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Full text of "Vigouroux, Dictionnaire de la Bible"

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If 



DICTIONNAIRE 



DE LA BIBLE 



TOME QUATRIEME 

PREMIÈRE PARTIE 

L — MEZUZA 



ENCYCLOPEDIE 

DES 



SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES 

•RÉDIGÉE PAR 

LES SAVANTS CATHOLIQUES LES PLUS ÉMINENTS 

DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



1° DICTIONNAIRE DE LA BIBLE 

Publié par F. VIGOUROUX, prêtre de Saint-Snlpice 

Ancien professeur à l'Institut catholique de Paris, Secrétaire de la Commission biblique 



2° DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE 

Commencé sous la direction de A. VACANT, prol. au Sém. de Nancy, 
Continué sous celle de Eug. MANGENOT, professeur à l'Institut catholique de Paris. 



3° DICTIONNAIRE D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 

ET DE LITURGIE 

Publié par le R me dom Fern. CABROL, abbé de Farnborough et dom H. LECLERCQ. 



DICTIONNAIRE D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 

Publié par Mgr Alfred BADDRILLART, recteur de l'Institut catholique de Paris, 
Albert VOGT, docteur es lettres, et Urbain RODZIÈS. 



5° DICTIONNAIRE DE DROIT CANONIQUE 

(En préparation) 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 

CONTENANT 

TOUS LES NOMS DE PERSONNES, DE LIEUX, DE PLANTES, D'ANIMAUX 

MENTIONNÉS DANS LES SAINTES ÉCRITURES 

LES QUESTIONS THÉOLOGIQUES, ARCHÉOLOGIQUES, SCIENTIFIQUES, CRITIQUES 

RELATIVES A L'ANCIEN ET AU NOUVEAU TESTAMENT 

ET DES NOTICES SUR LES COMMENTATEURS ANCIENS ET MODERNES 

PUBLIÉ PAR 



F. YJjGOUROUX 

PRETRE DE SAINT-SULPICE 



AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS 



DEUXIÈME TIRAGE 



TOME QUATRIÈME <JV ,'•' 

tu i! ' 

PREMIERE PARTIE £ ( 

L — MEZUZA % 




PAftiï 

LETOUZEY ET ANE, ÉDITEURS 

76 bis , RUE DES SAINTS-PÈRES, 76 bis 

1912 

TODS DROITS RÉSERVÉS 



Imprimatur 
Parisiis, die 6 Januarii 1908. 



f Franciscus, Card. RICHARD, 
Arch. Par. 



Aleph 

Beth 

Ghimel 



TRANSCRIPTION DES 

n > (esprit doux) 



CARACTÈRES HÉBREUX EN CARACTÈRES LATINS 



Daleth 
Hé 
Vav 
Zaïn 
Heth 
Teth 
Iod > 

Caph -), 3 
Lamed h 



g (doit se prononcer 

toujours dur) 
d 
h 



h (aspiration forte) 
t 

y (consonne), i 
k 

l 



' (esprit dur) 



Mem d, a m 

Nun ], i n 

Samech d s 

Aïn y 

Pé s f> 

Phé i, S f 

Tsadé y, s ? (ts) 

Qoph p q 

ReschT i r 

Sin \s i 

Schin tf s (ch, comme dans 

cheval) 

Thav n f 



Eamets -^r~ 

Patach — — 

Tséré -^- 

Ségol — 

Chirek gadol < — 

Chirek qaton — — 

Cholem i 

Kamets katouph ~T~ 

Schoureq i 

Kibbouts —r~ 

Scheva mobile ~T~ 

Chateph patach —~ 

Chateph ségol ~7T 

Chateph kamets tt 



i 

Û 

o 

û (ou long) 

u (ou bref) 

e 



TRANSCRIPTION DES CARACTÈRES ARABES EN CARACTÈRES LATINS 



w 

Q 
O 



1 
2 
3 
4 
5 

6 

7 

8 

9 

10 

11 

12 

13 

14 

15 
16 
17 
18 
19 
20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 



NOM 



Élif . 
Ba. . 
Ta. . 
Ta. . 
Djim. 

Ha. . 
lia. . 
Dal . 
Dal . 
Ra. . 
Za. . 
Sin . 
Schin 
Sâd . 

Dâd . 
Ta. . 
Zâ. . 
'Aïn . 
Ghaïn 
Fa. . 
Qoph 
Kapb 
Lâm 
Mîm. 
Noun 
Ha . 
Ouaou 
Ya* . 



Fatha . . 
Kesra . . 
Dhamma. 



FORME 



<• > 

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y, » 



PRONONCIATION 



esprit doux. 

b. 

t. 

th anglais dur, le 8 grec. 

g italien de giorno. En Egypte et dans quelques 

parties de l'Arabie, comme g dans garçon. 
aspiration forte. 

aspiration gutturale,,; espagnol, ch allemand, 
d. 

th anglais doux, le 8 grec, 
r. 

z, 

s dur. 

ch, dans cheval. 

s emphatique, prononcée avec la partie antérieure 

de la langue placée contre le palais, 
d emphatique, 
t emphatique, 
z emphatique. 

esprit rude : y hébreu, son guttural, 
r grasseyé. 

r. 

k explosif et très guttural, 
k. 



aspiration légère. 

ou français, w anglais. 

i, y- 



VOYELLES 

a, é avec élif, = à. 

i, é avec ya, = 1. 

ou, o avec ouaou, = où. 



LISTE DES COLLABORATEURS 

DU TOME QUATRIÈME 



MM. 

Apollinaire (le R. P.) (f), de l'ordre des Capucins. 

Bertrand Louis (f), prêtre de Saint-Sulpice, biblio- 
thécaire du grand Séminaire de Bordeaux. 

Beurlier Emile (f), docteur es lettres, curé de Notre- 
Dame d'Auteuil, à Paris. 

Bihl (R.P.M.) Franciscain, à Fulda. 

Bliard Pierre, bibliographe, à Paris. 

Bonaccorsi Joseph, missionnaire du Sacré-Cœur, à 
Florence. 

Broise (Bené de la) (f), docteur es lettres, ancien pro- 
fesseur à l'Institut catholique de Paris. 

Ermoni V., prêtre de la Mission, docteur en théologie, 
ancien professeur d'Écriture Sainte au séminaire de 
Saint-Lazare, Paris. 

Fillion Loûïs-Claude, prêtre de Saint-Sulpice, profes- 
seur honoraire à l'Institut catholique, Paris. 
Foiaetête, curé de Sagnelegier (Suisse). 

Heidet Louis, ancien professeur à l'École biblique de 
Jérusalem. 

Heurtëbize (le R. P. dom Benjamin), bénédictin de la 
Congrégation de France, à RaTenswood Ryde (Angle- 
terre). 

Hy Félix, professeur de botanique à la Faculté catho- 
lique d'Angers. 

Ingold Aug., à Colmar (Alsace). - 

Lagier (B. P. Camille), S. J. au collège de la Sainte- 
Famille, au Caire (Egypte). 

Lagrange (R. P. J. M.), professeur â l'École des 
Études bibliques de Jérusalem. 

Larrivaz (R. P.), S. J. au collège de la Sainte-Famille, 
au Caire (Egypte). 

Legendre Alphonse (Ma'), docteuren théologie, professeur 
d'Ecriture Sainte et d'archéologie biblique, doyen de 
la Faculté catholique d'Angers. 

Le Hir Daniel, chanoine de Notre-Dame de Paris. 

Lepin Mar., professeur au grand séminaire de Lyon. 



MM. 

Lesètre Henri, curé de Saint-Étienne-du-Mont, Paris 

Levesque Eugène, prêtre de Saint-Sulpice, professeur 
d'Ecriture Sainte à l'école supérieure de théologie, 
Paris. 

Mangenot Eugène, professeur d'Écriture Sainte à l'Ins- 
titut catholique de Paris. 

Martin François, professeur d'assyrien à l'Institut catho- 
lique de Paris. 

Martinez y Vigil fM« r Raimondo), évêque d'Oviédo. 

Mécmineau (R. P. Lucien), S. J., professeur d'Ecriture 
Sainte à l'Université grégorienne à Rome. 

Michels (R. P.), Franciscain, à Metz. 

Miskgian Jean, (Me 1 ), à Constantinople. 

Molini (R. P. Augustin), Frère mineur, à Rome. 

Montagne (J.), à Blackburn (Angleterre). 

Nau François, professeur à l'Institut catholique de Paris. 

Palis Eugène(f), aumônier, à Béziers. 

Pannier Eugène, professeur d'archéologie et de langues 
orientales à la Faculté catholique de Lille. 

Parisot (R. P. Jean), à Plombières-les-Bains. 

Prunier, professeur au grand séminaire de Séez. 

Prat Ferdinand, ancien professeur d'Écriture Sainte, 
à Borne. 

Régnier Adolphe, bibliothécaire à l'Institut de France, 
à Paris. 

Renard Paul, docteur en théologie, supérieur du grand 
séminaire de Chartres. 

Rey Octave, du clergé de Paris. 

Sedlàcek Jaroslaus, professeur à Prague. 

Toussaint, professeur au grand séminaire de la Rochelle. 

Van den Gheto (le R. P. Joseph), de la Compagnie de 
Jésus, bollandiste, conservateur des Manuscrits de la 
Bibliothèque royale, à Bruxelles. 

Van Kasteren (R. P. P.), de la Compagnie de Jésus 
à Maastricht (Hollande). 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 



L, douzième lettre de l'alphabet hébreu. Voir Lamed. 

LAABIM (hébreu : Lehâbim; Septante : A«6tei'jji, 
Aaëefv), nom d'un peuple descendant de Mesraïm. 
Gcn., x, 13; I Par., i, 11. La plupart des exégètes 
pensent que ce mol, qui n'apparaît pas ailleurs dans 
la Bible, est le même que Lûbim. Voir Libyens. Ce- 
pendant S. Bochart, Opéra, 4 9 édit., in-f<-, 1712, t. I, 
p. 279, nie cette identification. Il fait remarquer que 
Phut ou Lùbim est le frère de Mesraïm et non son fils. 
Son argument est sans valeur, car Pût ou Phut et 
Lûbim (Vulgate : Africa et Libyes) désignent deux 
peuples différents, Nahum, III, 9, et c'est Phut qui est 
le frère de Mesraïm. On n'a aucun renseignement 
précis sur les Laabitn, s'ils sont distincts des Lûbim. 
Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'ils sont une nation 
africaine, du groupe égyptien. E. Beurlier. 

LAAD (hébreu : Lâhad; Septante : AaâS), fils de 
Jahath de la tribu de Juda. I Par., iv, 2. 

LA AD A (hébreu : La'edâh; Septante : AaaBi), se- 
cond fils de Séla et petit-fils de Juda. Il est appelé père, 
c'est-à-dire fondateur ou restaurateur de la ville de Ma- 
résa. I Par., iv, 21. Voir Marésa. 

LAADAN (hébreu : La'edân; Septante : AaaBiv), 
Éphraïmite, fils de Thaan et ancêtre de Josué, successeur 
"de Moïse. I Par., vu, 26. — Un lévite, qui porte le même 
no n dans le texte hébreu, est appelé par la Vulgate 
Léédan dans I Par., xxiii, 7, 8, 9, et Lédan dans I Par., 
xxvi, 21. Voir Léédan. 

LABAN (hébreu : Ldbân, « blanc »), nom du frère 
de Rébecca et d'une localité dans le voisinage de la mer 
Rouge. 

1. LABAN (Septante: Aa6av), frère de Rébecca et beau- 
père de Jacob. — Quand Jacob se fut attiré la colère 
d'Ésaù, en se faisant attribuer le droit d'aînesse par son 
père Isaac, Rébecca lui conseilla de fuir à Haran, près 
de Laban. Gen., xxvn, 43-44. Voir Haran, t. m, col. 424- 
426. Laban, frère de Rébecca et par conséquent oncle 
de Jacob, avait jadis bien accueilli le visiteur d'Abraham, 
Éliézer, qui venait chercher une épouse pour Isaac, 
Gen., xxrv, 29-33; il avait donné, conjointement avec 
son père Bathuel, voir Bathuel, t. i, col. 1508, son 
consentement au mariage de Rébecca avec Isaac et avait 

DICT. DE LA BIBLE. 



reçu des présents à cette occasion. Gen., xxiv, 50-60. 
Rébecca suggéra elle-même à Isaac d'ordonner à son 
fils d'aller prendre pour épouse une des filles de Laban. 
Celui-ci résidait à Paddan-Ararn. Gen., xxvm, 2-5. Jacob 
partit et arriva dans le pays de Haran, près d'un puits 
autour duquel les bergers se réunissaient pour abreuver 
leurs troupeaux en commun. Il apprit d'eux que Rachel, 
fille de Laban, allait arriver avec les brebis de son père. 
Quand elle fut venue, Jacob fit passer au puits les pre- 
miers les troupeaux de la jeune fille, puis salua sa cou- 
sine et se fit connaître à elle. Averti par Rachel, Laban 
accueillit Jacob, qui lui raconta tout ce qui pouvait l'in- 
téresser au sujet de son voyage. Au bout d'un mois de 
séjour, Laban apprécia les services que pouvait lui 
rendre son neveu, très expert dans le soin des trou- 
peaux. Pour le retenir, il lui fit donc cette proposition : 
« Puisque tu es mon parent, faut-il que tu me serves 
pour rien? Dis-moi donc quel sera ton salaire? » Jacob 
était venu pour demander en mariage une des filles de 
Laban; il était obligé en conséquence de payer au père 
de la jeune fille une dot, le mohar. Voir Dot, t. n, col. 
1495-1496. Il offrit donc à Laban de le servir pendant sept 
ans, afin d'obtenir en mariage Rachel, sa fille cadette, 
qui lui plaisait bien, mieux que l'aînée, Lia, dont les yeux 
étaient délicats. Laban répondit : « Mieux vaut que je la 
donne à toi qu'à un autre, » et la convention fut acceptée. 

Au bout de sept ans de service, Jacob réclama son 
épouse. Laban voulut que le mariage fût accompagné 
d'un festin, el, le soir, il amena à son neveu non pas 
Rachel, mais sa sœur aînée, Lia. La nuit et fe repas 
qu'il venait de faire, dit Josèphe, Ant. jud., I, xix, 6, 
empêchèrent Jacob de reconnaître la vérité. Ce fut seu- 
lement le lendemain qu'il s'aperçut de la substitution 
frauduleuse dont il avait été la victime. A sa juste plainte, 
Laban répondit : « Il n'est point d'usage en ce pays-ci 
de donner la cadette avant l'aînée. » Il promit cependant 
à^Jaeob de lui donner Rachel au bout de sept jours, s'il 
' s'engageait à le servir encore pendant sept autres an- 
nées. Celui-ci accepta et Laban réussit de la sorte, bien 
que tort malhonnêtement, a assurer le sort de ses deux 
filles. Gen., xxix, 9-30. 

Pendant quatorze ans, Jacob prit soin des intérêts de 
son beau-père et lui acquit une grande prospérité. 
Aussi, quand au bout de ce temps il demanda à partir, 
Laban le pria de rester encore, en lui offrant de fixer 
lui-même son salaire. Jacob avait appris, à ses dépens, 
à connaître l'avarice de son beau-père. Il fit donc avec 
lui une convention qui devait le mettre personnelle- 

IV. - 1 



LABAN — LABOURAGE 



4 



meut en possession de ce qu'il gagnerait. Voir Jaoob, 
t. m, col. 1063, et Brebis, t. i, col. 1917-1918. La ma- 
nière ingénieuse dont Jacob traita dès lors les trou- 
peaux "de Laban fit peu à peu passer la richesse de son 
côté. Laban et ses fils s'en émurent; Jacob donna à en- 
tendre qu'il y avait là un juste retour des choses et une 
marque de la faveur divine envers celui qui avait été 
traité avec si peu de loyauté. Puis, jugeant qu'il ne pou- 
vait rester davantage chez Laban, auprès duquel il avait 
vécu quatorze ans pour obtenir ses épouses, puis six 
nouvelles années pour répondre au désir de son beau- 
père, il se disposa à retourner en Chanaan. Lia et Rachel 
approuvèrent sa résolution et lui dirent : « Y a-t-il en- 
core pour nous une part et un héritage dans la maison 
de notre père? Ne nous a-t-il pas traitées comme des 
étrangères, en nous vendant et ensuite en mangeant le 
prix que nous avions rapporté? » Elles connaissaient 
par expérience la cupidité de leur père; elles la consta- 
taient en remarquant qu'il avait tout reçu sans rien leur 
donner. Jacob profita du moment où Laban était allé 
tondre ses brebis, pour partir avec sa famille et ses 
troupeaux. Gen., xxx, 25-xxxi, 21. 

Trois jours après, Laban, informé de ce départ, se 
mit à la poursuite de Jacob, qu'il atteignit au bout de 
sept jours, près de la montagne de Galaad. 11 était dou- 
blement mécontent, et de ce départ inopiné, et de la 
disparition de ses teraphim, espèces d'idoles domestiques 
qui lui servaient d'amulettes. Voir Idole, t. lu, col. 822, 
et Théraphim. Rachel les lui avait emportées sans rien 
dire à personne. Laban attachait grand prix à la pos- 
session de ces objets, qui semblent avoir eu pour lui 
une signification plutôt superstitieuse qu'idolâ trique. 
Comme il était animé de sentiments assez malveillants 
à l'égard de Jacob et avait amené avec lui ses frères et 
leurs gens, Dieu se montra à lui en songe pour lui si- 
gnifier de ne tenir à son gendre aucun propos désobli- 
geant. Laban n'en manifesta pas moins son dépit, parla 
de son amour pour ses fils et ses filles et des fêtes par 
lesquelles il eût été heureux de les saluer au départ. 
Puis il ajouta : « Ma main est assez forte pour te mal- 
traiter; mais le Dieu de votre père m'a dit hier : Garde- 
toi d'adresser à Jacob de dures paroles. » Cette expres- 
sion, « le Dieu de votre père, » indique que, comme 
Jacob, Lia et Rachel servaient le Dieu d'Abraham . et 
d'isaac. Laban se mit ensuite à faire grand éclat à propos 
de ses théraphim ; Jacob, qui ne savait rien, lui dit de 
les chercher dans toutes les tentes et Rachel usa d'un 
subterfuge pour empêcher son père de les trouver dans 
la sienne. Voir Rachel. Jacob, que cette scène avait ir- 
rité, querella son beau-père au sujetde ses perquisitions, 
de sa poursuite hostile, de la manière dont il l'avait 
traité quand il était à son service. Laban fut réduit au 
silence. Pour tout conclure, il demanda à son gendre de 
faire alliance avec lui, afin que leur séparation fût ami- 
cale. « Que Jéhovah, dit-il, veille sur toi et sur moi... 
Que le Dieu d'Abraham, le Dieu de Nachor, le Dieu de 
leur père soit juge entre nous! » 11 faut conclure de ces 
formules que Laban était un adorateur du vrai Dieu, 
bien qu'à son culte il mêlât des pratiques superstitieuses. 
Jacob dressa une pierre comme monument de l'alliance 
contractée; Laban fit apporter un monceau de pierres 
par ses frères, et sur elles on prit un repas en commun, 
On donna au monument le nom de Gal'êd, ou Galaad, 
« monceau témoin. » Voir Galaad, t. m, col. 45. Un sa- 
crifice fut ensuite oftert sûr la montagne, le serment 
d'alliance fut mis sous la sauvegarde du Dieu d'isaac, 
et, le lendemain matin, après avoir baisé et béni ses fils 
et ses filles, c'est-à-dire Jacob, ses femmes et leurs en- 
fants, Laban reprit le chemin de son pays: Gen., xxxi, 
22-55. — Laban parait avoir été dominé par une cupi- 
dité excessive, qui le portait à ne tenir aucun compte de 
la parole donnée, quand son intérêt était en jeu. Il 
manqua odieusement à sa promesse envers Jacob, quand 



celui-ci l'eut servi fidèlement durant sept ans. Josèphe. 
Ant. jud., I, xix, 9, l'accuse même d'autres méfaits: 
« Voyant que Dieu l'aidait en ce qu'il entreprenait, il 
lui promettait de lui donner tantôt ce qui naîtrait de 
blanc, tantôt ce qui naîtrait de noir. Quand augmentaient 
les animaux qui devaient appartenir à Jacob, au lieu de 
tenir sa parole dans le présent, Laban promettait de les 
lui abandonner, l'année suivante ; jaloux de l'accroisse- 
ment de ses biens, il promettait, quand il comptait que 
le produit serait médiocre, puis trompait, quand ce pro- 
duit était sous ses yeux. » Il faut avouer que ces accusa- 
tions ne font que détailler le reproche que Jacob adresse 
lui-même à son beau-père : a Dix fois tu as changé mon 
salaire, et si je n'eusse pas eu pour moi le Dieu de mon 
père,... actuellement tu m'aurais renvoyé les mains 
vides. » Gen., xxxi, 41, 42. La Sainte Écriture ne dit 
plus rien de Laban, à partir de sa dernière entrevue avec 
Jacob à Galaad. H. Lesêtre. 

2. LABAN (Septante : Aoêo'v), localité située sur la 
route que suivirent les Israélites en se rendant dans la 
Terre Promise. Deut., I, 1. L'écrivain sacré la nomme 
entre Tophel et Haséroth, '&■ dans le désert, dans la 
plaine, vis-à-vis de la mer Rouge. » C'est probablement 
le campement qui est appelé Lebna dans les Nombres, 
xxxm, 20-21. Voir Lebna. 

LABANA (hébreu : Libnâh; Septante : Asëvà), ville 
de la tribu de Juda. Jos., xv, 42. La Vulgate l'appelle 
ordinairement Lebna. Voir Lebna 2. 

LABANATH (hébreu : Libnât ; Septante : AaêavâO), 
dans la tribu d'Aser. Jos., xix, 26. La Vulgate, à la suite 
des Septante, fait de Labanath une ville différente de 
Sihor, mais, d'après le texte hébreu, Sihor-Labanath 
n'était qu'une seule et même ville. Voir Sihor-Labanaiii. 

LABORDE (Léon-Emmanuel-Simon-Joseph, comte 
de), érudit français, né à Paris le 12 juin 1807, mort 
à Beauregard (Eure) le 25 mars 1869. Après de sérieuses 
études à l'Université de Goettingue, il fit un voyage en 
Orient et parcourut l'Asie Mineure, la Syrie, l'Egypte et 
l'Arabie Pétrée.A son retour, il fut attaché d'ambassade; 
mais en 1836 il renonça à la diplomatie pour se livrer 
entièrement aux études, et en 1842, il était élu membre 
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Trois 
ans plus tard, il était nommé conservateur des Antiques 
au Musée du Louvre; enfin, le 4 mars 1857, il devint 
directeur général des Archives. Le comte de Laborde 
a publié de nombreux ouvrages, mais nous n'avons à 
mentionner que les suivants : Voyage en Arabie Pétrée, 
in-f», Paris, 1830-1833; Voyage en Orient, publié en 
fascicules, in-f», Paris, de 1837 à 1864; et surtout le 
Commentaire géographique sur l'Exode et les Nombres, 
in-f°, Paris, 1842. — Voir Revue des questions histo- 
riques, 1869, t. vu, p. 292; Polybillion, 1869, t. m, 
p. 233; Annuaire- Bulletin de la Société de l'histoire de 
France, 1869, t. vu, p. 117. B. Heurtebize. 

LABOURAGE (hébreu : hdriS ; Septante : àpotpt'ao-ic), 
travail qui consiste à ameublir le sol, à l'aide d'instru- 
ments (fig. 1), avant d'y jeter la semence. Les verbes 
qui désignent ce travail sont les suivantes : gûb, hdraS, 
pàtah, <s ouvrir » la terre avec la charrue; àporptôto, 
arare. La terre qu'on laboure s'appelle yâgêb, 1er., xxxix, 
10 (Vulgate, faussement, cisternx); ôypô;, YeûSpyiov, 
I Cor., m, 9, agricultura. Le labourage ne constitue que 
le travail préliminaire de la culture de la terre. Sur l'en-- 
semble du travail agricole, voir Agriculture chez les Hé- 
breux, avec les figures, t. i, col. 276-286. Sur les instru- 
ments employés pour le labourage, voir Charrue, avec les 
figures, t. m, col. 602-605; Herse, t. m, col. 655; Houe, 
t. m, col. 766-767. — Le labourage était rigoureusement 



LABOURAGE — LABOUREUR 



6 



interdit le jour du sabbat. Exod., xxxiv, 21. — La Pa- 
lestine était un pays fertile ; le labourage y était facile 
dans les grandes plaines, mais plus malaisé dans les ré- 
gions montagneuses. On se servait, pour labourer, de 
bœufs, Jud., xiv, 18; Job, i, 14, et quelquefois d'ânes. 
Is., xxx, 24. Elisée labourait avec douze paires de bœufs 
et conduisait lui-même la douzième paire. III Reg., xix, 
19. Le champ qu'il cultivait de la sorte et dans lequel il 
pouvait faire manœuvrer un pareil attelage, était situé à 
Abelméhula, dans la vallée du Jourdain, au sud-est de la 
tribu d'Issachar. Voir Abelméhula, t. i, col. 33, et carte 
d'Issachar, t. m, col. 1008. Les grasses terres d'alluvions 
ne pouvaient être remuées que par une puissante char- 
rue. Les terrains trop rocheux étaient rebelles au la- 
bour. Am., vi, 13. Certains animaux, comme l'aurochs, 
étaient trop sauvages et trop dangereux pour qu'il fût 
possible de les employer au labourage. Job, xxxix, 10. 
Voir Aurochs, t. i, col. 1260. La loi, qui défend souvent 
de mêler ensemble des choses différentes, interdisait de 
labourer avec un bœuf et un âne attelés ensemble. Deut., 
xxii, 10. Sur les motifs de cette prohibition, voir Ane, 
t. i, col. 572. Les Israélites peu aisés n'avaient souvent à 
leur disposition qu'un bœuf et un âne, et ils auraient été 



leurs terres. Samuel, en énumérant devant le peuple 
les charges qu'un roi fera peser sur lui, ne manque pas 
de dire qu'il prendra des (ils du peuple pour labourer 
ses terres. I Reg., vin, 12. C'est ce qui se réalisa. L'his- 
torien sacré le signale à propos de David, I Par., xxvii, 
26,et d'Ozias, II Par.,xxvi, 10, qui avaient des laboureurs 
enrôlés pour la culture de leurs domaines. Quand les 
Chaldéens envahirent le royaume de Juda, ils détrui- 
sirent le laboureur et ses bœufs, Jer., li,- 23, et furent 
ensuite obligés de laisser aux plus misérables du pays 
le soin de cultiver les champs et les vignes. IV Reg., 
xxv, 12; Jer., lu, 16. Les prophètes promirent qu'après 
la captivité les laboureurs reprendraient leurs travaux. 
Jer., xxxi, 24; Ezech., xxxvi, 9. A l'époque évangélique, 
on prenait à gage des cultivateurs, yewpYot, agricoles, 
pour les envoyer travailler dans les vignes et dans les 
champs. Matth., xxi, 33-41; Marc, xii, 1, 2. — 2» La 
Sainte Écriture fait encore quelques remarques sur la 
vie des laboureurs. Ils ne sont pas toute l'année à labou- 
rer, Is., xxviii, 24, mais ils ont soin de le faire au temps 
voulu s'ils veulent obtenir une récolte. II Tim., Il, 6. 
Leur travail accompli, ils attendent la pluie bienfaisante, 
Jacob., v, 7, et vivent dans l'espérance. I Cor., ix, 10. Ils 




1. — Labourage en Egypte. D'après Wilkinson, Manners and Customs oj the anc. Egtjptians, 1878, t. n, flg. 165, p. 391. 



tentés de les atteler ensemble à la même charrue. C'est 
ce que font aujourd'hui sans scrupule les laboureurs 
syriens. Voir t. il, flg. 215, col. 605. — Dans les temps 
de grande et persistante sécheresse, le labourage deve- 
nait impossible et la famine en était la conséquence. 
<}en., xlv, 6. L'Ecclésiastique, vu, 16, recommande la 
culture de la terre : « Ne dédaigne pas les pénibles 
labeurs, et le travail des champs (fewpYÎa, iiisticatio) 
institué par le Très-Haut. » Cf. Gen., n, 15. — Les 
prophètes annoncent que Sion sera labourée comme 
un champ, Jer., xxvi, 18; Mich., m, 12, et par là ils 
-veulent montrer combien sa ruine sera complète. — 
Au point de vue spirituel, l'âme du chrétien est une 
terre que Dieu laboure, Y«ipY'° v J agricultura. I Cor., 
m, 9. H. Lesëtre. 

LABOUREUR (hébreu : 'ikhâr, yogbîm ; Septante : 
"YEMpyôç, S-j-poixo;; Vulgate: arator, agricola), celui qui 
laboure la terre. — Voir Agriculture, t. i, flg. 45, col. 
"277; lig. 46, col. 283; sur ceux qui, d'une manière géné- 
rale, s'adonnent aux travaux agricoles, voir Cultivateur, 
t. Il, col. 1158. — 1» Les laboureurs proprement dits sont 
des gens du peuple qui travaillent soit pour leur compte, 
soit pour le service d'un autre. Tels sont le paresseux 
qui ne veut pas labourer sous prétexte que le temps est 
mauvais, Prov., xx, 4, et l'esclave qui, après avoir 
labouré, a encore à servir son maître. Luc, xvn, 7. Les 
taux prophètes, convaincus de mensonge et menacés 
du châtiment, veulent se ( faire passer pour de simples 
laboureurs, des esclaves achetés pour cultiver la terre. 
Zach., xui, 5. Il fallait qu'une calamité fût bien grande 
„pour que les laboureurs eux-mêmes fussent appelés à 
prendre part à un deuil public. Am., v, 16. — Les grands 
propriétaires du sol avaient des laboureurs pour cultiver 



sont consternés quand la pluie tarde à tomber, Jer., xiv, 
i, ou quand les sauterelles s'abattent sur les moissons. 
Joël, i, 11. Pour marquer l'abondance extraordinaire des 
récoltes, Amos, îx, 13, dit que le laboureur talonnera le 
moissonneur. La moisson était habituellement terminée 
à la Pentecôte, vers la fin de mai; les semailles se fai- 
saient avant la première pluie qui tombait vers la fin 
d'octobre. Le labourage précédait les semailles de quel- 
ques semaines. Pour se heurter au laboureur, il fallait 
donc que le moissonneur eûtà prolonger son travail près de 
quatre mois plus longtemps que de coutume. Leprophète 
parle d'ailleurs ici d'une récolte figurative. Le laboureur 
n'a ni le temps ni le goût de s'occuper d'autre chose que 
de son œuvre agricole. « Celui qui mène la charrue et 
est fier de manier l'aiguillon, excite les bœufs de la 
pointe, s'occupe de leurs travaux et ne parle que des 
petits des taureaux. Il met tout son cœur à retourner 
les sillons et ne songe qu'à engraisser les vaches. » Ec- 
cli., xxxviii, 26, 27. — 3» Dans le sens métaphorique, les 
laboureurs qui « labourent le dos » et y tracent de longs 
sillons sont les persécuteurs du juste. Ps. cxxix (cxxvin), 
3 r JLaiourer l'iniquité ou le mal, Job, iv, 8; Ose., x, 3 
(hébreu), c'est avoir une conduite impie qui donnera en- 
suite une récolte de péchés et de malheurs. Sur l'expres- 
sion : « Juda labourera, Jacob hersera, » Ose., x, 11, voir 
Herse, t. m, col. 655. Isaïe, lxi, 5, dit qu'après la venue 
du Messie les fils des étrangers seront les laboureurs et 
les vignerons d'Israël, c'est-à-dire que les peuples, au- 
trefois ennemis et persécuteurs d'Israël, se feront les 
serviteurs de l'Église et travailleront dans un champ 
spirituel. Il est recommandé de venir à la sagesse comme 
le laboureur et le semeur, Eccli., vi, 19, par conséquent 
en se donnant de la peine pour la posséder et en obte- 
nir les fruits. — Enfin, Notre-Seigneur dit qu'il est lui- 



7 LABOUREUR 

même la vigne, et son Père le cultivateur, yetspfâc, agri- 
cola. Joa., xv, 1. Voir Vigneron. H. Lesètre. 

LAC (grec : X(u.v7i), grand amas d'eau enclavé dans 
les terres. La langue hébraïque n'a pas de mot spécial 
pour désigner un lac proprement dit : elle appelle ydm, 
« mer, s le lac de Génésareth, Nom., xxxiv, 11; Jos., 
"Xili, 27, de même que le lac Asphaltite, Xiu,vn 'A<jipaX- 
Tïtts, Josèphe, Ant.jud., I, IX, etc., qu'elle désigne sous 
le nom de « mer de sel », mare salis, Gen., xiv, 3, etc., 
de « mer de l'Arabah », mare solitudinis, Deut., iv, 
49, etc. Pour d'autres appellations, voir Morte (Mer). 
Le lac Mérom est appelé « eaux de Mérom », mê Mêrôtn, 
aquse Merom. Jos., xi, 5, 7. Pour les étangs, voir Étang, 
t. h, col. 1996. Voir aussi Piscine. — Dans le Nouveau 
Testament, les écrivains sacrés, habitués à parler dans 
leur enfance une langue sémitique, donnent aussi au 
lac de Tibériade, à l'exception de saint Luc, le nom de 
8a>â<T<ja, « mer, » mare Galilmse. Matth., iv, 18; Marc, 
i, 16; etc., mare Tiberiadis, Joa., vi, 16; xxi, 1, etc. 
Le troisième Évangéliste est le seul qui, grâce à sa con- 
naissance plus exacte de la langue grecque, l'ait désigné 
par le mot propre de Xî|xvr„ « lac. » Luc, v, 1, 2; vin, 
22-23. La Vulgate porte : stagnum, « lac, étang, s dans 
tous ces passages. Pline emploie le terme lacus pour dési- 
gner le lac de Génésareth : lacus quem plures Genesaram 
vocant, H. N., V, xv, 2, comme pour la mer Morte : 
Asphaltites lacus, H. N., II,'cvij4; V, xv, 2; VII, xiii, 3. 
— Saint Jean, dans l'Apocalypse, se sert métaphorique- 
ment du mot>t'[j.vï| pour désigner l'enfer qu'il appelle "klpvn 
toO Ttupo'ç. La Vulgate traduit : stagnum ignis, qu'on a 
coutume de rendre par « étang de feu », quoiqu'il fallût dire, 
d'après l'original, « lac de feu. » Apoc, xix, 20; xx, 10 
(Vulgate, 9), 14-15; xxi, 8. Voir Enfer, t. n, col. 1796. — 
Saint Jérôme a aussi employé le mot stagnum, Lev., xi, 9, 
pour traduire l'hébreu ydm, « mer, » transformant ainsi 
en poissons dé lac ou d'étang les poissons de mer. — Le 
second livre des Machabées, xn, 16, mentionne le lac ou 
plutôt l'étang de Casphin (Xfjxvri; Vulgate, stagnum). 
C'est probablement le marais qui est au sud-ouesl de 
Kisphin. Voir Casphin, t. n, col. 331-332. 

Le mot lacus se lit plusieurs lois dans notre Vulgate 
latine, mais il y est employé le plus souvent — 1° dans 
le sens dé « fosse », Ps. vu, 16; xxvii (xxvm), 1, etc. 
(hébreu : bôr; Septante : Xdbocoç). Voir Fossk, t. il, 
col. 2329. — 2° Il a la signification de « pressoir » dans 
Marc, xii, 1 (ûra>Xï|viov); Apoc, xiv, 19, 20, Xï|v6ç, parce 
que le pressoir formait un creux ou fosse. — 3° Mais il dé- 
signe aussi un amas d'eau (hébreu : miqvêh), Exod., vu, 
19; un réservoir d'eau (hébreu : miqvâh), Is., xxii, 11; 
une citerne ou une piscine, I Mach., ix, 33 (grec : Xâxxoç). 
Voir Asphar, t. [, col. 1123. — Pour lacus Asan, tra- 
duction, dans la Vulgate, de l'hébreu Kôr 'ASân, voir 
Asan, t. i, col. 1035. " F. Vigourôux. 

* LACÉDÉMONIENS (grec: Aax68asu.oveoi,E7tap ; nàTac; 
Vulgate iLacedœmones, Spartiatse, Spartiani), habitants 
du principal État du Péloppnèse (fig. 2). On les appe- 
lait aussi Spartiates et c'est le nom qui leur est partout 
donné dans les livres des Machabées, excepté II Mach.,v, 
9,où ils sont appelés Lacédémoniens. La Bible mentionne 
les relations des Juifs et des Lacédémoniens à l'époque 
des Machabées. 

1» Onias I", qui exerça les fonctions de grand-prêtre 
de 323 à 300 avant Jésus-Christ, écrivit au roi Arius 
ou Aréus I» de Sparte (voir Arius, t. î, col. 965) et re- 
çut en réponse une lettre dans laquelle ce prince décla- 
rait avoir trouvé dans un écrit relatif aux Spartiates 
et aux Juifs l'affirmation que ces deux peuples étaient 
frères et descendaient d'Abraham. Il en concluait que 
Tes Juifs feraient bien de lui écrire « sur leur prospé- 
rité », c'est-à-dire de lé tenir au courant de leurs affaires. 
Lui-môme leur déclarait que les troupeaux et les biens 



LACEDEMONIENS 8 

des deux peuples seraient communs. Un envoyé du roi 
était chargé de développer ces propositions. IMach., xu, 




2. — Tétradrachme d'argent de Lacédémone. 
Tête casquée de Pallas, à droite. — r$. Hercule nu, assis, à gauche, 
sur un rocher recouvert d'une peau de lion; la main droite 
appuyée sur la massue : il est accosté des lettres AA(x65atjAimoi). 

19-23; Josèphe, Ant. jud., XII, rv, 10. Arius régna à 
Sparte de 309 à 265 avant Jésus-Christ, l'échange- de ces 
lettres eut donc lieu entre 309 et 300. A ce moment-là 
les Spartiates étaient opprimés par les rois de Macé- 
doine, il était donc naturel qu'ils cherchassent un appui 
auprès des Juifs qui dépendaient alors des Ptolémées. 

2° Le grand-prêtre Jonathas chercha à son tour l'amitié 
des Spartiates. 11 écrivit en son nom, au nom des anciens, 
des prêtres et de tout le peuple une lettre adressée à la 
nation Spartiate. Il y rappelait la lettre d'Arius à Onias, 
dont il donnait une copie. Onias avait reçu avec honneur 
l'envoyé d'Arius et les lettres où il était question d'alliance 
et d'amitié. Sans doute les Juifs n'avaient pas besoin de 
cela, car ils avaient pour consolation les Saints Livres. 
Néanmoins ils avaient voulu envoyer une députation vers 
Sparte, pour 1 renouveler la fraternité et l'amitié entre 
les deux nations, car il s'était déjà écoulé un temps assez 
long depuis la venue des ambassadeurs d'Arius. Ils 
n'avaient du reste pas oublié les Spartiates et s'étaient 
souvenus d'eux dans les sacrifices,comme il convient de 
le faire à l'égard de frères. Ils se réjouissent de leur 
gloire. Pour eux, ils avaient traversé de nombreuses 
tribulations et des guerres, mais ils, n'avaient pas voulu 
être à charge à leurs amis et alliés. Dieu les avait se- 
courus et sauvés. Jonathas envoyait à Sparte Numénius, 
fils d'Antiochus, et Antipater, fils de Jason, qui après 
avoir porté dans cette ville les lettres relatives au renou- 
vellement de l'amitié et de l'alliance, devaient se rendre 
à Rome dans le même dessein. I Mach., xu, 2, 5-18. 

La plupart des commentateurs croient que l'opinion 
énoncée dans ces deux passages, à savoir l'origine com- 
mune des Spartiates et des Juifs, n'est pas soutenable* 
Cf. B. Haneberg, Histoire de la révélation biblique, 
trad. franc., in-8°, Paris, 1856, t. n, p. 107. Quoi qu'il en 
soit,cela n'importe pas à la véracité de la Bible. L'écrivain 
sacré rapporte simplement les deux documents, il en 
constate l'existence sans garantir l'exactitude des opi- 
nions qu'ils expriment. F. Vigourôux, Les Livres Saints 
et la critique rationaliste, 5 e édit., in-12, Paris, 1902, 
t. iv, p. 625. M. Vigourôux croit qu'il pouvait exister en 
réalité un lien de parenté, sinon entrela nation Spartiate, au 
moins entre quelques Spartiates et les Juifs. Il en donne- 
pour preuve le fait que Jason se réfugia à Lacédémone- 
pour y trouver un asile, à cause de sa parenté. II Mach., 
v. 9. Cf. F. Vigourôux, Manuel biblique, il' édit., t. il, 
p. 227. Cf. Les Livres Saints, p. 626, n. 4. En fait, dans 
ce passage l'auteur rapporte le motif qui détermina Jason 
sans en garantir le bien fondé. Cf. R. Cornely, lntrod. 
in libros saeros, in-4«, Paris, 1885-1887 ,t. u, part. 1, p. 462. 
E. Stillingfleet, Origines sacrée, in-4», Londres, 16H2, 
m, 4, 15, suppose que les Juifs regardaient les Spar- 
tiates comme représentant les Pélasgesqu'ils supposaient 
descendre de Péleg (Vulgate, Phaleg), fils t. ^'Héber. Gen. t 
x, 25; xi, 16. Cf. H. Ewald, Geschichte des Volkesîsrael, 



9 



LACÉDÉMONIENS — LA CERDA 



10 



3» édit., in-8», 1868, t. IV, p. 277, note. On trouvait une 
tradition analogue à Pergame,dont les habitants faisaient 
remonter leur amitié avec les Juifs jusqu'au temps 
d'Abraham. Josèphe, Ant. jud., XIV, x, 22. Il est du 
reste très probable qu'il y avait une colonie juive à 
Sparte, car cette ville est nommée parmi celles à qui le 
consul Lucius envoya une copie de la lettre qu'il adres- 
sait à Ptolémée, à tous les rois et à toutes les cités chez 
qui se trouvaient des communautés israélites, afin qu'ils 
les respectassent comme appartenant à un peuple allié 
des Romains. IMach., XV, 23, La croyance à la parenté 
des deux nations persistait encore au temps de Josèphe. 
"Voir Bell, jud., I, xxvi, 1. Cf. G. Wernsdorff, Commen- 
tatio de Fide Librorum Maccabxortim qua Frœhlichii 
Annales Syrise eorumque Prelogoniena ex instituto 
examinantur, in-4», Breslau, 1747, § 94, p. 145. 

3° Que les Juifs suent été ou non liés aux Spartiates 
par les liens du sang,cela n'a rien à faire avec l'authen- 
ticité des lettres elles-mêmes. Aussi la réalité de l'al- 
liance est-elle admise par l'immense majorité des his- 
toriens, bien qu'elle ne nous soit pas connue par d'au- 
tres documents. H. Palmer, De Epistolarum, quas 
Spartiani atque Judei invicem sibi misisse dicuntur, 
verilate, in-4°, Darmsladt, 1828, p. 21, pense, et c'est 
l'opinion que nous avons adoptée, que l'alliance remon- 
tait à l'an 302 avant Jésus-Christ. A cette époque Démé- 
trius Poliorcète, roi de Macédoine, après avoir conquis 
le Péloponèse, marchait au secours de son père Anti- 
gone contre Cassandre, Lysimaque, Ptolémée et Séleu- 
cus, confédérés contre lui. Les Spartiates cherchaient 
à augmenter le nombre des ennemis d'Antigone et 
de Démétrius. Arius I ' était alors, comme nous l'avons 
dit plus haut, roi de Sparte, et Onias I er , fils de Jaddus, 
grand-prêtre. Comme les noms d'Arius et d'Onias repa- 
raissent simultanément dans l'histoire, d'autres com- 
mentateurs ont placé ces lettres à d'autres dates. H. Ewald, 
Geschichte, t. iv, p. 276, suppose que la lettre d'Arius I e ' 
fut adressée à Onias II durant sa minorité, entre 290 et 
265, alors que les Juifs étaient en guerre avec Démétrius. 
Cette hypothèse est très peu vraisemblable, car les 
grands-prêtres en exercice étaient alors Éléazar et Ma- 
rnasse, oncles d'Onias H, et c'est avec eux qu'eût été échan- 
gée la correspondance. On pourrait aussi songer à 
Arius II et à Onias II qui furent contemporains pen- 
dant quelques années, 264 à 243, mais ce roi était un 
■enfant qui mourut à 8 ans. Plutarque, Agis, 3; Pausa- 
uias, III, VI, 6. Josèphe, Ant. jud., XII, IV, 10, croit 
que la lettre a été adressée à Onias III, au temps d'An- 
tiochus IV, entre 175 à 164, mais à cette époque, il n'y 
avait pas à Sparte de roi du nom d'Arius. Voir Aftius, 
t. I, col. 965. E. Schûrer, Geschichte des Jùdischen 
Volkes im Zeitalter Jesu-Christi, in-8», Leipzig, 1890, 
t. i, p. 186, n. 32. 

4» L'auteur du I er livre des Machabées ne cite pas 
textuellement les documents qu'il rapporte, il se sert 
évidemment d'une traduction grecque, faite elle-même 
sur une traduction hébraïque de l'original. C'est pour 
cela qu'on y trouve des mots qui n'appartiennent pas à 
la langue dorienne: etp^vï), ki^vt], xii, 22-25; àSéXçoi, 
xrv, 20. Il n'y a pas lieu de tenir plus de compte de l'ab- 
sence du nom du second roi de Sparte que de l'absence 
du nom du second consul dans la lettre de Lucius. 
I Mach., xiv, 16. C'est qu'Arius était le personnage im- 
portant. L'autre roi de Sparte, soit Archidamus IV, soit 
Eudamidas II, n'eut qu'un rôle effacé. Au temps où fut 
écrite la lettre de Jonathas, il n'y avait plus de roi à 
£parte, le dernier roi de la famille des Agides avait 
été Agésipolis III en 221. Après lui, on avait vu à Sparte 
des tyrans, dont le dernier,Nabis,avait péri en 192. Tite- 
Xive, xxxv, 35. La cité était gouvernée par les Éphores 
et par le sénat. Antigone avait rétabli ces magistrats et 
le sénat, supprimés par Cléomène. Polybe, IV, xxxv, 5. 
.Après la conquête romaine, la ville de Sparte avait gardé 



son indépendance et avait reçu des Romains le titre de 
Civitas fœderata. Strabon, VIII, v, 5; cf. J. Marquardt, 
Manuel des Antiquités romaines de Th. Mommsen et 
J. Marquardt, trad. franc., t. IX, Organisation de l'Em- 
pire romain, in-8°, Paris, 1892, t. il, p. 224. Elle pouvait 
encore être de quelque utilité aux Juifs. On ne peut 
donc rien alléguer de sérieux contre celte correspondance. 
G, Wernsdorff, qui a le plus attaqué les livres des Ma- 
chabées, le reconnaît. « Dans la lettre de Jonathas, dit-il, 
je ne trouve rien qui n'ait pu être écrit par un grand- 
prêtre juif. Elle parait certainement écrite par un homme 
pieux, grave, prudent et assez versé dans les affaires 
civiles. J'y remarque des mots bien enchaînés et des 
pensées justes. Je n'y trouve rien qui puisse être repris 
à bon droit, si' ce n'est qu'il y parle trop souvent de 
l'ancienne alliance entre Arius et Onias et de -la parenté 
supposée entre les deux nations. Mais il était homme et 
il put être trompé. » G. Wernsdorff, Comment., § 96 et 
111, p. 148, 169-170. W. Grimm, Kungefasstes exege- 
tisches Handbuch %u den Apocryphen des Alten Tes- 
taments, in-8», Leipzig, part, m, 1853, p. 211; C. F. 
Keil, Commentai' iïber die Bûcher der Makkabâer, 
in-8», Leipzig, 1875, p. 201-206, défendent l'authenticité 
de tous les documents. 

5° Les deux lettres paraissent citées plus complète- 
ment dans Josèphe. Celle d'Arius, d'après lui, était 
écrite en caractères carrés et portait un sceau repré- 
sentant un aigle porté^sur un dragon. Elle fut apportée 
à Onias par un certain Demotélès. Ant. jud., XII, IV, 
10; cf. XIII, v, 8. La lettre de Jonathas portait en titre: 
« Le grand-prêtre Jonathas, le sénat et la communauté 
des Juifs aux éphores des Lacédémoniens, au sénat et 
au peuple, leurs frères, salut. » Ant. jud., XIII, V, 8. A 
cette époque, en effet, les premiers magistrats de Sparte 
étaient les éphores. Il ajoute que les ambassadeurs juifs 
furent reçus avec bienveillance et que les Spartiates 
votèrent un décret d'amitié et d'alliance. Lacédémone 
fat au nombre des villes qui eurent part aux générosités 
d'Hérode le Grand. Josèphe, Bell, jud., I, xxi, 11. 

6° Mentionnons seulement à titre de curiosité l'opi- 
nion qui suppose que le mot Sparte est une transcription 
erronée pour Sepharad, Separalini ou Sefaradim, et 
qui place en Lycie le peuple dont il est question dans 
les Machabées. Hitzig, dans la Zeitschrift des deutschen 
morgenland. Gesellschafts, t. ix, 1855, p. 731-737; KL, 
Geschichte des Volkes Israël, in-8°, Leipzig, 1869, t. Il, 
p. 345-349, et celle de Frankel, Monalschrift fur Ge- 
schichte und Wissenschaft des Judenthums, 1853, p. 456, 
qui fait du mot Spartiate la désignation d'une colonie 
juive àNisibeen Arménie. Il n'est pas admissible qu'une 
colonie juive eût besoin de rappeler sa parenté avec les 
Israélites de Palestine, et les détails concordent si bien 
avec la constitution de Sparte qu'il est inutile de cher- 
cher ailleurs. E. Beurlier. 

1. LA CERDA (Gonzalve de), prêtre de l'ordre d'Al- 
cantara et secrétaire de Philippe II, vivait dans lé cours 
du xvi e siècle. Il a composé Commentaria in Epistolas 
D. Pauli ad Romanos, in-f», Lisbonne, 1583. — Voir 
N. Antonio, Bibliotheca Hispana nova, t. I, p. 553; 
Dupin, Table des auteurs ecclésiastiques du xri' siècle, 
pM242. B. Heurtebize. 

2. LA CERDA Joseph, bénédictin, né à Madrid, mort 
à Badajoz le 12 juin 1645. Profès du monastère de Saint- 
Martin de Madrid, il fut professeur de théologie à Sala- 
manque et successivement évêque d'Almeria et de Bada- 
joz. On lui doit un commentaire sur le livre de Judith, 
In sacram Judith Bistoriam commentarius litteraliset 
moralis, 2 in-P-, Alineria, 1641. — Voir N. Antonio, 
Bibliotheca hispana nova, t. i, p. 803; Ziegelbauer, 
Historia rei literarite ordinis sancti Benedicli, t. iv, 
p. 29, 179. B. Heurtebize. 



11 



LACET — LÂCHETÉ 



12 



LACET, ou LACS, lien de corde disposé pour 
prendre une proie sans qu'elle s'y attende et la retenir 
comme dans un piège. Plusieurs mots hébreux servent 
à désigner le lacet, toujours d'ailleurs dans un sens 
figuré : — 1° Hébél, a^oivi'a, funes, le piège de corde que 
l'on tend pour s'emparer d'un ennemi. Ps. cxix (cxvm), 
61; cxl (cxxxtx), 6. Ce piège saisit par le talon. Job, 
xvm, 9. Le même nom est donné aux lacs de la mort 
qui surprend sa proie, II Reg., xxn, 6; Ps. xvii (xvm), 
5(hébreu), et à ceux du ie'ôl qui la détient. Ps. xvn (xvm), 
6; cxvi (cxiv), 3 (hébreu). Voir Corde, t. h, col. 964. — 2° 
Malkodét, de lâkad, « prendre au piège, » o^oiviov, pe- 
dica, le iacet caché sur le sol pour prendre le passant par 
ie pied. Job, xvm, 10. Cf. Is., vin, 15; xxviu, 13. Les 
nations tombent dans la fosse qu'elles .ont creusée et 
leur pied est pris au lacet, nilkedâh, miveX^flï], com- 
prehensus est. Ps. ix, 16. — 3" Môqês, le lacet servant 
à prendre un gros animal. Job, XL, 19 (24). L'oiseau ne 
peut se prendre au filet s'il n'y a pas de môqês, IÇeti-r-oî, 
auceps. Am.,. m, 5. Le môqês n'est pas l'oiseleur, comme 
traduisent les versions, mais le lacet invisible qui met 
le filet en mouvement. Voir Filet, t. n, col. 2245. Le 
moqês est l'image des embûches que le méchant dresse 
contre le serviteur de Dieu. Ps. lxiv (lxih), 6; cxl 
(cxxxix), 6. — 4° Sammim, le lacet qui accompagne le 
piège. Job, xvm, 9. A la place de ce mot, les versions 
ont lu èemêyim, êi<}«SvTeî, silis. — 5° C'est avec le lacet, 
laqueus, qu'on suspend au gibet. Gen., XL, 19, 22; xli, 
13; Num., xxv, 4; Jos., vm, 29; x, 26; I Reg., xxxi, 
10; Esth., vu, 10; ix, 13, 14 ; I Mach., I, 64, etc. Judas 
se pendit de la sorte. Matth., xxvn, 5; Act., i, 18. — 
6° Les lacets du diable sont ses tentations de toute na- 
ture. I Tim., m, 7; vi, 9; II Tim., h, 26. 

H. Lesêtre. 
LA CHETARDYE (Joachim Trotti de), né le 23 no- 
vembre 1636, au château de la Chetardye, sur la paroisse 
d'Exideuil (Charente), autrefois du diocèse de Limoges, 
mort à Paris, le 9 juin 1714. Sa famille était originaire 
d'Italie. Admis au séminaire de Saint-Sulpice en 1657 et 
dans la Société des prêtres de ce nom en 1663, il alla 
d'abord enseigner la morale au séminaire du Puy, où 
l'évêque le chargea du soin des conférences ecclésias- 
tiques, dont M. de la Chetardye rédigea ensuite et fit 
imprimer les résultats. En 1679, sur le désir de l'arche- 
vêque de Bourges qui venait de confier son séminaire 
aux prêtres de Saint-Sulpice, il fut adjoint aux nouveaux 
directeurs et chargé de desservir la paroisse de Moutier- 
Moyen qui était unie au séminaire. Celle de Saint-Sul- 
pice, à Paris, l'eut pour pasteur depuis le 13 février 1696 
jusqu'à sa mort; et il s'y appliqua surtout au soin des 
congrégations religieuses, des pauvres et des enfants, 
pour lesquels il multiplia les écoles gratuites jusqu'au 
chiffre de 28. En même temps, il était supérieur de plu- 
sieurs couvents de religieuses. De concert avec Fénelon 
et M. Tronson, il négocia et obtint, en 1696, de 
M m8 Guyon, un désaveu formel des erreurs contenues 
dans ses écrits, et lut même appelé à la diriger pendant 
sa détention à Vaugirard. 11 dirigea aussi la princesse de 
Condé et la princesse de Conti qui habitaient sur sa pa- 
roisse; et, à partir de 1709, M mc de Maintenon, aprèe la 
mort de Godet des Marais, évêque de Chartres. M. Les- 
chassier, supérieur de Saint-Sulpice, écrivait le 21 avril 
1702 : « Le jour de Pâques, M. de la Chetardye lut 
nommé à l'évêché de Poitiers par le roi. Il écrivit aussi- 
tôt à Sa Majesté pour le prier d'agréer ses excuses. Sa 
lettre a été bien reçue, et Sa Majesté en a été si édifiée 
qu'il l'a fait voir à plusieurs courtisans. M. le Prince, 
M mes les princesses de Condé et de Conti sont venus le 
voir pour témoigner de la joie qu'ils avaient de sa no- 
mination et de son refus. Ses paroissiens en sont char- 
més. » On a de lui : Explication de l'Apocalypse par 
l'histoire ecclésiastique, Bourges, 1691, in-8°; réimpri- 
mée à Paris, de format in-4», en 1701, 1702 et 1707, sous 



ce titre : L'Apocalypse expliquée par l'Histoire ecclé- 
siastique, avec les Vies de quelques Empereurs ro- 
mains, auteurs de la dernière persécution dont il est 
parlé dans cette explication de l'Apocalypse. Cf. Jour- 
nal des Savants, année 1695, in-4», p. 129, 130, et 
année 1701, p. 353, 354; Mémoires de Trévoux, novem- 
bre 1702, p. 63-78, et décembre 1707, p. 2022-2031 ; Bible 
de Vence, Préface (par Rondet) sur l'Apocalypse, art. vi,- 
Le système de M. de la Chetardye a été complété et per- 
fectionné dans l'ouvrage suivant : Histoire générale de 
l'Église chrétienne, depuis sa naissance jusqu'à son, 
dernier état triomphant dans le ciel; ouvrage traduit 
de l'anglois de M« r Pastorini (Charles Walmesley), par 
un religieux bénédictin de la congrégation de Saint- 
Maur (Jacques Wilson); Rouen et Paris, 1777, 3 in-12. 
Enfin, l'ouvrage de M. de la Chetardye a servi de base, 
concurremment avec celui d'Holzhauser sur le même 
sujet, au travail de l'abbé Lafont-Sentenac intitulé : Le 
plan de l'Apocalypse et la signification des prophéties 
qu'elle contient, pour avertir les honjmes des événe- 
ments qui, de nos jours à la fin des temps, doivent in- 
téresser l'Église et le monde, in-8°, Paris, 1872. — 
M. de la Chetardye a encore composé des Homélies sur 
les Évangiles des dimanches de l'année, qui, imprimées 
séparément de format in-4°, aussitôt qu'elles étaient 
prononcées, de 1706 à 1713, ont été réunies en 3 vol. 
in-8°, à Avignon en 1848, et à Paris en 1854. Cf. Ber- 
trand, Bibliothèque Sulpicienne, 3 in-8°, Paris, 1900, 
t. i, p. 170-207. L. Bertrand. 

LACHETE, vice opposé au courage et à l'énergie de 
la volonté. Dans le sens de manque de courage, la 
lâcheté n'a pas de nom spécial en hébreu ; dans celui 
de manque d'énergie, de nonchalance, elle est désignée 
dans l'Écriture par le mot remîyâh qui signifie aussi 
« fraude », et qui n'est employé dans l'acception parti- 
culière de lâcheté, que comme complément d'un sub- 
stantif, ce qui équivaut à un qualificatif : néféS remîyâh, 
littéralement « âme de lâcheté » pour « homme lâche, 
nonchalant». Prov., xix, 15 (Septante : à^pyoç; Vulgate : 
anima dissoluta). Les conséquences de cette espèce de 
lâcheté, indiquées dans l'Écriture, sont le dénuement 
et la faim qui en découle. Prov., x, 4; xix, 15; cf. xxxi, 
27. Le lâche est prêt à subir toutes les servitudes, 
Prov., xn, 24; il ne sait faire aucun effort pour obtenir 
le moindre résultat, même lorsqu'il lui est imposé, 
comme ces sept tribus d'Israël auxquelles Josué reproche 
de n'avoir pas encore occupé la terre de Chanaan. 
Jos., xvn, 3. La Vulgate emploie ici le mot ignavia, 
mais le texte hébreu a seulement mifrappîm , «s négli- 
gents. » La lâcheté est surtout repréhensible, quand il 
s'agit du service de Dieu. C'est pourquoi Jérémie voue 
à la malédiction celui qui fait lâchement 1' « œuvre de 
Dieu ». 'jer., xlviii, 10. Dans ce dtrnier passage, où 
il s'agit de la destruction de Moab, la nonchalance, 
remîyâh, touche de près à la lâcheté, produite par la 
peur, qui fait fuir le danger, par la crainte de la mort. 
Parce que la mort inspire à l'homme une crainte instinc- 
tive, c'est le fait du lâche de fuir, quand il se trouve 
en danger, par exemple au combat, tandis que l'homme 
courageux affronte le danger jusqu'à mourir. L'Écriture 
appelle simplement le lâche « un homme peureux et 
craintif », 'îs hay-yârê' vc-rak, Deut., xx, 8; yârê' ve- 
hdrêd, Jud., vu, 3 (Vulgate : fsrmidolosus et cordepavido, 
formidolosus et timidus). Dans ces passages, le lâche est 
invité à ne pas se battre et à quitter l'armée. Mais si Dieune 
voulait point de lâches parmi les combattants israélites, 
ii n'en désapprouvait pas moins ceux qui manquent de 
courage. Le texte sacré blâme tous ceux qui sont sans 
courage et sans confiance en Dieu; les Israélites trem- 
blant devant les Égyptiens, malgré la merveilleuse assis- 
tance de Dieu, Exod., xiv, 10-12, et regrettant l'Egypte, 
en face des difficultés de la conquête de Chanaan, Num.» 



13 



LÂCHETÉ — LACHIS 



14 



xm, 27-34; xiv, 1-3; cf. Deut., l, 27-28; Saûl tremblant 
de peur en face des Philistins, -I Reg., xxvm, 4-5 ; les 
Apôtres s'endormant et abandonnant Jésus au jardin 
des Olives, Matth., xxvi, 56; Marc, xiv, 50; Pierre le 
reniant, Matlh., xxvi, 69-75; Marc., xiv, 66-72, Luc, 
XXII, 56-59; Joa., xvm, 17-27; Pilate le livrant malgré 
la conviction <le son innocence. Matth., xxvii, 24. — 
D'après la traduction de la Vulgate, l'élégie de David 
sur la mort d'Abner commence par ces mots : « Ce n'est 
pas comme meurent les lâches {ignavi) qu'est mort Ab- 
ner. » II Reg., m, 33. Cette traduction est difficile à 
justifier. Abner, ayant été tué par trahison, n'avait suc- 
combé ni en hrave ni en lâche. Le mot que saint Jérôme 



illteTestaniene,Giessen,1833,p.2S7; II. Winckler, Oie 
T/tontafeln, von Tell el-Amarna, Berlin, 1896, p. 306, 
310, 338, 340, lettres 180, 181, 217, 218. 

I. Situation. — Lachis appartenait au midi de la Pa- 
lestine, Jos., x, 3, 5, 23; xii, 11, au deuxième groupe des 
villes de e. la plaine » ou de la Séphélah, d'après l'énu- 
mération du livre de Josué, xv, 37-41. Eusèbe et saint Je- 
rôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 135, 274, 
la mentionnent comme étant encore de leur temps un 
village, x<a|U|, situé à sept milles (un peu plus de 
10 kilomètres) d'Éleuthéropolis (aujourd'hui Beit Dji- 
brîn), en allant vers le Daroma ou le sud. Dans cette di- 
rection, mais vers le sud-ouest et à une distance un peu 




S. — Colline de Tell el-Hésy. D'après une photographie. 



a rendu par ignavi est en hébreu nâbdl, qui signifie 
« insensé ». Les Seplante l'ont pris à tort pour un nom 
propre et y ont vu une allusion à la mort de Nabal, 
l'époux d'Abigaïl. I Reg., xxv, 38. La paraphrase chal- 
daïque a pris nâbdl dans le sens d'impie (et. Ps. xiv 
[xln, lJ),et]'on traduit généralementaujourd'hui l'hébreu: 
« Abner devait-il mourir comme un criminel, » que l'on 
met à mort pour lui faire expier ses crimes ? 

P. Renard. 
LACHIS (hébreu: LâMs, Jos.,x, 3, 5, 23, etc.; avec 
hé local, LâkiSâh, Jos., x, 31; IV Reg., xiv, 19; xvm, 14; 
II Par., xxv, 27; Septante: AajrCç), ville importante de la 
tribu de Juda, dont le véritable site (fig. 3) a été retrouvé 
de nos jours. Jos., x, 3; xv, 39, etc. Les documents cunéi- 
formes nous en ont conservé la représentation (fig. 4) et le 

nom. On lit *~r~"i JH1 "ïîn'l, La-ki-su, sur un bas- 
relief de Ninive relatif à Sennachérib; La-ki-si, La-ki-sa, 
sur les tablettes de Tell el-Amarna. Cf. F. Vigouroux, La 
Bible et les découvertes modernes, 6 e édit., Paris, 1896, 
t. iv, p. 41 ; E. Schrader, Die Keilimchriften und dus 



plus éloignée, on trouve un site dont le nom UmmLâqh 
ou Lâkîs rappelle celui de l'ancienne cité chananéenne. 
Aussi jusqu'à ces dernières années, y voyait-on l'empla- 
cement de cette ville. Cf. V. Guérin, Judée, t. n, p. 299- 
303. Cependant Robinson, Biblical researches in Pa- 
lestine, Londres, 1856, t. H, p. 47, remarquait justement 
que les restes observés en cet endroit ne sont certaine- 
ment pas ceux d'une antique place forte qui fût capable 
de^résister, pour un temps du moins, aux assauts d'une 
/armée assyrienne. Dès 1878, Conder signalait à 4 ou 
5 kilomètres au sud-est une colline, nommée Tell el- 
Hésy, dont le nom et la position stratégique le frap- 
pèrent. Cf. Palestine Exploration fund, Quarterly Sta- 
tement, Londres, 1878, p. 20. Le rapprochement onomas- 
tique qu'il voulut faire entre Lâkîs et el-Hésy est 
inadmissible, mais son coup d'œil ne l'avait pas trompé 
dans les autres observations. En apparence rien ne dis- 
tinguait le tell de tant d'autres monticules naturels ou 
artificiels de la Palestine, mais sa situation à proximité 
des confins de l'Egypte et de la Syrie, dans cette plaine 
des Philistins qui, de tout temps, a servi de passage aux 




"S * 
CQ a. 



•° * 



P 
II 



M 



LACHIS 



18 



armées venues de l'Assyrie ou de l'Egypte, les sources 
qui alimentent à ses pieds un ruisseau abondant, faisaient 
soupçonner une place importante autrefois. Des fouiïles 
seules pouvaient confirmer ces conjectures, qui cepen- 
dant s'accréditèrent encore par un rapide examen d'ÏTmm. 
LâkU, où l'on ne découvrit que des ruines de date ré- 
cente et de minime importance. Cf. Pal. Explor. Fund, 
Quart. St., 1890, p. 161. En 1890, un habile explorateur, 
M. Flinders Pétrie, pratiqua des tranchées, des intersec- 
tions dans les flancs de Tell el-Hésy, et y fit d'intéres- 
santes découvertes, qui sont consignées dans le Pal. Expl. 



peu près sec en été. Voir fig. 5. Depuis que la ville 
est bâtie, il a entamé la face orientale du monticule, 
dont la pente escarpée descend assez brusquement sur 
ses bords. Le tertre, aux contours plus ou moins arron- 
dis au sud et au nord, est pénétré par une légère dépres- 
sion à l'est et au sud-ouest. De ce dernier côté est une 
crête faite d'une hauteur naturelle et d'un rempart arti- 
ficiel, qui dépasse de près de 3 mètres le sommet de 
la colline. Cette crête continue sa ligne courbe vers l'est. 
Le point le plus important du tell est celui de la cité, 
au nord-est. En dehors de ce coin où sont accumulées 




.W.StBsGiïiwvre 3aa. 



5. — Carte de Lactis et de ses environs. D'après Bliss, A Mound of many Citiee, pi. i. 



Fund, Quart. St., 1890, p. 459-166, 219-246, et dans son 
ouvrage intitulé Tell el-tîesy (Lachish), in-4°, Londres, 
1891. Mais il n'avait eu que le temps de creuser quelques 
pieds. Après lui, M. Bliss put opérer des fouilles plus 
complètes et arracher au monticule de précieux secrets 
archéologiques. Cf. Pal. Expl. Fund, Quart. St., 1891, 
p. 282-298; 1892, p. 36-38, 95115, 192-196; 1893, p. 9-20, 
103-119; et F. J. Bliss, A Mound of many Cities, in-8°, 
Londres, 1898. C'est le résultat de ces travaux que nous 
donnons ici dans un simple aperçu. 

II. Description. — La colline de Tell el-Hésy (voir fig. 3), 
appelée aussi Tell el-Hélu, « la douce colline, » à cause 
du voisinage de sources d'eau douce, s'élève à 103 mètres 
au-dessus du niveau de la mer, et à 36 mètres au-des- 
sus de l'ouadi de même nom, qui la longe à l'est puis se 
dirige an nord et à l'ouest en faisant de nombreux zig- 
zags. Torrent en hiver, Youadi el-Hésy, qu rejoignent 
en cet endroit Youadi Djizâir et Youadi Muleihah, est à 



les ruines dont nous allons parler, le plateau n'a qu'une 
légère profondeur de terre : après 50 centimètres en cer- 
taines parties, de 1 à 3 mètres dans d'autres, on arrive 
à une couche d'argile restée intacte. Ce fut peut-être là 
la première assiette de la ville; on y a trouvé de très 
anciennes poteries. Un grand pan de murailles au nord 
/est un reste de vieilles fortifications. 

L'enceinte irrégulière de la cité est parfaitement mar- 
quée au nord, à l'ouest et au midi. Trois murs à peu 
près parallèles au nord, mais à un niveau différent, re- 
présentent trois époques différentes, peut-être celle des 
premiers Chananéens, celle de Roboam et celle de Ma- 
nassé. Le coin nord-ouest semble avoir été prolongé le 
plus possible pour renfermer un puits, dont on voit les 
vestiges. C'est dans une partie de cet espace qu'ont été 
retrouvés les restes d'au moins huit villes superposées, 
dont l'âge a été déterminé par les objets découverts dans 
les diverses couches. Celte accumulation de ruines, 



19 



LAGHIS 



20 



fruit des ravages de douze siocles au moins, s'explique 
facilement d'après la manière de bâtir en Orient, et 
principalement dans cette contrée de la Palestine. Dès 
les temps les plus anciens, les constructions étaient 
faites de briques séchées au soleil, de blocs d'argile 
mêlée de paille hachée. Qu'une guerre ou les éléments 
de la nature viennent à renverser les premiers édifices, 
le sol s'exhaussera des débris épars, et pour peu que le 
site reste un certain temps abandonné, lèvent et la pluie 
auront bientôt fait de niveler le terrain. Les nouveaux 
habitants, ne trouvant pas de matériaux à utiliser comme 
dans les villes bâties en pierre, élèveront leurs demeures 
de même façon que leurs devanciers, mais à un niveau 
supérieur. Une nouvelle civilisation s'établira sur les 
ruines de la première, quelque catastrophe l'enfermera 
plus tard dans un tombeau, et c'est ainsi que se forme- 



mais dont la nature et l'usage ne sont pas bien connus. 
Fragments de poterie peinte. 

troisième ville, à 13 m. 70 : série de chambres à l'ap- 
pui du mur septentrional. C'est là qu'a été découverte la 
pièce la plus importante, une tablette avec inscription, 
cunéiforme, dont nous parlons plus loin; avec cela, 
différents objets en bronze, pointes de lances, poinçons, 
épingles à cheveux, aiguilles, couteaux, etc. —Au-dessus 
de cette cité s'étend un lit de cendres, qui se trouve 
ainsi à peu près au milieu de la colline. Des couches 
alternées de poussière noire et blanche, de charbon et 
de chaux, rayent la face du monticule sur une épaisseur 
qui varie de 1 à 2 mètres. Des os et des débris de pote- 
rie se rencontrent dans cet amas mystérieux. 

quatrième ville. — Cité int'. iv, à 11 m. 27: murs 
bâtis sur le lit de cendres; petite idole de bronze avec 













6. — Tablette de Lachis. D'après la Revue biblique, 1894, p. 433. 



ront par couches successives les pages de l'histoire; ainsi 
le sol s'est élevé de 18 mètres à Tell el-Hésy. L'Egypte 
nous offre plus d'un exemple de ces monticules produits 
ou accrus par la démolition de maisons en brique, à Da- 
manhur, à Tanis et ailleurs. M. Bliss ne reconnaît que 
huit villes bien caractérisées, mais il croit pouvoir en 
distinguer jusqu'à onze. Il suit, en les décrivant, l'ordre 
chronologique, c'est-à-dire en allant de bas en haut. 
Nous donnons dans un simple tableau le résumé de ses 
découvertes, en maintenant ses propres distinctions: 

première ville. — Cité inf. i, à 19 m. 80 au-dessous 
du sommet de la colline; elle renferme, au coin nord- 
est, une tour d'angle avec deux chambres, mais n'a ré- 
vélé aucun objet caractéristique. — Cité i, à 16 m. 75, 
dans le quartier sud-est du tell: on y a découvert des 
objets en cuivre et en bronze, pointes de lances, hermi- 
neltes, etc., une figurine en bronze, et de nombreux dé- 
bris d'une poterie que les explorateurs appellent « amor- 
rhéenne ». 

deuxième ville. — Cité inf. il, à 16 mètres environ: 
chambres bâties avec de l'argile brun foncé mélangée 
d'un peu de paille. — Cité n, à 14 m. 60: chambres bâties 
avec de l'argile jaune rougeâtre, pleine de paille. On y 
a trouvé un fourneau circulaire, avec scories et cendres, 



collier d'or, chèvre de bronze avec chevreaux, figurine 
en terre; pressoir à vin avec plusieurs cuves, pavé ci- 
menté, çà et là. — Cité iv, à 9 m. 75: ruines d'un large 
édifice, avec chambres symétriques. Dans les deux ont 
été trouvés des objets importants, scarabées, cylindres, 
petites pointes de lances, couteaux, aiguillas, etc. Pote- 
ries phéniciennes, dont un fragment avec trois lettres 
phéniciennes. 

cinquième ville, à 6 m. 70 : grandes constructions, 
représentées par des pierres placées à distance â peu prés 
égale et servant de bases à des piliers ou à des colonnes. 

sixième ville, à 5 m. 50: large muraille d'enceinte 
au nord, retrouvée par Flinders Pétrie, constructions à 
l'est, fosses circulaires et fours. Entre cette cité et la 
suivante, le sol est argileux, d'un gris verdàtre et très 
résistant; on y a découvert un fragment de poterie avec 
inscription phénicienne. 

septième ville, à 2 m. 40 : traces d'un violent incen- 
die; au côté est, curieuse stratification de sable fin, 
jaune clair; pavement couvert de sable. On y remarque 
des fosses qui servaient de greniers ou de magasins ; on 
y a retrouvé des grains de froment et d'orge, du sésame 
brûlé, des grains de raisin. A la partie nord, maisons 
dont les fondements sont encore nettement tracés. 



21 



LACHIS 



22 



huitième ville, à 1 m. 50, dans un état de destruc- 
tion pitoyable. Elle renferme une douzaine de tanmirs 
ou « fours » de forme circulaire, qui attestent que les 
anciens habitants, 400 ans avant notre ère, faisaient 
leur pain de la même manière que les Syriens et Ara- 
bes d'aujourd'hui. Les pierres à bâtir sont brutes, quel- 
ques-unes seulement, de forme carrée, indiquent un 
certain travail. Jarres et nombreuses poteries. 

La chronologie du tell peut être approximativement 
établie d'après les objets trouvés in situ, que l'on ra- 
mène aux quatre classes suivantes : 

1° Objets avec inscriptions. — 1. En premier lieu 
vient la tablette cunéiforme, découverte dans la troi- 
sième ville. Voir fig. 6. Par sa forme et ses dimen- 
sions, elle ressemble à celles de Tell el-Amarna; 
l'écriture et les formules employées sont celles des 
scribes du sud de Chanaan dans les lettres adressées 
aux rois d'Egypte. Zimrida était gouverneur de Lachis 
sous le règne d'Amenhotep IV, Khu-n-Aten, de la 
XVIII 8 dynastie. On peut donc la l'aire remonter à environ 
1450 ans avant notre ère. — 2. Nous avons en second 
lieu deux inscriptions phéniciennes. Sur un fragment 
de poterie, mis à jour vers le sommet de la IV e cité, on 
lit : ïbs, de bâla\ « absorber. » M. Sayce ne croit pas 
l'écriture plus ancienne que le XI e siècle. Sur un autre 
(vi e cité), M. Clermont-Ganneau lit "jDnb, le-hassêk, « ad 
libandum, » ce qui indique un « vase à libation », Cf. 
1er., XLIV, 19, 25. Palestine Exploitation Fund, Quart. 
St., 1892, p. 126-128. Quelle que soit la différence de 
lecture (cf. Pal. Expl. Fund, Quart. St., 1891, p. 70, 158, 
240, 250, 311), les archéologues lui assignent comme 
date 700 ou 800 av. J.-C. 

2° Scarabées et cylindres. — 1. Aux cités H et m ap- 
partiennent deux scarabées portant le nom A' Amen lia 
et pouvant remonter à la XVIII e ou peut-être la XIX e dy- 
nastie égyptienne (fig. 7-8). A la cité inf. iv : un avec le 
cartouche de la reine TU, mère d'Amenhotep IV, 
XVIII e dynastie (fig. 9); un autre avec le nom d'Osi- 




7 8 9 10 

7-8. — Scarabées portant le nom de Âmen-Ra. 

9. — Scarabée portant te nom de la reine TH. 

10. — Scarabée portant le nom de Ah^Hotep. 

D'après Bliss, A Mound of many Cities, fig. 116, 117, 119 et 123. 

TiSfUm-nefer ; d'autres sont des copies de modèles 
égyptiens. Cité ]v : un porte le nom de Ah-Hotep, qui 
fut celui de la femme d'Amenhotep I er , de la XVIII e dy- 
nastie (fig. 10). — 2. Les cylindres, trouvés dans les 
cités inf. IV et iv, sont assignés à une période qui va de 
1400 à 1000 avant l'ère chrétienne. 

III. Objets en métal. — 1° Le bronze a été trouvé dans 
toute l'épaisseur du monticule. Les objets les plus carac- 
téristiques sont les plus anciens, mais comme ils dil- 
fèrent, au point de vue de la forme, des instruments et 
des armes rencontrés en Egypte et ailleurs, ils ne peu- 
vent par eux-mêmes conduire à des dates précises. — 
2° Le fer se révèle depuis le sommet de la colline jus- 
qu'au sommet de la cité rv, où il cesse, ce qui peut 
mener jusque vers l'an 1100. 

IV. Poteries. — Les poteries offrent non seulement 
un nombre considérable d'échantillons, mais des types 
spéciaux en rapport avec les groupes de villes. Bans les 
premières couches apparaissent les poteries dites 
« amorrhéennes », qui diffèrent de celles trouvées en 
Egypte et en Syrie. Le type phénicien commence avec 



les cités il et m, devient prédominant dans les cités 
IV inf. et IV, et diminue progressivement dans les par- 
ties supérieures. De la cité v à la vin e , le terrain est 
caractérisé par le style juif, c'est-à-dire une grossière 
imitation de l'ancien type phénicien. Enfin, dans les 
deux dernières villes, vn e et viii=, on rencontre la po- 
terie grecque, avec le poli et les couleurs rouge et noir, 
tait important qui parait dater ces assises de 5C0 à 400 
avant l'ère chrétienne. Voir de nombreux dessins dans 
Flinders Pétrie, Tell el-Hesy, pi. v, vi, vu, vm, ix, et dans 
Bliss, A Mound of many Cities, pi. 3, 4, p. 118,119, 120. 

De toutes ces données, M. Eliss tire les conclusions 
suivantes au point de vue chronologique, en assignant 
à chaque ville une date évidemment approximative : 
Cité inf. r, 1700; cité i, 1600; cité inf. n, 1550; cité H, 
1500; cité m, 1450; cité iv inf., 1400; cité iv, 1300; 
cité v, 1000; cité vi, 800; cité vu, 500; cité vm, 400 av. 
J.-C. L'absence de monnaies et de restes des époques 
séleucide et romaine montre que Tell el-Hésy fut aban- 
donné après 400. 

III. Histoire. — 1» Les ruines de Tell el-Hésy répon- 
dent parlaitement à l'histoire de Lachis. Cette ville fut 
dés les origines une place importante du sud de Cha 
naan. Vassale de l'Egypte sous les rois de la XVIII e dy- 
nastie, elle payait un tribut en nature, et deux de ses 
gouverneurs, Zimrida et Jabni-ilu, nous sont connus 
par les tablettes de Tell el-Amarna. Ct. H. Winckler, 
Die Thontafeln von Tell el-Amarna, p. 306, 310, 338, 
340. Le premier, nous l'avons vu, est également men- 
tionné sur la tablette cunéiforme trouvée à Tell el-Hésy, 
et dont nous donnons la traduction d'après le P. V. 
Scheil, dans la Revue biblique, Paris, 1894, p. 435 : « Au 
chef... j'ai dit : à tes pieds je me prosterne. Sache que 
Daian Addi et Zimrida se sont réunis et que Daian Addi 
a dit à Zimrida : Pisyaram envoie vers moi et me fait pré- 
senter deux chevaux (?), 3 glaives et 3 poignards. Si donc 
j'envahis le pays du roi et si tu m'aides à m'en emparer, 
je te rendrai plus lard la principauté dont il (t') avait 
donné le principat. J'ai dit : envoie donc (des troupes) 
au-devant de moi et... j'ai dépêché Rabil... Tiens 
compte de ces avis. » 11 s'agit ici sans doute d'une de 
ces tentatives d'émancipation si fréquentes parmi les 
gouverneurs de provinces. Le déchiffrement du P. Scheil 
diffère assez sensiblement de celui de Sayce, publié dans 
le Pal. Expl. Fund, Qu. St., 1893, p. 27, et dans Bliss, 
A Mound of many Ciliés, p. 185. 

2° Lorsque Josué envahit la Palestine, Lachis avait 
pour roi Japhia, qui s'unit à ceux de Jérusalem, d'IIc- 
bron, de Jérimoth et d'Églon, pour marcher contre 
Gabaon et la punir de son alliance avec les Israélites^ 
Vaincu comme les autres confédérés, il vint se cacher 
dans la caverne de Macéda, fut pris, mis à mort et sus- 
pendu à un gibet. Jos., x, 3, 5, 23. Sa ville tomba en- 
suite entre les mains du conquérant. Jos., x, 31-33; 
xii, 11. Elle fit partie du territoire assigné à Juda, Jos., 
xv, 39. Plus tard, Roboam, roi de Juda, répara ou aug- 
menta ses fortifications, HPar., xi, 9, et Amasias, chassé 
de Jérusalem par une conspiration, vint s'y réfugier, 
mais ne put échapper à la mort. IV Reg., xtv, 19; II Par. v 
xxv, 27. Le prophète Michée, i, 13, la presse de fuir de- 
vant l'invasion : « Attache les coursiers au char, peuple 
déLachis, » s'écrie-t-il (d'après l'hébreu). La suite du 
Verset semblerait placer là « le début du péché pour la 
fille de Sion », et faire de cette ville comme l'instiga- 
trice des péchés d'Israël. Qu'elle ait été adonnée à l'ido- 
lâtrie, les touilles l'ont prouvé, mais on ne comprend 
guère l'influence qu'elle a pu avoir sous ce rapport sur 
Jérusalem, à moins que celle-ci ne lui ait emprunté 
quelque pratique idolàtrique. 

3» L'importance de Lachis ressort encore de la cam- 
pagne de Sennachérib contre Juda. C'est là que le mo- 
narque assyrien vint s'établir avant de diriger ses troupes 
vers Jérusalem. C'était pour lui une excellente base 



27 



LACHIS — LACHMANN 



28 



d'opération contre l'armée égyptienne d'un côté, et, de 
l'autre, contre les places fortes du midi de la Palestine. 
11 fit représenter lui-même sur les monuments de 
l'époque le siège de cette ville. Voir fig. 5, col. 15-16, 
d'après Layard, M onuments of Ninevek, 2 e série, pi. 21. 
L'image est d'une parfaite exactitude au point de vue 
topographique et correspond à la vue de la cité prise 
du sud. Cf. Flinders Pétrie, Tell el-Sesy, p. 37-38. C'est 
là qu'Ézéchias effrayé envoya des ambassadeurs au roi 
de Ninive et lui remit le tribut demandé. IV Reg., xvm, 
14-16. Sennachérib fit plus tard reproduire cette scène 
et la reddition de Lachis à Ninive sur un bas-relief qui 
nous a été conservé. Voir fig. 11 et 12. Le roi est assis sur 
son trône, en un lieu planté d'arbres ; des Juifs s'avancent 
vers lui, les mains suppliantes. Au-dessus du tableau on 
lit l'inscription cunéiforme suivante : « Sennachérib, 
roi des nations, roi d'Assyrie, sur un trône élevé est 
assis, et les dépouilles de Lachis devant lui viennent. » 
Cf. G. Smith, History of Sennachérib, 1878, p. 69; 
F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 
t. iv, p. 41. Le monarque assyrien ne se contenta pas de 
ce tribut de guerre, et exigea la reddition de Jérusalem. 
Informé des préparatifs de résistance que faisait la ville, 
il envoya de Lachis trois de ses principaux officiers, son 
tartan, son rab-saris et son rab-êaqêk, avec une escorte 
imposante, espérant ainsi intimider Ézéchias et l'obliger 
à se rendre sans coup férir. IV Reg., xvm, 17; II Par., 
xxxii, 9; Is., xxxvi, 2. Confiant en Dieu et fortifié par la 
parole prophétique d'Isaïe, le roi de Juda repoussa avec 
fermeté les demandes de Sennachérib, qui, du reste, 
avait déjà quitté Lachis, pour commencer son mouve- 
ment en arrière, lorsque ses envoyés revinrent. IV Reg., 
xix, 8; Is., xxxvn, 8. Lorsque plus tard Nabuchodonosor, 
roi de Babylone, détruisit le royaume de Juda, Lachis 
fut au nombre des places fortes qui tombèrent sous ses 
coups. Elle fut de nouveau habitée par les Juifs au retour 
de la captivité; II Esd., xi, 30. Mais elle ne retrouva 
jamais son antique puissance. Il n'en est plus question 
dans la Bible à partir de ce moment. 

A, Legendre. 

LACHMANN Karl, philologue allemand protestant, 
né à Brunswick le 4 mars 1793, mort à Berlin le 13 mars 
1851. 11 étudia à Leipzig et à Gœttingue où, au lieu de 
suivre les cours de théologie qu'il négligea complètement, 
il s'adonna exclusivement à l'étude de la philologie. En 
1816 il devint professeur au gymnase Friedrich-Werder, 
puis à l'Université de Berlin, plus tard à Kœnigsberg. 
En 1825 il revint à Berlin, où dès 1827 il fut nommé 
professeur ordinaire. Deux ans plus tard on lui confia 
la section latine du séminaire philologique et en 1830 
il devint membre de l'Académie des sciences à Berlin. 

En dehors de ses travaux sur les classiques allemands, 
il étudia avec le plus grand soin le texte du Nouveau 
Testament. Il exposa les principes de sa critique : 
Rechenschaft ûber seine Ausgabe des Neuen Testa- 
ments, dans les Theologische Studien und Kritiken, 
1830, p. 819-845. Ce traité rend compte de la nouvelle 
édition du texte sacré qu'il venait de terminer et qu'il 
édita peu après sous le titre Novum Testamentum 
grsece, in-12, Berlin, 1831. Cette édition comprend la 
recension du texte (sans indication des sources) avec 
des notes marginales citant différentes leçons et une 
table des variantes du textus receptus. — Dans cet ou- 
vrage et dans le mémoire qui le précéda Lachmann 
entre dans une voie toute nouvelle de la critique 
du texte. Comme point de départ les critiques avant 
Lachmann avaient pris le textus receptus et cherché à 
l'amender. Lachmann remonta aux manuscrits les plus 
anciens) aux traductions et citations des Pères. Les an- 
ciens critiques considéraient comme leur tâche de ne 
restituer la leçon originale que pour les passages en 
litige et avaient recours, à défaut de témoignages extrin- 
sèques, avec une chance très douteuse, à des arguments 



purement subjectifs. Comme il s'agissait des Écritures 
Saintes, Lachmann remit dans la mesure du possible à 
l'arrière-plan son propre jugement, il n'eut pas la pré- 
tention de restituer dans chaque cas particulier la véri- 
table leçon. Il ne se mit pas même en quête de la plus 
ancienne, mais se contenta des plus anciennes entre 
celles qui étaient le plus répandues, guidé par cette pensée 
qu'un texte de ce genre se rapprocherait plus sûrement 
du texte primitif que celui des « recepta corrigés » et 
que ce serait le meilleur point de départ pour atteindre 
par des opérations critiques ultérieures le texte primitif 
lui-même. Jusqu'alors lès critiques se servaient indistinc- 
tement d'anciens et de nouveaux manuscrits. Lachmann 
abandonna ces complications en majeure partie inutiles et 
sans valeur pour la pratique et ne choisit qu'un nombre 
restreint d'anciens témoins pour découvrir la piste cher- 
chée. Quelques règles, peu nombreuses et d'autant plus 
simples, devaient régulariser la marche dans ses opéra- 
tions. Son premier axiome était que, entre les leçons 
existantes, il fallait toujours donner la préférence à 
celle quj se trouverait dans les documents les plus an- 
ciens arrivés jusqu'à nous. Lachmann fonda ses prin- 
cipes sur la doctrine de Richard Bentley (mort en 1742) 
et sur celle de saint Jérôme. Le fameux critique anglais 
avait depuis de longues années l'intention d'éditer une 
recension du Nouveau Testament grec, concordant avec 
les manuscrits grecs les plus anciensetceux de la Vulgate, 
conjointement avec une recension nouvelle de la Vulgate 
elle-même. Après de nombreux travaux préparatoires 
en ce sens il publia en 1720 ses Proposais for printing 
a new Edition of the Greek Testament and S* Hierom's 
Latin Version, dans lesquels il explique le plan et l'im- 
portance de l'édition projetée. Malheureusement celte 
édition ne put être publiée, à cause des attaques d'un 
certain nombre de théologiens anglais. Voir l'écrit de 
Bentley, imprimé dans Tischendorf, Novum Testamen- 
tum, edit. vu, Proleg., p. 87-96. Lachmann s'en tient à 
saint Jérôme, parce que celui-ci pour la rédaction de la 
Vulgate avait puisé dans les anciens, sans s'occuper des 
manuscrits grecs de date plus récente et parce que la con- 
cordance d'un manuscrit avec les anciennes traductions 
lui était un garant de leur authenticité, et le témoignage 
harmonisant avec les anciens manuscrits grecs et les an- 
ciennes traductions, Un critérium certain pour la justesse 
d'une leçon. Lachmann dit des axiomes critiques desaint 
Jérôme, qu'ils sont « très raisonnables » et « excellents» 
et qu'ils seront « toujours la règle qu'on devra suivre pour 
déterminer le texte du Nouveau Testament » (p. 823). 
Encouragé par l'approbation donnée à ses idées et prin- 
cipes, Lachmann se mit en devoir de publier une édi- 
tion plus considérable. Soutenu dans ses travaux par 
Philippe Buttmann, fils du célèbre grammairien grec, 
il édita le Nouveau Testament avec des prolégomènes 
détaillés, avec indication des sources et le texte de la 
Vulgate, sous le titre : Novum Testamentum grs.ce et 
latine, in-8°, Berlin, 1. 1, 1842 ; t. il, 1850. Le texte grec n'a 
guère subi de modification et reste semblable à celui de la 
petite édition, réimprimée à plusieurs reprises (1837, 
1846). La grande édition de Lachmann est une preuve de 
plus de la valeur de son système; mais son appareil cri- 
tique est assez médiocre, le nombre des témoins qu'il 
produit est trop restreint. Le Vaticanus, YEphrsenii re- 
scriptus, le Claromontanus, VAmiatinus et d'autres, bien 
que très importants, ne lui étaient accessibles que par 
des collations imparfaites, souvent fautives ou dou- 
teuses. Lachmann méconnut la nécessité d'une base 
généalogique construite par Griesbach pour la critique 
du Nouveau Testament. Il a été dépassé depuis par 
Tischendorf, Tregelles et autres, mais il eut le mérite 
d'inaugurer une époque nouvelle dans ' l'histoire des 
études néo-testamentaires. Voir Scherer, dans Allge- 
meine deutsche Biographie, t. xvn, p. 471-81; Hund- 
hausen, dans le Kirchenlexicon, 2 e édit., Fribourg, 



2$ 



LACHMANN — LADANUM 



30 



-1883-1901, t. h, p. [620-623; M. Hertz, Karl Lachmann, 
Berlin, 1851 ; Jakob Grimm, Rade auf Lachmann, Kleine 
Schriflen, t. i, col. 145; G. Heinrichs, Lachmanniana, 
dans Anzciger fur deutsches Allerthum, t. vi, p. 354; 
t. v, p. 289; Westcottand Hort, The New Testament in 
the original greek, Cambridge, 1881, t. H, p. 13; Tischen- 
dorl, Nov. Test, griec., edit. vn a min., p. 102-112. 

E. Michels. 
B.ACHMI (hébreu : Lahmî; Septante : Aaxi«')> frère 
de Goliath. I Par., xx, 5. La Vulgate a traduit « Bethléhé- 
mite ». Pour l'explication de ce passage, voir Adéodat, 
t. i, col. 215. 

LADANUM (hébreu : lot; Septante : (jraxrr,; Vul- 
gate : stade, Gen., xxxvn, 25; xliii, 11), substance rési- 
neuse aromatique. 

I. Description. — Le Ladanum est une oléorésine 
gluante et aromatique produite par exsudation des feuilles 
de diverses espèces de cistes. Le genre Qistus de Linné, 
qui a donné son nom à la famille des Cistacées, se com- 
pose d'arbrisseaux de petite taille, répandus dans les 
lieux incultes de toute la région méditerranéenne. Les 
feuilles persistantes, opposées et sans stipules, sont le 
siège principal d'une sécrétion si abondante, pendant la 
saison chaude, que la surface du limbe en devient vis- 
queuse, et que l'air ambiant est tout imprégné de va- 
peurs balsamiques. Les fleurs sont formées de cinq pé- 
tales réguliers, larges, tordus dans le boulon et très 
caducs, d'étamines nombreuses, et d'un ovaire simple 
qui devient à la maturité une capsule polysperme, à 
déhiscence valvaire. — L'espèce que Linné a nommée Cis- 
tus ladaniferus, très abondante dans la péninsule Ibé- 








13. — Cistus salviifolius. — Dessin d'après nature. Hameau 
cueilli à Bethlêhem par le Frère Jouannet-Marie, des Écoles 
chrétiennes (avril 1890). 

Tique, ne dépasse pas la Sicile vers l'Orient, mais plu- 
sieurs autres, qui sécrètent la même résine, habitent 
TAsie Mineure et spécialement les lies de Crète et de 
Chypre. Les plus remarquables sont le Cistus villosus, 



qui se distingue de ses congénères à fleurs roses par la 
longueur du style égalant au moins les étamines, et 
parmi les espèces à fleurs blanches, le Cistus laurifo- 
lius à trois sépales caducs, le Cistus monspeliensis dont 
les feuilles sont longues et étroites, tandis que celles 
du Cistus salviifolius (fig. 13) ont un limbe court et for- 
tement rugueux à la surface. F. Hï. 

II. Exégèse. — Les marchands ismaélites auxquels 
Joseph fut vendu par ses frères, allaient de Galaad en 
Egypte pour y porter des aromates et en particulier du 
lot. Gen., xxxvn, 25, Jacob chargeant ses fils de présents 
pour le premier ministre d'Egypte, leur remet entre 
autres produits du pays du lot. Gen., xliii, 15 (hébreu). On 
reconnaît généralement dans ce nom le ladanum. Le 
mot lot est apparenté avec les noms des langues sémiti- 
ques et indo-européennes qni désignent certainement le 
ladanum ou la résine odorante des Cistus : il suffit de 
comparer l'arabe lâdlian, le sabéen ladan, l'assyrien la- 
dunu, le persan lâd, le grec \tSov, ou X^Savov, ou XâSa- 
vov, et le latin ladanum ou labdanum. D'après les textes 
de la Genèse que nous venons de citer, le ladanum est 
donné comme un produit de Galaad et de Palestine, im- 
porté en Egypte. Il ne paraît pas avoir été recueilli, du 
moins en quantité suffisante, dans la vallée du Nil, où ce- 
pendant on l'employait fréquemment dans les embau- 
mements. Fr. Wônig, Die Pflanzen im alten Aegypten, 
in-8°, Leipzig, 1886, p. 386. Il venait en Egypte par terre 
de la Palestine, de l'Arabie, de la Syrie, et doit être 
compris dans l'expression générale qui revient souvent 
dans les textes, « les parfums de Syrie. » Mais le nom 
sous lequel il était connu dans la vallée du Nil n'a pas 
encore été trouvé. Il pouvait venir aussi par mer de i'ile 
de Chypre. Le ladanum d'Arabie, Hérodote, m, 112; 
Pline, Hist. nal., xn, 37, celui de Chypre et de Syrie, 
Pline, xxvi, 30, sont en effet les espèces les plus renom- 
mées chez les anciens. Le ladunu est mentionné dans 
les tributs que Teglathphalasar tirait de Damas. E. Schra- 
der, Die Keïlinschriften und das Alte Testament, in-8°, 
Giessen, 1883, p. 151. Les Cistus, soit le villosits, soit le 
salviifolius, sont encore très abondants sur les collines 
de Palestine. 

Comme cette résine exsudait des feuilles du Cistus 
pendant les grandes chaleurs, on la recueillait, dit 
Pline, xn, 37; xxvi, 30, en peignant la barbe et le poil 
des chèvres qui en broutant en étaient bientôt toutes 
chargées. Dans son Voyage au Levant, Amsterdam, 
3 in-12, 1727, t. I, p. 329, J. Thévenot nous décrit le 
même procédé : « Il y a aussi en ces quartiers plusieurs 
bergers qui gardent des chèvres et les montagnes y 
sont pleines d'une certaine herbe, que Mathiole appelle 
Ledum, et les Grecs d'aujourd'hui Kissaros; quand 
les chèvres paissent de cette herbe, il s'attache à leur 
barbe une certaine rosée visqueuse et gluante, qui se 
trouve sur cette herbe, cette rosée se congelant en une 
espèce de gomme, qui a fort bonne odeur, qui s'ap- 
pelle Ladanum et pour la recueillir, il faut couper (ou 
plutôt peigner) la barbe aux chèvres. » 

On obtient plus communément cette résine en pro- 
menant sur ces arbrisseaux des fouets ou lanières de cuir. 
Pline, H. N., xxvi, 30, indique ce procédé que Tour- 
nefort, Relation d'un voyage au Levant, 2 in-4°, Paris, 
1^07>tri, p. 74-75, nous expose en détail tel qu'il le vit pra- 
tiquer dans l'Ile de Candie : « Tirant du côté de la mer, 
nous nous trouvâmes sur des collines sèches et sablon- 
neuses, couvertes de ces petits arbrisseaux qui four- 
nissent le ladanum. C'était dans la plus grande chaleur 
du jour, et il ne faisait pas de vent. Cette disposition 
du temps est nécessaire pour amasser le ladanum. Sept 
ou huit paysans roulaient leurs fouets sur ces plantes : 
à force de les secouer et de les frotter sur les feuilles 
de cet arbuste, leurs courroies se chargeaient d'une 
espèce de glu odoriférante, attachée sur les feuilles; c'est 
une partie du suc nourricier de la plante, lequel trans- 



31 



LADANUM —LAGARDE 



32 



sude au travers de la tissure de ces feuilles comme une 
sueur grasse, dont les gouttes sont luisantes, et aussi 
claires que la térébenthine. Lorsque les fouets sont bien 
chargés de cette graisse on en ratisse les courroies avec 
un couteau, et l'on met en pains ce que l'on en détache : 
c'est ce que nous recevons sous le nom de ladanum. 
Un homme qui travaille avec application en amasse par 
jour environ une oque (trois livres deux onces) et même 
davantage, lesquelles se vendent un écu sur le lieu. 
Cette récolte n'est rude que parce qu'il faut la faire dans 
la plus grande chaleur du jour et dans le calme. Cela, 
n'empêche pas qu'il n'y ait des ordures dans le ladanum 
le plus pur, parce les vents des jours précédents ont 
je té de la poussière sur ces arbrisseaux.» Cf. Celsius, Hiero- 
botanicon, in-8», Amsterdam, 1748, t. i, p. 280-288;E. F. 
K. Rosenmuller, Handbuch der biblischen Alterthums- 
kunde, in-8», Leipzig, 1830, t. rv, 1" part., p. 156-159; 
Trislram, The Nalural history of the Bible, in-12, 
Londres, 1889, p. 458-460. — Comme les Septante tra- 
duisent par o-raxT-f, le lot hébraïque, ou ladanum, il 
pourrait être question de cette gomme aromatique dans 
Eccli., xxiv, 21 où on lit uTaxT-rj (Vulgate, gutta); mais 
on ne saurait l'affirmer, parce qu'ils traduisent plus sou- 
vent par le même mot l'hébreu nalaf, le styrax; et mal- 
heureusement ce passage de l'Ecclésiastique n'est pas 
du nombre des parties retrouvées en hébreu. 

E. Levesque. 

LADVOCAT Jean-Baptiste, érudit et hébraïsant 
français, né à Vaucouleurs le 3 janvier 1709, mort à 
Paris le 29 décembre 1765. Il commença ses études au 
collège des jésuites de Pont-à-Mousson et alla les termi- 
ner à Paris. Il entra ensuite dans la Société de Sorbonne. 
Docteur en théologie, il fut d'abord curé de Domrémy. 
En 1740, il obtint une chaire à la Sorbonne, en devint 
bibliothécaire et en 1751 fut choisi comme professeur 
d'hébreu. Parmi ses nombreux ouvrages nous avons à 
mentionner : Dissertation historique et critique sur le 
naufrage de saint Paul, in-12, Paris, 1752 : l'apôtre 
n'aurait pas fait naufrage sur les côtes de l'île de Malte, 
mais à Meléda près de Raguse ; Gramntaire hébraïque, 
in-8°, Paris, 1755, ouvrage qui eut de nombreuses édi- 
tions ; Jugement et observations sur les traductions des 
Psaumes de M. Pluche et de M. Gralien et en particu- 
lier sur celle des RR. Pères capucins et de M. Laugeois, 
à l'usage des écoles de Sorbonne, in-12, Paris, 1753 : il 
réfute le système de l'abbé Villefore et des capucins qui 
l'avaient adopté. On lui répondit par l'écrit suivant : 
Appel du jugement rendu par M. Ladvoçat dans la 
cause où il s'est constitué juge des quatre traductions 
des Psaumes, par M. de Saint-Paul, in-12, Paris, 
1763; Notice d'un manuscrit original apporté à Pans 
en 1764, dans le Journal des Savants, août 1765, 
p. 540 : il s'agit d'un manuscrit du Pentateuque; 
Lettre dans laquelle l'auteur examine si les textes 
originaux; de l'Écriture sont corrompus et si la 
Vulgate leur est préférable, in-8°, Amsterdam, 1766 : 
les fautes du texte hébreu n'en détruisent ni l'authen- 
ticité, ni l'intégrité; Interprétation historique et critique 
du Ps % lxmii : Exsurgat Deus, in-12, La Haye, 1767. — 
"Voir Éloge historique de l'abbé Ladvoçat, dans l'Année 
littéraire, t. n; Picot, Mémoires pour servir à l'histoire 
ecclésiastique pendant le xyiii> siècle, t. iv (1855), 
p. 449; Quérard, La France littéraire, t. iv, p. 386. 

B. Heurtebize. 

LAEL (hébreu : Ld'êl, « {appartenant] à Dieu ; » Sep- 
tante : Aori)).; A lexandrinus : \a.r{k), père d'Éliasaph qui 
fut le chef de la famille de Lévites descendant de Gerson 
du temps de Moïse. Num., m, 24. 

LA FAYE (Antoine de), théologien protestant, né à 
Châteaudun, mort à Genève vers 1618. Il fut professeur 
au collège de Genève, puis enseigna la philosophie à 
l'université de cette ville, dont il devint recteur en 1580. 



Vers cette date, il fut nommé pasteur et quatre ans plus 
lard professeur de théologie. Il composa la préface de 
la traduction française de la Bible à laquelle il avait 
travaillé avec d'autres pasteurs de Genève et qui fut 
publiée en 1588 après avoir été revue par Théodore de 
Bèze. Il accompagna ce célèbre réformateur au synode 
de Montbéliard. Parmi les nombreux écrits d'Antoine de 
La Faye nous mentionnerons : De vernaculis Biblio- 
rum interpretationibus et sacris vernacula lingua pera- 
gendis, in-4», Genève, 1572; Commentarii in Èpistolam 
ad Romanos, in-8°, Genève, 1608; Commentarii in 
Ecclesiasten, in-8», Genève, 1609; Commentarii in 
Psalmos xlix et lxxxvii, in-8», Genève, 1609; Commen- 
tarii in priorem Epistolam ad Timotheum, in-8», 
Genève, 1609. — Voir Lelong, Riblioth. sacra, p. 348, 722; 
Walch, Biblioth. theologiea, t. iv (1765), p. 522, 685. 

B. Heurtebize. 
LAGARDE (Paul Anton de), orientaliste protestant 
allemand, né le 2 novembre 1827 à Berlin, mort à Gœt- 
tingue le 22 décembre 1891. Son vrai nom était Bôtticher; 
il emprunta à sa mère celui de Lagarde à partir de 1854. 
11 étudia à Berlin et à Halle la théologie, la philosophie 
et les langues orientales et se livra ensuite à des études 
scientifiques à Londres et à Paris, en 1853-1854. Après 
avoir enseigné dans diverses écoles, il devint en 1869, à 
Gœtlingue, le successeur d'Ewald comme professeur de 
langues orientales et il conserva cette chaire jusqu'à sa 
mort. Ses publications sont innombrables. Voici celles 
qui se rapportent à l'exégèse : Epistolse Novi Testamenti 
coptice, Halle, 1852; Didascalia Aposlolorum (en sy- 
riaque, fruit du voyage à Paris et à Londres), in-8°, 
Leipzig, 1854; Analecta syriaca, Leipzig, 1858; Hip- 
polytï Romani qux feruntur omnia grsece, Leipzig, 
1853; Libri Veteris Testamenti apocryphi syriace, 
Leipzig, 1861; Constitutiones Apostolorum, Leipzig, 1862 ; 
Anmerkungen zur griechischen Vebersetzung der Pro- 
verbien, Leipzig, 1863; Die vier Evangelien arabisch, 
Leipzig, 1864; Gesammelte Abhandlungen, Leipzig, 
i866;Materialien zur Kritik und Geschichte des Penta- 
teuchs, Leipzig, 1867 ; Hieronymi Qusestiones hebraicse 
in libro Geneseos, Leipzig, 1868; Onomastica sacra (de 
saint Jérôme et d'Eusèbe etc.), Gœttingue, 1870; 2 e édit., 
1887; Der Pentaleuch koptisch, Leipzig, 1871 ; Prophétie 
chaldaice, Leipzig, 1872; Hagiographi chaldaice, 
Leipzig, 1873; Psalterium juxta Hebrseos Hieronymi, 
Leipzig, 1874; Ankûndigung einer neuen Ausgabe 
der griechischen Vebersetzung des alten Testaments, 
Gœttingue, 1881; Orientalia, 2 in-4% Gœttingue, 1879- 
1880; Prsetermissorum libri duo (écrits divers en sy- 
riaque), Gœttingue, 1879; Psalmi 1-49 arabice, Gœt- 
tingue, 1875; Psolterii versio memphitica, Gœttingue, 
1875; Psalterium, Job, Proverbia arabice, Gœttingue, 
1876; Semitica, 2 in-4% Gœttingue, 1878; Symmicta, 
2 in-8% Gœttingue, 1877-1880; Veteris Testamenti ab 
Origene recensiti fragmenta apud Sijros servata quin- 
que. Prxmittitur Epiphanii de mensuris et ponderi- 
bus liber, nunc primum integer et ipse syriacus, Gœt- 
tingue, 1880;^5fypftaca,Gœttingue, 1883; 2 e édit., 1896;. 
Catenx in Evangelia xgyptiacx qux supersunl, in-4% 
Gœttingue, 1886; Librorum Veteris Testamenti canoni- 
corum pars I, grsece édita, Gœttingue, 1883 ; Probe einer 
neuen Ausgabe der lateinischen Vebersetzungen des 
alten Testaments, Gœttingue, 1885; Novm PsalteHi 
grseci editionis spécimen, in-4% Gœttingue, 1887; Ueber* 
sicht uber die im Aramâischen, Arabischen und He- 
brâisclien ûbliche Bildung der Nomina, in-4% Gœttin- 
gue, 1889 ; Nachtrâge zu der Uebersicht, in-4", Gœttingue, 
1891; Septuaginta-Studien, in-4% Berlin, 1892; Psal- 
teHi grseci quinquagena prima (publié après la mort 
de P. de Lagarde, par A. Rahlfs), in-4% Gœttingue, 1892; 
Bibliothecse syriacse collectx qusé ad pkilologiam sa- 
crum pertinent (contient VEvangeliarium Hierosoly- 
mitanum), in-4% Gœttingue, 1892 ; Altes und Neues ùber- 



33 



LAGARDE — LAINE 



34 



das Weihnachtsfest, extrait des Mittheilungen (1884- 
1890), Gcsttingue, 1891. — Voir R. Gottheil, Bibliogra- 
phy of the Works of P. A. de Lagarde, dans les Pro- 
ceedings of the American Oriental Society, "1892 ; Anna 
de Lagarde, Paul de Lagarde, Erinnerungen aus seinem 
Leben, Gœttingue, 1894. F. Vigouroux. 

LAGIDES, nom donné à la dynastie égyptienne des 
Ptoléniëes. Voir Ptolémée. 

LA HAYE (Jean de), né à Paris, le 20 mars 1593, 
d'une famille qui, au dire du bibliographe Jean de 
Saint-Antoine, portait le nom de Sapin, se rendit dans 
sa jeunesse en Andalousie. Il y prit l'habit des Frères 
Mineurs de la réforme de saint Pierre d'Alcantara, dans la 
province dite de Saint-Gabriel, et y prononça ses vœux, 
dans le couvent de Séville, le 9 janvier 16l3, entre les 
mains du B. Jean de Prado, plus tard martyr. La pro- 
vince de Saint-Didace ayant été ensuite formée d'une 
partie de celle de Saint-Gabriel, il appartint à celle-là, 
et y enseigna pendant sept ans la philosophie et la théo- 
logie. Après ce temps, Anne d'Autriche, se rendant en 
France pour devenir la femme de Louis XIII, voulut 
être accompagnée du Père de La Haye, qu'elle lit son 
prédicateur, et qui devint ensuite celui du roi son époux. 
Dans la capitale de la France, î>ù il mourut le 15 octo- 
bre 1661, il acquit une immense réputation de savoir, et 
publia une quarantaine de volumes, parmi lesquels nous 
avons à signaler : 1. Sancti Francisci Assisiatis, Mino- 
rum Patriarchse, nec non sancti Antonii Paduani opéra 
omnia postillis illustrata, în-f°, Paris, 1653. Nous ne 
signalons cet ouvrage que parce que le P. de La Haye y 
a édité divers commentaires mystiques de saint Antoine 
de Padoue sur certains livres de la Sainte Écriture. — 

2. Apocalypsis B. Joannis elaborata ab irrefragabili 
doctore nostro B. Alexandro de Aies, additis illustra- 
tionibus, indicibus, ac vita authoris, in-f», Paris, 1647. — 

3. Commentarii littérales et conceptuales in Genesim, 
sive Arbor vitse concionatorum, 4 in-f», Paris, 1636; 
2 8 édit., Paris, 1647; 3 e édit., Paris, 1651. Dans une pensée 
poétique, l'auteur trouve que le livre de la Genèse est 
la racine de son arbre de vie ; l'exposition littérale en est 
le tronc ; la variété des versions en forme les branches 
et les feuilles; leur concordance en est la fleur, et le 
fruit est dans son interprétation appuyée sur celle de 
très nombreux Pères de l'Église. — 4. Commentarii 
littérales et conceptuales in Exodum, vel Concionato- 
rum virga, percutiens peccatores, 3 in-f», Paris, 1641. 
— 5. Commentarii littérales, et conceptuales in Apo- 
calypsim B. Joannis Evangelistx, omni lectionum 
grsecse, arabicse, syriacse, etc. varietate, earumque 
concôrdia, innumeris animi conceptibus plus quam 
septingentorum Patrum authoritate confirmatis et 
concatenatis illustrati, 3 in-f», Paris, 1648. — 6. Biblia 
Magna commentariorum litteralium Joannis Gagnai, 
doctoris Parisiensis, Gulielmi Estii, doctoris Duacen- 
sis, Emmanuelis Sa, Joannis Menochii et Jacobi Tirini, 
S. J., erudite et intègre Sacra/m Scripturam exponen- 
tium, prolegomenis, chronico sacro, indicibus locuple- 
tissimis illustrata, 5 in-f», Paris, 1643. — 7. Biblia 
Maxima versionum ex linguis orientalibus, pluribus 
sacris mss. codicibus, innumeris fere SS. et veteribus 
Patribus et interpretibùs orthodoxis collectarum, ea- 
rumque concôrdia cum Vulgata, et ejus expositione 
litterali, cum annotationibus Nicolai de Lyra, mino- 
rilx Joannis Gagnsei, doctoris Parisiensis, Gulielmi 
Estii, doctoris Lovaniensis, Jo. Menochii, ac Jacobi Ti- 
rini, S. J., additis amplissimU prolegomenis, universa 
quee possunt agitari circa S. Scripturse ma/estatem, 
antiquitatem, autoritatem, obscuritatem, sensuum di- 

yersitatem, indicem, canonem, versionum originem, 
antilogiam, etc., decidentibus. Non omissis chronico 
sacro, tractatu de ponderibus, mensuris, nwnetis, idio- 
mes. DE LA BIBLE. 



tismis linguarum, amplissimis indicibus, 19 in-f», Pa- 
ris, 1660, dédiés au cardinal Mazarin. Dans son livre sur 
les Études monastiques, chap. ir, § 2, dom Mabillon 
exprime, pour la Biblia Magna, plus d'estime que pour 
la Biblia Maxima. P. Apolinaire. 

LAHÉLA, nom donné par la Vulgate, dans I Par., 
v, 26, à la ville qu'elle appelle plus exactement Hala, 
IV Reg., xvii, 6; xvm, 11. La est une préposition qui a 
été prise ici à tort comme formant partie intégrante du 
nom. Voir Hala, t. m, col. 400-401. 

LAHEM, nom d'une localité, d'après la Vulgate. 
I Par., iv, 22. Le texte original de ce verset fort obscur 
porte : « Et Yoqîm et les hommes de Kôzêba' et Yô'âs 
et Sâràf qui dominèrent sur Mo'âb et sur Yâsubi 
Lâhém, » ce que la Vulgate a traduit, en rendant en 
partie les noms propres par des noms communs : « Et 
celui qui a fait arrêter le soleil et les hommes du 
Mensonge et le Sûr (Securus) et l'Incendiaire (Incendens) 
qui furent princes dans Moab et qui retournèrent à 
Lahem. » Voir Incendiaire, t. m, col. 864. D'après 
quelques-uns, YâSubi Lâheni ou Léhem serait un nom 
d'homme, comme Yôqîm, etc., mais d'après le plus 
grand nombre, c'est une localité, ville ou région, comme 
Moab. La situation en est d'ailleurs inconnue. On peut 
dire seulement qu'il faut la chercher dans la plaine des 
Philistins (Séphéla) ou dans son voisinage, si ce n'est 
pas simplement une corruption du nom de Bethléhem. 

LA H U ERG A (Cyprien de). Voir Huerga, t. n, 
col. 768. 

LAINE (hébreu : gêz, sémér; Septante : £ptov; Vul- 
gate : lana), poils qui recouvrent le corps de certains 
animaux, particulièrement de la race ovine. La laine se 
compose de filaments longs et plus ou moins contournés 
en spirale; elle est naturellement imprégnée d'une ma- 
tière oléagineuse qui la rend souple et élastique. La laiae 
se distingue par là du poil des chèvres, des chameaux, etc., 
du crin des chevaux, des soies du porc, du pelage des 
fauves, etc. La laine a été utilisée de toute antiquité; on 
la tondait sur le dos de l'animal et après un nettoyage 
et un dégraissage sommaire, on la cardait, on la filait 
et on la tissait pour en faire des couvertures, des man- 
teaux, des vêtements, etc. Dans la Sainte Écriture, il est 
question de la laine sous trois aspects différents. 

1» Laine à l'état de toison. — La toison est la laine de 
l'animal accompagnée de la peau à laquelle elle adhère, 
ou déjà détachée de cette peau par la tonte. La tonte des 
brebis était une des opérations importantes de la vie 
agricole. Gen., xxxi, 19; xxxvm, 13; I Reg., xxv, 2; II 
Reg., xin, 23, etc. Voir Tonte. C'est en se servant d'une 
toison que Gédéon obtint le signe miraculeux qu'il récla- 
mait avant de partir en guerre contre les Madianites. Jud., 
vi, 37-40. Voir Gédéon, t. m, col. 147. Dans la première 
épreuve, il n'était point extraordinaire que la toison fût 
couverte d'une rosée abondante, mais il l'était que cette 
rosée ne se fût pas écoulée en partie sur le sol pour 
l'arroser, d'autant plus que la laine, toujours un peu 
grasse, n'absorbe pas l'humidité. La seconde épreuve fut 
pluVsignificative encore; le sol seul était détrempé, bien 
j^ue protégé par la toison contre le rayonnement nocturne, 
et la toison était restée sèche, bien qu'exposée comme la 
veille à ce rayonnement. Job, xxxi, 20, réchauffait les 
reins des indigents avec les toisons de ses brebis qu'il 
leur donnait. Dans le tribut de cent mille agneaux et cent 
mille béliers que Mésa, roi de Moab, paya à Joram, roi 
d'Israël, il est bien spécifié que les animaux étaient 
amenés « avec leur laine ». IV Reg., m, 4. La Loi pres- 
crivait de consacrer au Seigneur les prémices de la 
laine. Deut., xvm, 4. La quantité de laine à offrir en 
prémices n'était pas déterminée; suivant les docteurs 

IV. -2 



35 



LAINE — LAÏSA 



36 



juifs, elle variait d'un trentième à un soixantième. Voir 
Reland, Antiquitates sacrée, Utrecht, 1741, p. 203. La 
laine apportée à Damas par les pasteurs du désert était 
de là dirigée sur les marchés de Tyr. Les Tyriens la tei- 
gnaient et la travaillaient. Le texte hébreu appelle cette 
laine sémér sahar. Ezech., xxvii, 18. Le mot sal.iar si- 
gnifie probablement « blanchâtre », d'un blanc un peu 
rougeàtre, comme la couleur du sol du Sahara. Buhl, 
Gesenius' Handworterbuch, Leipzig, 1899, p. 700. Les 
Septante traduisent : ëpia èx Mouron. La laine de Milet 
était célèbre chez les anciens. Pline, E. N., vin, 73; 
Virgile, Géorgie., m, 306; iv, 334; Tertullien, De cultu 
feminarum, ï, 1, t. i, col. 1305. Il se pourrait cependant 
que, dans le texte des Septante, McXiqtoç ait été transcrit 
fautivement au lieu de p)Xw"ri), « peau de mouton, » qui 
devient mêlât dans l'hébreu rabbinique. Buxtorf, Lexicon 
chald. talmud., Bâle, 1640, p. 1215. Le mot iMr)Xo>T7| est 
le nom que les Septante donnent par deux fois au man- 
teau d'Élie. III Reg., XIX, 13; IV Reg., n, 13. Aquila et 
Théodotion ont tait de sahar un nom propre, Soor, dé- 
signant quelque région du désert arabique dont la laine 
était plus renommée. La Vulgate traduit par « laine 
d'excellente couleur », et le Syriaque par « laine blanche ». 
Les Égyptiens recueillaient la laine des troupeaux qu'ils 
élevaient, Hérodote, n, 42; m, 81; Diodore, i, 36; mais 
cette laine était de qualité inférieure. Pline, H. N., "VIII, 
lxxiii, 3. Les meilleures laines provenaient d'Arabie. 
Pline, H. N., vm, 72. Parfois on enveloppait les agneaux 
de couvertures ou de peaux, afin de rendre leur laine 
plus parfaite. Pline, H. N., VIII, lxxii, 3; Varron, De 
re rustic, II, n, 18; xi, 7; Horace, Od., (I, vi, 10. — 
La couleur de la laine a donné lieu à quelques com- 
paraisons. Par l'effet du pardon divin, les péchés, rouges 
comme la pourpre, deviennent blancs comme la laine, 
c'est-à-dire sont effacés. Is., i, 18. Certains personnages, 
dans les visions prophétiques, ont les cheveux blancs 
comme la laine. Dan., vu, 9; Apoc, i, 14. En Orient, où 
la neigeât rare, on peut dire que Dieu « donne la neige 
comme de la laine », Ps. cxlvii, 16, les flocons de neige 
ressemblant beaucoup à ceux de la laine, et cette der- 
nière servant de terme de comparaison pour décrire un 
phénomène plus rare. 

2° Les étoffes de laine. — La laine était filée pour être 
ensuite tissée et servir à la fabrication des étoffes. Prov., 
xxxi, 13. Même à Rome, dans les maisons riches, les 
femmes tissaient elles-mêmes la laine. Plaute, Merc, 
V, n, 46; Vitruve, vi, 10; Tite Live, ï, 57; Ovide, Fast., 
n, 74. On teignait parfois la laine en cramoisi ou en 
pourpre. Dans l'Épître aux Hébreux, ix, 19, il est dit que 
Moïse, après avoir lu la Loi au peuple, l'aspergea avec 
l'eau et « la laine cramoisie », c'est-à-dire avec des 
branches d'hysope liées par un ruban de laine cramoisie. 
Il n'est pas question de ce détail dans l'Exode, xxiv, 8, 
mais il est parlé du ruban cramoisi à l'occasion d'autres 
aspersions. Lev., xiv, 4, 6, 49, etc. On faisait des vête- 
ments de laine. Ose., n, 5, 9; Ezech., xxxiv, 3. L'usage 
de ces sortes de vêtements remontait très haut, puisque 
déjà le Lévitique, xm, 47, s'occupe de la lèpre des vête- 
ments de laine, c'est-à-dire d'une moisissure particulière 
qui peut les ronger, et il prescrit les précautions à prendre 
en pareil cas. Voir LÈPREj iv. Isaïe, Li, 8, dit qu'Israël 
infidèle sera rongé par le châtiment comme le vêtement 
de laine par la moisissure. 

3° Les étoffes mélangées de laine et de lin. — La Loi 
défendait expressément aux Israélites de porter des vête- 
ments en tissus mélangés de laine et de lin. Lev., xix, 
19; Deut., xxil, 11. Ces sortes d'étoffes s'appelaient 
Sa'atnêz. Ce mot, comme la chose qu'il désigne, est cer- 
tainement d'origine égyptienne, puisque l'étoffe en ques- 
tion se trouve mentionnée dès l'époque de Moïse et que 
son nom n'est point hébraïque. On l'explique par les 
deux mots coptes sascht, «"tissu, » et nous, « faux .» Cf. 
Buhl, Gesenius' Eandwbrlerbuch, p. 865. Septante: 



xi'ëôrjXoç, «falsifié; ■» Vulgate : ex duobus textum. Les 
traducteurs grecs qui connaissaient bien la chose et le 
sens de son nom égyptien, marquent le vrai sens de ce 
nom. La Sainte Écriture n'indique nulle part la raison 
pour laquelle l'usage des étoffés tissées de laine et de lin . 
était interdit. Il y avait là, sans doute, une leçon desti- 
née à rappeler continuellement au peuple choisi qu'il 
ne devait exister aucun mélange entre lui et les nations 
idolâtres. Ci. De Hummelauer, In Exod. et Levit.', Paris, 
1897, p. 492. Ézéchiel, xuv, 17, dans sa description du 
service du Temple, dit que les prêtres seront vêtus de 
lin et ne porteront rien qui soit en laine. Cependant Jo- 
sèphe, Ant. jud,, IV, vm, 11, dit formellement, dans son 
résumé de la Loi : « Que personne d'entre vous ne porte 
de vêtement tissu de laine et de lin; car cela n'est établi 
que pour les- prêtres. » Le texte sacré ne fait pas men- 
tion de l'usage du Sa'atnêz par les prêtres. Cf. Exod., 
xxxix, 1-30. Mais la tradition des Juifs note expressé- 
ment que la laine entrait avec le lin dans la confection 
de ce qu'on appelait les « vêtements d'or » du grand- 
prêtre ou de leurs accessoires : la tunique, l'éphod, le 
pectoral et les attaches de la lame d'or. La ceinture du 
grand-prêtre et celle des simples prêtres était également 
formée de ce tissu. Il est probable que les parties colo- 
rées que le texte sacré mentionne dans ces divers orne- 
ments, étaient' obtenues au moyen de laines teintes en 
hyacinthe, en cramoisi ou en pourpre. D'ailleurs, les 
prêtres ne sortaient jamais du Temple avec ces orne- 
ments, et, dans la vie privée, ils étaient soumis, comme 
les autres Israélites, à la prescription du Lévitique, xix, 
19. Cf. Reland, Antiquitates sacrse, p. 77, 78, 95; Iken, 
Antiquitates hebraicx, Brème, 1741, p. 113. 

H. Lesêtre. 
LAIS (hébreu : Lavé), nom d'un Israélite et d'une 
ville de Palestine. 

1. LAÏS (Septante : 'AjiJç, I Reg., xxv, 44; SeXXîjç. 
II Reg., m, 15), père de Phaltiel à qui Saiil donna pour 
femme sa fille Michol qu'il avait fait épouser auparavant 
par David. I Reg., xxv, 44; Il Reg., m, 15. 

2. LAÏS (hébreu : LaïS, Jud., xvm, 14,27, 29; avec le 
hé local : Làyesâh, Jud., xvm, 7) nom primitif de la 
ville de Dan. Voir Dan 3, t. n, col. 1200. 

LAISA (hébreu : LayeSâh; Septante : Aaë<râ dans 
Isaïe, et 'EXeomtoï dans I Mach.), localité mentionnée deux 
fois dans l'Écriture. Is., x, 30, et I Mach., ix, 5. — 1" Le 
prophète, décrivant la marche de Sennachérib sur Jéru- 
salem, s'écrie : « Fais retentir ta voix, fille de Gallim t 
Prends garde, Laïsa ! Malheur à toi, Anatoth ! » Quelques 
commentateurs ont cru que Laïsa n'est pas autre que 
Laïs-Dan, avec le hé local, et suppose que les cris 
poussés par les habitants de Gallim devaient être si forts 
qu'on les entendrait à Dan, à l'extrémité septentrio- 
nale de la Palestine. Mais cette opinion n'est pas soute- 
nable. Les deux villes entre lesquelles est nommée 
Laïsa, c'est-à-dire Gallim et Anatoth, se trouvaient dans 
le voisinage de Jérusalem. Voir Gallim 2, t. m, col. 98, 
et Anatoth 3, t. ï, col. 550. Laïsa était donc probable- 
ment située, comme ces deux localités, dans la tribu de 
Benjamin, mais le site n'en a pas été retrouvé. On a 
pensé cependant à l'identifier avec El-Isaniyét, un peu 
au sud d'Anathoth. Cf. J. P. von Kasteren, Aus der Um- 
gegend von Jérusalem, dans la Zeitschrit des Deut. 
Pal. Vercius, Leipzig, t. xm, 1890, p. 101. 

2» La Vulgate, I Mach., ix, 5, appelle Laïsa l'endroit 
où campait Judas Machabée avant la funeste bataille où 
il perdit la vie en combattant contre Bacchide. On peut 
conclure de là que le traducteur latin identifiait cette 
localité avec la Laïsa d'Isaïe, x, 30. Cependant cette iden- 
tification n'est pas certaine. Le texte grec porte 'EXeairà 
{Alexandrinw : 'AXaaà) et plusieurs pensent qu'il s'agit 



37 



LAÏSA 



LAIT 



38 



de P'ASaaà (Vulgate : Adarsa et Adazer) où Judas 
Machabée remporta sur Nicanor une éclatante victoire. 

I Mach., vu, 40, 45. Voir Adarsa, t. i, col. 213. Cette 
explication s'appuie sur la facilité de confondre en grec 
AAASA et AAASA et sur le témoignage de Josèphe 
qui, Bell, jud., I, i, 6, dit que Judas Machabée périt à 
Adasa, mais le récit de Josèphe ne mérite aucune con- 
fiance, car il place la mort de Judas sous Antiochus V 
Eupator (164-162 av. J.-C), tandis que cet événement 
eut lieu en 161 avant J.-C, sous Démétrius I er Soter, qui 
s'était emparé du trône de son cousin en 162. Voir C. L. 
W. Grimm, Dos erste Buch der Maccab&er, 1853, 
p. 134. La situation de Bérée, où campaient les géné- 
raux syriens Bacchide et Alcime pendant que Judas Ma- 
chabée se trouvait à Laïsà, est également inconnue. Voir 
Bérée 1, t. i, col. 1606. De la sorte, il est impossible de 
déterminer avec certitude l'endroit où campait Judas. 
On peut dire seulement qu'il était à l'ouest de Jérusa- 
lem, puisque I Mach., ix, 15, raconte que le général 
juif poursuivit les Syriens jusque dans le voisinage de 
la montagne d'Azot. Mais l'identification de cet Azot 
avec l'ancienne ville philistine est elle-même contestée. 

II existe à l'est et près de Béthoron-le-Bas des ruines 
appelées ll'asa. Conder croit y reconnaître ]"A>auâ du 
texte grec. Voir Survey of Western, Palestine Memoirs, 
t. m, 1883, p. 36, 115. Ce même explorateur propose de 
reconnaître le ■ mont d'Azot dans la colline du village 
moderne de Bir ez-Zeit, près de Djiméh, l'ancienne 
Gophna, à 16 kilomètres au nord-est i'Ilasa. Memoirs, 
t. H, 1882, p. 293-294. Bir ez-Zeit est ainsi identifié avec 
la B-fjO^J) nommée par Josèphe, au lieu de Béthoron, 
dans ses Antiquités judaïques, XII, XI, 1. Cl. R. Con- 
der, Judas Maccabœus, in-12, Londres, 1879, p. 155- 
158. Fi Vigouroux. 

LAISNÉ, sieur de la Marguerite, mort en 1678, écri- 
vain français, conseiller-clerc au Parlement, a publié un 
Commentaire sur Isaïe avec une méthode pour bien 
entendre et lire les prophètes, in-4°, Paris, 1654. — Voir 
Dupin, Table des auteurs ecclésiastiques du XVII e siècle, 
col. 2371. B. Heurtêbize. 

LAIT (hébreu : frâMô; Septante : -fàXa; Vulgate : lac), 
liquide sécrété par les glandes mammaires, chez la 
femme et les femelles des mammifères, et destiné à la 
nourriture des enfants et des petits des animaux. Le lait 
est d'un blanc opaque, d'où le nom de lében, « blanc, » 
que lui donnent les Arabes. Il est composé d'eau, tenant 
en dissolution ou à l'état d'émulsion du lactose ou sucre 
de lait, du beurre, de la caséine et certains sels qui 
entrent comme éléments dans la constitution des os et 
des tissus vivants. C'est donc un aliment complet, qui 
suffit à lui seul à la nourriture et au développement de 
l'enfant durant les premières années. Par certains pro- 
cédés, on dégage du lait le beurre, voir Beurre, t. I, 
col. 1767-1769, et la caséine ou caillé, voir Fromage, 
t. il, col. 2406-2408. Les peuples pasteurs et les peuples 
agricoles ont toujours fait grand usage du lait. Il con- 
stituait pour eux un aliment abondant, agréable, aisé à 
recueillir, utilisable sans aucune préparation, nutritif à 
tous les âges de la vie et de facile digestion, même dans 
la vieillesse et dans la maladie. Aussi la Sainte Écriture 
le suppose-t-elle habituellement employé chez les Israé- 
lites qui, tant en Egypte et au désert qu'en Palestine, 
élevaient les troupeaux en si grand nombre. 

I. Les usages du lait. — 1» On servait le lait parmi les 
tnets qu'on offrait à un hôte. Abraham présente du lait 
à ses trois visiteurs. Gen., xvm, 8. A Sisara, qui lui de- 
mande de l'eau, Jahel offre du lait contenu dans une 
outre, afin de mieux gagner sa confiance. Jud., iv, 19; 
y, 25. Josèphe, Ant. jud., V, v, 4, prétend que c'était 
<du lait aigre, SiaçOopoç; ce détail est étranger au texte 
sacré. Voir Jahel, t. m, col. 11Q6. Parmi les. biens que 



Dieu a départis à son peuple, Moïse mentionne le lait 
des vaches et des brebis. Deut., xxxn, 14. Celui des 
chèvres était également utilisé. Prov., xxvn, 27. En gé- 
néral, chez les anciens, le lait des brebis et des chèvres 
était plus en usage que celui des vaches. Varron, De re 
rustic, il, 11. Le lait comptait parmi les aliments quo- 
tidiens, Eccli., xxxix, 31, et le pasteur vivait naturelle- 
ment du lait de son troupeau. I Cor., rx, 7. Dans sa des- 
cription des ravages qu'exerceront en Palestine les 
Égyptiens et les Assyriens, Isaïe, vu, 21-22, dit qu'en ces 
jours chacun entretiendra une vache et deux brebis et 
qu'il y aura une telle abondance de lait qu'il deviendra, 
avec le miel, la base de la nourriture de tous ceux qui 
seront restés dans le pays. Saint Jérôme, In 1$., m, 8, 
t. xxiv, col. 113, explique ce passage en disant que, sur 
cette terre dévastée, le blé fera défaut, que les champs 
non cultivés deviendront des pâturages et que les quel- 
ques habitants laissés dans le pays n'auront plus pour 
se nourrir que le lait et le miel, mais l'auront à satiété. 
Cette abondance est donc ici une marque de désolation. 
— 2» Par trois fois, Exod., xxm, 19; xxxiv, 26; Deut., 
xiv, 21, la Loi défend de cuire le chevreau dans le lait 
de sa mère. Il est question du chevreau, plutôt que de 
l'agneau, parce que c'est le premier de ces animaux qui 
servait le plus habituellement de nourriture. Voir Che- 
vreau, t. il, col. 696. Cette défense suppose que le che- 
vreau cuit dans le lait constituait un mets particulière- 
ment délicat, dont les Israélites étaient exposés à faire 
usage à l'exemple soit de leurs ancêtres, soit de leurs 
voisins. Or, on ne trouve mention de cet apprêt culinaire 
chez aucun peuple ancien, pas plus en Egypte que chez 
les Asiatiques : Chananéens, Phéniciens, Babyloniens ou 
Assyriens. Aben Ezra paraît avoir été seul à l'attribuer 
aux Arabes. Mais son témoignage si tardif est très suspect, 
et, si le chevreau cuit dans le lait avait un tel attrait, on 
trouverait encore aujourd'hui, au moins en Orient, des 
peuples qui le prépareraient ainsi. Or, il n'en est rien, 
et nulle part la viande cuite dans du lait ne semble avoir 
tenté le goût de personne. La plupart des commentateurs 
s'en sont tenus, sur ces textes, à la traduction des Sep- 
tante et de la Vulgate. Mais le mot que les versions ont 
lu hdlâb, « lait, » peut aussi bien se lire hèléb, 
« graisse, » et cuire un chevreau, dont la chair est 
tendre et maigre, dans la graisse de chèvre, est une 
opération culinaire plus naturelle et d'un meilleur ré- 
sultat que la précédente. Elle est aussi plus conforme 
aux habitudes des Arabes. Ceux-ci cuisent volontiers un 
chevreau ou un agneau tout entier dans un chaudron 
couvert, après avoir farci l'animal de graisse de mouton 
et de différents condiments. Quelquefois, ils font aussi 
bouillir des boulettes de viande et de blé, qu'ils servent 
ensuite avec du lait aigre; mais ils ne font pas cuire de 
viande dans du lait. Cf. de la Roque, Voyage dans la 
Palestine, Amsterdam, 1718, p. 198-200. Il est donc pro- 
bable que la prohibition de la Loi visait le chevreau cuit, 
non dans le lait, mais « dans la graisse de sa mère ». 
Cf. Fr. von Hummelauer, In Exod. et Levit., Paris, 
1897, p. 244. Il est à remarquer qu'au Psaume cxvm 
(cxix), 70, où le texte massorétique lit : « Leur cœur est 
insensible comme la graisse, » hèléb, les versions ont lu 
hâldb, « comme le lait, ï alors que, si la graisse est 
parfois le symbole de l'inintelligence, voir Graisse, 
t 1 . m, col. 292, jamais le lait n'est mentionné pour servir 
de terme à une pareille comparaison. Quel que soit le 
sens adopté, l'intention de la Loi est la même. Il y 
aurait une sorte de cruauté, une méconnaissance des 
sentiments naturels les plus doux et les plus délicats, à 
se servir, pour cuire le chevreau, de quelque chose qui 
provient de sa mère. — 3» Sur l'allaitement des enfants, 
voir Enfant, 5», t. h, col. 1786-1787. Sur celle qui 
allaite l'entant, voir Nourrice. La Sainte Écriture men- 
tionne aussi les animaux qui allaitent leurs petits, les 
ânesses, Gen., xxxn, 15; les brebis et les vaches, Gen., 



39 



LAIT 



LAMBRIS 



40 



xxxm, 13; I Reg., vr, 7, 10; Is., XL, 11, et les cétacés. 
Lam., iv, 3. Voir Cachalot, t. h, col. 6. 

II. Lk lait dans les comparaisons bibliques. — 1° A 
raison de ses riches qualités nutritives, le lait est, con- 
jointement avec le miel, la caractéristique d'un pays 
fertile. Telle était la terre de Gessen, paç opposition au 
désert. Num., xvi, 13, 14. Une vingtaine de fois, les 
auteurs sacrés donnent au pays de Chanaan le' nom de 
« terre où coulent le lait et le miel ». Exod., m, 8, 17; 
xni, 5; xxxiii, 3; Lev., xx, 24; Num., xm, 28; xiv, 8; 
Deut., vi, 3; xi, 9; xxvi, 9, 15; xxvn ; 3; xxxi,20; Jos., 
v, 6; Eccli., xlvi, 10; Jer., XI, 5; xxxn, 22; Bar., i, 20; 
Ezech., xx, 6, 15. Le lait et le miel étaient des produits 
naturels qu'on se procurait sans peine; ainsi la terre de 
Chanaan produisait comme d'elle-même ce qui était né- 
cessaire aux Israélites. Le lait et le miel étaient des ali- 
ments agréables. Voir Miel. Les Arabes les prennent 
même à l'état de mélange. « Un des principaux régals 
qu'ils aient pour leur déjeuner, c'est de la crème ou du 
beurre Irais, mêlé dans un plat de miel. Cela ne parait 
pas s'accommoder fort bien ensemble ; mais l'expérience 
apprend que ce mélange n'est pas mauvais, ni d'un goût 
désagréable, pour peu qu'on y soit accoutumé. » De la 
Roque, Voyage dans laPalestine, 1718, p. 197. Juda « a les 
dents blanches de lait » (d'après l'hébreu), Gen., xlix, 12, 
parce que son sol aura de riches pâturages où abonderont 
les troupeaux et le lait. « Les fils de l'Orient mangeront le 
lait des Ammonites, » Ezech., xxv, 4, c'est-à-dire s'empa- 
reront de toutes leurs richesses. — 2° La couleur du lait 
donne lieu à deux comparaisons. Les yeux de l'Épouse 
sont « comme des colombes se baignant dans le lait », 
Cant., v, 12, et les princes de Jérusalem sont « plus 
blancs que le lait ». Lam., iv, 7. Ces expressions se rap- 
portent au teint clair des personnes qui ne vivent pas 
habituellement en plein air, comme les travailleurs des 
champs, et qui n'ont pas la figure hâléc par le soleil. 
— 3° Le lait désigne encore certains biens d'un ordre 
supérieur": les charmes de l'Épouse, Cant., iv,ll; v, 1, 
, et les biens spirituels promis à tous les peuples par le 
Messie : « Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, 
sans rien payer. » Is., lv, 1. Dans un autre passage, le 
même prophète invite les nations à accourir auprès de 
Jérusalem régénérée et à se rassasier à « là mamelle de 
ses consolations ». Le mot zîz, employé dans ce seul 
passage, Is., lxvi, 11, désigne en effet l'extrémité de la 
mamelle, Septante : |iaar<Sç ; Vulgate : ut sugeatis, « afin 
de traire. » Ce qui sort de cette mamelle, c'est le lait 
des consolations. — 4° Dans le Nouveau Testament, le 
lait est le symbole de la doctrine spirituelle, simple et 
élémentaire, telle qu'on la présente aux néophytes, qui 
ne sont encore que des enfants dans la loi. I Cor., m, 2; 
Heb., v, 12, 13; I Pet., n, 2. H. Lesêtre. 

LAITUE, plante herbacée de la tribu des chicoracées. 
La Vulgate rend par lactucse agrestes, « laitues sauvages, » 
Exod., xn, 8; Num., ix, 11, le mot hébreu merôrîm, qui 
désigne des herbes amères. Voir Herbes amères, t. in, 
col. 601-602. 

LAMBERT François, connu aussi sous [le nom de 
Jean Serranus, théologien protestant français, né en 
1487 à Avignon, mort à Marbourg, le 18 août 1530. Son 
père, qui était catholique, était secrétaire de légation 
du pape. Lui-même fut élevé dans la religion catho- 
lique et il se crut même la vocation sacerdotale. 
Entré de bonne heure chez les cordeliers, il fut 
ordonné prêtre, mais il ne tarda pas à être dégoûté 
de la vie monacale. Il prêcha néanmoins pendant 
quelques années, et non sans succès. Mais, ayant songé 
à se faire chartreux, il rencontra chez ses supérieurs 
une opposition et une défiance qui lui inspirèrent du 
dépit, et bientôt après, en 1522, il abandonna le couvent 
des cordeliers. Il se rendit alors à Lausanne, puis à 



Fribourg, à Berne, à Zurich, à Bâle, à Eisenach, et ar- 
riva enfin à Wittenberg au printemps de 1523. Dans le 
cours de ces voyages, il s'entretint d'abord, à Zurich, 
avec Zwingle, qui commença à modifier assez profondé- 
ment ses idées religieuses pour qu'il entreprit dès lors 
de prêcher la Réforme, sous le pseudonyme de Jean 
Serranus. A Wittenberg, il vit Luther, qui le gagna 
tout à fait aux- idées nouvelles. Il épousa cette même 
année la fille d'un boulanger d'Hertzberg. Comme ses 
leçons sur l'Évangile de saint Luc ne lui fournissaient 
pas de quoi vivre, il partit pour Metz, qu'il quitta au 
bout de peu de jours pour se rendre à Strasbourg, où 
il fit encore des cours de théologie. Il retourna à Wit- 
tenberg en 1626; mais il quitta bientôt cette ville, appelé 
à Hombourg par Philippe, landgrave de Hesse, qui avait 
besoin de son assistance pour introduire, le luthéra- 
nisme dans ses États. Ce prince ferma les monastères et 
s'empara de leurs revenus, avec lesquels il fonda à Mar- 
bourg une académie dont Lambert fut le premier pro- 
fesseur de théologie. Il mourut de la peste dans cette 
ville. Parmi ses ouvrages, qui sont nombreux, nous- 
nous contenterons de citer : Commentarius in Evan- 
gelium Lucx, in-8°, Wittenberg, 1523; in-8°, Nurem- 
berg et Strasbourg, 1525 ; in-8°, Francfort, 1693. — In 
Cantica canticorum Salomonis libellum quidem sen- 
sibus altissimis, in quo sublimia sacri conjugii myste- 
ria, quse in Christo et Ecclesia sunt, pertractantur, 
in-8°, Strasbourg, 1524; in-8", Nuremberg, 1525. — Com- 
mentarii in Oseàm, in-8°, Strasbourg, 1525; in-8°, Nu- 
remberg, 1525. — In Johelem prophetam commenta- 
rii, in-8°, Strasbourg, 1525. — In Amos,Abdiam et Jo- 
ram prophetas commentarii. Ailegorise in Jonam, 
in-8", Strasbourg, 1525; in-8°, Nuremberg, 1525. — 
Commentarii in Micheam, Naum et Abacuc, Stras- 
bourg, 1525; Nuremberg, 1525. — Commentarii in 
Sophoniam, Aggeum, Zachariam et Malachiam, in-8», 
Strasbourg, 1526. — Exegeseos in Apocalypsim lïbri 
vu, in-8°, Marbourg, 1528; in-8», Bâle, 1539. — Com- 
mentarii in quatuor libros Regum et in Acta Aposto- 
lorwm, in-8», Strasbourg, 1526; in-8», Francfort, 1539. 

LAMBETH (LES ÉVANGILES DE), BookofMac- 
Durnan, manuscrit des Évangiles selon la Vulgate, da- 
tant du x» siècle, et appartenant aujourd'hui à la biblio- 
thèque du palais archiépiscopal deLambeth. 216 feuillets; 
dimensions : m 16 X O m ll ; colonne unique de 20 à 
25 lignes. Jolie écriture irlandaise, peintures grossières. 
On lit au f° 3 v° : Mseielbrithus Mac-Dumain istum. 
textum per triquadrum Deo digne dogmatizat. Ast 
JEtheUtanus Anglosaxona rex et rector Doruvernensi 
metropoli dat per eevum. Le roi ou demi-roi (half- 
king) Ethelstan mourut en 962. On trouve des fac-simi- 
lés dans Westwood, Palœogr. sacra, Londres, 1843, 
pi. xni-xv, et Anglo-Saxon and IrishManuscr., pi. xu. 

F. Prat. 

LAMBRIS (hébreu : siffûn; Septante : <ç Aïvo>\i.<x. ; 
Vulgate : laquear), revêtement des plafonds et des murs 
intérieurs d'une salle, ordinairement à l'aide de plan- 
ches plus ou moins ouvragées. La Sainte Écriture men- 
tionne le lambrissage de certains édifices avec des pan- 
neaux de cèdre ou de cyprès. Voir Cèdre, t. n, col. 378; 
Cyprès, col. 1174. — 1» Les murs intérieurs du Temple 
de Salomon furent lambrissés de cèdre (ixoi\o<rtâQ\).rioi, 
operuit), de telle sorte que la pierre n'apparaissait nulle 
part, et ces lambris étaient ornés de sculptures repré- 
sentant des coloquintes et des fleurs épanouies. III Reg., 
vi, 15, 18. Cf. Josèphe, Ant. jud., VIII, m, 2. Il y eut 
aussi des parties lambrissées en cyprès, avec des orne- 
ments d'or et des sculptures. II Par., n, 57. On employa 
le bois de cèdre dans la construction du second Temple, 
I Esd., m, 7; mais le texte sacré ne dit pas si l'on s'en 
servit pour faire des lambris; tout au moins, les pla- 
fonds devaient être construits en poutres de ce bois. 



41 



LAMBRIS — LAME D'OR 



42 



Dans le Temple d'Hérode, les plafonds étaient lambris- 
sés en bois et sculptés en haut relief. Josèphe, Ant. 
jud., XV, XI, 5. — 2» Les palais de Salomon furent éga- 
Jement parés de lambris de cèdre ou de cyprès. Le por- 
tique du trône, où se rendait la justice, était lambrissé 
de cèdre du haut en bas. III Reg., vu, 7. Ce même 
genre de décoration fut adopté pour le palais du roi 
•et celui de la reine. III Reg., vu, 8-12. L'Épouse du 
Cantique, i, 16 (17), fait allusion à des lambris de cyprès, 
dans le palais où elle habite. Le roi Joachaz fit lam- 
irisser sa maison en bois de cèdre. Jer., xxil, 14. A 
JBabylone, on avait aussi adopté cet usage de revêtir 
l'intérieur des palais de bois précieux. Les rois se van- 
tent, dans leurs inscriptions, d'avoir fait apporter dans 
leur capitale des bois de cèdre, de pin et de chêne tirés 
de l'Amanus et du Liban. Cf. Rabelon, Archéologie 
orientale, Paris, 1888, p. 72-73; F. Vigouroux, La Bible 
et les découvertes modernes, 6" édit., t. m, p. 288-291. 
Ils durent en utiliser une partie à faire des lambris, car 
Sophonie, n, 14 (hébreu), annonce à Babylone que ses 
lambris de cèdre, 'arzdh, seront arrachés. — 3° L'usage 
des lambris passa des palais aux maisons des particuliers 
plus aisés. Dès le retour de la captivité, les grands de 
Jérusalem restaurèrent leurs maisons et les firent lam- 
brisser, ce qui leur attira cette apostrophe d'Aggée, i, 4 : 
« Est-ce le temps d'habiter vos demeures lambrissées 
{sefûnim, xotXôora9[j.ot, laqueatœ), quand le Temple est 
détruit? » Cf. Pline, H. N., xxxm, 18; xxxv, XL, 1, 2. 

H. Lesêtre. 
LAMECH (hébreu : Lémék ; à la pause : Lâmék; 
Septante : Aâu.ex), norn de deux patriarches antédiluviens. 
L'étymologie de ce nom est inconnue et les explications 
qu'on a essayé d'en donner ne sont pas satisfaisantes. 

1. LAMECH, le cinquième descendant de Caïn, fils 
de Mathusaël et père de Jabel, de Jubal, de Tubalcaïn 
et de Noéma. Gen., iv, 18, 22. Il est, avec Hénoch, le 
seul Caïnite sur lequel la Genèse donne quelques détails 
biographiques. Elle nous apprend qu'il eut deux 
femmes, Ada et Sella, peut-être pour indiquer qu'il fut 
le premier qui pratiqua la polygamie. C'est à elles 
qu'il adressa les vers suivants qui sont le plus ancien 
morceau poétique contenu dans la Bible : 

Ada et Sella, écoutez ma voix, 

Femmes de Lamech, prêtez l'oreille à mes paroles : 

J'ai tué un homme pour ma blessure 

Et un jeune homme pour ma meurtrissure. 

Sept fois sera vengé Caïn 

Et Lamech soixante-dix-s.ept fois. Gen., iv, 23-24. 

A quels faits ces vers font-ils allusion? II est 
impossible de le dire, mais plus ils sont obscurs, plus 
on a fait d'hypothèses à leur sujet parmi les Juifs et 
parmi les chrétiens. Saint Jean Chrysostome, Boni, 
xx. In Gen., 2, t. un, col. 168; Exp. in Ps. vi, 2, t. lv, 
col. 73, voit en lui un meurtrier repentant qui obtient 
le pardon de son crime. Cf. S. Basile, Epist., cclx, 2-5, 
t. xxxu, col. 936-964; Théodoret, Quxst. in Gen., q. xi.iv, 
t. lxxx, col. 145; Cornélius a Lapide, In Gen., rv, 23, 
dans Migne, Curs. compl. Script. Sacr., t. v, col. 300. 
D'après une tradition rapportée par saint Jérôme, 
Epist. xxxvi, ad Damas., 4, t. xxn, col. 455, Lamech 
aurait tué accidentellement Caïn, le prenant, ajoute 
Jarchi, pour une bête fauve, lorsqu'il était à la chasse. 
Que Lamech ait été le meurtrier de Caïn, c'est ce que 
semblent dire en effet les mots : « sept fois sera vengé 
Caïn, » qui rappellent les paroles de Dieu au meurtrier 
d'Abel. Gen., rv, 15. Beaucoup de commentateurs mo- 
dernes, à la suite de Herder, Histoire de la poésie des 
Bébrettx, traduct. Carlowitz, dial. x, 1855, p. 241, croient 
que le patriarche, mis en possession, par les inventions 
métallurgiques de son fils Tubalcaïn, d'armes inconnues 
avant lui, brave dans ce chant tous ses ennemis, parce 



qu'ils seront incapables de résister aux coups des épées 
forgées par les siens, et ils donnent à ces vers le nom de 
<r chant du glaive ». Cette opinion, quoiqu'elle ait 
trouvé grande faveur, ne s'appuie sur rien de précis 
dans le texte. Il n'est pas dit, Gen., IV, 22, que Tubal- 
caïn ait forgé des armes et Lamech ne parle point 
d'épée. H. Gunkel, Genesis, in-8», Gœttingue, 1901, p. 47. 
Le seul point qui ressorte clairement de ses paroles, 
c'est que le sang versé doit être vengé. Dans ces temps 
primitifs, la loi de la vengeance du sang étant le seul 
moyen d'empêcher les meurtres. Voir Goël, h, zv, t. n, 
col. 261. Lamech était le chef de la tribu des Caïnites; 
il semble avoir été célèbre par sa force, ses fils le 
rendirent plus célèbre encore par leurs inventions et 
son nom resta populaire, quoique enveloppé d'obscu- 
rité, grâce à tous ces souvenirs et au vieux chant qu'on 
se transmit d'âge en âge. Ce chant est adressé à ses deux 
femmes. On trouve, chez les Arabes, plusieurs poèmes 
qui sont pareillement adressés aux femmes du poète. 
Avec Lamech et ses fils finit l'histoire des descendants 
de Caïn. « Combien cette conclusion de l'histoire pri- 
mitive des Caïnites est significative! Un chant de 
meurtre couronnant une histoire inaugurée par un 
meurtre! » H. J. Crelier, La Genèse, 1888, p. 75. —Voir 
Hase, De oraculo Lamechi, Brème, 1712; Schrôder, De 
Lamecho homicida, Marbourg, 1721. 

F. Vigouroux. 

2. LAMECH, le septième descendant de Set h, dans 
la généalogie de Gen., v, 25-31. Il était fils de Mathu- 
sala et devint le père de Noé. Gen., v, 25, 30; I Par., 
i, 3; Luc, m, 36-37. Il était âgé de 182 ans quand il 
engendra Noé et mourut à l'âge de 777 ans, c'est-à-dire 
595 ans après, d'après les chiffres du texte hébreu. S'il 
fallait en croire certains exégètes rationalistes, le père 
de Noé serait le même que Lamech, père de Jabel, de 
Jubal et de Tubalcaïn. Comme ce nom, ainsi que celui 
d'Hénoch, se trouve tout à la fois dans la généalogie 
caïnite et dans la généalogie séthite, Philippe Buttmann 
(1764-1829), le premier, soutint en 1828, Mythologus oder 
gesammelte Abhandlungen ûber die Sagen der Alter- 
ihums, 2 in-8», Berlin, 1828, t. i, p. 152-179, que les 
deux généalogies n'en formaient primitivement qu'une. 
Mais de la présence fortuite de deux noms semblables 
dans les deux listes à des places différentes, on n'a pas 
le droit de conclure à leur identité. On rencontre des 
noms qui sont pareils dans les généalogies de tous les 
pays. Ici, les différences sont nombreuses entre les 
deux tables généalogiques. Nous avons dix générations 
dans la descendance de Seth; il n'y en a que huit dans 
celle de Caïn. Les détails historiques donnés sur les deux 
Hénoch et sur les deux Lamech sont complètement diffé- 
rents ; l'ordre des noms n'est pas le même ; la généalogie 
séthite seule marque la durée de la vie des patriarches. 
Voir F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique ratio- 
naliste, 5 e édit., 1902, t. rv, p. 218-221; Fr. von Humme- 
lauer, Comm.in Gènes., 1895, p. 184-189 ; Fr. Lenormant, 
Les origines de l'histoire, 1880, 1. 1, p. 176-181 ; K. Budde, 
Die biblische Urgeschichte, in-8°, Giessen, 1883, p. 89-182. 

3, LAMECH, livre apocryphe. Voir Apocryphes, 7, 1. 1, 
col, 771. 

LAMED, nom de la douzième lettre de l'alphabet 
hébreu. Ce mot signifie aiguillon de bœuf, comme 
malmàd. Jud., m, 31. Sa forme, dans l'écriture phéni- 
cienne, est considérée comme représentant grossière- 
ment un aiguillon : 7, £. 

LAME D'OR (hébreu : sîs; Septante : ité-ra).ov; Vul- 
gate : lamina), ornement d'or que le grand-prêtre por- 
tait sur le front, en avant de la tiare. Voir t. in, fig. 64, 
col. 296. — 1° Le mot sîs a ordinairement le sens de 
t feuille » ou de d pétale », Is., XL. 6-8; Job, xrv, 2; Ps. 



43 



LAME D'OR — LAMENTATIONS 



Cil (Cin), 15, et quelquefois celui de fleurs formant cou- 
ronne ou guirlande. III Reg., vi, 18, 29, 32, 35 (Vul- 
gate : eminentes, protninentes) ; Is., xxviii, 1. La lame 
d'or est appelée sîs, « teuille, » moins à cause de sa 
forme, que de sa faible épaisseur et de la place qu'elle 
occupait sur la tête du grand-prêtre, auquel elle 
servait comme de diadème ou de couronne. Sur cette 
lame d'or pur étaient gravés, comme sur un cachet, 
par conséquent en creux, les deux mots : qodéê la- 
Yehôvâh, à"fîa<ru.a xupfou, sanctum Domino,, « sainteté 
à Jéhovah, » ou « consacré de Jéhovah », comme tra- 
duisent les Septante. Cette lame était attachée sur le 
devant de la tiare par des cordons couleur d'hyacinthe. 
Quand le grand-prêtre se présentait devant Jéhovah, 
chargé des iniquités d'Israël, Jéhovah, à la vue de cette 
lame d'or, se montrait propice. Exod., xxvm, 36-38; 
xxxix, 29-30. Ailleurs, la lame d'or est appelée nèzér 
hag-qôdéS, « diadème de sainteté, » x'o iclîaXov xà «y(a<in«, 
lamina sancta, Exod., xxix, 6, et sis hazzàhdb nèzér 
haq~qodés, to Tté-raXov ta ^pù^oOv to xaOrçyiaa^évov aytov, 
lamina aurea cùnsecrata in sànctificatione. Lev., vin, 
9. Dans ce dernier passage, le diadème, nèzér, est claire- 
ment identifié avec la lame, sis. Il y a une évidente allu- 
sion à la lame d'or du grand-prêtre dans ce verset du 
Psaume cxxxi (cxxxii), 18, où Dieu dit du Messie fu- 
tur : 'alâî yâsîs nizerô, « sur lui brillera » ou « fleurira 
son diadème », l% y aùtov èSavGJjirsîTÔ ôtylaonû (iou, super 
ipsutn efflorebit sanctificatio mea. Le fils de Sirach 
parle avec admiration de la lame d'or : « La couronne 
d'or qui était sur sa mitre portait l'empreinte du cachet 
de la sainteté, ornement d'honneur, ouvrage de puis- 
sance, délices des yeux, parure magnifique; il n'y en a 
pas eu de semblable et il n'y en aura jamais. » Eccli., 
xlv, 14, 15. Cf. Sap., xviii, 24. — 2» Josèphe, Ant. jud., 
III, vu, 7, donne du diadème d'or une description très 
détaillée. Il était composé de trois rangs et orné de 
fleurs d'or dont la forme rappelait celle des fleurs de la 
jusquiame. 11 entourait toute la partie postérieure de la 
tête, tandis que le front était recouvert par la lame d'or, 
« qui porte gravé en caractères sacrés le nom de Dieu. » 
LTÎistorien juif dit ailleurs, Bell, jud., V, v, 7, que, sur 
la tiare, le grand-prêtre avait « une autre couronne 
d'or, sur laquelle étaient gravées les lettres sacrées, à 
savoir les quatre consonnes ». Il désigne sous ce nom 
le tetràgrammaton, mais sans vouloir prétendre, sans 
doute, que de son temps il n'y eût plus sur la lame 
d'or que le nom de Jéhovah. Il atteste d'ailleurs que la 
lame d'or, gravée par l'ordre de Moïse, fut conservée 
jusqu'à l'époque où il vivait lui-même. Ant. jud., VIII, 
m, 8. Ce qu'il dit du diadème, qui entourait la partie 
postérieure de la tête et se reliait à la lame d'or, corres- 
pond vraisemblablement à une réalité qu'il avait eue 
sous les yeux. Si cette addition a été vraiment faite par 
Jes grands-prêtres de la dernière époque, elle ne s'appuie 
sur aucune prescription de la Loi. Munk, Palestine, Pa- 
ris, 1881, p. 177, pense que cette couronne d'or fut proba- 
blement adoptée par les grands-prêtres de la race royale 
des Machabées. Les docteurs juifs disent que la lame 
d'or n'avait que deux doigts de largeur et qu'elle allait 
d'une tempe à l'autre. Cf. Gem. Succa, 5, 1 ; Joma, 39, 1 ; 
41, 3; Jer. Megilla, 71, 4; Braun, De vestitu sacerdot. 
hebrmor., Leyde, 1680, p. 630-644; Reland, Antiquitates 
sacrée, Utrecht, 1741, p. 78; Bè'hr, Symbolik des- mo- 
saischen Cultus, Heidelberg, 1839, t. n, p. 112-115. — 
3° La signification mystérieuse de la lame d'or est indi- 
quée par le texte sacré. Exod., xxvm, 38 : « Aaron por- 
tera l'iniquité des choses saintes qu'auront sanctifiées 
les enfants d'Israël dans tous les dons de leurs sanctifica- 
tions, » c'est-à-dire les fautes que les enfants d'Israël 
auront commises dans l'exercice du culte de Jéhovah, 
fautes qui pourraient empêcher leu'rs prières d'être 
exaucées. Pour bien marquer qu'il ne s'agit ici que des 
manquements liturgiques, le texte sacré répète trois fois 



le mot qui exprime la sainteté. Dieu se montre miséri- 
cordieux en apercevant sur le front d' Aaron la marque 
de cette sainteté qu'il exige dans son culte. Cette marque 
sur le front est un signe auquel Dieu reconnaît ceui 
qui lui appartiennent. Ezech., ix, 4; voir Front, t. il, 
col. 2410. Comme le mot siè signifie également « ce qui 
brille, ce qui est éclatant », la lame d'or est faite pour 
briller aux yeux de Dieu, comme pour frapper les regards 
des hommes. Les mots qodéS la-Yehovâh peuvent être in- 
terprétés de différentes manières : « la sainteté convient 
à Jéhovah, » il ne veut devant lui que ceux qui sont 
saints; ou : « la sainteté appartient à Jéhovah, » lui seul 
est saint; ou : « sainteté pour Jéhovah, » c'est-à-dire 
consacré à Jéhovah, en pariant du grand-prêtre ; ou : 
« la sainteté vient de Jéhovah, » c'est lui qui sanctifie 
ses adorateurs. Le sens le plus probable est : « sainteté 
pour Jéhovah, » ces mots signifiant que la sainteté est 
exigée dans les rapports de l'homme avec Jéhovah, et 
que celui-là en est le médiateur qui porte ces deux mots 
écrits sur le front. Cf. Bâhr, Symbolik, t. n, p. 142-146. 

H. Lesètre. 

LAMENTATIONS. — I. Nom et but du livre. — 
Les Lamentations portent dans le texte hébreu le nom de 
'Êkâh, qui signifie « comment » ; c'est le mot par lequel 
elles commencent. Lam. ,i,l ; n,l ; iv, 1 . L'usage de désigner 
un livre par le premier mot n'est pas propre aux Lamen- 
tations ; on sait que quatre livres du Pentateuque, la Ge- 
nèse, l'Exode, le Lévitique, le Deutéronome, sont dési- 
gnés en hébreu par le premier mot de chacun d'eux. Le 
mot 'êkâh paraît avoir été un terme consacré pour le 
début d'une élégie. Cf. II Reg., i, 19, 25, 27 (forme 
abrégée : 'ék). En s'appuyant sur le contenu du livre, les 
rabbins, cf. tr. Baba Bathra, 14 b , ont donné aux Lamen- 
tations le nom de Qinôf, « Lamentations. » Ce mot se 
trouve dans d'autres passages de la Bible; cf. II Reg., i, 
17; II Par., xxxv, 25; Jer., vu, 29; ix, 10, 20 (hébreu, 9, 
19); Ezech., h, 9; xix, 1, 14; xxvi, 17; xxvn, 2, 32; 
xxvm, 11 (hébreu, 12); xxxn, 2, 16; Am., v, 1; vm, 10. 
— Les Septante adoptèrent le mot grec équivalent à ce- 
lui des rabbins, ©pî|vo[. Cette même dénomination a été 
adoptée par la Vulgate latine : Threni, id est, Lamenta- 
tiones Jereniise prophetœ. La Peschito porte un titre 
analogue: 'Ûlyto', « hurlements » (ululatus). — D'après 
un vieil usage on composait des élégies sur la mort de 
personnes aimées. Cf. II Reg., i, 18 b -27 (élégie de David 
sur la mort de Saûl et de Jonathas). Cette coutume fut 
étendue aux malheurs publics. Cf. Jer., vu, 29; ix, 2,19; 
Ezech., xix, 1; xxvi, 17; xxvn, 2; Am., v, 1. Ce fut à 
l'occasion de la ruine de Jérusalem et du temple que Jé- 
rémie fit entendre ses Lamentations, bien que saint 
Jérôme, In Zach., xn, 11, t. xxv, col. 1515, suppose 
qu'elles lurent composées à l'occasion de la mort de Jo- 
sias, dont il est fait mention dans II Par., xxxv, 25. 

IL Division et analyse du livre. — Toutes les La- 
mentations ont pour objet la ruine de Jérusalem par les 
Chaldéens. Le livre contient cinq élégies ou lamentations 
selon le nombre des chapitres. — 1» La première décrit 
la désolation de Jérusalem; la ville est déserte et soli- 
taire ; elle est comme une veuve, i, 1 ; abandonnée de ses 
amis et assaillie par ses ennemis, elle a perdu toute sa 
splendeur passée, et gémit dans la tristesse et la misère, 
f. 2-11 ; dans une touchante prosopopée,la ville elle-même 
décrit sa triste situation et se lamente sur les malheurs 
que ses péchés lui ont attirés, t- 12-22. — 2° Le second 
poème décrit la ruine du royaume de Juda, et en par- 
ticulier de la ville de Jérusalem ; le prophète commence 
par tracer un saisissant tableau de la colère et du juge- 
ment de Dieu, n, 1-12; la désolation de Jérusalem dé- 
passe tout ce qu'on peut imaginer, f. 13; les prophètes 
ont fermé les yeux sur ses égarements, les passants et 
ses ennemis en ont fait l'objef de leurs railleries, f. 14- 
16; c'est Dieu qui est l'auteur de tous ces malheurs, c'est 
donc vers lui que la ville doit se tourner pour implorer 



45 



LAMENTATIONS 



son secours, f. 17-19; supplication de la ville à Dieu, 
f. 20-22. — 3° Le troisième poème roule spécialement 
sur les malheurs personnels du prophète; tableau de 
ses souffrances et de ses misères, m, 1-18; le souvenir 
des miséricordes de Dieu tait renaître l'espoir dans son 
cœur, f. 19-39; le prophète reconnaît les justes juge- 
ments de Dieu, qui a voulu punir les péchés du peuple, 
f. 40-54; il s'adresse à Dieu et invoque son secours, es- 
pérant qu'il le vengera de ses ennemis, f. 55-66. — 
4» La quatrième élégie montre que la cause de ces mal- 
heurs,ce sont les péchés du peuple ; les habitants de Sion 
sont tombés dans la misère parce que leur péché était 
plus grand que celui de Sodome, iv, 1-11; Jérusalem a 
été livrée à ses ennemis parce que ses prophètes et ses 
prêtres ont versé le sang des justes, f. 12-16; et aussi 
parce que le peuple, trompé par ses chefs, a mis sa con- 
fiance dans le vain secours des hommes, f. 17-20; tou- 
tefois Dieu punira les ennemis de Sion et mettra fin à 
ses malheurs, t. 21-22. — 5° La cinquième élégie est une 
ardente prière du prophète; c'est pourquoi elle porte 
dans la Vulgate le titre de : « Prière de Jérémie le pro- 
phète. » Le prophète énumère tous les maux que souf- 
fre le peuple juit depuis la prise de Jérusalem, y, 1-18; 
il supplie Dieu d'y mettre fin et de rétablir le peuple 
dans son ancienne splendeur, f. 19-21, il termine pour- 
tant par une pensée de découragement, y. 22. 

III. Unité d'auteur. — L'unité du livre a été contestée 
ou niée par un certain nombre de critiques. Thenius 
soutint que les chapitres II et IV sont de Jérémie, mais 
que les chapitres i, m, v appartiennent à des auteurs diffé- 
rents. Dans Kurzgef. exegetisch. Handbuch zum alten 
Testament, xvi, Leipzig, 1855, p. 117. — Pour Kuenen, 
Einleitung in die Bâcher des A. Test., Fribourg-en-Bris- 
gau, 1887-1894, § 147.9, les chapitres n, m, v sont, sous 
le rapport de la poésie, bien supérieurs aux chapitres i, 
iv; il en conclut que ce n'est pas le même auteur qui 
parle dans tout le livre. Budde, dans Zeitschrift fur 
die Alttest. Wissenschaft, 1882, p. 45, pense que le 
chapitre v n'est que le couronnement des chapitres i, II, 
IV et n'attribue à un auteur différent que le chapitre m. 
Stade, Geschichte des Volkes Israël, Berlin, 1888-1889, 
t. I, p. 701, est du même avis. Lbhr, dans Zeitschrift 
fur die Alttest. Wissenschaft, 1894, p. 31, attribue les 
chapitres II, iv à un auteur écrivant vers l'an 570 avant 
J.-C, les chapitres i, v à un second auteur écrivant vers 
l'an 530 avant J.-C, et le chapitre m à un troisième au- 
teur écrivant à la même époque ou peu de temps après. 
Cf. Driver, Introduction, p. 464-465. — L'unité d'auteur 
est prouvée : 

1° Par l'unité de plan. — « Cette analyse succincte fait 
voir clairement que ces poèmes sont écrits d'après un 
plan très clairement conçu et exécuté avec une véritable 
science. L'idée se développe avec unité, et il est impos- 
sile de partager l'opinion de Thenius et de ceux qui, 
après lui, veulent voir dans cette œuvre les traces de 
mains différentes. Il n'y a qu'un seul auteur à pouvoir 
concevoir ce plan et à l'exécuter avec tant de vigueur et 
d'émotion. » Trochon, Jérémie, in-8», Paris, 1878, p. 340. 

2° Par le vocabulaire. — On trouve des -expressions 
communes à différents poèmes ou chapitres; les prin- 
cipales sont: 'ônï, « affliction, » i, 3, 7, 9; m, 1, 19; 
mô'êd, « solennité, » i, 4, 15; h, 6, 7, 22; Sàmam, « dé- 
vaster, » i, 4, 13, 16; m, 11 ; yâgâh, « affliger, » i, 4, 5, 
12; m, 32, 33; sûr, « ennemi, » i, 5, 7, 10; IV, 12; mà- 
rûd, « pleur, » i, 7; m, 19; mahâmudîm, « désirs, » 
« choses désirables, i> i, 7, 10, 11; u, 4; nibat, « regar- 
der, » i, 11, 12; m, 63; rv, 16, v, 1; dâvdh, « languis- 
sant, » i, 13; v, 17; 'âdôn, « Seigneur » (seul, sans ap- 
position), i, 14, 15; n, 1, 2, 5, 7, 18, 19, 20 b ; m, 31, 36, 
37, 38; mê'ay hômarmârû, « mes entrailles sont trou- 
blées, » i, 20; il, 11; 'âlal, « faire, » i, 22; n, 20; m, 
51; lô' hdmal, « il n'a pas épargné, » n, 2, 17, 21; m, 
43; zànah, « rejeter, » n, 7; m, 17, 31; gillàh 'al, «. dé- 



voiler » (l'iniquité, le péché), n, 14; rv, 22; Se pour 
'âsér, a qui, » n, 15, 16; iv, 9; v, 18; pdsahpi 'al, « ou- 
vrir la bouche sur, » n, 16; m, 46; fùgdh, « cessation, i 
n, 18; m, 49; ro'S kôlbûsôf, « tête [= coin] de toutes les 
rues, » il, 19; iv, 1; negînâh, s modulation, » « chant, » 
m, 14; v, 14. Driver, Introduction, p. 463, 464. 

IV. Authenticité du livre. — Les premières atta- 
ques contre l'authenticité des Lamentations commen- 
cèrent en 1712. Herman von der Hardt, dans un pro- 
gramme publié â Helmstadt, attribua les Lamentations 
à Daniel, à ses trois compagnons Sidrach, Misach et 
Abdénago et au roi Joakim ; chacun aurait écrit un des 
cinq chapitres. Enl819,un auteur anonyme attaqua aussi 
l'authenticité des Lamentations dans la Theologische 
Quartalschrift de Tubingue, p. 69. J. Ch. W. Augusti, 
Einleitung in's Alte Testament, Leipzig, 1806, 1827, 
p. 227, Conz et Kalkar, dans Knabenbauer, p. 367, 
marchèrent dans la même voie. Ewald, Poetische Bûcher 
des Alten Bundes, 2» édit., 1854, t. i, 2 e partie, p. 326; 
Geschichte Israël, 3 e édit., 1864, t. IV, p. 25-26, attribua 
les Lamentations à un des disciples de Jérémie. Bun- 
sen, Gott in der Geschichte, 1857-1858, t. i, p. 426; Nâ- 
gelsbach, dans le Bibelwerk de Lange, 1868, et Nœldeke, 
Histoire littéraire de l'Ancien Testament, trad. Derem- 
bourg et Soury, Paris, 1873, p. 209, soutinrent la même 
thèse. Enfin Schrader, Vatke, Reuss et Wellhausen se 
sont ralliés à la même opinion. Cf. Trochon, Jérémie, 
p. 334-335; Knabenbauer, In Danielem, in-8°, Paris, 
1891, p. 367, 368. 

/. preuves de l'authenticité. — 1° Externes. — 
La tradition, sous ses formes multiples, est unanime â 
attribuer les Lamentations au prophète Jérémie : — 
1. La croyance des Hébreux nous est attestée par les 
mots placés en tête du livre dans les Septante et la Vul- 
gate : « Lorsque Israël eut été mené en captivité et que 
Jérusalem fut demeurée déserte, le prophète Jérémie, 
fondant en larmes, s'assit et fit ces Lamentations sur 
Jérusalem, soupirant dans l'amertume de son cœur et 
disant avec de grands cris. » Ce titre manque, il est vrai, 
dans le texte hébreu, mais il exprime une croyance 
générale; quelques auteurs pensent même que ce pas- 
sage a été traduit de l'hébreu, qu'il se trouvait origi- 
nairement dans quelque manuscrit hébreu, et qu'il a 
disparu dans la suite ; de plus, à l'origine, les Lamen- 
tations étaient unies au livre de Jérémie dans le texte 
grec. Cf. Knabenbauer, In Daniel., p. 368, 369. — 2. Le 
Targum de Jonathan fait précéder les Lamentations de 
ces mots : « Jérémie prophète et grand-prêtre a dit. » — 

3. Le Talmud, Baba Bathra, 15% dit : « Jérémie a écrit 
son livre, le livre des Rois et les Lamentations. » — 

4. L'historien Josèphe dit aussi, Ant. jud., X, v, 1 : 
« Jérémie le prophète composa une élégie (un chant de 
lamentations), (iiXo; 8pï)Vï]Ttxciv, sur lui (Josias); » il 
faut reconnaître cependant qu'il n'y a là qu'une vague 
allusion. — 5. La tradition chrétienne nous est attestée 
par les Pères. Origène, dans Eusèbe, H. E., vi, 25, 
t. xx, col. 580, 581, où il parle d'après la tradition juive : 
« Comme les Hébreux nous l'ont transmis; » In Ps. I, 
t. xii, col. 1085, 1086; S. Épiphane, Hier., vin, 6, 
t. xli, col. 213; S. Jérôme, Prologus galeatus; In Zach., 
511,11, t. xxv, col. 1515. 

/ 2° Internes. —1. Citations de l'Ancien Testament. On 
sait que Jérémie dans ses prophéties se plaît à citer le 
Lévitique et le Deutéronome; on constate cette même 
tendance dans les Lamentations; cf. Lam., i, 3; et Deut., 
xxvin, 65; Lam., i, 5, et Deut., xxviii, 44; Lam., i, 7, 
et Lev., xxvi, 34; Lam., i, 10, et Deut., xxm, 3; Lam., 
i, 20, et Deut., xxxu, 25; Lam., n, 8, et Deut., xxvm, 
52; Lam., n, 17, et Lev., xxvi, 14, 18, 24; Deut., xxvm, 
15; Lam., il, 20, et Lev., xxvi, 29; Deut., xxvm, 57; 
Lam., iv, 10, et Deut., xxviii, 53; Lam., iv, 11, et Deut., 
xxxii, 22; Lam., iv, 12, et Deut., xxvm, 52; Lam., iv, 16, 
et Deut., xxvm, 50; Lam., rv, 19, et Deut., xxvm, 49; 



17 



LAMENTATIONS 



48 



Lam„ v, 11, et Deut., xxvtii, 30». — 2. Identité de pen- 
sées entre le livre de Jérémie et les Lamentations; 
cf. Lam., I, 17", et Jer., iv, 31 b ; Lam., iv, 2 b , et Jer., 
Xxiii, 4, 6; Lam., iv, 6», et Jer., xxm, 14 e ; Lam., îv, 
12, et Jer., xxi, 13 b ; Lam., y, 6, et Jer., h, 18; Lam.. v, 
7, et Jer., xvi, 11; Lam., v, 14», 15, et Jer., xvi, 9; 
xxv, 10; Lam., v, 16», et Jer., xm, I8 b ; Lam., v, 21", 
et Jer., xxxi, 18 e . — 3. Même sensibilité. L'auteur des 
Lamentations fait paraître la même sensibilité que 
Jérémie en présence des malheurs de la nation; cf. Jer., 
xiv, xv. — 4. Mêmes causes aux malheurs de la nation; 
l'auteur des Lamentations assigne aux calamités du 
peuple juif les mêmes causes que Jérémie : — a) Les 
péchés de la nation; cf. Lam., i, 5, 8, 14, 18; m, 42; 
iv, 6, 22; v, 7, 16, et Jer., xiv, 7; xvi, 10-12; xvn, 
1-3; — b) Les fautes des prophètes et des prêtres; 
cf. Lam., il, 14; iv, 13-15. et Jer., n, 8; v, 32; xiv, 13; 
Xxm, 10-40; xxvu ; — c) La vaine confiance du peuple 
dans les alliés; cf. Lam., I, 2, 19; iv, 17, et Jer., H, 18, 
36; xxx, 14; xxvu, 5-10. — 5. Similitude d'images : « la 
"vierge fille de Sion opprimée, » Lam., 1, 15 b ; il, 13, et 
Jer., vm, 21, 22; xiv, 17 b ; « larmes coulant des yeux » 
du prophète, Lam., i, 16* ; n, 11», 18*; m, 48, 49, et Jer., 
IX, 1, 18 b ; xm, 17 b ; xiv, 17»; « les terreurs l'entourent, » 
Lam., il, 22», et Jer., vi, 25 b ; xx, 10»; « l'appel à la jus- 
tice du juge, » Lam., m, 64-66, et Jer., xi, 20; xx, 12; 
« désolation des nations qui se sont réjouies de la chute 
de Jérusalem, » Lam., iv, 21, et Jer., xlix, 12; « les 
chaînes au cou, » Lam., i, 14, et Jer., xxvu, 2. —6. Iden- 
tité de sentiments : « véhémence de la douleur, » Lam,, 
1,20; h, 11 ; m, 1-20, et Jer., iv, 19; ix,l, 10; xv,18; xx, 
18; « que Dieu exerce sa vengeancesur les nations, » Lam., 
i, 22, et Jer., x, 25; xvn, 18; xvm, 23; « la prière n'est 
pas exaucée, » Lam., m, 8, et Jer., vu, 16; xi, 14; xiv, 
11; « tu (Dieu) nous as rejetés, » Lam., v, 22, et Jer., 
xiv, 19». — 7. Vocabulaire. On remarque beaucoup d'ex- 
pressions^ identiques ou presque identiques : « elle a 
pleuré beaucoup, » Lam., i, 2»; « elle pleurera beau- 
coup, » Jer., xm, 17 b ; tous ses amis « l'ont méprisée », 
Lam., I, 2 b ; tes amants « t'ont méprisée », Jer., iv, 30 b ; 
ils ont vu son « ignominie », Lam., I, 8 b ; ton « igno- 
minie » a apparu, Jer., xm, 26 b ; « j'ai appelé mes amis 
et ils m'ont trompée, » Lam., i, 19»; « tous tes amants 
t'ont oubliée, » Jer. , xxx, 14» ; « je suis devenu la risée, » 
Lam., m, 14», et Jer., xx, 7 e ; il m'a enivré « d'absinthe », 
Lam., III, 15»; je nourrirai ce peuple « d'absinthe », 
Jer., ix, 15 b ; souviens-toi... de « l'absinthe et du fiel », 
Lam., m, 19; je les nourrirai « d'absinthe » et les 
abreuverai de « fiel », Jer., xxm, 15; « une frayeur, un 
piège, » Lam., m, 47; « la frayeur,... et le piège, » Jer., 
xlviii, 43; ils m'ont pris « à la chasse », Lam., m, 52; 
j'enverrai de nombreux « chasseurs et ils les chasse- 
ront », Jer., xvi, lô 1 »; « le calice, » Lam., iv, 21 b ; 
prends « le calice », Jer., xxv, 15; boire « le calice », 
Jer., xlix, 12. — 8. Répétitions. On sait que les Prophé- 
ties de Jérémie se distinguent par des répétitions des 
mêmes pensées et parfois des mêmes mots ; ce phéno- 
mène se produit aussi dans les Lamentations : « il n'y 
a pas de consolateur, » Lam., I, 2 b , 9 b , 17», 21»; sûb 
néfès, « convertir l'âme, » Lam., i, 11, 16, 19; « vois. 
Seigneur, » Lam., i, 9«, 11 e , 20»; n, 20»; « la colère 
de la fureur, » Lam., i, 12 h ; n, 3»; « la fureur, la 
colère de l'indignation, » Lam., iv, 11»; « la contrition de 
la fille de mon peuple, s Lam., n, 11 1 »; m, 48; iv, 10 b ; 
« tous tes ennemis ont ouvert la bouche contre, » Lam., 
H, 16» (toi); m, 46 (nous); cf. aussi i, 16»; n, i&>; m, 
48»; il, 20 b , et iv, 10»; n, 2», 17 b , et m, 43 b (& pas épar- 
gner »). Cf. Flôckner, Ueber den Verfasser der Klage- 
lieder, dans Theologische Quartalschrift de Tûbingue, 
1877, p. 187-280; Knabenbauer, In Dan., p. 370-372; 
Driver, Introduction, p. 462. 

//. objections. — Elles sont de plusieurs sortes. — 
1° Littéraires. — On prétend en général que le point 



de vue de l'auteur des Lamentations est tout à fait diffé- 
rent de celui de Jérémie ; on dit même qu'il y a contra- 
diction entre les idées de l'un et celles de l'autre. Ainsi : 
1. Dans xxxi, 29, 30, Jérémie dit : « En ces jours on ne 
dira plus : Les pères ont mangé le raisin vert, et les 
dents des Sis ont été agacées. Mais chacun mourra dans 
son iniquité, et celui qui mangera le raisin vert aura 
lui-même les dents agacées. » Au contraire, l'auteur des 
Lamentations dit, v, 7 : « Nos pères ont péché, et ils ne 
sont plus ; et nous, nous avons porté leurs iniquités. » 
— Mais il n'y a aucune contradiction entre ces deux 
passages; le prophète énonce une espèce de maxime; le 
texte des Lamentations n'est pas en opposition avec 
celui de la Prophétie, car les enfants, qui portent les 
iniquités de leurs pères, sont eux-mêmes pécheurs, 
comme on le voit, f. 16 b : « Malheur à nous parce que 
nous avons péché. » En portant les iniquités de leurs 
pères, ils portent aussi les leurs propres, selon Jér., 
xxxi, 30. Le langage de Lam., v, 7, n'est donc pas 
exclusif, mais compréhensif, c'est-à-dire qu'il dit d'une 
manière générale que tout le monde est coupable, comme 
Exod., xx, 5; Jer., xvi, 11-13. — 2. On soutient aussi 
que Lam., i, 21, 22; m, 59-66, ne peut pas convenir à 
Jérémie ; le prophète était persuadé que les Chaldéens 
exécutaient les desseins de Dieu sur Juda. Comment 
donc peut-il dans les Lamentations demander leur châ- 
timent? — Mais ces deux points de vue peuvent se con- 
cilier. Quoique le prophète fût convaincu que les Chal- 
déens exécutaient les desseins de Dieu, il a pu cependant 
demander leur châtiment, car les Chaldéens étaient eux 
aussi coupables et avaient gravement péché. — 3. On 
prétend également que Lam., n, 9° : « Il n'y a pas de 
loi, et ses prophètes (de la fille de Sion) n'ont pas reçu 
de visions du Seigneur, » est déplacé dans la bouche de 
Jérémie et ne peut convenir qu'à quelqu'un qui n'était 
pas lui-même prophète. — Mais on peut s'expliquer 
cette manière de parler. Après la ruine du Temple, les 
lois n'étaient plus observées; c'est ce que veut dire 
l'auteur des Lamentations lorsqu'il affirme qu'il n'y a 
plus de loi; quand il ajoute que les prophètes ne reçoi- 
vent plus de visions, il faut entendre cela de visions 
consolantes et de bon augure, qui étaient un signe de 
l'amour de Dieu; après la prise de Jérusalem, le Sei- 
gneur n'enverra plus des messages de consolation et 
d'espérance ; le cycle de ces messages est désormais 
fermé. — 4. On ajoute que Lam., iv, 17, est impossible 
dans la bouche de Jérémie; dans ce passage l'auteur se 
place parmi ceux qui attendent le secours de la part des 
Égyptiens; or Jérémie ne compte jamais sur le secours 
des Égyptiens, mais au contraire il fait tout son possible 
pour tirer le peuple de cette illusion, Jer., xxxvn, 5-10; 
si donc Jérémie était l'auteur des Lamentations, il aurait 
écrit, IV, 17, « eux » et « leur », au lieu de « nous » et 
« nôtre ». — On peut répondre qu'il n'y a là qu'une 
simple fiction ou figure de langage; l'auteur ne se met 
pas au nombre de ceux qui attendent la délivrance de 
l'Egypte, mais il traduit les impressions et les espé- 
rances des Israélites ; il n'est qu'un écho, un rapporteur, 
pour ainsi dire ; il les lait parler par sa bouche, et c'est 
pourquoi il emploie la première personne. — 5. Enfin 
on affirme que Jérémie ne peut pas parler, Lam., IV, 20, 
en termes si élogieux de Sédécias, après ce qu'il en 
avait dit dans Jer., xxiv, 8-10. — Mais rien ne prouve 
que les mots : « le souffle de notre bouche, le Christ 
Seigneur (l'oint de Jéhovah), » dans Lam., iv, 20», dési- 
gnent le roi Sédécias; quelques auteurs pensent qu'il 
s'agit de Josias ; d'autres croient qu'il est question du 
roi théocratique en général, du roi modèle ; enfin d'au- 
tres et en plus grand nombre appliquent ces paroles au 
Messie lui-même. 

2» Objection tirée de l'ordre alphabétique. — Jéré- 
mie, dit-on, dans ses Prophéties, suit toujours une 
marche vive, naturelle et spontanée; c'est là comme la 



49 



LAMENTATIONS 



50 



caractéristique de son style; au contraire, en employant 
l'ordre alphabétique; i-iv, l'auteur des Lamentations se 
soumet à une disciplina rigoureuse; on ne reconnaît 
plus l'allure franche et libre de Jérémie. — On peut 
répondre en premier lieu avec Ed. Riehm : dans la 
2 e édit. de Hnpfeld, Die Psalmen, 4 in-8», Gotha, 1867- 
1871, t. i, p. 31 : « Dans la poésie lyrique, l'emploi de 
cette forme artificielle est justifié naturellement et in- 
trinsèquement quand une idée unique remplit l'âme du 
poète : il revêt cette idée de lormes différentes, et en 
compose ainsi une élégie. » En second lieu : « D'ailleurs 
le poète est libre d'employer la forme qui lui convient 
et le critique n'a pas le droit de lui reprocher le choix 
de son instrument. » Trochon, Jérémie, p. 338. 

3" Objection tirée de la variation de l'ordre alphabé~ 
tique. — Cette objection vise autant l'unité que l'authen- 
ticité des Lamentations. Dans le premier poème, i, l'ordre 
de l'alphabet hébreu, dont chaque lettre est le commen- 
cement d'un verset, est régulier, tandis que dans, n, ni, 
iv, l'ordre de deux lettres est renversé; la lettre phé 
précède toujours la lettre aïn; ainsi : n, 16 {phé), 
17 {aïn); m, 46, 47, 48 (phé), 49, 50, 51 {aïn); iv, 
16 (phé), 17 (aïn); on en conclut que ces poèmes ne 
sont pas du même auteur. — L'interversion des lettres 
de l'alphabet ne prouve pas qu'on ait affaire à des 
auteurs différents; cette interversion peut s'expliquer et 
de tait on l'a expliquée de diverses manières : 1° Grotius 
pensa que les Chaldéens avaient dans leur alphabet un 
autre ordre que les Hébreux; dans Lam., I, Jérémie 
parlerait comme un Hébreu, et dans n, m, iv, comme 
sujet des Chaldéens; mais cette raison n'est pas sé- 
rieuse. — 2» Houbigant et Kennicott attribuèrent cette 
interversion à la négligence des copistes ; il est vrai 
qu'un certain nombre de manuscrits, ci. De Rossi, Variée 
lectïones V. Test., t. m, p. 242, et la Peschito conservent 
l'ordre naturel; toutefois cette hypothèse ne parait pas 
probable, car cette interversion est suivie : 1. Par les 
Septante; la version grecque observe l'ordre naturel 
des lettres aïn, phé, mais pour les versets, elle suit 
l'ordre du texte hébreu. — 2. Par la "Vulgate latine. — 
3. Elle est exigée par le contexte : ainsi n, 16, continue 
naturellement n, 15 ; cet ordre serait brisé si l'on met- 
tait le f. 17 avant le f. 16; de plus le il. 17 sert de tran- 
sition au il. 18; de même dans m, le % 46 suit naturel- 
lement le il. 45, et le f. 48 sert de transition au f. 49 ; 
pareillement dans iv, le f. 16 suit le f. 15 et le jl. 17 
prépare le f. 18. — 3° J. D.Michaëlis, Bibliotheca orien- 
tons, t. XX, p. 34, et notes à R. Lowth, De sacra poesi 
HebrSBorum, praelect. xxii, 2« édit., 1770, p. 453-455, 
Tegarde comme probable que la lettre phé, ayant une 
double prononciation, une dure, p, l'autre douce, f, 
selon qu'elle est dagueschée ou non, occupait diffé- 
rentes places dans l'alphabet hébreu. — 4» L'opinion la 
plus probable est que les poètes hébreux jouissaient 
d'une certaine liberté dans l'arrangement des lettres de 
l'alphabet; cf Pareau cité par Rosenmùller, In Jer., 
t, il, 1826, p. 464; de cette liberté on constate bien des 
exemples dans la Bible ; ainsi : Ps. ix (hébreu) manque 
du daleth, et, au f. 20, au lieu du caph il a qoph; 
Ps. xxv (hébreu), manquent beth et vav;qoph est omis; 
resch se trouve, deux (ois, il. 18, 19; après thav, le f. 22 
commence par pé; Ps. xxxiv (hébreu), vav manque, et 
après thav, le f. 23 commence par pé; Ps. xxxvm 
(hébreu), t. 25, aïn est remplacé par tsadé, qui est répété 
à sa place naturelle, f. 32, après pé; Ps. cxlv (hébreu), 
manque nun ; Prov. , xxxi, 24, 25 (texte grec) , suit l'inter- 
version des Lamentations : il met <rr6|j.a, « bouche » (hébreu 
pi), avant \a-/y v > " puissance » (hébreu, 'ôz). Cf. Trochon, 
Jérémie, p. 338, 339; Knabenbauer, In Dan., 365, 366. 

4" Objection tirée de ce que l'auteur des Lamentations 
"connaîtrait Ézéchiel. — A cet effet on cite : Lam., n, 4: 
kôl mahâmmadê 'âin, « tout ce qui est beau à voir; » 
ci. Ezech., xxiv, 16, 21, 25; mais cette expression se 



trouve aussi dans III Reg., xx, 6; Lam., n, 14: hâzâh 
sâve', « voir la vanité, » cf. Ezech., xm, 6, 9, 23; xxi, 
34; xxn, 28 (cf. aussi, avec légère variante, xn, 24 : 
hâzôn Sâve', « vision vaine; » XIII, 7 : mahâzêh sâve', 
« vision vaine »); ces deux mots réunis ne se trouvent, 
il est vrai, que dans Lam. et Ezech., mais, séparés, ils 
se trouvent dans Jérémie, xxih, 16 (/.làzôn); u, 30; iv t 
30; vi, 29; xvm, 15; xlvi, 11 (Sâve' avec le préfixe la); 
de plus, Jer., xiv, 14, nous fournit une locution équi- 
valente : hâzôn séqér, « vision mensongère; » Lam., 

11, 14 : tâfêl, « insanité, folie, » cf. Ezech., xm, 10, 11, 
14,15; xxn, 28; mais ce mot se trouve aussi dans Job, 
vi, 6; Jer., xxm, 13, a la même racine {iflâh; cf. aussi 
Job, i, 22; xxiv, 12; Lam., n, 15 : kelilat yofî, « par- 
faite en beauté, » cf. Ezech., xvi, 14, légère variante : 
yôfi kâlîl, « beauté parfaite; » xxvn, 3, 4, 11; xxvin, 

12, même variante que Xvi, 14 : kelîl yôfî, « parfaite 
beauté ; » mais cette expression se trouve aussi, avec 
une très légère variante, dans Ps. L, 2, appliquée à 
Sion, comme dans Lam., tandis qu'Ézéchiel l'applique 
à Tyr et à son roi; Lam., iv, 11 : killâh Yehôvâh 'ét- 
hâmâf, « Jéhovah a accompli [sa] fureur, » cf. Ezech., 
v, 13 avec variante ; vi, 12; xin, 15; cf. aussi xx, 8, 21, 
avec 'af; cette locution est très rare dans la Bible. — 
Au surplus : « Quand bien même il y aurait des emprunts 
faits par l'auteur des Lamentations à Ézéchiel, en quoi 
cela empêcherait-il Jérémie d'en être l'auteur? Pour- 
quoi, ajoute Keil, quelques-unes des prophéties d'Ézé- 
chiel n'auraient-elles pas été Connues de Jérémie? Les 
rapports entre les exilés à Babylone et les habitants de 
Jérusalem et de la Judée étaient assez fréquents pour 
que les prophéties d'Ézéchiel aient pu être connues à 
Jérusalem, bien avant la prise de cette ville. » Trochon, 
Jérémie, p. 337. 

5° Objections lexicographiques. — On prétend que les 
Lamentations contiennent un certain nombre de mots 
inconnus à Jérémie. Ces mots, relevés par Nâgelsbach, 
sont, outre quelques-uns que nous avons déjà signalés, 
m, 2°, col. 45, les suivants : Lam., I, 1 : rabbâfî, 
« pleine; » mais ce mot se trouve aussi dans Jer., Ll, 

13, sous la forme abrégée rabbâf, Lam., I, 2 : léhî, 
« joue; » mais ce mot, dit Driver, Introduction, p. 463, 
peut être un simple accident, ainsi que Sêbét, « verge, » 
Lam., m, 1, et sippôr, « oiseau, » Lam., ni, 52; Lam., i, 
4 : sâbêl, « pleurant; » on trouve le susbtantif sêbél, 
« pleur, » dans Jer., VI, 26; xvi, 7; Lam., I, 7; m, 19 : 
mdrûd, « pleur ; » ce mot ne se trouve que dans Lam. ; 
Lam., I, 7 : mahâmûdim, « choses désirables; » on lit le 
verbe hdmad, «. désirer, » dans Jer., m, 19; xn,10; xxv, 
34; Lam. i, 8 : hêttë, « péché; » le verbe hâta', « pé- 
cher, » est dans Jer., xxxu, 35 (forme régulière); Lam., 
i, 9 : tumâ'h, « impureté; » tdmê', « se souiller, souil- 
lés, » est dans Jer., n, 7, 23; vu, 30; xix, 13; xxxu, 34; 
Lam., i, 9 : pélâh, « chose admirable; » Jer., xxi, 2; 
xxxu, 17, 27, emploie le verbe pâlâ', « être admira- 
ble. » Cf. Lohr, dans Zeitschrift fur die Alttest. Wis- 
senschaft, 1894, p. 31 ; Driver, Introduction, p. 463, 464; 
Knabenbauer, In Dan., p. 372, 373. 

Y. Époque de lu. composition. — 1» H. Ewald, Ge- 
schichte des Volkes Israël, l re édit., Gœttingue, 1843-1852, 
t.lV;-p. 25, soutient que les Lamentations turent compo- 
sées en Egypte, à l'époque où Jérémie y résidait. Il s'ap- 
puie sur Lam., i, 3. Mais ce passage ne prouve nullement 
la thèse qu'il soutient, car il peut très bien se rapporter 
au temps visé dans Jer., xli, 17, 18, et dont il est ques- 
tion dans Lam., v, 6, 9. — 2° Tout porte à croire que 
les Lamentations furent écrites peu de temps après la 
prise et la destruction de Jérusalem. En effet : 1. La vi- 
vacité des descriptions, la véhémence de la tristesse et 
de la douleur du prophète indiquent que la terrible 
catastrophe était encore récente. — 2. La famine est dé- 
crite comme étant très grande, Lam., i, 11, 19; n, 19, 
20; iv, 3-5, ce qui convient au temps de détresse et de 



5.1 



LAMENTATIONS 



m 



désolation qui suivit immédiatement la ruine de Jéru- 
salem. L'époque de la composition peut être, jusqu'à un 
certain point, déterminée en comparant Lam., i, 3: v, 
6, et Jer., xli, 1; lu, 6, 12; IV Reg., xxv, 8. Cf. Bleek, 
Eirileitung in das Alte Testament, 1878, p. 503; Tro- 
chon, Jérémie,p. 340 ; Knabenbauer, In Dan.,p. 374, 375. 

VI. Canonicité. — On n'a jamais soulevé de contesta- 
tion sur la canonicité des Lamentations. Ce livre a tou- 
jours fait partie du canon juif, et du canon chrétien. 
Voir Canon, t. n, col. 137-162. Cf. Eaulen, Einleitung, 
3« édit., p. 372. 

VII. Texte. — Le texte original est l'hébreu; cependant 
ce n'est pas un hébreu pur et absolument classique; il 
présente parfois quelques formes irrégulières et chal- 
daïsantes. Les Lamentations se trouvent dans toutes les 
versions. 

VIII. Style. — Le style des Lamentations est d'une 
poésie et d'une beauté remarquables; il présente toutes 
les qualités qu'on peut désirer dans ce genre littéraire : 
vif, imagé, expressif, grave, en un mot en harmonie 
avec les idées qu'il exprime etles malheurs qu'il retrace. 
Aussi a-t-on toujours admiré les beautés littéraires des 
Lamentations. Pour les éloges qu'on a toujours faits des 
Lamentations,cf. Lowth,De sacra poesi Hebrxorum, prae- 
lect. xxii, p. 458-4-60; Trochon, Jérémie,p. 341, 342, § vi. 

IX. Forme littéraire des Lamentations. — /. le 
rythme. — Tout le monde admet que les cinq élégies 
des Lamentations sont en vers ; mais on n'est pas d'ac- 
cord sur le caractère de la métrique ou ia nature du 
vers. Cf. Maldonat, Comment, in Jer., Mayence, 1611, 
p. 248. Ainsi, d'après Bickell, Carniina hebraïca me- 
irice, p. 112-120, les quatre premiers poèmes sont des 
vers de douze syllabes; Gietmann, De re metrica He- 
brseorum, p. 58, pense que les quatre premiers poèmes 
se composent de vers de neuf [— onze] syllabes ; quant 
au cinquième poème, ils reconnaissent tous les deux 
qu'il se^xompose de vers de sept syllabes. Dans ces 
derniers temps, K, Budde, Das hebrâische Klagelied, 
dans Zeitschrift fur die Alttest. Wissenschaft, 1882, 
p. 1-52, a fait une étude approfondie de la métrique 
des Lamentations. Il observe que le rythme de Lam., i- 
iv, se rencontre dans d'autres endroits de l'Ancien 
Testament, qui sont aussi des élégies; il en conclut que 
c'est le rythme propre aux élégies. Le vers se compo- 
serait d'un ou plusieurs membres; mais chaque membre, 
qui ne contient en moyenne pas plus de cinq ou six 
mots, serait divisé par une césure en deux parties iné- 
gales : la première ayant la longueur ordinaire d'un 
membre, la seconde étant plus courte, et très souvent 
sans parallélisme d'idées avec la première. On peut voir 
l'application de cette théorie dans les exemples suivants : 

i, 1. Comment la ville est-elle assise solitaire, — elle 
■qui était pleine de peuple? Elle est devenue comme une 
veuve, — elle qui était la maîtresse des nations : La 
reine des provinces, — elle est devenue tributaire. 

n, 3. Il a brisé dans l'ardeur de sa fureur r- toute la 
corne d'Israël : 11 a ramené en arrière sa main droite — 
de devant l'ennemi : Il a allumé dans Jacob comme un 
feu brûlant — qui a dévoré tout autour. 

m, 1-3. Je suis un homme qui voit son affliction — 
sous la verge de son indignation : Il m'a conduit et fait 
marcher — dans les ténèbres et non dans la lumière : 
Il a tourné et retourné sa main contre moi — tout le jour. 

Le premier membre est quelquefois d'une longueur 
démesurée, par exemple : n, 13 a ; m, 56; iv, 18 b , 20»; 
quelquefois il ne contient que deux mots, quand ces 
mots sont très longs, par exemple : I, l b , c , 4 e , 9 b ; quel- 
quefois, ce qui arrive plus rarement, il y a une légère 
collision entre le rythme et la pensée, par exemple : i, 
10 e , 13"; h, 8 b . Cependant certains vers ne peuvent pas 
se ramener à ce type ; Budde suppose, Zum liebrâische 
Klagelied, dans Zeitschrift, 1892, p. 264, que dans ces 
cas le texte ne nous est pas parvenu intact. Les morceaux 



de l'Ancien Testament qui se ramèneraient au type mé- 
trique des Lamentations seraient surtout : Is., xiv, 4 b -21 
(élégie sur le roi de Babylone); Ezech., xix; xxvi, 17 (à 
partir de 'êk, « comment »)-18; xxvm, 18, 19; Jer., îx, 
9 b (à partir de mê-'ôf, « depuis l'oiseau »)-10, 18, 20-21 
(dabbêr koh ne'um Yehôvâh, « dis : ainsi parle Jéhovah, » 
élant omis [Septante] ou regardé comme une parenthèse) ; 
xxii, 6 (à partir de Gil'âd, « Galaad »)-7, 21-25; Am., v, 2. 

//. LA stropbiqVe. — Elle n'est pas partout uniforme. 
Dans les trois premières élégies (Mi), la strophe a trois 
vers; dans la quatrième et la cinquième (iv, v) elle se 
compose de quatre vers. Dans i, n, iv, le nombre des 
strophes est de vingt-deux selon le nombre même des 
lettres de l'alphabet hébreu ; m a vingt-deux strophes et 
66 versets (membres), chacun des trois vers d'une même- 
strophe commençant par la même lettre de l'alphabet; 
v se compose aussi de vingt-deux strophes. En outre la 
cinquième élégie est un remarquable exemple d'asso- 
nance; sur les quarante-quatre vers et les vingt-deux 
versets dont elle se compose, la syllabe nù se rencontre 
trente-trois fois : l a , •>, 2<s\ 3% b . 4», b , 5», h , 6", 7 a , b , 9% 
10», Ils 15», b , 16V, 17 a . b , 20», b , 21% b , 22% b . 

m. LE caractère acrostiche. — Les quatre pre- 
miers poèmes (i-rv) sont acrostiches ou alphabétiques, 
c'est-à-dire que chaque strophe commence par une let- 
tre de l'alphabet hébreu, Aleph, Beth, etc. On a cherché 
la raison de cette forme alphabétique, et l'on a fait plu- 
sieurs hypothèses. 1° Les uns n'y ont vu qu'un expédient 
mnémonique, un moyen d'aider la mémoire. 2° Bickell 
pense que cette forme indique qu'on traite le même su- 
jet depuis le commencement jusqu'à la fin. 3° On y voit 
plus généralement une simple disposition, propice à un 
genre particulier de poésie : c'est lorsque le sujet qu'on 
y traite est un, mais d'autre part non susceptible d'un 
développement logique et régulier; on supplée alors à 
ce défaut par la répétition qui donne de l'intensité à 
l'expression des sentiments et des émotions. Cf. Driver, 
Introduction, p. 459 ; Knabenbauer, In Dan., p. 366, 367. 

X. Usage liturgique des Lamentations. — La Syna- 
gogue et l'Église ont toujours fait le plus grand cas des 
Lamentations. Dans les circonstances les plus doulou- 
reuses, elles empruntent les accents du prophète pleurant 
les malheurs de sa patrie pour exprimer leurs émotions. 
Après la captivité, les Juifs rentrés dans leur patrie vou- 
lurent perpétuer la mémoire des maux qu'ils avaient 
soufferts. Chaque année, le neuf du mois A'Ab (juillet) 
ils jeûnèrent et lurent dans les synagogues les Lamenta- 
tions de Jérémie. Cet usage se perpétua dans la suite. Cf. 
Rosenmûller, In Jeremiee Threnos proœmium. L'Église 
catholique a emprunté aux Lamentations les leçons de 
l'office des trois derniers jours de la Semaine sainte. 

XI. Bibliographie. — Origène, Selecta in Threnos, 
t. xiii, col. 606-652 ; Théodoret de Cyr, In Threnos, 
t. lxxxi, col. 779-806; S. Éphrem, S. Ephrxm Syri hymni 
et sermones, dans Lamy, t. n, in-4°, Malines, 1886, 
p. 217-228; Olympiodore, In Jer. Lament., t. xcni, 
col. 725-761 ; Raban Maur, Expositio super Jer., t. CXI, 
col. 1181-1272; Paschase Radbert, In Threnos, t. cxx, 
col. 1059-1256 ; Guibert, TropologiminLam.Jer., t. clvi, 
col. 451-488; Rupert, In Jer., t. cxxvil, col. 1378-1420; 
Hugues de Saint-Victor, In Threnos Jer., t. clxxv, 
col. 255-322; Albert le Grand, In Threnos Jer., t. VIII 
de ses œuvres, Lyon, 1651, p. 1-39; S. Bonaventure, 
Expositio in Lam. Jer., t. x de ses œuvres, Paris, 
1867, p. 138-206; dans les œuvres de saint Thomas, 
t. xiii, se trouve un petit commentaire que les critiques 
attribuent à Thomas de Galles; del Rio, Corn. Utter. 
in Threnos, in-4°, Lyon, 1608; *Tarnow, Comment, 
in Threnos, in-4», Rostock, 1642, et Hambourg, 1707; 
*Lessing, Observationes in tristitiaJer., in-8°, Leipzig, 
1770 ; * Pareau, Threni Jer. philologice et critice illu- 
strati, in-8°, Leyde, 1790; *Neumann, Jeremias und 
Klageheder, in-8°, Leipzig, 1858; L. A. Schneedorfer, Die 



53 



LAMENTATIONS 



LAMPE 



54 



Klagélieâer des Propheten Jeremxa, in-8°, Prague, 1876 ; 
* M. Lôhr, Die Klagelieder Jeremias, 1891 ; et dans 
Hand Komment. de Nowack, 1894; S. Minocchi, Le La- 
mentazioni di Geremia, in-8°, Rome, 1897; *K. Budde, 
dans Kurzer Handkomment., Abth. xvn, Fribourg-en- 
Brisgau, 1898. V. Ermoni. 

LAMIE, nom par lequel la Vulgate désigne deux ani- 
maux différents. — 1° Dans une description de ridumée 
réduite à l'état de désert, Isaïe, xxxiv, 14, dit : « La Ulîf y 



mamelle et allaitent leurs petits. » Ces tannin ne sont 
pas les chacals, qui n'ont nul besoin d'extraire leur 
mamelle pour allaiter leurs petits, mais les grands cé- 
tacés, qui extraient de l'eau leur mamelle pour la don- 
ner à téter. Voir Cachalot, t. il, col. 6. Les Septante 
traduisent par SpâxovTeç et la Vulgate par laniise. II 
n'est pas vraisemblable que saint Jérôme ait eu en vue 
ici un monstre fabuleux, comme dans le passage d'Isaïe. 
La Xâ(ua est dans Âristote, Hist. anim., V, v, 3, une 
sorte de requin, et dans Pline, H. N., IX, xxiv, 40, une 




14. — Lampes primitives de Palestine : les deux premières d'après les originaux du Musée judaïque du Louvre; 
la troisième d'après Ch. Warren et Conder, The Survey of Western Palestine, Jérusalem, 1884, p. 535. 



aura sa demeure, elle trouvera là son lieu de repos. » Le 
mot Ulît, en assyrien lilîtu, de lilaatuv, « soir, » Schra- 
der, Die Keilinschriften und des A. T., Giessen, 1872, 
p. 11, veut dire la « nocturne ». On a cru que la Ulît 
était une sorte de fantôme nocturne. Buhl, Gesenius' 
Handwôrterbuch, Leipzig, 1899, p. 409. Les Septante 
ont traduit par èvoxsvTaupoç et saint Jérôme par lamia. 
La Xâpua, lamia, était pour les anciens une espèce de 
monstre féminin qui dévorait lés hommes et les enfants. 
Aristophane, Pax, 757 j Vesp., 1035; Plutarque, Curios., 



espèce de poisson plat. C'est plutôt au sens d'Aristote 
que se sera référé saint Jérôme. Ce sens est le plus con- 
forme à l'hébreu. H. Lesëtre. 

LAMPE (hébreu : nér; Septante : ),i5^voc; Vulgate : 
lucerna), appareil d'éclairage, composé d'un récipient 
à huile dans lequel trempe une mèche qu'on allume. 

I. Les lampes dans l'antiquité. — 1" Fabrication des 
lampes. — La lampe des anciens, tant en Orient que 
dans les pays grecs et romains, a toujours été essen- 






K. 



- Lampes trouvées à Jérusalem. D'après The Survey of Western Palestine, Jérusalem, 1884, p. 539, 1S2. 
Sur celle du milieu e st représenté le chandelier à sept branches. 



2; Diodore, xx, 41; Strabon, I, 19; Horace, Epod., v, 
20; Ars poet., 340; Ovide, Fast,, vi, 131. Cf. Rich, Dict. 
des ant. grecques et romaines, trad. Chéruel, Paris, 
1873 p. 347. Comme le mot lîlîf n'apparaît que cette 
seule fois dans la Bible hébraïque, saint Jérôme a cru 
devoir le traduire, d'après le sens populaire qu'on lui 
prêtait, par un équivalent. Sur la traduction des Sep- 
tante, voir Onocentàure. Il est plus probable que, dans 
Isaïe, la Ulît est un oiseau nocturne. Voir Chat-huant, 
t. il, col. 627. — 2° On lit dans Jérémie, Lam., rv, 3 : « Les 
tannin même mettent dehors {hàlsû, « extraient ») leur 



tiellement formée d'un récipient destiné à contenir une 
certaine quantité d'huile. A ce récipient étaient adaptés 
un ou plusieurs becs plus ou moins allongés, ordinai- 
rement dans le même plan horizontal que le récipient 
lui-même, et servant à conduire au dehors l'extrémité 
de la mèche imbibée d'huile. Les becs de lampe étaient 
ainsi disposés parce que l'expérience avait montré que 
l'huile, toujours imparfaitement épurée chez les anciens, 
montait très difficilement dans des mèches qui étaient 
elles-mêmes assez peu conductrices. Voir Mèche. Le 
récipient, primitivement à air libre, tut ensuite nabi- 



55 



LAMPE 



56 



toellement muni d'un couvercle adhérent, dans lequel 
on ménageait un ou plusieurs trous pour verser l'huile. 
De petits couvercles mobiles servaient parfois à fermer 
ces trous. Les premières lampes furent en terre cuile. 
Elles avaient la forme très rudimentaire de petites 
«cuelles ou de coquilles contenant l'huile dans laquelle 



fine, Samarie, Paris, 1875, t. n, p. 91 ; Survey, Jéru- 
salem, pi. XLY-Lxvr. Les lampes ont pris peu à peu des 
formes moins primitives (fig. 15 et 16). On les a cou- 
vertes, arrondies ou allongées, aplaties, munies de becs 
plus saillants, d'anses, de crochets ou d'appareils de 
suspension. On a multiplié les becs, de manière à obte- 






- Lampes juives chrétiennes de Jérusalem. Celle de droite a été trouvée dans la piscine de Béthesda. 
D'après The Survey of Western Palestine, Jérusalem, 1884, p. 539, 640. 



trempait la mèche. Le bord avait été pincé pour ménager 
à cette dernière un passage fixe (fig. 14). On n'a point 
trouvé ce genre de lampes en Egypte, bien que Clément 
d'Alexandrie, Strom., i, 16, t. vin, col. 809, dise que 
les Grecs ont emprunté la lampe aux Égyptiens. Héro- 
dote, il, 62, 130, 133, parle des lampes égyptiennes. 




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17. — Moule de lampes. 

Au-dessus, lampe fabriquée avec ce moule. 

D'après l'original. Musée judaïque du Louvre. 

Mais en Phénicie, et dans les pays de fondation phéni- 
cienne, Gypre, Carthage, Sardaigne, on a rencontré une 
quantité de <;es lampes à forme rudimentaire. Cf. Renan, 
Mission de Phénicie, Paris, 1874, p. 489-490; A. L. De- 
lattre, Lampes antiques du musée de Saint-Louis de 
Carthage, Lille, 1889. La Palestine en a également fourni 
un grand nombre. Cf. Guérin, Description de la Pales- 



nir une lumière plus intense. Puis on a donné au réci- 
pient toutes sortes de formes plus ou moins élégantes et 
commodes, comme celles du pied humain, de quadru- 
pèdes accroupis, d'oiseaux, etc. On y a ajouté des orne- 
ments, des inscriptions, le nom du potier ou du des- 
tinataire. Les lampes primitives, en Egypte et dans 
l'Afrique du Nord, ont été faites au tour. Aristophane, 
Ecoles., 1, les appelle à cause de cela 'zçoyJ\X«zii, « tour- 
nées à la roue. » Plus tard, les potiers modelèrent les 
lampes à la main et les fabriquèrent avec des moules. 
On a retrouvé de ces derniers, en terre cuite très dure 
(fig. 17). Le moule se composait de deux parties, sur le 
fond desquelles le potier étalait l'argile ; il rapprochait 
ensuite les deux parties, l'argile se soudait par les bords, 
se détachait aisément du moule au bout de quelque 
temps et n'avait plus qu'à recevoir les derniers apprêts 
avant la cuisson. On faisait aussi des lampes en bronze, 
dont la façon réclamait naturellement plus de soins. La 
forme générale des lampes d'argile n'a guère varié. Des 
lampes de terre cuite, du genre le plus simple, sont 
encore- en usage en Syrie et à Tyr. Cf. Lortet, La Syrie 
d'aujourd'hui, Paris, 1884, p. 144. Les anciennes lampes 
égyptiennes (fig. 18) sont simples ou diversement ornées, 
suivant la fantaisie du potier. Les lampes chaldéennes 
(fig. 19), assyriennes (fig. 20) ont des formes plus lourdes 
et moins régulières. Les potiers israélites se sont inspi- 
rés des modèles égyptiens et phéniciens. Voir t. n, 
fig. 186, col. 546. L'industrie phénicienne fournissait 
d'ailleurs à la Palestine une grande quantité de lampes, 
et on en a retrouvé un bon nombre que conservent les - 
musées, spécialement celui du Louvre (fig. 21), Les 
lampes palestiniennes, postérieures à l'ère chrétienne, 
ne s'éloignent pas des types des anciens céramistes. 
Plusieurs sont décorées d'inscriptions grecques (fig. 22) 
ou arabes. Cf. Revue biblique, 1892, p. 260; 1893, p. 632; 
1898, p. 486, 487. Des lampes analogues, à emblèmes 
chrétiens (fig. 23), ont souvent été découvertes en Occi- 
dent et en Afrique. Cf. Martigny, Dictionnaire des an- 
tiquités chrétiennes, 3 e èdit., Paris, 1889, p. 406, 408, 
426, etc. ; A. L. Delattre, Lampes chrétiennes de Car- 
thage, 5 fasc, Lille, 1890-1893. 

2» Usage des lampes. — Les lampes servaient avant 
tout aux usages domestiques. Naturellement très basses, 
on aurait pu les placer sous un lifc Marc, iv, 21. Mais, 
pour qu'elles fussent utiles, on les posait à un endroit 
d'où elles pouvaient éclairer toute la demeure, dans une 
petite niche ménagée dans la muraille, sur une tablette, 



57 



LAMPE 



58 



sur un meuble et plus habituellement sur un support ou 
chandelier qui permettait à la lumière de se répandre 
dans toute la pièce. Matth., v, 17; Marc., iv, 21; Luc, 
vin, 16; xi, 33. Voir Chandelier, t. u, col. 546. On pre- 
nait la lampe à la main quand on voulait explorer des 
endroits obscurs et retrouver un objet. Luc., xv, 8. So- 



crales. De Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, Pa- 
ris, 1853, t, il, p. 223, a trouvé dans les tombeaux des 
rois, à Jérusalem, de petites niches triangulaires desti- 
nées à recevoir des lampes dont la trace est encore visi- 
ble. Les catacombes chrétiennes furent éclairées de la 
même manière. Cf. Marucchi, Éléments d'archéologie 



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18. — Lampes égyptiennes. D'après les originaux du Musée du Louvre. 



phonie, I, 12, parlant du jugement rigoureux que le 
Seigneur s'apprête à exercer contre Juda et Jérusalem, 
dit que Dieu « fouillera Jérusalem avec des lampes ». — 
Les lampes servaient encore, chez les anciens, dans cer- 
taines cérémonies publiques, Suétone, Cxsar, 37, dans 



chrétienne, Paris, 1899, 1. 1, p. 343-344. — Sur les lampes 
dans l'antiquité, voir Licetus, De lucernis antiquorum 
reconduis, Udine, 1652; Santi Bartoli et Bellori, Le 
antiche lucerne sepolcrali, Rome, 1691 ; Montfaucon, 
L'antiquité expliquée, Paris, 1722, t. v, 2 me part. ; Birch, 





19. — Lampe chaldéenne placée sur un porte-lampe. 

Figurée sur la pierre-borne de Nabuchodonosor 1". 

D'après Brown, Besearches on primitive Constellations, 

2 in-8% Londres, 1899-1900, t. II, p. 233. 

les jeux du cirque, Suétone, Domit., 4, dans les ther- 
mes, Lampride, Alex. Sever., xxiv, 6, et surtout dans 
le culte rendu aux dieux. Apulée, Metam., xi, etc. Ba- 
ruch, vi, 18, parle des lampes nombreuses allumées de- 
vant des idoles qui ne voyaient rien. Josèphe, Cont. 



20. — Lampes assyriennes. 
D'après les originaux du Musée du Louvre. 



History of ancient pottery, Londres, 1873; Blûmmer, 
Technologie und Terminologie der Gewerbe, Leipzig, 
1879, t. u ; De Rossi, Roma sotlerranea, Rome, 1877, 
t. m; Toutain, Lucerna, dans le Dict. des antiq. grecques 
et romaines de Daremberg et Saglio, t. m, p. 1320-1339. 




Lampes phéniciennes. D'après les originaux du Louvre. 



Apion., Il, 39, dit que la plupart des villes grecques et 
barbares avaient adopté l'usage juif des lampes dans les 
cérémonies religieuses. — Enfin on [mettait des lampes 
daDS les tombeaux. Les monuments égyptiens n'en ren- 
ferment pas, il est vrai ; mais elles se rencontrent abon- 
damment dans ceux de la Phénicie, d'où l'usage passa 
dans les pays grecs et romains. En général, les becs de 
ces lampes ne portent aucune trace de combustion. Par 
contre, on éclairait avec des lampes les salles sépul- 



II. Les lampes dans la Bible. — 1° Les lampes du chan- 
delier du sanctuaire. — Il y avait sept lampes d'or sur le 
chandelier à sept branches. Il en est question souvent 
dans la Sainte Écriture. Exod., xxv, 37; xxx, 8;xxxv, 14; 
xxxvii, 23; xxxix, 37; xl, 4, 25; Lev., xxiv, 4; Num., 
rv, 9; vin, 2, 3; III Reg., vn, 49; I Par., xxvm, 15; 
II Par., rv, 20; xxix, 1; I Mach., iv, 50; II Mach., I, 8; 
x, 3. Cf. Zach., rv, 2. Voir Chandelier, t. n, col. 542- 
543. La beauté de la femme vertueuse est comparée à 



59 



LAMPE 



60 



l'éclat de la lampe placée sur le chandelier sacré. Eccli., 
xxvi, 22. On ignore quelle forme avaient ces lampes. 
Elles étaient mobiles, et le chandelier à sept branches 
de l'arc de Titus représente seulement les cavités dans 
lesquelles on les plaçait. Voir t. h, col. 544, fig. 184. 

2° Les lampes dans l'usage ordinaire. — 1. On con- 
servait une lampe allumée dans la maison ou sous la 
tente pendant la nuit, tant pour conserver du feu que 
pour être en mesure de parer à toute alerte. Cette cou- 
tume est encore en vigueur. « S'il arrive au voyageur 
de traverser de nuit les campagnes de la Palestine ou 
de la Syrie, il est tout surpris de voir quantité de lu- 
mières sur les coteaux et dans les vallées. C'est que 
l'Oriental, pauvre ou riche, ne dort jamais dans sa mai- 
son sans lumière. Dire d'une personne qu'elle dort dans 
l'obscurité, c'est, en Syrie, une manière d'exprimer 
qu'elle est dans l'extrême pauvreté. Le domestique sy- 
rien ne resterait pas chez un maître qui lui refuserait 



laquelle saint Paul parla à Troade, Act., xx, 8, étaient 
de même nature que les précédentes. — Plusieurs mé- 
taphores sont empruntées par les écrivains sacrés à la 
lampe. — a) La lampe est le symbole de la prospérité. 
Dieu la fait briller sur les bons, Job, xxix, 3; Ps. xvin 
(xvn), 29; cxxxn (cxxxi), 7; Prov., xm, 9, tandis qu'il 
éteint la lampe des méchants. Job, xvin, 6; xxi, 17; 
Prov., xxiv, 20, — b) La lampe désigne le principe qui 
préside à la vie et à la conduite de l'homme, le souffle 
de Dieu, Prov., xx, 27 ; la parole de Dieu, Ps. cxlx (cxvm), 
105; II Pet., i, 19; sa loi, Prov., vi, 23; le péché, pour» 
le méchant. Prov., vi, 23. L'œil est la lampe du corps, 
il en dirige les mouvements, Matth., vi, 22; Luc.,xi, 3i. 




22. — Lampes chrétiennes trouvées en Palestine. 
D'après la Revue biblique, 1898, p. 485. 

une lampe de nuit ; ce serait lui refuser le sommeil et 
l'humilier. Le petit enfant qui s'éveille et voit la lampe 
prête à s'éteindre, appelle sa mère pour qu'elle renou- 
velle la flamme. » Jullien, L'Egypte, Lille, 1891, p. 256. 
Aussi est-il noté, dans l'éloge de la femme forte, que « sa 
lampe ne s'éteint pas pendant la nuit », Prov., xxxi, 
18, parce que cette femme diligente a pris le soin né- 
cessaire pour que cette lampe fût suffisamment alimen- 
tée pour la nuit. Si, au contraire, il s'agit du méchant, 
c'est une malédiction pour lui que sa lampe s'éteigne 
dans sa tente, Job, xvin, 6, et au milieu des ténèbres. 
Prov., xx, 20. Pour annoncer la destruction de Baby- 
lone et des nations ennemies, les auteurs sacrés disent 
que la lumière de la lampe cessera d'y briller. Jer., xxv, 
10; Apoc, xvin, 23. — 2. Le fidèle serviteur avait la 
lampe allumée à la main pour recevoir son maître, quand 
celui-ci rentrait tard à la maison. Luc, xn, 35. — 3. Ce 
sont encore des lampes que les jeunes filles ont avec elles 
pourattendre l'arrivée de l'époux qu'elles doivent accom- 
pagner, bien que saint Matthieu, xxv, 1-8, appelle ces 
lampes, non plus des Xûxvot, lucernm, mais des luy.T:àbzç, 
lampades. Il est en effet question de vases dans les- 
quels on verse de l'huile qui doit alimenter la flamme de 
là mèche. — 4. Orner les lampes, Matth., xxv, 7, c'était 
les garnir d'huile et disposer la mèche de manière qu'elle 
fournît une lumière brillante. — 5. Les lampes nom- 
breuses, Xau.mt8e«, lampades, qui éclairaient la salle dans 



23. — Lampe chrétienne. 

D'après Bellori, Li antiche lucerne sepolcrali, 

in-i', Rome, 1691, part, m, pi. 29. 

— c) Saint Jean-Baptiste a été la lumière, 6 Xû^voç, 
ardente et brillante, envoyée par Dieu devant son divin 
Fils, pour lui préparer la voie. Joa., v, 35. Dans le ciel, 
c'est le Seigneur qui est lui-même la lampe des élus. 
Apoc, xxi, 23; xxu, 5. — d) La lampe, alors appelée 
nir, désigne spécialement la descendance royale, sem- 
blable à une lampe que Dieu ne peut laisser s'éteindre 
au sein de son peuple. III Reg., xi, 36; xv, 4; IV Reg., 
vin, 19; xxi, 17 ; II Par., xxi, 7. 

III. La lampe improprement dite. —Elle prend le nom 
de lapîd, Xaputaç, lampas. C'est plutôt une sorte de 
flambeau ou de torche, consistant en une matière com- 
bustible imbibée d'huile ou de résine. Les Grecs don- 
naient le nom de Xa^itôtSsç aux flambeaux que les cou- 
reurs se passaient les uns aux autres. Hérodote, vi, 105; 
Aristophane, Vesp., 1203, etc. Avec des lampes de ce 
genre, on allait au-devant d'HoIoferne dans les villes de 
Syrie. Judith, m, 10. Ces réceptions aux flambeaux 
étaient analogues à certaines processions nocturnes qui 
se taisaient en Egypte. Hérodote, n, 62. Le mot lapîd 
sert à désigner, dans la Sainte Écriture, les flammes 
qui parurent au milieu des, victimes immolées par 
Abraham, Gen., xv, 17; les feux qui brillaient sur le 
Sinaï, Exod., xx, 18; les lampes des soldats de Gédéon, 



Gl 



LAMPE 



LAMY 



62 



Jud., vu, 16, voir Cruche, t. n, col. 1138; les torches 
attachées par Samson à la queue des chacals, Jud., xv, 
4-5, voir Chacal, t. n, col. 477, 478; la vapeur brillante 
qui s'échappe de la gueule du crocodile, Job, XLI, 10, 
■voir Crocodile, t. n, col. 1125; l'aurore de la délivrance 
qui apparaît comme un flambeau qui s'allume, Is., lxii, 
1; le ibrillant aspect des chérubins d'Ézéchiel, i, 13, 
voir Chérubin, t. n, col. 668, et des yeux du personnage 
qui se montre à Daniel, x, 6; l'éclat des chars qui mar- 
chent contre Ninive, Nah., il, 4, et enfin l'ardeur victo- 
rieuse des chefs de Juda.qui, aux jours de la grande 
restauration messianique, seront au milieu des peuples 
« comme des torches enflammées au milieu des gerbes ». 
Zach., xn, 6. Le mot lapîd embrasse donc, dans sa si- 
gnification, différentes sortes de lumière et même de 
simples apparences lumineuses. "Voir Torche. 

H. Lesêtre. 
LAMPSAQUE (grec: San^M ouSa[A^âi"i; Vul- 
gate : Lampsacos), ville de Mysie (fig. 24). — Le nom de 




Vk. — Monnaie de Lampsaque. 

Tôte présumée d'Ulysse, coiffé du pileus laurë, à gauche. — 

^. Protomé de cheval ailé à droite. 

Lampsaque a été introduit par conjecture dans la Vulgate, 
I Mach., xv, 23, à la place du nom grec Sa^âx») ou 
Sajjn|/à|*v], dans la liste des cités auxquelles est envoyée 
la lettre du consul Lucius. On ne connaît pas de ville 
du nom de Sampsaque ou Sampsame. Winer, dans son 
Realwôrterbuch, au mot Sampsake, 3 e édit., 1848, t. n, 
p. 375, pense qu'il s'agit de Samsun, petit port situé entre 
Sinope et Trébizonde et qui porte maintenant le nom 
d'Abulféda. L'auteur de la Vulgate suppose au contraire 
qu'il est question de la ville de Mysie, très florissante à 
l'époque des Machabées. Lampsaque résista à l'attaque 
d'Antiochus le Grand et vota une couronne d'or aux Ro- 
mains qui reçurent la ville au nombre des cités alliées. 
Polybe, xxi, 10; Tite Live, xxxin, 38; xxxv, 42; xliii, 6. 
Cette dernière circonstance rend très vraisemblable la 
conjecture de la Vulgate. 

La ville de Lampsaque était située sur la côte de 
l'Hellespont, entre Parium et Abydos, en face de la ville 
de Callipolis, qui s'élevait sur le rivage opposé de la 
Chersonèse. Comme celle-ci, elle était bâtie à l'extré- 
mité d'un cap, en sorte que la distance entre les deux 
n'était que d'environ 7 kilomètres. Lampsaque couvrait 
une superficie considérable et avait un port excellent. 
Cette ville conservait une fameuse statue de Lysippe, 
représentant un lion couché. Agrippa la fil transporter 
à Rome. Strabon, XIII, i, 18-19. Lampsaque était une 
colonie de Milet ; ses habitants honoraient tout spécia- 
lement Priape, c'est dire que leurs mœurs étaient très 
corrompues. Athénée, Deipnosoph., i, 54; Pausanias, 
IX, xxxi, 2; Ovide, Fast., VI, 345; Virgile, Georg., iv, 
110. Parmi les habitants illustres de la cité, on compte 
l'historien Charon, le rhéteur Anaximène, et le philo- 
sophe Mélrodore, disciple d'Épieure. Strabon, XIII, i, 
19. Le territoire voisin était célèbre par ses vignobles. 
Strabon, loc. cit. Aujourd'hui la ville ancienne a com- 
plètement disparu. Une petite localité du voisinage, 
Lapsaki, a conservé son nom, mais on n'y a treuvé aucune 
ruine ancienne. C'est une bourgade qui compte à peine 
deux cents maisons. Le voisinage est toujours couvert 
de vignes et d'oliviers. Cf. Choiseul-Gouffier, Voyage 
pittoresque en Grèce, in-î", Paris, 1809, t. ir, p. 449. 

E. Beurlier. 



LAMUEL (hébreu: lemû'êl; Vulgate : Lamuel), nom 
d'un roi auquel sa mère jlorina des conseils qui furent 
ensuite consignés dans le livre des Proverbes, xxxr, 1-9. 
Ces conseils tendent à le détourner des femmes, qui 
perdent les rois, et du vin, qui les empêche de juger 
sainement et de prendre en main la cause des oppri- 
més. Le mot lemû'el peut se décomposer en lemô, 
forme poétique de le, et 'êl, et il signifie « à Dieu », 
c'est-à-dire consacré ou dévoué à Dieu, comme Lael. 
Num., m, 24. Les Septante traduisent littéralement par 
ÛTtô ©Eoû pa<7tXéwç, paroles dites « par Dieu roi ». Dans 
les autres versions, le nom propre est conservé; 
Aquila: Aa^fioûv, Symmaque: 'la^ou^X, Théodotion: 
'Ptêovfr, Syriaque: Muel. Quel est ce roi? Son nom. 
est inconnu dans l'histoire. D'après un certain nombre 
d'exégètes modernes, c'était un roi de Massa en Arabie. 
Ils traduisent l'hébreu: « Paroles de Lamuel, roi de 
Massa, » Prov., xxxi,l, prenant pour un nom de lieu le 
mot Massa, que la Vulgate a traduit comme substantif 
commun par « vision ». Voir Agur, t. i, col. 288. Le 
nom de Lamuel n'est vraisemblablement qu'un pseu- 
donyme. Suivant les différents commentateurs, ce 
pseudonyme lui-même désignerait un roi connu, Salo- 
mon, Ézéchias, un roi arabe, etc. Rien ne permet de 
justifier ces identifications d'une manière satisfaisante. 
Il se peut que Lamuel et sa mère soient des person- 
nages supposés, destinés à faire passer, sous le voile de 
l'anonyme, une leçon donnée aux rois par un sage 
d'Israël. H. Lesêtre. 

LAMY Bernard, savant oratorien, né au Mans en 
juin 1640, et mort à Rouen, le 29 janvier 1715. Son père, 
Alain Lamy, sieur de la Fontaine, le fit entrer comme 
élève, à l'âge de douze ans, chez les Oratorjens du Mans : 
il y montra de remarquables dispositions, aussi bien pour 
les lettres que pour la philosophie et les sciences les plus 
diverses. En 1658, il entra dans la congrégation de l'Ora- 
toire. Il étudia la philosophie à Paris, puis à Saumur; 
ensuite il enseigna dans les collèges de Vendôme, en 
1661, et de Juilly, en 1664; ordonné prêtre en 1697, il 
fut pendant deux ans professeur au Mans; puis, après 
un nouveau séjour à Saumur, il alla enseigner à Angers. 
Là, comme ses doctrines philosophiques, jugées trop 
exclusivement cartésiennes, avaient suscité des discus- 
sions passionnées, le recteur de l'université d'Angers, 
nommé Rebous, s'en émut et obtint contre lui un arrêt 
du Conseil d'État, qui fut rendu le 2 août 1675. Ses su- 
périeurs jugèrent à propos de l'envoyer à Grenoble, où, 
grâce à la protection du cardinal Le Camus, il put re- 
prendre ses cours de philosophie. En 1686, il revint à 
Paris, où il fit un séjour au séminaire de Saint-Ma- 
gloire. Enfin, en 1689, il se fixa à Rouen, où .il passa 
ses dernières années. Les ouvrages du P. Lamy sont 
nombreux et très variés. Nous citerons seulement parmi 
eux : Apparatus ad Biblia sacra per tabulas disposi- 
tus, in quibus quœ ad illa intelligenda in génère ne- 
cessaria sunt, oculis subjiciuntur ac dilucide expli- 
cantur, in-f», Grenoble, 1687. Ce livre fut traduit en 
français, sur l'ordre de l'évêque de Châlons, par l'abbé 
Fr. Boyer, sous le titre de : Introduction à la lecture de 
l'Écriture Sainte, in-12, Lyon, 1689. — Rarmonia, 
siv& eoncordia quator Evangelistarum, in qua vera 
séries actuum et sermonum Jesu Christi, hoc est vera 
viia ejus, historia restituitur, adjecta locis suis novi 
ordinis ratione, in-12, Paris, 1689. Dans ce livre, le P. 
Lamy soutient que saint Jean-Baptiste fut emprisonné 
deux fois, d'abord à Jérusalem, par ordre du grand San- 
hédrin, ensuite en Galilée, par Hérode. Il y soutient 
également que Jésus-Christ ne mangea pas l'agneau 
pascal dans la dernière cène et qu'il fut crucifié le 
jour où les Juifs célébraient la Pâque; il y défend enfin 
l'identité de Marie-Magdeleine, de Marie, sœur de La- 
zare, et de la femme pécheresse. Ces opinions furent la 



63 



LAMY 



LANCE 



64 



source de longues discussions, principalement avec Bul- 
teau, curé de Rouen, Jean Piénud et Lenain de Tille- 
mont, puis avec les PP. Hardouin, Mauduit, Rivière, 
Daniel. — Traité historique de l'ancienne Pâque des 
Juifs, in-12, Paris, 1693. — Apparatus biblicus, sive 
manuductio ad sacram Scripturam tum clarius tum 
facilius intélligendam, nova edïtio aucta et locupletata 
oninibus quse in apparatu biblico desiderari possunt, 
in-8°, Lyon, 1696; in-12, Iéna, 1709; in-12, Amsterdam, 
1710, etc. C'est le développement de Y Apparatus ad Bi- 
blia. 11 fut traduit en français, par l'abbé de Bellegarde, 
in-12, Paris, 1697; in-4°, Lyon, 1699, et par l'abbé Boyer, 
in-4», Lyon, 1709. Dans son Apparatus, Lamy attaque 
le caractère historique des livres de Tobie et de Judith. 
Il prétend aussi à tort que, même après lé décret du 
Concile de Trente sur les livres canoniques, il existe 
entre les protocanoniques et les deutérocanoniques cette 
différence que ces derniers ont une autorité moindre. — 
Défense de l'ancien sentiment de l'Église latine tou- 
chant l'office de sainte Madeleine, in-12, Rouen et 
Paris, 1497. — ' Commentarius in harmonium sive con- 
cordiam qv&tuor Evangelistarum, cum, apparatu 
chronologico et geographico, 2 in-4°, Paris, 1699. — 
De tabernaculo fœderis, de sancta civitate Jérusalem et 
de templo ejus libri septem, in-f°, Paris, 1720 (avec 
planches), ouvrage posthume, publié par le P. Des- 
mollets, qui mit en tête une vie de l'auteur. Voir 
A. M. P. Ingold, Essai de bibliographie oratorienne, 
in-8°, Paris, 1880-1882, p. 64-70. A. Régnier. 

LANCE, arme offensive servant à transpercer l'en- 
nemi (flg. 25). 

I. La lance chez les Hébreux. — 1° Noms. — Les 
Hébreux désignent par deux noms différents l'arme que 
nous appelons du nom générique de lance : 1. Hânit, 

I Sam. (Reg.), xm, 19, 22; xvn, 7, 45, 47; xvm, 10, 
11; xix^ 9, 10; xx, 33, etc.; II Sam. (Reg.), i, 6; h, 
23, etc.; I Par., xi, 25; xli, 34, etc. Ce mot est traduit 
ordinairement dans les Septante par Sôpu. Cependant 
on trouve quelquefois le mot otc),ov, « arme, » Ps. [lvi 
(lvu), 6; Nahum, m, 3; Çi6ûvy], Is., u- 4; ailleurs, par 
suite de la confusion qu'on rencontre souvent entre les 
différentes armes, le mot lance est remplacé par uctpo- 
nâ<rtï]ç, sorte de pique, IV (II) Reg., xi, 10; po^çaîa, 
glaive, I Par., xi, 11, 20; Ps. xxxiv (hébreu, xxxv), 3; 
nâx at P a > <( sabre, s II Par., xxiu, 9 ; Job, xxxix, 23. La 
Vulgate se sert habituellement du mot hasta, I Reg., 
xvn, 7, 45; xxi, 8; xxn, 6, etc., ou du mot lancea, I Reg., 
xm, 19, 22; xviii, 10, etc. En comparant ces passages, 
on voit que les deux mots îont employés indifférem- 
ment. Elle rétablit la traduction exacte là où les Sep- 
tante avaient substitué le mot vague d'arme ou le nom 
d'une autre arme. — 2. Rômah, Num., xxv, 7; Jud., v, 
8; I (III) Reg., xvm, 28; II Par., xi, 12, etc. ' Les Sep- 
tante traduisent par 86pu, II Par., xi, 12; xrv, 8; xxv, 
5; Jer., xlvi, 4; ou par X&yxIi II Esd., iv, 13, 16, 21; 
Èzech., xxxix, 9. Dans quelques passages, ils traduisent 
par <7Eipo|«ier"]ç, Num., xxv, 7; Jud., v, 8; III (I) Reg., 
xvm, 28; Joël, m, 10. La Vulgate traduit par hasta, 
Jud., v, 8; II Par., xi, 12; xiv,,8; etc.; par lancea, 

II Esd., rv, 13, 16, 21; mais aussi par pugio, « poi- 
gnard, » Num., xxv, 7; culter et lanceolus, III (I) Reg., 
xvm, 28. 

2° Description et usage. — La Bible ne donne au- 
cune description de la rômah. Dans le récit du combat 
de David contre Goliath, nous trouvons au contraire 
une description assez minutieuse de la }}ânit. Il s'agit, 
il est vrai, de l'arme du Philistin, mais celle des Hé- 
breux devait être pareille. La hânit se composait d'une 
hampe de bois, 1}ês; grec, xovtôç, Çfoov; Vulgate, has- 
tile, lignum; cette hampe est comparée à l'ensouple 
ou rouleau du tisserand. I Sam. (Reg.), xvn, 7; 
II Sam. (Reg.), xxi, 19; xxni, 7; I Par., xx, 5. Au 



bois était fixée une pointe de fer, que le texte hébreu 
appelle lahébéf, « flamme, » pointe brillante du ter, ou 
barzel, « fer; » grec : >oyxi> l'SVipoç; Vulgate : ferrum. 
I Sam. (Reg.), xvn, 7 ; II Sam. (Reg.), xxm, 7. Lorsque 
les guerriers dormaient dans leur tente, ils fichaient 
leur lance en terre, à leur chevet. I Reg. (Sam.), xxvi, 
7, 11. La lance a figuré dès le temps de Moïse dans l'ar- 
mement des Hébreux- Num., xxv, 7. Aussi, dans son 
cantique, Débora, pour marquer qu'à l'époque de Jaël 
Israël était désarmé, dit-elle : « On ne voyait ni bou- 
clier ni lance chez quarante milliers en Israël. » Jud., 
v, 8. Pour empêcher les Israélites de fabriquer des 
épées et des lances, les Philistins leur avaient interdit 
le métier de forgeron. I Reg. (Sam.), xm, 19. Quand 
Saûl souleva le peuple de Dieu contre ses oppresseurs, 
lui-même et son fils Jonathas étaient les seuls à possé- 




25. — Têtes de lances, en bronze, trouvées dans les fouilles 

de Tell el-Hésy. — D'après Bliss, A Mound of many Cities, 

p. 36, 37. 

derune épée et une lance. IReg. (Sam.), xm, 22. Dans 
l'énumération des troupes de David, les guerriers de la 
tribu de Juda et ceux de la tribu de Nephthali sont in- 
diqués comme armés du bouclier et de la lance. I Par., 
xn, 24, 34. Ceux de Juda ont la hânit et ceux de Neph- 
thali la rômah. Les Septante traduisent l'expression 
hébraïque nâsa' rômah par Sopocrdçopo;. I Par., XII, 
34. Les chefs combattaient avec la lance comme les 
simples soldats; la Bible mentionne les lances de Saûl, 
d'Abner, de Jesbaam. I Reg. (Sam.), xvm, 10; xix, 9, 
10; xx, 33; xxvi, 7, etc.; II Reg. (Sam.), n, 23; I Par., 
xi, 11. C'est en se précipitant sur le fer de sa lance que 
Saùl se donna la mort. II Reg. (Sain.), i, 6. Roboam 
établit dans les villes qu'il fortifia des arsenaux où il 
déposa des lances et des boucliers. II Par., xi, 12. Asa 
avait dans son armée trois cent mille hommes de Juda 
portant le bouclier et la lance, tandis que les deux 
cent quatre-vingt mille de Benjamin portaient le bou- 
clier et l'arc. II Par., xrv, 8. Amasias trouve le même 
nombre de lanciers. II Par., xxv, 5. La lance figure 
également dans l'armement des troupes d'Ozias. II Par., 
xxvi, 14. Il en est de même après le retour de la capti- 
vité. Néhémie, pour défendre les ouvriers qui reconstrui- 
sirent les murs de Jérusalem, place dans des enfonce- 
ments, derrière la muraille, des guerriers armés d& 
lance8,d'épées et d'arcs. II Esd.,iv, 13, 16, 21.Al'époque 



65 



LANCE 



66 



des Machabées, les lances figuren toujours dans l'arme- 
ment des Juifs. II Mach., xv, 11. Les cavaliers qui appa- 
raissent dans le ciel à Jérusalem, au temps de la seconde 
expédition d'Antiochus IV Épiphane en Egypte, portent 
des lances. II Mach., v, 2. La lance jouait un tel rôle 
dans les batailles, que s'emparer de vive force d'une ville 
se dit Xa|i6âvstv irôXiv SopuâXwrav. II Mach., Y, II; x, 
24. Lorsque les prophètes veulent exciter à la guerre ils 
disent : <r De vos serpes faites des lances. » Joël, m, 10. 
Au contraire le temps de la paix est celui où avec les 
fers de lances on fabrique des serpes. Michée, rv, 3. 



qu'un bâton, il arracha à l'Égyptien sa lance et l'en 
transperça. II Reg., xxm, 21. Le bois de cette lance est 
comparé, comme le bois de lance de Goliath, à l'ensouple 
du tisserand. I Par., xi, 23. Dans les armées égyptiennes, 
dès les temps les plus anciens, figurent des corps de 
troupes armées de lances et de boucliers. G. Wilkinson, 
The Manners and customs of the ancient Egyptians, 
■2» éd., in-8», Londres, 1878, t. i, p. 456; G. Maspero. 
Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, 
in-4», Paris, 1895, t. i, p. 352. On les voit souvent re- 
présentées sur les monuments figurés. Cf. Maspero, i/isf. 




20. — Le pharaon Ramsès II armé de la lance. D'après Champoïïion, Monuments de l'Egypte, pi. xvn. 



II. La lance chez les peuples en rapports avec les 
Hébreux. — 1° Philistins et Moabites. — Nous avons 
signalé plus haut la description de la lance du Philis- 
tin Goliath. Le fer de cette arme pesait six cents sicles 
de 1er, soit 8 kil. 250. C'était, il est vrai, l'arme d'un 
géant. I Reg. (Sam.), xvn, 7, 45; II Reg. (Sam.), xxi, 
19 ; I Par., XX, 5. Il n'est pas question dans la Sainte 
Écriture de la lance des Moabites, mais un bas-relief 
conservé au musée du Louvre qui représente un guerrier 
de cette nation armé de la lance est le monument qui 
peut le plus exactement nous donner l'idée de la forme 
de cette arme chez les Hébreux et chez les peuples voi- 
sins. Voir t. n, fig. 125, col. 390. 

2° Égyptiens. — La Bible mentionne plusieurs fois 
la lance parmi les armes des Égyptiens. Banalas, fils de 
Joiada, au temps de David, attaqua un géant égyptien 
qui venait à lui, la lance à la main. Banaïas n'avait 

D1CT. DE LA BIBLE. 



anc.,t. t, p. 457; t. n, p. 213, 391. Les rois eux-mêmes 
portaient cette arme. Ramsès II est représenté perçant 
de sa lance un chef libyen (fig. 26). Maspero, Hist. anc, 
t. il, p. 414; Rosellini, Monumenti dell' Egitto e délia 
Nubia, Monumenti storici, in-f», Florence, 1833-1838, 
pi. Lxxxm. L'arme est munie à la base d'une pomme or- 
née d'un gland. Voir Armées étrangères, 2, m, Armée 
égyptienne, t. i, fig. 267, 268, 270, col. 991-993; Bou- 
clier, t. i, fig. 581, col. 1882. 

3° Assyriens et Babyloniens. — Fantassins et cava- 
liers, les Assyriens se servaient de lances. Celle des fan- 
tassins avait un peu moins de deux mètres de long, 
celle des cavaliers était longue de trois mètres à trois 
mètres vingt centimètres. La hampe était en bois, la 
pointe en métal, d'abord en bronze, puis en fer. Sa 
forme était celle d'un triangle, d'un losange allongé 
ou d'une feuille. G, Raftiinson, The five great monar- 

IV. -3 



67 



LANCE 



C8 



chien of the ancient Eastern World, 4» édit., Londres, 
1879, t. h, p. 456 ; cf. p. 425, 426. L'extrémité intérieure 
était ornée d'un cône ou d'une grenade. L'arme était 
trop lourde pour pouvoir être utilisée comme javelot, 




27. — Lance assyrienne. 
D'après Layard, Monuments of Nineveh, t. u, pi. 20. 

on ne pouvait s'en servir que pour transpercer l'ennemi. 
Les fantassins armés de la lance portaient en même 
temps un bouclier rond (flg. 27). G. Maspero, Hist. anc, 
t. Il, p. 627; t. ni, p. 47. Cf. G. Perrot et Ch. Chipiez, 
Histoire de l'art dans V 'antiquité, in-4», Paris, 1884, t. n, 
pi. xiv. Voir d'autres lances, t. i, fig. 224, 261, 262, 
col. 902, 982, 985; t. n, fig. 91, 430, 431, 540, col. 313, 
1151, 1153, 1635. Ceux qui combattaient dans des chars 
portaient leur lance attachée à l'arrière du char. Maspero, 
Hist. anc, t. n, p. 626. La lance servait à la chasse aussi 
bien qu'à la guerre. Maspero, Hist. anc., t. n, p. 621, 623. 
4° Années de Gog. — Ézéchiel, xxxix, 9, nomme la 




28. — Scythes armés de lances. 
D'après le vase de Koul-Oba. 

lance parmi les armes des soldats de l'armée de Gog. 
On pense généralement que l'invasion décrite par le 
prophète est celle des Scythes qui eut lieu en Asie, dans 
les dernières années du vir 3 siècle avant J.-C. Un vase 
du musée de l'Hermiiage nous représente les Scythes ar- 
més de lances (flg. 28). Voir Gog 2, t. m, col. 265; 
G. Maspero, Hist. anc, t. m, p. 342. 
5° Mèdes et Perses, — Les lances des Mèdes étaient 



semblables à celles des Assyriens, le fer avait la forme 
d'un losange ou d'une feuille et l'extrémité inférieure 
se terminait par une pomme on une grenade, t. n, fig. 93. 
Hérodote, vu, 41 ; C. Rawlinson, The five great monar- 
chies, t. ii, p. 314. Celles des Perses étaient relativement 
courtes, Hérodote, v, 49 ; vu, 61, et terminées aussi par 
une pomme à l'extrémité inférieure. Hérodote, vu, 41. 
Les piquiers mèdes et perses sont représentés sur les 
monuments figurés. G. Maspero, Hist. anc, t. m, p. 466. 
Les Mèdes sont reconnaissables à leurs longues robes et 
portent des boucliers ; les Perses sont vêtus de tuniques 
courtes et n'ont pas de bouclier (fig. 29). Voir Darius 1, 




29. — Fantassins mèdes et perses armés de lances, 
D'après Coste et Flandin, La Perse ancienne, pi. ci. 

t. n, fig. 479, col. 1303. Les gardes placés derrière Da- 
rius sur le bas-relief de Behistoun sont armés de lances, 
G. Maspero, Hist. anc, t. m, p. 681 ; ses archers sont 
de même porteurs d'une lance sur la fameuse frise de 
Suse qui est au musée du Louvre. Ci. G. Maspero, Hist. 
anc, t. m, p. 694. Lui-même est représenté perçant un 
prisonnier de sa lance sur une intaille de Saint-Péters- 
bourg. G. Maspero, Hist anc, t. m, p. 677. 

6» Grecs. — Les soldats qui accompagnent Héliodore 
sont appelés SopvçcSpoi, c'est-à-dire lanciers. II Mach., 
m, 23, 28. La Vulgate traduit ce mot par satellites, 
gardes. du corps; le mot grec indique l'arme que por- 
taient ces gardes. Voir t. i, fig. 588, col. 1887. 

III. La sainte Lance. — Après la mort de Notre- 
Seigneur, un des soldats qui gardaient les crucifiés lui 
perça le côté de sa lance. Joa., xix, 34. Cette arme, que 
le grec appelle Xôyx T l e * l a Vulgate lancea, se composait 
d'une longue hampe de bois, munie d'un fer terminé 
en haut par une pointe et" en bas par une douille dans 
laquelle entrait le bois. Voir t. i, fig. 594, col. 1898. A. 
Baumeister, Denkniâler des klassischen Altertums» 



69 



LANGE — ' LANGE 



70 



in-4», Leipzig, t. ni, 1888, p. 2077, fig. 2308-2311. Voir 
Croix, t. n, fig. 414, col. 1133. D'après saint André de 
Crète, Orat., x, t. xcvii, col. 1025, la Lance (X<5yx*i) fat 
enterrée avec les autres instruments de la passion. C'est 
une pure conjecture et l'on ne conçoit pas bien pour- 
quoi on aurait enterré l'arme d'un soldai. Aucun auteur 
ne fait mention de la découverte de la sainte Lance. Cas- 
siodore, In Is., lxxxvi, concl., t. lxx, col. 621, dit 
qu'elle était conservée à Jérusalem. En 570, Antoine le 
Martyr la vit dans la basilique de Sion. T. Tobler, Itinera 
hierosolymitana, in-8°, Genève, 1877, t. i, p. 103. Saint 
Grégoire de Tours, De gloria martyrum, ix, t. lxxi, 
col. 712, la cite parmi les reliques de la passion vénérées 
à Jérusalem; il annonce qu'il en parlera plus au long, 
mais il n'en dit rien ailleurs. En 614, nous apprend la 
Chronique Pascale, Patr. Gr., t. xcn, col. 990, après la 
prise de Jérusalem par les Perses, la pointe de la Lance 
-^it donnée par eux au patriarche de Constantinople, Ni- 
cétas. Celui-ci la plaça à Sainte-Sophie. Cf. Th. Nœldeke, 
Geschichte der Perser undAraber zur Zeit der Sasani- 
den, aus arabischen Chronih des Tabari, in-8°, Leyde, 
1879, p. 290. D'autre part, en 670, Arculfe, visitant Jéru- 
salem, vit le reste de la Lance dans la basilique Constan- 
tinienne. Adamannus, De lotis sanctis, i, 9, t. lxxxvin, 
col. 785. Après cette date il n'est plus question de la 
sainte Lance à Jérusalem. Au contraire, elle est honorée 
à Constantinople. Constantin Porphvrogénète, Cérémo- 
nial, il, 34, Patr, Gr.,\. cxn,çol. 11-32; Riant, Exuvise 
sacrœ Constanlinopolitanœ, in-8», Paris, 1878, t. n, p. 212, 
213, 216, 231. La pointe, qui avait été insérée dans 
l'Ycona de Mursuphle, fut prise par Pierre de Bracieux, 
lorsque les croisés pillèrent Constantinople en 1201, 
mais elle fut restituée à l'empereur latin Beaudouin II, 
qui la céda à saint Louis en 1241 ; Chronica Alberici mo- 

nachi, dans Pertz, 
Script, reruni Ger- 
tnan., t. xxm, p. 
883, cf. E. Miller, 
dans le Journal des 
Savants, 1878, p. 
299-302. Le roi de 
France la fit dépo- 
ser à la Sainte-Cha- 
pelle (fig. 30). En 
1793, cette relique 
fut transportée à la 
Bibliothèque natio- 
nale où l'abbé Co- 
terel la vit en 1796. 
Gosselin, Notice 
historique sur la 
sainte Couronne, 
in-8°, Paris, 1828,' 
p. 161. Cette reli- 
que a disparu de- 
puis lors. Le reste 
de la sainte Lance 
demeura à Cons- 
tantinople. Elle est 
mentionnée dans 
les itinéraires rus- 
ses et on peut la, sui- 
vre jusqu'en 1422. 
B. de Khitrowo, Iti- 
néraires russes en 
Orient, in-8», Ge- 
nève, 1889, p. 162, 
205; Ph. Brunn, 
Constantinople, ses 
sanctuaires, ses reliques, fragments de l'Itinéraire de 
Clavijo, in-8», Odessa, 1883, p. 17; Bucoléon, Patr. Gr., 
t. cxxxiii, col. 701. En 1492, Bajazet II envoya la relique 
au pape Innocent VIII qui, après quelques hésitations, 




30. — Reliquaire de la sainte Lance, 

à la Sainte-Chapelle de Paris. 

D'après Morand. Voir la Revue 

de tort chrétien, 1897, p. 9. 




provenant de ce que parmi les cardinaux, quelques-uns 
soutenaient que la vraie lance était à Nuremberg, tandis 
que d'autres la croyaient à Paris, le pape la fit porter 
solennellement à Saint-Pierre. J. Burchard, Diarium, 
1483-1506, in-4», Paris, 
1883, t. i, p. 472-486. Il 
existe à la Bibliothèque 
ambrosienne de Milan 
un dessin de la sainte 
Lance de Rome fait en 
1599, par G. Grimaldi, 
clerc de la Basilique 
Vaticane. Le fer est re- 
présenté (fig. 31) privé 
de sa pointe. Il a été re- 
produit par F. de Mély, 
dans la Revue de l'art 
chrétien, t. xlvi, 1897, 
p. 8. L'histoire de la 
lance soi disant décou- 
verte à Antioche par les 
croisés est très sujette 
à caution. F. de Mély, 
Revue, ibid., p, 120-126. 
La lance d'Estchmiazin, 
celle de Nuremberg, au- 
jourd'hui à Vienne, en 
Autriche, celle de Cra- 
covie, les fragments de 
Cologne, d'Ancône, et 
celui que conservent les 
dominicains à Smyrne 
ont tous les caractères 
de reliques apocryphes. 
Cf. F. de Mély, Revue, 
ibid., p. 122-127, 287- 
302; J. H. Friedlieb, Ar- 
chéologie de la Passion 
de Notre-Seigneur Jé- 
sus-Christ, trad. franc., in-8°, Paris, 1895, p. 343-359; 
Rohaut de Fleury, Mémoire sur les instruments de la 
Passion, in-4», Paris, 1865, p. 272. E. Beurlier. 

LANGE Joachim, grammairien et théologien protes- 
tant allemand, né à Gardelegen, le 26 octobre 1670, mort à 
Halle, le 7 mai 1744. Il fit ses premières études avec son frère 
Nicolas, puis fréquenta les écoles d'Osterwick en 1685, 
de Quedlinbourg en 1687, de Magdebourg en 1789. En- 
suite, sous la direction d'àug. Herm. Francke, il étudia 
à Leipzig, puis à Erfurt et à Halle. A partir de 1693, il 
fut quelque temps précepteur à Berlin et exerça diverses 
fonctions à différents endroits. Enfin, en 1709, il fut créé 
professeur de théologie à l'université de Halle et il de- 
meura dans cette place jusqu'à sa mort. Il fut l'un des 
adversaires de la philosophie de Wolf. Ses ouvrages, tant 
philologiques que théologiques,.sont nombreux ; mention- 
nons seulement : Sciographia sacra, quse in mémorise 
mbsidium Ubrorum utriusque Testamenti historicorum 
Sttructuram et analysin succincte exhibet, in-8", Halle, 
1712; Isagoge exegetica generalis in primant sancti 
apostoliJoannis Epistolam, generalia totius Epistolx 
mowiienta ejusdemque analysin continens, Halle, 1712; 
Exegesis Epistolarum apostoli Pétri, in-4», Halle, 1712; 
Exegesis Epistolarum Joannis, Halle, 1713; Commen- 
tatio historico-hermeneutica de vita et Epistolis Pauli, 
isagogen generalem et specialem historico-exegeticam 
prsebens in Acta Apostolorum et Pauli Epistolas, una 
cum compendio hermeneuticse sacrée, in-4°, Halle, 1718; 
Historia ecclesiastica Novi Testamenti, Halle, 1722; 
Epitome historise ecclesiaslicx Veteris et Novi Testa- 
menti; Apokalyptisches Licht und Recht, das ist Erklà- 
rung der Ofjenbarung Johannis, in-f», Halle, 1730; 
Mosaisches Licht und Recht, das ist Erklârung der 



81. — La sainte Lance. 
D'après le manuscrit A. 168 
de l'Ambrosienne de Milan. 



71 



LANGE 



LANGUE 



72 



sâmmtliehen historischen Bûcher des alten Testaments, 
voni Buch Josua bis Hiob, in-f°, Halle, 1734; Evange- 
lisches Licht und Recht, in-f , Halle, 1735; Erklârung 
der Apostelgeschichte, Halle, 1735; Davidisches und 
Sqlomonisches Licht und Recht, in-f°, Halle, 1737; 
Prophetisches Licht und Recht; Hermeneutica sacra, 
in-8°, Halle, 1733; Urim et Thummim, seu exegesisEpi- 
stolarum Pétri et Joannis cum appendice dissertatio- 
num anti Poiretianarum, in-f°, Halle, 1734 ; Hermeneu- 
tische Einleitung in die Offenbahrung Johannis, und 
dadwch in die Propheten, in-8°, Halle, 1738; Biblia 
parenthetica, oder Bausbibel, in-f°, Leipzig, 1743. 

A. Régnier. 

LANGES (hébreu : hâtulldh; Septante : onipytxwv; 

Vulgate : parmi, involumenta), linges dans lesquels on 

enveloppait les enfants nouveau-nés. — L'auteur de 

Job, xxxvm, 9, compare le brouillard qui entoure la 




32. — Enfant emmailloté. 

. D'après un bas-relief romain représentant probablement 
la naissance de Télèphe. 

mer aux langes qui enveloppent les enfants. Le person- 
nage royal qui est censé parler dans la Sagesse, vu, 4, 
dit qu'il a été élevé dans les langes, comme tous les 
autres enfants. L'enfant Jésus fut enveloppé de langes 
par sa mère à sa naissance, et les anges annoncèrent 
aux bergers qu'ils trouveraient un enfant « enveloppé 
de langes et couché dans une crèche ». Luc, n, 7, 12. 
— Chez les anciens Égyptiens, on n'emmaillotait pas les 
enfants; on les laissait grandir, comme aujourd'hui 
encore, sans leur faire porter de vêtements. Cf. Maspero, 
Lectures historiques, Paris, 1890, p. 15; Lady Gordon, 
Lettres d'Egypte, trad. Ross, Paris, 1869, p. 37. En 
Chaldée, le climat réclamait plus de précautions dans le , 
soin des jeunes enfants. Les monuments y représentent 
d'ailleurs les personnages de tout âge beaucoup plus vê- 
tus qu'en Egypte. Chez les Spartiates, on couvrait légè- 
rement le corps de l'enfant, mais sans le serrer dans un 
maillot. A Athènes, on traitait l'enfant avec plus de déli- 
catesse. Le OTrapyavov est ordinairement nommé au plu- 
riel, ce qui le suppose composé de plusieurs pièces. 
Cf. Hymn. honieric., Merc, 237; Eschyle, Choeph., 
755, etc. Les Romains enveloppaient le nouveau-né dans 
la fascia, cf. Plaute, Truc., v, 13, longue et étroite bande 
d'étoffe qu'on repliait autour du corps, de la tête aux 




33. — Enfant romain 
dans les langes. D'a- 
près Auvard et Pingat, 
Hygiène infantile 
ancienne et mo- 
derne, in-18, Paris, 
1889, flg. 3, p. 9. 



pieds, et qui ne laissait à découvert que la figure. Un 
bas-relief romain (fig. 32) représente un entant ainsi 
emmailloté. Dans une autre figure (flg. 33) l'enfant est 
enveloppé dans un linge étroit 
qui fait plusieurs tours et assu- 
jettit les membres dans une po- 
sition droite et raide, de peur 
qu'ils se déforment. Dans les 
anciens monuments chrétiens, le 
divin Enfant apparaît emmailloté 
de la même façon que l'enfant 
du bas-relief (iig. 34). Voir t. i, 
fig. 146, col. 573. C'est par excep- 
tion que l'enfant Jésus du cime- 
tière de Priscille, cf. 1. 1, fig. 102, 
col. 394, est représenté sans vê- 
tement, au moins dans ce qui 
reste de la peinture. Les Juifs 
n'admettaient pas qu'un enfant 
fût dépouillé de tout vêtement 
pour être porté, ni même pour 
être mis au berceau ou en être 
retiré. Cf. Iken, Antiquitates 
hebraicse, Brème, 1741, p. 516. 
De petits enfants juifs de Lachis 
sont cependant représentés nus. 
Voir t. il, fig. 637, 638, col. 2189. 
C'était du reste une malédiction, 
à leurs yeux, que de naître sans 
les soins ordinaires et d'être 
privé de langes. Ezech., xvi, 4. 
Saint Jérôme, In Ezech., t. xxv, 
col. 128, dit que les langes sont 
mis aux petits enfants pour empê- 
cher leurs membres de se déformer, et qu'ils y restaient 
jusqu'à l'âge de deux ou trois ans. Actuellement, les 
petits enfants de Palestine ont des langes. Les femmes 
du Liban placent les leurs dans des berceaux spéciaux, 
dont les langes ne sont changés que toutes les vingt- 
quatre heures, et dans lesquels les enfants demeurent 
jusqu'à l'âge de deux ans. Les femmes de Bethléhem 
couchent les leurs dans des espèces de filets de laine à 
longues franges, qu'elles peuvent porter sur leur dos et 
accrocher n'importe où. Cf. Lortet, La Syrie d'aujour- 
d'hui, Paris, 1884, p. 84, 347. L'enfant Jésus fut donc 
enveloppé de langes et sa mère fut elle-même en état de 
prendre ce soin. Quand l'ange donne comme signe aux 
bergers qu'ils trouveront un enfant emmailloté et couché 
dans une crèche, Luc, n, 12, ce n'est pas l'emmaillo- 
tement qui singularisait l'Enfant, c'est bien plutôt la 






34. — L'Enfant Jésus enveloppé, de langes. 
.D'après le sarcophage d'Adelphia. Musée de Syracuse. 

nature de son berceau. La Sainte Vierge avait, selon 
toute apparence, apporté avec elle ces langes de Nazareth, 
où ses mains virginales les avaient préparés. Ils servirent 
à Jésus pendant ses premiers jours, à sa présentation au 
Temple et durant son voyage et son séjour en Egypte. 

' H. Lesêtke. 
1. LA NGUE (hébreu : IdSôn, mot commun aux langues 
sémitiques sous la forme lisôh, assyrien : lisânu; Sep- 
tante : y\ûi<i<:a; Vulgate : lingua), corps charnu et 



73 



LANGUE — LANGUES (DON DES) 



71 



mobile, qui est fixé par sa base au fond de la bouche, 
et est l'organe principal du goût et, chez l'homme, de la 
parole. 

I. Langue des animaux. — La langue des chiens a sa 
part des ennemis vaincus. Ps. lxviii (lxvii), 24. La langue 
des chiens lèche le sang de Naboth, III Reg., xxi, 19, 
d'Achab, III Reg., xxii, 38, et de Jézabel que ces ani- 
maux ont dévorée. IV Reg., ix, 36. Elle lèche également 
les ulcères du pauvre Lazare. Luc, xvi, 21. Pendant la 
dixième plaie d'Egypte, pas même un chien ne devait 
remuer la langue au milieu des Hébreux. Exod., xi, 7. 
Sur ces deux derniers passages, voir Chien, t. n, col. 702. 
La langue de la vipère donne la mort. Job, XX, 16. Voir 
Vipère. Il est impossible de prendre le crocodile avec 
une corde par la langue. Job, XL, 20. 

II. Langue de l'homme. — 1° Au sens littéral. — 1. La 
langue sert à laper l'eau, à la manière des chiens, c'est- 
à-dire à boire non plus en taisant couler l'eau dans la 
bouche, mais en l'aspirant avec la langue. C'est ce que 
firent les soldats de Gédéon. Jud., vu, 5-7. — Dans la 
soif ardente, la langue se dessèche et s'attache au palais. 
Ps. xxii (xxi), 16; Is., xli, 17; Lam., IV, 4. C'est pour- 
quoi le mauvais riche, torturé dans l'enfer, demande que 
Lazare vienne humecter sa langue avec l'extrémité de 
son doigt trempée dans l'eau. Luc, xvi, 24. — L'exilé 
proteste que sa langue s'attachera à son palais avant 
qu'il oublie Jérusalem. Ps. cxxxvi (cxxxv), 6. — On dit 
aussi que la langue s'attache au palais pour signifier que 
l'on est silencieux et attentif. Job, xxix, 10. — Moïse 
avait la langue embarrassée, il était kebad IdSôn, (3poc- 
S\>yXu>a<soç, tardions linguse, et le Seigneur lui substitua 
son frère Aaron pour prendre la parole. Exod., iv, 10. 

— Notre-Seigneur guérit un muet en lui touchant la 
langue, qui alors se déliait, c'est-à-dire devenait capable 
de parler. Marc, vu, 33, 35; et. Luc, i, 64. C'est une 
des merveilles messianiques qu'Isaïe, Xxxil, 4; xxxv, 6, 
avait annoncées. — 2. Parmi les plaies qui frapperont les 
ennemis de Jérusalem, Zaicharie, xiv, 12, mentionne la 
langue tombant en pourriture. Saint Jean, Apoc, xvi, 10, 
parle des hommes que Dieu trappe et qui se mâchent 
(ê[j.a<Tâ>vTo, commanducaverunt) la langue de douleur. 

— Antiochus fit couper la langue à l'aîné et au troisième 
des sept frères Machabées. II Mach., vu, 4, 10. — Après 
la mort de Nicanor, sa langue tut coupée en morceaux et 
livrée en pâture aux oiseaux. II Mach., xv, 33. La bar- 
barie des anciens peuples prenait plaisir à couper !a 
langue des prisonniers et des vaincus. Ct. Masperi), 
Histoire ancienne des peuples de l'Orient, Paris, 189!), 
t. m, p. 423, 545. Une scène chaldéenne, voir t. i, 
fig. 266, col. 989, représente des prisonniers que l'on 
torture et auxquels on arrache la langue. 

2° Dans le sens métaphorique. — La langue désigne 
très fréquemment la parole elle-même et la manière 
bonne ou mauvaise de s'en servir. Les livres des 
Psaumes, des Proverbes et de l'Ecclésiastique renterment 
un très grand nombre de sentences qui se rapportent à 
ce sujet. — 1. La langue est l'instrument de la parole. 
Job, xxxin, 2; Ps. xxxrx (xxxym), 5; xlv (xliv), 2; 
cxxxix (cxxxv.m), 4; II Reg., xxm, 2; Is., xlv, 24, etc. 
La parole est tantôt bi-leSônî, « sur ma langue, » 
Job, vi, 30; Ps. xv (xiv), 3 ; Prov., xxxi, 26, etc.; tan- 
tôt fahaf laSôn, « sous la langue, » Ps. x, 7; lxvi 
(lxv), 17, les deux expressions ayant d'ailleurs le même 
sens. L'épouse a sous la langue du miel et du lait, 
Cant., iv, 11, c'est-à-dire de douces et aimables paroles. 

— 2. Selon les paroles qu'elle profère, la langue est 
douce ou perverse, Prov., xv, 4; arrogante, Ps. xn 
(xi), 4; mensongère, Ps. crx (cvm), 3; Prov., vi 17; 
trompeuse, Ps. lu (li), 6; méchante. Prov., x, 31. C'est 
pourquoi il est dit que « la mort et la vie sont au pou- 
voir de la langue ». Prov., xvm, 21. — 3. La langue, sans 
qualificatif, est ordinairement prise en mauvaise part. 
Le « fléau de la langue » désigne la médisance et la 



calomnie, ce que nous appelons des « coups de langue », 
Job, v, 21; Eccli., xxvi, 9. Les ennemis de Jérémie 
veulent le tuer « avec la langue ». Jer., xvm, 18; 
cl. Ezech., xxxvi, 3. Aussi la langue est-elle comparée 
au serpent, Ps. cxl (cxxxix), 4; à l'arc, Jer., ix, 3; à la 
flèche. .Ter., ix, 8. — 4. L' « homme de langue », 'iS 
Idsôn, y' ws<n£3ïiî, linguosus, Ps. cxl (Cxxxix), 12; 
Eccli., rx, 25, ou linguatus, Eccli., vin 4, et la lemme 
yXw<t<t(Ô8ïi<, linguata, Eccli., xxv, 27, sont des personnes 
de mauvaise langue. Les versions appellent U-^Xuxsaai;, 
bilinguis, « double langue, » celui qui parle mal, disant 
le pour et le contre et blessant la vérité et la charité. 
Prov., vin, 13; xvm, 8; Eccli., v, 17; vi, 1; xxvm, 15. 
Saint Paul ne veut point de diacres qui soient SiXôyoi, 
bilingues. I Tim., m, 8. La troisième langue ou triple 
langue, ■jXSxnra rpiT»), lingua tertia, est quelque chose 
de pire encore. Eccli., xxvm, 16, 19. « Donner de la 
langue, » lô'éên, c'est calomnier, xaTaXaXoïv, detrahere. 
Ps. ci (c), 5. — 5. Saint Pierre recommande d'empêcher 
sa langue de mal parler, I Pet., m, 10, et saint Jacques, 
i, 26, taxe d'irréligion celui dont la langue est sans 
frein. Ce même apôtre compare la langue au gouvernail 
qui, malgré sa petitesse, imprime la direction au vais- 
seau, au petit feu qui peut incendier une grande forêt, 
aux bêtes sauvages qui sont moins indomptables qu'elle. 
Il rappelle les biens et les maux dont elle peut être la 
cause et veut qu'elle ne soit pas autre chose qu'une 
source de biens. Jacob., m, 4-12. — Sur les péchés de 
la langue, voir Médisance, Mensonge, 

III. Langue au sens figuré. — 1. Le nom de « langue 
d'or », lesôn zâhâb, yXSiaaa. -/puirÉa, est donné à une 
barre d'or, régula aurea, ayant la forme de langue. 
Jos., vu, 21, 24. — 2. La pointe que tait la mer Morte 
tant au sud qu'au nord est appelée « langue ». 
Jos., xv, 2, 5; xvm, 19. C'est de la langue du sud que 
partait la frontière de Juda, pour rejoindre au nord 
l'autre langue de la mer. Celle-ci s'avançait comme une 
langue au milieu des terres; elle y formait des golfes. 
Aujourd'hui le nom A'El-Lisân est donné au contraire à 
la langue de terre qui se rattache à la rive orientale de la 
mer Morte et s'avance vers le nord en forme de langue. 
Voir Morte (Mer). Isaïe, xi, 15, appelle aussi « langue 
de la mer d'Egypte » soit l'embouchure du Nil, soit la 
pointe septentrionale de la mer Rouge. Les géographes 
arabes donnent également le nom de « langues » aux 
golfes. Cf. Rosenmûller, Jesaise vatidn., Leipzig, 1811, 
t. I, p. 450. — 3. Isaïe, v, 24, dit que « la langue de ieu 
dévore le chaume ». Ailleurs, xxx, 27, il compare la 
langue de Jéhovah à un feu dévorant. La flamme affecte 
en effet la forme d'une langue, elle en a la mobilité et 
semble lécher les objets qu'elle atteint. Quand le Saint- 
Esprit descendit sur les apôtres, il apparut sous forme 
de « langues séparées, comme de teu », SiaiispiÇôpievat 
Y^âddai rixrsl nupdç, dispertitœ linguse tanguam ignis. 
Aet., n, 3. Ces langues, ayant l'apparence du feu, sym- 
bolisaient la prédication évangélique, et ce teu représen- 
tait la grâce qui purifie et qui embrase. Cf. Deut., iv, 24; 
Is., vi, 6-7; Matth., m, 11; Luc, ni, 16; xn, 49. 

H. Lesêtre. 

2. LANGUES (CONFUSION DES) à Babel. Voir 
CpwrtrsiON DES LANGUES, t. n, col. 920. 

3. LANGUE8 (DON DES), faculté surnaturelle de 
parler des langues étrangères sans les avoir apprises. 
Notre-Seigneur avait mentionné, parmi les signes qui 
devaient accompagner ceux qui croiraient en lui, le don 
de « parler des langues nouvelles », Marc, xvi, 17, 
c'est-à-dire inconnues de ceux qui s'en serviraient. On 
appelle quelquefois ce don « glossolalie ». 

1° A la Pentecôte. — 1. Quinze peuples de langues di- 
verses sont représentés à Jérusalem au moment de la 
descente du Saint-Esprit. Act., n, 9-11. A peine ont-ils 
reçu cet Esprit, que les Apôtres et les disciples, au 



75 



LANGUES (DON DES) 



7G 



nombre d'environ cent vingt, Act., 1, 15, se mettent à 
parler des langues étrangères, éiépat.; yXa><r<raiç, variia 
linguis, selon que l'Esprit-Saint leur donnait de le 
taire. La multitude rassemblée autour du Cénacle était 
stupéfaite, car chacun les entendait parler sa propre 
langue, t»j I8(a ScaXéxTto XaXoûvTOV atarâv, lingua sua 
illos loquentes. Ils parlaient tous ensemble ou un grand 
nombre à la fois, si bien qu'aux yeux des malveillants 
ils ressemblaient à des hommes ivres. Leurs paroles ne 
s'adressaient pourtant pas directement aux auditeurs, 
mais à Dieu dont ils célébraient les louanges dans des lan- 
gues différentes que comprenaient ceux qui les entou- 
raient. C'est ce qu'exprime la réflexion de ces derniers : 
« Nous les entendons dire dans nos langues les gran- 
deurs de Dieu. » Act., n, 4-13. Saint Pierre prend alors 
la parole, non plus en langue étrangère, mais en ara- 
méen, compris également par les Juifs de Judée, et par 
la majeure partie de ceux de la dispersion et des pro- 
sélytes; il leur montre, dans, ce phénomène surnaturel, 
l'accomplissement d'une prophétie de Joël, leur prêche 
Jésus-Christ et convertit trois mille Juifs. Act., n, 15-41. 
— 12. Il résulte de ces textes, que le don de parler les 
langues étrangères venait aux Apôtres et aux disciples 
du Saint-Esprit lui-même, de qui dépendaient exclusi- 
vement le choix de la langue que chacun devait parler, 
le moment où il devait parler et les choses qu'il avait 
à dire. Il faut en conclure encore que le don résidait 
objectivement dans ceux qui parlaient et non dans ceux 
qui écoutaient. Saint Grégoire de Nazianze, Orat., xli, 
15, t. xxxvi, col. 449, cite et rejette avec raison l'opi- 
nion de ceux qui pensaient que les Apôtres parlaient 
leur langue naturelle, mais étaient miraculeusement 
compris par des hommes qui n'entendaient pas cette 
langue. Enfin le texte restreint l'usage des langues 
diverses à la louange de Dieu et ne l'étend pas à la 
prédication elle-même. Saint Thomas, Sum. theol , Il a 
11*, q. clxxvi, a. 1, dit que les Apôtres ont reçu le don 
des langues pour pouvoir prêcher l'Évangile aux diverses 
nations. L'opinion qu'il en a été ainsi est même assez 
répandue. Elle ne s'appuie pourtant sur aucune donnée 
scripturaire. A l'aide de l'araméen, les Apôtres ont pu 
communiquer aisément avec la plupart des Juifs répan- 
du» dans le monde, et le grec a servi à saint Paul pour 
convertir les Gentils. Les Apôtres ont-ils appris et parlé 
d'autres langues, ou ont-ils été favorisés, comme 
saint François-Xavier, du don de prêcher l'Évangile en 
des langues inconnues d'eux? Ou bien étaient-ils com- 
pris de tous, même quand ils ne parlaient que leur 
langue habituelle, comme il arrivait pour saint Vincent 
Ferrier? Cf. Fages, Histoire de S. Vincent Ferrier, 
Paris, 1901, t. I, p. 161. Il est possible qu'il en ait été 
ainsi : mais les textes se taisent à ce sujet, et, toutes les 
fois qu'il est parlé du don des langues, dans les Actes 
et les Épltres, c'est dans le sens restreint que nous 
venons de voir. Le don des langues, en rapport avec la 
forme que le Saint-Esprit choisit pour manifester sa 
présence, Act., il, 3, symbolise l'universalité de la pré- 
dication apostolique, par l'effet de laquelle Dieu sera 
loué dans toutes les langues de l'univers. Rom., xiv, 
11 ; Phil., h, 11. — 3. On s'est demandé quelles langues 
avaient parlées les cent vingt personnes, apôtres et dis- 
ciples, qui reçurent le Saint-Esprit au Cénacle. Diffé- 
rentes réponses ont été données : chaque disciple parlait 
toutes les langues (S. Augustin), chacun parlait la 
langue du pays qu'il était appelé à évangéliser plus tard 
(S. Jean-Chrysostome), chacun parlait une langue diffé- 
rente, etc. La question n'est pas de haute importance; 
on manque d'ailleurs d'éléments pour la résoudre. 
Toujours est-il qu'il y eut au moins quinze langues par- 
lées, puisque quinze peuples divers comprenaient ce 
qui était dit. Act., n, 8-11. Il y avait là comme une con- 
tre-partie de la confusion des langues à Babel; autrefois 
des hommes parlant la même langue avaient cessé de se 



comprendre; maintenant des hommes parlant des 
langues diverses comprenaient ce qui était dit à la gloire 
de Dieu. C'était le symbole de la prochaine conversion 
des hommes à la même foi, malgré la diversité de leurs 
nationalités et de leurs langages. Dans son discours, 
saint Pierre signale ce phénomène de glossolalie comme 
l'accomplissement de la prophétie de Joël, n, 28 (in, 1), 
disant qu'aux jours du Messie les fils et les filles 
d'Israël prophétiseront, nibb'ou,itpo<?/iit\)<Tov<3i,propfie- 
tabunt. Saint Paul, comme nous allons le voir plus loin, 
fait de la prophétie et du don des langues deux choses 
nettement distinctes. I Cor., xiv, 5. Mais ce n'est pas 
dans le même sens que saint Pierre prend le mot pro- 
phétie. Il s'agit, dans son discours, de la prophétie telle 
qu'on l'entendait dans l'Ancien Testament, c'est-à-dire 
de la manifestation extérieure d'une action extraordi- 
naire exercée par Dieu à l'intérieur de l'âme. L'exercice 
du don des langues était une prophétie dans le même 
sens que les actes inspirés par l'Esprit de Dieu à Saùl 
et aux prophètes de Béthel, I Reg., x, 5-13, aux envoyés 
de Saùl à Ramatha, I Reg., xïx, 20-24, à Asaph et à Idi- 
thun dans le Temple. I Par., xxv, 2, 3. 

2° Dans la primitive Eglise. — Le don des langues 
ne fut pas accordé exclusivement à ceux qui se trou- 
vaient dans le Cénacle, le jour de la Pentecôte. Il devint 
fréquent et presque coutumier dans la primitive Église. 
A Joppé, où il était venu surl'ordre de Dieu, saint Pierre 
instruisait le centurion Corneille et ceux de sa maison, 
quand tout d'un coup le Saint-Esprit descendit sur 
eux, avant même qu'ils fussent baptisés, et on les enten- 
dit parler les langues, XaXoiivrwv y)(i<7<jat{, loquentes 
linguis. Act., x, 46. A Éphèse, saint Paul baptisa des 
disciples de Jean et il leur imposait les mains quand, à 
la venue du Saint-Esprit en eux, ils se mirent à parler 
les langues, èXâXouv yXôxnran;, loquebantur linguis. 
Act., xix, 6. A Corinthe, le don des langues était com- 
muniqué à beaucoup de fidèles. Saint Paul appelle ce 
don de différents noms : yêvr) yXoxnjwv, gênera lingua- 
rum, « diversité des langues, » I Cor., xn, 10, 28; xiv, 
10, ou simplement yXtS<r<ja, lingua, « langue, » I Cor., 
xiv, 2, ou yXw<j<rai, lingual, « les langues. » I Cor., xm, 
8; xiv, 5, 22. Il exprime le désir que tous puissent rece- 
voir ce don, etXaXeîv yXw<r<rat; ou yXw<r<nr), linguis ou 
lingua loqui, parler « en langues » ou « en langue ». 
I Cor., xiv, 2, 5, etc. Il ne reproduit pas complètement 
l'expression de saint Marc, XVI, 67 : XaXsïv xatvaïc yXwa- 
(jaiç, novis linguis loqui, « parler en langues nouvelles,» 
ni celle des Actes, n, 4, è-répatc yXw<j<jacç XaXîïv, aliis 
linguis loqui, « parler en d'autres langues. » Mais 
toutes ces formules paraissent équivalentes. Saint Paul 
emploie le mot langue tantôt au singulier, quand il 
s'agit d'un seul fidèle ne parlant qu'une seule langue, 
I Cor., xiv, 4, tantôt au pluriel, quand il s'agit de plu- 
sieurs fidèles parlant plusieurs langues différentes. 
I Cor., xiv, 5, 22. Dans les deux cas, il s'agit du même 
don spirituel. Ce don fut accordé, sans nul doute, à bien 
d'autres chrétientés. Saint Irénée, Adv. hmres., V, vi, 
1, t. vil, col. 1137, atteste qu'il avait encore vu de son 
temps des chrétiens qui, par la grâce du Saint-Esprit, 
parlaient toutes sortes de langues, itavToSa-jratçyXûddaiç. 
Cf. Eusèbe, H. E., v, 7, t. xx, col. 448. La glossolalie 
disparut peu à peu, quand l'effet qu'elle était destinée 
à produire put être suppléé par des moyens moins 
extraordinaires. Dans tous les cas précédents, le don des 
langues apparaît comme une aptitude d'ordre spirituel, 
xâpidiia, I Cor., xii, 31, mais nullement comme moyen 
de prédication. 11 n'est pas la spécialité de ceux qui 
enseignent; il est accordé à tous les fidèles indis- 
tinctement. 

3° Nature du don des langues. — Le mot « langue » 
peut désigner soit l'organe de la parole, soit le langage 
particulier à chaque peuple, soit la manière de parler 
propre à chacun des individus qui se servent de la même 



77 



LANGUES (DON DES, 



78 



langue. Ces trois sens du mot ont donné lieu à diverses 
interprétations du don des langues. — 1. Plusieurs 
auteurs se sont arrêtés au premier sens. D'après eux, le 
don consistait à parler de la langue, XaXetv ylÛMja-ri, à 
émettre au moyen de la langue des sons confus et inar- 
ticulés, comme ceux des enfants qui commencent à 
parler (Eichhorn, Néander, Schmidt, etc.), ou bien des 
exclamations incohérentes et des mots sans suite 
(Meyer, etc.), ce qui faisait ressembler la glossolalie à 
l'inspiration des pythonisses, ou enfin des sons imper- 
ceptibles, à voix basse, qu'il fallait ensuite interpréter, 
c'est-à-dire traduire à haute voix (Wiseler). On ne voit 
pas la nécessité d'une grâce spéciale pour obtenir un 
pareil résultat, qui est une déformation et non un per- 
fectionnement du langage humain. D'autres ont voulu 
s'appuyer sur certaines expressions de saint Paul pour 
identifier plus ou moins la glossolalie avec les langues 
des anges, I Cor. , xm, 1 , les paroles qu'on entend dans le 
ciel, II Cor., xn, 4, les discours accompagnés d'instru- 
ments, I Cor., xiv, 7, 8, comme le kinnôr dont se ser- 
vaient les anciens prophètes, I Reg., x, 5, les chants en 
esprit, I Cor., xiv, 15; Eph., v, 19, les cris inspirés par 
l'EsprikSaint, Rom., vm, 15; Gai., iv, 6, les soupirs 
inexprimables de l'Esprit. Rom., vin, 26, etc. Tontes 
ces explications se heurtent à ce fait que l'Apôtre parle 
de langues, et qu'il est inadmissible qu'il se soit servi 
de ce mot dans un autre sens que son sens habituel 
sans en avertir ses lecteurs. Le mot « langue » a ici sous 
sa plume la même signification que dans les passages 
de saint Marc, xvi, 67, et des Actes, II, 4, où il est ques- 
tion de « langues nouvelles » et d' « autres langues ». 
D'autre part, saint Paul avait trop présent à l'esprit le 
phénomène du don des langues â la Pentecôte, pour 
parler dans les mêmes termes et avec le même mot 
« langue » d'un don qui eût été différent. Saint Luc fut 
d'ailleurs longtemps son compagnon d'apostolat, et 
l'on ne conçoit pas le disciple et l'Apôtre se servant l'un 
et l'autre d'expressions identiques pour faire connaître 
des faits extraordinaires dont la nature n'eût pas été la 
même. Du reste, saint Paul établit clairement l'identité 
du don des langues dont parle saint Marc avec ce qui se 
passa à la Pentecôte et à Corinthe, quand lui-même, I Cor. 
xiv, 21, cite le texte d'Isaïe, xxvm, 11, dans lequel Dieu 
promet de parler à son peuple en langues étrangères, iv 
£tepoY>.t»aaoiç et qu'il applique cette prophétie à la glos- 
solalie corinthienne. — 2. D'autres préfèrent le troisième 
sens du mot langue et font consister le don dans l'usage 
d'un langage archaïque, poétique, métaphorique à l'excès, 
semblable à celui qui rendait si obscurs les oracles du 
paganisme (Bleek, Heinrici, etc.). C'est ce qu'ils appellent 
parler en « gloses ». On a dit aussi que « parler en 
langue », c'était parler avec franchise, à découvert, ce 
que les disciples ne firent qu'à dater de la Pentecôte 
(Van Hengel). Les textes s'opposent encore à ces inter- 
prétations; il y est question de langues parlées et de 
diverses langues et nullement d'idiotismes de langage 
ou de publicité de la parole. — 3. Reste le troisième sens 
du mot « langue », celui qu'imposent les textes et que 
tous reconnaissent, à l'exception de quelques commen- 
tateurs non catholiques. Il en est cependant, parmi les 
catholiques (Bisping, etc.), qui croient que le don portait 
seulement sur l'usage de la langue primitive de l'huma- 
nité, que les Apôtres auraient parlée à la Pentecôte, et 
qui, par miracle, aurait été comprise de chaque auditeur, 
comme si elle était sa langue propre. Pour expliquer 
l'intelligibilité de cette langue primitive, on suppose 
qu'elle renfermait toutes les racines des langues posté- 
rieures. D'autres (Billroth, etc.) ont imaginé que dans 
la glossolalie on parlait une langue composée de mots 
empruntés à toutes les autres langues. Les expressions 
du texte sacré ne permettent pas d'admettre ces expli- 
cations: il y est question non d'une seule langue, mais 
-de langues variées; non d'un assemblage quelconque de 



mots divers, mais d'un ensemble formant ce qu'on 
appelle une langue ; non d'une langue primitive, mais 
de langues que les contemporains peuvent comprendre. 
Act., H, 11. Il n'y a donc qu'une manière d'entendre les 
textes : ceux qui étaient favorisés du don spirituel par- 
laient soit une, soit plusieurs langues étrangères. — 
4. A part quelques Pères grecs (saint Cyrille d'Alexan- 
drie, Théodoret, etc.) qui ont pensé que celui qui par- 
lait une langue étrangère, en vertu du don spirituel, la 
comprenait lui-même, la plupart des anciens ont cru au 
contraire qu'on recevait le don de parler une langue 
étrangère sans recevoir en même temps celui de la 
comprendre. C'est ce qui ressort des explications de 
saint Paul. I Cor., xiv, 1-25. Celui qui parle les langues 
a besoin qu'on interprète ses paroles ; il doit prier pour 
qu'un interprète lui soit donné. S'il se comprenait com- 
plètement lui-même, il lui serait aisé de traduire ses 
paroles en langage ordinaire. — 5. Il est assez difficile 
de savoir quel était l'état psychologique de celui qui 
était favorisé du don des langues. L'Apôtre dit que celui 
qui parle en langue s'édifie lui-même, I Cor., xiv, 4, 
par conséquent travaille à son propre bien spirituel et 
à son union avec Dieu. Mais dans quelle proportion la 
grâce divine et l'activité humaine concouraient-elles à 
la production de cet heureux résultat? D'après Dôl- 
linger, Le christianisme et l'Église, trad. Bayle, Paris, 
1861, p. 444, « l'état de ceux qui parlaient sous l'in- 
fluence du don des langues était complètement un état 
d'enthousiasme et d'extase, qui interrompait la réflexion, 
la pensée discursive. Ils éclataient en témoignages 
d'actions de grâces, en hymnes, en prières. Mais ils ne 
restaient pas libres de choisir la langue dans laquelle 
ils voulaient se faire entendre ; une force intérieure \eé 
obligeait à parler dans une langue déterminée, qui 
pouvait leur être entièrement étrangère. Ils avaient bien 
conscience, dans une certaine mesure, du contenu de 
leurs discours; il en avaient une idée générale; mais 
d'ordinaire ils éprouvaient une grande difficulté ou une 
incapacité absolue pour les répéter dans leur langue 
habituelle. » Saint Paul dit formellement que l'intel- 
ligence, voûç, ne tirait pas de profit de la glossolalie, 
I Cor., xiv, 14, sans nul doute parce qu'elle ne compre- 
nait rien ou du moins ne saisissait que très peu de 
chose dans ce qui était dit. La même inintelligence se 
produisait d'ailleurs assez souvent chez les prophètes, 
cf. S. Thomas, Sum. theol., II a II*, q. clxxiii, a. 4; 
il n'est donc pas étonnant qu'elle se retrouvât chez ceux 
qui ne recevaient qu'un don inférieur. Ces derniers 
cependant avaient certainement conscience de leur état 
el de l'impulsion divine dont ils étaient l'objet. Il faut 
même conclure des paroles de saint Paul, I Cor., xiv,27, 
28, qu'ils pouvaient soit régler, soit arrêter les effets de 
cette impulsion. 11 est d'ailleurs possible que, dans le 
don des langues, l'action surnaturelle variât selon les 
sujets, et que dans ces derniers l'état d'intelligence et 
de conscience fût assez différent, suivant les circons- 
tances, les aptitudes naturelles, etc. Les textes ne per- 
mettent pas de conclure d'une manière plus précise au 
sujet d'un phénomène transitoire et depuis si longtemps 
disparu. On ne peut dire non plus si le don était per-* 
maitent dans celui qui l'avait reçu, ou s'il n'était que 
momentané. Cette seconde hypothèse parait plus vrai- 
semblable. Act., il, 4. — 6. Enfin il est hors de conteste 
que le don des langues était accordé non pour l'ensei- 
gnement, mais pour la célébration des louanges divines. 
Les Apôtres, le centurion Corneille, les disciples de 
Jean ne reçoivent le don des langues que pour glorifier 
Dieu. Act., il, 4-13; x, 46; xix, 6. Les auditeurs s'ins- 
truisent si peu en les écoutant qu'ils les prennent pour 
des fous. Act., h, 13; I Cor., xiv, 23. C'est en vertu d'un 
don tout différent que saint Pierre parla aux Juifs dans 
la langue qu'ils comprenaient et les convertit. Act., n, 
14-37. 



79 



LANGUES (DON DES) 



80 



4° Usage du don des langues. — Saint Paul s'étend 
avec détail sur l'usage qui doit être lait dans l'Église du 
don des langues et en même temps il en complète la 
notion. — 1. Le don des langues est inférieurs la pro- 
phétie, par laquelle on parle aux hommes au nom de 
Dieu pour les instruire et les encourager. Par la glosso- 
lalie on parle â Dieu, non aux hommes. On n'édifie que 
soi, ce qui suppose que, même en ne comprenant pas 
ce qu'on dit, on reçoit cependant, en même temps que 
le don, une grâce intérieure qui unit l'âme à Dieu. 
C'est pourquoi l'Apôtre souhaite ce don à tous ; mais il 
préfère la prophétie, à moins que quelqu'un ne soit là 
pour expliquer ce qui a été dit en langue étrangère et 
ainsi édifier l'Église. I Cor., xiv, 1-6; cf. S. Thomas, 
Sum theol., II» II*, q. clxxvj, a. 2. — 2. S'il est isolé, 
le don des langues n'a donc pas grande utilité. Ceux qui 
désirent les dons spirituels doivent aspirer à de plus 
utiles. I Cor., xrv, 7-12. Pratiquement, celui qui a la 
glossolalie doit prier pour qu'un autre auprès de lui 
obtienne le don de l'interprétation. Saint Paul a dit 
plus haut que le possesseur de ce don s'édifie lui-même. 
Ici, il distingue: c'est le ■mvj^.a, spiritus, qui prie, c'est- 
à-dire que la iaculté affective de l'âme, sous l'impulsion 
de l'Esprit-Saint, s'élève utilement à Dieu et s'unit à 
lui; pendant ce temps, le voû;, mens, la faculté intel- 
lectuelle de l'âme, ne comprenant à peu près rien à ce 
qui est dit en langue étrangère, demeure sans profit, 
axapitoc, sine fructu. Ainsi en e^t-il, par exemple, de 
celui qui récite un psaume en latin sans comprendre 
cette langue; son âme tend vers Dieu par des senti- 
ments affectifs, mais son intelligence ne trouve aucun 
aliment dans les paroles latines. Le mot mvsûfia ne 
saurait avoir ici un autre sens. Le irveûu.a de l'homme 
est, dans ce passage, le siège du sentiment et de l'intui- 
tion de l'amour divin, sous l'action du izvzvy.a âytov, 
par opposition au voûc, qui est le siège de la connais- 
sance consciente et réfléchie. Le voûç et le icvevijj.a repré- 
sentent ainsi dans l'homme une image de ce que sont 
en Dieu le Fils, voû< ou 16yo<; , et le Saint-Esprit, 
icveOaa. Cf. Frz. Delitzsch, System der biblischen Psycho- 
logie, Leipzig, 1861, p. 184-186. Dans son Épître aux 
Éphésiens, iv v 23, l'Apôtre réunit les deux mots, quand 
il dit qu'il faut se renouveler râ 7tveij(iau toû vo<5ç, spi- 
ritu mentis. Ces deux mots désignent l'âme elle-même, 
mais en deux de ses facultés, et c'est par le Ttveûjia, en 
communication par la grâce avec l'Esprit-Saint, que 
doit se renouveler le vo0«, l'intelligence, qui autrement 
ne recevrait ses inspirations que de la chair et serait 
un voï; tï)Ç erapx<Sç. Eph., M, 18. Cf. S. Augustin, 
De Trinitate, XIV, xvi, 22, t. xlh, col. 1053. Le «vêtira 
dont parle saint Paul n'est donc ni l'essence intime de 
l'âme (Bisping), ni la partie la plus profonde de l'intel- 
ligence |Bengel, Meyer, etc.), ni la faculté imaginative, 
ni la raison inspiratrice, ni le souffle physique qui fait 
proférer la parole, ni l'Esprit-Saint lui-même qui pousse 
à la prière. Saint Paul veut qu'on prie et qu'on chante 
à la lois avec le itve0(ta et avec le voûç, par conséquent 
avec tout ce qui doit rendre l'acte religieux affectif et 
intelligent. Il conclut en disant qu'il préfère cinq paroles 
dites avec le voû;, de manière à instruire les autres, que 
dix mille avec le ïuve-j|kx, qui intervient seul dans la 
glossolalie. I Cor., xrv, 13-19. — 3. Même en présence 
des infidèles, le don des langues ne peut être utilisé 
qu'imparfaitement. Ce don est un signe pour les infi- 
dèles, signe qui peut les édifier en les étonnant, lors- 
qu'ils comprennent ces langues étrangères, comme à la 
Pentecôte, Âct., h, 11, mais signe qui d'ordinaire n'at- 
tire leur attention qu'en les déconcertant. Ainsi arrive- 
t-il que si, dans une assemblée où s'exerce la glossolalie, 
entrent des infidèles ou même une personne qui ignore 
ce genre de manifestations spirituelles, un tSwàrriç, 
idiota, ils prendront pour des fous, pour des agités du 
démon, naivciOe, ceux qui ont le don des langues. Ces 



infidèles seront, au contraire, touchés et convertis si le 
fidèle qui a le don de prophétie et qui parle au nom 
de Dieu leur tient des discours qui vont au fond du 
cœur et y portent la conviction. I Cor., xiv, 20-25. — 
4. Il faut donc régler l'exercice du don des langues, 
aussi bien que celui des autres dons spirituels, afin que 
tout se passe à l'édification générale. Quand des fidèles 
reçoivent le don des langues, deux seulement et trois 
au plus peuvent prendre la parole, et encore ils ne doi- 
vent le faire que tour à tour. Mais comme oatte parole a 
besoin d'être interprétée, si l'interprète lait défaut, que le 
fidèle qui a le don des langues garde le silence. Toutefois, 
la glossolalie comporte une grâce d'édification person- 
nelle, I Cor., xiv, 4; il ne convient donc pas d'en priver 
le fidèle. Celui-ci parle alors en langue étrangère, mais 
en silence et seulement pour deux auditeurs, lui-même 
et Dieu. En terminant ce qu'il a à dire sur ce sujet, 
l'Apôtre résume tout en deux mots: « Souhaitons le 
don de prophétie, » parce que c'est un don des plus 
utiles à l'Église; mais « n'empêchez pas de parler en 
langues », parce que, malgré son infériorité, ce don 
profite à tous quand l'interprétation accompagne la glos- 
solalie, et il profite au fidèle qui le possède, même 
quand celui-ci ne peut l'exercer publiquement. I Cor., 
26-28, 39. — 5. De ces remarques de l'Apôtre, il suit 
que le don des langues ne différait pas à Corinthe de 
ce qu'il avait été à Jérusalem, à Joppé et à Éphèse. Il 
ne s'agissait pas de langues créées de toutes pièces, ni 
de cris inarticulés, ni d'exclamations extatiques, ni 
même seulement d'expressions figurées et enthousiastes, 
mais de langues connues et parlées par d'autres 
hommes, dont le Saint-Es.prit communiquait l'usage 
momentané à certains fidèles, dans l'unique but de 
louer Dieu. Cette louange de Dieu en langue étrangère 
ne pouvait être comprise et ne devenait utile que si 
on la traduisait à l'usage des auditeurs. C'est pourquoi 
le don des langues avait à être complété par un autre, 
que l'Apôtre appelle èp|ievesa yX^aa-ûv, interprétatif) 
sermonum, « interprétation des langues, » I Cor., xii, 
10, et ce don d'interprétation dépendait du Saint-Esprit, 
I Cor., xii, 11, mais n'était pas toujours accordé en 
même temps que le premier. ICor., xiv, 28. Il est à 
noter que, dans l'énumération des dons spirituels, la 
glossolalie et l'interprétation viennent en dernière ligne, 
à raison sans doute de leur moindre importance. I Cor., 
xii, 8-10. Le don d'interprétation était même beaucoup 
plus rare que le don des langues. Le Saint-Esprit ne 
devait pas communiquer le don d'interprétation quand 
il n'y avait rien à interpréter, et, de plus, ce don faisait 
assez souvent défaut, alors que le premier s'exerçait. 
I Cor., xiv, 28. 

5° Caractère surnaturel du don des langues. — El» 
pfusieurs circonstances, on a vu des personnes parler 
des langues qu'elles n'avaient jamais apprises. Le fait se 
constate fréquemment dans les cas de possession diabo- 
lique, si bien que le Rituel romain, De exorcizandis 
obsessis a dsemonio, range parmi les signes de la pos- 
session la faculté de parler une langue inconnue ou de 
comprendre celui qui la parle. Il est de toute évidence 
que le don des langues accordé aux Apôtres et aux pre- 
miers fidèles ne provient pas d'une pareille source. 
Les textes l'attribuent formellement à l'action du Saint- 
Esprit, Act., il, 4; x, 44, 46; xix, 6; I Cor., xiv, 2, et 
saint Paul n'aurait pas pris pour la manifestation de la 
puissance divine une faculté due à la présence du. 
démon. On a également constaté chez certaines per- 
sonnes soumises à l'influence hypnotique cette même 
facufté de parler ou de comprendre des langues qui 
leur étaient étrangères. Mais on a remarqué aussi que 
les hypnotisés, ou les esprits qui sont censés agir en 
eux, ne pouvaient parler ou comprendre que des lan- 
gues connues du médium ou des assistants, ce qui parait 
ramener cette faculté à un simple phénomène naturel- 



81 



LANGUES (DON DES) — LAODICÈE 



82 



de suggestion ou de lucidité. Cf. A. Arcelin, La disso- 
ciation psychologique, dans la Revue des questions 
scientifiques, Bruxelles, avril 1901, p. 452. Le don des 
langues était certainement de tout autre nature chez 
les premiers chrétiens, puisqu'il se manifestait d'ordi- 
naire dans des milieux où les langues parlées étaient 
si bien ignorées qu'on ne trouvait pas toujours d'inter- 
prètes, tels que le Saint-Esprit pouvait seul en susciter, 
pour Iraduire ce qui avait été dit. I Cor., XIV, 13, 28. Ce 
qui prouve encore le caractère surnaturel du don des 
langues, tel qu'il s'exerçait à Corinthe, c'est la iacilité 
qu'il avait d'être réglé par l'obéissance. I Cor., xiv, 27. 
Or, en théologie mystique, on a toujours regardé l'obéis- 
sance du sujet comme la garantie la plus sûre de l'action 
divine. Cf. Ribet, La Mystique dÏOT«e,Paris, 1883, t. ni, 
p. 66. Voir Dons surnaturels, t. n, col. 1484-1486; J.Frd. 
Melville, Observationes theologico-exegeticse de dona 
linguarum in Novo Testamento commemoralo, in-4°, 
Bàle,1816;Bleek, Veber die Gabe des y\û>aaait XaXeîv in 
der ersten christlichen Kirche, dans les Theologische 
Sludien und Kritiken, t. n, 1829, p. 379; Ad. Hilgen- 
feld, Die Glossolalie in der alten Kirche, in-8», Leipzig, 
1850; Ëd. Reuss, La Glossolalie, dans la Revue de 
théologie de Strasbourg, t. ni, 1851, p. 65-97; Dollinger, 
Le christianisme et Vhglise, trad. Bayle, Tournai, 1863, 
p. 442-446; Corluy, Langues (dans la primitive Église), 
dans le Dictionnaire apologétique de Jaugey, Paris, 
1889, col. 1785-1800; Cornely, In S. Pauli prior. Epist. 
ad Corinthios, Paris, 1890, p. 410-447; Le Camus, 
L'œuvre des Apôtres, Paris, 1891, p. 16-23; Fouard, 
Saint Paul, ses missions, Paris, 1892, p. 241-247. 

H. Lesétrb. 
LANTERNE (grec : <pav6<i; Vulgate : laterna), sorte 
de boîte, dont les parois de vessie, de corne ou de verre, 
protègent une lumière portative contre le vent tout en 
la laissant transparaître. La Bible n'en parle qu'une 
fois, dans le Nouveau Testament. Quand Judas marche 
vers Gethsémani, il est accompagné d'une cohorte et de 
serviteurs du Temple, (letà tfmmv xaî XajjutâSiov, « avec 
des lanternes et des torches. » Joa., xvm, 3. Il était en 
effet nécessaire, bien qu'on fût à l'époque de la pleine 
lune, d'avoir des lumières pour éclairer l'ombre épaisse 
des oliviers du jardin. Le <pav<Sç, qui désigne ordinaire- 
ment un flambeau ou une torche, est aussi le nom de 
la lanterne, bien qu'assez 
tard, dans Athénée, Deipno- 
soph., 700. La mention des 
torches, XotfnràSeç, dans ce 
passage de l'Évangile, per- 
met d'affirmer qu'ici les <pa- 
vot sont bien des lanternes, 
conformément à la traduc- 
tion de la Vulgate. Les lan- 
ternes paraissent avoir été en 
usage chez les Égyptiens 
(flg. 35). En tout cas, elles 
étaient bien connues à l'épo- 
que romaine. Cf. Rich, Dict. 
des Antiq. romaines et grec- 
ques, trad. Chéruel, Paris, 
1873, p. 352. Les lanternes 
étaient employées à bord des 
navires. Cf. Xénophon, Hel- 
len., V, i, 6; Diodore de Si- 
cile, xx, 75; Tite Live, xxix, 
25. On a retrouvé, à Hercu- 
lanum et à Pompéi, des lan- 
ternes de bronze, cylindriques, avec des parois de corne, 
ouvrant seulement par le haut (flg. 36, col. 83). Les sol- 
dats romains de l'Antonia avaient certainement des lan- 
ternes à leur usage. Les Juifs de l'époque évangélique se 
servaient aussi très probablement de lanternes, au moins 
dans le Temple et dans les demeures importantes. Il 




35. — Lanterne égyptienne. 

D'après Wilkinson, Man- 
ners and Customs of 
the ancient Egyptians, 
édit. Birch, t. n, flg. 385. 



n'est donc pas étonnant d'en trouver dans l'escorte noc- 
turne de Judas. H. Lesètre. 

LAODICÈE (grec: AaoStxec'a ; Vulgate : Laodicia), 
ville de Phrygie, située sur la rive gauche du Lycus 
(fig. 37). 

1° Laodicée dans le Nouveau Testament. — 1. Une 
Église chrétienne fut créée dans cette ville dés le temps 
des Apôtres. Saint Paul, Col.,ii, 1, la mentionne comme 
étant étroitement unie à celle de Colosses. Comme 
celle-ci, elle n'avait pas été établie directement pat* 
l'Apôtre; elle était de celles qui « n'avaient pas encore 
vu son visage de chair », mais pour lesquelles il sou- 
tenait « un grand combat ». Col., n, 1. La chrétienté de 
Laodicée avait été très probablement fondée, comme 
celles de Colosses et d'Hiérapolis, par le Golossien Épa- 
phras. Saint Paul nous montre en effet, celui-ci qui avait 
été son disciple, probablement à Éphèse dans l'école de 
Tyrannus, s'occupant avec grande sollicitude des fidèles 
de Laodicée et d'Hiérapolis. Col., IV, 13. Voir Épaphras, 
t. il, col. 1819. Il avait eu pour collaborateur Nymphas 
dans la maison de qui était le lieu de réunion des 
fidèles de Laodicée. Col., iv, 15. Voir Nymphas. En même 
temps qu'il demandait aux Colossiens de communiquer 
à l'Eglise de Laodicée la lettre qu'il leur envoyait, il 
leur recommandait de lire eux-mêmes publiquement 
celle qui leur parviendrait de Laodicée, c'est-à-dire, selon 
toutes les vraisemblances, une lettre que lui-même avait 
écrite ou devait écrire aux Laodicéens. Col., îv, 16. Voir 
Laodicéens (Épitre aux). — 2. L'Église de Laodicée est 
une des sept aux évêques desquelles sont adressées les 
lettres par lesquelles débute l'Apocalypse. Apoc, I, 11. 
La lettre à l'Ange de Laodicée (voir Ange, 8, t. i, 
col. 591) contient des reproches sur sa tiédeur. Son 
amour des richesses l'a aveuglé. Il ne voit pas qu'en 
réalité devant Dieu il est misérable, pauvre, aveugle et 
nu. Il doit acheter du Seigneur : de l'or éprouvé par le 
feu, pour être riche; des vêtements blancs, pour que la 
honte de sa nudité ne paraisse pas et un collyre (voir 
Collyre, t. u, col. 842) pour oindre ses yeux afin de voir. 
En d'autres termes, il faut qu'il ait du zèle et se 
repente. Apoc, ni, 14-21. La première Épîtreà Timothée 
se termine sur un certain nombre de manuscrits grecs 
par ces mots : « écrite à Laodicée, métropole de la 
Phrygie Pacatienne. » La Vulgate n'a pas inséré cette 
mention. 

2° Histoire. — La ville de Laodicée portait originaire- 
ment le nom de Diospolis ou de Rhoas. Pline, H. N., 
V, xxix, 105. Sur le même emplacement, Antiochus II 
Théos établit entre 266 et 246 une des colonies que les 
rois syriens multiplièrent dans leur royaume pour as- 
surer leur domination. Il lui donna le nom de sa temme 
Laodicé. Etienne de Byzance, 1825, 1. 1, p. 272. La popula- 
tion grecque fut toujours très peu nombreuse et ne con- 
sista guère que dans les ionctionnaires et la garnison; 
les habitants restèrent en immense majorité syriens. La 
principale divinité de la ville est désignée sous le nom 
de Zsjç 'A<reîç. Le mot Aseis ne paraît être autre chose 
que la transcription grecque d'un mot sémitique, Aziz, 
qui signifie puissant et qui est traduit dans les inscrip- 
tioBa de Laodicée par û^iaxo;. C. Waddington, Voyage 
en Asie Mineure au point de vue numismatique, in-4°, 
Paris, 1853, p. 25-26 ; W. Ramsay , The Cities and Bishop- 
rics of Phrygia, in-4°, Oxford, 1895, p. 78, insc. 14. La 
ville de Laodicée était située sur un des contreforts des 
monts Salbacus, sur la rive gauche du Lycus, entre 
l'Asopus et le mont Cad m us. Le territoire de la cité 
s'étendait entre le Lycus et le Caprus. Laodicée était 
donc sur la frontière de la Carie donl le Caprus formait 
la limite. Pline, H. N., V, xxix, 118; Strabon, XII, 
vm, 16. La ville fit partie des États d'Eumène, roi de 
Pergame; elle souffrit beaucoup durant la guerre de 
Mithridate contre les Romains. Appién, Bell. Mithr., 20; 



83 



LAODICÉE 



84 



Strabon, XII, vin, 16; mais elle recouvra bien vite, 
sous la domination romaine, une prospérité qui alla se 
développant. Strabon tait dater sa splendeur de son 
propre temps, c'est-à-dire de la fin du premier siècle 
avant J.-C. A celte époque, en effet, Laodicée devint 
une des villes les plus importantes de l'Asie mineure 



également renommées. Talmud, Kelim, xxix, 1 ; NitMa, 
vm, 1. Cf. Buchenschûtz, Die Haupstàtten des Gewerh- 
fleisses im klassichen Altertlmm, Leipzig, in-8°, 1869, 
p. 61, 65; Blûmner, Technologie und Terminologie 
der Gewerbe und Kûnste bei Greichen und Rômern. 
in-8», Leipzig, 1875-1884, p. 26-28. Il est encore 







*&>&■ 



80. — Lanternes romaines trouvées à Herculanum et à Pompéi. D'après une photographie. 



par ses richesses et son commerce. Les environs pro- 
duisaient une race de moutons dont la laine était très 




37. — Monnaie de Laodicée de Phrygie. 
ÏÏEPQN KAIEAP. Tête de Néron jeune, à droite. Grénetis au pour- 
tour. — 3. TAIOE nOETOMOr AAOAIKEQN. Jupiter debout à 
gauche. Dans le champ, la lettre B dans une couronne. 

recherchée à cause de sa finesse et de leur belle teinte 
noire qu'on appelait coraccine, ou noir de corbeau. 
Strabon, XII, vm, 16. Les sandales de Laodicée étaient 



question de ces produits dans l'édit de Dioclétien sur le 
maximum. Le Bas et Waddington, Voyage archéologique 
en Asie Mineure, in-f°, Paris, 1847-1863, t. m, p. 164, 
174. 

Un certain nombre d'habitants de Laodicée étaient 
parvenus à une très grande richesse, avaient embelli leur 
ville et lui avaient légué des sommes considérables. 
Parmi ces citoyens opulents et généreux, Strabon cite 
Hieron, Zenon et son fils Polémon qu'Antoine etAuguste 
élevèrent à la dignité royale et à qui furent attribués le 
Pont qui porta le nom de Polémoniaque, l'Arménie et 
la côte autour de Trébizonde. Voir Dion Cassius, xlix, 
25, 33, 34; cf. Th.Mommsen et J. Marquardt, Manuel 
des Antiquités romaines, t. ix (.T. Marquardt, Organi- 
sation de l'Empire romain, t. n), trad. franc., in-8°, 
Paris, 1892. p. 279. De nombreux banquiers étaient 
établis à Laodicée. Cicéron, Ad. fam., ni, 5; cf. h, 17. 
Cette prospérité de la ville explique la nature des 
reproches que saint Jean adresse à l'évêque de Laodicée 



85 



LAODICÉE — LAODICÉENS (ÉPITRE AUX) 



80 



et des conseils qu'il lui donne : « Achète-moi l'or 
éprouvé par le feu, » par opposition à l'or qu'on trouve 
chez les banquiers. Apoc., in, 17, 18. 

Laodicée avait reçu de Rome le privilège de ville 
libre. Corpus inscript, latin., t. I, n. 587. Le district 
judiciaire ou conventus dont elle faisait partie, quoique 
appartenant à la province d'Asie, en avait été détaché 
du temps de Cicéron et soumis au gouverneur de 
Cilicie. Cicéron, Ad. fam., xm, 67, 1. Les vingt-cinq 
cités du conventus se réunissaient à Laodicée où se te- 
naient les assises judiciaires. Pline, H. N.,V, xxiv, 105; 
Cicéron, Ad. Attic., V., 21, 9; Ad famil., III, vin, 5; 
XV, iv, 2. Toute cette région était fréquemment boule- 
versée par des tremblements de terre. Celui qui eut 
lieu en 60 après J.-C., sous le règne de Néron, fut 



the East and sonie others countries, Londres, 1745, 
t. il, part, il, p. 71 ; Chandler. Travels in Asia Minor, 
in-8», Oxford, 1775, p. 224; F. V. Arundell, A visit to 
the seven Churches in Asia, in-S°, Londres, 1828, p. 84; 
Id., Dixcoveries in Asia Minor v in-8", Londres, 1834, 
t. Il, p. 180; W. J. Hamilton, Researches in Asia Minor, 
in-8", Londres, 1842, t. i, p. 514; W. Ramsay, The Cities 
and Bishoprics of Phrygia, in-4», Oxford, 1895, t. I, 
p. 32-84; J. B. Lightfoot, Epistles to the Colossians and 
to Philemon, 3 e édit., in-8», Londres, 1879, p. 5-9, 42-43; 
E. Le Camus, Voyage aux Sept Églises de l'Apocalypse, 
in-4°, Paris, 1896, p. 196-202; Anderson, dans le Jour- 
nal of Hellenic Studies, 1897, p. 404; Weber, dans le 
Jarhrbuch des k. deutschen arcliâologischen Instituts, 
t. xm, 1898, p. 1. E. Beurlier. 




38. — Ruines de Laodicée. D'après une photographie de M. H. Camboumac. 



l'un des plus terribles; mais les désastres qu'il pro- 
duisit turent vite réparés, Strabon, ibid.; Tacite, Ann., 
xiv, 27. 

Il y avait à Laodicée une colonie juive considérable. 
Josèphe, Ant. jud., XIV, x, 20, publia une lettre des 
autorités de Laodicée à un magistrat romain, probable- 
ment le proconsul d'Asie, dans laquelle ils s'engagent à 
ne pas troubler les Juifs dans l'observance du sabbat et 
4e leurs usages religieux. Les Juifs de Laodicée 
envoyaient régulièrement leur tribut au temple de 
Jérusalem. Le proconsul Flaccus, durant son adminis- 
tration en 62 avant J.-C., confisqua ce tribut qui pour 
Laodicée s'élevait à vingt livres d'or. Cicéron, Pro 
Flacco, xxviii. — Certains auteurs font d'Archippe, 
dont il est question dans Col., iv, 17, et de Nymphas, 
Col., iv, 15, les premiers évêques de Laodicée. Voir Ar- 
chippe, t. m, col. 932, et Nymphas. Diotrèphe, III Joa., 
9, aurait été le troisième, mais cela n'est pas prouvé. 

3» Site. — Le site de Laodicée a été souvent décrit 
par les voyageurs. Ils signalent parmi les ruines qui 
subsistent celles d'un stade, d'un gymnase, d'un aque- 
duc, de théâtres, d'odéons, de temples, et enfin celles 
des murailles de la ville (fig. 38). La plus ancienne des- 
cription est celle de Smith, Survey of seven churches 
of Asia, in-8°, 1678, p. 250. Cf. Pococke, Description of 



LAODICÉENS (ÉPITRE AUX). A la fin de l'Épitre 
aux Colossiens, saint Paul exhorte ceux-ci à envoyer aux 
Laodicéens la lettre qu'il leur adresse et à lire celle qui 
leur viendra de Laodicée. Col., iv, 16. S'agit-il d'une 
lettre de l'Apôtre aux Laodicéens ou d'une lettre des 
Laodicéens à l'Apôtre? il est difficile de le dire, Winer, 
Grammatik des Neutestamentlich Sprachidioms, in-8». 
Leipzig, 1830, p. 434, pense ^qu'il s'agit d'une lettre 
écrite aux Laodicéens et envoyée de Laodicée à Colosses. 
En effet s'il agit d'une lettre des Laodicéens à saint Paul, 
il aurait fallu que celui-ci l'envoyât aux Colossiens. De 
plus, on se demande à quoi eût pu servir cette lettre aux 
Colossiens? A cette question ceux qui prétendent qu'il 
s'agit d'une lettre de saint Paul répondent qu'elle pouvait 
contenir des renseignements qui auraient amené 
l'Apôtre à écrire certains passages de son Epltre aux 
Colossiens et qu'à cause de cela il leur dit de la lire 
après qu'ils auront lu celle qu'il leur adresse. Ce sont 
là de pures hypothèses, et le plus vraisemblable est qu'il 
s'agit d'une lettre de saint Paul aux Laodicéens. Un 
grand nombre d'auteurs pensent que l'Épitre aux Laodi- 
céens était la même que l'Épitre aux Éphésiens. — 
Celle-ci, en effet, est une sorte d'encyclique et, si elle 
porte dans le recueil canonique le nom d'Éphèse, c'est 
qu'elle a été copiée d'après l'exemplaire conservé dans 



87 



LAODICÉENS (ÉPITRE AUX) — LAPIDATION 



cette ville, métropole de l'Asie. Marcion prétendait qu'il 
iallait lire en tête de la lettre : Ad Laodicaros. Il est 
possible que ce fût une simple conjecture de sa part. 
Tertullien, Adv. Marcionem, v, 11, 17, P. L., t. n, 
col. 500-502. Cf. S. Épiphane, Hier., xliii, 9, t. xli, 
col. 708, el t. xlviii, col. 721; E. Jacquier, HistQire des 
Livres du Nouveau Testament, in-18, Paris, 1903, t. i, 
p. 286, 289; Éphésiens (Épitre aux), t. n, col. 1849-1851. 
— Il existe une épître apocryphe qui porte le nom 
d'Êpître aux Laodicéens et dont on n'a qu'une version 
latine et une version arabe faite d'après le latin. C'est 
un centon de passages empruntés à l'Epltre aux Galates 
et à l'Epître aux Éphésiens. Le texte arabe a été publié 
dans la Revue biblique, 1896, p. 221. Voir ÉpitbES apo- 
cryphes, 7, t. il, col. 1899. Cf. R. Anger, Ueber den Lao- 
dicenerbrief, in-8°, Leipzig, 1843; A. Sartori, Ueber den 
Laodicenserbrief, in-8", Lûbeck, 1853. 

E. Beurlier. 

LAOMIM (hébreu: Le'ummîm, « peuples; » Sep- 
tante: Aa<i>[US(i); nom ethnique du troisième fils de Da- 
dan. Il était petit-fils de Jecsan et arriére-petit-fils d'Abra- 
ham et de Cétura. La Vulgate écrit son nom Loomim 
dans Gen., xxv, 3, et Laomim dans I Par., i, 32. L'hé- 
breu et l'édition sixtine des Seplante omettent Laomim 
et ses deux frères dans I Par. La forme plurielle du nom 
semble désigner la tribu ou les tribus dont Laomim a 
été la souche. Laomim, dit saint Jérôme, Quœst. heb. 
in Gen., xxv, t. xxm, col. 976, cfiXapyoi, id est, principes 
multarum tribuum et populorwm. — Les Laomim n'ont 
pas été jusqu'ici identifiés. Voir Arabie, 1. 1, col. 860. On 
à rapproché hypothétiquement leur nom de divers noms 
géographiques, tels que celui des 'A».o-j|AiwTçts de Pto- 
lémée, vi, 7, 24, qui étaient voisins des Gerrhéens (Ge- 
senius, Thésaurus, p. 737), en supposant Le'ummîm 
précédé de l'article arabe al. On l'a rapproché aussi de 
Aou|xâ, ville de l'Arabie déserte mentionnée dans Pto- 
lémée, vj-19. Voir Ch. Forster, The historical Geogra- 
phy of Arabia, 2 in-8», Londres, 1844, t. i, p. 335-336. 
D'après Fresnel, les Le'ummîm ne sont pas autres 
que les Oumayyîm, leur nom étant précédé de l'ar- 
ticle dans la forme hébraïque. Les Oumayyîm sont 
une des plus anciennes tribus arabes, dont la généa- 
logie est inconnue aux plus anciens écrivains du pays. 
Sur l'histoire des Arabes avant l'islamisme, dans 
le Journal asiatique, 3 e série, t. vi, 1838, p. 217-218. On 
a trouvé dans une inscription sabéenne un nom qui 
ressemble à celui des Le'ummîm. D. S. Margoliouth 
dans Hastings, Dictionary of the Bible, t. m, p. 99. Ed. 
Glaser, Skizze der Geschichte und Géographie A rabiens, 
t. n, 1890, p. 460, place les Laomim dans la péninsule du 
Sinaï, et il fait, p. 401, la remarque qu'un certain Ahiya- 
baba, dont il est question dans une inscription d'Assur- 
nasirhabal, i, 75, pouvait appartenir à la tribu des Lao- 
mim, car il est appelé mârlaam-man, « homme de 
Lâamman. » Steiner, dans Schenkel, Bibel-Lexicon, 
t. iv, 1872, p. 29, émetl'hypothèsequele moi Le'ummîm 
est un nom d'artisans et signifie s soudeurs de métaux ». 
Frd. Keil, Genesis, 2 e édit., 1866, p. 174, identifie les 
Le'ummîm avec les BanuLâm qui s'étendaient jusqu'à 
Babylone et à la Mésopotamie. Une telle diversité d'opi- 
nions montre que la question n'est pas résolue. 

F. Vigodrocx. 

LA PEYRIÈRE (Isaac de), érudit français, né à 
Bordeaux eu 1594, mort à Paris le 30 janvier 1676. Il 
suivit d'abord la carrière des armes et s'attacha à la 
fortune du prince de Condé qui le chargea d'une mission 
particulière en Espagne; il l'accompagna ensuite dans les 
Pays-Bas. Ce fut en Hollande que Isaac de la Peyrière fit 
paraître sans nom d'auteur son fameux livre : Prœada- 
fiiitse sive exercitatio super versibus 12, 13 et 14 capi- 
tis v Epistolse D. Pauli ad Romanos quibus indicantur 
primi homines anle Adamum condili, in-4», s. 1., 
1655; in-12, s. 1., 1656. D'après l'auteur, il y eut deux créa- 



tions, l'une du monde physique, l'autre pour le peuple 
juif dont Adam fut le chef. Certaines nations sont plus 
anciennes qu'Adam. Le déluge ne submergea que la 
Judée et n'engloutit pas tous les hommes à l'exception 
de Noé et de sa famille. Le parlement de Paris condamna 
le livre au feu etl'archevéque de Malines fit arrêter l'auteur 
à Bruxelles. Mis en liberté, il se rendit à Rome, rétracta 
ses erreurs et abjura le calvinisme. Il rejoignit ensuite 
le prince de Condé dans les Pays-Bas, rentra en France 
avec lui et devint son bibliothécaire en 1659. Il se retira 
au séminaire de Notre-Dame-des-Vertus, près de Paris, 
où il mourut. Nous citerons encore les ouvrages suivants 
d'Isaac de la Peyrière : Traité du rappel des Juifs, 
in-8», Paris, 1643: tous les Juifs finiront par se convertir 
et un roi de France les rétablira en Terre-Sainte; Sys- 
tetna theologicum exPreeadamitarumhypothesi,in-io, 
s. 1., 1655; Epislola ad Philotitnum qua exponit rationes 
propter quas ejuravit sectam Calviniquamprofitebatur 
et librum de Prseadamitis quem ediderat, in-4°, 
Rome, 1657 : une traduction française en a été publiée 
sous le titre : Apologie delà Peyrière faitepar lui-même, 
in-12, Paris, 1663. 11 était en outre l'auteur des notes de 
la Bible française de l'abbé de Marolles dont l'impression 
fut arrêtée par ordre du chancelier Pierre Séguier. — 
Voir Lelong, Bibliolh. sacra, p. 332; Walch, Biblioth. 
theologica, t. I, p. 755, 756. B. Hedrtebize. 

LAPIDATION, supplice infligé à certains coupables 
que l'on tuait à coups de pierres. Le nom de la lapida- 
tion ne se lit pas dans la Sainte Écriture; on n'y ren- 
contre que les verbes qui signifient « lapider », sâqal 
et rdgam, auxquels s'ajoute quelquefois le complément 
bâ'ébén, « avec la pierre, » ou bâ'âbdnîm, • « avec des 
pierres. » Septante : XiOoêoXecv, XiOâÇeiv ; Vulgate : 
lapidare. 

I. La lapidation populaire. — Quand le peuple entre 
en fureur contre quelqu'un qui l'offense ou le contrarie, 
il cherche à le frapper. Chacun saisit alors ce qui se 
rencontre le plus facilement sous la main : des pierres; 
il les jette de loin ou de près contre celui qui a excité 
sa colère, et souvent arrive ainsi à le mettre à mort. 
Cf. Thucydide, v, 60; Pausanias, Vm, 5, 8; Elien, Var. 
kist.j v, 19 ; Strabon, m, 155; Ctésias, Persic, 43; 
Quinte-Curce, vi, 11, 38. La Sainte Écriture fournil un 
certain nombre d'exemples de ce genre d'exécutions : 
1° Quand le Pharaon d'Egypte permet à Moïse et à Aaron 
d'offrir des sacrifices à leur Dieu, mais dans le pays 
même et non dans le désert, Moïse objecte que les Égyp- 
tiens seront tentés de lapider les sacrificateurs en les 
voyant immoler des animaux que l'on vénère sur les 
bords du Nil. Exod., vin, 26. Dans les monuments et 
les textes égyptiens jusqu'ici connus, il n'est jamais 
question de lapidation. Il est donc probable que dansca 
passage, sâqal signifie simplement « tuer, faire mourir 
de mort violente ». — A Raphidim, quand le peuple se 
révolte contre Moïse, celui-ci dit au Seigneur : « Encore 
un peu et ils me lapideront. » Exod., xvn, 4. De fait, 
dans une nouvelle révolte au désert, les Hébreux par- 
lèrent de lapider Moïse et Aaron. Num., xiv,10. — 2» Les 
habitants de Siceleg songèrent à lapider David, auquel 
ils attribuaient la responsabilité des ravages exercés dans 
leur pays par les Amalécites. I Reg., xxx, 6. Pendant sa, 
fuite devant Absalom, David fut poursuivi par Séméï, qui 
l'injuriait et lui jetait des pierres. II Reg., xvi, 6, 13. 
Adoniram (Aduram), intendant des impôts sous David et 
sous Salomon, fut lapidé par les hommes des dix tribus 
révoltées, auxquelles Roboam l'avait envoyé. 111 Reg., 
xti, 18; II Par., x, 18. Voir Adoniram, t. i, col. 227. — 
3» La lapidation était encore familière aux Juifs à l'époque 
évangélique. Josèphe, Ant. jud., XIV, n, 1, raconte que 
quelques années auparavant, sous Aristobule II, ua 
saint homme, du nom d'Onias, avait été lapidé à Jéru- 
salem par des Juifs révoltés, dont il ne voulait pas épou- 



89 



LAPIDATION 



90 



ser la cause. Les contemporains du Sauveur tentèrent 
plusieurs fois de le lapider dans le Temple. Joa., vin, 
59; x, 31, 33; xi, 8. Les docteurs eux-mêmes craignirent 
d'être lapidés dans le Temple par le peuple, s'ils 
disaient que le baptême de Jean venait des hommes et 
non de Dieu. Luc, xx, 6. Ce Temple, dont Hérode avait 
commencé la restauration en l'an 19 avant Jésus-Christ, 
ne fut complètement achevé que sous Agrippa II, l'an 
64 après Jésus-Christ. Cet achèvement, au dire de 
Josèphe, Ant. jud., XX, ix, 7, laissa plus de dix-huit 
mille ouvriers inoccupés. On comprend que les déchets 
d'appareillage et de sculpture aient mis longtemps aux 
mains des Juiis toutes les pierres qu'ils pouvaient désirer 
pour lapider quelqu'un dans le Temple même. Sous 
Archélaûs, au cours d'une émeute qui avait eu lieu dans 
l'édifice sacré contre la garnison de l'Antonia, un grand 
nombre de soldats avaient été lapidés. Josèphe, Ant. 
jud., XVII, ix, 3; Bell, jud., II, i, 3. — 4» Quand les 
Apôtres, délivrés de prison par un ange, se remirent à 
prêcher dans le Temple, le chef des gardes vint les 
reprendre, mais sans violence, parce qu'il avait peur 
d'être lapidé par le peuple. Act., v, 26. — 5° La lapida- 
tion de saint Etienne fut une exécution populaire à 
laquelle les Juifs s'efforcèrent de donner des apparences 
légales. Act., vu, 57, 58. Voir Etienne, t. n, col. 2035. 

— 6" Paul et Barnabe faillirent être lapidés à Ico- 
nium. Act., xiv, 5. Paul le fut réellement à Lystres par 
des Juifs, qui le crurent mort. Act., xiv, 18; II Cor., 
xi, 25. 

II. La lapidation judiciaire. — i. la législation. — 
La lapidation était la peine capitale la plus ordinairement 
appliquée chez les Hébreux. On croit que quand la loi 
portait la peine de mort, il s'agissait toujours de la mort 
par lapidation, si quelque autre supplice n'était indiqué. 
Lev., xx, 2-27. La loi indique les différents crimes qui 
la méritaient : 1° L'idolâtrie. Deut., XIII, 10; xvii, 5. — 
2» La consécration des enfants à Moloch. Lev., xx, 2. — 
3» Le blasphème. Lev., xxiv, 14. — 4° La divination. 
Lev., xx, 27. — 5° La fausse prophétie, c'est-à-dire la 
prétention injustifiée de parler au nom de Dieu. Deut., 
xiii, 5. — 6° La transgression du sabbat. Num., xv, 35. 

— 7° L'indocilité opiniâtre d'un enfant à l'égard de ses 
parents. Deut., xxi, 21. — 8° L'adultère. Deut.j xxn, 22- 
24. — 9° La fornication de la jeune fille. Deut., xxn, 21. 
Les Juifs comptaient dix-huit cas passibles de la lapida- 
tion : trois cas d'inceste, la sodomie, deux cas de bes- 
tialité, l'adultère, le blasphème, l'idolâtrie, l'offrande des 
enfants à Moloch, la pythomancie, la divination, la 
magie, la propagande publique et la propagande privée 
en faveur de l'apostasie, la profanation du sabbat, la 
malédiction contre les parents et, enfin, l'indocilité opi- 
niâtre envers eux. Iken, Antiquitates hebraicx, Brème, 
1741, p. 424. Ces dix-huit cas ne font que reproduire 
ou appliquer les prescriptions de la loi mosaïque. — 
En dehors de ces cas généraux, la lapidation dut être 
infligée à tout homme et à tout animal qui toucherait le 
Sinaî, au delà des limites marquées, pendant que Moïse 
y était en colloque avec Dieu. Exod., xix, 12, 13; Heb., 
xii, 20. Quand un bœuf tuait quelqu'un à coups de cornes, 
il fallait le lapider et il était défendu de manger sa 
chair. Exod., xxi, 28. 

II. application DE LA loi. — 1° Au désert, le fils d'une 
Israélite et d'un Égyptien blasphéma et maudit le nom 
de Dieu. Sur l'ordre de Moïse, on le fit sortir du camp, 
les témoins posèrent la main sur sa tête et ensuite 
toute l'assemblée le lapida. Lev., xxiv, 10-14. — 2° Un 
Israélite fut surpris à ramasser du bois le jour du sabbat; 
toute l'assemblée le lapida encore hors du camp. Num., 
xv, 32-36. — 3° Après la prise de Jéricho, Achan, de 
la tribu de Juda, se permit de prendre pour lui quelques 
objets de valeur, alors que la ville, avec tout ce qu'elle 
renfermait, avait été youée à l'anathème. Sur l'ordre de 
Josué, il lut lapidé, et tout ce qui lui appartenait dut 



être consumé par le feu. Jos., VII, 24, 25. Voir Achan, 
t. i, col. 128-130. — 4" Pour se débarrasser de Naboth, 
Jézabel le fit accuser par deux faux témoins d'avoir 
maudit Dieu et le roi. En conséquence, le malheureux 
fut condamné, conduit hors de la ville et lapidé. III Reg., 
xxi, 10-14. — 5° Après la mort du grand-prêtre Joïada, 
son fils, Zacharie, reprocha au peuple ses transgressions 
et le menaça de la colère divine. Le roi Joas, circonvenu 
par des conseillers impies, fit lapider Zacharie dans le 
parvis même du Temple. II Par., xxiv, 21. Cette odieuse 
exécution laissa de profondes traces dans les souvenirs 
du peuple de Dieu. Notre-Seigneur la rappela dans sa 
parabole des vignerons homicides, Matth., xxi, 35, et 
dans ses reproches à Jérusalem infidèle à toutes les 
grâces de Dieu. Matth., xxm, 37; Luc, xiii, 34; cf. Heb., 
xi, 37. — 6° Un jour, des scribes et des pharisiens ame- 
nèrent à Notre-Seigneur une femme surprise en adul- 
tère et lui demandèrent s'il fallait la lapider, conformé- 
ment à la loi de Moïse. Joa., vm, 4, 5. Cette demande, 
à elle seule, prouvait déjà que la loi invoquée n'était 
plus appliquée; d'ailleurs, depuis l'occupation romaine, 
les Juifs ne pouvaient plus exécuter aucune sentence de 
mort, le procurateur ayant seul le droit de condamner 
à la peine capitale et de la faire exécuter. Ézéchiel vise 
la loi contre l'adultère, quand il dit que Jérusalem 3t 
Samarie seront lapidées l'une et l'autre, c'est-à-dire 
ruinées par les ennemis du dehors, à cause de leur 
idolâtrie qui constitue une infidélité, semblable à l'adul- 
tère, à l'égard du Seigneur. Ezech., xvi, 40; XXIII, 47. 
— 7° D'après la Vulgate, Eccli., xxn, 1, 2, le paresseux 
est lapidé avec une pierre souillée et de la bouse de 
bœufs, pour marquer tout le dégoût qu'inspire sa 
paresse. Dans les Septante, il est dit seulement qu'il est 
semblable à ces deux objets. Il est probable que le tra- 
ducteur latin a lu dans le texte primitif un verbe comme 
mâial, « assimiler, » au lieu de sâqal, « lapider, » ou 
dans le texte grec, xaTegXïjOï], « il a été jeté à bas, » au 
lieu de <ruveëXi^6ri, « il a été comparé. » 

m. LE MODE d'exécution. — 1° La Sainte Écriture n'in- 
dique que quelques-unes des conditions dans lesquelles 
on lapidait les coupables. L'exécution se faisait hors du 
camp ou de la ville. Lev., xxiv, 14, 25; Num., xv, 36; 
III Reg., xxi, 10, 13; Act., vu, 57. Les témoins devaient 
jeter les premières pierres, puis le peuple achevait le 
supplice. Lev., xxiv, 14; Deut., xiii, 9; xvn, 7; Joa., 
vm, 7. On pouvait ensuite suspendre le cadavre à un 
poteau, mais il fallait l'en détacher et l'inhumer avant la 
nuit. Deut., xxi, 23; cf. Jos., x, 26. — 2» La tradition 
juive est plus explicite; Quand le condamné était arrivé 
à quatre coudées du lieu du supplice, on le dépouillait 
de ses vêtements, ne laissant aux hommes qu'un caleçon 
et aux femmes que le vêtement de dessous. On choisis- 
sait, pour l'exécution, un endroit au bas duquel il y eût 
à pic une dépression ayant deux fois la hauteur d'un 
homme; au besoin, on construisait un échafaud dans 
ces conditions. Le condamné y montait, accompagné des 
deux principaux témoins du crime. Là, on lui liait les 
mains, de manière qu'il ne pût s'en servir pour atté- 
nuer l'effet de sa chute, et le premier témoin le poussait 
par le milieu du corps. Le malheureux tombait ainsi 
sur la tête ou sur le dos. Si cette chute amenait la mort, 
on s'en tenait là. S'il en était autrement, le second 
témoin saisissait, avec l'aide du premier quand c'était 
nécessaire, une grosse pierre constituant à peu près la 
charge de deux hommes, et la laissait tomber sur la 
poitrine ou sur la tête du coupable. Si ce dernier sur- 
vivait, le peuple intervenait alors pour l'achever à coups 
de pierres. Voilà pourquoi on profitait, pour procéder 
à ces exécutions, des fêtes à l'occasion desquelles le 
peuple se rassemblait. Quand ensuite il avait été ordonné 
d'attacher le cadavre au poteau, « pour qu'il fût vu de 
tous, » Josèphe, Ant. jud., IV, vm, 24, on l'y suspendait 
par les mains, le visage tourné en avant pour les 



91 



LAPIDATION — LARME 



92 



hommes et du côté du poteau pour les femmes. Le 
cadavre ne pouvait être inhumé dans le sépulcre de 
famille, mais dans un lieu ordinairement désigné par 
le sanhédrin. On enterrait près de lui la pierre qui lui 
avait donné le coup fatal et qui ne pouvait plus désor- 
mais servir convenablement à un autre usage. Enfin, il 
était défendu de porter le deuil du supplicié. Cf. Sanhé- 
drin, iv, 4; vi, 1-5; Iken, Antiq. hebraic, p. 423; 
Fr. Baringius, De 7tapa5eifiiaTicr|jiâ sponsm adultérée, 
24, 25, dans le Thésaurus de Hase et Iken, Leyde, 1732, 
t. ii, p. 103, 104; F. S. Ring, De lapidatione Hebrœorum, 
Francfort, 1716. Dans la lapidation de saint Etienne, il 
semblé que l'on ait suivi au moins l'essentiel de ces 
règles; dans les lapidations populaires, les assistants, 
sous l'empire de la colère, se contentaient d'atteindre 
leur victime avec les traits qu'ils avaient sous la main. 
Comme la précipitation était le prélude ordinaire de la 
lapidation, il ne serait pas impossible que les gens de 
Nazareth, en cherchant à précipiter Notre-Seigneur du 
haut d'un rocher, aient eu l'intention de le lapider 
ensuite comme blasphémateur. Luc, iv, 29. 

Tï I , Pt:Ê* , rTiTr 

LAPIDE (CORNÉLIUS A). Voir Cornélius a La- 
pide, t. ii, col. 1014. 

LAPIDOTH (hébreu : Lappidôf, « torches; » Sep- 
tante : Aaqji8<&8), époux de la prophétesse Débora. 
Jud., iv, 4. On ne connaît que son nom, mais c'est sans 
raisqn qu'on a contesté son existence et qu'on a voulu 
l'entendre, soit d'un nom de lieu, soit d'un qualificatif 
de Débora qui aurait été « une femme d'éclat 9, d'après 
les uns, une marchande de lampes ou de torches, ou 
bien chargée de l'entretien des lampes du sanctuaire, 
d'après les autres. Voir Fr. de Hummelauer, Conim. in 
Jud., 1888, p. 93. 

LAPIN, quadrupède du genre lièvre, dont il se dis- 
tingue par une taillé plus petite et par son habitude de 
creuser des terriers pour s'y abriter. Plusieurs auteurs 
ont cru que le lapin est désigné dans la Bible par le 
mot sâfdn. Lev., xi, 5; Deut., xiv, 7. Cette identifica- 
tion est inexacte. Le sâfân est le daman ou chœrogrylle. 
Voir Chœrogr'ïlle, t. h, col. 712-714: Le daman res- 
semble extérieurement au lapin, il est vrai, mais il 
appartient à un genre différent et, au lieu de se terrer, 
il habite dans des trous de rochers. Il n'existe aucune 
espèce de lapins en Arabie et en Palestine, ou du moins 
on ne rencontre que très rarement cet animal dans ce 
dernier pays. Le silence de la Bible indique qu'il en 
était de même autrefois. Tristram, The natural History 
of the Bible, Londres, 1889, p. 75; Chauvet et Isambert, 
Syrie, Palestine, Paris, 1882, p. 94. H. Lesètre. 

LARCIN. Voir Vol. Voleur. 

LARDNER Nathaniel, théologien anglais, né le 
6 juin 1684 à Hawkhurst dans le comté de Kent, mort 
dans la même ville le 24 juillet 1768. Il fit ses premières 
études à Londres et alla les terminer dans les universités 
étrangères. En 1703, il était de retour en Angleterre et 
se consacra entièrement aux travaux théologiques qui 
lui valurent la réputation d'être un des meilleurs théolo- 
giens de son temps. Son principal ouvrage est : Crédi- 
bilité of the Gospel History, 5 in-8», Londres, 1727- 
1743, réfutation des objections soulevées contre l'authen- 
ticité desÉvangiles. Toutefois ses doctrines le rapprochent 
beaucoup des sociniens. Ses œuvres ont été réunies et 
publiées en 11 in-8°, Londres, 1788, par Kippis, qui les a 
fait précéder d'une vie de N. Lardner, — Voir Kippis, 
Life of Nat. Lardner, in-8°, Londres, 1788; Memoirs 
of the Life and Writings of the late Rev. N. Lardner, 
in-8», Londres, 1769 ; Walch, Biblioth. theolog., t. i, 
p. 797, 841; t. n, p. 492. B. Heurtebke. 



LARGEUR (Vulgate : Lalitudo), nom d'un puits. 
Gen., xxvi, 22. La Vulgate traduit ainsi le nom d'un 
puits, appelé en hébreu Rehoboth, et creusé par les 
gens d'Isaac. Voir Rehoboth. 

1. LARME (hébreu : bâkût, bekîf, bêkéh, bekî, 
dim'âh, marzêah; Septante : Sâxpu, Bâxpuov; Vulgate : 
lacryma,fletus,ploratus), goutte limpide et transparente, 
de saveur amère, sécrétée par la glande lacrymale et 
s'échappant de l'œil sous l'action d'excitations diverses. 
Quelquefois, l'excitation est purement physique, comme 
un coup donné sur l'œil, Eccli., xxii, 24, le contact de 
la fumée. Prov., x, 26, etc. Le plus souvent, cette exci- 
tation provient du système nerveux ébranlé plus ou 
moins fortement par une sensation ou uu sentiment. 
Les larmes coulent ordinairement avec quelque abon- 
dance. Verser des larmes ou pleurer s'exprime par les 
verbes suivants : hébreu : bâkâh, dâlaf, ddma' ;Sep- 
tante : Saxp-Sw, xXaiM, UTaïw; Vulgate : lacrymari, 
ftere, plorare. 

I. Causes des larmes. — Il est très souvent parlé dans 
la Sainte Écriture de personnes qui pleurent. Leurs 
larmes sont excitées par des causes assez* différentes. 
Voici les principales. 1" La mort de quelqu'un qu'on 
aime. On pleure la mort de Sara, Gen., xxm, 2, de 
Joseph qui passe pour avoir été dévoré, Gen., xxxvn, 
35, de Jacob, Gen., L, 11, 17, de Moïse, Deut, xxxrv, 8, 
de Saùl, II Reg., i, 24, d'Amnon, II Reg., xm, 36, d'Ab- 
salom, II Reg., xix, 1, du jeune homme de Naïm, Luc, 
vu, 13, de la fille de Jaïre, Luc, vin, 52, etc. Les dis- 
ciples, Marc, xvi, 10, et Marie-Madeleine, Joa., xx, 11, 
13, 15, pleurent la mort du Sauveur. Rachel pleure ses 
enfants qui ne sont plus. Jer., xxxi, 15; Matlh., ii, 18. 
En beaucoup d'autres passages, il est parlé des larmes 
que la douleur fait verser au sujet des morts. Deut., 
xxi, 13; Job, xxvn, 15; Ps. lxxviii (lxxvii), 64; Jer., 
xvi, 5, 6; xxn, 10; Ezech., xxiv, 16; Eccli., xxii, 10; 
xxxvih, 16; II Mach., iv, 37; Act., ix, 39, etc. Voir 
Deuil, t. ti, col. 1397. Il y avait même des personnes 
qui faisaient métier de pleurer aux funérailles. Marc, 
v, 38. Voir Pleureuses. — 2" Les malheurs publics. 
Les malheurs futurs ou passés d'Israël excitent les pleurs 
des prophètes ou du peuple lui-même. Lev.; x, 6; Num., 
xxv, 6; Is., xxn, 4; Jer., m, 21; îx, 1, 18; xm, 17; 
xiv, 17; Lam., i, 2, 16; n, 18; Joël, n, 12; Mich., i, 
10; Zach., vit, 3; I Reg., xi, 5; Judith, vi, 14, 16; 
vu, 18, 22; xiv, 14; I Esd., m, 13; x, 1, etc. Ces 
larmes seront séchées quand Dieu restaurera son peuple. 
Is., xxv, 8; xxx, 19, Jer., xxxt, 16. Les peuples étran- 
gers ont aussi à pleurer leurs malheurs. Sap., xvm, 10 ; 
Is., xv, 3; xvi, 9; Ezech., xxvn, 31. Aux derniers 
jours, on pleurera sur la ruine de la grande Babylone. 
Apoc, xvm, 9, 11, 19. — 3" Les épreuves particulières. 
Agar pleure à la vue de son enfant qui va mourir. 
Gen., xxi, 16. La fille de Jephté pleure sa jeunesse qui 
va être sacrifiée. Jud., xi, 37. Job, xvi, 17, verse des 
larmes à cause des maux qui le frappent. Les crimes 
d'Absalom font pleurer ceux qui en sont les témoins 
ou les victimes. II Reg., xm, 36; xv, 23, 30. Ézé- 
chias pleure dans sa maladie à cause de l'issue 
fatale qu'il redoute. IV Reg., xx, 3, 5; Is., xxxvih, 3, 5. 
La mère de Tobie ne cesse de verser des larmes en atten- 
dant le retour de son fils. Tob., x, 4. Esther et les Juifs 
du royaume de Perse pleurent en songeant aux 
épreuves qui les menacent. Esth., iv, 3; xiv, 2. Les 
pleurs sont le lot de tous les affligés. Eccle., rv, 1; 
Ps. cxxxvii (cxxxvi), 1 . Les larmes inondent leur couche, 
Ps. vi, 7, et sont parfois tellement abondantes que Dieu 
pourrait les recueillir dans une outre. Ps. lvi (lv), 9. 
Elles se mêlent au breuvage du malheureux, Ps. en (ci), 
10, et deviennent comme un pain dont il se nourrit. 
Ps. xlii (xli), 4; lxxx (lxxix), 6, C'est Dieu qui essuie 
ces larmes en écartant l'épreuve. Ps. cxvi (cxrv),8 — 



93 



LARME 



LARRON 



94 



4° Les peines de l'enfance. L'enfant pleure en nais- 
sant. Sap., vu, 3. Le petit Moïse pleurait dans son 
berceau sur le Nil. Exod., H, 6. Notre-Seigneur parle 
des enfants qui, dans leurs jeux, disent à leurs compa- 
gnons : « Nous nous sommes lamentés et vous n'avez 
pas pleuré. » Luc, vu, 32. Ces enfants jouent à imiter 
des tunérailles et se plaignent de leurs compagnons qui 
n'entrent pas dans leur rôle. Voir Mo r Le Camus, Les 
enfants de Nazareth, in-8», Paris, 1900, p . 63, 101 . — 5° Les 
ardents désirs. Ésaù pleure en demandant à son père 
une bénédiction comme celle qu'a obtenue Jacob. Gen., 
xxvii, 38. Les Israélites pleurent dans le désert en 
demandant de la viande à manger. Num., xi, 4, 10, 13. 
Saint Jean pleuré, dans sa vision, parce qu'il ne se trouve 
personne pour ouvrir le livre scellé. Apoc, v., 4, 5. 
— 6° L'attendrissement affectueux. Des larmes sont 
versées dans les rencontres de Jacob et de Rachel. 
Gen., xxix, 11, d'Esaù et de Jacob, Gen., xxxm, 4, de 
Joseph et de ses frères, Gen., xlii, 24; xliii, 30; xlv, 2, 
14, 15, de Jacob et de Joseph. Gen., xlvi, 29, etc. Job, 
xxx, 25, a des larmes pour l'infortune. Raguël, Anne et 
Sara versent des larmes en voyant le jeune Tobie. Tob., 
vu, 6, 8, 19. Les femmes de Jérusalem pleurent en 
voyant Jésus conduit à la mort. Luc, xxm, 28. Les 
disciples de saint Paul pleurent en le retrouvant. Act., 
xx, 37; xxi, 13; II Tim., i, 4, et lui-même verse des 
larmes en les rencontrant ou en leur écrivant. Act., xx, 
31; II Cor., n, 4; Phil., m, 18. C'est encore un atten- 
drissement mêlé d'amour et de regrets qui excite les 
pleurs des disciples, Marc, xvi, 10, et de Marie-Made- 
leine, Joa., xx, 11, 13, 15, après la mort du Sauveur. — 
7° Le repentir. Quand il est profond, il est accompagné 
d'une douleur qui se traduit souvent par des larmes. 
Les prêtres doivent pleurer dans le sanctuaire pour 
demander le pardon des péchés du peuple. Joël, n, 17. 
La pécheresse, Luc, vu, 38, 44, et saint Pierre, 
Matth., xxvi, 75; Marc, xiv, 72; Luc, xxii, 62, se re- 
pentent de leurs péchés avec larmes. Saint Paul sert 
Dieu avec humilité et avec larmes, à cause de sa fai- 
blesse et de ses fautes. Act., xx, 19. — 8° La prière. 
La prière instante s'adresse à Dieu avec des larmes, qui 
marquent à la fois l'ardeur du désir, la confiance, 
l'amour et le sentiment que le suppliant a de son indi- 
gnité. Jud., xx, 26; Job, xvi, 21; Ps. vi, 9; xxxix 
(xxxvm), 13; xcv (xciv),6; Bar., i, 5; Mal., n, 13; Tob., 
m, 1, 22; vu, 13; xn, 12; Judith, vu, 22, 23; vm, 14; xin, 
6;'I Esd., x, 1; II Mach., xf, 6; xm; 12; Eccli., xxxv, 18, 
etc. Le père qui demande à Notre-Seigneur la guérisou 
de son fils épileptique supplie avec larmes. Marc, IX, 
23. (Ces larmes ne sont pas mentionnées dans quelques 
manuscrits grecs.) Le don des larmes, signes de dou- 
leur, de désir et d'amour, a été accordé à plusieurs 
saints pour accompagner leurs prières, et probable- 
ment à sainte Madeleine, à saint Paul, peut-être aussi à 
d'autres personnages de l'Ancien ou du Nouveau Testa- 
ment. Cf. Ribet, La mystique divine, Paris, 1879, t. n, 
p. 432-433. — 9° L'hypocrisie. Le méchant semble 
pleurer, mais c'est pour mieux tromper et frapper sa 
victime. Eccli., xn, 16, 18. Par pratique idolâtrique, 
les lemmes de Jérusalem pleurent Adonis (Thammouz). 
Ezech., vm, 14. Voir Thammuz. — 10» Le châtiment 
éternel. Il est accompagné de pleurs et de grincements 
de dents. Matth., vm, 12; xm, 42,50; xxn, 13; xxiv,51; 
xxv, 30; Luc, xm, 28. 

II. Les larmes de Notre-Seigneur. — Les Évangé- 
Iistes ne disent pas que le Sauveur ait jamais ri; mais 
ils racontent qu'en plusieurs circonstances il a pleuré. 
Auprès du tombeau de Lazare, pendant que Madeleine 
pleurait, Joa., XI, 31, 33, Jésus pleura, Joa., XI, 35, et les 
Juils en conclurent qu'il aimait beaucoup Lazare. 11 
pleura encore, le jour de son entrée triomphale à Jé- 
rusalem, lorsqu'en face des murs de la Ville il pensa à 
son infidélité et à sa ruine prochaine. Luc, xix, 41. 



Enfin, dans l'Épitre aux Hébreux, v, 7, il est dit qu'aux 
jours de sa chair il présenta des prières et des suppli- 
cations à grands cris et avec larmes, et mérita ainsi 
d'être exaucé. 

III. Remarques sur les larmes. — 1° Les larmes ne 
coulent pas toujours. Il y a « un temps pour pleurer et 
un temps pour rire ». Eccle., m, 4. « On sème dans les 
larmes, et on moissonne dans l'allégresse. » Ps. cxxvi 
(cxxv), 5. Notre-Seigneur proclame « bienheureux ceux 
qui pleurent, parce qu'ils riront », c'est-à-dire seront 
consolés par la grâce et la récompense éternelle, si 
leurs larmes ont été versées pour Dieu. Luc, VI, 21; 
cf. Matth., v, 5. tandis que « ceux qui rient mainte- 
nant seront dans le deuil et les larmes ». Luc, vi, 25. 
Les disciples pleureront sur la mort du Sauveur, puis 
se réjouiront de le revoir. Joa., xvi, 20. — 2» C'est seu- 
lement dans l'éternité que Dieu essuiera à jamais les 
larmes de ses enfants. Apoc, vu, 17; xxi, 4. En vue de 
cet avenir, saint Paul recommande aux fidèles de 
« pleurer comme ne pleurant pas », c'est-à-dire de mêler 
l'espérance et la joie à leurs larmes. I Cor., vu, 30. En 
attendant, les enfants de Dieu doivent « pleurer avec 
ceux qui pleurent », en compatissant aux maux des 
autres. Eccli., vu, 38; Rom., xn, 15. — 3° Les larmes 
versées ont déterminé le nom de certaines localités. Le 
lieu où Débora, nourrice de Rébecca, fut inhumée sous- 
un chêne, près de Bethel, fut appelé 'attôn bâkô(, êiXavoc 
TtévOouc, quercus fletus, le « chêne des pleurs ». Gen., 
xxxv, 8. Voir Bethel, t. i, col. 1678. — Le mot « larmes » 
entre dans deux noms de lieu. Voir l'article suivant. 

H. Lesètre. 

2. LARMES (LIEU ET VALLÉE DES). 1° Dans la 
Vulgate : Locus flentium sive lacrymarum, « le Lieu 
des pleurants ou des Larmes, » traduit l'hébreu Bokim, 
dans Jud., n, 5. Voir Bokim, t. i, col. 1843. — 2» Vallis 
lacrymorum, « Vallée des Larmes, » Ps. lxxxiii (lxxxiv), 
7, traduit 'Êniéq hab-bâkâ\ Voir Baca, t. I, col. 1372. 

LARRON (Matth., Marc. : Xr^ifa; Luc. : xaxo'jp*roç; 
Vulgate : lalro), malfaiteur qui exerce le brigandage et 
vole les passants à main armée. Voir Voleur. En fran- 
çais, le nom de « larrons » est réservé aux deux crimi- 
nels qui furent crucifiés avec Notre-Seigneur. — 1° Ces 
criminels étaient probablement du même genre que Ba- 
rabbas, bien que moins coupables que ce dernier, qui 
fut mis en parallèle avec le Sauveur pour que le con- 
traste fût plus saisissant, indignât le peuple et le déter- 
minât à réclamer la grâce de Jésus. Voir Barabbas, t. I, 
col. 1443. Les deux malfaiteurs furent conduits au sup- 
plice en même temps que le Sauveur, et dans les mêmes 
conditions que lui, puis crucifiés l'un à sa droite et 
l'autre à sa gauche, pour signifier que celui qui occu- 
pait le milieu méritait la même réprobation que ses 
deux compagnons. Les trois croix étaient probablement 
semblables, comme le suppose le récit légendaire de 
l'invention de la Croix du Sauveur. Voir Croix, t. n, 
col. 1130. Les deux larrons devaient, eux aussi, être atta- 
chés par des clous. Matth., xxvii, 38; Marc, xv, 27, 28; 
Luc, xxm, 33. D'après les deux premiers évangélistes, 
les larrons se mirent l'un et l'autre à insulter le Sau- 
veur, à l'exemple des princes des prêtres et de la foule 
qui entourplflè Calvaire. Matth., xxvn, 44; Marc, xv, 
32. Saint Luc, qui raconte avec plus de détail l'épisode des 
voleurs, rapporte seulement que l'un des deux blasphé- 
mait et disait : « Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même 
et nous » avec toi. Luc, xxm, 39. Pour rendre compte 
de cette divergence apparente, saint Augustin, De consens. 
Evangelisl., m, 53, t. xxxiv, col. 1190, dit que saint Mat- 
thieu et saint Marc parlent des voleurs d'une manière gé- 
nérale, comme dans l'Épître aux Hébreux, si, 33, 37, H 
est marqué que les saints ont fermé la gueule des lions, 
ont été lapidés, etc., quand il ne s'agit que de Daniel, de 
Zacharie, etc. Toutefois, dans l'Évangile, il n'y a pas 



95 



LARRON — LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE 



96 



une narration oratoire, mais un récit très circonstan- 
cié. Aussi pourrait-on dire que les deux larrons ont 
commencé par blasphémer, mais qu'à un moment l'un 
d'eux est rentré en lui-même. C'est à ce moment que 
prend le récit de saint Luc. Le bon larron interpelle 
son compagnon et lui dit : « Tu ne crains donc pas 
Dieu, alors que tu es dans la même condamnation 
(xpipiaTt) » que moi, et que le même supplice va nous 
conduire l'un et l'autre au tribunal de Dieu. « Pour 
nous, c'est justice, car nous recevons ce que nous avons 
mérité. Mais celui-ci n'a rien fait de repréhensible. » Le 
grec ouSèv êÎTojtov, « rien qui ne soit à sa place, » rien 
d'inconvenant, est plus respectueux que le latin- niliil 
mali, « rien de mal, » car un acte peut être fait mal à 
propos sans être mauvais. Cette remarque du bon larron 
témoigne en lui d'une foi éclairée en Notre-Seigneur, et 
d'une connaissance de sa mission divine qui suffit à lui 
inspirer confiance. Les Juifs croyaient qu'un homme 
pieux pouvait introduire avec lui en paradis celui qui 
assistait à son dernier soupir. Ketuboth, f. 103. Peut- 
être le larron partageait-il cette croyance. Toujours est- 
il que, convaincu de la puissance et de la sainteté du 
Sauveur qu'il voyait sur le point d'expirer, il lui dit : 
« Souvenez-vous de moi, Seigneur, quand vous arriverez 
dans votre royaume. » Une telle prière suppose que le 
larron reconnaît en Jésus le Messie, celui qui vient 
fonder le grand royaume attendu de tout Israël. Il va 
mourir lui-même, comme celui qu'il implore; mais il 
est manifeste que, pour lui, la mort n'est un obstacle ni 
à l'établissement de ce royaume par Jésus, ni au bienfait 
qu'il espère retirer personnellement de cet établisse- 
ment. Il va de soi que cette foi du bon larron a pour 
cause principale la grâce qui émane du divin crucifié. 
Jésus lui répondit: « En vérité, je te le dis : aujourd'hui 
tu seras avec moi dans le paradis. » Luc, xxm, 40-43. 
Le corps du Sauveur et celui du larron vont bientôt 
rester inanimés sur leurs croix; c'est donc l'âme du 
larron qui suivra dans le paradis l'âme du Sauveur. Ce 
paradis, c'est le séjour dans lequel les âmes. des justes 
attendent les effets de la rédemption. Voir Enfer, t. n, 
col. 1795; Paradis; S.Augustin, Ep. cxxxru, ad Dar- 
dan,, 6-9, t. xxxin, col. 834. C'est ainsi que « le larron 
échange sa croix pour le paradis et du châtiment de 
son homicide fait un martyre i>. S. Jérôme, Ep. lviii, 
1, t. xxn, col. 580. Cf., dans les Sermons attribués à 
S. Augustin, Serm. clv, De cruce et latrone, t. xxxix, 
col. 2047-2053. — 2» Comme, d'après la loi juive, Deut., 
xxi, 23, un corps ne pouvait demeurer sur la croix 
après le coucher du soleil, les Juifs _ demandèrent à 
Pilate d'infliger aux trois crucifiés un nouveau supplice, 
le crurifragiuni ou brisement des os des jambes, qui 
devait les achever cruellement. Ce supplice était en 
usage chez les Romains. Sénèque; De ira, ni, 18, 32; 
Suétone, Octav., 67; Tiber., 44; Ammien Marcellin, xiv, 
9. Le brisement s'exécutait à coups de massue. Les deux 
larrons, qui n'étaient pas encore morts quand arrivèrent 
les soldats, eurent à le subir. Joa., xix, 31, 32. — 
3° Comme les Évangélistes ne donnent aucun détail sur 
le passé des deux larrons, la légende a cherché à com- 
pléter leurs récits à ce sujet. Les deux larrons se seraient 
appelés Desmas et Gismas, ou Dimas et Gesmas, d'après 
les Acta Pilali, ix, Gênas et Gestas, d'après l'Évangile 
de Nicodème, Titus et Dumachus, d'après l'Évangile de 
l'Enfance, xxm. Cf. Le Camus, La %ie de N.^S. J.-C, 
6» édit., Paris, 1901, t. m, p. 376. Le bon larron aurait 
été le fils d'un chef de brigands qui arrêta la Sainte 
Famille au cours de son voyage en Egypte. Émerveillé 
de la splendeur qui illuminait le visage de l'Enfant, le 
fils du chef délivra la Sainte Famille. C'est lui qui, plus 
tard, serait devenu le bon larron. Cf. S. Aelredus Rhie- 
vallensis, De vita eremitica, 48, dans les Œuvres de 
S. Augustin, t. xxxii, col. 1466. Au moyen âge, les pèle- 
rins latins ont cru que Ja localité appelée Lafrûn, près 



d'Emmaûs (voir la carte, t. n, col. 1757), n'était autre 
que le village du bon larron, Castrum boni latronis. 
Roland, Palsestina illustrata, Utrecht, 1714, p. 429. Cf. 
Liévin, Guide de la Terre-Sainte, Jérusalem, 1887, 
t. i, p. 123; Chauvet et Isambert, Syrie, Palestine, 
Paris, 1900, p. 237. Mais Pétymologie qui l'ait venir 
Lafrûn de latro est absolument inacceptable. Si des 
souvenirs de brigands se rattachaient primitivement à 
cette localité, peut-être faudrait-il les faire remonter jus- 
qu'à un certain berger nommé Athronges, 'A6p6frï;c, 
qui se proclama roi après la mort d'Hérode, et qui, aidé 
de ses quatre frères, arrêta une cohorte romaine près 
d'Emmaûs, et fil périr son chef, Arius, avec quarante de 
ses soldats. Varus vengea cette aggression en brûlant 
Emmaûs. Josèphe, Ant. jud., XVII, x, 7, 9; Bell, jud., 
II, iv, 3. Voir Emmaûs, t. n, col. 1746. Il se pourrait 
alors que le nom de el-Latrûn ou eUAlrùn dérivât de 
celui d'Athronges. Cf. Le Camus, Notre voyage aux pays 
bibliques, Paris, 1894, t. i, p. 185. Celte seconde étymo- 
logie n'est que probable; il lui manque d'être appuyée 
par d'anciens documents. H. Lesêtre. 

LASTHÈNE (AoktOiqvi];), ministre de Démétrius II 
Nicator, roi de Syrie. Ce roi, dans une lettre qu'il 
écrit à Jonathas Machabée, appelle Lasthène « notre 
parent », aufTevri; -finâv, I Mach., xi, 31 (Vulgate : pa- 
rens noster), et dans une lettre qu'il lui avait adressée 
à lui-même, il le qualifie de « père », ica-crip (Vulgate, 
parens, I Mach., xi, 32). C'était donc un grand person- 
nage de la cour d'Antioche, comme l'indiquent ces titres. 
D'après Josèphe, Ant. jud., XIII, iv, 3, il était Cretois 
d'origine et s'était concilié la faveur de Démétrius en 
lui fournissant un contingent de troupes mercenaires 
considérable, lorsque ce prince se rendit de Crète en 
Syrie, cf. I Mach., x, 67, pour arracher le pouvoir royal 
à Alexandre I er Balas. Voir t. n, col. 1362. Lasthène était 
probablement à leur tête (148 ou 147 avant J.-C). Quand 
Démétrius II fut devenu roi, il fit de lui son principal 
ministre, et lorsqu'il accorda à Jonathas Machabée di- 
verses faveurs que celui-ci lui avait demandées, il notifia 
ses concessions à Lasthène, dans une lettre qu'il lui 
écrivit et dont il envoya à Jonathas lui-même une copie 
que nous a conservée l'auteur du premier'livre des Ma- 
chabées, xi, 30-37, ainsi que Josèphe avec quelques lé- 
gères variantes. Lasthène fut ainsi chargé de diminuer 
les charges des Juifs envers la Syrie, mais il est sim- 
plement nommé à cette occasion dans l'Écriture. Quand 
Démétrius eut triomphé de ses ennemis, ce fut lui sans 
doute qui le poussa à renvoyer son armée, à l'exception 
des forces étrangères « qui lui venaient des îles des 
Gentils ». Mach., xi, 38; Josèphe, Ant. jud., XIV, iv, 9. 
Ce renvoi suscita un tel mécontentement qu'il fut une 
des causes de la révolte qui éclata contre Démétrius II 
et qui eut pour résultat l'avènement de Tryphon au 
trône. Cf. Diodore, Reliq., xxxm, 4, édit. Didot, t. n, 
p. 522. On ne sait plus rien de l'histoire de Lasthène. 

F. Vigouroux. 

LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE. On peut 
distinguer, en suivant l'ordre même des temps, trois 
classes de versions latines. — 1° La première en date 
comprend tous les textes antérieurs à saint Jérôme, 
que l'on appelait autrefois d'un nom commode, bien 
qu'inexact, la version italique. A cette classe se rattache 
cette partie des anciens textes qui furent soumis à revi- 
sion, tels, par exemple, les Évangiles et les Psaumes 
de notre Vulgate que saint Jérôme corrigea d'après le 
grec. — 2° La seconde, c'est la version que le même 
saint docteur fit directement soit sur l'hébreu soit sur 
le chaldéen et qui est connue sous le nom de Vulgate. 
— 3° Il a paru, à partir de la Renaissance, ain certain 
nombre de versions latines, faites les unes sur les 
Septante, les autres sur les textes originaux. Elles 
forment une troisième classe. 



97 



LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JÉRÔME 98 



1. LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉ- 
RIEURES A SAINT JÉRÔME. — I. La LANGUE DES 
anciennes 'versions latines. — Ces versions sont écrites 
en une langue particulière. Ce n'est pas le latin des 
classiques de la belle époque, mais le bas latin, qui a 
cours dans l'usage populaire, à Rome, en Italie, dans 
les Gaules, en Afrique et partout où l'on trouve quelque 
colonie romaine. — Les particularités linguistiques 
de ce latin biblique concernent tantôt l'orthographe, 
tantôt le vocabulaire et tantôt la syntaxe. Les mots en 
effet ne s'écrivent pas et sans doute ne se pronon- 
çaient pas toujours comme à l'époque classique : on 
trouvera, par exemple, vinis, que, dispargam, fobeas, 
scribsit, locuntur, sepellierunt, etc., pour venis, quse, 
dispergam, foveas, scripsit, loquuntur, sepelierunt. Le 
vocabulaire s'est surchargé de mots composés, ou bien 
de mots portant soit des préfixes soit des suffixes jus- 
qu'alors inusités; d'autres fois, il acceptera des expres- 
sions populaires ou des vocables d'importation étran- 
gère : longanimitas, multiloquium, gaudimonium, 
capillatura, superextollo, particulatim, seruginare, 
amaricare, anathematizare, agonizare, sabbatum, etc. 
Je ne dis rien des sens nouveaux que l'on donne même 
aux expressions classiques; car c'est un phénomène lin- 
guistique général que les mots prennent à l'usage des 
significations nouvelles. Mais ce qui est sans doute le 
plus surprenant dans ce latin de décadence, c'est trop 
souvent le parfait dédain des conventions grammaticales 
concernant es genres, les cas, les conjugaisons, et ce 
que l'on appelle les règles d'accord ou de compléments. 
On dira, par exemple, cubilis tuus, fodire, odire, mise- 
reor super, posuistis in carcerem, dico vobis quod, co- 
gnovit quia, etc. Inutile de faire remarquer que toutes ces 
particularités sont restées dans notre latin de moyen âge. 
Cette langue déplaisait fort aux anciens rhéteurs, quand 
pour la première lois ils entraient en contact avec nos 
Écritures. Arnobe de Sicca (f 327), Advers. nat., I, 45, 
t. v, col. 775, avouait, non seulement que le Christ par- 
lait un langage simple, avec « des termes populaires 
et de tous les jours », popularibus et quotidianis ver- 
bis; que les Apôtres avaient écrit « dans une langue 
triviale et sordide » : trivialis et sordidus sermo est, 
i, 58, t. v, col. 796; mais encore, ce qui semble bien 
cette fois viser les versions usuelles, que la langue des 
Écritures est remplie « de barbarismes, de solécismes et 
des vices les plus difformes » : barbarismis, solœcismis 
obsilss sunt, inquit, res vestrse et vitiorum pollutse. 
Ibid., I, 59, t. v, col. 797. A cela, Arnobe répond qu'il 
faut préférer l'utilité à l'agrément. Ibid,, col. 797-798. 
Saint Augustin, de son côté, fut longtemps choqué par 
le style incorrect et la langue triviale de la Bible latine. 
Confess., m, 5, t. xxxn, col. 686. Mais, dans la suite, 
il jugea que la simplicité de l'Écriture était une 
raison de plus de la trouver vénérable. Confess., vi, 5, 
t. xxxn, col. 723. Il savait du reste, comme Arnobe, que 
l'utilité prime l'agrément, quand il s'agit de rendre 
exactement une idée, de la faire entendre à ses audi- 
teurs, De doctr. Christ., m, 3, t. xxxiv, col. 68; et lui- 
même, un jour, il préféra le barbarisme à la correction 
(fenerat à feneratur), afin de se faire mieux comprendre. 
Enarr. in Ps. xxxn, serm. m, 6, t. xxxvi, col. 386. 
Voir sur le latin biblique : Huré, Dictionnaire universel 
de l'Écriture Sainte, 2 in-i'°, Reims, 1715; réédité par 
Migne sous le titre de Dictionnaire universel de philo- 
logie sacrée, 4 in-4», Paris, 1846 (c'est un dictionnaire 
complet de la Vulgate; et quoiqu'il ne s'occupe directe- 
ment que de la Vulgate, comme plusieurs des ouvrages 
suivants, il est utile pour l'étude du latin post-classique) ; 
Weitenauer, Lexicon biblicum, in quo explicantur Vul- 
. gatse vocabula et phrases quœcumque propter linguse 
grœcseque peregrinitatem injicere moram legenti pos- 
sunt, in-12, Augsbonrg et Fribourg-en-Brisgau, 1758; 
Venise, 1760; in-12, Rome, 1846; Kaulen, Handbuch zur 

DICT. DE LA BIBLE. 



Vulgala. Eine systematische Darslellung ihres lateinis- 
clien Sprachcharakters, in-12, Mainz, 1870; Goelzer, 
Étude lexicographique et grammaticale de la latinité de 
saint Jérôme, in-8», Paris, 1884; C. Paucker, De latv- 
nitate B. Hieronymi observationes ad nominum verbo- 
rumque usum pertinentes, 2 e édit. in-8», Berlin, 1880 
(travail de pure philologie lexicographique); Hagen, 
Sprachliche Erôrterungen zur Vulgata, Fribourg-en- 
Brisgau, 1863; Cavedoni, Saggio délia latinitd biblica 
dell'antica Volgata Itala, Modène, 1869; G. Koffmane, 
Geschichte des Kirchenlateins, tome i : Entstehung 
und Entwickelung des Kirchenlateins bis Augustinus- 
Hieronymus, in-8", Breslau, fasc. i, 1879 ; fasc. h, 1881 ; 
Rônseh, Itala und Vulgata. Dos Sprachidiom der ur- 
christlichen Itala und der katholischen Vulgata unter 
Berûcksichtigung derrômischen Volksprache erlâutert, 
Marbourg, 1869; 2 8 édit., 1875; Id., Studien zur Itala, 
' dans la Zeitschrift fur wissenschaftl. Théo logie, 1875, 
p. 128, 425; 1876, p. 287, 397; 1881, p. 198; Id., Zur 
vulgâren uni biblischen Latinitât, dans la Zeitschrift 
fur die ôsterreichischen Gymnasium, Vienne, t. xxx, 
p. 806-811, 1879 (reproduit dans la collection pos- 
thume Collectanea, philologa, p. 212-216, in-8°, Brème, 
1891); Id., Die âltesten lateinischen Bibelàbersetzungen 
nach ihrem Werte fur die lateinische Sprachivissen- 
schaft, dans les Collectanea, p. 1-20; Id., Grammatisches 
und Lexicalisches aus dem Urkunden der Itala, dans 
les Collectanea, p. 20-32; Ph. Thielmann, Veber die Be- 
nuizung der Vulgata zu sprachlichen Untersuchungen, 
dans le Philologus ; t xlii, 1884, p. 319-378; P. Mon- 
ceaux, Le latin vulgaire d'après les dernières publica- 
tions, dans la Revue des deux mondes, 15 juillet 1891, 
p. 429-448; Id., Les Africains, étude sur la littérature 
latine d'Afrique, Paris, 1894; Gaston Boissier, Les 
Africains, étude sur la littérature latine d'Afrique par 
Paul Monceaux, dans le Journal des savants, 1895, 
p. 35-46; P. Monceaux, Histoi7-e littéraire de l'Afrique 
chrétienne depuis les origines jusqu'à l'invasion arabe, 
t. i, Tertullien et les origines; t. n, S. Cyprien et son 
temps, Paris, 1901 ; Sittl, Die localen Verschiedenhei- 
ten der lateinischen Sprache mit besonderer Berûck- 
sichtigung des afrikanischen Lateins, in-8", Erlangen, 
1882; Hauschild, Einige sichere Kennzeichen des afri- 
kanischen Lateins, Francfort, 1889; Ehrlich, Beitrâge 
zur Latinitât der Itala. Programm d. Realschule Roch- 
litz, in-4°, 1895; P. Corssen, Bericht ûber die latei- 
nischen Bibelàbersetzungen, dans Jahresbericht ûber 
die Fortschritte derclassischen A Iterthumswissenschaft, 
xxvii f Jahrgang, 1899, t. ci, i Heft, p. 1-83, Leipzig, 
1900 (la quatrième partie de cet ouvrage concerne la 
langue de la Bible latine). Dans Archiv fur lateinischen 
Lexikographie 'und Grammatik publié à Leipzig par 
Wolfflin, on trouvera aussi nombre de travaux concer- 
nant le latin post-classique. Nous signalerons notam- 
ment les articles suivants: 1. Thielmann, Lexicogra- 
phisches aus dem Bibellatein. Archiv, t. 1, 1884, p. 68- 
81. — 2. Hartel, Lucifer von Cagliari und sein Lalein, 
t. m, 1886, p. 1-58; — 3. Schepss, Die Sprache Pri- 
scillian's, t. m, 1886, p. 309-328. — 4. Wolfflin, Die 
ersten Spuren des african. Lateins, t. vi, 1889, p. 1-8. 
— 5. Sittl, Die Heimath der Appendix Probi, t. vi, 
1889, p. 557-561 — 6. Wolfflin, Minucius Félix. Ein 
Beitrag zur Kenntnis des african. Lateins, t. vil, 1892, 
p. 467-484. — 7. Kûbler : Die lateinische Sprache auf 
africanischen Inschriften, t. vin, 1893. p. 161-202. — 
8. Thielmann, Die europàischen Bestandtheile des 
latein Sirach., t. rx, 1894, p. 247-284. — 9. Geyer, 
Spuren Gallischen Lateins bei Marcellus Empiricus, 
t. vin, 1893, p. 469-481. Dans Jahresbericht ûber die 
Fortschritte der classischen Alterthumswissenschaft 
de Bursian et Iwan Mùller, voir aussi : 1. K. Sittl, 
Jahresbericht ûber Vulgâr- und Spâtlatein, t. lxviii, 
1891. — 2. C. Weyman, Die christlich lateinische Lite- 

IV. - 4 



LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JEROME 100 



raturvon 1886-1881 bis ende 1894, ibid., 1896. — 3. L. 
Bayard, Le latin de saint Cyprien, in-8», Paris, 1902. 

II. Énumération des textes de nos anciennes ver- 
sions. — Nous sommes encore loin de posséder toute 
la Bible dans son vieux texte latin, s'il s'agit du moins 
de l'Ancien Testament. Nous allons énumérer ici les 
textes connus jusqu'à ce jour. On en trouve dans la 
Vulgate, dans les œuvres des premiers Pères latins et 
surtout dans les manuscrits bibliques qui ont échappé 
aux ravages du temps. 

/. dans la vulgate. — Saint Jérôme a inséré dans 
sa propre version, et sans en faire la revision, un cer- 
tain nombre de livres et fragments de l'ancienne ver- 
sion, à savoir tous les livres et fragments deutérocano- 
niques de l'Ancien Testament, à l'exception de Tobie et 
de Judith traduits par lui. La Vulgate contient donc, 
tels qu'ils étaient avant saint Jérôme, les textes suivants : 
la Sagesse, l'Ecclésiastique, Baruch, I et II des Mâcha-' 
bées, dans Esther le fragment x, 4rXVi, dans Daniel m, 
24-100, et xih-xiv. M. Ph. Thielmann, sur l'invitation de 
l'Académie royale de Munich, prépare une édition cri- 
tique des deutérocanoniques du "Vieux Testament selon 
l'ancienne version. Il a dans ce but exploré déjà les 
manuscrits, les éditions, les citations des Pères et tous 
les documents qui peuvent éclairer sa route. 11 a exposé 
le résultat de ses premières recherches dans un travail 
que l'Académie royale a publié dans ses Comptes ren- 
dus (Section de phil. et d'hist., t. xm, Heft n, p. 205- 
243), et dont il a paru un tirage à part : Eericht ûber 
das gesammelte handschriftliche Material zu einer 
kritischer Ausgabe der latéinischen Vebersetzungen 
biblischer Bûcher des alten Testamentes, Munich, 1900. 

Outre les textes non revisés de l'ancienne version, on 
trouve encore dans la Vulgate un certain nombre de 
livres que saint Jérôme a revus et corrigés sur le grec, 
à savoir : les Psaumes (2 e revision faite à Bethléhem) et 
le Nouveau Testament, peut-être revu en entier. Ces 
textes revisés appartiennent plutôt à l'histoire de la 
Vulgate; il n'en sera pas autrement question ici. 

II. DANS LES ŒUVRES DES PÈRES LATINS. — Tous les 

Pères latins antérieurs à la version de saint Jérôme, et 
même un certain nombre de ceux qui vécurent après 
lui, ont utilisé dans leurs œuvres les anciennes versions 
latines. C'est pourquoi l'on doit avoir recours à leurs 
écrits, soit pour retrouver la teneur de ces versions, 
soit surtout pour juger de leur origine et de leur diver- 
sité. Les principaux parmi les écrivains ecclésiastiques 
qui ont été étudiés au point de vue de nos anciens 
textes, ou qui mériteraient de l'être, sont les suivants : 
1° En Italie et au nord de la Péninsule. — L'auteur 
de la version latine de / Cor. de saint Clément de 
Rome, version retrouvée par dom Morin et publiée par 
lui dans les Anecdota Maredsolana, t. n, Maredsous, 
1894; l'auteur de la plus ancienne des deux versions du 
Pasteur d'Hermas, dite Vulgate, et remontant peut-être 
au II e siècle (dans Migne, Patr. Or., t. il); — Novatie.n, 
qui écrivait en 252 (t. m); — Victorin de Pettau, en 
Pannonie, f vers 303 (t, v) ; Firmiçus Maternus, écrivait 
vers 347 (t.xn); — Lucifer de Cagliari, f 371(t.xm); — 
Eusèbe de Verceil, f 371 (t. xn) ; — Philastre de Brescia, 
écrivait en 380 (t. xn) ; — l'auteur de la traduction latine 
des Deux Voies, c'est-à-dire de la première partie de la 
Didachè, AiSax'n ™v Swêsxa 'Airo(rrô).(ov, Doctrina XII 
Apostolorum, una cum antiqua versione latina prioris 
partis de Duabus Viis, primum edidit J. Schlecht. 
Fribourg-en-Brisgau, 1900. Cette traduction latine « a été 
faite par un Africain, avant l'an 200 », dit le Bulletin 
critique, 1902, p. 425. Si cette dernière remarque était 
vraie, il faudrait classer la présente version parmi les 
ouvrages africains (voir plus bas); nous la laissons ici 
à cause du lien qui la rattache à la Didascalie; — l'auteur 
de la version latine de la Didascalia sive Doctrina xn 
Apostolorum, Cette version est peut-être du IV e siècle 



et d'origine milanaise. Cf. Batiffol, Anciennes littéra- 
tures chrétiennes. Littérature grecque, in-12, Paris, 
1897, p. 74. Découverte dans un palimpseste de Vérone, 
elle a été publiée par E. Hauler, Eine lateinische Pa- 
limpsestûbersetzung der Didaxc. Apost., Vienne, 1896; 

— s.iint Ambroise, évêque de Milan de 374 à 397, t. xiv- 
xvn ; Ambrosiaster ou Pseudo-Ambroise, vers la fin du 
IV e siècle (identifié à tort avec Hilaire, diacre de Borne; 
Bardenhewer, Palrologie, Fribourg-en-Br., 1894, p. 386; 
c'était un Juif converti, appelé Isaac et contemporain 
du pape Damase, d'après D. Morin, dans la Bévue d'his- 
toire et de littérature religieuses, 1899, p. 97, t. XXI); 

— saint Jérôme lui-même, dans ses œuvres, utilise l'an- 
cien texte ou le discute, t. xxn-xxx; — l'auteur du livre 
Depromissionibus attribué par erreur à Prosper d'Aqui- 
taine. Le véritable auteur écrivait peut-être en Campanie 
vers le milieu du v« siècle, pense Kennedy, Dictionary 
of the Bible, 1900, t. m, p. 53. Mais Bardenhewer, Pa- 
trologie, p. 485, en fait un Africain ; — l'auteur de la ver- 
sion latine de l'Épître dite de Barnabe, version qui peut 
être de la fin du y siècle. Il est douteux que l'auteur 
appartienne à l'Italie. Le texte de cette version a été pu- 
blié par Gebhardt et Harnack dans Patr. apost. Opéra, 
Leipzig, 1875, fasc. i, part. 2; 2" édit, 1878. Voir aussi 
Patr. Gr., t. n. 

2» En Gaule. — Saint Irénée, f202, dans la version 
latine de ses œuvres qui est peut-être de la fin du 
II e siècle (voir Batiffol, Littérature^. 106), t. vu; — Lac- 
tance, né probablement en Afrique, mort à Trêves, vers 
260-340, t. vi-vn; — saint Hilaire de Poitiers, f 368, t. IX- 
x; — saint Victrice, évêque de Rouen vers 408, t. xx; — 
Cassien, f 435, t. xlix; — Salvien; florissait vers 450, 
t. lui; — saint Avit devienne, vers 450-517, t. lix; — 
Gildas le Sage, vers la fin du vi e siècle (voir Bardenhewer, 
Palrologie, p. 593), t. i.xix. 

3° En Espagne. — Juvencus, écrivait en 330, t. xix; 

— Priscillien, évêque d'Avila, fin du IV e siècle. Ses œu- 
vres onl été découvertes et publiées par Schepss : Pris- 
cilliani quss supersunt, maximam partent nuper de- 
teccit adjectisque commentariis criticis et indicibus 
primus edidit G. Schepss, Vienne, 1889 (Corpus script, 
eccl. lat., t. xvm) ; — Bachiarius, moine, vers l'an 400, 
t. xx ; l'auteur du Liber de divinis Scripturis ou Spé- 
culum, du vme-ix» siècle. C'est un recueil de textes de 
l'Ancien et du Nouveau Testament, qui n'est pas dans 
Migne. Il a été publié: 1. par l'oratorien Viguier en 
1654 (voir Bardenhewer, Palrologie, trad. française, 
Paris, 1898-1899, t. h, p. 426) ; 2. par Mai, partiellement 
dans le Spicilegium Bomanum, Rome, 1843, t. ix, ap- 
pend. 2, p. 61-75 et 75-86; 3. par le même, au complet 
dans Patrum nova collectio, t. i, part. 2, Rome, 1852; 

4. par Weihrich, en 1887, t. xii du Corpus script, de 
Vienne. On l'avait attribué à tort à saint Augustin, 
trompé par ce fait que saint Augustin a publié en effet 
un ouvrage analogue, appelé aussi Spéculum, qui se 
trouve dans Migne, t. xxxiv, p. 887-1040. Malheureu- 
sement, dans cet ouvrage d'Augustin, on a substitué le 
texte de la Vulgate àl'ancienne version que portait l'ou- 
vrage primitif. Notre Spéculum anonyme, au contraire, 
porte bien toujours l'ancienne version. Parlant du Codex 
Sessorianus, qui est le principal manuscrit de cet ou- 
vrage, Gregory estime que le texte biblique du Spéculum 
est parent du texte de Priscillien, et confirme son opi- 
nion en mentionnant l'avis de Hort qui rangeait cet ou- 
vrage parmi les textes de recension espagnole. Gregory, 
Prolegomena à l'édit. 8 a major du Nouv. Test, grec de Ti- 
schendorf,p.961,et rexf ftritift, Leipxig, 1900-1902, p. 606. 

4° En Afrique. — Tertullien, 150-240, t. i-ii ; — saint Cy- 
prien, f 258, t. m-iv; — l'auteur du De Pascha Computus, 
en 243. Inter opéra S. Cypriani, t. iv; — l'auteur du De 
Aleatoribùs, vers le temps de saintCyprien. Inter opéra 

5. Cypr., t. iv ; — l'auteur de VExhortatio ad pœni- 
tentiam, attribuée à tort à saint Cyprien. Inter opéra S. 



101 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JÉRÔME 102 



Cypr., t. iv; — Commodien, vers le milieu du III e siècle, 
t. v. Mais il est douteux que Commodien soit Africain ; 

— Arnobe de Sicca, commencement du iv« siècle; t. v ; 

— Optât de Milève, écrivait en 368, t. xi; — Tyconius, 
donatiste; écrivait en 390, t. xvm; — saint Augustin, 354r- 
430, t. xxxii-xlvii; — Capreolus, évêque de Carthage; 
écrivait en 431, t. lui; — Vigile de Thapse; écrivait en 
484, t. lxii; — Fulgence, évêque de Ruspe, vers 458-533, 
t. txv; — Primasius d'Adrumète, milieu du VI e siècle, 
t. lxvih; — Victor de Tunis, milieu du VI e siècle, t. Lxviii. 

5° Auteurs qui ont étudié les Pères du point de vue 
des anciennes versions latines. — Les citations bibli- 
ques des premiers écrivains latins ont été étudiées, dans 
ces derniers temps, avec beaucoup d'attention. Sans 
doute, les Pères ne citent pas toujours leurs textes mot 
à mot, comme nous le taisons aujourd'hui, et c'est pour- 
quoi il est assez difficile de retrouver avec certitude chez 
la plupart d'entre eux le texte fixe des versions latines de 
leur époque. Il n'en esl pas moins vrai que pour arriver 
à démêler l'écheveau des versions ou recensions latines, 
à connaître parfaitement leurs origines, leur mode de 
propagation, il est indispensable de tenir le plus grand 
compte des citations des Pères. Les travaux faits dans 
ce sens méritent donc d'être signalés. Dès le xvi» siècle, 
. Flavius Nobilius, dans sa traduction latine des Septante, 
Vêtus Testamenlum secundum lxx latine reddilum, 
in-f°, Home, 1588, avait donné l'exemple. Dans des 
notes placées en renvoi à la fin de chaque chapitre, on 
trouve semés çà et là quelques passages des anciennes 
versions, simples extraits des œuvres des Pères. Au 
xvin e siècle, P. Sabatier, bénédictin de la congrégation 
de Saint-Maur, publiait en 3 in-f° une collection de 
textes et de fragments embrassant toute la Bible, pris 
non seulement des manuscrits, mais encore des écrits 
des Pères : Bibliorum Sacrorum latinse versiones an- 
tiques seu vêtus Italica et cxterse qusecumque in co- 
dicibus manuscriptis et antiquorum libris reperiri 
potuerunt, quse cum Vulgata latina et cuin textu grseco 
comparantur, Reims, 1743-1749. Le même ouvrage se 
rencontre avec un simple changement dans le titre: 
Paris, François Didot. 1751. On a dit avec raison que 
cet immense travail est « un de ceux qui l'ont le plus 
d'honneur, à l'érudition française ». Revue critique, 
28 mai 1870, p. 342. Cf. Mangenot, Les travaux des béné- 
dictins de Saint-Maur, de Saint-Vanne et de Saint-Hy- 
dulphe, sur les anciennes versions latines de la Bible, 
Amiens, 1888. Au XIX e siècle et dans ces premières années 
du XX e , de nombreuses publications ont paru dans ce 
genre d'études. Citons les suivantes : 1852, Mai, Patrum 
nova collectio, Rome, t. i, part. 2, où il pu,blia en entier, 
comme nous l'avons dit plus haut, le Spéculum composé 
d'extraits de l'Ancien et du Nouveau Testament. — 1860- 
1864, Vercellone, Variée lectiones Vulgattc latinse, 
Rome, où l'auteur a inséré divers fragments dont quel- 
ques-uns sont tirés des Pères. — 1871, Ronsch, Bas 
Neue Testament Tertullian's,Leipii$. — 1875, le même, 
Die alltestamentliche llala in den Schriften des Cy- 
prian. Vollstândiger Text mit krilischen Beigaben, 
dans la Zeitschrift fur historische Theoloyie, p. 86-161. 
Dans cette même revue, Rœnsch avait déjà publié : Bei- 
trâge zur patristichen Bezeugung der biblischen Texges- 
talt und Latinitàt. I. Aus Ambrosius, 1869, p. 433-479, 
«t 1870, p. 91-150. H. Aus Lactantius, 1871, p. 531-629. 

— 1885, P. de Lagarde, Probe einer neuen Ausgabe der 
lateinischen Uebersetzungen des A. T., Goettingue. L'au- 
teur apporte sur les psaumes i-xvn les citations bibliques 
de vingt-deux Pères de l'Église. — 1887, Zingerle, Kleine 
philologische Abhandlungen, Inspruck, IV Heft, p. 75- 
SQ, où il étudie les citations bibliques de saint Hilaire. 

— 1889, Wunderer, Bruchstûcke einer africaniscfien 
Bibelûbersetzung in der pseudocyprianischen Schrift 
Exhortatio de pœnitenlia, Erlangen. — 1890, J . M. Bebb, 
Ilte Evidence of the early Versions and patiistic Quo- 



tations on the text of the Books of the New Testament, 
dans Studia biblica et ecclesiastica d'Oxford, t. n, p. 1S5- 
240. — 1892, P. Corssen, Der Cyprianische Text der 
Acta Apostolorum, Berlin. — . 1893, J. B. UUrich, De Sal- 
viani Scripturse Sacrée versionibus. Programm der 
kgl. Studienanstalt zu Neustadt, Neustadt. — 1893, 
Franz Weihrich, Die Bibelexcerpte de divinis Scrip- 
turis und die Itala des Augustinus, dans Sitz-Ber. d. 
Wien. Akad.,\. cxxix, philos, histor. Klasse (tirage à part). 

— 1894. F. C. Burkitt, The booh of Rules of Tyconius 
edited from the Mss. with an inti'oduction and an 
examination into the text of the biblical quotations, 
dans Texts and Studies, t. m, n. 1, Cambridge. — 
1895, Tougard, Saint Victrice. Son livre De laude San- 
ctorum, Paris. On trouve dans cet ouvrage des frag- 
ments ou citations d'une ancienne version latine. — Voir 
pour d'autres travaux du même genre, parus dans des 
revues françaises ou étrangères, Nestlé, Urlextund Ueber- 
setzungen der Bibel, Leipzig, 1897, p. 90-91, 94-95. 

m. dans les manuscrits BIBLIQUES. — Les manus- 
crits bibliques ont sur les citations des Pères cet avan- 
tage de nous offrir un texte fixé, arrêté, des versions 
latines. C'est pourquoi, quand on se propose de déter- 
miner le véritable texte suivi communément dans l'an- 
tiquité, ce sont les manuscrits qu'il fout mettre en 
œuvre les premiers, comme fournissant les matériaux 
les plus sûrs. — Depuis l'époque où Sabatier rassemblait 
dans son grand ouvrage tous les vieux textes latins con- 
nus de son temps, on a fait de nombreuses et précieuses 
découvertes de manuscrits. Nous sommes encore rela- 
tivement pauvres pour l'Ancien Testament; mais pour le 
Nouveau nous avons le droit d'être satisfaits de nos ri- 
chesses. Dans l'énumération que nous allons donner, 
nous suivrons l'ordre canonique des livres de la Bible, 
indiquant pour chaque livre ou groupe de livres les 
manuscrits qui les renferment au complet ou en partie: 
et les éditions qui en ont été publiées. Pour plus de 
détails, voir Samuel Berger, Histoire de la Vulgate 
pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893; 

— Gregory, Prolegomena du Novum Test, grœce de 
Tischendorf, edit. 8» major, t. m, 1894, p. 948-971. et 
Textkritik des neuen Testamentes, t. il, Leipzig, 1902, 
p. 594-613 (textes du Nouveau Testament); — Scrivener, 
A plain Introduction to the criticism of the New Testa- 
ment, 3 e édit., par Miller, London, 1894, t. n, p. 41-56, 
Le chapitre où il est question des versions latines n'est 
pas de Scrivener, mais de H. J. White; — Corssen: Be- 
richtûber die lateinischen Bibelûbersetzungen, dans Jah- 
resbericht ûber die Fortschritte der classischen Alter- 
tumswissenschaft fondé par Conrad Bursian, Leip- 
zig, 1899, t. ci, fasc. i, p. 1-83; — Ph. Thielmann, Be 
richt ûber dos gesammelte handschriftliche Material 
zu einer kritischen Ausgabe der lateinischen Veberset- 
zungen biblischer Bûcher des alten Testamentes. Ex- 
trait des Comptes rendus de l'Académie royale de Bavière, 
sect. de phil. et d'hist., t. xm, fasc. h, p. 205-243. Mal- 
gré son titre général, cet ouvrage ne s'occupe que des 
deutérocanoniques de l'Ane. Test. ; — Nestlé, Lateinische 
Bibelûbersetzungen, dans Vrtext und Uebersetzungen 
der Bibel, Leipzig, 1897, p. 86-95 (tirage à part d'ar- 
ticles parus dans la 3 e édit. de la Realencyhlop&die fur 
protestantiscke Théologie undKirche); — Kennedy, La- 
tin Versions (The Old), dans le t. m du Dictionary of 
the Bible, de Hastings, Edimbourg, 1900, p. 47-62. 

1° Manuscrits complets ou fragmentaires de l'Ancien 
Testament; leurs éditions diverses. — 1. Pentateuque: 
Lugdunensis (codex), y-vr siècle, à Lyon, ms. 54. Con- 
tient le Pentateuque à partir de Genèse, xvi, 9, et aussi 
Josué et les Juges. Lord Ashburnham a publié de ce ma- 
nuscrit le Lévitique et les Nombres, qui faisaient alors 
partie de sa bibliothèque : Librorum Levitici et Nume- 
rorum versio antiqua Itala, e codice Ashburnhamiense, 
in-l", Londres, 1868. A son tour, M. U. Robert a pu- 



103 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JÉRÔME 104 



blié, en 1881, les parties suivantes du Pentateuque: Ge- 
nèse de xvi, 9 à la fin; Deut., depuis i, 1 jusqu'à xi, 
4>>; après quoi, il a ajouté comme complément les deux 
livres déjà édités par Ashburnham : Pentateuchi versio 
latina antiquissima e codice Lugdunensi, Paris, 1881. 
Enfin, en 1900, le même auteur nous a donné la fin du 
Pentateuque à partir de Deut., xi, 4 b , avec Josué et Juges 
du même manuscrit qui formait donc un Heptateuque : 
Heptateuchipartis posterioris versio latinaantiquissima 
e codice Lugdunensi, Lyon, 1900; — Oltobonianus, vm e 
siècle, au Vatican, n. 66. Fragments de la Genèse et de 
l'Exode, publiés par Vercellone, Variée lectiones Vulgatœ 
latines, Rome, 2 in-4», 1860-1864, au t. I, p. 183 et 307. 
Cf. Apparatus, p. lxxxvi; — Wirceburgensis (pa- 
limpseste), vi 8 siècle, à Wurzbourg, ms. 64 a . Fragments 
de Gen., Exod., Lévit.,Deut., publiés par Ranke, Parpa- 
limpsestorum Wirceburgensium. Antiquissima Veteris 
Testamenti versionis latines fragmenta, Vienne, 1871. 
Cet ouvrage contient aussi les fragments renfermés dans 
le même manuscrit des prophètes suivants : Osée, Jonas, 
Isaïe, Jérémie, Lamentations, Ezéchiel et Daniel. Voir 
ci-dessous Prophètes; — Monacensis (palimpseste), 
v 8 -vi 8 siècle, à Munich, lat. 6225. Fragments d'Exode, 
Lévit., Nombres et Deut., publiés par Ziegler, Bruch- 
stûcke einer vorhieronymianischen Uebersetzung des 
Pentateuch aus einem Palimpseste der Bibliothek zu 
Mïtnchen, Munich, 1883; — Vindobonensis (palimp- 
seste), V e siècle, à Vienne (Autriche). Fragment de Ge- 
nèse, publié par Belsheim, Palimpsestus Vindobonensis. 
Anliquissimse Veteris Testamenti translationis latines 
fragmenta e codice rescripto, Christiania, 1885; — Me- 
diolanensis (palimpseste), à Milan, c. 73. Fragments du 
Pentateuque. Peyron en a publié quelques versets seu- 
lement : M. lulli fragmenta ex membranis palim- 
psestis, Stuttgart et Tubingue, 1824, p. 131. Cf. Cors- 
sen, Bericht, p. 36. 

2. Josué. —JMgdunensis. Voir ci-dessus, Pentateuque ; 

— Ottobonianus, n. 66. Fragments. Voir ci-dessus, Penta- 
teuque. Publiés par Vercellone. Varies lect., t. Il, passim; 

— Gothicus, x' siècle, en Espagne, à Léon, dans les 
archives de la collégiale de San-Isidro. Quelques fragments 
des anciennes versions dans les marges du manuscrit. 
Voir S. Berger, Hist. de la Vulgate, p. 18-19. Publiés 
par Vercellone, Varies lect., t. n, passim. 

3. Juges. — Lugdunensis. Voir ci-dessus, Pentateuque; 

— Ottobonianuç, n. 66. Fragments. Voir ci-dessus, 
Pentateuque. Publiés par Vercellone, Varise lect., t. n, 
passim; — Gothicus. Voir ci-dessus, Josué. Fragments 
dans les marges du manuscrit. Publiés d'après une copie 
qui est à la Vaticane par Vercellone, ibid. ; — Fritzschiana 
fragmenta. Publiés par Fritzsche, Fragmenta libri 
Judicum post Petrum Sabatier paullo auctiora, Zurich, 
1867. 

4. Ruth. — Complutensis, rx» siècle, à Madrid, biblio- 
thèque de l'Université, ms. 31. Publié par S. Berger, 
Notice sur quelques textes latins inédits de l'Ancien 
Testament. Paris, 1893. Tiré des Notices et extraits des 
mss. de la Bibliothèque Nationale, t. xxxiv, 2 e partie. 
Cf. du même sur ce ms. : Hist. de la Vulgate, p. 22. 

5. Rois. — Gothicus. Voir ci-dessus Josué. Fragments 
des quatre livres, aux marges du manuscrit. Publiés 
par Vercellone d'après la copie du Vatican, Varise lect., 
t. il, passim; — Vindobonensis (palimpseste). Voir ci- 
dessus, Pentateuque. Fragments de I et II Reg. Publiés par 
Belsheim en 1885 (op. laud., ibid.); — Fragments de 
I, II et IV Reg., publiés d'après quelques anciens mss. 
de Corbie et de Saint-Germain par Sabatier, Bibliorum 
latinse versiones, Reims, 1743-1749, t. i; — Fragments 
de I, II et III Reg. sur deux feuillets de Magdebourg et 
de Quedlinbourg. Les fragments du I Reg. ont été 
publiés par Schum, Dos Quedlinburger Fragment einer 
illustrirteti Itala, dans Theologische Studien uni Kri- 
tiken, 1876, p. 121-134; le tout par Weissbrodt, Index 



lectionum Brunsburgensis, 1887. — Autre fragment de 
Quedlinbourg, fragment du III Reg., publié par A. Dûning, 
Ein neues Fragm. d. Quedl. Italacodex, 1888; — Frag- 
ments du I Reg. dans le ms. n. 2 d'Einsiedeln, XV e siècle. 
Publiés par S. Berger, Notice, etc. Voir ci-dessus, Ruth; 

— Fragments du II Reg. dans un ms. de Vienne, publiés 
par Haupt, Veteris versionis antehieronymianss libri 
II Reg. sive Samuelis fragmenta, Vindobonensia, 
Vienne, 1877. 

6. Paralipomènes. — Gothicus. Fragments aux marges 
du ms. Voir ci-dessus, Josué. 

7. Esdras. — Deux mss. d'après lesquels Volkmar a 
publié le texte : Esdras propheta, ex duobus manu- 
scriptis Haies, Tubingue, 1863. 

8. [727 Esdras, apocryphe.] — On trouve le texte latin de 
cet apocryphe : 1» dans la Vulgate; 2° à la Bibl. Nat., à 
Paris, latin 111 (publié par Sabatier); 3° à la Mazarine, 
à Paris, 29; 4» à Douai, n. 7; 5» à Vienne, n. 1191; 6° à 
Madrid, E. R. 8. 

9. [IV Esdrse, apocryphe.] — Le texte est dans la 
Vulgate. Un fragment perdu, qui est à placer entre f. 35 
et 36 du c. m, a été retrouvé, puis publié en 1875, par 
Bensly. Depuis, le livre complet a paru dans Texts and 
Studies de Cambridge, t. ni, n. 2 : The fourth Book 
of Ezra. The latin version edited from the mss., Cam- 
bridge, 1895. 

10. Tobie. «- Se trouve dans beaucoup de manuscrits : 
1» A Paris, Bibl. Nat., latin 6 (dit Bible de Rosas. Voir 
S. Berger, Hist. de la Vulg., p. 24-25); 93, publié par 
Sabatier; 161; 11505 et 11553, ces deux derniers encore 
dans Sabatier. Cf. S. Berger, Hist. de la Vulg., p. 65. — 
2°AMetz,ms. 7. — 3° En Espagne, àLéon, codex Gothicus 
(voir ci-dessus, Josué); à Madrid, Complutensis (voir ci- 
dessus, Ruth); de nouveau, à Madrid, musée archéolo- 
gique, Bible de Huesca. Voir Berger, Hist. de la Vulg., 
p. 20. — 4» A Munich, ms. 6239 du IX e siècle, publié par 
Belsheim, Libros Tobise, Judith, Ester... ex codice Mo- 
nacensi, Trondhjem, 1893. Cf. S. Berger, ibid., p. 67- 
68, 95-96, 101. — 5» A Milan, bibliothèque Ambrosienne, 
ms. E 26 inferior. Ct. S. Berger, ibid., p. 138. — 6» Au 
Vatican, codex Regio-Vaticanus, n. 7, dans Sabatier. 
Sur Tobie et les autres deutérocanoniques on consul- 
tera surtout l'ouvrage de Thielmann indiqué en tête de 
notre énumération des manuscrits : Bericht, etc. 

11. Judith. — Se trouve : 1° A Paris, Bibl. Nat., n. 6, 
93, 11505, 11553, comme Tobie (voir ci-dessus), et de 
plus n. 11549 aussi utilisé par Sabatier. — 2° A Metz, 7. 

— 3° En Espagne, dans les mêmes manuscrits que Tobie 
(ci-dessus). — 4° A Munich, n. 6239 même manuscrit 
que Tobie (ci-dessus). — 5° En Angleterre, Oxtord, 
Bibl. Bodléienne, Auctarium, E infra 2. 

12. Esther. — Se trouve : 1° dans la Vulgate, pour le 
fragment deutérocanonique non revisé par saint Jérôme, 
x, 4-xvi. — 2° A Paris, Bibl. Nat., latin 11549, utilisé 
par Sabatier. — 3° A Lyon, n. 356, qui contient le com- 
mencement et la fin d'Esther. Publié en partie par 
S. Berger, Notice, etc. (ci-dessus, Ruth). Cf. Hist. de la 
Vulgate, p. C2. — 4° Dans le codex Pechianus, ainsi 
nommé du nom du chanoine dé Narbonne, Pech, auquel 
il appartenait. Ce manuscrit aujourd'hui perdu contenait 
des fragments d'Esther, de ni à la fin. Sabatier s'en est 
servi dans sa grande publication. — 5° A Madrid, Codex 
Complutensis (voir ci-dessus, Ruth). — 6° A Munich, 
n. 6239, même manuscrit que Tobie (voir ci-dessus); 
n. 6225. Voir Thielmann, Bericht, etc., p. 217. — 7» A 
Rome, Biblioth. Vallicellane, B 7. Contient c. i-n. 
Publié par J. M. Carus (nom que prenait par dévotion 
pour la Vierge le cardinal Tommasi), Sacrorum Biblio- 
rum... veteres tituli sive capitula, sections» et sticho- 
metrise, in-4», Rome, 1688, p. 92-93. Utilisé aussi par 
Sabatier; par Bianchini, Vindictes, 1740. 

13. Job. — Fragment de Fleury. Contient xliii, 3-9. 
Dans Sabatier, t. 1, p. 904. Cf, S. Berger, Hist. de la. 



105 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JEROME 106 



Vulg., p. 86; — Gothicus. Fragments dans les marges 
du manuscrit. Publies par S. Berger, Notice, etc. (voir 
ci-dessus, Ruth), p. 20-23. Cf. Hist. de la Vulg., p. 18 sq. 

14. Psaumes. — Veronensis, à Vérone. Publié par 
Bianchini, Psalterium duplex, dans ses Vindicise, 1740. 
— Sangermanensis, à Paris, Bibl. Nat., latin n. 11947. 
Publié par Sabatier, t. n. — Fragments dans des pa- 
limpsestes de Carslruhe, sur lesquels voir F. Mone : 
Lateinische und griechische Messen, Francfort-sur-le- 
Main, 1850, p. 40 ; et du même auteur : De libris pa- 
limpsestis tam latinis quant grsecis, Carslruhe, 1855, 
p; 48. — Sur les trois psautiers du Codex Cavensis, voir 
S. Berger, Hist. de la Vulgate, p. 14-15. 

15. Proverbes. — Fragments, à Vienne, Biblioth. 
Impériale, palimpseste, n. 954. Publiés par Vogel : 
Beitrâge zur Herstellung der alten lateinischen Bibel- 
Vebersetzung. Zwei handschriftliche Fragmente ans 
dem Bûche des Ezechiel und aus SpHchwôrleh Salo- 

- mos zum ersten Maie herausgegeben, Vienne, 1868. — 
Fragments sur deux feuillets palimpsestes conservés au 
monastère de Saint-Paul, Lavantthal, en Carintbie. Pu- 
bliés par Mone, De libris palimpsestis, Carlsruhe, 1855. — 
Codex 11 de Saint-Gall., vrii e siècie. Extraits del'ancienne 
■version, publiés par S. Berger, Notice, etc. (voir ci- 
dessus, Buth) ; du même, cf. Hist. de la Vulg., p. 121- 
122. — Quelques leçons marginales dans le manuscrit 
latin 11553, Paris, Biblioth. Nat. Cf. S. Berger, Hist. de 
la Vulg., p. 65-66. 

16. Ecclésiasle. — Leçons marginales dans le ma- 
nuscrit latin 11553, Bibl. Nat., Paris. Voir ci-dessus, 
Proverbes. — Codex 11 de Saint-Gall. Extraits de l'anc. 
version, publiés par S. Berger, Notice, etc., comme ci- 
dessus, Buth. Du même, voir Hist. de la Vulg., p. 121- 
122. 

17. Cantique des Cantiques. — Mêmes manuscrits 
que pour l'Ecclésiaste, mêmes publications de M. S. 
Berger. 

18. Sagesse. — Dans la Vulgate, texte non revisé de 
l'ancienne version. Paul de Lagarde a donné une édition 
du texte de la Sagesse, dans ses Mittheilungen, Gœttin- 
gue, 1884, p. 241-282. 

19. Ecclésiastique. — Dans la Vulgate, texte non re- 
visé de l'ancienne version. Voir ici encore l'édition de 
Lagarde, ibid., p. 283-378. — Fragment de Toulouse. 
Publié par M9 r Douais, Une ancienne version latine de 
l'Ecclésiastique, Paris, 1895, gr. in-8"> de 36 p. Cl. Her- 
Jcenne, De veteris latinse Ecclesiastici capitibus 1-XLI1I 
una cum notis ex ejusdem libri translationibus sethio- 
pica, armeniaca, copticis, latina altéra, syro-hexaplari 
depromptis, Leipzig, 1899. 

20. Prophètes divers. — Wirceburgensis (palimp- 
seste), VI" siècle, à Wurzbourg, bibliothèque de l'Uni- 
versité, ms. 64». Contient des fragments des prophètes 
Osée, Jonas, Isaïe, Jérémie, Lamentations, Ezechiel, 
Daniel (où l'on trouve Oratio Azariie, Bel et Draco). 
Publiés en partie par Mûnter, Fragmenta versionis 
antiques latinse antehieronymianss Prophetarum Jere- 
mise, Ezechielis, Danielis et Hosese, e codice rescripto 
Wircehurgensi, Copenhague, 1819. Publiés au complet 
par Ranke, Par palimpsestorutn Wirceburgensium. 
Antiquissimœ Veteris Testanienti versionis latinx 
fragmenta, Vienne, 1871. Cf. ci-dessus, Pentateuque, 
Wirceburgensis. — Ms. de Weingarten, dont on a les 
divers fragments à Fulda, Darmstadt, Stuttgart et au 
monastère de Saint-Paul en Carinthie, Lavantthal. Ils 
contiennent des passages des prophètes suivants : Osée, 
Amos, Michée, Joël, Jonas, Ézéchiel, Daniel. M. Ranke 
■a publié : Fragmenta versionis sacrarum Scriptura- 
rum latinse antehieronymianss e codice nianuscripto, 
2 in-4», Marbourg, 1860 (fragments d'Osée, Amos, 
Michée, Joël, Jonas, Ezechiel et Daniel), 2 e édit., Vienne, 
1868, avec un appendice de Vogel, contenant les frag- 
ments d'Êzéchiel, du même manuscrit, retrouvés par 



Sickel, au monastère des bénédictins de Saint-Paul, 
Lavantthal, en Carinthie : Beitrâge zur Herstellung, etc. 
(voir Proverbes), Vienne, 1868. Ranke retrouva plus 
tard, à Stuttgart d'autres fragments des prophètes 
Amos, Ezéchiel et Daniel : Ernesti Ranke, Antiquis- 
simse Veteris Testanienti Versionis Latinse fragments. 
Stuttgardiana, in-4 , Marbourg, 1888. Enfin, en 1897, 
M. Corssen ayant découvert à Darmstadt d'autres frag- 
ments du manuscrit, les a publiés sous ce titre : Zwei 
neue Fragmente der Weingartener Prophetenhands- 
chrift, in-4», Berlin, 1899. Ce sont encore des frag- 
ments d'Êzéchiel et de Daniel. — Lectionarium Bob- 
biense, à Turin. Contient des fragments d'Isaie et 
de Jérémie, découverts par Amelli. Non publiés. Voir 
Ziegler, Die lateinischen Bibelûbersetzungen, Munich, 
1879, p. 105, n. 2. 

21. Cantiques de divers prophètes. — Sous ce titre 
groupons les publications de cantiques faites par les 
auteurs suivants : Sabatier, t. n. — Bianchini, dans 
ses Vindicise, où il publie 7 cantiques d'après un ma- 
nuscrit des Psaumes de Vérone. — Fleck, Fragmenta 
Italx velustissimm V. T. e codice reg. Armamentarii 
parisiensis(Cantica:Dmt.,xxxn; Habac.,m; IBeg.,li; 
Isaias, xxvi; Daniel, m). Dans WissenschaftlicheBeise 
durch das sûdliche Deutschland, t. n, part. 3, p. 337, 
Leipzig, 1837. — Hamann, Canlicum Moysi, Iena, 1874. 

22. Jérémie. — Sangallensis, à Saint-Gall, n. 912. 
Fragments, publiés par Tischendorf, Anecdota sacra et 
profana, 2 a edit., 1861, p. 231; et plus complètement 
par Burkitt dans son ouvrage : The Old latin and the 
Itala, Cambridge, 1896, dans Texts and Studies, 
t. iv, n. 3. 

23. Baruch. — On le trouve : 1° dans la Vulgate, texte 
non revisé; — 2° à Paris, Bibl. Nat., latin 11, 161, 
11951, ce dernier publié par Sabatier; — 3° de nouveau 
à Paris, Bibl. de l'Arsenal, n. 65 et 70; — 4° à Reims, 
n. 1, voir encore Sabatier; — 5° à Rome, Vallicellane, 
B 7. Publié par Sabatier; par Bianchini, Vindicise ; par 
Carus, op. laud. (voir ci-dessus, Esther), p. 147-150; — 
6° Cassinensis, 35; — 7" à Léon, en Espagne, codex Go- 
thicus. Voir Hoberg, Die atteste lateinische Ueberset- 
zung des Bûches Baruch, 2 e édit., Fribourg-en-Brisgau, 
1902, p. 22. Cf. ci-dessus, Josué. 

24. Daniel. — Dans la Vulgate, fragments deutéroca- 
noniques non revisés, m, 24-100 et xm-Xiv. 

25. 1 Machabées. — 1° Dans la Vulgate, texte non re- 
visé. — 2° Complutensis, ix e siècle, à la bibliothèque 
de l'Université de Madrid, n. 31. Des fragments en ont 
été publiés par S. Berger, Notice (comme ci-dessus, 
Ruth). Cf. Histoire de la Vulgate, p. 22. — 3" Frag- 
ments dans le codex 356 de Lyon. S. Berger en a donné 
quelques-uns dans Notice. — Fragments, I-XIII, à 
Paris, Bibl. Nat., latin, n. 11553. Publié par Sabatier. 

26. Il Machabées. — 1° Dans la Vulgate, texte non 
revisé. — 2° A Milan, Bibl. Ambrosienne, ms. E 26infer. 
Publié par A. Peyron, M. Tullii Ciceronis Orationum 
fragmenta inedita, Stuttgart, 1824, p. 70. Voir S. Berger, 
Hist. de la Vulg., p. 138. — 3° Complutensis, et 4° Co- 
dex 356 de Lyon. Des fragments de ces deux manuscrits 
ont été publiés par S. Berger, Notice (ci-dessus IMach.). 
— 5° Fragments à Rome, Vaticane, lat. 474. Publiés par 
G. Mercati, l'fagrtlenti Urbinati d'un' antica versione 
latina del libro II de' Maccabei editi ed illustrait, 
dans la Bévue biblique, \<* avril 1902, p. 184-211. 

2» Manuscrits complets ou fragmentaires du Nou- 
veau Testament ; leurs éditions diverses. — i. Évan- 
giles. — a. Vercellensis, IV e siècle, à l'église cathédrale 
de Verceil. Contient les quatre Évangiles presque en 
entier. Publié par J. Irico, Sacrosanclus Evangeliprum 
codex S. Eusebii Magni, Milan, 1748; par Bianchini, 
Evangeliarium quadruplex latinœ versionis antiques, 
Rome, 2 in-fol., 1749; réimprimé par Migne, Patr. Lat., 
t. xii ; de nouveau édité par Belsheim, Codex Vercellen- 



107 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JÉRÔME 103 



sis, Quattuor Evangelia, Christiania, 1894. — a 3 . Cu- 
riensia fragmenta, v*-vl e siècle, en Suisse, à Coire, 
Reetisches Muséum. Fragments de Luc. Publiés par 
Ranke, Curiensia Evangelii Lucani fragmenta lalina, 
Vienne, 1874; par Wordsworth, Sanday et White dans 
Old latin bibiical Texts, n. il, Oxford, 1886. — a 2 (au- 
trefois n). Sangallensia fragmenta, ye-vi' siècle, en 
Suisse, au monastère de Saint-Gall, ms. 1394, vol. i ; 
ms. 172, fol. 256; item, à la bibliothèque de la ville ou 
Vadiana bibliotheca, 70. Publié par Batiffol, Fragmenta 
Sangallensia, Contribution à l'histoire de la Vêtus Itala, 
Paris, 1885. Voir du même auteur : Note sur un évan- 
géliaire de Saint-Gall, Paris, 1884. Publié aussi 
comme le précédent dans les Old latin bibiical Texts, 
ibid. Les feuillets de ces fragments appartenaient autre- 
fois au même manuscrit que les Curiensia fragmenta 
ci-dessus. — a 2 (autrefois o). Sangallense fragmen- 
tum, vii e siècle, encore dans le ms. 1394, t. i. Édité 
par Batiffol avec le précédent (ancien n) et de même 
dans les Old latin bibiical Texts, ibid. — a 2 (autrefois 
p). Sangallense fragmentum, vii^vm 8 siècle, toujours 
dans le manuscrit 1394, mais cette fois t. n. Publié par 
Forbes dans Arbuthnott Missal, préface, p. xlviii, 
Burntisland, 1864; par Haddan et Slubbs dans Councils 
and ecclesiaslical documents relating to Great Britain 
and lreland, t. i, appendix G, p. 197, Oxford, 1869; et 
de nouveau avec les précédents dans OUI latin bibl. 
Texts, ibid. ; enfin, par Batiffol dans Note sur un évan- 
géliaire de Saint-Gall, Paris, 1884. — b. Veronensis, 
IV-V siècle, à Vérone, bibliothèque du chapitre de la 
cathédrale. Les quatre Évangiles. Publié par Bianchini, 
Evangelium quadruplex. — c. Colbertinus, xi-xm e siècle, 
à Paris, Bibl. Nat., latin 254. Les quatre Évangiles; le 
reste du manuscrit est de la Vulgate. Publié par 
Sabatier, Bibliorum sacrorum latinse versiones; par 
Belsheim, Codex Colbertinus Parisiensis. Quatuor 
Evangelia antç Hieronymum latine translata post edi- 
tionem Pelri Sabatier cum ipso codice collatam 
denuo edidil J. B., Christiania, 1888. — d. Cantabri- 
giensis, grceco-latinus (appelé autrefois Claromontanus, 
et plus connu aujourd'hui sous le nom de Codex 
Bezse = D grec des Évangiles; ne pas le confondre avec 
le Claromontanus Parisiensis, autre gréco-latin, qui 
est le D grec des Épîtres paulines et le d. latin de ces 
mêmes Épitres), VI e siècle, à Cambridge, Bibl. de 
l'Université, n.2.41. Contient Évangiles et Actes. Publié 
par Kipling, Codex Theodori Bezse Cantabrigiensis, 
2 in-fol., 1793; par Sorivener, Bezse Codex Cantabri- 
giensis, being an exact copy, in ordinary type, of the 
celebrated uncial grssco-lalin maniiscript of the four 
Gospels and Acts of the Apostles, wrilten early in the 
sixth century, and présentée to the university of 
Cambridge, by Théodore Beza. A. V. 1581, in-4°, 
Cambridge, 1864. — e. Palatinus, iv«-v« siècle, à Vienne, 
latin 1185. Quatre Évangiles. Publié par Tischendorf, 
Evangelium palatinum ineditum sive reliquise textus 
Evangeliorum latini ante Hieronymum versi ex codice 
Palatino purpureo quarti vel quinti post Christum 
seculi, Leipzig, 1847, — Fragment de e. Matth., xm, 13- 
23, à Dublin, Trinity Collège, n. 4-18. Publié par 
Abbot, Par palimpsestorum Dublinensium, Londres, 
1880. — Autres fragments de e, à Rome, Bibliothèque 
Vallicellane, U. 66, mais cette fois simple copie faite en 
1762 pour Bianchini. Publiés d'après cette copie par 
H. Linke, Neue Bruchstûcke des Evangelium Palati- 
num, dans Sitzungsberichte der bayerisclien Akade- 
mie, Munich, 1893, t. i, p. 281-287. Belsheim a réédité 
le tout, c'est-à-dire le codex Palatinus et les fragments, 
Evangelium Palatinum, Christiania, 1896. — f. Brixia- 
nus, vi» siècle, à Brescia, bibliothèque du chapitre. 
Quatre Évangiles. Publiés par Bianchini (voir a); par 
Migne, Pair. Lot., t. su; par Wordsworth et White dans 
leur édition du Nouveau Testament selon saint Jérôme : 



Novum Testamentum D. N. Jesu Christi latine, se- 
cundum editionem sancti Hieronymi, Oxford, fasc. 1, 
1889; fasc. 2, 1891; iasc. 3, 1893; iasc. 4, 1895; iasc. 5, 
1891. — ff 1 . Corbeiensis primus, vm e -x e siècle, autrefois 
au monastère de Corbie en Picardie, maintenant à 
Pétersbourg, Bibl. Impériale, D 326. Contient saint 
Matthieu. Publié par Martianay, Vulgata antiqua latina 
et ltala versio evangelii secundum Matthseum, Paris, 
1695; par Sabatier; par Bianchini; par Migne d'après 
Bianchini, P. h., t. xn ; par Belsheim, Bas Evangelium 
des Matthus nach dem lateinischen Codex ff 1 Cor- 
beiensis auf der kaiserlichen Bibliothek zu Sanct Pe- 
tersburg von neuem in verbesserter Gestalt herausge- 
geben. Nebst einem Abdruck des Briefes Jacobi nach 
Martianays Ausgabe von 1695, Christiania, 1881. — 
ff 2 . Corbeiensis secundus, vi e -vn e siècle, à Paris, Bibl. 
Nationale, lat. 17225. Les quatre Évangiles. Les leçons 
de ce manuscrit ont été données par Aug. Calmet, 
Nouvelles dissertations importantes et curieuses sur 
plusieurs questions qui n'ont point été touchées dans 
le Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien 
et du Nouveau Testament, Paris, 1720; item, par Sa- 
batier; par Bianchini. Le texte a été publié au complet 
par Belsheim : Codex ff 2 Corbeiensis sive Quatuor 
Evangelia ante Hieronymum latine translata, Chris- 
tiania, 1888. — g 1 . Sangermanensis primus, vm°- 
IX e siècle, à Paris, Bibl. Nat., latin 11553, ancienne 
version latine seulement pour Matthieu et texte mêlé 
d'anciennes leçons pour les autres Evangiles. Cité par 
Robert Estienne dans sa Bible latine de 1538-1540 et 
dans celle de 1546; collationné et utilisé par Martianay 
dans son édition de ff 1 (ci-dessus); utilisé d'après Mar- 
tianay par Bianchini ; publié par Wordsworth dans Old 
lalin bibiical Texts, n. 1 : The Gospel according to saint 
Matthew from the Saint Germain ms. g 1 , Oxford, 
1883. — g 2 . Sangermanensis secundus, s* siècle, à 
Paris, Bibl. Nat., latin 13169. Cf. S. Berger, Histoire 
de la Vulgate, p. 48. — h. Claromontanus, iv e -vn e siècle, 
à Rome, au Vatican, latin 7223. Ancienne version latine 
seulement pour Matthieu. Utilisé par Sabatier; publié 
par Mai, Scriptorum veterum nova collectio, t. m, 
p. 257, Rome, 1828; et de nouveau par Belsheim, 
Evangelium secundum Matthseum e codice olim Cla- 
romontano nunc Vaticano, Christiania, 1892. — i. Vin- 
dobonensis, 'v«-vii e siècle, à Vienne, lat. 1235. Contient 
en grande partie Marc et Luc. Utilisé par Bianchini; 
publié pour la partie de Marc, par Alter dans Neues 
Repertorium fur bibl. und morgenl. Literatur, Iéna, 
t. m, p. 115-170, 4791 ; et, pour la partie de Luc, dans 
les Memorabilia de Paulus, t. vu, p. 58-95, Leipzig, 
1795 ; au complet, par Belsheim, Codex Vindobonensis 
membranaceus purpureus. Antiquissimx Evange- 
liorum Lucse et Marci translatants latinss fragmenta, 
Leipzig, 1885. — j. Voir plus loin z. — k. Bobbiensis, 
v-vi» siècle, à Turin, Bibl. de l'Université, G. VII, 15. 
Grands fragments de Marc et de Matthieu. Publié par 
Fleck, Anecdota sacra, Wissenschaftliche Reise, Leip- 
zig, 1837, t. H, part. 3, p. 1-109; par Tischendorf, dans 
Jahrbûcher der Literatur, Anzeige-Blatt, Vienne, 1847- 
1849, vol. 120, 121, 123, 124 et 126; par Words- 
worth, Sanday et White, dans Old latin bibiical Texts, 
a. n : Portions of the Gospels according to saint Mark 
and saint Matthew, from the Bobbio ms. k, Oxtord, 
1883. — 1. Rehdigerianus (non Rhed.), vn« siècle, à 
Breslau, église Sainte-Elisabeth. Quatre Évangiles. Pu- 
blié partiellement par Scheibel, Codex quatuor evan- 
geliorum latinus Rehdigerianus,Matthseus et Marcus, 
Breslau, 1763. Leçons du manuscrit insérées par David; 
Schulz dans sa troisième édit. du Nov. Tes. gr. de 
Griesbach, Berlin, 4827, t. i. Publié par Haase, Evan- 
geliorum quattuor vêtus latina interpretatio ex codice 
Rehdigerano nunc primum édita, Breslau, 1865-1866. 
— m. Sessorianus, vw'-ix' siècle, à Rome, Bibliothèque 



109 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JÉRÔME 110 



dite Sessorienne du monastère de Sainte-Croix de Jéru- 
salem, manuscrit principal du Liber de divinis Scrip- 
turis, ou Spéculum dit de saint Augustin, contenant 
des extraits de presque toute l'Ecriture. Peut-être eût-il 
été préférable de ne point classer ce codex parmi les 
manuscrits bibliques à texte continu. Voir ci-dessus ce 
qui a été dit du Spéculum, quand nous avons énuméré 
les Pères d'Espagne. — n, o, p, devenus a a . Voir ci- 
dessus — q. Monacensis (autrefois Frisingensis), VI e - 
vir e siècle, à Munich, Bibl. Royale, latin 6224. Quatre 
Évangiles. Publié par White dans Old latin bibl. Texts, 
n. m, Oxford, 1888. — r 1 . Usserianus primus, vi e - 
VII e siècle, à Dublin, Trinity Collège, A. iv, 15. Quatre 
évangiles. Publié par Abbot, Evangeliorum versio an- 
tehieronymiana, ex codice Usseriano (Dublinensi), 
adjecta collalione codicis Usseriani alterius, Dublin, 
1884. — r 2 . Usserianus secundus, ix e -x B siècle, à Dublin, 
Trinity Collège, A. IV, 6. Quatre Évangiles. Leçons pu- 
bliées par Abbot, avec r 1 . — s. Ambrosiana fragmenta, 
VI" siècle, à Milan, Bibl. Ambrosienne, C 73 int. Publié 
par Ceriani, Monumenta sacra et profana, t. i, fasc. 1, 
Milan, 1861, p. 1-8; Fragmentum Evangelii sancti 
-Lucie ex vetere latina versione seu recensione; par 
Wordsworth, Sanday et White dans Old latin bibl. 
Texts, n. n, Oxford, 1886. — t. Bernensia fragmenta, 
palimpseste du v»-vi e siècle, à Berne, bibliothèque de 
l'Université, ms. 611, foll. 143 et 144. Publiés par Hagen, 
Ein Italafragnient aus einem Berner Palimpsesl des 
VI Jahrhunderts, dans la Zeitschrift fur wùsenschaf- 
tliche Théologie, Leipzig, a. 1884, p. 470-484; par 
Wordsworth, Sanday et White dans Old latin bibl. 
Texts, n. n, Oxford, 1886. — v. Vindobonense fragmen- 
tum, vn= siècle, à Vienne, au commencement du latin 
502, qui est intitulé : Pactus legis ripuariie. Publié 
par White, Old latin Texts, n. m, Oxford, 1888. — 
z (j chez plusieurs auteurs). Sarzannensis Saretianus, 
v 8 siècle, découvert à Sarezzano, près de Tortone, par 
Amelli. Voir G. Amelli, Un antichissimo codice biblico 
latino pm-pureo conservato nella Chiesa di Sarezzano 
presso Tortona, Milan, 1872; 2 e édit., 1885, où l'auteur 
ne donnait qu'un passage des longs fragments de Jean 
contenus dans ce manuscrit. Le manuscrit est mainte- 
nant au Mont-Cassin et a été publié par le même édi- 
teur : Un antichissimo codice biblico latino purpureo, 
Mont-Cassin, 1893. Voir Archiv fur latein. Lexikogr. 
und Grammatik, Leipzig ,1894, p. 323, et Kennedy, 
article cité, p. 51, contrairement à Corssen, Bericht, 
p. 23, et Gregory, Textkritik, p. 608, où il se réfère à 
Corssen. 

2. Actes des Apôtres. — A. Cantabrigiensis. Le même 
que pour les Évangiles. Voir ci-dessus. — e. Laudia- 
nus. Manuscrit gréco-latin (= E des mss. grecs pour 
les Actes), VI e siècle, à Oxford, Bibl. Bodléienne, 35. 
Publié par Thomas Hearne, Acta Apostolorum grxco- 
laline e codice Laudiano, Oxford, 1715; par Sabatier (op. 
cit.), d'après Hearne; par Andr. Christian Hwiid, Li- 
bellus criticus, Copenhague, 1785, probablement d'après 
Hearne ; par Tischendorf, dans Monumenta sacra ine- 
dita. Nova collectio, t. IX, 1870, après deux collations 
distinctes faites en 1854 et 1865; par J. Belsheim, Acta 
Apostolorum ante Hieronymum latine translata, ex 
codice latino-grœco Laudiano Oxoniensi, Christiania, 
1893. — g. Gigas Holmiensis, xm e siècle, à Stockholm. 
On]y trouve une ancienne version pour les Actes et l'Apo- 
calypse, la Vulgate pour le reste. Publié par Belsheim, 
Die Apostelgeschichte und die Offenbarung Johannis 
m einer alten lateinischen Uebersetzung, Christiania, 
1879. Voir Gigas Librorum, t. m, col. 238. — g 2 . Medio- 
lanense fragmentum, x e -xi e siècle, à PAmbrosienne de 
Milan. Publié par Ceriani, Monumenta sacra et pro- 
fana, t. i, fasc. 2, p. 127-128, Milan, 1866. — h. Floria- 
cus codex. Palimpseste de Fleury-sur-Loire, vi«-vn e siè- 
cle, aujourd'hui à Paris, Bibl. Nat., lat. 6400 G. Publié 



en partie par Sabatier (op. cit.); par Vansittart, dans 
Journal of Philology, Londres, t. H, 1869, p. 240-246; 
t. _iv, 1872, p. 219-222; par Omont, Bibliothèque de 
l'École des Chartes, 1883, t. xuv. Publié au complet 
par Belsheim, Appendix epistularum Paulinarum ex 
codice Sangermanensi Petropolitano in quo contine- 
tur i Collatio Ep. Paulinarum cum codice Claromon- 
tanoParisiensi;lI Palimpsestus Parisiensis, fragmenta 
Act. Apost., Ep. Pétri, Ep. Joh. primx, Apocalypseos 
Joh., ex codice rescripto Parisiensi, Christiania, 1887; 
enfin par S. Berger, Le palimpseste de Fleury, Paris, 
1889. — m. Sessorius ou Spéculum. Voir m. des Évan- 
giles. — p. Parisiense fragmentum, xm e siècle. Com- 
prend i-xiii, 6 et xxviii, 16-31. A la Bibl. Nat., latin 321. 
Découvert et publié par S. Berger, Un ancien texte latin 
des Actes des Apôtres retrouvé dans un manuscrit pro- 
venant de Perpignan. Tiré des Notices et extraits des 
mss. de la Bibl. Nat., Paris, t. xxxv, l ra partie, 1895. 
Le même auteur a également publié xxvm, 16-31, dans 
les Mélanges Julien Havet, Paris, 1895, p. 9-14 : De 
quelques anciens textes des Actes des Apôtres. Cf. du 
même, Hist. de la Vulgate, p. 77. — s. Bobbiensis pa- 
limpsestus, y-w siècle, à Vienne, latin 16. Publié par 
Tischendorf, Jahrbùcher der Literatur, Anzeige Blatt, 
Vienne, t. cxx, 1847, p. 36-44; par Belsheim, Fragmenter 
af apostlernes Gjerninger, Jakobs Brev og 1 st Pelri 
Brev i den seldste lalinske Bibeloverseettelse efter en 
Palimpsest i det keiserlige Hofbibliothek i Wien, dans 
Theol. Tidskrift for den evang. luth. Kirke i Norge, 
3 Reihe, Christiania, 1886, t. i, fasc. 3, p. 307-326; par 
White dans Old lat. bibl. Texts, n. iv, Oxford, 1897; — 
w. Au château de Wernigerode, dans le Harz (Bohême), 
chez le comte de Stolberg, manuscritt Za 81, XV e siècle. 
Blass en a publié les leçons : iVeue Texteszeugen fur 
die Apostelgeschichte, dans Theologische Studien und 
Kritiken, année 1896, p. 436-471. — x. Bodleianensis, 
fonds Selden 30, vn e -vm e siècle, à Oxford. Voir S. Ber- 
ger, Hist. de la Vulgate, p. 44 et 398; — Bibl. de Ro- 
sas, à Paris, Bibl. Nat., latin 6. Leçons et passages de 
l'ancien texte. Voir S. Berger, Hist., p. 24-25. 

3. Épîtres catholiques. — n". Corbeiensis, X e siècle, 
à Pétersbourg, Q. v, i, 39. Épître de saint Jacques. Pu- 
blié par Martianay, en 1695 avec ff 1 . des Évangiles (voir 
plus haut); par Sabatier (Op. laud.); par Belsheim, une 
première fois d'après Martianay : Dos Evangelium des 
Malthieus nebst einem Abdruck des Briefes Jacobi 
nach Martianays Ausgabe, Christiania, 1881; par le 
même, une seconde lois, d'après le manuscrit : Der 
Brief des Jakobus in aller lateinischen Uebersetzung, 
Christiania, 1883; par Wordsworth, dans les Studia bi- 
blica et ecclesiastica, t. i, Oxford, 1885. — h. Le même 
que pour les Actes. Voir ci-dessus. — m. Le même que 
pour les Évangiles et les Actes. Voir ci-dessus. — q (g 
dans Nestlé). Monacense fragmentum, vi e -vn e siècle, à 
Munich, Clm. 6436. Fragments de I Pétri, II Pétri, 
I Joan. Ziegler a publié les fragments de Pierre dans 
Bruchstûcke einer vorhieronymianischen Uebersetzung 
der Petrusbriefe, Munich, 1877; et ceux de Jean dans 
Italafragmente, Marbourg, 1876. — s. Contient frag- 
ments de Epist. Jacobi et del Pétri. Le même que pour 
les Actes. Voip eiTdessus. Voir aussi S. Berger, Hist. de 
la Vulgate, n^ 8-10, sur un texte de I Joa., dans un pa- 
limpseste conservé aux archives de la cathédrale de 
Léon (Espagne). 

4. Épîtres de saint Paul. — d. Claromontanus, 
grœco-latinus (= D paul.; ne pas confondre avec le Co- 
dex Bezse, D evang.), VI e siècle, à Paris, Bibl. Nat., gr. 
n. 107. Publié par Sabatier; par Tischendorf, Codex 
Claromontanus, Leipzig, 1852. — e ( =E paul.). Sanger- 
manensis, grseco-latinus, ix e siècle, maintenant à Pé- 
tersbourg. Publié par Sabatier; par Belsheim, Epislulse 
Paulinx ante Hieronymum latine translatx ex codice 
Sangermanensi. gr.-lat.; olim Parisiensi, nunc Petro- 



111 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JÉRÔME 112 



politano, Christiania, 1885. — f (= F paul.). Augien- 
sis, grxco-latinus, IX e siècle, à Cambridge, Triuity col- 
lège, B, 17, 1. Publié par Scrivener, An exact transcript 
of the codex Augiensis, Cambridge, 1859. — g (= G 
paul.). Sœrnerianus, grseco-latinus, IX e siècle, à Dresde, 
A. 145 b . Publié par Matthsei, Tredecim Epistolarum 
Pauli Codex grsecus Bœrnerianus, Misniae (Meissen), 
1791. Une seconde édition a paru en 1818. — gue. Guel- 
ferbytanus palimpsestus, VI e siècle. Fragments de l'Ép. 
aux Romains, à Wolfenbûttel, Weissemburg, 64. Publié 
par Knittel avec des fragments de la version gothique, 
Vlphilse versio Gothica nonnullorum eapitum Ep. 
Pauli ad Rom., Brunswick, 1762; par Tischendorf, 
Anecdola sacra et profana, Leipzig, 1835, p. 153-158. 

— r. Frisingensis, v e -vi e siècle. Fragments de diverses 
Épîtres, à Munich, Clm. 6436. Publié par Ziegler, Itala- 
fragmente der Pauttnischen Sriefe, Marbourg, 1876. 

— Deux autres fragments du même manuscrit trouvés 
par Schnorr von Karolsfeld en 1892, ont été publiés par 
Wôlfflin, Neue Bruchstùcke der Freisinger Itala, dans 
Sitzungsberichte der Mùnchener Akademie, 1893, 
I Band, p. 253-280. — r 2 . Fragments de Philipp. et 
1 Thess., vip siècle, à Munich, Clm. 6436. Publiés par 
Ziegler avec r, Italafragmente comme ci-dessus. — 
r 3 . Fragments de Rom., Gai., vv-yiv siècle, au monas- 
tère de Gôttweig sur le Danube. Publiés par Rônsch, 
dans la Zeitschrift fur wissenschaftlichè Théologie, 
Leipzig, 1879, p. 224-234. — x 2 . Oxoniensis, IX e siècle, 
à Oxford, Bibl. Bodléienne, Laud, lat. 108, E, 67. Texte 
corrigé trois fois. 

5. Apocalypse. — g. Gigas Holtniensis. Voir g des 
Actes. — m. Sessorianus ou Spéculum. Voir m des 
Évangiles et des ictes. Cf. H. Linke, Studien zur Itala, 
I. Die vorhieronymische Ueberlieferung der Offenba- 
rung Johannis. u. Zum Codex Sessorianus. m. Mœnia- 
num, Breslau, 1889. — h (reg chez Gregory). Floria- 
cum fragnientum. Voir h des Actes. C'est le latin 6400 G, 
Bibl. Nat., Paris. Il contient, aux folios 115 v° et 118 v°, 
les fragments suivants : i, 1-n, 1 ; vm, 7-ix, 12. Publiés 
par Omont dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, 
t. xliv, 1883, p. 445-451; par Vansiltart, Journal of 
Philology, London et Cambridge, t. iv, 1872, p. 219- 
222; par Belsheim et S. Berger (op. cit.). Voir ci-des- 
sus, h des Actes. 

II. A QUELLE ÉPOQUE SE FIT LA TRADUCTION DES ÉCRI- 
TURES EN latin. — Les textes que nous venons d'énu- 
mérer donnent lieu à un certain nombre de questions 
que nous allons maintenant examiner. La premiers 
concerne l'époque où fut faite la traduction en latin de 
nos textes sacrés. Les plus anciens manuscrits que nous 
ayons rencontrés sur notre route sont des IV e et V e siè- 
cles seulement. Mais grâce aux écrits des Pères, il nous 
est possible de remonter beaucoup plus haut. Saint Cy- 
prien, dont la vie s'étend du commencement du m» siè- 
cle à l'an 258, avait certainement sous la main, quand 
il écrivait, une Bible latine, on peut dire complète; car 
il cite à chaque instant et dans les mêmes termes, des 
textes pris de presque toute l'Écriture; il a même publié 
des ouvrages, comme l'Epistola ad Fortunatum de 
Exhortatione Martyrii et les Testimoniorum contra lu- 
dseos libri très (Patr. Lat., t. iv), qui ne sont autre chose 
que des collections de textes sacrés en latin. Aussi peut- 
on parler en toute rigueur de la Bible latine de Cyprien. 
Voir P. Monceaux, La Bible latine en Afrique, parue 
dans la Revue des Etudes juives, 1901, surtout p. 152-172. 

— Avant saint Cyprien, Tertullien, qui naît en plein 
II» siècle pour prolonger sa longue carrière jusque vers 
l'an 240, cite également presque tous les livres de 
l'Écriture et plusieurs même de ceux que nous ne 
rencontrons pas sous la plume de Cyprien. A peine s'il 
en est quatre ou cinq que Tertullien n'ait employés. Il 
est vrai que ses citations ne se reproduisent pas toujours 
dans les mêmes termes, ce qui a fait penser à plusieurs 



que peut-être il traduisait directement le texte grec 
qu'il avait certainement en sa possession et auquel plu- 
sieurs fois il se réfère. Mais comme précisément il se 
réfère au grec pour discuter certaines interprétations 
admises dans l'Église de Carthage, il est donc évident 
que ces interprétations ou versions latines existent. Voir 
De monog., 11, t. n, col. 946; Advers. Marc, n, 9, 
col. 294. C'est aussi des versions latines, croyons-nous, 
malgré la nouvelle explication que l'on a essayé de don- 
ner à ce passage (Voir Corssen, Bericht, p. 13) que 
parle Tertullien quand il dit : Heec sunt enim duo 
Testamenla, sive duse ostensiones, sicut invenimus 
interpretatum (Adv. Marc, v, 4, t. n, col. 478). Cf. P. 
Monceaux sur Tertullien, loc. cit., p. 138-151. — Bien 
antérieurement à Tertullien, nous trouvons encore un 
témoignage formel que l'on avait traduit des livres de 
l'Écriture en latin dès le milieu, sinon dés le début du 
II e siècle. Les Acta Martyrum Scillilanorum, qui 
sont le plus ancien document chrétien de l'Église 
d'Afrique (voir Harnack, Geschichte der altchristlichen 
Literatur, t. I, lasc. 2, Leipzig, 1893, p. 817-819; Bar- 
denhewer, Les Pères de l Église, trad. franc., t. I, Pa- 
ris, 1898, p. 234-235), nous rapportent qu'en l'an 180, 
douze martyrs furent décapités à Scillium, en Numidie, 
par ordre du proconsul Saturninus. Or dans l'interro- 
gatoire des saints martyrs, nous lisons ceci, d'après le 
texte original latin (British Muséum, n. 11880) [publié 
par Armitage Robinson : * Le proconsul Saturninus 
dit : Qu'y a-t-il dans vôtre boîte? — Speratus (l'un des 
martyrs) dit : Les livres et les Épîtres de Paul, homme 
juste : Libri et Epistulsa Pauli, viri justi. » Voir A. 
Robinson, Texts and Sludies, t. i, n. 2, Cambridge, 
1891, p. 114. Selon la version grecque du manuscrit 
de la Bibl. Nat. daté de 890 (Fonds grec, n. 1470, 
Marlyrium S. Sperali), la réponse du martyr serait : 
« Les livres en usage chez nous et les Épîtres de Paul, 
homme saint : Ai xa6' T]|i5{ pîëXoi, xai ai Kpoatià tou- 
tocç 'EttuttoXoi ITauXou toû ôctov àvôp<Sç. Cité dans Ro- 
binson, ibid., p. 115. Plus clairement selon un texte 
latin de Baronius, reproduit par Ruinart et Robinson : 
Quatuor Evangelia Domini Nostri Jesu Christi, et 
Epistolas sancti Pauli apostoli, et omnem divinitus 
inspiratam Scripturam. Ruinart, Acta martyrum, 
édit. de Ratisbonne, 1859, p. 132; Robinson, ibid., 
p. 120. Et enfin un autre texte latin (Bibl. Nat., fonds 
latin, nouvelles acquisitions, n. 2179) fait dire plus sim- 
plement au martyr : Libri Evangeliorum et Epistolse 
Pauli viri sanctissimi apostoli. Texte reproduit aussi 
par Ruinart, ibid., p. 133, et par Robinson, ibid., p. 119. 
Comme on le voit, quant au fond, l'accord est complet, 
les martyrs de Scillium possédaient les Épîtres de Paul 
et d'autres livres sacrés, qu'il est plus difficile de déter- 
miner. Or ces martyrs étaient des gens du peuple et des 
esclaves, qui ne pouvaient évidemment comprendre les 
Écritures que dans leur propre langue. Il n'est donc 
pas douteux que dès cette époque, en l'an 180, « les li- 
vres et les Épîtres de Paul » ne fussent traduits et 
même répandus parmi le peuple chrétien d'Ahique. Cl. 
P. Monceaux, loc. cit., p. 137-138. Faut-il, avec saint 
Augustin, remonter plus haut encore et parler « des 
premiers temps de la foi », comme étant ceux où l'on 
commença à traduire les saintes Lettres en latin? En 
vérité, il n'est guère possible d'en douter, si l'on veut 
bien, à détaut de textes plus anciens que les précédents, 
examiner cette question en dehors de tout esprit de 
parti. Chacun sait que l'Écriture en langue vulgaire est 
pour l'évangélisation d'un peuple un objet de première 
nécessité. Les premiers apôtres de l'empire Tomain 
durent traduire ou faire traduire de bonne heure les 
Livres saints, dans cette langue latine que parlait le 
peuple romain, en Italie, dans les Gaules, en Espagne 

i ou en Afrique. 

i On a dit, il est vrai, qu'à cette époque le grec était 



413 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JEROME 114 



partout connu dans la société romaine, et qu'à Rome 
même les premiers monuments de la civilisation chré- 
tienne, la liturgie, Pépigraphie, les documents émanés 
des apôtres Pierre et Paul, et de tous les papes jus- 
qu'au milieu du rv» siècle, sont écrits en grec. Il est 
vrai que les premiers apôtres prêchèrent tout d'abord 
dans le milieu hellène de la diaspora, et c'est ce qui 
explique qu'ils écrivirent en grec et que la liturgie, à 
l'origine, fut grecque. Mais le II e siècle n'était pas com- 
mencé que déjà l'Église avait brisé les premiers cadres 
de son action devenus trop étroits, débordé le cercle 
restreint des synagogues, pénétré enfin dans la société 
romaine où l'hellénisme juif n'était qu'un point perdu 
dans l'espace. On parlait grec, dit-on, dans la société ro- 
maine et à Rome surtout. La vérité est que lé peuple 
parlait latin. On sait, à n'en pas douter, [par le témoi- 
gnage de Tertullien, Apolog., xxxvii, t. i, col. 462- 
463, que de son temps déjà les masses populaires chré- 
tiennes inondaient toute la société romaine et que, par 
conséquent, l'évangélisation du bas peuple, parlant uni- 
quement le latin, devait remonter jusqu'aux origines. 
On peut donc conclure que vers la fin du v siècle, à 
Rome comme en plusieurs autres contrées de la pénin- 
sule ou de l'empire, on devait posséder déjà quelque 
traduction de l'un ou de l'autre des trois premiers 
Évangiles. Peu à peu, les autres documents, Évangile 
de saint Jean, Épltres de saint Paul ou des autres 
apôtres, arrivent à la connaissance du monde d'Occident 
et sont pareillement traduits en latin pour l'usage soit 
du peuple, soit des prêtres et des évêques eux-mêmes. 
L'Ancien Testament, lui aussi, dut être bientôt traduit, 
non pas de l'hébreu, mais, comme le prouvent nos an- 
ciens textes, du grec des Septante que les Juifs hellènes 
avaient déjà semé sur tous les rivages de la Méditerra- 
née, alors que le christianisme était encore à son ber- 
ceau. C'est dans la première moitié du II e siècle, de 
l'an 100 à 150 environ, que se fit la plus grande par- 
tie de ce travail, et sur la fin du même siècle que le 
reste s'acheva. Cf. Kaulen, Einleitung, 1899, § 145-146; 
Westcott, dans le Dictionary of the Bible de Smith, 
article Vulgate, n. 5, t. m, p. 1690. 

IV. De ia pluralité des versions latines anté- 
rieures a. saint Jérôme. — Dans la question présente 
nous n'avons pas à nous demander si la Bible latine 
antérieure à saint Jérôme est l'œuvre d'un ou de plu- 
sieurs auteurs; la pluralité des traducteurs de nos 
textes n'est contestée par personne. Il ne s'agit pas non 
plus de rechercher si la Bible fut traduite plusieurs 
fois en entier; les renseignements et les textes qui nous 
restent ne sont pas assez nombreux pour qu'on puisse 
trancher cette question. Nous nous demandons simple- 
ment si pour un certain nombre de livres, et en par- 
ticulier pour ceux dont nous possédons des textes di- 
vers, il taut reconnaître une seule version fondamen- 
tale avec des recensions subséquentes qui expliqueraient 
la diversité de ces textes, ou bien au contraire s'il y eut 
des versions multiples dès l'origine, entreprises par 
des traducteurs différents. A la question ainsi posée 
tous ne répondent pas de la même manière. Des 
auteurs éminents, tels que Sabatier et Bianchini au 
xvm e siècle, "Vercellone et Tischendorf de nos temps, 
plus près de nous encore Kennedy, Scrivener, Gregory 
(bien que ce dernier fasse une grave concession dans 
son récent ouvrage Textkritik, t. n, 1902, p. 597), sont 
pour l'unité de version. Voir Sabatier, Bibliorum sacr. 
lat. versiones antiques, t. i, p. vi; Bianchini, Evan- 
gelium quadr., proleg., p. 29; Vercellone, Disser- 
tazioni accademiche , Roma, 1864, p. 21; Tischen- 
dorf, Novum 'lest, triglottum, Leipzig , 1854, proleg., 
col. xlvii-li ; Kennedy, dans Dictionary of the Bible, art. 
Latin Versions [The old], t. m, p. 48-49; Scrivener, 
A plain Introduction, 4 e édit v t. n, p. 41-43; Gregory, 
Proleg., p. 949-952, et Textkritik, loc. cit. D'autres, 



au contraire, surtout depuis les derniers travaux qui 
ont été faits, admettent la thèse de la pluralité. De ce 
nombre sont, chez les Allemands. Gams, Rônsch, Ziegler, 
Nestlé, Kaulen, et chez nous, L. Delisle, U. Robert, 
Gaston Paris, P. Monceaux. Voir Gzm%Kirchengeschichte 
Spaniens, 1879, t. n, p. 501; Rônsch, Itala und VmZ- 
gata, p. 2; Ziegler, Die latein. Bibelûbersetzung vor 
Hieron., p. 1; Nestlé, Urtext und Vebersetzungen der 
Bibel, Leipzig, 1897, p. 85-86; Kaulen, Einleitung, 
1899, § 146; L. Delisle, Notice sur un manuscrit de 
Lyon, dans la Biblioth. de l'École des Chartes, 1878, 
t. xxxix, p. 428; U. Robert, Pentat. versio, introd., 
p. cxxxii, et Heptateuchi versio latina, p. xxv; G. Paris, 
dans le Journal des savants, 1883, p. 387; P. Monceaux, 
La Bible latine en Afrique, dans la Bévue des Études 
juives, 1901, p. 15-17. Cette seconde opinion nous 
parait l'emporter en probabilité ; nous allons en donner 
nos raisons. 

H est à propos de remarquer tout d'abord qu'aux 
époques reculées où remonte la traduction latine , I er et 
il" siècles, avons-nous dit, il n'y eut pas évidemment 
de version pour ainsi dire officielle, élaborée par au- 
torité ecclésiastique pour être ensuite communiquée 
identiquement aux différentes communautés chré- 
tiennes. Les premiers pasteurs des églises n'avaient 
ni le temps ni les moyens de constituer une sorte de 
commission savante, chargée de préparer pour tous les 
peuples de langue latine une traduction officielle et 
unique de nos livres sacrés. Saint Augustin a dit en 
peu de mots comment l'Écriture parvint aux Églises 
latines : « Aux origines de la foi, le premier venu, s'il 
lui tombait entre les mains un texte grec et qu'il crût 
avoir quelque connaissance de l'une et de l'autre langue, 
se permettait de le traduire. » De doct. christ., n, 11, 
t. xxxrv, col. 43. Donc pas de texte officiellement éla- 
boré, arrêté pour tous, mais une série de travaux privés, 
entrepris sans aucune entente préalable par des écri- 
vains que séparent de longues distances et que sollici- 
tent les mêmes besoins. Dès lors il est probable qu'un 
certain nombre de livres ont dû être traduits par plu- 
sieurs travailleurs. 

Les premiers Pères, en effet, qui se sont servis des 
textes antérieurs à la Vulgate, semblent tous d'accord 
pour nous attester l'existence, non pas seulement de 
variantes dans les manuscrits d'un même texte, mais 
encore de traducteurs multiples pour les mêmes livres. 
Tertullien parait déjà avoir eu connaissance de plusieurs 
versions : Quidam de grseco interprétantes... pro 
afftatu spiritum ponunt. Adv. Marc, it, 9, t. n, 
col. 294. — Saint Hilaire, à différentes reprises, nous 
parle aussi de traducteurs multiples d'un même pas- 
sage : Aliqui translatores nostri ; latini quidern in- 
terprètes transtulerunt. In Ps. Liv, 1, t. ix, col. 347; 
m Ps. cxvni, littera xn, 3, t. ix, col. 577. Cl. De 
Trinit., 1. VI, 45, t. x, col. 194. — Saint Ambroise se 
sert bien souvent d'expressions du même genre, et il 
n'est pas rare de le voir discuter les traductions discor- 
dantes. In Ps. xxxvj, 56, t. xiv, col. 994; ïn Ps. cxvill, 
Serm., xn, 7, t. xv, col. 1362; Serm., xv, 3, col. 1410; 
Serm., xx. 10, col. 1486. Ct. Ambrosiaster, Conim. in 
Bom., v, 14, t, xvii, col. 96. — Le langage de saint Jé- 
rôme suppose aussi notre thèse, notamment dans sa 
Préface aux quatre Évangiles, t. xxix, col. 525, et dans 
la lettre xvm, 21, au pape Damase. Prsef. in quatuor 
Evang., t. xxix, col. 525; t. xxn, col. 376. 

Mais de tous les Pères aucun n'a parlé plus claire- 
ment que le grand évêque d'Hippone , saint Augustin. 
C'est au livre second de son traité De doctrina christiana 
surtout (t. xxxiv), qu'il a dit sa pensée sur ce sujet. 
Après avoir énuméré les livres canoniques (c. vm), et 
indiqné ce que l'on doit chercher avant tout dans les 
Écritures, il signale au travailleur les difficultés d'ordre 
philologique qu'il rencontrera sur sa roule (c. ix-x), 



115 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JEROME 116 



puis (c. xi) arrive aussitôt aux moyens de les vaincre : 
« Les hommes de langue latine, dit-il, ont besoin pour 
la connaissance des Écritures du secours de deux autres 
langues : la langue hébraïque et la langue grecque, afin 
que, si l'infinie variété des interprètes latins les jette dans 
le doute, ils puissent recourir aux deux autres textes. » 
Ce secours, poursuit-il, leur sera utile, non seulement 
pour entendre certains mots hébreux restés dans le latin, 
tels que : « Amen, Alléluia. Racha, Hosanna..., mais 
encore et surtout, comme je l'ai dit, à cause des diver- 
gences des interprètes. Car on peut bien compter ceux 
qui ont traduit les Écrijures de l'hébreu en grec, mais 
non ceux qui les ont traduites en latin. » Le cardinal 
Wiseman, qui était partisan de l'unité, a essayé d'éluder 
la force de ces dernières paroles, en disant que saint 
Augustin opposait ici aux traducteurs grecs les recen- 
seurs et non les traducteurs de la version latine. 
Lettres au Catholic Magazine, dans Migne, Démons- 
trations évangéliques, t. xvi, p. 272. Mais n'est-ce 
pas là solliciter les textes à plaisir, pour en obtenir ce 
qu'ils se refusent d'eux-mêmes à donner? Du reste, pour 
couper courte toute hésitation, saint Augustin lui-même 
précise sa pensée, en expliquant comment il s'est lait 
que l'on ait pu avoir des versions multiples. Car c'est à 
cet endroit qu'il écrit les célèbres paroles citées plus 
haut : « Aux origines de la foi, le premier venu, s'il lui 
tombait entre les mains un texte grec, et qu'il crût avoir 
quelques connaissance de l'une et de l'autre langue, se 
permettait de le traduire. » Très évidemment le sens 
de ces dernières paroles n'est pas « se permettait d'en 
faire la recension », mais bien « d'en l'aire la version ». 
Et ce n'est pas tout encore. Au chapitre suivant (xn), il 
nous dit que cette multiplicité de traductions a d'ail- 
leurs un avantage, celui de nous faire connaître de 
combien de manières on a compris les Écritures avant 
nous, ce qui permet au travailleur d'étudier, de compa- 
rer les opinions diverses et de faire ainsi un choix 
éclairé. Après quoi (c. xm), il ajoute les paroles suivantes 
qui sont bien significatives dans la question : « Mais 
parce que la pensée que plusieurs interprètes se sont 
efforcés de rendre, chacun selon sa capacité et sa ma- 
nière de voir, ne se montre bien que dans la langue 
même de laquelle ils traduisent, et aussi, parce que le 
traducteur, à. moins d'être très docte, trahit souvent le 
sens de l'auteur, il faut, ou bien apprendre les langues 
d'où l'Écriture a passé en latin , ou bien consulter les 
traductions les plus littérales; non qu'elles suffisent, 
mais parce qu'elles serviront à découvrir l'exactitude ou 
l'erreur de ceux qui se sont attachés à traduire le sens 
plutôt que les mots. » Enfin, pour rendre ses conseils 
plus pratiques, le grand docteur (c. xiv-xv), après avoir 
une fois de plus recommandé comme très utile le 
recours aux textes des nombreux traducteurs latins : 
Juvat interpretum numerositas collalis codicibus in- 
specta atque discussa, indique lui-même parmi tant de 
versions celle qu'il croit préférable aux autres, parée 
qu'il la juge à la fois plus littérale et plus claire. Cette 
version, il lui donne un nom, par lequel il la distingue 
nettement des autres, c'est l'Italique : In ipsîs autem 
interpretationibus, Itala cseteris prxferatur; nam est 
verborum tenacior cum perspicuitate sententix. Ces 
dernières paroles sont si manifestement en taveur de la 
pluralité des versions latines, que les partisans de l'unité 
n'ont cru pouvoir les expliquer qu'en accusant les 
copistes d'avoir altéré le texte. Ce n'est pas Itala qu'il 
faudrait lire, mais Ma, ou bien encore usitata, le copiste 
ayant par distraction combiné le commencement de ce 
mot avec la fin du précédent : interpretationïbusitata. 
En vérité, la critique est souvent contrainte de s'en 
prendre aux copistes pour défendre ses propres droits 
et ceux du simple bon sens; mais du moins faut-il, 
quand on a recours à ce procédé , pouvoir le justifier 
par quelque raison plausible, et le seul désir de faire 



triompher une opinion contestable n'en est pas une. 

Qu'était-ce en somme que la version italique? Si le 
mot Itala est authentiquement d'Augustin, comme nous 
le croyons, il est évident que l'Italique était pour le 
docteur d'Hippone une version en usage en Italie, ou, 
si l'on tient à donner à ce dernier mot plus de précision, 
une version répandue dans la circonscription politique 
appelée diocèse d'Italie, qui comprenait le nord de 
la péninsule, et dont Milan était la capitale. Cf. Gaston 
Paris, dans le Journal des savants, 1883, p. 287 et 
388; S. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 6; P. Mon- 
ceaux, dans la Revue des Études juives, juillet 1901, 
p. 16. Et ainsi l'on est induit à penser que l'Italique de- : 
vait être la version latine qu'Augustin avait sous les 
yeux, quand , à Milan, il allait entendre les commen- 
taires d'Ambroise ou qu'il se rendait à l'église pour y 
pleurer au chant des Psaumes. Nous essaierons de dire 
plus loin quels textes représentent l'Italique; pour le 
moment il nous suffit de bien constater que, dans la 
pensée d'Augustin, l'Italique n'est pas l'unique version 
latine, mais parmi les diverses versions dont il a con- 
naissance, celle qu'il recommande.de préférence. On 
voit du même coup que c'est par erreur que l'usage a 
prévalu durant quelque temps de se servir de cette dé- 
nomination pour désigner toutes les traductions latines 
antérieures à saint Jérôme. 

Après avoir montré par le témoignage des Pères com- 
bien est plus vraisemblable la thèse de la pluralité des 
versions, il nous resterait à établir la même thèse par 
l'étude directe des textes que nous avons encore entre 
les mains. Mais pour être démonstrative, cette preuve 
nécessiterait de longues citations; il faudrait mettre en 
regard sous les yeux . du lecteur nombre de passages 
des Écritures puisés aux différentes sources, les compa- 
rer les uns avec les autres, relever leurs divergences et 
alors montrer que ces divergences trouvent leur expli- 
cation, leur raison suffisante dans la multiplicité des 
traductions et non pas dans la multiplicité des recen- 
sions, comme le voudraient les défenseurs de l'opinion 
contraire. Comme il n'est pas possible de transcrire ici 
toutes les pièces du procès, ce qui demanderait des vo- 
lumes, nous renverrons d'abord le lecteur aux auteurs 
qui, de notre temps, ont démontré la pluralité des ver- 
sions latines par les plus larges citations : M. Ziegler, Die 
lateinischenBibelûbersetzungenvor Hieronymus, in-4> 
Munich, 1879 (antidaté), p. 102-123; M. U. Robert, 
Pentateuchi versio lalina, in-4°, Paris, 1881, p. cxxxh- 
CXLi; M. P. Monceaux, dans les deux articles déjà cités 
de la Revue des Éludes juives, avril 1901, p. 129-172; 
juillet, p. 15-49. Sur le premier ouvrage, celui de 
M. Ziegler, et à l'appui de la même thèse, on peut aussi 
voir Desjacques : Les versions latines de la Bible avant 
saint Jérôme, dans les Études, décembre 1878, p. 721-744. 
Cela fait, nous allons dire cependant ici le nécessaire 
dans la question, en appuyant particulièrement sur la 
méthode à suivre pour donner à l'argument toute la 
force qu'il peut et doit avoir, mais sans rien exagérer de 
sa valeur. Car, on le comprend bien, si la preuve était 
absolument péremptoira, nous n'aurions pas contre 
nous tant d'hommes éminents. 

Plusieurs parmi ceux-ci réclament d'abord contre 
l'emploi de textes empruntés aux ouvrages des anciens 
Pères pour prouver notre thèse, et en cela ils n'ont pas 
tout à îait tort. Il est, en effet, très délicat d'argumenter 
ici d'après les citations des Écritures que l'on.rencontre 
chez les premiers écrivains ecclésiastiques. Que Tertul- 
lien, saint Hilaire ou quelque autre raconte une des 
touchantes histoires de l'Évangile, il est tout aussitôt ma- 
nifeste qu'à cette époque le tait évangélique se rencon- 
trait dans le texte; mais la teneur même du récit, qui 
se trouve dans Hilaire ou Tertullien, est-ce bien celle 
des Évangiles d'alors ? En d'autres termes, a-t-on affaire 
à une citation littérale des Évangiles, tels qu'on les 



117 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JEROME 11? 



avait alors en manuscrit, ou bien n'est-ce qu'un récit 
fait de mémoire et en gros, peut-être une traduction 
nouvelle de ce passage improvisée sur le texte grec qu'on 
a sous les yeux ? On le voit, les citations scripturaires 
des anciens doivent être examinées de près et jusque 
dans les détails, si l'on veut être sûr que l'on tient entre 
les mains une version dont le texte était à l'avance fixé, 
une version enfin que l'écrivain rapporte fidèlement, 
littéralement, sans commentaire comme sans omission. 
En négligeant cette précaution, on s'exposerait à trouver 
chez un même Père plus de versions qu'on n'en vou- 
drait. D'autre part, et pour ne rien perdre des avantages 
auxquels ils ont droit, les partisans de la pluralité doi- 
vent surveiller les éditions des Pères dont ils se servent 
à défaut de manuscrits, parce que trop souvent il arrive 
que l'éditeur maladroit remanie les citations scriptu- 
raires pour les rendre conformes à quelque texte reçu, 



Mais, si nous sommes relativement pauvres en manus- 
crits du Vieux Testament, il n'en est plus tout à fait de 
même pour les livres du Nouveau. C'est pourquoi nos- 
adversaires ont ici le droit d'exiger que nous leur prou- 
vions, d'après les textes qui nous restent des Évangiles, 
des Actes ou des Epitres de saint Paul, la pluralité des 
anciennes versions latines. Cette preuve, on peut la 
faire, et, à notre avis, elle est à tout le moins suffisante 
pour établir solidement notre thèse, encore qu'elle ne 
force pas la conviction de tous les critiques. 

Nous donnerons un exemple qui permettra au lecteur 
de voir à peu près dans quelle mesure nos textes s'éloi- 
gnent ou se rapprochent les uns des autres. Voici en 
quels termes les trois manuscrits a. Vercellensis, b. Ve— 
ronensis et f. Brkcianus racontent la visite des saintes 
femmes au sépulcre, le matin de la résurrection, d'après- 
saint Luc, xxiv, 1-11 : 



o. Vercellensis. 

1. prima autem die sabbatorum 

2. venerunt ante lucem valde ad monu- 
mentam 

3. adferentes qure paraverunt 
4. 

5. invenerunt autem lapidem revolutum 
a monumento 

6. ingressœ autem non invenerunt cor- 
pus 

7. et factum est dum stuperent de hoc 

8. ecce virî duo adstiterunt juxta illas 
in veste tulgenti 

9. timere autem adprehensae inclinan- 
tes taciem ad terram 

10. dixerunt ad illas quid quœritis vi- 
vum cum mortuis 

11. 

12. memoramini sicut locutus est vobis 

13. dum adhuc esset in galilœa 

14. dicens quoniam ûlium hominis opor- 
tet tradi 

15. 

16. et tertia die resurgere 

17. et memoratae sunt verborum horum 

18. et reversée renuntiaverunt hœc om- 
nia illis omnibus et céleris omnibus 

19. erat autem magdalena 

20. et maria iacubi et iohanna 

21. et reliquat cum eis quai dicehant ad 
apostolos h«ec 

22. et visa "sunt illis tanquam délira 
verba baec 

23. et non credebant eis 



b. Veronensis. 

1. una autem sabbati 

2. venerunt valde tempore ad monu- 
mentum 

3. portantes quœ paraverant 
4. 

5. et invenerunt lapidem revolutum 

6. ingressae autem non invenerunt cor- 
pus 

7. et factum est dum mente consternatœ 
essent de facto 

8. et ecce duo viri steterunt secus illas 
in veste Mgente 

9.. cum timerent autem et declïnarent 
vultum in terram 

10. dixerunt ad illas quid quœritis vi- 
ventem cum mortuis 

11. 

12. rememoramini qualiter locutus est 
vobiscum 

13. cum adhuc in galilœa esset 

^4- dicens quia oportet fllium hominis 
tradi - 
,15. in manus hominum et cruciflgi 

16. et die tertia resurgere 

17. et rememoratœ sunt verborum ho- 
rum 

18. et regressae renuntiaverunt haec om- 
nia illis xi et ceteris omnibus 

19. erat autem maria magdalenœ 

20. et iohanna et maria iacobi 

21. et cetera? quse cum ipsis fuerant haec 
dicebant ad apostolos 

22. et visa sunt ante illos sicut delira- 
mentum verba ista 

23. et non credebant illis 



f. Brixianus. 

1. una autem sabbati 

2. valde diluculo venerunt ad monumen- 
tum 

3. portantes quœ paraverant aromata 

4. et aliae simul cum eis 

5. et invenerunt lapidem revolutum a. 
monumento 

6. et ingressae non invenerunt corpus 

7. et factum est dum haesitarent de hoc 

8 ecce duo viri adstiterunt juxta illas- 
in veste tulgenti 

9. cum timerent autem et declinarent 
vultum in terram 

10. dixerunt ad illas quid quœritis vî- 
ventem cum mortuis 

11 . non est hic sed surrexit 

12. recordamini qualiter locutus est vo- 
bis 

13. cum adhuc in galilssam esset 

14. dicens quia oportet lilium hominis- 
tradi 

15. in manus hominum peccatorum et 
cruciflgi 

16. et tertia die resurgere 

17. et recordatae sunt verborum ejus 

18. et régressas a monumento nuntiave— 
runt haec omnia illis undecim et ceteris. 
omnibus 

19. erat autem maria magdalena 

20. et iohanna et maria iacobi 

21. et ceterœ quœ cum eis erant qujjo 
dicebant ad apostolos hsec 

22. et visa sunt coram illos quasi dcli- 
ramentum verba illarum 

23. et non credebant illis. 



et fait ainsi disparaître toutes les divergencee Au total, 
l'emploi de textes pris dans les ouvrages des Pères est 
parfaitement légitime, mais le maniement en est fort 
délicat, si l'on ne veut ni exagérer ni affaiblir la valeur 
des arguments puisés à cette source, et il est préférable, 
quand on en a la facilité, de recourir directement aux 
textes continus des Écritures, que l'on rencontre dans 
les manuscrits ou dans les éditions qui en ont été 
publiées. 

Mais est-il possible d'établir d'après les seuls manus- 
crits la pluralité des anciennes versions latines pour 
chacun des livres de l'Écriture? Évidemment non; car 
nous sommes loin de posséder, en particulier pour 
l'Ancien Testament, le nombre de textes qui seraient 
requis pour faire une telle démonstration. Aussi bien, 
selon ce quia été dit en commençant, n'est-il pas néces- 
saire de prétendre que l'antiquité ait possédé plusieurs 
versions latines de tous les Livres saints sans exception. 



Les trois récits qu'on vient de lire sont-ils l'œuvre de 
différents traducteurs, ou bien n'étaient-ils à l'origine^ 
qu'une seule et même version qui s'est modifiée dans la 
suite entre les mains de divers recenseurs? Telle est 
exactement la question qui se pose en face de ces textes 
et tant d'autres semblables. Pour nous, il nous paraît 
que les variantes^de nos manuscrits sont trop nombreu- 
ses pour qu'on puisse les expliquer autrement que par- 
l'existence de plusieurs versions. De plus, si nous 
n'avions afiaire qu'à des recensions, les divergences 
trahiraient la préoccupation qu'a toujours un recenseur 
de rendre son texte ou plus exact ou plus littéraire. Or 
nous ne voyons aucun souci de ce genre se trahir dans 
nos trois rédactions. 

Une difficulté reste toutefois. On nous dit : Si nous 
admettons que ces textes viennent d'auteurs différents, 
comment expliquer qu'il s'y rencontre encore tant 
d'expressions semblables, absolument les mêmes? Nous. 



«9 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JÉRÔME 120 



pourrions d'abord répondre que ce sont les recenseurs 
peut-être qui ont ainsi rapproché les textes, car enfin, 
quand on a plusieurs textes d'un même ouvrage entre 
les mains, une recension a pour consAifuence tout aussi 
bien de les rapprocher que de les éloigner les uns des 
autres. Mais n'insistons pas sur cet argument, qui n'est 
après tout qu'un argument ad komineni, et venons à la 
réponse directe. Or, nous disons que la rencontre des 
mêmes mots sous la plume des divers traducteurs était 
inévitable. Les Livres saints ont été pensés, puis écrits 
par des Sémites qui ont toujours suivi la syntaxe de 
leur propre langue, même quand ils ont écrit en grec. 
De là cette perpétuelle succession de petites phrases 
•courtes, sans aucun lien qui les réunisse pour former 
quelque chose qui ressemble à nos périodes latines. 
Saint Luc lui-même, le meilleur écrivain grec du Nou- 
veau Testament, n'a pas d'ordinaire échappé à cette loi. 
Or, un livre ainsi composé ne peut être traduit fidèle- 
ment que si l'on coule presque constamment sa propre 
phrase dans le moule de la phrase sémitique; autre- 
ment, on ne semble pas traduire, mais paraphraser. 
Ajoutons à cela que le principal souci, et, pour ainsi 
dire, l'unique souci du traducteur des saints Livres a 
toujours été l'exactitude, la fidélité stricte. Il devait en 
être ainsi; ce qui importe par-dessus tout dans l'étude 
des Écritures, c'est de savoir d'une manière précise ce 
que Dieu a dit. Car il s'agit d'une parole révélée et fai- 
sant loi, à laquelle on ne peut donc rien ajouter, rien 
retrancher, sans forfaire aussi bien à la science qu'au 
respect de la foi. C'est ce qui nous explique pourquoi 
toutes les versions approuvées dans les Églises sont 
des versions en somme littérales. Une version de la 
Bible doit pouvoir faire autorité comme un texte juri- 
dique; or, elle ne le peut que si elle est littérale et 
rend l'affirmation divine telle quelle, rien de moins 
rien de plus. Dans ces conditions, il est absolument 
inévitable que les traducteurs se rencontrent souvent. 
Le lecteur est ^ même d'en faire l'expérience. Qu'il 
prenne un chapitre des Évangiles grecs, ou simple,- 
ment le passage de saint Luc donné plus haut d'après 
nos trois manuscrits, et qu'il se mette lui-même à le 
traduire fidèlement, littéralement en latin; il consta- 
tera que sa traduction se rapproche ou s'éloigne des 
anciennes versions qui datent de dix-sept à dix-huit cents 
ans, dans la mesure même où celles-ci s'éloignent ou 
se rapprochent les unes -des autres. Et ainsi, l'examen 
intrinsèque de nos textes, comme aussi les témoignages 
des anciens écrivains ecclésiastiques, nous amènent à 
cette conclusion que partout où l'on rencontre des 
textes aussi divergents que le sont ceux de nos trois 
manuscrits, on a affaire, non pas à de simples recen- 
sions, mais bien à des traductions différentes. 

VI. DU CLASSEMENT DES TEXTES PAR GROUPES DE VER- 
SIONS ou recensions diverses. — Les anciens textes 
latins ont été classés, mais pour la partie du Nouveau 
Testament seulement, par les deux célèbres critiques 
anglais Westcott et Hort, The New Testament in tlïe 
original Greek, Introduction, p. 78-84, Cambridge, 1881, 
et l'on peut dire que leur système a été universellement 
accepté. Voir par exemple Scrivener, A plain Introd., 
p. 55-56; Gregory, Prolegomena, p. 948-949, et Text- 
kritik, p. 598; Kenyon, Our Bible, London, 1895, p. 78; 
P. Monceaux, Revue des Eludes juives, avril 1901, 
p. 130-131; S. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 5; 
Nestlé, dans Urtext und Uebersetzungen, p. 87-88; 
Kennedy, Diclionary of the Bible, t. m. p. 55-60. Se 
plaçant au point de vue de la diversité des versions ou 
recensions, Westcott et Hort en ont distiugné trois 
groupes : groupe africain, groupe européen, groupe 
italien. Il' va sans dire que cette classification ne com- 
prend ni les textes alors insuffisamment étndiés ou 
même inconnus, ni les textes par trop mêlés pour qu'on 
puisse discerner leur groupe originel. Mais que faut-il 



entendre par textes africains, européens, italiens, si 
l'on veut rester dans le vrai, sans préjuger la question 
d'origine première de chaque version ou recension, et 
quels sont les textes à ranger daus chaque groupe? 

/. textes africains. — Par textes africains il faut 
entendre tous les textes, d'où qu'ils viennent, princi- 
palement apparentés avec ceux dont se servirent les 
Pères d'Afrique, Tertullien et surtout saint Cyprien. 
Car, nous l'avons dit, Cyprien a pour nous cet avantage 
qu'il cite souvent la Bible et la cite dans les mêmes 
termes ; c'est évidemment qu'il possédait une collection 
de textes déterminés, fixés, une véritable Bible latine 
qui peut par conséquent servir de point de départ ou 
de terme de comparaison pour retrouver la teneur des 
textes usités en Afrique à l'origine des Églises. Or on 
regarde comme se rapprochant particulièrement des 
citations de Tertullien et de Cyprien, pour les Évan- 
giles : le Codex Bobbiensis (k), le Palatinus (e); pour 
les Actes et pour l'Apocalypse : le palimpseste de Fleury- 
sur-Loire (h). 

il. textes européens. — Par textes européens on 
entend ceux qui ont été en usage dans les anciennes 
Églises latines d'Occident et sont restés en dehors des 
textes revisés par saint Jérôme. Les textes de cette ca- 
tégorie sont fort nombreux. On cite, par exemple, pour 
les Évangiles les manuscrits suivants : Vercellensis (a), 
Curiensia fragmenta (a 2 ), Sangallensia fragmenta (an- 
ciens n, o, p, qui ont fait retour au a 2 ), Veronsnsis (b), 
Golbertinus (c), Corbeiensis (ff 2 ), Claromontanus (h) 
Vindobonensis (i), Usserianus primus (r 1 ); pour les 
Actes : Gigas Holmiensis (g), fragmentum Mediola- 
nense (g 2 ), Bobbiensis palimpsestvs (s); pour lesÉpitres 
catholiques : le Corbeiensis (ff) de Pétersbourg, conte- 
nant l'Êpître de saint Jacques ; enfin, pour l'Apocalypse : 
le Gigas Holmiensis (g). 

///. textes italiens. — Les textes italiens sont, 
comme nous l'avons expliqué plus haut, en parlant de 
l'opinion de saint Augustin sur la pluralité des versions, 
les textes ainsi dénommés par ce Père, et qui, avons- 
nous dit encore, devaient être en usage, sinon dans 
toute l'Italie, au moins dans la partie nord du pays, ap- 
pelée « diocèse d'Italie », comprenant entre autres les 
villes de Vérone, Aquilée, Brescia, Ravenne et Milan. 
Cf. S. Berger, Hist. de la Vulgate, p. 6. Les textes ita- 
liens sont donc eux aussi des textes d'Europe ; on les a 
mis pourtant dans une classe à part, à cause du mot 
célèbre d'Augustin. Comme le grand docteur les préfé- 
rait aux autres et s'en servait dans ses propres écrits, 
que d'autre part il apprit vraisemblablement à les con- 
naître quand il était à Milan, on les retrouvera facile- 
ment en voyant s'ils sont apparentés avec les citations 
bibliques d'Augustin, avec celles d'Ambroise ou des 
autres écrivains du nord de l'Italie. 

Il faut cependant noter ici une opinion spéciale qui 
vient de se produire. Jusqu'à ces derniers temps, pres- 
que tous les auteurs avaient considéré l'Italique ou les 
textes italiens comme absolument différents des textes 
hiéronymiens. On citait pourtant saint Isidore de Sé- 
ville, qui avait appliqué aux travaux de saint Jérôme 
l'éloge donné par Augustin à l'Itala. Presbyter quoque 
Hieronymus, trium linguarum peritus, ex Hebrœo in 
Lalinum eloquium easdem Scripturas convertit elo- 
quenterque transfudit, cujus interpretatio merito cete- 
ris antefertur ; nam est et verborum tenacior et per- 
spicuitate sententise clarior atque utpote a Christiano 
interprète verior. Etym.,6. 4, t. lxxxiii, col.236. Dans 
les Prolégomènes à la Glose ordinaire de Walafrid Stra- 
bon (Patr. Lat., t. cxiii, col. 26), on lisait aussi quelque 
chose de semblable. Plus récemment, C. A. Breyther, 
Biss. de vi quam antiquissimte versiones, quse extant 
latime, in crisin Evang. 1 V Aa&eant^Mersebourg, 1824, 
8», cité par Nestlé, Urtext, p. 87, avait parlé dans le 
même sens, et de même enfin Ed. Reuss, dans la 2 e et 



121 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JEROME 122 



la 3 e édition de sa Geschichte der heil. Schrifte des 
If. T., au § 452, en entendant cela pourtant de la re- 
cension hesaplaire faite par saint Jérôme. Or voici que 
tout dernièrement M. Burkitt, The Old Latin and the 
ltala, Cambridge, 1896, p. 55-65, Texts and Studies, t. rv, 
n. 3, a tenté à son tour de démontrer que l'Italique 
pour Augustin serait la Vulgate et la traduction même 
de saint Jérôme. Plusieurs graves auteurs inclinent à 
donner raison à Burkitt, entre autres Th. Zahn, dans 
le Theologisches Literaturblatt, 1896, t. xvn, n. 31; 
S. Berger, dans le ( Bulletin critique, 1896, 5 sept., 
p. 481-485; Corssen, Bericht ûber die latein. Bibelû- 
bersetzugen, Leipzig, 1899, p. 5. Mais cette opinion 
trouve aussi des opposants d'autorité : Mercati, dans la 
Revue biblique, 1897, p. 474-478, ou Rivista bibliogra- 
fica italiana, 10 nov. 1896, p. 257; P. Monceaux, 
dans la Revue des Études juives, juillet 1901 , p. 16 ; 
Kennedy, Dictionary, p. 57; P. Lejay, dans la Rev. 
d'hist. et de litt. religieuses, 1900, p. 175-176. L'opinion 
de ces derniers auteurs nous paraît seule vraisemblable 
et voici pourquoi : Dans le célèbre passage d'Augustin 
sur l'Itala, De doctr. christ., il, 15, il ne peut s'agir 
tout d'abord de la version de Jérôme sur l'hébreu. Le 
livre II du De doct. christ, est de 397. Or, à cette époque, 
la version de Jérôme était loin d'être achevée et, de 
plus, Augustin la combattit jusque vers l'an 405, comme 
nous l'avons raconté dans les Etudes, nov. 1895, p. 386- 
392. — Il ne s'agit pas non plus de la recension de 
l'Ancien Testament faite par Jérôme sur les Septante. 
Car, de tout l'Ancien Testament, Jérôme ne fit en Italie 
que la première revision du Psautier (Psautier romain), 
qu'il recommença plus tard à Bethléhem (Psautier gal- 
lican) d'après les Hexaples d'Origène. C'est aussi à 
Bethléhem qu'il continua et acheva sa recension sur 
les Septante. Pourquoi dès lors Augustin eùt-il appelé 
version italienne cette recension de Bethléhem? De plus, 
Augustin ne connaissait guère, en 397 du moins, quand 
il parlait de l'Itala, qu'une très minime partie de la 
recension achevée à Bethléhem en 390. En effet, en 394, 
il ne possède encore que le livre de Job, et en 397, 
quand il parle de l'Itala, à peine en a-t-il fait l'éloge 
qu'immédiatement après il recommande aux Latins de 
corriger leurs textes sur les Septante : Et latinis qui- 
buslibet emendandis grseci adhibeantur, in quibus 
Septuaginta interpretutn, quod ad Vêtus Testamentum 
attinet, excellit auctoritas. De doctr. christ., 'n, 15, 
t. xxxiv, col. 46. Pourquoi cette recommandation, si 
l'Itala est pour lui précisément un texte déjà revu sur 
les Septante par saint Jérôme, dont les recensions 
étaient si appréciées d'Augustin? — Enfin l'Itala n'est 
pas non plus, semble-t-il, la recension du Nouveau Tes- 
tament faite à Rome par saint Jérôme de 383 à 385. 
Augustin, en effet, dans le célèbre passage sur l'Italique, 
paraît viser surtout l'Ancien Testament, puisqu'il re- 
commande, comme nous le voyions à l'instant, de cor- 
riger le latin sur les Septante. Mais quand il viserait 
aussi bien le Nouveau Testament, quelle raison de 
croire qu'il entendait par ltala la recension de Jérôme? 
On ne le voit pas. M. Burkitt appuie son opinion sur 
l'accord frappant que les citations d'Augustin dans le 
De Consensu Evangelistarum et dans le livre Contra 
Felicem ont avec le texte de la Vulgate. Mais d'abord on 
remarque un accord à peu près semblable entre la Vul- 
gate du Nouveau Testament et certains manuscrits 
{&-) qui sont pourtant indépendants de la recension hié- 
ronymienne. S'il est vrai d'autre part, comme le croient 
Kaulen, Einleitung, § 146, et M. P. Monceaux, Revue des 
Etudes juives, juillet 1901, p. 48, que Jérôme ait pris 
pour base de sa recension du Nouveau Testament pré- 
cisément un texte italien, l'accord des citations d'Au- 
gustin avec le texte hiéronymien s'explique très bien, 
sans qu'il soit nécessaire de supposer que la célèbre 
Italique soit la recension même de Jérôme. Enfin, on l'a 



dit et répété, c'est à Milan, dans le « diocèse d'Italie », 
qu'Augustin a dû faire connaissance avec son texte pré- 
féré. Selon toute probabilité, c'est donc celui-là qu'il a 
nommé texte italique, et non point la recension romaine 
de Jérôme, qui était du reste encore peu répandue. 
Telles sont les raisons pour lesquelles on ne doit pas, 
croyons-nous, identifier la recension romaine de Jérôme 
avec les textes italiques ou milanais. 

Il nous reste à dire quels sont les textes classés parmi 
les italiques. On cite comme étant de ce nombre, pour 
les Évangiles : le Brixianus (!), le Monacensis, ancien 
Frisingensis (q) ; pour les Épltres catholiques, le frag- 
mentum Monacense (q); pour les Épîtres paulines, le 
codex Frisingensis (r), les fragments de Munich (r 2 ), les 
fragments de Gôttweig (r 3 ). — Sur tous ces classements, 
voir en ce qui concerne le Nouveau Testament, après 
Westcott et Hort {pp. cit., n. 113-116), principalement 
S. Berger, Hist. de la Vujgate,p.5; Kennedy, Dictionary, 
p. 55-56; P. Monceaux, Revue des Études juives, avril 
1902, p. 130 ; juillet, p. 42. — Pour l'Ancien Testament, 
nous n'avons cité aucun manuscrit. Cette' partie ayant été 
jusqu'à présent fort peu étudiée, il est assez difficile de 
donner des exemples assurés. Kennedy a cependant 
essayé un premier classement, Dictionary, p. 58-60. 

VII. Lieu d'origine de l'ancienne Bible latine. — 
Dans quel pays se fit la première traduction des Écri- 
tures en latin ? Presque tous les défenseurs de l'unité 
de version placent en Afrique l'origine de cette version 
unique, surtout depuis les lettres célèbres du cardinal 
Wiseman, Two letters on some parts of the controversy 
concerning 1 Joh., v, 7, etc., parues dans le Catholic 
Magazine, 1832-1833, reproduites dans Migne, Démonstr. 
évang., t. xvi, p. 287-299. Cette opinion fut partagée par 
des critiques du plus haut mérite, tels que Lachmann, 
Tischendorf, Davidson, Tregelles, et aujourd'hui encore 
elle est suivie par un certain nombre d'écrivains, tels que 
Cornely, Introduclio generalis, t. i, p. 363; Gregory, 
Prolegomena, p. 949-950, et Texthritik, p. 596-597. Scri- 
vener soutenait aussi cette thèse; mais le continuateur de 
son œuvre, M. White, ne semble pas partager son avis. 
A plain lntrod., 4= édit., Londres, 1894, t. il, p. 44, note 1. 

On lait valoir tout d'abord en faveur de cette opinion 
des raisons externes. C'est en Afrique en effet, comme 
on l'a vu, que nous trouvons les premières traces cer- 
taines et positives d'une version latine, dans les œuvres 
de Cyprien, de Tertullien et jusque dans les Actes des 
martyrs de Scillium. A Rome, au contraire, tout est 
grec, liturgie, épigraphie, épistolographie, et cela durant 
plus de trois siècles. — Que l'Afrique ait possédé de 
très bonne heure une version latine même complète de 
la Bible, on ne peut songer à le nier, mais qu'il n'y en 
ait pas eu au même temps dans les pays d'Occident, et 
spécialement en Italie, et à Rome même, c'est ce qui 
n'est aucunement démontré. Nous avons dit plus haut, 
en traitant de l'antiquité de la traduction latine, pour- 
quoi nous pensions qu'à Rome aussi bien qu'en Afrique 
il dut y avoir de très bonne heure une version latine. 
Scrivener lui-même, qui croit à la seule origine afri- 
caine, ne craint pas de dire que l'argument apporté 
d'ordinaire à la suite de Wiseman, et qui conclut de 
l'usage du grec dans l'Église de Rome durant les trois 
premiers siècles contre l'origine romaine d'une version 
latine, n'est pas un argument convaincant pour un lec- 
teur réfléchi. A plain lntrod., p. 43. 

Mais il est une autre preuve en faveur de l'origine 
africaine, et, ajoute-t-on encore, contre l'origine romaine 
ou occidentale de nos versions latines, c'est la preuve 
tirée des africanismes de nos textes. On nous dit que nos 
anciennes versions regorgent de locutions populaires 
et rustiques, qui sont propres aux écrivains latins 
d'Afrique des II e et in» siècles et ne se rencontrent 
pas dans les écrivains romains. C'est l'argument qu'a 
fait valoir de nouveau avec science et talent le cardinal 



123 



LATINES (VERSIONS) NON DERIVEES DE LA VULGATE 



124 



Wiseman, et que Rônsch lui-même a accepté pour 
l'Itala dans laquelle il croit retrouver des africanismes 
caractérisés. Italaund Vulgata, Marbourg, 2 e édit., 1875, 
p. 5. — Encore ici cet argument est loin de satisfaire 
tous les esprits; et des savants tels que White, dans Scri- 
vener, op. cit., t. h, p. 44, note 1; Kennedy, Dictio- 
nary, p. 54; Corssen, Bericht, p. 82, ne craignent même 
pas de dire que la preuve tirée des africanismes est de 
moins en moins goûtée dans, le monde de la science. Il 
est vrai que des mots, des locutions, des phrases de 
notre vieille Bible latine se retrouvent chez les écrivains 
d'Afrique et ne se recontrent guère que chez eux. Seule- 
ment l'on doit observer que durant cette époque, 11 e et 
III e siècles, presque tous les représentants de la litté- 
rature latine chrétienne sont Alricains. Il n'est donc 
pas étonnant que le vocabulaire des textes bibliques ne 
se rencontre guère que chez eux. C'est la réponse de 
White et de Kennedy (loc. cit.). En outre, on a fait 
remarquer que certains mots souvent donnés pour 
•exclusivement africains sont des composés ou des déri- 
vés formés par des procédés en usage chez tous les 
■auteurs latins de la décadence. M. Misset; U. Robert, 
Heptat., p. xxu-xxrv. Mais il y a plus; pendant que, au 
nom de la philologie, tel savant conclut à l'africanisme 
■d'un document, au nom de cette même philologie un 
autre savant conclura à l'origine gauloise ou peut-être 
lyonnaise de ce même document. « Les grammairiens 
.anciens, dit M. Gaston Boissier, ne paraissent pas avoir 
réussi à découvrir bien sûrement quels étaient les signes 
•distinctifs de la latinité d'Afrique. Ceux d'aujourd'hui 
ont-ils été plus heureux ? Je ne le pense pas. » Journal 
des savants, 1895, p. 38-39. 

D'autres auteurs, parmi ceux surtout qui sont parti- 
sans de la pluralité des versions latines, placent en 
Italie les tout premiers commencements d'une traduc- 
tion latine. Tel est, par exemple, l'avis de Gams, dans 
sa Kircliengeschichte von Spanien, Ratisbonne, 1862- 
1879, t. i, p. 86-Î02. Ct. t. m, 2* Abth., p. 501. Kaulen 
va plus loin. C'est à Rome même qu'il fait apparaître 
la plus ancienne, d'après lui, de toutes les versions, à 
•savoir la célèbre Italique. Einleitung, § 146. — Nous ne 
voyons pas, quant à nous, la nécessité de décider en 
.quel pays parut le premier essai d'une version latine dé 
la Bible. Convaincu, comme on peut l'être en matière 
probable, de la' thèse que nous avons défendue plus 
haut, de la pluralité des vecsions, nous disons simple- 
ment que la Bible fut traduite, partiellement au moins, 
dans différents pays et d'une façon indépendante, sans 
que nous voyions clairement quel pays commença le 
premier. L'Afrique avait déjà son texte complet ou à 
peu près dès le ir> siècle; c'est ce qui résulte des té- 
moignages historiques que nous avons apportés, en 
traitant de l'antiquité des versions latines. Nous ne 
■doutons pas qu'il ne faille en dire autant de Rome ou 
■de l'Italie, et peut-être aussi de plusieurs autres Églises 
d'Occident, en Espagne, dans les Gaules. Le lecteur n'a 
■qu'à se rappeler, en effet, ce qui a été dit précédemment 
sur la pluralité des versions, et même sur le classe- 
ment des textes. Car il y a tout lieu de croire que si 
nous avons des textes d'Afrique, d'Europe, d'Italie, ce 
n'est pas seulement parce qu'ils étaient usités dans ces 
pays, mais bien encore parce que beaucoup d'entre eux 
y avaient pris naissance. — Kennedy, Dictionary, 
p. 54-55, à la suite de Sanday, place dans la province 
■de Syrie l'origine première de nos versions latines, Cette 
hypothèse n'a aucune vraisemblance. 

L. MÉCHINEAU, 

2. LATINE (VERSION) DE SAINT JEROME. Voir 

"VULGATE. 

3. LATINES (VERSIONS) NON DÉRIVÉES' DE LA 
VULGATE. 

I. Catholiques. — 1» La Polyglotte de Ximénès, Alcala 



de Hénarès, 1522, contient la Vulgate entre le texte 
hébreu et le texte grec. Mais on y trouve aussi une 
version latine interlinéaire du texte grec alexandrin et 
une version latine de la paraphrase chaldaïque d'On- 
kélos. Une traduction latine interlinéaire accompagne 
tous les textes grecs, protocanoniques ou deutérocanc- 
niques, sauf pour le Psautier, où il n'y a que la Yulgate 
et la version de saint Jérôme. Voir Polyglotte. 

2° Santés Pagninoa fait une traduction latine du texte 
hébreu, Nova Translatio, Lyon, 1527. On reproche à 
cette traduction d'être trop servilement littérale, parfois 
inexacte et trop habituellement dans la dépendance des 
interprétations rabbiniques. Voir Pagnino. 

3" Cajetah professait que ce n'était point entendre 
l'Écriture qu'entendre l'interprète lalin, et qu'il fallait 
en conséquence recourir au texte hébreu pour l'Ancien 
Testament et au grec pour le Nouveau. Cf. P. Sarpi, 
Hist. du concile de Trente, trad. Amelot, Amsterdam, 
1683, p. 142. Dans ses différents commentaires, il s'ap- 
pliqua donc à donner une version latine des textes pri- 
mitifs. Mais comme il n'avait de l'hébreu et du grec 
qu'une connaissance fort imparfaite, il fit appel à la 
collaboration d'un juif, expert en langue hébraïque, et 
d'un chrétien possédant à fond le grec. Une telle mé- 
thode était trop aventureuse pour donner de bons résul- 
tats, et les libertés que l'auteur prenait si volontiers à 
l'égard de la tradition scripturaire ne donnèrent pas 
grand crédit à son œuvre. Voir Cajetan, t. H, col. 47. 

4° Isidore Clario, dans sa Vulgata editio Novi ac Ve- 
teris Testamenti, Venise, 1542, 1557, sous prétexte de 
corriger le Vulgate, se permit d'en changer arbitraire- 
rement le texte, et en parla en tels termes dans sa pré- 
face, que son ouvrage fut mis à l'Index. Ses corrections 
sont d'ailleurs en général assez peu judicieuses. Voir 
Clario, t. u, col. 793. 

5° Arias Montano revit la traduction de Pagnino et 
l'inséra dans la Polyglotte d'Anvers, Hebraicorum £i- 
bliorum V. T. lalina interpretatio, Anvers, 1572. Il y 
exagère encore la littéralité de Pagnino, au point de 
rendre inexactement le sens d'un bon nombre de pas- 
sages. Voir Arias Montano, t. i, col. 954. 

6° Thomas Malvenda, pour défendre la Vulgate, en- 
treprit une version latine du texte hébreu, mais fut 
interrompu par la mort pendant qu'il traduisait Ezé- 
chiel. Thomas Turcus a publié l'ouvrage : Commentaria 
in S. S. una cum noua de verbo ad verbum ex hebrœo 
translatione, Lyon, 1650. Malvenda se sert des versions 
antérieures et des travaux de différents auteurs, mais 
sans jamais indiquer de références. De plus, sous pré- 
texte de rendre plus littéralement l'hébreu, il forge de 
nouveaux mots latins, ce qui donne à son œuvre un air 
barbare. 

7° Houbigant, dans sa Siblia hebraica cum notis cri- 
ticis et versione latina ad notas crilicas facta, Paris, 
1743-1754, n'a donné qu'une œuvre imparfaite, parce 
qu'il n'a pu avoir sous la main tous les manuscrits 
hébreux qu'on a recueillis depuis, et parce que trop 
souvent il pousse la hardiesse jusqu'à la témérité dans 
ses corrections du texte massorétique. Voir Houbigant, 
t. m, col. 765. 

8" J. de la Haye a réuni dans sa Biblia maxima, Paris, 
1660, les traductions latines d'une foule de versions an- 
ciennes. Elles sont au nombre de vingt ou trente pour 
certains passages, ce qui produit une confusion inutile 
et une accumulation indigeste de documents qui se 
répètent sans profit appréciable. 

II. Protestants. — 1° S. Munster, cordelier devenu 
luthérien, publia à Bâle, 1534 et 1546, une traduction 
latine de l'Ancien Testament faite sur l'hébreu. Il s'y 
inspire des explications des rabbins et ne tient pas assez 
compte des anciennes versions. Il est cependant littéral 
et ordinairement exact. Sa traduction est préférée à 
celles de Pagnino et d'Arias Montano. 



425 



LATINES (VERSIONS) — LAUDIANUS (CODEX) 



126 



2° Léon de Juda, du parti de Zwingle, a traduit l'An- 
cien Testament sur l'hébreu, Zurich, 1543 ; Paris, 1545. 
Comme il mourut avant la fin de son travail, Bibliander 
acheva Ezéchiel et traduisit Daniel, Job, PEcclésiaste, 
le Cantique et les quarante-huit derniers Psaumes; 
P. Cholin traduisit du grec les livres que les protestants 
nomment apocryphes. Ces traductions sont assez bonnes; 
elles évitent la littéralité excessive et la paraphrase; on 
y signale cependant certaines inexactitudes et quelques 
passages peu intelligibles. 

3° La traduction de Castalion, Biblia V. et N. Tes- 
tant., Bàle, 1551, d'après l'hébreu et le grec, vise à 
l'élégance et ne l'atteint qu'aux dépens de la fidélité. 
Bien des passages sont ainsi affaiblis, modifiés ou rendus 
par des équivalents oratoires qui dénaturent plus ou 
moins l'original. Voir Castalion, t. h, col. 340. 

4° Emm. Tremellius et F. Junius ou du Jon sont les 
auteurs d'une autre version latine de la Bible : Biblio- 
rum, i. e. libri latini recens ex hebrseo facti, pars i-iv, 
Francfort-sur-le-Main, 1575-1579, et Apocryphi, 1579, par 
Junius. Convaincus d'inexactitude en beaucoup d'en- 
droits, ils ont donné une autre édition, Londres, 1581. 
Ils prennent bon nombre de libertés avec le texte sacré, 
quelquefois paraphrasent et ajoutent des mots qui ne 
sont pas dans l'original. Voir Jon, t. m, col. 1602. 

5° Le Polyglotte de Walton contient aussi des tra- 
ductions latines des textes et des versions orientales, 
Londres, 1657. Ces traductions sont dues à différents 
auteurs. 

6» Luc Osiander et son fils André, mort en 1552, donnè- 
rent chacun une édition de la Vu! gâte, mais en la cor- 
rigeant d'après le texte hébreu. Dans ses traductions de 
la Bible, Robert Estienne inséra, en 1545, la version de 
Léon de Juda, et en 1557, celle de Pagnino. — Cf. Richard 
Simon, Histoire critique du Vieux Testament, Rotter- 
dam, 1685, p, 313-329, 416-418; Mariana, Pro editione 
Vulgatadissertatio, xxv, dans le Scripturm Sacrse Cur 
sus completus de Migne, 1. 1, col. 685-691 ; Cornely, Intro- 
duct. gênerai, in N. T. libros sacros, Paris, 1885, t. i, 
p. 505, 508, 668, 669, 682, 688, 696. H. Lesêtre. 

LATRINES (hébreu : mahârâ'âh; Septante : Xu- 
Tpûvat; Vulgate: lalrinie), endroit destiné à recevoir les 
déjections humaines. La Loi prescrivait qu'un empla- 
cement particulier, hors du camp, fût réservé à cet 
usage pendant le séjour du peuple dans le désert; elle 
imposait certaines précautions intéressant à la fois la 
décence et l'hygiène, en vertu de ce principe supérieur 
que rien d'impur ne doit offenser la sainteté divine. 
Deut., xxiii, 12-14. Le contact d'une souillure humaine, 
quelle qu'elle fût, produisait une impureté légale. Lev., 
v, 5. Les précautions imposées par la Loi avaient l'avan- 
tage de préserver la population contre bien des germes 
de maladies meurtrières, le sol étant le meilleur désin- 
fectant des matières putrides. Cf. Guéneau de Mussy, 
Elude sur l'hygiène de Moïse et des anciens Israé- 
lites, Paris, 1885, p. 12. Une fois établis dans la terre 
de Chanaan, les Hébreux durent demsurer fidèles aux 
usages que leurs pères avaient appris à suivre dans le 
désert. Pour obéir à l'esprit de la Loi, ils ne man- 
quaient pas, quand ils étaient obligés de s'arrêter dans 
la campagne, de se couvrir entièrement de leur man- 
teau. De là l'expression hébraïque hêsêk raglâî, « cou- 
vrir ses pieds. » (Vulgate : purgare alvum, ventreni.) 
Jud., m, 24; I Reg., xxrv, 4. Cf. Josèphe, Ant. jud.,~Vl, 
xin, 4. Le Talmud interprète de même ces passages. Cf. 
Gesenius, Thésaurus, p. 951. On s'explique ainsi com- 
ment David put aisément couper un pan du manteau 
traînant de Saûl, dans la caverne d'Engaddi. I Reg., 
xxiv, 5. Dans les villes et les agglomérations de quelque 
importance, la nécessité dut obliger les habitants à se 
réserver certains endroits, soit publics, soit privés. 
Toujours est-il qu'à Samarie, Jéhu, pour souiller et dés- 



honorer à jamais le temple de Baal, en fit des latrines 
publiques. IV Reg., x, 27. De même plus tard, à Rome, 
on fit une latrine publique de la salle de la curie de 
Pompée, dans laquelle César avait été frappé à mort. 
Dion, xlvii, 19. Le mot que le texte sacré emploie 
pour nommer cet édifice, mahârâ'âh, parut inconve- 
nant à partir d'une certaine époque, et on le rem- 
plaça par le mot môsâ'dh (voir le qerî), de yâfd, « sortir, » 
l'endroit où l'on sort. Le mot dont se servent les Sep- 
tante, iuTpôvoti, n'est pas grec et ne semble qu'une re- 
production du mot latin latrinss, qu'on lit ici dans la 
Vulgate. Le mot latin n'est qu'une contraction de lava- 
trina, parce que la salle qui servait au bain passa peu 
à peu à un autre usage hygiénique. Il est question de 
ces endroits dans les auteurs latins. Plaute, Curcul., iv, 
4, 24; Suétone, Tib.,58; Columelle, x, 85, etc. Il y avait, 
chez les anciens Grecs et .Romains, des latrines publi- 
ques, en hémicycle, ou rectangulaires, comme on peut 
en voir dans les ruines de Timgad, en Afrique; les 
maisons particulières en étaient pourvues. Élagabale fut 
tué dans l'un de ces endroits. Lampride, Elag., xvii. 
Cf. Rich, Dict. des antiq. rom. et grecq., trad. Chéruel, 
Paris, 1873, p. 353; H. Thédenat, dans le Dict. des antiq. 
grecques et romaines de Daremberg et Saglio, t. m, 
p. 987-991. Ils existaient certainement chez les Israélites 
de l'époque évangélique. Ils sont désignés par saint Mat- 
thieu, xv, 17, et saint Marc, vil, 19, sous le nom de 
àtpeSpwv, secessus. Ce mot, qui n'appartient pas au grec 
classique, a peut-être été suggéré par le mot atpsSpoc, 
dont les Septante, Lev., xv, 19, et le médecin Diosco- 
ride, il, 85, se servent pour désigner un certain genre 
d'impureté. — Les latrines étaient d'ordinaire ménagées 
hors de la maison et en plein air; on les établissait de 
telle façon que, pour s'en servir, on eût toujours le 
visage tourné vers le midi. Cf. Iken, Antiquitates he- 
braiese, Brème, 1741, p. 539. H. Lesètre. 

LATUSIM (hébreu: LetuHm; Codex Samaritanus: 
LotM'îm; Septante: Aa-rouiriei'n), nom ethnique du se- 
cond fils de Dadan.il était petit-fils de Jecsan et arrière- 
petit-fils d'Abraham et de Cétura. Gen., xxv, 3; I Par., 
i, 32 (dans la Vulgate seulement, où leur nom est 
écrit Latussim). On s'accorde à reconnaître dans ce nom 
celui d'une tribu arabe, mais sans pouvoir la déterminer 
avec précision. Steiner, dans Schenkel, Bibel-Lexicon, 
t. iv, 1872, p. 28, explique le nom comme dérivant de 
lâtaS, « marteler, » et signifiant « forgerons », de même 
que Le'ummim signifierait « soudeurs de métaux ». 
Cf. S. Jérôme, Qusest. hebr. in Gènes., xxv, 3, t. xxm, 
col. 976, seris ferrique metalla cudentes. Voir Laomim. 
On a cru retrouver des traces des Latusim dans quel- 
ques inscriptions nabatéennes. M. A. Levy, Ueber die 
nabatâischen Inschriften, dans la Zeitschrift des deut- 
schen morgenlàndischen Geseïlschaft, t. xiv, 1860, 
p. 403-404. Cf. Ed. Glaser, Skizze der Geschichte Ara- 
biens, 1890, t. n, p. 460-461. Frd. Keil, Genesis, 2= édit., 
1866, p. 194, les identifie avec les Banu Leis habitant le 
Hedjaz. Ch. Forster, The historical Geography of Ara- 
bia, 2 in-8°, Londres, 1844, t. i, p. 334, suppose que les 
Latusim sont compris, dans les écrits des prophètes, 
sous la désignation générale de Dadan, leur père (voir 
Dadan 2, t. n, COH203), et qu'ils habitaient dans le dé- 
sert à l'est du Jiays d'Édom. F. Fresnel, dans le Journal 
asiatique, III e série, t. VI, 1838, p. 217-218, identifie les 
Latusim avec les Tasm, ancienne tribu éteinte de l'Ara- 
bie. Ce sont là tout autant d'hypothèses qu'on n'a pu 
prouver jusqu'à présent. F. V/GOuroux. 

LATUSSIM, orthographe de Latusim dans la Vul- 
gate, I Par., i, 32. Voir Latusim. 

LAUDIANUS (CODEX). - I. Description. - Le 
Laudianus est un manuscrit grec-latin des Actes, écrit 



427 



LAUDIANUS (CODEX) — LAUNAY 



128 



vers la tin du VI e siècle, en lettres onciales, sur un par- 
chemin fort et grossier. Il comprend 226 feuillets hauts 
de 0™27, larges de m 22 ; il est à deux colonnes, de 23 à 
26 lignes chacune. L'encre blanchie et presque effacée 
par le temps a été renouvelée par endroits. L'écriture est 
plus grosse et moins élégante que dans les grands codex 
Sinaiticus, Vaticanus et Alexandrinus. En général, 
les mots ne sont pas séparés. Pas d'accents ni d'esprits, 
sauf l'esprit rude, la barre horizontale ou le tréma sur 
l'y initial (y, û, v) et le tréma sur l'i initial (ï). Ponc- 
tuation très rare ; un point de temps en temps : les deux 
points servent à séparer le grec du latin quand les deux 
textes arrivent presque à se toucher. Par-ci par-là une 
lettre plus grande, placée en vedette, indique un alinéa. 
— Point d'iota souscrit ou adscrit. On remarque le 
changement fréquent de ei en i, de ai en z, plus rare- 
ment de oi en u, quelquefois de o en w, et réciproque- 
ment. Dans les composés, l'assimilation des consonnes 

est souvent négligée. — Les abréviations sont : 02, 12, 

X2, K2, 0TN02, IINA, ANOS, HPQN, IIP A, MPI, 

AAA, IAM, IHA, M (pour [tau); <xt final est souvent 
contracté, v final remplacé par une ligne horizontale 
placée à l'extrémité supérieure de la lettre précédente. 
En latin, pas d'abréviations. Jésus est écrit Jhesus. — 
Dans son état actuel le codex a une lacune de Act., xxvi, 
29 (eùÇ<xi'|M|v), à Act., xxvm, 26 (Xé^wv). — Il est désigné 
en critique, par la lettre È ou E mt pour le distinguer 
du Basiliensis (E. des Évangiles) et du Sangermanensis 
(E. de Paul). 

II. Histoire. — Tout porte à croire que le Laudianus 
fut copié en Occident, probablement en Sardaigne, par 
un scribe plus familier avec le grec qu'avec le latin. En 
tout cas, le manuscrit est passé par la Sardaigne, car il 
contient à la fin, d'une écriture plus récente, un 
décret d'un duc de Sardaigne, Flavius Pancratius : 
$X[autoc] itavxpaTioc o-uv 6ew axo enap'/cav Sou!; o-apSiviaç 
x. t. X. Des ducs gouvernèrent la Sardaigne de 534 à 
749. Nous y lisons encore d'autres noms propres, mais 
qui ne nous apprennent rien sur l'âge ni sur l'histoire 
du manuscrit. On ignore à quelle époque il a été apporté 
en Angleterre; il est seulement très probable, comme 
nous le verrons plus bas, que le vénérable Bède (673-735) 
s'en est servi pour ses derniers travaux d'exégèse. A 
cette époque, il était complet, car Bède cite trois pas- 
sages compris dans la lapune actuelle. En 1636, il ap- 
partenait à l'archevêque Laud et était déjà mutilé. Laud 
en fit présent à l'Université d'Oxtord, dont il était alors 
chancelier. Fell l'utilisa en 1675 pour son édition du 
Nouveau Testament. Le manuscrit se trouve maintenant 
à la Bodléienne (Oxford) où il est conservé sous la cote 
Laud, 35. 

III. Particularités. — 1° Une des singularités de ce* 
codex c'est que le latin occupe la place d'honneur, à la 
gauche du lecteur, tandis que le grec est à la droite. 
Comme il estécritstichométriquementetque les stiques 
sont très courts (un ou deux mots, rarement trois ou 
quatre), le latin répond au grec presque mot pour mot. 
On a pensé que le grec était adapté au latin, pris pour 
base. Hais cette hypothèse a priori ne résiste pas à 
l'examen des faits. Au contraire, c'est le latin qui est 
adapté au grec sans en être toutefois une, traduction 
nouvelle. La version préhiéronymienne, représentée par 
le Laudianus, se rapproche plus dé la Vulgate que 
celle du codex de Bèze. Le texte grec se distingue par 
des leçons excellentes, qu'on retrouve en partie dans 
le codex 218 des Actes (minuscule du xiv» siècle). — 
2» Un autre fait curieux, c'est que le vénérable Bède 
s'est servi de ce manuscrit ou d'un autre tout semblable. 
Il en prit occasion pour composer son Liber Relra- 
ctationis in Actus Apost., t. xcii, col. 995-1032, où il 
complète et modifie son Exposition des Actes, publiée 
plusieurs années auparavant, par les leçons du texte 



grec qu'il a remarquées depuis. Plus de soixante-dix 
leçons qu'il mentionne sont conformes au Laudianus 
et souvent lui sont spéciales. Mill, Nov. Test, grxcum, 
Hotterdam, 1710, Prolegom., p. 98, conclut de cette 
comparaison que le codex employé par Bède aut illum 
ipsum esse aut ejus plane gemellum. Woide, Notitia ' 
Cod. Alexandr., Leipzig, 1788, p. 160, s'exprime dé 
mêmeaprès une comparaison plus complète. — 3° On 
peut remarquer dans le fac-similé (lig. 38) la forme 
des lettres déjà en décadence par rapport à la. pureté 
et à l'harmonie de l'écriture onciale du iv" siècle. En 
grec : B ouvert par le haut ressemble parfois au (1 mi- 
nuscule, avec un trait oblique pour remplacer la boucle 
supérieure ; A a quelquefois les barres prolongées hors 
du triangle et terminées par des crochets; M est trop 
large; la barre supérieure du II est amincie et ne dé- 
passe pas les montants ; <ï> est très aplati; S contourné 
a l'aspect de \ minuscule ; P, Y, 4>, *F, descendent au- 
dessous de la ligne; la partie supérieure de E et de 2 
est formée par un trait distinct. En latin : b et h sont 
minuscules; d a le bout crochu; l se termine par un 
trait exagéré; m a le premier trait recourbé; p a la 
boucle petite; dans le t, la barre perpendiculaire est 
courbe au fond, la barre transversale se termine par 
deux crochets ; f, p, q, r descendent au-dessous dé la 
ligne (fig. 39). — 4° Quelques mots sont grattés au 
couteau ou effacés à l'éponge; plus fréquemment des 
points, placés au-dessus d'une lettre ou d'un mot, équi- 
valent à une rature. D'après Gregory, il y a eu trois 
correcteurs : l'un est probablement le scribe lui-même; 
le second est un contemporain, qui inscrivit en outre le 
Symbole des Apôtres, en latin, sur le feuillet 226; le 
troisième, qui parait avoir vécu au vil» siècle, ajouta, 
le titre des chapitres, lesquels ne coïncident ni avec 
la capitulation de YAmiatinus ni avec celle du Fui- 
densis. En effet, le chap. lviii (commençant Act., xxvi, 
24) correspond au chap. lxvi de YAmiatinus et au 
chap. lxxi du Fuldensis. 

IV. Bibliographie. — 1» Éditions : T. Hearne, Acte 
Apost... e Codice Laudiano, Oxford, 1715; Hansell, Nov. 
Test, grœce, Oxford, 1864, t. u, p. 2-227 (donne en 
quatre colonnes parallèles Y Alexandrinus, le Vaticanus, 
le Codex rescr. Êphrœmi, le Codex Bezse et, au tond des 
pages, le Laudianus), édition médiocre; Tischendorf, 
Monumenta sacra inedita, t. ix, Leipzig, 1870 (fruit de 
deux collations, en 1854 et en 1863). — Pour le latin, 
Sabatier, Biblior. sacr. Lat. version, antiques, Paris, 
1751, t. m, part. I, p. 493-588. — 2» Fac-similés. rAstley, 
Origin and progress of writing, Londres, 1784, pi. ' v > 
Copinger, The Bible and its transmission, Londres, . 
1897, p. 126; The Palœographical Society, Faoimile* 
of Manuscr. and Inscript., Londres, 1873-1883, t. l, taç- 
sim. n° 80 (c'est celui que nous reproduisons). — Voir 
encore : Gregory, Prolegomena(de la vni e édit. crit. de 
Tischendorf), Leipzig, 1894, p. 410-413; Textkritik de» 
N. T., Leipzig, 1900, t. ï, p. 97-99; Scrivener, Intro- 
duction, 4» édit., Cambridge, 1894, t. ï, p. 169-171; de 
plus, Mill et Woide cités plus haut. F. PRAT. ' 

LAUGOIS Benoit, de Paris, mort le 18 juin 1689. 
Voir Franciscains (Travaux des) sur les Saintes Ecri- 
tures, t. u, col. 2385. 

LAUNAY (Pierre de), sieur de la Motte et de Vau- 
ferlan, théologien protestant, né à Blois en 1573, mort * 
Paris le 27 juin 1661. Contrôleur général des guerres ea 
Picardie, il abandonna cette charge, en 1613, pour se- 
livrer entièrement à l'étude, ne conservant que le titre 
honorifique de conseiller-secrétaire du roi. Il fut n * 
des membres les plus importants du parti protestant a 
cette époque. Il assista à plusieurs synodes régionaux 
et pendant quarante ans fut membre du consistoire*» 
Charenton. Pendant quelque temps il enseigna le greo 



Dict. dk la Bible 



Letouzicy El' Ane, L.DIT. 



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GTS 6141 OH 135 
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1 









LAUDIANUS CODLX (VII" siècle) 
(Act., XV, ii-iï.J 



129 



LAUNAY 



LAVAGE 



* 130 



à l'Académie de Saumur. Il a publié : Paraphrase et 
Exposition du prophète Daniel, in-8», Sedan, 1624 ; 
Paraphrase et claire Exposition du livre de Salomon, 
vulgairement appelé VEcclésiaste, in-8», Saint-Maurice, 
1624 ; Paraphrase et Exposition de VEpitre de saint 
Paul aux Romains, in-8», Saumar, 1647; Paraphrase 
et Exposition des Proverbes de Salomon et du premier 
chapitre du Cantique des Cantiques, 2 in-8°, Charenton, 
1650; Paraphrase sur lesEpitres de saint Paul;i iri-4», 
Charenton, 1650; Paraphrase et Exposition de l'Apoca- 
lypse, in-4», Genève, 1650, sous le pseudonyme de Jonas 
le Buy de la Prie : les opinions de l'auteur sur le règne 
de mille ans furent combattues par Àmyraut, ce qui 
donna lieu à Launay de publier : Examen de la Réplique 
de M. Amyraut, in-8°, Charenton, 1658; Traité delà 
Sainte Cène du Seigneur avec l'explication de quelques 
passages difficiles du Vieux et du Nouveau Testament, 
in-12, Saumur, 1650; Remarques sur le texte de la Bible 
ou Explication des mots, des phrases et de* figures 
difficiles de la Sainte Écriture, in-8», Genève, 1667. — 
Voir Walch, Bibliotheca tlteologica, t. iv, p. 770. 

B. Heurtebize. 
LAURELLE. Voir Laurier-Rose. 

LAURIER. Quelques interprètes ont voulu voir le 
laurier dans le mot 'ézrâh du Ps. xxxvn (Vulg., xxxvi), 
35, qui en réalité signifie indigène. On y compare l'im- 
pie au comble de la puissance à un arbre vert, ra'&nân, 
qui se dresse dans le sol qui l'a vu naître, 'éirdh. C'est 
un arbre qui croit dans son sol natal, qui n'a pas été 
transplanté et par conséquent n'en tient que plus fer- 
mement à la terre. Le même mot s'emploie des hommes, 
pour signifier « un indigène ». Exod., xii, 19; Lev., xvi, 
29, etc. Il s'agit donc en général d'arbres verts et non pas 
spécialement du laurier. Les Septante, suivis par la Vul- 
gate et les versions arabe et éthiopienne, ont lu une autre 
leçon dans leurs manuscrits hébreux : ils traduisent : 
« comme les cèdres du Liban, » ce qui suppose la lecture 
|mS >n«, 'arzê Lebdnôn, au lieu de ]an mw, "ézrdh 
ra'àndn. E. Levesque, 

LAURIER-ROSE (grec: (çutà fo'&'ou, péiov; Val- 
gaie : plantatio rosse, rosa, Eccli., xxiv, 14 [Vulgate,18]; 
xxxix, 13 [Vulgate, 16]), arbuste aux belles fleurs roses. 

1. Description. — C'est l'espèce typique du genre 
Nerium, de la famille des Apocynées, qui abonde sur 




Iferium Oleander. 



le bord des eaux dans toute la partie chaude de la région 
méditerranéenne. Le Nerium Oleander de Linné 
{fig. 40) est un arbrisseau à suc laiteux, à feuilles co- 

DICT. DE LA BIBLE. 



riaces et persistantes, dont le limbe lancéolé est porté 
par un court pétiole, verticillées par trois, sauf les infé- 
rieures de chaque rameau qui sont opposées, légèrement 
pubescentes sur les deux faces, avec des nervures laté- 
rales très rapprochées et presque à angle droit avec la 
côte médiane. L'inflorescence terminale et ramifiée en 
cymes a ses pédoncules un pen veloutés, comme les sé- 
pales; les cinq pétales d'un beau rose, à limbe étalé, 
portent à la gorge des appendices liguliformes, dentés; 
les cinq éta mines ont le filet velu et l'anthère garnie de 
poils sur le dos. A la fleur succède un fruit formé de 
deux follicules rapprochées et laissant échapper à ma- 
turité de nombreuses graines soyeuses. F. Ht. 

II. Exégèse. — Le laurier-rose est tellement répandu 
en Palestine, qu'il y a lieu de s'étonner de ne point 
trouver dans la Sainte Écriture le nom d'un arbuste qui 
attire autant les regards. Et en effet aucun nom hébreu : 
des plantes mentionnées dans la Bible hébraïque ne pa-v 
ratt s'y appliquer. Mais peut-être dans les livres denté- . 
rocanoniquès, serait-il désigné quelquefois sous le nom 
de £48ov, qui comprendrait et le rosier proprement-dit 
et le laurier-rose. On lit dans l'éloge de la sagesse, Eccli., 
xxiv, 13, 4 : 

Je me suis élevée comme le cèdre sur le Liban 
Comme le cyprès sur la montagne d'Hermon. 
Je me suis élevée comme le palmier à Engaddi 
Et comme les f »t» fête» à Jéricho, 
Comme on bel olivier dans la plaine 
Et j'ai grandi comme un platane. 

Le parallélisme demande ici un arbuste dont le port 
est bien plus celui dû laurier-rose que du rosier. Et il 
faut remarquer que le laurier-rose est très abondant à 
Jéricho : ce qui n'a pas lieu pour lé rosier. —Au 
chapitre xxxix, 13, du même livre, il est dit : 

Ecoutez-moi, fils pieux, 

Et croissez comme le poSov sur le bord d'une eau courante. 

. Cette situation sur le bord de l'eau convient mieux 
encore au laurier-rose qu'au rosier. « Du site de Jé- 
richo, et de la situation au bord des eaux) dit, au sujet 
de ces deux passages, H. B. Tristram, The Naturel llis- 
tory of the Bible, in-12, Londres, 1888, p. 477, ce jWSo» 
est plus probablement VOleander, le laurier-rose, une 
des plus belles et charmantes plantes de la Palestine, 
qui abonde dans toutes les parties plus chaudes de la 
contrée, sur le bord des lacs ou des cours d'eau, et fleu- 
rit spécialement à Jéricho, où je n'ai point vu notre 
rose. » J. Kitlo, Cyclopmdiaof Biblical Literaturë, Edim- 
bourg, 1866, t. m, p. 681, et plusieurs exégètes sont de 
cet avis. On ne pourra décider la question que par la 
comparaison avec l'original hébreu de ces passages, qui 
malheureusement n'a pas encore été découvert. On 
peut cependant fortifier les raisons données par cette 
remarque que le mot grec £68ov désignait plusieurs es- 
pèces de plantes et s'appliquait au £o6o8âf v»j, appelé 
aussi £oSoS£vSpov. Dans les écrivains arabes, in materia 
medica, rodyon est donné comme le nom syrien de 
VOleander. Le nom syriaque du podoSotçvij est .9o>>0f 
harduf. Quant à Eccli., L, 8, dans l'éloge où Simon, 
fils d* Onias, est comparé « à la fleur des rosiers aux jours 
du printemps », l'hébreu découvert présente un tout 
autre sens; il s'agit de la floraison des arbres en général 
au printemps, « comme la fleur aux branches à l'époque 
du printemps. » Et dans la Sagesse, xi, 8, il s'agit de 
vraies roses. Voir Rose. E. Levesque. 

LAVAGE, nettoyage d'un objet au moyen de l'eau. 
L'action de laver est exprimée par les verbes ràhas, 
vfamiv, lavare. — On peut laver le corps tout entier, 
voir Bain, t. i, col. 1386-1388, les mains, voir Laver 
(Se) les mains, les pieds, voir Lavement des pieds. On 
employait dans les lavages une sorte de savon végétal 

IV. - 5 



131 



LAVAGE — LAVEMENT DES PIEDS 



132 



le bnrît, voir Borith, 1. 1, col. 1852, et un savon minéral 
le néfér, voir Natron. Jer., n, 22. Différents objets sont 
mentionnés par la Sainte Écriture comme soumis au 
lavage. — 1° Le visage. Après avoir pleuré, Joseph se 
lave le visage pour que ses frères ne s'aperçoivent de 
rien. Gen., xliii, 31. Notre-Seigneur recommande à 
ceux qui jeûnent de se laver le visage, pour que les 
hommes ne sachent rien de leur pénitence. Matth., vi, 
17. — 2° Les yeux. Notre-Seigneur met de la boue sur 
les yeux de l'aveugle-né et l'envoie se laver à la piscine de 
Siloé; sitôt qu'il se lave, l'aveugle recouvre la vue. Joa., 
ix, 7-15. La lotion ne fut pour rien dans le miracle, pas 
plus que les bains de Naaman dans la guérison de sa 
lèpre. IV Reg., v, 14. Mais, de part et d'autre, il y avait acte 
d'obéissance et confiance en Dieu qui guérit. — 3° Des 
plaies. A Philippes, le geôlier de la prison lave les plaies 
que saint Paul et Silas ont reçues dans leur flagellation. 
Act., xvl, 33. — 4» Un mort. Quand Tabitha fut morte à 
Joppé, on lava son corps avant de l'ensevelir. Act., ix, 
37. — 5" Différents objets qui ont besoin d'être purifiés 
ou nettoyés, le vase d'airain dans lequel a été cuite une 
victime d'expiation, Lev., VI, 28, le vase ou ustensile de 
bois touché par une personne impure, Lev., xv, 12, un 
char souillé du sang d'un blessé, III Reg., xxu, 38, des 
filets de pêcheurs, qu'il faut débarrasser de la vase, des 
herbes et des détritus restés dans les mailles. Luc, v, 
2, etc. — 6° Les victimes des sacrifices. On lave les 
entrailles et les jambes du bélier offert en holocauste 
pour la consécration des prêtres, afin de purifier les 
unes et les autres du sangetde toute souillure, Exod., xxix, 
17; les entrailles et les jambes des victimes de tous les 
holocaustes. Lev., i, 9, 13; VIII, 21; IX, 14; II Par., iv, 6. 
Ézéchiel, XL, 38, parle d'une chambre spéciale dans 
laquelle s'exécutaient ces lavages. Dans le second Temple, 
cette chambre était située au nord du grand parvis. Mid- 
doth, v, 2; Tamid, iv, 2. Les entrailles étaient lavées 
au moins trois^fois dans la chambre du parvis, puis on 
les rapportait sur des tables de marbre placées au nord 
de l'autel et là, on les lavait encore avec un plus grand 
soin, ainsi que les autres parties de la victime. Cf. Iken, 
Antiquitates hebraicss, Brème, 1741, p. 181. — 7» Les 
vêtements. Le peuple dut laver ses vêtements avant l'ap- 
parition du Seigneur sur le Sinaï. Exod., xix, 10, 14. Il 
fallait laver le vêtement taché par le sang d'une victime 
expiatoire, Lev., vi, 27, les vêtements de ceux qui por- 
taient les cadavres de bêtes impures, Lev., xi, 25, 28, ou 
qui mangeaient de la chair des animaux purs morts 
naturellement, Lev., xi, 4Û, ceux des dartreux, Lev., xm, 
6, des teigneux, Lev., xiii, 34 ; les vêtements ayant appa- 
rence de lèpre, Lev., xm, 54, 56, 58, voir Lèpre, iv; ceux 
des lépreux guéris de leur mal, Lev., xiv, 8, 9, des per- 
sonnes qui avaient couché dans une maison atteinte de 
la lèpre, voir Lèpre, v, qui avaient été atteintes d'une 
impureté quelconque ou qui avaient touché quelqu'un 
ou quelque chose d'impur. Lev., xv, 5, 8, 10, 11, 13, 
17, 21, 22, 27. Celui qui menait dans le désert le bouc 
émissaire et celui qui brûlait les restes des deux victi- 
mes immolées au jour de l'Expiation, devaient ensuite 
laver leurs vêtements. Lev., xvi, 26, 28. Les lévites étaient 
tenus de faire la même chose avant leur consécration. 
Num., vin, 7, 21. La même précaution était prescrite 
dans l'accomplissement des rites de la vache rousse et 
de l'eau de purification. Num., xix, 7, 8, 10, 19, 21. — 
Au retour de la bataille contre les Madianites idolâtres, 
les soldats eurent l'ordre de laver leurs vêlements. 
Num., xxxi, 24. — En signe de deuil, on ne lavait pas 
ses vêtements. II Reg., xix, 24. Comme on le voit, le 
lavage des vêtements était prescrit soit pour assurer la 
pureté physique, soit pour symboliser la pureté morale 
nécessaire à l'accomplissement des rites sacrés. — Dans 
sa prophétie sur Juda, Jacob dit qu'il lave son vêtement 
dans le vin et son manteau dans le sang des raisins, 
Gen., SLix, 11, pour marquer la fertilité des vignobles 



qui occuperont les coteaux de la tribu de Juda. — Saint 
Jean dit des saints qu'ils ont lavé leur robe et l'ont 
blanchie dans le sang de l'Agneau, Apoc, vu, 14; xxu, 
14, parce que c'est le sang du Sauveur qui purifie l'ârne 
des souillures du péché. Apoc, i, 5. H. Lesëtre. 

LAVAL Antoine, sieur de Belair, littérateur français, 
né dans le Bourbonnais le 24 octobre 1550, mort en 
1631, en son château de Belair, près de Moulins. Il fut 
capitaine du parc et du château de Beaumanoir-lez- 
Moulins et, en 1583, reçut le titre de géographe du roi. 
Ardent catholique, il prit part à diverses controverses, 
pour essayer de ramener les protestants à l'Église ro- 
maine. Parmi ses écrits, nous remarquons : Para^ 
phrase des cl Psaumes de David, tant littérale que 
mystique, avec annotations nécessaires, in-4°, Paris, 
1612; 2 e édition, in-4", Paris, 1614. 

B. Hedrtebize. 

LAVATER Louis, théologien calviniste, né le 
1er mars 1527, mort le 15 juillet 1586. Il étudia à Stras- 
bourg, puis à Paris et devint archidiacre, puis premier 
pasteur de Zurich. Nous avons de lui plusieurs com- 
mentaires : Commentarius in librum. Proverbiorum 
sive sententiarum Salomonis. Accessit et concio Salo- 
monis quam Ecclesiasten Vocant de sumrno bono, in-4°, 
Zurich, 1562; Homilix lxiii in librum Josue, in-4», 
Zurich, 1565; Homilix in Ezechielem, in-f°, Zurich, 
1571 ; Homilix in librum Judicum, in-4°, Zurich, 1576; 
Homilix in Ruth, in-8°, Zurich, 1578 ; Homilix in Hie- 
remiam et Threnos, in-f°, Genève, 1580; Commenta- 
rius in Ecclesiasten, in-8°, Zurich, 1584; Homilix in 
Job, in f°, Zurich, 1585; Homilix in Esdram, Nehe- 
miam et Estheram, in-4», Zurich, 1586; Commentarius 
in libros Paralipomenon sive Chronicorum cum tabulis 
de Genealogia Christi, de Summis Pontijicibus He- 
brxorum, in-f°, Zurich, 1599; Commentarius in ocio 
postrema capita Geneseos, in-f°, Zurich. Ce dernier 
ouvrage a été publié pour compléter les commentaires 
de Pierre Vermigli sur les premiers chapitres de la Ge- 
nèse, — Voir Walch, Biblioth. theolog., t. iv, p. 455, 
479, 514, etc. B. Heurtebize. 

LAVEMENT DES PIEDS (hébreu :rdhas raglaîm ; 
Septante : viirretv toù; rcdBai;; Vulgate : lavare pedes), 
action de laver ses pieds ou les pieds d'un autre. Le 
substantif ral_ias n'est employé qu'une fois dans le texte 
hébreu : Ps. lx (lix), 10, répété Ps. cvin (cvn), 10 : 
« Moab est le bassin de mon lavage, » c'est-à-dire dans 
lequel je me lave les pieds, expression par laquelle 
David veut marquer qu'il a réduit les Moabites à une 
humble servitude. II Reg., vin, 2; 1 Par., xvm, 2. Les 
Septante et la Vulgate traduisent : « Moab est le bassin 
de mon espérance, » ce qui n'a guère de sens. Le mot 
rahas ne signifie « espérance » qu'en cbaldéen. La version 
syriaque traduit plus justement ; « Moab est le lavage 
de mes pieds. ?) 

A? Dans l'usage ordinaire . — Si l'on marche habituelle- 
ment nu-pieds ou avec de simples sandales sur un sol 
desséché et naturellement poudreux, il devient néces- 
saire de se laver souvent les pieds. C'est le cas en Pales- 
tine et dans lés pays voisins. Voir Chaussure, t. i, 
col. 633. Aussi le premier devoir de l'hospitalité était-il de 
procurer au nouveau venu le moyen de se laver les 
pieds, pour les débarrasser de la poussière, les rafraîchir 
et les délasser. Nous trouvons cet usage fidèlement 
suivi par Abraham à l'égard de ses trois visiteurs à 
Mambré, Gen., xvih, 4, par Lot à Sodome à l'égard 
des deux anges, Gen., xix, 2, par Laban à Haran à 
l'égard d'Éliézer, Gen., xxiv, 32, par l'intendant égyptien 
à l'égard des frères de Joseph, Gen., xun, 24, par le- 
vieillard de Gabaa à l'égard du lévite d'Éphraïm, Jud., 
xix, 21, etc. Le fils de Tobie se lavait lui-même les pieds 
dans le Tigre au cours de son voyage. Tob., VI, 2. Quand. 



433 



LAVEMENT DES PIEDS 



134 



David veut persuader à Urie de passer la nuit dans sa 
maison et d'y coucher, il lui dit : « Descends dans ta 
maison et lave tes pieds, » c'est-à-dire prends-y la pré- 
caution par laquelle commence tout hôte qui veut être 
reçu quelque part. II Reg., xi, 8. Aussi, lorsque l'Épouse 
endormie dans sa maison entend l'Époux frapper à la 
porte, elle lui répond : « J'ai ôté ma tunique, comment 
la remettre ? J'ai lavé mes pieds, comment les salir? » 
Cant., v, 3. Le devoir de présenter à l'hôte de quoi se 
laver les pieds, encore en vigueur dans les pays d'Orient, 
cf. Shaw, Reisen, Leipzig, 1765, p. 208; 1 losenmûller, 
Schol. in Gènes., Leipzig, 179Ô, P- 196, l'était aussi au 
temps du divin Maître. Invité par le pharisien Simon, 
Notre-Seigneur put lui adresser ce reproche : « Je suis 
entré dans ta maison et tu ne m'as pas donné d'eau pour 



présenter qu'avec une pureté parfaite. Cette pa*eté 
devait surtout paraître aux pieds et aux mains, parce qBû 
les pieds les conduisaient dans le sanctuaire, où les 
prêtres ne pouvaient pénétrer et servir que pieds nus, 
et les mains leur servaient à offrir les sacrifices. 
Cf. BShr, Symbolik des mosaischen Cultus, Heidelberg, 
1837, t. i, p. 491-492. Les prêtres avaient à se soumettre 
à ces lotions liturgiques alors même qu'ils étaient en 
état de pureté légale. Yoma, m, 3. A la fête de l'Expia- 
tion, le grand-prêtre était astreint par le cérémonial 
traditionnel à cinq ablutions complètes et à seize change- 
ments de costume, ce qu'il ne pouvait faire sansase 
laver autant de fois les pieds et les mains. Voir Ex«i- 
tion (Fête de l'), t. H, col. 2137; Reland, Antiquita&es 
sacrœ, Utrecht, 1741, p. 249. Les prêtres se lavaientles 



<V» %/ 




41. — Antiphata lavant les pieds d'Ulysse. Vase de Chinai. 
D'après Mçnumenti inediti dell' Instituto di Correspondenza archeologica, t. îx, 1869-1873, pi. 42. 



laver mes pieds. » Luc, vu, 44. C'était l'affice des es- 
claves de laver les pieds de leurs maîtres (fl'g. 41). 
Demandée pour épouse par David, Abigaïl répond, en 
témoignage de son entière soumission : il Ta servante 
sera une esclave pour laver les pieds des serviteurs de 
mon seigneur. » I Reg., xxv, 41. Madeleine remplit cette 
fonction auprès de Notre-Seigneur; elle baigne ses pieds 
de ses larmes et les essuie avec ses cheveux. Le Sei- 
gneur fait ressortir le contraste qui existe entre cet acte 
et la négligence du pharisien, qui a manqué au premier 
devoir de l'hospitalité. Luc., vu, 38, 44. Saint Paul 
veut qu'une veuve, pour être admise par l'Église, ait 
« exercé l'hospitalité et lavé les pieds des saints ». 
I Tim., v, 10. — « Se laver les pieds dans le beurre, » 
Job, xxix, 6, marque l'abondance de tous les biens. Les 
« baigner dans le sang des méchants », Ps. lviii (lvii), 
11, c'est voir ces derniers subir le châtiment de leurs 
crimes. 

2» Dans la liturgie mosaïque. — Avant d'entrer dans 
le Tabernacle, Moïse, Aaron et ses fils devaient se laver 
les mains et les pieds. Exod., xxx, 19, 20; xl, 29. Cette 
loi fut suivie plus tard par tous les prêtres. En entrant 
dans le sanctuaire, ils devenaient comme les hôtes du 
Seigneur, devant lequel ils ne pouvaient d'ailleurs se 



pieds et les mains avec l'eau d'une grande cuve d'airain 
qui était placée entre le Tabernacle et l'autel, Exod., 
xxx, 17, et qui, dans le temple de Salomon, pritlé.nom 
de mer d'airain. III Reg., vu, 23-26. Voir Merd'ai- 
raitj. 

3° A la dernière Cène. — Avant d'instituer la sainte 
Eucharistie, Notre-Seigneur veut bien exercer lui-même 
l'office de l'esclave en lavant les pieds à ses Apôtres. Il 
ôte son vêtement de dessus, se ceint d'un linge, met de 
l'eau dans un bassin, lave les pieds des Apôtres et lés 
essuie avec le linge dont il est ceint. Il ajouté cette 
remarque, à l'adresse de Pierre, que celui qui a pris un 
bain, 6 >e),ou|iévo<, qui lotus est, n'a plus besoin que de 
se laver les pieds, toû; itôSaç vtyauSat, ut pedes lavel, 
s'il vient du dehors. Joa., xm, 4-10. Notre-Sëigpear 
indique lui-même la triple leçon qu'il entend donner : 
leçon d'humilité, probablement pour répondre à la 
compétition sur la préséance qui a eu lieu ayant le 
repas, Luc., xxii, 24-30; cf. Luc, xxn, 26, 27, et'Joa., 
xm, 13-15; leçon de charité, Joa.,xm, 14, et leçon de 
pureté. Joa., xm, 8-10. Ces trois dispositions conviennent 
très spécialement avant la participation au banquet 
eucharistique. 

4° Dans la liturgie chrétienne. — Il était d'usage," < 



435 



LAVEMENT DES PIED;S — LAVER (SE) LES MAINS 



130 



les églises des Gaules et de Milan, de laver les pieds des 
néophytes, avant ou après la cérémonie du baptême. Ce 
lavement des pieds se faisait le jeudi-saint, en souvenir 
de l'exemple donné par Notre-Seigneur. Saint Augustin, 
Ep. lit, ad Januar., 7, 10, t. xxxm, col. 204, attribue à 
ce rite un but purement physique. Comme le bain était 
incompatible avec le jeûne du carême, il convenait que 
le catéchumène eût les pieds lavés avant de descendre 
dans le baptistère. Saint Ambroise, De viyster., 6, t. xvt, 
col» 398, fait au contraire du lavement des pieds un rite 
complémentaire du baptême, et il ajoute même que le 
baptême remet les péchés personnels, et le lavement des 
pieds les péchés héréditaires, ce qu'on entend de la 
concupiscence qui provient du péché originel et qui 
est atténuée par ce rite religieux. Cf. Franzelin, Desacra- 
mient. in gen., Borne, 1873, p. 290-293. La coutume de 
laver les pieds avant ou après le baptême n'existait 
guère en dehors des Gaules et de Milan. On ne la suivait 
certainement pas à Rome. Cf. De sacrament., m, 1, 4, 5, 
dans les œuvres de saint Ambroise, t. xvi, col. 432-433. 
Les Grecs tentèrent d'imposer le lavement des pieds 
comme rite obligatoire et même lui attribuèrent une 
efficacité sacramentelle. En 306, le concile d'Elvire, 
can. 48, mit l'Occident en garde contre cette exagération 
eh prohibant le rite lui-même. Saint Augustin, Ep.Lr, 
ad Januar., 18, 33, t. xxxm, col. 220, atteste que, de 
son temps, beaucoup s'abstenaient du lavement des 
pieds liturgique et le combattaient, pour bien marquer 
<(u'il ne tenait en rien au sacrement de baptême. 
Cf. Kraus, Hist. de l'Église, trad. Godet-Verschaffel, 
Paris, 1891, t. i, p. 366. Néanmoins, le rite persista 
dans l'Église et même s'étendit partout comme mémo- 
rial de ce que le Sauveur avait accompli le jeudi-saint 
■et comme leçon de charité envers le prochain et surtout 
l'étranger. Dans le passage de sa lettre Lrv Ad Januar., 
citée plus haut, saint Augustin dit que le lavement des 
pieds du jeudi-saint était aussi considéré comme prépa- 
ration à la communion qui allait suivre, et que, cet 
acte emportant la rupture du jeûne, beaucoup commu- 
niaient dès le matin de ce jour. L'évêque lui-même 
faisait le lavement des pieds et rappelait la leçon de 
charité fraternelle qui ressort de cette cérémonie. 
L'auteur du Sermo Cxlix, 1, attribué à tort à 
saint Augustin, t. xxxix, col. 2035, dit que le lavement 
des pieds peut effacer, chez celui qui l'accomplit avec 
humilité et charité, même les péchés graves. En 694, un 
concile de Tolède, can. 3, constatant que le lavement 
des pieds le jeudi-saint tombait en désuétude, ordonna 
de le rétablir partout. Cf. Chardon, Histoire des sacre- 
ments, Paris, 1874, p. 60, 61, 140; Martigny, Diction, des 
antiq. chrétiennes, Paris, 1877, p. 3-4; Duchesne, 
Origines du culte chrétien, Paris, 1899, p. 314. Dans la 
liturgie romaine, cet acte liturgique prit le nom de 
Mandatum, premier mot d'une phrase qui résume la 
pensée de Notre-Seigneur à ce sujet. Joa., xiii, 34. Dans 
le Liber responsalis attribué à saint Grégoire le Grand, 
t. lxxviii, col. 848, les répons à chanter pendant la 
cérémonie commencent, comme dans la liturgie actuelle, 
par les mots : Mandatum novum do vobis. On y rappelle 
même le lavement des pieds du Sauveur par les larmes 
de Marie-Madeleine, la veille des Rameaux. Ce dernier 
souvenir était plus spécialement célébré, dans la province 
ecclésiastique de Rouen, par un lavement des pieds qui 
se faisait solennellement le samedi d'avant les Rameaux. 
Cf. t. lxxviii, col. 887. Les Ordines romani, x, 12; xi, 
M; xii, 25; xiv, 84; xv, 69, t. lxxviii, col. 1013,- 1041, 
1074, 1207, 1311, parlent souvent du lavement des pieds 
fait par le pape à douze sous-diacres. A l'exemple du 
pape, l'empereur de Constantinpple lavait les pieds à 
douze pauvres le jeudi-saint. Beaucoup de princes 
chrétiens ont depuis agi de même. Le Mandatum se 
célèbre actuellement dans toutes les églises catho- 
liques. Ce qui se chante pendant cette cérémonie rap- 



pelle d'abord l'acte accompli par le Sauveur la veille 
de sa mort, et ensuite fait ressortir d'une manière 
très instante la leçon de charité et d'union fraternelle 
qui en découle. Cf. Missal. roman., In Cœn. Dont. 

H. Lesêtbe. 
LAVER (SE) LES MAINS (hébreu : sdlaf ydddv; 
Septante : toc; -/eîpa; vfaretv ; Vulgate : lavare manus 
suas), se passer les mains à l'eau pour les nettoyer. — 
1° Dans l'Ancien Testament, cet acte est prescrit en 
quelques circonstances. Aaron et ses . fils, par consé- 
quent les prêtres leurs successeurs, doivent se laver les 
- mains avant de remplir leur office dans le sanctuaire. 
Exod., xxx, 19, 21. Ce soin leur est même prescrit sous 
peine de : mort. Le Seigneur y attachait donc grande 
importance, moins sans doute à raison de la pureté 
extérieure que de la pureté intérieure signifiée par la 
première. Exod., XL, 29. Cf. I Tim., h, 8. Tout homme 
touché par un autre homme atteint d'impureté devait se 
laver les mains, sous peine d'avoir à laver ses vête- 
ments, à se laver lui-même et à rester impur jusqu'au 
soir. Lev., xv, 11. De ses mains non lavées la souillure 
pouvait en effet passer à ses vêtements et à toute sa per- 
sonne. Dans le cas où un homicide avait été commis 
par un inconnu, les anciens de la localité la plus voi- 
sine devaient immoler une génisse dans des conditions 
déterminées, et se laver les mains au-dessus d'elle en 
disant : « Nos mains n'ont point répandu ce sang. » Deut., 
xxi, 6,7. Voir Homicide, t. m, col. 742. C'était une ma- 
nière de se déclarer pur du meurtre. Cette action sym- 
bolique entra dans les usages du peuple hébreu. Se 
laver les mains constituait en certains cas une protestation 
d'innocence. Ps. xxvi (xxv), 6; lxxiii (lxii), 13. Bien 
que la signification d'un tel acte soit naturelle et que 
d'autres peuples l'aient employé parfois dans des cir- 
constances analogues, c'est très vraisemblablement à 
l'usage juif que Pilate se réfère, quand il se lave les 
mains devant le peuplé et dit: « Je suis innocent du 
sang de ce juste. » Matth., xxvn, 24. La formule dont il 
se sert ressemble trop à celle du Deutéronome pour 
que le procurateur n'ait pas eu l'intention de suivre ici 
le rite mosaïque, qu'il avait dû voir souvent pratiqué par 
ses administrés. — 2° Dans le Nouveau Testament, 
l'usage de se laver les mains avant le repas apparaît re- 
vêtu d'une importance extraordinaire aux yeux des Juifs. 
Un jour, des pharisiens et des scribes s'aperçoivent que 
les disciples de Notre-Seigneur s'abstiennent de se laver 
les mains avant de prendre leur nourriture. « Car les 
pharisiensettouslesJuifs ne mangent pas sans s'être lavé 
les mains, conformément à la tradition des anciens; et, 
quand ils viennent du dehors, ils ne mangent qu'après 
des ablutions. » Ils s'adressent donc à Notre-Seigneur 
et lui disent: « Pourquoi vos disciples transgressent- 
ils la tradition des anciens? En effet, ils ne lavent pas 
leurs mains pour manger leur pain. » Matth., xv, 1, 2; 
Marc, vu, 1-4. Une autre fois, un pharisien qui reçoit 
chez lui le Sauveur s'étonne qu'il ne se soumette à au- 
cune ablution avant le repas. Luc. , xi, 38. Pour prescrire 
cette formalité, les docteurs juifs s'appuyaient sur le 
texte du Lévitique, xv, 11, qui vise un cas tout parti- 
culier. Tout le traité talmudique Yadaim est consacré 
à expliquer la manière de se laver les mains. Le Talmud 
comprend plus de six cents ordonnances à ce sujet. 
Négliger l'ablution des mains, c'était encourir l'excom- 
munication et la lapidation. Babyl. Berachoth, 46, 2. 
Si peu qu'on eût d'eau pour se désaltérer, il fallait en 
garder une partie pour se laver les mains. Le rabbin 
Akiba aima mieux mourir de soif que de se dispenser 
de l'ablution traditionnelle. Des démons particuliers 
nuisaient aux transgresseurs de ce devoir, etc. Cf. Ya- 
daim, i, 1-5; H, 3; Berachoth, vin, 2-4; Chagiga,u,5- 
6; Eduioth, m, 2; Taanith, xx, 2-; Schûrer, Geschichte 
des jûdischen Volkes ira Zeilalt. J. C, Leipzig, t. n, 
1898, p. 482-483. On comprend qu'il soit bon de se laver 











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137 



LAVER (SE) LES MAINS — LAZARE 



138 



les mains avant le repas dans un pays où les convives ont 
l'habitude de manger avec les doigts en prenant au 
même plat. Cf. de la Roque, Voyage dans la Palestine, 
Amsterdam, 1718, p. 202-203; Jullien, L'Egypte, Lille, 
1891, p. 258. Cette coutume avait dû être en vigueur dès 
les anciens temps. IV Reg., m, 11. Aussi voyons-nous, à 
la porte de la maison de Cana, des urnes destinées à 
contenir de l'eau pour les ablutions. Joa., n, 6. Mais 
contrevenir à cet usage n'était en soi qu'une infraction 
aux règles de l'hygiène et du savoir-vivre, pour le cas 
où l'on avait à prendre son repas en compagnie. Cf. Ci- 
céron, De orat., n, 60. Malgré la prétention des docteurs, 
cette négligence n'impliquait aucune faute morale. Notre- 
Seigneur réagit donc énergiquement contre leur ensei- 
gnement. Il déclara que la vraie souillure est celle qui 
atteint l'âme, quand le mal procède d'elle en pensées ou 
en actions. « Mais manger sans se laver les mains ne 
souille pas l'homme. » Malth., xv, 3-20; Marc, vu, 8-23; 
Luc, xi, 39, 40, 46. Dans le texte de saint Marc, vu, 3, la 
Vulgate dit que les Juifs ne prennent leur repas qu'après 
s'être fréquemment lavé les mains, nisi crebro laverint. 
Cette traduction répond à la leçon mjxvà vi'iî/uvtai de 
quelques manuscrits grecs. Ce multiple lavage des mains 
avant le repas n'est mentionné nulle part. Le texte grec 
porte dans la plupart des manuscrits, itây|i>j W+omai, 
« ils se lavent avec le poing, » ce qui doit signifier tout 
simplement qu'avec le poing d'une main on frotte le 
creux de l'autre main. Cf. KnaCenbauer, Evang. sec. 
Marc, Paris, 1894, p. 187, 188. Peut-être même faudrait- 
il voir là l'indice de ces prescriptions méticuleuses des 
docteurs, qui réglaient jusque dans les moindres dé- 
tails les actions les plus simples. Les versions copte et 
syriaque traduisent iz\iy\i.-ç par « soigneusement », et la 
version éthiopienne par « intensivement ». C'est tout ce 
que semble vouloir dire le texte grec. 

H. Lesètre. 
LAVOIR (hébreu: rahsàh; Septante: XoOtpov; Vul- 
gate: lavacrum), « lieu où l'on se lave. » On lit deux fois 
dans le Cantique des Cantiques, IV, 2, et vi, 5: « Tes dents 
sont comme un troupeau de brebis (tondues, iv, 2), qui 
remontent du lavoir. » Pour exprimer que les dents de 
l'Épouse sont blanches et bien rangées, l'Époux les com- 
pare à des brebis qui sont éclatantes de blancheur au 
sortir du lavoir et qui se pressent les unes contre les 
autres, selon leur coutume, pour se réchauifer. 

LAWSONIA, arbrisseau dont les Orientaux tirent la 
poudre colorante du henné. Voir Henné, t. in, col. 590. 

LAZARE (AàÇapoç; dans le Talmud, L'âzâr, forme 
abrégée de 'El'âzàr, « Dieu aide; » Vulgate : Lazarus). 
VoirÉLÉAZAR,t. il, col. 1649. La forme AiÇapoçse lit dans 
Josèphe, Bell.jud., V, xm, 7. Nom du frère de Marthe et 
de Marie et du pauvre de la parabole de Notre-Seigneur. 

1. LAZARE de la parabole, Luc, xvr, 19-31, nom du 
pauvre dont la misère est mise en opposition avec la 
fortune et l'insensibilité au mauvais riche, comme sa 
glorieuse récompense après cette vie est opposée au châ- 
timent de son contempteur; le riche sans entrailles est 
précipité dans l'enfer et Lazare est reçu dans le « sein 
d'Abraham » (t. i, col. 83). C'est le seul exemple d'un 
nom propre dans une parabole, et peut-être a-t-il été 
choisi parce qu'il était très répandu à cette époque dans 
la classe des pauvres. D'après l'opinion commune, ce 
nom aurait été pris par Jésus comme personnification 
de la misère, pour graver plus vivement dans l'esprit de 
ses auditeurs sa doctrine sur la conduite de Dieu à 
l'égard des élus méprisés en ce monde. Il en est qui 
croient que le nom du Lazare de la parabole n'est pas 
une contraction: d'Éléazar, mais un composé de lu nù., 
lô*'êzér, 4 sans secours, » à6oT,8>]i:oç. Cf. J. Stockmeyer, 
Exegetische und praktische Erklàrung ausgewâhller 



Gleichnisse Jesu, in-8», Râle, 189'/, p. 365; A. Jùlicher, 
Die Gleichnissreden Jesu, 2 in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 
1888-1899, t. Il, p. 622. Suivant quelques autres, Lazare 
serait un personnage réel et Jésus raconterait une histoire 
véritable. On ne peut nier que cette opinion a pour elle 
une très ancienne tradition. Cf. S. Irénée, Cont. hier., IV, 
n, 4, t. vu, col. 977; II, xxxiv, l,col. 834-835; Tertullien, 
De anim., 7, t. n, col. 697. Plusieurs commentateurs af- 
firment que Lazare était un mendiant très connu dans 
Jérusalem, assertion peu fondée en autorité. Quelques- 
uns ont été jusqu'à prétendre spécifier, d'après le texte, 
la nature de sa maladie. Luc, xvi, 20, 21. C'est là une 
entreprise vaine. Cette parabole met en lumière la réalité 










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42. — Lazare de la parabole. 
D'après les Heures de Pigouchet, 1497. 

des récompenses et des châtiments de l'autre vie et la 
justice rémunératrice de Dieu, f. 25. Elle insinue l'éter- 
nité des peines, f. 26, et la résurrection des morts, f. 31» 
Il est digne de remarque que Lazare, dans le récit de 
la parabole, ne prononce pas un seul mot. On peut con- 
clure, de son silence, que, le mauvais riche n'est pas 
puni à cause de ses richesses, mais parce qu'il n'en a 
pas fait bon usage^L§zare n'est pas récompensé à cause 
de sa pauvreté, niais à cause de la patience et de la ré- 
signation avec lesquelles il a supporté son état. — Au 
moyen âge, la désignation latine du mauvais riche, Dives, 
était devenue comme un nom propre. D'après Euthymius 
Zigabène, In Luc., xvi, 20, t. cxxix, col. 1037, le mauvais 
riche se serait appelé Ninevis. D'après d'autres , il s'appe- 
lait Phinées. A. Jùlicher, Gleichnissreden, t. il, p. 621. On 
prétend montrer à Jérusalem la maison qu'il habitait. 
Le Lazare de la parabole a toujours été très populaire 
(flg. 42). Il fut au mc-en âge le patron des mendiants 
et des pauvres, qui furent désignés par le mot ladre, 
dérivé ds (cure; contraction de Lazare, plus spécia- 



139 



LAZARE 



140 



lement il devint le patron des lépreux et de tous les 
affligés de maladies infectieuses, à cause des ulcères 
dont son corps était couvert. Luc, XVI, 20, 21. De là 
aussi les noms de ladrerie donné autrefois aux hô- 
pitaux et de lazaret donné aux établissements de dé- 
sinfection. L'ordre hospitalier de Saint-Lazare se récla- 
mait du même patronage d'après Ch. Cahier, Caracté- 
ristiques des saints, Paris, 1867, t. n, p. 503, 621, Il est 
certain qu'il soignait lgs lépreux, mais ses origines 
nef sent pas bien connues et l'on ne sait pas exactement 
pourquoi ses fondateurs lui avaient donné ce nom. 



thanie. Du récit évangélique on conclut que Lazare 
mourut le jour même où l'envoyé de Marthe et de Ma- 
rie rejoignit le Sauveur, car après ce message, Jésus 
demeura deux jours en Pérée, jf. 6; il consacra le jour 
suivant à parcourir les 16 milles qui le séparaient de 
Béthanie, où il arriva probablement le soir. Alors il 
fut vrai de dire que Lazare était mort depuis quatre 
jours, y. 39. Le miracle de la résurrection de Lazare est 
raconté en détail dans saint Jean, xi. Les synoptiques 
l'ont omis à dessein, comme ils ont omis toutes les œu- 
vres de Jésus en Judée, à l'exception de celles de la der- 




43. - Tombeau de Lazare à Béthanie. Extérieur et porte d'entrée. D'après une photographie. 



Voir P. Hélyot, Dictionnaire des ordres religieux, édit. 
Mjgne, 1848, t. Il, col. 742; Stork, dans Wetzer et 
Welte, Kirchenlexicon, 2 e édit., t. vu, col. 1559. 

P. Renard. 
2. LAZARE de Béthanie, frère de Marthe et de Marie, 
Juif de haute condition que Jésus honora de son amitié 
et de ses visites. La maison de Larare à Béthanie était 
la , résidence habituelle du Sauveur, quand il venait à 
Jérusalem. Matlh., xxi, 17; Marc, xi, 11; Luc, x, 38; 
Joa,, xi. Pour obtenir la guérison de Lazare, atteint d'une 
grave maladie, que l'Écriture ne détermine pas, Marthe 
et Marie envoyèrent vers Jésus, qui se trouvait alors 
dans la Pérée, lui faisant dire que « celui qu'il aimait » 
était malade. Joa., xi, 1-6. Par un dessein secret qui de- 
vait merveilleusement manifester la gloire de Dieu, 
Joa-, xi, 4, Jésus ne se rendit que trois jours après à Bé- 



nière semaine de sa vie, se bornant à raconter le minis- 
tère du Sauveur en Galilée et au delà du Jourdain. Us 
mentionnent d'autres résurrections. Matth., ix, 25 ; Marc, 
v, 41; Luc, vu, 14; viii, 54. Nul doute qu'ils n'eussent 
mentionné celle-ci, si ce récit fût entré dans leur des- 
sein. La haute situation et les nombreuses relations de 
Lazare, Joa., XI, 19, contribuèrent à donner à ce miracle 
un grand retentissement. La mission du Sauveur en fut 
accréditée auprès d'un grand nombre, qui dès lors cru- 
rent en lui, f. 45. La haine des Sanhédrites, qui d'ail- 
leurs ne contestaient pas le miracle, redoubla à cette 
occasion, Joa., xi, 47, d'autant plus que la présence de 
Lazare était une preuve indéniable et permanente de la 
puissance de Jésus. L'Évangile mentionne spécialement 
la présence de Lazare ressuscité au festin qui eut lieu à 
Béthanie, six jours avant la Pâque, chez Simon le 1$. 



141 



LAZARE 



LEANDRE 



142 



preux, Joa., xn, 1, 2; cf. Matth., xxvi, 6; Marc, sn, 3, 
où une grande foule vint constater que Lazare était bien 
vivant. Joa., xn, 9. Et comme de cette constatation résul- 
taient de nombreuses adhésions à la doctrine de Jésus, 
les Sanhédrites cherchèrent tous les moyens de faire 
mourir Lazare. Joa., xn, 10, 11. Rien n'indique que ce 
projet ait été exécuté ; il semble plus probable que leur 
haine étant satisfaite par la mort du Sauveur, les San- 
hédrites laissèrent Lazare vivre en paix. 

Le tombeau où avait été enseveli Lazare a toujours été 
fixé par la tradition au même endroit (voir S. Jérôme. 
De situ et nominibus, t. xxm, col. 884), sur le flanc 
sud-est du mont des Oliviers, au haut d'un village qui 
porte maintenant le nom d'El-Azariéh, « village de 
Lazare. » Voir Béthanie 1, t. i, col. 1655. Le tombeau 
{fig. 43) a subi, dans la suite des temps, divers change- 
ments qui en ont modifié l'aspect, mais dont la plupart ont 
été nécessités par le besoin de consolider l'édifice. C'est 
une grotte souterraine creusée dans un rocher friable qui 
a l'apparence d'une terre argileuse, excepté dans là partie 
avoisinant l'entrée où il a conservé sa dureté primitive. 
Le monnment est revêtu d'une maçonnerie, dont la 
voûte est en ogive ; cette maçonnerie fut sans doute 
destinée à soutenir l'oratoire qu'on éleva au-dessus et 
qui, sans cet appui, aurait été exposé à s'effondrer. La 
porte d'entrée actuelle regarde le nord, on descend par 
un escalier de 24 marches construit en 1337. On arrive 
ainsi à une chambre carrée, ayant à peu près 3 mètres 
de long sur autant de large et revêtue d'une maçonnerie 
assez grossière. C'est là que devait se tenir Notre-Sei- 
gneur quand il commanda à Lazare de se lever. On y 
remarque, à l'est, une porté cintrée, aujourd'hui murée, 
qui devait être l'entrée primitive du tombeau. Par nne 
ouverture pratiquée dans la paroi du nord on a vue 
dans le sépulcre proprement dit. C'est une chambre 
pareille à la première, où l'on descend par 3 marches. 
Le corps de Lazare avait été déposé là, probablement 
sur une couche en forme de banc. La chambre sépulcrale 
était destinée à recevoir trois corps; chacune des trois 
parois a son banc ; seule, celle où se trouve la porte d'en- 
trée reste libre. Ce tombeau est également vénéré par les 
musulmans et par les chrétiens. Voir Liévin de Hamme, 
Guide indicateur de la Terre-Sainte, 4 e édit., Jérusalem, 
1897, t. n, p. 317-323. Cf. Béthanie 1, t. i, col. 1658. 

Les archéologues remarquent que la manière dont 
avait été enseveli Lazare témoigne de sa haute situation 
sociale , car les riches seuls étaient ainsi déposés dans 
un tombeau creusé dans le roc et fermé par une pierre. 
Ils ajoutent que le deuil des riches durait sept jours et 
que cette durée des funérailles explique comment, le 
quatrième jour après la mort de Lazare, beaucoup de 
Juifs se trouvaient encore à Béthanie. Cf. Gen., L, 10; 
I Reg., xxxi, 13, ; Judith, xvi, 29; Eccli., xxii, 13; Josèphe, 
Ant. jud., XVII, vm, 4. Voir Funérailles, t. n, col. 2416, 
Tombeau. 

Une tradition fait venir Lazare en Provence avec 
Marthe et Marie. Il aurait prêché la foi chrétienne à 
Marseille, dont il serait devenu l'évêque. Fabricius, Co- 
dex Apocr. N. Test., t. m, p. 475; Thilo, Apocryph., 
p. 711. Cf. Launoy, De commentitio Lazari appulsu in 
Provinciam, in-8°, Paris, 1660 (dans ses Opéra omnia, 
in-f°, Cologne, 1731, t. n, part. I, p. 202-373); Faillon, 
Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Ma- 
deleine en Provence, saint Lazare, etc., 2 in-4°, Paris, 
1848. D'après une autre tradition, les reliques de La- 
zare auraient été découvertes en 890 dans l'île de Chy- 
pre. Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclé- 
siastique, 2 e édit., 1701, t. n, p. 34. Saint Lazare est 
mentionné au martyrologe romain, le 17 décembre. 

P. Renard. 

LAZARISTES (TRAVAUX DES) SUR LES 
SAINTES ÉCRITURES. L'étude des saintes Écri- 
tures a toujours été en honneur parmi les prêtres de la 



Mission, appelés communément lazaristes. Pour ins- 
pirer à ses enfants l'amour de la parole de Dieu, saint 
Vincent de Paul, leur iohdateur, prit soin de les obliger 
par un article de la règle à lire chaque joar au moins 
un chapitre du Nouveau Testament, à genoux et tête 
nue. Le directoire des grands séminaires, élaboré par 
les assemblées générales de la congrégation, accorde, 
parmi les sciences sacrées, la première place à l'Écri- 
ture sainte. Fidèles à ces prescriptions, les enfants de 
saint Vincent ont toujours cultivé l'étude des saintes 
Lettres dans la mesure compatible avec l'esprit de leur 
vocation et la fin de leur Institut. Qu'il nous suffise 
d'énumérer les travaux les plus importants : 

1° Travaux divers. — 1. En langue latine : A. Puti- 
jatycki, lazariste polonais (1787-1862), Enchiridion Her- 
meneuticx sacrœ, in-8°, Varsovie, 1859; A. Pohl, autre 
lazariste polonais (1742-1820), Scriptura Sacra per quse- 
stiones exposita, responsionibus explicata, contra incre- 
dulos defensa, 5 in-8», Vilna, 1810-1812 ; E. Ber- 
sani, lazariste italien, Propsedeutica ad Evangelia, 
in-18, Plaisance, 1898. — 2. En langue française : 
J. Barbé, Prières touchantes et affectives où sont ex- 
pliqués en peu de mots les Évangiles des dimanches 
de l'année, 3 in-12, Paris, 1712-1720; J. Compans (1748- 
1835), Histoire de la vie de Jésus-Christ, 2 in-12, Paris, 
1786, 1788; P. F. Viguier (1745-1821), Exposition du 
sens primitif des Psaumes, 2 e édit., 2 in-8», Paris, 1818- 
1819; la première édition avait paru en 1806, 2 in-12, 
sous le titre de : De la distinction primitive des Psaumes 
en monologues et dialogues; Id., Le vrai sens du 
Psaume Lxrw Exurgat Deus, in-8», Paris, 1819; E. 
Bore, Jugement sur la traduction nouvelle de la Bible 
par J. Cahen, dans les Annales de philosophie chré- 
tienne, août, 1836 ; E. Guillaume, Tableaux synoptiques 
pour servir à l'étude de l'Écriture Sainte, in-4», Cam- 
brai, 1876. — 3. En langue italienne ; L. Biancheri, 
L'Apocalisse spiegata, in-8», Rome, 1836; J. Buroni, 
Del voto di Gefte e degli lstituti monastici del Vecchio 
Testamento, in-8», Florence, 1866; Id., Délia concordia 
Evangelica, in-8°, Florence, 1868; Id., 1 quattro Evan- 
geli delV 'ultima cena, in-12, Turin, 1869; Ceresa, L'Apo- 
calisse e rivelazione dei destini e del corso storico del 
génère umano, 2 in-8», Gênes, 1869 ; G. F. Dassano„ 
Spiegazione dei Salmi, 3 in-8°, Gênes, 1874. — 4. En 
langue éthiopienne : M9 r Touvier, Psalterium Ungua 
xthiopica idiomate Ghez, in-12, Keren, 1883; J.-B. 
Coulbeaux, Psalmi davidici Ungua œthiopica idiomate 
Ghez, in-12, Keren, 1893. — 5. En langue chaldéenne : 
P. Bedjan, Liber Psalmorum, in-§», Paris, 1886. 

2» Traductions. — 1. En italien : J. Buroni, L'archeolo- 
gia del Passio ovvero la scienza délV antichità adope- 
rata a spiegare la storia délia passions di N. S. G. C. 
(traduction de l'ouvrage allemand de L. H. Friedlieb), 
in-12, Turin, 1870. — S. En grec : A. Elluin, EùaTfeXia 
tûv xùpiaxoov (traduction en grec des Évangiles des di- 
manches et des principales fêtes), in-16, Smyrne, 187-L 

— 3. En turc : Sinan, Le saint Évangile selon saint 
Matthieu traduit en langue turque, in-16, Paris, 1885. 

— 4. En français : R. Flament, Les Psaumes traduits 
en français, in-8», Montpellier, 1897; Paris, 1898. 

V. Ermoni. 
LEANDRE dé Dijon, capucin français, né à Dijon et 
mort en cette ville, en 1669. Habile théologien, prédi- 
cateur zélé, et définiteur de son ordre, il a publié les 
ouvrages suivants : Veritates evangeliese in quibus con- 
tinentur et comprehuntur mysteria vitse Jesu Christi, 
veritates fidei catholicœ, perfectiones deiparx virginis 
Mariée et sanctorum, miracula sanctissimœ Euchari- 
sties, sécréta sublimiora vitse triysticœ et materim. ad 
mores spectantes cum exemplis, reflexionibus , morali- 
latibus practicis et affections devotis, 3 in-f", Paris, 
1659; Les vérités de l'Évangile ou l'Idée parfaite de 
l'amour divin exprimée dans l'intelligence du Cantique 



143 



LÉANDRE - LÉCHA 



144 



des Cantiques, 1 ! in-f°, Paris, 1661-1662; Commentaria 
in orttnes epîstolas S, Pauli Apostoli, 2 in-f°, Paris, 
1663. — Voir Dupin, Table des auteurs ecclésiastiques 
du xvw siècle, col. 2472; Jean de Saint-Antoine, Biblio- 
thèque univ. franciscaine, t. il, p. 279. 

B. Heuktebize. 
LEBANA (hébreu : Lebânâh, « la lune ; » Septante : 
Aaëavti, I Esd., H, 45; Aagavi, II Esd., vu, 48), Nathi- 
néen dont les descendants retournèrent de la captivité 
de Babylone en Palestine avec Zorobabel. I Esd., h, 45; 
II Esd., vu, 43. 

LEBAOTH, ville de la tribu de Siméon, dont le site 
est inconnu. Jos., xv, 32. Son nom complet est Beth- 
lebaoth. Voir Bethlebaoth, t. i, col. 1688. 

LEBBÉE (grec : AeSgaîoç), surnom de l'apôtre saint 
Jude. Voir Jude l,t. m, col. 1806. Aeg6aîoç se lit en grec, 
Matth., x, 3, dans un certain nombre de manuscrits 
et d'éditions imprimées. Voir C. Tischendorf, Nôvûm 
Teslamentum grsce, edit. octava major, 1869, 1. 1, p. 47. 
D'autres portent ©aSStxîo? et la Vulgate a Thaddmùs. 
Dans le textus receptus, on lit : Atëêaïoç 6 èutxV^siç 
©oeoSatoç, a Lebbée, surnommé Thaddée, » leçon peu 
justifiable, car Lebbée est un surnom comme Thaddée 
et peut-être le même surnom sous une. forme différente. 
En saint Marc, m, 18, la forme ordinaire est ©àSSaïoç et 
elle est assez généralement préférée aujourd'hui par les 
critiques. Ce surnom avait dû être donné à saint Jude 
pour le distinguer de Judas Iscariote, Lebbée parait 
dériver de l'hébreu lêb, « cœur, » et signifier par con- 
séquent cordatus, « ayant du cœur, courageux, » cor- 
culum, comme l'interprète saint Jérôme. In Matth., x, 
4, t. xxvi, col. 61. On a donné du surnom de Thaddée 
de nombreuses explications. La plus vraisemblable est 
peut-être celle qui considère cette forme -comme la 
forme araméenne de Lebbée et la rattache au syriaque 
"tn, équivalent de^ Thébreu tv, sad, « mamelle, » en 
donnant à in le sens de pectus, « poitrine. » A. Resch, 
Aussercanonische Paralletexte zu den Evangelien, 
iii"> s Heft, 1895, p. 827. Mais les critiques sont extrême- 
ment divisés sur ce point. F. Vigouroux. 

LEBNA (hébreu : Libndh; Septante : Atëuva, AeSvà, 
Aoêvâ, etc.), nom d'une station des Israélites dans le 
désert et d'une ville de Palestine. 

11. LEBNA (hébreu : Libndh; Septante : Codex Vati- 
canus, Asjiwvâ; Codex Alexandrinus, Ae6t>>vâ), une 
des stations des Israélites dans le désert, du Sinaï à 
Cadès. Num., xxxm, 20, 21. Elle est inconnue. Si Ressa, 
qui la suit dans l'énumération, se trouvait à l'ouadi 
Suega (Sueiqa), on doit alors la chercher au nord- 
ouest d'Aqaba. L'étymologje de « blancheur » con- 
viendrait à tout le plateau de Tih où les Israélites 
étaient désormais certainement montés. Cf. M. J. La- 
grange, L'itinéraire des Israélites du pays de Gessen 
aux bords du Jourdain, dans la Revue biblique, 1900, 
p. 277; croquis ni, p. 281. Il est impossible, comme 
quelques auteurs l'ont fait, de la confondre avec Lebna. 
Jos., x, 29; xii, 15. Voir Lebna 2. 

A. Legendre. 

2. LEBNA (hébreu : Libndh; Septante : Codex Vati- 
canus, Asêvâ, Jos., x, 29, 31, 32; xii, 15; Codex 
Alexandrinus, Aeëjivoî, Jos., x, 29; xii, 15; Aaê^a, 
Jos., X, 3i, 32), nom d'une ville de la Palestine prise 
par Josué, et, d'après le contexte, située entre Macéda 
et Lachis. Jos., x, 29, 30 (Vulgate), 31, 32, 39 (Vulgate); 
xn, 15. Elle est appelée Labana, Jos., xv, 42, et 
Labna, Jos., xxi, 13; IV fieg., vin, 22, etc. Voir Lobka. 

A. Legendre. 

LEBNI (hébreu r Libnî, « blanc; » Septante : Ao6evi), 
fils aîné de Gerson et petit-fils de Lévi. Num., m, 18. 



Partout ailleurs, Exod., vi, 17; Num., xxvi,58; ï Par., vi, 
17, 20, la Vulgate écrit son nom Lobni. Il fut le chef 
de la famille Lébinite. Num., m, 21; xxvi, 58. Dans 
I Par., xxiii, 7, 8, 9; xxvi, 21, il est appelé par corrup- 
tion en hébreu La'eddn; Vulgate, dans I Par., xxiii, 7-9, 
Leedan, et xxvi, 21, Ledan. Il eut pour fils Jahath. 
I Par., VI, 20, 43. Dans ce dernier verset, la Vulgate 
écrit son nom Jeth. Voir Jahath et Jeth, t. In, col. 1105 
et 1519. Le chef de chœur Asaph fut un de ses descen- 
dants. Voir Asaph 1, t. ï, col. 1056. 

LEBNITIQUE (hébreu: hal-Lïbnx; Septante: Aoëevî; 
Vulgate : Lebnitica), famille de lévites descendant de 
Lebni bu Lobni, une des branches de la famille Gerson. 
Num., m, 21 ; xxvi, 58. Dans ce dernier passage, la Vul- 
gate l'appelle : familia Lobni. Voir Gerson, t. m, 
col. 214. 

LEBONA (hébreu : Lebônàh; Septante : Vaticanus, 
•riiî Ae6wvâ; Alexandrinus, toO Ai6avo0), ville de Pa- 
lestine, mentionnée une seule fois dans l'Écriture. 
Jud., xxi, 19. Elle se trouve comprise dans une glose 
destinée à préciser l'emplacement de Silo, aujourd'hui 
Seilûn, situé « au sud de Lebona ». Le mot négéb doit 
se prendre ici dans le sens de « sud-est », car la cité 
dont nous parlons est parfaitement identifiée avec le 
village actuel A'El-Lubbân, au nord-ouest de Seilûn. 
Voir la carte de la tribu d'Éphraïm, t. H, col. 1876. 
L'hébreu n:!! 1 } , Lebônâh, est exactement reproduit par 

l'arabe ,-yp, généralement prononcé Lubban ou Lubbân, 
^jUJ ; on rencontre cependant Lebben dans V. Guérin, 
Samarie, t. n, p. 164; Leban dans Van de Velde, Reise 
durch Syrien und Palâstina, Leipzig, 1855, t. H, p. 259. 
Cf. G. Kampffmeyer, Aile Namen im heutigen Palâstina, 
und Syrien, dans la Zeitschrift des Deutschen Palâs- 
tina-Vereins, Leipzig, t. xvi, 1893, p. 47. Lebona est 
l'ancienne Belh Laban, renommée pour ses vins dans 
le Talmud. Cf. A. Neubauer, La géographie duTalmud, 
Paris, 1868, p. 82. — Le village A'El-Lubbân consiste 
en un amas de petites maisons d'apparence misérable, 
qui s'élève sur les pentes d'une colline, à l'ouest et près 
de la route de Jérusalem à Naplouse. Dans la construc- 
tion de plusieurs de ces maisons, notamment aux portes, 
>n remarque un certain nombre de belles pierres régu- 
lières, évidemment antiques. Trois tronçons de colonnes, 
provenant également de quelque ancien édifice, ont été 
placés dans la cour d'une petite mosquée. Dans les flancs 
d'une colline voisine a été jadis creusée une nécropole. 
Parmi les grottes sépulcrales qu'on y voit encore, les 
unes ont pour ouverture une large baie arrondie en 
plein cintre; les autres, une baie bien moindre et de 
forme rectangulaire. Quelques-uns de ces tombeaux sont 
bouchés, et les habitants de Lubbdn s'en sont servis 
pour enterrer leurs morts. Cf. V. Guérin, Samarie, 
t. il, p. 164; E. Robinson, Biblical researches in 
Palestine, Londres, 1856, t. Il, p. 272; Survey of 
Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. Il, 
p. 286. A. Legendre. 

LÉCHA (hébreu : Lêkâh ; Septante : Ar,-/S), proba- 
blement ville de la tribu de Juda. Dans la généalogie de 
Séla, fils de Juda, Her, fils de Séla, est appelé « père 
de Lécha ». I Par., IV, 21, Dans ce verset, comme en 
plusieurs autres endroits, « père » signifie fondateur ou 
restaurateur d'une ville et c'est certainement ici le cas 
pour Marésa dont Laada, autre fils de Séla, est dit « la 
père ». Le sens du passage parait donc être que Lécha 
était une ville qui fut peuplée par les descendants de 
Her. La seule raison qu'on puisse alléguer pour consi- 
dérer Lécha comme un nom d'homme, c'est qu'on ne 
trouve nulle part de trace d'une localité appelée de ce 
nom. 



145 



LÉCHI — LECTEUR 



146 



LÉCHI (hébreu : Lehi, à la pause : Léhî ; ordinaire- 
ment avec l'article ; hal-Lehî, « joue, mâchoire ; » Sep- 
tante : Aeyf, Eiôyeov; Vulgate : Lechi, id est, maocilla), 
localité de la tribu de Juda , où Samson tua mille Philis- 
tins avec une mâchoire d'âne. Jud., xv, 15. 

1» Nom et histoire de Léchi. — Les Septante et la 
Vulgate ont tantôt conservé le nom hébreu et tantôt 
l'ont traduit par mâchoire. Le texte, Jud., xv, 17, sem- 
ble indiquer que ce lieu fut appelé Léchi ou Ramath- 
Léchi, en mémoire de l'exploit de Samson, qui avait 
dit : « Avec une mâchoire (bi-lehî) d'âne (ha-hâmôr), j'ai 
frappé une troupe [hâniôr), deux troupes (hâmôrâ- 
(âïm); avec une mâchoire d'âne j'ai frappé mille hommes, » 
ou, selon une autre Iraduction de ce passage que le jeu 
de mots rend obscur : « Avec la mâchoire d'un [âne] roux, 
rougissant (les Philistins), je les ai rougis (couverts de leur 
sang). » Jud., xv, 16. Le texte ajoute, f. 17 : « Et quand 
il eut achevé de parler, il jeta de sa main la mâchoire 
(hal-lehî) et il appela* (ou on appela) ce lieu Ramath 
Léchi. » Au f. 9, le texte hébreu n'est pas aussi précis 
que la Vulgate. Celle-ci dit expressément que les Philis- 
tins campaient « au lieu qui fut appelé plus tard (postea) 
Léchi », mais l'original dit simplement : « Les Philistins 
campèrent en Juda et s'étendirent jusqu'à Léchi. » Un 
certain nombre d'exégètes supposent que cette localité 
s'appelait déjà Léchi, à cause d'une colline ou d'un 
rocher ayant la forme d'une mâchoire, Gesenius, Thé- 
saurus, p. 752, mais ce n'est là qu'une hypothèse, et 
rien ne prouve que ce ne soit pas Samson qui ait le 
premier donné à ce lieu le nom de Ramath Léchi ou 
colline de la Mâchoire. 

Dieu fit jaillir en cet endroit une source pour désalté- 
rer Samson, 'En haq-gôrê' (Vulgate : « Fontaine de celui 
qui invoque, » t. n, col. 2304). La Vulgate traduit ce 
passage : « Le Seigneur ouvrit une dent molaire de la 
mâchoire d'âne et il en sortit de l'eau... C'est pourquoi 
ce lieu a été appelé jusqu'aujourd'hui la Fontaine de 
celui qui invoque, [sortie] de la mâchoire. » Jud., xv, 19. 
Saint Jérôme a traduit par « dent molaire »,le mot hébreu 
rnaktci, qui signifie « mortier » à piler et désigne dans 
Sophonie, i, 11 (Vulgate : Pilse), une localité voisine de 
Jérusalem. On s'accorde aujourd'hui universellement à 
traduire ainsi l'hébreu : « Dieu fendit le mortier (le 
rocher de ce nom, creux comme un mortier), qui est à 
Léchi et il en sortit de l'eau... C'est pourquoi on a ap- 
pelé [cette fontaine], la Fontaine d'haq-qorê' ; elle existe 
encore aujourd'hui à Léchi. » Le Targum de Jonathas 
expliquait déjà ainsi ce passage. De même Josèphe, Ant. 
jud., V, vin, 9; Calmet, Commentaire littéral, Jttges, 
1720, p. 239-210; de Hummelauer, In lib. Judicum, 
1888, p. 276. — Léchi est mentionné une seconde fois 
dans II Reg., xxm, 11, selon une interprétation très 
probable. « Les Philistins s'étaient assemblés à Léchi 
(hébreu : Lahayyâh, à lire Lehî, avec le hé local ; Vul- 
gate : in stations). Il y avait là une pièce de terre pleine 
de lentilles et le peuple fuyait devant les Philistins. 
Semma (un des braves de David) se plaça au milieu du 
champ, le protégea et frappa les Philistins. » 

2° Site. — La situation de Léchi est incertaine. Saint 
Jérôme dit que sainte Paule, en allant en Egypte, passa 
de Sochoth à la fontaine de Samson. Epist., cvm, ad 
Eustoch., 14, t. xxii, col. 889. D'autres la placent à 
Éleuthéropolis (Beit-Djibrin), Reland, Palsestina, 1714, 
p. 872, ce qui est inacceptable, comme on va le voir plus 
loin. Victor Guérin croit avoir retrouvé Léchi dans le 
Khirbet Ain el-Lehi actuel, au sud-ouest de Jérusalem, 
un peu au-dessous, au sud, d'Aïn Kar*m (voir sa carte), 
sur les flancs d'une montagne cultivée par étages. Il y a 
là, dit-il, Judée, t. n, p. 396-400, « une source abon- 
dante qui découle d'un petit canal antique dans un birket 
demi-circulaire; de là, elle se répand dans des jardins 
plantés de vignes, de divers arbres fruitiers et de lé- 
gumes. Plus haut, sont d'autres jardins, dont les murs 



sont fermés avec des matériaux provenant de construc- 
tions antiques, et où l'on distingue encore, au milieu 
des arbres qui y sont cultivés, les débris d'un ancien 
village presque complètement rasé. Je remarque aussi 
plusieurs tombeaux antiques creusés dans le roc, dont 
les entrées sont obstruées... La source que les Livres 
Saints désignent sous le nom d'En hak-Korê... me pa- 
rait être celle qui s'appelle aujourd'hui Aîn el-Lehi, et 
la montagne sur les flancs de laquelle se trouve le Kir- 
bet Aîn el-Lehi est, à mes yeux, le Ramath Lehi du 
livre des Juges. Les noms sont identiques et, en outre, 
il semble résulter de ce même chapitre que cette loca- 
lité n'était pas fort distante d'Étam. Or, Y Aîn el-Lehi 
n'est distant de YAïn Atan, regardée généralement 
comme étant située sur l'emplacement d'Étam, que 
d'un intervalle de deux heures de marche au plus. Je 
suis donc très disposé à reconnaître dans cette fontaine 
celle qu'a rendue célèbre l'histoire de Samson, au lieu 
de la chercher, conformément à une tradition assez an- 
cienne, mais peu en harmonie avec les données de la 
Bible, dans YAïn Lehi es-Safer, dont j'ai retrouvé le 
canal près de Beit-Djibrin. Comment supposer, en effet, 
que les Philistins, voulant se saisir de Samson retiré 
dans la caverne d'Étam, aient établi leur camp à une 
distance si grande de l'ennemi qu'ils voulaient sur- 
prendre, et que les Juifs, après avoir lié Samson, l'aient 
traîné jusqu'aux portes de Beth-Gabra, plus tard Éleu- 
théropolis, actuellement Beit-Djibrin? Six heures de 
marche au moins séparent ces deux points. D'ailleurs, si 
l'événement raconté par la Bible s'était passé près de 
Beit-Djibrin, c'est-à-dire sur le seuil seulement des 
montagnes de la Judée, l'écrivain sacré n'aurait pas 
dit que les Philistins étaient montés dans la terre de 
Juda, puisque Beth-Gabra devait faire partie de la Sêfê- 
lah, c'est-à-dire de la grande plaine occupée par ce 
peuple, et non de la montagne de Juda. » 

F. Vigouroux. 
LECI (hébreu : Liqhi; Septante : Aax£(j.; Alexandri- 
nus : Aaxeia), le troisième des fils de Sémida, de la tribu 
de Manassé. I Par., vu, 19. Voir Sémida. 

LECTEUR, celui qui faisait la lecture (àvâyvMaiî ; 
Vulgate : leclio) des passages de la Loi et des prophètes, 
dans les synagogues. — Aux réunions qui avaient lieu 
le jour du sabbat dans les synagogues, on commençait 
par la récitation du Sema', Deut., VI, 4-9; xi, 13-21 ; 
Num., xv, 37-41, et de prières déterminées. Puis venait 
la lecture d'un passage de la Loi. Le Pentateuque avait 
été divisé en cent-cinquante quatre parSiyôt ou sections, 
de telle façon que la lecture complète en fût faite en 
trois années. Il n'y avait pas de lecteur attitré ; le chef 
de la synagogue désignait pour remplir cet office ceux 
qu'il en jugeait capables. Dans les synagogues pales- 
tiniennes, l'usage était d'appeler sept lecteurs consécu- 
tifs; hors de Palestine, on se contentait habituellement 
d'un seul. Les sept lecteurs étaient appelés, autant que 
possible, dans l'ordre suivant : un prêtre, un lévite, un 
des principaux disciples des sages, un autre disciple des 
sages digne de cette fonction, un fils des précédents, 
un des principaux de la synagogue et enfin quelqu'un 
du peuple. Gittin, v, 8. Même un mineur pouvait faire 
la lecture. On lisait debout. Luc, iv, 16. Le premier et 
le dernier lecteur récitaient une formule de bénédiction 
au commencement et à la fin de la lecture. Le hazzân, 
ûrnipéTTjç, ou serviteur de la synagogue, Luc, iv, 20, ten- 
dait le rouleau au lecteur et le lui reprenait quand il 
avait fini. Il se tenait d'ailleurs auprès de lui pour 
veiller à ce que le texte fût lu correctement et à ce 
que l'on passât ce qui ne convenait pas à une lecture 
publique. Chaque lecteur devait lire au moins trois 
verseis, sans qu'il lui fût jamais permis de les débiter 
par cœur. Après ïa lecture de la Loi venait celle des 
prophètes, nebVîm, appellation qui comprenait Josué, 



147 



LECTEUR — LECTIONNAIRES 



148 



'les Juges, les livres de Samuel et des Rois et les pro- 
phètes proprement dits. Ces livres étaient également 
divisés en sections ou haf tarât, c'est-à-dire « finales », 
parce que cette lecture terminait la réunion. Nos Bibles 
hébraïques indiquent ordinairement les parHyôf dans 
le texte du Pentateuque et les haf tarât à la fin du 
volume. Il n'était pas obligatoire de lire à la suite, 
chacun pouvant choisir son passage. Luc, rv, 17. Ces 
lectures de la Loi et des prophètes ne se faisaient 
qu'à la réunion principale du sabbat ; elles n'avaient pas 
lieu aux réunions de semaine ni à celle de l'après-midi 
■du sabbat. Comme la langue originale des Livres Saints 
avait cessé d'être comprise, un interprète, mefûrgemân, 
traduisait l'hébreu enaraméen, verset par verset, quand 
il s'agissait de la Loi, et trois versets à la fois dans les 
prophètes, à moins que le sens fût complet dès le pre- 
mier ou le second. On ignore si l'interprète était un 
fonctionnaire attitré de la synagogue, ou si la charge de 
traduire le texte était dévolue à tour de rôle à ceux qui 
en étaient capables. A l'époque évangélique, l'usage 
s'était introduit d'expliquer ensuite le passage qui 
venait d'être lu. Philon, De septenario, 6, atteste que, 
de son temps, quelque assistant de grande expérience, 
ni tùv È|XTOiporaT<ûv, encourageait de son mieux l'audi- 
toire à rendre sa vie meilleure. Celui qui faisait cette 
exhortation s'asseyait. Luc.,iv, 20. Cf. Megilia, rv, 1-6; 
Reland, Antiquitates sacras, Utrecht, 1741, p. 66-67 ; 
Iken, Antiquitates hebraicss, Brème, 1741, p. 300-302; 
Vigouroux, Le Nouveau Testament et les découv, ar- 
chéol. mod., 2« édit., Paris, 1896, p. 156-158; Schiirer, 
Geschi-chte des jûdischen Volkes, Leipzig, t. Il, 1898, 
p. 454-457. — Un jour, Notre-Seigneur se présenta dans 
la synagogue de Nazareth et y fit la lecture de deux ver- 
sets d'Isaïe, qu'il expliqua ensuite. Luc, rv, 16-22. Il 
devait procéder de manière analogue quand il entrait 
dans les synagogues pour y enseigner. Matth., iv, 23 ; 
Marc, i, 21 ; vi,\2^ Luc, rv, 15; vi, 6;xm, 10; Joa., 
VI, 60; xvin, 20. Il est possible qu'après avoir fait la 
, lecture du texte, il ait eu l'habitude de traduire lui- 
même l'hébreu en araméen, comme il eut sans doute 
celle de discuter sur le texte hébreu avec les docteurs. 
C'est du moins ce que peut donner à penser la réflexion 
des Juifs : «. Comment donc celui-ci sait-il les lettres, 
puisqu'il n'a pas appris? » Joa., vu, 15. Les Apôtres 
font plusieurs fois allusion aux lectures qui avaient lieu 
dans les synagogues. Act., xm, 27; xv, 21 ; II Cor., m, 15. 
— La fonction du lecteur s'est perpétuée dans l'Église. 
Elle y a même pris un caractère officiel et est devenue 
Je second des ordres mineurs. Le Pontifical romain, 
De ordinat. lectorum, indique la nature de la fonction : 
faire la lecture de ce qui doit servir de thème à la prédi- 
cation, s'acquiî'sr de ce devoir d'une voix haute et dis- 
tincte, de manière que les fidèles comprennent, et sans 
jamais altérer le sens des textes, enfin lire d'un lieu 
élevé, avec obligation pour le lecteur d'avoir une con- 
duite digne de son office. Il était naturel que l'Église en 
adoptant les textes sacrés comme base de ses enseigne- 
ments, eût, comme la synagogue, des ministres pour en 
faire la lecture publique. Seulement elle leur conféra 
une consécration spéciale, afin de pouvoir les employer 
aussi aux fonctions liturgiques qui accompagnent son 
enseignement dans l'assemblée des fidèles. — Au moyen 
âge, on croyait que Jésus-Christ avait exercé lui-même 
tous les ordres. On lit dans un manuscrit de Munich, 
6330, s. viii-ix, fol. 49 b : « Quando Christus implevit VII 
gradus Ecclesiae, primus gradus lector quando aperit 
librum Isaise prophetse et dixit : Spiritus Dei super me. f> 
Luc, îv, 17. Cf. Weyman, Jésus-Christ et les ordres, dans 
la Revue d'hist. et de littérat. relig., Paris, 1899, p. 93. 

H. Lesétre. 
LECTIONNAIRES. — I. Nom et espèces. — Les 
lectionnaires, lectionaria, sont des livres liturgiques, 
•contenant les passages détachés de l'Écriture Sainte qui 



sont lus dans les offices publics, notamment à la messe. 
Ces recueils ne reproduisent pas la Bible entière, mais 
seulement les âvafviisEic, «va-fvâxrjJiaTà, lectiones, leçons 
ecclésiastiques, désignées parfois sous les noms des an- 
ciennes sections bibliques : xspixoitat, TpïJt*aTa, xs<pi- 
Xata, segmenta. On nomme quelquefois àvaYvwo-tâpiov 
le livre rare des leçons extraites de l'Ancien Testament, 
de telle sorte que le nom générique de lectionnaire 
serait devenu le nom spécifique du recueil des sections 
liturgiques de l'Ancien Testament. Quant à celles du 
Nouveau Testament, elles ont été réunies en des volumes 
distincts, selon qu'elles appartiennent aux Évangiles ou 
bien aux Actes et aux Épîtres des Apôtres. Ces deux 
recueils sont diversement désignés par les Grecs et par 
les savants européens. 

1« Le recueil qui contient les leçons des Évangiles 
s'appelle strictement chez les Grecs EùayïAiov, ou 'ExXo- 
-fiSiov (parfois 'ExXoyâStM) to3 £.vxfye\iov. On ignore à 
quelle époque ce nom a été donné* dans l'Église grecque 
au lectionnaire évangélique. La plus ancienne désigna- 
lion connue jusqu'aujourd'hui se trouve dans l'Évangc- 
liaire grec 131, écrit en 980. On lit, en effet, dans la 
souscription : 'Eypâçri tô tî'jjuov xsî âfiov EùàYYéXiov. 
Celui qui a relié ou fait relier ce volume en 1049 a em- 
ployé le même nom. L'évangéliaire 330, qui est de 1185, 
a un titre analogue : EûaYYeXtorov x-rjv OsiîiveuaTOv 
Pi'6Xov 7]Y 0U v to âytov EùaYYÉXtov. Ce nom distingue le 
iectionnaire évangélique du xexpaevaYYÊXtov, ou manus- 
crit contenant le texte continu des quatre Évangiles. — - 
Les noms : Evangelarium ou Evangelislarium sont 
souvent employés par les savants européens pour dési- 
gner le lectionnaire évangélique. Le second de ces noms 
avait été usité avant Mill, à qui on en attribuait la pa- 
ternité, par dom de Montfaucon et par Fell. Cependant, 
dans quelques lectionnaires grecs imprimés, EùaYY E ^ l<J - 
xâpiov est le nom donné à la liste finale des jours et 
des leçons de chaque jour. Bien plus, dans les cata- 
logues des bibliothèques et dans les ouvrages des savants, 
on trouve ces mots employés à tort pour désigner les 
manuscrits grecs, de telle sorte qu'on appelle Evangeli- 
starium, Evangelarium ou Evangelium un Tctp«£u«y- 
Y^Xiov, et un EùaYyéXiov est nommé faussement TetpaeuaY- 
YÉXtov. 

2° Les livres qui contiennent les passages liturgiques 
des Actes des Apôtres, des Épîtres catholiques et des 
Épîtres de saint Paul sont nommés par les Grecs 'Aîio- 
(rxoXoç ou Hpai-aTiéo-ToXoç. Le premier de ces noms est le 
plus répandu. La dénomination de Ilpai;a7rôo-ToXo<; sert 
le plus souvent à désigner les textes continus et forme 
pendant au TerpasuaYYsXtov. Les manuscrits de ces livres 
liturgiques sont moins nombreux que ceux des Évangiles ; 
ils se distinguent moins nettement des manuscrits à 
texte continu; d'où il résulte que les dénominations 
sont employées indistinctement. — Dans l'Europe occi- 
dentale, on appelle fréquemment r'AuôirroXoç «Lection- 
naire » par excellence et par opposition à l'Évangéliaire. 
Cette désignation est tout à fait étrangère aux usages 
grecs. Les Grecs ne connaissent pas non plus le nom 
d"Av«YV(oortxov ou de BtëXîov àirooroXixov pour désigner 
l'EOaYYÉXiov et 1"A7to<jtoXoç, réunis en Un seul volume, 
que nous appellerions un lectionnaire complet. 

Ces livres liturgiques ne sont pas chez les Grecs les 
seuls qui contiennent soit des leçons ecclésiastiques 
soit des indications relatives à la lecture de la Bible 
dans les offices publics. Les livresde prière à l'usage des 
fidèles en contenaient plus ou moins. Ainsi Goar, Eùj<o- 
Xoyiov sive rituale Grœcorum, 2 e édit., Venise, 1730, 
p. 711-724, indique les 'Aicoo-roXoeuaYY £Ata de toute l'an- 
née, c'est-à-dire les Épîtres et les Évangiles du Méno- 
loge et les EOayYEXta êo>6ivà àvao-râ<ji[jia. Vdir E. A. 
Marcelli, Ménolnge, Rome, 1788. De même les Menées 
ou offices des saints, les TpnôSia, les IUvTïjxôo-râpia, les 
IlapaxXiiuxi, en un mot, la plupart des livres lilur- 



149 



LECTIONNAIRES 



150 



giques contiennent ou des fragments des Évangiles ou 
des rubriques concernant les leçons ecclésiastiques. 
Mais ces livres n'ont pas encore été étudiés au point de 
vue particulier qui nous occupe, et désormais nous ne 
parlerons plus que des EOaYY^)'» et des 'Ait<5<rtoXoi. Cf. 
Martinov, Annus ecclesiasticus, grxcoslavicus, Bruxelles, 
■1863. Sur les livres liturgiques des Grecs, on peut con- 
sulter L. Allatius, De libris ecclesiasticis Grsecorum; 
In libros ecrlesiasticos Grsecorum triodium, penteco- 
starium, paracleticum examen, Paris, 1644; ouvrages 
reproduits par Fabricius, Bibliotheca grseca, Hambourg, 
4712, t. v; G. Cave, Dissertatio secunda de libris et 
officiis ecclesiasticis Grsecorum, dans Script, eccl. hist., 
Genève, 1705, appendice, p. 179-193; Ducange, Glossa- 
rium ud scnplores médise et infimse latinitatis, Paris, 
1733, t. iv, col. 173-174; Kirchenlexikon, 2 e édit., Fri- 
bourg-en-Brisgau, 1886, t. IV, col. 1034-1035; Realency- 
elopàdie de Herzog, 3 e édit., Leipzig, 1898, t. v, p. 652- 
659. 

II. Origine et uate des Lectionnaires. — Les plus 
anciens Lectionnaires qui nous restent sont un fragment, 
l'évangéliaire 1043, du iv* ou du V e siècle, et les évan- 
géliaires 348 et 349, du VI e siècle. Il y a peu de manus- 
crits de cette sorte antérieurs au viif siècle. Les Lection- 
naires sont cependant d'origine antécédente, et la 
lecture de l'Écriture aux offices liturgiques remonte au 
berceau même de l'Église. On estime généralement et 
non sans raison que l'usage de lire l'Écriture dans les 
réunions publiques a été emprunté par l'Église aux 
Juifs. S. Isidore, De eccl. nffie., I, x, 1, t. lxxxiii, 
col. 744-745. Ceux-ci lisaient chaque samedi à la syna- 
gogue une section du Pentateuque et un morceau détaché 
des livres prophétiques. Act., xm, 15, 27; xv, 12; Marc, 
xil, 26; Luc, iv, 16-21. Ils eurent d'abord un cycle de 153 
parsiyôf, suivant lequel le Pentateuque était lu chaque 
trois ans, puis un autre de 54 pour la lecture complète 
du livre pendant une année. Ils choisirent dans les livres 
prophétiques 85 haf tarât, destinés à être lus les jours de 
sabbat et de fêtes. Cf. du Voisin, Observaliones ad proœ- 
mium Pugionis fidei, dans Martini, Pugio fidei, Paris, 
1651, p. 97-103, 133-134; Vitringa, De synagoga vetere, 
2 e édit., 1726, p. 946-1015; O. Schmid, Ueber verschie- 
dene Eintheilungen derlieil. Schrift, Graz, 1892,p. 4-13; 
E. Schùrer, Geschichte des jûdischen Volkes im Zeitalter 
Jesu Christi, 3 e édit., Leipzig, 1898, t. ii, p. 455-456. 
Les cinq Megillôt étaient lus aux cinq grandes fêtes de 
l'année. Talmud de Jérusalem, traité Meghilla, trad. 
Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 198. On n'a pas la 
preuve directe que les Apôtres empruntèrent eux-mêmes 
aux Juifs la pratique de lire l'Écriture et le sectionne- 
ment liturgique usité. F. Probst, Liturgie derdrex ersten 
christlichen Jahrhunderte, Tubingue, 1870, p. 23. Il est 
vraisemblable que, le service des lectures publiques s'est 
■organisé peu à peu dans l'Église. Ce qui est certain, 
c'est que les documents des trois premiers siècles té- 
moignent de la diversité des usages suivant les temps et 
les lieux. 

Saint Justin, Apol., i, 67, t. 71, col. 429, parle expli- 
citement des réunions que les chrétiens de son temps 
faisaient chaque dimanche à la ville et à la campagne 
€t dans lesquelles ils lisaient, autant qu'il fallait, les 
mémoires des Apôtres, c'est-à-dire les Évangiles, et les 
■écrits des prophètes. Tertullien, Apologetic., 39, t. 1, 
col. 468-469, rapporte aussi que dans les assemblées 
chrétiennes on lisait les lettres divines. Or, il dit, De 
prœscr., 37, t. 11, col. 49-50, que l'Église romaine joi- 
gnait la loi et les prophètes aux écrits des Apôtres et 
des Évangélistes pour y nourrir sa foi. On peut conclure 
de ces deux textes rapprochés que ces quatre sortes de 
livres étaient lus dans les réunions liturgiques. Saint 
Cyprien, Epist., xxxm, xxxiv, t. 11, col. 328, ordon- 
nait des lecteurs pour lire publiquement l'Évangile du 
■Christ. Les Canons d'Hippolyte et la Constitution apos- 



tolique égyptienne, qui sont du 111 e siècle, parlent du 
lecteur, àvayviifftriç, comme d'un ministre chargé d'un 
office public dans l'Église. Achelis, Die Canones Hip~ 
polyti, dans Texte und TJnters., Leipzig, 1891, t. vi, 
fasc. 4,' p. 70, 119, 122. Le VIII» livre des Constitutions 
apostoliques, qui est du IV e siècle, parle, à propos de 
l'ordination épiscopale, c. v, t. 1, col. 1076, de la lecture 
de la loi, des prophètes, des Épitres et des Actes des 
Apôtres et aussi des Évangiles. D'après le Testamentum 
D. N. J. C., édit. Rahmani, Mayence, 1899, p. 24, 58, 
les lecteurs lisaient les prophètes et les autres leçons en 
un lieu déterminé, peu dislant de l'autel, mais c'était 
un prêtre ou un diacre qui lisait l'Évangile. Les Con- 
stitutions apostoliques, 1. II, c. lvii, t. 1, col. 728-729, 
donnent les mêmes renseignements; elles indiquent, 
en outre, les livres de l'Ancien et du Nouveau Testa- 
ment, qui étaient lus par les lecteurs. L'Écriture était 
lue, non seulement aux messes du dimanche, mais en- 
core dans les vigiles et aux jours de station, le mercredi 
et le vendredi. Socrate, H. E., v, 22, t. lxvii, col. 636. 
Au IV e siècle, le samedi devint jour de synaxe. Constitu- 
tions apostoliques, 1. II, c. lix; 1. V, c. xx; 1. VII, 
c. xxvii ; 1. VIII, c. xxxiii, t. 1, col. 744, 904, 1013, 1133. 
Saint Épiphane, Exposit. fidei, 24, t. xlii, col. 832, dit 
que cet usage était particulier à certains lieux seulement. 
La Pérégrination de Sylvie mentionne les synaxes du 
samedi pour le Carême à Jérusalem, elle ne parle pas 
de celles du reste de l'année. Le concile de Laodicée 
(372), can. 16, prescrit d'ajouter, le samedi, la lecture 
de l'Évangile à celle des autres Écritures. Hardouin, Acta 
concil., t. 1, col. 783. Cf. Duchesne, Origines du culte 
chrétien, Paris, 1889, p. 218-221. Cet usage a probable- 
ment donné lieu aux leçons dites aaSëatoxupiixaî. Cas- 
sien, De cœnob. instit., n, 5-6, t. xnx, col. 83, 89, 90,. 
relate les usages de l'Egypte et de la Thébaïde. 

Pendant longtemps, les lectures étaient faites dans 
les livres bibliques eux-mêmes, soit isolés, soit groupés 
de diverses façons. Le président de l'assemblée déter- 
minait les passages à lire et arrêtait le lecteur quand il 
le jugeait à propos. Mais, vers la fin du IV e siècle, on 
constate à Antioche un sectionnement réglé, et il semble 
que, pour chaque dimanche et chaque fête, il y avait 
un texte assigné d'avance. Des renseignements précis, 
fournis par les homélies de saint Chrysostome, le mon- 
trent bien, La Genèse était lue dès le commencement du 
Carême jusqu'à la grande semaine. In Gen., Hom. 11, 
3; Hom. xxx, 1, t. lui, col. 27, 274; In Gen., Serm. 1, 
1, t. liv, col. 501. Un passage de la passion, Matth., 
xxvii, 27-29, était lu le samedi saint. In Matth., Hom, 
lxxxvii, 1, t. LVlll, col. 770. C'était une règle établie 
par les anciens qu'on lût le livre des Actes à la Pente- 
cote, parce que ce livre raconte les événements dont 
on célèbre alors l'anniversaire. C'est pour la même rai- 
son qu'aux jours de la croix, de la résurrection et des 
autres fêtes, on lit les récits qui s'y rapportent. Homil., 
CurinPentecoste...,n. 3-5, t. li, col. 101-105. Les Épitres 
de saint Paul étaient entendues trois ou quatre fois par 
semaine aux fêtes des martyrs. Comment, in Epist. ad 
Rom., t. lx, col. 391. Cf. In Reb.,Hom. vin, 4, t. lxiii, 
col. 75-76. L'Épitre de l'Epiphanie était tirée de Tit., 11, 
11-13. De baptismo Christi, n. 2, t. xnx, col. 365. 
Quand Chrysostome commente l'Évangile de saint Mat- 
thieu qu'on Ht alors à l'église, il recommande aux 
fidèles, comme il l'a fait pour les autres livres de l'Écri- 
ture, de lire d'avance la péricope qu'il doit expliquer. 
In Matth., Hom. 1, 6, t. lvii, col. 21. Cf. Hom. vi, 4, 
col. 66. La plupart des homélies de Chrysostome sur 
saint Matthieu et saint Jean coïncident a.vec les leçons 
de l'office. Il en est de même des homélies de saint 
Cyrille d'Alexandrie sur saint Luc. 

L'ordre des leçons adopté à Antioche a passé à Con- 
stantinople, et de cette dernière ville dans toutes les 
Églises grecques orthodoxes. Sans parler des divergences 



151 



LECTIONNAIRES 



-152 



provenant des usages locaux, cet ordre a subi au cours 
des âges des modifications qui n'ont pas encore été 
étudiées. Une des plus importantes est que la leçon pro- 
phétique qui, au temps de saint Chrysostome, précédait 
la leçon apostolique et la leçon évangélique, Hoin. in 
inscript, altaris, 3, t. u, col. 71; In Act., Hom. xxix, 
3, t. lx, col. 217, fut supprimée dans le courant du 
y siècle. Les plus anciens livres liturgiques du rite 
byzantin ne la connaissent plus, tandis que la liturgie 
arménienne, qui est une forme ancienne de la liturgie 
byzantine, l'a conservée. Quand le sectionnement litur- 
gique eut été fixé, on se servait encore de manuscrits 
à texte continu. On se contentait d'indiquer aux marges, 
à l'aide de rubriques, le commencement et la fin des 
leçons. Il reste encore aujourd'hui de ces manuscrits 
ainsi adaptés à l'usage liturgique. Le Codex Lugdu- 
nensis Pentateuchi (en latin) est de ce genre. Voir 
l'édition d'U. Robert, in-f», pars post, Lyon, 1900, 
p. XIII, etc. On trouve souvent au début une table des 
leçons afférentes aux dimanches et aux fêtes. Cette table 
est désignée en grec par le nom de <ruvà|aptov et en 
latin par celui de Capilulare. Cf. Duchesne, Origines 
du culte chrétien, p. 106, 160, .186;. S. Bàumèr, Ges- 
ckickte des Breviers, Fribourg-eri-Brisgau, 1895, p. 265- 
266; F. Probst, Liturgie des vierten Jahrhunderts und 
deren Reform, Munster, 1893, p. 161, 205. 

Mais on en vint bientôt à découper dans les livres 
bibliques les leçons des différents jours de l'année et à 
former des Lectionnaires proprement dits. Une feuille 
d'un Évangéliaire du V e siècle nous est parvenue. A. par- 
tir du vm e siècle, les Lectionnaires isolés sont nom- 
breux. Ils sont en écriture onciale ou en écriture cur- 
sive. Cependant, on n'en a pas fait, comme pour ." les 
manuscrits à texte continu, deux classes distinctes. Les 
listes qu'on en a dressées confondent les onciaux et les 
cursifs. Les premières de Matthâi et de Scholz : étaient 
bien incomplètes, Scrivener, A plain introduction :to 
tiie criticism of thé N. T., 4 e édit., Cambridge; p: 80-89; 
Gregory, Prolegomena, fasc. 2, Leipzig, 1890, p. 695- 
791 ; fasc. 3, 1894, p. 1313, les avaient complétées. L'abbé 
P. Martin a décrit ceux qui se trouvent à Paris, Des- 
cription technique des manuscrits grecs relatifs au 
N. T., conservés dans les bibliothèques de Paris (Hthog.), 
Paris, 1884, p. 136-174. Gregory, Texlkriiik des Neuén 
Testaments, Leipzig, 1900, t. i, p. 387-478, a publié 
•une liste de 1072 Évangéliaires et de 303 Épistolaires. 
Dès le XVI e siècle, on a imprimé des Lectionnaires grecs. 
Les premières éditions ne reproduisaient pas le texte 
des manuscrits, mais celui des éditions de Ximénès et 
d'Érasme. Voici quelques éditions signalées par Gre- 
gory, op. cit., t. I,p. 341-342 : Iipdv eùayYéXiov, Venise, 
1539; ©etov xcù tépov sùayYÉXto-j, Venise, 1614; 2 e édit., 
1645; ©etov xat lèpôv eùayYÉXiov, 1851; 'A7ci5<rToXo;, 1844; 
Athènes, 1885. Une édition in-folio de l'évangéliaire 
grec a paru à Rome en 1880, et une de 1"Atiô<jtoXo<; en 
-1882. 

III. Plan des Lectionnaires grecs. — Ne pouvant 
tenir compte des nombreuses divergences que présen- 
tent les manuscrits, nous nous contenterons de dé- 
crire le plan général et uniforme des Lectionnaires. 
L'Évangile et l'Apôtre sont divisés en deux parties : la 
première, qui commence à la fête de Pâques, contient 
seulement les évangiles et les épîtres des dimanches et 
constitue proprement l'année liturgique; la seconde, 
qui part du mois de septembre (ancien commencement 
de l'année), contient les leçons lues aux fêtes des saints, 
disposées mois par mois de septembre à août. 

La première partie n'a pas de nom distinct dans le 
Lectionnaire ; mais dans les listes préliminaires, elle 
est au début du SuvaÇâpiov. Pour l'Évangile, elle com- 
mence par celui de saint Jean, dont la lecture' se pro- 
longe, sauf quelques exceptions, pendant sept semaines 
jusqu'au dimanche de la Pentecôte. Dans le même in-. 



tervalle de temps, on lit, comme à l'époque de saint 
Chrysostome, les Actes des Apôtres. A partir du lundi 
de la Pentecôte, l'Évangile de saint Matthieu est lu dix- 
sept dimanches consécutifs. Durant les onze premières 
semaines, il fournit encore les évangiles de tous les jours 
de chaque semaine; mais à partir de la douzième, les 
évangiles du lundi au vendredi sont empruntés à saint 
Marc, ceux du samedi et du dimanche étant encore tirés 
de saint Matthieu. Le dimanche qui suit la fête de 
l'Exaltation de la Sainte-Croix (14 septembre), commence 
la lecture de l'Évangile selon saint Luc. Elle se poursuit 
pendant dix-huit semaines jusqu'au Carême. Les évan- 
giles de chaque jour sont empruntés à saint Luc pen- 
dant les douze premières semaines. A partir de la 
treizième, le troisième Évangile fournit encore les leçons 
du samedi et du dimanche ; mais celles des cinq autres 
jours sont dès lors prises en saint Marc. Dès le samedi 
qui précède, le dimanche du Tyrophage, ou premier 
dimanche de Carême, l'Évangile est emprunté à saint 
Matthieu. Les évangiles des samedis et dimanches de la 
sainte Quarantaine forment le groupe spécial, dont 
nous avons déjà, parlé, .les ;EiayysXîa CTaêêxrox-jptaxâ. 
Ceux de « la sainte et grande semaine » sont en partie 
constitués par des fragmentsrde divers Évangiles. Deux 
groupes, diversement placés dans les manuscrits, con- 
viennent encore à la semaine sainte : 1° les douze 
EÙayYsXia twv àytiov jrâOwv; 2° les quatre evayYÉXia twv 
mpwv. Enfin un dernier groupe, qui est peut-être la par- 
tie la plus ancienne du lectionnaire, comprend les onze 
eùayyéXia iu>biva.:àya.<rcàm\i.a, ou récits concernant la 
résurrection de Notre-Seigneur. Les Épltres de saint 
Paul et les Épîtres catholiques sont lues pendanttoutes 
les semaines durant lesquelles les évangiles sont tirés 
de saint Matthieu, de saint Luc et de saint Marc, c'est-à- 
dire à partir du lundi de la Pentecôte. 

La deuxième partie du Lectionnaire grec porte, dans 
les listes des Évangiles et des Épîtres, le nom de Mu]vo- 
X6y' ov - C'est un extrait du grand Ménologe. Celui-ci 
contient au complet les offices des saints. Le petit mé- 
nologe ne reproduit que les Épîtres et les Evangiles, 
lus aux jours des fêtes fixes, ou seulement leur indica- 
tion. Cette partie du Lectionnaire est la plus variable, 
chaque église ayant ses fêtes spéciales et ses usages 
locaux. Toutefois, elle contient des évangiles et des 
épîtres pour le samedi et le dimanche avant l'Exaltation 
de la Croix, pour le dimanche après cette fête, pour les 
samedis et les dimanches avant Noël, avant et après 
l'Epiphanie. Il y a enfin des évangiles eîç Siaipôpou? [ivir 
(iaç. Cf. Gregory, Textkrilik des Neuen Testaments, 
Leipzig, 1900, t. i, p. 343-386. 

IV. Forme des leçons. — Les leçons liturgiques ne 
reproduisent pas purement et simplement le texte inté- 
gral dont elles sont tirées. Elles présentent deux parti- 
cularités qu'il est important de signaler : 

1° Au commencement et -i la fin de la plupart, on a 
supprimé, dans les récits évangéliques surtout, des 
circonstances de temps et de lieu trop précises pour 
être maintenues dans la leçon liturgique, et on les a 
remplacées par des expressions plus vagues ou plus 
générales. C'est ainsi que les Évangiles commencent 
presque tous par ces formules : 'Ev xÇ xaipû âxeiW, 
ou : E'tcv 6 Kipioç. Celle-ci est parfois développée en 
une phrase entière, telle que : Eïirev 4 K-ipio; tt,v mxpa- 
ëoXïiv Ta'JTïjv ou 7tpo; toyç iXrjXuôfiTa; 7tpbç a-jxôv 'Iou- 
Satouç. Les exemples de ces additions abondent, et 
dans les manuscrits adaptés à l'usage liturgique, elles 
sont écrites aux marges. Lorsqu'une section est lue à 
des jours différents, les débuts varient selon les circons- 
tances. Des changements analogues sont encore, quoique 
moins fréquemment, opérés à la fin des sections. Dans 
ce cas, on se contente le plus souvent de modifier un 
peu la finale. Plus rarement, on ajoutait une phrase 
faite exprès pour la circonstance.. Or, souvent les modi- 



157 



LECTIONNAIRES — LE FÈVRE 



158 



attribuée à saint Jérôme et reproduite Pair. Lai., t. xxx, 
col. 487-532. Ranke avait reconnu que cette préface était 
antérieure à saint Léon le Grand. Dom Morin, Constan- 
tins évêque de Conslantinople et les origines du Cornes 
romain, dans la Revue bénédictine, 1898, t. xv, p. 241- 
246, s'est efforcé de montrer que le destinataire en était 
Constance, évêque de Cosenza au commencement du 
v 8 siècle. Le lectionnaire est aussi indiqué dans le Capi- 
tulare que contiennent beaucoup de manuscrits de la 
Vulgate latine. Voir S. Berger, Histoire de la Vulgate 
vendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, 
p. 374-422 passim. Celui du Codex Adas, du IX e siècle, 
à Trêves, voir ibid., p. 420, a été publié, Die Trierer 
Ada-Handschrift, in-f", Leipzig, 1889, p. 16-27. On le 
trouve aussi dans des Évangéliaires séparés, tels que 
celui qui est conservé à la bibliothèque d'Arras, n. 1045, 
et qui a été signalé par M. Léopold Delisle, L'Évangé- 
liaire de Saint-Vaast d'Arras et la calligraphie franco- 
saxonne du ix" siècle, in-f°, Paris, 1888, p. 5-12. Voir 
aussi YAnliquus Ordo romanus, édité par Martène, Thé- 
saurus novus anecdotorum , Paris, 1717, t. v, col. 10"- 
110, et reproduit Patr. Lat., t. lxvi, col. SS9-1006. Cf. 
Gerbert, Monumenta veteris liturgise alemannicœ, 
Saint-Biaise, 1779, t. n, p. 175-177. Il faudrait aussi étu- 
dier les homiliaires, qui font connaître les épîtres et 
les évangiles lus, les jours de dimanches et de fêtes de 
toute l'année liturgique. Cf. F. Wiegand, Das Homi- 
liarium Karls des Grossen auf seine wspriingliche 
Gestalt, Leipzig, 1897. Â partir du X e siècle, il y a enfin 
des missels pléniers, qui réunissaient le sacramentaire, 
le lectionnaire et le graduel. Ce n'est qu'au nu" siècle 
que ces missels deviennent d'un emploi universel. — 
L'usage gallican nous est connu par le lectionnaire de 
Luxeuil, édité par Mabillon, De liturgia gallicana, 
Paris, 1685, 1. IT, P. L., t. lxxii, col. 171-216. Dom Mo- 
rin, Revue bénédictine, 1893, p. 438, a prouvé que ce 
lectionnaire pouvait être rapporté à la région parisienne. 
Les épitres et les évangiles se trouvent aussi dans le Sa- 
cramentaire gallican, édité par Mabillon,, Muséum ita- 
licum, 1. 1 b, p. 278-397, Patr. Lat., t. lxxii, col. 451-568. 
-*- L'usage mozarabe est représenté par le missel mêlé de 
Ximénès, reproduit Patr. Lat., t. lxxxv-lxxxvi. Dom 
Morin a édité le lectionnaire de Tolède, Liber comicus 
sive lectionarius misses quo Toletana ecçlesia ante annos 
mille etducentos utelaiur, dans Anecdota Maredsolana, 
Maredsous, 1893, t. i. L'appendice iv reproduit les Ca- 
pitula Evangeliorum Neapolilana, p. 426-435; cf. Re- 
vue bénédictine, 1891, t. vni, p. 481, 529. L'appen- 
dice v contient les leçons des Épîtres de saint Paul, 
usitées au vr> siècle dans l'Église de Capoue, p. 436-444. 
Ranke les avait déjà publiées, Codex Fuldensis, Mar- 
hourg, 1875, p. 165. Enfin dom Morin a étudié L'an- 
née liturgique à Aquilée antérieurement à l'époque 
carolingienne d'après le Codex Evangeliorum Rehdi- 
geranus, dans la Revue bénédictine, 1902, t. xix, p. 1-12. 
Il a réédité le Capitulare evangeliorum de ce manuscrit 
du vn e siècle, déjà publié par Haase, Breslau, 1865-1866. 
Sur le rite ambrosien, voir Mabillon, Muséum italicum, 
t. i b, p. 104-109 ; Dictionnaire de théologie catholique, 
Paris, 1900, t. I, col. 954. — Cf. Ranke, Dos kirchliche 
Pericopensystem aus den âltestender Rbniischen Litur- 
gie, Berlin. 1847; Schu, Die biblischen Lesungen der 
katholischen Kirche indem Officium und der Messe de 
fempore, Trêves, 1861. Pour les leçons de l'office, voir 
Patr. Lat., t. lxviii, col. 393-396; S. Bâumer, Geschichte 
des Rreviers, Fribourg-en-Brisgau, 1895, p. 619-622. 

E. Mangenot. 
LÉCUM (hébreu : Laqqûm; Septante : AcùSâgx; 
Alexandrinus : "A/.pov), ville de Nephthali. Jos., xix, 
33. Elle est nommée dans l'énumération des fron- 
tières de cette tribu, au nord-est, après Jebnaël, dans la 
direction du Jourdain. Le site en est inconnu. Elle est 
nommée, mais non localisée, sous la forme Actxoûp., dans 



YOnomasticon d'Eusébe, édit. Larsow et Parthey, 1862, 
p. 262-263. Reland, Palsestina, 1714, p. 875, pense que 
c'est la ville qui est appelée Lokim dans le Talmud de 
Jérusalem. Megilloth, 70, 1. La lecture &udi\i des Sep- 
tante doit être une altération de \wni\i. ou Ati>*o-j(i. 
Lécum était probablement dans le voisinage du lac 
Houléh. 

LÉDAN (hébreu : La'edân; Septante : 'ESâv dans 
I Par., xxm, 7, 9; AaSôv dans I Par., xxvi, 21), fils aîné 
de Gerspn, fils de Lévi. Ce nom est une corruption de 
Lebni ou Lobni. Voir Lebni. La Vulgate, qui écrit ce 
nom Lédan dans I Par., xxvi, 21, l'écrit Leédan dans 

1 Par., xxm, 7, 9, 

LEE Samuel, exégète anglican, né à Longnor (Shrop- 
shire), le 14 mai 1783, mort à Barley {Somersetshire), le 

2 décembre 1852. Il fut d'abord apprenti charpentier, 
mais, doué d'une rare aptitude p'our les langues, il en 
apprit seul un certaiu nombre, devint maître d'école et 
puis étudiant à Cambridge, où il prit ses grades en 1817. 
11 y fut nommé professeur d'arabe en 1819 et, en 1834, 
professeur d'hébreu. Il mourut recteur de Barley. Ses 
principaux ouvragés sont Grammar of the Hebrew 
Language, compiled from the best authorities, chieflff 
Oriental, in-8°, Londres, 1830; 6 e édit., 1844; Hebrew, 
Chaldaic and English Lexicon, in-8°, Londres, 1840; 
3 e édit., 1844 ; The Book of the Patriarch Job translatée, 
from the Hebrew, with Introduction and Commentary, 
in-8», Londres, 1837; An Inquiry into the Nature, Pro- 
gress and End of Prophecy, in-8°, Cambridge, 1849; 
The Events and Times of the Visions of Daniel and 
St. John investigated, identified and determined, in-8«, 
Londres, 1851. On lui doit aussi des Prolegomena in 
Biblia Polyglotta Londinensia minora (de S. Bagster), 
Londres, 1831. — Voir Th. Hamilton, dans le Dictio~ 
nary of National Biography, t. xxxn, 1892, p. 378. 

LEÉDAN, orthographe de Lédan dans la Vulgate. 
I Par., xxm, 7, 9. Voir Lédan. 

LEEWIS Denys. Il est plus connu sous le nom de 
Denys le Chartreux. Voir ce nom, t. n, col. 1385. 

LE FÈVRE Jacques, commentateur français, sur- 
nommé d'Étaples, Faber Stapulensis, du lieu de sa 
naissance en Picardie. Il naquit vers 1450-1455, et mou- 
rut à Nérac vers 1536. Il fit ses études à l'Université de 
Paris et eut pour maître de grec Jérôme de Sparte. Il 
habita de 1507 à 1520 l'abbaye de Saint-Germain des. 
Prés, devint en 1523 vicaire général de Briçonnet, évêque 
de Meaux, et alla enûn mourir en Guyenne à la cour de 
la reine Marguerite de Navarre qui le protégeait à 
cause de ses tendances protestantes. On a de lui : Quin- 
cuplex [(sic) dans la l re édit.; Quintuplex dans la 
2» et la 3») Psalterium, gallicum, romanum, hebrai- 
cum, vêtus, conciliatum, in-f», Paris, 1509, 1513; Caen^ 
1515; Epistolee Divi Pauli cum commentariis, in-f", 
Paris, 1513, 1515, 1531; Gommentarii iniliatorii in 
quatuor Evangelia, in-f°, Paris, 1522; Bàle, 1523; 
Cologne, 1541 ; Gommentarii in Epistolas catholicas,. 
in-f», Bâle, 1527; Anvers, 1540; De Maria Magdalena 
et tnduo Christi disceptatio, in-8°, Paris, 1816; la se- 
conde édition porte le même titre avec cette addition : 
et una ex tribus Maria, in-4», Paris, 1518; 3 e édit., 1519; 
De tribus et unica Magdalena disceptatio secunda,. 
in-4», Paris, 1519. Ces derniers opuscules, ainsi que les- 
Commentaires sur les Évangiles, sur les Épîtres de saint 
Paul et les Épîtres catholiques, furent mis, avec le Psal- 
terium quintuplex, à l'index du Concile de Trente, 
donec corrigantur. Le Fèvre traduisit aussi le Nouveau 
Testament en français et publia sa version en 1523. Plus 
tard, il traduisit également l'Ancien Testament en fran- 



159 



LE FÈVRE — LEGUMES 



-160 



çais d'après la Vulgate et son travail parut à Anvers, en 
1528, en quatre volumes in-8». Voici le titre de ces tra- 
ductions : Le S. Evangile selon S. Matthieu. — S. Marc. 

— S. Luc. — /S. Jottan. Simon de Colines, l'an de grâce 
mil cinq cens xxm. — Ceste seconde partie du N. T. 
contenant les Epistres de S. Pol, les Epistres catholi- 
ques, les Actes des Apostres, l'Apocalypse de S. Johan 
l'Évangéliste. Simon de Colines, l'an de grâce 1523. — 
Le Psaultier de David. Simon de Colines, Tan de grâce 
1525. — Le premier volume de l'Ancien Testament, 
contenant les chine premiers livres de Moyse translatez 
en francoys selon la pure et entière version de S. Hie- 
rosme, etc. Il parut trois éditions complètes de la Bible 
sous ce titre : La saincte Bible en francoys translatée 
selon la pure et entière traduction de Sainct Hierosme, 
conférée et entièrement revisitee selon les plus anciens 
et plus correetz exemplaires, in-f°, Anvers, 1530, 1534, 
1541. Sur le caractère et l'histoire de cette version, voir 
t. il, col. 2361-2362. — Voir Çh. A. Graf, Essai sur la 
vie et les écrits de Lefèvre d'Étaples, in-8», Strasbourg, 
1842; Id., Jacobus Faber Htapulensis, dans Zeitschrift 
fur hisloriche Théologie, t. xxn, 1852, p. 3-86; 165- 
237. F. Vigouroux. 

LÉGION (Vulgate : legio). Ce mot est plusieurs fois 
employé dans la Vulgate, mais jamais dans le sens tech- 
nique du mot, c'est-à-dire pour désigner le corps de 
troupes qu'on appelait de ce nom dans l'armée romaine. 

— 1° Il est question des légions des Céréthiens et des Phé- 
• lethiens. II Reg. (Sam.), xv, 18; IV (II) Reg., xi, 19 ; IPar., 

xvm, 17. Dans le premier de ces textes, l'hébreu emploie 
le mot kôl et les Septante le mot rcàç, c'est-à-dire l'en- 
semble. Dans les autres, il n'y a rien en hébreu et sim- 
plement l'article à dans les Septante. Dans I Mach., vi, 
35, 38, 45, le mot legio traduit le grec çocaocy? (çâpotv$ 
par suite d'une faute de copiste au t. 38). Les éléphants de 
l'armée syrienneYsont divisés en phalanges; cela veut 
dire simplement en troupes, sans que le mot désigne la 
phalange grecque avec son organisation particulière. — 
Dahs I Mach., ix, 12; x, 82, çdcXafE, l'armée de Bacchide 
est rangée en phalanges, Vulgate : legio. Ici il peut être 
question de la phalange proprement dite, c'est-à-dire 
d'une troupe profonde dont Philippe II de Macédoine 
avait emprunté l'organisation aux Thébains, Diodore de 
Sicile, xvi, 3, et qui subsista jusqu'à la conquête romaine 
dans les armées helléniques. 

2° Dans le Nouveau Testament on trouve le mot grec 
>sYei<5v ; Vulgate : legio, mais c'est pour désigner simple- 
ment une multitude. Notre-Seigneur dit à Pierre qui 
veut se défendre au jardin des Oliviers contre ceux qui 
viennent pour l'arrêter: « Penses-tu que je ne puisse 
invoquer mon Père qui me donnerait à l'instant plus de 
douze légions d'anges?» Matth., xxvi, 53. — Lorsque le 
démon interrogé par Notre-Seigneur sur son nom ré- 
pond: « Je m'appelle Légion. » il veut dire simplement 
qu'ils sont. un grand nombre dans le corps du possédé, 
Marc, v, 9; Luc, vm, 30, 36. Dans ce dernier verset, le 
mot « légion » n'est pas dans le texte grec — Sur la 
« légion » dans l'armée, voir Armées, t. i, col. 994. 

£. Beurlier. 

LEGIONENSIS (CODEX). Trois anciens manus- 
crits de la Vulgate portent ce nom, qu'ils doivent à 
leur lieu d'origine, Léon, en latin Legio (Espagne). 
Tous les trois sont datés, ce qui ajoute à leur valeur 
paléographique, et ornés d'abondantes et curieuses 
illustrations, d'un grand intérêt pour l'histoire de l'art 
visigothique. Un autre trait commun aux trois, c'est 
qu'ils intercalent l'Épître apocryphe aux Laodicéens 
entre Col. et I Thess. Comme texte, ils sont étroitement 
apparentés avec le Codex Mmilianus (Bible de San 
ïiillan, du IX e siècle, maintenant à l'Académie d'histoire 
de Madrid), la Bible d'Alcala (ix c siècle, actuellement à 
l'Université de Madrid) et autres manuscrits espagnols 



provenant de l'ancien royaume de Léon. « Les textes 
espagnols se montrent à nous, dès leur première appa- 
rition, avec un caractère absolument à part. Aucune fa- 
mille de textes, excepté les textes irlandais, ne montre 
une originalité aussi exclusive. » S. Berger, Histoire de 
la Vulgate, p. 8. Les nombreuses citations bibliques de 
l'évéque hérétique d'Avila Priscillien, dont nous possé- 
dons maintenant onze traités (Corp. Scriptor. eccles. 
latin., Berlin, 1889, t. xvm), nous montrent qu'avant 
saint Jérôme régnait en Espagne une version dont nous 
retrouvons la trace certaine dans le texte espagnol de 
la Vulgate. 

1» LEaiONENsis I. — Seconde partie d'une Bible du 
X e siècle (Isaïe-Apocalypse), conservée dans les archives 
de la cathédrale de Léon sous le n° 6. Berger a lu la 
date 968 de l'ère espagnole, répondant à l'an 920 dé 
notre ère. Une notice récente, insérée au début, atteste 
que le manuscrit provient du monastère des Saints-Côme- 
et-Damien. 11 s'agit du monastère d'Albarès, situé dans 
la banlieue de Léon et qui venait d'être fondé en 920, 
quand le codex fut écrit. Deux copistes se nomment : 
Jean, qualifié ordinairement de diacre, mais une fois de 
prêtre (f° 3), et Vimara, prêtre (f° 2), bu Vimaranus, pé- 
cheur (f° 233 v°). Les Canons de Priscillien et le Proœ- 
mium sancti Peregrxni episcopi, avant les Epîtres de 
saint Paul, sont la marque de fabrique espagnole. 

2° legionensis il. — Bible, entière conservée dans 
les archives de la collégiale de San-Isidro de Léon. Elle 
est datée de l'ère espagnole 998, correspondant à l'année 
960. Il y a sur les marges des notes arabes et de nom- 
breuses citations d'une ancienne version latine. Le Psau- 
tier est d'après l'hébreu ; Tobie et Judith présentent un 
texte différent de la Vulgate. Une collation (texte et marge) 
fut faite en 1587, en vue de la re vision de la Vulgate à 
laquelle on travaillait alors, et envoyée à Rome avec 
une lettre de l'évéque de Léon, Fr. Trugillo, qui décrit 
exactement le codex. Cette collation se conserve encore 
à la Vaticane, Cod. lat. 4859. La lettre de Trugillo a été 
publiée par Vercellone, partie dans ses Dissertazioni 
accademiche, Rome, 1864, p. 93-94, partie dans ses Va- 
riée Lectiones Vulgatse, t. i, p. ci-en. — Ce manuscrit 
est plus connu sous le nom de Codex Gothicus Legio- 
nensis ou simplement de Codex Gothicus'. 

3° legionensis ni. — N'est qu'une copie du codex 
précédent, faite en 1162. Voir S. Berger, Histoire de la 
Vulgate, Nancy, 1893, p. 17-21, 384-385; Egurén, Me- 
moria descriptiva de los côdices notables de Espana, 
Madrid, 1859, p. 46-47; Tailhan, dans Nouveaux Mé- 
langes du P. Cahier, 1877, t. iv, p. 306-307. 

F. Prat. 

LÉGISLATION MOSAÏQUE. Voir Loi mosaïque. 

LÉGUMES (hébreu : yârdq; Septante : \âx<t.tm; 
Vulgate : olus, III Reg., xxi, 2; Prov., xv, 17; Septante : 
X«x«vsi'a; Vulgate : omis dans Deut., xi, 10; hébreu : 
yéréq; Septante : Xer/avov; Vulgate : olus, Gen., IX, 3; 
Ps. xxxvh (Vulgate, xxxvi), 2; hébreu : 'ôrôf; Septante : 
àpiciô (simple transcription du mot hébreu); Vulgate : 
herbse agrestes, IV Reg., iv, 39; hébreu : zéro 'im et 
zêre'onim; Septante : ô'intpiov; Vulgate : legumina, 
Dan., i, 12, 16), partie que l'on cueille (legumen, de 
légère) sur une plante potagère pour l'alimentation, soit 
le fruit, soit les feuilles, soit la racine etc., et par exten- 
sion la plante potagère elle-même. 

1° Les mots yârâq, « vert,» et yéréq, « verdure, » dési- 
gnent les plantes potagères, que nous appelons légumes, 
surtout les légumes verts. Le nom zérô'îm ou zêre'ônîm 
(car ce doit être le même mot auquel est tombé ou a été 
ajoutée la lettre 2, nun, par faute du copiste) comprend 
tous les légumes. — Les légumes verts et les légumes secs 
entraient dans l'alimentation des Hébreux. La Genèse, re, 
3, les regarde comme donnés à l'homme pour sa nour- 
riture avant la chair des animaux. Ils passent pour une 



4G1 



LÉGUMES - LEIGH 



1G2- 



nourriture commune en regard de la chair des animaux 
gras, qui est un aliment de fête. Prov., xv, 17. 

Mieux vaut un plat de légumes avec de l'affection 
Qu'un bœuf gras avec de la haine. 

Dans la crainte de contracter une souillure légale en 
se nourrissant des viandes provenant de la table royale, 
Daniel et ses trois compagnons demandèrent au chef 
des eunuques de leur servir seulement des légumes et 
de l'eau. Dan , i, 12, 16. A Rome, certains fidèles convertis 
du judaïsme se faisaient scrupule de manger de la 
viande achetée au marché, craignant sans doute qu'elle 
n'eût été immolée aux idoles, et ne mangeaient que des 
légumes. Rom., xiv, 2. On faisait cuire les légumes au 
pot, IV Reg., iv, 38, dans l'eau, ou on les assaisonnait 
avec de l'huile et des condiments divers, on en faisait 
une sorte de purée. Gen., xxv, 29, 34. Il est fait mention 
de jardins potagers, où on les cultivait, Deut., xi, 10 
(hébreu); III Reg., xxi, 2; on les cultivait aussi en pleine 
campagne, IV Reg., IV, 39, où l'on en rencontrait des 
champs entiers. II Reg., xxm, 11. — Sous le ciel de feu 
de la Palestine, s'ils ne sont pas. arrosés, ils se dessè- 
chent promptement comme l'herbe et ils servent d'image 
de la prospérité passagère des méchants. Ps. xxxvii 
{Vulgate, xxxvi), 2. — De la graine si petite du sénevé 
s'élève une plante qui dépasse tous les légumes iu 
plantes potagères : et cette croissance qui paraît si dis- 
proportionnée avec ses origines est dans la parabole 
l'image de l'extension du royaume de Dieu. Matth., xin, 
32; Marc, iv, 32. — Pour faire parade de leur zèle à 
observer la loi, les pharisiens avaient étendu les pres- 
criptions au sujet de la dîme jusqu'aux moindres 
produits de leurs jardins, aux légumes, Luc, xi, 42, 
quoique la loi ne demandât la dime que du revenu en 
blé, vin, huile. Lev., xxvn, 30; Nom,, xvin, 12; Deut., 
xiv, 22, 23. 

2° Différents légumes verts ou secs entraient dans 
l'alimentation des Hébreux. Voici ceux qui sont désignés 
nommément : 

Ail, hébreu : sûm; Septante : Ta uxôpSa," Vulgate : 
allia. Num., xi, 5. Voir t. i, col. 310. 

Chicorée, une des plantes comprises sous le nom gé- 
néral d'herbes amères (hébreu : merôrîm). Exod., xii, 
S; Num., ix, 11. "Voir t. h, col. 697, et t. m, col. 600. 

Concombre, hébreu : qiSSu'im; Septante : aUvoc, Vul- 
gate : cucumeres. Num., xi, 5; Is., i, 8; Baruch, vi, 69. 
"Voir t. h, col. 890. 

Fève, hébreu : pôl; Septante : xi5au.oç; "Vulgate : faba. 
II Reg., xvii, 28; Ezech., iv, 9. Voir t. h, col. 2228. 

Laitue, une des herbes amères, merôrîm, du repas 
pascal. Exod., xn, 8; Num., ix, 11. Voir t. m, col. 600. 

Lentille, hébreu : 'âdâéim; Septante : œaxoç; Vul- 
gate : lens. Gen., xxv, 34; Il Reg.. xvii, 28; xxm, 11; 
Ezech., iv, 9. Voir col. 164. 

Melon, hébreu : 'âbattihini; Septante : jtsirwv ; Vulgate; 
pepones. Num., xi, 5. 

Oignon, hébreu : besalim; Septante : xp<5u,uAjov; Vul- 
gate : cèpe. Num., xi, 5. 

Poireau, hébreu, hâsîr; Septante : iupâ<rov; Vulgate : 
porrunt. Num., xi, 5. 

Vesce. Voir Fève, t. n, col. 2228. 

E. Levesque. 

LÉHÉMAN (hébreu : Lahmâs; Septante : Vatica- 
nus : Mor^ç; Alexandrinus : Aau.àî), ville de la tribu 
de Juda, mentionnée une seule fois dans l'Écriture, 
Jos., xv, 40. Au lieu de lahmâs, on trouve, dans un 
certain nombre de manuscrits hébreux, Lahmâm. D'au- 
tres offrent une lecture douteuse à cause de la ressem- 
blance du D, samech, et du D, mém final. Les Septante 
ont adopté la première leçon, comme on peut le voir, 
malgré la corruption du texte en certains manuscrits. 
Seule la Vulgate a Léhéman, et encore rencontre-ton 
en beaucoup de manuscrits et de vieilles éditions Léé- 

DICT. DE LA BIBLE. 



mas ou Lékémas. Cf. B. Kennicott, Vêtus Testamen- 
tum heb. cum variis leclionibus, Oxford, 1776, t. t, 
p. 465; J.-B.De Rossi, Variée lectiones Vet. Testamenli, 
Parme, 1785, t. n, p. 90; C. Vercellone, Varix lectiones 
Vulgatse latinx, Rome, 1864, t. n, p. 44. Léhéman fait 
partie du deuxième groupe des villes de ce la plaine » 
ou Séphélah. On l'identifie d'une manière satisfaisante 
avec hhirbet el-Lahm, au sud de Beit-Djibrîn. Cf. Sur- 
vey of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881- 
1883, t, ni, p. 261. A. Legendre. 

LÉHETH (hébreu : Yahat; Septante : 'IÉ6), fils aîné 
de Séméi, de la tribu de Lévi. C'était le chef d'une l'a- 
mille gersonite Ju temps de David. I Par., xxm, 10-11. 
C'est par altération du nom que la Vulgate porte Léheth 
au lieu de Jahath. Voir Jahath, t. m, col. 1105. 

LE H1R Arthur Marie, né le 5 décembre 1811, à Mor- 
laix (Finistère), mort à Paris le 18 janvier 1868. Entré 
au séminaire de Saint-Sulpice le 10 octobre 1833, il 
devint professeur, au même séminaire, de théologie 
pendant les premières années de son enseignement, 
puis d'Écriture Sainte et d'hébreu jusqu'à sa mort. Peu 
de temps auparavant, le nonce du pape à Paris avait 
appris que Pie IX appelait M. Le Hir à Rome pour pren- 
dre part aux ravaux préparatoires du concile du Vati- 
tican. Voir sa notice, p. iv-xxiv de V Introduction aux 
Etudes bibliques. Cette introduction est de M. Grand- 
vaux, directeur au séminaire de Saint-Sulpice, lequel a 
publié, après la mort de M. Le Hir, les ouvrages que 
nous avons de lui, savoir : — 1. Études bibliques, avec 
Introduction et sommaires, 2 in-8°, Paris, 1869. Les 
articles qui composent ce recueil avaient presque tous 
paru, du vivant de l'auteur, dans les Etudes religieuses, 
publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus, 
III» série, t. vm, ix, x, xi, xn, xm; IV» série, t. i, il. 
— 2. Le livre de Job; Traduction sur l'hébreu et com- 
mentaire, précédé d'un Essai sur le rythme chez les 
Juifs, et suivi du Cantique de Débora et Psaume ex, 
in-8°, Paris, 1873. — 3. Les Psaumes traduits de l'hé- 
breu en latin, analysés ef annotés en français, avec 
la Vulgate en regard et l'indication des différences 
entre les deux versions, in-12, Paris, 1876. — 4. Les, 
tris ogrands Prophètes, haïe, Jérémie, Ezéchiel; ana- 
lyses et commentaires, avec traduction de l'hébreu en 
français des parties principales, in-12, Paris, 1876. — 
5. Le Cantique des Cantiques, avec traduction spéciale 
sur l'hébreu et commentaires, précédé d'une Etude sur 
le vrai sens du Cantique, par M. l'abbé Grandvaux, 
in-8», Paris, 1883; fait partie de la grande Bible publiée 
par le libraire Lethielleux. — 6. Résumé chronologique 
de la vie du Sauveur, publié par M. Vigouroux dans 
L'Université catholique, mai et juin 1889, t. i, p. 6-27, 
189-202. Cf. Bibliothèque sulpicienne, 3 in-8», Paris, 
1900, t. n, p. 292-299. M. Renan, qui avait été l'élève de 
M. Le Hir, a ainsi résumé, dans ses Souvenirs d'enfance 
et de jeunesse, 1883, p. 273, les qualités de son ancien 
maître: « M. Le Hir était un savant et un saint; il était 
éminemment l'un et l'autre. » L. Bertrand. 

LEIGH Edouard, exégète protestant anglais, né 
le 23 mars 1602^ à Shawell, comté de Leicester, mort 
le 2 juin 1671', dans son domaine de Rushall Hall, dans 
le comté de Stafford. Il fit ses études à Oxford, où il 
s'adonna particulièrement à l'histoire, au droit et à la 
théologie. Après un court séjour en France, en 1625, il 
se. rendit à Banbury, dans le comté d' Oxford, où il sui- 
vit les prédications du ministre puritain William 
Wheatly, pour qui il professait une grande admiration. 
Le 30 octobre 1640, il fut nommé, par la ville de Staf- 
ford, membre du Parlement; il fit d'abord partie de 
l'opposition, puis il adopta des idées plus modérées ; 
mais il fut compris dans les membres du Long Parle- 

IV. - e 



153 



LEGTIONNAIRES 



154 



fications du début ou de la finale des Évangiles ont été 
introduites dans la trame du texte et ont pénétré ainsi 
dans le récit en nombre de manuscrits. 

2° La composition elle-même des sections liturgiques 
a occasionné dans les manuscrits à texte continu, em- 
ployés dans la liturgie, des modifications plus sensibles. 
Les leçons, en effet, ne se succèdent pas de telle sorte 
que tout le texte est lu à l'église. Trois cas se présentent : 
— l« r cas : les leçons restent séparées par des passages 
intermédiaires qui n'appartiennent à aucune section. 
Ces passages non lus ont plus ou moins d'étendue. Gé- 
néralement, ils ne se composent que de quelques lignes, 
de quelques mots, parfois d'un simple xai ou d'une par- 
ticule semblable. Ils couraient le risque de ne pas être 
transcrits, lorsqu'une copie était prise sur un manus- 
crit adapté à l'usage liturgique et muni des rubriques 
nécessaires. — 2« cas : les leçons, au contraire, enjam- 
bent les unes sur les autres, de telle sorte que la fin 
d'une section est le commencement d'une autre. Il y a, 
par suite, des versets qui sont communs à deux leçons 
consécutives. Ordinairement le nombre de ces versets 
n'est pas considérable et il ne dépasse guère deux ou 
trois phrases. Les notes indiquant le commencement et 
la fin de ces leçons se mêlent et s'enchevêtrent au point 
de causer parfois de la confusion, au moins pour un lec- 
teur inexpérimenté. — 3 e cas : une leçon n'est pas tou- 
jours formée par un seul texte; elle réunit parfois divers 
récits, tirés soit du même Évangile soit d'Évangiles dif- 
férents. Elle se compose donc de fragments agglutinés. 
Le cas est assez fréquent, non seulement dans les eûa-y- 
yéXia tûv àf iwv rai6wv, mais encore au cours de l'année. 
Ainsi l'évangile du premier dimanche après la Pentecôte 
comprend Matth., x, 32, 33, 37, 38 { xiv, 27-30. Dans un 
évangéliaire, ces divers fragments étaient juxtaposés de 
manière à constituer une leçon unique. Mais lorsqu'on 
se servait d'un manuscrit à texte continu, il fallait, au 
moyen de rubriques, renvoyer d'un passage à l'autre. 
Ces rubriques ont reçu le nom de îmepêiietç; elles sont 
marquées dans les manuscrits par des abréviations 
• accompagnées de notes indiquant les références. Elles 
compliquaient la transcription des textes et amenaient 
bien des erreurs qui se sont transmises dans les ma- 
nuscrits copiés l'un sur l'autre. 

V. Influence fâcheuse des Lectionnaires sur le 
texte grec du Nouveau Testament. — Les critiques ont 
signalé dans les manuscrits des altérations dues aux lec- 
tionnaires ecclésiastiques. On peut les ramener à trois 
classes : 1° à des additions; 2° à des omissions; 3° à des 
transpositions. 

1° Des additions, provenant du lectionnaire, ont été 
constatées dans le texte reçu ou dans des manuscrits. 
Dans le texte reçu, le nom de Jésus est ajouté, Matth., xiv, 
22; Luc, sur, 2; xxiv, 36; Joa., vi, 14; xm, 3, parce 
qu'on avait coutume de le suppléer au pronom dans les 
leçons liturgiques qui commençaient à ces passages. 
Pareille addition est possible encore : Matth., vm, 5; 
Joa., i, 29, 44; xxi, 1. Des formules entières, propres au 
texte reçu, dérivent de l'usage liturgique : Eine Se i xûpioc, 
Luc, VII, 31; xat arpaçetç npôç roùc (j.a9r,Tâc tint. Luc.,x, 
22. Des additions plus considérables se trouvent dans 
quelques manuscrits; elles ont vraisemblablement la' 
même origine. Cette phrase : KaX Ù7to<npéiJ/a; 6 IxawSv- 
•uap^o; et; tov oTxov aù^où ev au-rîj tï] <î>pa eupevTov ?raï8a 
OycaivovTa, suit Matth., vm, là, dans le Sinaiticus, 
VEphrsemiticûs, un certain nombre de cursifs, la ver- 
sion philoxénienne et l'Évangéliaire hiérosolymitain. 
VAlexandrinus reproduit deux fois Rom., xvi, 25-27, 
d'abord à sa place naturelle, puis après le chapitre xrv, 
où il se trouve dans l'épltre du samedi rrjç xupoqi âyov. 
Le Codex Bezse est remarquable par ses interpolations 
liturgiques. Luc, xvr, 19, insère ces mots : eïitev 8s été- 
pav nàpaëoXrjv, qui se lisent avec une légère variante au 
début de l'évangile du cinquième dimanche de saint 



Luc. Joa., xiv, commence ainsi : Kai ûtki toï? tiaôr.caïî 
otÙToy ; une phrase équivalente se lit en plusieurs ma- 
nuscrits de la Vulgate. J. Wordsworth et A. Whito, Ko- 
vum Testamentum D. N. J. C. laline, fasc. 4, Oxford, 
1875, p. 605. L'addition la plus curieuse est celle de -o 
■ziloi, Marc, X)V, 41; il est vraisemblable que -ciloç, in- 
diquant la fin d'une leçon liturgique, a glissé de la marge, 
dans le texte. On la trouve dans les cursifs 13, 47, 5i, 
56, 61, 69, 124, 439, 473, 511. On la lit aussi dans des 
manuscrits de la Peschito, de la philoxénienne et de la 
Vulgate latine. J. Wordsworth et H. White, Nov. Test., 
fasc. 2, Oxford, 1891, p. 258. 

2° Les rubriques qui, dans les manuscrits anciens, 
marquaient le commencement et la fin des sections litur- 
giques, surtout dans les cas d'enjambements ou d'ûmpêâ- 
<reic, ont amené certains copistes à supprimer les pas- 
sages, chargés de notes dont ils ne comprenaient pas le 
sens. Ainsi le Codex Bezse omet Luc, xxiv, 12. Or, ce 
verset termine le quatrième évangile èmâivôv àvccaràiTijAov 
et commence le cinquième,. Le Sinaiticus, le Vaticanus 
et le Codex Bezse omettent Joa., vm, 59, à partir de 
8tEi8(i)v. Or, la leçon du cinquième mardi après Pâques 
se termine avant ces mots et la leçon du dimanche sui- 
vant reprend Joa., îx, 1. Le Vaticanus, V Ephrmmiticus, 
le Codex Bezse, les cursifs 38 et 435, les manuscrits a, b, 
d, de la vieille Vulgate et quelques manuscrits de la tra- 
duction memphitique n'ont pas Luc, xxm, 34. Mais la 
leçon du jeudi tyj; -cupocpot-fou saute ce verset, qui figure 
cependant dans le huitième évangile tùv àyiiai notOtiiv. 
Le Sinaiticus, le Vaticanus et le Regius omettent 8tu- 
TepoTtpÛTM, Luc, vi, 1, remplacé dans les Évangéliaires 
par èv rot; aâêëaai. 

3° Les transpositions de textes, nécessaires pour cons- 
tituer certaines leçons liturgiques et indiquées par des 
rubriques spéciales, ont produit parfois des transposi- 
tions réelles et des déplacements de textes. On cite 
comme exemple Luc, xxii, 43, 44, transportés dans un 
groupe de cursifs après Matth., xxvi, 39, comme à 
l'évangile du jeudi saint, et Joa., xix, 31-37, transpor- 
tés dans les mêmes cursifs à la suite de Matth., xxvn, 
51, comme dans un des évangiles tùv àytwv itdcflwv. Cf. 
Mill, Novum Testamentum greecum, édit. Kuster, 
Leipzig, 1723, proleg., n. 1055-1057, p. 103-104; Burgon-, 
Miller, The Causes of the corruption of the traditional 
texl of the Holy Gospels, Londres, 1896, p. 67-88. 

VI. Valeur critique des Lectionnaires. — Jusqu'à 
présent, les lectionnaires n'ont guère été ulilisés par les 
critiques pour l'étude et la constitution du texte grec du 
Nouveau Testament. Les critiques les plus avancés les 
ont négligés de parti pris, les regardant comme des re- 
présentants de la plus mauvaise forme du texte, du texte 
dit syrien, reproduit dans quelques onciaux et la plu- 
part des cursifs. Sans aller jusqu'à prétendre, par un 
excès opposé, que les lectionnaires représentent la meil- 
leure forme du texte original du Nouveau Testament, il 
faut reconnaître à tout le moins que, de soi, un Évangé- 
liaire a, sous le rapport de la transmission du texte, au- 
tant de valeur qu'un manuscrit ordinaire de la même 
époque. Il va sans dire que le critique, en s'en servant, 
devra toujours tenir compte des changements que l'usage 
ecclésiastique introduit ordinairement au commence- 
ment et à la fin des leçons liturgiques. 

D'ailleurs, par leurs caractères propres, les lection- 
naires ecclésiastiques ont une autorité supérieure à un 
manuscrit ordinaire qui n'est qu'un document privé et 
ne représente souvent que le sentiment d'un indi- 
vidu, du copiste ou du premier possesseur. Les livres 
liturgiques sont, de leur nature, très conservateurs; les 
plus récents reproduisent les textes antérieurs et, sauf 
pour les fêtes locales ou nouvelles, écartent toute section 
nouvelle, toute expression récente; ils tendent plutôt à 
conserver les formes archaïques. C'est ainsi que long- 
temps après que l'écriture cursive était employée dans 



455 



LECTIONNAIRES 



156 



la transcription des manuscrits privés, un continuait en- 
core à se servir de l'onciale pour les manuscrits litur- 
giques. Cette tendance conservatrice des lectionnaires 
permet de conclure qu'ils ont retenu et transmis une 
ancienne torme du texte, alors que les manuscrits à 
L'usage des particuliers avaient adopté des textes diver- 
gents, retouchés ou corrigés. En fait, il est donc néces- 
saire d'examiner le texte transmis par les lectionnaires, 
et il ne faut pas les mettre absolument sur le même 
rang que les cursifs. D'autre part, les évangéliaires et 
les épistoliers sont des livres publics, des documents 
ecclésiastiques, transcrits pour l'usage d'une église, d'un 
couvent, pour le service liturgique. Leur transcription 
était par là même éloignée de toute nouveauté et elle 
était soignée et surveillée dans le dessein d'écarter des 
modifications, des usages nouveaux. Elle a donc de ce 
chef encore plus de chance de reproduire un texte ancien. 
Les savants qui font de la critique textuelle du Nouveau 
Testament l'objet de leurs travaux, si patients et si mé- 
ritoires, ne doivent pas dédaigner les lectionnaires grecs, 
dont l'examen fera progresser leur art et leur fournira 
peut-être des éléments de solution de certains problèmes 
critiques. 

Gt. F. H. Rheinwald, Kirchliche Archéologie, Berlin, 
1830, p. 273-278; E. Reuss, Vie Geschichte der heil. 
Schriften N. T., 6= édit., Brunswick, 1887, n. 384, p. 430- 
431 ; Caspari, Dissertation sur les péricopes, Strasbourg, 
1835; Scrivener, A plain introduction, 4" édit., t. i, 
p. 74-89; Smilh et Gheetham, Diclîonary of Christian 
antiquities, t. i, p. 740-745; Kirchenlexikon, 2 e édit., 
Fribourg-en-Brisgau, 1891, t. vu, col. 1593-1602; P. Mar- 
tin, Introduction à la critique textuelle duN. T., Partie 
théorique (lithog.), Paris, 1882-1883, t. i, p. 417-480; 
R. Gregory, Prolegomena, Leipzig, 1890, fasc. 2, p. 687- 
791; Id., Textkritik des N. T., Leipzig, 1900, t. i, 
p. 327-478. 

VII. Lectionnaires latins. — Sur les lectionnaires 
des diverses Églises arménienne, syriaque, copte, etc., 
il y aurait à dire à peu près les mêmes choses, sauf de 
nombreuses diversités de détails, que sur îes lection- 
naires grecs. Ajoutons seulement quelques mots sur les 
lectionnaires latins, qui nous intéressent: de plus près. 

1° A la messe, on lisait trois leçons : la leçon prophé- 
tique, tirée de l'Ancien Testament, la leçon apostolique, 
extraite des Épîtres des Apôtres, et l'Évangile. Saint 
Ambroise, Epist., xx, 13-15, t. xvi, col. 997-998, parle 
des leçons lues à l'église à l'occasion d'un passage de 
Job. C'était un enfant qui lisait le Ps. xxiii, 4,6. De ex- 
cessu fratris Satyri, i, 61, t. xvi, col. 1309. Au rapport 
de Grégoire de Tours, De miraculis S, Martini, i, 5, 
t. lxxi, col. 918-919, le lecteur avait coutume, à Milan, 
de venir, le livre en mains, demander à l'évêque l'auto- 
risation- de lire. Un dimanche, la leçon prophétique 
récitée, le lecteur étant déjà debout devant l'autel pour 
lire la leçon de saint Paul, saint Ambroise s'endormit 
sur l'autel. Au bout de deux heures, on l'éveilla pour 
qu'il permît au lecteur de lire l'Épître. Parmi les ser- 
mons attribués à saint Ambroise, le n«, t. xvn, col. 608, 
indique que l'Évangile de la fête de Noël était le récit 
de la naissance de Jésus dans saint Luc, h, 1 sq. Cf. 
Mabillon, Muséum Italie., Paris, 1687, t. i", p. 101-104; 
Magistretti, La liturgia délia Chiesa Milanese nel se- 
colo IV, Milan, 1899, t. r. A Rome, la messe comprenait 
ces trois leçons. La suppression de la leçon prophétique 
eut lieu au cours du v e siècle. Le Liber pontificalis, 
édit. Duchesne, Paris, 1886, t. i, p. 230, constate que 
sous le pontificat de Célestin I er (422-432), auquel il 
attribue l'institution de la psalmodie, on ne lisait à la 
messe que les Épilres de saint Paul et le saint Évangile. 
La leçon prophétique a cependant persévéré jusqu'au- 
jourd'hui à certains jours de Quatre-Temps et de Carême. 
Le graduel est placé entre cette leçon et Pépltre. On en 
conclut que ce Psaume était primitivement intercalé 



entre la leçon prophétique et la leçon apostolique, et 
que, la première ayant été supprimée, le graduel a été 
transporté après Pépître. Duehesne, Origines du culte 
chrétien, Paris, 1889, p. 159-160. — Saint Augustin parle 
plusieurs fois de trois leçons, mais il entend expressé- 
ment par l'épitre, le psaume intercalé et l'évangile. 
Serm., CLXV, 1, t. xxxvm, col. 902; Serm., clxxvi, 1, 
ïbid., col. 950. L'évêque commentait l'une ou l'autre 
et beaucoup d' Enarraliones in Psalmos sont de véri- 
tables sermons. Comme il explique l'Évangile selon 
saint Jean ex ordine lectionum, In Epist. Joa. ad Par- 
thos, prol., t. xxxv, col. 1977, nous en pouvons conclure 
qu'on lisait encore un livre tout entier, d'autant que si 
Augustin interrompt son commentaire, il se propose de 
reprendre l'ordre momentanément interrompu. D'ail- 
leurs, cette interruption s'est produite aux fêtes pascales, 
quibus cerlas ex Evangelio lectiones oportel in Ecclesia 
recitari, quse ita sunt annux, ut aliae esse non possint. 
Ïbid., prol., et tr. IX, col. 1977, 2045. En effet, on avait 
coutume de lire, ces jours-là, les récits de la résurrec- 
tion de Jésus-Christ ex omnibus libris sancti Evan- 
geùii. Serm., ccxxxi, 1, t. xxxvm, col. 1104. On lisait 
d'abord le récit de saint Matthieu, puis celui de saint 
Marc, ensuite celui de saint Luc. Serm., ccxxxn, 1, 
ibid., col. 1107-1103. On n'omettait pas celui de saint 
Jean, Serm., ccxxxiv, 1, col. 1115. Cf. Serm., ccxxxv, 

CCXXXIX, CCXL, CCXLIII, CCXLIV, CCXLV, CCXLVII, col. 1115, 

1117, 1118, 1127, 1130, 1143, 1147, 1151, 1156, 1157. On 
lisait en même temps les Actes des Apôtres. In Epist. 
S. Joa. ad Parthos, tr. II, t. xxxv, col. 1989. La passion 
n'était lue qu'une fois, le vendredi saint, et toujours se- 
lon saint Matthieu. Une année, saint Augustin, ayant 
voulu varier le récit évangélique, fit lire un autre évan- 
giliste; mais les fidèles, n'entendant pas la leçon accou- 
tumée, en furent troublés. Serm., ccxxxn. 1, t. xxxvm, 
col. 1108. Cf. Enar. in Ps. xxi, en. h, 2, t. xxxvi, 
col. 171. Le samedi-saint l'office comprenait beaucoup de- 
leçons. Serm., n, t, xlvi, col. 821. A Noël, on lisait 
le récit de la naissance de Jésus selon saint Luc. 
Serm., exem, t. xxxvm, col. 1013. A l'aide des Sermons, 
t. xxxvm, il serait facile de déterminer nombre de sec- 
tions évangéliques, lues à Hipponei et de fixer parfois 
l'épitre lue aux jours correspondants. — Les Sermons 
de saint Léon le Grand contiennent sur les leçons ecclé- 
siastiques des renseignements, dont quelques-uns con- 
cordent avec le sectionnement qui a prévalu dans 
l'Église romaine. Ainsi, le 1 er dimanche de Carême, 
l'épitre était la même qu'aujourd'hui. II Cor., yi, 2. 
Serm., XL, c. Il, t. lix, col. 268. Le samedi qui précède 
le second dimanche de Carême, l'évangile était celui 
d'aujourd'hui. Serm., Li, col. 308. Toute une série de- 
sermons sur la passion ont été prononcés sur les leçons 
faites les jours de dimanche et de mercredi et s'étendent 
jusqu'au samedi-saint. Serm., lii-lxx, col. 314-380, Le 
jour de Pâques, le récit de la résurrection servait 
d'évangile. Serm., lxxii, col. 390. — La liturgie galli- 
cane comprenait deux leçons à la messe, l'Évangile 
compris : la leçon prophétique était tirée de l'Ancien 
Testament, l'épitre de l'apôtre saint Paul. En carême, 
on lisait les livres historiques de l'Ancien Testament, et 
au temps pascal, les Actes des Apôtres et l'Apocalypse. 
S. Germain de Paris, Epist., I, t. lxxii, col. 90. Cf. Du- 
chesne, Origines du culte, p. 185-186. 

2° Peu à peu, il y eut un système déterminé de le- 
çons; mais les diverses Églises avaient leurs particula- 
rités. Les documents qui les reproduisent sont ou bien 
des lectionnaires séparés, qui portent différents noms, 
par exemple Cornes, Liber contiens, Lectiônnarium, 
ou bien des manuscrits à texte suivi et continu, surtout 
les quatre Évangiles, mais adaptés à l'usage liturgique 
au moyen d'une table des Évangiles, nommée CapUulare. 
Bornons-nous à quelques indications. — Le lectionnaire- 
romain se retrouve dans le Cornes, précédé d'une préface? 



163 



LEIGH — LENTILLE 



164 



ment qui, en 1648, sur l'ordre de Cromwell, furent 
chassés de cette assemblée, lorsqu'elle fut purgée de 
tous ceux qui s'opposaient à la politique du Protecteur. 
Il renonça dès lors à la vie publique. Ses écrits sont 
assez variés; parmi ses ouvrages théologiques, il con- 
vient de citer Annotations upon ail the books of the 
New Testament, philological and theological, in-f°, Lon- 
dres, 1650; Annotations on five poetical books of the Old 
Testament, in-f°, Londres, 1657; Critica sacra; or Ob- 
servations on ail the Radiées or primitive Hebrew words 
of the Old Testament in order alphabeticaïl, in-f", 
Londres, 1650; Critica sacra; or philological and theo- 
logical Observations upon ail the Greek words of the 
New Testament in order alphabeticaïl, in-4°, Londres, 
1639, 1646, 1650. Louis Wolzogue a traduit en français 
les Critica sacra sous le titre de Dictionnaire dé lan- 
gue sainte, contenant ses origines avec des observations, 
in-4°, Amsterdam, 1703. Voir W. Orme, Bibliotheca 
biblica, 1824, p. 287. A. Régnier. 

LE JAY Gui Michel, savant français, né à Paris en 
1588, mort le 10 juillet 1675, éditeurde la Polyglotte de 
Paris. Voir Polyglotte. 

LELONG Jacques, bibliographe français, né à Paris 
le 19 avril 1665, mort dans cette ville le 13 août 1721. 
Étant entré à l'Oratoire, en 1628, il enseigna pendant 
quelques années les humanités, puis devint bibliothé- 
caire de la maison Saint-Honoré. 11 remplit cette charge 
pendant vingt-deux ans, jusqu'au moment de sa mort. 
On lui doit la bibliographie la plus savante qu'on ait 
publiée sur l'Écriture, Bibliotheca sacra seu syllabus 
omnium ferme Sacres Scripturx editionum ac versio- 
num secundum seriem linguarum quïbus vulgatse sunt, 
nolis historicis eteriticis illustratus, adjunctis prsestan- 
tissimis codicibm manuscriptis, 2 in-8°, Paris, 1702; 
2 e édit., 1709; nouvelle édition augmentée par Frd. 
Chr. Boemer, 2 in-8», Anvers, 1709; in-f°, Paris, 1719; 
2inf°, Paris, 1723 (édition donnée par le P. Desmolets,qui 
a mis en tête une Vie de l'auteur); nouvelle édition 
augmentée par Ant. Gottlieb Masch, supérieure aux 
précédentes, 6 in-4°, Halle, 1778-1790. On a aussi de 
Lelong : Discours historique sur les principales édi- 
tions des Bibles polyglottes, in-8», Paris, 1713. — Voir 
A. M. P. Ingold, Essai de bibliographie oratorienne, 
in-8°, Paris, 1880-1882, p. 82. 

LE MAISTRE Isaac Louis, appelé communément 
de Saci (anagramme d'Isaac), janséniste français, né à 
Paris, le 29 mars 1613, mort le 4 janvier 1684. Ordonné 
prêtre en 1650, il devint le confesseur et le principal 
directeur des religieuses de Port-Royal. Il est surtout 
célèbre par sa traduction de la Bibie : La Sainte Bible 
en latin et en françois avec des explications du sens 
littéral et du sens spirituel, 32 in-8°, Paris, 1682-1702; 
la plus belle, édition est celle en 12 in-8", Paris, 1789- 
1804. Voir t. h, col. 2367. 

LENGERKE (Csesar von), théologien protestant alle- 
mand, né à Hambourg le 30 mars 1803, mort le 3 février 
1855. Il fut professeur de théologie et des langues orien- 
tales à Kœnigsberg. Ses écrits théologiques s'occupent 
en général de la Bible, Son premier ouvrage de ce genre 
fut le Conimentarius criticus de Ephrsemo Syro Scrip- 
iurse Sacrée interprète, in-8», Kœnigsberg, 1828, collection 
de leçons différentes du textus receptus syriaque em- 
pruntées aux commentaires bibliques de saint Éphrem. 
Lengerke admet avec Rœdiger que le texte syriaque de 
saint Éphrem a des gloses empruntées au texte primi- 
tif. Il lit suivre cet ouvrage d'une monographie : De 
Ephrxmi Syri arle hemieneutica, in-8°, Kœnigsberg, 
1831. L'auteur y parle des matériaux dont se servit saint 
JÉpiirem pour ses travaux exégétiqHes, de l'influence 



qu'eurent sur lui les écrivains juifs et grecs (voir Sieg- 
fried, Philo von A lexandria, Iéna,1875, p. 379), des écoles 
exégétiques d'alors, enfin de la doctrine de saint Éphrem, 
quant à l'Écriture Sainte et à sa méthode de l'interpréter. 
Voir Diestel, Geschichte des Alten Testamentes, Iéna, 
1869, p. 138. La première œuvre exégétique de Len- 
gerke est son Commentarius criticus de duplici 
Psalmi 22. exemplo, in-4°, Kœnigsberg, 1833. Sa tra- 
duction en allemand avec commentaire du livre de Da- 
niel est très importante pour son époque : Das Buch 
Daniel, verdeutscht und ausgelegt, in-8°, Kœnigsberg, 
1835. Il s'occupe en premier lieu de l'authenticité de 
ce livre, de ses idées fondamentales, de sa tendance et 
de la forme du livre, puis il en donne la traduction et 
une explication. Plusieurs opinions qu'y émet Lengerke 
ont été reconnues depuis insoutenables. Voir de Wette- 
Schrader, Einleitung in das alte Testament, 1869, p. 486; 
Bleek-Wellhausen, Einleitung, 1878, p. 468. Différentes 
parties cependant sont encore pleines d'intérêt, par 
exemple, ses recherches sur les divergences des Sep- 
tante et du texte massorétique, etc. — L'ouvrage principal 
de Lengerke, est un travail archéologico-historique, Ke- 
naan, in-8 ,' Kœnigsberg, 1843, l'histoire du peuple d'Is- 
raël et de sa religion jusqu'à la mort de Josué. L'ouvrage 
est dans sa totalité un commentaire des livres historiques 
de la Bible. Y figurent, un traité de la langue hébraïque, 
une méthode d'écrire l'histoire et une critique de l'hexa- 
teuque basée sur Bleek, Tuch, de Welte, Stâhelin et 
Ewald. Voir Bleek-Wellhausen, Einleitung in das alte 
Test., 1878, §§ 81-87, p. 152-178. Cet ouvrage ne fut pas 
continué, ce qui du reste n'est guère regrettable, parce 
qu'il fut bientôt surpassé par des publications appuyées 
sur des découvertes nouvelles. Le dernier ouvrage de 
Lengerke fut son commentaire des Psaumes : Die fûnf 
Bttcher der Psalmen, 2 in-8", Kœnigsberg, 1847. Cet 
ouvrage n'eut aucun succès et ne valut à son auteur que 
des critiques très sévères d'ailleurs bien méritées. — Voir 
Siegfried, Allgemeine deutsche Biographie, t. xvm, 
p. 252-255; Winer, Bandbuch der theol. Lilteratur, 
t. ii, p. 637; De Wette-Schrader, Einleitung in das alte 
Testament, p. 179. E. Michels. 

LENTILLE (hébreu : 'âdâSim; Septante : çctxic; 
Vulgate : lens, Gen., xxv, 34; II Reg., xvn, 28; xxm, 
11; Ézech.,iv, 9), plante légumineuse dont la graine est 
employée comme aliment. 

I. Description. — Ce genre de Légumineuses, de la 
tribu des Viciées, qui doit son nom à la forme arrondie, 
comprimée de ses graines, comprend un petit nombre 
d'espèces successivement rattachées, suivant l'apprécia- 
tion des botanistes, aux divers groupes Cicer, Ervum, 
Lathyrus et Vicia. Mais le genre Lens déjà adopté par 
Adanson et Tournefort mérite d'être conservé pour la 
forme caractéristique de ses graines d'abord et surtout 
de son style grêle, comprimé, creusé à la face supérieure 
d'un sillon longitudinal recouvert de poils courts. L'es- ' 
pèce principale, Lens esculenta de Mœnch (fig. 44), 
cultivée de temps immémorial comme plante alimen- 
taire pour ses graines charnues et farineuses, n'existe 
plus nulle part à l'état spontané. Toutes sont des herbes 
annuelles, à feuilles imparipennées dont la foliole ter- 
minale est remplacée par un mucron et même par une 
vrille simple et courte vers le haut de la tige. Les fleurs 
petites, en grappes pauciflores, ont un calice à dents 
sensiblement égales, un étendard obovale, les ailes sou- 
dées avec la carène ; la gousse courte et comprimée ne 
renferme à la maturité que 1 ou 2 graines. F. Hv. 

IL Exégèse. — Il ne saurait y avoir de doute sur 
l'identification des *âdàsîm avec les lentilles, Le nom 

arabe de ce légume, l ^ 3 *>><z, 'adas; la traduction cons- 
tante des Septante par <paic<5c et de la Vulgate par lens, 
l'interprétation rabbinique, rendent certaine cette iden- 



165 



LENTILLE — LENTISQUE 



160 



tification. Le nom sémitique est passé même chez les 
Berbères sous la forme adès. La couleur attribuée dans 
Gen., xxv, 20-34, aux 'âdâsîm ou plutôt à la bouillie 
ou purée d'âddsim convient bien aux lentilles. Ésaù 
revenant des champs épuisé de fatigue et apercevant 
Jacob en train de préparer de la bouillie d'âddsim, dit 
à son frère : « Laisse-moi manger de cette chose rou- 
geàtre. » Ces lentilles étaient sans doute d'une espèce 
commune en Egypte, et dont on voit quelques spécimens 
au Musée du Louvre, de très petite taille et semblables 
à la variété appelée Lentille rouge ou Lentillon. V. Lo- 
ret, Études de botanique égyptienne, dans Recueil de 
travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyp- 
tiennes, t. xvn, 1895, p. 192. Mais lorsque les graines 
sont dépouillées de leur écorce, comire les Égyptiens 
ont l'habitude de les préparer, elles ont plus encore, 
ainsi que la bouillie qu'on en fait, la couleur poiige pâle. 
Reynier, Économie publique et rurale des Arabes et 
des Juifs, in-8», Genève, 1820, p. 429. 
Les lentilles entraient dans l'alimentation des Hébreux. 




44. — Lens esculenta. 

Elles figurent à côté des fèves et des pois parmi les ali- 
ments que Sobi, fils de Naas, et Berzellaï de Galaad 
apportèrent à David, obligé de fuir devant Absalom ré- 
volté. II Reg., xvn, 28. C'est dans un champ de lentilles 
que Semma, fils d'Agé, un des vaillants guerriers de 
David, battit une troupe de Philistins. II Reg., xxm, 
11-12. Nous voyons dans Ézéchiel, iv, 9, que les lentilles 
étaient mélangées au froment avec des grains de nature 
inférieure, sans doute en temps de disette ou pour les 
indigents. C'est ce qu'Athénée, Deipnos., iv, 15, appelle 
apToç çâxtvo;. C'était aussi la première nourriture qu'on 
prenait dans le deuil : Les lentilles sont la nourriture 
du deuil et de la douleur, dit Rabbi Éléazar dans le 
Pirke,c.X\7L\. Windet, De vita functorum statu,\, daifs, 
Crenii Opuscula quse ad historiam ac philologiam spec- 
tant, fasc. 4, 1694, p. 74. Saint Jérôme y fait allusion 
dans sa lettre à Paula sur la mort de sa fille Blésilla, 
t. xxn, col. 470 : Dans le deuil, dit-il, les Juifs, « d'après 
une vaine tradition des pharisiens, prennent des len- 
tilles pour première nourriture, faisant voir par là que 
ce mets fatal leur a fait perdre le droit dlainesse. » Ce- 
pendant bieiv préparées, elles formaient et forment 
encore en Orient un, mets estimé et recherché. Robin- 
son, Diblical Researches, 3« édit., 1867, t. h, p. 167; 



t. m, p. 40. C'est pour une bouillie ou purée de len- 
tilles qu'Ésaû épuisé de fatigue céda à Jacob son droit 
d'aînesse. Gen., xxv, 32-34. Sans doute on préparait 
cette bouillie comme maintenant avec de l'huile et de 
l'ail. Les peintures du tombeau de Ramsès III, d'après 
Wilkinson, Manners and Customs, 1878, t. n, p. 32, 
nous font assister à la préparation de ce mets (fig. 45). 
On voit un homme occupé à faire cuire des lentilles, 
derrière lui son compagnon apporte du bois pour ali- 
menter le feu, et à côté se trouvent des corbeilles pleines 
de lentilles. Les Égyptiens, dit Théophraste, Hist. plant., 
iv, 5, faisaient grand usage de ce légume. Les lentilles, 
dit Raffeneau-Delile, Mémoire sur les plantes qui crois- 
sent en Egypte, dans Description de l'Egypte, Histoire 
naturelle, t. h, Paris, in-4°, 1812, p. 23, sont communes 
en Egypte comme elles l'étaient autrefois. Elles portaient, 
chez les Romains, le nom de lentilles de Péluse. Vir- 
gile, Georg., i, 228; Martial, xill, épigr. 9. On les sème 
aujourd'hui sans labour dans la haute et dans la 
basse Egypte, et on les récolte sèches en grande quantité; 
elles sont rougeàtres et fort petites. On les monde quel- 
quefois de leur écorce, en les broyant sous des meules 




45. — Égyptien occupé à faire cuire des lentilles. 
D'après Wilkinson, Manners and Customs, t. u, p. 32. 

à bras, afin de les rendre plus délicates quand on les 

fait cuire. Le nom hiéroglyphique est i ttttt Jk 

■v • , âarosana, arSana, d'où le copte xpcyin. 

Ce nom rie paraît pas égyptien, mais plutôt sémitique, 
importé sans doute avec la plante dans la vallée du Nil. 
On a fait remarquer qu'il pourrait bien êlre le nom sé- 
mitique 'âdâsîm, avec confusion facile du t, d, avec le "i, 
r. En écriture hiératique même les deux signes peuvent 
se prendre l'un pour l'autre. V. Loret, La flore pharao- 
nique, 2 e édit., 1892, p. 93. Cf. Ch. Joret, Les plantes 
dans l'antiquité, 1. 1, 1897, p. 103; Fr. Wœnig, Die P flan- 
zen im alten Aegypten, in-8°, Leipzig, 1886, p. 214-215. 

E. Levesque. 

LENTISQUE (grec : axïvo;; Vulgate : schinus, Dan., 
xm, 54), arbre commun en Orient. 

I. Description. — Le Pistacia Lentiscus de Linné 
est un petit arbre de la famille des Térébinthacées des 
plus répandus dans les lieux arides de toute la région 
méditerranéenne, où l'on recueille sur ses rameaux tor- 
tueux après incision la gomme-résine nommée mastic. 
Ses feuilles persistantes ont un pétiole ailé, pourvu de 3 
à 5 paires de folioles petites, coriaces, ovales ou lancéo- 
lées, obtuses avec un court mucron. Les fleurs sont 
agglomérées à l'aisselle des feuilles supérieures, en 
grappes spiciformes, dioïques et sans corolle. — Le ca- 
lice, à 5 divisions dans les fleurs mâles (fig. 46), n'en 
a que 3 ou 4 dans les fleurs femelles (fig. 47); les éta- 
mines, au nombre de 5 superposées aux sépales, ont de 
grandes anthères au sommet d'un filet très court; 
l'ovaire uniloculaire devient une toute petite drupe rouge, 
puis noirâtre, un peu comprimée, recouvrant un najau 
osseux sous une enveloppe membraneuse. F. Ilï. 



■367 



LENTISQUE — LENTULUS 



168 



II. Exégèse. — 1° Le lentisque n'est mentionné qu'une 
fois dans la Bible, dans la partie deutérocanoniqué du 
livre de Daniel, qui raconte l'histoire de Susanne. 



K A 




46. — Pistacia lentiscus. Rameau et fleur mâles. Fleur grossie. 

Cuand Daniel demanda à l'un des vieillards accusateurs 
de Susanne sous quel arbre il l'a vue commettre le 
crime, il répondit, xiii, 54 : « sous un lentisque, » Oirb 
cxïvov. « Tu mens pour ta perte, s'écria Daniel, car 
l'ange de Dieu qui a déjà reçu l'arrêt divin est prêt à te 
fendre par le milieu, oyjtni. » On a souvent mis en 
avant ce jeu de mot du texte grec, pour nier l'existence 




47.. 



- Pistacia lentiscus, rameau femelle avec fruits. 
Fleur femelle grossie. 



d'un original sémitique de cette partie deutérocanoniqué, 
le même jeu de mots ne pouvant s'y retrouver exacte- 
ment. Origène, Epist. ad Africanum de historia Su- 
■sannx, t. XI, col. 61, répondait déjà que dans l'ignorance 
■où l'on est relativement au nom hébreu de cet arbre, 
on- ne pouvait pas se prononcer ainsi contre l'authenti- 
cité d'un original hébreu. On peut ajouter qu'en sup- 



posant un original chaldéen, il serait facile de retrouver 
le même jeu de mots, avec NpriDS, pisfeqâ', nom ara- 
méen du lentisque, et le verbe pesaq, pDS, « couper en 
deux. » Ainsia traduit une des versions syriaques. Du 
reste, le traducteur grec a bien pu ne pas conserver les 
mêmes noms d'arbres, si la paronomase n'était plus pos- 
sible avec eux, et y substituer d'autres noms qui lui 
permettaient un jeu de mot équivalent. On peut voir des 
exemples nombreux dans Welte, Specielle Einleitung 
in die deuterocanonischen Bûcher des alten Testament, 
1844, p. 248; Wiederholt, Die Geschichte Susanna, dans 
la Tùbing. Quartalschrift, 1869, p. 296-308; Vigouroux, 
Mélanges bibliques, 2 B édit., Paris, 1889, p. 477-4E3. 

2° Plusieurs exégètes et naturalistes regardent la ré- 
sine du lentisque, connue sous le nom de mastic, en 
arabe mastaka, comme le son, Gen., xxxvn, 25, cette 
résine odorante que les marchands ismaélites portaient 
en Egypte. Plus communément on voit dans le son la 
résine du Pistacia Terebinthus. Il est vrai que les Arabes 
ont souvent confondu le lentisque et le térébinthe sous 
\e même nom »-è>, dirû, nom qui a une certaine ana- 
logie avec le sôri hébreu. Voir Résine. 

E. Levesque. 

LENTULUS Publius, personnage imaginaire auquel 
on a attribué une lettre apocryphe décrivant la personne 
de Notre-Seigneur. 11 est censé avoir été gouverneur de 
la Judée, avant Ponce Pilate, et avoir écrit la lettre qui 
suit au Sénat romain. 

I. Lettre de Lentulhs. — « Lentulus, gouverneur 
(presses) des Jérosolymitains, au sénat et au peuple ro- 
main, salut. » Ce préambule ne se lit pas dans tous les 
textes. Voici maintenant le texte de la lettre même d'après 
E. Dobschiitz, Christusbilder, Beilage vm, Leipzig, 1899, 
p. 319" : « Il a paru en ces temps-ci, et il vit encore, 
un homme d'une grande puissance (virtutis), appelé 
Jésus-Christ. Les peuples l'appellent prophète de vérité 
et ses disciples, fils de Dieu. Il ressuscite les morts et 
guérit toutes les maladies. C'est un homme d'une taille 
moyenne... (homo quidem slatura procerus mediocris 
et spectabilis). Il a une figure vénérable qui lui attire 
l'amour et la crainte de ceux qui le voient. Ses cheveux 
sont de la couleur de la noisette dans sa maturité, lisses 
jusqu'aux oreilles, et à partir des oreilles bouclés, frisés 
(circinos crispos), avec des reflets bleuâtres et brillants, 
ilottants au-dessous des épaules; ils sont partagés en 
deux au sommet de la tête à la manière des Nazaréens. 
Son front est uni et très serein, avec un visage sans ride 
et sans tache, et le teint d'un bel incarnat. Son nez et sa 
bouche sont sans défaut; sa barbe est abondante, de la 
couleur des cheveux, point longue et (un peu) divisée 
en deux au (milieu du) menton. Son air est simple et 
posé; ses yeux sont glauques et clairs. Il est terrible 
dans ses réprimandes; doux et aimable dans ses avertis- 
sements; de bonne humeur avec gravité. Il a pleuré 
quelquefois, mais il n'a jamais ri. Sa taille est droite, 
ses mains et ses bras beaux à voir. Sa conversation est 
grave, brève et modeste. De sorte qu'on peut dire juste- 
ment avec le prophète que c'est le plus beau des enfants 
des hommes. » — Voir l'énumération des manuscrits et 
l'Àpparatits anticus dans Dobschùtz, Christusbilder, 
p. 308"-324". UEpistola Lentuli se trouve en manuscrit 
dans de nombreuses bibliothèques. Elle fut imprimée 
d'abord dans la Vita Jesu Christi de Ludolphe le Char- 
treux, qui parut in-f", à Cologne, 1474, Proœmium, 14 
(t. i, p. 10, de l'édition de Paris, 1870), et à Nuremberg 
en 1491 dans l'Introduction aux œuvres de saint Anselme 
de Cantorbéry. E. von Dobschùtz, Christusbilder, p. 309"- 
310", et L. Hain, Repertorium bibliographicum, -t. i, 
1826, n. 1136, p. 126, ainsi que dans les Opuscula du 
même docteur» sans date. Voir ibid. Plus tard, elle fut 
reproduite dans YEcclesiastica historia per aliquot stttr 
diosos et pios viros in urbe Magdeburgica, connue 
sous le nom de Centuries de Magdebourg, 13 in-8°> 



169 



LENTULUS 



170 



Bâle, 1559-1574, t. I, p. 344. Elle a été souvent réim- 
primée depuis, en particulier dans plusieurs collections 
de livres apocryphes du Nouveau Testament. — L'auteur 
de cette lettre s'était visiblement proposé de satisfaire la 
pieuse curiosité des fidèles, avides de détails sur la 
personne sacrée du Sauveur. 

II. Opinions diverses sur la personne physique de 
Jésus. — Dès les premiers siècles de l'Église, les Pères 
s'étaient demandé ce qu'était physiquement Notre-Sei- 
gneur; mais comme tout renseignement direct faisait 
défaut, on eut recours aux prophéties. Isaïe, lui, 2, 
avait dit de lui : « Il n'a ni beauté ni agrément pour 
attirer nos regards, et son aspect n'a rien qui puisse 
nous plaire. » Sans faire attention que cet oracle se rap- 
portait à l'état dans lequel se trouvait le Messie pendant 
sa passion, plusieurs écrivains ecclésiastiques prirent 
ces paroles pour le portrait même de Notre-Seigneur et 
en conclurent qu'il était sans beauté : àei5o3ç, <oç aï 
rpaçori Ixrjpuatrov, dit saint Justin, Dial. cum. Tryph., 
88, t. vi, col. 688, et même laid : tov Kûptov auTÔv tï)v 
o^iv «[<r/pbv ysyovévac, Stà 'H<jatou to IIvsO[Aa [lapTVpei, 
dit Clément d'Alexandrie, Psedag., m, 1, t. vm, col. 557; 
cf. Strom., vi, 23, t. ix, col. 381 ; Celse, dans Origène, 
Cont. Cels., vi, 75, t. xi, col. 1409, affirme que « Jésus 
était, d'après ce que l'on dit, petit, laid, difforme », 
<S; çaat, fimpôv xa\ SixreiSèî -/.ai àïev^c ïjv. Saint Cyrille 
d'Alexandrie s'exprime dans le même sens, Glaphyr. in 
Exod., i, 4, t. lxix, col. 396 : « Le Fils a apparu sous un 
aspect très difforme, » 'Ev e"8e'. yàp néçrivev ô Yîbç tô Xîav 
àxaXXsdTÔoTip. Cf. aussi saint Irénée, m, 19, t. vu, col. 940 
(« homo indecorus »). En Afrique, Tertullien parle de 
la même manière : « Adultus, dit-il de Notre-Sei- 
gneur, De patientia, 3, 1. 1, col. 1252, non gestit agnosci, 
sed contumeliosus (digne de contuméiie, difforme, 
voir la note, ibid.) insuper sibi est. » II répète la même 
chose en d'autres termes, Adv. Marc, m, 17, t. Il, 
col. 344 : « Si inglorius, si ignobilis, si inhonorabilis, 
meus erit Christus. » De même, Adv. Judmos, xiv, t. n, 
col. 639 : « ne aspectu quidem honestus; » De carne 
Christi, 9, col. 772 : « Adeo nec humanae honestatis corpus 
fuit, nedum cœlestis claritatis. » Saint Augustin tient le 
même langage, Enarr. in Ps. mu, 16, t. xxxvi, col. 489 : 
« Ut homo non habebat speciem neque decorem... Ideo 
formam illam deformem carnis ostendens, etc. » 

Cependant, en Egypte même, on avait commencé de 
bonne heure à réagir contre cette opinion. Origène réfute 
Celse, Cont. Cels., vi, 75-77. t. xi, col. 1413-1416, en 
s'appuyant sur le Psaume xliv, 4-5 et sur le miracle de 
la Transfiguration. Matth., xvn, 2. A partir du IV e siècle, 
la croyance que Notre-Seigneur avait été « le plus beau 
des enfants des hommes » devint prédominante. c< Le 
seul aspect du Christ était rempli d'une grâce admirable, 
dit saint Jean Chrysostome, In Matth., Hom. xxvn, 2, 
t. lvii, col. 346; c'est ce que le prophète indique par ces 
paroles : Il était le plus beau des enfants des hommes. » 
Saint Jérôme dit à son tour : « Le Christ avait un regard 
qui lançait des rayons de feu et de lumière céleste, et 
la majesté divine brillait sur son front : Igneum quiddam 
atque sidereum radiabat ex oculis ejus, et Divinitatis 
majeslas lucebat in facie. » In Matth., xxi, 15, t. xxvi, 
col. 152. « Plus fort que l'aimant, il attirait tout à lui, » 
écrit le même saint docteur à un de ses correspondants. 
Epist., Lxv, 8, ad Princip., t. xxil, col. 627. « A l'exté- 
rieur, dit saint Bernard, le Christ était le plus beau 
des enfants des hommes. » Serai. // inDom. i post Oct. 
Epiph., 1, t. clxxxih, col. 157. « Selon le corps, dit 
saint Thomas, III, q. xlvi, art. 6; q. liv, art. 1, ad3 um , le 
Christ avait une complexion parfaite,... rien de désor- 
donné et de difforme n'était dans son corps : Secundum 
corpus, Christus erat optiine complexionatus... Nihil 
inordinatum et déforme fuerat in corpore Christi. » 

Il se forma ainsi peu à peu un type de Notre-Seigneur, 
qui finit par être accepté au moyen âge sans contestation. 



A vrai dire, il n'avait pour fondement aucun document 
authentique. Le langage de saint Irénée, Adv. hier., I, 
xxv, 6, t. vu, col. 685, et de saint Épiphane, Hser., 
xxvn, 6, t. xli, col. 373, lorsqu'ils parlent des Carpocra- 
tiens qui vénéraient un portrait de Jésus-Christ avec 
celui de divers grands hommes, montre que ces Pères 
ne connaissaient aucun témoignage formel et authen- 
tique sur la personne physique de Notre-Seigneur. Cf. 
aussi Eusèbe de Césarée, dans sa lettre à Constance 
(dans Labbe, Acta Concilii Nicasni II, ann. 787, art. vi, 
p. 494) et saint Augustin, De hœr., 7, t. xlh, col. 27. 
L'évêque d'Hippone dit, De Trinit., vin, 7, t. xm, col. 
951-952, qu'on ignore quelle était la figure {faciès carnis) 
du Sauveur. On peut dire : forte talem habebat faciem, 
forte non talem, en d'autres termes, on ne peut faire 
que des hypothèses. 

Toutefois malgré l'absence de documents, la pieuse cu- 
riosité des fidèles voulait avoir un portrait du Sauveur j 
il fut peint de bonne heure par des peintres religieux. 
De son côté l'imagination populaire ne resta pas inac- 
tive: elle se donna libre carrière, elle se fit peu à peu, 
un type idéal, qui après avoir passé de bouche en bou- 
che, fut consigné par écrit. Saint Jean Damascène (vers 
676-760) nous a laissé un portrait graphique dé Notre- 
Seigneur. Epist. ad Théoph. imp., 3, t. xcv, col. 349. 
L'auteur du Livre des peintres (du mont Athos) le reprit 
au XI e siècle. Kraus, Real-Encyklopâdie, t. Il, p. 15. 
Au XIV e , un historien grec, Nicéphore Calliste, Hist. 
eccl., i, 40, t. cxlv, col. 748, le développa, en s'appuyant 
sur la tradition populaire : « comme nous l'avons appris 
des anciens, » dit-il, col. 748. Tous ces premiers por- 
traits sont écrits en grec. Un latin voulut, à son tour, 
faire aussi connaître la figure du Sauveur à ceux qui 
parlaient sa langue et la décrivit dans la lettre qui o-st 
connue sous le nom d'Epistola Lentuli. 

III. La lettre de Lentulus est une composition 
apocryphe. — Le caractère apocryphe de cette lettre est 
indubitable. Les copistes ne savent trop quel titre donner 
à son auteur prétendu; ce titre varie dans la plupart des 
manuscrits qu'on en connaît; les uns l'appellent proconsul, 
d'autres gouverneur ou presses Hierosolymitanorum, etc. 
Leur embarras provient de ce qu'il n'y a jamais eu à 
Jérusalem ni en Judée de gouverneur du nom de Len- 
tulus. Il existait un presses ou un proconsul Syrise, 
et un procurator Judsese, mais on ne connut jamais aucun 
prseses Hierosolymitanorum, ni aucun proconsul Judmse. 
Bien plus, aucun procurateur de Judée ne s'est appelé 
Lentulus. Les auteurs classiques nous ont conservé 
le nom de plus de quarante Lentulus ; Cicéron, à lui seul, 
en mentionne dix-huit dans ses écrits. Dans ce nombre, 
quatre seulement ont vécu du temps de Tibère. L'un 
d'eux,^Eneas Lentulus Gaetulicus, fut consul avec Tibère 
en l'an 26, d'après Tacite, Ann., iv, 46, et,en 34, il com- 
manda les légions romaines dans la haute Germanie. Il 
pourait avoir été en Judée entre l'an 26 et 33, d'après 
Suétone, Caligula, 8, et Pline, Epist., v, 3, mais rien ne 
le prouve, et il n'a pas été, en tout cas, procurateur de 
Judée, et il ne s'appelait pas Publius, mais Enée. D'ail- 
leurs, un Romain n'aurait jamais pu employer plusieurs 
des expressions qu'on lit dans la lettre : propheta veri- 
tatis, filii honiinum; ce sont là des hébraïsmes et le 
dernier est emprunté au Ps. xliv, 3. La dénomina- 
tion de Jésus Christus trahit aussi une époque posté- 
rieure et est empruntée au Nouveau Testament. Enfin, 
sans relever d'autres détails, notons que, si elle avait été 
écrite par un procurateur de Judée, elle aurait été 
adressée, non au Sénat, mais à l'empereur, parce que 
la Syrie, dont faisait partie la Judée, était une province 
impériale, et non une province sénatoriale. « Il suffit de 
la lire, dit dom Ceillier, Histoire des auteurs ecclésiasti- 
ques, 1. 1, p. 498, pour être persuadé de sa supposition. » 

IV. Date. — Aucun ancien écrivain ecclésiastique n'a 
parlé de la lettre de Lentulus, quoiqu'ils aient si souvent 



m 



LENTULUS — LEOPARD 



172 



cité les autres écrits apocryphes connus de leur 
temps. On la trouve, comme nous l'avons dit plus haut, 
dans la Vita Jesu Christi de Ludolphe le Chartreux et 
dans l'Introduction aux œuvres de saint Anselme de Can- 
tarbéry (1033-1109), où elle est accompagnée d'un portrait 
graphique de la Sainte Vierge. Cette introduction comme 
la. Vita Jesu Christi sont du xv« siècle. La lettre de Len- 
tulus y a été jointe, mais elle n'y pas été mise par saint 
Anselme, et elle n'est pas l'œuvre de Ludolphe. Laurent 
Valla (1406-1457) est le premier écrivain connu qui ait 
fait mention de cette pièce, en la déclarant apocryphe, 
dans sa célèbre dissertation De falso crédita et emen- 
tita Constantini donatione declarnatio, composée vers 
1440. "Voir ses Opéra, in-f», Bâle, 1540, p. 786. Le ma- 
nuscrit d'Iéna qui contient VEpistola Lentuli porte à la 
fin ces mots : « Explicit Epistola Jacobi de Columpna, 
anno Domini 1421 reperit eam in annalibus Romae, in 
libre antiquissimo in Capitolio ex dono Patriarchae 
Gànstantinopolitani. » Si l'on peut s'en rapporter à cette 
note, la lettre aurait donc été envoyée de Constantinople 
au xv e siècle, comme présent à la cour romaine et un 
Jacques Colonna, de l'illustre famille de ce nom, l'au- 
rait trouvée en 1421 au Capitole et insérée dans les An- 
nales de Rome. Mais le patriarche de Constantinople 
n'avait pu envoyer en Italie que des manuscrits grecs 
et'le premier auteur de VEpistola Lentuli dut s'en servir 
nour la composer. Sa parenté avec le portrait tracé par 
Nicéphore est incontestable : l'un et l'autre, ont puisé à 
dès sources communes. D'après E. von Dobschiitz, 
Christusbilder, p. 330**, elle est probablement pour le 
fond d'origine grecque, mais elle a été rédigée en latin, 
en Occident, au XIII e ou au xiv» siècle ; elle a reçu de 
quelque humaniste du xv e ou du xvie siècle la forme 
nouvelle sous laquelle elle s'est répandue partout dans 
l'Église latine. Quant au type décrit, Wilhelm Grimm 
constate sa conformité, pour tous les points essentiels, 
avec le portrait Nie Notre-Seigneur, qui porte le nom 
d'Abgar (voir Abgar, t. i, col. 31), et qu'il reproduit en 
oouleur tel qu'il est conservé au Vatican. Christusbilder, 
dans- ses Kleinere Schriften, édit. G. Hinrichs, 8 in-8», 
Giitersloh, 1881-1890, t. m, p. 171, 183, et dans les 
Abhandlungen der Akademie zu Jierlin, Plril., 1842, 
pi. et p. 150, 161. Ce portrait est aussi reproduit en cou- 
leur dans L. Glùckselig, Studien ûber Jésus Christus. 
Voir Jésus-Christ, fîg. 264, t. m, col. 1423. — Frédéric 
Mlinler, Die Sinnbilder und Kunstvorstellungen der 
alten Ckristen, in-4», Altona, 1825, p. 9, fait remonter à 
torti VEpistola Lentuli jusque vers l'époque de Diocté- 
tien. « Telle que nous la possédons enjatin, dit F. X. 
Kraus, Real-Encyklopàdie der christlichen Alterthû- 
mer, t. n, 1886, p. 16,... elle ne peut être considérée que 
oomme un écho des siècles précédents. Je puis affirmer 
quelle est certainement traduite du grec, comme pa- 
raissent le démontrer aussi les diverses recensions, et 
qu'elle remonte à la même source où ont puisé saint 
Jean Damascène, le Livre des peintres (du mont Athos) 
et' Nicéphore Calliste : l'accord, malgré certaines diver- 
gences, est, en plusieurs endroits, littéral. » Portraits 
points et portraits écrits ont ainsi une commune origine : 
ils-ne nous font pas connaître d'une manière authentique 
le Sauveur tel qu'il a été, mais ils nous le montrent 
tel 1 que se l'est représenté la piété des fidèles. 

V. Bibliographie. — Michel Neander, Apocrypha, 
BMë, 1567, p. 410; J. J. Grynaeus, Monumenta S. Palruni 
orthodoxographa , in-f» , Bâle , 1569 ; Jor . Reiskius , 
Exercitationes historicmdeimaginibusJesu Christian, 
ih-4» 3 Iéna, 1685; Christophe Mylius, Memorabilia bi- 
biiothecœ académies Ienensis, in-8°, Iéna, 1746, p. 301 ; 
J. Aîlb. Fabricius, Codex apocryphus Novi Testamenti, 
2>édi, Hambourg, 2 in-8», 1719, t, i, p. 39i*-3Q2*; Fran- 
çois' Vavasseur, S. J., Déforma Chrhti dum viveret in 
terris, in-8», Paris, 1648; Rostock, 1666, et dans ses 
Opéra omnia. in-f», Amsterdam, 1709, p. 317-341 (ne 



parle pas de la lettre de Lentulus) ;N. Rigault, De pulchri- 
tudine corporis D. N. Jesu, Christi, à la fin de son 
édition des Opéra S. Cypriani, in-f», Paris, 1649, 
p. 235-246; Pierre Pijart, De singulari Christi Jesu 
D. N. Salvatoris pulchritudine, assertio, in-12, Paris, 
1651 ; J.-B. Carpzov, Programma : de oris et corporis 
Jesu Christi forma Pseudolentuli, Joannis Damasceni 
ac Nicephori prosopographise, in-4°, Helmstadt, 1774; 
J.' Ph. Gabier, In aulhentiam epistolœ Publii Lentuli, 
ad Senatum romanum de Jesu Christo scriptse, deux 
programmes de 1819 et 1822; (G. Peignot,) Recherches 
historiques sur la personne de Jésus-Christ, sur celle de 
Marie, in-8", Dijon, 1829, p. 11-32 (il reproduit, p. 96- 
130, avec quelques additions, la Dissertation de dom 
Calmet sur la beauté de Jésus-Christ) (Bibliothèque 
Nationale, Réserve, H 2068 A); Grimouard de Saint- 
Laurent, Guide de l'art chrétien, t. n, Paris, 1873, 
p. 205-289; H. Detzel, Christliche Ikonographie, 2 in-8°, 
Fribourg-en-Brisgau, 1894-1896, t. i, p. 76; Didron, 
Iconographie chrétienne, Histoire de Dieu, in-4°, Paris, 
1843, p. 251 (déclare avec raison la lettre de Lentulus 
apocryphe, mais la tait remonter à tort aux « premiers 
temps de l'Église »); W. K. Grimm, Die Sage von 
Ursprung der Christusbilder, Berlin, 1843, et dans les 
Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften zu 
Berlin, Philolog., 1842, p. 160-161 ; Legis Glùckselig, Stu- 
dien ûber Jésus Christus und sein wahres Ebenbild, 
in-4», Prague, 1863, p. 82^91; Ad. Harnack, Lentulus, 
dans Herzog, Real-Encyklopâdie ; 2 e édit., t. vm, 1881, 
p. 548; F. X. Kraus, Real-Encyklopâdie des christ- 
lichen Alterthùmer, 2 in-8», Fribourg-en-Brisgau, 1882- 
1886, t. il, p. 16; E. von Dobschûtz, Christusbilder 
(Texte und Vntersuchungen, t. xvm), Leipzig, 1899, 
Beilagen, p. 308**-329*\ F. Vigodroux, 

LÉOPARD (hébreu : ndmêr, le nimru assyrien et 
le nim'r des Arabes; chaldéen : nemar; Septante : 
TOcpSaX'.; ; Vulgate : pardus), carnassier du genre Chat, 
long de 1 mètre à l m 50, haut de m 60 à 0°>80, et pourvu 
d'un long pelage jaune sur le dos, blanc sur le ventre, 
avec des taches noires groupées circulairement en 




Felis Leopardus. 



forme de roses sur tout le corps. C'est le Felis leo- 
pardus ou Leopardus varius des naturalistes (fîg. 48). 
On l'a souvent confondu, surtout dans l'antiquité, avec 
la panthère, Pardalis, qui a beaucoup de ressemblance 
avec le léopard, mais s'en distingue par une taille en 
général moins grande,- des taches plus larges et moins 
rapprochées et quelques détails anatomiques.'Au même 
genre appartiennent d'autres carnassiers qui diffèrent 
peu des précédents : le guépard, felis jubata, ou tigre 
des chasseurs, le chetah des Arabes, plus élancé que la 



473 



LÉOPARD 



m 



panthère, avec une tête plus petite et la peau d'un blanc 
jaunâtre parsemée de taches noires et rondes ; le lynx, 
l'élis lynx, qui- n'a que m 75 de long, porte un pelage 
d'un roux clair avec des mouchetures noires, et a un 
naturel très féroce, et l'once, Felis uncia, qui a la queue 
plus longue que celle de la panthère et le pelage blan- 
châtre avec de grandes taches noires irrégulières. — 
Les léopards, ou les carnassiers similaires, ont été jadis 
abondants en Palestine. Tristram, The natural History 
of the Bible, Londres, 1889, p. 113, pense qu'ils ont 
donné leur nom à Bethnemra, Num., xxxn, 3, 36, voir 
Bethnemra, 1. 1, col. 1697, qui voudrait dire « maison 
des léopards », appelée aujourd'hui Tell Nimrîm, sur le 
passage du torrent de Nimrim ou des Léopards, qui se 
jette dans le Jourdain, sur la rive gauche, à douze kilo- 
mètres de la mer Morte. Voir la carte de Gad, col. 28. 
De tait, les léopards sont encore nombreux aujourd'hui 
dans les forêts de Galaad, d'où ils font de grands ravages 
parmi les troupeaux. On peut constater leurs traces 
autour de la mer Morte, sur le Carmel et le Thabor, 




Nègres du haut Nil couverts de peaux de léopards. 
Thèbes, XVIf dynastie. 
D'après Lepsius, Denkmàler, Abth. III, pi. 117. 

bien qu'ils soient rares en Galilée. On en rencontre sou- 
vent dans les épais fourrés qui remplissent les ravins 
aboutissant à la mer Morte, comme dans d'autres 
endroits pourvus d'eau vive et claire, dont ces animaux 
ne peuvent se passer. Cf. de Saulcy, Voyage autour de 
la mer Morte, Paris, 1853, t. H, p. 148. D'ordinaire, ils 
fuient l'homme, mais lui deviennent très redoutables 
quand ils sont blessés ou excités par un long jeûne. 
C'est surtout la nuit qu'ils sortent de leurs repaires 
pour se jeter sur les troupeaux et étrangler sur place 
un grand nombre de bêtes, n'en prenant qu'une en- 
suite pour la dévorer à l'écart. Aussi est-on obligé d'en- 
fermer les troupeaux dans des enceintes formées de 
iranchages épineux, pour les protéger contre les léo- 
pards. Les Bédouins ont un grand nombre de peaux 
de ces fauves, dont ils font des tapis ou dont ils parent 
leurs selles. Cf. Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, Paris, 
1884, p. 440. Le guépard ou chetah, moins terrible que 
le léopard, se voit quelquefois aux environs du Thabor 
■et dans les montagnes de Galilée ; il est plus abondant 
«n Galaad. Le l;nx, principalement le lynx caracal, se 
trouve aussi en Palestine, mais assez rarement. Tris- 
tram, The natural History, p. 111-114; Wood, Bible 
animais, Londres, 1884, p. 29-36. — La Sainte Écriture 
parle plusieurs fois du léopard en faisant allusion à ses 
différents caractères. Le Cantique des cantiques, îv, 8, 
appelle « montagnes des léopards » le Sanir et l'Her- 
mon, où ces animaux habitaient comme dans les mon- 



tagnes de Galilée. Le léopard joint la ruse à la force 
pour attaquer sa proie. Il se cache ordinairement dans 
les broussailles épaisses, d'où il épie les autres animaux 
au passage, surtout quand ils vont pour s'abreuver. Dès 
qu'il aperçoit sa proie, bœuf, mouton, chèvre ou autre 
quadrupède de cette espèce, il rampe vers elle avec les 
ondulations du serpent, et, parvenu à sa portée, il foud 
sur elle par un bond formidable, la terrasse et l'emporte 
à l'écart pour la dévorer. Le Seigneur dit à propos des 
Israélites qui l'ont oublié, après s'être « rassasiés dans 
leurs pâturages » : « Comme un léopard, je les épierai 
sur la route. » Ose., xm, 7. Jérémie, v, 6, dit des Juifs 
prévaricateurs : « Le léopard est aux aguets devant leurs 
villes, tous ceux qui en sortiront seront déchirés. » Le 
léopard est ici le Chaldéen qui va venir. « Ses chevaux 
sont plus rapides que les léopards, » Hab., I, 8, ils 
arrivent par bonds formidables et seront en Judée avant 




50. — Prêtre égyptien couvert d'une peau de léopard. 
D'après Lepsius, Denkmàler, Abth. III, pi. 232. 

qu'on s'aperçoive de leur approche. Les médisants qui 
dévorent les autres avec leur langue seront à leur tour 
dévorés comme par un léopard. Eccli., xxvm, 27. Aussi 
pour qu'on voie un léopard couché inoffensif auprès 
d'un chevreau, Is., xr, 6, faudrait-il un changement tel, 
que le règne du Messie pourra seul en produire un 
semblable. Daniel, vu, 6, dans une de ses visions, dé- 
crit sous la figure du léopard l'empire gréco-macédonien 
d'Alexandre. Voir Daniel, t. h, col. 1273-1274. Saint 
Jean compare aussi à un léopard la bête qu'il voit mon- 
ter de la mer, Apoc, xiu, 2, et qui, selon quelques 
auteurs, représenterait l'Antéchrist. Voir Antéchrist, 
t. i, col. 658. Enfin Jérémie, xm, 23, pour stigmatiser 
les mauvaises habitudes qui étaient devenues, chez ses 
concitoyens, comme une seconde nature, apporte cette 
comparaison : « Un Éthiopien peut-il changer sa peau 
et un léopard ses taches ? » Ce pelage élégant du léopard 
servait de parure chez les anciens. Des nègres du Haut- 
Nil, prisonniers de Ramsès II, sont représentés avec un 
pagne en peau de léopard ou de panthère (fig. 49}. Ro- 
sellini, Monumenti storici, pi. lxxxv. Cf. Wilkinson, 
Manners and Customs, Londres, 1878, t. i, p. 259, n» 13, 
et t. n, fig. 619, col. 2009. La peau de léopard faisait 
partie du costume officiel de certains prêtres ou de per- 



175 



LÉOPARD — LÈPRE 



476 



gonnages accomplissant des rites particuliers (fig. 50). Cf. 
de Rougé, Notice sommaire des monuments de la ga- 
lerie égyptienne, Paris, 1872, p. 36, 38, 39, 44 ; Wilkinson, 
Manners and Customs, 1. 1, p. 181-182; Maspero, Histoire 
des peuples de l'Orient classique, Paris, 1895, 1. 1, p. 53- 
55. Les léopards étaient chassés en Egypte, Wilkinson, 
Manners and Customs, t. n, p. 90, et en Assyrie. Raw- 
'inson, Ancient monarchies, t. i, p. 223. Les Hébreux 
n'étaient pas assez grands chasseurs pour poursuivre de 
pareils animaux, et on ne voit nulle pari qu'ils aient uti- 
lisé les peaux de léopard comme vêtement ou ornement. 

H. Lesètre. 

LÈPRE (hébreu : sârâ'at; Septante : XÉTrpa : Vul- 
gate : lepra), maladie grave causée par la multiplication 
de bacilles spéciaux dans les tissus organiques (fig. 51). 

I. Nature de la lèpre. — 1° Sa cause. — On a 
ignoré jusqu'en ces dernières années la cause détermi- 
nante de la lèpre. C'est seulement en 1873 que le mé- 
decin norvégien Hansen découvrit le microbe de la 
lèpre, le Bacillus leprse, et en 1881 que Neisser, de 
Breslau, trouva le moyen de le reconnaître et de l'étudier. 




Lépreuse de Palestine d'après une photographie. 



Ce bacille a la forme d'un petit bâtonnet, long de trois 
à sept millièmes de millimètre et épais d'un demi- 
millième. Il est assez semblable d'aspect à celui de la 
tuberculose. Il se multiplie étonnamment dans le milieu 
qui lui est favorable. Les bacilles s'agglomèrent entre 
eux de manière à former des amas ou tubercules : ils 
fourmillent alors dans les tissus atteints et dans les 
liquides qui en découlent. Mais c'est seulement par 
exception qu'on les rencontre dans le sang ou dans les 
sécrétions des glandes. Ce microbe est spécial à l'homme ; 
il se montre absolument rebelle à la culture et il n'est 
pas inoculable aux animaux. Il faut même des circon- 
stances particulières pour qu'il puisse être inoculé à 
l'homme naturellement ou artificiellement. 

2° Conditions favorables à sa propagation. — La 
lèpre se rencontre sous tous les climats : elle sévit avec 
autant de violence en Norvège et dans les provinces bal- 
tiques que dans les îles équatoriales. Les pays à climat 
tempéré semblent cependant plus réfraclaires à ce mal 
que les contrées de froid ou de chaleur extrêmes. Le 
climat n'a donc qu'une influence restreinte sur la lèpre. 
L'alimentation en a bien davantage. On a constaté que 



la lèpre est de beaucoup plus fréquente dans tes lies et 
sur les côtes maritimes que dans l'intérieur des conti- 
nents. De sérieux observateurs en ont conclu que si le 
mal éprouve ainsi les populations ichthyophages, c'est 
qu'elles se nourrissent trop souvent de poissons plus 
ou moins en décomposition ou de salaisons avariées. 
On sait, d'autre part, que diverses affections cutanées 
sont fréquemment engendrées par l'usage des poissons, 
des crustacés ou des mollusques. De lait, la lèpre aban- 
donne progressivement les îles Féroë, depuis une 
soixantaine d'années, c'est-à-dire depuis que les insu- 
laires ont renoncé à la pêche et à l'usage de la chair 
de baleine pour se livrer à l'agriculture. Enfin, la mi- 
sère paraît favoriser éminemment la propagation de la 
lèpre, à cause des conséquences qu'elle entraîne : 
malpropreté du corps, des vêlements, des habitations, 
insuffisance ou nature très malsaine de la nourriture, 
défaut absolu d'hygiène, etc. Aucune de ces causes, ce- 
pendant, ne produit la lèpre par elle-même; elles ne 
font que mettre le sujet en état de moindre ou de nulle 
résistance en face du bacille, s'il arrive jusqu'à lui. II 
faut en dire autant de l'hérédité; elle ne transmet pas 
la lèpre, mais seulement les dégénérescences favorables 
au développement de la lèpre. 

3° Ses caractères. — Les lésions de la lèpre n'attei- 
gnent d'abord que deux organes, les nerfs ou la peau. 
De là, deux variétés de lèpre, la lèpre des nerfs, appelée 
antonine ou anesthésique, et la lèpre de la peau, appelée 
léonine, noueuse ou tuberculeuse. Ce ne sont pas là, 
d'ailleurs, deux maladies différentes, mais seulement 
deux manifestations distinctes du même mal, qui sou- 
vent se succèdent et habituellement coexistent. — La 
lèpre tuberculeuse apparaît tout d'abord sous forme de 
taches pâles ou colorées de la peau, bientôt suivies de- 
petites nodosités ou tubercules qui grossissent peu à 
peu et vont jusqu'à atteindre le volume d'une noix. 
Comme c'est surtout sur le visage que se multiplient 
ces tubercules, l'aspect du malade devient hideux par- 
la ressemblance vague de sa face avec celle du lion, 
d'où le nom de « léonine » donné à cette forme de la 
lèpre. En même temps, les doigts se déforment et sont 
bientôt hors d'usage. Le lépreux peut demeurer en cet 
état pendant des années, avec des accès violents mais 
intermittents. A un moment, les tubercules remplis de 
bacilles dégénèrent en ulcères sanieux et fétides, qui 
vont en se multipliant; les yeux sont rongés et se 
vident, les phalanges des doigts se détachent, parfois la 
main ou le pied tombent à leur tour, la bouche et le nez 
sont complètement rongés, le malade se sent consumer 
lentement, jusqu'à ce que les organes essentiels soient 
atteints et que le malheureux périsse soit par suffoca- 
tion, soit par épuisement, soit par l'altération progres- 
sive de son organisme tout entier. — La lèpre nerveuse 
ou anesthésique complique quelquefois la précédente ou 
apparaît seule la première. Elle commence aussi par- 
une tache sur la peau, puis des ampoules se forment et 
crèvent en laissant échapper un liquide répugnant. Des 
troubles graves se produisent dans la sensibilité et la 
motilité et le malade ne sent plus ce qui se passe dan» 
certaines parties de son corps. Par contre, il souffre, 
dans d'autres parties, des douleurs terribles et sans in- 
termittence, qui peuvent durer même des années. Le» 
moindres contacts deviennent alors intolérables. Les 
mêmes phénomènes de destruction organique que dans 
la lèpre tuberculeuse se succèdent progressivement. Le 
malade ne peut plus se servir de ses membres, même 
pour porter ses aliments à sa bouche. De vastes ulcères 
les dénudent jusqu'aux os. En proie à une soif inextin- 
guible, le lépreux tombe dans un marasme épouvantable 
et, devenu indifférent à tout, il passé ses jours assis ou 
couché, sans un mouvement, sans uné~ plainte, atten- 
dant la fin de son interminable agonie. Souvent, heu- 
reusement pour lui, l'épuisement, l'ulcération des voies- 



177 



LEPRE 



178 



respiratoires ou des complications provenant d'autres 
maladies amènent la mort. Il est même assez fréquent 
que le lépreux meure d'une autre maladie que la lèpre. 
Il faut six ans, huit ans et même dix ans à la lèpre tuber- 
culeuse, qui est la plus grave, pour tuer d'elle-même le 
malade. La lèpre anesthésique subit parfois de longs 
arrêts, qu'on pourrait prendre pour la guérison ; mais c'est 
pour reparaître presque infailliblement plus ou moins 
longtemps après. La rechute peut ne se produire qu'au 
bout de vingt ou trente ans et même plus. Ces longs 
arrêts ne présentent nullement des périodes d'incubation 
réelle, mais seulement des états de microbisme latent, 
dans lesquels le bacille attend que les conditions favo- 
rables à son développement viennent à se reproduire. 
4° Sa contagiosité. — De toute antiquité, la lèpre a été 
regardée comme contagieuse. Une maladie aussi essen- 
tiellement microbienne doit avoir, en effet, une facilité 
extrême à se propager. Sa contagiosité est cependant 
loin d'être aussi terrible qu'on pourrait l'imaginer. Les 
inoculations elles-mêmes ne réussissent pas toujours 
sur l'homme. C'est pourquoi beaucoup de médecins de 
haute autorité ne regardent plus la lèpre comme conta- 
gieuse. On cite un bon nombre de faits à l'appui de 
cette manière de voir. Dans certains mariages, le con- 
joint non lépreux reste sain, malgré une longue coha- 
bitation. Souvent, en dépit d'une promiscuité conti- 
nuelle, les parents ou les amis du malade demeurent 
indemnes. On le constate au Japon, où les lépreux vont 
et viennent en toute liberté, au milieu de la population. 
A Paris, on n'isole pas les lépreux dans les hôpitaux, et 
aucune contagion n'en résulte. D'autre part, les exemples 
de contagion sont indéniables. Ceux qui soignent les 
lépreux n'échappent pas toujours à leur mal; tel le 
Père Damien, à Molokaï. En 1831, dans la Guyane an- 
glaise, 431 lépreux nègres furent séquestrés sur un 
territoire occupé par des tribus indiennes. Celles-ci 
quittèrent la région, à l'exception des Warrows qui, 
restés en contact fréquent avec les lépreux, furent in- 
fectés à leur tour. Il paraît bien enfin que c'est par 
contagion que la lèpre s'est répandue à travers le 
monde, tandis que, quand on procède par la méthode 
d'isolement, la maladie finit par disparaître. Les pays 
d'Europe qui ont appliqué cette méthode avec le plus 
de rigueur et de suite sont aujourd'hui à peu près 
débarrassés du mal. En Norvège, où l'isolement n'est 
imposé que depuis 1885, la lèpre diminue, tandis qu'au- 
paravant elle se maintenait avec intensité. Ces faits, et 
beaucoup d'autres que citent les auteurs qui ont écrit 
sur la lèpre, paraissent contradictoires. Ils s'expliquent 
cependant. Dans les pays où la lèpre est combattue 
depuis longtemps et où le bacille a perdu de sa viru- 
lence, la contagion est presque nulle; elle est active, 
au contraire, dans les pays où la lèpre est endémique 
et peu efficacement combattue. Les conclusions sui- 
vantes s'imposent aujourd'hui : « La léprose ne sau- 
rait avoir plusieurs origines, puisqu'elle est exclusive- 
ment humaine... Elle est caractérisée par un élément 
pathogène, le bacille de Hansen ; or ce bacille ne peut 
s'éveiller spontanément, puisque les générations spon- 
tanées n'existent pas; c'est donc chez le lépreux, et 
uniquement chez le lépreux, qu'est la source de la 
maladie. Donc, la léprofe visnt toujours du lépreux, 
directement ou non. La k'prose a ravagé le monde en- 
tier; elle frappe encore de nos jours des centaines de 
mille de victimes; donc, elle se répand, elle se pro- 
page. » Dom Sauton, La léprose, Paris, 1901, p. 131- 
132. La contamination se produit très probablement 
par les muqueuses nasales et par les plaies acciden- 
telles des téguments, ce qui fait que les peuplades qui 
marchent pieds nus sont plus exposées à recueillir les 
bacilles par les blessures qui entament fréquemment 
l'épiderme et le derme de ces membres. Les follicules 
pileux servent aussi de porte d'entrée aux microbes; 



mais c'est surtout par les vaisseaux sanguins et lympha- 
tiques qu'ils s'introduisent dans l'organisme. Leur 
développement dépend de leur virulence et surtout de 
l'état de réceptivité du sujet atteint. Il y a tout lieu d& 
croire qu'ils agissent alors par leurs toxines, c'est-à-dire 
par les substances qu'ils sécrètent, et non par leur 
simple présence dans les téguments ou les viscères. 
Les bacilles peuvent être très nombreux, mais morts 
ou inertes; ils ne sont nuisibles que quand leur viru- 
lence commence à s'exercer ou qu'elle retrouve son 
activité après l'avoir perdue. 

5° Ses remèdes. — La lèpre a été jusqu'aujourd'hui 
considérée comme incurable. Le malade qui en est atteint 




52. — Visage et main du lépreux Petre J. Badea, berger âgé 
23 ans. D'après V. Bâties, Die Lepra, in-8% Vienne, 1901 , pi. 4 et 5. 

s'affaiblit peu à peu_et meurt fatalement de consomption. 
On a essayé toutes les médications, la cautérisation ou 
l'ablation chirurgicale des parties contaminées, l'inocu- 
lalion de virus divers, même de venins de serpents, soit 
pour enrayer le développement de la lèpre, soit pour lui 
substituer un autre mal moins rebelle aux efforts de la 
médecine. Ces diverses médications ont parfois exercé- 
une influence heureuse, mais éphémère, sans qu'on soit 
en droit d'affirmer qu'il y avait connexion entre l'action 
du remède et l'amélioration constatée. Le remède effi- 
cace ne viendra probablement que quand on aura trouvé 
l'agent destructeur du Bacillus leprse. Malheureusement^ 
jusqu'à ce jour, ce microbe n'a jamais pu être cultivé 



179 



LÈPRE 



180 



avec succès, ni dans des organismes vivants, ni dans 
les substances qui conviennent le mieux à la multiplica- 
tion et au traitement des autres microbes. — Si la mé- 
decine ne peut guérir lalèpre,» il est un fait d'expérience, 
c'est que souvent un climat sain, une alimentation choi- 
sie et la propreté semblent suffire pour produire des 
rémissions de deux, cinq, dix, quinze, vingt années, 
équivalant à une guérison. » Dom Sauton, La léprose, 
p. 445. Ces sortes de guérisons spontanées ont été cons- 
tatées 'de temps en temps, même dans les pires condi- 
tions hygiéniques. On a trouvé récemment, dans l'infecte 
léproserie de Siloàm, près de Jérusalem, plusieurs mal- 
heureux chez lesquels la lèpre était arrêtée depuis 
quinze et vingt ans, et qu'on aurait pu rendre à la vie 
ordinaire sans aucun inconvénient. Quand la maladie 
arrive à cet état neutre, le lépreux ne garde plus que les 
cicatrices de ses plaies antérieures, comme du reste 
garde les siennes celui qui a eu à subir des blessures ou 
des brûlures. Si le lépreux meurt pendant cette période 
d'inaction microbienne, on peut croire qu'il a été radi- 
calement guéri de sa lèpre. Il n'en était rien cependant; 
les bacilles pouvaient toujours reprendre leur virulence 
à un moment donné. 

6° Sa propagation dans le monde. — C'est dans le 
Pentateuque que se trouve la mention la plus ancienne 
et la plus détaillée de la lèpre. L'Egypte paraît avoir été 
le berceau de ce mal, Lucrèce, De nat. rerum, vi, 11-12, 
en attribue l'origine à l'action du Nil. Les Hébreux 
emportèrent avec eux la lèpre à leur sortie d'Egypte. Un 
roman égyptien, qu'enregistre Manéthon, Eistoric. 
Grsec. fragm., édit. Didot, t. Il, p. 578-581, fait des 
Hébreux un ramassis de lépreux que les Égyptiens 
auraient chassés des bords du Nil. Cf. Justin, xxxvi, 2; 
Tacite, Hist., v, 3 ; Maspero, Histoire ancienne des peu- 
ple» de l'Orient classique, Paris, t. H, 1897, p. 449-450. 
Josèphe, Cont. Apion., i, 26, s'élève avec raison contre 
cette allégation. Les Hébreux n'avaient pas la lèpre avant 
de venir en Egypte, car il n'en est nullement question 
dans l'histoire des patriarches; mais c'est en ce pays 
qu'ils furent contaminés au contact des indigènes. Les 
anciens auteurs signalent également l'Inde comme l'un des 
foyers de la lèpre. Ctésias, Persic, 41; Hérodien, I, 1,38. 
Mais là encore elle était probablement un legs des Egyp- 
tiens. Les Phéniciens furent contaminés à la même source 
que les Hébreux: ils semèrent le mal dans les pays avec 
lesquels ils avaient de fréquents rapports commerciaux. 
Les Syriens le gagnèrent rapidement, au contact direct 
des Égyptiens, des Hébreux ou des Phéniciens. La lèpre 
sévit chez les Israélites pendant tout le cours de leur 
histoire. La dispersion des Juifs, les campagnes des 
Grecs et des Romains en Asie favorisèrent sa propaga- 
tiou en Occident. La conquête arabe et ensuite les croi- 
sades contribuèrent à raviver le mal dans nos pays. Cf. 
G. Kurth, La lèpre en Occident avant les croisades, dans 
le Congres scient, internat, des catholiques, Sciences 
historiques, Paris, 1891, p. 125-147. Il n'a cédé depuis 
lors qu'aux précautions prises pour l'isolement des lé- 
preux. En Orient, les lépreux sont encore assez nom- 
breux aujourd'hui. A Jérusalem, ils ont une maison de 
refuge dans laquelle, en 1888, ils étaient près d'une cin- 
quantaine, vivant du pain et de l'eau que leur fournit 
le gouvernement et des aumônes que leur accordent les 
passants. Cf. E. Le Camus, Notre voyage aux pays bi- 
bliques, Paris, 1890, t. i, p. 375-376. La léproserie turque 
est située à Siloam. Il y en a encore deux autres à Ram- 
lèh et à Naplouse. Le séjour des autres villes et villages 
est interdit aux lépreux. On a remarqué que ces mal- 
heureux sont tous des paysans, venant de la campagne, 
et que les habitants des villes de Palestine, malgré les 
déplorables conditions hygiéniques dans lesquelles ils 
vivent, ne sont jamais atteints par le terrible mal. Lor- 
tet, La Syrie d'aujourd'hui, Paris, 1884, p. 305; cf. dom 
Sauton, La léprose, p. 64-G6. 



7° Les maladies similaires. — On a longtemps con- 
fondu avec la lèpre un certain nombre d'affections cuta- 
nées, telles que scrofules, dartres, ulcères de diverge 
nature et d'autres maladies qui sont le fruit de l'incon- 
duite et dont les stigmates ressemblent parfois extrême- 
ment aux pires manifestations de la lèpre. On a rangé 
parmi les espèces de la lèpre l'éléphantiasis, dont les 
effets sont analogues. Voir Éléphantiasis, t. n, col. 
1662; Pline, H. N., xxvi, 5; C. Celse, De re medic.,m, 
25; Arétée, Morb. diut., h, 13. Les Grecs appelaient 
éléphantiasis la lèpre elle-même. Sous le nom de dar- 
tres, on a aussi désigné différentes maladies de peau 
que produisent les causes les plus diverses, ingestion de 
substances acres, suppression brusque de certaines éva- 
cuations, débilité générale, action des parasites, héré- 
dité, contagion, etc. Parmi ces maladies qui emprun- 
tent des caractères extérieurs à la lèpre, il faut signaler 
l'eczéma, maladie éruptive assez voisine de l'impétigo, 
voir Impétigo, col. 844; l'érysipèle, mal épidémique, 
dû à l'action de micro-organismes végétaux et produi- 
sant sur la peau des taches rouges à rebords saillants; 
l'exanthème, se manifestant par des accidents superfi- 
ciels, taches, éruptions ou ulcérations ; là gale, voir Gale, 
col. 82; la gourme ou maladie cutanée de l'enfance; le 
pityriasis, la lèpre des Grecs, que caractérisent des 
sécrétions abondantes de l'épiderme; le psoriasis, dans 
lequel se forment sur quelques parties du corps, spé- 
cialement aux articulations, des squames d'un blanc 
nacré qui se détachent; la rougeole, qui s'annonce à 
l'extérieur par des taches rouges de forme et de dimen- 
sions variées; la scarlatine, caractérisée par de larges 
plaques d'un rouge écarlate sur presque toute la surface 
du corps; la teigne, voir Teigne. La syphilis surtout 
et les maladies du même ordre ont été confondues avec 
la lèpre chez tous les anciens et jusqu'au XVI e siècle. 
La syphilis est une maladie cutanée contagieuse, qui 
doit son origine à l'inconduite. — Sur la lèpre, voir 
F. Pruner, DieKrankheitendes Orients, ih-8°, Erlangen, 
1847, p. 163 ; Trusen, Die Sitten, Gebrâuche und 
Krankheiten der alten Hebrâer, 2 e édit., Breslau, 1833; 
H. Leloir, Traité pratique et théorique de la lèpre, Pa- 
ris, 1886; Zambacopacha, État de nos connaissance, 
actuelles sur la lèpre, dans la Semaine médicale, Paris, 
10 juin 1893; M. Lefebvre, La lèpre, dans la Revue des 
questions scientifiques, Bruxelles, avril 1894, p. 437-479; 
Danielsen et Boeck, Traité de la Spédalskhed, Paris, 
1898; A. Dastre, Lèpre, dans la Revue des Deux Mondes, 
Paris, 1" juillet 1901, p. 198-218; D' dom Sauton, La 
léprose, Paris, 1901. 

II. La législation MOSAÏQUE SUR LA LÈPRE. — 1° Dia- 
gnostic de la lèpre. — Le Lévitique, xm, 2-46, indique 
minutieusement les signes auxquels on reconnaît la 
lèpre et les précautions à prendre en conséquence. — 
1. Lèpre en général. Lev., xm, 1-8. L'homme qui aura 
sur le corps une tumeur {sé'êf, o-jXtj aTHJuxciaç Tï)XavyYJç, 
« cicatrice de marque brillante, » diversus color, une 
partie qui n'est pas de même couleur), une dartre (sajm- 
haf.pustula), ou une tache blanche (bahérét, lucens 
quippiam) qui ressemblera à une plaie de lèpre, devra 
se présenter devant Aaron ou l'un de ses fils, par con- 
séquent devant un prêtre de rang supérieur, auquel la 
multiplicité des cas donnera une expérience suffisante. 
Le prêtre examinera la plaie : si le poil de la plaie a 
blanchi et si la peau forme à cet endroit une dépression, 
c'est la lèpre. Si la peau présente une tache blanche 
{bahérét, Xsûxï), lucens candor) sans dépression et sans 
coloration blanche des poils, le malade est mis en obser- 
vation pendant sept jours. Si au bout de ce temps aucune 
modification ne s'est produite, on attend encore sept 
jours. Si alors la plaie est devenue sombre L (kêhâh, 
à[iaupdt, obscurior) et ne s'est pas étendue, ce n'est pas 
la lèpre, mais une dartre (sapahat, arijuxat'a, scabies). 
Le malade n'a qu'à laver ses vêtements. La plaie pour- 



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LÈPRE 



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tant pourra s'étendre par la suite. Ce phénomène obli- 
gera à un nouvel examen et l'extension de la plaie sera 
un nouveau signe de la lèpre. — 2. Lèpre sous-cutanée. 
Lev., xin, 9-17. Quand on reconnaîtra sur la peau une 
tumeur blanche x se'ê{-lebànâh, oùXj] Xeûxi], color albus), 
avec coloration des poils en blanc et apparence de chair 
vive, c'est une lèpre invétérée. Si au contraire l'éruption 
de couleur blanche couvre tout le corps de la tête aux 
pieds, ce n'est pas la lèpre. Elle ne surviendrait en 
pareil cas que si la chair vive commençait à apparaître à 
travers l'éruption blanche. — 3. Lèpre après ulcère. 
Lev., xiii, 18-23. Quand un ulcère a été guéri et que sur 
la cicatrice apparaît une tumeur blanche ou une tache 
d'un blanc rougeâtre, le prêtre doit l'examiner. Une dé- 
pression de la peau et la coloration en blanc des poils 
indiqueront que la lèpre a envahi l'ulcère. S'il n'y a ni 
dépression ni poils blancs, le malade sera mis en obser- 
vation pendant sept jours. Si au boutde ce temps la tache 
s'est étendue, c'est encore la lèpre ; sinon, c'est simplement 
la cicatrice de l'ulcère.— 4. Lèpreaprès brûlure. Lev., xm, 
24-28. Le prêtre doit procéder exactement de même quand 
il y a eu une brûlure suivie de cicatrice. L'ulcère et la 
brûlure, en mettant la chair à nu, facilitaient l'inoculation 
de la lèpre, dans un pays où elle était endémique; aussi 
fallait-il surveiller de près les cicatrices de ces plaies. — 
5. Lèpre du cuir chevelu. Lev., xm, 29-37. Celui qui a 
une plaie à la tête, sous les cheveux ou sous la barbe, 
doit aussi être examiné. S'il y a dépression et poils jau- 
nâtres et minces, c'est la teigne (né(éq, 9p«0<j|i.a, inocula) 
appelée lèpre de la tête ou de la barbe. Quand il n'y a 
ni dépression de la peau ni décoloration des poils, le 
malade est mis en observation durant sept jours. S'il n'y 
a pas de modification apparente, le malade se rase au 
bout des sept jours, sans cependant toucher à la place 
atteinte de la teigne. Au bout de sept autres jours, on 
l'examine encore. Si la teigne ne s'est pas étendue sur 
la peau, le malade n'a qu'à laver ses vêtements et n'est 
pas impur. Si au contraire la teigne s'est étendue, cela 
sutfit pour que l'impureté soit déclarée. Il s'agit ici de 
la teigne, maladie très distincte de la lèpre, puisque 
cette dernière respecte le cuir chevelu. Cf. domSauton, 
La lêprose, p. 364. — 6. Fausse apparence de lèpre. Lev., 
xm, 38, 39. Les taches blanches (béhârôt lebânâf, «ùfi<j- 
(tata aÙYâÇovta Xsuxav6îÇ<mix, « éclats brillants blanchâ- 
tres, » candor) sur le corps, quand elles deviennent 
d'un blanc sombre (kêhôf lebânôf, subobscurus albor), 
indiquent une affection qui n'est pas la lèpre (bohaq, 
àXtpôç, macula). — 7. Lèpre des chauves. Lev.,xm, 40-43. 
Quand un chauve a sur la tête une plaie d'un blanc 
rougeâtre, comportant une tumeur (ie'êl) d'un blanc 
rougeâtre semblable à celles que la lèpre produit sur le 
corps, ce chauve est un lépreux. — 8. Évolution des 
signes de la lèpre. On voit que l'auteur sacré distingue 
différents degrés dans le développement des signes de la 
lèpre ou des maladies similaires : tout d'abord apparaît 
la tache ou tumeur blanche, qui par elle-même n'est 
pas caractéristique de la lèpre ; puis la tache évolue tan- 
tôt vers le blanc sombre, et alors ce n'est pas la lèpre, 
tantôt vers le blanc transparent, laissant voir la chair 
vive, et prenant en conséquence une teinte rougeâtre, 
ce qui caractérise la lèpre. Le mot àXtpdi; par lequel les 
Septante désignent le mal appelé bohaq en hébreu, Lev., 
xm, 39, est, dans Hippocrate, Aphorism., 1248, le nom 
d'une dartre blanche et farineuse; le mot Xe-Jxr], Lev., 
xm, 4, 10, est dans les auteurs grecs le nom de la lèpre 
blanche. Hérodote, i, 138 ; Aristote, Générât, animal., v, 
4, etc. Le législateur prescrivait que ces différents 
signes fussent examinés avec grand soin. Dès leur pre- 
mière apparition, celui qui était atteint devait se présen- 
ter au prêtre, sans avoir le droit de diagnostiquer lui- 
même sa maladie; les deux périodes consécutives de 
sept jours permettaient aux signes extérieurs de se dé- 
velopper suffisamment pour être sûrement reconnus, 



et, en cas de retour offensif, le malade avait à se repré- 
senter. — Moïse base le diagnostic de la lèpre sur des 
signes facilement reconnaissables. Les savants d'aujour- 
d'hui rangent aussi parmi les symptômes de la lèpre 
l'apparition de taches qui vont en grandissant, jusqu'à 
dépasser en largeur la paume de la main, et qui ont des 
colorations variées, d'un rouge pâle ou vineux, parfois 
livides ou violacées, puis d'un brun fauve et cuivré et 
d'un gris ardoise ou noir. Toutefois « il est certain que 
Moïse n'a jamais eu l'intention de faire un traité de pa- 
thologie, qu'il a parlé le langage du temps et que, par 
conséquent, il englobait, sous le nom de lèpre, toutes les 
maladies que l'on confondait alors avec elle : la gale, le 
psoriasis, la teigne, la syphilis, etc. D'autre part, l'étude 
attentive du texte mosaïque, les caractères attribués à 
cette maladie, qui s'attaque non seulement à l'homme, 
mais aussi aux animaux, aux vêtements, aux maisons, 
cette étude, dis-je, ne permet pas de croire que Moïse 
parlait uniquement de la léprose, en tant qu'espèce 
nosologique bien déterminée. Il semble même que, le 
plus souvent, la description des symptômes et les pres- 
criptions s'adressent à une maladie telle que la syphilis, 
et il est démontré aujourd'hui que la syphilis existait du 
temps des Hébreux ». Dom Sauton, La léprose, p. 4. 

2» Précautions imposées aux lépreux. — Moïse 
prescrivit aux lépreux l'isolement; c'était le moyen le 
plus simple et le plus efficace pour arrêter la propaga- 
tion du mal. Le lépreux, déclaré impur à la suite de 
l'examen fait par le prêtre, devait se retirer de la société 
de ses semblables. Pour qu'on le reconnût et qu'on pût 
l'éviter, il portait des vêtements déchirés, gardait la tête 
nue, se couvrait la barbe de son mante au et criait aux 
passants : tâmê', tâmê', « impur impur! » Il habitait 
seul, dans un endroit isolé. Lev., xih 1-46; Num., v, 
2-4; xii, 14, 15. Cet isolement avait pour but d'éviter 
tout danger de contagion. Il n'était pas défendu cepen- 
dant aux lépreux d'habiter ensemble pour s'entr'aider. 
Les Juifs pensaient que l'accès des villes enceintes de 
murailles au temps de Josué était seul interdit aux 
lépreux. Dans les derniers temps ceux-ci pouvaient 
même fréquenter les synagogues, à condition d'y entrer 
avant les autres, de s'y asseoir à part et d'en sortir les 
derniers. C. Iken, Antiquitates hebraicse, Brème, 1741, 
p. 266; Negaim, xm, 12. Mais ils n'étaient pas admis 
dans Jérusalem. Josèphe, Bell, jud., V, v, 6. — Quand 
un prêtre était atteint de la lèpre, il lui était défendu de 
manger des choses saintes, c'est-à-dire des aliments 
provenant des sacrifices. Lev., xxu, 4. — Dans le Deu- 
téronome, xxiv, 8, il est encore recommandé de bien 
observer toutes les prescriptions relatives à la lèpre et 
de suivre exactement ce que diront les prêtres et les 
lévites. La loi qui commande aux juges de déférer au 
tribunal de Jérusalem les cas embarrasants, range 
parmi ces cas, d'après la Vulgate, la distinction « entre 
lèpre et lèpre ». Deut., xvn, 8. Le texte hébreu dit 
seulement « entre plaie et plaie ». Les plaies, coups, 
blessures, etc.,étaientdu ressort des tribunaux composés 
de lévites et d'anciens, tandis que, seuls, les lévites et 
les prêtres avaient charge d'examiner la lèpre. 

3° Purification du lépreux. — 1. La guérison. — Le 
texte de la loi suppose le lépreux « guéri de la plaie de 
la lèpre », nirpd' néga'-hassâra'at, IStou r| âtpr, t-/|c 
Xéwpaç, lepram esse mundalam. Il est certain d'autre 
part que la lèpre est rebelle à tout remède et ne s'arrête 
que spontanément et pour un temps. La guérison dont 
parle le texte sacré doit donc s'entendre tout d'abord des 
fausses lèpres, c'est-à-dire des dermatoses qu'il n'était 
pas possible aux lévites de distinguer d'avec la lèpre 
proprement dite, et qui guérissaient au bout d'un cer- 
tain temps, soit d'elles-mêmes soit par application de 
remèdes. Il faut ensuite l'entendre de ces arrêts pro- 
longés qui se constatent dans l'activité du mal, et qui 
peuvent durer de longues années. Pendant ces périodes, 



183 



LÈPRE 



184 



le malade ne présente d'autres symptômes lépreux nue 
la défiguration ou la déformation des extrémités, pro- 
duites par des accès antérieurs. Bien que ces arrêts ne 
constituent jamais des guérisons radicales, ils rendent 
le commerce habituel des lépreux absolument inoffensif. 
On comprend donc que le législateur hébreux les ait 
traités pratiquement comme des guérisons. Il constate 
que la plaie (néga'), c'est-à-dire la chair à vif, n'est plus 
visible et qu'une couleur uniforme de la peau a succédé 
à la couleur sanguinolente formant tache sur une surface 
blanchâtre. Cette constatation lui suffit pour être assuré 
que le mal n'a plus son activité contagieuse et que le 
malade peut impunément rentrer dans la compagnie de 
ses semblables. Il eût été souverainement dur et inutile 
de séquestrer le lépreux, même pendant la période 
inoffensive de son mal. 11 restait d'ailleurs à celui-ci 
l'obligation de se représenter devant les prêtres, dès 
que les symptômes dangereux reparaissaient. 

2. La purification. — Quand le prêtre avait constaté 
l'état satisfaisant du lépreux, il procédait à sa purifica- 
tion légale, qui était assez compliquée. Elle comprenait 
une aspersion symbolique, des précautions hygiéniques 
et un sacrifice. La lèpre était considérée comme une 
sorte de mort, qui excluait le malade de la vie civile 
et de la vie religieuse. Il était donc naturel que le rite 
de purification symbolisât le retour à cette double vie. 
Voilà pourquoi la première partie de la purification s'ac- 
complit « hors du camp », et l'autre « devant Jéhovah », 
àl'entrée du tabernacle. Lev., xiv, 3, 11. — a) Aspersion. 
Le prêtre, s'étant transporté hors du camp ou de la ville, 
fait prendre deux petits oiseaux (sipôrîm, ôpvc'Oia, pas- 
seres) parmi ceux qui sont purs, un morceau de bois de 
Cèdre, un lien cramoisi et de l'hysope. Il immole un des 
oiseaux au-dessus d'un vase rempli d'eau vive, de ma- 
nière que le sang se mêle à cette eau. Ensuite il trempe 
l'oiseau vivant et les trois autres objets dans ce mélange, 
en asperge sept fo^s le lépreux et rend la liberté à l'oi- 
seau vivant. Le prêtre n'agit pas ici comme sacrificateur, 
mais comme représentant de la société civile, et l'immo- 
lation de l'oiseau n'est pas un sacrifice, puisqu'elle n'est 
pas faite devant !e tabernacle. Mais ce sang, cette eau 
vive, ce bois de cèdre, ce cramoisi et cet hysope sont 
des symboles de vie et de pureté. Voir Couleurs, t. il, 
col. 1070; Hysope, t. m, col. 796. L'oiseau trempé dans 
le mélange de sang pur et d'eau vive figure le lépreux 
purifié et rendu à la liberté, — b) Précautions hygiéni- 
ques. Aprèscette aspersion, le lépreux lave ses vêtements, 
rase ses poils et prend un bain. Il peut dès lors rentrer 
dans le camp ou dans la ville, mais ne doit pénétrer 
dans sa demeure que le huitième jour. Là veille, c'est-à- 
dire le septième jour, il a dû renouveler les précautions 
prises le premier jour. Le but de ces purifications phy- 
siques se comprend de lui-même; les moindres traces 
du mal devaient disparaître. Cf. Hérodote, n, 37. ïl est 
à remarquer, dans le poème de Gilgamès, que le héros 
atteint de la lèpre a aussi à se laver dans l'eau de la mer 
et à changer sa bandelette et son pagne, Haupt, Dos ba- 
bylonische Nimrodepos, Leipzig, 1884, p. 146. — c) Le 
sacrifice. Il a pour but de réintégrer le lépreux dans la 
société religieuse. Le huitième jour, le lépreux guéri se 
présente au prêtre devant le sanctuaire avec deux 
agneaux, une brebis d'un an, trois dixièmes d'éphi de 
ileur de farine pétrie à l'huile, et un log d'huile. Le 
prêtre immole un des agneaux pour le délit et l'offre 
avec le log d'huile. Puis il met du sang de cette victime 
au lobe de l'oreille droite, au pouce de la main droite 
et à l'orteil du pied droit du lépreux. Ayant versé l'huile 
dans sa main gauche, il en prend de sa main droite, 
fait sept aspersions devant le Seigneur et met de cette 
huile aux trois endroits où il a déjà mis du sang sur le 
corps du lépreux; il lui verse ensuite le reste de l'huile 
sur la tête. Enfin, il offre la brebis eu sacrifice pour le 
péché et l'autre agneau en holocauste. — Si celui qui 



est purifié est trop pauvre pour se procurer tout ce qui 
est prescrit, il ne présente qu'un seul agneau pour le 
délit, un seul dixième d'éphi de fleur de farine, le log 
d'huile, et deux touterelles ou deux pigeons à la place 
delà brebis et dû second agneau. Les mêmes cérémo- 
nies sont d'ailleurs accomplies avec ces victimes plus 
modestes. Lev., xiv, 1-32. — Ces onctions de sang et 
d'huile indiquent à la fois la purification du lépreux et 
une sorte de consécration par laquelle lui est rendu le 
droit d'entendre les paroles de la loi divine, de prendre 
part aux choses saintes et de venir au sanctuaire du 
Seigneur. Les sacrifices pour le délit, pour le péché, et 
l'holocauste sont l'exercice même du droit rendu au 
lépreux de se servir des moyens communs pour implorer 
la miséricorde de Dieu et lui rendre ses hommages. Cf. 
Bâhr, Symbolik des mosaischen Cultus, Heidelberg, 
1839, t. H, p. 512-522, et, dans la Mischna, le traité Ne- 
gaim, vi, 3. Dans le temple d'Hérode, les cérémonies de 
la purification des lépreux s'accomplissaient dans la cour 
ou chambre des Lépreux, située à l'angle sud-ouest du 
parvis des femmes. Cf. Ezech., xlvi, 22; Negaim, xiv, 8. 
III. Les lépreux de la Bible. — Quand les Hébreux 
sortirent d'Egypte, il y avait certainement parmi eux 
un certain nombre de lépreux, victimes du mal con- 
tracté dans le pays de Gessén et surtout au contact des 
Égyptiens, pendant les derniers temps de leur séjour. 
Les durs travaux, la misère et la promiscuité auxquels 
les condamnèrent alors leurs persécuteurs les placèrent 
dans les conditions les plus défavorables pour se pré- 
server de la contagion. Ils emportèrent la lèpre avec 
eux. Dès le séjour au désert, Moïse dut prendre des 
mesures pour circonscrire le domaine du mal, par un 
examen rigoureux des premiers signes de la lèpre, et 
par la séquestration hors du camp de ceux qui étaient 
atteints. Lev., xm, 45-46. Le mal resta endémique dans 
la nation. Il n'est pas inutile de remarquer que les Hé- 
breux, après avoir regretté les poissons d'Egypte, Num., 
xi, 5, mangèrent beaucoup de poissons venant de la 
mer, II Esd., xm, 16, ou du lac de Genésareth, Matth., 
vu, 10; xiv, 17; xv, 36; Marc, vi, 38; Luc, ix, 13; xr, 
11; Joa., vi, 9; xxi, 6, etc., surtout après la captivité. 
Il y avait une porte des Poissons à Jérusalem. II Par., 
xxxiii, 14; II Esd., m, 3; xii, 38. Les poissons salés ou 
desséchés servaient souvent d'aliment au peuple. Or ce 
genre de nourriture est particulièrement favorable au 
développement de la lèpre. — Un certain nombre de lé- 
preux sont signalés dans la Bible. — 1° Au désert 
même, Marie, sœur de Moïse, et Aaron tinrent des pro- 
pos irrespectueux contre leur frère, à cause de sa 
femme, Séphora, qu'ils traitaient d'étrangère, et surtout 
de l'autorité suprême dont il était revêtu. Pour punir 
Marie, Dieu la frappa de la lèpre et elle devint subite- 
ment « blanche comme la neige ». Aaron, qui avait été 
épargné à raison de son sacerdoce, s'humilia devant 
Moïse et celui-ci se hâta d'intercéder auprès du Sei- 
gneur, qui se laissa fléchir. Sur l'ordre de Dieu, Marie 
fut séquestrée pendant sept jours hors du camp ; elle 
rentra ensuite auprès des siens sans autre formalité, 
Dieu levant lui-même le châtiment dont il l'avait frap- 
pée. Num., xn, 1-15; Exod., iv, 6. — 2° David, juste- 
ment irrité contre Joab, à cause du meurtre d'Abner, 
appela sur sa maison plusieurs malédictions terribles, 
entre autres la lèpre. II Reg., m, 29. — 3° Quand Naa- 
man, chef de l'armée de Syrie, fut atteint de la lèpre, il 
n'avait naturellement aucun espoir de guérison. Une 
esclave israélite lui parla du prophète Elisée comme 
opérant des merveilles et capable de le guérir. Le roi 
de Syrie envoya donc Naaman à Joram, roi d'Israël, 
pour le faire guérir. Joram fut épouvanté de cette re- 
quête et s'écria : « Suis-je donc Dieu, ayant pouvoir de 
mort et de vie, pour qu'on m'envoie un homme à guérir 
de la lèpre? » Le roi regardait évidemment la lèpre 
comme une maladie pour laquelle l'homme n'a point 



185 



LÈPRE 



186 



de remède. Elisée guérit Naaman en vertu de son pou- 
voir surnaturel, mais en le soumettant à une épreuve 
qui, au jugement même de l'intéressé, n'était en rien 
capable de modifier son état. Bien d'autres lépreux de 
l'époque eussent demandé leur guérison aux eaux du 
Jourdain, si elles avaient eu une vertu curative de la lè- 
pre. Luc, rv, 27. Naaman attribua sa guérison au Dieu 
d'Israël. IV Reg,, v, 1-15. En punition de ses men- 
songes et de sa cupidité, Giézi, le serviteur du prophète, 
hérita pour lui et pour sa postérité de la lèpre de Naa- 
man. IV Reg., v, 21-27. — 4° Quand les Syriens, pris 
de panique, levèrent précipitamment le siège de Sama- 
rie, ce furent quatre lépreux, habitant à la porte de la 
ville, qui s'aperçurent de leur départ et avertirent leurs 
concitoyens. IV Reg., vu, 3-10. — 5° Le roi Ozias, pour- 
tant fidèle à Dieu, s'enorgueillit un jour de sa prospé- 
rité et de sa puissance et poussa la présomption jus- 
qu'à pénétrer dans le sanctuaire même pour y brûler 
les parfums sur l'autel. Les prêtres l'avertirent du sa- 
crilège qu'il commettait. Il s'irrita de leurs remon- 
trances, mais aussitôt la lèpre apparut sur son front. Il 
dut sortir et resta lépreux [jusqu'à, sa mort. 11 ne lui fut 
plus permis de pénétrer dans le Temple. Confiné dans 
une demeure écartée, ménagée sans doute dans les dé- 
pendances de son palais, il cessa d'exercer ses fonc- 
tions royales et abandonna le gouvernement à son fils 
Joatham. Ainsi un roi même était obligé de se plier aux 
prescriptions de la loi mosaïque. IV Reg., xv, 5; II Par., 
xsvi, 16-21. — 6° Il n'est plus question de lépreux 
marquants jusqu'à l'époque évangélique. Quand Notre- 
Seîgneur eut commencé son ministère, il donna à ses 
Apôtres, en les envoyant en mission, le pouvoir de 
purifier (xaOapi'Çeie, mundate) les lépreux, Matth., 
x, 8, et lui-même indiqua cette purification (xada- 
psCovrai, mundantur) comme la preuve de son carac- 
tère de Messie. Matth,., xi, 5; Luc, vu, 22. — 7° Un 
jour, en Galilée, un lépreux qui avait entendu parler de 
ses miracles fit appel à sa puissance en disant : « Si 
vous voulez, vous pouvez me purifier (xa6apîa , at, niun- 
dare). » Et Jésus lui répondit : « Je le veux, sois guéri 
(xa8apfo9ir)Tt, mundare). » Matth., vin, 2-4; Marc, I, 
40-45; Luc, v, 12. — 8» Une autre fois, alors qu'il lon- 
geait la frontière de la Samarie et de la Galilée pour se 
rendre à Jérusalem, il rencontra dix lépreux qui se te- 
naient à distance, selon les prescriptions de la Loi, et 
vivaient probablement ensemble. Ils implorèrent sa 
bonté et le Sauveur leur commanda d'aller se montrer 
aux prêtres, qui avaient à constater leur état. Cf. Matth., 
vin, 4. Chemin faisant, ils furent purifiés (êxa9apio8ir)<rav. 
mundati sunt). Luc, xvn, 11-19. Il est à remarquer 
que, toutes les fois que les Évangélistes parlent des lé- 
preux, ils emploient le verbe xaôaptCeïv, qui d'ailleurs 
n'est pas classique et ne se trouve que dans les Sep- 
tante. Eccli., xxvm, 10. Pour les autres guérisons, ils 
se servent des verbes 8spaTOueïv,lâ<î()ai, sanare, curare. 
Matth., x, 8; xv, 30; Marc., m, 2; Luc, rv, 40; vin, 43; 
ix, 2; xxn, 51, etc. On n'est pas autorisé à conclure de 
ià que le Sauveur se contentait de mettre les lépreux en 
état d'obteDir leur purification légale, en arrêtant à le 
cours du mal, mais en leur laissant les déformations 
corporelles qui en étaient déjà résultées pour eux. Il 
est bien plus vraisemblable que sa bonté allait jusqu'à 
les guérir complètement, comme si la lèpre ne les avait 
jamais atteints. Le verbe xaOapiCeïv signifie seulement 
que la guérison avait pour conséquence une purifica- 
tion, qui rendait au lépreux le droit d'être reçu dans la 
société de ses semblables et d'échapper ainsi à cet iso- 
lement si dur auquel le condamnait son mal. — 9° A la 
veille de son entrée solennelle à Jérusalem, Notre-Sei- 
gneur prit son repas à Béthanie, chez Simon le lépreux. 
Matth., xxvi,- 6; Marc, xrv, 3. Simon n'était certaine- 
ment plus lépreux â cette époque; autrement il n'eût 
pu recevoir personne dans sa maison. Avait-il été guéri 



par le Sauveur? Il semble qu'en pareil cas, les Évangé- 
listes auraient mentionné le fait pour expliquer le titre 
de lépreux donné à Simon ; de même que saint Marc, 
xvi, 9, en parlant de Marie-Madeleine, rappelle que la 
divin Maître a chassé d'elle sept démons. Il paraît donc 
plus probable que Simon était un de ces lépreux dont 
le mal subit un de ces longs arrêts qui font croire à 
une guérison. — 10° Dans sa prophétie sur le Messie 
souffrant, Isaï, lui, 4, dit de lui : « Nous l'avons consi- 
déré comme frappé, ndgûa', puni par Dieu et humilié. » 
Les Septante traduisent ndgûa' par sv jtôvo), « dans la 
peine, » et la Vulgate par leprosus, « lépreux. » Cette 
dernière traduction s'appuie sur ce que la lèpre est plu- 
sieurs fois mentionnée dans la Sainte Écriture à titre de 
châtiment divin, comme c'est le cas de Marie, sœur de 
Moïse, de Giézi, d'Ozias, et qu'elle est désignée par le mot 
néga', « plaie. » Lev., xiv, 3, etc. En réalité, le Sauveur 
a été vraiment traité comme un lépreux, puisqu'il a été 
frappé par Dieu et mis hors de la société des hommes. 

IV. Lèpre des vêtements. — Par analogie, le législa- 
teur désigne sous le nom de lèpre certains phénomènes 
qui se produisent sur les vêtements ou sur les pierres. 
Ces phénomènes n'ont absolument rien de commun 
avec la lèpre humaine. — 1» Quand un vêtement de 
laine ou de lin, une peau ou un ouvrage de peau pré- 
sente une tache verdâtre ou rougeâtre, il faut le mon- 
trer au prêtre. Celui-ci l'enferme pendant sept jours et 
s'il remarque au bout de ce temps que la tache a grandi, 
c'est qu'il y a là une lèpre niam'érét, s'(i(j,ovoc, perseve- 
rans. L'objet doit être complètement brûlé. Lev., xm, 
47-52. Le mot mam'érët veut dire « pernicieux ». Il 
s'agit donc ici d'une sorte de moisissure capable de ren- 
dre nuisible l'usage de l'objet atteint. — 2° Si la tache 
examinée n'a pas grandi, le prêtre la fait laver et en- 
ferme l'objet pendant sept autres jours. Quand au bout 
de ce temps la tache, sans s'étendre, n'a pas changé 
d'aspect, c'est que l'étoffe ou la peau a été « entamée » 
dans sa substance, pehéfét, limipix'cai, infusa. Il tant 
encore brûler l'objet en pareil cas. Lev., xm, 53-55. — 
3" Si la tache est devenue pâle et continue à paraître, 
c'est une lèpre éruptive, porahaf, è$av8o0c7a, volatilis et 
vaga. On déchire alors la partie attaquée et on la brûle; 
le vêtement ou l'objet de peau est lavé de nouveau et 
peut servir comme auparavant. Lev., xm, 56-59. Les 
trois mots hébreux que nous avons cités caractérisent 
probablement trois espèces de moisissures bien con- 
nues en Palestine. Ces moisissures provenaient ordi- 
nairement de champignons microscopiques, surtout de 
mucorinées et de mucédinées, qui étendent progressive- 
ment leur action sur les étoffes et les peaux, et les pé- 
nètrent assez profondément pour n'être pas détruits par 
un simple lavage à l'eau. Les précautions imposées par 
la Loi intéressaient la santé publique et rentraient dans 
ce système général de pureté physique et légale, au 
moyen duquel le législateur voulait inculquer la pureté 
morale à son peuple. 

V. Lèpre des maisons. — Le législateur intervenait 
encore ici pour les mêmes raisons que quand il s'agis- 
sait des vêtements. Son intervention était d'autant plus 
nécessaire qu'il y avait parfois à faire subir au proprié- 
taire de la maison des dommages au-devant desquels il 
ne serait pas toujours allé dans le seul intérêt de sa 
santé. — 1° Dès qu'une sorte de lèpre apparaît sur les 
murs d'une maison, on doit avertir le prêtre qui fait 
aussitôt évacuer la maison et enlever le mobilier som- 
maire qu'elle contient, puis procède à l'examen des par- 
ties attaquées. S'il aperçoit des taches verdàtres ou rou- 
geâtres, formant une sorte de dépression à la surface 
du mur, il ferme la maison pour sept jours. Le septième 
jour, il renouvelle son examen. Si les taches se sont 
étendues, il prescrit différentes mesures : enlèvement 
des pierres atteintes, raclage des murs, remplacement 
des pierres enlevées par des pierres neuves et recrépis- 



487 



LÈPRE — LETHECH 



188 



sage de la maison. Lev., xiv, 34-42. — 2° Si malgré ces 
précautions le phénomène se reproduit, on se trouve 
en face d'une lèpre pernicieuse (mam'éret, e'[i(J.ovo;, 
perseverans). Il n'y a plus qu'à abattre la maison et à 
jeter tous ses matériaux hors de la ville, dans un en- 
droit impur. Ceux qui ont habité la maison ou y ont 
pris leur repas doivent laver leurs vêtements. Lev., xiv, 
43-47. — 3° Quand, à la suite des réparations, la mai- 
son parait complètement assainie, le prêtre la déclare 
pure. Il prend alors deux oiseaux, un morceau de bois 
de cèdre, un lien cramoisi et de l'hysope, et il pro- 
cède dans la maison à une aspersion absolument iden- 
tique à celle qui se fait pour la purification du lépreux. 
Voir col. 183. L'oiseau survivant est à la fin relâché dans 
les champs, en signe de la liberté rendue aux habitants 
de la maison. Lev., xiv, 48-53. — 4» D'après plusieurs 
auteurs, la lèpre des maisons ne serait autre chose que 
le salpétrage de leurs murs. Dans les lieux humides et 
exposés aux émanations des animaux, il se forme en 
eflet, sur le calcaire des constructions, du nitre ou sal- 
pêtre qui a une certaine ressemblance extérieure avec 
la lèpre. Cette production de nitre présente de sérieux 
dangers pour la santé, moins par elle-même qu'à rai- 
son de l'humidité qui en est la cause. Cependant il est 
difficile d'admettre que le texte sacré fasse ici allusion 
au salpétrage des murs. Le salpêtre est d'un gris blanc, 
tandis qu'il est question dans le texte de taches verdâ- 
1 très ou rougeâtres. Lev., xiv, 37. Les taches qui ont ces 
colorations proviennent ordinairement des lichens 
(XeiXV, dartre), sortes de dartres végétales qui se déve- 
loppent sur toute espèce de support, spécialement sur 
les pierres humides. Les lichens sont des thallophytes 
qui tiennent à la fois de l'algue et du champignon. Cf. 
Hy, Observations sur la nature des lichens, dans le Con- 
grès scientif. internat, des catholiques, Paris, 1888, t. I), 
468-479. Leur nature comporte bien le développement et 
les colorations que v mentionne le texte sacré. Il est dit, 
il est vrai, que la lèpre des maisons forme des 
seqà'ârûrôt, y.oi).dc8s;, valliculss, des creux, Lev., xiv,37, 
taudis que les lichens ont plutôt l'aspect de croûtes. La 
même observation s'applique au salpétrage. Mais comme 
ensuite il est question de terre grasse, 'àfâr, xoSc> pul- 
vis, ou mortier dont on enduit la muraille, Lev., xiv, 42, 
45, il y a lieu de penser que le lichen, en végétant sur la 
pierre même, en faisait détacher l'enduit et ainsi se 
présentait en creux. Les espèces de lichens qui s'atta- 
quent aux murailles humides sont surtout la lepraria 
flava, qui est verdàtre, la leproplaca xantholyta et le 
leproloma lanuginosum. Les mêmes apparences sont par- 
fois produites par des champignons, ou par des algues 
filàmenteu ses ou cellulaires à coloration rouge. 

H. Lesêtre. 
LÉPREUX (hébreu : mesora'; Septante : ),s7rp<Sî, 
Lev., xiv, 2, etc.; XeXeTtpiottévo;, IV Reg., v, 1, 27; xv, 
5; ).ETtpwaa [conctraction de Xezpiouerot, dit de Marie, 
sœur de Moïse}, Num.,xii, 10; Vulgate : leprosus), ce- 
lui qui est atteint de la lèpre. Pour les lépreux mention- 
nés dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, voir 
Lèpre, m, col. 184. 

LÉSA (hébreu :Li'Sa'; a la pause: LdSa'; « fissure, » 
d'après Gesenius, Thésaurus, p. 764; Septante : Aao-â), 
ville à l'est de la mer Morte. Elle est nommée une seule 
fois par l'Écriture, dans rémunération des frontières 
du pays qu'habitaient les Cliananéens. Gen., x, 19. 
D'après la tradition ancienne, attestée par le Targum 
de Jonathan (le texte porte >rn*Tp, mais il faut lire >mbp), 
par le Targum de Jérusalem et par saint Jérôme, Quœst. 
in Gen,, x, 19, t. xxni, col. 321, Lésa se trouvait sur le 
site ou dans le voisinage de Callirhoé. Callirhoé .devint 
Célèbre vers le commencement de notre ère par ses eaux 
thermales, que de nombreux exégèies croient être les 
«. eaux chaudes » dont parle la Genèse, xxxvi, 2i. On 



n'a aucune raison de rejeter la tradition juive. Voir 
Callirhoé, t. n, col. 69. 

LE SAVOUREUX Eugène, exègète protestant, né à 
Paimbeuf (Loire-Inférieure), le 2 novembre 1821, mort 
à Meschers près de Royan (Charente-Inférieure), le 
13 juillet 1882. Né catholique, il était devenu protestant 
et ministre calviniste. On a publié de lui, après sa mort, 
Études historiques et exégétiques sur l'Ancien Testa- 
ment, avec une Préface de J.-F. Astié (qui raconte la 
vie de l'auteur), in-12, Paris, 1887; Le prophète Joël, 
introduction critique, traduction et commentaire, pu- 
blié d'après les notes d'E. Le Savoureux par A.-J. Baum- 
gartner, in-4", Paris, 1888. V Encyclopédie des sciences 
religieuses de Lichtenberger contient un article de Le 
Savoureux : Massore, t. vm, 1880, p. 774-786. 

LESCALOPIER Pierre, jésuite français, né à Paris 
le 27 octobre 1608, mort à Dijon le 6 août 1673. Après 
avoir professé les humanités à Charleville et à Pont-à- 
Mousson, la rhétorique à Reims, il professa pendant 
treize ans l'Écriture Sainte à Dijon. Il nous reste de lui 
un pieux et savant commentaire sur les Psaumes : Scho- 
lia seu brèves elucidationes in librwni Psalmorum in 
usum et commodum omnium qui Psalmos cantant vel 
récitant, ut quse difficilia sunt intellîgant. Adduntur 
scholia in Cantica Breviarii romani, auctore Stephano 
Thiroux Societatis Jesusacerdote. Lyon, 1727. Quelques- 
uns ont cru que l'ouvrage entier était du P. Thiroux, 
mais l'explication seule des hymnes du bréviaire lui 
doit être attribuée. P. Bliard. 

LÉSEM (hébreu : Lésém; Septante, manque dans 
l'édition sixtine; Complute : Aserév; Alexandrinus : 
AEeré[/., A^aevêâv), forme particulière du nom de Laïs, 
appelée depuis Dan, dans Jos., xix, 47, où on la trouve 
deux fois. Voir Dan 3, t. n, col. 1240. 

LÉTHECH (hébreu : lé(ék), mesure de grains. L'éty- 
mologie de ce mot est inconnue. 11 n'est mentionné 
qu'une fois dans la Bible, Ose., m, 2 : « Je l'achetai (une 
femme) quinze sicles d'argent, un hômér. d'orge et 
un léiék d'orge. » Les Septante ont traduit : véêeX 
oïvou, « une outre de vin ; » la Vulgate : « un demi-cor 
d'orge. » Josèphe ne cite pas cette mesure dans ses 
ouvrages. Saint Jérôme,/»» Ose., I, m, t. xxv, col.842, se 
contente de dire : « Pour une outre de vin, on lit en 
hébreu : léthech seorim, mots que les autres interprètes 
ont traduit T)(j.(Kopov d'orge, c'est-à-dire la moitié d'un 
cor, ce qui fait quinze boisseaux. » Dans son Demensuris 
ac ponderibtis, saint Épiphane, t. xlhi, col. 273, lui 
attribue aussi la valeur de quinze boisseaux; selon lui, 
le mot léthech signifie Eîtapua, « élévation, » parce 
qu'un jeune homme peut lever quinze boisseaux et les 
placer sur un âne. Il dit encore qu'on appelle égale- 
• ment cette mesure le gomor, ou plutôt le grand gomor, 
car le petit gomor ne vaut d'après lui que douze bois- 
seaux. Cf. Frd. Hultsch, Metrologicorum scriptorum 
reliquise, Leipzig, 1864-1866, p. 260-261. Les rabbins ont 
vu dans le léféh la moitié du hômér et répété les 
explications de saint Épiphane sur le sens de ce mot, 
mais de plus ils l'ont assimilé à Vardeb arabe qu'ils 
appellent ardôb. Waser, De antiquis mensuris Hebrœ- 
orum, Heidelberg, 1610, p. 85-87. Partant de cette 
assimilation et de la valeur relative qui lui est généra- 
lement attribuée, M. E. Révillout, dans la Revue ègypto- 
logique, t. Il, 1882, p. 190, voit dans le léfék la mesure 
hébraïque correspondant, pendant la période des Pto- 
lémées, à la grande mesure thébaine ardeb, qui est 
la moitié du double ardeb, comme le léthech' est la 
moitié du cor, mais cette opinion n'est qu'une hypothèse. 
En tout cas, le léfék ne rentre pas dans le système^ 
sexagésimal qui est à la base du système des mesures. 



489 



LÉTHECH — LETTRE 



190 



hébraïques. Saint Jérôme, saint Épiphane et les rabbins 
n'ont eu, semble-t-il, d'autre raison pour lui attribuer 
la valeur d'un demi-cor (ou Ifômér) que la position du 
mot dans la phrase d'Osée. Cette absence de données 
positives et la djvergence des Septante permettent de se 
demander si le léték est véritablement une mesure déter- 
minée. S'il l'est et s'il vaut un demi-cor, sa contenance 
est de 194 lit. 40 ou de 181 lit. 80, selon la valeur qu'on 
reconnaît au cor.^ Voir Cor, t. u, col. 955. 

F. Martin. 

1. LETTRE, caractère d'écriture. Le rabbin Sadaja 
a compté combien de fois chaque lettre de l'alphabet 
hébreu est employée dans l'Ancien Testament : s, 42377; 
3, 38218; i, 29537"; i, 32530; n, 47554; i, 76922; t, 22867; 
n, 23447 ; b, 11052; >, 66420; =, 48253; h, 41514 ; n, 77778; 
3, 41696; d,13580; y, 20175; a, 22725; s, 21822; p, 22972; 
-i, 22148 ;ur, 32148; n, 59343. Dans I. Jaquelot, Disser- 
tations sur l'Existence de Dieu, in-4°, La Haye, 1697, 
p. 13. Voir Alphabet, t. i, col. 402; Écriture, t. n, 
col. 1573. Voir aussi le nom de chaque lettre. — Le mot 
Ypi[i|ia, Mitera, est employé dans le sens de caractère 
alphabétique, — 1» dans Luc, xxm, 38, où il est dit que 
le titre de la croix du Sauveur fut écrit en lettres grec- 
ques, latines et hébraïques; — 2° d'après plusieurs com- 
mentateurs, dans Gai., vi, 11, où saint Paul dit : «Voyez 
avec quels caractères (quelle écriture) je vous ai écrit. » 
D'autres expliquent ces mots en ce sens : « avec quelle 
main ferme » ou « quelle longue lettre ». — 3° Dans 
Rom., n, 27, 29; vu, 6, la « lettre » est opposée à 1' « es- 
prit ». -*- 4° Dans Joa., vu, 15; II Tim., ni, 15, t« ypôjji- 
(iona désignent la Sainte Écriture. —5» Dans Act., xxvi, 
21, cette même expression signifie la science, les con- 
naissances humaines consignées dans des écrits. — 
6° Enfin « lettre » se dit d'un écrit quelconque, Luc, 
xvi, 6, et spécialement d'une missive. Act., xxvm, 21. 

2. LETTRE MISSIVE (hébreu : sêfér, II Sam. (Reg.), 
xr, 14-15; I (III) Reg., xxi, 8, 9, U; II (IV) Reg., x, 
1-7; xix, 14; xx, 12; II Par., xxxn, 17; etc., miketâb, 
Il Par., xxi, 12; Esther, vin, 13; 'igérét, 1 Esd., v, 6; 

II Esd., n, 7-9; Esther, ix-26-29; niStevân, I Esd., îv, 
7, 18. Septante :piê).iôv, II Reg.,xi, 14, 15; III Reg., xxi, 
8-9, n, etc. ; Ypâçm, II Par., xxi, 12; àx-uypoeçov, Esther, 
vm, 13; imaxo).^, II Par., xxx, 1; Act., xv, 30; xxin. 
25, etc.; Vulgate : Epistola, II Reg., xi, 14-15; II Par., 
xxxn, 17, etc.; Act., xv, 30; xxm, 26, etc.; littéral. 
IV Reg., x, 1-7; xix, 14; II Par., xxi, 12, etc.), commu- 
nication envoyée par écrit à un correspondant. 

I. Lettres missives chez les Juifs. — 1» Dans l'Ancien 
Testament. — La première lettre dont il soit question 
dans la Bible est celle que David envoya à Joab et dans 
laquelle il lui ordonnait de placer Urie à un poste où il 
dût trouver la mort. Urie lui-même fut chargé par le 
roi de remettre cette lettre. IIReg.,xi, 14. On comprend 
trop pourquoi David n'avait pu faire transmettre orale- 
ment cet ordre. La réponse constatant l'exécution fut 
faite de vive voix. — C'est la même nécessité du secret 
qui explique l'envoi de la lettre par laquelle Jézabel 
demandait aux anciens et aux magistrats de Jezrahel un 
faux témoignage contre Naboth, afin de le faire condam- 
ner à la lapidation et de s'emparer de sa vigne. La reine 
scella la lettre du sceau de son mari, le roi Achab. 

III Reg., xxi, 8. Du même caractère sont les lettres de 
Jéhu réclamant des chefs d'Israël, des anciens et des 
gouverneurs des fils d' Achab, le massacre des soixante- 
dix fils de ce roi. IV Reg., x, 1-7, Dans des conditions 
différentes, le prophète Êlie envoya une lettre au roi 
Joram, pour lui annoncer que Dieu le châtierait de son 
impiété et de ses crimes. II Par., xxi, 12. Ézéchias écri- 
vit à Éphraïm et à Manassé pour les engager à venir faire 
la Pàque à Jérusalem. II Par., xxx, 1. À l'époque de la 
captivité appartient la lettre de Jérémie aux exilés 
de Babjlone. Jer., xxix, 1-32. Il y est fait mention 



d'une autre lettre envoyée par le faux prophète Séméia, 
au peuple de Jérusalem et aux prêtres. Jer., xxix, 27-29. 
Jusqu'à cette époque le terme usité dans la Bible 
pour désigner une lettre est celui de sêfér, (iiëXîov, « li- 
belle, » ou mikpâb, Y,oâp?), « écriture, » et c'est le con- 
texte seul qui montre qu'il s'agit d'une lettre missive. 

II est quelquefois fait mention du sceau qui sert à lui . 
donner un caractère d'authenticité et à empêcher qu'elle 
ne soit lue par d'autres que par le destinataire. 

III Reg., xxi, 8. Après la captivité, nous voyons appa- 
raître des termes plus précis et empruntés à la langue 
des peuples avec lesquels les Juifs étaient en relations. 
Tels sont le mot 'igérét emprunté à l'assyrien ou au 
persan et le mot d'origine persane nisfevdn. Mardo- 
chée et Esther écrivirent aux Juifs dispersés dans les 
127 provinces du royaume perse, pour les inviter à célé- 
brer la fête des Phurim, en souvenir de leur délivrance 
et du châtiment d'Aman. Esther, ix, 27, 29-30. De 
l'époque des Machabées datent la lettre des habitants 
de Galaad à Judas pour lui demander des secours contre 
les peuples voisins. I Mach., v, 10-14. La Bible ne nous 
donne aucun renseignement surla matière qu'employaient 
les Juifs pour leurs lettres missives. Il est vraisem- 
blable qu'ils se servaient des mêmes que les peuples 
avec lesquels ils étaient en relations aux diverses pê~ 
riodes de leur histoire. 

2° Lettres dans le Nouveau Testament. — Le Nou- 
veau Testament ne mentionne aucune lettre de Notre- 
Seigneur. La lettre à Abgar, roi d'Édesse, est apocryphe. 
Voir ABGAR, t. i, col. 37. Cf. Dictionnaire d/archëologie 
et de liturgie, t. i, col. 87. Dans les Actes, xv, 23-29, 
se trouve une lettre des Apôtres, écrite après le concile 
de Jérusalem, aux chrétiens d'Antioche et de Cilicie. 
— Les Juifs de Jérusalem étaient en correspondance 
avec les communautés de la dispersion. C'est pourquoi 
lorsque saint Paul vint à Rome, ses compatriotes lui 
dirent qu'ils n'avaient pas reçu de lettres à son sujet» 
Act., xxvm, 21. 

Les Épltres des Apôtres sont rédigées à la manière 
des lettres ordinaires. Elles commencent, à l'exception 
de l'Épître aux Hébreux et de la première Épltre de 
saint Jean, par le nom de ceux qui les ont écrites, et 
leur salut aux destinataires ; ce salut est un souhait de 
grâce et d3 paix au nom de Jésus-Christ. Rom., 1, 1-7; 
I Cor., i, 13; II Cor., i, 1-2; Gai., i, 1-5; Eph., i, 1-2; 
Phil.,1, 1-2; Col., i, 1-2; IThess., i,l; II Thess., i, 1-2; 
I Tim., î, 1-2; II Tim., I, 1-2; Tit., I, 1-4; Phil., i, 1-3; 
Jac, I, 1; I Pet., î, 1-2; II Pet., I, 1-2; II Joa., 1-3; 
III Joa., 1; Jud., 1-2 L'auteur aborde ensuite le sujet 
qu'il veut traiter. Il parle à la première personne 
tantôt au singulier, tantôt au pluriel. Dans les lettres 
profanes que nous possédons, dans celles de Cicé- 
ron, par exemple, les deux nombres sont de même 
indifféremment usités. Lorsque le rédacteur de la 
lettre a terminé ce qu'il veut dire, il conclut par de- 
nouvelles salutations à ses correspondants. Comme 
celles du début, ce sont des bénédictions et des priè- 
res. Rom., xvi, 1-27; I Cor., xvi, 19-24; II Cor., xih, 
13; Galat., vi, 18; Eph., vr, 23-24; Phil., iv, 20-23; 
Col., iv, 18; 1 Thess., v, 25-28; II Thess., m, 17-18; 
I Tim., vi, 21; II Jim., iv, 18-22; Tit., m, 15; Phil., î, 
23-25; Heb., xiii, 20-25; I Pet., v, 12-14; II Pet., m, 
18; II Joa., 13; III Joa., 14 (grec, 15); Jud., 20-25. Sou- 
vent aux salutations de l'auteur sont jointes celles de 
ceux qui sont en ce moment auprès de lui. Rom., xvi, 
16-21-23; I Cor., xvi, 19-20; II Cor., xni, 12; Phil., iv, 
22; Col., iv, 7-14; Phil., 24; Heb., xm, 24; I Pet., V; 
13; II Joa., 13; III Joa., 14 (grec, 15). Les Apôtres se 
servaient de secrétaires pour écrire leurs Épitres; plu- 
sieurs d'entre eux sont nommés, ce sont Tertius, pour 
saint Paul, Rom., xvi, 22; Silvain, pour saint Pierre. 
I Pet., v, 12. Voir Silvain, Tertius. Saint Paul ajoute 
parfois une phrase écrite de sa propre main; ce salut 



191 



LETTRE 



482 



autographe est sa signature. I Cor., xvi, 21; Col., iv, 18; 
II Thess., m, 17. L'Épitre aux Galates est écrite de sa 
propre main, d'après le sens le plus naturel de la 
phrase; il fait remarquer la grosseur des caractères. 
Gai., VI, 11. Une fois, le secrétaire ajoute son salut à 
celui de l'Apôtre. Rom., xvi, 22. Les Apôtres faisaient 
porter leurs lettres par leurs disciples; il est plusieurs 
fois question dans les Actes et dans les Épttres de ces 
envoyés. Jude, Barsabas et Silas sont chargés, avec Paul 
et Barnabe, de la missive de l'Assemblée de Jérusalem 
aux chrétiens d'Antioche et de Cilicie. Act., xv, 22, 27. 
Tychique porta l'épître aux Éphésiens, Eph., \i, 21; et 
avec Onésime, celle aux Colossiens. Col., IV, 7-8. — Nous 
n'avons aucun renseignement sur la matière dont se 
servaient les Apôtres. Ils usaient, selon toutes les vrai- 
semblances, de papyrus ou de parchemin comme le fai- 
saient les Grecs et les Romains de leur temps. Saint 
Jean mentionne seulement l'encre et le roseau avec les- 
quels 11 écrit. III loa., 13. Cf. J. Marquardt, La Vie 
privée des Romains, trad. fr., t. h (Manuel des anti- 
quités romaines de Th. Mommsen et J. Marquardt, 
t. xv), in-8», Paris, 1893, p. 476-498. 

II. Les leitres missives chez les peuples en rela- 
tions avec les Juifs. — 1° Égyptiens. — L'usage de 



émanent de rois de l'Asie occidendale, d'autres d'offi- 
ciers égyptiens gouverneurs de villes dont plusieurs 
sont nommés dans la Bible, par exemple, Gébal ou 
Byblos. A Guide to ttie Babylonian and Assyrian anli- 
quities (British Muséum), in-8", Londres, 1900, p. 160. 
n. 12-25; p. 164, n. 45; voir Gébal 1, t. m, col. 138; 
Tyr, p. 162, n. 28-31, voir Tïr; Accho, p. 162. n. 32; 
voir Accho, t. I, col. 108; Gézer ou Gazer, p. 165, 
n. 49-51, voir Gézer, t. m, col. 126; Ascalon, p. 165, 
n. 52-54; Gaza et Joppé, p. 166, n. 57; cf. p. 167, n. 71, 
voir Gaza, t. m, col. 118; Joppé, t. m, col. 1631 ; voir La- 
cbis, col. 13; A. Delattre, Proceedings of the Society of 
Biblical Archeeology, t. xin, 1891, p. 319. Cf. ïbid., 
p. 215, 219, 233, 317, 322, d'autres lettres où il est ques- 
tion de la Palestine et des pays environnants. Quel- 
ques lettres sont relatives aux guerres du roi de Jéru- 
salem, Abdikhipa contre les chefs des cités voisines, 
Zimmern, Palâstina um der Jahr 1400 n. Ch. nach 
neuen Quellen, dans la Zeitschrift des deustchen Palâs- 
tina Vereins, t. xm, 1890, p. 142. Une lettre d'un gou- 
verneur d'un district de Palestine est adressée aux rois 
de Canaan, A Guide, p. 166, n. 58. Les lettres de Tell 
el-Amarna contiennent des gloses où l'on rencontre 
souvent des mots palestiniens pour expliquer leurs 






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53. — Scribes égyptiens. Saqara, V dynastie. D'après Lepsius, Denkmàler, Abth. II, pi. 62. 



la lettre missive date de la plus haute antiquité chez les 
Égyptiens. Les monuments nous représentent des scribes 
occupés â plier des lettres et à les cacheter (fig. 53). 
Lepsius, Denkmàler aus Aegypten, in-f°, Berlin, 1850- 
1858, t. H, pi. 9, 51, 56 a bis. Un grand nombre de ces 
lettres existent dans les musées ; ce sont des rouleaux 
de papyrus, liés d'un cordon et cachetés d'un sceau 
d'argile. Letronne, Papyrus grecs du Louvre, in-4°, 
Paris, 1838, p. 408. Au dos sont inscrits des noms pro- 
pres, accompagnés de titres religieux ou civils. Le roi 
et les fonctionnaires faisaient parvenir ces missives par 
des courriers réguliers, les riches employaient dans le 
même dessein leurs esclaves, les pauvres attendaient une 
occasion. La lettre contenait d'abord le nom de celui qui 
écrivait, puis un hommage au destinataire et des sou- 
haits religieux. Le contenu propre de la lettre était pré- 
cédé de ces mots: «il y a que. » Elle se terminait par un 
salut. Ces formules pouvaient s'allonger à volonté. Le 
style épistolaire était cultivé par les Égyptiens à un si 
haut degré qu'il était devenu un genre littéraire et que 
plusieurs traités ont été rédigés en forme de lettres. 
G. Maspero, Du genre épistolaire chez les anciens 
Égyptiens, in-8», Paris, 1872; A. Lincke, Beitrâge zur 
Kentniss der altâgyptischen Briefliteratur, in-8", Leip- 
zig, 1879. En 1887, on a découvert à Tell el-Amarna, 
dans la Haute Egypte, environ 320 lettres ou fragments 
de lettres adressées principalement à Aménophis III et 
à son fils Aménophis IV, vers 1508-1450 avant J.-C. Ces 
lettres sont écrites en caractères cunéiformes et pour la 
plupart en babylonien. Un certain nombre de ces lettres 



équivalents babyloniens. Elles commencent toutes par 
des formules de salutations qui varient suivant les per- 
sonnages qui les écrivent. Les rois appellent le roi 
d'Egypte leur frère et lui envoient leurs compliments à 
lui, à ses femmes, à ses parents et leurs sincères félici- 
tations au sujet de ses chevaux et de ses chars. Les 
gouverneurs ou les autres officiers royaux se proclament 
la poussière de ses pieds, le sol qu'il foule, et se préci- 
pitent sept fois aux pieds de leur seigneur, soleil du 
ciel, en se roulant sur le ventre et sur le dos. C'était 
donc un échange perpétuel de lettres entre les petits 
souverains voisins ou vassaux du roi d'Egypte et ce 
prince. La correspondance des rois d'Ethiopie se faisait 
sur papyrus et en égyptien, celle des rois d'Asie en 
caractères cunéiformes et sur des tablettes d'argile sé- 
chée. Les scribes de la cour égyptienne traduisaient 
ces dépêches. Les courriers auxquels on confiait les 
lettres étaient de très petits personnages, mais pour les 
missives importantes on avait recours aux messagers 
du roi, qui portaient les titres de messagers pour les 
régions du midi ou pour les régions du nord, selon 
qu'ils connaissaient les langues de l'Afrique ou celles de 
l'Asie. Quelques-uns s'appelaient messagers pour toute 
contrée. Le roi d'Egypte leur confiait parfois des pou- 
voirs très étendus. G. Maspero, Histoire ancienne des 
peuples de l'Orient classique, in-4», Paris, 1897, t. il, 
p. 275-276. Voir Courrier, t. n, col. 1089; British Mu- 
séum, a Guide to the Babylonian and Assyrian anti- 
quities, in-8", Londres, 1900, p. 153-168, n. 1-86; 
Winckler-Abel, Der Thontafelfund von El Amarna, 



193 



LETTRE 



194 



im Umschrift und Vebersetzung mit Anmerkungen, 
in 8°, Berlin, 1896. La traduction en français de ces 
lettres a été publiée par J. Halévy, dans le Journal 
asiatique, t. xvi-xx, 1890-1802, et Revue sémitique, 1. 1 
et II, 1899-1894, et par Delattre, dans les Proceedings of 
the Society of Biblical Archseology, t. xm-xv, 1891-1893. 
Cf. Delattre, La correspondance asiatique d'Améno- 
phis III et d'Amenophis IV, dans la Revue des ques- 
tions historiques, t. liv, 1893, p. 353-388. 

2» Assyriens, Babyloniens et Syriens. — La Bible 
mentionne une'lettre de Sennachérib à Ézéchias. Elle 
n'en donne pas le contenu, mais dit qu'elle fut portée 
par des messagers. IV Reg., xix, 14. Le roi de Baby- 
lone, Mérodach-Baladan, envoya également par des mes- 




64. — Lettre assyrienne 'eDfermée dans son enveloppe. 
D'après une photographie. 

sagers à Ézéchias une lettre à l'occasion de sa maladie. 
IV Reg., xx, 12. Il est aussi question d'une lettre de 
Bénadad, roi de Syrie, à Joram, roi d'Israël, pour lui 
demander la guérisondeNaaman, général de son armée. 
IV Reg., v, 5-7. 

L'organisation de messageries chez les Assyriens paraît 
remonter aux temps les plus reculés. On a découvert à 
Tell-Loh des monceaux de briques portant le sceau de 
Sargon I er , des marques de petites cordes et, sur la sur- 
face extérieure, à côté du sceau royal, les noms des gens 
à qui étaient adressés les messages. M. H. V. Hilprecht 
a trouvé à Nippour une lettre proprement dite qu'il fait 
remonter à 2300 avant J.-C. ; elle est scellée et adressée 
à Lustamar et encore renfermée dans son enveloppe, 
fig. 54. Die Ausgrabungen im Bêl-Tempel zu Nippur, 
in-8», Leipzig, 1903, p. 62. On a découvert un certain 
nombre de lettres qui remontent à environ l'an 2200. 
Elles datent des règnes d'Hammourabi et de ses succes- 
seurs. Ces lettres sont écrites sur des tablettes oblongues 
d'argile. Quand elles avaient été écrites, on les enfer- 
mait dans une enveloppe également de brique, après 

DICT. DE LA BIELE. 



les avoir saupoudrées de poussière de la même matière, 
pour empêcher le contact. L'enveloppe extérieure assu- 
rait le secret de la lettre et portait le nom et l'adresse 
du destinataire. Au moment de la découverte, quelques- 
unes de ces lettres étaient encore dans leur enveloppe 
et par conséquent n'avaient pas été lues. British Mu- 
séum, A Guide, p. 114. Les tablettes sont écrites en 
caractères cursifs et réglées horizontalement avec un 
stylet. Chacun des rois faisait écrire ses lettres par un 
seul scribe, car elles sont toutes de la même main pour 
le même prince. La plupart de ces messages se rappor- 
tent à l'administration de l'empire, mais il y a aussi 
des lettres de particuliers et les détails qui sont donnés 
sur les affaires commerciales et sur les incidents de la 
vie privée, prouvent que l'usage des lettres missives était 
courant. Les particuliers avaient aussi recours à des scri- 
bes, à qui ils dictaient leurs lettres. Les dépêches de 
cette collection sont d'un style bref et les formules ini- 
tiales ou finales qu'on trouve dans celles de Tell el- 
Amarna ne s'y rencontrent pas. L. W. King, The letlers 
and despatches of Hammurabi, together with other offi- 
ciai and private correspondance, in-8°, 1898-1900. Dans 
Luzac's Semitic Text and translation séries, t. n, m 
et vin, voir en particulier, t. vin, 1900, introduction, 
p. xxi-xxiv; British Muséum, A Guide, p. 114, 118-124, 
n. 36-105. Une autre collection de lettres trouvées à 
Koyoundjik date des temps de Sennachérib, d'Asarhad- 
don et de ses fils. Elles se rapportent elles aussi à des 
affaires publiques et privées. On y rencontre quelques 
longues formules de salut au début et quelquefois une 
courte salutation à la fin. R. F. Harper, Assyrian and 
Babylonian letlers belonging lo the Koyoundjick col- 
ection of the British Muséum, in-8°, Chicago, 1892- 
1900; British Muséum, A Guide, p. 56-63, n. 104-105; 
Fr. Martin, Lettres assyriennes et babyloniennes, 
dans la Revue de l'Institut catholique, 1901, p. 403-443. 
3° Perses. — Les rois de Perse communiquaient 
leurs instructions parlettres.il est question dans le livre 
d'Esther de dépêches envoyées par Assuérus aux satrapes, 
aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces de son 
empire, pour signifier à ses officiers la permission ac- 
cordée aux Juifs par les rois de se rassembler, pour 
défendre de les attaquer et de piller leurs biens. Ces 
lettres contenaient une copie de l'édit du roi en faveur 
des Juifs. Elles étaient écrites par les scribes ou secré- 
taires du roi dans la langue de chacune des provinces et 
pour les Juifs en écriture et en langue hébraïques. 
Esth., vin, 9-13. Elles étaient scellées avec l'anneau du 
roi. Esth., vm, 10. Des courriers montés sur des che- 
vaux et des mulets portèrent ces lettres à leur destina- 
tion. Esth., vm, 10, 14. Voir Courrier, t. n, col. 1089. 
— Lorsque les Juifs à la suite de l'édit de Cyrus recons- 
truisirent Jérusalem, les chefs des colons établis dans 
ce pays écrivirent aux rois de Perse, Assuérus et Ar- 
taxerxès, pour se plaindre d'eux. I Esd., îv, 6-23. La 
lettre écrite à Artaxerxès fut transcrite en langue et en 
caractères araméens. I Esd., iv, 7. Une autre missive 
fut envoyée par le gouverneur pour informer Darius 
des travaux entrepris et lui demander si réellement un 
édit de Cyrus avait donné l'autorisation dont se préva- 
laient les Juifs. I^Esd., v, 6-17. Le roi leur répondit 
affirmativement. I Esd., vi, 6-12. Un peu plus tard Ar- 
taxerxès écrivit à Esdras pour lui confirmer l'autorisa- 
tion donnée par ses prédécesseurs. I Esd., vu, 21-26. 
Dans la transcription de ces lettres la Bible abrège les 
préambules. Josèphe, Ant. jud., XI, i, 3; n, 1, 2, 8; 
m, 7;rv, 9; v,l, publie aussi toute cette correspondance 
à laquelle il ajoute quelques autres lettres. L'étiquette 
demandait que les lettres fussent fermées, c'est pour- 
quoi Néhémie, II Esd., vi, 5, mentionne comme une 
impolitesse le fait que Sanaballat lui envoie une lettre 
ouverte par son serviteur. Néhémie avait fait placer 
dans la bibliothèque, où il conservait les Livres Saints, 

IV. - 7 



495 



LETTRE 



LEUSDEN 



196 



les lettres des rois, c'est-à-dire les édits de Cyrus, de 
Darius et d'Artaxerxès, autorisant les Juifs â reconstruire 
Jérusalem et le temple. II Mach., n, 13. 

4° Grecs. — Le roi de Sparte Arius écrivit au grand- 
prêtre Onias une lettre dans laquelle il qualifiait les 
Juifs de frères des Spartiates. I Mach., xii, 7. Une autre 
lettre fut adressée par les magistrats de Sparte à Si- 
mon. I Mach., xrv, 20-25. Voir Arius, t. i, col. 965; 
Lacédémoniens, col. 7. Il est aussi fréquemment ques- 
tion de lettres envoyées par les Séleucides ou par leurs 
officiers. Alcime écrit à ses partisans pour les exhor- 
ter à s'emparer de Jonathas. I Mach., IX, 60. Démétrius 
I er Soter écrit à Jonathas pour faire la paix avec 
lui. I Mach., x, 3. Le roi Alexandre fait de même. 

I Mach., x, 17. Les lettres de Démétrius à Jonathas sont 
citées intégralement. I Mach., xi, 29-37; xm, 35-40. Il 
en est de même de la lettre d'Antiochus V Eupator aux 
Juifs, II Mach., ix, 19-27; de celle de Lysias aux Juifs, 

II Mach., xi, 16-21, et de celles d'Antiochus V à Lysias, 
xi, 22-25 et aux Juifs, 26-33. Ces lettres commencent 
par une salutation très courte, par exemple : « Le roi 
Alexandre à son frère Jonathas, salut, » I Mach., x, 17; 
.xi, 29; xm, 35; II Mach., xi, 16, 22; « Aux excellents 
citoyens Juifs grand salut, portez-vous bien et soyez 
heureux, le roi et prince Antiochus. » II Mach., ix, 19. 
Parfois il y a une salutation finale: « Portez-vous bien. » 
II Mach., xi, 21, 33. Quelques-unes sont datées après ce 
dernier mot. II Mach., xi, 21, 33. Une seule lettre 
émane des Lagides, celle de Ptolémée VII Physcon à 
Antiochus VII Sidète, pour lui demander des secours 
contre Jean Hyrcan. I Mach., xvi. Josèphe, Ant. 
jud., XII, iv, 10, nous donne quelques détails sur la 
lettre d'Arius. Elle commence par le salut ordinaire. 
Elle était écrite en caractères carrés et le sceau repré- 
sentait un aigle, supporté par un dragon. Le même his- 
torien donne le texte de lettres échangées entre les 
Ptolémées et divers correspondants relativement aux 
affaires de Palestine : lettres de Ptolémée II Philadelphe 
et d'Éléazar, au sujet de la traduction des Septante, 
Josèphe, Ant. jud., XII, n, 4-5; lettre d'Antiochus III le 
Grand à Ptolémée IV Philopator, XII, iii, 3; du même à 
Xeuxis, gouverneur de Phrygieetde Lydie, XII, m, 4; d'un 
certain Josèphe aux Alexandrins, XII, iv, 8; d'Alexandre 
à Jonathas, XIII, n, 2; d'Onias à Ptolémée et à Cléopâtre, 
XIII, il, 4; réponse de Ptolémée à Onias, XIII, m, 2; 
lettre de Démétrius à Jonathas, XIII, iv, 9; lettre de Jo- 
nathas aux Lacédémoniens, XIII, v, 8. Les salutations pla- 
cées en tête de ces lettres sont courtes et simples comme 
celles qui sont dans les lettres de la Bible. Nous n'avons 
pas ici à discuter l'authenticité de ces documents. 

Le musée du Louvre possède un certain nombre de 
lettres écrites sur papyrus et datant de l'époque des 
Ptolémées, qui nous donnent une idée exacte de la fa- 
çon dont étaient rédigées les lettres missives à cette 
époque et de leur forme matérielle. Théod. Deveria, 
Catalogue des manuscrits égyptiens, in-12, Paris, 1881, 
p. 234-248, xiv, 3, 5, 7, 8, 9, 11, 12, 13, 16-27, 29-40. Les 
n. xiv, 34-36, sont des billets roulés et fermés par un 
fil de papyrus sur lequel était appliqué le cachet. Le 
nom du destinataire est écrit au verso, comme dans la 
lettre du n» 34 (inventaire n» 2366) adressée par Sara- 
pion le 21 d'épiphi de l'an 28 de Philométor (145 avant 
J.-C.) à Ptolémée et à Apollonius (flg. 55). 

5° Romains. — Les livres des Machabées citent plu- 
sieurs lettres émanant de magistrats romains. Ce sont 
1» la lettre de Lucius, adressée au roi Ptolémée VII 
Physcon et à tous les peuples en relations avec les Juifs, 
pour leur demander leur bienveillance envers ce peuple, 
devenu allié de Rome. I Mach., xv, 16-23. Voir Lucius; 
2°la lettre des légats Q.MemmiusetT.Maniliusaux Juifs 
pour confirmer les concessions faites par Lysias' et An- 
tiochus V Eupator. II Mach., xi, 34-38. L'une et l'autre 
commencent par le salut ordinaire, la seconde seule se 



termine par les mots : « portez-vous bien, » suivis de la 
date. — Dans les Actes, xxm, 26-30, est insérée une/ 
lettre du tribun Claudius Lysias au procurateur Félix, 
pour lui annoncer qu'il lui envoie saint Paul, qu'il vient 
de faire arrêter. Voir Lysias; Félix, t. ii, col. 2186. 

6° Lettres de recommandation. — Les chrétiens re- 
commandaient à la charité de leurs frères ceux d'entre- 
eux qui allaient dans une autre ville où se trouvait 
une communauté chrétienne. C'est ainsi qu'Aquila et 
Priscille donnèrent à Apollo une lettre pour les chré- 
tiens d'Achaïe. Act., xvm, 27. Saint Paul, II Cor., m, 1, 
lait allusion à ces lettres : « Où avons-nous besoin, 
dit-il, comme quelques-uns, de lettres de recomman- 
dation auprès de vous ou de votre part? C'est vous qui 
êtes notre lettre, écrite dans vos cœurs, connue et lue 
de tous les hommes. » Les Pères des premiers siècles- 
iont souvent mention de ces lettres de recommandatioa 
et l'usage en a persisté jusqu'à nos jours pour les prê- 
tres; on les appelle litterse testimoniales. 

E. Beurlier. 

LEUSDEN, orientaliste hollandais, né à Utrecht le 
26 avril 1624, mort dans cette ville le 30 septembre 1699. 
Après avoir étudié les langues orientales à' l'université- 
d'Utrecht, d'abord et à Amsterdam ensuite, il fut nommée 
le 2 juillet 1650, professeur d'hébreu à l'université de- 
sa ville natale. li occupa sa chaire jusqu'à sa mort, sans; 
autre interruption qu'un voyage en Allemagne, en France 
et en Angleterre, où il aila recueillir des documents- 
pour ses travaux. On a de lui : Jonas illustratus, hebraice- 
chaldaice et latine, in-8», Utrecht,1656; Joël explicatus ; 
adjunctus Obadias illustratus, in-8», Utrecht, 1657;. 
Onomastieum sacrum, in quo omnia nomina propria 
hebrsea, chaldaica,grxca et origine latina tum in Velere 
quam in Novo Testamento occurrentia explicantur, 
in-8°, Utrecht, 1665, 1684; Philologus hebrseus, continens 
qusestiones hebraicas quse circa Vêtus Testamentum 
hebrseum moveri soient, in-4°, Utrecht, 1656, 1672, 
1695; Amsterdam, 1686; Philologus hebrseo-mixtus, in 
quo qusestiones mixtx scilicet de versione Vulgata, de 
versione Septuaginta interpretum, de Paraphrasibus 
chaldaicis, de variis Judssorum sectis et de aliis multis 
rébus prpponuntur, in-4°, Utrecht, 1663; Leyde, 1682, 
1699; Philologus hebrseo-grsecus, in quo qusestiones 
hebrœo-grsecie, cirea Novum Testamentum gi'iecum 
moveri solilse enodantur, in-4», Utrecht, 1670; Leyde, 
1685, 1695; les trois Philologus ont été réimprimés en- 
semble, 3 in-4», Bâle, 1739; Pirke Aboth, sive tractatus-. 
talmudicus, cum versione hebraica duorum capitum 
chaldaicomm Danielis, in-4°, Utrecht, 1665; 2= édit. r 
1675, augmentée de plusieurs autres chapitres de Daniel« 
et d'Esdras, traduits en hébreu, etc. ; Manuale hebrxo- 
lalino-belgicum, in-12, Utrecht, 1668; Grammatica 
hebrseo-belgica, in-12, Utrecht, 1668; Clavis hebraica et 
philologica Veteris Testamenti, in-8°, Utrecht, 1683; 
Clavis grœcaNovi Testamenti, in quo et themata Novi 
Testamenti secundum ordinem librorum referuntur, 
et ejusdem dialecti, hebraismi ac rariores constructiones 
explicantur, necnon variée observationes philologicse, 
antiquitates item sacrée et profanée annotantur, in-8°, 
Utrecht, 1672; Libellus de dialectis Novi Testamenti, 
singulatim hebraismis, extrait du Philologus hebreeo- 
greecus, par J. F. Fischer, in-8», Leipzig, 1754, 1792; 
Compendium grsecum Novi Testamenti, in quo 1829 
versiculi qui continent omnes et singulas totius Novi 
Testamenti voces asteriscis sunl annotati et a cgeteris 
versiculk distincti, in-8», Utrecht, 1674; in-12,. 1677; 
in-8», 1682; 1762 (la plus correcte de toutes); Compen- 
dium biblicum, in quo ex versiculis 23602 totius Ve- 
teris Testamenti, circiter bis mille tanty/m versiculi 
hebraice et latine sunt annotati et allegati, in quibus 
omnes universi Veteris Testamenti voces primitivse et 
derivatee, tant hebraicee quam chaldaicse, occurw.nl, 
quo omnes, sub Leusdenii prsesidio et ductione collegit 



197 



LEUSDEN 



LEVAIN 



198 



D. Daniel Van Vianen Vltrajectensis, in-8", Utrecht, 
1674; Halle, 1736; nombreuses éditions ; Psalterium he- 
braieum, hebrxo-latinum, hebrseo-belgicum, in-12, 
Utrecht, 1667; Novum Testamentum greecum, in-24, 
Utrecht, 1675; Biblia hebraïca cum prxfatione, in-8», 
Amsterdam, chez Joseph Athias, 166-1 ; 2 e édit.,'1661, cum 
lemmatibus latinis (cette Bible fut regardée comme la 
meilleure jusqu'à celle de Van der Ilooght en 1705; voir 
Journal des savants, 1707, Supplément, p. 219-238); 
Novum Testamentum syriacum, cum versione latina 
Tremelln paululum recognita, in-4°, Leyde, 1708 (édition 
achevée par Charles Schaaf). On doit aussi àLeusden les 
éditions suivantes : Samuelis Bocharli opéra omnia 
(avec la collaboration de Pierre Villemondi), 2 in-f», 
Leyde, 1675; 3 in-f°, 1692; Martini Pooli Synopsis criti- 
corum, 5 in-f°, Utrecht, 1686; Joannis Lightfoot opéra 
omnia, 3 in-f", 1699. « Leusden, dit' Michel Nicolas dans 
la Nouvelle Biographie générale, Paris, t. xxxi, 1862, 
col. 11, n'a été ni un esprit original ni un savant de pre- 
mier ordre; mais ses travaux ont été utiles, en rendant 
plus faciles les études philologiques nécessaires à l'in- 
telligence de l'Ancien et du Nouveau Testament. » — Voir 
le Journal des savants, 1707, p. 160; 1710, p. 141-142; 
C. Burmann, Trajectum eruditum, in-4°, Utrecht, 1738, 
p. 185-191 ; Laboudène, dans la Biographie universelle, 
t. xxiv, p. 385 ; Michel Nicolas, dans la Nouvelle Bio- 
graphie générale, t. xxxi, 1862, col 11. 

F. VlGOUROUX. 

LEVAIN (hébreu : ie'ôr; chaldéen : ie'ôr, Septante: 
ïO|jlti; Vulgate : fermentum; hébreu : hdmês, ce qui 
est fermenté, fermentatum), pâte aigrie servant à déter- 
miner la fermentation de la pâte fraîche. — 1° Le levain 
est une substance déjà fortement ferm entée qu'on 
ajoute à la pâte dont on veut faire le pain. Aujourd'hui, 
cette substance est ordinairement la levure de bière. 
Pline, H. N., XVIII, xi, 26, dit que, de son temps, on 
faisait lever le pain d'orge avec de la farine de lentille 
ou de cicerole ou pois chiche. Chez les Hébreux, on se 
servait communément de lie de vin ou de vin doux pour 
provoquer la fermentation de la pâte. Cf. Pesachim, ni, 
1. Le levain le plus facile à obtenir et le plus habituel- 
lement employé chez les anciens était emprunté à de la 
pâte antérieurement levée. C'était celui qu'on utilisait 
en Egypte. Cf. Maspero, Histoire ancienne des peuples 
de l'Orient classique, Paris, t. i, 1895, p. 320. Pour l'ob- 
tenir, on prélève une partie de la pâte déjà préparée pour 
la cuisson; au bout de huit à dix heures, dans une en- 
ceinte à température assez douce, la fermentation se déve- 
loppe d'elle-même dans cette pâte; si à plusieurs reprises 
on l'additionne d'eau et de farine, au bout de quelques 
heures encore, cette masse se change en levain. On la 
mélange ensuite à la pâte nouvelle, dans la proportion 
d'un tiers à une moitié, selon que la température est 
plus ou moins élevée. La fermentation se produit dans 
la pâte aux dépens des matières sucrées de la farine; 
l'acide carbonique qu'elle dégage rend la pâte poreuse et 
légère et fait qu'ensuite le pain constitue une nourriture 
à la fois plus agréable et plus facilement assimilable. 

2° Il.est fait plusieurs allusions, dans la Sainte Écriture, 
à l'effet du levain sur la pâte. Le boulanger chauffe son 
four en attendant que sa pâte soit levée. Ose., vu, 4. Un 
peu de levain soulève une masse de pâte. I Cor., v, 6; 
Gai., v, 9. Il faut au levain quelques heures pour qu'il 
puisse produire son effet. C'est pourquoi les Hébreux, 
sortis à la hâte de la terre d'Egypte, durent faire cuire 
des pains sans levain à leur première station. Exod., 
xii, 39. Ils furent ainsi obligés, dès le début de leur 
voyage et à peu de jours du premier festin pascal, de se 
nourrir de pains azymes, comme ils auront à le faire 
désormais chaque année durant l'octave de la Pâque. 
Exod., xn, lS.Voir Azymes, t. i, col. 1311. Durant toute 
cette octave, aucune trace de levain ne devait subsister 
dans les demeures ni dans tout le pays d'Israël. Exod., 



xn, 19; xm, 7; Deut., xvi, 3. Il fallait éloigner toute 
tentation de violer la loi, en supprimant ce qui servait 
d'ordinaire à rendre le pain plus agréable. Les docteurs 
juifs veillèrent à l'accomplissement rigoureux de cette 
prescription. L'agneau pascal était immolé le 14 nisan, 
au soir, et alors seulement commençait le temps des 
azymes. Mais ils voulaient que, dès la nuit précédente, 
le père de famille inspectât toute sa maison le flambeau 
à la main, et que tout ce qui était fermenté fût brûlé vers 
le milieu de la journée. Vers dix heures du matin de ce 
jour, on prenait le dernier repas avec du pain levé. Cf. 
Iken, Antiquitates hebraicœ, Brème, 1741, p. 308. 

3° La raison principale qui faisait proscrire le pain 
fermenté dans l'octave de la Pâque et dans la plupart 
des offrandes, Exod., xxix, 2; Lev., n, 11 ; vu, 12; viir, 
2; Num., vi, 15, était que la fermentation implique une 
sorte de corruption. Dans les deux passages de saint 
Paul, I Cor., v, 6; Gai., v, 9, la Vulgate traduit Cuptot, 
« fait lever, » par corrumpit, « corrompt. » Cette idée, 
du reste, a été familière aux anciens. On n'offrait point 
aux dieux de pains fermentes, parce qu'on les regardait 
comme corrompus en quelque manière. Cf. Aulu-Gelle, 
X, xv, 19; Perse, Sat., i, 24; Plutarque, Quscst. rom., 
109. Les Hébreux n'emportèrent pas de levain d'Egypte, 
ce qui signifie symboliquement qu'ils laissèrent à l'Egypte 
sa corruption, sans en prendre rien avec eux quand ils 
partirent pour le désert. Cf. Bâhr, Symbolik des mo- 
saischen Cultus, Heidelberg, 1839, t. il, p. 630, 631. Aux 
fêtes de la Pentecôte, Lev., xxm, 17, et dans les sacri- 
fices d'actions de grâces, Lev., vil, 13; Ami, iv, 5, on 
présentait des pains fermentes. Mais ces pains n'étaient 
pas offerts sur l'autel. Cf. Menachot, v,l ; Siphra, f. 77, 
1; Reland, Antiquitates sacrse, Utrecht, 1741, p. 194; De 
Hummelauer, In Exod. et Levit., Paris, 1897, p. 370. 
Il convenait qu'à la Pentecôte, fête destinée à remercier 
Dieu de la récolte, on présentât devant lui le fruit de la 
récolte dans l'état où l'homme l'utilisait d'ordinaire, par 
conséquent sous forme de pain fermenté. Une raison ana- 
logue explique l'offrande de pareils pains dans le sacrifice 
d'actions de grâces. Cf. Bâhr, Symbolik, t. H, p. 372 ,650; 
Iken, De duobus panibus Pentecostes, Brème, 1729. 

4° Il est à croire que, la plupart du temps, les Hébreux 
faisaient leur pain sans levain. C'est ainsi que procèdent 
Abraham et Gédéon vis-à-vis d'hôtes respectables. 
Gen.,xix, 3; Jud., vi, 19. Sans doute, dans l'un et l'autre 
cas, il fallait agir vite. Toujours est-il que les deux per- 
sonnages n'avaient pas habituellement de levain tout 
préparé ; car il n'eût pas été plus long de faire des pains 
levés que des pains azymes. Aujourd'hui encore, c'est 
la pratique commune en Orient, au moins dans les vil- 
lages d'Egypte, de Syrie et de Palestine, de pétrir la 
pâte sans levain et de la faire cuire immédiatement. Les 
Arabes font aussi leur pain avec de la pâte sans levain, 
qu'ils se contentent de délayer dans l'eau et d'appliquer 
ensuite avec le creux de la main sur la cruche qui leur 
sert de four. Ce pain sans levain ne vaut plus rien le 
lendemain. C'est seulement quand ils ont besoin d'en 
conserver plus longtemps et qu'ils ont le temps et la 
commodité de préparer du levain, qu'ils en mettent dans 
leur pâte. Cf. de la Roque, Voyage dans la Palestine, 
Amsterdam, 1718, p. 192-194. 

5° Dans le Nouveau Testament, le levain représente 
aussi quelquefois un principe de corruption. Notre-Sei- 
gneùr avertit les disciples de se garder du levain des. 
pharisiens. Les disciples croient d'abord qu'il s'agit du 
levain avec lequel on prépare le pain. Le Sauveur leur 
explique que le levain dont il parle n'est autre que la 
doctrine des pharisiens, leur hypocrisie, leur méchan- 
ceté, leur attachement pour les traditions humaines au 
mépris de la loi de Dieu. Matth., xvi, 6-12; Marc., irai, 
15 ; Luc, xn, 13. Cette comparaison entre le levain et la 
mauvaise doctrine était familière aux docteurs juils. Cf. 
Buxtorf, Lexicon talmud., édit. Fischer, p. 1145. Saint 



199 



LEVAIN — LEVI 



200 



Paul, après avoir reproché aux Corinthiens l'inceste qui 
a été commis parmi eux, leur recommande de se débar- 
rasser de tout vieux levain de mal et de méchanceté, afin 
de célébrer la Pâque du Christ avec les azymes de la 
pureté et de la vérité. I Cor., v, 7, 8. — Dans une de ses 
paraboles, Notre-Seigneur mentionne le levain au point 
de vue de son action sur la masse de la farine : « Le 
royaume des cieux est semblable à du levain qu'une 
femme prend et mêle à trois se'âh de farine, jusqu'à ce 
que le tout soit fermenté. » Matth., nu, 33. Le Sauveur 
dut reproduire plusieurs fois cette parabole, puisqu'on 
la retrouve dans saint Luc, xm, 21, assignée à une 
autre époque. Le se'dh vaut un tiers du bath ou éphah, 
soit treize litres. Trois se'dh constituaient la contenance 
ordinaire d'un pétrin. Gen., xvm, 6; Jud., vj, 19; 
1 Reg., i, 24. Ce nombre n'a donc pis de signification 
particulière dans la parabole. Le royaume des cieux, 
c'est-à-dire l'Église, doit, par la prédication évangélique, 
produire dans le monde un effet analogue à celui du 
levain dans la pâte : être mêlée à toute l'humanité comme 
le levain à la pâte; agir sur elle, malgré sa iaiblesse nu- 
mérique, comme le levain agit sur la pâte; produire 
sur l'humanité une transformation qui la soulève, la 
transforme, lui donne de la valeur aux yeux de Dieu et 
l'aide à se conserver en bon état, de même que le levain 
soulève la pâte, la fait entrer tout entière en fermen- 
tation,, lui donne du goût et l'aide à se conserver. Les 
dernières paroles de la parabole, « jusqu'à ce que le 
tout soit fermenté, » indiquent que l'Église est destinée 
à agir sur toute l'humanité, dans l'universalité des temps 
et des lieux. Il est de toute évidence que, dans cette pa- 
rabole, le levain ne saurait être pris dans le sens péjo- 
ratif qui lui convient dans d'autres passages de la Sainte 
Écriture. Cf. S. Jérôme, In Evang. Matth., h, 13, t. xxvi, 
col. 91, 92; S. Augustin, Qusest. evang., i, 12, t. xxxv, 
col. 1326; Knabenbauer, Evang. sec. Matth., Paris, 
1892, t. I, p. 533, 534; Jûlicher, Die Gleichnissreden 
Jesu, Fribourg-en-Brisgau, 1899, t. il, p. 577-581. 

H. Lesêtre. 
LEVANT, partie de l'horizon où le soleil se lève. 
Voir Cardinaux (Points), t. u, col. 257. 

LÉVI (hébreu : Lêvî; Septante : Aeue? ou Aeuî), nom 
d'un fils du patriarche Jacob, d'une tribu d'Israël et de 
trois autres Israélites. 

1. LÉVI, le troisième fils que Jacob eut de Lia. 
Gen., xxix, 34. Son nom, comme celui de ses frères, 
est un jeu de mots provenant de l'exclamation de sa 
mère lorsqu'elle le mit au monde : « Elle conçut de 
nouveau et engendra un fils, et elle dit : Maintenant 
mon mari s'unira (hébreu : yilldvéh) à moi, parce que 
je lui ai enfanté trois fils. C'est pourquoi elle l'appela du 
nom de Lêvî. » Gen., xxix, 34. Personnellement, Lévi 
n'est connu que par un épisode sanglant, raconté 
Gen., xxxiv. Pour venger l'honneur de sa sœur Dina, 
il ne craignit pas, avec Siméon, son frère, d'employer 
la ruse et la cruauté. Au mépris de la parole donnée et 
de l'alliance contractée, ils surprirent au milieu des 
douleurs de la circoncision Hémor et Sichem, chefs 
ehananéens, et leur ville, les mirent à mort, égorgèrent 
les hommes et emmenèrent en captivité les femmes et 
les enfants après avoir tout pillé et dévasté dans les 
maisons et dans les champs. Jacob adressa à Ses fils de 
durs reproches : « Vous m'avez troublé, leur dit-il, et 
vous m'avez rendu odieux aux Chananéens et aux Phé- 
rézéens, habitants de cette terre. Nous sommes peu 
nombreux;, ils se rassembleront et me frapperont, et je 
serai détruit, moi et ma maison. » Gen., xxxiv, 30. C'est 
sans doute parce que cette considération devait -produire 
le plus d'impression sur les coupables que le patriarche 
la tait valoir. Elle n'exclut pas l'horreur que dut lui 
inspirer le crime de ses enfants, comme on peut en 



juger d'après les paroles de la Bénédiction. Gen., xlix, 
5-7. Voir LÉvi 2. Lévi est le père de la tribu qui porte 
son nom. Ses fils furent Gerson, Caath et Mérari. 
Gen., xlvi, 11 ; I Par., vi, 1. A. Legendre. 

2. LÉVI (TRIBU DE), une des tribus d'Israël, spécia- 
lement consacrée au culte religieux. Nous en examine- 
rons le nom et l'origine, la division et les fonctions, 
les droits et les privilèges, et enfin l'histoire. Par là 
même se trouveront éclaircies plusieurs difficultés sou- 
levées par l'école critique contemporaine. 

I. Nom. — La Genèse, xxix, 34, interprète le mot 
rh, Lèvîj dans le sens de «. uni, attaché ». La racine 

rnb, lâvdh, est employée, à la forme niphal, avec la 

signification de « adhérer, s'attacher à quelqu'un », dans 
Isaïe, lvi, 3, 6, et Ps. lxxxii (hébreu, lxxxiii), 9. Dans 
les Nombres, xvm, 2, les Lévites sont représentés 
comme « attachés » (illdvû) à Aaron,, le grand-prêtre. 
Leur nom patronymique exprime ainsi en même temps 
leurs fonctions de ministres sacrés. Mais certains exé- 
gètes ne voient là qu'un procédé artificiel, au moyen 
duquel le patriarche Lévi eût été appelé ainsi à une date 
postérieure à l'organisation de la tribu. Lévi n'eût donc 
été à l'origine ni un nom d'homme ni un nom patro- 
nymique, mais un qualificatif indiquant une fonction ou 
une « attache » quelconque à une institution. De cette 
façon P. de Lagarde, Orientalia, Gœttingue, 1880, t. n, 
p. 20; Mittheilungen, Gœttingue, 1887, t. î, p. 54,'prend 
les Lévites pour les Egyptiens qui se joignirent aux Sé- 
mites lorsque ceux-ci quittèrent la contrée du Nil pour 
rentrer en Asie. Cf. Exod., xn, 38; Num., xt, 4. Voir 
aussi E. Renan, Histoire du peuple d'Israël, Paris, 1887, 
t. i, p. 149. Cette hypothèse est non seulement contre- 
dite par le texte sacré, mais elle manque de toute vrai- 
semblance; on ne peut admettre que les Israélites, 
avec leur amour-propre national, aient confié à des 
étrangers un ministère aussi important que celui du 
sacerdoce. — Maybaum, Die Entwickelung des altisrae- 
litischen Priesterthums, Breslau, 1880, p. iv, s'élevant 
contre l'opinion de P. de Lagarde, conclut de l'étymo- 
logie de làvàh que les Lévites portaient ce nom en leur 
qualité de « clients du temple ». Il est sûr que le par- 
ticipe lôvèh, « emprunteur, débiteur, » et, si l'on veut, 
« client, » a pour corrélatif malvéh, « prêteur, créan- 
cier » ou « patron ». Cf. Prov., xxn, 7; Is., xxiv, 2, etc. 
Mais le lévite n'est jamais nommé lôvéh, ni le temple 
malvéh. — Baudissin, Geschichte des alttestamentlichen 
Priesterthums, Leipzig, 1889, p. 50, s'appuyant sur Num., 
xvm, 2, 4, prétend que les Lévites, appelés à « s'ad- 
joindre » aux prêtres, ne devaient pas par là même leur 
vocation à leur naissance. Outre que cette conclusion 
pèche contre la logique, elle est condamnée par le texte 
biblique lui-même, où nous voyons Dieu présenter les 
Lévites à Aaron comme « ses frères, la tribu de Lévi, la 
race de son père ». L'auteur sacré marque simplement 
ici la supériorité des enfants d'Aaron sur les autres 
membres de la famille de Lévi, de même que la priorité 
de leur vocation et de leur consécration. Baudissin, 
ibid., p. 72, n'est pas plus heureux en expliquant l'hé- 
breu Leviim par « les attachés » ou « l'escorte de 
l'arche ». Être attaché à l'arche ou former son escorte 
n'était pas le privilège exclusif des Lévites, les prêtres 
tenaient de plus près au symbole sacré. Accompagner 
l'arche ne fut, du reste, qu'une fonction transitoire. 
Après l'établissement des Hébreux dans le pays de Cha- 
naan, les anciens leviim étaient devenus des kôhanîm 
ou € prêtres ». Comment ce dernier nom n'aurait-il pas 
supplanté le premier, donnant ainsi naissance à la tribu 
des Kôhanîm et au patriarche Kôhên plutôt qu'à celle 
des Leviim et au patriarche Lêvî? — F. Hommel, Auf- 
sàtze und Abhandlungen, Munich, 1893, p. 30; Die alt- 
israelitische Ueberlieferung, Munich, 1897, p. 278, fait 



201 



LËVI (TRIBU DE) 



202 



un rapprochement intéressant avec certaines inscrip- 
tions minéennes trouvées par Euting à el-Ola, au nord 
de Médine, et où il est question de personnes apparte- 
nant au Dieu Wadd, désignées sous le nom de lawi'u, 
féminin, lawVat, « prêtres, prêtresses. » Le rapport de 
ces mots avec l'hébreu lévi est accepté par Mordtmann, 
Beitrâge zur tninâiscken Epigraphik, Weimar, 1893, 
p, 43, et Sayce, Early history of the Hebrews, Londres, 
1897, p. 80. Mais en admettant que telle soit leur signi- 
fication exacte, leur emploi n'est pas conforme à celui 
de lêvî. Si l'on peut dire : « le prêtre, la prêtresse de 
Wadd, » on ne trouve nulle part dans l'Ancien Testa- 
ment : « le lévi de Jehovah. » L'idée de « prêtre » est 
exclusivement représentée en hébreu par kôhên. S'il y 
a eu emprunt, c'est plutôt du côté des Minéens, em- 
prunt qui s'expliquerait par l'établissement de colonies 
israélites dans le pays. — Wellhausen, Prolegomena 
zur Geschichte lsraels, Berlin, 1899, p. 146, prétend que 
Lêvi est simplement le nom ethnique dérivé de Lé'dh 
(Vulgate : Lia). Tel est aussi le sentiment de Stade, 
Lea und Rahel, dans la Zeitschrift fur die alttesta- 
mentliche Wissemchaft, Giessen; t. i, 1881, p. 116. 

II. Origine. — II y a là, on le voit, bien des subtilités 
pour échapper à l'autorité de la tradition biblique. C'est 
pourtant la seule qui réponde aux exigences de l'his- 
toire. Il est certain qu'à l'origine il a existé une tribu 
distincte, du nom de Lévi, Nous en avons la preuve 
dans la Bénédiction de Jacob, Gen., xlix, 5-7 : où elle a 
sa place marquée parmi les descendants du patriarche, 
à côté de Siméon. Voici, d'après l'hébreu, la traduction 
de ce très ancien morceau poétique. 11 est probable ce- 
pendant que le texte massorétique ne représente pas 
partout le texte primitif; de là certaines restitutions qu'il 
est permis de faire d'après les anciennes versions ou 
d'après des conjectures critiques. Cf. J. M. Lagrange, 
La prophétie de Jacob, dans la Revue biblique, Paris, 
t. vu, 1898, p. 525; C. J. Bail, The Book of GenesU in 
hebrew, Leipzig, 1896, p. 107. 

y. 5. Siméon et Lévi sont frères, 

Ils ont consommé la violence avec leurs ruses : 
t. 6. Que mon âme n'entre pas dans leur complot, 

Que mon honneur ne s'unisse pas à leur coalition, 

Car dans leur colère ils ont tué des hommes, 

Et dans leur caprice ils ont énervé des taureaux. 
y. 7. Maudite soit leur colère, car elle a été violente, 

Et leur fureur, car elle a été inflexible. 

Je les diviserai dans Jacob, 

Et je les disperserai dans Israël. 

Il est clair que ce passage fait allusion au récit de 
Gen., xxxiv, 25-31, à la fourberie et à la cruauté de 
Siméon et de Lévi à l'égard des Sichémites. Voir Lévi 1. 
C'est pour cela que, dans le premier vers, au lieu de 
'ab-im, « frères, » on propose de lire 'ôhîm, « hyènes » 
(Bail) ou « hurleurs » (Lagrange). Cf. Is., xm, 21. Des 
allusions semblables sont faites à propos de Ruben. Cf. 
Gen., xlix, 4; xxxv, 22. On remarquera que, dans la 
Bénédiction, Lévi, représentant réel ou simplement idéal 
de la tribu, n'apparaît pas comme type de l'ordre sa- 
cerdotal. Par conséquent, ce n'était pas non plus comme 
ministres du culte que les Levîîm portaient ce nom. 
. Par là même aussi, puisque nous trouvons, dès les 
premiers temps de l'histoire d'Israël, une vraie tribu de 
Lévi, qui n'est pas envisagée comme la tribu sainte, 
nous en conclurons qu'elle existait comme tribu poli- 
tique, au même titre que les autres, et indépendam- 
ment de sa consécration au service divin. 

Wellhausen et d'autres critiques admettent cette 
conclusion, mais prétendent qu'il est impossible de 
rattacher à cette tribu primitive celle des ministres sa- 
crés : la première aurait disparu de bonne heure, et la 
seconde, d'origine récente, aurait eu des débuts indé- 
pendants. Nous ne pouvons réfuter en détail ces asser- 
tions ni les raisons mises en avant. Qu'il nous suffise 



de dire que la prétendue disparition est une supposi- 
tion gratuite, que l'histoire ne nous montre nulle part 
ces débuts indépendants dont on parle. Ce qu'il y a de 
certain, c'est que le Deutéronome, quelle que soit son 
origine, suppose la tribu de Lévi en possession univer- 
sellement reconnue des prérogatives sacerdotales, et que, 
dans la Bénédiction de Moïse, Deut, xxxm, 8-11, la 
tribu sacerdotale de Lévi est bien, comme dans la Bé- 
nédiction de Jacob, sœur de Ruben, de Juda et des autres, 
par conséquent identique à la tribu primitive. Voici, du 
reste, le passage de Deut., xxxiii, 8-11; il nous appor- 
tera quelque lumière sur les origines de la famille lévi- 
tique : « Et [Moïse] dit à Lévi (c'est-à-dire au sujet de 
Lévi) : 

t. 8. Donne à Lévi (d'après LXX) ton Tummim 

Et ton Urtm à ton homme pieux, 

Que tu as tenté à Massa, 

Que tu as jugé aux Eaux de Mériba ; 
f. 9. Qui a dit de son père 

Et de sa mère : Je n'y ai point égard ; 

[Qui] n'a pas considéré ses frères 

Et n'a pas connu ses enfants. 

Parce qu'ils ont observé tes commandements 

Et gardé ton alliance, 
f. 10. Us enseigneront tes jugements à Jacob 

Et ta loi à Israël ; 

Es présenteront l'encens à tes narines, 

Et l'holocauste sur ton autel. 
f. M. Bénis, Jéhovah, sa lortune (ou sa force) 

Et agrée l'œuvre de ses mains ; 

Brise les reins de ses adversaires 

Et de ses ennemis, afin qu'ils ne puissent se lever contre lui. 

L'Urîm et le Tummîm représentent un des attributs du 
sacerdoce. Donner au peuple l'enseignement religieux, 
offrir l'encens et le sacrifice sont les principales fonctions 
du ministère sacré. Et tels sont les privilèges dont nous 
trouvons la tribu de Lévi déjà investie. Mais d'où lui 
vint cette prérogative? Elle la dut, non pas à un ache- 
minement graduel, comme on le prétend, mais à un 
choix spécial de Dieu, à une institution positive. Cf. 
Num., i, 50; m, 3, 6, etc. Cependant la raison de sa 
vocation est clairement indiquée ici : ce fut sa fidé- 
lité envers Dieu. Quelle que soit, en effet, l'obscurité de 
l'allusion par rapport à Massa et à Mériba (cf. Exod., xvii, 
1-7; Num., XX, 1-13; xxvn, 14), les paroles du f. 9 sont 
également l'écho d'un événement historique, raconté 
Exod., xxxn, 21-29. Moïse, après l'incident du veau d'or, 
voulant châtier les coupables, s'écria : « A moi qui- 
conque est pour Jéhovah! » Les Lévites seuls entendi- 
rent cet appel. Armés de glaives, ils parcoururent le 
camp d'un bout à l'autre, frappant tous ceux qu'ils 
rencontraient, « frères, amis, parents, » c'est-à-dire sans 
ménagement, sans distinction de personnes. C'est ce 
que le poète sacré rappelle en disant qu'ils ne connurent 
ni père, ni mère, ni frères, ni enfants. Il n'a donc pas 
voulu par là exprimer un principe abstrait, c'est-à-dire 
le détachement habituel des Lévites, le renoncement 
aux liens les plus chers, mais un fait réel, qui a mis en 
relief leur attachement absolu à la cause de Jéhovah. 
Aussi est-ce ce jour-là qu'ils reçurent la promesse de l'in- 
vestiture des fonctions saintes. Ils avaient, par leur zèle, 
changé en bénédiction la malédiction qu'avait attirée sur 
eux la conduite criminelle de leur père. Il est permis 
peut-être de remonter plus haut dans l'histoire et d'ex- 
pliquer les aptitudes spéciales des enfants de Lévi au 
culte religieux. On a remarqué parmi eux plusieurs 
noms propres égyptiens ou renfermant un élément égyp- 
tien; tels sont ceux de Phinéès (hébreu : Pinehés), 
Exod-, vi, 25; Num., xxv, 7; Phutiel (hébreu : Pûti'êl; 
et. Pûlîfar), Exod., VI, 25, et celui de Moïse (MôSëh}- lui 
même. Il est donc possible que des familles influentes 
de la tribu soient entrées en rapport avec les Egyptiens, 
pendant leur séjour dans la vallée du Nil. L'homme de 
Dieu qui s'adresse au grand -prêtre Héli, rappelle que 



203 



LÉVI (TRIBU DE) 



204 



les ancêtres de celui-ci avaient été « les serviteurs de la 
maison de Pharaon », I Reg., u, 27, formule qui n'est 
jamais appliquée à Israël dans son ensemble. Sous le 
coup de l'aversion dont furent l'objet les fils de Lévi 
par suite du crime de Sichem, ils se tournèrent 
peut-être plus que les autres Israélites vers les habitants 
de l'Egypte et acquirent dans ce commerce une culture 
plus élevée, une certaine connaissance de la religion 
égyptienne, ce qui ne les empêcha pas d'être les ar- 
dents défenseurs de leurs traditions religieuses. «Ainsi 
Lévi se préparait à prendre la direction spirituelle des 
autres tribus. Lorsque, après les jours d'oppression, 
l'heure de la délivrance sonna, ce fut un lévite qui fut 
choisi pour sauver ses frères de la servitude et pour 
leur donner leur organisation religieuse, principe de 
leur unité et de leur future puissance. Les lévites fu- 
rent tous désignés pour remplir, au sein de la nation 
nouvelle, les fonctions de ministres du culte; ils restè- 
rent attachés au service de Jéhovah, dont ils avaient 
assuré le triomphe. Les analogies que l'on a signalées 
entre divers éléments des institutions rituelles des Hé- 
breux et des Égyptiens s'expliqueraient très bien par 
les circonstances que nous venons d'exposer. » A. van 
Hoonacker, Le sacerdoce lévilique, Londres et Louvain, 
1899, p. 309. 

III. Division : Prêtres et Lévites. — La tribu de Lévi 
a compris de tout temps deux groupes distincts de mi- 
nistres sacrés : les prêtres et les lévites proprement dits. 
Les premiers appartenaient exclusivement à ia famille 
d'Aaron, les seconds se rattachaient aux autres descen- 
dants de Lévi. Voici, du reste, d'après Exod., vi, 16-25, 
un arbre généalogique qui fera mieux comprendre ce 
que nous dirons à ce sujet : 

Lévi 



1. Gèrson, 2. Caath, 3. Mérari. 



4. Amrsm, 2. Isaar, 3. Hébron, 4. Oziel. 



I 



1. Marie, 2. Aaron, 

I 



3. Moïse. 



1. Nadab, 2. Abiu, 3. Eléazar, 4. Ithamar. 1. Gersam, 2. Eliézer. 



Phinéès. 



Le sacerdoce existait même avant la vocation de la 
tribu de Lévi. Déjà, au moment de l'exode, Aaron est 
associé à Moïse, dont il est le porte-voix. Exod., rv, 14. 
Là, il est appelé « le lévite », titre qui nous le repré- 
sente comme le chef de l'ordre lévitique. Plus tard il 
est convoqué par Dieu sur le Sinaï avec ses deux pre- 
miers fils, Nadab et Abiu, en compagnie de Moïse et des 
70 Anciens. Exod., xxiv, 1, 9. Si Nadab et Abiu se 
trouvent ici associés à leur père, c'est qu'ils sont con- 
sidérés comme partageant ses fonctions et sa dignité. 
Il est probable même que les na'ârê benè Ysrâ'êl, « les 
jeunes gens » ou « les serviteurs des fils d'Israël », qui, 
en cetle circonstance, jp. 5, offrent les sacrifices, sont, 
non pas les fils aînés des familles ou en général « des 
jeunes gens », mais les ministres du culte constitués 
parmi les enfants d'Israël, regardés comme s les ser- 
viteurs du peuple » dans la célébration du service re- 
ligieux. Il est vrai qu'Aaron et ses fils ne sont pas en- 
core solennellement consacrés. Mais leur investiture 
solennelle, Exod., xxvm-xxix, est motivée par l'insti- 
tution du sanctuaire et l'organisation des cérémonies 
qui devaient s'y accomplir ; elle ne prouve pas qu'Aaron 
ne fut pas, avant sa consécration, attaché au service de 
Jéhovah. Le même motif s'applique au choix et à la 
consécration des Lévites, destinés a être les aides des 
enfants d'Aaron. 

Les deux groupes lévitiques étaient, comme nous le 
verrons, nettement distingués par leurs attributions, et 



jamais la classe inférieure, quelle qu'ait été sa situa- 
tion à telle ou telle époque de l'histoire, n'a pu s'élever 
à la hauteur de l'autre et se confondre avec elle. Cepen- 
dant la communauté d'origine devait parfois occasionner 
une certaine obscurité, le mot lévite désignant, dans 
son acception générale, la tribu tout entière, et, dans 
son sens restreint, une catégorie spéciale de ministres 
sacrés. C'est pour cela que, dans quelques livres de 
l'Écriture, la distinction entre les deux ordres n'est pas 
aussi bien marquée que dans d'autres. Dans les Nombres, 
par exemple, le titre de prêtre est réservé aux fils d'Aa- 
ron, Num., ni, 3; x, 8; xvi, 37, 39, etc.; les lévites « leur 
sont donnés » comme ministres inférieurs, m, 6-10; ils 
ne peuvent toucher les vases du sanctuaire sous peine 
de mort, le soin de les envelopper pour le transport 
n'appartient qu'aux prêtres, îv, 15, 19, 20 ; Dieu dit à 
Aaron : « J'ai pris pour vous du milieu des entants 
d'Israël les lévites vos frères, pour être un don à Jého- 
vah, afin qu'ils le servent dans le ministère du tabernacle; 
mais toi et tes fils avec toi, gardez votre sacerdoce 
à l'égard de tout ce qui concerne l'autel, etc. », xvm, 
6, 7. Dans le Deutéronome, au contraire, le lévite, c'est 
le membre de la tribu de Lévi, sans détermination ulté- 
rieure et sans aucune notion d'infériorité; le prêtre, 
c'est le lévite en tant qu'investi du droit à l'exercice des 
fonctions saintes. Deut., x, 8, 9; XII, 12, 18, 19; xvm, 
3-8. On trouve des expressions comme celle-ci : Kôhâ- 
nîm ha-leviyyîm, « les prêtres lévites, » Deut., xvm, 1; 
la Vulgate a mis la particule conjonctive, « les prêtres 
et les lévites, » mais ni le texte massorétique ni les Sep- 
tante ne la portent, ce qui est conforme à la termino- 
logie habituelle du Deutéronome. Il ne faudrait cepen- 
dant pas conclure de là que le Deutéronome ignore la 
distinction entre les fils d'Aaron et les autres membres 
de la tribu. On remarque, du reste, que, même dans 
les livres où la distinction est le plus clairement mar- 
quée, le mot lévite est parfois employé dans son sens 
général, sans détermination précise; ainsi Num., xxxv, 
2, 6, 8;Jos., xiv, 4; xxi, 8. 

Les Paralipomènes présentent à la fois les deux carac- 
tères que nous venons de constater dans le Pentateuque. 
D'un côté, la ligne de démarcation est nettement tracée 
entre prêtres et lévites au point de vue de l'origine. 
Ceux-ci sont parfaitement distingués de ceux-là dans 
une énumération des douze tribus avec leurs chefs res- 
pectifs : « Les Lévites avaient pour chef Hasabias, fils 
de Camuel, et les Aaronides, Sadoc. » I Par., xxvii, 17. 
Il en est de même pour les attributions spéciales à 
chacun des deux groupes. Cf. I Par., vi, 48, 49 (hébreu, 
33, 34); XVI, 39, 40; xxm, 13, 28, 20, etc. Voir ce que 
nous disons plus bas : Fondions. D'un autre côté cepen- 
dant, malgré ces titres distinctifs, les deux ordres sem- 
blent parfois se confondre sous la plume de l'auteur. 
Ainsi les Lévites sont aussi bien que les prêtres « saints, 
saints à Jéhovah »>.II Par., xxm, 6;. xxxv, 3; ils exercent 
comme eux le ministère sacré (Sùrêf) « devant l'arche, 
dans la maison de Jéhovah, envers Jéhovah lui-même ». 
I Par., xvi, 4, 37; xxvi, 12; xv, 2. Il semble, d'après 
I Par., ix, 32, que ce sont des lévites de la famille de 
Caath, non pas des Aaronides, qui doivent renouveler 
chaque semaine les pains de proposition, fonction que 
la Loi réservait aux prêtres. Les lévites et « les prêtres 
lévites » sont confondus, II Par., v, 4, comme « por- 
teurs de l'arche », du tabernacle, des meubles sacrés 
qu'ils introduisent dans le nouveau temple ; cependant, 
au *. 7, ce sont les prêtres qui placent l'arche dans le 
saint des saints. Dans la description d'une Pâque solen- 
nelle, célébrée sous le règne d'Ézéchlas, II Par., xxx, 
15, l'auteur, parlant des prêtres et des lévites, dit 
qu' « ils offrirent des sacrifices dans la maison de Jého- 
vah ». Il ajoute plus loin, ji. 23, que les lévites « man- 
gèrent durant la solennité, pendant sept jours, immo- 
lant des victimes pacifiques et louant Jéhovah le Dieu 



205 



LÉVI (TRIBU DE) 



200 



de leurs pères ». Déjà, dans le chapitre xxix, 4, 5, nous 
voyons les deux divisions du clergé traitées pas le roi 
sur le même pied; et cependant les prêtres proprement 
dits, les fils d'Aaron, sont, au coars des cérémonies, 
plus d'une fois soigneusement distingués des simples 
lévites, f. 12-16, 21-25, 26. Cette sorte d'égalité entre 
prêtres et lévites s'explique par la situation élevée que 
ces derniers possédaient à l'époque préexilienne. En 
tout cas, ce que nous venons de dire suffit pour mon- 
trer que les différentes manières de parler, chez les au- 
teurs sacrés, tiennent à leurs points de vue différents 
ou à certaines conditions historiques, mais que la dis- 
tinction fondamentale entre Aaronides ou prêtres et 
lévites proprement dits n'a jamais été méconnue. 

Le tableau généalogique que nous avons donné plus 
haut montre l'origine commune et la distinction des 
deux groupes lévitiques.Aaron,le premier grand-prêtre, 
decendait de Lévi par Caath. Le sacerdoce fut hérédi- 
taire dans sa famille exclusivement. Ses deux fils aînés, 
Nadab et Abiu, que nous avons vus partager dès le dé- 
but son ministère et sa dignité, moururent frappés par 
la colère divine, comme il est raconté Lev., x, 1-2. 
Les prérogatives sacerdotales passèrent alors à leurs 
frères, Éléazar et Ithamar, et leurs descendants. Les 
fils d'Aaron furent donc divisés en deux branches prin- 
cipales, et, après la mort de celui-ci, ce fut Éléazar qui 
revêtit les insignes du souverain pontificat. Num., xx, 
■25-28. Éléazar eut pour successeur son fils Phinéès. 
Num., xxv, 11-13. Pour le reste, voir Grand-Prêtre, 
t. m, col. 295. David partagea les deux branches sacer- 
dotales en 24 classes, dont 16 de la souche d'Éléazar, et 
8 de celle d'Ithamar. L'ordre de rang et de service fut 
déterminé entre ces classes par. le sort. I.Par., xxiv, 
4-19. Les Lévites, de leur côté, se trouvèrent divisés dès 
l'origine en trois grandes familles, celle de Gerson, de 
Caath et de Mérari. 

IV. Fonctions et consécration. — Les prêtres et les 
lévites, avons-nous dit, étaient nettement distingués par 
leurs attributions. Nous ne pouvons indiquer ici que 
d'une manière générale les fonctions sacerdotales. Pour 
les détails, voir Prêtres. Aux prêtres seuls appartient 
le . service de l'autel, oblation des sacrifices, offrandes 
et libations. Eux seuls peuvent entrer dans le taberna- 
cle, pour taire brûler l'encens sur l'autel des parfums, 
veiller au service de la table des pains de proposition, 
à l'entretien du chandelier d'or. Exod., xxx, 7, 20; 
Lev., xxiv, 2-9, etc. Leur mission près du peuple, 
dans ces fonctions mêmes, est de le réconcilier avec 
Dieu, de le bénir, de l'instruire dans la Loi, de le main- 
tenir dans la pureté légale. Lev., îv, v, x, 10, 11; xm, 
xiv; Num., vi, 22-27. Un de leurs privilèges est l'usage 
des trompettes sacrées dans les circonstances solennelles. 
Num., x, 8. Ils doivent être exempts de certains défauts 
corporels, se purifier des souillures légales avant de 
remplir leur ministère et de manger les choses saintes. 
Lev., xxi, 16-23; xxn, 2-7. Tous sont tenus de prati- 
quer les ablutions réglementaires, et de s'abstenir de 
boissons enivrantes chaque fois qu'ils doivent entrer 
dans le tabernacle. Exod., xxx, 19; Lev., x, 9. 

Les lévites sont les gardiens du sanctuaire et les ser- 
viteurs des prêtres, auxquels ils sont absolument subor- 
donnés. Num., i, 50; m, 6-10. Leur exclusion des 
offices et des droits sacerdotaux est indiquée d'une ma- 
nière saisissante dans le récit de la révolte et du châti- 
ment de Coré, de Dathan et d'Abiroh. Num., xvi, 1-35. 
Ils sont offerts à Dieu par Aaron pour remplacer les pre- 
miers-nés d'Israël. Num., m, 12, 45; vm, 11, 13-19. Au 
désert, ils sont chargés du transport du tabernacle et 
de son mobilier. Les attributions de chaque famille sont 
ènumérées d'une manière précise. Num., iv. Les fils de 
Caath, sous la conduite d'Éléazar, devaient porter les 
meubles sacrés, préalablement enveloppés par les prêtres 
en de précieuses couvertures. Les fils de Gerson, sous 



la conduite d'Ithamar, avaient pour mission de porter 
les rideaux et les tentures du tabernacle. Les fils de 
Mérari, également soumis à Ithamar, portaient les plan- 
ches, les barres et les colonnes qui formaient la char- 
pente du tabernacle, les piquets et les cordages de l'en- 
ceinte du parvis. Sous David, nous trouvons les Lévites 
divisés en quatre classes : 1» les gardiens du matériel 
et du trésor de la maison de Dieu, I Par., xxm, 4; 
xxvi, 20-28; 2» les magistrats et les juges, iôterîm û-Sô- 
fetim, I Par., xxm, 4; xxvi, 29-32; 3° les portiers, 
I Par., xxm. 5; xxvi, 1-19; 4» les chantres. I Par., xxm, 
5; xxv. Ces derniers, à leur tour, étaient partagés en 
trois groupes, sous la direction de trois chefs de chœur : 
Asaph, des fils de Gerson, avec quatre sections; Éthan 
ou Idithun, des fils de Mérari, avec six sections; Hé- 
man, des fils de Caath, avec quatorze sections; ce qui 
faisait en tout vingt-quatre sections, dont chacune était 
divisée en douze familles, d'où 288 familles de chantres. 
I Par., xxv, 1-7. Voir Chantres du Temple, t. h, col. 556. 
La classe des portiers comprenait quatre groupes suivant 
les quatre points d'orientation du sanctuaire. Voir Por- 
tiers. Il est probable que les « magistrats et juges » 
étaient divisés en six classes diversement dénommées à 
différentes époques suivant l'une ou l'autre des familles 
les plus éminentes. VoirCAATHiTES, t. h, col. 3; Gerson, 
t. m, col. 214; Mérari. Les Lévites entraient en fonc- 
tions à l'âge de trente ans, d'après Num., iv, 3, 23, 30, 
à vingt-cinq ans, d'après Num., vm, 24 (les Septante 
portent 25 dans tous les passages). Cet âge fut fixé par 
la constitution davidique à vingt ans. I Par., xxm, 24-28. 
Le service cessait à cinquante ans. Toute la période des 
rois fut la plus brillante pour les lévites. Après l'exil, 
nous les trouvons chargés de la surveillance des travaux 
du nouveau temple. I Esd., m, 8-9. Ils entourent Esdras 
pendant la lecture de la Loi, II Esd., vm, 4, 7, 9, et c'est 
dans leur bouche qu'est placée la confession qui précède 
le renouvellement de l'alliance avec Dieu. II Esd., IX, 5. 
Ils sont chargés, sous l'inspection d'un prêtre, de pro- 
céder au prélèvement des dîmes. II Esd., x, 37-38. Ce- 
pendant la classe des « magistrats et juges » disparaît 
presque complètement dans les documents qui se rap- 
portent à cette époque du second temple. 

Prêtres et lévites ne pouvaient entrer en fonctions 
sans une consécration spéciale, tant était grande la sain- 
teté de leur ministère. Et ici encore la différence des 
deux ordres est marquée par la différence des rites. 
Sans parler de la consécration du grand-prêtre, qui 
était la plus solennelle, celle des simples prêtres se 
composait essentiellement des cérémonies suivantes : 
purification corporelle, vêture, c'est-à-dire remise de la 
tunique de lin, de la ceinture et de la mitre, remise des 
offrandes entre leurs mains, imposition des mains sur 
la victime, une sorte d'onction avec le sang d'un bélier 
sur l'extrémité de l'oreille droite, sur le pouce de la 
main droite et le pouce du pied droit, une aspersion avec 
un mélange de sang et d'huile sainte, enfin repas sacré. 
Cl. Exod., xxix, 1-37; Lev., vm, 1-36. Quant à l'onction 
proprement dite, voir Huile, t. m, col. 776. — L'ordi- 
nation des lévites était beaucoup plus simple, comme la 
reconnaît lui-même le texte sacré. Il Par., xxix, 34. La 
cérémonie préliminaire comprenait aussi la purifica- 
tion, c'est-à-dire une aspersion « d'éau de péché » ou 
symbolisant fa rémission des péchés, puis purification 
du corps et des vêtements. Une double donation carac- 
térisait la consécration proprement dite : les lévites 
étaient donnés à Jéhovah par les enfants d'Israël, et 
Jéhovah de son côté les donnait aux prêtres. On dis- 
tingue quatre rites successifs : 1» Les princes du peuple 
imposaient les mains aux lévites, pour marquer qu'ils 
les substituaient aux premiers-nés que Dieu s'était ré- 
servés. 2» Le grand-prêtre les offrait à Dieu avec une 
cérémonie particulière que le texte hébreu exprime par 
les mots hênîf fenûfâh'. Num., vin, 11. Hénif signifie 



207 



LÈVI (TRIBU DE) 



208 



« agiter, balancer de côté et d'autre », et tenûfâh est le 
nom donné à l'offrande ainsi présentée à Dieu. Cf. Exod., 
xxix, 24, 26; Lev., vu, 30, etc. 3° Les Lévites à leur tour 
mettaient les mains sur la tête des deux bœufs qu'on de- 
vait immoler. 4° Enfin ils étaient remis aux prêtres, dont 
ils devaient être les serviteurs. Num., vin, 5-19. On voit 
parce rituel toute la distance qui les séparait des ministres 
de l'autel. Avaient-ils des insignes? La Loi ne renferme 
aucune disposition spéciale à ce sujet ; son silence ferait 
plutôt croire que non. Cependant les Paralipomènes nous 
présentent les lévites préexiliens revêtus de la tunique 
blanche comme les prêtres. I Par., xv, 27; II Par., v, 12. 
Était-ce en raison du caractère exceptionnel de certaines 
solennités ? La situation élevée qu'ils avaient à cette époque 
les avait-elle conduits à cette sorte d'usurpation? On ne 
sait. Le fait est qu'après l'exil, ils n'avaient plus d'uniforme 
distinctif. Dans le récit de la reconstruction du temple, 
I Esd., m, 10, on mentionne les ornements sacrés des 
prêtres, on ne parle pas de ceux des lévites. Josèphe, Ant. 
jud., XX, ix, 6, rapporte que, sous le règne d'Agrippa, 
les lévites-chantres demandèrent et obtinrent l'autorisa- 
tion de porter aussi bien que les prêtres une robe blanche. 
Dans son mécontentement, il s'écrie : « Toutes ces mesures 
étaient contraires aux usages nationaux, dont la violation 
devait attirer sur les Juifs de si justes châtiments. » 

V. Droits et privilèges. — La tribu de Lévi, consa- 
crée à Dieu, devait lui appartenir entièrement, sans 
souci des biens terrestres. Dieu seul était son héritage, 
Num., xviii, 20; mais, en retour, il lui cédait une partie 
de ses droits sur la terre d'Israël. Les familles sacerdo- 
tales et lévitiques n'eurent donc point, comme les autres, 
de territoire propre et distinct dans le pays de Chanaan. 
Jos., xili, 14, 33. Elles vécurent disséminées, ayant pour 
séjour garanti et privilégié certaines villes déterminées. 
Jos., xxi. Voir Lévitiques (Villes). Leur entretien tom- 
bait à la charge de la nation par là même qu'elles la re- 
présentaient auprès de Jéhovah. Des contributions de 
diverses natures étaient destinées soit aux membres de la 
tribu qui vivaient dispersés, soit à ceux qui étaient attachés 
au sanctuaire national pour l'exercice du ministère sacré. 
La dotation du clergé comprenait les revenus suivants : 

1° La dîme. — La loi mosaïque plaçait dans la dime la 
principale source de subsistance pour les prêtres et les 
lévites. Cf. Deut., xtv, 22-29. Voir Dime, t. h, col. 1431. 

2° Les premiers-nés et les prémices. — La même loi 
établit que les premiers-nés mâles des troupeaux appar- 
tiennent à Jéhovah et doivent lui être consacrés, que les 
prémices de tous les produits des champs doivent lui 
être données. Exod., xm, 11-16; xxm, 19; xxxiv, 19-20; 
Deut., xv, 19-23; xxvi, 1-10. Or, la part de la tribu de 
Lévi en Israël n'est autre que la part de Jéhovah. Num., 
xviii, 8-19; Deut., xviii, 1-2. Les ministres sacrés avaient 
donc un droit à prélever sur ces offrandes, mais en 
laissaient une partie aux donateurs pour leurs repas de 
fêtes. Voir Premiers-nés et Prémices. 

3° Les sacrifices et les offrandes. — L'autel lui-même 
constituait pour les prêtres une source abondante de 
revenus. Nous savons, d'après Num., xvm, 9-10, que 
« les choses très saintes » étaient exclusivement réser- 
vées aux prêtres, et qu'elles devaient être consommées 
dans le lieu saint, par les seuls membres mâles des 
familles sacerdotales. Sous ce nom étaient comprises 
les viandes des victimes offertes pour le péché (hattâ'f), 
dans les cas où ce qui restait après les parties consu- 
mées sur l'autel ne devait pas être brûlé, et les viandes 
des victimes offertes pour le délit ou la réparation ÇâSàm). 
Parmi ces mêmes choses était compté le sacrifice non 
sanglant (minhâh), c'est-à-dire l'offrande de farine fine 
avec de l'huile et de l'encens, ou de gâteaux sans levain 
pareillement trempés dans l'huile. Une partie était 
brûlée sur l'autel, le reste devait être consommé dans le 
lieu saint, par les prêtres. Lev., il, 1-11; Num., xv, 
1-15. Tous les membres des familles sacerdotales, les 



femmes comme les hommes, pouvaient prendre leur 
part de certaines offrandes, des prémices en particulier. 
Num., xvm, 11-19. Le Lévitique, vu, 29-34, détermine- 
ce qui revient au prêtre des victimes pacifiques. Dans 
l'holocauste, le sacrificateur ne prélevait que la peau de 
l'animal. Lev., vil, 8. Voir Offrandes, Sacrifices. 

4° Les choses consacrées à Dieu. — Dans la consécra- 
tion simple ou par vœu, il n'y avait point, semble-t-il, 
de bénéfice direct pour le prêtre; les dons revenaient au 
sanctuaire. Mais, dans la consécration absolue ou hêrém, 
l'objet consacré, n'étant soumis à aucune condition de 
vente ou de rachat, appartenait à Jéhovah comme 
« chose très sainte ». Lev., xxvii, 28. Or, d'après Lev., xxvn, 
21, cette chose revenait au prêtre : celui qui, après avoir 
consacré son champ, ne le rachète point et le vend 
malgré cela à un tiers, perdra son droit de rachat et soix 
titre de propriété, de sorte qu'en l'année du jubilé, le 
champ, au lieu de lui revenir, sera considéré comme- 
chose sainte de Jéhovah à l'instar d'un champ hêrém, et 
par conséquent « passera en la possession du prêtre ». 
— Pour le privilège de l'hérédité dans la tribu de Lévi, 
voir Prêtres. 

VI. Histoire. — 1» Du Sinaï à la conquête de Cha- 
naan. — La tribu de Lévi, par sa consécration même, 
était séparée des autres tribus d'Israël ; aussi ne fut-elle 
pas comprise dans le dénombrement du peuple ou plutôt 
des guerriers, fait au Sinaï. Num., i, 47, 49; n, 33, 
Mais, comme les Lévites avaient été substitués aux pre- 
miers-nés, ils furent comptés d'après un autre système, 
c'est-à-dire depuis un mois et au-dessus, et non pas 
depuis la vingtième année, selon le mode de recense- 
ment adopté pour les hommes en état de porter le» 
armes. Num., m, 15. Si l'on se fût restreint à ne les 
prendre que depuis l'âge de vingt ans jusqu'à soixante, 
leur nombre n'aurait pu égaler, à beaucoup près, celui 
de tous les premiers-nés des autres tribus. On trouva 
7 500 Gersonites, 8600 Caathites et 6200 Mérarites, 
Num . , m, 22, 28, 34 ; au total 22 300. La Bible, cependant, 
Num., m, 39, ne parle que de 22 000, ce qui tient sans 
doute à une erreur de transcription dans ce chiffre ou 
dans l'un des précédents. Dans les campements, la place 
des lévites et des prêtres était naturellement auprès du 
tabernacle : les fils de Gerson étaient à l'ouest, avec Élia- 
saph pour chef; ceux de Caath, au sud, ayant à leur tête 
Élisaphan; ceux de Mérari, au nord, sous la direction de 
Suriel ; Moïse, Aaron et ses fils occupaient le côté orien- 
tal. Num., m, 23-24,29-30, 35, 38. Pour porter les diver- 
ses parties du mobilier sacré, les Gersonites reçurent 
deux chars et quatre bœufs, et les Mérarites quatre 
chars et huit bœufs, le tout offert par les chefs des douze 
tribus. Les Caathites ne reçurent rien, parce que, en 
raison de la sainteté de leurs fardeaux, ils devaient les. 
porter sur leurs épaules. Num., vu, 6-9. Pour convo- 
quer le peuple devant le tabernacle, pour réunir les 
chefs de la nation, pour annoncer la levée du camp et 
le départ, les prêtres faisaient retentir les trompettes- 
sacrées. Il en était de même pour proclamer la guerre ou 
annoncer certaines solennités. Num., x, 3-10. Le privi- 
lège sacerdotal accordé à la lamille d' Aaron rut pour un 
certain nombre de Lévites un objet de jalousie et une 
occasion de révolte. Le Caathite Coré fut le chef des 
mécontents. Le châtiment des rebelles fut terrible. 
Num., xvi, 1-35. Voir Coré 3, t. n, col. 969. La verge 
fleurie d' Aaron confirma la dignité du grand-prêtre par 
un miracle. Num., xvn. Plus tard, dans les steppes de 
Moab, Phinéès, fils d'Eléazar, vengea la gloire divine et 
l'honneur du peuple, indignement outragés, en perçant 
de son glaive deux coupables dont le crime arrachait 
des larmes aux Israélites fidèles. Num., xxv, 6-8. Il 
reçut en récompense la promesse du souverain pontifi- 
cat pour lui et ses descendants. Num., xxv, 13. Il suc- 
céda, en effet, à Éléazar, et dans la suite, après une in- 
terruption momentanée, qui dura d'Héli à David, Sadoc* 



209 



LÉVI (TRIBU DE) 



210 



issu de sa race, ceignit la tiare pontificale, qui resta dans 
la maison de Phinéès jusque vers la ruine de l'État 
juif. Au recensement qui fut fait dans les plaines de 
Mcab, et d'après le même système qu'au Sinaî, les Lévites 
étaient au nombre de 23000, avec une augmentation de 
700. Num., xxvi, 57-62. Après la défaite des Madianites, 
ils reçurent leur part du butin. Num., xxxi, 30, 47. 
Cette première partie de leur histoire est ainsi marquée 
par leur vocation, leur consécration, leur zèle pour la 
gloire de Dieu, avec quelques défections, et l'accom- 
plissement de leurs fonctions dans le désert. 

2° De la conquête de Chanaan à David. — La tribu de 
Lévieutson rôle, dans la conquête de la Terre Promise, 
mais un rôle uniquement religieux. Les prêtres, portent 
l'arche d'alliance, se mirent à la tête du peuple pour tra- 
verser le Jourdain, et c'est au moment où leurs pieds 
touchèrent les eaux du fleuve que celles-ci se séparèrent 
pour livrer passage aux Israélites. Jos., Ht, 15-17. C'est 
aussi au son de leurs trompettes sacrées et devant 
l'arche qu'ils avaient promenée autour de Jéricho, que 
les murailles de la ville tombèrent. Jos., vi, 4, 9, 20. 
Dans la grandiose cérémonie qui eut lieu dans la vallée 
de Sichem, pour la prise solennelle de possession de la 
Terre Sainte, la tribu de Lévi se trouvait sur le Garizim 
pour les bénédictions. Deut., xxvii, 12. Les prêtres et 
l'arche sainte se tenaient au milieu des deux groupes 
de tribus, entre le Garizim et l'Hébal, et des membres 
de la famille lévitique, probablement des prêtres, pronon- 
cèrent les bénédictions et les malédictions. Deut., xxvii, 
14; Jos., vm, 33. Au moment du partage du pays chana- 
néen, la tribu de Lévi demanda, par l'intermédiaire de 
ses chefs, à être mise en possession des villes qui lui 
avaient été promises. Jos., xxi, 1, 3. 

Une fois installée dans ces villes, quelle fut sa situa- 
tion ? L'histoire fait à peine mention d'elle pendant la 
période des Juges, et les récits qu'elle nous donne sont 
plutôt de nature à dérouter nos idées. On connait les 
aventures du lévite Jonathan, qui loue ses services à 
un riche Éphraïmite, Michas, et se fait prêtre d'une 
idole dans un sanctuaire domestique, puis, quittant son 
maître, s'en va avec les Danites à Laïs, où il établit un 
sacerdoce idolâtrique. Jud., xvit, xviu. Ces aventures 
ont servi de prétexte aux théories dont nous parlions en 
commençant, relatives aux débuts de l'organisation du 
sacerdoce chez les Hébreux. La Bible nous dit que Jona- 
than était « un jeune homme de Bethléhem de Juda, 
de la famille (mispahat) de Juda ». Jud., xvil, 7. Donc, 
concluent certains critiques, il était de la tribu de Juda 
et lévite de profession, d'où il suit que la tribu de Lévi 
s'est conlituée artificiellement. Nous répondons sim- 
plement qu'il était de la tribu de Juda, mais non pas de 
la race de Juda, puisqu'il était « fils de Gersam, fils de 
Moïse », Jud., xviu, 30; il n'était pas originaire de 
Bethléhem, puisqu'il y était en étranger (gêr) ou en 
simple résidence. Jud., xvn, 7. Wellhausen, Prolego- 
mena, p. 130, croit remarquer une énorme différence 
entre la position d'Héli et celle de Jonathan. Le pre- 
mier représente un sacerdoce indépendant ; le second, 
lévite nomade, est pris à gages par le propriétaire d'un 
sanctuaire privé; celui-ci nous offre sans doute le type 
de ce qui se pratiquait en règle générale, celui-là repré- 
sente l'exception. Pourquoi ? « Un sacerdoce indépendant 
ne pouvait prendre pied qu'auprès d'un sanctuaire con- 
sidérable et public; celui de Silo semble avoir été seul 
de cette espèce ; les autres sanctuaires dont l'histoire fait 
mention étaient des propriétés privées. » Il est sur que 
le sanctuaire de Silo était le seul où put se pratiquer le 
culte officiel par le ministère ordinaire des prêtres. Il 
y avait d'autres endroits où l'on pouvait, où l'on devait 
même invoquer le nom de Jéhovah et répandre en son 
honneur, sur l'autel de terre ou de pierre hrute, le 
sang des animaux qu'on immolait, Exod., xx, 24, 25, 
mais les prêtres n'avaient pas à intervenir dans ces 



actes du culte populaire. Le contact avec les populations 
chananéennes amena un certain affaiblissement de l'unité 
religieuse. Peu à peu les dieux étrangers prirent place à 
côté de Jéhovah, et, à côté de son sanctuaire, on vit 
s'élever les bâmôt, développement abusif des autels po- 
pulaires. Les lévites, dispersés dans le pays, vinrent 
chercher là l'emploi de leurs prérogatives avec la consi- 
dération qui s'y attachait, et en même temps les res- 
sources que leur exclusion du partage du territoire et 
l'insuffisance des revenus de la maison de Jéhovah ne 
leur permettaient pas de se procurer autrement. Il ne 
s'agit donc point ici de règle générale et d'exception, 
mais plutôt de régulier et d'irrégulier. Les prêtres de 
Silo devaient réaliser aux yeux du peuple le type le plus- 
élevé et le plus pur du sacerdoce israélite. Van Hoonacker, 
Le sacerdoce lévitique, p. 228, à qui nous empruntons 
ces pensées, conclut justement : « Il nous semble que- 
les prêtres de Nob avaient plus de titres à se faire valoir 
devant Israël comme « types de la règle » que le lévite 
nomade Jonathan. » Aussi, tandis que les Danites emmè- 
nent Jonathan avec eux sans trop de façon, nous voyons 
les sicaires de Saûl, saisis de respect devant Achimélech 
et ses collègues, se refuser à exécuter les ordres du roi 
et à servir sa vengeance en les massacrant. I Reg. , xxu, 17. 

3» De David à la captivité. — Les livres des Parali- 
pomènes sont les seuls documents où nous trouvions 
de nombreux détails sur la tribu de Lévi, pendant la 
période de la royauté. Les livres de Samuel et des Rois 
ont surtout pour objet d'exposer la suite des événements 
politiques qui marquèrent la vie de la nation, sans 
préoccupation des institutions liturgiques. Le côté reli- 
gieux se résume pour eux dans la fidélité d'Israël 
envers Jéhovah ou sa défection, dans les prérogatives 
du Temple de Jérusalem. Les prêtres semblent plutôt 
appelés sur la scène par leurs relations avec tel héros 
ou tel fait historique. L'histoire d'Héli et de ses fils, qui 
jette pourtant un certain jour sur la vie intime du 
sanctuaire, sert d'introduction à celle de Samuel et par 
là à celle de Saûl. Les prêtres de Nob ne forment qu'un 
épisode dans le récit des rivalités entre Saûl et David. 
Abiathar et Sadoc n'apparaissent que dans le rôle qu'ils 
remplissent prés de David et de Salomon. Joïada a pour 
mission de renverser Athalie et d'élever Joas sur le 
trône. On observe le même silence chez les prophètes. 
S'ils parlent assez souvent des cérémonies du culte, 
c'est pour protester contre les manilestations purement 
extérieures de la piété, qui ne sont rien sans la vertu et 
la fidélité aux lois de la justice. Ils considèrent plutôt 
le prêtre d'une manière abstraite, au point de vue de sa 
situation morale vis-à-vis du peuple. Les Paralipomènes, 
au contraire, s'appliquent à montrer en toute occasion 
le rôle glorieux du clergé. On peut voir, en particulier, 
la différence des deux récits concernant le transport de 
l'arche sainte à Jérusalem, sous David. II Reg., vi; IPar., 
xv-xvi. Les mêmes documents nous révèlent, comme 
nous l'avons déjà dit, l'importance et le prestige que les 
lévites acquirentsous le premiertemple. Le lait s'explique 
par l'organisation nouvelle du service religieux, organi- 
sation qui associa ceux-ci d'une manière plus régulière- 
et plus intime aux prêtres proprement dits. Il s'explique 
encore par l'opposition que le schisme établit entre les 
droits légitimes et exclusifs de la famille lévitique tout 
entière et l'usurpation des ministres que Jéroboam 
plaça à la tête de ses sanctuaires officiels. Ceux-ci 
« n'étaient point des fils de Lévi », III Reg., xii, 31, et 
cette violation des prérogatives sacerdotales ne fit que 
mettre en relief l'origine et les aptitudes de la tribu de 
Lévi, et la distinction entre ministres de premier et de 
second rang, sans s'effacer jamais complètement, s'atté- 
nua beaucoup. 

A ces considérations générales il nous suffit d'ajouter 
quelques détails particuliers. David, avant d'organiser 
les lévites, en fit faire le recensement, et en trouva 



sa 



LÉVI (TRIBU DE) 



212 



38000 à partir de 30 ans et au-dessus. I Par., xxm, 3. 
.Nous savons comment il répartit leurs fonctions. Ils fu- 
rent chargés de la musique et du chant, de la garde 
•du temple, de ses portes et de ses trésors. I Par., xxv- 
jîxvi. Au moment du schisme, ils furent, comme les 
prêtres, chassés du royaume d'Israël et contraints d'aban- 
tdonner leurs possessions; ils vinrent se réfugier en 
-Tuda et à Jérusalem? II Par., xi, 13-14. Peut-être Jéro- 
boam les punissait-il de ne pas accepter, comme la plu- 
part de ses autres sujets, le culte sacrilège qu'il avait 
imposé au nouveau royaume. Josaphat, voulant répandre 
l'instruction religieuse parmi le peuple, constitua une 
commission composée de cinq princes, deux prêtres et 
•huit ou neuf lévites pour aller dans tout le royaume en- 
seigner la Loi. II Par., xvn, 7-9. Prêtres et lévites eurent 
leur rôle dans le plan de Joïada pour faire monter Joas 
sur le trône. II Par., xxm, 5-8. Voir Joïada 2, t. m, 
■col 1593. Ils eurent plus naturellement encore leur part 
•flans les réformes religieuses d'Ézéchias et de Josias. 
II Par., xxix-xxxi, xxxiv, xxxv. Voir Ézéchias, t. n, 
.col. 2141 ; Josias 1, t. m, col. 1679. 

4" De la captivité à la ruine du Temple. — La situa- 
tion des Lévites changea pendant l'exil ; elle se trouva 
-amoindrie, ou plutôt elle fut ramenée aux termes de la 
ILoi, à ce qu'elle était avant les privilèges de l'époque 
royale. Les ministres inférieurs furent, comme les 
prêtres, obligés de chercher leur subsistance ailleurs 
■que dans les revenus du Temple. Mais, au moment de 
la restauration, les premiers ne se trouvèrent plus dans 
les mêmes conditions que les seconds Ceux-ci allaient 
naturellement avant les autres vivre de l'autel. Les Lé- 
vites pouvaient craindre que, dans les misères qui de- 
vaient suivre le rapatriement, leurs intérêts ne fussent 
■sacrifiés à ceux des prêtres, et l'avenir, nous le verrons, 
justifia leurs appréhensions. On comprend donc que 
beaucoup d'entre eux aient hésité à reprendre le che- 
min de la Judée et\fu'un petit nombre seulement ait 
consenti à revenir. I Esd., vin, 15-19.Àutant les prêtres 
mirent d'empressement, autant les lévites en mirent 
peu, comme il est facile de le constater par les listes 
■officielles du retour. I Esd., h, 3C-42; II Esd., vu, 39- 
46. Pendant les deux premiers siècles de la restauration, 
ceux-ci occupèrent une position moins élevée sans doute 
.qu'avant la captivité, mais beaucoup plus importante 
<jue celle à laquelle nous les verrons réduits à la fin de 
l'histoire juive. Ils eurent leur part dans la reconstruc- 
tion et la dédicace du temple, I Esd., m, 8-12; vi, 15-20, 
•dans la reconstruction et la consécration solennelle des 
murs de Jérusalem. H Esd., m, 17; xn, 27-42. La ville 
sainte comptait parmi ses habitants 284 lévites et 
■chantres, et 172 portiers ; les autres s'établirent dans les 
cités de Juda. II Esd., xi, 15-19, 36. Il est probable que 
les prescriptions relatives au paiement de la dîme ne 
Jurent par toujours fidèlement observées. La mesure 
votée par la grande assemblée sous Néhémie, II Esd., 
je, 37-39, avait pour objet de remettre la Loi en vigueur, 
■sous ce rapport. Mais, aussitôt après le départ du gou- 
verneur juif, les abus recommencèrent. Néhémie le 
-constata à son retour : « Je reconnus, dit-il, que les 
parts des lévites n'avaient pas été données et que les 
lévites et les chantres, chargés du ministère, s'étaient 
retirés chacun dans sa terre. » II Esd., xm, 10. Il est à 
présumer que ces irrégularités avaient profité aux 
prêtres, que Malachie, i, 7-13; n, 1-10, accuse d'ava- 
rice, de spéculation sordide, d'attachement excessif à 
leurs intérêts matériels, au mépris de la Loi et des 
égards dus à leurs frères. Néhémie s'attacha à préserver 
les lévites de nouvelles injustices, II Esd., xm, 11-13, 
mais leur abstention significative au moment où Esdras 
revint en Judée montre le peu d'attraits qu'avait pour 
.eux Jérusalem. Cette attitude ne fit qu'aggraver la situa- 
tion des ministres inférieurs, contre lesquels on exploita 
la prétendue intelligence de leurs frères. Les prêtres 



accaparèrent les fonctions pour accaparer les revenus et 
réduisirent progressivement le rôle et le prestige des 
lévites. 

Durant les deux ou trois derniers siècles de l'État juif, 
nous ne trouvons nulle part vestige d'un rôle quelcon- 
que que les lévites, comme tels, auraient rempli dans les 
affaires publiques, dans l'exercice de la justice, dans 
l'enseignement de la Loi. A la différence des prêtres, 
dont l'influence était très grande, ils semblent n'avoir pas 
eu d'occupation en dehors du Temple. Cet abaissement 
nous explique pourquoi leur nom ne paraît pas une 
seule fois dans les deux livres des Machabées, où pour- 
tant l'occasion ne manquait pas de les mettre en scène, 
à côté des prêtres très souvent cités. Il n'est question 
d'eux ni à propos de la restauration du Temple sous 
Judas Machabée, I Mach., îv, 36-58, ni dans le récit de 
la découverte du teu sacré par Néhémie. II Mach,, i, 
18-36. Dans les Évangiles, où les prêtres et les scribes 
occupent une si grande place, ils ne sont mentionnés 
que deux fois : Luc, x, 32; Joa., I, 19. Bien que formant 
un corps distinct dans la tribu lévitique, ils n'étaient 
pas représentés dans le Sanhédrin, qui comprenait les 
trois classes des prêtres, des scribes et des anciens du 
peuple. La Mischna suppose en plusieurs endroits qu'ils 
ne recevaient plus la dîme. Josèphe, de son côté, ne pa- 
raît pas se douter que, selon le précepte formel de la 
Loi, la dime devait être donnée directement aux lévites 
par le- peuple. Dans les passages où il touche à ce sujet, 
il ne parle que des prêtres comme bénéficiaires de ce 
tribut. Ant. jud., XX, vin, 8; îx, 2; Vita, 12, 15; cf. 
Heb., vu, 5. D'autre part, il laisse de côté les Lévites là 
où il n'eût pas manqué de les mettre en scène, s'ils 
avaient encore eu une situation analogue à celle qu'ils 
possédaient sous le premier temple. Cf. Ant. jud., XI, 
iv, 5; Cont. App., II, 21, 23. — Ainsi finit dans l'obscurité 
cette branche de la tribu de Lévi, que nous avons sur- 
tout cherché à mettre en relief, sans perdre de vue la 
branche sacerdotale, Dans son ensemble, la tribu que 
nous avons suivie depuis son origine jusqu'à sa fin eut 
au sein du peuple israélite un rôle des plus importants, 
mais qu'il nous est impossible d'apprécier ici, en dehors 
d'une histoire détaillée du sacerdoce. Chacunedes autres 
tribus a eu son caractère particulier, sa part plus ou 
moins grande dans les événements nationaux, celle-ci a 
eu une place de choix dans le plan divin, dans la vie 
d'un peuple dont les destinées ont été surtout reli- 
gieuses. Comme les autres, elle a eu ses vicissitudes, ses 
gloires et ses défections, mais, en somme, elle a été 
l'âme de cette nation choisie, dont la raison d'être dans 
l'antiquité a été de rendre au vrai Dieu le culte qui lui 
est dû. Dispersée au milieu de ses frères, elle y a main- 
tenu l'unité, dont le châtiment et l'épreuve n'ont fait 
que resserrer les liens. Le sacrifice et la prière, qui 
furent son unique apanage, ont mis à son front une 
auréole dont l'éclat illumine toute l'histoire d'Israël. 
■ VII. Bibliographie. — J. Lightfoot, Mvnisterium 
Templi quale erat tempnre nostri Salvatoris, dans ses 
Opéra, Rotterdam, 1686, t. i, p. 671-758; G. Carpzov, 
Apparatus historieo-criticus antiquitatum sacri codi- 
cis, Francfort et Leipzig, 1748; H. Graf, Zur Geschichte 
des Stammes Levi, dans Merx, Archiv fur wissen- 
schaftliche Erforschung des Alten Testamentes, t. i, 
1867-1869, p. 68-106, 208-236; S. J. Curtiss, The Levitical 
Priests, a contribution to the criticism of the Penia- 
teuch, Edimbourg et Leipzig, 1877 ; W. Baudissin, Die 
Geschichte des alttestamentlichen Priesterlhums tinter- 
suckt, Leipzig, 1889; Id., Priests and Lévites, dans J. 
Hastings, Victionary of the Bible, Edimbourg, 1898-1902, 
t. îv, p. 67-97; J. Benzinger, Hebrâische Archâologie, 
Fribourg-en-Brisgau, 1894, p. 405-428;, W. Nôwack, 
Lehrbuch der hèbrâiscken Archâologie, Fribourg-en- 
Brisgau, 1894, t. il, p. 87-130; E. Schûrer, Geschichte des 
jùdischen Volkes im Zeitaller Jesu Christi, Leipzig, 



213 



LÉVI (TRIBU DE) — LÉVIRAT 



214 



t. ii, 1898, p. 214-299 ; A. van Hoonacker, Le sacerdoce 
lévitique dans la Loi et dans l'histoire des Hébreux, 
Louvain, 1899; Fr. von Hummelauer, Dos vormosaische 
Prieslerthum in Israël, Fribourg-en-Brisgau, 1899. 

A. Legendre. 

3. LÉVI (Aeuiç), nom de l'apôtre et évangéliste saint 
Matthieu dans Marc. , h, 14; Luc, v, 27, 29. Voir Matthieu- 

4. LÉVI (Aeui), fils de Melchi et père de Mathat, un 
des ancêtres de Notre-Seigneur, nommé le quatrième 
dans la généalogie de saint Luc, m, 24. 

5. LÉVI (Ae-jf), fils de Siméon et père de Mathat, an- 
cêtre de Notre-Seigneur, nommé le trente-deuxième 
dans la généalogie ascendante de Jésus-Christ en saint 
Luc, m, 29. 

LÉVIATHAN (hébreu : Uvyâtân), nom qui désigne 
des animaux divers dans l'Ancien Testament. Gesenius, 
Thésaurus, p. 747, fait dériver ce mot de livyâh, « cou- 
ronne, guirlande, » avec la terminaison adjective an, 
et lui attribue la signification d'animal sinueux, qui se 
roule en spirales. D'autres lexicographes lui donnent 
pour étymologie livyâh et tân, « monstre tortueux. » — 
On le lit six fois dans la Bible hébraïque. Les Septante 
l'ont rendu cinq fois par Spàfcwv et une, Job, m, 8, par 
liéya «îjwç. La Vulgate a conservé le nom de Léviathan 
dans Job, in, 8; xl, 20; ls., xxvn, 1 (deux fois); elle l'a 
traduit par draco, Ps. lxxiii (lxxiv), 14; cm (civ), 26, la 
traduction de ces deux derniers passages étant faite di- 
rectement sur le grec des Septante. Dans ces six pas- 
sages, le mot livyd(dn est employé dans trois sens diflé- 
rents. —1° Il désigne le crocodile dans Job, xl, 20-xi.i, 25 
(hébreu, xl, 25-xli, 26). Voir Crocodile, t. n, col. 1120. 
Livyâfân (draco) a aussi la signification de crocodile dans 
le Psaume lxxiv, 14, mais ce grand saurien qui habite 
les eaux du Nil est en cet endroit l'emblème du pha- 
raon d'Egypte. Cf. Is., li, 9; Ezech., xxix, 3. — 2» Dans 
le Ps. cm (civ), 26, livyâtdn est dit d'un monstre ma- 
rin « qui se joue dans les flots », c'est-à-dire la ba- 
leine, d'après plusieurs exégètes ; la grande et vaste- mer 
nommée f. 25, est la Méditerranée. — Isaïe, xxvn, 1, 
pour annoncer la chute du roi de Babylone, dit : « En 
ce jour, Jéhovah frappera de son glaive dur, grand et 
fort le léviathan, serpent (nâhâs) fuyant, le léviathan, 
serpent (nâhâS) tortueux, et il tuera le monstre qui est 
dans la mer. » Léviathan est ici un cétacé, emblème du 
roi de Babylone, et le mot nâhâs ne doit pas s'entendre 
d'un serpent proprement dit, mais d'un grand poisson 
dont les mouvements onduleux ressemblent à ceux du 
serpent. — 3» Enfin, Léviathan, dans Job, m, 8, est, 
d'après plusieurs commentateurs, la constellation du 
Dragon. Frz. Delitzsch, Bas Buch Job, 1864, p. 52. Cf. 
Dragon, t. n, col. 1505. D'autres pensent, au contraire, 
que léviathan doit s'entendre aussi du crocodile dans ce 
passage. Voir H. Zschokke, Das Buch Job, 1875, p. 19; 
3. Knabenbauer, Comment, in Job, 1886, p. 62. 

LÉVIRAT, loi hébraïque qui, par dérogation à la 
prohibition des mariages entre beau-frère et belle-sœur, 
Lev., xviu, 16; xx, 21, autorisait et même obligeait 
jusqu'à un certain point un beau-frère à épouser sa 
belle-sœur, quand celle-ci avait été laissée veuve sans 
entants. Le beau-frère qui se trouvait dans ce cas parti- 
culier portait le nom de yâbâm. La loi qui le concer- 
nait a reçu, dans nos langues modernes, le nom de 
lévirat, tiré du mot latin levir, qui signifie beau-frère. 

1° A l'époque patriarcale. — La première application 
d3 la coutume du lévirat est très antérieure à Moïse. 
E'un des fils de Jacob, Juda, avait pour fils Her, Onan 
et Séla. Il maria l'aîné, Her, à Thamar. Après la mort 
prématurée de Her, Juda dit à son second fils, Onan : 
« Va à la femme de ton frère, et comme yâbâm épouse- 



la, pour susciter une postérité à ton frère. » Onan, sachant 
que cette postérité ne serait pas pour lui, trahit son devoir 
de yâbâm et mourut comme son aîné. L'obligation d'épou- 
ser Thamar passait à Séla. Juda, prétextant que celui-ci 
était encore trop jeune, et espérant peut-être que Tha- 
mar trouverait un autre époux, lui dit d'attendre dans 
la maison de son père. C'est alors que Thamar, frustrée 
dans ses droits, Gen., xxxvm, 26, s'arrangea pour obte- 
nir criminellement de Juda lui-même la postérité qu'elle 
désirait. Gen., xxxvm, 6-11. Dans ce récit, le lévirat 
apparaît à l'état de coutume obligatoire dans le pays de 
Chanaan, et l'obligation en est reconnue par Juda lui- 
même, qui dit de Thamar, après son inceste : « Elle est 
moins coupable que moi, puisque je ne l'ai pas donnée 
à mon fils Séla. » Gen., xxxvm, 26. Cette coutume 
n'était pas particulière aux Chananéens. On l'a constatée 
chez d'anciens peuples d'Italie, Diodore de Sicile, xii, 18, 
chez les Arabes, les Indiens, les Perses, les Mongols, les 
Éthiopiens, les Druses, les Gallas d'Abyssinie, les Cau- 
casiens, etc. Cf. Winer, Bibl. Bealwôrterbuch, Leipzig, 
1838, t. il, p. 23; Fr. de Hummelauer, In Deuteron., 
Paris, 1901, p. 417. Le lévirat avait pour but évident d'as- 
surer une descendance au frère aîné mort prématuré- 
ment, afin que le nom de celui qui était arrivé à l'âge 
d'homme et avait déjà contracté mariage ne se perdît pas. 
Par le fait même, l'héritage du défunt, au lieu de passer 
à des collatéraux, était assuré à la descendance directe 
que lui procurait le lévirat. Enfin, l'exemple consigné 
dans la Genèse montre, qu'à défaut du second frère, 
c'était au troisième et aux suivants qu'incombait le 
devoir d'épouser la veuve. La chose était encore ainsi 
comprise au temps de Notre-Seigneur, puisque les saddu- 
céens lui proposent l'exemple de sept frères épousant 
successivement la même femme. Matth., xxii, 23-27; 
Marc, xii, 18-23; Luc, xx, 27-32. 

2° Dans la loi mosaïque. — Moïse inséra dans sa 
législation la loi du lévirat. Cette loi, qui n'apparait que 
dans le Deutéronome, n'a dû être promulguée que sur 
la fin du séjour au désert, peu avant l'entrée du peuple 
d'Israël dans ce pays de Chanaan où le lévirat était en 
usage depuis si longtemps. Rien ne permet d'affirmer 
que cette coutume ait été en vigueur parmi les Hébreux 
durant leur séjour en Egypte. Il est probable que si le 
lévirat avait été pratiqué alors, Moïse en aurait rappelé 
la loi dès le commencement du séjour au désert, en 
même temps que celles qui règlent les mariages. 
Lev., xvhi, 1-25. La loi mosaïque suppose des trères 
habitant ensemble, par conséquent des frères du même 
père, puisque entre des frères de même mère mais de 
pères différents il n'y a communauté ni d'héritage, ni 
d'habitation. Si l'aîné meurt sans entant, selon l'hébreu : 
« sans fils, » bên 'ên-lô, tandis que les Septante disent : 
« sans descendance, » et la Vulgate : « sans entants, » 
la veuve ne peut épouser un étranger; le trère du défunt 
doit la prendre en qualité de yâbâm, et le premier-né 
de cette union porte le nom et reçoit l'héritage de celui 
qui n'est plus. Il arrivait pour l'ordinaire que le second 
frère n'était pas encore marié au moment où l'aîné mou- 
rait sans laisser d'enfant. La loi, qui tolère la bigamie, 
ne dit rien du cas où le second frère était déjà marié 
quand mourait l'atné. La veuve ne pouvait donc accep- 
ter en mariage/ un autre que son beau-frére ; par contre, 
celui-ci pouvait se soustraire à l'obligation d'un pareil 
mariage. La veuve le citait alors devant les anciens, qui 
devaient chercher à le persuader. S'ils n'y réussissaient 
pas, la veuve s'approchait de lui en présence des anciens, 
lui était son soulier du pied, lui crachait au visage, ou 
peut-être simplement crachait devant lui, et disait : 
s. Ainsi en arrivera-t-il de l'homme qui ne relève pas la 
maison de son frère. » La maison de celui qui avait 
refusé d'être yâbâm était désormais appelée en Israël : 
bê( Ijtâlûs han-nâ'al, « maison de celui qui a quitté son 
soulier. s Deut., xxv, 5-10. Se laisser ôler son soulier, 



215 



LÉVIRAT — LÉVIT1QUES (VILLES) 



216 



c'était renoncer à un droit, se rendre incapable de mettre 
le pied sur un héritage, de même que jeter son soulier 
sur un pays, c'était s'en emparer. Ps. lx (lis), 10. La 
veuve crachait ensuite, pour signifier que le beau-frère, 
par son refus, devenait souverainement méprisable. "Voir 
t. n, col. 1099. Il suit de là que le mariage avec la veuve 
s'imposait au yâbâm comme un devoir de haute conve- 
nance et presque de justice à l'égard de l'aîné; s'il se 
refusait à le remplir, malgré les admonestations des an- 
ciens, il était disqualifié aux yeux de ses concitoyens. 

3" Le cas de Ruth. — Le livre de Ruth, îv, 1-3, montre 
en action les formalités prescrites pour le refus ou l'ac- 
ceptation du lévirat. Voir Booz, t. i, col. 1851. Booz était 
parent d'Élimélech, beau-père de Ruth, la Moabite veuve 
elle-même, qu'il désirait épouser. Il se rend donc à la 
porte de la ville, où arrive de son côté un autre parent 
plus rapproché de Ruth. Là, devant dix anciens, il pro- 
pose à ce dernier le droit de préemption pour un 
champ que possédait leur « frère » commun, c'est-à- 
dire leur parent, et que Noémi, veuve d'Élimélech, vou- 
lait vendre. Le parent rapproché consent à acheter le 
champ, mais quand Booz lui fait observer qu'il devra 
aussi épouser Ruth, l'héritière, pour relever le nom de 
son mari défunt, Mahalon, fils d'Élimélech, il se désiste, 
par crainte des inconvénients qu'il croit voir à ce ma- 
riage. Lui-même alors ôte son soulier, en signe de dé- 
sistement, et Booz conclut solennellement le contrat en 
présence des anciens. Il résulte de cet exemple que, si 
les frères avaient à épouser la veuve de leur aîné défunt, 
l'obligation était étendue, à défaut de frères, aux parents 
les plus proches. Mais alors l'obligation s'imposait sans 
doute moins impérieusement. De fait, ce n'est pas Ruth, 
mais Booz qui règle l'affaire avec le parent plus rapproché. 
L'acquisition du champ et le mariage avec Ruth semblent 
constituer pour ce dernier un droit plutôt qu'un devoir; 
il y renonce volontairement et ôte lui-même son soulier, 
sans que la veuve le lui retire, comme le prescrivait la 
loi du Deutéronome, xxv, 9. D'ailleurs, dans le livre de 
Ruth, IV, 7, l'abandon du soulier est formellement indi- 
qué comme le signe extérieur d'un contrat de vente ou 
d'échange passé devant les anciens; ce signe n'est pas 
considéré comme caractéristique de la renonciation au 
lévirat. Cf. Sagittarius, De nudipedalibus veterum, 3, 
dans le Thésaurus d'Ugolini, t. xxix; Rosenmûller, Das 
alte und das neue Morgenland, Leipzig, 1818, t. m, p. 70. 
Josèphe, Ant. jud., V, ix, 4, complète le récit en disant 
que, sur l'invitation de Booz, Ruth retira le soulier de 
son parent et lui cracha au visage. L'historien se mé- 
prend visiblement en introduisant dans le récit des traits 
empruntés à la législation, mais non nécessairement 
applicables au cas de Ruth. — A part l'allusion des saddu- 
céens dans l'Évangile, il n'est plus question du lévirat 
dans la Sainte Écriture. Néanmoins la loi en dut être 
fréquemment appliquée dans le cours des âges. On estime 
qu'elle intervient trois fois dans la série des ancêtres du 
Sauveur, et c'est ainsi qu'on explique les différences qui 
existent entre les deux listes généalogiques de saint 
Matthieu et de saint Luc. Voir Généalogie de Jésus- 
Christ, t. ni, col. 170, et Cornely, Introd. in lib. N. T., 
Paris, 1886, t. m, p. 198-200. 

4» A l'époque évangélique. — La loi du lévirat était 
toujours en vigueur à cette époque. Le commentaire 
de cette loi fait l'objet du traité Jebamoth de la Mischna. 
Voici ce que les docteurs juifs avaient réglé à ce sujet. 
Le yâbâm ne pouvait épouser la veuve que trois mois 
au moins après la mort du premier mari, afin qu'on pût 
au préalable constater qu'elle n'était pas enceinte. 
Le mariage était même alors précédé des fiançailles, en 
présence de deux témoins, et moyennant la tradition 
d'une pièce d'au moins un prutah, de la valeur du 
Xsictôv, Luc, xn, 59, c'est-à-dire d'à peu près un cen- 
time. Si le parent se refusait au mariage, la veuve pro- 
cédait à son égard comme il est prescrit au Deutéro- 



' nome, xxv, 5-10. Les juges avaient d'ailleurs donné au 
yâbâm une consultation préalable pour l'exhorter soit 
à accepter soit à refuser le mariage. On avait un soulier 
tout préparé, dans des conditions spéciales, pour le 
mettre au pied du retusant. La veuve devait être à jeun 
pour l'accomplissement de la formalité officielle ; on 
avait même réglé la quantité de salive qu'elle devait 
émettre, quantité suffisante pour qu'on pût l'apercevoir 
à terre. Les juges criaient ensuite par trois fois : hâlûs 
han-nâ'al, « dépouillé de son soulier, » à celui qui n'ac- 
ceptait pas le mariage, et ils lui délivraient un certificat 
constatant le fait. Le yâbâm dépouillé de son soulier 
pouvait ensuite se marier comme il l'entendait; la veuve 
abandonnée par lui recouvrait aussi sa liberté, sans 
pouvoir cependant épouser un prêtre. Si elle épousait 
un autre homme, avant la renonciation du yâbâm, elle 
était passible de la flagellation, ainsi que son mari, et 
celui-ci devait la renvoyer avec une lettre de divorce. 
Le grand-prêtre, d'après la loi, Lev., xxi, 13, 14, ne 
pouvait épouser qu'une vierge ; il était donc par là même 
exempté de l'obligation du lévirat. Le premier fils qui 
naissait du mariage contracté en vertu du lévirat, pre- 
nait le nom du défunt, lui succédait dans ses biens et 
continuait sa race. Il est à remarquer pourtant qu'Obed 
est traité comme fils de Booz, et non comme fils de 
Mahalon. Ruth, rv, 21, 22; Matth., i, 5. La cause en est 
probablement que Booz n'était pas frère, mais seulement 
cousin de Mahalon. Les docteurs décidaient encore que 
dans le cas où il se trouvait plusieurs veuves, un frère 
n'en avait qu'une à épouser, que l'obligation passait du 
plus âgé au puîné, que cette nouvelle union entraînait 
les mêmes empêchements matrimoniaux avec les pa- 
rents de la veuve qu'une union normale, mais que 
l'obligation du lévirat n'existait qu'entre parents unis à 
un degré qui prohibait le mariage. Cf. Yebamoth, il, 3, 8; 
rv, 5, 7, 10; x, 1, 3. 

5° Cas où le défunt ne laissait que des filles. — Comme 
il a été dit plus haut, la loi suppose que le défunt n'a 
pas laissé de fils, bên. Il suivrait de là en rigueur que, 
s'il ne laissait que des filles, le lévirat s'imposait. Pour- 
tant les filles pouvaient être héritières, Num., xxxvi, 1-12, 
et le lévirat eût été d'une application bien - difficile si 
les frères puînés se trouvaient déjà mariés au moment 
de la mort d'un aîné ne laissant que des filles, ou s'il y 
avait trop grande disproportion d'âge entre eux et la 
veuve. Il est clair que le frère déjà marié était exempt 
du lévirat, autrement la loi eût prescrit la bigamie, au 
lieu de la tolérer simplement. D'après Josèphe, Ant. jud., 
V, ix, 4, le parent de Ruth refuse le mariage parce qu'il 
a déjà femme et enfants. Il est à croire que, dans le 
texte de la loi, le mot bên est à prendre dans le sens 
large. C'est ce que font les Septante : mzipyjx, « descen- 
dance; » la Vulgate : absque liberis, « sans enfants, » 
et Josèphe", Ant. jud., IV, vin, 23 : a-cexvot, « sans en- 
fant. » Dans l'exemple cité par les sadducéens, le dé- 
funt laisse la veuve [ati ëx wv <nrépfi.ce, « sans descendance, » 
Matth., xxn, 25; Marc., xn, 20, atexvoç, « sans entant. »* 
Luc, xx, 29. D'après l'interprétation juive, la loi du lévi- 
rat ne s'appliquait donc pas si, à défaut de fils, le défunt 
laissait une ou plusieurs filles. — Cf. Benary, De Hebrseo- 
rum leviratu, Berlin, 1835; Redslob, Die Leviratseke 
bei den Hebrâern, Leipzig, 1836; Iken, Antiquitates 
hebraicee, Brème, 1741, p. 504-507. H. Lesètre. 

LÉVITES, voir Lévi 2, col. 203. 

LÉVITIQUE, troisième livre du Pentatcuque. Voir 

Pentateuque. 

LÉVITIQUES (VILLES), villes assignées aux prêtres 
et aux lévites comme lieu d'habitation dans les différentes 
tribus d'Israël. Num., xxxv, 1-8; Jos., xxi; I Par., VL, 
54-81. Voir Lévi (Tribu de), col. 207. 



217 



LÉVITIQUES (VILLES) 



218 



1. Noms et croupes. — Ces villes étaient au nombre 
de 48. Num., xxxv, 7. Deux documents parallèles nous 
en ont conservé la liste, Jos., XXI, et I Par., VI, 54-81. 
Malgré des variantes et certaines lacunes dans les Para- 
lipomènes, nous avons, au fond, identité de renseigne- 
ments dans les deux endroits. Voici par familles lévi- 
tiques et par tribus la nomenclature de ces villes : 

/. fils db caate. — Cette ligne se divisait en deux 
branches : 

1° Aaronides ou prêtres. — Ceux-ci curent dans les 
deux tribus de : 

A) Juda et Siméon. — 1. Hébron (hébreu : ffébrôn; 
Septante : Xeêptiv), Jos., xxi, 11; I Par., vi, 57 (hébreu, 
40, 42), aujourd'hui El-Khalîl, au sud de la Palestine, 
dans la montagne de Juda. Voir Hébron 3, t. m, 
col. 554. 

2. Lobna (hébreu : Libnâh; Septante, Codex Vati- 
canus : Ae|*vâ ; Codex Alexandrinus ; Aeëvâ, Jos., xxi, 
13; Vat. et Alex. : Aoêvà, 1 Par., vi, 57 [hébreu, 42], 
appelée aussi Labana, Jos., xv, 42, et Lebna, Jos., x, 
29-32; xii, 15. L'emplacement est inconnu, mais devait 
se trouver dans les environs de Beit-Djibrîn. 

3. Jéther (hébreu : Yaplir; Septante, Vat. : A'ù,û,p, 
transposition fautive; Alex. : 'IéDep, Jos., xxi, 14; Vat. : 
'IeOOàp ;Alex. : 'léftep, I Par., VI, 58 [hébreu, 43], actuelle- 
ment Khirbet 'Attîr, au sud d' El-Khalîl, sur la frontière 
de Juda et de Siméon. Voir Jéther 6, t. m, col. 1519. 

4. Esthémo (hébreu : 'EStem ôa' ; Septante, Vat . : Teu.â ; 
Alex. : 'Ec6s(«o, Jos., xxi, 14; Vat. et Alex. : 'E<fian<i, 
I Par., vi, 57 [hébreu, 42], appelée ailleurs Istemo, Jos., 
xv, 50; Esthamo, I Beg., xxx, 28, et justement identifiée 
avec Ès-Semu'a, au nord-est de la précédente. Voir 
Esthémo, t. n, col. 1972. 

5. Holon (hébreu : B~ôlôn, Jos., xxi, 15; Biîlên, 
I Par., vi, 58 [ hébreu, 43] ; Septante, Vat. : ViWx ; Alex., 
'QXwv, Jos., xxi, 15; Vat. .-SeXvâ; Alex. : NrjXwv, I Par., 
vi, 58 [hébreu, 43; Septante, 57], appelée aussi Hélon, 
I Par., vi, 58, et Olon, Jos., xv, 51. Inconnue. Voir 
Hélon 2, t. m, col. 586. 

6. Dabir (hébreu : Debîr; Septante : AaSei'p), égale- 
ment appelée Cariathsehna, Jos., xv, 49, et Cariath- 
Sépher, Jos., xv, 15, peut vraisemblablement être placée 
à Edh-Dhâheriyéh, au sud-ouest d'Hébron. Voir Dabir 2, 
t. il, col. 1197. 

7. Aïn (hébreu : 'Ain; Septante, Vat..- 'Aai; Alex. : 
*Aîv), Jos., xxi, 17; Asan (hébreu : 'ÂSdn; Septante : 
'Aaàv), d'après I Par., vi, 59 (hébreu, 44). Position incer- 
taine. Voir Aïn 2, t. i, col. 315, et Asan, t. i, col. 1055. 

8. Jeta (hébreu : Yuttâh; Septante : Tavû), omise 
dans la liste des Paralipomènes. C'est aujourd'hui le 
■village de Yutta, situé au sud d'Hébron. Voir t. m, 
col. 1517. 

9. Bethsamès, Jos., xxi, 16; Bethsémès, I Par., vi, 59 
(hébreu, 44) (hébreu : Bêt-Sémés; Septante : BaiOaan'Jî, 
Jos., xxi, 16 ; I Par., vi, 59 [hébreu, 44] ; Alex. : Be6<j«|/,lî, 
Jos., xxi, 16), actuellement Ain Schems, sur la limite de 
Juda et de Dan. Voir Bethsamès 1, t. i, col. 1732. 

B) Benjamin. — 10. Gabaon (hébreu : Gib'ôn; Sep- 
tante : r<x6a<iv), omis dans la liste des Paralipomènes, 
correspond au village d'El-Djîb, au nord-ouest de Jéru- 
salem (t. m, col. 15). 

11. Gabaé, Jos., xxi, 17; Gabée, I Par., vi, 60 (héb., 
45) (hébreu : Géba'; Septante, Vat. : TaôsO, Jos., xxi, 
17; rà6ai, I Par., vi, 60: Alex. : VaUt, Jos., xxi, 17; 
I Par., vi, 60), appelée aussi Gabaa, 1 Reg., xiv, 5, au- 
jourd'hui Djéba', au nord nord-est de Jérusalem. Voir 
Gabaa 2, t. m, col. 3. 

12. Anathoth (hébreu : 'Ânâfôt; Septante : 'Avoi9<i8) 
= 'Anâta, au nord-est de Jérusalem. Voir Anathoth 3, 
t. 1, col. 550. 

13. Almon (hébreu : 'Almôn; Septante, Vat. : 
Td(iaXa; Alex, : 'AXjiuv), Jos., xxi, 18; Almath (hébreu : 
'AUémét; Septante, Vat.: ra.Uy.tf; Alex. : TaX^sS), 



I Par., vi, 60 (hébreu, 45) = Khirbet Almîêt, près 
u"Anàta, vers le nord-est. Voir Almath 2, t. i, col. 397. 
2» Lévites. 

C) Tribu d'Éphraïm. — 14. Sichem (hébreu : Se- 
kém; Septante : Su/ép.), Jos., xxi, 21; 1 Par., VI, 67 
(hébreu, 52), aujourd'hui Naplouse. 

15. Gazer (hébreu : Gézér; Septante, Vat. : raÇapà, 
Alex. : TàCep, Jos., xxi, 21; Vat. : TâCep, I Par., vi, 67 
[52])=TeU Djézer,au sud-estde Bamléh. VoirGAZER'l, 
t. m, col. 126. 

16. Cibsaïm (hébreu : Qibsaîm; Septante, Vat. : 
omis ; Alex. : Kaèaaein), Jos., xxi, 22 ; Jecmaam (hébreu ; 
Yoqrne'âm : Septante, Vat. : Ixaâp.; Alex. : Iexu.aâv), 
I Par., vi, 68 (53). Il y a peut-être ici une faute de co- 
piste produite par la confusion de certaines lettres, t. n, 
col. 749. En tout cas, la ville est inconnue. Voir cepen- 
dant Jecmaam 2, t. ni, col. 1212. 

17. Bethoron (hébreu : Bêp R~ôrôn; Septante, Bck- 
Swpwv) — Beit 'Vr et-tahta ou el-fôqâ, sur la frontière 
d'Ephraïm et de Benjamin (t. i, col. 1699). 

D) Tribu de Dan. — 18. Elthécon (hébreu : 'Élpeqê'; 
Septante, Vat. : 'EXxwOaîp.; Alex. .•'EXOexw), omise dans 
la liste des Paralipomènes (t. n, col. 1707). Cette ville 
est aussi appelée Êlthécé, Jos., xix, 44 (t. n, col. 1706), 
mais n'a pu jusqu'ici être identifiée. 

19. Gabathon (hébreu : Gibbepôn; Septante, Vat. : 
rs9e8àv; Alex. : TaëeSuv), omise dans les Paralipo- 
mènes, appelée ailleurs Gebbéthon, Jos., xix, 44, peut- 
être actuellement Qibbiyéh, à l'est de Ludd. Voir Geb- 
béthon, t. m, col. 142. 

20. Aïalon (hébreu : 'Ayyâlôn ; Septante, Vat. : AîXwv : 
Alex. : 'IaX<iv), Jos., xxi, 24 ; Hélon (hébreu : 'Ayyàlôn; 
Septante, Vat. : 'EyXâ|ji; Alex., 'HXtiv), I Par., VI, 69(54). 
Le premier nom est le vrai et subsiste encore dans ce- 
lui de Ydlô, village situé un peu au nord de la route de 
Jaffa à Jérusalem. Voir Aïalon 1, t. n, col. 296. 

21. Gethremmon (hébreu : Gat-Rimmôn; Septante, 
Vat. : r66epe[A[(,wv ; Alex. : re6pep.|ji(iv, Jos., xxi, 24 ; 
Vat. : TeOwptiv; Alex. : ri6pep.[Ativ, I Par., VI, 69 [54]). 
Inconnue. Voir Gethremmon 1, t. m, col. 229. 

2?) Demi-tribu occidentale de Manassé. — 22. Tha- 
nach (hébreu : Ta'nàk; Septante, Vat. .- T'avà/; Alex. : 
Oaavâx), Jos., xxi, 25; Aner (hébreu : 'Ânêr; Septante, 
Vat. : 'Ap.àp; Alex. : 'Eviîp), I Par., vi, 70 (55). Il y a 
probablement ici une corruption de mot ou un faute de 
copiste. Voir Aner 2, t. i, col. 575. Thanach a subsisté 
jusqu'à nos jours sous le même nom de Ta'annûk, au 
nord-ouest de Djenîn. 

23. Gethremmon (hébreu : Gap-Rimmôn; Septante, 
Vat. : 'Ie6a8i; Alex. : Bac9o«), Jos., xxi, 25; Balaam 
(hébreu : BU 'âm ; Septante, Vat. : omis ; Alex. : 'IëXaât».), 
I Par., VI, 70 (55). Il est probable que Gethremmon est 
une répétition fautive du même nom propre mentionné 
au verset précédent. D'autre part, on pense, d'après la 
leçon des Septante, 'IeêaOi, 'IeSXaâpi, que Balaam est 
identique à Jéblaani (hébreu : Yble'âm), aujourd'hui 
Khirbet Bel'améh, à deux kilomètres au sud de Djenîn. 
Voir Gethremmon 2, t. m, col. 229. 

il. fils de gebson. — F) Demi-tribu orientale de 
Manassé. — 24. Gaulon (hébreu : Gôlàn; Septante, 
Vat. : r<xvX<iv; Alex. : TwXâv, Jos., xxi, 27; Vat. : 
TwXâv; Alex. .-TacuX^v, I Par., vi, 71 [56]), aujourd'hui 
Sahem el-Djàûlân, au delà du Jourdain, à la hauteur du 
lac de Tibériade, sur Vouadi esch-Schéféil. Voir Gau- 
lon, t. in, col. 116. 

25. Bosra (hébreu : Be'eSperâh; Septante, Vat. : 
Booopâ; Alex. : BeeOâpa), Jos., ni, 27; Astaroth (hé- 
breu : 'Aêtârôp ; Septante, Vat. : 'AoripiàO ; Alex. : 
Pap.c')6), I Par., vi, 71 (56). Plus probablement Asta- 
roth, actuellement Tell el-Asch'ari on Tell 'Astara, au 
sud-est et au nord-est de Sahem. el-Djaûlàn. Voir 
Bosra 2, 1. 1, col. 1860. 

G) Tribu d'Issachar. — 26. Césion (hébreu : QiSyôn, 



219 



LÉVITIQUES (VILLES) 



220 



Septante, Vat. : Kucév ; Alex. : Kjoiùv), Jos., xxi,28 : 
Cédés (hébreu : Qédés; Septante, Vat. : KiSa; Alex. : 
KéSse), I Par., vi, 72 (57). A quel nom donner la pré- 
férence? On ne sait. Césion n'est pas connue. Cédés est 
identifiée avec Tell Abu Qudéis, dans la plaine d'Esdre- 
lon, au sud-est d'El-Ledjdjûn. Voir Cédés 3, t. n, col . 369. 

27. Daberetb (hébreu : Dâberaf, Jos., xxi, 28; Do- 
brat, I Par., vi, 57 [72] ; Septante, Vat. : Aeëëà ; Alex. : 
AîêpiB, Jos., xxi, 28; Vat. : Asêspet, I Par., vi, 72) = 
Debûriyéh,à l'ouest et au pied du Thabor (t. n, col. .1195). 

28. Jaramoth (hébreu : Yarmûf; Septante, Vat. : 
'Pemiâô; Alex. : 'Ieppuie), Jos., xxi, 29; Ramoth (hé- 
breu : Râ'môt; Septante, Tapiâô), I Par., vi, 73 (58). 
Les deux noms ne diffèrent que par la forme; la ville 
est inconnue. Voir Jaramoth, t. m, col. 1128. 

29. Engannim (hébreu : 'Ên-Gannim; Septante : 
IlriYÎi vpa(ii*aTft>v), Jos., xxi, 29; Anem (hébreu : 'Anêm; 
Septante : Alvàv), Par., VI, 73 (58). Le dernier nom est 
probablement une contraction du premier. Engannim 
s'appelle aujourd'hui Djénîn, au sud de la plaine 
d'Esdrelon. Voir Engannim 2, t. n, col. 1802. 

H) Tribu d'Asèr. — 30. Hasal (hébreu : Mis ai, Jos., 
xxr, 30; MàSàl, I Par., vi, 59 [74] ; Septante, Vat. : 
Ba<rsXXâ ; Alex. : Maaail, Jos., xxi, 30; Vat. : Maamt ; 
Alex. : Maa-â), I Par., vi, 74), peut-être Khirbet Misi- 
liyéh, au nord d'Athlit. 

31. Abdon (hébreu : 'Abdôn; Septante, Vat. : Aaëëœv ; 
Alex. : 'AêSiiv, Jos., xxi, 30; Vat. : 'Agapâ ; Alex. : 
"AëStiv, I Par., vi, 74 [59] = Khirbet 'Abdéh, au nord- 
est d'Ez-Zîb. Voir Abdon 5, t. i, col. 25. 

32. Helcath (hébreu : Jjiélqàt; Septante : Vat. : 
XêXxixt; Alex. .-©eXiuiû), Jos., xxi, 31; Hucac (hébreu : 
ifûqôq; Septante, Vat. ; 'Ixâx; Alex. : laxocx), I Par., 
Vi, 75 (60), appelée aussi Halcath, Jos., xix, 25, aujour- 
d'hui Yerka, au nord-est de Saint Jean-d'Acre. Voir 
Halcath, t. m, col. 403. v 

33. Rohob (hébreV: Rehôb., Septante, Vat. : 'Paie; 
Alex. : To<ië, Jos., xxi, 31; Vat. : 'Po<ië, 1 Par., vi, 
75 [60]), peut-être Tell er-Rahib. 

]) Tribu de Nephthali. — 34. Cédés en Galilée (hé- 
breu : Qe'déH bag-Gâlil ; Septante : KotSeç, KéJe; èv T7j 
raXiXafa) a subsisté jusqu'à nos jours sous le même 
nom de Qadès ou Qédès, au nord-ouest du lac Mérom 
ou Bahr el-Huléh. Voir Cédés 1, t. n, col. 360. 

35, Hammoth Dor (hébreu : ffammôf Dô'r; Sep- 
tante, Vat. : Nsnitie; Alex. : 'Ep.a68o>p), Jos., xxi, 32; 
Hamon (hébreu : JJammôn; Septante : Vat. : Xa(iwO; 
Alex. : Xauwv), I Par., vi, 76 (61). Les deux mots se 
rattachent à la même racine et représentent la même 
ville appelée ailleurs Émath, Jos., xix, 35, aujourd'hui 
la localité d'El-Hammâm, voisine de Tibériade (t. m, 
col. 408). 

36. Carthan (hébreu : Qartân; Septante, Vat. : 
©eupiàiv; Alex. : Noe[i(i<âv), Jos., xxi, 32; Cariathaïm 
(hébreu : Qiryâfaim; Septante : KapiaOa'i>), I Par., 
vi, 76 (61). C'est le même nom, malgré la différence de 
forme; la ville est inconnue. Voir Carthan, t. n, 
col. 324. 

///. fils DE mÈrari. — J) Tribu de Zabulon. — 37. 
Jecnam (hébreu : Yoqne'àm; Septante, Vat. : Maàv; 
Alex. : 'Exvàji), omise dans la liste des Paralipomènes. 
Elle est appelée aussi Jachanan, Jos., xn, 22, et Jéco- 
nam, Jos., xix, 11. On a cherché à l'identifier avec 
Tell el-Qaimûn, à la pointe sud du Carmel, position 
douteuse. Voir Jéconam, t. m, col. 1213. 

38. Cartha (hébreu : Qarfàh; Septante, Vat. : KiSr,c, 
Alex. : Kap8â), omise dans les Paralipomènes. Inconnue. 
Voir Cartha, t. h, col. 324. 

39. Damna (hébreu : Dimnâh; Septante, Val. : omis 
ou remplacé par SeXXà; Alex. : Aapwà), Jos., x-xi, 35; 
Remmono (hébreu : Rimmônô : Septante, Vat. : 'Pefi- 
tuiv), I Par., vi, 77 (62). La vraie forme du nom est 
probablement Rimmono ou Rimmônâh, dont Dimnàh 



ne serait qu'une lecture fautive. Dans ce cas, la ville 
serait actuellement représentée par Rummanéh, village 
situé au nord de Nazareth. Voir Damna, t. n, col. 1231. 

40. Naalol (hébreu : Nahâlol; Septante, Vat. : omis; 
Alex. : NoaXmX), Jos., xxi, 35; Thabor (hébreu : Tâbôr; 
Septante, Vat. : ©a^eià; Alex. : ©aëwp), I Par., vi, 
77 (62). Lé premier nom est identifié par plusieurs 
auteurs avec Ma'lûl, à l'est-sud -est de Semûniyéh. On 
ne sait au juste ce que représente le second. Voir 
Thabor. 

K) Tribu de Ruben. — 41. Bosor (hébreu: Bésér; 
Septante : Boaôp). Jos., xx, 8; I Par., vi, 78. Plusieurs 
l'identifient avec Qsûr el-Beschéir, au sud-ouest de 
Dhxbân. Voir Bosor 1, t. i, col. 1856. 

42. Jaser (hébreu: Yahsâh; Septante: 'Iaîijp), Jos., 
xxj, 36; Jassa (hébreu: Yahsâh; Septante: 'Iaoà),IPar., 
vi, 78 (63). Ce dernier nom est le vrai. Inconnue, malgré 
de nombreuses hypothèses. Voir Jasa, t. m, col. 1138, 

43. Jethson (hébreu : Qedêmôf; Septante, Vat. : 
Aex(i<ôv; Alex. : re8<r<£v), Jos., xxi, 36; Cadémoth 
(hébreu : Qedêmôf, Septante, Vat. : Ka8aua>«; Alex. : 
Ka(iri8ci8, sans doute pour Ka8Y)p.à>6), I Par., vi, 79 (64), 
Jethson est fautif, comme on le voit d'après l'hébreu; 
Cadémoth est inconnue. Voir Jethson, t. ut, col. 1523. 

44. Mephaath (hébreu : Mêfâ'af; Septante, Vat. : 
Maçà; Alex. .-Maa-tpà, Jos., xxi,37, Vat. .•MaKpXaj.Aiex. .- 
4>aà6, I Par., vi, 79 [64]). Inconnue. 

L) Tribu de Gad. — 45. Ramoth en Galaad (hébreu : 
Râmôt bag-Gil'âd; Septante : Tap.ù6 év rîj TaXaseî, 
Jos., xxi, 38; Vat. : Ta|i(juov; Alex. : 'Papià)8 TaXaàS, 
I Par., vi, 80 [65]). Position incertaine; peut-être Es- 
Salt. 

46. Manaïm (hébreu : Mahànaîm : Septante, Vat. ; 
Ka|ieiv; Alex. : Maval|i, Jos., xxi, 38; Vat. : Maavai'6; 
Alex. : Maavaip., I Par., vi, 80 [65]. Peut-être Mahnéh, 
au nord du Nahr ez-Zerqa. 

47. Hésébon (hébreu : JféSbôn; Septante : 'E<reët.'iv) T 
aujourd'hui Hesbân, au nord du mont Nébo (t. m, 
col. 657). 

48. Jazer (hébreu : Ya'zér; Septante : 'Io^p), Jos., 
xxi, 39; Jézer (hébreu Ya'àzér; Septante, Vat. : Tai;ép; 
Alex. : Ta^p), I Par., vi, 81 (66), probablement Khirbet 
Sâr, à l'ouest d'Amman (t. m, col. 1150). 

Comme on le voit, les deux documents se suivent 
d'assez près. Celui des Paralipomènes a des lacunes : 
six noms sont tombés de la liste, bien que l'énuméra- 
tion relative à chacun des groupes renferme les mêmes 
chiffres que le livre de Josué, c'est-à-dire treize villes pour 
les prêtres, I Par., vi, 60; dix pour les Lévites Caathites, 
f. 61; treize pour les Gersonites, f. 62; douze pour les 
Mérarites, f. 63. Les différences de noms s'expliquent 
soit par la confusion de certaines lettres, soit par la cor- 
ruption ou la contraction du mot, soit par une répétition 
fautive; dans quelques cas seulement, le choix est diffi- 
cile entre les deux textes. La version des Septante 
n'apporte que peu de secours. La Vulgate suit générale- 
ment bien l'hébreu; on se demande cependant pour^ 
quoi elle amis Hélon au lieu de Aîalon, jJ.69; Jethson 
pour Cadémoth, Jos., xxi, 36; Jaser pour Jassa, Jos., 
xxi, 36; de même Misor, Jos., xxi, 36, est une additioa 
fautive. — Parmi les villes lévitiques sont comprises 
les six villes de refuge : trois à l'ouest du Jourdain, 
c'est-à-dire Hébron, Sichem et Cédés de Nephthali; trois, 
à l'est, Bosor, Ramoth Gaalad et Gaulon. Jos., xx, 
7. 8. — On remarquera enfin comment on avait réservé 
aux prêtres la proximité de Jérusalem. Jos., xxi, 13-19. 

II. Dispositions légales. — C'est le livre des 
Nombres, xxxv, 1-8, qui renferme les prescriptions lé- 
gales concernant les villes lévitiques. Nous y voyons 
d'abord, f. 3, qu'elles n'étaient pas données à ta. tribu 
de Lévi comme un territoire, mais aux lévites comme 
lieu d'habitation, et non à titre de propriété; ils n'en 
étaient même pas les seuls habitants. Cependant Tel- 



221 



LÉVITIQUES (VILLES) — LÈVRE 



222 



clusion du partage de la Terre Promise n'entraînait 
pas pour eux l'incapacité de posséder des immeubles. 
Le Lévilique, xxv, 32-34, suppose que, dans leurs villes, 
ils possèdent des maisons, lesquelles, venant à être 
aliénées, pourront toujours être rachetées; sinon, elles 
reviendront à leurs anciens propriétaires en l'année du 
jubilé. Les pâturages qui leurs sont concédés dans le 
voisinage ne pourront jamais être aliénés; ils ont une 
affectation spéciale d'ordre public. Quant au mode 
d'établissement des Lévites, il est permis de croire, 
d'après les données de la loi, qu'il leur était réservé des 
quartiers plus ou moins étendus suivant leurs besoins 
et les ressources des localités. — Le même texte, f. 3-5, 
délimite ensuite strictement l'étendue des pâturages 
qui leur étaient accordés dans la banlieue des villes. On 
comptait d'abord « depuis le mur de la cité vers le 
dehors, tout autour », c'est-à-dire dans la direction des 
quatre points cardinaux, une ligne de 1000 coudées 
(525 mètres). Puis, à l'est, au midi, à l'ouest et au nord, 
on mesurait perpendiculairement à cette ligne une 
autre de 2000 coudées, ce qui déterminait comme 
quatre terrains rectangulaires, destinés aux troupeaux 
des Lévites. Tel est du moins le sens qu'il faut attribuer 
aux f. 4 et 5, et que le diagramme suivant aidera â com- 
prendre. 

N 



ci 

1000 c. 


1000 c. 


Ville. 


« 

*-< 


2000 c. 



Enfin, après avoir fixé le nombre des villes lévitiques, 
c'est-à-dire 48, dont 6 de refuge, f. 6-7, la Loi définit, 
f. 8, que la part à céder par les différentes tribus 
pour la demeure des Lévites sera en proportion de l'im- 
portance du territoire de chacune. Malgré cela, il est fa- 
cile de voir, d'après l'énumération donnée ci-dessus, que 
les villes sont assez uniformément réparties raison de 
quatre par tribu, à l'exception de Juda et de Siméon réunis 
qui en fournissent neuf, et de Nephthali, qui n'en fournit 
que trois. Mais il faut remarquer que le ji. 8 ne dit pas, 
à la rigueur, que le nombre des villes à céder par 
chaque tribu sera proportionné à l'étendue de son ter- 
ritoire; il porte, en effet, d'après l'hébreu : « Quant aux 
villes que vous donnerez de la possession des fils d'Israël, 
de la (tribu) grande, vous donnerez beaucoup et de la 
(tribu) petite, vous donnerez peu; chacun en propor- 
tion de son lot donnera (une part) de ses villes aux lé- 
vites. » Il y là une formule générale qui peut s'entendre 
de l'importance plus ou moins considérable des cités, 
de la place plus ou moins vaste qui y était laissée aux 
Lévites. A. Legendre. 

LÈVRE (hébreu : èdfâh; assyrien : Saptu; Septante : 
^es'Xo;; Vulgate : labium), partie charnue qui forme le 
contour de la bouche, et qu'on distingue en lèvre supé- 
rieure et lèvre inférieure. 

I. Au sens propre. — 1» Les lèvres recouvrent les 
dents. Job, xtx, 20. Les lèvres de l'Épouse sont comme 
un fil cramoisi, Cant., iv, 3, à cause de leur couleur 
vermeille; comme des SôSanîm- (Vulgate : lilia; voir 
Anémone, t. i, col. 575) d'où découle la myrrhe, Cant., 
v, 13, à cause de la beauté de leur forme et de la dou- 
ceur de leurs paroles. Les lèvres frémissent sous l'in- 
fluence de la crainte, Habac, m, 16, et elles remuent 
doucement chez celui qui prononce des paroles sans 



émission de voix. Job, xvi, 6; I Reg., i, 13; Judith, 
xiii, 6. — Les Assyriens passaient un frein en forme- 
d'anneau, méfég, dans les lèvres de leurs prisonniers. 
Voir Anneau, et la fig. 158, t. i, col. 636-637, qui montre 
des prisonniers d'Assurbanipal avec ce frein. De la part 
du Seigneur, Isaïe, xxxvn, 29, dit à Sennachérib, qui 
menace Jérusalem : « Je mettrai mon métég à tes lè- 
vres. ? IV Reg., xix, 28. — 2° Les lèvres sont un des- 
instruments du langage; elles concourent à la forma- 
tion de la parole, donnent leur caractère aux labiales et 
doivent nécessairement s'entr'ouvrir pour laisser passer- 
les sons. « Ouvrir les lèvres, » c'est donc parler. Job, 
xi, 5; xxxii, 20; Prov., vin, 6; xx, 19. Ouvrir les lèvres- 
à quelqu'un, c'est le faire parler. Ps. li (l), 17. « Fer- 
mer les lèvres, » Prov., xvn, 28, « retenir les lèvres, » 
Prov., x, 19; Ps. xl (xxxix), 10, c'est se taire. Celui quii 
ferme les yeux et « se mord les lèvres » pour ne rien 
dire, mais pense au mal qu'il veut commettre, est déjà, 
coupable. Prov., xvi, 30. Moïse dit de lui-même qu'il 
est 'âral sefdfayîm, incircumcisus labiis, « incirconcis 
des lèvres, » Exod., VI, 12, 30, pour signifier qu'il n'a 
pas les lèvres dégagées, qu'il parle difficilement, qu'il 
est, selon les expressions des Septante, aXoyoç, « sans 
parole, » îo^vdçwvo;, « de voix faible » ou « bégayant ». 
II. Au sens figuré. — Les lèvres sont habituellement 
prises pour la parole elle-même. 1° On attribue aux 
lèvres ce qu'énonce la parole, le serment, Lev., v, 4, le 
vœu. Deut., xxm, 23, etc. Cf. Job, xn, 20; xm, 6; 
xv, 6, etc. ; Prov., x, 21, 32, etc. ; Jer., xvn, 16. — 2» Elles 
sont mises pour la langue qu'on parle. Primitivement, 
les hommes n'ont qu'une seule lèvre et c'est à Babel que 
les langues se diversifient. G-en., xi, 1, 6, 7 (lingua), 9. 
Dans le texte hébreu, la lèvre de Chanaan, Is., xix, 18, la> 
lèvre obscure à entendre, Is., xxxm, 19; Ezech., m, 5,. 
C, les lèvres d'étrangers, Ps. lxxxi (lxxx), 6; I Cor., 
xiv, 21, désignent la langue chananéenne, une langue 
barbare et des langues étrangères, — 3° Les qualités 
morales de la parole sont souvent appliquées aux lèvres 
mêmes. Il y a des lèvres pures, Soph., m, 9, et des 
lèvres souillées, ls., vi, 5, perverses, Prov., xix, 1, ini- 
ques, Prov., xvn, 4, menteuses. Ps. su (xi), 3, 4; xxxi 
(xxx), 19; Prov., xn, 12; frauduleuses, Ps. cxx (cxix), 
2; Prov., x, 18; xvn, 4, 7, etc. — 4° Quand les lèvres- 
parlent seules, c'est que la pensée est légère, sotte ou 
hypocrite. S'exprimer légèrement des lèvres, c'est taire 
un serment répréhensible, Lev., v, 4, et parler inconsidé- 
rément. Ps. cvi (cv), 33. L' « homme de lèvres » est un 
bavard (verbosus). Job, xi, 2 (hébreu). Les paroles des 
lèvres, c'est-à-dire celles qui ne sont que sur les lèvres, 
ne mènent à rien de bon. Prov., xiv, 21; Is., xxxvi, 5 
(hébreu). Aussi Dieu réprouve ceux, qui l'honorent des 
lèvres quand leur cœur est loin de lui. Is., xxix, 13; Jer., 
xn, 2 (Vulgate : os) ; Matth., xv, 8; Marc, vu, 6.-5° Les 
effets de la parole sont attribués aux lèvres. En bonne 
part, les lèvres sont savantes, Prov., xx, 15, ou gardent 
la science. Mal., u, 7. Elles glorifient Dieu, Eccli., l, 
22; Heb., xm, 15. Job, i, 22; n, 10, n'a pas péché par 
ses lèvres. Sur les lèvres sont les chants d'allégresse, 
Job, vm, 21 ; les oracles du roi, Prov., xvi, 10; la grâce, 
Ps. xlv (xliv), 3; Eccli., xxi, 19, le miel et la myrrhe, 
Cant., iv, 11; v, 13, c'est-à-dire les paroles douces, ai- 
mables et sages/Ties lèvres des prophètes sont prépa- 
rées à la parole par des contacts qui les purifient, Is., 
vi, 7, et les inspirent. Dan., x, 16. Judith, ix, 13, de- 
mande à Dieu la grâce de frapper Holofeme avec ses 
lèvres, c'est-à-dire de le prendre par ses paroles. En 
mauvaise part, le miel que distillent les lèvres, ce sont 
les paroles qui invitent au mal. Prov., v, 3. Le venin 
des aspics sur les lèvres, Ps. cxl (cxxxix), 4; xiv (xm), 
3; Rom., m, 13, figure la calomnie et la méchanceté 
des discours. Le feu ardent sur les lèvres du pervers, 
Prov., xvi, 27, est celui de la malice. Des lèvres brû- 
lantes sur un cœur dépravé, Prov., xxvi, 23-24, sont ga 



223 



LÈVRE — LÉZARD 



224 



signe d'hypocrisie : elles marquent une affection que le 
cœur n'a pas. Les lèvres qui se font les instruments de 
la sottise, Prov., x, 8, 10; Eccle., x, 12, et de la mé- 
chanceté, Ps. cxl (cxxxrx), 10; Sap., i, 6; Eccli., xxvi, 
28, attirent le malheur sur le sot et le méchant. — 
6" Une réponse juste est comparée à un baiser sur les 
lèvres. Prov., xxiv, 26. Voir Baiser, t, i, col. 1389. — 
7° Les lèvres figurent aussi une porte qui donne passage 
à la parole et a besoin de surveillance. Ps. cxli (CXL), 
3. Saint Pierre recommande aux chrétiens de préserver 
leurs lèvres des paroles trompeuses. I Pet., m, 10. 

III. Par analogie, — En hébreu, on donne le nom 
de « lèvre » à ce qui constitue une bordure, parce que la 
partie vermeille des lèvres humaines borde les contours 
de la bouche. 1° On appelle donc ainsi la bordure d'or 
de la table de proposition, Exod., xxv, 24, 25; xxxvn, 
11, 12; Ezech., xl, 43; celle de l'autel du temple 
d'Ezéchiel, xliii, 13; les bords de la mer d'airain, 
III Reg., vu, 23, 24, 26 ; II Par., iv, 2, 5; la bordure d'un 
vêtement, Exod., xxvm, 32, et des tentures du Taber- 
nacle. Exod., xxvi, 4-10 ; xxxvi, 11 (ora). — 2° En pour- 
suivant l'analogie, on désigne eneore en hébreu sous le 
nom de « lèvre » le rivage de la mer, Gen., xxii, 17; 
Exod., xiv, 30 (31); Jos., xi, 4; Jud., vu, 12; la rive du Nil, 
Gen., xli, 3, 17; Exod., n, 3; vu, 15; celle du Jourdain, 
fV Reg., il, 13, celle d'un torrent, Deut., n, 36 ; iv, 48. 
Dans un autre passage, Jud., vil, 23, le mot sâfdh, cre- 
pido, est employé dans le sens de limite d'une localité. 

H, Lesêtre. 

LEWIN Thomas, historien anglais, né à Ifleld (Sus- 
sex), le 19 avril 1805. mort à Londres le 5 janvier 1877. 
Il fit ses études à Oxford et exerça la profession d'avocat. 
Parmi ses écrits, le plus important est The Life and 
Epislles of St. Paul, 2 in-12, Londres, 1851; 2 e édit, 
2 in-4 , 1874; 3 e édit., 1875; ces deux dernières avec 
illustrations archéologiques. Il consacra quarante an- 
nées de sa vie à lè'p'réparer et à le revoir et visita plu- 
sieurs fois les localités principales qu'il avait à décrire. 
Mentionnons aussi de lui : An Essay on the Chronp- 
logy of the New Testament, in-8°, Oxford, iS5i;Jerusa- 
lem, a Sketch of the City and Temple from the earliest 
Urnes to the Siège by Titus, in-8°, Londres, 1861; The 
Siège of Jérusalem by Titus : with the Journal of a 
récent Visit to the Holy City and a General Sketch of 
the Topography of Jérusalem from the earliest Urnes 
<town to the Siège, in-8", Londres, 1863; Fasti sacri; or 
a Key to the chronology of the New Testament, in-8°, 
Londres, 1865. 

LÉZARD, reptile de l'ordre des sauriens. Les sau- 
riens sont des reptiles ordinairement quadrupèdes, 
bien que plusieurs soient apodes. Ils ont les côtes et les 
vertèbres dorsales mobiles, la peau écailleuse, la bouche 
fortement dentée, la queue longue et les doigts pour- 
vus d'ongles crochus. .Les principales familles de l'ordre 
des sauriens sont les crocodiliens, voir Crocodile, t. n, 
col. 1120, les geckotiens, voir Gecko, t, m, col. 143, les 
caméléoniens, voir Caméléon, t. n, col. 90, les lacer- 
tiens ou lézards, les scincoïdiens, les varaniens, etc. 
Les lézards sont caractérisés par le prolongement des 
os du crâne formant bouclier sur le dessus de la tête, 
«ne double rangée de dents au fond du palais, quatre 
pattes courtes et grêles munies de cinq doigts avec 
ongles déliés, et une queue assez longue qui se désarti- 
cule très aisément et repousse ensuite. Les lézards sont 
pour la plupart ovipares; quelques espèces seulement 
sont vivipares. Il existe en Palestine de nombreuses 
espèces de lézards. Ces animaux abondent dans les ter- 
rains stériles ; ils habitent les rochers et les fissures des 
gorges et sont en nombre immense dans les, sables des 
déserts. Certaines espèces fréquentent les plaines culti- 
vées, d'autres les montagnes et les forêts de Galaad et de 
Galilée. Les enfants de Jérusalem disent encore aujour- 



d'hui dans leurs chansons : « Dis ta prière, ô lézard, ta 
mère est morte dans le four. i> Cf. G, H. Dalman, Paliis- 
tinischer Diwân, Leipzig, 1901, p. 174. Ces paroles 
font allusion à la posture que prend le gros lézard de 
Palestine, quand, penché au sommet des pierres, il lève 
la tête comme pour regarder le ciel. On trouve cinq 
noms dans la Bible pour désigner différentes espèces de 
lézards ou de sauriens similaires : 

1° Le Letâ'âh, (joc-jpoc, lacerta. Lev., xi, 30. C'est le 
lézard proprement dit, représenté en Palestine par un 
grand nombre d'espèces et abondant dans les parties cul- 
tivées du pays. On distingue spécialement le Lacerta vi- 
ridis, le lézard vert du sud de l'Europe (fig. 56), et le 




56. — Lézard vert. 

Lacerta Isevis. Us se nourrissent d'insectes, de sauterelles, 
de vers et d'ceuts de petits oiseaux dont ils atteignent 
les nids sur les branches des arbres. Ils sont absolu- 
ment inoffensîfs et restent tout l'hiver endormis dans 
des creux de rochers. Attaqués, ils se cramponnent avec 
grande ténacité au support qui se présente à eux. La Zoo- 




57. — Lézard des murailles. 

toca vivipara ou lézard des murailles (fig. 57) est très 
commune en Palestine et y compte plusieurs variétés. 
On la trouve partout dans les rocs, ou dans les murs. 
Ce lézard se prend aisément ; c'est le plus éveillé et le 
plus intelligent des animaux de son espèce, et il se laisse 
très docilement apprivoiser. Les Bédouins le mangent, 
bien qu'il soit un objet d'horreur pour tout rigide 
mahométan. A la famille des scinques appartient le 




68. — Plestiodon auratus. , 

Plestiodon auratus (fig. 58), de couleur jaune avec des 
taches rouges et orange. C'est le plus grand des sauriens 



225 



LÉZARD 



LIA 



226 



de Palestine. On le trouve peu dans les endroits culti- 
vés; il fréquente de préférence les régions arides et 
rocheuses, comme les environs de la mer Morte. A la 
différence des lézards, il ne grimpe pas, mais se cache 
dans le sable ou sous les pierres. Les pattes des scinques 
sont très courtes ; chez certaines espèces, elles sont ru- 
dimentaires ou même cachées sous la peau, ce qui fait 
que ces animaux se meuvent à la manière des serpents. 
Le Pseud/ipus pallasii, serpent de verre ou orvet, a les 
pattes invisibles et la peau noire, ce qui fait prendre ce 
saurien pour un serpent par les indigènes. Rien pour- 
tant de plus inoffensif que cet animal. Il est long 
de deux pieds à deux pieds et demi, sa queue comp- 
tant pour les deux tiers de sa longueur. Il vit surtout 
dans les plaines cultivées et s'y nourrit de petits lézards 
et de souris. Aux environs de Nazareth, on rencontre 
dans les herbes et dans les pierres d'énormes Pseudo- 
pus, dont plusieurs atteignent presque le diamètre du 
poignet. Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, Paris, 1884, 
p. 176. 

2° Le homét, £aXot6ciT/)ç (àuxaXotëcîpTrK, « lézard mou- 
cheté, » Aristote, Hist. animal,, IV, xi, 9), stellio, 
Lev., XI, 30, est vraisemblablement un saurien du genre 
seps, le lézard des sables ou chulaca des Arabes, qui 
habite les lieux secs et sablonneux, surtout dans le dé- 
sert de Judée, la vallée du Jourdain et la presqu'île 
sinaïtique. Les animaux de ce genre sont généralement 
petits et ont la couleur du sable dans lequel ils se 
terrent. Plusieurs espèces n'ont pas de pattes visibles. 
Les Arabes les appellent « poissons de sable » et en 
mangent la chair qui est blanche et agréable. Il est 
assez à croire que Moïse aura voulu désigner par un 
nom particulier ce petit animal que les Hébreux ren- 
contrèrent à tout instant dans le désert et qui avait 
toutes les allures du serpent. 

3" Le sâb, xpox<îp8eiXoç, crocodilus, Lev., xi, 29, a été 
regardé par les versions comme un saurien de taille 
considérable, puisqu'ils le prennent pour le crocodile. 
C'est le dhabb des Arabes, YUromastix spinipes (fig. 59), 




59. — Uroma&tix spinipes. 

grand lézard commun dans le nord de l'Afrique, en 
Arabie et dans le désert de Judée. Il atteint quelque- 
fois une longueur de deux pieds. Il a une forte queue; 
large et massive, couverte par des rangées concen- 
triques d'écaillés très piquantes, dont il se sert avec 
succès comme d'une arme défensive. Il vit dans les 
trous de rochers et peut se terrer dans le sable. Il est 
de couleur verte, tachetée de brun, se fonçant quand 
l'animal est irrité. Il se nourrit d'insectes, mais ne 
craint pas parfois de s'attaquer même à des poulets. Les 
Arabes prétendent qu'il tient tête au céraste, et que, 
quand celui-ci envahit son trou, il a bientôt les ver- 
tèbres disloquées par les coups de la puissante queue 
du dhabb. Ce lézard a une allure lente, gauche et 
craintive en apparence. On peut l'apprivoiser et les 
Bédouins le mangent. Tristram, The natural History 
of the Bible, Londres, 1889, p. 255-256, 266-269. 

4° Le koah, Lev., xi, 30, dans lequel les versions 
voient un caméléon, bien que le nom de ce dernier soit 

DICT. DE LA BIBLE. 



tinsémét. Voir t. il, fig. 33, col. 90. Le mot koafy désigne 
probablement les sauriens appelés monitors ou varans, 
dont la taille est intermédiaire entre celle des croco- 
diles et celle des lézards ordinaires. Le Monitor terre- 
stris (fig. 60) et VHydrosaurus niloticus font la chassa 




60. — Monitor terrestris. 

aux œufs de crocodile et en détruisent un grand nombre. 
Le premier, appelé aussi Psammosaurus scincus, long 
parfois de quatre à cinq pieds, est commun dans les 
sables de l'Egypte, dans la presqu'île sinaïtique, la par- 
tie méridionale de la Judée et même dans la vallée du 
Jourdain. Les gens du pays le mangent. Le second est 
maintenant plus abondant en Egypte, où il était jadis 
un objet de respect. Il atteintl m 30 à l 1 » 65 centimètres de 
long. On le trouve en Palestine, mais assez rarement. Cf. 
Tristram, The natural History, p. 262; Fillion, Allas 
d'hist. nat. de la Bible, Paris, 188i, p. 6i. 

5» Le Seniâmif, xot>aMTr)t, stellio, est le lézard ordi- 
naire, le même que le letâ'âh. Il est dit de lui: « Le 
lézard saisit avec les mains et se trouve dans les palais 
des rois. » Prov., xxx, 28. Il est mis sur le même rang 
que la fourmi, le daman et la sauterelle, et tous quatre 
sont qualifiés de petits animaux fort sages. Le lézard 
justifie cette mention, parce qu'en grimpant il sait trou- 
ver un refuge jusque dans les palais des rois. En dehors 
de ce dernier passage, la Bible ne parle des lézards 
que pour défendre aux Hébreux de les manger. Cette 
défense avait sans doute pour motif la difficulté de dis- 
-cerner ceux qui sont comestibles et que les Bédouins 
pauvres sont d'ailleurs les seuls à manger, et aussi la 
ressemblance de certains d'entre eux avec les serpents. 

H. Lesêtre. 

LIA (hébreu : Lê'âh; Septante : Aeîa), fille de l'ara- 
méen Laban et sœur de Rachel. Gen., xxix, 16. Elle 
devint, par une supercherie de son père, l'épouse de 
Jacob, à la place de Rachel, qui était désirée par Jacob, 
et pour laquelle celui-ci avait servi Laban pendant sept 
années. Lia se prêta à cette fraude, s'appuyant, comme 
son père, sur une coutume d'après laquelle une fille 
cadette ne devait pas être mariée avant sa sœur aînée. 
Gen., xxix, 22-26. Moins favorisée de la nature que Ra- 
chel, elle avait de plus une infirmité d'yeux qu'il est 
difficile de déternjiner. C'était, d'après les Septante, une 
faiblesse de' vue, ô?6a>|io\ «uOsveîç; des « yeux chas- 
sieux », selon la Vulgate, dont la traduction ne semble 
pas justifiée. Gen., xxx, 17. Tant à raison de cette infir- 
mité que pour la fraude qui l'avait faite épouse de Ja- 
cob, Lia ne put jamais obtenir de son mari une grande 
affection. Au contraire, Rachel que, huit jours après son 
mariage avec Lia, Jacob avait prise comme seconde 
épouse, voir Polygamie, fut toujours l'objet de sa pré- 
dilection. Voir Rachel. C'est pourquoi, au moment 
critique où Ésàù s'avançait menaçant, à la tête d'une 
troupe armée, Jacob plaça le plus loin possible du dan- 

IV. - 8 



227 



LIA — LIBAN 



228 



ger Bachel et ses enfants, puis, devant elle, Lia et ses 
enfants, enfin en avant, et les plus exposées, les deux 
esclaves Zelpha et Bala. Gen., xxxui, 1, 2. Malgré cela, 
Lia semble avoir gardé à l'égard de Jacob une parfaite 
fidélité. Tandis que Rachel demeurait stérile, Lia donna 
tout d'abord à Jacob quatre fils : Ruben, Sitnéon, Lévi 
et Juda. Gen., xxix, 32-35; cf. xxxv, 23. Dans la suite 
elle cessa elle-même d'avoir des enfants, et comme Ra- 
chel, par la substitution de Bala, sa servante, avait 
trouvé moyen de donner deux fils à Jacob, Lia, devenue 
jalouse, employa le même procédé, et par le moyen de 
sa servante Zelpha, elle donna à Jacob Gad et Aser. 
Gen., xxx, 9-13. Ruben, l'alné des fils de Lia, fut pour 
sa mère l'occasion d'une nouvelle fécondité. Car, comme 
en revenant de la campagne, il apportait à sa mère des 
mandragores, celle-ci les ayant cédées à Rachel, 
Gen., xxx, 14-15, put devenir mère d'Issachar. Voir Man- 
dragore. Elle eut ensuite un nouveau fils, qu'elle appela 
Zabulon, puis enfin une fille nommée Dina. Gen., xxx, 
18-21. Il semble probable que Lia vivait encore lorsque 
sa fille Dina fut déshonorée, Gen.,xxxrv, et qu'elle sur- 
vécut à Débora, la nourrice de Rébecca, et à Rachel. 
Gen., xxxv, 8-19. Il est probable qu'elle mourut en 
Chanaan, car il n'est pas fait mention d'elle dans la 
nomenclature des émigrants en Egypte. Gen., xliv, 
8-27. Elle fut ensevelie dans le tombeau de famille à 
Hébron. Gen., xux, 31. P. Renard. 

LIBAN (hébreu : Lebânôn, avec l'article dans les 
livres historiques, excepté IV Reg., xix, 23; II Par., n, 7 
[Vulgate, 8]; plus sauvent sans article dans les livres 
poétiques et prophétiques; Septante : 'AvTt>i'6<xvoç, 
Deut., i, 7; in, 25; xi, 24; Jos., i, 4; ix, 1; partout 
ailleurs, Aië<ivo«), chaîne de montagnes de. Syrie, fron- 
tière septentrionale de la Palestine et renommée pour 
ses cèdres. Deut., i, 7; m, 25; los., i, 4; III Reg., rv, 33; 
v, 6, 9, etc. \ , 

I. No». — L'hébreu Lebânôn se rettache. à la racine 
lâban, « être ilanc. » La chaîne syrienne est donc le 
« mont blanc » de l'Asie antérieure, nom qui lui vient, 
soit de la couronne de neige dont elle est couverte une 
partie de l'année, soit de l'aspect blanchâtre que pré- 
sente la masse de ses roches. C'est cette dernière expli- 
cation qu'adopte E, Robinson, Physieal Geography of 
the Holy Land, Londres, 1865, p. 309 : « Près de la 
mer, dit-il, les dernières pentes du Liban s'abaissent 
d'une manière abrupte, de telle sorte qu'à celui qui le 
voit d'en bas, tout ce côté de la montagne semble uni- 
quement composé de masses immenses de roches nues 
et blanchâtres, sillonnées de ravins profonds qui des- 
cendent vers la plaine par des pentes rapides. Cette 
apparence blanchâtre de la montagne, quand la lumière 
est renvoyée par les roches de la surface, explique suf- 
fisamment l'ancien nom de Lebânôn, ou « montagne 
Blanche ». L'appellation ne vient pas de ses neiges; car 
en été la neige ne se trouve que dans des places abri- 
tées, voisines du sommet et que l'on n'aperçoit pas d'en 
bas, de sorte que les crêtes n'en sont pas blanchies. » 
Il suffit cependant, semble-t-il, que le Liban soit cou- 
ronné de ntige une bonne partie de l'année pour que 
ce fait ait frappé l'esprit des Orientaux autant et plus 
que l'éclat des roches calcaires et crétacées, et lui ait 
valu son nom. Les monuments assyriens ont conservé 
ce nom sous les formes Labnânu, Labnâna, Labndni. 
Cf. EL Schrader, Die Keilinschriften und das AUe Tes- 
tament, Giessen, 1883, p. 183, 209, 220; Fried. Delitzsch, 
Wo lag das Parodies? Leipzig, 1881, p. 103. Il subsiste 
peut-être dans l'égyptien Ramami. Cf. W. Max Mûller, 
Asien und Europa nach altâgyptischen Denkmâlern, 
Leipzig, 1893, p. 197. La dénomination arabe est Djebel 
cl-Libnàn. 

IL Le Liban dans l'Écrtouke. — Le Liban est men- 
tionné plus de soixante fois dans l'Ancien Testament, 



pas une fois dans le Nouveau. Il détermine la frontière 
septentrionale de la Terre Promise. Deut., i, 7; m, 25; 
xi, 24; Jos., i, 4; ix, 1; xni, 5, 6. Mais il est surtout cité 
à cause de ses cèdres. Jud., ix, 15; III Reg., rv, 33; v, 
6, 9; IV Reg., xix, 23; II Par., n, 8; I Esd., m, 7; 
Ps. xxvm (hébreu, xxix), 5; xxxvi (xxxvil), 35; xci 
(xcii), 12: cm (crv), 16; Eccli., xxiv, 17; Is., u, 13; 
x, 34; xiv, 8; xxxvn, 24; lx, 13; Ezech., xvn, 3; 
xxvn, 5; xxxi, 3; Zach., xi, 1. Voir Cèdre, t. n, col. 374. 
La Bible parle aussi de ses pins, de ses cyprès, de 
ses bois et de ses forêts en général. IV Reg., xix, 23; 
II Par., il, 8, 16; Cant., ni, 9; Is., xxxvu, 24; XL, 16; 
des eaux qui l'arrosent, Cant., rv, 15; des bêtes sauvages 
qui l'habitent, IV Reg,, xiv, 9; II Par., xxv, 18; des 
fleurs qui y poussent, Nah., i, 4; du vin qu'il .produit, 
Ose., xiv, 8; des senteurs qui s'échappent de ses bois, Cant., 
iv, 11; Ose., xiv, 7; de la neige qui couvre ses sommets, 
Jer., xvm, 14; enfin de sa beauté ou de sa gloire. 
Cant., v, 15; Is., xxxv, 2; lx, 13. Elle compte les 
Hévéens parmi ses habitants. Jud., m, 3. Il semble que 
Salomon ait élevé certaines constructions, peut-être des 
maisons de campagne, sur le Liban. III Reg., ix, 19; 

II Par., vm, 6. Le palais qu'il se construisit à Jérusa- 
lem s'appelait « la maison de la forêt du Liban », à 
cause de ses colonnades en bois de cèdre, qui lui don- 
naient quelque zessemblance avec celte forêt si vantée. 

III Reg., vu, 2; x, 17, 21; II Par., ix, 20. La « vallée 
du Liban » (hébreu : biq'af hal-Lebânôn)j. dont il est 
question dans Josué, xi, 17; xn, 7, n'est pas, comme 
l'ont cru plusieurs auteurs, la Cœlésyrie ou la grande 
vallée qui s'étend entre les deux chaînes du Liban et de 
l'Anti-Liban, mais plutôt la plaine qui se trouve au sud 
et au sud-ouest de Banias, « sous l'Hermon. » Cf. Cœ- 
lésyrie, t. il, col, 820 : Baalgad, t. i, col. 1336. 

III. Description. — La chaîne du Liban commence 
au sud du Nahr el-Kebir, et se prolonge du nord-nord- 
est au sud-sud 7 ouest jusqu'à la brèche que s'est creusée 
le Nahr el-Qasimiyéh. Plus régulière encore que la 
côte de Syrie, dont elle est éloignée de 20 à 25 kilomètres 
en moyenne, 35 dans le nord, elle s'étend sur une lon- 
gueur de 150 kilomètres, s Vue de la mer, la longue 
crête du Liban, bleue en été, argentée de neige en hiver 
et au printemps, est d'un aspect grandiose ; les vapeurs 
de l'espace prêtent aux monts éloignes une transparence 
aérienne, mais à cette douceur se mêle la force que 
donnent les puissants contours des sommets et les es- 
carpements des pentes. De près, la montagne paraît 
moins belle. Le long rempart ne présente guère que 
des croupes jaunâtres et sans arbres, des vallées mono- 
tones, des sommets à rondeur uniforme. Dans le nord, 
principalement sur le versant cœlésyrien, on ne voit 
que parois nues dominant de longues pentes de terre 
rougeâtre, restes morainiques d'avalanches et de coulées 
de glace. Vers le sud, les vallées sont plus fertiles, plus 
riantes, mieux cultivées, et çà et là on rencontre des 
paysages pittoresques. » E. Reclus, L'Asie antérieure, 
Paris, 1884, p. 692. Le Liban s'abaisse vers la Méditer- 
ranée par une série de plateaux en gradins, et par des 
ramifications allant de l'est à l'ouest ou du nord-est au 
sud-ouest, entre lesquelles les rivières se sont creusé 
de profondes vallées. Le versant oriental, au contraire, 
est très abrupt : il borde comme un long mur la plaine 
de la Beqa'a. Aucun de ses sommets n'atteint la zone 
des neiges persistantes. Au nord, le Djebel Akhar a 
2129 mètres; le Djebel Aito, le point le plus élevé des 
chaînes latérales, 1936 mètres. Divers massifs se suc- 
cèdent ensuite vers le sud. Le Djebel M akmel prolonge, 
sur une étendue de 20 kilomètres, ses sommets aux 
formes aiguës et pyramidales; sa crête se hérisse de 
sept à huit pics, dont le plus septentrional, le jQhor eU 
Khodib, avec ses 3068 mètres, est généralement consi- 
déré comme le point culminant de la chaîne, à moins 
que, suivant certains voyageurs, le premier rang ne soit 



229 



LIBAN 



230 



attribué au Tiz-Marûn, situé plus au nord dans le 
même massif et auquel on assigne une hauteur de 
3212 mètres. Le Fum el-Mizab en a 3049. C'est dans 
ces parages que se trouvent les quelques cèdres encore 
subsistants. Voir t. n, fig. 120, col. 377. Plus loin se dres- 
sent les deux massifs du Djebel Akura et du Djebel Mu- 
néitirah, entre lesquels est un col de 1 982 mètres, puis le 
Djebel Sannîn, 2 490 mètres, et le Djebel Kenéiséh, 2 033 
mètres. C'est au sud dé ce dernier que passe le plus impor- 
tant des cols qui échancrent la chaîne, celui de Mughiltéh, 
que franchit, à l'altitude de 1 585 mètres, la route de Bey- 



perpétuels ou intermittents. Ces torrents sont, en des- 
cendant du nord au sud, le Nahr-Akkar, au-dessous du 
Nahr el-Kebir, le Nahr el-Arka, le Nahr el-Barid, le 
Nahr Abu Ali ou Kadischa, qui reçoit les eaux des 
plus hautes cimes et se jette dans la mer près de Tri- 
poli, le Nahr el-Djô 1 :, le Nahr Fedar, le Nahr Ibrahim 
(Adonis), dont l'une des branches sort delà grande grotte 
d'Afkâ, le Nahr el-Kelb (Lycus) (lig. 61), au nord de 
Beyrouth, le Nahr Béirût, \e Nahr ed Damur (Tamyras) ; 
enfin Vouadi el-Aulé (Bostrenus) et Youadi ez-Zaha- 
rdny, l'un au-dessus, l'autre au-dessous de Sidon, ne 




61. — Vallée du Nahr el-Kelb. 
D'après de Luynes, Voyage d'exploration à la mer Morte, Atlas, pi. 1. 



Touth à Damas. Les autres massifs, qui vont en dimi- 
nuant de hauteur vers le sud, sont le Djebel Barûk. 
2151 mètres; le Djebel Niha, 1890 mètres; le Djebel 
Rihan, 1 715 mètres. 

Les deux versants de la chaîne diffèrent par l'abon- 
dance des eaux. Celui de l'est n'a presque pas de sources, 
la neige à peine tombée s'évaporant très vite. La seule 
rivière perpétuelle est le Berdani, qui se jette dans le 
Léontès. Quelques lacs se rencontrent sur cette pente : 
celui de Yaniunéh est un profond entonnoir, où les 
eaux s'engouffrent pour reparaître probablement sur 
l'autre versant en sources abondantes. Le côté occiden- 
tal, au contraire, est bien arrosé. Grâce à l'humidité et 
aux vapeurs, qui montent de la mer, la neige tombe da- 
vantage, est plus persistante, et constitue de vastes ré- 
servoirs qui alimentent de nombreux cours d'eau ou 



sont que des rivières temporaires. En descendant des 
hautes cimes, les torrents ont découpé la montagne en 
énormes cirques d'érosion. Quand ils n'ont pu déblayer 
la roche, ils l'ont percée de manière à former de gi- 
gantesques açCàdés. Ainsi, au nombre des curiosités les 
plus intéressantes du Liban, on compte le pont nature) 
jeté sur le Nahr el-Lében, une des sources du Nahr 
el-Kelb. Situé au-dessus d'une gorge profonde, il me- 
sure cinquante mètres d'ouverture et vingt de hauteur. 
L'arche est si régulière qu'on se demande si elle n'a 
pas été rectifiée de main d'homme. De gros blocs ébou- 
lés dans le lit de la rivière font jaillir en écume des 
eaux glaciales qui, à la fonte des neiges, prennent une 
blancheur éclatante, d'où est venu le nom de Nahr el- 
Lében ou c< fleuve du lait ». Quelquefois les eaux dis- 
paraissent dans les fissures du sol, et des ruisseaux sou- 



231 



LIBAN 



232 



terrains s'échappent en sources magnifiques, descen- 
dent en cascades de rocher en rocher, remplissent du 
bruit de leur chute la solitude des hautes vallées. Ce 
sont là « les puits d'eaux vives, qui coulent avec im- 
pétuosité du Liban ». Cant., iv, 15. Un spectacle plus 
imposant encore est celui du cirque d'Afka et des cas- 
cades du Nahr Ibrahim. Voir Aphéca 1, t. i, col. 732. 
Au point de vue géologique, la chaîne du Liban est 
composée, dans son ensemble, de dolomites, de calcaires 
grossiers, de marbres, de grès et de marnes, que des 
basaltes ont percés sur d'innombrables points sans en 
déranger les assises. Les roches sont coupées par des 
fissures profondes, dirigées du nord au sud et de l'est à 



les empreintes dans les calcaires argileux, feuilletés, 
sans silex, de Saltel Aima, à 100 mètres au-dessus de la 
mer, et à Hakel, dans une vallée profonde. Cf. de Luynes, 
Voyage d'exploration à la mer Morte, Paris (sans date), 
t. m, Géologie, par Louis Lartet, p. 52-58. 

Trois noms spéciaux désignent, dans la bouche des 
habitants, les zones de climat et de végétation, sur les 
pentes occidentales du Liban. La région du littoral est 
le Sahil ou Sahel, étroite bande de terrain, d'une 
extrême fertilité, où s'élevaient les cités commerçantes 
de l'ancienne Phénicie. Au-dessus, jusqu'à 1200 mètres 
environ, s'étend la région moyenne, ou Wusut, moins 
peuplée que la précédente, mais encore parsemée de 




62. — Paysage des hautes régions du Liban. 
D'après Van de Velde, Le pays d'Israël, pi. 95. 



l'ouest, et qui partagent le Liban en massifs distincts. 
La partie centrale est constituée par des calcaires gris. 
compacts, caverneux ou oolithiques, avec polypiers, 
térébratules, grandes natices, nérinées et baguettes de 
Cidaris glandifera. Au-dessus de ces roches générale- 
ment rangées dans le terrain jurassique, viennent les 
grès rougeâtres, auxquels succèdent des calcaires et des 
marnes que tous les auteurs rapportent au terrain cré- 
tacé. Ces différentes couches, sur le versant occidental, 
inclinent vers la mer, tandis que, sur le versant opposé, 
elles plongent en sens inverse. « Le calcaire crétacé Unit 
par atteindre jusqu'à 3000 mètres d'altitude, formant au 
sommet un plateau horizontal et presque rectiligne, 
semé de déserts de pierres et de dolines, dont la masse 
se dresse comme un mur en face de la Méditerranée. 
L'élévation du calcaire s'est faite par une série de cas- 
sures parallèles, qui dessinent autant de terrasses. » 
A. de Lapparenl, Leçons de géographie physique', Paris, 
1898, p. 598. Parmi les fossiles recueillis dans le Liban, 
les plus remarquables sont les poissons dont on trouve 



villages; on y cultive le tabac, des céréales, les pommes 
de terre; les arbres y croissent en plus grand nombre : 
les pins (Pinus brutia), qui donnent à certaines pentes 
un aspect verdoyant; plus bas, les chênes nains; plus 
haut, les cyprès et les cèdres, auxquels se mêlent 
quelques chênes, des charmes, le pin d'argent de 
Cilicie, Je genévrier, le Rhododendron ponticum. La 
troisième zone, appelée le Djurd, est celle de la stérilité, 
des vents furieux etdes avalanches (fig. 62); cependant les 
cultures se montrent encore à 1800 et 2 000 mètres, mais 
seulement dans les vallons et les bassins abrités : çà et 
là, s'élèvent des bouquets de chênes aux troncs rabou- 
gris, des térébinthes, des érables, des poiriers sauvages, 
des genévriers, dont quelques-uns ont de puissantes 
dimensions. En été, les troupeaux de brebis et de 
chèvres montent des plaines vers le Djurd pour paître 
les herbages et les feuilles des arbrisseaux. En général, 
le Liban n'a ni forêts, ni pâturages, mais seulement de 
rares endroits où croît une herbe peu abondante, et le 
plus souvent des pentes nues. C'est dans la région, 



233 



LIBAN - LIBATION 



m 



supérieure, à plus de 2000 mètres d'altitude, près d'un 
col ouvert au sud du Djebel Makmel, que se trouvent 
les fameux cèdres, dont l'odeur pénétrante avait lait 
jadis du Liban la « montagne des Parfums ». — La 
faune du Liban n'a rien de remarquable : les ours n'y 
sont plus très nombreux; on rencontre encore l'once et 
la panthère, et plus souvent le sanglier, l'hyène, le 
loup, le renard, le chacal et les gazelles. — La popula- 
tion, qui descend pour la plus grande partie des anciens 
Syriens, est répandue dans de nombreux villages, accro- 
chés aux flancs des montagnes (fig. 63). Elle se distingue 
moins par l'origine et le sang que par la différence des 
cultes, sous le rapport desquels elle comprend les Druses, 



whilt Drake, Vnexplored Syria, Londres, 1872; Lortet, 
La Syrie d'aujourd'hui, dans le Tour du monde, 
t. xliv, p. 394-416; E. Reclus, L'Asie Antérieure, Paris, 
1884, p. 692-696. A. Legendre. 

LIBATION (hébreu : nésék, nêsék, nâsik; Septante : 
(ttovôti; Vulgate : libamen, libamentum, libatio), effusion 
de vin ou d'un autre liquide en l'honneur de la divinité. 
Quand Jacob consacra le monument de Bethel, « il fit 
une libation et y versa de l'huile. » Gen., xxxv, 14. Il est 
probable qu'il ne s'agit ici que d'une libation d'huile, 
d'une onction, comme dans une circonstance antérieure. 
Gen., xxviii, 18. Voir Bétyle, t. i, col. 1766; Onction. 




63. — Le village d'Arbeyh. (Mont Liban, au sud-est de Beyrouth.) 
D'après Van de Velde, Le pays d'Israël, pi. 2. 



les Métoualis et les Maronites. .— Le Liban a conservé peu 
de traces d'antiquités. Les roches calcaires sont percées 
de grottes nombreuses, dont quelques-unes se prolongent 
fort loin dans l'intérieur de la montagne, et où l'on 
trouve des restes d'animaux et d'habitations humaines. 
On voit encore, vis-à-vis de la source d'Afka, un peu au 
sud, les ruines du temple de Vénus Aphaca, dont les 
soubassements seuls sont restés à peu près intacts. Près 
de l'embouchure du Nahr el-Kelb, les rochers gardent, 
dans des inscriptions célèbres le souvenir des invasions 
étrangères en Syrie et en Phénicie. Les Égyptiens, les 
Assyriens, les Perses, les Grecs d'Alexandre, les légions 
romaines, les croisés, les Français de l'expédition de 
Syrie, ont franchi cet étroit défilé. 

IV. Bibliographie. — Col. Churchill, Mount Lebanon, 
3 in-8°, Londres, 1853; E. Robinson, Biblical Researches 
in Palestine, Londres, 1856, t. m, p. 421, 530, 546-548, 
624-625; Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, 
p. 411-414 f; W.M. Thomson, The Land and the Book, 
Londres, 1886, t. m, p. 1-316; R. P. Burton et C. F. Tyr- 



I. Libations liturgiques. — 1° Des libations devaient 
accompagner la plupart des sacrifices, chez les Hé- 
breux. Ces libations se taisaient habituellement avec 
du vin, « le sang du raisin, » Gen., xlix, 11; Deut., 
XXXII, 14, ce qui avait pour but de consacrer au Seigneur 
l'un des plus importants produits du pays de Chanaan. 
Pour justifier l'assimilation du vin avec le sang, on avait 
ordinairement soin qu'il lût rouge, et l'on écartait le 
vin vieux qui^avait perdu sa couleur. Cf. Menachoth, 
vin, 6; Sufyka, îv, 9; Bâhr, Symbolik des nwsaischen 
Cullus, Heidelberg, 1839, t. h, p. 303, 316. - 2» Les 
libations ne se faisaient jamais seules; elles accom- 
pagnaient les offrandes des holocaustes et des sacrifices 
pacifiques ou d'actions de grâces, mais elles étaient 
exclues des sacrifices pour le délit et pour le péché. 
Elles sont souvent mentionnées à ce titre. Lev., vi, 14; 
xxni, 18, 37; Num., vi, 17; xxvm, 31; I Par., xxix, 21; 
II Par., xxix, 35; I Esd., vu, 17; Ezech. , xlv, 17. Une 
libation suivait l'immolation de l'agneau du sacrifice 
quotidien, matin et soir, Num., xxvm, 7, 8, et pendant 



235 



LIBATION 



236 



cette libation, les trompettes sonnaient neuf fois. 
Cf. Suhka, v, 5. D'autres libations analogues se taisaient 
aux néoménies, Num., xxvm, 14, 15, au jour de 
l'offrande des prémices, Lev., xxm, 13, après le sacri- 
fice du nazir, Num., vi, 15, et en général après tous 
les sacrifices non expiatoires, sauf dans l'holocauste 
pour la purification du lépreux. Lev., xiv, 31. Il n'y 
avait pas non plus de libation après les sacrifices 
d'oiseaux, ni après ceux des premiers-nés, ou de 
l'agneau pascal. Cf. Menakhoth, ix, 6; Siphra, 109, 2. 

— 3» La quantité de vin à répandre dans les libations 
était ainsi réglée par la loi : un quart de hin de vin 
pour l'offrande des prémices, Lev., xxm, 13; la même 
quantité avec l'holocauste d'un agneau, un tiers de hin 
avec le sacrifice d'un bélier, ^t un demi-hin avec le 
sacrifice d'un bœuf. Num., XV, 5-10; Xxvifi, 7, 14. La 
quantité de vin nécessaire à la libation était donc de 
1 lit. 62, 2 lit. 16 ou 3 lit. 24, suivant la nature des 
victimes. Voir Hin, t. m, col. 714. Le lépreux ajoutait 
un quart de hin à chacune de ses offrandes de farine. 

— 4° Les libations se faisaient avec des vases d'or pur. 
Exod., xxv, 29; xxxvu, 16. D'après le Talmud, celui qui 
avait à offrir des libations en payait le prix à un préposé 
« au cachet » qui lui délivrait un jeton; celui-ci était 
remis à un préposé « aux libations » qui présentait le 
vin à l'autel. Cf. Schekalim, v, 3-5. Le prêtre le versai; 
à l'angle sud-ouest de l'autel, et de là le vin s'écoutait par 
un conduit intérieur et se perdait dans le sol. Cf. Eduyoth, 
VI, 1 ; Suhka, iv, 7. Il n'était pas nécessaire que la liba- 
tion suivit immédiatement le sacrifice; elle pouvait 
attendre jusqu'au dixième jour, pourvu que le vin ne 
passât pas la nuit dans les vases, ce qui l'eût rendu impur. 
Cf. Iken, Anliquitates hebraicse, Brème, 1741, p. 209. Les 
libations ne pouvaient jamais se faire à l'autel des 
parfums, Exod., xxx, 9, mais seulement à celui des sacri- 
fices. — 5° Après avoir fait construire dans le Temple un 
autel conforme au modèle qu'il avait vu à Damas, le roi 
Achaz y monta lui-même et y offrit son holocauste, son 
offrande et ses libations; les libations continuèrent 
ensuite sur cet autel. II Reg., xvi, 13, 15. Osée, ix, 4, 
et Joël, i, 9, annoncent qu'Israël infidèle à Dieu ne 
pourra plus offrir ses libations. Après le retour de la 
captivité, le grand-prêtre Onias offrait lui-même la liba- 
tion, avec « lé sang du raisin », et cette libation parfu- 
mait le fondement de l'autel, c'est-à-dire descendait du 
coin, où "on la versait, jusqu'à la base de l'autel, où 
elle était absorbée. Eccli., h, 16, 17. — 6° Saint Paul 
fait allusion à la libation qui accompagnait le sacrifice, 
quand il dit de lui-même : <jravSou.ai lut t^ 6u<rîa, 
immolor supra sacrificium, ma vie est « une libation 
versée avec le sacrifice de votre foi ». Phil., n, 17. Sur 
le point de mourir, il dit encore : lyti yàp rfir^ cnrevSofj.ai, 
ego enim jam delibor, je suis moi-même comme une 
libation qui va être répandue. II Tim., iv, 6. — En 
plusieurs passages, Num., xxix, 11-29; Lev., vi, 14, etc., 
les versions mentionnent des libations là où le texte 
hébreu ne parle que d'offrandes. Les deux en effet 
allaient ordinairement ensemble. Le mot nesdkim dési- 
gnait même parfois les deux objets à la fois, et le pré- 
posé 'al han-nesdkîm délivrait les jetons pour les 
offrandes et les libations. Cf. Schekalim, v, 4. 

IL Libations d'eau. — 1" La libation d'eau est 
employée par Samuel à Masphath, comme symbole de 
pénitence; sur son ordre, les Israélites puisent l'eau, 
la répandent devant Jéhovah, jeûnent tout le jour et 
disent : « Nous avons péché contre Jéhovah. » I Reg., 
vil, 6. Samuel alors prie pour eux. — 2» Quand trois 
vaillants hommes rapportèrent à David l'eau qu'ils 
étaient allés chercher à la citerne de Belhléhem, à travers 
le camp de Philistins, le roi ne voulut pas la boire, 
mais il la répandit devant Jéhovah. II Reg., xxm, 16; 
1 Par., xi, 18. Il faisait ainsi hommage à Dieu d'une 
eau qui aurait pu coûter la vie à trois de ses guerriers. 



— 3° Il n'y avait pas de libations d'eau prescrites par la 
Loi pour le service liturgique du Temple. Néanmoins, 
Notre-Seigneur fait allusion à des libations de cette 
nature qui avaient lieu solennellement pendant l'octave 
de la fête des Tabernacles. Chaque jour un prêtre 
descendait à la fontaine de Siloé, y remplissait d'eau un 
vase d'or, de la contenance de trois logs, soit 1 litre 42, 
remontait au Temple, et pendant la libation qui accom- 
pagnait le sacrifice du matin, versait l'eau dans le 
conduit qui se trouvait le plus à l'ouest, à l'angle sud- 
ouest de l'autel. Cet angle en effet était muni de deux 
conduits d'argent pour recevoir l'un les libations de 
vin, l'autre les libations, d'eau. Les docteurs n'étaient 
pas d'accord sur l'origine de cette institution des liba- 
tions d'eau pour la fête des Tabernacles. Les uns 
croyaient que Moïse lui-même les avait prescrites, sans 
doute en souvenir de l'eau accordée au peuple dans le 
désert. Cf. Gem. Jer. Sukka, 54, 2. S'il en était ainsi, 
le Pentateuque en ferait mention. D'autres rattachent 
cette institution à David, II Reg., xxm, 16, cf. Midr. 
Ruth, 48, 3, ou aux prophètes, Is., xn, 3; Jo., m, 18; 
Zach., xm, 1; cf. Gem. Sukka, 50, 2; Midr. Ruth, 48, 




64. — Her-Hor, pharaon de la xxr> dynastie, offrant une libation. 
Thèbes. D'après Lepsius, Denkmaler, Abth. III, Bl. 245. 

2. Il est possible aussi que ce rite ait eu pour but de 
demander à Dieu les pluies qui allaient être nécessaires 
après les semailles prochaines. Toujours est-il que les 
sadducéens désapprouvaient ces libations. Un jour, un 
prêtre de cette secte ayant versé l'eau de la libation sur 
ses pieds, au lieu de la répandre dans le conduit de 
l'angle de l'autel, on lui fit un mauvais parti et la corne 
de l'autel fut brisée par les projectiles; on dut la 
remplacer par une corne de pierre. A partir de ce jour, 
le peuple criait au prêtre pendant la libation : « Lève la 
main, pour que nous voyions si tu verses l'eau dans le 
conduit. » Cf. Sukka, îv, 9; Gem., Yoma, 26, 2; Iken, 
Antiquitates hebraicse, p. 321; Reland, Antiquitates 
sacrée, Brème, 1741, p. 242,. 243. — 4° L'acte du prophète 
Élie faisant verser par trois fois quatre cruches d'eau 
sur son holocauste ne peut guère être considéra comme 
une libation : c'est plutôt une précaution que prend le 
prophète pour bien convaincre le peuple qu'il n'y a 
aucun feu naturel sur son autel, et que le feu du cieL 



237 



LIBATION — LIBYENS 



238 



seul consumera son sacrifice. III Reg., xvm, 34, 35, 38. 
III. Libations idolatriqces. — Les libations de 
vin ou d'eau, quelquefois avec mélange de sang, étaient 
fréquentes dans les religions païennes, en l'honneur des 
divers dieux. Cf. Odys., xn, 363; xvm, 151 ; Iliad., xi, 
775; Hésiode, Oper., 336; Sophocle, Elect., 270; 
Euripide, Elect., 512; Orest., 1322; Hérodote, î, 132; 
Salluste, Catil., 22; Silius Italicus, n, 360, etc. Chez les 
Assyriens, le roi, au retour de la chasse, ne manquait 
pas d'oftrir un sacrifice d'actions de grâces à Assur ou 
à Istar. Il prenait la coupe pleine de vin, l'effleurait de 
ses lèvres et en versait le contenu sur la tête des 
victimes immolées. Ct. Place, Ninive et l'Assyrie, t. m, 
pi. 57; Layard, The monuments of Nineveh, 1. 1, pi. 12. 
Voir t. i, col. 1160, fig. 321. Les monuments égyptiens 
représentent fréquemment des rois (lîg. 64) et des prêtres 
(voir Léopard, fig-. 50, col. 174) faisant des libations à 
leurs dieux. Les libations aux idoles sont prévues au 
Deutéronome, xxxn, 38, et reprochées aux Israélites par 
les prophètes. Isaïe, lvii, 6, parle de libations offertes 
aux pierres des torrents. Voir Bétyle, t. i, col. 1757. 
Jérémie, vu, 18; xix, 13, mentionne les libations faites 
par ses contemporains aux faux dieux. Il rapporte leurs 
propos au sujet de la volonté qu'ils ont d'oifrir des 
libations à la reine du ciel, à la lune, Jer., xliv, 17-19, 
25, et leur annonce que les Chaldéeus ruineront ces 
maisons sur le toit desquelles on faisait des libations 
aux dieux. .1er., xxxn, 29. Ezéchiel, xx, 28, parle aussi 
des libations idolàtriques. En quoi ces libations peuvent- 
elles servir aux idoles? Eccli., xxx, 19. En deux 
endroits, Ps. xvi (xv), 4; Zach., ix, 7, il est fait allusion 
aux libations que les idolâtres avaient coutume de faire 
avec le sang. — Sur l'emploi du sang dans le culte 
liturgique du Temple, voir Sang. H. Lesêtre. 

LIBER (grec : Aidvuaoç), nom k tin de Bacchus dans 
II Mach., vr, 7; xiv, 33. Voir Bacchus, t. r, col. 1374. 

LIBERTÉ. Ce mot a dans l'Écriture plusieurs sens 
distincts. — 1» Il désigne l'état d'une personne libre, par, 
opposition à servitude et à captivité. Cette liberté s'ap- 
pelle en hébreu hufsâk (Septante : éJ.sudepia; Vulgate : 
libertas), Lev., xix, 20; la mise en liberté se nomme 
derôr (Septante : açsoiç ; Vulgate : libertas, indulgentia), 
1er., xxxiv, 8 (hébreu), 15, 17; Is., lxi, 1; l'année jubi- 
laire, où l'on rendait la liberté aux esclaves, Sénat had- 
derôr, « l'année de la mise en liberté » (Septante : 
6T0J tt)ç àcpéuewç; Vulgate : annus remissionis). Ezech., 
xlvi, 17; cf. Lev., xxv, 10. L'homme libre, par opposi- 
tion à l'esclave ou au captif, est dit, en hébreu, hofU, 
Job, ni, 19; Deut., xv, 12, 13, etc.; en grec, èXeûCepoc; 
en latin, liber. Joa., vin, 33; I Cor., vu, 22, etc. Ct. Es- 
clavage, Esclave, t. n, col. 1918, 1921. — 2° Dans le 
Nouveau Testament les mots êXeutept'a, êXeûQepoç, ont 
pris un sens particulier; ils signifient dans plusieurs 
endroits la liberté de ne pas pratiquer la loi mosaïque, 
l'affranchissement du joug des pratiques rituelles des 
Juifs. Gai., il, 4; v, i, 13; iv, 26; I Pet., n, 16. Cf. I Cor., 
x, 29. Dans cette acception, la loi chrétienne est une 
loi de liberté vifto; i% iXsuSept'aç, Jac, I, 25; il, 12; et 
là où est l'esprit de Dieu, là est la liberté. II Cor., m, 
17; cf. Rom., vin, 21. Voir aussi Joa., vm, 36. — 3° La 
liberté morale, c'est-à-dire la faculté qu'a l'homme de 
choisir entre le bien et le mal, ce qu'on appelle aussi le 
libre arbitre, n'a pas de nom spécial dans le langage 
biblique. L'Écriture suppose partout son existence, 
puisqu'elle attribue toujours à l'homme la responsabi- 
lité de ses actes bons ou mauvais, Gen., IV, 7; Ps. xvii, 
21; l, 5-6, Ezech., xviii, 4-32; Joël, n, 12, etc., mais 
elle ne possède point de terme particulier pour l'ex- 
primer et" elle se sert de périphrases, d'ailleurs parfai- 
tement claires et précises. «; Vois, dit Moïse à son 
peuple, Deut., xxx, 15-20, je mets aujourd'hui devant 



toi la vie et la mort, le bien et le mal..., la bénédiction 
et la malédiction... Choisis la vie, afin que tu vives. » 
Cf. Lev., xvm, 5; Jos., xxtv, 15; Eccli., xv, 14-18; 
Matth., vu, 24, etc. — Voir J. C. Erler, Commentatio 
exegetica de libertatis christianse notione in Novi Te- 
stamenti libris obvia, in-4°, Sorau, 1830. 

LIBERTIN (SYNAGOGUE DES) à Jérusalem. 
Act., vi, 9. Voir Affranchis, t. i, col. 255. 

LIBONOTUS, nom latin du vent du sud-ouest. 
Quelques-uns l'ont confondu à tort avec le x&ç>oi corus, 
vent du nord-ouest, mentionné dans les Actes, xxvli, 
12. Voir Corus, t. n, col.J030. 

LIBRE ARBITRE. Voir Liberté, 3°. 

LIBYENS (Septante : At'êueç; Vulgate : Libyes). Sous 
ce nom les Septante et la Vulgate désignent deux 
peuples qui portent en hébreu deux noms différents 
Le premier s'appelle dans le texte original Lûbini (Le 




65. — Carte de la Libye et du Pût. 

bim, Dan., xi, 43), le second Phul ou Pût (fig. 65). La 
distinction entre les deux est clairement indiquée dans 
Nahum, m, 9, Ce prophète cite parmi les peuples au ser- 
vice de Thèbes, Pût et les Lùbim (Vulgate : Africa et 
Libyes). Les Septante ont mal lu le verset et ont rendu 
Pût par <piJYT)ç, qu'ils ont joint au membre de phrase pré- 
cédent : « Il n'y aura pas de terme à sa fuite (de l'Egypte). » 

1. LIBYENS (hébreu : Lûbini), peuple d'Afrique. Les 
Libyens sont nommés parmi les peuples qui composent 
l'armée de Sésac, roi d'Egypte, dans sa campagne contre 
Roboam, IL Par., xn, 3; ils figurent également dans 
l'armée égyptienne que vainquit Asa, roi de Juda. Voir 
Asa, t. i, col. 1051; Roboam, Sésac. La Libye était pour 
les Égyptiens le désert qui s'étendait à l'ouest de leur 
pays, depuis la Méditerranée au nord, jusqu'à l'Ethiopie 
au sud et dont les limites étaient mal définies à l'ouest. 
Les habitants de cette région sont représentés sur les 
monuments égyptiens comme des hommes grands, bien 
bâtis, plus blancs que les Syriens et les Européens, avec 
des yeux bleus, une chevelure et une barbe blonde. 
C'est tout à fait le type des Kabyles actuels qu'on a 
souvent regardés comme des descendants des Germains. 



239 



LIBYENS 



240 



Les peintures égyptiennes tendraient à faire croire 
qu'ils sont au contraire les fils des Libyens. Leur cheve- 
lure est ornée de plumes d'autruche; elle est liée des 
deux côtés en une queue, pendant par-dessus l'oreille, 
et, au contraire, coupée à moitié de la longueur derrière 
la tête; la barbe est pointue Jig. 66). Des tatouages bleus, 
variant selon les tribus, sont marqués sur leur corps. 
Leur vêtement consiste en un pagne et un long manteau 
de laine ou de toile teinte et rayée. C'est un peuple de 
guerriers (flg 67) et surtout de pasteurs, errant à travers 




- Libyen. 
D'après RoseUini, Monumenti, pi. cltx, 4. 

]e désert avec ses tentes de peaux et ses troupeaux. Fr. 
Lenormant, Histoire ancienne de l'Orienl, 9° édit.,t. H, 
p. 282; G. Maspero, Histoire ancienne des peuples de 
l'Orient, t. il, 1897, p. 430-431. Cf. Champollion, Monu- 
ments de l'Egypte et de la Nubie, in-f", Paris, 1833-1845, 
pi. ccl, 1-2; CCLXXIH, 1; RoseUini, Monumenti deW 
EgittoedellaNubia, Monumenti s(o»ict,in-f°, Florence, 
1833-1838, pi. clvi, clviii, clix, clx, 4; clxi, 5 ; Lepsius, 
Denkmâler aus Aegypten, in-f°, Berlin, 1850-1858, 
t. m, p, 126, 204. Les tribus libyennes porlaient des 
noms différents, ta principale était celle des Labu, Lebu, 
ou Lubu qui figurent sur les textes de Ramsès II. Pa- 
pyrus Anaslasi II, pi. m, 1. 2. Cf. Chabas, Études sur 
l'antiquité historique d'après les sources égyptiennes 
et les monuments réputés préhistoriques, in-8°, Chalon- 
sur-Saône, 1872, p. 184; Brugscli, Geographische ln- 
schriften altâgyptischer Denkmâler, in-8°, Berlin, t. n, 
p. 79-80. Ces peuples avaient facilement repoussé la 
race de Phût ou Pût qui était établie dans le pays ou 
s'était incorporé la partie de ce peuple qui n'avait pas 
émigré. Fr. Lenormant, loc. cit. ; G. Maspero, Hist. anc, 
p. 431. Séti I er avait fait des invasions heureuses dans 
le désert libyque et à Karnak, il est représenté en 
vainqueur des Libyens en même temps que des Asia- 
tiques. Fr. Lenormant, Hist. anc.,ï. n, p. 238; G. Maspero. 
Hist. anc, t. il, p. 373. Les Libyens envahirent à leur 
tour l'Egypte sous Menephtah; Inscription triomphale 
de Menephtah, lig. 4, 13, 37; Champollion, Monuments 
de l'Egypte, t. n, p. 1A3; Lepsius, Denkmâler, t. m, 



p. 199 a; Brugsch, Geographische lnschriften, t, n, 
pi. xxxv; E v de Rougé, Inscriptions hiéroglyphiques 
copiées en Egypte, in-f», 1877-1879, pi. clxxxix-CXCViti. 
Ils furent vaincus près de Piriou; leur défaite fut un 
véritable massacre que chantèrent les poètes égyptiens 
et qui assura la tranquillité des Pharaons pour un temps 
assez long. Stèle de l'Amenophium de Thèbes, Flinders 
Pétrie, dans la Contemporary Review, 1896, n. 365, 
p. 362. Cf. Fr. Lenormant, Hist. anc, t. H, p. 285-290; 
G. Maspero, Hist. anc., t. n, p. 431-437. Les prisonniers 
libyens étaient employés comme matelots sur les 
vaisseaux égyptiens. Dès le temps de la reine Hates- 
pou et surtout à partir de Ramses III, les Pharaons 
les enrôlèrent dans leurs armées. G. Maspero, Hist. anc., 
t. n, p. 214, n. 4, p. 458. Les Libyens attaquèrent de 
nouveau l'Egypte la cinquième année du règne de ce 
prince. Celui-ci les battit, mais leur empire resta comme 
un péril redoutable pour l'Egypte. Fr. Lenormant, Hist. 
anc, t. h, p. 301-304; G. Maspero, Hist. anc. t. n, 
p. 459-461. L'invasion recommença quelques années 
plus tard et de nouveau les Libyens furent exterminés. 
Les tribus confédérées cessèrent d'être unies; elles 
furent refoulées au delà de la chaîne des monts Libyques, 
des forteresses leur barrèrent la route et leur pays ne 
fut plus qu'une réserve où les Pharaons levèrent chaque 
année des soldats. Fr. Lenormant, Hist. anc, t. h, 
p. 316-318; G. Maspero, Hist. anc, t. n, p. 470-474. La 
décadence de l'esprit mililaire chez les Égyptiens donna 
une importance de plus en plus grande aux Libyens. 
3ientôt ils furent les maîtres du pays. Ils avaient conservé 
leur armement et leur coiffure spéciale. Leurs chefs 
avaient une influence prépondérante à la cour, certains 
d'entre eux en profitèrent pour monter sur le trône, 
d'autres faisaient ou défaisaient les rois à leur gré. La 
dynastie Tanitequi avait cru se consolider ens'appuyant 
sur eux se trouva bientôt entièrement à leur merci. Les 
chefs libyens de Bubaste s'emparèrent du trône et fon- 
dèrent la vingt-deuxième dynastie. Sésac ou Scheschonq 
appartenait à cette famille libyenne. Fr. Lenormant, 
Hist. anc, t. n, p. 356; G. Maspero, Hist. anc, t. n, 
p. 765-769 j'Stern, Die xxil Manethonische Kôni-gs- 



l4 „;> 




67. — Guerrier libyen. 
D'après les Monuments Piot; t. IX, fasc. 2. 

dynastie, dans la Zeitschrift fur âgyptische Sprache, 
1883, p. 15-26. Le chef de la vingt-quatrième dynastie saïte, 
Tafnakti, était probablement de sang libyen. Fr. Lenor- 
mant, Hist. anc, t. n, p. 340. C'est donc à celte race qu'ap- 



241 



LIBYENS 



242 



partenaient les Pharaons de la période des prophètes. 
Sous l'influence des Grecs établis à Cyrène, des 
Carthaginois et plus encore des Romains, les Libyens se 
civilisèrent au moins superficiellement dans les cités, 
mais la partie de ce peuple qui continua à habiter le 
désert garda ses habitudes pastorales et nomades, se 
livrant à l'élève des troupeaux et à la chasse (fig, 68). Ils 
avaient adopté depuis longtemps le culte égyptien 
d'Ammon dont le principal temple était dans l'oasis de 
ce nom, au nord-est de la Libye. Daniel, xi, 43, annonce 
que le roi du Septentrion, c'est-à-dire de la Syrie, 
s'emparera de l'Egypte et que la Libye et l'Ethiopie lui 
seront soumises. C'est la prophétie des victoires des 
rois de Syrie contre les Ptolémées, dans le royaume 
desquels la Libye était comprise. J. G. Droysen, Histoire 
de l'Hellénisme, trad. franc., in-8°, Paris, 1883-1885, t. m, 
p. 310, 315, 337. — Parmi les Juifs de la dispersion 
qui entendirent le discours de saint Pierre, le jour 
de la Pentecôte, les Actes, il, 10, nomment les habitants 
de la Libye voisine de Cyrène. Les Romains désignaient 



Il cite un fleuve de ce nom en Mauritanie. Ce fleuve est 
également cité par Ptolémée, IV, i, 3, qui l'appelle 
Phthuth, et par Pline, H. N., V, I, mais les Égyptiens 
ne connaissaient pas la Mauritanie, il ne peut donc y 
avoir de rapport entre le fleuve et le peuple. C'est sans 
doute à cause de la tradition juive rapportée par Josèphe, 
que dans les prophètes les Septante traduisent Pût par 
Aïêveç et la Vulgate par Libyes. Jérémie, xlvi, 9 
(Septante, xxvi, 9), les nomme parmi les auxiliaires de 
l'Egypte armés du bouclier. Nahum, ni, 9, les distingue 
des Lûdim et la Vulgate traduit dans ce passage le mot 
Pût par Africa. Ézéchiel, xxvn, 10, les cite parmi les 
mercenaires au service de Tyr. Cela semble étonnant 
au premier abord, car il est difficile de comprendre que 
les Tyriens aient été si loin chercher des soldats, mais 
cela n'est pas plus invraisemblable que la présence des 
Perses nommés dans le même verset; un peuple 
commerçant devait recruter des soldats partout. Les 
Tyriens étaient en relations permanentes avec les Égyp- 
tiens et pouvaient avoir trouvé chez eux des esclaves ou 







8. — Chasseurs libyens. D'après l'original. Musée du Louvre. 



sous le nom de Libye la partie du désert libyque située 
sur les côtes, entre l'Egypte et la grande Syrte. Cyrène 
et les pays qui l'environnaient formaient la Libye grecque. 
Voir Ctoène, t. ii, col. 1177. Elle faisait partie de la 
province de Crète et Cyrénaïque. Le reste de la Libye 
était réparti entre la province d'Egypte et celle d'Aïuque. 
Les tribus y avaient conservé leur nom, leur culte et en 
partie leur autonomie. Henzen, dans les Annali dell' 
Inslituto archeologico di Roma, 1860, p. 54 ; 80-82. 

Bibliographie. — P. délia Cella, Viaggio da Tripoli 
di Barber, aile frontière occidentali dell' Egitto, in-8°, 
Gênes, 1819; J. R. Pacho, Voyage dans la Marmariqite 
et la Cyrénaïque, in-8°, Paris, 1827; Vivien de Saint- 
Martin, Le nord de l'Afrique dans l'antiquité grecque 
et romaine, in-8°, Paris, 1863; H. Kiepert, Manuel de 
géographie ancienne, trad. franc., in-8", Paris, 1887, 
p. 126-127. E. Beurlier. 

2. LIBYENS, nom, dans la Vulgate, Jer., xlvi, 9; 
Ezech., xxvn, 10; xxxvm, 5, des descendants de Phuth. 
Elle appelle aussi Libye le pays de Phuth dans Ézéchiel, 
xxx, 8. Elle n'a conservé le nom de Phuth que dans 
Gen., x, 6; I Par., i, 8. Dans tous ces passages, l'hébreu 
porte Pût. — Pût ou Phuth, comme transcrit la Vulgate, 
est le nom du troisième fils de Cham. Gen., x, 6; 
I Par., i, 8. Il est placé entre Mesraïm et Chanaan. 
Tandis que les descendances de Mesraïm et de Chanaan 
sont indiquées, celles de Phuth ne le sont pas. D'après 
Josèphe, Antiq. jud., I, vi, 2, Phoutès peupla la Libye. 



des matelots du pays de Pût. Enfin après le percement 
du canal de Néchao qui reliait le Nil à la mer Rouge, leurs 
vaisseaux avaient pu étendre leur commerce jusqu'au 
pays des aromates et de l'encens, c'est-à-dire jusqu'au 
Pût. Néchao lui-même avait lancé les capitaines phéni- 
ciens de sa flotte dans cette direction. C'est alors qu'ils 
firent le tour de l'Afrique de la mer Rouge à la Médi- 
terranée en passant par le sud. Hérodote, iv, 42. Cf. 
G. Maspero, Hist. anc., t. m, p. 532-533. Ézéchiel, xxxvm, 
5, place Pût dans les peuples qui formèrent l'armée de 
Gog. Cela parait plus surprenant encore, puisqu'il s'agit 
de l'armée d'un roi scythe, mais il est aussi question dans 
ce passage des Éthiopiens, autre peuple d'Afrique. Cela 
s'explique par la campagne que les Scythes firent en 
Egypte. Psammétique les arrêta par des présents. C'est 
là qu'ils durent recruter des soldats africains. Hérodote, 
i, 105; Justin, il, 3. Cf. G. Maspero, Hist. anc., t. m, 
p. 479. Dans la Version grecque de Judith, n, 23, $oyS 
est nommé près de Aoû8 parmi les peuples que battit 
Holoferne, c'est peut-être une interpolation due à 
l'habitude qu'avaient les copistes d'associer ces deux 
mots. La campagne d'Holoferne se passe en Asie et il 
ne peut s'agir d'un peuple africain. On peut aussi suppo- 
ser, sans que rien du reste prouve la vérité de cette 
hypothèse, qu'il y avait en Asie un peuple dont le nom 
se rapprochait de celui de $ov8. Isaïe, lxvi, 19, annonce 
que le Messie sera prêché à Pûl, il faut probablement 
lire Pût, c'est ainsi qu'ont lu les Septante qui traduisent 
par <I>oOS et la Vulgate qui traduit par Africa. 



243 



LIBYENS — LICORNE 



244 



Les textes de la Bible ne donnent aucune indication 
de quelque précision sur la situation géographique du 
pays de Pût, sinon qu'il est africain et dépend de 
l'Egypte. Fr. Lenormant, Hist. anc, t. il, p. 382 suppose 
que la nation de ce nom habitait originairement la 
Libye, d'où elle fut chassée par les Lûbim ; si cette hypo- 
thèse est vraie, la race de Phuth se serait retirée dans 
le pays que les inscriptions égyptiennes appellent Punt, 
Puent ou Pouanit. D'après la plupart des égyptologues 
c'est le pays des Somalis. Krall, Bas Land Punt, dans 
les Sitzungsberichte der Akademie der Wissenschaften 
zu Wien, t. xxxi, 1898 p. 1-81 ; G. Maspero, Hist. anc, 
t. H, p. 247; Naville, The Temple of Deir el Bahari, 
in-8°, Londres, 1894, p. 21-22. Cf. Egypl Exploration 
Fund, Archxological Report, 1894-1895, p. 34. Les pre- 
mières expéditions égyptiennes dans ce pays au temps 
de la douzième dynastie n'avaient pas dépassé Souakîn 
et Massouah. G. Maspero, Hist. anc, t. i, p. 495- 
496; Id., De quelques navigations des Égyptiens sur 
les côtes de la mer Erythrée, dans la Revue historique, 
t. ix, 1879. Le Pount proprement dit commençait au 
delà. Au temps de la reine Hatespou, la flotte égyptienne 
y aborda. Le principal fleuve du pays s'appelait la 
rivière de l'Éléphant. Les vaisseaux égyptiens le remon- 
tèrent et se trouvèrent dans un village dont les cabanes 
éparses au milieu des sycomores et des palmiers, étaient 
construites en tissus d'osier et posées sur des pilotis. Les 
indigènes étaient de couleur brune, leur barbe se ter- 
minait en pointe et leur chevelure était soit coupée 
court, soit étagée en petites mèches ou en nattes minces 
(fig. 69). Les hommes étaient vêtus d'un pagne, les 



CD. — Indigène du pays de Put. 
D'après Prisse d'Avesnes, Histoire de l'art égyptien, pi. 50. 

femmes d'une robe jaune sans manches, serrée à la 
taille et tombant jusqu'à mi-jambes. Voir t. i, fig. 145, 
col. 571, la reine de Pount et sa suite. Les Égyptiens 
échangèrent les produits de leur pays surtout contre de 
l'ivoire, de l'or, de l'ébène, de la myrrhe, des singes 
verts, et des arbres à encens. Les arbres turent plantés 
à Deir el-Bahari. G. Maspero, Hist. anc, t. Il, p. 247- 
253. Les prophètes ne distinguent pas entre les diverses 
tribus du pays de Pût, comme le font les Égyptiens, 
ils englobent probablement sous ce nom toute la cote 
est de l'Afrique située au sud de l'Egypte et de l'Ethiopie. 




La grande inscription perse de Nakhsch-î-Roustem dans 
la liste des vingt-huit pays tributaires de Darius le 
Mède, nomme Kutiya, Putiya et Masiya, en babylonien 
Pûta, KûSu et Massù. Cf. F. H. Weissbach-Beng, Die 
Altpersischen Keilinschriften, in-4°, Leipzig, 1893, 
lig. 22-30, p. 36-37. Ce texte confirme l'identification de 
Pût avec le Pount des Égyptiens. Ceux-ci prononçaient 
le t après \'n par un son que les Grecs rendraient par 
5 et les Sémites par t. Punt fait donc régulièrement 
Pût. Cf. G. Kbers, Aegypten und die Bûcher Mose's, 
in-8», Leipzig, 1868, t. i, p. 64. — Les Coptes appellent 
<J>xixt, Faiat, la Libye, spécialement la partie ouest 
du Delta; on ne connaît pas l'hiéroglyphe correspondant 
à ce mot, mais il parait probable que les Septante ont 
été influencés par le terme copte lorsqu'ils ont traduit 
Pût par At'êueç. E. Beuruer. 

LICORNE (Septante : u.ovo"xEptoç; Vulgate : unicor- 
nis), animal fabuleux, qui n'aurait eu qu'une corne au 
milieu du front. 11 est question de la licorne dans les 
auteurs profanes, Aristote, Générât, animal., m, 2; 
Hist. anim., h, 1, 32; Plutarque, Pericl., 6; Élien, 




70. — La licorne (Antilope). 
D'après Coste et Flandin, Perse ancienne, pi. cx.xx.vj. 

Nat. animal., xvi, 20; Pline, //. N., VIII, xxi, 30; Xt, 
xlvi, 106. Les Septante emploient le mot (iovinspwç 
dans huit passages, Num., xxiii, 22; xxrv, 8; Deut., 
xxxiii, 17; Job, xxxix, 9; Ps. xxi, 22; xxviii, 6; lxxvii, 
69; xci, 11, et la Vulgatè le mot unicornis dans les 
quatre passages des Psaumes et dans Isaïe, xxxiv, 7 (c/»i- 
noceros, dans les autres endroits). Dans deux passages, 
Deut., xxxiii, 17; Ps. xxi, 22, ces versions parlent au 
pluriel des cornes de la licorne. Dans tons ces textes, 
excepté Ps. lxxvii, 69, les versions traduisent ainsi 
l'hébreu re'êm, qui est le nom de l'aurochs. Voir Au- 



215 



LICORNE 



LIEN 



246 



iîochs, t. j, col. 1260. Le licorne n'est donc ni l'antilope 
oryx, voir Oryx, ni un animal à part, caractérisé par 
une seule corne. Les anciens auteurs qui mentionnent 
la licorne ne font que rapporter ce qu'ils ont entendu 
dire et, en réalité, personne n'a jamais vu ni licorne, ni 
antilope à une corne. Cf. Frz. Delitzsch, Die Psalinen, 
Leipzig, 1873, t. i, p. 259. Ce qui parait beaucoup plus 
probable, c'est que les traducteurs grecs de la Bible ne 
connaissaient le re'êm que par les représentations qui 
existaient dans les monuments de Persépolis et de Ba- 
bylone. Or, dans tous les monuments assyriens et chal- 
déens, le procédé de perspective adopté par les artistes 
fait que, quand deux objets symétriques sont placés l'un 
derrière l'autre, celui qui est au second plan disparaît, 
complètement caché par celui qui est au premier plan. 
Si un animal est représenté de profil, on ne lui voit 
qu'une corne, quelquefois une seule oreille, etc. Cf. 
t. i, fig. 235, col. 908; flg. 320, col. 1160; fig. 367, 368, 
col. 1264; flg. 563, 564, col. 1837; t. u, fig. 213, col. 602. 
Le même procédé était familier aux Perses (flg. 70). 
Cf. Flandin et Coste, Voyage en Perse, Atlas, 1843- 
1854, pi. cxxxvi; Dieulafoy, L'art antique de la 
Perse, Paris, 1884-1889, t. m, pi. xvm ; Perrot et Chi- 
piez, Histoire de l'art dans l'antiquité, t. v, 1890, 
p. 835, 841, 842, etc. On le retrouve quelquefois dans les 
représentations égyptiennes. Cf. t. n, fig. 148, col. 446, 
Il y a donc tout lieu de croire que les anciens traduc- 
teurs de la Bible n'ont pas connu d'autres animaux à 
une corne que ceux qui étaient ainsi figurés sur les 
monuments. — Voir Quatremère, dans le Journal des 
Savants, mai 1845, p. 273-280; W. Haughton, On the 
Unicom of the Ancients, dans Annals and Magazine 
of natural Ilislory, t. x, 1862,.p. 363-370, 416-417 (avec 
une bibliographie, p. 363-364); Schrader, Silzungsber. 
der kônigl. Preuss. Akadem. der Whsenschaft, 1892, 
p. 573. H. Lesêtre. 

LICTEUR (grec: p«66o\i-/oç ; Vulgate -.lictor). — 
1° Dans l'Ancien Testament. 
— La Vulgate emploie une 
fois le mot lictor pour tra- 
duire le mot hébreu malé'âk 
que les Septante traduisent 
par aiftloi. I Reg. (Sam.), 
xix, 20. Il s'agit des satellites 
ou envoyés du roi. Ailleurs 
elle traduit le même mot par 
nuntius, I Reg. (Sam.), xvi, 
19 ; satelles, xix, 11 ; appari- 
tor, xix, 14. 

2° Dans le Nouveau Testa- 
ment. — Le mot lictor, paë- 
8oû)( î> est employé dans son 
sens technique, c'est-à-dire 
pour désigner les appariteurs 
des magistrats romains. Les 
préteurs ou duumvirs de la 
colonie romaine de Philippes 
en Macédoine envoient leurs 
licteurs pour dire au geôlier 
de faire sortir de prison Paul 
et Silas. Saint Paul répondit 
aux licteurs que cela ne suffi- 
sait pas, qu'ils avaient affaire 
à des citoyens romains et que 
les magistrats devaient venir 
eux-mêmes pour les mettre 
en liberté. Act., xvi, 35-38. 
Nous savons en effet que les 
magistrats des colonies ro- 
maines avaient à leur service des licteurs, comme ceux 
de la capitale. Lex eoloniss Juliw Genetivai, c. lxii. Cor- 
pus inscriptionum latinarum, t. n, suppl., n. 5439; 




71. — Licteur romain. 

D'après ViscoDtï, Musée 

Pio-Clêmentino, t. v, pi. 32. 



t. xii, n. 4428. C'étaient par eux que ces magistrats fai- 
saient exécuter leurs ordres. Ils marchaient devant eux 
un à un dans les cérémonies publiques. Leur présence 
était le symbole du droit de commandement et de justice. 
Les licteurs étaient revêtus de la toge et portaient, comme 
emblèmes de leurs fonctions, des faisceaux. Les faisceaux 
des licteurs accompagnant les magistrats romains à l'ar- 
mée se composaient d'une hache mise à l'extérieur et 
de plusieurs verges ou bâtons réunis par une courroie 
rouge. Les verges étaient de bouleau ou d'orme. Le lic- 
teur portait le faisceau de la main gauche sur l'épaule 
gauche par le manche (fig. 71). Dans les funérailles ils 
portaient le faisceau renversé. Les licteurs des magis- 
trats municipaux étaient au nombre de deux et ne por- 
taient pas de hache, pour marquer que les magistrats 
n'avaient pas le pouvoir de vie et de mort sur les citoyens. 
Il en était du reste de même pour les, licteurs des ma- 
gistrats romains à Rome. E. Beurlier. 

LIE (hébreu : sémér; Septante : M;, rpuyiaç, « vin 
ayant un dépôt de lie ; » Vulgate : fœar), dépôt qui se forme 
dans le vin reposé et qui se compose de particules so- 
lides renfermant des ferments de vin, des débris de 
raisin, des sels, de la crème de tartre, etc. Ces diffé- 
rentes substances tombent d'elles-mêmes, après la fer- 
mentation, au fond du récipient qui contient le vin. Les 
anciens laissaient volontiers le vin reposer sur sa lie, 
afin de lui conserver son goût et sa force. Jérémie, xlviii, 
11, mentionne cet usage quand il dit de Moab : « Il re- 
posait sur sa lie, sans avoir été transvasé d'un récipient 
dans un autre, sans être allé en captivité. Ainsi son goût 
fui est resté et son bouquet ne s'est pas modifié. » Moab ' 
s'était maintenu fort et tranquille en restant toujours 
sur son même territoire. Sophonie, l, 12, parle des 
hommes de Juda « qui reposent sur leurs lies », c'est-à- 
dire qui vivent dans l'insouciance et ne s'inquiètent 
nullement de l'intervention de la Providence. Pour les 
châtier, Dieu va fouiller Jérusalem avec des lampes, 
comme quand on veut examiner un cellier pour voir en 
quel état se trouve le vin. Pour obtenir du vin clarifié, 
Is., xxv, 6, et complètement débarrassé de sa lie, on le 
transvasait, comme le suppose Jérémie, xlviii, 11, de 
manière que la lie restât au fond du premier récipient, 
ou bien on le filtrait au moyen d'un sac de linge à tissu 
serré que la Mischna appelle meSammëréf. Cf. Schàb- 
bath, xx, 1 ; Pirke Aboth, 5. La lie qui reste au fond du 
récipient ou qui se dépose au fond de la coupe, quand 
le vin est trouble, a un goût amer et désagréable. Il est 
dit des méchants qu'ils boiront jusqu'à la lie la coupe 
de la colère de Dieu, Ps. lxxv (lxxiv), 9, c'est-à-dire 
qu'ils subiront les effets de cette colère dans leur plé- 
nitude et leur amertume. Jérusalem boira aussi jusqu'à 
la lie la coupe de l'étourdissement, Is., u, 17, elle la 
sucera, de manière à n'en rien perdre; coupable envers 
le Seigneur, elle sera l'objet de sa colère, et cette colère 
produira en elle un étourdissement pareil à celui 
de l'ivresse et qui l'empêchera de marcher. — Au 
Psaume xxxix, 3, la Vulgate parle de « lie » quand il 
est questioi de « boue s dans le texte hébreu. Dans 
Isaïe, xlix, 6, elle appelle « lies d'Israël », ce qui reste 
du peuple d'Israël, ceux que l'hébreu nomme tiesûrê 
Ièrd'êl, « les préservés d'Israël, » ceux qui ont été délivrés 
de l'exil. Enfin, là où Ézéchiel, xxm, 34, parlant de la 
coupe de désolation qu'a vidée Samarie, dit à Jérusalem : 
« Tu la boiras, tu la suceras, » la Vulgate rend ce second 
verbe par : « Tu la boiras jusqu'aux lies. » Voir Vin. 

H. Lesêtre. 

LIEN, corde, courroie ou autre objet souple et solide 
dont on se sert pour attacher. En hébreu, le lien a dif- 
férents noms : — 1° 'âgudddh, qui désigne les liens du 
joug, oipa-ff»'-'», fasciculus, Is., lviii, 6, etunlien, c'est- 
à-dire un bouquet d'hysope, Exod., xn, 22; — 2» 'êsùr, 
xaXwSiov, vinculum, les cordes qui lient Samson, 



247 



LIEN 



248 



Jud.,xv, 14, et, au figuré, les liens de la passion, Eccte., 
vil, 27, en chaldéen, 'ësûr, Dan., iv, 12, 20; I Esd., vu, 
26; — 3f> môaêr, 8eir(iôç, vinculum, le lien avec lequel on 
attache les esclaves et les prisonniers, Job, xxxm, 16; 
xxxix, 5; Ps. il, 3; cvn (cvi), 14; cxvi.(cxv), 16; Is., xxviii, 
22; m, 2; Jer., h, 20; v, 5; xxvii, 2; xxx, 8; Nah., i, 13; 

— 4° ma'âdannôt, 8î<t|ju5;, conjungere, les liens qui 
unissent les étoiles de la constellation des Pléiades. Job, 
xxxvm, 31. Le plus souvent, l'idée de « lien » est expri- 
mée par les verbes qui signifient « lier » : 'âsar, lyâbas, 
qâSad, 'âsam, 'âqad, §âmad, l}âzaq, dont les quatre 
derniers ne sont employés qu'une seule fois ; chaldéen, 
kefat; Septante : êsirfieijeiv, 8etv, Sr)<rai, êraSeïv, xaTaSeïv, 
àipanTEÏv; Vulgate : Ugare, alligare, vincire. 

I. Au sens propre. — 1° Il y a des liens qui servent 
à attacher les animaux. Gen., xlix, 11 ; IV Reg., vu, 10; 
Matth., xxi, 22; Marc, xi, 2, 4; Luc, xix, 30. Mais cer- 
tains animaux, comme le buffle et le crocodile, ne peu- 
vent être attachés. Job, xxxix, 10; XL, 24. Au bœuf qui 
foule le grain, on ne doit pas lier la bouche. Deut., xxv, 
4; I Cor., ix, 9; I Tim., v, 18. Voir Bœuf, t. i, col 1830. 

— 2° Quelquefois on liait les victimes avant de les im- 
moler. Ps. cxvm (cxvii), 27 (hébreu). C'est ainsi 
qu'Abraham procéda à l'égard d'Isaac Gen., xxn, 9. — 
3° Il est question de liens pour faire des gerbes, Gen., 
xxxvn, 7; Judith, vin, 3; des bouquets d'hysope, Exod., 
XII, 22; des bottes de mauvaises herbes, Matth., xm, 
30; pour attacher différents objets, des coffres et des 
ballots de marchandises, Ezech., xxvii, 24; le rational, 
Exod., xxxix, 19; Lev., vm, 13; Ezech., xxiv, 17; un or- 
nement à la coiffure, Exod., xxvm, 37 ; une épée au côlé, 
II Reg., xx, 8; un objet à un autre, Judith, xm, 8; 
Is., lviii, 6; Jér., li, 63; ou enfin pour servir de signe 
Gen., xxxviii, 27; Jos., n, 18. Voir Ceinture, t. n, col. 389 ; 
Corde, t. n, col. 964. — 4» On liait de cordes ou de chaînes 
ceux dont on voulait s'emparer ou que l'on gardait pri- 
sonniers. La Sainte Écriture mentionne ainsi les liens 
de Joseph, Sap., x, 14; de Siméon, Gen., xlii, 16, 34, 
36; de Samson, Jud., xvi, 5, 6, 12, 13; de saint Jean- 
Baptiste, Matth., xi, 2 ; xiv, 3 ; de Notre-Seigneur pendant 
sa passion, Joa., xvm, 12, 24; de saint Paul, Act., xx, 
23; xxiii, 29 ; xxvi, 29, 31 ; Phil., i, 7, 13, 14, 17; Col., iv, 
18; II Tim., n, 9; Philem., 10, 13; des serviteurs de 
Dieu, Heb., xi, 36; des premiers disciples du Sauveur, 
Act., IX, 14; de prisonniers, Ezech., m, 25; iv, 8; de fous 
à châtier, Prov., vu, 22; de possédés furieux. Luc, vm, 
29, etc. Parfois on liait les mains et les pieds de ceux 
qu'on voulait maltraiter. Judith, VI, 9; Dan., m, 21 ; 
Matth., xxn, 13; Act., xxi,ll,13, 33; xxn, 29. Voir Chaîne, 
t. n, col. 481. — 5° Les liens devenaient encore des ban- 
deaux pour couvrir les yeux, Is., xxxm, 15 (hébreu) ; 
des bandages pour panser les blessures, Job, v, 18 
(hébreu); Is., xxx, 26; Jer., xxx, 13; Ezech., xxx, 21; 
xxxiv, 4, 16; Ose., vi, 1 (hébreu); Luc, x, 3't, et des 
bandelettes pour ensevelir les morts. Joa., xi, 44; xix, 
40. Voir Bandelettes, t. i, col. 1427. — 6° On lit dans 
l'Épitre de Jérémie, Baruch, vi, 42-43, que les femmes 
babyloniennes se tiennent assises sur les chemins 
« ceintes de liens », nepi6é".Evai u^oivs'a, circumdatx 
funibus, en signe de consécration au culte d'Istar. Voir 
Hérodote, i, 199; Strabon, xvi, 1. Un bas-relief trouvé à 
Charcamis (fig. 72) représente peut-être une de ces 
femmes. 

II. An sens figuré — 1» Les liens désignent d'abord 
toute contrainte physique, celle de la servitude, ls.,xxvm, 
22; lu, 2; Jer., n, 20; v, 5; xxvii, 2; xxx, 8; Nah., i, 
13; du châtiment, Ps. cxlix, 8; Is., xxvm, 22; de l'in- 
firmité qui empêche de parler, Marc, vii, 35, ou de se 
mouvoir. Luc, xm, 16.. II est dit qu'Abner n'avait pas 
les mains liées, pour signifier qu'il aurait pu se défendre. 
II Reg,, ni, 34. Les pires liens sont ceux des démons 
dans leur enfer. Judae, 6. — 2° Ils désignent ensuite la 
contrainte morale, de caractère odieux, celle qu'il faut 



imposer aux puissances spirituelles adverses, Matih., xn, 
29; Marc, m, 27; celle qu'une langue perverse exerce 
sur ses victimes, Eccli., xxvm, 23; celle qui résultait des 
minutieuses prescriptions des pharisiens, Matth., xxm, 
4; celle enfin à laquelle la sagesse soumet un sot. Ec- 
cli., xxi, 22. — 3° Les liens marquent encore les obligaf- 
tions morales imposées ou proposées à la volonté de 
l'homme. Ainsi sont mentionnés le lien du mariage, 
Rom., vu, 2; I Cor., vu, 27, 39; le lien de l'alliance, 
Ezech., xx, 37; le lien de la sagesse, Eccli., vi, 26; le 
lien de la paix, Eph., iv, 3; le lien de la perfection, qui 
est la charité, Col., m, 14; les liens d'amour qui attirent 
la créature au Créateur. Ose., xi, 4.-4° Enfin la Sainte 
Écriture marque sous cette forme l'attachement qu'il 
faut avoir pour la Loi. L'Israélite doit lier les comman- 
dements à ses mains et à son cou, Deut., vi, 8; xi, 18; 













^m 



■&&- 




72. — Femme . ■•' . !■_■? liens autour de la ceinture. 
D'après le Graphie, 11 décembre 1880, p. 608. 

Prov., ni, 3; vi, 21 ; vu, 3, c'est-à-dire qu'il doit les avoir 
sans cesse présents à la pensée afin de les pratiquer 
dans sa conduite. Les pharisiens prirent à la lettre cette 
prescription, et se crurent fidèles à la loi en portant sur 
eux des bandes d'étoffe ou de parchemin sur lesquelles 
étaient écrits des versets de la Loi. Voir Phylactères. 
III. Le pouvoir de « lier » et de « délier ». — Notre- 
Seigneur donne à Pierre les clefs du royaume des cieux, 
et ajoute : « Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans 
les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié 
dans les cieux. » Matth., xvi, 19. Il dit ensuite à tous les 
Apôtres : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié 
dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre 
sera délié dans le ciel. » Matth., xvm, 18. Comme dans 
le premier passage l'idée de lier et de délier semble 
dépendre du don des clefs, plusieurs auteurs ont pensé 
que la métaphore employée par Notre-Seigneur suppo- 
sait des clefs servant à lier ou à délier des cordes ou 
des courroies. Chez les Grecs, il est question d'un verrou 
ou clef, xXei';, que deux courroies font manœuvrer par 
ses extrémités, même du dehors, pour fermer ou ouvrir 
une porte. Iliad., xiv, 168; Odyss., i, 442; iv, 802, etc. 
D'autres fois, ce sont des courroies qui assujettissent un 
verrou, xXetépov, et qu'on délie pour ouvrir. Eschyle, 
Sept., 396. Il n'y a pas là, cependant, de clef ou de verrou 
liant et déliant; d'ailleurs, les serrures en usage chez 
les Hébreux étaient d'autre nature, et ne semblent pas 
avoir comporté de nœuds à faire ou à défaire. Voir Clef, 
t. n, col. 800. Il n'y a donc pas de dépendance entre les 
deux métaphores. Pierre reçoit les clefe du royaume 



249 



LIEN - LIEVRE 



20U 



des cieux, ce qui signifie symboliquement qu'il est 
. constitué le grand dignitaire de l'Église. Comme tel, il 
aura le pouvoir de lier ou de délier. Les Apôtres reçoi- 
vent ce même pouvoir, sans cependant recevoir les clefs, 
ce qui confirme encore l'indépendance mutuelle des 
deux symboles. Dans deux auteurs grecs, on lit les expres- 
sions : Iy<1) &t[<sv>, o-l»6s.Iç SyvaTai ïvaxi, « je lierai, per- 
sonne ne pourra délier, » paroles inscrites sur le tombeau 
d'Isis, d'après Diodore de Sicile, i, 27, et o\k lôéXoisv 
).'j£tv te xat Sstv, « nous voulons qu'ils aient pouvoir de 
délier et de lier, » paroles par lesquelles la reine Alexan- 
dra consacre l'influence politique des pharisiens. Josè- 
phe, Bell, jud., I, v, 2. Mais le sens de ces expressions 
ne parait nullement comporter une autorité souveraine. 
Dans une lettre des chrétiens de Gaule, citée par Eusèbe, 
//. E., v, 2, t. SX, col. 436, les deux mots Xusiv et 8e(T[Uijeiv 
sont pris dans le sens restreint de rejeter ou d'admettre 
le bien fondé d'une accusation. La même expression est 
fréquente dans le Talmud pour signifier « interdire » et 
« permettre ». Cf. Fillion, Évang. selon S. Matthieu, 
Paris, 1878, p. 326, 327. Il est certain qu'à l'époque de 
Notre-Seigneur les docteurs de la Loi jouissaient d'une 
très haute autorité en Israël. A eux appartenait de for- 
muler théoriquement le droit, de l'enseigner à leurs 
disciples et de l'appliquer pratiquement. Cf. Schûrer. 
Geschichte des jûdisehen Volkes, Leipzig, t. n, 1898, 
p. 320-328. Ils liaient et déliaient, c'est-à-dire imposaient 
des obligations morales ou en dégageaient, soit en droit, 
soit en fait. Notre-Seigneur fait allusion au pouvoir 
qu'ils exerçaient quand il dit d'eux : « Ils lient des far- 
deaux lourds et intolérables, » 5za\uio\iai çopxJa papéa 
xa\ SuffêâoraxTa, Matth., xxm, 4, paroles qui_ visent leur 
enseignement. De plus, ces docteurs prétendaient à un 
tel respect de leurs décisions qu'ils en étaient venus à 
déclarer leurs paroles plus « aimables que celles de la Loi, 
plus importantes que celles des prophètes ». Berachoth, 
f. 3, 2. La formule employée par le Sauveur s'explique 
dans un sens analogue, et plus étendu encore. Les Apô- 
tres reçoivent le droit de lier et de délier dans le nou- 
veau royaume. Ce droit n'est pas limité ; c'est ce que 
donnent à conclure les expressions : ô èàv Séduit, « ce que 
tu lieras, » ôaa. làv êr^Te, « ce que vous lierez, » dans 
lesquelles les pronoms &, 8<rix sont indéterminés. Le 
pouvoir de lier et de délier s'étend donc à la croyance, 
à la morale, à tout ce qui peut être du domaine religieux. 
Enfin Notre-Seigneur ne compare pas le pouvoir qu'il 
donne à ses Apôtres à l'autorité de Moïse ou des pro- 
phètes; il se contente de déclarer que l'exercice de ce 
pouvoir sera ratifié dans les cieux, ce qui le consacre 
par la plus haute autorité qui existe. Cette interprétation 
semble bien la plus naturelle. Elle s'appuie, du reste, 
sur des usages connus des Juifs et des idées qui leur 
étaient familières. Cf. Knabenbauer, Evang. sec. Matth., 
Paris, 1893, t. n, p. 66, 67. H. Lesêtre. 

LIÉNARD Jacques-Antoine, théologien catholique, 
né à Douai en 1792, mort en cette ville dans la première 
moitié du xix e siècle. Il fut professeur à Douai et avait 
laissé des Elucidationes in Novum Testantentum qui 
furent publiés par Ledent, 4 in-8°, Douai, 1859. — Voir 
Hurler, Nonienclator literarius, t. m (1895), col. 1034. 

B. Heurtebize. 

LIERRE (Septante : xt<r<j6ç; Vulgate : hedera, 
plante grimpante. 

I. Description. — Le lierre, Hedera Hélix de Linné 
(fig. 73), famille des Araliacées, est un arbrisseau à tige 
rampante, appliquée contré le sol ou plus souvent le 
long d'un support vertical, tel que les murs ou les troncs 
d'arbres, auquel elle se fixe par de nombreuses petites 
racines latérales modifiées en forme de crampons, pou- 
vant atteindre ainsi la hauteur d'une vingtaine de mètres 
ou davantage. Quand les racines adventives plongent 
dans la terre, elles développent des ramifications nom- 



breuses et servent alors à l'absorption. La tige appliquée 
ou rampante reste stérile, pourvue seulement de feuilles 
pétiolées à limbe toujours vert, luisant, et échancré sur 
le pourtour de 5 lobes plus ou moins profonds. Mais les 




73. — Hedera Hélix. 

rameaux qui s'en détachent, surtout dans la partie éle- 
vée, pour flotter librement dans l'air sont munis de 
feuilles plus étroites, presque indivisêes, puis se ter- 
minent par des fleurs. L'inflorescence est une anthèle 
d'ombelles hémisphériques dont la terminale seule, 
formée de fleurs hermaphrodites, devient fructifère, les 
inférieures réduites à des fleurs mâles se détachant après 
l'anthèse. Les sépales peu distincts alternent avec 5 pé- 
tales jaunâtres et sont surmontés d'autant d'étamines. Un 
disque glanduleux entoure le style et couronne le fruit 
en baie globuleuse, ordinairement noire, mais parfois 
jaune, qui renferme sous sa pulpe un nombre variable 
de noyaux, souvent deux, charnus eux-mêmes, et au 
sein desquels est inclus un très petit embryon entouré 
d'un albumen ruminé. F. Hy. 

II. Exégèse. — Le lierre est rare en Palestine, excepté 
le long des côtes et sur les montagnes. Il n'est mentionné 
nulle part dans la Bible hébraïque et seulement une fois 
dans la partie grecque. IIMach., vi, 7. Dans la persécu- 
tion d'Antiochus, lorsqu'on célébrait la fête de Bacchus, 
on contraignait les Juifs de suivre la procession solen- 
nelle, iro[«ceiieiv, ayant du lierre, xuraoùç £-/ovieç, c'est-à- 
dire portant des couronnes de lierre, et des thyrses ou 
tiges entourées de lierre. La Vulgate met seulement : 
« aller par les rues couronnés de lierre. » On sait que 
le lierre était une plante consacrée à Bacchus; Hedera 
gratissimaBaccho, dit Ovide, Fast., m, 767. — D'après le 
III» livre des Machabées, n, 29, Ptolémée Philopator fai- 
sait marquer les Juifs d'Egypte au fer rouge d'une feuille 
de lierre, marque de la consécration à Bacchus. Voir 
Bacchus, 1. 1, col. 1377. — Le mot hedera, « lierre, *> se lit 
aussi dans la Vulgate comme traduction du mot hébreu 
qîqdyôn, Jonas, iv, 6, 7, 9, 10, mais cette traduction n'est 
pas plus exacte que celle des Septante qui ont mis xoXo- 
xûv87], «courge. » Le qîqâyôn est le ricin. Voir COURGE 
et Ricin. E. Levesque. 

LIÈVRE (hébreu : 'arnébét, désignant le même animal 
que l'assyrien annabu et l'arabe 'arneb; Septante : 
SaoïjTtoui;; Vulgate : lepus), quadrupède de l'ordre des 
rongeurs et derla^fàmille des léporidés, comme le lapin. 
Les lièvres ont le museau arrondi, les yeux latéraux et 
saillants, la lèvre supérieure fendue et très mobile, les 
oreilles longues et molles, le poil long, rude, et ordi- 
nairement d'un gris roux. Timides et inoffensifs, ils 
sont avertis du danger par la subtilité de leur ouïe, et 
s'y soustraient grâce à la rapidité de leurs musculeùses 
et longues jambes. Us se nourrissent de végétaux; sont 
très féconds, ne terrent point comme le lapin, mais ne 
supportent pas la domesticité. Le lepus syriacus est 
commun dans le nord de la Palestine et dans les parties 
boisées ou cultivées du pays, notamment dans la plaine 



m 



LIÈVRE — LIGHTFOOT 



252 



d'Esdrelon. .Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, Paris, 1884, 
p. 185. Il est semblable à celui de nos pays, avec les 
oreilles plus courtes et la tête plus large. Le lepus Judseœ 
{dg. 74). fréquente les régions méridionales de la Ju- 




74. — Lepus syriacus. 

<lée et la vailée du Jourdain ; il abonde dans les lieux 
les plus arides. Il a la taille plus petite que le précédent, 
■de longues oreilles et le pelage fauve. On trouve des le- 
vrauts à toutes les époques de l'année, les deux espèces 
précédentes ayant quatre petits à chaque portée. D'au- 
tres espèces, peu différentes d'ailleurs, mais de moindre 
taille encore, se rencontrent accidentellement du côté de 
la frontière du sud-est, le lepus sinaiticus, qui est le lièvre 
d'Arabie, le lepus segyptiacus, commun en Egypte, et le 
lepus isabellinus, ainsi nommé à cause de sa couleur 
chamois. Cf. Tristram, The natural History of the Bible 
Londres, 1889, p. 99. Lortet, Là Syrie d'aujourd'hui, 
p. 413, 455, a constaté dans les environs de Jéricho la 
fréquence en nombre du lepus sinaiticus. Les Hébreux 
avaient connu dans la terre de Gessen le lièvre sinaïtique 
et le lièvre d'Egypte. Les monuments figurés les repré- 
sentent (fig. 75), et Je nome central de la. Moyenne- 




75. — Égyptien portant un lièvre et deux hérissons dans des 

cages. Beni-Hassan. XII' dynastie. 

D'après Lepsins, Denkmàler, Ahth. D, H. 120. 

Egypte s'appelait le « nome du lièvre ». Les Arabes 
estiment beaucoup la chair du lièvre. La loi mosaïque 
la défend aux Israélites, Lev., xi, 6; Deut., xrv, 7, sans 
doute parce que cette nourriture est lourde et facile- 
ment indigeste, surtout dans les pays chauds. Les Sy- 
riens d'aujourd'hui ne mangent pas la chair du lièvre, 
qui pourtant abonde autour d'eux; ils prétendent que 
cet aliment peut donner la fièvre. Cf. Vigouroux, Les 



Livres Saints et la critique rationaliste, 5» édit., Paris, 
1992, t. lv, p. 434. Pour permettre de distinguer le lièvre 
et de le ranger parmi les animaux impurs, le texte sacré 
dit qu'il rumine. Or, on sait que le lièvre ne peut prendre 
rang à aucun titre parmi les ruminants. De là une dit- 
flculté, soulevée déjà au sujet du daman, voir Chœro- 
gryllE, t. Il, col. 714, et qu'on ne se lasse pas de mettre 
en avant. Cf. L'encyclique et les catholiques anglais et 
américains, Paris, 1894, p. 36-37, traduction d'un ar- 
ticle de la Conteniporary Review, avril 1894. L'expres- 
sion hébraïque que la Vulgate rend par le mot rumi- 
nare est hë'élâh gêrâh, que les Septante traduisent par 
àvayeïv (t7)(>uxi<r[iiAv, « ramener en haut la rumination. » 
Buhl, Gesenius' Handwôrterbuch, Leipzig, 1899, p. 161, 
rattache gêrâh à la racine gârâh, dont le sens n'est dé- 
terminable que par celui des dérivés gârôn, « gosier, » 
et l'arabe gêrn, « gosier. » Le mot gêrâh a donc un 
sens analogue, très probablement le même que (l'jxx»)- 
pifffidç; il marque l'acte de ruminer, ou ce qui remonte 
dans le gosier. L'expression hébraïque signifierait donc 
« faire remonter ce qui est dans le gosier », ou, en un 
seul mot, c< ruminer. » On arrive au même sens en ac- 
ceptant l'étymologie de Gesenius, Thésaurus, p. 305, qui 
rattache gêrâh à la racine gârar, à laquelle il attribue 
le sens de « ruminer ». Il est donc certain que l'auteur 
sacré n'entend pas donner à hë'ëldh gêrâh le sens de 
« remuer les lèvres », mais celui de ruminer. Toute- 
fois, on ne pourrait prétendre raisonnablement que par 
« ruminer » il veuille signifier « avoir plusieurs esto- 
macs et en faire remonter la nourriture pour la remâ- 
cher». Il caractérise la rumination par une marque 
extérieure, facile à reconnaître, le mâchonnement per- 
pétuel, sans affirmer qu'il y a rumination réelle. Il parle 
d'après les apparences, comme le font si souvent, et à 
si bon droit, les écrivains inspirés. C'est ici un de ces 
cas où, suivant l'enseignement de l'Encyclique Providen- 
tissimus, cf. 1. 1, p. xxtx, l'auteur sacré décrit un phéno- 
mène naturel « en se servant du langage communément 
usité de son temps, langage dont les plus grands savants 
se servent encore de nos jours dans la vie ordinaire ». 
Il est curieux de rapprocher de cette observation de 
l'Encyclique la manière dont Linné parle du lièvre dans 
son Systema naturee, Lyon, 1789, t. i, p. 160-161 : Victi- 
tat ruminans raniulis fruticum et cortice arborum, 
« il se nourrit, en ruminant, de rejetons d'arbrisseaux et 
d'écorce d'arbres. » Cf. Rosenmùller, In Levit-, Leipzig, 
1798, p. 62. Le savant s'exprime ici comme le législateur 
antique ; on ne l'accusera pas, cependant, d'avoir pris 
le lièvre pour un ruminant. Moïse exige deux conditions 
pour que les animaux puissent servir de nourriture : 
qu'ils soient ruminants, et qu'ils aient aux pieds une 
corne fendue. Lev., xi, 2. Le daman et le lièvre, qui 
semblent ruminer, sont exclus parce qu'ils n'ont pas 
aux pieds des cornes fendues. Les quatre doigts que le 
lièvre porte à chaque patte ne forment point de corne, et 
sont enfermés dans une peau qui ne laisse distinguer 
que les quatre ongles. H. Lesêtre. 

1. LIGHTFOOT John, théologien protestant anglais, 
né le 29 mars 1602, à Stocke, dans le comté de Staf- 
ford, mort à Ely, le 6 décembre 1675. Après avoir suivi 
les leçons du docteur Whitehead, à Congletori, dans le 
comté de Chester, il entra en juin 1617 à Ghrist's col- 
lège, à Cambridge. Après avoir achevé ses études, il 
passa deux ans à Repton, dans le comté de Derby, en 
qualité d'assistant de son vieux maître Whitehead, qui 
tenait une école dans cette ville. Puis il entra dans l'état 
ecclésiastique et fut nommé pasteur à Norton-in-Hales, 
dans le comté de Shrop, où il lit la connaissance de 
Rowland Cotton, dont il devint le chapelain, et "qui lui 
facilita l'étude des langues orientales, en particulier de 
l'hébreu. Il ne tarda pas à accompagner son protecteur 
à Londres, puis il fut, bientôt après, nommé ministre à 



253 



LIGHTFOOT — LILITH 



254 



Stone, dans le comté de Stafford, où il resta deux ans. 
En 1628, il alla habiter Hornsey, dans le Middlesex, où 
il espérait trouïer des ressources précieuses pour ses 
travaux; c'est en effet dans ce lieu qu'il commença à 
écrire. En septembre 1630, il fut nommé recteur à 
Ashley, dans le comté de Stafford, où il continua ses 
éludes avec ardeur. En 1643, il devint recteur de l'église 
Saint-Barthélémy de Londres; en 1644, recteur deGreat 
Munden, dans le comté de Hertford; en 1650, recteur 
du collège de Sainte-Catherine de Cambridge, et, 
en 1654, vice-chancelier de cette université. Créé cha- 
noine à Ely le 22 janvier 1667, il mourut dans cette ville. 
— Lightfoot prit souvent part aux discussions religieuses 
de son temps, soit dans l'assemblée de Westminster, soit 
ailleurs : ses principes sont ceux de l'Église anglicane; 
du reste on reconnaît généralement qu'il a beaucoup 
plus les qualités d'un érudit que celles d'un théologien. 
Ses principaux ouvrages sont : Horee hebraicm et tal- 
■mudicx, impensx in chorographiam aliquam terres 
israeliticse, in quatuor Evangelistas, in Acta Apostolo- 
rum, in quwdam capita Epistolm ad Romanos, in 
Epistolam primant ad Corinthios, 3 in-4°, Cambridge, 
1658 et 1679. C'est la traduction latine d'un livre qui 
avait paru d'abord en anglais (2 in-4°, Londres, 1644 
et 1650). L'auteur, qui, selon Gibbon, « était devenu 
presque un rabbin lui-même à force de lire les rabbins, » 
a une grande tendance à expliquer le Nouveau Testa- 
ment par les écrits rabbiniques et talmudiques. — Har- 
tnony of the four Evangelists among themselves and 
with the Old Testament, with an Explanation of the 
chiefest difflculties both in language and sensé, in-4°, 
Londres, 1644-1650. — Harmony, Chronicle and Order 
of the Old Testament, Londres, 1647. — Harmony, 
Chronicle and Order of the New Testament, Londres, 
1655. — A feiv and neu> Observations upon the Book of 
Genesis, the most of them certain, the rest probable, 
ail harmless, strange and rarely heard of before, Lon- 
dres, 1642. — A Handfull of Gleanings out of the Book 
of Exodus, in-4«, Londres, 1643; traduit plus tard en 
latin. — A Commentary upon the Acts of the Apostles, 
c. i-xii, in-4°, Londres, 1645. — Description of the 
Temple service as it stood in the days of our Saviour, 
in-4°, Londres, 1649. — On the canon of Scripture, 
1652. — Collatio Pentateuchi hebraici cum samaratico, 
Londres, 1660. — Rules for a Student of the Holy Scrip- 
ture, 1700. — On a imprimé plusieurs fois ses œuvres 
complètes, sous le titre de Lightfootii Opéra omnia; ses 
ouvrages anglais y sont traduits en latin, 2 in-f°, Rotter- 
dam, 1686 ; meilleure édition due à Jean Leusden, 3 in-f», 
Utrecht, 1699. Une édition anglaise a été donnée par 
George Bright, The Works of J. Lightfoot, 2 in-f», Lon- 
dres, 1684 ; elle est précédée d'une vie de l'auteur par 
J. Strype. Une nouvelle édition, supérieure à toutes les 
précédentes et plus complète, a été éditée par J. R. Pit- 
man, avec une vie de l'auteur, 13 in-8», Londres, 1822- 
1825. Voir aussi D. M. Welton, John Lightfoot, The 
English Hebraist, in-8», Londres, 1878. 

A. Régnier. 
2. LIGHTFOOT Joseph Barber, exégète anglican, né 
à Liverpool le 13 avril 1828, mort à Bournemouth le 
21 décembre 1889. Il fit ses études à Cambridge, devint 
professeur de théologie en 1861, dans cette université, 
puis, en 1871, chanoine de la cathédrale de Saint-Paul; 
de nouveau professeur de théologie à Cambridge, en 
1875 et enfin évêque de Durham en 1879. On lui doit 
des travaux importants sur les Pères apostoliques et les 
commentaires suivants : St. Paul's Epistle tlie to Gala- 
tians, in-8», Londres, 1865; 7« édit., 1881; St. Paul's 
Epistle to the Philippians, in-8», Londres, 1868; 4 e édit., 
1878; St. Paul's Epistles to the Colossians and to Phi- 
lemon, in-8», Londres, 1875; 6 e édit., 1882. Ces com- 
mentaires sont suivis de dissertations savantes sur 
divers sujets scripturaires. — Voir F. J. A. Hort, dans le 



Dictionary of National Biography, t. XXXI", 1893, 
p. 232-240. 

LIGURE (hébreu : lésera; Septante : Xiyûpiov; Vul- 
gate : ligurius, Exod., xxvm, 19; xxxix,12), pierre pré- 
cieuse du rational. 

I. Description. — Les minéralogistes ne sont pas 
d'accord pour identifier le ligure des anciens, XrpJpiov 
ou Xiyxûptov. Pour les uns ce serait la tourmaline mo- 
derne ; pour d'autres, en plus grand nombre et avec plus 
de raison, ce serait la pierre hyacinthe. Ce qui faisait 
hésiter à admettre ce dernier sentiment, c'est que Théc- 
phraste, rcepi ).i8wv, parlant des propriétés du ligure, dit 
qu'il attire à lui les parcelles de bois et de fer : or, sem- 
blait-il, l'hyacinthe n'avait pas cette propriété. Mais on 
a reconnu qu'elle l'acquérait, une fois frottée. Théo- 
phraste et Pline décrivent le ligure comme une pierre 
semblable à l'escarboucle et d'un éclat luisant comme 
du feu : il y a des hyacinthes qui ont celte couleur et 
cet éclat, en particulier celle qu'on appelle l'hyacinthe 
la belle. Voir Hyacinthe, t. ri, col. 787. 

II. Exégèse.— La pierre lésém n'apparaît que deux fois 
dans la Bible hébraïque, Exod., xxvm, 19 et xxxix, 12: 
c'est dans l'énumération des pierres du rational, la pre- 
mière pierre du troisième rang. Les Septante et Josèphe, 
Bell, jud, V, v, 7, traduisent ce mot parXepipiov, ce que 
la Vulgate transcrit par ligurius. Or saint Épiphane, 
De duodecim gemmis, vu, t. xlui, col. 300, identifie 
cette pierre ligure avec la pierre hyacinthe. La compa- 
raison avec les 12 pierres de l'Apocalypse, xxi, 19-20, 
confirme cette vue. On admet communément que les 
douze pierres de la Jérusalem céleste rappellent les douze 
pierres du rational : or, en comparant les deux listes, la 
pierre qui répond au l£sém, ligure, c'est l'hyacinthe. Voir 
Braun, Vestitus sacerdotum Hebrseorum, in-8°, Leyde, 
1680, 1. II, p. 694-703. Dans l'énumération d'Ezé- 
chiel, xxvm, 13, manifestement empruntée à la des- 
cription du rational dans l'Exode, le texte hébreu ne 
donne que neuf pierres : mais les Septante en ajoutent 
trois, conformément à l'Exode, et parmi elles le ligure. 

E. Levesqde. 

LILIENTHAL Michel, littérateur protestant, né à 
Liebstàdt le 8 septembre 16.86, mort à Kœnigsberg le 
23 janvier 1750. Il fit ses études à Kœnigsberg et à Iéna 
et fut professeur à Rostock et à Kœnigsberg. En 1714, il 
fut nommé sous-bibliothécaire de cette dernière ville, 
où il exerça ensuite les fonctions de diacre. En 1711, il 
avait été élu membre de l'Académie de Berlin et en 1733 
de celle de Saint-Pétersbourg. Parmi ses nombreux ou- 
vrages, nous devons mentionner Biblisch-exegelische 
Bibliothek, 3 in-8°, Kœnigsberg, 1740-1744 ; Biblischer 
Archivafius der heiligen Schrift, 2 in-4», Kœnigsberg, 
1745-1746 ; les commentateurs de la Bible sont classés 
d'après les passages à interpréter. Il publia en outre une 
dissertation De vocatis ab Adamo animalibus, dans les 
Selecta historica et litteraria, 2 in-8», Kœnigsberg, \ 711- 
1719. — Voir Lilienthal, Autobiographie, publiée dans 
le t. m des Acta Borussica, in-8°, Kœnigsberg, 1732; 
Walch, Bibliotheca theologica, t. i, p. 83, 121. 

B. Heurtebize. 

LILITH (hébreu : lîlî(), mot qui ne se lit qu'une 
seule fois dans la Bible hébraïque, pour désigner un 
oiseau nocturnç, très probablement le chat-huant. Voir 
Chat-huànt, t. il, col. 627. En le traduisant par Xâ[j.ia, 
Uxmia, Is., xxxiv, 14, les Septante et saint Jérôme sem- 
blent se conformer à une croyance populaire : le peuple, 
ignorant le sens primitif du mot lîlif, le prenait pour 
le nom d'une espèce de monstre nocturne. Les rabbins 
firent plus tard de Lilith une première épouse infidèle 
d'Adam, devenue la première des quatre femmes du 
diable et la persécutrice des nouveau-nés. Lilith en effet 
détestait la descendance d'Eve, qui l'avait remplacée au- 
près d'Adam. La croyance à son pouvoir néfaste devint 



255 



LILITH — LIMBES 



256 



si enracinée chez les Juifs superstitieux, que, quand 
une femme allait accoucher, le père de famille ou quel- 
que autre personnage connu pour sa piété attachait à la 
porte de la maison, aux murailles, au lit, des écriteaux 
avec ces mots : « Adam, Eve, dehors Lilith. » On ajou- 
tait parfois le nom de trois anges, Senoï, Sansenoï, San- 
manglof, qui, chargés de noyer Lilith dans la mer Rouge, 
l'avaient épargnée à condition qu'elle ne fit aucun mal 
aux enfants, là où elle verrait leurs noms écrits. La 
nuit qui précédait la circoncision de l'enfant, on écar- 
tait Lilith par des lectures pieuses. Cf. lien, Antiqui- 
tates hebraicse, Brème, 1741, p. 512; Drach, De l'har- 
monie entre l'Église et la synagogue, Paris, 1844, t. Il, 
p. 319-325. Voir Lamie, col- 53. 

H. Lesêtré. 
LIMAÇON, mollusque gastéropode de l'ordre des 
pulmonés, pourvu d'une coquille qui se déroule réguliè- 
rement jusqu'à une assez large ouverture, par laquelle 
l'animal sort la plus grande partie de son corps. Le 
type de la famille des limaçons ou hélicidées est Y hélix 
pomatia, escargot commun ou colimaçon qui se trouve 
dans tous les pays (flg. 76). Au même ordre des pulmo- 




76. — Hélix ïiomatia. 

V, 
nés, mais à la famille des limacidées, appartient la li- 
mace, qui diffère du limaçon surtout par l'absence de 
coquille. Ces deux sortes de mollusques sont hibernants; 
ils passent la mauvaise saison engourdis l'un dans sa 
coquille, et l'autre dans la terre. Tous deux, en rampant, 
laissent sur leur passage une trace brillante formée par 
une humeur visqueuse que leur peau dégage abondam- 
ment. Au Psaume lviii (lvii), 9, il est dit des impies : 
« Qu'ils aillent en se fondant, comme le Sablûl. » Ce mot 
ne se lit que dans ce passage. Les Septante et la Vulgate 
l'ont traduit par x-^poç, cera, « cire, » sens suggéré par 
le mot fe'més, « fusion, dissolution. » Mais la cire est 
déjà connue sous le nom de dônag. Voir Cire, t. n, 
col. 780. Pour les anciens Juifs, le sablûl est un mol- 
lusque. Le Targum traduit ce mot par zehïl tiblàlàh, 
« ver de limace, » et saint Jérôme par verniis tabefactus. 
Il est dit dans le Schabbath, 11 b, que Dieu a créé le 
sablûl pour panser les tumeurs, ce qui convient aux 
limaces et aux limaçons. Ce sont ces mollusques que l'on 
croit généralement aujourd'hui désignés par le mot 
sablûl. Tous deux, en effet, par la trace qu'ils laissent 
derrière eux, semblent bien se fondre et user leur sub- 
stance. Il n'y aurait là, d'ailleurs, qu'une manière de 
parler populaire, car le mollusque ne perd rien de sa 
substance en rampant; il ne fait que dégager une 
humeur que sécrètent ses muqueuses, et qui facilite 
son glissement sur les objets plus ou moins rugueux. 
Frz. Delitzsch, Die Psalmen, Leipzig, 1873, t. i, p. 421, 
pense qu'il s'agit, dans le Psaume, de la limace, et non 
de l'hélice ou escargot, actuellement appelé halezôn en 
Palestine. Tristram, The natural History of ihe Bible, 
Londres, 1889, p. 295, tout en admettant l'explication 
populaire qui suppose une consomption du mollusque 
à mesure qu'il rampe, en apporte une autre qui tient 
davantage compte de la réalité. Les limaçons de Pales- 
tine n'hivernent pas comme les nôtres pendant la sai- 



son froide; c'est, au contraire, durant la saison sèche 
qu'ils dorment' retirés dans leur coquille. Beaucoup 
d'entre eux peuvent ainsi rester longtemps sans humi- 
dité extérieure. Pour prévenir l'évaporation de celle 
qu'ils possèdent, ils s'abritent alors sous les pierres, 
sous les mousses, ou même dans la terre. Les fissures 
des rochers en sont remplies. Les limaçons du désert, 
qui souvent ne trouvent pas d'écrans contre les rayons 
du soleil, sont pourvus de coquilles très épaisses qui 
les protègent lorsqu'ils se collent aux branches des ar- 
brisseaux. Il arrive cependant très fréquemment que la 
chaleur dessèche les limaçons, malgré tous les soins 
qu'ils ont pris pour s'abriter. Quand la sécheresse a été 
longue et continue, ou quand les rayons du soleil ont 
pénétré dans leurs abris, les myriades de coquilles que 
l'on trouve adhérentes aux rochers sont à peu près vides ; 
le mollusque qu'elles contenaient a été desséché, con- 
sumé, « fondu, » comme s'exprime le Psalmiste qui, 
peut-être, fait allusion à ce fait si fréquent. On signale 
en Palestine plus de cent quarante espèces de mollusques 
aquatiques ou terrestres. Ils appartiennent aux genres 
hélix, bulimus,pupa, clausilia et cyclostoma. Par contre, 
les limaces, que ne protège aucune coquille, sont très 
rares, à cause de la sécheresse du climat. Il est donc tout 
à fait probable que le Psalmiste a eu en vue le limaçon. 

H. Lesêtre. 
LIMBES, séjour des âmes qui, n'ayant pas mérité 
l'enfer proprement dit, ne pouvaient, avant la rédemp- 
tion, entrer dans le ciel. — L'existence de ce séjour, 
ou de cet état particulier des âmes justes, se déduit 
logiquement et théologiquement des trois vérités sui- 
vantes : 1" les âmes qui ont quitté ce monde dans la grâce 
de Dieu ne peuvent être envoyées en enfer, séjour des 
damnés morts par leur faute dans l'inimitié de Dieu; 
2° les expiations à subir par les âmes justes qui ont em- 
porté avec elles des fautes légères ou les dettes résultant 
de fautes graves pardonnées, ne peuvent être que des 
expiations temporaires; 3° les âmes qui n'étaient pas 
en enfer ou qui étaient sorties du purgatoire avant la 
mort de Notre-Seigneur se trouvaient dans une condi- 
tion spéciale comportant pour elles un état et un séjour 
particuliers. — Ce séjour a reçu, dans la tradition catho- 
lique, le nom de « limbes », du latin Urubus, qui 
signifie « bordure, zone », parce que les limbes cons- 
tituaient comme une bordure de l'enfer, une zone entre 
l'enfer que ces âmes ne méritaient pas, et le ciel qui 
demeurait inaccessible pour elles avant l'entrée triom- 
phale de Jésus-Christ, au jour de son ascension. Les 
limbes sont mentionnées dans la Sainte Écriture sous 
des noms divers : le sein d'Abraham, voir t. i, col. 83; 
les enfers, voir Enfer, t. n, col. 1792; l'Hadès, voir 
t. m, col. 394; le paradis, voir Paradis; le se'ôl, voir 
Scheôl. C'est surtout dans le Nouveau Testament qu'il 
est fait allusion à ce séjour. Là, les justes seront au 
festin avec Abraham, Matth., vm, 11; Luc, xm, 29; 
xiv, 15; xxn, 30; le pauvre Lazare y aura sa place, 
Luc, xvi, 22-26; les vierges sages y serontreçues, Matth., 
xxv, 10; le bon larron y entrera aussitôt après sa mort. 
Luc, xxiii, 43. Saint Paul dit que le Sauveur « est des- 
cendu dans les régions inférieures de la terre », Eph. r 
iv, 9, [ce que saint Irénée, Cont. hxr., rv, 27, 1, t. vu, 
col. 1058; Tertullien, De anim., 55, t. n, col. 742, etc., 
entendent de la visite qu'il fit après sa mort aux âmes 
justes qui étaient dans les limbes. Cf. Petau, De incarn. 
Verbi, XIII, xvi-xvm. Saint Pierre, dans sa première 
Épitre, m, 18-20, est encore plus explicite. Il dit que le 
Christ, après avoir été mis à mort dans sa chair, alla 
prêcher, èxrip'jSev, aux esprits qui étaient en prison et 
qui autrefois, aux jours de Noé, s'étaient montrés incré- 
dules. Ces esprits en prison ne sont pas ceux de l'enfer, 
auxquels toute prédication serait inutile, mais ceux des 
limbes, parmi lesquels se trouvaient des âmes dans les- 
quelles le châtiment du déluge avait produit un repen- 



257 



LIMBES — LIN 



258 



tir salutaire. L'Évangile apocryphe de Pierre, 41-42', 
fait allusion à cette prédication du Christ aux limbes : 
« Ils entendirent des cieux une vois qui disait : As-tu 
prêché à ceux qui dorment? èxvîpuÇa; tosî xot[«t>fiivoiç; 
et une réponse fut entendue de la croix : Oui. » Cf. 
L'Évangile de Pierre, dans la Revue biblique, 1894, 
p. 529, 557. Saint Augustin, Ep. clxiii, ad Êvod., 21, 
t. xxxiii, col. 717, pense que la prédication aux esprits en 
prison, dont parle saint Pierre, est celle qui s'a'dresse aux 
infidèles. Cette explication n'est conforme ni au texte 
même ni à l'avis des autres Pères. Enfin, saint Jérôme, 
In Matth., xi, 3, t. xxvi, col. 70, et saint Grégoire le 
Grand, Hom. in Ezech., i, 5, et Hotn. in Evang., VI, 1, 
t. lxxvi, col. 788, 1096, émettent l'idée que quand saint 
Jean-Baptiste envoie demander à Jésus s'il est le Christ, 
Matth., xi, 3; Luc, vu, 19, c'est pour savoir s'il doit an- 
noncer sa venue aux âmes qu'il va bientôt rejoindre dans 
les limbes. Cette idée ne sort pas naturellement du texte. 
Saint Cyrille de Jérusalem, Catech., iv, 11, t. xxxin, 
col. 470, dit plus justement que le Christ est allé aux en- 
fers pour annoncer la délivrance aux prophètes et parti- 
culièrement à celui qui avait dit : « Êtes-vous celui qui 
doit venir ou devons-nous en attendre un autre? » — On 
assigne encore les limbes comme séjour aux âmes des 
enfants morts sans baptême. La Sainte Écriture ne fait au- 
cune allusion directe au sort de ces âmes ni à leur séjour. 

H. Lesétre. 
LIMBORCH (Philippe van), théologien protestant 
hollandais, de la secte des arminiens ou remontrants, 
né à Amsterdam, le 19 juin 1633, mort dans cette ville le 
30 avril 1712. Après avoir fait ses études au collège des 
Remontrants, puis à Utrecht, où il suivit les leçons de 
Voët, l'adversaire de Descartes, il fut choisi, en 1657, 
pour être ministre de ses coreligionnaires à Goude, puis, 
en 1667, à Amsterdam. L'année suivante, il fut nommé à 
la chaire de théologie de cette ville, où il professa avec 
un très grand succès jusqu'à la fin de sa vie. Outre 
l'édition presque complète des œuvres de son grand- 
oncle Episcopius, on lui doit plusieurs écrits théolo- 
giques, parmi lesquels : Commenlarius in Acta Apo- 
stolorum et in Epistolas ad Romanos et ad Hebrxos, 
in-f°, Rotterdam, 1711. — Il a paru de cet ouvrage 
une traduction hollandaise, imprimée à Rotterdam, 
en 1715, in-4°. — L'oraison funèbre de Ph. de Limborch 
a été faite par Jean Leclerc. A. Régnier. 

LIME, outil de métal, dont les faces sont des stries ou 
des dents aiguës, pour user et polir le bois, la pierre ou 
des métaux moins durs. Il n'est pas fait mention de la 
lime en hébreu. Mais dans un texte d'Isaïe, xliv, 12, où 
il est dit que le forgeron fait une hache, ma'âsâd, les 
Septante traduisent par <iî$uvs, « il a aiguisé, » et la 
Vulgate par lima operatus est, « il a travaillé à la lime. » 
Il est possible qu'au lieu de tsyn, le traducteur ait lu 

un mot comme ansa, mushâb, « poli, * il a rendu poli, 

t :\ 

Dans un autre passage où Ézéchiel, xxi, 9, 10, 11, 15, 
28, représente l'épée sortant du fourreau, mit-ta'erâh, 
les Septante traduisent par (h>|i<&6r|xi, « menace, » 
irrite-toi, et la Vulgate par limatus, « limé, » poli, ce qui 
suppose, au lieu de (a'erdh, le mot (a'ar, <s tranchant » 
de l'épée. — La lime, mentionnée souvent par les auteurs 
classiques, Phèdre, IV, 7; Plaute, Menech., i, 1, 6; Pline, 
H. N., xxviii, 9, 41 ; etc., ne devait pas être inconnue 
des Hébreux. Ils polissaient et aiguisaient les outils au 
marteau, I Reg., xm, 20; Ps. vu, 13; Is., xli, 7, mais 
employaient aussi d'autres procédés pour le polissage 
des métaux, et parfois probablement se servaient de la 
lime. Cf. II Par., iv, 16; I Esd., vm, 27; Jer., xlvi, 4; 
Ezech., xxi, 14; Dan., x, 6 (hébreu). 

H. Lesétre. 
1. LIN (Âîvo;; Vulgate : Linus), chrétien de Rome 
dont saint Paul envoie les salutations à Timothée. 

DICT. DE LA BIBLE. 



II Tim., iv, 21. Il est simplement nommé par l'apôtre 
mais les anciens auteurs ecclésiastiques nous appren- 
nent qu'il tut le successeur de saint Pierre sur le siège 
pontifical. On peut conclure de la mention que fait de 
lui saint Paul que Lin était à Rome à l'époque de la 
rédaction de cette Épltre, puisqu'elle fut écrite dans 
cette ville. Eubule et Pudens étant nommés avant Lin, 
il en résulte que ce disciple n'occupait pas encore à cette 
époque une situation éminente dans l'Église. Saint Iré- 
née, III, m, 9, t. vu, col. 849, nous fait connaître dans 
le passage suivant à quelle haute destinée il était ré- 
servé : 0£U.s).i<à<ravT£; oùv xal oExo8o|nfi<ravTeç oî [laxâ- 
pcoi 'AttôstoXoi ttjv 'Exxiniffiav Aivw xr]V ttjç èiri<rxo5T7is 
XsttoupYfav ève^et'pt<rav. Toutou xoô Aêvov IlaOXoç èv xaîc 
Ttpoç Ti[i<S8eov éjtKrroXaîç (ié[ivY)Tai. AtaSé^exai Sï aùxôv 
'AvéyxXijxot, [texà toOtov SI xpîxw xô"7ra àrcô tûv 'Aiuoit- 
t<SX<i>v x»)v êiuKTxoTTTiv xX>ipoOxat KX^firiç. Saint Lin fut 
donc, d'après le témoignage de saint Irénée, le succes- 
seur immédiat de saint Pierre. Eusèbe, H. E.,\, 6, t. xx, 
col. 445, a reproduit ce passage, et il répète, en plu- 
sieurs autres endroits de son Histoire, que saint Lin fut 
le successeur de saint Pierre, H. E., m, 2, 4, col. 246, 
220-221; au chapitre 13, col. 248, il ajoute que ce pon- 
tile gouverna l'Eglise de Rome pendant douze ans, jus- 
qu'à la seconde année du règne de Titus (53^57). Lin 
est aussi nommé comme le second évêque de Rome par 
saint Jérôme, De vir. M., 15, t. xxm, col. 631; saint 
Augustin, Epist. lit, ad Generos., 2, t. xxxm, col. 196; 
saint Épiphane, Rser. xxvn, 6, t. xli, col. 372 (cf. la 
note ibid.); Théodoret de Cyr, In II Tim., iv, 21, 
t. lxxxii, col. 856. D'après les Constitutions apostoli- 
ques, vu, 46, Patr. gr., t. i, col. 1052, Lin, « fils de 
Claudia, » aurait été ordonné par saint Paul premier 
(repâxoç) évêque de Rome, mais ce témoignage est sans 
valeur. Voir la note ibid. Cf. ibid.'j Rufin, Prsef. in Reco- 
gnit., col. 1207 et la note). 

D'après le Bréviaire romain (lect. iv, 23 septembris), 
saint Lin était né à Volterra, en Étrurie. Il mourut mar- 
tyr après un pontificat de onze ans, deux mois et 
vingt-trois jours, et fut enterré au Vatican, près du 
tombeau de saint Pierre. D'après le Pseudo-Hippo- 
lyte, De lxx Apostolis, 39, t. x, col. 956, et le Pseudo- 
Dorothée, Chronic. Pasch., n° iv, t. xcxii, col. 521, 
Lin aurait été un des soixante-dix disciples du Seigneur. 
Mais son origine latine rend cette supposition peu croya- 
ble; son nom n'est probablement entré dans ces listes 
que parce qu'on le lisait dans une des Êpîtres de saint 
Paul. — Voir Acta sanctorum, 23 septembre, t. vi, 
1757, p. 539-545; L. Duchesne, Liber Pontificalis, 2 in-f», 
Paris, 1886-1892, t. i, p. 52, 121. 

2. LIN (hébreu : pêSéfetpi${âh; Septante :X(vov; Vul- 
gate : linum), plante dont les filaments servent à fabri- 
quer une toile fine, appelée également lin. 

I. Description. — Herbe cultivée de temps immémo- 
rial pour les fibres textiles que fournit sa tige, le Linum 
usitatissimum de Linné (fig. 77), n'existe plus aujour- 
d'hui nulle part à l'état spontané. Il est probable même 
que son origine doit être cherchée dans une des nom- 
breuses espèces du genre, modifiée profondément dans 
ses caractères par une culture prolongée. Cet ancêtre 
du lin serait % Linum angustifolium Hudson (fig. 78), 
qui possède comme lui une tige couverte de nombreuses 
feuilles linéaires et terminée par un petit groupe de 
fleurs à 5 pétales bleus auxquelles succèdent des cap- 
sules septicides à 5 loges. Mais la plante sauvage diffère de 
celle de nos cultures par sa tige plus grêle, plus rami- 
fiée, pouvant vivre plusieurs années et fleurir plusieurs 
fois. Elle est aussi plus réduite dans toutes ses parties, 
fleurs, fruits et graines, ses pétales sont entiers, etc. 
Mais ces différences en apparence tranchées s'effacent 
si l'on compare les formes de passage qui leur servent 
de trait d'union. La variété cultivée sous le nom de 

IV. -9 



259 



LIN 



2G0 



Lin d'hiver a déjà sa tige bisannuelle ; d'autre part, la 
forme distinguée par Jordan, sous le nom de Linum 
ambiguum, qui croît en touffes sur les coteaux arides 
du midi, bien qu'annuelle comme la plante cultivée, 




•77. — Linum 
usitatissimum. 



78. — Linum 
anRUslifolium. 



ressemble au type sauvage ordinaire par ses faibles di- 
mensions, ses fleurS'pâles à pétales non denticulés. Aux 
mêmes caractères correspond encore un lin subspontané 
dans les cultures de l'Egypte et de la Syrie que Miller 
avait jadis décrit sous le nom de Linum humile. 

F. Hy. 

II. Exégèse. — 1° Plante. — Il ne fait de doute pour 
personne que le nom du lin en hébreu ne soit pêiéf, 
pistâh. Les Septante rendent ce mot parXivovet la Vul- 
gate par linum. Saint Matthieu, xn, 20, citant un passage 
d'Isaïe, xlii, 3, où ce mot se rencontre, le traduit par 
Xtvov, linum. Le nom hébreu a deux formes, une mas- 
culine plus employée, pêSét, et une forme féminine, 
pistâh. Ce mot se rencontre dans Exod,, IX, 31, pour 
désigner la plante poussant dans les champs ; dans Jos., Il, 
6, pour exprimer les tiges coupées et réunies en bottes, 
ou gerbes, pisfê hâ'ês (Septante : XivoxâXa|jw]; Vulgate : 
stipula Uni); dans Prov., xxxi, 13; Is., xix, 9; Ose., u, 
5, 9 (hébreu, 7, 11), pour les filaments ou fibres déta- 
chées de là tige; dans Jud., xv, 14, et Ezech., xl, 3, 
pour la corde en fil de lin; dans Is., xlii, 3, et Matth., 
xn, 26, pour la mèche faite de ces fils ou de la filasse. 
L'étoupe de lin se nomme ne'ôi-êp. Jud., xvi, 9; Is., 
1,31. 

Le premier endroit où la Sainte Écriture mentionne 
le lin nous marque sa présence en Egypte. Exod., ix, 31. 
Dans la plaie de la grêle, le Un fut frappé par le fléau 
quand il était en fleur, ou selon d'autres en bouton. 
Dans sa prophétie contre l'Egypte, Isaïe, xix, 9, nous mon- 
tre « ceux qui travaillent le lin peigné dans la conster- 
nation ». Le lin était connu en Egypte depuis la plus haute 
antiquité : c'était un des principaux produits de ce pays. 
On le cultivait et le travaillait un peu partout, mais sur- 
tout dans la Basse Egypte. Pline, H. N., xix, 2, signale 
quatre espèces plus célèbres, le lin de Tanis,. celui de 
Péluse et celui de Bouto, tous les trois dans le Delta, . 
et celui de Tentyris dans la Haute Egypte. D'après Héro- 
dote, ii, 37, 81, 86, 105, on en consommait d'énormes 



quantités pour l'usage des vivants et pour les bandelettes 
des morts. On a reconnu en étudiant au microscope ces 
bandelettes que la plupart étaient en lin, un petit nom- 
bre seulement en coton. Les capsules de lin trouvées 
dans les tombeaux ont permis de reconnaître que l'es- 
pèce cultivée par les anciens Égyptiens était surtout le 
Linum humile : c'est encore celle qu'on cultive dans la 
vallée du Nil. V. Loret, La flore pharaonique, 2 e édit., 
Paris, 1892, p. 106. La mention du lin revient fréquem- 
ment dans les inscriptions funéraires soit sous la forme 

archaïque \ J^ " = ~ l II > hémâ, soit sous la forme plus 

récente et plus fréquente, _ ■ jj ■*""». | t )t mdhi, con- 
servée en copte, -«£.,£1. Dès la fin de la troisième dy- 
nastie, nous voyons Amten préposé comme « directeur 
de tout le lin du roi » pour le nome Xoïte. Lepsius, 
Denkrn., n, pi. 5; G. Maspero, Études égyptiennes, 
t. n, fasc. 2, 1890, p. 160-161. Les peintures des tom- 
beaux nous font souvent assister aux diverses opérations 
de la récolte et de la préparation du lin. Ici des ou- 
vriers, selon la façon actuelle, arrachent les tiges à poi- 
gnées sans les couper comme les céréales, et les lient en 
bottes (fig. 79). Rosellini, Monumenti delV Egitto, t. i, 
p. 133 et t. n, pi. 35, 36; Mariette, Les Mastabas, p. 337; 
Lepsius, Denkm., n, pi. 106-107. A côté, d'autres ou- 
vriers tenant une botte ou petite gerbe de lin de la main 
droite, en frappent la main gauche pour faire tomber 
les graines. Lepsius, ibid. ; G. Maspero, Etudes égyp- 
tiennes, t. il, fasc. 1, 1888, p. 85, 86. Les peintures de 
Beni-Hassan nous mettent sous les yeux les opérations 
du rouissage du lin qu'on fait ensuite sécher, du teil- 
lage et du peignage, Is., xix, 19; du filage et du 
tissage (fig. 80). Lepsius, Denkm., t. n, pi. 126; Rosel- 
lini, t. n, pi. 35, 41, 42; Wilkinson, t. m, p. 138, 
140; A. Erman, Life in ancient Egypt, traduct. 
Tirard, in-8», Londres, 1894, p. 448; Fr. Wœnig, Die 
Pflanzen im alten Aegypten, in-8", Leipzig, 1886, 
p. 184-186. 

La Palestine connaissait le lin avant la conquête des 
Hébreux. Jos., n, 6. Il est probable du reste que ce pays 
le cultiva avant l'Egypte : car selon Alph. de Candolle, 
Origine des plantes cultivées, in-8°, Paris, 1886, p. 102, 
les Égyptiens auraient reçu leur lin d'Asie. On sait que 
son usage en Chaldée se perd dans la nuit des temps : 
le lin a été retrouvé dans un tombeau de l'ancienne 
Chaldée, remontant à une époque très reculée. De Can- 
dolle, ibid. Quoi qu'il en soit de son antiquité, c'était un 
des plus importants produits de la Palestine. Ose., n, 5, 9 
(hébreu, 7, 11). D'après le Talmud, Kethouboth, v, 9, c'est 
en Galilée que le lin était le plus abondant. On trouve 
actuellement en Palestine diverses espèces de lin : 
à côté du Linum usitatissimum et de l'angustifoliimi, 
les espèces ou variétés, Linum humile, Linum orien- 
tale (fig. 81), Linnni spicatum (fig. 82), etc. Les Hébreux, 
qui avaient vu la culture et la préparation du lin chez 
les Égyptiens, leur ont sans doute emprunté leurs procé- 
dés, connus peut-être déjà du reste par les Chananéens. 
Cependant, l'eau étantplus rare en Palestine, ils pouvaient 
ne pas employer le rouissage et se contenter de faire 
sécher les chénevottes au soleil. Il y est fait allusion 
dans Jos., n, 6; Rahab cache les espions juifs sous des 
tiges de lin étendues sur le toit plat de son habitation : 
elle était alors occupée, explique Josèphe, Ant. jud., V, 
I, 2, à sécher des bottes de lin sur le toit de sa maison. 
On fait mention du filage du lin dans Prov., xxxi, 13, 
19; il y est dit de la femme laborieuse : 

Elle se procure la laine et le lin 
Et travaille de sa main joyeuse... 
Elle met la main à la quenouille 
Et ses doigts prennent le fuseau. 

Le Talmud parle fréquemment de l'ensemencement, 



■261 



LIN 



262 



.de la récolte et de la préparation du lin : Tr. Chilaim, 
ix, i; Peah, \i, 5; Baba bathra il, 40; Baba kama, 
X, 9, Therumoth, IX, 1, etc. 

Avec le fil de lin on fabriquait des cordes pour atta- 
cher, Jud., xv, 4, ou des cordeaux pour mesurer les 



général de ce tissu, Lev., xm, 47, 48, 52, 59 : il s'agit en 
ces passages de vêtements de lin, et du fil de lin destiné 
à la chaîne ou à la trame. Tandis que les Orientaux sont 
ordinairement vêtus de laine, les prêtres dans le service 
du temple doivent porter des habits de lin ; tunique, cale- 




79. — Egyptiens récoltant le lin. Sauiet el-Meitin. XII" dynastie. 
D'après Lepsius, Denkmâler, Abth. h, Bl. 106-107. 



grandes longueurs, Ezech., XL, 3; de la partie la plus 
grossière de la filasse on faisait des mèches : les enne- 
mis d'Israël devant Jéhovah sont comparés à une 
mèche de lin qui s'éteint, Is., xliii, 17; la douceur 
du Messie est représentée par ce trait qu'il n'éteindra 



çons, mitre; Ezech., xliv, 17, 18; ceinture. Jer., xm, 1. 
Il est défendu de faire des tissus de deux espèces de 
fils, de laine et de lin mélangés. Lev., xix, 19; Deut., 
xxii, 11. Outre cette appellation générale, les étoffes de 
lin portaient, suivant leur couleur ou leur qualité, diffé- 




'K&Wttiiï 




11 



$m&h P 
0=^ 



c=0 



80. — Égyptiennes filant et tissant du lin. Beni-Hassan. XII' dynastie. 
D'après Lepsius, Denkmâler, Abth. n, Bl, 126. 



pas la mèche qui fume encore. Is., xm, 3; Matth., xn, 
20. Le principal usage de lin c'est de servir à la fabri- 
cation de la toile et d'étoffes diverses. Celsius, Hierobo- 
tanicon, in-8», Amsterdam, 1748, t. il, p. 283-312; I. Lôw, 
Aramàische Pflanzennamen, in-8°, Leipzig, 1881, 
p. 232-233. 

III. Tissu de lin. — 1» Le nom de la plante de lin, 
pêiep ou au "pluriel pislim, comme dans beaucoup de 
Jangues, a passé à la toile elle-même : c'est le nom plus 



rents noms dont il faut traiter en particulier : bad, Ses, 
bùs. 

2° Le tissu appelé bad. — Le tissu bad, au pluriel 
baddim, était certainement un tissu, une toile de lin. 
Car les habits des prêtres : tuniques, caleçons, ceinture, 
mitre, qui, d'après Exod., xxvin, 42 ; Lev., xvi, 4, sont 
dits être de bad, sont désignés dans Ezech., xliv, 17,18, 
façonnés avec le pUfim, c'est-à-dire le lin. En étoffe bad, 
étaient l'éphod de Samuel, I Reg., il, 18; l'éphod de 



263 



LIN 



264 



David, II Reg., vi, 14; I Par., xv, 27; des simples prêtres, 
I Reg., XXII, 18 (car celui du grand-prêtre, Exod.,XXvm, 
7, est dit fait de SêS). Les vêtements des prêtres étaient 
de bad, Exod., xxviii, 42; Lev., mi, 3 (Yulgate, 10) : ainsi 




81. — Linum orientale. 

D'après l'original recueilli dans la vallée du Gédroû 

par le Fr. Jouannet Marie en août 1890. 

avait-il été prescrit à Aaron et à ses fils. Lev., xvi, 4, 
23, 32. L'homme de la vision d'Ezéchiel qui porte une 
écritoire à la ceinture est, comme les prêtres, vêtu de 
bad. Ezech., ix, 2, 3, 11 ; x, 2, 6, 7. L'homme à la cein- 
ture d'or qui est au-dessus des eaux dans la vision de 
Daniel sur les bords du Tigre, Dan., x, 5; xii, 6, 7, porte 
également des vêtements de bad. 

3° Le SêS. — Le ses est mentionné pour la première 
fois dans l'histoire de Joseph. Gen., xil,42. Pour paraître 
devant le Pharaon, il doit se revêtir de Ses. Cf. Hérodote, 
h, 37. Les tentures du Tabernacle et le voile de l'entrée 
étaient en SêS retors, c'est-à-dire formé de plusieurs fils 
tordus ensemble. Exod., xxvi, 1, 36; xxvn, 9, 16, 18; 
xxxv, 25, 35 ; xxxvi, 8 ; xxxix, 9, 16, 23. En SêS étaient 
les habits d'Aaron et de ses fils, Exod., xxvm, 5, 6, 33, 
39; l'éphod et la ceinture d'Aaron, Exod., xxxix, 2, 5; 
et les autres vêtements sacrés. Exod., xxxix, 27, 28. Le 
Ses fait partie des offrandes du peuple. Exod., xxv, 4. 
Ézéchiel, xvi, 16, 13, représente Jérusalem revêtue de 
Ses, avec un voile ou turban de Ses sur la tête. La 
femme laborieuse a des vêtements de sêS et de pourpre. 
Prov., xxxi, 22, Les voiles des vaisseaux de Tyr étaient 
faites de SêS d'Egypte, brodé de couleurs variées. Ezech., 
xxvn, 7. Le ses paraît bien être substantiellement de la 
même matière que le bad. Les mêmes vêtements des 
prêtres sont dits tantôt faits de ses, Exod., xxviii, 40, 
tantôt de bad. Levit., xvi, 4. L'un et l'autre mot sont 
également traduits par le chaldéen bûs, qui sert aussi 
à rendre pistim, le lin. Il parait donc que le ses est du 
lin comme le bad. « Partout dans le livre de la Loi, dit 
Maimonide, Halach. kelê ham-mikdasch, c. vin, 13 
(cité dans J. Braun, Vestitus sacerdotum Hebrteorum, 



Leyde, 1680, p; 25), Ses ou bad signifie lin (piHim) et 
c'est le byssus (bûs).. » Mais les auteurs ne s'entendent 
pas pour déterminer quelle différence existe entre ces 
deux espèces de lin. D'après les uns, le bad serait le lin 
ordinaire et le ses le fin lin, de couleur très blanche. 
D'après d'autres à la suite de Maimonide et Abarbanel, 
la différence viendrait non de la matière, mais du tissage ; 
le bad (cf. bad, « seul ») serait tissé d'un fil simple; le 
SêS (cf. SêS, « six ») de six fils tordus ensemble : ce serait 
pour cela qu'on ajoute souvent moSzâr, de lin retors. 
La difficulté est que dans l'Exode, xxxix, 28, on dit que 
les caleçons des prêtres sont de bdd Ses moSzâr. D'ail- 
leurs sêS, « lin, » ne parait pas se rattacher à la racine 
de Ses, « six, » mais faire allusion plutôt à la blancheur 
de l'étoffe (cf. ses, Esth., i, 6, « marbre blanc; » de même 
en Egypte Ses désigne une pierre blanche). Pour d'autres 
le SêS est le lin d'Egypte, comme le nomme Ézéchiel, 
xxvn, 7; bad, le lin de Palestine et de Syrie, appelé 
après la captivité bûs, lin que le même prophète, xxvn, 
16, fait venir de Syrie. Et comme l'un et l'autre étaient 
du lin, les interprètes chaldéens les rendirent également 
par 6ms, nom plus usité de leur temps pour désigner ce 
tissu. "Voir J. Braun, Vestitus sacerd.Rebrxor., 1. 1, c. n, 
p. 23-35 et c. vu, p. 138-142; et 1. II. c. n, p. 460; dans 
Ugolini, Thésaurus antiquitatum sacrarum, Venise, 
1751, t. xu, col. 798, 830; t. xm, col. 222; A. Dillmann, 
Exodus und Levilicus, in-8°, Leipzig, 1880 (sur Exod., 
xxv, 4), p. 274. Il est à remarquer qu'en égyptien le 
Ses est un tissu d'une spéciale finesse; le suten Ses est 




82. — Linum spicatum. 

D'après l'original recueilli sur le mont da Mauvais-Conseil 

par le Fr. Jouannet Marie en mars 1890. 

du lin très blanc et très fin. On sait que le lin d'Egypte 
était particulièrement estimé. Hérodote, n, 105; Silius 
Italicus, m, 25, 375 ; Trebellius, Vila Gallica, 6. 
4° Le bûs. — Ce nom ne se rencontre que dans les 



285 



LIN 



LINDA 



266 



derniers livres de la Bible hébraïque. David et les lé- 
vites qui portaient l'arche avaient un vêtement (me'îl) de 
bûs. I Par., xv, 27. Les lévites chargés de chanter dans 
le temple avaient aussi des robes de bûs. II Par., v. 12. 
Le roi Hiram envoya à Salomon un ouvrier habile à tis- 
ser le bûs . II Par., H, 13. Le voile à l'entrée du Saint des 
Saints était de bûs. II Par., m, 14. D'après Ézéchiel, 
xxvn, 16, parmi les produits que la Syrie apportait sur 
les marchés de Tyr se trouvait le bûs . Des cordons de 
bûs et de rouge pourpre soutenaient les tentures [de 
coton blanc et de pourpre violette dans le palais d'Assué- 
rus. Esth., i, 6. Mardochée portait un manteau jie bûs 
et de pourpre. Esth., vin, 15. Le mauvais riche, Luc, 
xvi, 19, avait une tunique de byssus. Les auteurs enten- 
dent très diversement quelle étoffe est désignée par ce 
mot, que le grec rend par p-j<jao; et le latin par byssus. 
Les uns y voient le coton, d'autres le lin, d'autres l'un 
et l'autre. Il faut remarquer que le mot bûs est d'usage 
plus récent que les noms précédents, et que le chaldéen 
traduit par ce mot pispim, Ose., u, 9 ; XLrv, 17, 18, etc., 
bad, Le v. , xvi, 4, etc., et 3êS,Gen. ,xu, 42 ; Exod. , xxv, 4, etc. 
Les Septante rendent également par |3i5<x<to; ou pûooivoi; 
le mot bad, I Par., xv, 27, et le mot Ses, Gen., xu, 42. Il 
parait donc que le bûs n'est qu'un nom araméen du 
bad, et aussi du Ses, c'est-à-dire du lin. D'après plu- 
sieurs même le mot byssus viendrait du mot égyptien 
ses précédé de l'article, pe-seS on pi-SeS. Le piWoc d'Hé- 
rodote, il, 86, bandelettes dont on enveloppait les mo- 
mies d'Egypte, était bien du lin, comme l'a montré 
l'étude microscopique de ces bandelettes. Il en est de 
même des baudriers de byssus que portaient les Perses. 
Hérodote, vu, 181. Mais les anciens ne paraissent pas 
avoir toujours nettement distingué dans leurs appella- 
tions les tissus de lin de ceux de coton. On signale, 
I Par., iv, 21, à Jérusalem ou aux environs une fabrique 
de byssus. 

5° On trouve probablement des allusions au lin dans 
Prov., vu, 16, où le mot 'êtûn signifie ou un fll de lin très 
fin dont on se senait pour fabriquer de belles couver- 
tures de lit, ou l'étoffe même faite de ce fil (cf. le grec 
ôOdvïi; voir t. n, col. 2243); également dans Is., m, 23, 
et Prov., xxxi, 24, où le motsôrfm désigne une tunique 
de dessous, faite de lin fin. Cf. le grec, <jiv8iàv. Voir Vête- 
«ents, Tunique. Dans le livre de l'Ecclésiastique, XL, 4, 
on parle du pauvre vêtu de toile de lin grossière, 
(LudXtvov, traduit exactement par la Vulgate, linumcru- 
durn. Celsius, Hierobotanicon, t. n, p. 94. Malheureuse- 
ment le texte hébreu découvert a une lacune à ce mot- 
là même. Dans l'Apocalypse, xv, 6, les anges sont vêtus 
de fin lin blanc. E. Levesque, 

LINCEUL (hébreu : sâdîn; Septante : <xiv8<iv; Vul- 
gate : sindon), pièce d'étoffe servant à envelopper le 
corps. — 1° Le mot hébreu sâdîn, qui se retrouve en 
assyrien sous les formes sudinnou et satinnu, désigne 
originairement un vêtement de dessous, une sorte de 
chemise de lin qui se mettait sur le corps même, par 
dessous les autres vêtements. Cf. Buhl, Gesenius' Mand- 
wôrterbuch, Leipzig, 1899, p. 559. Le mot grec <nv8<ôv, 
reproduit par le latin sindon, indique un tissu de lin, 
primitivement fabriqué dans l'Inde, 'IvSô;. d'où lui est 
venu son nom. Cf. Hérodote, i, 200; n, 95; Thucy- 
dide, il, 49; Strabon, 693, 717, etc. Il est donc pro- 
bable que la traduction de sâdîn par <7tvSwv n'est 
qu'approximative et repose surtout sur une similitude 
phonétique. Samson proposa une énigme aux Philistins 
et leur promit, s'ils la devinaient, trente sedînîtn,b&6vioi., 
« tuniques de linge, s sindones, et autant de tuniques 
de rechange. Jud., XIV, 12, 13. Les sedînîm sont des 
. chemises de lin qui se portaient la nuit et se gardaient 
le jour comme vêtement de dessous. Cf. Rosenmûller, 
Jesaise Vaticin., Leipzig, 1810, t. I, p. 132. La femme 
louée dans les Proverbes, xxxi, 24, faisait elle-même des 



sedinîm, oivôôvaç, sindonem, et les vendait aux mar- 
chands. Isaïe, m, 23, cite ces sortes de chemises fines, 
ta pû<xoivo, les étoffes de byssus, sindones, parmi les 
objets de toilette dont s'enorgueillissaient les femmes de 
Jérusalem. — Dans le Nouveau Testament, le <riv8<5v 
n'apparaît qu'une seule fois avec le sens de vêtement 
de dessous. Au moment de l'arrestation du Sauveur, un 
jeune homme, réveillé sans doute par le bruit de l'escorte 
qui passait près de sa maison, revêtit à la hâte sa che- 
mise de lin, que les Juifs d'alors ne gardaient pas au lit, 
cf. lken, Antiquitates hebraicse, Brème, 1741, p. 544, 
et sortit pour voir ce qui se passait. La conleur blanche 
de son vêtement attira l'attention de l'escorte, désireuse 
avant tout d'éviter qu'on fût averti dans la ville de ce 
qui se préparait. On mit la main sur le jeune homme; 
mais celui-ci s'enfuit en abandonnant ce qui le couvrait 
et échappa à la faveur de la nuit. Marc, xiv, 51, 52. 
Comme le mot nudus, « nu, » s'appliquait souvent, 
chez les anciens, à celui qui n'avait quitté que ses vête- 
ments de dessus, cf. Joa., xxi, 7, il se pourrait que le 
jeune homme en question eût jeté, par-dessus sa che- 
mise, une sorte de drap qu'il abandonna ensuite pour 
s'enfuir. Mais, en Orient, on ne se sert guère, pour 
dormir, que de couvertures de couleur en laine, voir 
Laine, col. 34, Lit, et ces couvertures ne peuvent être 
désignées par le mot sindon, qui ne convient qu'à une 
étoffe de lin. La première explication est donc plus 
probable. 

2° Dans l'Évangile, il est surtout question du lin- 
ceul à propos de l'ensevelissement du Sauveur. Les écri- 
vains sacrés distinguent très nettement entre le a-tvSeàv, 
sindon, linceul qui enveloppait tout le corps, Matth., xxvli, 
59; Marc, xv, 46; Luc, xxm, 53, et le <jov8ipiov, suda- 
rium, pièce de lin beaucoup moins ample qui n'entou- 
rait que la tête du mort. Joa., xi, 44; xx, 7. Le linceul 
de Notre-Seigneur était une pièce d'étoffe de lin, toute 
blanche, qu'acheta Joseph d'Arimathie et dans laquelle 
fut enseveli le corps du Sauveur. Voir Ensevelissement, 
t. ri, col. 1816, 1817. A partir du XIII e siècle, on donna au 
mot sudarium, « suaire, » le sens qui appartenait pro- 
prement au mot sindon, linceul. C'est donc sous le nom 
de suaire qu'on parle le plus habituellement du linceul 
de Notre-Seigneur. Voir Suaire. — Les morts étaient 
ordinairement enveloppés dans un linceul ; mais on ne 
repliait sur eux cette pièce de lin qu'au sépulcre. C'est 
ce qui fait que le jeune homme de Naïm peut se relever 
dans son cercueil ouvert sans être embarrassé par son 
linceul. Luc, vn, 15. Quand Lazare ressuscité parut à 
la porte de son tombeau, il avait les mains et les pieds 
iiés de bandes d'étoffe et la tête entourée d'un suaire 
qui était attaché. Joa., xi, 44. Le linceul proprement 
dit enveloppait le tout; mais il avait dû rester sur la 
banquette de pierre du sépulcre, car l'Évangéliste ne le 
mentionne pas, et d'ailleurs le linceul eût empêché de 
voir les bandelettes des extrémités et le suaire de là tète. 
Le cadavre avait évidemment une autre enveloppe que 
ces bandelettes et ce suaire pour paraître aux yeux des 
assistants. Au moment des fiançailles, les deux futurs 
époux se donnaient mutuellement un vêtement de des- 
sous, un sindon ou chemise, qu'ils mettaient par 
dessus leurs autres vêtements le jour de l'Expiation 
et aux jours ^de jeûne, et avec lequel il était de règle 
qu'on les ensevelit. Cf. Iken, Antiq. hebr., p. 544, 610. 
Cette coutume, que les Juifs prétendent ancienne, était 
probablement déjà en vigueur à l'époque évangélique. 
En tout cas, Lazare ressuscité portait quelque chose 
d'équivalent. Il n'en est point question dans la sépulture 
de Notre-Seigneur, parce que son ensevelissement était 
provisoire et que les soldats avaient pris possession de 
tous les vêtements qu'il portait avant sa crucifixion. 

H. Lesêtre. 

LINDA (Guillaume Damase van), prélat catholique 
hollandais, né à Dordrecht en 1525, mort à Gand le 



207 



LINDA — LION 



268 



11 novembre 1588. Après avoir étudié à Louvain et à 
Paris, il fut ordonné prêtre et chargé d'enseigner l'Écri- 
ture Sainte à Dillingen. Il était inquisiteur de la foi 
dans les provinces de Hollande et de Frise, quand Phi- 
lippe II le désigna vers 1560, pour occuper le siège épis- 
copal de Ruremonde, dont il ne prit possession qu'en 
1567. En 1588, il fut transféré à Gand comme successeur 
de Cornélius Jansénius. Il mourut la même année. Voici 
ses principaux ouvrages : De optimo génère interpre- 
tandi Smpturas, in-8», Cologne, 1558; Panopliaevan- 
gelica, sive de Verbo Dei evangelico, in-f°, Cologne, 
1559; Paraphrasis in Ps. cxvui cum annotationibus 
pro vulgata Psalmorum versione contra judaizantes 
noslrm œtatis interprètes, in-8», Anvers, 1567; Psalte- 
rium vêtus a menais dc repurgatum et de grseco atque 
hebraico fontibus illustratum, in-8», Anvers, 1568; Pa- 
raphrasis in omnes Psalmos, in-8», Cologne, 1576; 
M ysticus Aquilo, in-8», Cologne, 1580, application d'une 
prophétie de Jérémie au schisme de l'Église protes- 
tante ; Glaphyra in Epistolas apocalypticas S. Joannis 
Apostoli cum Ecclesise prosopopœia ad easdem, in-8», 
Louvain, 1590; Paraphrasis in Psalmos pœnitentiales, 
in-8», Cologne, 1609. — Voir A. Havensius, Vita G, Lin- 
dani, in-4°, Cologne, 1609; Valère André, Bibliotheca 
Belgica, p. 323; Foppens, Biblioth. Belgica,t. I, p. 410; 
Dupin, Auteurs ecclésiastiques de i550 à la fin du 
xyi' siècle (1703), p. 473. B. Heurtebize. 

LINDISFARNE (LES ÉVANGILES DE), célèbre 
manuscrit de la Vulgate, maintenant au Musée britan- 
nique, Cotton, Nero D. IV. C'est, au jugement de S. Ber- 
ger (Hist. de la Vulg., p. 39), « le plus beau des manus- 
crits de la famille northumbrienne, le chef-d'œuvre de 
la calligraphie hiberno-saxonne. » En l'examinant, dom 
Morin a découvert qu'une petite liste de fêtes, placée 
en tête de chaque Évangile, est un calendrier d'origine 
napolitaine et voiciL^son explication. Adrien, abbé d'un 
monastère des environs de Naples, qui accompagnait, 
en 668, Benoit Biscop, aurait apporté à Lindisfarne son 
exemplaire des Évangiles, dont notre codex serait une 
copie. Cf. Revue bénédictine, t. vm, 1891, p. 481. — Pour 
le texte, le manuscrit de Lindisfarne a des rapports as- 
sez étroits avec le Codex Amiatinus, copié lui aussi en 
Angleterre, mais sur un original de provenance italienne. 
Il est accompagné d'une traduction interlinéaire en 
anglo-saxon, datant du x e ou du XI e siècle. Une note 
finale du prêtre Aldred nous apprend que le codex fut 
écrit par Eadfrith, évêque de Lindisfarne (698-721), 
orné et illustré par Ethilwald, aussi évêque de Lindis- 
farne (724-740), et relié par Billfrith. Aldred lui-même 
se déclare l'auteur de la glose northumbrienne. — Voir 
S. Berger, Histoire de la Vulgate, Nancy, 1893, p. 39- 
41, 385; Bond et Thompson, Palseogr. Soc, Londres, 
1873-1883, t. i, pi. 3-6, 22; Westwood, Miniatures and 
Ornaments of Anglo-Saxon and Jrish Manuscripts, 
Londres, 1868, pi. xii et xm. — Stevenson et Waring 
ont publié le texte latin et anglo-saxon, en 1854-1865 
(2« édit., 1887); Wordsworth, dans son Novum Te- 
stamentum secundum editionem S. Hieronymi, 
Oxford, 1889-1898, a collationné le texte latin sous le 
sigle y. F. Prat. 

LINGE. Voir Linceul, col. 265. 

LION (hébreu : 'ârî, 'aryêh, lâbi', au féminin : 
lebiyâ'; lebâ'îm, au féminin : lebdôf, employé seule- 
ment au pluriel; laiS, Sahal; chaldéen : 'aryêh; Sep- 
tante : Xéwv, Xéacva; Vulgate : leo), carnassier du genre 
chat, felis leo, dont il forme la plus grande espèce 
{Gg. 83). Pour le petit du lion, voir Lionceau. 

I. Histoire naturelle. — 1» La taille du lion est â 
peu près celle du tigre; elle peut atteindre plus de deux 
mètres, de l'extrémité du museau à l'origine de la 



queue, mais varie suivant les races et les pays; la hau- 
teur est d'un peu plus d'un mètre. Le lion a le poil ras, 
de couleur fauve; dans la plupart des espèces, une forte 
crinière couvre les épaules et la poitrine, et la queue se 




83. 



■ Le lion d'Asie. 



termine par une touffe de même nature. La femelle, 
d'un quart moins grande que le mâle, a la tête moins 
forte et ne porte qu'un poil ras par tout le corps. Après 
une gestation de cent huit jours, elle met bas trois ou 
quatre petits, gros comme des chats de moyenne taille, 
les allaite pendant six mois, veille sur eux avec un grand 
dévouement maternel et ensuite, avec leur père, leur 
apprend à chasser. Le lion tient la tête haute, ce qui 
lui donne beaucoup de majesté. Il vit jusqu'à une qua- 
rantaine d'années. — 2» Terrible carnassier, le lion fait 
une consommation énorme de gibier et d'animaux 
domestiques. On a évalué à 6 000 francs la valeur des 
chevaux, mulets, bœufs, chameaux et moutons qu'un seul 
lion enlève par an aux Arabes d'Algérie. Il est vrai que 
le lion du nord de l'Afrique est particulièrement fort et 
vorace. En général, le fauve ne sort pas pendant le 
jour; il reste indolemment couché dans sa tanière, au 
milieu des broussailles épaisses. Sur le soir, il va s'em- 
busquer, autant que possible, à proximité d'une source 
ou d'une mare, où viennent boire les antilopes, les 
gazelles et d'autres animaux semblables, qu'il né pourrait 
atteindre à la course. D'un bond énorme, il fond sur sa 
proie, lui brise l'épine dorsale par un formidable coup 
de patte ou l'entame à pleine gueule pour la mettre hors 
d'état de fuir. Dans l'une des scènes représentées sur 
l'obélisque noir de Salmanasar, on voit un lion qui se 
jette ainsi sur un cerf (fig. 84). Sur un bas-relief de 
Persépolis, c'est un taureau qui est attaqué. Cf. Babe- 
lon, Manuel d'archéologie orientale,Varis, 1888, p. 174. 
Si le lion n'a pas été heureux dans sa recherche, la 
faim le pousse dans les endroits où sont parqués les 
animaux domestiques. Il franchit en se jouant les plus 
hautes clôtures, saisit sa victime, bœuf, cheval, ou, à 
leur défaut, chèvre, mouton, et l'emporte pour la dévo- 
rer à l'écart. Même en plein jour, s'il n'a pas mangé 
depuis longtemps, il n'hésite pas à fondre sur un trou- 
peau, défendu par ses gardiens et ses chiens, pour y 
prendre ce dont il a besoin. Sa force musculaire lui 
permet non seulement d'emporter de pesants butins, 
mais encore de s'attaquer à toutes les autres bêtes. Le 
tigre seul est capable de lui tenir tête; le buffle ne se 
défend avantageusement avec ses cornes que si le lion 
l'attaque par devant. Le mâle et la femelle chassent 
quelquefois ensemble, surtout quand ils ont à élever 
leurs lionceaux; mais, en général, on ne voit guère plus 
d'un lion fréquenter le même district ; les exigences de 
son alimentation sont telles qu'il ne supporte pas de 
compagnon sur le sol qu'il exploite. — 3» Le lion a une 
certaine crainte de l'homme. Il ne l'attaque que quand 
il a été blessé lui-même ou que sa faim est irrésistible. 
D'ordinaire, s'il est rassasié, il laisse passer l'homme 



239 



LION 



270 



impunément et même s'éloigne à son approche. La 
réputation de générosité qu'on lui a faite ne parait 
guère méritée ; cette générosité n'est autre chose que de 
l'indifférence de la part d'un carnassier déjà repu. Le 



s'effrayer ni de l'odeur ni de la vue du carnassier. Ils le 
forçaient, le perçaient de flèches et l'achevaient à coups 
de lance (flg. 87). Voir diverses autres chasses au lion, 
égyptienne (flg. 88), assyriennes et perses, t. i, fig. 215, 



^ÊUffiÈ^ 













84. — Le lion chassant le cerf. Obélisque de Salmanasar. Brîtish Muséum. 



lion se laisse pourtant apprivoiser aisément (fig. 85). 
Les anciens monarques orientaux avaient des lions qui 
servaient ainsi à leur agrément. Ramsès II en possédait 
un qui l'accompagnait docilement dans ses expéditions 
et donnait avec furie contre les ennemis (flg. 86), Cf. Ro- 
sellini, Monumenti storici, pi. lxxxvh, cvii; Maspero, 
Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, 
t. n, Paris, 1897, p. 393. — 4° Le lion irrité ou affamé 
se bat les flancs avec sa queue et secoue violemment sa 
crinière* A ces indices, l'homme n'a qu'à se tenir à dis- 
tance. Les rugissements que le lion fait alors entendre 
■retentissent au loin, surtout pendant la nuit. Ce sont 
des accents profonds, mêlés par intervalles, de notes 
aiguës, qui terrifient tous les autres animaux, même 
ceux qui sont à l'abri dans des enclos. Ceux qui se sen- 
tent menacés s'enfuient, encore avertis d'ailleurs par les 
fortes émanations qui se dégagent du carnassier. Voir 
Rugissement. — 5° Pour prendre le lion, les anciens 
creusaient une fosse profonde, entourée d'un mur de 
pierres sèches, comme un parc à bestiaux; au sommet 
d'une poutre, plantée au milieu de la fosse, ils atta- 
chaient un agneau ou un chevreau dont les bêlements 
attiraient le fauve. Celui-ci, pour s'emparer de la proie, 
sautait par-dessus le mur et tombait dans le trou dont il 
ne soupçonnait pas l'existence. Les Arabes et d'autres 
peuples africains se servent encore du même procédé 
pour mettre sans danger le lion à portée de leurs coups. 
On laissait l'animal dans la fosse jusqu'à ce que la faim 
l'eût exténué. On y descendait alors une cage, voir t. Il, 
fig. 12, col. 31, au fond de laquelle se trouvait un mor- 
ceau de viande. Le lion une fois entré, on abaissait la 
porte, et la cage contenant le prisonnier était hissée à 
l'aide de cordes. Le lion passait alors dans les parcs 
royaux, où les princes se donnaient le plaisir de le 
chasser. Cf. Maspero, Histoire ancienne, t. m, p. 401- 
402. Les monarques orientaux considéraient la chasse 
des grands fauves comme un service rendu à leurs 
sujets; c'était un office de leur charge au même 
titre que Ja guerre contre les ennemis. Ils poursui- 
vaient le lion les armes à la main, à l'aide de chevaux 
et de chiens assez aguerris à cet exercice pour ne pas 



col. 898; fig. 321, col. 1159; fig. 326, col. 1163; t. n, 
fig. 477, col. 1300. Ils aiment à raconter dans leurs ins- 
criptions leurs exploits cynégétiques. C'est ainsi que, 
sur l'une des siennes, Théglathphalasar I er nous infoi'me 




85. — Lion offert en tribut par un Libyen 

au pharaon Toutankhamen. Thèbes. XVIII" dynastie. 

D'après Lepsius, Denkmaler, Abth. m, Bl. 116. 

qu'en cinq années seulement il a tué à pied cent vingt 
lions à coups de flèches et huit cents du haut de son 
char. Annales de Théglathphalasar 1", col. vi, 1. 58-81; 
Maspero, Histoire ancienne, t. n, p. 662; cf. t. i, p. 62, 
558; t. n, p. 621, 622; t. ni, p. 699. Voir aussi Ctésias 
Persic., 40. 



271 



LION 



272 



II. Les lions en Palestine. — 1" Le lion de Pales- 
tine n'appartenait pas à la même race que celui du nord 
de l'Afrique. Il avait la taille plus courte et plus trapue 
et la crinière moins développée. Il était de la variété des 
lions de Syrie. Aristote, Hùt. animal., vi, 31; ix, 44; 
Pline, H, N., vin, 17, 18. Les lions abondaient en Pa- 
lestine, comme dans le reste de la Syrie. Le roi 
d'Egypte Amenhotep III, qui venait chasser dans ces 
contrées, se vante d'y avoir tué cent douze lions dans les 
dix premières années de son règne, et fit graver à pro- 
lusion sur de gros scarabées d'émail vert le dénombre- 
ment de ses victimes. Cf. Birch, Scarabxi ofAmenophis 



supposer les fréquentes allusions de la Sainte Écriture. 
Il ne paraît pourtant pas qu'ils aient jamais été en me- 
sure de leur taire sérieusement la chasse. Toutefois plu- 
sieurs d'entre eux eurent l'occasion de se mesurer avec 
lui. Près des vignes de Thamnatha, Samson vit venir à 
sa rencontre un jeune lion rugissant et le mit en pièces 
comme un simple chevreau. Quelque temps après, il 
retrouva le corps du lion tout décharné, avec un essaim 
d'abeilles qui avaient fait leur miel à l'intérieur. Ce lut 
le sujet d'une énigme qu'il proposa aux Philistins. Jud., 
xrv, 5-15. Les Assyriens représentent souvent leur géant 
Gilgamès étouffant un lionceau sous son bras. Cette 




Ramsès n, accompagné de son L'on. D'après Champollion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, t. il, pi. xv. 



111, dans les Records of the Past., 1™ sér., t. xii, p. 40. 
La Bible mentionne les lions plus d'une centaine de 
fois, et plusieurs localités de Palestine paraissent avoir 
emprunté à ces animaux le nom qu'elles portent : Laïs, 
Jud., xvm, 29, voir Dan, t. h, col. 1240; Laïsa, Is., x, 
30, et Lebaoth ou Bethlebaoth, « demeure des lionnes, » 
Jos., xix, 6. Voir Bethlebaoth, t. i, col. 1688. Mais c'est 
surtout dans les épais fourrés de la vallée du Jourdain 
que les lions avaient leurs repaires. Jer., xlix, 19; l, 
44; Lam., m, 10; Zach., xi, 3. Ils disparurent peu à peu 
de Palestine, en même temps que les grandes forêts qui 
abritaient le gros gibier. Il en existait pourtant encore 
au v» siècle, S. Jérôme, In Zach., III, n, 5, t. xxv, 
col. 1500, et même au xn e . Jean Phocas, De lotis san- 
ctis, xxin, t. cxxxiii, col. 952; Reland, Palœstina illu- 
strata, Utrecht, 1714, t. i, p. 274; cf. p. 97. Il est dou- 
teux, malgré les dires des Bédouins, qu'il en reste 
aujourd'hui en Arabie. — 2° Les anciens Israélites se 
trouvèrent souvent en lace du lion, comme le laissent 



image se retrouvait entre les taureaux ailés du palais de 
Sargon à Khorsabad. Voir t. H, flg. 246, col. 667. — David 
raconte à Saûl que, quand il était berger, si un lion ou 
un ours lui ravissait une brebis, il courait après le 
fauve et arrachait la brebis de sa gueule; parfois le 
lion se dressait contre lui, mais il le saisissait à la 
gorge et le tuait. I Reg., xvn, 34, 35; Eccli., xlvii, 3. 
Une tablette chaldéenne représente un berger qui, la 
hache à la main, dispute à un lion le taureau qu'il 
vient de terrasser (flg. 90). — Un des chefs militaires 
de David, Banaïas, avait tué un lion dans une citerne. 
II Reg., xxiii, 20; I Par., xi, 22. Voir Banaïas, t. 1, 
col. 1424. — Un autre berger, le prophètç Amos, m, 12, 
parle du gardien du troupeau qui arrache à la gueule 
du lion deux jambes ou un bout d'oreille. Ces audaces 
réussissent ass_ez souvent avec le lion déjà rassasié, sur- 
tout avec le lion de Syrie. Celui d'Afrique était plus 
féroce et se fût montré moins accommodant. C'est en 
songeant à ce dernier que, pour détourner les Israélites 




o 

I 



275 



LION 



27G 



d'aller chercher un appui en Egypte, Isaïe, xxx, 6, dit 
que de ce pays sortent le lion, la lionne et d'autres bêtes 
dangereuses. Cf. Sap., xi, 18. — 3° Le lion, de son côté, 
fit des victimes en Palestine. Le prophète de Bethel s'en 
retournait, après avoir reproché à Jéroboam son culte 
schismatique, puis revenait sur ses pas malgré l'ordre 
du Seigneur, quand un lion le tua en chemin, sans ce- 
pendant faire de mal à son âne. III Reg., xm, 24-29. 
Pareil sort fut infligé à un fils de prophète qui ne sut 
pas obéir. III Reg., xx, 36. — Lorsque les colons en- 
voyés de la Babylonie vinrent occuper le territoire de 
Samarie, ils eurent à compter avec les lions qui s'étaient 
enhardis et multipliés, grâce à la dépopulation du pays. 
Ils s'imaginèrent alors que les ravages faits par les lions 
au milieu d'eux avaient pour cause la colère du dieu 
local, qu'ils ne savaient pas honorer. C'est pourquoi 
Sargon leur envoya des prêtres Israélites pour les in- 
struire. IV Reg., xvn, 25-27. Les colons se constituè- 
rent des dieux divers. Les Cuthéens se mirent à hono- 
rer Nergal, comme ils le faisaient déjà dans leur pays 
d'origine. Voir Cutha, t. n, col. 1161; Nergal. Cf. Schra- 



présence des admirables bas-reliefs de chasses d'Assur- 
banipal, transportés à Londres, où nous voyons amener 
sur le terrain, dans des cages, les lions gardés pour les 
plaisirs du roi. » Fr. Lenormant, La Divination chez 
les Chaldéens, Paris, 1875, p. 192. Voir t. n, fig. 12, 
col. 31. On sait que déjà Sargon gardait des lions dans 
son palais de Dour-Sarroukin, près de Ninive. Maspero, 
Histoire ancienne, t. m, p. 269. Ézéchiel, xix, 6-9, 
parle de l'endroit dans lequel on les enfermait. Il com- 
pare son peuple à un jeune lion qui, fier de sa force, 
se met à tout ravager, comme les autres lions, c'est-à- 
dire comme les autres peuples. Mais les nations d'alen- 
tour se rassemblent contre lui, tendent sur lui leurs 
rets, le prennent dans leur fosse, le mettent en cage et 
le conduisent au roi de Babylone, qui l'enferme dans un 
lieu fortifié, mesodôf, içnjXaxTÎ, carcer. Cette prison forti- 
fiée est la même chose que la fosse où fut jeté Daniel. 
Voir t. n, fig. 60, 61, col. 157. 

IV. Comparaisons tirées des lions. — La force et 
la majesté du lion, ses fureurs, sa cruauté, ont fourni 
maintes comparaisons aux auteurs sacrés. Ils assimilent 




88. — Chasse au lion en Egypte. XI' dynastie. Beni-Hassan. D'après Lepsius, Denkmàler, Abth. n, BI. 13t. 



der, Die Keilinschriften tund das A. T., Giessen, 1872, 
p. 167. — 4° On trouve dans la Sainte Écriture différentes 
remarques au sujet des lions. Dieu prend soin de la 
lionne et de ses petits. Job, xxxvm, 39. « Le lion est sur 
le chemin ! y> dit le paresseux qui ne veut pas sortir. Prov. , 
xxn, 13; xxvt, 13. Le lion chasse l'onagre, Eccli., xm, 23 ; 
XXVII, 11 ; il rugit en saisissant sa proie. Am., m, 4. Les 
excavations minières lui sont inconnues. Job, xxvm, 8. 
Il est le roi des animaux, Prov., xxx, 30, et pourtant un 
chien vivant vaut mieux qu'un lion mort. Eccle., IX, 4. 
III. Les lions en Chaldée. — Les lions ont toujours 
habité en grand nombre dans les marais et le» buissons 
de Ja Mésopotamie. Ammien Marcellin, XVIII, vu, 5. 
Ils sont de deux espèces, que distinguent surtout l'abon- 
dance ou l'absence de la crinière. Les anciens rois assy- 
riens, chaldéens et perses étaient grands chasseurs de 
lions. On donnait au carnassier le nom de lik makh, 
« grand chien. » Cf. Layard, Nineveh and Babylon, 
Londres, 1853, p. 487. Par deux fois, Daniel fut jeté à 
Cabylone dans une fosse aux lions. La première fois, il 
avait continué à adorer son Dieu, malgré les ordres du 
roi. La seconde, il avait refusé d'adorer Bel et s'était 
vu mettre dans une fosse qui contenait sept lions affa- 
més. Le résultat fut le même dans les deux cas. Les 
fauves respectèrent le prophète, mais ensuite dévorèrent 
sur-le-champ ses accusateurs jetés à sa place. Dan., vi, 
16-24; xiv, 30-41; I Mach., n, 60; Heb., xi,33. La fosse 
aux lions est appelée gob ou gubbd' ; elle a une ouver- 
ture que l'on peut fermer solidement par une pierre et 
sur laquelle le roi appose son sceau. Voir Fosse, t. n, 
col. 2329. « La fosse aux lions devient pour nous un 
détail d'une exactitude et d'une précision topiques, en 



tour à tour au lion :1° Dieu lui-même. Dieu est terrible 
comme un lion dans l'exercice de sa justice vengeresse. 
Is., v, 29; xxxvm, 13; Jer., xxv, 38; xlix 19; l, 44; 
Lam., m, 10; Ose., v, 14; xm, 8; Am., m, 8; Eccli., 
xxvii, 31; xxvm, 27. Il poursuit Job comme un lion. 
Job, x, 16. Mais aussi c'est avec l'intrépidité d'un lion, 
inaccessible aux menaces des bergers rassemblés contre 
lui, qu'il prendra la défense d'Israël contre les nations. 
Is., xxxi, 4. — 2° Plusieurs tribus Israélites. « Juda 
est un jeune lion. » Gen., xlix, 9. Voir Juda 6, t. m^ 
col. 1770. Comme descendant de cette tribu, Jésus-Christ 
est appelé « le lion de la tribu de Juda ». Apoc, v, 5. 
« Gad repose comme une lionne, il déchire le bras et la 
tête... Dan est un jeune lion qui s'élance de Basan. » 
Deut., xxxiii, 20, 22. Voir Dan, t. n, col. 1240; Gad, 
t. m, col. 31. — 3° Le peuple d'Israël. Balaam dit 
de lui : « C'est un peuple qui se lève comme une lionne 
et qui se dresse comme un lion. » Num., xxiii, 24; 
xxiv, 9. Israël infidèle fait dire à Dieu : « Mon héritage 
est pour moi comme un lion dans la iorêt; il pousse 
contre moi ses rugissements. » Jer., xn, 8. Ézéchiel, 
xix, 1-6, compare les exploits et les malheurs de son 
peuple à ceux d'un jeune lion. Après la restauration 
messianique, le reste d'Israël sera au milieu des nations 
comme le lion au milieu des bêtes de la forêt, foulant 
aux pieds et déchirant sans que rien puisse lui résister. 
Mich., v, 7. — 4° Les nations étrangères. Nahum, 
il, 12-13, compare Ninive à un repaire de lions : là 
gîtaient le lion, la lionne et les lionceaux; le lion chas- 
sait pour ses petits et apportait des proies dans son 
antre. Le Chaldéen, comme un lion qui s'élance de son 
taillis, marche contre Jérusalem. Jer., iv, 7; cf. h, 15j 



277 



LION 



278 



v, 6; l, 17. Israël coupable est en face des nations 
comme celui qui fuit devant un lion. Am., v, 19. Mais, 
à leur tour, les grands de Babylone, poursuivis par le 
Seigneur, pousseront des rugissements de lions. Jer., 







89. — Berger défendant son troupeau contre un lion. 
D'après Lottus, Travela and Researches in Chaldsea, p.258. 

li, 38; cf. Ezech., xxxvm, 13; Zach., xi, 3. — 5° Les 
rois. Leur colère est terrible comme le rugissement du 
lion. Prov., xix, 12 ; xx, 2. Leur injustice n'est pas moins 
redoutable. Prov., xxvm, 15. Ézéchiel, xxxn,2, compare 
le roi d'Egypte à « vin lionceau parmi les nations ». 
Esther, xiv, 13, se prépare à paraître devant Asbuérus 
comme « en présence du lion ». Les monarques orien- 
taux aimaient à se comparer à des lions. Osortésen se 
fait appeler « un lion qui frappe de la griffe et ne 
lâche jamais son arme »; Thothmés III est qualifié de 
« lion fascinateur » dans un hymne du temps, et 
Sennachérib raconte qu'il partit à la guerre m en vrai 
lion ». Maspero, Histoire ancienne, t. i, p. 466; t. h, 
p. 270; t. m, p. 306. Saint Paul, épargné une première 
fois au tribunal de Néron, dit qu'il a échappé à la 
« gueule du lion ». II Tim., iv, 17. — 6" Les guerriers 
valeureux. Saûl et Jonathas étaient forts comme des 
lions. II Reg., 7, 23. Les Gadites qui se joignirent à 
David étaient « semblables à des lions ». I Par., xn, 8. 
Cf. Is., xv, 9. Même celui qui avait un cœur de lion 
tremblait devant David et ses braves. II Reg., xvn, 10. 
Judas Machabée est comparé à un lion qui rugit sur sa 
proie, I Mach., m, 4, et ses guerriers sont comme des 
lions. II Mach., xi, 11. — 7° Les persécuteurs. Dans 
Job, iv, 9-11, Éliphaz montre les méchants exterminés 
par le souffle de Dieu : 

Le rugissement du lion Çaryêh), la voix du lion (Sâfyar), 

Les dents des lionceaux (kefirîm) sont brisées, 

Le lion (taîS) périt faute de proie, 

Et les petits du lion (lâbV) sont dispersés. 

Presque tous les noms du lion sont réunis dans ce 
texte. Les ennemis du juste sont des lions qui se tien- 
nent aux aguets, rugissent, écrasent, déchirent et 
dévorent. Ps. vu, 3; x, 9; xvii (xvi), 12; xxxv (xxxiv), 
17; lvi (lv), 5; lviii (lvii), 7; xci (xc), 13; civ (cm), 
21. Le glaive des chefs d'Israël dévore les prophètes, 
« comme un lion destructeur. » Jer., n, 30. Les faux 
prophètes sont à leur tour des lions qui déchirent leur 
proie. Ezech., XXII, 25. Les chefs impies de Jérusalem 
sont qualifiés de même. Soph., m, 3. — Au Psaume 
xxn (xxi), 17, le texte massorétique actuel porte kâ'âri 
que beaucoup d'exégètes traduisent ainsi : 

Voici que des chiens m'environnent, 

Une-troupe de scélérats m'assiègent, 

Comme un lion (fcd'drî), mes mains et mes pieds, 

3a puis compter tous mes os. 



Au lieu de >-ito, kâ'âri, « comme un lion, » les 
anciennes versions ont toutes lu un verbe, probable- 
ment n»3, kà-ârù, « ils ont percé; » la différence entre- 
les deux mots n'est que d'un > à un i, si souvent écrits 
l'un pour l'autre. Septante : upul-av, « ils ont percé; » 
de même dans les versions syriaque, arabe, éthiopienne 
et copte. Aquila, d'abord îfaxtjvav, « ils ont souillé, » 
puis èiréôïio-av, « ils ont lié; » Symmaque : ciç ÇijToOvtes' 
Br^aat, « cherchant à lier ; » Vulgate : foderunt, « ils. 
ont percé; » saint Jérôme : fixerunt, « ils ont fixé, » et 
dans quelques manuscrits : vinxerunt, « ils ont lié. » 
La paraphrase chaldaïque réunit les deux leçons : « ils- 
mordent comme un lion mes mains et mes pieds. » La 
leçon kâ'ârû est donc bien établie, d'autant plus que les- 
notes massorétiques elles-mêmes indiquent la leçon 
kâ'ârû parmi les variantes de ce passage. L'idée qu'elle 
exprime est d'ailleurs conforme à ce qui est dit du Mes- 
sie dans d'autres passages. Is., lui, 5; Zach., xn, 10. Cf. 
Frz. Delitzsch, Die Psalmen, Leipzig, 1873, t. i, p. 225. 
Le parallélisme, que défigure totalement la traduction 




90. — Trône égyptien, avec des accoudoirs en forme de lions. 
D'après Charopollion, Monuments de VÉgypte, t ni, pi. CCI. vin. 

moderne, redevient parfait, quant à la forme et quant au 
londj si l'on traduit : 

Ils percent mes mains et mes pieds, 
Je puis compter tous mes os. 

Enfin la leçon kâ'ârû se retrouve dans la polyglotte 



279 



LION — LIQUEURS ENIVRANTES 



280 



de Complute et dans quelques manuscrits, et Buhl, 
Gesenius' Handwôrterbuch, Leipzig, 1899, p. 355, 
constate qu'elle s'harmonise mieux avec le contexte 
que celle des massorètes. Le mot vient d'une racine 
kâ'ar, ayant le même sens que kârâh, « creuser, per- 
cer. » Les lions ne sont donc pas en cause dans ce 
texte. Cf. Lesétre, Le Livre des Psaumes, Paris, 1883, 
p. 99-100. — A la restauration d'Israël, il n'y aura pas 
de lion sur le chemin de son retour, Is., xxxv, 9, et, au 
temps messianique, le lionceau et le veau vivront en- 
semble. Is., xi, 6-7; lxv, 25; — 8° Enfin la Sainte 
Écriture compare encore au lion différents êtres, soit 
en bien, soit en mal : le juste à qui sa bonne conscience 
donne une pleine sécurité, Prov., xxvin, 1; la senti- 
nelle de Babylone, Is., xxi, 8, et un ange des derniers 
jours, Apoc, x, 3, dont la voix retentit comme le rugis- 
sement du lion; la méchante femme, plus à redouter 
que le lion, Eccli., xxv, 23; la sauterelle, dont la dent 
ravage comme celle du lion, Joël, i, 6; le péché, dont 
les morsures sont comme celles du lion, Eccli., xxi, 3, 
et le démon, lion rugissant qui cherche à dévorer les 
âmes. I Pet., v, 8. 

V. Les lions symboliques. — 1° Dans les visions 
d'Ezéchiel, i, 10; x, 14; xli, 19, il est question de 
chérubins ayant une face, c'est-à-dire une apparence de 
lions et des formes rappelant celles de ces animaux. 
Plusieurs de ces êtres symboliques ont, en effet, un 
corps de lion. Voir t. i, fig. 69, col. 313, et Chérubin, 
t. il, col. 665, et fig. 247, col. 671. — 2° Dans sa vision 
des quatre animaux, Daniel, vu, 4, signale d'abord un 
lion avec des ailes d'aigle. C'était le symbole de l'em- 
pire assyro-babylonien, représenté par un animal fami- 
lier aux peuples de cet empire et caractéristique de la 
force et de l'activité conquérante. Voir Daniel (Le 
livre de), t. il, col. 1274. Une inscription d'Assurba- 
nipal mentionne les taureaux et les lions ailés, lamassi, 
qui ornaient son palais de Babylone. Cf. Talbot, dans 
les Transactions of the Society ofbiblic. Archœol., 1873, 
t. H, p. 363. — 3» Parmi les quatre animaux présents 
devant le trône de l'Agneau, saint Jean, s'inspirant de 
la description d'Ezéchiel, i, 5-14, en nomme d'abord un 
qui est semblable à un lion. Apoc, iv, 7. Plusieurs 
Pères voient dans ce lion la figure de saint Marc. S. 
Ambroise, Expos. Evang. S. Luc., Proœm., t. xv, 
col. 1532; S. Jérôme, In Ezech., i, 7; In Matth. 
Prol., t. xxv, col. 21; t. xxvi, col. 19; S. Grégoire le 
Grand, In Ezech., hom., I, IV, 1, t. lxxvi, col. 815, etc. 
Voir Marc (Saint). Cependant le symbole du lion est 
appliqué à saint Jean par saint Irénée, Cont. hseres., 
m, 11, t. vil, col. 887, et à saint Matthieu par saint 
Augustin, De consens, evang., i, 6; In Joan., xxvi, 5, 
t. xxxiv, col. 1046; t. xxxv, col. 1666. Saint Jean voit 
encore des sauterelles qui ont des dents comme celles 
des lions, Apoc, IX, 8, cf. Joël, i, 6, et des chevaux qui 
ont des têtes de lions. Apoc, ix, 17. Enfin il décrit 
une bête à sept têtes, dont les bouches ressemblent à 
celles du lion. Apoc, xm, 2. Ces divers animaux 
symboliques empruntent au lion ses caractères terribles 
et malfaisants. 

VI. Les lions sculptés. — 1° Salomon fit exécuter 
pour le service du Temple dix bassins d'airain, placés 
chacun sur un piédestal composé d'une partie carrée 
que surmontait uue partie cylindrique. Sur les champs 
de ces deux bases superposées étaient représentés en 
relief des lions, des bœufs, des chérubins et des palmes. 
III Reg., vu, 29, 36. Sennachérib fit fondre aussi 
douze grands lions de bronze pour la résidence qu'il se 
bâtit àNinive. Maspero, Histoire ancienne, t. m, p. 311. 
— 2° Salomon se fit encore exécuter un trône d'ivoire 
avec des ornements d'or. Il y avait deux lions près des 
bras et douze lions sur les six degrés de part et d'autre. 
III Reg., x, 19; II Par., ix, 18. Les anciens monuments 
représentent des sièges où des lions servent d'accou- 



doirs (fig. 90) Beaucoup d'autres sièges sont ornés de 
tètes ou de pattes de lions. Cf. t. il, fig. 72, col. 224; 
t. m, fig. 100, col. 411. On trouve même des lits dont 
les côtés longs sont formés de deux lions qui s'étirent, 
la tête au chevet et la queue aux pieds du dormeur. 
Voir Lit, fig. 93, col. 286. Les lions des degrés du trône 
de Salomon formaient une sorte d'allée qui s'inspirait 
sans doute des allées de sphinx ou de béliers qui 
menaient à certains temples égyptiens. Ces lions 
étaient des symboles de puissance et de majesté. Il 
est dit du trône de Salomon que rien de pareil n'avait 
été fait pour aucun royaume, ILI Reg., x, 20. Voir 
Trône. H. Lesêtre. 

LIONCEAU, jeune lion.La langue hébraïque distingue 
le lionceau du lion par des noms particuliers. Il est 
appelé gûr 'aryêh, « un jeune lion, » Gen., xlix, 9 
(Vulgate : catulus leonis); bén lâbV, ce fils de lion, » 
Job, iv, 11 ; mais il porte le nom spécial de kefir dans 
Ps. xvn (xvi), 12; civ (cm), 21 (Septante : cre0[ivo;; Vul- 
gate : catulus leonis); Is., xi, 6. et dans Ézéchiel, xix, 
2, 3, 5 (Septante : «xxiijivo;; Vuigate : leunculus). Dans les 
Juges, xiv, 5, nous lisons : kefir 'ârâyôt, « petit de 
lionnes. » — Kefir se dit aussi métaphoriquement, soit 
d'un homme puissant ou d'un ennemi dangereux, 
Ps. xxxiv (xxxm), 11 (Vulgate : divites); xxxv (xxxiv), 
17; lvih (lvii), 7; Jer., il, 15; Ezech., xxxn,2 (Vulgate : 
leo), soit d'un homme jeune et brave. Ezech., xxxvm, 
13 (Vulgate : leo); Nab., H, 14 (Vulgate : leunculus). — 
Saint Jérôme a traduit par leunculi ou « lionceaux » le 
mot 'àrîm qui signifie « lion » et qui désigne les lions 
sculptés,placés par Salomon sous les bras de son trône 
et sur les degrés par lesquels on y montait. III Reg., xi, 
20; II Par., ix, 19 ('ârdyôf;la. Vulgate a traduit ce même 
mot au verset précédent par leones). Dans I Par., xxvm, 
17, notre version latine parle de « lionceaux d'or » là où 
il est question de « vases à couvercle » ; elle a lu on>S2, 
kefirim, au lieu de omss, kefôrim, qui est la vraie le- 
çon, réclamée par le contexte. 

LIQUEURS ENIVRANTES, boissons fermentées 
qui, bues à l'excès, produisent l'ivresse. Les anciens 
n'ont pas connu les liqueurs proprement' dites, dans 
lesquelles on utilise les produits de la distillation des 
fruits ou des grains; car la distillation ne remonte pas 
au delà du XIV e siècle. Mais ils savaient fabriquer des 
boissons fermentées, le vin, avec ses différentes espèces, 
voir Vin, et d'autres liqueurs enivrantes généralement 
désignées sous le nom de ëêkdr, «n'xepa, sicera. 

1° La sicera. — Saint Jérôme, In Is., xxvm, 5, 
t. xxiv, col. 317, définit la sicera ce toute boisson capable 
d'enivrer et de bouleverser l'esprit, ce qui fait qu'Aquila 
traduit le mot par ce ivresse ». On la fabrique avec le 
froment, l'orge, le millet, le suc des fruits, le fruit du 
palmier et d'autres substances analogues ». Cf. S. Am- 
broise, De Elia et jejun., xv, 54, t. xiv, col. 717. Les 
Égyptiens fabriquaient avec de l'orge une sorte de bière, 
le Çûdoc ou oîvoc xpc8(voç, ce vin d'orge. » Cf. Hérodote, 
il, 77; Théophraste, De caus. plant., xi, 2; Strabon, 799; 
Diodore de Sicile, I, 20, 34 ; îv, 2, etc. Les Septante 
emploient le mot ?ii8o; dans la traduction d'Isaïe, xix, 10, 
et saint Jérôme, t. xxiv, col. 253, dit que le Çû6oç est une 
boisson faite de fruits et d'eau, ce qui donne un liquide 
trouble et comme mêlé de lie. En Dalmatie et en Pan- 
nonie, ajoute-t-il, on appelle cette boisson sabaium. 
Ammien Marcellin, xxvi, 8, nomme aussi sabaia le breu- 
vage que les pauvres de l'IHyricuna fabriquaient avec de 
l'orge ou du froment. La bière des Égyptiens fut bien 
connue en Palestine. Cf. Pesachim, m, 1. On ajoutait à 
l'orge certaines herbes, comme le lopin ou la berle, cf. 
Columelle, x, 114, de même que nous y-mêlons du hou- 
blon. Les Arabes mélangent à la bière des épices ou 
aromates qui en relèvent le goût. Cf. Burkhardt, Travels 



281 



LIQUEURS ENIVRANTES — LIS 



m 



in Aràbia, Londres, 1829, t. i, p. 213. Isaïe, v, 22, mau- 
dit ceux qui sont forts pour boire du vin et vaillants pour 
mélanger le êekâr. Il s'agit là d'un mélange de la bois- 
son avec des aromates de toutes espèces, destinées à la 
rendre plus agréable et plus forte. Cf. Rosenmûller, 3e- 
saiee vaticin., Leipzig, 1810, t. i, p. 78. Les Arabes font 
aussi une sorte de boisson composée avec de l'orge et 
de la réglisse. Cf. de la Roque, Voyage dans la Pales- 
tine, Amsterdam, 1718, p. 196. Saint Jérôme, Epist. lu, 
ad Nepotian.,ii, t. xxii, col. 536, 537, énumère encore, 
sous le nom de sicera, la boisson faite avec le suc des 
fruits, le breuvage doux et barbare obtenu en faisant 
bouillir les rayons de miel, et le liquide épais que pro- 
duisent les fruits des palmiers et les grains bouillis. Les 
grains bouillis donnent les différentes espèces de bière. 
Le suc des fruits fournit le cidre, dont il n'est question 
que dans la Mischna, Therumoth, XI, 2. Les Arabes font 
une boisson avec des abricots et des fruits secs, raisins 
ou autres, qu'on met infuser dans l'eau pendant un jour. 
Cf. de la Roque, Voyage dans la Palestine, p. 195. 
Peut-être les Hébreux avaient-ils quelque chose d'ana- 
logue. Le miel entrait, avec le vin et des épices, dans la 
composition d'un breuvage appelé par les Grecs otvôjieXi, 
Polybe, xii, 2, 7; Dioscoride, v, 16, et mentionné sous 
le même nom dans la Mischna, Schabbath, XX, 2; Theru- 
moth, xi, 1. Saint Jérôme appelle « barbare » le procédé 
qui consiste à faire dissoudre le miel dans l'eau pour 
obtenir une boisson douce et sucrée. Les Romains et 
les Grecs préféraient en effet roiv<$(ie>i, dont le goût flat- 
tait davantage. Ils connaissaient cependant l'iSptfjAeXi, 
Dioscoride, v, 17; Gallien, VI, 274, ou |j.e)itxpaTov, Hip- 
pocrate, Aphor., 1254; Aristote, Metaph., xm, 6, 1, mé- 
lange d'eau et de miel ou hydromel, qui, après ébullition 
et refroidissement, entre en fermentation et devient un 
breuvage agréable au bout de quelques semaines. Il y 
avait aussi le [iyjXo[ieXc, Dioscoride, v, 39, mélange de 
jus de pomme ou de coing avec le miel, devenant l'iSpi- 
l«iXov par addition d'eau. Cf. Dioscoride, v, 30; Artémi- 
dore, I, 66. Les Hébreux recueillaient le miel à profu- 
sion, voir Miel; ils ont dû l'utiliser dé plusieurs ma- 
nières pour se procurer des boissons. Le vin de dattes 
était fabriqué en Egypte. Cf. Hérodote, n, 86; m, 20. On 
mélangeait les fruits écrasés avec une certaine quantité 
d'eau et la fermentation se produisait. Cf. Pline, H. N., 
xiv, 19, 3. Les Arabes modernes n'écrasent plus le fruit 
pour obtenir le vin de dattes. Cf. Burckhardt, Travels 
in Arabia, t. Il, p. 264. Les dattes fermentées four- 
nissent aujourd'hui une liqueur nommée nectar des 
dattes. Ce qu'on appelle le vin de palme provient de la 
fermentation de la sève des palmiers à fruit non comes- 
tible, comme le phœnix sylvestris. Los Hébreux n'ont 
certainement connu que la boisson faite avec les dattes 
macérées dans l'eau. 

2° Les liqueurs fortes dans l'Écriture. — Le via et les 
liqueurs enivrantes furent défendus à Aaron et à ses fils, 
Lev., x, 9, à celui qui faisait le vœu du nazirat, Num., 
vi, 3, à la mère de Samson, Jud., xm, 4, 7, 14, et à saint 
Jean-Baptiste. Luc, i, 15. Les Hébreux n'en burent 
point au désert. Deut., xxix, 6. Il leur était loisible 
d'en boire dans les festins, spécialement dans ceux qui 
accompagnaient le paiement des dîmes. Deut., xiv, 26. 
Il était conseillé de donner des liqueurs fortes à celui 
qui allait périr, afin d'atténuer sa sensibilité à la souf- 
france, Prov., xxxi, 6, et en général, d'après le parallé- 
lisme, à quiconque se trouvait dans une grande affliction, 
afin de le remonter. Cf. Marc, xv, 23. A une certaine 
époque, on abusa beaucoup des liqueurs enivrantes, 
qui engendrent le tumulte. Prov., xx, 1. Isaïe, v, 11, 
maudit les buveurs de boissons fortes; il accuse les 
prêtres, les prophètes et les chefs du peuple de se 
livrer à «et excès, ls., xxvin, 7; lvi, 12, et il leur prédit 
que, quand le châtiment va arriver, ils trouveront ces 
liqueurs bien amères, Is.,xxrv,9, et qu'ils chancelleront 



alors, même sans en avoir bu. Is., xxrx, 9. Miellée, 
il, 11, se moquant des prophètes de mensonge, dit. 
au peuple : « Qu'on vous parle de vin et de liqueur 
forte, et l'on est votre prophète ! » Voir Ivresse, t. ni, 
col. 1048. H. Lesètre. 

LIS (hébreu : SûSan deux fois, et sôëân deux fois; au 
pluriel Sôsannîni neuf fois, et à la forme féminine Sô- 
Sanndh, quatre fois ; Septante : xpîvov ; Vulgate : lilium), 
fleur et motif d'architecture. 

I. Description.— Entre toutes les Liliacées auxquelles 
il a donné son nom, le genre Lilium se distingue par 
son port majestueux qu'il doit à sa tige élancée et 
leuillée jusqu'au sommet, où elle se termine par une 
grappe de larges fleurs. Le type du genre, Lilium can- 
didum de Linné (fig. 91), est le seul de ses congénères- 




91. — Lilium candidum. 

dont les pétales soient d'un blanc pur avec une cour- 
bure légère à l'extrémité. Chez tous les autres, ces mêmes 
organes sont fortement révolutés avec des nuances pour- 
pres ou dorées. De son bulbe écailleux et jaunâtre 
monte une tige entièrement glabre ainsi que les nom- 
breuses feui-les dont elle est revêtue et qui vont en 
diminuant de taille progressivement. Les fleurs, d'une 
odeur suave, sont portées par des pédoncules dressés à 
sommet légèrement incliné. Les anthères oscillantes 
sont gorgées d'un pollen jaune abondant. Cette belle 
plante, cultivée partout, semble parfaitement spontanée 
sur les pentes du Liban. F. Hy. 

II. Exégèse. — 1° Fleur. — D'après les textes bibli- 
ques, le sôsân est une fleur qui croit dans les vallées, 
Cant., il, 1; dans les prairies où les bergers font paître 
leurs troupeaux, Cant., n, 16; vi, 3 (Vulgate, 2); dans les 
champs où broutent les gazelles, Cant., iv, 5; dans les 
jardins, Cant., vi 2 (Vulgate, 1); il vient en grande abon- 
dance, si bien qu'on lui compare Israël qui se multiplie 
et refleurit après l'exil, Ose., xrv, 6; il pousse même 



283 



LIS 



284 



•au milieu des épines, Cant., n, 2; le long des eaux 
courantes, Eccli., I, 8; il est d'une couleur éclatante, 
probablement rouge, d'après Cant., vu, 2, 3 et v, 13; 
quoique quelques-uns voient dans ce dernier passage 
une allusion à son parfum comparé à la myrrhe; en 
■fleurissant, il répand une odeur délicieuse, Eccli., xxxix, 
15; le Nouveau Testament, Matth., vi, 38-39; Luc, xn, 
27-28, fait allusion à la richesse de son coloris, près 
duquel pâlissent les vêtements royaux de Salomon. Quelle 
est la fleur de Palestine qui répond à toutes ces condi- 
tions? 

Les Targums et beaucoup d'auteurs rabbiniques tien- 
nent pour la rose, d'autres pour la violette. Mais les 
exégètes sont maintenant d'accord à voir dans le sûSan 
une fleur de la famille des Liliacées, ou d'apparence 
semblable. Si l'on cherche à préciser, la pensée se porte 
naturellement sur le lis blanc ; la traduction de la Vul- 
-gate, les applications mystiques du Cantique des Can- 
tiques y inclinent l'esprit. Mais la plupart des exégètes 
l'écartent, soit parce qu'il n'existe pas en Palestine, ou 
eu moins y est rare, soit parce qu'en grec le lis blanc ne 
se dit pas xpîvov, mais Xeîpiov. 

Le lis blanc est connu en Orient depuis les temps les 
plus anciens. :. on le trouve parfaitement sculpté sur des 
bas-reliefs assyriens (fig. 92), conservés au British Mu- 
séum (n. 76 et 72). G. Rawlinson, The ftve great mo- 
narchies, 2 e édit.,4871, t. i, p. 354. De nos jours, il 
abonde dans certaines parties du Liban, comme dans 
la région voisine de Ghazir en Kesroan, P. Julien, 
L'Egypte, in-8°, Lille, 1891, p. 280, et aussi près de Sidon 
■et de Tyr; mais il paraît être rare maintenant dans la 
Galilée et plus encore dans le reste de la Palestine. 
Sans doute il ne serait pas impossible qu'il y fût autrefois 
plus abondant : on ne saurait toutefois actuellement le 
prouver. Cette condition remplie, et quelques exégètes 
croient qu'elle l'est suffisamment, tous les traits de 
l'Écriture, à leur avis, lui conviendraient parfaitement. 
L. Fonck, Streifzûge durch die Biblische Flora, in-8», 
Fribourg-en-Brisgau, 1900, p. 53-77. D'ailleurs, les lis 
blancs Xeipia sont appelés <7oû<ra (susan) par les Phéni- 
ciens, dit VEtymologium magnum, au mot atâaa.. En 
Espagne le lis blanc se nomme Açuçena, mot d'im- 
portation arabe, alsusen. Il reste cependant des diffi- 
cultés, par exemple : le lis blanc peut sans doute 
s'appeler le lis des champs par opposition au lis des 
jardins; mais il ne convient guère de nommer lis 
des vallées une fleur qui croît surtout sur les hauteurs. 
Son habitat n'est pas non plus au bord des eaux. Enfin 
la comparaison que fait Notre-Seigneur du lis avec les 
vêtements royaux de Salomon éveille l'idée d'une couleur 
comme le rouge plutôt que le blanc. Ces raisons ont 
porté les exégètes à chercher une autre fleur qui rem- 
plisse les conditions. Les uns se sont arrêtés à l'ané- 
mone, Anémone coronaria, qui couvre les champs de 
la Galilée, H. B. Tristram, The nalural History of the 
Bible, in-&», Londres, 1889, p. 464; voir Anémone, t. i, 
col. 574; d'autres au glaïeul, G. Post, Flora of Syria, 
Palestine and Sinai, in-8», Beyrouth js. d.), p. 773; au 
lotus, J. Kitto, A Cyclopœdia of Biblical Lilerature, 
3° édit., Londres, 1866, t. m, p. 845; à la couronne im- 
périale, P. Souciet, Recueil de dissertations critiques 
sur les endroits difficiles de VÉcriture Sainte et sur 
dès matières qui ont rapport à l'Écriture, in-4°, Paris, 
1715, p. 158, etc. 

Pour résoudre celte difficulté de détermination, il est 
important de remarquer que chez les anciens, comme 
du reste chez nous encore parmi le peuple, les noms de 
plantes n'ont pas toujours une acception précise. Ainsi 
chez les Grecs, si le mot Xeîptov a un sens assez déter- 
miné et désigne le lis blanc (quelquefois cependant il 
s'applique au narcisse), le mot plus fréquemment em- 
ployé, xpfvov, a un sens plus général et embrasse avec le 
lis orangé plusieurs autres espèces de plantes. Dios- 



coride, m, 116, qui identifie le <roi3<nvov avec le Xec'pivov 
xpivov, range aussi parmi les xpt'vov la fritillaire impé- 
riale. Hérodote, n, 92, donne le nom de lis, xpivov, au né- 
nuphar blanc ou lotus. Chez les Sémites non plus le mot 




92. — Le lis sur les monuments assyriens. 

D'après C. Rawlinson, The ftve great monarchies, 1871, 
X. I, p. 354. 

susan n'a pas d'acception bien précise. Peut-être leur 
venait-il de l'Egypte où le mot susin désigne le lotus 
blanc. En ce cas il aurait ordinairement changé cette 
signification primitive. Du reste le nom peut avoir pour 
origine en Egypte, comme chez les Sémites, le nombre 
six commun à ces peuples, sans doute à cause du nom- 
bre des pétales de la fleur. Le lis blanc, qui était certai- 
nement connu en Egypte, V. Loret, Études de botanique 
égyptienne, dans Recueil de travaux relatifs à la philol. 
et archéol. égypt., t. xv, in^i°, 1895, p. 185, et servait 
à fabriquer des parfums célèbres, portait un nom diffé- 
rent de susin, « le lotus; » c'est peut-être houruru (cf. 
Xe/piov). Quoi qu'il en soit, le terme arabe susan com- 
prend non seulement le lis, mais, d'après Delille et 
Schweinfurth, le Pancratium Maritimum ou lis Ma- 
thiole, et d'après Ascherson, Die Herkunft des Namens 
Lilium convallium, dans Naturwiss. Wochenschrifl, 
t. ix, 1894, p. 310, l'iris bleu, etc. Cf. Ibn El-Beïthar, 
Traité des simples, dans Notices et extraits des mss. de 
la Biblioth. nation., t. xxv, l re part., 1881, p. 307. Ce 
mot a donc une assez grande élasticité. Il en était ainsi 
probablement pour le sùSan hébreu, il devait embrasser 
plusieurs espèces de plantes de la famille des liliacées, 
des iridées, des amaryllidées, des fritillaires, etc., comme, 
dans le langage vulgaire, nous donnons le nom de lis 
à diverses fleurs, le lis des eaux ou des étangs ou Né- 
nuphar, le lis des vallées ou Muguet, le lis de Saint- 
Jacques ou Amaryllis fortnosissima, le lis d'Espagne 
ou Iris Xyphium, le lis mathiole ou Pancratium mari- 
timum, etc. Ces fleurs, lis, iris, glaïeul répondent dans 
leur ensemble par leur coloris et leur parfum, aux carac- 
tères bibliques du sûsan. Faut-il y faire rentrer une 
plante d'une famille plus éloignée, l'Anémone corona- 
ria? Par son riche coloris et par son abondance dans 
les champs de la Palestine, elle répond à la plus grande 
partie des conditions bibliques. On objecte cependant 
que, contrairement aux autres plantes mentionnées ci- 
dessus, elle n'a pas le parfum que réclament les textes, 
Cant., v, 13, et Eccli., xxxix, 19, mais la comparaison 



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LIS — LIT 



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de Cant., v, 13, s'applique plus probablement à la cou- 
leur des lèvres de l'épouse qu'au parfum de myrrhe 
qu'elles distillent et celle de l'Ecclésiastique aux fleurs; 
« portez des fleurs comme le lis. » On ignore de plus, 
jusqu'à présent quel est, ians ce dernier passage, le mot 
hébrsu qui est traduit par xpivov et lilium. — Voir Cel- 
sius, Hierobotanicon, t. I, p. 383-392; H. B. Tristram, 
The natural History of the Bible, p. 462-465; L. Fonck, 
Streifzûge durch die Biblische Flora, ïn-8°, Fribourg, 
1900, p. 53-77, et dans les Stimmen aus Maria-Laach, 
t. liv (1898), p. 151-168. 

Le nom de Susanne est un nom propre formé du 
nom du lis biblique, de même que nous voyons dans la 
vallée du Nil plusieurs Égyptiens hommes ou femmes 
porter le nom semblable de susin, lis d'eau ou lotus. 
J. Lieblein, Dictionnaire des noms hiéroglyphiques, 
in-8», Christiania, 1871, n. 320, 1848, 1916, et supplé- 
ment, 426. 

2° Motif d'architecture. — Les chapiteaux des deux 
colonnes de bronze et la coupe de la mer d'airain étaient 
en façon de suSan ou sôSan, III Reg., vu, 19, 22, 26; de 
sôsannak. II Par., rv, 5. Les Septante ont rendu là aussi 
ce mot par xpt'vov et la Vulgate par lilium. On sait que 
les Juifs dans leur architecture ont été tributaires des 
Égyptiens et des Phéniciens. Or, parmi les motifs de 
décoration des chapiteaux de l'art égyptien et phénicien, 
on n'a pas retrouvé la forme proprement dite du lis 
blanc, tandis qu'on voit fréquemment celle du lotus ou 
lis des eaux. Voir Colonnes du Temple, dans la planche 
en couleurs, la colonne de droite, t. n, col. 856. On peut 
voir dans M. de Vogué, Le temple de Jérusalem, in-f», 
Paris, 1864, p. 34 et planche xiv, un essai de restitution 
de ces chapiteaux qui, il est vrai, ne présente que très 
imparfaitement la forme du lotus. Il faut remarquer que 
l'art égyptien est entré à Jérusalem par l'intermédiaire 
des Phéniciens; l'architecte du temple de Salomon était 
de ce peuple. Aussi l'art phénicien avait pu modifier 
l'idée égyptienne de ces chapiteaux. MM. Perrot et Chi- 
piez, Histoire de l'art, t. îv, pi. vi et vu, en combi- 
nant l'art punique avec l'art égyptien, donnent un essai 
différent mais qui n'est pas à l'abri de tout critique. 
Voir t. il, col. 850. Voir Lotus. — Dans Judith, x, 3, la 
Vulgate place, après les bracelets, des lilia comme une 
parure. C'était sans doute un bijou en forme de lis ou 
■de lotus. — Dans les titres des Psaumes, il est fait 
mention du sosan : Ps. xlv (xliv), 1,-et lxix (lxviii),1, 
« sur les sôsannim, les lis; » lx (lix), 1, sur sûsan 
'êdûf, « le lis du témoignage; » et lxxx (lxxix), 1, sur 
les iôiannim 'êdùt, « les lis des témoignages. » Est-ce 
un Psaume à chanter sur les lis, premiers mots d'un 
■chant populaire connu? ou bien, moins probablement, 
un instrument de musique en forme de lis? On ne 
sait. Les Septante ont rattaché le mot à la racine sânâh, 
« changer, » et ont donné cette traduction difficile à expli- 
quer l-ûrcèp tôv âX\ot<o&ria'0[jsvwv, ce que la Vulgate a 
rendu littéralement par : pro Us qui commutabuntur, 
« pour ceux qui seront changés (par la venue du Messie, 
d'après l'explication des Pères). » E. Levesque. 

LIT (hébreu : yâsûa', massa', miskâb, mittâh, 'érés ; 
chaldéen : milkab; Septante : xXtv^, xoît>i, xXivc'Stov ; Vul- 
gate : cubile, lectus, lectulus, stratum, thorus), meuble 
disposé de telle manière qu'on puisse s'y étendre pour 
s'y reposer et dormir. 

I. Les lits destinés au sommeil. — 1» Les lits des 
anciens. — Ces lits étaient quelquefois montés sur quatre 
pieds, affectant la forme de pieds d'animaux (fig. 93). 
D'autres fois les lits de bois étaient eu menuiserie assez 
simple, et très semblables à nos lits ordinaires d'aujour- 
d'hui mais toujours élevés au-dessus du sol. Il en était 
ainsi à l'époque évangélique. Notre-Seigneur suppose 
^u'on peut mettre une lampe sous le lit. Marc, iv, 21; 
Luc, vm, 16. On montait donc au lit et on en descen- 



dait, ce qui s'appliquait plus particulièrement à un lit 
royal, comme celui d'Ochozias. IV Reg., i, 4, 6, 16. Voir 
t. n, fig. 173, col. 517. Le roi de Basan, Og, qui était un 
géant, avait, d'après l'interprétation commune, un lit en 
fer qui mesurait neuf coudées de long sur quatre de 




93. — Lits égyptiens. — Au-dessus du lit inférieur est placé le chevet 
sur lequel reposait la tête. A côté, est l'escabeau qui servait à 
monter sur le Ht. D'après Ch