1855, p. 541. — 3. En art: 
la statue du Doryphore de Polyclète ayant été prise comme 
règle des proportions que devait avoir le corps humain, 
on l'appela le Canon de Polyclète, Lucien, xxxm, De sait., 
75, édit. Didot, p. 359; Pline, H. N., xxxiv, 55, édit. Teub- 
ner, 1860, t. v, p. 43. — 4. En littérature, les critiques 
d'Alexandrie appelèrent xavôvsç les écrivains classiques 
qui devaient servir de règle et de modèle; cf. Quinti- 
lien, Inst. rhet., x, I, 54, édit. Teubner, t. n, p. 156. 

— 5. En histoire, les tables chronologiques furent appe- 
lées xavôveç xP ovlxot '- Plutarque, Sol., 27, édit. Didot , t. i, 
p. 111. 

2° Acceptions scripturaires. — L'emploi scripturaire 
et théologique de ce mot, dans les traducteurs grecs de 
l'Ancien Testament et dans les auteurs du Nouveau, 
ainsi que dans les Pères, correspond aux différentes ac- 
ceptions des auteurs profanes. — 1. Aquila a traduit le 
mot qav, « ligne, règle, » par xavwv. Ps. xvin, 4 (hébreu, 
xix, 5); Job, xxxvin, 5. Dans Judith, xni, 6, les Sep- 
tante emploient xavtôv pour désigner une colonne du lit 
d'Holopherne ou bien la baguette d'où pendaient les 
rideaux. — 2. Le sens métaphorique ne se rencontre que 
dans le quatrième livre des Machabées, vu, 21, 6 trjî 
çcXoo-oçîai; xavâv, <c la règle de la sagesse. » 

Dans le Nouveau Testament grec , nous trouvons le 
mot « canon » employé plusieurs fois. — 1. Dans lï Cor., 
x, 13, 15, il désigne un espace mesuré, déterminé, une 
région, le territoire qui a été confié à saint Paul pour y 
exercer son apostolat ( Vulgate : régula). Dans un sens 
analogue, xavûv marquait chez les Grecs une étendue de 
terrain mesurée, comme le mviSv d'Olympie (to jxÉTpov 
to-j mjSr^jiaToç. Poilux, Onomast., ni, 151). — 2. Dans 
Gai., vi, 16, et Phil., ni, 16 (textus receptus), xavûv 
(Vulgate : régula) signifie « règle » de conduite, manière 
de vivre conformément à la doctrine chrétienne. Cf. 
H. Cremer, Biblisch-theologisches Wôrlerbuch der Neu- 
testamenllichen Grâcilât, 7 e édit. , in-8°, Gotha, 1893, 
p. 491. 

3° Acceptions ecclésiastiques. — Chez les Pères, le mot 
« canon » fut employé tout d'abord dans le sens de règle 
en général, et specialement.de « règle de la vérité », Clé- 
ment d'Alexandrie, Strom., vi, 25, t. ix, col. 348; « règle 
de foi. » Polycrate, dans Eusèbe, H. E., v, 24, t. xx, 
col. 496. Cette acception du mot dans le sens de règle 
apparaît clairement dans l'appellation donnée aux déci- 
sions des conciles, qui par leurs définitions ou leurs pres- 
criptions réglèrent la foi et les mœurs; ces décisions re- 
çurent le nom de « canons ». On rencontre pour la pre- 
mière fois cette dénomination appliquée aux décisions du 
concile arien d'Antioche, en 341. Mais déjà auparavant 
on disait la règle ou « le canon de la vérité », /.aviva Trj; 
àltfldai;. S. Irénée, Adv. User., i, 9, 4, t. vu, col. 545, 
pour désigner l'enseignement de la foi, qui, comme l'ex- 
plique l'évêque de Lyon dans ce passage, « nous fait 
connaître le sens des noms, des locutions et des para- 
boles des Écritures. » 

§ 2. Signification et définition du mot « canon » appli- 



qué à la Bible. — La coutume de considérer les Livres 
Saints comme la règle de la foi amena peu à peu l'usage 
d'appeler ces livres canoniques , et finalement de nom- 
mer leur collection même le canon. Mais l'expression 
« canon des Écritures » ne fut employée que plus tard, 
lorsque les dérivés de ce mot, l'adjectif « canonique » et 
le verbe xavovtÇeaOai étaient déjà appliqués depuis long- 
temps aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. 
On rencontre pour la première fois xavovixà $iê\ia dans 
le 59 e canon qu'on attribue au concile de Laodicée, au 
IV e siècle. Mansi, Concil., t. n, col. 754. Kavovtxô; est 
mis là en opposition avec îSiwtixô; et àxavdviaro;. La 
traduction latine d'Origène, De princ, iv, 33, t. xi, col. 
407, se sert de l'expression Scripturss canonizatse, et 
celle du Commentaire sur saint Matthieu, 28, t, xm, 
col. 1637, de libri canonizati. On lit dans la version latine 
du Prologue du même auteur sur le Cantique, faite par 
Rufin, t. xm, col. 82, haberi in canone; mais cette 
phrase peut être simplement la traduction du verbe x«- 
voviÇe<r9ai. On peut voir d'autres passages dans F. Vigou- 
roux, Manuel biblique, n° 25, 9 e édit., t. I, p. 78-79. 
— Quelle signification précise attachait- on à l'adjectif 
« canonique » ? Credner pense que ce mot veut dire : 
« ayant force de loi. » Zur Geschichte des Kanons, p. 67. 
Westcott est, au contraire, d'avis que le titre de « cano- 
nique » fut donné d'abord aux écrits qui « étaient admis 
par la règle ». Voir Westcott, History of the Canon of 
the New Testament, Appendix A, 1855, p. 547; F. C. 
Baur, Die Bedeutung des Wortes Kavwv, dans Iïilgen- 
feld, Zeitschrift fur wissenschaflliche Théologie, 1858, 
1. 1. p. 141-150. 

On en vint ainsi à entendre par canon la « collection » 
ou la « liste » des livres qui forment et contiennent la 
règle de la « vérité inspirée par Dieu pour l'instruction 
des hommes ». C'est de la sorte que saint Amphiloque 
(mort vers 394) dit : xavcbv twv 6eoTrveijaTcov ypacpaiv, 
Iambiad Seleuc. , 319, t. xxxvn, col. 1598, et que saint 
Jérôme et saint Augustin disent de certains livres : Non 
sunt in canone (Prolog. Galeat., t. xxvm, col. 556) ; Nec 
inveniuntur in canone (De Civ. Dei, xvm, 38, t. xli, 
col. 598). Saint Isidore de Péluse (vers 370-450) nous 
explique très bien comment on était arrivé à cette notion, 
lorsqu'il écrit : tbv xayôva tt|; àX.»]8s!aç, xà; Oesaç Çll" 
rpaçiç, « les divines Écritures sont le canon (la règle) 
de la vérité. » Epist., 1. iv, ep. cxiv, t. lxxviii, col. 1186. 
Comme les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament 
sont la règle de la foi et de la vérité chrétienne, il était 
naturel de s'exprimer comme l'ont fait les Pères. Saint 
Augustin nous explique en quelque manière la transition 
d'un sens à l'autre, lorsqu'il dit : « Perpauci ea scripse- 
runt quae auctoritatem canonis obtinerent. » De Civ. Dei, 
xvn, 24, t. xli, col. 560. Ces auteurs en petit nombre, dont 
parle l'évêque d'Hippone , devinrent ainsi « canoniques », 
et la collection de leurs œuvres forma le « canon ». De 
là l'acception communément reçue, d'après laquelle le 
« canon » est la collection des écrits inspirés. 

§ 3. Quels livres sont canoniques. — De ce qui vient 
d'être dit, il résulte qu'un livre pour faire partie du ca- 
non ou être canonique doit être inspiré de Dieu. Voir 
Inspiration. Il faut de plus qu'il soit certainement connu 
comme tel. C'est à l'Église qu'il appartient de déclarer 
qu'un livre est inspiré, et par conséquent divin et cano- 
nique. Un livre inspiré dont l'inspiration ne serait pas 
officiellement constatée n'aurait pas l'autorité de règle 
de foi. L'Église n'a' pas le pouvoir de rendre inspiré un 
livre dont le Saint-Esprit ne serait pas l'auteur premier, 
mais elle a le pouvoir et le droit de donner à un livre 
inspiré le litre et la valeur de canonique, qu'il n'avait pas 
auparavant. « Car la canonicité, comme le remarque très 
justement M« r Gilly, n'est pas l'inspiration : la canonicité 
est la constatation du fait de l'inspiration. Ce fait peut 
être resté incertain pendant un espace de temps plus ou 
moins long, puis constaté et déclaré, et il entre dans 



437 



CANON DES ÉCRITURES 



138 



les prérogatives de l'Église de le constater et de le dé- 
clarer. » Précis d'introduction à l'Ecriture Sainte, 
3 in-12, Nîmes, 1867, t. i, p. 91. Ces observations sont 
fort importantes au point de vue de l'étude théologique 
du canon. 

§ 4. Livres protocanoniques et deutérocanoniques. — 
Les livres qui ont été partout et toujours, depuis le com- 
mencement, reconnus comme inspirés par l'Église, sont 
appelés protocanoniques. Ceux dont l'autorité n'a pas été 
aussi certaine dès le commencement et qui ont été d'abord 
le sujet de doutes ou de discussions, mais ont été plus 
tard placés dans le canon par l'Église, sont désignés sous 
le nom de deutérocanoniques. On les nomme ainsi parce 
qu'ils sont entrés en quelque sorte dans un second canon, 
ajouté au premier qui renfermait les écrits dont l'inspira- 
tion n'a jamais été contestée. Les protestants appellent 
«apocryphes » les livres deutérocanoniques. Les catholiques 
réservent ce nom d'apocryphes aux écrits que l'Église 
rejette du canon, quoiqu'ils aient été admis à tort comme 
inspirés par quelques Églises particulières ou par des héré- 
tiques. Voir Apocryphes, 1. i, col. 767. Les expressions pro- 
tocanonique et deutêrocanonique ne sont pas antérieures 
au xvi e siècle , et l'on croit qu'elles ont été inventées par 
Sixte de Sienne (1520-1569), dans sa Bibliotheca sacra, 
parue en 1566. Voir édit. de Cologne, 1626, p. 2. Mais les 
termes seuls sont nouveaux. Eusèbe , dans un passage cé- 
lèbre de son Histoire ecclésiastique, m, 24, t. xx, col. 268, 
distingue d'une manière analogue, dans le Nouveau Tes- 
tament, les ô[ioXovo'j(i.ev« ou livres admis par tous, les àvxi- 
XEyôixeva ou livres dont l'inspiration était l'objet de dis- 
cussions , et les v68a ou ceux dont les Apôtres et les dis- 
ciples du Sauveur n'étaient pas les auteurs. 

Les livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament 
sont: 1» Tobie; 2» Judith; 3° la Sagesse; 4° l'Ecclésias- 
tique; 5» Baruch; 6" le premier livre des Machabées ; 
7° le second livre des Machabées. — Ceux du Nouveau 
sont : 1" I'Épître aux Hébreux ; 2" l'Épître de saint 
Jacques; 3° la seconde Épître de saint Pierre; 4° la se- 
conde Épltre de saint Jean; 5° la troisième Épître de saint 
Jean; 6° l'Épître de saint Jude; 7° l'Apocalypse. — En 
dehors des livres entiers qui viennent d'être énumérés, 
il y a quelques parties ou fragments tant de l'Ancien que 
du Nouveau Testament qui sont deutérocanoniques. Dans 
l'Ancien : 1° les additions du livre d'Esther, x, 4-xvi, 
2i; 2° la prière d'Azarias et le cantique des trois enfants 
dans la fournaise, Dan., m, 24-90; 3° l'histoire de Su- 
sanne, Dan., xm ; 4» l'histoire de Bel et du dragon, 
Dan., xiv. — Dans le Nouveau Testament : 1° la con- 
clusion de l'Évangile de saint Marc, xvi, 9-20; 2» le 
passage relatif à la sueur de sang de Notre-Seigneur dans 
le jardin des Oliviers. Luc, xxn, 43-44; 3" l'histoire de 
la femme adultère. Joa., vm, 2-12. On peut y ajouter, 
4° le passage I Joa., v, 7, sur les trois témoins célestes, 
dont l'authenticité est contestée par un certain nombre 
de critiques. 

II. Histoire du canon. — L'histoire du canon de 
l'Ancien Testament et celle du Nouveau étant très dis- 
tinctes, il faut les traiter séparément. On ne devra jamais 
d'ailleurs oublier que le sens du mot « canon » n'ayant 
été fixé que vers le IV e siècle de notre ère, il ne faut pas 
l'entendre avant cette époque dans le sens strict, mais 
seulement dans le sens général de collection ou de liste 
d'écrits inspirés. 

/« PARTIE. CANON DE L'ANCIEN TESTAMENT. — Le Canon 

des livres de l'Ancien Testament doit être d'abord étudié, 
conformément à l'ordre historique : 1° chez les Juifs de 
Palestine; 2° chez les Juifs alexandrins; 3° dans l'Église 
chrétienne. 

I. Canon des Juifs de Palestine ou formation du 
canon. — Ce canon comprend les livres de l'Ancien Tes- 
tament écrits en hébreu (avec quelques parties en chal- 
déen ou araméen, Dan., iv, 4-vn, 28; I Esdr., iv, 8-vi, 18; 
vu, 12-26; Jer., x, 11). Ils sont au nombre de trente-six, 



mais ils ont été réduits à vingt-deux, afin que leur nombre 
fût le même que celui des lettres de l'alphabet hébreu. 
Ils sont divisés en trois catégories : 1° la Loi , fôrâh ; 
2° les prophètes, nebî'im, et 3" les hagiographes , kefû- 
bim. Voici la liste des vingt- deux livres : — I. Tôrâh : 
1° Genèse; 2" Exode; 3° Lévitique; 4° Nombres; 5» Deu- 
téronome. — IL Nebî'im : 6° Josué; 7° les Juges (avec 
Ruth); 8° les deux livres de Samuel (les deux premiers 
livres des Rois de la Vulgate) ; 9" les deux livres des Rois 
(III e et IV e de la Vulgate). Ces quatre histoires sont dési- 
gnées sous le nom collectif de nebî'im r'isônim ou « pre- 
miers prophètes », pour les distinguer des écrivains aux- 
quels nous réservons le nom de prophètes et qui sont 
appelés nebî'im ' aljiarônim , « derniers prophètes. » Ce 
sont : 10° Isaïe; 11° Jérémie (avec les Lamentations); 
12 e Ézéchiel; 13° les douze petits prophètes (qui ne sont 
comptés que pour un seul livre). — III. Ketûbim : 
14° les Psaumes; 15° les Proverbes; 16° Job; 17° le Can- 
tique des cantiques; 18° l'Ecclésiaste ; 19<>Esther; 20° Da- 
niel; 21° Esdras et Néhémie (comptant comme un seul 
livre); 22° les Chroniques ou Paralipomènes. (Les écoles 
juives de Babylone admirent vingt -quatre livres au lieu 
de vingt- deux, en énumérant séparément : 23° Ruth; 
24° les Lamentations). 

A quelle époque cette collection a-t-elle été formée? 
Quel en est l'auteur? « Sur l'origine du canon hébraïque, 
dit le P. Cornely, on nous a transmis peu de chose, et 
ce qui nous a été transmis est peu certain. » Introductio 
in libros sacros , t. i, 1885, p. 36. La question de la 
formation du catalogue des Livres Saints est, en eflet, 
le sujet de grandes controverses. Nous pouvons recueillir 
néanmoins dans l'Écriture un certain nombre de détails 
importants. Voici d'abord ce qu'elle nous apprend sur la 
première origine des livres canoniques. « Moïse écrivit cette 
loi, lisons-nous Deut., xxxi, 9, et il la donna aux prêtres, 
fils de Lévi, qui portaient l'arche d'alliance de Jéhovah, 
et à tous les enfants d'Israël. » Il leur ordonna de la lire 
publiquement tous les sept ans. Deut., xxxi, 10-13. Enfin 
il prescrivit aux lévites de placer dans l'arche le volume 
de la loi. Deut., xxxi, 24-26. Voilà la première origine du 
canon. — Nous ne savons pas avec une entière certitude 
si d'autres écrits sacrés furent ajoutés à ce premier canon 
avant la captivité de Babylone , mais il est probable que 
les autres livres de l'Ancien Testament vinrent grossir 
successivement la collection, à mesure qu'ils furent com- 
posés. Cf. Jos., xxiv, 25-26; I Reg., x, 25; Is., xxxiv, 16 
(cf. xxix, 18). Divers passages font allusion à des collec- 
tions proprement dites, comme à celles des Psaumes. 
II Par., xxix, 30. Ézéchias fit recueillir un certain nombre 
de proverbes de Salomon, qu'il fit joindre à ceux qui 
étaient déjà réunis en un corps. Prov., xxv, 1. Daniel 
parle expressément « des livres » qu'il avait lus, et parmi 
lesquels se trouvaient les prophéties de Jérémie. Dan., 
ix, 2 (voir aussi Zach. , vu, 12). On peut donc admettre 
comme une chose très vraisemblable que les Juifs avaient 
déjà, avant la captivité, une collection de Livres Saints. 
— Ce que firent après la captivité Néhémie et Judas 
Machabée, qui formèrent une bibliothèque des livres 
sacrés ( II Mach., n, 13; cf. Josèphe, Bell, jud., VII, v, 5; 
Ant. jud., V, i, 7), les Juifs de l'époque antérieure avaient 
du le faire également. Cf. IV Reg., xxn, 8; II Par., 
xxxiv, 14. Par ces passages, nous voyons que la loi de 
Moïse était conservée dans le temple; il est à croire que 
les autres écrits sacrés étaient de même soigneusement 
recueillis et gardés. 

Jusqu'au xix e siècle, si l'on excepte Richard Simon, 
Histoire critique du Vieux Testament, Amsterdam, 1085, 
p. 53, et quelques autres critiques, les catholiques et 
même les protestants admettaient communément que le 
canon des Juifs de Palestine, — contenant les livres pro- 
tocanoniques de l'Ancien Testament qui sont écrits en 
hébreu, — avait été fixé définitivement du temps d'Esdras 
et par ses soins. Aujourd'hui la plupart des protestants et 



139 



CANON DES ÉCRITURES 



140 



un certain nombre de catholiques, tels que Ma r Malou, 
La lecture de la Sainte Bible en langue vulgaire, 
2 in-8°, Louvain, 1846, t. il, p. 30; le bénédictin Nickes, 
De libro Jud'Uhœ, Breslau, 1854, p. 50, etc., soutiennent 
que le canon juif n'a été déterminé que plus tard; mais 
ils sont loin de s'entendre sur l'époque précise où eut 
lieu cette fixation. Les opinions sont on ne peut plus di- 
verses. « Le canon juif comprend trois couches, dit Well- 
hausen : 1° les cinq livres de la Thora ; 2° les Prophètes... ; 
3° les hagiographies... D'après une tradition rabbinique 
digne de créance, quoique indéterminée et fragmentaire, 
les docteurs pharisiens fixèrent définitivement le contenu 
du canon après l'an 70 de notre ère... C'est là la conclu- 
sion de l'histoire du canon. » Dans Bleek's Enleitung in 
das Aile Testament, 1878, p. 547-549. Edouard Reuss, 
Geschichte des Allen Testament, 1881, p. 714, révoque 
en doute que le canon palestinien ait été déjà fixé à l'é- 
poque où furent composés les écrits du Nouveau Testa- 
ment. Un catholique , Movers , Loci quidam historiés 
Canonis Veteris Testamenti illustrati, în-8°, Breslau, 
1842, de même que Nickes, loc. cit., soutiennent aussi 
que le canon juif ne fut clos qu'après la venue de Jésus- 
Christ. 

Il est à propos , pour résoudre la question , de distin- 
guer entre la formation et la clôture du canon. D'après 
les données que nous fournit l'Écriture elle-même, 
dès avant la captivité, on avait graduellement recueilli 
et conservé les Livres Saints, comme nous l'avons vu. 
Après la captivité, Esdras, « scribe habile dans la loi de 
Moïse , » I Esdr. , vu , 6, forma , d'après les traditions 
juives, une première collection des Écritures. Nous sa- 
vons positivement, par le second livre des Machabées, 
H, 13 (texte grec), que son contemporain Néhémie, au- 
quel il dut prêter son concours, « construisit une biblio- 
thèque {pt6X.io6ïjxïjv) et y rassembla les (écrits) sur les 
rois, les prophètes, les (psaumes) de David et les lettres 
des rois [de Perse] relatives aux offrandes. » Les simples 
fidèles avaient en leur possession des exemplaires de la 
Torâh, puisque Antiochus Épiphane les faisait recher- 
cher, déchirer et brûler. I Mach., i, 59. Cf. Josèphe, 
Ant. jud., XII, v, 4. Le prologue de l'Ecclésiastique, 
qui est certainement antérieur à l'ère chrétienne d'au 
moins 130 ans (voir Ecclésiastique), énumère expres- 
sément les trois divisions du canon palestinien , qui ont 
été indiquées plus haut, c'est-à-dire la loi (toC vdfiou), 
les prophètes (twv Ttpoçïiuôv ) et les hagiographes, qu'il 
désigne par les mots : « les autres livres des pères » (twv 
èîXXwv îiarpfwv (SiSXi'wv) et « le reste des livres » (xà Xowrà 
twv gsëXîwv ). Cette division, qui embrasse les trois parties 
du canon juif, était dès lors si connue, que Sirach y fait 
allusion jusqu'à trois fois dans son court prologue et sans 
qu'il se croie obligé de l'expliquer. Il n'y manque que 
l'énumération expresse et détaillée des Livres Saints. 
Nous la rencontrons pour la première fois dans Josèphe, 
Cont. A pion , i, 8, édit. Didot, t. Il, p. 340. « Il n'existe pas 
parmi nous, dit-il, une multitude innombrable de livres 
discordants et contradictoires, mais il y en a seulement 
vingt-deux, qui embrassent l'histoire de tout le temps et 
qui sont justement regardés comme divins. Parmi eux , il 
y en a cinq de Moïse, qui renferment les lois et le récit 
des événements qui se sont accomplis depuis la création 
de l'homme jusqu'à la mort du législateur des Hébreux , 
ce qui comprend un espace de temps de prèsde trois mille 
ans. Depuis la mort de Moïse jusqu'au règne d'Artaxercès, 
qui gouverna les Perses après Xercès, les prophètes qui 
succédèrent à Moïse racontèrent en treize livres les faits 
qui se passèrent de leur temps. Les quatre autres livres 
contiennent des hymnes en l'honneur de Dieu et des pré- 
ceptes très utiles pour la vie humaine. Depuis Artaxercès 
jusqu'à nous, les événements ont bien été aussi consignés 
par écrit; mais ces livres n'ont pas acquis la même autorité 
que les précédents, parce que la succession des prophètes 
n'a pas été bien établie. Quant à la vénération dont nous 



entourons ces livres, elle est manifestée par ce fait que, 
depuis tant de siècles écoulés, personne n'a osé rien y 
ajouter, rien retrancher, rien changer. On inculque, en 
effet, à tous les Juifs, aussitôt après leur naissance, qu'il 
faut croire que ce sont là les ordres de Dieu, qu'il faut 
les observer, et, s'il est nécessaire, mourir volontiers 
pour eux. » Cf. Eusèbe, H. E., m, 10, t. xx, col. 241. 
Ces paroles de Josèphe sont certainement l'expression de 
la croyance des Juifs de son temps. 

Un siècle plus tard, vers l'an 200, le rédacteur du 
Pirkê aboth, i, écrivait : « Moïse reçut la loi sur le mont 
Sinaï, il la transmit à Josué, Josué aux anciens, les an- 
ciens aux prophètes; les prophètes la transmirent aux 
membres de la Grande Synagogue. » Lin célèbre passage 
du Talmud, Baba Bathra, f° 14 6-15 a, raconte la même 
chose, mais avec plus de détails: «Nos docteurs nous 
ont transmis [cet] enseignement : Ordre des prophètes : 
Josué et les Juges, Samuel et les Rois, Jérémie et Ezé- 
chiel, Isaïe et les douze... Ordre des hagiographes : Ruth 
et le livre des Psaumes, et Job, et les Proverbes, l'Ecelé- 
siaste, le Cantique des cantiques et les Lamentations, 
Daniel et le volume d'Esther, Esdras et les Chroniques... 
Et qui les a écrits? Moïse écrivit son livre [le Penta- 
teuque] et la section de Balaam et Job. Josué écrivit son 
livre et huit versets de la loi [ceux qui racontent la mort 
de Moïse, Deut., xxxiv, 5-12]. Samuel écrivit son livre, 
les Juges et Ruth. David écrivit le livre des psaumes par 
les dix anciens, Adam le premier [homme], Melchisé- 
dech, Abraham, Moïse, Héman, Idithun , Asaph, les trois 
fils de Coré [c'est-à-dire, David joignit à ses Psaumes 
ceux qu'on attribuait à Adam, Ps. cxxxvm; à Melchisé- 
dech, Ps. cix; à Abraham, Ps. lxxxviii, etc.]. Jérémie 
écrivit son livre, le livre des Rois et les Lamentations. 
Ézéchias et son collège [cf. Prov., xxv, 1] écrivirent 
[probablement : transcrivirent, recueillirent, éditèrent] 
pwD>, laMSaQ [c'est-à-dire les livres que désigne ce mot 
mnémotechnique, savoir :] Isaïe, les Proverbes, le Can- 
tique et l'Ecclésiaste. Les hommes de la Grande Synagogue 
écrivirent nsp, QaNDaG [c'est-à-dire les livres que 
désigne ce mot mnémotechnique , savoir : ] Ézéchiel , les 
douze prophètes, Daniel et le volume d'Esther. Esdras 
écrivit son livre et continua les généalogies des Paralipo- 
mènes jusqu'à son temps. Et ceci est la confirmation de 
la parole du maître. Rab Juda dit qu'il a entendu dire 
à son maître qu'Esdras ne monta point de la Babylonie 
avant d'avoir continué les généalogies jusqu'à son époque; 
après cela, il monta. Qui les termina? Néhémie, (ils 
d'Helcias. » Cf. G. H. Marx, Traditio rabbinorum veler- 
rhna de librorum Veteris Testamenti ordîne atque ori- 
gine illustrata, in-8°, Leipzig, 1884. D'après les auteurs 
juifs du moyen âge, la Grande Synagogue dont il est ques- 
tion dans ce passage était un conseil composé de cent 
vingt membres, parmi lesquels se trouvaient les prophètes 
Aggée, Zacharie et Malachie. Elle eut Esdras pour fon- 
dateur et premier président, en 444 avant J.-C. Elle dura 
jusqu'à Simon le Juste, vers l'an 200 de notre ère. Bux- 
torf, Tiberias, c. x, in-4°, Bâle, 1665, p. 88 et suiv. 11 en 
est souvent question dans le Talmud. Certains critiques 
nient néanmoins jusqu'à son existence. Joh. Eb. Rau, 
Diatribe de synagoga magna, Utrecht, 1727; A. Kuenen, 
Over de Mannen der Groote Synagoge, Amsterdam, 1876. 
Cf. C. H. H. "Wright, The Book of Koheleth, Excursus iu- 
(The men of the great Synagogue), in-8°, Londres, 1883, 
p. 475-487. Il est certain que les rabbins ont rendu son 
histoire fort suspecte par les détails fabuleux qu'ils y ont 
entremêlés, et l'on n'a plus le moyen de discerner ce 
qu'il y a de vrai et de faux dans cette tradition. Il semble 
cependant raisonnable d'en retenir qu'Esdras a joué un 
rôle important dans la fixation du canon, ce qui semble 
aussi résulter du quatrième livre apocryphe d'Esdras, xiv, 
22-47, qui fait de ce scribe célèbre le restaurateur des 
: Livres Saints. Quelques expressions importantes du pas- 
1 sage talmudique que nous venons de rapporter ne sont 



MA 



CANON DES ÉCRITURES 



142 



pas d'ailleurs très claires , et Ton n'y trouve rien de 
précis sur la date des travaux de la Grande Synagogue , 
à qui l'on attribue plusieurs siècles d'existence. D'autres 
endroits du Talmud font entendre que, même vers le 
commencement de notre ère, il y avait encore parmi les 
rabbins des discussions sur le caractère canonique de 
certains livres, tels que celui des prophéties d'Ézéchiel, 
Sabbath, 30; l'Ecclésiaste , Yadaïm, m, 5; Sabbath, 
i. 30 b; S. Jérôme, In Eccl., xn, t. xxm, col. 1116. Cf. 
Fùrst, Der Kanon des Allen Testaments ,in-8°, Leipzig, 
1869, p. 148; Th. Zahn, Geschichte des Neutestamentli- 
chen Kanons, t. i, Erlangen, 1888, p. 125. 

Quoi qu'il en soit, il est du moins certain, par les 
témoignages talmudiques , que vers la fin du II e siècle de 
notre ère, et, par le témoignage de Josèphe, qu'à la fin 
du i", tous les livres protocanoniques de l'Ancien Testa- 
ment étaient admis comme divins par les Juifs de Pales- 
tine. Les citations que font de l'Ancien Testament les 
auteurs du Nouveau établissent la même vérité pour le 
commencement de l'ère chrétienne, bien qu'ils n'aient 
pas eu occasion de faire usage de quelques livres moins 
importants. Tous les livres protocanoniques étaient donc 
reconnus comme inspirés et divins par les Juifs de Pales- 
tine du temps de Notre-Seigneur. Esdras avait dû recueillir 
tous ceux qui étaient déjà composés de son temps, car 
les difficultés faites par quelques rabbins du I er siècle 
contre certains écrits montrent elles-mêmes qu'on les 
regardait communément comme divins; cependant Esdras 
n'avait point clos le catalogue des livres sacrés de telle 
manière qu'on ne pût y en ajouter d'autres , si Dieu en 
inspirait de nouveaux. 

IL Canon des Juifs d'Alexandrie. — Les Juifs de 
Palestine avaient d'abord admis dans leur canon au 
moins quelques-uns des livres deutérocanoniques; mais 
ils exclurent définitivement les écrits qui ne leur sem- 
blèrent pas rigoureusement conformes à la Loi mosaïque, 
qui n'avaient pas été composés en Palestine ou au moins 
rédigés en hébreu, et qui enfin, comme le dit Josèphe 
dans le passage cité plus haut, n'avaient pas une cer- 
taine ancienneté. Les Juifs d'Alexandrie ne furent pas si 
exclusifs, ils acceptèrent en outre comme sacrés tous les 
livres et parties de livres deutérocanoniques qui ont été 
•déjà énumérés, de sorte que leur canon fut plus étendu 
et plus complet. C'est celui qu'a accepté l'Église catho- 
lique ; tous les livres reconnus comme canoniques par le 
concile de Trente sont ceux que contient la Bible des 
Septante. 

Nous n'avons aucun témoignage direct de l'existence 
d'un canon particulier des Juifs d'Alexandrie ; mais elle 
résulte d'un certain nombre de faits incontestables. — 
1° L'Église chrétienne a adopté pour l'Ancien Testament 
un canon plus étendu que celui des Juifs de Palestine, 
un canon qui comprend tous les livres deutérocanoniques, 
tomme nous le montrerons bientôt. Or il n'est pas dou- 
teux qu'elle n'ait reçu ses livres sacrés des mains des 
Juifs. Puisque les livres deutérocanoniques n'étaient pas 
acceptés comme Écriture par les Juifs de Palestine , elle 
les a donc reçus des hellénistes, qui avaient sur ce point 
une autre manière de voir que leurs frères non hellé- 
nistes. — 2° Aussi les protestants et les rationalistes eux- 
mêmes, quoiqu'ils nient que les deutérocanoniques aient 
«té transmis à l'Église par les Juifs, sont nonobstant 
forcés d'admettre ce fait, d'ailleurs incontestable, sa- 
voir : que les Alexandrins avaient dans leurs exemplaires 
<les Écritures les livres et les fragments deutérocano- 
niques aussi bien que les protocanoniques, qu'ils n'éta- 
blissaient pas de distinction entre les uns et les autres, 
et qu'ils mêlaient les premiers aux seconds dans leurs 
exemplaires, sans reléguer les parties qui n'étaient pas 
acceptées par les Juifs de Palestine dans un appendice, 
comme on le fait dans nos éditions de la Vulgate pour 
le troisième et le quatrième livres d'Esdras. C'est, en 
effet, ce qu'attestent les manuscrits. Les Alexandrins 



avaient donc une Bible plus étendue que les Palestiniens, 
une collection plus considérable de livres sacrés ; en un 
mot, pour employer le terme aujourd'hui consacré, ils 
avaient un canon différent. Un auteur peu suspect, S. Da- 
vidson , le reconnaît expressément : « La manière même 
dont les livres apocryphes [c'est-à-dire deutérocano- 
niques] sont insérés au milieu des livres canoniques 
dans le canon d'Alexandrie montre qu'on assignait aux 
uns et aux autres un rang égal. » The Canon of the Bible, 
in-8°, Londres, 1877, p. 181. — 3° Ce que témoignent les 
Septante pour les Juifs d'Alexandrie est confirmé par ce 
qui nous reste des versions grecques de Théodotion, 
d'Aquila et de Symmaque. Théodotion avait traduit Da- 
niel avec ses parties deutérocanoniques, et sa version 
fut même substituée de bonne heure à celle des Septante 
dans l'Église grecque. S. Jérôme, Comni. in Dan., Prol., 
t. xxv, col. 493. Il est certain que les traductions d'Aquila 
et de Symmaque contenaient au moins l'histoire de 
Susanne. 

Comment expliquer une divergence en matière si grave, 
entre les Juifs de Palestine et ceux d'Egypte ? Pourquoi 
ces derniers ont -ils accepté comme divins des livres qui 
étaient rejetés à Jérusalem? — On ne peut pas répondre 
d'une manière certaine à ces questions; mais il est assez 
probable que si les Alexandrins ont admis dans leur Bible 
les écrits que nous appelons aujourd'hui deutérocano- 
niques, c'est parce que les Palestiniens les avaient aussi 
admis tout d'abord. —1° Il importe de remarquer qu'au 
commencement de notre ère, en Palestine, on ne fait 
aucun reproche spécial à la version des Septante. Jo- 
sèphe en fait l'éloge, Ant. jud., XII, H, 13, édit. Didot, 
t. I, p. 444. Le Talmud de Jérusalem lui-même, Megilla, 
I, 9, ne trouve que treize fautes à lui reprocher pour 
le Pentateuque. Ce ne fut que plus tard, lorsque le 
christianisme eut déjà fait des progrès sensibles, que les 
Juifs attaquèrent la version grecque et peut-être aussi 
qu'ils rejetèrent complètement les livres deutérocano- 
niques. — 2° Car on ne peut douter qu'ils n'en eussent 
d'abord fait usage. Leurs Midraschim l'attestent pour 
Tobie et Judith. (Voir Ad. Neubauer, The Book ofTobït, 
in-8», Oxford, 1878, p. vu; J. Chr. Wolf, Bibliotheca 
hebraica, 4 in-4°, Hambourg, 1715-1733, t. H, p. 197.) Jo- 
sèphe, Ant. jud., XI, vi, 6 et suiv. , a reproduit mot à 
mot des passages des fragments deutérocanoniques d'Es- 
ther; divers rabbins les ont aussi cités. (De Rossi, Spéci- 
men variarum lectionum et chaldaica Eslhein fra- 
gmenta, Rome, 1782, p. 119.) Ils ont fait de même pour 
l'Ecclésiastique et pour la Sagesse. (S. Épiphane, Adv. 
lissr., vm , 6, t. xli, col. 213; Zunz, Die gottesdienstli- 
chen Vortrage der Juden, 2 e édit., in-8°, Francfort-sur- 
le-Main, 1892, p. 106-112.) Origène, In Ps. i, t. xn, col. 
1084, nous assure que de son temps les Juifs joignaient 
Baruch à Jérémie dans le canon de Palestine, et les 
Constitutions apostoliques, v, 20, Patr. gr., t. i, col. 896, 
témoignent qu'au iv e siècle on lisait ce prophète dans les 
synagogues. Quant aux livres des 'Machabées, qui sont 
les derniers écrits deutérocanoniques de l'Ancien Testa- 
ment, Josèphe a fait grand usage du premier, Ant. jud., 
XII, v, 1-XIII, vu, et le martyre des sept frères Macha- 
bées, raconté dans le second, II Mach., vi-vn, est célébré 
par les Juifs dans leurs livres hagadiques. Zunz, Gottes- 
dienslliche Vortrage, 1892, p. 130-131. Remarquons enfin 
que tous les livres et fragments deutérocanoniques, de 
l'aveu de la plupart des critiques, ont été composés en 
hébreu ou en araméen, à part la Sagesse et le second livre 
des Machabées, qui ont été écrits en grec. On peut donc 
admettre avec probabilité que c'est de Palestine même 
que les Alexandrins ont reçu les livres deutérocanoniques 
écrits en langue sémitique, comme ils en recevaient en 
général la direction religieuse. Cf. la note ajoutée à Esther 
par les Septante et traduite dans la Vulgate, Esth., xi, 1 ; 
II Mach., il, 15; Josèphe, Cont. Apion-, i, 7. Du reste, 
comme l'a observé Ms r Malou : « La tradition chrétienne 



143 



CANON DES ÉCRITURES 



144 



est donc la seule voie, [nous dirons : la seule entièrement 
sûre , ] qui puisse nous conduire à la connaissance cer- 
taine du canon des Juifs, en rattachant le canon de 
l'Église primitive à celui de la Synagogue et en nous 
manifestant la véritable croyance des Juifs dans celle des 
Apôtres et des premiers chrétiens. » La lecture de la 
Bible, t. il, p. 31-32. 

III. Canon chrétien de l'Ancien Testament. — g I. Ca- 
non des auteurs du Nouveau Testament. — Nous ne pos- 
sédons point de catalogue officiel des Écritures promul- 
guées par les Apôtres, mais nous, pouvons constater par 
les écrits du Nouveau Testament quels sont les livres de 
l'Ancien dont ils se sont servis et qu'ils ont considérés 
comme la parole de Dieu. — 1. Notre-Seigneur lui-même 
a fait appel aux Écritures pour confirmer sa mission : 
« Examinez les Écritures (-àç fpaçî;), dit-il, car ce sont 
elles qui rendent témoignage de moi. » Joa., v, 39. « Il 
explique » aux disciples d'Emmaùs, « en commençant par 
Moïse et continuant par tous les prophètes, ce que toutes 
les Écritures disaient de lui. » Luc, xxiv, 27. Il rappelle 
la triple division de l'Ancien Testament, quand il dit à 
ses Apôtres : « Il faut que s'accomplisse tout ce qui a été 
écrit de moi dans la Loi de Moïse , dans les prophètes et 
dans les Psaumes. » Luc. , xxiv, 44. — 2. Les Apôtres 
suivent l'exemple de leur Maître, et ils citent constam- 
ment la Suinte Écriture. On sait que c'est un des carac- 
tères les plus marqués de l'Évangile de saint Matthieu 
de montrer dans Jésus le Messie promis, parce qu'en lui 
se sont accomplies les prophéties dont il rapporte expres- 
sément les textes. Matth., n, 5-6, 15; m, 3, etc. Les autres 
évangélistes rapportent aussi des passages de l'Ancien Tes- 
tament. Saint Paul en a fait un usage très fréquent. Nos 
éditions du Nouveau Testament sont pleines de références 
à l'Ancien. Il suffit de les ouvrir pour s'en convaincre. 
On y voit des emprunts faits à tous les livres protocano- 
niques (excepté à Estlier, aux deux livres d'Esdras, à l'Ec- 
clésiaste, au Cantique des cantiques, à Abdias et à Nahurn, 
que les Apôtres n'ont pas eu occasion de citer). Ce qu'il 
importe le plus de noter, c'est qu'ils citent aussi des pas- 
sages tirés de livres deutérocanoniques. Un savant pro- 
testant, R. E. Stier (1800-1862), dans Die Apokryphen, 
Vertheidigung ihres altgebrachten Auschlusses an die 
Bibel, in -8°, Brunswick, 1853, a recueilli tous les endroits 
qui lui ont paru être tirés des parties deutérocanoniques, 
et il en a trouvé un grand nombre. Quelques-unes des 
citations sont douteuses, mais un certain nombre sont 
certaines, comme l'a établi Bleek, Ueber die Stellung 
der Apokryphen des Alten Teslamentes in christlichen 
Kanon, dans les Theologische Studien und Kritiken , 
t. xxvi, 1853, p. 337-349. 11 reproduit le texte grec original, 
dans lequel il faut faire la comparaison pour se rendre 
exactement compte des emprunts. Les livres et les pas- 
sages suivants, par exemple, ont été présents à l'esprit 
de l'écrivain sacré : 

Judith, vin, 14 I Cor., Il, 10. 

Sagesse, n, 17-18. Matth., xxvn, 39-42. 

Sagesse, m, 5-7 I Petr., i, 6-7. 

Sagesse, v, 18-20 Eph., vi, 13-17. 

Sagesse, vu, 26 Hebr., i, 3. 

Sagesse, xm-xv Rom., i, 20-32. 

Sagesse, xv, 7 Rom., ix, 21. 

Ecclésiastique, v, 13 Jac, i, 19. 

Ecclésiastique, xxvui, 2. . . . Matth., VI, 14. 

II Machabées, vi, 18-vn, 42. . Hebr., xi, 34-35. 

Cf. aussi Yincenzi , Sessio quarta Concilii Tridentini 
vindicata, Rome, 1844, t. i, p. 15-24; pour les Épitres 
de saint Paul et la Sagesse, Ed. Grafe, Das Verhâltniss 
der paulinischen Schriften zur Sapientia Salomonis , 
dans Theologische Abhandlungen , in-8°, Fribourg-en- 
Brisgau, 1892, p. 253-206, et pour l'Épître de saint Jacques 
et l'Ecclésiastique, Werner, Ueber den Brief Jacobi, dans 
la Theologische Quartalschrift de Tubingue, 1872, p. 265. 



On doit remarquer particulièrement dans ces citations 
celles de la Sagesse et du second livre des Machabées, 
les deux seuls écrits de l'Ancien Testament qui ont été 
composés en grec. Elles prouvent que les Apôtres fai- 
saient usage de la Bible grecque et acceptaient comme 
Écritures les livres contenus dans les Septante. Il est 
d'ailleurs certain, par la manière dont ils rapportent les 
passages de l'Ancien Testament, et c'est là un fait reconnu 
de tous, qu'avaient déjà observé les Pères (S. lrénée, Adv. 
Hter., m, 21, 3, t. vu, col. 950; Origène, In Rom., vin, 
6, 7; x, 8, t. xiv, col. 1175, 1179, 1264, etc.), qu'ils citent 
les livres protocanoniques eux-mêmes d'après la traduction 
grecque. — Nous avons donc le droit de conclure que les 
livres deutérocanoniques sont, pour ainsi dire, « canonisés » 
par le Nouveau Testament comme les protocanoniques. 

Afin d'atténuer la force de ce raisonnement, on pré- 
tend que les deutérocanoniques n'ont pas été considérés 
comme divins par les Apôtres, quoiqu'on soit obligé de 
reconnaître qu'ils en ont fait usage. Mais on ne peut 
justifier une pareille affirmation , parce qu'il est impos- 
sible de trouver aucune distinction dans le Nouveau Tes- 
tament entre les deux classes de livres. Le chapitre xi de 
l'Épître aux Hébreux loue la foi des Machabées de la même 
manière que celle de Gédéon, de David et de Samuel. — 
On a essayé, mais sans y réussir, de découvrir des citations 
d'auteurs apocryphes dans quatre ou cinq passages du 
Nouveau Testament, savoir : Luc, xi, 49-51 ; Joa., vu , 38; 
I Cor., il, 9; Eph., iv, 14; Jac, iv, 5-6. — Luc, xi, 49-51, 
est comme l'écho de nombreux passages qu'on lit dans les 
prophètes; Joa., vu, 38, s'appuie sur un mot de Zacha- 
rie, xiv, 8; I Cor., n, 9, sur Is., lxiv, 4; Eph., v, 14, sur 
Is., lx, 1, combiné avec Is., xxvi, 19; Jac, iv, 5-6, ne 
renferme pas de citation. Le seul endroit qu'il semble 
qu'on pourrait alléguer avec quelque probabilité, c'est 
l'Épître de saint Jude, f. 9 et jS". 14, où l'apôtre rapporte 
des faits qui sont racontés dans le livre d'Hénoch ; mais il 
pouvait connaître ces faits autrement que par cette œuvre 
apocryphe. — Les Apôtres se servirent donc, dans la pré- 
dication de l'Evangile, des livres de l'Ancien Testament 
que contenaient les Septante, et c'est cette Bible, plus 
complète que celle des Juifs de Palestine, qu'ils léguèrent 
comme contenant la parole de Dieu à leurs disciples et 
successeurs, comme nous le prouve ce qui nous reste des 
Pères apostoliques. 

§ 2. Canon des Pères apostoliques. — « Aucun des Pères 
apostoliques n'a dressé le catalogue de l'Ancien Testa- 
ment. D'autre part, le petit nombre et la médiocre éten- 
due de leurs écrits ne permettent pas d'attendre beau- 
coup de citations. On trouve néanmoins chez eux l'usage 
des deutérocanoniques, sans trace de doute au sujet de 
leur autorité. Ainsi , saint Clément de Rome , qu'il faut 
citer le premier à cause de la grande place qu'il a tenue 
dans l'Église primitive , emploie dans son Épître aux 
Corinthiens l'Ecclésiastique et la Sagesse, analyse le livre 
de Judith et la recension grecque d'Esther. Cf. I Epist. 
ix-x et Eccli. , xliv, en particulier les ff. 16-20; — 
/// et Sap., n, 24; — xxru et Sap., xi, 22; xn, 12; — 
lv et Judith, passim; Eslh., XIV. L'auteur de l'homélie 
très ancienne qu'on appelle seconde Épître de saint Clé- 
ment se sert de Tobie. Cf. II Epist. xri, et Tob., xn, 9. 
Celui de l'Épître attribuée à saint Barnabe cite l'Ecclé- 
siastique. Cf. Barn., xix, et Eccli., iv, 31. Hermas emploie 
le même livre ainsi que le second livre des Machabées. 
Ct. Mand. 1, Simil., v, 5, vu, 4, et Eccli., xvm, 1; Vis. 
m, 7, et Eccli., xvm, 30; Simil., vi, 4, et Eccli., xxxn, 9; 
Simil., v, 7, et Eccli., xlii, 8; Mand. i, et II Mach., vu, 28. 
Enfin saint Polycarpe cite Tobie. Cf. Epist. x, 8, et Tob., 
iv, 10. Il résulte au moins de ces témoignages que les 
successeurs immédiats des Apôtres se servaient de la 
Bible grecque avec les deutérocanoniques. Ces derniers 
ne se sont pas encore tous présentés à nous; mais, 
comme la pratique des premiers Pères achève de prou- 
ver que les Apôtres n'ont point prononcé de sentence 



145 



CANON DES ECRITURES 



146 



exclusive contre les deutérocanoniques , et qu'ils les ont 
transmis à l'Église comme inspirés; de même les témoi- 
gnages postérieurs nous apprennent le juste nombre des 
additions qui ont été faites au canon hébreu par l'auto- 
rité apostolique. » A. Loisy, Histoire du canon de l'An- 
cien Testament, in-8", Paris, 1890, p. 71-72. Il est à peine 
besoin de faire remarquer que les Pères apostoliques, 
comme ceux qui sont venus après eux, ont fait usage des 
protocanoniques toutes les fois qu'ils en ont eu l'occa- 
sion. Comme le fait n'est contesté par personne, il suffit 
d'avoir signalé les deutérocanoniques dont ils se sont 
servis. — Pour les indications complètes des passages 
scripturaires cités par les Pères apostoliques, voir Pa- 
trum apostolicorum Opéra, 3 e édit. de 0. de Gebhardt, 
A. Harnack et Th. Zahn, 3 in-8», Leipzig, 1876-1877, 
t. î, p. 144-145; t. il, p. 382-384; t. m, p. 272; Opéra 
Patrum apostolicorum, édit. Funk, Tubingue, 1878-1881, 
t. I, p. 564-578. 

§ 3. Pères de la fin du n° et du m e siècle. — Les con- 
tinuateurs des Pères apostoliques ont écrit davantage; ils 
citent par conséquent plus souvent les Saintes Écritures. 

1° Pères originaires de Palestine. — Saint Justin le 
Martyr, qui florissait au milieu du II e siècle, fait usage 
dans ses écrits, quoiqu'il fût originaire de Palestine, du 
canon alexandrin, que les Apôtres avaient transmis à 
l'Église. Il fait un tel cas de la version des Septante, que, 
le premier parmi les auteurs chrétiens, il en proclame 
l'inspiration, dans un écrit dont, il est vrai, l'authenticité 
n'est pas certaine. Cohort. ad Gr., 13, t. vi, col. 205. 11 
en fait l'éloge au juif Tryphon et blâme ceux qui n'ac- 
ceptent pas leur traduction; il est ainsi l'écrivain le plus 
ancien qui signale la différence qui existe entre le canon 
palestinien et le canon alexandrin , et c'est pour se pro- 
noncer explicitement en faveur du second. Cependant il 
s'abstient, pour discuter avec Tryphon, de lui alléguer 
les livres qu'il n'accepte pas, Dial. cum Tryph., 71, t. vi, 
col. 643; mais dans sa première Apologie, 46,' t. vi, 
col. 397, il rappelle l'histoire d'Ananias, de Misaël et d'Aza- 
rias. Dan., m. — Un contemporain de saint Justin, Hégé 
sippe, originaire comme lui de Palestine, mais de plus 
Juif de naissance, qui écrivit, entre 150 et 180, ses Mé- 
moires sur l'histoire de l'Église, dont il ne nous reste 
malheureusement qu'un petit nombre de fragments, parle 
de l'Ecclésiastique (îtavâpsiov o-oçi'av), au témoignage 
d'Eusèbe, H. E., IV, 22, t. xx, col. 384, et de Nicéphore, 
H. E., îv, 7, t. cxlv, col. 992. 

2° Église d'Alexandrie. — Pendant que saint Justin 
adressait, en 138 ou 139, à Antonin le Pieux sa pre- 
mière Apologie, l'Église d'Alexandrie commençait à se 
distinguer entre toutes par l'éclat de l'enseignement de 
ses docteurs. Il nous est resté de plusieurs d'entre eux 
des écrits considérables, et par conséquent leur canon 
des Écritures nous est mieux connu. Ils ne font pas moins 
usage des livres deutérocanoniques que des protocano- 
niques. Clément d'Alexandrie (f vers 217) cite trois fois 
Tobie, deux fois Judith, les fragments d'Ésther, plus de 
vingt fois la Sagesse, plus de cinquante fois l'Ecclésias- 
tique, vingt-quatre fois au moins Baruch, dans un seul 
de ses ouvrages, le Pédagogue, où il rapporte un pas- 
sage de ce prophète, Bar., m, 16-19, avec l'affirmation 
expresse : « La divine Écriture dit, t> Pasdag., H , 3 , t. vin, 
col. 433 ; il rapporte l'histoire de Susanne , mentionne le 
premier livre des Machabées et cite une fois le second. 
Dans les Stromales, 1, 21, t. vin, col. 833 et suiv., il men- 
tionne tous les livres de l'Ancien Testament, à l'exception 
de Judith, qu'ii cite ailleurs. Strom., n, 7; iv, 19, t. vm, 
col. 969, 1328. — Le disciple de Clément, Origène (185-254), 
la gloire de l'Église d'Alexandrie par sa science et son 
esprit critique, n'ignore pas les attaques des Juifs de 
Palestine contre les deutérocanoniques ; mais il fait 
l'éloge de ces livres et les allègue comme parole divine. 
Il cite plus de dix fois Tobie, trois fois Judith, vingt fois 
environ la Sagesse, plus de soixante -dix fois l'Ecclésias- 



; tique, deux fois le premier livre des Machabées, quinze 
fois le second. Il défend expressément contre Jules Afri- 
cain les parties deutérocanoniques de Daniel, aussi bien 
que Tobie et Judith. Dans plusieurs endroits , il appelle 
les deutérocanoniques en termes formels « Écriture 
Sainte ». Il revendique pour l'Église le droit de déter- 
miner elle-même quels sont les livres inspirés et cano- 
niques. — Vers le milieu du m e siècle , Denys d'Alexan- 
drie (f 264), dans les fragments de ses œuvres qui nous 
ont été conservés, continue les traditions de son Église 
relativement aux deutérocanoniques de l'Ancien Testa- 
ment, et rapporte des passages de Tobie, de la Sagesse, 
de l'Ecclésiastique, de Baruch, en les faisant précéder de 
la formule consacrée : « Comme il est écrit ; comme dit 
l'Écriture. » Voir Migne, t. x, col. 1257, 1268, et Opéra 
S. Dionysii, édit. Simon de Magistris, Rome, 1796, p. 169, 
245, 266, 274. (Migne a omis une partie de ses Œuvres 
dans sa Patrologie.) 

3° Églises grecques d'Asie et d'Europe. — Les Églises 
d'Asie ne parlent pas autrement que celle d'Alexandrie 
dans ce qui nous a été conservé. Saint lrénée (f 202), 
dont la voix est comme l'écho de l'enseignement de 
l'apôtre saint Jean en Asie Mineure, quoiqu'il soit devenu 
évêque de Lyon et soit par là en même temps un témoin 
de la foi des Gaules, saint lrénée cite la Sagesse, Baruch, 
l'histoire de Susanne, celle de Bel et du dragon. — 
L'Athénien Athénagore (f 177) cite Baruch, m, 36, comme 
un prophète, Légat, pro Christ., 9, t. VI, col. 908. — 
Saint Théophile d'Antioche (vers 170), dans son livre à 
Autolycus, cite plusieurs fois les deutérocanoniques. — 
La lettre synodale du second concile d'Antioche au pape 
Denys rapporte un passage de l'Ecclésiastique, en le fai- 
sant précéder de ces mots : « Comme il est écrit. » — 
Saint Grégoire le Thaumaturge, disciple d'Origène et 
évêque de Néocésarée , vers le milieu du III e siècle , cite 
Baruch, De fid. capit., 12, t. x, col. 1133. — Les Consti- 
tutions apostoliques, dans leurs six premiers livres, dont 
on place la composition au milieu du m e siècle, rapportent 
des passages de tous les livres deutérocanoniques, à 
l'exception des Machabées. — Méthode de Tyr (f 311) 
allègue comme Écritures, dans ses Discours, la Sagesse, 
l'Ecclésiastique, Baruch, Susanne et Judith. 

4» Église de Syrie. — Archélaus, évêque de Carchar, 
en Mésopotamie, au m e siècle, cite la Sagesse dans sa 
Dispute avec Manès, 29, Pair, gr., t. x, col. 1474. 

5° Église d'Afrique. — Le canon dont elle faisait 
usage au m e siècle nous est connu par deux de ses 
grands écrivains, Tertullien (160-240) et saint Cyprien 
(f258). Ils ont entre les mains une version latine des Écri- 
tures faite, non sur le texte original, mais sur le grec des 
Septante et qui, comme la version grecque, renferme sans 
aucune distinction les protocanoniques et les deutérocano- 
niques; ils attachent tous les deux, aux uns et aux autres, 
une égale importance. Tertullien cite Judith, la Sagesse, 
l'Ecclésiastique, Baruch, l'histoire de Susanne et celle de 
Bel et du dragon, le premier livre des Machabées. Dans 
les œuvres authentiques et indiscutables de saint Cyprien, 
nous rencontrons vingt-deux citations de la Sagesse et 
trente -deux de l'Ecclésiastique, sept de Tobie, une de 
Susanne, une de Bel et le dragon, quatre du premier et 
sept du second livre des Machabées. Le livre de Judith 
est le seul dont l'évéque de Carthage n'ait pas eu occasion 
de parler. 

6° Église romaine. — Nous pouvons clore ces témoi- 
gnages par celui de l'Église mère et maîtresse de toutes 
les autres, celle où saint Pierre a établi son siège. Vers 
170, nous rencontrons un vrai catalogue des Livres Saints, 
celui qui est connu sous le nom de Muratori, et qui fut 
| écrit en grec à Rome. Malheureusement la partie relative 
j à l'Ancien Testament est perdue, mais dans ce qui a été 
I conservé nous trouvons encore une mention précieuse, 
celle du livre de la Sagesse. Un autre catalogue complet 
i est parvenu jusqu'à nous. Quoique sa véritable origine 



147 



CANON DES ÉCRITURES 



148 



soit incertaine, nous pouvons le rattacher â l'Église ro- 
maine, puisqu'il est écrit en latin. 11 est inséré dans le 
Codex Claromontanus, ainsi nommé parce qu'il provient 
de Clermont, près de Beauvais (Oise). Ce Codex contient 
les Épitres de saint Paul en grec et en latin; il est conservé 
aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Paris, n° 107, 
où il est entré en 1707. Entre l'Épître à Philémon et 
l'Épître aux Hébreux se trouve un catalogue stichomé- 
trique de l'Ancien et du Nouveau Testament; il a été 
publié pour la première fois en 1672 par Cotelier (voir 
Patres apostolici, édit. de Jean Leclerc, 1. 1, Amsterdam, 
172i, p. 8). Le manuscrit des Épîtres est du VI 8 siècle, 
mais divers indices prouvent que la liste des Livres 
Saints qu'il reproduit est du in e siècle. Voir Claromon- 
tanus (Codex). Cf. C. A. Credner, Geschiehte des Neu- 
testamentliches Kanons, \ 860, p. 175; Th. Zahn, Geschiehte 
des Neutestamentliches Kanons, t. n, p. 157-172, 1012. 
Voici ce catalogue : 

(fol. 467 v.) Versus Scribturarum Sanctarum 

ita Genesis ver [s] us ÏIÏÏD [4500] 

Exodus versus ÏÎÎDCC [3700] 

Leviticum versus iÎDCCC [2800] 

Numeri versus HÏDCL [3650] 

Deuterenomium ver ÏIÎCCC [3300] 

Iesu Navve ver fi" [2000] 

Iudicum ver Il [2000] 

Rud ver CCL [250] 

Regnorum ver. 

Primus liber ver ÎÏD [2500] 

Secundus lib. ver n [2000] 

Tertius lib. ver ÏÏDC [2600] 

Quartus lib. ver HCCCG [2400] 

Psalmi Davitici ver fj [5000] 

Proverbia ver IdC [1600] 

Aeclesiastes dc [600] 

Cantica Canticorum CCC [300] 

Sapientia vers î [1000] 

Sapientia IHÛ- ver Bp [2500] 

XI profetœ ver ÏÏÏCX [3110] 

(fol. 468 r.) Ossee ver DXXX [530] 

Amos ver CCCCX [410] 

Micheas ver ceex [310] 

Ioel ver XC [90] 

Abdias ver LXX [70] 

Jonas ver CL [150] 

Naum ver CXL [140] 

Ambacum ver CLX [160] 

Sophonias ver CLX [160] 

Aggeus vers. ex [110] 

Zacharias ver DCLX [660] 

Malachiel ver CC [200] 

Eseias ver UIDC [3600] 

Ieremias ver IIIILXX [4070] 

Ezechiel ver IIIDC [3600] 

Daniel ver ÎDC L16O0] 

Maccabeorum sic 

Lib. primus ver ÏÏCCC [2300] 

Lib. secundus ver ïtCCC [2300] 

Liber quartus ver I [1000] 

Iudit ver ÎCCC [1300] 

Hesdra ÏD [1500] 

Ester ver ï [1000] 

lob ver IDC [1600] 

Tobias ver I [1000] 

(Voir le fac-similé, fig. 57. Cf. Codex Claromontanus, 
primum edidit C. Tisehendorf, gr. in-4°, Leipzig, 1852, 
p. 468-469; Th. Zahn, Geschiehte des Neutestamenliches 
Kanons, t. n, p. 158-159.) Ce qui est le plus digne de 
remarque dans cette liste, c'est qu'elle contient tous les 
deutérocanoniques de l'Ancien Testament. 
Nous avons déjà vu du reste que ceux des Pères apos- 



toliques qui avaient vécu à Rome, le pape saint Clément 
et Hermas, admettaient aussi les deutérocanoniques. Un 
autre témoin de la foi de l'Église romaine, que nous pou- 
vons ajouter ici, est le martyr saint Hippolyte (f 235), 
disciple de saint Irénée et évêque de Porto : il a com- 
menté le livre de Daniel et en particulier l'histoire de 
Susanne, Explan. Sus., t. x, col. 089; il blâme les Juifs 
qui ne l'admettent pas dans leur Bible. Ce Père cite éga- 
lement la Sagesse, Baruch, Tobie et les deux livres des 
Machabées. — L'ancienne « version latine », antérieure 
à saint Jérôme, dont se sert l'Église romaine à cette 
époque, renferme aussi tous les livres protocanoniques 
et deutérocanoniques, comme l'atteste Cassiodore, Insti- 
tut, divin, lilt., 14, t. lxx, col. 1125. 

Ainsi, au m» siècle comme au il 8 , dans toutes les parties 
de l'Église, sans exception, on admet unanimement les 
livres deutérocanoniques comme les protocanoniques , 
transmis les uns et les autres au clergé et aux fidèles par 
les Apôtres, comme la règle de foi. Quelques-uns citent 
çà et là quelques livres apocryphes; mais ces écrits ne sont 
pas universellement admis comme les autres, et parfois 
on reconnaît même expressément leur caractère suspect. 
Ainsi, par exemple , Tertullien admire le livre apocryphe 
d'Hénoch, et il l'accepterait volontiers comme canonique; 
mais il est forcé de reconnaître qu'il n'est reçu comme 
tel ni par les Juifs ni par les chrétiens. De cuit, fxm., 
î, 3, t. î, col. 1307. Pendant cette première période de 
l'histoire du canon de l'Ancien Testament, l'unanimité 
est donc complète. Aussi un des historiens protestants du 
canon, Éd. Reuss, le reconnaît- il expressément, en par- 
lant de la fin du II e siècle : « Les théologiens de celle 
époque, dit -il, ne connaissaient l'Ancien Testament que 
dans la recension grecque dite des Septante, et par con- 
séquent ne font point de distinction entre ce que nous 
appelons les livres canoniques et les livres apocryphes 
[deutérocanoniques]. Ils citent ceux-ci avec autant de 
confiance que les premiers, avec les mêmes formules 
honorifiques, et en leur attribuant une égale autorité 
basée sur une égale inspiration. » Histoire du canon, 
in-8°, Strasbourg, 1863, p. 99. 

On ne peut donc rien désirer de plus fort, do plus 
net et de plus concluant en faveur du canon de l'Église 
catholique, solennellement sanctionné par le concile de 
Trente. 11 faut néanmoins poursuivre cette histoire pour 
se rendre compte comment des dissentiments ont pu se 
produire dans la suite. Ces dissentiments sont naturel- 
lement provenus de ce que les Juifs de Palestine n'ad- 
mettaient que les écrits hébreux que nous appelons 
protocanoniques et rejetaient les autres. Ce n'était pas 
assurément aux Juifs, mais à l'Église, qu'il fallait de- 
mander la règle de la foi catholique; cependant, comme 
le christianisme était sorti de la synagogue, il élait 
assez naturel de s'informer des livres qu'elle accep- 
tait comme inspirés , puisque c'était une part de l'hé- 
ritage qu'on avait gardé en se séparant d'elle. De plus, 
et surtout pendant les premiers siècles, les docteurs 
chrétiens eurent souvent à discuter avec les Juifs, et ils 
ne purent se servir contre eux, comme nous le voyons 
dans saint Augustin et dans Origène, que des livres dont 
ces ennemis nés de la religion du Christ acceptaient 
l'autorité. De là la nécessité de les connaître et de les 
distinguer. Origène, qui vivait au milieu des Juifs, en 
Egypte, sait exactement quels étaient les livres admis par 
les Palestiniens, et, suivant son penchant habituel pour 
l'allégorie, il cherche même une fois, In Ps. î, t. xh, 
col. 1084, à établir une comparaison mystique entre le 
nombre des lettres de l'alphabet, qui « sont une intro- 
duction à la science et à la doctrine », et celui des livres 
sacrés juifs, qui « sont une introduction a la sagesse di- 
vine »; mais, comme nous l'avons déjà vu, il n'y a pas 
un seul de ses écrits où il ne fasse usage des deutéroca- 
noniques. — Saint Juslin, disputant, à Éphèse, avec le 
Juif Tryphon, et sachant aussi quels sont les livres dont 



il 

ivres selon leur capric 
enne pour tromper 1 
■e d'antiquité. » — Dai 
s voyons apparaître ni 
ons souvent désormai 
simplement canoniqu 
cation ; mais il faut r 
ie s'appuie sur l'autori 
ogue; qu'il range, dai 
liques, tels que Barucl 
il distingue rigoureus 
apocryphes ». L'origii 
ns un usage de l'Egli 
gène , In Num., Hom\ 
onsistait à faire lire ai 
=r, de Judith, de Tob 
irce qu'on n'y renconl 
t, par exemple, le Lév 
; troublé et ne reçoit p 
se, comme Origène, c 
lutorité divine desdeut 
tamment dans ses écri 
tés de foi et leur doni 
ent., 9, U, 17, 44, t. xx 
nt Cyrille de Jérusale 
*me du judaïsme paies! 
ânes que « les vingt-dei 
nt traduits les Septante 
3; mais, dans ses écril 
anoniques comme Eci 
saint Athanase. — Sai 
30), dans son poème si 
, t. xxxvii, col. 472, i 
s livres palestiniens (i 
:«rm.,i, 12, t. xxxvi 
saint Basile et saint Gr 
•s aux deutérocanoniqu 
e (vers 310-403), évêqi 
e, parle dans quatre e 
, livres de l'Ancien Tes' 
i3,t. xliii, col. 244, 11 
), t.XLI,C0l. 413, t. XL 
e même, que trois foi: 
i du canon palestinie 
ressèment comme cai 
( ueet,ajoute-t-il,«tou 

,xxvi,5,t. xlii, col.E 

rienne, l'hérétique 1 h 

ine partie des livres p 

itique des cantiques , 

fut condamné au sec 

e (Coll. iv, 67,68, Mai 

e nous montre que. I' 

ie influence qu'il ait 

lore , est loin d'être 

de l'Église dans laqi 

nme nous le savons 

[ue, était loin de part 

anisme. Saint Jean C 

tous les protocanoni 

1 cite aussi la Sagi 

istoire de Susanne 

>uve dans les Œuvn 

pas certain qu'elle 

3S deutérocanoniqui 

obattu expressémen 

e son opinion sur le 

t. lxxxi, col. 30. 1 

ùstoire de Susanne. 

enons de parler onl 

émoignage mérite 

phraate, entre 336 1 

obie, lEcclésiastiqi 



151 



CANON DES ÉCRITURES 



152 



Machabées, etc. Voir t. i, col. 737. Saint Éphrem (-p379), 
le plus illustre écrivain de l'Église de Syrie, fait usage 
des livres deutérocanoniques. 

Tels sont les témoignages des Pères de l'Eglise orien- 
tale. On s'est demandé si, en dehors des écrits des doc- 
teurs, les conciles d'Orient s'étaient occupés du canon 
de l'Ancien Testament. Plusieurs historiens croient que 
le célèbre concile de Nicée (325) promulgua un canon 
des Écritures, mais le fait n'est pas établi. Saint Jérôme, 
Prsef. in Judith, t. xxix, col. 39, dit expressément que 
ce concile « compta Judith au nombre des Écritures sa- 
crées », ce qui semble indiquer qu'il dressa un catalogue 
des Livres Saints et que ce catalogue renfermait les deu- 
térocanoniques. Cependant les paroles du saint docteur 
ne sont pas assez explicites pour trancher la question. 
Cassiodore semble supposer aussi l'existence de ce canon. 
De Inst. div. litt., 14, t. lxx, col. 1125; mais, quoiqu'on 
puisse l'admettre comme probable, un témoignage formel 
fait défaut. Voir Jean Chrysostome de Saint-Joseph, De 
canone Sacrorum Librorum constituto in magno Nicœno 
Concilio, Rome, 1742. — On possède un canon du iv e siècle 
qui est connu sous le nom de Canou du concile de Lao- 
dicée (en Phrygie). L'authenticité en est contestée; la 
date même à laquelle s'est tenu le concile est incer- 
taine : Baronius le place en 314, Hefele entre 343 et 380, 
Pagi en 363, Hardouin en 372, etc. Le canon 60 qui lui 
est attribué ne contient que les protocanoniques de l'An- 
cien Testament. Mansi, Conc, t. il , col. 574. lîickell a 
essayé d'en défendre l'authenticité dans les Theologische 
Studien und Kriliken ( Ueber die Echtheit des Laod. 
Bibelkanons , t. m, 1830, p. 591). Ce qui rend ce canon 
suspect, c'est qu'on ne le trouve point dans les anciennes 
collections des Conciles. Voir A. Vincenzi, Sessio IV Con- 
cilii Tridenlini vindicata seu Introductio in Scripturas 
deutero-canonicas, 3 in-8°, Rome, 1842, t. i, p. -186-197; 
Malou, La lecture de la Bible en langue vulgaire, t. il, 
p. 82; Herbst, dans la Theologische Quartalschrift de 
Tubingue, 1823, p. 43-45; Pitra, Juris eccle. Grsec. hist. 
et monum., t. H, 1864, p. 503; et parmi les auteurs 
protestants , Spittler , Kritische Untersuchungen des 
60. Laodic. Kanons, \TU (Sâmmtliche Werke, t. vin, 
1835, p. 66) ; Credner, Geschichte des Neutestamentlichen 
Kanon, Berlin, 1860, p, 217-220; B. F. Westcott, History 
of the Canon, 1855, p. 496-505 (édit. de 1881, p. 540); 
Zahn , Geschichte des N. T. Kanons, t. n, p. 193. A. Bou- 
dinhon, Note sur le concile de Laodicée, dans le Con- 
grès scientifique international des catholiques, 1888, 
t. n, Paris, 1888, p. 420-427. 

Le canon 85 des Apôtres, qui contient un catalogue 
semblable à celui de Laodicée, est apocryphe. Pair, gr., 
t. cxxxvn, col. 211. Il doit dater de la seconde moitié du 
IV e siècle. 

2° Église d'Afrique. — Saint Augustin (354-430) est 
la gloire et la lumière de l'Église d'Afrique au IV e siècle. 
Dans son livre De Doctrina christiana, il, 8, 13, t. xxxiv, 
col. 41 , publié en l'an 397, il a inséré un canon des Livres 
Saints tout à fait conforme à celui du concile de Trente , 
et aussi aux trois célèbres conciles d'Afrique tenus de 
son temps et dont il fut l'àme, celui d'Hippone en 393, 
ceux de Carthage en 397 et 419. Voir le canon 39 du concile 
de Carthage de 397, dans Mansi, Conril., t. m, col. 891. 

A ces catalogues depuis longtemps connus, nous 
pouvons en ajouter un autre découvert depuis peu. 
51. Mommsen a trouvé en Angleterre , dans la collec- 
tion Phillips, à Cheltenham, pendant l'automne de 1885, 
un manuscrit du X e siècle, qui porte le n» 12.266, et 
contient, entre autres choses, un canon de l'Ancien et 
du Nouveau Testament avec stichométrie. Il l'a publié 
dans V Hermès, Zeitschrift fur klassische Philologie, t. XXI, 
18S6, p. 144-146. Comme une note paraît fixer à ce cata- 
logue la date de 359 de notre ère, il a une véritable 
importance. Il paraît être d'origine africaine, et l'omission 
de l'Epitre aux Hébreux, qui fut expressément admise, i 



dans celte province , par le concile de Carthage tenu 
en 397, dont nous venons de parler, est un nouvel indice 
que ce canon est antérieur à cette époque. Voici le cata- 
logue des livres de l'Ancien Testament : 

. Incipit indiculum veteri (sic) testamenti qui sunt libri 
cannonici (sic). 

Genesis versus fiÎDGCC [3800] 

Exodus versus ÏÏÎ [3000] 

Numeri versus m [3000] 

Leviticum versus. ÎÏCCC [2300] 

Deuteronomium versus ÏÏDCC [2700] 

Ihû Nave versus MDCCL [1750] 

Iudicum versus MDCCL [1750] 

fiunt libri VII versus xvHfC [18100] 

Rut versus CCL [250] 

Regnorum liber I versus. . . . ÎÏCCC [2300] 

Regnorum liber II versus. . . . ÎÏCC [2200] 

Regnorum liber III versus. . . ÎÎDL [2550] 

Regnorum liber IIII versus. . . ffCCL [2250] 

fiunt versus VIÏÏÏD [9500] 

Paralipomenon lib. I versus. . iïXL [2040] 

Paralipomenon lib. II versus. . îîc [2100] 

Machabeorum lib. I versus. . . ÏÎCCC [2300] 

Machabeorum lib. II versus. . . MDCCC [1800] 

lob versus MDCCC [1800] 

Tobias versus DCCC [800] 

Hester versus dcc [700] 

Iudit versus mc [1100] 

Psalmi Davitici CLI versus. . . v [5000] 

Salomonis versus vîD [6500] 

profetrc majores versus XVCCCLXX [15370] n° IIII 

Ysaias versus TflDLXXX [3580] 

Ieremias versus ÎÎÏTCCCCL [4450] 

Daniel versus MCCCL [1350] 

Ezechiel versus ÏTÏCCCXL [3340] 

profetae XII versus ÏÏÏDCCC [3800] 

erunt omnes versus n LXV1IIID [69500] 

Sed ut in apocalypsis (sic) Iohannis dictum est: Vidi 
xxini seniores mittentes coronas suas ante thronum. 
Majores nostri probant, hos libros esse canonicos et hoc 
dixisse seniores. 

Tel est ce catalogue, pour la partie relative à l'Ancien 
Testament. Nous le reproduisons d'après Erwin Preuschen, 
Analecta, Kùrzere Texte zur Geschichte deralten Kirche 
und des Kanons, in-8°, Fribourg-en-Brisgau , 1893, 
p. 138-139. Voir aussi Th. Zahn, Geschichte des Neu- 
testam. Kanons, t. n, p. 143-156, 1007-1012. 

Ce catalogue paraît incomplet à première vue, mais il 
ne l'est qu'en apparence. Les deux livres d'Esdras n'y sont 
pas nommés; c'est certainement par suite d'une distrac- 
tion du scribe. La liste doit contenir, en effet, d'après la 
note finale, vingt-quatre livres, or elle n'en énumère que 
vingt-trois: Heptateuque, 7; Ruth,l; Rois, 4; Parali- 
pomènes, 2; Job, 1; Tobie, 1; Esther, 1; Judith, 1; les 
Psaumes, 1, Salomon, 1; les prophètes, 1; total : 23. Le 
livre oublié, le 24 e , est Esdras I et II (qui ne comptait que 
pour un, comme dans un grand nombre d'anciens cata- 
logues, où le livre de Néhémie (II Esdras) ne fait qu'un avec 
I Esdras). Quant au livre appelé « de Salomon », le canon 
de Cheltenham désigne par là les cinq livres sapientiaux, 
que plusieurs anciens catalogues rangent indistinctement 
sous le nom de Salomon, parce qu'il est l'auteur de la plu- 
part d'entre eux . La preuve qu'il en est bien ainsi dans le cas 
présent nous est fournie par la somme des versets, qui est 
de mille cinq cents, total des cinq livres. Sur ces chiffres, 
voir C. H. Turner, The Old Testament Stichometry , dans 
les Studia biblica, t. m, Oxford, 1891, p. 306. Le chiffre 
des vingt -quatre livres de l'Ancien Testament rapproché 
de celui des vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, lv, 10, 
qu'on retrouve dans beaucoup de Pères, fut sans doute 
primitivement un procédé mnémotechnique pour se rap- 



153 



CANON DES ÉCRITURES 



154 



peler le nombre des livres sacrés, et plus tard on y chercha ' 
un sens mystique. — Le catalogue de Cheltenham est d'au- 
tant plus remarquable , qu'il contient tous les livres pro- 
tocanoniques et deutérocanoniques, la seule Épître aux Hé- 
breux exceptée, et qu'il donne à tous ces livres le nom de 
« canoniques ». Tout porte à croire que ce catalogue, quoi-- 
qu'il nous vienne d'Afrique, est celui de l'Église romaine. 

3° Église romaine. — Nous avons un document offi- 
ciel, le plus ancien de ce genre, qui nous fait connaître 
le canon de l'Église romaine. C'est le décret De reci- 
piendis et non recipiendis libris, dont les critiques de 
nos jours attribuent le premier chapitre, c'est-à-dire le 
canon des Écritures, au pape Damase (366-384), à la suite 
de A. Thiel , qui a étudié la question dans De Decrelali 
Gelasii papse de recipiendis et non recipiendis libris et 
Damasi concilia romano de explanalione fidei et ca- 
none Scripturœ Sacrse, P. Coustantii suasque anirnad- 
versiones prsemisit et textum secundum probatissimos 
codices edidit, in-4", Braunsberg, 1866. Voir A. Thiel, Epi- 
stolseRonianorumPontificum genuinse,t. i, Braunsberg, 
1868, p. 44-58; Ph. Jafïé, Regesta Pontificum romano- 
rum, 2 e édit., t. i, 1885, p. 40, 91 ; C. A. Roux, Le pape 
saint Gélasel"; in-8», Paris, 1880, p. 163-193. Il fut ré- 
édité plus tard, en 495 ou 496, avec des additions, par le 
pape saint Gélase (492-496), ce qui fait qu'il est- plus 
connu sous le nom de Decretum Gelasianum ; on l'a 
attribué aussi au pape saint Hormisdas (514-523), qui le 
publia de nouveau. Il fut enfin inséré par Gratien dans 
les Décrétales, Dist. xv, 3. Le voici pour la partie relative 
à l'Ancien Testament : 

« Nunc vero de Scripturis divinis agendum est, quid 
universalis catholica recipiat Ecclesia vel quid vitare de- 
beat. Incipit ordo Veteris Testamenti. Genesis liber i. 
Exodi liber i. Levitici liber i. Numeri liber i. Deutero- 
nomii liber I. Jesu Nave liber i. Judicum liber i. Ruth 
liber i. Regum libri iv. Paralipomenon libri n. Psalmo- 
rum cl liber i. Salomonis libri m. Proverbia liber i. 
Ecclesiastes liber i. Cantica Canticorum liber i. Item Sa- 
pientiae liber i. Ecclesiasticus liber i. Item ordo prophe- 
farum. Isaiae liber i. Jeremise liber i, cum Chinoth, id est, 
Lamentationibus suis. Ezechielis liber i. Daniheli liber i. 
Oseae liber i. Amos liber i. Michœœ liber i. Joël liber i. 
Abdiaî liber i. Jonre liber i. Naum liber i. Abbacuc liber i. 
Sophoniae liber i. Aggaei liber i. Zachariae liber i. Mala- 
chiae liber i. Idem ordo historiarum. Job liber i, ab aliis 
omissus. Tobiae liber i. Hesdroe libri il. Hester liber i. 
Judith liber i. Machabaeorum libri n. » Thiel, De Decre- 
tali Gelasii papse, 1866, p. 21, ou Labbe, Concil., 1671, 
t. iv, col. 1260. Baruch n'est pas nommé, probablement 
parce qu'on ne le séparait pas de Jérémie. 

En 405, le pape Innocent I er envoya à saint Exupère, 
évêque de Toulouse, qui le lui'avait demandé, un cata- 
logue des Livres Saints : il est la reproduction de celui 
de saint Damase , et par conséquent en tout conforme à 
notre canon actuel. Mansi, Conc, t. n, p. 1040-1041. 

Cependant, malgré la croyance générale de l'Église 
occidentale et en particulier de l'Église romaine, les idées 
qui avaient cours en Orient eurent leur écho dans l'Église 
latine , à la suite des rapports fréquents des deux parties 
de l'empire romain et du séjour que plusieurs Latins firent 
en Orient. 

Parmi les Pères de l'Église d'Occident, saint Hilaire 
de Poitiers, In Ps. Prol., 15, t. ix, col. 241, dit qu'il y a 
dans l'Ancien Testament autant de livres que de lettres 
dans l'alphabet hébreu, c'est-à-dire vingt -deux; il les 
énumère en y comprenant Jérémie avec les Lamentations 
« et la lettre » (Baruch, vi); puis il ajoute que quelques- 
uns ont jugé à propos, par l'addition de Tobie et de Ju- 
dith, de porter le nombre des livres à vingt-quatre, selon 
le nombre des lettres de l'alphabet grec. Dans ce passage 
le saint docteur imite Origène, comme l'avait déjà remar- 
qué saint Jérôme. De vir. ill., 100, t. xxm, col. 699, et 
il se propose seulement, dans la première partie, de rap- 



porter le canon palestinien. Il est loin d'ailleurs de reje- 
ter les deutérocanoniques, car il en fait usage dans toutes 
ses œuvres et en particulier dans son commentaire des 
Psaumes. 

Rufin distingue expressément les livres que nous appe- 
lons protocanoniques et deutérocanoniques. La divergence 
entre le canon palestinien et l'alexandrin a fini par intro- 
duire définitivement cette distinction, que nous retrouve- 
rons maintenant à travers tout le moyen âge Le prêtre 
d'Aquilée ne les désigne pas par le même nom que nous, 
mais il appelle les seconds ecclesiastici, par opposition aux 
premiers qu'il nomme canonici. La raison de cette dénomi- 
nation d'« ecclésiastiques » vient de ce que les Pères « ont 
voulu, dit-il, qu'ils fussent lus dans les Églises, mais non 
qu'ils fussent allégués comme autorité pour confirmer les 
choses de la foi ». In Symb. Apost., 36-38, t. xxi, col. 
373-375. Cette distinction et cette explication rappellent 
ce qu'avait dit saint Athanase. Rufin est le premier qui 
se soit exprimé ainsi chez les Latins, comme saint Atha- 
nase est le premier qui ait parlé de la sorte chez les Grecs. 
Mais il faut remarquer que, tandis qu'à Alexandrie on 
faisait seulement lire les deutérocanoniques aux caté- 
chumènes, il résulte du témoignage même de Rufin qu'en 
Occident on lisait soit les protocanoniques, soit les deu- 
térocanoniques dans les Églises, sans faire entre eux 
aucune différence, parce qu'en réalité, dans la pratique, 
comme dans la croyance primitive, il n'existait entre eux 
aucune distinction. Rufin est allé chercher cette distinc- 
tion dans l'Église grecque, et comme il n'a pu l'expli- 
quer de la même manière que saint Athanase , il a ima- 
giné que les livres qu'il appelle « ecclésiastiques » n'étaient 
que des livres d'édification et n'avaient pas d'autorité 
en matière de foi ; il est probable qu'il a appliqué faus- 
sement ce qu'avait dit Origène dans sa lettre à Jules 
Africain, 5, t. x, col. 60, savoir qu'on ne devait pas al- 
léguer en matière de foi les deutérocanoniques « contre 
les Juifs »; il a généralisé à tort ce que le docteur 
d'Alexandrie avait eu soin de limiter exactement. Rufin 
admet d'ailleurs la divinité des deutérocanoniques. Cf. 
Rufini vita, n, c. 18, 2, t. xxi, col. 270. Il les défendit 
même avec véhémence contre son grand adversaire, saint 
Jérôme, ainsi que nous le verrons plus loin. 

Saint Jérôme , ce grand docteur de l'Église latine , qui 
a tant fait pour la traduction et l'explication des Saintes 
Écritures, a eu cependant sur le canon des opinions qui 
ne concordent pas toujours rigoureusement avec le lan- 
gage des anciens Pères. Cette âme ardente, qui se laissait 
quelquefois entraîner par la passion et ne pesait pas ri- 
goureusement toutes ses paroles, s'est exprimée d'une 
manière assez contradictoire dans divers passages de ses 
écrits. L'impression qui se dégage de la lecture de ses 
œuvres, c'est que, sous l'influence du milieu juif dans 
lequel il avait beaucoup vécu, et en particulier des rab- 
bins qui avaient été ses maîtres, il aurait été porté à ne 
garder que le canon palestinien ; mais comme sa foi lui 
faisait un devoir de se soumettre à l'autorité de l'Eglise , 
il acceptait avec elle les livres deutérocanoniques con- 
tenus dans la Bible des Septante , quoiqu'il ne les trou- 
vât pas dans la Bible hébraïque. Plus il est porté par 
son tempérament, ses habitudes et ses préférences juives, 
à repousser les deutérocanoniques, plus l'hommage qu'il 
est forcé de leur rendre comme malgré lui est significatif 
et concluant en faveur de la croyance de l'Église. Dans 
sa Prœf. in lib. Salom. t. xxvm, col. 1242-1243, il parle 
comme son ennemi Rufin, il dit que Tobie, Judith, les 
Machabées, « ne sont pas parmi les Écritures canoniques ; » 
mais que « l'Église les lit pour l'édification du peuple, 
non pour la confirmation des dogmes ecclésiastiques ». 11 
ajoute souvent quelque mol restrictif sur leur autorité 
lorsqu'il mentionne les deutérocanoniques (voir R. Cor- 
nely, Introd. in lib. sac, t. i, p. 105-108); mais cela ne 
l'empêche point de les citer et de les qualifier de « sacrés », 
Epist. lxv ad Princip., i, t. xxii, col. 623, comme les 



155 



CANON DES ÉCRITURES 



156 




Pères qui l'avaient précédé. Rufin lui avait opposé, Apol., 
H, 33-34, t. xxi , col. 661-662, que Pierre, pendant les 
vingt -quatre ans qu'il avait gouverné l'Eglise romaine, 
avait fait connaître aux fidèles les livres qui contenaient 
la parole de Dieu, et n'avait pas pu leur mettre dans les 
mains les deutérocanoniques comme canoniques s'ils ne 
renfermaient pas la vérité. « Gomment donc pourrait-il 
se faire, continuait -il, qu'après quatre cents ans, l'Église 
reconnût que les Apôtres ne lui avaient pas mis entre les 
mains le véritable Ancien Testament, et qu'elle députât 
ses enfants vers ceux qu'on appelait [les hommes de] la 
circoncision pour les supplier et les conjurer de leur com- 
muniquer au moins quelque chose delà vérité qu'ils pos- 
sédaient ? » L'argumentation de Rufm reposait sur un fait 
si certain, elle était tellement irréfutable, que dans sa 
réponse saint Jérôme protesta qu'il n'avait fait qu'expri- 
mer l'opinion des Juifs , non la sienne : « Non quid ipse 
sentirem , sed quid illi [Judsei ] contra nos dicere soleant, 
explicavi. » Apolog. cont. Rufin., n, 33, t. xxm, col. 455. 
Nous trouvons donc dans l'Eglise tout entière, malgré 
quelques paroles un peu discordantes produites par les 
rapports des chrétiens avec les Juifs, la croyance au ca- 
ractère divin de tous les livres protocanoniques et deuté- 
rocanoniques de l'Ancien Testament. Cette croyance est 
aussi attestée par les monuments figurés. 
4° Témoignage des monuments figurés. — Le caractère 
sacré et divin que l'Église attachait 
aux deutérocanoniques comme aux 
protocanoniques est confirmé par les 
monuments figurés des premiers siè- 
cles qui sont parvenus jusqu'à nous : 
fresques des catacombes, sarcophages, 
fonds de coupes, lampes, pierres gra- 
vées, vases et objets divers. Tous les 
sujets empruntés aux récits deutéro- 
58. Tobie le Jeune canoniques qui ont pu se prêter au 
avec le poisson. symbo lisme de l'art chrétien ont été 
D après Garucci, Vetrt .... , • . , i i 

ornali m figure in traites P ar les P eintr es et les sculp- 
oro, pi. 111. teurs chrétiens, et ils l'ont fait sous 

la surveillance et avec l'approbation 
des pasteurs de l'Église, qui, connaissant l'importance de 
cet enseignement donné aux fidèles par les yeux, ne lais- 
saient exposer dans les cimetières et dans les basiliques, 
pendant les quatre premiers siècles, rien qui fût em- 
prunté aux écrits apocryphes. C'est ainsi que les diffé- 
rentes scènes de l'histoire de Tobie sont souvent figurées 
dans les catacombes et sur les monuments antiques. 
Tobie le jeune apparaît souvent avec le poisson qu'il tire 
des eaux du Tigre, parce que les Pères virent dans ce 
poisson le symbole du Christ. (S. Optât de Milève, De 
schism. Donat. , ni, 2, t. xi, col. 991.) Un fond de 
coupe nous montre le jeune voyageur (flg. 58) la main 
dans la gueule du poisson. Les représentations de ce genre 
abondent. Voir Martigny, Dictionnaire des antiquités 
chrétiennes, 2 e édit. 1877, p. 760; Heuser, dans Kraus, 
Real- Encyklopàdie, t. il, 1886, p. 871. Tobie le père se 
rencontre plus rarement, mais saint Paulin de Noie, 
Poem., xxvm, 23, t. lxi, col. 663, nous apprend qu'il 
avait été peint au commencement du V e siècle, dans le 
porche de la vieille basilique de saint Félix, à Noie, de 
même que Job, Judith et Esther : 

At geminas [cellas] quœ sunt dextra laevaque patentes 

Biais historiis ornât pictura fideiis : 

Unam sanctorum comptent sacra gesta virorum : 

Jobus vulneribus tentatus, lumine Tobit ; 

Ast aliam sexus minor obtinet : inclyta Judith , 

Qua simul et regina potens depingitur Esther. 

Toutes les parties deutérocanoniques de Daniel ont fourni 
des sujets aux premiers artistes chrétiens. Les trois enfants 
dans la fournaise de Babylone, Ananias, Misaël et Aza- 
rias, sont fréquemment représentés, et ils le sont plu- 
sieurs fois avec des détails empruntés à la partie grecque 



du chapitre m de Daniel, détails qui ne se lisent que 
dans la partie chaldaïque, tels que la présence de l'ange, 
qui descend au milieu des flammes pour en éteindre l'ar- 
deur autour des jeunes Hébreux. Dan., ni, 45-50. C'est 
ainsi qu'on le voit (fig. 59) sur une lampe trouvée en 
Afrique, actuellement au musée de Constantine. Il se tient 
derrière les trois jeunes gens, les mains levées en signe 
d'encouragement et pour commander aux flammes. Le 




59. — L'ange et les trois jeunes gens dans la fournaise. 

Lampe du musée de Constantine, d'après Héron de Villefosse. 

Mus. Arch., 112. 



personnage de droite porte dans les mains un objet qui 
ressemble à un instrument de musique, pour indiquer le 
cantique que les courageux confesseurs de la foi chantent 
au milieu de la fournaise. Dan., ni, 52-90. 

L'histoire de Susanne, pauvre brebis que voulaient 
dévorer des bêtes féroces, comme nous. la montre une 
fresque des catacombes où elle est représentée sous cette 
forme entre un loup et un léopard (Perret, Catacombes 
de Rome, t. i, pi. 78), avait sa place marquée dans les 
monuments de ces première chrétiens persécutés dont 
elle était l'emblème; aussi l'y rencontre-t-on assez souvent. 
(Heuser , dans Kraus , Real-Encyklopâdie, t. n, p. 800.) 
Une célèbre cassette d'ivoire de Brescia {lipsanoteca bres- 
çiana), publiée par Odorici, Antichità cristiane di Brescia, 
in-f°, Brescia, 1845, pi. 5, n» 11, et p. 67, et qui, d'après 
Kraus, Real-Encyklopàdie, t. i, p. 407, est du rv e siècle, 
représente, entre autres sujets (flg. 60), plusieurs scènes 
de l'histoire de Susanne. On voit, à gauche, les deux vieil- 
lards cachés chacun derrière un arbre du jardin, puis la 
scène du jugement. A l'extrémité, à droite, est figuré un. 
autre épisode qui est aussi très souvent représenté dans 
l'art primitif, et qui peut se rapporter aux fragments deu- 
térocanoniques de Daniel : c'est ce prophète dans la fosse 
aux lions. Seulement, comme il y a été jeté deux fois, Dan., 



157 



CANON DES ÉCRITURES 



158 



vi, 16-23, et xiv, 30, et que le second récit seul est deu- 
térocanonique, il est impossible dans plusieurs cas, comme 
figure 60, de déterminer lequel des deux événements a 
été figuré. La présence d'Habacuc, Dan., xiv, 32-38, dans 
plusieurs œuvres d'art, permet d'affirmer avec une entière 
certitude que c'est bien au fragment deutérocanonique 
que l'emprunt a été fait. C'est ainsi que sur un sarco- 
phage de Brescia, publié également par Odorici, Antichità 
cristiane di Brescia, 1845, pi. 12, p. 69, nous voyons 
Habacuc portant à Daniel, dans la fosse aux lions de Ba- 



nous prouve bien comment les deutérocanoniques étaient 
mis sur le même rang que les prolocanoniques. Ce petit 
monument, qui doit être du IV e siècle, a l'avantage 
de préciser par des légendes les scènes qu'il reproduit. 
Le sacrifice d'Isaac en est la scène principale ; au milieu 
d'autres scènes , empruntées au Pentaleuque et à l'Évan- 
gile, nous voyons les sujets deutérocanoniques deSusanne, 
de Daniel et du dragon (fig. 63). La croyance de l'Église 
à l'inspiration de tous les livres contenus dans la version 
des Septante et dans l'ancienne version latine qui repro- 




60. — Susanne entre les deux vieillards et devant Daniel. 
Cassette d'ivoire de Brescia, d'après Odorici, Antichità cristtane di Brescia, tav. v. 



bylone (fig. 61), un pain et un poisson. On n'aperçoit 
que la main de l'ange qui transporte Habacuc par les 
cheveux; mais pour montrer que c'est une main céleste 
qui accomplit le miracle, le ciel est figuré par sept 
étoiles. Daniel prie avec confiance au milieu de deux lions. 
La mort du dragon de Babylone, qui avait été cause 
de cette seconde condamnation du prophète à la fosse 
aux lions, et qui est racontée dans le même chapitre xiv, 
22-26, est aussi figurée sur les antiques monuments 




61. — Habacuc transporté par la main d'un ange dans la fosse 
aux lions. D'après Garucci, Storia âelV arte, t. v, pi. 323, n» 2. 

chrétiens. Un fond de verre (fig. 62), conservé aujour- 
d hui au British Muséum , représente Daniel donnant au 
serpent le gâteau de graisse, de poix et de poils, avec 
lequel il le fait mourir. A côté de lui est le Messie qui 
l'inspire. Voir aussi Kraus, Real-Encyklopâdie, 1. 1, p. 342. 
Nous retrouvons ainsi dans l'art chrélien primitif de 
nombreux sujets tirés des deutérocanoniques, tandis que, 
au moins avant le V e siècle, on ne rencontre aucune scène 
tirée des écrits apocryphes. Les deutérocanoniques étaient 
donc traités par l'Église avec le même respect que les 
protocanoniques. S'il en fallait encore des preuves , il 
nous suffirait de remarquer que, dans tous ces monu- 
ments figurés, les scènes empruntées aux uns et aux 
autres sont entremêlées sans aucune distinction. Par 
exemple, une coupe en verre blanc transparent, trouvée 
à Podgoritza, l'ancienne Docléa, en Dalmatie, et publiée, 
en 1877, par J.-B. de Rossi, L'insigne piatto vitreo di 
Podgoritza oggi nel Museo Basilewsky in Parigi (Bulle- 
tlno di Archeologia cristiana, 1877, p. 77-85, tav. v-vi), 



duisait exactement les Septante est donc pleinement con- 
firmée par les monuments figurés. Voir F. Vigoureux, Le 
Nouveau Testament et les découvertes archéologiques 
modernes, p. 365-379; U. Ubaldi, Introductio in Sacram 
Scripturam, 2» édit., t. n, Rome, 1882, p. 382-392. 

§ 5. Écrivains des v et vi" siècles. — Depuis le milieu 
du v« siècle jusqu'au concile de Trente, les canons ou 




62. — Daniel et le dragon. 
D'après un fond de verre du British Muséum. 

catalogues des livres inspirés deviennent nombreux dans 
l'Église d'Orient et surtout dans l'Église d'Occident. Ils ont 
été réunis dans H. Hody, De Bibliorum textibus origina- 
libus, versionibus grsecis et latina Vulgata libri quatuor, 
in-f°, Oxford, 1704, p. 644-662. On peut voir aussi le 
tableau de J.-B. Malou, La lecture de la Bible en langue 
vulgaire, t. Il, p. 120-122; reproduit dans J.-B. Glaire, 
Introduction aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testa- 
ment, 3« édit., 1862, t. i, p. 88-92. Cf. aussi B. F. West- 
colt, Hislory of the Canon, Appendix D, 1855, p. 566-584. 

1° Eglise d'Orient. — Assémani, Bibliotheca onenlalis, 
t. m, 2, p. 236, a montré que les Églises orientales, même 
hérétiques, mirent les deutérocanoniques sur le même rang 
que les protocanoniques. 

2° Eglise occidentale. — Saint Hilaire , légat du pape 
saint Léon le Grand en Orient , puis son successeur 
(461-468), compte soixante-dix livres dans l'Ancien et le 
Nouveau Testament, c'est-à-dire les protocanoniques et 



159 



CANON DES ÉCRITURES 



160 



les deutérocan uniques , au témoignage du Codex Amia- 
,tinus (t. i, col. 482), le meilleur parmi les anciens 
manuscrits de la Vulgate hiéronymienne. Novum Testa- 
mentum latine ex Codice A miatino , édit. Tischendorf , 
Leipzig, 1854, p. x; Id., Velus Testamentum Hieronymo 
interprète ex antiquissima auctoritate , Prol., Leipzig, 
1873, p. vin. — Denys le Petit, Codex canon, eccl., 24, 



saint Ildefonse de Tolède (607-667), De Sapt., 59, t. xcvr, 
col. 140, et saint Eugène de Tolède ( J- 657), Versus in 
Biblioth., t. lxxxviii, col. 394, admettent tous le canon 
complet. Saint Grégoire, Moral, in Job, xix, 21, t. lxxvi, 
col. 119, parlant des livres des Machabées, dit qu'ils ne sont 
pas « canoniques », c'est-à-dire contenus dans le canon 
de la Synagogue, mais qu'ils sont cités « pour l'édification 




63. — Scènes diverses empruntées aux livres protocanoniques et deutérocanonlques. Conpe de Podgoritza. 
D'après Le Blant. Études sur les sarcophages d'Arles, 1878. PI. xxxv. 



t. lxvii, col. 191; Cassiodore, Inst. div. litt., 12, 13, 14, 
t. lxx, col. 1125; font de même. Seul Junilius Africanus, 
De part. div. leg., i, 3-7, t. lxviii, col. 16 [cf. Kihn, Theo- 
dor von Mopsuestia und Junilius Africanus als Exege- 
ten, in-8», Fribourg-en-Brisgau, 1880, p. 356-357 , nous 
offre une exception ; il a sur le canon des idées particu- 
lières, mais il les emprunte à Théodore de Mopsueste, 
et elles ont toujours été désapprouvées par l'Église. 

§ 6. Pères du vu' siècle. — Le pape saint Grégoire 
le Grand (540-604), saint Isidore de Séville (570-636), 



de l'Église », et il se sert souvent, en effet, des deutéro- 
canoniques ; il ne pense pas autrement que son ami saint 
Isidore de Séville, qui écrit, Ettjm., vi, 1, 19, t. lxxxif, 
col. 229 : « Quartus est apud nos ordo Veteris Testa- 
menti librorum , qui in canone hebraico non sunt. Quo- 
rum primus Sapientiœ liber est, secundus Ecclesiasti- 
cus, tertius Tobias, quarîus Judith, quintus et sextus 
Machabaeorum, quos licet Hebraei inter apocrypha sépa- 
rent, Ecclesia tamen Christi iuter divinos libros et hono- 
rât et prœdicat. » — Dans ce même siècle, en Orient, le 



161 



CANON DES ÉCRITURES 



162 



concile In Trullo reçoit formellement le canon complet 
de Carthage. Un catalogue grec, publié par Cotelier, 
Patres apostolici, édit. Le Clerc, Amsterdam, 1724, t. i, 
p. 197, place les deutérocanoniques de l'Ancien Testa- 
ment en dehors des soixante livres canoniques, en les 
désignant par ces mots : « Et ceux qui sont en dehors des 
soixante, » Kai ôo-a Ë?a> tûv Ç', et en les distinguant soi- 
gneusement de ceux qu'il appelle « apocryphes », àrcô- 
xp-jça. Le catalogue stichométrique de Nicéphore, arche- 
vêque de Gonstantinople, les range sous le titre de « ceux 
qui sont contestés », âvTiXs'y'VTSi , mais il les distingue 
de la même manière des « apocryphes ». Nicephori Opu- 
scula hisiorica, édit. G. de Boor, Leipzig, 1880, p. 132. 

§ 7. Ecrivains des vin" et IX'. siècles. — Le V. Bède 
(673-735) commente Tobie et cite tous les deutérocano- 
niques. — Alcuin (723-801) donne deux fois en vers le 
canon complet des Écritures, Carm., vi, t. ci, col. 101, 
731. — Rhaban Maur, évêque de Mayence (786-856), 
a commenté la plupart des livres deutérocanoniques. — 
Walafrid Strabon (-f vers 849), dans sa Glossa ordinaria, 
tout en rappelant la distinction de Rufin et de saint Jérôme 
entre les livres canoniques et les livres édiliants, les inter- 
prète tous sans dislinction. 

§ 8. Écrivains du X e au xv> siècle. — La plupart ad- 
mettent simplement et sans distinction tous les livres de 
l'Ancien Testament, comme Yves de Chartres (f 1117), 
Décret., iv, 61, t. clxi, col. 276; Honoré d'Autun (f vers 
1125), Gemma animse, iv, 118, t. clxxii, col. 736; Pierre 
de Rlois (f 1200), De divis. et script. S. lib., t. ccvn, 
col. 1052; Gilles de Paris (f vers 1180), qui s'exprime 
ainsi (De num. lib. Utr. Test., t. ccxn, col. 43) : 

styloque Dei digestus et editus orbi 

Cunon Scripturas creditur esse sacrae. 
Qui tamen excipit hos : Tobi, Judith et M achabaeos , 

Et Baruch, atque Jesum, pseudographumque librum (la 
Sagesse); 
Sed licet excepti , tamen hos authentîcat usus 

Kcclesite, iîdei régula, scripta Patrum. 

Quelques-uns cependant, sous l'inlluence de ce qu'avait 
dit saint Jérôme , semblent attacher trop d'importance 
aux distinctions de ce Père. L'auteur de la célèbre Hislo- 
ria scholastica, Pierre Comestor (f 1178), appelle « apo- 
cryphes » les livres de la Sagesse, de l'Ecclésiastique, de 
Judith, de Tobie et des Machabées ; mais il a soin d'ajouter 
que c'est « parce qu'on ignore quels en sont les auteurs », 
— ce qui est inexact pour l'Ecclésiastique, — et que 
« l'Église les reçoit parce qu'il n'y a pas de doute sur leur 
véracité ». Hist. schol., Prsef. in Jos., t. cxcvm, col. 1260. 
Rupert de Deutz (f 1135), In Géra., ni, 31, t. clxvii, 
col. 318; Hugues de Saint -Victor (f 1141), De scriptur. 



et scriptor. sac, 6, t. clxxv, col. 15; Pierre le Véné- 
rable, abbé de Cluny (f 1185), s'expriment avec peu 
d'exactitude. Jean de Salisbury (1110-1180), Epist. cxim, 
t. cxcix, col. 126, s'égare complètement. Hugues de Saint- 
Cher (-f- 1263), Prol. in Jos., Opéra omnia, Lyon, 1669, 
1. 1, p. 178, rappelle les distinctions de saint Jérôme , mais 
il admet néanmoins les deutérocanoniques comme vrais, 
quoiqu'il les place hors du canon : 

Lex vêtus his libris (les protocanoniques) perfecte tata tenetur, 
Restant apocrypha, Jésus, Sapientia, Pastor, 
Et Machabaeorum libri, Judith atque Tobias. 
Hi quia sunt dubîi, sub canone non numerantur, 
Sed quia vera canuut, Ecclesia suscipit illos. 

Nicolas de Lyra (vers 1270-1340) partage la même opinion, 
de même que saint Antonin, archevêque de Florence 
(1389-1459), Ghron., i, 3, 5, 9, Lyon, 1586, 1. 1, p. 65, 85; 
Summa theolog., m , 18, 6, Vérone, 1740, t. m, p. 1043; 
Alphonse Tostat, évêque d'Avila (1412-1455), Cornm. in 
I Reg. In Prol. Gai., q. 27, 28, Opéra, Venise, 1728, t. xi, 
p. 19, etc.; le cardinal Cajetan (1469-1534), Conim. in 
Eslh. x, 3, dans In omnes libros authenticos Scripturx 
comment., Lyon, 1639, t. n, p. 400. 

Malgré ces rares voix discordanles , la tradition de 
l'Église restait inébranlable. Toutes les Bibles du moyen 
âge contiennent les deutérocanoniques en même temps 
que les protocanoniques. Aussi le décret d'Eugène IV, pro- 
mulgué au concile de Florence, en 1441 , sur l'union des 
Jacobites, renferme-t-il «Tobie, Judith, Esther, la Sagesse, 
l'Ecclésiastique, les deux Machabées », comme le Penta- 
teuque et les prophètes. Voir Theiner, Acta Conc. Trid., 
Agfam, 1874, t. i, p. 79. Luther, en rejetant ces livres, se 
sépara donc de la tradition, et le concile de Trente ne 
fit qu'affirmer ce qu'on avait toujours cru dans l'Église, 
malgré l'hésitation de quelques-uns, dans la promulga- 
tion de son Canon des Livres Saints, qui eut lieu le 
8 avril 1546. Il contient les mêmes livres que les canons 
des conciles d'Afrique, du décret du pape Gélase, d'In- 
nocent I er et du concile de Florence. Les Pères de Trente 
refusèrent d'établir aucune distinction réelle entre les 
protocanoniques et les deutérocanoniques, et leur déci- 
sion mit fin aux discussions entre catholiques. Quoique 
les protestants refusassent de se soumettre à l'autorité du 
concile, ils continuèrent cependant à insérer les deuté- 
rocanoniques dans leurs éditions de la Bible. Les Sociétés 
bibliques ne les ont supprimés que depuis le commen- 
cement de ce siècle. Voir t. i, col. 1788. Nous allons ré- 
sumer dans le tableau synoptique suivant les témoi- 
gnages des anciens écrivains ecclésiastiques relatifs aux 
livres deutérocanoniques : 



— Tableau des citations des deutérocanoniques de l'Ancien Testament 
dans les anciens écrivains ecclésiastiques. 

Les citations précédées d'un point d'interrogation sont douteuses. — Le tiret indique l'absence de citations. 



DiTES 


ÉCRIVAINS 


TOBIE 


JUDITH i EST11ER 

| X, 4 -XVI 


SAGESSE 


ECCLÉSIASTIQUE 


BARUCH | DANIEL 

i 


MACHABÉES 


Pape 
vers 01-101 


S. Clément, 
pape. 


- 


/ Cor., 55, 59 ; I Cor., 55. 


I Cor., 3 , 
27, etc. 


I Cor., 9-10, 
20, 60. 


- 


- 




(?) 


Auteur 
de II Cor. 


11 Cor., 1G. 


" 1 ~ 


Il Cor., 17. II Cor., 16. 


- i - 

i 


- 


! 

iVmsiso (î. 

1 


Doctr. 
Apotlol. 


? Doct., I, 2 


- 


- 


Doct.,\,2. 


?0<>C«.,I,2,6. 




" 





DICT. DE LA BIBLE. 



II. - 6 



i63 



CANON DES ECRITURES 



164 



DATES 


ÉCMYAOS 


TOBIE 


JUDITH 


ESTHER 

X, 4-XVI 


SAGESSE 


ECCLÉSIASTJOnt 


BARBU 


DANIEL 


.MACHABÊES 


Vers 120 î 


S. Barnabe. 


- 


- 


- 


- 


Epist., 19. 


- 


- 


- 


Bntre 
140-150? 

f 155 


Hermas. 


- 


- 


■ - 


Mand. , 
8, etc. 


Sim., v, 5 ; 
vu, 4, etc. 


- 


- 


? Mand., 1 


S. Polycarpo. 


Philip., 10. 


- 


- 


- 


- 


- 


- 


- 


f vers 167 


S. Justin. 


- 


- 


- 


- 


- 


- 


Apol., I, 4G. 


- 


f 177 


Athénagore. 


- 





- 


- 


- 


Leg., 9. 


- 


- 


f 202 


S. Irénée. 


Adv. Rœr., 
I, 80, 11. 


- 


Adv. Eser., 

IV, 38, 3; 

v, 2, 3. 


- 


Sdv.Eœr., 
v, 35, 1, etc. 


Adv. Rœr., 

IV, 5, 2 ; 

26, 3. 


- 


f vers 217 


Clément 
d'Alexandrie. 


Strom., il, 
23; VI, 12. 


■itrom., ii, 7. 


._ 


Strom., 

iv, 16; vi, 11, 

14, 15, etc. 


Strom., 
ri, fi, etc. 


l'œd., î, 10; 
n,3. 


': Eclog. ex 

Script, 
proph., 1. 


? Strom., 
v, 14. 


f vers 235 


S. Hippolyte. 


'i In Dan., 

idit. Migno. 

697. 


Select. 

in Jer., 

23. 


In 
Cant. Prol.; 
Dem. cont. 
Jud., 9, 10. 


- 


Adv. Noël. 
2, 4, 5. 


Comm. in 

Dan., 
Aligne, 639. 


? De AtM- 
chr., 49 ; 

Fragm. in 
Dan., 32. 


f vers 240 


Tertullien. 


- 


Adv. Mar- 
cion., 7 ; 
De Monog., 
17. 


- 


De prœscr., 
7 ; Adv. 
Marcion., 
î, 16; De 

Monog., 114. 


Adv. Marc., 
î, 16. 


Scorp., S. 


Adv. 

'iermog. ,44; 

De Idol, 

18, etc. 


^ont.Jud,,* 


185-254 


Origène. 


iïpitt. ad 
A/ric., 13 ; 
De Orat., 11. 


? Rom. IX 
in Jud., 1. 


Epist. ad 
A/ric, 13 ; 
De Orat., 11 


Cont. Cels., 

m, 72; 
v, 29, etc. 


Comm. 
in Joa., 

XXXII, H. 


Select, in 

Ps. cxxv ; 

Select: in 

Jer., xxxi. 


Epist. ad 
A/ric. 


De Prinz., 
il, 1, 5. 


f 258 


S. Cyprlen. 


De Orat. 
dom., 32, etc. 


. - 


Epist, 

LVIII, 5. 


TeMm., 

il, 14; 

De Morial., 

9, etc. 


Tcstim.,u,l; 

De Mortal, 

9, etc. 


Ccstim., il, 6. 


De Orat. 
dom., 8. 


Testim., 
p. 117, etc.: 

Ad Fort., u 


f 2G4 


S. Denys 
d'Alexandrie. 


Epist., 10. 


- 


- 


7ont. Paul. 
Bam., ■ 
e, 9, 10. 


De 

Xat.fragm., 

3, 5, etc. 


ont. Paul. 
Sam., 10. 


- 


f vers 270 


S. Grégoire 

le 

Thaumaturge. 


- 


- 


- 


- 


- 


DeFidecath. 
Mignr', 
p. 1157. 


- 


- 


Vers 230 


S. Archélaiïs 
de Carchar. 


- 


- 


- 


Disp. cum 
Man., 29. 


- 


- ■ 


- 


- 


X vers 311 


S. Méthode. 


- 


? Conv., xi, 
12. 


- 


Conv., 
I, 2, etc. 


Conv., 
î, 3, etc. 


COHV.,YlU,i 


î Conv., 
XI, 2. 


- ' 



165 



CANON DES ECRITURES 



16G 



DATES 


ÉCRIVAINS 


T0B!E 


JUDITH 


ESTHER 

X, 4-XTI 


SACESSE 


ECCLÉSIASTIQUE 


BARUCE 


DANIEL 


MACHABÉES 


Vers 270-310 


Ensèbc 
de Césaréc. 


Apol. ad 

Const., 17, 

242. 


- 


- 


Prsep. Ev. 
I, 9. 


- 


Dem. Ev., 
vi, 19. 


- 


- 


f 367 
ou 308 


S. Hilalre 
de Poitiers. 


In Ps. 

CXXIX, 7. 


In Ps. 

CXXV, 6. 


- 


In Ps. 
cxvui, 2, 8. 


In Ps. 
lxvi, 9, etc. 


In Ps. 
lxviii, 19; 
De Trinit., 

iv, 142. 


In Ps. 

l.ll, 19, etc. 


- 


Vers 296-373 


S. Athanase. 


Cont. 

Arian., i, 

p. 379. 


Cont. 

Arian., ir,34, 

p. 397. 


- 


Cont. 

Arian. ,ir,33, 

p. 395. 


Cont. 

Arian., n, 4, 

p. 372. 


Cont. 

Arian., i, 13. 

p. 329. 


Cont. 
Arian., i,13, 

p. 329; 
m, p. 580. 


In Ps. 

LXXVII. 


Vers 371 


Lucifer 
de Cagliari. 


Pro Athan., 
Migne, 
p. 871. 


De non 
parc, p. 955. 


- 


Pro 

Athan., i, 

p. 860. 


- 


- 


Pro Athan., 
II, p. 894 
et suiv. 


De non 

parc, 

p.598etsuiv. 


Vors320-37S 


S. Éphrem. 


- 


In Ezech., 
32, 26; 

Op. syr., 
II, 29J. 


- 


- 


- 


Serm. adv. 

Jud., 

Op. syr., 

h, 212. 


Serm. ad 

noct.resurr., 

ï;Eym.,i, 

liait. Lamy, 

1882, 

530, 77. 


Sehol. in 

Dan. 

Hym„ 8, 

in Ep., 

édit. Lamy. 

1882, p. 75. 


Vers 330-379 


S. Basile. 


- 


- 


- 


Adv. 

Eunom., 

v, 12. 


- 


Adv. 

Eunom., 

iv, 16. 


Hom., xn ; 
in Prov., 13. 


- 


Vers 315-38C 


S. Cyrille 
de Jérusalem. 


- ■ 


- 


- 


Cat., ix, 2. 


Cat., vi, 14 ; 

XI, 9; 

XXII, 17. 


Cat., xi, 15. 


Coi., ir, 16; 
xvi, 31, etc. 


- 


t 384 


Priscillicn, 
quœ supersuu t 
<5dit. Schepps, 

in-8°. 
Vienne, 1889. 


Te, I. 
p. 32, 22. 


■- 


- 


Tr., xi, 

106, 3; 

Tr., i, 

10, 9, etc. 


Tr., vi, 70, 
4, etc. 


ÏY.,i,5,8,ctc. 


Tr., m, 
49, 24. 


- 


Vers 326-389 
ou 390 


S. Grégoire 
de Nazianze, 


- 


- 


- 


- 


- 


- 


Orat., 
xxxvi, 3. 


- 


f 390 


Apollinaire 

de Laodicéc, 

quw supersunt. 

édit.J.Dràseke. 

in- 8°, 
Leipzig, 1892. 


— 


- 


- 


- 


- 


Cont. Eun., 
p. 221, 17. 


f)e Incarn., 
p. 390, 10. 


- 


Entre 333 
et 340-397 


S. Ambroise. 


Lib. 
de Tobia. 


- 


- 


DeSpir.Sto., 

ni, 18, 

135, etc. 


De Bono 
mortis, 8. 


In Ps. 
CXVIII, 1?, 2. 


DeSpir.Sto., 
III, 6, 39. 


- 


f entre 384 
et 398 


S. Optât 
de Milève. 


- 


- 


De schism. 
Donat.,11,25. 


De schism. 
Donat.,m,3. 


- 


- 


- 


- 


Entre 310- 
320-403 


S. Épiphaue. 


- 


?Z)e num., 3. 


- 


Hier., xxvi 

(Onost.) , 

15, etc. 


User., xxiv, 
6, etc. 


Eser , 
lvii, 2, etc. 


Anchor., 
23, 24. 


? De num., 3. 



167 



CANON DES ÉCRITURES 



168 



DATES 


ÉCRIVAINS 


TOBIE 


JUDITH 


ESTHER 

X, 4 -XVI 


SAGESSE 


ECCLÉSIASTIQUE 


BARDCH 


DAMEL 


MACHABÉES 


Vers347-407 


S.Jean- 
Chrysostome. 


- 


- . 


- 


In Ps. cix, 7. 


De Laz., il, 4. 


In Ps. 

XLIX, 3. 


- 


-. 


Vers 3 3 1-420 


S. Jérôme. 


In Eccle., 
vhi, 2. 


Ejnst. ,lxv, 
adPrinc, 1. 


Epist., 

cxxx, 4, 

ad Démet., 

etc. 


? Dial. cum 
Pelag.,1,3*. 


? Dial. cum 
Péiag.,i,il. 


- 


In Nah., 
v, 13, etc. 


In Is., 
xxin, ï, etc. 


351-430 


S. Augustin. 


De Doctr. 
chr., il, 8, 13. 


De Doctr. 
chr.,u,8, 1-:. 


- 


In Ps. 

LVII, 1. 


In Ps. 

LXVII, 8. 


De Civ. Dè\. 
XVIII, 34. 


Serm., 

CCCXLIII. 


Cont. Oaud., 
il, 38, etc. 


f. 444 


S. Cyrille 
d'Alexandrie. 


- 


- 


- 


De ador. in 

Spir., x, 

p. 704, etc. 


De ador. in 

Spir., I, 
p. 107, etc. 


De ador. in 
Spir., i, fin, 

p. 209. 
In Baruch, 

t. LXX, 

p. 1457, etc. 


Thésaurus. 
assert. 15, 
p. 285, etc. 


- 



11" Partie. Histoire du CAA r oy du Nouveau Tes- 
tament. — Cette histoire est enveloppée d'obscurités 
dans ses commencements, parce que non seulement les 
Apôtres, mais même leurs premiers successeurs, ne 
fixèrent point d'une manière expresse le canon du Nou- 
veau Testament. La règle que suivit l'Église pour décla- 
rer un écrit canonique et par conséquent inspiré , ce fut 
de s'assurer qu'il émanait immédiatement des Apôtres ou 
du moins était approuvé par eux, comme l'Évangile de 
saint Marc et celui de saint Luc. Tertuïlien, Adv. Mar- 
cion., îv, 2, t. n, col. 363, 367; S. Irénée, Adv. Huer., m, 
4, 1, t. vu, col. 855. Mais cette constatation ne fut pas 
toujours aisée, surtout en certains lieux, d'où il résulta 
que quelques écrits furent, pendant un temps plus ou 
moins long, douteux et contestés, et qu'il existe aussi 
dans le Nouveau Testament une classe de livres deuté- 
rocanoniques , comme on l'a vu plus haut, col. 137. Le 
Nouveau Testament lui-même ne nous parle que d'une 
collection des Épitres de saint Paul, qu'il met sur le même 
rang que « le reste des Écritures ». II Petr., ni, 16. 

§ 1 . Canon du Nouveau Testament dans les Pères apos- 
toliques. — On ne tarda pas cependant à faire des collec- 
tions des écrits des Apôtres. Le pape saint Clément, vers 
l'an 95, connaît déjà les quatre Évangiles, la plupart des 
Épîtros et l'Apocalypse. Les autres Pères apostoliques, 
saint Ignace, saint Polycarpe, ont aussi des allusions fré- 
quentes aux écrits du Nouveau Testament. La lettre qui 
porte le nom de saint Barnabe cite le passage : « Beaucoup 
sont appelés, mais peu sont élus, » Matth., xx, 16; xxn, 14, 
avec les mots consacrés : u; yiypim-zii, « comme il est 
écrit » dans les Écritures inspirées. Tous ces écrivains, 
quoique contemporains ou voisins de l'époque aposto- 
lique, établissent d'ailleurs une ligne de démarcation très 
tranchée entre leurs écrits et ceux des Apôtres inspirés 
de Dieu. Saint Clément, lorsqu'il écrit aux Corinthiens, 
1 Cor., ï, 47, édit. Funk, p. 120, ne prétend pas être 
inspiré comme l'était saint Paul, lorsqu'il écrivait aux 
mêmes Corinthiens; saint Polycarpe, Phil., m, ibid., 
p. "270, déclare aux Philippiens qu' « il ne peut avoir la 
sagesse du bienheureux et glorieux Paul qui... leur a 
écrit son Épitre »; saint Ignace, Rom., IV, p. 217, sup- 
pliant les Romains de ne pas lui dérober la couronne 
du martyre, ajoute : « Je ne vous donne pas d'ordre, 
comme Pierre et Paul; ils étaient Apôtres, je ne suis 
qu'un condamné. » 



La Doctrine des Apôtres, retrouvée en 1883, et qui se 
rattache étroitement à l'âge apostolique, fait des emprunts 
à saint Matthieu et probablement aussi à saint Luc, à saint 
Jean, à I Corinthiens, à I Pierre, à saint Jude, et peut- 
être aussi aux Éphésiens, à II Pierre et à l'Apocalypse. Sa 
manière de parler semble indiquer aussi que les Évan- 
giles étaient déjà réunis ensemble : w; èxéAsvaev 6 Kiiptoç 
èv tû E-JayyeXc'w, dit-il en rapportant le Pater, vm, 2; 
cf. xi, 3; XV, 3, 4. Lehre dér zwôlf Apostolen, édit. Har- 
nack, Leipzig, 1884, p. 26, 38, 59, 60; cf. p. 65, 69, 83. 
Cf. Zahn, Geschichte des Neutestamenllichen Kanons, 
t. ï, p. 363; Salmon , Introduction to the New Testa- 
ment, p. 601-618. 

§ 2. Canon du Nouveau Testament dans les Pères 
apologistes et leurs contemporains (120-170). — 1° Les 
apologistes du II e siècle eurent plus souvent occasion que 
les Pères apostoliques de parler de la vie et des paroles 
de Notre-Seigneur; mais ils procédèrent surtout par voie 
d'allusion, sans citer ordinairement mot à mot les écrits 
du Nouveau Testament. — Saint Justin (f vers 167), dans 
son Dialogue avec Tryphon, 103, t. vi, col. 717, parle 
«des mémoires (àito[j.vrinove'j[i.oc(îtv) écrits par les Apôtres 
et par leurs disciples », allusion frappante aux quatre 
Évangiles écrits par les deux Apôtres saint Matthieu et 
saint Jean, et par les deux disciples des Apôtres, saint 
Marc et saint Luc. Dans sa première Apologie, 66, t. vi, 
col. 429, il nous explique en termes exprès quels sont ces 
à7to;i';r'|[j.ovsy[j.ocTa des Apôtres, il nous dit qu'on les appelle 
« Évangiles », S -/.oXtXTai E-ja-néXia (cf. Zahn, Geschichte 
des Neutestamentlichen Kanons, t. ï, p. 417). Il fait des 
emprunts à saint Matthieu , xvn, 3 (Dial., 49); à saint 
Marc, m, 16, 17 (Dial., 106); à saint Luc, xxm, 46 
(Dial., 105); à saint Jean, Apol., ï, 61; Dial., 88, etc., 
t. vi, col. 420, 688. On a contesté ses emprunts à saint 
Jean, mais ce qu'il dit du Verbe divin est si frappant, 
que Volkmar, Vrsprung unserer Evangelien, Zurich, 
1866, p. 100, ne voulant pas admettre l'authenticité du 
quatrième Évangile, a prétendu que son auteur avait 
puisé dans saint Justin sa doctrine sur le Verbe. — 
Saint Justin n'a pas eu occasion de mentionner en termes 
exprès les autres écrits du Nouveau Testament, excepté 
l'Apocalypse , qu'il cite sous ce nom , en l'attribuant 
expressément à l'Apôtre saint Jean et en l'appelant une 
prophétie. Dial., 81, t. vi, col. 669. Mais on peut constater 
qu'il connaissait les Actes, Apol-, ï, 50, 67, t. vi, col. 404, • 



169 



CANON DES ÉCRITURES 



170 



429, toutes les Épîtres de saint Paul (celle à Philémon 
exceptée), et au moins quatre des Épîtres catholiques, celle 
de saint Jacques, les deux de saint Pierre, et la première 
de saint Jean. Voir Grube, Die hermeneutische Grundsâlze 
Justin's des Martyrers , dans le Katkolik de Mayence, 
année 1880, t. i, p. 20; Hilgenfeld, Einleitung in das 
Neue Testament, p. 68; A. Loisy, Histoire du Canon du 
Nouveau Testament, in-8°, Paris, 1891, p. 48-58. — 
Papias, à peu près contemporain de saint Justin, connais- 
sait les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc, et 
très probablement aussi celui de saint Jean, dont une 
tradition dit qu'il était le disciple et le secrétaire, de 
même que la première Épltre de saint Jean , la première 
Épître de saint Pierre et l'Apocalypse. 

2° Les hérétiques qui attaquent l'Église à cette époque 
nous fournissent eux-mêmes de précieux témoignages 
sur le canon du Nouveau Testament. Les plus anciens 
écrits gnostiques qui nous sont parvenus font usage de 
saint Matthieu, de saint Jean et de la première Épître 
aux Corinthiens. Philosoph., vi, 16 ; ix, 13; t. xvi, part, m, 
col. 8210, etc. Les Homélies pseudo- clémentines em- 
pruntent à tous les Évangiles. Cf. Hom., xix,20,22; xx, 9; 
Pair, gr., t. n, col. 441 , 444, 456, etc. — Le gnostique Ba- 
silide (vers 125) cite les livres du Nouveau Testament de la 
même manière que ceux de l'Ancien , avec la formide : 
« II est écrit; l'Écriture dit. » Eusèbe, H. E., iv, 7, t. xx, 
toi. 316, 317, Philosoph., vu, 22, 25, 26, 27, etc., t. xvi, 
col. 3306 et suiv. Héracléon composa des commentaires 
sur les écrits du Nouveau Testament. — Marcion, lors- 
qu'il se rendit du Pont à Rome, en 142, portait avec lui 
l'Évangile de saint Luc (altéré à dessein) et une collec- 
tion des Épîtres de saint Paul qui les ■ contenait toutes , 
excepté celles àTimothée, à Tite et aux Hébreux. Il exis- 
tait donc dés lors des recueils proprement dits des livres 
du Nouveau Testament. Marcion divisait le sien en deux 
parties, qu'il appelait T Evangelicon (contenant l'Évan- 
gile de saint Luc tronqué) et V Apostolicon (les dix 
grandes Épîtres de saint Paul). Tertullien, Adv. Mar- 
cion., iv, 1, t. n, col. 361; S. Épiphane, Adv. Hser., 
xui, 9, t. xli, col. 708. Voir F. Vigouroux, Les Livres 
Saints et la critique rationaliste, 4 e édit., t. i, p. 119. 
— On a recueilli plus de cent soixante citations du 
Nouveau Testament, emprunts ou allusions, dans ce 
que les Philos ophoumena rapportent des sectes gnos- 
tiques : ophites, pérates, séthiens. Voir Migne, Patr. 
gr., t. xvi, col. 3458-3460. — Vers 160-170, un disciple 
de saint Justin, Tatien, compose le Diatessaron, har- 
monie des quatre Évangiles qui atteste qu'on reconnais- 
sait quatre Évangiles canoniques et quatre seulement, ce 
qui suppose que dès cette époque leur autorité éiait 
déjà établie depuis un certain temps. Voir Tatien. Le 
texte grec est perdu, mais le P. Ciasca en a publié une ver- 
sion arabe, Tatianus, Evangeliorum harmonia arabice, 
in -4°, Rome, 1888. 

3° La traduction syriaque du Nouveau Testament con- 
nue sous le nom de Peschito, qui est aussi du if siècle, 
fournit la preuve que le Nouveau Testament renfermait 
à cette époque non seulement les quatre Évangiles, mais 
aussi les Actes, quatorze Épîtres de saint Paul, I Jean, 

I Pierre, Jacques; elle n'a point saint Jude, II Pierre, 

II et III Jean et l'Apocalypse. Nous trouvons donc le 
canon déjà à peu près complet chez les chrétiens de Syrie 
qui parlent la langue araméenne. Mais nous avons aussi 
une autre preuve de l'existence d'un canon proprement 
dit du Nouveau Testament dans la seconde moitié du 
11= siècle ; elle nous est certifiée par un précieux fragment 
Connu sous le nom de Canon de Muratori. 

4° Ce canon est de l'an 170 environ, d'après les rensei- 
gnements qu'il nous fournil lui-même. Il est d'autant 
plus précieux qu'il provient de l'Église romaine. Le com- 
mencement manque. Les premiers mots sont une allu- 
sion à l'Évangile de saint Marc ; il cite ensuite saint Luc 
comme le troisième livre (du Nouveau Testament), puis 



saint Jean, les Actes, les treize Épîtres de saint Paul, 
l'Épître de saint Jude, deux Épîtres de saint Jean et 
l'Apocalypse de saint Jean. Il mentionne aussi la ré- 
ception, mais par quelques-uns seulement, de l'Apoca- 
lypse de saint Pierre. Il omet l'Épître aux Hébreux, de 
même que celle de saint Jacques et la seconde Épître de 
saint Pierre. Le voici d'après le fac-similé publié par 
Tregelles. (Comme il fourmille de fautes d'orthographe 
et de latin, les plus grossières ont été corrigées pour le 
rendre intelligible.) 

« ... quibus tamen interfuit et ita posuit. 

» Tertio Evangelii libruin secundum Lucam. Lucas, 
istc medicus, post ascensum Christi, cum eum Paulus 
quasi ut juris studiosum secundum adsumpsisset, nomine 
suo ex opinione conscripsit. Dominum tamen nec ipse 
vidit in carne. Et idem, prout assequi potuit, ita et a nati- 
vitate Johannis incipit dicere. 

» Quarti Evangeliorum Johannes ex discipulis. Cohor- 
tantibus condîscipulis et episcopis suis dixit : « Conjeju- 
» nate mihihodie triduo, et quid cuique fuerit revelatum, 
» alterutrum nobis enarremus. » Eadem nocte revelatum 
Andreae ex apostolis, ut recognoscentibus cunctis Johan- 
nes suo nomine cuncta describeret. Et ideo , licet varia 
singulis Evangeliorum libris principia doceantur, nihi- 
tamen differl credentium fidei, cum uno ac principali spi- 
ritu declarata sint in omnibus omnia, de nalivitate, de 
passione, de resurrectione , de conversatione cum disci- 
pulis suis ac de genuino ejus adventu, primo in humili- 
tate despectus, quod fuit, secundo [in] potestate regali 
praeclarum, quod futurum est. Quid ergo mirum si Jo- 
hannes tam constanter singula etiam in epistolis suis 
proférât, dicens in semetipsum : Quse vidimus oculis 
nostris et auribus audivimus et manus nostrse palpave- 
runt, hsec scripsimus vobis. Sic enim non solumvisorem, 
sed et auditorem, sed et scriptorem omnium mirabilium 
Domini per ordinem profitetur. 

» Acta autem omnium Apostolorum sub uno libro scripta 
sunt. Lucas optime Théophile comprenait quia sub prae- 
sentia ejus singula gerebantur, sicuti et semote passio- 
nem Pétri evidenter déclarât , sed et profeclionem Pauli 
ab Urbe ad Spaniam proficiscentis. 

» Epistulse autem Pauli, quas, a loco vel ex qua causa 
directae sint, volentibus intelligere ipse déclarant. Primum 
omnium Corinthiis schismse haereses interdicens, dein- 
ceps Galatis circumeisionem , Romanis autem ordinem 
Seripturarum , sed et principium earum esse Christum 
intimans, prolexius scripsit, de quibus singulis necesse 
est ab nobis disputari. 

» Cum ipse beatus Apostolus Paulus, sequens prsedeces- 
soris sui Johannis ordinem, nonnisi nominatim septem 
ecclesiis scribat ordine tali : Ad Corinthios prima, ad 
Efesios secunda, ad Philippenses terlia, ad Colossenscs 
quarta, ad Galatas quinta , ad Thessalonicenses sexta, ad 
Piomanos septima. Verum Corinthiis et Thessalonicensi- 
bus licet pro correptione iteretur : una tamen per omnem 
orbem terrœ lxclesia diffusa esse dignoscitur. Et Johan^ 
nés enim in Apocalypsi, licet septem Ecclesiis scribat, 
tamen omnibus dicit. 

» Verum ad Philemonem unam , et ad Titum unam, et 
ad Timothaeum duas pro affectu et dileclione ; in honore 
tamen Ecclesia; catholicae, in ordinatione ecclesiasticœ 
disciplinae sanctificatee sunt. 

» Fertur etiam ad Laodicenses, alia ad Alexandrinos. 
Pauli nomine finctae ad hserescm Marrionis, et alia plura, 
quœ in catholicam Ecclesiam recipi non potest. Fel enim. 
cum melle misceri non coiigruit. 

» Epistola sane Judae et super scripti Johannis duas in 
catholica habentur, et [ut] Sapientia ab amicis Salomonis 
in honore ipsius scripta. 

» Apocalypsem etiam Johannis et Pétri tantum re- 
cipimus, quam quidam ex nostris legi in Ecclesia no- 
lunt. 



171 



CANON DES ÉCRITURES 



172 



■d Pastorem vero nuperrime temporibus nostris in 
Urbe Roma Herma conscripsit , sedente cathedra Urbis 
Eomse ecclesise Pio episcopo fratre ejus. Et ideo legi eum 
quidem oportet, se publicare vero in Ecclesia populo 
neque inter Profetas completum numéro, neque inter 
Apostolos in finem temporum potest. 

» Arsinoi autem seu Valentini vel Miltiadis nihil in 
totum recipimus. Quin etiam novum psalmorum librum 
Marcioni conscripserunt. Una cum Basilide Asianum 
catafrygum constitutorem... » (La fin manque.) 

Ce canon a été l'objet de nombreux travaux. Voir Mura- 
tori, qui l'a publié le premier dans ses Antiquitates ita- 
licx medii sévi, t. m, p. 851; S. P. Tregelles, Canon 
Muratorianus (avec un fac-similé de l'original), in -4°, 
Oxford, 1867; F. Hesse, Dos Muratorische Fragment, 
Giessen, 1873 (avec une bibliographie complète jus- 
qu'en "1873); Harnack, Muratorische Fragment, dans 
la Zeitschrifl fur Kirchengeschichte , t. m, 1879, 
p. 258-408, 595-598; Frz. Overbeck, Zur Geschichte 
des Kanons, zwei Abhandlungen , in-8°, Chemnitz, 
1880, p. 71; Th. Zahn, Geschichte des Neulestament- 
lichen Kanons, Erlangen, t. H, 1890, p. 1 et suiv.; 
A. Hilgenfeld, dans la Zeitschrift fur ivissenschaftliche 
Théologie, 1881, p. 129; B. F. Westcott, A gênerai Sur- 
vey of the histonj of the Canon of the New Testament, 
6 e édit., 1889, p. 521 ; A. Kuhn, Der muratorische Kanon, 
Zurich, 1892; G. Koffmane, dans les Jahrbûcher fur 
deutsche Théologie, herausgegeben von Lemme, t. n, 
p. 163; F. Vigouroux, Manuel biblique, 9 e édit., 1895, 1. 1, 
n° 102, p. 102-108. 

Au ii= siècle, à part des lacunes accidentelles, nous 
ne trouvons guère que la seconde Épître de saint Pierre 
qui ne soit pas expressément mentionnée comme aposto- 
lique, ce qui peut s'expliquer facilement par la brièveté 
de cet écrit. De tous ces témoignages, il résulte donc que, 
dès la seconde moitié du II e siècle, le canon actuel du 
Nouveau Testament, à l'exception de quelques parties 
deutérocanoniques contestées , était admis par l'Église 
tout entière, et spécialement par l'Église romaine, mère 
et maîtresse de toutes les Églises. L'apostolicité de 
certains écrits, tels que l'Épître aux Hébreux, était seu- 
lement douteuse dans quelques parties de l'Église, de 
même que divers autres étaient acceptés çà et là , à tort , 
comme inspirés. 

§ 3. Histoire du canon du Nouveau Testament depuis 
le troisième quart du il' siècle jusqu'à la fin du ni'. 
— Ce qui caractérise cette période, c'est que désormais les 
écrits du Nouveau Testament sont devenus d'un usage si 
commun, que dans la pratique ils ne font plus qu'un seul 
tout avec l'Ancien, et réunis ensemble forment le corps 
unique de l'Écrilure. S. Irénée, Adv. Hser., Il, 28, 2-3, 
t. vu, col. 804-807; Clément d'Alexandrie, Strom., vil, 3, 
t. jx, col. 417; cf. vi, 11; iv, 1, col. 309; t. vin, col. 1216; 
Tertullien, Adv. Marcion., IV, 1; Adv. Prax.,iô, t. il, 
col. 361, 172. Saint Irénée se sert des quatre Évangiles, 
Adv. Hxr., m, 11, t. vu, col. 885; des Actes, qu'il attribue 
à saint Luc, Adv. Hser., m, 14, t. vu, col. 913; d'au moins 
treize Épîtres de saint Paul, de deux de saint Jean, de 
la première de saint Pierre et de l'Apocalypse. Clément 
d'Alexandrie, au témoignage d'Eusèbe, H. E.,vi, 14, 
t. xx, col. 549, analysait dans ses Hypotyposes tous les 
écrits des deux Testaments sans exception, et dans ce qui 
nous reste de lui, nous trouvons des citations de tous les 
écrits du Nouveau Testament, à l'exception de la seconde 
Épltre de saint Pierre. Origène non seulement connaît 
tous les écrits du Nouveau Testament, mais il nous en 
a laissé l'énumération. Honi. in Luc, I, t. xm, col. 1803 : 
« L'Église, dit-il, a quatre Évangiles. Les hérésies en 
ont un grand nombre, entre autres celui qui est dit 
selon les Égyptiens, et celui qui est dit selon les douze 
Apôtres... Parmi tous ces écrits, nous approuvons ce que 
l'Eglise approuve, c'est-à-dire les quatre Évangiles qui 



doivent être reçus. » Dans d'autres passages importants, 
qu'Eusèbe nous a conservés dans son Histoire ecclésias- 
tique, vi, 25, t. xx, col. 581-585, le savant alexandrin 
s'exprime ainsi : « J'ai reçu, dit-il, de la tradition quatre 
Évangiles, qui sont admis seuls, sans aucune contradic- 
tion, dans toute l'Église qui est sous le ciel. Le premier 
est selon Matthieu , d'abord publicain , puis apôtre de 
Jésus-Christ; il l'écrivit en langue hébraïque et le donna 
à ceux du judaïsme qui s'étaient convertis à la foi. Le- 
second est selon Marc, qui l'écrivit comme Pierre le lui 
avait exposé. [Pierre] le reconnaît aussi comme son fils 
dans son Épître catholique, en ces termes : « L'Église 
« élue qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc, mon, 
« fils. » Le troisième Évangile est selon Luc , il a été loué 
par Paul et écrit pour les Gentils. Le dernier est selon 
Jean... Celui qui a été fait le digne ministre du Nou- 
veau Testament, non par la lettre, mais par l'esprit, Paul, 
qui a porté l'Évangile depuis Jérusalem et ses environs 
jusqu'en Illyrie, n'a pas écrit à toutes les Églises aux- 
quelles il a prêché, et à celles auxquelles il a écrit, il a 
adressé seulement quelques versets. Pierre, sur lequel 
est bâtie l'Église du Christ, contre laquelle ne prévau- 
dront point les portes de l'enfer, a laissé une seule Épltre 
acceptée par tous. Admettons aussi que la seconde est de 
lui, car là-dessus il y a doute. Et que faut-il dire de celui 
qui reposa sur la poitrine de Jésus, de Jean, qui nous a 
laissé seulement un Évangile, quoique, dit -il, il aurait 
pu écrire tant de livres, que le monde n'aurait pas pu 
les contenir? Il a écrit aussi l'Apocalypse, ayant reçu 
l'ordre de se taire et de ne pas décrire la voix des sept 
tonnerres. Il a écrit aussi une Épître très courte, et même, 
si l'on veut, une seconde et une troisième , quoique tous 
n'admettent pas qu'elles soient authentiques; les deux 
contiennent à peine cent versets... Le style de l'Épître 
qui est adressée aux Hébreux n'a pas ce caractère de 
rusticité qui est propre à l'Apôtre; car il avoue lui-même 
qu'il est inhabile dans la parole, c'est-à-dire dans la 
forme. Or quiconque peut juger de la différence des 
styles reconnaîtra que cette Epître l'emporte [sur les 
autres] par la composition et est en meilleur grec. Du 
reste, les pensées développées dans cette Épître sont 
admirables et ne le cèdent en rien à celles des lettres 
de l'Apôtre acceptées de tous : quiconque a lu avec atten- 
tion les écrits apostoliques reconnaîtra que c'est la vérité... 
Je pense donc que les pensées sont de l'Apôtre, mais 
que les phrases et la rédaction sont d'un autre, qui note 
les paroles de l'Apôtre et qui a voulu résumer par écrit 
l'enseignement du maître. Si donc une Église regarde 
cette Épître comme étant de Paul, qu'on la cite sous son 
nom, car ce n'est pas sans raison que les anciens ont 
transmis la tradition qu'elle était de Paul. Qui a rédigé 
l'Épître? Dieu sait la vérité. Les écrivains dont les récits 
sont parvenus jusqu'à nous ont dit, les uns, qu'elle avait 
été écrite par Clément, qui devint évêque de Rome; les 
autres, par Luc, qui écrivit l'Évangile et les Actes. » 
Origène reçoit aussi l'Épître de saint Jacques et de saint 
Jude. In Exod., Hom. vin, 4, t. xxn, col. 355; In Matth., 
x, 17, t. xm, col. 877, etc. 

Non seulement ces passages nous renseignent sur la 
croyance de l'Église d'Alexandrie relativement au canon 
du Nouveau Testament, mais ils nous montrent aussi 
avec quel soin on s'efforçait de distinguer les écrits au- 
thentiques des Apôtres des écrits douteux, et de discer- 
ner, pour ceux qui étaient le sujet de quelque contesta- 
tion, le degré de probabilité qu'on pouvait faire valoir en 
leur faveur; comment aussi on était exact à ne pas don- 
ner une opinion personnelle comme l'expression de la 
tradition de l'Église. Ce que pense Origène sur les autres 
écrits de l'Église primitive fait ressortir encore davan- 
tage, s'il est possible, le zèle avec lequel s'exerçait alors 
sur ce point ce que nous appellerions aujourd'hui la cri- 
tique. « Fidèle aux traditions d'Alexandrie, Origène se 
montre favorable au Pasteur d'Hermas , à l'Épître de Bar- 



173 



CANON DES ECRITURES 



174 



nabé, à celle de saint Clément... Ce sont pour lui des 
Écritures divines, mais il tient compte des traditions qui 
ne sont pas conformes à celles d'Alexandrie... Tout autre 
est sa manière de traiter les apocryphes. Ce n'est pas 
qu'il soit hostile à ces livres. Il en cite quelques-uns 
avec un certain respect;... mais... quand la doctrine de 
ces apocryphes lui semble erronée ou peu sûre, il a soin 
d'observer que ce ne sont pas des livres ecclésiastiques 
ni émanant d'Apôtres ou d'hommes inspirés. De princ. 
Prsef., 8, t. xi, col. 119-120. » A. Loisy, Histoire du 
canon du Nouveau Testament, in-8°, Paris, 1891, 
p. 145-146. 

§ 4. Histoire du canon du Nouveau Testament, pen- 
dant le ir e siècle. — 1° Église grecque. — Un passage 
célèbre d'Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, m, 25, 
t. xx, col. 228, nous fournit des renseignements nets et 
précis sur l'état du Canon du Nouveau Testament à cette 
époque. En voici la traduction : « Il paraît à propos, dit-il, 
d'énoncer brièvement ici les Écritures du Nouveau Testa- 
ment qui sont [connues dans l'Église]. — I. Il faut placer 
en premier lieu le saint nombre quaternaire des Évan- 
giles, puis le livre des Actes des Apôtres. On doit compter 
ensuite les Épîtres de Paul, auxquelles il faut ajouter 
celle qui est dite la première de Jean et pareillement la 
première de Pierre. On y joindra, si l'on veut (eîye 
çœvecVi), l'Apocalypse de Jean, au sujet de laquelle nous 
dirons en temps et lieu ce que nous pensons. Ce sont là 
les livres reçus d'un commun accord (êv à\i.oXoiov\).k- 
voi;). — II. Quant à ceux qui sont controversés (twv 
à' «vTtXeyo|xév(ov ) , mais qui sont regardés par la plupart 
comme authentiques (Yvwpiixwv 6* oùv Siimç toïç itoXXoïc), 
ce sont l'Épitre dite de Jacques, celle de Jude, la seconde 
de Pierre, et celles qui sont appelées la seconde et la 
troisième de Jean, soit qu'elles aient été écrites par l'É- 
vangéliste, soit qu'elles l'aient été par un homonyme. — 
III. Parmi les apocryphes (èv -rot; vôBoi;, spuria), il faut 
placer le livre des Actes de Paul, celui qui est appelé le 
Pasteur, de plus l'Épître de Barnabe, et ce qu'on nomme 
les Enseignements (SiSa^otî) des Apôtres, et aussi, si 
l'on veut, comme je l'ai dit, l'Apocalypse de Jean, que 
quelques-uns, comme je l'ai remarqué, mettent de côté 
(«Oîtoûo-'.v), mais que les autres comptent parmi les livres 
reçus d'un commun accord (toïî 5|xoXoyou|ji.évoiî). A ces 
livres, quelques-uns ajoutent aussi l'Évangile selon les 
Hébreux, dont se servent surtout ceux qui parmi les 
Hébreux ont reçu la foi du Christ. Ce sont là sans doute 
tous les livres qui sont controversés. Nous avons pensé 
que nous devions en dresser le catalogue (y.xiàloyo-i ) en 
distinguant les écrits qui, selon la tradition ecclésias- 
tique , sont vrais , authentiques , admis par tous , et ceux 
qui sont contestés, n'étant pas dans les listes (év8ca6r,- 
xo-j:), mais sont connus de la plupart des hommes ecclé- 
siastiques, afin que nous les connaissions nous-mêmes, 
— IV. ainsi que les écrits qui sont reçus chez les héré- 
tiques sous le nom des Apôtres, soit qu'ils contiennent 
les Évangiles de Pierre, de Thomas, de Matthieu et 
autres, ou les Actes d'André, de Jean et des autres 
Apôtres ; aucun homme ecclésiastique, dans la succession 
continue de l'Église, n'a jamais daigné tenir compte d'au- 
cun de ces écrits. Du reste, même leur manière de parler, 
différente de celle des Apôtres, leurs pensées et leur en- 
seignement, qui s'écartent le plus souvent de la véritable 
orthodoxie, montrent clairement que ce sont des produc- 
tions des hérétiques. On ne doit donc même pas les placer 
parmi les apocryphes (iv vô6oiç), mais les rejeter abso- 
lument comme absurdes et impies, » 

Eusèbe, pour écrire ces pages, avait entre les mains 
un grand nombre de documents que nous ne possédons 
plus; mais ceux qui nous restent suffisent, comme nous 
le verrons, pour apprécier ces affirmations. 11 distingue 
quatre classes de livres : 1° ceux que nous appelons au- 
jourd'hui protocanoniques , admis de tous , les quatre 
Évangiles, les Actes, les Épîtres de saint Paul, la pre- 



i mière de saint Jean et la première de saint Pierre, et, 
] avec une restriction, l'Apocalypse. Pour les Épîtres de 
saint Paul, elles sont si connues, qu'il croit inutile d'en 
indiquer même le nombre; mais nous sommes certains 
qu'il les comprend toutes, sans exception, car il a dit 
plus haut, dans ce même livre de son Histoire, m, 3, 
t. xx, col. 217 : « Les quatorze Épîtres de Paul sont bien 
connues de tous; il faut cependant savoir que quelques- 
uns mettent de côté l'Épître aux Hébreux, parce qu'on 
dit que l'Église de Rome la refuse à Paul. » Nous ver- 
rons, en effet, qu'on faisait quelques difficultés dans 
l'Église d'Occident contre l'Épître aux Hébreux; de même 
que, dans certaines parties de l'Orient, on en faisait contre 
l'Apocalypse. Origène nous a déjà indiqué qu'il existait 
quelques doutes sur l'Épître aux Hébreux, mais seule- 
ment sur son origine paulinienne; il n'a exprimé aucune 
incertitude sur l'Apocalypse. — Eusèbe , en second lieu , 
énumère les écrits canoniques controversés, àvTiXey6|j.iv2, 
qui sont admis pour la plupart, c'est-à-dire cinq des 
Épîtres catholiques, celle de saint Jacques, celle de saint 
Jude, la seconde de saint Pierre, la seconde et la troi- 
sième de saint Jean. Son témoignage est ici d'autant plus 
précieux, qu'il est plus catégorique et qu'il a trait à des 
écrits que la plupart des écrivains n'ont pas eu occasion 
de citer, à cause de leur brièveté. Il est certain d'ailleurs 
que leur authenticité était regardée comme douteuse par 
certaines Églises. — La troisième classe d'Eusèbe com- 
prend les écrits qu'il appelle v<58a, parce qu'ils ne sont 
pas des auteurs à qui on les attribue, comme l'Apoca- 
lypse de Pierre, ou du moins qu'ils ne sont pas la parole 
de Dieu inspirée, comme le Pasteur. On lisait ces livres 
dans certaines Églises; ils ne sont pas condamnables en 
eux-mêmes, mais ils ne font pas partie du canon, -r- Enfin 
la dernière classe, qu'Eusèbe qualifie d'absurde et d'impie, 
comprend les œuvres hérétiques. 

Du passage d'Eusèbe, il résulte que l'Apocalypse était 
presque universellement acceptée, de sorte qu'il la place 
parmi les homologoumena ; mais il fuit quelques réserves, 
parce qu'en effet l'Église d'Anlioche ne l'admettait pas, 
et que Denys d'Alexandrie, surnommé le Grand, l'avait 
rejetée. Denys (f 264), disciple d'Origène et son succes- 
seur dans les fonctions de catéchiste dans l'église d'A- 
lexandrie, puis évêque de cette ville, avait composé deux 
livres perdus, Des promesses, pour réfuter un évêque 
égyptien, nommé Népos, qui soutenait le millénarisme 
en s'appuyant sur l'Apocalypse, xx, 4-7. Cf. Eusèbe, 
H. E., vu, 24, t. xx, col. 692. Afin d'enlever à Népos l'au- 
torité qu'il invoquait en sa faveur, Denys, relevant les diffé- 
rences de style qu'il remarquait, avec sa subtilité d'Alexan- 
drin, entre les Évangiles et les Épîtres, d'une part, et 
l'Apocalypse, d'autre part, nia que ce dernier écrit fût de 
l'Apôtre saint Jean. Eusèbe, H. E., vu, 25, t. xx, col. 697. 
Eusèbe de Césarée, qui nous a conservé ces détails, les 
avait présents à l'esprit lorsqu'il disait que quelques-uns 
contestaient l'authenticité de l'Apocalypse. Cependant 
l'opinion de Denys était si contraire à la croyance géné- 
rale, qu'elle ne put pas prendre pied, même dans l'Église 
d'Alexandrie. Nous lisons, en effet, dans la lettre festi- 
vale 39 de saint Athanase, écrite en l'an 367, t. xxvi, 
col. 1176 : « Il ne faut pas manquer d'énumérer aussi 
les livres du Nouveau Testament : les quatre Évangiles 
selon Matthieu, selon Marc, selon Luc et selon Jean; 
ensuite les Actes des Apôtres et les Épîtres des Apôtres 
appelées catholiques, au nombre de sept : une de Jacques, 
deux de Pierre, trois de Jean, une de Jude; en outre, les 
quatorze Épîtres de Paul l'Apôtre, en cet ordre: la pre- 
mière aux Romains, deux aux Corinthiens, ensuite aux 
Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, 
aux Thessaloniciens deux, aux Hébreux ; ensuite à Timothée 
deux, à Tite une, et la dernière à Philémon, une, et enfin 
l'Apocalypse de Jean. Ce sont là les sources du salut, 
etc. » L'Apocalypse, on le voit, est acceptée sans aucune 
restriction, et il n'existe entre ce catalogue du Nouveau 



175 



CANON DES ECRITURES 



176 



Testament et le canon du concile de Trente qu'une légère 
différence dans l'ordre d'énumération des Épitres. ( Cet 
ordre est très divers dans les canons, dans les Codices et 
dans les divers auteurs. M. W. Sanday en a publié le ta- 
bleau pour l'Ancien Testament, The Clieltenham List, 
dans les Sludia biblica, t. m, 1891, p. 227-232. Pour le 
Nouveau Testament, voir ce qu'il dit p. 244.) Cf. aussi 
C. R. Gregory, Prolegomena ad Novum Teslamen- 
tum grsece de Tischendorf, edit. vm a , p. 131. Le suc- 
cesseur de saint Athanase, saint Cyrille d'Alexandrie, 
suit de même exactement le canon de ce docteur dans 
ses écrits, et il cite en particulier l'Apocalypse, en l'at- 
tribuant à saint Jean, De ador. in spiritu, \, t. lvhi, 
col. 433, etc. 

Cependant l'opinion de Denys ne resta pas sans écho, 
et l'Apocalypse, qui avait été reçue unanimement comme 
divine jusqu'au milieu du ni» siècle, et continua à l'être 
à Alexandrie, devint plus ou moins suspecte dans plu- 
sieurs parties de l'Église d'Orient, en Asie Mineure et à 
Antioche. 

Le canon de Laodicée, en Phrygie, qui paraît remon- 
ter à la seconde moitié du iv siècle et exprime l'opi- 
nion d'une partie de l'Église de l'Asie Mineure, quoi 
qu'il en soit de son authenticité (voir plus haut, col. 151), 
ne mentionne pas l'Apocalypse; il contient cependant 
tous les autres livres. Mansi, Conc, t. H, col. 574. 
Le canon lxxxv des Canons apostoliques, Pair, gr., 
t. cxxxvn, col. 211, est semblable à celui de Laodicée. 
Le canon grec des soixante livres (voir plus haut, 
col. 161), ne parle pas de l'Apocalypse, quoiqu'il con- 
tienne toutes les Épitres deuttrocanoniques (pour les- 
quelles il ne fait aucune restriction) et même les apo- 
cryphes. (Le catalogue stichométrique de Nicéphore, voir 
plus haut, col. 161, place l'Apocalypse parmi les anlile- 
gomena et ne fait aucune réserve pour les Épitres deu- 
térocanoniques.) Saint Grégoire de Nazianze (f vers 389), 
Carm., I, i, 12, t. xxxvn, col. 475, omet l'Apocalypse, et 
saint Amphiloque (-ji vers 380), Carm. ianib., t. xxxvn, 
col. 1537, dit que beaucoup la rejettent. Saint Cyrille de 
Jérusalem (f 386) n'en parle point, Calech., rv, 22, 
t. xxxiii, col. 500; saint Épiphane (f 403) parle des dif- 
ficultés qu'on soulève contre ce livre prophétique. Cepen- 
dant les doutes de ces, Pères paraissent surtout théoriques. 

II faut remarquer, en etfet, que saint Cyrille de Jérusa- 
lem, Calech., x, 3, t. xxxm, col. CI34, et saint Grégoire 
de Nazianze, Oral., xxix, 17, etc., t. xxxvi, col. 97, font 
usage de l'Apocalypse. André et Arétas, évêques de Césa- 
rée en Cappadoce , ont composé des commentaires de ce 
livre où ils disent, l. cvi, col. 220, 493, qu'ils se sont 
servis des explications données sur cet écrit par saint 
Grégoire de Nazianze. Saint Basile, Adv. Eunom., rv, 2, 
t. xxix, col. 677, et son frère saint Grégoire de Nysse, 
Eunom., H, t. xlv, col. 501, font également usage de l'Apo- 
calypse. De même saint Éphrem, qui connaît aussi les 
Épitres catholiques. — L'Église d'Antioche seule semble 
rejeter complètement la prophétie de saint Jean. On ne 
rencontre point de citations de ce livre, non plus que des 
courtes Épitres de saint Jude, de II Pierre et de II et 

III Jean dans saint Jean Chrysostome (f 407) ni dans 
Théodoret. Léonce de Byzance, Cont. Nest. et £ulych.,\i, 
t. lxxxvi, col. 1366, reproche à Théodore de Mopsueste, 
originaire d'Antioche, d'avoir rejeté les Épitres catho- 
liques. La Synopse de l'Écriture , qu'on place parmi les 
Œuvres de saint Jean Chrysostome. t. lvi, col. 308, 424, 
omet l'Apocalypse et ne mentionne que trois Épitres ca- 
tholiques. 

C'est donc à l'Église d'Antioche qu'Eusèbe avait fait 
allusion lorsqu'il range I'Épître de saint Jacques , celle 
de saint Jude, la seconde de saint Pierre, la seconde et 
la troisième de saint Jean parmi les antilegomena; mais 
il a bien raison d'ajouter que ces Épitres sont regardées 
« par la plupart comme authentiques », puisqu'elles sont 
acceptées partout ailleurs. Il dit du reste expressément 



dans un autre passage, H. E., Ht, 23, t. xx, col. 205: « On 
a coutume d'attribuer à Jacques la première des Épitres 
appelées catholiques. Il faut savoir que, à la vérité, on la 
regarde comme apocryphe (vofisOstai), car beaucoup d'an- 
ciens n'en font pas mention, non plus que celle qui porte 
le nom. de Jude et qui est aussi une des sept catholiques; 
nous savons cependant qu'elles sont lues publiquement 
avec les autres dans la plupart (èv wXîio-ïïi;) des églises. » 
Le contexte montre clairement qu'Eusèbe entend par écrit 
apocryphe, sans paternité connue (v ; i6o;), celui en faveur 
duquel de nombreux témoignages des anciens font défaut ; 
mais l'historien reconnaît expressément que la plupart des 
Églises acceptent ces deux Epitres. Il dit de même à propos 
de la seconde Épitre de saint Pierre, H. E., ni, 3, t. xx, 
col. '216 : « Une seule Épitre de Pierre, celle qui est appelée 
la première, est universellement reçue; les anciens s'en 
sont servis dans leurs écrits comme d'une œuvre authen- 
tique; quant à celle qui est appelée la seconde, on nous 
a appris qu'elle n'est pas dans le canon ( Jux £vSiî6r,xov ) ; 
cependant, parce qu'elle a été jugée utile par un grand 
nombre, elle a été reçue soigneusement avec le reste des 
Écritures. » Quant à la seconde et à la troisième Épitres 
de saint Jean, il les joint à la première et les attribue 
sans aucune restriction à saint Jean, dans sa Démons- 
tration évangélique, m, 5, t. xxvii, col. 216. L'opinion 
de l'Église d'Antioche, relativement a ces cinq Épitres 
catholiques, est donc isolée, et l'ensemble de l'Église 
orientale , comme toute l'Église occidentale , est dès les 
premiers temps en faveur de leur authenticité. 

2° Eglise occidentale. — Comme nous venons de le 
voir, l'Eglise latine, au iv» siècle, admettait le canon du 
Nouveau Testament tel qu'il est reçu aujourd'hui. Il n'y 
avait eu d'hésitation que pour un seul écrit, I'Épître aux 
Hébreux. Elle est exclue du Canon de Cheltenham, dont 
voici la partie relative au Nouveau Testament (voir l'An- 
cien Testament, col. 152) : 

Item indiculum novi testamenti 

— evangelia IIII Matheum vr. . . . ÏÏDCC [2700] 

— — Marcus vr MDGC [1700] 

— — Iohannem vr. . . MDCCC [1800] 
'— Luca vr filCCC [3300] 

— iiunt omnes vr. . x [10000] 

— eplaî Pauli n . XIII 

— actus aplorum ver ÏTlDC [3600] 

— apocalipsis ver MDCCC [1800] 

— epla; Iohannis III vr CCCCL [450] 

— una sola 

— eplae Pelri II vr CCC [300] 

— una sola 



Les mots deux fois répétés : una sola, doivent être com- 
plétés ainsi, selon l'explication plausible de M. l'abbé Du- 
chesne, Bulletin critique, 15 mars 1886, p. 117: « [Jacobi] 
una sola; [Judae] una sola. » 

L'Épitre aux Hébreux n'est pas non plus nommée 
dans le Canon du Codex Claromontanus , qui contient 
l'énumération stichométrique suivante des livres du Nou- 
veau Testament ( voir, pour l'Ancien Testament, col. 147) : 

Evangelia IIII 

Mattheum ver ÎÎDC [2600] 

Johannes ver îî [2000] 

Marcus ver ÎDC [1600] 

Lucam ver ÏÏDCCCC [2900] 

Epislulas Pauli 

ad Piornanos ver îxl [1040] 

ad Chorintios -I- ver ïlx [1060] 

ad Chorintios II- ver LX.X [70] 

ad Galatas ver CCCL [350] 

ad Efesios ver CCCLXXV [375] 

ad Timotheum -I- ver CCVIII [208] 



177 



CANON DES ECRITURES 



178 



ad Timotheum II- ver CCLXXXVIIII [289] 

ad Titum ver CXL [140] 

ad Colosenses ver GCLI [251] 

ad Filimonem ver L [50] 

ad Petrum prima CC [200] 

ad Petrum -II- ver CXL [140] 

Jacobi ver CCXX [220] 

Pr. Johanni Epist CCXX [220] 

Johanni Epist. -11- XX [20] 

Johanni Epist. -III- XX [20] 

Judœ Epistula ver LX [60] 

Barnabœ Epist. vers DCCCL [850] 

Johannis revelatio ÏCC [1200] 

Actus Apostolorum ÎIDC [2600] 

Pastoris versi IIII [4000] 

Actus Pauli ver ÏÏÏDLX [3500] 

Revelatio Pétri. CCLXX [270] 

Les Épîtres aux Philippiens et I et II Thessaloniciens, 
qui sont contenues dans le Codex Claromontanus siveEpi- 
slului Pauli omnes grsece et latine (edidit C. Tischen- 
dorf, in-4°, Leipzig, 1852, p. 409), ont été oubliées dans 
le catalogue qu'on vient de lire. Cf. C. R. Gregory, Pro- 
legomena ad Novutn Testamentum grsece de Tischen- 
dorf, edit. vin», t. m, p. 120. — Quant à l'Épître aux Hé- 
breux, Tertullien, De pudicit., xx, t. h, col. 1021, l'at- 
tribue à saint Barnabe; il serait à la rigueur possible 
qu'elle fut désignée par la Barnabx Epistula, puisqu'elle 
est placée entre l'Épître de saint Jude et l'Apocalypse; 
mais on ne saurait l'affirmer, l'Épître qui porte le nom 
de saint Barnabe étant réellement, comme nous l'a dit 
Eusèbe, col. 173, un des écrits vôOtu qu'on lisait dans les 
églises avec le Pasteur, les Actes de Paul et l'Apocalypse 
de Pierre dont il est aussi question ici. Ce qui semble 
surtout indiquer que l'Épître aux Hébreux n'était pas 
comprise dans ce canon, ou du moins qu'elle n'était pas 
primitivement attribuée à saint Paul, c'est qu'elle est 
placée après le catalogue, dans ce Codex qui contient 
toutes les autres Épîtres de saint Paul. 

Quoi qu'il en soit, nous savons qu'au m e siècle l'Épître 
aux Hébreux fut rejetée en particulier par l'Église d'A- 
frique. Les hérétiques de ce pays, connus sous le nom 
de novatiens, invoquant en faveur de leurs erreurs un 
passage mal interprété de l'Épître aux Hébreux, les 
évêques de cette province rejelèrent l'écrit apostolique 
dont on abusait ainsi. Voir S. Philastre, Hier., 89, t. xn, 
col. 1200-1201. Cf. F. Vigouroux, Les Livres Saints et 
la critique rationaliste , 4 e édit., t. v, p. 518-520. — 
Saint Jérôme, Epist. cxxix, 3, ad Dardan., t. xxn, 
col. 1103; De vir. ill., 59, t. xxm, col. 669, et saint Augus- 
tin, De Civ. Dei, xvi, 22, t. xu, col. 500; ci. De Pecc. 
mer. et remis., i, 50, t. xliv, col. 137, etc., ont souvent 
rappelé ces doutes et ces incertitudes; mais l'hésitation 
ne dura pas longtemps. Le troisième concile de Car- 
thage , en 397, porte encore la Irace des discussions an- 
ciennes, tout en les tranchant, par la manière dont il 
énumère séparément l'Épître aux Hébreux : « Pauli Epi- 
stolœ tredecim, dit- il; ejusdem Epistolse ad Hebroeos, » 
ajoute-t-il. Mansi, Conc., t. m, p. 294. Quelques années 
plus tard, au concile tenu à Carthage en 419, il ne reste 
plus aucun vestige de cette distinction : « Pauli Epistola; 
quatuordecim, » dit- il. Mansi, Conc., t. iv, p. 430. Saint 
Augustin, De doct. .christ., n, 8, t. xxxiv, col. 41, donne 
le catalogue complet. Les écrivains postérieurs ont rap- 
pelé historiquement les faits . mais ce n'est qu'au XVI e siècle 
que le cardinal Cajétan et Érasme ont douté de nouveau 
de l'origine paulinienne de cette Épître. 

Le canon du pape saint Damase, reproduit par saint 
Gélase, est tout à fait conforme au canon actuel : « Item 
ordo Sçripturarum Novi et celerni Testamenti, quem ca- 
tholica sancta Romana suscipit et veneratur Écclesia : 



id est Evangeliorum libri IV, secundum Matlhœum liber i, 
secundum Marcum liber i, secundum Lucam liber i, 
secundum Johannem liber i. Item Actuum Apostolo- 
rum liber i. Epistolae Pauli Apostoli numéro xiv : ad 
Romanos epistola i , ad Corinthios epistolse H, ad Ephe- 
sios epistola i, ad Thessalonicenses epistolœ n, ad Gala- 
tas epistola i, ad Philippenses epistola i, ad Colossenses 
epistola i, ad Timotheum epistolae n, ad Titum epistola i, 
ad Philemonem epistola i, ad Hebroeos epistola I. Item 
Apocalypsis Johannis liber i. Item canonicœ epistolse 
numéro vu : Pétri Apostoli epistolœ n, Jacobi epistola i, 
Johannis Apostoli epistola i, alterius Johannis presbyteri 
epistola? n, Judœ Zelotis epistola i. Explicit canon Novi 
Testamenti. » Thiel, Décret. Gelas., p. 21, ou Labbe, Conc, 
t. îv, col. 1261. 

Le pape saiut Innocent I", dans sa lettre à saint Exu- 
père de Toulouse , reproduit le catalogue complet. Le 
pape Eugène IV, avec l'approbation du concile de Flo- 
rence, Décret, union, cum Jacob., le renouvela de nou- 
veau. Enfin le concile de Trente promulgua solennelle- 
ment, le 8 avril 1545, contre les protestants qui rejetaient 
tous les livres deutérocanoniques , le Canon de l'Ancien 
et du Nouveau Teslament. Nous le reproduisons ici, 
comme la conclusion de cette étude sur le Canon : « Sa- 
crorum vero Librorum indicem huic decreto (de Cano- 
nicis Scripturis ) adscribendum censuit, ne cui dubi- 
tatio suboriri possit, quinam sint, qui ab ipsa Synodo 
suscipiuntur. Sunt vero infrascripti Testamenti Veteris : 
Quinque Moysis, id est, Genesis, Exodus, Leviticus, Nu- 
meri, Deuteronomium ; Josue, Judicum, Ruth; quatuor 
Regum; duo Paralipomenon; Esdrae primus, et secun- 
dus, qui dicitur Nehemias ; Tobias, Judith, Esther, Job, 
Psalterium Davidicum centum quinquaginta Psalmorum, 
Parabolae, Ëcclesiastes, Canticum Canticorum, Sapieri- 
tia, Ecclesiasticus, Isaias, Jeremias cum Baruch, Ezechiel, 
Daniel; duodecim prophetœ minores, id est, Osea, Joël, 
Amos, Abdias, Jonas, Michœas, Nahum, Habacuc, Sopho- 
nias, Aggœus, Zacharias, Malachîas; duo Machabœorum , 
primus et secundus. Testamenti Novi : Quatuor Evangelia 
secundum Matthoeum , Marcum , Lucam et Joannem ; 
Actus Apostolorum a Luca Evangelista conscripti : qua- 
tuordecim Epistola; Pauli Apostoli : ad Romanos, duœ ad 
Corinthios, ad Galatas, ad Ephesios, ad Philippenses, ad 
Colossenses, duœ ad Thessalonicences , duœ ad Timo- 
theum, ad Titum, ad Philemonem, ad Hebroeos; Pétri 
Apostoli duoe; Joannis Apostoli très; Jacobi Aposioli 
una; Judoe Apostoli una; et Apocalypsis Joannis Apostoli. 
Si quis autem libros ipsos integros, cum omnibus suis 
parlibus, prout in Ecclesia catholica legi consueverunt, 
et iii veteri vulgata Latina editione habentur, pro sacris et 
canonicis non susceperil, et traditiones prœdiclas, sciens 
et prudens, eontempserit, anathema sit. » Conc. Trid., De 
Canonicis Scripluris decretum, sess. iv. 

Le concile du Vatican a renouvelé le canon du concile 
de Trente : « Veteris et Novi Testamenti libri..., prout in 
ejusdem (Tridentini) Concilii decreto recensentur... pro 
sacris et canonicis suscipiendi sunt. » Sess. ni, c. m. 

La définition du concile de Trente et du concile du 
Vatican n'a fait que sanctionner la croyance générale de 
l'Église primitive, en déclarant quels étaient les livres 
canoniques. Il avait fallu un certain temps, dans les 
commencements du christianisme, pour s'assurer de l'au- 
thenticité de quelques écrits qui avaient été adressés à 
des Églises particulières et étaient la plupart fort courts ; 
mais, au v« siècle, la croyance de l'Église était fixée. Voici 
le tableau synoptique des citations des parties deutéro- 
canoniques du Nouveau Testament (la plupart des pas- 
sages indiqués dans le tableau sont rapportés tout au 
long dans J. Kirchhofer : Quellensammlung zur Ge- 
schichte des Neutestamentlichen Canons bis auf Hiero- 
nymus, mit Anmerkungen , in-8", Zurich, 1844) : 



179 



CANON DES ÉCRITURES 



180 



II. — Tableau des citations des deutérocanoniques du Nouveau Testament 
pendant les premiers siècles de l'Église. 

Les citations précédées d'un point d'interrogation sont douteuses. — Le tiret indique l'absence de citations. 



DATES 


ÉCRIVAINS 


ÉPITRE 

AUX HÉBRECX 


JACQUES 


II PETR. 


II, III JOA. 


JUDE 


APOCALYPSE 


Pap3 
vers 91-101 


S. Clément 
de Rome. 


I Coi-., 36. 


I Cor., 10, 38. 


I Cor., il. 


- 


- 


- 


Vers 130 (?) 


Doctrino 4posl. 


'! Doct., x, 25 ; 

XIV, 2. 


? Dock, H, 5; 
IV, 4, 14. 


? Doct., m, 6; 
v, 2, etc. 


? Doct., xi, 2; 
xvi, 3. 


? Doct., II, 7, 
lit, 6. 


1 Doct., n,2, etc. 


Vers 120 (?) 


S. Barnabe. 


? Epist., v, 1 ; 

XIX, 9. 


? Epist, xix, 5 ; 
i,2; ix, 9; xvi, f. 


? Epist., u, 3 ; 
IV, 12. 


- 


- 


? Epist. , xxi, 3 ; 
XIX, 11. 


Entre 
140- 1E0 


Hennas. 


- 


Vis., m, 9; 
Mand., il, îx, xi. 


- 


- 


- 


Vis., il, 4; 
IV, 2. 


f 155 


S. Polycarpe. 


- 


- 


Ep., 3. 


- 


. 


- 


■f" vers 167 


S. Justin, martyr. 


A-Pol, 1,12, 63. 


- 


- 


- 


Dial., 81. 


Vers 180 


S Théophile 
d'Antioche. 


- 


- 


- 


- 


- 


Dans Eusèbe, 
E.E.,iv,2i. 


f 203. 


S. Irénée. 


( Eusèbe, 
S. M., v, 26.) 


? Adv. Ecer., 
iv, 16, 2. 


- 


Adv. Eser., 
1, xvi, 3; I, u. 


- 


Adv. Hasr., 
V, xxxv, 2 ; 
cf. Eusèbe, 
H. E., v, 8. 


•f- yers 217 


Clément 
d'Alexandrie. 


Strom., VI, 8, 62; 

cf. Eusèbe, 
E. E., vi, 14. 


î Cf. Eusèbe, 
//. E., vi, 14. 


Cf. Eusèbe, 
H. E., vi, 14. 


Cf. Strom., 
u, 15, 66. 


Strom., in,2, 11 ; 

cf. Eusèbe, 
a. E., vi, 13. 


Psedag.j 

il, 10, 108; 

Sfrotn,vi,l3,l07. 


f vers 235 
f vers 240 


S. Hippolyte. 


- 


- 


- 


- 


- 


De Antlchr., 35. 


Tertullien. 


IDepudic, 20. 


- 


- 


Cont. Ctnost., 12 


De hao. mut, a 


Ado. Marc., 
m, 14. 


185- 25 i 


Origène. 


Dans Eusèbe, 
H, E., vi, 25, etc 


Select. 

in Fs. xxx. 

? Comm.inJoa.. 

' XIX , 6. 


Hom. in Jos., 

vu, 1; 
in Lev.,vn, 4. 

Cf. Select. 

in Ps. m. 


? Eom. in Jos.. 

VII, 1. 


Comm. 
in Mallh., 
t. ix, 17; 

? t. XVII, 3. 


Dans Ki-sèbe, 

H. E., VI, 25; 

Comm. in Joa., 

I, 14. 


f 258 


S. Cyprien. 


Dans Eusèbe, 
E. E., vi, 41. 


De exhot t. 
mari., 11. 


ma. 


Ibid. 


Ibid. 


De op. 

et éleem., 14. 


f 264 


Dtnys 
d'Alexandrie. 


Comm. in Luc.. 
XXII, 46. 


- 


? Tans Eusèbe, 
E. E., va, 25. 


Hom. in Gen., 
XIII, 12. 


Cf. Eusèbe, 
H. E., vil, 10. 
E.E.,vn,2i. 


t vers 312 


S. Méthode. 

! 


De Resurr., v, 

p. 269 
(éd. Migne), 
Conv., v, 7. 


- 


- 


- 


- 


De Resurr., 9, 
p. 315; 

Conv., vni, 4, 
p. 143. 



181 



CANON DES ECRITURES 



182 



DATES 


ÉCRIVAINS 


ÉPITKB 

AUX HÉBREUX 


JACQUES 


II PETR. 


II, III JOA. 


JUDB 


APOCALYPSE 




Fers 270-34C 


Eusèbe 
de Césarée. 


Ed. proph., 

I, 20, etc. 

? Cf. H. E., m, 3. 


? H. E., m, 25. 


? 77. E., ni, 25. 


? 77. E., m, 25 


? H. E., m, 25. 


î 77. E., m, 39. 




f 367 
OU 368 


S. Hilaire 
de Poitiers. 


De Trin., iv , 11. 


De Trin., rv, 8. 


De Trin., î, 17. 


- 


- 


In PS. I; 
De Trin., vi. 




Vers 296-373 


S. Athanase. 


Eplst.fest., 3». 


Epist. fest.,39. 


Epist. /est., 39. 


Epist. /est., 39. 


Epist. /est., 39. 


Epist. /est., 39. 




Vers 371 


Lucifer 
de Cagliari. 


De non conv. 
cum. huer., 10. 


- 


- 


- 


De non conv. 
cum. hier., 15. 


- 




Vers 320-370 


S. tèphrem. 


Comm. in Ileb. 


- 


Op. tyr.,n, 342. 


Op. gr., m, 5^ : 
I, 76. 


Op. syr., î, 126. 


Op. syr., n, 332. 




Vers 330-370 


S. Basile. 


- 


Const. mon., 26. 


- . 


- 


- 


.4c7i>. Eunom., 
n, 14; îv, 2. 




Vers 31S-38C 


S. Cyrille 
de Jérusalem. 


Cat. iv, 36. 


Cat., iv, 36. 


Cat., iv, 36. 


Cat., iv, 36. 


C«(., iv, 86. 


Cat., xv, 13, 
22, 27. 




t 384 


Frlsclllleu, 

édit. Schepps. 


Tr. î, 28, 10, etc. 


7Y. vin, 89,5; etc. 


Tr. vi, 70, 2 3, etc. 


Tr. î, 31, 4, etc 


Tr. v, 64,6, etc. 


7Y. î, 25, 14, etc 




Vers 326-380 
OU 300 


S. Grégoira 
de Nazianze. 


Carm , de gen. 

lib. insp. Script . 

t. xxxvn, 474. 


Ibld.; 
Orat., 26, 5. 


Ibid. 


Ibid. 


Ibid. 


Serm., xlh, 9 ; 
xxix, 17, etc. 




f 300 


Apollinaire 
de Laodicée, 
édlt. Draseke. 


Dial. de Tiïn., i, 
p. 258, 17, etc. 


Dial.de Trin., n, 
p. 286, 9, etc. 


Dial. de Trin., î. 
p. 259, 29, etc. 


ùial.deTrirt.,u, 
p. 32C, 9. 


- 


Cont. Eunom., 
p. 219, 12,etc. 




Entre 333 
et 340-397 


S. Ambroise. 


De fur/, sxc, 
16, etc. 


- 


- 


- 


In Luc, vi, 43. 


- 




f entre 384 
et 398 


S. Optât 
de Milève. 


— 


De schism. 

Don., I, 8. 

Cité sous le 

nom de Pierre. 


- 


- 


- 


- 




Entre 310- 
320-403 


S. Épiphano. 


Hat., TG, 
t. XLII. p. 560 


Ex,:, 76. 


User., 76. 


77a°r., 76. 


nier., 7C. 


User., 76. 




Vers 347-407 


S. Jean 
Chrysostomc. 


Synops. 
Script. ( ? ) 


Synops. 
Script. (?) 


- 


- 


- 


- 




Vers 331-420 


S. Jérôme. 


Epist. ad 
Paul., etc. 


Epist. ad 
Paul., etc. 


Epist. ad 
Paul., etc. 


Epist. ad 
Paul., etc. 


Epist. ad 
Paul., etc. 


Epist. ad 
raul., etc. 




354-430 


S. Augustin. 


De Doct. chr., 

n, 12; 

De Pecc. rein., 

i, 27. 


De Doct. chr., 
il, 12. 


De Doct. chr., 
n, 12. 


De Doct. chr., 
il, 12. 


De Doct. chr., 
n, 12. 


De Doct. chr., 
il, 12. 




f 444 


S .Cyrille \comm.inHeb. 
d Alexandrie, j 


Comm. in Jacob 


Comm. 
in II Petr. 


- 


Cojnm.inJud. 


- 





183 



CANON DES ÉCRITURES — CANTIQUE 



184 



Bibliographie. — Les Introductions générales à l'Écri- 
ture Sainte traitent toutes la question du Canon. Nous 
n'indiquons ici que les livres spéciaux : * J. Cosin, A scho- 
lastical History of the Canon of the Holy Scriplures, 
111-4°, Londres, 1657, 1072, 1083; * H. Hody, De Biblio- 
rum lextibus originahbus , versionibus grsecis et latina 
Vttlgata libri quatuor, in-f°, Oxford, 1704 (inexacti- 
tudes); * J. Ens, Bibliotheca sacra sive Dïatribse de Li- 
brorum Novi Testamenti canone, in-12, Amsterdam, 
1710; " J. Jones, New and full Metliod of settling the 
Canonical authorily of the New Testament, 3 in -8°, 
Londres, 1720-1727; Oxford, 1798, 1827; J. Bianchini, 
Vindicise canonicarum Scripturarum Vulgatx latinœ 
editionis, in-f», Rome, 1740; * E. H. D. Stosch, Com- 
mentatio historico-critica de librorum Novi Testamenti 
Canone, in-8°, Francfort, 1755; *J. S. Seniler, Abhand- 
lungen von freyer Untersuchung des Canons, 4 in - 8°, 
Halle, 1771-1775; î" partie, 2» édit., 1770; * Chr. Frd. 
Schmid, Historia antiqua et vindicatio canonis sacri 
Veteris Novique Testamenti, in -8", Leipzig, 1775; 
"H. Corrodi, Beleuchtung der Geschichte des jùdischen 
und christlichen Bibelcanons, 2 in -8°, Halle, 1792; 
*A. Alexander, Canon of the Old and New Testament 
ascertained, in-12, Princeton, 1820; Londres, 1820, 1831, 
«te; Fr. C, Movers, Loci quidam historiée Canonis Veteris 
Testamenti illustrait,- in-8°, Breslau, 1842; Vincenzi, 
Sessio quarta Concilii Tridentini vindicata seu Intro- 
ductio in Scripturas deulerocanonicas Veteris Testa- 
menti, 3 in-8°, Rome, 1842-1844; * Kirchhofer, Quel- 
lensammlung zur Geschichte des neutestamentlichen 
Kanons bis auf Hieronymus, in-8°, Zurich, 1844 (inexac- 
titudes); " M. Stuart, Critical History and Defence of 
lhe Old Testament Canon, Andover, in-12, 1845; Edim- 
bourg et Londres, 1849; J.-B. Malou, La lecture de la 
Sainte Bible en langue vulgaire, 2 in-8», Louvain, 184G ; 
■* H. W. J. Thiersch, Versuch zur Herstellung des histo- 
rischen Standpunkts fur die Kritik der neutestament- 
lichen Schriften, Erlangen, 1845; Id., Erwiederung, etc., 
Erlangen, 1840; [Vieusse], La Bible mutilée par les 
protestants, publiée par M" r d'Astros, in-8», Toulouse, 
1847 ; * C. À. Credner, Zur Geschichte des Kanons, in-8», 
Halle, 1847; Id., Geschichte des neutestamentlichen 
Kanon, herausgegeben von G. Volkmar, in-8", Berlin, 
1860 ; ' Br. F. Westcott, A gênerai Survey of the history 
of the Canon of the New Testament during the first four 
centuries, in-12, Cambridge, 1855; 6 e édit., Londres, 
1889; B. Welte, Bemerkungen ûber die Enstehung des 
alllestamenlichen Kanons, dans la Theologische Quar- 
ialschrift de Tubingue, 1855, p. 58-95; " Aug. Dillmann, 
Veber die Bildung der Sammlung heiliger Schriften 
Allen Testaments , dans les Jahrbûcher fur deutsche 
Théologie, t. m, 1858, p. 419-491; * Gausseu, Le Canon 
des Saintes Écritures au double point de vue de la 
science et de la foi, 2 in-8°, Lausanne, 1800; * Éd. Reuss, 
Histoire du Canon des Écritures Saintes dans l'Église 
chrétienne, in-8°, Strasbourg, 1803; 2 e édit., 1864; Id., 
Die Geschichte der heiligen Schriften neuen Testa- 
ments, 6= édit., in-8°, Brunswick, 1887 (Geschichte des 
Kanons), p. 316-403; "Hilgenfeld, Der Kanon und die 
Kritik des Neuen Testaments in ihrer yeschichtlichen 
Ausbildung und Gestaltung, in-8°, Halle, 1803; " J. Fûrst 
(israélite), Der Kanon des Alten Testaments nach den 
Veberlieferungen in Talmud und Midrasch , in-8", 
Leipzig, 1868; " Sam. Davidson, The Canon of the Bible, 
its formation, history and fluctuations, in-8», Londres, 
1877; 3 e édit., 1880 ;Id., Canon, dans l'Encyclopœdia Bri- ' 
tannica, 9 e édit., t. v, Londres, 1870, p. 1-15; * A. Char- j 
teris, Canonicily, a collection of earhj testimonies to the j 
canonical books of lhe Neiv Testament, in-8°, Edimbourg, 
1880; ' K. "Wieseler, Zur Geschichte dér Neutestamentli- 
chen Schrift, in-8», Tjeipzig, 1880; A. Loisy, Histoire du i 
Canon de l'Ancien Testament , in-8", Paris, 1890; Id., j 
Histoire du Canon du Nouveau Testament, in-8°, Pa- ! 



ris,1891;*Th.Zahn, Geschichte des Neutestamentlichen 
Kanons, 2 in-8», Erlangen, 1888-1892 ; G. Wildebœr, 
'The Origin of the Canon of lhe Old Testament , traduit 
du hollandais par B.-W. Bacon, in-8 , Londres, 1895. 

F. VlGOUROUX. 

CANONIQUES (ÉPÎTRES). On donne le nom spé- 
cial d'Épltres canoniques ou catholiques aux sept Epîtres 
de Nouveau Testament qui ne sont pas de saint Paul : 
une de saint Jacques, deux de saint Pierre, trois de saint 
Jean et une de saint Jude. On les appelle canoniques 
parce qu'elles contiennent des canons ou règles relatives 
à la foi et aux mœurs. 

CANSTEIN. (Charles Ilildebrand, baron de), protes- 
tant allemand, né à Lindenberg le 15 août 1667, mort à 
Halle le 19 août 1719. Il fut page de l'électeur de Bran- 
debourg et prit du service dans les troupes dos Pays- 
Bas. Une grave maladie le contraignit à abandonner le 
métier des armes. Il se retira alors à Halle, où il se 
dévoua aux œuvres de piété. Le premier il entreprit de 
faire imprimer la Bible sur des caractères fixes, afin 
de la répandre plus facilement. Il consacra une partie 
de sa fortune à cette entreprise, qui fut appelée Institu- 
tion biblique de Canstein. Cette œuvre eut un succès 
énorme et subsiste encore aujourd'hui. Il est l'auteur 
d'une Harmonie und Auslegung der heiligen vier Evan- 
gelisten, in-f°, Halle, 1718. — Voir A. H. Francke, 
Memoria Cansteiniana , in-f°, Halle, 1722. 

B. Heurtebize. 

CANTABRIGIENSIS (CODEX). Voir Bez^s (Codex). 

CANTACUZÈNE Matthieu, né vers 1325, mort à la 
fin du xiv e siècle. Fils de Jean V, empereur de Constan- 
tinople, il fut associé à l'empire en 1354. Après l'abdica- 
tion de son père, il continua la lutte contre Jean Paléo- 
logue; mais il fut vaincu près de Philippes, en Thrace, 
fait prisonnier et obligé de se retirer dans un cloître, 
après avoir renoncé à toutes ses prétentions au trône 
impérial. Dans la solitude qui lui était imposée, il s'oc- 
cupa de travaux sur l'Écriture Sainte. Son Expositio in 
Cantica canticorum a été traduite en latin et imprimée 
à Rome par les soins de Vincent Riccardi, in-f», 1624. 
Celte édition est reproduite dans le t. Clii, col. 997-1084 
de la Patrologie grecque de Migne. — Voir Fabricius, 
Bibliotheca grœca, t. vi (1726), p. 474. 

B. Heurtebize. 

CANTINI Thomas, chartreux italien, mort le 18 no- 
vembre 1649. Docteur en théologie, il quitta la Compa- 
gnie de Jésus pour entrer chez les Chartreux de Naples. 
Il fut prieur de plusieurs maisons de l'ordre. On a de lui : 
Expositio in Canticum canticorum, publiée parle char- 
treux D. Nabantino, in-32, Naples, 1859. M. Auiore. 

CANTIQUE. Hébreu: Sîr ou sirâh. Septante: tàSf,] 
Vulgate : canticum. — Sous ce mot sir il faut comprendre 
le chant, l'action de chanter (par exemple, I Par., xxv, 
7; Il Par., xxix, 28), et le texte destiné à être chante 
(Deut., xxxi, 30; I [111] Reg., v, 12 [îv, 32]; Ps. cxxxvn 
[cxxxvi], 3, 4; Is., v, 1). Ce terme se trouve souvent 
joint à mizmôr, J/a).(ioç, qui désigne originairement le 
jeu des instruments à cordes. Les expressions ainsi 
formées, sir mizmôr Ps. lxvi (lxv), et mizmôr sir, Ps. 
xxx (xxix) , semblent indiquer l'une et l'autre, sans dif- 
férence de sens, que la pièce poétique à laquelle elles 
servent de titre est un « chant destiné à être accom- 
pagné par les instruments ». Les Pères, comme saint 
Hilaire, Prolog, in Psalmos , t. ix, col. 245; saint Au- 
gustin, Enarr. in Ps. lxvh, t. xxxvii, col. 813, ont 
fait allusion à la signification originelle de ces deux 
termes, devenus synonymes dans l'usage. Mais la tra- 
duction des Septante : wSt, iiAitoC et iïXuo; i>)3?,; ( Vul- 
gate : Canticum psalmi et Psalmus cantici), en éta- 
blissant une dépendance grammaticale d'un terme à 



185 



CANTIQUE — CANTIQUE DES CANTIQUES 



186 



l'autre , semble faire entre les deux expressions une dif- 
férence, qu'on a cherché à expliquer de plusieurs ma- 
nières. Canticum psalmi serait le psaume précédé d'un 
prélude des instruments, et Psalmus cantici celui où les 
voix précèdent l'accompagnement. Mais si nous nous en 
tenons au texte, nous reconnaissons qu'en réalité les 
deux termes sont simplement apposés; la double formule 
hébraïque équivaut à Canticum, psalmus, et Psalmus, 
canticum, soit « voix et instruments », « accompagne- 
ment et chant , » sans que l'ordre dans lequel les rédac- 
teurs des titres des psaumes ont disposé ces mots suffise 
à justifier la différence de signification qu'on veut établir 
entre les deux formules. 

Dans l'usage liturgique, « cantique » est l'appellation 
donnée 1° aux pièces poétiques de l'Ancien Testament 
dont l'Église fait un emploi analogue à celui qu'elle fait 
des Psaumes. Tels sont les cantiques de Moïse, Exod., 
XV, 1-19; Deut., xxxir, 1-43; d'Isaïe, xn ; d'Ezéchias, Is., 
xxxviii, 10-20; d'Anne, I Sam., n, 1-10, et d'Habacuc, 
m, 2-19, à l'office de Laudes des six jours de la semaine. 
— On l'applique 2° à des morceaux semblables aux précé- 
dents, mais dont le texte original ne fut peut-être pas 
rigoureusement soumis à la facture métrique. Ce sont le 
cantique des trois enfants dans la fournaise, Dan., m, 
57-88, et les trois cantiques du Nouveau Testament, le 
Benediclus, le Magnificat et le Nunc dimittis, employés 
aux heures de jour de l'office romain. Le Missel contient 
en outre aux messes des samedis de Quatre-Temps, sous 
la rubrique Hymnus, les versets 52-50 du chapitre cité 
de Daniel, disposés, comme la psalmodie antique, avec 
une antienne qui se répète à chaque verset. En plus de 
ces cantiques en usage dès l'origine en Orient comme en 
Occident, l'Église grecque emploie la prière de Jonas, 
n, 2-9; celle d'Isaïe, xxvi; celle d'Azarias, Dan., m, 
26-45, et même des extraits des livres extra -canoniques, 
comme la prière de Manassès. 

Saint Paul et les anciens écrivains ecclésiastiques men- 
tionnent « les psaumes, les hymnes et les cantiques », 
iLSciç, Ephes., v, 19; Col., m, 16, ce qu'il faut entendre 
probablement du recueil du psautier; des cantiques des 
prophètes ou du Nouveau Testament, et des chants de 
l'Église primitive. J. Parisot. 

CANTIQUE DES CANTIQUES. — I. Nom. - Ce 
livre est intitulé en hébreu : Sir haS-sirîm. Cette appella- 
tion, reproduite par les versions (Septante: 'Affjja àa(ti- 
twv ; Vulgate : Canticum canticorum ), est une forme de 
superlatif, employée pour désigner un cantique plus re- 
marquable que les autres par son excellence. Des expres- 
sions analogues sont familières aux écrivains hébreux. 
Ils disent « Dieu des dieux », Ps. xlix, 1; « Seigneur des 
seigneurs, » Ps. cxxxv, 3; « Roi des rois, » I Tim., vi, 15, 
en parlant du Tout -Puissant, etc. Ce titre indique donc 
déjà à lui seul que l'on doit s'attendre à trouver dans le 
livre une doctrine d'ordre supérieur. 

II. Unité du livre. — Richard Simon interprète le 
titre dans le sens de « livre de cantiques », Histoire en- 
tique du Vieux Testament, l. i, ch. 4, édit. de 1685, t. iv, 
p. 30, ce qui donnerait à croire que le Cantique est une 
collection de morceaux détachés, mis par quelques scribes 
à la suite les uns des autres comme l'ont été les Psaumes 
ou les Proverbes. Certains rationalistes (Herder, Paulus, 
Eichhorn , Wellhausen, Reuss, etc.) n'ont pas manqué de 
tirer cette conclusion. Ainsi Reuss, tout en reconnaissant 
que « tous les éléments du livre appartiennent au même 
auteur », déclare cependant que « c'est un recueil de petits 
poèmes lyriques », qui se « compose d'un certain nombre 
de morceaux détachés ». La Bible, Poésie lyrique, le 
Cantique, Paris, 1879, p. 51. Cette manière de concevoir 
les choses permet d'attaquer plus aisément l'authenticité 
et le caractère sacré du livre. On peut, en effet, invoquer 
en faveur de cette opinion la variante i^rt-zT., « cantiques, » 
qui se lisait dans quelques manuscrits grecs, et que repro- 



duisait probablement la plus ancienne traduction latine. 
Mais Origène, traduit par Rufin, In Canl., Prol., t. xnr, 
col. 82, témoigne que cette leçon était fautive, et qu'on doit 
lire, « au singulier, Cantique des cantiques. » Sans doute 
on constate une assez grande variété de forme dans les 
morceaux qui composent l'ouvrage. Les dialogues y al- 
ternent avec les monologues, et de temps en temps inter- 
vient un groupe de jeunes filles qui jouent un rôle assez 
analogue à celui du chœur dans les tragédies grecques. 
La facture poétique présente elle-même une notable va- 
riété. G. Bickell, Carmina Veteris Testamenti melrice, 
Inspruck, 1882, p. 103, a reconnu dans le poème des vers de 
quatre, de six et de huit syllabes, combinés suivant neuf 
agencements strophiques différents. Faut -il conclure de là 
que le Cantique n'est qu'une sorte d'anthologie, composée 
de fragments plus ou moins disparates? Les raisons sui- 
vantes, tirées du fond même du livre, s'y opposent invin- 
ciblement : 1° Les mêmes personnages sont en scène du 
commencement à la fin : un époux, qui est roi de Jéru- 
salem, Cant., r, 3 (hébreu, 4); m, 7, 11 ; vm, 11 ; une jeune 
épouse, qui est vierge, a sa mère, ses frères, sa vigne, 
Cant., 1, 5; n, 15; m, 4; VI, 8; vm, 2, 8, 12, 13, et est 
l'objet de l'amour de l'époux, 11, 6, 16; m, 4; vi, 2, 8; 
vu, 10, etc.; enfin un groupe de jeunes filles de Jérusa- 
lem, 1, 4; n, 7; m, 5; v, 8, 16; vm, 4. — 2» Les mêmes- 
locutions caractéristiques se retrouvent dans tout le Can- 
tique : l'époux est comparé à un faon de biche, Cant., n, 
9, 17; vm, 14; il habite au milieu des lis, Cant., n, 16; 
iv, 5; vi, 2; les filles de Jérusalem sont adjurées dans 
les mêmes termes , Cant. , n, 7; m, 5; vm, 4; l'épouse 
est appelée par elles la plus belle de toutes les femmes, 
Cant., 1, 8 (hébreu) ; v, 9; vi, 1 (Vulgate, v, 17) ; les formes 
interrogatives sont identiques, Cant , m, 6; vi, 9; vin, 5; 
le relatif apocope ur, M, est seul employé dans tout le 

poème , etc. — 3" Les auteurs qui ne veulent voir dans le 
livre qu'un assemblage de fragments disparates ne peuvent 
arriver à s'entendre pour fixer les coupures. Celles-ci pour- 
tant devraient être aisément reconnaissables, si le lien 
entre les prétendus fragments était purement artificiel. 

L'unité de l'oeuvre demeure donc certaine. Loin de 
nuire à cette unité, la variété des formes ne sert qu'à la 
faire ressortir davantage. Sans doute on chercherait en 
vain à caractériser le Cantique par un de ces noms qui 
désignent les compositions classiques. Il n'y a là , à pro- 
prement parler, ni un drame, ni une idylle, ni une 
églogue. C'est un poème tout oriental, qu'on ne peut 
juger d'après les règles posées par les Grecs. Les in- 
terlocuteurs s'y succèdent sans ordre logique. L'action 
à laquelle Us prennent part est tout imaginaire, et abso- 
lument irréductible aux proportiohs harmonieuses d'un 
développement scénique. La fantaisie du poète se donne 
libre carrière dans l'expression multiple d'une idée fon- 
damentale, qui est l'amour réciproque de deux jeunes 
époux. Les différentes répliques de ses personnages ne 
sont reliées entre elles par aucun récit. Peut-être de- 
vaient-elles être chantées. L'auditeur avait alors à sup- 
pléer d'imagination les transitions absentes. Il pouvait y 
réussir facilement, étant donné le thème général sur le- 
quel roule tout le poème. Il y a donc unité dans le Can- 
tique, mais unité entendue à la manière orientale, c'est- 
à-dire beaucoup plus dans la pensée inspiratrice que dans 
l'exécution de l'œuvre. 

III. Authenticité. — Le titre complet est ainsi for- 
mulé en hébreu : sir has-sirîm 'âSér lislomôh, « Can- 
tique des cantiques lequel (est) de Salomon. » Ce titre 
existait à l'époque du traducteur grec, qui l'a conservé. 
L'indication qu'il fournit sur l'auteur du poème est exacte. 
— 1° L'examen des particularités caractéristiques du Can- 
tique le justifie pleinement. — 1. Il fallait que l'auteur vécût 
avant le schisme pour parler comme il le fait de certaines 
localités, Jérusalem, Thersa, Cant., vi, 4 (hébreu), Ga- 
laad, Hésébon, le Carmei, le Liban, l'Hermon, ete. Ces 



187 



CANTIQUE DES CANTIQUES 



188 



lieux sont nommés comme faisant partie d'un même 
royaume; il n'en fut plus ainsi après Salomon, et même 
Thersa devint la capitale de Jéroboam , dans le royaume 
du nord. Venant après le schisme, l'auteur eût exclusi- 
vement emprunté ses comparaisons au royaume du midi 
ou à celui du nord , suivant ses attaches politiques. — 
2. Le bien -aimé est comparé à un coursier de la cava- 
lerie du pharaon, Cant. , i, 8, comparaison qui trahit 
l'époque où Salomon s'éprit si vivement de la cavalerie 
•égyptienne. III Reg., x, 28. — 3. L'écrivain fait preuve 
de connaissances étendues en histoire naturelle. Dans les 
cent seize versets de son poème, il nomme une vingtaine 
de plantes et autant d'animaux. Or Salomon fut remar- 
quable dans cet ordre de connaissances. III Reg., IV, 33. 

— 4. Enfin l'auteur décrit avec tant de vivacité et de pré- 
cision les choses de l'époque salomonienne , qu'on pour- 
rait difficilement admettre qu'il n'en soit pas le contem- 
porain. Après Ewald, de Wette le reconnaît lui-même : 
« Il y a là une série d'images et d'allusions, une fraîcheur 
de vie qui caractérisent le temps de Salomon. » Einleilung, 
7« édit. , p. 372. Frz. Delitzsch appuie la même conclu- 
sion : « Le Cantique porte en lui-même les traces mani- 
festes de sa composition salomonienne. C'est ce qui res- 
sort de la richesse des images empruntées à la nature, de 
l'abondance et de l'étendue des références géographiques 
et artistiques, de la mention d'un si grand nombre de 
plantes exotiques et de choses étrangères, et particulière- 
ment des objets de luxe, comme tout d'abord du cheval 
d'Egypte. Il a de commun avec le Psaume lxxi (hébreu, 
lxxii) la fréquence des images empruntées à la flore, avec 
Job l'allure dramatique, avec les Proverbes beaucoup d'al- 
lusions à la Genèse. S'il n'était pas l'œuvre de Salomon, 
il devrait au moins appartenir à une époque très voisine 
•de son temps. » llohes Lied, in-8°, Leipzig, 1875, p. 12. 
• — On ne saurait objecter qu'un écrivain postérieur a fort 
bien pu revêtir, par un artifice de style, le personnage de 
Salomon, comme le fit plus tard l'auteur de la Sagesse. La 
pseudépigraphie se reconnaît au premier coup d'oeil dans 
la manière dont ce dernier raisonne et écrit. L'auteur du 
Cantique s'exprime, au contraire, du commencement à la 
fin de son œuvre, comme pouvait seul le faire un con- 
temporain de Salomon. Or cet écrivain prend le titre de 
roi. Il en faut donc conclure qu'il n'est autre que Salomon 
lui-même, le roi à la fois magnifique et pacifique, auquel 
■conviennent si exactement les descriptions du livre. Cette 
conclusion a toujours été adoptée sans hésitation par la 
tradition juive et ensuite par la tradition chrétienne. Saint 
Ambroise, Comm. in Cant., a Guillelmo collectus, i, 1, 
t. xv, col. 1853, ; saint Jérôme, Ep. un, ad Paul., t. xxii, 
col. 547; Théodoret, In Cant., Prasf., t. lxxxi, col. 30; 
saint Grégoire de Nysse, In Cant., i, 1, t. xliv, col. 765, 
ne font qu'exprimer la croyance de tous en attribuant le 
livre à Salomon. 

2" C'est seulement depuis le siècle dernier que les ra- 
tionalistes ont commencé à contredire la tradition sur ce 
point — 1. Rosenmùller, Scholia in Ecclesiasten et 
Canlicum, Leipzig, 1830, p. 238 ; Eichhorn, Einleit. in das 
Alt. Test., part, v, Gœttingue, 1823-1824, p. 219; Munk, 
Palestine, p. 450, etc., reculent la composition du livre 
jusqu'à la captivité , ou au moins jusqu'aux derniers rois 
de Juda, à raison des aramaïsmes que contient l'ouvrage. 
On en cite six: berot , Cant. , I, 17; kifês, n, 8; hôtel, 
il, 9; sefdv, n, 11; tinêf, v, 3, et lâki pour làk, H, 13. 

— Rien de plus fragile que la preuve tirée des aramaïsmes. 
On peut toujours répondre: Tel mot est-il sûrement un 
aramaïsme? est- il certain que tel aramaïsme ne se soit 
introduit dans la langue hébraïque qu'à telle époque? 
Israël eut assez de relations avec ses voisins, particuliè- 
rement sous David et Salomon, pour que l'emprunt de 
certains mots étrangers soit très naturellement explicable, 
surtout dans les compositions poétiques, où l'on recher- 
chait tous les éléments favorables à la variété. — 2. On cite 
encore d'autres expressions qu'on ne devrait pas trouver 



sous la plume de Salomon, comme pardês, Cant., iv, 13, 
identique au zend pâiridaêza, « jardin fermé, » et 'ap- 
piryôn, Cant., m, 9, même mot que l'indien paryang, de- 
venu en grec çopsîov, « litière. » — Il suffit de remarquer 
que, par ses rapports commerciaux avec les peuples qui 
l'entouraient, Salomon arriva à connaître certains de leurs 
usages et put avoir le désir de les introduire dans son 
royaume. Qu'y a-t-il d'extraordinaire dès lors à ce que, 
se faisant un jardin fermé comme ceux. d'Assyrie, et se 
procurant une litière comme celles de l'Inde, il ait con- 
servé aux choses le nom qu'elles portaient dans leur pays 
d'origine ? — 3. On a prétendu trouver dans le Cantique 
des allusions formelles à des usages grecs , ce qui repor- 
terait la composition du livre au m e siècle avant J.-C. 
On signale, à titre d'importations helléniques, les litières, 
Cant., m, 9; l'usage de se coucher pour se mettre à table, 
i, 12 (Vulgate, 11); la couronne de l'époux, m, 11; les 
3, 5 ; gardes de la cité, v, 7 ; les pommes aphrodisiaques, n, 
vin, 5; les flèches d'Éros, vm, 6, etc. — Mais ces flèches et 
ces pommes n'ont nullement dans le texte les qualificatifs 
qu'on leur prête à plaisir. — Les Grecs n'étaient pas seuls à 
employer des gardes pour veiller sur les cités, Is., lxii, 
6; Ps. cxxvi, 1, ni à connaître l'usage des couronnes. 
Ps. en, 4; Is., xxviii, 1. — Le texte i, 12, parle de mêsab, 
sorte de divan circulaire, dont l'origine est orientale bien 
plutôt que grecque. — Quant à la litière, 'appinjôn, quelle 
que soit sa forme, c'est d'Orient, non d'Occident, qu'elle 
est venue à Jérusalem. Cf. Frz. Delitzsch, llohes Lied, 
p. 59. — 4. Le Cantique a dû être composé postérieu- 
rement à Salomon et par un écrivain appartenant au 
royaume du nord , comme le donnent à penser les locu- 
tions particulières à ce pays, la connaissance détaillée 
que l'auteur parait avoir de la Palestine septentrionale, 
et la mention de Thersa, capitale du royaume séparé. — La 
supposition d'une différence de langage entre le royaume 
du nord et celui du sud est purement arbitraire, et eùt-elle 
existé que nous n'aurions aucun moyen de la constater. — 
L'auteur parle, il est vrai, des villes et des sites du nord, 
remarquables par leur beauté, le Liban, le Carmel, Damas, 
Thersa, etc.; mais il mentionne également des localités 
appartenant à l'autre partie de la Palestine, Jérusalem, 
Hésébon, Engaddi, Galaad, etc. Le texte hébreu se tra- 
duit, au % 4 du chap. vi : « Tu es belle, mon amie, comme 
Thersa, splendide comme Jérusalem. » Thersa n'est donc 
nommée ici que comme type de beauté, sans la moindre 
allusion à son rôle politique sous Jéroboam. Dira-t-on 
que le site de Thersa n'était pas déjà remarquable du 
temps de Salomon? — 5. Le titre présente une double 
anomalie qui lui ôterait toute valeur. Le relatif y a la 
forme pleine 'âSér, tandis que la forme apocopée est 
seule usitée dans le livre; de plus, c'est d'un simple 
lamed, et non de la locution 'âsér le, que les noms d'au- 
teurs sont habituellement précédés en hébreu. — Le titre 
n'a rien de poétique; il n'est donc pas étonnant que le 
relatif y conserve sa forme prosaïque , tandis qu'une 
forme plus brève et plus élégante est employée dans le 
texte. La locution 'aSér le se retrouve dans le livre même 
sous la forme êélli, Cant., i, 6; m, 7; vin, 12, ce qui ten- 
drait plutôt à prouver que le titre est contemporain du 
poème. — 6. Enfin on trouve malséant que Salomon parle 
de son épouse, la fille du roi d'Egypte, comme d'une 
simple fille des champs. — Cette raison n'aurait de valeur 
que si l'on était obligé d'interpréter le Cantique dans le 
sens littéral non allégorique, mais nous allons voir qu'il 
en est tout autrement. 

3' On n'est pas d'accord pour déterminer à quelle 
époque de sa vie Salomon a pu composer le livre. Cor- 
nely, Introduct. in libr. sacr., Paris, 1887, t. il, p. 198, 
incline à penser que le Cantique est l'œuvre de la jeu- 
nesse du monarque ; la vivacité et la couleur du style y 
trahissent le jeune homme, et la nature du sujet traité 
semblerait peu convenir à un homme tel qu'était devenu 
Salomon à la suite de ses désordres. Calmet, Préface sur 



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CANTIQUE DES CANTIQUES 



190 



le Cantique, 1713, p. 150; Dictionnaire de la Bible, 1730, 
t. I, p. 377, suppose que le mariage de Salomon avec 
la fille du roi d'Egypte a été l'occasion, et par conséquent 
marque l'époque de la composition du poème. Gietmann, 
Comment, in Cant. cant., Paris, 1890, p. 341, soutient, 
au contraire, que le Cantique n'a été écrit que dans les 
dernières années du roi, devenu repentant. C'est pour 
cela que le livre occuperait ordinairement dans les Bibles, 
sauf dans celle des Massorètes , le troisième rang après 
les Proverbes et l'Ecclésiaste. Il présente du reste une bien 
plus grande analogie de style avec ce dernier livre, œuvre 
de la vieillesse de Salomon, qu'avec le premier. En par- 
ticulier, le relatif apocope, \à, Se, si caractéristique, se 

rencontre fréquemment dans l'Ecclésiaste, mais jamais 
dans les Proverbes. — La solution de cette question, d'ail- 
leurs peu importante, dépend en grande partie de l'opi- 
nion qu'on embrasse au sujet de la conversion de Salo- 
mon. Voir Salomon. 

Il n'est pas possible non plus de déterminer de quelle 
manière le poème a été écrit. Salomon en a-t-il composé 
lui-même toutes les pièces? Y a-t-il fait entrer quelques 
morceaux antérieurs à lui ou composés par d'autres 
poètes? Le tout n'a-t-il été recueilli et mis dans l'ordre 
actuel qu'après la mort du roi? On l'ignore. En somme, 
la définition de l'Église oblige à admettre l'inspiration et 
le caractère divin du Cantique, dans la forme définitive 
où il a été transmis par les Juifs; la tradition permet 
d'assurer que le livre est l'œuvre de Salomon, et l'exa- 
men de l'ouvrage fournit un témoignage concordant. Là 
s'arrêtent les certitudes. Les autres questions de détail 
sont du domaine de l'hypothèse. 

IV. Forme littéraire du Cantique. — D'après la nota- 
tion métrique de Bickell, Carmina Vet. Testant., p. 103, 
le Cantique des cantiques se composerait de poésies de 
différents mètres ainsi agencées : Cant., i, 1-8, six strophes 
ayant chacune cinq vers de six syllabes; I, 9-n, 6, cinq 
strophes de six vers ayant même mesure; n, 7, deux 
slrophes de trois vers, dont deux de quatre et un de huit 
syllabes; H, 8-16, six strophes de six vers hexasyllabiques ; 
m, 1-4, cinq strophes de trois vers ayant même mesure; 
m', 6, strophe de quatre vers alternativement de huit et 
de six syllabes; m, 7-iv, 8, trois strophes de six vers 
hexasyllabiques; IV, 9-11, trois strophes de trois vers 
octosyllabiques ; iv, 12-v, 1, neuf strophes de trois vers, 
deux de quatre et un de six syllabes; de v, 2 à vu, 10, 
reprennent les vers hexasyllabiques à six par strophe, 
sauf v, 8-16, composés de quatrains, et vi, 10- vu, 1, 
dont les quatrains sont formés de vers alternativement 
octosyllabiques et hexasyllabiques; vu, 2-10, cinq strophes 
de six vers hexasyllabiques; de vu, 11 à vin, 7, quatrains 
de vers alternatifs de huit et de six syllabes; Vin, 8-10, 
quatrains hexasyllabiques; vm, 11, 12, deux strophes de 
trois vers dont deux de six et un de huit syllabes ; vm , 
13, 14, deux strophes de trois vers hexasyllabiques. 

Au point de vue des idées, la division du texte n'est 
point aisée à établir. Le lien logique entre les différentes 
pièces du poème fait à peu près défaut. Aussi les résul- 
tats obtenus par les interprètes qui ont tenté d'analyser le 
texte sont loin de concorder. Bossuet, In Canticum cant., 
Prtef., m, édit. de Bar-Ie-Duc, t. m, 1863, p. 413, suivi 
par Calmet et Lowth, divise le Cantique en sept chants 
correspondant aux sept jours de la semaine. Il trouve la 
raison d'être de cette division dans les passages du Can- 
tique, il, 7, m, 5; H, 17; iv, 6, et pense que chaque 
journée marque un progrès dans l'amour: I er jour, Cant., 
i-n, 6, amour imparfait; II e jour, II, 7-17, amour pénitent; 
III e jour, m -IV, 1, amour épuré par l'épreuve; IV e jour, 
iv, 2- vi, 8, amour perfectionné par l'épreuve; v« jour, 
vi, 9- vu, 10, amour digne d'admiration; VI e jour, vu, 11- 
viii, 3, amour se donnant sans réserve; VII e jour, vin, 
4-14, amour au repos. — L'idée de Bossuet a séduit tous 
les interprètes postérieurs par son caractère judicieux, et 



tous ceux qui l'ont suivi, protestants et rationalistes même , 
en ont admis au moins le principe. Malheureusement les 
divergences s'accusent dès qu'on en vient aux détails. Voici 
cependant la manière dont les principaux auteurs dis- 
posent le Cantique. Ewald, Dos Hohelied Salomo's, Gœt- 
tingue, 1826, le divise en cinq actes comprenant chacun 
différentes scènes : act. i, se. 1 : i, 1-8; se. 2 : i, 9-n, 7. 
Act. h, se. 1 : h, 8-17; se. 2: m, 1-5. Act. ni, se. 1 : m, 
6-11 ; se. 2 : iv, 1-v, 1 ; se. 3 : v, 2-8. Act. IV, se. 1 : v, 9- 
vi, 3; se. 2 : vi, 4-vn, 1; se. 3: vu, 2-10; se. 4: vu, 
11 -vm, 4. Act. v : vin, 5-14. — F. Hitzig, Das Hohe Lied, 
Leipzig, 1855, partage le Cantique en neuf scènes : se. 1 : 
i, 1-8; se. 2 : i, 9-n, 7; se. 3 : n, 8-m, 5; se. 4: m, 6-v, I ; 
se. 5 : v, 2- vi, 3; se. 6 : vi, 4- vu, 1 ; se. 7 : vu, 2-11; 
se. 8 : vu, 12- vm, 4; se. 9: vm, 5-14. — Brown, dans 
le Dictionary of the Bible de Smith, 1863, t. i, p. 271 , 
fait du Cantique un drame qui se divise en cinq sections: 
sect. 1 : i -n, 7; sect. 2 : n, 8-m, 5; seet. 3 : m, 6-v, 1; 
sect. 4 : v, 2-vin, 4; sect. 5 : vm, 5-14. — E. Renan, Le 
Cantique des cantiques, Paris, 1870, voit dans le Can- 
tique une scène de harem. Comme le théâtre n'était pas 
à la mode chez les Hébreux, « ce poème se représentait 
dans des jeux privés et en famille, » p. 83. Il s doit être 
envisagé comme tenant le milieu entre le drame régulier 
et l'églogue ou la pastorale dialoguée. Il a de moins que 
le premier la marche continue ; il a de plus que la se- 
conde le nœud, l'action et les incidents », p. 88. L'auteur 
y distingue cinq actes : act. I, se. 1 : I, 1-6; se. 2: I, 7-11; 
se. 3 : i, 12-n, 7. Act. n, se. 1 : n, 8-17; se. 2: m, 1-5. 
Act. m, se. 1 : ni, 6-11; se. 2 : iv, 1-6; se. 3 : iv, 7-v, 1. 
Act. iv : v, 2- VI, 3. Act. v, se. 1 : vi, 4-9; se. 2 : vi, 10- 
vn, 11; se. 3: vu, 12-vin, 4; se. 4: vm, 5-7. Épilogue: 
vm, 8-14. — Frz. Delitzsch, Hohes Lied, 1875, p. 10, 
appelle le poème une « pastorale dramatique », et le par- 
tage en six actes : Act. i, se 1 : i, 2-8; se. 2 : i, 9-n, 7. 
Act. n, se. 1 : h, 8-17; se. 2: m, 1-5. Act. m, se. 1 : ni, 
6-11; se. 2 : iv, 1-v, 1. Act. iv, se. 1 : v, 2-vi, 3; se. 2 : 
vi, 4-9. Act. v, se. 1 : vi, 10- vu, 6; se. 2 : vu, 7-vm, 4. 
Act. vi, se. 1 : vm, 5-7; se. 2 : vm, 8-14. — O. Zbckler, 
Das Hohelied, Bielefeld, 1868, admet la même division, 
avec cette différence qu'il ne fait qu'un seul acte de v, 2- 
vlli, 14. — Éd. Reuss, Le Cantique des Cantiques, Paris, 
1879, compte seize morceaux détachés : 1° i, 1-8; 2* I, 9- 
h,7; 3° h, 8-17; 4° m, 1-5; 5» m, 6-11; 6» iv, 1-7; 7» iv, 
8-H; 8° iv, 12-v, 1; 9° v, 2-vi, 3; 10» vi, 4-10; 11» vu, 
2-10; 12» vu, 11 -vm, 4; 13» vm, 5-7; 14» vm, 8-10; 
15» vm, 11-12; 16» vm, 13, 14. Il est à remarquer que 
les divisions adoptées par cet auteur concordent assez bien 
avec celles de Bickell. — Enfin Stickel, Das Hohelied, 
Berlin, 1888, pour lequel le Cantique est un mélodrame 
en actes et en scènes, p. 157, a aussi sa division en cinq 
actes : Act. i, se. 1 : i, 2-6; se. 2 : i, 7, 8; se. 3 : i, 9-14; 
se. 4 : i, 15-n, 4; se. 5: n, 5-7. Act. n, se. 1 : n, 8-17; 
se. 2: ni, 1-5. Act. m, se. 1 : ni, 6-11; se. 2 : iv, 1-6; 
se. 3 : iv, 7-v, 1. Act. iv, se. 1 : v, 2-vi, 3; se. 2 : vi, 4- 
viii, 4. Act. v, se. 1 : vm, 5-7; se. 2: vm, 8-12; se. 3: 
vm, 13, 14. 

Parmi les auteurs catholiques, A. Le Hir, Le Can- 
tique des cantiques, Paris, 1882, partage le poème en 
huit parties, sans indiquer l'idée qui préside à cette 
division : 1» i, 1-3; 2» i, 4-n, 7; 3° n, 8-17; 4° m, 1-5; 
5» m, 6-vi, 1; 6» vi, 2- vu, 10; 7° vu, 11 -vin, 4; 8» vm, 
5-14. — Ut' Meignan, Salomon, Paris, 1890, p. 467-560, 
préfère la division en cinq chants : 1» désirs et ren- 
contres, Cant., i-ii, 7; 2° une rêverie, la recherche et la 
rencontre, H, 8-m, 5; 3» la pompe du cortège royal et 
la simple beauté de la Sulamite, m, 6-v, 1; 4° l'attente 
patiente, la Sulamite méconnue et maltraitée, portrait de 
l'époux, bonheur de se retrouver, v, 2-vi, 2; 5° portrait 
de l'épouse et de l'époux, vi, 3 -vin, 7; conclusion, vm, 
8-14. — Gietmann, Comm. in Eccle. et Cant., p. 413, 
trouve dans le Cantique trois parties comprenant sept, 
scènes. Première partie: préparation de l'épouse, se. 1, 



191 



CANTIQUE DES CANTIQUES 



192 



i, l-u,7; se. 2, II, 8-17; se. 3, ni, 1-5. Seconde partie, 
le mariage, se. 4, m, 6-v, 1. Troisième partie: perfec- 
tion et fécondité de l'épouse, se. 5, v, 2-vi, 8; se. 6, 
vi, 9- vin, 4; se. 7, vin, 5-14. — Les interprètes des 
siècles précédents, Salazar, Rupert, Honorius d'Autun, 
divisaient le livre en quatre parties. Quant aux Pères, 
ils se contentent de l'expliquer, sans s'inquiéter d'au- 
cune division. De toutes ces divergences, il y a lieu de 
conclure que les distinctions de jours, de chants, de 
scènes, ont quelque chose d'artificiel. Chacune peut se 
soutenir, mais nulle ne s'impose. Le poème n'a pas été 
composé d'après nos idées modernes, et pour y trouver 
des développements logiques , il faut prêter à l'auteur ce 
qu'on désire trouver dans son œuvre. Notons bien que 
l'intelligence du sens général du Cantique est indépen- 
dante de la manière dont on juge à propos de le diviser. 
On y remarque la peinture d'un amour qui unit deux 
jeunes époux, s'exprime par toutes sortes de témoignages 
et semble devenir de plus en plus ardent. 11 reste à savoir 
en quel sens il faut entendre cet amour. 

V. Interprétation du Cantique. — Le Cantique a été 
l'objet de bien des explications différentes. Les anciens 
Pères y ont cherché surtout matière à réflexions pieuses. 
Sans en méconnaître le sens principal, ils se sont d'abord 
préoccupés surtout d'en tirer des leçons de morale à l'usage 
de lame chrétienne. Dans les temps plus modernes, au 
xvn e siècle en particulier, on s'est appliqué à serrer de 
plus près le sens du livre, et même à chercher s'il n'exis- 
terait pas un fond historique servant de base à une doc- 
trine très élevée, comme, par exemple, dans les para- 
boles de Notre -Seigneur. Enfin, exagérant l'importance 
de ce prétendu sens historique, les interprètes protes- 
tants ont fini par n'en plus voir d'autre. De là trois espèces 
d'interprétations du Cantique : historique , mystique et 
allégorique. 

1° Interprétation historique et exclusivement littérale. 
— Le Cantique serait un épithalame célébrant soit l'union 
de Salomon avec la fille du roi d'Egypte ou avec la Sula- 
mite, soit l'union d'un berger et d'une bergère, en tout 
cas, une union purement humaine. Cette interprétation 
se fit jour, probablement sous l'influence des sadducéens, 
dès l'époque de Notre -Seigneur. Le rabbin Akiba la 
combattit vivement et déclara que le Cantique des can- 
tiques est très saint; qu'aucun jour n'est plus précieux 
que celui où Israël le reçut , et qu'aucun Israélite n'a 
jamais douté de son caractère sacré. Yadaïm, f. 157 a. — 
Théodore de Jlopsueste prétendit plus tard que Salomon 
écrivit le Cantique pour atténuer l'impopularité de son 
mariage avec la fille du pharaon ou avec la Sulamite. Le 
cinquième concile général réprouva cette interprétation 
et reprocha à son auteur d'avoir par là « tenu des propos 
abominables pour des oreilles chrétiennes». Mansi, Cône, 
t. ix, p. 225. — Quelques hérétiques du iv e siècle, si- 
gnalés par Philastre, évêque de Brescia, De hseres., 135, 
t. xn, col. 1267, embrassèrent le sentiment de Théodore. 
Cette idée ne reparaît plus ensuite qu'au xvi e siècle, à 
l'époque de la Réforme. Seb. Castalio est chassé de Ge- 
nève par Calvin pour l'avoir soutenue. Les anabaptistes 
s'en font ensuite les défenseurs. Hugo Grotius l'enseigne. 
Au xvm e siècle, Jacobi, Das gerellete Hohelied, 1771, 
prétend reconnaître dans le Cantique le récit imagé d'un 
enlèvement. Une jeune bergère y triomphe de la passion 
du voi en personne. Cette idée a défrayé depuis lors, 
moyennant quelques variantes, toute l'exégèse rationa- 
liste. Renan s'en est emparé à son tour, Etude sur le 
Cantique, p. 2b\ Puis, pour lui donner plus de piquant, 
il a imaginé que le Cantique, écrit bien après Salomon, 
était un pamphlet dirigé contre le monarque , devenu 
odieux à ses sujets à raison de ses dépenses démesurées. 
Histoire du peuple d'Israël, t. n, p. 173. 

L'interprétation historique du Cantique des cantiques 
est absolument inacceptable. 1° Les Juifs n'ont jamais 
entendu le livre dans ce sens , comme le montre la pro- 



testation indignée d'Akiba. D'ailleurs ils n'auraient point 
admis au nombre des Livres Saints un écrit de caractère 
exclusivement profane. Aussi Sehammaï et ses disciples, 
qui cherchaient à l'interpréter historiquement, avaient- 
ils soin de lui dénier le titre de livre sacré. — 2° L'inter- 
prétation purement historique est étrangère à toute la 
tradition chrétienne. — 3° Elle oblige à admettre dans le 
livre une foule d'incohérences qui auraient frappé les 
anciens aussi bien que nous, et ne leur auraient permis 
de croire ni à l'unité ni à l'inspiration du Cantique. Ainsi 
1. l'épouse porte le nom de sœur, Cant., iv, 9, 10, 12; v, 
1, 2; vin, 8; or, remarque saint Jérôme, qui connaissait 
bien la valeur des termes hébreux, ce mot « exclut tout 
soupçon d'amour charnel ». Contra Jov., i, 30, t. xxm, 
col. 251. — 2. On ne peut rapporter à la fille du roi d'E- 
gypte les traits suivants : l'épouse est née sous un pom- 
mier, Cant., vin, 5; elle garde ses vignes, i, 5; elle fait 
paître ses chevreaux en compagnie d'autres pasteurs, i, 7; 
elle court la ville pendant la nuit à la recherche de son 
époux, m, 2, 3; elle est battue par les gardes, v, 7, et elle 
mène son époux dans la maison de sa mère à elle, ni, 4. 
— 3. Ces traits ne conviennent pas davantage à Abisag, 
la Sunamite , avec laquelle on veut identifier la Sulamite. 
Salomon n'avait pas à la poursuivre au dehors, dans les 
vignes, puisqu'il l'avait trouvée dans le harem de David, 
d'où elle ne pouvait sortir. III Reg., i, 15. D'autre part, 
l'épouse ne se nomme pas Sunamite, mais Selomif, nom 
qui est le féminin de Selômôh, et qui ne désigne aucune 
personne connue dans l'histoire. Ce nom, inventé à des- 
sein, ne peut se rapporter qu'à une personne idéale. — 
4. Des incohérences analogues s'opposent à l'hypothèse 
qui fait du Cantique une histoire d'enlèvement. Tout d'a- 
bord, rien de moins oriental et de plus moderne que ce 
roman d'une jeune fille qui , recherchée à la fois par le 
roi et par un berger, donne sans hésiter la préférence à 
ce dernier. Rien de moins naturel que ce roi et ce berger 
faisant assaut de beau langage auprès de la bien -aimée, 
et que cette bergère narguant le prince en lui répétant 
sans cesse l'éloge de son préféré. Roman ou pamphlet 
composé plus ou moins de temps après Salomon, le Can- 
tique n'en devrait pas moins conserver la couleur locale de 
l'époque, ce dont l'hypothèse rationaliste ne tient pas assez 
compte. Si encore on pouvait s'accorder dans la détermi- 
nation du sujet et dans l'indication des paroles proférées 
par le roi et de celles que l'écrivain prête à son heureux 
rival! Mais il n'en est rien. « Selon les uns, » dit Reuss, 
qui du reste tombe dans le même travers que les autres, 
« le sujet est historique; selon d'autres, c'est une fiction. 
La scène se passe d'après ceux-ci à Jérusalem, d'après 
ceux-là à Baal-Hermon, d'après d'autres à Tliécué; en 
un mot, au nord ou au midi, à la fantaisie de chacun. 
Suivant les différents avis, l'épouse est née à Sunam ou 
dans quelque faubourg; l'époux habite à Engaddi ou au 
mont Liban; pour ceux-ci c'est un roi, pour ceux-là un 
berger. L'épouse aime le roi, à moins qu'elle ne le déteste ; 
elle est elle-même l'épouse ou bien l'amante d'un ber- 
ger, vendue par ses frères ou enlevée par les gens du roi, 
chassée violemment du harem, ou simplement congédiée 
par un roi magnanime. Toutes ces suppositions sont arbi- 
traires, car le texte n'en dit mot. » Gesc/iichte des Alt. 
Testant., p. 221. Le même auteur écrit ailleurs avec beau- 
coup de bon sens : « La science exégétique s'est fourvoyée- 
avec cette idée du drame de l'enlèvement du sérail. Du 
moins, si cette hypothèse du cantique-drame devait n'être- 
pas le fruit d'une étrange méprise, il faudrait convenir 
que jusqu'ici on n'a pas réussi à la rendre plus plausible. » 
Le Cantique, 1879, p. 50. 

Pour tout concilier, les rationalistes ont recours à la: 
plus singulière hypothèse : toutes les paroles qui ne 
cadrent pas avec la situation imaginée par eux seraient 
dites en rêve par la jeune fille, ilais comment croire 
qu'un écrivain sérieux ait mélangé la réalité et l'halluci- 
nation dans son poème, sans laisser au lecteur aucun. 



193 



CANTIQUE DES CANTIQUES 



194 



moyen de faire le discernement? On ne peut que répéter 
ce que Théodoret, In Cant., Prsef., t. lxxxi, col. 29, disait 
de la théorie de son maître, Théodore de Mopsueste : « Les 
saints Pères ont placé ce livre parmi les divines Écritures 
et l'ont approuvé comme plein de l'Esprit de Dieu et digne 
de l'Église. S'ils eussent été d'un autre sentiment, ils n'au- 
raient point mis au nombre des Saintes Écritures un livre 
dont le sujet serait l'incontinence et la passion... C'est 
imaginer des contes dont seraient incapables même de 
vieilles femmes en délire, que de faire écrire de telles 
choses par le sage Salomon sur lui-même et sur la fille du 
pharaon, ou de remplacer la fille du pharaon par Abisag, 
la Sunamite. » Ajoutons que le livre, entendu dans un sens 
purement profane et littéral, pourrait prêter au reproche 
d'immoralité. 11 en serait alors du Cantique comme de 
ces passages où les prophètes, Ézéchiel, xvi, par exemple, 
peignent l'idolâtrie sous les couleurs de la fornication et 
de l'adultère. On ne peut s'arrêter au sens littéral des 
mots, sans courir le danger de se heurter à des images 
charnelles. De là chez les anciens, tant juifs que chré- 
tiens, l'usage de ne pas permettre à tous la lecture de ce 
livre. Pour en prendre connaissance, il fallait être en âge 
de dominer son imagination, et capable de chercher les 
vérités supérieures cachées derrière des voiles dangereux. 
« Voici mon avis, écrivait Origène, In Cant., t. xin, col. 61. 
et le conseil que je donne à quiconque n'est pas encore 
à l'abri des attaques de la chair et du sang et qui n'a pas 
renoncé à l'amour de la nature matérielle : qu'il s'abstienne 
totalement de la lecture de ce livre et de ce qui y est dit. 
La même règle, dit-on, s'observe parmi les Hébreux : per- 
sonne ne peut même avoir ce livre entre les mains, s'il 
n'a atteint la pleine maturité de l'âge. » Saint Jérôme, 
In Ezech., i, t. xxvi, col. 15, reproduit la même ob*r- 
vation. Ces précautions, communes aux Juifs et aux chré- 
tiens, prouvent qu'à leurs. yeux il n'y avait pas à s'arrêter 
à la lettre du Cantique. Bien loin d'aider à trouver la vraie 
signification du livre, la recherche d'un sens littéral his- 
torique n'eût pu qu'y mettre un dangereux obstacle. 

2° Interprétation mystique. — C'est celle des auteurs 
qui admettent à la fois dans le Cantique un sens littéral 
et un sens mystique, se rapportant le premier au mariage 
de Salomon, le second à l'union de Jésus -Christ et de 
son Église. Honorius d'Autun (In Cant., prol., t. clxxh, 
col. 352), au XII e siècle, adopta le premier cette interpréta- 
tion. Son idée a été reprise par Jansénius de Gand, Para- 
phras. in Psal. Davidicos, Ps. xliv, in-f°, Lyon, -1580, 
f. 58 b; Bossuet, dans son commentaire du Cantique; Cal- 
met, dans sa préface sur le même livre, la Bible de Vence, 
et quelques protestants modernes, Frz. Delitzsch, Zô'ck- 
ler, etc. — Cette seconde interprétation ne mérite pas la 
même réprobation que la première; néanmoins elle n'est 
pas soutenable, puisque, comme nous venons de le voir, 
l'ensemble du Cantique né peut avoir de sens littéral et 
historique. On n'échappe pas à la difficulté en entendant 
dans le sens mystique tout ce qui serait inacceptable 
dans le sens propre littéral. On procède ainsi dans les pro- 
phéties, il est vrai ; mais quand on abandonne le sens lit- 
téral propre, c'est à raison de la sublimité des termes, trop 
relevés pour pouvoir être entendus à la lettre. Dans le Can- 
tique, rien de pareil. Les détails qu'il faudrait interpréter 
mystiquement sont aussi simples que ceux auxquels on 
voudrait prêter un sens littéral ; ce n'est pas la sublimité 
des termes, c'est la difficulté de les rapporter à un même 
personnage qui suggérerait l'interprétation mystique , 
ce qui est contraire à toute logique et à toute analogie 
scripturaire. On ne peut donc rien interpréter dans le 
sens littéral propre, même comme support d'un sens 
mystique. 

3° Interprétation allégorique. — C'est la seule qui ait 
été admise par toute la tradition juive et chrétienne, à 
l'exception des quelques partisans d'un sens littéral et 
mystique. Voici comment s'expriment les Pères : « Ce livre 
doit être entendu dans le sens spirituel , c'est à-dire dans 

DICT. DE LA BIBLE 



le sens de l'union de l'Église avec Jésus - Christ , sous le 
nom d'épouse et d'époux, et de l'union de l'âme avec le 
Verbe divin... Par l'époux, il faut entendre le Christ, 
et l'Église est l'épouse sans tache et sans ride. » Origène, 
In Cant., Hom. i, t. xm, col. 3. — « Par l'épouse, la 
divine Écriture entend l'Église, et c'est le Christ qu'elle 
appelle l'époux. » Théodoret, In Cant., prolog., t. lxxxi, 
col. 27. — « Ce qui est écrit fait penser à des noces, 
mais ce qui est compris est l'union de l'âme humaine 
avec Dieu. » S. Grégoire de Nysse, In Cant., Hom. i, 
t. xxiv, col. 413. — « Salomon unit l'Église et le Christ 
et chante le doux épithalame des saintes noces. » S. Jé- 
rôme, Ep. lui, 7, ad Paulin., t. xxn, col. 279. — « Le 
Cantique des cantiques est la joie spirituelle des saintes 
âmes aux noces du roi et de la reine de la cité , le Christ 
et l'Église. Mais cette joie est enveloppée de voiles allégo- 
riques, pour rendre les désirs plus ardents et la décou- 
verte plus agréable à l'apparition de l'époux et de l'épouse.» 
S. Augustin, De Civit. Dei, xvn, 20, t. xli, col. 556. — 
« Salomon, divinement inspiré, a chanté les louanges du 
Christ et de l'Église, la grâce du saint amour et les mys- 
tères des noces éternelles. » S. Bernard, Sup. Cant., 
Serin, i, 8, t. clxxxiii, col. 788. Saint Thomas d'Aquiu 
interprétait le Cantique dans le même sens, à l'abbaye de 
Fossa-Nova, quand la mort vint l'interrompre. 

Ce sens n'a pas été imaginé arbitrairement par les 
interprètes. —1. Il a une base solide dans les nombreux 
passages de l'Ancien et du Nouveau Testament qui. pré- ' 
sentent les rapports de Dieu avec son peuple sous l'image 
de l'union conjugale. Le Psaume xliv traite ce sujet sous 
une forme analogue. Dans Osée, il, 19, 20, 23, le Sei- 
gneur dit à la nation choisie : « Je te prendrai pour épouse 
à jamais. » Dans Jérémie, H, 2 : « Je me suis souvenu de 
toi, par pitié pour ta jeunesse, et de l'amour qui m'a fait 
t'épouser, quand tu m'as suivi dans le désert, dans cette 
terre où rien ne germe. » Ézéchiel, xvi, 8-14, décrit en 
conséquence l'infidélité à Dieu comme un adultère. Le 
Seigneur est fréquemment présenté comme époux , et 
l'Église comme épouse, dans le Nouveau Testament. 
Matth., ix, 15; xxv, 1-13; Joa., m, 29; Eph., v, 23-25, 
31, 32; II Cor., xi, 2; Apoc, xix, 7, 8. — 2. L'union de 
l'époux et de l'épouse étant la plus intime qui s'établisse 
sur la terre entre les créatures, il n'est point étonnant 
que Dieu ait voulu se servir de ce symbole pour faire 
peindre par les écrivains sacrés l'intimité de son union 
avec l'humanité régénérée, ni qu'il ait fait allusion aux 
sentiments les plus passionnés de l'homme pour donner 
quelque idée de son ardent amour envers sa créature. 
D'instinct, les saints qui ont le mieux aimé Dieu ont saisi 
le sens de cette allégorie. « Vous ne devez point vous 
étonner, écrivait sainte Thérèse, quand vous rencontrez 
dans l'Écriture des expressions très vives de l'amour de 
Dieu pour les hommes... Ce qui m'étonne beaucoup da- 
vantage que les paroles du Cantique et me met comme 
hors de moi, c'est ce que l'amour de Notre- Seigneur lui 
a fait souffrir pour nous. Je suis loin d'être surprise par 
les paroles de tendresse du Cantique. Non, ce ne sont 
pas là des expressions trop fortes ; elles n'approchent 
point de l'affection que ce divin Sauveur nous a témoi- 
gnée toute sa vie et par sa mort. » Conceptos del amor 
de Dios, dans Escritos de Santa Teresa, Madrid, 1861, 
t. i, p. 389. — 3. La canonicité du livre et la croyance 
générale à son inspiration parmi les. Juifs et les chrétiens 
prouvent que chez les uns et les autres on est toujours 
allé droit au sens spirituel, sans s'arrêter à la signifi- 
cation littérale de certaines descriptions. 

Donc, non seulement il ne conviendrait pas de serrer 
de trop près le sens naturel des expressions employées 
par l'auteur sacré, mais cette attention trop grande 
prêtée à la lettre ne pourrait qu'égarer l'intelligence du 
lecteur. Puisque, d'après l'enseignement de toute l'anti- 
quité, le vrai sens du Cantique est un sens allégorique, 
il est évident que l'unique objet qui s'est présenté à l'es- 

II. - 7 



195 



CANTIQUE DES CANTIQUES 



19$ 



prit de l'écrivain sacré est cet amour surnature] qu'il 
veut décrire. L'amour humain n'intervient que pour prê- 
ter, non pas ses sentiments ou ses manifestations, mais 
ses expressions. Or ces expressions demeurent toujours 
très imparfaites et même grossières, si on les compare à 
ce qu'elles doivent rendre. Par conséquent, moins on 
s'arrête à leur valeur littérale , plus on s'élève vers le 
véritable sens du livre. Entreprise dans ces conditions, 
la lecture du poème sera sans péril. Car « tout est pur 
pour ceux qui sont purs; pour ceux qui sont souillés et 
pour les infidèles, rien n'est pur. » Tit., i, 15. 

Il n'y a pas lieu d'ailleurs de s'étonner qu'un livre sacré, 
très court, il est vrai, soit écrit tout entier sous forme 
d'allégorie. Comme l'a remarqué avec raison Rosen- 
mûller, « une poésie allégorique et religieuse telle qu'est 
le Cantique des cantiques d'après l'interprétation antique 
et générale n'a rien d'étrange ni de choquant pour les 
Orientaux. » Das alte und neue Morgenland, Leipzig, 
1818, t. IV, p. 180. Les livres sacrés des Hindous four- 
nissent de nombreux exemples d'allégories analogues. 
Dans le Yagur- Véda, la relation entre l'Aurore et le Soleil 
est représentée par l'allégorie de la fée Urvasi, qui voue 
son amour à Purùravas, « le brillant, » « histoire qui n'est 
vraie que du Soleil et de l'aurore, » observe Max Mùller. 
Essais sur la mythologie comparée, trad. Perrot, Paris, 
1874, p. 130-135. La même allégorie se retrouve déve- 
loppée dans une sorte de drame en cinq actes, du poète 
Kalidâsa, insérée sous plusieurs formes différentes dans 
les Pourânas et dans le Brihat-Kathâ , ou grande his- 
toire. Max Millier, Essais, p. 146-163. Les sentiments 
exprimés et les métaphores qui jaillissent de la plume des 
poètes ont ici la plus grande similitude avec ce qu'on lit 
dans le Cantique. Un autre poète, vivant il y a au moins 
deux mille ans, Jayadeva, plus ancien peut-être que Kali- 
dàsa, a laissé un petit drame pastoral appelé Gitagovinda, 
inséré dans le dixième livre du Bhagavat. Il y décrit 
l'amour réciproque de Krichna, le dieu bon, avec Radha, 
l'âme humaine, en faisant intervenir des bergères autour 
de Krichna, le pasteur. Or berger et bergères ne sont 
que des symboles religieux, dont les écrivains hindous 
cherchent à donner l'explication mystique. W. Jones, The 
mystical Poetry of the Persians and Hindus , dans ses 
Works, Londres, 1807, t. iv, p. 211-235; A. Weber, His- 
toire de la littérature indienne, trad. Sadous, Paris, 1859, 
p. 330-331. Dans le Gulchendras ou « parterre de mys- 
tère » des soulis de la Perse, le Menavi forme un gros 
livre dans lequel l'union avec Dieu est décrite sous l'al- 
légorie d'un amour mystique. Chardin, Voyage en Perse, 
Amsterdam, 1735, t. m, p. 210, 213. D'autres poèmes 
d'écrivains persans plus modernes affectent le même ca- 
ractère littéraire. Vigoureux, Les Livres saints et la cri- 
tique rationaliste, Paris, 1891, 4 e édit., t. v, p. 83-89. Du 
reste, les poèmes allégoriques ne sont pas particuliers 
aux seuls Orientaux. La grande trilogie d'Eschyle sur 
Promélhée, dont il nous reste la seconde partie, « Promé- 
thée enchaîné, » n'est que le développement allégorique 
d'une idée. Le titan Prométhée représente en même temps 
l'être révolté contre Dieu et séducteur de l'homme, et le 
rédempteur compatissant qui sauve l'humanité. Dœllin- 
ger, Paganisme et judaïsme, trad. J. de P., Bruxelles, 
1858, t. il, p. 68. Il faut encore mettre au rang des œuvres 
allégoriques les « Oiseaux » et « Plutus » d'Aristophane, 
la « Psyché » d'Apulée ; au moyen âge, le « Roman de la 
Rose », etc. D'ailleurs, la Sainte Écriture elle-même four- 
nit d'autres exemples d'allégories, dont plusieurs prennent 
une extension assez considérable. On peut ranger dans 
ce nombre le cantique de la vigne, ls., v, 1-6; celui du 
pressoir, ls. , lxiii, 1-3; les allégories d'Ézéchiel sur le 
bois de la vigne, Ezecli., xv, 1-6; sur l'épée aiguisée, 
Ezech., xxi, 9-13; sur les ossements desséchés, Ezecli., 
xxxvii, 1-10; celles que Daniel décrit dans ses visions, 
I, ni, vi, etc.; l'allégorie évangélique du bon Pasteur, 
Joa., x, 1-16, et celles qui remplissent le livre de l'Apo- 



| calypse. L'allégorie du Cantique appartient donc à un 
genre littéraire aussi familier aux écrivains sacrés qu'aux 
écrivains orientaux en général. 

Un autre sujet d'étonnement, à la première lecture du 
Cantique, c'est que l'Esprit -Saint ait jugé à propos de se 
servir de la peinture la plus ardente de l'amour humain 
pour exprimer les sentiments surnaturels du plus haut 
et du plus chaste mysticisme. — Cet étonnement n'a pas- 
été partagé par les anciens, et il ne l'est pas davantage 
aujourd'hui par les populations de l'Orient. Ceux qui se 
scandalisent des expressions du Cantique ont le double 
tort d'entendre littéralement ce qui n'a qu'un sens mys- 
tique, et de suppléer par l'imagination à ce que le texte- 
ne dit pas. Ils veulent trouver un drame continu , une 
histoire « vécue », comme on dit aujourd'hui, là où l'écri- 
vain sacré s'est contenté des traits choisis qui conviennent 
à son but mystique. Évidemment le sujet allégorique qu'il 
a entrepris de traiter présente un danger pour les esprits 
mal préparés. On pourrait en dire autant de plusieurs 
passages des Proverbes, v, 15-20; vu, 4-24; d'Ézéchiel, 
xvi, etc., et de bien des histoires racontées dans la Ge- 
nèse et dans les livres des Rois. Ce danger prouve que 
l'Écriture Sainte n'est point faite , dans la pensée de celui 
qui l'a inspirée, pour être lue intégralement par tous 
indistinctement, et que la Synagogue et l'Église ont eu 
raison d'interdire à certaines catégories de lecteurs plu- 
sieurs passages des Livres Saints. Mais le danger n'existe 
plus pour celui qui lit le Cantique dans l'esprit qui a pré- 
sidé à sa composition. Un tel lecteur passe immédiate- 
ment de la lettre au sens allégorique, sans s'arrêter au. 
sens vulgaire qu'auraient les expressions, si on les inter- 
prétait d'un amour purement humain. C'est ainsi qu'ont: 
procédé les interprètes catholiques du Cantique. Saint 
Bernard, saint François de Sales, Bossuet, Le Hir et cent 
autres en ont tiré les plus pures descriptions de l'amour 
divin , et les plus hautes leçons de vertu. L'Église elle- 
même ne craint pas d'en insérer dé notables passages, 
dans ses offices, bien qu'elle n'ignore pas que certaines 
âmes pourraient y trouver prétexte à scandale. 

VI. Objet du Cantique. — 1° L'objet propre et principal 
du Cantique est l'union de Jésus -Christ et de son Église. 

— 1. Saint Jean Baptiste appelle Notre -Seigneur l'époux 
et se présente comme l'ami de l'époux. Joa., ni, 29. — 
2. Notre- Seigneur se donne lui-même comme l'époux, 
attendu, Matth., îx, 15; Marc, n, 19; Luc, v, 34, 35, et 
parle de son royaume des cieux, c'est-à-dire de son Église, 
en empruntant l'allégorie nuptiale de Salomon. Matth., 
xxn, 2-10; xxv, 1-13. — 3. Saint Paul présente plus 
expressément encore Jésus -Christ comme l'époux, et 
l'Église comme l'épouse. Eph., v, 22-32; II Cor., xi, 2. 

— 4. Saint Jean célèbre les noces de l'Agneau, et chante 
l'époux, qui est le Christ, et l'épouse, qui est l'Église. 
Apoc, xix, 7-9; xxi, 2; xxn, 17. Sans doute Notre-Sei- 
gneur et les Apôtres ne se réfèrent pas nommément au 
livre de Salomon; mais en inspirant les mêmes expres- 
sions allégoriques à Salomon, à saint Jean Baptiste et aux 
écrivains évangéliques, l'Esprit de Dieu montre assez qu'il 
suit la même idée , et que l'objet de la mystérieuse allé- 
gorie du Cantique doit être cherché parmi les réalités 
messianiques. — 5. Cet objet propre du Cantique est 
reconnu par la plupart des Pères, Origène, Philon, évêque 
de Chypre et contemporain de saint Athanase, Enarr. in 
Cant., t. XL, col. 32, Théodoret, saint Augustin, Cassio- 
dore, Juste, évêque d'Urgel au vi e siècle, In Cant., i, 1, 
t. lxvh, col. 962; saint Grégoire le Grand, Sup. Cant., 
Proœm., 8, t. lxxix, col. 476; le vénérable Bède, In 
Cant., 1. il, t. xci, col. 1083; saint Bernard, saint Tho- 
mas d'Aquin, etc. — Rapportés à cet objet , tous les détails 
du Cantique s'expliquent aisément. On peut dire de Jésus- 
Christ qu'il est aimable, Cant., i, 2; parfaitement beau, 
v, 10-16; roi, in, 7-11; pasteur, i, 6; plein d'amour pour 
son épouse, n, 4, etc. De son côté, l'Église est belle 
entre toutes, i, 4; n, 2; iv, 1-7, jusqu'à exciter la ja- 



197 



CANTIQUE DES CANTIQUES 



198 



lousie, i, 5; elle est d'abord petite, vin, 8; elle cherche ! 
son divin Époux, m, 2, 4; elle l'aime, n, 5; lui est dé- ! 
vouée, vin, 1, 2; devient reine, vu, 7-9; mère, vu, 3; I 
forte et puissante, vi, 3; faisant paître son troupeau, 
1,7, et pourtant persécutée et dépouillée, v, 7, etc. — 
Néanmoins il ne convient pas de s'arrêter à tous les 
détails et d'en vouloir désigner l'application. Les senti- 
ments de l'époux et de l'épouse ne sont en définitive 
qu'une figure très imparfaite des sentiments de Jésus- 
Christ et de son Église. Aussi- serait-ce tomber dans la 
puérilité que de vouloir trouver un sens spirituel à tous 
les traits de l'allégorie. « Tout ce qui se trouve .dans la 
parabole, remarque Mart. del Rio, n'appartient pas au 
sens historique et allégorique, et ne doit pas nécessaire- 
ment lui être rapporté. Il y a des traits qui sont pour 
l'ornement et pour l'élégance, mais n'en forment point une 
partie intégrante. Ce sont des images que l'habitude, et 
non la nécessité , a fait introduire. » In Cant. comment. 
Isagoge, p. xxxiv. 

2° À cet objet principal s'en rattachent d'autres qui 
sont compris dans le premier. Ces autres objets sont : 

i. L'union du Seigneur avec son peuple d'Israël. Le 
Cantique tout entier a été expliqué dans ce sens par les 
docteurs juifs de tous les temps. Plusieurs auteurs catho- 
liques ont admis qu'une partie au moins du Cantique a 
la Synagogue pour objet. Ainsi saint Thomas rapporte la 
fin du livre, vi, 10-vn, 14, à la conversion des Juifs. 
Tiefenthal explique en ce sens les chapitres v-vm. D'autres 
voient la Synagogue dans l'épouse qui désire et appelle 
l'époux au début du livre. Sans doute l'ancienne loi est 
la figure de la nouvelle, et la Synagogue prépare l'Église, 
liais on ne peut appliquer à la première les paroles du 
Cantique que dans un sens indirect et incomplet, c'est- 
à-dire dans la mesure où l'ancien peuple peut être con- 
sidéré comme ne faisant qu'un avec le nouveau. — 
a) Israël était le peuple de Jéhovah; or Salomon, le « roi 
pacifique », ne fut pas la figure de Jéhovah, mais du Fils 
de Dieu, qui a épousé l'Eglise, non la Synagogue. — 
6) Salomon et le peuple d'Israël sont des figures; Jésus- 
Christ et l'Église, des réalités. Mais Salomon n'a pas été 
pour son peuple ce que Jésus-Christ est pour son Église. 
Il y aurait donc une certaine incohérence à faire de la 
Sulamite le type de la Synagogue. — c) Enfin le Cantique 
ne reproche à l'épouse aucune infidélité, trait fort impor- 
tant qui ne saurait convenir au peuple d'Israël. Cf. Giet- 
mann, Comm. in Cant. cantic, p. 407. 

n. L'union de Jésus -Christ avec la très sainte Vierge 
Marie. L'application du Cantique à la Mère du Sauveur 
a été faite par plusieurs Pères, particulièrement par saint 
Ambroise, dont l'abbé Guillaume a collectionné les textes, 
Patr. lat., t. xv, col. 1945, et ensuite par Rupert de Deutz, 
Denis le Chartreux, saint Bernard., etc. L'Église autorise 
cette application, en se servant elle-même d'un grand 
nombre de textes du Cantique dans les offices de la Sainte 
Vierge. Cf. Schâfer, Das hohe Lied, p. 253. C'est à bon 
droit qu'elle agit de la sorte, car — 1. Marie résume en 
elle toutes les qualités de l'épouse bien-aiméc, la beauté, 
la pureté, l'amour, etc. — 2. Marie est un membre de 
l'Église tellement éminent par sa sainteté, qu'elle peut 
en être considérée comme la personnification la plus 
parfaite. Néanmoins il faut se garder de vouloir appli- 
quer à la Sainte Vierge tous les traits du Cantique. On 
ne pourrait le faire sans tomber dans des interprétations 
et des accommodations arbitraires. 

m. L'union de Jésus -Christ avec l'âme chrétienne. Ce 
sens a été développé, conjointement avec les deux précé- 
dents, par Origène, saint Ambroise, saint Grégoire de 
Nysse, Théodoret, saint Basile, Hom. xn , in princip. 
Prov., 1, t. xxxi, col. 388, d'après lequel le Cantique « ren- 
ferme l'union de l'époux et de l'épouse, c'est-à-dire l'a- 
mitié familière de l'âme avec le Verbe de Dieu ». « Non 
point, ajoute saint Bernard, que personne puisse avoir la 
présomption d'appeler son âme l'épouse du Seigneur; 



mais comme nous faisons partie de l'Église , qui s'honore 
de porter ce nom et de le mériter, c'est à bon droit que 
nous prenons part à cet honneur. » Serin, in Cant., Serm. 
xn, 11, t. clxxxiii, col. 833. 

3° Il ne serait pas complètement exact de comprendre 
dans l'allégorie: — 1. L'union du Verbe avec la nature 
humaine dans le mystère de l'Incarnation. Ce fut l'idée 
d'Aponius, au VII e siècle, et quelques auteurs contempo- 
rains la suivent encore. « L'ensemble du sacré Cantique 
se prête mal à cette interprétation, et il est visible que le 
Verbe, envisagé dans sa nature humaine, est l'époux lui- 
même; mais que l'épouse est son corps mystique, son 
Église considérée dans son tout et dans ses membres. » 
T,e Hir, Commentaire, p. 101. D'ailleurs l'épouse du Can- 
tique est manifestement une personne, et l'humanité prise 
par le Verbe de Dieu n'a point à elle seule le caractère 
de personnalité. — 2. L'union de Salomon avec la sagesse. 
Rosenmùller, Scliolia in Cant., p. 271 et suiv. L'union 
avec la sagesse est représentée dans un des Livres sapien- 
tiaux sous le symbole de l'union conjugale. Sap., vm, 2, 
9, 16, 18. On trouve aussi dans l'Ecclésiastique, xxiv, 
20, 23, 25-27, etc., des traits qui semblent empruntés au 
Cantique. Ces emprunts permettent de croire que les au- 
teurs postérieurs ont cherché à imiter l'écrit de Salomon ; 
mais rien ne prouve qu'ils aient eu la pensée d'en fixer 
le sens véritable. Ils font de l'accommodation et non de 
l'interprétation. 

4° Ce qui a été dit précédemment de l'authenticité et 
de l'interprétation du Cantique ne permet point de l'en- 
tendre dans les sens rationalistes, par exemple de l'union 
désirée entre les dix tribus schismatiques et le royaume 
d'Ézéchias (Hug, Herbst), de la restauration du culte sous 
Esdras et Néhémie (Kaiser, Vemes), etc. 

5° Plusieurs auteurs se sont efforcés de trouver dans 
la suite du Cantique les phases diverses de l'amour de 
Jésus -Christ pour son Église, ou les différentes formes 
de son union avec la créature. Saint Thomas voit dans ce 
livre la peinture de l'amour de Jésus-Christ pour l'Église : 

— 1° dans les premiers temps, quand les Juifs refusent 
d'entrer dans la société nouvelle, Cant., i-ih, 6; — 2° dans 
l'état intermédiaire, quand l'Église grandit et reçoit les 
nations dans son sein, m, 7- vi, 9; — 3° dans les derniers 
temps, quand Israël sera sauvé, vi, 10- vm, 13. — Nicolas 
de Lyre explique le Cantique de l'amour de Dieu pour 
son peuple : — 1. dans l'Ancien Testament : a) à la sor- 
tie d'Egypte, l, 1-11; — b) au désert, i, 12-iv, 7; — c) en 
Judée, iv, 8-vi, 12; — 2. dans le Nouveau Testament: 
a) au berceau de l'Église, vu, 1-10; — b) pendant son 
accroissement, vil, 11-13; — c) pendant son repos, vm, 
1-13. — Cornélius a Lapide y trouve : 1. l'enfance de 
l'Église, i-ii, 7; — 2. les progrès de l'Église, n, 8- m, 5; — 
3. la maturité de l'Église, m, 6-v, 1; — 4. la décrépitude 
de l'Église, v, 2-vi, 2; — 5. le renouvellement et le per- 
fectionnement de l'Église, vi, 3- vin, 14. — Schjefer, Das 
Hohe Lied, Munster, 1876, croit que le Cantique célèbre : 

— 1. les noces du Christ avec la nature humaine, i-ii, 7; 

— 2. les noces du Christ avec l'Église, n, 8-v, 1; — 
3. les noces du Christ avec chaque âme, v, 2 -vin, 5. — 
Gietmann, Comm. in Cant., p. 413, résume ainsi son 
commentaire : 1. 1, 1-n, 7, l'époux, répondant aux désirs 
de l'épouse, la visite et la console par les plus douces 
caresses; — 2. H, 8-17, il la visite de nouveau et la dis- 
pose à la vie active; — 3. ni, 1-5, il l'éprouve et la con- 
sole; — 4. il l'épouse avec le plus magnifique appareil; 

— 5. v, 2- vi, 8, l'épouse s'encourage à souffrir pour l'é- 
poux dont elle conquiert toute la faveur; — 6. vi, 9-vm, 4, 
l'épouse recueille des fruits abondants de ses travaux et 
par là fait la joie de l'époux; — 7. vm, 5-14, elle est trans- 
portée dans le séjour céleste de l'époux. 

Ces différents exemples montrent que cette allégorie 
sacrée prête à beaucoup d'interprétations qui concordent 
pour le fond, bien qu'elles varient dans l'explication des 
détails. D'autres seront sans doute encore imaginées dans 



199 



CANTIQUE DES CANTIQUES — CAPHARA 



200 



l'avenir. Elles seront légitimes tant qu'elles se conforme- 
ront, comme les précédentes, à l'esprit des Pères, et 
s'écarteront des sens réprouvés plus haut. 

VII. Principaux commentateurs. — 1° Anciens. Ori- 
gène, Scolies, t. xvn, col. 253-288; deux Homélies tra- 
duites par S. Jérôme, t. xm, col. 37-58; Commentaire 
traduit par Rufin, t. xm, col. 61-197 ; S. Grégoire de Nysse, 
xv homélies, t. xuv, col. 755-1120; Théodoret. t. lxxxi, 
col. 27-214; Philon de Carpasa, t. xl, col. 27-151; S. Gré- 
goire le Grand, commentaire extrait de ses œuvres par 
S. Patère, Claudius et Guillaume, abbé de Saint-Théodé- 
ric, t. lxix, col. 471-548; t. clxxx, col. 441-474; Bède, 
Allegorica expositio, t. xci, col. 1065-1236; Alcuin, Com- 
pendium, t. c, col. 639-664. — 2° Moyen âge. Rupert 
de Deutz, In Canticum libri ru, t. clxviii, col. 839-962; 
Honorius d'Autun, Expositio, t. clxxii, col. 347-548; 
S. Bernard, Sermones in Cantica, t. clxxxiii, col. 779-1198; 
S. Thomas d'Aquin, dont les œuvres contiennent deux 
commentaires, le second seul authentique; c'est celui qui 
commence par ces paroles : « Sonet vox tua. » Cf. Giet- 
mann, Canticum canticorum, p. 354. Nicolas de Lyre et 
Denis le Chartreux, dans leurs commentaires sur tous les 
Livres Saints. — 3° Modernes. Michel Ghislierius, Can- 
ticum Salomonis , Rome, 1609; Genebrard, Trium rab- 
binorum commentarium in Canticum, Paris, 1570, et 
Canticum versibus iambicis et commentariis explica- 
tum, Paris, 1585; Titelmann, O. Cap., Comment, in Can- 
ticum cum adnotationibus, Anvers, 1547; Jean de Pineda, 
S. J., Prselectio sacra in Canticum, Séville, 1602; Del 
Rio, Commentarius literalis et catena mystica, Lyon, 
1611; Bossuet, Canticum canticorum Salomonis, Paris, 
1693 ; Kistemaker, Canticum illustratum, Munster, 18 18 ; 
Schuler, Das Hohelied, Wûrzbourg, 1858 ; Schaefer, Das 
Hohe Lied, Munster, 1876; Le Hir, Le Cantique des can- 
tiques, précédé d'une étude sur le vrai sens du Cantique, 
par Grandvaux, Paris, 1883; Tiefenthal, O. S. B., Das 
Hohe Lied, in-8°, Kempten, 1889; Schegg, Das hohe 
Lied Salomo's, Munich, 1885; Langen, Dos Hohelied 
nach seiner mystichen Erklàrung , in-8°, Fribourg-en- 
Brisgau, 1889; Ms r Meignan, dans Salomon, p. 288-354, 
Paris, 1890; Brevet, Le Cantique des cantiques, Paris, 
1890; Gietmann, S. J., Comm. in Ëccl. et Canticum 
canticorum, Paris, 1890. — Protestants : Zockler, Das 
Hohelied, Bielefeld, 1868; Frz. Delitzsch, Hohes Lied 
und Koheleth, Leipzig, 1875; Stickel, Das Hohelied, 
Berlin, 1888. H. Lesêtre. 

CAPALLA Jean Marie, religieux dominicain, né à 
Saluées, en Piémont, mort à Bologne le 2 novembre 1596. 
Il professa la théologie à Faenza et à Bologne, fut pro- 
vincial de Lombardie et inquisiteur général à Crémone. 
Il a composé plusieurs écrits, parmi lesquels : Arca sa- 
lutis humanae , sive Commentaria locupletissima in 
Testamentum et Passionem Jesu Christi, in -f°, Venise, 
1606, ouvrage qui fut publié après la mort de son auteur 
par Vincent Farnutius, religieux du même ordre. — Voir 
Échard, Scriptores Ord. Prsedic, t. n, p. 319. 

B. Heurtehize. 

CAPÉRAN Armand Thomas, orientaliste français, 
né à Dol le 6 avril 1754, mort au Tronchet le 26 no- 
vembre 1826. Il embrassa l'état ecclésiastique, et, forcé 
de quitter son pays pendant les troubles de la révolution, 
il visita presque toutes les contrées de l'Europe. Il de- 
meura trois ans à Rome, et obtint dans cette ville une 
chaire de professeur de langues orientales. De retour en 
France, il se fixa au Tronchet, dans le diocèse de Rennes, 
lit ériger une paroisse en cette commune et en fut le 
premier curé. De ses nombreux écrits, nous mentionne- 
rons : Sens prophétique du Lxrii* psaume de David : 
Exsurgat Deus et dissipentur inimici ejus , in -8°, 
Londres, 1800. La bibliothèque de Rennes possède plu- 
sieurs ouvrages ou fragments d'ouvrages manuscrits de 
cet orientaliste, parmi lesquels : Le sens historique et 



prophétique des Lamentations de Jérémie , notes, com- 
mentaires et traduction latine du texte original. 

B. Heurtehize. 
CAPH, :, onzième lettre de l'alphabet hébreu, dont 
le nom signifie « main, paume de la main ». Le caph phé- 
nicien représente grossièrement une main, y, u. Dans 

l'écriture hébraïque carrée, le 3 ressemble à la paume 
de la main fermée, et le C latin est le même signe ren- 
versé, parce que les Grecs et les Latins écrivirent de 
gauche à droite, tandis que les Phéniciens écrivaient de 
droite à gauche. La forme : n'est point primitive. Le 
xâima grec tire son nom et sa forme du caph phénicien. 
Voir Alphahétique (Poème). 

1. CAPHAR, mot hébreu. kâfâr, qui signifie « village », 
et qui entre dans la composition d'un certain nombre de 
noms de lieux : Capharnaûm, Matth., iv, 13, etc.; Kefar 
hâ-'ammôni, Jos., xvm, 24 (qeri: hâ-'ammônâh; Vul- 
gate : villa Emona); Capharsalama , I Mach., vu, 31. 
Voir aussi Caphara. Les noms de lieux commençant par 
Caphar deviennent surtout communs au commencement 
de l'ère chrétienne et après, comme on le voit par le' 
Talmud. 

2. CAPHAR HÂ-'AMMÔNI ou HÂ-'AMMÔNÂH, nom 

hébreu d'une localité appelée villa Emona par la Vul- 
gate. Jos., xvm, 24. Voir Émona. 

CAPHARA (hébreu : hak-Kefîrâh, avec Tarticle, 
« le bourg, » Jos., IX, 17; xvm, 26; Kefirâh, I Esdr., 
Il, 25; II Esdr., vu, 29; Septante: Kepipà, Jos., ix, 17; 
xai 4>ipà, Jos., xvm, 27; Xaçipà, I Esdr., n, 25; Kacpipà, 
II Esdr., vu, 29; Vulgate : Caphara, Jos., xvm, 26; 
Caphira, Jos., ix, 17; Cephira, I Esdr., n, 25; IL Esdr., 
vu, 29), une des quatre villes des Gabaonites, Jos., ix, 17, 
assignée plus tard à la tribu de Benjamin, Jos., xvm, 26, 
et dont les habitants revinrent, après la captivité, sous 
la conduite de Zorobabel. I Esdr., n, 25; II Esdr., vu, 29. 
Mentionnée avec Cariathiarim {Qariet el-'Énab), Jos., 
ix, 17; I Esd., n, 25; II Esdr., vu, 29; Amosa (Khirbet 
Beit Mîzéh), Jos., xvm, 26; Gabaon (El-Djîb), Jos., 
ix, 17; Béroth (El-Biréh), Jos., ix, 17; I Esdr., n, 25; 
11 Esdr., vu, 29, et Mesphé (peut-être Scha'fat), Jos., 
xvm, 26, elle a sa place marquée tout naturellement à 
l'ouest de la route qui va de Jérusalem à Naplouse, c'est- 
à-dire dans la partie occidentale de la tribu de Benja- 
min. C'est là qu'elle subsiste toujours sous le même nom 
de Kéfiréh (M. V. Guérin, Description de la Palestine, 
Judée, t. i, p. 284, écrit 'ij^iS, Qefîréh, avec qof ini- 
tial; les explorateurs anglais, Survey of Western Pales- 
tine, Name lists, Londres, 1881, p. 297, donnent une 
orthographe plus conforme aux deux racines hébraïque 
et arabe en mettant le kaf, ak-oi?, Kefîréh, « le petit 
village, » de yÀS, Kefr; hébreu : -iss, kâfâr; m»S3, kefi- 
râh); elle se trouve à l'ouest de Nébi Samouîl, au nord 
de Qariet el-Énab. Voir Benjamin, tribu et carte, t. i, 
col. 1589'. 

Robinson, Biblical Researches in Palestine, Londres, 
1856, t. m, p. 146, est le premier Européen qui, passant 
un jour à Yâlô (Aïalon), entendit parler du village de 
Kefir ou Kefiréh et l'identifia avec l'ancienne Caphara; 
mais il n'eut pas le loisir de l'examiner de près. Plus 
heureux, M. V. Guérin, Judée, t. i, p. 284-285, l'a visité 
et nous en a laissé la description la plus complète. Vingt 
minutes après avoir quitté Qatannéh, en suivant un sen- 
tier extrêmement raide, on remarque, dans les flancs 
supérieurs et méridionaux de la montagne, six grandes 
citernes antiques, creusées dans le roc et revêtues autre- 
fois d'un ciment très épais, qui n'a pas encore complè- 
tement disparu. On voit ensuite les traces d'un premier 
mur d'enceinte, qui environnait la ville de Caphara, au- 



201 



CAPHARA 



CAPHARNAUM 



202 



jourd'hui détruite de fond en comble, et était construit 
avec des blocs d'un assez grand appareil, mais très mal 
taillés et quelques-uns bruts encore. Plus haut, sur la 
pai'tie culminante de la montagne, une seconde enceinte, 
plus petite et bâtie de la même manière, dont on suit 
facilement le périmètre, enfermait l'acropole ou la cita- 
delle. On y remarque, comme sur l'emplacement de la 
ville proprement dite, les vestiges de constructions presque 
entièrement détruites. L'intérieur de ces deux enceintes, 
inhabitées depuis de longs siècles, est envahi par de 
hautes herbes ou cultivé par les habitants de Qatannéh, 
qui y sèment chaque année de l'orge ou du froment. Ils 
y vénèrent, vers le nord -est, un ouaH, ombragé par 
deux vieux chênes verts et dédié à la mémoire d'un 
santon auquel, par un usage assez fréquent en Palestine, 
ils ont donné le nom même de la cité antique, en l'ap- 
pelant Scheikh Abou Kafîr. Du sommet de l'ancienne 
acropole, un magnifique horizon se déroule aux regards. 
La vue se promène sur une multitude de montagnes, qui 
forment le grand massif de la Judée et de la Samarie; à 
l'occident, la Méditerranée confond au loin son azur avec 
celui du ciel. A. Legendre. 

CAPHARNAUM, nom d'une petite ville qui devint 
la patrie d'adoption de Notre -Seigneur Jésus -Christ, sa 
ville, ï) c8:'a itoXiç. Matth., ix, 1 ; cf. îv, 13-17. Plu- 
sieurs prononcent Capernaûm , parce que quelques ma- 
nuscrits du Nouveau Testament portent, en effet, Caper- 
naiim, et que Ptolémée, dans sa Géographie , v, 16, 4, 
écrit aussi Komapvaoû|j.. Mais la leçon véritable est 
Capharnaùm , telle qu'elle se trouve dans les meilleurs 
textes, les plus anciennes versions (syriaque de Cureton 
et Peschito : Kaphar Nachum; Vulgate : Capharnaùm), 
Marcion et les premiers Pères de l'Église. Nous lisons, 
en effet, Midrasch Koheleth, vu, 20, que les mots bibliques 
« le pécheur y sera pris » s'appliquent aux enfants de 
Kephar-Nahum ; enfin Josèphe, Vit., 72, parle d'un bourg, 
à peu de distance de Julias, qui s'appelait Ketp«pv(i(ir), 
et ailleurs, Bell, jud., III, x, 8, de la fontaine de Ka<p«p- 
vaoû|j., qui arrosait la terre de Génésareth. L'étymologie 
du mot est Bourg de Nahum, à cause du tombeau, 
sinon du prophète Nahum, au moins de quelque rabbin 
portant un nom analogue; ou Bourg de Consolation, 
parce que là devait se produire le Consolateur d'Israël. 

I. Histoire. — Cette localité n'est pas mentionnée 
dans l'Ancien Testament, mais le district auquel elle de- 
vait appartenir est indiqué par la prophétie d'Isaïe, ix, 1 ; 
et saint Matthieu, iv, 15, 16, donne une portée très pré- 
cise à ce texte. En revanche Capharnaùm, dans le Nou- 
veau Testament , a une place d'honneur. C'est là le point 
de repère de la vie publique de Jésus en Galilée. Le Maître 
y établit son domicile, après avoir vainement essayé 
d'évangéliser ses concitoyens de Nazareth , Matth. , rv, 
13-16; Luc, iv, 16-31; et Capharnaùm sera si bien sa 
ville, Matth., ix, 1, qu'il y vivra désormais comme chez 
lui, dans la maison soit de Simon Pierre, soit de parents 
ou amis que l'Évangile ne nomme pas. C'est à Caphar- 
naùm, au bureau des percepteurs, Matth., ix, 9, ou non 
loin de là, sur la grève, Marc, i, 16, 17, 20, qu'il s'at- 
tache définitivement une partie de ses disciples, Mat- 
thieu-Lévi, Pierre, André, Jacques et Jean; c'est là qu'il 
opère de nombreux et éclatants miracles : guérison du 
serviteur d'un centenier, Matth., vm, 5, et Luc, vu, 1 ; de 
la belle-mère de Pierre, Matth., vm, 14; Marc, i, 30; 
Luc, iv, 38; du'paralylique, Matth., ix, 2; Marc, H, 3; 
Luc, vi, 10; du possédé, Marc, i, 23; Luc, iv, 33; de 
l'hémorroïsse, Marc, v, 25, et tant d'autres; là il ressus- 
cite la fille de Jaïre, Marc, v, 22-43; là il paye l'impôt 
en recourant à un prodige; là il prononce une série de 
discours célèbres : sur le jeûne, au banquet de Lévi- 
Matthieu, Matth., ix, 10-17; sur le formalisme des Pha- 
risiens, Matth., xv, 1-20; sur la foi et l'eucharistie, Joa., 
vr, 22-71; sur l'humilité et divers autres sujets, Marc, 



ix, 33-50. En nulle autre ville, Jésus ne manifesta plus 
énergiquement sa toute -puissance et sa bonté. Aussi 
faut-il reconnaître que, pendant la première période de 
sa vie publique, il y excita le plus vif enthousiasme reli- 
gieux. Malheureusement le parti pharisaïque de Jérusa- 
lem vint bientôt y battre en brèche l'œuvre messianique, 
et les habitants de Capharnaùm, mobiles dans leurs im- 
pressions , comme il arrive presque toujours dans les 
milieux où domine le bien-être, prirent peu à peu une 
attitude hostile. On sait le triste adieu que le Maître 
adressa à cette cité infidèle, au moment de quitter la 
Galilée pour transporter en Judée le centre de son acti- 
vité finale: « Et toi, Capharnaùm, monteras -tu toujours 
jusqu'au ciel? Va, tu seras abaissée jusqu'au fond de 
l'abîme, etc. » Matth., xi, 23. 

II. Site. — Cette parole s'est si terriblement accomplie, 
que retrouver aujourd'hui la place de Capharnaùm est un 
problème topographique des plus difficiles à résoudre. 
La tradition ecclésiastique, demeurant sur ce point peu 
précisée, ou même variable, ne saurait être d'un grand 
secours. Eusèbe, saint Jérôme et saint Épiphane désignent 
Capharnaùm comme un bourg (-/.<iu,r, ) ou une petite ville 
(oppidum), près de Tibériade, de Bethsaïde et de Cho- 
rozaïn. Dans VOnomasticon il est même dit par saint 
Jérôme, corrigeant Eusèbe, que Chorozaïn ruinée se 
trouve « in secundo lapide a Capharnaùm ». Au livre des 
Hérésies, 1. n, Hssr., u, 15, t. xli, col. 916, saint Épi- 
phane, parlant de Bethsaïde et de Capharnaùm, dit: o-j 
jiaxpàv tû Siiavfi\i.at<.. Il y a même dans cet auteur un 
détail intéressant, c'est que l'empereur Constantin permit 
à un Juif converti, nommé Joseph, de bâtir à Capharnaùm, 
habité jusqu'alors exclusivement par des Juifs, une église 
chrétienne, comme à Tibériade, à Sepphoris et à Naza- 
reth. C'est cette église qu'Antonin le Martyr, t. lxxii, 
col. 901, dit avoir visitée. Elle avait été bâtie sur la mai- 
son même de saint Pierre : « Venimus in civitatem Ca- 
pharnaùm, in domum beati Pétri, quee est modo basilica. » 
Arculfe, t. i.xxxviii, col. 80i, à la fin du vu" siècle, 
voit, mais seulement à distance et du haut d'une colline, 
Capharnaùm, qui n'a pas de mur d'enceinte et se com- 
pose d'une longue suite de maisons bâties le long du lac, 
dans la direction du couchant au levant, sur un point 
où une montagne, au nord, et le lac, au sud, laissent 
peu d'espace libre. Au xm e siècle, Brocard, Locorum 
Terrse Sanctse desçriplio, dans Ugolini, Thésaurus, t. vi, 
col. mxxxiv, ne trouve plus sur les ruines de Capharnaùm 
que sept cabanes de misérables pêcheurs, qui conservent 
encore le nom de l'antique cité. Après cela ce nom même 
disparaît, et il ne nous reste, pour essayer de retrouver 
le site perdu , qu'à combiner les diverses indications to- 
pographiques de l'Évangile, de Josèphe et des premiers 
pèlerins chrétiens. 

D'après l'Évangile, Matth., iv, 13; Joa., vi, 2i, Caphar- 
naùm est une ville située sur le bord occidental du lac 
de Génésareth, sur le chemin de la mer, au point de 
contact des anciennes tribus de Nephthali au nord , et de 
Zabulon au sud. Elle est sur la terre de Génésareth, 
Matth., xiv, 34; Joa., vi, 17, 21, 24. Quand on vient de 
Nazareth ou de Cana, on descend pour y arriver, Joa., 
n, 12; Luc, iv, 31, bien qu'elle ait pu être bâtie sur une 
colline, comme l'indique pour quelques exegètes le mot 
■j'iwôsïda dans l'adieu menaçant que lui adresse Jésus. 
Matth., xi, 23. Les évangélistes l'appellent invariablement 
«une ville». Matth., ix, 1; Marc, i, 33. Toutefois elle 
ne paraît avoir eu qu'une synagogue, bâtie comme œuvre 
charitable, par le centurion qui commandait le détache- 
ment de soldats romains cantonnés sur ce point. Luc, 
vu, 1, 8; Matth., vm, 9. C'était une station de douaniers 
ou de percepteurs d'impôts, Matth., ix, 9; Marc, n, 14; 
Luc, v, 27, justement parce qu'elle se trouvait sur la 
grande route des caravanes allant de Damas vers Césarée 
ou vers l'Egypte. Quaresmius, Elucidatio, Venise, 1882, 
t. n, p. 653. 



203 



CAPHARNAUM 



204 



A ces indications; Josèphe en ajoute deux assez impor- 
tantes : l'une est dans su Biographie, § 72, où il raconte 
que, s'étant blessé à la main en tombant de cheval, tandis 
qu'il poursuivait les ennemis, échelonnés sur les routes 
conduisant à Cana et à la forteresse de Gamala, il fut 
transporté au bourg de Képharnomé, où il passa la 
journée en proie à la fièvre; l'autre est dans le passage 
où, nous décrivant la plaine de Génésareth, Bell. jud. , 
III, x, 8, il observe qu'elle est arrosée dans sa longueur, 
SiipSeTai, par une source très fécondante, à laquelle les 
habitants du pays donnent le nom de Capharnaoum, 
Ka^apvaoù[i a\nr\'/ xaXoO<riv. Ce nom étant, comme sa 
première partie l'indique, celui d'un village, il est évident 
que la fontaine l'empruntait au lieu d'où elle venait, et 
un moyen assez sur de préciser le site de la petite ville 
perdue sera de retrouver la source elle-même, avec le 
long développement que Josèphe lui assigne dans la plaine 



.s-.--* r=,=" Si 



' i -.-î^Tl'ï. A-~£ -1- =■ ' 



64. — Carte de la partie nord- ouest du lac de Tlbériade. 

de Génésareth. De tous les arguments à produire dans 
une question fort débattue, il me semble que le plus 
puissant doit venir de cette recherche même. Aussi, 
dans notre second voyage en Orient, au printemps de 
l'année 1894, nous sommes-nous préoccupé plus parti- 
culièrement de la fameuse source, et nous allons exposer 
le résultat de nos investigations. 

Il y a, parmi les savants, deux opinions courantes à 
propos du site de Capharnaùm : les uns placent la petite 
ville dans l'anse de Tell - Houm , les autres vers le petit 
promontoire qui s'élève entre Miniyéh et Aïn -Tabagha. 
Voir la carte (flg. 6i). La première hypothèse, que nous 
avions adoptée avec Wilson, Ritter, Van de Velde, Bo- 
nar, Thomson, dans notre Vie de Notre- Seigneur Jésus- 
Christ, ne me parut plus soutenable du jour où , en 1888, 
j'eus étudié la question sur place. Tell -Houm est à près 
de cinq kilomètres de la plaine d'El - Ghoueïr, le petit 
Rhôr, ou la petite vallée, la seule, autour du lac, qui 
corresponde à la description faite par Josèphe de la 
plaine de Génésareth. Or les indications de saint Marc, 
vi, 45, 53, et de saint Jean, vi, 2i, supposent que Ca- 
pharnaùm était dans cette plaine. En outre, Tell-Houm 
n'a pas de fontaine importante. Les terres où il se trouve 
sont plus hautes que l'Aïn -Tabagha, et une série de 
collines les en sépare. Xi nominalement ni effectivement, 
la source de Tabagha n'a jamais pu , à travers quatre 
kilomètres, se rattacher à la ville dont les ruines sont 



à Tell-Houm. Dès lors comment expliquer son nom de 
Capharnaiim? Josèphe s'est-il trompé en la désignant 
ainsi ? Il devait pourtant connaître le pays , puisqu'il y 
avait fait la guerre. Supposer que la fontaine n'avait rien 
de commun avec la bourgade, tout en portant le même 
nom et en se trouvant dans les mêmes parages, semble 
d'autant plus violent, que le nom même, dans sa pre- 
mière partie, Caphar, indique, comme nous l'avons déjà 
dit, un village et non une source. Ajoutons à ces obser- 
vations que jamais une grande voie de communication, 
via maris, ne paraît être passée par Tell-Houm. Les 
khans actuels marquent encore les grandes routes an- 
tiques, et ceux-là ne sont pas du côté de Tell-Houm. Tout 
au plus si l'on y retrouve des indications de petits chemins 
ayant relié cette ville à celles qui étaient près du petit 
Jourdain. En tout cas, on s'éloigne ici de plus en plus des 
confins de Zabulon et de Nepththali. Il n'y a jamais eu 
dans l'anse de Tell-Houm un lieu de transit propice soit 
pour les caravanes, on y est en dehors des voies princi- 
pales de communication; soit pour les barques, le rivage 
n'y offre pas même l'emplacement d'un petit port. Des 
douaniers ou percepteurs y auraient été mal postés. Les 
seules raisons qu'on ait d'identifier Tell-Houm avec Caphar- 
naùm sont généralement prises d'indications de pèlerins, 
mal données ou mal comprises, d'une ressemblance de 
nom fort arbitraire, et enfin des ruines importantes qu'on 
y trouve. Les témoignages des pèlerins, tels que nous les 
donnerons tout à l'heure, ne disent rien de concluant en 
faveur de Tell-Houm, si l'on fixe bien le point de départ 
des voyageurs. Que Caphar, village, soit devenu Tell, 
amas de ruines, c'est possible; mais que Nachurn soit 
devenu Houm, par la suppression de la première syllabe, 
qui est la caractéristique du mot, c'est fort douteux. 
Josèphe, dans sa biographie, défigure bien un peu le 
nom; mais il se garde de supprimer le nun, et dit 
Capharnomé. On a donc bien fait de chercher une autre 
explication à cette dénomination de Tell-Houm, et les uns 
ont supposé qu'il faut le traduire par la Butle-Noire (Houm 
signifie « noir » dans l'arabe moderne , comme dans l'hé- 
breu, et les énormes blocs de basalte qui sont mêlés aux 
ruines leur donnent un sombre aspect), les autres vou- 
lant y voir la Butte -des -Chameaux, le mot Houm signi- 
fiant aussi, en arabe, « troupe de chameaux. » Plusieurs 
prétendent que Tell-Houm est une corruption de Tanchum, 
nom d'un rabbin célèbre enseveli en ce lieu. Voir Keim, 
Jésus de Nazareth, trad. angl. de Geldart, Londres, 1876, 
t. H, p. 369. 

Quant aux ruines elles-mêmes (fig. 65), dont nous ne con- 
testons pas l'importance relative, elles prouvent tout sim- 
plement qu'il y eut là une petite ville où, après la destruc- 
tion de Jérusalem, les Juifs s'étaient groupés, comme en un 
lieu presque solitaire, en dehors de la voie romaine, caché 
au pied des montagnes, où il était facile de se faire oublier. 
Si, en effet, il y a encore tant de ruines à Tell-Houm, 
c'est que les chameaux et les betes de somme n'y arrivent 
pas aisément, et que les barques elles-mêmes doivent 
stationner à quelque distance de la grève; sans cela le 
site serait aussi dépourvu de pierres taillées qu'à Tabagha 
et à Khan Miniyéh. Sans doute il y aurait un charme 
réel pour notre piété à se dire que ces fûts de colonnes, 
sur lesquels nous nous sommes assis, sont ceux-là mêmes 
qui entendirent le Maître instruisant la foule, guérissant 
les malades, prononçant le sublime discours sur le pain 
de vie. Mais ce serait là de l'enthousiasme mal fondé. Il 
suffit d'avoir visité les synagogues encore à moitié de- 
bout de Meiroun et surtout de Kefr-Beram, au-dessus 
de Safed , pour reconnaître que celle de Tell - Houm 
remonte exactement à la même époque. La ressemblance 
de celle-ci avec les deux de Kefr-Beram est particuliè- 
rement frappante. Non seulement l'orientation du sud 
au nord est la même, mais l'entrée y eut les même? 
portes , deux latérales rectangulaires avec moulures à 
crossette, sur des pieds droits, et une au milieu, plus 



205 



CAPHARNAUM 



200 



grande que les deux autres, avec remarquable linteau 
orné de feuilles de vignes, de raisins, et une rosace. 11 
suffit pour s'en convaincre d'examiner les arasements et 
les débris de l'édifice de Tell-Houm. A l'intérieur se dres- 
sèrent des colonnes monolithes pareilles, avec demi- 
colonnes prises dans deux piliers carrés. Enfin, pour 
achever la ressemblance, on vient de retrouver à Tell- 
lloum, sur une plaque de marbre, une inscription hé- 
braïque qu'on a transportée à Jérusalem, ce qui nous a 
privé de la lire, mais dont la teneur rappelle très pro- 
bablement, d'après le peu qu'on nous en a dit, les in- 
scriptions de Kefr-Beram : « Que Dieu donne la paix 



étendue que celle du sud , n'est traversée que par l'ouadi 
Amoud, torrent absolument sec au temps des chaleurs. 
Aussi avait-on songé, de très bonne heure, à amener dans 
cette partie de la plaine des eaux très abondantes, venant 
du nord -est, à travers un petit promontoire qui limite 
au nord la terre de Génésareth. La large entaille prati- 
quée dans le roc sur la partie orientale de ce promon- 
toire en est la preuve. 

Quand nous l'examinâmes pour la première fois , en 
1888, on nous assura que ce travail considérable, — il 
mesure 140 mètres de long sur l m 20 en moyenne de 
large, — avait été fait pour conduire de l'eau à quelques 




G5. — Ruines de Tell-Houm. D'après une photographie de M. L. Heidet. 



à ce lieu et à tous les lieux d'Israël. C'est le lévite Jo- 
seph., fils de Lévi, qui a fait ceci. Que la bénédiction 
soit sur son œuvre. » 

Laissant donc de côté ces indications insuffisantes, il 
faut, pour chercher utilement le site de Capharnaùm, 
en suivre de plus précises. Deux semblent particulière- 
ment décisives : la première c'est que , d'après les Évan- 
giles, comme d'après Josèphe, Capharnaùm fut au moins 
limitrophe de la terre de Génésareth ; la seconde, c'est 
que de cette cité partait une grande fontaine, arrosant 
de part en part, dans sa majeure partie, 8tâp5=7ït, la 
plaine fameuse. Cette plaine, espèce d'arc dont la corde, 
marquée par le lac, mesure six kilomètres, et la flèche, 
<ie l'est à l'ouest, quatre, se trouve largement pourvue 
■d'eau , dans sa partie méridionale , par l'ouadi Hamam , 
la fontaine Ronde ou Aïn el-Moudaoueréh, et l'ouadi 
Rabâdiyéh, qui est des trois ruisseaux le plus important, 
puisqu'il fait marcher des moulins. La partie septentrio- 
nale de la petite plaine, deux fois plus importante comme 



jardins qui environnent Khan- Miniéh ( t. I , fig. 517, 
col. 1717), et y faire marcher un moulin. En réalité, on 
nous avait montré la trace d'un déversoir au-dessus de 
la fontaine du Figuier, Aïn et-Tîn. Toutefois, avec plus 
de réflexion, il nous avait paru inadmissible qu'on eût 
créé un si long aqueduc, contournant la colline sur un 
développement de trois kilomètres, et débouchant finale- 
ment à travers de grandes roches taillées, pour alimenter 
un moulin ou arroser quelques terres à côté de la fon- 
taine d'Ain et-Tîn. C'était peu raisonnable, et la pensée 
se présenta désormais obstinément à nous que l'aqueduc 
ne s'arrêtait pas à Khan- Miniéh , mais qu'il contournait 
la plaine de Génésareth. Lors donc que nous sommes 
revenus, en avril 1894, à Ain-Tabagha (t. i, fig. 516, 
col. 1715), notre première préoccupation fut d'aller con- 
stater que nos prévisions étaient fondées. Un peu au- 
dessus du khan en ruines, nous perdîmes la trace de 
l'aqueduc, mais pour la retrouver cinquante mètres plus 
loin, et la suivre désormais pendant très longtemps II y 



207 



CAPHARNAUM 



203 



a dans la construction de l'aqueduc de Tabagha cela de 
particulier, que, comme à celui qui descend des Vasques 
de Salomon à Jérusalem, la pente est insensible. Grâce 
à ce ménagement très habile du niveau, l'eau de Ta- 
bagah contournait et arrosait toute la. partie nord -ouest 
de la plaine, et l'expression StâpSsToa se trouve ainsi 
absolument fondée. La joie de D. Zéphyrin, l'aumônier 
qui garde la fondation récente du comité catholique au- 
trichien à Tabagha, fut non moins vive que la nôtre devant 
cette constatation négligée jusqu'à ce jour. Restait une 
objection. Des deux grandes sources qui jaillissent à Ta- 
bagha, une seule est réellement apte à féconder les terres, 
ce n'est pas celle de la tour octogonale dite d'Ali-el- 
Daher, car elle est sulfureuse et alcaline, et on l'emploie 
uniquement à faire mouvoir des moulins; mais bien celle 
de Tannour-el-Hasel, qui est un peu au nord-est et plus 
élevée dans les terres. La plupart des explorateurs de ce 
site ont cru que la première seule pouvait alimenter le 
canal se déversant dans la plaine de Génésareth, et dès 
lors ils rejetaient à priori la pensée qu'on eût jamais 
essayé de conduire au loin des eaux si peu favorables 
à la culture. Or ils se trompaient sur la source déviée 
dans l'antique aqueduc. De celle d'Ali-el-Daher jamais 
on ne s'est préoccupé, mais bien de celle de Tannour- 
el-Hasel, qui, s'élevant dans sa tour jusqu'à sept mètres 
de haut, en un point qui domine toute la petite baie, 
allait contourner les collines de l'est à l'ouest, franchis- 
sait sur des piles dont les arasements subsistent encore 
deux lits de torrent, et atteignait enfin au bout du circuit 
le passage creusé dans le roc dont nous avons parlé tout 
à l'heure, pour déboucher dans la vallée de Génésareth. 

Ce point important étant pour nous définitivement 
établi, nous sommes amené à conclure que la ville de 
Capbarnaùm, à laquelle la fontaine devrait son nom, fut 
soit à la source de Tabagha, soit à Miniyéh, où elle 
débouchait dans la plaine de Génésareth, sur l'un des 
deux versants, nord ou sud, du petit promontoire d'El- 
Arimah, à moins d'admettre, ce qui peut paraître très 
vraisemblable, que Capharnaûm fut sur le promontoire 
lui-même. La petite hauteur, en effet, a été jadis disposée 
en étages successifs, où, au milieu de débris de poterie, 
on voit la trace d'escaliers et de maisons. Les fouilles 
faites pour construire l'établissement du comité catho- 
lique autrichien viennent de prouver qu'il y avait eu sur 
le versant nord des constructions très anciennes. D'autre 
part, le petit port ensablé dont on voit encore le circuit 
près d'Ain et-Tin indique nettement qu'il y eut là un 
centre ou petit entrepôt de commerce. En plaçant Ca- 
pharnaûm sur ce point , on comprend qu'il fût occupé 
par un détachement de soldats romains, car il comman- 
dait au nord la plaine de Génésareth, comme Magdala la 
fermait au sud. C'était aussi un excellent poste de douane, 
surveillant tout à la fois la voie romaine et le chemin de 
transit longeant le lac ; car à ce point il n'est plus pos- 
sible de suivre la grève, la colline rocheuse s'avance 
abrupte dans les eaux, et il faut nécessairement la gravir 
pour franchir ce passage. Le petit port, qu'abritait le pro- 
. inontoire, et la grande route des caravanes venant de 
Damas faisaient de Miniyéh un site privilégié et de pre- 
mière importance. C'est peut-être sur celte route des 
caravanes, où Sylla avait échelonné des troupes pour 
isoler Cana, que Josèphe tomba de cheval; car il n'est 
nullement dit que l'accident lui soit arrivé aux portes de 
Julias, et il y a des endroits marécageux, après les pluies, 
ailleurs que sur les bords du Jourdain. En tout cas, 
Capharnaûm dut être le point où l'on aboutissait le plus 
aisément par une bonne route, ce qui était important 
pour un blessé, et la place défendue où l'on pouvait sta- 
tionner sans redouter un coup de main de l'ennemi, ce 
qui ne parait pas avoir été la moindre préoccupation du 
général, car, dès la nuit suivante, il voulut être transporté : 
à Tarichée. ' 

Le nom de Capharnaûm s'est perdu, comme presque . 



tous les autres, sur ces bords du lac où la désolation la 
plus complète règne depuis tant de siècles; cependant on 
a cru, non sans quelque vraisemblance, y retrouver une 
allusion dans le mot Miniyéh, dénomination haineuse que 
les Juifs lui auraient substituée. Communément on dit 
que Miniyéh, diminutif de Minah, signifie « petit port »- 
Mais, dans sa racine hébraïque et araméenne, il signifie 
« la chance » , et dans le Talmud sont appelés Minai les 
sorciers , les jeteurs de sort. Cette injurieuse épithète se 
trouve, dès les temps les plus reculés, appliquée aux 
Juifs devenus chrétiens, et il est curieux de voir dans- 
la littérature rabbinique les pécheurs, Huta, appelés- 
tantôt « fils de Capharnaûm », tantôt « Minaï ». Voir 
Buxtorf, Lexicon rabbin., in-f°, Bàle, 16W, col. 1200. 
Cf. Midrasch Koheleth, fol. 85, 2. L'expression était 
même passée dans le langage usuel, et quand, en 1334, 
Isaac Chelo va de Tibériade à Kcfr-Anam, il laisse à sa 
droite, en entrant dans l'ouadi el-Amoud, les ruines de- 
Capharnaûm à deux kilomètres environ, en observant 
que là habitèrent jadis les Minaï, sans doute parce que- 
là Jésus avait fait ses premiers prosélytes. Voir Carmoly, 
Itinéraires , p. 259 et 260. 

On pourra contester l'importance de la tradition juive- 
sur ce point, mais l'unanimité avec laquelle elle place- 
Capharnaûm à Miniyéh n'en est pas moins frappante. 
Quant à la tradition chrétienne, tout en paraissant au pre- 
mier coup d'œil peu précise, elle finit, dans son immense 
majorité, par conclure dans le même sens. Ainsi, à com- 
mencer par saint Jérôme, l'indication qu'il donne en 
mettant Corozaïn au second milliaire après Capharnaûm 
(sans compter qu'elle peut être inexacte, car pour cor- 
riger l'erreur d'Eusèbe, qui avait dit au douzième, il a 
supprimé rondement la dizaine) s'accommode mieux du 
site de Miniyéh que de celui de Tell-Houm; car de Mi- 
niyéh au point où il fallait quitter la voie romaine pour 
descendre aux ruines actuelles de Khorazéh, il n'y a guère 
plus de deux milles. De Tell-Houm aucune voie romaine 
n'allait sur Khorazéh, et si la distance est un peu moins 
grande que de Miniyéh, les communications étaient plus 
difficiles, et en tout cas impossibles à déterminer par 
des bornes milliaires. Dans le livre de Théodose, De silu 
Terres Sanctse, an 530, il est dit qu'il y a de Tibériade 
à Magdala deux milles, de Magdala aux Sept-Fontaines 
(probablement la fontaine Ronde) deux milles (dans le 
De Terra Sancta il dit cinq, peut-être parce qu'il vise- 
le lieu de la multiplication des pains), des Sept- Fon- 
taines à Capharnaûm deux milles, de Capharnaûm i 
Bethsaïde six. Voir Itinera, édit. Tobler, t. i, p. 72 et 83. 

Quoi qu'il en soit de la distance entre les Sept- Fon- 
taines et Capharnaûm, au moins celle de Capharnaûm à 
Bethsaïde est acquise. Or très certainement il n'y a pas 
huit kilomètres de Tell-Houm au Jourdain où fut Beth- 
saïde. Antonin le Martyr ne précise rien; mais dans le 
voyage d'Arculfe, édit. Tobler, p. 183, il est dit qu'on va de 
Tibériade, en laissant à gauche le chemin qui mène au lieu- 
de la multiplication des pains (probablement de l'endroit 
mentionné dans Théodose), à Capharnaûm, et qu'à partir 
de ce chemin de bifurcation on y arrive bientôt tout en 
suivant la plage. Arculfe n'y arrive pas, mais il voit de sur 
la montagne la petite ville, allant de l'ouest à l'est et res- 
serrée entre une colline au nord et le lac au sud. Son 
récit est vague, comme celui d'un homme qui a vu de 
loin. UHodœporicon de saint Willibald, Itinera, édit. 
Tobler, t. u, p. 261, constate qu'en partant de Tibériade 
et en longeant le lac, on arrive d'abord à Magdala, en- 
suite à Capharnaûm, de là à Bethsaïde où l'on couche, 
pour se rendre le lendemain à Chorozaïn. Ceci devient 
catégorique en faveur de Miniyéh. Le dominicain Brocard, 
dans le récit du voyage qu'il fit, en 1282, met seulement 
une lieue entre le mont des Béatitudes et Capharnaûm, 
qu'il trouve misérable, réduit à sept maisons de pauvres 
pêcheurs. Voir Locorum Terrx Sanctse Descriptio , c. iv, 
11 et 12, dans Ugolini, Thésaurus, t. vi, col. mxxxiv. Ces 



209 



CAPHARNAUM — CAPHÉTÉTHA 



210 



maisons sont à deux lieues du point où le Jourdain se 
jette dans le lac. C'est certainement le site de Miniyéh 
qu'il vise. Enfin, au commencement du xvn e siècle, 
(juaresmius, Elucidatio Terrai Sanctae., 1. vu, c. vin, 
"Venise, 1882, t. n, p. 653, place positivement en ce lieu 
Capharnaûm, et déclare qu'on y voyait encore de nom- 
breuses ruines. Enfin ajoutons que, dans la série des 
malédictions adressées aux villes du lac, Notre-Seigneur 
parle d'abord à Corozaïn, ensuite à Bethsaïde, et termine 
par Capharnaûm, indiquant ainsi qu'il ne faut pas cher- 
cher cette dernière entre les deux autres, mais en deçà 
des deux autres. 
Il est regrettable que des fouilles mieux suivies, soit à 



p. 184 et suiv., et Recovery of Jérusalem, p. 342; — et 
en faveur de Miniyéh : Robinson, Biblical Researches, 
1856, t. m, p. 347-357; Conder, Tentwork in Palestine, 
t. il, p. 182 et suiv.; Kitcbener. Quarterly Statement of 
the Palestine Exploration Fund , juillet 1879; Merril, 
East of the Jordan, p. 467; notre Voyage aux pays 
bibliques, Paris, 1890, t. n, p. 232 et suiv. E. Le Camus. 

CAPHARSALAMA (Xa<pap<nx).a[xc< ; syriaque : 
JbàSA. «-2LS, Kefar slômôh, « village de la paix; » 
cf. Ghem. de Jérus., Aboda zara, f. 44 6), localité incon- 
nue où les troupes du général syrien Nicanor furent 
taillées en pièces par Judas Machabée. I Mach., vu, 31. 








C6. — Ediflce construit à Tell-Houm par les Franciscains. D'après une photographie de M. L. Heidet. 



Tell-Houm, soit à Tabagha et à Miniyéh, ne viennent pas 
trancher enfin un débat où l'on se passionne d'autant 
plus que la foi chrétienne aurait une plus vive satisfac- 
tion à se dire : C'est bien là que le Maître a vécu, parlé, 
opéré des prodiges, constitué le premier noyau de son 
Eglise. Les Pères Franciscains, qui, après avoir acheté 
Tell-Houm, y ont déjà construit un petit édifice (fig. 66), 
ne tarderont pas. sans doute à fouiller les belles ruines 
dont ils sont les propriétaires. Espérons que , de son côté, 
le comité catholique de Tabagha ne se découragera pas, 
et exhumera des antiquités qui parleront plus sûrement 
que les indications des pèlerins et que toutes les argu- 
mentations hypothétiques des archéologues. 

Consulter en faveur de Tell-Houm: V. Guérin, Galilée, 
t. I, p. 227 et suiv.; Dr Wilson, Lands of the Bible, 
t. il, p. 139-149; Ritter, Erdkunde, t. xv, p. 335-343; 
Thomson , The Land and the Book , t. i , p. 542 
et suiv.; Ruckert, Reise dwch Palâstina, p. 381; le 
major Wilson, dans Plumptre's, Bible Educalor, t. m, 



Josèphe, Ant. jud , XII, x, 4, l'appelle « village », xiijir; 
Kccp(xp<Ta).a|iâ. U parait avoir été dans le voisinage de 
Jérusalem et au sud de cette ville, parce qu'il est dit que 
les fuyards syriens se réfugièrent dans « la cité de David ». 
I Mach., vu, 32; cf. 33, 39. On a émis l'hypothèse que 
Capharsalama pourrait être identique au village actuel 
de Siloam , au sud de Jérusalem , appelé par les Arabes 
KefvSelouan ; mais il est peu vraisemblable que la bataille 
ait été livrée si près de Jérusalem et en un pareil lieu. 
Les autres identifications qu'on a proposées avec Caphar- 
gamala, patrie du prêtre Lucien , à vingt milles de Jéru- 
salem , et avec Carvasalim , près de Ramléh , aux confins 
de la Samarie, ne sont pas mieux établies. 

F. Vigouroux. 
CAPHÉTÉTHA (Xocpevafti), nom d'une partie du 
mur de Jérusalem, qui était située à l'est de la ville. 
Jonathas Machabée le fit réparer. I Mach., xn, 37. Les 
fondements en étant trop faibles, il avait dû s'écrouler 
dans le torrent du Cédron. L'élymologie du nom est 



211 



CAPHÉTÉTHA — CAPHTORIM 



212 



inconnue, et la forme véritable en est elle-même incer- 
taine. Le texte syriaque porte J J^*lâ.flOâ , Kesfomfo' , 
et quelques manuscrits grecs (Cod. 64, 93) Xao-çevafià. 
On a rapproché ce mot du chaldaïque xn'JSD , kafnîtâ", 
« datte non mure , » Buxtorf , Lexicon chaldaicum , 
col. 1071, et l'on y a vu une allusion à la fertilité de la 
vallée, comme dans le nom de Béthanie, « maison des 
dattes, » de Bethphagé, « maison des figues, » et du mont 
des Oliviers lui-même, toutes localités voisines de Céphé- 
tétha ou Céphénatha. Josèphe ne parle point de ce mur. 

F. Vigouroux. 
CAPHIRA. La Vulgate écrit ainsi, Jos., ix, 17, le nom de 
la ville de Palestine qu'elle écrit Caphara, Jos.,xvm, 26, 
•et Céphira, I Esdr., h, 25; II Esdr., vu, 29. Voir Caphara. 

CAPHTOR (hébreu: Kaftôr; Septante: KairoaSoxi'a ; 
Vulgate : Cappadocia) , nom du pays d'où venaient les 
Caphtorim. Deut., ir, 23; Jer., xlvii, 4; Amos, IX, 7. Voir 
Cappadoce 1 et Caphtorim. 

CAPHTORIM (hébreu : Kafpôrim, Gen.,x,14; Deut., 
il, 23; I Par., i, 12; Septante : ra?Topiei|jL, Gen., x, 14; 
K«7t7tâ8o-/.E{ , Deut., Il, 23; omis I Par., i, 12; Codex 
Alexandrinus : Kaçpopieîjj.; Vulgate: Caphtorim, Gen., 
x, 14; I Par., i, 12; Cappadoces, Deut., n, 23. — Hébreu : 
Kaftôr, Deut., n, 23; Jer., xlvii, 4; Amos, ix, 7; Sep- 
tante : KaTCTiafioxïa; Vulgate: Cappadocia), nom d'une 
population comptée parmi les descendants de Mizraïm 
dans la table ethnographique du chapitre x de la Genèse. 
D'après Deut., n, 23, elle chassa lés Hévéens qui habi- 
taient jusqu'à Gaza et en occupa le territoire. En ce der- 
nier passage les Septante tradui- 
sent par KaTt7idc8oxEç,. suivis en 
cela par d'anciens commentateurs 
comme Eusèbe, saint Jérôme, saint 
Cyrille , Théodoret , Procope et 
d'autres plus récents. Calmet, après 
avoir pensé que les Caphtorim 
sortaient de l'île de Chypre, sou- 
tint ensuite qu'ils étaient venus de 
Crète. Voir Crète. A cette dernière 
\g) opinionsesontrangésLenormant, 
f - Dillmann. Voir Céréthéens, col. 
4i3.Mais Ebers, Aegyptenunddie 
Bûcher Moses ,m-9f> , Leipzig, 1886, 
p. 127 sq., et H. Brugsch, Geo- 
graphie^, il, p 87,prétendentque 
les Caphtorim sont partis d'Egypte. 
1° Les noms des peuples indi- 
qués dans la Genèse comme des- 
cendants de Mizraïm, père des 
Égyptiens, ont été reconnus dans 
les monuments par Ebers, ouvr. 
cité, et ses conclusions ont été en 
général favorablement accueillies 

67 - Kfa Soleb d6S é gyP tolo g ues - Pour les Ka f~ 

xW ajnakk D^rès * Jr&w - U reconnaît \t i racine de 

Lepsius, ner,kmà<er, ce nom > K f a ou Ka f l > dans 

Àbth. ni, Bl. 88. quelques monuments égyptiens, 

comme dans l'inscription du trône 

de Thothmès III, où parmi les peuples vaincus figure 

Kfa ( lig. 67). Lepsius, Denkmàler, Bl. m, Abth. 88 a. 

Dans d'autres monuments on lit 

'—Y — "■! tr J» *-«, 

« JV ' * I I II i^iMt' 

Kfa àau hir uat' ur, 

« Kfa, côtes sur la grande mer. » Le signe <^, déter- 
minant des iles, a fait croire à plusieurs que Kfa était 

une île, l'Ile de Crète. Mais <^s ou I jk egsa , àa, 

signifie «côte» aussi bien qu'«île», comme >N, 'î, en hé- 
breu, employé précisément devant Kaftôr, Jer., XL vu, 4. 




De plus il faut observer que dans l'inscription de Toth- 
mès III, déjà citée, le nom de Kaf est associé à celui 
de Naharina ou Mésopotamie et à d'autres contrées qui 
ne sont certainement pas des îles. Le même nom se lit 
sur la stèle bilingue de Tanis ou de Canope, où l'on parle 
du blé apporté de différentes régions : Em Rotennu abli, 
em ta en Kaft, em aa Nabinaï enli em hir ab uat' ur, 
« Des Rotennu de l'est (Syrie), de la terre de Kaft, de 
l'île de Nabinaï (Chypre), qui est dans la grande mer. » 
Dans la traduction grecque du décret égyptien, au mot 
Rotennu correspond 'iv. Evpîaç; à Nabinaï, KÛTipov, et 
le nom de Kaft est traduit par çoivt'xri;. Cf. Reinisch, 
Die Zweisprachige Inschrift von Tanis, Vienne, 1866, 
lign. 9. D'où Ebers conclut que Kaft et la Phénicie sont 
la même chose; de plus, rapprochant ce nom de celui 
de Koptos, qui se trouve écrit Kabt et Kba, il pense 
que Kaft devint le nom même de Afyvmto;. Ainsi nous 

avons I a~»a J^ I fi, « Isis de Kabt,» Brugsch, Geogr. 
Inschriften, 1,198, et l .<*>.■"«■»■ Q J II Q, « Osiris, 

seigneur de Kabta, » Lepsius, Denkmàler, m, 223 c, où 
le signe des peuples étrangers indique que dans Koplos 
il y avait des colonies étrangères. D'après Ebers, les 
Phéniciens s'étaient établis sur les côtes du Delta à une 
époque très ancienne, et peut-être même furent- ils les 
premiers que les Égyptiens rencontrèrent jusqu'à la mer. 
Ils avaient appelé ce littoral sinueux in, 'î, « île, » et nr;, 
Kefat, « sinuosité, » d'où l'égyptien kab et akab , avec la 
même signification. Le nom même de mnSD >n, 'i Kaftôr, 
se trouve dans Jérémie , xlvii , 4. Donc le nom de Kaft, 
que les Égyptiens donnaient aux Phéniciens et à leurs co- 
lonies, dérive, d'après Ebers, de celui-là même que les 
Phéniciens portaient durant leur séjour dans le Delta. 
Les Phéniciens appelaient tout leur pays du nom de 
Kaft; mais pour distinguer leurs colonies d'Egypte de la 
Phénicie proprement dite, ils donnèrent aux colonies le 
nom de Kaft-ur, Magna Phœnicia; cf. Magna Grsecia. 

2° L'opinion d'Ebers sur les Caphtorim n'a pas été 
universellement acceptée; et récemment le P. de Cara, 
Gli Hethei-Pelasgi, Ricerche di storia e di archeologia 
orientale, greca ed italica, Rome, 1894, t. I, p. 459 et 
suiv. , a proposé une autre explication. Il soutient que 
l'origine Cretoise des Caphtorim n'est pas bien établie, 
puisqu'elle est fondée seulement sur le nom de »m3, 
Cerethi, de I Reg., xxx, 14, et sur celui de D>rTD, Kerê- 
fîm, d'Ézéchiel, xxv, 16 (Vulgate : inlerfectores) et de 
Sophonie, H, 5 (Vulgate : perditorum). Dans ces trois 
passages, les Septante et le syriaque ont vu les Cretois. 
Mais ce nom est synonyme de Philistins et indique une 
tribu de ce peuple au sud -ouest du pays de Chanaan. 
Nous n'avons aucune preuve non plus que les Philistins 
soient venus de la Carie , comme le prétendent ceux qui 
rattachent étymologiquement ce nom à celui de Cerethi. 
Du reste, ce nom de Cerethi peut s'expliquer autrement, 
et il est à noter qu'il se donne aussi à quelques gardes du 
corps. 

Le pays de Caphtor est appelé « île », >N, 'i; mais ce 
nom peut signifier aussi « plage » ou « côte maritime » : 
donc les Caphtorim ne sont pas nécessairement les Cre- 
tois. D'un autre côté, on ne peut prouver certainement 
que Ai-Capht soit l'élymologie de AiyurcTo;, qui du 
reste, d'après le plus grand nombre des égyptologues, se 

dérive de \A j J | J Q, Ha-Ka-Ptah, « la demeure 

du double de Ptah, » nom très ancien de Memphis, où il y 
avait un temple consacré au dieu Ptah. Et à son avis il 
n'y a pas de preuve historique qu'un peuple soit venu 
d'Egypte pour chasser les Hévéens et prendre leur place. 

Selon son opinion, Caphtor dérive de » — , Kaf H, 

ou jk ■-•-■ , Kafa, des inscriptions hiéroglyphiques, 

nom qui exprime la Phénicie, d'après l'inscription do 



213 



CAPHTORIM — CAPITATION 



214 



Canope, comme on l'a vu plus haut, liais ici la Phénicie 
doit se prendre dans un sens large , comprenant sous 
cette dénomination toute la contrée placée à l'ouest de la 

Palestine et de la Syrie, dite aussi i "V^ JM •-■-', Kar 

ou Kal. Et l'on doit entendre la Phénicie au sens de pays 
et non de race, c'est-à-dire au sens géographique et 
non ethnographique. Dans la Phénicie , habitée d'abord 
par des populations chamites , vinrent s'établir plus tard 
des Sémites, tels que les Phéniciens, si célèbres dans 
l'histoire de la civilisation; et parmi les habitants les plus 
anciens de cette région nous devons compter aussi les 
Caphtorim. Quant au suffixe or du nom de Caphtor, le 
P. de Cara ne croit pas qu'il vienne de l'égyptien ur, 
« grand; » mais ce serait un suffixe indiquant l'apparte- 
nance, et Caphtor signifierait « la terre des Cafti ou 
Chefti », nom qu'il trouve donné à un pays où s'établirent 
les Héthéens chamites, identifiés par lui avec les prolo- 
pélasges. De là, selon les plus récentes études, les Caph- 
torim furent des peuples chamites de la même souche 
que les Egyptiens, établis à une époque très reculée le 
long de la côle de la mer Méditerranée, où fut la terre 
de Kapht, appelée plus tard Phénicie. Ils appartenaient 
à la grande confédération des Héthéens, dont les nouvelles 
recherches de M. Sayce et du P. de Cara nous ont per- 
mis d'apprécier l'importance. C'est pourquoi par l'Ile de 
Caphlor d'où sortirent les Caphtorim nous devons en- 
tendre les côtes maritimes de la Palestine et de la Syrie 
septentrionale. Enfln la version KarniiSo-zie; des Septante, 
d'où dépend Cappadoces de la Vulgate, qu'Ebers accusait 
d'inexactitude, est en somme bien fondée. En fait, le nom 
de Cappadoce nous est connu seulement sous la forme 
persane de Katapatuka ou Katpatuka; et il est certain 
<jue les Perses modifièrent selon les lois de leur langage 
un mot déjà existant. Or. les Cappadociens sont appelés 
Chananéens par Philon , in Caten. ined. ad Genesim , 
26, 28; cf. Pape, Wôrlerbuch der griechischen Eigenna- 
men, au mot KseTraaSoxia ; et ce nom démontre qu'entre 
les Chananéens et les Cappadociens devait exister un 
lien de parenté ou de commune origine : lequel trouve 
son explication dans ce fait démontré par le V. de Cara, 
que la Cappadoce fut un des séjours primitifs des Hé- 
théens, descendants de Chanaan, comme les Héthéens 
du pays de Chanaan et de la Syrie. Et de là il conclut 
que dans le nom de Cappadoce se cache probablement 
le nom de Caphtor. En effet, les radicales des deux noms 
sont au fond les mêmes ; et le nom primitif devait être 
Ka-pa-t ou Ka-fa-t, d'où vient celui de Caphtor et de 
Caphtorim. Voilà tout ce qu'on peut dire jusqu'ici; mais 
ces questions d'origine ne sont pas encore suffisamment 
élucidées. Voir Céréthéens , Philistins. 

H. Marucchi. 
CAPELLA André, chartreux espagnol, mort le 12 sep- 
tembre 1GÛ9. Né à Valence (Espagne), il fut d'abord jésuite 
et professeur au Collège romain. Rentré en Espagne, vers 
1509, il se fit chartreux à Scala Dei, près de Tarragone, et 
devint évêque d'Urgel en 1587. On a de lui : Commentaria 
in Jeremiam prophetam , guibus latina Vulgata editio 
dilucidatur, et cum hebraico fonte et Septuag. editione 
et paraphrasi chaldaica confertur. Excudebat Huber- 
tus Gotavdus in cartusia Scalse Dei, in -4°, 1586. 

M. Al'tore. 

CAPITAINE, chef qui commande des hommes armés. 
Voir Armée , t. i , col. 977. 

CAPITATION. La capitation est l'impôt perçu sur 
les personnes. On l'appelle ainsi parce qu'il est fixé â tant 
par tête (caput). Les Juifs ont payé des impôts de ce 
genre à leurs rois et aux divers souverains étrangers qui 
ont successivement soumis la Palestine à leur joug. Nous 
ne nous occupons ici que de la redevance personnelle 
payée au temple. Pour les redevances payées aux rois 



nationaux, voir Impôts; pour celles qui furent payées aux 
rois étrangers, voir Tribut. 

Moïse avait imposé à tous les Israélites âgés de vingt 
ans qui furent recensés dans le désert une capitation. 
d'un demi-sicle par personne (environ 1 fr. 40). Ce demi- 
sicle était une offrande faite à Dieu pour le tabernacle. 
Il était interdit au riche de donner plus et au pauvre de 
donner moins. Exod. , xxx, 12-16. Dans ce passage, il 
n'est pas dit explicitement qu'il s'agisse d'un impôt per- 
manent; mais un passage des Paralipomènes prouve que 
l'obligation de le payer fut durable et qu'elle fut appli- 
quée au temple après sa construction. II Par., xxiv, 4-11. 
Joas reproche, en effet, au grand prêtre Joïada de n'avoir 
pas fait lever l'impôt prescrit par Moïse, et dont à ce 
moment la perception est particulièrement utile à cause 
des déprédations commises dans le temple par Athalie. 
Tendant la captivité, le demi-sicle ne fut pas perçu. Après 
le retour de la captivité, la perception de la capilation 
devint plus régulière. Néhémie prescrivit une redevance 
annuelle d'un tiers de sicle pour l'entretien du temple. 
II Esdr., x, 32-33. « Nous avons ordonné, dit Néhémie, 
de payer tous les ans un tiers de sicle pour le service de 
la maison de notre Dieu; pour les pains de proposition, 
pour l'oblation non sanglante , pour l'holocauste perpé- . 
tuel, pour les sabbats, pour les néoménies, pour les fêtes 
et pour les sacrifices pour le péché, afin de réconcilier 
Israël, et pour tout ce qui regarde le service de la maison 
de notre Dieu. » Quelques auteurs, notamment le P. Kna- 
benbauer, Commentarius in Malthseum, Paris, 1893, 
t. H, p. 100, ont pensé que c'était alors seulement qu'a- 
vait été établie une capitation permanente, et que les 
contributions levées par Moïse et par Joïada n'avaient été 
que des impôts extraordinaires exigés pour des circon- 
stances particulières. On ne voit pas comment on peut 
concilier cette opinion avec le texte des Paralipomènes. 
Au temps de Néhémie, l'impôt fut abaissé probablement 
à cause de la misère générale des Israélites; mais il fut 
perçu avec une régularité plus grande, c'est-à-dire chaque 
année. Par la suite il fut de nouveau élevé à la somme 
primitive, c'est-à-dire à deux drachmes, qui étaient l'équi- 
valent d'un demi-sicle. 

Cet impôt était dû par tous les Israélites du sexe mas- 
culin à partir de vingt ans. Philon, De monarchia, h, 3. 
D'après la Mischna, Sekalim, h, 4, on l'exigeait même 
des enfants depuis l'âge de treize ans. Les enfants au- 
dessous de cet âge, les femmes et les esclaves en étaient 
seuls exemptés. Le même traité ajoute que la perception 
du didrachme avait lieu du 15 au 25 du mois d'Adar, 
mais qu'on ne l'exigeait pas d'une manière absolue avant 
la Pâque. Surenhusius, Mischna, sive totius Hebrscorum 
juris systema, in-f°, Amsterdam, 1690-1702, t. H, 
p. 176-177. La Mischna ne nous fait pas connaître l'é- 
poque à laquelle ces dates furent fixées pour la percep- 
tion du didrachme, nous ne savons donc pas si elles 
étaient déjà déterminées au temps de Jésus -Christ. Les 
Juifs établis hors de la Palestine payaient le didrachme 
comme ceux qui habitaient le pays. Quand la collecte 
avait été faite, on envoyait l'argent à Jérusalem, et l'on 
expédiait ainsi de certains pays, par exemple de Baby- 
lone, des sommes très considérables. Josèphe, Ant.jud., 
XVIII, IX, 1; Cicéron, Pro Flacco , 28. Des contrées 
éloignées on pouvait apporter l'argent au temps de la 
Pentecôte et de la fête des Tabernacles. Surhenhusius, 
Mischna, t. Il, p. 184-185. 

Saint Matthieu, xvn, 23-26, nous rapporte que pendant 
le séjour de Notre - Seigneur à Capharnaùm, les collec- 
teurs du didrachme se présentèrent à saint Pierre et lui 
demandèrent si son maître ne payait pas l'impôt. Pierre 
répondit qu'il le payait, et entra dans la maison où se 
trouvait Jésus. Avant même que l'Apôtre eut eu le temps 
de parler, le Sauveur lui posa cette question : « Que te 
semble-l-il, Simon? De qui les rois de la terre reçoivent- 
ils le tribut ou le cens? Est-ce de leurs fils ou des étran- 



21E 



CAPITATION 



CAPPADOCE 



21G 



gers? » Pierre répondit : « Des étrangers. » Jésus repartit : 
« Les fils en sont donc exempts. Néanmoins, pour éviter 
le scandale, va à la mer, jette un hameçon, ouvre la 
bouche du premier poisson que tu prendras, tu y trouve- 
ras un statère, donne-le pour toi et pour moi. » Saint 
Jérôme, In Mattli. xvn, t. xxvi, col. 12G, et après lui un 
certain nombre d'interprètes anciens, Bède, Raban-Maur, 
Albert le Grand, saint Thomas, Maldonat, Cornélius a 
Lapide et d'autres ont cru qu'il s'agissait ici d'un tribut à 
payer à César ou à Hérode. Cette opinion n'est plus sou- 
tenue aujourd'hui que par Wieseler, Chronologische 
Synopse der vier Evangelien, in-8°, 1843, p. 265. L'exa- 
men du texte ne permet guère, en effet, de douter qu'il 
s'agisse de l'impôt dû pour le temple. On ne percevait 
pas d'impôt fixé à cette somme pour le compte des empe- 
reurs, et aucun texte n'indique qu'on en percevait un au 
profit d'Hérode. De plus, Notre- Seigneur montre bien 
clairement dans son langage qu'il s'agit d'un impôt reli- 
gieux. Il le compare aux impôts levés par les rois de la 
terre, ce n'est donc pas un de ces impôts. Il déclare qu'en 
droit il serait exempt de l'impôt parce qu'il est le fils de 
celui au profit de qui l'argent est recueilli. Jésus ne veut 
évidemment se dire ni fils d'Hérode ni fils de César, mais 
fils de Dieu; il s'agit donc d'un impôt levé au profit de 
la maison de Dieu. 

L'impôt du didrachme continua à être payé au temple 
de Jérusalem jusqu'à la destruction de ce temple par Titus. 
Josèphe, Bell, jud., VII, vi, 6; Dion Cassius, lxvi, 7. 
L'empereur Vespasien décida qu'il serait désormais payé au 
temple de Jupiter Capitolin. Domitien exigea le didrachme 
avec la plus grande rigueur. Suétone; Domitien, 12. Les 
recherches qui furent faites alors , pour trouver les Juifs 
qui dissimulaient leur nationalité, furent une des causes 
de la persécution de cet empereur contre les chrétiens. 
Gsell, Essai sur le règne de Domitien, in-8», Paris, 1893, 
p. 289-291. L'empereur Nerva interdit les dénonciations 




68. — Monnaie de Nerva. 
IMP 1WRVA CAE3 AVG PMTRP COS II PP. Tête laurée de 
l'emperecr Nerva, a droite. — fy FISCI IVDAICI CALVMNIA 
SVBLATA. Palmier entre les lettres S C. 

faites au profit du fisc, et selon toutes les probabilités on 
n'exigea plus le didrachme que des Juifs restés fidèles 
à la religion de leurs pères. C'est à cette occasion que 
furent frappées les médailles qui portent en exergue : 
Fisci judaici calumnia sublata (fig. 08). Eckhel, Doctrina 
Numorum, t. vi, p. 40i; Cohen, Monnaies impériales, 
Nerva, n os 54 et suiv. — Voir Schiïrer, Geschichte des 
Judischen Volkes, 2" édit., t. n, p. 36, 206, 530, 531, 548. 

E. Beurlilr. 
CAPITON Wolfgang Fabricius, théologien luthérien, 
né à Haguenau, en Alsace, en 1478, mort à Strasbourg 
le 10 janvier 1541. Son véritable nom était Kcepfel. Pour 
obéir aux ordres de son père, il se fit recevoir docteur en 
médecine; mais, dès qu'il fut libre, il se livra tout entier 
aux études de théologie et de droit canon. En 1512, Phi- 
lippe de Rosenberg, évêque de Spire, l'appela près de lui 
et lui donna la cure de Bruchsal. Ce fut alors qu'il connut 
Œcolampade. Du diocèse de Spire , il passa dans celui de 



Bâle, puis de Mayence. Il se lia avec tous les hérétiques 
célèbres de son époque, et, en 1517, il était en relations 
avec Luther. Cependant il dissimulait encore ses erreurs, 
et, en 1521, Léon X lui accordait, à la demande de l'élec- 
teur de Mayence, la prévôté de Saint -Thomas, à Stras- 
bourg. Bientôt il se maria , et se déclara aussitôt partisan 
zélé des nouvelles doctrines. Il abolit le culte catholique 
à Haguenau, sa patrie. Il prit part à un grand nombre de 
conférences et de synodes, où, ainsi que Bucer, il se mon- 
trait partisan de la conciliation entre les diverses sectes 
qui déjà divisaient le protestantisme. La peste l'enleva 
à Strasbourg, en 1541. Voici quelques-uns de ses ouvrages: 
Institutiones hebraicx, in-4°, Bâle, 1518; Enarrationes 
in Habacuc, in-8°, Strasbourg, 1526; Commentarius in- 
Hoseam, in-8°, Strasbourg, 1528; Hexameron sive opus 
sex dierum explicatum, in-8°, Strasbourg, 1539. Outre 
la Vie d'Œcolampade, il donna une édition des commen- 
taires de cet hérétique sur Jérémie et sur Ézéchiel. — Voir 
Dupin, Bibliothèque des auteurs séparés de l'Église ro- 
maine du xri e siècle (1718), t. i, p. 97; Baum, Capilo 
und Butzer, Leben und ausgeivàhlte Schriften, in-8°, 
Elberfeld, 1860. B. Heurtebize. 

CAPONSACCI DE PANTANETO Pierre, dune 
noble famille d'Arezzo, en Toscane, vivait dans la seconde 
moitié du xvi e siècle, et appartenait à une branche de 
l'ordre franciscain que l'on ne trouve nulle part indiquée. 
Il a donné au public un ouvrage dont la première édi- 
tion, in -4°,' parut à Florence, en 1571, sous le titre 
A'Observationes in Cantica canticorum. Une seconde 
édition parut au même lieu, in-f°, en 1586, sous ce nou- 
veau titre, rapporté par plusieurs bibliographes : Pétri 
Caponsachi de Pantaneto , Aretini, in Joannis apostoli 
Apocalypsim observatio ad Selymum II, Turcarum 
Imperatorem. L'écrit relatif au Cantique des cantiques 
ne venait qu'en second lieu dans cette édition. 

P. Apollinaire. 

CAPPADOCE. Nom de deux pays différenlsdans la 
Vulgate. 

1. CAPPADOCE. La Vulgate, à la suite des Septante, 
a rendu par ce mot l'hébreu Kaftôr, Deut., n, 23; Jcr., 
xlvii, 4; Amos, ix, 7. Voir Caiuitor. 

2. CAPPADOCE (KaiticaSoxfa), province d'Asie Mi- 
neure. Saint Luc, dans les Actes, n, 9, nomme la Cap- 
padoce immédiatement après la Judée parmi les pays qui 
eurent des représentants à Jérusalem, au jour de la Pen- 
tecôte, et qui entendirent la première prédication de saint 
Pierre. — La première Épilre du chef des Apôtres est 
adressée, entre autres Églises, à celle de Cappadoce. 
I Petr., i. Il y avait donc une colonie juive en Cappa- 
doce, et de bonne heure une Église chrétienne y avait 
été fondée. 

Le mot Cappadoce, en perse Katpatuha , est d'origine 
sémitique. Les Grecs appelaient Syriens ceux que les 
Perses, dit Hérodote, i, 72; vu, 72, appelaient Cappado- 
ciens, et qui furent sujets des Médes, puis des Perses. 
Quoique les descriptions d'Hérodote soient assez confuses, 
on peut en inférer que, pour lui, les Cappadociens sont 
situés à l'est de l'Halys et s'étendent jusqu'au Pont-Euxin. 
Hérodote, i, 72. Ailleurs, v, 49, il leur donne pour voi- 
sins les Phrygiens à l'ouest, les Ciliciens au sud. Ailleurs 
encore, v, 52, il fait de l'Halys la limite entre la Phrygie 
et la Cappadoce On ne peut donc tirer de là qu'une seule 
conclusion, c'est que pour Hérodote la Cappadoce est de 
moindre étendue que le pays qui porta plus tard ce nom. 
Au temps de Strabon, xii, 3, 10, les Cappadociens étaient 
encore désignés par les Grecs sous le nom de Leuco- 
syriens ou Syriens blancs, pour les distinguer des peuples 
situés au delà du Taurus, qui avaient la peau plus brune. 
Sous les Perses, la Cappadoce fut divisée en deux satra- 
pies, qui, après la conquête de l'Asie par Alexandre, for- 



217 



CAPPADOCE — CAPPEL 



218 



mèrent deux royaumes vassaux , dont l'un s'appela le 
royaume de Cappadoce et l'autre le royaume du Pont. 
Strabon, xn, 1, 4. Mais ce dernier royaume conserva en- 
core le nom de Cappadoce; on le voit par une inscription 
d'Éphèse, où Mithridate est appelé KaititaSox;[aç paat- 
).e-Jî]. Lebas -Waddington , Voyage archéologique, t. m, 
n° 136 a; cf. ibid. , p. 59. — La Cappadoce comprenait 
donc plusieurs peuples et changea souvent d'étendue et 
de divisions; mais ces peuples parlaient une même langue, 
le cappadocien. Strabon, xii, 3, 25. Ils occupaient la por- 
tion de terre comprise entre le Taurus de Cilicie, au sud ; 
l'Arménie et la Colchide, à l'est; le Pont-Euxin jusqu'à 
l'embouchure de l'Halys, au nord; et par la Paphlagonie 




L.TtaaUer.adt 



69. — Carte de Cappadoce. 



et la partie de la Phrygie qu'occupaient les Galates, à 
l'ouest. Strabon, xii, 1, 1. Voir la carte (flg. 69). 

Les rois de Cappadoce se rendirent complètement indé- 
pendants des Grecs à la mort de Séleucus I" Nicator,en 281. 
L'un d'eux, Ariarathe V, est mentionné dans I Mach., 
xv, 22. Voir Ariarathe. En l'an 17 après J.-C, à la mort 
d'Archélaùs le dernier roi, Tibère résolut de faire de la 
Cappadoce une province romaine. Tacite, Annal., u, 42; 
Strabon, xii, 1, 4. La province de Cappadoce eut pour 
limites: au nord, le Pont et la petile Arménie; à l'est, 
l'Euphrate la séparait de la grande Arménie ; au sud, 
l'Amunus et le Taurus la séparaient de la Commagène et 
de la Cilicie, et enfin , à l'ouest, elle confinait à la Galatie. 
La division du pays en onze stratégies fut conservée telle 
qu'elle existait sous le dernier roi, Archélaùs. Strabon, 
xii , 1 , 4. Cette division subsistait encore au temps d'An- 
tonin le Pieux. Plolémée, v, 6 et 7. — Auguste avait placé 
un procurateur romain auprès d'Archélaùs. Dion Cassius, 
lvii, 16. Ce fut également un procurateur, et par consé- 
quent un chevalier, qui gouverna la province une fois 
organisée. Dion Cassius, lvii, 17; Tacite, Annal., xii, 49. 
Comme le procurateur de Judée, il était protégé par le 
légat pro-préteur de Syrie. En 70, Vespasien changea cet 
état de choses et confia la Cappadoce à un légat pro- 
préteur de rang consulaire. Suétone, Vespasien, vin. 
Cf. Josèphe, Bell, jud., Yll, i, 3. Ce changement fut 
nécessité par les fréquentes incursions des Barbares 
■voisins. 

La Cappadoce, quoique située au sud du Pont, est plus 
froide que cette contrée; l'hiver certaines parties sont 
même couvertes de neige. Aussi n'y a-t-il que très peu 
■d'arbres fruitiers. Le pays produit cependant du blé. On 
y rencontre de nombreux troupeaux de chèvres. Les mou- 
tons, qui y sont aujourd'hui très nombreux, y étaient 
autrefois inconnus. Les habitants se livraient aussi à l'éle- 



vage des chevaux et à celui des mulets, grâce à la présence 
de nombreux troupeaux d'onagres. Les mulets de Cappa- 
doce sont encore aujourd'hui célèbres en Orient. Les rois 
de Perse s'étaient réservé une partie du pays pour en faire 
des parcs de chasse. Parmi les richesses de la Cappa- 
doce, il faut encore signaler les mines de sel, la terre de 
Sinope, qui contient beaucoup de minium, et enfin des 
mines de cristal, d'onyx et de minéraux de tous genres. 
Strabon, xii, 2, 10; cf. m, 5, 10. 

Le pays est traversé du nord-est au sud-ouest par l'Anti- 
Taurus. A 1 ouest de la chaîne se trouve la vallée de 
l'Halys, à l'est celle du Mêlas, affluent de l'Euphrate et 
celle du Karamelas, affluent du Pyramus. Entre les deux 
chaînes parallèles de l'Anti- Taurus coule le Sarus. Les 
villes y étaient peu nombreuses et peu importantes. Les 
principales sont : Mélitène, Comana, près de laquelle 
était le célèbre sanctuaire de la déesse Ma, dont subsistent 
encore des ruines importantes. Strabon, xii, 2, 3, Mazaca, 
qui devint plus tard Césarée et qui était située près de 
l'Argœus, volcan éteint et point culminant de la Cappa- 
doce; Garsaura ou Archélais; Tyane, patrie d'Apollo- 
nius, dont on tenta, au II e siècle après J.-C, d'opposer 
la personne à celle du Sauveur, et Nysse, dans la vallée 
de l'Halys. 

Les habitants avaient très mauvaise réputation. Un 
proverbe grec, cité par Suidas, Lexicon, au mot xâitita, 
fait allusion aux trois peuples détestables dont le nom 
commence par un cappa : Tpi'a xâitita xâxcaTa, c'est- 
à-dire les Cappadociens , les Ciliciens et les Cretois. Cf. 
Plaute, Curculio, n , 1 , 18. Ce fut seulement au IV e siècle 
après J.-C. que saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire 
de Nysse et saint Basile de Césarée donnèrent meilleur 
renom à la Cappadoce. Les Cappadociens habitaient dans 
des grottes et se revêtaient de poils de chèvres. On 
trouve encore aujourd'hui un grand nombre de ces grottes, 
mais il n'est resté aucun monument de la langue cappa- 
docienne. Voir, sur la Cappadoce, Ch. Texier, Asie Mi- 
neure, dans VUnivers pittoresque, Paris, 1863, t. n, 
1. vu, p. 500; Hamilton, Researches in Asia Minor, 
in-8°, Londres, 1842, t. i et n, p. 100; Mommsen et 
Marquardt, Manuel des antiquités romaines, trad. franc., 
t. ix, Organisation de l'empire, in-8°, Paris, 1892, t. n, 
p. 288; H. Kiepert, Manuel de géographie ancienne, 
trad. franc., in -8», Paris, 1887, p. 57; Mommsen, His- 
toire romaine, trad. franc.; t. x, Paris, 1888, p. 105. 

E. Beurlieh. 

CAPPADOCIENS, traduction dans la Vulgate, Deut., 
il, 23, du nom du peuple appelé en hébreu Kaftôrïm. 
Dans les deux autres endroits de l'Écriture où les Caph- 
torim sont nommés, Gen., x, 14, et I Par., i, 12, notre 
version latine a conservé la forme hébraïque; Voir Capii- 
torim. 

1. CAPPEL Jacques, théologien protestant, né à 
Rennes en mars 1570, mort à Sedan le 7 septembre 1624. 
Il était fils d'un conseiller au parlement de Rennes, qui, 
ayant dû abandonner sa charge à cause de la Réforme qu'il 
avait embrassée , vint se réfugier près de Sedan. Jacques 
Cappel étudia la théologie en cette ville et y exerça ensuite 
les fonctions de pasteur et de professeur de langue hé- 
braïque. Ses explications sur les livres de l'Ancien et du 
Nouveau Testament ont été imprimées avec les œuvres 
de son frère, Louis Cappel, par les soins de son neveu, 
et également dans les Critici sacri, 13 in-f°, Amster- 
dam, 1698-1732. Voir Cappel 2. B. Heurtebize. 

2. CAPPEL Louis, théologien protestant, frère du pré- 
cédent, né à Saint-Élier, à quelques lieues de Sedan, le 
15 octobre 1585, mort à Saumur le 18 juin 1658. 11 étudia 
à Sedan, et à vingt-quatre ans était ministre de l'église 
réformée de Bordeaux, qui lui fournit les moyens de par- 
courir les principales universités étrangères. Il resta deux 
ans à Oxford, et après avoir visité l'Allemagne et la Hol- 



219 



CAPPEL — CAPRE 



220 



lande fut appelé à Saumur (1614), où il enseigna suc- 
cessivement l'hébreu et la théologie. Le premier de ses 
ouvrages fut publié sous ce titre : Arcanum puncta- 
tionis revelatum, sive de punctorum vocalium et accen- 
tuum apud Hebrœos vera et genuina auctoritate, in-4°, 
Leyde, 1624. Il prouve dans ce traité que les points-voyelles 
et les accents ne font pas partie intégrante de la langue 
hébraïque, et quïls ont été ajoutés par des grammairiens 
à une époque où elle n'était plus en usage. A ces études 
se rapporte le traité suivant : Diatriba de veris et anti- 
quis Ebrœorum liltrris, in-12, Amsterdam, 1645. Louis 
Cappel y soutient que les caractères samaritains sont les 
caractères hébreux primitifs. Parmi ses autres ouvrages, 
mentionnons : Spicilegium seu notze in Novum Tesla- 
mentum, in-4°, Genève, 1632; Historia apostolica illu- 
strata ex Actibus Apostolorum et Epistolis inter se colla- 
lis collecta, accurate digesta, ejusque cum historia exo- 
tica connexio demonsirata, in-4°, Genève, 1634; Anim- 
adversiones ad novam Davidis lyram, iii-8°, Saumur, 
1043; De ultimo Christi Paschate et Sabbato Deutero- 
Primo , in-12, Amsterdam, 1644; Chronologia sacra, 
in-i", Paris, 1655. En 1650, son fils, Jacques Cappel, 
publia un important ouvrage sous ce titre : Ludovici 
Cappelli critica sacra sive de variis quœ in Sacris Vete- 
ris Testamenti libris occurrunt lectionibus libri sex : 
subjecta est qusestio de locis parallelis Veteris et Novi 
Testamenti adversus injustuni censorem , animadver- 
siones ad librum cui titulus est : Nova Davidis lyra cum 
gemina dialriba de nomine Dei, in luceni édita studio 
et opéra Joannis Cappelli auctoris filio, in-f°, Paris, 1650. 
L'auteur s'applique à donner les règles à suivre pour 
rétablir le texte des Livres sacrés dans sa pureté pri- 
mitive; les variantes qu'on y rencontre ne peuvent en 
rien ébranler l'autorité de l'Écriture Sainte. Cet ouvrage 
trouva de nombreux contradicteurs parmi les protestants; 
les théologiens suisses, en 1675, condamnèrent les doc- 
trines de Louis Cappel, qui avait publié pour sa défense 
les deux livres suivants : Epistola apologetica de critica 
nuper a se édita, in qua Arnoldi Bootii criticœ censura 
refellitur, 111-4", Saumur, 1651; Responsio ad Jacobi 
Usserii epistolam et ad furiosarn Arnoldi Bootii appen- 
dicem admonilio , in -4°, Saumur, 1652. C'est à son fils 
également qu'est due la publication suivante : Commen- 
tarii et notée criticeein Vêtus Testanientum. Accessere 
Jacobi Cappelli, Ludovici fratris , observationes in eos- 
dem libros. Item Arcanum punctationis auctius et emen- 
datius, ejusque Vindicim hactenus ineditse. Editionem 
procuravit Jacohus Cappellus Ludovici filius , in-f°, 
Amsterdam, 1689. Les Vindicise sont la réponse de Louis 
Cappel au livre de Buxtorf contre son Arcanum puncta- 
tionis. — Dans la Polyglotte de Wallon, au tome i, se 
trouvent deux dissertations de cet auteur, sous les titres 
de Chronologia sacra, que nous avons mentionnée plus 
haut, et de Templi hierosolymilani delineatio triplex: 
Cette dernière est reproduite au tome v des Critici sacri, 
13in-f°, Amsterdam, 1698-1732. Dans cette collection se 
trouvent, outre plusieurs des ouvrages que nous avons 
énumérés : au t. H, un opuscule De voto Jephtie; au t. iv, 
Excerpta ex Villalpando ad c. xl, xli, xlii et xlvi 
Ezechielis, et, au t. VI, une dissertation sur le mot Cor- 
ban, qui se lit en saint Marc, au ch. vu, ^. 11. — 
Voir la préface mise par Jacques Cappel aux Commen- 
tarii et noise criticse, in-f°, Amsterdam, 1689. 

B. Heurtebize. 
CAPPONI DELLA PORRETTA Serafino Annibale, 
dominicain italien, né à Porretta en 1536, mort à Bologne 
le 2 janvier 1614. 11 revêtit fort jeune l'habit des Frères 
Prêcheurs , dans le couvent de Bologne. Après ses études 
il professa la métaphysique, la théologie morale et l'Écri- 
ture Sainte. Envoyé à Ferrare, il fut chargé du soin des 
jeunes religieux et, après avoir habité vingt -cinq ans le 
couvent des Dominicains de Venise, il revint à Bologne, 
où il enseigna pendant deux années les sciences sacrées 



aux Chartreux établis en cette ville. Voici les principaux 
ouvrages de ce savant religieux : Veritates aurem saper 
totam legem veterem tum littérales, tum mysticm per 
modum conclusionum e sacro textu mirabiliter exculptse, 
in-f°, Venise, 1590; c'est un commentaire sur le Penta- 
teuque ; Prseclarissima sacrorum Evangeliorum com- 
mentaria, veritates catholicas super totam legem novam 
conclusionum instar continentia, cum annotationibus 
textualibus. Le commentaire sur saint Matthieu a paru 
à Venise, in-4°, 1602; sur saint Jean, in-4°, 1604. Les 
notes sur saint Luc et sur saint Marc n'ont pas été pu- 
bliées. Après la mort de Capponi parurent ses Commen- 
tarii in Psalterium Davidicum ; le premier volume parut 
en 1692; enfin l'ouvrage complet fut imprimé à Bologne, 
en 1736, en 4 vol. in-f». — Voir G. M. Pio, Vita del 
R. P. S. Capponi, in-4°, Bologne, 1625; Échard, Scn- 
ptores ord. Prsedicatorum , t. il, p. 392. 

B. Heurtebize. 
CAPRE. — I. Description. — Fruit du câprier, 
arbrisseau épineux, de la famille des Capparidacées , 




70. — Le câprier. 

atteignant de un mètre à un mètre cinquante de hau- 
teur, propre aux pays méridionaux (fig. 70). La tige diffuse 
est couchée ou pendante sur les vieux murs ; ses feuilles 
d'un beau vert, ses belles et grandes lleurs blanches, à 
étamines roses, étalées comme des houppes de soie, en 
font une des plus charmantes plantes que l'on puisse 
voir. Son calice, d'un vert pâle, est à quatre divisions, 
qui alternent avec les quatre pétales de la corolle. Le 
fruit est charnu, de la grosseur d'une noix, ovale, un peu 
sillonné, et contenant, à l'intérieur, de petites graines; 
il est porté sur un long pédoncule plus ou moins arqué. 



221 



CAPRE — CAPTIF 



222 



Le bouton de la fleur constitue, à l'état jeune, ce qu'on 
appelle câpre (lig. 71). La câpre, confîle au vinaigre, ainsi 
du reste que les .jeunes pousses et les fruits verts, est un 
excellent condiment; elle est stimulante et antiscorbu- 
tique, très appréciée partou'. et de tout temps. 

Les principales espèces de câpriers qu'on trouve en 
Palestine sont : 1» le câprier épineux, Capparis spinosa; 
c'est un arbrisseau à rameaux flexueux ; ses feuilles sont 
alternes, épaisses, ovales-arrondies, entières sur les bords, 
munies ordinairement de deux petits aiguillons arqués 
à la naissance de leur support; d'autres fois ces aiguil- 
lons manquent; ses fleurs, très grandes, sont d'un blanc 
teinté de rose , naissant à la base des feuilles , solitaires ; 
ses pétales sont réguliers, ovales, protégeant des étamines 
très nombreuses; le fruit est charnu. On trouve ce câprier 
à Jérusalem, croissant sur les murs et les rochers les plus 




71. — Fleur et fruit du câprier. 



abruptes; il est très commun dans la vallée du Jourdain. 
Tristram, Fauna and Flora, p. 234. — 2° Le câprier 
herbacé, Capparis herbacea, qui diffère du précédent 
par sa tige non ou à peine ligneuse, ses feuilles ovales 
ou elliptiques, terminées au sommet par une pointe épi- 
neuse, et à la base par des aiguillons assez robustes, enfin 
par ses Heurs plus grandes. Toute la plante, au lieu d'être 
verte , est recouverte d'une pubescence blanchâtre et 
comme farineuse. — 3» Le câprier d'Egypte, Capparis 
segyptia ; c'est un arbrisseau à rameaux ligneux, entre- 
lacés, à feuilles charnues, de forme ovale, obtuse, recou- 
vertes d'une poussière glauque, tantôt épineuses, tantôt 
dépourvues d'aiguillon; ses ileurs sont de grandeur mé- 
diocre; la plante est velue ou glabre. On la trouve sur- 
tout dans le voisinage de la mer Morte. Voir Boissier, 
Flora orientalis, t. i, 1867, p. 420. M. Gandoger. 

II. Exégèse. — Le mot 'âbiyyônâh , qui signifie 
« câpre », ne se rencontre qu'une seule fois dans la Sainte 
Écriture; c'est dans la célèbre description de la vieillesse 
faite par Salomon. Eccle., xn, 5. Quelques interprètes, 
retenant la signification première de la racine', rcx, 
'âbâh , « désirer, » entendent ce mot , comme le chal- 
déen, dans le sens de convoitise, désirs ou appétits de 
toute nature, qui s'affaiblissent chez les vieillards. Mais 
le développement régulier de la description demande 
plutôt la continuation du style figuré. D'ailleurs les ver- 
sions sont d'accord à voir dans 'âbiyyônâh la câpre (Sep- 
tante : t) xiTraapi;; Yulgate : capparis; arabe : alkabbar). 
Dans la Mischna, Ma'aser, iv, 6; Berakôth, 36 a, le 
câprier s'appelle selâf; les boutons de Heurs, qafrim, 
et les fruits ou capsules contenant les graines, êbeyônôf. 



'Abiyyônâh désigne donc bien la câpre, et non pas l'ar- 
buste lui-même ou câprier, ni les boutons de ileurs dont 
on se sert maintenant après les avoir confits dans le 
vinaigre. Autrefois on employait plutôt le fruit, ce qu'on 
appelle aujourd'hui les cornichons de câpre. Pline, H. N., 
xiii, 44; xx, 59. — Si le sens de câpre est reconnu par le 
plus grand nombre des interprètes, ils ne s'entendent pas 
pour expliquer l'image contenue dans l'expression vetâfêr 
hâ'âbiyyônâh (Vulgate : dissipabilur capparis). Pour 
quelques-uns il s'agit de la rapidité avec laquelle se fane 
la belle fleur du câprier, symbole de la vie qui va bientôt 
finir pour le vieillard : « Avant le temps où le câprier 
se fane. » Mais ce n'est pas le sens du verbe vetâfêr, 
et du reste il est question de la câpre, non de l'arbre 
qui la produit. — Le plus grand nombre voit ici une al- 
lusion à la propriété qu'a la câpre de stimuler l'appétit, 
propriété d'où elle tire son nom : « Avant le temps où la 
câpre n'a plus d'effet. » Il vient un temps pour le vieillard 
où son estomac devenu paresseux n'est plus excité par 
les meilleurs condiments. Gesenius, Thésaurus, p. 13 ; 
Hoheslied und Koheleth, in-8°, Leipzig, 1875, p. 402. 
Mais le sens de « n'avoir plus d'effet », donné au verbe 
pârar, nous paraît forcé et dépasser les bornes légitimes 
de la dérivation. Pârar, dont la signification première 
est « briser, rompre », ne veut dire « rendre vain, sans 
effet, annuler », que dans les cas où l'idée première de 
rompre se conserve, par exemple, rompre ou rendre sans 
effet une alliance, une loi, un dessein. Ici « briser la câpre » 
ne peut signifier lui enlever son effet, tout au contraire. 
Il n'est donc pas légitime de traduire : « la câpre n'a plus 
d'effet ». —De plus, dans la description de la vieillesse dé- 
veloppée dans Eccle., xn, 5, on s'attend naturellement à 
trouver un nouveau symbole après les deux premiers qui 
sont assez énigmatiques : « Avant le temps où l'amandier 
fleurit (c'est-à-dire avant les cheveux blancs); avant le 
temps où la sauterelle s'alourdit (c'est-à-dire avant que 
les jambes ne refusent leur service). » Si l'on traduit ; 
« Avant le temps où la câpre n'a plus d'effet, n'excite plus 
l'estomac », on n'a plus de symbole énigmatique, comme 
dans les deux premiers cas; c'est un sens propre qui 
n'est plus dans le même ton. Il vaut donc mieux garder 
au verbe tâfêr son premier sens de « briser, rompre », 
comme dans les Septante , et traduire : « Avant le temps 
où la câpre se brise, éclate. » Le fruit est, en effet, une 
sorte de gland allongé, qui laisse tomber, en se fendant, 
de petites graines rouges. Ibn-El-Beithar, Traité des 
simples , t. ni, n° 1877, dans Notices et extraits des ma- 
nuscrits de la Bibliothèque nationale, t. xxvi, i« part., 
p. 134. N'est-ce pas l'image du corps qui se brise par les 
maladies et va laisser échapper l'âme? L'idée de mort 
qui suit dans la description est ainsi tout naturellement 
amenée : « Car l'homme s'en va dans sa demeure éter- 
nelle, et les pleureurs parcourent les rues. » Cf. E. V. C. 
Rosenmùller, Scholia, Ecclesiasles , p. 237. 

Ê. Levesque. 

CAPTIF (hébreu : 'âsir et 'assîr, de 'âsar, « lier; » 
sebût et Sebit, iiebi et sibyàh, « le captif » dans le sens 
collectif, de sàbûh, « faire prisonnier; » Septante : aî-/|xoc- 
).u)to;; Vulgate: captivus, vinclus). Nous entendons ici 
par captif toute personne, homme, femme ou enfant, 
prise à la guerre et emmenée par le vainqueur. Pour 
les prisonniers proprement dits, voir Prisonnier. 

I. Chez les Hébreux. — Au temps des patriarches, on 
emmenait captifs, à la suite de la guerre, les femmes, les 
jeunes filles et les enfants. Gen., xxxi, 26; xxxiv, 29. Cette 
coutume persévéra chez les Israélites, depuis l'époque des 
Juges, Jud., v, 12, jusqu'à celle des Machabées. I Mach., 
v, 8. Les captifs étaient traités avec humanité chez les 
Hébreux, et la loi intervenait en leur faveur dans certains 
cas. Comme c'étaient surtout les femmes et les jeunes 
filles qu'on réduisait en captivité, un Israélite pouvait 
épouser sa captive, mais seulement après lui avoir accordé 
un mois pour son deuil. Si ensuite il la répudiait, il était 



223 



CAPTIF 



224 



obligé de lui donner la liberté, et ne pouvait lui infliger 
aucun mauvais traitement. Deut., xxi, 10-14. Les captives 
qui n'étaient pas épousées demeuraient en esclavage et 
bénéficiaient de la douceur de la législation mosaïque à 
leur égard Voir Esclave. Sous Achaz, au moment où la 
plus grande animosité régnait entre les deux royaumes 
d'Israël et de Juda, les Israélites attaquèrent leurs frères 
et emmenèrent en captivité deux cent mille femmes, en- 
fants et jeunes filles de Juda. Mais, à Samarie, un pro- 
phète du nom d'Oded leur conseilla de bien traiter ces 
prisonniers et de les renvoyer dans leur pays. Telle était 
encore l'influence d'un prophète parlant au nom de Dieu, 
que malgré la rivalité des deux peuples Oded fut obéi. 
11 Par., xxvin, 8-15. 

II. Chez les autres peuples. — Les Israélites, qui 
faisaient surtout des captives, comme tous leurs voisins, 
redoutaient eux-mêmes la captivité pour leurs femmes et 
leurs enfants. Num., xiv, 3; Deut., i, 39. Ils fuient sou- 
vent victimes, sous ce rapport, des peuples qui les envi- 
ronnaient. — 1. C'est ainsi qu'on voit les Amulécites leur 
enlever des femmes et des enfants, entre autres deux des 
femmes de David, I Reg., xxx, 2-5, et plus tard les bri- 
gands de Syrie faire des incursions dans le pays d'Israël 
pour s'emparer des jeunes filles. Une de ces dernières donna 
à Naaman le conseil d'aller consulter Elisée pour se faire 
guérir de la lèpre. IV Reg., v, 2. — 2. Cet enlèvement des 
jeunes filles étrangères était particulièrement dans le goût 
des Phéniciens, qui trafiquaient de tout et s'emparaient 
volontiers d'une proie qui ne manquait pas de valeur sur 
les marchés d'Egypte et d'Assyrie. Le plus souvent ils 
attiraient sur leurs bateaux, sous prétexte de leur mon- 
trer des bijoux ou des étoffes précieuses, celles dont ils 
convoitaient la possession, puis ils levaient l'ancre sans 
qu'elles s'en aperçussent. Homère, Odyss., xv, 427; Hé- 
rodote, I, 1. Souvent, soit dans les ports, soit aux fron- 
tières du pays, des femmes israélites durent être victimes 
de leur rapacité. Cf. Joël, m, 4; Amos, i, 9-10; I Mach., 
m, 41. Plus tard, les Juifs fournirent encore des captifs 
et surtout des captives aux rois de Syrie et aux nations voi- 
sines. I Mach., i, 34; v, 13. — 3. Ils payèrent fréquem- 
ment ce même tribut aux Égyptiens. Gen., xn, 15, etc. 
Sur les bords du Nil, les captifs étaient assez durement 
traités, et parfois les captifs habitaient des prisons. Exod., 
xn, 29. Cf. Gen., xxxix, 20. Les monuments figurés re- 
présentent ordinairement les captifs enchaînés. Voir t. I, 
col. 511, fig. 124. Sur un trône d'Aménophis III, de la 
xvm e dynastie, on voit une série de captifs figurer dans 
Ja décoration du soubassement; sous le siège sont enchaî- 
nés deux autres captifs, l'un sémite et l'autre éthiopien; 
enfin , sous l'accoudoir même, un sphinx terrasse un pri- 
sonnier (fig. 72). Dans leurs invasions en Palestine, les 
Égyptiens se saisirent naturellement de nombreux captifs. 
— 4. Mais ce sont les Assyriens et ensuite les Chaldéens qui 
infligèrent aux Israélites les plus désastreuses captivités, 
ïhéglathphalasar transporte en Assyrie les tribus trans- 
jordaniques et les habitants de la Galilée. I Par., v, 26; IV 
Reg., xv, 29. Salmanasar, IV Reg., xvii, 3, 6, et Sargon, 
Is., xx, 1, achèvent la déportation qui dépeuple le royaume 
de Samarie. Juda eut ensuite son tour sous Sennachérib, 
IV Reg., xvhi, 13, et sous Nabuchodonosor. IV Reg., 
xxiv, 14; xxv, 11 ; II Par., xxxvi, 20; Jer., LU, 28, 29. Dans 
ses inscriptions, Sargon se vante d'avoir enlevé 27 280 cap- 
tifs de Samarie. Oppert, Fastes de Sargon, i, 22-25. Sen- 
nachérib prétend en avoir emmené 200 150 des villes de 
Juda , dans sa campagne contre Ézéchias. Prisme de 
Taylor (cylindre C de Sennachérib), col. m, 17. Dans 
sa première expédition contre Jérusalem, Nabuchodo- 
nosor fit 10000 captifs, IV Reg., xxiv, 14, et il emmena le 
reste des habitants après la prise définitive de la ville. Les 
monuments assyriens représentent fréquemment de longs 
cortèges de captifs (fig. 73). Ils s'en vont par bandes, sous la 
surveillance d'un soldat, les hommes chargés d'un petit sac 
à provisions, les femmes portant leurs enfants sur les bras 



et sur l'épaule. Pendant un siège, ceux qui tombent aux 
mains des Assyriens à la suite des sorties sont impitoya- 
blement empalés, pour épouvanter les assiégés. Après la 
victoire, les chefs des vaincus sont torturés et mis à mort, 
ou bien on leur crève les yeux et on leur perce les lèvres ou 
le nez, afin d'y passer un anneau et de les conduire avec 
une corde comme des animaux. Le cortège des prison- 
niers arrivait enfin en Assyrie, pour figurer au triomphe 
du vainqueur. Mais la plupart des captifs juifs étaient 
réservés à un sort plus doux, et, selon la coutume en 
vigueur parmi les Assyriens, avaient seulement à devenir 
les colons de nouvelles provinces. — 5. Les Romains furent 




72. — Aménophls III sur son trône. Abd - el Qournah. 
xvni e dynastie. D'après Lepsius, Denkmuler, Abth. iv, Bl. 77. 



les derniers à réduire les Juifs en captivité. Ils n'en firent 
pas de simples captifs, comme l'avaient fait les Assyriens 
et les Babyloniens, mais des esclaves. Ces derniers con- 
naissaient bien les habitudes de leurs futurs vainqueurs. 
I Mach., vin, 10. Voir Esclave. Quand Jérusalem eut été 
prise par Pompée, en 03 av. J.-C. , un bon nombre de 
juifs furent transportés captifs à Rome. Pendant les an- 
nées suivantes , Cassius en envoya d'autres dans la capi- 
tale. Josèphe, Ant. jud., XIV, lv, 5; xi, 2; Bell, jud., I, 
xi, 2. Sur saint Paul captif à Césarée et à Rome, voir 
Prisonnier. A la suite de la prise de Jérusalem par 
Titus, une multitude de Juifs furent pris par le vain- 
queur, comme Notre-Seigneur le leur avait prédit. Luc, 
xxi, 24. Josèphe, Bell, jud., VI, IX, 3, estime à 97000 le 
nombre des captifs qui furent faits pendant toute la guerre 
de Judée. 

III. Prières pour les captifs. — Instruit par les me- 
naces et les promesses de Moïse , Deut. , xxvm, 64 ; xxx, 3, 
Salomon prévit qu'un jour beaucoup d'Israélites seraient 
conduits en captivité à cause de leurs péchés. Au jour de 







DICT. DE LA BIBLE. 



II. -8 



227 



CAPTIF — CAPTIVITE 



228 



la dédicace solennelle du temple, il adressa à Dieu une 
touchante prière en faveur de ces fulurs captifs. III Reg., 
vin, 46-50; 11 Par., vi, 36-37. Pendant la captivité, on 
ajouta à certains psaumes , plus fréquemment usités dans 
la liturgie, des invocations pour obtenir le retour des 
captifs. Ps. xin, 7; xxiv, 22; xxxm, 23, etc. Le Psaume 
Cxviii est une méditation composée probablement par un 
prisonnier, qui à plusieurs reprises réclame avec instance 
sa délivrance au Seigneur. Enfin le Psaume cvi est un 
cantique d'actions de grâces après la délivrance obtenue. 
IV. Les captifs spirituels. — Ce sont ceux qui, à 
raison du péché, sont au pouvoir du démon. Avant la 
rédemption, tous les hommes étaient aussi captifs de 
Satan, à cause du péché d'Adam. Aussi, en parlant du 
retour de la captivité de Babylone, les prophètes pro- 
mettent-ils, au moins par le sens spirituel de leurs 
oracles, la délivrance du joug diabolique. Is. , xlv, 13; 
Jer., xxx, 10; xxxn, 44; xlvi, 27; Habac, i, 9; Soph., 
m, 20. Le Messie vient pour annoncer là délivrance à ces 
captifs du démon. Luc, iv, 19. Il opère leur rédemption 
en mourant sur la croix, et après sa mort va porter l'heu- 
reuse nouvelle aux âmes « qui étaient en prison », dans 
le se'ôl, en attendant leur libération. I Petr., m, 19. 
Enfin, au jour de son ascension, Jésus- Christ entraîne 
au ciel à sa suite toute « la captivité », c'est-à-dire les 
anciens captifs de Satan, qui par une vie sainte et la foi 
au Messie à venir s'étaient rendus dignes de la récom- 
pense. Epli., iv, 8. Depuis lors l'homme n'est captif du 
démon que s'il le veut bien, en se faisant lui-même l'es- 
clave du péché. Joa., vin, 34. Mais la liberté est assurée 
au chrétien fidèle. Rom., vin, 21; Gai., iv, 31; v, 13; 
Jac, i, 25. H. Lesètre. 

CAPTIVITÉ. Ce mot désigne, dans l'histoire du 
peuple de Dieu, l'exil auquel furent soumises les douze 
tribus d'Israël, du vni e au VF siècle avant J.-C, à la suite 
des déportations successives que leur infligèrent les Assy- 
riens et les Chaldéens. 

I. Captivité des tribus du royaume d'Israël. — 
1° Leur déportation. — Dès le règne de Salmanasar 11 
(858-823 ), le royaume de Samarie dut fournir un premier 
contingent de déportés. A la bataille de Qarqar, Salma- 
nasar prit au roi Açhab 2000 chariots et 10000 hommes. 
Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 
2= édit., p. 193-201. Voir Achab, t. i, col. 122. Les textes 
ne disent pas que ces 10 000 hommes aient été mis à mort, 
et il est probable qu'un certain nombre d'entre eux furent 
emmenés comme prisonniers en Assyrie. Sous les rois 
suivants, il n'est question que d'un tribut payé aux Assy- 
riens. Mais les grandes déportations d'Israélites com- 
mencent avec Théglathphalasar II (743-727), très proba- 
blement le même que Phul. Voir Vigouroux , La Bible 
et les découvertes modernes, 5 e édit., t. iv, p. 86-99. 
Dans ses inscriptions, ce prince mentionne parmi ses 
tributaires les rois d'Israël et de Juda. En 746, il s'était 
rendu maître de Babylone, et dès lors il se mit à 
déporter d'un bout à l'autre de son empire des peuples 
entiers, de manière à mêler toutes les races, poul- 
ies dominer plus sûrement. En 733 (734), il accourut à 
l'appel d'Achaz, roi de Juda, contre lequel s'étaient 
alliés Rasin, roi de Syrie, et Phacée, roi d'Israël. Il battit 
ces derniers , mais ne put s'emparer de Samarie. Cepen- 
dant il prit plusieurs villes, « la Galilée et tout le pays de 
Nephthali, et en transporta les habitants en Assyrie. » 
IV Reg., xv, 29. « Il déporta Ruben, Gad, la demi-tribu 
de Manassé, et les emmena à Lahela, Habor, Ara et au 
fleuve de Gozan. » I Par., v, 26. Les inscriptions assy- 
riennes font allusion à cette déportation. Schrader, Keil- 
inschriften, p. 255-256. Le successeur de Théglath- 
phalasar, Salmanasar IV (727-722), acheva la ruine du 
royaume d'Israël. Le roi Osée ayant tenté de secouer le 
joug assyrien pour chercher un appui du côté de l'Egypte, 
Salmanasar assiégea Samarie, dans laquelle s'étaient en- 



fermés tous les hommes en état de combattre. Le siège- 
dura deux ans. Sargon , son successeur (722-705), 
emporta la place (721), et transporta les habitants en 
Assyrie. IV Reg., xvu, 23. Lui-même raconte cet 
événement dans ses inscriptions : « J'ai assiégé la 
ville de Samarina (Samarie), je l'ai prise, j'ai déporté 
27 280 habitants. » Oppert , Fastes de Sargon, , 23 , 24 ; 
Schrader, Keilinschriften , p. 272. Pour remplacer les 
Israélites , il fit venir dans la contrée les populations 
d'autres pays conquis par lui. IV Reg., xvu, 24. Dans la 
pensée divine, cette déportation était le châtiment des 
crimes d'Israël. IV Reg., xvu, 7-18. Pour Sargon, elle ne 
constituait pas une simple vengeance ; elle présentait une 
grande utilité politique. L'Egypte était la rivale acharnée, 
parfois victorieuse, de l'empire assyrien. En supprimant 
le royaume d'Israël, trop souvent enclin à favoriser les 
visées égyptiennes , et en lui substituant une popula- 
tion totalement nouvelle, Sargon -se ménageait un appui 
pour le jour de la défense ou même pour celui de l'at- 
taque. 

2° Lieux de la déportation d'Israël. Voir les cartes 
d'Assyrie et de Babylonie, t. i, col. 1148 et 1361. — Les 
inscriptions ne disent pas en quels endroits furent envoyés 
les déportés de Théglathphalasar et de Sargon; mais 
la Bible les indique. Ce sont d'ailleurs les mêmes endroits 
pour les deux déportations, ce qui prouve déjà que les 
conquérants tenaient avant tout à éloigner les Israélites de 
leur patrie, et s'inquiétaient fort peu de les voir rassem- 
blés en grand nombre sur un autre point de leur empire. 
Les Israélites furent déportés a Hala (Hâlah), à Habor 
(Hàbôr), fleuve de Gozan (Gôzân), et dans les villes des 
Mèdes. IV Reg., xvu, 6; xvm, 11; I Par., v, 26. Sur Ara, 
ville citée dans ce dernier texte, voir Ara, t. i, col. 818. 
Hala, le même que Lahela des Paralipoinènes, est iden- 
tique à Chalcitis de Ptolémée, v, 18, et se trouve repré- 
senté aujourd'hui par un monceau de ruines du nom de 
Gla, sur le Khabour supérieur. Les listes géographiques 
assyriennes le nomment Ha-lah-hu, et le placent près 
de Gozan et de Nisibe. Habor est le fleuve Khabour, qui 
prend sa source dans le groupe des montagnes appelées 
mont Masius, au nord de Nisibe. Enfin Gozan est la Gau- 
zanitis de Ptolémée, v, 18, province de Mésopotamie voi- 
sine de Haran, à l'ouest de Nisibe. Les listes assyriennes, 
donnent pour chef-lieu à cette province une ville du 
même nom , Gozan. Voir Gozan , Habor , Hala. La Bible 
indique encore les villes de Médie comme séjour des 
exilés. Théglathphalasar s'était, en effet, emparé de la. 
Médie. Sargon fit de nouveau la guerre aux Mèdes, et 
choisit parmi eux les populations qu'il déporta à Samarie 
pour remplacer les Israélites. Le livre de Tobie constate 
que plusieurs de ces derniers résidaient jusqu'au fond de 
la Médie, à Ecbatane et à Rages. Voir Vigouroux, La Bible 
et les découvertes modernes, t. iv, p. 150-153. Josèphe, 
Ant. jud., IX, xiv, 1, se contente de désigner en général 
la Médie et la Perse comme lieux de la déportation d'Is- 
raël. Cf. Calmet, Commentaire littéral, Paris, 1726, t. ni, 
p. x-xvi. — De la Samarie à la province de Gozan, la dis- 
tance est de sept cents kilomètres en ligne directe. Mais 
les déportés avaient à parcourir un chemin plus long afin 
d'éviter le désert d'Arabie, impraticable à une multi- 
tude nombreuse. Ecbatane se trouve à plus de huit cents 
kilomètres au delà de Gozan, et Rages à plus de mille. 

3° Situation des déportés Israélites. — Dans es dépor- 
tations en masse, les Assyriens visaient moins à se pro- 
curer des esclaves qu'à expatrier les peuples vaincus et 
à fournir de colons certaines de leurs provinces. Le sort 
des exilés était donc en général assez doux, et la somme 
de liberté qu'on leur laissait assez considérable Néan- 
moins un certain nombre d'entre eux menaient la vie 
d'esclaves proprement dits, soit à raison de la part qu'ils 
avaient prise à la défense de leur patrie, soit à cause de 
leur force, de leur jeunesse, et de leurs autres avantages 
corporels. On a retrouvé un contrat assyrien par lequel 



229 



CAPTIVITÉ 



230 



un Phénicien vend à un Égyptien deux Juifs , appelés 
Heiman et Melchior, et une Juive. Le contrat est de l'an- 
née 708, par conséquent du règne de Sargon. Oppert, 
Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres, 6 mai 1887, t. xvi, p. 165. Il y eut donc à Baby- 
lone des esclaves juifs à la suite de la déportation d'Israël. 
Le livre de Tobie fournit quelques détails intéressants 
sur le sort fait aux autres exilés. Tobie appartenait à la 
tribu de Nephthali, que Théglathphalasar II avait dépor- 
tée en 733. 11 fut naturellement facile à certaines familles 
de cette tribu d'échapper au désastre, ne fut-ce que par 
leur éloignement momentané du théâtre de la guerre. La 
famille de Tobie fut de celles-là. Elle ne subit la captivité 
qu'à l'époque de Salmanasar, à la suite du siège de Sa- 
marie commencé par ce roi, ou même pendant le cours 
de la campagne et avant la mort du prince. Le lieu d'exil 
qu'on lui assigna fut Ninive même, Tob., I, 11, ce qui 
permet de croire qu'en dehors des villes indiquées par le 
quatrième livre des Rois, beaucoup d'autres servirent de 
séjour aux déportés. Tobie avait été personnellement l'objet 
des faveurs du roi et en avait reçu une somme de dix 
talents d'argent, équivalant à quatre-vingt-cinq mille francs. 
Tob., 1, 17. La somme était considérable. La grandeur du 
présent montre que les rois assyriens savaient exercer leur 
bienveillance à l'égard des vaincus, sans doute pour ga- 
gner le cœur de ceux que leurs armes avaient asservis. 
Du reste, le don d'une pareille somme ne coûtait guère 
à des princes qui accumulaient dans leurs trésors toutes 
les richesses des pays conquis. A l'autre extrémité de la 
Médie, à Rages, vivaient d'autres Israélites. De Ninive, 
on ne pouvait s'y rendre qu'en traversant les déniés des 
monts Zagros. Une relégation si lointaine aggravait nota- 
blement le sort de ceux qui avaient à la subir. A Rages , 
Tobie possédait un parent qui était pauvre, et il lui confia 
en dépôt ses dix talents. Tob., I, 17. A Ecbatane vivaient 
d'autres parents de Tobie. Ceux-ci étaient beaucoup plus 
à l'aise. Raguel avait des esclaves, Tob., vm , 20, et en 
le quittant, le jeune Tobie put emmener toute une ca- 
ravane d'esclaves et de troupeaux. Tob., xi, 3. A Ninive, 
Tobie eut tout d'abord pleine liberté d'aller et de venir, 
et de visiter ses compatriotes malheureux. Tob., i, 19. 11 
pouvait même en réunir un certain nombre dans sa maison 
aux jours de fête. Tob., Il, 2. On sait d'ailleurs que des 
prêtres accompagnaient les exilés. IV Reg., xvn, 28. Cf. 

III Reg., xii, 31. — Sennachérib se montra moins bien- 
veillant pour les Israélites que Salmanasar; il devint 
même tout à fait hostile, à la suite de sa campagne 
malheureuse contre Jérusalem. Tob., i, 18, 21. Après lui, 
l'hostilité persévéra à Ninive, et de temps à autre quelques 
Israélites périssaient par violence. Tob., n, 3, 9. Malheu- 
reusement les hommes comme Tobie faisaient exception 
parmi les exilés d'Israël. Beaucoup avaient emporté de 
Samarie des sentiments d'indifférence et d'impiété, Tob., 
i, 12, dont les parents même de Tobie fournissent un 
triste exemple. Tob., H , 15, 16, 22, 23. Cf. Graetz , 
Gescliichte der Ismeliten, Leipzig, 1875, t. n, 1"> partie, 
p. 210-221. . 

II. Captivité des tribus du royaume de Juda. — 
1" Leur déportation. — 1. Sennachérib (705-681), 
racontant sa campagne contre Ézéchias, se vante d'avoir 
pris « 46 de ses places fortes, des bourgades et petites 
localités sans nombre de son royaume,... 200150 hommes 
et femmes, grands et petits, des chevaux, des mulets, des 
ânes, des chameaux, des bœufs et des brebis sans nombre 
j'emportai et comme butin je comptai ». Prisme de Taylor, 
col. m, 13-20; Schrader, Keilinschnften , p. 288-300. 
Les Livres Saints parlent de villes prises par les Assy- 
riens pendant cette campagne, mais non de prisonniers. 

IV Reg., xviii, 13; ls., xxxvi, 1. Ils n'auraient point passé 
sous silence la déportation d'un si grand nombre de captifs, 
si réellement elle avait eu lieu. Il est donc fort probable 
que Sennachérib n'accuse tant de milliers de prisonniers 
que pour pallier la honte de sa défaite , dont il se garde 



bien d'ailleurs de faire la moindre mention, conformé- 
ment aux usages invariables de la cour assyrienne. Toute- 
fois les circonstances autorisent à supposer que le ren- 
seignement consigné dans son inscription a quelque fon- 
dement, et que Sennachérib fit un assez grand nombre 
de prisonniers dans les villes de Juda et des pays voisins 
dont il s'empara. Peut-être même réussit-il à en emmener 
un certain nombre jusqu'en Assyrie. — 2. Sous Assurba- 
nipal (668-625), d'après l'opinion la plus probable, un 
général assyrien fut envoyé contre Béthulie, qui comman- 
dait à la fois la route de Samarie et celle de Jérusalem. 
Les Israélites qui avaient pu échapper au sort de leurs 
compatriotes et étaient restés dans le pays s'étaient ralliés 
à leurs frères de Juda. Ils reconnaissaient l'autorité du 
grand prêtre de Jérusalem. Judith, iv, 5, 7; II Par., xxx, 
10-12, 18. Le roi d'Assyrie fit enjoindre aux uns et aux 
autres de se soumettre, et dans ce but il envoya ses re- 
présentants « dans toutes les provinces maritimes, le mont 
Carmel, Galaad, la haute Galilée, la grande plaine d'Es- 
drelon, toutes les villes de Samarie et les rives du Jour- 
dain jusqu'à Jérusalem ». Judith, i, 8, 9 (texte grec). Mal- 
gré l'issue du siège de Béthulie, il est possible ici encore 
que des hommes des villes d'Israël ou de Juda aient été 
réduits en captivité, au cours des razzias que les géné- 
raux d'Assurbanipal faisaient dans toute l'Asie occiden- 
tale. Cf. Cylindre A, col. m, 34; fragment de la ta- 
blette K 2675, 11; cylindre A, col. vm, 6; G. Smith, His- 
tory of Assurbanipal , p. 64-67, 81, 256-261. — 3. Les 
grandes déportations de Juda eurent lieu sous Nabucho- 
donosor (604-561). On en compte quatre successives. — 
A) Nabuchonosor n'était pas encore roi, quand son père, 
Nobopolassar, l'envoya combattre le pharaon Néchao II , 
qui depuis trois ans s'était rendu maître de la Palestine 
et de la Syrie. Le jeune prince défit l'ennemi à Carchamis, 
sur la rive droite de l'Euphrate, et le poursuivit jusqu'à la 
frontière d'Egypte. IV Reg., xxiv, 1-7. Chemin faisant, il 
s'empara du roi de Juda , Joakim , et le chargea de liens 
pour le conduire à Babylone, à cause de sa connivence 
avec le roi d'Egypte. Maître de Jérusalem (606), il y fit un 
certain nombre de prisonniers qu'il destina à la dépor- 
tation. Mais la nouvelle inopinée de la mort de son père 
l'obligea à reprendre en toute hâte le chemin de sa capi- 
tale, afin de s'assurer la possession du trône. 11 conclut 
un traité avec le pharaon et partit. On ne sait pas au juste 
s'il laissa Joakim à Jérusalem, ou s'il l'emmena à Baby- 
lone (d'après le texte hébreu, II Par., xxxvi, 6), pour 
le renvoyer ensuite en Palestine. Toujours est-il que ce 
prince mourut à Jérusalem, où probablement il ne reçut 
pas la sépulture royale. IV Reg., xxiv, 5; Jer. , xxn, 
19; xxxvi, 30. Mais il y eut d'autres déportés. Voici ce 
que raconte à ce sujet l'historien Bérose, dans un pas- 
sage conservé par Josèphe, Ant. jud., X, xi, 1 : « Sitôt 
après avoir appris la mort de son père, Nabuchodo- 
nosor mit ordre à ses affaires en Egypte et dans le reste 
du pays. Quant aux captifs juifs, phéniciens, syriens et 
des peuples d'Egypte, il donna ses instructions à plu- 
sieurs de ses amis pour les conduire à Babylone avec 
les gros bataillons et les bagages, tandis qu'avec un 
petit nombre il traverserait le désert pour se rendre 
à Babylone... Quand les captifs arrivèrent, il leur fit 
assigner des colonies dans les endroits les plus conve- 
nables de la Babylonie. » Cf. Cont. Apion., i, 19. Daniel 
encore jeune et ses compagnons firent partie de cette 
première déportation, qui eut lieu « la troisième année 
du règne de Joakim ». Dan., i, 1-3. De son côté, Jé- 
rémie, « la quatrième année de Joakim, fils de Josias, 
roi de Juda, qui est la première année de Nabuchodo- 
nosor, roi de Babylone, » annonça que le roi babylonien 
allait accourir pour « réduire tout le pays en solitude 
et en état épouvantable ». Jer., xxv, 1, 9. Il y a contra- 
diction apparente entre les dates assignées par les deux 
prophètes à un événement aussi mémorable que la prise 
de Jérusalem par Nabuchodonosor. On a voulu l'expliquer 



231 



CAPTIVITE 



232 



en disant que Daniel parlait du départ de Nabuchodo- 
nosor pour sa campagne de Syrie, la troisième année de 
Joakim, et Jérémie de l'arrivée du prince à Jérusalem, 
la quatrième année de Joakim. Mais « Fannée du départ 
de Nabuchodonosor importait peu, et Daniel a eu surtout 
en vue de marquer l'époque de la prise de Jérusalem. 
Cette date â dû se présenter d'une façon d'autant plus 
instante , et s'imposer à l'écrivain , qu'elle était en même 
temps la date de son exil et aussi celle du commencement 
de la transmigration de son peuple à Babylone... 11 a écrit 
à Babylone, mais il s'exprime d'après les souvenirs d'un 
homme qui se trouvait à Jérusalem lorsque arriva l'armée 
qui s'empara par surprise de la ville sainte et fit de lui 
un otage ». Fabre d'Envieu, Le livre du prophète Daniel, 
Paris, 1890, t. H, i re part., p. 2. Mieux vaut donc at- 
tribuer aux deux prophètes une manière différente de 
compter, Jérémie parlant d'une quatrième année qui 
commence, et Daniel d'une troisième année qui s'achève 
pendant le siège de la ville. Cf. Calmet, Commentaire 
littéral, In Jer., xxv, 1, Paris, 1726, t. vi, p. 127. — 
B ) En 602 , Nabuchodonosor revint en Syrie , pour y ré- 
primer les tendances à la révolte contre son autorité , et 
à cette occasion Joakim fut encore battu, contraint à 
payer tribut et assujetti à une dépendance humiliante. 
Trois ans après il renouait des intrigues avec les Égyp- 
tiens et les Tyriens. Le roi de Babylone se mit encore en 
marche; mais avant son arrivée Joakim était mort, peut- 
être de mort violente. IV Reg., xxiv, 1-2; Jer., xxii, 
18, 19; xxxvi, 30. Joakim eut pour successeur son fils 
Joachin ou Jéchonias. Celui-ci ne put résister à son puis- 
sant envahisseur, et dut se liv-er à lui avec sa famille 
et ses trésors (598). Nabuchodonosor entra encore une fois 
à Jérusalem, et fit déporter, à Babylone Jéchonias et sa fa- 
mille, les notables de la ville, au nombre de 10000 , des 
hommes valides, au nombre de 7000, et 1000 ouvriers, 
au total 18000 hommes. IV Reg., xxrv, 11-16. La men- 
tion de ces hommes valides et de ces ouvriers n'est pas 
indifférente. Nabuchodonosor était grand bâtisseur ; il 
mettait son orgueil à embellir Babylone de magnifiques 
monuments. Dan. , IV, 27 ; Inscription de la compagnie 
des Indes, col. vil-ix; Vigouroux, La Bible et les décou- 
vertes modernes, t. iv, p. 319-320. Il se proposait natu- 
rellement d'utiliser dans sa capitale les déportés de Jé- 
rusalem. Jérémie, lh, 28, enregistre pour cette déporta- 
tion 3023 Juifs, c'est-à-dire probablement des hommes 
de Juda, pris en dehors de la ville, ce qui porterait le 
total général à 21023 captifs. On ne doit pas attacher à 
ces chiffres une trop grande importance. Ils ont pu faci- 
lement s'altérer dans le cours des temps; de plus, les 
captifs ne partaient pas seuls ; ils emmenaient avec eux 
leur famille, dont les membres n'entrent pas en ligne de 
compte dans les listes officielles. On pouvait donc obtenir 
un nombre plus ou moins grand de déportés , suivant 
l'extension qu'on donnait à la qualité d'homme valide, 
d'ouvrier ou de chef de famille. Dans cette déportation 
de 598 furent compris le prophète Ézéchiel, I, 2-3 ; xxxm, 
21, et Mardochée, l'oncle d'Esther. Esth., Il, 5-6; xi, 4. — 
C) Sédécias, oncle de Jéchonias, avait été placé sur le 
trône de Jérusalem par Nabuchodonosor. Profitant des 
embarras momentanés que ce dernier avait avec les 
Mèdes, Sédécias céda à son tour aux instances du parti 
égyptien. Il se coalisa donc avec ses voisins pour secouer 
le joug de la domination chaldéenne. La ruine définitive 
de Jérusalem en fut la conséquence. Nabuchodonosor 
poursuivit le siège de la ville pendant dix -huit mois, du 
dixième mois de la neuvième année de Sédécias au qua- 
trième mois de sa onzième année (588). Malgré une 
interruption du siège motivée par une tentative d'inter- 
vention du roi d'Egypte, Ouhabrâ, la capitale, réduite 
par la famine, dut ouvrir ses portes. Les Chaldéens rui- 
nèrent tout et brûlèrent le temple. IV Reg., xxv, 1-21. 
Tout ce qui restait dans la ville fut déporté. Jérémie, 
lu, 29, ne compte ici que « 832 personnes de Jérusalem » 



emmenées en captivité. On ne laissa dans le pays que 
les gens de rien, et la contrée demeura à peu près dé- 
serte, sans que les Chaldéens y envoyassent des colons, 
comme jadis les Assyriens en avaient envoyé à Samarie. 
Cette déportation est datée de la dix-neuvième année de 
Nabuchodonosor dans le quatrième livre des Rois, xxv, 8, 
et de la dix -huitième par Jérémie, ni, 29, et Josèphe, 
Cont. Apion., I, 21. Cette divergence s'explique de la 
même manière que celle qui a été signalée plus haut 
entre Jérémie et Daniel. « Les dates qui diffèrent ainsi 
ne se contredisent pas, mais accusent une manière diffé- 
rente de compter... Il est possible que cette différence ait 
sa raison d'être dans les façons diverses d'assigner le 
commencement des années. » Graetz , Geschichte der 
Israeliten, t. Il, 2 e partie, p. 378. Dans toutes les autres 
dates qui ont trait à la captivité, Jérémie est ainsi en 
avance d'un an ; mais il n'y a pas à hésiter sur l'identité 
des faits qu'il rapporte. — D) Une quatrième et dernière 
déportation eut lieu la vingt-troisième ou vingt-quatrième 
année de Nabuchodonosor. Ce prince avait laissé un simple 
gouverneur, Godolias, pour veiller sur le pays. Les Israé- 
lites qui avaient réussi jusque-là à éviter la déportation 
se réunirent autour de lui. Mais des exaltés ayant assas- 
siné Godolias, tout ce. qui restait d'Israélites s'enfuit en 
Egypte, pour échapper à la colère de Nabuchodonosor. 
IV Reg., xxv, 22-26. Jérémie, qu'ils entraînèrent de force 
avec eux, leur avait prédit que l'Egypte tomberait aux 
mains du roi chaldéen. Jer., xlvi, 13-26; xliii, 6-13. 
Du fond de sa captivité, Ézéchiel, xxix, 2-10, 18-20, 
avait fait la même annonce. Ces prophéties s'accomplirent. 
Nabuchodonosor envahit l'Egypte par deux fois, la vingt- 
quatrième et la trente -septième année de son règne. 
Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 
t. iv, p. 412-419. Dans la première invasion, « il reprit 
les Juifs qui se trouvaient là et les déporta à Babylone. » 
Josèphe, Ant. jud., X, ix, 7. Ces Juifs étaient au nombre 
de 745. Jer., m , 30. — Jérémie compte en tout 4600 dé- 
portés, et le quatrième livre des Rois, xxiv, 14-16, en 
compte 18000. Josèphe, Ant. jud., X, vi, 3; vu, 1, se 
livre à des combinaisons de chiffres qui n'inspirent pas 
une pleine confiance : il fait transporter, sous Joakim, 
3000 captifs, au nombre desquels il met Ézéchiel; sous 
Jéchonias, il en compte 10 832. Ce dernier chiffre se com- 
pose des 10000 notables du livre des Rois à la seconde 
déportation, et des 832 personnes de Jérusalem que Jéré- 
mie compte à la troisième déportation. 

2° Causes de la captivité de Juda. — Les prophètes 
s'étendent longuement sur les causes qui ont attiré le 
terrible châtiment sur Juda. Voici celles qu'ils signalent 
plus particulièrement : I. l'infidélité en général, Is., xxn, 
1-14; — 2. le manque de confiance en Dieu, Is. , vu, 
15-25, tandis que les Juifs mettaient leur espoir dans les 
hommes, Jer., xvii, 5-18, spécialement dans les faux 
prophètes, Jer., xxm, 9-14, et même dans les institutions 
mosaïques, Jer., vu, 1-vin, 22; — 3. l'ingratitude envers 
Dieu, Êzech., xx, 1-44; — 4. la violation de la loi divine, 
Is., l, 1-11; lviii, 1-14; Jer., xvii, 19-27; — 5. l'idolâtrie, 
qui est le crime le plus détestable, Jer., xvi, 21-xvn, 4, 
surtout chez les grands, Ezech., vm, 1-18; — 6. la cor- 
ruption, spécialement celle des plus grands personnages, 
Ezech,, xill, 1-xiv, 23, corruption inséparable de l'ido- 
lâtrie, Ezech., xxn, 1-31; — 7. les injustices publiques, 
Hab., 1,2-4; — 8. les mauvaises mœurs du peuple tout 
entier, Ezech., xv, 1-8; xvii, 1-24, mœurs que le pro- 
phète décrit en paraboles, et les péchés de chacun. Ezech., 
xviii, 1-32; — 9. l'impénitence et l'endurcissement dans 
le mal, Jer., v, 1-31; IX, 1-22; xi, 18-xil, 17; Soph., 
m, 1-8; — 10. la Providence avait aussi des vues d'avenir 
en transportant son peuple hors de la Terre Sainte. Elle 
tira, comme elle le fait souvent, le bien du mal. Elle 
dispersa les Juifs dans tout le monde ancien, avant l'avè- 
nement du Messie, pour qu'ils commençassent à faire 
connaître le vrai Dieu et pour que les Apôtres, lorsqu'ils 



233 



CAPTIVITÉ 



234 



iraient prêcher l'Évangile aux païens, trouvassent dans 
toutes les grandes villes un centre tout préparé pour les 
recevoir et leur faciliter le moyen d'annoncer la bonne 
nouvelle. 

III. Condition des exilés en Babylonie. — 1° Lieux 
de leur séjour. — La plupart des Juifs déportés, auxquels 
on laissa une certaine liberté, habitèrent à Babylone, sur 
la rive droite de l'Euphrate, dans la partie de la ville qui 
s'appelle aujourd'hui Hillah, et autrefois, d'après M. Oppert, 
Halalat, « la profane. » C'était comme la cité ouvrière, 
dans laquelle demeuraient tous ceux que les Chaldéens 
regardaient comme profanes. Voir le plan de l'ancienne 
Babylone, t. I, col. 1352; Vigouroux, La Bible et les dé- 
couvertes modernes, t. rv, p. 326. La ville de Babylone 
avait une superficie immense, circonscrite par une grande 
muraille. Elle pouvait recevoir facilement une multitude 
de nouveaux habitants. L'Euphrate, qui traversait la ville 
entre des digues monstrueuses, se déversait dans des 
canaux sans nombre qui arrosaient Babylone et toute la 
basse Chaldée. Le principal portait le nom de Nahar 
Malka, « fleuve royal; » il fut réparé par Nabuchodo- 
nosor même. Au sud de la ville, de grands lacs artificiels 
recevaient aussi les eaux du fleuve. Les exilés juifs habi- 
taient sur le bord de ces canaux. Ils chantaient, dans un 
de leurs psaumes de l'exil : 

Près des fleuves de Babylone nous sommes assis, 

Et nous pleurons au souvenir de Sion ; 

Aux saules de ses rives 

Nous suspendons nos Jtinnorim. 

Ps. CXXXVI (cxxxvn), 1-2. 

Ezéchiel, i, 1, 3, se trouvait auprès du Chobar (Kebâr), 
« dans la terre des Chaldéens, » quand il eut sa première 
vision. Comme le prophète faisait partie des déportés de 
Juda , le fleuve Chobar ne saurait être identifié avec le 
Khabour ou Habor (Hâbôr), sur les rives duquel avaient 
été établis une partie des déportés de Samarie. Voir plus 
haut, I, 2°. Le Chobar, dont le nom dérive de kâbar, 
« être grand, long, » était sans doute un canal, peut-être 
le Nahar Malka, le grand canal royal , à supposer toutefois 
que ce canal royal passât à Babylone. Graetz, Geschichte 
der Israeliten, t. h, 2" partie, p. 3. Voir Chobar. Sur les 
rives de ce canal, le prophète habitait au milieu des exilés, 
dans une localité appelée Tell Abib. Ezech., m, 15. Ba- 
ruch, 1,4, parle de « ceux qui habitaient à Babylone, 
près du fleuve Sodi ». Sodi est encore évidemment le 
nom d'un des canaux de Babylone. Quant au fleuve Ahava, 
d'où les Juifs partirent avec Esdras pour retourner en 
Palestine, I Esdr., vin, 21, 31, peut-être n'était-il aussi 
qu'un canal babylonien. Il est possible cependant que ce 
nom soit celui d'un gué de l'Euphrate. Voir Ahava, t. i, 
col. 290. D'autres exilés durent se fixer dans des villages 
voisins de la capitale, Tell Melakh, Tell Harsa, Keroub- 
Addan, dont la position est restée inconnue. I Esdr., n, 59. 
A Casphia, autre localité dont on ignore également la 
situation, s'étaient retirés des prêtres et des serviteurs du 
temple. I Esdr., vm, 17. Avec le temps, beaucoup de Juifs 
s'éloignèrent du séjour que Nabuchodonosor leur avait 
assigné dans sa capitale. Ils allèrent s'établir dans tous 
les centres importants de l'empire chaldéen, et plus tard 
de l'empire médo- perse et des royaumes de Syrie et 
d'Egypte. Dan., vm, 2; Esth., il, 5-6; ix, 2; II Mach., 
vn,"l; Act., il, 9-11. 

2° État social des Juifs exilés. — Parmi les déportés, 
les uns furent réduits en esclavage, les autres conser- 
vèrent une liberté plus ou moins complète. — 1. Les 
esclaves. Nabuchodonosor s'assura bon nombre d'esclaves 
pour l'exécution de ses grands travaux. C'est dans ce but 
qu'il emmena spécialement de Jérusalem les ouvriers et 
les hommes jeunes et forts. Les officiers de son armée 
reçureut aussi des esclaves juifs en partage. On ignore 
suivant quelles règles se fit la répartition; mais il y eut 
là naturellement beaucoup d'arbitraire, et la convenance 



des vainqueurs servit de loi dans le traitement inlligé 
aux vaincus. En général , c'est au moyen des immenses 
razzias faites dans leurs expéditions guerrières que les 
Assyriens et les Chaldéens recrutaient les ouvrière et les 
esclaves dont ils avaient besoin. Les Juifs leur en four- 
nirent une grande quantité. Les documents cunéiformes 
mentionnent assez souvent des esclaves juifs. Dans les 
textes juridiques, par exemple, il est question d'un Israé- 
lite du nom de Yukub ou Jacob, revendiqué par celui 
qui le possédait en vertu du droit de guerre ; d'un autre 
esclave juif appelé Bazuz, c'est-à-dire « enlevé », qui est 
vendu par une Babylonienne; d'un Juif nommé Idihi-el, 
condamné pour avoir tué un esclave, etc. Oppert, Comptes 
rendus de l'Académie des inscriptions et belles -lettres, 

1887, t. xvi, p. 172, 227, 228. La condition des esclaves 
était loin d'être aussi dure chez les Chaldéens que dans 
beaucoup d'autres contrées. «Ce qui nous surprend, écrit 
M. Oppert, La condition des esclaves à Babylone, Paris, 

1888, p. 4, c'est l'extrême liberté dont jouissent ces esclaves, 
qui, loin d'être une res, comme à Rome, sont des per- 
sonnes à Babylone, pouvant contracter indépendamment 
de leurs maîtres , et encore plus pouvant obliger des 
hommes nés libres. » Ces esclaves étaient traités comme 
des serviteurs; on rétribuait leurs services, et Us avaient 
la faculté de se libérer avec l'argent gagné par leur tra- 
vail. Le prix de leur libération s'appelait iptiru, et eux- 
mêmes prenaient le nom significatif de abdu iptiru, 
« esclaves pouvant se racheter à prix d'argent. » Oppert, 
loc. cit., p. 5. Les Juifs, naturellement industrieux, surent 
à merveille profiter des facilités que leur ménageait la 
coutume chaldéenne, et si les contrats de vente désignent 
beaucoup d'esclaves dont les noms reflètent une origine 
palestinienne, on peut être assuré que la grande majo- 
rité d'entre eux parvinrent à reconquérir leur liberté, 
comme plus tard le firent si habilement à Rome les Juifs 
emmenés en captivité par Pompée. A Babylone, un homme 
né libre ou de noble origine pouvait être temporairement 
esclave; mais, dans certaines circonstances, il reconqué- 
rait sa liberté, en fournissant la preuve de sa noblesse. 
On a retrouvé les pièces d'un curieux procès relatif à un 
Juif nommé Barachiel. Vendu, puis mis en gage et en- 
suite racheté, il s'enfuit, mais fut repris. Il chercha alors 
à recouvrer sa liberté en se prétendant né de condition 
libre. Le juge lui demanda de prouver son « état de fils 
d'ancêtre ». Barachiel assura qu'il avait rempli une fonc- 
tion sacrée dans un mariage babylonien de haute lignée, 
fonction réservée aux hommes libres. L'assertion fut re- 
connue inexacte, et Barachiel subit les conséquences de 
son mensonge. Oppert, loc. cit., p. 6. On voit toutefois 
par là que les déportés de Juda savaient mettre en jeu 
tous les moyens pour reconquérir leur liberté. C'était 
l'usage de changer les noms des captifs d'origine étran- 
gère. Les textes babyloniens le prouvent, et ce qui se passa 
pour Daniel et ses compagnons, Dan., i, 7, ne fut pas une 
exception. Oppert, loc. cit., p. 7. — 2. Les hommes libres. 
Les Juifs auxquels on avait laissé la liberté et ceux qui 
l'avaient reconquise à prix d'argent vivaient à Babylone à 
peu près avec les mêmes droits que le reste de la popu- 
lation chaldéenne. L'histoire de Suzanne, qui date d'une 
époque où Daniel était encore jeune, Dan., xm, 45, par 
conséquent des premières années de la captivité, fourni 
quelques renseignements sur la situation de certaines fa- 
milles juives de Babylone. Joakim , l'époux de Susanne , est 
très riche. Il possède un magnifique jardin , avec un bassin 
dans lequel on peut se baigner. Susanne a tout un per- 
sonnel à son service. Dan., xm, 4, 15, 17. La maison de 
Joakim sert de rendez-vous à ses compatriotes, et c'est 
là que deux vieillards de race sacerdotale, désignés chaque 
année, rendent la justice à leurs compatriotes et peuvent 
même porter des sentences de mort, exécutées sans que 
l'autorité locale en prenne ombrage. Dan., xm, 4-6, 41, 02. 
Les anciens du peuplé continuaient donc à exercer leurs 
fonctions sur la terre d'exil. Jer., xxix, 1; Ezech., XX, 1. 



235 



CAPTIVITÉ 



§3C 



Voir anciens, t. i, col. 550. — Le livre de Baruch, i, 
4-10, montre également que les Juifs de Babylone pou- 
vaient se réunir facilement, qu'ils faisaient des collectes, 
et recueillaient entre eux assez de ressources pour racheter 
une partie des vases d'argent emportés du temple par Na- 
buchodonosor et les renvoyer aux prêtres restés à Jéru- 
salem , avec le prix des holocaustes à offrir sur un autel 
élevé sans doute au milieu des ruines. Quelques exilés 
arrivèrent même à do brillantes situations, comme Daniel, 
II, 48 ; vi, 2, ses trois compagnons, Dan., m, 97, et plus tard 
Néhémie, II Esdr., H, 1. Zorobabel occupa aussi sans doute 
quelque charge à la cour de Cyrus. Il est appelé « prince 
{nâSV) de Juda ». Peut-être exerçait-il une autorité sur 
tout l'ensemble de ses compatriotes. Munk, Palestine, 
p. 458. Le chapitre. xxxiv d'Ézéchiel donnerait à penser 
que les chefs du peuple exilé ne montraient malheureu- 
sement pas toujours une grande compassion ni un dé- 
vouement suffisant à l'égard de leurs compatriotes moins 
fortunés. — Comme l'époux de Susanne, tous les Juifs exilés 
pouvaient acquérir et posséder des terres et des maisons. 
Beaucoup durent recevoir des terrains qu'ils firent valoir 
par eux-mêmes ou par d'autres. Ils payaient en retour 
certaines redevances, une contribution foncière ou un 
impôt personnel. Jérémie, xxix, -4-7, connaissait bien la 
situation faite aux exilés, quand il écrivait « à toute l'émi- 
gration » qui vivait à Babylone : « Bâtissez des maisons 
et habitez- les; plantez des jardins et mangez -en les 
fruits; mariez- vous et ayez des fils et des filles; donnez 
des épouses à vos iils et des époux à vos filles : qu'ils 
aient des fils et des filles, mullipliez-vous là-Las et que 
votre nombre ne diminue pas. Travaillez à la paix de la 
ville dans laquelle je vous ai fait émigrer, priez le Sei- 
gneur pour elle, parce que de sa paixdépend votre paix. » 
Ces paroles témoignent à la l'ois de la durée de la capti- 
vité el de la liberté dont les exilés jouissaient à Babylone. 
Ils devaient se multiplier pour former les éléments né- 
cessaires à un retour en masse en Palestine, et à une 
colonisation puissante dans l'empire do leurs vainqueurs. 
Les prières que Jérémie leur conseillait d'adresser à Dieu 
pour la ville qui les abritait ne furent point omises. Bar., 
i, M, 12. Il ne faut pas oublier que lorsque les captifs de 
Juda arrivèrent en Babylonie, ceux de Samarie se trou- 
vaient établis depuis plus d'un siècle dans les provinces 
du nord. Beaucoup de ces derniers s'étaient peu à peu 
rapprochés de la capitale et. y avaient pénétré à des titres 
divers. Le malheur et le temps avaient eu raison de leur 
ancienne hostilité. Leur présence dans le pays fut donc 
un précieux avantage pour les nouveaux venus de Juda. 
— Dans les premières années de l'exil , la condition des 
Juifs dut être un peu plus dure qu'elle ne le devint dans 
la suite. Nabuchodonosor, irrité des révoltes d'un peuple 
qui l'avait obligé à entreprendre plusieurs campagnes, fit 
■ sentir aux exilés le poids de sa vengeance. Peu à peu sa 
colère s'apaisa , quand il reconnut que les Juifs consti- 
tuaient pour sa capitale et pour son empire un élément 
de prospérité. Son fils, Évilmérodach (561-559), se mon- 
tra plus bienveillant. Il fit sortir le roi Jéchonias de la 
prison dans laquelle il était enfermé depuis trente -sept 
ans, lui rendit les honneurs royaux et le fit asseoir à sa 
table. IV Reg., xxv, 27-30; Jer., lu, 31-34. Nériglissor 
(559-556), assassin de son frère Évilmérodach, ne paraît 
pas avoir eu pour les exilés les mêmes faveurs. Cf. Graetz, 
Geschichte der Israeliten, t. h, 2° partie, p. 1-76; Hane- 
bcrg, Histoire de la révélation biblique, trad. Goschler, 
Paris, 1856, t. i, p. 420-436. 

3° Situation religieuse des exilés. — La captivité ne 
devait être qu'une épreuve pour les Juifs. Elle n'impli- 
quait pas, de la part du Seigneur, une répudiation défi- 
nitive de son peuple , comme plus tard la destruction de 
Jérusalem par Titus. Au point de vue religieux, elle pré- 
senta de grands dangers; mais ces dangers furent en 
partie conjurés par des secours providentiels. — A) Les 
dangers. Ils provenaient surtout de cette brillante civi- 



lisation babylonienne au milieu de laquelle lès Juifs se 
voyaient tout d'un coup jetés. Babylone était une ville 
magnifique, dans laquelle tout chantait la gloire des grands 
dieux chaldéens, Bel , Nabo, Istar, et de leur orgueilleux 
serviteur, Nabuchodonosor. Quelle tentation d'adorer ces 
dieux, qui aux yeux du vulgaire idolâtre possédaient plus 
de puissance que Jéhovah , puisqu'ils avaient assuré aux 
Chaldéens la victoire sur le peuple de Jéhovah ! Quand 
Nabuchodonosor ordonnait de rendre les suprêmes hom- 
mages au dieu national de Babylone, « tous les peuples , 
les tribus et les langues » se pliaient à son caprice, et la 
mort attendait ceux qui se refusaient à cet acte d'idolâtrie. 
Dan., m, 7, 21. Se contenter d'adorer Jéhovah constituait 
donc un acte de révolte contre le prince, un attentat 
contre les dieux protecteurs de Babylone. D'où , pour les 
Juifs, inclination à croire, que Jéhovah les avait vrai- 
ment abandonnés, qu'il avait manqué à leur égard ou de 
puissance ou de bonté, qu'eux-mêmes pouvaient en tout 
cas associer à son culte celui de ces dieux de Babylone, 
qu'on portait en triomphe à travers la ville au milieu 
d'un peuple en délire, et qui savaient si bien ménager 
victoire, gloire et richesses à leurs adorateurs. Ce danger 
de perversion grandissait encore par le fait que les Juifs 
vivaient mélangés avec une population de même origine 
qu'eux, presque de même langage, de traditions, de 
mœurs, de goûts identiques sur bien des points. Vigou- 
roux, La Bible et les découvertes modernes, t. iv, 
p. 329-34i. On ne peut dire combien de Juifs se lais- 
sèrent prendre aux attraits d'une si brillante idolâtrie. 
Dans le sein même de l'émigration, il se trouvait des 
hommes pour entraîner leurs frères au mal. Jérémie, 
xxix, 8-9, disait aux exilés : « Que vos prophètes qui sont 
au milieu de vous , que vos devins ne vous égarent pas. 
Ne prêtez pas attention aux rêves que vous suscitez. Ils 
vous prophétisent en mon nom ; mais c'est à faux , je ne 
les ai pas envoyés, dit Jéhovah. » Pour contrebalancer 
ces causes de perversion , les Juifs n'avaient plus ni leur 
temple, ni les magnificences de leur culte, ni les réunions 
d'un peuple innombrable à l'époque des grandes solen- 
nités. Il ne leur en restait qu'un souvenir, et la généra- 
tion qui commença à s'élever dans l'exil ne connut tout 
ce brillant passé que par ouï -dire. — B) Les secours 
providentiels. Dieu n'abandonna pas son peuple sans dé- 
fense au milieu des dangers. Les Juifs emportaient tout 
d'abord avec eux les Saintes Écritures, le livre de la Loi, 
contenant les menaces et les promesses du Seigneur, et 
les écrits des premiers prophètes qui leur promettaient 
un avenir meilleur. Abdias, 21, leur annonçait des sau- 
veurs sur le mont Sion; Amos, ix, 11, le relèvement de 
la tente de David; Osée, m, 5, la conversion d'Israël; 
Michée, iv, 1-13, le concours de tous les peuples à Jéru- 
salem et le retour certain de la captivité. Isaïe, après 
avoir prédit les châtiments destinés au peuple de Dieu , 
ix, 8-x, 4; xxn, 1-14; xxvm, 1-15, célébrait dans de 
triomphants oracles la prochaine délivrance de la captivité, 
xl, 3-xli, 29; xliv, 21-xlv, 26, et la gloire future de 
Jérusalem, Liv, 1-lvi, 8; lx, 1-22. Jérémie, que les cap- 
tifs connaissaient bien et dont ils eurent le malheur de 
mépriser les avertissements , avait à maintes reprises fait 
savoir à Juda la punition qui l'attendait. Jer., m, 6- 
xxih, 40; xxv, 1-38. Mais en même temps il avait 
prophétisé la fin de la captivité et l'heureux retour 
du peuple de Dieu. Jer., xxx, 1-xxxin, 26. Les exilés 
pouvaient donc se dire, comme plus tard leurs descen- 
dants : « Nous avons pour nous consoler les Saints Livres 
qui sont dans nos mains. » I Mach., xn, 9. Mais Dieu leur 
ménagea un secours encore plus puissant dans le minis- 
tère de ses prophètes. Jérémie ne peut se rendre lui- 
même à Babylone; il ne laisse pourtant pas partir ses 
malheureux compatriotes sans leur remettre une lettre 
où il cherche à les prémunir contre les dangers que leur 
foi courra dans la capitale chaldéenne. Bar., vi, 1-72. 
Son disciple Baruch va en son nom retrouver les captifs 



237 



CAPTIVITÉ 



238 



et les exhorte à la pénitence et à la confiance en la misé- 
ricorde divine. Bai'., ni, 9-v, 9. Ézéchiel, emmené avec 
eux, vit au milieu d'eux; il est reconnu comme prophète 
du Seigneur, et on vient le consulter en cette qualité. 
Ezech., vin, 1; xiv, 1; xx, 1; xxxm, 30; dès le commen- 
cement de son exil, sous Jéchonias, il est appelé à la 
mission prophétique et préposé par Dieu à la garde de 
son peuple, Ezech., n, 1 - m , 21; il annonce les derniers 
malheurs qui vont frapper la ville de Jérusalem, infidèle 
au Seigneur, Ezech., m, 22-xxiv, 27; mais décrit ensuite 
la restauration de tout Israël et les splendeurs du nou- 
veau royaume. Ezech., xxxvi, 1-xxxix, 29; xlvii, 13- 
xlviii, 35. Ézéchiel devient bientôt comme un centre de 
ralliement pour les exilés. On se réunit autour de lui, 
comme on se réunit dans la maison de Joakim , mari de 
Susanne, comme on se réunissait auprès des personnages 
les plus notables de l'émigration. — Ce fut là , au dire de 
quelques auteurs, l'origine des synagogues. Le Talmud 
de Babylone, Meghilla, f. 28 a, prétend même que les 
compagnons de captivité de Jéchonias auraient bâti une 
synagogue sur la terre d'exil avec des pierres apportées de 
Palestine. VoirSYNAGOGUK. De fait, la nécessité dut inspirer 
aux captifs la pensée de se réunir pour entendre la lec- 
ture de la Loi, prier ensemble, et chanter ces cantiques 
de Sion qu'on refusait d'exécuter devant les idolâtres mo- 
queurs. Ps. cxxxvi, 3-4. De cette époque datent quelques 
Psaumes, lxxiii, lxxvhi, cxxxvi, ci, et certaines addi- 
tions aux Psaumes antérieurs, additions ayant pour but 
de demander la délivrance et la restauration d'Israël. Voir 
Captifs. — Pendant qu'Ézéchiel vit au milieu du peuple 
et rend des oracles au moins jusqu'à la vingt- septième 
année de sa transmigration, Ezech., xxix, 17, Daniel est 
élevé à la cour de Nabuchodonosor. 11 y acquiert peu à 
peu une situation si influente, qu'il est à même d'assurer 
à ses compatriotes une protection efficace. Il apparaît 
du reste au milieu de Babylone comme le représentant 
officiel de Jéhovah. Il l'emporte en intelligence sur les 
ministres de tous les autres dieux. Dan., ri, 14-45; tv, 
16-24; v, 9-29. Nabuchodonosor est forcé de convenir 
que le Dieu de Daniel est le Dieu des dieux. Dan., il, 47; 
m, 91-97. Plus tard, le prophète montre l'inanité de Bel, 
la grande divinité chaldéenne, Dan., xm, 65-xiv, 26; il 
échappe miraculeusement aux supplices qu'on tente de 
lui infliger , à cause de son mépris pour les faux dieux 
de Babylone, Dan., vi, 1-28; xiv, 29-42, et ses trois 
compagnons participent à son immunité. Dan., m, 1-97. 
Ces exemples montrent aux Juifs que les dieux si pom- 
peusement honorés ne sont que néant, et que Jéhovah 
protège efficacement ceux de ses serviteurs qui refusent 
de les adorer. Enfin, dans ses visions prophétiques, Daniel 
fait entrevoir les splendeurs de l'avenir messianique, et 
rappelle ainsi à ses compagnons de captivité que Dieu 
n'a point renoncé à ses grands desseins en leur fiveur. 
Daniel survécut au retour des tribus en Palestine; il put 
donc veiller sur elles pendant tout l'exil, et il termina 
ses jours au milieu de ceux qui restèrent sur la terre 
■étrangère. 

4° Durée de la captivité. — Par deux fois, Jérémie, 
xxv, 12; xxix, 10, annonce que la captivité durera soixante- 
dix ans. Il fait cette prophétie la quatrième année de Joa- 
kim (609-598), par conséquent en 606. II est tout natu- 
rel de penser que les soixante-dix ans en question partent 
de cette date. Ils aboutissent alors à l'année 536, qui fut 
l'année où Cyrus s'empara de Babylone et permit aux 
Juifs de retourner en Palestine sous la conduite de Zoro- 
babel. D'autres préfèrent placer ces soixante-dix ans entre 
la destruction du premier temple (588) et l'achèvement 
<iu second (516). Cette seconde hypothèse paraît moins 
vraisemblable que la première, parce que Jérémie, xxv, 
12; xxix, 10, donne comme second terme de sa période 
la conquête du pays chaldéen , et nullement la recon- 
struction du temple. D'ailleurs la captivité ne dura cet 
espace de temps que pour une partie des déportés de 



Juda. Il y eut en effet, comme on l'a vu, quatre départs, 
en 606, en 598, en 588 et en 582 ou environ, et deux 
retours principaux, avec Zorobabel en 536, avec Esdras 
en 459. La captivité dura ainsi de quarante -six à cent 
quarante- sept ans, suivant qu'on prend les dates les plus 
rapprochées ou les plus éloignées l'une de l'autre. Pour 
ceux du royaume d'Israël, déportés en 733 et 721, l'exil 
dura beaucoup plus longtemps. 

IV. Les conséquenxes de la captivité. — 1° Les 
résultats d'ordre moral. — Ils furent de plusieurs sortes. 

— 1. Le châtiment infligé à la nation porta coup, et jamais 
plus elle ne s'abandonna tout entière à l'idolâtrie. Sans 
doute il y eut encore sous ce rapport des défaillances à 
l'époque des Machabées; mais elles ne furent jamais gé- 
nérales et soulevèrent toujours de vives protestations de 
la part des Juifs fidèles. Le peuple de Dieu fut l'objet d'un 
renouvellement moral qui le transforma profondément, 
selon la prophétie d'Ézéchiel , xxxvi , 24-28. — 2. Ayant vu 
comment Jéhovah faisait tout arriver suivant ses prédic- 
tions, châtiments et délivrance, comment aussi il avait 
terrassé les dieux de la puissante nation chaldéenne et 
livré Babylone à Cyrus, les Juifs apprirent à mettre da- 
vantage toute leur confiance en lui, et à espérer une autre 
délivrance plus merveilleuse, celle qu'opérerait le Messie. 

— 3. La communauté du malheur contribua à réunir 
ensemble les survivants des deux royaumes de Juda et 
d'Israël. Désormais ils ne firent plus qu'un seul peuple, 
soit en Palestine , soit dans les pays où ils demeurèrent. 

— 4. Pendant la captivité, plusieurs points de la croyance 
religieuse s'éclaircirent pour les Juifs, particulièrement 
les grandes vérités de l'immortalité de l'âme et de la 
résurrection. Les doctrines en honneur chez leurs vain- 
queurs n'eurent d'ailleurs aucune prise sur eux et ne 
laissèrent pas de trace dans leurs monuments écrits. 

— 5. A la suite de tout ce temps passé sans temple 
et sans culte extérieur, les exilés commencèrent à mieux 
comprendre que la loi rituelle importe beaucoup moins 
que la loi morale, et que l'essentiel est d'aimer Dieu et 
de lui obéir. Cette notion fut malheureusement altérée 
dans la suite par les pharisiens. — 6. Enfin la captivité 
fut un très grand bienfait pour les peuples établis sur 
les bords du Tigre et de l'Euphrate. Les Juifs semèrent 
parmi eux les vérités religieuses dont ils étaient les dépo- 
sitaires, et préparèrent ainsi, comme nous l'avons remar- 
qué plus haut, les voies à l'Évangile. 

2° Le nombre de ceux gui revinrent. — Zorobabel 
ramena avec lui 42 360 exilés , sans compter 7 337 per- 
sonnes de service, dont 200 chanteurs et chanteuses. 

I Esdr., il, 64, 65; II Esdr., vu, 66, 67. D'après 111 Esdr., 
v, 41, le nombre de ceux qui accompagnèrent Zorobabel 
fut de 42340, et d'après Josèphe, Ant. jud. , XI, i, 3, 
de 42 462. Les chiffres qui, dans les recensements parti- 
culiers, composent ce nombre ne fournissent qu'un total 
de 30000 en moyenne, dans les livres qui portent le nom 
d'Esdras. On explique cette différence en supposant que 
le recensement détaillé ne porte que sur les tribus de 
Juda, de Benjamin et de Lévi. L'écart de 12000 repré- 
senterait le contingent fourni par l'ancien royaume d'Is- 
raël. Les Juifs ramenèrent avec eux un certain nombre 
d'animaux, porteurs de leurs bagages, 736 chevaux, 
245 mulets, 435 chameaux et 6720 ânes. I Esdr., n, 66, 67; 

II Esdr. , vu, 68, 69. — Josèphe prétend que Zorobabel 
retourna à Babylone pour obtenir la permission d'achever 
le temple, et qu'ensuite il ramena avec lui d'autres exilés. 
Ant. jud., XI, ni, 10. Le livre d'Esdras ne fait aucune 
mention de ce voyage de Zorobabel, et tout le récit de 
Josèphe est très suspect. — Le second retour authen- 
tique eut lieu sous la conduite d'Esdras , plus de soixante- 
dix ans après le premier. On compta alors 1 496 chefs 
de famille, 38 prêtres et 220 serviteurs du temple. I Esdr., 
VIII, 1-20; III Esdr., vin, 31, 50. Les familles nom- 
mées parmi celles qui accompagnèrent Esdras se trou- 
vaient déjà représentées parmi celles qui revinrent avec 



239 



CAPTIVITE 



CARA 



240 



Zorobabel. Un certain nombre de leurs membres ne 
prirent donc part qu'au second retour. Ces chiffres, 
ainsi que ceux qui précèdent, ne comprennent que des 
chefs de famille. Si leur nombre total s'élève pour les 
deux retours à environ 45000, il faut le multiplier au 
moins par 5 ou 6 pour avoir le total de la population 
qui revint de l'exil, en comprenant les femmes et les 
enfants. 

3° Les Israélites restés en Babylonie. — 11 s'en faut 
de beaucoup que tous les déportés d'Israël et de Juda 
aient profité du décret de Cyrus pour revenir en Pales- 
tine. Une grande partie d'entre eux, peut-être la plus 
notable , restèrent fixés avec leurs familles dans les pays 
où les conquérants assyriens et chaldéens avaient conduit 
leurs ancêtres. Ce furent surtout les anciennes tribus 
d'Israël qui se firent une seconde patrie du pays de l'exil, 
à tel point que plusieurs prétendirent qu'Israël était de- 
meuré tout entier à l'étranger. Ainsi on lit dans Josèphe, 
Ant. jud., XI, v, 2 : « Deux tribus seulement vivent sous 
l'empire de Rome en Asie et en Europe. Les dix autres 
tribus habitent jusqu'à ce jour les pays au delà de l'Eu- 
phrate. Il y a là des milliers et des milliers d'hommes 
dont on ne peut faire le dénombrement. » Cf. Philon , 
Légat, ad Caium, Opéra, Leipzig, 1828, p. 587. A 
l'époque d'Akiba, vers la fin du I er siècle de l'ère chré- 
tienne, les docteurs juifs discutaient encore la question 
du retour des dix tribus, Sanhédrin , x, 3, et ils con- 
cluaient qu'elles étaient restées à l'étranger en s'ap- 
puyant sur Deut. , xxix, 27. Il est écrit d'ailleurs dans 
le Talmud : <c Les dix tribus ne doivent pas revenir. » 
Sanhédnn, ex, 2. Cette assertion n'est point conforme 
à la vérité : les prophètes avaient formellement annoncé 
le retour des dix tribus. Ose., xi, 9-11; Am. , ix, 
14, 15; Ezech., xxxvii, 11-14; xxxix, 25-29. Cf. Théo- 
doret, In Jer., l, 3; In Ezech., iv, 6, t. lxxxi, col. 739, 
858. Calmet, Commentaire littéral, t. m, p. xv, xvi ; 
t. vi, p. 356-360. Mais en réalité ce fut seulement la mi- 
norité d'Israël qui revint en Palestine. Les autres exilés 
du royaume nord et une partie des tribus de Juda et 
de Benjamin restèrent librement dans les pays voi- 
sins de l'Euphrate. Sous Xerxès I er (485-465), l'As- 
suérus du livre d'Esther, on les trouve établis en 
nombre dans les villes de l'empire des Perses. Une 
Juive de la tribu de Benjamin, Esther, devient l'épouse 
du monarque, et l'oncle d'Esther, Mardochée, est 
élevé aux plus grands honneurs à Suse. Esth. , il , 5 , 9 ; 
VI, 7-11; vin, 1, 2; x, 3. Les Juifs formaient une popu- 
lation considérable dans l'empire, Esth., m, 6; vu, 3, et 
la raison qui les met en péril de mort est tout à leur 
honneur: ils refusent, à l'exemple de Mardochée, de 
plier le genou devant Aman. Ce qui donne l'idée de leur 
nombre et de leur force, c'est que, pour.les autoriser à 
se défendre contre les persécuteurs soudoyés par Aman, 
le roi fait écrire à toutes les autorités des cent vingt-sept 
provinces de son empire. Eslh. , vin , 9. A Suse et dans 
les villes de province, on eut peur de se mesurer avec 
eux. Ils n'en tuèrent pas moins huit cents de leurs enne- 
mis dans la capitale et soixante-quinze mille dans les villes 
et les villages des provinces. Esth., ix, 6, 15, 16. Pour 
exercer de pareilles représailles, il fallait que les Juifs 
fussent en force dans les différentes localités de la Perse. 
Dans la suite de l'histoire , il est souvent question des 
Juifs de ces contrées. En 340, Artaxerxès III Ochus 
(358-337), après sa campagne d'Egypte, transporte un 
grand nombre de Juifs en Hyrcanie et sur les bords de 
la mer Caspienne. George le Syncelle, i, 486; Orose, 
m, 7. Alexandre le Grand confirme les privilèges des 
Juifs de Babylone, malgré leur refus de contribuer à la 
restauration du temple de Bel. Josèphe, Ant. jud., XI, 
vin, 5; Gant. Apion., i, 22. Antioehus le Grand ordonne à 
Zeuxide de prendre en Mésopotamie et en Babylonie deux 
mille familles juives avec tous leurs bagages, et de les 
conduire en Lvdie et en Phrygie, où elles serviront les 



•intérêts du roi de Syrie. Ant. jxid., XII, m, 4. Phraate, 
roi des Parthes, traite avec bienveillance Hyrcan II, 
l'avant -dernier des princes asmonéens, et lui permet de 
vivre en liberté à Babylone, où « la multitude des Juifs » 
l'accueille en pontife et en roi. Ant. jud., XV, n, 2. Sur 
l'invitation d'Hérode, un Juif de Babylone, Zamaris, vient 
s'établir en Batanée avec cinq cents cavaliers et cent de 
ses amis, et de là il protège la route que suivent les 
Juifs pour venir de Babylone sacrifier à Jérusalem. Ant. 
jud., XVII, il, 1-3. A l'époque de Caligula, Néarda, 
ville de Babylonie, située sur l'Euphrate, parait avoir été 
le siège d'une puissante colonie juive , comme l'était 
aussi Nisibe, à peu de distance de là. C'est à Néarda que- 
deux jeunes révoltés juifs, Asinaeus et Anilseus, finirent 
par se rendre assez puissants pour obliger le roi des 
Parthes, Artapan, à s'allier avec eux. Ant. jud., XVIII, 
îx , 1 - 10. Ces quelques renseignements historiques 
montrent qu'à la suite de la captivité de puissantes colo- 
nies juives s'étaient formées dans toute la contrée qu'oc- . 
cupèrent successivement les empires des Assyriens, des 
Chaldéens, des Perses et des Parthes. Cf. Jost, Geschichte 
der Israelilen, Berlin, 1820, n« partie, p. 335-339; 
Schûrer, Geschichte des jûdischen Volkes, Leipzig, t. n, 
1886, p. 496-498; Fouard, Saint Pierre, Paris, 1893, 
2 a édit. , p. 46-53. La colonie juive de Babylone était 
regardée avec tant de faveur à Jérusalem, qu'on lui don- 
nait le pas sur toutes les autres. Sanhédrin , 11. C'est 
elle qui gagna à sa religion la famille régnante d'Adiabène, 
petit royaume situé sur le Tigre. La reine de ce pays, Hélène, 
vint elle-même en pèlerinage à Jérusalem, y soulagea 
les Juifs pendant la famine et voulut avoir son tombeau 
près de la ville sainte. Ant. jud., XX, II, 1-5. — De la 
Babylonie, les Juifs se répandirent peu à peu dans des 
contrées plus lointaines. On lit au quatrième livre d'Es- 
dras, xni, 40-45, que les dix tribus déportées par Sal- 
manasar au delà de l'Euphrate s'en allèrent encore plus 
loin, dans le pays d'Arsareth , et qu'ils y sont restés. On 
ne sait où se trouve le pays ainsi désigné. On a conjec- 
turé que les exilés israélites avaient donné naissance à 
différentes peuplades, et l'on a voulu reconnaître leurs 
descendants dans les populations qui habitent au pied de 
l'Himalaya, les Juifs nègres de Malabar, les Afghans, les 
Tartares, les tribus du Turkestan et de Kaschmir, les. 
Nestoriens et même les Indiens de l'Amérique septen- 
trionale. Toutes ces allégations manquent d'ailleurs de 
preuves. — A la Pentecôte, on reconnaissait parmi les 
auditeurs de saint Pierre des Parthes, des Mèdes, des Ete- 
rnités et des habitants de la Mésopotamie, tant juifs que 
prosélytes. Act., n, 9, 11. Ils représentaient la portion d'Is- 
raël demeurée sur les bords de l'Euphrate. Ils remportèrent 
avec eux la semence évangélique, que l'apôtre saint Tho- 
mas , et aussi , croit-on, saint Matthieu, vinrent bientôt cul- 
tiver dans ces contrées. Eusèbe, H. E., m, 1, t. xx, col. 216; 
Socrate ,H.E.,i, 19, t. lxvii, col. 125. — Après la grande 
guerre de Judée sous Titus, et la répression de la dernière 
révolte sous Adrien, révolte au cours de laquelle Lucius- 
Quietus organisa une armée contre les Juifs de Babylone 
et « écrasa leur grande multitude », Eusèbe, H. E., iv, 2, 
t. xx, col. 305; Orose, vu, 2; Dion Cassius, lxvih, 32, 
la Babylonie produisit de nombreux docteurs juifs. Sur 
la Mischna, qui était le commentaire de la Loi et la rem- 
plaçait trop souvent, on fit d'autres commentaires qui en 
formaient le développement interminable. On appela ces- 
commentaires Ghémaras ou suppléments. Pendant qu'on 
en rédigeait à Tibériade, en Palestine, les docteurs baby- 
loniens en composèrent d'autres à Sura, à Néarda, à Pum- 
baditha : ce fut l'origine des deux Talmuds de Jérusalem, 
et de Babylone, Voir Talmud. H. Lesêtre. 

1. CARA Joseph, fils de Siméon Gara, exégète juif,, 
contemporain de Raschi, mais plus jeune, florissait au 
nord de la France, vers la fin du xi e siècle. Son nom se 
trouve également sous la forme Kara, mais serait mieux. 



241 



CARA — CARAITE 



242 



transcrit Qàrâ, puisqu'il est écrit >np, « le lecteur, » épi- 

thète honorifique donnée à son père et devenue le nom de 
la famille. En France et en Allemagne, au xi e siècle, dans 
les écoles juives, on donnait tous ses soins à l'étude du 
Talmud, et l'on négligeait le sens littéral de la Bible pour 
se livrer à une sorte d'homélie allégorique. Bien que son 
père fut partisan déclaré de cette méthode, il l'abandonna 
pour suivre plutôt son oncle, Menahem ben Helbo, et Ras- 
chi, qui avait commencé ce mouvement. Il s'attache plus 
encore que ce dernier au sens littéral, et prend du reste 
ses commentaires pour base, en y ajoutant ses propres 
remarques. 11 a commenté ainsi presque tout l'Ancien 
Testament; quelques parties ou fragments seulement ont 
été imprimés. 1° Son Pêrûs hattôrâh, « commentaire de 
la Loi, » ou gloses du commentaire de Raschi sur le 
Pentateuque , a été publié par Geiger, sous le titre de 
Liqqûtîm, dans Nit'ê na'àmântm, in-8°, Breslau, 1847. 
— 2° Des fragments de son commentaire des prophètes 
ont été réunis par de Rossi, dans ses Variée lectiones, 
in -4°, Parme, 1785. — 3° Le commentaire sur Job, dont 
quelques auteurs avaient donné des fragments, a été 
imprimé dans le Monatschrift fur Geschichte und Wis- 
senschaft des Judenthums , 1856-1858. — 4° Des frag- 
ments de ses commentaires d'Esther, de Ruth et des 
Lamentations ont été publiés par Adolphe Jellinek, in-8°, 
Leipzig, 1855. — 5° Le commentaire des Lamentations, 
imprimé in -4°, Naples, 1487, l'a été de nouveau dans la 
collection intitulée Dibrê l.takàmîm, in -8°, Metz, 1819, 
p. 46-23. — 6° Le commentaire sur Osée a été publié 
in-8", Breslau, 1861. — 7» Le commentaire de l'Ecclé- 
siaste a été donné par Einstein Berthold , sous ce titre : 
R. Josef Kara, und sein Commentar zit Kohelet, in-8°, 
Berlin, 1886. Voir l'étude qui accompagne le texte, sur 
Josef Kara , son nom , sa famille , l'époque où il a vécu , 
ses relations avec Raschi-, ses commentaires et son exé- 
gèse. Voir aussi Abr. Geiger, Veber Jos. Kara und seine 
exegetischen Werke, dans Beitrâge zur Jïtdischen Lite- 
raturgeschichte , in-8", Breslau, 1847, p. 17-29, et Zunz, 
Jos. Kara ben Siméon und seine Arbeiten, dans le 
Raschi de cet auteur, p. 318, et Zur Geschichte und 
Literalur, in-8°, Berlin, 1845, p. 68-70. 

E. Levesque. 
2. CARA Siméon ben Helbo, auteur juif du XI e siècle, 
appelé aussi R. Siméon Ha- Darschan (Homiliaste), à 
cause de sa collection de Midraschîm. Il a rassemblé selon 
l'ordre dos versets de l'Écriture les observations des an- 
ciens Midraschîm ou commentaires moraux, homilétiques. 
Cette collection, sorte de catena ou chaîne des explica- 
tions morales de tous les âges, porte le nom de Yalqût 
èhne'ôni, « Collection de Siméon. » Dans ce recueil, il 
a sauvé de l'oubli des fragments d'anciens Midraschim, 
comme ceux de la Pesikla de Cahana ben Tachlifa; de 
plus, sa collection, embrassant toutes les parties de 
l'Écriture (et c'est la seule qui ait celte étendue), est de- 
venue pour les Juifs comme le Thésaurus de la littérature 
homilétique. Aussi, à partir de 1521, on en compte dix 
éditions différentes, dont les principales sont : in-f", Sa- 
lonique, 1521; in -f°, Venise, 1566; în-f°, Lublin, 1643; 
in-f", Francfort -sur- le -Mein, 1687, et in-f°, Francfort- 
sur-1'Oder, 1709. Cf. Zunz, Die Gottesdienstlichen Vor- 
trâge der Juden, in-8 , Berlin, p. 295-303. 

E. Levesque. 
CARACCIOLO Landolphe, né à Naples, de la fa- 
mille princïère de ce nom, mort vers 1350. Il se fit Frère 
Mineur, suivit à l'université de Paris les leçons de Scot, 
devint docteur ; revenu dans sa patrie , il fut fait évêque 
de Castellamare di Stabia, puis archevêque d'Amalfi, et 
mourut en grande opinion de sainteté. Arthur de Mou- 
tiers, dans son Martyrologe franciscain, le mentionne 
au 1 er mars. 11 a laissé : 1° Commentaria moralia in 
quatuor Evangelia , qui furent imprimés à Naples, 
en 1637, en un vol. in -4". Un exemplaire manuscrit en 



était conservé au sacré couvent d'Assise. 2» Postilla su- 
per Epistolam ad Hébrxos. Poslilla in Zachariam, 
ouvrages cités par les bibliographes depuis le xv° siècle, 
et dont le lieu de dépôt, indiqué vaguement, paraît 
avoir été longtemps le couvent des Frères Mineurs de 
Padoue. P. Apollinaire. 

CARACTÈRE DE LA BÊTE. Saint Jean, dans 
l'Apocalypse, xm, 16-17; xrv, 9, 11; (xv, 2); xvi, 2; 
xix, 20; xx, 4, dit que le « caractère de la Bête », rà 
yiçifXV- 3 - toî ©ïjpfo'j, c'est-à-dire son nom ou le chiffre 
qui le représente , sera marqué sur la main droite ou sur 
le front de tous les hommes. La Bète est l'Antéchrist ou 
la Rome païenne, personnification du paganisme et de 
l'idolâtrie. Voir t. i, col. 1644. Le « caractère » dont parle 
saint Jean est sans doute une espèce de tatouage (yâ.- 
pay|xa vient de ^apocairu, qui signifie « graver, inciser »). 
Cf. Apoc, vu, 3; Gai., vi, 17. Le tatouage, autrefois 
comme aujourd'hui, a été très pratiqué en Orient. On le 
pratiquait particulièrement en l'honneur des dieux. Le 
troisième livre des Machabées, II, 29, raconte que Ptolé- 
mée IV Philopator fit marquer des Juifs d'une feuille de 
lierre, insigne du culte de Bacchus, -/âpdcucrs<x6at xoù Stec 
itupbç eiç xb <rcb|xa 7iapacrr|[JUi> AtovOaoy xiafféçuMu. Phi- 
lopator portait lui-même sur son corps la feuille de lierre, 
comme marque de sa dévotion à Dionysos (Elymol. 
inagn., au mot TàXXoç; cf. Cless, dans Pauly, Real- 
encyklopâdie, t. vi, p. i, p. 211). Lucien, De syr. dea, 
dit que les Syriens peignaient le caractère de la déesse 
sur leurs poignets (atiÇEdBat ê; xapreoûç). Prudence nous 
apprend qu'on faisait ces tatouages au moyen d'aiguilles 
brûlantes, avec lesquelles on piquait la peau de manière 
à former le dessin voulu : 

Quid, cum sacrandus accipit sphragitidas? 
Aous minutas ingerunt fornacibus : 
His membra pergunt urere ; utquo igniverint , 
Quamcumque partem corporis fervens nota 
Stigmarit, hanc sic consecratam prœdicant. 

(Peristeph., Bymn. X, 1076-1080, t. LX, col. 525.> 

Cf. Philon, De monarch., i, 8, Opéra, t. n, p. 220. 
Les esclaves étaient aussi souvent marqués, de même 
que les soldats. Végèce dit de ces derniers, I, 8; il, 5 : 
Puncluris in cute punctis scribuntur milites. L'Apo- 
calypse fait donc allusion à ces divers usages, qui mar- 
quent la piété des hommes envers leur dieu ou leur 
dépendance. F. Vigouroux. 

CARAFFA Antoine, né à Naples, en 1538, fut créé 
cardinal, en 1586, par Pie V, et devint un des membres 
les plus influents de la congrégation qui fut instituée 
pour l'étude de la Bible et l'explication du concile de 
Trente. Il mourut le 12 janvier 1591. Son principal ou- 
vrage est la belle édition des Septante, qu'il entreprit à 
l'instigation du pape rie V, et qui parut, avec une tra- 
duction latine et des notes, d'abord à Rome, en 1587, 
in-f°, et plus tard à Paris, en 1628, 3 vol. in-f". On a 
aussi de lui une édition de la Vulgate, imprimée à Rome, 
jn-f°, 1588; Catena veterum Patrum in Cantica Veteris 
et Novi Testamenti, in -4°, Padoue, 1565; in -8°, Co- 
logne, 1572; Commentarium Tlteodoreli in Psalmos, 
Padoue, 1565. A. Regmer. 

CARAÏTE, adhérent d'une secte juive qui rejette la 
tradition talmudique et n'admet que l'Écriture. Dans le 
langage rabbinique, le texte de la Bible s'appelle qâr', 
qar'âh ou miqrà', littéralement « ce qui est lu » ; de là 
le nom de qera'im, littéralement textuaires, scriptu- 
raires, ou celui de benê miqrà', baàlê miqrâ', « fils du 
texte, maîtres ou possesseurs du texte, » donnés à ces 
partisans du texte biblique, en opposition aux tradition- 
naires ou rabbanites. 

I. Origine. — Les origines des caraïtes sont assez 



243 



CARAITE 



244 



obscures. A en croire les rabbins modernes, cetle secte 
remonterait seulement au vni e siècle ; son fondateur serait 
Anan, fils de David. A la mort de son oncle Salomon 
(761), qui était r'ôs gelutâ, « chef de la captivité » de Ba- 
bylone, la succession lui revenait comme de droit; mais 
on lui préféra son frère cadet, Hanania, qui cependant 
lui était inférieur en mérites. Blessé de cette préférence, 
il se serait vengé en se séparant des rabbanites et en 
fondant avec ses partisans une secte nouvelle, qui reçut 
le nom d'ananites, puis celui de benê migra', et enfin 
celui de qaraïm, « caraïtes. » Il faut dire que les rabba- 
nites en général parlent assez mal de leurs adversaires, 
•et sont suspects dans leurs appréciations à leur endroit. 
Les caraïtes de leur côté disent que leur parti existait 
■déjà au temps d'Anan, et que celui-ci ne fut pas accepté 
comme chef par lès rabbanites précisément à cause de 
ses idées, et parce que ces derniers, sous le gouverne- 
ment d'Hanania, espéraient avoir plus facilement raison 
de leurs adversaires. Embrassant alors avec chaleur la 
cause des caraïtes , Anan les défendit contre les violences 
de leurs ennemis et fut comme le restaurateur de la 
secte. En face de ces traditions contradictoires, on peut 
■dire que l'esprit de la secte est certainement plus ancien 
•que le vm e piècle : la réaction contre les subtilités et les 
■exigences tyranniques du rabbinisme dut se faire sentir 
beaucoup plus tôt. Les sadducéens autrefois avaient secoué 
le joug des pharisiens, dont les rabbins ont continué 
l'esprit. Probablement ce furent les idées plus larges et 
plus indépendantes d'Anan qui le firent écarter par les 
partisans des traditions talmudiques. A son époque, en 
effet, le mouvement d'opposition dut s'accentuer davan- 
tage , sous l'influence de la philosophie arabe sur les Juifs 
de Babylone. De plus, dès le commencement des Abbas- 
sides, un certain nombre de Juifs furent en faveur à la 
cour des califes; ils profitèrent de leur position pour se 
soustraire à l'autorité du chef de la captivité, dont les 
prescriptions devenaient insupportables. Leur situation et 
leurs idées philosophiques les amenèrent peu à peu à se- 
couer le joug de la tradition talmudique; et lorsque Anan, 
■ favorable à leurs idées, fut mis de côté par les rabbanites, 
il trouva un parti tout prêt à le soutenir. — Bien qu'il 
y ait des rapports de tendance et d'idées entre les ca- 
raïtes et les sadducéens, il ne faut pas cependant les con- 
fondre avec ces derniers et les regarder comme la conti- 
nuation de leur secte : certains points de doctrine les 
différencient nettement. 

II. Doctrine. — Les caraïtes rejettent les traditions 
rabbiniques pour s'attacher à l'Écriture. Ce sont, comme 
on l'a dit, les protestants du judaïsme. Ils ne rejettent 
pas cependant toute tradition, mais toute cette super- 
fétation de traditions minutieuses, souvent bizarres, qui 
forment le Talmud. Voici en résumé les principaux ar- 
ticles de leur croyance, dont plusieurs concernent les 
Écritures. Le monde a été créé; il est l'œuvre d'un Dieu 
•éternel, unique, personnel, qui a envoyé Moïse auquel 
il a donné sa loi parfaite. Dieu a inspiré aussi les autres 
prophètes. Le vrai croyant doit connaître le texte de l'Écri- 
ture et sa signification; sa signification est claire par elle- 
même, sans qu'il soit besoin d'addition humaine. Dieu 
récompensera chacun selon ses œuvres, et au jour du ju- 
gement il ressuscitera les morts. En cette vie Dieu n'aban- 
donne pas les hommes; il les corrige et les améliore par 
les épreuves jusqu'à ce qu'ils soient dignes d'être sauvés 
par le Messie, fils de David. — Sauf le rejet des traditions, 
ce sont donc au fond les mêmes points de doctrine que 
les rabbanites, auxquels est attachée la majorité des Juifs. 
Il est à remarquer qu'ils ont toujours été moins opposés 
aux chrétiens que les autres Juifs. Quant à l'interpréta- 
tion de l'Écriture, elle est en général plus littérale, plus 
rationnelle que celle des rabbanites des premiers temps. 
Négligeant les traditions talmudiques, ils se sont attachés 
davantage à l'étude du texte en lui-même, et ont fait 
progresser la science grammaticale et philologique de 



l'hébreu ; et ils n'ont pas été sans influence sur le retour 
de certains rabbins célèbres à l'étude de la langue et du 
texte. Du reste, leurs principes d'interprétation se trouvent 
en réalité dans la Mischna ; mais ils ont eu le mérite de 
ne pas abandonner ces principes rationnels pour une 
exégèse purement morale ou cabalistique. — Dans les 
observances, il existe plusieurs différences entre les ca- 
raïtes et les rabbanites, notamment pour la fixation de la 
Pàque. Ils rejettent les phylactères , etc. 

III. DÉVELOPPEMENT DE LA SECTE ET PRINCIPAUX ÉCRI- 
VAINS. — Animée d'un ardent prosélytisme, la secte se 
répandit rapidement en Babylonie et en Perse. Dans ce 
dernier pays, vers 820, Benjamin Nahâwendi se fit con- 
naître par un commentaire du Pentateuque et un sêfér 
ham-mifevôt, « livre des préceptes, » où il suit la méthode 
et l'esprit d'Anan. — La colonie de Jérusalem remonte 
à Anan lui-même, qui fut obligé par ses adversaires de 
s'y réfugier; elle prit une telle importance, que, jus- 
qu'en 1099, ce fut la résidence de leur patriarche ou 
nasî, pris du reste dans la famille d'Anan. Dans la pre- 
mière moitié du x e siècle, Yapheth ben Heli de Bassora 
y donna un commentaire des Psaumes. Au XI e siècle, 
une école s'y forma autour de Josué ben Juda, Aboul 
Faradj; elle s'occupa de traduire les œuvres caraïtes 
écrites en arabe, pour les répandre dans d'autres con- 
trées. Après la prise de Jérusalem par les croisés (1099), 
ils se dispersèrent les uns à Alep, d'autres en Egypte, 
à Constantinople et en Espagne. Ce fut un élève de Josué 
ben Juda, un zélé caraïte du nom de Ibn Altaras, qui 
transporta en Espagne avec les ouvrages de son maître 
les principes de sa secte ; ils s'y multiplièrent et y ac- 
quirent une influence qui fut sur le point de ruiner l'au- 
torité des rabbanites; mais cette influence fut passagère, 
car après Ibn Ezra on n'en entend plus parler. Il n'en 
fut pas de même en Egypte, où ils s'étaient établis vers 
la même époque. Le Caire fut pendant longtemps , après 
Jérusalem, le siège de leur chef, et leur communauté 
y fut très florissante. Un des plus célèbres écrivains ca- 
raïtes y vécut et y mourut (1369), Aaron ben Élie ; il 
y donna son 'Es j/ayîm, « Arbre de vie, » traité de phi- 
losophie religieuse qui rappelle le Guide des égarés de 
Jlaimonide. Aussi l'a-t-on nommé quelquefois le Mai- 
monide du caraïsme. Ses principes d'interprétation, qui 
furent ceux de sa secte, sont exposés dans cet ouvrage. 
Constantinople, plus encore que le Caire, fut le centre lit- 
téraire du caraïsme après leur émigration de Jérusalem , 
au xi e siècle. Vers 1150, Juda ben Élie Hadassi, y donne 
son 'Eskol hakkofér, où sont formulés avec précision 
les dogmes du caraïsme et les différences qui le séparent 
du rabbanisme. Là aussi vécut, au xm e siècle, le premier 
des auteurs de la secte, Aaron ben Joseph, célèbre par 
ses commentaires sur la plus grande partie de la Bible, 
ses essais de grammaire et de critique sacrée et son livre 
des prières à l'usage des caraïtes. Ceux-ci ont encore une 
communauté à Constantinople. Mais ils sont plus nom- 
breux en Lithuanie, en Moldavie, en Valachie, en Galicie 
surtout, où ils jouissent d'immunités grâce à une charte 
remontant au roi Etienne de Hongrie (1578); ils sont 
exemptés de certains impôts que payent les autres Juifs. 
Les caraïtes ont aussi de nombreux établissements en 
Crimée, où ils paraissent s'être établis dès le XII e siècle, 
lorsqu'ils furent chassés de Castille. Au xvn 8 siècle, cette 
colonie était florissante. Ils y ont encore une très belle 
synagogue à Bàkhtchisaraï ; c'est à celle de Tschufuttkale 
que fut trouvé le Codex Babylonicus Petropolitantis 
(t.i, col. 1359). — On estime actuellement le nombre des 
caraïtes à six mille environ. Ils n'ont plus de patriarche 
unique ; chaque communauté s'administre isolément, sous 
la direction d'un Ijdkâm, qui remplit les fonctions de 
rabbin chez les autres juifs. 

IV. Bibliographie. — Les caraïtes étaient restés long- 
temps inconnus en Occident, en France, en Italie, en 
Allemagne; ce sont les travaux du P. Moriii, Exerci- 



245 



CARAITE — CARAVANE 



246 



tationes biblicse, 1. n, Exercit. vu, iti-f", Paris, 1069, 
p. 305-318; de Richard Simon, Histoire critique du 
Vieux Testament, I, xxix, in-4°, Rotterdam, 1695, p. 160- 
165 et passim, qui les ont fait connaître au xvn e siècle. 
Le caraïle Mardochée ben Nissan, en réponse aux ques- 
tions que J. Trigland de Leyde lui avait posées, rédigea 
une notice très complète sur les caraïtes, intitulée Dod 
Mordekaï, qui a été imprimée avec une traduction latine, 
sous le titre de Notilia Karxoruin , par Chr. YVolf , in-4°, 
Hambourg, 1714. La plupart des auteurs ont puisé à 
•cette source : J. G. Schupart, Secta Karssorum, in -8°, 
Iéna, 1701; J. Trigland, Diatribe de secta Karseorum, 
in-8°, Delft, 1703, et dans Ugolini, Thésaurus, t. xxn, 
col. cco cccclxxxvii ; Jost, Geschichte des Judcnthums 
und seiher Sekten, Leipzig, 1857, t. n; J. Furst, Ges- 
chichte des Karâerthums , 3 in-8°, Leipzig, 1862-1869; 
Grâtz, Geschichte der Juden, 2 e édit. in-8°, Leipzig, 
1863, t. v, p. 76-79, 454-463; trad. franc., t. ni, Paris, 
1888, ch. xiv, p. 318-336; Ad. Neubauer, Beitràge und 
Dokumente zur Geschichte des Karâerthums , in-8°, 
Leipzig, 1886; P. F. Frankl, Karâiten, dans Ersch et 
Cruber, AHgemeine Encyklopâdie der Wissenschaften, 
t. xxxn, p. 11-24; et Beitràge zur Literaturgeschichte 
der Karàer dans la cinquième Bericht ûber die Lehren- 
stalt fur die Wissenschaft der Judenthum, in -8°, Ber- 
lin, 1887. E. Levesque. 

CARAMUEL Y LOBKOWITZ Jean, théologien 
espagnol, religieux de l'ordre de Cîteaux, évêque de Vige- 
vano, dans le Milanais, né à Madrid le 23 mai 1606, mort 
à Vigevano le 8 septembre 1682. Doué des aptitudes les 
plus diverses, il se distingua non seulement comme 
évêque, par sa piété et sa science, mais encore par ses 
talents dans la politique et dans l'art militaire ; il com- 
battit même en personne contre les Suédois, qui assié- 
geaient Prague, en 1648, tandis qu'il résidait en cette ville 
comme vicaire général de l'archevêque, le cardinal de 
Harrach. Il disait que rien ne devait être étranger au 
philosophe et au théologien, et il parvint, grâce à la faci- 
lité merveilleuse de son esprit, à pratiquer cette maxime. 
Écrivain très fécond, il a laissé de nombreux ouvrages 
sur la grammaire, les mathématiques, l'astronomie, la 
philosophie, la politique, le droit civil, le droit canon, 
la théologie. On lui reproche, avec raison, les principes 
relâchés de sa morale. Nous n'avons à citer de lui que : 
Tiempo di Salomone (avec figures), 3 in-f°, Vigevano, 
1678. —Voir Niceron, Mémoires, t. xxix, 1734, p. 259-278; 
Tardisi, Memorie délia vita di Giov. Caramuele, in-4°, 
Venise, 1760. . A. Régnier. 

CARAVANE (hébreu: 'ôrhdh, de 'ârah, « marcher, » 
Gcn., xxxvn, 25; Job, VI, 19; Is., xxi, 13; et hâlikâh, 
de liàlak, « aller, » Job, vi, 19. Les versions prêtent à ces 
deux mots le sens de « route »). Notre mot « caravane », 
dérivé du persan ^\j S, karman, « troupe de voyageurs, » 
désigne ces réunions d'hommes qui, en Orient, se groupent 
ensemble pour parcourir de longues distances et traver- 
ser les déserts. 

I. Caravanes de nomades et de voyageurs. — Les 
tribus nomades ne sont guère autre chose que des cara- 
vanes tantôt au repos et tantôt eu marche. Les patriarches, 
dont la Genèse raconte l'histoire, ne voyageaient que par 
caravanes. C'est ainsi que Tharé se transporte avec sa 
lamille de Chaldée en Chanaan, Gen., XI, 31; qu'Abraham 
se rend de Chanaan en Egypte, Gen., xil, 10; qu'Élié- 
zer va chercher une épouse à Isaac, Gen., xxiv, 10; que 
Jacob revient de Mésopotamie en Chanaan, Gen., xxxi, 
17; que les frères de Joseph, puis Jacob lui-même, 
partent pour l'Egypte. Gen., xlii, 3; xliii, 15; xlvi, 5-6. 
Une caravane amène auprès de Job ses trois amis, Éli- 
phaz, Baldad et Sophar. Job, n, 11. Dans les temps pos- 
térieurs, la Sainte Écriture signale encore, ou du moins 
permet de supposer les caravanes qui transportent la 



reine de Saba auprès du roi Salomon, III Reg., x, 2; 
II Par., ix, 1; Naaman, prince de Syrie, auprès d'Eli- 
sée, IV Reg., v, 5; les mages auprès de l'enfant Jésus, 
Matth., il, 1, etc. — Une caravane de nomades comprend 
ordinairement toutes sortes d'animaux domestiques, cha- 
meaux, dromadaires, chevaux et ânes, pour porter les 
fardeaux et les voyageurs (fig. 74); brebis et chèvres, 
pour assurer la nourriture de la famille. Rien de pitto- 
resque comme une telle troupe en marche , surtout quand 
elle est nombreuse. C'est un spectacle qu'on a souvent 
sous les yeux en Orient. Layard, Nineveh and its re- 
mains, 1849, t. i, p. 89-90, en fait cette description : 
« Nous partîmes de grand matin. Notre vue était bornée 
à l'est par un pli de terrain. Quand nous en eûmes atteint 
le sommet , nos regards se portèrent sur la plaine qui se 
déployait à nos pieds. Elle paraissait remplie d'un essaim 
en mouvement. Nous approchions, en effet, du gros de 
la tribu des Schammar. Il est difficile de décrire l'aspect 
d'une tribu considérable, comme celle que nous rencon- 
trions en ce moment, lorsqu'elle émigré pour chercher 
de nouveaux pâturages... Nous nous trouvâmes bientôt 
au milieu de troupeaux de brebis et de chameaux qui 
occupaient un large espace. Aussi loin que notre œil pou- 
vait atteindre, devant nous, à droite, à gauche, partout la 
même foule et le même mouvement : de longues lignes 
d'ânes et de bœufs chargés de tentes noires, de grands 
vases, de tapis aux diverses couleurs; des vieillards, 
hommes et femmes, que leur grand âge rendait inca- 
pables de marcher, attachés au-dessus dés meubles do- 
mestiques; des enfants enfoncés dans des sacoches, mon- 
trant leur petite tête à travers l'étroite ouverture, et ayant 
pour contrepoids des chevreaux et des agneaux liés de 
l'autre côté du dos de l'animal; des jeunes filles vêtues 
seulement de l'étroite chemise arabe; des mères portant 
leur nourrisson sur leurs épaules; des enfants poussant 
devant eux des troupeaux d'agneaux; des cavaliers, armés 
de longues lances ornées de touffes, explorant la plaine 
sur leurs cavales agiles; des hommes, montés sur les 
dromadaires, les pressant avec leur court bâton recourbé, 
et conduisant par une corde leurs chevaux de race; les 
poulains galopant au milieu de la troupe... ; telle était la 
multitude mélangée à travers laquelle nous dûmes nous 
frayer un chemin pendant plusieurs heures. » Cf. Lortet, 
La Syrie d'aujourd'hui, dans le Tour du monde, t. xliii, 
p. 191. De telles foules ne peuvent se mouvoir que très 
lentement, lemas'êhém, « de halte en halte, » comme 
dit l'écrivain sacré. Gen., xiii, 3; Num., xxxm, 1-2. Elles 
marchent d'abord en désordre , mais l'ordre et la régula- 
rité s'établissent peu à peu. Il faut toujours beaucoup de 
temps pour charger et décharger les bagages ; une fois 
qu'on est en mouvement, on avance avec une grande uni- 
formité. Ezech., xn, 3. La première étape est courte. Les 
jours suivants, on voyage sept à huit heures en moyenne, 
et l'on fait une trentaine de kilomètres. Quand il fait 
chaud, on part le soir, Ezech., xn, 4, et l'on s'arrête vers 
minuit. Cf. Luc, xi, 5-6. Dans la saison tempérée, on 
marche pendant le jour, et l'on fait halte vers midi, pour 
prendre un léger repas. Lorsque émigré un peuple tout 
entier, la caravane prend les proportions les plus gigan- 
tesques. C'est ce qui arriva quand les Hébreux sortirent 
d'Egypte. Pendant quarante ans, ils menèrent la vie nomade 
dans le désert. Leur interminable caravane, quand ils se 
mettaient en route, comprenait six cent mille hommes. 
Num., H, 32. Elle présentait un spectacle que reprodui- 
sirent plus tard, à l'organisation près, les grandes émi- 
grations des barbares. 

IL Caravanes commerciales. — Par suite de sa situa- 
tion à l'intersection des trois parties du monde antique, 
l'Asie, l'Europe et l'Afrique, la Palestine servait de lieu 
j de passage à toutes les caravanes qui faisaient le com- 
I merce entre les différents peuples. « Cette position de la 
! terre de Chanaan au milieu du monde ancien lui donnait 
! une véritable importance politique et commerciale... Toutes 



247 



CARAVANE 



24S 



les grandes voies de communication des peuples anciens, 
par terre et par mer, touchaient la Palestine. Une grande 
voie commerciale conduisait de l'Egypte à Gaza, une autre 
de Damas à la côte de Phénicie, par la plaine de Jezraël... 
Le commerce maritime entre l'Asie d'une part et l'Afrique 
de l'autre était concentré dans les grandes villes commer- 
çantes de la Phénicie d'abord , Alexandrie et Antioche 
ensuite. » Vigouroux, Manuel biblique, 9 e édit., 1. 1, p. 656. 
Les caravanes qui faisaient le trafic entre ces différentes 
villes empruntaient donc nécessairement le territoire de la 
Palestine. Une route conduisait encore de Palestine en Mé- 
sopotamie par Damas et le désert de Syrie. Là elle se bifur- 
quait pour aller traverser l'Euphrate soit au gué de Thap- 
saque, soit préférablement à celui de Circésium, dont le 
chemin était plus sur. Sur cette grande voie de commu- 
nication, Salomon bâtit la ville de Thadmor ou Palmyre, 
afin d'assurer la sécurité du passage à travers le désert. 



de Juda. ^eurs chameaux étaient chargés d'aromates, de 
baume et de myrrhe, et ils auraient certainement acheté 
volontiers un autre Joseph à ses frères pour le conduire 
en Egypte et le vendre comme esclave à quelque Puti- 
phar. » Clarke r Travels in various counlries of Europe, 
Asia and Africa, xv, 1813, t. u, p. 512. Cf. Vigouroux, 
La Bible et les découvertes modernes, t. n, p. 10. Isaïe, 
lx, 6, fait allusion à ces caravanes commerciales, quand 
il dit de Jérusalem restaurée après la captivité : « Une 
troupe de chameaux, les dromadaires de Madian etd'Épha, 
tous ceux de Saba arrivent; ils apportent l'or et l'encens. » 
Les caravanes commerciales se composent, en effet, à peu 
près exclusivement de chameaux. On rencontre ces ani- 
maux par longues files sur les routes de l'Orient, parfois 
divisés en plusieurs groupes d'une dizaine chacun. Ils 
sont attachés les uns aux autres par une corde et conduits 
par un homme ou par un âne. Les conducteurs et les 




"4. — Caravane de nomades. D'après une photographie. 



III Reg., ix, 18; II Par., vm, i. Du golfe Persique à la 
Méditerranée, le transport des marchandises se faisait par 
les tribus arabes, dont le centre était Pétra. A cette ville 
aboutissait la route qui arrivait du golfe, et de là en par- 
taient deux autres qui se dirigeaient au nord vers la Syrie, 
à l'ouest vers l'Egypte. Ces tribus seules étaient capables 
de faire la traversée des déserts. L. de Laborde, Voyage 
de l'Arabie Pétrée, Paris, 1830, in-f", p. 12. A ces tribus 
appartenaient les Madianites auxquels les fils de Jacob 
vendirent leur frère Joseph. Gen., xxxvh, 25, 28, 36. Ces 
Madianites portaient aussi le nom équivalent d'Ismaélites, 
qui était plus général et convenait à bon nombre de tribus 
arabes. Quand ils trouvèrent les fils de Jacob à Dothaïn, 
ces trafiquants venaient de Galaad, avaient traversé le 
Jourdain à Bethsan et se rendaient en Egypte avec un 
chargement d'aromates. Mais le commerce d'aromates 
n'était pas le seul que fissent les caravanes arabes. Elles 
importaient aussi, pour les bazars de Memphis ou de 
Thèbes, des esclaves syriens, particulièrement estimés 
en Egypte. Ces esclaves s'y trouvaient en si grand nombre, 
que le mot abata, de l'hébreu 'ébed, « serviteur, » dési- 
gnait les gens de condition servile. Les descendants de 
ces Madianites continuent encore aujourd'hui le même 
trafic sur les bords du Nil. « Nous y vîmes longeant la 
vallée, dit un voyageur anglais, une caravane d'Ismaélites 
qui venaient de Galaad, comme aux jours de Ruben et 



marchands sont à pied ou montent sur une de leurs bêtes. 
Us sont armés, car ils peuvent avoir besoin de se défendre. 
Isaïe, xxx, 6, fait allusion aux difficultés qui arrêtent les 
caravanes, spécialement en temps de guerre. 

Deux grands dangers menaçaient, autrefois comme de 
nos jours, les caravanes de commerce. Le premier venait 
des Bédouins pillards qui ne vivaient que de rapine. Non 
contents des razzias opérées sur les troupeaux, Jud.,vi, 4; 
Job, i, 15, 17, ils s'attaquaient aux caravanes de marchan- 
dises, par surprise ou bien ouvertement, suivant le nombre 
et l'armement des voyageurs. Il fallait prendre des pré- 
cautions pour déjouer ces attaques. La nuit surtout, on 
se servait de fanaux pour se diriger et être à même de 
reconnaître le danger. « Dans tout l'Orient, écrit L. de 
Laborde , les caravanes et les troupes armées qui marchent 
la nuit, pour éviter la chaleur du jour, se font précéder 
par des porteurs de fanaux, à cheval ou à pied. Ces fa- 
naux , qui éclairent la route et évitent les rencontres gê- 
nantes dans un défilé ou sur un pont, sont en forme de 
réchauds placés au bout d'une pique. Le feu y est entretenu 
avec du bois résineux ou de la résine en pâte. Lorsque je 
quittai Constantinople, ces réchauds, appelés maschlas, 
avaient trouvé place parmi les rares ustensiles de notre 
équipement de voyage, et plus d'une fois, pour atteindre 
la halte du soir, si nous étions surpris par la nuit, nous 
allumions nos fanaux. » Commentaire géographique sur 



249 



CARAVANE — CARAVANSÉRAIL 



250 



l'Exode et les Nombres, Paris, 18'tl , p. 72. Quand les 
Hébreux entreprirent leur long voyage à travers le désert, 
le Seigneur prit soin lui aussi de leur procurer un fanal 
miraculeux, la colonne de feu qui les éclairait durant la 
nuit. Exod., xm, 21. — Il y avait un autre danger, plus 
terrible encore que le premier. Les caravanes pouvaient 
s'égarer dans l'immensité des déserts, n'y pas trouver l'eau 
sur laquelle elles comptaient et périr misérablement de 
soif. Job, vi. 15-20, compare les amis qui l'abandonnent 
aux torrents qui se dessèchent tout d'un coup dans le 
désert : 

Mes frères m'ont abandonné comme un torrent , 
Comme le lit des torrents qui s'écoulent... 
Aux premières chaleurs, leur lit est à sec... 
Ils s'évaporent dans l'air et s'évanouissent. 
Les caravanes de Théma regardent de leur côté, 
Les voyageurs de Saba comptent sur eux ; 
Mais ils sont confondus dans leur espoir, 
Ils arrivent jusque-là et sont déçus. 

« La désignation de ces caravanes comme sabéennes et 
venant de Théma doit les faire distinguer des petites cara- 
vanes locales des bords du désert, qui ne sont pas exposées 
au manque d'eau. Elles représentent pour le lecteur le type 
de ces caravanes de l'antiquité , qui , analogues aux cara- 
vanes actuelles des pèlerins de la Mecque, se transpor- 
taient périodiquement de l'Yémen à Théma par Baby- 
lone, et de l'Akir, po-rt de Gerrha (Hagar), à Théma par 
la Syrie, à travers les arides déserts du centre. En 1857, 
la caravane de Damas à Bagdad s'égara entre les stations 
de Ka'ra et Kobèsa, dans la partie septentrionale du désert 
syrien, et y passa un long temps en allées et venues. Ceux 
qui avaient de vigoureux dromadaires cherchèrent à at- 
teindre l'Euplirate, distant de quatre jours de route du 
lieu de leur infortune. Toutes les bêtes de somme, envi- 
ron douze cents chameaux, périrent ainsi qu'une partie 
des voyageurs. Les marchandises furent pillées par les 
nomades; une faible portion seulement en fut restituée 
plus tard, moyennant une forte rançon. » Wetzstein, dans 
Frz. Delitzsch, Dos Buch lob, Leipzig, 1876, p. 101. 

III. Caravanes religieuses. — La loi de Moïse obli- 
geait les Hébreux à se rendre à Jérusalem pour les trois 
fêtes de la Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles. 
Exod., xxiii, 14-17; xxxiv, 23; Deut., xvi, 16. Les hommes 
seuls et les jeunes garçons, dès l'âge de douze ans accom- 
plis, étaient assujettis à cette prescription. Joma f. 82 o. 
Les femmes pouvaient se soumettre à la loi ou s'en dispen- 
ser à leur gré. Jerus. Kidouschin, f. 61, 3; Schekal., 1, 28. 
Ceux qui n'avaient pas de raison pour se dispenser de ces 
pèlerinages partaient ensemble des villes et des villages 
de la Palestine. Comme la fête de la Pâque était la plus 
solennelle et la plus fréquentée, trente jours auparavant 
on commençait à réparer les chemins, on écartait les 
pierres qui fermaient les puits , on blanchissait les tom- 
beaux à la chaux; en un mot, on préparait tout pour le 
passage des pieuses caravanes. Conr. Ikenius, Anliqui- 
tates hebraiae, I rs part., ch. xxi, Brème, 1732, p. 300. 
Les grandes fêtes hébraïques portaient le nom de îfag. Le 
même mot, hag ou hadj, désigne encore chez les Arabes le 
pèlerinage de la Mecque, que les traditions font remonter 
jusqu'à Abraham , et qui est en tout cas antérieur à Ma- 
homet. Cf. Munk, Palestine, 1881, p. 186. Le hâg est donc 
la solennité à laquelle on se rend en caravanes, la fête 
qu'il faut aller célébrer à la maison du Seigneur. Les 
caravanes religieuses sanctifiaient leur route par la prière. 
En montant à Jérusalem, on chantait les psaumes ham- 
ma'âlôp, « des montées. » Ces quinze psaumes, cxix-cxxxiv, 
expriment les sentiments qui devaient animer les membres 
des caravanes : prières contre les ennemis, supplications 
pour obtenir les faveurs divines, protestations de fidélité 
et actions de grâces. Les pèlerins qui venaient du nord de 
la Palestine ne pouvaient passer par la Samarie qu'à leur 
•corps défendant, à cause de l'hostilité opiniâtre des Sa- 



maritains. Luc, ix, 53. Aussi les caravanes préféraient- 
elles faire un détour par la Pérée ou par la plaine de Saron. 
Les Juifs qui résidaient à l'étranger et même les simples 
prosélytes tenaient à visiter Jérusalem au moins une fois 
dans leur vie. L'eunuque de la reine Candace vint ainsi 
d'Ethiopie sur son char, accompagné sans nul doute d'un 
cortège faisant caravane; comme les pèlerins juifs, il 
s'occupait de prières , de lectures et de méditations 
pieuses en accomplissant son pèlerinage. Act., vin, 27, 28. 
— Les caravanes pascales ont donné lieu à l'un des plus 
touchants épisodes de l'Évangile. Saint Luc, il, 41-45, 
nous apprend que chaque année la sainte Yierge et saint 
Joseph se rendaient à Jérusalem pour la Pàque. Ils fai- 
saient naturellement le voyage en compagnie des autres 
pèlerins de Nazareth et des environs. Peut-être emme- 
naient-ils habituellement avec eux Jésus encore tout jeune 
enfant. Toujours est -il que, quand il eut atteint sa dou- 
zième année, le divin Enfant monta avec eux, non plus 
seulement pour s'associer à la dévotion de ses parents, 
mais pour obéir désormais aux prescriptions de la loi. 
A l'aller, tout se passa comme de coutume. Mais, au re- 
tour, l'enfant Jésus, profitant de l'encombrement que pro- 
duisait à Jérusalem la multitude des pèlerins, demeura 
dans la ville à l'insu de Marie et de Joseph. Ceux-ci re- 
partirent néanmoins sans s'inquiéter autrement, Jésus 
étant d'âge à se conduire seul. Ne le voyant pas à leurs 
côtés, ils pensèrent qu'il était in comilatu, sv t?) <ruvo- 
oïoe, d'après le grec, « dans le cortège de ceux qui faisaient 
route ensemble, » c'est-à-dire dans la caravane. Après le 
premier jour de marche , correspondant à six ou sept 
heures de route, ils ne l'avaient pas encore aperçu. Ce 
trait suppose une caravane nombreuse, composée de Ga- 
liléens venus de Nazareth et des environs. Le soir, on se 
groupait vraisemblablement par familles et par habitants 
des mêmes villages, afin de camper ensemble. L'enfant 
Jésus ne se trouva pas dans le groupe plus restreint au- 
quel appartenaient Marie et Joseph. H leur fallut donc 
le lendemain revenir sur leurs pas, et le troisième jour 
seulement ils le rencontrèrent à Jérusalem, dans le temple. 
Ce récit nous donne quelque idée de l'animation qui de- 
vait régner dans toute la Palestine, quand les caravanes 
se mettaient en mouvement sur tous les points du terri- 
toire et affluaient dans la ville sainte. 11 fait aussi com- 
prendre les plaintes de Jérémie, s'écriant sur les ruines 
de la cité : « Les rues de Sion pleurent, parce qu'il n'y a 
plus personne qui vienne pour la solennité. » Lam., î, 4. 
Par contre, ce sont les ennemis qui ont remplacé les 
pèlerins : « Tu as appelé comme à un jour de fête ceux 
qui m'épouvantent de toutes parts. >> Lam., Il, 22. — 
L'Évangile mentionne encore d'autres voyages que Notre- 
Seigneur fit à Jérusalem pendant sa vie publique, à l'oc- 
casion des fêtes. Matth., xx, 17, 18; Marc, x, 32; xv, 41 ; 
Luc, xix, 28; Joa., n, 13; v, 1. Il accomplissait ces 
voyages suivant la coutume de ses compatriotes, en se 
mêlant aux caravanes, tout au moins au groupe de ses 
apôtres et de ses disciples. Cf. Joa., iv, 8, 27. Une fois 
seulement, pour une fête des Tabernacles, il refusa d'ac- 
compagner les autres et se rendit seul à Jérusalem après 
leur départ. Joa., vu, 2-10. Quand approcha la dernière 
Pàque, il passa par la Pérée, et se retrouva au milieu 
des caravanes qui arrivaient par le même chemin. Joa., 
xi, 55. Saint Marc, xv, 41, peut parler en conséquence 
des femmes qui le servaient, et de « beaucoup d'autres 
qui étaient montées à Jérusalem avec lui ». 

H. I.ESÊTRE. 

CARAVANSERAIL. Hébreu : màlôn, de lûn, « passer 
la nuit, » et une seule fois, Jer., xli, 17 : gérât, de gûr, 
« habiter en passant; » Septante : xatiX\Ju,a, x<xrat).y<7ic ; 
saint Luc : y.axiïXuiJ.a, n, 7; 7iavSoxEïov, x, 34; Vulgate : 
diversorium, stabulum. 

I. Description. — Le caravansérail est un ensemble 
de bâtiments établis le long des routes ou à proximité 
des villes, pour servir d'abri passager aux voyageurs et 



251 



CARAVANSÉRAIL 



252 



à leurs montures. Ces sortes de constructions sont parti- 
culières aux pays d'Orient. Le caravansérail tire son nom 
de deux mots persans, ^£L_co et ^Wr^ karwân et serai, 
« maison de la caravane. » Les Arabes l'appellent ^J^-, 
khân. On trouve encore le caravansérail en Orient à peu 
près tel qu'il a existé dans les temps primitifs. Il se com- 
pose essentiellement de quatre murs disposés en rec- 
tangle, servant d'appui à l'intérieur à une galerie cou- 
verte. L'espace que n'occupe pas la galerie reste à ciel 
ouvert; on y parque les animaux pendant la nuit. L'ins- 
tallation est souvent assez sommaire. Sous la galerie sont 
disposées des banquettes fixes en bois , sur lesquelles on 
étend des nattes pour dormir. Le niveau du sol de cette 
galerie n'est pas toujours suffisamment élevé au-dessus 
du niveau de la cour intérieure. Aussi arrive-t-il assez 
fréquemment que, pour échapper au froid de la nuit ou 
aux intempéries, les animaux viennent chercher un refuge 
sous le toit qui abrite les voyageurs. Bètes et gens prennent 
alors leur repos en commun. D'autres fois le khan pré- 
sente un peu plus de confort. Il comprend, par exemple, 
un bâtiment d'entrée qui sert de demeure à un gardien. 
Ce bâtiment forme habituellement une voûte sous laquelle 
il faut passer pour entrer et que ferme une porte solide. 
Des cellules sont ménagées sous les galeries pour les 
voyageurs, et des écuries peuvent recevoir les animaux. 
Une terrasse court à la partie supérieure des galeries. 
De là on surveille l'extérieur. Quand les brigands sont à 
craindre, des tours flanquent le caravansérail et le mettent 
à l'abri d'un coup de main. Autant qu'il est possible, on 
fait on sorte d'avoir une fontaine ou du moins des citernes 
à l'intérieur, surtout si les sources et les cours d'eau sont 
à grande distance. Le gardien du khan n'a pas à fournir 
de provisions aux voyageurs, chacun apportant avec lui 
tout ce qui lui est nécessaire. Il rend cependant certains 
services à ceux qui le demandent. Le caravansérail ne 
ressemble donc guère à une hôtellerie, bien que parfois 
on emploie ce dernier mot pour traduire diversorium 
clans le récit de la naissance de Notre -Seigneur. Luc, 
h, 7. 

Les khans ont été bâtis dès que la manière de voyager 
spéciale aux Orientaux en a fait sentir la nécessité. Les 
peuples nomades n'en avaient nul besoin. Ils voyageaient 
en immenses caravanes et portaient avec eux tout ce qui 
était nécessaire pour le campement. Chez les peuples 
sédentaires, au contraire, on ne pouvait se passer d'abris 
pour dormir la nuit en sûreté, quand les nécessités du 
commerce ou des relations obligeaient à de longs voyages 
à travers des pays déserts. Aussi dès le temps de Jacob 
est-il fait mention de khans en Egypte même. C'est à leur 
première étape après avoir quitté Joseph, dans un mâlôn, 
que les fils de Jacob trouvent la coupe de leur frère dans 
un de leurs sacs. Gen., xlii, 27; xliii, 21. Les routes que 
suivaient les caravanes de marchands durent de bonne 
heure être pourvues d'abris analogues. Il est fort possible 
que le mâlôn dans lequel le Seigneur apparaît à Moïse, 
au mont Horeb, Exod., iv, 24, ne soit pas autre chose 
qu'un caravansérail très rudimentaire ménagé dans les 
rochers, et à l'usage des marchands ismaélites. Dans les 
pays où il existait des villes ou des villages, les habitants 
exerçaient eux-mêmes l'hospitalité. Toutefois, à la porte 
même des villes, on bâtissait d'ordinaire un khan, dans 
lequel pouvaient se retirer ceux qui arrivaient trop tard 
pour pénétrer dans la ville, ou qui n'avaient pas l'inten- 
tion de s'arrêter plus d'une nuit. C'est peut-être dans 
une sorte de caravansérail ou de menzil, construit à l'in- 
térieur de la ville de Jéricho et adossé à la muraille, que 
Rahab reçut les espions envoyés par Josué. Jos., il, 1-15. 
Un envoyé de Louis XIV, de La Roque, nous a fait la des- 
cription du menzil tel qu'il le trouva daus les villages de ; 
Palestine : « Le menzil signifie lieu de descente : c'est un ] 
appartement bas de la maison du cheikh, séparé de celui 
où il tient son ménage, s'il n'en a pas une tout entière qui , 



soit destinée à loger les passans; car en ce païs-là il n'y 
a ni cabaret ni hôtellerie : cet appartement est tout nud, 
n'y aïant ni lit, ni aucune sorte de meubles ; il est disposé 
de manière que la moitié de l'espace est occupée par un 
long et large banc de pierres, ou de terre, en forme 
d'estrade, où l'on met plusieurs nattes de jonc, sur les- 
quelles les passans étendent leurs tapis et leurs hardes 
pour coucher dessus : et l'autre moitié de ce lieu qui 
reste plus bas sert à mettre les chevaux. On les attache 
par les pieds à des piquets, qui sont préparés pour cela, 
et on met ainsi les passans avec leur équipage dans un 
même endroit, afin qu'ils n'aient aucune inquiétude sur 
leurs montures , qu'ils les voient manger et accommoder- 
tandis qu'ils sont assis et qu'ils se reposent. » De La 
Roque, Voyage dans la Palestine, Amsterdam, 1718, 
p. 125-126. 

Des caravansérails existaient en grand nombre sur 
la route qui va de Damas en Egypte. Lortet, La Syrie 
d'aujourd'hui, Paris, 1884, p. 485. En Assyrie et en 
Perse, on en rencontrait beaucoup sur les principales 
voies de communication. Hérodote, v, 52, donne le- 
compte des stations (<jTa8|A0Î) et des khans (xaTaXùnetç) 
disposés le long de la route qui joint Suse à Éphèse. IL 
y en avait cent onze pour un parcours de 13500 stades, 
que les voyageurs mettaient quatre-vingt-dix jours à 
accomplir. Ils faisaient ainsi 150 stades (26 kilomètres) 
par jour, et rencontraient au moins un khan par journée 
de marche. De loin en loin, un fortin (ouXaxfrjpiov) assu- 
rait la sécurité de la route et des khans. Parmi ces cara- 
vansérails anciens, les uns ne sont plus représentés que 
par des ruines informes ou par des bâtiments abandon- 
nés dont les brigands font leurs repaires. D'autres ont 
été conservés ou rebâtis et gardent encore aujourd'hui 
leurs dispositions antiques. M mo Jane Dieulafoy décrit 
ainsi celui dans lequel elle a séjourné au début de son 
voyage en Perse : « Le caravansérail est composé d'une 
cour assez spacieuse, clôturée par un mur de pisé autour 
duquel sont construites une série de loges voûtées recou- 
vertes en terrasse. Chacun de ces arceaux est attribué à 
un voyageur. Dès son arrivée il y dépose ses bagages et 
ses approvisionnements. Seulement, comme le mois de 
mars est froid dans ce pays montagneux, les muletiers 
abandonnent des campements trop aérés et se retirent 
dans les écuries, où les chevaux entretiennent une douce 
chaleur. Le gardien nous offre comme domicile une 
petite pièce humide, sans fenêtre, dont la porte ferme 
par une ficelle en guise de serrure. Cet honneur no me 
touche guère, et je réclame, au contraire, la faveur de 
partager l'écurie avec les rares voyageurs arrivés avant 
nous... Le plus grand nombre des caravansérails sont, 
comme les mosquées, des fondations pieuses entretenues 
par la libéralité des descendants du donateur. Un homme 
de confiance, payé sur les fonds affectés à cet usage, 
reçoit les caravanes, ouvre et ferme les portes matin et 
soir. Les étrangers , s'ils ne lui demandent aucun service 
personnel, ne lui doivent aucune rémunération, quelle 
que soit la durée de leur séjour. Le gardien se contente 
des modiques bénéfices sur les maigres approvisionne- 
ments de paille, de bois et de lait aigre vendus aux mu- 
letiers. » La Perse, la Chaldée et la Susthne, Paris, 1887, 
p. 31-32. En Asie Mineure, non loin de Smyrne, L. de 
Laborde passa une nuit dans un caravansérail analogue. 
Voici ce qu'il en écrit : « Nous entrons donc dans un 
khan... Au premier est une galerie qui fait le tour du 
bâtiment, et sur laquelle s'ouvrent des chambres, autant 
de cellules, pour héberger les voyageurs. Ces chambres 
sont meublées d'une estrade. Les Turcs étendent là leurs 
nattes et leurs couvertures, sur lesquelles ils dorment 
tout habillés. Quant à nous , nous avons nos matelas , et 
de plus des moustiquaires pour nous défendre contre les 
moucherons. Nous aurions été assez bien, si nous avions 
pu en même temps éloigner les autres compagnons obli- 
gés du voyageur en Orient. Vains efforts ! L'envahisse- 



253 



CARAVANSÉRAIL 



254 



ment est complet. Force est d'accepter cette épreuve et 
d'en supporter le dégoût. » Voyage de l'Asie Mineure, 
Paris, 1838, p. 11. Les khans actuels de Syrie sont infestés 
par la vermine. Socin, Palàstina und Syrien, Leipzig, 
1891, p. xli. Nul doute qu'il n'en ait été de même autre- 
fois. Néanmoins le voyageur est trop heureux de n'avoir 
à affronter que des inconvénients de cette nature et de 
pouvoir compter sur un gîte pour passer la nuit. 

IL Les caravansérails chez les Hébredx. — 1» Dans 
les prophètes. — Les livres historiques de l'Ancien Tes- 
tament ne font aucune allusion à l'existence de khans en 
Palestine. Le mot diversorium se lit pourtant deux fois 



a été mal traduit par les versions. On lit en hébreu : « Ils- 
s'en allèrent et s'arrêtèrent dans le khan {gêrût) de Ki- 
môhàm (qeri : Kimhâm), qui est auprès de Betliléhem. »• 
Les versions ont pris Kimhâm pour un nom de lieu. C'est 
le nom d'un fils de Berzellaï, ami de David. Voir Cha- 
maam. Le caravansérail en question portait ce nom parce- 
qu'il avait été bâti soit par Chamaam lui-même, soit sur 
un terrain lui appartenant autrefois. Josèphe, Ant. jud., 
X, ix, 5, appelle cet endroit Mandra , et le Targum dit que- 
David l'avait donné au fils de Berzellaï. — Isaïe, x, 29, 
parle d'un caravansérail situé à Gaba , non loin de Jéru- 
salem , dans lequel s'arrêtent les Assyriens qui viennent 




75. — Khan d'el-Hâtrour sur la route de Jérusalem a Jéricho. 



dans la Vulgate; mais la première fois, Jud., xvin, 3, il 
désigne la maison de Michmas, dans laquelle cinq Danites 
reçoivent l'hospitalité; la seconde fois, III Reg., xvm, 27, 
il marque l'endroit où Élie suppose ironiquement que se 
trouve Baal, sourd aux prières de ses adorateurs. Dans 
les Proverbes, vm, 2, il est dit que la Sagesse se tient 
« au-dessus de la route, à l'intérieur des chemins, béi( 
netîbôt,y> c'est-à-dire dans les carrefours où les chemins 
se croisent. Les carrefours étaient des endroits tout indi- 
qués pour l'établissement de caravansérails. L'auteur de la 
version grecque dite Veneta y pensait sans doute quand il a 
traduit les deux mots hébreux par êv oïxw SiôSwv, « dans 
la maison des passages. » Mais sa traduction est fautive. 
Bât , qui n'a ni article ni préposition dans le texte, y est 
pris lui-même comme préposition. Ici encore il ne s'agit 
donc pas de khan. Les prophètes seuls parlent de cara- 
vansérails. Le plus ancien dont il soit fait mention en Pa- 
lestine est celui dans lequel s'arrêtent, auprès de Bethlé- 
hem, les Juifs de Jérusalem, quand ils se sauvent en 
Egypte après le meurtre de Godolias. Jer,, xli, 17. Le texte 



assiéger la ville. — Jérémie, ix, 2, voudrait trouver un 
khan en plein désert pour y laisser à l'abandon son 
peuple prévaricateur. On ne peut, en effet, séjourner 
longtemps dans un khan situé en plein désert, sans être 
exposé à y manquer de tout et à y périr sous les coups 
des brigands. 

2° Dans l'Evangile. — C'est dans le caravansérail 
voisin de Bethléhem que la sainte Vierge et saint Joseph 
vinrent chercher un refuge, la nuit même de la naissance 
du Sauveur. Luc, il, 7. Mais la cour et la galerie étaient 
tellement encombrées, à cause de l'affluence des étran- 
gers venus pour le recensement, qu'il leur fallut se retirer 
dans une grotte, à peu de distance. Sur le khan de Beth- 
léhem, voir t. i, col. 1091. — 11 est question d'un autre 
khan dans la parabole du bon Samaritain. Luc, x, 3i. 
Le voyageur que Notre-Seigneur met en scène descend 
de Jérusalem à Jéricho par le chemin d'Adommim, le 
seul qui permette de se rendre d'une ville à l'autre, et 
qui, sur un parcours de vingt-cinq kilomètres, doit s'élever 
de mille quarante mètres. Voir Adommim, 1. 1, col. 222. Ce 



253 



CARAVANSÉRAIL — CARGAA 



25G 



chemin suit les bords de l'Oued el-Kelt, du côté sud. Il 
est taillé en corniche et court perpétuellement le long de 
l'abîme. Avant sa transformation en route carrossable , 
pendant ces dernières années , il présentait des pentes 
rocheuses à peine praticables, dont plusieurs étaient tail- 
lées en escaliers. Les crêtes des montagnes arides et les 
déchirures des rochers qui s'élèvent à pic sur le côté de 
la route donnent au site un aspect des plus lugubres. 
Des moines, contemporains de saint Zozime (V e siècle), 
s'établirent dans des grottes artilicielles pratiquées à la 
partie inférieure du ravin, du côté septentrional. « Il est 
impossible, dit V. Guérin, de choisir un site plus sauvage, 
d'un aspect plus austère et d'un accès plus difficile que 
celui-là. » La Terre Sainte, Paris, 1882, t. i, p. 206. La 
route était cependant très fréquentée, et Notre -Seigneur 
l'a parcourue plusieurs fois avec ses apôtres. Les brigands 
trouvaient leur compte à cette aflluence de passants. Ils 
se dissimulaient dans les anfractuosités des rochers et 
attaquaient les voyageurs isolés ou les caravanes trop peu 
nombreuses pour pouvoir leur résister efficacement. Saint 
Jérôme constate que de son temps les Arabes, « nation 
adonnée au brigandage, font des incursions sur les fron- 
tières de la Palestine et assiègent la chemin de ceux qui 
descendent de Jérusalem à Jéricho. » In Jer., m, 2, 
t. xxiv, col. C90. A environ douze kilomètres de Jéricho 
se voient les ruines de Qala'at ed-Demm, « château du 
sang, » qui marquent l'emplacement de l'ancien village 
d'Adommim et du poste militaire que les Romains con- 
struisirent pour protéger la route. A quelques mètres plus 
haut, à peu près à mi-chemin entre Jérusalem et Jéricho, 
on rencontre le khan d'el-Hdtrour (fig. 75). Voir la carte 
de la tribu de Benjamin, 1. 1, col. 1588. C'est à cet endroit 
que les plus anciennes traditions placent le caravansérail 
dans lequel le bon Samaritain conduisit le blessé. Cepen- 
dant Liévin, Guide-indicateur, Jérusalem, 1887, t. Il, 
p. 314, le cherche à vingt minutes plus haut, à Khan el- 
Akmar, ancien khan jadis très fréquenté et détruit par 
Ibrahim-Pacha. Mais il n'indique pas les raisons de sa 
préférence. En tout cas, il n'y avait qu'un khan sur la 
route à l'époque de Notre -Seigneur, et le fortin de Qala'at 
ed-Demm a naturellement été bâti ensuite de manière 
à protéger le caransérail. Ce dernier était donc très voi- 
sin du poste militaire et devait se trouver à Khan él- 
Hâtrour. Saint Luc ne l'appelle plus xatàXupia , comme 
celui de Bethléhem, mais itav8ox«ov, « lieu où l'on reçoit 
tout le monde. » Cette différence d'appellation tient sans 
doute à ce que le caravansérail d'Adommim était un peu 
plus qu'un khan ordinaire. Il y passait un très grand 
nombre de voyageurs, surtout à l'époque des fêtes, et 
les difficultés de la route obligeaient le gardien, le itav- 
êo-^eOç, à rendre aux passants des services plus variés. 
Le mot Ttavêo/etov est passé dans l'hébreu rabbinique 
avec le même sens. Le pûndaq est l'hôtellerie publique 
où l'on peut manger, boire et trouver un gîte; le pûn- 
daqi y vend à boire et à manger. Yebamoth, xvi , 7. 
Buxtorf, Lexicon chaldaïcum , Leipzig, 1869, p. 874. Le 
Targum de Jonathan appelle pûndâqîtâ', « hôtelière , » 
Ruhab, à laquelle le texte hébreu donne le nom de 
zôndh. Le Samaritain de l'Évangile porte avec lui ce qui 
est nécessaire pour soigner les blessures. Il panse donc 
le malheureux qui a été victime des brigands, et comme 
l'attaque a eu lieu à une certaine distance du khan, il met 
le blessé sur son cheval, le conduit au caravansérail, y 
prend soin de lui personnellement, et ne le quitte que 
le lendemain. Mais avant de partir il le confie au gar- 
dien, et remet à celui-ci une petite somme, qu'il com- 
plétera au retour, s'il en est besoin. Luc, x, 34-35. Tous 
ces détails, pris sur le vif, montrent bien l'utilité des 
caravansérails sur les routes dangereuses, particulière- 
ment sur celle d'Adommim. — Saint Luc, xxii, 11 , donne 
encore le nom de xaiâX'Jna à la chambre haute ou cé- 
nacle que Notre -Seigneur choisit à Jérusalem pour y 
instituer la sainte Eucharistie. Évidemment ce n'était 



pas un caravansérail. Mais le nom de y.airâ).'Ju.a indique 
peut-être qu'il s'agissait d'une salle d'emprunt, dans 
laquelle le divin Maître ne devait séjourner que peu de 
temps, pour y célébrer la Pàque ou « passage » du Sei- 
gneur. 

3° Ruines de caravansérails en Palestine. — En 
somme , les Livres Saints ne font mention que de quatre 
caravansérails en Palestine : celui qui porte le nom de 
Kimhàm, Jer., xli, 17; celui de Gaba, Is., x, 29; celui 
de Bethléhem , Luc. , n , 7, et celui de la montée d'A- 
dommim. Luc, x, 34. Beaucoup d'autres furent certai- 
nement construits dans les temps qui ont précédé 
l'ère chrétienne. Çà et là un certain nombre de localités 
actuelles portent encore le nom de klian et gardent les 
ruines d'antiques caravansérails. Sociri en cite plus de 
cinquante qui peuvent attirer l'attention du voyageur. 
Palâstina und Syrien, p. 425 (Chân). On ne saurait 
déterminer si tous ces khans datent d'avant 1ère chré- 
tienne; la plupart du moins doivent remonter aux anciens 
Juifs. Le mieux conservé de tous 1 , et celui qui donne 
l'idée la plus exacte des caravansérails primitifs, est le 
KhanDjoubb-Yousef, à peu de distance de Tell Houm. Il 
a été construit à l'endroit où l'on croyait à tort que 
Joseph avait été jeté dans la citerne par ses frères. « Le 
khan, situé à 212 mètres d'altitude, est bâti en murs très 
épais formés par des assises alternativement en pierres 
noires basaltiques et en pierres blanches calcaires. Des 
escaliers, encore assez bien conservés, permettent d'ar- 
river à la terrasse supérieure, d'où l'on a une belle vue 
sur le lac de Tibériade, le mont Thabor, le grand Her- 
mon... Le khan renferme une grande citerne à peu près 
desséchée, et un puits profond de dix mètres, creusé en 
partie dans le rocher. Il ne contient que peu d'eau. » 
Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, p. 525. « On y pénètre 
par un large passage cintré, entre des appartements qui 
à droite et à gauche constituent le diversorium ou loge- 
ment des voyageurs... On débouche dans une cour envi- 
ronnée d'une galerie intérieure... La partie de cette ga- 
lerie adossée à la colline trouve une sorte de prolon- 
gement dans des grottes profondes... Leurs ouvertures 
naturelles, trop larges pour garantir du froid, sont ré- 
duites par une maçonnerie grossière à de simples portes 
où les bœufs passent à peine. » É. Le Camus, Notre 
Voyage aux pays bibliques, Paris, 1890, t. Il, p. 255. 

Les khans fonctionnent encore aujourd'hui en Pales- 
tine comme autrefois. Les caravanes continuent à s'y 
abriter pendant la nuit, et les voyageurs s'y reposent à 
l'ombre pendant le jour. Les gardiens leur procurent au 
moins de l'eau fraîche. Celle du Khan el- Hdtrour actuel 
est remarquable par sa qualité. Socin, Palâstina und 
Syrien, p. 165. Notons enfin que les khans de Palestine 
sont à peu près tous en ruine. Chauvet et Isambert , 
Syrie, Palestine, Paris, 1882, p. 135. H. Lesêtre. 

CARBO Pierre, prieur de la Chartreuse de Bri'inn, 
en Bohême, mort en 1591. On a de lui : 1° Commentatio 
in dictum Geneseos, cap. in: « Ipsa conteret caput tuum,i> 
in-8°, Prague, 1580; 2° Contra viperarum genimina 
in illud Geneseos : « Ipsa conteret caput tuurn, » in-4° 
et in -12, Prague, 1590; 3° De Christo rege, législature, 
sacerdote, Deo. Psalmorum n et cix Vulgatx editio 
paraphrastica methodo exposita, in-4°, Prague, 1587; 
4° De veritate hebraica, undenam hsec ad divinorum 
librorum intelligentiam atque versionem petenda sit, 
in-8°, Prague, 1590; 5° Vulgata editio grseci hebraicique 
textus, necnon ex utroque versiones et variarum anno- 
tationum suffragiis a Novatorum suggillationibus vin- 
dicata , et paraphrastica methodo exposita, in -8°, 
Prague, 1599. M. Autore. 

CARCAA (hébreu : Haq-Qarqà'àh, avec l'article et 
le hé local; Septante: tt,v xarà ô-jo-pùç Kdt6r|ç), une des 
villes frontières de la tribu de Juda, à l'extrémité méii- 



257 



CARCAA — CARDINAUX (POINTS) 



258 



dionale de la Terre Sainte: Jos., xv. 3. Elle n'est pas men- 
tionnée dans la délimitation de Num., xxxiv, 3-5, ni dans 
la liste des cités du midi. Jos., xv, 21-32; xix, 2-8; II Esdr., 
xi, 25-30. L'article qui précède qarqâ'âh pourrait taire 
croire à un nom commun , et c'est ainsi que l'a entendu 
Symmaque en traduisant par e5a?o;, « sol. » Le mot ypnp, 

qarqa" , se trouve du reste dans plusieurs passages de la 
Bible, où il indique soit le fond de la mer, Am., ix, 3; 
soit le sol du tabernacle, Num., v, 17, ou le pavé du 
temple. III Reg., vi, 15, 16, 30; vu, 7. Quelle est son 
étymologie? Gesenius, Thésaurus, p. 1210, le rattache 
au talmudique "ip/iç, qarqar, qui signifie « fondement », 

de la racine ~np, qûr, « creuser, » à la forme pilpel; dans 
ce cas, le -,, resch, se serait adouci en y, 'aïn. Cf. J. Fûrst, 
Hebràisches Handwôrterbuch, Leipzig, 1876, t. H, p. 336- 
337. Suivant d'autres, ce mot viendrait d'une racine qua- 
drilittère, ypip, qui remonterait elle-même à -,ip, « creu- . 
ser, » et yip, « être profond. » Cf. F. Mùhlau et W. Volck, 
W. Gesenius" Handwôrterbuch, Leipzig, 1890, p. 762. 
E.Schrader, Die Keilinschriften und dus Alte Testa- 
ment, Giessen, 1883, p. 583, le compare à l'assyrien 
qaqqaru (pour qarqaru) , « étendue de terrain. » Avec 
le sens de « bas-fond », Qarqâ'âh pourrait désigner non 
une ville proprement dite, mais quelque district de la 
frontière palestinienne situé entre Adar et Asémona , un 
de ces bassins ou profonds encaissements qui se trouvent 
dans les régions de Cadés {Aïn Qadis). Cf. H. Clay 
Trumbull, Kadesli- Barnea , in-8", New-York, 1884, 
p. 289-290. Cependant, outre la Vulgate, les versions 
anciennes, syriaque, arabe, paraphrase chaldaïque, ont 
vu ici le nom propre de Qarqâ'âh. Les Septante, pour 
traduire xa-uà Suajià; KàSr);, ont sans doute lu nnp na>, 

yammâh Qâdêi , au. lieu de nypiisn , haq - Qarqâ'âh. 

Cf. Rosenmûller, Scholia, Josua, Leipzig, 1833, p. 282. 
Mais» quelle est la situation précise de cette localité? 
Dans l'état actuel de nos connaissances, il nous est impos- 
sible de le savoir. Carcaa est placée entre Adar et Asé- 
mona, dont l'identification est problématique. Voir Adar, 
t. i, col. 210; Asémona, col. 1079. Elle se trouvait donc 
à l'ouest de Cadèsbarné, qui est pour nous, d'une ma- 
nière très probable, 'Aïn Qadis. Voir Cadés 1. Si l'on 
assimile Adar à 'Aïn Qoudéirah et Asémona à 'Aïn 
Qaséiméh ou Guséïméh, dans les environs (ï'Aïn Qadis, 
il faudra nécessairement chercher Carcaa entre ces deux 
points. Voir la carte de E. H. Palmer, The désert of the 
Exodus, Cambridge, 1871, au commencement du tome n. 
On a voulu la reconnaître dans Vouadi Garaiyéh ou 
Qouréiyêh , situé bien au-dessous d'Ain Qadis. Cf. Keil, 
Josua, Leipzig, 1874, p. 118. C'est, il nous semble, reculer 
beaucoup trop au sud les limites de la Terre Sainte, et 
détourner sans raison bien suffisante la ligne frontière, 
qui, s'arrondissant en arc de cercle depuis la pointe 
méridionale de la mer Morte jusqu'au Torrent d'Egypte 
{Ouadi el- Arisch), devait avoir son point le plus éloigné 
vers Cadès. Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, 
Gœttingue, 1870, p. 92, 218, signalent comme existant 
encore de leur temps un village A'Accarca, "Axapxâ, 
situé dans le désert et appartenant à la tribu de Juda. 
Aucun voyageur ne l'a retrouvé jusqu'ici. 

A. Legendre. 
CARCHOUNIE (VERSION) DES ÉCRITURES. 
On a ppelle ainsi la version arabe des Ecritures imprimée 
en caractères syriaques pour l'usage des chrétiens sy- 
riens, principalement de Mésopotamie, d'Alep et de quel- 
ques autres partie de la Syrie. Une édition bilingue du 
Nouveau Testament, contenant en deux colonnes le texte 
syriaque de la Peschito et le texte arabe d'Erpenius en 
caractères carchounis fut publiée à Rome, en 1703, pour 
les Maronites du Liban. E. de Quatremère et S. de Sacy 
en ont donné une nouvelle édition à Paris, en 1827, aux 
frais de la Société biblique de la Grande-Bretagne. 

EICT. DE LA BIBLE 



CARDEURS. Is., xix, 9. Voir Tisserand. 



CARDINAUX (POINTS). Les Hébreux, comme les 
anciens en général, distinguaient quatre points cardi- 
naux : l'est (orient ou levant), l'ouest (occident ou cou- 
chant), le sud (midi) et le nord (septentrion). Ils les nom- 
maient, par rapport à la course du soleil : l'est, mizràh 
semés ou mizràh, et encore môsâ', « l'endroitoù lesoleil 
se lève » ; l'ouest, mebô" SéméS, et encore ma'ârâb ou 
ma'ârâbâh, « l'endroit où le soleil se couche »; le sud 
dârôm, « région de lumière », et le nord sâfon, « région 
de ténèbres ». Ils les dénommaient en outre par rapport 
à la position de l'observateur. Leur manière de s'orienter 
était dilférente de la nôtre. Nous avons coutume de nous 
tourner vers le nord pour fixer la place respective des 
autres points cardinaux; les Hébreux, au contraire, se 
tournaient vers l'est. Par suite, ils appelaient l'orient ou 
levant qêdérn ou qâdîm, « ce qui est devant; » l'occident 
ou couchant, 'âhôr, « ce qui est derrière ; » le sud, yâmîn 
ou têmân, « la droite, » et le nord, sem'ôl, « la gauche. » 
Enfin, par une application de ces données cosmogra- 
phiques à la géographie locale, yâm, « la mer, » cest à 
savoir la mer occidentale, la Méditerranée, et négéb,« le 
désert, » indiquaient respectivement l'ouest et le sud. 
Aux quatre points cardinaux correspondaient les « quatre 
vents du ciel », 'arba' rûhôt has-lâmayhn, Zach., H, 10; 
vi, 5 (cf. Ezech., xxxvn, 9; xlii, 20; Dan., vu, 2; I Par., 
ix, 24; Apoc, vu, 1), et « les quatre coins de la terre », 
'arba' kanfôt hâ'ârés, [s., xi, 12; Ezech., vu, 2; Apoc, 
vu, 1 (cf. Job, xxxvn, 3; xxxvm, 13; Is., xxiv, 16), dont 
« les extrémités » (qesêh, qesôt, qesâvôt,Vs. lxv, 9) mar- 
quaient à la fois « les limites de la terre », qesêh hâ'ârés, 
Ps. xlvi, 10; Is., v, 26; xlii, 10; xliii, 6; xlviii, 20; 
xlix, 6; Jer., x, 13; xn, 12; xxv, 33; qesôt hâ'ârés, Job, 
xxviii, 24; Is., XL, 28; xli, 5, 9; qasvê 'érés, Ps. lxv, 6, et 
« les limites du ciel », 'arba' qesôf has-sâmayîm, Jer., 
xlix, 36; qesêh has-sâmayîm, Deut., iv, 32; Ps. xix, 7; 
Is., xm, 5; qesôt [haS-sâmayîm], Ps. xix, 7. Aux quatre 
coins de la terre ainsi qu'aux quatre vents du ciel prési- 
daient des anges. Apoc, xvn, 1. 

Une telle conception n'était point particulière aux 
Hébreux et se retrouve chez les Assyro-Babyloniens, qui 
sont considérés à bon droit comme leurs maîtres dans 
la science. Les noms dont ils désignaient les points car- 
dinaux étaient en partie les mêmes et en partie différents. 
L'est s'appelait sit samëi, « le point où le soleil se lève, » 
et encore Sadû; l'ouest, erib sainSi, « le point où le soleil 
se couche, » et encore aharru; le nord, iltanu, et le sud, 
sûtu. Quant à la façon de s'orienter, elle était la même 
chez les deux peuples. La seule désignation de l'ouest 
par le mot aharru nous en est une preuve certaine» 
Aharru, l'occident, signifie, en effet, « ce qui «st der- 
rière » l'observateur tourné du côté de l'orient. Ce mot 
prit plus tard une signification géographique et servit à 
désigner la Syrie, mat Aharru, pays de l'occident par 
rapport à la Babylonie et à l'Assyrie. Les points cardi- 
naux d'ailleurs, chez les Assyro-Babyloniens comme chez 
les Hébreux, marquaient la direction des « quatre vents » 
du ciel , H. Rawlinson , The Cuneiform Inscriptions of 
Western Asia, il, 29, 1, rev., col. 3, et des « quatre ré- 
gions » (kibrâti irbilli) de la terre. Rien n'est plus com- 
mun, dans les textes cunéiformes, que cette expression 
kibrâti ïrbïlti, « les quatre régions, » donnée comme 
synonyme de l'univers. Cette appellation passa même 
dans le protocole des rois de Babylonie et d'Assyrie , et 
servit à exprimer, de façon emphatique, l'étendue de leur 
domination. Chacun de ces rois , en effet , s'intitulait 
couramment « roi des quatre régions », sar kibrâti 
irbïlti, c'est-à-dire « roi de l'univers ». Enfin, chez les 
deux peuples, les points cardinaux ne furent point conçus 
comme des points mathématiques, mais comme des points 
matériels. Les points cardinaux semblent avoir été repré- 
sentés d'abord par des montagnes destinées à soutenir 

II.- 9 



259 



CARDINAUX (POINTS) — CAREM 



260 



la voûte céleste et placées sous la protection de divinités 
spéciales. Aussi voyons-nous dans l'épopée de Gilgamès, 
dont l'importance est capitale pour la reconstitution de 
la vieille conception cosmographique, se dresser,à l'orient 
et à l'occident, les monts Masu, flanqués des hommes- 
scorpions. Haupt, Das babylonische Nimrodepos , 
tab. ix, col. il, 1-9. Sur toute cette question, voir Jensen, 
Vie Kosmologie der Babylonier, p. 163-170. 

Une conception analogue, quoique formée sans doute 
de façon indépendante, se rencontre chez les anciens 
Égyptiens. Ils distinguaient quatre points cardinaux :1e 
nord, à peu près inconnu; le sud, Apit-to, la «corne de 
la terre s ; l'est, Bâkhou, « le mont de la naissance », et 
l'ouest, Manou ou Onkhît, « la région de la vie. » Mas- 
pero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, 
Les origines, t. I, p. 17-18. Pour s'orienter ils se tour- 
naient vers le sud, — vers les sources du Nil, au point de 
communication du Nil céleste avec le Nil terrestre ; — par 
suite, ils plaçaient le nord derrière eux, l'orient à leur 
gauche et l'occident à leur droite. Chabas, Les inscrip- 
tions des mines d'or, 1862, p. 32 et suiv. Cf. Maspero, 
ouvr. cit., p. 19. Suivant la direction même des points 
cardinaux, l'univers était divisé en quatre régions ou 
plutôt quatre maisons. Maspero , ouvr. cit., p. 128. Chez 
les anciens Égyptiens d'ailleurs, comme chez les Assyro- 
Babyloniens, les points cardinaux furent figurés de fa- 
çon matérielle. On imagina d'abord aux quatre coins de 
l'horizon quatre troncs d'arbre fourchus, pareils à ceux 

qui étayaient la maison primitive YYYY , et un peu plus 

tard des montagnes dont le sommet s'élevait jusqu'au ciel. 
Maspero, ouvr. cit., p. 16-18. Il advint même que cette 
conception fut personnifiée dans les légendes cosmogo- 
niques. Dans de telles légendes, où l'univers est formé 
par l'extension ou développement indéfini du corps d'un 
dieu ou d'une déesse, les points cardinaux ou piliers du 
ciel furent représentés, dans les diverses traditions, tan- 
sot par les tresses du dieu Horus, tantôt par les jambes 
et les bras de la déesse Nouît , et encore par les quatre 
jambes de la vache Nouît. Chacun des points cardinaux 
ou piliers du ciel était placé d'ailleurs sous la protection 
d'une divinité spéciale. Maspero, ouvr. cit., p. 86-87, 
128-129, 168- 169. J. Sauveplane, 

CARDOSO Jean, Portugais, Frère Mineur de la 
Régulière Observance, qualificateur du Saint-Office à 
Lisbonne, dans la première moitié du xvn e siècle, 
a donné au public : Commentaria in Ubrum Ruth, 
in-4°, Lisbonne, 1268. P. Apollinaire. 

CÀRÉE (hébreu : Qâréah, « chauve; » Septante : 
Kapr,6, IV Reg., xxv, 23, et Kâprfi, dans Jérémie), père 
de Johanan et de Jonathan, partisans de Godolias, gou- 
verneur de Jérusalem au nom de Nabucliodonosor. 
IV Reg., xxv, 23; Jer., xl, 8, 13, 15, 16; xu, 11, 13, 
14, 16; xlii, 1, 8; xliii, 2, 4, 5. 

CAREHIM (hébreu: Haq-Qorhim, avec l'article; 
Septante: ot Koprrai), nom que laVulgate donne comme 
celui d'une ville de Benjamin , à laquelle auraient appar- 
tenu certains guerriers qui passèrent du côté de David, 
pendant son séjour à Siceleg. I Par., xu, 6. D'autres loca- 
lités sont ainsi mentionnées dans le même chapitre : 
Gabaath, Anathoth, ^.3; Gabaon, Gadéroth, ^. 4; Gédor, 
y. 7. Tous les commentateurs cependant voient ici, et 
avec raison, le nom patronymique des descendants de 
Coré le lévite. 2>n-p, Qorhim, est le pluriel de >rnp, 

Qorhî, qui vient lui-même de rn'ij, Qôrah, Coré, fils 

d'Isaar, fils de Caath, fils de Lévi. Exod., VI, 10, 18, 21. 
C'est ainsi que l'ont entendu les Septante en traduisant 
par oî Koptrai, « les Coréites. » On s'explique facilement 
comment ces Lévites se trouvent mêlés ici à des Benja- 



mites N'ayant pas de territoire propre, les enfants de 
Lévi appartenaient civilement et politiquement à la tribu 
dans laquelle ils étaient fixés. Au moment du partage de 
la Terre Promise, les prêtres obtinrent des villes dans 
les tribus de Juda, de Siméon, de Benjamin, tandis que 
les Lévites, descendants de Caath, parmi lesquels les 
Coréites, eurent leur domicile dans les tribus d'Éphraïm , 
de Dan, de llanassé occidental. Jos , xxi, 4-5, 9-26. 
Mais, lorsque le Tabernacle fut transporté de Silo à Nobé, 
à Gabaon, les fils de Coré, qui en étaient les gardiens, 
durent s'en rapprocher et s'établir en Benjamin. Cf. Keil, 
Chronih, Leipzig, 1870, p. 133. Voir Coré. 

A. Legendre. 

CAREM ( Septante : Kapé[i ; correspond à l'hébreu 
Kérém, « vigne » ou « verger » ), ville de la tribu de Juda, 
nommée dans les Septante seulement, Jos., xv, 59, avec 
dix autres villes que ne mentionnent non plus ni le texte 
hébreu ni les autres versions. Le Codex Alexandrinus , 
généralement plus exact dans la transcription des noms 
hébreux, les cite dans la forme et l'ordre suivant : ©exù 
•xa'i E^paOà, aûnr] éitI Bï]9).eé[i., xai Vaytop xaï A!xà[j. y.où 
KouXôv xai Tarâ|j.i xas Suip-f); v.a\ KapÈ[i xal ra).li(i y.at 
Bài9T|p xai Mavo-xœ. Saint Jérôme, Comment, in Mich., 
v, t. xxv, col. 1198, les transcrit sous la même forme : 
Thaeco et Ephrata, heec est Betlilehem , el Phagor et 
yEtham et Culon et Tatatni et Soris et Carem et Gallim 
et Bsether et Manocho. 

I. Identification. — Carem, selon quelques géo- 
graphes, ne serait pas différente de Béthacarem; les pa- 
roles de saint Jérôme, Comment, in Jer., t. xxiv, col. 725, 
indiquant Bétharcarma entre Jérusalem et Thécué , ne 
devraient pas se prendre dans un sens strict. La plupart 
des palestinologues n'admettent pas cette identité (voir 
Béthacarem); les uns et les autres s'accordent cependant 
à reconnaître Carem dans 'Aïn-Kàrem, village situé à 
six kilomètres à l'ouest de Jérusalem, et à huit kilomètres 
au nord-ouest de Bethléhem. Tout autour et formant un 
même groupe avec lui, on trouve les villages de Coulo- 
niéh, Sàris, Beith-Djàla, Bettlr et Malaha, dont les. noms, 
les uns identiquement les mêmes et les autres à peine 
modifiés, sont ceux des localités nommées par les Sep- 
tante avec Carem. Tatam doit peut-être se reconnaître dans 
Touta, Khirbet ou « ruine», au sommet de la montagne 
qui se dresse au sud de 'Aïn-Kârem. Thécué, Bethléhem, 
'Ethan et Beth-Fadjour forment un groupe distinct au 
sud du premier. Cette situation de "Aïn-Kârem et l'iden- 
tité substantielle de son nom avec Carem ne permettent 
guère de douter de la justesse de l'identification. « La fon- 
taine de Kârem », en arabe 'Aïn-Kârem, qui coule à 
moins de cinq cents mètres au nord du village, aura 
reçu son nom de l'antique bourgade de Juda, qu'elle ali- 
mentait de ses eaux ; elle l'aura conservé, après sa ruine, 
pour le rendre au village qui a pris plus tard sa place. 

IL Histoire et tradition. — 'Aïn-Kàrem est célèbre 
chez les chrétiens de toute nation et de tout rite : un 
grand nombre la tiennent pour la « ville de Juda » dont 
parle saint Luc, i, 39, séjour de Zacharie et d'Elisabeth, 
où Marie vint les visiter et où naquit Jean -Baptiste. Une 
copie arabe manuscrite des quatre Evangiles, faite au 
Caire, au xiv e siècle, conservée aujourd'hui au couvent 
copte de Jérusalem, porte en marge, en face du verset 39, 
cette indication : « l'exemplaire de Sa'id [a] : 'Ain - Kârem. » 
Plusieurs anciens exemplaires gardés dans leurs églises 
et leurs couvents portent, m'attestent les Coptes et les 
Abyssins, dans le texte même : « en la ville de Juda 'Aïn- 
Kârem. » Si ce n'est qu'une interpolation , elle témoigne 
du moins que depuis longtemps 'Aïn-Kârem est reconnue 
pour la ville natale du précurseur par les chrétiens d'E- 
gypte et d'Abyssinie. Cette croyance ne peut être que 
l'écho de la tradition reçue chez leurs voisins de Syrie 
et de Palestine. L'histoire nous montre, en effet, 'Aïn- 
Kàrem constamment vénéré par tous comme lieu natal 
de saint Jean. Le récollet Eug. Roger, dans sa relation 



261 



CAREM 



262 



intitulée La Terre Sainte, ou Description topographique 
très particulière drs Saints Lieux et de la Terre de Pro- 
mission, I. i, ch. xvn, in -4°, Paris, 1646, p. 184, appelle 
ce lieu Aain Charin; le P. Michel Nau, jésuite, dans son 
Voyage nouveau de la Terre Sainte, 1. iv, ch. xix, in-18, 
Paris, 1679, p. 475, écrit comme nous Ain Karem. La 
plupart des descriptions ou relations appellent l'endroit 
Saint-Jean, la Maison de Zacharie ou d'autres noms 
semblables; mais elles l'indiquent à l'occident de Jéru- 
salem et du monastère de Sainte -Croix, et à une dis- 
tance de la ville sainte équivalant à environ sept de nos 
kilomètres, c'est-à-dire là où se trouve 'Aïn-Kârem. Voir, 
dans Itinéraires français des XII e et xm e siècles, publiés 
par la Société de l'Orient latin , in-8°, Genève, 1880, Le 
continuateur de Guillaume de Tyr, description rédigée 
vers 1261, x, ihid., p. 170; Les pèlerinages et pardouns 
de Acre, vers 1260, vin, ibid., p. 233 ; dans les Itinéraires 
russes, traduits par M"' de Khilrowoet publiés par la même 
Société, in-8°, Genève, 1889, Vie et pèlerinage de l'higou- 
mène Daniel, écrit vers 1112, ch. lvh-lix, p. 49 et suiv.; 
Pèlerinage de Grelhénios, vers 1400, ibid., p. 183; Pèle- 
rinage de Basile Posniakoiv, en 1405, ibid., p. 326; dans 
les Archives de l'Orient latin, in-8", Genève, 1882, t. n, 
2 e part., p. 354; De itinere Terre Sancte, de Ludolphe 
de Sudheim (1336 i, p. 354; Theodorici libellus de Locis 
Sanctis, editus circa A. D. 1172, édit. Tobler, in -12, 
Saint-Gall, 1865, p. 86; De locis hierosolymitanis d'un 
anonyme grec du XI e ou xn e siècle, t. cxxxm, col. 986; 
Ricoldo de Monte-Croce, Liber peregrinacionis , v, dans 
Peregrinalores niedii œvi quatuor, 2 e édit. Laurent, 
in-4°, Leipzig, 1873, p. 111 ; Odoricus de Foro-Julii, Liber 
de Terra Sancta, xxxv, ibid., p. 152. Quatre descriptions 
du xn° siècle, copies d'un même texte, indiquent le lieu 
de la naissance de saint Jean à quatre et cinq milles de 
Jérusalem, mais au midi; ce sont le Liber locorum san- 
ctorum Terres Jérusalem de Fretellus, Patr. lai., t. clv, 
col. 1051 ; la Descriptio Terrée Sanctee de Jean de Wurz- 
bourg, ibid., col. 1072; le Tractatus de distantiis locorum 
Terres Sanclœ d'Eugésippe, Patr. gr., t. cxxxm, col. 1003, 
et le De situ, urbis Jérusalem et de locis sanctis d'un 
anonyme latin, dans l'appendice des Églises de la Terre 
Sainte de M. de Vogué, in-i°, Paris, 1860, p. 428. Le con- 
texte fait voir clairement que par le midi ces auteurs dé- 
signent en réalité Voccidehl. A l'indication des distances 
la plupart des relations ajoutent d'autres renseignements. 
D'après la description de l'higoumène Daniel , loc. cit., 
p. 50, le plus ancien parmi les pèlerins donnant des dé- 
tails nombreux, le village est situé au bas de la montagne 
qui s'étend de Jérusalem vers l'occident; une église le 
domine; sous le petit autel, à gauche en entrant, est une 
caverne ; c'est là que naquit le précurseur. A une demi- 
verste ( environ cinq cents mètres ) , au delà d'une vallée 
pleine d'arbres, sur la montagne, est une autre petite 
église, élevée au lieu où Elisabeth cacha son fils pendant 
le massacre des Innocents ; sous cette église est une petite j 
grotte à laquelle est unie une chapelle; de la grotte sort j 
une fontaine. Les relations signalent entre les deux églises 
une autre fontaine, où Marie, pendant son séjour chez 
Zacharie, dut venir puiser de l'eau. Voir Grethénios , loc. 
cit., p. 183; Pèlerinage du diacre Zozime, ibid., p. 216; 
Basile Posniakow, ibid., p. 326; l'anonyme grec, loc. cit., 
Jean Phocas, moine grec, pèlerin en 1185, Descriptio 
Terrée Sanctee, 26, t. cxxxm, col. 956, et généralement 
toutes les descriptions écrites depuis le xn e siècle jusqu'à 
nos jours. Ces détails, qui se retrouvent exactement dans 
'Aïn-Kârem, sans être reproduits par aucune des locali- 
tés des environs, ne laissent aucun doute sur l'identité de 
l'endroit désigné par ces descriptions avec ce village. Le 
témoignage du moine hagiopolite Épiphane, t. cxx, col. 264, 
que Rohrichl, dans sa Bibliotheca geographica Paleestinx, 
i n-8», Berlin, 1890, p. 16, place à l'année 840, et qui est dans 
tous les cas antérieur aux croisades , nous fait constater 
l'existence de cette tradition avant le xn e siècle ; il appelle la 



patrie du précurseur, Carmelion, du nom altéré deCarém, 
et l'indique « à six milles environ à l'ouest de la sainte 
cité », et « à dix-huit milles environ » en deçà d'Emmaûs 
( 'Amoas), qui est lui-même à « dix milles » avant Ramblé 
( Ramléh ). Le Commemoratorium de Casis Dei vel mona- 
steriis, édit. Orient latin, Itinera hierosolymitana latina, 
in-8°, Genève, 1877, 1. 1, p. 302, catalogue dressé vers 809, 
classe le monastère où saint Jean est né « parmi ceux des 
environs de Jérusalem, à moins de deux milles » (le mille 
est ici employé pour la lieue). La description De Terra 
Sancta de Théodosius, dans les mêmes Itinera hiero- 
solymitana latina, 1. 1, p. 71, rédigé vers 530. place aussi 
le lieu « où sainte Marie alla saluer Elisabeth à cinq milles » 
(sept kilomètres et demi) de la ville sainte; de même les 
Itinera latina, peut-être plus anciens, de Virgilius, dans 
les Analecta sacra et classica du cardinal Pitra, in -4°, 
Rome, 1888, t. v, p. 119. Cette distance est celle qui sépare 
'Ain - Karem de Jérusalem. 

Trois textes toutefois contredisent les précédents. I.o 
premier, supposé d'Emoul et écrit vers l'an 1187, fait 
partie des Fragments sur la Galilée, publiés dans les Iti- 
néraires français de la Société de l'Orient latin, p. 60; 
place le lieu de la Visitation dans le voisinage de Naza- 
reth, sur une montagne où se trouvaient un monastère 
de moines grecs et une église de saint Zacharie, signalée 
encore par les Chemins et pèlerinages de la Terre Sainte, 
ibid., p. 198. L'auteur des Fragments a pu être induit en 
erreur par le nom ou aura accepté trop bénévolement une 
assertion de moines désireux d'attribuer de l'intérêt à leur 
maison. Le second texte est dans la Chronique pascale, 
Patr. gr., t. xcii, col. 492. La ville habitée par Zacharie 
est indiquée à douze milles (i(3') de Jérusalem; ce chiffre 
isolé, que rien ne confirme dans le contexte ni au dehors, 
peut être une de ces erreurs de nombre si communes dans 
les copies , à moins que ce ne soit une identification per- 
sonnelle basée sur le nom de Beth-Zacharia, ville située, 
en effet, à environ douze milles au sud de Jérusalem. Le 
troisième texte est d'un moine Épiphane, du xi e au 
xii e siècle, dans un recueil de récits apocryphes intitulé 
Vie de la bienheureuse Vierge, Patr. gr., t. cxx, col. 200; 
Bethléhem serait la ville de Zacharie, où Marie vint visi- 
ter sa cousine : la simple lecture du livre, où Gethsémani 
et Sion, Phiala et le lac de Génésareth, sont déclarés « une 
même chose » , montre que les données géographiques 
n'y sont pas moins apocryphes que les récits. 

III. Opinions diverses des commentateurs et des 
interprètes. — Si les interprétations du texte de saint 
Luc données par les commentateurs et les savants étaient 
exactes, la tradition montrant la patrie de saint Jean à 
'Aïn-Kârem devrait être rejetée comme fausse. — 1° Les 
principaux commentateurs du moyen âge, considérant les 
paroles : dç ™5uv 'IoOSa comme déterminées, c'est-à-dire 
comme si saint Luc avait écrit : eî; rj|v rcô),iv 'IoûSa, « en 
la ville de Juda, » ont pensé qu'elles désignaient Jérusa- 
lem, la capitale et la ville par excellence de la Judée. Voir 
Cornélius a Lapide, Commentarïa in Sacram Scriptu- 
ram, in Lucam, c. i, édit. Vives, t. xvi, p. 28. — 2» Baro- 
nius, Annales ecclesiastici, in-f°, Anvers, 1659, t. i, p. 43 
et 44; Papebrock, Acta Sanclorum, De sancto Joanne 
prodromo,c. H, § 3, édit. Palmé, junii, t. v, p. 604-606; 
Cornélius a Lapide, loc. cit.; Math. Polus, Synopsis cri- 
ticorum aliorumque Scripturse Sacrée interpretum et 
commentatorum, in-f°, Francfort-sur-le-Mein, 1712, t. iv, 
col. 819, et à leur suite un grand nombre d'autres inter- 
prètes, ont cru reconnaître dans ces mots la ville d'Hé- 
bron, la plus importante et la plus célèbre des villes attri- 
buées à Juda , Jérusalem étant à Benjamin , et en même 
temps la première des villes sacerdotales attribuées aux 
fils de Caath, dont descendait, par Abia, Zacharie, père 
de Jean. — 3° Reland , Paleestina ex monumentis vete- 
ribus illuslrata, in-4», Utrecht, 1714, p. 870, propose 
une autre conjecture : le nom 'loOSa, suivant lui, pour- 
rait bien être le nom propre de la ville, et n'être qu'une 



263 



CÂREM 



264 



forme ou variante de Jota ou Jeta, ville lévitique de la tribu 
de Juda, nommée en Josué, xxi, 16, située dans la mon- 
tagne de Juda, Jos. , xv, 55, et voisine d'Hébron. Saint 
Luc, ayant coutume de nommer les villes dont il parle, 
ne pouvait pas, pense le savant hollandais, taire le nom 
de la ville natale du précurseur. Le nom 'lo-jôa, ajoutent 
les tenants de la même opinion, ne peut désigner la tribu, 
la division par tribu n'existant plus au temps de saint Luc; 
il ne peut être employé pour nommer la province de Judée : 
le nom que dans ce même chap. i, f. 65, il emploie à 
cet effet est 'louSata, le nom généralement usité; il ne 
peut donc être qu'un nom propre de ville. — 4° Le P. Ger- 



l'époque des Machabées , en effet , jusqu'à la ruine de Jé- 
rusalem, tout le territoire à partir de Bethsur, dans le- 
quel est inclus Hébron, est constamment appelé Idumée. 
Cf. I Mach., iv, 61; v, 65; vi, 31; xiv, 33; Josèphe, Ant. 
jud., XII, vin, 6, et ix, 4; Bell, jud., IV, ix, 7 et 9. — 
3° La conjecture de Reland a été adoptée de nos jours 
non seulement par les protestants en général, mais aussi 
par plusieurs savants catholiques. Voir Jota. La tradi- 
tion d"Ain-Kârem est, au contraire, vivement combattue- 
par eux. Le silence d'Eusèbe sur la patrie de saint Jean 
dans VOnomasliçan, de saint Jérôme dans VEpitaphium 
Paulse, d'Antonin de Plaisance, d'Adamnan, de saint "Wil- 







76. — Aïn-Kàrom. D'après une photographie. 



mer-Durand voit le nom propre de la ville dans les mots 
Oïxo'/ Za/ccptou, « Domus Zacharise : » ce serait le nom 
de la ville de Bethzacharia, I Mach., vi, 32 (grec), dont saint 
Luc aurait traduit le premier membre, Beth , « maison. » 
1° La première opinion est depuis longtemps généra- 
lement abandonnée. Si saint Luc, dit Estius, Annotationes 
in prœcipua ac difficiliora Scriptural loca , in Lucam , 
c. i, in-f°, Anvers, 1699, p. 489, eût voulu parler de Jéru- 
salem, il l'eût appelée de son nom, comme il fait partout 
ailleurs. — 2° Le sentiment de Baronius et des autres 
n'est guère admis aujourd'hui que de ceux qui s'en rap- 
portent simplement à l'autorité de ces savants. Ou peut 
lui appliquer la remarque d'Estius sur l'opinion précé- 
dente : si saint Luc eût voulu désigner Hébron, il l'eût 
fait comme le font les auteurs des livres des Machabées 
et Josèphe. Cette opinion a de plus le tort de chercher en 
Idumée une ville que, de l'avis du P. Papebrock, loc. cit., 
saint Luc, I, 65, indique clairement en Judée : depuis 



libald, de Sœvulf, dans leurs descriptions, prouverait que 
jusqu'en 1102 au moins, époque du pèlerinage de Sœvulf, 
il n'y avait point de tradition sur ce point ; la tradition 
d" Aïn - Kârem d'ailleurs, inconstante encore dans la 
suite, serait d'invention relativement récente. La légende 
XA1PECTE Wï MAPTYPEC, « Salut, martyrs de Dieu ! » 
d'un fragment de mosaïque découvert sur l'emplacement 
de l'église principale d"Aïn-Kàrem, démontrerait, avec 
la dernière évidence, qu'on ne faisait point jadis mémoire 
de saint Jean en cet endroit. — 4° L'interprétation du 
P. Germer -Durand concorde peu avec le contexte de 
saint Luc. La disposition de la phrase et l'article tôv joint 
au mot o'xov, d; tôv o!/.ov Zayapio-j, ne permettent 
guère d'y voir un nom propre de ville, et l'on se per- 
suadera difficilement que l'é' angéliste, dont la coutume 
est de transcrire tels quels les noms hébreux composés 
de Beth, comme Bethléhem, Béthanie, Bethphagé, ait 
eu la pensée de traduire ce nom précisément en un pas- 



265 



GAREM 



266 



sage où celte traduction devait créer une équivoque par 
laquelle tous les chrétiens auraient été trompés jus- 
qu'aujourd'hui. 

Les défenseurs de la tradition locale, parmi lesquels 
se trouve Victor Guérin, présentent en sa faveur, entre 
autres, les arguments suivants : 1° La conjecture de Re- 
land est une possibilité sans aucune preuve positive; les 
témoignages historiques positifs lui sont tous contraires ; 
les variantes des manuscrits ont Judxx et Judse, une fois 
David. Cf. Tischendorf, Novum Testamentum grsece, 
-edit. 8" critica major, t. i, p. 419. — 2° Les faits du récit 
de saint Luc devant se concentrer dans l'enceinte de la 
maison de Zacharie, on ne voit pas quelles raisons de- 
vaient l'obliger à nommer Ja ville; plusieurs faits et mi- 




77. — Église de la Nativité de saint Jean -Baptiste, 
h. Aïn-Kârem. D'après une photographie. 

racles sont racontés en son Évangile sans que le lieu en 
soit marqué. Cf. v, 12; vu, 37; vm, 41 et suiv.; ix, 28, 52; 
x, 38; xi, 1; xvn, 12. — 3° Saint Luc indiquant lui-même, 
1, 65, la Judée comme théâtre des événements dont il parle, 
■ne peut pas nommer Jota , qui de son temps était une ville, 
mon de Judée , mais d'idumée. — 4° Dans la plupart des 
livres de la ISible grecque, 'lo-JSa et 'Io'jSaîa sont employés 
indifféremment pour désigner soit le royaume de Juda, soit 
la province de Judée ; mais jcô).:s 'loùoa est, à une ou deux 
■ exceptions près, l'expression constamment usitée pour dire 
•« une ville de Judée »; on la trouve dans les mêmes cha- 
pitres où le mot 'louS»''a est employé pour désigner la 
Judée. Cf. II Par., xvn; Jer., vu et xvn; I Mach., m, etc. ; 
saint Luc, pour dire « une ville de Judée », devait se ser- 
vir de l'expression consacrée. ■ — 5" La résidence de Za- 
charie n'implique pas nécessairement une ville sacerdotale 
ou lévi tique; dés les temps les plus reculés, nous trou- 
vons des prêtres et des lévites habitant des villes qui ne 
sont pas désignées, par Josué, comme villes lévitiques. 
Jud., xvn, 7; I Reg., i, 1, et I Par., vi, 57-58; II Esdi., 



xi, 20; xii, 28-29; I Mach., h, 1. — 6° L'Onomasticon d'Eu- 
sèbe est une nomenclature incomplète des lieux bibliques ; 
VEpitaphium Pauise, une lettre rapide, non un traité, où 
ne sont mentionnés non plus ni le prétoire ni Gethsémani, 
connus cependant et vénérés des chrétiens. Les relations 
des autres pèlerins abondent en omissions qui ne peuvent 
détruire les témoignages positifs de Virgilius , de Théodo- 
sius, d'Épiphane hagiopolite, du Commenioratorium de 
Casis Dei et des autres. Le culte du titulaire primitif d'une 
église n'a jamais empêché le culte accessoire au même 
lieu d'autres saints et martyrs, ni l'érection ou la dédicace 
à ceux-ci de chapelles, d'autels, de tombeaux, d'images 
et d'inscriptions. — 7° Si l'on excepte l'assertion des Frag- 
ments sur la Galilée, dont l'erreur est évidente, et le chiffre 
incertain de la Chronique pascale, les autres contradic- 
tions ne sont qu'apparentes et s'évanouissent devant l'exa- 
men attentif du contexte fait de bonne foi. — 8° Les tra- 
ditions locales de la Terre Sainte, au xn e siècle et dans 
les siècles précédents, étant généralement identiques aux 
traditions des IV e et m e siècles, chacune d'elles, s'il n'est 
pas démontré formellement qu'elle s'est introduite posté- 
rieurement , a la même valeur et autorité : aucun docu- 
ment positif, formel et certain ne le démontrant pour la 
tradition d"Âïn-Kârem, l'arbitraire seulement peut la 
faire considérer comme apocryphe. — Il faut reconnaître 
cependant que l'absence de textes formels remontant aux 
premiers siècles ne permet pas de résoudre le problème 
avec une entière certitude. 

IV. État actuel. — 'Aïn-Kârem (fig. 76) est un vil- 
lage d'environ mille habitants, dont plus de la moitié sont 
musulmans. Bâti sur une colline, derrière les montagnes 
qui s'étendent à l'ouest de Jérusalem, il domine à gauche 
la belle vallée de Coloniéh, toute plantée d'oliviers et 
d'arbres fruitiers de toute espèce. Vers l'est du village se 
dresse l'église de la Nativité de saint Jean, avec son mo- 
nastère carré et massif, auquel a été adjoint un hospice 
pour les pèlerins. L'ancienne église avait du être aban- 
donnée après les croisades. Le patriarche de Jérusalem 
y venait seulement une fois l'an, à la fête de la Nativité 
du précurseur, célébrer les saints mystères. Elle ne tarda 
pas à tomber en ruines. Les musulmans y parquèrent leurs 
troupeaux, vendant aux chrétiens la permission d'y venir 
prier. Les Franciscains en achetèrent le terrain en 1579, 
et parvinrent à s'y établir en 1G90. Ils relevèrent le sanc- 
tuaire et lé couvent ; ce sont ceux que nous voyons au- 
jourd'hui. L'église (fig. 77), assez spacieuse, est à trois 
nefs; une coupole portée par quatre solides piliers la sur- 
monte. Les divers tableaux qui la décorent représentent 
la vie du saint précurseur. Du côté de l'Évangile , sept 
degrés de marbre mènent à une grotte naturelle trans- 
formée en chapelle, dont le rocher forme la voûte. C'est 
sans doute la caverne dont parlent l'higoumène russe 
Daniel et le moine Phocas. Des bas -reliefs de marbre 
y rappellent de nouveau les faits de la vie de saint Jean. 
Au-dessous du pavé du porche de l'église est le fragment 
de mosaïque dont nousavons parlé. Vers l'extrémité ouest de 
la colline s'élève un grand et bel établissement fondé pour 
les orphelines par le P. Alphonse -Marie Ratisbonne, qui 
repose dans le cimetière de la maison. Plusieurs cavernes 
sépulcrales, creusées dans les flancs de la colline, attestent 
l'antiquité de la localité. A cinq cents pas au sud de 
l'église de saint Jean coule la « fontaine de Carerh », 'Aïn- 
Kârem; les chrétiens la nomment fréquemment « la fon- 
taine de la Vierge » ( fig. 78). La plate-forme de la chambre 
d'où elle jaillit, abritée de voûtes nouvellement relevées, 
auxquelles on a adjoint un minaret, est le lieu de prière 
des musulmans. La haute montagne du flanc de laquelle 
elle s'échappe a son versant nord faisant face au village, 
semé de jolies maisonnettes blanches émergeant du mi- 
lieu de la verdure des vignes et des arbres fruitiers dont 
la montagne est toute couverte. Elles servent de retraite 
à de pieuses Russes, qui viennent y passer les dernières 
années de leur vie. Au milieu de ces constructions, à 



267 



CAREM 



CARIATH 



268 



quatre cents pas de la fontaine, se dresse un second petit 
couvent avec un campanile élancé , élevés , en 1892 , sur 
les ruines d'un ancien monastère. La chapelle adjacente 
est une vieille crypte restaurée, au fond de laquelle est 
un enfoncement en forme de tunnel, en partie pratiqué 
dans le roc. Au-dessus se voit le cintre d'une abside, 
avec l'emplacement de l'autel et les restes des murs d'une 
petite église, sur les parois desquels se remarquent les 
traces de peintures. On y monte par un escalier pratiqué 
dans l'épaisseur du mur, au sud. Derrière ce mur, sous 
les vieilles arcades ogivales qui portent le couvent actuel, 
sort, dans les profondeurs du roc, une source appelée du 



vità di san Giovanni Battista, Appendice II, du Viaggio- 
Biblico in Oriente, 3 in-8», Turin, 1873, t. m, p. 927-938; 
Raboisson, En Orient, 2 in-f°, Paris, 1887, t. ir, p. 113-122 ; 
Id., Encore Youtah, dans la Revue illustrée de la Terre 
Sainte, Paris, 1894, 15 juillet, p. 214-220, et 1 er août, 
p. 225-229; A. Bassi, La patria del Precursore , dans la 
revue La Terra Santa, Florence, vn e année (juin 1882), 
n os 5, 6 et 7 ; Dan. Papebrocke, S. J., Acta sanctorum , t. v 
junii , De sancto Joanne prodromo , cap. n , § 3 , De loco 
concepti natique Johannis, édit. Palmé, p. 604-606 ; Sepp, 
Das Leben Jesu Christi, 4 in-4°, Ratisbonne, 1854, t. ir,. 
p. 47-50; Aug. Albouy, Esquisse sur Jérusalem et la Terre 




78. — Fontaine de la Vierge 4 Aïn-Kârem. D'après uno photographie do M. L. Heidet. 



nom de sainte Elisabeth. Il n'est pas douteux que ce ne 
soit l'endroit reconnu par les anciens pèlerins pour la 
retraite de la mère du précurseur et de son fils. L'ancien 
couvent et l'église, abandonnés au départ des Francs, 
tombèrent entre les mains des Turcs. Les Franciscains 
parvinrent à l'acheter, et commencèrent, en 1860, la res- 
tauration du lieu par le rétablissement de la crypte en 
chapelle. 

V. Bibliographie. — Plusieurs études ont été publiées 
ces dernières années, soit pour prouver qu"Aïn-Kàrem 
est la patrie du précurseur et la « ville de Juda » de saint 
Luc, soit pour le contester. Les principales sont celles de 
Victor Guérin , dans la Description géographique , histo- 
rique et archéologique de la Palestine, Judée, in-8°, Paris, 
1868, t. i, p. 83-106; P. Fiorovich, S. J., Sanctuaire de 
la Visitation, dans la revue Saint François et la Terre 
Sainte, Vanves ( près Paris ), t. r. février, mars et avril 1892, 
p. 329, 365, 423 et 451; Th. Dalfi, Su! luogo délia Nati- 



Sainte, 2 in- 12, Paris, 1874, 2 e part., ch. xm, Saint Jean 
dans la montagne, t. n, p. 377-397. L. Heidet. 

CARÊME, mot qui vient du latin quadragesima, 
« quarantaine; » il désigne les quarante jours de jeûne 
qui précèdent le temps pascal, et qui furent institués de 
bonne heure dans l'Église pour honorer les quarante 
jours de jeune de Moïse lorsqu'il reçut la loi sur le 
mont Sinai, Êxod. , xxiv, 18, du prophète Élie allant au 
mont Horeb, III Reg., xix, 7-8, et surtout de Notre- 
Seigneur avant le commencement de sa vie publique. 
Matth., iv, 2. Cf. Luc, v, 34-35. Voir Jeûne. 

CARIATH (hébreu: Qirijat; Septante: 'Iotpfp; Codex 
Alexandrinus : itiXi; 'Iapijj.), la dernière des villes citées 
par Josué, xvm, 28, comme appartenant à la tribu do 
Benjamin. Le nom, que quelques-uns expliquent par 
« lieu de réunion, de rassemblement », de mp, qârâh.. 



269 



CARIATH — CARIATHAIM 



270 



« se réunir, .» mais dont l'origine est incertaine (cf. Gese- 
nius, Thésaurus, p. 1236), est l'état construit de qiryâh, 
« ville, » mot employé beaucoup moins fréquemment que 
'Ir'; il est usité principalement dans les passages poétiques 
de la Bible et entre dans la composition de plusieurs noms 
propres de lieu, comme Cariatharbé , Cariathbaal, Ca- 
rialhiarlm, Cariathsépher , etc. On le retrouve exactement 
sous la même forme en syriaque et en arabe. — Cariath 
représente- 1- elle une localité distincte, comme l'indique 
laVulgate, ou n'est-ce point plutôt l'élément d'un mot com- 
posé? Il y a là une sérieuse difficulté, dont le nœud n'est 
pas facile à trancher. Voici les hypothèses auxquelles elle 
a donné naissance. 

1° Cariath n'étant pas , dans le texte hébreu , distingué 
par la conjonction et du mot précédent, Gib'af, qui est 
lui-même à l'état construit, on a supposé que les deux 
noms unis indiquaient une seule ville, Gib'at-Qiryat. Telle 
est l'opinion de R. ,1. Schwarz, Das heilige Land, Franc- 
fort-sur-le-Main, 1852, p. 98, 102. Mais, dans ce cas, le 
chiffre quatorze n'exprime plus le nombre exact des cités 
énumérées du f. 25 au f. 28. On répond, il est vrai, 
qu'une pareille divergence se remarque en d'autres en- 
droits : cf. Jos., xv, 33-36; xix, 2-6. Cependant il est bon 
d'observer que les versions les plus anciennes et les plus 
importantes ont admis la conjonction : ainsi certains ma- 
nuscrits des Septante portent y.ai avant 710X15 ou 'Isepî|i; 
cf. R. Holmes et J. Parsons , Vêtus Testamentwn grse- 
cum cum variis leclionibus , Oxford, 1798-1824, t. 11 
(sans pagination); de même, avec la Vulgate, la Peschito 
donne : et Gebeath et Qouriathim. 11 faut rappeler aussi 
que le vav manque en plus d'un endroit des énuméra- 
tions, et entre des villes qui sont certainement diffé- 
rentes, comme Adullam et Socho, Jos., xv, 35; Accaïn 
et Gabaa. Jos., xv, 57. Gabaath est identifiée par quelques 
auteurs avec Djibî'a, au nord de Qariet el-'Enab, ou 
avec Khirbet el-Djoubéi'âh, au sud-est de la même loca- 
lité; d'autres l'assimilent à Gabaa de Benjamin ou de Saùl. 
Voir Gabaath. — 2° Un sentiment plus commun fait de 
Cariath la même ville que Cariathiarim; et l'explication 
en est assez plausible. Pourquoi lit-on en hébreu Qiryat, 
à l'état construit, au lieu de Qiryâh, sinon parce que le 
mot suppose un complément, comme dans Qiryat Ba'al, 
« la ville de Baal, » Qiryat Sêfér, « la ville du livre? » 
On a donc conjecturé qu'il fallait sous-entendre Ye'ârîm 
et admettre la lecture primitive de Qiryat Ye'ârîm, « la 
ville des forêts, » Cariathiarim. La disparition de ce mot 
est d'autant plus facile à comprendre, que le nom qui suit 
immédiatement dans le texte actuel, 'ârim, « villes, » lui 
ressemble beaucoup; il n'y a que la différence de l'iod 
initial , la plus petite lettre de l'alphabet hébraïque. Un 
copiste distrait, au lieu de lire nny n>~ï» m-p, Qiryat 
Ye'ârîm 'ârim, aura sauté le second mot. Ajoutons à cela 
qu'on trouve Ye'ârîm au lieu de 'ârim dans trois manus- 
crits cités par B. Kennicott, Vet. l'estant, heb. cum variis 
lectionibus, Oxford, 1776, t. 1, p. 469, et que les Septante 
portent 'lapt'n : le Codex Alexandrinus, en donnant tcôXl; 
'lapï|jL, est conforme à la leçon Qiryat Ye'ârîm.Vne dif- 
ficulté cependant s'élève contre cette hypothèse, c'est que 
Cariath est attribuée à Benjamin, tandis que Cariathiarim 
est assignée à la tribu de Juda. Jos., xv, 60; xvm, 14. 
Mais ce n'est pas le seul cas où des villes frontières, — et 
Cariathiarim en était une, Jos., xv, 9; xvm, 14, 15, — 
restent dans une certaine ligne flottante ou passent d'une 
tribu à une autre : ainsi Accaron, Jos., xv, 45, énumérée 
avec les cités de Juda, est comptée, Jos., xix, 43, parmi 
celles de Dan. (Si la Vulgate met Acron dans le dernier 
passage, le mot hébreu est le même dans les deux en- 
droits : 'Éqrôn. ) De même , Bethsamès est attribuée à 
Juda, Jos., xxi, 1G, tandis que, sous le nom de Hirsé- 
mès, Jos., xix, 41, elle est assignée à Dan. Voir Beth- 
samès 1, t. 1, col. 1732. — 3° Eusèbe et saint Jérôme, 
Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 109, 270, font de 
Cariath, KapiiO, une ville dépendant de Gaba comme 



métropole, {itï'o (irjTpiîro) sv Taga6dt. C'est là une simple 
supposition. — 4° Enfin Conder et les Anglais qui ont tra- 
vaillé à l'exploration de la Palestine distinguent les trois 
localités en question, Gabaath, Cariath et Cariathiarim. 
Gabaath, pour eux, est Djibi'â, au nord de Qariet el- 
'Enab; Cariath est Qariet el-'Enab, appelée plus géné- 
ralement Qariéh ou Kitriéh; Cariathiarim est Khirbet 
'Ermà, au sud-ouest de la précédente. Cf. Conder, Hand- 
book to the Bible, in-8«, Londres, 1887, p. 412, 417, 418; 
Survey of Western Palestine, Londres, 1883, t. m, p. 43; 
G. Armstrong, W. VVilson et Conder, Names and places 
in the Old and New Testament , Londres, 1889, p. 70, 
112, 113, et la carte au 1/168,960, feuille 14. Nous croyons 
qu'il faut placer Cariathiarim à Qariet el-'Enab plutôt 
qu'à Khirbet 'Ettnâ; nous en donnons les raisons à l'ar- 
ticle consacré à cette ville ; et ainsi Cariath se trouve sans 
équivalent ou doit se confondre avec l'autre cité. — La 
solution serait-elle dans la fusion des deux premières 
hypothèses, et de la manière suivante? Le premier livre 
des Rois, vu, 1, en racontant la translation de l'arche sainte 
de Bethsamès à Cariathiarim, nous dit que celle-ci fut 
portée « dans la maison d'Abinadab, à Gabaa ». L'hébreu 
Gib'âh, traduit dans laVulgate par un nom propre, est 
un nom -commun qui signifie « colline », et c'est ainsi 
que l'ont entendu les Septante en mettant ici =v t<jj po'jvôj. 
Il pouvait donc indiquer le sommet de la colline sur la- 
quelle était bâtie Cariathiarim; mais il pouvait en même 
temps désigner un quartier spécial ou un faubourg de la 
ville, portant le nom de Gabaa. Ce qu'il y a de certain, 
c'est que les habitants de Cariathiarim ne transportèrent 
pas dans un autre endroit l'objet sacre qu'ils étaient allés 
chercher. C'est là, « dans la maison d'Abinadab, » que 
plus tard David vint la prendre pour l'emmener à Jéru- 
salem. I Par., xiii, 5-7; Il Reg., vi, 3-4. Gib'af-Qiryaf 
pourrait donc signifier Gabaa de Cariath et être l'équi- 
valent de Qiryat -ye'ârîm. C'est une conjecture qui n'é- 
chappe pas à toute difficulté. Voir Gabaa, Cariathiarim. 

A. Leoendre. 
CARIATHAIM (hébreu : Qiryâtaîm ; duel de qiryâh, 
« double ville »), nom de deux villes, l'une appartenant 
au pays de Moab, l'autre à la tribu de Nephlhali. 

1. CARIATHAIM (hébreu : èdvêh Qiryâtaîm, Gen., 
xiv, 5; Qiryafaîm, Num., xxxn, 37; Jos., xm, 19; Jer., 
xlviii, 1, 23; Qiryâtâmâh, avec hé local, Ezech., xxv, 9; 
Septante : èv Sa'j^i t7\ ttôXei, Gen., xiv, 5; KocoiaOân, 
Num., xxxii, 37; Kapia8oc;'|ji, Jos., xm, 19; Jer., xlviii, 23; 
KapiocOén, Jer., xlviii, 1; 7c<5Xea>; TtapaOaXaaaia;, Ezech., 
xxv, 9; Vulgate : Save Cariatliaim, Gen., xiv, 5; Caria- 
tliaim, partout ailleurs), ville située à l'est de la mer 
Morte, occupée d'abord par les Émim, habitants primitifs 
du pays de Moab, Gen., xiv, 5, enlevée par les Israélites 
au roi amorrhéen Séhon et rebâtie par les enfants de 
Ruben, Num., xxxn, 37, qui la possédèrent, Jos., xm, 19, 
jusqu'au moment où elle retomba au pouvoir des Moabites, 
dont elle était une des « gloires » au temps de Jérétnie , 
xlviii, 1, 23, et d'Ézéchiel, xxv, 9. LaVulgate l'appelle 
Savé Cariatliaim , Gen., xiv, 5; mais l'hébreu doit plu- 
tôt se traduire : « dans la plaine de Cariathaïm. » Men- 
tionnée entre Astarothcarnaïm et les montagnes de Séir, 
elle se trouvait sur la route de Chodorlahomor à l'est du 
Jourdain et tomba sous ses coups. Le texte (ketib) d'Ézé- 
chiel, xxv, 9, Qiryâtâmâh , et les mots grecs KapiaOifi, 
KaptaSÉn, semblent indiquer une seconde forme du nom, 
pareille à celle de Dôlân pour Dôfaîn, Gen., xxxvn, 17; 
IV Reg., vi, 13, et Yerûsdlam pour Yerùsâlaîm (Jéru- 
salem). En rendant le même passage par tcôXjw; t.x;.x- 
6aXao-<7Îac, « ville maritime, » les Septante ont dû lire 
n3> mp, qiryat yâmâh, au lieu de ns'n>-p, Qiryàlàye- 

mâh, « vers Qiryâtaîm. » 

L'emplacement de cette ville est, croyons-nous, suffi- 
samment déterminé par celui des localités au milieu des- 



271 



CARIATHAIM — CARIATH HUSOTH 



272 



quelles elle est énumérée dans les différents livres de 
l'Ecriture : Baalméon (hébreu : Ba'al Me'ôn), Num., 
xxxii, 38, ou Bethmaon (hébreu : Bêt- Me'ôn), Jer., 
xlviii, 23, ou encore Béelméon, Ezech., xxv, 9, aujour- 
d'hui Ma'in, à trois lieues sud-sud-ouest d'Hesbàn (l'an- 
tique Hésébon); Sarathasar (hébreu: Sérét ha'ssahar), 
Jos., xin, 19, probablement Sara, non loin de la mer 
Morte, au sud de l'ouadi Zerqa Ma'in; Bethgamul (hé- 
breu : Bêt Gâmûl), Jer., xlviii, 23, Djémaîl, à l'est de 
Dibon. A ces indications générales Eusèbe et saint Jérôme 
ajoutent un renseignement précieux, Onomastica sacra, 
Gœttingue, 1870, p. 108, 269 : ils nous représentent comme 
existant encore de leur temps un village nommé Corai- 
tha, Kxp'Ahx, entièrement composé de chrétiens, situé 
à dix milles (15 kilomètres) de Médaba, du côté de l'oc- 
cident, près d'un endroit appelé Bare ou Baris. Médaba 
est bien connue sous le nom à peine changé de Mâdeba, 
au sud d'Hesbàn; Baris ou Bàré (dans certaines éditions, 
Baare) doit être la même chose que Baaru, lieu signalé 
par saint Jérôme, Onomastica, p. 102, au mot Béel- 
méon, comme possédant « des eaux thermales »; c'est 
probablement aussi la vallée de Baâpaç, que Josèphe, 
Bell.jud., VII, VI, 3, place au nord de Machéronte (au- 
jourd'hui M'kaour). Ces derniers détails nous conduisent 
dans l'ouadi Zerqa Ma'in, vers les eaux chaudes de 
Callirrhoé. Or, un peu plus bas, au sud d'Attarous (l'an- 
cienne Alaroth), on trouve un site qui, par son nom, 
Qouréiyàt, et sa position, répond bien à Cariathaïm. 
L'arabe Cj^.r*, Qouréiyàt ou Qereyât, revient à un 
pluriel nVTp, Qeriyôt, mis pour le duel, ou c'est un 

diminutif formé du mot hébreu. Cf. G. Kampffmeyer , Al ta 
Namen im heulingen Palâslina und Syrien, dans la 
Zeilschrift des deutschen Palàslina-Vereins, Leipzig, 
t. xvi, 1893, p. 03. D'un autre côté, on remarque les deux 
collines que couvrait l'antique cité et qui rappellent par 
là même la signification du nom biblique. Les ruines 
sont étendues, mais sans aucun caractère; entre elles et 
l'Arnon, il y a très peu de restes de quelque importance. 
Cf. H. B. Tristram, The Land of Moab, in-8°, Londres, 
1874, p. 275. Cette assimilation est admise parR. J. Schwarz, 
Das heilige Land, Francfort-sur-le-Main, 1852, p. 181; 
R. von Riess, Bibel-Allas, 2 e édit., Fribourg-en-Brisgau, 
1887, p. 17, et beaucoup d'autres. Seetzen, Reisen durch 
Syrien, etc., édit. Kruse, Berlin, 1854, t. n, p. 342, con- 
naissait les ruines de Korriat, mais il y voyait plutôt 
Cariolh de Jer., xlviii, 24, il ; Am., il, 2. — On a voulu 
identifier Cariathaïm avec Et-Teim, situé à une demi- 
heure au sud -ouest de Màdeba. Cf. J. L. Burckhardt, 
Travels in Syria and ihe Holy Land, Londres, 1822, 
p. 367. Il y a là aussi des ruines antiques qui occupent 
le sommet de deux collines voisines, séparées seulement 
par un petit vallon. Les populations arabisées auraient 
pris Cariath - thaïm pour un nom composé, dont elles 
n'auraient retenu que la dernière partie. Nous reconnais- 
sons volontiers que cette opinion n'est pas opposée à 
l'ensemble des données bibliques; mais elle est contraire 
au témoignage d'Eusèbe et de saint Jérôme; et puis la 
raison onomastique nous parait tout à fait insuffisante. 

L'antiquité de Cariathaïm nous est attestée par la Ge- 
nèse, xiv, 5 : Chodorlahomor et ses alliés, suivant, à l'est 
du Jourdain , la route qui devait les conduire dans la 
vallée de Siddim, frappèrent ses habitants, comme ils 
avaient battu les Raphaïm à Astarothcarnaïm, comme ils 
allaient vaincre, plus bas, les Chorréens dans les mon- 
tagnes de Séir. Les Émim, qui l'occupèrent primitive- 
ment, étaient un « peuple grand et fort et d'une si haute 
taille, qu'on les regardait comme de la race des Énacim , 
comme des géants ». Deut., n, 10, 11. Les Moabites leur 
succédèrent, Num., xxi, 26; mais ils furent dépossédés 
par Séhon, roi des Amorrhéens, qui était maître de la 
contrée quand les Israélites firent la conquête du pays 
transjordanien. Deut., n, 26-30. Rebâtie et possédée par 



les enfants de Ruben, Num., xxxn, 37; Jos., xm, 19, la 
ville fut, vers les temps de la captivité, reprise par les 
Moabites, dont elle était une des cités importantes, lorsque 
les prophètes lançaient contre elles les menaces divines : 
« Malheur à Nabo, disait Jérémie, xlviii, 1, parce qu'elle 
a été détruite et confuse ; Cariathaïm a été prise, » et 
plus loin, xlviii, 21-23: « Le jugement est venu sur la 
plaine, sur Hélon..., sur Dibon, sur Nabo, sur Beth- 
Diblathaïm , sur Cariathaïm. » Enfin Ézéchiel, xxv, 9, 
nous montrant comment Dieu va « ouvrir le flanc de 
Moab », pour laisser passer l'ennemi, compte Cariathaïm 
parmi les villes qui sont « l'ornement de la terre ». Son 
nom se retrouve sur la stèle de Mésa (ligne 10), qui se 
vante de l'avoir rebâtie. Cf. Héron de Villefosse, Notice 
des monuments provenant de la Palestine et conservés 
au musée du. Louvre, Paris, 1879, p. 1, 3; F. Vigouroux, 
La Bible et les découvertes modernes, 5 e édit., Paris, 1889, 
t. iv, p. 61. — Quelques auteurs identifient Cariathaïm 
de Moab avec Qiryat - Husôt , mentionnée par le texte 
hébreu dans l'histoire de Balaam. Num., xxii, 39. Voir 
Cariath Husoth. A. Legendre. 

2. CARIATHAÏM (hébreu : Qiryâtaim; Septante : 
f, K2pia9ïï[j.), ville de la tribu de Nephtliali, donnée aux 
Lévites, fils de Gerson. I Par., vi, 76. Elle n'est pas men- 
tionnée dans la liste des possessions appartenant à la 
tribu, Jos., xix, 32-39. Dans l'énumération parallèle des 
cités lévitiques, Jos., xxi, 32, elle est appelée Carthan 
(hébreu : Qartàn, forme du duel comme Qiryâtaim). 
Elle est complètement inconnue. Voir Carthan. 

A. Legendre. 

CARIATHARBE (hébreu : Qiryaf 'Arba', « ville 
d'Arba; » Septante: 7t6).i; 'ApSox, ttoàiç 'Apyoë), nom 
primitif de la ville qui fut plus tard appelée Hébron. 
Tous les passages de l'Ecriture où est nommée Cariath- 
arbé, à l'exception de II Esdr., xi, 25, l'identifient expres- 
sément avec Hébron, Gen., xxm, 2; xxxv, 27 (dans ces 
deux endroits, la Vulgate ne l'appelle pas Cariatharbé, 
mais civilas Arbee, « la ville d'Arbé »); Jos., xiv, 15; 
xv, 13, 54; xx, 7; xxi, 11; Jud., i, 10. Le nom d'Hébron 
ne supplanta pas complètement sa première appellation , 
puisque, après la captivité, Néhémie, II Esdr., xi, 25 
(hébreu : Qiryat hà-'arba'), l'appelle simplement Ca- 
riatharbé. J. Maundeville, vers 1322, entendit encore 
appeler cette ville Karicarba par les Sarrasins, et Arbo- 
tha parles Juifs. Early Travels, Londres, p. 161. Voir 
Hébron et Arbé 1 et 2. 

CARIATHBAAL (hébreu: Qiryat Ba'al, « ville de 
Baal, » probablement ainsi appelée parce que le dieu Baal 
y recevait un culte spécial; Septante : KapiiB BioO.), 
nom ancien de la ville nommée ordinairement Carialhia- 
rim. Dans les deux passages où elle est mentionnée. Jos., 
xv, 60; xvih, 14, il est dit expressément que c'est la même 
ville que Cariathiarim. Elle est aussi appelée, par abré- 
viation, Baala, Jos., xv, 9, 10; I Par., xm, 6 (hébreu), 
et Baalé de Juda, H Reg., vi, 2 (hébreu. Dans ce dernier 
passage, les Septante et la Vulgate ont traduit par « chefs 
ou hommes de Juda », au lieu de conserver le nom de !a 
ville). Voir Cariathiarim et Baala 1. 

CARIATH HUSOTH (hébreu : Qiryat husôt), ville 
moabite, Num., xxii, 39, dont le nom a été traduit par 
les Septante : rSi.u: iizi'j'i.tmv, et par la Vulgate par : urbs 
qux in extremis regni ejus (Balac) fmibus erat. Le mot 
è-a'jXei; est celui par lequel les traducteurs grecs rendent 
ordinairement rv.-ï-, l}îisèrôt,<i village; » ils ont donc lu 
cette expression au lieu de m™, husôt. Saint Jérôme a 
pris ce dernier terme dans le sens de « frontière, extré- 
mité ». On explique ordinairement Qiryat husôt comme 
signifiant «ville des rues » (c'est-à-dire sans doute « ayant 
de belles rues ou des rues nombreuses »), parce que hûs 
a, entre autres significations, celle de «rue ». Le Targuin 



273 



CARIATH HUSOTH — CARIATHIARIM 



274 



du Pseudo- Jonathan explique Qiryai huçôt par « les rues 
de la grande ville, la ville de Séhon, qui est Birosa ». 11 
semble l'identifier avec Cariathaïm de Moab. Le Penta- 
teuque samaritain, au lieu de husôt , porte mi>n, hizôt, 
« visions », et la version samaritaine >n, razê, « secrets, 
mystères », par allusion peut-être aux visions ou prophé- 
ties de Balaam. Celte diversité de leçons peut rendre 
douteux le Ifusôt des Massorètes; en tout cas, elle montre 
que de tout temps ce passage a fait difficulté. 

Nous savons, par le récit des Nombres, xxn, 39, que 
Cariath Husoth était le nom d'une ville où Balac accom- 
gna Balaam aussitôt après son arrivée dans le pays de 
Moab. Aucun détail ne nous renseigne sur sa situation, 
et comme elle n'est mentionnée nulle autre part dans 
l'Ecriture, on en est exclusivement réduit aux conjec- 
tures. Jusqu'ici on n'a découvert dans la Moabitide 
aucun nom de lieu qui rappelle celui-là. Tout ce qu'on 
peut induire du livre des Nombres, c'est, en comparant 
les JrjL 36 et 41 du eh. xxn, que Cariath Husoth se trou- 
vait entre l'Arnon et Bamothbaal ( Vulgate : Excelsa 
Baal). On a supposé que c'était la même ville que Carioth 
de Moab (Knobel, Nanieri, Leipzig, 1861, p. 136-137; 
Kneucker, dans Schenkel, Bibèl-Lexicon, t. iv, 1871, 
p. 536-537) ou que Cariathaïm 1 (Porter, Handbook for 
travellers in Syria and Palestine, part, h, Londres, 
•1868, p. 284). 11 est impossible de décider la question. 
Voir Cariathaïm 1 et Carioth 2. F. Vigouroux. 

CARIATHIARIM (hébreu : Qiryat Ye'drîm, « ville 
des forêts, » Jos., ix, 17; xv, 9, 60; xvm, 14, 15; Jud., 
xviii, 12; 1 Reg., vi, 21; vu, 1, 2; I Par., n, 50, 52, 53; 
xni, 5, 6; II Par., i, 4; Il Esdr., vu, 29; une fois avec 
l'article Qiryat hay-Ye'ârim, Jer., xxvi, 20; et une fois 
abrégé en Qiryai 'Arhn, I Esdr., n, 25; probablement 
aussi indiqué, Ps. cxxxi [hébreu, cxxxn], 6, sous l'ex- 
pression Sedê-Yà'ar; Septante: itoXei; 'lapîv, Jos., ix, 17; 
izokii 'laoïV, Jos., xv, 9, 60; I Par., xm, 5; Kapiafhapiv, 
Jos., xvm, 14; KaptaOïapiu, Jud., xvm, 12; I Reg.,vi, 21; 
"vu, 1, 2; 1 Par., n, 50, 52; Il Par., i, 4; Jer., xxvi, 20; 
KapiaOapiVi I Esdr., Il, 25; Il Esdr., vu, 29; nôXeiç 'laïp, 
I Par., n, 53; -kôIiç Aîcn'6, I Par., XIII, 6), ville située sur 
la frontière des tribus de Benjamin et de Juda, au sud- 
ouest de la première, au nord de la seconde. Jos., xv, 9; 
xvm, 14, 15. Elle est aussi appelée Baala, Jos., xv, 9, 10; 
Cariathbaal, Jos., xv, 60; xvm, 14, et probablement, par 
abréviation, Cariath. Jos., xvm, 28. Voir Baala 1, t. i, 
col. 1322; Cariathbaal et Cariath. C'était'primitivement 
une des quatre cités chananéennes qui appartenaient aux 
Gabaonites, Jos., ix, 17; elle tomba plus tard dans le lot 
de Juda. Jos., xv, 60. 

I. Identification. — i"> Opinion. — La plupart des 
commentateurs et des voyageurs, à la suite de Robin- 
son, Biblkal Researches in Palestine, Londres, 1856, 
t. n, p. 11, 12, identilient Cariathiarim avec Qariet el- 
'Enab, village situé sur la route carrossable de Jérusa- 
lem à Jaffa , à treize kilomètres environ de la ville sainte , 
et plus généralement appelé aujourd'hui Abou-Gosch, du 
nom d'un chef de pillards, autrefois très redouté des cara- 
vanes. La colline sur les lianes de laquelle sont comme 
étagées les maisons de celte localité est à 726 mètres au- 
dessus du niveau de la mer et domine une vallée fertile, 
.ouverte de figuiers et d'oliviers. Un beau palmier pré- 
cède la mosquée, et non loin coule une fontaine dont l'eau 
est aussi bonne qu'abondante. A l'entrée du bourg et 
isolée dans les vergers plantés de beaux arbres, s'élève 
une ancienne église chrétienne, dite de Saint- Jérémie, 
transformée en étable par les musulmans (fig. 79). 
C'est certainement une des plus intéressantes de la Pales- 
tine; elle a été cédée à la France, en 1873, par le gou- 
vernement turc. (On peut voir un plan général du village 
et de la propriété française dans C. Mauss, L'église de 
ISaint-Jérémie à Abou-Gosch, Paris, 1892, r- r fasc, p. 16.) 
Ce monument forme un rectangle long de vingt- sept 



mètres sur dix-huit de large. 11 se compose de trois nefs, 
terminées à l'orient par trois absides qui ne sont pas 
apparentes au dehors, dissimulées qu'elles sont dans l'é- 
paisseur du mur qui délimite le chevet; les arcades qui 
les séparent sont soutenues par des piliers massifs et sans 
ornement. Les murs portent encore de nombreuses traces 
de peintures à fresque aujourd'hui bien dégradées. Une 
crypte, ou église inférieure, reproduit toutes les disposi- 
tions de l'église supérieure; au centre, on remarque une 
ouverture rectangulaire par laquelle on descend jusqu'à 
une source dont la nappe, facile à explorer, s'étend dans 
la direction du nord-ouest. La grande simplicité de l'édi- 
fice, la sobriété de l'ornementation et le caractère de la 
décoration intérieure, ont fait émettre la conjecture que 
cette église appartenait au premier âge de l'art byzantin ; 
on a supposé aussi qu'elle avait succédé à une tour de 
défense. Cf. M. de Vogué, Les églises de Terre Sainte, 
in-4°, Paris, 1860, p. 340-343; C. Mauss, L'église de 
Saint- Jérémie, p. 15-28 ; V. Guérin, Judée, t. I, p. 62-65. 
Les raisons de cette identification sont les suivantes : 
Cariathiarim était une des quatre villes des Gabao- 
nites, Jos., ix, 17'; elle ne devait donc pas être très éloi- 
gnée de la métropole, Gabaon (aujourd'hui El-Djib, au 
nord-ouest de Jérusalem). Or Qariet el-'Enab en est à 
huit ou neuf kilomètres , dans la direction du sud - ouest , 
à la même distance à peu près que Gaphira (Kefiréh), 
dont trois kilomètres seulement la séparent, et que Béroth 
(El-Bîréh), au nord-est. Voir la carte de la tribu de Ben- 
jamin, t. i, col. 1588. C'est avec ces deux dernières cités 
qu'elle est toujours mentionnée dans les livres d'Esdras. 
I Esdr., n, 25; II Esdr., vu, 29. — 2° D'après la délimi- 
tation des tribus de Juda et de Benjamin, si nettement 
fixée par Josué, xv, 9-10; xvm, 14-15, elle se trouvait 
à l'angle ou au point d'intersection de deux lignes fron- 
tières : l'une, allant de l'est à l'ouest, de Jérusalem à 
Nephtoa (Lifta), pour venir, après Cariathiarim, du côté 
de Gheslon (Kesla) et de Bethsamès ('Aïn Schems), ter- 
minant Juda au nord , Benjamin au sud ; l'autre descen- 
dant du nord au sud, des environs de Béthoron inférieure 
(Beit-'Our et-Tahta) pour aboutir à Cariathiarim et 
former ainsi la limite occidentale de Benjamin. Tel est 
bien l'emplacement de Qariet el-'Enab. — 3° L'Écriture 
nous dit que six cents hommes de la tribu de Dan, mar- 
chant à la conquête de Laïs, au nord de la Terre Promise, 
« partirent de Saraa (Sarâ'a) et d'Esthaol (Eschou'a), 
puis montèrent et vinrent camper à Cariathiarim de Juda. 
Depuis ce temps, ce lieu reçut le nom de camp de Dan 
(Mafyânêh-Dàn), et il est derrière (c'est-à-dire à l'ouest 
de) Cariathiarim. De là ils passèrent dans la montagne 
d'Éphraïm. » Jud., xvm, 11-13. Qariet el-'Enab répond 
bien à cet itinéraire : le village se trouve sur la roule que 
devaient prendre les Danites pour aller de Saraa et Esthaol 
au pays d'Éphraïm ; son altitude dépasse de plus de trois 
cents mètres celle des villes de départ, et la vallée qu'il 
domine à l'ouest pouvait otlrir un campement facile à la 
petite armée pour sa première étape. — 4° La translation 
de l'arche d'alliance de Bethsamès à Cariathiarim, ra- 
contée I Beg., vi, 21; vu, 1, nous fournit encore une 
preuve. Frappés par Dieu pour un regard indiscret jeté 
sur l'objet sacré, les Bethsamites « envoyèrent des mes- 
sagère aux habitants de Cariathiarim, disant: Les Phi- 
listins ont ramené l'arche du Seigneur, desvendez et 
ramenez -la chez vous. Les hommes de Cariathiarim 
vinrent donc et ramenèrent l'arche du Seigneur et la 
portèrent dans la maison d'Abinadab, à Gabaa ». L'ex- 
pression o descendez » marque parfaitement la différence 
de niveau entre Qariet el-'Enab (726 mètres) et 'Ain 
Schems (280 mètres); ensuite Qariet el-'Enab est bien 
sur la route de Silo (Seiloun), où l'arche devait être 
reportée. Le mot hébreu gib'âh, traduit dans la Vulgate 
par Gabaa, I Reg., vu, 1, est plutôt le nom commun 
« colline », indiquant la partie haute de la ville, où se 
trouvait la maison d'Abinadab. C'est ainsi que l'ont corn- 



275 



CARIATHIARIM 



270 



pris les Septante en mettant âv ™ flouvù; à moins que 
l'on ne fasse de Gabaa un quartier spécial, comprenant 
le point culminant de la ville, comme nous l'avons expli- 
qué à propos de Caruth. Il est certain, en effet, que les 
habitants de Cariathiarim ne transportèrent pas dans un 
autre endroit l'objet vénéré qui leur était confié et qu'ils 
conservèrent pendant de longues années. Cf. I Reg., vu, 2; 
I Par., xiii, 5, 6. — 5» A la vérité, le nom ancien Qiryat 
Ye'ârim, a ville des forêts, » et le nom actuel Qariet el- 
'Enab, « ville des raisins, » n'ont de commun que le pre- 
mier élément, qui a le même sens en hébreu et en arabe. 
Mais ne remarque-t-on pas chez presque tous les peuples 
une tendance naturelle à altérer certains noms de lieux pour 



Khirbet 'Ermâ, lieu ruiné, situé à six kilomètres à l'est 
à." Ain Schems, sur le chemin de fer actuel de Jaffa à 
Jérusalem. C'est une colline qui domine Youadi Isma'în 
et sur laquelle on remarque des débris de murs appar- 
tenant, les uns à l'époque arabe, les autres à une période 
plus ancienne. Sur le côté oriental est un pressoir creusé 
clans le roc; sur le liane méridional est une grande 
citerne couverte par une énorme pierre creuse, qui forme 
la bouche du puits, et dont la dimension aussi bien que 
les apparences offrent les caractères d'une haute anti- 
quité. On rencontre également sur le sol des fragments 
de vieille poterie. Le trait le plus singulier de ce site, 
c'est la plate-forme du rocher, dont l'aire s'étend du nord 








&Î50^^^^SSS 



79. — CariatMariui, D'après une photographie. 



leur donner une signification adaptée à des circonstances 
locales? « Les forêts, du reste, dit M. V. Guérin, Judée, 
,t. i, p. 67, n'ont point entièrement disparu de cette loca- 
lité, et plusieurs des montagnes voisines sont encore cou- 
vertes d'oliviers et de hautes broussailles, ce qui justifie 
la dénomination de Qiryat Ye'ârim, telle que l'inter- 
prète saint Jérôme. » — 6° Enfin Eusèbe et saint Jérôme, 
Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 109, 271, placent 
Cariathiarim «entre JEtia (Jérusalem) et Diospolis (Lydda), 
située sur la route, à neuf milles d'^Elia ». Ailleurs, au 
mot Baal, p. 103, 234, la distance indiquée est de dix 
milles. C'est donc entre ces deux chiffres qu'il faut cher- 
cher la mesure : le premier cependant est le plus exact, 
car en réalité, pour aller de Jérusalem à Qariet el-'Enab, 
il faut deux heures cinquante minutes au plus, au pas or- 
dinaire d'un homme qui marche à pied. En tout cas, ce 
dernier village est bien sur la route de Jérusalem à Lydda, 
et neuf milles romains donnent justement 13 kilomètres 
330 mètres. 

2 e Opinion. — Malgré ces raisons, les explorateurs 
anglais de la Palestine ont, avec Couder, cherché ailleurs 
le site de Cariathiarim et ont cru le retrouver dans 



au sud sur une longueur de quinze mètres , et de l'est 
à l'ouest sur une largeur de neuf mètres; la surface 
semble avoir été nivelée de main d'homme et domine de 
trois mètres le terrain environnant. 

Voici les raisons mises en avant pour défendre cette 
hypothèse : 1° Le nom conserve les trois principales 
lettres de Ye'ârim ou plutôt de la forme abrégée 'Arîm, 

avec la gutturale 'aïn : nny, 'Arîm, Lc-£, 'Ermâ. Cette 

ressemblance, répondrons -nous, n'est que superficielle, 
et fut-elle fondée, elle ne suffirait pas à contrebalancer 
les arguments qu'opposent à cette conjecture les données 
script uraires. —■ 2° Le site en question se trouve juste à 
l'est de la grande plaine formée par la jonction des deux 
ouadis Isma'în etEl-Moutlouq, plaine qui s'étend d"Aïn 
Schems au sud-ouest, à Eschou'a au nord-est et à Sara'à 
au nord-ouest, et représente l'ancien « camp de Dan ». Le 
Mahânêh-Dân, en effet, que l'auteur sacré, Jud., xvnl, 12, 
nous montre à l'ouest de Cariathiarim , était , d'après un 
autre passage, Jud., xiii, 25, situé entre Saraa et Esthaol. 
Khirbet 'Ermâ est donc dans la position voulue. La raison 
est spécieuse; mais il nous semble impossible de l'ap- 



277 



CARIATHIARIM — CARIATH-SÉPHER 



278 



puyer sur le texte biblique. Les six cents hommes de 
Dan quittent Saraa et Eslhaol, puis « montent » pour 
venir camper à Cariathiarim et se rendre de là dans la 
montagne d'Éphraïm. Jud. , xvm, 11 -12. Il est clair 
d'abord qu'ils ne peuvent « monter » en s'établissant 
dans une plaine située au-dessous des villes mêmes qu'ils 
viennent de laisser. Ensuite pourquoi chercher un cam- 
pement si près du point de départ? Enfin pourquoi ce 
singulier détour vers Khirbet 'Errnà pour gagner la route 
d'Éphraïm, tandis que le chemin direct vers Qariet el- 
'Enab est tout naturel? Nous sommes donc disposé à 
distinguer deux « camps de Dan ». — 3° D'après Jos. , 
xv, 10, Cariathiarim devait être au sud de Cheslon (au- 
jourd'hui Kesla) ; c'est le cas pour Khirbet 'Ermâ, mais 
non pour Qariet el -' Enab. Nous ne pouvons discuter 
ici la question des limites de Juda et de Benjamin; nous 
ferons seulement remarquer que l'expression « au septen- 
trion » montre la frontière se dirigeant au nord de Cheslon 
et non pas au nord de Cariathiarim : le tracé lui-même 
place Cheslon entre Cariathiarim et Bethsamès, ce qui 
se justifie dans notre hypothèse et non pas dans celle des 
Anglais. — 4° Khirbet Ermâ est bien plus près de Bethsa- 
mès, et l'on comprend que les habitants de cette dernière 
ville aient demandé qu'on transportât l'arche d'alliance 
dans une localité voisine, au lieu de courir aussi loin que 
Qariet el-'Enab. Josèphc du reste nous dit, Ant.jud.,^1, 
1,4, que Cariathiarim était proche de Bethsamès. Nous 
avons déjà trouvé dans la position de l'antique cité sur 
le chemin de Silo la raison du choix qu'on en fit pour 
recevoir le dépôt sacré. On ajoute un autre motif: c'est 
que les habitants, comme anciens Gabaonites, étaient 
dans une condition presque servile, Jos., ix, 17-27, et 
qu'on pouvait ainsi leur imposer une charge qu'ils ne 
refuseraient pas, les exposer même à toute la rigueur des 
châtiments qui avaient marqué les différentes stations de 
l'arche sainte. Cf. F. de llummelauer, Commentarius in 
lib. Sanmelis, in-8°, Paris, 1886, p. 84. Pour le témoi- 
gnage de Josèphe, faut- il y attacher une grande impor- 
tance, quand nous voyons le même historien placer Ca- 
riathiarim auprès de Gabaon, Ant. jud., V, î, 16? Pre- 
nons un juste milieu entre ces deux assertions, et nous 
arriverons à Qariet el-'Enab. — 5" Les arguments tirés 
de la topographie conviennent aussi bien à l'une qu'à 
l'autre des localités. Cf. Survey of Western Palestine, 
Londres, 1883, t. m, p. 43-50; Palestine Exploration 
Fund, Quarterly Stalemeat , 1879, p. 97-99; 1881, 
p. 261-2(56. — Aux difficultés par lesquelles nous venons 
de combattre la seconde hypothèse, nous ajouterons les 
suivantes : D'abord Khirbet 'Ermâ est certainement trop 
loin pour avoir été une cité gabaonite. Ensuite cette loca- 
lité n'est pas sur la route de Jérusalem à Lydda. Enfin 
elle est à bien plus de neuf milles de la ville sainte. 

On a cherché aussi à identifier Cariathiarim avec 'Ain 
Karim iCarem), à l'ouest de Jérusalem, ou avec Sôba, au 
sud-est de Qariet el-'Enab. Cf. Palestine Exploration 
Fund, Quarterly Stalement, 1878, p. 196-199; 1882, 
p. 61. Aucune raison ne nous semble de nature à changer 
notre opinion. 

II. Histoire. — Les noms primitifs que portait Caria- 
thiarim , c'est-à-dire Baala et Cariathbaal, « habitation, 
ville de Baal, » prouvent que, du lemps des Chananéens, 
elle était vouée au culte de cette divinité. Ce furent peut- 
être les Israélites qui changèrent cette dénomination 
païenne en celle de Qiryaf Ye'ârim, « ville des forêts. » 
Faisant partie de la confédération gabaonite, cette ville 
subit le sort des cités qui avaient surpris la bonne foi de 
Josué : les habitants furent épargnés, mais ils furent en 
même temps condamnés à être pour toujours « au service 
de tout le peuple et de l'autel du Seigneur, coupant du 
bois et portant de l'eau au lieu que le Seigneur aurait 
choisi ». Jos., ix, 27. C'est ainsi qu'ils furent en quelque 
sorte les esclaves du tabernacle à Silo, à Nobé, à Gabaon, 
chez eux-mêmes, quand l'arche sainte y fut transportée, 



et c'est peut-être pour cela, nous venons de le dire, qu'ils 
furent requis par les Bethsamites. Les Hébreux, après la 
conquête , s'établirent à Cariathiarim , se mêlant à l'an- 
cienne population : on trouve son nom dans les généalo- 
gies de Juda, où sa fondation est attribuée à Sobal, des- 
cendant de Caleb, I Par., n, 50, et des familles qui s'y 
fixèrent sortirent « les Jethréens, les Aphuthéens, les 
Sémathéens, les Maséréens, desquels sont aussi venus 
les Saraïtes (habitants de Saraa) et les Esthaolites (ceux 
d'Esthaol) ». I Par., n, 53. L'arche d'alliance y fut emme- 
née dans les circonstances que nous avons rappelées 
(voir aussi Bethsamès 1, Histoire, t. î, col. 1735) et 
placée sur la colline de Gabaa, dans la maison d'Abina- 
dab, qui était probablement lévite, et dont le fils, Éléazar, 
fut constitué gardien du dépôt sacré. I Reg., vi, 21; vu, 
1-2. C'est à ce séjour que, suivant beaucoup de commen- 
tateurs, il est fait allusion dans ces paroles du Ps. cxxxi 
(hébreu : cxxxn), 6 : 

Voici que nous avons appris qu'elle était à Éphrata , 
Nous l'avons trouvée dans les champs de Yà'ar. 

La Vulgate a traduit, les derniers mots par « les champs 
de la forêt »; mais on s'accorde généralement à voir 
dans Sedê- Yà'ar le correspondant de Qinjat Ye'ârim. 
L'arche sainte resta à Cariathiarim jusqu'au moment où 
David, voulant l'amener à Jérusalem, la laissa pendant 
trois mois dans la maison d'Obédédom. II Reg., vi, 2-3; 
I Par., xin, 5.-7; II Par., i, 4. (Les textes des Paralipo- 
mènes nomment formellement Cariathiarim ; le passage 
parallèle du second livre des Rois, vi, 2, l'appelle Ba'âlè 
Yehûdâh, expression que nous avons expliquée à propos 
de Baala 1, t. i, col. 1322; la traduction des Septante, 
I Par., xni, 6, eîç itôXiv Aaufê, est une faute.) Jérémie, 
xxvi, 20-23, nous révèle le nom d'un prophète, Urie, fils 
de Séméï de Cariathiarim, qui annonça, comme lui, les 
malheurs de Juda. Le roi Joaldm, en ayant été informé, 
chercha à le faire mourir. Pour échapper à la colère 
royale, Urie s'enfuit en Egypte; mais le monarque en- 
voya des gens qui le ramenèrent à Jérusalem. Mis à 
mort , son corps fut enseveli sans honneur dans les tom- 
beaux du commun du peuple. Dans le dénombrement 
des Juifs qui revinrent de captivité, on compte sept cent 
quarante - trois enfants de Cariathiarim, Céphira et Bé- 
roth. I Esdr., n, 25; II Esdr., vu, 29. 

A. Legendre. 
CARIATHSENNA (hébreu : Qirijaf - Sannâh ; Sep- 
tante : ti6),iç ypafK.u.«TMv), ville de Juda. Elle n'est ainsi 
nommée qu'une fois, Jos., xv, 49, où le texte sacré nous 
apprend que c'est la même ville que Dabir. C'est proba- 
blement un ancien nom, comme celui de Cariathsépber, 
qui lui est quelquefois donné. Voir Dabir. Le mot Cariath 
signifie « ville » ; quant au mot senna ou sannâh, la signi- 
fication est incertaine. Les Septante l'expliquent par «ville 
des livres », comme ils l'ont fait pour Cariathsépher ; 
quelques commentateurs par « ville de la loi »; d'autres 
par « ville de la crête », c'est-à-dire placée sur le sommet 
d'une montagne; d'autres par « ville de Sannâli », per- 
sonnage inconnu; ou par « ville des palmes ». Cette der- 
nière explication est peu probable, car Cariathsenna était 
située dans les montagnes, Jos., xi, 21, qui ne sont pas 
propices au palmier. F. Vigouroux. 

CARIATH-SÉPHER (hébreu: Qiryaf-Sêfér, « ville 
du livre; » Septante: TrdXtç ypau.u.iïtoy, Jos., xv, 15, 16; 
Jud., i, 12; Kapiaôo-ôcpsp, 7to).iç ypa.imiTMV, Jud., i, 11), 
nom primitif de la ville de Dabir, Jos., xv, 15; Jud., i, 11, 
appelée aussi Cariathsenna, Jos., xv, 49. Ce nom ne 
parait que dans deux passages parallèles de la Bible , 
Jos., xv, 15, 16- Jud., I, 11, 12, où il est question de la 
prise de la ville par Othoniel, qui reçut en récompense 
la main d'Àxa, fille de Caleb. Dabir était dans la « mon- 
tagne » de Juda, Jos., xv, 49, et fut assignée aux enfants 
d'Aaron. Jos., xxi, 15. Les trois dénominations qu'elle 



279 



CARIATH-SÉPHER — CARIE 



280 



porte sont, comme sa position elle-même, l'objet de con- 
troverses. Pour nous en tenir à Cariath- Sépher, la ver- 
sion grecque n'a mis qu'une fois, Jud., i, 11, le nom 
propre, ajoutant l'explication littérale, iroXiç ypan^âTciv, 
« la ville des lettres, » qu'on trouve seule dans les autres 
endroits. Jos., xv, 15, 16; Jud., I, 12. La Vulgate a ajouté 
la même interprétation : « Cariath-Sepher, id est, civitas 
litterarum. » Jos., xv, 15; Jud., i, 11. La paraphrase chal- 
daïque traduit par Qiryat 'arkê, « la ville des archives, » 
comme si cette place eût été le dépôt des monuments 
littéraires de la nation chananéenne, et qu'elle eut con- 
servé les archives de la contrée. Cf. J. Levy, Chaldàisches 
Wôrterbuch , Leipzig, 1881, p. 64. Le Talmud de Baby- 
lone, Abodah Zarah, prenant le mot Debir dans le sens 
de « parole » ou « science », ramène à la même idée les 
deux noms de la ville. On y lit : « Les Perses appellent 
un livre debir, ce qui est une allusion au verset « le nom 
« de Debir était autrefois Kiryath Sépher. » Cf. A. Neu- 
bauer, La géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 127. 
Cette explication est sans fondement; mais les traditions 
juives, attestées par les Septante, ne sont probablement 
pas dénuées de valeur historique. La terre de Chanaan 
était située entre la Chaldée et l'Egypte, qui avaient en- 
semble de fréquents rapports. Dans ces deux pays, les 
lettres étaient très cultivées. Les découvertes de Tell el- 
Amarna, en Egypte, qui nous donnent les tablettes de 
correspondance des pharaons et renferment plusieurs 
lettres de leurs agents en Palestine, montrent que l'écri- 
ture était bien connue des habitants de ce dernier pays. 
■Cf. Palestine Exploration Fund , Quarterly State- 
inent, 1888, p. 281. Y avait-il aussi dans les villes et à 
■Cariath -Sépher en particulier, des collections d'archives, 
comme dans certaines villes d'Egypte et dans la plupart 
îles villes de Chaldée? C'est ce que des fouilles, qui n'ont 
pas encore été faites, pourront seules nous apprendre. — 
Certains auteurs pensent que Cariath -Sépher et Cariath- 
Senna renferment le nom d'un héros éponyme, Sépher 
ou Senna, d'où viendrait l'appellation de la ville, comme 
•on retrouve dans Cariath-Arbé le nom du fondateur d'Hé- 
î>ron. Cf. F. de Hummelauer, Commentarius in libros 
Judiciwi et Rulh, inr8°, Paris, 1888, p. 44. Cette étymo- 
iogie, possible pour Cariath -Senna, n'est pas probable 
pour le nom de Cariath -Sépher. Pour l'emplacement et 
la description, voir Dabir. A. Legendre. 

1. CARIE (Kapt'a), région de l'Asie Mineure. La Carie 
est indiquée parmi les endroits où furent envoyées parles 
Romains des lettres annonçant qu'ils prenaient le grand 
prêtre Simon et le peuple juif sous leur protection. 
I Mach., xv, 23. Elle était située à l'angle sud -ouest de 
l'Asie Mineure. La côte de Carie est coupée par des golfes 
profonds de la mer Egée, les golfes lassique, Céramique 
•et Dorique. Elle forme plusieurs presqu'îles rocheuses, 
dans lesquelles se trouvent des anses très nombreuses, 
■mais inhospitalières. Les lies adjacentes sont le prolon- 
•gement des chaînes de montagnes qui parcourent le pays. 
De toute antiquité, les Cariens apparaissent comme un 
peuple puissant sur la mer. Ils occupaient la plaine du 
Méandre, et les monts Messogis formaient leur limite 
du côté du nord. Au nord -est, la Carie confinait à la 
Phrygie; à l'est, sa limite était les monts Salbace, limite 
orientale du bassin du Calbis et la rivière du Glaucus. 
Voir la carte, fig. 80. 

Les Cariens sont appelés par les Grecs (Japêapôiiovot. 
Homère, Iliad., n, 867; Strabon, vm, 6,6; xiv, 2, 27. 
Leur origine est un problème. Tandis que quelques au- 
teurs les rangent parmi les Sémites, D. Wachsmuth, Die 
Stadt Athen, in-8°, Leip/.ig, 1874, p. 446, d'autres plus 
nombreux contestent cette opinion, E. Renan, Histoire 
générale des langues sémitiques! in-8°, Paris, 1863, t. i, 
p. 49 ; Schœmann, Antiquités grecques, trad. franc., Paris, 
1884, t. i, p. 2 et 102; Curtius, Histoire grecque, trad. 
franc., Paris, 1880, t. i, p. 57. Voir aussi Lassen, dans la 



Zeitschrift der morgenlândische Gesellschaft, t. x, 1856, 
p. 368; Neuen Jahrbûcher fur Philologie, 1861, p. 444. 
Ramsay, Journal of Hellenic studies, 1888, p. 360, pense 
qu'il y a eu deux couches successives de population, la 
première sémitique, la seconde grecque. En tout cas, 
c'était certainement un peuple très mélangé. 

Les migrations des Grecs, et en particulier des Ioniens, 
qui s'établirent sur la côte, repoussèrent les Cariens à l'in- 
térieur du pays, Strabon, vu, 7, 2; vm, 7, 1; et les villes 
de Milet et de Myonte, ainsi que leurs environs, sont dans 
le prolongement de l'Ionie sur la côte carienne. Les par- 
ties avancées dans la mer formèrent la Doride, ainsi 
nommée à cause des colonies doriennes qui y furent éta- 
blies. Alabanda, Mylasa, Halicarnasse, Tralles, Bargylia, 




L.TtailieMid* 



è — Ko ■ lio El 

80. — Carte de la Carie, 



Physcos et Cnide sont les principales. Sur la côte entou- 
rant ces villes dominaient les insulaires de Cos et de 
Rhodes. Les Cariens réfugiés dans les montagnes for- 
mèrent une confédération dont le centre fut le temple 
de Zeus Chrysaor. Strabon, xiv, 2, 25. 

La Carie lit partie du royaume lydien de Crésus, Héro- 
dote, i, 28, puis elle passa sous la domination des Perses, 
Hérodote, I, 174, et prit part à la révolte ionienne de 
499 avant J.-C. Hérodote, v, 119-121. Les Perses, après 
leur victoire, établirent une dynastie de princes cariens 
qui gouvernèrent sous leur suzeraineté et qui fixèrent 
leur résidence à Halicarnasse. Après la fin des guerres 
médiques, les villes grecques de la côte de Carie, ainsi 
que les îles adjacentes, entrèrent dans la confédération 
délienne. Il y eut une circonscription appelée le « Tribut 
carien », Kapixo; çôpo;. Corpus Inscript, atticarum, t. i, 
240. Thucydide, II, 9. La Carie retomba sous le joug des 
Perses à la suite du traité d'Antalcidas, en 387. Xéno- 
phon, Hellenic, v, 1, 31. Alexandre, dans son expédi- 
tion, entra en Carie, et pour récompenser la reine Ada, 
qui lui avait rendu la place forte d'Alinda, la rétablit 
sur le trône. Arrien, Anabase, i, 23; Diodore de Sicile, 
xvii, 24. La Carie devint ensuite une province des Séleu- 
cides. C'était sa situation au moment où fut écrite la 
lettre des Romains. I Mach., xv, 23. Après la défaite 
d'Antiochus, en 190, les Romains partagèrent la Carie 



281 



CARIE 



CARIOTH 



282 



entre Eumène, roi de Pergame, et les Rhodiens. Polybe, 
xxn, 27; Tite Live, xxxvo, 56; Appien, Syriaca, 44. Enfin* 
en 129 avant J.-C., la Carie fut annexée à la province 
romaine d'Asie. Cicéron, Pro Flacco , xxvn, 65. Voir 
Asie. 

Les Cariens sont représentés par les Grecs comme un 
peuple belliqueux. D'après Hérodote, i, 171, ces derniers 
leur empruntèrent une partie de leur équipement mili- 
taire, notamment les casques à aigrettes et les signes sur 
les boucliers. Lés rois égyptiens, et en particulier Psam- 
métique I er , les employèrent comme mercenaires. Héro- 
dote, H, 163; m, 11. Ils les établirent à Memphis, où ils 
devinrent la souche de ces interprètes que les écrivains 
grecs appellent Kapotietiçtuai. Polyen, Stratag., vu, 3. 
On a trouvé un certain nombre d'inscriptions cariennes 
en Egypte, à Memphis, à Ipsamboul , à Abydos, etc. Voir 
D. Mallet, Les premiers établissements des Grecs en 
Egypte, dans les Mémoires publiés par les membres de 
la mission archéologique française du Caire, t. xii 1 , 
année 1893, p. 41, 42, 72, 89, 91, 323, 433, 443, etc. De 
même la garde des rois de Lydie comprenait des Cariens. 
Plutarque , Quest. Rom, , xlv. Certains auteurs ont émis 
l'opinion bien peu vraisemblable que les Câri qui figurent 
dans la garde d'Achab et d'Athalie étaient des Cariens. 
IV Reg. , xi, 4. Mallet, loc. cit., p. 42, note 2. Voir CÉ- 

RÉTHIENS. 

La partie la plus fertile de la Carie est la vallée du 
Méandre et de ses affluents, le Marsyas et l'Harpasus. 
Abstraction faite de cette plaine et de quelques parties 
de côte , le pays tout entier est formé de montagnes et de 
collines entrecoupées de vallées peu larges. Nombreuses 
y sont les forêts de chênes et de pins et les pâturages où 
se nourrissaient les troupeaux de moutons qui fournis- 
saient la laine de Milet. Les vallées produisaient des cé- 
réales; on y cultivait aussi des figuiers et des oliviers, et 
sur certains coteaux la vigne , qui produisait d'excellent 
vin, notamment aux environs de Cnide. En dehors des 
villes grecques de la côte et des îles , les principales cités 
étaient Mylasa, Tralles, Nysa, Caunes, Alabanda, Alinda, 
Antioche sur le Méandre, Aphrodisiade et Stratonicée. — 
Sur la Carie, voir les ouvrages indiqués à l'article Asie 
(province romaine), et A. Kiepert, Manuel de géogra- 
phie ancienne, trad. franc., Paris, in -8°, 1887, p. 70; 
Ch. Texier, Asie Mineure, dans Y Univers pittoresque, 
Paris, 1863, t. n, 1. ix, p. 625; Bulletin de correspon- 
dance hellénique, t. i, 1877, p. 361-365; t. iv, 1880, 
p. 315; t. ix, 1885, p. 468. E. Beurlier. 

2. CARIE DES CÉRÉALES. Hébreu : Siddàfôn, Deut., 
xxviii, 22; III Pieg., vin, 37; II Par., vi, 28; Amos, iv, 9; 
Agg., H, 17; Septante : àv^jj-oiOopia, Deut., xxvm, 22; 
Il Par., vi, 28; è|iTtupia[i.6ç, III Reg., vm, 37; uûpioaiç, 
Amos, iv, 9; içopi'oc, Agg., n , 17 ; Vulgate : aer corrup- 
tus, Deut., xxvm, 22; III Reg., vm, 37; eerugo, II Par., 
vi, 28; ventus urens, Amos, iv, 9; Agg., n, 18. On 
trouve une fois, dans l'hébreu, sedêfâh, IV Reg., xix, 
26; Septante : itâ-n)f;.a; Vulgate : arefacta est, et au lieu 
parallèle, Is., xxxvn, 27, sedêmàh, avec un -2, mem, 
mis par erreur pour un s, phé; Septante : 'i^guin-iç,; Vul- 
gate : exaruit. Cf. le participe sedûfôf, Gen., xli, 6, 23, 
27; Septante : àvsiiôipëopoi ; Vulgate : percussx uredine, 
vento urenle percussx. 

I. Description. — On désigne sous le nom général de 
« carie » des maladies causées chez les céréales par le 
développement de champignons particuliers, qui produi- 
sent des déformations et des destructions de tissus. Ils 
déterminent une hypertrophie formant dans l'ovaire de 
la fleur des boursouflures plus ou moins grandes, qui 
crèvent et laissent sortir au dehors les spores arrivées à 
maturité. Ces déformations atteignent aussi , mais plus 
rarement, les autres organes floraux ou une portion 
quelconque de la tige. Les champignons qui causent ces 
maladies appartiennent à la famille des Ustilaginées. On 



désigne plus spécialement sous le nom de « carie », et 
surtout de « carie du blé », la maladie du caryopse, ou 
grain, causée par le champignon du genre Tilletia; c'est 
l'Uredo caries des anciens botanistes. — Les causes qui 
engendrent la carie du blé paraissent provenir d'un 
abaissement de température à l'époque de la floraison, 
et surtout des alternatives de rosées abondantes avec des 
coups de soleil ardents; on l'attribue aussi à la nature et 
à la constitution du sol sur lequel croît le blé : terres trop 
riches en agents de fertilisation, disproportion entre telle 
ou telle espèce de matière minérale, terreuse, etc. — Voir 
Prévost, Mémoire sur la cause immédiate de la carie, 
ou charbon des blés, in-4°, Montauban, 1807; Philippart, 
Traité sur la carie, le charbon, l'ergot, la rouille et 
autres maladies des céréales, in-8°, Paris, 1842. 

M. Ga^doger. 

II. Exégèse. — Dans les fléaux dont Moïse, Deut., 
xxvm, 22, menace le peuple, s'il devient infidèle à Dieu, 
est compris le siddàfôn. Salomon, III Reg., vm, 37; 
II Par., vi, 28, dans sa prière à l'occasion de la dédicace 
du temple, renouvelle les mêmes menaces. Dieu, en effet, 
affligea son peuple de ce fléau. Amos, iv, 9; Agg., il, 18 
(hébreu, 17). Ce fléau est toujours uni au yêrâqôn, qui est 
certainement la rouille des céréales. D'après son étymolo- 
gie, sàdaf, « brûler, noircir, » le siddàfôn paraît bien être 
une autre maladie des céréales, le charbon ou la carie. La 
Genèse, xli, 6, 23, 27, nous indique que cette maladie 
est produite par le vent d'est, le qâdim. Le Charbon et la 
carie sont produits ainsi par de brusques changements 
de température. Il serait difficile de déterminer laquelle 
des deux maladies est désignée par le mot siddàfôn; 
comme ces deux maladies ont des effets communs, il est 
probable que les Hébreux les désignaient par le même 
nom, comme souvent les cultivateurs de nos jours. 

E. Levesqbe. 

CARIOTH (hébreu : Qeriyôt , « les villes »), nom de 
deux villes, l'une appartenant à la tribu de Juda, l'autre 
au pays de Moab. 

1. CARIOTH (hébreu: Qeriyôt; Septante: a? icô).siç), 
ville de la tribu de Juda, mentionnée une seule fois dans 
l'Écriture, Jos., xv, 25; elle fait partie du premier groupe, 
celui des cités les plus méridionales. Plusieurs difficultés 
se rencontrent ici. La Vulgate distingue Carioth du mot 
suivant, Hesron, qui représente ainsi une localité diffé- 
rente ; mais en hébreu les deux noms doivent être unis , 
Qeriyôt Hésrôn. C'est ainsi que l'ont compris les Sep- 
tante : ai itôXei; 'Aaspiiv, « les villes d'Aserôn; » la ver- 
sion syriaque : qûriaf Hesrûn, « la ville d'ilesron, » et 
vraisemblablement la paraphrase chaldaïque, qui suit le 
texte original. On peut ajouter à cela l'absence du vav 
copulatif devant Hésrôn, particule qui, dans cette pre- 
mière énumération, ne fait défaut qu'au commencement 
des groupes particuliers, comme devant Ziph, f. 24, et 
Amam, f. 26, et devrait se trouver ici, s'il s'agissait d'un 
endroit distinct. Reste à savoir maintenant de quelle na- 
ture est le mot Qeriyôt. Quelques-uns en font un nom 
commun et lisent , comme le grec et le syriaque : « les 
villes d'Hesron. » D'autres, admettant la même interpré- 
tation, préfèrent traduire: « les ravins d'Hesron, » parce 
que l'hébreu qeriyâh répond à l'arabe qaraiya, « ravin ; » 
dans ce cas, s'il est vrai que Hesron se retrouve vers le 
Djebel Hadiréh, tout à fait au sud de la Palestine, Asor 
(hébreu : Hàsôr) ou « la forteresse », qui est identique 
à Carioth -Hesron, Jos., xv, 25, pourrait être la tour si- 
gnalée par Palmer près d'un lieu ruiné, le long de la passe 
occidentale du plateau. Cf. Keil, Josua, Leipzig, 1874, 
p. 125. — Un certain nombre d'auteurs regardent comme 
plus naturel de reconnaître ici un nom propre composé, 
Cariolh-Hesron, semblable à Asergadda (hébreu : Hâsar- 
Gaddâh), y. 27, et Hasersual (hébreu : Hâsar-Sû'al), 
y. 28, et le sens du texte : û Qeriyôt Hésrôn hV Hàsôr, 
est celui-ci: « et Carioth -Hesron qui est la même que 



283 



CARIOTH 



284 



(ou s'appelait auparavant) Asor. » Cf. Jos., xv, 49. La ville 
subsisterait alors dans le Kltirbet él-Qouréitéin, au sud 
d'Hébron. Voir la carte de la tribu de Juda. Cf. Robin- 
son, Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856, 
t. n, p. 101, note 1 ; Van de Velde, Memoir to accompany 
the Map of the Holy Land, Gotha, 1858, p. 328. Il est 
vrai que le nom actuel ne renferme plus que la première 
partie de l'antique dénomination ; mais la seconde a bien 
pu disparaître, ou la ville pouvait s'appeler simplement 
Carioth, suivant la remarque de Reland, qui donne des 
exemples du même fait tirés de la Belgique, Palsestina , 
Utrecht, 1714, t. n, p. 700. Qu'on accepte cette explica- 
tion ou qu'on adopte la leçon de la Vulgate, il est certain 
qu'il y a correspondance exacte entre les deux noms : 
l'arabe l ^^S, Qouréitéin, est un duel, signifiant « les 
deux villes, » représentant ainsi l'hébreu a'nnp, Qiryâfaim, 
qui est parfois remplacé par le pluriel ninp, Qeriyô{. 

Voir Cariathaïm 1. Cf. 6. Kampffmeyer, Alte Namen 
im heuligen Palàstina und Syrien, dans la Zeistchrift 
des deutsclien Palàstina-Vereins , Leipzig, t. xvi, 1893, 
p. 64. La position est-elle conforme aux données scriptu- 
raires? Le crémier groupe des possessions de Juda, Jos., 
xv, 21-32, comprend tant d'inconnues, qu'il ne peut nous 
fournir aucun renseignement précis. Par sa situation, 
Khirbet el- Qouréitéin semblerait plutôt appartenir aux 
cités de « la montagne », Jos., xv, 48-60; cependant ce 
premier district est si étendu, qu'il pouvait, au nord, 
atteindre ce point, aussi bien qu'il parvenait jusqu'à 
Khirbet Oumm er - Roummâmim , site actuel de l'an- 
cienne Remmon. Jos. , xv, 32. Les deux endroits les 
mieux connus et les plus rapprochés, entre lesquels est 
mentionnée Carioth - Hesron , sont Adada (aujourd'hui 
El-'Ad'àdah, à quelque distance à l'ouest de la mer 
Morte) et Molada (Khirbet el-Milh). Jos., xv, 22, 26. 

M. V. Guérin, Judée, t. m, p. 180, décrit ainsi Khirbet 
el- Qouréitéin : « Les ruines de cette antique cité couvrent 
un espace d'au moins dix- huit cents mètres de tour. On 
distingue encore la direction de plusieurs rues. Les mai- 
sons, dont les vestiges jonchent partout le sol, paraissent 
avoir été construites avec des matériaux assez régulière- 
ment taillés; la plupart d'entre elles s'élevaient au-dessus 
de caveaux pratiqués dans le roc. A l'extrémité occiden- 
tale de l'emplacement qu'occupait la ville, je remarque 
les restes d'une église chrétienne, formant extérieurement 
un rectangle tourné de l'ouest à l'est. Des amas de belles 
pierres de taille en marquent les contours. Elle mesurait 
trente pas de long sur dix-sept de large, et était précédée 
d'un atrium carré, ayant dix-sept pas en tous sens. » — 
On croit généralement que Carioth est la patrie du traître 
Judas. L'épithète 'Iffxapiuytriî, Iscariote, ajoutée à son 
nom, pour le distinguer de saint Jude, semble bien une 
expression calquée sur l'hébreu ni-np-WN, 'IS-Qeriyôt, 

« i'homme de Carioth, » équivalant à Cariothensis , à™ 
KspiûiTou, comme on lit dans l'Évangile de saint Jean, 
VI, 71, d'après plusieurs manuscrits. C'est ainsi que Josèphe, 
Ant. jud., VII, vi, 1, voulant désigner un individu natif 
de Tob, l'appelle "IcttwSo;, comme il eût dit en hébreu 
'Is-Tôb, « l'homme de Tob. » Cf. Fillion, Évangile selon 
saint Matthieu, Paris, 1878, p. 195. A. Legendre. 

2. CARIOTH (hébreu: Qeriyôt, Jer., XLVin, 24; avec 
l'article : haq-Qeriyôt, Jer., xlviii, 41; Am., H, 2; Sep- 
tante : KapiM8, Jer., xlviii, 2i, 41; twv ttoXewv ofjxîi;, 
Am., H, 2), une des villes de Moab contre lesquelles Jé- 
rémie, xlviii, 24, il, et Amos, n, 2, lancent les menaces 
divines. « Le jugement de Dieu est venu» sur elle, comme 
sur Dibon, Cariathaïm, Bethgamul, Bosra, et d'autres; 
elle sera prise, et ses remparts seront détruits; le feu 
consumera ses palais. L'article placé devant le mot Jer., 
xlviii, 41; Am., n, 2, pourrait faire croire à un nom 
commun, « les villes, » et c'est ainsi qu'ont traduit les 



Septante, Am., H, 2; pour être conséquents, ils auraient 
du rendre de même le second passage de Jérémie , 
xlviii, 41, où cependant ils ont vu un nom propre. Avec 
la Vulgate, la Peschito et la plupart des commentateurs, 
nous reconnaissons dans nos trois textes la même ville 
de Moab, qui d'ailleurs, dans le premier, est incontesta- 
blement une localité distincte. La difficulté maintenant 
est de trouver son identification. J. L. Porter, Five years 
in Damascus, Londres, 1855, t. h, p. 191-195, pense 
qu'elle subsiste encore dans le village actuel de Qou- 
réiyéh, situé à la base sud-ouest du Djebel Hauran, entre 
les deux ouadis Zêdy et Abou Ilamâqa. Cette opinion est 
pour nous absolument inadmissible. L'auteur a été trompé 
par la similitude de certains noms. Croyant avoir retrouvé 
Bosra de Moab, Jer., xlviii, 24, dans la Bosra du Hau- 
ran, l'ancienne Bostra des Grecs et des Romains, et 
Bethgamul, Jer., xlviii, 23, dans Oumm el-Djemâl, au 
sud-ouest de la précédente, il était naturellement amené 
à confondre Carioth avec Qouréiyéh, au nord-est de 
Bosra. Mais plusieurs raisons renversent complètement 
cette théorie. D'abord Jérémie ne parle, dans son énumé- 
ration, que des villes de « la plaine » (hébreu : ham- 
mïsôr), f. 21, c'est-à-dire des plateaux qui s'étendent à 
l'est de la mer Morte, et parmi elles les plus connues 
nous maintiennent précisément dans un certain rayon 
au nord de l'Arnon : Dibon (aujourd'hui Dhibàn) , Ca- 
riathaïm (Qoureiyât), Bethmaon (Ma'in). Ensuite aucun 
témoignage ne nous prouve que le pays de Moab se soit 
étendu si haut vers le nord ; nous avons tout heu de 
croire, au contraire, qu'il n'allait guère au delà de la 
pointe septentrionale de la mer Morte. Enfin nous avons 
montré que Bethgamul correspond bien plus justement 
à D) email, à quelque distance au nord-est de Dibon, et 
que Bosra de Jer., xlviii, 24, ne peut être assimilée à 
Bosra du Hauran. Voir Bethgamul, t. i, col. 1685; Bo- 
sor 1, t. i, col. 1856. — Seetzen, Heisen durch Syrien, 
Palàstina, etc., édit. Kruse, Berlin, 1854, t. n, p. 3i2, 
place Carioth à Qoureiyât (qu'il écrit Kôrriât). au sud 
du Djebel Attarous, là où nous avons reconnu le site de 
Cariathaïm. Voir Cariathaïm 1. Cette identification serait 
acceptable dans l'opinion de ceux pour qui Cariathaïm 
est Et- Teim, au sud-sud-ouest de Mâdeba; mais nous 
avons donné les raisons qui nous empêchent d'admettre 
ce sentiment. D'un autre côté, il est impossible de con- 
fondre en une seule les deux cités moabites, que Jéré- 
mie,' xlviii, 23, 24, et la stèle de Mésa, lignes 10, 13, 
distinguent nettement. — Tristram, The Land of Moab, 
Londres, 1874, p. 99, 276, signale auprès de Kérak une 
localité du nom de Kureitun; mais elle est trop éloignée 
du rayon dans lequel l'Écriture semble renfermer Ca- 
rioth , à moins qu'on n'applique à cette dernière les 
paroles du prophète, dans le même verset : « celles [les 
villes] qui sont au loin, comme celles qui sont auprès. » 
Jer., xlviii, 24. Nous ne pouvons faire ici que des sup- 
positions? 

Plusieurs auteurs coupent court à ces difficultés en 
faisant de Carioth un synonyme de 'Ar, l'ancienne capi- 
tale de Moab (aujourd'hui Er-Rabbah, à peu près à 
moitié chemin entre Kérak et l'Arnon); la forme plurielle 
Qeriyôt indiquerait que la ville se composait de deux ou 
plusieurs parties principales. Les arguments à l'appui de 
cette thèse sont les suivants: 1° Là où, parmi les cités 
de Moab, figure la capitale, 'Ar, comme dans la liste des 
possessions de Ruben, Jos., xm, 16-21, et dans la pro- 
phétie contre Moab, Is., xv, xvi, on ne rencontre pas 
Carioth ; là, au contraire, où Carioth est nommée comme 
la ville la plus importante, Am., n, 2, et mise au nombre 
des grandes villes du pays, Jer.. xlviii, 'Ar n'est pas men- 
tionnée. — 2° Carioth désigne bien la capitale de la con- 
trée : dans Amos, n, 2, par exemple, elle ne peut être 
considérée- que comme telle, d'après le plan même de 
toute la prophétie; Jérémie, xlviii, 24, nous montre dans 
Carioth et Bosra deux places très considérables, où élait 



285 



CARIOTH — CARITH (TORRENT DE) 



286 



renfermée la force de Moab, et au f. 41 la prise de Ca- 
rioth équivaut à la perte des forteresses, sa chute fait 
défaillir le cœur des vaillants de Moab, aussi bien que 
celle de Bosra anéantit le courage des héros d'Idumée. 
Jer., xlix, 22. Cf. Keil, Jeremia, Leipzig, 1872, p. 467-468. 
Les difficultés que nous venons d'énumérer nous per- 
mettent de suspendre notre jugement. — Au point de 
vue historique, il est certain, d'après ce que nous avons 
dit, que Carioth était une place forte de Moab. Il en est 
question du reste dans la stèle de Mésa. Après avoir re- 
laté la prise d'Astaroth, le roi ajoute , lignes 12, 13 : « Et 
j'emportai de là l'ariel (?) Dodo et je le [pla-]çai par 



Les Juifs de Djôbar, village qui est à une demi -lieue de 
Damas, au nord-est, montrent, attenant à leur synagogue, 
une petite chambre qui aurait été la cachette du pro- 
phète; la rivière qui coule un peu plus bas serait le nahal 
Kertt. Cette tradition avait déjà cours parmi les Juifs de 
ce pays dans la première moitié du XVII e siècle, puisque 
Quaresmius la signale dans VElucidatio Terrée Sanctœ, 
lib. vu, peregr. vi, c. vi, édit. du P. Cyprien de Trévise, 
Venise, 1881, t. n, p. 662-66i. On ne la tx-ouve pas aux 
siècles antérieurs, et elle est évidemment en contradic- 
tion avec les indications bibliques. — Le P. Burkard du 
Mont-Sion, au xm e siècle, indique le torrent de Carilh 



tffcTÉ* 




SI. 



Ouadi El-Kelt. D'après une photographie. 



terre devant Chamos à Carioth. Et j'y ils habiter les 
hommes de Savon... » Cf. A. Héron de Villefosse, Notice 
des monuments provenant de la Palestine et conservés 
au musée du Louvre, Paris, 187&, p. 2, 3; F. Vigouroux, 
La Bible et les découvertes modernes, 5 e édit., Paris, 
1889, t. iv, p. 61. — On a supposé que Carioth était iden- 
tique avec Cariath Husoth. Nu m. xxii, 39. Voir Caruth 
Kusoth. A. Legendre. 

CARITH (TORRENT DE) (hébreu : nahal Kerît; 
Septante: -/ei|jiâppo\i; Xoôpi6), vallée où se tint caché 
le prophète Elie pendant toute la sécheresse de trois ans 
qui désola le pays d'Israël, sous le règne du roi Achab. 
Elle était située « à l'orient » du royaume de Samarie et 
« en face du Jourdain ». « Quitte ce pays, dit le Seigneur 
à Élie, dirige-toi à l'orient, et cache-toi dans le torrent 
de Carith, qui est en face du Jourdain. » 111 Reg., xvn, 3. 



près de Phésech ( Phasaëlis ), qui est à quatre lieues (seize 
kilomètres) plus au nord que Jéricho. Descriptio Terras 
Sanctœ, édit. Laurent, Leipzig, 1873, p. 57. Marino Sanuto, 
en 1310, répète l'indication du P. Burkard. Liber san- 
ctorum jidelium crucis, Bongars, t. il, p. 247. Le géo- 
graphe Cellarius semble l'accepter. Notitise orbis antiqui, 
Leipzig, 1706, t. H , p. 613. Van de Velde l'adopte pleine- 
ment. Le pays d'Israël, in-f°, Paris, 1858, p. 73; ibid., 
dessin 74 et carte du pays d'Israël , où l'ouadi Fasaïl est 
appelé torrent de Kerith. On ne voit pas sur quels fonde- 
ments repose cette identification. — Robinson propose 
d'identifier le Carith avec l'ouadi el-Kelt (flg. 81). Biblical 
Researches in Palestine, Boston, 1841, t. n, p. 288, note 2. 
M'J r Mislin, Les Saints Lieux, 1858, t. m, p. 131; Victor 
Guérin, Description de la Samarie, 1. 1, p. 29-31, et après 
eux la plupart des palestinologues et des voyageurs mo- 
dernes ont partagé cet avis. Le Kelt ou Kélet commence 



287 



CARITH (TORRENT DE) — CARMEL DE JUDA 



288 



à la fontaine du même nom, 'Aïn-el-Kelt, un peu à l'est 
du point de jonction des deux vallées de Fârah et de 
Soueînît. Les rochers à pic qui le resserrent dans la 
première partie de son cours sont percés de grottes nom- 
breuses, très aptes à cacher des fugitifs. Il débouche dans 
le Gliôr, ou vallée du Jourdain, à deux kilomètres au sud 
du mont de la Quarantaine, en face de Jéricho; passe au 
midi de cette localité et de Tell-Djeldjel, et aboutit au 
Jourdain à un kilomètre plus bas que Qasr-el-Yahoud ou 
le couvent de Saint-Jean-le-Précurseur. — Les motifs de 
cette identification sont la similitude des noms, le récit 
de l'historien Josèphe et les témoignages des anciens. Il 
n'est guère contestable que Kelt ou Kélet ait pu dériver de 
Kerit par la transformation du i, r, en h, l. Josèphe traduit 
ainsi le passage de l'Écriture relatif à la retraite d'Élie : 
ovejjûpTjGôv s!; Ta Ttpo; v6tov (ilpr) , « il se retira dans les 
régions du côté sud. » Ant.jud., Vlll, xm, 2. En tradui- 
sant le mot qédéni par veto; (sud), l'historien l'aurait fait 
rarce que ce mot est susceptible de ce sens, et qu'une 
tradition positive lui aurait appris que le lieu de la re- 
traite du prophète était au sud de la Samarie ou au sud-est. 
Le souvenir du séjour du prophète dans l'ouadi Kelt est 
encore conservé par le pèlerin Antonin de Plaisance , au 
vi e siècle, qui indique non loin de ' Aïn-Hadjelah la vallée 
où se cacha Élie. De Locis Sanctis, édit. Orient latin, 
Jtinera latina, t. i, p. 97. Ziegler, en 1532, marque le 
Cherith au C6°7' de longitude et 32° 1' de latitude nord, 
au sud de Galgala. Palssstina, Strasbourg, 1532, fol. xxxiii. 
La valeur de ces raisons est atténuée par les conclu- 
sions qui résultent des faits suivants. Jean Mosclun, au 
\u- siècle, dans le Pratum spirituale, t. lxxxvii , part. 3, 
col. 2852-2853, indique le Carith « tout à côté, à gauche » 
de la grotte de Saint-Jean- Baptiste , dite de Sapsas, située 
a l'orient du Jourdain et non loin de l'église du Baptême 
du Seigneur; Voir Bethabara, t. i, ocl. lt>48. Ce serait 
l'ouadi Kefrein. Cette tradition subsistait encore au 
xn e siècle, comme le prouve le témoignage de l'higou- 
mène russe Daniel. Ibid. 

Au IV e siècle, on montrait déjà, mais plus au nord, 
le « torrent de Chorath au delà du Jourdain », Xoppa 
"/£t[iâppouç iTTÉxeiva toO 'lopôàvou. Eusèbe, Onoma- 
sticon, édit. de Larsow et Parthey, Berlin, 1862, p. 372. 
Saint Jérôme rend ce passage de manière à ne laisser aucun 
doute sur son identité avec le Carith : « Chorath, au delà 
du Jourdain, où se cacha Élie, vis-à-vis du même fleuve. » 
De locis hebraicis, t. xxm, col. 889. Quelques personnes 
ont pensé que le torrent désigné par ces Pères pourrait 
être l'ouadi Qeleit (k-J>£ ^>U), dont les eaux se dé- 
versent dans le Chéri' at-el-Menadiréh ou Yarmouk, à 
près de trente-deux kilomètres à l'est du Jourdain. Cf. 
Gottlieb Schumacher, The Jaulân, Londres, 1888, p. 266, 
et Map of the Jaulân; Id., Northern 'Aijlûn, Londres, 
1890, p. 117, et Map of a part of the Kada Irbid or 
Northern 'Ajlùn. Le récit de la pèlerine du iv e siècle, 
sainte Sylvie d'Aquitaine, ne permet guère d'accepter ce 
sentiment. Elle visite Salem, la ville de Melchisédech, 
puis Énon, où saint Jean baptisait. Cet Énon parait être 
celui désigné par l'Onomasticon à huit milles, ou neul 
kilomètres, au sud de Bethsan, probablement, Oumm-el- 
'Amdàn. D'Énon elle veut se rendre au pays de Job. En 
y allant, elle s'écarte un peu de sa voie pour visiter Thisbé, 
la patrie du prophète Élie. « Continuant notre chemin, 
ajoute-t-elle, nous vîmes à notre gauche une grande et belle 
vallée envoyant au Jourdain les eaux d'un torrent abon- 
dant. Dans la vallée nous aperçûmes un monastère... On 
nous dit : « C'est la vallée de Corra, où se retira saint Élie 
« de Thisbé, au temps du roi Achab. » Gamurrini, San- 
cHe Sylvise Aquit. Peregrinatio ad Loca Sancta, Rome, 
1887, p. 60-61. Si, comme nous le croyons, Thisbé est 
pour la pèlerine l'endroit appelé aujourd'hui Estheb ou 
Lestheb , qui est à moins de deux kilomètres de lati- 
tude plus au sud que 'Oumm-el-'Amdàn (voir Thisbé), 



la vallée qu'elle voit bientôt à sa gauche, en reprenant la 
direction du Hauran, le pays de Job, paraît être l'ouadi 
Yàbis. C'est une vallée profonde et peu large. D-as ro- 
chers perpendiculaires la ferment à droite et à gauche, 
sur une grande partie de son étendue. Comme au Kelt, 
leurs flancs recèlent de nombreuses grottes qui paraissent 
avoir servi de cellules aux ermites d'une laure semblable 
à celles de Phara ou de Màr-Saba. Le ruisseau aux eaux 
limpides et abondantes qui la parcourt est bordé de pla- 
tanes et de lauriers-roses. Les nombreux canaux que la 
main de l'homme en fait dériver arrosent en maints en- 
droits des vergers d'arbres fruitiers, orangers, citronniers, 
pommiers, etc., au milieu desquels se perdent quelques 
habitations. Il se jette dans le Jourdain à environ douze 
kilomètres plus au sud que Bethsan. Comme il est certain 
qu'une multitude de noms et de souvenirs existaient en 
Terre Sainte, au iv e siècle, qui se sont perdus ou dété- 
riorés depuis, il est incontestable qu'Eusèbe , saint Jérôme 
et sainte Sylvie étaient plus en état que les voyageurs des 
siècles suivants et que nous-mêmes de discerner le vrai 
Carith. Josèphe, il est vrai, qui est Juif et plus ancien, 
semble les contredire; mais il ne faut pas perdre de vue 
que les écrivains hébreux donnent fréquemment aux 
mots grecs et latins des sens plus ou moins différents de 
ceux qu'ils ont chez les Hellènes ou les Romains. Et Re- 
land, après Keuchen, fait remarquer que le mot v6toç, 
qui chez les Grecs signifie « sud », est employé chez les 
écrivains sacrés du I er siècle avec la signification de 
Qédém. Palxstina illustrata, Utrecht, 1714, t. i, p. 293. 
Or le mot qédém, pour l'orientation, a chez les Hébreux 
le sens constant d' « orient » ; d'où il appert que si l'his- 
torien juif n'est pas en contradiction avec l'Écriture , sa 
phrase àvE^œpYjfrev eï; Ta îtpbç vôtov (Aépï] , ne saurait si- 
gnifier : « il se dirigea vers le pays qui est du côté du 
levant. » En résumé , sainte Sylvie, exprimant les indica- 
tions de la tradition locale, semble désigner l'ouadi Yàbis 
comme le Carith. Les données de l'Écriture ne sont pas 
contraires à cette identification, ce que l'on ne peut dire 
ni pour Djôbar, ni pour l'ouadi Phasaïl, ni pour l'ouadi 
el-Kelt. L. Heidet. 

CARMEL, nom d'une ville et de deux montagnes. 

1. CARMEL (hébreu : Karmél ; Septante : XepjjiéX), 
ville de la tribu de Juda. Son nom apparaît pour la pre- 
mière fois Jos., xn, 22, dans la liste des trente et un rois 
vaincus par Josué. Jochanan, roi de Carmel, figure parmi 
eux. Dans le partage du pays conquis , cette ville est 
nommée, Jos., xv, 55, avec Maon, Ziph et Jota. Elle dut 
recevoir son nom de la montagne sur laquelle elle était 
bâtie. Au iv« siècle , on trouvait un très grand village ap- 
pelé Chermekaou Chermel (XEpjrJXa, Xepficaa, XapiiéÀ), 
non loin d'Hébron, au sud, inclinant à l'est, à dix milles, 
dans la Daroma, près de Ziph. Les Romains y avaient bâti 
un fort où ils entretenaient un détachement de soldats. 
Eusèbe et saint Jérôme , De situ et nominibus locoruw, 
hebraicorum, au mot Carmelus, t. xxm, col. 887. Cf. Eu- 
sèbe, Onomasticon, édit. Larsow et Parthey, Berlin, 1862, 
p. 198-199, 252-253, 368-369, aux mots Zsië , Kàpiiù.oi et 
Xap[ié). ; Théodoret, Comment, in I Reg., quoest. 59, 
t. lxxx, col. 585; Procope de Gaza, In I Reg., c. xxv, 
t. lxxxvii, col. 1112; Nolitia dignitatum imperii Ro- 
mani, sect. 21, citée par Roland, Paleestina, p. 695. Au 
xii a siècle, Carmel n'était plus qu'un petit village. Le roi 
Amaury, redoutant l'attaque de Saladin, vint s'y établir 
à cause de la grande abondance d'eau; « car il y avait là 
une antique piscine de très grandes dimensions, qui pou- 
vait suffire à l'usage de toute l'armée. » Guillaume de Tyr, 
Historia rerum transmarinorum , 1. xx, c. xxx, t. ccn T 
col. 880. Aujourd'hui, Carmel n'est plus habité; mais son 
nom demeure attaché à ses ruines, appelées par les Arabes 
Khirbet-Kermel (fig. 82). On les trouve à environ quinze 
kilomètres (dix milles) au sud d'El-Khalil (Hébron), tant 



289 



CARMEL DE JUDA 



290 



soit peu vers l'est. Elles occupent un grand espace et se 
développent en amphithéâtre sur le versant oriental de la 
montagne du même nom, autour d'une vallée appelée 
Ouadi Schahâdi. D'innombrables citernes creusées dans 
le roc, remontant à l'époque judaïque, sont dispersées au 
milieu des ruines et aux alentours. Plusieurs restes de 
constructions assez vastes, formées de belles pierres de 
taille, datent probablement du temps de la domination 
romaine. Trois églises ruinées, de grandeur médiocre, 
viennent sans doute de la période byzantine. Elles étaient 
à trois nefs, ayant chacune trois absides du côté de 
l'orient. Leurs colonnes gisent brisées sur.le sol. Vers le 
milieu des ruines et à la partie la plus élevée, se dresse 
un castel ruiné, de forme carrée, de douze mètres envi- 
ron de côté. Le rez-de-chaussée et l'étage qui reste sont 



gique de la Palestine, Judée, t. ni, p. 166-170; Ed. Ro- 
binson, Biblical Researches in Palestine, 3 in-8°, Bos- 
ton, 1841, t. h, p. 193-202. L. Heidet. 

2. CARMEL (hébreu : Kàrmél; Septante : Kcrp!J.y,).ov 
et xa Kâp[iï\)iov), territoire dans la tribu de Juda. Il était 
situé dans le sud, du côté de l'Idumée, dans le voisinage 
de Maon. C'était une région de pâturages. 1 Reg., xv, 12; 
xxv, 7. Saint Jérôme l'appelle constamment une mon- 
tagne. Comment, in Amos, c. i, 2; ix, 3, t. xxv, col. 993 
et 1087; JnJsai., xxix,17, t. xxiv, col. 335 Le même Père, 
In Amos, loc. cit., doute si le prophète, par les paroles 
« vertex Carmeli », ro's hak - Karmél , désigne le grand 
Carmel ou le Cavmel de Juda. Les commentateurs l'ont 
plus généralement entendu, et c'est le plus probable, du 




; 2. — Ruines de Carmel de Juda. D'après une photographie de M. L. Hetdet. 



recouverts de grandes voûtes en ogives ; plusieurs pierres 
sont taillées en bossages, comme dans un certain nombre 
•des monuments restant de l'époque des croisades. Au bas 
des ruines, dans la vallée, est un birket (piscine) de qua- 
rante mètres de longueur et plus de vingt de largeur. 11 
était comblé par les terres qu'y avaient entraînées les 
pluies de l'hiver. Les habitants de Yetta, qui se sont 
mis en possession de tout le territoire de Kermel, vien- 
nent de le remettre en état de servir à son antique usage. 
A cinquante pas au nord , une source assez abondante 
sort du rocher et s'écoule, par des canaux, dans des 
puits creusés près de là. Les Arabes y amènent leurs 
troupeaux pour les abreuver et viennent de très loin y 
faire leurs provisions d'eau. Plusieurs tombeaux taillés 
dans le roc, suivant l'usage ancien, environnent les 
ruines. A six kilomètres au nord du Khirbet - Kermel , 
près de la route d'Hébron , on trouve la ruine appelée 
Tell ez-Zif; le village toujours habité de Yetta est à cinq 
kilomètres au nord -ouest, et à moins de deux kilomètres 
vers le sud-est, on atteint le Kirbet-Ma'în, voisin du Tell 
du même nom — Voir Victor Guérin, Khirbet-Karmel, 
-dans Description géographique, historique et archéolo- 
DICT. DE LA Bit LE. 



premier. — Saûl , à son retour de son expédition contre 
les Amalécites, arrivé au Carmel, s'y éleva un monument 
triomphal, et de là se rendit à Galgala. I Reg., xv, 12. — 
David, fuyant la jalousie de ce roi, se tint quelque temps 
caché au Carmel avec ses hommes. I Reg., xxv, 7. Nabal, 
le mari de la sage Abigaïl, y avait ses possessions et y fai- 
sait paître ses troupeaux. I Reg., xxv, 2. — Le roi Ozias, 
fils d'Amasias, y avait des vignobles où il entretenait des 
vignerons. II Par., xxvi, 10. On a fréquemment appliqué 
ce passage au Carmel de Galilée, ce qui est peu probable. 
Voir Carmel 3, col. 293. — La montagne appelée encore 
aujourd'hui par les populations du pn^sEl-Kermel, ou El- 
Karmel, « le Carmel, » est à quatorze kilomètres environ 
au sud d'El-Khalîl (Hébron). Sa hauteur est de 803 mètres. 
Le Carmel , semé d'orge au printemps , est dépouillé et 
nu le reste de l'année. Les Arabes de la région y font 
paître leurs troupeaux de chèvres et de moutons, comme 
au temps de Saûl et de David , et y viennent quelquefois 
établir leurs campements. On voit çà et là d'antiques pres- 
soirs. C'est sur les pentes orientales de la montagne que 
se trouve le Khirbet-Kermel, ruines de la ville du même 
nom. Voir Carmel i. L. Heidet. 

II. — 10 



291 



CARMEL (MONT) 



292 



3. CARMEL, chaîne de montagnes dans la Galilée. 

III Reg., xviii, 19. — I. Nom. — Elle est appelée tantôt 
simplement Carmel, hébreu: Karmél; Septante : Kotp- 
[A-rjX, ou avec l'article : « le Carmel, » hak-Karmél, 
o KipjiTpioç ; tantôt « la montagne du Carmel » ou « le 
mont Carmel », har hak-Karmél, o'po; tî> Kapjiv.iov. 
— Selon Origène, Lexicon nominum hebraicorum, Patr. 
lat., t. xxiii, col. 1231-1232, le mot « Carmel » signifierait 
« science de la circoncision», èrayviixri; TîepiTtojjA;, et 
ainsi serait formé des racines kârâh, a creuser, manifes- 
ter, » et mûl, « circoncire. » S. Jérôme, Liber de nomin. 
hebraic, t. xxm, col. 803-804, 819-820, au mot Carmel, 
traduit Origène, en ajoutant la signification « tendre », 
mollis; mais, au mot Chermel, ajoute: « Il est mieux de 
traduire par agneau tendre, » le faisant dériver de kâr, 
« agneau, » et probablement 'âmal, « être faible. » Les an- 
ciens commentateurs ont ordinairement adopté ces étymo- 
logies; quelques-uns y ont vu les racines kâr et mûl, et 
ont traduit par « agneau circoncis ». Parmi les modernes, 
quelques-uns ont cru le mot Carmel composé de kérém 
et 'êl, « vigne de Dieu » ou « jardin de Dieu »; d'autres, 
avec Bochart, y voient le mot karmîl, « la pourpre, » 
qui se péchait au pied du Carmel; mais presque tous, 
avec Gesenius, n'y reconnaissent qu'une forme de kérém, 
avec la désinence l, usitée en d'autres noms. Comme 
kérém, il a la signification de « vigne, jardin », avec l'idée 
de fertilité et de beauté. C'est en ce sens et comme nom 
commun qu'il paraît employé Is., x, 18; xxxn, 15; Jer., 
II, 7. On le trouve usité aussi, dans le texte hébreu, 

IV Reg., iv, 42; Lev., n, 14; xxm, 14, pour désigner des 
fruits nouveaux, tendres et succulents. Voir Blé, t. i, 
col. 1818. Le charme de son aspect, l'abondance de sa vé- 
gétation, la supériorité de ses produits, auront fait attri- 
buer à la chaîne du Carmel cette dénomination comme 
nom propre. — Le Carmel devint en Israël le type et le 
symbole de la grâce et de la prospérité. Nabuchodonosor 
s'avançant dans sa gloire et sa puissance est comme le 
Thabor et le Carmel, Jer., xlvi, 18; la terre de Juda bénie 
de Dieu et comblée de biens resplendira comme le Car- 
mel , Is. , xxxv, 2'; ruinée et désolée , ce sera le Carmel 
dénudé et dépouillé de ses charmes. Is., xxxm, 9; xicvn, 
24; Jer., iv, 26; Amos, i, 2; Nahum, i, 4. Salomon com- 
pare la tète de l'épouse, Cant. , vu, 5, au Carmel. C'est 
du moins l'interprétation des massorètes ponctuant Kar- 
mél et de la plupart des anciens commentateurs ; plu- 
sieurs cependant croient qu'il faut lire Karmîl, et voient 
dans ce passage une allusion à la pourpre ou à l'écarlate. 
Cf. Matth. Polus, Synopsis criticorum, in-f°, Francfort- 
sur-le-Mein, 1712, t. n, col. 1900; Migne, Scripturse 
Sacrée Cursus complétas, t. xvii, col. 271, note 1. Les 
orateurs sacrés et les écrivains ecclésiastiques ont souvent 
comparé Jésus-Christ, la très sainte Vierge et l'Eglise au 
Carmel, en leur appliquant les versets du Cantique. Voir 
Cornélius a Lapide, Comment, in Cant., vu , édit. Vives, 
in-4°, Paris, 1800, t. vin, p. 183-187. 

IL Situation et nature. — Le Carmel était au sud de 
la tribu d'Aser, à laquelle il servait de limite de ce côté, 
Jos., xix, 26. Il était à cent vingt stades (environ vingt- 
deux kilomètres) d'Acco ou Ptolémaïde. Josèphe, Bell, 
jud. , II, x, 2. Il s'étendait vers l'est jusqu'au Cison et 
à la plaine de Jezraël. III Reg., xvm, 19-45. Il bornait au 
sud-ouest la tribu de Zabulon, et faisait partie de la Galilée, 
qu'il terminait à l'ouest. Jos., xix, 11 ; Josèphe, Ant.jud., 
v, i, 22; Bell, jud., III, ni, 1. On le rencontrait près de 
la ville de Hépha (Caïpha), appelée aussi Sycaminon, entre 
Césarée et Dora (aujourd'hui Tantoura) et Ptolémaïde. 
Josèphe, Cont. Apion., n, 9; EusèLe et S. Jérôme, De 
silu et nominibus locorum hebraicorum , aux mots Japhet 
et Jaflie, t. xxm, col. 906; Mrabon et Ptolémée, dans 
Reland, Palseslina , 1714, p. 433 et 457, et Christ. Cella- 
rius, Kotitia orbis antiqui , Amsterdam, 1706, t. Il, p. 507. 
Selon Théodoret, In Is., xxxn, y. 5, t. lxxxi, col. 384, 
a le Carmel est un mont de la Samarie. » Il servit de 



borne entre la Palestine et la Phénicie. Eusébe et saint 
Jérôme, Onomasticon, édit. Larsow et Parlhey, p. 252 
et 253. 

De ces divers témoignages il résulte que la dénomina- 
tion de Carmel embrassait toute la ramification de mon- 
tagnes et collines, laquelle, prenant naissance en Sama- 
rie, près du Sahel 'Arrabéh, à peu près à la latitude de 
Césarée, s'étend depuis l'extrémité sud-est du Merdj-Ibn- 
'Amer (plaine d'Esdrelon ) , en inclinant au nord-ouest, 
jusqu'à la mer, qu'elle atteint près de Caïpha, où elle 
forme le promontoire qui ferme au sud la baie de Saint- 
Jean -d'Acre. Elle se prolonge ainsi sur une longueur de 
plus de trente kilomètres , ne dépassant guère quinze 
kilomètres dans sa plus grande largeur. Le nom se trouve 
conservé par les indigènes rattaché à un village situé 
presque au centre du massif, et appelé par eux Daliet-el- 
Karmel, c'est-à-dire « Dalieh du Carmel »; ils appellent 
plus communément la montagne, à cause de ses souve- 
nirs historiques, « la montagne de saint Élie, » Djebel 
Mûr- Elias. 

Les sommets du Carinel n'atteignent point la hauteur 
des monts de la Galilée ou de la Judée. Le mont d'Es/iah, 
le plus élevé du Carmel, n'a que 651 mètres au-dessus 
du niveau de la Méditerranée; le Mohraqah a 615 mètres 
seulement, et le promontoire, là où se dresse le couvent 
des religieux Carmes et le phare du Carmel , ne domine 
la mer que de 150 mètres. Les montagnes du Carmel, 
comme toutes celles de Palestine, affectent généralement 
la forme de mamelons; elles ne sont un peu escarpées 
et abruptes que du côté de l'est, depuis Mansourah jus- 
qu'à la mer. Elles sont formées presque exclusivement de 
calcaire; mais elles sont recouvertes presque partout d'une 
terre végétale abondante et riche , pouvant se prêter à 
toute espèce de culture. Des sources jaillissent de toute 
part dans les vallées, souvent assez fortes pour donner 
naissance à des ruisseaux. La flore est variée et produit 
un grand nombre de plantes médicinales, dont les plus 
communes sont la mélisse et l'absinthe. Le chêne-vert, 
le pin, le lentisque, le poirier sauvage, le laurier, abon- 
dent dans la partie nord. Le sanglier, la gazelle, le lièvre, 
le chacal, le porc-épic, quelques panthères, le chat-tigre, 
habitent les fourrés. Tous les oiseaux de la Palestine s'y 
retrouvent en multitude. 

III. Histoire. — La région du Carmel paraît avoir été 
conquise par Josué peu après Mageddo, Thanac et Cadès, 
lorsqu'il vainquit le roi Jochanan du Carmel. Jos., x», 22. 
Elle devint, selon Josèphe, Ant. jud., V, i, 22, le partage 
de la tribu d'Issachar, moins quelques villes situées dans 
les plaines inférieures, comme Thanac, Dor et leurs dé- 
pendances, qui furent concédées à Manassé. Jos., xvn, 11. 
— Sous Salomon, la préfecture d'Issachar et du Carmel 
fut confiée à Josaphat, fils de Phavué. III Reg., iv, 17; 
Josèphe, Ant. jud., VIII, H, 3. — Après le schisme de 
Jéroboam , à une époque inconnue, les Israélites lidèles à 
Dieu paraissent lui avoir élevé un autel sur un des som- 
mets de la montagne; c'est cet autel renversé que releva 
le prophète Élie, pour y offrir le sacrifice miraculeux qui 
rendit le Carmel à jamais illustre. III Reg., xvm, 30. Élie 
fait convoquer en ce lieu par le roi Achab tout Israël, 
les quatre cent cinquante prêtres de Baal et les quatre 
cents prophètes d'Astarté, qui mangeaient à la table de 
| Jézabel. Il démontre, en se raillant, l'impuissance de leur 
I dieu. Avec l'aide du peuple, il prend douze pierres, selon 
; le nombre des tribus d'Israël, rétablit l'autel, y place l'ho- 
locauste, invoque le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, 
et le feu descend du ciel, consume la victime, le bois, la 
pierre, la terre et l'eau. La foule proclame de nouveau 
le Dieu d'Israël pour son Dieu, et sur l'ordre d'Élie se 
saisit des prophètes de Baal, et va les immoler près du 
Cison, qui coule au pied de la montagne. Élie remonte 
au sommet du Carmel, pour implorer du Seigneur la pluie 
et la cessation de la sécheresse qui depuis trois ans désole 
la terre. Sept fois il envoie son serviteur : « Monte, lui 



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CARMEL (MONT) 



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dit-il, et regarde du côté de la mer. » A la septième fgis 
celui-ci vient lui annoncer qu'il a aperç