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Full text of "Vigouroux, Dictionnaire de la Bible"

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DICTIONNAIRE 



DE LA BIBLE 



TOME PREMIER 

PREMIÈRE PARTIE 

A— ARMONI 



ENCYCLOPEDIE 

DES 



SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES 

RÉDIGÉE PAR 

LES SAVANTS CATHOLIQUES LES PLUS ÉMINENTS 
DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 



1° DICTIONNAIRE DE LA BIBLE 

Publié par F. VIGOUROUX, prêtre de Saint-Sulpice 

Ancien professeur à l'Institut catholique de Paris, Secrétaire de la Commission biblique. 



2° DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE 

Commencé sous la direction de A. VACANT, prof, au Sém. de Nancy, 
Continué sous celle de Eug. HANGENOT, professeur à l'Institut catholique de Paris. 



3° DICTIONNAIRE D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 

ET DE LITURGIE 

Publié par le R me dom Fern. CABROL, abbé de Farnborough et dom H. LECLERCQ. 



4° DICTIONNAIRE D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 

Publié par Mgr Alfred BAUDRILLART, recteur de l'Institut catholique de Paris, 
Albert VOGT, docteur es lettres, et Urbain ROUZIÈS. 



5° DICTIONNAIRE DE DROIT CANONIQUE 

(En préparation) 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 



CONTENANT 

TOUS LES KOMS DH PERSONNES, DE LIEUX, DE PLANTES, D'ANIMAUX 

MENTIONNÉS DANS LES SAINTES ÉCRITURES 

LES QUESTIONS THÉOLOGIQUES, ARCHÉOLOGIQUES, SCIENTIFIQUES, CRITIQUES 

RELATIVES A L'ANCIEN ET AU NOUVEAU TESTAMENT 

ET DES NOTICES SUR LES COMMENTATEURS ANCIENS ET MODERNES 

PUBLIÉ PAR 

F. VIGOUROUX 

/prêtre de saint-sulpice 
AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS 



DEUXIEME TIRAGE 



TOME PREMIER 



PREMIERE PARTIE 



A— ARMONI 







PARIS 

LETOUZEY ET ANE, ÉDITEURS 

76 bis , RUE DES SAINTS-PÈRES, 76 bis 



1912 



TOCS DROITS RESERVES 



Imprimatur 
Parisiis, die 28 Octobris 1891. 



f Franciscus, Card. RICHARD, 
Arch. Par. 



LEONI XIII PONT MAX- 

DE • RE • BIBEICA 

DEQVE • VNIVERSA- DOCTRIXA • SACRA 

EXI.MIE ■ MERITO 

HOC • OPVS 

IN • QVO • SVBSIDIIS ■ DISCIPLIXARVM • OMXIYM 

VOLVMEX • DIVIXVM • VIXDICATVR • ILLVSTRATVR 

Fvecranvs • VIGOVROVX • presb • svlpiciaxvs 

CVM • SOC IIS 

DEDICAT 

PATRONO • OPT1MO • SAPIEXTISSI.MO 



SANGTISSIMI DOMINI NOSTRI LEONIS DIVINA PROVIDENTIA PAP^E XIII 

LITTER^l ENCYCLICtfl 



DE STUDIIS SCRIPTUR^E SACREE 



(i) 



VENERABILIBUS FRATRIBUS 

PATRIARCHIS, PRIMATIBUS, ARCHIEPISCOPIS ET EPISCOPIS UNIVERSIS CATHOLICI ORBIS 

GRATIAM ET COMMUNIONEM CUM APOSTOLICA SEDE HABENTIBUS 

LEO PP. XIII 

VENERABILES FRATRES 
SALUTEM ET APOSTOLICAM BENEDICTIONEM 

Providentissimus Deus, qui humanum genus, admirabili caritatis consilio, ad 
consortium naturae divinse principio evexit, dein a communi labe exitioque eductum, 
in pristinam dignitatem restituit , hoc eidem propterea contulit singularo. praesidium , 



LETTRE ENCYCLIQUE 

DE NOTRE TRÈS SAINT PÈRE LÉON XIII PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE 



DE L'ÉTUDE DE LA SAINTE ÉCRITURE 



A TOCS NOS VÉNÉRABLES FRÈRES 

LES PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES, ÉVÊQUES DU MONDE CATHOLIQUE 

EN GRACE ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE 

LÉON XIII, PAPE 

VÉNÉRABLES FRÈRES 
SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE 

Dieu, qui dans sa Providence a, par un admirable dessein d'amour, élevé dès le commencement le genre 
humain à la participation de la nature divine , et qui , le délivrant ensuite de la tache commune et l'arra- 
chant à sa perte, l'a rétabli dans sa première dignité, lui a donné à cette fin un précieux secours, en lui 

(1) La première place, au frontispice de ce Dictionnaire, appartient de droit à ce document pontifical, qui 
«xpose avec une pleine autorité et une parfaite clarté la doctrine de l'Église sur les Saintes Écritures. Il doit être 
la règle de tous; il sera toujours notre guide. F. V. 



vin ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMVS 

ut arcaha divinitatis, sapientiae, miserieordiœ suœ supernaturali via patefaceret. Licet 
enim in divina revelatione res quoque comprehendantur quae humanae rationi inac- 
cessae non sunt, ideo hominibus revelatœ, ut ab omnibus expedite, firma certitudine 
et nullo admixto errore cognosci possint, non hac tamen de causa revelatio absolute 
necessaria dicenda est, sed quia Deus ex infinita bonitate sua ordinavit hominem ad 
finem supernaturalem (1). Quae supernaturalis revelatio, secundum universalis Ec- 
elesise fidem, continetur tum in sine scripto traditionïbus, tum etiam in iibris seriptis, 
qui appellantur sacri et canonici, eo quod Spiritu Sancto inspirante conscripti, Deum 
habent auctorem, atque ut taies ipsi Ecclesiœ traditi sunt (2). Hoc sane de utrius- 
que Testamenti Iibris perpetuo tenuit palamque professa est Ecclesia : eaque cognita 
sunt gravissima veterum documenta, quibus enuntiatur, Deum, prius per prophe- 
tas, deinde per seipsum, postea per apostolos locutum, etiam Scripturam condidisse, 
quae canonica nominatur (3), eamdemque esse oracula et eloquia divina (4), litteras 
esse , humano generi longe a patria peregrinanti a Pâtre caelesti datas et per auctores 
sacros transmissas (5). Jam, tanta quum sit prsestantia et dignitas Scripturarum, 
ut Deo ipso auctore confectae, altissima ejusdem mysteria, consilia, opéra com- 
plectantur, illud consequitur, eam quoque partem sacrae theologiae, quae in eisdem 
divinis Iibris tuendis interpretandisque versatur, excellentiae et utilitatis esse quam 
maximal. 

Nos igitur, quemadmodum alia quaedam disciplinarum gênera, quippe quae ad 
incrementa divinse gloriae humanaeque salutis valere plurimum posse viderentur, 
crebris epistolis et cohortationibus provehenda, non sine fructu, Deo adjutore, cura- 
vimus, ita nobilissimum hoc sacrarum Litterarum studium excitare et commendare r 



découvrant, par une voie surnaturelle, les secrets de sa divinité, de sa sagesse et de sa miséricorde. Car, 
bien que la divine révélation comprenne aussi des vérités qui ne sont pas inaccessibles à la raison humaine 
et qui ont été révélées aux hommes, afin qu'elles pussent être connues de tous facilement, en toute certi- 
tude et sans aucun mélange d'erreur, ce n'est pourtant pas de ce chef que la révélation doit être dite 
absolument nécessaire, mais parce que Dieu, dans son infinie bonté, a destiné l'homme à une fin 
surnaturelle. Cette révélation surnaturelle, selon la foi de l'Église universelle, est contenue, soit dans 
les traditions non écrites, soit aussi dans les livres écrits que l'on appelle saints et canoniques, parce 
qu'écrits sous l'inspiration de l'Esprit -Saint, ils ont Dieu pour auteur et ont été transmis comme 
tels à l'Eglise elle-même. 

Telle est la doctrine que l'Eglise n'a cessé de tenir et de professer publiquement au sujet des livres des- 
deux Testaments; et c'est l'enseignement bien connu de l'antiquité chrétienne que Dieu, ayant parlé par 
les prophètes d'abord, ensuite par lui-même, enfin par les apôtres, nous a donné aussi l'Écriture qu'on, 
appelle canonique , et que , dans cette Écriture , il nous faut voir des oracles et des discours divins , une 
lettre adressée par le Père céleste et transmise par les auteurs sacrés au genre humain voyageant loin de 
la patrie. 

Si telle est l'excellence et la dignité des Écritures, qu'ayant pour auteur Dieu lui-même, elles contiennent 
ses mystères, ses desseins, ses œuvres les plus augustes, il s'ensuit que la partie aussi de la théologie 
sacrée qui a pour objet la défense ou l'interprétation des mêmes divins Livres, est d'une excellence et 
d'une utilité souveraines. 

Aussi , après Nous être appliqué , avec le secours de Dieu et non sans succès , à favoriser, par de nom- 
breuses lettres et allocutions, le progrès de diverses sciences qui nous paraissaient intéresser davantage la 
gloire divine et le salut des hommes , voila déjà longtemps que Nous songions à faire de cette noble étude 
des Saintes Lettres l'objet de Nos exhortations et de Nos encouragements, en lui donnant, en même temps, 

(1) Conc. Vat., sess. III, cap. n, De revel. — (2) Ibid. — (3) S. Aug., De Civ. Dei, xi, 3. — (4) S. Clem. Rom., 
1 ad Cor., 45; S. Polycarp., Ad Phil., 7; S. Iren., Contra tuer., h, 28, 2. — (5) S. Chrys., In Gen. hom. n, 2; 
S. Aug., In P$. xxx, serin, n, 1; S. Greg. M., Ad Theod. ep. rv, 31. 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS - ix 

atque etiam ad temporum nécessitâtes congruentius dirigere jamdiu apud Nos cogi- 
tamus. Movemur nempe ac prope impellimur sollicitudine Apostolici muneris, non 
modo ut hune prseclarum catholicae revelationis fontem tutius atque uberius ad utili- 
tatem dominici gregis patere velimus, verum etiam ut eumdem ne patiamur ulla in 
parte violari, ab iis qui in Scripturam sanctam, sive impio ausu invehuntur aperte, 
sive nova quœdam fallaciter imprudenterve moliuntur. 

Non sumus equidem nescii, Venerabiles Fratres, haud paucos esse e catholicis, 
viros ingenio doctrinisque abundantes, qui ferantur alacres ad divinorum Librorum 
vel defensionem agendam vel cognitionem et intelligentiam parandam ampliorem. At 
vero, qui eorum operam atque fructus merito collaudamus, facere tamen non possu- 
mus quin ceteros etiam, quorum sollertia et doctrina et pietas optime hac in re polli- 
centur, ad eamdem sancti propositi laudem vehementer hortemur. Optamus nimirum 
et cupimus, ut plures patrocinium divinarum Litterarum rite suscipiant teneantque 
constanter; utque illi potissime, quos divina gratia in sacrum ordinem vocavit, majo- 
rem in dies diligentiam industriamque iisdem legendis, meditandis, explanandis, quod 
aequissimum est, impendant. 

Hoc enimvero studium cur tantopere commendandum videatur, praeter ipsius proa- 
stantiam atque obsequium verbo Dei debitum, praecipua causa inest in multiplici uti- 
litatum génère , quas inde novimus manaturas , sponsore certissimo Spiritu Sancto : 
Omnis Scriptura divinitus inspirata, utilis est ad docendum, ad arguendum, ad 
corripiendum , ad erudiendum in justitia, ut perfectus sit homo Dei, ad omne opus 
bonum instructus (1). Tali sane consilio Scripturas a Deo esse datas hominibus, 
exempla ostendunt Christi Domini et Apostolorum. Ipse enim qui « miraculis conci- 
liavit auctoritatem, auctoritate meruit fidem, fide contraxit multitudinem (.2) », ad 



une direction mieux appropriée aux nécessités des temps. Nous sentons, en effet, la sollicitude de Notre 
charge apostolique qui Nous engage, et en quelque sorte Nous pousse, non seulement à vouloir que 
cette précieuse source de révélation catholique s'ouvre plus sûrement et plus largement pour l'utilité du 
troupeau du Seigneur, mais encore à ne pas souffrir qu'elle soit altérée en aucune de ses parties, soit par 
ceux dont l'audace impie s'attaque ouvertement à la Sainte Ecriture, soit par ceux qui introduisent dans son 
étude des nouveautés erronées ou imprudentes. 

Certes, nous n'ignorons pas, Vénérables Frères, qu'il y a beaucoup de catholiques, éminents par l'esprit 
et le savoir, qui se consacrent avec ardeur, soit à défendre les Livres Saints, soit à en développer la 
connaissance et l'intelligence. Mais, tout en louant à bon droit leurs travaux et les résultats qu'ils obtiennent, 
Nous ne pouvons pourtant Nous dispenser d'adresser à tous ceux aussi dont le talent , la doctrine et la piété 
donneraient à cet égard de si belles espérances , l'exhortation pressante de s'appliquer à une si glorieuse 
tâche. Oui, c'est Notre vœu et Notre désir, de voir s'augmenter le nombre de ceux qui entreprennent comme il 
convient et soutiennent avec constance la cause des Saintes Lettres; mais ce sont particulièrement ceux que 
la grâce divine a appelés dans les ordres sacrés que Nous voudrions voir apporter, comme il est bien naturel, 
à la lecture , à la méditation et à l'explication de ces Livres, un soin et un zèle de jour en jour plus grands. 

Ce qui rend cette étude digne à ce point de recommandation, c'est principalement, outre son excellence 
et le respect dû à la parole de Dieu , la multiplicité des avantages qui en découlent et dont nous avons pour 
gage assuré le témoignage de l'Esprit-Saint : Toute l'Écriture, divinement inspirée, est utile pour instruire, 
pour convaincre, pour reprendre, pour façonner à la justice, afin que l'homme de Dieu soit parfait, 
armé pour toute bonne œuvre. C'est dans ce dessein que Dieu a donné aux hommes les Écritures; les- 
exemples de Notre -Seigneur Jésus-Christ et des Apôtres le montrent. Celui-là même, en effet, qui, « par 

(1) II Tim., ni, 16-17. — (2) S. Aug., De util, cred., xiv, 32. • ' 



x ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 

sacras lutteras, in divinae suae legationis munere, appellare consuevit : nam per occa- 
sionem ex ipsis etiam sese a Deo missum Deumque déclarât; ex ipsis argumenta petit 
ad discipulos erudiendos, ad doctrinam confirmandam suam; earumdem testimonia 
et a calumniis vindicat obtrectantium , et Sadducaeis ac Pharisaeis ad coarguendum 
opponit, in ipsumque Satanam, impudentius sollicitantem , retorquet; easdemque sub 
ipsum vitae exitum usurpavit, explanavitque discipulis redivivus, usque dum ad Patris 
gloriam ascendit. 

Ejus autem voce praeceptisque Apostoli conformati, tametsi dabat ipse signa et 
prodigia fieri per manus eorum (1), magnam tamen efficacitatem ex divinis traxerunt 
Libris, ut christianam sapientiam late gentibus persuadèrent, ut Judaeorum pervica- 
ciam frangèrent, ut haereses comprimèrent erumpentes. Id apertum ex ipsorum con- 
cionibus, in primis Beati Pétri, quas, in argumentum firmissimum praescriptionis 
novae, dictis Veteris Testamenti fere contexuerunt; idque ipsum patet ex Matthaei et 
Joannis Evangeliis atque ex Catholicis, quae vocantur, epistolis; luculentissime vero 
ex ejus testimonio qui « ad pedes Gamalielis Legem Moysi et Prophetas se didicisse 
gloriatur, ut armatus spiritualibus telis postea diceret confidenter : Arma militias 
nostrse non carnalia sunt, sed potentia Deo (2) ». 

Per exempla igitur Christi Domini et Apostolorum omnes intelligant, tirones prae- 
sertim militiae sacrae, quanti faciendae sint divinae Litterae, et quo ipsi studio, qua 
religione ad idem veluti armamentarium accedere debeant. Nam catholicaa veritatis 
doctrinam qui habeant apud doctos vel indoctos tractandam, nulla uspiam de Deo, 
suramo et perfectissimo bono, deque operibus gloriam caritatemque ipsius proden- 
tibus, suppetet eis vel cumulatior copia vel amplior praedicatio. De Servatore autem 
humani generis nihil uberius expressiusve quam ea, quae in universo habentur Biblio- 



ses miracles acquit l'autorité, par l'autorité mérita la foi et par la foi gagna la multitude », avait coutume, 
dans l'exercice de sa mission divine, d'en appeler aux Saintes Ecritures : c'est par elles qu'il montre, 
à l'occasion , qu'il est envoyé de Dieu et Dieu lui - même ; c'est à elles qu'il emprunte des arguments pour 
instruire ses disciples et appuyer sa doctrine ; c'est leur témoignage qu'il invoque contré les calomnies de 
ses adversaires, qu'il oppose en réponse aux Sadducéens et aux Pharisiens, et qu'il retourne contre Satan 
lui-même et contre l'impudence de ses sollicitations; c'est encore à elles qu'il recourt à la fin de sa vie, 
les expliquant à ses disciples après sa résurrection , jusqu'au jour où il monte dans la gloire de son Père. 

Les Apôtres se sont conformés à la parole et aux préceptes du Maître, et quoiqu'il leur eût donné le pou- 
voir de faire des prodiges et des miracles par leurs mains, ils ont tiré des Livres divins un puissant moyen 
d'action pour répandre au loin parmi les nations la sagesse chrétienne, pour briser l'obstination des Juifs, 
et pour étouffer les hérésies naissantes. C'est ce qui ressort de leurs discours et, en première ligne, de ceux 
de saint Pierre, discours composés presque entièrement des paroles de l'Ancien Testament comme étant 
l'appui le plus ferme de la loi nouvelle; c'est ce qui ressort aussi des Évangiles de saint Matthieu et de 
saint Jean, et des Épîtres appelées Catholiques, et plus évidemment encore du témoignage de celui qui 
« se glorifie d'avoir appris aux pieds de Gamaliel la loi de Moïse et les prophètes, et de s'y être muni des 
armes spirituelles qui lui donnaient ensuite la confiance de dire : Les armes de notre milice ne sont pas 
des armes charnelles, mais elles tiennent leur puissance de Dieu ». 

Par ces exemples de Notre-Seigneur Jésus-Christ et des Apôtres, que tous, mais surtout les jeunes soldats 
de la milice sacrée, comprennent bien quelle estime ils doivent avoir pour les Livres Saints, avec quel 
amour et quelle religion ils doivent y recourir comme à un arsenal. Nulle part, en effet, ceux qui ont à 
exposer, aux savants comme aux ignorants, la doctrine de la vérité catholique, ne trouveront, sur Dieu, 
le bien suprême et souverainement parfait, et sur les œuvres qui nous révèlent sa gloire et sa bonté, une 
matière plus riche et de plus amples enseignements. Quant au Sauveur du genre humain, quoi de plus 

(1) Act., xiv, 3. — (2) S. Hier., De studio Script., ad Paulin, ep. lut, 3. 



ENCYCLIQUE PROVIDENTÏSSIMUS xi 

rum contextu : recteque affirmavit Hieronymus, « ignorationem Seripturarum esse 
ignorationem Christi (1) » : ab illis nimirum exstat, veluti viva et spirans, imago 
ejus, ex qua levatio malorum, cohortatio virtutum, amoris divini invitatid mirifice 
prorsus diffunditur. Ad Ecclesiam vero quod attinet, institutio, natura, munera, chà- 
rismata ejus tam crebra ibidem mentione occurrunt, tam multa pro ea tamque firma 
prompta sunt argumenta, idem ut Hieronymus verissime edixerit : « Qui sacrarum 
Seripturarum testimoniis roboratus est, is est propugnaculum Ecclesise (2). » Quod 
si de vitge morumque conformatione et disciplina quaeratur, larga indidem et optima 
subsidia habituri sunt viri apostolici : plena sanctitatis praescripta, suavitate et vi 
condita hortamenta, exempla in omni virtutum génère insignia; gravissima accedit, 
ipsius Dei nomine et verbis, praemiorum in eeternitatem promissio, denunciatio 
pœnarum. 

Atque haec propria et singularis Seripturarum virtus, a divino afflatu Spiritus Sancti 
profecta, ea est quee oratori sacro auctoritatem addit, apostolicam praebet dicendi 
libertatem, nervosam victricemque tribuit eloquentiam. Quisquis enim divini verbi 
spiritum et robur eloquendo refert, ille non loquilur in sermone tantum, sed et in 
virtute et in Spirilu Sancto et in plenitudine multa (3). Quamobrem ii dicendi sunt 
praepostere improvideque facere, qui ita conciones de religione habent et praecepta 
divina enuntiant, nihil ut fere afferant nisi humanae scientiae et prudentiae verba, suis 
magis argumentis quam divinis innixi. Istorum scilicet orationem, quantumvis niten- 
tem luminibus, languescere et frigere necesse est, utpote quae igné careat sermonis 
Dei (4), eamdemque longe abesse ab illa, qua divinus sermo pollet virtute : Vivus 
est enim sermo Dei et efficax et penetràbilior omni gladio ancipiti , et pertingens 
usque ad divisionem animse ac spiritus (5). Quamquam, hoc etiam prudentioribus 



fécond et de plus expressif que ce que nous présente le tissu de la Bible entière, et n'est-ce pas à bon 
droit que saint Jérôme a pu dire que « ignorer les Ecritures, c'était ignorer le Christ »? C'est de ces Ecri- 
tures, en effet, que nous voyons ressortir son image, vivante en quelque sorte et animée, et dont le rayon- 
nement porte au loin d'une façon merveilleuse le soulagement dans le malheur, l'exhortation aux vertus et 
les invitations de l'amour divin. En ce qui concerne l'Eglise , si fréquente s'y voit la mention de son institu- 
tion, de sa nature, de sa mission, de ses dons; si nombreux et si forts s'y produisent les arguments en sa 
faveur, que le même saint Jérôme a pu dire en toute vérité : « Quiconque a été fortifié par les témoignages 
des Écritures, celui-là est le rempart de l'Église. » Que si l'on cherche des règles pour la formation de la 
vie et des mœurs, c'est encore là que les hommes apostoliques trouveront les secours les plus abondants 
et les plus puissants : prescriptions pleines de sainteté , exhortations empreintes à la fois de douceur et de 
force,, exemples remarquables de toutes sortes de vertus; et à tout cela se joignant, au nom de Dieu 
lui-même et sur sa propre parole, la promesse des récompenses et la menace des peines éternelles. 

C'est cette vertu propre et singulière des Écritures, provenant du souffle divin du Saint-Esprit, c'est 
elle qui donne l'autorité à l'orateur sacré, inspire la liberté apostolique de sa parole et communique à son 
éloquence le nerf de l'efficacité. Celui, en effet, qui porte dans son discours l'esprit et la force de la parole 
divine, celui-là ne parle pas seulement en discours, mais en puissance, et par l'Esprit- Saint, en toute 
plénitude. Aussi doivent-ils être regardés comme bien inconsidérés et mal inspirés, les prédicateurs qui, 
ayant à parler de la religion et des préceptes divins, n'apportent presque rien que les paroles de la science 
et de la prudence humaine et s'appuient sur leurs propres arguments plus que sur les arguments divins. 
En effet, quelque brillante que soit l'éloquence de tels orateurs, elle est nécessairement languissante et 
froide, étant privée du feu de la parole de Dieu, et elle est bien loin de cette puissance que possède 
la parole divine : car la parole de Dieu est vivante, elle est efficace et pénétrante plus qu'aucun glaive 
à deux tranchants, pénétrant jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit. D'ailleurs, et les plus habiles 

(1) JnJs., Prol. - (2) In Is., uv,.12. - (3) I Thess., i, 5. — (4) Jer., xxm, 29. — (5) Hebr., iy, 12. 



xii ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMVS 

assentiendum est, inesse in sacris Litteris mire variam et uberem magnisque dignam 
rébus eloquentiam : id quod Augustinus pervidit diserteque arguit (1), atque res 
ipsa confirmât praestantissimorum in oratoribus sacris, qui nomen suum assidua? 
Bibliorum consuetudini piaeque meditationi se praecipue debere, grati Deo affir- 
marunt. 

Quae omnia SS. Patres cognitione et usu quum exploratissima haberent, nunquam 
cessarunt in divinis Litteris earumque friictibus collaudandis. Eas enimvero crebris 
lotis appellant vel thesaurum locupletissimum doctrinarum caelestium (2), vel 
perennes fontes salutis (3), vel ita proponunt quasi prata fertjlia et amœnissimos 
hortos, in quibus grex dominicus admirabili modo reliciatur et delectetur (4). Apte 
cadunt illa S. Hieronymi ad Nepotianum clericum : « Divinas Scripturas saepius 
lege, imo nunquam de manibus tuis sacra lectio deponatur; disce quod doceas:... 
sermo presbyteri Scripturarum lectione conditus sit (5); j> convenitque sententia 
S. Gregorii Magni, quo nemo sapientius pastorum Ecclesiae descripsit munera : 
e Necesse est, inquit, ut qui ad officium praédicationis excubant, a sacrai lectionis 
studio non recédant (6).» 

Hic tamen libet Augustinum admonentem inducere, « Verbi Dei inanem esse 
forinsecus praedicatorem , qui non sit intus auditor (7), » eumque ipsum Gregorium 
sacris concionatoribus praecipientem, « ut in divinis sermonibus, priusquam aliis eos 
proférant, semetipsos requirant, ne insequentes aliorum facta se deserant (8). » Sed 
hoc jam, ab exemplo et documente Christi, qui cœpit facere et docere, vox apostolica 
late praemonuerat, non unum allocuta Timotheum, sed omnem clericorum ordinem, 



eux-mêmes doivent en convenir, il existe dans les Saintes Lettres une éloquence admirablement variée, 
riche et en rapport avec la grandeur du sujet : c'est ce que saint Augustin a compris et parfaitement prouvé, 
et c'est aussi ce que confirme l'expérience des orateurs sacrés les plus célèbres qui, avec un sentiment 
de reconnaissance envers Dieu, ont proclamé qu'ils devaient principalement leur gloire à la fréquentation 
assidue et à la pieuse méditation de la Bible. 

Convaincus de tout cela et par la théorie et par l'expérience, les Saints Pères n'ont jamais cessé de 
célébrer les divines Ecritures et les fruits qu'on en peut tirer. Dans maint passage de leurs œuvres, ils les 
appellent le très riche trésor des doctrines célestes, les fontaines intarissables du salut; ils les comparent 
à des prairies fertiles, à de délicieux jardins dans lesquels le troupeau du Seigneur trouve, d'une façon 
merveilleuse, l'aliment qui le nourrit et l'attrait qui le charme. N'est-ce pas le cas de rappeler ces paroles 
de saint Jérôme au clerc Népotien : « Lis souvent les Saintes Ecritures, ou, plutôt, que jamais ce livre 
sacré ne sorte de tes mains; apprends ce que tu devras enseigner:... que la parole du prêtre soit toujours 
nourrie de la lecture des Ecritures. » Pareil aussi est le jugement de saint Grégoire le Grand , qui a défini 
plus sagement que personne les devoirs des pasteurs de l'Eglise : « Il est nécessaire, dit- il, que ceux 
qui s'appliquent au ministère de la prédication ne cessent jamais d'étudier les Saints Livres. » 

Mais il Nous plaît de citer saint Augustin, nous avertissant que « celui-là tentera vainement de mani- 
fester au dehors la parole de Dieu , qui ne l'aura pas écoutée au dedans de lui - même , » et le même saint 
Grégoire prescrivant aux orateurs sacrés d'être fidèles « à se chercher eux-mêmes dans les divins oracles, 
avant de les porter devant les autres, de peur qu'en poursuivant les actes d'autrui, ils ne s'abandonnent 
eux-mêmes ». Déjà, d'ailleurs, suivant l'exemple et l'enseignement du Christ, qui commença par agir pour 
enseigner ensuite, la voix de l'Apôtre avait porté au loin cet avertissement, quand s'adressant, non pas au 
seul Timothée, mais à l'ordre entier des clercs, il lui prescrivait : Veille sur toi et sur la doctrine , et 

(1) De doct. chr., n, 6, 7. — (2) S. Chrys., In Gen. hom. xxi, 2; hom. lx, 3; S. Aug., De discipl. chr., 2. 

— (3) S. Athan., Ep. fest. 39. — (4) S. Aug., Serm. xxvi, 2i; S. Ambr., In Ps. cxvni, serm. xrx, 2. — 
(5) S. Hier., De vit. cleric. ad Nepot. — (6) S. Greg. M., Regul. past., u, M (al. 22); Moral., xvin, 26 (al. ii). 

— (7) S. Aug., Serm. cuuux, 1. — (8) S. Greg. M., Regul. pont., m, 2* (al. 48). 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS xm 

eo mandater: Attende tibi et doctrinse, insta in Mis; hoc enim faciem, et teipsum 
salvum faciès, et eos qui te audiunt (1). Salutis profecto perfectionisque et propriae 
et aliénée eximia in sacris Litteris preesto sunt adjumenta, copiosius in Psalmis cele- 
brata; iis tamen, qui ad divina eloquia, non solum mentem afferant docilem atque 
attentam, sed intégrée quoque piaeque habitum voluntatis. Neque enim eorum ratio 
librorum similis atque communium putanda est ; sed , quoniam sunt ab ipso Spiritu 
Sancto dictati, resque gravissimas continent multisque partibus reconditas et diffici- 
liores, ad illas propterea intelligendas exponendasque semper ejusdem Spiritus « indi- 
gemus adventu (2) j, hoc est lumine et gratia ejus : quae sane, ut divini Psaltae 
fréquenter instat auctoritas, humili sunt precatione imploranda, sanctimonia vitee 
custodienda. 

Praeclare igitur ex his providentia excellit Ecclesiae, quae, ne cselestis Me sacrorurn 
Librorum thésaurus, quem Spiritus Sanctus summa liberalitale hominibus tradidit, 
neglectus jaceret (3) , optimis semper et institutis et legibus cavit. Ipsa enim consti- 
tua, non solum magnam eorum partem ab omnibus suis ministris in quotidiano sacrae 
psalmodiée officio legendam esse et mente pia considerandam, sed eorumdem exposi- 
tionem et interpretationem in ecclesiis cathedralibus, in monasteriis, in conventibus 
aliorum regularium, in quibus studia commode vigere possint, per idoneos viros 
esse tradendam; diebus autem saltem dominicis et festis solemnibus fidèles saluta- 
ribus Evangelii verbis pasci, restricte jussit (4). Item prudentiae debetur diligen- 
tiaeque Ecclesiee cultus ille Scripturae Sacrae per aetatem omnem vividus et plurimae 
ferax utilitatis. 

In quo, etiam ad firmanda documenta hortationesque Nostras, juvat commemorare 
quemadmodum a religionis christianae initiis, quotquot sanctitate vitae rerumque 



fais-le avec insistance; car, en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même avec ceux qui t' écouteront. 
Nous trouvons, en effet, dans les Saintes Lettres et surtout dans les Psaumes, soit pour notre salut et 
notre perfection , soit pour le bien des autres , des secours toujours prêts ; mais pour cela , il faut appor- 
ter aux divins oracles non seulement un esprit docile et attentif, mais la disposition d'une volonté pieuse 
et parfaite. Car il ne faudrait pas assimiler ces livres aux livres ordinaires. Dictés par l'Esprit -Saint 
lui-même, ils contiennent des vérités de la plus haute importance, et, par beaucoup de côtés, obscures 
et difficiles : ce qui fait que, pour les comprendre et les exposer, nous avons toujours « besoin de l'assis- 
tance » de ce même Esprit, c'est-à-dire de sa lumière et de sa grâce, qui, suivant la recommandation 
pressante que nous en a fait si souvent le divin Psalmiste, doivent être implorées par l'humilité de la 
prière et conservées par la sainteté de la vie. 

Et c'est en ceci qu'apparaît merveilleusement la prévoyance de l'Eglise, qui, •pour empêcher que ce 
céleste trésor des Livres Saints, que la souveraine libéralité de l'Esprit-Saint a livré aux hommes, restât 
négligé, a multiplié par ses institutions et ses lois les plus sages précautions. Elle ne s'est pas contentée 
d'établir qu'une grande partie en serait lue et pieusement méditée par tous les ministres dans l'office 
quotidien de la sainte psalmodie ; mais elle a voulu que l'exposition et l'interprétation en fût faite par des 
hommes compétents dans les églises cathédrales, dans les monastères, dans les couvents des autres 
réguliers, où les études peuvent aisément fleurir; d'autre part, elle a rigoureusement prescrit qu'au moins 
les dimanches et les jours de fêtes solennelles tous les fidèles fussent nourris des paroles salutaires 
de l'Évangile. Ainsi, grâce à la sagesse et à la vigilance de l'Église, ce culte de la Sainte Écriture s'est 
maintenu vivant à travers les âges et fécond en multiples bienfaits. 

Et , pour confirmer sur ce point Notre enseignement et Nos exhortations , il Nous plaît de rappeler 
comment, dès les premiers jours du christianisme, tous les hommes qui brillèrent par la sainteté de leur 

(1) I Tim., iv, 16. — (2) S. Hier., In Mich., i, 10. — (3) Conc. Trid., sess. V, Décret, de reform., 1. — 
(4) Jbid., 1-2. 



XIV ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 

divinarum scientia floruerunt, ii sacris in Litteris multi semper assiduique fuerint. 
Proximos Apostolorum discipulos, in quibus Glementem Romanum, Ignatium Antio- 
chenum, Polycarpum, tum Apologetas, nominatim Justinum et Irenaeum, videmus 
epistolis et libris suis, sive ad tutelam sive ad commendationem pertinerent catholi- 
corum dogmatum, e divinis maxime Litteris fidem, robur, gratiam omnem pietatis 
arcessere. Scholis autem catecheticis ac theologicis in multis sedibus episcoporum 
exortis, Alexandrina et Antiochena celeberrimis, quae in eis habebatur institutio, non 
alia prope re, nisi lectione, explicatione, defensione divini verbi scripti continebatur. . 
Inde plerique prodierunt Patres et scriptores, quorum operosis studiis egregiisque 
libris consecuta tria circiter saecula ita abundarunt, ut aetas biblicae exegeseos aurea 
jure ea sit appellata. 

Inter orientales principem locum tene{ Origenes, celeritate ingenii et laborum 
constantia admirabilis, cujus ex plurimis scriptis et immenso Hexaplorum opère dein- 
ceps fere omnes hauserunt. Adnumerandi plures, qui hujus disciplinae fines ampli- 
ficarunt : ita, inter excellentiores tulit Alexandria Glementem, Cyrillum; Palaestina 
Eusebium, Cyrillum alterum; Gappadocia Basilium Magnum, utrumque Gregorium, 
Nazianzenum et Nyssenum ; Antiochia Joannem illum Chrysostomum , in quo hujus 
peritia doctrinae cum summa eloquentia certavit. Neque id praeclare minus apud 
occidentales. In multis qui se admodum probavere, clara Tertulliani et Gypriani 
nomina, Hilarii et Ambrosii, Leonis et Gregorii Magnorum; clarissima Augustini et 
Hieronymi : quorum alter mire acutus exstitit in perspicienda divini verbi sententia, 
uberrimusque in ea deducenda ad auxilia catholicae veritatis , alter a singulari Biblio- 
rum scientia magnisque ad eorum usum laboribus, nomine Doctoris maximi praeconio 
Ecclesiae est honestatus. 

Ex eo tempore ad undecimum usque sseculum, quamquam hujusmodi contentio 



vie et la science des choses divines se sont toujours montrés fervents et assidus dans la fréquentation des 
Saints Livres. Si les plus proches disciples des Apôtres, et parmi eux Clément de Rome, Ignace d'Antioche, 
Poly carpe, si les Apologistes ensuite, et nommément Justin et Irénée, ont entrepris, dans leurs lettres ou 
dans leurs livres, soit la défense, soit la propagation des dogmes catholiques, c'est surtout dans les divines 
Lettres qu'ils puisent et la foi, et la force, et toute la grâce de leur piété. Et quand surgirent, en beaucoup 
de sièges épiscopaux, ces écoles catéchétiques et théologiques, notamment celles si fréquentées d'Alexandrie 
et d'Antioche, leur programme ne contenait guère autre chose que la lecture, l'explication et la défense 
de la parole divine écrite. C'est de là que sortirent la plupart des Pères et des écrivains dont les savantes 
études et les remarquables ouvrages se succédèrent pendant environ trois siècles, si nombreux que cette 
période fut à juste titre appelée l'âge d'or de l'exégèse biblique. 

Parmi ceux d'Orient, la première place revient à Origène, cet homme si merveilleux par la vivacité de 
son esprit et la constance de son labeur, et c'est dans ses nombreux écrits et dans son immense ouvrage des 
Hexaples que presque tous sont allés puiser. Il faut en ajouter plusieurs qui ont reculé les frontières de cette 
science : ainsi , parmi les meilleurs , Alexandrie a produit Clément , Cyrille ; la Palestine , Eusèbe et l'autre 
Cyrille; la Cappadoce, Basile le Grand,. les deux Grégoire, celui de Nazianze et celui de Nysse; Antioche 
enfin, ce Jean Ghrysostome , en qui la connaissance de cette science le disputa à la plus haute éloquence. 
Et cela n'est pas moins merveilleusement vrai pour l'Occident. Dans la foule de ceux qui se firent particu- 
lièrement remarquer, célèbres sont les noms de Tertullien et de Cyprien, d'Hilaire et d'Ambroise, de Léon 
et de Grégoire, tous deux Grands; illustres surtout sont ceux d'Augustin et de Jérôme, dont l'un montra 
tant de pénétration pour découvrir le sens de la parole divine , et tant de fécondité pour la faire servir au 
secours de la vérité catholique; dont l'autre, pour sa science extraordinaire de la Bible et pour les grands 
travaux accomplis afin d'en rendre l'usage plus facile , a été honoré par l'acclamation de l'Église du titre de 
Docteur très grand. 

Depuis cette époque jusqu'au xi° siècle, bien que cette sorte d'étude n'ait pas été cultivée avec autant 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS xv 

studiorum non pari atque antea ardore ac fructu viguit, viguit tamen, operâ prae- 
sertim hominum sacri ordinis. Curaverunt enim , aut quse veteres in hac re fructuo- 
siora reliquissent deligere, eaque apte digesta de suisque aucta pervulgare, ut ab 
Isidoro Hispalensi, Beda, Alcuino factum est in primis; aut sacros codices illustrare 
glossis, ut Valafridus Strabo et Anselmus Laudunensis, aut eorumdem integritati novis 
curis consulere, ut Petrus Damianus et Lanfrancus fecerunt. 

Saeculo autem duodecimo allegoricam Scripturse enarrationem bona cum laude 
plerique tractarunt : in eo génère S. Bernardus ceteris facile antecessit, cujus etiam 
sermones nihil prope nisi divinas Litteras sapiunt. 

Sed nova et laetiora incrementa ex disciplina accessere Scholasticorum. Qui, etsi 
in gerrnanam versionis latinae lectionem studuerunt inquirere, confectaque ab ipsis 
Correctoria biblica id plane testantur, plus tamen studii industriœque in interpréta- 
tione et explanatione collocaverunt. Composite enim dilucideque, nihil ut melius 
antea, sacrorum verborum sensus varii distincti; cujusque pondus in re theologica 
perpensum; definitae librorum partes, argumenta partium; investigata scriptorum 
proposita; explicata sententiarum inter ipsas necessitudo et connexio : quibus ex 
rébus nemo unus non videt quantum sit luminis obscurioribus locis admotum. Ipso- 
rum praeterea de Scripturis lectam doctrinae copiam admodum produnt, tum de theo- 
logia libri, tum in easdem commentaria; quo etiam nomine Thomas Aquinas inter eos 
habuit palmam. 

Postquam vero Clemens V decessor Noster Athenseum in Urbe et celeberrimas 
quasque studiorum Universitates litterarum orientalium magisteriis auxit, exquisitius 
homines nostri in nativo Bibliorum codice et in exemplari latino elaborare cœperunt. 
Revecta deinde ad nos eruditione Graecorum, multoque magis arte nova libraria féli- 
citer inventa, cultus Scripturae Sanctae latissime accrevit. Mirandum est enim quam 



d'ardeur et de fruit qu'auparavant, elle l'a été néanmoins, grâce surtout au zèle du clergé. Que de soins, 
en effet, soit pour recueillir ce que les anciens avaient laissé de plus profitable sur ce sujet et pour le 
répandre convenablement classé et accru de leurs propres études, comme ont fait surtout Isidore de Séville, 
Bède et Âlcuin; soit pour munir de gloses les textes sacrés, comme ont fait Walafrid Strabon et Anselme 
de Laon; soit pour conserver leur intégrité avec un soin nouveau, comme l'ont fait Pierre Damien et 
Lanfranc ! 

Au xii° siècle, la plupart entreprirent d'une manière digne d'éloges l'interprétation allégorique do 
l'Écriture : dans ce genre, saint Bernard dépassa de beaucoup tous les autres, et ses sermons empruntent 
presque toute leur saveur aux divines Écritures. 

Mais de nouveaux et plus heureux progrès furent faits grâce à la méthode des Scholastiques. Ils s'appli- 
quèrent à l'établissement du véritable texte de la version latine : les Correctoria biblica qu'ils firent paraître 
l'attestent assez ; néanmoins ils consacrèrent encore plus de soin et d'activité à l'interprétation et à l'expli- 
cation. Avec une méthode et une clarté qu'on avait à peine atteinte avant eux, ils distinguèrent les divers 
sens des textes sacrés , apprécièrent la valeur de chacun au point de vue théologique , établirent la division 
des livres et le sujet de chaque partie; et, en recherchant la pensée des auteurs, ils expliquèrent le lien 
et la connexité des pensées contre elles : et de tout cela il est facile de voir quelle lumière fut projetée sur 
les points les plus obscurs. D'ailleurs l'abondance de doctrine puisée par eux dans l'Écriture se manifeste 
pleinement, soit dans leurs livres de théologie, soit dans leurs commentaires exégétiques, et à ce titre aussi 
Thomas d'Aquin a obtenu parmi eux la palme. 

Mais après que Clément V, Notre prédécesseur, eut créé, à l'Athénée de Rome et dans les plus 
fameuses Universités, des chaires de langues orientales, on commença à étudier avec plus de soin le texte 
original de la Bible et la traduction latine. Bientôt la renaissance de l'érudition hellénique en Occident 
et surtout l'invention merveilleuse de l'imprimerie donnèrent à la culture biblique un immense développe- 
ment. Il faut admirer en effet combien se multiplièrent en peu de temps les exemplaires du texte sacré, 



xvi ENCYCLIQUE PR0VIVENTHSX1MUS 

brovi tetatis spatio multiplicata prœlo sacra exemplaria, Vulgata prceeipue, catholicum 
orhcin quasi complevorint : adeo per id ipsum tempus, contra quam Eccleske hostes 
cahunniantur, in honore et amoro crant divina volumina. 

Nci|ue praetercundum est, quantus doctorum virorum numerus, maxime ex reli- 
giosis f'amUiis, aVienncnsi Concilio ad TridenLinum, in rei biblicœ bonum provenerit : 
qui et novis usi subsidiis et variai eruditionis ingeniique sui segetem conferentes, non 
modo auxerunt contestas majorum opes, sed quasi munierunt viam ad prœstantiatn 
subsocuti sœculi, quod ab eodem Tridentino effluxit, qiumi nobilissima Patrum ai tas 
propemodum rediissc visa est. Nec enim quisquam ignorât, Nobisque est memoratu 
jucundum, decessores Nostros, a Pio IV ad Clementem VIII, auctoros fuisse ut insi- 
gnes ilke editiones adornarentur versionum veterum, Vulgatœ et Alexandrinœ ; quai 
deinde, Sixti V ejusdemquc Clementis jussu et auctoritate, emissse, in communi usu 
versantur. Per eadem autem tempoi'a , notum est , quum versiones alias Bibliorum 
antiquas, tum polyglottas Antuerpiensem et Parisiensem, diligentissime esse éditas, 
sincerai invosligandai sententiai peraptas : nec ullum esse utriusque Testament! 
libnini, qui non plus uno nactus sit bonum explauatorem, neque graviorem ullam de 
iisdeni reluis qiuesLionem, quai non multorum ingénia fecundissime exercuerit : 
([nos inler non pauci, iique studiosiores SS. Patrum, nomen sibi fecere exhnium. 
Neque, ex il la démuni aetale, desiderata est nostrorum sollertia; quum clari subinde 
viri de iisdem studiis bene sint meriti, sacrasque Litteras contra rationalismi com- 
menta, ex philologia et fmitimis disciplinis detorta, simili argumentorum génère 
vindicarint. 

Iïiec omnia qui probe ut oportet considèrent, dabunt profecto, Ecclesiam, nec 
ullo unquam providentiai modo defuisse, quo divinœ Scripturai fontes in ûlios suos 
salutariter derivaret, atque illud praesidium, in quo divinitus ad ejusdem tutelam 



principalement ceux de la Vnbjate. Ils remplirent en quoique sorte le monde catholique, tellement, même 
à cette époque, en dépit des allégations calomnieuses des ennemis de l'Eglise, les Livres divins étaient 
honorés et aimés ! 

Comment ne pas rappeler le grand nombre de savants qui, du concile de Vienne au concile de Trente, 
et principalement dans les ordres religieux, ont servi la cause des études bibliques'.' Ils mirent en oaivre 
des ressources nouvelles, et par la contribution de leur talent et de leur vaste savoir, non seulement ils 
accrurent les richesses accumulées par leurs prédécesseurs, mais encore ils préparèrent la brillante époque 
qui suivit le concile de Trente et qui sembla taire revivre la gloire de l'âge patriotique. 

Et, en effet, personne ne l'ignore et Nous aimons à le rappeler, Nos prédécesseurs, de Pio IV 
à Clément VIII , firent préparer ces remarquables éditions des anciennes versions, la Vulgate et les 
Septante. Publiées ensuite par l'ordre et par l'autorité de Sixte-Quint et du même Clément VIII, ces 
éditions sont entrées dans l'usage commun. A la même époque, on le sait, d'autres versions anciennes 
des l.iwvs Saints, et les Polyglottes d'Anvers et de Paris, furent éditées avec le plus grand soin et 
disposées de manière à faciliter la détermination du vrai sens : pas un livre de l'Ancien et du Nouveau 
Testament qui n'ait trouvé plus d'un habile commentateur; pas une question d'importance relative à la 
Cible qui n'ait exercé avec beaucoup de profit la pénétration de nombreux critiques; parmi eux un bon 
nombre, et c'étaient les [dus pénétrés de l'étude des Saints Pères, se sont l'ait un nom illustre. Et il ne 
faut pas croire qu'à partir de cette époque le concours habile de nos exégètes ait l'ait défaut : il s'est 
toujours trouvé des hommes de mérite pour servir la cause' des études bibliques, et les Saintes Lettres, 
([ne le ralionulisnh: attaquait par dos arguments tires de la philologie et des éludes qui y continent, 
n'ont pas cessé d'être \ictorieiisomont défendues par des arguments du même ordre. 

Il ressort de tout cela, pour quiconque est de bonne foi, que l'Eglise n'a jamais et en aucune façon 
manqué de prévoyance: toujours elle a fait dériver utilement sur ses fils les sources de la divine Écriture; 
placée par Dieu même dans une citadelle qu'elle avait mission de défendre et d'embellir, elle n'a point failli 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS xvn 

decusque locata est, retinuisse perpetuo omnique stûdiorum ope exornasse, ut nullis 
extemorum hominum incitamentis eguerit, egeat. 

Jam postulat a Nobis instituti consilii ratio, ut quae his de studiis recte ordinandis 
videantur optima, ea vobiscum communicemus, Venerabiles Fratres. Sed principio 
quale adversetur et instet hominum genus, quibus vel artibus vel armis confidant, 
interest utique hoc loco recognoscere. 

Scilicet, ut antea cum iis praecipue res fuit qui privato judicio freti, divinis tradi- 
tionibus et magisterio Ecclesiae repudiatis , Scripturam statuerant unicum revelationis 
fontem supremumque judicem fidei; ita nunc est cum rationalisas , qui eorum quasi 
filii et heredes, item sententia innixi sua, vel has ipsas a patribus acceptas chris- 
tianae fidei reliquias prorsus abjecerunt. Divinam enim vel revelationem vel inspira- 
tionem vel Scripturam Sacram, omnino ullam negant, neque alia prorsus ea esse dicti- 
tant, nisi hominum artificia et commenta : illas nimirum, non veras gestarum rerum 
narrationes, sed aut ineptas fabulas aut historias mendaces; ea, non vaticinia et 
oracula, sed aut confictas post eventus praedictiones aut ex naturali vi praesensio- 
nes ; ea , non veri nominis miracula virtutisque divinae ostenta , sed admirabilia quae- 
dam, nequaquam naturae viribus majora, aut praestigias et mythos quosdam : evan- 
gelia et scripta apostolica aliis plane auctoribus tribuenda. 

Hujusmodi portenta errorum, quibus sacrosanctam divinorum Librorum veritatem 
putant convelli, tanquam decretoria pronuntiata nova? cujusdam scientix lïberx, obtru- 
dunt : quae tamen adeo incerta ipsimet habent, ut eisdem in rébus crebrius immutent 
et suppléant. Quum vero tam impie de Deo, de Christo, de Evangelio et reliqua 
Scriptura sentiant et praedicent, non desunt ex iis qui theologi et christiani et 



à ce double devoir, elle y a fait concourir tous les genres de travaux , sans avoir jamais eu , sans avoir 
besoin aujourd'hui qu'on vienne l'y exciter du dehors. 

Maintenant le développement de notre sujet Nous amène à vous entretenir, vénérables Frères, des 
meilleures méthodes à employer pour l'organisation de ces études. Mais d'abord , quel genre d'adversaires 
nous pressent, sur quels artifices, sur quelles armes ils comptent pour nous vaincre, voilà ce qu'il faut, 
déterminer avant tout. 

En effet, autrefois la lutte était entre nous et ces hommes qui, confiants dans leur sens privé, et 
répudiant les traditions divines et le magistère de l'Église , avaient soutenu que l'Ecriture est l'unique source 
de la révélation et le juge suprême de la foi; aujourd'hui c'est aux rationalistes que nous avons affaire. 
Fils, pour ainsi dire, et héritiers des premiers, appuyés de même sur leur propre jugement, ils ont rejeté 
jusqu'à ces restes de foi chrétienne qu'ils avaient reçus de leurs pères. En effet, pour eux, rien n'est 
divin, ni la révélation, ni l'inspiration, ni l'Ecriture; il n'y a en tout cela que des œuvres humaines, 
des inventions humaines. On n'y trouve pas le récit véridique d'événements réels, mais ou bien des fables 
ineptes, ou bien des histoires mensongères; ailleurs ce ne sont ni des prophéties, ni des oracles, mais 
tantôt des prédictions arrangées après l'événement, tantôt des divinations dues aux énergies naturelles; ou 
encore ce ne sont ni des miracles proprement dits, ni des manifestations de la puissance divine, mais des 
prodiges qui ne dépassent nullement les forces de la nature , ou même des hallucinations et des mythes ; 
enfin les Évangiles et les écrits des Apôtres doivent être attribués à d'autres auteurs. 

Ces erreurs monstrueuses, qui renversent, croient- ils, l'inviolable vérité des divines Écritures, ils les 
imposent comme les décrets infaillibles d'une certaine science nouvelle, la science libre; et pourtant ils 
les tiennent eux-mêmes pour si incertaines, que sur un même point ils les modifient assez souvent et les 
complètent. Cependant, avec des sentiments et des pensées aussi impies sur Dieu, sur le Christ, sur 
l'Évangile et le reste des Écritures, bon nombre parmi eux veulent passer pour théologiens, pour chré- 
tiens et amis de l'Évangile, et couvrir d'un nom très honorable la témérité d'un esprit impertinent 

D1CT. DE LA BIBLE. I. — B 



JtVI.II 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 



evangelicï haberi velint, et honestissimo nomme obtendant insolentis ingenii teme- 
ritatem. His addunt sese consiliorum participes adjutoresque e ceteris disciplinis non 
pauci, quos eadem revelatarum rerum intolerantia ad oppugnationem Bibliorum simi- 
liter trahit. Satis autem deplorare non possumus, quam latius in dies acriusque haec 
oppugnatio geratur. Geritur in eruditos et graves homines, quamquam illi non ita 
difficulter sibi possunt cavere; at maxime contra indôctorum vulgus omni consilio et 
arte infensi hostes nituntur. Libris, libellis, diariis exitiale virus infundunt; id concio- 
nibus, id sermonibus insinuant; omnia jain pervasere, et multas tenent, abstractâs ab 
Fxclesiae tutela, adolescentium scholas, ubi crédulas mollesque mentes ad contem- 
ptionem Scripturae, per ludibrium etiam et scurriles jocos, dépravant misère. 

Ista sunt, Venerabiles Fratres, quae commune pastorale studium permoveant, 
incendant; ita ut huic novae falsi nominis scientise (1) an tiqua illa et vera oppona- 
tur, quam a Christo per Apostolos accepit Ecclesia, atque in dimicatione tanta idonei 
defensores Scripturae Sacrae exurgant. 

Itaque ea prima sit cura, ut in sacris Seminariis vel Academiis sic omnino tra- 
dantur divinse Litterae , quemadmodum et ipsius gravitas disciplinœ et temporum 
nécessitas admonent. Gujus rei causa, nihil profecto débet esse antiquius magistrorum 
delectione prudenti : ad hoc enim munus non homines quidem de multis , sed taies 
assumi oportet, quos magnus amor et diuturna consuetudo Bibliorum, atque oppor- 
tunus doctrinae ornatus commendabiles faciat, pares officio. Neque minus prospicien- 
dum mature est, horum postea locum qui sint excepturi. Juverit idcirco, ubi commo- 
dum sit, ex alumnis optimae spei, theologise spatium laudate emensis, nonnullos 
divinis Libris totos addici, facta eisdem plenioris cujusdam studii aliquândiu facul- 



Ces faux chrétiens trouvent des complices et des alliés nombreux parmi les adeptes des autres sciences 
qu'une même répugnance pour la révélation entraîne avec eux à l'assaut de la Bible. Nous ne saurions 
assez déplorer ces attaques chaque jour plus vives et plus multipliées. Elles sont dirigées conte les hommes 
instruits et éclairés qui peuvent, il est vrai, s'en défendre sans trop de peine, mais aussi et surtout contre 
la multitude ignorante; c'est sur elle que des adversaires acharnés concentrent tous leurs moyens de 
séduction. Les livres, les revues, les journaux leur servent à verser le poison mortel; ils le distillent 
dans les discours, dans les conversations. Déjà ils ont tout envahi dans la société; ils ont dans la main un 
grand nombre d'écoles, soustraites à la tutelle de l'Église, où ils ne craignent pas d'employer jusqu'à la 
moquerie et aux plus grossières plaisanteries pour dépraver l'esprit de la jeunesse toujours facile à recevoir 
les préjugés et les impressions et pour lui inspirer le mépris de l'Écriture. 

Voilà, vénérables Frères, de quoi émouvoir et enflammer le zèle de tous les pasteurs. Il faut qu'à cette 
nouvelle science, qui usurpe son nom, nous opposions cette vraie science que le Christ a transmise par les 
Apôtres de l'Église; il faut que, dans ce combat acharné, l'Écriture sacrée voie se lever des champions bien 
armés pour sa défense. 

En conséquence , notre premier soin doit être de faire en sorte que dans les séminaires ou les univer- 
sités l'enseignement des Saintes Lettres réponde et à l'importance du sujet et aux besoins des temps. Pour 
y parvenir, rien n'est plus important que de bien choisir les maîtres; il faut appeler à cette charge, non 
certes l'es premiers venus, mais des hommes qu'un grand amour et une longue fréquentation des Saintes 
Écritures , en même temps qu'une science assez étendue , recommandent et désignent pour s'en acquitter 
dignement. Il convient aussi de prévoir de bonne heure à qui l'on pourra un jour confier leur succession; 
il sera donc expédient , partout où ce sera possible , d'appliquer exclusivement quelques sujets de grande 
espérance, lorsqu'ils auront parcouru honorablement la carrière des études théologiques, à l'étude des 
Saints Livres, en leur procurant le moyen d'en faire pendant quelque temps une étude particulière plus 
approfondie. Quand les maîtres auront çté ainsi et choisis et formés, ils pourront aborder avec confiance 

(i),lTUn.,vi 20. 



tr^rr^F^ j j; ^- j .^^ . J -t « » t m^ ^ Ayr < - / ^ --'^ Y ^ 7 ^. >' ^i J " K ' "^ ' * * ** t - ' --V M ^. V; ' ^j ' ^ ■* %•? * f T 1 1 ^ H.J' * <. ^ - 1 ' ^" T ^g- Ty ' ' 



ENCYCLIQUE PR0V1DENTISSIMUS xix 

tate. Ita delecti institutique doctores, commissum munus adeant fidenter : in quo ût 
versentur optime et consentaneos fructus educant, aliqua ipsis documenta paulo expli- 
catius impertire placet. 

Ergo ingeniis tironum in ipso studii limine sic prospiciant, ut jùdicium in eis, 
aptum pariter Libris divinis tuendis atque arripiendae ex ipsis sententiae, conforment 
sedulo et excolant. Hue pertinet tractatus de introductione , ut loquuntur, biblica, ex 
quo alumnus commodam habet opem ad integritatem auctoritatemque Bibliorum 
convincendam, ad legitimum in illis sensum investigandum et assequendum, ad occu- 
panda captiosa et radicitus evellenda. Quae quanti momenti sit disposite scienterque, 
comité et adjutrice theologia, esse initio disputata, vix attinet dicere, quum tota conti- 
nenter tractatio Scripturae reliqua hisce vel fundamentis nitatur vel luminibus cla- 
rescat. 

Exinde in fructuosiorem hujus doctrinae partem, quae de interpretatione est, per- 

studiose incumbet praaceptoris opéra; unde sit auditoribus, quo dein modo divini verbi 

divitias in profectum religionis et pietatis convertant. Intelligimus equidem, enarrari 

in scholis Scripturas omnes, nec per amplitudinem rei, nec per tempus licere. Verum- 

tamen, quoniam certa opus est via interpretationis utiliter expediendae, utrumque 

magister prudens devitet incommodum , vel eorum qui de singulis libris cursim deli- 

bandum praebent, vel eorum qui in certa unius parte immoderatius consistunt. Si 

enim in plerisque scholis adeo non poterit obtineri, quod in Academiis majoribus, 

ut unus aut alter liber continuatione quadam et ubertate exponatur, at magnopere 

efficiendum est, ut librorum partes ad interpretandum selectae tractationem habeant 

convenienter plenam : quo veluti specimine allecti discipuli et edocti, cetera ipsi per- 

legarit adamentque in omni vita. Is porro, retinens instituta majorum, exemplar in 

hoc sumet versionem vulgatam; quam Concilium Tridentinum in publias lectionibus, 



leur tâche. Pour qu'iJs puissent l'accomplir heureusement et y recueillir Jes fruits espérés, Nous croyons 
utile de leur donner ici quelques avis plus étendus. 

Les maîtres donc devront se proposer, au seuil même de leur enseignement, de former et de déve- 
lopper dans l'esprit de leurs élèves un jugement qui les rende capables de défendre un jour les Saints 
Livres et d'y puiser la vraie doctrine. C'est à quoi tend le traité appelé Introduction Biblique, où l'élève 
apprend à établir l'intégrité et l'autorité de la Bible, et à en rechercher et à en découvrir le vrai sens, 
à démasquer et à confondre les objections captieuses. Est-il besoin de dire à quel degré il importe que 
ces questions soient traitées dès le début avec science et méthode, sous les auspices et avec le secours de 
la théologie, puisque toute la suite des études scripturaires ou bien s'appuie sur ce fondement ou bien 
s'éclaire de ces vérités? 

Partant de là, le maître abordera la partie la plus féconde de son enseignement, qui est l'exégèse dea 
textes : il y mettra tous ses soins , afin «l'apprendre à ses auditeurs à faire servir au bien de la religion et 
de la piété les richesses de la parole divine. Il est impossible, Nous le comprenons facilement, d'expli- 
quer en détail, dans les écoles, la Sainte Écriture tout entière : l'étendue de la matière et le temps 
ne le permettent pas. Mais comme il faut suivre une voie sûre dans l'interprétation, un maître prudent 
aura à éviter deux défauts dont l'un consiste à effleurer chaque livre à la hâte , l'autre à s'attarder outre 
mesure sur quelque passage d'un seul livre. 

Il est vrai qu'on ne peut pas faire dans toutes les écoles ce qu'on fait dans les universités, c'est-à-dire 
présenter une exposition large et continue de tel ou tel livre sacré. Mais partout du moins il faut faire 
en sorte que les morceaux désignés comme objet des leçons soient traités avec une ampleur suffisante. 
L'explication de ces passages choisis, en instruisant les élèves, leur donnera le goût et l'amour de la Sainte 
Ecriture , avec le désir de la lire pendant toute leur vie. 

Pour cela, fidèle aux préceptes des anciens, on adoptera comme texte principal celui de la Vulgate, 
que le saint concile de Trente; a déclaré authentique pour les leçons publiques, les discussions., la prédi- 



xx ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 

disputationibus , prsedicationibus et expositionibus pro authentica habendam decre- 
vit (1), atque etiam commendat quotidiana Ecclesiae consuetudo. Neque tamen non 
sua habenda erit ratio reliquarum versionum, quas christiana laudavit usurpavitque 
antiquitas, maxime codicum primigeniorum. Quamvis enim, ad summam rei quod 
spectat, ex dictionibus Vulgatae hebrœa et graeca bene eluceat sententia, attamen si 
quid ambiguë, si quid minus accurate inibi elatum sit, < inspectio praecedentis lin- 
guae, j suasore Augustino, proficiet (2). Jamvero per se liquet, quam multum navi- 
tatis ad haec adhiberi oporteat, quum demum sit < commentatoris officium, non quid 
ipse velit, sed quid sentiat ille quem interpretetur, exponere (3) >. 

Post expensam, ubi opus sit, omni industria lectionem, tum locus erit scrutandae 
et proponendae sententiae. Primum autem consilium est, ut probata communiter inter- 
pretandi praescripta tanto experrectiore observentur cura quanto morosior ab-adver- 
sariis urget contentio. Propterea cum studio perpendendi quid ipsa verba valeant, 
quid consecutio rerum velit, quid locorum similitudo aut talia cetera, externa quoque 
appositae eruditionis illustratio societur : cauto tamen, ne istiusmodi qusestionibus plus 
temporis tribuatur et operae quam pernoscendis divinis Libris, neve corrogata multiplex 
rerum cognitio mentibus juvenum plus incommodi afferat quam adjumenti. 

Ex hoc, tutus erit gradus ad usum divinae Scriptural in re theologica. Quo in 
génère animadvertisse oportet, ad ceteras difficultatis causas, quae in quibusvis anti- 
quorum libris intelligences fere occurrunt, proprias aliquas in Libris sacris accedere. 
; Eorum enim verbis, auctore Spiritu Sancto, res multae subjiciuntur quae humanse vim 
aciemque rationis longissime vincunt, divina scilicet mysteria et quae cum illis conti- 
nentur alia multa; idque nonnunquam ampliore quadam et reconditiore sententia r 



cation, l'exposition de la doctrine sacrée, et que recommande aussi la pratique journalière de l'Église. 
Ce ne sera pas une raison pour ne pas tenir compte des autres versions que l'antiquité chrétienne a 
estimées et employées, en particulier des plus anciens manuscrits. Quant à l'ensemble, il est vrai, le» 
leçons de la "Vulgate reproduisent fidèlement la pensée exprimée dans l'hébreu et dans le grec; toutefois, 
si le latin offre quelque part un sens équivoque , une expression moins correcte , il sera utile , selon le 
conseil de saint Augustin, « de recourir à la langue originale. » Il est clair d'ailleurs qu'il faut user en cela 
de beaucoup de réserve, parce que le devoir du commentateur « est non pas d'exprimer une opinion per- 
sonnelle, mais de rendre la pensée de l'auteur qu'il interprète ». 

Quand on a mis tous ses soins, là où il est nécessaire, à éclaircir le texte, on peut rechercher et expli- 
quer la pensée qui s'y cache. Un premier conseil à suivre, c'est d'observer avec un soin d'autant plus 
vigilant les règles d'interprétation communément approuvées, que l'attaque- des adversaires est plus pres- 
sante et plus exigeante. C'est pour cela qu'à l'analyse du sens des mots , du contexte , des passages paral- 
lèles, etc., il est bon d'ajouter les lumières que peut fournir l'érudition. On évitera pourtant d'accorder 
plus de temps ou d'application à ces questions qu'à l'étude des Saints Livres eux-mêmes, de peur que 
la trop grande abondance de connaissances qu'on leur donne ne soit plus nuisible qu'utile à l'esprit des. 
jeunes gens. 

Gela fait; on pourra en toute sécurité se servir de la Sainte Écriture dans les matières théologiques. 
Dans ce genre d'études, il est bon de remarquer qu'aux difficultés déjà nombreuses que présente 
d'ordinaire l'intelligence des livres anciens s'ajoutent des difficultés spéciales aux Livres Sacrés. Là, en effet, 
les paroles dont l'Esprit-Saint est l'auteur recouvrent une foule d'objets qui dépassent de beaucoup la portée 
de la raison, humaine, à savoir, lès mystères divins et tout ce qui s'y rattache; souvent la pensée est si 
haute ou si mystérieuse, que ni le sens littéral ne suffit à l'exprimer, ni les lois ordinaires de l'hermé- 
neutique à la découvrir. Aussi le sens littéral appelle- 1- il à son secours d'autres sens qui servent soit 
à éclairer la doctrine, soit à fortifier les préceptes moraux. 

- (1) Sess. IV, Decr. de edit. et usu sacr. libror.— (2) De doct. chr., va, 4. — (3) S. Hier., Ad PammacK 



ENCYCLIQUE PR0VIDENT1SSIMUS xxi 

quam exprimere Iittera et hermeneuticae leges indicâre videantur : alios praeterea 

sensus, vel ad dogmata illustranda vel ad commendanda praecepta vitae, ipse litteralis 

sensus profecto adsciscit. Quamobrem diffitendum non est religiosa quadam obscuritate 

Sacros Libros involvi, ut ad eos, nisi aliquo viae duce, nemo ingredi possit (1) : Deo 

quidem sic providente (quae vulgata est opinio SS. Patrum), ut homines majore cum 

desiderio et studio illos perscrutarentur, resque inde operose perceptas mentibus ani- 

misque altius infigerent ; intelligerentque praecipue Scripturas Deum tradidisse Eccle- 

siae, qua scilicet duce et magistra in legendis tractandisque eloquiis suis certissima 

uterentur. Ubi enim charismata Domini posita sint , ibi discendam esse veritatem, 

atque ab illis, apud quos sit successio apostolica, Scripturas nullo cum periculo 

«xponi, jam sanctus docuit Irenaeus (2) : cujus quidem ceterorumque Patrum doctri- 

nam Synodus Vaticana amplexa est, quando Tridentinum decretum de divini verbi 

scripti interpretatione renovans, hanc illius mentem esse declaravit, ut in rébus 

fidei et morum, ad aedificationem doctrinse christianse pertinentium , is pro verà 

sensu Sacrée Scripturse habendus sit, quem tenuit ac tenet sancta Mater Ecclesia, 

cujus est judicare de vero sensu et interpretatione Scripturarum Sanctarum; atque 

ideo nemini licere contra hune sensum aut etiam contra unanimem consensum Patrum 

ipsam Scripturam Sacram interpretari (3). 

Qua plena sapientiae lege nequaquam Ecclesia pervestigationem scientiae biblicae 
retardât aut coercet; sed eam potius ab errore integram praestat, plurimumque ad 
veram adjuvat progressionem. Nam privato cuique doctori magnus patet campus , in 
quo, tutis vestigiis, sua interpretandi industria praeclare certet Ecclesiaeque utiliter. 
In locis quidem divinae Scripturae qui expositionem certain et definitam adhuc desi- 
derant, effici ita potest, ex suavi Dei providentis consilio, ut, quasi preeparato studio, 



Aussi faut-il reconnaître qu'il règne dans les Saints Livres une sorte d'obscurité mystérieuse, et qu'on 
ne peut s'y engager sans guide. Dieu a voulu ainsi (c'est une pensée fréquente des Saints Pères) nous les 
faire approfondir avec plus de goût et d'ardeur et, grâce à ces efforts, en graver plus profondément les 
enseignements dans nos esprits et dans nos cœurs. Il a voulu surtout nous faire comprendre qu'il a remis 
les Écritures aux mains de l'Église , et que nous recevrions d'elle , pour la lecture et l'interprétation de la 
parole divine, une direction et un enseignement infaillibles. Où sont les dons et les promesses de Dieu, 
là est la source où il faut puiser la vérité : si l'on veut une exposition sûre des Écritures , il faut la deman- 
der à ceux en qui se perpétue la succession apostolique; telle était déjà la doctrine de saint Irénée, telle 
est celle de tous les autres Pères. Le concile du Vatican l'a sanctionnée, quand, renouvelant le décret du 
concile de Trente sur l'interprétation de la parole divine écrite , il déclara que sa volonté était que dans 
les choses de la foi et des mœurs, se rapportant à l'édification de la doctrine chrétienne , on tint pour 
le vrai sens de la Sainte Écriture celui qui a tenu et que tient notre sainte mère l'Église, à qui il appar- 
tient de juger du vrai sens et de l'interprétation des Écritures; et que par conséquent il n'est permis 
à personne d'interpréter l'Écriture sainte contrairement à ce sens ou au sentiment unanime des 
JPères. 

Cette loi pleine de sagesse, loin de retarder ou d'empêcher les recherches de la science biblique, la 
préserve plutôt de l'erreur, et l'aide beaucoup à faire de vrais progrès. Car tout docteur privé a devant lui 
un vaste champ où, s'avançant en toute sûreté, il peut se distinguer et servir l'Église par son talent d'inter- 
prète. Le sens de plusieurs passages des divines Écritures n'est pas encore certain et défini : il se peut que, 
par un dessein miséricordieux de la Providence , les recherches des savants fassent mûrir les questions que 
tranchera plus tard le jugement dé l'Église. Quant aux passages déjà définis, le docteur privé peut encore se 
Tendre utile, en rendant plus claire l'exposition qui s'en fait an commun des fidèles, plus profonde celle qua 

(1) S. Hier., Ad Paulin., de studio Script, ep. un, 4. — (2) Contra hxr., îv, 26 5.— (3) Sess. III, cap. n. De 
revél.; et Conc Trid., sess. IV, Décret, de edit. et um saer. libror. 



XXII 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 



judicium Ecclesiae maturètur; in locis vero jam definitis potest privatus doctor œque 
prodesse, si eos vël enucleatius apud fidelium plebem et ingeniosius apud doctos edis- 
serat, vel insignius évinçât ab adversariis. Quapropter praecipuum sanctumque sit catho- 
lico interpreti, ut illa Scripturae testimonia, quorum sensus authentice declaratus est, 
aut per sacros auctorès, Spiritu Sancto afllante, uti multis in locis Novi Testamenti, 
aut per Ecclesiam, eodem Sancto adsistente Spiritu, sive solemni judicio, sive ordi- 
nario et universali magisterio (1), eâdem ipse ratione interpretetur; atque ex adju- 
mentis disciplina? suae convincat, eam solam interpretatiônem, ad sanae hermeneuticae 
leges, posse recte probari. In ceteris analogia fidei sequenda est, et doctrina catho- 
lica, qualis ex auctoritate Ecclesiae accepta, tamquam summa norma est adhibenda : 
nanti, quum et Sacrorum Librorum et doctrinœ apud Ecclesiam depositae idem sit 
auctor Deus , profecto fieri nequit, ut sensus ex illis, qui ab hac quoquo modo discre- 
pet, légitima interpretatione eruatur. Ex quo apparet, eam interpretationem ut ine- 
ptam et falsam rejiciendam, quae, vel inspirâtes auctorès inter se quodammodo 
pugnantes faciat, vel doctrinœ Ecclesiae adversetur. 

Hujus igitur disciplinas magister hac etiam laude floreat oportet, ut omnem theo- 
lpgiam egregie teneat, atque in commentariis versatus sit SS. Patrum Doctorumque 
et interpretum optimorum. Id sane inculcat Hieronymus (2), multumque Augustinus, 
<pii, justa cum querela, « Si unaqueeque disciplina, inquit, quamquam vilis et facilis, 
ut percipi possit, doctorem aut magistrum requirit, quid temerariae superbiae plenius, 
quam divinorum sacramentorum libros ab interpretibus suis nolle cognoscere (3)! > 
Jd ipsum sensere et exemplo confirmavere ceteri Patres, qui c divinarum Scripturarum 
intelligentiam , non ex propria praesumptione, sed ex majorum scriptis et auctoritate 



réclament les érudits, plus décisive l'apologie qui doit les venger des attaques de l'impiété. Que l'interprète 
catholique regarde donc comme un devoir sacré et qu'il ait à cœur de se conformer à l'interprétation tradi- 
tionnelle des textes, dont le sens authentique a été défini par les écrivains sacrés, sous l'inspiration de 
l'Esprit - Saint , comme on le voit en plusieurs endroits du Nouveau Testament, ou par l'Église avec 
l'assistance du même Esprit, tantôt sous Ici forme d'un jugement solennel, tantôt par son enseignement 
ordinaire et universel, et qu'il se serve des ressources de son érudition pour montrer que cette interpré- 
tation traditionnelle est la seule qu'autorisent les lois d'une saine herméneutique. 

Dans les autres endroits , il faut suivre les analogies de la foi , et employer comme règle suprême la 
doctrine catholique, telle qu'on la tient de l'autorité de l'Église. En effet, Dieu étant à la fois l'auteur des 
Livres Saints et de la doctrine déposée dans l'Église, il est tout à fait impossible de tirer de ceux-là, par 
une interprétation légitime, un sens qui soit en quelque manière en opposition avec celle-ci. 11 s'ensuit 
que l'on doit rejeter, comme fausse et non avenue, toute interprétation qui impliquerait quelque contra- 
diction entre les auteurs inspirés, ou qui serait en opposition avec la doctrine de l'Église. 

C'est pourquoi celui qui enseigne cette science doit avoir aussi le mérite de posséder à fond l'ensemble 
de la théologie; et les commentaires des Saints Pères, des docteurs et des meilleurs interprètes doivent lui 
être familiers. C'est ce que nous répète souvent saint Jérôme, ce sur quoi insiste particulièrement saint 
Augustin, qui se plaint, à juste titre, dans les termes suivants : « Si toutes les sciences, et jusqu'à celles 
qui ont le moins de valeur et offrent le moins de difficultés, ont besoin, pour être bien saisies, d'un 
professeur ou d'un maître, peut-on imaginer une conduite plus téméraire et plus orgueilleuse que de 
vouloir comprendre, en dehors de leurs interprètes, les livres qui traitent des divins mystères! » Tels 
furent aussi les sentiments et la pratique des autres Pères, qui, « pour arriver à l'intelligence des divines 
Écritures , s'en rapportèrent non à leur propre manière de voir, mais aux écrits et à l'autorité de leurs 
prédécesseurs dans la foi, qui eux-mêmes tenaient très certainement de la tradition apostolique leur règle 
d'interprétation, t 

(1) Conc. Vat., sess. III, cap. m, De fide. — (2) Ibid., 6, 7. — (3) Ad Honorât., De utilit. cred., xvn, 35. 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS xxm 

sequebantur, quos et ipsos ex apostolica suceessione intelligendi regulam suscepisse 
constabat (1) ». 

Jamvero SS. Patrum, quibus « post Apostolos, sancta Ecclesia plantatoribus, riga- 
toribus, aedificatoribus, pastoribus, nutritoribus crevit (2) », summa auctoritas est, 
quotiescumque testimonium aliquod biblicum, ut ad fidei pertinens morumve doctri- 
nam, uno eodemque modo explicant omnes : nam ex ipsa eorum consensione, ita ab 
Apostolis secundum catholicam fldem traditum esse nitide eminet. Eorumdem vero 
Patrum sententia tune etiam magni aestimanda est, quum hisce de rébus munere 
doctorum quasi privatim funguntur; quippe quos, non modo scientia revelatae doctrinae 
et multarum notitia rerum, ad apostolicos libros cognoscendos utilium, valde com- 
mendet, verum Deus ipse, viros sanctimonia vitae et veritatis studio insignes, amplio- 
ribus luminis sui praesidiis adjuverit. Quare interpres suum esse noverit, eorum et 
vestigia reverenter persequi et Iaboribus frui intelligenti delectu. 

Neque ideo tamen viam sibi putet obstructam, quo minus, ubi justa causa adfue- 
rit, inquirendo et exponendo vel ultra procédât, modo prseceptioni illi, ab Augustino 
sapienter propositse, religiose obsequatur, videlicet a litterali et veluti obvio sensu 
minime discedendum, nisi qua eum vel ratio tenere prohibeat vel nécessitas cogat 
dimittere (3) : quae praeceptio eo tenenda est flrmius, quo magis, in tanta novitatum 
cupidine et opinionum licentia, periculum imminet aberrandi. Caveat idem ne illa 
negligat quae ab eisdem Patribus ad allegoricam similemve sententiam translata sunt, 
maxime quum ex litterali descendant et multorum auctoritate fulciantur. Talem enim 
interpretandi rationem ab Apostolis Ecclesia accepit, suoque ipsa exemplo, ut e re patet 
liturgica, comprobavit; non quod Patres ex ea contenderent dogmata fidei per se 
demonstrare, sed quia bene frugiferam virtuti et pietati alendae nossent experti. 



Et maintenant tous les saints Pères, qui, « après les Apôtres, ont planté, arrosé, bâti, gardé, 
nourri et fait croître la sainte Église , » jouissent d'une autorité souveraine , chaque fois qu'ils s'accordent 
tous à expliquer de la même manière quelque passage biblique , comme se rapportant à la doctrine sur 
la foi ou les mœurs : en effet, de leur consentement unanime, il résulte clairement que ce point a été 
enseigné par les Apôtres selon la foi catholique. Mais il faut encore faire grand cas de l'opinion des Pères, 
alors même que, sur ces matières, ils parlent comme des docteurs privés. Et en effet, non seulement ils 
sont recomrnandables par leur science de la doctrine révélée et par la connaissance d'une foule de choses 
très utiles à l'intelligence des livres apostoliques; mais encore Dieu a donné abondamment l'assistance de 
sa lumière à ces hommes non moins remarquables par la sainteté de leur vie que par leur amour de la 
vérité. Aussi , l'interprète reconnaîtra qu'il doit marcher respectueusement sur leurs traces et profiter de 
leurs travaux avec un choix intelligent. 

Qu'il ne pense pas cependant qu'il lui est interdit de pousser plus loin, selon le besoin, ses recherches 
et ses explications, pourvu qu'il se conforme religieusement à cette règle si sage de saint Augustin, à savoir : 
qu'on ne doit s'éloigner du sens littéral , et qui se présente naturellement à l'esprit , qu'autant que la raison 
empêche de lé conserver, ou que la nécessité oblige de l'abandonner. Ce précepte , il faut s'y tenir d'autant 
plus fermement qu'à une époque où régnent à un tel point la passion des nouveautés et la licence des 
opinions, on court de plus grands risques de faire fausse route. L'interprète se gardera bien aussi de 
négliger les applications allégoriques ou autres semblables que les Pères ont faites de l'Écriture , surtout 
lorsque ces interprétations découlent du sens littéral, et qu'elles s'appuient sur de nombreuses autorités. Car 
c'est là un mode d'interprétation que l'Église a reçu des Apôtres et qu'elle-même encourage par son 
exemple, notamment dans sa liturgie; non pas que la pensée des Pères ait été de chercher là une démons- 
tration directe et suffisante des dogmes de la foi ; mais l'expérience leur avait appris que cette méthode était 
admirablement propre à nourrir la piété et à fortifier la vertu. 

(1) Rufin, Hist. eccles., u, 9. — (2) S. Aug., Contra Julian., n, 10, 37. — (3) De Gen. ad lia., I vm, c. 7, 13. 



XXIV 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSmVS 



Ceterorum interpretum catholicorum est minor quidem auctoritas, attamen, quo- 
niam Bibliorum studia continuum quemdam progressum in Ecclesia habuerunt, isto- 
rum pariter commentariis suus tribuendus est honor, ex quibus multa opportune peti 
liceat ad refellenda contraria, ad difliciliora enodanda. At vero id nimium dedecet, ut 
quis, egregiis operibus, quse nostri abunde rèliquerunt, ignoratis aut despectis, hete- 
rodoxorum libros prseoptet, ab eisque cum praesenti sanae doctrinae periculo et non 
raro cum detrimento fidei, explicationem locorum quaerat, in quibus catholici ingénia 
et labores suos jamdudum optimeque collocarint. Licet enim heterodoxorum studiis, 
prudenter adhibitis, juvari interdum possit interpres catholicus, meminerit tamen, ex 
crebris quoque veterum documentis (1), incorruptum sacrarum Litterarum sensum 
extra Ecclesiam neutiquam reperiri, neque ab eis tradi posse, qui, verse fidei expertes, 
Scripturae non medullam attingunt, sed corticem rodunt(2). 

Illud autem maxime optabile est et necessarium, ut ejusdem divinœ Scripturae usus 
in.universam theologiae influât disciplinam ejusque prope sit anima : ita nimirum 
omni setate Patres atque prœclarissimi quique theologi professi sunt et re prsestite- 
runt. Nam quae objectum sunt fidei vel ab eo consequuntur, ex divinis potissime Lit- 
teris studuerunt asserere et stabilire; atque ex ipsis, sicut pariter ex divina traditione, 
nova haereticorum commenta refutare, catholicorum dogmatum rationem, intelligen- 
tiam, vincula exquirere. Neque id cuiquam fuerit mirum qui reputet, tam irisignem 
locum inter revelationis fontes divinis Libris deberi, ut, nisi eorum studio usuque 
assiduo, nequeat theologia rite et pro dignitate tractari. Tametsi enim rectum est 
juvenes in Academiis et scholis ita prsecipue exerceri ut intellectum et scientiam dog- 



Les autres interprètes catholiques ont sans doute moins d'autorité ; toutefois comme les études bibliques 
ont fait dans l'Église des progrès continus, il faut aussi rendre l'honneur qui leur est dû aux commentateurs 
à qui l'on peut emprunter dans l'occasion plus d'un argument pour réfuter les adversaires et résoudre les 
difficultés. Mais c'est un excès blâmable d'ignorer ou de mépriser les remarquables travaux que nos inter- 
prètes nous ont laissés en grand nombre , de leur préférer les livres des hétérodoxes , pour leur demander, 
au grand péril de la saine doctrine et souvent au détriment de la foi , l'explication des passages sur lesquels 
les catholiques ont depuis longtemps et avec tant de fruit exercé leur génie et leurs forces. Il est vrai, les 
travaux des hétérodoxes, mis à profit avec prudence, peuvent parfois venir au secours de l'interprète 
catholique; toutefois celui-ci ne doit point oublier ce que nous attestent si souvent les anciens, à savoir 
que le vrai sens des Lettres sacrées ne se trouve nulle part en dehors de l'Église et que ceux-là ne peuvent 
le transmettre qui , privés de la vraie foi , ne vont pas jusqu'à la moelle de l'Écriture , mais se bornent à en 
ronger l'écorce. 

Ce qui est surtout désirable et nécessaire, c'est que ce commerce des divines Ecritures fasse sentir son 
influence sur toutes les études théologiques et devienne l'âme de la science sacrée. C'est sans doute ce que 
de tout temps les Pères et les plus illustres théologiens ont enseigné et pratiqué. Car, s'il s'agit des vérités 
qui sont l'objet de la foi ou qui en découlent, c'est par les divines Écritures surtout qu'ils les ont prouvées 
ou établies; et c'est encore à la Bible en même temps qu'à la tradition divine qu'ils ont demandé la réfuta- 
tion des nouveaux hérétiques, la vraie notion, l'intelligence et le lien des dogmes catholiques. Et ceci ne 
paraîtra extraordinaire à personne, si l'on considère que parmi les sources de la révélation une place si émi- 
nente est due aux Livres divins, qu'à moins de les étudier et de les manier sans cesse, la science théolo- 
gique ne pourra pas être traitée d'une façon convenable et digne d'elle. 

Sans doute c'est avec raison qu'on exerce la jeunesse des académies et des écoles à acquérir l'intelligence 
et la science du dogme en déduisant des vérités de foi d'autres vérités qui y sont contenues et à y employer 

(t ) Cf. Gem. Alex., Strom., vn, 16; Orig., Deprinc., rv, 8; In Levit. hom. rv, 8; Tertull., De prxscr., 15, seqq.; 
S. Hilar. Kct., In Matth., xin, 1. — (2) S. Greg. M., Moral., xx, 9 (al. 11). 



ENCYCLIQUE PR0VIDENTISS1MUS xxv 

'matum assequantur, ab articulis fidei argumentation© instituta ad alia ex illis, secun- 

dum normas probatse solidaeque philosophiae, concludenda; gravi tamen eruditoqiie 

theologo minime negligenda est ipsa demonstratio dogmatum ex Bibliorum aucto- 

ritatibus ducta : e Non enim accipit (theologia) sua principia ab aliis scientiis, sed 

immédiate a Deo per revelationem. Et ideo non accipit ab aliis scientiis, tamquam a 

superioribus, sed utitur eis tamquam inferioribus et ancillis. * Quse sacrae doctrinae 

tradendse ratio praeceptorem commendatoremque habet theologorum principem, Aqui- 

natem (1): qui prseterea, ex hac bene perspecta christianae theologiae indole, docuit 

quemadmodum possit theologus sua ipsa principia, si qui ea forte impugnent, tueri : 

e Argumentando quidem, si adversarius aliquid concédât eorum, quae per divinam 

revelationem habentur; sicut per auctoritates Sacra? Scripturae disputamus contra 

haereticos, et per unum articulum contra negantes alium. Si vero adversarius nihil 

credat eorum quae divinitus revelantur, non remanet ampbus via ad probandum arti- 

culos fidei per rationes, sed ad solvendum rationes, si quas inducit contra fidem (2). » 

Providendum igitur, ut ad studia biblica convenienter instructi munitique aggre- 

diantur juvenes; ne justam frustrentur spem, neu, quod deterius est, erroris discri- 

men incaute subeant, Rationalistarum capti fallaciis apparataeque specie eruditionis. 

Erunt autem optime comparati, si, quâ Nosmetipsi monstravimus et prsescripsimus 

via, philosophiae et theologiae institutionem, eodem S. Thoma duce, religiose coluerint 

penitusque perceperint. Ita recte incedent, quum in re biblica, tum in ea theologiae 

parte quam positivam nominant, in utraque laetissime progressuri. 

Doctrinam catholicam légitima et sollerti sacrorum Bibliorum interpretatione pro- 
basse, exposuisse, illustrasse, multum id quidem est : altéra tamen, eaque tam gravis 



Ja force du raisonnement suivant les règles d'une bonne et saine philosophie; cependant un grave et savant 
théologien ne doit nullement laisser de côté les démonstrations dogmatiques tirées de l'autorité de la Bible : 
« Elle ne reçoit pas, en effet (la théologie), ses principes des autres sciences, mais de Dieu, d'une façon 
immédiate, par la révélation. Et pour cette raison les autres sciences ne lui sont pas supérieures, mais 
inférieures; elle reçoit leurs services comme d'autant de servantes. » Cette façon d'enseigner la science 
sacrée a pour maître et pour garant le plus grand des théologiens, saint Thomas d'Aquin; celui-ci, en 
outre , a su tirer de ce caractère bien établi de la théologie chrétienne l'indication de la méthode qui peut 
servir au théologien pour défendre ses principes quand on les attaque. « Si, dans la discussion, l'adversaire 
admet quelque point établi par la révélation divine , nous partirons de là pour argumenter. C'est ainsi que 
nous nous appuyons sur les Écritures pour combattre les hérétiques et sur un dogme accepté pour confondre 
ceux qui en nient un autre. Mais si l'adversaire refuse d'admettre toute révélation, il ne reste aucun moyen 
de lui démontrer par des raisonnements les articles de foi, il faut alors se borner à résoudre les 
objections qu'il soulève. » 

Il est donc nécessaire de veiller à ce que lee jeunes gens qui abordent les études bibliques y soient bien 
préparés, afin qu'ils ne trompent pas les espérances légitimes fondées sur eux, et, ce qui serait plus 
mauvais encore, qu'ils ne tombent pas dans l'erreur, séduits par les sophismes et l'apparente érudition des 
rationalistes. Or ils seront parfaitement armés, si, comme Nous l'avons indiqué et recommandé, ils ont 
étudié soigneusement la philosophie et la théologie, en prenant saint Thomas pour guide. Ils s'avanceront 
ainsi d'un pas sûr et dans la science biblique et dans la théologie qu'on appelle positive, et y feront d'heu- 
reux progrès. 

Lorsque, par une interprétation saine et habile des Livres Saints, on a démontré, développé et éclairci 
la doctrine catholique, on a fait beaucoup; il est un autre travail pourtant, et non moins important que 



(1) Summ. theol., p. I, q. I, a 5. ad 2. — (2) Ibid., a. 8. 



xxvi ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 

litiomenti quam operis laboriosi, pars remanet, ut ipsorum auctoritas intégra quam 
validissime asseratur. Quod quidem nullo alio pacto plene licebit universeque asse- 
qui, nisi ex vivo et proprio magisterio Ecclesiae; quœ per se ipsa, ob suatn nempe 
admirabilem propagationem, eximiam sanctitatem et inexhaustam in omnibus bonis 
fecunditatem, ob catholicam unitatem, invictamque stabilitatem, magnum quoddam 
et perpetuum est molivum credibilitatis et divinx suse legationis testimonium irrefra- 
gabile (1). Quoniam vero divinum et infallibile magisterium Ecclesiae, in auctoritate 
etiam Sacra? Scripturae consistit, hujus propterea fides saltem humana asserenda in 
primis vindicandaque est : quibus ex libris, tamquam ex antiquitatis probatissimis 
testibus, Christi Domini divinitas et legatio, Ecclesiae hiérarchie» institutio, primatus 
Petro et successoribus ejus collatus, in tuto apertoque collocentur. Ad hoc plurimum 
sane conducet, si plures sint e sacro ordine paratiores, qui hac etiam in parte pro 
fide dimicent et impetus hostiles propulsent, induti prœcipue armatura Dei, quam 
suadet Apostolus (2), neque vero ad nova hostium arma et prœlia insueti. Quod 
pulchre in sacerdotum officiis sic recenset Chrysostomus : « Ingens adhibendum est 
studium ut Christi verbum habitet in nobis abundanler (3) : neque enim ad unum. 
pugnae genus parati esse debemus, sed multiplex est bellum et varii sunt hostes; 
neque iisdem omnes utuntur armis, neque uno tantum modo nobiscum congredi 
moliuntur. Quare opus est , ut is qui cum omnibus congressurus est , omnium 
machinas artesque cognitas habeat, ut idem sit sagittarius et funditor, tribunus et 
manipuli ductor, dux et miles, pedes et eques, navalis ac muralis pugnae peritus : nisi 
enim omnes dimicandi artes noverit, novit diabolus per unam partem, si sola negli- 
gatur, prœdonibus suis immissis, oves diripere (4). » Fallacias hostium artesque in 



difficile, c'est d'établir solidement l'autorité de ces Livres eux-mêmes. Ce résultat ne pourra être assuré 
dans sa plénitude et son universalité que par l'enseignement vivant et infaillible de l'Église; c'est l'Église, 
en effet, qui par elle-même, à cause de sa miraculeuse propagation, de son éminente sainteté, de son 
inépuisable fécondité en tous biens, de son unité, de son indestructible stabilité, présente un perpétuel 
motif de crédibilité et une preuve irréfutable de sa mission divine. Mais parce que l'autorité divine et 
infaillible de l'Église repose elle-même sur l'Écriture sainte, il faut avant tout établir la valeur historique 
de celle-ci. Par ces livres, témoins très sûrs de l'antiquité, on pourra ainsi mettre hors de doute la divinité 
du Christ, sa mission, l'institution de la hiérarchie dans l'Église, et la primauté conférée à Pierre et à ses 
successeurs. Il sera très utile, pour y réussir, qu'un nombre assez grand d'ouvriers appartenant à la 
hiérarchie sacrée abordent ensemble cette tâche avec une préparation spéciale ; on les verra alors repousser 
sur ce point particulier les attaques de l'ennemi ; ils revêtiront avant tout pour ce combat l'armure divine 
que recommande l'Apôtre , mais les nouvelles armes et la nouvelle tactique de l'ennemi ne les surprendront 
pas. Saint Jean Chrysostome en fait un devoir aux prêtres : « Nous devons apporter un très grand zèle pour 
que la parole du Christ habite en nous abondamment : nous devons être aptes, en effet, à soutenir des 
combats de plus d'un genre ; la lutte change , et les adversaires attaquent sur tous les points : ils ne se 
servent pas tous des mêmes armes, et ne nous combattent pas d'une seule manière. Aussi est-il nécessaire 
que celui qui doit lutter avec tous connaisse les stratagèmes et les artifices de tous , qu'il se serve également 
de la flèche et de la fronde, qu'il soit à la fois tribun et centurion, général et simple soldat, cavalier et 
fantassin , qu'il connaisse la tactique navale aussi bien que la guerre de siège : car s'il est étranger à quelque 
partie de l'art militaire, s'il se néglige sur un point, ce sera par ce côté que le diable fera entrer ses suppôts 
dans la bergerie , afin de la dévaster. » Nombreux sont les artifices et les ruses de l'ennemi sur cette partie 



(1) Conc. Vat, sess. III, cap. m, De fide. — (2) Eph., vi, 13, seqq. — (3) Cf. Col., ni, 16. — (4) De sacerd., 
iv, 4, 



ENCYCLIQUE PROVIBENTISSIMVS xxyu 

hac re ad împugnandum multipliées supra adumbravimus : jam, quibus praesidiis ad 
defensionem nitendum, commoneamus. 

Est primum in studio linguarum veterum orientalium simulque in arte quam 
vocant criticam. Utriusque rei scientia quum hodie in magno sit pretio et laude, eà 
clerus, plus minusve pro locis et hominibus exquisita, ornatus, melius poterit decus 
et munus sustinere suum; nam ipse omnia omnibus (1) fieri débet, paratus semper 
ad satisfactionem omni poscenti rationem de ea quse in ipso est spe (2). Ergo Sacrae 
Scripturae magistris necesse est atque theologos addecet, eas linguas cognitas habere 
quibus libri canonici sunt primitus ab hagiographis exarati, easdemque optimum factu 
erit si colant alumni Ecclesiae, qui praesertim ad academicos theologise gradus aspi- 
rant. Atque etiam curandum ut omnibus in Academiis, quod jam in multis receptum 
laudabiliter est, de ceteris item antiquis linguis, maxime semiticis, deque congruente 
cum illis eruditione, sint magisteria, eorum in primis usui qui ad Sacras Litteras pro- 
fitendas designantur. 

Hos autem ipsos, ejusdem rei gratiâ, doctiores esse oportet atque exercitatiores in 
vera artis criticae disciplina : perperam enim et cum religionis damno inductum est 
artificium, nomine honestatum criticae sublimions, quo, ex solis internis, uti loquun- 
tur, rationibus, cujuspiam libri origo, integritas, auctoritas dijudicata emergant. 
Contra perspicuum est, in qusestionibus rei historicse, cujusmodi origo et conservatio 
librorum, historiae testimonia valere prae ceteris, eaque esse quam studiosissime et 
conquirenda et excutienda : illas vero rationes internas plerumque non esse tanti, ut 
in causam, nisi ad quamdam confirmationem , possint advocari. Secus si fiât, magna 
profecto consequentur incommoda. Nam hostibus religionis plus confidentiae futurum 



du champ de bataille, Nous l'avons dit en passant, plus haut. Quels sont les moyens de défense? Nous 
allons maintenant les indiquer. 

Le premier consiste dans l'étude des anciennes langues orientales et aussi dans ce qu'on appelle la 
critique. Cette double connaissance, qu'aujourd'hui on estime si fort, le clergé doit la posséder, à un degré 
plus ou moins élevé, selon les lieux et les personnes. De cette manière, il pourra mieux soutenir son 
honneur et remplir son ministère; car il doit se faire tout à tous, et être toujours prêt à répondre à tous 
ceux qui lui demandent compte des espérances qui sont en lui. Aussi pour les professeurs d'Écriture 
Sainte c'est une nécessité, et pour les théologiens une convenance, de posséder les langues dans lesquelles 
les hagiographes ont primitivement écrit les livres canoniques. Il serait aussi à désirer qu'elles fussent 
cultivées par les élèves ecclésiastiques, en particulier par ceux qui dans les académies aspirent aux grades 
théologiques. De plus, il faut tâcher que dans toutes les Universités, ce qui heureusement s'est déjà fait 
dans plusieurs, on établisse des chaires pour les autres idiomes antiques, en particulier pour les langues 
sémitiques et pour les connaissances qui s'y rattachent, dans l'intérêt de ceux qui se destinent à professer 
les Saintes Lettres. 

Pour la même raison, ces hommes doivent être plus savants et plus exercés que les autres dans l'art de 
la vraie critique. Car c'est au détriment de la vérité et de la religion qu'on a inventé une méthode qu'on 
décore du nom de critique supérieure. D'après cette méthode, pour juger de l'origine, de l'intégrité et de 
l'autorité de n'importe quel livre, on doit avoir recours uniquement aux preuves intrinsèques, comme on 
les appelle. Au contraire, il est clair que dans les questions historiques, telles que l'origine et la con- 
servation des livres, les preuves fournies par l'histoire ont plus de force que toutes les autres : aussi 
doit-on les rechercher et les examiner avec le plus grand soin. Les preuves intrinsèques, le plus sou- 
vent, n'ont pas assez de poids pour qu'on puisse les invoquer, si ce n'est comme une confirmation de la 
thèse. En agissant autrement , on rencontrerait de graves inconvénients. Ce serait encourager les ennemis 

(1) 1 Cor., a, 22. — (2) I Petr., m, 15. 



xxvhi ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 

est ut sacrorum authenticitatem Librorum impetant et discerpant : illud ipsum quod 
extollunt genus criticae sublimions, eo demum recidet, ut suum quisque studium 
prsejudicatamque opinionem interpretando sectentur : inde neque Scripturis qusesi- 
tum lumen accedet, neque ulla doctrinae oritura utilitas est, sed certa illa patebit 
erroris nota, quse est varietas et dissimilitudo sentiendi, ut jam ipsi sunt docu- 
mente hujusce novae principes disciplinée : inde etiam, quia plerique infecti sunt 
vanae philosophiae et rationalismi placitis, ideo prophetias, miracula, cetera quse- 
cumque naturae ordinem superent, ex Sacris Libris dimovere non verebuntur. 

Congrediendum secundo loco cum iis, qui suâ physicorum scientia abusi, Sacros 
Libros omnibus vestigiis indagant, unde auctoribus inscitiam rerum talium opponant, 
scripta ipsa vitupèrent. Q\i<e quidem insimulationes quum res attingant sensibus 
objectas, eo periculosiores accidunt, manantes in vulgus, maxime in deditam litteris 
juventutem; quae, semel reverentiam divinae revelationis in uno aliquo capite exuerit, 
facile in omnibus omnem ejus fidem est dimissura. Nimium sane constat, de natura 
doctrinam, quantum ad percipiendam summi Artificis gloriam in procreatis rébus 
impressam aptissima est, modo sit convenienter proposita, tantum posse ad elementa 
sanae philosophiae evellenda corrumpendosque mores, teneris animis perverse infu- 
sam. Quapropter Scripturae Sacrae doctori cognitio naturalium rerum bono erit sub- 
sidio, quo hujus quoque modi captiones in divinos Libros instructas facilius detegat 
et refellat. 

Nulla quidem theologum inter et physicum vera dissensio intercesserit , dum suis 
uterque finibus se contineant, id caventes, secundum S. Augustini monitum, « ne ali- 
quid temere et incognitum pro cognito asserant (1). » Sin tamen dissenserint, quem- 
admodum se gerat theologus, summatim est régula ab eodem oblata : « Quidquid, 



de la religion à attaquer et à détruire l'authenticité de nos Saints Livres. Car ce genre tant prôné de critique 
supérieure aboutit à ceci : que chacun , dans ses interprétations , en viendrait à suivre son propre goût et ses 
opinions faites d'avance. De cette manière la lumière désirée ne se fera pas sur les Écritures, la vraie 
science ne gagnera rien ; mais l'erreur se trahira par cet effet qui la caractérise : la diversité des opinions et 
les contradictions incessantes dont les chefs de cette méthode nouvelle nous offrent déjà le spectacle. Et 
parce que ceux-ci sont la plupart imbus des principes d'une fausse philosophie et de l'esprit rationaliste, 
ils ne craindront pas d'élaguer des Saints Livres les prophéties , les miracles et tout ce qui dépasse l'ordre 
naturel. 

En second lieu il faut combattre ceux qui , abusant de la connaissance qu'ils ont des sciences naturelles, 
s'attachent à tous les pas des auteurs sacrés pour montrer leur ignorance sur ces matières et dénigrer les 
Écritures elles-mêmes. Ces accusations, ayant pour objet des choses sensibles, deviennent surtout dange- 
reuses lorsqu'elles arrivent à la connaissance du vulgaire et surtout de la jeunesse qui s'adonne à l'étude 
des lettres. Celle-ci, en effet, une fois qu'elle aura perdu le respect de la révélation divine sur un point, 
refusera facilement de lui prêter foi sur tous les autres. Or il est bien certain que , si les sciences naturelles 
peuvent servir à manifester la gloire du Créateur, empreinte dans la création, pourvu qu'elles soient convena- 
blement expliquées, elles peuvent tout aussi bien détruire les principes de la saine philosophie et corrompre 
les mœurs, si elles sont présentées d'une façon perfide aux jeunes intelligences. C'est pourquoi' la connais- 
sance des sciences naturelles sera pour le professeur d'Écriture sainte d'un puissant secours. Par là il 
pourra plus facilement découvrir et combattre les attaques qui de ce côté aussi sont dirigées contre les 
Saints Livres. 

Il ne saurait assurément exister de désaccord entre théologiens et savants si les uns et les autres se 
' renfermaient dans leurs limites respectives , si , suivant le conseil de saint Augustin , « ils n'avançaient rien 
sans preuve et ne donnaient pas pour certain ce qui ne l'est pas. » Toutefois, s'il arrive un conflit, voici, 
d'après le même docteur, la règle générale que doit suivre le théologien : « Toutes les fois que les savants 

(1) In Gen. op. itnperf., ix, 30. 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS xxix 

inquit, ipsi de natura rerum veracibus documentis demonstrare potuerint, ostendamus- 
nostris Litteris non esse contrarium; quidquid autem de quibuslibet suis voluminibus 
his nostris Litteris, id est catholicae fidei, contrarium protulerint, aut aliqua etiam 
facultate ostendamus, aut nulla dubitatione credamus esse falsissimum (1). » De 
cujus aequitate regulae in consideratione sit primum, scriptores sacros, seu verius 
« Spiritum Dei, qui per ipsos loquebatur, noluisse ista (videlicet intimam adspecta- 
bilium rerum constitutionem) docere homines, nulli saluti profutura (2) »; quare 
eos, potius quam explorationem natura? recta persequantur, res ipsas aliquando descri- 
bere et tractare aut quodam translationis modo, aut sicut communis sermo per ea 
ferebat tempora, hodieque de multis fert rébus in quotidiana vita, ipsos inter homines 
scientissimos. Vulgari autem sermone quum ea primo proprieque efferantur qua& 
cadant sub sensus, non dissimiliter scriptor sacer (monuitque et Doctor angelicus) 
« ea secutus est, quae sensibiliter apparent (3)», seu quae Deus ipse, homines allo- 
quens, ad eorum captum significavit humano more. 

Quod vero defensio Scripturae Sanctae agenda strenue est, non ex eo omnes seque 
sententiae tuendae sunt, quas singuli Patres aut qui deinceps interprètes in eadem 
declaranda ediderint : qui, prout erant opiniones setatis, in locis edisserendis ubi phy- 
sica aguntur, fortasse non ita semper judicaverunt ex veritate , ut quaedam posuerint, 
quae nunc minus probentur. Quocirca studiose dignoscendum in illorum interpréta- 
tionibus, qusenam reapse tradant tamquam spectantia ad fidem aut cum ea maxime 
copulata, qusenam unanimi tradant consensu; namque « in his que de necessitate 
fidei non sunt, licuit Sanctis diversimode opinari, sicut et nobis », ut est S. Thomse 
sententia (4). Qui et alio loco prudentissime habet : <r Mihi videtur tutius esse, hujus- 
modi, quae philosophi communiter senserunt, et nostrae fidei non répugnant, nec sic 



ont appuyé de preuves solides leurs assertions relatives aux sciences de la nature, montrons qu'elles ne 
sont pas en contradiction avec nos Saints livres; mais lorsque, dans leurs ouvrages, ils avancent des 
choses contraires à nos Saints Livres, c'est-à-dire à la foi catholique, montrons-leur, si nous le pouvons, 
ou du moins n'hésitons pas à croire, qu'ils se trompent. » Cette règle est très juste. En effet, il faut d'abord 
considérer que les écrivains sacrés ou plutôt « l'Esprit- Saint parlant par leur bouche n'ont pas voulu nous 
révéler la nature du monde visible , dont la connaissance ne sert de rien pour le salut » ; c'est pourquoi 
ces écrivains ne se proposent pas d'étudier directement les phénomènes naturels; mais, lorsqu'ils en 
parlent, ils les décrivent d'une manière métaphorique ou en se servant du langage communément usité 
de leur temps, langage dont les plus grands savants se servent encore de nos jours dans la vie ordinaire. 
Or dans la conversation on désigne les choses comme elles apparaissent aux sens; de même les écrivains 
sacrés « s'en sont rapportés aux apparences » ; c'est le Docteur angélique qui nous en avertit. Dieu, parlant 
aux hommes, s'est conformé, pour se faire comprendre, à leur manière d'exprimer les choses. 

D'ailleurs, si l'on doit défendre énergiquement l'Écriture Sainte , il ne s'ensuit pas qu'il faille soutenir 
toutes les opinions émises par chacun des Pères et des exégètes postérieurs. Ces hommes ont subi 
l'influence des opinions qui avaient cours de leur temps : en expliquant les passages des Saintes Écritures 
qui font allusion aux choses naturelles , ils ont pu mêler à la vérité des jugements qu'on n'accepterait pas 
aujourd'hui. Aussi faut-il soigneusement mettre à part dans leurs interprétations les points qu'ils donnent 
réellement comme touchant à la foi ou comme étroitement unis à elle , ainsi que les vérités qu'ils présentent 
d'un consentement unanime ; car, « surtout ce qui n'appartient pas au domaine de la foi , les Saints ont eu 
le droit, comme nous l'avons, d'émettre différents avis. » C'est la pensée de saint Thomas, qui fait ailleurs 
cette si sage réflexion : < Je crois plus prudent , à l'égard des doctrines qui sont communément admises par 
les philosophes et ne sont pas contraires à nos croyances, d'éviter tout ensemble et de les affirmer comme 

(1) S. Ang., De Gen. ad litt., i, 21, 41. -(2) S. Aug., ib„ h, 9, 20. —(3) Sununa theol., p. I, q. txx, a. 
1 ad 3. — (4) In Sent., II, dist. II, q. i, a. 3. 



XXX 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSJMUS 



esse asserenda ut dogmata fidei, etsi aliquando sub nomine philosophorum introdu- 

cantur, nec sic esse negandà tamquam fidei contraria, ne sapientibus hujus mundi 

occasio contemnendi doctrinam fidei praebeatur (1). » Sane, quamquam ea, quae spe- 

culatores natura? certis argumentis. certa jam esse affirmarint, intçrpres ostendere 

débet nihil Scripturis recte explieatis obsistere, ipsum tamen ne fugiat, factum quan- 

doque esse, ut certa qua?dam ab illis tradita, postea in dubitationem adducta sint et 

repudiata. Quod si physicorum scriptores terminas disciplina? sua? transgressi, in pro- 

vinciam philosophorum perversitate opinionum invadant, eas interpros theologus 

philosophis mittat refutandas. 

Hase ipsa deinde ad cognatas disciplinas^ ad historiam praesertim, juvabit trans- 
ferri. Dolendum enim, multos esse qui antiquitatis monumenta , gentiuin mores et 
instituta, similiumque rerum testimonia magnis ii quidem laboribus perscrutentur 
et proférant, sed eo saepius consilio, ut erroris labes in Sacris Libris deprehendant, 
ex quo illorum auctoritas usquequaque infirmetur et nutet. Idque nonnulli et nimis 
infesto animo faciunt nec satis aequo judicio; qui sic fidunt profanis libris et documentis 
memoria? prisca?, perinde ut nulla eis ne suspicio quidem erroris possit subesse, 
libris vero Scriptura? Sacra?, ex opinata tantum erroris specie, neque eâ probe dis- 
cussa, vel parem abnuunt fidem. Fieri quidem potest, ut quaedam librariis in codici- 
bus describendis minus recte exciderint; quod considerate judicandum est, nec facile 
admittendum, nisi quibus locis rite sit demonstratum : fieri etiam potest, ut germana 
alicujus loci sententia permaneat anceps; cui enodanda? multum afférent optima? 
interpretandi régula? : at nefas omnino fuerit, aut inspirationem ad aliquas tantum 
Sacra? Scriptura? partes coangustare, aut concedere sacrum ipsum errasse auctorem. 



des dogmes de foi (bien que ceux-ci quelquefois soient présentés sous le patronage des philosophes) et de 
ne pas les rejeter comme étant en contradiction avec la foi , pour ne pas fournir aux savants l'occasion de 
mépriser la doctrine. » Aussi, quoique l'interprète doive montrer que les faits établis sur des preuves solides 
par les observateurs de la nature ne sont pas en opposition avec l'Écriture bien comprise, il doit cependant 
se garder d'oublier que d'autres faits, d'abord présentés comme certains, ont été ensuite mis en doute et 
rejetés. Que si les auteurs des traités de physique franchissent les limites de leur science et font invasion 
dans le domaine de la philosophie avec de fausses données , le théologien exégète doit renvoyer au philo- 
sophe le soin de les réfuter. 

On pourra aussi appliquer ces principes aux sciences voisines , surtout à l'histoire : car il faut 
déplorer que nombre de ceux qui , au prix de grandes fatigues , interrogent les monuments de l'antiquité , 
les mœurs et les institutions des peuples et autres documents de même espèce et qui les publient , aient 
trop souvent le parti pris de surprendre l'Écriture en flagrant délit d'erreur, pour en venir à ébranler de 
toutes parts et à infirmer son autorité. 

C'est aussi la manière d'agir de quelques auteurs, dont l'esprit pèche par prévention et par défaut 
d'impartialité : ils accordent un tel crédit aux ouvrages profanes et aux monuments de l'histoire ancienne, 
qu'ils n'admettent même pas le soupçon d'erreur; au contraire , lorsqu'il s'agit des Livres sacrés, il leur 
Suffit d'y apercevoir une prétendue apparence d'erreur, — sur laquelle ils ne discutent même pas, — pour se 
décider, sans y regarder de plus près, à refuser à nos Saints Livres une confiance au moins égale. Certes 
il a pu échapper aux copistes des inexactitudes dans la transcription des manuscrits; mais il ne faut 
admettre cette conclusion qu'après mûr examen et seulement pour les passages à l'égard desquels l'erreur 
est prouvée. Il peut se faire aussi que le véritable sens d'un passage reste douteux. C'est alors que, pour 
l'élucider, les règles les plus sûres de l'interprétation seront d'un grand secours ; mais il ne sera 
jamais permis ou de restreindre l'inspiration à certaines parties seulement de la Sainte Écriture ou 
d'accorder que l'écrivain sacré ait pu se tromper. 

(1) Opusc, x. 



ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS xxxi 

Tîec enim toleranda est eonim ratio, qui ex istis difficultatibus sese expediunt, id 
nimirum dare non dubitantes, inspirationem divinam ad res fidei morumque, nihil 
praeterea, pertinere, eo quod falso arbitrentur, de veritate sententiarum quum agitur, 
non adeo exquirendum quaenam dixerit Deus, ut non magis perpendatur quam ob 
causam ea dixerit. Etenim libri omnes atque integri, quos Ecclesia tamquam sacros 
et canonicos recipit, cum omnibus suis partibus, Spiritu Sancto dictante, conscripti 
sunt; tantum vero abest ut divinae inspirationi error ullus subesse possit, ut ea per 
se ipsa, non modo errorem excludat omnem , sed tam necessario excludat et respuat , 
quam necessarium est, Deum , summam Veritatem , nullius omnino erroris auctorem 
esse. 

Haec est antiqua et constans fides Ecclesiae, solemni etiam sententia in Conciliis 
definita Florentino et Tridentino; confirmata denique atque expressius declarata in 
Concilio Vaticano, a quo absolute edictum : Veteris et Novi Testamenti libri integri 
cum omnibus suis partibus, prout in ejusdem Concilii (Tridentini) decreto recensentur, 
et in veteri vulgata latina editione habentur, prô sacris et canonicis suscipiendi 
sunt. Eos vero Ecclesia pro sacris et canonicis habet, non ideo quod sola humana 
industria concinnati, sua deinde auctoritate sint approbati; nec ideo dumtaxat, quod 
revelationem sine errore contineant ; sed propterea quod Spiritu Sancto inspirante 
conscripti, Deum habent auctorem (1). Quare nihil admodum refert, Spiritum San- 
ctum assumpsisse homines tanquam instrumenta ad scribendum, quasi, non qui- 
dem primario auctori, sed scriptoribus inspiratis quidpiam falsi elabi potuerit. 
Nam supernaturali ipse virtute ita eos ad scribendum excitavit et movit, ita scriben- 
tibus adstitit, ut ea omnia eaque sola quse ipse juberet, et recte mente conciperent, 
et fideliter conscribere vellent, et apte infallibili veritate exprimèrent : secus, non 
ipse esset auctor Sacrse Scripturae universae. Hoc ratum semper habuere SS. Patres : 



On ne peut pas non plus tolérer l'opinion de ceux qui se tirent de ces difficultés en n'hésitant pas 
â supposer que l'inspiration divine s'étend uniquement à ce qui touche la foi et les mœurs, parce que, 
pensent-ils faussement, la vérité du sens doit être cherchée bien moins dans ce que Dieu a dit que dans 
le motif pour lequel il l'a dit. Car tous ces livres et ces livres tout entiers que l'Église regarde comme 
sacrés et canoniques ont été écrits avec toutes leurs parties sous l'inspiration du Saint-Esprit. Or, loin 
d'admettre la coexistence de l'erreur, l'inspiration divine par elle -môme exclut toute erreur; et cela aussi 
nécessairement qu'il est nécessaire que Dieu, Vérité suprême, soit incapable d'enseigner l'erreur. 

C'est là la croyance ancienne et constante de l'Église , croyance définie dans les conciles de Florence 
«t de Trente, confirmée et plus expressément déclarée dans le concile du Vatican, qui affirme d'une 
manière absolue que les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament avec toutes leurs parties, tels qu'ils 
ont été reconnus par le concile de Trente, et qui font partie de l'ancienne Vulgate latine, doivent 
être regardés comme sacrés et canoniques. Et l'Église les reçoit comme sacrés et canoniques, non pas 
en ce sens que, composés par le génie humain, ils ont ensuite reçu son approbation : ni même seule- 
ment parce qu'ils contiennent la révélation sans aucune erreur; mais parce qu'ils ont été écrits sous 
l'inspiration du Saint-Esprit et ont ainsi Dieu même pour auteur. 

Aussi ne sert-il de rien de dire que le Saint-Esprit s'est servi des hommes comme d'instruments pour 
écrire et que quelque erreur a pu échapper, non à l'auteur principal, mais aux écrivains inspirés. Car l'Esprit- 
Saint a tellement poussé et excité ces hommes à écrire, il les a de telle sorte assistés d'une grâce surnatu- 
relle quand ils écrivaient, qu'ils ont dû et concevoir exactement, et exposer fidèlement, et exprimer avec une 
infaillible justesse ce que Dieu voulait leur faire dire et seulement ce qu'il voulait. Sans quoi , il ne serait 
pas lui-même l'auteur de toute l'Écriture. Telle est la doctrine que les Pères ont toujours tenue pour 
certaine : < C'est pourquoi, dit saint Augustin, on ne peut dire que le Saint-Esprit n'a pas écrit lui-même 

(1) Sess. III, cap. n, De revel 



xxxii ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 

« Itaque, ait Augustinus, quum illi scripserunt quae ille ostendit et dixit, nequa- 
quam dicendum est, quod ipse non scripserit : quandoquidem membra ejus id 
operata sunt, quod dictante capite cognoverunt (1) : » pronuntiatque S. Gregorius M. : 
t Quis hœc scripserit, valde supervacanee quaeritur, quum tamen auctor libri Spiri- 
tus Sanctus fideliter credatur. Ipse igitur haec scripsit, qui scribenda dictavit : ipse 
scripsit qui et in illius opère inspiratof exstitit (2). » Gonsequitur, ut qui in lotis 
authenticis Librorum Sacrorum quidpiam falsi contineri posse existiment, ii profecto 
aut catholicam divinse inspirationis notionis pervertant, aut Deum ipsum errons 
faciant auctorem. Atque adeo Patribus omnibus et Doctoribus persuasissimum fuit, 
divinas Litteras, quales ab hagiographis editae sunt, ab omni omnino errore esse 
immunes, ut propterea non pauca illa, quae contrarii aliquid vel dissimile viderentur 
afferre (eademque fere sunt qua3 nomine novae scientiae nunc objiciunt), non subti- 
liter minus quam religiose componere inter se et conciliare studuerint; professi unani- 
mes, Libros eos et integros et per partes a divino aeque esse afflatu, Deumque ipsum 
per sacros auctores elocutum nihil admodum a veritate alienum ponere potuisse. 
Ea valeant universe quae idem Augustinus ad Hieronymum scripsit : « Ego enim 
fateor caritati tuae, solis eis Scripturarum libris qui jam canonici appellantur, didici 
hune timorem honoremque déferre, ut nullum eorum auctorum scribendo aliquid 
errasse firmissime credam. Ac si aliquid in eis offendero litteris quod videatur con- 
trarium veritati , nihil aliud quam vel mendosum esse codicem , vel interpretem non 
assecutum esse quod dictum est, vel me minime intellexisse non ambigam (3). » 

At vero omni graviorum artium instrumente pro sanctitate Bibliorum plene per- 
fecteque contendere, multo id majus est, quam ut a sola interpretum et theologorum 



quand ceux-là écrivirent ce qu'il leur a montré et suggéré. Les membres écrivaient ce que la tête leur 
dictait. » Saint Grégoire le Grand dit également : « Il est bien inutile de chercher qui a écrit ces livres, 
puisque nous devons croire que le Saint-Esprit en est l'auteur. Celui-là donc a écrit qui a dicté ce qu'il 
fallait écrire. Celui-là a écrit qui fut l'inspirateur de l'œuvre. » 

Il s'ensuit que ceux qui pensent que dans les endroits authentiques des Livres Saints se trouve quelque 
chose de faux, ceux-là ou bien altèrent la notion catholique de l'inspiration divine , ou font Dieu lui-même 
auteur de l'erreur. Aussi tous les saints Pères et les docteurs ont -ils été tellement persuadés que les 
Saintes Lettres , telles qu'elles sont présentées par les auteurs sacrés , sont absolument exemptes de toute 
erreur, qu'en présence des nombreux passages (les mêmes ou à peu près qu'on nous objecte aujourd'hui au 
nom de la science moderne), où semble se rencontrer quelque contradiction ou quelque divergence, ils 
ont multiplié leurs efforts avec autant de sagacité que de piété pour les mettre d'accord et les concilier entre 
eux. Ils professaient ainsi avec unanimité que les Saints Livres, dans leur ensemble et dans chacune de 
leurs parties, sont également l'œuvre de l'inspiration divine, et que Dieu lui-même, parlant par la bouche 
des auteurs inspirés, n'a pu absolument rien énoncer qui s'écartât de la vérité. 

Telle doit être la portée universelle de ces paroles que saint Augustin écrit à saint Jérôme : « Je dois , 
en effet, l'avouer à votre affection ; entre tous les livres, j'ai voué à ceux-là seuls qui font partie de l'Écriture 
et sont appelés canoniques un tel respect, une telle vénération, que c'est pour moi une ferme croyance 
qu'aucun de leurs auteurs n'a pu se tromper en quoi que ce soit. Et si par hasard je rencontrais dans les 
Saintes Lettres quelque chose qui parût contraire à la vérité , je n'hésiterais pas à conclure , ou bien que le 
texte est défectueux, ou bien que le traducteur n'a pas saisi le sens, ou enfin que moi-même je n'ai 
nullement compris. » 

Mais l'application pleine et parfaite de toutes ces sciences difficiles à la défense de la sainteté de la 
Bible est une œuvre qui dépasse de beaucoup ce que l'on peut raisonnablement attendre de l'activité exclu- 
sive des commentateurs et des théologiens. Il est bien à désirer que vers ce but conspirent aussi tous les 

(1) Le consentit Evangel., 1. i, c. 35. — (2) Prsef. in Job, n. 2. — (3) Ep. lxxxu, 1, et crebrius alibi. 



ENCYCLIQUE PR0VIDENT1SSIM US xxxm 

sollertia sequum sit expectari. Eodem optandum est conspirent et connitantur illi 
etiam ex catholicis vins, qui ab externis doctrinis aliquam sint nominis auctoritatem 
adepti. Horum sane ingeniorum ornatus, si nunquam antea, ne nunc quidem, Dei 
beneficio, Ecclesiae deest; atque utinam eo amplius in fidei subsidium augescat. Nihil 
enim magis oportere ducimus, quam ut plures validioresque nanciscatur veritas pro- 
pugnatores, quam sentiat adversarios; neque res ulla est quse magis persuadera vulgo 
possit obsequium veritatis , quam si eam libemme profiteantur qui in laudata 
aliqua praestent facultate. Quin facile etiam cessura est obtrectatorum invidia, aut 
certe non ita petulanter jam traducere illi audebunt inimicam scientiae, fidem , quum 
viderint a vins scientiae laude nobilibus summum fidei honorem reverentiamque 
adhiberi. 

Quoniam igitur tantum ii possunt religioni importare commodi, quibus cum catho- 
licae professionis gratia felicem indolem ingenii benignum Numen impertiit, ideo in 
hac acenima agitatione studiorum quae Scripturas quoquo modo attingunt, aptum sibi 
quisque eligant studii genus, in quo aliquando excellentes, objecta in illas improba) 
scientiae tela, non sine gloria, repellant. 

Quo loco gratum est illud pro merito comprobare nonnullorum catholicorum con- 
silium, qui ut vins doctioribus suppetere possit unde hujusmodi studia omni adju- 
mentorum copia pertractent et provehant, coactis societatibus, largiter pecunias soient 
conferre. Optima sane et peropportuna temporibus pecuniae collocandae ratio. Quo 
enim catholicis minus praesidii in sua studia sperare licet publiée, eo promptiorem 
effusioremque patere decet privatorum liberalitatem ; ut quibus a Deo aucti sunt divi- 
tiis, eas ad tutandum revelatae ipsius doctrinae thesaurum velint convertere. 

Taies autem labores ut ad rem biblicam vere proficiant, insistant eruditi in iis 
tamquam principiis, quae supra a Nobis praefinita sunt; fideliterque teneant, Deum, 



efforts des catholiques dont le nom a acquis quelque autorité dans les sciences profanes. Certes, pas plus 
de nos jours qu'à aucune époque du passé, cet ornement de leur génie ne fait, grâce à Dieu, défaut à 
l'Église: plaise au Ciel de l'accroître encore pour mieux défendre notre foi! Rien, en effet, ne Nous 
semble plus nécessaire : il faut que la vérité voie ses défenseurs l'emporter en nombre et en valeur sur ses 
adversaires-, et rien au monde n'est mieux de nature à inspirer au vulgaire le respect de la vérité, que de la 
voir professer hardiment par ceux qui excellent dans quelque branche illustre des sciences. Bien plus, la 
haine même de nos ennemis cédera facilement, ou, du moins leur insolence n'osera pas représenter la foi 
comme ennemie de la science quand ils verront des hommes illustrés par toutes les gloires scientifiques 
apporter à cette foi l'hommage souverain de leur respect. 

Puisque tels sont les avantages que peuvent apporter à la religion ceux à qui la divine bonté a accordé , 
avec la grâce de la foi catholique, les dons heureux de l'esprit, que chacun, dans ce mouvement si ardent 
des sciences touchant de quelque façon aux Écritures , se choisisse un genre d'études qui lui convienne et 
dans lequel, une fois passé maître, il puisse, non sans gloire, repousser les traits que la science ennemie 
dirige contre elles. 

Et ici il Noos est doux de louer, comme il le mérite, le dessein de certains catholiques, qui, pour 
fournir aux savants les moyens de poursuivre et de faire avancer, avec tous les secours qu'elles réclament, 
ce genre d'études, s'unissent en sociétés pour appliquer à cette fin leurs libéralités pécuniaires. On ne 
saurait, certes, trouver pour la richesse un emploi meilleur et plus en rapport avec les circonstances. 
Moins, en effet, les catholiques peuvent compter, pour leurs études, sur les secours officiels, plus il 
convient que la générosité privée se montre prompte et abondante; c'est ainsi que ceux qui ont reçu de 
Dieu les biens de la fortune pourront les faire servir à protéger le trésor de la révélation même. 

Hais pour que ces travaux profitent véritablement aux études bibliques, que les savants s'appuient, en 
les considérant comme des principes, sur les doctrines que Nous avons exposées plus haut; qu'ils soient 
fidèles à tenir que Dieu, qui a créé et qui gouverne toutes choses, est aussi l'auteur des Écritures, et, 

DICT. DE LA. BIBLE. I. — C 



xxxiv ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIM US 

conditorem rectoremque rerum omnium, eumdem esse Scripturarum auctorem : nibil 
propterea ex rerum natura, nihil ex historiée monumentis colligi posse quod cum Seri- 
pturis rêvera pugnet. Si quid ergo taie videatur, id sedulo submovendum, tum 
adhibito prudenti theologorum et interpretum judicio, quidnam verius verisimiliusve 
habeat Seripturae locus, de quo disceptetur, tum diligentius expensa argumentorum 
vi, quae contra adducantur. Neque ideo cessandum, si qua in contrarium species etiam 
tum resideat; nam, quoniam verum vero adversari haudquaquam potest, certum sit 
aut in sacrorum interpretationem verborum, aut in alteram disputationis partem 
errorem incurrisse : neutrum vero si necdum satis appareat, cunctandum interea de 
sententia. Permulta enim ex omni doctrinarum génère sunt diu multumque contra 
Scripturam jactata, quae nunc, utpote inania, penitus obsolevere : item non pauca de 
quibusdam Scripturae locis (non proprie ad fîdei morumque pertinentibus regulam) 
Sunt quondam interpretando proposita , in quibus rectius postea vidit acrior quaedam 
investigatio. Nempe opinionum commenta delet dies : sed <r veritas manet et invalescit 
in aeternum (1) ». Quare, sicut nemo sibi arrogaverit ut omnem recte intelligat Scriptu- 
ram, in qua se ipse plura nescire quam scire fassus est Augustinus (2), ita, si quid 
inciderit difficilius quam explicari possit, quisque eam sumet cautionem temperatio- 
nemque ejusdem Doctoris : « Melius est vel premi incognitos sed utilibus signis, quam 
inutiliter ea interpretando, a jugo servitutis eductam cervicem laqueis erroris inse- 
rere (3). » 

Consilia et jussa Nostra si probe verecundeque erunt secuti qui subsidiaria haec 
studia profitentur, si et scribendo et docendo studiorum fructus dirigant ad hostes 
veritatis redarguendos , ad fidei damna in juventute praecavenda, tum demum laetari 



partant, que rien, ni dans la nature, ni dans les monuments de l'histoire, ne peut vraiment contre- 
dire les Écritures. Que si quelque contradiction de ce genre nous semble apparaître, écartons-la avec 
soin, soit en demandant au sage jugement des théologiens et des interprètes le sens plus vrai ou plus 
vraisemblable du passage en question, soit en soumettant à un examen plus attentif la valeur des argu- 
ments qu'on oppose à rencontre. Et il ne faudrait pas s'arrêter, lors même que les contradictions appa- 
rentes persisteraient : comme le vrai ne peut jamais être opposé au vrai, que l'on tienne pour certain que 
l'erreur a dû s'introduire, soit dans l'interprétation du texte sacré, soit dans quelque autre partie de la 
discussion : et si, ni d'un côté ni de l'autre, cela ne peut encore assez se constater, il faut, en attendant, 
suspendre son jugement. 

Combien d'objections, en effet, dont les divers ordres de sciences ont fait longtemps grand bruit contre 
les Écritures, et qui, reconnues sans valeur, sont aujourd'hui tombées dans l'oubli! De même, au sujet de 
certains passages des Écritures (qui ne touchaient pas directement, il est vrai, à la règle de la foi et des 
mœurs), combien d'interprétations que l'on proposait, et qu'un examen plus attentif a dû réformer dans la 
suite! Le temps, en effet, emporte les erreurs de l'opinion ; mais « la vérité demeure et se fortifie éternel- 
lement ■». Personne ne peut avoir la prétention de comprendre parfaitement un livre, dans lequel 
saint Augustin lui-même avoue qu'il ignorait beaucoup plus de choses qu'il n'en savait ; c'est pourquoi s'il 
se présente des difficultés que l'on ne peut résoudre, que chacun s'approprie le sage procédé du même 
docteur : « Mieux vaut se courber sous des signes, utiles toujours lors même qu'on les ignore, que de 
s'exposer, par des interprétations inutiles, à embarrasser dans les filets de l'erreur une tête affranchie du 
joug de la servitude. » 

Qu'ils suivent avec respect et droiture Nos conseils et Nos recommandations, ceux qui s'occupent de ces 
sciences subsidiaires; qu'ils s'efforcent, dans leurs écrits et leur enseignement, d'employer les résultats de 
leurs études à réfuter les ennemis de la vérité et à empêcher chez les jeunes gens la perte de la foi : ils 
pourront alors se féliciter d'avoir dignement mis leur travail au service des Saintes Lettres et d'avoir 

(lj III Esdr., iv, 38. — (2) Ad Januar. ep. lv, 21. — .3) De doct. chr.. ni. 9, 13. 






ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIM US xxiv 

poterùnt dignà se opéra Sacris Litteris inservire, eamque rei catholicœ opem afferre, 
qualem de filiorum pietate et doctrinis jure sibi Ecclesia pollicetur. 

Haec sunt, Venerabiles Fratres, quae de studiis Scripturse Sacrae pro opportunitate 
monenda et praecipienda, aspirante Deo, censuimus. Jam sit vestrum curare, ut qua 
par est religione custodiantur et observentur : sic ut débita Deo gratia, de communi- 
catis humano generi eloquiis sapientise suae, testatius eniteat, optataeque utilitates 
redundent, maxime ad sacrae juventutis institutionem , quae tanta est cura Nostra et 
spes Ecclesiae. Auctoritate nimirum et hortatione date alacres operam , ut in Semi- 
nariis , atque in Academiis qua? parent ditioni vestrae , haec studia justo in honore 
consistant vigeantque. Intègre feliciterque vigeant, modératrice Ecclesia, secundum 
saluberrima documenta et exempla SS. Patrum laudatamque majorum consuetudinem : 
atque talia ex temporum cursu incrementa accipiant quae vere sint in praesidium et 
gloriam catholicae veritatis, natae divinitus ad perennem populorum salutem. 

Omnes denique alumnos et administras Ecclesise paterna caritate admonemus, ut 
ad Sacras Litteras adeant summo semper affectu reverentiae et pietatis : nequaquam 
enim ipsarum intelligeritia salutariter ut opus est patere potest, nisi remotà scientise 
terrense arrogantia, studioque sancte excitato ejus quse desursum est sapientiae. Cujus 
in disciplinam semel admissa mens , atque inde illustrata et roborata , mire valebit ut 
etiam humanae scientiae quae sunt fraudes dignoscat et vitet, qui sunt solidi fructus 
percipiat et ad aeterna référât; inde potissime exardescens animus, ad emolumenta 
virtutis et divini amoris spiritu vehementiore contendet : Beati qui scrutantur tesîi- 
monia ejus, in toto corde exquirunt eum (1). 



apporté à la religion catholique le secours que l'Église est en droit d'attendre de la piété et de la science 
de ses enfants. 

Tels sont, vénérables Frères, les avis et les règles que Nous avons cru devoir, selon les besoins du 
moment, vous donner, avec l'aide de Dieu, sur l'étude de l'Écriture Sainte. A vous maintenant de veiller 
à ce qu'elles soient gardées et observées avec le respect qui leur est dû : ce sera le moyen de faire briller 
avec plus d'éclat la reconnaissance que nous devons à Dieu pour cette communication faite au genre 
humain des oracles de sa sagesse; le moyen aussi d'en retirer plus abondamment les avantages tant sou- 
haités, surtout pour la formation de cette jeunesse lévitique, qui est l'objet si cher de Notre sollicitude 
et l'espérance de l'Église. Remplis d'un zèle empressé, employez votre autorité et vos exhortations à ce 
que, dans les séminaires et dans les académies soumises à votre juridiction, ces études se maintiennent 
justement en honneur et soient toujours florissantes. Qu'elles se développent dans une heureuse intégrité, 
sous la direction de l'Église , et en se conformant aux salutaires leçons et aux exemples des saints Pères 
comme aux louables pratiques des anciens; et qu'enfin le cours des temps leur donne des développements 
qui serviront véritablement à la défense et à la gloire de la vérité catholique, établie de Dieu pour perpétuer 
le salut des peuples. 

Quant aux élèves et aux ministres de l'Église, Nous les avertissons tous, dans Notre affection paternelle, 
de n'aborder jamais les Saintes Lettres qu'avec un sentiment profond de respect et de piété; car il est 
absolument impossible que l'intelligence s'en révèle à eux d'une façon salutaire, comme il en est besoin, 
s'ils ne sont fidèles à écarter l'arrogance de la sagesse terrestre et à exciter saintement en eux l'amour de 
la sagesse qui vient d'en haut. Une fois que, se mettant à son école, l'âme en a reçu la lumière et la force, 
elle en acquiert une merveilleuse faculté pour discerner et éviter les artifices de la science humaine, pour 
recueillir les fruits qui sont vraiment solides et les rapporter à l'éternité. C'est par là surtout que l'âme 
enflammée d'ardeur tendra d'un élan plus vigoureux vers les richesses de la vertu et de l'amour divin : 
Bienheureux ceux qui scrutent ses témoignages et de tout leur cœur vont à sa recherche. 

(t) Ps. xviii, 2. 



xxtvr ENCYCLIQUE PROVIDENTISSIMUS 

Jam divini auxilii spe freti et pastorali studio vestro confisi, Apostolicam benedi- 
'ctionem, caelestium munerum auspicem Nostraeque singularis benevolentiae testera, 
vobis omnibus, universoque Clero et populo singulis concredito, peramanter in Domino 
impertimus. 

Datum Romae apud S. Petrum die XVIII Novembris anno MDCCCXCIII, Pontifi- 
catus Nostri sextodecimo 

LEO PP. XIII. 



Et maintenant Nous Nous appuyons sur l'espérance du secours d'en haut, et, pleins de confiance en 
Totre zèle pastoral, c'est avec toute Notre affection que, comme gage des récompenses célestes et comme 
-témoignage de Notre particulière bien-veillance , Nous vous accordons, dans le Seigneur, à vous tous, et à 
tout le clergé comme à tout le peuple confiés à chacun de vous, la bénédiction apostolique. 

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 18 novembre de l'année MDGCCXCIII, de Notre Pontificat 
la seizième. - ' 

LÉON XIU . PAPE. 



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LETTRE DE S. ÉM. LE CARDINAL RICHARD 

ARCHEVÊQUE DE PARIS 

Cher Monsieur le Directeur, 

Je ne puis laisser publier le premier volume du Dictionnaire de la Bible sans vous adresser mes sin- 
cères et affectueuses félicitations. 

Léon Xlll , en acceptant la dédicace de votre ouvrage , vous a accordé la meilleure récompense que 
vous puissiez désirer. C'est le témoignage authentique que, dans vos longs et savants travaux but l'Écriture 
Sainte , vous avez suivi fidèlement l'admirable programme tracé pour les études bibliques par la Constitution 
Prwridentissitnus Deus. 

Le Dictionnaire de la Bible, en maintenant intacte l'autorité divine de l'Écriture, vulgarisera les résul- 
tats obtenus par les recherches historiques et scientifiques auxquelles on se livre de nos jours avec tant 
d'ardeur. Les défenseurs de la vérité y trouveront les armes dont ils ont besoin pour combattre les adver- 
saires de nos Saints Livres. Quidquid ipsi de natura rerum veracibus docutnentis demonstrare potuerint t 
disait autrefois saint Augustin , ostendamus nostris Litteris non esse contrariutn. 

L'œuvre que vous avez entreprise avec l'aide de vos savants collaborateurs vérifiera le titre que vous lui 
donnez pour indiquer le but de vos efforts. Opvs in quo subsidiis disciplinarum omnium volumen divinum 
vindicatur, illustratur. 

Veuillez agréer, cher Monsieur le Directeur, l'assurance de mon affectueux dévouement en Notre- 
Seigneur. 

FRANÇOIS Cardinal RICHARD, Archevêque de Paris. 
Paris, le 28 octobre 1894. 



LETTRES DE S. ÉM. LE CARDINAL BOURRET 

évêque de rodez 

Cher Monsieur le Directeur, 

Je viens de recevoir le premier fascicule du Dictionnaire de la Bible, dont vous avez entrepris la 
publication. 

Ce travail, qui sera considérable , et pour lequel vous avez bien fait de vous adjoindre de savants colla- 
borateurs, est le complément nécessaire de vos savantes études scripturaires sur l'Ancien et le Nouveau 
Testament.. Vous avez donc bien fait de l'entreprendre, et je souhaite que vos forces et votre santé vous 
permettent de le mener à bonne fin. 

11 ne se pouvait pas, en effet, qu'après avoir mis les travaux des anciens exégètes en harmonie avec 
les dernières découvertes de la science, de l'archéologie, de la linguistique et de la paléontologie, vous 
n'eussiez pas eu l'idée de réduire vos savantes dissertations en articles condensés et substantiellement 
rédigés pour la plus grande commodité de ceux qui, faisant des études plus précipitées ou des travaux qui 
ne touchent que par partie aux connaissances bibliques, ont besoin d'avoir sous la main des résumés 
succincts, que le temps ne leur permettrait point d'aller chercher dans les dissertations longues et prolongées 
des auteurs spéciaux. 

Cette sorte d'encyclopédie , que vous et vos savants confrères avez entrepris de composer, rendra donc 
i ce premier point de vue des services signalés, dont les savants du second ordre ne manqueront pas de 
vous être reconnaissants. 

Votre Dictionnaire, tel que vous et vos érudits confrères l'avez entrepris, aura encore une autre utilité 
non moins grande que celle que je viens de signaler : de divers côtés, en diverses langues et chez les 
différentes nationalités qui se sont occupées des recherches bibliques avec une ardeur que rien n'a pu 
comprimer, il s'est fait une série d'études, de découvertes, des progrès de toute espèce, qu'il serait difficile 
à un seul homme, quelque bien préparé qu'il fût d'ailleurs, de connaître et d'analyser. Vous mettez, pour 
ainsi dire , tout ce mouvement de productions diverses sous la main et sous les yeux de ceux qui se livrent 
à ces études passionnantes des Saintes Écritures. Par vos articles et ceux de vos collègues en science et en 
érudition, vous nous faites connaître ce qui s'est publié de meilleur, depuis un siècle, en Allemagne, en 
Angleterre, en Italie, et vous résumez admirablement tout ce qui s'est dit d'intéressant sur ce sujet si 



— XXXVIII — 

palpitant d'intérêt pour les chrétiens, dans les revues, dans les bulletins archéologiques, dans les rapports 
des sociétés scientifiques, ainsi que dans les procès- verbaux des explorateurs et des archéologues modernes 
les plus distingués. Les anciens dictionnaires de la Bible et tout ce qui s'est fait en ce genre avaient vieilli , 
étaient; devenus insuffisants et incomplets; vous rattachez ce présent au passé; vous joignez les efforts et les 
vues des modernes aux dissertations des maîtres anciens; c'est là, selon moi, le caractère distinctif de 
votre travail, et c'est aussi son premier mérite. 

Bien qu'on ait souvent médit des dictionnaires , je m'aperçois que notre siècle , pressé en toutes choses , 
ne vit guère que de leurs articles. On a trop produit pour tout savoir, on a trop écrit pour tout parcourir ; 
l'esprit humain n'est pas assez étendu pour tout embrasser, les langues bibliques sont trop difficiles pour 
que la multitude les étudie dans les originaux. Il nous faut des hommes qui fassent ce que nous ne pouvons 
pas faire nous-mêmes, et qui vulgarisent dans des notices claires et rapides ce que le grand public ne peut 
connaître ni étudier. Si j'ajoute, comme c'est justice, que, par les échantillons que donne le premier 
fascicule de votre Dictionnaire que j'ai sous les yeux, vous et vos collaborateurs avez parfaitement saisi le 
genre qui convenait à une pareille publication ; si je dis que les articles déjà parus sont rédigés avec sobriété, 
netteté, compétence, et complètement au fait des dernières conclusions de la science sur la matière étudiée, 
j'aurai achevé l'éloge de votre si louable entreprise , et j'en aurai démontré plus que par tous les raisonne- 
ments sa valeur et les services qu'elle est appelée à rendre. 

Recevez donc, cher Monsieur le Directeur, tant pour vous que pour tous ceux qui se sont associés 
à cette grande œuvre, mes compliments et mes félicitations. Puissiez-vous la mener à bon terme, et que 
Celui qui vous en a inspiré l'idée vous permette de la conduire à la perfection : Qui cœpit, ipse perficiat! 
Tel est mon vœu et telle est mon espérance, ce à quoi je joins bien volontiers tous les sentiments d'affection 
et d'estime que vous savez que je professe poui vous, qui, par votre origine et l'amour filial que vous 
gardez à votre pays, êtes une des gloires de notre diocèse et l'un des orgueils de notre Rouergue. 

f ERNEST, évêque de Rodez. 
Rodez, le 3 juillet 1891. 

Cher Monsieur le Directeur, 

Je terminais la lettre que je vous écrivais le 3 juillet 1891, après l'apparition du premier fascicule du 
Dictionnaire de la Bible que vous aviez en projet, en vous adressant ces paroles : « Puissiez-vous mener 
cette grande œuvre à bon terme, et que Celui qui vous en a inspiré l'idée vous permette de la conduire 
à la perfection. » Mon souhait, et celui des vrais amis des études bibliques, est déjà en partie réalisé. Que 
Dieu en soit béni; car je me demandais, non sans quelque anxiété, si le temps et vos forces vous 
permettraient de mener bien loin une entreprise qui était capable de décourager les plus hardis et les plus 
laborieux. 

Le succès a couronné vos premiers efforts et ceux de vos zélés collaborateurs. Il couronnera aussi 
les nouveaux travaux qui vont suivre, et nous verrons bientôt la fin de ce beau monument scientifique, 
comme nous en saluons avec reconnaissance le commencement. Les sept premiers fascicules, formant 
le premier volume de l'ouvrage et le quart à peu près de sa totalité, vont paraître. N'eussiez- vous par- 
couru que cette première étape, la marche serait déjà longue, et le service rendu très considérable. Une 
grande partie des matières qui doivent rentrer dans l'œuvre entière se trouve déjà condensée et traitée 
dans ce volume d'avant-garde. Des articles importants y ont reçu leur développement et leur solution. Le 
travail est incomplet sans doute, si l'on ne fait attention qu'à son intégrité numérique; mais il est fini et 
très heureusement terminé pour une foule de questions spéciales qui n'ont rien à attendre de celles qui 
doivent les suivre, et qui font par elles-mêmes des chapitres détachés et des divisions indépendantes dans 
ce qu'elles sont et dans ce qu'elles doivent être. 

Je ne puis donc que vous féliciter chaleureusement de cette mise en vente de la première partie d'une 
encyclopédie biblique, que nous appelions tous de nos vœux et de nos besoins les plus impérieux. 

Le moment est d'ailleurs bien choisi pour la faire paraître. Le Saint r Père vient de donner un nouvel 
essor aux études sacrées dans une mémorable encyclique, où il fait ressortir à la fois l'utilité de nos 
Saintes Lettres , en même temps qu'il consacre les règles invariables de leur inspiration et de leur interpré- 
tation. Ce sera dignement répondre à l'honneur qu'il vous a fait d'accepter la dédicace de votre savant 
ouvrage, que de déposer à ses pieds la partie qui est parachevée, en lui donnant l'espoir que bientôt 
l'œuvre complète méritera ses bénédictions et l'admiration reconnaissante des amis de nos Saints Livres 
et des défenseurs de la foi, dont les divines Ecritures sont le fondement et l'exposition autorisée. 

Veuillez agréer, cher Directeur,' avec mes remerciements personnels, l'assurance de mes sentiments les 
plus dévoués en Notre -Seigneur. 

f Card. BOURRET, évêque de Rodez et de Vabre. 
Rodez, le 7 septembre 189k 



PRÉFACE 



Nous assistons véritablement à un réveil des études bibliques en France. Il y a 
vingt ans, les questions qui passionnent aujourd'hui les esprits n'étaient pas encore 
connues du grand public, elles n'intéressaient qu'un cercle fort restreint d'initiés. 
Certes, la Sainte Écriture n'avait pas cessé d'être étudiée, connue, goûtée, admirée 
dans le monde ecclésiastique, dans nos grands séminaires, et, sans la mettre sur le 
même pied que la Sainte Eucharistie, on ne cessait de la regarder avec raison comme 
la manifestation extérieure, le sacrement historique du Christ; cependant il faut bien 
convenir que les simples fidèles ne s'en occupaient guère, la lisaient fort peu, ne la 
connaissaient presque plus. Cette grande Révélation de Dieu toujours vivante, parlant 
directement à tous, était reléguée à l'arrière-plan, ne tenait plus que fort peu de place 
dans le monde catholique en France; de moins en moins on attachait à la lecture et 
à l'étude de la Bible l'importance qui convient ; on n'en parlait même pas, et si quelque 
laïque pieux se fût avisé de faire une citation d'Isaïe ou des Proverbes, on l'aurait regardé 
avec une sorte de surprise , comme s'il avait eu des tendances secrètes vers le protes- 
tantisme ! Au lieu d'aller chercher dans nos Saints Livres l'aliment préparé à l'âme 
par Dieu lui-même, on allait l'emprunter à des livres de piété, œuvres de la main des 
hommes; au lieu de lire avec amour les pages écrites sous l'inspiration de Dieu, on 
se contentait d'en lire le dimanche les fragments détachés et sans suite contenus dans 
le paroissien. Il en est résulté une ignorance presque complète de la Sainte Écriture 
dans le peuple chrétien. Je ne parle pas seulement de l'ignorance des principaux 
écrits de l'Ancien Testament, comme les Prophéties ou les Psaumes, je parle même 
de l'ignorance du Nouveau Testament. Au lieu de respirer une atmosphère de foi 
saine et fortifiante, on se jette dans les dévotions subtiles, quintessenciées, alambi- 
quées, qui ne sont pas sans danger, et que l'Église est parfois obligée de condamner. 

Ce n'est pas que notre foi repose directement sur l'Écriture, puisque les écrits 
apostoliques ont paru relativement assez tard ; ils n'ont point précédé l'enseignement 
oral des Apôtres, ils l'ont suivi. Il y avait beaucoup de chrétiens avant l'apparition 
des quatre Évangiles, et les lettres des Apôtres sont plutôt des écrits de circonstance 
<pie des traités dogmatiques. La règle de foi dans l'Église était la tradition. * Il n'y a 



1 
i 



xi PRÉFACE 

qu'un moyen sûr de trouver la vérité, disait saint Irénée, c'est de consulter la tradition' 
telle qu'elle s'est conservée dans les Églises par les évêques que les Apôtres ont 
institués et par leurs successeurs. » Adv. hser., m, 3. Les Apôtres ne prêchaient pas 
une Bible à la main; ils prêchaient Jésus crucifié et ressuscité, c Ce que nous avons 
entendu, ce que nous avons vu et contemplé de nos yeux, ce que nous avons touché 
de nos mains..., nous vous l'annonçons, afin que vous-mêmes ayez société avec nous, 
et que notre société soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. » I Joa., i, 1-3. 
La règle de foi était en dehors de l'Écriture, puisque le Nouveau Testament n'existait 
pas encore ; elle se puisait dans les enseignements donnés au baptême, dans l'ensei- 
gnement oral des premiers disciples, dans cet ensemble de vérités qu'on réunira plus 
tard sous le nom de Symbole des Apôtres. Elle est essentiellement traditionnelle 
beaucoup plus que scripturaire. On sait que lorsqu'il s'agit de donner un successeur 
à Judas, saint Pierre demande que l'on choisisse un témoin de la prédication 
évangélique, depuis le jour du baptême de Jésus -Christ jusqu'à son ascension. 
Act., i, 21. Les premiers chrétiens, il serait aisé de le montrer par de nombreuses 
citations, ne sentaient pas l'impérieux besoin de s'appuyer avant tout sur l'Écriture. 
L'Ancien Testament leur servait à confirmer la foi, à la justifier jusqu'à l'évidence 
aux yeux des Juifs; il n'en était pas le principe. Les Prophètes confirmaient 
l'enseignement des Apôtres d'une façon victorieuse; cependant la révélation chré- 
tienne n'en reposait pas moins sur Jésus- Christ. Le Sauveur était la clef de voûte» 
le couronnement de l'édifice; il en était aussi la base. 



IMPORTANCE DE LA BIBLE DANS L'ÉGLISE 



Cette réserve de principe une fois admise, il faudrait être aveugle pour mécon- 
naître l'importance capitale de l'Écriture dans la vie de l'Église, la part considérable 
que les Apôtres mêmes lui ont faite dans leur enseignement. 

Les Apôtres. — Il suffit de lire avec quelque attention les écrits des Apôtres pour 
constater que si leur prédication s'appuie directement sur Jésus-Christ, s'ils prouvent 
la divinité de la religion par le ministère, les miracles, la résurrection du Sauveur r 
ils confirment la vérité de leur enseignement par la Sainte Écriture, qu'ils regardent 
comme le principal dépôt de la révélation, comme un Évangile anticipé, une prédi- 
cation avant la lettre. < Interrogez les Écritures, disait Notre -Seigneur, elles vous 
parlent de moi. * D'après eux, la Loi est donnée à Moïse en vue de préparer la- 
venue du Christ; elle en est remplie, toute pénétrée, lex gravida Christo. Nulle 
réserve, nulle restriction; juifs et chrétiens de ce temps étaient d'accord pour y 
reconnaître la parole, la manifestation immédiate de la pensée de Dieu. Les faits- 
historiques, même dans leurs détails en apparence insignifiants, les lois, les ins- 
titutions mosaïques, les sacrifices, les prescriptions rituelles, n'ont aux yeux des. 



PRÉFACE ~-w~. XLr 

Apôtres qu'une seule raison d'être : prédire et figurer Jésus-Christ. A leurs yeux, 
le sens auquel il faut s'attacher n'était pas toujours celui que signifiaient naturellement 
les mots, témoin la fameuse allégorie d'Agar et du Sinaï. Le véritable sens, c'était 
Jésus-Christ; l'importance capitale des écrits sacrés vient de ce qu'ils signifient, de 
ce qu'ils aident à prédire, de ce qu'ils sont l'histoire anticipée du Sauveur. Je ne 
prétends pas que les Apôtres n'aient pas admis le double sens de l'Écriture, et 
l'expression de saint Paul : qux sunt per allegoriam dicta, n'infirme évidemment pas 
la réalité historique d'Agar, comme le soutiennent certains rationalistes modernes; 
je dis qu'on y cherchait avant tout le Messie. Ce qui embarrassait les rabbins n'em- 
barrasse plus les Apôtres : les premiers cherchent, les autres ont trouvé ; les rabbins 
calculent l'avenir, font des prodiges d'interprétation qui nous étonnent et nous font 
sourire; les Apôtres ont la clef du mystère, le mot de l'énigme, l'événement leur 
a donné le vrai sens de l'Écriture; pour eux il n'y a plus d'avenir, les promesses et 
les prophéties sont réalisées , tout est réalisé et accompli jusqu'au moindre apex ou 
au plus petit iota. 

Les Pères. — Ce culte pour la Sainte Écriture se retrouve chez tous les Pères. 
Les traductions nombreuses que l'on en fit pour la mettre aux mains des fidèles, les 
travaux critiques considérables de cette époque, ceux surtout d'Origène et de saint 
Jérôme, sont une preuve éclatante de l'activité littéraire des premiers siècles, la 
constatation sans réplique de la place à part que la Bible tenait dans les préoccu- 
pations des chrétiens. Au surplus, la plupart des écrits des Pères sont des commen- 
taires homilétiques sur l'Écriture. Faut-il ajouter que les travaux auxquels nous 
faisons allusion, réserve faite des temps, des facilités de travail dues à l'imprimerie, 
à l'abondance des manuscrits, sont aussi remarquables que ceux de nos jours? 

Il ne s'agit pas d'apprécier ici la nature de ce mouvement ni de cette activité; 
il suffit d'en montrer l'importance. Pour les plus anciens Pères, l'Écriture était 
presque un autographe de la divinité; ils allaient, — pour les raisons que l'on sait, — 
jusqu'à croire à l'inspiration des Septante, t On voulut couper court aux difficultés 
des rabbins et expliquer les variantes qui pouvaient surprendre les fidèles en admet- 
tant l'inspiration des Septante. » Vigouroux, Manuel biblique, t. i, p. 60. 

La notion d'inspiration est fort rigoureuse. D'après saint Justin, suivi en cela par- 
beaucoup d'autres, « l'écrivain sacré est l'instrument du Saint-Esprit comme une flûte 
aux lèvres du musicien. » Il ajoute que < l'inspiration est un don qui vient d'en haut 
aux saints hommes, qui pour cela n'ont besoin ni de rhétorique ni de dialectique, 
mais doivent simplement se livrer à l'action du Saint-Esprit, afin que l'archet divia 
descendu du ciel, se servant d'eux comme d'un instrument à cordes, nous révèle la 
connaissance des choses célestes ». 

Il est superflu, je pense, de chercher à montrer l'importance de l'Écriture dans 
les premiers siècles : ce serait vouloir démontrer l'évidence. Il faudrait citer tous les 
Pères. Leur pensée se résumerait exactement dans ce mot du plus ancien de tous, 
saint Clément Romain : Diligenter inspicite Scripturas, Spiritus Saneti vera oracula. 

Le moyen âge. — Le moyen âge a goûté plus que nous la Sainte Écriture et eu 
a tiré un plus grand profit spirituel; cependant il n'a produit rien de très remarquable 
au point de vue critique. D'ailleurs il ne le pouvait guère , n'ayant à sa disposition 
presque aucun des éléments dont nous disposons à présent. Il a pris le texte reçu et 
s'en est nourri avec piété. L'Écriture a été l'aliment spirituel, la grande consolation» 



xlïi PRÉFACE 

la grande force morale du moyen âge. Dais ces siècles de fer, les âmes délicates, 
écrasées par la force brutale, avaient besoin de s'élever au-dessus des réalités révol- 
tantes de la vie; les cloîtres étaient pleins & ces âmes aimantes et souffrantes , qui 
avaient besoin de se réfugier dans les bras d< Dieu pour fuir les souillures du monde 
et de s'écrier : Ecce elongavi fugiens et rnans, in solitudine. Quemadmodûm desiderat 
cervus ad fontes aquarum, ita desiderat aiima mea ad te, Deus. Diligam te, Do- 
mine, fortitudo mea* Dominus firmâmentun meum..., refugium meum, liber ator,... 
adjutor,protector meus, cornu salutis mese é susceptor meus...! Elles trouvaient dans 
l'histoire du peuple de Dieu, dans les coups imprévus de la Providence à l'égard 
d'Israël, dans les cris douloureux, déchirant! du Psalmiste, dans les invincibles espé- 
rances des prophètes , une consolation , un encouragement , une protection de Dieu 
contre la perversité des méchants. On lisait l'Écriture, comme le dira plus tard l'au- 
teur de l'Imitation, avec le même esprit oii l'avait fait écrire. Il y eut des excès. 
Sous prétexte que la Loi est pleine du Glrist, on tomba dans les exagérations les 
moins pardonnables. On trouva dans la Bibb ce qu'on avait besoin d'y voir : non pas 
seulement l'histoire anticipée de la religion «hrétienne, ce qui est fort légitime; mais ' 
l'histoire anticipée et individuelle de nos ;mes. De là des abus très réels du sens 
moral et allégorique chez les plus grands et les plus saints docteurs, sens ingénieux, 
cachés, accommodatices, interprétations un )eu trop fantaisistes, — pour ne pas dire 
fantastiques, — dont nous ne nous débarassons pas, qui consistent à isoler les 
textes, à saisif une analogie lointaine, un lapprochement quelconque entre un texte 
et un événement qui nous occupe, à juger du sens d'un passage par quelques mots 
détachés sans scrupule du contexte. On peu. affirmer sans crainte que les Pères grecs 
sont en général incomparablement supérieur, au point de vue de l'exégèse propre- 
ment dite, aux écrivains latins du moyen âge. Ces derniers n'avaient pas à leur 
disposition les éléments critiques , les traditions exègétiques des premiers ; ils s'en 
dédommagèrent inconsciemment, en se jetait dans les excès des applications morales 
ou mystiques. 

A côté des mystiques, les théologiens qù, tout en se servant de la Sainte Écriture 
avec le même respect et le même amour, a^ec une prodigieuse connaissance du texte, 
— il n'était pas trop rare de rencontrer des théologiens qui savaient par cœur toute 
l'Écriture, — ne dirigèrent pas leurs étude; scripturaires dans un autre sens que les 
auteurs mystiques. Ce qui dominait le plu? dans les écoles théologiques, c'était la 
métaphysique ou, si on le préfère, l'emploi de la raison pure. On se complaisait dans 
toutes les abstractions du dogme, on appliquait à la défense de la foi tous les procédés 
de la dialectique d'Aristote, on mettait au service de la religion toutes les ressources 
de la philosophie païenne; mais on ne s'oœupait pas assez de discussions de textes, 
de versions, d'authenticité. Ces questions fêtaient pas mûres, et l'on manquait pour 
les étudier des ressources de la critique nuderne. Du reste, plus la science devenait 
abstraite, plus on essayait de sonder les inpénétrables mystères de la sainte Trinité 
et de l'union hypostatique , plus l'Écriture devenait insuffisante , plus les textes vrai- 
ment probants se faisaient rares, plus il éait malaisé de confirmer par des citations 
démonstratives les savantes déductions des théologiens. Il fallait s'en rapporter à la 
raison plus qu'à l'Écriture, et appuyer cttte raison sur les Conciles, les Pères ou 
même l'autorité d'un grand docteur ou d'ui saint. 

Les études critiques, telles que nous les comprenons à présent, n'existaient donc 



PRÉFACE xlih 

pas à proprement parler. On faisait bien des catenx aurex, c chaînes d'or » ou autres, 
qui témoignaient d'une connaissance remarquable du texte, mais étaient insuffisantes 
au point de vue de l'exégèse. 

Le grand travail biblique du moyen âge n'a pas été fait par les chrétiens, qui n'en 
avaient pas les éléments, n'ayant à leur disposition ni les manuscrits ni la connais-, 
sance des langues, mais par les Massorètes. Nous n'avons pas à nous en occuper; il 
suffit, de le signaler en passant. 



II 



LES TEMPS MODERNES ET LE PROTESTANTISME 



H y a des questions qui sommeillent longtemps et ne s'éveillent qu'après de longs 
siècles. Elles sont dans l'Église à l'état latent, à l'état de germes bons ou mauvais, 
attendant des circonstances favorables pour éclore. L'heure venue, la fleur s'épanouit 
sur sa tige comme une rose après de longs mois d'hiver. Dans l'Église, les questions 
ne se présentent pas toutes à la fois, ni chacune à la fois sous toutes ses faces; elles 
mûrissent lentement, soit qu'il s'agisse pour elles de distiller du miel ou du poison 
Comme le dit le Sauveur, c'est une graine qu'un homme sème dans son champ ; soit 
qu'il dorme ou qu'il veille, elle pousse dans un sol fertile : c'est d'abord une tige, 
puis un épi, puis dans cet épi des graines qui mûrissent au moment de la moisson. 
Il en est de même, hélas! de l'ivraie et des autres plantes mauvaises. 

Il se produisit au commencement du xvi e siècle une crise redoutable, dont les con- 
séquences ne se sont pas encore toutes manifestées, et dont l'une des plus inévitables 
sera d'entraîner le protestantisme dans une incrédulité complète. 

Un moment on put croire que les études scripturaires allaient prendre un nouvel 
essor, que la position doctrinale des réformés, qui se séparaient de l'Église soi-disant 
pour rester fidèles à la Bible, aurait pour résultat nécessaire d'affermir à jamais le 
caractère divin de nos Saints Livres. Une révolte, faite au nom de l'Écriture contre 
la tradition , pouvait-elle avoir un autre résultat ? Certes, les chefs du parti en révolte 
ne se doutaient guère qu'ils préparaient la ruine de leurs propres croyances , et que 
par une terrible logique des choses les descendants de ceux qui rejetaient l'autorité 
de l'Église enseignante finiraient par ne plus croire à la Révélation biblique. 

Les réformateurs se félicitaient bien haut de ne plus croire que Dieu, d'en avoir 
fini avec les prétendues innovations de l'Église, les empiétements des papes, les alté- 
rations et falsifications doctrinales des théologiens ; on allait enfin s'appuyer sur la 
Bible, n'entendre plus que la parole divine. « Le Saint-Esprit allait enfin parler 
directement au cœur des fidèles, disait Calvin, faire connaître la vérité à ceux qui en 
seraient dignes, et produire des fruits de vie qui seront la preuve la plus manifeste 
que l'on est dans la vérité. » Soit, mais d'où venait la Bible? de qui la tenait-on? 
par qui savait- on qu'elle était la vraie parole de Dieu? On la tenait de l'Église catho- 
lique, de celle qu'on appelait la prostituée de Babylone, la maîtresse d'erreur, le 



xliv PRÉFACE 

suppôt de Satan. Comment être sûr que le dépôt remis par l'Antéchrist était bien 
la pure et sainte parole de Dieu ? On pouvait à la rigueur répondre que l'Église 
l'avait reçue de la Synagogue, mais il était notoire que la Synagogue interprétait les 
prophéties autrement que nous et nous reprochait d'avoir faussé et altéré ce qui 
concernait le Messie. Pourquoi alors croire l'Église plutôt que la Synagogue? 

En vérité, on est confondu de l'inconséquence d'hommes d'ailleurs intelligents, 
quand on voit un Calvin prétendre reconnaître l'inspiration des Écritures « aussi 
aisément que nous apprenons à discerner la lumière des ténèbres, le blanc du noir, 
l'aigre du doux », Inst., p. 19; quand on voit un Luther, qui rejette tout l'ensei- 
gnement de l'Église, toute la 'tradition, décider de la divinité des Écritures suivant 
qu'elles sont ou non conformes à son fameux critérium de la justification parla foi 
sans les œuvres; qu'on le voit, au nom d'une théorie personnelle, accepter ou repousser 
certains livres canoniques ! « C'est là, dit-il, la véritable pierre de touche pour juger 
tous les livres, quand on voit s'ils insistent ou non sur ce qui regarde le Christ, 
puisque toute l'Écriture doit nous montrer le Christ, et que saint Paul ne veut rien 
savoir que le Christ crucifié. Ce qui n'enseigne pas le Christ n'est pas apostolique, 
quand même Pierre ou Paul l'eût dit; au contraire, ce qui prêche le Christ, voilà 
qui est apostolique , quand même cela viendrait de Judas , d'Anne , d'Hérode ou de 
Pilate. » 

Mais ce prétendu critérium, où l'a-t-il trouvé? quelle en est la valeur? Il était 
aussi arbitraire, aussi contestable que le subjectivisme de Calvin. En réalité, ce n'est 
donc pas l'Écriture qui dirige Luther, qui est sa règle de foi : c'est sa croyance per- 
sonnelle, son Credo subjectif qui décide de la divinité de l'Écriture; au-dessus de la 
parole de Dieu à laquelle il prétend se tenir, il met l'Évangile de la grâce. Ce crité- 
rium prétendu était le résultat de l'éducation théologique de Luther. En sortant de 
l'Église, Luther en emporta un tempérament doctrinal tout formé; il conservera de 
son catholicisme certains points fondamentaux, mêlés d'erreurs, qui le guideront 
toute sa vie et serviront de fil d'Ariane au lecteur curieux et désireux de se recon- 
naître au milieu des contradictions du fougueux réformateur. 

Le jour ne tardera pas à venir où l'on demandera ce que vaut le critère subjectif 
de Calvin, et celui plus doctrinal, quoique aussi fragile, de Luther. Vous rejetez 
l'Église, la tradition apostolique, la succession des pasteurs; vous brisez les anneaux 
de la chaîne qui nous rattache à Jésus - Christ ; vous traitez les théologiens, qui vous 
enserrent dans les griffes de fer du bon sens, de ]a logique, de l'autorité, de l'histoire, 
vous les traitez d'ânes, d'impies, de blasphémateurs; vous versez sur eux des tombe- 
reaux d'outrages, et vous croyez naïvement qu'à défaut du magistère de l'Église on 
acceptera le vôtre? Et que me font à moi la théorie de Calvin, le critérium de Luther? 
Vous m'interdisez d'obéir à l'autorité de l'Église , et vous m'obligez au nom de Dieu 
même à proclamer divins des livres où je ne vois que la marque de l'homme? La 
Bible ne se prouve pas par elle-même, et si une autorité doctrinale dont je ne puisse 
douter ne me la met entré les mains, je ne croirai même pas à l'Évangile. Des 
hommes vont venir à la raison aussi forte que celle de leurs maîtres; ils traiteront 
de fables la plupart des récits sacrés : la création, la chute, l'arche de Noé, l'histoire 
des patriarches; ils nieront l'authenticité des Livres Saints, réduiront à néant la 
valeur des prophéties, et donneront à leurs négations des apparences si spécieuses, 
que les élus mêmes seraient séduits, s'ils pouvaient l'être. Au nom de la raison et 



PRÉFACE xlv 

du libre examen, les réformateurs ont rejeté l'Église; au nom de la raison aussi et du 
libre examen, les nouveaux docteurs vont réformer les réformateurs, en semant, hélas ! 
autour d'eux bien d'autres ruines. 

Les résultats actuels. — On ne saurait sans injustice nier les progrès de notre 
siècle dans l'étude et la connaissance des origines. Il serait inexact de dire que l'on 
a refait l'histoire du passé, — une histoire complète des origines ne sera jamais 
faite; — mais il est certain que l'on a jeté des rayons de lumière sur bien des points 
obscurs, et que d'heureux résultats sont définitivement acquis. L'on veut savoir 
comment les choses se sont réellement passées. Nul homme intelligent n'ignore les 
travaux remarquables qui ont modifié si complètement les données des siècles précé- 
dents sur Rome, sur la Grèce, l'Egypte et la Chaldée. Origines de l'histoire, de la 
civilisation, des idées morales, de la littérature, des beaux-arts : rien n'est oublié. 
Notre siècle s'est jeté dans ces recherches avec une ardeur, une passion si intense, 
qu'il a perdu, pour ainsi dire, son originalité propre. Sauf dans le domaine de la 
science et de l'industrie, il n'a produit aucune œuvre personnelle et durable; il n'a 
fait qu'essayer de remettre dans leur vrai jour les idées des autres. Un siècle critique 
ne saurait être un siècle créateur. La critique ou, si on l'aime mieux, l'examen 
rationnel des faits et des idées s'applique actuellement à toutes les branches de nos 
connaissances, depuis les fouilles de Schliemann et de M. Dieulafoy jusqu'aux pro- 
blèmes les plus ardus de la métaphysique. La religion pouvait d'autant moins échapper 
à ces recherches, qu'elle tient plus de place dans nos préoccupations et dans la direc- 
tion morale à donner à notre vie. On peut n'attacher qu'une médiocre importance 
à tel détail raconté par Tite Live et Suétone, on ne saurait être indifférent aux 
moindres détails de ce que l'on affirme être la parole de Dieu. Comment des esprits 
chercheurs, intelligents, orgueilleux, incroyants, ne se seraient-ils pas demandé si Dieu 
a parlé , s'il a dit réellement tout ce qu'on lui fait dire. Les idées religieuses tiennent 
trop de place dans l'humanité pour que l'on n'ait pas essayé de les examiner de tout 
près et à la loupe, de les percer à jour et d'en montrer ce qu'on appelle les côtés 
faibles. Par une conséquence inévitable, l'attaque s'est portée sur la religion chré- 
tienne et sur le monument principal de cette religion : la Bible. Le conflit est à l'état 
aigu. Dans les siècles précédents, les attaques des adversaires étaient relativement 
modérées, car. la foi était profonde même chez certains hérétiques. On contestait 
quelques points de doctrine, mal définis par les théologiens, disait-on; mais on était 
d'accord sur le fait même de la révélation. Aujourd'hui on ne conteste plus aucune 
vérité de détail, on nie tout. La raison, imbibée de foi par l'enseignement traditionnel, 
ne s'affranchissait pas totalement de l'action de Dieu , de l'influence évangélique ; 
aujourd'hui elle est émancipée, elle est irréligieuse sur toute la ligne, et prétend jus- 
tifier sa négation au nom de la critique moderne. 

Essayons d'expliquer ce mot, d'exposer rapidement comment s'est produit dans le 
monde chrétien ce mouvement subversif, ce courant d'impiété. 



xtvi PRÉFACE 



III 



LA CRITIQUE MODERNE 



Nous avons laissé les premiers protestants en possession de la Bible. C'était 
à leurs yeux le palladium, l'arche sainte, la parole de Dieu sans mélange, sans impur 
alliage. On dormait en paix et dans une parfaite sécurité. La question des deutéro- 
canoniques amena bien quelques nuages dans le ciel bleu, mais on n'en était pas 
à une inconséquence près. Les hommes qui savaient distinguer les livres inspirés 
aussi aisément que l'on discerne le blanc du noir, l'aigre du doux, la lumière des 
ténèbres, qui disaient que l'Écriture est évidente par elle-même et se manifeste 
d'une manière irrécusable, dirent qu'il fallait s'en tenir à l'autorité de la Synagogue , 
au canon juif. Que devenait le critérium de Calvin et celui de Luther? Plus on se 
séparait de la tradition, plus on sentait le besoin de n'avoir pas une bible frelatée, 
le besoin d'avoir un livre sorti directement de la pensée de Dieu, clair, complet, 
intelligible pour tous; car autrement comment répondre aux syllogismes serrés des 
théologiens papistes, dont on avait tant d'horreur? On se croyait invincible, à l'abri 
de toute attaque, quand un premier coup de tonnerre gronda dans le ciel serein des 
protestants. Un des leurs, Louis Cappel, fît paraître sa Gritica sacra, qui mit en 
révolution le monde hétérodoxe, et un peu aussi le monde catholique. La doctrine 
de Cappel, bien inoffensive pourtant, et dépassée depuis par des écrivains orthodoxes, 
consistait à dire que le texte hébreu des Massorètes renferme des fautes évidentes. 
Buxtorf essaya, sans y réussir, de réfuter la Critica sacra; son insuccès donna encore 
plus d'importance à l'essai de Cappel. Les passions religieuses, si vives alors, étaient 
violemment surexcitées; on accusait l'écrivain d'être un apostat, un traître vendu aux 
Jésuites et d'accord avec le P. Morin pour détruire, de concert avec les papistes, la 
sainte et immuable parole de Dieu. L'ouvrage de Cappel était incomplet et imparfait, 
comme sont tous les premiers essais sur des questions nouvelles; ce n'en fut pas 
moins la petite pierre détachée de la montagne qui brisa l'idole aux pieds d'argile. 

Il était impossible que la théorie du libre examen n'aboutît pas un jour ou l'autre 
au rationalisme absolu. On n'en devina pas d'abord toutes les conséquences; car, en 
dépit de l'erreur, la foi pénétrait toutes les âmes. Catholiques et protestants avaient 
sucé le même lait évangélique, partageaient à peu près les mêmes croyances, et si 
l'on se séparait, c'était, disait- on, pour se nourrir mieux de la parole divine. Néan- 
moins les esprits attentifs pouvaient sans peine découvrir les premières traces du 
rationalisme chez Grotius, plus encore dans les lettres du Théologien de Hollande 
(Le Clerc), et surtout chez les sociniens. 

Dans l'Église catholique on sut se garder des excès , tout en donnant à la raison 
une plus large place. Qu'avait-on à craindre? Si des théologiens de marque, comme 
Estius, croyaient à l'inspiration verbale, les Jésuites et nombre de docteurs refusèrent 
de souscrire aux conclusions trop rigoureuses de l'université de Louvain. On sait du 



^^f^vipK 



PRÉFACE XLVK 

reste que l'Église, que l'on dit si intolérante, laisse une très grande liberté à ses 
enfants fidèles, et leur permet de se mouvoir à l'aise.. -Les droits de la raison et de 
la critique sont de tradition chez nous. Bien avant Cappel, qui scandalisa si fort 
les siens, nous avions eu les Hexaples d'Origène, les éditions critiques des Septante 
par Lucien et Hésychius. Il faut être du métier, comme on dit, pour se rendre compte 
de la somme énorme de travail que ces études supposent chez des hommes privés des 
ressources que nous possédons à présent. Il est, je pense, superflu de prononcer le 
nom de saint Jérôme. L'Église a toujours senti l'importance de l'étude , des textes 
originaux , puisque au concile de Vienne elle a prescrit dans les grandes universités 
la fondation d'une chaire d'hébreu et d'arabe ; le concile de Trente demanda la publi- 
cation d'une édition critique du texte des Septante, édition donnée par Sixte- Quint; 
il avait exprimé aussi le désir d'une édition critique et exacte de l'hébreu. Quoi qu'on 
puisse dire , les travaux les plus considérables sur la Bible ont été. faits par les catho- 
liques. Il suffit d'indiquer en passant la Polyglotte du cardinal Ximénès, qui rappelait 
le colossal travail d'Origène. On sait que les Concordances, si précieuses pour l'étude 
du texte, ont été imaginées par le dominicain Hugues de Saint -Cher. Je ne puis 
mentionner même d'un mot les chefs-d'œuvre, il faudrait un volume. Les Correctoria 
(indication des variantes et correction des leçons) nous appartiennent; à nous aussi 
les études sur les textes originaux; à nous le plan, les éléments du Thésaurus de 
Gesenius, qui nous a tout emprunté. 

Cette liberté sur le terrain critique, nous la retrouvons sur le terrain de l'inter- 
prétation ; l'Église accepte l'école d'Antioche comme celle d'Alexandrie. Néanmoins 
ce n'est pas dans le sein de l'Église catholique que pouvait se produire la grande 
révolution de critique rationaliste dont nous voyons se dérouler toutes les phases. On 
trouvera les principaux détails de cette douloureuse histoire dans les ouvrages de 
M. Vigouroux ; je me contente de mettre en lumière ce qui nous intéresse davantage 
dans cette étude. 

Au xvm° siècle, les esprits cultivés se livrèrent de préférence à l'étude de la phi- 
losophie et des sciences naturelles, et l'on négligea la théologie, jusque-là reine et 
maîtresse des autres sciences. Déjà la raison avait commencé à se séculariser avec 
la Renaissance, quand se produisit ce grand mouvement intellectuel qui, bien que 
partant d'un principe différent, facilita l'action dissolvante du protestantisme. La 
séparation n'eut lieu que plus tard, mais la raison échappa dès lors en partie à la 
tutelle de l'Église et se trouva mûre pour l'apostasie finale. La philosophie permettait 
de s'émanciper, de se soustraire à un contrôle gênant; elle ouvrait ou paraissait 
ouvrir des horizons sans fin à l'intelligence émerveillée, enivrée de ses premières 
découvertes, fière de n'être plus l'humble servante de la théologie, de marcher de pair 
avec son austère et haute maîtresse. De son côté, l'étude des sciences naturelles 
avait le grand avantage de donner un libre essor aux facultés humaines, pleine satis- 
faction à notre insatiable besoin de savoir. Elle avait de plus le grand avantage de ne 
point procéder par abstractions, par raisonnement à priori, par déductions métaphy- 
siques souvent contestables, de ne pas marcher dans l'inconnu, mais d'éclairer par 
l'expérience chacun de ses pas. 

Il se forma dès lors un courant rationaliste très puissant, qui envahit à son tour 
le domaine de la théologie et de l'Écriture Sainte. Jusque-là la Bible avait échappé 
aux attaques; catholiques et protestants la lisaient à genoux, comme un message de 



Xlviii PRÉFACE 

Dieu, et en baisaient respectueusement les pages; elle était au-dessus de toute con- 
testation, mais il fallut bientôt compter avec l'esprit nouveau. Le sens de l'histoire 
s'éveillait peu à peu, et bientôt la critique alla de pair avec l'érudition. Les Bénédictins 
donnèrent la mesure de ce qu'on peut réaliser : les érudits de l'avenir les égaleront 
peut-être, ils ne les surpasseront pas. Pour le dire en passant, nous ne connaissons 
guère de savants contemporains supérieurs ou même comparables aux Bollandistes, 
à Tillemont, Mabillon et autres érudits français dont nous ne sommes pas assez fiers, 
dont les travaux, ignorés chez nous, même à l'heure présente, nous reviennent d'Alle- 
magne sans indications d'auteurs. Notre naïveté nous fait saluer dans des revues ou 
■livres étrangers de prétendues découvertes qui sont notre bien propre. Un peu de fierté 
nationale ne messiérait pas. 

Les rationalistes contemporains prétendent que la science des Bénédictins, toute 
d'érudition, est incomplète; que les documents qu'elle nous a laissés, si authentiques 
et précieux qu'ils soient, ont besoin d'être revus, examinés, interprétés à la lumière 
de la critique moderne. Le courant a envahi le domaine sacré, et le fait capital de 
notre temps est d'avoir appliqué à l'histoire du peuple juif, à l'étude de sa littérature, 
de ses idées religieuses, les procédés de l'exégèse rationaliste. 

Plusieurs apologistes contemporains, trop confiants à mon gré, affectent de ne pas 
voir le danger, de ne pas s'en préoccuper. A quoi bon s'alarmer? disent-ils, la Bible 
en a vu bien d'autres; depuis le temps de Porphyre, de Gelse, de Julien l'Apostat, 
n'est -elle pas en butte à toutes les attaques? Les Pères de l'Église n'avaient -ils pas 
vu ce que nous voyons? Les Voltaire, les Strauss, les Renan, n'étaient pas inconnus 
aux premiers siècles; ils ont relevé dans les Écritures de prétendues contradictions, 
des difficultés historiques , des assertions enfantines en matière de cosmographie, de 
physique et d'histoire naturelle. Nous n'y contredisons pas; nous disons seulement 
qu'il faut une forte provision d'optimisme pour comparer les attaques même du 
plus habile de tous à celles des rationalistes contemporains. Répondre aux attaques 
de ces adversaires par un haussement d'épaules est plus qu'insuffisant. J'affirme 
qu'elles valent la peine qu'on s'en occupe, pour venger la parole de Dieu et la faire 
paraître dans tout son éclat. 

Caractères de la critique moderne. — Un des principaux caractères de la critique 
nouvelle est de replacer dans leur vrai cadre historique les événements de la Bible. 
Les études bibliques tirent leur importance de l'intérêt capital qui s'attache aux 
idées religieuses dont les textes sacrés sont le vêtement. Aussi pour comprendre ces 
idées ne se borne-t-on plus à présent à une étude plus ou moins parfaite du texte 
lui-même, ne se contente-t-on plus, pour saisir le vrai sens de l'Écriture, de glaner 
çà et là des textes isolés, que l'on groupe avec art en faveur de telle ou telle thèse; 
d'en faire une sorte de mosaïque gracieuse en les rapprochant, en appliquant au 
même objet des citations parfois sans liaison entre elles. Le rêve de l'exégète 
moderne, rêve qui se réalise tous les jours, est d'étudier les écrivains sacrés, non 
comme des hommes placés au même niveau intellectuel et moral , également éclairés 
et pénétrés par la lumière de la révélation , comme des instruments passifs sous la 
pression mécanique et irrésistible du Saint-Esprit; mais comme des auteurs ayant des 
pensées propres, des préoccupations doctrinales, morales ou politiques particulières, 
ayant pu comme d'autres subir les préjugés de la race et des temps. De moins en 
moins, disent nos critiques, on regarde les ouvriers évangéliques, par exemple, comme 



PRÉFACE XLir: 

des individualités isolées, sans contact avec les hommes de leur génération; on se 
plaît à voir en eux des esprits soumis aux lois ordinaires du développement de l'in- 
telligence et s'avançant par degrés vers la lumière. 

Il fallait donc, ajoutent-ils, déblayer le terrain, ne plus se fier aveuglément aux 
affirmations de l'école; montrer ce que les auteurs sacrés avaient dit, d'après ce. 
qu'ils avaient pu dire; étudier les conditions de leur activité littéraire, les mettre 
en contact avec nous en effaçant les siècles qui nous séparent de Jésus -Christ et de 
Moïse, en supprimant autant que possible les intermédiaires; saisir sur le vif la 
pensée qu'ils avaient en écrivant; se mettre à la place de leurs auditeurs, les entendre 
comme les Juifs de la synagogue écoutaient saint Paul, ne point juger d'un langage 
parlé il y a trente ou quarante siècles suivant nos préoccupations actuelles , le degré 
de culture de notre intelligence moderne toute pénétrée du christianisme ; comprendre 
quelles idées cet enseignement pouvait éveiller à cette époque, et pour cela nous 
transporterdans.ee milieu intellectuel, essayer de dire comment ces hommes, dirigés 
par l'inspiration du Saint-Esprit, restaient néanmoins préoccupés des idées, des 
intérêts de leur temps et de leur pays; en un mot, préciser dans quelle mesure ils 
parlaient pour Israël, et dans quelle mesure pour l'Église : tel serait le premier carac- 
tère de la critique. 

Un autre non moins important est ce qu'on appelle la critique interne. Elle 
consiste à chercher dans le texte lui-même plutôt que dans les témoignages extérieurs 
la confirmation de l'authenticité de ce texte. Cette méthode, si chère à nos modernes, 
n'est pas de leur invention. Longtemps avant Semler, Richard Simon l'avait trouvée 
et s'en était servi dans une large mesure. Inutile de parler ici des incidents , connus 
de tous, qui obligèrent le père de la critique biblique en France à interrompre ses 
travaux et à laisser aux pires ennemis de la révélation une arme qui devait être 
maniée avec une précaution extrême. En fait cette méthode s'est développée, et malgré 
d'immenses inconvénients elle a conquis le droit de cité et s'impose à tous les partis. 
Elle a l'avantage de n'être l'arme exclusive d'aucune école, de n'être une arme que 
contre les erreurs historiques et les théories toutes faites. Il est, en effet, si facile 
de dénaturer une pensée , de tronquer des citations , de laisser dans l'ombre ce qui 
ne va pas à une thèse, de donner des explications arbitraires ou forcées, de présenter 
les faits sous le jour qui plaît le mieux, qu'on serait heureux de trouver une réponse 
dans les textes mêmes, de voir si oui ou non ils confirment les témoignages externes. 
Cette méthode, excellente en soi, a l'inconvénient d'être insuffisante, par la raison 
que les preuves internes ne sont pas toujours démonstratives. Les textes sont souvent 
muets et ne disent rien sur le temps ou les circonstances de leur composition, et 
bon gré mal gré il faut en revenir aux témoignages externes. Il faut tirer de la cri- 
tique interne tout le parti possible, sans en abuser et sans vouloir lui demander ce 
qu'elle ne saurait donner. Je me souviens de l'impression que j'éprouvai, étant encore 
jeune séminariste, quand M. Le Hir m'en fit connaître les premiers éléments et 
m'apprit à m'en servir. Depuis longtemps, je lisais les Évangiles sans me rendre 
compte que saint Marc, interprète de Pierre, ne ressemble pas à saint Matthieu, que 
saint Jean ne ressemble à personne. Je ne revenais pas de ma surprise en remarquant, 
par exemple, les charmants récits de saint Marc, si pleins de vie, de couleur locale, 
qui trahissent si bien le récit d'un témoin oculaire ; les caractéristiques de saint Jean 
sur la vie et la lumière, etc. Je fus plus surpris encore en lisant un manuscrit de 

UCT. DE LA BIBLE. 1. — D 



l PRÉFACE 

M. Le Hir, dans lequel le savant hébraïsant démontrait l'authenticité du Pentateuque 
au moyen d'arguments intrinsèques : travail insuffisant aujourd'hui , mais qui était 
pour nous une révélation, et faisait dire à notre regretté M. Brugère, en langage 
pittoresque, que < c'étaient les pyramides d'Egypte construites avec des pattes de 
mouches ». 

Ses dangers. — La critique interne n'est pas sans dangers et peut aisément con- 
duire à la critique négative. On en abuse tous les jours. Certains érudits s'obstinent 
à faire parler les textes en faveur de leurs systèmes préconçus, à leur faire dire ce 
qu'ils ne disent pas, à les faire parler à contre -sens. Pour peu que la passion anti- 
religieuse s'en mêle, — et elle s'en mêle souvent, — on ne recule devant aucune 
absurdité. Tout est bon pour renverser la religion au nom d'une prétendue science; 
tous les moyens paraissent légitimes, même le mensonge; et la fausse critique, au 
lieu de s'appuyer sur les faits, de les étudier, de les contrôler, les déforme, les mutile, 
les supprime quand ils gênent les théories préconçues de l'incrédulité. Ceux qui la 
représentent nient avant tout la possibilité du surnaturel sous toutes ses formes, 
•comme le miracle et la prophétie. Mais alors à quoi bon la critique, à quoi bon l'étude 
scientifique des textes? Pour une pareille exégèse, dit fort bien M. Vigouroux, l'in- 
crédulité suffit. Pour déterminer l'âge d'un prophète, il suffira d'examiner les dates 
des événements auxquels il fait allusion et d'affirmer qu'il leur est postérieur. Une 
pareille critique serait évidemment un instrument satanique de destruction; cepen- 
dant il serait injuste de confondre la vraie et la fausse critique dans le même ana- 
thème, de les repousser avec la même indignation au nom de la foi qu'il faut sauver. 

Il ne s'agit pas ici de faire un exposé complet des idées qui ont cours chez les 
rationalistes, encore moins de les justifier; mais de montrer qu'on doit en tenir 
compte , et en suivre le développement avec attention. Ce qu'on peut reconnaître 
loyalement, c'est que l'histoire générale est à refaire, que les événements de la Bible, 
tels que nous sommes habitués à les envisager, d'après une interprétation ancienne 
et incomplètement renseignée, ne cadrent pas tous avec les faits de l'histoire profane. 
La Bible ne change pas , elle ne saurait changer, puisqu'elle est la parole de Dieu : 
tous les faits historiques qui y sont racontés sont vrais; mais ce qui a changé, ce qui 
peut changer encore , c'est l'interprétation donnée à ces faits par les commentateurs. 
L'erreur, si erreur il y a, ne peut tomber que sur l'interprétation. En tout cas, des 
erreurs d'exégèse se comprennent aisément, car il est impossible, même à l'homme 
le plus savant, d'expliquer certains faits de la Bible autrement qu'avec les idées et les 
connaissances de son temps. Comment, par exemple, un exégète du xv e siècle, n'ayant 
aucune idée sur la formation probable du monde, aurait-il pu commenter la Genèse 
comme le ferait M. de Lapparent? Toute interprétation de la Bible sur des choses 
qui ne sont pas purement doctrinales est presque toujours incomplète, car elle est 
proportionnée avec l'état des connaissances du siècle où vit l'exégète. Il importe de 
distinguer nettement la question d'inspiration de celle d'interprétation : la première 
est un dogme de foi, d'une réalité indiscutable ; la seconde est laissée d'ordinaire à la 
sagacité des commentateurs. On peut se tromper et l'on s'est trompé souvent sur 
l'interprétation d'un fait; on peut se tromper, par exemple, en cherchant à recon- 
struire le temple d'après les données du livre des Rois ou d'Ézéchiel, en s' appuyant 
sur tel système de chronologie, en mettant bout à bout, à la suite du protestant 
Scaliger, les chiffres des généalogies des patriarches pour aboutir à des résultats; 



i 



PRÉFACE l\ 

insoutenables, que j'ai le regret d'avoir rencontrés dans des théologies -classiques 
d'ailleurs fort estimées. Tout cela est affaire d'interprétation. 

Les découvertes modernes nous obligent à modifier certaines de nos vues, à faire 
rentrer plus exactement dans la trame de l'histoire générale un certain nombre 
d'événements, et en particulier l'histoire des prophètes. En effet, comment aurahVon 
pu expliquer exactement certains faits bibliques, quand on ne savait rien de Sargon <et 
des Sargonides? quand on ne comprenait pas la raison de la campagne de Sennachéfib 
contre Jérusalem? D'autre part, qui aurait osé espérer que le passage si contesté par 
les incrédules sur l'invasion des Élamites, Gen . , xiv, serait un j our documenté d'une façon 
si saisissante? Les découvertes de M. Naville, en Egypte, confirment les récits de l'Exode"; 
comme aussi la lumière se fait sur la probabilité d'une première émigration de* 
Hébreux antérieure à l'Exode, sur le sens de plusieurs textes des Paralipomèwes 
qui embarrassaient si fort les commentateurs. Tous les récits bibliques sont confirmés 
d'une façon merveilleuse. On sait désormais que le premier livre des Machabées, si 
décrié par les réformateurs, est, au jugement même des adversaires les plus acharnés 
de la Révélation, le résumé historique le plus parfait qu'il y ait sur cette époque. Le 
second livre, plus contesté encore par eux, n'est pas moins exact. D'après le texte grec, 
II Mach., vi, 7, on devait offrir des sacrifices mensuels en l'honneur d'Antiochus. Cette 
expression xarà piva parut si étrange et si extraordinaire, que l'auteur de notre 
version latine n'osa l'introduire dans sa traduction. Pourquoi, en effet, célébrer chaque 
mois un anniversaire? Tout au moins fallait -il mettre annuel au lieu de mensuel. 
La Vulgate ne dit rien. Or M. l'abbé Beurlier, en étudiant la nature du culte rendu 
aux successeurs d'Alexandre, a constaté que les inscriptions mentionnaient la célé- 
bration mensuelle, par des sacrifices, de fêtes en l'honneur des rois d'Egypte et 
d'Asie. Quoi de plus probant? 

Ces graves questions, encore une fois, s'imposent à l'attention de tous, de nos 
séminaristes d'abord, qui, à peine sortis du séminaire, se trouveront mêlés à la lutté , 
et devront être mieux outillés que dans le passé pour résister aux attaques de l'incré- 
dulité. Elles s'imposent à l'étude sérieuse de nos prêtres, qui s'imaginent à tort 
qu'elles ne sont pas connues du public; elles le sont plus qu'on ne pense. Si elle$ 
n'ont pas encore pris possession du public ordinaire, elles ont pénétré dans le publié 
intelligent et dirigeant. Il faut en prendre son parti et poursuivre l'ennemi sur son 
terrain; à des attaques nouvelles il faut des réponses nouvelles; aux arguments cri- 
tiques il ne suffit pas de répondre par des arguments d'autorité. Aux siècles de foi 
on se passionnait pour des problèmes de théologie spéculative; aujourd'hui on ne se 
passionne plus guère pour la grâce efficace et la grâce suffisante, on se passionné 
sur la vérité ou la fausseté d'une révélation spéciale. 

On se rappelle avec quel éclat scandaleux se produisirent les premières attaqués 
de l'impiété. L'infiltration a continué; c'est un exode à rebours, l'invasion des Cha- 
nanéens dans la terre de la révélation que les enfants de Dieu croyaient conquise 
à jamais, tous les sophismes d'outre-Rhin distillés à des milliers de lecteurs par lés 
journaux, les revues, les livres. Il y eut un moment de stupeur à l'approche de ce 
nouvel ennemi. Des réfutations sérieuses parurent de tous côtés ; il fallait davantage. 
On comprit que les études bibliques avaient été trop négligées en France, que les 
apologies les mieux faites étaient insuffisantes, que la grande bataille se livrerait 
sur le terrain de la critique sacrée. Aussi fut-ce avec une grande joie que l'on vît 



lu PRÉFACE 

M. Le Hir entrer en scène pour briser entre les mains des nouveaux critiques Tanne 
dont ils prétendaient se servir contre nous. Malheureusement M. Le Hir, vrai puits 
de science, arrivait trop tard. Sa modestie l'avait toujours empêché de rien publier. 
Trop encouragé dans cette pieuse réserve par M. Carrière, doué d'ailleurs d'une 
mémoire prodigieuse, il écrivait peu et gardait sa science pour quelques initiés. Sa 
mort prématurée mit fin à nos espérances. Heureusement il avait, comme Élie, laissé 
son manteau à un disciple de son choix, que Dieu avait préparé à continuer l'œuvre 
du maître. Tout le monde connaît le succès des publications de M. Vigouroux. Elles 
répondaient à un besoin réel ; c'était une ère nouvelle qui commençait pour l'apolo- 
gétique chrétienne. Nous n'avons à faire l'éloge ni de La Bible et les découvertes 
modernes, ni des Livres Saints, ni des Mélanges, ni du Manuel biblique; ils sont dans 
toutes les mains studieuses. Il manquait à M. Vigouroux de nous donner un Diction- 
naire de la Bible. Il vient de combler cette lacune, grâce au concours très apprécié 
de nombreux et très intelligents collaborateurs. 



IV 

UTILITÉ D'UN DICTIONNAIRE DE LA BIBLE 



Ce qu'il doit être. — Le rapide exposé qui précède laisse deviner la somme prodi- 
gieuse de travail qu'exigerait une connaissance complète des questions scripturaires : 
histoire sacrée et profane, linguistique, chronologie, géographie, ethnographie, bio- 
graphie, botanique, arts mécaniques et industriels, usages, croyances, théologie; 
c'est presque l'infini. Par là aussi on devine l'utilité, la nécessité même d'un Diction- 
naire de la Bible. Nous savons qu'un dictionnaire ne saurait remplacer un commen- 
taire, mais tout le monde n'a ni le loisir ni la préparation suffisante pour aborder 
l'étude d'un commentaire étendu; et puis, il faut bien le dire, nous n'avons pas, en 
français , de commentaire qui réponde aux exigences et aux besoins actuels. Les 
malheurs de la révolution ont presque ruiné en France les études bibliques, déjà 
assez faibles au xvme siècle, et nous nous relevons à peine de nos ruines. On est 
vraiment tenté de faire un respectueux reproche à notre illustre Bossuet de sa sévérité 
d'inquisiteur à l'égard de Richard Simon, dont les hardiesses et les erreurs ne méri- 
taient pas toutes les superbes colères du savant évêque. Les conclusions de R. Simon sont 
très contestables, quelques-unes complètement fausses, mais sa méthode était bonne. 
Il fallait la garder et ne < pas envelopper le tout dans le même anathème. Le résultat 
le plus clair de la saisie des exemplaires de l'Histoire critique exécutée par la Reynie, 
à la demande de Bossuet, fut de laisser aux mains de nos adversaires la méthode cri- 
tique, cette arme à deux tranchants dont ils ont été les seuls à se servir, et que nous 
n'avons appris à manier qu'il y a quelques années. 

Enfin, eussions-nous le commentaire français le mieux au courant de la science 
scripturaire, trouverait-il beaucoup de lecteurs? Tous n'ont pas pour cette étude de 
loisirs suffisants ni d'aptitudes spéciales. Avec le peu de temps dont nous disposons, 



PRÉFACÉ lui 

il faut nous résigner à ne pas tout savoir, limiter nos recherches à certains points 
particuliers, tout en ayant une connaissance assez complète de l'ensemble. Il en est 
des commentaires de la Bible comme des grandes histoires de l'Église , qu'on ne peut 
toujours lire en entier, et qui, malgré leur étendue, ou plutôt à cause de leur étendue, 
manquent de netteté, de précision dans les détails. On ne saurait bien connaître une 
époque, le rôle d'un grand personnage, qu'au moyen de monographies particulières. 
A défaut d'un commentaire français que nous n'avons pas, de commentaires latins 
que tout le monde ne peut consulter, et même à côté d'eux, il faut un Dictionnaire 
de la Bible qui nous dise nettement, précisément, sans verbiage, sans parti pris, ce 
qu'on sait actuellement de certain ou de probable sur tel personnage, tel fait, telle 
théorie. Les articles du dictionnaire doivent être comme des monographies détaillées, 
quoique concises ; ils doivent résumer et condenser à notre usage ce qui a été écrit 
de plus judicieux sur chaque point particulier. 

Les dictionnaires existent pour toutes les branches de nos connaissances : philo- 
sophie, sciences, arts, littérature, histoire, religions, hérésies, encyclopédie, etc.; il 
ne manque qu'un dictionnaire de la Bible; celui de Calmet, réimprimé par Migne, 
malgré des qualités très réelles, ne fait plus autorité. 

L'Angleterre, l'Allemagne, les États-Unis, sont plus heureux que nous, et les 
dictionnaires bibliques n'y manquent pas. Il serait injuste de méconnaître le mérite 
relatif de ces ouvrages, mais ils ont le grave inconvénient de n'être pas écrits en notre 
langue, ce qui les rend peu accessibles; ils ont surtout le très grave inconvénient 
d'être écrits au point de vue protestant ou rationaliste, et de ne pouvoir être lus et 
suivis qu'avec de grandes précautions. 

Celui qui se publie sous la direction de M. Vigouroux a l'avantage d'être écrit en 
français, d'être aussi savant que les autres, et surtout d'être catholique. 

Il va sans dire que je ne prétends nullement canoniser tous les articles du Diction- 
naire. Chacun des savants collaborateurs a ses idées personnelles, son degré de 
science, de culture hébraïque, de connaissances spéciales; aucun ne se flatte d'avoir 
la science infuse ou de donner le dernier mot des problèmes. Les articles sont au 
courant des résultats les plus récemment acquis, et ils restent franchement, complè- 
tement orthodoxes, tout en se maintenant sur le terrain de la véritable critique. 

Cependant on a dû se borner dans l'exposition des systèmes rationalistes, parce 
qu'ils changent tous les deux ou trois ans. Était-ce la peine de s'arrêter à des théories 
qui sont de pure fantaisie, sous prétexte de donner au Dictionnaire un vernis d'actua- 
lité? Le Dictionnaire aurait en quelque sorte participé à la fragilité d'hypothèses dont 
on ne parlera plus dans quelques années. Qui s'arrête^ par exemple, aux théories des 
neptuniens ou des plutoniens? A quoi bon s'attarder à réfuter des théories éphé- 
mères, qui ne s'appuient que sur les rêveries de leurs inventeurs, comme sont, par 
exemple, les innombrables imaginations des critiques rationalistes sur l'Apocalypse? 
Ce qu'on veut donner, c'est une science ferme, solidement appuyée, qui ne changera 
pas demain. Pour cela on n'a pas hésité à prendre, même chez nos adversaires, ce 
qu'ils ont écrit de bon et qui paraît prouvé. Il ne faut pas être exclusif quand les 
dogmes ne sont pas en jeu. 

Ce que je salue aussi avec plaisir, ce sont les articles spéciaux sur les commen- 
tateurs. Comme, en définitive, le vrai sens de l'Écriture se tire de la tradition, il 
a paru bon d'indiquer les idées, les tendances des diverses écoles. Ce qu'on a fait 



M* PRÉFACE 

P#ur les écoles d'Antioche et d'Alexandrie, ne pourrait-on pas aussi le faire pour les 
grandes familles religieuses de l'Église comme les Bénédictins, les Jésuites, les 
Dominicains , les Capucins, les Franciscains, etc., les grandes universités comme la Sor- 
bqnne, Louvain, Salamanque? 11 semble que ces grandes familles tiendront à honneur 
d*'exposer leurs traditions, et seront fières de mettre en lumière le rôle intellectuel 
qu'elles ont rempli dans l'Église. Puisse ce vœu se réaliser! 

Ce n'est pas assez de parler de l'utilité du Dictionnaire, il faudrait plutôt insister 
sur sa nécessité. Les graves dangers que fait courir à la foi la fausse critique montrent 
l'impérieuse nécessité de se confier à un guide sûr pour se livrer sans péril à ces 
délicates et périlleuses recherches. 

Les dangers ne viennent pas seulement de la critique négative, — j'en ai signalé 
quelques-uns; — ils viennent aussi de la critique dite positive, quand on l'emploie 
mal à propos, avec des idées préconçues, des jugements tout faits, quand on l'applique 
à des matières sur lesquelles elle ne doit pas s'exercer. Elle ne saurait évidemment 
être employée dans toutes les questions relatives à la Révélation ; il y aurait plus 
qu'un péril, il y aurait erreur contre la foi, comme aussi il ne faut pas rejeter une 
critique raisonnable et judicieuse, parce que si l'objet de notre foi est au-dessus de 
la raison, les motifs de crédibilité doivent être raisonnes et raisonnables, parce que 
les sophismes de la fausse raison ne peuvent être dissipés que par la vraie, enfin 
parce qu'en présence de données différentes et contradictoires en apparence, c'est 
à la raison de dégager les faits véritables et d'établir ce qu'on doit admettre , puisque 
l'Église ne saurait intervenir constamment pour décider les questions d'histoire. 

Il suffira d'un seul exemple emprunté à des rationalistes soi-disant chrétiens 
pour montrer les périls d'une application fausse de la critique positive. 

On peut admettre dans une assez large mesure un développement de la révélation, 
La lumière du Sinaï n'est pas aussi intense que celle du Thabor ou de la montagne 
des Béatitudes. On peut sans témérité soutenir que les anciens Juifs n'avaient pas des 
données bien précises sur l'immortalité de l'âme, sur le bonheur futur, les récom- 
penses ou les châtiments éternels; tout était un peu confus dans leur croyance à la 
survivance. Mais prétendre, au nom de la critique, que l'idée d'un Dieu unique s'est 
dégagée peu à peu, que le Dieu d'Abraham n'est pas celui des prophètes ou des 
Machabées, sous prétexte que le langage un peu anthropomorphiste des anciens 
auteurs n'est pas aussi épuré que celui des auteurs postérieurs à la captivité, ce 
serait un abus intolérable; ce serait énerver la force probante des prophéties, briser 
la longue chaîne qui descend d'Adam à Notre -Seigneur, mettre Isaïe, Amos et les 
autres au-dessous des apocryphes du second siècle avant J.-C. On arriverait bien vite 
avec ce système à dire qu'Israël n'a pas été traité autrement que les autres nations, 
que son histoire est une histoire comme une autre , que tous les peuples ont été aussi 
amenés au Christ quoique par d'autres chemins, qu'il y a eu un développement reli- 
gieux indépendant de celui d'Israël; que les prophètes doivent être placés sur le même 
pied que les autres maîtres de l'humanité, que Platon et Aristote ont été aussi utiles 
à la religion et à l'enseignement chrétien qu'Ézéchiel et Daniel. N'est-ce pas là, 
ajoute-t-on, le ^oyoç <nrepjiaTi)tôç dont parlent les Pères de l'Église, la semence évan- 
gélique répandue partout? Ceci est la négation presque complète de la révélation, la 
suppression de l'élément positif de la religion. 

Danger aussi d'accepter certaines théories scientifiques aujourd'hui en honneur. La. 



PRÉFACE lv, 

Bible n'est pas un traité d'astronomie, d'histoire naturelle, de science révélée, nous le 
savons. Mais sous prétexte que la Bible ne sanctionne pas la moralité des faits qu'elle 
raconte, ne serait- il pas bien téméraire de dire qu'elle ne sanctionne pas la vérité 
de ses récits? Sans doute Abraham est sorti de la Chaldée avec une formation intel- 
lectuelle toute faite; il a puisé sous l'inspiration de Dieu, dans les souvenirs de sa 
famille sémitique, les traditions anciennes, comme une abeille extrait son miel le plus 
pur de plantes différentes; mais on va beaucoup plus loin et on glisse dans l'abîme. 
On va jusqu'à dire que les récits racontés par Moïse sont des mythes, que Dieu 
a pu attacher des enseignements religieux à des allégories et à des paraboles, comme 
faisait Notre -Seigneur; que ce qui ne nous choque pas dans le Nouveau Testament 
doit encore moins noue étonner dans l'Ancien ; que l'inspiration de l'Écriture, n'étant 
pas une garantie de la moralité des faits racontés, ne doit pas l'être de leur véracité. 
Il y a là un immense danger que je me borne à signaler. Quoi qu'on en dise, on ne 
saura où s'arrêter. Qu'il faille interpréter autrement qu'on ne l'a fait certains récits 
de la Bible, ce n'est pas contestable; qu'il faille tenir compte du génie oriental, si 
différent du nôtre, admettre des récits symboliques, poétiques, comme certains pas- 
sages de Job ou autres, ce n'est pas douteux; mais qu'il faille sacrifier la vérité histo- 
rique des dix premiers chapitres de la Genèse, cela me paraît inadmissible. Alors 
il n'y a plus de raison pour ne pas rejeter le côté miraculeux du livre : tout sautera, 
même le Nouveau Testament. Les catholiques qui soutiennent ces témérités répondent 
que l'Église infaillible sera toujours là pour hous éclairer; c'est une erreur, car 
l'Église ne saurait intervenir à chaque instant dans les questions de faits. 

Oui, il faut un guide sûr ; il faut un chemin que nous puissions suivre sans crainte 
d'aboutir à des fondrières ; un livre qui nous mette au courant de l'état actuel de la 
science, ne nous dissimule aucune difficulté réelle, et nous donne la solution que 
comporte l'état de nos connaissances. Ne quid veri non audeat, comme dit Léon XIII. 

Le Dictionnaire ne sera pas un manuel, il ne sera pas non plus un traité d'exégèse. 
Il n'aura ni la belle ordonnance, ni l'enchaînement des idées qu'on admire dans 
les ouvrages spéciaux. L'ordre alphabétique s'y oppose; il brise fatalement la suite 
logique, les intéressantes discussions sur des points controversés. En revanche, il 
donnera en peu de lignes tout ce que les lecteurs ont besoin de savoir ; il replacera 
les faits, les choses, les personnages dans leur vrai cadre, leur vrai jour; il résumera 
les découvertes qui ont été faites en Assyrie, en Chaldée, en Egypte, en Syrie, ce 
qu'on a pu lire d'intéressant dans les inscriptions cunéiformes ou les papyrus, tout 
cela débarrassé des difficultés techniques et mis à la portée de tous les esprits un peu 
cultivés. 

Ce qu'il ne donnera pas. — Ce qu'on ne trouvera pas dans le Dictionnaire, — j'en 
félicite les auteurs et surtout M. Vigouroux, — c'est la témérité des inventions. Le 
Dictionnaire n'est pas une arène où l'on puisse exposer des théories plus ou moins 
fondées; il doit être l'expression de la vraie science catholique, de notre science 
à nous, et non une succursale des encyclopédies protestantes, un extrait de Graf, 
de Reuss, de Wellhausen. Indépendant de tout système, de tout parti pris, il nous 
apprendra ce qui est, et non ce qui pourrait être demain. Sans nous laisser ignorer 
les idées qui flottent dans l'air que nous respirons, qui pénètrent les esprits, il n'a 
pas à les faire siennes, à les discuter ex professo. Si, dans des ouvrages spéciaux, 
destinés à un public restreint et préparé par de fortes études théologiques et cri- 



lvi PRÉFACE 

tiques, en se soumettant d'avance avec respect au jugement de l'Église, on peut 
utilement discuter de très délicates questions, émettre, pour répondre à nos adver- 
saires, des idées neuves, hardies, même contestables, pourvu qu'elles n'aillent pas 
jusqu'à la témérité, il ne conviendrait pas de les exposer dans un Dictionnaire en 
quelque sorte classique. 

Il y a toujours eu dans l'Église une grande liberté de discussion, un flux et reflux 
d'opinions opposées. L'invasion de la critique dans les études bibliques effraye à tort ; 
elle n'est pas plus dangereuse en soi que ne le fut, par exemple, au moyen âge, l'in- 
troduction de la philosophie d'Aristote. Quelle nouveauté, quelle surprise alors, quand 
les théories des Grecs prirent place dans la théologie proprement dite, quand on 
donna une si large part à des raisonnements appuyés non plus seulement sur l'Écri- 
ture, mais sur la philosophie païenne! C'était une innovation inouïe. C'était la raison 
cherchant par tous les moyens à justifier la foi. Quelle vie intense, pendant la période 
proprement scolastique, dans les universités ou écoles rivales; quelle activité intel- 
lectuelle, quelle liberté d'allures, quelles divergences d'opinions, quelles théories 
hasardées sur l'origine, l'objectivité de nos connaissances, la nature de la grâce et de 
la liberté : luttes entre réalistes et nominaux, thomistes et scotistes, puis entre jésuites, 
dominicains et augustiniens! Tout cela est dans la nature des choses, dans les ten- 
dances de l'esprit humain. Le monde se partage entre autoritaires et raisonneurs. 
Cette double influence se retrouve dans toute l'histoire de l'Église. Certains siècles 
se caractérisent par une marche en avant, d'autres ramènent les esprits en arrière : 
corsi e ricorsil En parlant ainsi, en signalant les divergences des théologiens, je 
suis loin de les blâmer. C'étaient des hommes d'une haute intelligence, d'une très 
grande piété; plusieurs d'entre eux sont canonisés, beaucoup d'autres mériteraient de 
l'être. 

Le spectacle est le même aujourd'hui, mais la lutte s'est déplacée suivant les 
siècles. Aujourd'hui l'histoire et l'Écriture ont mis au second plan la théologie propre- 
ment dite. Le courant nouveau s'établit avec la réforme. Pendant que les protestants 
primitifs s'en tenaient à leur doctrine rigoureuse sur l'inspiration, que beaucoup de 
catholiques de marque, comme Estius et son école, luttaient énergiquement en faveur 
d'une théorie qu'ils croyaient être la vraie tradition de l'Église, les Jésuites, plus 
larges, se firent les champions de la raison et de la liberté humaine, ils soutinrent 
sur l'inspiration de l'Écriture un sentiment plus acceptable que celui des docteurs de 
Louvain. Pendant que leurs confrères s'élevaient contre les duretés de l'école augus- 
tinienne, les Bollandistes renouvelaient l'histoire, réagissaient contre le manque de 
critique du moyen âge, faisaient pieusement justice de nombreuses et gracieuses 
légendes, qui s'épanouissaient dans les monastères comme les marguerites dans les 
prés. Mal leur en prit quelquefois, et l'on sait les tribulations de Papebrock pour 
avoir osé toucher à la légende d'Élie ! Il en coûte parfois d'avoir raison. 

Le conflit reparaît aujourd'hui sous une autre forme ; il paraît d'autant plus grave 
qu'il s'agit d'intérêts plus sacrés. Les adversaires sont tous d'excellents chrétiens, par- 
faitement soumis à l'Église; ils n'ont d'autre but que de défendre la foi par les moyens 
qu'ils croient être les meilleurs. Ici encore se retrouve la distinction signalée plus 
haut entre autoritaires et raisonneurs : les uns qui n'étudient la Bible qu'à genoux et 
n'y voient que la pensée divine sans mélange humain; les autres qui pensent que ce 
Livre, si divin qu'il soit, n'échappe pas complètement aux conditions de composition 



PRÉFACE kVir. 

d'un livre humain; qui, tout en étudiant aussi la Bible à genoux, se demandent si l'on 
peut y reconnaître des traces d'imperfections accidentelles. Laissons grande liberté 
aux champions de la foi. Soyons sans inquiétude, l'agitation tombera, les idées fausses 
disparaîtront, tout se tassera et se retrouvera en ordre. Si Dieu a permis que l'on 
remît en lumière les tombeaux d'Egypte et les monuments de Chaldée, ce n'a été que 
pour donner de nouvelles preuves à sa révélation. Il a eu pitié de nous, de nos besoins 
intellectuels; à un siècle qui réclame des documents, il a répondu en documentant la 
Bible. Laissons les savants discuter sur tous ces monuments encore incomplètement 
étudiés, et dont la découverte a mis un peu de trouble dans les esprits. Parfois le sable 
soulevé par la tempête obscurcit un moment le ciel , puis la poussière tombe , et le soleil 
reparaît. On remarque bien, après l'orage, une légère déformation du sol et un nou- 
veau tassement d'atomes, quelques arbres emportés, quelques sentiers effacés; mais 
les changements sont insignifiants, et la terre est la même. Ainsi en est-il de la vérité 
de Dieu; nos agitations l'effleurent à peine et n'ont d'autre résultat que de la mettre 
mieux en lumière : Veritas Domini manet in wternum. 

C'est par ce mot que je veux finir. Le Dictionnaire de la Bible restera en dehors 
de ces agitations; il sera l'auxiliaire de la foi. Il nous renseignera sur la nature des 
questions librement controversées, c'est son devoir; mais il restera toujours délica- 
tement orthodoxe. Ce sera son meilleur titre à la confiance du monde chrétien, aux 
encouragements de l'épiscopat et à l'approbation de celui qui écrit ces lignes. 

f Eudoxe-Irénée, évêque de Fréjus et Toulon. 

Fréjus, le 25 octobre 1893. 



Post-scriptum. — L'Introduction qui précède était déjà sous presse lorsque a paru l'Encyclique 
Providentissimus de S. S. Léon XIII. L'auteur de ce travail ne pouvait espérer, pour les idées qu'il 
a émises et pour les vœux qu'il a exprimés, un plus solennel encouragement. Nul ne sera étonné 
que le grand Pape , dont le regard attentif et pénétrant se porte , avec une si exacte précision , sur 
toutes les questions qui se débattent aujourd'hui dans le monde et dans l'Église, ait voulu signaler 
a tous l'importance exceptionnelle qu'ont prise parmi nous les études bibliques. Les intérêts les plus 
pressants de la défense religieuse exigent que les catholiques, et surtout les prêtres, ne se laissent 
pas devancer par les indifférents et les rationalistes, sur le terrain des recherches que provoquent de 
plus en plus les découvertes déjà faites, et les conclusions souvent téméraires qu'on en a tirées. 
C'est à ce besoin si évident qu'a voulu donner satisfaction l'éminent apologiste qui a conçu le plan de 
ce Dictionnaire, et qui en surveille l'exécution avec une compétence reconnue par tous les savants. 
C'est pour manifester la haute sympathie et l'appui de l'Épiscopat français pour cette œuvre, si 
glorieuse pour nous, que l'auteur de ces lignes s'est appliqué à faire ressortir la nécessité de donner 
un nouvel élan et même une direction nouvelle à l'enseignement des sciences exégétiques. Il est 
heureux de constater qu'il ne se trompait pas en essayant de diriger dans ce sens les efforts des 
ecclésiastiques studieux et des laïques instruits, puisque ses observations et ses conseils ont reçu, 
au moins indirectement, par la parole du Souverain Pontife, la sanction la plus auguste et la plus 

autorisée. 

f E.-I. , évêque de Fréjus. 

Frejns, en la fête de l'Epiphanie de Notre -Seigneur, 6 janvier 189k 



AVERTISSEMENT 



On vient de voir, dans la Préface magistrale de M* r Mignot , évêque de Fréjus , ce que l'on 
se propose de faire dans ce Dictionnaire. Voici maintenant sur le plan, l'ordre et la marche 
de l'ouvrage, quelques indications qui pourront être utiles au lecteur. 

1° Ce Dictionnaire est une œuvre catholique; mais il est en même temps, autant qu'il a 
dépendu de ses rédacteurs, une œuvre scientifique, parce qu'il n'existe aucune incompatibilité 
ni aucune contradiction entre la véritable science et la foi. Comme l'a très bien dit Léon XIII 
dans son Encyclique Providentissimm Deus : Nulla quidem inter theologum et physicum vera 
dissensio intercesserit , dum suis uterque finibus se contineant. 

2 P Le but du Dictionnaire est avant tout d'éclaircir et d'expliquer le texte de l'Écriture ,. 
à l'aide des ressources que fournissent les travaux des Pères de l'Église et les sciences modernes : 
linguistique, philologie, histoire, géographie, archéologie, etc., en condensant et résumant, 
dans la mesure du possible, tout ce qui a été écrit d'utile sur les Saints Livres et ce qui, dans, 
les différentes branches des connaissances humaines, peut aider à les mieux comprendre. Cet 
ouvrage n'est donc pas, à proprement parler, une œuvre d'apologétique, encore moins de 
controverse. Les objections mêmes qu'on peut faire contre les Écritures n'y sont généralement 
réfutées que d'une façon indirecte, par l'exposition de la vérité. Les rédacteurs se sont efforcés 
de se tenir toujours en garde contre tout parti pris; ils ont voulu s'affranchir de tout esprit 
de système. Dans les questions les plus importantes, comme dans les matières secondaires et 
accessoires, leur ambition est, non pas de faire prévaloir leurs idées personnelles, mais d'être 
des rapporteurs fidèles de ce que l'on sait aujourd'hui sur le sujet qu'ils traitent, affirmant 
ce qu'il y a lieu de regarder comme certain, exposant simplement comme vraisemblable, 
douteux ou inacceptable, ce qui n'est pas suffisamment établi ou prouvé. Sans laisser com- 
plètement de côté les discussions de pure critique, qui occupent aujourd'hui une si large 
place dans les travaux de certains exégètes contemporains, ils s'attachent principalement ,.- 
comme il a été dit dans la Préface, aux choses positives, indépendantes des théories subjectives 
et des hypothèses changeantes, nées d'hier et oubliées demain. 

3° Le champ du Dictionnaire est d'ailleurs très vaste. D'abord un article spécial est consacré 
à chacun des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament; il en explique le nom, fait l'histoire 
du texte, recherche quel en est l'auteur, le lieu et la date de composition, en analyse le contenu, 



i* AVERTISSEMENT 

résout les difficultés qu'il peut présenter et énumère enfin les principaux commentaires. Toutes 
les questions générales : théologiques, scientifiques, historiques, archéologiques, géographiques 
ou autres relatives aux saintes Écritures et propres à jeter quelque jour sur leur contenu 
sont l'objet d'articles d'ensemble. Lorsque ces divers articles ont une certaine étendue, des 
subdivisions et des sous-titres permettent au lecteur de s'orienter aisément et de trouver tout 
de suite le point particulier sur lequel il désire avoir immédiatement des éclaircissements 
ou des explications. La même méthode a été adoptée pour tous les articles de longue haleine, 
quelle qu'en soit la matière et le sujet. 

4° Les articles généraux sont les moins nombreux. Ce sont les articles spéciaux et, si l'on peut 
dire, individuels, qui tiennent la plus large place. 

5° Tous les noms de personnes et de villes sont traités séparément. On réunit au sujet de 
chaque personnage tout ce que nous apprennent sur lui les sources bibliques, et aussi extra- 
bibliques, s'il y a lieu ; on apprécie son caractère et ses actes. Quant aux localités, on en raconte 
l'histoire et l'on en fait la description topographique ; lorsqu'il n'est pas possible de les iden- 
tifier, on expose et on discute les opinions principales. 

6° Le classement alphabétique des noms propres offrait une double difficulté, celle de l'or- 
thographe, qui n'est pas la même dans le texte hébreu et dans les versions, et celle de l'ordre 
«t de la place à attribuer aux personnages et aux villes qui portent le même nom. "Voici la règle 
qui a été suivie : 

7° L'orthographe des noms propres est toujours celle de la Vulgate latine. Elle a été adoptée 
de préférence, non seulement parce que la Vulgate est l'édition officielle de l'Église catholique, 
mais aussi parce qu'elle est la plus répandue et presque la seule connue en France. Elle dérive, 
pour le fond, de la traduction des Septante et du texte grec du Nouveau Testament. De tout 
temps elle a été en usage dans l'Église d'Occident : elle y a été introduite, dès l'origine, par les 
premières versions latines faites directement sur les Septante; saint Jérôme, en donnant une 
traduction nouvelle sur l'hébreu , conserva les formes reçues à son époque et qu'il était difficile 
de changer. Du reste, les auteurs mêmes du Nouveau Testament les avaient en partie consa- 
crées, en s'appropriant les transcriptions grecques qui étaient familières aux Juifs hellénistes: 
c'est ainsi qu'ils avaient appelé, par exemple, Act. vin, 40, la ville où fut transporté le diacre 
saint Philippe, après avoir converti l'eunuque de la reine Gandace, non Asdod, selon son nom 
bébreu, mais Azot, comme la nomment les Septante. Les traductions protestantes ont essayé, il 
«st vrai, de reproduire, au moins partiellement, la prononciation hébraïque, et, dans ces 
dernières années , quelques orientalistes ont fait dans le même sens diverses tentatives. Elles 
paraissent avoir obtenu un médiocre succès. Les transcriptions nouvelles ont le tort d'être 
souvent par à peu près, arbitraires, contradictoires et, qui pis est, ignorées de la masse du 
public. Nous avons donc préféré, sans hésiter, l'orthographe de la Vulgate, en ayant soin 
d'ailleurs d'indiquer concurremment la forme originale. Ainsi, le lecteur devra chercher le 
nom de la mère de Salomon à Bethsabée, comme l'écrit notre version latine, et non à Bat- 
séba', comme le porte le texte hébreu; et le nom de la ville philistine où fut transportée l'arche 
d'alliance après sa capture au temps d'Héli, à Accaron, conformément à son orthographe grecque 
et latine, et non à 'Éqrôn. La nécessité de suivre rigoureusement une règle fixe, afin d'éviter 
tout changement arbitraire, nous a fait garder l'orthographe de la Vulgate, même dans les cas 
où l'usage tend à la modifier en français. Le lieu de naissance de Notre -Seigneur est donc écrit 
.Bethléhem, et non pas Bethléem, comme on le fait souvent aujourd'hui. 

Force a été cependant de classer quelques noms propres à la place que leur assigne leur 
orthographe hébraïque : c'est lorsque la Vulgate a traduit ces noms propres en latin, comme si . 



AVERTISSEMENT lxi 

c'étaient des noms communs ; cas qui se présente plusieurs fois. Afin que notre nomenclature 
fût complète, ces noms devaient avoir un article spécial, au même titre que les autres noms de 
personnes et de localités, qui nous ont été transmis sous leur forme sémitique; nous les avons 
donc mis à leur rang alphabétique, en les transcrivant d'après les règles de transcription dont 
on trouvera le tableau ci -après. Par exemple, au livre des Proverbes, xxx, 1, saint Jérôme a 
traduit comme substantifs communs plusieurs mots que les exégètes modernes prennent pour 
des noms propres : de 'Àgur il a fait congregans, « collectionneur, » et de Yaqéh, vornens, 
a vomissant. » Le lecteur trouvera ce qui se rapporte à ces deux personnages aux mots 'Agur 
et Yâqéh. Les noms de villes , qui ont été rendus d'une façon analogue , sont également placés 
selon leur orthographe hébraïque, tels que 'Abêl Misraïm, 'Êlôn Môréh, dont la Vulgate 
a fait : Pktnctus ASgypti, s. deuil de l'Egypte; » ConvaUis ittustris, s. vallée célèbre. » 

8° Quant au classement des homonymes, il a été fait d'après les principes suivants : En pre- 
mier lieu, les noms bibliques sont toujours placés avant les noms extra-bibliques, lorsqu'il y 
en a. En second lieu, si des personnes et des localités portent le même nom, les personnes sont 
mises avant les noms géographiques : ainsi Abel, fils d'Adam, est traité avant Abel, district 
situé à l'est du Jourdain. Troisièmement, lorsque plusieurs personnes ou plusieurs villes portent 
le même nom, elles sont classées selon l'ordre des livres de la Vulgate dans lesquels elles sont 
mentionnées pour la première fois. En conséquence, Abiézer, fils de Galaad, qui apparaît d'abord 
dans les Nombres, xxvi, 30, a la préséance sur Abiézer d'Anatoth, guerrier de David, dont le 
nom ne se lit que plus tard, II Reg. xxm, 27. Pareillement, parmi les villes appelées Bethsamès, 
le premier rang est donné à la ville sacerdotale de la tribu de Dan, nommée d'abord dans 
Josué, xv, 10; le second à Bethsamès d'Issachar, nommée dans Josué, xix, 22; le troisième 
à Bethsamès de Nephthali, nommée dans Josué, xix, 38; le quatrième enfin à Bethsamès 
d'Egypte, nommée dans Jérémie, XLm, 13. Quatrièmement, les noms propres qui ne sont pas 
bibliques sont classés alphabétiquement en tenant compte des prénoms. Ainsi Adams Richard 
a la première place, et Adams Thomas seulement la seconde, quoique ce dernier lui soit chro- 
nologiquement antérieur. 

9° La iaune et la flore bibliques , de même que la minéralogie , ont naturellement leur place 
marquée dans un Dictionnaire des Saintes Écritures. Tous les animaux et toutes les plantes 
nommés par les écrivains sacrés sont l'objet d'une étude spéciale; leur identification est dis- 
cutée, s'il y a lieu; ils sont décrits et figurés; les passages qui s'y rapportent dans le texte sont 
cités et expliqués. 

10° Les principaux manuscrits bibliques sont aussi étudiés ; les versions anciennes et 
modernes des Saintes Écritures, mentionnées et appréciées; la littérature apocryphe relative 
à l'Ancien et au Nouveau Testament est exposée avec les développements convenables. 

41° Pour compléter les renseignements qu'il peut être utile aux lecteurs de l'Écriture Sainte 
de connaître, le Dictionnaire de la Bible donne une place dans ses colonnes aux écrivains qui 
ont expliqué l'Ancien et le Nouveau Testament. Cependant, comme d'une part le cadre de cet 
ouvrage ne peut s'étendre outre mesure, et que d'autre part ceux qui ont écrit sur les Livres 
Saints sont innombrables, il est impossible de parler de tous; l'on a donc exclu, en général, les 
auteurs qui n'ont touché qu'en passant aux questions scripturaires, qui n'en ont parlé qu'au 
point de vue homilétique ou ascétique , ou n'ont publié que des dissertations spéciales relatives 
à l'histoire, à la chronologie, à la numismatique, etc. Les simples traducteurs, les poètes qui 
ont mis en vers des parties de la Bible, les grammairiens, les lexicographes, les philologues, 
qui ont composé des ouvrages sur la langue hébraïque, les pèlerins et les voyageurs, qui ont 
décrit les lieux qu'ils ont visités, etc., ne sont d'ordinaire nommés qu'en passant, lorsque 



tin- AVERTISSEMENT 

l'occasion se présente de signaler leurs opinions et leurs écrits. Mais la majeure partie des 
commentateurs proprement dits, à l'exception des vivants, sont l'objet d'une notice particulière, 
quelle que soit l'époque, la contrée ou la croyance à laquelle ils appartiennent: une courte 
notice résume leur biographie et énumère leurs oeuvres exégétiques. On n'entre dans de plus 
longs développements que lorsque des découvertes ou des recherches nouvelles le réclament. Enfin 
des articles d'ensemble ont pour objet les travaux faits sur les Écritures par les ordres religieux. 
12° Afin que le lecteur puisse vérifier l'exactitude des articles du Dictionnaire ou se livrer 
à de plus amples recherches sur les sujets traités, on a soin de citer les autorités auxquelles on 
a eu recours, et de donner de copieux renseignements bibliographiques. Toutes les citations des 
Pères de l'Église sont faites, sauf indication contraire, d'après la Patrologie gréco- latine de 
Migne, pour les auteurs grecs, et d'après la Patrologie latine , pour les auteurs latins. 

F. V. 



— LXIII 



TRANSCRIPTION DES CARACTÈRES HÉBREUX EN CARACTÈRES LATINS 



Aleph *» * (esprit doux) 

Beth a b 

Ghimel j g (doit se prononcer 

toujours dur) 

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Hé n A 

Vav y v 

Zaïn t z 

Heth n h (aspiration forte) 

Teth t> t 

Iod » y (consonne), i 

Caph 1, s k 

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Mem d, d m 

Nun |, 3 n 

Samech D s 

AJn 7 ' (esprit dur) 

Pé s p 

Phé -,, s f 

Tsadé v,x f (ts) 

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Resch 1 r 

Sin ta j 

Schin vj i (ch, comme dans 

cheval) 
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Kamets chatouph 


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u (ou bref) 


Scheva mobile 


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Chateph patach 


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Chateph ségol 


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Chateph kamets 


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TRANSCRIPTION DES CARACTÈRES ARABES EN CARACTÈRES LATINS 



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g italien de giorno. En Egypte et dans quelques 
parties de l'Arabie, comme g dans garçon. 


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aspiration forte. 


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aspiration gutturale, j espagnol, ch allemand. 


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s dur. 


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ch, dans cheval. 


14 


Sâd. . . . 


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f 


ç emphatique, prononcée avec la partie antérieure 
de la langue placée contre le palais. 


15 


Qâd. . . . 


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d emphatique. 


16 


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t emphatique. 


17 


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z emphatique. 


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esprit rude : 7 hébreu, son guttural 


19 


Ghaîn . . 


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r grasseyé. 


20 


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21 


Qoph. . . 


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k explosif et très guttural. 


22 


Kaph. . . 


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aspiration légère. 


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ou français, w anglais. 


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avec aleph, = à. 




Kesra. . . 


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avec ya, = I. 




Dhamma. 


j 








OU, 


avec ouaou, = où. 



LISTE DES COLLABORATEURS 



DU TOME PREMIER 



MM. 

Apollinaire (le R. P.), de l'ordre des Capucins. 

Rabin (le R. P. dom Etienne), bénédictin de la Congré- 
gation'de France, à Silos. 

Batiffol Pierre, docteur es lettres, du clergé de Paris. 

Bellahy Jullien- Marie, professeur d'Écriture Sainte au 
grand séminaire de Vannes. 

Beurlier Emile , docteur es lettres , professeur à l'Insti- 
tut catholique de Paris. 

Broise (le R. P. de la), docteur es lettres, de la Com- 
pagnie de Jésus. 

Brucker (le R. P.Joseph), de la Compagnie de Jésus, 
rédacteur des Études religieuses , à Paris. 

Corluy (le R. P. Joseph), de la Compagnie de Jésus, 
ancien professeur d'Écriture Sainte à Louvain. 

Delattre (le R. P. Alphonse), de la Compagnie de Jésus, 
professeur à Louvain. 

Desroziers Christian , ancien professeur de l'université , 
à Alençon. 

Douais Charles, professeur d'histoire ecclésiastique à la 
Faculté catholique de Toulouse. 

Duplessy Eugène, du clergé de Paris. 

Férotin (le R. P. dom Marin), bénédictin de la Congré- 
gation de France, à Solesmes. 

Gandoger Michel, professeur, à Arnas, près Villefranche 
(Rhône). 

Gondal Louis, prêtre de Saint-Sulpice, professeur d'his- 
toire ecclésiastique et de théologie au séminaire de 
Saint-Sulpice, à Paris. 

Graffin René , docteur en théologie et en philosophie , 
professeur de syriaque à l'Institut catholique de Paris. 

Guérin Victor ( f 21 septembre 1890 ) , auteur de la 
Description historique, géographique, archéologique 
de la Palestine. 

Guilloreau (le R. P. dom Léon), bénédictin de la Con- 
grégation de France , à Solesmes. 

Halévy Joseph, professeur d'éthiopien à l'école des 
Hautes -Études, à Paris. 

Hamard Pierre, chanoine dé Rennes. 

Heidet Louis, secrétaire du patriarche latin de Jérusalem, 
professeur à l'école des Études bibliques de Jérusalem. 

Heurtebize (le R. P. dom Benjamin), bénédiclin de la 
Congrégation de France, à Solesmes. 

Hyvernat Henri, professeur de langues orientales à 
l'Université catholique de Washington (États-Unis 
d'Amérique). 

Ingold Augustin, prêtre, à Colmar (Alsace). 

Jacquier E., docteur en théologie, maître de conférences 
d'Écriture Sainte à la Faculté catholique de théologie 
de Lyon. 

Jeannin Jean-Baptiste, ancien professeur ï Saint -Dizier. 

Le Camus Emile, docteur en théologie, vicaire général 
honoraire de Chambéry. 

Legeay ( le R. P. dom), bénédictin de la Congrégation de 
France, à Solesmes. 



M. 

Legendre Aipnonse, docteur en théologie, professeur 
d'Écriture Sainte au grand séminaire du Mans. 

Lesêtre Henri, du clergé de Paris. 

Lévesque Eugène, prêtre de Saint-Sulpice, professeur 
d'Écriture Sainte au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. 

Mancenot Eugène, professeur d'Écriture Sainte au grand 
séminaire de Nancy. 

Many Séraphin, prêtre de Saint-Sulpice, docteur en théo- 
logie et en droit canon, professeur de droit canon au 
séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. 

Martha Joseph Khalil , professeur au séminaire patriar- 
cal , à Jérusalem. 

Martin Georges, curé de Louhans (Saône -et -Loire). 

Marucchi Horace, professeur au séminaire pontifical de 
l'Apollinaire, à Rome. 

Méchineau (le R. P. Lucien), de la Compagnie de Jésus, 
professeur à Jersey. 

Mély (F. de), à Paris. 

Miskcian Jean, vice-recteur du collège patriarcal armé- 
nien, à Rome. 

Moral (le R. P. Bonifacio), religieux augustin. à Valla- 
dolid (Espagne). 

Olivieri (le R. P. dom Jules), bénédictin de la Congré- 
gation de France, à Solesmes. 

Orban Alexis, prêtre de Saint-Sulpice, bibliothécaire à 
l'Université catholique de Washington. 

Palis Eugène , aumônier à Béziers. 

Pannier Eugène , professeur d'archéologie et de langues 
orientales à la Faculté catholique de Lille. 

Parisot (le R. P. dom Jean), bénédictin de la Congréga- 
tion de France , à Marseille. 

Philippe Élie, supérieur du grand séminaire de Langres. 

Plaine (le R. P. dom François), bénédictin de la Congré- 
gation de France, à Silos (Espagne). 

Renard Paul, docteur en théologie, professeur d'Écriture 
Sainte au grand séminaire de Chartres. 

Rey Octave, du clergé de Paris. 

Rigault (le R. P. dom C), bénédictin de la Congrégation 
de France, à Solesmes. 

Sauveplane Jules, du clergé de Paris. 

Sedlâcek Jaroslaus, professeur à Prague. 

Sommervogel (le R. P. Carlos), de la Compagnie de 
Jésus, à Louvain. 

Thomas Jacques (+ 15 septembre 1893), professeur d'É- 
criture Sainte à la Faculté catholique de Toulouse. 

Thomasson de Gournay (le R. P. dom Gabriel), béné- 
dictin de la Congrégation de France, à Solesmes. 

Turmel J., professeur de dogme au grand séminaire de 
Rennes. 

Vacant Alfred, docteur en théologie, professeur de dogme 
au grand séminaire de Nancy. 

Van den Gheyn (le R. P. Joseph), de la Compagnie de 
Jésus, bollandisté, à Bruxelles. 

Van Kasteren (le R. P. P.), de la Compagnie de Jésus, 
à Maastricht (Hollande). 



DICTIONNAIRE 

DE LA BIBLE 



A. Voir Aleph. 

A et Ù, alpha et oméga, noms de la première et de 
la dernière lettre de l'alphabet grec. Notre -Seigneur dit 
trois fois dans l'Apocalypse, i, 8; xxi, 6; xxn, 13, qu'il 
■est l'alpha et l'oméga, c'est-à-dire, comme il l'explique 
lui-même, « le commencement et la fin, » i, 8, ou « le pre- 
mier et le dernier » , xxil , 13 ; « celui qui est , celui qui 
était, celui qui doit venir, le Tout-Puissant, » I, 8. Cette 
locution est propre à l'Apocalyse, mais la pensée elle- 
même se trouve dans l'Ancien Testament, où Dieu dit 
dans Isaïe : « Je suis le premier et le dernier. » Is., xliv, 6; 
cf. xliii, 10. Quand Jésus -Christ s'appelle l'alpha et l'o- 
méga, il proclame donc par là même sa divinité, en s'at- 
tribuant les caractères qui sont donnés par les prophètes 
au Dieu véritable, de qui seul vient toute vie, et à qui 
seul tout retourne : 

Alpha et Q cognominatus : ipse fons et clausula 
Omnium, quœ sunt, fuerunt, quœque post futura sunt, 

chante le poète chrétien Prudence, Cathemer., ix, 11-12, 
t. lix, col. 863. Voir aussi Ter- 
tullien, De monog., 5, t. H, 
col. 935. Les premiers chré- 
tiens empruntèrent ce symbole 
à l'Apocalypse pour faire acte 
de foi à la divinité de leur 
Maître, en inscrivant sur les 
tombeaux et dans leurs églises 
l'A et l'û des deux côtés de la 
croix, A + tu, et en le gravant 
jusque sur leurs sceaux et les 
bagues qu'ils portaient aux 
doigts. Nous reproduisons ici 
(fig. 1) un des plus remarquables de ces anneaux chré- 
tiens, trouvé dans un antique cimetière de Rome. D'après 
M. A. Boldetti, Osservazioni sopra i Cimiterj de' santi 
martiri ed antichi cristiani di Rotna, in-f°, Rome, 1720, 
p. 502, n<> 32. F. Vigouroux. 

AAGAARD (Niels on Nicolas), érudit danois, luthé- 
rien, né à Wiborg en 1612, mort en 1657. Il fat d'abord 
pasteur à Faxol, puis professeur d'éloquence et bibliothé- 
caire à Soroë. Parmi ses écrits figure une Dispulatio de 
stylo Novi Testamenti, in-4», Soroë, 1655. Voir J. Worm, 
Forzœg tU et Lexikon over danske, norske, og islandske 
iœrde Mœnd, t: i, FJseneur, 1771, p. 2-3; R. Nyerup 
DICT. DE LA BIBLE. 




1. — Anneau chrétien 
antique. 



et J. C. Kraft, Almindeligt Litteraturlexicon for Dan- 
mark, Norge, og Island, in-4°, Copenhague, 1820, p. 2. 

AARHUSIUS, théologien protestant, né en 1532, 
mort le 15 juillet 1586. Son vrai nom était Jacobus Mathiae. 
Son surnom d'Aarhusius lui vient d'Aarhuus, lieu de sa 
naissance, en Danemark, où il fut, en 1564, directeur de 
l'école de la ville. En 1574, il devint professeur de latin 
à Copenhague ; en 1575 , professeur de grec , et , en 1580, 
professeur de théologie. Ses ouvrages exégétiques sont les 
suivants : Disputatio inauguralis de Veteris ac Novi Testa- 
menti consensione ac diversitate, in-4°, Copenhague, 1582; 
Thèses de doctrines cœlestis et Sacrée Scripturm origine 
et auctoritate , in-8°, Copenhague, 1584; Prselectiones in 
Joelem et Ecclesiaslen , editae ab Andr. Kragio, in-4°, 
Bâle, 1586; Introductio ad Sacram Scripturam discen- 
dam et docendam, édita ab Andr. Kragio, in-4°, Bàle, 
1589; Prselectiones in Hoseam, in -4°, Bàle, 1590. Voir 
J. Worm , Forsœg til et Lexicon , t. h , p. 22. 

1. AARON (hébreu : 'Aharôn, signification inconnue), 
premier grand prêtre de la loi ancienne. Il était fils d'Am- 
ram et' de Jochabed, de la tribu de Lévi. Il naquit en 
Egypte, trois ans avant son frère Moïse, cf. Exod., vu, 7, 
sous le règne du pharaon qui commença à persécuter les 
Hébreux. Exod., i, 8-11, 22. La Bible ne nous dit pas le 
nom de ce roi, mais toutes les données chronologiques 
tendent à établir que c'était Séti 1 er , le père de Ramsès IL 

I. Dieu prépare Aaron au pontificat. — Le nom d'Aaron 
est prononcé pour la première fois dans le récit sacré par 
Dieu lui-même, parlant à Moïse sur le mont Horeb, du 
milieu du buisson ardent. Après avoir allégué diverses rai- 
sons pour éluder la glorieuse mais redoutable mission qui 
lui était imposée, le futur libérateur d'Israël avait objecté 
en dernier lieu la difficulté qu'il éprouvait à parler. Le Sei- 
gneur lui répondit que l'éloquence de son frère Aaron 
suppléerait à ce défaut. « Tu mettras, ajouta-t-il, mes 
paroles sur ses lèvres; je serai dans ta bouche et dans la 
sienne, et je vous montrerai ce que vous avez à faire. 
C'est lui qui parlera pour toi au peuple ; il sera ta bouche, 
et toi, tu seras comme son Dieu (hébreu : le'élohîm), » 
Exod., iv, 10-16. Cf. vu, 1. Moïse n'avait plus qu'à obéir; 
il se mit donc en devoir de retourner dans la vallée du 
Nil. Pendant ce temps, Aaron recevait de Dieu le com- 
mandement d'aller au - devant de son frère. Il partit aus- 
sitôt, et, l'ayant rencontré en chemin, revint avec lui en 
Egypte, où ils se livrèrent sans retard à l'accomplisse- 

' I. — 1 -2 



AARON 



ment de la mission que le Seigneur venait de leur confier. 
Moïse avait alors quatre-vingts ans et Aaron quatre-vingt- 
trois. Exod., vu, 7. 

Ils convoquèrent d'abord les anciens d'Israël pour leur 
communiquer les instructions de Dieu à Moïse. La doci- 
lité avec laquelle on se rendit à cet appel, qui émanait 
d'Aaron aussi bien que de Moïse, ferait supposer qu' Aaron 
avait acquis pendant l'absence de son frère, Exod., n, 15, 
une grande autorité parmi les Hébreux. Son éloquence, 
appuyée de miracles dont l'écrivain sacré ne nous dit pas 
la nature, lés convainquit, eux et tout le peuple, que le 
Seigneur allait mettre fin à leur affliction. Exod., iv, 29-31. 
Les deux fils d'Amram se rendirent ensuite de la terre de 
Gessen, où étaient établis les Hébreux, Gen., xlvii, 6, 11, 
à Tanis, cf. Ps. lxxvii, 12, pour demander au pharaon, 
de la part de Jéhovah, de laisser les Hébreux aller lui 
offrir des sacrifices dans le désert. Le pharaon qui régnait 
alors était Ménephtah I er ; il occupait le trône depuis peu 
de temps, car la mort de son père Ramsès II était récente. 
Exod., n,23-25, et iv, 19. 

Ménephtah reçut mal les envoyés de Dieu , et leur dé- 
marche n'eut d'autre résultat que de l'irriter et de provo- 
quer une aggravation de la corvée : il défendit de fournir 
dorénavant aux ouvriers hébreux la paille hachée qu'on 
mélangeait à l'argile pour la fabrication des briques, tout 
en exigeant la même quantité d'ouvrage journalier. Le 
peuple d'Israël, ne trouvant bientôt plus de paille, « se 
répandit dans toute la terre d'Egypte afin, dit le texte 
hébreu, d'y ramasser, au lieu de paille, fében, des ro- 
seaux, qaë , » Exod., v, 12, qui croissaient sur les bords 
des branches du Nil et des canaux. M. Naville a trouvé 
dans les murs de Pithom, en 1885, de ces briques ren- 
fermant des fragments de roseau. Voir Briques. Cepen- 
dant les malheureux Israélites ne pouvaient parvenir à 
■remplir leur tâche comme par le passé, et les chefs de 
chantier, les scribes (hébreu : Soterîm; Septante : Ypan- 
(taTcOoiv) furent soumis à la bastonnade, ce châtiment 
qu'on voit si souvent représenté sur les monuments de 
l'antique Egypte. De là un mécontentement général et des 
plaintes amères contre Moïse et Aaron. Moïse alors se 
plaignit à son tour au Seigneur, qui lui renouvela ses 
promesses de délivrance et lui confirma sa mission. Exod., 
v, 22-23; vi, 1-11. « Voilà, ajouta-t-il, que je t'ai constitué 
le Dieu du pharaon, et Aaron ton frère sera ton prophète, » 
c'est-à-dire ton interprète, pour lui faire connaître les ordres 
que je te donnerai. Exod., vu, 1-2. 

Aaron accompagna donc son frère auprès de Ménephtah, 
et porta la parole pour Moïse. Dieu, qui avait résolu de 
l'appeler bientôt à la sublime dignité de souverain pontife, 
voulut le mettre en évidence et le grandir aux yeux du 
peuple, afin de préparer d'avance les esprits à la soumis- 
sion et au respect envers lui. Voilà pourquoi Aaron fut 
non seulement « la bouche » de Moïse, Exod., iv, 16, mais 
• encore son bras pour exécuter les ordres de Dieu, en 
produisant lui-même les premières plaies d'Egypte. Voir 
Plme.s. Il commença par changer auparavant en serpent, 
sous les yeux du pharaon, la verge de Moïse, qui dévora 
celles des enchanteurs royaux, transformées par eux de la 
même manière. Exod., vu, 10-12. Puis il produisit la pre- 
mière plaie par le changement des eaux du Nil en sang, 
Exod., vu, 19-21 ; la seconde, par l'invasion des grenouilles, 
qui couvrirent tout le pays et remplirent toutes les mai- 
sons, Exod., vin, 2-6, et la troisième, par la transforma- 
tion de la poussière en nuées de moustiques. C'est à la 
vue de cette plaie que les Itartumim ou sages du pharaon, 
incapables de l'imiter d'aucune façon, comme ils l'avaient 
fait pour les deux précédentes, s'écrièrent: « Le doigt de 
Dieu est ici! » Exod., vin, 16-19. 

Ces prodiges confirmaient d'une manière éclatante les 
preuves qu'Aaron avait données de sa mission dès le pre- 
mier jour, Exod., iv, 30, et rélevaient bien haut au-dessus 
du reste du peuple. Il pouvait donc maintenant s'effacer 
devant son frère, qui agit seul dans les plaies suivantes, sauf 



celle des ulcères, Exod., rx, 8-12; mais il n'en resta pas 
moins en réalité et aux yeux de tous l'auxiliaire de Moïse 
dans son rôle de libérateur. C'est à lui aussi bien qu'à 
Moïse que Dieu adresse ses derniers ordres en Egypte , 
Exod., xu , 1 ; Ménephtah les appelle toujours ensemble ' r 
ensemble ils reçoivent ses prières, ses promesses, son 
regret, Exod., vm, 28; IX, 27-28, etc.; et l'Esprit-SainV 
résumant d'un mot toute l'œuvre de la délivrance d'Israël, 
l'attribue à l'un comme à l'autre. Ps. lxxvi, 21. Aussi le 
peuple d'Israël ne les sépara-t-il jamais dans sa confiance 
ni dans ses murmures et ses révoltes; nous en avons un 
exemple dès la première occasion où Aaron reparait sur- 
la scène, à la station du désert de Sin, après le passage 
de la mer Rouge. 

Lorsque les Hébreux arrivèrent à cette station , dans la 
plaine actuelle d'El-Markha, le quinzième jour du second 
mois depuis la sortie d'Egypte, les provisions qu'ils avaient 
emportées se trouvèrent épuisées et ils commencèrent à 
souffrir du manque de vivres. Alors « ils murmurèrent: 
tous contre Moïse et Aaron ». Exod., xvi, 2. Dieu, de son 
côté, attesta une fois de plus en cette circonstance l'au- 
torité et la mission d'Aaron, en le chargeant d'apporter 
au peuple, de concert avec Moïse, la nouvelle de deux 
bienfaits de sa bonté et de sa providence , à savoir : l'ar- 
rivée miraculeuse des cailles le soir même , et le lende- 
main le miracle plus étonnant encore de la manne, ce 
prodige qui devait se renouveler tous les jours, sauf le 
sabbat, pendant quarante ans. Il fit plus encore : il or- 
donna à Aaron, par l'intermédiaire de Moïse, de recueillir 
dans un vase la mesure d'un gomor de la manne lors- 
qu'elle serait tombée, afin qu'il la conservât plus tard dans 
le tabernacle en mémoire de ce prodige. Exod., xvi. C'était 
comme un gage des fonctions sacrées que le futur grand 
prêtre remplirait un jour dans le Saint des saints. 

Ce qui se passa quelques jours après à Raphidim, la 
troisième station à partir de celle du désert de Sin, n'est 
pas moins digne d'attention au point de vue de la prépa- 
ration d'Aaron à son ministère. Les Amalécites ayant 
attaqué les Hébreux, Moïse leur opposa les plus braves 
de son armée, commandés par Josué, tandis qu'il montait 
lui-même, accompagné d'Aaron et d'Hur, sur le sommet 
d'une colline pour y prier pendant la bataille. Or, tant 
qu'il tenait les mains levées vers le ciel, la victoire de- 
meurait du côté des Israélites ; mais, quand il les abaissait, 
c'étaient les Amalécites qui l'emportaient. Lorsque, à la fin, 
la fatigue ne lui permit plus de lever les mains, Aaron 
et Hur le firent asseoir sur une pierre, et, se tenant à ses 
côtés, les lui soutinrent jusqu'à la complète défaite des 
ennemis d'Israël. Exod., xvn, 8-16. Les membres de 
ÏOrdnance Survey ont trouvé en 1868, parmi les ruines 
de la ville chrétienne de Pharan, construite plus tard en 
cet endroit, des bas -reliefs représentant cette scène si 
propre à exciter la piété des fidèles. Elle dut contribuer 
bien plus puissamment à fortifier celle d'Aaron, qui venait 
de faire un pas de plus dans son initiation. Après avoir 
été établi par Dieu, en Egypte, l'intermédiaire entre son 
représentant d'une part, et le peuple et le pharaon de 
l'autre, et avoir reçu de lui au désert de Sin la garde de 
la manne, comme pour préluder à l'exercice de ses fonc- 
tions, il vient de voir à Raphidim la nécessité et la puis- 
sance de la prière, afin que plus tard, aux jours de son 
sacerdoce, il sache, en sa qualité d'intercesseur, tenir ses 
mains levées vers le ciel, pour offrir au Seigneur les sup- 
plications de son peuple et attirer sur Israël les béné- 
dictions d'en haut. 

Il manquait, dans les desseins de Dieu, quelque chose 
à cette formation ; elle reçut son dernier complément peu 
de temps après, au pied du Sinaï, par une chute d'Aaron 
aussi profonde qu'inattendue. Dieu voulait montrer au 
pontife de la loi ancienne , comme il le montra plus tard 
à Pierre, le pontife de la loi nouvelle, qu'il n'était et ne 
pouvait rien par lui-même , et lui faire sentir par l'expé- 
rience de sa faiblesse quelle compassion il devrait avoir- 



AARON 



6 



pour celle de ses frères. Comme Pierre averti par Jésus- 
Christ n'en fut que plus coupable dans son renoncement, 
Aaron fut d'autant plus inexcusable dans la faute que nous 
allons raconter, que Dieu l'avait prémuni d'avance par le 
privilège d'une vision merveilleuse. Sur la pente occidentale 
du Djebel -Mouça, où il s'était rendu avec Moïse et d'autres 
Israélites désignés comme lui par le Seigneur, il lui avait 
été donné de voir « le Dieu d'Israël et , sous ses pieds , 
comme un pavé de saphir et comme le ciel quand il est 
serein ». Exod., xxiv, 10. Et c'est à la suite de cette faveur 
divine que Moïse, avant d'achever son ascension en com- 
pagnie du seul Josué jusqu'au haut de la montagne, 
chargea Aaron de régler avec Hur les difficultés qui pour- 
raient surgir en son absence. Exod., xxrv, 9-14. 

Or il s'en présenta une que personne n'avait prévue : les 
Israélites, fatigués d'attendre le retour de Moïse, s'assem- 
blèrent autour d' Aaron et lui dirent : « Fais-nous un dieu 
qui marche devant nous. » Aaron leur dit : « Otez les 
pendants d'oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos 
filles, et apportez-les-moi. » Exod., xxxn, 1-2. Il espérait 
peut-être , en leur imposant ce sacrifice, les détourner de 
leur projet criminel. Théodoret, Qusest. lxvi in Exod., 
t. lxxx, col. 292. Il se trompait. Ces bijoux lui furent 
apportés ; il les fondit et en forma un veau d'or, devant 
lequel il dressa un autel. Voir Veau d'or. Il fit ensuite 
publier par tout le camp que le lendemain serait un jour 
de fête solennelle du Seigneur. Dès le matin , en effet , on 
immola des holocaustes et des hosties pacifiques à l'idole. 

Quelle fut la nature du péché commis en cette circon- 
stance par les Israélites, dont Aaron fut le complice et 
le fauteur? Le veau d'or était indubitablement un sou- 
venir ou du bœuf Apis , adoré à Memphis , ou , plus pro- 
bablement, de Mnévis, plus connu des enfants d'Israël 
parce qu'on l'adorait à On du nord ou Héliopolis, ville 
voisine de la terre de Gessen ; c'est un prêtre d'Héliopolis 
qui avait donné sa fille en mariage à Joseph. Gen., xu, 45. 
Mais le peuple voyait -il dans cette image une divinité 
autre que Jéhovah? Quelques-uns l'ont pensé. D'autres 
croient avec plus de raison que la faute des Israélites 
consista à vouloir adorer Dieu sous cette figure d'animal, 
ce qui était un grand crime , quoique Aaron rapportât 
expressément au vrai Dieu l'adoration du veau d'or dans 
la fête annoncée. Exod., xxxn, 5; Ps. cv, 19-20. 

Du reste, si Aaron avait pu, dans la conjoncture diffi- 
cile où il se trouvait , se faire quelque illusion sur la gra- 
vité de sa faute, cette illusion dut cesser à l'arrivée de 
Moïse , qui descendit de la montagne le jour même pu 
avait lieu cette fête sacrilège dans la plaine d'Er-Rahah. 
Le législateur d'Israël rapportait du Sinaï les tables de la 
loi. A la vue de ce peuple en délire, qui dansait en chan- 
tant et en poussant des cris de joie selon la coutume 
orientale , il fut transporté d'une sainte colère et brisa les 
tables de la loi contre le roc du Soufsaféh. S'avançant en- 
suite jusqu'au veau d'or, il le saisit, le mit dans le feu et 
le réduisit en poussière; puis il jeta cette poussière dans 
l'eau, probablement dans le ruisseau qui coule encore 
aujourd'hui dans l'ouadi Schreich, afin que le peuple fût 
obligé de la boire. Il s'adressa enfin à son frère comme 
au véritable auteur de tout le mal : « Que vous avait fait 
ce peuple, lui dit-il, pour que vous l'ayez fait tomber 
dans un si grand péché? » Exod., xxxn, 21. C'était le 
reproche le plus accablant qu'il pût adresser au futur pon- 
tife d'Israël. Aaron n'y sut faire qu'une réponse embar- 
rassée, aussi peu capable de le justifier que de conjurer 
les funestes conséquences de sa faute ; car, en punition 
du crime que sa faiblesse avait laissé commettre, vingt-trois 
mille hommes ( trois mille seulement selon le texte hébreu 
et un grand nombre de versions ) périrent par le glaive des 
Lévites, exécuteurs des ordres de Moïse, Exod., xxxii, 28, 
et lui-même aurait péri comme eux, si son frère n'avait 
désarmé la colère de Dieu et obtenu son pardon. Deut., 
ix, 20. 

II. Aaron grand prêtre. — Il n'entrait pas dans les 



desseins de Dieu de rétracter à causé de ce péché I* choix 
qu'il avait fait d'Aaron; il l'avait appelé lui-même au Sa- 
cerdoce, Hebr., v, 4, il lui suffisait de l'avoir instruit par 
cette humiliante leçon. Lors donc que le moment fut venu, 
Moïse procéda, conformément aux prescriptions divines 
sommairement énoncées dans le chapitre xxix de l'Exode , 
à la consécration d'Aaron comme grand prêtre, et à celle 
de ses fils Nadab, Abiu, Éléazar et Ithamar comme prêtres. 
Voir Grand prêtre. 

Le Seigneur voulut que cette cérémonie eût lieu avec 
un appareil et une pompe propres à donner à Israël la 
plus haute idée du nouveau sacerdoce qui devait prési- 
der à ses destinées religieuses. Les Hébreux, réunis dans 
cette même plaine d'Er-Rahah, théâtre de leur idolâtrie, 
avaient devant eux, sur le Djebel -Moneidjah, une dès< 
ramifications orientales du Sinaï, le tabernacle nouvelle* 
ment construit. Là, devant la porte du tabernacle et à la 
vue de tout le peuple, Moïse, prêtre et médiateur, Gai., 
m, 19, agissant comme représentant de Dieu, offrit les 
divers sacrifices et accomplit les nombreuses cérémonies 
de cette consécration , sacrifices et cérémonies qui furent 
répétés sept jours consécutifs, durant lesquels Aaron et' 
ses fils demeurèrent complètement séparés du reste d'Is- 
raël. Quand, à la fin, le grand prêtre eut inauguré ses 
fonctions de sacrificateur par l'immolation des victimes, il 
bénit le peuple , sans doute selon le rite prescrit au livre 
des Nombres, vi, 24-26, et il entra avec Moïse dans le 
tabernacle comme pour en prendre possession. A leur 
sortie, Dieu ratifia solennellement tout ce qui s'était fait: 
sa gloire apparut sur le tabernacle, et un feu céleste 
consuma la chair des holocaustes. Lev., vm et ix. 

L'institution du sacerdoce aaronique était une des plus 
importantes de la loi nouvelle que Dieu donnait à son 
peuple. Elle devait avoir pour la conservation de la reli- 
gion véritable une influence très grande. Mais c'était en 
même temps une innovation qui, malgré le soin avec lequel 
elle avait été préparée en la personne d'Aaron , étonna les 
tribus d'Israël et suscita des mécontentements qui plus 
tard se manifestèrent au grand jour. D'après les coutumes 
patriarcales, c'était l'ainé de la famille qui remplissait les 
fonctions de prêtre. Le sacerdoce semblait donc revenir de) 
droit à la tribu de Ruben. Jacob mourant lui avait, il est 
vrai, enlevé les privilèges de la primogéniture ; mais set 
descendants ne se résignèrent pas si aisément à être privés 
d'un si grand honneur. Le peuple, de son côté, avait bien 
été accoutumé en Egypte à voir une organisation sacer- 
dotale particulière, qui aurait pu le préparer à accepter 
l'organisation mosaïque ; cependant telle est la force des 
traditions et des coutumes chez les Orientaux, qu'on n'ac- 
cepta pas sans quelque peine les ordres divins. Ce ne fut 
que par des prodiges que Dieu put imposer sa volonté à 
Israël. 

Il lui fallut aussi des exemples terribles pour enseigner/ 
aux nouveaux prêtres de quelle manière ils devaient 
remplir leurs fonctions sacrées, avec quelle exactitude 
et quel respect ils devaient accomplir les rites prescrits. 
Le jour même de la consécration d'Aaron, k l'heure 
du sacrifice de l'encens , Nadab et Abiu , les fils aînés 
d'Aaron, ayant manqué, dans les cérémonies, aux pres- 
criptions divines, Num., m, 4; xxvi, 61, sur-le-champ une 
flamme partie probablement de l'autel des parfums les 
foudroya, et ils furent emportés hors du tabernacle encore 
revêtus de leurs habits sacerdotaux. Témoin de cette triste 
scène, Aaron en fut abattu et troublé au point de négliger 
lui-même une cérémonie importante; mais sa résignation 
fut absolue, et la foi du pontife imposa silence aux 
plaintes du père. Lev., x. 

Peu de temps après avoir donné à Aaron cette leçon 
indirecte de respect pour les saintes cérémonies du culte,. 
Dieu lui donna de sa propre bouche une leçon d'humilité, 
en lui montrant que , malgré sa dignité de grand prêtre , 
il restait toujours de beaucoup inférieur à son frère , dont 
il venait de méconnaître l'incomparable grandeur. C'était 



AARON 



8 



à la station d'Hasérofh, la seconde après le Sinaï. « Marie 
et Aaron parlèrent contre Moïse, à cause de sa femme 
l'Éthiopienne. » Num., xii, 1. Il semblerait, d'après le 
texte sacré, qui nomme Marie la première et nous la 
montre seule punie, qu'Aaron pécha seulement par fai- 
blesse. Peut-être se laissa-t-il persuader par sa sœur que 
sa dignité de pontife devait l'affranchir de la dépendance 
dans laquelle il était toujours resté vis-à-vis de son frère, 
dont il était d'ailleurs l'alné. Il dit donc avec Marie: «Le 
Seigneur n'a-t-il parlé qu'à Moïse? Est-ce qu'il ne nous 
a pas parlé comme à lui? » Num., XII, 1-2. Le Seigneur 
appela aussitôt Marie et Aaron à la porte du tabernacle; 
là il les reprit sévèrement de leur faute, et les humilia en 
leur montrant combien son serviteur Moïse était plus grand 
qu'eux et que tous les prophètes. Quand il se retira, Marie 
se trouva toute blanche de lèpre. Aaron demanda pardon 
à Moïse pour lui-même et pour elle, et Marie, grâce à 
la prière de Moïse, se trouva guérie le septième jour. 
Num., xn. 

Après avoir soutenu la dignité de Moïse contre Aaron, 
Dieu dut défendre les prérogatives d'Aaron lui-même et 
du sacerdoce nouveau, qu'il venait d'instituer et de lui 
confier. La création de ce sacerdoce et l'attribution qui en 
était faite aux seuls descendants d'Aaron devaient exciter, 
comme nous l'avons dit, la jalousie des enfants deRubcn. 
Elle excita même celle des autres Lévites, et mécontenta 
ainsi du même coup ceux qui jusqu'alors avaient été ap- 
pelés à exercer les fonctions sacerdotales et ceux des 
descendants de Lévi relégués au second rang. Il se trouva 
un homme ambitieux et en même temps assez hardi pour 
se faire l'interprète de ces mauvais sentiments. C'était 
Coré, cousin germain de Moïse et d'Aaron. Il souffla l'es- 
prit de révolte à trois Rubénites, Dathan, Abiron et Hon, 
qui ne pouvaient oublier que dans le passé le sacerdoce 
appartenait de droit à leur tribu. 

Autour de ces chefs se groupèrent deux cent cinquante 
des principaux d'Israël, et la sédition éclata. Mais Dieu 
vengea les droits de ses prêtres : les chefs de la révolte 
furent engloutis vivants dans la terre entr'ouverte sous 
leurs pieds , et le feu du ciel frappa de mort leurs deux 
cent cinquante complices tandis qu'ils offraient un encens 
sacrilège. Voir Corê. Un moment terrifiée par ce châti- 
ment divin , la multitude passa bientôt à la colère et aux 
murmures contre Moïse et Aaron, qu'elle accusait d'être 
la cause de la mort de tous ces hommes; le lendemain, 
une révolte générale les obligeait de se réfugier dans le 
tabernacle. « Dès qu'ils y furent entrés, Dieu le couvrit 
de la nuée , et la gloire du Seigneur apparut ; et le Sei- 
gneur dit à Moïse » qu'il allait exterminer le peuple. Num., 
xvi, 43-45. En effet, un incendie allumé par sa justice 
commença aussitôt ses ravages, et l'on voyait déjà de toutes 
parts tomber les rebelles , lorsque , sur l'ordre de Moïse , 
Aaron prit du feu de l'autel, et, l'encensoir à la main, 
parcourut le camp au milieu des morts et des vivants, en 
priant pour que le fléau cessât. Le grand prêtre ne rentra 
dans le tabernacle que lorsqu'il eut triomphé de la colère 
divine, et obtenu la vie pour ses ennemis. Num., xvi. 
Dieu venait ainsi de montrer du même coup la légitimité 
du sacerdoce d'Aaron et la puissance d'intercession dont 
il avait investi le grand prêtre suprême , médiateur entre 
lui et le peuple. 

L'autorité pontificale d'Aaron, après cette redoutable 
intervention du Seigneur, devait paraître suffisamment 
établie et à l'abri de toute contestation; Dieu voulut néan- 
moins lui rendre un nouveau témoignage , mais d'un ca- 
ractère bien différent. Il ordonna à Moïse de recueillir 
les verges des chefe des douze tribus, de faire inscrire sur 
chacune le nom de la tribu qu'elle représentait, et de les 
déposer toutes dans le tabernacle avec celle de la tribu 
de Lévi, qui devait porter écrit le nom d'Aaron. « La verge 
de celui que j'aurai choisi fleurira, » ajouta le Seigneur. 
Num., XVII, 5. Moïse fit ce qui lui était commandé : le 
jour suivant, chacun des chefs reprit sa verge telle qu'il 



l'avait donnée; mais tous furent témoins que celle d'Aaron 
avait fleuri et qu'elle était couverte de fruits. Dieu la fit re- 
placer dans le tabernacle en souvenir perpétuel. Num., xvn. 

III. Derniers jours d'Aaron. — Nous avons maintenant 
à franchir un intervalle de trente-sept ans pour retrouver 
la suite de la vie d'Aaron ; car de l'histoire d'Israël, depuis 
l'exode jusqu'à l'entrée dans la Terre Promise , Moïse n'a 
raconté que la première, la deuxième et la quarantième 
année. Dans le premier mois de cette quarantième année, 
les Hébreux arrivèrent à Cadès, dans le désert de Sin. Là 
mourut et fut ensevelie Marie. Pendant le séjour qu'on y 
fit, l'eau vint à manquer, et aussitôt les murmures du 
peuple de se faire entendre comme toujours contre ses 
deux chefs. Num., xx, 2-5. Dieu dit alors à Moïse : « Prends 
la verge; toi et Aaron ton frère, convoquez le peuple ; 
parlez ensemble au rocher devant eux , et le rocher don- 
nera des eaux. » Num., xx, 8. Moïse obéit; il frappa en- 
suite la pierre deux fois avec la verge, et l'eau jaillit en 
si grande quantité qu'elle suffit abondamment au peuple 
et aux animaux. « Mais Dieu dit à Moïse et à Aaron : Parce 
que vous n'avez pas cru en moi et que vous ne m'avez pas 
rendu gloire devant les enfants d'Israël, vous n'introduirez 
pas ce peuple dans la terre que je lui donnerai. » Num., 
xx, 12. L'écrivain sacré n'indique pas en quoi consistait 
la faute dont Dieu se montra si offensé ; mais au Psaume cv, 
33, nous lisons dans le texte hébreu que Moïse, en cette 
occasion , « fut inconsidéré dans ses paroles. » Or il avait 
dit au peuple devant le rocher : « Pourrons - nous faire 
sortir de l'eau de cette pierre? » Num., xx, 10. Ce lan- 
gage, en effet, exprime un doute : Moïse et Aaron se de- 
mandaient peut-être si la promesse de Dieu n'était pas 
conditionnelle et subordonnée aux bonnes dispositions du 
peuple, ou même si elle n'était pas seulement une sorte 
d'ironie à l'adresse de ces incorrigibles murmurateurs. 

Quoi qu'il en soit, Aaron ne tarda pas à recevoir le 
châtiment annoncé. Environ quatre mois plus tard , le cin- 
quième mois de cette même année, les Hébreux étant 
venus camper au pied du mont Hor, sur la frontière du 
pays d'Édom , Dieu annonça à Moïse que le dernier jour 
de son frère était arrivé, et lui ordonna de le conduire 
sur cette montagne, afin qu'il mourut là. Num., xx, 24-26. 
Tout le peuple hors de ses tentes regarda monter Moïse 
avec Aaron et son fils Éléazar. Lorsqu'ils furent parvenus 
sur le sommet, Moïse procéda à la cérémonie funèbre, dont 
Dieu avait lui-même réglé les détails. Il dépouilla Aaron 
de ses vêtements de grand prêtre, et en revêtit Éléazar, 
qui. allait lui succéder. Alors Aaron mourut, à l'âge de 
cent vingt-trois ans, et Moïse « descendit avec Éléazar. 
Or toute la multitude du peuple, apprenant la mort 
d'Aaron, le pleura pendant trente jours dans toutes les 
familles ». Num., XX, 29-30. 

C'est tout ce que la Bible nous apprend sur la mort du 
premier pontife d'Israël ; elle ne nous dit rien de sa sépul- 
ture, et l'histoire profane, de son côté, ne nous fournit 
sur ce sujet aucun document. Cependant il existe sur le 
plus élevé des deux pitons culminants du Djebel -Nébi- 
Haroun, ou montagne du prophète Aaron, une construc- 
tion appelée le Tombeau d'Aaron. Voir Hor. Cette mon- 
tagne , située près de Pétra, entre la mer Morte et la mer 
Rouge , est identifiée avec le mont Hor par une ancienne 
tradition généralement adoptée, malgré l'opinion contraire 
de quelques modernes. Voir Wilton, The Negeb, p. 126 
et suiv. Le tombeau est renfermé dans un petit édifice 
rectangulaire d'environ 10 mètres sur 7 m. 50 dans œuvre, 
que recouvre un toit en terrasse portant coupole et acces- 
sible par un escalier extérieur. Cet édicule est une sorte 
d'oualy ou sanctuaire pareil à ceux qu'on rencontre si fré- 
quemment sur la tombe des santons musulmans; il a été 
bâti avec les débris de la chapelle d'un petit monastère 
chrétien, encore debout en cet endroit au commencement 
du xm e siècle. Il se compose de deux pièces superposées. 
Celle de dessus , voûtée et éclairée seulement par la porte, 
est ornée de quatre colonnes, auxquelles on suspend des 



9 



AARON — AARON-BEN-ELIE 



10 



ex-voto. On y voit une pierre haute et arrondie , sur la- 
quelle les pèlerins musulmans immolent en sacrifice à 
Aaron un mouton ou un chevreau. A côté de cette espèce 
d'autel est un sarcophage ayant l'aspect d'une dalle tom- 
bale de marbre commun ou de pierre calcaire d'un blanc 
-'aunâtre. Ce serait plutôt un simple cénotaphe, car les 
Arabes affirment que le vrai tombeau d'Aaron est dans la 
salle inférieure. Un escalier assez difficile conduit à cette 
seconde chambre, creusée en partie dans le roc, et où 
règne la plus profonde obscurité. Le tombeau qui se trouve 
dans cette crypte offre l'apparence d'une masse demi-cylin- 
drique de maçonnerie, recouverte d'un tapis noir et dé- 
fendue par une grille contre l'indiscrète curiosité des visi- 
teurs. Voir de Luynes, Voyage d'exploration à la mer 
Morte, p. 277. Irby et Mangles, qui visitèrent ce monu- 
ment en 1818, avaient pu arriver jusqu'au tombeau et le 
toucher, ainsi que les loques qui le dissimulaient en partie ; 
la grille, renversée avant leur passage, n'avait pas encore 
été relevée et restaurée. Irby et Mangles, Travels in 
Egypt, etc., édit. de 184i, p. 133-134. Qu'y a-t-il sous 
ce mystérieux couvercle? S'il se soulève un jour en faveur 
d'un voyageur plus heureux que ses devanciers, lui lais- 
sera -t- il voir, à côté des restes qu'il renferme peut-être, 
quelque signe auquel on puisse reconnaître avec certitude 
qu'ils sont bien ceux d'Aaron? Cela paraît fort douteux, 
et il est bien à craindre qu'il ne faille alors comme au- 
jourd'hui répéter au sujet d'Aaron ce que l'Écriture nous 
dit de Moïse, après avoir raconté sa mort sur le mont 
Nébo : « Nul homme n'a connu jusqu'à ce jour le lieu de 
sa sépulture. » Deut., xxxiv, 6. 

Mais si cet oualy ne renferme pas les restes d'Aaron, 
il n'en est pas moins une sorte d'hommage permanent 
rendu par les infidèles eux-mêmes à la sainteté de ce 
pontife. Par leurs pèlerinages et par le culte superstitieux 
qu'ils lui rendent, ils publient à leur manière que le Sei- 
gneur « le fit bien grand et pareil à Moïse ». Eccli., xlv, 7. 
Aaron fut, en effet, un homme d'une ém inente sainteté. 
Il ne montra pas sans doute le zèle ardent et courageux 
de son frère ; il eut moins de fermeté que lui et fit preuve 
en deux circonstances, Exod., xxxn; Num., xii, d'une 
coupable faiblesse; mais il répara ces deux fautes par un 
prompt repentir. Plein de déférence et de docilité pour 
son frère, il fut comme lui homme de prière, patient, 
doux, dévoué à son peuple, et d'une obéissance parfaite 
aux ordres du Seigneur, qui l'en récompensa par la bé- 
nédiction la plus désirée en Israël : une longue vie et une 
innombrable postérité. De son mariage avec Elisabeth, 
sœur de Nahasson, chef de la tribu de Juda, Exod., vi, 
23; Num., i, 7, il avait eu quatre fils. Les deux aînés, 
Nadab et Abiu, étaient morts sans laisser d'enfants, Lev., 
x, 2; I Parai., xxiv, 2; mais la descendance d'Éléazar et 
d'Ithamar fut très nombreuse : au temps de Jésus-Christ, 
on comptait en Palestine vingt mille prêtres, d'après Jo- 
sèphe, Conl. Apion., II, vu, et même beaucoup plus si 
l'on s'en rapporte aux autres auteurs juifs. Gemara Hie- 
rosol., Taanith, fol. 67, dans Carpzov, Apparatus criticus 
antiquitatum Sacri Codicis, in-4°, Leipzig, 1748, p. 100. 

Dieu glorifia bien davantage encore Aaron dans sa pos- 
térité en y choisissant le précurseur du Messie, Jean- 
Baptiste , duquel Jésus déclara « qu'il ne s'était jamais vu 
entre les hommes un plus grand que lui », Matth., XI, 11, 
et qui à son tour rendit témoignage au Christ, et dit en 
le montrant aux Juifs : « Voilà l'Agneau de Dieu , voilà 
celui qui efface le péché du monde. Joa., i, 29. Il faut 
qu'il croisse et que je diminue. » Joa., in, 30. Ainsi, 
par une admirable disposition de sa providence, Dieu 
accordait en quelque sorte une dernière fois à Aaron « de 
faire briller la lumière devant Israël », Eccli., XLV, 21, 
et le premier pontife de l'ancienne alliance proclamait par 
la bouche du plus illustre de ses petits -fils la déchéance 
du sacerdoce aaronique, en reconnaissant Jésus -Christ 
pour « le prêtre étemel selon l'ordre de Melchisédech ». 
Ps. cix, 4. Voir aussi Hebr., vu. £. Palis. 



2. AARON, Lévite, publia à Amsterdam, en 1010, le 
Pentateuque hébreu, in -12. 

3. AARON, de Pesaro (xvi e siècle), composa Les gé- 
nérations d'Aaron, foledvf 'Aharôn, table des endroits 
de l'Écriture Sainte rapportés dans le Talmud de Baby- 
lone. Cet ouvrage a été imprimé à Fribourg, 1581 ; à Bàle, 
1587; à Venise, 1583 et 1591. 

4. AARON ABIOB ou ARIOB , publia à Thessalo- 
nique, en 1601, un commentaire littéral sur le livre d Es- 
ther. C'est une simple compilation sans vues personnelles , 
intitulée : Parfum de myrrhe, Sémén hammôr. 

5. AARON -ABOU-ALDARI OU AARON ALRABBI, fils 
de Gerson. On a de lui un commentaire sur le Pentateuque, 
publié à Constantinople , in-f°, xvi e siècle. 

6. AARON ABRAHAM ( xvi« siècle), a laissé Lettre des 
sens (de l'Écriture Sainte), ouvrage composé d'après la 
méthode cabalistique, in-8°, Constantinople, 1585. 

7. AARON- BEN -CHAlM ou ABEN-CHATM, né à Fez 

vers la fin du xvi e siècle, fut par sa science et son influence 
à la tête des synagogues du Maroc et de l'Egypte. En 1609, 
il alla à Venise faire imprimer ses œuvres ; il y mourut peu 
après, avant d'avoir achevé cette publication. Ses principaux 
ouvrages, très estimés des Juifs, sont : 1° Le cœur d'Aaron, 
Leb 'Aharôn, composé de deux commentaires : l'un littéral 
sur le livre de Josué, et l'autre allégorique sur le livre des 
Juges ; 2° L'offrande d'Aaron, Qorban 'Aharôn, commen- 
taire savant, mais diffus, sur le Siphra, commentaire du 
Lévitique; 3° Les régies d'Aaron, Middôf 'Aharôn, où 
l'on traite des treize façons dont le rabbin Ismaël inter- 
prétait l'Écriture Sainte. Ces œuvres laissent beaucoup à 
désirer à cause de leur diffusion et de leur subtilité. Elles 
ont été imprimées à Venise en 1609, in-f°. Très rares. 

8. AARON -BEN -DAVID, cohen (prêtre), né à Raguse, 
en Dalmatie, mort à Venise vers 1656, a laissé un com- 
mentaire littéral et allégorique sur le Pentateuque et sur 
plusieurs autres livres, comme les Prophètes et les Hagio- 
graphes. Il est intitulé La barbe d'Aaron, Zeqan 'Aharôn; 
il n'a rien de bien remarquable. Ce commentaire fut imprimé 
à Venise, in-f°, en 1652 et 1657, avec un commentaire 
de Salomon Ohef , son oncle , sous le titre : Huile du bien. 

9. AARON- BEN -ÉLIE. Aaron, fils d'Élie, appelé aussi 
Aaron le Second ('al)arôn), pour le distinguer d'Aaron- 
ben- Joseph, surnommé le Premier (hâri'Sôn), né à Ni- 
comédie au commencement du xiv c siècle, alla au Caire, 
où florissait une nombreuse communauté de Juifs caraïtes. 
Il y mourut en 1369, après avoir été l'un des plus célèbres 
rabbins de cette secte. Ses principaux ouvrages scriptu- 
raires sont: 1° L'arbre de vie, 'Es hayim (1346), traité 
de philosophie religieuse , qui rappelle par le plan , l'esprit 
et la plupart même des questions, Le guide des égarés, 
de Maimonide. Ce que cette œuvre de Maimonide fut pour 
le rabbinisme , L'arbre de vie le fut pour le caraïsme. On 
y trouve des principes d'exégèse destinés à concilier la toi 
et la raison, à éclairer les Israélites fidèles, souvent per- 
plexes devant les apparentes oppositions de la Bible et de 
la science. 2" La couronne de la Loi, Kefer fôrâh (1362), 
commentaire littéral, mais parfois un peu diffus, sur le 
Pentateuque. Avec des vues personnelles, on y trouve le 
résumé des travaux des deux synagogues, et en particulier 
d'Ibn-Ezra. Aaron -ben-Élie suit de préférence l'exégèse 
grammaticale. Pour lui, c'est la base de toute interpré- 
tation de l'Écriture. Cependant à la recherche du sens 
littéral il unit souvent les explications philosophiques et 
allégoriques. Par le caractère de ses écrits et la nature de 
son esprit, il a beaucoup de traits de ressemblance avec 
l'auteur du Guide des égares, qu'il semble du reste avoir 



41 



AARON-BEN-ÉLIE — ABAL 



12 



pris pour modèle; aussi a-t-il été surnommé le Maimo- 
nide du caraïsme. L'arbre de vie a été publié en 1839, 
à Constantinople. En 1841, MM. Delitzsch et Steinschneider 
en ont donné une belle édition, enrichie de précieuses 
additions. La couronne de la Loi a été publiée par frag- 
ments avec traduction latine par Kosegarten, à Iéna (1824). 
Voir J. G. Schupart, Secta Karseorum, Iéna, 1701, et les 
ouvrages sur les caraïtes indiqués à Aaron -ben- Joseph. 

10. AARON- BEN -JOSEPH. Aaron, fils de Joseph, sur- 
nommé le Premier (hâri'Sôn, voir Aaron-ben-Élie) , né 
à Constantinople dans la première partie du XIII e siècle, 
fut médecin dans cette ville, où il mourut en 1294. Ce 
rabbin composa des commentaires sur une grande partie 
de la Bible : sur le Pentateuque , sur les premiers pro- 
phètes, c'est-à-dire sur les livres de Josué, des Juges, de 
Samuel et des Rois, sur Isaïe, sur les Psaumes et sur 
Job. Le plus connu est son commentaire sur le Penta- 
teuque , Séfer hammibhâr, Livre de choix, ainsi apprécié 
par de Rossi : « (Commentaire) remarquable, exact, excel- 
lent en tout ce qui regarde le sens grammatical et littéral. » 
On y trouve parfois cependant de l'obscurité et de la 
subtilité. On a également de cet auteur un excellent 
abrégé de grammaire hébraïque et de critique sacrée, 
intitulé : Le parfait en beauté, Kelil yôfi, où il traite 
des variantes, transpositions, singularités, etc., du texte 
sacré. « Ce petit abrégé, dit Richard Simon, explique 
beaucoup de choses en peu de mots. » Aaron -ben- Joseph 
est le plus célèbre des écrivains caraïtes du un 1 siècle. 
On l'estime comme bon théologien juif, et savant inter- 
prète de l'Écriture. Il s'attache surtout au sens littéral; 
cependant il donne parfois dans l'allégorie et la cabale : 
il le doit peut-être à Nahmanide, dont il fut, dit-on, 
le disciple. Le livre de choix a été imprimé en 1835, 
à Eupatoria, en Crimée. Déjà des extraits avec traduction 
latine avaient été publiés à Amsterdam, en 1705. La Biblio- 
thèque nationale possède de cet ouvrage deux manuscrits 
du XIV e siècle. La bibliothèque de Leyde a plusieurs autres 
ouvrages manuscrits de cet auteur. Sa grammaire fut im- 
primée à Constantinople, en 1581. Très rare. Voir Notice 
sur les Caraïtes , par le caraïte Mardochée , publiée et 
traduite par I. Chr. Wolf, Hambourg, 1714; Trigland, 
Diatribe de secta Karseorum, Delft, 1703; J. G. Schupart, 
Secta Karseorum, Iéna, 1701. 

11. AARON-BEN-MOSCHÉH-BEN-ASCHÊR, ou d'ordi- 
naire BEN-ASCHÊR simplement, rabbin du X e siècle, dont 
la vie et le rôle sont encore enveloppés d'obscurité. Tout 
ce qu'on sait sur ce personnage, qui vécut à Tibériade, 
c'est qu'il fut, avec Ben-Naphtali, de Bagdad, le plus cé- 
lèbre des naqdanim ou rabbins qui complétèrent, par l'ad- 
jonction de quelques signes, l'œuvre des véritables ponc- 
tuateurs de la Bible (ba'alê niqqud). Il entreprit une 
revision du texte sacré accompagné de sa ponctuation. 
Cette recension, faite avec un soin minutieux, l'emporta sur 
celle de Naphtali, son émule, et a depuis servi de base 
pour le texte de nos éditions imprimées. On attribue à 
Ben-Aschêr le Traité des accents qui se trouve à la fin des 
Bibles rabbiniques. Raymond Martin lui attribue aussi une 
grammaire hébraïque, mais Buxtorf pense qu'on doit lire 
Ben-Esra au lieu de Ben-Aschêr. On croit qu'il a été l'au- 
teur ou le compilateur principal de règles et de fragments 
massorétiques importants. Wogue, Histoire de la Bible, 
p. 125. Voir Dikduke hateamim des Ahron-ben-Moscheh- 
ben-Ascher, herausgegeben von Baer und H. Strack, 
Leipzig, 1879. 

12. AARON- BEN -8CHEMOUEL, publia à Francfort- 
sur-1'Oder, en 1690, La maison d'Aaron, Bet 'Aharôn, 
table des endroits de la Bible selon l'ordre des livres et 
des chapitres, indiquant en quels livres ces endroits de 
la Bible sont expliqués; « ouvrage, dit Wolf, Bibliotheca 
hebraica, très utile aux interprètes et aux prédicateurs. » 



13. AARON MOlSE, de Lemberg, a donné, sous le 
titre de 'Ohel Moiéh, Tente de Moïse, une grammaire hé- 
braïque estimable, 1765. E. Levesque. 

AARONITES. Descendants d'Aaron. I Par., xxvii, 17. 
C'est dans cette famille que se perpétuait le souverain 
pontificat. Voir Aaron 1. 

AASBAÏ (hébreu : 'Ahasbaï, « Je me réfugie en Té- 
hovah; » Septante: 'Ah6£tou), père d'Éliphélet, un des 
vaillants guerriers de David. II Reg., xxm, 34. Il est ap- 
pelé : 6e» hamma'akâti , ce que la Vulgate traduit par 
« fils de Machati », mais qui signifie plutôt le lieu d'origine, 
habitant ou originaire d e Maacha . Voir Abel-Beth-M aacha. 
Peut-être descendait -il de l'antique race de Machati, dont 
il est question Deut., m, 14. 

1. AB, mot hébreu, as, 'âb, qui signifie « père ». D 
entre dans la composition des noms propres d'hommes et 
de femmes, où il est placé soit au commencement comme 
sujet, soit à la fin comme attribut : A6-i-mélech, « mon 
père est roi; » AW-gaïl, « mon père est joyeux; » El-l-ob, 
« mon Dieu est père; » Jo-a6, « Jéhovah est père. » Dans 
quelques noms propres , 'âb parait signifier « possesseur », 
sens qu'il a assez souvent en arabe et en éthiopien. Ainsi 
Abiathar, hébreu : 'Ébyâtâr, signifie « père d'abondance » 
ou possesseur de richesses. 

2. AB, cinquième mois de l'année hébraïque. II avait 
trente jours et commençait à la nouvelle lune de juillet. 
Le nom de ce mois ne se lit pas dans la Bible, mais seu- 
lement dans les Targums et les écrits rabbiniques. Les 
Juifs l'empruntèrent après la captivité aux Chaldéens, qui 
appelaient 'abu le cinquième mois. Voir Mois. 

ABADDON, ange de l'abîme, dans l'Apocalyse, ix, 11. 
Abaddon est un mot hébreu, pi2N, qui signifie « perte, 
ruine , mort » , Job , xxxi , 12 , et « le lieu où habitent les 
morts », Job,. xxvi, 6; Prov., xv, 11. Saint Jean donne 
ce nom à l'ange qui préside à l'enfer, à l'un des principaux 
chefs des démons, si ce n'est à Satan lui-même, et il 
explique le sens du mot sémitique par le mot grec Apol- 
lyon, 'AtioXXûwv , que notre Vulgate interprète à son tour 
par le mot Exterminans, « Exterminateur. » L'auteur de 
l'Apocalypse veut sans doute faire ressortir par là le con- 
traste qui existe entre Jésus, dont le nom signifie Sau- 
veur, parce qu'il nous sauve de nos péchés, et celui de 
l'Ange de l'abîme , qui ne cherche qu'à perdre et à faire 
périr les hommes. On a voulu , mais sans preuves , iden- 
tifier Abaddon avec le démon Asmodée, dont il est parlé 
dans le livre de Tobie, m, 8; vi, 14; vin, 3. Ces deux 
esprits mauvais nous sont présentés avec des caractères 
différents : Asmodée est le démon de l'impureté ; Abaddon 
est le chef des sauterelles symboliques qui sortent du puits 
de l'abîme, semblables à des chevaux préparés au combat, 
ayant des têtes d'homme, des cheveux de femme, des dents 
de lion et des queues de scorpion. Voir Sauterelles. 

ABAILARD. Voir Abélard. 

ABAL (Septante : "A6aX), nom attribué au père de 
Daniel dans la traduction du livre de ce prophète par les 
Septante. On y Ut, au commencement du chapitre xiv, qui 
contient l'histoire de Bel : « De la prophétie d'Ambacoum 
(Habacuc), fils de Jésus, de la tribu de Lévi. Il y avait 
un prêtre du nom de Daniel, fils d'Abal, commensal du 
roi de Babylone. » Voir S. de Magistris, Daniel juxta 
Septuaginta, in-f°, Rome, 1772, p. 89; C. Bugati, Da- 
niel secundum editionem Septuaginta interpretum ex 
telraplis syriace, in-4°, Milan, 1788, p. 119. Ce passage 
ne se trouve pas dans la traduction grecque ordinaire, 
parce que la version de Daniel par Théodotion a été pré- 
férée par l'Église grecque à celle des Septante. La forme 



-13 



ABAL — ABANA 



14 



Aba) est d'ailleurs probablement fautive : on ne la ren- 
contre nulle part dans l'Ancien Testament, et saint Jé- 
rôme, qui a cité cette addition des Septante dans son 
Prologue de Daniel, t. xxv, col. 492, écrit, non pas Abal, 
mais « Abda » , nom véritablement hébreu. Voir Abda. 

ABANA (hébreu: 'Abânâh; Septante: 'A6av<£), fleuve 
■de Damas. On lit Amanah dans le qeri et même dans le 
hefib d'un certain nombre de manuscrits (cf. B. Kenni- 
^ott, Vet. Testant, heb., Oxford, 1776, t. I, p. 651, et 
J. B. de Rossi, Var. Lect. Vet. Test., Parme, 1785, t. n, 
p. 230), dans le Targum de Jonathan et dans la version 



étranger, ne mettra jamais le Nahr él-Aouadj avant le 
Barada, qui fait la prospérité et la gloire de la grande 
cité. F ive years in Damascus, Londres, 1855, t. i, p. 276. 
De plus, la leçon Amana nous reporte naturellement au 
mont Amana , dont parle le Cantique des cantiques, iv, 8, 
et dont, suivant plusieurs critiques, le nom est donné ou 
emprunté à la rivière qui y prend sa source. Ct. Polus, 
Synopsis Crit. sac., in Cant. IV, 8"; Gesenius, Thésaurus 
ling. heb., au mot 'Amanah. Or le même passage dis- 
tingue nettement l' Amana de l'Hermon, qui donne nais- 
sance à l'Aouadj , tandis que l'autre fleuve sort, bien plus 
au nord, des montagnes de l'Anti-Liban.Il faut donc distin- 




2. — Le Barada (ancien Abana), a Damas. D'après une photographie. 



■syriaque; variante qui s'explique facilement par la con- 
fusion ou la permutation entre le beth, a, et e mem, c. 
Les Septante et la Vulgate portent Abana, et cet accord 
suffit, selon quelques auteurs, pour donner la préférence 
à cette leçon. 

L'Àbana n'est mentionné qu'une fois dans la Sainte 
Écriture, à propos de Naaman le lépreux, IV Reg., v, 12. 
Ce général des armées syriennes vient de Damas demander 
sa guérison au prophète Elisée, qui lui recommande alors 
d'aller se laver sept fois de suite dans les eaux du Jour- 
dain. Mais l'officier, tout infatué de l'abondance et de la 
qualité des eaux de son pays, répond avec mécontente- 
ment et dédain : « Est-ce que l' Abana et le Pharphar, 
Heuves de Damas, ne sont pas meilleurs que toutes les 
«aux d'Israël, pour que je m'y lave et sois purifié? » 

Deux rivières importantes arrosent le pays de Damas : 
le Barada et l'Aouadj; et un i égard jeté sur la carte 
mène facilement à cette conclusion, que ce sont là les 
deux fleuves (neharôt) cités par Naaman. Or il semble 
naturel que le plus considérable et le plus familier à un 
habitant de la ville soit mentionné le premier. De nos 
jours, dit J. L. Porter, un indigène, s'adressant à un 



guer aussi l'Aouadj de l'Abana, qui s'identifie facilement 
avec le Barada; identification confirmée du reste par la 
version arabe, qui se trouve dans la Polyglotte de Walton, 
et qu'on fait généralement remonter au x e ou au xi e siècle : 
elle traduit l'hébreu Abana par Barda, qu'Etienne de 
Byzance appelle dès le v« siècle Bardinès. 

Aa[ia<xx6;..., itspt tov Bip8'.vï)v norapiov. 
Damas..., près du fleuve Bardinès. 

L'Abana est donc bien, croyons-nous, le Barada (en 
arabe: le froid, le glacé), le ^pvaoppiaç, « fleuve d'or» 
des Grecs, ainsi appelé, non parce que ses eaux roulent 
effectivement des paillettes d'or, mais parce que de tout 
temps, à l'époque de Strabon et de Pline aussi bien qu'au- 
jourd'hui, elles ont répandu sur leur passage la fertilité 
et les richesses. 

Le Barada forme la branche orientale de cette croix 
qui, dans l'hydrographie syrienne, a pour tronc l'Oronte 
au nord, le Jourdain au sud, et pour branche occidentale 
le Léitani. Cf. Elisée Reclus, Asie antérieure, Paris, 1884,' 
p. 719. Il prend sa source sur une haute crête de l' Anti- 
Liban, le Djébel-Zebdâni, à une altitude de 1 066 mètres 



i5 



ABANA — ABARIM 



16 



au-dessus de la Méditerranée. Traversant les montagnes 
par de profondes coupures où l'on entend mugir ses eaux 
souvent invisibles entre les parois des rochers, il arrose 
l'antique Abila, aujourd'hui Soùq-Ouadi-Barada; puis, 
au milieu de ruines de la domination romaine, il vient 
se grossir des eaux de YAïn-Fidjéh, une des sources les 
plus remarquables de la Syrie. Il débouche ensuite dans la 
plaine de Damas, et, se dirigeant vers l'est, longe le mur 
septentrional de la ville (fig. 2), et va enfin se perdre, à 
une vingtaine de kilomètres de Damas, par plusieurs bras 
différents, dans un grand lac, le Bahr el-Àleibéh, divisé 
lui-même en deux parties : Bahret esch-Scharqiyéh (lac 
oriental), et Bahret eUQebliyéh (lac méridional). Jamais 
rivière ne fut mieux utilisée. Dès la plus haute antiquité, 
on a dérivé de son lit principal, à divers niveaux, une 
multitude de canaux , dont sept plus importants. Sans ce 
fleuve aux eaux limpides et dignes de l'admiration de 
Naaman , Damas n'existerait pas ; mais avec lui , malgré 
les calamités et les révolutions, elle est restée l'une des 
plus populeuses et des plus brillantes cités de l'Orient. 
Cf. V. Guérin, La Terre Sainte, Paris, 1882, 1. 1, p. 384-387 ; 
J. L. Porter, Five years in Damascus, Londres, 1855, 1. 1, 
p. 255-278. A. Legendre. 

ABARBANEL (don Isaac-ben-Juda- Abarbanel ou 
Abravanel), rabbin portugais, né à Lisbonne en 1437, 
dans une famille opulente, mort à Venise en 1508. Il reçut 
une brillante éducation, embrassa la carrière de la poli- 
tique et devint ministre des finances d'Alphonse V, roi de 
Portugal, puis de Ferdinand le Catholique, roi de Castille. 
L'édit de 1492, qui expulsait les Juifs, le força de quitter 
l'Espagne; il se rendit à Naples, où il occupa un poste 
éminent à la cour de Ferdinand I er et d'Alphonse II , son 
successeur. L'invasion des Français le fit passer en Sicile; 
de là il se rendit à Corfou, et, après avoir séjourné quelque 
temps dans la Pouille, il s'arrêta enfin à Venise, où il 
mourut à l'âge de soixante et onze ans. 

Dans ses pérégrinations, Abarbanel composa de nom- 
breux ouvrages. Voici , d'après Aboab , la liste de ses 
œuvres scripturaires et le lieu de leur composition : en 
Portugal, le commentaire du Deutéronome, intitulé Mir- 
kébet hammiSnéh, Le second char, Gen., xli, 43; en 
Castille, les commentaires de Josué, des Juges et des Rois; 
à Naples, Les sources du salut, Ma'ayenê yesu'ah, 
Is., xii, 3, commentaire sur Daniel, et le livre appelé 
Sacrifice de la Pâque, commentaire sur la manière de 
célébrer la Pâque; à Corfou, un livre sur Isaïe; à Venise, 
un commentaire sur les autres prophètes et sur les quatre 
premiers livres de la Loi. Abarbanel composa encore deux 
dissertations sur le Messie : MaSmi'a yeSu'ah, Isaïe, lu, 7, 
Le héraut du salut, et Ye&u'of tnesiho, Ps. xxvm, 8, Le 
salut ou secours de son Messie. Ces deux dissertations . 
avec Les .sources du salut, forment les trois traités com- 
pris sous le titre de Migdôl yesuof, II Sam., xxii, 51, (Dieu ) 
signalant sa grandeur par des secours. Citons encore 
Lahaqaf nebi'im, I Sam., xix, 20, La réunion des pro- 
phètes, dissertation sur les prophéties de Moïse et des 
autres prophètes, et La couronne des anciens, 'Atéret 
zeqênim, Prov., xvii, 6, commentaire philosophique sur 
le t- 20 du chapitre xxm de l'Exode, sur le chapitre xxiv 
du même livre, et sur le j>. 1 du chapitre m de Malachie. 

Écrivain distingué, à l'intelligence élevée, au style facile, 
élégant et abondant , Abarbanel jouit d'une grande auto- 
rité près des Juifs, qui lui ont donné les noms de Sage, de 
Prince. Il s'attache avec bonheur à expliquer le sens lit- 
téral, et à montrer en particulier l'enchaînement des idées. 
Pour mieux interpréter le texte sacré, il a recours à l'his- 
toire : par là , il ouvre une voie nouvelle à l'exégèse bi- 
blique. Deux mots caractérisent donc très bien son exé- 
gèse : elle était grammaticale et historique. Enfin, par ses 
savantes Introductions, il a rendu d'importants services 
à la critique sacrée. Cependant Richard Simon vante un 
peu trop Abarbanel, lorsqu'il le regarde comme c celui de 



tous les rabbins dont on peut le plus profiter pour l'intel- 
ligence des Livres Saints... », et lorsqu'il porte sur lui ce 
jugement : « Abarbanel n'a pas moins de netteté et d'élo- 
quence en hébreu que Cicéron en a en latin. » Il recon- 
naît d'ailleurs qu'il est plus rhéteur qu'exégète, et que 
parfois il est trop subtil et trop prolixe. On trouve, en effet, 
dans ses commentaires, des dissertations longues et dif- 
fuses sur des questions théologiques qui vont plus ou moins 
au sujet. Souvent aussi il se répand en attaques violentes 
contre la religion chrétienne. 

Bibliographie. — Les ouvrages d'Abarbanel, en tout on 
en partie , ont été très souvent publiés , dans le texte ori- 
ginal ou dans une traduction latine. Le commentaire sur 
le Pentateuque a été imprimé à Venise, 1579, in-f°, et 
réimprimé dans la même ville, 1584, après des suppres- 
sions et corrections faites par ordre de l'Inquisition. L'édi- 
tion de 1710, in-f», Hanovre, donnée par H. J. Bashuysen , 
reproduit la première édition de Venise et est plus correcte. 
Le commentaire sur le Deutéronome avait été imprimé 
séparément à Sabionetta (Italie), in-f°, 1551. — Éditions 
particulières : Commentaire sur les premiers prophètes, 
Naples, 1593; et, plus correctement, in-f°, Leipzig, 1681 ; 
Hambourg, 1687. Commentaire sur les derniers prophètes, 
Pesaro (Italie), 1520; Amsterdam, 1641, édition plus 
élégante que la première et augmentée de deux tables. 
Commentaire sur Daniel, Les sources du salut, in -4°, 
1551, sans nom de heu; Amsterdam, in-4°, 1647; selon 
Wolf, il y aurait eu une édition à Naples, in -4°, 1497. 
Le sacrifice de la Pâque, Constantinople , 1496; Venise, 
1545; Crémone, 1557; Le héraut du salut, Salonique, 
in-4°, 1526; Amsterdam, 1644; traduit en latin par H. May, 
in-4°, Francfort, 1712 ; Les secours du Messie, manuscrit 
de la Bibliothèque nationale, imprimé en 1828 à Carlsruhe. 
La couronne des anciens, Sabionetta, in -4°, 1557; Ams- 
terdam, 1739. — Voir Joh. Heinrich May, Bissertatio his- 
torico-philologica de origine, vita et scriptis I. Abra- 
banielis, Altorf, 1708; in-4°, Francfort, 1712. Voir aussi 
Nicéron, Mémoires, t. xli; Gràtz, Geschichte der Ju- 
den, t. vin, p. 334; t. ix, p. 6, 46; Jost, Geschichte des 
Judenthums, t. m, p. 204. E. Levesque. 

ABARIM, chaîne de montagnes du pays de Moab. Ce 
nom est toujours accompagné de l'article en hébreu : har 
hâ'abarim, Num., xxvn, 12; Deut. , xxxii, 49, harê 
hâ'abarîm, Num., xxxm, 47, 48, « la montagne » ou 
« les montagnes des Abarim »; tô o'po; tô 'A6apJ|i, èv t£ 
itepov io-j 'IopSivou. La racine 'éber, qui est la même que 
celle du mot hébreu, peut avoir une double signification : 
« la région au delà [de l'Euphrate], trans flumen, » ou 
« les passages » ; aussi la Vulgate, Deut., xxxn, 49, ajoute 
cette traduction étymologique : « c'est - à - dire , des pas- 
sages». Dans ce dernier cas, les montagnes en question 
seraient ainsi appelées parce qu'on descendait d'Hésébon à 
la vallée du Jourdain par les gorges qu'elles renferment. 

D'après divers endroits de l'Ecriture Sainte, nous savons 
que les monts Abarim se trouvaient « dans la terre de 
Moab », Deut., xxxn, 49, et avaient pour sommets prin- 
cipaux le Nébo, « en face de Jéricho, » ibid., le Phasga 
(Pisgâh) et le Phogor (Pe'or), d'où l'on pouvait facile- 
ment « contempler la terre promise aux enfants d'Israël ». 
Num., xxvn, 12. Aussi est-ce là que Dieu transporte Moïse- 
avant sa mort, pour lui faire embrasser d'un coup d'oeil 
le pays de Chanaan, vers lequel le grand législateur a 
conduit son peuple , mais qu'il ne pourra lui-même fouler 
de ses pieds. Deut., xxxiv, 1. C'est de là que Balaam 
vient considérer et bénir les tentes d'Israël, Num., xxm, 
14, 28, fixées au pied de ces montagnes. Num., xxi, 20; 
xxii, 1. C'est là aussi que Jérémie cache le tabernacle , 
l'arche d'alliance et l'autel des parfums. II Mac, n, 4. 
Enfin le même prophète ajoute ce nom à ceux du Liban 
et de Basan au chap. xxn, 20; car il est plus conforme au 
contexte de lire avec l'hébreu mê'abarîm, « de l' Abarim, ► 
que de traduire comme la Vulgate : « à ceux qui passent ». 



17 



ABARIM — ABBA MARI 



13 



Les voyageurs modernes, principalement M. de Saulcy, 
en déterminant la position du mont Nébo, ont par là même 
confirmé celle des monts Abarim, qu'Eusèbe et saint Jé- 
rôme placent à six milles d'Hésëbon. S. Jérôme, Lib. 
de situ et nominibus locorum heb., t. xxui, col. 867 
et 913. Du reste, les passages de la Sainte Écriture cités 
plus haut montrent clairement qu'il faut chercher Abarim 
dans la partie septentrionale de cette région montagneuse 
qui , bornant la mer Morte à l'est , a dans son ensemble 
une centaine de kilomètres de longueur, une largeur d'en- 
viron 40 kilomètres, avec une élévation générale d'à peu 
près 1 000 mètres. Descendant brusquement en parois 
abruptes jusqu'au lac Asphaltite, les rochers sont coupés 
par les ravins des ouadis, qui « pénétrent dans l'intérieur 
comme d'étroites rues entre des murs verticaux. La végé- 
tation est rare sur les pentes et sur les plateaux de cette 
région d'El - Belka , plus généralement désignée par les 
noms des anciens peuples qui l'habitaient, Ammon et 
Moab. Cependant la nudité de ces monts n'est pas com- 
parable à celle du massif calcaire de la Judée , à l'ouest 
de la mer Morte : non seulement les fonds bien arrosés 
sont remplis de fourrés verdoyants, mais des bouquets 
de chênes, des térébinthes, des lauriers croissent sur les 
terrasses tournées vers les vents humides de la Méditer- 
ranée. » Cf. Elisée Reclus, Asie antérieure, Paris,1884, 
p. 708. 

La partie septentrionale, qui s'étend depuis le Zerka- 
Maïn jusqu'à l'ouadi Hesban, et forme les monts Abarim, 
se distingue des autres par de plus nombreuses déchi- 
rures. Dans l'espace de quelques kilomètres, le plateau est 
coupé par cinq ou six ouadis, qui, commençant par une 
dépression assez douce, se creusent rapidement, en sorte 
que l'on n'a plus sous les yeux qu'une série de chaînes 
parallèles, descendant par échelons vers la mer, et por- 
tant sur chacun de leurs flancs les ruines d'une cité an- 
tique. H. B. Tristram, The land of Moab, 2« édit. , 
Londres, 1874, p. 318. On a, en effet, retrouvé dans ce 
pays des ruines de tout âge , restes de l'ancienne religion 
chananéenue : dolmens, menhirs, cercles de pierres, villes 
moabites, temples romains, etc. 

Les explorateurs modernes, surtout de Saulcy, Voyage 
en Terre Sainte, 2 in -8», Paris, 1865; H. B. Tristram, 
ouv. cité; C. R. Conder, Heth and Moab, Londres, 1889, 
nous ont donné sur cette contrée des détails aussi précis 
qu'intéressants , et ont ainsi comblé une lacune qu'on 
déplorait depuis longtemps dans la géographie sacrée. Us 
ont constaté de visu et à plusieurs reprises l'exactitude 
du récit biblique, quand il affirme qu'on peut de ces 
montagnes apercevoir dans toute son étendue la Terre 
Promise. Deut., xxxiv, 1-3. Des sommets du Nébo, ou 
de Siàghah, ou de Maslubiyéh, la vue s'étend merveil- 
leusement, vers l'ouest, d'Hébron à la Galilée, en passant 
par Bethléhem, Jérusalem, les monts Garizim et Ébal, le 
Thabor. « Le Jourdain se déroule comme un immense 
serpent à travers la vallée , et les torrents de la plaine de 
Jéricho descendent en serpentant pour rejoindre ceux qui 
s'élancent des collines de Moab. » Voir les détails dans 
C. R. Conder, Heth and Moab, p. 131-141. Voir NÉBO, 
Phasga. A. Legendre. 

ABARON (dans le texte grec original : AOapàv), sur- 
nom d'Éléazar, quatrième fils de Mathathias et frère de 
Judas Machabée. I Mac, h, 5. Voir Éléazar 8. 

ABAUZIT Firmin , calviniste français , né à TJzès 
en 1679, mort à Genève en 1767, où il avait été longtemps 
bibliothécaire de la ville. Il travailla à la traduction fran- 
çaise du Nouveau Testament qui parât à Genève en 1726, 
et publia plusieurs écrits en faveur de l'arianisme. Ce qui 
lui a fait un nom dans l'exégèse est son Essai sur l'Apo- 
calypse, travail remarquable, non par sa valeur, mais par 
ses hardiesses. L'auteur révoque en doute l'authenticité 
de l'Apocalypse; il insinue qu'elle n'est pas l'œuvre de 



l'apôtre saint Jean , qu'elle a été composée sous le règne 
de Néron, et qu'elle raconte sous forme prophétique la des- 
truction de Jérusalem. Cet ouvrage fut traduit en anglais et 
réfuté par L. Twells. Il fut aussi comjbattu en France par 
Bergier, en 1780, dans son Traité historique et dogmatique 
de la vraie religion, t. vin. Sur Abauzit, voir Œuvres 
diverses de M. Firmin Abauzit, in -8°, Genève, 1770; 
Œuvres de feu M. Abauzit, 2 in-8», Londres (Amster- 
dam), 1770-1773 (ces deux éditions contiennent l'Essai 
sur l'Apocalypse; la seconde s'ouvre par V Éloge d'A bauzit, 
composé par son éditeur Bérenger ) ; Miscellanies on his- 
torical, theological and critical subjects , translated by 
E. Harwood, in-8°, Londres, 1774 (la vie de l'auteur est 
racontée p. i-xxiv; le recueil se termine, p. 283, par 
An historical discourse on the Apocalypse); Senebier, 
Histoire littéraire de Genève, t. m, p. 63-83; Lùcke, 
Versuch einer vollstàndigen Einleitung in die Offenba- 
rung Johannis, p. 555. 

ABBA, mot araméen correspondant au mot hébreu 
'ab, « père. » Il nous a été conservé dans le Nouveau 
Testament grec: 'AëëS, Marc, xiv, 36; Rom., vm, 15; 
Gai., iv, 6, où cette appellation s'applique toujours à Dieu 
sous forme d'invocation. En saint Marc, c'est Notre -Sei- 
gneur qui s'adresse ainsi à son Père. Saint Paul dit aux 
fidèles qu'ils peuvent appeler Dieu : « Abba , père , » parce 
qu'ils sont ses enfants d'adoption. Dans le texte grec, 
comme dans la Vulgate latine, le mot abba est toujours 
suivi de la traduction : « père. » 

ABBA ARÉKA ou Arikha , surnommé RAB par une 
abréviation familière à l'époque talmudique (Rab pour 
R. Abba, c'est-à-dire Rabbi Abba), 175-247, fut disciple 
de Juda le Saint. Il porta la Mischna rédigée par son maître 
à Sora, où il fonda une école, qu'il dirigea vingt-huit ans, 
de 219 à 247, et qu'il imprégna fortement de l'esprit rab- 
binique. Il fut le premier des amoraïm ou interprètes de 
la Mischna, et commença ces commentaires oraux qui 
furent recueillis plus tard sous le nom de Ghemara ou 
Talmud de Babylone. Il est l'auteur d'un célèbre Midrasch 
ou commentaire mi -partie halakique et hagadique sur le 
Lévitique, intitulé Sifrâ', Le livre, ou Sifrâ' debê Rab, 
Livre de l'école de Rab, ou encore Baraïta Sel (ôraf 
kôhanitn, c'est-à-dire Mischna extérieure sur la loi des 
prêtres. La loi des prêtres, Tarai kôhanim, était le nom 
donné au Lévitique par les première rabbins. Il composa 
également un commentaire sur les Nombres et le Deuté- 
ronome, appelé Sifrê, Les livres, connu encore sous le 
nom de Sifrê debê Rab, Les livres de l'école de Rab. Ce- 
pendant ces Midraschîm sur le Lévitique et sur les Nombres 
et le Deutéronome ne sont pas entièrement et exclusive- 
ment l'œuvre de Rab. Ainsi les textes anonymes appar- 
tiennent à deux tannaïm ou « répétiteurs » de la tradition 
concernant la Bible, Juda-ben-El'ài et Siméon-ben-Yôljàï. 
Mais la compilation et la rédaction sont dues à Rab et à son 
école. Le Sifrâ' fut publié à Constantinople , in-f», 1515, 
et à Venise, in-f°, 1545. Aaron-ben-Chaïm en a donné 
un commentaire intitulé Qorban 'Aharôn , in-f°, Venise, 
1609. Le Sifrê fut également imprimé à Constantinople, 
in-f°, 1515, et à Venise, in-f°, 1545. Il a été, ainsi que 
le Sifrâ', l'objet de plusieurs commentaires , comme ceux 
d'Abraham Lichtstein , de David Pardo, etc. La traduction 
latine du Sifrâ' et celle du Sifrê se trouvent dans les 
tomes xiv et xv du Thésaurus antiquitatum sacrarum 
d'Ugolini. Sur Rab et ses œuvres, voir : Jul. Fûrst, Rab, 
sein Leben, Wirken, als erster Amora, als Begrûnder 
des Talmud's, etc., dans Kultur- und Literaturgeschichte 
der Juden in Asien, p. 8, 10, 31-39, 46, 52-53, 60-63, 
65, 67-72, 91 ; J. H. Weiss, fôledôt Rab, dans E. Stern, 
Kokebê Yishâq, fascicule 8-11. E. LevesQUE. 

ABBA MARI, fils de Moïse, fils de Joseph, était ori- 
ginaire de Lunel, aussi se nomme- t-il hay-yarhi (y en» A 



19 



ABBA MARI — ABDIAS 



20 



signifie « lune »; les Juifs provençaux avaient coutume de 
traduire en hébreu les noms de ville). Son nom provençal 
était Don ou En Astruc, ou Nastruc (forme populaire). 
D vécut à la fin du xin e et au commencement du 
xiv" siècle. De 1304 à 1306, il prit la plus grande part à la 
dispute qui divisa alors les rabbins du midi de la France 
en deux partis , qu'on peut appeler le parti philosophique 
et le parti théologique , ou plutôt talmudique. Effrayé de 
l'abandon où était tombée l'étude du Talmud, et de la pré- 
férence accordée à des recherches philosophiques abou- 
tissant le plus souvent, dans l'interprétation de la Bible, 
à un allégorisme outré ou au rationalisme, Abba Mari vit 
là un danger sérieux pour la foi de ses coreligionnaires. 
Aussi voulait-il qu'on n'entreprit pas les études philoso- 
phiques avant l'âge de trente ans , âge auquel on est d'or- 
dinaire assez familiarisé avec le Talmud. Dans ses lettres, 
il s'élève contre ceux qui expliquent les miracles par des 
faits naturels , et qui regardent comme des allégories phi- 
losophiques ou morales les récits et les personnages de la 
Bible le plus évidemment historiques. Quelques-uns, en 
effet, voyaient, par exemple, dans Abraham et Sara, la 
matière et la forme; dans Jacob et les douze tribus, le ciel 
et les douze signes du zodiaque. L'édit de 1306, qui expul- 
sait les Juifs de France, mit fin à la querelle. Abba Mari 
quitta Montpellier, où il s'était fixé ; il se réfugia à Arles , 
et peu de temps après à Perpignan. Il mourut après 1310, 
on ne sait précisément en quelle année. Les lettres échan- 
gées dans la controverse furent réunies par lui sous le 
titre de Minhaf qenaôt, Offrande du zèle. Num., v, 18. 
En tête de l'ouvrage se trouve une longue introduction , 
où il expose en dix -huit chapitres, dans un style diffus, 
les principes fondamentaux de la foi. Il conclut que ceux 
qui croient à ces principes ne douteront jamais des récits 
de l'Écriture, et ne chercheront pas d'interprétation natu- 
raliste aux miracles. A la fin de cet opuscule, il ajouta un 
petit traité intitulé Livre de la lune, Séfer hayyârêah, 
où il développe les mêmes idées. On lui attribue aussi un 
Commentaire sur le livre de Job, dont une copie manus- 
crite existe à la Bibliothèque nationale. Une main plus mo- 
derne que celle du copiste a ajouté le nom d'Abba Mari 
à la marge , et le donne comme l'auteur de cet ouvrage. 
L'Offrande du zèle a été publiée par Mard. Lôw Bisse- 
liches, à Presbourg (Hongrie), in -8°, 1838. — Voir, sur 
Abba Mari, Histoire littéraire de la France, t. xxvii, 
p. 648-695, et H. Gross, Notice sur Abba Mari, dans la 
Revue des études juives, avril-juin 1882, p. 192 et suiv. 

E. Levesqhe. 
ABBOTT (George), archevêque anglican de Cantor- 
béry, né à Guildford, le 29 octobre 1562, mort àCroydon, 
le 4 août 1633, fut un des traducteurs de la Bible anglaise 
publiée par le roi Jacques ï" (version autorisée); il avait 
été chargé des quatre Évangiles. On a aussi de lui un 
commentaire du prophète Jonas en forme de sermons , 
An exposition upon tke prophet Jonah, in-4°, Londres, 
1600, ouvrage d'ailleurs sans valeur exégétique. Voir 
S. L. Lee, Stephens' Dictionary of national biography, 
1885, t. ï, p. 5-20; W. Russell, Life of G. Abbott, 
Oxford, 1777. 

ABDA, hébreu: l Abda', « serviteur, » sous -entendu: 
de Dieu; abréviation de 'Abde'êl; Septante : 'Au8ûv. 

i. ABDA, père d'Adoniram, un des officiers de Salo- 
mon. III Reg., rv, 6. 

2. ABDA, lévite, fils de Samua, descendant du célèbre 
chantre Idithun. B revint de la captivité avec Zorobabel. 
II Esdr., xi, 17. D est appelé Obdia dans I Par., IX, 16. 

ABDÉEL (hébreu : 'Abde'êl, « serviteur de Dieu; » 
omis dans les Septante), père de Sélémias, qui reçut de 
Joachim, roi de Juda, l'ordre d'arrêter Jérémie et Baruch. 
Jer., xzxvi, 26. 



ABDÉMÉLECH (hébreu : 'Ébed-mélek, « serviteur 
du roi ; » Septante : 'ÀSSetilXsx- Nom propre fréquent en 
arabe sous la forme Abdulmalik) , eunuque éthiopien 
à la cour de Sédécias, dernier roi de Juda. Par son inter- 
vention, Jérémie fut tiré de la citerne ou basse fosse de 
la prison où l'avaient jeté les principaux de Jérusalem. Sui- 
vant la promesse que le prophète lui avait faite en retour, 
il fut préservé de tout mal dans la ruine de la ville. Jer., 
xxxvm, 7-18; xxxix, 16. 

ABDÉNAGO (hébreu : l Abêd-negô; Septante : 
'A68evayw), nom babylonien donné à Azarias, l'un des 
trois compagnons de Daniel élevés avec le prophète à 
l'école royale de Babylone. Dan., ï, 7 ; n, 49; m, 12, 16, 97. 
La forme babylonienne de ce nom a été altérée par les 
copistes dans le texte hébreu ; il faut lire , comme on l'a 
depuis longtemps remarqué : 'âbêd Nebô , c'est-à-dire 
« serviteur du dieu Nabo » , une des principales divinités 
de Babylone. On trouve en assyrien beaucoup de noms 
propres qui commencent, comme en hébreu, par le mot 
'abad, « serviteur, » suivi du mot de « roi » (cf. en hébreu : 
Abdémélech, Jer., xxxvm , 7, etc.) ou "du nom d'un dien. 
Le nom d'Abdénabo lui-même se lit dans une inscrip- 
tion assyro - araméenne , où il désigne un Assyrien. Cf.. 
E. Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 
1883, p. 429. Voir Azarias 13. F. Vigohroux. 

ABDI, hébreu : 'Abdï, « mon serviteur, » ou plutôt 
abréviation de 'abdiyâh, « serviteur de Dieu; » Septante: 
'Aëa.î. 

1. ABDI, lévite de la famille de Mérari et ancêtre 
d'Éthan. I Par., vi, 41. 

2. ABDI, autre lévite de la même famille. Il fut père 
de Cis, un des lévites qui concoururent à la purification 
du temple sous Ézéchias. II Par., xxix, 12. 

3. ABDI, un des fils d'Élam. Pour obéir à Esdras, il 
renvoya, au retour de la captivité, une étrangère qu'il 
avait épousée à Babylone. I Esdr., x, 26. 

ABDIAS, hébreu: 'Obadyâhû, et par contraction 
'Obadyâh, « serviteur, c'est-à-dire adorateur de Yah 
(Jéhovah), » correspondant à l'arabe Abdallah; Sep- 
tante : tantôt 'AëSéaç, tantôt '068ioû. 

1. ABDIAS, le quatrième des petits prophètes. Excepté 
son nom, on ne sait rien de certain à son sujet. La pro- 
phétie dont il est l'auteur fait cependant présumer qu'il 
était d'origine juive, habitant le pays de Juda. 

I. Analyse de sa prophétie. — Très brève, puisqu'elle 
n'a que vingt et un versets, cette prophétie est dirigée 
contre Édom. Voici les trois parties qui la composent : 
1° Ruine d'Édom, qui sera humilié, dépouillé et trahi par 
ses alliés ; il sera exterminé pour toujours ,1-10. — 2° Cause 
de cette ruine : c'est la part prise par lui aux maux qui 
viennent de tomber sur Jérusalem et sur les « enfants de 
Juda » ; il s'est joint aux étrangers qui ont jeté le sort sur 
la ville , il a triomphé insolemment avec eux ; il a surpris 
les fugitifs , les a tués ou vendus , 11-16. — 3° Exaltation 
d'Israël sur le mont Sion : Israël vaincra ses ennemis, 
recouvrera ses anciennes possessions et ses captifs loin- 
tains; il s'étendra de tous côtés, et « il y aura alors des 
sauveurs qui monteront sur la montagne de Sion pour 
juger Ésaù; et le royaume sera enfin à Jéhovah», 17-21. 
Telle est cette prophétie. 

II. Date de sa prophétie. — Pour en fixer la date , on 
a d'une part le texte lui-même, de l'autre sa parenté avec 
Joël et Amos. Le texte rappelle , 1 1 - 17, un événement 
passé (voir les prétérits, 11, 15, 16), qui est la prise de 
Jérusalem par des ennemis auxquels Êdom s'est trouvé 
mêlé. Quel est au juste cet événement? C'est ce qu'il faut 



21 



ABDIAS 



22 



savoir. Or il n'y a à cet égard que deux opinions sérieuses 
possibles : — je laisse de côté celles qui ont trait à l'Égyp- 
tien Sésac et au roi israélite Joas, qui pillèrent la ville en 
leur temps, III Reg., xiv, 25-26; IV Reg., xrv, 11-16; 
cf. II Par., xxv, 21-24, car il est évident que ce n'est 
pas de ces deux faits qu'il s'agit : — l'une, qui voit dans cet 
■événement l'invasion des Philistins et des Arabes sous 
Joram, II Par., xxi, 16-17; l'autre, qui l'identifie avec 
l'invasion de Nabuchodonosor. Les partisans de celle-ci se 
font un argument surtout des rapports qu'ils constatent 
entre Abd., 1-7, et Jer., xlix,7-22: A l'Idumée. Abdias, 
disent-ils, a imité Jérémie. Donc il est venu après lui, et 
c'est bien la guerre chaldéenne qu'il a eue en vue. — Non, 
ce n'est pas Abdias qui a copié Jérémie ; c'est Jérémie , au 
contraire, qui s'est inspiré d" Abdias, comme on le prouve 
par les trois raisons suivantes : 1° Jérémie est un copiste 
avéré, A. Kueper, Jeremias sacrorum Librorum inler- 
pres atque vindex, Berlin, 1837, p. x et suiv. ; 2° sa 
prophétie n'a pas cette unité de conception et de rédaction 
qui distingue son devancier , et 3° enfin, — observation cri- 
tique qui a sa valeur, — parmi les termes propres à Jérémie, 
pas un qui se trouve dans Abdias, tandis que parmi les 
termes communs à tous deux, pas un qui se trouve ailleurs 
en Jérémie. Cf. P. Caspari, Der Prophet Obadja, p. 5-13. 
Mais si Abdias est antérieur à Jérémie, ce n'est donc pas 
de l'invasion chaldéenne qu'il parle. Du reste, il y a entre 
celle-ci et le récit assez pâle du petit prophète des diffé- 
rences essentielles. Abdias ne dit rien de la destruction 
de la ville, de l'incendie du temple, de l'entière dépopu- 
lation du pays, qui précédèrent l'exil. Aurait -il gardé ce 
silence , s'il avait entendu raconter l'expédition de Nabu- 
chodonosor? Voir J. Knabenbauer, In Prophetas mino- 
res, t. i, p. 340 et suiv. L'événement qu'il rappelle est 
donc bien l'invasion qui eut lieu sous Joram, et dont il 
a été question plus haut. D'un autre côté, le rapport de 
notre prophétie à des textes de Joël et d'Amos est constant , 
tout le monde l'accorde. A. Johannes, Commentar zu der 
Weissagung des Propheten Obadja, p. 6-8. Il est vrai 
que plusieurs la font dépendre de ceux-ci, mais à tort, 
croyons-nous. Il est certain, au contraire, que c'est Joël et 
Amos qui dépendent d' Abdias : Amos, il n'y a pas de doute, 
si Joël en dépend ; Joël , on ne saurait le nier, car il l'avoue 
lui-même en citant notre petit Abdias avec ces mots si- 
gnificatifs : « Gomme l'a dit le Seigneur. » Joël , n , 32 
(hébreu, m, 5); cf. Abd., 17. Abdias a donc vécu avant 
Joël et Amos. D'où il suit enfin que notre prophétie fut 
écrite entre le règne de Joram, sous lequel l'invasion eut 
lieu , et l'apparition de Joël et d'Amos ; plus précisément 
encore, sur la fin de ce règne, vers l'an 865, car l'im- 
pression produite par les maux endurés parait récente et 
comme toute vive. On peut confirmer cette date et par le 
style du prophète, style ancien, exempt de chaldaïsmes, 
style « lapidaire » du reste, car on dirait de cet oracle 
qu' « il a été taillé dans un roc de Pétra », et par la place 
qu'il occupe dans le recueil des douze petits prophètes : 
s'il ne tient pas la première, ce qui devrait être, si l'on 
avait suivi strictement l'ordre des temps, du moins est-il 
rangé parmi ceux qui ont paru avant l'exil, ce qui suffit à 
renverser l'opinion que nous combattons. — Mentionnons, 
uniquement pour les rejeter, l'opinion de F. Hitzig , rame- 
nant notre prophétie à l'an 302, et celle de A. Kuenen, 
d'après laquelle notre prophète, qui aurait vécu du temps 
de Jérémie, « aurait reproduit à peu près sans y rien 
changer un texte plus ancien : » ce sont des hypothèses , 
sans aucune preuve qui les appuie. 

III. Langue et style d' Abdias. — Le texte de la prophétie 
est très pur; elle n'a que peu de variantes, et encore sont- 
elles assez insignifiantes. W. Schenz, Einleitung in die 
kanonischen Bûcher des alten Testamentes, Ratisbonne, 
1887, p. 242; J. Knabenbauer, In Prophetas minores, 
1. 1, p. 346-355 etpassim. — Quant à son style, il est difficile 
d'en juger, car elle est très courte. Il est « énergique , 
pressé, presque dur, dit P. Schegg, Die kleinen Prophe- 



ten, Ratisbonne, 1862, t. n, p. 365; il n'a aucune forme, 
aucun mot rappelant un âge récent ». Quelques interro- 
gations rompent la monotonie de ce style. 

IV. Accomplissement de la prophétie. — Les deux pro- 
phéties de ce petit livre se sont réalisées avec le temps. 
La réalisation de la première, 1-10, a commencé sous 
Nabuchodonosor. Il fit, cinq ans après la ruine de Jéru- 
salem , une expédition en Egypte , en passant par les pays 
d'Ammon et de Moab , qu'il soumit. Or il ne put les sou- 
mettre sans subjuguer par là même les Édomites , qui se 
trouvaient sur son chemin. Cf. Jer., xxvil, 3, 6. Peut-être 
est-ce à ce moment que les Nabatéens, race puissante et 
ennemie, s'établirent dans Pétra et ses environs. Plus 
tard , Judas Machabée les défit et les chassa des villes pa- 
lestiniennes du sud qu'ils avaient prises. I Mach., v, 3, 65. 
Mais c'est Jean Hyrcan qui détruisit leur nationalité ; il les 
força à se faire circoncire et à observer le reste de la 
loi mosaïque. Enfin, dans la guerre de Judée , sous Titus , 
Simon de Gérasa entra en Idumée par trahison et en fit 
un désert : « elle offrit, après son passage, l'aspect d'une 
forêt aux feuilles mangées par les sauterelles. » Quant aux 
autres qui étaient du parti de Simon, ils partagèrent le 
sort des Juifs vaincus. Les survivants se perdirent dans 
les tribus arabes. Et ainsi Édom périt à jamais. Abd., 10. 
Sa perte fut le châtiment divin de la haine qu'il eut con- 
stamment contre Israël. Quoique descendants des deux 
frères, ces deux peuples ne s'aimèrent jamais. L'histoire 
est pleine des preuves de la hairte d'Édom, haine active, 
haine cruelle, haine constante. Num., xx, 15; xxi, 4; 
Deut, xxv, 17; Ex.,xvn, 8 et suiv.; Jud.,xi,17; I Reg., xrv, 
47; II Reg., vm, 13, 14; III Reg., xi, 14; IV Reg., vm, 20; 
I Par., xx, 10; II Par., xxi, 8; IV Reg., xm, 20; II Par., 
xxvin, 16; Joël, m, 19; Am., i, 11; Ezech., xxv, 12; 
xxxv, 5, 15; Ps. cxxxvi, 7. Dieu se devait d'en tirer ven- 
geance. Il fit prédire le châtiment et accomplit sa prédic- 
tion. 

L'autre prophétie, 17-21, qui est messianique, s'est 
réalisée doublement, au sens littéral et au sens spirituel; 
car elle a ces deux sens, selon les meilleurs interprètes. 
Au sens littéral, elle s'est accomplie par « les sauveurs » , 
21, Zorobabel, Esdras, les Machabées, qui rétablirent, 
après l'exil et le retour des captifs, le peuple juif dans ses 
anciennes possessions, jugèrent Ésaû et se l'assujettirent. 
Mais c'est surtout au sens spirituel que cet oracle s'est 
pleinement vérifié. Il s'entend des temps messianiques, 
c'est-à-dire de l'Église catholique. Par les « sauveurs », Jésus 
et les Apôtres qu'il a envoyés, elle s'est étendue à partir 
de Sion sur toute la terre; elle a jugé, en se l'incorporant 
ou en le détruisant , Ésaù , « l'homme terrestre et sangui- 
naire ; » et lorsque tout sera accompli, alors l'empire sera à 
Jéhovah : Vehâyetâh layhovdh hammelûkâh, Abd., 21. 
Voir, pour l'accomplissement de ces deux prophéties, 
F. Keil, Die zwôlf kleinen Propheten, 1873, p. 269, 270, 
et T. T. Perowne, Obadyah, p. 20-24, avec leurs réfé- 
rences à Josèphe ; et pour le rapport de la deuxième aux 
autres prophéties messianiques, J. Knabenbauer, op. cit., 
t. i, p. 354-356, et F. Delitzsch, Messianic prophecies, 
Edimbourg, 1880, p. 56, 57. — L'exégèse juive, exacte et 
solide tant qu'elle applique cette prophétie à l'Édom his- 
torique, s'égare ensuite peu à peu en l'interprétant : 1» de 
Rome et des Romains, qui ont anéanti la nation et ses 
fausses espérances; 2° des chrétiens, qu'elle regarde comme 
des oppresseurs : « Une règle d'interprétation des Juifs 
modernes, dit T. T. Perowne, op. cit., p. 23, c'est que 
par les Édomites on entend les chrétiens. » Voir un spé- 
cimen de ce genre d'exégèse dans Dictionary of the Bible 
de W. Smith, au mot Obadjah. 

V. Auteurs principaux ayant spécialement écrit sur 
Abdias. — M. del Castillo, Commenlarius in Abdiam 
prophetam, in-4°, Salamanque, 1556; L. de Léon, Corn- 
mentarius in Abdiam prophetam, in-4», ibid., 1589; 
* J. Leusden , Obadias ebraice et chaldaice una cum Ma- 
tara magna et parva et cum trium prœstantmimorum 



23 



ABDIAS — ABDON 



24 



rabbinorum commentante explicatus, Utrecht, 1657; 
* J. T. G. Holzapfel, Obadia neu ùberselzt und erlâutert, 
in-8°, Rinteln, 1/98; * H. Venema, Prselectiones in Oba- 
diam, cum notis J. H. Verschnirii et J. A. Lotze, Utrecht, 
1810; C. L. Hendewerk, Obadiee prophétie oraculum 
in Idumœos, in-8°, Kœnigsberg, 1836; * C. P. Caspari, 
Der Prophet Obadjah, in -8», Leipzig, 1842; * C. A. W. 
Seydel, Vaticinium Obadja secundum textum hebraicum 
et chaldaicum, in-8°, Leipzig, 1869; *T. T. Perowne, 
Obadiah and Jonah, in-12, Londres, 1883; A. Johannes, 
Commentar zu der Weissagung des Propheten Obadja, 
in -8», Wurzbourg, 1885; * M. A. Acoluthus, Obadias Ar- 
menus, in-4°, Leipzig, 1630 ; * F. Plum, Observationes in 
textum et versiones maxime grsecas Obadiœ et Habacuci, 
in-8<>, Goettingue, 1796; *H. A. Grimm, Jonse et Obadise 
Oracula syriace, in-8», Duisbourg, 1798; * C. F. Schnurrer, 
Dissertatio philologica in Obadiam, in-4°, Tubingue, 1787, 
et dans les Dissertationes philol.-criticœ , in -8°, Gotha et 
Amsterdam , 1790, p. 385 et suiv.; G. F. Jager, Veber das 
Zeitalterdes Obadias, in-i», Tubingue, 1837; *F. Delitzsch, 
Wann weissagte Obadjah ? dans Rudelbach's und Gue- 
ricke's Zeitschrift, 1851, p. 91 et suiv.; * H. Weiss, De 
eetate qua Obadja propheta vaticinatus sit , Bruns- 
berg, 1873. E. Philippe. 

2. ABDIAS, intendant d'Achab, roi d'Israël. L'expres- 
sion vague 'âier 'al-habbâyif, « qui (est) sur la maison, » 
par laquelle est désignée sa fonction, III Reg., xvm, 3, 
signifie une sorte de haute surveillance sur les personnes 
et les choses du palais. Abdias était comme le premier 
ministre d'Achab, dont il se séparait heureusement par 
sa fidélité au service du vrai Dieu. Son éminente situation 
lui avait plus d'une fois fourni le moyen de protéger les 
serviteurs de Jéhovah, comme au temps où l'impie Jézabel 
faisait rechercher les prophètes pour les mettre à mort , 
et par là ruiner le culte du vrai Dieu. Il en avait recueilli 
cent, qu'il avait fait cacher, en deux groupes de cinquante, 
dans les excavations naturelles ou artificielles, si nom- 
breuses le long des montagnes de la Samarie, et qui avaient 
servi de refuge à tant d'autres, dans des circonstances 
analogues, sous Josué, Jos., x, 17; les Juges, Jud., IX, 25, 
36, 37 ; Saùl, I Reg., xm, 6, etc. Or l'heure de la vengeance 
divine venait de sonner; Israël était réduit à une extrême 
détresse par suite d'une sécheresse persistante , qui em- 
pêchait la terre de rien produire. Les chevaux et les mulets 
d'Achab allaient périr, si l'on ne parvenait pas à leur trouver 
de la nourriture. Abdias, sur l'ordre du roi, se mit à par- 
courir le pays, tandis que son maitre en faisait autant 
dans une autre direction ; tous deux cherchaient des her- 
bages dans le lit desséché des torrents , près des sources, 
et partout où ils pensaient trouver encore quelque fraî- 
cheur. C'est pendant ce voyage qu' Abdias rencontra le 
prophète Élie, qu'il reconnut peut-être à ses vêtements 
spéciaux, IV Reg., i, 7-8, et qu'il salua aussitôt en se 
prosternant jusqu'à terre, suivant l'usage des Orientaux. 
III Reg., xviii , 7. Surpris de cette rencontre , il le fut bien 
davantage de la mission que lui donna l'homme de Dieu 
d'aller tout de suite trouver Achab, et de le prévenir de 
la présence du prophète. Car jusque-là Élie s'était dérobé, 
et bien qu' Achab l'eût fait chercher partout, il avait été 
impossible de s'emparer de sa personne, ce qu' Abdias 
regardait comme un miracle de la puissance de Dieu. 
Cette pensée éveilla dans l'esprit de l'intendant d'Achab 
un sentiment de défiance qu'il exposa naïvement au pro- 
phète. Car, pensait-il, s'il se chargeait de la commission, 
le roi, sur les indications qu'il lui fournirait, ferait aus- 
sitôt rechercher Élie, qui, par le secours de l'Esprit de 
Dieu, se transporterait encore hors de ses atteintes, et 
alors Achab, furieux d'avoir été trompé, se vengerait sur 
son ministre, et le ferait mettre à mort. III Reg., xvm, 12. 
11 ne fallut rien moins qu'un serment du prophète pour 
déterminer le timide Abdias à se charger du message. 
C'est tout ce que nos Saints Livres nous apprennent de 



lui, car il est impossible de l'identifier, comme ont voulu 
le faire plusieurs Juifs dont parle saint Jérôme , In Abd. 
prophet., 1, t. xxv, col. 1099, avec le prophète du même 
nom. Plusieurs rabbins, après Josèphe, Antiq.jud., IX, H, 
ont pensé que la Sunamite chez laquelle logea Élie était 
sa veuve, et qu'Abdias était lui-même le troisième capi- 
taine envoyé par Ochozias contre le prophète et épargné 
par le feu du ciel, IV Reg., i, 14-15; ce n'est là qu'une 
conjecture sans fondement. P. Renard. 

3. ABDIAS, père de Jesmaïas, qui fut chef de la tribu 
de Zabulon au temps de David. I Par., xxvil , 19. 

4. ABDIAS , lévite de la famille de Mérari, sous le règne 
de Josias. Il fut employé comme surveillant dans la répa- 
ration du temple de Jérusalem. II Par., xxxiv, 12. 

5. ABDIAS, écrivain apocryphe. Ce personnage passe 
pour avoir été le premier évêque de Babylone, consacré 
par les apôtres saints Simon et Jude. Nous ne le men- 
tionnons ici que pour ce fait qu'on lui attribue un gros 
ouvrage en dix livres, intitulé Historia certaminis apo- 
stolici ou Historiœ apostolicœ, et comprenant un récit des 
missions et de la mort de chacun des apôtres Pierre, 
Paul , André , Jacques fils de Zébédée , Jean , Jacques fils 
d'Alphée, Simon et Jude, Matthieu, Barthélémy, Thomas, 
Philippe. Cette compilation, mise sous le nom d' Abdias, 
et soi-disant traduite de l'hébreu en grec par Eutrope, 
disciple d'Abdias, et du grec en latin par Jules l'Africain, 
ami d'Origène , au m e siècle, est en réalité une œuvre la- 
tine , où l'on trouve citées , avec la Vulgate hiéronymienne , 
l'Histoire ecclésiastique de Rufin et la traduction latine 
des Recognitiones du même Rufin. On la considère comme 
de la seconde moitié du vi« siècle, et peut-être originaire 
des Gaules. L'intérêt de cette collection tient à ce que 
l'auteur a puisé dans les Acta anciens des Apôtres (voir 
Actes apocryphes des apôtres ) , dont il nous donne une 
édition catholique expurgée, et que c'est grâce à lui seul 
que mainte légende apostolique nous a été conservée. On 
trouvera le texte du pseudo-Abdias dans Fabricius, Codex 
apocryphus Novi Testamenti, Hambourg, 1700, p. 402-742. 
Sur l'auteur prétendu et sur la collection, on consultera 
Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschickten , Brunswick, 
1883, t. i, p. 117-178. P. Batiffol. 

ABDIEL (hébreu: 'Abdi'êl, « serviteur de Dieu; » 
Septante : 'AgSt^X) , fils de Guni, de la tribu de Gad. I Par., 
v, 15. Chacun de ses fils était chef de maison à l'époque du 
dénombrement fait sous le règne de Joatham, roi de Juda, 
et de Jéroboam , roi d'Israël. Ils s'établirent dans les pays 
de Galaad et de Basan. 

ABDON, hébreu: 'Abdôn, « servile; » Septante: 
'A68civ. 

1. ABDON, juge d'Israël. Jud., xii, 13-15. C'était un 
Éphraïmite, fils d'Illel et originaire de Pharathon. Il est 
probable que, de même qu'Abesan et Ahialon , ses prédé- 
cesseurs immédiats, il ne fut juge que des tribus du nord 
d'Israël, vers l'époque où les Hébreux du sud -ouest 
secouaient le joug de la domination philistine. Aucun fait 
saillant ne parait avoir signalé cette judicature de huit 
années. La Bible nous apprend seulement qu' « Abdon eut 
quarante fils, et de ceux-ci trente petits -fils, montant sur 
soixante-dix poulains d'ânesses ». Ces paroles font sans 
doute allusion à quelque cérémonie publique où les 
soixante- dix fils et petits -fils d' Abdon parurent ensemble 
aux yeux de la foule, montés sur des ânes, selon la cou- 
tume orientale. Voir Ane. Le nombre des fils attribués 
à Abdon n'est pas étonnant, étant donnée la polygamie 
tolérée chez les Hébreux. Abdon fut enseveli à Pharathon, 
dans la terre d'Éphraïm. Son tombeau était là, creusé 
dans la montagne qu'on appelait montagne d'Amalec ou. 



25 



ABDON 



ABEILLE 



20 



des Amalécites. Jud., xii, 15. Voir Pharathon. Ewald a 
supposé, mais sans preuves, que le nom de Badan, juge 
d'Israël, qu'on lit I Reg., XII, 11, est une altération du 
nom d'Abdon. E. Duplessy. 

2. ABDON, fils de Sésac, de la tribu de Benjamin. 
JPar., vin, 23-25. 

3. ABDON t fils aîné de Jéhiel ou Abigabaon , Benja- 
mite. I Par., vin, 29-30; ix, 35. 

4. ABDON. Voir ÀCBOBOR 2. 

5. ABDON (Septante : 'Agjwv, Aaê6<iv), ville de la tribu 
d'Aser, concédée aux Lévites de la famille de Gerson. 
Jos., xxi, 30; I Par., VI, 74. Certains critiques, étonnés 
de ne pas la trouver dans l'énumération des autres villes 
de la même tribu, Jos., xix, 24-31, croient à une faute 
de copiste, et prétendent qu'il faut, au f. 28, lire 'Abdôn 
au lieu d"Ébrôn oujlfcron.Reland admet cette correction, 
Palsestina ex monumentis veteribus illustrata, Utrecht, 
1714, t. it, p. 518; mais M. de Saulcy avoue que, pour 
sa part, il n'est pas disposé à reconnaître trop facilement 
des erreurs de ce genre dans les textes bibliques. Diction- 
naire des antiquités bibliques, Migne, 1859, p. 31. S'il 
est facile, en effet, de confondre, en hébreu, le daleth, -t, 
et le resch, -i, rien ne prouve cependant d'une manière 
certaine qu'Abran ne soit pas une ville distincte. La leçon 
'Ébrôn a pour elle plus de vingt manuscrits, le texte mas- 
sorétique et les plus anciennes versions ( voir Abran ) ; 
puis d'ailleurs l'omission d'Abdon dans la liste de Josué 
n'est pas plus surprenante que celle de villes plus impor- 
tantes peut-être, telles qu'Accho (Saint- Jean-d'Acre), 
Achzib (Ez-Zib), etc. 

Dans VOnomasticon d'Eusèbe, ce nom est écrit APAOM; 
mais il est facile de voir que le B primitif, ayant perdu le 
trait inférieur, est devenu un P. Saint Jérôme , du reste , 
a corrigé cette erreur dans sa traduction. Les deux auteurs 
ne font que mentionner la ville , sans en préciser la posi- 
tion. S. Jérôme, Lib. de situ et nominibus loc. heb., 
t. xxui, col. 873. 

Plus heureux qu'au temps où Reland , loc. cit., sîélevait 
avec une noble indignation contre les géographes qui, sans 
raison aucune, plaçaient cette localité non loin de Tyr, à 
l'orient de Sarepta, nous pouvons aujourd'hui l'identifier 
d'une manière certaine. Ce que M. de Saulcy, ouv. cité, 
p. 15, appuyé sur sa propre expérience, attendait de la 
connaissance exacte des textes sacrés et de la langue ac- 
tuelle du pays, c'est-à-dire de l'arabe, pour retrouver les 
noms bibliques, les récents explorateurs de la Palestine 
l'ont réalisé. Ils ont trouvé entre le village actuel de 'Abdéh 
et 1 ancien 'Abdôn une correspondance parfaite, quant au 
nom d'abord (racine 'âbad, « servir ») , la finale on étant 
simplement remplacée par la terminaison arabe éh; en- 
suite quant à la position , l'Écriture mentionnant cette 
ville entre Messal et Rohob. (Voir la carte de la tribu d'Aser.) 
Khirbet 'Abdéh est situé, à quelque distance au nord- 
est d'Ez - Zib , sur une colline dont les pentes, d'abord ro- 
cheuses et hérissées de broussailles, offrent ensuite une 
série de terrasses circulaires, actuellement cultivées en 
blé. La régularité de ces terrasses en retraite les unes sur 
les autres, les ruines, bien que peu étendues, qui se voient 
encore sur le plateau supérieur, indiquent assez que la 
colline a dû être jadis disposée par la main de l'homme 
pour servir d'assiette à une petite ville. Entourée du reste 
de plusieurs côtés par des ravins plus ou moins profonds, 
et surtout, vers le sud, par l'ouadi Qourein, dont les eaux 
limpides et abondantes avaient dû, dès les temps les plus 
reculés, attirer différents groupes d'habitants, la belle et 
avantageuse éminence dont nous parlons n'a pu être né- 
gligée par les anciens ; car, d'une défense facile, elle pou- 
vait de plus être aisément approvisionnée d'eau. Le som- 
met, élevé de 150 mètres au-dessus de la mer, et d'où l'on 



jouit d'une vue très étendue sur toute la plaine de Saint- 
Jean -d'Acre, renferme les restes d'une enceinte longue 
de cinquante pas sur' quarante -six de large. Bâtie avec 
des blocs antiques trouvés sans doute sur place, elle ne 
parait pas remonter elle-même au delà du moyen âge, 
et semble avoir été rapidement construite, à une époque 
de guerre , dans un but de défense. Ces débris de l'anti- 
quité, mêlés aux constructions plus modernes, ne sont 
peut-être pas les seuls que l'on trouverait en ce lieu, si 
l'on y pratiquait des fouilles. Cf. V. Guérin , Description 
de la Palestine, Galilée, t. n, p. 36 et 37. 

A. Legendre. 
ABED (hébreu: 'Ébed, <s serviteur, » sous-entendu: 
de Dieu; Septante: 'Q6ri8), fils de Jonathan, de la famille 
d'Adan, revint de Babylone avec Esdras, à la tête de cin- 
quante hommes. I Esdr., vin, 6. 

ABEILLE, en hébreu, debôrâh, insecte de l'ordre 
des hyménoptères. Les abeilles vivent en société et com- 
prennent trois sortes d'individus : les ouvrières ou neutres, 




3. — Abeilles de Palestine 

les reines ou femelles, et les faux bourdons ou mâles. 
Les faux bourdons sont plus petits que les reines et plus 
gros que les ouvrières. Ces dernières ont, comme les 
reines, un aiguillon caché dans l'extrémité de l'abdomen, 
et qui leur sert comme d'une arme contre leurs ennemis : 
en piquant, il verse dans la plaie, où il reste ordinaire- 
ment, un liquide vénéneux, et produit ainsi une inflam- 
mation et une douleur cuisante. Voir Fr. Huber, Nouvelles 
observations sur les abeilles, 2 in-8°, 1792. 

Les mouches à miel sont une des familles d'insectes les 
plus généralement répandues : on les trouve dans toutes 
les parties du globe. Elles sont particulièrement abon- 
dantes en Palestine, et elles l'étaient probablement encore 
plus autrefois qu'aujourd'hui, lorsque ce pays était mieux 
cultivé. Elles y ont toujours vécu, sinon à l'état domes- 
tique, du moins à l'état sauvage, transformant en ruches 
le creux des arbres, les trous des rochers, etc. Cf. Deut., 
xxxii, 13; I Reg., xiv, 25; Ps. lxxx, 17; Is., vu, 19. Cette 
abondance des abeilles en Chanaan s'explique facilement 
par la chaleur du climat, par la profusion et par la va- 
riété des fleurs sauvages, dont la plupart sont fortement 
aromatiques , et par conséquent très propres à la produc- 
tion du miel. C'est donc avec pleine raison que la Terre 
Promise est si souvent appelée dans les Livres Saints 
« la terre où coulent le lait et le miel ». Exod., m, 8, etc. 

Les diverses espèces d'abeilles connues sous les noms 
scientifiques de Bombus, Nomia, A ndrena, Osmia (abeille 



27 



ABEILLE — ABEL 



28 



maçonne), Megachile, Anthophora, sont largement re- 
présentées en Palestine. La mouche à miel de Syrie n'est 
pas la même variété que celle de nos contrées , mais res- 
semble à celle d'Italie ou de Ligurie, Apis ligustica, qui 
a des couleurs plus brillantes et porte sur l'abdomen des 
bandes jaunes transversales , d'où le nom qu'on lui donne 
aussi d'Apis fasciata. 

On a élevé artificiellement les abeilles dès l'antiquité, 
à cause de la valeur de leur miel. Il est certain que du 
temps de Notre -Seigneur les Juifs s'occupaient de leur 
éducation. Philon le dit expressément des Esséniens, 
Fragm., édit. Mangey, t. i, p. 633; Eusèbe, Prsep. Ev., 
vm, 11, t. xxi, col. 641, et la Mischna y fait plusieurs 
fois allusion, Kelitn, 16, 7; Sabbath, 24, 3; Baba 
Katna, 10, 2; Oketsin, 3, 10. On ne sait pas avec la 
même certitude si les anciens Hébreux cultivaient ces 
précieux insectes. Plusieurs le pensent, parce qu'ils voient 
une allusion à la manière de récolter les essaims pour 
les enfermer dans les ruches dans le passage d'Isaïe, 
vu, 18; cf. v, 26, et Zach., x, 8, où Dieu appelle en 
sifflant l'abeille d'Assyrie. Les ruches usitées aujourd'hui 
en Syrie et en Egypte sont de forme cylindrique et faites 
avec de la terre mélangée de paille. 

L'Écriture mentionne l'abeille au sens propre et au 
sens figuré. Au sens propre, c'est-à-dire comme produi- 
sant le miel, dans un épisode de l'histoire de Samson. Jud., 
xiv, 8. On a objecté contre ce récit que les abeilles évitent 
les corps morts. Il est vrai que ces insectes fuient les ca- 
davres en putréfaction ; mais ils ne fuient pas un squelette 
complètement desséché. Hérodote, v, 114, rapporte un 
cas analogue arrivé à Amathonte, en Chypre. Or l'événe- 
ment rapporté dans l'histoire de Samson n'eut lieu qu'un 
certain nombre de jours après la mort du lion, peut- 
être un temps assez considérable. Dans l'intervalle, le ca- 
davre avait pu être tout à fait desséché, et les abeilles 
avaient eu le temps d'y faire leur miel. Le cas était extra- 
ordinaire, mais il n'est nullement impossible. Les animaux 
morts sont dévorés en Orient avec une rapidité effrayante. 
J'ai vu souvent à Alexandrette , en Syrie, les cadavres 
des chameaux perdus par les nombreuses caravanes qui 
. y arrivent, réduits en quelques heures à l'état de sque- 
lette. Le soleil brûlant ne laisse plus bientôt sur les osse- 
ments aucune trace de putréfaction, et la mauvaise odeur 
ne peut par conséquent en éloigner les abeilles. — Ces 
insectes sont aussi cités au sens propre dans l'Ecclésias- 
tique, à cause de l'excellence de leur miel : « L'abeille est 
un des plus petits volatiles, et son fruit est des plus doux. » 
Eccli., xi, 3. Une addition intéressante des Septante dans 
le livre des Proverbes, vi, 8, place ce petit tableau de l'a- 
beille après celui de la fourmi : « Ou bien encore va voir 
l'abeille, et apprends comme elle est industrieuse, et 
comme son industrie est digne de notre respect, car les 
rois et les infirmes usent pour leur santé du fruit de son 
labeur. Or elle est glorieuse et désirée de tous , et si ché- 
tive qu'elle soit, on l'honore, parce qu'elle apprécie la 
sagesse. » Voir Miel. 

L'abeille est mentionnée plusieurs fois dans l'Écriture 
comme terme de comparaison. Une armée nombreuse, 
qui presse ses ennemis, les enveloppe et leur fait de 
cruelles blessures, est comparée aux abeilles qui pour- 
suivent et attaquent de toutes parts avec fureur ceux qui 
les ont troublées. Deut., i, 44; Ps. cxvii, 12; Is., vu, 18; 
cf. Iliade, h, 87 et suiv.; Hérodote, v, 10. La compa- 
raison est d'autant plus exacte que les abeilles d'Orient , 
surtout les abeilles sauvages, sont plus méchantes que 
celles" de nos contrées, Th. Cowan, Guide de l'apicul- 
teur, trad. Bertrand, in-12, Nyon, 1886, p. 136, et leur 
piqûre, à cause de l'inflammation prompte et violente 
qu'elle produit, est plus douloureuse. L'homme est im- 
puissant à résister i la fureur de ces insectes, et l'on 
sait que des chevaux mêmes et des bœufs <Jht été tués en 
quelques minutes par les aiguillons d'essaims d'abeilles 
en furie. 



Le nom hébreu de l'abeille était employé par les Is- 
raélites comme nom de femme. Voir Débora. 

F. Vigourotjx. 

1. ABEL (hébreu : Hébel; Septante : "AêeX), second 
fils d'Adam et d'Eve. Les rabbins et, à leur suite, les Pères 
et les commentateurs ont donné à ce nom le sens de 
« souffle, vanité », cf. Eccle., i, 2, ou de « deuil ». Adam 
et Eve auraient ainsi appelé leur fils par une sorte de vue 
prophétique ou par un simple pressentiment de sa mort 
prématurée. Payne Smith et d'autres modernes rejettent 
cette explication gratuite, et lui en substituent une autre, qui 
n'a aucun fondement dans le texte biblique : d'après eux, 
le second fils d'Adam aurait porté de son vivant un autre 
nom, dont nous ne trouvons de trace nulle part, et on 
lui aurait donné ce nouveau nom ou ce surnom d'Abel 
seulement après qu'il aurait disparu comme un souffle ou 
une vapeur. Ces explications et d'autres encore , tirées de 
la même étymologie, manquent de vraisemblance et de 
solidité, et ont en outre le défaut de faire d'Abel un nom 
abstrait, et par conséquent une exception unique, un cas 
isolé au milieu des noms de la famille d'Adam, qui sont 
tous des appellatifs concrets. 

Le déchiffrement des inscriptions assyriennes nous a 
révélé le vrai sens de ce nom, en nous en fournissant une 
interprétation philologique aussi simple que satisfaisante. 
Nous trouvons dans ces inscriptions le mot « Habel » sous 
la forme hablu, habal, et avec la signification de « fils ». 
C'est avec le même sens que ce mot entre dans la compo- 
sition de noms propres célèbres : Assur- ban -habal (Sar- 
danapale), Tuklat-habal-asar (Téglathphalasar), etc. On 
ne peut pas dire que c'est là une ressemblance fortuite, 
telle qu'on en constate parfois entre deux langues étran- 
gères l'une à l'autre. L'assyrien et l'hébreu sont deux 
langues sœurs; chacune d'elles a même avec l'autre plus 
d'affinité qu'avec les autres membres de la famille sémi- 
tique. En effet, l'assyrien n'est, sauf de légères différences, 
que l'ancien chaldéen apporté dans la vallée du Tigre par 
les émigrants ou les conquérants venus de la vallée de ( 
l'Euphrate ; or c'est dans la Chaldée qu'Abraham et ses 
ancêtres ont parlé l'hébreu dans sa forme ancienne. 

Il fallait donc s'attendre à rencontrer dans ces deux 
idiomes.de nombreux éléments communs, et à voir tel mot 
perdu par l'un des deux dialectes et conservé par l'autre. 
C'est ce qui est arrivé. On trouvera dans M. Vigoureux, 
La Bible et les découvertes modernes, 5° édit., 1. 1, p. 403 
et suiv., une longue liste de ces noms communs aux 
deux langues; habal, « fils, » y représente l'hébreu habel, 
supplanté dans l'usage de cette dernière langue par son 
synonyme ben. Il est même à remarquer que la parenté , 
qu'on ne conteste pas entre certains de ces mots assez 
différents par leur orthographe, est encore plus visible et 
plus incontestable pour habal et habel, hébel, entre les- 
quels il y a identité plutôt que ressemblance. On ne sau- 
rait donc récuser cette étymologie. 

Nous ignorons à quelle époque naquit Abel. Voici tout 
ce que la Genèse nous apprend de lui. Il fut le frère cadet 
de Caïn, et il devint pasteur de brebis, tandis que Caïn 
son frère cultiva la terre. Gen., iv, 2. Or, après bien des 
jours (hébreu : « à la fin des jours; » peut-être après la 
récolte), Caïn offrit au Seigneur des fruits de ses champs ; 
Abel, de son côté, « lui offrit des premiers-nés de son trou- 
peau et de leur graisse. Et le Seigneur regarda favorable- 
ment Abel et ses présents. » Gen., iv, 3-4. Saint Paul nous 
dit que c'est sa foi qui rendit Abel si généreux dans son 
offrande, et qu'à cause de cette foi Dieu témoigna qu'il 
agréait ses présents. Hebr., xi, 4. 

De quelle manière Dieu manifesta-t-il sa complaisance 
pour Abel et l'acceptation de ses dons? D'après la version 
de Théodotion, ce fut en les embrasant d'un feu céleste : 
ëveicûptttv. La plupart des Pères sont de ce sentiment; 
d'autres disent que c'est par les bénédictions répandues 
sur les biens d'Abel que Dieu rendit ce témoignage dont 
parle saint Paul. Quel qu'ait été le signe de cette accep- 



29 



ABEL — ABELARD 



30 



talion , le Seigneur ne l'accorda pas à Caïn : * il ne re- 
garda pas, c'est-à-dire il n'agréa pas Caïu et ses présents. 
Caïn en fut vivement irrité. » Gen., iv, 5. La jalousie qu'il 
éprouva à l'égard d'Abel le lui fit haïr, et il laissa cette 
haine grandir dans son cœur, au mépris d'une paternelle 
remontrance de Dieu. Gen., iv, 5-7. Un jour, ayant attiré 
son frère dans la campagne, il se jeta sur lui et le tua. 
Cest ainsi que la mort, entrée dans le monde par le 
péché d'Adam, Rom., v, 12, y flt sa première apparition 
dans la personne de l'un de ses fils, Abel, victime du 
péché de l'autre. Le Seigneur demanda aussitôt au meur- 
trier compte de ce sang innocent, et il le punit de son 
crime en le maudissant et en le condamnant à une vie 
triste et errante, afin de faire comprendre aux hommes 
qu'ils n'ont aucun droit sur la vie de leurs semblables. 

L'Écriture ne nous parle pas de la postérité d'Abel ; ce 
silence ne prouverait pas toutefois qu'il n'ait pas été marié 
et qu'il soit demeuré vierge , ce qui est affirmé par cer- 
tains Pères et nié par d'autres ; ou que , ayant été marié, 
il n'ait pas eu d'enfants. Il aurait pu laisser des filles sans 
qu'il en ait été fait mention, les femmes restant en dehors des 
généalogies bibliques, ou même des fils morts soit avant lui, 
soit au moins avant la naissance de Seth. Mais il n'avait 
pas laissé d'enfant mâle qui vécût encore lorsque Seth 
vint au monde, car Eve n'aurait pas dit en ce moment: 
« Le Seigneur m'a donné une autre postérité à la place 
d'Abel, que Caïn a tué, » Gen., iv, 25, et le verset sui- 
vant ne nous montrerait pas le troisième fils d'Adam 
comme le père d'Énos et le premier anneau de la chaîne 
des patriarches. Gen., IV, 26; cf. v, 3-9. 

Il n'est plus question d'Abel dans tout l'Ancien Testa- 
ment; mais il lui est fait une place assez large dans le 
Nouveau, auquel il semble appartenir plus particulière- 
ment par le caractère figuratif et typique de sa vie et de 
sa mort. Les Pères l'ont toujours regardé comme une 
figure de Jésus -Christ, S. Augustin, Opus imperf. cont. 
Julianum, vi, 27, t. xlv, col. 1575; et, en effet, sa vie 
innocente, sa qualité de pasteur, l'envie fraternelle que sa 
vertu excite, cf. Matth., xxvn, 18, son sacrifice agréé de 
Dieu, sa mort soufferte pour la justice, cf. Joa., x, 32, 
sont autant de traits de ressemblance avec le Sauveur du 
monde. C'est sans doute parce que ces traits si frappants 
constituent une sorte de prophétie en action, et peut-être 
aussi parce que la foi d'Abel , louée par saint Paul , Hebr., 
xi , 4 , lui avait révélé en quelque manière la signification 
mystérieuse de son sacrifice, que Jésus -Christ le met au 
rang des prophètes, comme on le conclut de Matth., xxm, 
31-35, et de Luc, xi, 49-51. Voir Maldonat, In Matth., 
xxm, 35. Saint Paul confirme la signification figurative de 
la mort d'Abel par le contraste qu'il signale entre les effets 
de cette mort et les effets de celle de Jésus -Christ : Le sang 
d'Abel crie vers Dieu pour demander vengeance, Gen., 
iv, 10; le sang de Jésus crie pour implorer la clémence et 
le pardon. Hebr., xn, 24. 

Figure de Jésus - Christ, Abel est encore le type de 
l'Église militante, parce qu'il inaugura le martyre par une 
mort qui fit de lui les prémices de cette Église, et parce 
qu'en Abel persécuté commença la cité de Dieu, de même 
qu'avec Caïn persécuteur commença la cité du mal. Voir 
S. Augustin, Enarr. in Psal. cxlii, 3, t. xxxvii, col. 1846. 
C'est ce qui ressort du reproche que Jésus -Christ fit un 
jour aux Juifs d'avoir versé le sang d'Abel par les mains 
de Caïn, animé du même esprit d'envie qui les excitait 
eux-mêmes contre le Messie : « Remplissez, leur dit-il, 
la mesure de vos pères..., afin que vienne sur vous tout 
le sang innocent qui a été répandu sur la terre , à com- 
mencer par le sang du juste Abel, » Matth., xxin, 32-35; 
c'est-à-dire : consommez par l'effusion de mon sang l'œuvre 
d'iniquité commencée par l'effusion de celui d'Abel. Il 
leur montrait ainsi Abel comme le type des martyrs et la 
première victime de la lutte incessante entre le bien et le 
mal. Saint Jean est encore plus explicite : a Voici, dit -il, 
le signe manifeste des enfants de Dieu et des enfants du 



diable. » Joa., ni, 10. Or ce signe est, d'une part, l'amour 
de ses frères; de l'autre, la haine dont Caïn a donné 
l'exemple, car « il était du malin, et il tua son frère. Et 
pourquoi l'a-t-il tué? Parce que ses œuvres étaient mau- 
vaises, et que celles de son frère étaient bonnes», 11-12. 
Par conséquent, c'est à cause de sa foi et du bien qu'elle 
lui faisait accomplir, Hebr., xi, 4, qu'Abel fut mis à mort 
par Caïn. C'est donc à bon droit que les Pères lui ont 
donné le titre de martyr. Outre saint Augustin , cité plus 
haut, voir saint Cyprien, Epist. lvi ad Thibaritanos , 5; 
De bono patientùe, 10, t. iv, col. 353, 629, et saint Chry- 
sostome, Orat. vm cont. Judœos, 8, t. xlviii, col. 939. 
Abel , dont le nom n'avait jamais été prononcé dans la 
suite de l'histoire de l'Ancien Testament, ne cesse plus 
d'être présent à la pensée de l'Église , depuis que Jésus- 
Christ et les Apôtres ont rappelé le souvenir et révélé le 
sens de son sacrifice et de sa mort. Les premiers artistes 
chrétiens représentèrent ce sacrifice sur les sarcophages; 
l'Évangile et les Épltres mettent constamment le nom d'Abel 
sous les yeux des fidèles ; les prêtres le lisent tous les jours 
au canon de la messe , où le sacrifice d'Abel est mentionné 
avec ceux d'Abraham et de Melchisédech ; enfin, dans les 
prières des agonisants, le premier protecteur invoqué en 
faveur de l'âme qui va quitter le monde est celui de « saint 
Abel ». E. Palis. 

2. ABEL, nom de lieu, est différent, dans le texte ori- 
ginal, d'Abel , nom propre. Ce dernier est écrit ban, Hébel, 
et le premier, au contraire, bas, 'Abêl, mot qui vient d'une 
racine signifiant « être humide, verdoyant » , et désigne 
une « prairie, un endroit couvert de gazon ». Abel désigne 
donc des localités remarquables par leur verdure et leur 
fertilité, et il entre dans la composition de plusieurs noms 
de villes , qui sont distinguées les unes des autres par 
l'addition d'un ou de plusieurs mots. — La Vulgate appelle 
Abel, Jud., xi, 33, la localité nommée dans le texte ori- 
ginal 'Abêl-Keramîm; saint Jérôme a rendu le mot kera- 
mxm par « qui est planté de vignes ». Voir Abel-KeramIm. 

ABÉLA. La Vulgate nomme ainsi, II Reg., xx, 14, 
15, 18, la ville d'Abel -Beth-Maacha, en faisant, dans les 
deux premiers passages , deux localités différentes de cette 
seule ville. La forme Abéla provient de ce que, II Reg. 
(Il Sam.), xx, 14, le nom d'Abel est accompagné, dans le 
texte original, du hé locatif, âh, qui, en hébreu, marque 
le mouvement vers un lieu, de sorte qu'il est écrit, en cet 
endroit, 'Abêlâh. Voir Abel-Beth-Maacha. 

ABÉLARD (Abaelardus) Pierre, philosophe et théo- 
logien français, né à Pallet (Palatium), en Bretagne, en 
1079, mort au monastère de Saint-Marcel , près de Chalon- 
sur-Saône, en 1142, aussi célèbre par ses aventures et 
ses malheurs que par ses talents et par ses écrits. Ses 
œuvres exégétiques sont une Expositio in Hexameron, 
qui va jusqu'à Genèse, n, 17, composée pour Héloïse et les 
religieuses du Paraclet; Commentariorum super S. Pauli 
Epistolam ad Romanos libri quinque; ils expliquent en 
partie le texte apostolique, mais ils s'occupent encore da- 
vantage de la loi, du péché, de la prédestination et de la 
rédemption , et le prologue peut être considéré comme une 
sorte de programme d'une théologie biblique ; Expositio 
super Psalterium, Expositio super Epistolas Pauli, com- 
positions très médiocres. L'importance du rôle d'Abélard 
au point de vue exégétique ne se mesure point d'ailleurs 
à celle de ses commentaires , qui sont de peu de valeur,, 
mais à la direction nouvelle qu'il donna à la théologie et 
à l'interprétation des Écritures. Il est un des pères du ra- 
tionalisme moderne; il voulut placer la raison au-dessus 
de la foi, et il prépara ainsi efficacement, dans ses écrits 
théologiques, Dialogus inter philosophum Judaeum et 
. Chi-istianum, Theologia christiana, etc., l'avènement de 
ce système, qui rejette aujourd'hui l'inspiration et le sur- 
naturel, et exclut des livres Saints tout élément divin. 



31 



ABÉLÀRD — ABELMAÏM 



32 



Voir ses œuvres, dans la Patrologie latine de Migne, 
t. clxxviii. Parmi les innombrables publications dont 
Abélard a été l'objet, on peut signaler en particulier : 
L. Feuerbach, Abaelard und Heloise oder der Schrifsteller 
und derMensch, in-8°, Leipzig, 1844; Ed. Bonnier, Abélard 
et saint Bernard, la philosophie et l'Église au xn e siècle, 
in-18, Paris, 1862; H. Hayd, Abàlard und seine Lehre 
in Verhaltniss zur Kirche und ihrem Dogma , in-4°, 
Ratisbonne, 1863; Prantl, Geschichte der Logik im Abend- 
lande, 2 in-8°, Leipzig, 1861, t. u, p. 160-204; Stockl, 
Geschichte der Philosophie des Mittelalters , Mayence, 
1864, t. i, p. 218-272; Hefele, Conciliengeschichle, Fri- 
bourg-en-Brisgau, 1863, t. v, p. 321-326, 399-435; 
H. Reuter, Geschichte der religiôsen Aufkl&rung im 
Mittelalter, 2 in-8», Berlin, 1875, t. i, p. 183-259; F. Vi- 
gouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 
4« édit., Paris, 1890, t. i, p. 337-354. 

ABEL - BETH - MAACHA ( hébreu : 'Abêl bêf 
Ma'akâh, « prairie de la maison ou de la famille de Maa- 
cha » ) , ville de la tribu de Nephlhali, appelée aussi Abel- 
tnàim, ou « prairie des eaux », dans le second livre des 
Paralipomènes, xvi, 4. Par abréviation, elle est nommée 
simplement Abel, II Reg., xx, 18 ( Vulgate : Abéla), parce 
qu'elle avait été désignée sous son nom complet trois ver- 
sets plus haut. Dans ce dernier passage, II Reg., xx, 15, 
notre édition latine porte, comme au )!'. 14 : « In Abela 
et in Bethmaacha ; » mais il est probable qu'il s'agit d'une 
seule et unique ville, et que la conjonction et (qui se lit 
aussi dans le texte hébreu, ^. 14, mais non y. 15) doit être 
retranchée. Cette ville tirait des eaux qui l'arrosaient son 
nom d'Abelmaïm, et elle devait celui d'Abel-Beth-Maacha 
soit à la circonstance qu'elle faisait partie du petit royaume 
de Maacha ou était située dans son voisinage, soit à ce 
qu'elle avait appartenu à une famille appelée Maacha, soit 
peut-être enfin à ce qu'elle était située dans la plaine 
à l'est du Jourdain, au pied du Liban, ma'akâh signi- 
fiant « dépression ». — Au troisième livre des Rois, xv, 20. 
saint Jérôme, traduisant le mot beth, qui signifie « mai- 
son », appelle Abel-Beth-Maacha « Abeldomum Maacha » ou 
« Abel-Maison-de-Maacha». Il fait de même IV Reg., xv, 29 ; 
mais, dans ce dernier passage, nos éditions de la Vulgate , 
plaçant une virgule entre « Abel-Domum » et « Maacha », 
en font deux villes distinctes au lieu d'une seule ville. 

Abel-Beth-Maacha était une cité considérable, puisque 
l'auteur sacré l'appelle « une mère en Israël ». Il Reg., xx, 19. 
Sa situation à la» frontière septentrionale de la Palestine 
avait dû augmenter l'importance de cette place forte, des- 
tinée à servir de défense à tout le pays contre les attaques 
qui pouvaient venir du nord. Mais elle a été si complète- 
ment ruinée, qu'on ne peut affirmer aujourd'hui avec une 
entière certitude où était son emplacement. Stanley, Sinai 
and Palestine, in-8°, Londres, 1856, p. 386, suppose 
qu'il était dans la plaine marécageuse du lac Mérom, à 
cause du nom d'Abel-Maïm, qui lui est aussi donné. Ce- 
pendant la plupart des géographes s'accordent maintenant 
à adopter l'opinion de Robinson , qui a retrouvé l'antique 
Abel-Beth-Maacha dans le village actuel d'Abil el-Kamh. 
Ce village , habité par des chrétiens , s'élève sur un Tell , 
à l'est du Derdarâh, petit affluent du Jourdain, qui coule 
de Merdj-Ayoùn. Son surnom d'el-Kamh lui vient de 
l'excellence du blé que produit le voisinage. E. Robinson, 
Later biblical researches in Palestine, in -8°, Londres, 
1856, p. 372. Il est à une heure et demie environ au nord- 
ouest de Dan, aujourd'hui Tell el-Kadi, sur la route qui 
se dirige de Banias vers Sidon. 

Abel-Beth-Maacha est mentionnée pour la première 
fois dans l'Écriture à l'occasion de la révolte de Séba , ce 
Benjamite qui, après la mort d'Absalom, fomenta une 
nouvelle insurrection contre David. Poursuivi par les 
troupes de Joab, Séba se réfugia à Abel-Beth-Maacha, 
et Joab alla l'y assiéger. Les habitants de la ville, sur le 
conseil d'une femme, coupèrent la tête au chef des ré- 



voltés et firent ainsi lever le siège de la place. II Reg., xx, 
'.4-22. — Quatre-vingts ans plus tard , le roi de Damas, 
Benadad, contemporain d'Asa, roi de Juda, et de Baasa, 
roi d'Israël , faisant la guerre à ce dernier, d'accord avec 
le roi de Juda, s'empara de plusieurs villes du nord de 
la Palestine, en particulier d'Abel-Beth-Maacha (Abeldo- 
mum Maacha), III Reg., xv, 20; II Par., xvi, 4 (Abel- 
maïm). — Deux siècles environ s'écoulèrent depuis cette 
époque jusqu'au dernier désastre de la ville. Sous le règne 
de Phacée, roi d'Israël, Téglathphalasar , roi d'Assyrie, 
s'empara d'Abel-Beth-Maacha, et il en déporta les habi- 
tants dans son royaume. IV Reg., xv, 29 (Abel-Domum, 
Maacha). Les fragments des Annales de Téglathphalasar, 
qui ont été retrouvés dans les ruines de son palais , men- 
tionnent la prise de la place forte israélite et la déporta- 
lion des sujets de Phacée en Assyrie : « Je soumis, dit-il, 
les villes de Galaad,... d' Abel -(Beth -Maacha), qui est la 
frontière de la terre de Bit-Humri (le royaume d'Israël)... 
Je transportai ses habitants les plus distingués en Assyrie. » 
Cuneiform inscriptions of Western Asia, t. m, pi. XX, 
n° 2. Ces événements se passaient en 734 ou 733. A partir 
de cette époque, il n'est plus question d'Abel-Beth-Maacha. 

F. Vigouroux. 
ABÊL - KERAMÎM ( c'est-à-dire « le pré des vignes ; » 
Septante : 'Eêri^wV; Vulgate : Abel, quse est vineis 
consita, Jud., xi, 33), localité à l'est du Jourdain, au delà 
d'Aroer , située , d'après Eusèbe et saint Jérôme , à sept 
milles romains ou deux heures et demie de marche de 
Philadelphie ou Rabbath-Ammon. Du temps d'Eusèbe, 
elle était encore renommée pour ses vignobles. Elle n'est 
mentionnée qu'une fois dans l'Écriture, comme le point 
extrême où Jephté, juge d'Israël, poursuivit les Ammor 
nites, après les avoir battus. M. Tristram croit avoir dé- 
couvert le site d'Abel-Kerâmlm, et il le décrit de la ma- 
nière suivante : « Vingt minutes après avoir quitté Dhi- 
I tan , notre route nous conduisit dans une vallée si peu 
profonde, qu'elle mérite à peine ce nom. On y voit encore 
des vestiges de murs et de terrasses, devenus aujourd'hui 
île simples monceaux de terre, couverts de gazon et dis- 
posés régulièrement le long de la colline, à une distance 
d'environ cent mètres. Quand nous demandâmes ce que 
c'était , on ne put nous donner aucune explication ; on 
nous dit seulement que la vallée s'appelait Khurm-Dhiban, 
c'est-à-dire les vignes de Dibon. Cet enfoncement de ter- 
rain est d'une longueur de quatre à cinq kilomètres. Le 
nom en a été conservé par des hommes qui n'ont proba- 
blement jamais vu de vignes de leur vie, et qui n'ont au- 
cune idée de la destination primitive de ces antiques fossés, 
comme on pourrait les appeler. [C'est l'Abel-Keràmlm] 
du livre des Juges... Ici, sur cette route que devait prendre 
naturellement l'armée des Ammonites battue par Jephté 
et venant de l'est, après le combat livré à Aroer, le nom 
antique subsiste, exprimé en une autre langue, mais avec 
une signification identique. » H. B. Tristram, The land 
of Moab, p. 130. F. Vigouroux. 

ABÊL - LE - GRAND (hébreu: 'Abêl haggedôlâh). 
C'est la leçon que portent certains exemplaires hébreux 
de I Sam. (Reg.), vi, 18; mais d'autres portent avec plus 
de raison 'ében, « la pierre , » au lieu de 'dbêl. Saint Jé- 
rôme a traduit par Abetmagnum ou Abel-le-Grand, ayant 
trouvé dans l'exemplaire qu'il traduisait 'âbêl au lieu de 
'ében. Le contexte montre bien qu'il s'agit de la pierre ou 
du rocher « sur lequel fut posée l'arche s renvoyée par 
les Philistins à Bethsamès, rocher qui se trouvait près de 
cette dernière ville, « dans le champ de Josué le Bethsa- 
mite. » I Reg., VI , 18. Quelques commentateurs ont pensé 
que ce rocher avait été appelé Abel-le-Grand, mais cette 
opinion est peu vraisemblable, et il vaut mieux lire avec 
de nombreux exemplaires hébreux et les Septante : < la 
grande pierre» (XîOou toû fieyâXov). 

ABELMAÏM, nom donné par le second livre des 



33 



ABELMAÏM — ABENESRA. 



34 



Paralipomènes , xvi, 4, à la ville frontière du nord de la 
Palestine, appelée ailleurs Abel-Beth-Maacha. Voir Abel- 
Beth-Maacha. 

ABELMAISON - DE - MAACHA. C'est ainsi que 
notre Vulgate appelle Abel-Beth-Maacha, III Reg., iv, 20, 
et IV Reg., xv, 29, en traduisant le mot beth, qui signifie 
« maison ». Voir Abel-Beth-Maacha. 

ABELMÉHULA, AbelméOla (hébreu: 'Âbêl Mehôlâh, 
« le pré de la danse » ) , ville de la tribu d'Issachar. Elle 
est nommée trois fois dans l'Écriture : la première, Jud., 
vu, 23, comme un des endroits par où s'enfuirent les 
Madianites vaincus par Gédéon ; la seconde, III Reg., iv, 12, 
comme une des limites du territoire que Salomon avait 
placé sous l'administration de Bana, fils d'Ahilud ; la der- 
nière, III Reg., six, 16, comme la patrie du prophète 
Elisée. Dans ce dernier passage, la Vulgate écrit ce mot : 
Abelmeûla. — Abelméhula était située, d'après les rensei- 
gnements que nous donnent Eusèbe et saint Jérôme, dans 
la vallée du Jourdain, à l'ouest du fleuve, à dix milles 
romains ou quatre heures de marche au sud de Bethsan. 
Sur son emplacement s'élève aujourd'hui le village de 
Màlih, à l'endroit où l'ouadi de ce nom entre dans la vallée 
du Jourdain. 

ÂBÊL- MISRAÏM, nom hébreu de la localité que la 
Vulgate a appelé : Planclus Mgypti, « deuil de l'Egypte , » 
en traduisant le sens des mots de l'original. En ponctuant 
les consonnes radicales Sax , 'ëbël ( au lieu de 'àbêl, comme 
dans les noms propres précédents ) , ce mot signifie , en 
effet, « deuil, lamentation. » Ce nom fut donné par les 
Chananéens à l'aire d'Atad, à l'ouest du Jourdain, parce 
que Joseph et ses frères firent en cet endroit, pendant sept 
■ours, le deuil de leur père Jacob. Gen., L, 10-11. Voir Atad. 

ABELSATIM (hébreu : 'Âbêl hassitlîm, « le pré des 
acacias »), Num., xxxm, 49; appelé aussi simplement, 
par abréviation : Sittîm, Num., xxv, 1 (Vulgate : Settim), 
Jos., H , 1 ; m, 1 ; Mich., vi , 5 ( Vulgate : Setim), localité du 
pays de Moab. Josèphe la nomme 'AêtXri , Ant. jud., IV, 
vu ; V, i, 1 ; il nous apprend qu'elle était à soixante stades 
(environ trois heures) du Jourdain, et qu'il y avait beau- 
coup de palmiers. Les palmiers ont aujourd'hui disparu; 
mais les acacias , auxquels elle devait son nom , voir 
Acacia , poussent encore en grand nombre dans la région 
où devait se trouver Abelsatim. Il était situé dans les 
plaines de Moab, vis-à-vis de Jéricho, peut-être à l'en- 
droit où l'ouadi Eschtah, au nord d'Hésébon, entre dans 
la vallée du Jourdain ; mais le site n'est pas sûrement iden- 
tifié. Voir Ritter, Palâstina, t. n, p. 481 et suiv. M. Conder 
le place à Ghôr es-Seiseban, Palestine, 1889, p. 252. 

Abelsatim ou Settim est nommé cinq fois dans l'Écri- 
ture. — 1° Le peuple campait à Settim, sous la conduite de 
Moïse , lorsqu'il s'adonna au culte impur de Béelphégor, 
séduit par les filles de Moab et de Madian. Num. , xxv, 
1-18. Voir BéelphÉGOB. — 2° Les Hébreux campèrent 
dans les plaines de Moab , avant de franchir le Jourdain 
pour s'emparer de la Terre Promise, depuis Bethsimoth 
jusqu'à Abelsatim, et c'est là que s'accomplirent les der- 
niers événements de l'exode, Num., xxxiv-xxxvi; que 
Moïse prononça les discours contenus dans le Deutéro- 
nome ; qu'il mit Josué à la tête du peuple, et qu'il se sépara 
des siens pour aller mourir sur le mont Nébo. — 3° C'est 
aussi de Settim que Josué envoya les espions à Jéricho. 
Jos., il, 1; — 4° et qu'il partit avec tous les enfants d'Is- 
raël pour aller camper sur les bords du Jourdain et tra- 
verser ensuite ce fleuve, au moment de prendre possession 
de la Palestine. Jos., III, 1. — 5° Michée, xi, 5, rappelle 
les événements racontés dans le livre des Nombres, et, 
selon l'interprétation la plus probable, fait allusion au crime 
d'idolâtrie et de fornication commis par Israël à Settim. 

F. Vigocroux. 
DICT. DE LA BIBLE. 



ABEN-BOHEN (hébreu : 'Êben Bôhan ben Re'ûbên, 
c'est-à-dire « pierre de Bohan, fils de Ruben a), localité 
mentionnée dans Josué, xv, 6, et xvm, 18, comme étant 
sur la frontière septentrionale de Juda et à la limite mé- 
ridionale de Benjamin. L'origine probable de ce nom est 
que , le Rubénite Bohan ayant sans doute accompli en cet 
endroit quelque action d'éclat, une pierre fut érigée en 
son honneur, ou bien son nom fut donné à un rocher 
qui se trouvait là, et qui servit plus tard de limite entre 
les tribus. Il n'est pas rare de rencontrer en Palestine de 
ces roches isolées , portant des noms particuliers , et re- 
gardées comme des monuments commémoratifs : Pierre 
du Secours (hébreu: 'Eben hâ'azer), I Reg., vu, 12; 
Pierre de Zohéleth , III Reg. , 1 , 9. Non loin de la 
pointe septentrionale de la mer Morte, au pied des mon- 
tagnes de l'occident, on remarque un de ces rocs, qui 
se nomme aujourd'hui Hadjr el- Asbah (Hadjr-Lasbah 
dans M. de Saulcy et sur la carte de Van de Velde ). 
M. Clermont-Ganneau en donne une description détaillée, 
ainsi que de la contrée où il se trouve, dans Palestine 
Exploration Fund, Quart. Stat., 1874, p. 80. « Peut-être, 
à la rigueur, dit M. de Saulcy, pourrait- on être tenté de 
voir dans Hadjr-Lasbah la pierre de Bohan, qui devait 
évidemment se trouver dans la même région ; mais comme 
ces deux dénominations n'ont absolument aucune ressem- 
blance, je suis tout disposé à me prononcer contre cette 
identification. » Voyage autour de la mer Morte, Paris, 
1853, t. H, p. 169. Cette identification a cependant été pro- 
posée par M. Clermont-Ganneau, dans la Revue archéolo- 
gique, août 1870, p. 116-123, et dans Pal. Expl. Fund, 
Quart. St., 1871, p. 105, et 1872, p. 116; mais elle a été 
combattue par M. Tyrwhitt Drake, dans cette dernière 
Revue, 1874, p. 69 et 190. Inutile de chercher une ana- 
logie dans la signification des mots Bôhan ( en hébreu , 
pouce) et Asbah; car le nom de la pierre, au dire des 
Arabes, n'est pas arf>a' (avec aïn final, doigt), mais asbah 
(avec hé, c'est-à-dire blanchâtre)/ Cette dénomination est 
du reste assez fréquemment employée par les indigènes, 
qui l'appliquent à plus d'un objet marqué de blanc. Enfin 
la position de Hadjr-el-Asbah reculerait bien trop vers le 
sud la frontière de Benjamin. 

Nous croyons donc qu'il faut placer un peu plus haut 
Aben-Bohen. Mentionné entre Beth-Haglaet Beth-Araba 
à l'est, et la montée d'Adommim à l'ouest, cet endroit 
était plus élevé que les deux premières localités, d'où l'on 
y « montait » , Jos., xv, 6; mais plus bas que la seconde, 
d'où l'on y « descendait », Jos., xvm, 18. Sa position 
probable est donc au pied des montagnes qui, au-dessous 
de Jéricho, s'élèvent de la plaine du Jourdain vers l'occi- 
dent. Voir la carte de la tribu de Benjamin. 

A. Legendre. 

ABENDANA Jacob, savant juif d'origine espagnole, 
né vers 1630, mort en 1696, rabbin à Amsterdam, puis 
chef de la synagogue de Londres. On a de lui un ouvrage 
sur le Pentateuque, intitulé Léqet Sekêhâh, c'est-à-dire 
Spicilège des choses omises dans le commentaire de 
Salomon- ben -Mélek, connu sous le nom de Miklal yôfi, 
La perfection en beauté, in-f°, Amsterdam, 1685. Ce 
n'est guère qu'un recueil de scolies simples, judicieuses, 
empruntées aux meilleures interprétations littérales des 
rabbins, surtout à celles de Kimchi. Il a traduit aussi en 
espagnol la Mischna, avec les commentaires de Maimo- 
nide et de Bartenora. Cette traduction fut mise à profit 
par Surenhusius pour sa traduction latine de la Mischna. 
Voir Surenhusius. Après la mort d'Abendana, on publia 
une traduction de traités choisis, extraits de ses œuvres, 
Discourses of the Ecclesiastical and Civil Polity of the 
Jews, in-12, Londres, 1706; 2« édit., 1709. 

ABENESRA (Abraham-ben-Méïr-Ibn-'Ezra), appelé 
communément Aben-Ezra ou Abenesra, etc., connu par 
les théologiens du moyen âge sous le nom d'Ébénare, et 
surnommé par ses compatriotes le Sage par excellence, 

L -3-i 



35 



ABÈNESRA — ABERLE 



36 



le grand, V admirable docteur, fut un des plus fameux 
rabbins du xn* siècle. Né à Tolède en 1092, il se distingua 
dans toutes les sciences , en philosophie , en astronomie , 
en médecine, en poésie, dans la connaissance des langues 
et de la grammaire, en exégèse sacrée. Les mathématiques 
et l'astronomie surtout lui doivent quelques progrès im- 
portants. Les vexations exercées contre les Juifs l'ayant 
forcé à quitter sa patrie, il s'établit à Cordoue. Bientôt il 
se mit à voyager pour étendre ses connaissances. On le 
voit à Narbonne (1139), à Rome ( 1 140} , à Salerne, à 
Mantoue et à Lucques (11^5), à "Vérone (1146-1147), 
à Béziers (1155-1156), à Rodez (et non pas Rhodes) 
(1157), à Londres (1158-1159), à Narbonne (1160), à 
Rodez ou à Rome (1166-1167). Il visita l'Egypte et les 
contrées environnantes, probablement la Palestine, soit 
de 1140 à 1145, soit plutôt de 1 147 à 1 155. Il partit de Rodez 
ou de Rome en 1166 ou 1167, pour revoir sa patrie; mais 
il mourut en route avant d'avoir pu satisfaire son désir. 
Ce fut le lundi 1 er jour d'adar, 1 er de l'année 4927, qui 
correspond au 23 janvier 1167 de notre ère. Il était âgé 
de soixante -quinze ans. 

Son œuvre la plus remarquable est son commentaire 
à peu près complet sur les Livres Saints, composé par 
parties, aux différentes étapes de ses voyages. Seuls les 
deux livres des Chroniques manquent ; mais en revanche, 
pressé par le besoin, il donna plusieurs recensions de son 
commentaire sur le Pentateuque. En même temps, dans 
un genre tout différent, Abenesra composa à la manière 
des cabalistes : Le livre des secrets de la Loi, pour expli- 
quer les mystères du Pentateuque; Le mystère de la 
forme des lettres, où il est traité des lettres de l'alphabet; 
L énigme concernant les lettres quiescentes, et Le livre 
dru nom , Se fer haSSêm , traité sur le tétragramme divin , 
c'est-à-dire sur le nom de Jéhovah. Parmi ses opuscules 
grammaticaux, citons : Le livre des balances de la langue 
sainte, Séfer mo'znê leSon haqqôdeS; Le livre de la 
pureté (du langage), Séfer sàhôp ; le Sâfâh-berûrâh, 
Lèvre pure, Soph., m, 9, ou essais de grammaire hé- 
braïque, imprimés déjà plusieurs fois; le Séfer hayyesôd 
au Yesôd-dikduh, traité de grammaire longtemps in- 
connu et retrouvé depuis quelques années ; enfin le Sefap 
yéfer, Langage de noblesse, Prov., xvn, 7, opuscule sur les 
mots rares et difficiles de la Bible. 

Ce fut pendant ses incessantes pérégrinations qu'Aben- 
esra publia ses nombreux ouvrages ; ils portent aussi le 
reflet de sa vie instable. Tour à tour exégète rationnel et 
cabaliste, libre penseur et croyant rigide, il montre la plus 
extrême mobilité. Son étonnante fécondité a peu d'origi- 
nalité; elle est due surtout à une mémoire prodigieuse, 
qui lui permit de répandre et de vulgariser en pays latin 
et saxon les travaux de ses compatriotes andalous les plus 
célèbres des X e et XI e siècles. Son esprit facile a su se les 
assimiler et les exposer clairement. Aussi est-il sans contre- 
dit un des plus habiles et des plus savants commentateurs 
juifs, et peut-être un des premiers interprètes du moyen 
âge. Dans son commentaire de la Bible, il s'attache au sens 
grammatical des mots, et explique le texte très littérale- 
ment ; on n'y trouve pas les allégories si familières aux 
rabbins, et les futilités de la cabale, qu'il développe avec 
plaisir dans d'autres ouvrages spéciaux cités plus haut. Il 
s'appuie avec discernement sur l'autorité des anciens ; 
cependant sa fidélité à la tradition rabbinique n'exclut 
pas chez lui une certaine indépendance de critique, qui va 
parfois jusqu'au rationalisme. Ainsi le premier il soutint 
que les Hébreux n'avaient pas traversé miraculeusement 
la mer Rouge, mais qu'ils profitèrent de la marée basse 
pour passer à l'extrémité du golfe. En exposant de telles 
hardiesses et ces nouveautés erronées , il sentait le besoin 
de voiler sa pensée ; aussi la cache-t-il sous des réticences 
et des expressions embarrassées. D'ailleurs il vise d'ordi- 
naire à la concision , si bien que parfois la phrase devient 
obscure et énigmatique. C'est pourquoi il a fallu d'autres 
commentaires pour expliquer les siens. Toutefois son style 



est habituellement correct, clair, souple et élégant. Richard 
Simon va jusqu'à dire que « sa diction approche assez de 
celle de Salluste ». 

Le commentaire sur les Livres Saints a été publié par 
Bomberg, à Venise, en 1526, et dans la Bible hébraïque de 
Buxtorf. Les différentes parties en ont été imprimées sépa- 
rément, et plusieurs avec traduction latine, dans un grand 
nombre d'endroits et à plusieurs reprises. Voir Fûrst, 
Bibliolheca judaica , art. Ibn-Esra. Ses autres ouvrages 
ont été souvent publiés; la Bibliothèque nationale possède 
plusieurs manuscrits des œuvres de ce fameux rabbin. Voir 
sur Aben-Esra et ses ouvrages : Basnage, Histoire des Juifs, 
t. v; Notice détaillée sur la vie d'Aben-Esra, dans Ersch 
et Gruber, Allg. Encyklopâdie, 1. 1; Steinschneider, Abra- 
ham Ibn-Esra, 1880, dans la Zeitschrift fur Mathema- 
tik und Physik, p. 59 et suiv. ; Wilhelm Bâcher, Abra- 
ham Ibn-Ezra au Grammaliker, Budapest, 1881 ; J. De- 
renbourg, Revue des études juives, juillet-septembre 1882, 
p. 137; Friedlânder, Essays on the writings of A. Ibn- 
Ezra, Londres, 1877. E. Levesque. 

ABERLE (Moritz von ), théologien catholique allemand, 
né le 25 avril 1819 à Rottum, près de Biberach, en Souabe, 
mort le 3 novembre 1875 à Tubingue. Il avait été nommé 
professeur, en 1845, à Y Obergymnasium de Chingen; en 
1848, il devint directeur du Wilhelmstift, et, en 1850, pro- 
fesseur ordinaire à l'université de Tubingue, où il a en- 
seigné jusqu'à sa mort, et où il s'occupa surtout du Nou- 
veau Testament. A partir de 1851, il fut un des principaux 
rédacteurs de la Theologische Quartalschrift , organe de 
la faculté catholique de l'université de Tubingue. Parmi 
les articles qu'il a publiés, on peut noter : Ueber den 
Zweck der Apostelgeschichte , 1854, 1855; Zweck des 
Matthâusevangeliums , 1859 ; Zweck des Johannesevan- 
geliums, 1861; Ueber den Tag des letzen Abendmahls ; 
Epochen der neutestamentlichen Geschichtsschreibung ; 
Prolog des Lukasevangeliums ; Abfassungszeit des I Ti- 
motheusbriefe , 1863; Beitrâge zur neutestamentlichen 
Einleitung, 1864 ; Ueber den Slatthalter Quirinius, 1865 ; 
Exegetische Studien, 1868; Die Begébenheiten beim 
letzten Abendmahl, 1869; Die Berichte der Evangelien 
ûber die Auferstehung Jesu, 1870; Ueber Gefangen- 
nehmung und Verurtheilung Jesu, 1871 ; Letzte Reise Jesu 
nach Jérusalem ; Die bekannte Zahl in der Apokalypse, 
1872. Les idées principales développées dans ces articles 
sont résumées dans une œuvre posthume : Einleitung in 
dos Neue Testament, von D r M. von Aberle, herausgegeben 
von D r Paul Schanz, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1877. 

Aberle était doué d'une mémoire tenace , il avait un 
esprit ingénieux et une grande érudition; mais il s'était 
fait sur l'origine des écrits du Nouveau Testament des opi- 
nions personnelles qui n'ont pas été généralement accep- 
tées. D'après lui, l'Évangile de saint Matthieu a été composé 
pour réfuter un écrit calomnieux publié par le sanhédrin, 
et répandu dans toute la Palestine pour discréditer le 
christianisme. Cf. S. Justin, Dial. cum Tryph., 108, t. vi, 
col. 725. C'est d'une manière analogue qu'il soutient que 
l'Évangile de saint Marc a été écrit pour les néophytes de 
Rome , qui , ayant été d'abord prosélytes juifs , étaient 
poursuivis après leur baptême par les Juifs, qui s'effor- 
çaient de les ramener à eux. Il voit dans l'Évangile et les 
Actes des Apôtres de saint Luc un écrit apologétique des- 
tiné à défendre le christianisme au moment où l'appel de 
saint Paul au tribunal de César force l'empire romain à 
prendre un parti au sujet de cette religion, en la tolérant 
comme une espèce de judaïsme, ou en la persécutant 
comme une religion nouvelle. Saint Jean, d'après lui, a 
écrit contre le sanhédrin de Jabné, qui, après la ruine dé 
Jérusalem, ne négligea rien pour infuser une vie nouvelle 
au judaïsme et ruiner le christianisme par les armes spi- 
rituelles. Ainsi les quatre Évangiles ont été écrits dans un 
but apologétique. Ce sont là des hypothèses qui ne sau- 
raient être établies et qui ne concordent pas avec les 



37 



ABERLE — ABGAR 



38 



faits. Cf. Himpel, Einiges ûber die ivissenschaftliche 
Bedeutung ur^d theologiscli - kirchliche Stellung des sel. 
Prof. D' Aberle, dans la Theologische Quartalschrift , 
1876. p. 177-228; K. Wemer, Geschichte der neuzeitli- 
chen christlich-kirchlichen Apologetih, in-8°, Schaffouse, 
1867, p. 401 , 404. F. Vigouroux. 

ABÉS (hébreu: 'Ébés, à la panse Abés; Septante: 
PeSéc), ville de la tribu d'Issachar, mentionnée une seule 
fois, Jos., xix, 20, entre Césion et Rameth. Le mot 'absa 
signifiant en chaldéen « étain », Gesenius, Thés. ling. heb., 
p. 18 , et plusieurs auteurs après lui , ont supposé qu'on y 
devait trouver ce métal en abondance; mais l'étymologie 
seule ne suffit pas pour établir cette opinion. Certains au- 
teurs modernes, entre autres C. R. Conder, s'appuyant plu- 
tôt sur la signification primitive de absa, « blanc, » placent 
Abès à Khirbet el-Beidha (en arabe, la blanche), à la limite 
septentrionale de la plaine d'Esdrelon. Conder, Handbook 
to th-e Bible, Londres, 1887, p. 401. Khirbet el-Beidha 
est une petite colline oblongue et isolée, située entre le 
torrent de Cison à l'ouest, et Nazareth à l'est. M. V. Guérin 
la décrit ainsi sous le nom de Tell-Beidar: « Les flancs 
inférieurs en sont soutenus par d'assez gros blocs formant 
terrasse; elle est elle-même couronnée par une enceinte 
arabe, en partie debout et bâtie avec des pierres de 
moyenne dimension, qui avait autrefois renfermé une 
vingtaine de petites habitations, actuellement renversées. 
Au milieu des débris de l'une d'entre elles, s'élève un 
tronçon de colonne qui mesure 58 centimètres de dia- 
mètre, et qui provient peut-être d'Oumm-el-'Amed. » 
On remarque, dans les environs de cette dernière localité, 
des rochers calcaires d'une grande blancheur, qui ont été 
jadis, sur beaucoup de points, exploités comme carrière. 
Description de la Palestine, Galilée, t. i , p. 39i. 

A. Legendre. 

ABÉSALOM ('A6e<T<TaX<Ju,o;, dans le texte grec ori- 
ginal; probablement, en hébreu, 'Abîsâlôm, « mon père 
est pacifique » ) , ambassadeur de Judas Machabée, envoyé 
vers Lysias, général d'Antiochus Eupator. II Mach., xi, 17. 

ABESAN [(hébreu : 'Ibesan, signification inconnue; 
Septante : 'A6ato<K<v), juge d'Israël, Jud., xii, 8-10. Il 
était originaire de l'une des deux villes appelées Bethlé- 
hem, et plus probablement de Bethléhem en Zabulon; en 
effet, Abesan n'a pas dû gouverner tout Israël , mais seule- 
ment la partie la plus septentrionale de la Terre Sainte, 
tandis que les tribus les plus voisines des Philistins subis- 
saient le joug de ce peuple idolâtre. La judicature d'Abesan 
dura sept ans et ne fut signalée par aucun événement re- 
marquable. Après sa mort, il fut transporté et inhumé à 
Bethléhem, sa ville natale. 11 avait eu trente fils et trente 
filles, et avait pourvu à leur établissement. Le nombre de 
ses enfants s'explique par la polygamie , alors tolérée chez 
les Hébreux. Abdon, qui fut peu après lui juge d'Israël, eut 
«gaiement un nombre de fils considérable. Jud., xn, 14. 

E. Duplessy. 

ABESSALOM (hébreu: 'AbiSâlôm, « mon père est 
pacifique; » Septante: 'A6e<x<Ta>û|A)> père de Maacha ou 
Michaïa, mère d'Abia, roi de Juda, III Reg., xv, 2, 10. 
Il est appelé Absalom (simple variante du même nom) 
II Par., xi, 20-21. Ce pourrait bien être le fils de David: 
Thamar, fille d' Absalom, aurait épousé Uriel dé Gabaa, 
JI Par., XIII, 2, et aurait eu Maacha de ce mariage. Voir 
Uriel 2. Absalom serait alors le grand -père de Maacha. 
Cependant Abessalom peut être un personnage différent 
du fils de David , et le même qu'Uriel de Gabaa. 

ABGAR ( nom ou titre de plusieurs rois de l'Osrhoène. 
C'est en particulier celui d'un roi contemporain de Notre- 
Seigneur, devenu célèbre par la correspondance avec Jésus- 
Christ qu'on lui a longtemps attribuée. Ce nom a été fré- 
quemment défiguré par les écrivains grecs et orientaux. 11 
-est certain, parles monnaies de quelques-uns de ces rois 



qui sont parvenues jusqu'à nous, que la véritable ortho- 
graphe est Abgar (fig. 4). Pendant environ trois siècles, c'est- 
à-dire depuis l'an 99 avant l'ère chrétienne jusqu'à l'an 217 
de notre ère, d'après la Chronique de Denys (patriarche 
jacobite de Telmahar, qui vivait au IX e siècle), l'Osrhoène fut 
gouvernée par des toparques ou petits rois. Assemani , Bi- 
bliotheca orientalis, t. i, p. 417 et suiv. L'Osrhoène était 
bornée à l'est par le Chaboras, au nord par le Taurus. 
Elle avait pour capitale l'antique ville d'Édesse, dont les 
traditions locales ont prétendu faire remonter l'origine 
jusqu'à Nemrod. Sous les premiers Séleucides, elle avait 
porté le nom grec de Callirrhoé, à cause d'une source 
consacrée à la déesse Atergatis ; à partir d'Antiochus VII , 
elle avait pris le nom d'Antiochia. Édesse, sous le gou- 
vernement de ses toparques, devint le premier centre 
chrétien des régions de l'Euphrate, et mérita ainsi les sur- 
noms d'Édesse la Sainte, d'Édesse la Bénie, que lui donnent 




4. — Abgar, roi d'Osrhoène, contemporain de l'empereur 
Gordien III (238-244). 

Busto de l'empereur Gordien, tourné & droite. Tête Imberbe, 
radiée. [HOPAIANOC CEB(aimi;). - ^. Le roi Abgar, 
portant la tiare, & cheval. ABrAPOC BACIAEÏC. 

les écrivains orientaux. D'illustres martyrs y scellèrent leur 
foi de leur sang. On y compta dans la suite plus de trois 
cents monastères. Prise par les Arabes en 639, elle rede- 
vint en 1097, du temps des croisades, une principauté 
chrétienne ; mais elle retomba, en 1146, sous le joug des 
musulmans, auxquels elle est encore soumise. Elle est 
aujourd'hui connue sous le nom d'Orfa. 

Un grand nombre de toparques de l'Osrhoène se sont 
appelés Abgar. Denys deTelmahar en énumère vingt-neuf. 
Celui qui régnait à Édesse du temps de Notre-Seigneur est 
le cinquième. Il reçut le surnom d'Uchama ou Ucomo, 
c'est-à-dire le Noir. D'après la chronologie du patriarche 
Denys, rectifiée par Gutschmid, Die Kônigsnamen in den 
apokryph. Apostelgeschichten , dans le Rheinisches Mu- 
séum, nouv. série , t. xix , p. 171 , Abgar V gouverna l'Os- 
rhoène de l'an 13 à l'an 50 de notre ère. D'après Moïse de 
Khorène , il descendait du roi parthe Arsace. Voir Bayer , 
Historia Osrhoena, p. 97. Procope, dans sa Guerre de 
Perse, II, 2, raconte qu'ayant fait un voyage à Rome, ce 
prince inspira à Auguste une telle affection, qu'il eut 
grand'peine à quitter la capitale de l'empire pour retourner 
en Orient. Tacite, au contraire, représente Abgar sous un 
jour défavorable, s'il est vrai que, l'an 49, le roi d'Édesse 
abandonna lâchement sur le champ de bataille le jeune 
roi parthe Méherdate. Quoi qu'il en soit de ce trait, Abgar 
Uchama doit sa célébrité à lalettre qu'il écrivit à Jésus-Christ, 
d'après Eusèbe , et à la réponse supposée qu'il en reçut. 

L'évêque de Cés'arée, après avoir raconté dans son His- 
toire ecclésiastique, I, 13, t. xx, col. 121, que Thaddée, 
l'un des soixante-douze disciples, était allé prêcher la foi 
à Édesse, ajoute que la preuve de ce fait lui est fournie 
par les archives de cette ville, d'où il a tiré une lettre 
d'Abgar à Jésus, lettre qu'il rapporte, ainsi que la réponse 
du Sauveur, en traduisant les deux documents de l'ori- 
ginal araméen en grec. Abgar écrit à Jésus qu'ayant appris 
les guérisons miraculeuses que le Sauveur opère en Judée, 
il le prie de venir à Édesse pour le guérir d'une maladie 
dont il est atteint. On croit que cette maladie était la 



39 



ABGAR 



40 



lèpre. Notre-Seigneur lui répond qu'il doit demeurer en 
Judée pour y être élevé, c'est-à-dire crucifié ; mais qu'après 
sa mort il lui enverra un de ses disciples, qui le guérira 
et lui donnera la vie, à lui et à tous ceux qui sont avec lui. 
Thaddée, le disciple, alla en effet plus tard à Édesse, où 
, il guérit et convertit le roi Abgar. 

Le célèbre historien d'Arménie, Moïse de Khorène, rap- 
porte les mêmes faits qu'Eusèbe avec quelques diver- 
gences, et aussi avec cette addition importante que l'en- 
voyé d' Abgar lui aurait rapporté de Jérusalem un portrait 
du Sauveur. Ce portrait se trouvait encore de son temps , 
c'est-à-dire au v* siècle, à Édesse. Il fut depuis transporté, 
dit-on, à Constantinople, et de là à Rome, dans l'église 
Saint -Sylvestre, ou bien à Gênes. 

Plusieurs historiens grecs ont reproduit la correspon- 
dance d' Abgar avec Jésus-Christ; la plupart y ont joint, 
en l'embellissant de plus en plus, l'histoire du portrait; 
tous se sont inspirés d'Eusèbe et des traditions courantes 
en Orient. Depuis ces dernières années, nous possédons 
sur ce sujet quelques documents auparavant inconnus en 
Europe. Il existe à la Bibliothèque nationale de Paris, an- 
cien fonds arménien, n» 88, une traduction arménienne 
de la Doctrine d'Addaî, contenant l'histoire du disciple 
(Thaddée) envoyé à Édesse, et tout ce qui s'y rattache. 
On en a publié une double traduction française. L'une, 
faite par Jean -Raphaël Émine, a été insérée par Victor 
Langlois dans le tome 1 er de sa Collection des historiens 
anciens d'Arménie, p. 315-331 ; elle a pour titre Léroubna 
d'Édesse : histoire d' Abgar et de la prédication de Thad- 
dée, traduite pour la première fois sur le manuscrit 
unique et inédit de la Bibliothèque impériale de Paris 
(•1867). La seconde, œuvre du D r Alishan, est plus com- 
plète : Lettre d' Abgar, ou Histoire de la conversion des 
Édesséens, par Laboubnia, écrivain contemporain des 
Apôtres, traduite sur la version arménienne du V e siècle, 
in -8°. Elle a été publiée en 1868, à Venise, par les Pères 
mékhitaristes de Saint- Lazare. 

Cette version arménienne a été faite sur le syriaque. 
L'original a été retrouvé et publié. Le Musée Britannique, à 
Londres, en possède un manuscrit incomplet, qui a été édité 
par Cureton, dans ses Ancient Syriac Documents relative 
to the earliest establishment of Chrislianity in Edessa 
and the neighbouHng countries, in -4", Londres, 1864; 
mais il ne contient pas les pièces reproduites par Eusèbe, 
parce que c'est le commencement qui manque. Cette la- 
cune a pu être heureusement comblée par un manuscrit 
de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, écrit 
en beaux caractères estranghelo, au vi 8 siècle. Il a été 
publié par George Philipps , The Doctrine of Addai , the 
Apostle, in the original Syriac, with an English trans- 
lation and notes, in -8°, Londres, 1876. 

La comparaison du document syriaque, qui renferme 
la lettre d' Abgar, avec le texte d'Eusèbe, montre que l'his- 
torien de Césarée a reproduit fidèlement en grec, sauf 
quelques variantes insignifiantes qu'il est facile d'expli- 
quer dans une traduction, l'original araméen qui circulait 
à Édesse. Mais, quant à la réponse de Notre-Seigneur, il 
existe entre Eusèbe et les sources orientales une diver- 
gence importante. D'après ces dernières, le Sauveur fit au 
roi d'Édesse, non pas une réponse écrite, comme le dit 
l'auteur de l'Histoire ecclésiastique , mais seulement une 
réponse orale, dont le sens est d'ailleurs le même : « Quand 
Jésus eut reçu la lettre, lisons -nous dans la Doctrine 
d'Addaî, il dit à Haunan, le conservateur des archives : 
« Va et dis à ton maître qui t'a envoyé vers moi : Bien- 
i heureux, etc. » La traduction arménienne du texte 
syriaque répète exactement la .même chose. Il résulte de 
là que Notre-Seigneur n'avait pas écrit à Abgar, et qu'Eu- 
sèbe, qui a reproduit fidèlement la réponse verbale attri- 
buée au Sauveur, telle qu'elle était conservée dans les ar- 
chives d'Édesse, s'est trompé en la prenant pour une 
réponse écrite. Quand les Édesséens nous disent que la 
réponse de Jésus ne fut qu'orale, on peut les en croire. 



S'ils avaient cru posséder une lettre de Jésus -Christ lui- 
même , ils n'auraient pas manqué de s'en vanter. 

Relativement à la lettre d'Abgar, qui est la même chez 
Eusèbe et chez les Orientaux, son authenticité a été ad- 
mise jusqu'à ces derniers temps par un grand nombre non 
seulement de catholiques, Baronius, Tiilemont, Oudin, les 
Bollandistes, Welte; mais aussi de protestants, les centu- 
riateurs de Magdebourg, Cave, Grabe, Rinck. Voir Welte, 
Veber Kônig Abgar und die Einfûhrung des Christen- 
thums in Arménien, dans la Theologische Quartalschrift 
de Tubingue, 1842, p. 335-365; W. F. Rinck, Von dem 
Briefe des Kônigs Abgar an Jesum Christum und der 
Antwort Christi an Abgar, dans la Zeitschrift fur die 
historische Théologie d'Illgen, 1843, p. 3-26. Voir aussi 
Assemani, Bibliotheca orient., t. i, p. 318-420. Tille- 
mont, dans ses Mémoires, 1701, t. I, p. 617, s'exprime 
sur ce sujet de la manière suivante : « Nous ne préten- 
dons pas qu'elles (les lettres) soient certainement vraies, 
car tout homme peut se tromper ; mais nous espérons que 
les personnes habiles qui, la plupart, sont portées aujour- 
d'hui à les croire fausses, nous pardonneront aisément, si 
nous ne voulons point abandonner notre règle, de ne point 
rejeter tout ce qui est suffisamment autorisé dans l'anti- 
quité, à moins que nous n'y soyons contraints par des 
raisons tout à fait fortes. » — Ces raisons tout à fait fortes 
existent -elles maintenant? Oui, nous l'avons vu pour la 
lettre attribuée à Notre-Seigneur par Eusèbe. Quant à la 
lettre d'Abgar, presque tous les critiques répondent aussi 
aujourd'hui affirmativement, en s'appuyant surtout sur 
les divers détails contenus dans la Doctrine d'Addaî, et 
qui démontrent que cet écrit ne remonte pas au temps. 
d'Abgar Uchama. Il y est question, en effet, des Actes des 
Apôtres et des Épîtres de saint Paul, de l'invention de la 
vraie croix par la princesse Protoniké ou Patroniké, et 
même du Diatessaron de Tatien , qui n'a vécu qu'au se- 
cond siècle. Aussi le D r Lipsius, Die Edessenische Abgar- 
Sage kritisch untersucht , in -8°, Brunswick, 1880, p. 11, 
dit- il: « Les souvenirs historiques de l'Église d'Édesse 
dignes de foi ne remontent pas au delà du temps d'Ab- 
gar VIII (176-213). L'histoire de la conversion d'Abgar V 
et de sa correspondance avec le Christ sont du domaine 
de la légende. » Le D r Alishan et M. Philipps n'en adoptent 
pas moins l'authenticité du fond de la Doctrine d'Addaî, 
tout en reconnaissant qu'elle été remaniée et qu'il s'y 
est glissé un certain nombre d'interpolations. Il est, en 
tout cas, fort invraisemblable que le christianisme se soit 
établi à Édesse aussi tardivement que le suppose le 
D r Lipsius. Remarquons d'ailleurs que la primitive Église 
n'a pas admis la correspondance d'Abgar : « Epistola Jesu 
ad Abgarum apocrypha; Epistola Abgari ad Jesum apo- 
crypha. » Decretum Gelasii de libris recipiendis, Migne, 
Pat. lai., t. lix, col. 164. 

Quant au portrait de Jésus, que les écrivains grecs 
racontent avoir été empreint miraculeusement sur un 
linge dont le Sauveur s'était servi pour s'essuyer la face t 
Évagre, H. E., IV, 27, t. lxxxvi, col. 2748-2749, nous avons 
vu qu'Eusèbe n'en parle point dans son récit. La Doc- 
trine d'Addaî le mentionne, mais elle ne lui attribue 
pas une origine miraculeuse ; elle en fait l'œuvre de 
Hannan, qui était peintre, et qui avait apporté à Jésus 
en Palestine la lettre d'Abgar. L'existence d'une image du 
Sauveur très vénérée à Édesse depuis une haute antiquité 
est donc incontestable ; quant à son histoire , elle est lé- 
gendaire. 

Voir, outre les ouvrages déjà cités : W. Grimm , Die 
Sage vom Ursprung der ChristusbUder , Berlin, 1843; 
K. C. A. Matthes , Die Edessenische Abgarsage auf ihre 
Fortbildung untersucht, in-8°, Leipzig, 1882; E.Renan, 
Deux monuments épigraphiques d'Édesse, dans le Jour- 
nal asiatique, février- mars 1883, p. 246-251; Th. Zahn, 
Tatian's Diatessaron, in -8°, Erlangen, 1881, p. 350-382; 
R. A. Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschichten und 
Apostellegenden, t. il, part, u, 1883, p. 154-200; L.-J. 



41 



ABGAR — ABIA 



42 



Tixeront , Les origines de l'Église d'Édesse et la légende 
d'Abgar, in-8°, Paris, 1888. F. Vigocrocx. 

ABGATHA (hébreu : 'Abagfa'j « donné par Dieu; » 
Septante : ZaOoXOoî ) , un des sept eunuques de la cour d'As- 
suérus, Esth., I, 10. 

ABI (hébreu: 'Abi, forme abrégée de 'Abiyâk; Sep- 
tante: "A6iou), mère du roi Ézéchias. IV Reg., xvm, 2. 
Voir Abia 4. 

ABIA, hébreu : 'Abiyâh, 'Abïyâhou, « Jéhovah est 
mon père ; » Septante : 'A6id ; nom d'homme et de femme. 

1. ABIA, fils de Béchor, un des fils de Benjamin. 

I Par., vu, 8. 

2. ABIA, femme de Hesron, petit-fils de Juda. I Par., 
il, 24. 

3. ABIA, second fils de Samuel. Le prophète se l'as- 
socia avec son frère Joël dans l'administration de la jus- 
tice. Les deux frères s'en acquittèrent si mal, que le peuple 
réclama un roi. I Reg., vin, 2; 1 Par., vi, 28. 

4. ABIA, femme d'Achaz et mère d'Ézéchias, roi de 
Juda, IV Reg., xvm, 2; II Par., xxix, 1. Elle était fille de 
Zacharie. Voir ce nom. On trouve la forme abrégée, 
Abi, IV Reg., xvm, 2. Voir Abi. 

5. ABIA (hébreu: 'Abiyâm, dans les Rois; aussi sous 
la forme 'Abiyâhou, II Par., xm, 20, et 'Abiyâh, II Par., 
su, 16) , fils de Roboam, roi de Juda, succéda à son père 
•en 960 av. J.-C. (d'après la chronologie reçue; voir Chro- 
nologie), et régna pendant trois ans. I Par., xil, 16; xm, 
1-2; cf. III Reg., XV, 2. Cette durée de trois années ne 
doit pas être prise à la lettre, car il est dit qu'Abia monta 
sur le trône dans la dix-huitième année du règne de Jé- 
roboam, roi d'Israël, III Reg., xv, 1, et ailleurs qu'Asa, 
son fils, lui succéda dans la vingtième année du même 
règne de Jéroboam. III Reg., xv, 9. Ce n'est donc que 
deux ans et quelques mois qu'Abia régna sur Jérusalem 
et Juda, la Sainte Écriture, selon l'usage des Juifs, comp- 
tant pour une troisième année l'année commencée. Abia 
«ut pour mère Maacha ( hébreu : Ma'âkâh ) , fille d'Abessa- 
èom, III Reg., xv, 2; cf. II Par., xi, 20, qui est appelée, 

II Par., xm, 2, Mîkâyâhou , par une erreur manifeste 
de transcription. Le mot Abessalom (hébreu: 'AbiXalôm) 
«st sûrement une variante d'Absalom (hébreu : 'AbSalôm), 
«t le personnage dont il s'agit ici peut être le fils de 
David, quoique d'après quelques-uns il soit le même 
qu'Uriel. Voir Abessalom et Uriel 2. Mais cette iden- 
tification du père de Maacha avec le fils de David sou- 
lève une difficulté. Nous savons, en effet, qu'Absalom 
n'eut qu'une fille, qui s'appelait Thamar, II Reg., xiv, 27 , 
«t pas de fils. II Reg., xvm, 18. Donc, ou bien Maacha 
«st la même que Thamar, ce qui est invraisemblable , car 
il faudrait dire qu'Absalom portait aussi le nom d'Uriel ; 
ou bien elle est fille de Thamar, qui avait épousé Uriel 
de Gabaa, II Par., xm, 2, et petite -fille d'Absalom, dont 
«lie est appelée par extension la fille. Cf. Josèphe, Ant. 
jud., VIII, x, 1. Quelques interprètes, comme Thenius, 

Bertheau, ont cherché une autre explication, et comme 
la mère d'Asa, fils d'Abia et son successeur au trône, 
porte le même nom, II Par., xv, 16; III Reg., xv, 13, 
ils ont pensé que la fille d'Uriel était la mère d'Asa et non 
d'Abia, et que, par quelque inadvertance de copiste , son 
nom avait été substitué dans le texte à celui de la mère 
•d'Abia. Cette supposition est sans fondement. Il parait plus 
naturel de dire que dans les quatre passages où le nom 
de Maacha est marqué, il s'agit de la même personne, et 
<jue si Maacha, mère d'Abia, est aussi appelée mère d'Asa, 
iien qu'elle ne soit que sa grand'mère, c'est qu'elle avait 



conservé sous le règne de son petit -fils la dignité et le 
titre de reine mère, dignité et titre qui lui furent enlevés 
quand Asa la destitua à cause de son idolâtrie. II Par., 
xv, 16. 

Abia avait vingt-sept frères et soixante sœurs par son 
père, II Par., xi, 21; par sa mère il n'avait que trois 
frères, Éthaï, Ziza et Salomith, II Par., xi, 20, sur lesquels 
il avait été investi d'une sorte d'autorité (hébreu : r'ôs, 
« tête, » par extension, chef, personnage principal ; Septante : 
àp-/<>>v), dont l'étendue n'est pas déterminée. II Par., xi, 22. 
D'après les Septante et la Vulgate, Abia aurait mérité cette 
dignité par sa sagesse, f. 23; mais le texte hébreu rap- 
porte cette sagesse à Roboam, qui, pour éviter les conflits 
entre ses nombreux enfants, et peut-être surtout pour 
empêcher que quelques frères jaloux ne se liguassent 
contre Abia, son préféré, leur donna à chacun la garde 
d'une des places fortes de son royaume. Le texte insinue 
que l'unique raison de cette préférence de Roboam pour 
Abia fut la préférence même qu'il avait pour sa mère 
Maacha , et ce fut aussi la raison qui le lui fit choisir pour 
successeur, bien que par sa naissance il n'y eût aucun 
droit. C'est aussi pour cela qu'entre tous ses frères, Abia 
demeura à Jérusalem, capitale du royaume, menant une 
vie luxueuse au milieu d'un grand nombre de femmes 
et d'enfants. II Par., xi, 21-23. Le texte, il est vrai, 
semble rapporter cette magnificence domestique au temps 
qui suivit sa victoire sur Jéroboam; mais, comme il est 
impossible qu'il ait eu vingt- deux fils et seize filles dans 
le court espace de temps qui s'écoula entre cette victoire 
et sa mort, il faut dire qu'il épousa le plus grand nombre 
de ses quatorze femmes avant même d'arriver au trône. 
Si l'auteur des Paralipomènes n'en parle qu'après le récit 
de la guerre contre Israël , c'est sans doute pour rappro- 
cher sa prospérité domestique de ses succès politiques et 
militaires. Ce trait montre qu'Abia avait imité Salomon et 
Roboam dans leurs inclinations sensuelles, et manifeste 
déjà l'abaissement moral de la royauté en Juda. 

Cet excès ne fut pas le seul qui souilla le règne d'Abia. 
S'il ne se livra pas lui-même à l'idolâtrie, il la laissa pra- 
tiquer impunément; ce qui eût suffi à lui attirer la colère 
de Dieu , s'il n'avait eu pour ancêtre David , le fidèle ser- 
viteur de Jéhovah. C'est à cause de lui , et aussi à cause 
des antiques promesses faites à ses aïeux, qu'Abia eut une 
postérité. III Reg., xv, 4. Cette réflexion, qui a paru à 
plusieurs une interpolation , fait si bien corps avec le texte, 
qu'elle donne la clef de la conduite de Dieu au milieu des 
tristes événements qui remplissent non seulement le règne 
d'Abia, mais aussi toute la période des rois de Juda. A tra- 
vers les excès de ces souverains indignes, Dieu voit dans 
le passé David son serviteur, et dans l'avenir le rejeton 
de David, le Messie, et à cause de l'un et de l'autre il 
bénit et conserve au lieu de maudire et de briser. 

Abia était plus faible que méchant. Quoiqu'il laissât pra- 
tiquer l'idolâtrie et qu'il menât lui-même une vie sensuelle, 
la foi de David son aïeul demeura ferme au fond de son cœur. 
Elle se révèle au jour du danger, quand la guerre, depuis 
longtemps menaçante, vient à éclater entre Israël et Juda. 
Du moment où les dix tribus s'étaient choisi un roi, il 
s'était établi entre ces deux portions du peuple choisi une 
inimitié qui ne pouvait manquer d'éclater. Les rois de 
Juda, fondés sur les promesses divines faites à David, 
cherchaient tous les moyens de faire rentrer sous leu*" 
autorité les tribus séparées; Israël, au contraire, prétendait 
garder son autonomie. Durant le règne de Roboam, la 
haine, en grandissant toujours, était demeurée latente; 
elle éclata sous Abia, et voilà les deux royaumes lancés 
dans une guerre fratricide qui durera longtemps. S'il 
faut s'en rapporter au texte, Abia entra en campagne avee 
400 000 hommes très vaillants ; Jéroboam en avait le double, 
800000 : chiffres certainement excessifs, aussi bien que 
celui des 500000 hommes mis hors de combat. II Par., 
xm, 3, 17. Ces erreurs résultent de l'altération du texte 
hébreu, soit par l'inadvertance des transcripteurs, soit par 



43 



ABIA 



44 



la grande similitude de quelques lettres hébraïques; car 
les Hébreux, comme les Grecs, exprimaient les nombres 
par les lettres de l'alphabet. 

Or, avec son armée, quel qu'en ait été le nombre, 
Abia vint prendre position sur le mont Séméron ( hébreu : 
Çemârayîm), dont la position est douteuse (voir Sémé- 
ron), mais qui était certainement en Éphraïm. II Par., 
xiii, 4. Suivant un usage commun à cette époque, le roi 
de Juda, avant d'engager la bataille, harangua son ennemi. 
Le discours est élevé et si religieux, que la critique mo- 
derne a voulu y voir une contradiction avec ce qui est dit , 
III Reg., xv, 3, de l'impiété d'Abia. En effet, il déclare 
n'engager le combat que pour soutenir ses droits inalié- 
nables sur le royaume d'Israël. Jéhovah, dit -il, a donné 
pour toujours (hébreu : par le pacte du sel, c'est-à-dire 
d'une manière irrévocable, voir Sel) la royauté en Israël 
à David et à ses fils. Il a confiance en son droit, qui est 
le droit de Dieu. Aussi bien les dix tribus se sont adon- 
nées à l'idolâtrie, substituant le culte des veaux d'or à 
celui de Jéhovah; elles ont chassé les prêtres et les lévites, 
elles commettent tous les jours l'iniquité ; tandis que lui , 
roi de Juda , a gardé le principe constitutif de la monarchie 
chez les Hébreux, qui est d'être une théocratie dans la- 
quelle le roi est le ministre deJDieu. Ll le proclame : le Sei- 
gneur (hébreu : kâ'élokim, avec l'article) est le chef de 
l'armée de Juda ; qu'Israël redoute donc de se lever contre 
sa puissance. II Par., xm, 4. Comme on le voit, ce pas- 
sage n'est point inconciliable avec III Reg., xv, 3. Abia 
y montre seulement que sa doctrine vaut mieux que sa 
conduite. S'il se vante ici d'avoir fidèlement gardé le culte 
de Dieu , le passage du troisième livre des Rois ne dit pas 
qu'il ait lui-même pratiqué l'idolâtrie ; il a pu pécher seu- 
lement en la tolérant. 

Pendant ce discours, Jéroboam avait tourné la montagne 
avec quelques bataillons, et l'armée d'Abia allait être enve- 
loppée par ses ennemis. Le roi sentit le danger, fit sonner 
les trompettes sacerdotales; les guerriers poussèrent leur 
cri de guerre, et soudain Dieu jeta l'épouvante dans les 
rangs d'Israël. Dans cette confusion, Abia n'eut qu'à lancer 
son armée en bon ordre ; il s'ensuivit un immense car- 
nage : 500000 Israélites hors de combat, dit le texte. Abia, 
poursuivant sa marche, s'empara des villes de Béthel, 
Jésana et Éphron, avec leurs dépendances. C'est alors 
sans doute qu'Abia, rempli de gratitude, fit le voeu dont 
il est question vaguement au troisième livre des Rois, 
xv, 15, et qui avait probablement pour objet de con- 
sacrer au Seigneur le butin fait sur Jéroboam. II Par., 
xiii, 16-19. La mort empêcha Abia d'accomplir lui-même 
cette pieuse promesse, que son fils Asa se fit un devoir 
d'exécuter en son nom. III Reg., xv, 15. 

C'est tout ce que l'Écriture nous apprend de ce roi, ren- 
voyant pour le reste à des livres perdus : le livre des Annales 
des rois de Juda (Dibrê hayyâmîm), III Reg., xv, 7, et le 
livre (MidraS) duprophète Addo, II Par., xm, 22. L'égyp- 
tologie, qui fournit un si précieux document sur Roboam 
et ses relations avec Sésac, et l'assyriolpgie, qui en donne 
de si intéressants pour les règnes de plusieurs rois de Juda, 
sont restées muettes sur Abia, qui d'ailleurs ne parait avoir 
eu aucune relation politique de quelque importance avec 
les souverains étrangers. Sans sa victoire sur Jéroboam, 
ce roi serait demeuré bien effacé dans l'histoire de Juda. 
Cet épisode a révélé en lui un caractère droit, élevé, 
énergique même, et capable de grandes choses, si son 
éducation et son temps n'avaient empêché l'épanouisse- 
ment de ces précieuses qualités. P. Renard. 

6. ABIA (hébreu : 'Abiyâh; Septante : 'Agiï), fils de 
Jéroboam I«, roi d'Israël (975-9â4), n'apparaît dans la 
Bible .que pour justifier la parole du Saint-Esprit : que 
Dieu se venge sur les enfants des iniquités de leurs pères. 
Jer., xxxii, 18. Quand Jéroboam eut mis le comble à son 
apostasie en établissant le culte des veaux d'or, le mo- 
ment du Seigneur arriva : Abia tomba malade. III Reg., 



xiv, 1. Quelle était sa maladie? La Sainte Écriture n'en 
dit rien, mais il est manifeste qu'elle était surnaturelle 
dans son origine comme elle le fut dans son dénouement. 
Elle arrive au moment voulu par Dieu, dure ce que Dieu 
veut, se termine par la mort à l'heure marquée par Dieu. 
On employa sûrement, pour la combattre, toutes les res- 
sources qu'offrait la science médicale d'alors; mais en 
même temps Jéroboam se souvint que naguère, quand il 
exerçait à la cour de Salomon la fonction de percepteur 
des tributs, il avait rencontré un prophète de Silo, nommé 
Ahia, qui lui avait prédit l'heureux événement de son 
élévation à la royauté. Superstitieux autant qu'il était 
impie, il conçut le dessein d'obtenir par ruse, du même 
voyant, une réponse favorable à la guérison d'Abia. Car, 
pensait-il, si le prophète savait qu'on vient le consulter 
pour le fils du roi d'Israël, il se garderait de prédire son 
retour à la santé. D'après ce singulier calcul, Jéroboam 
fit travestir sa propre épouse et l'envoya à Silo consulter 
Ahia, sans dire ni qui elle était, ni pour qui elle venait. 
La santé du malade devait d'ailleurs, dans le plan de Jé- 
roboam, être achetée par des présents offerts au voyant; 
mais comme la prudence exigeait que la messagère, vêtue 
comme une pauvre , ne présentât que des dons modestes , 
elle offrit dix pains, un vase de miel et un gâteau commun 
(hébreu : niqqudim, de nâqad, qui signifie « marquer de- 
petits points », ce qui donne lieu de penser que ces gâ- 
teaux étaient troués, ou marqués d'une sorte de pointillé 
difficile à spécifier. Les Septante ont traduit par xo).)iuptç, 
« gâteau ordinaire »). Les prophètes, conduits en cela par 
l'inspiration d'en haut, accueillaient volontiers ces solli- 
citeurs, et y répondaient soit en prédisant l'issue de la 
maladie, soit en indiquant le remède au mal. III Reg.,. 
xm, 6; xvu, 17; IV Reg., i, 4; xx, 7; Is., xxxvm, 2L 
Nous voyons, II Par., xvi, 2, Asa blâmé par l'écrivain 
sacré, parce qu'il avait cherché le secours des médecins 
au lieu de recourir à Dieu. Le rationalisme, pour échapper 
au miracle , a voulu voir dans les indications des voyants 
des procédés ou moyens purement naturels; mais au- 
cune explication n'est plausible en dehors de la vertu sur- 
naturelle qui était dans les prophètes, ou dont ils étaient 
les dispensateurs. La chose est manifeste pour le cas d'Abia. 
Le prophète, presque aveugle, est éclairé d'en haut sur la 
qualité de celle qui l'interroge, comme aussi sur la cause 
de la maladie et son issue. Il prédit de la part de Dieu 
qu'en punition des crimes de Jéroboam, la famille du roi 
disparaîtra ignominieusement , et que dès ce jour Abia 
mourra. Le moment de sa mort est déterminé : il expirera 
au moment où sa mère mettra le pied sur le seuil du 
palais de Jéroboam, III Reg., xiv, 17; le f. 12 porte: 
« quand elle entrera dans la ville. » Toutes choses qui 
s'accomplissent à la lettre et en dehors de toute prévision 
humaine. C'est à Thersa (grec : Saptpi) qu'Abia mourut. 
Cette ville était une des grandes cités d'Israël. Voir 
Thersa. Abia y reçut la sépulture au milieu des la- 
mentations du peuple, dont il était aimé à cause de 
son bon naturel. Son âge n*est pas indiqué dans la Bible. 
III Reg., xiv, 12. Il faut remarquer que tout le passage 
qui contient cet épisode, III Reg., xiv, 1-20, fait défaut 
dans le Textus receptus des Septante; dans le Codex 
Alexandrinus , il est inséré au chapitre xi du même livre, 
après le verset 24. Tous les manuscrits du texte hébreu 
le contiennent à la place qu'il occupe dans la Vulgate. Il 
n'y a donc aucune raison de mettre en doute son authen- 
ticité. P. Renard. 

7. ABIA, un des descendants d'Ëléazar, fils d'Aaron; 
il se trouva chef de la huitième des vingt-quatre classes 
ou familles sacerdotales, lorsque David les établit. I Par., 
xxiv, 10. Zacharie, père de saint Jean -Baptiste, était de 
la famille d'Abia. Luc, i, 5. 

8- ABIA, un des prêtres qui signèrent avec Néhémie 
le renouvellement de l'alliance. II Esdr., x, 1, 



45 



ABIA.LBON — ABIDA 



46 



ABIALBON (hébreu : 'Abî'albôn, « mon père est 
fort; » Septante: ra8a6w)>), un des trente-sept héros ou 
vaillants guerriers de l'année de David, II Reg., xxm, 31. 
Il est nommé Abiel dans I Par., xi, 32. Voir Abiel 2. 

ABIAM ( hébreu : 'Abîyâm ), Abia, roi de Juda, fils et 
successeur de Roboam. Son nom, qui est écrit sous la 
forme Abia dans les Paralipomènes, est constamment écrit 
Abiam dans le troisième livre des Rois, xiv, 31; xv, 1, 
7, 8. Voir Abia 5. 

ABIASAPH (hébreu : 'AM'âsâf, « mon père a ras- 
semblé ;» Septante : 'A6ii<i!j<p, 'A6i<râ<p, 'Aëii<ra<p), Lévite, 
un des fils de Coré. Exod., vi, 24; I Par., vi, 37. 11 est 
appelé Ébiasaph (en hébreu : 'Ebeyâsâf) , I Par., vi, 24; 
ix, 19. La généalogie donnée 1 Par., vi, 23-37, semble en 
contradiction avec les deux endroits parallèles, Exod., 
vi, 24, et I Par., VI, 37, et crée une difficulté. Ou bien il 
y a erreur de transcription ; ou bien Asir et Elcana , qui 
paraissent en ce passage donnés comme les ascendants 
d'Abiasaph , doivent être plutôt regardés comme ses frères 
et fils de Coré comme lui, conformément à Exod., vi, 24. 

ABIATHAR (hébreu : 'Ébeyâ(âr), grand prêtre, arrière- 
petit-fils d'Héli par Phinées et Achitob ; fils du grand prêtre 
Achimélech, qui fut mis à mort par Saùl, pour avoir donné 
l'hospitalité à David fugitif. Abiathar, voué à la mort avec 
tous les habitants de Nob, échappa comme par miracle 
au massacre, I Reg., xxii, 20, et s'enfuit auprès de 
David , qui s'était abrité à Maspha , dans les montagnes 
de Moab. Il s'attacha à lui comme un serviteur fidèle , et 
partagea les privations de sa retraite. Or il avait emporté 
avec lui l'éphod, I Reg., xxm, 6, dont il se servait pour 
consulter Jéhovah dans les circonstances difficiles. C'est 
ainsi que, par l'ordre du Seigneur, il détermina David à 
quitter Moab, à repasser le Jourdain, et à tenter, tout 
près de l'armée de Saûl, le coup le plus audacieux : la 
délivrance de Céila, assiégée par les Philistins. I à encore 
Abiathar sauva le roi des projets hostiles de Saùl; car, 
ayant consulté Dieu par l'éphod sur les dispositions des 
habitants de Céïla, il connut qu'elles étaient mauvaises, 
ce qui amena David à s'enfuir dans la montagne du dé- 
sert de Ziph, aujourd'hui Tell-Zif, I Reg., xxm, 14-15, où 
Abiathar le suivit encore. Nous retrouvons ce grand prêtre 
à Jérusalem, lors de la translation solennelle de l'arche 
à Sion. Il portait le dépôt sacré avec Sadoc, grand prêtre 
comme lui, et quelques lévites choisis par David. I Par., 
xv, 11-12. A cette époque, par une exception difficile à 
expliquer, il y avait deux grands prêtres simultanément 
en fonction. Cf. II Reg., vm, 17; xv, 24, 29, 35; xix, 11 ; 
xx, 25; I Par., xv, 11; xvm, 16. 

Abiathar était encore près de David lorsque celui-ci, pour- 
suivi par Absalom révolté, quitta Jérusalem. Il marchait 
en avant de l'arche du Seigneur, que transportaient Sadoc 
et les lévites, II Reg., xv, 24, dirigeant l'ordre de cette 
pieuse translation. Mais, arrivé au pied de la montagne 
des Oliviers , il fut forcé d'obéir à David , qui refusait de 
faire partager ses humiliations à l'arche sacrée , et rentra 
dans la ville , se privant cette fois de suivre son roi, pour 
monter une sainte garde près de l'arche du Seigneur. De Jé- 
rusalem, il continua à veiller avec Sadoc au salut du fugitif. 
C'est par eux que David, instruit des projets d'Absalom et 
de son conseiller Achitophel, passa de nouveau le Jourdain. 
Abiathar, dont la fidélité ne s'était pas démentie dans 
l'épreuve, trahit David aux jours de sa prospérité. Il 
est probable que l'autorité accordée dans la suite à son 
collègue Sadoc lui porta ombrage. Quand donc Adonias 
mécontent organisa un plan de révolte pour usurper le 
trône, il trouva Abiathar prêt à le soutenir. III Reg., i, 7. 
Sur ces entrefaites, le saint roi mourut; ce fut Salomon 
qui eut la mission de punir les coupables ; Adonias fut mis 
à mort, et Abiathar eût partagé le même sort, si un sen- 
timent de piété filiale, qui fait honneur à Salomon, n'eût 



arrêté la sentence. Le roi se souvint qu'aux jours de ses 
malheurs, David avait trouvé en lui un serviteur fidèle. 
C'en fut assez pour mitiger la peine. Le traître fut seule- 
ment déchu du souverain pontificat et relégué à Anathoth, 
ville sacerdotale, au nord -est de Jérusalem. C'était l'ac- 
complissement de la malédiction prononcée naguère par 
Dieu sur la maison d'Héli, son aïeul. I Reg., n, 30-36; 
m , 10-14. Il n'est plus désormais question de ce person- 
nage. Par sa déchéance , le souverain pontificat fut trans- 
féré de la famille d'Ithamar à celle d'Éléazar, I Par., 
xxrv, 2-3. Cette triste fin contredit tout le reste de la vie 
d'Abiathar. Jusque-là il s'était montré homme d'un grand 
caractère, actif, intrépide, dévoué jusqu'à la mort à Dieu 
et à son roi. La jalousie ou quelque autre passion le perdit 
à l'heure où il pouvait, dans une sécurité parfaite, par- 
tager la gloire et la puissance de David victorieux. 

Le verset 17 du chapitre vm , au second livre des 
Rois, présente relativement à Abiathar une difficulté : « Et 
Sadoc, fils d'Achitob, et Achimélech, fils d'Abiathar, étaient 
prêtres. » Car il est indubitable qu'à cette époque les deux 
grands prêtres étaient Sadoc et Abiathar. Faut -il donc 
voir dans ce verset une interversion de noms introduite 
par quelque copiste, en sorte qu'il faudrait lire (et de même 
aux passages parallèles I Par., xvm, 16 et xxiv, 6) : « Abia- 
thar, fils d' Achimélech? » Ou bien appelait-on indifférem- 
ment le même personnage Abiathar et Achimélech, comme 
on peut l'inférer d'après saint Marc, H, 25-26? Ou enfin 
s'agit- il réellement d'un fils d'Abiathar, qui aurait rempli 
les fonctions sacerdotales transitoirement en l'absence de 
son père ? Toutes ces hypothèses sont soutenables , sans 
qu'aucune d'elles donne le dernier mot de la difficulté. 

P. Renard. 

ABIB (hébreu : 'ablb), le premier mois de l'année hé- 
braïque, appelé depuis nisan. Ce mot signifie épi, Exod., 
ix, 31; Lev., H, 14; cf. Cant., H, 13, et il désigne, dans le 
Pentateuque, Exod., xm, 4; xxm, 15; xxxiv, 18; Dent., 
xvi, 1, le mois où le blé monte en épis. Il était de trente 
jours, et commençait, d'après les rabbins, a la nouvelle 
lune de mars. Ce fut en souvenir de la délivrance des 
Hébreux de la servitude d'Egypte que ce mois fut le pre- 
mier de l'année. Exod., xn, 2. La fête de Pâques se célé- 
brait le quinze d"abîb. Exod., xn, 6, 18. Voir Mois. 

ABICHT Johann Georg, orientaliste et théologien alle- 
mand, luthérien, né le 21 mars 1672 à Konigsee, dans la 
principauté de Sehwarzbourg-Rudolstadt, mort à Wittem- 
berg le 5 juin 1740. Il fit ses études à Iéna et à Leipzig ; 
en 1702, il devint professeur de langues orientales dans 
l'université de cette dernière ville ; puis , en 1707, recteur 
du Gymnase et pasteur de l'église de la Sainte - Trinité 
à Dantzig; enfin, en 1729, surintendant général f premier 
professeur de théologie et pasteur de l'église de la ville de 
Wittemberg. Il jouit de la réputation d'un savant très versé 
dans la connaissance des langues orientales et de l'archéo- 
logie hébraïque. Son ouvrage le plus connu est sa Breeis 
Methodus Ungux sanclse, in-8°, Leipzig, 1718. Il eut des 
discussions qui firent grand bruit avec J. Franlte sur 
l'usage grammatical, prosodique et musical des accents 
hébreux, Accentus Hebrœorum, in -8°, Leipzig, 1715. 
Parmi ses autres nombreuses publications, on remarque 
ses Annotationes ad vaticinia Habacuc prophètes, i«-4», 
Wittemberg, 1752. Il fut un des collaborateurs des Acta 
eruditorum de Leipzig. Ses écrits les plus intéressants ont 
été insérés dans le Tliesaurus novus theologico-plrilolo- 
gicas dissertationum exegeticarum ex Musœo Th. Ilasœi 
et Conr. Ikenii, 2 in-f», Leyde, 1732. — Sur Abicht, voir 
E. Chr. Schroeder, Programma academicum in exequias 
J. G. Abichli, Wittemberg, 1740; J. W. Berger, Oratio 
funebris in exequiis J. G. Abichti, Wittemberg, 1740; 
M. Rauft, Leben Sâchsischer Gottesgelehrten , t. I, p. 1. 

F. Vigouroux. 

ABIDA (hébreu : 'Abîdâ' , « mon père sait ou est 
savant; » Septante : 'A6îi3i) , un des fils de Madian, des- 



47 



ABIDA — ABIGAÏL 



48 



cendant d'Abraham et de Céthura. Gen., xxv, 4 ; I Par., 
1,33. 

ABIDAN (hébreu: 'Abidân, « mon père est juge ; » 
Septante : 'AëtSâv), chef de la tribu de Benjamin, au temps 
de la sortie d'Egypte. Il fit ses présents, comme les autres 
princes d'Israël, pour la dédicace de l'autel. Num, i, 11 ; 
il, 22; vu, 60, 65; x, 24. 

ABIEL, hébreu : 'Abiel, « mon père est Dieu ou fort; » 
Septante: 'Aêif[\. 

1. ABIEL, père de Cis, de la tribu de Benjamin, et 
grand-père de Saûl, I Reg., ix, 1, et d'Abner, I Reg., 
xiv, 51. On ne doit pas identifier Abiel avec Jéhiel ou Abi- 
gabaon. Celui-ci était son père. Mais Abiel est le même 
personnage que le premier Ner, I Par., vm, 33 et 30 (Sep- 
tante); I Par., ix, 36, 39. Voici la table généalogique : 

Jéhiel ou Abigabaon 

Abiel ou Ner 



Cis 
Suùl 



Ner 
Abner 



2. ABIEL, le même qu'Abialbon (même signification). 
Voir Abialbon. 

ABIÉZER, hébreu : 'Abî'ézer, « mon père est un 
secours. » Dans les Nombres, xxvi, 30, par contraction, 
Iézer; hébreu: 'Iézer; Septante : 'A6iéÇep, 'IeÇi. 

1. ABIÉZER, fils aîné de Galaad, d'après Num., xxvi, 30, 
et Jos., xvii, 2, ou fils de la sœur de Galaad, selon le 
texte actuel des Paralipomènes , I Par., vu, 18. Il fut le 
chef d'une des plus importantes familles de la tribu de 
Manassé, qui semble avoir eu d'abord ses possessions à 
l'est du Jourdain, avant de se fixer à Éphra, où naquit 
Gédéon, descendant d'Abiézer. Jos., xvn, 2; Jud., vi, 11, 
24, 34; vm, 2, 32. 

2. ABIÉZER, d'Anathoth, de la tribu de Benjamin, était 
un des guerriers renommés de l'armée de David. Pendant 
le neuvième mois, il commandait les troupes de la garde 
du roi. II Reg., xxm, 27; I Par., xi, 28; xxvii, 12. 

ABIGABAON (hébreu: 'Abî-gib'ôn, « père ou pos- 
sesseur de Gabaon ; » Septante : mxTÎjp Taêaûv ), surnom 
donné à Jéhiel, possesseur de Gabaon et ancêtre de Saûl , 
I Par., vm , 29. Voir Jéhiel et Abiel 1. 

ABIGAÏL, hébreu : 'Abigayil, « mon père est joyeux ; » 
Septante : 'Aêiyaîa. 

1. ABIQAlL, femme de Nabal, et plus tard épouse de 
David , à la suite de l'incident rapporté au premier livre 
des Rois, xxv, 3-42. Elle habitait avec Nabal à Maon, sur 
la lisière du désert de Pharan, vivant dans l'abondance, 
car son mari était fort riche en troupeaux de brebis et de 
chèvres, qu'il entretenait près de là, dans son domaine 
de Carmel, au milieu d'un pays montagneux et très fertile 
en pâturages. Voir Carmel 2. Ils étaient de ces Israélites, 
devenus rares alors, auxquels la vie agricole ne faisait 
pas oublier la vie pastorale de leurs ancêtres. Le carac- 
tère d'Abigaïl contrastait d'ailleurs étrangement avec celui 
de son mari. Celui-ci était un homme dur, violent, ami 
de la bonne chère, et facilement entraîné à l'intempé- 
rance. I Reg., xxv, 36. Elle, au contraire, possédait toutes 
les qualités d'une femme accomplie. A une rare beauté, 
elle joignait une grande maturité de jugement, une éton- 
nante décision, même dans les situations les plus déli- 



cates , enfin une admirable énergie dans l'emploi des 
moyens. Or chaque année, à l'occasion de la tondaison 
des brebis, la famille de Nabal, suivant un usage uni- 
versel, se mettait en fête : on le savait dans le voisinage, 
et les propriétaires voisins , les amis , n'oubliaient pas 
que la fête comportait un grand festin auquel ils étaient 
conviés , ou bien l'envoi de présents offerts par le maître 
des troupeaux tohdus. Cf. H Reg., xm, 24-27. David, 
ayant été informé de ce qui se passait chez Nabal, crut 
l'occasion favorable pour faire valoir ses services rendus, 
le succès de ses armes contre les Arabes maraudeurs , 
l'efficace protection exercée sur les troupeaux de Carmel ; 
et il pensait obtenir facilement une part dans les largesses 
de Nabal, d'autant plus que le désert de Pharan fournissait 
si peu pour sa subsistance! Malheureusement Abigaïl était 
absente quand se présentèrent les envoyés de David. Elle 
ignorait même la démarche du royal fugitif et la réponse 
impertinente de son mari , quand un de ses serviteurs 
vint la prévenir que David , justement irrité , avait juré 
la ruine de Nabal, et qu'il se préparait à l'heure même 
à marcher sur lui avec tous ses gens. I Reg., xxv, 14. 
Prudente autant qu'elle était ferme, Abigaïl trouve à l'ins- 
tant le remède au mal. Elle fait apporter deux cents pains, 
emplir de vin deux outres , cuire cinq moutons ; elle y 
joint cinq boisseaux de farine d'orge , cent ligatures de 
raisin et deux cents gâteaux de figues : tout cela est des- 
tiné à David, dont le ressentiment, pense-t-elle, s'apaisera 
en face de cette libéralité. C'était, en effet, une offrande 
considérable. Siba crut se montrer très généreux envers 
David en lui offrant plus tard une outre de vin, II Reg., 
xvi, 1; Abigaïl en offre deux, et elles étaient sans doute 
de grande capacité , comme celles qu'on apprêtait avec la 
peau entière d'un bouc; cf. Gen., xxi, 14; Jos., ix, 4, 13; 
Jud., iv, 19 (voir Outre); cf. Fillion, Atlas archéolog,, 
p. 10 et pi. xv. Les cinq boisseaux (se'yîm) de farine 
d'orge (hébreu : qâli, « blé grillé, » I Reg., xxv, 18; cf. 
xvii, 17) représentaient une quantité notable, carie se'dh 
était le tiers de Véphâh, et contenait environ treize litres. 
Les Septante ont traduit cinq éphah, peut-être parce 
que les cinq se'îm paraissaient trop peu. Le présent ap- 
pelé ligatures de raisin (hébreu : simmuqîm) se compo- 
sait de raisins desséchés, pressés, et mis en masses ou gâ- 
teaux. C'étaient un des meilleure produits de la contrée, 
car les alentours d'Hébron étaient plantés de vignes pro- 
duisant un raisin excellent. 

Précédée de ses serviteurs et suivie de ce convoi, Abi- 
gaïl, à l'insu de Nabal, se dirigea vers la retraite de David, 
qui était, d'après l'hébreu et la Vulgate, le désert de Pha- 
ran ; d'après les Septante, le désert de Maon. I Reg., xxv, 1. 
Cette divergence peut se résoudre par la proximité de la 
partie septentrionale du désert de Pharan avec la partie 
méridionale de celui de Maon , au sud de Juda. Voir Maon , 
Pharan. Elle rencontra David au pied de la montagne 
(hébreu: beséfer hâhâr, « dans la cachette de la mon- 
tagne»), probablement dans une retraite formée par une 
dépression de terrain, et, selon la coutume des Orientaux, 
descendant de sa monture, elle se prosterna deux fois en 
inclinant la tête jusqu'à terre. Elle se félicita bientôt du 
parti qu'elle avait pris de venir au-devant de lui; car 
David , après s'être répandu en reproches contre Nabal , 
I'écouta sans l'interrompre. Le discours d'Abigaïl est aussi 
habile qu'élevé. I Reg., xxv, 24-31. Bien qu'elle n'ait été 
pour rien dans la réponse insolente de Nabal, elle prend 
sur elle-même toute la faute, et cependant elle se pré- 
sente avec confiance , car elle vient envoyée par Jéhovah 
pour empêcher David de commettre un crime, et lui offrir 
des présents qu'elle appelle du nom sacré de bénédiction, 
I Reg., xxv, 27 ( hébreu : berâkâh, qui a le sens de présent 
offert avec bienveillance, benedicendo ei cui offertur, ou de 
celui de choses résultant de la bénédiction de Dieu ; Sep- 
tante : rjloyfcxv; cf. Gen., xxm,ll ; II Cor., IX, 5). Après quoi 
elle se concilie, sans flatterie, l'esprit du héros irrité, en 
affirmant de lui, ce qu'elle a sans doute appris de Samuel 



49 



ABIGAÏL 



ou d'un autre prophète, à savoir qu'il est l'élu, le pro- 
tégé de Jéhovah; que sa gloire sera grande; qu'il con- 
sommera la ruine de ses ennemis, et enfin qu'il devien- 
dra le chef (hébreu : nâgid, prœstans , eximius, dux) 
d'Israël. Il faut signaler, dans la péroraison de ce discours, 
la belle image du ^.29. S'il s'élevait jamais quelqu'un 
qui cherchât à tuer David : « Que votre vie, dit Abigaïl, 
par la protection de Dieu, soit liée dans le faisceau des 
vivants ! » Cette expression : « soit liée dans le faisceau 
des vivants, » demeure encore aujourd'hui la conclusion 
de toutes les épitaphes qu'on lit sur les tombeaux des Juifs, 
en Orient; avec cette seule différence qu'on l'écrit en 
abrégé, avec les initiales n. i. s. a. n., f. n. s. b. h., comme 
chez les chrétiens : R. I. P. Voir Fillion , Essais d'exé- 
gèse, p. 296. Le faisceau des vivants désigne en général 
la société des bons : dans la bouche d'Abigaïl , c'est cette 
société encore sur la terre ; dans les épitaphes, c'est cette 
société dans le ciel. Il faut aussi remarquer l'image expres- 
sive par laquelle Abigaïl représente l'instabilité et la ruine 
des ennemis de David : « Ils seront comme une pierre tour- 
noyant dans la cavité d'une fronde. » I Reg., xxv, 29. 

David, apaisé par ce discours, reconnaît et admire l'ac- 
tion divine qui, par le moyen de cette messagère, l'em- 
pêche de répandre le sang. Les présents offerts et accep- 
tés , l'épouse de Nabal revient à Maon, où elle trouve son 
farouche mari en pleine orgie, et dans un tel état d'ivresse, 
qu'elle ne peut l'entretenir de ce qu'elle vient de faire. 
Elle le lui déclare le lendemain; mais, soit par l'effet de 
son intempérance, soit par l'impression du danger qu'il 
a couru, Nabal demeure inerte et insensible ; il est frappé 
d'apoplexie et meurt dix jours après. C'est alors que David, 
encore sous le charme des brillantes qualités d'Abigaïl, 
la fait demander en mariage. Avec une affectation tout 
orientale, celle-ci répond qu'elle n'a d'autre ambition que 
1 de remplir les plus bas offices près de son seigneur. Fort 
honorée en réalité, elle accepte la proposition, se lève, 
et , montée sur un âne , elle suit , avec cinq jeunes filles 
qui l'accompagnent, les messagers chargés de la conduire 
vers son nouvel époux. 

Ce gracieux épisode se passait vers 1055 avant J.-C, 
d'après la chronologie ordinaire. Il met en relief le carac- 
tère sage , doux et ferme d'Abigaïl , et fait de cette femme 
la véritable héroïne d'un petit drame où l'action de Dieu 
apparaît toujours dominant les démarches des hommes et 
conduisant leur cœur. Les interprètes ont vu, dans Abigaïl 
épousant David après la mort de son premier mari, l'image 
de l'Église des gentils recevant pour époux Jésus-Christ 
après la ruine du paganisme ; ou encore l'image de la très 
sainte Vierge, professant qu'elle ne veut être que la ser- 
vante du Seigneur, comme Abigaïl professait elle-même 
ne vouloir être que la très humble servante de David. 

P. Renard. 

2. ABlGAlL, sœur de David et de Sarvia. La Bible ne 
la mentionne que comme un élément généalogique. II Reg., 
xvii, 25 (hébreu: 'Abigal); I Par., n, 16-17. Elle était 
fille d'Isaï, d'après I Par., u, 13, 16; de Naas, d'après 
II Reg., xvii, 25; difficulté communément résolue par 
l'identification de Naas avec Isaï. Quelques interprètes ce- 
pendant regardent Naas comme un nom de femme, et en 
font la mère d'Abigaïl. Elle avait par son père huit frères, 
I Reg., xvi, 5-11, bien que l'auteur des Paralipoménes , 

I Par., u, 13-15, n'en mentionne que sept, peut-être 
parce que le huitième n'eut pas de descendants. Voir 
Isaï. L'un d'eux était David, qui serait frère utérin d'Abi- 
gaïl , si l'on fait de Naas un nom féminin et si l'on refuse 
d'identifier ce personnage avec Isaï. Abigaïl épousa Jétra, 

II Reg., xvii, 25; I Par., n, 17; voir Jétra, dont elle eut 
un fils, Amasa, celui qui prit parti pour Absalom contre 
David, II Reg., xvii, 25, et devint chef de l'armée des 
révoltés. P. Renard. 

3. abigaïl, femme d'Abisur. I Par., u, 29. Dans l'hé- 
ireu , on lit 'Abiluiyil. Voir Abihaïl 9. 



ABILA 
ABIHAÏEL. Voir Abihaïl 1. 



50 



ABIHAÏL, hébreu : 'Abîhâyîl, « mon père est puis- 
sant; n Septante: 'Aêr/aiX 

1. ABIHAÏL (Vulgate : Abihaïel), père de Suriel, qui, 
au temps de Moïse , était chef de la famille lévitique de 
Mérari. Num., m, 35. 

2. ABIHaIl, femme d'Abisur. I Par., n, 29. (Quelques 
manuscrits hébreux ont 'Abîhâyil avec un hé au lieu 
d'un heth; Septante : 'Aerçaîa). Dans la Vulgate, on lit 
Abigaïl. Voir Abigaïl 3. 

3. ABIHAlL, fils de Huri, de la tribu de Gad. I Par., 
v, 14. 

4. ABIHAÏL , fille, ou plutôt petite-fille d'Éliab, frère aine 
de David. Elle épousa Roboam, roi de Juda. II Par., xi, 18. 

5. ABIHAÏL, père d'Esther et frère de Mardochée. Esth., 
n, 15; ix, 29. 

ABILA , ville capitale de la tétrarchie des Lysanias. Elle 
est à six heures de marche environ de Damas, â onze 




5. — Monnaie d'un Lysanias d'Abilène. 

Tête diadémée de Lysanias, tournée a droite. — fy Fallas debout, 
tenant la Victoire de la main droite, la main gauche appuyée sur 
un bouclier. AYEANlOY [TExpdpxou] KAI APX1EPEIJS. 
« De Lysanias [tétrarque] et grand prêtre. » 

heures de Baalbek. Ptolémée l'appelle 'A6îXa Awxavîou, 
V, xv, 22. Elle tirait probablement son nom de la ferti- 
lité de son sol, si ce nom vient du mot sémitique 'âbêl, 
« prairie, plaine verdoyante. » Située sur le versant oriental 
de l'Anti- Liban, dans un district arrosé par les eaux du 
Barada (voir Abana) , elle était traversée par une des routes 
qui se dirigeaient de Damas vers la mer Méditerranée. On 
y arrive aujourd'hui, par le sud, en se rendant de Damas 
à Baalbek. Après avoir franchi une gorge étroite , on voit 
s'étaler devant soi un vallon qui s'étend en longueur du 
sud au nord. Là il est fermé de nouveau par un étroit 
passage où coule le Barada, dans un lit qui n'a pas plus 
d'une cinquantaine de mètres de largeur, entre deux murs 
de rochers â pic, hauts de deux cents à deux cent cinquante 
mètres, sur une longueur d'environ cent quatre-vingts 
mètres. Voir le plan, fig. 6. 

C'est au milieu de ce vallon qu'a fleuri jadis la capitale 
de l'Abilène. Elle est devenue aujourd'hui le petit village 
de Souq-Ouadi-Barada (Foire de l'ouadi Barada). Sa situa- 
tion est très pittoresque. Il s'élève sur la rive droite de la 
rivière, au milieu de jardins. Les inscriptions qu'on y a 
trouvées attestent que c'est là le site de l'ancienne Abila. 
Dans l'une d'elles, qui a trait à la partie de la voie romaine 
taillée dans le roc vif, dont on voit encore les restes au 
nord de Souq, il est dit des empereurs Marc-Aurèle et 
L. Verus : « Viam fluminis vi abruptam interciso monte 
restituerunt... impendiis Abilenorum.il Le nom d' Abila ne 
s'est même pas tout à fait perdu. Au sud -ouest de Souq, 
sur la montagne , on voit un tombeau qui porte encore le 
nom de Kabr-Abil. Une fausse interprétation de ce nom 
en a fait le tombeau d'Abel, fils d'Adam. Abila occupait 
une plus grande étendue que le village actuel : elle s'éten- 
dait plus loin au nord et à l'est sur la rive gauche, comme 
l'attestent la route antique, un aqueduc, des tombeaux, 
des ruines de temple, etc. 



51 



ABILA — ABÎME 



52 



La ville d'Abila n'est point mentionnée dans l'Écriture, 
mais elle donne son nom à l'Abilène, dont parle saint 
Luc, m, 1. Cet évangéliste est d'ailleurs le premier qui 
ait mentionné le nom de ce pays. Pendant les premiers 
siècles de l'ère chrétienne, Abila fut le siège d'un évêché 
dépendant du patriarcat d'Antioche. Un de ses titulaires, 
appelé Jourdain, assista au concile de Chalcédoine en 451 ; 
un autre , Alexandre , est nommé sous l'empereur Justin , 



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6. — Abila. 



en 518. Les Sarrasins prirent et saccagèrent la ville en 634, 
i-n mettant à profit une foire annuelle, qui avait réuni en 
ce lieu, où il y avait un monastère célèbre, un grand 
nombre de marchands chrétiens, d'où le nom de Souq ( ou 
foire)-Ouadi-Barada, qui lui a été donné depuis. Voir 
E. Robinson, Later Biblical Researches in Palestine, 
•1856, p. 478-484; J. L. Porter, Five years in Damascus, 
2 in-8», Londres, ia55, t. i, p. 262-273; Id., The Rivers 
of Damascus, dans le Journal of sacred Literature, 
juillet 1853, new séries, t. IV, p. 248-255; Ebers- et 
Guthe, Palàstina in Bild und Wort, 2in-f t ', Stuttgart, 
1883, t. i, p. 456-460; Furrer, Die antiken Stâdte und 
Ortschaften im Libanongebiete , dans la Zeitschrift des 
deutschen Palàstina - Vereins , année 1885, t. vin, p. 40; 
E. Schûrer, Geschichte des jïidischen Volkes, 2 e édit., 1. 1, 
part, h, Leipzig, 1890, p. 600-604. 

Il existait dans la Décapole, à l'est du lac de Tibériade, 
une autre ville du nom d'Abila, qui a été quelquefois con- 
fondue i tort avec celle de l'Anti- Liban. Voir Décapole. 

F. Vigouroux. 

ABILÈNE ('A6i)u)v^, Luc, m, 1), tétrarchie dont Abila 
était la capitale. Voir Abila. On ne peut déterminer exac- 
tement quelle était l'étendue de territoire qu'embrassait 
cette tétrarchie et ses limites géographiques. Elles varièrent 
d'ailleurs sous les différents princes qui la gouvernèrent. 
L'Abilène comprenait sans doute le district du haut Ba- 
rada, au-dessus d'Abila, et s'étendait peut-être au sud 
jusqu'à l'Uermon. Elle devait, en tout cas, renfermer à 
l'ouest le versant oriental de l'extrémité méridionale de 



l'Anti -Liban, et une partie des riches vallées arrosées par 
le Barada. C'est un pays fertile, bien boisé, arrosé par de 
nombreuses sources et abondant en pâturages. Autant le 
versant occidental de l'Anti -Liban est aride et désolé, 
autant, en général, le versant opposé est riche et ver- 
doyant. Pour ce qu'on connaît de l'histoire de l'Abilène, 
voir Lysanias. F. Vigouroux. 

ABIMAËL (hébreu : 'Abimâ'êl, « mon père est force, » 
ou « père de Maël » ; Septante : 'AëipiaéX ), descendant de 
Jectan. Gen., x, 28; I Par., i, 22. On le considère géné- 
ralement comme le père d'une des tribus arabes du sud. 
Bochart croit que cette tribu est celle des Mali ou des 
Minéens. Le nom d'Abimaël , en arabe , serait Aboumaïl 
ou Aboumàl , ce que l'on peut interpréter par « père de 
Mali ou des Malites ». Mali est le nom d'une tribu de la 
péninsule arabique, mentionnée par Théophraste, Historia 
plantarum, IX, 4. Cette tribu parait être la même que 
celle des Minéens, dont parlent Ëratosthène dans Strabon, 
xvi, p. 1112, et Denis Périégète (édit. Bernhardy, vers 
956-959, p. 288), par l'effet de la permutation de l et de n. 
Ptolémée, VI, vu, nomme aussi des Manites ( Mctvfatt) dans 
le voisinage des Minéens. Cf. Bochart, Phaleg , n, 24, 
Opéra, Liège, 1692, t. i, col. 127-128. Dans les environs 
de la Mecque, il y avait une localité appelée Mani. Aboul- 
féda, Arabia, édit. Gagnier, p. 3, 42. Cf. Michaelis, Spi- 
cilegium, t. n, p. 179 et suiv. F. Vigouroux. 

ABIME. Mot par lequel nous rendons en français le 
terme latin de la Vulgate abyssus. Abyssus n'est lui-même 
que le mot grec c<6v<t<to; latinisé, lequel, d'après l'éty- 
mologie commune , est composé de l'a privatif et de 
0v<too< = puôôî, « fond, » et signifie, par conséquent, « sans 
fond. » Les auteurs profanes, à l'exception de Diogène 
Laerce, IV, v, 27, ne l'emploient jamais comme substantif, 
mais toujours comme adjectif. Les Septante et les écri- 
vains du Nouveau Testament s'en sont servis comme d'un 
substantif, d'où le substantif abyssus de notre Vulgate. 
Par la traduction latine des Livres Saints, le mot abyssus 
est devenu familier à tous les Pères et écrivains ecclésias- 
tiques de l'Église latine; mais il était inconnu aux auteurs 
classiques et on ne le rencontre jamais dans leurs écrits. 

Le mot « abîme » a , dans l'Ancien et dans le Nouveau 
Testament, deux sens très différents. 1° Dans l'Ancien 
Testament, il est la traduction du mot hébreu mnn, 
(etiôm, qui désigne les eaux primitives, Gen., i, 2; Ps. cm 
(hébreu, civ), 6, et la mer, Gen., vu, II; vm, 2; Exod., 
xv, 5, 8; Job, xxvm, 14; xxxvm, 16, 30; xli, 23 (24); 
Ps. xxxv (xxxvi), 7; lxxvi (lxxvii), 17; cv (cvi), 9; 
cxxxiv (cxxxv), 6; Eccli., i, 2; xm, 18; Is., li, 10; lxiii, 
13; Ezech., xxvi, 19; xxxi, 15; Amos, vu, 4; Jonas, 
n, 6; Hab., m, 4, etc. Par extension, (ehôm, abyssus, 
signifie les eaux souterraines, considérées comme une mer 
invisible, qui alimente les sources et les fleuves, Gen., 
xlix, 25; Deut., xxxm, 13; Ps. xli (xlii), 8; Ezech., 
xxxi, 4. En hébreu, le mot (ehôm est principalement 
employé dans des passages poétiques, et correspond, dans 
le parallélisme synonymique, au mot yâm, « mer, » ou 
rnaïm, « eaux. » Job, xxvm, 14; Ps. lxxvi (lxxvii), 17, 
etc. C'est certainement une expression archaïque, qui était 
tombée en désuétude dans la langue vulgaire; mais comme 
dans tous les temps la poésie a aimé les archaïsmes , les 
poètes hébreux empruntèrent le mot (ehôm à la Genèse. 
Il a disparu de toutes les autres langues sémitiques connues 
avant ce siècle : de là la difficulté qu'avaient les lexico- 
graphes à en expliquer l'origine. La découverte et le déchif- 
frement de la langue assyrienne ont éclairci ce terme mys- 
térieux. 11 est resté constamment en usage dans cette der- 
nière langue, pour signifier la mer, sous la forme tihamtu 
(correspondant au (ehômôf hébraïque). Nabuchodonosor 
dit, par exemple, dans l'inscription de Londres : istu lihâmti 
'aliti adi tihdmti sâpliti, « depuis la mer supérieure jusqu'à 
la mer inférieure. » Cuneiform Inscriptions of Western 



53 



ABlME — ABIMÉLECH 



54 



Ami, t. I, pi. 53, col. H, lig. 15-16. Dans tous les pas- 
sages de l'Ancien Testament, le mot (ehôm, « abîme, » 
a aussi le sens de mer, ou un sens figuré qui en dérive. 
Dans le livre de la Sagesse, x, 19, où la Vulgate traduit 
i"àëu<T<roc du texte original par inferi, le mot grec signifie 
également mer, et désigne la mer Rouge. 

2° Dans le Nouveau Testament, le mot abîme (a6u(7(ro;) 
n'a jamais la signification de mer et d'amas d'eau ; il a 
toujours celle de séjour des morts. Les Grecs considéraient 
le séjour des morts comme un lieu sans fond (raptôpou 
S6u<7(7a "/âffiiOTO , dit Euripide, Phœn., 1632); Dipgène 
Laerce appelle , IV, v, 27, Hêvaaov le « noir royaume de 
Pluton ». C'est de là qu'a dû venir le sens que les écri- 
vains du Nouveau Testament ont attribué à ce mot. Saint 
Paul, Rom., x, 7, s'en sert pour désigner les limbes où 
les âmes justes attendaient l'arrivée du Messie. Saint Luc, . 
vin, 31, et saint Jean, Apoc, ix, 1, 2, 11; xi, 7; xvn, 8; 
xx, 1,3, qui sont, avec saint Paul, les seuls écrivains du 
Nouveau Testament qui aient employé ce terme , le pren- 
nent toujours eu mauvaise part, pour signifier le lieu où 
sont tourmentés les démons, l'enfer. Le substantif âSri;, 
traduit ordinairement dans la Vulgate par « enfer » , est 
à peu près synonyme d'aâumroî dans le Nouveau Testa- 
ment ; l'un et l'autre correspondent au mot hébreu Vmw , 
Se'ôl, qui désigne, dans la partie hébraïque de l'Ancien 
Testament, « la demeure des morts. » Voir Se'ôl, Rades. 

F. Vigouroux. 

ABIMÉLECH, hébreu: 'AUmélek, « mon père est 
roi; » Septante: 'A6i(iiXex- 

1. ABIMÉLECH est le nom, sinon de tous les rois de 
Gérare, comme on le croit généralement, du moins de 
deux princes de ce pays. Le premier était contemporain 
d'Abraham. Quand le nomade patriarche vint sur ses terres, 
Sara , sa femme , qui passait pour sa sœur ( voir Abraham ) , 
fut enlevée par ordre d'Abimélech. Dieu, en songe, le 
menaça de mort s'il la traitait comme son épouse. Le roi 
ignorait que Sara était mariée ; il n'était donc pas coupable. 
Son excuse fut agréée par Dieu, qui d'ailleurs, connais- 
sant sa bonne foi, l'avait empêché par une maladie de 
commettre le crime. Le Seigneur l'assura que, dès que 
Sara serait rendue à son mari , les prières d'Abraham 
obtiendraient la guérison d'Abimélech, tandis que la mort 
le frapperait, s'il la retenait auprès de lui. 

Le roi, se levant de nuit, suivant la Vulgate; de grand 
matin, d'après le texte hébraïque, raconta à ses courti- 
sans rassemblés par ses ordres le songe de la nuit. Tous 
furent remplis d'effroi. Abimélech, faisant venir Abraham, 
lui reprocha sa dissimulation , qui avait failli attirer sur lui 
et sur son royaume les vengeances divines, et se plaignit 
de la défiance qu'il lui avait témoignée. La justification 
d'Abraham fit cesser heureusement le malentendu. Plus 
noble et plus généreux que le pharaon dans une circon- 
stance analogue, le roi de Gérare combla de présents 
Abraham et son épouse, et au lieu de les obliger comme 
lui à quitter son royaume, il leur laissa la liberté de s'é- 
tablir à leur gré sur ses terres. A la prière d'Abraham, 
Dieu, selon sa promesse, guérit Abimélech et ses femmes 
de la maladie qu'il leur avait infligée à cause de Sara, et 
qui les avait rendues stériles. Gen., xx. 

Dans tout cet épisode, Abimélech apparaît comme un 
roi connaissant et craignant le vrai Dieu, aimant la justice 
et ayant le crime en horreur. Son caractère religieux, 
noble et loyal, se manifeste dans d'autres relations qu'il 
eut avec Abraham. A l'époque où Agar et Ismaël venaient 
d'être renvoyés de la maison d'Abraham, il vint avec 
Phicol, le chef de son armée, proposer au patriarche de 
contracter alliance. Il a reconnu que Dieu est avec Abra- 
ham en toutes ses entreprises, lui dit -il; il demande en 
conséquence, sous la foi inviolable du serment, d'être 
traité, lui et sa postérité, avec la bienveillance qu'il a mon- 
trée précédemment envers son hôte. Ses serviteurs s'étaient 
emparés d'un puits creusé par les soins d'Abraham. Avant 



de jurer l'alliance, le patriarche se plaint de cette injus- 
tice. Abimélech l'ignorait, Abraham n'ayant pas réclamé ; 
dès la première réclamation, son droit est reconnu. Ce 
point litigieux réglé, Abraham offre des présents, et l'al- 
liance est conclue. Pour confirmer ses droits sur le puits 
contesté , Abraham donna encore sept brebis, et Abimélech 
s'en retourna avec Phicol, qui l'avait accompagné. Gen., 
xxi, 22-33. Voir Phicol. E. Mangenot. 

2. ABIMÉLECH , autre roi de Gérare du même nom. Il 
vit pendant une famine Isaac arriver sur ses terres, Gen., 
xxvi, 1. Serait-ce le roi que connut Abraham? Non. Quatre- 
vingts ans séparent lés événements, et la différence des 
caractères dénote des personnages distincts. Tous deux 
craignent Dieu, il est vrai; mais les sentiments du second 
sont moins délicats, il témoigne à Isaac moins de bien- 
veillance et moins de générosité que son prédécesseur 
à Abraham. La ressemblance des noms ne saurait faire 
une difficulté. Le nom d'Abimélech à Gérare, comme celui 
de Pharaon en Egypte, pouvait n'être qu'un titre, selon 
l'opinion commune, qui s'appuie sur la signification même 
du mot Abimélech , « mon père est roi. » Cette dénomi- 
nation est très convenable pour un prince, qui doit être 
le père de ses sujets en même temps que leur roi. Mais 
même en admettant qu'Abimélech est un nom propre, il 
n'y a rien d'extraordinaire à ce que deux rois de la même 
dynastie portent le même nom ; le fait est au contraire 
très commun , et les listes royales de divers peuples nous 
offrent des noms semblables, comme les Ramsès en 
Egypte, les Salmanasar en Assyrie, etc. 

A l'exemple de son père et pour le même motif, Isaac 
fit passer Rébecca, sa femme, pour sa sœur. Son séjour 
au pays de Gérare durait depuis quelque temps déjà , 
quand, d'une fenêtre, Abimélech aperçut Isaac usant en- 
vers Rébecca d'une familiarité qu'un frère ne se permet 
pas à l'égard de sa sœur. Après avoir reproché au pa- 
triarche sa dissimulation , qui exposait les habitants de la 
contrée à se rendre coupables d'un grand crime, il défendit 
sous peine de mort d'attenter à son honneur et à celui de 
sa femme. 

Isaac, tranquille désormais dans ce royaume, s'y livra 
à l'agriculture. La bénédiction divine faisant prospérer 
toutes ses entreprises, il acquit de grands biens. Les habi- 
tants en devinrent jaloux, et, cédant au ressentiment, 
comblèrent de terre les puits qu'Abraham avait creusés 
dans leur pays. Abimélech enjoignit à Isaac de quitter ses 
terres; il redoutait sa puissance. Retiré dans une vallée, 
Isaac se vit contrarié encore par les pasteurs, à l'occasion 
de nouveaux puits ouverts par ses serviteurs. Gen., xxvi, 
6-22. 

Retourné enfin à Bersabée, il y reçut la visite d'Abi- 
mélech, accompagné de Phicol, son chef d'armée (voir 
Phicol), et d'Ochozath, son conseiller. Le roi, regrettant 
d'avoir renvoyé un homme comblé des faveurs divines t 
sollicitait de lui une alliance confirmée par un serment. 
Le patriarche fit un festin , et après que des serments réci- 
proques eurent scellé le pacte, il congédia ses visiteurs. 
Gen., xxvi, 26-33. 

Ces trois événements ressemblent sensiblement aux épi- 
sodes qui signalèrent les relations d'Abraham avec le pre- 
mier Abimélech. Les rationalistes en ont conclu que la 
Genèse relatait sous des noms divers deux récits des mêmes 
faits. Les différences toutefois sont trop grandes pour con- 
venir à une unique série de faits diversement racontés. 
Étant donnés la persistance des mœurs et le retour des 
mêmes situations, des événements analogues ont. pu faci- 
lement survenir dans le même pays, à des époques rap- 
prochées et dans des circonstances différentes. 

E. Mangenot. 

3. ABIMÉLECH. Fils de Gédéon et d'une concubine ou 
femme de second rang, dont la Bible ne nous donne pas 
le nom. Josèphe l'appelle Apoû[ia;. Ant. jud., V, vil, 1. 
Abimélech était le soixante-onzième (d'après quelques 



55 



ABIMÉLECH 



50 



exégètes, le soixante -dixième) des fils de Gédéon, Jud., 
vin, 30, 31; cf. ix, 5, et était né à Sichem. Lorsqu'à la 
mort de son père il vit que sa qualité de fils d'une concu- 
bine l'empêchait de participer à la succession , son ambi- 
tion lui fît concevoir un projet aussi cruel qu'audacieux : 
il rêva de devenir roi d'Israël. Peut-être la modestie de 
son père , refusant naguère l'établissement de la royauté 
dans sa descendance, Jud., vm, 22, 23, avait-elle été pour 
lui l'occasion de ce désir. Depuis la mort de Gédéon, ce 
désir se transforma en une volonté arrêtée , au service de 
laquelle l'ambitieux mit les plus sauvages passions. Calom- 
nier tous ses frères, pour les faire tous disparaître et pou- 
voir régner sans rival, tel fut son plan. Il s'en alla à Sichem, 
le pays de sa mère, où il comptait trouver des appuis pour 
l'exécuter. Là, en effet, il rencontra des oncles maternels 
qui l'écoutèrent, et se firent volontiers ses émissaires pour 
former un parti. Par leur intermédiaire, la haine des fils 
de Gédéon fut soufflée au cœur des Sichémites. On ré- 
pandit le bruit que ces soixante-dix étrangers allaient se 
partager le pays et le réduire en une insupportable servi- 
tude. Ne vaudrait -il pas mieux pour Israël le gouverne- 
ment d'un seul homme, choisi dans leurs rangs, connais- 
sant leurs besoins et tout dévoué à leurs intérêts? Cet 
homme, ce compatriote (os vestrum et caro vestra, Jud.. 
ix, 2), c'est Abimélech. Le succès était facile. A quelle 
famille ne plairait-il pas de voir quelqu'un de son sang, 
de son esprit, de sa religion, au pouvoir suprême? D'après 
Stanley, Jewish Church, 1. 1, p. 353, le parti d' Abimélech 
se serait étendu au point de constituer une véritable ligue 
entre Sichem et les cités voisines, comme Thébès et Aru- 
mah, qui plus tard, et sans doute pour les mêmes motifs, 
suivirent Sichem dans la révolte. L'enthousiasme était tel, 
qu'on n'hésita pas, pour couvrir les frais du complot, à en- 
lever du trésor du temple une somme de soixante-dix sicles 
{deux cents francs environ), qui y était en dépôt. Jud., 
IX , 4. Ce temple était dédié à Baal, le dieu Soleil, divinité 
que les Sichémites s'étaient choisie, au mépris de Jéhovah. 
Jud., vm, 33. La Vulgate a reproduit ici, Jud., ix, 4, les 
deux mots hébreux Ba'al berif, les unissant en un seul 
nom propre, tandis qu'au chapitre précédent, elle les sépare 
et en donne la traduction: « le Baal de l'alliance, » Jud., 
vm, 33, ainsi nommé sans doute parce que, par une sorte 
de parodie du culte de Jéhovah, les Sichémites contractaient 
alliance avec lui. Hengstenberg, Beitrâge zur Einleitung 
ins Aile Testament, Berlin, 1839, t. ni, p. 98. 

Quant à la provenance de ce trésor, on pense qu'il avait 
une double origine : il se composait des biens propres du 
temple et de ceux des particuliers qui, pour plus de sé- 
curité, y déposaient leur argent, cf. II Mac, m, 10-11, 
de même qu'on voyait les personnes s'y réfugier. Plus 
d'une fois, dans l'histoire du peuple juif, le trésor du 
temple sera employé pour des menées politiques, comme 
dans cette circonstance, III Reg., xv, 18; IV Reg., xviii, 
15-16. H est à noter que le nombre de sicles enlevés 
et mis à la disposition de l'aventurier est égal à celui de 
ses frères. On dirait que la tête de chacun d'eux est 
payée à l'avance avec cet argent. Celte somme , toute mi- 
nime qu'elle est, suffit à soudoyer quelques vagabonds 
avides de butin et d'aventures. A leur tète, Abimélech 
marcha sur Éphra , sous quelque prétexte parvint à réunir 
ses frères, et, aidé de ses sicaires, il les fit tous mourir. 
Ce fut une exécution en règle : l'un après l'autre et sur la 
même pierre, Jud., ix, 5, ils furent massacrés. Le texte 
dit que les soixante-dix frères périrent, parce que tel était 
le nombre de ceux qu'Abimélech voulait tuer; en réalité, 
soixante -neuf seulement succombèrent: le dernier s'é- 
chappa et survécut, pour assister plus tard à la ruine de 
son persécuteur. 

Abimélech, se croyant seul maître, se fit proclamer roi 
(mélék), comme il l'avait rêvé. C'était la première fois qu'un 
chef des Hébreux osait prendre ce titre. L'investiture royale 
conserva d'ailleurs la simplicité de l'époque patriarcale. 
On se rendit à un chêne ou térébinthe voisin de Sichem. 



L'hébreu 'êlôn mûsâb, que la Vulgate rend par quercum 
quai stabat, est traduit par plusieurs exégètes: « près du 
chêne du poste de Sichem, » parce que dans Isaïe, xxix, 3, 
le mot mûsâb désigne un poste militaire. D'autres voient 
dans mûsâb (participe passif hophal) un objet qui a été 
et demeure dressé, une sorte de monument, et traduisent : 
« près du chêne du monument. » Quoi qu'il en soit, c'est 
là que le meurtrier de ses frères fut acclamé roi par les 
habitants de Sichem et ceux de la maison de Mello (Bêt 
Mille"; Septante: Otxoç Br)6|iaaX«i). Cette expression est 
obscure: peut-être désigne-t-elle la tour dont il est ques- 
tion plus loin, y. 46-49, car le mot Millô' est dérivé 
de mâlâ', qui est employé dans la Bible dans le sens de 
château fort, citadelle. Voir Mello. 11 est possible qu'a- 
près son élection, Abimélech ait reçu l'onction royale, 
à laquelle Joatham semble faire allusion, f. 8. Avec le 
titre de roi, Abimélech inaugura un essai d'administration, 
dont le premier fonctionnaire fut Zébul, gouverneur de 
Sichem. Il y eut aussi un commencement d'organisation 
militaire et financière, toutes choses nouvelles en Israël. 
Pour le nouveau roi, il s'en alla vraisemblablement ré- 
sider dans l'héritage paternel , à Éphra , d'où nous le ver- 
rons plus tard se mettre en marche sur Sichem. 

Le plan d'Abimélech était réalisé et son ambition satis- 
faite, lorsque s'éleva une protestation. Elle venait de 
Joatham, le fils de Gédéon échappé comme par miracle 
au massacre. Ce fut pour le tyran une cruelle surprise, 
quand on lui annonça que, sur l'un des contreforts du 
Garizim les plus proches de Sichem, Joatham s'était mon- 
tré vivant; qu'il avait, sous forme d'apologue, excité les 
Sichémites à la révolte, comparant Abimélech leur roi 
à un buisson d'où sortirait bientôt un feu qui dévorerait 
tous ses sujets; enfin que le peuple avait écouté ce dis- 
cours sans protester. Jud., ix, 7-20. Non seulement il ne 
protestait pas ; il commençait à porter avec peine le joug 
qu'Abimélech faisait peser sur lui. Cruel envers ses sujets 
comme il l'avait été envers ses frères, il régnait (l'hébreu 
porte ici sârah, « dominer, » au lieu de mâlak, « régner ») 
depuis trois ans sur Sichem et une partie de la Palestine, 
lorsque la révolte éclata. La Bible dit sans restriction que 
sa domination s'étendait sur Israël, jh 22; mais il faut 
manifestement entendre cette expression dans un sens 
restreint, puisque Béra, qui était en Palestine, n'était pas 
soumise à son autorité, jt. 21. C'est de Sichem, sa capi- 
tale, la ville de son élection, que partit le mouvement 
insurrectionnel , mouvement dirigé par la main de Dieu , 
qui, à cette heure de ses justices, permettait à l'esprit 
mauvais de souffler la discorde et la rébellion jusqu'à 
amener ceux qui naguère avaient acclamé l'assassin de 
ses frères à lui reprocher cette exécution comme un crime 
abominable. Abimélech n'était pas à Sichem quand s'ourdit 
le complot , mais il devait y venir prochainement, et voici 
ce qu'on avait résolu. Les Sichémites se porteraient en 
armes sur les hauteurs voisines et se cacheraient en em- 
buscade dans les retraites de l'Ébal et du Garizim. Ils l'at- 
tendraient, se jetteraient sur lui au passage, et Israël serait 
délivré. Cette poignée d'hommes trouva un chef dans un 
inconnu nommé Gaal , fils d'Obed , qui , plus violent que 
les autres, porta à son comble l'exaspération des Sichémites 
contre Abimélech, y . 26-27. C'était l'époque des vendanges. 
Il est indubitable que le dévastant les vignes de la Vulgate, 
Jud., ix, 27, est fautif, et doit se traduire littéralement par 
« ils vendangeaient les vignes » ; car le verbe basâr, que 
saint Jérôme rend par dévastant, désigne partout ailleurs 
dans la Bible l'action de vendanger. Lev., xxv, 5, 11 ; Deut., 
xxiv, 24. De même, l'expression foulant le raisin n'indique 
point le pillage des vignes, mais l'action d'exprimer le vin 
en foulant le raisin ; c'est le sens obvie du verbe dârak. 
Cf. Jer., xxv, 30. Josèphe affirme explicitement que les 
Sichémites étaient alors occupés à la vendange. Ant.jud., 
V, vu, 3. C'est d'ailleurs le sens des Septante. 

Or, après la vendange, de même qu'après la moisson, les 
Juifs avaient l'habitude de faire une sorte de fête religieuse, 



57 



ABIMÉLECH — ABISAG 



58 



consistant en sacrifices, repas, danses, cantiques de réjouis- 
sance et d'actions jde grâces. Ce sont ces chants que la Vul- 
gate désigne au y. 27, et qu'on a peine à expliquer, si 
l'on entend la première partie du verset dans le sens de 
dévastation. Le mot hébreu hillûlîm, qui désigne ces 
chants, vient de hâllal, « louer, » et n'est employé qu'une 
seule fois ailleurs, Lev., xix, 24, où il signifie les offrandes 
des nouveaux fruits de la quatrième année de la plantation 
des arbres. Ces chœurs de vendangeurs retentissaient du 
cri répété mille fois : Hêdâd ! hêdâd ! dont parle Jérémie, 
xxv, 30. C'est au milieu de ces réjouissances que Gaal arriva, 
produisant contre Abimélech ses excitations sauvages. 

Un seul groupe d'hommes refusait de s'associer à cette 
révolution : c'était le parti des fonctionnaires et de tous 
ceux qui devaient leur position au nouveau roi. A leur 
tète était le gouverneur de la ville, Zébul. C'est lui qui 
secrètement fit avertir le tyran de ce qui se tramait, lui 
envoyant en même temps un plan ainsi conçu : Abimélech 
devait se rapprocher de Sichem, où Gaal et les siens ve- 
naient de rentrer, puis se dissimuler dans les montagnes, 
diviser sa troupe en quatre compagnies, chacune placée 
en embuscade et prête à se rallier aux autres pour fondre 
sur Gaal, quand il sortirait de Sichem. Ce plan était habi- 
lement dressé; mais Abimélech, emporté peut-être par 
sa fureur, ne sut pas assez dissimuler sa marche, si bien 
que Gaal , sondant du regard l'horizon en franchissant la 
porte de Sichem, découvrit ses bataillons. En vain Zébul 
voulut lui donner le change, affirmant que c'était l'ombre 
des montagnes et non le rideau noir des troupes ennemies ; 
l'armée d' Abimélech était dépistée, Gaal suivait même de 
l'oeil un détachement qui s'engageait dans un sentier, en 
face d'un chêne isolé (hébreu : « dans le chemin du Té- 
rébinthe des magiciens, » y. 37). Le moment était dé- 
cisif; Gaal, s'armant de courage, lança son armée sur 
celle d'Abimélech , qui , supérieure en nombre , força les 
Sichémites à reculer et à se renfermer dans leurs murs. 
Ce n'était pas une victoire ; Abimélech le sentit et se retira 
à Ruma (hébreu : 'Arûmâh), prêt à profiter de la pre- 
mière occasion. Elle se présenta le lendemain même. Se 
croyant en sécurité , les Sichémites étaient sortis pour 
aller à leurs travaux champêtres; ce fut le moment que 
choisit Abimélech pour se venger. Divisée en trois troupes 
et cachée par des plis de terrain, son armée, à un signal 
donné, se jeta sur les travailleurs et en fit un horrible 
massacre. Deux des trois bataillons poursuivirent ensuite 
ceux qui fuyaient dans la campagne, tandis que le troisième 
vînt assiéger la ville , sous le commandement d'Abimé- 
lech, jlr. 43-41. Le siège dura un jour, et se termina par la 
prise de la ville, qui par ordre du vainqueur fut rasée, et 
l'emplacement semé de sel, symbole de perpétuelle stéri- 
lité. Deut., xxix, 23; Is., xvii, 6. Restait la citadelle : c'était 
peut-être une dépendance du temple de Raal (le sens du 
mot serîah n'est pas bien déterminé), lieu très fortifié, 
dans lequel s'étaient réfugiés les survivants. Contre eux, 
Abimélech se livra à une vengeance sauvage. Accompagné 
de ses soldats , il alla sur le mont Selmon , voisin de Si- 
chem, celui dont il est question Ps. lxvii, 15, et tous re- 
vinrent chargés de branches d'arbres, qu'ils entassèrent 
en un immense bûcher autour de la citadelle. Abimélech 
y fit mettre le feu, et tous ceux qu'elle renfermait périrent 
asphyxiés ou brûlés. De là le vainqueur marcha surThébès 
(peut-être Toubas, au nord-est de Sichem; voir Thébès), 
dont les habitants s'étaient associés à la révolte. Il y avait là, 
comme à Sichem et dans toutes les villes fortes , une tour 
qui servait de citadelle aux assiégés. Quand la ville fut prise, 
les habitants s'y réfugièrent, et de la plate-forme ils se dé- 
fendaient en désespérés. A cette dernière étape de ses vic- 
toires, Abimélech devait trouver le châtiment de ses crimes. 
Vadlant autant qu'il était cruel, il s'était approché jusqu'au 
pied de là tour, et il essayait d'y mettre le feu. A ce mo- 
ment, une femme, saisissant un morceau d'une meule de 
moulin à bras (hébreu : pélah rékeb; mot à mot, « le 
fragment [de meule] courant, » c'est-à-dire le morceau 



de la meule mobile qui se trouve à la partie supérieure 
des moulins à bras, lapis vector; cf. Deut., xxiv, 6; 
II Reg., xi , 21 ) , le lança sur les assiégeants. Le tyran fut 
atteint et eut le crâne fracassé. Il allait mourir, quand la 
pensée d'avoir été tué de la main d'une femme vint révolter 
sa fierté. Appeler son écuyer et lui ordonner de le trans- 
percer de son glaive fut le dernier acte de cet homme extra- 
ordinaire , dont la vaillance eût produit de grandes choses , 
si elle n'avait toujours été au service de son ambition. 

P. Renard. 

4. ABIMÉLECH , nom donné dans le texte hébreu, I Par., 
xvm, 16, à un fils d'Abiathar, grand prêtre. C'est une 
erreur de transcription pour Achimélech ('Ahlmélek), 
comme le prouvent plusieurs manuscrits, lesversions (Sep- 
tante, syriaq., chald., Vulg., arab.) et les lieux parallèles, 
II Reg., vin, 17; I Par., xxiv, 3, 6, 31. Voir Achimélech 1. 

5. ABIMÉLECH, nom attribué, dans le titre du psaume 
xxxiii, à un roi philistin, appelé ailleurs Achis, I Reg., 
xxi, 10-14. Quelques manuscrits hébreux et certaines 
éditions de la Vulgate portent Achimélech, qui doit se 
décomposer peut-être en Achis mélech, « le roi Achis. » 

ABINA (ou Rabina, abréviation de Rabbi Abina, selon 
une coutume de l'époque talmudique) fut le disciple de 
R. Aschi dans l'importante école de Sora, sur les bords 
de l'Euphrate. Il fut un de ses collaborateurs dans la com- 
pilation de la Ghemara ou Talmud de Rabylone. On croit 
même qu'il l'acheva et fut le dernier des Amôraïm ou inter- 
prètes de la Mischna. Il mourut vers l'an 490. Voir Talmud. 

ABINADAB, hébreu : 'Abînâdâb , « mon père est 
généreux; » Septante: 'Atuva&iê. 

1. ABINADAB, lévite de Cariathiarim , dans la maison 
duquel l'arche reposa vingt ans. I Reg., vu, 1; II Reg., 
vi, 3, 4; I Par., xin, 7. 

2. ABINADAB, second fils d'Isaï et frère de David. Il 
suivit Saul dans sa campagne contre les Philistins. I Reg., 
xvi, 8; xvii, 13; I Par., h, 13. 

3. ABINADAB, un des fils de Saùl , tué à la bataille de 
Gelboé. I Reg., xxxi, 2; I Par., vin, 33; ix, 39; x, 2. 

4. ABINADAB, père d'un des douze officiers chargés 
de la table du roi Salomon, III Reg., iv, 11. 

ABINOEM (hébreu : 'Abinô'am, « mon père est 
agréable; » Septante: 'ASiveéy.) , père de Barac, delà tribu 
de Nephtali. Jud., iv, 6, 12; v, 1 , 12. 

ABIRAM (hébreu : 'Abîràm, « mon père est élevé; » 
Septante : 'Aêsipiiv ) , fils aîné d'Hiel, de Béthel. Il mourut 
lorsque son père, voulant rebâtir Jéricho, malgré la ma- 
lédiction de Josué, en jeta les fondements. III Reg., xvi, 
34; Jos., vi, 26. 

ABIRON (hébreu : 'Abîrâm; Septante : 'Aësipâv), 
fils d'Éliab, de la tribu de Ruben. Il se joignit à Coré et 
à Dathan dans la sédition qu'ils excitèrent contre Moïse 
et Aaron , au sujet de la souveraine sacrificature. La terre 
s'ouvrit pour engloutir tous les conjurés. Voir Coré, 
Num., XVI, 1, 12, 24-27; Deut., xi,'6; Ps. cv, 17; Eccli., 
xlv, 22. 

ABISAG (hébreu: 'AbUag, signification inconnue; 
Septante : 'A6i<riiy ) , jeune fille originaire de Sunem ou 
Sunam (aujourd'hui Solam ou Sulem), petite ville de la 
tribu d'Issachar, au pied du Petit Hermon. Voir Sunam. 
La beauté de cette jeune Israélite la fit choisir pour être 
la compagne de David dans sa vieillesse. III Reg., I, 3. 
Ce prince devait alors avoir soixante -dix ans; les travaux 



59 



ABISAG — ABISUR 



60 



excessifs de sa laborieuse carrière l'avaient épuisé , et 
malgré tous les expédients ses membres demeuraient gla- 
cés. C'est alors que ses serviteurs (ses médecins, d'après 
Josèphe, Ant. jud., VII, xiv, 3) lui donnèrent un conseil 
qui aujourd'hui peut nous paraître singulier, mais qu'il 
faut juger d'après le degré de civilisation, les mœurs et 
les usages reçus au temps de David. Abisag fut donc 
trouvée, entre toutes les filles d'Israël, la plus capable 
d'assister le vieux roi, de le servir, et de lui rendre, en 
partageant sa couche, la'chaleur naturelle qui l'avait aban- 
donné. Cf. Cornélius a Lapide , in hune locum. La jeune 
vierge fut amenée à Jérusalem et donnée à David en qua- 
lité d'épouse de second rang, condition normale et exempte 
de tout caractère criminel, étant donnée la tolérance de la 
loi divine à l'égard de la polygamie à cette époque. Le roi 
l'accepta comme telle ( saint Jérôme, Théodoret, Angelomé 
et presque tous les exégètes, contre Tostat et quelques 
autres), et si, en recevant d'elle les services dont il avait 
besoin, il respecta son intégrité, cette réserve elle-même, 
toute à la louange de David , insinue qu'il aurait pu légi- 
timement agir d'une autre manière. Abisag demeura près 
de lui jusqu'à sa mort, et fut ensuite recherchée en ma- 
riage par Adonias, le quatrième des fils de David, III Reg., 
il, 17-25; cette demande cachait une menée politique contre 
Salomon ; car épouser les femmes d'un roi défunt , c'était 
affirmer qu'on avait droit à sa succession. Adonias, déjà 
éconduit une première fois, revenait à ses desseins et 
voulait trouver en Abisag un moyen dissimulé d'arriver à 
la royauté. Mais Salomon comprit la fraude, et répondit 
à Adonias en le faisant mettre à mort, P. Renard. 

ABISAÏ, hébreu: 'Abîèaï ( 'Abiaï, I Par., n, 17, etc., 
« mon père est un don ; » Septante : 'Aéeroi, 'Agirai, etc.), 
fils de Sarvia, sœur de David. Quoique neveu de ce prince, 
il était presque du même âge ; car son oncle n'avait qu'en- 
viron vingt-huit ans quand lui-même nous est présenté 
pour la première fois par l'écrivain sacré comme un soldat 
déjà aguerri, I Reg., xxvi, 6. Sa parenté avec David, son 
dévouement à la personne de son oncle et sa rare bra- 
voure firent de lui un personnage important. L'historien 
sacré le compte parmi « les vaillants d'Israël » ; s'il n'arriva 
pas à être un des trois premiers, il fut du moins le chef 
et le plus renommé des trois seconds; dans une circons- 
tance, il tua trois cents ennemis. II Reg., xxm, 18-19; 
I Par., xi, 20-21. 

Il s'était attaché de bonne heure à la fortune de David, et 
nous le voyons auprès de lui dès le temps de la persécution 
de Saûl. C'est à cette époque que remonte le premier trait 
de courage de ce héros dont l'Écriture nous ait conservé 
le récit. Saûl était venu, à la tête de trois mille hommes, 
traquer David dans le désert de Ziph. Le proscrit résolut 
d'aller la nuit jusqu'au roi endormi au milieu de son camp 
d'Hachila. « Qui vient avec moi? dit -il à Abisaï et à 
l'Héthéen Achimélech. — Moi! » répondit Abisaï, tandis 
qu'Achiméiech gardait le silence. A la faveur des ténèbres 
et du 'sommeil où tout le monde était plongé, l'oncle et 
le neveu pénétrèrent dans le camp jusqu'à la tente royale. 
Abisaï proposa de profiter de l'occasion pour en finir d'un 
seul coup avec Saûl , en le perçant de sa lance ; mais 
David, qui ne prétendait que prouver une seconde fois, 
et. I Reg., xxiv, à son persécuteur sa modération et sa 
loyauté, l'en empêcha, et lui ordonna d'enlever seulement 
au roi sa coupe et la lance qu'il avait plantée en terre 
à côté de sa tête. I Reg., xxvi, 1-12. Ce ne fut pas la 
seule fois que David dut modérer le zèle d' Abisaï contre 
ses ennemis : s'il ne l'eût arrêté, à l'époque de la révolte 
d'Absalom , Séméi , partisan du rebelle, aurait payé de sa 
tête ses injures contre le roi. II Reg., xvi , 9-10; xix, 21-22. 
Ce dévouement, qu'Attisai poussa trop loin dans ces cir- 
constances , il en donna à David une preuve éclatante dans 
une autre occasion. Pendant une guerre contre les Phi- 
listins , il lui sauva la vie au moment où , fatigué par un 
long combat, il allait succomber sous les coups formi- 



dables du géant Jesbibenob, qui avait à sa lance un fer 
du poids de plus de huit livres ; Abisaï s'élança sur le 
Philistin et le tua. II Reg., xxi, 15-17. 

Avec cette générosité et cette bravoure, Abisaï possédait 
d'autres qualités qui le rendaient digne du commande- 
ment ; il l'exerça de bonne heure, et presque toujours sous 
les ordres de Joab , son frère. Ils mirent ensemble en dé- 
route les troupes d'Abner au combat de Gabaon. II Reg., 
il, 24. Voir AbnerI. Il souilla malheureusement la gloire 
qui lui revenait dans cette victoire en se faisant le com- 
plice de Joab, lorsque celui-ci assassina Abner pour venger 
Asaël , leur plus jeune frère, tué par le général d'Isboseth 
à cette journée de Gabaon. Ce fut Joab qui donna le coup 
mortel, mais en présence et avec l'assentiment d 'Abisaï, 
auquel l'Écriture attribue l'attentat aussi bien qu'à son 
frère. II Reg., m, 30. 

Abisaï joua un rôle considérable dans les diverses guerres 
qu'entreprit David devenu roi de tout Israël. Nous voyons 
le frère de Joab paraître en particulier avec honneur dans 
deux expéditions importantes. Il défit d'abord les Idu- 
méens, auxquels il tua dix -huit mille hommes dans la 
vallée des Salines, et il établit des garnisons dans le pays 
pour en assurer la possession au roi d'Israël. I Par., xviii, 
12-13. David était sans doute présent à cette bataille, et 
c'est pourquoi on lui en attribue ailleurs le succès. II Reg., 
vin, 13. Plus tard, dans une autre guerre dirigée contre 
les Ammonites ligués avec les Syriens, Joab attaqua ces 
derniers, et laissa à Abisaï le soin de combattre les pre- 
miers. Des deux côtés l'ennemi fut mis en fuite, et chacun 
des deux frères remporta une victoire complète. II Reg., 
x, 9-14; IPar., xix, 11-15. 

La révolte d'Absalom trouva Abisaï toujours fidèle à 
David. Il reçut le commandement de l'un des trois corps 
d'armée formés à cette occasion. Conjointement avec Joab 
et Éthaï, il battit et dispersa l'armée du rebelle, II Reg., 
xviii, 2; mais il ne prit aucune part à sa mort, et n'en- 
courut pas par conséquent comme Joab , qui avait tué ce 
prince , la disgrâce de David. Au contraire, lorsque Amasa, 
à qui le roi avait promis la succession de Joab, tarda d'ar- 
river avec les forces destinées à réprimer la sédition de 
Séba, c'est lui que son oncle mit à la tête des troupes dis- 
ponibles pour aller étouffer sans retard cette révolte nais- 
sante. II Reg., xx, 6. Il fut ainsi investi du commandement 
suprême. Il y en a cependant qui regardent comme invrai- 
semblable que les soldats de Joab, expressément nommés 
au f. 7, aient consenti à marcher sous un autre chef, et 
que lui-même ait fait partie de cette expédition sous les 
ordres de son frère. Ils pensent donc que, conformément 
à la version syriaque et au récit de Josèphe , David confia 
le commandement, non à Abisaï , mais à Joab. Il est cer- 
tain du moins qu' Abisaï coopéra à la défaite de Séba. 
II Reg., xx, 10. 

A partir de ce moment, la Bible ne nous apprend plus 
rien de ce héros. Par son généreux dévouement et son 
inviolable fidélité, par sa force, sa vaillance et son audace 
intrépide, Abisaï avait été l'un des plus dignes compagnons 
et des plus remarquables auxiliaires de David. 

E. Palis. 

ABISUÉ, hébreu : 'Abîhï'a, « mon père sauve » ou 
« est le salut ». 

t. ABISUÉ (Septante : 'ASsoaovl), fils de Balé, le fils 
aîné de Benjamin. I Par., vm, 4. 

2. ABISUÉ (Septante : 'Aêtcro-j, 'Aëtaoué), fils de Phi- 
nées , le grand prêtre ; il succéda à son père et fut le qua- 
trième grand pontife des Hébreux. I Par., vi, 4, 5, 50. Il 
est mentionné parmi les ancêtres d'Esdras. I Esdr., vu , 5. 

ABISUR (hébreu : 'AbUûr, « mon père est un rem- 
part, une défense; » Septante : 'A6t<Toûp), second fils de 
Séméi, de la tribu de Juda; il épousa Abigaïl (hébreu: 
•Abihâytt). I Par., n, 28, 29. Voir Abigaïl 3. 



61 



ABITAL — ABNER 



62 



ABITAL (hébreu.: 'Abîtâl, « mon père est la rosée; » 
Septante : 'A6ixdtX), sixième femme de David et mère de 
Saphatias, cinquième fils du roi-prophète. II Reg., in, 4; 
I Par., m, 3. 

ABITOB (hébreu : 'AWtûb, « mon père est bon; » Sep- 
tante : 'AêitûX ) , Benjamite, fils de Saharaim et de Husim, 
lune de ses femmes. I Par., vin, 8, 11. (La Vulgate porte, 
au verset 11, Mehusim; mais, dans l'hébreu, mêfyusïm 
signifie de JJusim.) 

ABIU ( hébreu : 'A bihû ', « mon père est Jéhovah ; » Sep- 
tante : 'ABtoûS), fils d'Aaron et d'Elisabeth, Exod., VI, 23, 
frère de Nadab, d'Éléazar et d'Ithamar. Il fut admis, sur 
l'ordre de Dieu, à l'honneur de monter sur le Sinaï avec 
Moïse, Aaron son père, Nadab son frère, et les soixante- 
dix notables ou anciens. Exod., xxiv, 1, 9. Il participa avec 
ses frères aux cérémonies de l'institution du sacerdoce 
lévitique , et avec eux il assista Aaron dans l'oblation des 
premiers sacrifices, Lev.,vm, ix: toutes choses qui eussent 
fait de cette fête un jour de joie parfaite , si la fin n'avait 
été attristée par la mort violente de deux de ces prêtres , 
Abiu lui-même et son frère Nadab. Par quelle faute en- 
coururent-ils la colère de Dieu? Après de longues et sa- 
vantes discussions sur ce sujet, la lumière n'est pas encore 
faite. Le texte dit seulement qu'Abiu, avec son frère, offrit 
au Seigneur, dans la cassolette à encens, un feu étranger 
et prohibé. Lev., x, 1. L'archéologie biblique ne nous 
fournit aucune donnée pour préciser avec certitude cette 
expression vague. Suffirait -il, pour l'expliquer, de dire 
que l'encens jeté sur les charbons ardents avait été pré- 
paré d'une manière différente de celle que Dieu avait pres- 
crite? Exod., xxx, 34-38. Selon cette interprétation, les 
mots « feu étranger » ne devraient pas s'entendre dans le 
sens propre. Le feu désignerait un sacrifice, et l'épithète 
étranger signifierait que ce sacrifice aurait été offert d'une 
manière irrégulière. Keil , Commentât ùber die Bûcher 
Moses, in h. I. D'autres cherchent la faute dans l'heure 
à laquelle cet encens était offert, Dieu ayant déterminé 
pour l'oblation des parfums deux moments de la journée , 
le matin et le soir. Exod., xxx, 7-8. Knobel, in h. I. 
Malheureusement cette supposition ne repose sur aucun 
fondement. Il faut en dire autant de celle qui voit le délit 
dans l'état d'impureté ou d'ivresse où se seraient alors 
trouvés Abiu et Nadab. D'après l'interprétation la plus 
généralement adoptée et la plus vraisemblable, Abiu et 
son frère, voulant sans doute rendre grâces à Dieu de leur 
élévation au sacerdoce, au lieu de prendre du feu sur 
l'autel des holocaustes, avaient été le chercher dans un 
foyer profane. A cette explication, qui est celle de tous les 
anciens commentateurs et de la plupart des modernes, 
on objecte que l'ordre de se servir d'un feu pris à l'autel 
des holocaustes n'avait pas encore été formulé, et que, 
même lorsqu'il le fut , il ne concerna que le sacrifice des 
parfums, offert dans le grand jour de l'expiation annuelle, 
où le grand prêtre entrait dans le Saint des saints. Lev., 
xvi, 12. Cette difficulté est facilement soluble , si l'on re- 
marque que tous les sacrifices de même nature s'offraient 
d'après les mêmes rites, et que sans doute la mention 
spéciale exprimée à l'occasion de la grande expiation n'est 
que l'application d'une loi générale faite à un cas parti- 
culier. 

Quoi qu'il en soit, Abiu reçut, ainsi que son frère, le 
châtiment de sa transgression. Un feu sortit « du Sei- 
gneur», c'est-à-dire probablement du Saint des saints, 
et foudroya les coupables, sans consumer ni leurs corps, 
ni même leurs vêtements ; ils tombèrent à l'endroit même 
où ils offraient l'encens étranger, sans doute à l'entrée du 
tabernacle. Lev., x, 2. En présence de cette mort fou- 
droyante, Aaron se tut, révérant dans sa douleur l'inexo- 
rable justice de Jéhovah, tandis que Moïse, sur l'ordre 
de Dieu, expliquait ce terrible châtiment, et justifiait la 
colère du Dieu trois fois saint. Misaël et Ëlisaphan, parents 



d'Abiu et de Nadab, prirent les cadavres dans l'état où la 
mort les avait frappés , encore vêtus de leurs tuniques de 
lin , et les jetèrent hors du lieu saint. 11 fut permis aux 
Israélites de pleurer sur eux et de leur faire des funérailles. 
Pour les prêtres, que leurs fonctions attachaient plus étroi- 
tement â la cause de Dieu, il leur fut interdit et de porter 
le deuil et d'assister à la sépulture des victimes, ce qui 
aurait paru une sorte de désapprobation de la conduite de 
Dieu. Abiu et son frère ont été souvent présentés, parles 
auteurs spirituels, comme des exemples capables d'inspirer 
aux prêtres de la loi nouvelle un grand respect de leurs 
fonctions et une crainte salutaire dans l'exercice du culte 
divin. P. Renard. 

ABIUD, hébreu : 'Abîhûd, « mon père est honneur 
ou gloire; » Septante: 'A6toû6. 

1. ABIUD, fils de Balé et petit -fils de Benjamin. 
I Par., vin, 3. 

2. ABIUD (Nouveau Testament: 'A6io0£), fils de Zoro- 
babel, dans la généalogie de Notre -Seigneur par saint 
Matthieu, i, 13. 

ABLUTION. Voir Purification. 

ABNER, hébreu : 'Abnêr et 'Abînêr, « mon père est 
la lumière, ou père de la lumière; » on lit 'Abînêr I Sam. 
(I Reg.), xiv, 50, dans le texte original; partout ailleurs 
'Abnêr; Septante : 'Aâswrçp. 

1. ABNER, fils de Ner, de la tribu de Benjamin, gé- 
néral en chef de l'armée de Saùl. 11 est le premier à qui ce 
titre ait été donné dans la monarchie juive, parce qu'il n'y 
eut pas d'armée proprement dite chez les Israélites avant 
Saùl. Voir ARMÉE. Ce prince, qui fut un roi soldat, organisa 
une armée régulière permanente de trois mille hommes, 
I Reg., xiii, 2; elle servit de noyau au reste de ses troupes, 
et lui permit d'entreprendre désormais des guerres offen- 
sives. Il en confia le commandement à son cousin Abner, 
le plus brave parmi les guerriers qu'il s'était choisis pour 
lutter avec succès contre les Philistins. I Reg., xiv, 50, 52; 
xvii, 55; xxvi, 15. Cependant il resta lui-même le véritable 
chef de son armée dans toutes les guerres qu'il soutint 
ou entreprit ; nous ne voyons jamais Abner conduire une 
expédition en l'absence du roi, comme plus tard Joab le 
fit plusieurs fois sous David. 

Le rôle du général fut donc assez effacé tant que vécut 
Saùl ; l'historien sacré ne raconte de lui, pendant cette 
période , aucun fait important. Il nous apprend seulement 
qu'il était , en sa qualité de général en chef, le commensal 
de Saùl avec Jonathas et David, et il nous le montre à côté 
du roi dans deux circonstances : d'abord le jour du combat 
de David contre Goliath, dans la vallée du Térébinthe, 
I Reg., xvu, 55-57; ensuite lorsque, au désert de Ziph, 
il s'endormit aussi profondément que les autres, et ne 
s'aperçut pas que David , accompagné d'Abisaï , enlevait à 
Saùl sa coupe, avec la lance qu'il avait plantée en terre tout 
près de sa tête. I Reg., xxvi. 

Après la mort de Saùl et de son fils Jonathas à la ba- 
taille de Gelboé, I Reg., xxxi, 6, Abner exerça effective- 
ment ses fonctions de général et devint le véritable chef, 
non seulement de l'année, mais encore de l'État. Tandis 
que David recevait pour la seconde fois l'onction sainte 
à Hébron et y était proclamé roi par la tribu de Juda , 
Abner emmenait Isboseth , quatrième fils de Saùl , à Ma- 
hanaïm, II Reg., H, 8, selon l'hébreu, ville située au delà 
du Jourdain, non loin du gué du Jaboc. Voir Mahanaïji. 
Là, à l'abri des attaques des Philistins, il fit reconnaître la 
royauté de ce prince d'abord dans tout le pays à l'est du 
Jourdain, et ensuite, successivement, dans les diverses 
contrées à l'ouest du fleuve, sauf le territoire de la tribu 
de Juda. 



63 



ABNER 



64 



Benjamite comme Saûl et son proche parent, puisqu'ils 
étaient fils de deux frères, Abner fut-il inspiré en cette 
circonstance par l'esprit de famille et de tribu? Céda-t-il 
à l'ambition? Ou bien pensa-t-il simplement servir la cause 
de la justice et défendre les droits d'Isboseth ? C'est ce 
qu'on ne saurait décider avec certitude. Il semble qu'il 
pouvait de bonne foi proclamer roi Isboseth, quoique le 
droit de David à la couronne fût établi par le fait de 
l'onction royale, que Samuel lui avait conférée sur l'ordre 
de Dieu même, I Reg., xvi, 1-13; car cette consécration 
était restée secrète. On n'avait pu faire , touchant la future 
royauté de David , que des conjectures fondées sur sa 
vertu, sa bravoure, sa popularité toujours croissante. Une 
prophétie de Samuel annonçant à Saûl, avant même le 
choix divin de David , que Dieu lui ôterait la couronne 
pour la donner à un autre meilleur que lui, I Reg., xv, 28, 
devait corroborer ces conjectures. Elles étaient devenues 
pour Jonathas une certitude vers la fin du règne de son 
père, et cependant il ne connaissait pas l'onction royale 
de David, ou du moins il ne lui en parla pas. I Reg., 
xxiv, 21. Abner pouvait donc l'ignorer lui-même au mo- 
ment de la mort de Saûl, bien qu'il paraisse l'avoir connue 
plus tard, II Reg., III, 9-10, 18, et voir par conséquent 
dans Isboseth le légitime successeur de son père. La dé- 
termination qu'il prit d'établir la royauté de ce prince, et 
l'habileté qu'il déploya pour l'affermir et l'étendre, retar- 
dèrent de sept ans et demi l'union de tous les Israélites 
sous le sceptre de David. II Reg., h, 11. 

Cette durée du schisme ainsi précisée est assez difficile 
à concilier avec ce qui est dit, II Reg., n, 10, qu'Isboseth 
régna deux ans sur Israël; les commentateurs donnent 
de ce passage diverses explications, qui laissent toutes la 
question indécise. Voir Isboseth. Ils ne trouvent pas moins 
de difficulté pour suppléer à la sobriété du récit biblique 
relatif aux événements de cette période, surtout en ce qui 
regarde David, qui parait s'être renfermé vis-à-vis du 
royaume du nord dans une politique d'expectative et de 
paix armée. Abner l'en fit sortir en quittant Mahanaïm 
et en franchissant le Jourdain, sans doute dans le dessein 
d'étendre plus avant vers le sud la puissance d'Isboseth. 
II Reg., n, 12. Joab, général de David, accourut dHébron 
et vint à sa rencontre. Les deux armées se trouvèrent en 
présence à Gabaon, l'El-Djib moderne, à deux lieues au 
nord -ouest de Jérusalem, près d'une vaste piscine, Jer., 
xli , 12 , représentée vraisemblablement de nos jours par 
la source d'Ain el-Djib. Elles étaient campées en face l'une 
de l'autre, des deux côtés de la piscine, lorsque Abner 
proposa un combat singulier entre quelques hommes des 
deux camps; Joab accepta. Plusieurs, s'appuyant sur le 
verbe « jouer » , dont se sert Abner, II Reg., H, 14, ont 
pensé qu'il n'avait en vue qu'une sorte de divertissement 
militaire, pour montrer la bravoure de ses soldats; sa 
proposition mériterait certainement, dans ce cas, le blâme 
que lui infligent beaucoup de commentateurs, quoiqu'il 
ne faille pas juger trop sévèrement d'après nos idées et 
nos mœurs les faits de ces temps anciens, et les actes 
d'hommes qui faisaient métier de se battre. Cependant on 
croit plus communément, d'après l'ensemble du récit, 
qu' Abner proposa de substituer un combat de quelques 
champions à une bataille générale, soit qu'il voulût épar- 
gner le sang de ses soldats, soit que, comme certains in- 
terprètes l'ont conjecturé, voyant l'infériorité de ses troupes, 
il eût dessein de sauver ainsi son honneur, en ne se reti- 
rant pas sans avoir au moins donné cette preuve de 
courage. 

Si telles furent ses intentions, l'événement ne répondit 
pas à son attente. Douze hommes de Benjamin et douze 
de ceux de David s'avancèrent. Usant tous de la même 
tactique , chaque combattant saisit d'une main son adver- 
saire à la tète , et de l'autre lui enfonça son épée dans les 
flancs ; ils s'entretuèrent tous en un instant. Le texte 
hébreu permettrait bien à la rigueur de soutenir que les 
douze Benjamites furent seuls tués; mais ce sens n'a été 



adopté que par de rares interprètes, et l'on admet géné- 
ralement que les choses se passèrent comme le dit la Vul- 
gate. Les soldats des deux armées se précipitèrent aussitôt 
en avant, et la mêlée devint générale. Après un rude combat, 
les soldats d'Abner cédèrent; lui-même fut entraîné dans 
la déroute. L'agile Asaël, le plus jeune des frères de Joab, 
s'élança à sa poursuite. Abner, se sentant serré de près, 
se retourna par deux fois, et engagea le jeune guerrier 
à le laisser pour en attaquer d'autres, et à ne pas le con- 
traindre de le tuer. Il montra assurément de la modération 
en cette circonstance, et l'on a avec juste raison loué sa 
générosité. Mais il avait encore un autre motif de ne point 
tuer Asaël, c'est celui qu'il lui déclare lui-même. II Reg., 
il, 22. Il savait que Joab, dont il connaissait le caractère 
vindicatif, ne manquerait pas de se constituer « le vengeur 
du sang» de son frère, Gen., xxxiv, 30; Num., xxxv, 19; 
II Reg., xiv, 7, 11, selon une coutume en vigueur en Orient, 
et qui existait même en Grèce, tempérée par la compo- 
sition ou rachat, comme l'attestent les plaidoyers de Dé- 
mosthène contre Panténète, 58-59, et contre Théocriue, 28. 
Voir, dans Y Iliade, la description du bouclier d'Achille, 
xvm, 497 et suiv., et le discours d'Ajax, ix, 629 et suiv. 
C'est pourquoi , aujourd'hui encore , les Arabes évitent 
tant qu'ils peuvent de tuer personne dans leurs razzias, 
de peur de s'attirer d'inévitables représailles. C'est cette 
crainte surtout qui retenait Abner, et la suite du récit fait 
voir combien elle était fondée. II Reg., m, 27. Cependant 
le jeune homme avançant toujours, il lui enfonça dans le 
ventre la hampe de sa lance, et, l'ayant étendu mort à ses 
pieds, il reprit sa course. 

Il put enfin, au coucher du soleil, rallier les siens sui 
un monticule, et faire volte-face à l'ennemi. Élevant alors 
la voix, il reprocha à Joab cette poursuite sans merci de 
ceux qui étaient ses frères par la religion et par le sang, 
et lui représenta qu'il n'était pas prudent de pousser à bout 
un ennemi et de le réduire au désespoir. « Vive le Sei- 
gneur! lui répondit Joab; si tu avais parlé ce matin, le 
peuple aurait cessé de poursuivre son frère. » II Reg., Il, 27. 
D'après l'hébreu, la réponse de Joab aurait été: «Si tu 
n'avais pas parlé ce matin, » etc., c'est-à-dire si tu ne nous 
avais pas provoqués. Joab semble dire que les deux armées 
se seraient retirées sans combattre, ce qui s'accorderait 
assez avec la modération de David dans sa lutte contre 
Isboseth. Joab sonna donc de la trompette et arrêta la 
poursuite. Il n'avait perdu que dix-neuf hommes, non com- 
pris Asaël , tandis que l'on compta trois cent soixante morte 
du côté d'Abner. 

Le récit de ce combat est suivi de ces simples paroles ; 
« Il y eut donc entre la maison de David et celle de Saûl 
une longue lutte, au cours de laquelle David progressait 
et se fortifiait sans cesse, tandis que la maison de Saûl 
allait s'affaiblissant de jour en jour. » II Reg., m, 1. Cette 
décadence de la maison de Saûl se fit sans doute par des 
moyens politiques plus que par les armes, car la Bible ne 
mentionne aucune bataille depuis celle de Gabaon. Abner 
dut se détacher peu à peu d'une cause qui perdait tous 
les jours du terrain, jusqu'à ce qu'enfin Isboseth lui-même 
lui fournit l'occasion de s'en séparer tout à fait et de l'aban- 
donner. Il lui reprocha d'avoir épousé (c'est d'une union 
légitime que les commentateurs croient généralement qu'il 
s'agit) une femme de second rang de Saûl, Respha, qui 
avait survécu à ce prince. Voir Respha. D'après les idées 
de l'Orient, c'était faire acte de prétendant, le roi seul 
ayant le droit d'épouser les femmes du roi défunt. Grotius, 
in h. t.; cf. II Reg., xvi, 21 ; III Reg. , n, 22, et les faits, 
rapportés par Hérodote, m, 68, et Manéthon, dans Jo- 
sèphe, Cont. Apkm., I, xv. Voir Absalom et Adonias. 
On ne dit pas qu'Abner ait nié le fait , mais il regarda ce 
reproche comme un outrage qu'un homme de son rang 
ne devait pas souffrir; il rappela à Isboseth, en termes 
durs et humiliants , qu'il lui était redevable de la couronne 
et de la liberté même, et lui jura qu'il allait le punir de 
sou ingratitude en travaillant à ruiner sa cause et à faire 



65 



ABNER — ABNËT 



6G 



régner David sur tout Israël. Le faible prince, qui avait 
peur de lui, se tut; mais cet humble silence ne désarma 
pas la colère d'Abner : il se mit incontinent en devoir d'ac- 
complir son serment. 

Il envoya secrètement des émissaires à David pour lui 
demander de faire amitié avec lui, s'engageant de son côté 
à le soutenir et à lui rallier tout Israël. David ne pouvait 
qu'accepter une telle proposition ; il y mit cependant une 
condition : c'est qu'Abner, en venant traiter cette affaire , 
lui ramènerait Michol , fille de Saûl , qui était toujours sa 
femme légitime , I Reg., xvm, 27, quoique le roi son père 
l'eût fait épouser à Phaltiel de Gallim, après sa rupture défi- 
nitive avec David. I Reg., xxv, 44. Rien de plus naturel 
que ce désir de David de rentrer en possession d'une épouse 
qui lui avait d'ailleurs témoigné tant d'affection et de dé- 
vouement, I Reg., xix, 11-17, et dont il avait si chèrement 
aeheté la main, I Reg., xvm, 20-28; mais il est permis 
de supposer que la politique fut pour quelque chose dans 
l'empressement qu'il mit à la rappeler : la présence de la 
fille de Saûl devait contribuer à lui rendre favorables 
beaucoup de partisans d'Isboseth, surtout parmi les Benja- 
mites , et son voyage à Hébron servirait d'ailleurs de pré- 
texte à celui d'Abner. Il la demanda directement à Isboseth, 
à qui son titre de frère et de roi donnait autorité sur elle; 
le secret de ses négociations avec Abner exigeait du reste 
que celui -^i ne parût pas dans une affaire qui était à 
l'avantage de David. Il y en a cependant qui pensent 
qu'Abner n'agit pas secrètement, et qu'il prépara ouver- 
tement et au grand jour l'exécution de la menace faite 
à Isboseth. Le secret fut du moins gardé à Hébron, car 
Joab ignora tout jusqu'à la fin. II Reg., m, 23. 

Abner se chargea d'aller prendre Michol à Gallim, et de 
la conduire à Hébron avec une escorte de vingt hommes. 
A Bahurim (voir ce mot), il renvoya Phaltiel, qui l'avait 
suivie jusque-là en pleurant. Arrivé à Hébron, il acheva 
l'œuvre commencée par ses émissaires en concluant avec 
David le traité qui faisait le véritable objet de son voyage. 
II Reg., m, 19. Il avait eu soin de préparer avant son 
départ les esprits des anciens d'Israël, et en particulier de 
ceux de Benjamin ; il leur avait rappelé les souhaits qu'ils 
formaient eux-mêmes depuis longtemps pour l'avènement 
de David, III Reg., m, 17-19; la seule chose qui restait 
à faire était donc de s'entendre définitivement avec le roi 
sur les conditions de la paix et sur les moyens à prendre 
pour la réunion des deux royaumes. II Reg., m, 21. 

Quand tout fut réglé, Abner quitta Hébron. Mais en ce 
même temps Joab y rentrait, de retour d'une expédition 
heureuse. On lui apprit l'accueil honorable que David avait 
fait au chef de l'armée d'Isboseth et l'amitié qu'il lui avait 
témoignée. Il courut aussitôt chez le roi pour lui reprocher 
d'avoir laissé repartir Abner, qu'il lui représenta comme 
un fourbe, venu pour reconnaître de près l'état de ses 
affaires, afin de pouvoir lui nuire plus sûrement; puis il 
sortit, et ayant, à l'insu de David, envoyé prier Abner, 
déjà parvenu à la citerne de Sira (voir ce mot), de revenir 
sur ses pas, Abner rentra sans défiance à Hébron. Alors 
Joab, feignant d'avoir à lui parler en secret, l'attira au 
milieu d'une porte de la ville, et l'assassina sous les yeux 
et avec la complicité de son frère Abisaï. Il vengeait ainsi 
la mort de son autre frère Asaël, II Reg., m, 27, qu'Abner 
avait tué au combat de Gabaon; mais Joab ne pouvait 
ignorer qu'Abner n'avait frappé Asaël qu'à son corps dé- 
fendant, et qu'il n'y avait donc pas lieu de venger cette 
mort. Du reste, les paroles qu'il venait d'adresser à David, 
et son ambition, qui le poussa plus tard à frapper Amasa 
de la même manière, II Reg., xx, 8-10, donnent lieu de 
penser que le désir de venger son frère ne fut pas le seul 
mobile de ce meurtre, et que l'ambition y eut une bonne 
part. Abner était pour lui un rival redoutable, destiné 
à prendre la première place dans le nouveau royaume : 
David ne laisserait pas assurément au second rang celui 
qui, sous le nom d'Isboseth, avait été plus roi que général, 
Û Reg., in, 6, et dont il venait de recevoir un royaume 
OICT. DE LA BIBLE. 



sans avoir à répandre une goutte de sang. Le roi tenait 
d'ailleurs Abner en très haute estime, et le considérait 
comme le premier entre les vaillants de Saûl. I Reg., 
xxvi, 15; cf. II Reg., m, 38. 

David protesta publiquement et à diverses reprises contre 
cet attentat, afin que chacun sût qu'il n'en était complice 
d'aucune manière. Il fit faire à Abnei des funérailles so- 
lennelles, et obligea Joab de porter le deuil de sa victime 
et de marcher devant son cercueil ; lui - même venait à la 
suite. Il pleura sur sa tombe avec tout le peuple, célébra 
dans une courte élégie la vaillance d'Abner, et manifesta 
son regret de ce que son pouvoir était encore trop peu 
affermi pour lui permettre de punir le meurtrier : « Qu'à 
celui qui a fait le mal, ajouta-t-il, le Seigneur rende selon 
sa malice. » II Reg., m , 39. C'était une sorte de menace 
qui ne devait pas rester sans effet. De longues années plus 
tard, David, se sentant près de sa fin, recommanda à Sa- 
lomon de ne pas épargner le fils de Sarvia, comme il avait 
été obligé de le faire lui-même, et bientôt Joab expiait 
par une mort violente sa complicité dans les menées ambi- 
tieuses d'Adonias , en même temps que le meurtre d'Amasa 
et celui d'Abner. III Reg., h, 5-6, 32-34. 

Les qualités d'Abner justifiaient la douleur que sa mort 
causa à David, l'estime que le roi avait toujours eue pour 
lui et les louanges qu'il lui donna en diverses circons- 
tances. Loyal, confiant, généreux, il savait, comme soldat, 
allier le sang-froid avec le courage, et une grande mo- 
dération avec le sentiment de sa force et de sa valeur. 
Comme homme d'État, il fit preuve d'habileté, d'esprit de 
suite, de persévérance pour étendre peu à peu les fron- 
tières du royaume d'Isboseth. Il venait de donner, quand il 
mourut , une dernière preuve de ses talents diplomatiques 
dans ses négociations avec David. Mais malheureusement 
il ternit tant de belles qualités par l'ambition , qui lui fit 
continuer, sinon commencer un schisme national, afin 
de régner sous le nom d'Isboseth. S'il put, en effet, re- 
garder d'abord de bonne foi ce prince comme l'héritier 
légitime du trône de Saûl, comment admettre qu'il ignora 
pendant plus de sept ans les droits de David à la cou- 
ronne? Le langage qu'il tint lui-même, à l'époque de sa 
rupture avec Isboseth, semble écarter cette supposition. 
II Reg., m, 9-10, 18. Beaucoup regardent, et avec raison, 
ce semble, comme impossible que, Saûl mort, David n'ait 
pas divulgué sans retard son élection divine et sa consé- 
cration par Samuel, et produit ainsi son titre incontes- 
table à la royauté d'Israël. Voir Hummelauer, Comment, 
in lib. Samuelis, Paris, 188G, p. 285. D'ailleurs, la futi- 
lité du motif pour lequel il abandonna Isboseth, et les 
ouvertures intéressées qu'il fit aussitôt après à David, 
montrent assez clairement que, au moins à la fin, ce 
n'était pas un zèle bien convaincu pour les droits du fils 
de Saûl qui le faisait rester dans son parti. L'ambition 
l'avait tenu hors du devoir ; ce fut l'ambition 'qui l'y fit 
rentrer. Mais au moment même où , assuré du succès, il 
voyait une nouvelle et brillante carrière s'ouvrir devant 
lui, la jalousie de Joab l'arrêta, et l'épée de cet autre am- 
bitieux fut peut-être l'instrument dont la Providence voulut 
se servir pour punir l'ambitieux Abner. E. Palis. 

2. ABNER, père de Jasiel, qui fut le chef de la tribu 
de Benjamin sous le règne de David. I Par., xxvii, 21. 
Cet Abner n'est probablement pas différent du précédent. 

ABNÊT, nom hébreu , tsjsn , d'une sorte de ceinture 
qui faisait partie du costume sacerdotal, et qui n'a pas de 
nom particulier dans nos langues. Les ceintures ordinaires 
ne sont jamais désignées par ce mot dans la Bible hé- 
braïque. L' 'abnêt n'était porté régulièrement que par les 
prêtres. Cependant Isaîe , xxii , 21 , parle d'un personnage 
important, Sobna, qui avait un 'abnêt, et dont la ceinture 
est sans doute ainsi appelée parce qu'elle était remarquable 
par sa richesse et par sa beauté. (Il n'y aurait pas d'ex- 
ception, si l'on acceptait la tradition juive, rapportée par 

1. — 5 



67 



ABNÊT - ABOMINATION DE LA DÉSOLATION 



68 




- Prêtre égyptien portant 
la ceinture. 

(Thèbes. D'après Wilklnson.) 



Jarchi, in Is., xxn, 21, et qu'on retrouve aussi dans "le 
Chronicon pascale, Pat. gr., t. xcn, col. 301, et d'après 
laquelle Sobna, dont parle le prophète, était de race sacer- 
dotale.) Du reste , à part ce passage d'Isaïe, Y 'abnêt n'est 
nommé que dans le Pentateuque, Exod., xxvm, 4, 39, 40; 
xxix, 8 (9); xxxix, 29; Lev., vm, 7, 13; xvi, 4. Les Sep- 
tante l'ont traduit par Çwvk), et la Vulgate ordinairement 
par balleus, deux fois par cingulum, Exod., xxxix, 28 
(hébreu, 29); Is., xxii, 21, et une autre fois par zona, 
Lev., xvi, 4. Elle ressemblait 
peut-être aux ceintures de 
luxe égyptiennes, dont les 
monuments figurés de la 
vallée du Nil nous ont con- 
servé la représentation. 
(Fig. 7.) 

Le texte sacré nous dit 
qu'elle était brodée et faite 
avec les matières les plus 
précieuses : fin lin , hyacin- 
the, pourpre,écarlate.Exod., 
xxxix, 28 (29); xxvm, 39. 
Josèphe la décrit d'une ma- 
nière plus précise. Ant. 
jud., III, vu, 2. Il dit qu'elle 
était d'une étoffe de lin tis- 
sée avec une telle finesse, 
qu'elle ressemblait à la dé- 
pouille d'un serpent , et 
qu'elle était couverte de 
fleurs brodées avec des fils 
bleus, pourpres, écarlates 
et blancs. Sa largeur était 
d'environ quatre doigts ; sa longueur suffisante pour faire 
plusieurs fois le tour du corps de celui qui la portait; elle 
pendait par devant jusqu'aux pieds. Lorsque le prêtre 
exerçait ses fonctions sacerdotales , il rejetait sur son 
épaule les bouts de son 'abnêt. A ces détails fournis par 
l'historien juif, Maimonide ajoute, De vas. sanct., 8, que 
la ceinture portée par le grand prêtre et par les prêtres 
ordinaires était de lin blanc , brodé avec de la laine , mais 
qu'au jour de la fête de l'Expiation , 1' 'abnêt du pontife 
était entièrement de lin blanc. Cf. Lev., xvi, 4. Sa lon- 
gueur était de trente-deux coudées, c'est-à-dire de plus de 
quinze mètres. Cette longueur paraît bien considérable. 
Cf., sur cette partie des vêtements sacerdotaux , S. Jérôme, 
Ep. lxiv ad Fabiolam de veste sacerdotali, 12, t. xxii, 
col. 614. 

Josèphe termine sa description par une remarque qui 
mérite d'être notée. « Moïse, dit-il, a appelé cette ceinture 
abanêt (à6aMr)8); mais nous, nous l'appelons émian (è|iiâv), 
ayant appris ce nom des Babyloniens. » Cela semble indi- 
quer que les Juifs, captifs en Chaldée, avaient changé la 
dénomination antique pour en adopter une nouvelle, peut- 
être parce qu'ils considéraient cette dernière comme sé- 
mitique, tandis qu'ils regardaient la première comme d'ori- 
gine étrangère. Quoi qu'il en soit, l'origine du mot 'abnêt 
était demeurée jusqu'ici inconnue. Gesenius , dans le Thé- 
saurus lingu& hebrxœ, p. 221, lui attribuait une origine 
perse; d'autres orientalistes, comme J. Fûrst, Hebràisches 
Handwôrterbuch, 2« édit., 1863, 1. 1, p. 15, supposaient que 
'abnêt est un mot égyptien , mais sans pouvoir appuyer 
leur hypothèse sur aucune preuve. Le déchiffrement des 
hiéroglyphes a démontré que c'est bien à l'Egypte que 
Moïse avait emprunté le nom d' 'abnêt. Un des noms de 

ceinture en égyptien est, en effet, I • ff* , J^Q ou 

bnt, benêt ou banal, d'où 'abnêt (avec Valeph prosthé- 
nque). H. Brugsch, Dictionnaire hiéroglyphique, Sup- 
plément, p. 433. F. Vigouroux. 

1. ABOAB, ou plutôt ABOHAB Emmanuel, rabbin 
- espagnol, émigré en Hollande, est l'auteur de la Notnologie, 



in -4°, Amsterdam, 1629. C'est une apologie de la tradi- 
tion rabbinique. Nous ne mentionnons ici cet ouvrage que 
parce qu'il contient des notices sur les auteurs, et en par- 
ticulier sur les exégètes juifs. 

• 2. ABOAB ou ABOHAB Isaac, un des ancêtres d'Emm. 
Abohab, né en Castille, fut très lié avec Abarbanel. 
Comme ce dernier, il quitta l'Espagne à l'époque de l'expul- 
sion des Juifs (1492). Plein d'estime pour les doctrines 
cabalistes, il les suit pourtant avec modération. On lui doit 
un commentaire du Commentaire de Nahmanide sur le 
Pentateuque. Il est plus connu par son livre de morale et 
d'édification, si célèbre autrefois chez les Juifs : Menôrat 
hamnxâôr, Le candélabre du luminaire, Exod., xxxv, 14. 
— Son commentaire a été imprimé à part à Constanti- 
nople, in-4°, 1525; avec ceux de Raschi et de Nahmanide, 
Venise, in-f», 1548; Cracovie, in-f°, 1587; AVilinersdorf, 
1713. 

3. ABOAB, ABOHAB Ou ABOUAB Isaac (1606-1693), 
Juif d'origine portugaise, né à Saint-Jean-de-Luz, émigra 
aux Pays-Bas, puis au Brésil; enfin revint mourir rabbin 
à Amsterdam. Parmi ses ouvrages, on remarque une tra- 
duction espagnole du Pentateuque avec un commentaire 
succinct ou paraphrase, Parafrasis commentado sobre 
al Pentateuco, in-f", Amsterdam, 1681. 

ABOBI (dans le texte grec: 'Ago-j6ou), père de Pto- 
lémée , qui fit assassiner son beau-père Simon Machabée, 
avec ses deux fils, Mathathias et Juda. I Mach., xvi, 1 1, 15. 

ABOMINATION. La Vulgate a traduit par abomi- 
natio deux mots hébreux différents, dont la signification 
réelle est souvent différente de la signification ordinaire 
du mot « abomination » dans notre langue , et a par con- 
séquent besoin d'être expliquée. Les deux mots hébreux 
sont, dans le texte original, royin , fô'êbâh, et yipw, 
siqqûs. Pour ce dernier, voir Abomination de la désola- 
tion. L'expression fô'êbâh, du verbe fi'êb, « rendre abo- 
minable, détestable, souillé, » désigne en général « une 
chose détestable, honteuse, horrible », surtout en matière 
religieuse. Ce terme s'emploie, en effet, particulièrement 
à propos du culte des faux dieux. Deut., vu, 25, 26; XII, 
31; xm, 14, etc. etc. Dans le quatrième livre des Rois, 
xxiii, 13, le faux dieu Moloch est nommé « le (ô'ébâh des 
enfants d'Ammon d. Les idoles ou les fausses divinités sont 
nommées également fô'êbôf, Deut., xxvn, 15; Is., xliv, 19; 
Jer., xvi, 18; Ezech., vu, 20; xi, 21; xvi, 36; les nations 
idolâtres sont appelées 'ammê (ô'êbôf, I Esd., ix, 14. Le 
mot « abominations » dans l'Exode, vm, 22 (26), désigne 
les animaux que les Hébreux offraient en sacrifice , et que 
les Égyptiens, au contraire, vénéraient comme des dieux, 
en particulier le bœuf. 

ABOMINATION DE LA DÉSOLATION ,« abomi- 
natio desolationis. » La Vulgate a rendu par ces mots les 
expressions hébraïques odh?d D'ïpw, siqqûsîm meéôniêm, 
employées par Daniel, ix, 27, dans sa prophétie messia- 
nique des soixante-dix semaines. Ces expressions sont 
importantes, à cause du passage même où elles se lisent 
pour la première fois, et aussi parce qu'elles sont répétées 
par Daniel dans une autre prophétie, xi, 31, et que nous 
les retrouvons dans le premier livre des Machabées et dans 
les Évangiles ; mais le sens en est obscur, de là vient 
qu'elles sont interprétées de manières très différentes. Pour 
tacher d'en saisir le sens , nous allons les étudier succes- 
sivement dans les différents endroits où elles ont été em- 
ployées. 

I. Dans Daniel. — Daniel, à la fin de sa prophétie des 
soixante-dix semaines, annonce les malheurs qui fondront 
sur son peuple, lorsque aura cessé l'oblation des sacrifices ; 
il dit qu'alors 'al kenaf Siqqûsim meSomêm, ix, 27. Non 
seulement les mots ont une signification vague et peu 



ABOMINATION DE LA DÉSOLATION 



70 



claire, mais le passage font entier est difficile, et d'une 
telle concision, qu'on est obligé de le paraphraser pour le 
faire comprendre. Les traducteurs grecs ont rendu les mots 
que nous venons de rapporter par im to Sspôv pSéXuTi*a 
tûv IpmucAffewv, K dàitè I e temple, l'abomination des déso- 
lations. » Saint Jérôme a interprété comme les Septante : 
Erit in templo abominatio desolationis , « l'abomination 
de la désolation sera dans le temple. » 

Le prophète, dans un autre de ses oracles, s'est servi 
une seconde fois , xi , -31 , pour prédire la profanation du 
temple de Jérusalem par Ântiochus Épiphane, des mots 
haSsiqqûs meiomêm, avec cette seule différence que le 
mot Siqqûs est ici au singulier et précédé de l'article, 
tandis qu'il est sans article et au pluriel, ix, 27. Dans cette 
nouvelle prophétie, le sens général n'offre aucune diffi- 
culté. « On souillera, dit -il, le sanctuaire de la force, on 
fera cesser le sacrifice perpétuel, et l'on y placera haS- 
Siqqûs meSomêm, xi, 31. » Ces derniers mots sont tra- 
duits par les Septante : p8éXuT[ia Tjipavtffuivov , « abomi- 
jiation désolée », et par la Vulgate : abominationem in 
desolalionem , « l'abomination dans la désolation. » 

En complétant cette prophétie et en fixant le temps 
que doit durer l'oppression, Daniel emploie une troisième 
fois les termes Uqqûs Sômêtn, avec cette légère variante 
que le substantif singulier SUjqûs n'a point l'article, et 
que le participe meSomêm, de la forme pohél, est rem- 
placé par le participe du même verbe à la forme kal. Les 
deux expressions ont donc, dans ces deux derniers pas- 
sages , le même sens, et l'on ne peut douter qu'elles n'aient 
aussi un sens analogue dans le premier. Quel est ce sens? 
C'est ce que nous devons maintenant rechercher. 

Le mot Uqqûs, pluriel Siqqûsim, est assez fréquem- 
ment employé dans l'Ancien Testament. C'est un terme 
de mépris qui signifie étymologiquement « une chose abc- 
minable, digne d'aversion et d'exécration », et qui est 
toujours appliqué aux faux dieux et au culte idolâtrique. 
Nous lisons dans le troisième livre des Rois, xi, 7 : 
« Chamos, abomination (Siqqûs) de Moab; Moloch, abo- 
mination des enfants d'Ammon; » IV Reg. , xxm, 13 : 
« Astarté, abomination des Sidoniens, » etc. Le pluriel 
Siqqûsîm désigne les faux dieux en général et les idoles 
ou les signes matériels qui les représentent, dans un grand 
nombre d'endroits : Deut., xxix, 16 (17) ; IV Reg., xxm, 24; 
II Par., xv, 8; Is., lxvi, 3; Jer., iv, 1; vu, 20; xm, 27; 
xvi, 18; xxxn, 34; Ezech., v, 11; vu, 20; xi, 18, 21; 
xx, 7, 8, 30; xxxvn, 23. — Nahum, m, 6, parlant au nom 
de Dieu , dit aux habitants de Ninive : « Je jetterai sur toi 
les Siqqûsim. » Zacharie, ix, 7, applique ce mot aux 
viandes offertes aux idoles, et Osée, ix, 10, à ceux qui leur 
rendent un culte. Ce sont là tous les passages dans lesquels 
la Bible hébraïque emploie cette expression. On voit que 
dans tous il est question des faux dieux et des insignes de 
leur culte abominable, ou de quelque chose qui s'y rap- 
porte. 

La seconde expression employée par Daniel, meSomêrn 
ou Somêm, est diversement interprétée comme la précé- 
dente, et il est plus difficile d'en déterminer rigoureuse- 
ment la signification; mais elle n'a pas la même impor- 
tance. Les uns en font un terme abstrait, comme les Sep- 
tante et la Vulgate , « désolation , dévastation ; » d'autres 
le considèrent comme un nom d'agent , désignant une per- 
sonne et non une chose, ce qui parait plus conforme à la 
ponctuation massorétique et ce qui donne un sens plus 
clair et plus simple, « celui qui désole, ravage, le dévas- 
tateur, » c'est-à-dire les Romains ou leur chef dans la 
prophétie messianique, et Antiochus IV Épiphane dans la 
prophétie concernant la persécution de ce roi syrien. Du 
reste, quoi qu'il en soit, le sens général de Daniel reste 
toujours le même. 

Le traducteur grec du premier livre des Machabées, 
i, 57 (52), a emprunté aux Septante, Dan-, xi, 31, et 
xii, 11, la version de Uqqûs me&ômêm par (JSIXuy ixa 
içrruuÎMjtwç. Au chapitre vi, 7, nous ne lisons plus que le 



mot to pî£X«Tixa , ce qui montre que ce terme exprime 
l'idée principale, dans la pensée de l'auteur sacré. 

H. Dans le premier livre des Machabées. — L'auteur 
du premier livre des Machabées, comme nous venons de 
le voir, a reproduit dans son récit les expressions de 
Daniel. Ce langage de l'écrivain sacré et les mots qu'il a 
choisis nous prouvent qu'il a reconnu dans la profanation 
du temple de Jérusalem par l'impie Antiochus Épiphane 
l'accomplissement de la prophétie de Daniel, xi, 31 ; xii, 1 1 . 
Nous devons examiner dans quel sens il a entendu le pas- 
sage du prophète. Il nous dit en premier lieu que, par les 
ordres d' Antiochus Épiphane, on « bâtit sur l'autel {JSÎXuyiia 
IpTIliwiTswç » , ce que la Vulgate traduit : « vEdificavit rex 
Antiochus abominandum idolum desolationis super altare 
Dei. » I Mac, i, 57. Plus loin, vi, 7, nous lisons que « les 
Juifs fidèles détruisent to pSéXuyiia qui avait été bâti sur 
l'autel des holocaustes de Jérusalem ». — « Diruerunt, dit la 
Vulgate, abominationem quam aedificaverat super altare 
quod erat in Jérusalem. » Que faut-il entendre ici par 
le pSéXuyjia du texte grec? Le traducteur latin, qui l'a 
rendu par abominationem dans le second passage, a 
été plus précis dans le premier, et l'a expliqué comme 
signifiant une idole. A sa suite, beaucoup de commenta- 
teurs, Nicolas de Lyre et autres, ont entendu le mot p6i- 
Xuy(i.a dans le sens de statue représentant une idole, c'est- 
à-dire Jupiter Olympien, à qui, d'après II Mac, vi, 2, le 
temple de Jérusalem avait été consacré. Cependant il est 
difficile de justifier cette interprétation. 

Le contexte démontre qu'il n'est pas question d'une statue 
ou d'une idole proprement dite, mais d'un « autel » ido- 
lâtrique, construit, « bâti » sur l'autel des holocaustes, 
qui est ainsi souillé et profané. Il est dit expressément, 
I Mac, i, 57; cf. vi, 7, qu'on « bâtit » (<î>xo86ti.r]<rav) le 
fl8IXiyy|ia ou abomination, terme qui ne peut s'appliquer 
ni à une statue ni à un cippe ou colonne ; et un peu plus 
loin, I, 62, nous lisons que « le vingt-cinquième jour du 
mois on sacrifiait sur Y autel qui était sur l'autel des holo- 
caustes » ; ce qui montre bien que sur le grand autel des 
holocaustes, où l'on offrait au vrai Dieu les sacrifices san- 
glants, on avait construit un autel plus petit, destiné au 
culte des faux dieux. Josèphe l'a exactement compris ainsi : 
'Enotxo8o)i.^(rac xa'i tô SumaiJTrjpia) f3<i)|iôv, (rûaç lit' aùroO 
xotTCTçalje. « Antiochus, ayant fait bâtir un autel sur l'autel 
des holocaustes, y immola des pourceaux. » Ant. jud., 
XII, v, 4. Le second livre des Machabées, vi, 2, ne con- 
tredit nullement le premier; il ne parle d'aucune statue, 
mais mentionne seulement que le temple de Jérusalem 
fut nommé du nom de Jupiter Olympien, c'est-à-dire dédié 
à Jupiter considéré comme le maître des dieux qui ha- 
bitent l'Olympe. 

L'ensemble du récit et la suite des faits montrent que 
cette profanation du temple du vrai Dieu par l'érection 
d'un autel sacrilège sur l'emplacement même où les en- 
fants d'Aaron offraient les sacrifices prescrits par la loi, 
fut considérée comme une grande calamité nationale, en 
même temps que comme une injure sanglante au Dieu 
véritable et aux sentiments religieux de la nation juive. 
Ce ne fut que par une purification solennelle et par une 
nouvelle dédicace du temple qu'on put réparer un si abo- 
minable outrage. I Mac, iv, 41 -59. La profanation de la 
maison de Dieu par les Romains du temps de Titus ne 
devait pas exciter plus tard une moindre horreur dans le 
cœur des Juifs. 

III. Dons l'Évangile. — Nous venons de voir que les 
mots « abomination de la désolation » ne désignent pas 
une idole, mais un autel idolâtrique, dans les dernières 
prophéties de Daniel et dans le premier livre des Macha- 
bées. Que désignent - ils dans la prophétie de Notre- 
Seigneur? « Quand vous verrez, dit le Sauveur, l'abomi- 
nation de la désolation (tô pSlXuYH» xr^ èpr|tuâoeu>;) qui 
a été prédite par le prophète Daniel, présente dans le lieu 
saint , que celui qui lit entende. » Matth. , xxiv, 15 ; cf. 
Marc, xm, 14. Ces paroles sont expliquées de diverses ma- 



71 



ABOMINATION DE LA DÉSOLATION 



72 



nières par les commentateurs. D'après un grand nombre , 
Jésus -Christ, par l'abomination de la désolation, entend 
une désolation abominable, horrible, ou une abomination 
détestable, sans aucune allusion à des actes idolà triques, 
et prédit par là les excès et les sacrilèges auxquels de- 
vaient s'abandonner les Zélotes avant la prise de Jéru- 
salem par l'armée romaine. Josèphe, Bell, jud., IV, m, 
7,8. 

Cette interprétation peut se concilier difficilement avec 
ce que nous avons dit plus haut. Le mot « abomination » , 
traduisant l'hébreu Siqqûç, a un sens suffisamment pré- 
cis : il signifie toujours les faux dieux , un objet idolâ- 
trique, ou une chose qui se rapporte au culte idolàtrique. 
L'expression p8éX\rrtia, qui en est la traduction et qui vient 
du verbe {JSeXûoTTw, « avoir mauvaise odeur, » a aussi le 
même sens dans les Septante. Dans le Nouveau Testament, 
elle est employée six fois : dans les deux passages que nous 
venons de rapporter, Matth., xxiv, 15; Marc, xm, 14, et 
dans Luc, xvi, 15; Apoc., xvii, 4, 5; xxi, 27. Les meilleurs 
exégètes reconnaissent que saint Jean dans l'Apocalypse 
veut exprimer l'idolâtrie par ce terme. Quant au passage 
de saint Luc, quoiqu'on l'entende ordinairement d'une 
chose détestable, abominable en général, il n'y a pas de 
raison de donner au mot « abomination » de ce verset un 
sens différent de celui qu'il a partout ailleurs, et l'on peut 
fort bien traduire : « Ce qui est grand aux yeux des 
hommes est comme un objet idolàtrique (Siqqû?) aux 
yeux de Dieu. » 

A plus forte raison doit-on entendre d'un objet ou d'une 
chose idolàtrique Y abomination dont parle Notre-Seigneur, 
puisqu'il reproduit, comme il nous en avertit lui-même, 
le langage du prophète Daniel. C'est pour ce motif qu'un 
certain nombre d'interprètes pensent que l'abomination 
idolàtrique dont parle Notre-Seigneur désigne les aigles 
et les enseignes romaines. Les Juifs les considéraient 
comme des idoles, et non sans raison; car, comme le 
remarque Havercamp dans ses notes sur Tertullien, Apol., 
l, 16, 1. 1, col. 367: « Presque toute la religion des soldats 
romains consistait à rendre un culte à leurs enseignes, à 
jurer par leurs enseignes et à leur donner le pas sur tous 
les autres dieux. » Tacite lui-même, Ann., n, 17, appelle 
les enseignes militaires « les dieux des légions » , propria 
legionum Numina. Aussi, pour ne pas blesser le senti- 
ment religieux des Juifs, les soldats romains qui tenaient 
garnison dans la ville de Jérusalem n'y introduisaient-ils 
point leur étendard. Une fois, Pilate fit porter les enseignes 
romaines dans la cité pendant la nuit; mais cet événe- 
ment produisit une telle émotion parmi les habitants, que 
le gouverneur dut retirer ses ordres. Josèphe, Ant. jud., 
XVIII, m, 1. Il est donc certain que les Juifs considé- 
raient les enseignes romaines comme une abomination 
idolàtrique. Nous savons de plus, par Josèphe, Bell, jud., 
VI , vi , 1 , que lorsque Jérusalem eut été prise par Titus, 
« pendant que le temple et ses alentours étaient en feu, 
les soldats apportèrent leurs étendards au temple, et, les 
ayant plantés vis-à-vis de la porte orientale, ils leur offrirent 
des sacrifices. » C'étaient bien là les actes idolâtriques pro- 
phétisés par Daniel. 

Mais ce n'était encore que le commencement de l'ac- 
complissement de sa prédiction. « L'abomination » devait 
apparaître plus d'une fois encore dans le lieu saint. L'em- 
pereur Adrien, en 137, pour insulter les Juifs, fit placer 
l'image d'un porc sur la porte de Bethléhem (correspon- 
dant à la porte actuelle de Jaffa), l'une des principales 
de la ville devenue iElia Capitolina, Eusèbe, Chron., n, 
t. xxx, col. 559; bien plus, il érigea un temple à Jupiter 
sur l'emplacement même du temple du vrai Dieu, Dion 
Cassius, Lxrx, 12, et il ordonna de placer sa propre statue 
à l'endroit même où avait été le Saint des saints. Nicéphore 
Calliste, m, 24, t. cxlv, col. 944. Ce fut la consommation 
de « l'abomination de la désolation ». 

On objecte contre cette explication de la prophétie de 
Notre-Seigneur que les actes idolâtriques des Romains 



et l'introduction des enseignes dans la ville sainte n'eu- 
rent lieu qu'après la prise de Jérusalem. Or le Sauveur 
recommande aux siens de quitter la cité maudite, lors- 




8. — Enseignes romaines. 

Fragment d'un bas -relief de l'are de triomphe de Constantin, 
a Borne. ( Dans la partie, à gauche, qui n'est pas reproduite Ici, 
l'empereur Trajan siège sur son tribunal. Les personnages figurés 
en avant des soldats romains sont Parthamashis, fils de Pa- 
oore, roi d'Arménie, et l'un de ses satrapes, qui demande que 
la couronne royale sott rendue an Jeune prince.) 

qu'ils verront l'abomination dans le lieu saint; ce qu'ils 
firent, en effet, en se réfugiant à Pella, avant le siège 
de Titus. Us avaient donc reconnu les signes annoncés 



73 



ABOMINATION DE LA DESOLATION — ABRAHAM 



74 



par le divin Maître avant l'investissement final de la 
ville et avant l'entrée des étendards des légions dans le 
temple. 

Pour répondre à cette difficulté, quelques commenta- 
teurs ont fait remarquer que Jésus ne dit point : « Quand 
vous verrez l'abomination dans le temple, » mais dans 
« un lieu saint », èv x&itm àyim, sans article; le lieu est 
donc indéterminé, il ne désigne pas expressément le 
temple, ni même la cité sainte, et il peut bien être la 
Terre Sainte elle-même, de sorte que le signe avant - 
coureur de la ruine de Jérusalem devint manifeste dès 
que l'armée romaine, avec ses enseignes idolàtriques , 
campa autour de Jérusalem. 

Plusieurs refusent d'admettre cette interprétation, parce 
que, disent-ils, les enseignes romaines n'apparaissaient 
pas alors pour la première fois en Palestine ; les Juifs les 
avaient déjà vues du temps de Pompée. — Sans doute, 
peut-on répondre, mais l'avertissement de Notre-Seigneur 
portait sur un événement futur, non sur un fait passé. 11 
ne dit point qu'on verra alors pour la première fois cette 
« abomination », mais que lorsqu'on la verra dans l'avenir, 
à partir du moment où il vient de parler, ce sera le signe 
de la ruine prochaine. 

On peut trouver néanmoins que l'application du mot 
« lieu saint » à la Palestine est peu naturelle. Aussi n'est- 
il pas nécessaire d'adopter cette interprétation pour expli- 
quer et justifier la prophétie de Daniel et de Notre-Sei- 
gneur. Le passage parallèle de saint Luc, xxi, 20, nous 
fournit la solution de la difficulté. En rapportant le même 
discours de Notre-Seigneur que saint Matthieu et saint 
Marc , cet évangéliste ne lui met pas dans la bouche les 
mots d' « abomination de la désolation », quij n'auraient 
pas été intelligibles pour les lecteurs d'origine païenne 
à qui il s'adressait, et il emploie des termes qui sont 
parfaitement clairs et précis : « Quand vous verrez Jérusa- 
lem investie par une armée , alors sachez que sa désolation 
<t) èpiînwffiç) approche. » Luc, xxi, 20. (On peut remar- 
quer, du reste, que si le mot (JSlivyna a disparu, le mot 
ipr\y.a>aii a été conservé.) 11 résulte de ce passage que 
Notre-Seigneur avait donné aux fidèles deux signes de la 
chute finale de Jérusalem : l'un était la présence de l'abo- 
mination dans le lieu saint ; mais l'autre , qui , comme le 
montrent les faits, devait le précéder et devait être non 
moins frappant ni moins sensible , c'était l'investissement 
de Jérusalem par l'armée romaine. 

Dès que les chrétiens virent les troupes païennes s'ap- 
procher de la ville, ils y virent l'accomplissement du pre- 
mier signe, et reconnurent que le second ne tarderait 
pas à se produire. Ils se mirent donc en mesure de suivre 
l'avis de leur Maître et de s'enfuir de la ville condamnée, 
pour se réfugier au delà du Jourdain. Eusèbe, H. E., 
m, 5, t. xx, col. 221. Une première attaque contre la 
ville eut lieu en 66. En cette année, Cestius Gallus, pro- 
curateur romain, assiégea la ville sainte, pour venger une 
défaite que les Juifs avaient infligée à ses troupes. Il établit 
son camp sur le mont Scopus , puis il brûla Bézétha et 
attaqua le temple lui-même. Ses soldats d'élite, formant 
la tortue , et ainsi couverts par leurs boucliers , s'appro- 
chèrent assez de l'édifice sacré pour essayer d'en brûler 
les portes. On peut bien dire que les habitants de Jéru- 
salem virent alors l'abomination et les enseignes idolà- 
triques près du lieu saint, quoique ce ne fût pas dans la 
maison de Dieu elle-même. Cependant, l'attaque n'ayant 
pas réussi, Cestius se découragea ; il renonça à son entre- 
prise et se retira avec ses troupes. Josèphe, Bell, jud., 
II , xix. Mais les chrétiens étaient suffisamment avertis , 
et ce fut probablement dans l'intervalle qui s'écoula entre 
ce premier siège et le second par Titus qu'ils abandon- 
nèrent la ville et se mirent en sûreté. 

F. Vigoukoux. 

ABOUAB. Voir Aboab 3. 

ABOU'LBÉRÉCAT. Voir Abou-Saïd. 



ABOU L - HASSAN. Voir Juda ha - Lévi. 
ABOULPHARAGE. Voir Bar-Hébmus. 
ABOU'L- WALID. Voir Ibn-Djanah. 

ABOU-SAÎD, fils d'Abou'lhosaîn, Samaritain, habi- 
tant probablement l'Egypte, fit, à l'usage des Samaritains 
de ce pays, une version arabe du Pentateuque, pour rem- 
placer celle du juif Saadias, reconnue inexacte. Cette tra- 
duction a été faite sur le texte samaritain, et avec l'aide 
de la version samaritaine. Le P. Le Long dit qu' Abou- 
Saïd vivait vers 1070, sans nous indiquer sur quelle au- 
torité il appuie son assertion. Cette date toutefois n'a rien 
d'invraisemblable, car la version arabe -samaritaine a dû 
être faite un siècle au moins après celle de Saadias , mort 
en 942. Elle serait donc du xi« ou du XII e siècle. Un manus- 
crit de cette version, au lieu du nom d'Abou-Saïd, porte 
celui d'Abou'lbérécat, fils de Saïd, Syrien de Basra. Mais 
ce dernier parait être un plagiaire ; sa préface n'est qu'une 
imitation maladroite de celle d'Abou-Saïd. Voir Silvestre 
de Sacy, Mémoire sur la version arabe des livres de Moïse 
à l'usage des Samaritains, dans les Mémoires de l'Aca- 
démie des inscriptions et belles - lettres , 1808, t. xlix, 
p. 1-199; Le Long, Bibliotheca sacra, t. i, p. 188; Rossi, 
notice détaillée à la suite du Saggio délie variante del 
codice ms. di Pio VI. 11 existe six ou sept manuscrits de 
cette version; le plus précieux est celui de la Bibliothèque 
Barberini, à Rome. Abr. Kuenen a publié Spécimen 
e libris orientalibus , exhibens librum Geneseos secun- 
dum arabicam Pentateuclù Samaritani versionem ab 
Abu-Saido conscriptam , in-8°, Liège, 1851. 

E. Levesque. 

ABRABANEL, ABRAVANEL. Voir Abarbanel. 

ABRAHAM (hébreu: 'Abraham), d'abord nommé 
Abram {'Abrâtn), descendait de Sem, dont il était séparé 
par dix générations. I Par., i, 27. Vraisemblablement le plus 
jeune des fils de Tharé, quoiqu'il soit nommé le premier, 
Gen., XI, 26, plutôt par rang d'honneur, en qualité de 
père des Hébreux, que par droit de primogéniture (voir 
Tharé, et Vigoureux, Manuel biblique, 7« édit. , 1. 1, n° 342 ) , 
il naquit à Ur, ville des Chaldéens, la Mughéir actuelle, 
située entre Babylone et le golfe Persique. « Le nom 
d'Abram est réellement assyrien ; il a été retrouvé, comme 
nom propre, dans les monuments indigènes, sous sa forme 
assyrienne Abu-ramu, ou, sans la terminaison assyrienne, 
Ab-ram. ■» Vigouroux,£a Bible et les découvertes mo- 
dernes, t. I, 5" édit., p. 403.) Abu-ramu, comme Abram, 
signifie « père élevé ». Du reste, la communauté de lan- 
gage, de traditions et de coutumes, ne permet pas de 
douter que les Chaldéens et les Hébreux n'aient eu les 
mêmes ancêtres. Cf. Vigouroux, loc. cit., p. 402-430. 
Aussi les tribus chananéennes de la Palestine surnom- 
mèrent-elles Abram l'Hébreu, c'est-à-dire « celui qui vient 
d'au delà de l'Euphrate ». Gen., xiv, 13. Ainsi tombent 
sous les coups de l'histoire les théories aventureuses de 
Hitzig, Geschichte des Volkes Israël, p. 40-43, qui ran- 
geait les Hébreux au nombre des Aryas ou Hindous, et 
donnait une origine sanscrite au nom d'Abraham, qu'il 
comparait à Rama, le dieu indien. 

Des révélations divines progressives, d'une importance 
particulière, faisant époque, marquent le commencement 
de chacune des quatre périodes qui partagent l'histoire 
d'Abraham. 

I. Première période. — Elle débute par la vocation du 
patriarche, et s'étend de son départ d'Ur à la délivrance 
de Lot des mains de Chodorlahomor. Gen., xn-xiv. Déjà 
marié avec Saraï, mais sans enfants, Abram quitta Ur avec 
Tharé son père , Lot son neveu , et Saraï sa femme. Leur 
émigration se fit par ordre formel de Dieu, comme nous 
l'apprend saint Etienne. Act.,vu,2-3. Les paroles citées 
par le premier diacre appartiennent, il est vrai, dans la 



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Genèse, xii, 1 , au récit de l'apparition divine qui eut lieu 
à Haran. Saint Etienne toutefois ne s'est pas trompé, et 
il n'y a pas contradiction entre les deux livres inspirés ; 
car Dieu lui-même, Gen., xv, 7, rappelle à Abram qu'il 
l'a fait sortir d'Ur, et les lévites le répètent dans leur prière 
au Seigneur. II Ësdr., ix, 7. Saint Etienne d'ailleurs n'est 
que l'écho de la croyance des Juifs, mentionnée aussi par 
Philon, Le Abrahamo. D'après Gen., xi, 31, la terre de 
Chanaan était dès leur premier départ le terme dernier 
du voyage. Cependant les émigrants s'arrêtèrent à Haran, 
où Tharé mourut. Après la mort de son père, Act., vu, 4, 
Abram, âgé de soixante-quinze ans, reçut de nouveau du 
Seigneur l'ordre de quitter son pays, sa parenté et sa 
famille, et il partit de Haran, après y avoir séjourné 
quelque temps. Le but de cette seconde émigration ne lui 
fut pas d'abord clairement indiqué ; Dieu l'envoie vers 
une terre qu'il lui désignera plus tard, Gen., xii, 1, et 
Abram, modèle de foi et d'obéissance, part sans savoir 
où il aboutira. Heb., xi, 8. Le sacrifice qu'exigeait cette 
séparation fut récompensé par quatre promesses divines, 
formant une gradation ascendante : Abram aura une nom- 
breuse postérité, des faveurs insignes d'ordre spirituel et 
temporel, une grande gloire, et l'honneur d'être pour 
d'autres une source de bénédictions.. 

L'événement a fait connaître les motifs de cette double 
émigration. La notion du vrai Dieu s'obscurcissait parmi 
les nommes, et la vraie religion était sur le point de dis- 
paraître de la surface de la terre. C'est pourquoi le Sei- 
gneur résolut de confier le dépôt de la Révélation à un 
peuple fidèle, dont Abram serait la tige. Il lui ordonna 
donc de quitter sa patrie, ses parents et la maison pater- 
nelle, afin de l'arracher à l'idolâtrie qui régnait à Ur 
(Vigouroux, loc. cit., p. 383-387) et dans la famille même 
de Tharé. Josué, xxiv, 2; Judith, v, 6-9. « Les traditions 
populaires des Juifs et des Arabes, qui paraissent en ceci 
reposer sur des bases antiques, ajoutent que cette émigra- 
tion était devenue nécessaire par suite des dangers qui 
menaçaient le pieux Abram au milieu des populations 
idolâtres et dans la maison même de son père, ardent 
adorateur des faux dieux. L'historien Josèphe, écho des 
légendes de la Synagogue, dit que les habitants du pays de 
Harrân s'étaient soulevés en armes contre lui, et voulaient 
le punir de son mépris pour leurs divinités. » Lenor- 
mant, Histoire ancienne de l'Orient, 9» édit. , t. vi, 
p. 142-143. 

Abram emmenait avec lui Saraï son épouse, Lot son neveu, 
sa famille et ses troupeaux, et laissait à Haran son frère 
Nachor. Gen., xxiv, 10. Il dut d'abord franchir l'Euphrate, 
qui est à deux journées de marche de Haran. « La route 
de Mésopotamie en Palestine passe par Damas, et la tra- 
dition est d'accord avec la géographie pour conduire le 
patriarche dans cette ville. Elle est à sept journées des rives 
de l'Euphrate; mais la caravane d' Abram, encombrée de 
troupeaux, mit sans doute un temps plus long à y arriver. » 
Vigouroux, loc. cit., p. 400. Le texte sacré n'a pas men- 
tionné expressément Damas parmi les stations du pa- 
triarche. Il y séjourna (Nicolas de Damas, dans Josèphe, 
Ant. jud., I, vu, 2; Justin, xxvi, 2), et des souvenirs 
locaux plus ou moins authentiques désignaient encore près 
de cette ville, du temps de Josèphe, l'emplacement de l'ha- 
bitation d'Abraham. 

Abram entra dans la terre de Chanaan par le nord-est, 
peut-être, comme plus tard Jacob à son retour de Haran, 
par la vallée du Jaboc. Le pays « était alors occupé tout 
entier par les tribus chananéennes de la race de Cham, 
qui avaient fondé des villes et menaient la vie sédentaire, 
mais laissaient des tribus nomades de Sémites errer en 
pasteurs dans les campagnes voisines de leurs cités, de 
même qu'encore aujourd'hui les tribus bédouines errent 
presque jusqu'aux portes des villes de la Syrie et de la Pa- 
lestine ». Lenormant, loc. cit., p. 143. Abram ignorait 
encore que cette contrée devait appartenir un jour à sa 
dostérité. Dieu le lui apprit au lieu où s'éleva plus tard 



Sichern, au chêne ou térébinthe de More. Abram , consa- 
crant au vrai Dieu le sol où il lui était apparu, y bâtit un 
autel. Gen., xii, 6-7. 

Il ne séjourna pas dans ce lieu, mais alla camper entre 
Béthel et Haï, où il dressa un nouvel autel à Jéhovah. Il 
s'avança ensuite progressivement dans la partie méridio- 
nale du pays de Chanaan. Une famine l'obligea bientôt 
à descendre en Egypte, alors comme plus tard véritable 
grenier d'abondance, et refuge des Sémites et des Chana- 
néens dans les temps de disette. Dans ce voyage survint 
un événement qui a fourni aux ennemis de la religion 
l'occasion d'attaquer le caractère moral du saint patriarche. 
Craignant que les Égyptiens ne le missent à mort pour 
ravir sa femme , il pria Saraï de dire qu'elle était sa sœur. 
Gen., xii, 13. Les mœurs dissolues des Égyptiens justi- 
fiaient ses craintes; mais, pour les écarter, lui était-il 
permis de recourir â la dissimulation , et d'exposer Saraï 
au déshonneur? Il est certain d'abord que la parole de 
Saraï était exactement vraie. L'épouse d' Abram était sa 
parente par le sang, et, comme lui-même l'affirme à 
Abimélech, selon l'interprétation la plus naturelle du 
texte, Gen., xx, 12, sa demi -sœur, la fille du même 
père, mais non de la même mère que lui. Abram était 
bien renseigné, et nous l'en croyons plus volontiers que 
Josèphe, Ant. jud., I, vi, 6, saint Jérôme, Qusest. heb. in 
Gen., xi, 29, t. xxm, col. 926, et Aboulfeda, But. an- 
teislamica, édit. Fleischer, p. 20, qui identifient Saraï avec 
Jescha, fille d'Aran et sœur de Lot, et font d'elle la nièce 
de son époux. La proximité du sang n'était pas un obstacle 
à cette union entre frère et sœur, car il est vraisemblable 
qu'un motif religieux avait poussé le patriarche à prendre 
sa femme dans sa propre famille. Abram ne conseillait 
donc à Saraï ni mensonge ni feinte; des raisons graves lui 
faisaient dissimuler une partie de la vérité, c'est-à-dire 
taire que Saraï était sa femme. D'autre part , il n'avait pas 
à choisir entre sa mort et l'honneur de Saraï; l'une ne 
sauvait pas l'autre, et, Abram mort ou vivant, Saraï était 
prise par le pharaon. En présence de deux maux inévi- 
tables, Abram choisit le moindre. Suivant les conseils 
d'une prudence peut-être trop humaine, il fait ce qui dé- 
pend de lui pour prévenir un attentat contre sa vie, et se 
confie pour l'honneur de Saraï dans la protection de la Pro- 
vidence, dont il connaît les soins à son égard. L'événe- 
ment prouva que sa confiance n'était pas vaine. Les sujets 
du pharaon remarquèrent la beauté de Saraï, et annon- 
cèrent au roi l'arrivée de la belle étrangère. Bientôt après 
elle fut enlevée et introduite dans le harem royal. Abram 
fut traité avec distinction, et reçut pour prix de sa sœur 
présumée de riches cadeaux en esclaves et en bestiaux, 
biens les plus appréciés des nomades. Mais un châtiment 
céleste, dont la nature n'est pas indiquée, frappa le pha- 
raon et sa maison , et l'arrêta dans son dessein d'épouser 
Saraï. Ayant su, probablement de sa bouche, qu'elle était 
l'épouse d' Abram, il fit à ce dernier des reproches, lui 
rendit sa femme, et l'engagea à quitter le pays. Ses gens 
les accompagnèrent jusqu'à la limite de l'Egypte pour les 
protéger. Tous les détails de ce récit sont parfaitement 
conformes aux mœurs et aux usages des anciens Égyptiens. 
Cf. Vigouroux, loc. cit., p. 432-453. 

En sortant d'Egypte, Abram se dirigea avec Lot, son 
neveu, vers la partie méridionale de la Palestine, et de 
stations en stations parvint au lieu de son premier cam- 
pement, entre Béthel et Haï. La Genèse mentionne ses 
grandes richesses en troupeaux, et surtout en or et en 
argent. Les biens qu'il avait avant son voyage en Egypte 
s'étaient accrus par les présents du pharaon. Lot était 
aussi très riche en troupeaux et en esclaves. L'extension 
de leur fortune ne leur permit plus de demeurer ensemble; 
leurs serviteurs se prirent de querelle au sujet des pâtu- 
rages; il fallut se séparer. Abram, plein de générosité et 
de condescendance, laissa son neveu libre de choisir la 
région qu'il voudrait habiter. Lot se décida pour les rives 
fécondes du bas Jourdain, semblables alors, par leur frai- 



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cheur et leur beauté, an paradis terrestre et à la riante 
Egypte. Arrivé à Sodome, il s'établit au milieu de ses per- 
vers habitants. Abram demeura toujours sous la tente, 
Heb., xi, 9, dans la terre de Chanaan, entre la Méditer- 
ranée et le Jourdain. Gen., xin, 1-12. 

La séparation opérée, il eut une vision dans laquelle 
le Seigneur renouvela la promesse de lui donner, à lui et 
à son innombrable postérité , le pays environnant. En signe 
de ses droits de future propriété, il pouvait le parcourir 
dans tous les sens. Il vint donc camper dans la vallée de 
Mambré , près d'Hébron, où il éleva un autel à Jéhovah , 
et où il conclut alliance avec les Chananéens. 

En ce temps-là, Chodorlahomor, roi des Élamites, en- 
vahit la Palestine pour punir la révolte de plusieurs rois 
ses vassaux. Sodome et Gomorrhe furent pillées, et Lot 
emmené captif. Abram en fut instruit par un fuyard. Avec 
trois cent dix -huit de ses serviteurs les plus exercés, et 
ses alliés chananéens, il poursuivit les ennemis qui se 
retiraient, et les atteignit à l'extrémité septentrionale de 
la Palestine, à l'endroit où s'éleva plus tard la ville de Dan. 
Une surprise nocturne lui donna la victoire. Lot fut délivré, 
tout le butin repris, et les ennemis repoussés jusqu'à Hoba, 
au nord de Damas. 

Au retour, deux grands personnages , le nouveau roi de 
Sodome et Melchisédech , roi de Salem , vinrent féliciter 
Abram. La rencontre eut lieu dans la vallée de Savé. Mel- 
chisédech, qui était prêtre du Très-Haut, offrit en sacri- 
fice au Seigneur le pain et le vin, et bénit le vainqueur. 
Au prêtre qui le bénissait,- Abram donna la dlme de tout le 
butin. Le roi de Sodome lui laissait toutes les dépouilles; il 
n'accepta rien pour lui , en dehors de ce qu'avaient con- 
sommé ses hommes , mais il réserva la part de ses alliés. 
II. Seconde période. — Comme Abram pouvait craindre le 
retour des rois vaincus, Dieu, dans la vision qui commence 
la seconde période de son histoire, Gen., xv et xvi, dis- 
sipe ses appréhensions , et lui promet sa protection contre 
tous ses ennemis. 11 lui prédit en outre une très grande ré- 
compense. Mais les biens temporels paraissent peu de chose 
au patriarche , privé d'enfant ; ses richesses passeront aux 
mains de son serviteur Éliézer. Dieu le console et lui an- 
nonce une descendance aussi nombreuse que les étoiles 
du ciel. Abram crut, et sa foi lui fut imputée à justice. 
Cet acte defoi, loué par saint Paul, Rom., iv, 3; Gai., m, 6, 
et par saint Jacques, n, 23, était très méritoire; la sain- 
teté d' Abram en fut accrue. 

La donation du pays de Chanaan est encore renouvelée. 
Tout en adhérant absolument dans son cœur à cette pro- 
messe, Abram en demande une garantie extérieure, et 
Dieu, condescendant à son désir, détermine lui-même 
le rite de leur alliance. Suivant l'ordre divin, Abram 
immola plusieurs animaux qu'il coupa en morceaux, une 
tourterelle et une colombe qu'il laissa intactes. Les oiseaux 
de proie venaient fondre sur les cadavres des victimes, 
mais il les chassait. Sur le soir, un sommeil profond et 
extatique et un indicible effroi le saisirent. Dieu lui prédit 
le séjour de sa race en Egypte durant quatre cents ans, 
sa servitude et son retour à la quatrième génération, quand 
les Amorrhéens auront mis le comble à leurs iniquités. 
Le soleil étant couché, Abram vit, au milieu d'une nuée 
ténébreuse, une fournaise d'où s'échappait beaucoup de 
fumée. Une flamme très vive en sortit, et passa entre les 
membres découpés des victimes. Cette vision symbolique 
était le signe de l'alliance conclue entre Dieu et Abram, 
et la garantie extérieure de la donation de tout le pays 
de Chanaan. 

Après dix ans de séjour en Chanaan, Saraï, n'espérant 
plus avoir d'enfant, proposa à son mari de prendre pour 
femme l'Égyptienne Agar, sa servante. Abram y consentit, 
dans le désir de réaliser ainsi les promesses divines. Mais 
bientôt il dut abandonnera la maltresse l'esclave, que sa 
fécondité rendait orgueilleuse. Pour échapper aux mauvais 
traitements de Saraï, Agar s'enfuit. Sur l'ordre d'un ange, 
elle retourna chez Abram, et lui donna un fils qui fut 



appelé Ismaël. Abram avait alors quatre-vingt-six ans. 

III. Troisième période. Gen., xvn-xxi. — Treize ans 
après cet événement, Dieu renouvela son alliance et ses 
promesses. Dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année, 
Abram eut une vision. Le Tout-Puissant rattache à la per- 
fection de vie du patriarche l'exécution des promesses 
précédentes. Le nom d' Abram, « père élevé, » est changé en 
celui d'Abraham, « père de la multitude, » pour rappeler 
l'immense postérité qui lui a été prédite. L'alliance entre 
elle et le Seigneur sera éternelle ; la terre de Chanaan lui 
appartiendra. La circoncision devient le symbole et le sceau 
de l'alliance de Dieu avec les fils d'Abraham. Quant à la 
postérité promise, elle descendra non pas d'Agar, mais de 
Saraï, qui désormais s'appellera Sara. A cette annonce, 
l'heureux patriarche, toujours prosterné à terre, rit d'éton- 
nement et de joie. Les circonstances exceptionnelles de la 
promesse provoquaient son étonnement : « Pensez -vous 
qu'un fils naîtra à un centenaire, et que Sara nonagé- 
naire enfantera? » Saint Paul, Rom., iv, 19, a reconnu 
dans ce rire l'acte d'une foi inébranlable, qui produisit 
dans l'âme d'Abraham une augmentation de grâce. Mais 
la promesse d'un fils de Sara n'implique-t-elle pas le rejet 
d'ismaël? Abraham semble le craindre, et l'amour pa- 
ternel lui fait demander la conservation de son premier- 
né. Dieu répète que le fils de Sara sera l'objet de l'alliance 
éternelle , et précise la date de sa naissance. Ismaël , 
souche de douze princes, aura une très nombreuse pos- 
térité. La vision terminée , Abraham se circoncit , lui , 
Ismaël et tous les mâles de sa maison, le même jour. 
Gen., xvn. Voir Circoncision. 

Peu après , le patriarche, assis sur la porte de sa tente, 
pendant la chaleur du jour, eut , dans la vallée de Mam- 
bré, une nouvelle apparition du Seigneur. Trois person- 
nages de forme humaine se tenaient non loin de lui. Afin 
de remplir les devoirs de l'hospitalité, Abraham court vers 
eux , les salue et les supplie de s'arrêter dans sa demeure. 
Tandis que Sara fait cuire des gâteaux sous la cendre, 
lui-même ordonne à un esclave de préparer un veau très 
tendre et très bon. Du beurre et du lait complètent le 
repas. Debout sous l'arbre de Mambré, Abraham sert ses 
hôtes. Ceux-ci, tout en mangeant, demandent des nou- 
velles de Sara. La réitération de la promesse d'un fils né 
d'elle était le but principal de leur visite. Le Seigneur, 
présent personnellement ou par ses envoyés , redit à Abra- 
ham que Sara deviendra mère avant un an. 

Le châtiment de Sodome et des villes de la Pentapole 
était le second but de la démarche divine. Le Seigneur 
daigna l'annoncer à son fidèle serviteur Abraham, qui 
avait accompagné ses hôtes. Plein de compassion pour les 
coupables , Abraham intercède en faveur de Sodome. Entre 
lui et le Seigneur s'engage un admirable dialogue, qui 
fait ressortir sa foi en la miséricorde divine, et sa hardiesse 
autant que la touchante condescendance de Dieu, qui cède 
progressivement aux demandes répétées du grand pa- 
triarche. Suivant les traditions locales, cette scène se pas- 
sait à l'endroit où fut bâti plus tard Caphar-Bérucha. Le 
Seigneur s'en alla et Abraham, demeuré seul, retourna 
à sa demeure. Anxieux de connaître le résultat de l'enquête 
divine sur Sodome et le sort de cette ville, il revint le 
lendemain, de grand matin, au lieu où il avait adressé la 
veille sa prière au Seigneur, et d'où il pouvait voir la Pen- 
tapole. Ses regards attristés aperçurent le terrible incendie 
qui dévorait la contrée. Lot cependant était sain et sauf, 
en considération de son oncle Abraham. Gen., xviii-xix. 

Continuant de mener sa vie errante de nomade pasteur, 
Abraham, peu après cette catastrophe, passa quelque temps 
au sud de la Palestine, entre Cadès et Sur, et s'établit à 
Gérare. Sa vie et l'honneur de Sara y courent le même 
danger que vingt ans auparavant en Egypte. De nouveau 
il fait passer Sara pour sa sœur. Celle-ci, malgré son âge 
avancé, est conduite dans le harem d'Abimélech; mais, 
averti en songe, le roi de Gérare rend Sara à son mari, 
auquel il adresse d'amicaux reproches et fait de riches ca- 



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deaux. — Abraham justifie sa conduite par la dépravation 
morale des habitants : il craignait d'être tué à cause de sa 
iemme. D'ailleurs il n'a pas menti : Sara est vraiment sa 
sœur, la fille de son père , mais d'une autre mère. Aussi , 
en vertu d'une convention ancienne, Sara dit partout 
qu'elle est la sœur d'Abraham. — Abraham pria, et, selon la 

'. promesse faite à Abimélech, la prière de ce juste si étroi- 
tement uni à Dieu obtint la cessation du châtiment qui 
avait frappé le roi et toute sa maison. Ce récit, malgré ses 
ressemblances avec celui du séjour d'Abraham en Egypte, 
n'en est pas une répétition. Le temps, le lieu et les détails 
diffèrent et dénotent deux faits distincts. Les mœurs de 
l'époque expliquent la succession rapprochée et les ana- 
logies des deux épisodes. Gen., xx. 

Tandis qu'Abraham habitait le pays de Gérare, la pro- 
messe des messagers divins s'accomplit. Au temps prédit , 
Sara mit au monde un fils, qu'Abraham nomma Isaac et 
circoncit huit jours après sa naissance. Le patriarche avait 
alors cent ans. Rom., iv, 19. A l'époque du sevrage de 
l'enfant, il y eut un grand festin. Sara, ayant remarqué 
sur les lèvres d'Ismaël un sourire moqueur et méprisant 
pour Isaac, exigea le bannissement d'Agar et de son fils. 
Cette mesure rigoureuse coûta au cœur paternel d'Abra- 
ham, et il fallut l'ordre de Dieu pour qu'il s'y résignât. 
Tout en approuvant les motifs de Sara, le Seigneur re- 
nouvelait les promesses précédentes, relatives à Ismaël. 
Toujours obéissant, Abraham remii à Agar quelques pro- 
visions et la renvoya, elle et son fils. Gen., xxi, 1-21. 

Ce renvoi d'Agar et d'Ismaël est une conséquence fâ- 
cheuse de la polygamie. La paix et l'union ne peuvent 
durer longtemps au même foyer entre deux femmes et 
leurs enfants. Déjà, sous la tente d'Abraham, elles avaient 
été troublées par l'orgueilleuse conduite de l'esclave de- 
venue mère. La jalousie d'Ismaël envers Isaac, son carac- 
tère emporté et indépendant, prédit par l'ange, Gen., 
xvi, 12, firent craindre à Sarades querelles nouvelles; 
elle exigea la séparation. D'ailleurs, depuis la naissance 
d'Isaac, la position d'Ismaël avait changé: Isaac devant 
être l'unique héritier, Ismaël n'appartenait plus à la race 
choisie. L'accomplissement des desseins de Dieu réclamait 
tôt ou tard son éloignement. Abraham le comprit et, sur 
l'ordre divin, renvoya son épouse et son fils. Il y a lieu 
aussi de croire que la signification surnaturelle de cette 
expulsion (voir Agar) ne lui fut pas complètement cachée. 
On l'a accusé de dureté dans cette circonstance. Le peu 
de provisions qu'il remit à Agar les exposait, elle et son 
fils, à mourir de faim et de soif dans le désert; l'événe- 
ment ne le montra que trop. — On peut répondre que si 
Ismaël fut sur le point de mourir de soif, c'est parce que 
sa mère s'égara dans le désert. L'expression biblique, Gen., 
XXI, 14, permet de supposer qu'Abraham l'avait chargée des 
vivres suffisants pour le voyage. Le père, d'ailleurs, comp- 
tait sur l'hospitalité des habitants du pays, et sur une pro- 
vidence particulière de Dieu, qui ne fit pas défaut à Ismaël. 
Enfin celui-ci, âgé d'environ dix-sept ans, pouvait suffire 
à ses besoins, et, la première détresse passée, il y suffit 
réellement. — Abraham garda toujours de la tendresse 

' pour son fils, auquel il donna avant de mourir un apanage. 
Gen., xxv, 6. 

Au même temps où Agar était chassée, le roi Abimélech 
vint demander à Abraham son alliance. Avant d'y consen- 
tir, le patriarche se plaignit d'une violence commise par 
les serviteurs du roi de Gérare , qui s'étaient emparés d'un 
puits creusé par ses soins. Abimélech s'excusa ; Abraham 
lui fit des présents ; le contrat d'alliance fut conclu devant 
témoins, et tous deux se jurèrent une éternelle fidélité. 
Puis, pour confirmer ses droits sur le puits en litige, le 
patriarche donna encore sept brebis. Le théâtre de ces 
événements fut nommé Bersabée. Après le départ d'Abi- 
mélech, Abraham y planta un tamaris et y invoqua Jého- 
vah. Gen., xxi, 22-34. 

IV. Quatrième période. Gen., xxn-xxv, 10. — Il sé- 
journait dans ces contrées depuis vingt- cinq ans, suivant 



Josèphe, Ant.jud., I, xm, 2, quand son ohéissance et sa 
foi turent soumises à une très dure épreuve. Dieu lui or- 
donne d'immoler son fils Isaac au lieu qu'il lui désignera. 
En réalité, Dieu n'exigera pas l'effusion du sang humain ; 
il veut seulement tenter son fidèle serviteur, éprouver 
son obéissance et sa foi , et les faire briller du plus vif 
éclat. Un commandement si extraordinaire surprit sans 
doute Abraham; la raison et l'amour paternel semblaient 
devoir l'empêcher de l'exécuter. Là parole de Dieu l'em- 
porta. Abraham comprit que le souverain maître de la 
vie a le droit de reprendre ce qu'il a donné, et, éclairé 
par une lumière et soutenu par une force divines, il 
obéit sans hésitation, mais non sans de vives angoisses, 
à l'ordre qu'il avait reçu. Sa foi dans les promesses de 
Dieu ne diminua pas ; elle ne lui permettait pas de douter 
que le Seigneur, de quelque manière que ce fût, ne lui 
rendit le fils de ia promesse, et, en l'immolant, il pen- 
sait que Dieu était assez puissant pour ressusciter Isaac. 
Heb. , XI, 17-19. Cet acte héroïque accrut sa sainteté. 
Jac, H, 21. Se levant de nuit, il sangla son âne, prit 
deux jeunes serviteurs avec Isaac, coupa le bois du sacri- 
fice, et alla droit au mont Moriah, que le Seigneur lui 
avait indiqué. Voir Moriah. Après trois jours de marche, 
les serviteurs eurent ordre d'attendre avec l'âne son pro- 
chain retour. Le bois du sacrifice fut mis sur les épaules 
d'Isaac ; Abraham portait le feu et le glaive. Tout en che- 
minant, le fils dit à son père : « Il n'y a pas de victime. » 
Abraham répondit évasivement : « Dieu y pourvoira. » 
A l'endroit désigné, le père éleva un autel, y disposa le 
bois, lia son fils et le plaça sur le bûcher. Déjà sa main 
était armée du glaive pour frapper, quand Dieu , satisfait 
du sacrifice intérieur, lui commanda par la voix d'un ange 
de surseoir à l'immolation. Abraham, levant les yeux, vit 
derrière lui un bélier embarrassé par les cornes dans un 
buisson épineux ; il le prit et l'immola à la place d'Isaac. 
Le lieu du sacrifice fut appelé la Montagne de la providence 
de Jéhovah. Gen., xxn, 1-14. 

Dieu alors renouvela pour la dernière fois ses anciennes 
promesses, et les garantit par un serment solennel. Gen., 
xxil, 15-18; Heb., VI, 13-17. La bénédiction divine pro- 
curera à Abraham une nombreuse et heureuse postérité ; 
par un de ses rejetons, par le Messie, Act., m, 25-26; 
Gai., m, 16, il sera pour toutes les nations une source de 
bénédictions. Ce dut être alors que, selon la parole de 
Jésus -Chris,t, Joa., vin, 56, le patriarche tressaillit pour 
voir les jours du Messie, les vit et en fut dans la joie. 
Abraham et Isaac rejoignirent leurs serviteurs , et ils re- 
tournèrent tous ensemble à Bersabée, où ils continuèrent 
d'habiter et où ils reçurent des nouvelles de la famille de 
Nachor. Gen., xxii, 19-24. 

Sara mourut à l'âge de cent vingt -sept ans, à Hébron. 
Abraham lui rendit les derniers devoirs et la pleura. Pour 
l'enterrer, il acheta aux fils de Heth une grotte, qui devint 
le tombeau de la famille. Le contrat de vente présente 
un tableau très remarquable des mœurs et des usages 
orientaux. Vigouroux, loc. cit., p. 480-486. La négocia- 
tion fait ressortir qu'Abraham était étranger dans la terre 
promise à sa race. Le seul bien -fonds qu'il y posséda fut 
un tombeau. Gen., xxm. 

Chargé de jours et âgé d'environ cent quarante ans, 
Abraham voulut marier Isaac. Pour ne pas unir le père 
du peuple élu à une femme chananéenne , il envoya son 
intendant Éliézer, en Mésopotamie, choisir à Isaac une 
épouse de sa famille. Le vieux serviteur reçut aussi l'ordre 
de ne jamais reconduire son jeune maître au pays d'où 
venait son père. Éliézer ramena Rébecca. Gen., xxiv. 

Après la mort de Sara et le mariage d'Isaac , Abraham 
prit une troisième femme, nommée Cétura, dont il eut 
encore six fils. Ce tardif mariage n'a été contracté, suivant 
la juste remarque de dom Calmet, qu'en vue d'avoir des 
enfants qui répandraient sur terre la vraie religion, et 
qu'afin de mieux réaliser la promesse divine d'une nom- 
breuse postérité. Gen., xxv, 1-4. 



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ABRAHAM 



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Avant de mourir, Abraham disposa de sa fortune. Tous 
ses biens passèrent à Isaac , son unique héritier. Les fils 
des femmes de second ordre reçurent quelque apanage , 
mais furent envoyés hors de la Palestine, dans la direction 
de l'est, vers l'Arabie. Avancé en âge et plein de jours, 
Abraham mourut dans une bonne vieillesse. Il avait vécu 
cent soixante -quinze ans. Son âme fut réunie à celles de 
ses pères, et son corps enseveli par Isaac et Ismaël auprès 
de celui de Sara, dans la caverne de Macpélah. 

V. Abraham dans les livres postérieurs de l'Ancien Tes- 
tament. — Le nom d'Abraham , ses exemples , son alliance 
avec Dieu, les promesses qu'il a reçues, les épreuves qu'il 
a subies, les vertus qu'il a pratiquées, remplissent l'Écri- 
ture. Les écrivains des deux Testaments, en retraçant au 
peuple élu ses destinées, en rappelant les voies qui ont 
préparé la rédemption, remontent presque toujours jus- 
qu'à lui. Jéhovah daigna porter le nom de « Dieu d'Abra- 
ham », Exod., m, 6, 15, 16; iv, 5; Tobie, vu, 15; Esther, 
xiii, 15; xiv, 18; Ps. xlvi, 10; Act., m, 13; vu, 32, et Jésus- 
Christ a trouvé dans ce titre une preuve de la résurrec- 
tion, Matth., xxii, 32; Marc, xii, 26; Luc, xx, 37. Dieu 
lui-même fonde les droits des Hébreux sur la terre de 
Chanaan sur ses apparitions, Exod. vi, 3, et sur ses pro- 
messes à Abraham, Exod., vi, 8; xxxii, 13; xxxm, 1 ; Deut., 
xxxiv, 4. Il se souvient de l'alliance contractée avec lui, 
Lev., xxvi, 42, et Moïse ne cesse de la rappeler à son peuple, 
Exod., H, 24; Nomb.,xxxn, 11; Deut., I, 8; vi, 10;ix, 5, 27; 
xxix, 13; xxx, 20. Josué dans ses adieux, xxiv, 3; Élie avant 
d'offrir le sacrifice, 111 Rois, xvm, 36; l'auteur du quatrième 
livre des Rois, xiii, 23; David dans ses psaumes, civ, 6, 9; 
I Par., xvi, 16, et sa dernière prière, I Par., xxix, 18; 
Josaphat lors du jeune solennel qu'il a célébré , II Par. , 
xx, 7; Ézéchias, ibid., xxx, 6; Néhémie, 11 Esd., ix, 7; les 
Juifs de Jérusalem dans leur lettre à leurs coreligionnaires 
d'Egypte, II Mach., i, 2, mentionnent cette alliance. Judith, 
Tin, 22, et Mathathias, I Mach., n, 52, font allusion aux 
épreuves du patriarche. L'Ecclésiastique, xliv, 20-23, con- 
tient son éloge. Dieu, par la bouche des prophètes, l'appelle 
son ami, Isaïe, xli, 8, exhorte à la vertu par son exemple, 
ls., Li , 1 et 2, et rappelle aux Juifs les promesses qu'il a 
faites à son serviteur, Jer., xxxm, 26 ; Baruch, il, 34 ; Ezech., 
xxxm, 2i. Michée, vu, 20, et les enfants dans la fournaise, 
Dan., III, 35 et 36, l'en font aussi souvenir. 

VI. Abraham dans le Nouveau Testament. — Dans 
l'Évangile, Marie et Zacharie chantent les promesses et 
l'alliance d'Abraham. Luc, i, 55 et 73. Jésus-Christ est le 
fils d'Abraham. Matth., î, 1; Luc, ni, 34. Les Juifs se 
flattaient de ce titre. Matth., m, 9; Luc, m, 8. Jésus l'a 
donné à une malade, Luc, xm, 16, et à Zachée, Luc, xix, 9; 
mais il assure que les Juifs qui n'accomplissaient pas les 
<Euvres d'Abraham perdaient tous droits aux privilèges 
de sa race. Joa., vin, 33-44. Abraham est au ciel, Luc, 
xm, 28; comme il est le père de tous les croyants, les 
justes, Juifs, Luc, xvi, 22-30, et Gentils, Matth., vin, 11, 
reposeront dans son sein. Saint Pierre, saint Etienne, Act., 
m, 25; vu, 2-8, 17, et saint Paul, Héb., vi, 13, rappellent 
aux Juifs les promesses faites à leur ancêtre. L'Apôtre des 
Gentils montre leur accomplissement dans la personne de 
Jésus-Christ, Gai., m, 16-18, fils d'Abraham, Heb., n, 16. 
Il s'honorait d'être fils d'Abraham, Rom., xi, 1; 11 Cor., 
xi, 22; il donne aux Juifs ce nom, Act., xm, 26, mais il 
-expose explicitement, Rom., IX, 7-9, et allégoriquement, 
-Gai., m, 29; iv, 22-31, qu'il vaut mieux être fils d'Abra- 
ham par les œuvres que par le sang. Les relations d'Abra- 
ham avec Melchisédech servent de preuve à saint Paul 
pour établir la supériorité du sacerdoce de Jésus-Christ 
■sur le sacerdoce lévitique. Heb., vu. Il loue la foi du pa- 
triarche, Rom., iv, 1-24; Gsd., m, 6-9; Heb., xi, 8-19, et 
saint Jacques, n, 21-23, fait de même. 

VII. Abraham dans l'histoire profane et dans la lé- 
gende. — Abraham n'est pas resté inconnu à l'histoire 
profane. Bérose, cité par Josèphe, Antiq. jud., I, vu, 2, 
parle d'un homme juste, grand et versé dans les choses 



célestes, qui vivait parmi les ChaldéenS à la dixième géné- 
ration après le déluge, et Josèphe croit, sans aucune vrai- 
semblance du reste, qu'il s'agit d'Abraham. L'historien 
Nicolas de Damas, dont le témoignage est rapporté par 
le même auteur, dit qu'Abraham sortit de la Chaldée avec 
une année, se rendit d'abord à Damas, et y régna quelque 
temps avant d'entrer dans le pays de Chanaan. Selon Jus- 
tin, xxxvi, 2, Abraham fut le quatrième roi de Damas. 
Eusèbe de Césarée, Prsepar. Ev., ix, 16-20, t. xxi, col. 
705-713, a recueilli sur Abraham les renseignements four- 
nis par Bérose, Hécatée, Nicolas de Damas, Eupolème, 
Artapan, Melon et Philon l'Ancien, cités par Alexandre 
Polyhistor et Josèphe. Les livres des Sabéens parlent des 
croyances monothéistes d'Abraham, et des dissensions qui 
s'élevèrent à ce sujet entre lui et les habitants de la Chal- 
dée, et qui l'obligèrent d'émigrer après avoir perdu tous 
ses biens. Les traditions que rapportent ces livres n'ont 
d'ailleurs aucune valeur historique sérieuse. 

La légende a embelli l'histoire du grand patriarche. Les 
Arabes, qui descendent de lui par Ismaël et le surnomment 
Kalil-AUah, « l'ami de Dieu, » débitent sur sa vie un grand 
nombre de fables , puisées en partie dans les écrits des 
rabbins ( d'Herbelot, Bibliothèque orientale, au mot Abra- 
ham, p. 12-16; F. Lenormant, Histoire ancienne de 
l'Orient, 9 e édit., t. vi, 1888, p. 404-406). Josèphe, Ant. 
jud., I, vin, Philon, De Abrahamo, Nicolas de Damas et 
Eupolème dans Eusèbe, loc. cit., et quelques écrivains ecclé- 
siastiques parlent de la protonde science d'Abraham dans 
l'astronomie, la métaphysique et les mathématiques. Suidas, 
au mot Abraham , veut qu'il ait inventé les lettres et la 
langue hébraïques, et saint Isidore de Séville, Etym., 1. I, 
c. m, n. 5, t. lxxxii, col. 75, les caractères syriaques et 
chaldaïques. On lui attribue divers ouvrages, entre autres 
le Ietzirah ou livre de la Création , un traité de l'idolâtrie, 
et les psaumes lxxxviii et lxxxix, inscrits aux noms d'Hé- 
man ou d'Éthan. Les rabbins lui attribuent les prières du 
matin. Talmud de Jérusalem, Berakhoth, c. iv, n. 1 ; trad. 
franc, de Schwab, p. 72 ;• Talmud de Sabylone, ibid., 
p. 328. Les mages croient qu'il est le même personnage que 
Zoroastre, et qu'il a composé les livres Zend, Pazend et 
Vostha, qui contiennent tous leurs points de doctrine. 
Fabricius, Codex pseudepigraphus Veteris Testamenti, 
2 e édit., Hambourg, 1722, 1. 1, p. 341-428, a réuni tous les 
documents relatifs à la littérature légendaire sur Abraham. 

VIII. Culte rendu à Abraham. — L'Eglise honore la 
mémoire du père des croyants. A partir du ix« siècle, son 
nom a été inséré dans les martyrologes; il se trouve dans 
ceux d'Adon et d'Usuard, et dans le romain au 9 octobre. 
Dès le temps du pape Damase , il est fait mention de son 
sacrifice au canon de la Messe. Il est invoqué dans les 
prières pour la recommandation de l'âme. Les Coptes célè- 
brent sa fête le 28 mars ; l'Église syriaque fait mémoire le 
20 janvier de son épreuve du feu. L'ordre de Fontevrault 
et l'Oratoire de France avaient un office en son honneur. 

IX. Bibliographie. — S. Ambroise, De Abraham, 
t. xiv, col. 417-500; A. Masson, Histoire du patriarche 
Abraham, 1688; Heidegger, Hisloria sacra Patriarcha- 
rum, 2 e édit., Amsterdam, 1688; Augusti, Dissertatio de 
fatis et faclis Abrahami, in-4°, Gotha, 1730; Withof, 
Programma de Abrahamo , amico Dei , Duisbourg , 
1743, in-4"; Hobbing, History of Abraham, Londres, 
1746, in -8°; Gillebank, Scripture history of Abraham, 
Londres, 1773, in -8°; Holst, Scenen aus dem Leben 
Abraham's, Chemnitz, 1828; Engelstaft, Historia populi 
judaiei biblica usque ad occupationem Palestinse, Co- 
penhague, 1832; Roos, Fusstapfen des Glaubens Abra- 
ham, Tubingue, 1837; Passavant, Abraham und Abra- 
ham's Kinder, Bâle, 1848; Béer, Leben Abraham's nach 
Auffassung der jùdischen Sage, Leipzig, 1859; Bern- 
stein, Krilische Untersuchung ûber den Ursprung der 
Sagen von Abraham, Isaak und Jacob, Berlin, 1871; 
Tomkins, Studies on the limes of Abmham, Londres 
(sans date). E. Mangenot. 



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ABRAHAM (LE SEIN D') 



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2. ABRAHAM (le sein d') est une locution métapho- 
rique en usage parmi les contemporains de Jésus -Christ, 
pour designer le lieu dans lequel les âmes saintes, sorties 
de ce monde, jouissaient du repos et du bonheur. « Si vous 
ne voulez point plaisanter ou vous tromper puérilement, 
écrivait saint Augustin à Vincentius Victor, qui prenait 
cette expression au sens littéral propre, entendez par le 
sein d'Abraham le lieu de repos éloigné et caché où est 
Abraham. » De anima et ejus origine, 1. IV, c. XVI, n° 24, 
t. xliv, col. 538. Dans la langue des rabbins, « être dans 
le sein d'Abraham, » behêqô sél 'Abraham, signifiait être 
heureux après la mort. Lightfoot, Horse hebraiese et tal- 
mudicm, in Luc, xvi, 22. L'auteur du quatrième livre 
des Machabées, xm, 16, joint au nom d'Abraham ceux 
d'Isaac et de Jacob. Le Sauveur a employé cette image dans 
la belle parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare, 
Luc, xvi, 22 et 23, dans laquelle il résout en quelques mots 
clairs et décisifs le difficile problème de l'inégale réparti- 
tion des biens et des maux ici-bas. 

L'origine de cette métaphore , qui dépeint si gracieuse- 
ment le repos et la joie des justes dans les limbes, est di- 
versement expliquée. De l'aveu de tous, l'union, l'intimité 
avec Abraham, la participation à son bonheur, y sont expri- 
mées. Cf. Joa., i, 18. Voulant préciser davantage la nature 
du bonheur goûté , les anciens commentateurs reconnais- 
saient dans cette image une allusion à la coutume, signalée 
dans l'Ancien Testament, II Reg., xn, 3; III Reg., m, 20; 
xvii, 19, qu'ont les parents de faire reposer à côté d'eux 
leurs enfants, et de les prendre dans leurs bras et sur 
leurs genoux, après les fatigues d'une longue course, à leur 
retour à la maison , ou à la suite d'une contrariété. Sem- 
blables à des enfants fatigués et affligés, qui trouvent sur 
le sein paternel un doux repos et une prompte consolation, 
les justes , souvent pauvres , abandonnés , méprisés , souf- 
frants comme Lazare ici-bas, goûtent après leur mort, 
dans le sein d'un père , la joie qu'ont méritée leurs souf- 
frances. Abraham est ce père, lui, le père de tous les 
croyants, Rom., iv, 16 et 17, des hommes justifiés par la 
foi. Tertullien, Adversus Marc, IV, 34, t. n, col. 444; 
S. Augustin , loc. cit. ; S. Cyrille d'Alexandrie, In Joannis 
Evangelium, i, 10, t. lxxiii, col. 181. Tous ceux qui ont 
partagé sa foi sont ses fils et auront part à sa récompense. 
« Anima; hominùm post mortem ad quietem pervenire non 
possunt nisi merito fidei ; quia accedentem ad Deum oportet 
credere. Heb., xi, 6. Primum autem exemplum credendi 
hominibus in Abraham datur, qui primus se a coetu infi- 
delium segregavit et spéciale signum fidei accepit. Et ideo 
requies illa quse hominibus post mortem datur, sinus 
Abrahse dicitur. » S. Thomas, Sum. th., 3* p., q. 69, a. 4. 

Maldonat, Comment, in quatuor Evangelia, Pont- 
à-Mousson, 1596, p. 529, proposa une nouvelle explica- 
tion, préférée par plusieurs exégètes modernes. Il rap- 
proche la métaphore des passages scripturaires qui repré- 
sentent le royaume du ciel comme un festin. Les justes 
y seront à table avec les hommes pieux de l'Ancien Testa- 
ment, Abraham, Isaac et Jacob. Matt., vin, 1 1; Luc, xm, 29 ; 
xiv, 15; xxn, 30. Conformément à la coutume des anciens, 
qui mangeaient à demi couchés et inclinés les uns vers 
les autres, les convives devaient reposer sur le sein d'Abra- 
ham, le président de l'éternel festin, comme saint Jean 
à la dernière Cène sur celui de Jésus. Joa., xm , 23. A vrai 
dire, ce banquet réservé aux serviteurs du Messie parait 
distinct du repos goûté dans le sein d'Abraham. Dans 
l'Évangile, il n'est encore qu'une promesse, il désigne un 
bonheur futur, tandis que le sein d'Abraham est le théâtre 
d'une joie déjà accordée. Abraham , il est vrai, deviendra 
convive du festin messianique , mais c'est après avoir quitté 
les limbes pour jouir au ciel d'un bonheur plus parfait. 
Atzberger, Die christliehe Eschatologie in den Stadien 
ihrer Offenbarung in Alten und Neuen Testamente, Fri- 
bourg-en-Brisgau, 1890, p. 246. La première explication, 
d'ailleurs, répond mieux à la nature du bonheur goûté dans 
le sein d'Abraham. 



Ce bonheur ressort du contraste établi par la parabole 
entre la situation du pauvre et la situation du riche. Celui- 
ci est torturé dans les flammes, celui-là repose tranquille- 
ment sur le sein d'Abraham ; le riche expie dans les tour- 
ments sa vie sensuelle et sa dureté envers Lazare, et brûle 
d'une soif dévorante, qui lui fait désirer comme une grande 
faveur le rafraîchissement que lui donnerait une goutte 
d'eau déposée sur l'extrémité de sa langue; le pauvre est 
consolé des maux qu'il a patiemment supportés sur la terra. 
Repos, consolation et rafraîchissement, voilà, décrit en 
trois mots, le bonheur du juste dans le sein d'Abraham, 
bonheur incomplet, repos imparfait, consistant dans l'im- 
munité de la peine. S. Thomas, loc. cit. Le sein d'Abra- 
ham n'est, par suite, qu'un séjour provisoire, où les justes 
attendent le bonheur parfait, le repos complet dans la vision 
de Dieu. S. Thomas, ibid., a. 5. 

La position de ce lieu d'attente peut être déterminée 
d'après les détails de la parabole évangélique, — qui nous 
permet d'entrevoir le monde d'outre-tombe, — rapprochés 
des enseignements de la théologie rabbinique. Dans la para- 
bole , le sein d'Abraham est distinct de l'enfer, dans lequel 
le riche est tourmenté. Les rabbins, eux aussi, divisaient 
le scheôl ou séjour de tous les morts en deux parties : le 
sein d'Abraham pour les justes, et la géhenne pour les 
méchants. Leur disposition permettait d'apercevoir de l'une 
ce qui se passait dans l'autre. Elles n'étaient séparées que 
par une largeur de main, ou par l'espace qu'occupe une 
muraille ordinaire. On pourrait croire, à première vue, que 
Notre-Seigneur corrige sur ce dernier point l'enseignement 
des rabbins. Cf. Tertullien, Adversus Marc, îv, 34, t. H, 
col. 444. Il nous montre , en effet , Abraham et Lazare 
éloignés du riche , qui élève les yeux pour les voir et la 
voix pour se faire entendre d'eux. Toutefois, selon l'in- 
terprétation des meilleurs commentateurs, ces images 
ne déterminent pas la distance locale , mais seulement la 
distance morale qui sépare les deux situations, la diffé- 
rence d'état des personnages mis en scène. Aussi saint 
Thomas, ibid., a. 5, adoptant le sentiment commun des 
Pères ( Petau, Theol. dogmat.,de Incarnat., 1. XIII, c. xvin, 
n» 5, t. v, p. 372-373; Maldonat, loc. cit.), enseigne-t-il 
que le sein d'Abraham et l'enfer étaient voisins. Malgré 
leur rapprochement, une distance infranchissable les sé- 
parait. Entre eux il y avait un gouffre , un abîme béant et 
sans pont, barrière qui rendait impossible toute interven- 
tion des saints en faveur des damnés. La séparation sera 
éternelle; le sort de chacun est fixé irrévocablement; la 
condition des uns et des autres est immuable : le juste sera 
toujours heureux, le méchant toujours malheureux. On 
a justement remarqué aussi que la réponse douce , calme 
et ferme d'Abraham à la première demande du riche 
n'exprime aucun sentiment de compassion pour ce mal- 
heureux. Soumis aux décrets de la justice divine , le pa- 
triarche fait comprendre à son interlocuteur que ses souf- 
frances sont méritées. 

Un abime semblable n'existe pas entre le sein d'Abra- 
ham et la terre, quoi qu'en ait pensé Tertullien, De anima, 
lvii, t. n, col. 749. La seconde demande du riche, Luc, 
xvi, 28 et 29, prouve que l'âme heureuse peut communi- 
quer avec les nommes et leur attester l'existence des mys- 
tères d'au delà du tombeau. Abraham, en effet, ne nie pas 
la possibilité d'un tel commerce; s'il rejette la requête du 
riche, c'est que la parole divine suffit aux hommes de foi, 
et que même la résurrection d'un mort ne convertirait pas 
les mondains dont la volonté est mauvaise. 

L'expression « sein d'Abraham » a passé de l'Évangile 
dans la théologie et la liturgie catholiques. Sous la plume 
des saints Pères, elle désigne tantôt le lieu où les âmes 
des patriarches et des prophètes habitaient avant que Jésus- 
Christ les en eût retirées pour les introduire au ciel, S. Au- 
gustin, Epist. cixxxviii, c. H, n° 6, t. xxxm, col. 834; 
De Gencsi ad litteram, xii, 63 et 64 , t. xxxiv, col. 481-482, 
etc., et où, selon Tertullien, Adversus Mare., iv, 34, t. h, 
col. 444; De Anima, vu, t. n, col. 657; lvii, col. 743; voir 



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ABRAHAM (LE SEIN D') — ABRAHAM HALLÉVI 



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Paradis, et Klee, Manuel de l'histoire des dogmes chré- 
tiens, trad. Mabire, Paris, 1848, t. n, p. 444, elles devaient 
demeurer jusqu'à la fin du monde et la résurrection géné- 
rale; tantôt le ciel, où elles ont été emmenées au sortir des 
limbes. S. Ambroise, De obitu Valentiniani , 72, t. xvi, 
col. 580; S. Augustin, Confess., ix, 3, t. xxxii, col. 765; 
Qwest, evang., n, 38, t. xxxv, col. 1350; etc. C'est une des 
formules servant d'épitaphe sur les tombeaux chrétiens des 
premiers siècles. Martigny, Dictionnaire des antiquités 
chrétiennes, SS'édit., Paris, 1877, au mot Paradis, p. 577. 
Laliturgiede saint Basile, Renaudot, Liturg. orient, collect., 
Paris, 1716, t. I, p. 72, et la liturgie romaine, Ordo com- 
mendationis animse, De exequiis; cf. Office de saint Martin 
de Tours , demandent que les anges conduisent l'âme du 
défunt dans le sein d'Abraham, c'est-à-dire au céleste 
séjour. « L'art chrétien, surtout au xm e siècle, représen- 
tait volontiers le ciel sous cette naïve figure. On la voit 
sculptée à Saint-Étienne de Bourges, à_ Moissac, à Vézelay, 
à Notre-Dame de Reims. » Fillion, Évangile selon saint 
Luc, Paris, 1882, p. 298. Deux lieux différents, les limbes 
et le ciel, ont pu, remarque saint Thomas, loc. cit., a. 4, 
ad 2°™, porter le même nom à raison de leur destination 
commune, tous deux étant des lieux de repos, de rafraî- 
chissement et de paix. L'un a succédé à l'autre ; et depuis 
l'ascension de Jésus, selon la parole de saint Augustin, 
Quœst. evang., n, 38, t. xxxv, col. 1350, « le sein d'Abraham 
est le lieu de repos des pauvres bienheureux, à qui appar- 
tient le royaume des cieux, dans lequel ils sont reçus après 
cette vie. » E.Mangenot. 

3. ABRAHAM BEDERSI, BEN I8AAC, surnommé Be- 
dersi , c'est-à-dire de Béziers, d'après la transcription juive 
du nom de cette ville , d'où il était originaire , fut un des 
poètes juifs les plus célèbres de la Provence, quoique ses 
nombreuses productions , dénuées d'imagination , ne mé- 
ritent pas ce renom. Il ilorissait vers 1240. La date de sa 
mort doit être placée de 1296 à 1300. Il fit un dictionnaire 
des synonymes hébreux , sous le titre de IJôtam (okni( , 
Ezech., xxviii, 12, Le sceau de la perfection. Ce travail, 
le premier de ce genre composé dans la littérature hé- 
braïque, est assez riche en développements. Les lexiques 
de ses prédécesseurs y sont largement mis à contribution. 
Le Ifôtam foknît a été édité par Gabriel Pollak, 1863. La 
bibliothèque de Leyde possède le seul manuscrit connu, 
encore est-il incomplet. 

4. ABRAHAM-BEN-MÉIR-IBN-EZRA. Voir ABEN-ESRA. 

5. ABRAHAM CHASAN, BEN JUDA, rabbanite polo- 
nais, un des plus judicieux exégètes de ce pays, composa 
un commentaire succinct sur les prophètes, les hagio- 
graphies et les cinq Megillo{. Dans cet ouvrage, il sait 
mettre à profit les commentaires plus anciens, comme 
ceux de Raschi, d'Aben-Esra, de Kimchi, etc., et il traduit 
en allemand les mots difficiles de l'Écriture. In-f°, Lublin, 
1593, 1612. 

6. ABRAHAM DE BALMÈS, BEN MÉIR, grammairien 
juif du xv* siècle, né à Lecce, dans le royaume de Naples, 
fut médecin du cardinal Gammari , et professeur à l'uni- 
versité de Padoue. Il se fit connaître par une traduction 
latine des œuvres d'Averroès. On lui doit aussi une gram- 
maire de la langue hébraïque, intitulée Miqnëh 'Abram, 
Gen., xiii, 7, La possession d' Abram. Cette grammaire, 
en hébreu et en latin, n'était pas achevée quand il mourut, 
à Venise, en 1523. Elle fut continuée par R. Kalonymos- 
ben-David, et publiée par Bomberg. Abraham montre 
dans cet ouvrage une grande érudition, et en exposant ses 
idées personnelles, en discutant les opinions des anciens 
grammairiens, il fait preuve d'un grand sens critique, 
mais il pèche par la méthode. Cette grammaire fut im- 
primée à Venise, par Bomberg, in -4°, 1523; la traduction 
latine à Anvers, in-4°, 1564; hébreu et latin, Hanau, 1594. 



7. ABRAHAM DE BETH-RABBAN, ainsi nommé du 
lieu de sa naissance, plus connu sous le nom d'Abraham 
de Nisibe. (Voyez ce nom.) 

8. ABRAHAM DE LONSANO, BEN RAPHAËL, auteur 
d'une grammaire hébraïque, intitulée Qinyan 'Abraham, 
Possession d'Abraham, in -8°, Zolkiew, 1723. 

9. ABRAHAM DE NISIBE ou DE BETH-RABBAN. Écri- 
vain nestorien , qui succéda à Narsai dans l'école de Ni- 
sibe ( Assemani, Èibliotheca orientalis, t. m, part, i, p. 71), 
probablement dès le commencement du vie siècle. Suivant 
Ébedjésu , ibid., il écrivit un commentaire sur Josué , les 
Juges, les Rois, l'Ecclésiastique, Isaïe, lès douze petits 
Prophètes, Daniel, le Cantique des cantiques; mais cet 
ouvrage ne nous est pas parvenu. Ébedjésu lui attribue 
encore un livre sur les pauses à observer dans la récitation 
du psautier, et aussi une collection d'hymnes. Le premier 
de ces ouvrages nous est également inconnu ; mais on 
trouve parfois, à la fin des Psautiers nestoriens, l'une des 
hymnes mentionnées par Ébedjésu, notamment dans le 
Mss. Add. 7156, fol. 157 6 du British Muséum, à Londres, 
Il ne faut pas confondre cet auteur avec un autre Abra- 
ham qui vécut plus tard. Cf. W. Wright, Syriac litera- 
ture, dans YEncyclopsedia Britannica, 9 e édit., t. xxii, 
p. 836, notes 22 et 24. R. Graffin. 

10. ABRAHAM DE PORTALEONE, BEN DAVID, connu 
aussi sous le nom d'Abraham Aryéh, abréviation de 
MiSSa'ar 'aryéh, c'est-à-dire de « Porte du lion »; ou 
encore sous le nom d'Abraham Roféh, c'est-à-dire « le 
Médecin », naquit à Mantoue en 1542. Il alla étudier à 
Pavie la philosophie et la médecine, et il y obtint, en 
1563, le titre de docteur. Sa mort arriva en 1612. Il com- 
posa un livre sur les antiquités judaïques, intitulé ëiltê 
haggiborim, Les boucliers des forts, Cant., iv, 4, où il 
traite du temple , de sa structure , des autels , des habits 
sacerdotaux , du chant , de la musique et des instruments 
de musique des Hébreux, etc. Wagenseil appelle cet ou- 
vrage « livre excellent, expliquant solidement les antiquités 
judaïques, livre d'or ». Conrad Iken s'en est beaucoup 
servi dans son livre des Antiquitates hebraicœ, in-4°, 
Brème, 1730. Il a été imprimé à Mantoue, in-f°, 1612. 
La traduction latine a été publiée par B. Ugolini, dans son 
Thésaurus antiquitatum sacrawm. E. Levesque. 

11. ABRAHAM ECHELLEN8I8. Voir EcHELLENSIS. 

12. ABRAHAM FARRISSOL, BEN MARDOCHAl, origi- 
naire d'Avignon , alla se fixer à Mantoue , puis à Ferrare. 
Célèbre par ses ouvrages de géographie et de cosmogra- 
phie , il n'a pas la même valeur comme exégète ; il ne fait 
que suivre les sentiers battus des interprètes juifs de son 
temps. On a de lui un commentaire très court sur le Pen- 
tateuque, Pirhê SôSannîm, Fleurs des lis; un commen- 
taire sur l'Ecclésiaste; un autre sur Job, imprimé dans 
la Bible rabbinique de Venise, 1518, et publié à Amster- 
dam dans l'ouvrage de Moïse Francfùrter, intitulé Qehiiat 
MdSeh. 

13. ABRAHAM GALANTE, rabbin italien, mort à Rome, 
au commencement du xvi° siècle, donna un commentaire 
cabalistique sur les Lamentations de Jérémie, Qînaf 
se(ârim r Lamentation mystérieuse, in-4", Venise, 1589; 
in-4», Prague, 1621. 

14. ABRAHAM HALLÉVI, surnommé Hazzaqên ( l'An- 
cien), disciple de Moïse Corduero, vivait à Jérusalem au 
XVI e siècle. Il donna un commentaire cabalistique sur les 
soixante -dix semaines de Daniel, Mesarê qitrin, Celui 
qui résout les problèmes, Dan., v, 16. « Les futilités con- 
traires au texte, dit Bartolocci, abondent en cet ouvrage. » 
Publié à Constantinople, in -4°, 1510. 



87 



ABRAHAM HALLÉVI — ABRAM 



8» 



15. ABRAHAM HALLÉVI, BEN ISAAC, publia le Can- 
tique des cantiques avec commentaires : l'un littéral, 
l'autre allégorique et mystique. Sabionetta, 1558. La 
Bibliothèque nationale en possède un manuscrit de 1481. 

16. ABRAHAM HALLÉVI, BEN MEGAS (Ibn-Mlgàs), 
rabbin espagnol, auteur du Kebod 'Élohim, La gloire 
de Dieu, Ezech., ix, 3, interprétation spirituelle du 
Pentateuque, in-4°, Constantinople, 1605. 

17. ABRAHAM KALMANKAS, BEN JOSEPH, le plus 
célèbre des cabalistes allemands du xvi« siècle, fit un 
commentaire sur la Genèse, Ha'êëél, Le tamaris. Lublin 

18. ABRAHAM MaTmOUNI, né en 1184, mort en 1234, 
outre des gloses sur la Mischnah, composa, d'après les 
principes du célèbre Maimonide, son père, un corn* 
mentaire arabe sur le Pentateuque dont la bibliothèque 
bodléienne conserve un manuscrit. 

19. ABRAHAM OSTROH, BEN DAVID, auteur d'un 
commentaire sur le Targum, imprimé dans une édition 
du Pentateuque avec les trois Targums aramëens. ln-f°, 
Hanau, 1614; in-f°, Francfort-sur-l'Oder, 1681. 

20. ABRAHAM SABBA, juif-espagnol, cabaliste, dis- 
tingué comme exégète, se retira à Lisbonne à l'époque 
de l'expulsion des Juifs, en 1492; puis de là à Fez, dans 
le Maroc. Le plus connu de ses écrits est le Çerôr ham- 
môr, Bouquet de myrrhe, Cant., i, 13 (12), commentaire 
sur le Pentateuque, où il n'use que modérément des doc- 
trines de la cabale, et se renferme souvent dans la seule 
exégèse rationnelle. 11 fut publié à Constantinople, in-f°, 
1514; à Venise, in-f», 1513, 1546, 1566; à Cracovie, 1595. 

21. ABRAHAM SEEB OU ZEEB, BEN BENJAMIN, 

mort en 1698, dans la Lithuanie, auteur d'un commentaire 
littéral et spirituel sur le Pentateuque, Zéra' 'Abrâhdm, 
La race d'Abraham, Gen. , xxj, 12, in-4°, Salzbourg, 1685. 

22. ABRAHAM USQUE, né à Lisbonne, fut du nom- 
bre des émigrés qui, à l'époque de l'expulsion des juifs 
(1493-1506), allèrent se fixer à Ferrare. Il y établit une 
imprimerie et se rendit célèbre par la publication de la 
Bible des Juifs, ou Bible de Ferrare : Biblia en lengua 
espanola, traduzida palabra por palabra de la verdad 
hebrayca, por muy excellentes letrados, con yndustria 
y diligencia de Abrahà Usque Portugues. Estampada en 
Ferrara, en 14 de Adar de 5313 (1553), in-f°, goth. Elle 
était dédiée à dona Gracia Naci. Il parut en même temps 
une autre édition, qui ne diffère guère que par la dédi- 
cace et la suscription. Cette édition, à l'usage des chré- 
tiens espagnols, est dédiée au duc Hercule d'Esté; et les 
noms d'Abraham Usque et Tob Atias, qu'on lit dans le 
titre de la Bible des juifs, sont remplacés par ceux de 
DuartePinel et Jéronimode Vargas. La date est la même; 
mais au lieu d'être donnée par les années du monde, selon 
la coutume des juifs, elle l'est parles années du Christ, 
sous cette forme : le 1« mars 1553. Un examen très attentif 
découvre quelques petites divergences d'interprétation. 
Plusieurs passages sont traduits différemment dans ces 
deux Bibles, selon la croyance de ceux pour qui elles furent 
imprimées. Un n'a là cependant qu'un même ouvrage en 
deux éditions simultanées. D'après Fùrst, les savants dont 
il est parlé dans le litre ne seraient autres qu'Abraham 
Usque et Duarte Pinel. Mais ces deux noms ne désignent 
qu'un seul et même personnage, comme l'a démontré 
M. Grâtz, Geschichte der Juden, t. ix, note 6, p. uuv. 
Abraham Usque fit cette traduction avec le concours de 
plusieurs savants; il la signa de son nom dans l'édition 
juive, et d'un pseudonyme dans l'édition adressée aux 
chrétiens. Cette version est estimable. Les auteurs, comme 
jl est déclaré dans le prologue, ont eu sous les yeux bon 



nombre de traductions anciennes et modernes, en cas- 
tillan ou dans une autre langue; et ils se sont servis des 
travaux des plus célèbres rabbins, tels que Kimchi, Raschi, 
Aben-Esra, etc. La Bible terminée fut soumise à l'exa- 
men de l'Inquisition ; aussi jouit-elle d'une grande autorité 
parmi les chrétiens aussi bien que parmi les Juifs. L'édi- 
tion chrétienne s'écarte cependant de la Vulgate en beau- 
coup de points, mais sans gravité. Plusieurs passages sont 
obscurs, par le trop grand soin qu'on a mis à traduire 
mot à mot. Enfin le style est rempli d'archaïsmes, ce qui 
lui donne un certain air d'antiquité à côté de la langue 
du xvi« siècle. La Bible espagnole à l'usage des juifs a été 
réimprimée à Amsterdam en 5371 (1611) et en 5390 (1630), 
in-f°. Une dernière édition, corrigée par Joseph Atias, 
a été donnée au même lieu en 5421 (1661), in-8°. La 
double édition de 1553 est très rare et très recherchée. 

23. ABRAHAM ZAHALON OU TSAHALON, juif espa- 
gnol du xvi« siècle, talmudiste, auteur d'un commentaire 
grammatical et pédagogique sur Esther, Ye8a % 'Élohim, 
Le salut de Dieu, in-4», Bagdad, 1595; Venise, 1621. 

24. ABRAHAM ZANTI (hakkôhen , « le prêtre »), 
rabbin de Venise, né en 1670, mort en 1729, médecin, 
philosophe et poète. On a de lui Kehunnat 'Abraham, Le 
sacerdoce d'Abraham, paraphrase poétique des Psaumes 
en cinq livres, in-4°, Venise, 1719. E. LeveSQUE. 

1. ABRAM, nom porté par Abraham pendant la pre- 
mière partie de sa vie. Voir Abraham 1. 

2. ABRAM (Nicolas), naquit en 1589 à Xaronval, petit 
village des environs de Charmes-sur-Moselle, et entra dans 
la Compagnie de Jésus en 1606. Il conquit les grades de 
maître es arts et de docteur en théologie à l'université 
de Pont -à- Mousson, et y enseigna d'abord les humani- 
tés, puis pendant dix -sept ans l'Écriture Sainte. En 1625, 
il fut un des collaborateurs de Pierre Fourier dans la 
mission de Badonviller, qui provoqua la conversion d'un 
grand nombre de protestants ; il gouverna aussi le noviciat 
des jésuites de Nancy, et professa quelque temps les 
sciences sacrées à Dijon. Mais la plus grande partie de sa 
vie se passa à l'université de Pont-à- Mousson, dont il 
écrivit l'histoire, et où il mourut, le 7 septembre 1655, 
enlevé par une fièvre typhoïde, à l'âge de soixante-six ans. 

Les ouvrages qu'il publia sur les matières de ses cours 
donnent une haute idée de son enseignement. Ses travaux 
exégétiques sont : 1° Nonni Panopolitani Paraphrasis 
sancti secundum Joannem Evangelii, in -8°, Paris, 1623. 
Une traduction en beaux vers latins accompagne le texte 
grec; l'épisode de la femme adultère, Joa., vin, 3-11, 
omis ou à peine mentionné par Nonnus, est suppléé en 
soixante-treize hexamètres grecs de la composition de l'édi- 
teur. 2" Une dissertation sur les quatre fleuves et l'empla- 
cement du paradis terrestre , ajoutée au commentaire des 
Géorgiques : Commentarii in P. Virgilii Maronis Buco- 
lica et Georgica. Accessit diatriba de quatuor fluviis et 
loco paradisi ad explicationem versus 290 libri quarti 
Georgicon, in-8°, Pont- à -Mousson, lt>36. 3° Epitome 
rudirnentorum lingux hebraicx versibus latinis breviter 
et dilucide comprehensa, in- 4°, Paris, 1645. 4° Pharus 
Veteris Testamenti, sive sacrarum quœstionum libri xv, 
quibus accesserunt ejusdem auctoris de Veritate et Men- 
dacio libri îv, in-f°, Paris, 1648. C'est le principal ouvrage 
exégétique du P. Airain, où sont élucidées les difficultés 
scientifiques, historiques, géographiques et chronolo- 
giques de l'Ancien Testament. L'IIexaméron, l'emplace- 
ment du paradis terrestre, les bénédictions de Noé à ses 
fils, la confusion des langues, l'origine des royaumes, 
l'histoire des Assyriens , d'Abraham , de Pharaon, la durée 
du séjour des Hébreux en Egypte, la chronologie hébraïque 
depuis les Juges jusqu'à la construction du temple, la cap- 
tivité de Babylone, Darius le Mède, Judith, la venue du 



ABRAM — ABREK 



90 



Messie et les soixante-dix semaines de Daniel, sont succes- 
sivement étudiés. « Cet ouvrage, dit dom Calmet, Biblio- 
thèque sacrée, IV e partie, art. iv, est bien écrit, savant, solide 
et fort estimé. L'auteur y traite les questions à fond. » Les 
textes de l'Ecriture et des docteurs, les citations des poètes 
et des écrivains profanes se pressent sous sa plume, et, tout 
en concourant à l'explication des Saintes Lettres, révèlent 
la profonde érudition de l'exégète. La forme rend la lecture 
du Phare facile et intéressante. Le P. Abram est un huma- 
niste : il veut, à l'exemple de Cicéron, répandre sur des ques- 
tions ardues les charmes du dialogue, et les quinze traités 
dont se compose l'ouvrage portent, comme ceux de l'auteur 
de Brutus, un double titre, tiré et du principal interlocuteur 
et du sujet ; par exemple : Philoctistes, ou de la Création ; 
Théophraste, ou du Site et des fleuves du paradis. 

Quelques idées particulières du P. Abram méritent d'être 
signalées. 11 admet dans la création une sorte d'évolution. 
A l'origine du temps, Dieu a créé simultanément la sub- 
stance de toutes les choses du monde ; seule l'âme hu- 
maine a été l'objet d'une création spéciale au sixième jour. 
Les substances ont produit, par émanation naturelle, les 
qualités et les perfections dues à leur nature. Cette évolu- 
tion a eu lieu plus ou moins vite, et sa vitesse était pro- 
portionnée à la nature de chaque substance ; de là vient la 
distinction des jours. Le paradis terrestre était situé en 
Palestine , et le Jourdain l'arrosait avant de se séparer en 
quatre branches. L'Amérique était connue d'Aristote, et 
les Américains sont fils de Cham. La forme dialoguée 
du Phare continue dans les quatre livres de la Vérité et 
du Mensonge. Les mensonges réels ou apparents, men- 
tionnés dans la Bible, sont expliqués dans les troisième 
et quatrième livres. D'après dom Calmet, le collège de 
Pont-à-Mousson possédait manuscrites des Commenla- 
tiones in epistolas D. Pauli du P. Abram. Nous ignorons 
ce qu'est devenu ce commentaire. Voir Bibliotheca scri- 
ptorum S. J. , Rome , 1676 ; D. Calmet , Bibliothèque 
lorraine, art. Abram; Carayon, L'université de Pont- 
à-Mousson, introd., p. xxxi-liv; Hurter, Nomenclator 
litterarius, Insprûck, t. I, p. 806-807; Eug. Martin, Le 
P. Abram historien de Pont-à-Mousson et ses deux tra- 
ducteurs, Nancy, 1888. E. Mangenot. 

ABRAN (hébreu: 'Ebron; Septante: 'EX6cJv, 'Axpâv), 
ville de la tribu d'Aser, mentionnée une seule fois dans 
la sainte Écriture, Jos., xix, 28, et citée entre Cabul et 
Rohob. Eusèbe, Onomasticon , et saint Jérôme, Lib. de 
situ et nominibus locorutn heb., t. xxiii, p. 873, ne font 
que l'indiquer sous le nom d'Achran. Faut- il, avec cer- 
tains critiques , voir dans ce mot une faute de copiste , et 
au lieu de 'Ebron lire 'Abdôn, comme au chapitre xxi, 30, 
du même livre, et I Par., vi, 74? C'est possible, puisque 
rien n'est plus facile que de confondre, en hébreu, le 
daleth, i, et le resch, i ; mais ce n'est pas certain. Si nous 
consultons les manuscrits, nous les trouvons en nombre 
à peu près égal pour les deux leçons : vingt-cinq portent 
'Ebrôn, et dix-neuf 'Abdôn. Cf. B. Kennicott, Vet. Testam. 
heb.) Oxford, 1776, 1. 1, p. 470, et J.-B. de Rossi, Var. lect. 
Vet. Testam., Parme, 1785, t. n, p. 9i. Mais la première 
leçon a pour elle, outre le texte massorétique et le Targum 
de Jonathan , l'unanimité des plus anciennes versions sy- 
riaque, latine, arabe, qui maintiennent le resch. On ne 
saurait, en faveur de la seconde, alléguer qu'Abdon, ville 
lévitique, devait être dans la liste des principales villes 
d'Aser, Jos., xix, 24-31, puisqu'on n'y rencontre pas d'autres 
cités non moins importantes , telles qu'Accho , Ahalab et 
Achazib, Jud., i, 31. 

M. de Saulcy avait cru retrouver cette localité dans le 
village actuel d"Abillih, à peu de distance de la route 
qui conduit de Saint-Jean-d'Acre à Nazareth, Voyage 
autour de la mer Morte, Paris, 1853, t. i, p. 73, note. 
Mais plus tard, dans son Dictionnaire des antiquités 
bibliques, Migne, 1859, p. 31, il se montre « fort tenté 
d'abandonner cette hypothèse, qui, il faut bien le dire, 



n'a pas de grandes probabilités en sa faveur ». M. V. Guérin 
se demande s'il ne serait pas permis de reconnaître Abrân 
dans le village dé Berouéh, un peu à l'est de Saint-Jean- 
d'Acre, Description de la Palestine, Galilée, 1. 1, p. 432. 
L'identification, comme on le voit, est encore à l'état de 
problème, et le parti le plus sage est d'attendre de meil- 
leures découvertes. A. Legendre. 

ABRAVANEL. Voir Abarbanel, col. 15. 

ABREK (hébreu: 'abrek; les Septante ont omis ce 
mot, ou plutôt l'ont rendu par x^pul, « héraut, » comme 
la version samaritaine). Quand Joseph eut expliqué au 
pharaon les songes qui prédisaient les sept années d'abon- 
dance et de stérilité, celui-ci le combla d'honneurs, le 
fit monter sur son second char, et l'on cria devant lui : 
'abrek! Gen., xu, 43. Plusieurs tentatives ont été faites 
pour trouver une explication satisfaisante de ce mot. 

1» Les uns y ont vu le verbe hébreu bârak, « plier les 
genoux. » C'est ainsi qu'ont traduit : la Vulgate , « ut om- 
nes coram eo genuflecterent; » Aquila, yovaTi'Çsiv ; la tra- 
duction grecque dite de Venise , Yowiceteîv. Ce serait l'im- 
pératif 2 e pers. du sing., ou l'infinitif absolu mis pour 
l'impératif. Mais dans cette hypothèse il faut recourir à 
une sorte d'aphel, forme très irrégulière de Yhiphil, 
'abrek pour habrek ; et l'on aurait d'ailleurs le sens cau- 
satif, « faire agenouiller : » ce qui ne s'explique pas dans 
la bouche du héraut précédant Joseph. 

2 J On ne réussit pas mieux en recourant â l'assyrien , 
comme Friedr. Delitzsch. Abarakku signifie « père du roi » : 
ce serait un titre de premier ministre ou conseiller du roi. 
Voir Assyrische Wôrterbuch , Leipzig, 1888, p. 68-70; 
Nôldeke, Zeitschrift der deutschen morgenlândischen 
Gesellschaft , t. xl, p. 734. Cette explication est fort in- 
vraisemblable : on ne comprend pas qu'un nom assyrien 
ait été employé alors en Egypte, ni que Moïse ait traduit 
un titre égyptien par un titre étranger. Les auteurs des 
Targums, il est vrai, ont rendu abrek par « père du roi »; 
ces interprètes, éloignés de l'Egypte, ignorant la vraie si- 
gnification de ce terme, ont tout naturellement cherché 
à l'expliquer par l'araméen ou l'hébreu, si voisins de l'as- 
syrien, et y ont vu un composé où entrait le mot 'ab, 
« père. » Cf. version syriaque : « père et chef. » 

3° N'est -il pas plus naturel, dit -on, de voir ici un mol 
égyptien, puisque l'histoire de Joseph a une couleur locale 
très marquée, et nous est racontée dans un style tout par- 
semé de mots égyptiens? Ceux qui pensent que le terme 
est égyptien ont recours, les uns au copte, les autres à 
l'ancien égyptien. Keil et Franz Delitzsch rapprochent 
notre terme du copte abork {a, signe de l'impératif; bôr, 
« jeter en bas, » et A', signe de la deuxième personne), 
d'où abork, « jette-toi à terre , prosterne-toi. » Voir Benfey, 
Verhaltniss der âgyptischen Sprache zum semitischen 
Sprachstamm, p. 302. Mais abork signifierait « jette », 
plutôt que « jette-toi », et encore moins « prosterne-toi ». 
Pour donner ce dernier sens, il faudrait ajouter quelque 
mot comme « à terre », ou « sur ton ventre », selon 
l'expression usitée : « Il se mit sur son ventre, » pour « il 
se prosterna, » Erta-nef su her hatef. — Les autres es- 
sais d'étymologie par le copte sont encore moins heu- 
reux. Pfeiffer, Opéra philologka, t. i, p. 94, propose 
l'explication suivante : afrek, verbe copte composé de 
rek, « incliner, » et af, marque de la 3 e personne du pré- 
térit ; d'où afrek, « s'inclina » (sous-entendu chacun). 
Cette explication est inadmissible, parce que ce prétérit 
n'a pas le sens optatif; de plus, af n'eût jamais été trans- 
crit ab. — Pour Ign. Rossi, Etymologise segyptiacm, p. 7, 
abrek serait un composé de ape, « tête, » et rek, « in- 
cliner; » d'où le mot copte aperek, aprek et abrek, « in- 
clinez la tête. » Cet ordre d'incliner la tête ne paraît 
guère conforme au cérémonial égyptien : on se proster- 
nait jusqu'à terre. Puis, en égyptien, le régime se met après 
le verbe et non avant. De même, en copte, « incliner la 



91 



ABREK — ABSALOM 



92 



tête j ne se dit pas dbreh ou aprek, mais rekdjô. Cf. 
Novum Testamentum copticum, édit. Wilkins, Oxford, 
1716, Joa., vin, 8; xrx, 30; Peyron, Lexicon lingux cop- 
ticse, et Peyron, Grammatica lingux copticse, ch. xn, p. 74. 
4° On a pensé être plus heureux en expliquant abrek 
directement par l'égyptien , et en le considérant comme 
un composé de ap, « premier, » et de reh, « savant. » 
Aprek signifierait donc « premier savant », titre analogue 
pour la forme à celui de « premier prophète ». Ap pourrait 
encore se traduire par « chef», d'où « chef des savants ». 
Les savants du pharaon, suten rehu, n'ont pu interpréter 
son songe ; Joseph y réussit. N'est-il pas naturel qu'on lui 
donne le titre de « premier savant », ou « chef des sa- 
vants »? La transcription ne souffre pas de difficulté ; le 
6 hébraïque est souvent mis pour le p égyptien , et le k 
pour le h (heth égyptien, équivalent au khi grec, •/). Voir 
Harkavy, Les mots égyptiens de la Bible, dans le Journal 
asiatique, mars -avril 1870, p. 177. Malheureusement l'ad- 
jectif, en égyptien, se place après le nom; « premier sa- 
vant » se disait donc rehape; de plus ap, dans le sens de 
« chef » , n'est pas connu dans les titres , et encore fau- 
drait-il rehu au pluriel. 

5° L'explication la plus satisfaisante donnée jusqu'ici est 
encore celle de M. H. Brugsch. Abrek est, d'après lui, 
un mot d'origine sémitique égyptianisé. Il est certain que, 
à l'époque des rois pasteurs, des mots sémitiques ont péné- 
tré en Egypte. A Thèbes ou à Memphis sans doute, ces mots 
n'entraient pas dans le langage populaire; mais à Tanis, 
lieu de l'épisode raconté par la Genèse, xli, il y avait une 
population mêlée, où les Sémites étaient nombreux, sur- 
tout à l'époque des rois pasteurs. Il n'est pas étonnant que 
dans cette ville des racines sémitiques aient revêtu des 
formes égyptiennes, et soient passées dans le langage cou- 
rant. Bark signifie « être agenouillé » (Chabas); de là est 
venu « adorer » (Brugsch). Va initial est la marque de 
l'impératif égyptien. La simple racine du verbe avec a, 
sans aucun suffixe personnel, ni pour le singulier ni pour 
le pluriel, est un impératif très usité. Abrek a donc le sens 
de « agenouillez -vous, prosternez -vous ». N'est-ce pas ce 
mot, avec une simple modification de voyelle, qu'emploient 
les Arabes d'Egypte, pour inviter un chameau à se coucher, 
lorsqu'il doit recevoir sa charge : Abrok ? Chabas, Études 
sur l'antiquité historique, 2 e édit., p. 418-419. 

E. Levesque. 
ABRICOTIER, arbre de la famille des Rosacées, qui 
atteint de trois à six mètres de hauteur. Ses fleurs sont 
précoces et se développent avant les feuilles; leurs pétales 
sont blancs à l'intérieur et rosés à l'extérieur. Les feuilles 
sont glabres, luisantes, largement ovales et dentelées sur les 
bords (fig. 9). Le fruit, l'abricot, se compose d'un noyau 
ovale , autour duquel est la chair ou pulpe , d'une saveur 
sucrée aromatique, recouverte d'une peau jaune ou rou- 
geâtre, finement veloutée. 

Vois l'abricot naissant, sous les yeux d'un beau ciel, 
Arrondir son fruit doux et blond comme le miel. 

(André Chénieh, Idylle m.) 

Il n'est pas certain qu'il soit mentionné dans la Bible. 
Quelques savants croient cependant le reconnaître dans 
le (appûah du Cantique, n, 3, 5; vu, 8; vm, 5; des Pro- 
verbes, xxv, 11, et de Joël, i, 12. « L'abricot, dit M. Tris- 
tram, est commun dans toute la Palestine. C'est peut- 
être , si l'on en excepte seulement la figue , le fruit le plus 
abondant du pays. Sur les montagnes et dans les vallées, 
sur les rives de la Méditerranée et sur les bords du Jour- 
dain, dans le nord de la Judée, sur les hauteurs du 
Liban, dans les gorges de la Galilée et dans les vallons 
de Galaad, l'abricotier est florissant et donne des fruits 
en abondance. L'arbre et les fruits répondent parfaite- 
ment à tout ce que l'Écriture nous dit du tappûah, a Je 
« me suis assis avec délices à son ombre , et son fruit était 
< doux à ma bouche, b Cant, n, 3. Près de Damas et sur 
les rives du Barada, nous avons dressé nos tentes et 



étendu nos tapis à son ombre, et nous y avons été com- 
plètement à l'abri des rayons du soleil. « L'odeur de ton 
« haleine est comme le (appûah. » Cant., vil, 8. Il n'y a 
guère de fruit plus délicieusement parfumé que l'abricot. 
Et à quel fruit peut mieux convenir l'épithète de Salo- 
mon : « des pommes d'or dans des vases d'argent , » 
Prov., xxv, 11, qu'à ce fruit doré, lorsqu'il fait fléchir sous 
son poids, dans son cadre de feuillage brillant mais pâle, 
les branches qui le portent. » H. B. Tristram, The Land 
of Israël, in-8°, Londres, 1865, p. 605. Voir Id., Fauna 
and Flora of Palestina, in -4»,. Londres, 1884, p. 294. 
Aujourd'hui, en Chypre, on appelle encore l'abricot « la 
pomme d'or », to xpu"ô|ie)i.o(v). W. A. Groser, The Trees 
and Plants in the Bible, in-12, Londres, 1888, p. 92. 

On ne saurait nier que les caractères que l'Écriture 
attribue au tappûah ne puissent convenir à l'abricotier et 




Abricotier, teuilles et fruits. 



à son fruit. Cet arbre, originaire d'Arménie, a dû être 
introduit de bonne heure en Palestine , comme la vigne , 
qui vient aussi des mêmes régions. Il serait donc tout 
naturel que nous trouvions des allusions à son fruit dans 
l'Écriture. Malheureusement les passages où les auteurs 
sacrés parlent du tappûah sont trop vagues pour qu'ils 
permettent de déterminer rigoureusement l'arbre dont ils 
ont voulu parler. Aussi les avis sont-ils très partagés sur 
sa nature. L'abricotier a assez peu de partisans; le citron- 
nier et le cognassier en ont davantage. Voir W. Houghton, 
The Tree and Fruit represented by the Tapûakh of the 
Hébrew Scriptures, dans les Proceedings of the Society 
of Biblical Archseology, novembre 1889, t. xn, p. 42-48; 
voir aussi Citron, Cognassier, Pomme, Tappûah. 

F. Vigouroux. 
ABRONAS (grec: 'A6p<ovâç), forme grecque altérée 
du nom de la rivière Chaboras, affluent de l'Euphrate, 
en Mésopotamie. Judith, n, 24. Dans le passage corres- 
pondant de la Vulgate, n, 14, nous lisons « le torrent de 
Mambré » au lieu d'Abronas. Voir Mambré 3. 

ABSALOM, hébreu : 'AbSalôm, « le père est paix; » 
Septante : 'A6eo-cra>.(i|i. 

1. ABSALOM, le troisième des fils de David. Il était 
petit-fils de Tholmaï, roi de Gessur, par sa mère Maacha, 
II Reg., m, 3; I Par., ni, 2. Celle-ci avait encore donné 
à David une fille , Thamar, dont la grande beauté fournit 
la première occasion des événements qui se rapportent 
à l'histoire d'Âbsalom. II Reg., xiii-xvhi. 

Amnon, fils de David et d'Achinoam la Jesraélite, ayant 
conçu pour Thamar une passion criminelle, tendit un 
piège à son innocence et se porta envers elle aux derniers 
outrages; puis il la chassa d'une manière ignominieuse, 



93 



ABSALOM 



M 



II Reg., xm, 1-20. Voir .Amnon 1 et Thamar 2. L'infor- 
tunée jeune fille alla se réfugier chez son frère Absalom, 
son protecteur naturel. Cf. Gen., xxxrv, 31. Absalom sut 
maîtriser sa colère et dissimuler la haine que cet attentat 
lui inspira contre Amnon ; mais il résolut dès ce jour d'en 
tirer une terrible vengeance. II Reg., xm, 32. 

Deux ans après cet événement, quand tout le monde 
pouvait croire qu'il avait oublié l'outrage fait à Thamar, 
il invita David et tous les princes ses frères à une fête 
qu'il allait. donner selon l'usage, cf. I Reg., xxv, 2-8, à 
l'occasion de la tonte de ses troupeaux. Le roi s'excusa, 
comme Absalom l'avait sans doute prévu ; il fit même des 
difficultés pour laisser aller à cette fête Amnon, dont 
Absalom réclamait instamment la présence. L'insistance 
de celui-ci, conforme, ainsi que le refus de David, à la po- 
litesse orientale , ne pouvait exciter les soupçons : il était 
naturel que, à défaut du roi, son fils aîné fût appelé à 
présider le banquet ; et d'ailleurs le politique Absalom dut 
parler de façon à n'exciter dans l'esprit de son père au- 
cune méfiance sur le dessein qu'il méditait depuis si long- 
temps, et dont il avait préparé le succès avec une profonde 
habileté. C'est loin de Jérusalem qu'il avait résolu de 
l'exécuter, avec le concours de serviteurs venus probable- 
ment de Gessur, et qui , n'ayant rien à craindre ni à mé- 
nager en Israël, feraient ce que n'auraient pas osé faire 
des Israélites. 

Les invités se rendirent donc à Baalhasor, an delà de 
Béthel, non loin d'Éphraïm ou Éphron. Absalom leur 
servit un festin royal , pendant lequel , à un signal donné 
par lui, ses serviteurs frappèrent Amnon sous les yeux 
de ses frères. Ceux-ci, épouvantés et tremblant pour eux- 
mêmes, se précipitèrent hors de la salle, montèrent sur 
leurs mules et s'enfuirent vers Jérusalem. Absalom prit 
la direction opposée , passa le Jourdain et alla se réfugier 
à la cour de son grand-père, au royaume de Gessur, pays 
correspondant en partie au Ledjah actuel. 

David ne chercha pas à l'inquiéter dans sa retraite. Après 
avoir amèrement pleuré son fils Amnon, il sentit se réveiller 
peu à peu son ancienne affection pour Absalom. II Reg., 
xiv, 1. Le peuple, de son côté, commençait à trouver 
longue l'absence de celui que l'on considérait comme l'hé- 
ritier du trône depuis la mort d' Amnon ; car on conclut 
avec raison du silence de l'Écriture au sujet de Daniel ou 
Chéléab, fils de David et d'Abigaïl, que ce prince, plus âgé 
qu' Absalom, était mort aussi. Les esprits se retournaient 
donc vers Absalom, qui avait toujours été chéri du peuple. 
On aimait à se rappeler qu'il n'y avait point d'homme dans 
tout Israël qui lui fut comparable par la bonne grâce et 
la beauté. II Reg., xiv, 25. Ces dons naturels, qu'il rele- 
vait encore par l'affabilité de ses manières et le talent de 
gagner les cœurs, II Reg., xv, 2-6, l'avaient rendu d'au- 
tant plus populaire, que l'orgueil des Israélites était flatté 
de trouver en lui un prince dont la mère était de race 
royale , avantage qui manquait aux autres fils de David. 

Joab imagina un habile stratagème pour donner satis- 
faction au sentiment public , s'assurer les bonnes grâces 
du futur roi d'Israël, et offrir du même coup à David l'oc- 
casion d'agir selon le secret désir de son cœur en rappe- 
lant le coupable. Craignant de ne pas réussir s'il traitait 
lui-même cette affaire, il fit venir de Thécué, la moderne 
Tekûa, à deux heures de chemin au sud de Bethléhem, 
une femme inconnue de David , dont l'intelligence devait 
assurer le succès de son dessein. Après qu'il lui eut appris 
sa leçon, elle se présenta devant le roi en donnant toutes 
les marques de la plus vive douleur. Ses deux fils, disait- 
elle, s'étaient battus dans les champs, et l'un avait tué 
l'autre; et maintenant les vengeurs du mort, cf. Num., 
xxxv, 19, demandaient le sang du meurtrier. Elle sup- 
pliait David de rappeler ce fils, sa seule consolation, et de 
le défendre contre tous. Le roi promit, et aussitôt elle fit 
l'application de son histoire à Absalom, dont l'exil, qui 
-durait depuis trois ans, était regardé comme une calamité 
-nationale. David, comprenant alors tout ce qui s'était 



passé, fit avouer à cette femme qu'elle avait obéi aux sug- 
gestions de Joab, dont il connaissait les sentiments envers 
le prince proscrit. Il se tourna ensuite vers le général, 
qui était présent; car, comme le texte le donne à entendre, 
cette scène se passait dans une audience publique : c Me 
voilà apaisé, lui dit -il, et il sera fait selon votre désir; 
allez donc et rappelez Absalom. » II Reg., xrv, 21. Joab 
se rendit en personne au pays de Gessur et ramena Ab- 
salom à Jérusalem. 

David n'entendait pas toutefois accorder encore à son 
fils une grâce complète; il ne voulut pas l'admettre en sa 
présence, et lui ordonna de rester enfermé dans son pa- 
lais, croyant le tenir plus facilement par là dans le devoir, 
et lui faire mieux comprendre la gravité de sa faute. Deux 
ans s'écoulèrent ainsi. C'était plus que l'humeur bouillante 
du prince n'en pouvait supporter. Par deux fois il envoya 
prier Joab de venir le trouver, pour aller ensuite parler 
de sa part au roi , et par deux fois Joab, qui savait David 
peu disposé encore à accorder la grâce désirée, refusa. 
Absalom fit enfin mettre le feu par ses serviteurs à un 
champ d'orge de Joab, voisin du sien, et le contraignit - 
ainsi de venir. « Pourquoi suis- je revenu ici? lui dit-ill 
alors. Il vaudrait mieux que je fusse encore à Gessur; je 
demande à voir le roi. Qu'il me fasse plutôt mourir, s'il 1 
se souvient toujours de mon iniquité. » II Reg., xiv, 32. 
De telles paroles , après un procédé si violent, firent com- 
prendre à Joab qu'il ne fallait pas comprimer plus long- 
temps cette nature impétueuse. Il alla trouver le roi, et 
David reçut son fils dans ses bras. II Reg., xiv. 

Mais il était trop tard ; la réconciliation ne fut qu'appa- 
rente du côté d' Absalom, aigri et irrité contre son père par 
l'éloignement où il l'avait tenu à la suite d'une proscrip- 
tion de trois ans. L'ambition acheva l'œuvre de la colère. 
Le premier usage qu'il fit de la liberté que David venait 
de lui rendre, fut de travailler à le renverser du trône pour 
y prendre sa place. La crainte d'être supplanté comme 
héritier du royaume par Salomon , le jeune fils de Beth- 
sabée, fut peut-être aussi un des motifs qui l'engagèrent 
dans ce dessein. A partir de ce moment, il n'agit plus 
qu'en ambitieux sans conscience et en fils dénaturé. Sa 
beauté physique, II Reg., xiv, 25-26, ses qualités natu- 
relles, lui attiraient déjà l'affection du peuple. Ne vou- 
lant rien négliger pour accroître sa popularité, il affecta 
un train royal; il eut des chars, un cortège de cavalerie, 
cinquante hommes qui couraient devant lui. De grand 
matin on le trouvait à la porte du palais; il s'y faisait, 
par ses basses prévenances, le flatteur de tous les solli- 
citeurs qui se présentaient, et déclarait toujours leur 
cause juste. Il ne rougissait pas de calomnier son père, 
en rejetant sur lui les négligences et les fautes des magis- 
trats, et en gémissant de ce qu'il n'avait établi personne 
pour recevoir les plaintes de ses sujets, II Reg., xv, 1-6, 
comme si lui-même n'avait pas dû son pardon à la facilité 
avec laquelle David avait donné audience à la Thécuenne, 
et accordé à eette femme la grâce qu'elle sollicitait. Il est 
possible toutefois que David eût, en effet, apporté quelque 
négligence dans l'administration de la justice, ce premier 
des devoirs personnels des souverains orientaux, ou plutôt 
dans la surveillance de ses juges ; il fallait bien que les 
accusations d'Absalom eussent quelque fondement pour 
être ainsi écoutées. Cependant l'ambitieux ne parlait pas 
encore de régner, mais il disait bien haut que les choses 
n'iraient pas de la sorte, si on lui confiait le soin de rendre 
la justice à tous. Ainsi, comme le dit le texte hébreu, « il 
volait à son père les cœurs des hommes d'Israël. » II Reg., 
xv, 6. Quand il crut les avoir assez gagnés à son parti , il 
se mit en mesure de se faire proclamer roi. « Après qua- 
rante ans, » il demanda à David la permission d'aller à 
Hébron , sous prétexte d'y offrir un sacrifice dont il avait 
fait le vœu pendant qu'il était à Gessur. II Reg., xv, 7. 

Ces i quarante ans » ont de tout temps embarrassé les 
commentateurs. Il y en a qui pensent qu'il faut lire, avec 
la version syriaque, Josèphe, Théodoret et certains ma- 



95 



ABSALOM 



96 



nuscrits latins, « quatre » au lieu de « quarante »; ce se- 
raient, d'après eux, les quatre ans écoulés depuis le retour 
d'Absalom du pays de Gessur, ou depuis sa réconciliation 
complète avec son père. Mais d'autres ne voient pas de 
raison suffisante d'abandonner le chiure de l'hébreu , de 
la Vulgate, etc., plus communément admis, et dont on 
peut donner une explication satisfaisante. Les quarante 
ans seraient comptés, selon l'opinion la plus conforme 
aux données chronologiques , à partir de la première onc- 
tion royale que David reçut de Samuel , événement d'une 
importance capitale dans l'histoire du saint roi. I Reg., 
xvi, 13. 

Hébron, par son importance et sa situation à quelques 
lieues seulement de Jérusalem , paraissait être le point le 
plus favorable pour l'exécution des projets d'Absalom. Cité 
sacerdotale, Jos., xxi, 13, et ville de refuge, Jos., xx, 7, 
elle empruntait une sorte de caractère sacré aux sépulcres 
d'Abraham et des autres patriarches dont elle conservait 
le dépôt. Gen., xxv, etc. Elle avait été d'ailleurs la pre- 
mière capitale de David et le berceau de la nouvelle 
dynastie. Il était donc facile d'attirer de nouveau les regards 
de ce côté , en réveillant le souvenir de sa gloire passée. 
En outre, le regret que la translation du siège du gouver- 
nement à Jérusalem avait laissé chez les habitants devait 
en disposer un grand nombre en faveur d'Absalom , qui , 
étant né à Hébron, était par conséquent leur concitoyen. 

A peine arrivé, Absalom envoya des émissaires par tout 
le royaume, afin qu'on se tint prêt à le reconnaître au 
premier coup de trompette annonçant son avènement. 
Deux cents hommes des plus marquants , qu'il avait em- 
menés avec lui de Jérusalem , étaient destinés à leur insu 
à former comme le noyau de la conspiration. Ils l'avaient 
suivi de bonne foi et sans connaître ses desseins ; mais il 
comptait bien les entraîner dans sa révolte ; du moins leur 
présence écarterait d'abord tout soupçon , et recomman- 
derait sa cause aux yeux du peuple , en même temps que 
son père serait privé de leur concours. 

Le peuple accourut de tous les côtés pour l'immolation 
des victimes, qui devait durer plusieurs jours, sans que 
les sujets fidèles de David eussent lieu de s'inquiéter de 
ces sacrifices et des hommages qu'on rendait au prince 
qui les offrait au Seigneur. Enfin la conjuration éclata, et 
tout le monde comprit aussitôt sa puissance formidable. 
Ce fut probablement alors qu'eut lieu la consécration royale 
dlAbsalom. II Reg., xv, 10, et xix, 10. David dut se rappeler, 
en apprenant ces nouvelles , les menaces prophétiques 
de Nathan, II Reg., xii, 10-11; car il s'écria: «Fuyons; 
nous ne saurions échapper à Absalom. » II Reg., xv, 14. 
Il mesura d'un coup d'oeil la gravité de la situation, et vit 
le danger qu'il y avait à rester dans Jérusalem, où son fils 
s'était fait de nombreux partisans , et où rien n'était prêt 
pour soutenir un siège qui pouvait commencer dans 
quelques heures. Il en sortit sur-le-champ avec les gens 
de sa maison et ceux des habitants qui lui restaient fidèles. 
Escorté des Kéréthites, des Phéléthites et des six cents forts 
de Geth , il descendit dans la vallée du Cédron ; puis il 
gravit, nu -pieds et la tête couverte, la montagne des 
Oliviers, en pleurant au souvenir de ses fautes, dont l'ex- 
piation devenait de plus en plus dure. Pour comble de 
malheur, on vint lui apprendre que le sage Achitophel 
avait passé au parti d'Absalom. Il pria Dieu de détruire 
l'influence redoutable de ses conseils, et presque au même 
instant sa prière fut exaucée par l'arrivée de Chusaï, son 
ami , qui venait lui offrir de le suivre. David voulut qu'il 
allât, au contraire, auprès d'Absalom, afin d'empêcher par 
ses avis le mal qu'on pouvait craindre de ceux d' Achitophel. 
II Reg., xv, 34. 

Or, pendant que Chusaï rentrait à Jérusalem, Absalom 
y pénétrait par la route d'Hébron, accompagné d'Achi- 
tophel. L'œuvre néfaste de celui-ci commença par une 
inspiration infernale. H pensa qu'il fallait d'abord empêcher 
Absalom de rentrer jamais dans le devoir, en élevant entre 
David et lui une barrière infranchissable; il lui conseilla 



donc d'abuser publiquement des dix épouses de second 
rang que David avait laissées pour garder le palais, l'as- 
surant que cet outrage fait à son père achèverait de fixer 
dans son parti les timides et les indécis, cet élément flot- 
tant que l'on rencontre au début de toutes les révolutions et 
qui appartient au plus hardi. Le terrible conseiller se sou- 
venait qu'il était le grand -père de Bethsabée et l'allié 
d'Urie, et il voulait se venger. Sur la terrasse même où 
David se trouvait quand il aperçut Bethsabée, II Reg., 
xi, 2, son fils fit donc dresser une tente pour les dix 
femmes, et, à la vue de tout le peuple, il entra là en maître. 
Une démarche de cette nature devait être considérée, 
d'après les mœurs de l'Orient , comme un acte usurpateur 
de la souveraineté. Voir Abner et AdoniaS. Cf. dans Hé- 
rodote, m, 68, l'acte du faux Smerdis, qui épousa toutes 
les femmes de Gambyse. Mais l'action d'Absalom fut encore 
plus un outrage exécrable commis contre son père. Dans 
les desseins de Dieu , c'était l'accomplissement rigoureux 
de la prophétie de Nathan à David après son double crime, 
II Reg., xii, 11-12, et Achitophel se faisait l'exécuteur de 
la vengeance divine, en croyant ne servir que sa rancune 
ou ses vues politiques. II Reg., xvi, 15-22. 

Après ce conseil trop bien écouté, Achitophel en donna 
un autre; s'il eût été suivi, c'en était fait de la cause de 
David, qui aurait perdu certainement la couronne, et peut- 
être la vie. Achitophel dit à Absalom : « Donnez-moi douze 
mille hommes choisis , et cette nuit même j'atteins le roi 
sans peine, grâce à la fatigue qui retarde sa marche ; je dis- 
perse ses gens, et je le frappe dans l'isolement où je l'aurai 
réduit. » II Reg., xvn, 1-3. C'était le seul parti à prendre 
dans la circonstance. David n'était pas loin encore, et les 
troupes qui l'accompagnaient formaient une escorte, non 
une armée, il ne pouvait donc échapper. Lui laisser le 
temps de se mettre hors d'atteinte et de faire un appel au 
pays, c'était lui assurer les moyens d'avoir bientôt à sa 
disposition des forces plus que suffisantes pour battre les 
troupes d'Absalom. Grâce à l'organisation établie par 
David , Israël avait , en effet , une armée régulière de 
288000 hommes, répartis en douze corps, un par tribu, 
dont chacun servait un mois par an. I Par., xxvn, 1. Or, 
de cette armée une faible partie seulement était autour 
d'Absalom ; il restait encore dans les villes et les campagnes 
la plupart de ces soldats, qui étaient demeurés attaché» 
au roi après l'avoir suivi dans ses guerres, et qui ne man- 
queraient pas de se rendre à son premier appel. Achi- 
tophel savait bien d'ailleurs que si les fautes de David et 
son administration avaient excité des mécontentements, 
on l'aimait néanmoins, et on l'estimait pour ses grandes 
vertus et sa bonté; ses malheurs allaient donc provoquer 
un réveil ou un redoublement de sympathie qui amène- 
rait même la défection de beaucoup des partisans d'Ab- 
salom. Il n'y avait donc pas une heure à perdre. 

Absalom le comprit et approuva l'avis d'Achitophel; tou- 
tefois il voulut avoir aussi celui de Chusaï. Ce dernier avait 
commencé par ne pas désapprouver le premier conseil 
donné par Achitophel , afin de dissiper la défiance que sa 
conduite envers David avait paru d'abord éveiller chez 
Absalom, II Reg., xvi, 17; il fallait bien d'ailleurs laisser 
passer la justice de Dieu. Mais maintenant il s'agissait 
de la perte ou du salut de son roi ; il déploya donc toutes 
les ressources de son éloquence pour faire prévaloir un 
dessein contraire. II Reg., xvn, 7-13. Il rappela le courage 
et l'expérience de David et de ses hommes; l'exaspéra- 
tion dans laquelle une poursuite acharnée les jetterait; 
la prudence du roi, qui tiendrait sa personne à l'abri 
de toute surprise ; la panique qui pourrait suivre le 
moindre échec infligé aux soldats d'Absalom. Ne valait- 
il pas mieux que le prince appelât aux armes tous les 
habitants du royaume, de Dan à Bersabée, et qu'il se mit 
lui-même à la tête de cette armée innombrable pour écraser 
la petite troupe de David, et en détruire ensuite les restes 
dispersés? Dieu tourna l'esprit d'Absalom et de tous les 
siens, II Reg., xvii, 14, de telle sorte que cette creuse 



97 



ABSALOM 



98 



rhétorique l'emporta sur le conseil si sage d'Achitophel. 
On attendit. Aussitôt les émissaires que David avait postés 
à la fontaine de Rogel, vers le fond de la vallée du Cédron, 
furent avertis, et ils coururent lui porter cette nouvelle, 
avec le conseil que lui donnait Chusaï de s'éloigner au 
plus vite , de crainte qu'Absalom ne se ravisât. Avant la 
pointe du jour, le roi avait passé le Jourdain et se dirigeait 
vers Mahanaîm, ville forte qui conservait le nom donné 
par Jacob à l'emplacement sur lequel elle était bâtie. 
Gen., xxxn, 2. 

Chusaï ne s'était pas trompé : les secours arrivèrent nom- 
breux à David pendant ce répit qu'il lui avait obtenu, tandis 
que la mort d'Achitophel , qui s'était pendu en voyant son 
avis rejeté, II Reg., xvn, 23, privait Absalom de son plus 
utile partisan , et allait sans doute jeter la défaveur sur sa 
cause. David put bientôt former les cadres de son armée; 
il y établit des chefs de mille et de cent hommes, et la 
divisa ensuite en trois corps, commandés par Joab, Abisaï 
son frère et Éthaï de Geth , et assez forts pour lui donner 
pleine confiance dans le succès. Aussi, quand les troupes 
partirent pour aller à l'ennemi, son unique souci fut-il pour 
la vie d'Absalom , qu'il aimait toujours malgré son indigne 
conduite , et il recommanda aux trois généraux de l'épar- 
gner. Pour lui, il fut contraint par l'amour de son peuple 
de rester éloigné du champ de bataille. Dieu, qui ne vou- 
lait pas qu'Absalom échappât à la mort, en disposa ainsi 
afln que Joab ne fût pas empêché de le tuer. 

Le rebelle avait passé le Jourdain à son tour avec son 
armée, à la tête de laquelle il avait placé son cousin Amasa. 
II Reg., xvn, 25. La rencontre eut lieu dans le pays de 
Galaad , au milieu de bois qui portent dans le texte sacré 
le nom de forêt d'Éphraïm , peut-être , a-t-on dit , à cause 
de la défaite des Éphraïmites racontée au livre des Juges, 
XII , 1 -6 ; mais la distance du lieu de cette défaite à Ma- 
hanaîm ne favorise guère cette hypothèse. « La bataille 
s'étendit sur toute la contrée, et il périt beaucoup plus 
d'hommes dans la forêt qu'il n'en tomba sous les coups de 
l'ennemi ». II Reg., xvm, 8. Absalom perdit vingt mille 
de ses soldats, et lui-même, passant sous un chêne (un 
térébinthe, selon l'hébreu), resta pris par sa chevelure, 
qui était très longue, II Reg., xiv, 26, dans les branches 
de l'arbre, pendant que son mulet continuait seul sa 
course. Personne cependant n'osa toucher au fils du roi ; 
mais Joab s'indigna contre ceux qui l'avaient épargné, et 
au mépris des ordres formels de David, qu'on lui rappela 
•en vain, il accourut auprès de l'arbre auquel Absalom 
était suspendu, pour le tuer de sa propre main, en le 
perçant de trois lances ou javelots. Puis, comme il palpitait 
encore, dix jeunes écuyers du général l'achevèrent. II Reg., 
xvm, 14-15. 

L'Écriture ne nous fait pas connaître la raison de la haine 
que Joab fit paraître en cette occasion contre un prince 
dont il avait pris autrefois les intérêts avec tant de chaleur. 
Son ambition en fut sans doute la cause. Absalom avait 
mis à la tête de son année son cousin Amasa, « à la place 
de Joab, » dit l'auteur sacré. II Reg., xvn, 25. Ces expres- 
sions, rapprochées de II Reg., xix, 13, et xx, 10, sup- 
posent qu' Amasa était un rival pour Joab, et un rival avec 
lequel il fallait compter. Voir Joab. La mort d'Absalom 
servait du reste l'intérêt de Joab, car elle lui assurerait, 
pensait-il, la possession de sa charge, qu'il était sûr de 
perdre, au contraire, si ce prince montait un jour sur le 
trône. 

Aussitôt qu'Absalom eut rendu le dernier soupir, Joab 
fit arrêter la poursuite des fuyards ; on jeta ensuite le corps 
du rebelle dans une fosse, au milieu du bois, et l'on y 
apporta une grande quantité de pierres qui formèrent au- 
dessus de cette tombe un monceau très élevé. Ce fut peut- 
être une flétrissure qu'on voulut lui infliger. Cf. Jos., vil, 26, 
et vni, 29. Ainsi Dieu ne permit pas qu'il fût enseveli dans 
le sépulcre qu'il s'était fait construire près de Jérusalem , 
dans la vallée du Roi (la vallée de Josaphat ou du Cédron), 
et c'est sans doute pour faire remarquer ce châtiment pos- 
MCT. DE LA BIBLE. 



thume que l'écrivain sacré mentionne en cet endroit l'é- 
rection de ce monument. II Reg., xvin, 18. 

Il existe encore actuellement dans cette vallée du Cédron, 
en amont du village de Siloam , entre le tombeau de Josa- 
phat au nord et celui de saint Jacques au sud , un édifice 
qu'on désigne sous le nom de Tombeau d'Absalom. Nous 
en donnons ici une reproduction; (Fig. 10.) On voit dans 
la partie supérieure , qui affecte une forme assez originale, 
un pyramidion circulaire surmonté d'une touffe de palmes, 
et reposant sur une base cylindrique portée à son tour par 
un dé en retrait sur la partie inférieure du monument. 
Celle-ci offre au regard un bizarre assemblage de trois 




10. — Tombeau d'Absalom. D'après une photographie. 

ordres disparates d'architecture superposés : chacune des 
quatre faces latérales , large de près de sept mètres , est 
ornée de deux colonnes ioniques et de deux demi-colonnes 
engagées dans les antes et dans la face du monument ; 
au-dessus s'étale un entablement dorique complet. Cette 
masse, qui forme comme le soubassement de l'édifice, est 
monolithe ; elle a appartenu à la base rocheuse du mont 
des Oliviers, dont on l'a isolée. C'est ce bloc énorme qui 
constitue !e tombeau, car la chambre sépulcrale a été 
creusée dans la partie supérieure du rocher. Une petite 
porte carrée, ménagée dans la façade sud, au-dessus de 
la corniche^ s'ouvre sur un escalier de quelques marches, 
par lequel on y descend. On voit dans cette chambre, au- 
jourd'hui vide, trois arcades sous lesquelles ont dû trouver 
place autrefois trois sarcophages. 

La tradition actuelle, qui identifie cet édifice avec le 
monument que la Bible dit avoir été élevé par Absalom , 
n'est appuyée sur aucun document authentique. Bien plus, 
si nous remontons assez haut dans le passé, jusqu'au com- 
mencement de l'ère chrétienne, par exemple, nous ren- 
controns une autre tradition toute différente ; car, du temps 
de Josèphe , on désignait sous le nom de monument d'Ab- 
salom une simple stèle de marbre blanc, située à deux 
stades de Jérusalem. Antiq. jud., VII, x, 3. D'un autre 
côté, les sculptures grecques et égyptiennes du soubasse- 
ment du prétendu tombeau d'Absalom ne permettent pas 
de le faire dater de l'époque des rois. 

Il ne nous reste donc pas d'autre monument authentique 

I. — 6 



99 



ABSALOM — ABSTINENCE 



100 



d'Absalom que son histoire, telle qu'elle est racontée au 
livre II des Rois, et c'est l'histoire d'un prince heureuse- 
ment doué, habile et prudent autant qu'énergique et ré- 
solu, affable, gracieux, ayant l'art de gagner les cœurs 
par le charme de ses manières séduisantes ; mais en même 
temps ambitieux, dissimulé, haineux et violent jusqu'au 
crime. Il fut surtout un mauvais fils. Il brisa le cœur de 
son père par l'assassinat de son frère aîné ; il chercha plus 
tard à décrier David et à le perdre dans l'esprit du peuple 
par ses intrigues et ses calomnies; il le blessa cruellement 
dans son honneur domestique , et il ne recula pas même 
devant l'idée d'un parricide, lorsque Achitophel proposa 
d'aller frapper David dans sa fuite. Et cependant cet am- 
bitieux, qui ne craignait pas d'acheter la couronne au prix 
de la vie de son père et de tant de citoyens qui pouvaient 
être victimes de la guerre civile allumée par lui, n'avait 
pas même pour excuse l'espoir de fonder une dynastie : ses 
trois fils étaient morts, II Reg., xvm, 18, et il ne lui restait 
plus qu'une ou deux filles. II Par., xi, 20. Voir Thamar 3 et 
Maacha 3. Aussi , sans approuver la dureté du langage de 
Joab, serait-on du moins tenté d'abord de blâmer et de 
trouver excessive la douleur de David se désolant de la 
perte d'un tel fils, et répétant sans cesse, à la nouvelle 
de sa mort : « Mon fils Absalom 1 Absalom mon fils ! qui 
me donnera de mourir à ta place, mon fils Absalom! 
Absalom mon fils ! » II Reg., xvm, 33. Mais on ne peut 
s'empêcher de le plaindre, quand on songe qu' Absalom, 
malgré ses défauts et ses crimes, avait de grandes qua- 
lités, capables de le faire regretter; qu'il était devenu son 
fils aîné et devait être naturellement son héritier, et sur- 
tout que David voyait en lui une nouvelle victime de ses 
propres péchés, et dans la mort de ce fils un nouveau 
châtiment de la justice divine qui poursuivait le père. Cf. 
II Reg., xvi, 10-11. E. Palis. 

2. ABSALOM i père de Maacha, femme du roi Roboam, 
II Par., xi, 21, 22, dont le nom est écrit Abessalom, III Reg., 
XV, 2, 10. C'est probablement le même qu' Absalom 1, le 
mot père étant pris ici dans le sens de grand-père. Voir 
Abessalom. 

3. ABSALOM (Septante : 'A6E(r<râXb>u.oc),'père d'un Ma- 
thathias et d'un Jonathas dont il est question I Mach., xi, 
70, et xiii, 11 (Vulgate, dans ce dernier passage : Absolom). 

ABSEL (Guillaume van), APSEL ou ABSÉLIUS, 

prieur de la Chartreuse de Bruges, né à Bréda (ancien 
Brabant), mort près d'Enghien (Belgique), le 4 août 1471. 
Il composa de nombreux ouvrages , entre autres : Opus 
super Genesim, Psalterium et Canticum canticorum 
( écrit en 1441 ) ; Tractatus de Oratione dominica ( en 
vers). Aucune de ses œuvres n'a été imprimée. Voir Fr. 
Sweert, Athenx belgicss, in-f°, Anvers, 1628, p. 196; 
J. Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des 
dix-sept provinces des Pays-Bas, 18 in-12, Louvain, 
1765-1770, t. iv, p. 411. 

ABSINTHE, en hébreu la'anâlt (dans l'Apocalypse, 
yni, 14, ôtyiv6oç), plante du genre armoise, à racine vi- 
vace, comprenant diverses espèces. La tige herbacée de 
l'absinthe commune atteint un mètre environ de hauteur. 
Ses feuilles sont très découpées et d'un vert argenté. Elle 
se termine par une grappe peu touffue de petites fleurs 
jaunes (fig. 11). Elle se plaît dans les terrains montueux 
et arides. L'odeur est pénétrante et très aromatique, le 
goût très amer. Les Hébreux désignaient sous le nom 
commun de la'andh les espèces diverses qui croissent 
spontanément en Palestine. On en connaît sept. Tristram, 
The Survey of Western Palestine, Fauna and Flora, 
in -4», Londres, 1884, p. 331. Voici les trois principales: 

1° L'Artemisia romana, qu'Hasselquist trouva sur le 
mont Thabor et en grande abondance sur la côte de la 
Phénicie, depuis Saint-Jean-d'Acre jusqu'à Tyr. C'est 



l'absinthe commune. — 2* L'Artemisia judaica, qui est 
plus amère que la précédente, et qu'on trouve en grande 
quantité en Arabie, en Egypte, en Judée, en particulier 
dans les environs de Bethléhem. On fait usage en Orient 
de ses feuilles et de ses graines comme toniques , stoma- 
chiques et vermifuges. — 3° L'Artemisia abrotonum, qui 
croit dans le midi de l'Europe , se rencontre aussi en Pa- 
lestine, et, en allant à l'est, jusqu'en Chine. Elle devient un 
arbrisseau dans les pays chauds. 

Ce qui caractérise spécialement toutes les espèces d'ab- 
sinthe, c'est leur saveur très amère, qui est devenue 
proverbiale. Il est fait plusieurs fois allusion à cette amer- 
tume dans les Écri- 
tures, et ce n'est 
même qu'à cause de 
cette propriété que 
l'absinthe y est men- 
tionnée.. Salomon , 
dans les Proverbes, 
v, 4, l'oppose à la 
douceur du miel. 
Dans Jérémie, ix, 15; 
xxiii, 15; Lament., 
m, 15, 19, « abreuver 
d'absinthe » signifie 
infliger un châti- 
ment sévère. Le pro- 
phète Amos, v, 7; 
vi, 13 (12), dit que les 
juges iniques trans- 
forment la justice en 
absinthe. Le Deuté- 
ronome, xxix, 18, 
compare celui qui 
abandonneDieu pour 
servir les idoles à 
une racine qui pro- 
duit le fiel et l'absin- 
the. (Dans ce pas- 
sage , la Vulgate , 
comme les Septante, 
a rendu le nom hébreu de l'absinthe par sa signification 
figurée d' « amertume ».) Une étoile symbolique, Apoc, 
vin, 11, est appelée absinthe, parce qu'elle tombe du 
ciel dans un tiers des fleuves et des sources, elle rend 
les eaux tellement amères, qu'elles causent la mort de 
ceux qui en boivent. Les commentateurs sont d'ailleurs 
très divisés sur le véritable sens de ce symbole, qui 
d'après les uns désigne un hérésiarque, d'après d'au- 
tres un chef d'armée qui fait de grands ravages, etc. 

F. Vigouroux. 

ABSOLOM. I Mach., xm, 11. Voir Absalon 3. 

ABSTINENCE. Dans le langage actuel de l'Église 
catholique, le mot abstinence s'entend de la privation de 
certains aliments dont les lois ecclésiastiques interdisent 
l'usage à certains jours déterminés, par un motif de mor- 
tification et de pénitence. Voir Jeune. Les Hébreux avaient 
aussi leurs abstinences; toutefois, généralement parlant, 
elles n'étaient pas prescrites seulement pour certains jours 
déterminés, mais d'une manière permanente, et le législa- 
teur les avait imposées pour les causes les plus diverses : 
tempérance, religion, hygiène, séparation plus complète 
d'avec les peuples voisins , etc. 

On peut classer en deux catégories les aliments pro- 
hibés dont s'abstenaient les Hébreux : les uns étaient dé- 
fendus d'une manière absolue, c'est-à-dire pour tous et 
toujours; les autres n'étaient défendus que d'une manière 
relative. — La première catégorie renferme les ani? 
maux impurs, le sang, les viandes étouffées (carnes 
suffocatœ), certaines portions de la graisse des animaux, 
la chair des animaux morts de maladie ou déchirés par 
les bêtes, les viandes immolées aux idoles, les aliments 




Absinthe. 



101 



ABSTINENCE — ACACIA 



102 



souillés ou frappés d'une impureté légale. Voir ces mots. . 
— Les aliments de la seconde catégorie n'étaient pas dé- 
fendus absolument, mais relativement, c'est-à-dire à cer- 
taines personnes ou dans certaines circonstances. Ainsi 
une certaine abstinence était prescrite soit aux nazaréens, 
soit aux prêtres, pendant le temps qu'ils servaient dans 
le temple; les pains de proposition ne pouvaient être 
mangés que par les prêtres; la chair. des victimes que par 
des personnes non atteintes A' impureté légale, et jamais 
au delà du second jour; le pain levé était interdit à tout 
le monde pendant les huit jours de la fête de Pâques. 
Voir aux articles spéciaux la nature et l'étendue de ces 
différentes prohibitions. — D'après plusieurs auteurs, les 
hommes, avant le déluge, devaient s'abstenir en général 
de la chair des animaux. Voir ce mot. L. Many. 

ABULENSIS, surnom par lequel les théologiens et 
les commentateurs désignent souvent Alphonse Tostat, 
ainsi appelé parce qu'il était originaire d'Avila en Espagne. 
Voir Tostat. 

ABULFARAGE. Voir Bar-HebRjE»8. 

ABYSSINIE. Voir Ethiopie. 

ACACE LE BORGNE, disciple d'Eusèbe de Césarée, 
lui succéda comme évêque sur le siège de cette dernière 
ville, en Palestine, l'an 340. Il "mourut en 366. D'un ca- 
ractère inconstant et inquiet, il changea souvent d'opi- 
nion , mais n'abandonna une hérésie que pour tomber 
dans une autre. Il fut le chef delà secte des Acaciens, à 
laquelle il donna son nom. Les anciens ont loué son éru- 
dition et l'élégance de son style. Il avait composé sur 
l'Ecclésiaste un long commentaire ( 17 volumina in Eccle- 
siasten, dit saint Jérôme) et des Questions diverses, S-j(x- 
|itxT<x Çv)Tiq[i.(xTa, qui sont perdus, comme ses autres écrits, 
dont il ne reste que des fragments insignifiants. Voir S. Jé- 
rôme, De viris illustritms, 98, t. xxm, col. 699; Epist. 
exix, 6, t. xxil, col. 970; Sozomène, Hist. eccl., iv, 23, 
t. lxvii, col. 1185; Hefele, Conciliengeschichte, 2« édit., 
t. I, p. 677, 712, 714, 721,734. 

ACACIA (hébreu : Httîm), arbre de la famille des 
Mimosées, tribu des Acaciées. La Vulgate a conservé or- 
dinairement le nom hébreu dans sa traduction, « bois de 
setim, » ligna setirn, Exod., xxv, 5, etc.; les Septante l'ont 
traduit par « bois incorruptible », ÇûXov ««irrov. L'acacia 
véritable n'est point celui auquel on donne vulgairement 
parmi nous le nom d'acacia. Ce dernier est du genre Ro- 
binia ou Robinier, qui se distingue par plusieurs carac- 
tères importants de Vacacia vera. Celui dont parle l'Écri- 
ture est un acacia proprement dit, qui croit partout dans 
la péninsule du Sinaï. On le trouve aussi dans la partie 
méridionale de la vallée du Jourdain. Il est connu sous le 
nom d'acacia seyal. Ses feuilles, qui sont mangées par 
les chameaux , se composent de sept à huit paires de fo- 
lioles oblongues très fines; ses fleurs, jaunes, à têtes glo- 
buleuses, s'épanouissent à l'aisselle des feuilles. Il est armé 
d'aiguillons géminés très aigus. Ses graines , de forme 
allongée, sont enfermées dans une longue gousse sèche, 
s'ouvrant en deux valves, comme celle du haricot (fig. 12). 
Le seyal produit la véritable gomme arabique. Il est com- 
munément de la grosseur d'un prunier, G. Ebers, Durch 
Gosen zum Sinai, 2 e édit., 1881, p. 138; mais il peut at- 
teindre et il atteignait probablement autrefois des propor- 
tions beaucoup plus considérables, H. S. Palmer, Sinai 
(1878), p. 39, 209, lorsqu'on lui laissait le temps d'at- 
teindre son plein développement. Aujourd'hui les grands 
seyals sont rares dans la péninsule, parce que les Bédouins 
coupent les jeunes arbres de bonne heure , sans leur 
laisser le temps de grandir, afin d'en faire du charbon, 
qu'ils vont vendre en Egypte. Son bois, quoique fort léger, 
est très dur et se conserve fort longtemps, ce qui nous 



explique pourquoi les Septante, dans leur traduction, l'ont 
désigné sous le nom de bois incorruptible. D est par con- 
séquent très propre aux travaux de menuiserie. Il brunit 
avec le temps, et, lorsqu'il est vieux, il est presque aussi 
noir que de l'ébène. Le nom hébreu de l'acacia seyal, 




12. — Rameau , épines , feuilles , fleurs et fruit» de l'acacia seyal. 

Httim, singulier Sittâh, est une contraction de Hntâh, 
Hnt, et ce nom a été emprunté probablement à l'égyptien 
sent. 

L'acacia était un des arbres les plus communs dans 
l'ancienne Egypte. On retrouve fréquemment son nom, 

X I , Sent, dans les textes hiéroglyphiques. Ce mut 

signifie probablement « épine »; c'est du moins le sens 
du mot copte ojont€ , Honte, ce qui nous explique les 
noms grec et latin donnés à l'acacia d'Egypte (Mimosa nilO' 
tica), axavOa, Acanthus, spina œgyptiaca. Encore aujour- 
d'hui les Arabes l'appellent sunt. Théophraste, Hist. plant., 
iv, 2, 8, dit : « Vacantha (ou acacia d'Egypte) porte ce 
nom parce qu'il est partout couvert d'épines ( àxavOioîïjç ) , 
excepté au tronc; les feuilles mêmes sont épineuses. » Les 
anciens Égyptiens se servaient du bois d'acacia pour faire 
des barques , comme le raconte Hérodote, u, 90, et comme 
l'attestent les monuments, qui nous apprennent aussi qu'on 
en faisait des statues et des meubles de toute espèce. Voir 
Ch. E. Moldenke, Ueber die in altâgyptiscken Texten 
erwâhnten Baume und deren Verwerthung, in-8°, Leipzig, 
1887, p. 74-81. 

Il est digne de remarque que l'acacia seyal n'est men- 
tionné que dans les livres écrits aussitôt après la sortie 
d'Egypte, c'est-à-dire dans l'Exode et le Deutéronome (sauf 
le passage à sens douteux d'Isaïe, xu, 19). Cet arbre étant 
très commun dans le Sinaï et, au contraire, inconnu en 
Palestine, excepté dans le voisinage du Jourdain, il est 
tout naturel qu'il n'en soit question que pendant que les 
Israélites habitent le désert du Sinaï. C'est là une nouvelle 
preuve de détail, ajoutée à tant d'autres, de l'exactitude 
minutieuse du récit sacré, et du parfait accord des textes 
avec ce que nous enseigne la géographie de l'Orient. Quand 
Salomon construisit le temple de Jérusalem, il se servit 



103 



ACACIA 



104 



de bois de cèdre, qu'il fit venir du Liban, pour la déco- 
ration et l'ameublement du lieu sacré ; quand Moïse édifia 
le tabernacle, il employa le seul bois de construction qu'il 
eut sous la main, c'est-à-dire l'acacia seyal. Les autres 
arbres répandus dans la péninsule, qui sont le palmier et 
le tamaris , ne pouvaient lui servir ni pour la construction 
de la tente du Seigneur, ni pour la fabrication des meubles 
sacrés ; ils sont tout à fait impropres à ce genre de tra- 
vaux ; l'acacia seyal avait, au contraire, comme le lui avait 
appris l'usage qu'on faisait en Egypte des diverses espèces 
d'acacias, toutes les qualités que pouvait désirer le libé- 
rateur des Hébreux : son bois est excellent pour faire des 
planches, et il a de plus l'avantage d'être très léger, pro- 
priété précieuse dans les circonstances où vivaient les Is- 
raélites; car, menant alors une vie nomade, et ayant à 
transporter tout ce qui servait au culte lorsqu'ils chan- 
geaient de campement, il leur importait beaucoup de 
tout réduire à un poids minimum. 

Moïse, afin d'exécuter tout ce qui était nécessaire au 
culte du vrai Dieu , s'adressa aux enfants d'Israël et leur 
demanda d'offrir eux-mêmes au Seigneur les matières pre- 
mières. Pour la construction du tabernacle et des divers 
meubles sacrés, il les engage à donner, entre autres objets, 
du bois de setirn, Exod., xxv, 5; xxxv, 7, 24, que chacun 
pouvait prendre dans le désert même. Avec ce bois, on fit 
l'arche d'alliance, Exod., xxv, 10; xxxvn, 1; Deut., x, 3; 
la table des pains de proposition, Exod., xxv, 23; xxxvn, 10; 
l'autel des holocaustes, Exod., xxvn, 1; xxxvm, 1; l'autel 
des parfums, Exod., xxx, 1; xxxvn, 25; les planches qui 
devaient former la partie solide du tabernacle, Exod., 
xxvr, 15; xxxvr, 20; les colonnes de ce même tabernacle, 
Exod., xxvi, 32, 37; xxxvi, 36, et enfin les traverses de 
bois nécessaires pour transporter ces divers objets sacrés 
d'un campement à un autre, Exod., xxv, 13, 28; xxvi, 26; 
xxvn, 6; xxx, 5; xxxvi, 31 ; xxxvn, 4, 15, 28; xxxvm, 6. 
Tous ces travaux en bois d'acacia furent exécutés sous la 
direction de Béséléel , et recouverts de feuilles d'or. Voir 
les articles Arche d'alliance, Autel, etc. 

Dans tous les passages de l'Exode et du Deutéronome 
que nous venons de rapporter, le nom de l'acacia seyal 
est toujours au pluriel dans le texte hébreu, sittîm. Un 
verset d'Isaïe, xli, 19, nous présente ce mot sous la forme 
du singulier, Sittâh, et c'est l'unique fois où nous le ren- 
contrions au singulier : « Je ferai croître dans le désert 
(l'Arabah, c'est-à-dire la partie méridionale, inculte et 
aride de la vallée du Jourdain) le cèdre, le Sittâh, le 
myrte et l'olivier, » dit le prophète. Certains savants pensent 
que ce mot ne désigne pas l'acacia seyal, parce que, 
disent-ils, Isaïe annonce que des arbres qui ne viennent 
que dans un sol fertile et riche prospéreront alors dans 
le désert, ce qui ne convient pas à l'acacia seyal, qui est, 
au contraire, un arbre très commun dans le désert du 
Sinaï. 11 parait cependant difficil» de ne pas reconnaître 
dans le Sittâh le Sittvrn de l'Exode; et peut-être même 
est-ce l'usage sacré qu'on avait fait de son bois dans la 
péninsule du Sinaï qui a porté le prophète à le placer ainsi 
dans son énumération. On doit remarquer d'ailleurs que 
les anciens traducteurs ou ont ignoré la signification précise 
de Sittâh, comme de Sittîm, ou ont manqué du mot propre 
pour le traduire ; car nous avons vu que les Septante ont 
rendu Sittîm par une sorte de paraphrase : « bois incor- 
ruptible; » saint Jérôme s'est borné à transcrire simple- 
ment le terme hébreu en latin , setim. Dans Isaïe , la 
version grecqtlé' traduit Sittâh par « buis », et la version 
latine par « épine ». Saint Jérôme savait d'ailleurs assez 
bien de quel arbre il était question , quoiqu'il n'eût pas de 
nom latin particulier pour le désigner. Il écrit, en effet, dans 
son commentaire d'Isaïe, xli, 19, t. xxiv, col. 417 : « Expli- 
quons, dit-il, ce qu'est le sella hébraïque, que Théodo- 
tion a traduit par épine. C'est une espèce d'arbre qui croit 
dans le désert et qui ressemble à l'aubépine {spina alba); 
c'est avec son bois que furent faits l'arche et tout ce qui 
servit au tabernacle. Ce bois est incorruptible et très léger. » 



Notre Vulgate, comme on le voit, a donc emprunté à Théo- 
dotion la traduction du mot sittâh par « épine » dans 
Isaïe, et cette traduction, quoique trop vague dans notre 
langue , rappelle du moins les épines dont est hérissé le 
seyal. Ce nom d' « épine » avait du reste été adopté par 
les écrivains grecs et latins comme le nom spécifique de 
l'acacia. C'est ce que prouve, pour les Grecs, le passage 
de Théophraste rapporté plus haut. Chez les Latins , spina 
est aussi le nom que Pline donne à l'acacia d'Egypte, 
H. N., xiii, 9 (19), édit. Teubner, t. Il, p. 327: quoiqu'il 
se serve aussi ailleurs du mot « acacia », xxrv, 12 (67), 
t. rv, p. 53. 

Nous avons dit que l'acacia seyal ne se trouvait pas dans 
l'intérieur de la Palestine, mais qu'on le rencontrait ce- 
pendant dans le voisinage du Jourdain, où il croit encore 




13. — Acacia seyal. 

aujourd'hui et où il a été signalé par divers voyageurs, 
principalement à l'est du fleuve. Nous avons la preuve 
qu'il y poussait, du temps de l'exode et du temps des juges, 
dans quelques noms de lieux qui ont tiré leur dénomi- 
nation des acacias seyal qu'on y remarquait. Ainsi la loca- 
lité située au nord-est de la mer Morte, où campèrent les 
Israélites avant de passer le Jourdain et de commencer la 
conquête de la Terre Promise , s'appelait 'Âbêl haS-Sittim, 
ou simplement Sittîm (Vulgate : Settim), Num., xxxm, 
49, etc., c'est-à-dire « pré des acacias », à cause de ses 
nombreux acacias seyal. M. Tristram en a vu encore de 
nos jours une grande quantité dans ces parages, à Engaddi 
et au sud -ouest de la mer Morte, H. B. Tristram, The 
Land of Israël, in-8°, 1865, p. 524; Id., Fauna and Flora 
of Palestine, in -4°, Londres, 1884, p. 293. — Michée men- 
tionne aussi, vi, 5, un endroit qu'il appelle Sittîm (Vul- 
gate : Setim ) , et qu'on croit communément être le même 
que celui dont nous venons de parler. Voir Abelsatim. — 
Joël, iv, 18 (hébreu), parle d'une vallée de Sittîm, nahal 
haS- sittîm (Vulgate, ni, 18, « Torrent des épines, » tor- 
rentem spinarum). — Enfin les Juges, vu, 23, nous font 
connaître une ville de la tribu cisjordanienne de Manassé, 
appelée Bê( has-sitlâh, ou « Maison de l'acacia seyal ». 
Voir Bethsetta. 

On a publié plusieurs monographies sur le bois de setim : 
Sonntag, De ligna Sittim, Altdorf, 1710; Hasaeus, De ligna 
Sittîm, dans le Thésaurus antiquitatum d'Ugolini, t. vin ; 
G. Schweinfurth, Aufzâhlung und Beschreibung der Aca- 
cien-Arten des Nilgebiets, dans Linnxa, ein Journal 
fur die Botanik, t. xxxv, Berlin, 1867-1868, p. 327. 

F. Vigouroux. 



105 



ACAN - ACCARON 



106 



ACAN (hébreu : 'Aqàn; Septante : 'Iovxâii), fils d'Éser 
et petit-fils de Séir l'Horréen. Gen., xxxvi, 27. Il est ap- 
pelé Iacan (hébreu : Ya'aqân), I Par., i, 42. 

ACANTHE, Acanthus spinosus. Voir Chardon. 

ACCAÏN (hébreu: Haqqaîn, c'est-à-dire Qo?n,avec 
l'article), ville de la tribu de Juda, mentionnée, Jos., 
XV, 57, entre Zanoé et Gabaa. Dans Palestine Exploration 
Fund, Quart. St., 1881, p. 37, on range parmi « les gains 
de l'archéologie biblique », dus aux explorateurs mo- 
dernes, l'identification de cette localité avec le village 
actuel de Youkin ou Yakin , au sud - est d'Hébron. Le 
mot Qaïn lui-même rappellerait la famille des Cinéens, 
dont l'Écriture parle en plusieurs endroits, Gen., xv, 19; 
Jud., i, 16; I Reg., xv, 6, et qui habitaient le sud de la 
Palestine. La situation de Youkin répond aussi parfaite- 
ment à la prophétie de Balaam sur cette race. Du haut 
du Phogor, jetant les yeux vers l'ouest, « il vit le Cinéen, 
et , reprenant sa parabole , il dit : Tu demeures dans des 
lieux escarpés; tu as établi ton nid (jeu de mots entre 
qên, nid, et Qêni , Cinéen) dans le roc, mais Qaïn 
sera ravagé. » Num., xxiv, 21, 22. Or le village actuel, 
perché sur le sommet d'un rocher escarpé, dominant le 
désert occidental de la mer Morte, est un des points les 
plus en vue, quand le regard plonge de l'est sur les mon- 
tagnes de Juda. Dans ce même endroit s'élève une petite 
mosquée solitaire, consacrée à Neby Louth (Loth). C'est, 
en effet, dans une grotte attenante à ce sanctuaire, que, 
d'après une ancienne tradition musulmane, Loth, neveu 
d'Abraham, se serait arrêté quelque temps après sa fuite 
de Sodome. Voir Guérin , Description de la Palestine , 
Judée, t. m, p. 158. A. Legendre. 

ACCARON (hébreu, 'Éqrôn; Septante, VAxxâpwv), 
ville de la Séphéla , paraît avoir été la plus septentrionale 
des cinq satrapies philistines. Josué, xm, 3; xv, 11, 47. 
Elle était peu éloignée de la mer. Josué, xv, 11. Dans 
VOnomasticon, Eusèbe s'exprime ainsi : « Accaron, de la 
tribu de Dan , à la gauche des Chananéens, l'une des cinq 
satrapies des Philistins, qui fut assignée à la tribu de Juda ; 
mais celle-ci ne put s'en emparer et en exterminer les 
anciens habitants. C'est maintenant encore un grand vil- 
lage..., entre Azot et Jamnia, vers l'orient. » La véritable 
situation d'Accaron a été longtemps ignorée. Le D r Ro- 
binson a identifié à juste titre l'Aker actuel (entre Emmaûs- 
Nicopolis à l'est , et Jamnia ou Jabné à l'ouest ) avec l'an- 
cienne Accaron. Aker est un assez grand village de huit 
cents habitants. Les maisons sont petites, ordinairement 
composées d'une seule pièce , de deux au plus, et hautes 
de trois mètres. Pressées confusément les unes contre les 
autres , elles sont construites, comme celles de la plupart 
des villages de la plaine des Philistins, avec des briques 
non cuites et séehées seulement au soleil ; le toit est 
horizontal , mais légèrement bombé vers le centre, et est 
formé de branches d'arbres sur lesquelles repose une 
couche de terre mêlée de paille hachée. Autour du vil- 
lage, sur les pentes de la colline dont il occupe le sommet, 
on observe des plantations de tabac. Au sud est un jardin 
entouré d'une haie de cactus, et au milieu duquel s'élance 
un beau palmier. A l'ouest, un grand puits à noria est 
bien construit et profond; il est ombragé par un vieil 
acacia mimosa. Deux autres puits sont aux trois quarts 
comblés. Si le village moderne qui, sous le même nom, 
sauf la désinence, a remplacé la ville antique, est con- 
struit en terre et ne renferme aucune ruine apparente de 
quelque importance, on peut en inférer ou que l'ancienne 
Accaron était elle-même construite en briques non cuites 
au feu, et par conséquent on ne doit pas s'étonner si elle 
a disparu complètement; ou qu'elle avait été à la vérité 
bâtie en pierres , mais qu'ayant été renversée depuis long- 
temps, car à l'époque des croisades il n'en est plus ques- 
tion que comme d'un simple village, les matériaux de 



construction, si rares dans la plaine de la Séphéla, auront 
été transportés ailleurs pour servir à d'autres bâtisses. 

A quelle époque remonte la fondation d'Accaron? La 
Bible ne nous l'apprend pas. Nous savons seulement 
qu'elle existait déjà lors de l'invasion de la terre de Cha- 
naan par les Israélites , et qu'elle appartenait aux Philis- 
tins. Devait-elle sa première origine à ce dernier peuple, 
ou bien aux Hévéens, qui primitivement habitaient le 
pays ? C'est ce qu'il serait difficile de décider. Comme ses 
ruines ont disparu, et que le village établi sur son em- 
placement ne renferme, à l'exception de deux colonnettes 
de marbre blanc, qui ont fort bien pu être apportées là 
d'ailleurs, aucun débris d'édifice qui atteste son ancienne 
splendeur, on en est réduit à de pures conjectures en 
ce qui regarde son étendue et son importance. Mais tout 




14. — Vue d'Accaron. 

porte à croire que c'était la moins considérable des cinq 
satrapies philistines. 

Accaron fut assignée d'abord par Josué, xv, 45, à la tribu 
de Juda ; bientôt après elle fut concédée à la tribu de Dan. 
Jos., xix, 43. En réalité, elle ne fut possédée longtemps 
ni par la tribu de Juda ni par celle de Dan; car, conquise 
d'abord par les Hébreux, elle fut ensuite reprise par les 
Philistins. Josèphe, Ant. jud., V, m, 1. Cf. I Reg. v, 10; 
xvn, 52; IV Reg., I, 2, 16; Jer., xxv, 20; Amos, i, 8. 
Sur la fin de la judicature d'Héli , l'arche d'alliance , étant 
tombée au pouvoir des Philistins, fut transportée par eux 
à Azot, à Geth et à Accaron, et comme elle causait par- 
tout d'effroyables maladies, on la renvoya à Bethsamès, 
la ville de Juda la plus voisine d'Accaron. I Reg. vi, 12, 16. 
On peut voir encore , entre deux collines pittoresques , le 
chemin qu'elle dut suivre pour se diriger à travers les 
hautes montagnes, vers la cité des Bethsamites, à 15 kilo- 
mètres vers le levant. Un passage du quatrième livre des 
Rois, I, 2, 3, 6, 16, nous apprend que Béelzébub (voir ce 
mot) avait un oracle à Accaron, et par conséquent un 
temple, qui attirait, même d'assez loin, soit des adora- 
teurs, soit des visiteurs, qui venaient le consulter, puis- 
que Ochozias, roi d'Israël, blessé d'une chute grave qu'il 
avait faite à Samarie , en tombant de l'étage supérieur de 
son palais, s'adressa à cette divinité pour savoir d'elle s'il 
guérirait. 

Les destinées d'Accaron se confondirent nécessairement 
avec celles des autres cités philistines, et elle dut être plu- 



107 



ACGARON — ACCHO 



108 



sieurs fois prise et reprise dans les nombreuses guerres 
qui eurent lieu entre les Philistins et les Juifs. Voir Phi- 
listins. Le nom d'Accaron se lit dans les inscriptions de 
Sennachérib, d'Asaraddon et d'Assurbanipal. E. Schrader, 
Die Keilinschriftenund dos allé Testament, 1872, p. 71. 
Plusieurs prophètes avaient prédit l'humiliation et la ruiné 
de cette ville. Jer., xxv, 17, 20; Amos, i, 8; Soph., h, 4; 
Zach., rx, 5, 7. Le livre premier des Machabées, x, 89, 
nous apprend qu'Alexandre Balas, qui se disait fils d'An- 
tiochus Épiphane, et qui, favorisé par le sénat de Rome, 
s'était fait proclamer roi de Syrie et avait conclu une 
alliance avec Jonathas Machabée , lui céda , l'an 147 avant 
J.-C, la ville d'Accaron et toutes ses dépendances. Du 



Thécua, père de Hira, l'un des guerriers renommés de 
l'armée de David. II Reg., xxin, 26; I Par., xi, 28; 
xxvn, 9. 

ACCHO (hébreu : 'Akkô; Septante : 'Ax X <i, Jud., 
1,31; UnXtiLaU, I Mach., v, 15, 22, 55; x, 1,39, 56-60; 
xi, 22, 24; xii, 45, 48; xm, 12; II Mach., xin, 24, 25; 
Act., xxi, 7), aujourd'hui 'Akka ou Saint-Jean-d'Acre, 
ville maritime, située à 12 kilomètres au nord -est du 
Carmel, et à 41 kilomètres sud -sud -ouest de Tyr. 

I. Noms. — Gesenius, Thésaurus linguse heb. et chald., 
p. 1020, et, à sa suite, plusieurs auteurs rattachent le mot 
'Akkô à la racine 'âkak, qui, d'après l'arabe, signifie 




18. — Aecho (Saint-Jean-d'Acre). 



temps d'Eusèbe et de saint Jérôme, Accaron était encore 
un grand village habité par des Juifs. A l'époque des croi- 
sades, elle est mentionnée par plusieurs écrivains. Depuis 
le xrv> siècle jusqu'à nos jours, l'histoire d'Accaron est 
demeurée complètement inconnue, et cet ancien chef-lieu 
des Philistins était tombé dans une telle obscurité, que, 
jusqu'au savant voyageur anglais Rôbinson, qui l'a retrouvé 
en 1838 dans le village d'Aker, les voyageurs modernes ne 
savaient pas où le chercher. V. Gdérin. 

ACCARONITES (hébreu: 'Ëqrôni), habitants d'Ac- 
caron, nommés dans Josué, xm, 3, comme formant 
l'une des cinq principautés des Philistins, et I Reg., v, 10, 
lorsqu'ils se plaignent que les autres Philistins leur ont 
envoyé l'arche du Dieu d'Israël afin de les faire périr. 

ACCENTS HÉBRAÏQUES. Voir Ponctuation hé- 
braïque. 

ACCEPTION DE PERSONNES. Voir Personne. 

ACCES (hébreu : 'IqqêS, « pervers, tortueux; » Sep- 
tante: "loxa, 'Exxic, 'Exxîj;), originaire ou habitant de 



« être brûlé par l'ardeur du soleil ». Les Arabes, en effet, 
appellent 'akkat ou 'akka « le sable brûlant ». Cf. 
G. W. Freytag, Lexicon arabieo-latinum, Halle, 1835, 
t. m, p. 199. On peut voir ici une allusion à la côte sa- 
blonneuse sur laquelle est bâtie la ville. A. P. Stanley, 
Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 264. Les monu- 
ments égyptiens transcrivent exactement ce nom par 'Aka 
ou 'Ako, cf. P. Pierret, Vocabulaire hiéroglyphique, 
Paris, 1876, p. 81, d'après Brugsch, Geog., n, 40, 44; 
et les inscriptions assyriennes le donnent sous la forme 
Akku-u, pour Akku. E. Schrader, Die Keilinschriften 
und dos Alte Testament, Giessen, 1883, p. 173. On le 
retrouve chez les écrivains grecs : "Axt) , Strabon, xvi, 758; 
Diodore de Sicile, xix, 93; et chez les auteurs latins : 
Ace. Corn. Nepos, xiv, 5. 

Cependant c'est sous le nom de Ptoléraaide que la ville 
est désignée dans les livres des Machabées , dans le Nou- 
veau Testament (voir les passages indiqués plus haut), 
et dans Josèphe, Ant. jud., XIII, n, 1; rv, 1, 9; VI, 2; 
xii, 2; xiii, 1, 2; xvi, 4; XIV, xm, 3; Bell, jud., I, 
xxi, 11. Elle le doit évidemment à l'un des Ptolémées 
d'Egypte, qui, ayant compris l'importance de cette place 
au point de vue militaire, s'en empara, et remplaça par 



409 



ACCHO 



HO 



son nom propre l'ancienne dénomination. Mais à quelle 
époque et dans quelle occasion eut lieu ce changement, 
l'histoire ne le v dit pas. Plusieurs critiques l'attribuent à 
Ptolémée Soter, sans avoir toutefois de renseignements 
positifs à ce sujet V. Guérin, Description de la Palestine, 
Galilée, t. i, p. 510. Accho-Ptolémaïde fut aussi appelée 
Colonia Claudii Cœsaris après avoir reçu de l'empereur 
Claude le privilège de cité romaine. Pline, H. N., v, 17; 
xxxvi , 65. Ces noms néanmoins ne parvinrent jamais à 
supplanter auprès des Orientaux l'appellation primitive; 
et nous trouvons ici un remarquable exemple de la téna- 
cité avec laquelle un nom sémitique peut survivre à une 
dénomination étrangère. Pendant que Grecs et Latins 
continuent à appeler notre ville Ptolémaïde, les Arabes 
Testent attachés à la désignation originale, que rappelle 
encore exactement aujourd'hui le mot 'Akka, et qui, à 
l'époque des croisades, devint, dans la bouche des Euro- 
péens, Acon, peu à peu défiguré en Acre. Enfin, quand 
les chevaliers de l'hôpital Saint-Jean se furent établis dans 
cette place célèbre, le monde chrétien l'appela Saint-Jean- 
d'Acre. 

II. Description. — Parmi les auteurs anciens, un de 
ceux qui ont le mieux décrit notre ville, c'est assurément 
l'historien Josèphe. Bell, jud., II, x, 2. « Située sur la 
mer, dit-il, bâtie dans une grande plaine, elle est en- 
tourée de montagnes: vers l'est, à la dislance de 60 stades 
(11 kilom.), par les monts de Galilée; au midi, par le 
Carmel, éloigné de 120 stades (22 kilom.), et au septen- 
trion, par une montagne très élevée, que les indigènes 
appellent l'Échelle des Tyriens. A deux stades coule un 
petit fleuve, qu'on nomme le Bélus. » En suivant des 
yeux, sur une carte, la côte palestinienne, on aperçoit 



■LÈGtNPE. 
1 JZAan ou*Coump£la£ùL. 

Z MosqUtx e£ Tomôean, de 

3 Citadelle,. 

i Vûia, du,Pacha, 

5 Etang. 




l.HuiilUer.ddr" 



~~î t S Kilom. 



16. — Carte de la céte de Saint- Jean -d'Aore. 

vers le nord une profonde échancrure, dont la pointe 
méridionale est le Carmel , et la pointe septentrionale le 
promontoire où se trouve Saint -Jean -d'Acre. La baie 
comprise entre ces deux extrémités produit tout de suite 
l'aspect d'un abri providentiellement ménagé aux vais- 
seaux. La plage qui l'avoisine et laisse tomber dans la 
mer les eaux du Cison et du Bélus ressemble, suivant 
la juste comparaison de Stanley, Sinai and Palestine, 
p. 264, à l'embouchure de la grande plaine d'Esdrelon. 



Dne autre plaine d'une longueur d'environ huit lieues, 
sur deux de largeur, se dirigeant vers le nord, entoure 
la ville, dont elle prend le nom. D'une merveilleuse fer- 
tilité, resserrée entre les monts de Galilée et la Méditer- 
ranée, elle est fermée en haut par cette Échelle des 
Tyriens, appelée aujourd'hui Ras en-Naqoura. Ce pro- 
montoire, tombant à pic sur le rivage, semble une bar- 
rière naturelle posée entre la baie d'Acre et la plaine de 
Tyr, c'est-à-dire entre la Palestine et la Phénicie. Saint- 
Jean -d'Acre est comme une forteresse dans la mer, affec- 
tant la forme d'un triangle dont la base regarde le nord, 
et le sommet le sud. « Saint-Jean-d'Acre, dit M. V. Guérin, 
ouv. cité, p. 502, avait autrefois deux ports, l'un extérieur 
(c'est la rade actuelle) et l'autre intérieur. Ce dernier 
était délimité par une digue qui est en grande partie dé- 
truite, et que défendaient plusieurs tours, dont quelques 
assises inférieures sont seules encore visibles, a Ce port 
est aujourd'hui très ensablé , et sa plus grande profondeur 
atteint 1 m. 50. Aussi les barques peuvent seules y péné- 
trer, et les bâtiments tant soit peu considérables sont 
contraints de mouiller en rade. Celle - ci est d'ailleurs 
beaucoup moins sûre que celle de Kaïpha. » Cf. V. Gué- 
rin, ouv. cité, p. 502-509; La Terre Sainte, t. h, Paris, 
1884, p. 150-161 ; Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, dans Le 
Tour du monde, t. xli, p. 38-46. 

III. Histoire. — Bâtie par les Chananéens sur un pro- 
montoire et dans une situation dont on vient de voir l'im- 
portance, Accho se trouva, au moment du partage de la 
Terre Promise , dans le lot de la tribu d'Aser. Cependant 
elle n'est pas comprise dans rénumération des villes fron- 
tières ou principales, Jos., xix, 24-31, et les habitants 
n'en furent pas expulsés. Jud., i, 31. L'Ancien Testament 
n'en parle plus avant l'époque des Machabées. Toutefois , 
d'après une opinion défendue par Reland , Paltestina ex 
monumentis veteribus illustrata, Utrecht, 1714, t. n, 
p. 534 et suiv., et adoptée par beaucoup d'auteurs, elle 
serait mentionnée dans Michée, i, 10. A la fin de ce cha- 
pitre, en effet, le prophète fait allusion à dix villes dont 
les noms prêtent à des jeux de mots. Voir Achazib 2 . An- 
nonçant les châtiments que là justice de Dieu fera tomber 
sur Juda , il engage ses compatriotes à cacher leurs dé- 
sastres surtout aux Philistins , qui , dans leur haine invé- 
térée , s'en réjouiraient. « Ne les annoncez pas dans Geth, 
leur dit-il ; ne pleurez pas avec des sanglots, » c'est-à-dire 
pleurez en silence. La Vulgate a cherché à rendre, par 
cette dernière pensée, les mots du texte hébreu, dont la 
consonance, produite à dessein, est remarquable : bâhô 
'al tibkû. Elle a vu dans la répétition du même verbe 
bâkàh, « pleurer, » une figure de langage familière aux 
auteurs sacrés. Cependant le contexte et le parallélisme, 
qui demandent , dans le second membre, un nom de ville 
pour répondre à Geth du premier membre, semblent donner 
raison à Reland, qui reconnaît dans bâkô une contraction 
mise pour be'akkô, et traduit ainsi : « Dans Accho ne pleurez 
pas, » c'est-à-dire : Si vous devez vous garder d'annoncer 
vos malheurs dans Geth, ville des Philistins, vous ne devez 
pas moins dissimuler votre douleur dans Accho, au milieu 
des Chananéens du nord. La joie de nos ennemis, triom- 
phant de nos infortunes, est, en effet, un surcroît de peine. 
Le sens est ainsi plus naturel, le parallélisme mieux mar- 
qué, et la contraction bâkô aussi facilement explicable que 
celle de Ba'alâh, Jos., rv, 29, en Bâlâh, Jos., six, 3. La 
version des Septante favorise cette hypothèse, car elle a 
rendu les mots bâkô al tibkû par xa\ o\ 'Evaxe!|i (dans 
certains manuscrits, oi èv 'Axeift) (ni àvotxoSoiieî-rs. On 
peut admettre avec Hitzig que la leçon primitive était èv 
"Axei, et que le (i a été ajouté par mégarde, à cause du 
mot (iiî qui suit. Pour toutes ces raisons, le P. Knaben 
bauer, Commentarius in prophetas minores, Paris, 1886, 
t. i, p. 404, accepte sans hésiter l'opinion de Reland. 

Si les textes sacrés ne nous disent rien d' Accho avant 
la période asmonéenne, les monuments profanes nous en 
parlent plus d'une fois. Dès la xvm e dynastie, elle figure, 



m 



ACCHO — ACCOMMODATICE (SENS) 



112 



dans les inscriptions de Thothmès III, parmi les noms géo- 
graphiques qui appartiennent à la Palestine septentrio- 
nale. A l'époque du siège de Tyr par Salmanasar V 
(727-722), elle est au pouvoir des Tyriens; car un pas- 
sage de Ménandre, rapporté par Josèphe, Ant. jud., IX, 
xiv, 2, nous apprend qu'elle leur fit alors défection et se 
soumit aux Assyriens. Sennachérib (704-680), dans sa 
campagne contre Ézéchias, roi de Juda, s'en empara, et 
la mentionne après Sidon, Sarepta, Hosah et Achazib. 
Cf. Prisme de Taylor ou Cylindre C de Sennachérib, 
Cuneiform inscriptions of Western Asia, 1. 1, pi. 38-39; 
F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 
4= édit., Paris, 1885, t. iv, p. 212. Elle est également citée 
dans une inscription d'Assaraddon (680-667), relative aux 
campagnes de ce prince contre les Philistins et les Égyp- 
tiens. Cf. Vigouroux, ouv. cité, t. rv, p. 258. Enfin, sous 
le règne "d'Artaxerxès II (405-359), elle sert aux Perses 
de base d'opérations contre l'Egypte : « Ako, dit M. Mas- 
péro, était, sur la côte méridionale de Syrie, le seul port 
assez grand pour recevoir les flottes de la Perse, assez sûr 
pour les protéger contre les tempêtes et contre les sur- 
prises. Pharnabazos y établit son quartier général. Pen- 
dant trois années, vivres, munitions, soldats de terre et 
de mer, vaisseaux phéniciens et grecs y affluèrent;... et 
au commencement de 373 l'expédition était prête à partir. 
Elle comptait deux cent mille soldats et vingt mille mer- 
cenaires, trois cents trières, deux cents galères à trente 
rames, et beaucoup de vaisseaux de charge; » Histoire 
ancienne des peuples de l'Orient, ¥ édit., Paris, 1886, 
p. 645. 

Ces détails nous montrent quelle était dès ce moment 
l'importance d'Accho, importance qui devait grandir de 
plus en plus. Reconnue pour être, par sa situation, la clef 
de la Syrie, servant de débouché à la route commerciale 
de Damas à la mer, sa possession devint du plus grand 
prix au point de vue politique. Aussi les rois se la dispu- 
tèrent avec acharnement, surtout après le démembrement 
de l'empire macédonien. Rattachée à ce moment à l'E- 
gypte, comme le reste de la Phénicie, elle prit le nom de 
Ptolémaïde; puis, plus tard, conquise par Antiochus le 
Grand, elle revint à la Syrie. Ptolémée, v, 62. Quand les 
Machabées se levèrent pour défendre leur patrie et leur 
foi, Accho- Ptolémaïde se posa entre eux et les rois de 
Syrie tour à tour comme uu objectif important, ou un point 
dangereux, ou un rendez-vous naturel. L'an 163 avant J.-C, 
Simon poursuivit les ennemis qu'il avait en Galilée jusque 
sous les murs de Ptolémaïde, dont il ne put néanmoins 
s'emparer. I Mach., v, 15-22. Antiochus Eupator (164-162), 
vaincu par Judas Machabée, fit la paix avec lui, et « l'éta- 
blit chef et prince depuis Ptolémaïde jusqu'aux Gerré- 
niens ». Mais les habitants de la ville ne voulurent pas 
accepter le traité conclu , et c'est à grand'peine que Lysias 
parvint à apaiser leur mécontentement. II Mach., xm, 24-26. 
Vers l'an 152, Alexandre Balas, prétendant au trône de 
Syrie, se rendit maître de la place, I Mach., x, 1; mais 
Démétrius Soter, briguant l'amitié du peuple juif et de 
Jonathas , « donna la ville et son territoire au sanctuaire 
qui est à Jérusalem, pour les dépenses nécessaires aux 
choses saintes. » I Mach., x, 39. Alexandre, vainqueur de 
son rival, célébra à Ptolémaïde son mariage avec Cléo- 
pâtre, fille de Ptolémée Philométor, roi d'Egypte; et, sur 
son invitation, Jonathas s'y rendit avec des présents qu'il 
offrit aux deux monarques. I Mach., x, 56-60. En 145, 
Démétrius II Nicator, débarrassé de ses deux compéti- 
teurs, Alexandre et Ptolémée, manda dîns la même ville 
Jonathas, qui s'insinua dans la confiance du roi et en reçut 
beaucoup d'honneurs. I Mach., xi, 22-26. MaisTryphon, 
conspirant contre le jeune Antiochus, et craignant de 
rencontrer dans le héros juif un adversaire redoutable, 
attira perfidement ce dernier à Ptolémaïde, où il le fit 
prisonnier, et mit à mort tous ses partisans. I Mach., XII, 
45-48. 

La ville s'étant plus tard rendue indépendante, Alexandre 



Jannée (106-79) l'attaqua sans succès, et en leva le siège 
dès qu'il apprit que Ptolémée Lathyre, roi de Chypre, venait 
de débarquer à Sycaminos avec une nombreuse armée. 
Josèphe, Ant. jud., XIII, xii, 2-4. Celui-ci s'en empara; 
mais, bientôt après, Cléopâtre, sa mère, reine d'Egypte, 
la lui enleva. Ant. jud., XIII, xm, 1, 2. Tigrane, roi 
d'Arménie, la prit à son tour, lors de son incursion mo- 
mentanée en Syrie. Ant. jud., XIII, xvi, 4. Enfin Hérode 
le Grand, dans sa munificence pour certaines cités étran- 
gères, la dota d'un gymnase comme Tripoli et Damas. 
Bell, jud., I, xxi, 11. Élevée par l'empereur Claude au 
rang de colonie romaine, Ptolémaïde reçut le titre de 
Colonia Claudii Cxsaris. Pline, H. N., v, 17. Reland dé- 
crit plusieurs de ses monnaies où ce titre de colonie est 
marqué. Palsestina ex mon. vet. illustrata, Utrecht, 1714, 
t. il, p. 538. Deux notamment, la première de Trajan, la 
seconde d'Adrien , représentent la ville sous la figure d'une 
femme voilée et tourellée , assise sur un rocher que la 
mer environne. De la main droite elle tient trois épis, 
emblème de la fertilité du sol , et à ses pieds est l'image 
d'un fleuve, évidemment le Bélus (Nahr Na'man). La 




17. — Monnaie d'Accho. 

Tête imberbe d'Alexandre, à droite. — H). Zeus ou Jupiter aéto- 
phore (porteur d'aigle), assis, a gauche. Sous le bras droit de 
Jupiter, on lit, en caractères phéniciens, ACV (Accho) et la 
date 34 (278-277 avant J. C.) de l'ère des Séleucides. Beau- 
coup de monnaies portant l'effigie d'Alexandre ont été ainsi 
frappées longtemps après son règne. 

monnaie que nous reproduisons ici, fig. 17, est un tétra- 
drachme au nom d'Alexandre; l'original est conservé au 
Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. Pour 
les monnaies autonomes et impériales d'Accho-Ptolé- 
maïde, voir de Saulcy, Numismatique de la Terre Sainte, 
Paris, 1874, p. 154-169, pi. vin. —Saint Paul, après avoir 
prêché l'Évangile en Macédoine, en Grèce et en Asie, ve- 
nant de Milet à Jérusalem, termina au port de Ptolémaïde 
« sa navigation », son voyage par mer ; puis, « ayant salué 
ses frères, demeura auprès d'eux pendant un jour. » Act., 
xxi, 7. Dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, la 
ville devint le siège d'un évêché; pendant les croisades, 
elle acquit une très grande importance. Voir V. Guérin ,. 
Description de la Palestine, Galilée, 1. 1, p. 512-525; E. Ro- 
binson, Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856,. 
t. m, p. 92-100. A. Legendre. 

ACCOMMODATICE (Sens). Ce sens n'est pas, à parler 
strictement, un sens de l'Écriture, directement ou indi- 
rectement voulu par le Saint-Esprit; c'est une signification 
attribuée plus ou moins arbitrairement aux paroles sacrées, 
et distincte de leurs sens réels, littéral et spirituel. Elle 
résulte de l'adaptation du texte à un sujet étranger au 
contexte. 

Cette adaptation se fait de deux manières. Le texte, ap- 
pliqué à une personne, un objet, une situation différents- 
de ceux qu'avait en vue l'auteur inspiré, garde-t-il son 
sens premier et naturel, l'accommodation a lieu par exten- 
sion. L'application est fondée sur quelque ressemblance, 
sur l'analogie et une sorte d'identité morale des situations. 
Ainsi un pécheur emploierait pour excuser sa faute le» 
paroles d'Eve : Serpens decepit me, Gen., m, 13; un 
aveugle exprimerait son malheur comme Tobie, v, 12 r 



113 



ACCOMMODATICE (SENS) 



114 



Quale gaudium mihi erit, qui in tenebris sedeo et lumen 
cœli non video ? Par suite de son adaptation à une autre 
circonstance, le texte perd -il son sens naturel et a- 1- il 
une signification nouvelle, il n'y a plus qu'une simple 
allusion à l'Ecriture, une coïncidence de sens entre une 
parole divine et l'expression d'une pensée humaine. La 
sœur du duc de Montmorency, décapité par ordre de Ri- 
chelieu, s'écriant, dit- on, à la vue du tombeau de ce 
cardinal : Domine, si fuisses hic, f rater meus non fuisset 
mortuus, employait ainsi les paroles des sœurs de Lazare 
à Jésus. Joa., xi, 21 et 32. C'est aussi par allusion qu'on 
applique souvent à la contagion des mauvaises compa- 
gnies le f. 20 du psaume xvn : « Vous serez bon avec 
les bons et mauvais avec les mauvais, » adressé littérale- 
ment à Dieu, qui est miséricordieux envers les bons et 
sévère à l'égard des méchants. Ces deux procédés d'ac- 
commodation sont parfois réunis. La parole Mirabilis 
Deus in sanctis suis , Ps. lxvii , 36 , relative aux prodiges 
accomplis par Dieu dans son sanctuaire, est souvent en- 
tendue de la sorte des merveilles de grâce opérées dans 
les saints. 

De soi, l'accommodation qui conserve à l'Écriture son 
sens premier est plus légitime que la simple allusion, qui 
souvent, selon le mot de saint François de Sales ( voir son 
Esprit, II e part., ch. XHi), est une « détorse » du texte 
sacré. Toutefois le concile de Trente, sess. IV, décret, de 
editione et usu Sacrorum Librorum, a interdit formelle- 
ment toute application de la parole divine à des sujets 
profanes. Au xvi e siècle, la Sainte Écriture était employée 
à des bouffonneries et à des contes, à de vains discours 
et à des flatteries , à des détractions , à des superstitions , 
à des enchantements impies et diaboliques, à des divina- 
tions et à des sorts ou libelles diffamatoires. Afin de ré- 
primer cette témérité , les Pères du concile prohibèrent 
ces irrévérences et celles qui leur ressembleraient , et or- 
donnèrent aux évêques de punir, selon le droit et leur 
appréciation, les auteurs d'un tel mépris et de telles pro- 
fanations. L'instruction de Clément VIII aux correcteurs 
de livres signale comme digne de correction l'emploi de 
l'Écriture à un usage profane. Les moralistes l'appellent 
« un sacrilège réel , l'abus d'une chose sacrée », et saint 
François de Sales , malade, reprit vivement son médecin, 
qui appliquait à la préparation d'un remède les paroles de 
Jésus à Pierre : Quod ego facio, tu nescis modo; scies 
autem postea. Joa. , xm, 7 : « Vous profanez la Sainte 
Écriture en l'appliquant à des choses profanes ; un chré- 
tien ne doit employer la parole de Dieu que pour des 
choses saintes, et avec un grand respect. » Cependant 
toute accommodation de l'Écriture à un sujet profane 
n'est pas répréhensible au même degré. Une fine plaisan- 
terie est moins condamnable qu'une grossière bouffon- 
nerie, une habile allusion qu'un lourd jeu de mots. Les 
casuistes autorisent à citer dans la conversation , par ma- 
nière de proverbe, une pensée générale, telle que Melior 
est obedientia quant victimes, I Reg., xv, 22; à rapporter 
un exemple ou une comparaison bibliques, qui gardent 
hors du contexte leur sens véritable. 

Mais , en règle générale , l'accommodation de l'Écriture 
n'est permise que dans les sujets de piété et dans un but 
d'édification. Les auteurs inspirés, en de rares circon- 
stances, I Mach., i, 41, et Tobie, n, 6, pour Amos, vm, 10; 

I Mach., I, 57, pour Daniel, ix, 27; Matth., vu, 23, pour 
Ps.'vi, 9; Matth., x, 36, pour Michée, vu, 6; Luc, xxm, 30, 
pour Osée, x, 8; Apoc, xi, 4, pour Zach., iv, 14, ont dé- 
tourné de leur sens primitif certaines paroles des Livres 
Saints, et donné à leur pensée l'expression dune autre 
pensée divine. Les écrivains ecclésiastiques ont suivi leur 
exemple, et largement usé des applications libres, des 
adaptations du texte sacré. Elles abondent dans leurs ou- 
vrages, et Théodore de Mopsueste, In Epist. ad Rom., 
m, 12, t. lxvi, col. 793, assure que cet emploi de la Sainte 
Écriture était très fréquent de son temps dans les sermons. 

II s'est perpétué dans la prédication de tons les siècles, et . 



l'Église elle-même l'a consacré dans sa liturgie. L'éloge 
des patriarches est emprunté à l'Ecclésiastique pour louer 
les contesseurs pontifes et non pontifes. Acosta, De vera 
Scripturas tractandi ratione, 1. III, c. vi, vil et xi, a re- 
cueilli un certain nombre d'exemples de semblables ac- 
commodations. Antiennes, psaumes, capitules, leçons et 
répons du bréviaire; introïts, graduels, traits, offertoires, 
communions, parfois même épitres et évangiles du missel, 
sont des applications du texte sacré à l'objet des fêtes. 
Sans déroger au respect du à la parole divine, cet em- 
ploi de l'Écriture excite la piété des lecteurs et des au- 
diteurs. La partie matérielle elle-même des propositions 
de l'Écriture possède une sorte de vertu divine. Devien- 
nent-elles le véhicule et l'expression de pensées et de 
sentiments humains, elles produisent encore des effets 
divins dans les âmes. Les homélies de saint Bernard, com- 
posées, pour ainsi dire, de centons extraits des Livres 
Saints, ont une onction et une saveur de piété particu- 
lières. 

Toutefois l'accommodation du texte sacré à des sujets 
religieux a ses règles et n'est légitime que moyennant cer- 
taines conditions. Avant tout , il est évident qu'il ne faut 
jamais présenter le sens accommodatice comme le sens 
véritable de l'Écriture. Il n'a aucune valeur dogmatique, 
ne peut établir un point de foi ou de morale obligatoire, 
ni servir par conséquent à la démonstration d'une thèse. 
L'employer, c'est énoncer dans les termes qui expriment 
une pensée du Saint-Esprit une proposition étrangère, 
dont le Saint-Esprit n'est pas responsable. Cette proposi- 
tion n'obtient pas par là une force nouvelle. Aussi saint 
Jérôme, In Matth., 1. II, xm, 33, t. xxvi, col. 91-92, blâme- 
t-il les écrivains qui voulaient prouver le dogme de la 
sainte Trinité par la parabole des trois sacs de farine 
qu'une femme met en pâte, parce qu'ils y voyaient une 
figure de la pluralité des personnes dans l'unité de la na- 
ture. Les Donatistes démontraient par ce texte : Indica 
mihi ubi pascas, ubi cubes in meridie, Cant., i, 6, qu'eux 
seuls représentaient en Afrique la véritable Église. Saint 
Augustin , De unitate Ecçlesise contra Donatistas, xxiv, 
69, t. xliii , col. 441 , se moque à bon droit de leur argu- 
mentation. 

L'application du texte sacré doit toujours être naturelle, 
fondée sur une analogie au moins lointaine, être d'une 
justesse frappante et pleinement satisfaisante pour l'esprit. 
Une adaptation risquée, quoique pieuse, est à tout le moins 
une faute de goût; parfois même elle devient un sujet de 
risée pour des lecteurs ou des auditeurs exigeants. La 
prudence et une sage réserve feront donc éviter de donner 
aux paroles saintes une signification contraire au sens lit- 
téral, ou trop éloignée de ce sens, ou qui n'aurait avec 
elles d'autre rapport que le son matériel des mots. Saint 
François de Sales voulait qu'on commençât par expliquer 
le sens littéral. « Autrement, disait-il, c'est bâtir le toit 
d'une maison avant d'en jeter les fondements. L'Écriture 
Sainte n'est pas une étoffe qu'on puisse tailler à son gré 
pour s'en faire des parements à sa mode. » Ne serait-ce 
pas un blasphème d'appliquer au sacré Cœur de Jésus ce 
verset : Accedet homo ad cor altum, et exaltabitur Deus, 
Ps. lxiii, 7-8, ou à la sainte Vierge ce passage du psaume 
x (hébreu), 15 : Quseretur peccatum illius et non inve- 
nietur, qui décrivent l'insondable malice des pécheurs et 
la gloire que Dieu retirera de leur punition? Entendre des 
instruments de pénitence ces paroles : Apprehenditt disci- 
plinam, nequando irascatur Dominus, Ps. Il, 12, qui 
exhortent les hommes à recevoir le joug du Messie, s'ils 
ne veulent irriter le Seigneur, serait excessif. L'abus, dans, 
ces cas où l'allusion n'est que verbale, provient souvent 
de l'ignorance du vrai sens de l'Écriture, ou du ridicule 
désir de faire parade de bel esprit dans les citations scriptu- 
raires. Les prédicateurs du xvn« siècle n'ont pas toujours 
su éviter ce défaut. Sur l'emploi du sens accommodatice 
de l'Écriture dans la chaire chrétienne, voir Longhaye, 
La prédication, grands maîtres et grandes lois, Paris, 



115 



ACCOMMODATICE (SENS) — ACCUSATEUR 



416 



1888, 2» part., I. I, ch. i", in, p. 295-301. A consulter: 
Vasquez, In 1"" partent Sum. theol., disp. xiv; Serarius, 
Prolegomena biblica, c. xxi, q. 14; Frassen, Disquisi- 
tiones biblicse, iv, 6; Acosta, De vera Scripturas tra- 
ctandi ratione, 1. III, c. v-xin ; H. de Bukentop, Tractatus 
de sensibus Sacrée Scripturse, c. xv; Berthier, Tracta- 
tus de locis theologicis, Turin, 1888, pars i", 1. I, c. H, 
a. il, § 1, n»> 189-191, p. 166-168, et § 3, n» 257, 
p. 220-221. E. Mamgenot. 

ACCOS, hébreu : Haqqôs (nom avec l'article), 
« l'épine; » Septante: K<iç, I Par., xxrv, 10; 'AxxoOç, 

I Esd., u, 61; 'Axxcic, II Esd., m, 4, 21 ; 'Axûç, U Esd., 
vu, 63. 

1. ACCOS, chef de la famille sacerdotale à qui échut 
sous David le septième sort. I Par., xxiv, 10. Ses descen- 
dants revinrent de la captivité avec Zorobabel. Mais, n'ayant 
pu retrouver leurs tables généalogiques ni justifier de leur 
descendance, ils furent exclus du sacerdoce. I Esdr., u, 61 ; 

II Esdr., vu, 63. Dans la Vulgate, II Esdr., m, 21, « Haccus; » 
au y. 3, « Accus. » 

2. ACCOS (Septante: 'Axxi!>;; Vulgate: Jacob), père 
de Jean et grand-père d'Eupolème, l'ambassadeur de Judas 
Machabée à Rome. I Mach., vin, 17. 



ACCUB, hébreu : 
*Axo06, 'Axoûn,. 



'Aqqub, « insidieux; » Septante : 



1. ACCUB, le quatrième fils d'Élioénaï, descendant de 
Zorobabel. I Par., m, 24. 

2. ACCUB , lévite, un des chefs des gardiens de la porte 
orientale du temple, du temps de David. I Par., ix, 17, 26. 
Il était chargé en même temps des chambres et des 
trésors de la maison du Seigneur. Ses descendants re- 
vinrent de la captivité avec Zorobabel. I Esdr., u, 42, 45; 
II Esdr., vu, 46. Parmi ses descendants, on en voit un du 
nom d'Accub lire la loi et faire les fonctions de chef des 
portiers. II Esdr., vm, 7, 9; xi, 19; xn, 25. 

3. ACCUB, un des chefs des Nathinéens, dont les des- 
cendants revinrent de Babylone avec Zorobabel. I Esdr., 
u, 45. Son nom est omis dans le texte parallèle. II Esdr., 
vu, 48. 

4. ACCUB , lévite qui assista Esdras dans la lecture de 
la loi au peuple. II Esdr., vm, 7. Voir Accub 2. 

ACCUS. Voir Accos 1. 

ACCUSA. Voir Bacbiel. 

ACCUSATEUR. Ce mot s'emploie dans divers sens: 
1° En matière judiciaire, il signifie, dans la Bible comme 
dans les auteurs profanes, celui qui défère au juge un 
crime commis par un autre, afin d'attirer sur lui la ven- 
geance publique : ainsi dans beaucoup de passages cités 
dans la suite de cet article. 2° En dehors de tout juge- 
ment, ce mot signifie celui qui dénonce le crime, vrai ou 
faux, d'un autre, soit pour le faire corriger, soit pour attirer 
sur lui la colère et la haine. Dans ce sens, ce mot est 
employé fréquemment par les auteurs sacrés. Voir, par 
exemple: Gen., xxxvn, 2; xxxix, 13-18; I Esdr., iv, 6-24; 
Prov., xxx, 10; Eccli., xlvi, 22; I Mach., vu, 6, 25; 
II Mach., iv, 1, etc. 3° Dans un sens plus élevé et méta- 
phorique, ce mot signifie celui qui porte une accusation 
contre quelqu'un devant le tribunal de Dieu, Joa., v, 45; 
Rom., vm, 33; dans ce sens, Satan est appelé, par anto- 
nomase, « l'accusateur, » & xocnrçywp, Ap., xn, 10, nom que 
les rabbins ont mis, en hébreu , qâtêgôr, pour le donner 
an démon. Ce mot, & xotTTjiop, correspond à peu près au 



mot hébraïque haUdtàn, « l'adversaire, » par antonomase, 
qui est le nom de Satan. Zach., in, 1, 2; Job, I, 6-9, etc.; 
Gesenius, Thésaurus, p. 1328. 4" Dans la Bible, le même 
mot est encore appliqué à la conscience, qui accuse le pé- 
cheur, Rom., il, 15; à la loi, qui accuse celui qui la viole, 
Joa., v, 45. 5» Enfin le juste est dit aussi « accusateur » de 
lui-même, Prov., xvni, 17, dans ce sens que le juste est 
prompt à reconnaître, à avouer et à regretter ses torts : ce 
qui n'est pas toujours vrai du pécheur. Dans cet article, 
nous ne prenons ce mot que dans le premier sens, c'est- 
à-dire en matière judiciaire. 

L'accusateur est celui qui implore l'autorité du juge 
pour faire infliger à l'accusé la peine portée par les lois 
contre le crime qu'il lui impute ; si le plaignant ne requiert 
pas la vengeance publique, mais seulement la satisfaction 
d'un intérêt privé, lésé par le délit commis, il s'appelle 
non pas accusateur, mais demandeur (voir Dette, Juge- 
ment). Dans le premier cas, le jugement est dit criminel ; 
dans le second , civil ; si le plaignant requiert à la fois 
la vengeance publique et la satisfaction de ses intérêts, il 
est en même temps accusateur et demandeur, et le juge- 
ment est dit mixte. 

Les droits romain et canonique distinguent entre l'ac- 
cusateur et le dénonciateur : l'accusateur s'oblige àprouver 
le crime imputé, fait la cause sienne, et s'expose aux peines 
les plus graves, s'il succombe dans ses preuves; le dénon- 
ciateur se contente de déférer le crime au juge, et d'in- 
diquer les témoins et autres moyens de preuve. Les Hé- 
breux ont ignoré cette distinction; quiconque défère un 
crime au juge est dit accusateur ou, plus exactement, 
sâtân, « adversaire, » et s'expose, s'il agit avec malice, aux 
peines que nous indiquerons plus loin. 

L'accusation n'était pas nécessaire pour mettre en 
mouvement l'action judiciaire; quand les juges avaient 
connaissance d'un crime, par la voix publique ou d'une 
autre manière, ils pouvaient procéder à une information 
juridique. Juda apprend, par un bruit public, la faute de 
Thamar, et procède au jugement, Gen., xxxvni, 24; Josué 
apprend, par révélation divine, que les ordres du Sei- 
gneur ont été violés ; il fait une enquête , et Achan con- 
vaincu subit la peine de mort. Jos., vu, 10-26. Josèphe 
nous dit que , lorsque un meurtre avait été commis , les 
juges de la ville, même avant d'avoir reçu aucune indica- 
tion sur le coupable , devaient procéder à une enquête et 
provoquer des dénonciations, même par l'appât des récom- 
penses. Ant. jud.,l\, vm, 16. 

L'accusateur n'était pas toujours , comme chez les Ro- 
mains, une ou plusieurs peisonnes déterminées; c'étaient 
quelquefois la foule, le peuple, une catégorie de per- 
sonnes : dans le procès de Jérémie, ce sont les prêtres et 
les prophètes, Jer., xxvi, 11, 16; dans le procès de Pierre 
et de Jean, ce sont les prêtres, les magistrats préposés au 
temple, et les Sadducéens, qui les trouvent dans le temple, 
Act., îv, 1-3; dans le procès de saint Etienne, ce sont les 
synagogues des Affranchis, des habitants de Cyrène , d'A- 
lexandrie, etc. Act., vi, 9-13. 

Nous voyons par ces exemples que, dans le droit hé- 
braïque, l'accusation n'était pas réservée, comme dans 
nos législations modernes, à un magistrat spécial ; le droit 
d'accusation appartenait à tous les Israélites, soit aux in- 
téressés, c'est-à-dire à ceux qui étaient lésés dans leurs 
biens, leur honneur, etc., par le crime commis, soit même 
à un citoyen quelconque qui avait vu le crime ; dans ce 
sens', pour employer une expression du droit romain, 
tous les crimes, chez les Hébreux, étaient « publics », c'est- 
à-dire qu'il était permis à tous les citoyens de les déférer 
aux juges par la voie de l'accusation. Les crimes « publics », 
chez les Romains , étaient surtout ceux qui étaient commis 
on censés commis contre la république, et c'est pour cela 
que tous pouvaient accuser les coupables, Voet., ad Pan- 
decias, de publias judiciis, 1; chez les Hébreux, tous 
les crimes étaient censés commis directement contre Dieu 
lui-même, et par conséquent contre l'État, dont Jéhevab 



117 



ACCUSATEUR — ACCUSÉ 



418 



était le premier chef : voilà pourquoi tous pouvaient se 
porter comme accusateurs. 

L'accusateur, chez les Hébreux, présentait sa requête 
de vive voix; tel, au moins, parait avoir été l'usage. Géné- 
ralement l'accusateur paraissait devant les juges en même 
temps que l'accusé; c'était l'usage romain au temps de 
Notre- Seigneur; nous l'apprenons par saint Paul. Act., 
xxv, 16; cf. XXIII, 30, 35; xxiv, 8. C'était aussi l'usage 
des Hébreux, comme nous le voyons par lès exemples de 
jugements mentionnés dans la Sainte Écriture; nous ne 
trouvons qu'une exception : dans le jugement de Naboth, 
III Reg., xxi, 8-14, l'accusatrice Jézabel ne paraît pas de- 
vant les juges de Jezrahel ; il est probable que sa qualité 
de reine l'en exemptait; du reste, comme on le voit dans 
le texte sacré, l'intervention de Jézabel dans ce jugement, 
ou plutôt dans cette iniquité, était moins une accusation 
qu'un odieux complot entre elle et les juges. 

Dans le droit romain, suivi en cela par le droit cano- 
nique , l'accusateur proprement dit ne peut être témoin , 
sinon dans les affaires de peu d'importance. La raison en 
est que, comme nous l'avons dit, l'accusateur fait la cause 
sienne, s'engage à prouver son attaque, et s'expose, en 
cas d'insuffisance de preuves, à des peines très graves. 
Or, de par le droit naturel, nul ne peut être témoin dans 
sa propre cause. Il n'en était pas ainsi chez les Hébreux ; 
autant que nous pouvons en juger par les exemples rap- 
portés dans la Sainte Écriture, l'accusateur pouvait être 
témoin : dans le jugement de Susanne, Dan., xm, les deux 
vieillards accusateurs furent témoins, et les deux seuls 
témoins; dans le jugement deSalomon, III Reg., m, 16-28, 
la femme qui traduit sa voisine devant le tribunal du roi 
remplit à la fois les deux rôles d'accusatrice et de témoin. 
La raison de cette différence, c'est que dans la coutume 
hébraïque l'accusateur ne fait pas la cause sienne, qu'il 
ne s'engage pas à prouver son attaque , et qu'il n'est puni 
qu'en cas de calomnie délibérée et clairement prouvée. Il 
est probable, en conséquence, que lorsque l'accusateur 
était témoin, il pouvait servir à compléter le nombre de 
deux ou trois témoins requis par la loi pour rendre une 
sentence en matière criminelle. Voir Témoin. Toutefois 
quelques commentateurs pensent que, dans ce cas , il fal- 
lait encore nécessairement deux autres témoins , distincts 
de l'accusateur, et que tel était le sens de la formule mo- 
saïque : « deux ou trois témoins. » Tel est le sentiment 
de Michaelis, Mosaisches Recht, § 299, t. vi, p. 126; Saal- 
schûtz le réfute sur ce point. Das mosaische Recht, k. 88, 
p. '604. Dans le jugement de Susanne, les vieillards étaient 
à la fois accusateurs et témoins; comme ils étaient deux, 
leur témoignage parut suffisant ; Daniel ne fit pas de 
reproche aux juges sur ce point. C'est aux juges à ap- 
précier , d'après toutes les circonstances , la valeur du 
témoignage de l'accusateur, et à en tenir le compte qu'il 
mérite. 

La peine portée contre l'accusateur qui accuse calom- 
nieusement n'est pas spécialement et explicitement expri- 
mée dans la loi de Moïse; elle se déduit de la peine portée 
contre les faux témoins, parce qu'en effet l'accusateur 
pouvait être témoin, et l'était même souvent, et que d'ail- 
leurs la loi pénale qui vise les témoins est conçue en des 
termes généraux qui s'appliquent aussi bien à l'accusa- 
teur. Nous lisons, Deut., xix, 16-21 : « Si un faux témoin 
s'attaque à un homme, l'accusant d'avoir violé la loi, et 
que celui-ci le nie, ils se présenteront tous deux devant 
le Seigneur, en la présence des prêtres et des juges qui 
seront en charge en ce temps-là, et lorsque, après une très 
exacte recherche, ils auront reconnu que le faux témoin 
a avancé une calomnie contre son frère, ils le traiteront 
comme il avait le dessein de traiter son frère. » On voit 
que ce texte s'applique aussi bien à l'accusateur qu'au 
témoin. La coutume, du reste, a ainsi entendu la loi. C'est 
la peine du talion qui est ici décernée contre les faux 
témoins. Or les Hébreux infligeaient cette peine aussi bien 
à l'accusateur qui calomniait qu'au faux témoin. Dans 



l'affaire de Susanne, les deux vieillards sont punis de 
mort, Dan., xiu, 61-62, parce qu'ils avaient voulu faire 
infliger cette peine à leur victime, l'adultère étant puni 
de mort; le texte sacré dit même expressément qu'on les 
mit à mort pour leur faire souffrir le même mal qu'ils 
voulaient faire souffrir à un autre, et pour exécuter la loi 
de Moïse: ce qui est une allusion évidente au passage 
signalé du Deutéronome, et même une citation partielle 
de ce passage. Dans l'affaire de Naboth , mis à mort à la 
suite de l'accusation calomnieuse de Jézabel, Dieu lui- 
même se chargea d'exécuter la peine du talion contre 
cette femme impie, qui en sa qualité de reine échap- 
pait à la justice humaine ; il la menaça d'abord de cette 
peine, III Reg., xxi, 23, puis il l'exécuta, IV Reg., ix, 
30-37. S. Many. 

ACCUSÉ. Ce mot, qui est corrélatif du mot accusateur, 
se présente naturellement, dans la Bible, avec la plupart 
des sens correspondants à ceux de ce dernier terme; ils 
sont signalés dans l'article. précédent. Ici nous ne prenons 
ce mot accusé que dans son sens judiciaire. 

Chez les Hébreux, l'accusé était tout individu traduit 
devant les juges sous la prévention d'un crime qui lui 
était imputé, ou par un accusateur ou dénonciateur, ou 
par un bruit public, ou à la suite d'une enquête judiciaire. 
C'est exactement le reus des Latins. Les Hébreux ont 
ignoré toutes les distinctions introduites par nos législa- 
tions modernes entre l'accusé , l'inculpé , le prévenu, etc., 
termes qui désignent ou les divers degrés de gravité des 
fautes imputées, ou les diverses phases de la procédure; 
quiconque, chez les Hébreux, paraissait devant les juges 
sous l'imputation d'un crime contre lequel on implorait la 
vengeance des lois, était « accusé ». Toutefois cette qua- 
lification supposait un jugement criminel, ou au moins un 
jugement mixte; dans le cas de jugement civil, il n'y avait 
pas d'accusé, mais un défendeur. 

Dans la procédure criminelle des Hébreux, la personne 
de l'accusé était entourée de la protection des lois, afin 
que ses intérêts et ceux de la vérité et de la justice fussent 
sauvegardés. D'abord il était cité, afin qu'on pût l'entendre. 
C'était là une règle inviolable et sacrée; nous ne trouvons 
dans l'Écriture aucun exemple de jugement proprement 
dit où l'accusé n'ait été entendu ; même dans les jugements 
les plus sommaires, l'accusé paraissait, et on pouvait l'en- 
tendre. Cette audition de l'accusé avait été commandée par 
Moïse aux juges qu'il établit sur son peuple : « Entendez- 
les (non seulement le plaignant, mais celui dont il se 
plaint), et jugez suivant la justice, qu'il s'agisse de ci- 
toyens ou d'étrangers. » Deut. , i , 16. Aussi Nicodème 
pouvait-il dire à ses collègues du sanhédrin : « Est-ce 
que notre loi juge quelqu'un avant qu'on l'ait entendu, 
et qu'ainsi l'on ait appris ce qu'il faut faire? » Joa., vu, 51. 
Les rabbins font remarquer que Dieu lui-même, malgré 
sa science infinie, n'a pas voulu se décharger de cette 
obligation de citer et d'entendre l'accusé. Avant de con- 
damner Adam et Eve, il les cite et les écoute, Gen., m, 
8-13; avant de condamner Aaron et Marie, qui accusaient 
injustement Moïse leur frère, Dieu, qui veut prendre en 
main la cause de son serviteur, les cite et les interroge. 
Num., xii, 4-8. Cf. Hottinger, Juris Hebreeorum leges, 
1. lxxx, Tiguri, 1655, p. 104-106. 

L'accusé, paraissant devant les juges, avait toute liberté 
de se détendre. Saint Etienne, accusé devant le sanhédrin 
de Jérusalem, reçoit du président la parole pour se dé- 
fendre, et en profite largement, Act., vu, 1-53; Susanne, 
accusée par deux vieillards dont le témoignage paraissait 
à tous indiscutable, se défend en protestant de son inno- 
cence. Dan., xni, 42-43. Jérémie, accusé par les prêtres 
et les faux prophètes, se défend aussi devant ses juges, 
et gagne sa cause. Jer. , xxvi, 12-16. Souvent, comme 
on le voit par ces exemples et par beaucoup d'autres, 
l'accusé se détendait lui-même; cependant lorsque, pour 
quelque motil que ce fut, il ne pouvait pas ou ne voulait 



«9 



ACCUSÉ — ACHAB 



120 



pas plaider sa propre cause , il ne manquait jamais d'un 
parent, d'un ami ou d'un défenseur charitable, qui prenait 
en main ses intérêts et présentait ses défenses au tribunal : 
ce qui était d'autant plus facile, que , les jugements étant 
toujours rendus aux portes de la ville, ou au moins, en 
dehors de la Judée, dans un lieu très public, tous, même 
un inconnu , un étranger, pouvaient venir au secours de 
l'accusé , comme nous le voyons dans le jugement de Su- 
sanne, qui fut sauvée au dernier moment par l'interven- 
tion inattendue de Daniel, Dan., XIII, 45-63. Cette liberté 
de la défense est soigneusement enseignée dans la Mischna, 
traité Sanhédrin, v, 4, édit. Surenhusius, part, iv, p. 232. 
Tel était aussi l'usage romain, comme nous l'apprenons 
par l'affirmation très précise de saint Paul. Act., xxiv, 19. 
Aussi le même Apôtre, accoutumé à ces usages des Juifs 
et des Romains, se plaignit deux fois d'avoir été frappé 
de verges, sans qu'on eût discuté sa cause et entendu sa 
défense. Act., xvi, 37; xxn, 25. 

L'aveu du crime, fait par l'accusé, n'était jamais suffi- 
sant pour le faire condamner. Quelle que soit la force pro- 
bante de l'aveu judiciaire dans les matières civiles , et 
même dans les matières criminelles non capitales, néan- 
moins , dès qu'il s'agit de la vie d'un homme, l'aveu seul 
de son crime peut n'être pas suffisamment concluant pour 
entraîner la conviction des juges. Aussi, chez les Romains, 
le juge ne pouvait condamner à mort sur le seul aveu de 
l'accusé; il fallait au moins que le corpus delicti fût bien 
établi d'ailleurs, L. 1, § Divus Severus, et § Si quis ultro, D., 
De qussstionibus , XLV1II, xvm : décision très sage, car 
il peut se faire, comme on le déduit de ces textes, qu'un 
aveu de ce genre soit donné dans un moment de crainte, 
d'exaltation, de folie ou de désespoir. Cf. Voet., ad Pan- 
dectas, de Confessis, n° 2. C'est ce qu'avaient aussi com- 
pris les Hébreux : dans leur procédure criminelle, jamais 
l'aveu ne suffit pour faire condamner à mort. Achan 
avoue son crime , mais son aveu n'est que le commence- 
ment d'une enquête, qui, en établissant clairement le 
corpus delicti, ne laisse aucun doute sur la culpabilité 
de l'accusé, Jos., vu, 10-26; Jonathas avoue son délit, 
mais il était notoire, ayant eu le peuple entier pour té- 
moin. I Reg., xiv, 25-28. Aussi les commentateurs juifs 
disent- ils que, d'après la Loi, aucun homme ne peut être 
mis à mort sur son aveu personnel. Voir Maimonide et 
Bartenora , dans leurs commentaires sur la Mischna , traité 
Sanhédrin, vi, 2, édit. Surenhusius, part, iv, p. 234. Nous 
ne trouvons'dans la Bible qu'une exception à cette règle : 
sur la seule déclaration de cet Amalécite qui prétend avoir 
tué Saûl, David le fait mettre à mort. II Reg., I, 1-16. 
Quelques auteurs expliquent cette justice sommaire en la 
présentant comme une exécution militaire, exigée d'ailleurs 
par la nécessité pressante où se trouvait David de venger 
l'honneur de la royauté , de mettre en sûreté pour l'avenir 
la vie des rois d'Israël, et de se mettre lui-même à l'abri 
de tout soupçon de connivence avec celui qui se déclarait 
le meurtrier de Saùl. Cf. Michaelis, Mosaisches Recht, 
§295, 305, t. vi, p. 113, 163. 

Jamais non plus l'accusé ne pouvait être mis à mort ni 
sur la révélation d'un prophète, ni sur une désignation 
faite par le sort. « Notre Loi ne condamne personne à mort 
sur le dire d'un prophète qui déclare qu'un tel a commis 
ce crime, » dit Maimonide dans son commentaire sur la 
Mischna, à l'endroit cité. C'était là, en effet, une voie 
trop extraordinaire et trop sujette à l'erreur, pour que les 
juges pussent s'en contenter dans l'administration de la 
justice, surtout criminelle. Quant au sort, on pouvait, dans 
certains cas, y avoir recours, voir Sort; mais c'était seu- 
lement pour rechercher le coupable, jamais pour le con- 
damner; il fallait encore, indépendamment du sort, des 
preuves décisives pour que le juge fût autorisé à porter la 
sentence : c'est ce que nous voyons dans les exemples cités 
plus haut, d'Achan et de Jonathas, qui sont les deux seuls 
cas de jugements criminels rapportés par l'Écriture où 
l'on ait eu recours au sort pour découvrir les coupables. 



Le sort désigne Achan et Jonathas comme coupables , 
mais leurs crimes furent clairement prouvés d'ailleurs : 
celui d'Achan, par son aveu et l'enquête qui le suivit; celu 
de Jonathas, par son aveu et la notoriété du fait. 

L'accusé n'était jamais soumis à la torture : nous n'en 
voyons aucun exemple ni même aucune trace dans tous 
les cas de jugements rapportés par l'Écriture; il n'en est 
pas question dans la loi de Moïse. Nous trouvons bien, 
Deut., xxv, 2, mentionnée la flagellation, qui, chez les 
Grecs et les Romains, était un mode assez ordinaire de 
torture; mais par le contexte nous voyons que cette exé- 
cution n'était pas du tout une forme de torture destinée 
à arracher des aveux à l'accusé, mais bien une peine des- 
tinée à punir des délits déjà clairement prouvés. La tor- 
ture apparaît pour la première fois dans la Palestine après 
la conquête romaine ; Hérode y a recours pour découvrir 
les coupables. Josèphe, Bell, jud., I, xxx, 2-7. Saint Mat- 
thieu , xvm, 34, mentionne certains exécuteurs qui mani- 
festement, d'après le nom qu'il leur donne, pouraviotaJ 
(Peschito : menagdoné' ; Vulgate : tortores), avaient parmi 
leurs fonctions celle d'appliquer les accusés à la question. 
L'apôtre saint Paul fut menacé de la torture, laquelle fut 
même décrétée contre lui, et il n'y échappa qu'en décla- 
rant qu'il était citoyen romain. Act., xxn, 24-29. La tor- 
ture était donc à cette époque en usage dans la Palestine : 
c'étaient les vainqueurs qui l'avaient importée dans le 
pays conquis; jusque-là le peuple hébreu l'avait complè- 
tement ignorée. Dans les intervalles de la procédure, par 
exemple, avant le prononcé du jugement, ou avant son 
exécution, l'accusé était gardé à vue. Lev., xxiv, 12; 
Num., xv, 34. Cf. Jer., xx, 2; xxix, 26; xxxvm, 6. 
Lorsque l'accusé était pleinement convaincu, la sentence 
était portée, et l'exécution suivait sans délai. Voir Juge- 
ment. S. Many. 

ACELDAMA. Voir Haceldama. ' 

ACHAB , hébreu : 'Ah'âb , « frère de père ; » par 
contraction, une fois 'Éhâb, Jer., xxiv, 22; Septante : 
'A-/aâ6. 

1. ACHAB, roi d'Israël, succéda à Amri,-son père; il 
eut pour capitale Samarie ; son règne dura vingt-deux ans, 
de 918 à 897, suivant les chiffres peut-être altérés du texte 
biblique sous sa forme actuelle, III Reg., xvi, 29; de 875 
à 854, d'après les monuments assyriens. Voir E. Schrader, 
Die Keilinschriften und das alte Testament, Giessen, 1883, 
p. 458 et suiv. 

Achab surpassa en impiété tous ses prédécesseurs. Il 
épousa Jézabel, fille d'Ethbaal, que la Bible appelle roi 
de Sidon, et Josèphe, roi de Tyr et de Sidon, Antiq.jud., 
VIII, xin. Ce mariage fut pour Achab la source de presque 
toutes ses fautes et de tous ses malheurs. Esprit inquiet, 
nature entreprenante et audacieuse , comme la qualifie 
Josèphe, loc. cit., Jézabel exerça sur le faible monarque 
une influence néfaste. Fille d'un prêtre de Baal et d'As- 
tarté, qui n'avait pas craint de tremper les mains dans le 
sang de son frère pour arriver au trône ( Ménandre , cité par 
Josèphe, Cont. Apion., I, xvm), elle sembla avoir hérité 
de son père le zèle idolâtrique avec la cruauté. Sans égard 
pour les croyances religieuses du peuple dont elle était 
devenue la reine, elle s'attacha à faire prévaloir les divi- 
nités phéniciennes sur le vrai Dieu d'Israël. Achab, loin 
de lui résister, eut la faiblesse, pour lui complaire, de 
bâtir dans Samarie un temple sacrilège, où il vint lui- 
même se prosterner devant les dieux de Jézabel, Baal et 
Astarté. Voir I (III J Reg., xvi, 33, où l'hébreu porte 'ASê- 
râh. Bientôt après, la persécution religieuse sévit du- 
rement contre les adorateurs du vrai Dieu , et pendant 
que Baal comptait quatre cent cinquante prêtres, et As- 
tarté quatre cents, les prophètes du Seigneur tombaient 
sous les coups de l'implacable reine, ou n'échappaient à la 
mort qu'en se réfugiant dans les cavernes. III Reg., xvm, 



121 



ACHAB 



122 



4, 13, 19. On ne s'étonnera donc pas de lire dans le texte 
sacré que nul prince d'Israël n'avait encore égalé les ini- 
quités d'Achab. 

Le prophète Élie, messager de la colère divine en cette 
circonstance, alla trouver le roi et lui prédit que la sé- 
cheresse sévirait en Israël , et que l'eau ne tomberait pas 
du ciel qu'il ne revînt lui-même l'annoncer. A trois ans 
de là, III Reg., xviii, 1, la famine étant extrême, Élie, 
par l'ordre du Seigneur, se rendit de nouveau près d'Achab, 
que le fléau avait éhranlé , sans pourtant le convertir au 
culte du vrai Dieu. Le sacrifice miraculeux du mont Car- 
mel, III Reg., xvm, voir Élie, en convainquant d'im- 
posture les prêtres de Baal, ramena, pour quelque temps 
du moins, le roi à de meilleurs sentiments. Ce jour-là 
même, et du consentement d'Achab, la loi de Moïse, qui 
condamnait à mort les prophètes des faux dieux, Deut., 
xvm , 20 , reçut son application ; les quatre cent cin- 
quante prêtres de Baal furent exécutés. Alors, pour la 
première fois depuis trois ans, la pluie tomba du ciel, 
à la parole du prophète Elie, qui ne s'empressa pas moins 
de disparaître, pour échapper au courroux de Jézabel, 
irritée de la mort des prêtres de Baal. 

Achab semble avoir profité quelque temps des avertis- 
sements que Dieu lui avait donnés par l'entremise de son 
prophète, et sa politique extérieure n'eut qu'à y gagner. 
Bénadad, roi de Syrie, suivi de trente-deux princes alliés 
et d'une armée nombreuse, était venu camper jusque sous 
les murs de Samarie, et tenait la ville assiégée. Une pre- 
mière fois il avait engagé le malheureux prince à se rendre, 
à des conditions que celui-ci avait eu d'abord la faiblesse 
d'accepter. Bénadad , appuyé sur le nombre de ses soldats 
et se croyant sûr de la victoire, ne vit dans les conces- 
sions d'Achab qu'un motif d'être plus exigeant. De nou- 
velles propositions, plus dures que les premières, furent 
faites à Achab, qui les soumit aux anciens et au peuple 
de Samarie. Il n'y eut qu'une voix pour les rejeter, et 
ainsi la lutte fut résolue. C'est alors que le Seigneur inter- 
vint. Il rassura le faible monarque, et, pour lui prouver 
une fois de plus qu'il était le seul vrai Dieu, lui promit la 
victoire sur ses nombreux ennemis. Achab, en effet, ayant 
rassemblé ses hommes, comme le Seigneur le lui avait 
commandé , fit une sortie contre les assiégeants et les mit 
complètement en déroute. Le même prophète qui lui avait 
prédit cette victoire s'approcha de nouveau d'Achab , et lui 
annonça que l'année suivante le roi de Syrie reviendrait 
l'attaquer. 

Au bout d'un an, la parole du prophète recevait son 
accomplissement : Bénadad inondait de ses troupes la 
plaine d'Aphec, que l'on croit pouvoir identifier avec El- 
Fik , situé à l'est du lac de Génésareth, sur la route allant 
de la Palestine à Damas. Les enfants d'Israël, ayant Achab 
à leur tête, marchèrent à l'ennemi et vinrent camper en face 
des Syriens. Or, pendant que ceux-ci couvraient la plaine 
de leurs nombreux bataillons, les Israélites, qui apparem- 
ment s'étaient divisés en deux groupes, ressemblaient, dit 
la Bible, « à deux petits troupeaux de chèvres. » III Reg., 
XX, 27. Un homme de Dieu parut encore pour rassurer 
Achab et lui promettre la victoire de la part du Seigneur. 
Sept jours durant, les deux armées restèrent en face l'une 
de l'autre; enfin, le septième jour, la bataille s'engagea. 
Cent mille fantassins syriens tombèrent sous les coups 
des Israélites, et vingt- sept mille, qui étaient restés dans 
Aphec, périrent sous la chute des murs de la ville. En 
supposant que ces chiffres nous aient été conservés bien 
intacts, on ne peut guère expliquer une si sanglante vic- 
toire, suivie d'une telle catastrophe, que par l'intervention 
divine, d'ailleurs promise. Bénadad lui-même tomba entre 
les mains du vainqueur, qui lui fit grâce de la vie. La 
paix fut conclue à cette condition que Bénadad rendrait 
les villes prises par son père au roi d'Israël , et qu' Achab 
pourrait établir à Damas une garnison , ou , selon une 
autre interprétation plus vraisemblable, des bazars ou mar- 
chés pour ses nationaux. 111 Reg., xx, 34. 



En faisant grâce de la vie au vaincu , le roi d'Israël 
semble avoir contrevenu à un ordre formel de Dieu, cf. 
III Reg., xx, 42; car un prophète dont la Bible ne nous 
a pas conservé le nom, mais que Josèphe, Antiq. jud., 
VIII, xiv, croit être Michée, fils de Jemla, mentionné plus 
loin, III Reg., xxii, 8, vint blâmer Achab de sa géné- 
rosité mal entendue pour Bénadad et du traité d'alliance 
qu'il avait également conclu avec lui. Le prophète, en 
terminant, signifia au roi qu'il payerait un jour de sa vie 
la faute qu'il avait commise. Loin de s'humilier devant le 
Dieu, qui deux fois l'avait délivré, lui et son peuple, de son 
redoutable voisin , Achab , sans doute enilé de sa victoire, 
ne montra qu'irritation , et s'en retourna à Samarie mé- 
content jusqu'à la fureur des avertissements et des menaces 
du Seigneur. III Reg., xx, 35-43. 

La paix avec le roi de Syrie devait durer trois ans. Dans 
l'intervalle se passa le célèbre épisode de la vigne de Na- 
both , à Jezrahel , le Zéraïn actuel , où Achab avait un 
palais. Pour agrandir ses jardins, le roi demanda à Na- 
both, son voisin, de lui céder sa vigne. Celui-ci s'y refusa, 
cemme c'était son droit. Achab en éprouva un dépit d'en- 
fant, qu'il manifesta en boudant son entourage. Il n'était 
pas sans savoir apparemment que Jézabel était capable de 
le consoler de ses chagrins, en mettant à son service une 
audace qui ne reculait devant rien, pas même devant le 
crime. A quelques jours de là, en effet, Jézabel avait tout 
arrangé : Naboth n'était plus. Achab fut prévenu ; il se 
rendit aussitôt à la vigne de Naboth pour en prendre pos- 
session, quand soudain Élie parut de nouveau comme le 
justicier de Dieu, et prédit à Achab qu'en punition du 
meurtre de l'innocent, les chiens lécheraient son sang 
au même lieu où ils avaient léché le sang de Naboth, 
dévoreraient Jézabel, la principale actrice de ce drame 
sanglant, et qu'enfin la postérité d'Achab serait un jour 
détruite. Cette fois Achab reconnut sa faute , en fit péni- 
tence, et Dieu, pour montrer qu'il agrée le repentir même 
des plus coupables, révéla à son prophète Élie que, le 
roi s'étant humilié, les malheurs prédits contre sa posté- 
rité n'arriveraient pas de son vivant. 

C'est à cette époque, selon toute probabilité, qu'il faut 
placer encore la campagne que fit Achab, comme allié de 
Bénadad, contre Salmanasar II, roi d'Assyrie. La Bible ne 
mentionne point ce fait; mais les inscriptions assyriennes, 
malgré les divergences chronologiques que nous avons 
indiquées plus haut et dont nous n'avons pas encore la 
clef, ne nous permettent guère de douter qu'Achab ait 
vécu au temps de Salmanasar, et qu'il ait joint ses armes 
à celles du roi de Syrie contre le puissant monarque des 
bords du Tigre. Nous possédons , en effet , trois récits de 
la sixième campagne de Salmanasar; elle était dirigée 
contre le roi de Syrie et douze autres rois ses alliés. Layard, 
Inscriptions in the cuneiform character, pi. 46 et 89-90; 
Western Asiatic inscriptions, t. m, pi. 8. La plus célèbre 
de ces inscriptions, gravée sur une stèle trouvée à Kurkh, 
aux sources du Tigre, et conservée maintenant au British 
Muséum, nous dit que Salmanasar triompha, dans le voi- 
sinage de la ville de Qarqar, du roi de Damas, Binidiï 
( = Bénadad , qui est pour Bénadar. Cf. Schrader, Die Keil- 
inschriften und das aile Testament, p. 200-201; J. Ha- 
lévy, Notes sur quelques textes araméens du Corpus, 
n° 27, dans Recherches bibliques ) , ainsi que de ses alliés, 
parmi lesquels nous lisons le nom d'Afyabbu, du pays de 
$irla, c'est-à-dire Achab d'Israël, selon toute apparence. 
Voici, du reste, le passage principal du texte; c'est Salma- 
nasar qui parle : « Je partis de la ville d'Argana et m'ap- 
prochai delà ville de Qarqar. Je renversai la ville de Qarqar, 
ville de ma royauté; je la détruisis et la consumai dans les 
flammes. Douze cents chars, douze cents bit-haHu (?) , vingt 
mille hommes de Binidri de Damas ; sept cents chars, sept 
cents bit-hal-lu (?), dix mille hommes d'Irhulina, du pays 
de Hamat ; deux mille chars, dix mille hommes d'Ahabbu, 
du pays de Sirla... ( L'énumération des forces alliées con- 
tinue, et Salmanasar reprend :) Il (Binidri) prit ces douze 



123 



ACHAB 



124 



rois à son aide. Pour me faire la guerre et me livrer ba- 
taille , ils se dirigèrent contre moi. Par le secours puis- 
sant que me prêta Âssur le Seigneur, par les armes puis- 
santes que m'accorda le grand protecteur qui marche 
devant moi, je combattis. De Qarqar à Gilsau, je causai 
leur défaite. Je tuai par mes armes quatorze mille de leurs 
combattants. Comme le Dieu Ramman, je fis surgir contre 
eux une tempête , je couvris la surface des eaux de leurs...; 
je terrassai par mes armes leurs nombreuses années ; de 
leurs cadavres la plaine fut jonchée. » La description de 
la défaite se poursuit dans des termes dont la significa- 
tion précise n'est point toujours facile à déterminer; mais 
on ne saurait douter, même en faisant la part de la jac- 
tance habituelle des monarques assyriens, que Binidri de 
Damas et ses douze alliés n'aient subi aux environs de 
Qarqar un désastre complet. 

Cette défa dut montrer à Âchab combien le prophète 
avait eu raison de blâmer son alliance avec le roi de 
Syrie. Du reste, la paix conclue avec Bénàdad ne devait 
pas être de bien longue durée. Trois ans après la bataille 
d'Aphec, Ramoth, ville du pays de Galaad, qui d'après 
les traités aurait dû appartenir au roi d'Israël, était en- 
core au pouvoir de Bénadad , soit que celui - ci eût refusé 
de la rendre, soit plutôt qu'il eût, pour un motif ou pour 
un autre, envahi de nouveau le territoire de son allié. 
Achab résolut d'arracher de vive force cette place à son 
belliqueux voisin. 

En ce temps -là, Josaphat, roi de Juda, qui neuf ou 
dix ans plus tôt avait eu la malencontreuse idée d'unir 
son fils Joram à Athalie, la trop digne fille de Jézabel, 
II Par., xxi, 6; IV Reg., vm, 26, vint faire visite à Achab. 
Celui-ci, plein de ses idées de guerre contre Bénadad, 
entreprit de gagner Josaphat à sa cause. Il le reçut dans 
Samarie avec de grandes démonstrations de joie, II Par., 
xviii, 2, et parvint à conclure une alliance avec lui, dans 
le but de chasser le roi de Syrie de la ville de Ramoth. 
Inquiet pourtant >ur les conséquences que pourrait bien 
avoir cette campagne, Josaphat demanda à consulter le 
Seigneur. Achab, et c'est encore là un trait à noter, si 
l'on veut se rendre compte du caractère et des infidélités 
de ce prince, trouva immédiatement autour de lui quatre 
cents prophètes environ, qu'il ne faut sans doute pas 
confondre avec les quatre cents prêtres d'Astarté , puis- 
qu'ils se disent inspirés par Jéhovah, III Reg., xxii, 24, 
mais qui paraissent avoir été à la solde du roi simplement 
pour exercer la divination et lui prédire des choses exclu- 
sivement agréables. Le résultat de la consultation fut tel 
que le voulait Achab : « Montez à Ramoth, le Seigneur la 
livrera entre vos mains. » 

Josaphat n'accepta point cette décision, dictée par l'in- 
térêt et la servilité ; il réclama un prophète du Seigneur. 
Âchab dut envoyer chercher le fils de Jemla, Michée, qu'il 
détestait pour sa fidélité à prédire l'exacte vérité , fût-elle 
désagréable au bon plaisir du roi. Michée vint donc, et 
après une réponse ironique, conforme aux désirs d'Achab, 
il annonça résolument la défaite des troupes d'Israël. 
Achab fit saisir et jeter dans une dure prison le prophète 
du Seigneur, bien résolu à ne pas tenir compte de ses aver- 
tissements. Le pieux Josaphat, malgré la prédiction de 
Michée, et croyant peut-être qu'il devait faire honneur à 
une parole déjà donnée , ne sépara point sa cause de celle 
de l'impie Achab, ce dont le prophète Jéhu le blâma dans 
la suite. II Par., xn, 2. 

Tous les deux allèrent donc présenter la bataille au roi 
de Syrie sous les murs de Ramoth. Au moment d'engager 
l'action, Bénadad donna l'ordre aux trente-deux chefs de 
ses chariots de diriger leur attaque contre la personne 
même d'Achab. Celui-ci, soit qu'il eût eu connaissance 
des intentions de son ennemi, soit plutôt qu'il craignit 
l'effet de la prédiction de Michée, se déguisa pour n'être 
point reconnu dans le combat. Vaine précaution! Pen- 
dant que Josaphat, revêtu de ses habite royaux et pour- 
suivi quelque temps par erreur comme étant le roi d'Israël, 



échappait à la mort, Achab était atteint d'une flèche lancée 
comme au hasard par un soldat sans nom. Grièvement 
blessé, le prince fit sortir son char de la mêlée, sans 
toutefois déserter le champ de bataille. Il eut le courage, 
pour soutenir l'ardeur de ses soldats, de rester debout, 
la face tournée vers les Syriens , malgré les flots de sang 
qui inondaient son char. Le soir il expirait, et toute 
l'armée dut se disperser. On rapporta le corps du roi à 
Samarie, où il fut enseveli, et quand on lava son chariot 
dans la piscine de cette même ville, les chiens vinrent 
lécher son sang. La première prophétie d'Élie, III Reg., 
xxi, 19, d'après laquelle les chiens devaient lécher le sang 
d'Achab au lieu même où ils avaient léché le sang de 
Naboth , par conséquent à Jezrahel , ne se trouvait donc 
vérifiée qu'en partie; mais on se rappelle que la pénitence 
du roi avait lait modifier la sentence du Seigneur, qui 
en renvoyait le plein accomplissement au temps de son fils, 
III Reg., xxi, 29, et l'on verra plus tard, en effet, IV Reg., 
ix, 25-26, Jéhu, en souvenir de cette prophétie, jeter le 
cadavre de Joram dans le champ même de Naboth. Le 
reste des actions d'Achab, les palais, les villes qu'il fit 
construire, tout cela était consigné au livre des Annales 
des rois d'Israël, livre qui n'est point parvenu jusqu'à 
nous. 

Ainsi disparut, en attendant la pleine vengeance de 
Dieu sur sa postérité, un des plus mauvais princes qui 
ait gouverné le peuple d'Israël. Son manque absolu de 
solides convictions religieuses , sa faiblesse de caractère et 
ses passions, qui parfois confinent à la puérilité, III Reg., 
xxi, 4, ont fait de lui une sorte de grand enfant gâté, 
tombé entre les mains d'une femme hardie, insolente, 
audacieuse, qui sut l'amener à perpétrer tous les crimes, 
ou les exécuter elle-même avec son assentiment. Sa plus 
lourde faute fut assurément d'installer dans sa capitale le 
culte de Baal et d'Astarté , et de se prêter à la persécu- 
tion des fidèles serviteurs de la loi mosaïque. Chez un 
peuple où toute déviation du culte du vrai Dieu devait 
amener, non seulement à la longue et par la force des 
choses, mais encore, au besoin, par l'intervention posi- 
tive de Dieu , un châtiment terrible , le crime d'idolâtrie 
se doublait nécessairement du crime de lèse-nation. Après 
trois ans d'une famine que le peuple avait dû supporter en 
expiation de cette faute, Élie pouvait lui dire en toute assu- 
rance : « Ce n'est pas moi , mais toi qui troubles Israël , en 
abandonnant les commandements du Seigneur. » III Reg., 
xviii, 18. Ce qui rend ce prince plus inexcusable encore, 
c'est que jamais Dieu ne lui ménagea ses avertissements. 
Les prophètes du Seigneur, dont le ministère surnaturel 
jouait en Israël un rôle si considérable, ne manquèrent 
jamais de lui dénoncer ses crimes et les châtiments qui 
devaient suivre, III Reg., xviii, 1; xxi, 21; de le prévenir 
des dangers que les attaques de l'extérieur, III Reg., xx, 22, 
ou les fautes de sa politique, III Reg., xx, 42, faisaient 
courir à son royaume; enfin de lui fournir des preuves 
immédiates de la bonté de Dieu à son égard, sitôt qu'il 
donnait le plus léger signe de repentir. III Reg., xviii, 41 ; 
xxi , 29. Mais toutes ces attentions de Dieu furent en pure 
perte : Achab aima mieux subir la domination d'une femme 
exécrable, adorer les faux dieux, écouter ses devins; il 
périt donc pour l'avoir bien voulu. Après cela, qu'il ait 
eu un certain goût pour les arts, pour l'embellissement 
de ses palais et de ses villes, III Reg., xxii, 39; qu'au 
dernier moment il ait même montré quelque force d'âme 
en face de l'ennemi, c'est justice de le constater avec 
l'écrivain sacré, III Reg., xxn, 35; mais, en vérité, il 
faudrait autre chose pour racheter ses fautes et ses crimes 
devant le tribunal de l'histoire. L. Méchinead. 

2. AOHAB, fils de Colias, faux prophète, sorti des rangs 
des Hébreux déportés à Babylone par Nabuchodonosor. Il 
n'est lait mention de lui que dans Jérémie, qui, au nom 
de Dieu, le menace ainsi que ses sectateurs, et lui prédit 
que s'il continue à prêcher le mensonge et à vivre, comme 



425 



ACHAB — ACHAIE 



126 




il le faisait, dans l'adultère, le roi de Babylone le fera périr, 
et par un supplice si cruel , qu'il fournira aux survivants 
cette formule de malédiction : « Que Jéhovah te traite 
comme le roi de Babylone a traité Achab. » Jer., xxrx, 
21-22. Ce supplice est celui du feu, inusité en Palestine, 
mais en usage chez les Babyloniens. Daniel en fait expres- 
sément mention , ni , 6. Cf. Smith , History of Assurba- 
nipal, p. 137, 138, 157; Transactions of the Society of 
biblical archeeology, t. n, p. 360 et suiv.; Vigouroux, 
La Bible et les découvertes modernes, 3" édit., t. rv, 
p. 439-442. Nous ne saurions dire s'il y a, dans le mot 
employé pour désigner le supplice d' Achab (qdlâtn), une 
allusion au père de ce faux prophète (Qôlâyâh). 

L'identité de l'époque à laquelle vivait Achab et l'autre 
faux prophète menacé par Jérémie, xxrx, 21-22, d'une 
part, et les deux juges calomniateurs de la chaste Susanne, 
Dan., xin, 5, d'autre part; la similitude de leurs fonctions 
et celle de leur fin tragique ; enfin et surtout le désir de 
justifier par une référence l'expression : « ceux dont a parlé 
le Seigneur, » Dan., xni, 5, avaient porté plusieurs Juifs 
dont parle saint 
Jérôme, InDa- 
nielem, in hoc 
loc, à voir dans 
les deux vieil- 
lards de l'his- 
toire de Su- 
sanne les deux 
faux prophètes 
Achab et Sédé- 
cias. Mais, outre 
que le supplice 
est fort diffé- 
rent, ici la la- 
pidation, Dan., 
Xlll , 62 ; cf. 
Deut., xix, 18- 
19; Ezech., 

xvi, 40, là le supplice du feu, Jer., xxix, 21-22, il y a une 
différence entre ceux qui prononcent le châtiment : contre 
les vieillards, c'est le peuple; contre les faux prophètes, 
c'est le roi de Babylone. Ces divergences ont fait aban- 
donner universellement l'assimilation. P. Renard. 

ACHAO (hébreu : 'Akkad; quelquefois incorrecte- 
ment: Akkar, à cause de la ressemblance du daleth, i, 
et du resch, -i, hébreux; Septante : 'Ap^48; textes cunéi- 
formes : Agadê, Akkadu), ville située sur la rive gauche 
et assez près de l'Euphrate, à environ cinquante kilomètres 
nord-ouest de Babylone, à l'endroit où l'Euphrate et le 
Tigre , n'étant plus séparés que par une distance de trente 
kilomètres , étaient autrefois réunis par un canal nommé 
canal d'Akkad. Cette ville était située sur le quai méri- 
dional du canal, tandis que sur l'autre quai s'élevait la ville 
de Sippar, la Sépharvaïm de la Bible , dont Achad semblait 
n'être qu'un faubourg. 

La Genèse, x, 10, mentionne cette ville comme faisant 
partie de la tétrapole du Sennaar, gouvernée par Nemrod. 
Les fouilles ont prouvé qu'elle remonte, en effet, à la plus 
haute antiquité. Les scribes babyloniens plaçaient vers 
l'an 3800 av. J.-C. le règne de Sargon d'Akkad; cette indi- 
cation est confirmée par les monuments qui portent le nom 
de ce prince, dont les inscriptions sont tracées en style 
fort archaïque : le clou ou coin, élément constitutif de 
l'écriture cunéiforme, n'y apparaît pas encore; on n'y ren- 
contre que la ligne droite ou brisée, figurant d'une façon 
plus ou moins grossière l'objet dont on veut peindre le nom. 
(Fig.18.) A cette époque, Achad était déjà un centre d'é- 
tudes littéraires, astronomiques et surtout astrologiques. 
Nous possédons encore, sinon en originaux, du moins en 
copies, une portion de la bibliothèque rassemblée par Sargon 
et Naram - Sin , son fils. Voir Records of the past , 2 e série , 

I , p. 37; Lenormant-Babelon, Histoire ancienne de 



18. 



l'Orient, t. rv, p. 77-79. Plus tard , Achad perdit son rang 
de capitale; mais les plus anciens souverains de Babylone 
tinrent à honneur de joindre à leur titre celui de roi de la 
région d'Akkad, Sar mat Akkad; et le nom d'Akkadien, 
Akkadu, parait être demeuré l'appellation ethnographique 
pour la portion septentrionale de la Babylonie, tandis que 
celui de Sumir semble avoir été réservé à la partie méridio- 
nale. Malgré le déplacement de la royauté, Achad continua 
à jouer un rôle important jusque sous la domination des 
Perses. Cette ville est mentionnée dans les inscriptions égyp- 
tiennes d'Amenhotep II (xvm<> dynastie), qui s'en empara, 
ainsi que de Ninive. Jusqu'à présent son histoire ne parait 
pas, comme celle d'Arach, liée intimement avec les aven- 
tures d'Isdoubar, le Nemrod chaldéen. Anounitou, l'Istar 
ou la Vénus du matin, était la déesse protectrice d'Achad. 
Pendant longtemps les assyriologues ont donné du nom 
de cette ville la lecture erronée Âgané ; cette méprise, 
due à la polyphonie du dernier signe cunéiforme, qu'on 
peut lire né ou de, a contribué à prolonger l'ignorance 
des exégètes relativement à la situation véritable de la ville 

nemrodienne. 
Les anciens 
avaient cru la 
retrouver dans 
Nisibe : c'était 
l'opinion des 
Targums, de 
saint Éphrem , 
desaintJérôme, 
d'Aboulfaradje ; 
mais cette ville 
est beaucoup 
trop éloignée du 
Sennaar. Plu- 
sieurs parmi les 
modernes ont 
proposé Akker- 
kouf et Niffar, 
l'ancienne Nipour; mais si la situation géographique est 
plus satisfaisante, les noms eux-mêmes protestent contre 
cette hypothèse gratuite. Voir Fr. Delitzsch, Wo lag das 
Parodies ? p. 209 ; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes 
modernes, 5 e édit., t. i, p. 307-308. E. Pannier. 

ACHAÏE ( 'A^ata). Ce terme géographique a désigné, 
dans l'antiquité et dans les temps modernes, une étendue 
de pays très diverse. Pour Homère, Achéen et Grec étaient 



Cylindre de Sargon l'Ancien. Collection de M. de Clercq. 




19. — Monnaie de l'Achaïe. 

Zcub Homogrrlus debout, tourné à gauche. Il tient dans la main 
droite une Victoire qui lui pose une couronne sur la tête et de 
la main gauche 11 s'appuie sur un long sceptre. IIIIIAPXoS 
[titre du second magistrat de la ligue achéenne. Son nom manque 
sur la médaille. Ce magistrat n'exlstali plus à l'époque romaine]. 
— ft. Déméter Panachaïa, assise sur un trône, à gauche. Elle 
a une couronne dans la main droite et elle s'appuie de la 
gauche sur un long sceptre, comme Jupiter. I1AAAANTEUN 
AXAIÛN [monnaie] de Fallantlon Cen Arcadie, ville] de la 
ligue achéenne. 

synonymes; la Phthiotide fut d'abord appelée Achaïe. Plus 
tard , ce nom fut réservé à la contrée située au nord du 
Péloponèse, le long du golfe de Corinthe. Après la con- 
quête romaine, on appela Achaïe tous les pays qui avaient 
fait partie de la ligue achéenne. Pausanias , Vil, xn, g 10. 
L' Achaïe renfermait donc le Péloponèse, la Grèce cen- 
trale et les lies adjacentes. C'est à l'Achate qu'actuelle- 



427 



ACHAÏE — ACHAN 



128 



ment la majorité des historiens rattachent la Thessalie , 
l'Acarnanie et l'Étolie. Cette dernière y fut unie plus tard 
que les deux antres. Ptolémée, m, 14. Les limites tracées 
sur la carte ci -jointe (fig. 90) sont néanmoins conjectu- 
rales. Pour l'auteur des Actes des Apôtres et pour saint 
Paul, l'Achaïe et la Macédoine forment l'ensemble des 
pays grecs. Act., xix, 21 ; Rom., xv, 26; I Thess., i, 7, 8. 
Dans le partage des provinces fait en l'an 27 avant J.-C, 
par l'empereur Auguste, l'Achaïe fut attribuée au sénat : 
elle était par conséquent gouvernée par un ancien pré- 
teur ayant le titre de proconsul. Strabon, xvn, 3, 25; 



Parmi les villes de l'Achaïe , le Nouveau Testament ne 
mentionne qu'Athènes, Act.^ xvii, 16; Cenchrée, port de 
Corinthe, xvm, 18; Rom., xvi, 1, et cette dernière ville, 
qui était le séjour du proconsul. Act., xvm, 1. Déjà, au 
temps de saint Paul, l'Achaïe comptait de nombreux chré- 
tiens, II Cor., I, 1; I Thess., i, 7, 8; l'Apôtre loue leur 
charité, Rom., xv, 26; II Cor., IX, 2, sans pourtant vou- 
loir en user pour son propre compte. II Cor., xi, 9. 

E. Jacquier. 
ACHAÏQUE ('Ax<t:(*h, I Cor., xvi, 17; Vulgate : 
Achaicus, ibid., xvi, 15, 17), chrétien de Corinthe, et l'un des 



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20. — Achaïe. 



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Dion Cassius, lui, 12. En l'an 15, l'empereur Tibère 
l'enleva au sénat et en fit une province impériale, Tacite, 
Ann., I, lxxvi ; mais, en 44, Claude la rendit au sénat. 
Suétone, Claudius, xxv. L'Achaïe était donc province sé- 
natoriale lorsque saint Paul l'évangélisa, lors de son second 
voyage de missions, et c'est à juste titre que les Actes des 
Apôtres, xvm, 12, appellent proconsul d' Achaïe (iv6ù- 
itotToc) Gallio, devant qui l'Apôtre fut traduit par les Juifs. 
Pour remercier les Grecs de leurs applaudissements, Néron 
les déclara libres de la domination romaine; il les rendit, 
comme les Italiens, indépendants de tout gouverneur. Cet 
état de choses dura quelques mois seulement. Vespasien 
rétablit le proconsulat, qui dura jusqu'à Justinien. Ce qui 
caractérisait la province d'Achaïe, c'était le grand nombre 
de villes libres, autonomes, qu'elle contenait, parmi les- 
quelles il faut compter Athènes, Corinthe, Patras, etc. 
Les autres villes étaient groupées en confédérations, qui 
conservèrent les noms des xotvi de l'époque antérieure, 
mais ne furent plus que des associations religieuses qui 
joignaient au culte de leurs dieux celui des empereurs. 



premiers convertis de l'Achaïe. Avec Stéphane et Fortunat, 
il était venu à Éphèse voir saint Paul , pour lui parler des 
affaires de la communauté chrétienne, et lui apporter une 
lettre, à laquelle l'Apôtre répondit par sa première épltre 
aux Corinthiens. D'après la suscription du Texlus receptus, 
I Cor., fin, cette réponse fut portée à Corinthe par Achaïque 
et ses deux compagnons; quoique cette suscription ne soit 
pas authentique, on s'accorde à admettre ce renseigne- 
ment. Il semblerait, d'après la Vulgate, I Cor., xvi, 15, 
qu' Achaïque était de la famille de Stéphane; mais les ma- 
nuscrits grecs, pas plus que le Textus receptus, n'ont 
dans ce verset les deux noms de Fortunat et d' Achaïque: 
c'est une addition de la Vulgate. E. Jacquier. 

ACHAN (hébreu: 'Akân, « affligeant, troublant? »), 
appelé dans les Septante 'A.yip , ainsi que dans un passage 
de l'hébreu, 'Akâr, et de la Vulgate, Achar, I Par., n, 7, 
fils de Charmi, de la tribu de Juda, demeuré célèbre par 
le châtiment divin dont il fut l'objet après la prise de 
Jéricho par les Hébreux. Son crime avait été de violer 



129 



AGHAN — AGHAZ 



130 



l'ordre de Josué, qui avait expressément voué à l'anathème, 
c'est-à-dire à la destruction, la ville avec tout ce qu'elle 
renfermait d'hommes et de butin. Jos. , vi, 17. C'était 
une sorte de consécration religieuse que cet anéantisse- 
ment de la première ville conquise en Chanaan , exécuté 
en reconnaissance des droits souverains de Jéhovah , aussi 
bien que pour inspirer aux autres villes une terreur salu- 
taire. Dès lors , désobéir à cet ordre devenait un sacrilège 
digne de la vengeance de Dieu. C'est dans ce crime que 
tomba Achan, en dérobant après la prise de la ville un 
manteau d'écarlate, plus deux cents sicles d'argent et une 
règle d'or de la valeur de cinquante sicles. Jos., vu, 21. 
Le manteau, 'addéref, dont il est question n'était pas un 
habit vulgaire, comme la tunique de dessous, kefonêf, 
Lev., xvi, 4, ni comme la large robe, èimlâh, Gen., IX, 23, 
qu'on portait par -dessus; mais l'ample et luxueux pallium 
que portaient les rois , fait d'étoffe précieuse , parfois re- 
haussé de broderies d'or et d'argent, Eccle., ix, 8; Ezech., 
xvi, 10, et qu'on mettait les jours de fête et dans les céré- 
monies. IV Reg., v, 5. On le nommait aussi, et à cause de 
cet emploi extraordinaire, fiâlîfôt, c'est-à-dire vêtement 
qu'on change, ou qu'on ne garde pas longtemps. Les 
femmes israélites en confectionnaient de cette sorte, Prov., 
xxxi, 22; mais le plus souvent on les faisait venir de 
l'étranger, et en particulier de Babylone, dont la réputa- 
tion en cette matière était universelle. C'est sans doute ce 
que signifie l'hébreu 'addéref Ëine'âr, « manteau de Sen- 
naar » ( Babylone était situé dans la plaine de Sennaar), que 
saint Jérôme a traduit, on ne sait pourquoi, par pallium 
coccineum. Cf. Fillion, AU. archéol., pi. H, fig. 13-15; 
pi. lxxx, fig. 6-8; pi. lxxxi, fig. 7-9; pi. lxxxii, fig. 3. 
Les sicles d'argent dérobés avec ce manteau étaient, selon 
la forme de la monnaie en usage à cette époque, des mor- 
ceaux de métal pesant chacun un sicle, et peut-être mar- 
qués d'une estampille indiquant leur poids. Si le séqél 
d'argent du temps des Machabées avait le même poids 
que celui du temps de Josué, comme on peut le supposer, 
les deux cents sicles dérobés représenteraient une valeur 
monétaire de cinq cent soixante-six francs. La règle d'or, 
appelée dans l'hébreu leiôn zâhâb, « langue d'or, » était 
peut-être une lame en or massif, employée comme bijou. 
Sa valeur était de cinquante sicles d'or, environ deux mille 
francs, le sicle d'or valant douze sicles d'argent. II Reg., 
xxiv, 24; cf. I Par., xxi, 25. Voir Sicle. 

Tel était le crime d' Achan. Il avait été commis en secret, 
et secrètement aussi le coupable avait enfoui tous ces objets 
au milieu de sa tente, attendant le moment où il pourrait 
les utiliser sans péril. Mais Dieu révéla lui-même sa pré- 
varication. Sous les murs de la petite ville d'Haï, les troupes 
de Josué venaient d'essuyer une défaite si ignominieuse 
et si inattendue , qu'elle ne pouvait être qu'un châtiment 
du ciel ; et, dans cette pensée, Josué et les anciens d'Israël 
étaient demeurés jusqu'au soir prosternés devant l'arche 
sainte, se plaignant à Dieu et demandant l'explication de 
ce mystère. A la fin du jour, la voix du Seigneur s'était 
fait entendre, dénonçant le crime sans désigner l'auteur, 
déclarant que la protection du Seigneur ne serait plus sur 
Israël tant que le coupable ne serait pas exterminé avec 
tout ce qui lui appartenait, et indiquant enfin la marche 
à suivre pour le découvrir : c'était la voie du tirage au sort, 
d'abord entre les tribus, puis entre les familles, enfin entre 
les maisons et les individus. Le texte hébreu désigne moins 
clairement que la Vulgate ce mode d'investigation. Au lieu 
du mot « sort », Jos., vu , 14, on y lit « Jéhovah », ce qui 
a donné lieu à différentes explications. Les talmudistes 
disent que, tous les Israélites ayant défilé l'un après l'autre 
devant l'arche, le coupable fut retenu comme par une 
main invisible, et ainsi désigné au peuple. D'autres ont 
imaginé que, les douze tribus ayant passé devant le ra- 
tional du grand prêtre, la pierre de smaragde, qui repré- 
sentait Juda, s'obscurcit tout à coup jusqu'à devenir noire : 
on aurait recouru à un autre procédé pour découvrir la 
famille, la maison et l'individu. La plupart des exégètes 
DICT. DE LA CIBLE. 



pensent que ce procédé, aussi bien pour la première in- 
vestigation que pour les suivantes, fut la consultation mys- 
térieuse par l'urin» et le thummim, si fort en usage parmi 
les Juifs dans les dangers et les difficultés. Voir Urim et 
Thummim. Il est à remarquer que dans ce passage , Jos., 
vu, 14-18, notre même terme latin tribus, répété quatre 
fois, est rendu en hébreu trois fois par le mot sebet, f. 14 
et 16, et une fois par celui de mattèh, ^. 18, l'auteur se 
servant de l'un ou de l'autre selon le point de vue du 
moment ; car Sèbet désigne plutôt la tribu dans sa cohé- 
sion politique, tandis que mattéh vise surtout la mul- 
titude des éléments qui la composent. Cf. Jos., xiii, 33; 
xviii, 2-4. Cette remarque, faite au passage, réduit à néant 
le système des rationalistes, qui prétendent donner au livre 
de Josué deux auteurs différents, parce que, d'après eux, 
plusieurs expressions, et entre autres celle de Sébet à 
l'exclusion de mattéh, et réciproquement, seraient des 
caractéristiques de deux fragments du livre essentielle- 
ment distincts. Cf. Nachtigal , dans Heukes Magasin, IV, 
h, p. 362 et suiv.; Bertholdt, Einleitung, t. m, p. 849 et 
suiv.; Van Heverden, Disputatio de libro Josue, etc. 

Achan découvert confessa humblement sa faute, et l'on 
trouva, enfouis dans le sol de sa tente, les objets qu'il s'était 
appropriés. Il n'y avait plus qu'à exécuter sur le coupable 
la sentence prononcée par Dieu. A quelque distance de là, 
dans le voisinage de Galgala, s'étendait une large vallée, 
sur les collines de laquelle pouvait s'étager tout un peuple 
de spectateurs. Il s'y trouvait aussi, et en grande quantité, 
des pierres descendues des hauteurs voisines ou roulées 
par le torrent. Ce fut l'endroit désigné par Josué pour le 
lieu de l'exécution. Achan y vint, conduit par le peuple, 
avec ses fils et ses filles, ses troupeaux de bœufs, d'ânes 
et de brebis. On y apporta aussi sa tente , tous les objets 
à son usage, enfin le manteau de Sennaar, les sicles d'ar- 
gent et la règle d'or, qui furent accumulés en une seule 
masse avec les victimes. Alors Josué donna le signal, en 
prononçant une courte formule imprécatoire, dans laquelle, 
par le changement d'une lettre en une autre («, i, changé 
en r, -i, à la fin du nom d' Achan), il tira du nom même 
du coupable la signification de son châtiment : 'Akarfànû 
ya'ekorkâ Yehovâh. « Tu nous as troublés, Jéhovah te 
troublera. » Jos., vu, 25. A ces paroles, une grêle de 
grosses pierres tomba sur le coupable et les autres victimes 
vouées à la mort, et bientôt, leurs cadavres avec les objets 
destinés à la destruction ayant été consumés par le feu , 
il ne resta d'Achan et des siens qu'un monceau de cendres 
sur lequel les Juifs élevèrent un amas de pierres, pour 
demeurer le mémorial du crime et du châtiment. La vallée 
elle-même reçut le nom de cet événement; elle s'appela 
« vallée d'Achor », 'Akôr, « troublant ». Cf. Osée, II, 15; 
Is., lxv, 10. A l'époque où l'auteur du livre de Josué ra- 
contait cet épisode, le monument était encore debout. Jos., 
vu , 26. Le châtiment d'Achan a souvent servi d'exemple 
aux saints Pères et aux auteurs spirituels pour faire res- 
sortir la gravité du péché de sacrilège. P. Renard. 

ACHAR (hébreu: 'Êqer, se dit d'une plante déracinée 
et transplantée ; au figuré , étranger établi dans un pays ; 
Septante : 'Ax6p), troisième fils de Ram, de la tribu de 
Juda. IPar., il, 27. 

ACHAT. Voir Échange, Commerce. 

ACHAZ (hébreu : 'Ahâz, « possesseur, » ou plutôt, en 
sous-entendant Yo ou Yeho, « Jéhovah possède ; » Septante : 
"AyaC), roi de Juda de 744 à 728 avant J.-C, fils et suc- 
cesseur de Joatham. Il était âgé à son avènement au trône 
de vingt ans d'après la Vulgate, de vingt- cinq d'après le 
keri du texte hébreu, les Septante, les versions syriaque 
et arabe et quelques manuscrits latins, II Par., XXVIII, 1; 
ce qui parait se concilier mieux avec les vingt-cinq ans 
qu'avait Ézéchias, fils d'Achaz, quand il succéda à son 
père, qui en avait régné seize ; autrement il faudrait dire, 

I. - 7 



131 



AGHAZ 



132 



d'après la Vulgate, qu'Achaz avait eu an fils dès l'âge de 
onze ans, ce qui est inadmissible. Achaz arriva au pou- 
voir après les règnes glorieux d'Ozias ou Azarias et de 
loatham. Tout était prospère en Juda, à l'intérieur comme 
dans les relations avec l'étranger : l'organisation militaire 
achevée, Jérusalem bien fortifiée; partout, dans les bois, 
sur les hauteurs, des tours de défense construites, le com- 
merce florissant, le nom de Juda respecté parmi les 
peuples voisins. II Par., xxvn, 3-6. Malheureusement 
avec cette prospérité matérielle s'étaient introduits des 
germes de dissolution : un luxe exagéré, Is., n, 7-16, et 
une déplorable immoralité. Is., n-v; Os., iv, 15. On 
avait même vu, sous le couvert de la tolérance royale, se 
manifester un retour au culte des idoles, si fatal pourtant 
aux Hébreux, mais toujours séduisant pour leurs grossiers 
instincts. IV Reg., xv, 4; Is., n, 6-8. Tel est le milieu, 
telles sont les circonstances dans lesquels Achaz avait été 
élevé. Même avec un bon naturel, il devait se ressentir 
de ces influences malsaines; quoi donc d'étonnant si, étant 
d'un tempérament pervers, il devint la personnification 
des vices de son époque? « Il ne fit pas ce qui était agréable 
au Seigneur son Dieu, » IV Reg., xvi, 2; mais plutôt 
« il marcha dans la voie des rois d'Israël », f. 3, c'est- 
à-dire dans l'impiété et l'idolâtrie, et tout particulière- 
ment dans l'abominable culte du dieu des Phéniciens, 
Baal, auquel il éleva des statues. II Par., xxvm, 2. Au 
milieu des bosquets délicieux qui se trouvaient au midi 
de Jérusalem , dans la vallée des fils d'IIinnom, déjà trop 
célèbre par les abominations qu'elle avait vues, Jos., xv, 8; 
IV Reg., xxiii, 10 ; Jer., xix, 2, il offrait de l'encens aux 
idoles. II Par., xxvm, 3. Un jour même, soit pour con- 
jurer un danger imminent, soit pour tout autre motif, 
« il consacra, » ou, comme porte l'hébreu, « il fit passer » 
(hé'èbîr) son fils par le feu, IV Reg., xvr, 3, expression 
dont le sens est déterminé par le passage parallèle, II Par., 
xxvm, 3, vayyabe'èr, « et il fit brûler. » Faire passer des 
enfants par le feu en l'honneur de Moloch, « l'abomination 
des Ammonites, » III Reg., xi, 5, avait lieu, il est vrai, 
à deux degrés : ou bien par une simple et rapide transla- 
tion de l'enfant au travers des flammes, Lev., xvm, 21, 
ou bien en le déposant dans les mains étendues du dieu, 
dont la statue de métal recelait un brasier ardent dans 
lequel l'enfant roulait et était consumé; c'est ce dernier 
mode qu'on appelait hé'ëbîr bâ'êS. Théodoret, Quxst. in 
IV Reg. cap. xvr, t. lxxx, col. 779, pense que le péché 
d' Achaz ne dépassa pas la simple purification; mais Josèphe 
ne laisse aucun doute : fêiov êXoxaÛTwae TtalSa xaTà ri. 
XavavciKùv E8t|, Ant.jud., IX, xii; et son sentiment a été 
adopté par l'universalité des interprètes. A noter, dans le 
passage parallèle des Paralipomènes , le pluriel « ses fils » 
(hébreu : bdnâv), ce qui manifestement est mis pour le 
singulier. 

Dieu, pour punir Achaz de son impiété, suscita contre lui 
deux princes qui déjà sous Joatham avaient commencé 
les hostilités, IV Reg., xv, 37 : Rasin, roi de Syrie, et Pha- 
cée, roi d'Israël. Selon l'ordre naturel des choses, Rasin 
et Phacée auraient dû toujours demeurer ennemis, tandis 
qu'au contraire le roi de Juda et celui d'Israël, à cause 
de la communauté de race et d'intérêts, auraient dû rester 
toujours amis. Rasin était peut-être jaloux de la prospé- 
rité de Juda. Quoi qu'il en soit, ayant résolu de s'unir 
pour attaquer Achaz, ces deux princes opérèrent d'abord 
séparément; car, bien que selon IV Reg., xvi, 5, le siège 
de Jérusalem par les troupes réunies de Rasin et de Phacée 
soit mentionné avant les campagnes séparées de l'un et 
de l'autre, il est manifeste que ce n'est pas là l'ordre 
chronologique des événements. Le siège de Jérusalem, 
en effet, fut interrompu par l'invasion de Téglathphalasar 
en Syrie, ce qui força les assiégeants à quitter brusque- 
ment les remparts pour tenir tête chez eux à l'envahisseur, 
et nous savons que leur résistance n'aboutit qu'à une dé- 
laite. Donc il ne put y avoir d'attaque ni de l'un ni de 
l'autre contre Achaz après cet événement, et les cam- 



pagnes particulières de Rasin et de Phacée ont dû pré- 
céder le siège de Jérusalem. On pourrait à la rigueur 
soutenir qu'Achaz n'eut pas à se défendre contre une 
double armée, mais contre une seule, composée des Is- 
raélites et des Syriens, dont l'unique opération aurait été 
rapportée d'une manière fragmentaire en deux épisodes : 
l'un IV Reg., xvi, 6, cf. II Par., xxvm, 5; l'autre II Par., 
xxvm, 5-6. Il semble plus conforme au texte de dire que 
les deux rois, ayant formé dès l'origine le projet de ruiner 
Juda, Is., vu, 6, chacun d'eux se mit séparément à l'œuvre. 

Achaz vit d'abord Rasin porter un coup désastreux à son 
commerce, si prospère depuis qu'Ozias avait conquis l'im- 
portante ville maritime d'Élath ou Aïla , au fond du golfe 
Élanitique. IV Reg., xiv, 22; II Par., xxvi, 2; cf. III Reg., 
ix, 26. Le texte ne dit point quelle route suivirent les 
Syriens pour y arriver; il est probable qu'ils traversèrent 
les régions à l'est du Jourdain, et que c'est là qu'Achaz 
essuya sa première défaite, dans laquelle il laissa aux 
mains de l'ennemi un immense butin. II Par., xxvm, 5. 
Si Rasin était venu par la Samarie et Juda, on ne com- 
prendrait pas qu'il eût passé si près de Jérusalem sans 
l'attaquer. Presque au même temps, Achaz subit un autre 
échec ; car « Dieu le livra aux mains du roi d'Israël, et il 
fut frappé d'une grande plaie ». II Par., xxvm, 5-6. Cette 
plaie, ce fut la perte en un seul jour de cent vingt mille 
de ses plus vaillants soldats ; ce fut encore de voir enlever 
de leurs foyers deux cent mille Juifs, « tant femmes que 
jeunes gens et jeunes filles, » pour être transportés en 
Samarie, f.8. Il ne lui restait plus qu'à assister à la ruine 
de sa ville royale, Jérusalem , et à vrai dire il faisait tout 
pour s'attirer ce suprême châtiment; car, aveuglé jusqu'à 
croire que les dieux syriens étaient les auteurs de ses 
maux , il se disait en voyant les Israélites victorieux : « Ce 
sont les dieux des rois de Syrie qui les aident ; je les apai- 
serai par mes sacrifices, et ils m'assisteront. » II Par., 
xxvm , 23. Mais Jéhovah avait promis que Juda ne péri- 
rait pas totalement, Is., i, 9, et il voulut encore épargner- 
Jérusalem. 

Rasin, remontant vers le nord , avait franchi le Jourdain 
et fait sa jonction avec Phacée (Septante : <tvv6ç<&vt)<t£v, Is., 
vu, 2) ; tous deux étaient venus assiéger Jérusalem, proje- 
tant en même temps de remplacer Achaz par un personnage 
appelé dans Isaïe, vu, 6, « le fils de Tabéel, » un Syrien 
probablement, comme l'indique le nom de son père, et 
sans doute vassal de Rasin. Voir Tabéel. C'est dans cette 
extrémité qu'Achaz, affolé de terreur et tremblant avec toute 
la maison royale « comme les feuilles des forêts sous le 
souffle du vent », Is., vu, 2, reçut le message divin qu'Isaïe 
fut chargé de lui transmettre , et dans lequel Jéhovah lui 
faisait dire de ne pas craindre, parce que, à cause de 
David et des promesses messianiques , Juda , le royaume 
théocratique si souvent protégé , ne périrait pas si Achaz 
mettait sa confiance en lui. Is., vu, 4-9. Achaz était en 
ce moment hors des murs de Jérusalem, à l'extrémité du 
canal de la Piscine supérieure, sur le chemin du champ 
du Foulon, à l'ouest de la ville. Is., vu, 3. Voir Champ du 
Foulon. Peut-être Achaz, en prévision d'un siège, prenait- 
il des dispositions pour dériver ces eaux dans Jérusalem et 
en priver les assiégeants. Cf. Is., xxii, 9-12, où l'on voit 
des mesures analogues. C'est à cet endroit qu'Isaïe aborda 
le roi de Juda, Isaïe, grand prophète et grand patriote, 
déjà bien connu sous Ozias, II Par., xxvi, 22, et ayant 
déjà eu une grande part dans les affaires publiques. II 
venait accompagné de son fils, dont le nom prophétique, 
Seâr yâiûb, « le reste reviendra, » préludait devant le roi 
désespéré au message de consolation. C'est là qu'Achaz 
entendit avec étonnement le prophète appeler ses deux 
puissants ennemis « deux débris de tisons fumants », Is., 
vu, 4, qui seraient bientôt éteints, et notamment Éphraïm, 
c'est-à-dire Israël, qui avant soixante-cinq ans ne serait 
plus un peuple. Is., vu, 8. Des expédients humains, le roi 
en avait trop employé : conformément à la constitution 
théocratique de Juda , il devait tenir Jéhovah pour soa 



133 



ACHAZ 



134 



unique et suffisant défenseur; il n'avait à craindre qu'une 
chose , l'infidélité envers Dieu ; car, « si vous n'êtes pas 
fidèles, lui dit Isaïe, vous périrez » (l'hébreu, avec alli- 
tération : Hm lô' (a'âminù kî lô' tê'âmênû). Is., vu, 9. 
Mais Achaz est trop endurci dans son impiété; ne croyant 
plus aux promesses divines, il a formé un antre projet qui 
lui parait plus sûr: demander secours aux Assyriens. En 
vain le Seigneur insiste : puisque sa divine parole ne ras- 
sure point le roi, qu'il fasse l'expérience de sa puissance , 
qu'il demande un signe manifeste de la protection d'en 
haut, qu'il le choisisse où il voudra, dans le ciel ou dans 
le Se'ôl. Is., vu, 11. Achaz dissimule son embarras sous 
une excuse frivole : il ne demandera pas un signe, dit-il, 
pour ne pas paraître tenter le Seigneur. Cette réponse, si 
elle est loyale, suppose que le roi croyait à la possibilité 
du miracle et admettait la mission divine d'Isaïe. Autre- 
ment il aurait dû demander un signe qui, dans sa pensée, 
aurait tourné par son insuccès à la confusion du prophète. 
En disant qu'il ne voulait pas tenter Dieu, Is., vu, 12, le roi 
de Juda n'était pas sincère. En réalité, il refusait le secours 
divin pour n'être pas obligé de changer de conduite et d'a- 
bandonner l'idolâtrie. Il préférait se tirer d'embarras par 
des moyens humains : flagrant mépris de la théocratie, fon- 
dement de son royaume ; péché d'orgueil et d'hypocrisie. 
Achaz n'ignorait pas qu'en disant : « Tu ne tenteras pas 
le Seigneur ton Dieu, » Deut., vi, 16, Jéhovah avait seu- 
lement défendu à l'homme de le mettre en demeure de 
manifester sa puissance sans motif suffisant. Il méritait 
donc, et tout son peuple en sa personne, la véhémente 
apostrophe du prophète : « Vous lassez mon Dieu. » Is., 
vu , 13. Pourtant ce n'est pas sa résistance qui entravera 
les desseins de la miséricorde divine; au contraire, « à 
cause de cela même, » jL 14, à la place du signe que le 
roi refuse de demander, Dieu en produira lui-même un 
plus merveilleux : ce sera la naissance du fils de la Vierge 
(hébreu : 'almâh), dont le nom sera Emmanuel. Is., 
vu, 14. Or, ce signe, Achaz ne le verra pas : d'abord parce 
que cette 'almâh n'est point son épouse, et l'Emmanuel 
n'est point son fils Ézéchias, comme l'ont prétendu plu- 
sieurs rationalistes modernes, reproduisant un subterfuge 
déjà connu à l'époque de saint Justin, Dial. cum Tryph., 
55, 67, 77, t. vi, col. 567-570; cf. S. Jérôme, Inls. vu, 14, 
t. xxiv, col. 109. Pour une autre raison encore, Achaz ne 
verra pas ce signe , car il ne s'accomplira que longtemps 
après lui; mais la « maison de David » en sera témoin 
dans l'avenir au jour de la naissance du Messie, qui dé- 
livrera Israël d'ennemis plus redoutables que Rasin et 
Phacée. Le signe cependant touche aux événements con- 
temporains par ce lien : avant le temps qui sera nécessaire 
à cet enfant miraculeux pour arriver au discernement du 
bien et du mal, ou, ce qui revient au même, pour être 
capable de supporter la nourriture du beurre et du miel , 
Achaz aura vu la ruine de ses ennemis. Is., vu, 15-16. 
Mais parce qu'il a résisté à Dieu, le roi impie attirera sur lui 
et sur son peuple la malédiction annoncée. Is., vu, 9. Elle 
sera exécutée par l'Assyrien que Jéhovah « amènera », Is., 
vu, 17, et sous ses coups l'état de Juda sera si misérable, 
qu'on n'aura pas vu « de jours semblables depuis la sépa- 
ration d'Éphraïm », ibid., c'est-à-dire depuis le schisme 
d'Israël. Achaz a l'humiliation d'entendre même l'annonce 
de plus grands maux : l'oppression de Juda et sa ruine 
sous les piqûres des « moucherons d'Egypte » et des « abeilles 
d'Assur ». Is., vu, 18. 

Le roi ne fut pas témoin de la réalisation de cette der- 
nière prédiction, mais la première fut exécutée sous ses 
yeux; car, se voyant attaqué de tous côtés, au nord par 
Rasin et Phacée, au midi par les Iduméens, qui venaient 
de lui prendre un immense butin, II Par., xxvm, 17, à 
l'ouest par les Philistins, aux mains desquels étaient tom- 
bées les villes de Bethsamès, Aïalon, Gadéroth, Socho, 
Thamna et Gamzo, II Par., xxvm, 18, Achaz s'abaissa 
jusqu'à mendier le secours d'un roi païen, celui d'Assyrie, 
Téglathphalasar, lui disant : «Je suis ton serviteur et 



ton fils; viens me sauver des mains du roi de Syrie et 
du roi d'Israël, ligués contre moi. » IV Reg., xvi, 7. Pour 
se le rendre favorable, il vida ses trésors, à l'exemple 
de ses prédécesseurs, Asa, LU Reg., xv, 18, et Joas, 
IV Reg., xii, 18, et il dépouilla la maison du Seigneur, 
IV Reg., xvi, 8, précaution à peine utile, car l'ambi- 
tieux monarque assyrien ne cherchait qu'une occasion 
d'étendre sa domination. Achaz eut bientôt la joie de le 
voir envahir la Syrie, assiéger et ruiner Damas, mettre 
à mort Rasin et emmener ses sujets captifs , puis se jeter 
sur Israël et en transférer les habitants en Assyrie. 
IV Reg,, xv, 29-30; xvi, 9. D'après la liste des éponymes, 
on était en 733 ou 732 lorsque Téglathphalasar commença 
cette campagne, qu'il ne termina qu'après deux ans. Vigou- 
reux , La Bible et les découvertes modernes, 5 e édit., t. iv, 
p. 117. 

Elle venait de finir, et l'Assyrien victorieux se reposait 
à Damas, lorsque Achaz se rendit près de lui, selon toute 
vraisemblance pour figurer dans une sorte de réception 
générale, à laquelle tous les rois tributaires de Téglath- 
phalasar avaient été convoqués. IV Reg., xvi, 10. D'après 
Josèphe, c'est alors qu'Achaz dépouilla ses trésors et le 
temple, pour payer ce qu'il avait seulement promis lors 
de sa demande de secours aux Assyriens. Anl. jud., IX, 
xiii. C'est ce voyage qui donna lieu à la construction d'un 
autel de modèle païen dans le temple de Jérusalem. Le 
texte porte : « l'autel qui était à Damas, » IV Reg., xvi, 10, 
ce qui signifie un autel syrien, soit qu'il fût propre aux 
Syriens , soit qu'il fût une imitation des autels assyriens. 
Cette seconde hypothèse est admissible, car c'était l'habi- 
tude des rois d'Assur de faire porter dans leurs expéditions 
militaires les autels de leurs dieux , et de les établir dans 
les pays conquis. G. Rawlinson, Ancient Monarchies, 
t. H, p. 531. Elle devient même vraisemblable si l'on con- 
sidère le penchant d' Achaz pour la religion des Assyriens, 
dont il pratiquait le culte astrologique sur les autels qu'il 
avait fait construire en l'honneur du soleil sur la terrasse 
de son palais. IV Reg., xxm, 12, ; cf. Tacite, Annal, xii, 13. 
Son cadran solaire, plus tard l'occasion d'un grand mi- 
racle, Is., xxxviii, 8, était peut-être aussi une importation 
assyro-chaldéenne. Il entrait d'ailleurs dans le caractère 
d'Achaz de flatter ainsi son libérateur. En tout cas, comme 
les autels assyriens étaient très étroits et insuffisants pour 
y offrir des holocaustes, si celui que le roi de Juda fit cons- 
truire leur ressemblait par la forme, il dut avoir de plus 
grandes proportions, puisque nous voyons qu'on y con- 
suma des victimes. IV Reg., xvi, 12; Fillion, Atlas ar- 
chéol., pi. xcviii, fig. 6; pi. cxvi, fig. 2. Au y. 15, cet 
autel est appelé, par rapport à l'ancien autel des holo- 
caustes, « autel plus grand. » Achaz envoya donc par des 
exprès le dessin de cet autel au grand prêtre Urie , peut- 
être le même que celui qui est appelé de ce nom dans Is., 
vin, 2; et à son retour de Damas il le trouva construit et 
établi dans la cour du temple. Il y monta, y offrit des holo- 
caustes et des sacrifices non sanglants (hébreu : minhah), 
et y répandit le sang des victimes pacifiques. IV Reg., xvi, 
12-13. Il est à croire, d'après le ^. 15, que ces sacrifices 
étaient en l'honneur de Jéhovah, ce qui n'empêcha pas 
Achaz d'en offrir d'autres aux dieux de Damas. II Par., 
xxvm, 23. D'ailleurs le seul fait de sacrifier au Seigneur 
sur un autel d'un type païen était une profanation sacri- 
lège du culte divin , d'autant plus que la forme de l'autel 
des holocaustes avait été déterminée dans les plus grands 
détails. Exod., xxv, 40; xxxviii, 1-7. 

Achaz introduisit d'autres changements dans le culte. 
D'après le texte hébreu , plus clair que celui de la Vul- 
gatë, l'autel syrien avait été placé par Urie devant la partie 
antérieure de la maison de Dieu , au milieu de la cour 
des prêtres, de manière que l'ancien autel des holocaustes 
se trouvait entre lui et le temple. IV Reg., xvi, 14. Achaz, 
pour donner sans doute à l'autel de son choix une place 
plus honorable, et afin qu'il fût seul a devant le Sei- 
gneur », fit reculer vers le nord l'autel des holocaustes, se 



135 



ACHAZ — ACHAZIB 



136 



réservant d'en disposer plus tard. De plus, il établit que 
sur l'autel syrien seraient offerts les sacrifices les plus so- 
lennels de chaque jour : celui du matin et celui du soir, 
offerts au nom de tout le peuple, ainsi que certains autres 
sacrifices, comme les holocaustes (hébreu : 'olâh) du roi 
et les oblations (hébreu : minhâh) du roi. IV Reg., xvi, 15. 
Là ne s'arrêta pas son amour sacrilège de la nouveauté. 
Il y avait autour du temple des bassins d'airain , sorte de 
lavoirs mobiles, supportés par des bases de même métal, 
et au nombre de dix. III Reg., vu, 27-28, 37-39. Bases 
et bassins furent enlevés par son ordre. Il n'épargna pas 
davantage la mer d'airain, qu'il ôta de dessus les douze 
bœufs de même métal qui la soutenaient, III Reg., vu, 
23-25, et la plaça sans respect sur le pavé de la cour du 
temple (Septante: « sur un piédestal de pierre, » êSmxev 
aùrriv iià fjâiriv 5u8îv7|v, IV Reg., xvi, 17; hébreu : « sur 
un pavé de pierre, » 'al marsêfêt 'âbânim). Ces change- 
ments furent faits « à cause » du roi d'Assyrie, IV Reg., 
xvi, 18, probablement pour rapprocher le culte juif de 
celui des dieux d'Assur, soit parce qu'Achaz s'était épris 
d'admiration pour la civilisation et les usages des Assy- 
riens, soit parce que Téglathphalasar obligea le roi de 
Juda à agir de la sorte. D'autres pensent pourtant que, 
les trésors du roi et du temple étant épuisés, ibid., f. 8, 
Achaz avait enlevé ces ornements pour en faire de l'argent 
et solder le lourd tribut dû au monarque assyrien, ibid., 
f. 18. Il est certain du moins que tous n'avaient pas été 
aliénés, car Jérémie atteste que les Chaldéens 'rouvèrent 
à Jérusalem la mer d'airain, les taureaux et les bases ci- 
selées, qu'ils emportèrent à Babylone. Jer., LU, 17-20 Le 
pieux Ézéchias les avait fait probablement rétablir à leu- 
place. II Par., xxix, 19. Les autres modifications faites par 
Achaz , IV Reg., xvi, 18, sont fort obscures, à ce point que 
l'auteur de la Vulgate s'est contenté de transcrire de l'hé- 
breu le mot principal, qu'il ne comprenait pas. Achaz, 
écrit-il, « changea aussi dans le temple du Seigneur, à 
cause du roi des Assyriens, le musach du sabbat, qu'il 
avait bâti dans le temple, et l'entrée extérieure du roi. » 
L'hébreu mûsak (ainsi porte le keri, au lieu du ketib : 
mêisak), de la racine sâkak, « couvrir, » signifie un lieu 
couvert quelconque, et n'est employé qu'une fois dans la 
Bible. Il désigne probablement un portique situé dans le 
parvis extérieur, par où le roi entrait au temple , pour se 
rendre .à la place d'où il assistait aux cérémonies. Les 
Septante ont traduit « la base du siège des sabbats », tt,v 
6e|jiéXiov tî|î xa6£Spa{ tùv <râ66xTuv, ayant lu rnûsâd, « fon- 
dement, base, » pour mûsak. Achaz modifia cette instal- 
lation , on ne sait de quelle manière. Ces avances ne lui 
servirent d'ailleurs de rien , car Téglathphalasar trouva 
bientôt un prétexte pour se jeter sur Juda , ravagea tout 
le pays, et au lieu d'assurer la liberté à ce peuple dont 
il s'était posé comme le protecteur, il l'asservit. De ce 
jour, Juda perdit son indépendance. II Par., xxviii, 20. 
Dans une inscription cunéiforme trouvée à Nimroud , et 
actuellement conservée au British Muséum, entre beau- 
coup d'autres princes tributaires de Téglathphalasar, on lit 
le nomd'«Achaz de Juda», Ya-hu-ha-zi Ya-hu-da-ai. 
(Le nom d' Achaz est précédé de Ya, contraction de Jé- 
hovah, et nous en avons là la forme complète, Achaz 
étant une abréviation de Joachaz.) Western Asiatic In- 
scriptions, t. il, p. 67; Menant, Annales d'Assyrie, p. 144; 
Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 5« édit., 
t. iv, p. 118-119. 

C'est peut-être à cette époque qu'Achaz, tombant dans 
un noir désespoir, s'abandonna avec fureur à son pen- 
chant pour l'idolâtrie; qu'il fit briser les vases sacrés, 
fermer les portes du temple, abolir le culte du vrai Dieu 
et ériger des autels aux idoles dans tous les carrefours de 
Jérusalem, II Par., xxviii, 24 : époque lugubre, en sou- 
venir de laquelle les Juifs célèbrent encore chaque année 
une solennité expiatoire. Telle fut la fin d'Achaz, qui 
mourut à Jérusalem après seize ans de règne, et y fut 
enseveli, sans partager néanmoins la sépulture des rois 



de Juda (dans le texte : Israël pour Juda, TJ Par., xxvnr, 
27). La perversité de ce roi, sa faiblesse inqualifiable, sa 
pusillanimité à l'heure du danger, enfin sa maladresse en 
politique et son impiété envers Dieu, firent de lui un des 
plus méchants rois de Juda, et sa mémoire est demeurée 
justement en exécration parmi les Juifs. P. Renard. 

ACHAZIB, hébreu : Akzib ; grec: "A/aît, Ke&g, 
'A-/Çé6, 'ExoÇô6; latin: Achzib (Jos., xv, 44), Achazib et 
Achziba. 

1. ACHAZIB, ville maritime de la Palestine, située 
entre Saint-Jean-d'Acre et Tyr (fig. 21). Elle est mentionnée 
dans Josué, xix, 29, comme appartenant à la tribu d'Aser; 
mais les anciens habitants, Chananéens d'origine, n'en 
purent être chassés. Jud., i, 31. Le changement du zaïn 
sémitique en d a amené Akdip, comme Gaza est devenu 
Cadytis, et M'gozan, Mygdon ; de là les Grecs et les Latins 
ont fait'ExSt'ima, Ecdippa. Ptolémée, V, xv; Pline, V, xvu. 
Josèphe l'appelle 'ExSitctoijv et 'Ex8t7iou; , et la signale 
comme une place maritime. Bell. Jud., I, xm, 4. Ailleurs 
il la nomme Arcê, "Apxr). Ant. Jud., V, i, 22. On la trouve 
dans les tablettes cunéiformes avec le nom d'Ak-zi-bi. 
Eb. Schrader, Die Keïlinschriften und das Alte Testa- 
ment, 2 e édit., Giessen, 1883, p. 170. Dans le Talmud, sous 
le nom de Kezib ou Guezib, elle est citée comme formant, 
depuis le retour de la captivité, la limite septentrionale de 
la Galilée "vers le nord -ouest, sur la route d'Accho à Tyr. 
Tosiftha, Demoï, ch. i. Ville forte comme Accho, Talm. 
de Bab., Eroubin, 64 b, elle possédait une synagogue. 
Cf. Neubauer, Géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 233. 

Eusèbe et saint Jérôme la placent à neuf milles de Ptolé- 
maïde ou Saint-Jean-d'Acre, Onomasticon, au mot A-^Çt'?, 
et on l'identifie généralement avec le village actuel d'Ez- 
Zib. Situé non loin d'une petite baie qui a dû servir au- 
trefois de port à la ville, il est assis plus au nord sur une 
colline qui constituait l'acropole de la cité basse. « Ce 
monticule était jadis entouré d'un mur d'enceinte, dont 
on distingue encore des traces du côté de l'est. La plupart 
des maisons actuelles ont été bâties avec des matériaux 
antiques. Les jardins qui entourent ce village sont bordés 
soit de cactus, soit de vieux tamaris, et renferment beau- 
coup d'arbres fruitiers, au-dessus desquels de jolis palmiers 
dressent çà et là leur tige élancée et leur tête verdoyante. » 
V. Guérin, Descript. de la Pal., Galilée, t. H, p. 164. 

Sennachérib, dans sa campagne contre Ézéchias, roi 
de Juda, s'empara de cette ville, et la mentionne entre 
V-su-u (Hosah, Kh. Ezziyah) et Ak-ku-u (Accho). 
Prisme de Taylor ou Cylindre C. de Sennachérib ; 
Cuneiform inscriptions of Western Asia, t. i, pi. 38-39; 
Schrader, ouvr. cit., p. 288. 

2. ACHAZIB, ACHZIB, ville de la tribu de Juda, citée 
entre Céïla et Marésa. Jos., xv, 44. Le texte hébreu la men- 
tionne également dans Michée , i , 14 ; car « cette maison 
de mensonge » , qui d'après la Vulgate sera « pour la dé- 
ception des rois d'Israël » , n'est autre dans l'original que 
la ville d'Achzib, qui, en tombant plus tard aux mains 
de l'ennemi, « trompera » la confiance purement humaine 
de la puissance royale. Par un de ces jeux de mots familiers 
aux Orientaux, et assez fréquents dans les Livres Saints, 
le prophète trouve dans le nom même (racine kâzab, 
« mentir ») un présage des châtiments qu'il annonce. Dix 
villes sont mentionnées de la même façon dans cette pro- 
phétie; or, parmi les cinq dernières, dont la situation au 
sud-ouest de la Palestine est bien connue, comme Lachis 
(Oumm-el-Lakis), Marésa (Kh. Mérach) et Odollam 
(Aïd-el-Ma), on remarque également Achzib. Sa position 
est donc naturellement indiquée, et le nom semble s'être 
conservé dans celui d'Aïn el-Kezbéh, près de Beit-Nettif. 
Cette identification est confirmée par le témoignage d'Eu- 
sèbe et de saint Jérôme, qui nous disent que, de leur temps, 
cChazbi (Achzib) était un endroit désert, près d'Odollam, 



137 



ACHAZIB — ACHIA 



138 



sur les confins d'Éleuthéropolis. » Lib. de situ et nom. 
loc. heb., t. xxiii , p. 889. 

Ce témoignage nous permet aussi de croire que FAchzib 
de Juda est identique à Chezib (Xoa6i, Chazbi) dont 
parle le texte hébreu dans la Genèse, xxxvm, 5. Là, 
en effet, où la Vulgate traduit : « Lorsqu'il fut né (Sela, 
son troisième fils), elle (la fille de Sué, épouse de Juda) 
cessa d'enfanter; » l'original porte: «Et il (Juda) était 
à Kezib lorsqu'elle l'enfanta (Sela ) ; » remarque faite par 
l'historien afin que la famille issue de Sela connût son 
origine. Comme les autres endroits mentionnés dans ce 
chapitre sont tous dans la plaine de Juda, nous pouvons 



quer les Philistins en compagnie de son seul écuyer : 
l'événement donna raison à son audace, et les Philistins 
s'enfuirent, frappés d'une terreur surnaturelle. I Reg., 
xiv, 15. A cette nouvelle, Saûl appelle Achias et lui dit : 
« Consultez l'arche du Seigneur; » car, ajoute la Vulgate, 
« l'arche de Dieu était ce jour-là avec les enfants d'Israël, » 
y. 18. L'arche résidait alors à Cariathiarim, I Reg., vu, 1 ; 
mais on sait qu'elle accompagnait parfois les Hébreux 
dans leurs expéditions militaires. Toutefois ce n'était géné- 
ralement pas à l'aide de l'arche d'alliance que le grand 
prêtre consultait le Seigneur; il le faisait au moyen de 
l'éphod, et c'est sans doute la raison qui a porté les Sep- 




21. — Vue d'Acliazlb d'Aser. D'après une photographie. 



à bon droit, avec les interprètes anciens et modernes, 
identifier Chezib avec Achazib 2. 

Enfin, quelques auteurs assimilent Achazib 2 avec Cozêba, 
dont fait mention le texte hébreu dans I Par., iv, 22. Ceux, 
en effet, que la Vulgate appelle « les hommes de men- 
songe » sont les « hommes de Cozêba » , rangés parmi les 
descendants de Sela, fils de Juda, par allusion sans doute 
à leur lieu d'origine. Cependant Conder distingue Achzib 
de Chozêba, qu'il place plus à l'est, à Koueiziba, dans 
Palestine Exploration Fund, Quart. St., 1875, p. 13, et 
Handbook to the Bible, Londres, 1887, p. 408. 

A. Legendre. 

ACHIA, ACHIAS, hébreu : 'Â/fîyâh, « mon frère, 
c'est-à-dire ami est Jéhovah ; » Septante: 'A^ii- La 
Vulgate, dans plusieurs endroits, a traduit la forme hé- 
braïque 'Al,ityâh par Ahia. Voir Am\. 

1. ACHIAS, fils d'Achitob, portait l'éphod à l'époque 
de Saûl, I Reg., xiv, 3, c'est-à-dire qu'il était grand prêtre 
des Israélites. Il était l'arrière-petit-fils d'Héli par son père 
Achitob et son aïeul Phinées. Il ne parait en scène qu'une 
seule fois dans l'histoire de Saûl. C'était pendant une expé- 
dition contre les Philistins; le roi d'Israël, avec six cents 
hommes, campait à Gabaa de Benjamin, lorsque son fils 
Jonatbas eut l'idée, inspirée peut-être par Dieu, d'atta- 



tante à traduire ainsi le passage qui nous occupe : « Ap- 
porte l'éphod ( car il portait l'éphod en ce jour en présence 
d'Israël). » Quoi qu'il en soit, Saûl voulait consulter l'oracle 
divin, pour savoir ce qu'il devait faire dans celte circons- 
tance imprévue, où Dieu se manifestait visiblement en 
faveur de l'armée israélite. Mais, comme il parlait encore 
au prêtre, un tumulte plus fort et toujours croissant se 
fit entendre dans le camp des Philistins. « Abaisse ta 
main, » dit Saûl à Achias, qui se mettait en devoir de 
consulter l'oracle. La conduite à tenir devenait, en effet, 
évidente : il fallait profiter du désordre extrême où se trou- 
vaient les ennemis pour fondre sur eux et changer leur 
déroute en désastre. C'est ce que firent Saûl et les siens. 
I Reg., xiv, 19-23. Achias n'est plus nommé après cet 
épisode ; d'ailleurs il dut mourir peu après, puisque, 
quelques années plus tard, c'est Achimélech, autre fils 
d'Achitob, et par conséquent frère d' Achias, I Reg., xxil, 9, 
qui est revêtu du souverain pontificat et donne à man- 
ger à David les pains de proposition. I Reg., xxi, 1-6. 
Quelques interprètes pensent cependant qu'Achimélech 
n'est pas différent d' Achias, et que ces deux noms, qui 
ont peut-être la même signification ( Achias = frère ou 
ami est Jéhovah; Achimélech = frère ou ami est le roi 
[d'Israël, Jéhovah]), désignent un seul et même fila 
d'Achitob. Voir Achimélech 1. E. Duplessy. 



139 



ACHIA — ACHIMÉLECH 



440 



2. ACHIA, fils d'Ahod, descendant de Benjamin par 
Balé. I Par., vm, 7. 

3. ACHIA. D'après les uns, cinquième fils de Jéraméel, 
fils d'Hesron, de la tribu de Juda. Cependant, comme l'hé- 
breu n'a pas la conjonction et avant 'Afyiyah, ce pourrait 

, bien être plutôt le nom de la première femme de Jéra- 
méel. I Par., h , 25. Le contexte favorise cette interpréta- 
tion, t. 26. 

4. ACHIA, lévite, chargé de garder les trésors du temple 
sous David, I Par., xxvi, 20. Au lieu de lire 'Afyiyah, les 
Septante ont lu 'Abêhem, et traduisent par à8e>ço\ oùtûv, 
« les lévites leurs frères. » 

5. ACHIA, fils de Phinées dans la généalogie d'Esdras. 
IV Esdr., i, 2. Omis dans la généalogie, I Esdr., vu, 2. 

ACHIACHARUS (Septante : 'Axiôx«po«, 'A^ei'xapoç; 
le nom hébreu devait être 'Afrî'afyarôn, « frère pos- 
thume »). Tobie (Septante), i, 21, 22; n, 10; xiv, 10. 
Fils d'Anaël et neveu de Tobie, à la cour de Sacherdon ou 
Asarhaddon, roi de Ninive, où il était échanson, garde 
du sceau, intendant et inspecteur des comptes. Il secourut 
Tobie dans son malheur. Voir Nabath. 

ACHIM (Nouveau Testament: 'A^eih), de la tribu de 
Juda et do la famille de David, fils de Sadoc et père d'Éliud, 
Matth., i, 14, dans la généalogie de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ. (En hébreu, son nom devait être Yakin, « Jéhovah 
l'affermit; » les Septante rendent Yakin par 'Axi'ni I Par., 
xxiv, 17, et par 'Axet'v, Gen., xlvi, 10.) 

ACHIM AAS, hébreu : 'Àhîma'as, « mon frère est en 
courroux; » Septante: 'A^tiiâa;. 

1. ACHIMAA8 , père d'Achinoam , épouse de Saiil. 
I Reg., xiv, 50. 

2. ACHIMAAS (hébreu : 'Afyîma'as ; Septante : 'A^iM-âa.-), 
fils du grand prêtre Sadoc, II Reg., xv, 36; I Par., vi, 8, 53, 
demeura à Jérusalem avec son père, tandis que David, 
sous le coup de la révolte d'Absalom , s'éloignait de la ville 
sainte. II Reg., xv, 35-36. Chargé d'apporter au roi fugitif 
les nouvelles de ce qui se tramait contre lui, il observa 
avec attention les projets et les démarches d'Absalom et 
de son conseiller Achitophel; mais bientôt l'attitude de 
son père et les sentiments de fidélité manifestés par lui 
à l'égard de David, II Reg., xv, 24-29, rendirent la posi- 
tion d'Achimaas difficile à Jérusalem. Pour écarter les 
soupçons qui n'auraient pas manqué de planer sur sa 
conduite, si on l'avait vu sortir souvent de la ville, il prit 
le parti de s'établir avec son compagnon Jonathas, fils 
d'Abiathar, II Reg., xvn, 17, hors des murs, et d'attendre 
les événements auprès de la fontaine de Rogel. Voir Rogel. 
C'est là que vint les trouver l'inoffensive servante envoyée 
par les deux grands prêtres, et chargée de communiquer 
à Achimaas et à son compagnon , pour qu'ils les trans- 
missent à David, les projets de poursuite immédiate pro- 
posés par Achitophel , et les instances des pontifes pressant 
le roi de passer le Jourdain. Achimaas partit aussitôt avec 
Jonathas; mais ils comptaient sans les espions répandus 
par Absalom dans la campagne, et sans doute chargés 
spécialement de les surveiller. On les aperçut, et la nou- 
velle de leur marche vers l'est fut portée immédiatement 
aux révoltés; heureusement les deux messagers, en pres- 
sant le pas, purent gagner Bahurim avant d'avoir été 
atteints. Là ils trouvèrent un homme charitable qui, 
prenant leur sort en pitié, les fit descendre dans une 
citerne à sec qui se trouvait dans la cour intérieure 
(hébreu : belfâsêrô, dérivé de (tâsar, « entourer, » que 
saint Jérôme traduit : in vestibule suo), tandis que sa 
femme étendait sur l'ouverture un voile ( hébreu : niâsâk, 
« une couverture »), sur lequel elle répandait, comme 



pour le faire sécher, de l'orge mondé (hébreu : hârtfôt, 
« grains d'orge ou de froment piles; » mot qu'on se 
trouve qu'ici, II Sam., xvii, 19, et Prov., xxvii, 22). Quand 
vinrent les émissaires d'Absalom, la ménagère, sans quitter 
son ouvrage , répondit qu'ils avaient fui plus loin , après 
avoir pris un peu d'eau ( hébreu : « et ils ont passé le petit 
ruisseau »). II Reg., xvn, 20. Ils furent sauvés, et bientôt, 
sortant de leur retraite, ils poursuivirent leur route jus- 
qu'au lieu où était David , qu'ils déterminèrent à passer 
sur l'heure le Jourdain. 

Après cela , Achimaas ne pouvait plus rentrer à Jéru- 
salem, ni même reprendre son poste d'observation près 
de la fontaine de Rogel. Il se joignit à l'armée de David 
et assista à la bataille décisive de la forêt d'Ephraïm, 
II Reg., xviii, 6, dans laquelle Absalom fut tué. Toujours 
dévoué, et content cette fois d'être le messager d'une 
heureuse nouvelle, comme il était bon coureur, il s'offrit 
à Joab pour aller annoncer à David l'éclatante victoire. 
Joab résistait ; enfin , sur ses instances réitérées , il con- 
sentit, et si rapide fut Achimaas, qu'il arriva près du roi 
avant Chusi, qui avait pourtant une notable avance sur 
lui. II Reg., xvni, 19-23. Il avait pris le chemin le plus 
court, d'après la Vulgate (via cotnpendii). D'après l'hé- 
breu, il prit le chemin de la Kikkàr. Voir Kikkah. Poussé 
par son affection pour David jusqu'à transgresser la loi de 
Dieu, Achimaas mentit pour ménager la sensibilité pater- 
nelle, et lui dissimula la mort d'Absalom: réticence qu'il 
eût sûrement corrigée , si Chusi , moins circonspect , n'eût 
dès son arrivée et tout d'un coup déclaré la réalité. La 
fidélité et le dévouement d'Achimaas ne se démentirent 
jamais. Plusieurs interprètes pensent que ses mérites lui 
valurent sous Salomon l'une des douze places de nisâbîm, 
ou officiers chargés de percevoir l'impôt, III Reg., iv, 7, 15, 
et que cet Achimaas est identique à celui du second livre 
des Rois. Si cette opinion est fondée, Achimaas était ainsi 
arrivé à l'une des principales charges de l'État, cf. Vigou- 
reux, La Bible et les découvertes modernes, t. m, p. 275 et 
suiv.; bien plus, et ce fut peut-être une des causes de son 
élévation, il aurait épousé l'une des filles de Salomon, Basé- 
math. Ce mariage ne put avoir lieu , en tout cas, que vers 
le milieu ou la fin du règne de Salomon , car nous savons 
qu'à cause de sa jeunesse ce prince ne pouvait avoir, lors de 
son avènement au trône, des filles en âge d'être mariées. 

Le caractère d'Achimaas a été apprécié par celui qui 
était le mieux en position pour le faire exactement, David, 
des lèvres duquel nous recueillons ce témoignage : « C'est 
un homme bon. » II Reg., xvm, 27. Sa bonté était si' 
grande, que son roi estimait qu'un tel homme ne pouvait 
apporter que de bonnes nouvelles, ibid. Quant à son dé- 
vouement, il était devenu comme proverbial, si bien qu'à 
son allure empressée, comme à un signe certain, le guet- 
teur le reconnaissait. Il méritait donc à tous égards la 
confiance de son prince , et Salomon , en le comblant 
de faveurs, ne fit que lui rendre une justice qui honore 
à la fois Achimaas et son bienfaiteur. P. Renard. 

3. ACHIMAAS , intendant de Salomon dans la tribu de 
Nephtali , un des douze officiers chargés de pourvoir à la 
table du roi. Il épousa Basémath, fille de Salomon. III Reg., 
iv, 15. Il est peut-être identique avec le précédent. Voir 
Achimaas 2. 

ACHIMAM , nom , dans Num., xm, 23, d'un géant de 
la race d'Énac, qui est appelé Ahiman dans Josué et dans 
les Juges. Voir Ahiman. 

ACHIMÉLECH ou AHIMÉLECH, hébreu: 'Àfyimé- 
lek, « mon frère est roi; » Septante: A6t|i£Xs)(> 'A^iiiéXEjc 

1. ACHIMÉLECH, fils d'Achitob, I Reg., xxn, 9, grand 
prêtre à l'époque de la première persécution de Saûl 
contre David. I Reg., xxi, 1. Le peu de temps qui s'écoula 
entre les événements rapportés au chap. xiv, le grand 



-141 



ACHIMËLECH 



142 



prêtre étant Achias, et ceux du chap. xxi, alors que le 
pontificat était -exercé par Achimélech, a amené plusieurs 
exégètes à identifier ces deux personnages, d'autant plus que 
leurs noms ont entre eux une notable analogie ('Âhiyâh, 
« mon frère ou ami est Jéhovah ; » 'Ahi-mélék, « mon frère 
est roi »), et que tous deux ont pour père Achitob. I Reg., 
xxii, 9, 11-12; xiv, 3. Voir Achias 1. Malgré ces raisons, on 
pense communément qu'Achimélech était frère d' Achias, 
et que, celui-ci étant mort sans enfants mâles qui lui suc- 
cédassent, Achimélech avait été appelé au souverain pon- 
tificat, peu de temps avant l'époque où pour la première 
fois la Bible fait mention de lui. Il résidait à Nobé ou 
Nob, où était l'arche sainte depuis son retour du pays des 
Philistins et son séjour transitoire à Bethsamès et à Ca- 
riathiarim. Peut-être Saûl avait-il installé le tabernacle 
■en ce lieu pour posséder dans sa tribu le centre religieux 
d'Israël. Voir Nobé. C'est là qu'Achimélech vit un jourvenir 
à lui David abattu, sans armes, sans escorte, ce qui lui 
causa une profonde surprise. David lui dit qu'il avait été 
chargé d'une mission par le roi, et lui demanda à manger, 
parce qu'il avait faim, ainsi que ceux de sa suite. L'embarras 
d'Achimélech fut grand , car il n'avait à sa disposition que 
les douze pains de proposition déposés dans le Saint pen- 
dant une semaine et tout récemment retirés pour être 
remplacés, selon la loi, par des pains nouveaux. De là 
vient qu'en ce jour Achimélech n'avait pas eu besoin de 
faire de provisions de pain ordinaire , car les douze pains 
de proposition retirés chaque sabbat de la table recouverte 
d'or, sur laquelle ils étaient offerts au Seigneur, devaient 
être mangés, dans le sanctuaire même, par les prêtres. 
Lev., xxiv, 6-9. Donner de ces pains au fugitif semblait 
illicite, à cause de la disposition spéciale de la loi, qui 
ne permettait qu'aux enfants d'Aaron de s'en nourrir. 
Mais valait- il mieux observer rigoureusement la lettre de 
la loi, en violant le précepte plus grave encore de la cha- 
rité, surtout dans une si extrême nécessité? Marc, II, 25. 
Achimélech, après s'être assuré que David et les siens 
n'avaient point d'impureté légale, leur donna les pains 
de proposition. Notre -Seigneur l'a justifié en prenant sa 
conduite pour base de sa propre justification, en face de 
ceux qui lui reprochaient de violer le sabbat. Matth., xii, 
3-4; Marc, h, 26; Luc, vi, 3-4. 

11 est vrai qu'en déclarant ainsi son innocence, Jésus 
soulève une nouvelle difficulté à son sujet, car en saint 
Marc il l'appelle par son nom, et ce nom est Abiathar au 
lieu d' Achimélech. Marc, n, 26. Les hypothèses qu'on a 
faites pour concilier ce passage avec I Reg., xxi, 1, sont 
aussi variées qu'ingénieuses : faute de copiste en saint 
Marc ; double nom du même personnage ; et double per- 
sonnage dont le second, c'est-à-dire Abiathar, fils d' Achi- 
mélech, employé alors au service du temple, aurait pour 
la circonstance tenu la place de son père absent ou malade, 
et agi en son nom : voilà ce que les exégètes ont imaginé 
sans faire complètement la lumière. Nous ne parlons pas 
de l'hypothèse rationaliste qui suppose une erreur de mé- 
moire de la part de l'évangéliste. Plusieurs manuscrits 
suppriment la difficulté en omettant le f. 26 de saint Marc. 
Pour revenir à la conduite d'Achimélech donnant à 
David les pains sacrés, il faut remarquer qu'il n'en privait 
pas le sanctuaire, puisque ces pains étaient ceux qu'on venait 
d'enlever. Il n'y avait de transgression que sur le précepte 
relatif à la manducation par les prêtres ; or il existait dans 
l'espèce une raison plus que suffisante pour se dispenser 
de la loi. 

Après avoir mangé, David demanda des armes au grand 
prêtre. Achimélech sortit de l'enveloppe qui la renfermait 
■(hébreu: baisimlâh, « dans le manteau») l'épée de Go- 
liath, qui était placée dans le sanctuaire à côté de Yéphod, 
et il la donna à David, qui d'ailleurs avait bien sur elle 
quelque droit, l'ayant lui-même consacrée à Jéhovah. 
I Reg., xvu, 54. Achimélech consulta aussi le Seigneur 
en faveur de David, I Reg., xxil, 10, et le fugitif se sauva 
auprès d'Achis, roi de Gelh. 



Achimélech devait payer chèrement le service qu'il 
venait de rendre à David. Tandis qu'il le secourait si cha- 
ritablement , un traître , Doëg l'Iduméen , observait tout 
sans mot dire, et il s'empressa d'aller rapporter à Saûl 
ce qui venait de se passer. Le roi, qui était alors à Gabaa, 
manda près de lui Achimélech avec tous les prêtres de 
service à Nobé , et leur fit de sanglants reproches , aux- 
quels le grand prêtre répondit avec une élévation et une 
loyauté qui eussent désarmé Saûl, si sa haine contre David 
ne l'eût rendu sourd à toute raison. Il ne dissimule rien 
et ne s'excuse de rien : ce qu'il a fait, il le ferait encore ; 
car David est entre les serviteurs du roi le plus dévoué 
et le plus fidèle. I Reg., xxil, 14. D'ailleurs pourquoi lui 
reproche-t-on d'avoir pris part à la révolte du fugitif? Sans 
ignorer complètement ses difficultés avec Saûl, il ne savait 
pas , quand David vint à Nobé , quels étaient les rapports 
de ce dernier avec le roi; dans leur entrevue, il n'en a 
pas été question, et s'il a consulté le Seigneur pour lui, 
c'est ce qu'il avait fait maintes fois sans être accusé par 
personne. I Reg., xxii, 15. Ces explications étaient tout à 
fait satisfaisantes, cependant elles ne purent lui sauver la 
vie. Il tomba sous le fer des satellites, en présence et par 
l'ordre du roi jaloux, et avec lui tous ses prêtres. Nobé, sa 
ville sacerdotale, fut détruite, et ses habitants mis à mort. 
Seul, Abiathar, l'un des fils d'Achimélech, échappa. I Reg., 
xxil, 16-21. C'est en apprenant cette odieuse vengeance 
que David composa le psaume li, où sa visite à Achi- 
mélech est expressément indiquée. Il est à noter que, 
se basant sur le titre du psaume xxxm, dans la Vulgate : 
De David, quand il changea de visage devant Achimé- 
lech gui le renvoyait, plusieurs Pères ont appliqué tout 
ce psaume à l'entrevue de David avec le grand prêtre à 
Nobé. Cette application était difficile , car Achimélech ne 
renvoya pas David. Aussi les commentateurs" modernes 
y ont renoncé : les uns s'en rapportent à l'hébreu, où on 
lit Abimélech au lieu d'Achimélech; ils croient avec saint 
Basile que ce nom est un titre commun à tous les rois 
philistins, et désigne Achis, roi de Geth, devant lequel, 
en effet, David contrefit l'insensé, I Reg., xxi, 13-15; 
d'autres conservent la leçon de la Vulgate , et croient. 
qu'Achimélech est là pour Achis mélek, a le roi Achis. » 

Achimélech fut le dernier descendant d'Héli qui mourut 
dans la dignité de grand prêtre , car son fils Abiathar, qui 
lui succéda , fut déposé par Salomon , et le pontificat 
transmis à la famille d'Éléazar. Voir Abiathar. Cette pri- 
vation du pontificat et la mort d'Achimélech et des prêtres 
de Nobé , dont un bon nombre étaient de la famille d'Héli, 
contribuèrent à réaliser l'oracle divin prononcé naguère 
par un voyant devant Héli lui-même. I Reg., il, 33. Quant 
aux victimes du massacre , plusieurs les mettent au rang 
des martyrs, en considération de l'acte de miséricorde qui 
fut la cause de leur mort. Bachiarius, Epist. ad Januar., 
Patr. lat., t. xx, col. 1042; Bède, In Samuel, proph. alle- 
gor. exposit., m, 10, t. xci, col. 662. 

A l'exemple de Jésus-Christ, les Pères et les théologiens 
tirent de la conduite d'Achimélech cette conclusion mo- 
rale, qu'en cas de conflit entre deux préceptes, l'un de 
l'ordre positif, l'autre de l'ordre naturel, le premier doit 
céder. P. Renard. 

2. ACHIMÉLECH, Héthéen, un des compagnons de 
David pendant qu'il était persécuté par Saûl. I Reg., 
xxvi , 6. 

3. ACHIMÉLECH. Ce nom se lit, II Reg., vin, 17 ; I Par., 
xviii, 16; xxiv, 3, 6, où l'on s'attendait à trouver plutôt le 
nom d'Abiathar. On a proposé diverses solutions : 1° Abia- 
thar, fils d'Achimélech, aurait eu un fils du même nom, 
Achimélech , et ce fils aurait rempli conjointement avec 
son père, ou parfois à son défaut, les fonctions sacerdo- 
tales. 2° Achimélech aurait eu à la fois ces deux noms : 
Achimélech et Abiathar. Saint Marc l'appelle de ce der- 
nier nom, Marc, n, 26. 3° L'opinion la plus vraisemblable, 



443 



ACHIMËLEGH — ACHIS 



144 



d'après la suite du récit, est celle-ci : les noms ont été 
transposés par les copistes ; Achimélech a été mis par 
erreur pour Abiathar, et réciproquement. Voir Abiathar. 

4. ACHIMÉLECH. Voir Abimélech 5 et Acms. 

ACHIMOTH (hébreu : 'Âhimôt; Septante: 'Ayi^iM), 
fils d'Elcana, lévite de la famille de Coré. I Par., vi, 25. 

ACHINOAM, hébreu: 'Ahinô'am, « mon frère est 
gracieux ; » Septante : 'A^ivoôn, I Reg., xiv, 50; 'A'/iviapi, 
I Reg., xxv, 43. 

1. ACHINOAM, fille d'Achimaas et épouse de Saûl. 
I Reg., xiv, 50. 

2. ACHINOAM, première femme de David. Elle était 
de Jezraël, ville de la tribu de Juda. I Reg., xxv, 43. Voir 
Jezraël 4. David, obligé de fuir la colère de Saûl, l'épousa 
pendant qu'il menait une vie errante dans le désert de 
Juda , dans le voisinage de la ville de Carmel. Achinoam 
raccompagna avec Abigaïl à la cour du roi philistin Achis, 
I Reg., xxvii, 3; l'une et l'autre furent emmenées captives 
par les Amalécites, lorsqu'ils pillèrent Siceleg, pendant 
que leur mari suivait les Philistins qui allaient com- 
battre Saûl dans la plaine d'Esdrelon , et l'une et l'autre 
furent délivrées par David à son retour. I Reg., xxx, 5, 18. 
Elles participèrent aussi toutes les deux aux honneurs 
royaux. Après la mort de Saûl, « David monta, dit le texte 
sacré, avec ses deux femmes Achinoam de Jezraël et 
Abigaïl,... et ils demeurèrent à Hébron, » II Reg., H, 
2-3, où le nouveau roi passa les sept premières années 
de son règne. L'Écriture ne nous apprend plus rien sur 
Achinoam, si ce n'est qu'elle fut la mère d'Amnon, le fils 
aîné de David. II Reg., m, 2; I Par., m, 1. 

ACHIOR, « mon frère est la lumière. » 

1. ACHIOR, ami et parent de Tobie, de la tribu de 
Nephthali, fut emmené captif à Ninive par Salmanasar. Il 
vint féliciter Tobie et se réjouir avec lui de la bonté de 
Dieu à son égard. ïob„ xi, 20. Les Septante l'appellent 
'A^iefyapoc, et en font un neveu de Tobie, le fils de son 
frère Anaël. Il aurait été grand échanson à la cour de 
Sennachérib et d'Assarhaddon. Septante, Tob., i, 21, 22; 
H, 10; xiv, 10. Voir Achiacharus et Nabath. 

2. ACHIOR, chef des Ammonites. Lorsque le général 
assyrien Holopherne eut envahi l'Asie Mineure, les pro- 
vinces et les villes de Syrie se soumirent à l'envi au con- 
quérant, pour essayer de fléchir sa fureur. Judith, iii, 1. 
Seuls les Israélites se préparèrent à la résistance. Judith, 
iv, 1-17. A cette nouvelle, la colère d'Holopherne redoubla, 
et il fit appeler auprès de lui les chefs de Moab et d'Am- 
mon, pour apprendre d'eux à quel peuple il allait avoir 
aftaire. Judith, v, 1-4. Achior était à cette époque le chef 
suprême des Ammonites. Judith, v, 5. Au lieu d'exciter da- 
vantage Holopherne contre les Hébreux, comme on aurait 
pu s'y attendre de la part d'un fils d'Ammon, il prit à tâche 
d'inspirer au général assyrien une crainte salutaire, qui 
le détournerait de faire la guerre à Israël. Dans un dis- 
cours que la Bible nous a conservé, Judith, v, 5-25, il 
démontre la grandeur surnaturelle de ce peuple, qui était, 
aux yeux de ces barbares étrangers, une simple tribu, n'oc- 
cupant qu'une place imperceptible dans le monde connu. 
Achior apprend successivement à Holopherne l'origine 
chaldéenne des Hébreux, la vocation d'Abraham, le séjour 
en Egypte , le passage de la mer Rouge, le séjour au désert 
du Sinaï et la conquête de la Palestine ; pendant son récit, il 
s'attache à démontrer ce fait, que Dieu donnait la victoire 
aux Israélites lorsqu'ils lui étaient fidèles, et qu'il ne per- 
mettait leur défaite que pour les châtier et les convertir. 
« Si donc, conclut- il, ce peuple est actuellement coupable 



devant Dieu, Dieu vous le livrera; sinon vous ne pourrez, 
lui résister, et nous deviendrons la risée de toute la terre. » 
Ces paroles ne firent qu'exciter davantage la colère 
d'Holopherne et de ses officiers ; Achior, pour avoir dit la 
vérité, fut regardé comme un traître et châtié comme tel. 
« Puisque tu as une telle confiance en ce peuple , va le 
retrouver, » lui dit en substance le général assyrien. Judith, 
vi , 5-6. Et il le fit saisir et mener vers Béthulie, qu'il se 
disposait à assiéger. Là les serviteurs d'Holopherne atta- 
chent Achior à un arbre, et ils se retirent, le laissant pieds 
et mains liés à la merci des Hébreux, pour qui les Ammo- 
nites étaient des ennemis héréditaires. Bientôt trouvé par 
les Israélites, Achior est mené à Béthulie, comparait de- 
vant Ozias et Charmi, chefs de la ville, et leur rapporte 
ce qu'il avait dit à Holopherne et le châtiment qui avait 
suivi ses courageuses paroles. Judith, vi, 11-13. Dès ce 
moment, Achior reçoit la récompense de sa bonne action : 
il est admis au droit de cité , bien que ce privilège ne fût 
généralement accordé aux descendants d'Ammon qu'à la 
dixième génération, cf. Deut., xxm, 3, et un grand festin 
est donné en son honneur dans la maison du prince de la 
ville. Judith, vi, 19-20. Quelque temps après, lorsque Judith 
est revenue du camp d'Holopherne , on appelle Achior 
pour lui montrer la tête du général ennemi : « Voici, lui 
dit l'héroïne , voici la tête de celui qui t'a menacé de mort 
en disant: « Lorsque le peuple d'Israël sera vaincu, j'or- 
« donnerai que tes flancs soient traversés par le glaive. » 
Judith, xin , 27-28. A cette vue, Achior est tellement saisi , 
qu'il tombe la face contre terre ; mais il se relève bientôt 
pour bénir Judith, pour adorer son Dieu, Judith, xm, 29-31, 
et pour renoncer au culte des idoles. Judith, xiv, 6. Une 
exception à la loi fut faite en sa faveur, cf. Deut. xxm, 3: 
il fut admis à se faire circoncire et se trouva ainsi incor- 
poré au peuple de Dieu. Judith, xiv, 6. E. Duplessy. 

ACHIS (hébreu : 'AkU, appelé aussi Abimélech, Ps. 
xxxiv, 1, hébreu, et Achimélech, Ps. xxxm, 1, Vulgate), 
contemporain de David, roi de Geth, ville royale des Phi- 
listins. Il avait succédé sur le trône à son père Maoch* 
I Reg., xxvii, 2. Le nom d'Achis est peut-être un titre 
commun à tous les semnîm ou rois de cette région. C'est 
vers ce prince que David se réfugia après avoir reçu à Nob 
l'hospitalité du grand prêtre Achimélech. I Reg., xxi, 10. 
Achis ne fit que l'entrevoir; car, ayant été reconnu par 
les courtisans comme le vainqueur de leur fameux guer- 
rier Goliath, le fugitif feignit la folie pour échapper à leur 
vengeance, ce qui amena le roi à le congédier avec mé- 
pris. I Reg., xxi, 12-15. Quelques années plus tard, Achis 
eut l'occasion de revoir David. C'était après les événements 
du désert de Ziph. Saûl, un instant touché de la grandeur 
d'âme de son rival , l'avait béni ; puis , sa passion repre- 
nant le dessus, il avait recommencé ses poursuites, et 
David, à bout d'expédients, s'était décidé à passer avec 
ses six cents hommes chez les Philistins, et à demander 
un refuge au roi de Geth. I Reg., xxvi. Il n'y a aucune 
raison de douter que cet Achis ne soit le même que celui 
du chapitre xxi. La manière différente dont il se conduit 
à l'égard de David est conforme à la différence d'état du 
proscrit. Naguère celui-ci venait seul, maintenant il est 
à la tête d'une petite année; autrefois sa réputation était 
surtout celle d'un ennemi des Philistins , aujourd'hui il est 
surtout célèbre par ses différends avec Saûl. A ce dernier 
titre, Achis l'accepte comme un auxiliaire, et lui permet 
d'habiter Siceleg, au sud de Juda; peut-être même lui 
donne- 1- il cette ville et son territoire en toute propriété. 
I Reg., xxvii, 6. De là David faisait, dans les régions voi- 
sines et confinant à Israël , des expéditions et des razzias 
qu'Achis croyait dirigées contre les sujets de Saûl. Les 
réponses ambiguës de David l'entretenaient dans cette 
pensée, et de plus en plus il croyait posséder en lui un 
puissant allié contre Saûl. Il arriva cependant que, les- 
Philistins entreprenant eux-mêmes une campagne contre 
Israël, Achis voulut que David et les siens y prissent parL. 



145 



ACHIS — ACH1T0PHEL 



146 



I Rcg., xxix, 2. Mais les autres princes philistins ne furent 
pas- de cet avis, et sur leurs représentations Achis dut 
congédier l'Hébreu et ses soldats. La bataille fut engagée 
sans eux, et Dieu, qui n'avait pas permis que le patrio- 
tisme de David fût démenti par sa conduite, voulut que 
les Philistins missent en déroute l'armée de Saûl. Ce fut la 
fameuse bataille du mont Gelboë, où périrent Saûl et ses 
fils. Il n'est plus question d'Achis dans la Bible, sinon 
M Reg., il, 39, pour nous apprendre que des serviteurs 
fugitifs de Séméi s'étaient réfugiés auprès de lui. 

Dans ce dernier passage, Achis est mentionné comme 
fils de Maacha, tandis que, I Reg., xxvn, 2, son père est 
nommé Maoch. Mais il ne répugne pas que ces deux noms 
soient des formes différentes du même mot. Il ne répugne 
pas davantage que le règne du même personnage occupe 
l'intervalle de cinquante ans écoulés entre la première 
fuite de David à Geth et celle des serviteurs de Séméi. 
Quelques interprètes ont voulu voir dans les deux récits 
du séjour de David près d'Achis un seul et même fait ra- 
conté diversement. Les notables différences entre l'un et 
l'autre rendent cette interprétation inadmissible. C'est aussi 
ce qui ressort du titre du Psaume xxxm, qui rappelle expli- 
citement le trait distinctif du premier séjour : Quand David 
changea son visage devant Achirnélech. IReg., xxi, 13. 

Dans les passages où il est question de lui, Achis appa- 
raît comme un homme indécis et facile à se laisser in- 
fluencer. Un autre que lui aurait pu sans doute deviner, 
sous la folie simulée de David, le fin stratagème d'un 
homme très sensé, et, plus tard, saisir la vraie disposition 
de son hôte à travers ses réponses indécises. I Reg., 
xxvn, 10; xxviii, 2. Les autres princes philistins furent 
plus clairvoyants. Sa simplicité partait d'ailleurs d'un bon 
naturel, et ses excès de confiance manifestent la loyauté 
de son cœur. P. Renard. 

ACHISAMECH (hébreu : Âfyîsâmâk, « mon frère 
est un appui; » Septante : 'Xyian^ùx), père d'Ooliab, de 
la tribu de Dan, Exod., xxxi, 6; xxxv, 34; xxxvm, 23. 

ACHITOB, hébreu: 'Àhitûb, « mon frère est bon; » 
Septante : 'Axii<iê. 

1. ACHITOB, fils de Phinées, le fils d'Héli, et père 
d'Achias et d'Achimélech , lesquels furent grands prêtres 
sous Saûl. I Reg., xiv, 3; xxii, 9, 11 , 12, 20. 

2. ACHITOB, fils d'Amarias et grand -père de Sadoc, 
souverain pontife du temps de David. II Reg., vm, 17; 
I Par., VI, 7-8. 11 était de la maison d'Éléazar et fut grand 
prêtre lui-même. La Vulgate le qualifie expressément de 
« pontife de la maison de Dieu », I Par., ix, H; r^ou- 
[livov otxou toO 0eoO , traduisent les Septante , dans le 
même sens que saint Jérôme. On objecte contre cette 
interprétation que le texte original ne dit point qu'il fut 
hôhen ou « piètre de la maison de Dieu », mais nâgxd, 
« chef, » mot qui n'a pas un sens aussi précis. De là vient 
que la Vulgate elle-même rend ce même passage des 
Paralipomènes, reproduit dans II Esd., xi, 11, par prin- 
ceps domus Dei. — Il est certain que le terme de nâgîd est 
plus général que celui de hôhen ou « prêtre »; mais le sens 
qu'y attache l'auteur des Paralipomènes ne peut guère être 
mis en doute, car, II Par., xxxi, 13, il se sert de cette 
expression de nàg'td pour faire connaître la qualité d'Aza- 
rias, qui était certainement souverain pontife des Juifs, 
sous le règne d'Ézéchias. — Dans le second livre des Rois, 
vin, 17 ; dans le premier livre des Paralipomènes, vi, 8, 53 ; 
Xvill, 16, et dans le premier livre d'Esdras, vil, 2, Achitob 
est nommé comme père de Sadoc ; mais en hébreu « père » 
a souvent le sens de grand -père, et « fils » le sens de 
petit -fils. Le premier livre des Paralipomènes, ix, 11, et 
le second livre d'Esdras, XI, 11, qui nous donnent une 
généalogie plus complète de la lignée sacerdotale de Sadoc, 
nous apprennent que ce dernier pontife était fils de Mc- 



raioth et seulement petit-fils de Sadoc. Les critiques de 
l'école rationaliste prétendent, il est vrai, que c'est par 
suite d'une erreur que le nom de Méraioth a été intro- 
duit dans ces passages, et ils soutiennent qu' Achitob était 
véritablement le père de Sadoc; mais leur opinion ne 
s'appuie sur aucune raison sérieuse. Les tables généalo- 
giques des familles sacerdotales existaient certainement 
à l'époque d'Esdras et de Néhémie , et l'auteur des Para- 
lipomènes et du second livre d'Esdras ne les ont pas alté- 
rées volontairement en les reproduisant. Il a pu arriver 
sans doute que dans les nombreuses transcriptions des 
listes de noms propres, faites par les copistes de la Bible, 
quelque nom ait été inséré çà et là par erreur, comme un 
nom a pu être omis dans d'autres cas ; cependant rien ne 
montre qu'il en soit ainsi dans la généalogie de Sadoc : 
son père Méraioth n'a pas été nommé partout, parce qu'il 
était moins connu, cf. un exemple semblable dans I Esd., 
v, 1, et Zach., i, 1, 7; mais il n'en a pas moins existé et il 
est le fils d'Achitob. Quant à celui-ci, il vécut avant le 
règne de David ; on ne peut déterminer exactement à quelle 
époque, à cause de l'incertitude de la chronologie hébraïque 
dans ces temps reculés. Pour l'Achitob mentionné I Par., 
vi, 11-12, voir Achitob 3. F. Vigouroux. 

3. ACHITOB, fils d'un autre Amarias, prêtre sous Josa- 
phat et père d'un autre Sadoc. I Par., vi, 11-12; cf. II Par., 
xix, 11. 

4. ACHITOB, un des ancêtres de Judith, fils de Melchia, 
de la tribu de Siméon. Judith, vin, 1. 

ACHITOPHEL (hébreu: 'Àhîfôfel, « mon frère est 
folie (?)» Septante : 'A^crôçO.), conseiller de David. Il était 
de Gilo, probablement la Djala actuelle, dans les mon- 
tagnes de Juda. L'Écriture dit que c'était « sa ville » , 
II Reg., xv, 12, et c'était sans doute aussi celle de sa 
famille , puisqu'on y voyait le tombeau de son père , dans 
lequel il fut lui-même enseveli. Il Reg., xvn, 23. Il avait 
là une maison, et il devait y faire sa résidence habituelle, 
autant que le lui permettaient ses fonctions; du moins il 
s'y trouvait au moment de la révolte d'Absalom. C'est ce 
qui explique comment il put se rendre si promptement 
et sans que David en fût informé auprès du rebelle, lorsque 
celui-ci l'appela à Hébron. Il Reg., xv, 12, 31. Gilo, en 
effet, était dans le voisinage d'Hébron. 

Telle était l'opinion qu'on avait de la prudence et de la 
sagesse d'Achitophel, que ses avis étaient accueillis à la 
cour comme des oracles divins. II Reg., xvi, 23. Aussi 
la nouvelle qu'il était entré dans la conjuration causâ- 
t-elle à David, parmi tant de sujets d'inquiétude, plus de 
crainte que tout le reste; il comprit quel redoutable se- 
coure allaient apporter à son fils l'habileté et le crédit 
d'un tel homme, et il adressa aussitôt à Dieu cette prière : 
« Rendez insensés, Seigneur, les conseils d'Achitophel ! » 
II Reg., xv, 31. La trahison de celui dont il avait fait son 
conseiller et son confident, qu'il admettait à sa table 
comme son plus intime ami , blessa en même temps pro- 
fondément le cœur de David , comme nous le voyons 
dans les psaumes qu'il composa à cette occasion, Ps. XL, 
10, et surtout Ps. liv, 13-15 : « Si mon ennemi m'avait 
outragé...; mais toi, que je regardais comme un autre moi- 
même! » etc. 

On s'est demandé à quels motifs il fallait attribuer une 
trahison dans laquelle -on a justement vu le type de celle 
de Judas, et l'acharnement qu'Achitophel fit paraître dans 
sa lutte contre son roi, II Reg., xvi, 21; xvn, 1-3; on 
a cru les trouver dans la parenté d'Achitophel avec Beth- 
sabée, femme d'Urie. Elle était sa petite -fille, la fille de 
son fils Éliam, II Reg., xxin, 34, le même qui est appelé 
ailleurs Ammiel, par le renversement des syllabes de son 
nom. I Par., ni, 5. Par son adultère avec Bethsabée et 
par le meurtre d'Urie, II Reg., xi, David avait porté dans 
la famille d'Achitophel le deuil et le déshonneur; le vieux 



U7 



ACHITOPHEL — AGHSAPH 



148 



conseiller vit dans la révolte d'Absalpm l'occasion la plus 
favorable pour tirer de ce double crime une vengeance 
éclatante : il voulut arracher au roi la couronne et même 
la vie, en travaillant au triomphe de son fils. Plusieurs 
même, rapprochant ces antécédents des circonstances de 
son intervention dans le complot, ont pensé qu'il en avait 
été le promoteur. 

Il débuta dans son entreprise par un coup d'abominable 
mais très habile politique : à peine Absalom était-il rentré 
à Jérusalem, qu'il lui conseilla de déshonorer son père 
publiquement, dans la personne des épouses du second 
rang, restées dans la capitale. Il voulait par là rendre im- 
possible toute réconciliation entre David et Absalom, en 
même temps qu'il assouvissait sa haine; mais c'était en 
réalité les desseins de Dieu qu'il exécutait, il accomplis- 
sait sans s'en douter la prophétie de Nathan à David après 
sa chute. II Reg., xn, 11-12. 

A ce conseil , que le jeune prince osa suivre , en suc- 
céda un autre qui aurait ruiné la cause de David et aurait 
perdu le roi lui-même, si on avait voulu l'écouter. Achito- 
phel soutenait qu'il fallait se mettre à la poursuite du roi 
sur-le-champ et sans lui laisser le moindre répit; il offrait 
de conduire en personne l'expédition, se faisant fort de 
battre et de disperser l'escorte de David, et de le frapper 
dans cet abandon. 11 aurait certainement réussi; mais 
Dieu, qui avait résolu la défaite et la mort d'Absalom et 
le rétablissement de la fortune de David, ne permit pas 
qu'on prit ce parti, le seul auquel on pût raisonnablement 
s'arrêter. II Reg., xvn, 14. Absalom en reconnut la sa- 
gesse; il ne voulut toutefois rien faire sans consulter 
Chusaï. C'était un ami de David, II Reg., xv, 37, qui avait 
feint, par son ordre, de le trahir pour s'attacher à Absa- 
lom. Il avait pour mission de contre - balancer l'influence 
d'Achitophel et de faire échouer ses plans. Il persuada, en 
effet, à Absalom et à tous les siens qu'il n'avait point en- 
core assez d'hommes avec lui et qu'il valait mieux attendre 
l'arrivée de nouvelles troupes, et ce délai sauva David, en 
lui donnant le temps de s'éloigner et d'aller au delà du 
Jourdain pour former une armée et préparer sa victoire. 

Achitophel fut humilié et irrité du peu de cas que, pour 
la première fois, on faisait de ses conseils. Il vit en même 
temps quelles conséquences allait avoir pour lui-même la 
mine de la cause d'Absalom, inévitablement perdue par 
ce retard : la fin de son crédit , le déshonneur attaché à 
son nom, le châtiment que pouvait lui attirer l'infamie 
de sa trahison et de ses conseils. Le désespoir s'empara de 
lui. Il sella son âne et s'en retourna à Gilo. Arrivé dans 
sa maison , il eut soin , par un dernier trait de cette pru- 
dence humaine que saint Paul appelle une prudence de 
mort, Rom., vra, 6, de mettre ordre à ses affaires, et, 
oubliant la seule nécessaire, celle de son salut, il se pendit. 
II Reg., xvn, 23. E. Palis. 

ACHOBOR, hébreu : 'Akbôr, « mulot ou souris; » 
Septante: 'Axo6ùp. 

1. ACHOBOR, père de Balanan, roi d'Idumée. Gen., 
xxxvi, 38; I Par., i,49. 

2. ACHOBOR, fils de Micha et père d'Elnathan. Il fut 
un des premiers officiers du roi Josias , qui l'envoya con- 
sulter la prophétesse Holda, au sujet du livre de la Loi, 
trouvé par le grand prêtre Helcias: IV Reg., xxn, 12, 14; 
Jer., xxvi, 22; xxxvi, 12. Il est nommé Abdon, II Par., 
xxxiv, 20. 

ACHOR (Vallée d') (en hébreu : 'Êmeq 'Akôr; en 
grec: 'Eu.exax<">p )i vallée de la Palestine où Achan lut, par 
ordre de Josué, lapidé avec toute sa famille, pour s'être 
réservé, contrairement aux prescriptions du Seigneur, une 
part de butin dans le sac de Jéricho. Jos., vu. C'est 
même à cet événement que le lieu doit son nom : racine 
'âkar, « troubler. » Josué dit au coupable : « Parce que tu 



nous as troublés ( 'âkarfânû) , que le Seigneur te trouble 
[ya'ekorkâ) » ou t'extermine « en ce jour...; et ce lieu fut 
appelé et s'appelle encore aujourd'hui la vallée d'Achor, » 
Jos., vil, 25-26, c'est-à-dire « vallée du tumulte ou des 
troubles », suivant l'interprétation de saint Jérôme. Liber 
de situ et nominibus loc. heb., t. xxm, col. 868. 

Cette vallée est indiquée, Jos., xv, 7, comme formant, 
vers l'est, l'une des limites septentrionales de la tribu de 
Juda. Or, de ce verset, traduit littéralement de l'hébreu, 
il semble résulter que l'endroit qui nous occupe doit être 
cherché au sud de Galgala. « La frontière (de Juda) monte 
vers Debéra, depuis la vallée d'Achor, vers le septentrion 
regardant Galgala, qui est vis-à-vis de la montée d'A- 
dommim , laquelle est au midi du torrent. » On est donc, 
d'après cela, tout naturellement amené à identifier la vallée 
d'Achor avec l'Oued el-Kelt (Carith), qui serpente préci- 
sément au sud de Galgala (Tell-Djeldjoul). Cf. V. Guérin, 
Descript. de la Pal., Samarie, 1. 1, p. 125-126. Nous pré- 
férons, à la suite de beaucoup d'auteurs, cette opinion à 
celle d'Eusèbe, Onomasticon, et de saint Jérôme, loc. cit., 
qui placent la vallée d'Achor au nord de Jéricho. Il fau- 
drait alors la reconnaître dans VOued en-Nou'aimeh, et 
ce serait mettre beaucoup trop haut la limite septentrionale 
de Juda. Avec l'identification proposée, au contraire, au 
sud - ouest de Jéricho, le chapitre x v s'explique très facile- 
ment. Voir la carte de la tribu de Benjamin. Cette dernière 
ville et Galgala devaient être moins élevées que la vallée ; 
car, au f. 24 du chapitre vu, au lieu de : « ils les con- 
duisirent vers... », on lit en hébreu : vayya'âlû , « ils les 
firent monter. » C. F. Keil, Biblischer Commentar ûber dus 
Alte Testament, Josua, Leipzig, 1874, p. 60. 

La vallée d'Achor était restée dans l'espritdes Hébreux 
comme un lieu de malédiction;. aussi, pour donner une 
idée du changement que la rédemption devait apporter au 
monde, les prophètes disaient qu'elle serait convertie « en 
parc de troupeaux », Is., lxv, 10, la vie pastorale étant 
le symbole de la paix et de la tranquillité, et « en porte 
d'espérance», Osée, h, 15, après avoir été, pour le peuple 
qui entrait dans la Terre Promise, une porte d'affliction. 
Voir Carith. A. Legendre. 

ACHSA (hébreu: 'Aksâh; Septante : Acsyâ), fille de 
Caleb, fils d'Hesron. I Par., il, 49. Il ne faut pas la con- 
fondre avec la fille du célèbre Caleb, nommée Axa dans 
la Vulgate (hébreu : 'Aksâh). Jos., xv, 16, 17; Jud., i, 
12, 13. Le Caleb, père d'Achsa, I Par., H, 49, était fils 
d'Hesron, et vivait avant Moïse; le Caleb du livre des 
Juges et de Josué était fils de Jéphoné et contemporain de 
Josué. 

ACHSAPH (hébreu: 'AkSâf; Septante : 'AfcV, Jos., 
xi, 1; xn, 20; K£gÎ9, Jos., xix, 25; Vulgate : Achsaph, 
Jos., xi, 1; xn, 20; Âxaph, Jos., xix, 25), ancienne cité 
royale chananéenne, qui fit plus tard partie de la tribu 
d'Aser. Jos., xix, 25. Un de ses rois fut appelé par Jabin , 
roi d'Asor, à entrer dans la ligue formée contre Josué , et 
fut vaincu comme les autres princes du nord. Jos., xi, 1 ; 
xn, 20. 

Robinson a cru retrouver cette ville dans les ruines 
connues sous le nom de Khirbet-Ksâf ou Iksâf, et situées 
au sud de l'angle formé par le Léontès, quand, descendant 
du Liban au nord -est, il prend tout à coup la direction de 
l'ouest. Biblkal Researches in Palestine, 2 e édit., Londres, 
1856, t. m, p. 55. « Ces ruines , dit M. V. Guérin , consistent 
en de nombreux amas de matériaux plus ou moins consi- 
dérables, restes de maisons ou d'édifices renversés, épars 
ou accumulés au milieu d'un épais fourré de broussailles. 
De tous côtés, on rencontre des citernes antiques creusées 
dans le roc. » Description de la Palestine, Galilée, t. n, 
p. 269. L'identification proposée parait également probable 
au savant explorateur français, et il y a, en effet, une res- 
semblance assez frappante entre les deux noms ; mais plu- 
sieurs resons nous empêchent de l'admettre. C'est d'abord 



149 



AGHSAPH — ACRABATHANE 



150 



la place qu'occupe Achsaph dans rénumération des villes 
frontières de la tribu d'Aser, Jos., xix, 25-26; celles qui 
la précèdent et la suivent immédiatement appartiennent 
à la région sud -ouest des montagnes de Galilée : Halcath 
(Yerka), Chali (Alia), Béten (El-Banéh), Amaad (Khirbet 
el-Amoud), Messal (Mouslih). Voir la carte de la tribu 
d'Aser. Nous trouvons ensuite que le f. 2 du chapitre XI 
distingue formellement les rois de Madon, de Sémerori et 
d' Achsaph des « rois du nord, qui habitaient dans les 
montagnes ». Enfin Josèphe nous dit que la tribu d'Aser 
occupait la plaine ou partie basse , tt)v xotXiBa , qui , par- 
tant du Carmel, se dirige vers Sidon, Ant.jud., V, i, 22, 
en sorte que Khirbet-Ksâf semble bien plutôt appartenir 
par sa position à la tribu de Nephthali. Ajoutons que l'ordre 
d'après lequel Achsaph est mentionnée dans la liste des 
noms géographiques de Thoutmès III suffit, aux yeux de 
M. Maspero, pour exclure le site proposé par Robinson, 
site qui « nous porterait trop au nord ». G. Maspero, Sur 
les noms géographiques de la liste de Thoutmès III qu'on 
peut rapporter à la Galilée, extrait des Transactions of 
the Victoria Institute, or philosophical Society of Great 
Britain, 1886, p. 9. 

Il faut donc, croyons - nous , placer la ville dont nous 
parlons au sud -ouest de la tribu d'Aser. Nous ne saurions 
cependant y voir, avec quelques auteurs, Accho ou Saint- 
Jean-d'Acre, dont nous aurions ici un autre nom. J. Kitto, 
Cyclopsedia of Biblical Literalure, 1862, t. i, p. 48. — 
Grove, dans Smith's Diciionary of the Bible, t. i, p. 17, 
a supposé que c'était Khaïfa, qui semble se retrouver dans 
!e Ksâtp des Septante. Nous aimons mieux cependant, à 
la suite des explorateurs anglais, identifier Achsaph avec 
Kefr-Yasif, dont le nom correspond assez exactement à 
la transcription des traducteurs grecs, 'AÇicp. Palestine 
Exploration Fund, Quart. St., 1876, p. 76. 

Situé à quelque distance au nord-est de Saint-Jean- 
d'Acre , ce village est assis sur une colline dont les pentes 
inférieures vers l'ouest sont soutenues par un puissant 
mur d'appui , aux blocs réguliers, la plupart de grand ap- 
pareil et antiques. Les habitants, au nombre de six cents, 
appartiennent presque tous à la religion grecque schisma- 
tique. On y remarque surtout une sorte de petite tour 
carrée, bâtie avec des pierres très régulières, et renfer- 
mant une chambre voûtée qu'éclaire un œil-de-bœuf au- 
dessus duquel une croix a été sculptée au dehors. Elle 
faisait partie autrefois d'un bâtiment plus considérable, qui 
a été démoli et remplacé par des maisons toutes modernes. 
On voit aussi au bas de la colline, vers l'est, un beau puits, 
très profond et d'apparence antique. Il est construit en 
pierres de taille. Le réservoir et les auges qui l'environnent 
sont aussi bâtis avec des pierres de même appareil. V. Gué- 
rin, Description de la Palestine, Galilée, t. n, p. 4. 

A. Legendre. 

ACHZIB, ville de Juda. Jos., XV, 44. Voir Achazib 2. 

ACHZIBA, ville d'Aser. Jos., xix, 29. Elle est appelée 
Achazib, Jud., i, 31. Voir Achazib 1. 

ACKERMANN Léopold , exégète catholique autri- 
chien, né à Vienne le 17 novembre 1771, mort dans la 
même ville le 9 septembre 1831. Il entra en 1790 dans 
l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin, et prit 
en religion le nom de Pierre Fourrier. 11 enseigna dans 
son couvent les langues orientales et l'archéologie, et il 
devint en 1806 professeur d'exégèse de l'Ancien Testament 
à l'université de Vienne, où il succéda à Jahn et occupa 
sa chaire avec succès pendant vingt -cinq ans. On a de 
lui : Introductio in libros Veteris Fœderis usibus acade- 
demicis accommodata, in -8°, Vienne, 1825; c'est la troi- 
sième édition corrigée et rectifiée de VIntroductio de Jahn 
(voir Jahn); Archseologia biblica, in-8°, Vienne, 1826, 
nouvelle édition également corrigée de Jahn (elle a été 
réimprimée parMigne, dans son Cursus Scripturœ Sacrse, 
t. il, 1840, col. 823-1068); Proplielse minores perpétua 



annotatione illustrati, in -8°, Vienne, 1830, commentaire 
qui ne renferme pas des choses nouvelles, mais réunit 
ce qu'il y a de meilleur dans les ouvrages plus anciens, 
en y joignant des observations philologiques ; l'auteur 
commente le texte hébreu original , qu'il reproduit ; son 
travail est court, mais bon. — Voir V. Seback, P. F. Acker- 
mann, biographische Skizze, in-8», Vienne, 1832. 

F. VlGOUROUX. 

ACORE AROMATIQUE. Voir Jonc odorant. 

1. ACOSTA Gabriel , chanoine portugais, né à Torre- 
vadras, mort en 1616, fut professeur à Coïmbre. Il com- 
posa sur le chapitre xlix« de la Genèse, sur Ruth, les 
Lamentations de Jérémie, Jonas et Malachie, des com- 
mentaires qui furent publiés après sa mort, in-f», Lyon, 
1641. Voir Nicolas Antonio, Bibliotheca hispana nova, 
2 in -f», Rome, 1672. 

2. ACOSTA Uriel, Portugais, né à Oporto vers la fin 
du xvi« siècle, mort à Amsterdam en 1647. Il était d'ori- 
gine juive et reçut une éducation très soignée. Entraîné 
par ses passions, après avoir été d'abord chrétien, il devint 
matérialiste et athée; puis il se fit circoncire, professa la 
religion de ses ancêtres et alla en Hollande, où les Juifs 
d'Amsterdam lui firent bon accueil, mais le chassèrent 
bientôt de la synagogue, parce qu'il n'observait pas la loi 
mosaïque ; ils le déférèrent même ensuite aux tribunaux 
comme athée. Pour se défendre, Acosta publia, en 1624, 
son Examen dos tradiçoens Phariseas conferidas con a 
ley escripta, dans lequel, renouvelant les erreurs des 
Sadducéens, il nie l'immortalité de l'âme et l'existence 
d'une autre vie. Il se réconcilia néanmoins avec ses core- 
ligionnaires , mais pour se faire excommunier de nouveau 
plus tard. Il termina cette vie agitée par le suicide. Voir 
H. Jellinek, Uriel Acosta's Leben und Lehre, Zerbst, 1847; 
Uriel Acostas Selbslbiographie. Lateinisch und Deutsch, 
Leipzig, 1847; J. da Costa, Israël en de volke, Haarb., 1849. 

F. VlGOUROUX. 

ACRABATHANE ('AxpxSam'vr)), contrée où Judas 
Machabée remporta une grande victoire sur les Iduméens. 
I Mach., v, 3. La Vulgate distingue ici « les fils d'Ésaù 
qui habitaient l'Idumée, et ceux qui étaient dans l'Acra- 
bathane » ; mais le texte grec, suivi par la version syriaque, 
fait de cette dernière région une partie de la première : 
èitoXénet 'IoùSac irpb{ tous ùtoùc 'HffaO Èv Tr) 'l8ou|Aaîa 
rï)v 'Axpaëatitvriv, « Judas combattait contre les enfants 
d'Ésaû, dans l'Idumée, l'Acrabattine. » On sait, en effet, 
que le pays des Iduméens à ce moment s'étendait, dans 
la Judée méridionale, au moins jusqu'à Hébron. I Mach., 
v, 65. Pendant la captivité de Babylone, une émigration 
considérable de la population édomite s'était abattue sur 
ces fertiles campagnes, restées sans maîtres. Cf. F. Le- 
normant et E. Babelon, Histoire ancienne de l'Orient, 
Paris, 1888, t. vi, p. 465. 

L'Acrabathane devait sans doute son nom à la montée 
d'Acrabim, dont il est question dans l'article suivant, et 
se trouvait ainsi au sud - ouest de la mer Morte. Les Idu- 
méens, retranchés dans ces défilés comme dans une for- 
teresse, étaient pour les Juifs des ennemis dangereux qui 
ne leur laissaient aucun repos. Judas Machabée les y atta- 
qua et leur porta des coups terribles. 

Il ne faut pas confondre l'Acrabathane dont nous parlons 
avec l'Acrabatène , que les historiens anciens mentionnent 
parmi les toparchies de la Judée, et qui était la cinquième, 
d'après Pline, v, 14; la troisième, selon Josèphe, Bell, 
jud., III, m, 5; cf. Reland, Palsestina ex monumentis 
veteribus illustrata, Utrecht, 1714, t. i, p. 176, 191-192. 
Le texte grec cité plus haut place dans l'Idumée le lieu 
de la victoire du héros juif. Or, d'après nos deux histo- 
riens, l'Idumée était une toparchie distincte de l'Acra- 
batène, la huitième suivant l'un, la neuvième selon 
l'autre : — on croit, en effet, que VOrine de Pline indique 
le pays montagneux où se trouvaient Hébron et les villes 



151 



ACRABATHANE — ACTES DES APOTRES 



152 



méridionales de la Judée, occupées, nous l'avons vu, par 
les descendants d'Ésaû. — Située plus haut, l'Acrabatène, 
au rapport d'Eusèbe, Onomasticon , et de saint Jérôme, 
comprenait la région qui s'étendait entre Néapolis (Na- 
plouse ) et Jéricho , ayant pour ville capitale Akrabbim , 
aujourd'hui 'Aqrabéh, et pour villes principales Édouma 
(Daouméh), Ianô (Khirbet-Yanoun) et Silo (Khirbet- 
Siloun). Si l'on doit se garder de confondre deux contrées 
distinctes, il n'est pas plus juste de dire, avec Boettger, 
Topographisch- Historisches Lexicon zu den Schriften 
des Flavius Josephus, Leipzig, 1879, p. 8, que l'Acraba- 
tène « est vraisemblablement ainsi appelée de la montée 
de 'Aqrabbim, Num., xxxiv, 4, et ailleurs ». Il serait diffi- 
cile de comprendre que la passe Es - Safah ( voir Acrabim ) 
eût donné son nom à une contrée située sur les confins 
de la Samarie. A. Legendre. 

ACRABIM (Montée d'), hébreu : Ma'âlêk 'aqrabbim; 
Septante : âvaëïdtç 'AxpoStv, Num., xxxiv, 4; Jud., 
I, 36; irpo(Tova6oi<Hî 'Axpa6îv, Jos., XV, 3; Vulgate : as- 
census Scorpionis, a montée du Scorpion » ou « des Scor- 
pions », suivant le texte original. Défilé ou passage indiqué 
comme frontière méridionale de la Terre Sainte, Num., 
xxxrv, 4, et de la tribu de Juda, Jos., xv, 3, et comme 
limite du pays des Amorrhéens, Jud., i, 36. Cet endroit, 
d'après les mêmes témoignages scripturaires, devait se 
trouver entre le sud de la mer Morte et le désert de Sin. 
C'est pour cela que nous ne saurions, comme l'a fait M. de 
Saulcy, l'identifier avec la longue et raide montée de 
l'ouadi Ez-Zououeira, au-dessus de Djebel - Ousdoum. 
Voyage autour de la mer Morte, Paris, 1853, t. H, p. 77. 
Le savant explorateur a pu y trouver des scorpions en 
assez grande quantité ; mais il place trop haut, la limite 
méridionale de Juda, et s'écarte ainsi de la ligne qui, par- 
tant du Ghôr, au sud du lac Asphaltite, passait par Sin 
et Cadèsbarné, dont l'emplacement, quel qu'il soit, était 
certainement plus au midi. 

Disons tout de suite que les scorpions sont assez nom- 
breux dans ces parages. Armés de palpes-pinces, dont ils se 
servent pour saisir leur proie, ces animaux venimeux font, 
à l'aide du crochet terminal de leur queue, des blessures 
graves. Cependant, l'espèce la plus commune en Syrie ne 
dépassant guère cinq ou six centimètres, leur piqûre, 
quoique très douloureuse , est rarement mortelle pour 
l'homme. Voir Scorpion. 

Robinson place, « à défaut de meilleure indication, » la 
montée d'Acrabim dans cette ligne de collines qui, au sud 
de la Sebkhah, forment une courbe irrégulière, croisant 
le Ghôr à peu près comme un segment de cercle dont la 
corde aurait environ six ou sept milles de longueur, et 
s'étendant obliquement du nord-ouest au sud-est. Biblical 
Besearches in Palestine, 1856, t. n, p. 120. La plaine ma- 
récageuse du Ghôr est, en effet, fermée de ce côté par 
une chaîne de collines calcaires, de couleur blanchâtre, 
composées de craie tendre ou de marne durcie, hautes 
de vingt à vingt-cinq mètres en moyenne, mais par en- 
droits de quarante à cinquante mètres. Les bords de l'ouadi 
El-Djeib sont presque à pic, et le fond de la vallée monte 
insensiblement. 

Cependant avec Riehm, Handwôrterbuch des Bibliscken 
Altertums, au mot Akrabbim, et Grove, Smith's Diclio- 
nary of the Bible, t. i, p. 42, nous croyons que les textes 
cités plus haut, aussi bien que la topographie et le sens 
ordinaire attaché au mot ma'âlêh, favorisent davantage 
l'identification d'Acrabim avec le défilé d'Es-$afah, au 
nord de l'ouadi Fiqréh. De ce dernier point, en suivant la 
route de Pétra à Hébron, on arrive en trente-cinq minutes, 
par un chemin raboteux, mais en quelques endroits poli 
et glissant, au pied d'un massif montagneux qu'on peut 
franchir par trois passes , distantes l'une de l'autre d'une 
heure environ. La plus orientale est appelée par les Arabes 
Es-Soufei, et celle de l'ouest El-Yèmen, « la droite, » 
la plus fréquentée, parce qu'il y a de l'eau à la partie 



supérieure. Cependant la plus directe et la moins di.ficile 
est celle du milieu, nommée Es-Safah. On voit encore, 
à l'entrée, les restes d'un fortin, destiné autrefois à en 
garder l'approche. La montée prend environ deux heures, 
et M. Schubert a trouvé, au sommet, l'altitude de 466 mètres. 
De ce point, l'on aperçoit le désert, qui s'étend à perte de 
vue, des deux côtés de l'Arabah, jusqu'à la mer Morte. La 
contrée est affreusement désolée. Le chemin suit cons- 
tamment la direction nord-nord-ouest. Cf. Baedeker, Pa- 
lestine et Syrie, Leipzig, 1882, p. 316; Chauvet et Isam- 
bert, Orient, Syrie et Palestine, Paris, 1887, p. 59. 

Il faut distinguer la montée d'Acrabim de la ville du 
même nom, capitale de l'Acrabatène (voir Acrabathane), 
et, suivant Eusèbe, Onomasticon, au mot 'Axpa66sî|i, et 
saint Jérôme, Liber de situ et nominibus locorum heb.j 
t. xxiii, col. 866, située « à neuf milles à l'est de Naplouse, 
en descendant vers le Jourdain comme pour aller à Jé- 
richo ». Ce bourg, qui n'est mentionné nulle part dans la 
Bible, mais est plusieurs fois cité par Josèphe comme chef- 
lieu de la toparchie de ce nom, Bell, jud., Il, xx, 4; 
III, m, 5 ; IV, ix, 3, se retrouve aujourd'hui dans le village 
de 'Aqrabéh, à quelque distance au sud-est de Naplouse : 
on peut en voir la description dans V. Guérin , Descrip- 
tion de la Palestine, Samarie, t. n, p. 3-5. 

A. Legendre. 

ACRE, Saint-Jean- d'Acre. Voir Accho. 

ACRON , forme exceptionnelle du nom de la ville 
d'Accaron dans la Vulgate, Jos., xix, 43. Voir Accaron. 

ACROSTICHE. Voir Alphabétique (poème). 

ACTES DES APÔTRES (IlpdSeiç 'AtcoutôXmv , 
Actus Apostolorum). 

I. Nom. — Dans les anciens manuscrits, le cinquième 
livre historique du Nouveau Testament porte le nom de 
Ilpâijei; 'AiroarAXwv ou de IlpâÇci; r&v 'AikxttoXmv. Rare- 
ment avec l'article, ai IlpâÇsiç. En latin, Actus ou Acta 
Apostolorum. Ce titre répond très bien au contenu du 
livre, où se trouve relaté un choix d'actes, par lesquels 
les Apôtres opérèrent la fondation de l'Église. Les Alle- 
mands ont adopté le nom de Apostelgeschichte {Histoire 
des Apôtres). Cette appellation n'a pas toute l'exactitude 
désirable, car le livre est loin de donner l'histoire de tous 
les Apôtres; même l'histoire de l'apostolat de saint Pierre 
et de saint Paul y est très incomplète. 

II. Authenticité. — Toute l'antiquité ecclésiastique n'a 
qu'une voix pour attribuer à saint Luc la composition du 
livre des Actes. Mais, cette persuasion étant inconciliable 
avec les idées de l'école rationaliste de Tubingue, les 
adeptes de cette école furent amenés à nier l'authenticité 
de ce livre, et à en reculer la rédaction au II e siècle, 
époque à laquelle, d'après leur système, se fit dans l'Église 
la fusion entre les pétnniens et les pauliniens. Selon ces 
docteurs, le livre des Actes est une sorte de roman histo- 
rique, ayant pour but de faire apparaître Pierre et Paul 
travaillant de concert et en conformité de vues à la pro- 
pagation de l'Évangile. C'est contre ces adversaires que 
nous devons démontrer que les Actes sont vraiment l'œuvre 
de saint Luc. 

« Une chose hors de doute, dit M. Renan lui-même, 
Les Apôtres, introd., p. x, c'est que les Actes ont eu le 
même auteur que le troisième Évangile , et sont une con- 
tinuation de cet Évangile. On ne s'arrêtera pas à prouver 
cette proposition, laquelle n'a jamais été sérieusement 
contestée. Les préfaces qui sont en tête des deux écrits, 
la dédicace de l'un et de l'autre à Théophile, la parfaite 
ressemblance du style et des idées, fournissent à cet égard 
d'abondantes démonstrations. » Si l'on regarde ce point 
comme acquis à la critique, et que l'on suppose établie 
sur des preuves solides l'authenticité de l'Évangile de 
saint Luc, il faudra du même coup attribuer les Actes à 
cet écrivain apostolique, disciple et compagnon de saint 



153 



ACTES DES APOTRES 



154 



Paul. Il est démontré dans un autre article que le troisième 
Évangile est incontestablement l'œuvre de saint Luc. Donc, 
pour adjuger légitimement les Actes au même auteur, il 
nous suffirait d'en appeler à cette démonstration. Mais on 
peut, indépendamment de cet argument interne, fournir 
des témoignages péremptoires en faveur de l'authenticité 
de ce livre canonique. 

11 est à peine douteux que saint Clément de Rome, 
l Cor., il, 1. 1, col. 209, fait allusion à un texte des Actes, 
XX, 35, lorsqu'il loue les Corinthiens de ce qu'ils « pré- 
fèrent donner que recevoir ». — Saint Ignace d'Antioche, 
en deux endroits de ses lettres authentiques, semble à 
peu près transcrire les paroles des Actes, lorsqu'il dit, 
Smyrn., m, t. v, col. 709 : Mtti 8è ttjv àvôffraorv o-uvéçayev 
œùtoîc xai (rwlitisv. Voyez Act., x, 41 : Orêivec <rJve<pâyo|iev 
xaV o"uvem'o[iev a\nij> y.tzk tô àvao-TÎjvae otÙTÔv èx vexp&v. 
Ailleurs, Magnes., v, t. v, col. 665 : "Exao-To; et; tôv 
fSiov tôhov (léXXet xwpeïv. Voyez Act., 1,25: IIopeu8r|vai 
eî; tov tôhov tôv îîiov. — 11 en est de même de saint 
Polycarpe, Phil., I, t. v, col. 1005 : *Ov T,yeipev à Qeô;, 
Xidctç Ta? <I>8îva« toO SSou. Voyez Act., n, 24 : "Ov & ©tô? 
àvéciTiiffe , Xùo-iç Tac wSîvac toO Qavdkou (S8ou, d'après une 
autre leçon). — La AioV/ti tûv 'AhootôXmv , récemment 
découverte par Bryennios, se sert d'une manière analogue 
de Act., II. 44, 45; iv, 32, édit. Bryennios, p. 21, n. 4. — 
La lettre à Diognète, 3, 4, t. h, col. 1172, rappelle Act., 
xvii, 24. 

Il suffit de descendre au commencement du m* siècle 
pour entendre les voix les plus autorisées des diverses 
parties de l'Église nommer Luc comme l'auteur du livre 
des Actes. Saint Irénée, réunissant en sa personne les 
traditions de l'Asie et de la Gaule, après avoir rapporté 
plusieurs choses consignées dans les Actes, ajoute, Hser., 
III, xiv, t. vu, col. 914 : « Omnibus his cum adesset 
Lucas , diligenter conscripsit ea , uti neque mendax ne- 
que elatus deprehendi possit. » — Clément d'Alexandrie, 
Strom., V, xii , t. ix , col. 124 : « Sicut et Lucas in Acti- 
bus Apostolorum commémorât Paulum dicentem : « Viri 
Athenienses... » Suit le commencement du discours à l'A- 
réopage, Act., xvn, 22 et suiv. — Tertullien, témoin de 
l'Église d'Afrique, De jejun., x, t. H, col. 966 : « Porro, 
cum in eodem commentario Lucse et tertia hora orationis 
demonstretur, sub qua Spiritu sancto initiati pro ebriis 
habebantur, et sexta, qua Petrus ascendit in superiora. » 
Voyez Act., n, 15 et x, 9. — Le témoignage de l'Église 
romaine est plus ancien encore. 11 se trouve dans le canon 
du II e siècle découvert par Muratori : « Acta autem omnium 
Apostolorum sub uno libro scripta siint. Lucas optime 
Théophile comprehendit , quia sub prœsentia ejus singula 
gerebantur. » — Toute la tradition de l'antiquité est, pour 
ainsi dire, résumée par Eusèbe de Césarée, lorsqu'il place 
le livre des Actes parmi les ô|ioXoyoù|«va, c'est-à-dire 
parmi les livres canoniques dont l'autorité est incontestée. 
Hist. Eccl., m, 25, t. XX, col. 268. 11 l'attribue à saint 
Luc. Hist. Eccl., m, 4, t. XX, col. 220. 11 est donc indu- 
bitable que le livre des Actes était répandu dans l'Église 
dès le I er siècle et que dès lors il était regardé partout 
comme l'œuvre de saint Luc. Sinon , à la fin du II e siècle , 
l'Église n'aurait pas été unanime à le lui attribuer. 

Ce témoignage concordant de la tradition est abondam- 
ment confirmé par les indices que fournit le livre lui- 
même. 1° L'auteur, racontant les voyages de saint Paul , 
parle constamment, à partir du chapitre XX, à la première 
personne du pluriel, et conduit ainsi son récit jusqu'à la 
captivité de saint Paul à Rome. Il était donc le compa- 
gnon de l'Apôtre, et se trouvait notamment avec lui à 
Rome. Or tel était saint Luc , dont saint Paul dit , dans sa 
seconde lettre à Timothée, iv, 11, écrite de Rome pen- 
dant sa captivité : « Luc seul est avec moi ; » et dont il 
envoie de la même ville les salutations aux Colossiens et 
à Philémon. Coloss., iv, 14; Philem., 24. Il entre d'ailleurs, 
sur les dernières années du ministère de saint Paul et 
sur ses voyages, dans des détails si minutieux, que le 



témoin oculaire se trahit à chaque instant. Voyez, par 
exemple, la scène du serpent ramassé et secoué par l'Apôtre 
dans l'Ile de Halte, Act., xxvm, 2-6; la description des 
péripéties du naufrage, xxvii, 14-44; la mention exacte 
de tous les endroits par où l'on passe pour se rendre de 
Césarée à Rome. — 2° On a recueilli un grand nombre 
de tournures et d'expressions singulières , qui se ren- 
contrent à la fois dans les Actes et dans Je troisième 
Évangile , et que les autres auteurs sacrés n'emploient 
jamais ou presque jamais. En voici quelques exemples : 
Luc, I, 1 : 'Eitsi8/,7CEp itoXXoi èTtE/espriCTav..., sSofce xâ|»o\ 
itap/)xoXov)6T)x6n..., et Act., xv, 24, 25 : 'EjisiSï) T)xoùo-a(i$v 
8ti Tivèc..., êSoÇev 11*îv yevo|iévoiç... — Luc, xv, 13 : [ist' 
où luoXXà; »)|ièpac, et Act., i, 5: où peTa itoXXàc toùtoc 
îjliipaç, et Act., xxvn, 14 : (ist* où rcoXù ; Act., xix, 11 : 
6uvà|»£ic te où tïî Tuv_où<jaç. — Luc, I, 20, 80 : ôfypi nî 
f,|iipa;,... ê<o« ï)|iÉpa;, et Act., I, 2 : a-/pt tJ« fjiilpaç; i, 22: 
eue tîj? Tijjipa;; H, 29 : a-/pt tïjç ^(ispa? TotÙTrjc; vu, 45 : 
itou tûv T)(ilp«ùv AaSiS. — Main de Dieu au lieu de puis- 
sance de Dieu. Luc, i, 66, 71, et Act., xi, 21, et xm, 11. 
— Luc, iv, 34 : ô âyto; toû QeoO, et Act., n, 27: où8s 
ôuo~et; tôv ôo~iôv trou, et IV, 27 : êni tov âytov italSi aoy; 
iv, 30: toO àytou itatSôç <rou. — Luc, XXIII, 5 : àpïâ- 
[j.evo{ àitô TÎjç raXtXaîa;, et Act., x, 37: apEâjirvov àitb rîj? 
TaXtXataç, et Luc, xxiv, 27 : àp£i|jievoc àrcô Mwo-éto;. — 
Luc, 1,9: Tkaxe toû ôujuâo-ai, et Act., i, 17: sXa^e tôv 
xHjpov. — Luc, XXI, 35 : sut «pôo-tiinov toxo~t)Ç ttjc yr<;, 
et Act., xvii, 26 : liù itàv tô rcpôo-<oitov tîjç yîjç, et Luc, 
xii, 56: tô itpôo-wTtov tîj4 yîj; xcù toO oùpavoû. Saint Luc 
est le seul écrivain du Nouveau Testament qui emploie 
cette expression. Voir Bacuez , Manuel biblique , t. iv , 
n» 484. — Signalons, à la suite de cet auteur, « la confor- 
mité qu'on remarque entre ces deux livres pour les senti- 
ments, les dispositions d'esprit, les tendances... D'un côté 
comme de l'autre, on reconnaît l'influence de saint Paul. 
C'est la même attention à ne rien dire de blessant pour 
les Gentils , à ménager l'autorité romaine , et même à re- 
lever ce qui est à son avantage, Act., m, 13-15; x, 1, 
2, 45; xm, 7; xxv, 10, 25; xxvn, 43. C'est le même res- 
pect pour les cérémonies judaïques, Luc, i, 9, 59; n, 
21-24, 37, 39, 41, 46; iv, 16; v, 14; vi, 3-4; Act, m, 1; 
v, 12, 42; XVI, 3, etc., avec la même conviction que 
l'Évangile est pour tous les peuples, Luc, il, 32; IX, 52; 
xvn, 16; Act., i, 8; ix, 15; x, 1 et suiv., et le même soin 
de rattacher les faits aux actes publics de l'empire, » Luc, 
m, 1; Act., m, 13; xxiv, 27. La tradition qui attribue les 
Actes à saint Luc, l'auteur du troisième Évangile, est 
donc pleinement confirmée par les arguments intrin- 
sèques. 

Les rationalistes prétendent néanmoins établir par ce 
genre d'arguments que saint Luc n'est pas l'auteur du 
livre des Actes. « Luc, disent-ils, n'est pas ce compagnon 
de Paul qui, à partir du xvi e chapitre des Actes, parle 
à la première personne du pluriel. Cet écrivain était avec 
Paul à l'époque où celui-ci écrivit ses lettres aux Thessa- 
loniciens et aux Corinthiens ; or, dans ces lettres, Paul ne 
fait aucune mention de Luc , mais il parle de Timothée 
et de Silvanus. Donc alors Luc n'était pas avec lui. Même 
dans les lettres aux Colossiens et à Philémon, Luc, qui 
était alors auprès de Paul à Rome, n'est nommé qu'en 
dernier lieu , après plusieurs autres. 11 n'était donc pas un 
des principaux disciples de Paul. D'ailleurs , si Luc avait 
travaillé avec Paul à Philippes pendant plusieurs années , 
comme il faut le supposer de l'auteur des Actes, Act., 
xvi, 12 et suiv., Paul n'aurait pas manqué de le nommer 
dans sa lettre aux Philippiens, qu'il écrivit lorsque Luc 
était auprès de lui. Il semble que Luc ne s'adjoignit à 
Paul que lorsque celui-ci était captif à Rome, i 

On le voit, tous ces arguments sont négatifs. Le dernier 
seul a quelque chose de spécieux. On y répond facilement 
par l'hypothèse que saint Luc était absent de Rome lorsque 
saint Paul envoya sa lettre aux Philippiens. Cette hypo- 
thèse n'est pas gratuite; car, si saint Luc avait été alors 



155 



ACTES DES APOTRES 



156 



à Rome, saint Paul l'aurait certainement excepté de la 
généralité de ce blâme , Phil., h, 21 : « Tous ne cherchent 
que leur intérêt, » comme il vient d'en excepter impli- 
citement son fidèle Timothée, h, 20. Dès lors il est ma- 
nifeste que ces arguments négatifs, si faibles en eux- 
mêmes, ne sauraient ébranler la tradition constante qui 
proclame que les Actes sont l'œuvre de saint Luc. 

Refusant de reconnaître saint Luc pour l'auteur des 
Actes, les rationalistes ont imaginé divers systèmes pour 
expliquer la genèse de ce livre. D'après quelques-uns, les 
parties où l'écrivain parle à la première personne du plu- 
riel auraient été rédigées par un compagnon des voyages 
de Paul autre que Luc. Ce compagnon serait Timothée 
(Schleiermacher, Bleek, etc.), ou Silas (Schwanbeck), 
ou Titus (Krenkel). Ou bien ce compagnon de Paul aurait 
écrit tout le livre, ou bien un auteur inconnu aurait trans- 
crit ces mémoires , sans y rien changer, et les aurait ainsi 
insérés dans un livre composé par lui en vue d'aider à la 
réconciliation des deux factions qui avaient jusque-là divisé 
l'Église. Mais de Wette lui-même avoue que l'hypothèse 
d'auteurs multiples n'explique ni l'uniformité de style qui 
règne dans tout l'ouvrage, ni la conformité de celui-ci 
avec le troisième Évangile, ni la manière égale de citer 
l'Ancien Testament, ni la cohésion étroite de toutes les 
parties entre elles. De Wette, Lehrbuch der... Einleitung 
in die kan. Bûcher des N. T., § 115 a. Pour ces motifs , 
de Wette et d'autres admettent pour tout le livre un auteur 
unique. « Mais cet auteur, disent -ils, ne peut pas être un 
témoin oculaire des faits qu'il raconte; car ces faits sont, 
les uns en contradiction avec les lettres de Paul, les autres 
incompatibles avec les données de l'histoire ; d'autres sup- 
posent chez l'écrivain des renseignements insuffisants. » Ce 
dernier argument est futile ; quant aux deux autres , nous 
en donnerons plus loin le développement et la réfutation, 
lorsque nous parlerons des objections contre la véracité du 
livre des Actes. 

III. Lieu et époque de la composition. — Faute de dé- 
terminations précises , on admet comme probable que les 
Actes des Apôtres ont été composés à Rome, à la fin de la 
seconde année de la captivité de saint Paul. Le récit, en 
effet, se termine brusquement à cette époque de la vie 
de l'Apôtre. Alors saint Luc était encore avec lui. Cette 
première période de sa captivité était pour l'Apôtre une 
période pacifique, sans incidents remarquables, ainsi qu'on 
peut le conclure des derniers versets des Actes. C'était 
donc aussi pour saint Luc un temps favorable à la rédac- 
tion de ses notes sur les travaux apostoliques de son 
maître. L'an 64 de l'ère vulgaire serait ainsi l'époque de 
la composition , ou du moins de l'achèvement du livre des 
Actes. 

IV. Intégrité du texte. — Le texte des Actes des Apôtres 
est parvenu jusqu'à nous sans avoir subi aucune altération 
importante. Les variantes très nombreuses des manuscrits 
n'affectent point la substance des récits. Nous en avons 
pour garants les versions anciennes, la syriaque surtout et 
la latine, et les nombreuses citations des Pères. Du reste , 
la critique rationaliste n'a soulevé à ce sujet aucune ob- 
jection sérieuse. 

V. Analyse du texte. — Le livre des Actes se compose 
de deux parties bien distinctes. Cornely, Introductionis 
compendium, p. 522-523. Première partie : Origine et pro- 
pagation de l'Église parmi les Juifs, i-ix. Deuxième partie : 
Origine et propagation de l'Église parmi les Gentils, x-xxvm. 
Saint Pierre joue le grand rôle dans la première partie; 
dans la seconde, c'est l'action de saint Paul qui domine. 

Première partie, i, 1-rx, 43. — Première section. Fon- 
dation de l'Église à Jérusalem, i, 1-n, 47. La fondation de 
l'Église préparée par la promesse du Saint-Esprit, i, 1-11, 
et par l'élection d'un nouvel apôtre, i, 12-26. La fondation 
de l'Église opérée par la descente du Saint-Esprit, n, 1-13, 
et par la première prédication de saint Pierre, il, 14-47. 
— Seconde section. Propagation et confirmation de l'Église 
parmi les Juifs de Jérusalem, m, 1-yII, 59. Un grand 



miracle opéré par saint Pierre , assisté de saint Jean , de- 
vient le signal de nombreuses conversions et d'une per- 
sécution violente, m, 1-iv, 31. La mort tragique d'Ananie 
et de Saphire sert d'exemple aux fidèles pour les maintenir 
dans la ferveur, iv, 32 -v, 11. De nouveaux accroissements 
de l'Église provoquent une nouvelle persécution : les 
Apôtres sont jetés en prison , délivrés par un miracle, dé- 
fendus par Gamaliel, v, 12-42. Institution des diacres : 
Etienne, le plus illustre d'entre eux, devient le premier 
martyr de la foi de Jésus, vi, 1-vn, 59. — Troisième sec- 
tion. Propagation de l'Église dans la Palestine, la Samarie, 
la Syrie, vm, 1-ix, 43. La persécution, dont saint Etienne 
fut la victime, disperse les fidèles et propage ainsi la foi 
dans la Judée et la Samarie, vm, 1-40. Elle est aussi l'oc- 
casion de la conversion de saint Paul, IX, 1-30. Pierre 
visite les Églises fondées en Judée, et y opère deux mi- 
racles insignes, ix, 31-43. 

Deuxième partie, x, 1-xxvin, 31. — Première section. 
Les débuts de l'Église parmi les Gentils, x, 1-xn, 25. Pierre, 
averti par une vision céleste, reçoit dans l'Église le cen- 
turion Corneille et sa famille ; ils deviennent les prémices 
de la gentilité, x, 1-xi, 18. Bientôt s'établit à Antioche 
une Église composée de païens convertis, si, 19-26. Ceux- 
ci viennent en aide, par leurs aumônes, aux fidèles de 
Jérusalem, xi, 27-xn, 25. — Seconde section. Dissentiment 
entre les fidèles convertis du judaïsme et ceux de la gentilité, 
XIII , 1 - xv, 34. Premier voyage apostolique de saint Paul , 
en compagnie de saint Barnabe ; ses fruits abondants pour 
l'Évangile, xm, 1-xiv, 27 (28). Après leur retour, quelques 
judéo-chrétiens d' Antioche troublent l'Église en voulant 
soumettre les Gentils à la circoncision. Leurs prétentions 
sont écartées par les Apôtres, assemblés à Jérusalem, xv, 
1-34. — Troisième section. Propagation de l'Église parmi 
les Gentils de la Macédoine, de l'Achaïe et de l'Asie, xv, 
36-xxi, 15. Saint Paul, dans son second voyage aposto- 
lique, visite les Églises qu'il a fondées, xv, 36-xvi, 5, 
et, conduit par l'Esprit - Saint en Macédoine, il y établit 
les Églises de Thessalonique et de Philippes, xvi, 6-xvn, 
15. De là il passe en Achaïe, et fonde l'Église de Corinthe, 
xvii, 16-xvm, 28. Enfin, dans son troisième voyage, il 
prêche la foi à Éphèse et la répand au loin par toute 
l'Asie proconsulaire, xix, 1-20, et, en repassant par la Ma- 
cédoine et l'Achaïe, il retourne à Jérusalem, xix, 21-xxi, 15. 
— Quatrième section. Captivité de saint Paul, nouveau 
moyen de propagation de l'Évangile, xxi, 16-xxvin, 31. 
Saint Paul , fait prisonnier à Jérusalem, est conduit à Cé- 
sarée, xxi, 16-xxin, 35. Retenu deux années en captivité, 
il prêche la foi devant les gouverneurs romains et devant 
le roi Agrippa, xxiv, 1-xxvi, 32. Envoyé à Rome sur 
sa demande, il y arrive après avoir subi un naufrage, 
xxvn, 1-xxvin, 15. Captif à Rome, il y prêche le royaume 
de Dieu à tous ceux qui viennent à lui, xxvm, 16-31. 

Les événements racontés dans les Actes remplissent un 
espace d'environ trente- cinq ans, depuis le printemps de 
l'an 29 jusqu'au printemps de l'an 64. 

VI. Véracité des Actes des Apôtres. — Elle est attaquée 
surtout par l'école rationaliste de Tubingue. D'après elle, 
l'auteur de cet écrit l'a composé dans un but polémique , 
celui de réconcilier le parti ethnico- chrétien avec le parti 
des judaïsants. A cette fin, il a arrangé son récit, histo- 
rique en apparence, de manière que les faits, en partie 
réels, en partie inventés, fissent apparaître Pierre et Paul 
comme également favorables aux idées des deux factions, 
et unis entre eux par les liens d'une concorde fraternelle. 
Ce n'est pas ici le lieu de démontrer que tout le système 
des Tubinguiens ne repose sur aucun fondement solide. 
Il suffit de faire voir comment l'authenticité du livre des 
Actes conduit à en admettre la véracité. 

1° Saint Luc a été parfaitement renseigné sur les faits 
qu'il raconte. A partir du chapitre xx, il est présent à tous 
les événements. Compagnon de saint Paul pendant douze 
années, il a eu toutes les occasions désirables d'apprendre 
les détails du ministère apostolique de son maître. Quant 



157 



ACTES DES APOTRES 



158 



aux faits du ministère de saint Pierre, dont il s'agit au 
commencement de l'histoire, il s'en est informé exacte- 
ment auprès de v ceux « qui ont tout vu dès le principe » , 
ainsiqu'il nous en avertit lui-même dans le prologue de 
son Évangile. Saint Luc connaissait donc parfaitement tous 
les événements racontés dans ses mémoires. 

2° Saint Luc a exposé fidèlement les choses comme il 
les savait. Il nous est connu, en effet, comme un homme 
d'une probité irréprochable; d'ailleurs la candeur et la sin- 
cérité se laissent toucher au doigt dans ces pages écrites 
avec une simplicité où rien ne sent la recherche ni le 
parti pris. Enfin, quand même l'écrivain eût voulu tromper 
ses lecteurs , il n'y aurait pas réussi ; car les faits dont est 
tissu e son histoire sont pour la plupart des faits publics, 
illustres, accomplis devant des témoins nombreux. La 
fraude, s'il y en avait eu, n'aurait pas tardé à être connue 
et dénoncée. 

VII. Difficultés soulevées contre la véracité du livre. — 
Pour convaincre saint Luc de fausseté , on a tâché de le 
mettre en contradiction avec saint Paul. 

1" On prétend qu'il y a contradiction entre Act., xvn, 
13-15 ; xvm, 5, et I Thess., m, 1-6. L'Apôtre écrit aux 
Thessaloniciens que, ne pouvant aller les trouver en per- 
sonne, il s'est décidé à rester à Athènes, et à leur envoyer 
Timothée, pour les aider de ses exhortations dans leurs 
tribulations. Selon le récit des Actes, les Juifs de Thessalo- 
nique, ayant excité des troubles contre saint Paul à Bérée, 
en Macédoine, les fidèles conduisirent l'Apôtre à Athènes, 
tandis que Silas et Timothée demeurèrent seuls à Bérée. 
Saint Paul, après un court séjour à Athènes, se rendit 
à Corinthe , et c'est là seulement que Silas et Timothée , 
partis de Macédoine, vinrent le rejoindre. Timothée ne se 
serait donc point trouvé à Athènes avec son maître ; d'où 
il suivrait que celui-ci n'aurait pas pu l'envoyer de là 
à Thessalonique. 

Nous pouvons répondre d'abord à cette objection d'une 
manière indirecte. Le récit des Actes et les Épîtres de saint 
Paul se rencontrent à chaque pas, relativement aux détails 
les plus minutieux de la carrière évangélique de l'Apôtre. 
Or, s'il y a quelque chose de remarquable, c'est la con- 
cordance parfaite que l'on constate entre l'historien d'un 
côté et l'autobiographe de l'autre. Nous sommes donc en 
droit de supposer, à priori, qu'en l'endroit spécial objecté, 
cette concordance existe comme ailleurs ; et, examen fait, 
si nous ne parvenions pas à la découvrir, le parti le plus 
sage serait encore d'avouer notre ignorance. Mais nous ne 
sommes pas réduit à cette extrémité. Pour faire concorder 
saint Luc et saint Paul, il suffit de suppléer quelque chose 
à leurs renseignements incomplets. Voici une hypothèse 
probable qui concilie tout. Saint Paul, arrivé à Athènes, 
donne ordre à Silas et à Timothée de venir le rejoindre en 
cette ville. Act., xvn, 15. Ils y viennent. L'Apôtre, avant 
de quitter Athènes, envoie Timothée à Thessalonique, et 
Silas dans une autre ville de Macédoine. Pendant que l'un 
et l'autre remplissent leur mandat, Paul va à Corinthe, 
où il est de nouveau rejoint par ses deux disciples, revenus 
de Macédome. — Il peut encore se faire que l'Apôtre , ré- 
voquant l'ordre qu'il avait donné d'abord, ait enjoint à 
Timothée d'aller de Bérée à Thessalonique sans venir 
à Athènes, et à Silas d'attendre à Bérée le retour de Ti- 
mothée. 

2° On veut aussi trouver des contradictions dans les 
trois récits de la conversion de saint Paul, qui sont tous 
trois donnés dans les Actes, ix, 7; xxii, 9; xxvi, 14. Au 
premier endroit, il est dit que les compagnons de Saul, 
lorsqu'ils entendirent la voix céleste, demeurèrent debout, 
frappés de stupeur; au troisième endroit, tous sont cou- 
chés par terre au moment où la voix se fait entendre. Il 
est rapporté aussi, dans le premier récit, que les compa- 
gnons de Saul entendirent la voix sans voir personne; 
dans le second, au contraire, que ces hommes virent la 
lumière , mais n'entendirent pas la voix de celui qui parlait 
avec Saul. 



Notons avant tout que le premier récit est le seul que 
saint Luc donne en son propre nom ; dans les autres pas- 
sages, il reproduit le récit donné par saint Paul lui-même. 
Tout ce qu'on est en droit de lui demander dans ces deux 
passages, c'est qu'il ait rendu fidèlement les discours de 
l'Apôtre. Quand même ces discours seraient, en quelques 
circonstances secondaires, en désaccord avec la narration 
de l'historien, on pourrait tout au plus en conclure que, à 
plusieurs années de distance, les souvenirs de l'Apôtre ne 
lui seraient pas restés tout à fait fidèles touchant quelques 
menus détails, et que saint Luc n'a pas cru nécessaire de 
rectifier cette légère méprise. Piisqii'il n'est pas certain 
que l'Apôtre fût inspiré dans ces deux récits, il ne répugne 
pas absolument que ses souvenirs l'aient trompé touchant 
des détails qui n'altèrent pas la substance du fait. Mais il 
n'est pas même nécessaire de recourir à cette supposition. 
Rien n'empêche d'admettre que les compagnons de Saul , 
terrassés d'abord par l'éclat de la lumière, se soient relevés 
aussitôt et aient écouté debout et dans la stupéfaction la 
voix du ciel. Saul lui - même , terrassé par la lumière , vit 
Jésus et entendit seul distinctement sa voix. Mais, après le 
colloque avec le Sauveur, il se leva aveuglé, ne voyant 
plus rien , quoiqu'il eût les yeux ouverts. Ainsi s'explique 
, la première antilogie. Pour avoir raison de la seconde, on 
peut dire que la voix qui interpella Saul fut entendue par 
tous les voyageurs ( c'était peut-être d'abord un bruit inar- 
ticulé), mais non celle qui engagea un dialogue avec le 
seul chef de la troupe. 

3° On signale une erreur historique dans la harangue 
de Gamaliel, Act., v, 36, lorsque celui-ci mentionne comme 
un fait passé la révolte de Theudas , chef de quatre cents 
rebelles. D'après FI. Josèphe, Antiq.jud., XX, v, 1, Theu- 
das fut puni de mort pour crime de rébellion par le gouver- 
neur C. Fadus, c'est-à-dire quatorze ans après le discours 
de Gamaliel. 

Pour qu'on fût en droit d'accuser d'erreur l'écrivain 
sacré, il faudrait qu'on démontrât : premièrement, que le 
Theudas de Gamaliel est le même que celui de Josèphe ; 
secondement, que, cela étant supposé, l'exactitude histo- 
rique en ce point est plutôt du côté de Josèphe que du 
côté de saint Luc. Josèphe écrivit son histoire vingt ans 
après saint Luc, et il n'avait pas eu, comme celui-ci, des 
relations avec un des disciples de Gamaliel. Or c'est un 
principe constant en critique que , lorsque deux historiens 
également sérieux se contredisent dans les circonstances 
d'un événement, on préfère la relation de celui des deux qui 
est contemporain de cet événement, et qui se rapproche 
davantage des personnes mêlées au fait rapporté. Nous 
serions donc, dans le cas présent, en plein droit de rejeter 
la relation de Josèphe, et de nous attacher à celle de saint 
Luc. Mais il y a plus : les deux relations ne se refusent 
pas à une conciliation. Vers l'époque dont parle Gamaliel, 
Josèphe place la révolte d'un certain Mathias. Antiq.jud., 
XVII, vi, 4. Ce Mathias pourrait bien être le Theudas ou 
Théodas de saint Luc. Car les noms de Mathias, en hébreu, 
et de Théodas (abrégé de Théodoros), en grec, ont la même 
signification : a don de Dieu. » Ils peuvent donc avoir été 
portés à la fois par un même individu , d'après un usage 
assez fréquent chez les Juifs. 

4° On relève dans le discours de saint Etienne des 
inexactitudes relativement à l'histoire du peuple d'Israël , 
Act., vu, 4, 6. 

C'est à tort qu'on impute ces inexactitudes, si elles 
existent, à l'auteur des Actes; elles sont le fait de l'orateur 
dont saint Luc rapporte les paroles. Le martyr, quoique 
rempli du Saint-Esprit, n'était pas nécessairement inspiré 
dans sa harangue. Il pouvait donc se tromper sur quelques 
points indifférents à la substance des choses, comme l'ont 
remarqué le V. Bède et plusieurs commentateurs. 

VIII. Commentaires principaux. — 1« Commentaires 
anciens. Saint Jean Chrysostome a écrit sur les Actes un 
commentaire homilétique; Cassiodore (v« siècle), Com- 
plectiones in Acta Apostolorum; V. Bède, Expositio super 



159 



ACTES DES APOTRES — ACTES APOCRYPHES DES APOTRES 



160 



Acta Apostolorum, et Liber retractationis in Actus Apo- 
stolorum; Théophylacte (xi e siècle), In Acta Apostolo- 
rum. — 2° Commentaires modernes. Catholiques : Érasme, 
Adnotationes, Bàle, 1516; Vatable, Adnotationes , Paris, 
1515; Gagnseus, Scholia in Actus Apostolorum, Paris, 1552; 
Arias Montanus, Elucidaliones in Acta Apostolorum, 
Anvers, 1575; Lorinus, S. J., In Acta Apostolorum com- 
mentaria, Lyon, 1605 ; Gaspard Sanchez, S. J., Commen- 
tera in Actus Apostolorum, Lyon, 1616; Fromond, Actus 
Apostolorum... illustrait, Louvain, 1654. — Protestants : 
Van Limborgh, Rotterdam, 1711; Pearce, Londres, 1777. 

— 3" Commentaires récents. Catholiques : Beelen, Com- 
mentarius in Acta Apostolorum, 2 e édit., Louvain, 1864; 

' Patrizi, In Actus Apostolorum commentarii, Rome, 1867 ; 
Bisping, Exegelisches Handbuch, Munster, 1871; Cram- 
pon, Les Actes des Apôtres, 1872; Crelier, Les Actes des 
Apôtres, dans la sainte Bible de Lethielleux, Paris, 1883. 

— Protestants : J. G. Rosenmùller, Scholia in Novum 
Testamentum, 1821-1835; Baur, Paulus der Apostel, 
1867; Baumgarten, Apostelgeschichte, Halle, 1852; Leke- 
busch, Die Composition und Entstehung der Apostel- 
geschichte, Gotha, 1854. J. Corluy. 

ACTES APOCRYPHES DES APÔTRES. Sous 
les noms divers de npàÇetç, actus, acta, rcepîoo'oi ou 
« voyages », marlyria, passiones, etc., on a retrouvé les 
restes ou les traces de documents prétendant nous raconter 
les missions apostoliques. Originaires pour la plupart de 
milieux asiatiques ou phrygiens, à une époque où les com- 
munautés chrétiennes de ces régions étaient infestées de 
gnosticisme et de manichéisme, ils ont été de bonne heure 
exclus de l'usage catholique ou expurgés. Voir Abdias 6. 
Le pape saint Léon écrivait, en 447 : « Il faut veiller, et 
c'est surtout au zèle des prêtres que nous en faisons un 
devoir, à ce que les livres falsifiés et en désaccord avec 
la sincère vérité ne soient point lus parmi les catholiques. 
Mais les Écritures apocryphes, qui, sous le couvert du nom 
des Apôtres , contiennent le germe de tant d'erreurs, non 
seulement doivent être interdites, mais complètement sup- 
primées et brûlées. Si, en effet, elles renferment quelques 
pieux éléments, jamais elles ne sont exemptes de venin, 
et le charme de leurs fables a cet effet caché de séduire 
par le merveilleux du récit pour mieux envelopper le 
lecteur dans les rets de leurs hérésies. » Epist. xv, 15, 
t. liv, col. 688. Le peu qui nous reste de cette littérature , 
négligé des hagiologues du xvii» et du xvm« siècle, n'a 
été recueilli et étudié convenablement que de nos jours. 
Mais on a vu alors que ces pièces apocryphes et fabu- 
leuses constituent une contribution d'une haute valeur 
à l'histoire des trois premiers siècles. La critique, qui a 
beaucoup démoli , reconstruit aussi : ce chapitre de l'his- 
toire littéraire chrétienne sera l'une de ses plus ingénieuses 
et durables reconstructions. On la doit aux publications de 
J. C. Thilo, C. Tischendorf, W. Wright, auxquels il faut 
ajouter MM. Malan, Zahn, Usener, Bonnet, Guidi et les 
Bollandistes , mais très particulièrement aux recherches 
de M, Lipsius, professeur de théologie à l'université d'Iéna, 
dont le travail, Die apokryphen Apostelgeschichten und 
Apostellegenden, ein Beitrag zur altchristlichen Litera- 
turgeschichten , Brunswick, 1883-1890, encore qu'on y 
trouve trop de traces des idées rationalistes démodées de 
l'école de Tubingue, ne laisse pas d'être le gros œuvre de 
cette reconstitution. Le présent article a pour objet d'in- 
ventorier les Acta anciens que nous possédons sur les 
Apôtres , et de résumer aussi brièvement que possible les 
résultats acquis sur l'origine de ces Acta. 

I. Acta S. Johannis. — Des fragments grecs (tous 
nos Acta anciens ont été originairement grecs) des Acta 
de l'apôtre saint Jean, publiés par Thilo, Fragmenta 
Acluum S. Johannis a Lettcio Charino conscriptorum, 
Halle, 1847; puis de nouveau par Tischendorf, Acta Apo- 
stolorum apocrypha, Leipzig, 1851, p. 266-276. ont été re- 
produits par M. Th. Zahn dans une monographie de valeur, 



Acta Joannis, Erlangen, 1882, p. 219-252. De ces Acta 
primitifs, on possède une sorte d'adaptation ou remanie- 
ment attribué à Prochorus, disciple de saint Jean, cf. Act., 
vi, 5, publié en latin, pour la première fois, par de la 
Bigne (1575), dans sa Bibliothecà maxima Patrum; en 
grec , pour la première fois, par M. Zahn, op. cit., p. 3-165: 
ce pseudo- Prochorus est une œuvre catholique des envi- 
rons de l'an 500, et vraisemblablement d'origine palesti- 
nienne. Zahn, p. lx ; Lipsius, 1. 1, p. 406. Ajoutons un autre 
remaniement, celui - ci latin et décoré du nom de Méliton ; 
nous en parlerons à l'article Méliton. A en juger par les 
quatre fragments grecs que nous possédons et par le récit 
de mort ou y.vtiotaatç 'luiâwau, qui a dû en faire partie, 
Zahn, p. 238 et suiv., les Acta Johannis anciens étaient 
une œuvre d'origine gnostique. M. Zahn, p. cxlv, les date 
des environs de l'an 130 ; M. Lipsius, 1. 1, p. 515, les attri- 
bue à la seconde moitié du II e siècle. 

Pour donner un spécimen de cette littérature, je citerai 
un hymne gnostique , incorporé dans les Acta Johannis, 
Zahn, p. 220-221: « Gloire à toi, Père! — Et nous qui 
l'entendions, nous répondions : Amen. — Gloire à toi, 
Verbe! Gloire àtoi, Grâce! — Amen. — Gloire à toi, Esprit! 
Gloire à toi, Saint! Gloire à ta gloire! — Amen. — Nous 
te louons, ô Père; nous te rendons grâce (eùxapi<rroûu.Ev), 
ô Lumière en qui l'ombre n'habite point ! — Amen. — 
De celui de qui nous rendons grâce (ê?' m ei3xapK"oû[i.ev), 
je parle : être sauvé je veux, et sauver je veux. — Amen. 
— Être délivré je veux, et délivrer je veux. — Amen. — 
... Manger je veux, et être nourri je veux. — Amen. — 
... La Grâce est notre chorège ( xopeûei ) : chanter ( aù),7i<rat ) 
je veux : dansez en chœur (ôp^ffauBs) tous! — Amen. » 
On dirait un hymne orphique. Et ceci , que nous ne pos- 
sédons qu'en latin : 

Lucerna sum tibi , ille qui me vides. 

Janua sum tibi, quicumque me puisas. 

Qui vides quod ago , taco opéra mea. 

Verbo illusi cuncta, et non sum illusus in totum. 

De cet hymne d'une si singulière poésie, rapprochez les 
très belles prières eucharistiques que la Metastasis met 
dans la bouche de saint Jean présidant à la fraction du 
pain au moment de mourir. Zahn, p. 243 : 

« Et ayant demandé du pain, il rendit grâces en disant : 
Quelle louange, quelle offrande, quelle action de grâces 
dans cette fraction du pain t'offrirons -nous, sinon toi 
seul? Nous glorifions ton nom prononcé par le Père, 
nous glorifions ton nom prononcé par le Fils , nous glo- 
rifions la résurrection, à nous révélée par toi. Nous glo- 
rifions, de toi , la semence , la parole , la grâce , l'ineffable 
pierre précieuse,... le diadème, et le Fils de l'homme pour 
nous annoncé, et la vérité, et la paix, et la gnose, et la 
liberté , et le don de se réfugier en toi ! Car tu es seul 
Seigneur, et la racine de l'immortalité, et la source de 
l'incorruptibilité , et l'assiette des siècles ! » 

II. Acta S. Andréas. — Un important fragment grec 
nous en est parvenu sous le titre de Acta SS. Andrex 
et Mathise in civitate Anthropophagorum, publié pour 
la première fois par Thilo, Acta Si', apostolorum An- 
drex et Mathise, Halle, 1847, et à nouveau par Tischen- 
dorf, Acta Apostolorum apocrypha, p. 132-166. M.Wright 
a publié une version syriaque du même morceau dans 
ses Apocryphal Acts of the Aposlles, Londres, 1871, t. n. 
Il ne faut pas confondre ces Acta anciens avec ÏEpistola 
encyclica presbyterorum et diaconorum Achaise de mar- 
tyrio S. Andrex, publiée en dernier lieu, en grec, par 
Tischendorf, op. cit., p. 105-131, et qui, tout en dépen- 
dant partiellement de nos Acta, est une œuvre catholique 
des environs de la fin du iv e siècle. Nos Acta, qui ont eu 
une grande circulation chez les catholiques, ont été ce- 
pendant à l'origine une œuvre gnostique, et l'on y relève 
encore quelques traces de gnosticisme. D'après M. Lipsius, 
t. i, p. 603, ils seraient de la seconde moitié du n* siècle. 

UI. Acta S. Thomas. — Une partie du texte grec de 



161 



ACTES APOCRYPHES DES APOTRES 



162 



ces Acta avait été publiée par Thilo, Acta Thomas, Leipzig, 
1823, et à nouveau par Tischendorf, Acta Apostolorum 
apocrypha, p. v 190-234. Le texte complet grec a été re- 
constitué et publié par M. Mai Bonnet, professeur à la 
faculté des lettres de Montpellier, Acta Thomse, Leipzig, 
1883. Dans l'intervalle, M. Wright en avait publié une 
version syriaque dans ses Apocryphal Acta of the Apos- 
tles, t. il. Les Acta Thomse sont aujourd'hui le spécimen 
le plus complet de cette littérature légendaire. Les traces 
de gnosticisme y sont nombreuses , spécialement dans les 
développements oratoires sur l'ascétisme et sur la virgi- 
nité, thèmes chers aux gnostiques : on y a relevé, comme 
dans les Acta Johannis ci-dessus, plusieurs morceaux 
en forme d'hymne. D'après M. Lipsius, 1. 1, p. 346, les Acta 
S. Thomse seraient du second quart du III e siècle. 

Voici, comme spécimen, le « cantique de la Sagesse » 
ou de 1' « Église », dont l'original était probablement 
syriaque, et, en toute hypothèse, biensiugulièrement dans 
le goût de Bardesanes. Il est chanté dans un festin païen, 
par une psaltria juive , que saint Thomas a convertie en 
secret. Bonnet, p. 8-9 ; Lipsius, 1. 1, p. 301 -303 : « La jeune 
vierge est fille de la Lumière, et sur elle rejaillit et repose 
la splendeur des rois. Superbe et doux est son regard, 
resplendissant d'une beauté lumineuse. Ses vêtements res- 
semblent aux fleurs printanières, et un suave parfum s'en 
exhale... Sur sa tête trône la Vérité; à ses pieds, la Joie... 
Sa langue est comme le vélum d'une porte, qui se soulève 
pour laisser passer. Sa nuque est comme le degré [suprême] 
que le Démiurge a posé. Ses deux mains découvrent le 
chœur des Éons heureux, et ses doigts désignent les portes 
de la Ville. Sa couche nuptiale est étincelante, et des sua- 
vités de baume , de myrrhe et de fleurs jonchées s'en 
échappent... Autour d'elle, pour la protéger, sont ses fian- 
cés ; ils sont huit, huit choisis par elle. Au nombre de sept 
sont ses paranymphes , qui marchent devant elle comme 
un chœur. Douze sont ses serviteurs, qui vont le visage 
tourné vers la fiancée [?], dont le regard les éclaire. Et 
avec elle [?] ils seront toute l'éternité, et éternelle sera 
leur joie. Et ils auront leur place à ces noces où les grands 
seront convoqués, à ce festin où les Éons sont conviés. 
Et ils seront revêtus de robes royales... Dans la joie, dans 
l'allégresse ils seront, et ils glorifieront le Père de l'uni- 
vers , ce Père dont ils ont reçu la douce Lumière, dont le 
visage les a éclairés, dont l'ambroisie a été leur nourri- 
ture, dont le vin a été leur breuvage, ce vin qui apaise 
toute soif et tout désir de la chair. » 

IV. Acta SS. Pétri et Pauli. — Nous possédons deux 
monuments différents sur les deux apôtres romains. Le 
premier est intitulé dans les manuscrits : Martyriura 
SS. Pétri et Pauli apostolorum a Lino papa grsece 
conscriptum et orientalibus Ecclesiis destinatum. Ce 
pseudo-Linus a été publié pour la première fois par le 
Fèvre d'Étaples, dans son Commentarius in Epistolas 
Pauli, Paris, 1512; puis par de la Bigne, dans sa Biblio- 
theca maxima Patrum,t. n, p. 67-73. Voyez aussi Bolland., 
Acta sanctorum junii, t. v (1709), p. 424-428. Le texte 
latin est traduit indubitablement du grec; mais l'original 
grec est demeuré jusqu'à ce jour inédit, à l'exception d'un 
fragment signalé par Tischendorf, Acta Apostolorum apo- 
crypha, p. XX, et publié par M. Lipsius, Jahrbûcher fur 
protestantische Théologie, 1886, p. 86-106. Le second 
monument est intitulé Marcelli, quem discipulum Pétri 
apostoli ferunt, de mirificis rébus et actibus beatorum 
Pétri et Pauli et de magicis artibus Sitnonis magi. Ce 
pseudo-Marcellus a été publié pour la première fois par 
Florentini dans son édition du Martyrologe hiéronymien, 
Lucques, 1668, et reproduit par Fabricius, Codex apc- 
cryphus Novi Testamenti, Hambourg, 1703, t. m, 
p. 632-653. Thilo, Acta Pétri et Pauli, Halle, 1837, puis 
Tischendorf, ouvr. cit., p. 1-39, ont donné l'original grec 
du pseudo-Marcellns. 

Le pseudo-Linus n'est qu'un fragment on abrégé tardif, 
du v-vi" siècle (ainsi Lipsius). Mais ce pseudo-Linus a 
DICT. DE LA BIBLE. 



pour source des itepioSoi IIstpou xa\ IlaûXou grecques, 
dont on a retrouvé des fragments, indépendants du pseudo- 
Linus, d'abord dans le De excidio urbis Hierosolymitanee 
du pseudo - Hégésippe , œuvre de la seconde moitié du 
IV e siècle (368 environ), peut-être même œuvre de saint 
Ambroise; ensuite dans les Actes des saints Nérée et 
Achillée, Bolland., Acta sanctorum tnaii, t. m (1680), 
p. 6 et suiv., lesquels ne sont pas postérieurs au pseudo- 
Hégésippe; surtout enfin dans les Actes latins de saint 
Pierre, découverts récemment dans un palimpseste de 
Verceil du VI e siècle, Actus vercellenses. M. Lipsius voit 
dans ces itcpt'oSoi une œuvre gnostique de la seconde moitié 
du il» siècle. 

Voici quelques citations des prières que le pseudo-Linus 
met sur les lèvres de saint Pierre : « O croix, qui as réuni 
l'homme à Dieu, et qui l'as si magnifiquement arraché 
au domaine de la captivité diabolique ! O croix, qui remets 
perpétuellement sous les yeux de l'humanité la passion 
du Sauveur du monde et la rédemption de la captivité 
humaine ! O croix , qui chaque jour partages aux peuples 
fidèles la chair immaculée de l'Agneau, qui dissipes par 
le calice salutaire les cruels venins du serpent, et qui 
éteins les feux de l'épée flamboyante qui fermait aux 
croyants le seuil du paradis!... » Lipsius, t. H, 1, p. 264. 
« Seigneur, tu es pour moi ami et père , l'auteur de mon 
salut, mon désir, mon rafraîchissement, mon rassasie- 
ment. Tu m'es tout , et tout est pour moi en toi. Tu m'es 
tout; et tout ce qui est, tu l'es pour moi. En toi nous 
vivons, nous nous mouvons et nous sommes. Et voilà 
pourquoi nous devons nous tourner vers toi pour tout 
avoir. Donne-nous, Seigneur, l'objet de tes promesses, 
ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point en- 
tendu, ce que le cœur de l'homme n'a jamais senti monter 
en lui, ce que tu as préparé à qui t'aime... Nous te prions, 
Seigneur Jésus, nous t'invoquons, nous te glorifions, nous 
te confessons, nous t'honorons, dans l'infirmité de notre 
humanité , parce que tu es le seul Seigneur, et qu'il n'y 
en a point d'autre que toi. A toi l'honneur, à toi la gloire, 
à toi la puissance, maintenant et dans des siècles de 
siècles! Ainsi soit-il. » Ibid. Ces belles prières eucharis- 
tiques sont à rapprocher de celles que nous ont fournies 
les Acta Johannis, et que l'on retrouve dans les Acta 
Andrex. 

Le pseudo-Marcellus est, au contraire du pseudo-Linus, 
une œuvre catholique ; elle parait avoir existé dès le com- 
mencement du iv« siècle. Mais M. Lipsius, et c'est ici que 
se retrouve le postulatum de Tubingue , veut qu'elle soit 
un simple remaniement catholique d'une œuvre ou légende 
ébionite, dans laquelle, au lieu des trois personnages 
Pierre, Paul, Simon, il n'y en aurait plus que deux, Pierre 
et Simon- Paul, le magicien Simon n'étant que le masque 
de l'Apôtre des Gentils. J'emprunte ces dernières lignes 
à une recension faite par M. l'abbé Duchesne, Bulletin 
critique, 1887, p. 1G1-167, de la publication de M. Lipsius, 
et où M. Duchesne a montré que des deux légendes, 
celle qui était ancienne, c'était la légende gnostique, celle 
du pseudo-Linus. « Commodien, Arnobe, les Constitutions 
apostoliques, dans leurs plus anciennes rédactions, en dé- 
pendent certainement... Et il y a lieu de croire qu'Ori- 
gène, lui aussi, dépend des actes gnostiques... 11 est clair, 
du reste, que, sur plus d'un point, la légende guostique 
a inspiré la légende catholique. » Enfin un passage im- 
portant des Philosophumena , vi , 20, dont 1' « auteur écri- 
vait à Rome vers l'an 225 », empêche de « faire remonter 
au delà du m e siècle les premières rédactions de la légende » 
prétendue ébionite. 

Nous voilà donc en présence de quatre légendes aposto- 
liques, de Jean, d'André, de Thomas, de Pierre et Paul, 
toutes quatre d'origine gnostique, et toutes quatre (sauf celle 
de saint Thomas) datant de la seconde moitié du II e siècle. 
Ces quatre légendes furent dé bonne heure réunies en 
une collection, collection mise sous le nom d'un même 
auteur, l'auteur présumé des Acta S. Johannis, Leucius. 

8 



163 



ACTES APOCRYPHES DES APOTRES 



164 



Le patriarche Photius (ix« siècle) en avait encore un exem- 
plaire, qu'il décrit dans son Myriobiblon , Cod. 114, t. cm, 
col. 389, sous le titre de Al twv 'AtoxttôXwv itspioâoi; il 
appelle l'auteur Leucius Charinus; ledit exemplaire con- 
tenait les Acta de Pierre, Jean, André, Thomas et Paul. 
C'étaient bien les nôtres, et dans leur intégrité. Photius 
les condamne fortement, comme une œuvre entachée de 
docétisme, de dualisme et d'encratisme. Cette même col- 
lection existait en latin, et une lettre de Turribius, évêque 
d'Astorga, écrite vers 447, nous signale ces mêmes Actes 
d'André, de Jacques et de Thomas, « specialiter illos qui 
appellantur sancti Joannis, quos sacrilego Leucius ore con- 
scripsit, » comme très répandus parmi les Priscillianistes. 
S. Leonis epistolse, xv bis, 5, t. liv, col. 694. Saint Au- 
gustin nous témoigne, en plusieurs occasions de ses polé- 
miques contre les manichéens, que cette même collection 
des Actes de Pierre , Jean , André , Thomas et Paul , était 
en grande faveur dans la secte, et y circulait toujours sous 
le nom de Leucius, t. xlii, col. 539. Le décret dit du pape 
Gélase, et qui est du commencement du vi e siècle, les 
condamne en ces termes : « Libri omnes quos fecit Leucius, 
discipulus diaboli, apocryphi. » Mansi, Concil., t. vm, 
p. 150. 11 n'est pas prouvé que saint Épiphane ait connu la 
collection, encore qu'il cite tous ces Acta individuellement ; 
mais il connaissait le nom de Leucius , et il fait de ce per- 
sonnage un disciple de l'apôtre saint Jean, lequel aurait avec 
l'apôtre combattu les ébionites. Hser. li, t. xli, col. 897. 
Fictif ou non, ce personnage est celui à qui sont attribués 
les Acta S. Johannis. Il ne parait pas que les autres Acta 
aient à l'origine porté le nom de Leucius, ni non plus 
qu'ils soient sortis d'une même officine , encore que leur 
théologie appartienne à une même époque et à un même 
milieu asiatique. 

V. Acta S. Pauli et S. Theclse. — Us ont été publiés en 
grec pour la première fois par Grabe, Spicilegium sancto- 
rum Patrum, 1714, 1. 1, p. 95-144; puis par Tischendorf, 
Acta Apostolorum apocrypha, p. 40-63. M. Wright en a 
publié une version syriaque, Apocryphal Acts of the Apos- 
tles, t. il, p. 116-145. Ces Acta, soit grecs, soit syriaques, 
paraissent n'être qu'une édition catholique expurgée des 
Acta primitifs. Peu de personnages des premiers temps 
du christianisme ont eu dans l'ancienne Église une re- 
nommée comparable à celle de fhècle; elle est tenue pour 
la première femme martyre, et mise sur le même rang 
que saint Etienne dès le m e siècle (ainsi Cyprien d'An- 
tioche, Méthodius, Eusèbe, saint Épiphane, saint Isidore de 
Péluse, etc.). Au iv e siècle, on montrait son martyrium 
aux portes de Séleucie d'Isaurie, S. Silvise aquitanse pe- 
regrinatio, édit. Gammurririi, Rome, 1887, p. 73-74, au 
même titre que l'on montrait celui de saint Thomas à 
Édesse, ibid., p. 62. C'est ce personnage, dont l'historicité 
est surtout établie par le fait de l'existence de son tombeau 
à Séleucie, qui a servi de thème au développement roma- 
nesque des Acta Pauli et Theclse. De ce roman saint Jé- 
rôme écrivait en 392, De viris M. 7, t. xxm, col. 651 : 
« lgitur iuspi'o8ouc Pauli et Theclse et totam baptizati leonis 
fabulam inter apocryphas scripturas computamus... Sed 
et Tertullianus, De Èaptismo, 17, vicinus eorum tem- 
porum, refert presbyterum quemdam in Asia mtouSauTriv 
apostoli Pauli, convictum apud Joannem quod auctor esset 
libri, et confessum se hoc Pauli amore fecisse, loco exci- 
disse. » Le témoignage de Tertullien atteste l'existence des 
Acta Pauli et Theclse à la fin du II e siècle, et si l'on se 
tient à la lettre même de l'affirmation de Tertullien , c'est 
à l'époque de Trajan (98-117) qu'il faudrait rapporter la 
composition desdits Acta (ainsi M. Zahn). Il est plus pro- 
bable que nous avons là une œuvre encratite (plutôt que 
gnostique), voisine de l'origine du montanisme : du troi- 
sième quart du II e siècle environ. — Voir Lipsius, ouvr. cit., 
t. i, 1, p. 424-467; C. Schlau, Die Acten des Paulus und 
der Thehla, Leipzig, 1877; A. Rey, Élude sur les Acta 
Pauli et Theclse, Paris, 1890. 

VI. Acta S. Maltluei. — Nous possédons en grec un 



Martyrium S. Matthsei in Ponto, publié pour la pre- 
mière fois par Tischendorf, Acta Apostolorum apocrypha, 
p. 167-189. 11 débute par une des plus gracieuses fictions 
de toute cette littérature : l'apparition devant saint Matthieu 
de l'enfant Jésus sous la figure d'un des saints Innocents, 
« qui chantent les psaumes dans le paradis. » On y a relevé 
des traces de gnosticisme. D'après M. Lipsius , ces Acta 
auraient été composés au commencement du m e siècle, 
op. cit., t. H, 2, p. 121.— Les Bollandistes (le P. Stilting) 
ont publié le texte latin d'une légende éthiopienne de saint 
Matthieu, qui est une légende monophysite de beaucoup de 
valeur pour l'histoire du christianisme en Abyssinie, mais 
qui est indépendante de nos Acta gnostiques. Voir Acta 
sanctorum septembris, t. vi (1757), p. 220-224. 

VII. Acta S. Philippi. — Des quinze npàÇeiî ou cha- 
pitres dont se composaient anciennement ces Acta, deux 
(la quinzième et la seconde) ont été publiées par Tis- 
chendorf, Acta Apostolorum apocrypha, p. 75-104; huit 
(la première, et de la troisième à la neuvième) par M. l'abbé 
Batiffol dans les Analecta Bollandiana de 1890. M. Wright 
a donné la version syriaque de ces mêmes Acta grecs dans 
ses Apocryphal Acts of the Apostles, t. n. Ici encore nous 
avons affaire à une œuvre gnostique. D'après M. Lipsius, 
t. il, 2, p. 15, elle daterait du commencement ou de la pre- 
mière moitié du m e siècle. Mais, de plus, nous avons affaire 
à une légende en partie localisée à Hiérapolis ( Phrygie ) , 
et dont les attaches archéologiques sont manifestes. Voyez 
Bulletin critique, t. xi, 1890, p. 478. 

VIII. Acta S. Bartholomxi. — Nous en avons, sous 
le titre de Martyrium S. Bartholomssi , une itpàÇtç, 
par le pseudo-Abdias, publiée en grec pour la première 
fois par Tischendorf, Acta Apostolorum apocrypha, 
p. 243-260, en latin à peu près littéralement traduite dans les 
Bollandistes, Acta sanctorum augusti, t. v (1741), p. 34-38. 
Ce qui nous reste là est très sensiblement entaché de nes- 
torianisme. D'après M. Lipsius, t. h, 2, p. 71, ce Mar- 
tyrium ne daterait que de la seconde moitié du V e siècle, 
ou de la première moitié du vi e ; mais il dépendrait d'un 
récit purement juif, d'une date fort ancienne. 

IX. Acta S. Barnabse. — Un texte grec en a été publié 
par le P. Papebroch , Bolland., Acta sanctorum junii, 
t. il (1698), p. 431-435, et réédité par Tischendorf, Acta 
Apostolorum apocrypha , p. 64-74. Ces Acta sont mis 
sous le nom de l'évangéliste saint Marc, comme les Acta 
S. Bartholomssi sont mis sous le nom de Craton, dis- 
ciple des Apôtres, et ils sont un pastiche catholique des 
Actes canoniques des Apôtres. Cet apocryphe, sûrement 
antérieur à la fin du V e siècle, puisqu'il est oublié déjà de 
l'auteur grec de Ylnventio reliquiarum S. Barnabse, 
lequel est de la fin du V e siècle ou du commencement 
du vi», Bolland., ouvr. cit., p. 436-452; cet apocryphe, 
dis -je, serait, d'après M. Lipsius, fondé sur des Acta vrai- 
semblablement gnostiques de la seconde moitié du m e siècle 
au plus tôt. 

X. Doctrina Addai. — Elle représente ici tous les 
actes de Thaddée : c'est le récit de la mission de Thaddée 
( = Addaï) et d'Aggée à Édesse. Elle a été publiée en 
syriaque, qui est l'original, par Cureton, Ancient Syriac 
documents, Londres, 1864, et étudiée par M. Lipsius dans 
une monographie à part , Die edessenische Abgar - Sage, 
Brunswick, 1880, et tout récemment par M. l'abbé Tixe- 
ront, Les origines de l'Église d'Édesse, Paris, 1888. Voyez 
l'article Abgar de ce dictionnaire, et aussi Bulletin critique, 
1889, p. 41-48. La Doctrina Addai est une œuvre catho- 
lique de la fin du m» siècle ou du commencement du iv»; 
mais elle a eu pour source une légende écrite syriaque 
plus ancienne, connue de l'historien Eusèbe, remontant 
à la première moitié du m e siècle, et que l'on est convenu 
de désigner sous le nom A' Acta edessena. Des Acta 
Thaddsei grecs, datant de la première moitié du rv» siècle, 
mais tributaires de la Doctrina Addai, ont été publiés 
pour la première fois par Tischendorf, Acta Apostolorum 
apocrypha, p. 261-265. 



•165 



ACTES APOCRYPHES DES APOTRES — ADAD 



m 



D'autres Actes ou légendes apostoliques ont été en cir- 
culation dans l'ancienne Église, mais on n'en a recueilli 
que des traces fort effacées : des Acta SS. Simonis et 
Judx, des Acta S. Jacobi Zebedxi, des Acta S. Jacobi 
Alphsei, des Acta S. Mathiee, dont il ne reste de ves- 
tige que dans la littérature copte. Signalons enfin des Acta 
■S. Timothei, publiés en grec et étudiés par M. Usener, 
Acta S. Timothei, Bonn, 1877. Ils sont d'un intérêt tout 
à fait secondaire. 

En résumé, nous avons : du II e siècle, les Acta des 
saints Pierre et Paul , de saint Jean , de saint André , de 
sainte Thècle; du m e , ceux de saint Thomas, de saint 
Matthieu, de saint Philippe, et ces Acta divers, à nous 
venus de milieux asiatiques ou phrygiens très pénétrés de 
gnosticisme et d'encratisme, nous sont un élément pré- 
cieux pour l'histoire de la pensée chrétienne populaire 
à cette époque bien obscure de son développement. Cela 
soit dit de tout ce qu'il y a de dogmatique et d'éthique 
dans cette littérature. Quant à tout ce qu'il y a d'histo- 
rique, d'archéologique, et en un mot de tradition locale 
ilans ces documents , on ne peut l'indiquer ici qu'ira 
globo : l'analyse de ces éléments réels n'a pas été faite par 
M. Lipsius, et l'a été seulement pour une faible part par 
M. von Gutschmid, Die Kônigsnamen in den apokryphen 
Apostelgeschichten , dans le Rheinisches Muséum, 1864, 
p. 161-183, 380-401. Le travail reste à faire, et il suffit 
de mentionner quelques faits, je ne dis pas comme la 
venue de saint Pierre à Rome ( les preuves en sont mul- 
tiples et indépendantes tant du pseudo-Linus que du pseudo- 
Marcellus ) , mais comme le Domine quo vadis , la tradi- 
tion des missions de saint Thomas dans l'Inde, etc., pour 
marquer l'intérêt d'une telle recherche. 

En outre des publications mentionnées ci -dessus de 
Thilo, Tischendorf, Wright, Lipsius, Zahn , Usener, 
Bonnet, Batiffol, on consultera S. C. Malan, The conflicts 
•of the holy Apostles, an apocryphal book of the eastern 
Church, translated from an Ethiopie manuscript, Lon- 
dres, 1871; J. Guidi, Gli atti apocrifi degli Apostoli nei 
testi copti, arabi ed eliopici, dans le Giornale délia società 
asiatica italiana, t. il (1888), p. 1-68; 0. de Lemm, 
Koptische apokryphe Apostelacten , dans les Mélanges 
asiatiques, t. x (1890), de l'Académie des sciences de Saint- 
Pétersbourg ; un excellent exposé de vulgarisation dans 
G. Salmon, A historical introduction to the study of the 
books of the New Testament, ¥ édit., 1889, ch. xix : 
Apocryphal Acts of the Apostles, p. 352-386. 

P. Batiffol. 

ACTON Radulphe , prêtre anglais , qui écrivait vers 
l'an 1320, a laissé des commentaires sur les Épltres de 
saint Paul. Voir J. Leland, De Scriptoribus illustribus 
britannicis, 2 in -8°, Oxford, 1709. 

ADA, hébreu : 'Àdâh, « ornement; » Septante : 'A8i. 

1. ADA, la première des deux femmes de Lamech, 
mère de Jabel et de Jubal. Gen., iv, 19, 20, 23. 

2. ADA, fille d'Élon, Héthéen, épouse d'Ésaù et mère 
d'Éliphaz. Gen., xxxvi, 2, 4, 10, 12, 16. Au chapitre xxvi, 34 
•de la Genèse, elle est appelée Basemath. Il ne faut pas 
confondre Ada ou Basemath, fille d'Élon, avec Basemath, 
fille d'Ismaël , autre femme d'Ésaû. 

ADAD, hébreu : Hâdad; Septante : 'ASâS. 

1. ADAD, fils de Badad et successeur de Husan dans 
le royaume d'Idumée. D défit les Madianites sur les terres 
de Moab. Le nom de sa capitale est Avith (Septante : 
retôatu). Gen., xxxvi, 35-36; I Par., i, 46, 47. 

2. ADAD, autre roi d'Idumée, successeur de Balanan. 
Il régna dans la ville de Phaû. I Par., I, 50, 51. Il est 
appelé Adar, Gen., xxxvi, 39. D vient le huitième sur la 



liste des rois d'Idumée, donnée par Moïse, Gen., xxx'vt, 
31-39, et est le seul dont la mort n'est pas mentionnée. L'au- 
teur des Paralipomènes, qui reproduit cette liste, ajoute : 
« et il mourut. » I Par., i, 51. Il semble donc qu'Adad 
était encore sur le trône quand Moïse dressa cette liste. Ne 
serait-il pas ce roi d'Idumée, auquel il demanda en vain 
le passage par ses terres? Num., xx, 14-21. Voir Idumée. 

3. ADAD (hébreu : Hâdad; une fois 'Âdad par erreur, 
III Reg., xi, 17 ; Septante : "A8sp ), issu de la race royale 
d'Édom, est peut-être un descendant du précédent. Lorsque 
Joab, à la tête des troupes de David, vint en Idumée pour 
exterminer toute la population mâle, ce prince, alors tout 
jeune, réussit à s'échapper avec quelques serviteurs de 
son père. Il s'enfuit dans le pays de Madian , et par le 
désert de Pharan vint chercher un asile en Egypte. A l'é- 
poque de la guerre d'Idumée, vers le milieu du règne 
de David, Osochor, cinquième roi de la vingt et unième 
dynastie, ou bien Psinachès, son successeur, régnait à 
Tanis. Combien de temps Adad séjourna-t-il dans le désert 
ou en Egypte avant de se présenter à la cour de Tanis ? 
On l'ignore. Le pharaon qui lui fit un bienveillant accueil 
fut probablement Psousennès II (Psioukhanou II), ou 
peut-être Psinachès, son prédécesseur. Il lui donna une 
maison et des terres pour son entretien, et le prit en telle 
affection, qu'il lui fit épouser la sœur de la reine Taphnès 
(voir ce nom), sa femme. Adad en eut un fils, nommé 
Genubath (voir ce nom), qui fut élevé à la cour de Tanis 
avec les enfants du roi. A la nouvelle de la mort de David 
et de Joab, Adad pria le pharaon de le laisser retourner 
dans son pays. Le récit, dans le texte hébreu et dans 
la Vulgate, est ici brusquement interrompu, et ne dit pas 
s'il obtint l'autorisation du souverain. III Reg., xi, 14-22. 
Le f. 14 cependant donne à entendre qu'il revint en Idu- 
mée. Les Septante l'affirment expressément : « Et Ader 
(Adad) s'en retourna dans son pays. » III Reg., xi, 22. 
Le texte hébreu a subi certainement quelque altération en 
cet endroit; car, après avoir laissé inachevée l'histoire 
d'Adad, il raconte l'épisode de Razon, pour revenir en- 
suite à Adad et le faire régner en Syrie (f. 25). Pour mettre 
plus d'ordre et de suite dans la narration, on a proposé 
d'appliquer à Razon le J. 25 de cette façon : « Outre le mal 
que faisait Adad, il (Razon) abhorrait Israël, et il régna sur 
la Syrie. » Mais qu'ajoute cette remarque au f. 24, où l'on 
vient de dire qu'il fut établi roi à Damas? 11 est beaucoup 
plus logique et plus simple de rattacher, avec le Codex 
Vaticanus (voir Polyglotte de Walton), l'épisode de Razon 
( t- 23, 24 et commencement du ^. 25) au f. 14; la fin du 
f. 25 devient ainsi la suite naturelle des ^. 21-22, en lisant, 
comme les Septante, « Édom, » dto , au lieu de « Aram », 
Dn» , du texte hébreu actuel, c'est-à-dire i, daleth, au lieu 
de i , resch : « Quand Adad eut appris en Egypte la mort 
de David » , il quitta l'Egypte « et il régna en Idumée ». 

Cet épisode d'Adad doit-il se placer au commencement 
ou à la fin du règne de Salomon ? D'après Ewald , Ge- 
schichte des Volkes Israël, t. m, p. 274-281, ce fut dès 
le début de ce règne que des troubles éclatèrent en Idu- 
mée : le puissant roi les apaisa bientôt. Selon Lenormant, 
Histoire ancienne de l'Orient, 9 e édit., t. VI, p. 253, Adad 
n'aurait conquis une partie de l'Idumée et constitué un 
royaume qu'à la fin du règne de Salomon. Que faut- il 
penser? D'un côté, il semble bien, comme nous l'avons 
vu plus haut , qu'Adad revint dans son pays , dès qu'il 
apprit la nouvelle de la mort de David et de Joab, par 
conséquent dès le début de Salomon. III Reg. xi, 21. D'un 
autre côté la révolte d'Adad est donnée par l'écrivain sa- 
cré comme un châtiment des fautes de Salomon, f. 14 et 
contexte : elle doit donc être placée vers la fin de ce règne. 
On peut très bien tout concilier en disant avec M. Vigou- 
roux, Bible et découvertes, 5» édit., t. m, p. 423, note 1. 
« Hadad fut vraisemblablement l'ennemi de Salomon pen- 
dant tout son règne, à la manière des tribus bédouines, 
qui cherchent toujours à piller plutôt qu'à faire des con- 



467 



ADAD — ADADREMMON 



468 



quêtes ; mais il ne fit de mal sérieux an roi d'Israël que 
dans les dernières années de ce prince. Jusque-là il avait 
probablement vécu comme un chef de tribu nomade. » 

Tout en créant de sérieuses difficultés à Salomon à la 
fin de son règne, Adad ne parait pas même alors s'être 
emparé de toute l'Idumée, puisque le monarque Israélite 
pouvait, sans être inquiété, équiper une flotte dans son 
port d'Asiongaber, à l'extrémité sud de l'Idumée. III Reg., 
ix, 26. Il fallait, pour faire le commerce avec Ophir, que 
Salomon fût maître de la partie occidentale de ce pays. 
La route de Palestine à Asiongaber, qui côtoie cette partie, 
du nord au sud, devait donc être restée libre et sûre. D'un 
autre côté, le royaume que se fit Adad ne dut pas être 
longtemps indépendant: nous voyons, en effet, que du 
temps de Josaphat il n'y avait pas de roi en Idumée. 

III Reg., xxn, 48. Sous Joram, l'Idumée, conquise par 
David, s'affranchit du joug de Juda et se donna un roi. 

IV Reg., vin, 20-22; II Par., xxi, 8. Voir Idumée. 

E. Levesque. 
4. ADAD, dieu syrien. Voir Hadad 2. 

ADADA (hébreu : 'Ad'âdàh; Septante : 'Apou^X), 
ville située sur la frontière méridionale de Juda, et men- 
tionnée une seule fois dans la sainte Écriture, Jos., xv, 22, 
où elle est citée entre Dimona et Cadès. Il n'en est pas 
question dans VOnomasticon d'Eusèbe, mais on l'a re- 
trouvée de nos jours dans les ruines qui ont conservé 
exactement le même nom, 'Ad'adah, à l'est de Bersa- 
bée, entre cette ville et la mer Morte. G. Armstrong, 
Ch. W. Wilson et Conder, Names and places in the Old 
and New Testament, 1889, p. 4. A. Legendre. 

ADADREMMON (hébreu : Hâdadrimmôn), ville de 
la plaine d'Esdrelon, mentionnée une seule fois, dans ce 
texte du prophète Zacharie : « En ce jour, il y aura un 
grand deuil dans Jérusalem, tel que fut celui d'Adadrem- 
mon dans la plaine de Mageddon. » xii, 11. Les versions 
et les commentateurs ont donné à ce verset différentes 
interprétations, qu'il faut examiner avant d'arriver au vé- 
ritable sens. 

Les Septante ont ainsi rendu la dernière partie du texte : 
toc xo7tsTo{ poûvoç sv TrsSitp 6xxo7rco|j,6vou, « comme le deuil 
du grenadier coupé dans la plaine. » Il n'est pas néces- 
saire de chercher ici, avec saint Cyrille d'Alexandrie, une 
allusion au désespoir de l'agriculteur qui voit couper cet 
arbre, dont il admire la beauté et apprécie l'utilité, Com- 
ment, in Zach., t. lxxh, col. 226; ni, avec Théodoret, une 
allusion au bruit des bûcherons qui l'abattent, Explan. 
ire Zach., t. lxxxi, col. 1946 : la méprise des traducteurs 
grecs est évidente. Ils ont pris des noms propres pour des 
noms communs : ainsi ils rattachent hadad à la racine 
arabe hadda, « émettre un son grave, » dont le sens est 
parfois appliqué au mugissement des vagues se brisant 
sur le rivage, cf. Gesenius, Thésaurus linguse heb., p. 365; 
J. F. Schleusner, Lexicon grsecum Vet. Test., Londres, 
1829, t. m, p. 14; puis ils font de rimmôn le nom d'un 
fruit bien connu , « la grenade , » ou de l'arbre qui le pro- 
duit, et enfin de megiddôn, le participe passé degddad, 
« couper. » 

La paraphrase chaldaïque voit ici un double deuil : 
1° « celui de la mort d'Achab, fils d'Amri, tué par Hadad- 
rimmon , fils de Tabrimmon , » à Ramoth-Galaad , III Reg., 
xv, 18, et xxn, 29-38; 2° « celui de la mort de Josias, 
fils d'Amon, que Pharaon le Boiteux (Néchao) tua dans 
la plaine de Mageddo. » IV Reg., xxiu, 29. La première 
application est fausse : l'auteur fait, sans preuve, de Hâ- 
dadrimmôn le même personnage que Benhadad, roi de 
Syrie. L'identification fût-elle vraie, ajouterons-nous avec 
Rosenmûller, que la grammaire et l'histoire nous inter- 
diraient ce sens; en effet, au lieu de « deuil d'Adadrem- 
mon », il eût fallu dire « deuil d'Achab », puisque la 
plainte avait nécessairement pour objet le roi d'Israël, et 
non son meurtrier; et puis on n'a jamais entendu parler 



d'un deuil public qui ait accompagné la fin de ce roi tris- 
tement célèbre par son impiété. Scholia in Vet. Test., 
Leipzig, 1828, vu» partie, t. iv, p. 343. La seconde expli- 
cation est, comme nous le verrons, la seule vraie; aussi 
la version syriaque explique-t-elle bien la pensée en rem- 
plaçant Hadadrimmon par « fils d'Amon ». 

Enfin, les massorètes eux-mêmes semblent n'avoir pas 
compris la signification du. mot qui nous occupe , et leur 
ponctuation repose uniquement sur le sens vulgaire de 
rimmôn, « grenade; » mais ce fruit n'a aucun rapport 
avec la divinité dont nous parlerons tout à l'heure. 

Parmi les commentateurs, Hilzig voulut d'abord recon- 
naître dans le deuil d'Adadremmon celui qu'aurait occa- 
sionné la mort d'Ochozias, tué par Jéhu IV Reg., ix, 27. 
Mais la fin de ce roi ne fut jamais, pas plus que celle 
d'Achab, un deuil national pour les Hébreux. Abandon- 
nant du reste cette hypothèse, Hitzig en inventa plus tard 
une autre, que nous pouvons encore moins accepter, et 
qui a cependant rencontré un certain nombre d'adhérents : 
Movers, Merx, Wellhausen et Reuss. Voici comment ce 
dernier l'expose : « Selon toute probabilité, Hadadrimmon 
est le nom d'une divinité adorée par les païens du nord 
de la Palestine et dans la Syrie (IV Reg., v, 18, et les 
nombreux noms propres composés avec Hadad ) , et plus 
particulièrement celle du soleil printanier, dont tout le 
monde connaît le mythe tel qu'il a été poétiquement 
transformé par les Grecs ( Adonis ). La mort du dieu (dans 
le sens symbolique et astronomique) était célébrée dans 
tout l'Orient par une grande fête funèbre, qui a fourni le 
cadre d'une jolie pièce de Théocrite, Idylle 13, et d'une 
belle élégie de Bion. Ce nous semble chose assez natu- 
relle que le prophète prédise ici aux Israélites sauvés et 
repentants un deuil tout aussi grand que celui de la fête 
funèbre du paganisme, à laquelle ils ont sans doute pris 
part dans leurs égarements polythéistes , comme cela nous 
est d'ailleurs explicitement attesté par Ézéchiel, vm, 14. » 
La Bible, Ancien Testament, II e partie, Les Prophètes, 
Paris, 1876, t. i , p. 355. 

Ce rapprochement avec la vision d'Ézéchiel semblait 
donner un certain appui à l'hypothèse; elle a cependant 
été avec raison rejetée par Evvald, et surtout par Wolf 
Baudissin, qui l'a complètement détruite. Real-Encyklo- 
pâdie fur prot. Theol., 2 e édit., t. v, p. 493 ; Studien zur 
semit. Religionsgeschichte, 1876, 1. 1, p. 295 et suiv. Il est 
vrai que Thammuz ou Adonis avait un culte célèbre en 
Phénicie et en Syrie : une rivière portait son nom (aujour- 
d'hui le Nahr- Ibrahim, un peu au-dessous de Byblos). 
Voir Thammuz. Mais est-il donc croyable que le prophète 
Zacharie ait assimilé la pénitence d'Israël aux lamenta- 
tions d'un culte idolâtrique et souvent obscène? Non, per- 
sonne n'admettra que l'homme de Dieu ait osé comparer 
la chose la plus sainte, la douleur et la mort du Christ, 
à ces rites voluptueux auxquels se livraient les femmes 
phéniciennes dans les fêtes du dieu Soleil. Le nom même 
d'Adadremmon s'oppose à cette opinion, car il ne convient 
pas et n'a jamais été donné à Adonis. 

Ce nom, qui a reçu des monuments assyriens son expli- 
cation définitive, se compose de deux mots, dont Schrader 
expose ainsi le sens : « On savait déjà par les écrivains 
classiques que Hadad était, chez les Syriens, le dieu du 
ciel et du soleil. Macrobe, Sat. I, 23. Or les monuments 
nous montrent que ce dieu Dad, c'est-à-dire Hadad, est 
identique à l'assyrien Rammânu, Râmânu, le dieu du 
tonnerre et de la tempête (racine ra'am, ra'amdn, 
a le tonnant, » 'aîn compensé par le redoublement du 
mem). Le même idéogramme (AN) IM sert également 
pour les deux noms; en sorte que le composé Hadad- 
Rammân indique que le dieu du ciel Hadad est ici re- 
gardé surtout comme le e dieu de la tempête », rappelant 
ainsi le Zeû; Ppovnfaioç, Zsûç Ppovrûv, ou le « Jupiter 
« tonans ». Die Keilinschriften und dos alte Test., 2» édit., 
Giessen, 1883, p. 454. M. de Vogué, dans la Revue archéo- 
logique, juin 1868, t. xvn, pi. xv, n» 28, et fig. 24, p. 440* 



Ï69 



ADADREMMON — ADAM 



170 



et dans les Mélanges d'archéologie orientale, in-8°, Paris, 
1868, pi. vi, n° 28, texte p. 125-126, et fig. 24, texte p. 121, 
a reproduit un demi-ellipsoïde de calcédoine et un cylindre 
<lu Musée britannique, sur lesquels le dieu Hadad est re- 
présenté avec ses attributs. Cf. Vigouroux, La Bible et les 
découvertes modernes, 5» édit., Paris, 1889, t. m, p. 247 
et 249. On croit également reconnaître le dieu Ramman , 
sur un bas- relief de Nimroud, dans le personnage figuré 
debout, le front orné d'une double paire de cornes, por- 
tant une hache d'une main, tenant de l'autre le faisceau 
trifide, dont les Grecs armèrent plus tard le bras de Jupiter, 
et qui représente la foudre. Cf. Vigouroux, ouv. cité, t. iv, 
p. 337, pi. 148, d'après Layard, Monuments of Nineveli, 
1™ série, pi. txv. 

Cependant quelques assyriologues donnent du mot qui 
.nous occupe une explication différente. Fried. Delitzsch, 
Chaldâische Genesis, p. 269, dit que Ramanu ou Ram- 
jnanu signifie « exalté ». Wright regarde comme probable 
la lecture Hadar- Bammon, la première partie, Hadar, 
■se retrouvant dans le nom de Ben- Hadar. Le sens du 
composé semble être alors : « Glorieux est le seul exalté. » 
■Cf. Trochon , Iœs petits prophètes, Paris, 1883, p. 479. 

Quoi qu'il en soit de la signification, le nom ne fut 
jamais attribué à Adonis. 11 ne peut indiquer ici qu'une 
localité, ainsi appelée du dieu qu'on y adorait peut-être 
avant la conquête de Chanaan par les Hébreux, ou ainsi 
nommée, depuis la chute du royaume d'Israël, par quelques 
■colons syriens ou assyriens, établis en cet endroit. Une 
pareille appellation n'est pas étonnante dans un pays où 
l'on rencontre assez fréquemment des noms de lieu rap- 
pelant le souvenir de quelque divinité, comme Baalgad, 
jos., xi, 17, Baalthamar, Jud., xx, 33, etc. Saint Jérôme, 
dans son Commentaire sur Zacharie, xil, 11, t. xxv, 
col. 1515 , nous parle de cette « ville d'Adadremmon , 
'Powvo; dans la version des Septante, qui se trouvait 
auprès de Jezraël, et de son temps s'appelait Maximiano- 
polis, dans la plaine de Mageddon ». L'ancien nom a sub- 
sisté (comme celui de Bethsan, l'ancienne Scythopolis, 
■dans Beisân ) , et s'est conservé dans Boummanéh, petit 
village situé à six kilomètres au sud de Ledjoun, l'an- 
cienne Mageddo, et qui , réduit actuellement à une ving- 
taine de misérables habitations, ne renferme aucune trace 
d'antiquité, sauf quelques citernes pratiquées dans le roc 
et un puits. Cette identification , proposée par Van de 
Velde, « paraît très légitime, dit M. V. Guérin, et s'appuie 
jion seulement sur le rapprochement, ou plutôt sur l'iden- 
tité de l'hébreu Rimmôn et de l'arabe Boummanéh, mais 
■encore sur le passage du prophète Zacharie, qui nous 
apprend que Hadad -Rimmon était voisine de Mageddo. » 
Description de la Palestine, Samarie, t. H, p. 229. 

Si maintenant nous voulons connaître le vrai sens du 
■texte prophétique, nous le trouverons dans cette hypo- 
thèse, admise par la grande majorité des commentateuis, 
-qu'il s'agit ici du deuil occasionné par la mort de Josias. 
IV Reg., xxm, 29-30; II Par., xxxv, 20-25. Comme le 
roi d'Egypte Néchao marchait vers l'Euphrate pour s'em- 
parer de la forteresse de Carchamis, point stratégique 
important, Josias vint l'arrêter et l'attaquer auprès de 
Mageddo, dans cette plaine d'Esdrelon, théâtre de tant 
de combats illustres dans l'histoire. Malgré les assurances 
pacifiques du pharaon, le roi de Juda persiste dans son 
entreprise belliqueuse ; mais ses troupes sont battues, lui- 
inême tombe mortellement blessé par la flèche d'un archer 
égyptien , et son corps est ramené à Jérusalem. La mort 
du pieux roi répandit partout le deuil et la consternation. 
Avec lui le dernier soutien de la religion et du trône de 
Juda descendait dans les tombes de Sion. Les poètes de 
l'époque, et surtout Jérémie, le grand chantre de la dou- 
leur, composèrent des élégies , et le souvenir de ce cruel 
événement se conserva longtemps après la captivité. Nous 
lisons, en effet, dans le deuxième livre des Paralipomènes, 
xxxv, 25, d'après l'hébreu, que « tous les chanteurs et chan- 
teuses parlent, dans leurs chants funèbres, de Josias jus- 



qu'à ce jour, et c'est devenu une loi en Israël, et l'on trouve 
ce chant écrit dans les Lamentations s , recueil qui mal- 
heureusement n'est pas parvenu jusqu'à nous. 

Les détails que nous venons de donner suffisent pour 
répondre à la double objection ainsi formulée par Reuss : 
« Mais le deuil de Josias s'est fait à Jérusalem et non à 
Hadadrimmon, et il serait assez extraordinaire qu'un pro- 
phète contemporain de Darius , fils d'Hystaspe , ait choisi 
comme exemple d'un grand deuil un événement qui avait 
eu lieu tout un siècle auparavant. » Les Prophètes, t. I, 
p. 355. S'il est vrai, en effet, que le corps du roi fut ramené 
à Jérusalem, ne peut- on pas dire que les lamentations 
sur sa mort commencèrent à l'endroit même où il fut mor- 
tellement frappé? ou bien le a deuil d'Adadremmon » ne 
signifie-t-il pas « deuil au sujet d'Adadremmon », ou de 
la calamité nationale qui s'y produisit (Baudissin)? D'un 
autre côté, Zacharie, prédisant les lamentations causées 
par la mort du Messie, trouvait un terme frappant de com- 
paraison dans celles qu'avait excitées la mort du pieux 
roi Josias, événement toujours présent à la mémoire du 
peuple. A. Legendre. 

ADAlA, hébreu: 'Àdâyâh, « Jéhovah orne. » 

1. ADAlA. Voir Hadaïa. 

2. ADAlA (Septante: 'A8at), fils d'Éthan et père de 
Zara , de la descendance de Gerson , premier fils de Lévi. 
I Par., vi, 41 (26). Ancêtre d'Asaph, célèbre chantre. Au 
^. 21, il est appelé Addo, 

3. ADAlA (Septante : 'ASaia ), de la tribu de Benjamin, 
et fils de Séméi. I Par., vin, 21. 

4. ADAlA (Septante : 'ASaia; Vulgate: Adaias, I Par., 
ix, 12), prêtre, fils de Jéroham, revint de la captivité de 
Babylone. I Par., ix, 12; II Esdr., xi, 12. 

5. ADAÎA (Septante: 'ASaia;), prêtre, descendant de 
Bani, épousa une femme étrangère après le retour de la 
captivité. I Esdr., x, 29. 

6. ADAlA (Septante: \A8aia; Vulgate: Adaias), des- 
cendant d'un autre Bani; prit également une femme étran- 
gère. I Esdr., x, 39. 

7. ADAÏA (Septante : 'Aôoio), descendant de Juda par 
Phares. II Esdr., xi, 5. 

8. ADAlA (hébreu : 'Àdâyâhû; Septante : \A8îa), père 
de Maasias, qui fut l'un des quatre chefs choisis par Joïada 
pour l'aider à rassembler les lévites et le peuple, et à faire 
reconnaître Joas, roi de Juda. II Par., xxm, 1-7. 

ADALI (hébreu: Hadlaï, « en repos; » Septante : 
'EXBai), de la tribu d'Ëphraïm, et père d'Amasa, un des 
principaux chefs de cette tribu , qui , à l'instigation du pro- 
phète Oded, demandèrent aux Israélites de relâcher leurs 
frères de Juda, faits prisonniers dans une bataille livrée 
contre Achaz. II Par., xxvm , 12. 

ADALIA (hébreu: 'Àdalyâ' ; Septante: Bapsâ), cin- 
quième fils d'Aman, attaché à la potence avec son père 
et ses frères sur l'ordre d'Assuérus, Esth., IX, 8. 

1. ADAM (hébreu : 'Âdâm ; Septante : "ASât".), le pre- 
mier homme et le père du genre humain. 

PREMIÈRE PARTIE : HISTOIRE D'ADAM 

Adam est un nom générique qui s'applique à la femme 
aussi bien qu'à l'homme, parce qu'il désigne l'être humain 
en général. Gen., v, 2. Il est employé pour la première 
fois sans article, comme nom propre, dans Gen., m, 17. 



171 



ADAM (HISTOIRE) 



172 



On pense généralement que ce nom, qui signifie « rouge », 
fut donné au premier homme à cause de la terre rouge , 
'àdâmâh, dont il avait été formé, Gen., n, 7; il était 
ainsi pour lui une leçon continuelle d'humilité. Dans la 
suite , il eut la même signification générale que a homo » 
en latin , et « homme » en français , tandis que 'îi désigna 
l'homme par opposition à la femme, 'îssah. 

1. Création d'Adam. — L'auteur de la Genèse fait deux 
fois le récit de cette création : il la raconte d'abord, Gen., 
i, 26-30, comme faisant partie de la formation de l'uni- 
vers, qu'elle complète et couronne; il y revient plus loin, 
Gen., n, 7, etc., pour expliquer la manière dont Dieu créa 
le premier homme, et passer ensuite, n, 8; v, 5, à l'his- 
toire d'Adam comme père «t chef de l'humanité. La créa- 
tion d'Adam eut lieu à la fin de l'œuvre divine, au sixième 
jour, c'est-à-dire, selon l'interprétation qui prévaut au- 
jourd'hui, à la sixième époque du monde, quand, par suite 
des évolutions cosmiques et géologiques, la température 
et la composition de l'air, l'ordre des saisons, en un mot 
toutes les conditions nécessaires à l'existence de l'homme 
furent dans un point convenable. Alors, selon la manière 
de parler familière aux Pères, le monde se trouva comme 
une maison préparée et ornée pour le père de la famille 
humaine, comme un royaume prêt à recevoir son souve- 
rain, celui qui élait la fin et le complément de tout l'ou- 
vrage des six jours. Cf. Lactance, Div. Jnst., n, 9, t. vi, 
col. 305; S. Ambroise, Epist. xliii ad Horontianum, 
t. xvi, col. 1129; S. Jean Chrysostome, Hom. rm in 
Gen., t. un, col. 71 ; Denys le Petit, De creatione homi- 
nis, t. lxvii, col. 351. 

« Et [Dieu] dit : Faisons l'homme à notre image et à 
notre ressemblance. » Gen., i, 26. C'est la nature hu- 
maine qui-, d'après saint Augustin, De Trinitate, i, 7, 
t. xlii , col. 829 , est ici désignée par le mot « homme. » , 
comme l'indique la suite : « Il le créa à l'image de Dieu , 
et il les créa mâle et femelle, et il les bénit, etc. » Gen., 
i, 27-28. Dieu s'était contenté d'un simple commande- 
ment pour produire toutes les autres créatures : « Que 
cela soit, » ou : <t Que la terre, que les eaux produisent ; » 
mais, pour créer l'homme, il sembla entrer en délibéra- 
tion avec lui-même, comme devant un ouvrage qui dépas- 
sait tous les autres en grandeur et en importance : « Fai- 
sons, » dit- il. Tous les Pères ont vu dans ce mot l'indi- 
cation d'une certaine pluralité des personnes en Dieu, soit 
que le Père s'adresse au Fils, Bossuet, Élévations sur les 
mystères, iv e sem., 5" élév.; S. Chrysostome, Homil. rm 
in Gen., 3, t. lui, col. 71 ; soit qu'il parle en même temps 
au Fils et au Saint-Esprit, selon le sentiment commun. 
S. Irénée, Contra hœreses, iv, prsef. , et 37, t. vu, col. 
975; S. Grégoire de Nysse, Orat. i» in « faciamus komi- 
nem », etc., t. xliv, col. 260. Des exégètes modernes ont 
voulu voir dans ce verbe un pluriel de majesté, qui ex- 
primerait la plénitude de l'être divin. Quelque haute idée 
que la raison nous donne de l'homme, la révélation 
divine pouvait seule nous apprendre qu'il a été créé à 
l'image de Dieu, c'est-à-dire qu'il est l'image ressem- 
blante de Dieu, selon l'interprétation de saint Augustin, 
De Trinitate, xiv, 16, t. xui, col. 1054; cf. Sap., n, 23, 
selon les Septante, et I Cor., xi, 7. Les mots « à sa res- 
semblance » ne servent qu'à donner plus de force à l'idée 
de conformité qu'exprime le mot d' « image ». Nous 
voyons, en effet, les mêmes expressions employées pour 
signifier la ressemblance d'Adam et de son fils Seth, Gen., 
v, 3, et l'Écriture se sert séparément tantôt de l'une, tantôt 
de l'autre, pour rendre l'idée énoncée ici. Voir Gen., i, 
26-27; v, 1 ; ix, 6; Eccli., xvu, 1 ; Col., in, 10. Les Pères 
cependant distinguent très souvent entre l'image et la res- 
semblance : ils entendent la première d'une conformité na- 
turelle par l'intelligence, la volonté, la liberté, etc.; tandis 
que la ressemblance résulterait des qualités morales , et 
surtout de la sainteté produite dans l'âme par la grâce ha- 
bituelle. Du reste, qu'ils admettent ou non une distinction 
réelle dans le sens de ces deux mots , ils sont unanimes 



à reconnaître, quelque nom qu'ils lui donnent d'ailleurs, 
une double image de Dieu dans l'homme : l'image natu- 
relle et l'image surnaturelle. Nous nous occuperons plus- 
loin de cette dernière. Touchant l'image naturelle , ils se 
sont demandé dans quelle faculté de l'âme Dieu l'avait 
principalement imprimée. Les réponses à cette question 
sont très diverses, les uns voyant cette image dans la 
simplicité de l'âme, les autres dans sa spiritualité ; ceux-ci 
dans son immortalité, ceux-là dans le libre arbitre, etc. 
Ces opinions, au fond, se complètent les unes les autres 
plutôt qu'elles ne se contredisent ; car toutes ces facultés 
et prérogatives sont comme autant de rayons, et cette 
image est le centre d'où ces rayons émanent. Quant à. 
l'image même, par laquelle l'homme ressemble à Dieu 
d'autant plus qu'il est plus élevé au-dessus de la brute, elle 
est dans la raison, selon la doctrine de saint Augustin, 
qui parait la plus communément reçue. Tr. ni in foa., 4, 
t. xxxv, col. 1398 ; cf. De Trinitate, xiv, 8, t. xlii, col. 1044. 

Dieu ajoute : « Et qu'il commande aux poissons de la 
mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes, à toute la terre et 
à tous les reptiles qui se meuvent sur la terre. » Gen., 
i, 26. Au lieu du singulier : « qu'il commande », l'hébreu 
porte le pluriel : « qu'ils commandent. » Cet empire sur 
les animaux est donc donné à Eve aussi bien qu'à Adam, 
c'est-à-dire à toute l'humanité. En effet, comme le re- 
marque saint Chrysostome, Adam ne s'enfuit point à leur 
vue ni à leur approche , quand Dieu les lui amena pour 
les nommer, et Eve parla sans aucune crainte avec le 
serpent. Homil. ix in Gen., 4, t. lui, col. 79; cf. Bos- 
suet, Élévations sur les mystères, iv« sem., l re élév. Le 
péché fit perdre à l'homme ce pouvoir; toutetois Dieu tem- 
péra son châtiment en ne soustrayant à sa domination que 
les animaux les moins utiles, tandis qu'il laissa soumises 
à son obéissance un grand nombre d'espèces qui l'aident 
dans ses travaux, ou lui fournissent de quoi se nourrir 
et se vêtir. S. Chrysostome, Homil. ix in Gen., 5, t. liii, 
col. 79. 

Avec cet empire sur les animaux, confirmé par une 
bénédiction spéciale, le Seigneur donna à l'homme le 
domaine de toutes les plantes et de tous les arbres qui 
croissent sur la terre, afin qu'ils servissent à sa nourri- 
ture. Gen., i, 28-29. Un certain nombre de Pères et de 
commentateurs concluent de ce passage, rapproché de 
Gen., IX, 3, que l'usage de la viande fut interdit à l'homme 
jusqu'après le déluge, Origène, Hom. i in Gènes., t. xn, 
col. 159; S. Chrysostome, Hom. xvu in Gènes., i, t. lui, 
col. 245; S. Jérôme, Adv. Jovin., i, 18, t. xxm, col. 23; 
mais cette opinion est loin d'être certaine. Voir Chair des 
animaux. 

Ainsi que nous l'avons dit plus haut , la Genèse , après 
avoir parlé de la création du premier homme comme fai- 
sant partie de la création universelle, i, 26-30, revient une 
seconde fois à lui pour décrire la manière dont eut lieu 
sa formation, et raconter ensuite son histoire. « Le Sei- 
gneur, dit -elle, forma donc l'homme du limon de la 
terre. » Gen., n, 7. L'hébreu met « poussière » au lieu de 
« limon ». On voit par ces paroles que le corps de l'homme 
a été tiré directement de la terre. Ensuite Dieu « souffla 
sur son visage un souffle de vie , et l'homme devint animé 
et vivant », Gen., n, 7, c'est-à-dire que Dieu créa dans le 
corps de l'homme une âme, un esprit. Moïse a ajouté 
a sur son visage », parce que c'est là surtout que se ma- 
nifeste l'intelligence et que la noblesse de ses traits révèle 
chez l'homme une âme bien supérieure à celle des bétes. 
S. Augustin, De Civit. Dei, xn, 23, t. xli, col. 373. La 
manière dont l'Écriture distingue l'âme du corps est la 
condamnation du matérialisme. 

Le langage de la Genèse semble indiquer deux actions 
successives dans la création d'Adam : d'abord Dieu lui 
forme un corps de la poussière de la terre; ensuite il crée 
une âme dans ce corps qui a déjà une figure humaine. 
C'est ainsi que l'a compris saint Chrysostome, Hom. xn 
in Gènes., 5, t. un, col. 103. Saint Augustin hésite en 



473 



ADAM (HISTOIRE) 



474 



plusieurs endroits entre la création successive et la créa- 
tion simultanée de l'âme et du corps, mais il penche évi- 
demment vers Ja seconde opinion, De Civit. Dei, xn, 23, 
t. xli, col. 373; et c'est celle qu'enseigne formellement 
saint Thomas. Summ. th., i, q. 91 , a. 4, ad S"™. Il sou- 
tient que ni le corps n'a été fait avant l'âme, ni l'âme 
avant le corps ; mais qu'il y a eu création simultanée de 
ces deux parties de l'être humain. Ce qui n'est pas con- 
testé, c'est qu'Adam fut créé à l'état adulte : l'empire 
qu'il reçoit immédiatement sur les animaux, la parole di- 
vine : « Croissez et multipliez-vous, » et toute la suite du 
récit le montrent; la raison seule le dit assez d'ailleurs. 
Voir Barthélémy Saint-Hilaire, Journal des savants, 1862, 
p. 608. 

II. Élévation d'Adam à l'état surnaturel. — Nous avons 
vu que tous les Pères enseignent qu'Adam portait en lui- 
même, outre l'image de Dieu imprimée dans son âme et 
dans ses facultés naturelles, une autre image bien supé- 
rieure à celle-là, et consistant dans la sainteté produite par 
l'infusion de la grâce divine. La formation de cette nou- 
velle image fut comme une seconde création, cf. II Cor., 
v, 17, plus belle que celle du ciel et de la terre. S. Au- 
gustin, Tract, lxxii in Joa., t. xxxv, col. 1823. C'est 
l'œuvre spéciale de celui que nous appelons pour cela 
« Esprit créateur » ; elle fit vivre Adam d'une vie. surna- 
turelle, participation de la vie même de Dieu. Voir Ephes., 
îv, 24; Colos., m, 10; cf. Eccle., vu, 30. A quel moment 
eut lieu l'infusion de cette grâce et de la sainteté qui en 
résultait? D'après une opinion, que saint Thomas, in il, 
4, a. 3, déclare avoir été la plus commune de son temps, 
Dieu n'aurait sanctifié Adam qu'un certain temps après 
l'avoir créé ; mais selon le même saint Thomas , i, q. 95, 
a. 1, dont le sentiment est le plus accrédité de nos jours, 
il « aurait au même instant donné à nos premiers parents 
la nature et la grâce » dans l'acte même de la création. 

Cette ressemblance surnaturelle avec Dieu pouvait être 
effacée et détruite par le péché , parce qu'elle était abso- 
lument gratuite et indépendante de la nature, dont elle ne 
faisait aucunement partie; tandis que l'image naturelle 
de Dieu ne diffère pas de la nature même de l'homme, 
et par conséquent est indestructible dans la vie présente 
comme dans la vie future. S. Bernard, Serra, i in An- 
nunliat., 7, t. clxxxiii, col. 386. C'est pour avoir méconnu 
celte vérité que Luther et d'autres ont exagéré plus ou 
moins' les effets du péché originel. 

III. Adam dans le paradis terrestre. — « Or le Sei- 
gneur Dieu avait planté dès le commencement un jardin 
de délices, » Gen., Il, 8, ce que saint Chrysostome explique 
en ce sens que, à l'ordre de Dieu, la terre aurait produit 
les arbres de ce jardin. Homil. xiii in Gènes. ,3, t. lui, 
col. 108. Les mots « dès le commencement » désignent, 
d'après saint Augustin, le troisième jour de la création , la 
période de la création des végétaux. De Gènes, ad litter., 
▼m, 3, t. xxxiy, col. 374. L'hébreu peut se traduire autre- 
ment : « Et Jéhovah Élohim planta un jardin dans Éden à 
i'orient. » Dieu, voulut que ce jardin fût le séjour d'Adam. 
Après donc qu'il l'eut créé, « il le plaça dans le paradis de 
délices, afin qu'il le travaillât et qu'il le gardât, » Gen., 
H, 15, pour « en conserver la beauté, ce qui revient en- 
core à la culture », dit Bossuet, Élévations , v« sem., 
1™ élév. Ce travail n'avait rien de pénible, puisque ce 
jardin était un séjour de délices. Il préservait Adam des 
dangers de l'oisiveté ; il lui rappelait en même temps que 
Dieu était son maître, et il le tenait ainsi dans une humble 
dépendance. S. Chrysostome, Homil. xiv in Gen., 2, 
t. un, col. 113. Dieu affirma encore son droit souverain et 
son autorité en faisant défense à Adam de toucher au fruit 
de l'arbre de la science du bien et du mal, Gen., n, 17; 
mais cette interdiction même iait éclater sa bonté et sa 
générosité pour l'homme, puisqu'elle s'arrêta à un seul 
arbre et laissa à sa jouissance tous les autres. Voir Arbre 
de la science du bien et du mal. Cette défense s'adressait 
à Eve comme à Adam ; la réponse qu'elle fait au serpent. 



Gen., ni, 3, prouve qu'elle la connaissait, aussi bien que 
la sanction attachée par Dieu à son commandement : « Le 
jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort , » c'est- 
à-dire, d'après le sens de cet hébraïsme, certainement. Gen., 
n, 17. Dieu ne parle pas seulement de la mort de l'âme, 
résultant de la perte de la grâce et de l'amitié divine par 
le péché, comme le prétendaient les Pélagiens ; il a en vue 
la mort dans toutes les acceptions du mot, S. Augustin, 
De Civit. Dei, xiii, 12, t. xli, col. 385, et surtout, proba- 
blement, la mort du corps. Gen., m, 17-19; Rom., v, 12, 
14, etc. Ce n'est pas à dire qu'à l'instant même de l'in- 
fraction, Adam dût être frappé de mort; mais, par le 
seul (ait du péché, il était sujet à une mort infaillible. Le 
vrai sens de la sentence divine a été bien rendu par Sym- 
maque : 8v7|tô; emr] , « tu seras mortel. » 

Cependant, parmi tous les êtres vivants, Adam était seul 
de son espèce. Dieu le lui fit sentir en lui amenant les 
divers animaux, « pour voir quel nom il leur donnerait. » 
Gen., il, 19. Ce verset ne s'applique pas aux poissons; le 
premier homme et ses descendants imposèrent le nom 
aux animaux qui vivent dans l'eau à mesure qu'ils les 
connurent. S. Augustin , De Gen. ad litt., ix, 12, t. xxxiv, 
col. 209. On peut étendre cette observation à d'autres ca- 
tégories d'êtres qui n'étaient pas dans le paradis terrestre. 
Voir Tornielli, Annales sacri, in-f°, p. 68, 1620. Or « le 
nom qu'Adam donna à chaque animal est bien son vrai 
nom », Gen., n, 19, c'est-à-dire celui qui exprime exac- 
tement sa nature et ses propriétés. Adam ne put con- 
naître cette nature et ces propriétés qu'en vertu d'une 
science infuse. S. Chrysostome, Homil. xri in Gènes., 5, 
t. lui, col. 116. Nul autre maître que Dieu lui-même n'a- 
vait pu l'instruire ; nul maître aussi n'avait pu lui ensei- 
gner à parler , comme il le fait en formulant , au moins 
mentalement, les noms des animaux. 

Adam nomma tous ces êtres sans en trouver un qui 
lui fût semblable. Gen., n, 20. Dieu dit alors : « Il n'est 
pas bon que l'homme soit [ainsi] seul [de son espèce]; 
faisons -lui une aide semblable à lui. » Gen., n, 18. 
Saint Augustin affirme avec insistance que c'est en vue 
de la seule propagation du genre humain que Dieu veut 
créer cette aide pour l'homme. De Genesi ad litt., IX, 5, 
t. xxxiv, col. 396. Mais d'autres Pères sont moins exclu- 
sifs, et assignent encore à ce concours de la femme plu- 
sieurs fins différentes de celle-là. « Le Seigneur Dieu en- 
voya donc un profond sommeil à Adam, et, lorsqu'il fut 
endormi , il tira une de ses côtes et mit de la chair à sa 
place. Et le Seigneur Dieu forma , avec la côte qu'il avait 
tirée d'Adam, une femme, et il la lui amena. » Gen., H, 
21-22. Le récit biblique met en évidence la dignité de la 
femme : délibération divine avant sa création comme avant 
celle de l'homme, et pareille solennité dans l'exécution. 
Le corps d'Adam est comme la terre vivante de laquelle 
Dieu prend le corps de celle qui va être sa compagne. Ce 
sommeil du premier homme, pendant lequel le Seigneur 
accomplit son œuvre, ne fut pas un sommeil ordinaire. 
S. Augustin, Tract, ix in Joa, 4, t. xxxv, col. 1463. Ce fut 
une sorte d'extase dans laquelle Adam comprit le sens de 
ce que Dieu opérait en lui. S. Augustin, t. xxxiv, col. 408; 
S. Epiphane, Hssres., 48, t. xli, col. 861. Dieu lui fit voir 
combien étroite était l'union du mariage, en prenant une 
de ses côtes pour en former le corps de son épouse. Il lui 
montra en même temps par là qu'elle devait être sa com- 
pagne et son égale : il ne la tira pas de sa tête parce 
qu'elle ne devait pas le gouverner, ni de ses pieds parce 
qu'il ne devait pas la regarder comme sa servante, mais 
la considérer et l'aimer comme une partie de lui-même. 
S. Thomas, I, q. 92, a. 3. 

Lorsque Adam, au sortir de son sommeil, vit la com- 
pagne que Dieu lui présentait, ses regards, qui n'avaient 
'usqu'alors rencontré que les formes des animaux, se 
reposèrent enfin sur un être semblable à lui, ayant un 
visage et des yeux où se reflétait une intelligence semblable 
à la sienne, et il s'écria : « Voici maintenant l'os de mes 



175 



ADAM (HISTOIRE) 



476 



os et la chair dé ma chair. Celle-ci s'appellera 'isia ( litté- 
ralement, hommesse), parce qu'elle a été tirée de 'is 
(l'homme). C'est pourquoi l'homme quittera son père et 
sa mère, et il s'attachera à sa femme, et ils seront deux 
dans une même chair, » Gen., n, 23-24; « ils seront 
[même] une seule chair.» Matth., xrx, 6. La phrase « et 
ils seront deux, » etc., est attribuée par Notre -Seigneur 
Jésus -Christ à Dieu, qui aurait ainsi complété la pensée 
d'Adam. Matth., xix, 4. Si c'est Adam lui-même qui l'a 
prononcée, il n'a pu parler ainsi que dans un esprit pro- 
phétique, comme le disent saint Augustin, De Genesi, 
rx, 19, t. xxxiv, col. 408, et d'autres anciens. Il y en a qui 
veulent que ce soit une réflexion ajoutée par l'historien 
sacré. Dans tous les cas, c'est une vérité enseignée par 
Dieu, et ces paroles expriment à la fois l'institution divine 
du mariage et la promulgation de ses deux lois fonda- 
mentales : l'unité et l'indissolubilité. Dieu a pu tolérer ou 
même permettre qu'on s'en écartât depuis, « mais il n'en 
fut pas ainsi au commencement. » Matth., xix, 8. 

Le premier homme et la première femme « étaient nus, 
nous dit la Genèse, H, 25, et ils n'en avaient point honte ». 
C'était là un des privilèges de l'état heureux dans lequel 
Dieu les avait créés. Ils avaient reço de lui, en effet, outre 
ce qui était essentiel à leur nature, des dons qui, sans 
appartenir à l'ordre de la grâce, étaient néanmoins tout 
à lait gratuits et qu'on appelle pour cela préternaturels. 
On en compte communément quatre : l'intégrité ou ab- 
sence de la concupiscence; une science éminente, qui 
n'était le fruit ni de l'étude ni de l'expérience; l'immor- 
talité du corps, et l'exemption de la douleur. Ces dons, 
avec la grâce sanctifiante selon les uns , sans cette grâce 
selon les autres, constituaient la justice originelle ou rec- 
titude parfaite dans laquelle l'homme fut créé, Eccli., vu, 30, 
et qu'Adam perdit par sa désobéissance. Voir Polman, 
Breviarium theologicum, part, i, n° 483, Paris, 1863, 
p. 87; Hurter, Compendium theol. dogm., 6 e édit., t. n, 
n° 365, Scholion, p. 270. 

IV. Chute d'Adam. — Dieu avait imposé à Adam un 
commandement pour l'éprouver. Le démon , jaloux de sa 
félicité , voulut le perdre ; mais , au lieu de s'attaquer di- 
rectement à Adam, il s'adressa d'abord à Eve, persuadé 
que par elle il ferait plus sûrement tomber Adam. L'évé- 
nement lui donna raison. Eve, séduite, mangea du fruit 
défendu et en apporta à Adam, en lui répétant sans doute 
les mensongères promesses du tentateur; ces promesses 
enflèrent Adam de la même présomption qu'elles avaient 
inspirée à Eve. S. Chrysostome. Homil. xvi in Gènes., 4, 
t. lui, col. 130 ; il mangea donc de ce fruit à son tour. 

La désobéissance d'Adam fut une faute d'une gravité 
exceptionnelle, à cause de l'importance du précepte qui 
avait pour but de faire reconnaître à la créature la sou- 
veraineté du Créateur, et à cause de la sévérité des me- 
naces dont Dieu l'avait accompagné. Adam fut d'autant 
plus inexcusable, que Dieu, qui pouvait multiplier les 
commandements, lui en avait imposé un seul, et des plus 
faciles. Il réunit de plus en un seul acte un grand nombre 
de péchés : l'orgueil , par lequel il voulut ressembler à 
Dieu, Gen., m, 5, 22; la gourmandise, une complaisance 
coupable envers Eve. La punition suivit de près la faute. 

Aussitôt qu'Adam eut mangé de ce fruit funeste , « les 
jeux de l'un et de l'autre furent ouverts, et, comme ils 
connurent qu'ils étaient nus, ils cousirent ensemble des 
feuilles de figuier et s'en firent des ceintures. » Gen., m, 7. 
Ils s'aperçurent de leur nudité après leur péché, parce 
qu'ils avaient perdu le vêtement de la grâce, S. Chrysos- 
tome, Homil. xvi in Gènes., 3, t. un, col. 131 ; ils trem- 
blent alors et ils se cachent au milieu des arbres, lorsque, 
à la brise du soir, ils entendent la voix du Seigneur qui 
marche dans le paradis. Gen., m, 8. 

Mais « Dieu appela Adam et lui dit : Où es-tu? » Gen., 
m, 9. Adam ne pouvait se méprendre sur cette question : 
c'était un reproche en même temps qu'une parole de com- 
misération et de bonté. « J'ai entendu votre voix dans le 



paradis , répondit-il , et j'ai eu peur, parce que j'étais nu, 
et je me suis caché. » Gen., m, 10. Dieu lui fait voir, 
Gen., m, 11, que c'est son péché qui a mis à nu ce que 
couvrait la grâce. « Étrange nouveauté dans l'homme, de 
trouver en soi quelque chose de honteux ! Ce n'est pas 
l'ouvrage de Dieu, mais le sien et celui de son péché. » 
Bossuet, Élévations, VII e sem., 3 e élév. Adam, du reste, 
au lieu de reconnaître cette bonté et de faire l'humble aveu 
de sa faute, dit à Dieu : « La femme que vous m'avez 
donnée pour compagne m'a donné de ce fruit, et j'en ai 
mangé. » Gen., m, 12. C'était faire retomber indirectement 
son péché sur Dieu que d'accuser Eve en ces termes. 
S. Augustin, De Genesi contra Manichxos, H, 17, t. xxxiv, 
col. 209. Le Seigneur s'adresse alors à la femme, puis au 
serpent, et, après avoir iniligé un châtiment à l'un et à 
l'autre, il revient à Adam : « Parce que tu as écouté, lui 
dit-il, la voix de ta femme (au lieu de la reprendre, et 
que, par une excessive complaisance), tu as mangé [du 
fruit] de l'arbre dont je t'avais défendu de manger, la 
terre sera maudite à cause de ton péché, » Gen., m, 17, 
c'est-à-dire qu'elle sera privée de la bénédiction qui lui 
faisait porter spontanément ses fruits. « Féconde dans son 
origine et produisant d'elle-même les meilleurs fruits, 
maintenant, si elle est laissée à son naturel, elle n'est fer- 
tile qu'en mauvaises herbes. » Bossuet, Élévations, vi e sem., 
13 e élév. Elle produira des épines et des ronces, et l'homme 
se nourrira de l'herbe de la terre. Gen., m, 18. Il ne faut 
pas conclure de là, dit saint Augustin, De Genesi ad Miter., 
18, t. xxxiv, col. 290, que les épines n'existaient pas avant 
le péché de l'homme; mais la terre du paradis n'en pro- 
duisait peut-être pas, et d'ailleurs Dieu a pu permettre 
que, après le péché, elles aient poussé avec plus de fa- 
cilité et dans d'autres conditions qu'auparavant. D'autre 
part, au lieu des fruits délicieux du paradis, qui venaient 
sans peine, Dieu assigne à Adam une nourriture bien dif- 
férente, qu'il gagnera péniblement, à savoir, l'herbe de la 
terre; ce qui comprend, selon la force du mot hébreu, toute 
sorte de plantes et de légumes. Ces plantes suppléeront à 
l'insuffisance des fruits des arbres qu'il trouvera dans les 
champs ou qu'il plantera lui-même. 

Dieu prononça ensuite contre Adam la condamnation 
annoncée, Gen., n, 17 : « Tu mangeras ton pain à la sueur 
de ton visage, jusqu'à ce que tu retournes à la terre de 
laquelle tu as été tiré ; car tu es poussière et tu retourneras 
en poussière. » Gen., m, 19. Au lieu du travail agréable et 
attrayant du paradis, Adam est ainsi soumis à un travail 
pénible, et cette vie laborieuse ne sera que l'achemine- 
ment vers la mort. La sentence de mort ne fut donc pas 
exécutée sur-le-champ, mais le travail et les peines de la vie 
auxquels il fut assujetti commencèrent aussitôt en lui leur 
œuvre de démolition. Adam, qui devait s'attendre à une 
mort immédiate, témoigna sa joie de vivre et son espé- 
rance de se survivre dans les enfants qui lui naîtraient, en 
appelant sa femme du nom d'Eve, « la vivante, » ou « celle 
qui donne la vie », parce qu'elle devint la mère de tous les 
vivants. Gen., m, 20. Dieu lui donna dans Je paradis une 
dernière marque de sa bonté et comme un gage de sa 
providence : « Il fit à Adam et à sa femme des tuniques 
de peau, et il les en revêtit. » Gen., m, 21. Ce qui veut 
dire , d'après plusieurs commentateurs , qu'il leur montra 
comment ils devaient se les procurer, et qu'ils exécutèrent 
ses ordres. Ces habits sont un triste indice du changement 
qui s'était fait dans leur condition : ils en eurent désor- 
mais besoin pour couvrir leur nudité, et pour se défendre 
contre les injures de l'air ; la nature pourvoit au vêtement 
de tous les animaux, mais l'homme doit se procurer lui- 
même ses habits. 

Il fallut enfin quitter ce paradis, qui ne pouvait être que 
le séjour de l'innocence, et dont Adam ne devait plus 
manger le fruit de vie. Des chérubins placés à la porte de 
l'Éden lui en interdirent l'entrée. Voir Chérubins. 

V. Adam depuis sa sortie du paradis jusqu'à sa mort. 
— Combien de temps avait duré le séjour d'Adam dans 



Î77 



ADAM (HISTOIRE) 



478 



le paradis? La Genèse ne le dit pas, mais c'est le senti- 
ment unanime des Pères qu'il avait été fort court. Ce 
premier commencement de l'homme était, en effet, pour 
lui une période d'épreuve ; il avait à faire, en usant de son 
libre arbitre, son choix entre la fidélité à Dieu avec la 
conservation de son bonheur, et la désobéissance avec ses 
suites malheureuses. Or il ne fallait pas longtemps à Adam 
pour connaître son devoir et la félicité qu'il s'assurerait 
en y restant fidèle, aussi bien que le malheur qu'il s'atti- 
rerait en y manquant. 

Quant à la vie nouvelle qu'il mena hors du paradis après 
sa faute, le récit biblique nous en apprend fort peu de 
chose; il nous en dit cependant assez pour nous faire 
comprendre que, soumis aux ordres de Dieu, il consacra 
son existence à la pénitence qui lui avait été imposée, et 
qu'il travailla la terre, mangeant ainsi « son pain à la sueur 
de son front ». Nous voyons, en effet, son fils aîné, Caïn, 
se livrer à l'agriculture; il ne faisait sans doute que suivre 
en cela l'exemple de son père. Abel, le second fils d'Adam, 
nous est également présenté comme assujetti à la loi du 
travail, mais sous une autre forme, celle de la vie pasto- 
rale. Gen., iv, 2. L'un et l'autre offrent des sacrifices au 
Seigneur, ce qui nous apprend d'une manière indirecte 
le culte qu'Adam lui-même lui rendait. Gen., iv, 3-4. 

Lorsque Abel eut été tué par Caïn, Dieu donna à ses 
parents, pour le remplacer, Seth, qui ouvrit la série des 
patriarches antédiluviens, ancêtres de Noé. Gen., iv, 25-26. 
Nous ne trouvons dans la Genèse le nom d'aucun autre 
fils d'Adam. Il en eut cependant d'autres, de même qu'il 
eut des filles, dont aucune n'est nommée. « Après qu'Adam 
eut engendré Seth, il vécut huit cents ans, et il eut des 
fils et des filles. » Gen., v, 4. Il vécut en tout neuf cent 
trente ans. Gen., v, 5. 

Le sentiment commun dans l'Église a toujours été 
qu'Adam reçut de Dieu le pardon de sa faute, et qu'il ne 
retomba plus dans l'état de péché. S. Irénée, Heeres., m, 23, 
t. vu, col. 900; S. Jérôme, Breviarium in Psalmos, Ps. 
xcvhi, t. xxvi, col. 1123 ; S. Augustin, Epist. CLfiv ad 
Evod., 3, t. xxxiii, col. 711. Cf. Sap., x, I. L'Église grecque 
honore Adam et Eve d'un culte public et célèbre leur fête 
le 19 décembre. 

VI. Adam dans le Nouveau Testament; l'ancien et 
le nouvel Adam. — Le nom et le souvenir d'Adam ne se 
retrouvent que dans quelques rares passages de l'Ancien 
Testament, par exemple, I Par., i, 1; Sap., x, 1; Eccli., 
xvn, 1-11; Tobie, vin, 8. Dans le Nouveau, il est seule- 
ment nommé dans l'Epitre de saint Jude, 14, à propos 
d'Enoch, et dans l'Évangile de saint Luc, qui le mentionne 
comme le premier ancêtre de Jésus -Christ, m, 38. Saint 
Paul lui fait une place beaucoup plus large. Nous nous 
bornerons à indiquer les passages dans lesquels il montre 
l'autorité de l'homme sur la femme, et l'obligation pour 
celle-ci d'obéir à son mari et de se laisser instruire par 
l'homme, loin de vouloir l'instruire. Il établit ces vérités 
en rappelant qu'Adam a été créé le premier, et que la 
femme a été tirée de lui ; que ce n'est pas l'homme qui 
a été créé pour la lemme, mais qu'au contraire la femme 
a été créée pour l'homme ; qu'Adam ne fut pas séduit par 
le serpent, au lieu qu'Eve le fut. I Cor., xi, 8-9; I Tim., 
Il, 11 -li. Mais nous devons nous arrêter plus longue- 
ment à la doctrine qu'il expose, Rom., v, 12-21, et I Cor., 
xv, 22 , 45. L'Apôtre appelle Jésus-Christ « le nouvel Adam 
ou le dernier Adam ». I Cor., xv, 45. Notre -Seigneur peut, 
en effet, être appelé le nouvel Adam, parce qu'il est le chef 
et le père de la famille spirituelle de tous les élus, comme 
Adam est le chef de l'humanité et le père de tous les 
hommes selon la chair ; et il est le dernier Adam , parce 
qu'après lui il ne viendra plus pour nous un autre chef 
et un autre père. Chacun d'eux est chef de l'humanité : 
mais le premier infecte toute sa race du venin de son 
péché de désobéissance, tandis que le second, par son 
obéissance, mérite à tous ceux qu'il s'incorpore une vie 
nouvelle de justice et de sainteté. Le premier Adam est 



ainsi le type du second : celui-ci transmet la vie comme 
celui-là a transmis la mort. Rom., v, 12-21. Ce contraste 
renferme en abrégé toute la foi chrétienne et est le fon- 
dement de la religion. 

Ces enseignements de saint Paul répondaient trop bien 
aux idées d'espérance chrétienne, qui sont comme la source 
commune d'inspiration des premiers artistes chrétiens, pour 
qu'Adam ne fût pas pour eux un sujet de prédilection. Son 
image, en effet, parait souvent dans les catacombes, re- 
produite de diverses manières , mais ordinairement en 
compagnie d'Eve et au moment de la chute. Ce souvenir 
de la faute du premier Adam rappelait naturellement celui 
du salut apporté par le second. I Cor., xv, 22. Parfois 
même cette idée consolante est expressément indiquée, 
soit par la présence d'un personnage représentant le Sau- 
veur, soit par quelque emblème qui le figure. Voir Fr. 
Bûttner, Adam und Eva in der bildenden Kunst bis 
Michel Angelo, in-8°, Leipzig, 1887. 

VII. Traditions sur Adam. — Les traditions de plusieurs 
anciens peuples sur l'origine et la formation du premier 
homme ont conservé le souvenir plu., ou moins défiguré 
du récit mosaïque. 

Chez les Sémites de la Chaldée ci de l'Assyrie, nous 
trouvons, sur les tablettes cunéiformes découvertes dans 
les bibliothèques des rois ninivites, sinon un témoignage 
précis au sujet de la création de l'homme, du moins une 
affirmation indirecte de cette création, puisque Éa, le dieu 
de l'intelligence suprême , y est représenté comme « ayant 
formé de sa main la race des hommes », et comme « ayant 
fait l'humanité pour être soumise aux dieux ». Le récit 
de la cosmogonie chaldéenne, traduit en grec par Bérose, 
est plus explicite. Bélus se trancha la tête, et du sang 
qui en coula, pétri avec de la terre , les autres dieux for- 
mèrent les hommes, qui pour cette raison sont doués d'in- 
telligence et participent à la pensée divine. Eusèbe, Chron., 
i, 2, 5, t. xix, col. 111-112; Lenormant, op. cit., t. i, 
p. 23, et Essai de commentaire sur Bérose, p. 12. 

Parmi les Chamites, les Phéniciens admettaient, d'après 
un fragment de Sanchoniathon , un premier homme, 
Protogonos, et une première femme, Mon (dont le nom 
semble être la traduction de celui d'Eve, H avait) , qui 
« inventa de manger du fruit de l'arbre ». Ils étaient issus 
l'un et l'autre du vent Calpios et de son épouse Baau (le 
Chaos). Un autre fragment parle de « l'autochtone, né de 
la terre », duquel descendent les hommes. Cf. Lenormant, 
Histoire ancienne de l'Orient, 9 e édit., t. i, p. 20. 

Selon les croyances de l'antique Egypte, Noum, Khnoum 
ou Khnoumis, le démiurge suprême, avait façonné l'homme 
avec de l'argile. Un bas-relief du temple de Denderah, 
qui pourrait presque servir d'illustration au texte même 
de la Genèse, n, 7, exprime très clairement cette croyance. 
A gauche, Khnoum, assis et les bras en avant, considère 
un enfant qu'il vient de fabriquer sur un tour à potier, 
et qui est debout et tourné à droite. De ce côté, une déesse 
agenouillée, Héqit, présente à ses narines une croix ansée, 
symbole de la vie. ( Fig. 22.) 

Comme les enfants de Sem et de Cham, ceux de Japhet 
ont conservé le souvenir de la création de l'homme. Ainsi, 
chez les Aryens d'Europe, l'homme est, au dire des Grecs, 
l'œuvre de Prométhée, qui le fabriqua avec quatre élé- 
ments, et surtout avec de la terre et de l'eau; toutefois 
les uns placent cette formation tout à fait à l'origine, les 
autres après la destruction d'une première humanité par 
le déluge de Deucalion. Il est juste d'observer que les 
légendes les plus anciennes de la Grèce ne font pas de 
Prométhée l'auteur de l'homme; il y apparaît seulement 
comme lui donnant la vie et l'intelligence par la commu- 
nication du feu dérobé au ciel. Dollinger, Le paganisme 
et le judaïsme, v partie, liv. v, § 1 ; Lenormant, op. cit., 
t. i, p. 24. Les Scandinaves ont consigné dans l'Edda 
l'histoire de l'immortelle Idhuma et de Bragi , le premier 
skalde, qui habitaient dans une parfaite innocence le dé- 
licieux Midhgard, le milieu du monde. 



179 



ADAM (HISTOIRE) 



180 



Les traditions aryennes de l'Asie occidentale nous pré- 
sentent en Perse une mythologie plus compliquée, mais 
non moins significative. Un premier homme, Gayôma- 
retan, est tué par Angromainiyus ; de son sang répandu 
sur la terre est produit un arbre à double tronc, ayant la 



en deux branches, il était le premier homme. Il s'appelait 
Trima chez les Iraniens, et Yama chez les Indiens, et réu- 
nissait tous les attributs d'Adam et de Noé. Lenormant, 
op. cit., p. 30-31. 
Dans l'extrême Orient, l'antique et immense empire de- 




SS. — Le dieu Khnoum façonnant l'homme sur le tour à potier. D'après Lepslus, Denkmaler, rv, 70. 



forme d'un homme et d'une femme. Ahura-Mazda sépare 
ces deux tiges et leur donne le mouvement, la vie et l'in- 
telligence. Ainsi furent formés Meschya et Meschyâna , le 
premier homme et la première femme. Dôllinger, Le pa- 
ganisme et le judaïsme , i re partie, li v. vi, § 2 ; F. Lenor- 
mant, op. cit., 1. 1, p. 25-26. D'après ces traditions, con- 
tenues dans le Boundehesch, Yima n'est plus que le pre- 
mier roi, tandis que dans les légendes plus anciennes, 
communes à tous les Aryas orientaux avant leur séparation 



Chine est un témoin suffisant des traditions des peuples 
de la race jaune. Selon un résumé que le père Ko a fait 
des vieux auteurs de ce pays, Hoangti est l'ancien esprit 
qui créa l'homme au commencement et forma les deux 
sexes. Il est dit, dans un autre passage, que « Minhoa pétrit 
de la terre jaune pour en faire l'homme, et que c'est la 
vraie origine du genre humain » . Mémoires sur les Chinois, 
t. i, p. 104. Un lettré chinois a recueilli de nos jours tout 
ce qu'il a pu trouver dans les pagodes concernant les an- 



181 



ADAM (PALÉONTOLOGIE) 



482 



tiennes divinités. On y voit la création du premier homme 
par un être suprême, et l'unité du premier couple, ayant 
pour vêtement une ceinture de feuillage. Études reli- 
gieuses, mars 4890, p. 448. 

Les traditions sur l'origine de l'homme ont encore laissé 
des débris très reeonnaissables dans le nouveau monde et 
chez bien des peuples sauvages. Nous en mentionnerons 
seulement quelques-uns. A Bro wnston ( Pensylvanie ) , une 
pierre, dont l'enfouissement était d'une date antérieure 
à Christophe Colomb, portait entre autres figures deux 
formes humaines, un homme et une femme, celle-ci 
tenant des fruits à la main. Annales de la littérature et 
des arts, t. x, p. 280. Dans l'Ile de Java, une antique 
pierre offre un sujet dont on ne peut méconnaître le sens : 
un homme et une femme se tiennent des deux côtés d'un 
arbre chargé de fruits, autour duquel s'enroule un serpent. 
Journal de la Société asiatique de Londres, juin 1832. 
Au Pérou, le premier homme s'appelle Alpa camasca, 
« terre animée. » Les Mandans (Amérique du Nord) disent 
que le Grand Esprit forma deux figures d'argile, qu'il des- 
sécha et anima du souffle de sa bouche, et dont l'une 
reçut le nom de « premier homme » , et l'autre celui de 
« compagne ». Le grand dieu de Taïti, Taeroa, forma 
l'homme avec de la terre rouge. — Les Dyaks de Bornéo 
croient aussi que l'homme a été modelé avec de la terre. 
— L'argile rouge, comme matière du corps du premier 
homme, se retrouve encore dans les traditions de la Méla- 
nésie. — En Nouvelle-Zélande, Tiki la pétrit en y mêlant 
son propre sang. — Chez les Winnebagos, le grand Ma- 
nitou prit un morceau de son corps et un morceau de 
terre, et fabriqua ainsi un homme. Voir Andrew Lang, 
La mythologie, p. 163, 169, Paris, 1886; Fr. Lenormant, 
op. cit., t. i , p. 22. 

Ainsi les descendants d'Adam ont emporté sur tous les 
points du globe, en se dispersant, le souvenir de leur 
véritable origine, et l'énumération nécessairement incom- 
plète que nous venons de faire des traditions qu'ils ont 
conservées est une confirmation de la véracité du récit 
de la Genèse. E. Palis. 

SECONDE PARTIE 
LE PREMIER HOMME AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE 

On nie aujourd'hui, au nom d'une fausse science, tout 
ce que l'Écriture nous enseigne sur le premier homme. 
Nous nous proposons de répondre brièvement à toutes 
les difficultés qu'on allègue contre les Livres Saints en 
traitant les trois questions suivantes : 

1° Le premier homme lut-il un être intermédiaire entre 
l'animal et l'homme actuel? 2° Fut- il un sauvage? 3° A 
quelle époque fit-il son apparition? 

I. L'origine animale de l'homme. — Pour les partisans 
du monisme, qui admettent avec toutes ses conséquences 
la théorie évolutionniste, et rejettent toute idée de création, 
il n'y a point eu à proprement parler de premier homme. 
La translormation qui a fini par donner à un ou plusieurs 
animaux placés dans des conditions favorables les traits 
qui nous distinguent, a été si insensible, qu'il est impos- 
sible non seulement de fixer la date de l'apparition de 
notre espèce, mais même de dire d'un individu qu'il en 
fut le premier représentant. Le principal adepte du dar- 
winisme contemporain, Hteekel, nous le dit formellement: 
ce passage « a eu lieu avec une telle lenteur, qu'on ne 
peut en aucune façon parler d'un premier homme ». 

Le célèbre professeur d'Iéna enseigne cependant que 
l'espèce qui précéda la nôtre, et à laquelle nous devons 
l'existence, appartenait à la famille des singes, la première 
de l'ordre des Quadrumanes. L'homme -singe, qu'on a 
appelé plus savamment le pithécanthrope ou Vanthropo- 
pithèque (de Mortillet), aurait vécu vers la fin de l'époque 
tertiaire, peut-être même plus tôt, d'après M. de Mor- 
tillet, qui lui attribue les silex soi-disant travaillés des 
couches miocènes de Thenay, près de Pontlevoy. C'était 




23. — Crânes comparés 
de l'homme et de l'orang. 



un anthropoïde, frère des anthropoïdes actuels, mais plus 
rapproché de l'homme par ses caractères anatomiques ou 
physiologiques ; car personne ne prétend plus aujourd'hui 
nous faire dériver des singes qui appartiennent à la faune 
contemporaine, tant est considé- 
rable la distance qui nous en 
sépare (fig. 23). 

L'opinion de Darwin, auteur 
du système transformiste le plus 
en vogue, ne diffère pas sous ce 
rapport de celle de son disciple 
' Hseckel. Lui aussi nous fait des- 
cendre d'un singe inthropomor- 
phe. C'était , nous dit en résumé 
le naturaliste anglais, un mam- 
mifère velu, pourvu d'une queue 
et d'oreilles pointues, qui sans 
doute vivait sur les arbres et 
habitait l'ancien continent. 

Il faut le dire , tous les adver- 
saires de la création de l'homme 
ne nous font pas descendre du 
singe. Il semble qu'aux yeux d'un 
grand nombre ce soit nous faire 
trop d'honneur encore que de 
nous attribuer cette origine : c'est à un étage inférieur, 
tout au plus parmi les marsupiaux ou les didelphes, qu'ils 
vont chercher nos ancêtres. Du moins reconnaissent -ils 
que les lois qui président au développement général des 
êtres s'opposent à ce que nous dérivions d'un quadrumane 
quelconque. De cet avis sont les professeurs Huxley, d'An- 
gleterre ; Filippi, d'Italie, et Vogt, de Genève, bien que 
ce dernier ait semblé parfois nous attribuer pour ancêtre 
le singe actuel , et qu'un jour, peut-être dans un moment 
d'humeur, il se soit laissé aller à dire qu'il aimait mieux 
être « un singe perfectionné qu'un Adam dégénéré ». 

C'est donc à l'origine animale de l'homme plutôt qu'à 
son origine proprement simienne que nous avons affaire. 
Ce point importe assez peu du reste; car, quelles que 
soient les divergences de vues qui les séparent relative- 
ment à la généalogie humaine, nos adversaires n'en re- 
courent pas moins aux mêmes arguments quand il s'agit 
de démontrer leur thèse générale : la dérivation de l'homme 
d'un type inférieur. Nous pouvons donc emprunter ces 
arguments à Darwin lui-même, le chef du parti. 

Ces prétendues preuves sont de trois sortes. Elles con- 
sistent : 1» dans la conformation générale du corps de 
l'homme ; 2" dans le développement de l'embryon humain ; 
3° dans la présence chez l'homme d'organes rudimenlaires. 
Exposons -les brièvement. 

Première objection. — « Il est notoire, dit Darwin, que 
l'homme est construit sur le même type général, sur le 
même modèle que les autres mammifères. Tous les os de 
son squelette sont comparables aux os correspondants 
d'un singe, d'une chauve -souris ou d'un phoque. Il en 
est de même de ses muscles, de ses nerfs, de ses vaisseaux 
sanguins et de ses viscères internes. Le cerveau, le plus 
important de tous, suit la même loi... L'homme, a dit 
Bischoff, est bien plus près des singes anthropomorphes 
par les caractères anatomiques de son cerveau que ceux- 
ci ne le sont non seulement des autres mammifères, mais 
même de certains quadrumanes, des guenons et des ma- 
caques. » 

L'homme, ajoute Darwin, a les mêmes maladies que 
ces animaux inlérieurs. Il peut en recevoir et leur com- 
muniquer la rage, la variole, la morve, etc., « lait qui 
prouve bien évidemment la grande similitude de leurs 
tissus et de leur sang. » Les singes sont sujets à un grand 
nombre d'autres maladies : le catarrhe et la phtisie, par 
exemple. Ils partagent nos goûts pour le café , le thé , les 
liqueurs spiritueuses. On en a vu s'enivrer avec de l'eau- 
de-vie, du vin et de la bière forte. « Ces faits prouvent, 
nous dit-on, combien les nerfs du goût sont semblables 



183 



ADAM (PALÉONTOLOGIE) 



18-i 



chez l'homme et chez les singes, et combien le système 
nerveux entier est similairement affecté. » 

Deuxième objection. — « L'homme se développe d'un 
ovule qui ne diffère en rien de celui des autres animaux. 
L'embryon lui-même, à une période précoce, peut à peine 
être distingué de celui des autres membres du règne des 
vertébrés. » En preuve de ce qu'il avance, Darwin donne 
une double figure représentant l'embryon de l'homme et 
celui du chien , lesquels ne diffèrent guère que par le dé- 
veloppement inégal de certaines parties. 

Le naturaliste anglais ajoute, — et ses disciples ont insisté 
plus encore que lui sur cet argument, — que l'embryon 
humain présente des analogies successives des plus mar- 
quées, au fur et à mesure de son développement, avec 
diverses classes d'animaux, en commençant naturellement 
par les inférieures. 

Troisième objection. — Les organes appelés rudimen- 
taires, ou simplement rudiments, par Darwin sont des 
organes inutiles et généralement peu développés , dont la 
présence ne s'explique, d'après lui, que parce que l'homme 
en a hérité d'ancêtres chez qui, au contraire, ils étaient 
développés et avaient leur raison d'être. Plusieurs muscles 
seraient dans ce cas , entre autres ceux qui chez les ani- 
maux servent à mouvoir l'oreille externe , et qui chez les 
orangs et les chimpanzés sont déjà hors d'usage et atro- 
phiés. La troisième paupière ou membrane nictitanle, qui 
permet aux oiseaux de recouvrir rapidement le globe de 
l'œil, existe également à l'état rudimentaire chez l'homme, 
ainsi que chez les quadrumanes et la plupart des mam- 
mifères. On pourrait en dire autant de l'odorat, qui rend 
de si grands services à certains animaux, soit en les aver- 
tissant du danger (ruminants), soit en leur permettant de 
découvrir leur proie (carnivores), et qui chez l'homme 
est presque sans usage. Les poils éparpillés sur le corps 
tle l'homme , le duvet laineux dont le fœtus humain est 
entièrement recouvert au sixième mois, seraient égale- 
ment un reste du tégument pileux des animaux dont nous 
dérivons. L'appendice vermiforme du cœcum , espèce de 
cul -de -sac aujourd'hui sans utilité, nuisible même, puis- 
qu'il est la cause de quelques maladies, serait aussi un 
vestige et un témoin du même organe, très développé 
cette fois, qui existe chez certains mammifères herbivores, 
où il a sa fonction à remplir. Le squelette nous fournit 
des faits de même nature, soit dans l'os coccyx, qui repré- 
sente chez nous la queue des mammifères , soit dans une 
perforation qu'on rencontre accidentellement dans l'hu- 
mérus humain, surtout chez les races anciennes, et qui 
existe normalement chez le singe. Pour comprendre ces 
anomalies, « il suffit, dit Darwin, de supposer qu'un 
ancêtre reculé a possédé les organes en question à l'état 
parfait, et que, sous l'influence d'un changement dans 
les habitudes vitales, ils ont tendu à disparaître par défaut 
d'usage ou par suite de la sélection naturelle ». La des- 
cendance de l'homme, t. I , p. 32. 

Réponse. — Nous avons résumé aussi fidèlement que 
possible, et sans rien leur ôter de leur force, les argu- 
ments que Darwin apporte à l'appui de la théorie trans- 
formiste appliquée à notre espèce ; nous n'avons point 
l'intention d'y répondre en détail. L'espace nous manque 
pour le faire, et ce serait chose assez inutile. Nos lecteurs 
ont dû se dire, en effet, en parcourant ce rapide exposé, 
qu'il n'y avait rien là de bien nouveau, que la ressemblance 
physique de l'homme avec l'animal était chose connue 
depuis longtemps, et de nature à faire ressortir encore 
davantage l'infinie supériorité de l'âme humaine, puisque, 
avec des organes presque semblables, notre espèce s'est 
élevée à une immense hauteur au-dessus de la bête. Un 
mot cependant sur chacun des groupes d'arguments invo- 
qués par Darwin. 

1° D'abord, le naturaliste exagère à dessein notre res- 
semblance extérieure avec l'animal. Anatomiquement , 
l'homme est un mammilère, et rien de plus; il y a long- 
temps que nous le savions. « Encore que nous ayons 



quelque chose au -dessus de l'animal, avait dit Bossuet, 
nous sommes animaux. » Chaque os de notre squelette a 
son analogue dans le squelette du singe. Il n'en est pas 
moins vrai que tous ces os ont leur caractère propre, 
leur fades, qui permettra à un anatomiste expérimenté 
de les reconnaître à première vue. Et ce n'est là que le 
moindre des traits physiques qui nous distinguent. Seul 
parmi les mammifères , l'homme est organisé pour l'atti- 
tude verticale ; seul il est à la fois bimane et bipède. Sa 
dentition et la nudité de sa peau le distinguent encore 
du singe, dont' les canines sont de véritables défenses, et 
dont la peau est remarquablement velue, surtout à la 
partie dorsale, qui chez nous est la plus dépourvue de 
poils. Comment expliquer, — pour le dire en passant, — 
le fait de la disparition de ce tégument pileux, qui, sui- 
vant les transformistes, eût protégé notre ancêtre contre 
l'intempérie des saisons? La doctrine darwiniste prétend 
expliquer, il est vrai, l'acquisition des variations utiles; 
mais on reconnaîtra que celle-ci n'est point du nombre. 
Cette nudité est si peu un progrès pour l'homme, que 
sous tous les climats il se croit obligé d'y suppléer par 
l'usage des vêtements. Logiquement, Darwin aurait dû 
faire descendre le singe de l'homme plutôt que l'homme 
du singe. 

C'est bien à tort aussi qu'il cherche dans le cerveau un 
argument à l'appui de sa théorie. Le poids du cerveau, 
comparé à celui du corps , est trois lois plus considérable 
chez l'homme que chez le singe. Les circonvolutions sont 
également plus profondes, et, chose remarquable, les cir- 
convolutions se développent dans un ordre inverse dans 
les deux cas. Chez nous, elles apparaissent d'abord sur le 
front, tandis que chez le singe celles du lobe moyen se 
dessinent en premier lieu. Les darwinistes n'ont pu encore 
expliquer cette anomalie, qui dénote une origine toute 
différente. « Il est évident, surtout d'après les principes 
les plus fondamentaux de la doctrine darwiniste , observe 
M. de Quatrefages, qu'un être organisé ne peut descendre 
d'un autre être dont le développement suit une marche 
inverse de la sienne propre. Par conséquent, l'homme ne 
peut, d'après ces mêmes principes, compter parmi ses 
ancêtres un type simien quelconque. » L'espèce humaine, 
p. 81. 

Il est permis après cela de négliger les autres traits 
caractéristiques de notre espèce. Il faut croire néanmoins 
qu'ils sont bien accusés, puisque Cuvier et les autres na- 
turalistes, qui dans le classement général des êtres n'ont 
tenu compte que des caractères extérieurs, ont été en- 
traînés à faire de l'homme non seulement un genre, mais 
tout au moins une famille, même un ordre à part. Est -il 
dans la nature un seul autre être duquel on puisse en dire 
autant? 

Cette simple observation me semble constituer une ré- 
ponse suffisante à ceux qui, dans notre camp comme dans 
le camp adverse, prétendent qu'on ne peut, sans manquer 
à la logique, appliquer le transformisme aux animaux 
sans l'étendre à l'homme lui-même. Tous les animaux 
sont reliés d'assez près les uns aux autres, surtout depuis 
que la paléontologie est venue, en associant les espèces 
fossiles aux espèces actuelles, combler un grand nombre 
de lacunes qui existaient jusque-là dans la série générale 
des êtres. Peu d'espèces constituent à elles seules autant 
de genres distincts , et celles qui sont dans ce cas s'asso- 
cient à d'autres genres pour former des familles, et à des 
familles pour former des ordres. Seul l'homme fait excep- 
tion à cette règle, et, nous le verrons, la paléontologie 
n'a fait que confirmer son isolement. Que serait-ce si nous 
prenions en considération ses facultés intellectuelles ! Alors 
ce ne serait plus seulement une famille ou un ordre isolé 
qu'il constituerait, mais bien un règne, puisque la raison, 
qui le distingue, ne l'élève pas moins au-dessus de l'animal 
que la sensibilité, qui distingue ce dernier, ne l'élève au- 
dessus de la plante. 

Nous jugeons inutile de relever les considérations de 



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ADAM (PALÉONTOLOGIE) 



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Darwin relatives à l'identité des maladies qui atteignent 
l'homme et l'animal, et à l'identité des remèdes qui les 
guérissent. Pour s'étonner de ces traits de ressemblance, 
il faudrait oublier que tous les êtres organisés ont été créés 
suivant un même plan général, et obéissent aux mêmes 
lois physiologiques. 

2° L'argument puisé dans le développement embryon- 
naire nous touche peu. Il est vrai que l'homme débute 
par un ovule , comme tous les animaux ; si l'on en croyait 
Haeckel , l'embryon humain, en se développant, serait même 
tour à tour zoophyte, poisson, batracien, reptile et mam- 
mifère ; mais ces prétendus états successifs sont plus que 
contestables, et, s'ils étaient réels, ils seraient sans portée 
au point de vue de l'origine de l'homme. 

D'abord ils sont contestables. Il ne suffit pas, en effet, 
que Hœckel les affirme pour que nous en soyons convaincu. 
Nous savons que la bonne foi n'est pas la qualité domi- 
nante du naturaUste d'outre-Rhin. Il est aujourd'hui avéré 
que, pour rendre plus frappante la ressemblance des em- 
bryons de l'homme et de l'animal, il a altéré gravement 
les dessins qui ont la prétention de les représenter dans 
l'un de ses livres. Il y a longtemps qu'on en a fait l'ob- 
servation en Allemagne. A son tour, le docteur Jousset 
constate « une énorme différence » entre l'embryon humain 
figuré dans son livre et celui qui est représenté dans le 
Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Il 
ajoute que l'embryon du poulet, qu'il rapproche du pré- 
cédent, présente un développement et des « bourgeons 
rudimentaires » qu'il n'a point en réalité, mais qui ont 
pour résultat d'accentuer sa ressemblance avec l'embryon 
humain. » Évolution et darwinisme, p. 112. On voit si nous 
avons nos raisons pour ne pas croire sur parole le pro- 
fesseur d'Iéna ! 

Au jugement des naturalistes les plus compétents, les 
similitudes invoquées sont purement illusoires. Qu'il y ait 
certaines analogies entre les états successifs que revêt 
l'embryon et les divers groupes de la série animale, nous 
ne songeons point à le contester, et c'est chose toute na- 
turelle , puisque dans l'un et l'autre cas il y a progrès du 
simple au composé; mais de l'analogie à une complète 
ressemblance il y a loin. « A aucun moment de son exis- 
tence, enseigne un célèbre anatomiste, Gratiolet, l'homme 
ne ressemble à une autre espèce... A toutes les époques 
delà vie foetale , l'homme est homme en puissance , des 
caractères définis le distinguent. » Anatomie comparée 
du système nerveux, p. 251. « Les formes de l'embryon 
ont un rapport admirable avec les formes futures, dit le 
même anatomiste; elles se compliquent, il est vrai, mais 
suivant un mode spécifique; à toutes les époques, en un 
mot, l'homme futur se devine... Une différence fondamen- 
tale distingue notamment les formes primitives de l'encé- 
phale de l'homme à l'état d'embryon de celles que pré- 
sentent les animaux inférieurs arrivés à leur terme défi- 
nitif; elle consiste dans ces incurvations particulières à 
l'axe nerveux du capuchon céphalique de l'embryon... 
A aucune époque, le cerveau de fœtus humain n'est abso- 
lument semblable à celui d'aucun singe, loin de là ; il en 
diffère d'autant plus qu'on se rapproche davantage du 
moment où ses premiers plis apparaissent. » Ibid., 
p. 248, 253. 

Bien que ce soient là des faits et non de pures impres- 
sions personnelles , on pourrait objecter que Gratiolet 
s'était laissé influencer par ses préjugés favorables à la 
fixité de l'espèce et à la supériorité de la nature humaine. 
On ne fera pas le même reproche à Cari Vogt, un des 
coryphées de l'évolutionnisme et de la libre pensée; or 
Cari Vogt proteste plus énergiquement encore que Gra- 
tiolet contre les prétendues similitudes de l'embryon 
humain et des animaux inférieurs. « On a supposé, dit-il, 
que les embryons doivent parcourir en abrégé les mêmes 
phases qu'a parcourues la souche pendant son dévelop- 
pement à travers les époques géologiques. Cette loi, que 
j'avais crue bien fondée pendant longtemps, est absolu- 



ment fausse par sa base. Une étude attentive de l'em- 
bryogénie nous montre, en effet, que les embryons ont 
leurs harmonies relatives à eux, bien différentes de celles 
des adultes. » Comme exemple, le professeur de Genève 
cite la prétendue forme de poisson que revêt transitoire- 
ment l'embryon du mammifère, et il remarque qu' « un 
être pareil n'aurait pu vivre », attendu que l'embryon n'a 
dans cet état « ni intestins, ni organes locomoteurs, ni 
cerveau , ni organes des sens propres à exercer leurs fonc- 
tions ». Revue scientifique, 16 octobre 1886. 

Ceux donc qui ont prétendu que l'embryon humain 
représente tour à tour les divers groupes de la série 
animale, en commençant par l'embranchement des zoo- 
phytes, ont été le jouet de leur imagination. Sans doute, 
il y a progrès dans la vie fœtale; par suite, il y a passage 
par une série de phases qui ne sont pas sans rappeler 
l'échelle ascendante qu'on remarque dans la nature ; mais 
jamais l'être humain ne ressemble identiquement à un 
autre être. Du reste , si telle était la réalité, on se demande 
ce que cela prouverait au point de vue de l'origine de 
l'homme. Quel rapport nécessaire y a-t-il donc entre ces 
états transitoires et les prétendues phases par lesquelles 
notre espèce aurait passé antérieurement ? On serait d'au- 
tant moins autorisé à conclure des uns aux autres, que, de 
l'aveu d'un transformiste qui est en même temps un émi- 
nent géologue, M. Albert Gaudry, « la paléontologie , qui 
doit être interrogée tout d'abord en pareille matière, n'est 
pas loin d'avoir fait la preuve que le mammifère ne des- 
cend point du reptile, ni le reptile du poisson. » 

3° Les organes rudimentaires nous retiendront moins 
longtemps. On peut dire de ces organes ce que nous avons 
dit des prétendues phases embryonnaires : ils n'ont ni 
l'importance ni la signification qu'on leur attribue. Leur 
présence chez l'homme s'explique par cette simple consi- 
dération que tous les êtres organisés sont soumis aux 
mêmes lois physiologiques. 

L'argument qu'on nous oppose a le défaut de trop 
prouver. Les organes rudimentaires sont si nombreux et 
de nature si diverse chez l'homme, ils se rapprochent à 
cet égard de tant d'animaux chez qui ils ont leur complet 
développement, que, s'ils supposaient une identité d'ori- 
gine, il faudrait en conclure que l'homme a passé anté- 
rieurement par toutes les classes de l'embranchement des 
vertébrés. Or qui croira, par exemple, qu'il compte des 
oiseaux parmi ses ancêtres, parce qu'il possède à l'état 
embryonnaire leur membrane nictitante ? On aboutirait 
à des conséquences plus étranges encore, si l'on s'obstinait 
à voir dans ces rudiments un reste d'organes développés 
et utilisés dans un état antérieur. Les mamelles atro- 
phiées que possèdent les mâles dans la classe des mam- 
mifères sont au premier chef des organes rudimentaires, 
et les plus saillants de tous. Faudra-l-il donc en conclure 
que les mâles ont jadis été des femelles? Ces rudiments 
d'organes sont communs chez les animaux, et jusqu'ici 
l'idée n'était pas venue d'y voir des vestiges d'un état 
antérieur. C'est ainsi que l'embryon de la baleine possède 
des dents qui ne parviennent pas à percer les gencives. 
11 en est de même des incisives dont est muni le veau à 
l'état fœtal. Est-ce à dire que la baleine et le bœuf aient 
passé par des états antérieurs où ils avaient les dents qui 
leur manquent aujourd'hui ? Les transformistes eux-mêmes 
oseraient à peine l'affirmer. 

La perforation olécranienne de l'humérus alléguée par 
Darwin n'a point , en tout cas , la signification que lui at- 
tribue le naturaliste anglais. De l'aveu d'un anthropolo- 
giste peu suspect, M. Georges Hervé, elle ne peut être 
considérée comme un caractère simien propre à certaines 
races inférieures. « On la rencontre aussi souvent parmi 
les races supérieures que parmi les inférieures, et son 
existence est tout aussi variable chez les animaux, s Dic- 
tionnaire des sciences anthropologiques , article Homme. 
Le même auteur observe ailleurs, Précis d'anthropologie , 
p. 290 , que cette perforation est beaucoup plus rare dans. 



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ADAM (PALÉONTOLOGIE) 



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les sépultures mérovingiennes que dans les sépultures 
modernes. Il est donc faux de dire avec le commun des 
transformistes qu'elle est d'autant plus fréquente, qu'on se 
rapproche davantage de l'origine de l'homme. Comme les 
phases de la vie embryonnaire, les organes rudimentaires 
prouvent une fois de plus qu'un plan général a présidé 
à la création. Ils ne prouvent pas autre chose. 

On voit que de tous les arguments invoqués par Darwin 
à l'appui de. sa thèse, aucun n'a la portée que leur attribue 
leur auteur. On ne saurait donc être surpris que l'ou-, 
vrage qui en contenait le développement, le traité de la 
Descendance de l'homme, ait causé un certain désappoin- 
tement parmi les transformistes. « Nous nous étions ima- 
giné que ce livre était d'une beaucoup plus grande impor- 
tance, » écrivait peu après son apparition un admirateur 
du naturaliste anglais. « Nous ne serions pas impartial vis- 
à-vis de nos lecteurs, si nous ne confessions que ces vo- 
lumes ne sont sous aucun rapport comparables à n'im- 
porte lequel des livres précédents de M. Darwin... En ce 
qui concerne l'origine de l'homme, ils contiennent moins 
que nous n'en avions attendu, et les preuves qu'ils ap- 
portent à l'appui de cette thèse sont à peine plus fortes 
que celles que nous connaissions auparavant. » The po- 
pular science Review, juillet 1871, p. 292; cf. Lecomte, 
Le darwinisme et l'origine de l'homme, p. 222. 

Il y aurait eu pour Darwin un autre moyen de prouver 
sa thèse : c'eût été de nous montrer dans les couches su- 
perficielles du globe le squelette fossile de l'un de ces 
anthropoïdes qui furent, dans sa théorie, les précurseurs 
de notre espèce. Le célèbre naturaliste n'a garde de re- 
courir à cet argument. Il sait bien que la paléontologie 
n'a rien révélé de cette sorte. Il n'ose même poser la 
question, dans la crainte que la réponse ne soit fatale à 
son système. N'est-il pas étrange, en effet, qu'aucun des 
nombreux chaînons qui dans ce système doivent relier 
l'homme aux animaux inférieurs n'ait pu encore être re- 
trouvé , et que les partisans de l'origine animale de notre 
espèce soient réduits à faire vivre nos précurseurs plus ou 
moins simiens sur un continent aujourd'hui submergé ! 
Que penser d'une théorie qui, obligée pour se soutenir de 
faire appel à l'inconnu, ne repose que sur des conjectures 
et des hypothèses aussi gratuites ? 

Les transformistes ont pu croire un moment qu'ils 
avaient mis la main sur un de ces précieux chaînons si 
ardemment, mais si vainement cherchés. Les restes très 
incomplets d'un grand singe avaient été découverts en 1856 
dans le midi de la France. Le paléontologiste Edouard 
Lartet trouva à cet anthropoïde, qu'on baptisa du nom de 
Dryopithèque , des caractères supérieurs à ceux des an- 
thropoïdes actuels. On se hâta d'en conclure qu'on avait 
enfin découvert l'un des ancêtres de l'homme. Malheureu- 
sement pour les théoriciens de l'école transformiste , une 
nouvelle mâchoire du même animal , plus complète et 
mieux conservée que la précédente, a été découverte ré- 
cemment dans les terrains miocènes de Saint - Gaudens. 
M. Albert Gaudry, auquel elle a été communiquée, et qui 
l'a minutieusement décrite dans un savant mémoire lu 
à la Société géologique de France , n'hésite pas à recon- 
naître que l'animal auquel elle a appartenu était très infé- 
rieur aux grands singes actuels. M. Gaudry a d'autant plus 
de mérite à en faire l'aveu, que dans une publication an- 
térieure il avait émis l'idée que c'était peut-être au Dryo- 
pithèque qu'on devait la taille des silex, en apparence tra- 
vaillés, qu'on a découverts dans les terrains tertiaires. 
« Aujourd'hui, devenu un peu moins ignorant, ajoute 
avec une franchise qui l'honore le savant paléontologiste, 
je ne tiendrais plus le même langage. A en juger par l'état 
. de nos connaissances, il n'y avait en Europe, dans les temps 
tertiaires , ni un homme ni aucune créature qui se rap- 
prochât de lui. Puisque le Dryopithèque est le plus élevé 
des grands singes fossiles découverts jusqu'à ce jour, nous 
d evons reconnaître que la paléontologie n'a pas encore fourni 
d'indice d'enchaînement entre l'homme et les animaux. » 



On le voit, l'anneau qui doit relier l'homme à l'animal 
est toujours à trouver. Les progrès de l'anthropologie, 
loin de mettre sur la voie de ce précieux chaînon, auto- 
risent de plus en plus à douter de son existence. Quelques- 
uns des anthropologistes les plus favorables à la thèse dar- 
winienne ne font pas difficulté de le reconnaître. « Il 
semblait en 1869, dit l'un d'eux, que rien ne serait plus 
facile que de démontrer la descendance de l'homme du 
singe ou d'un autre mammifère. Il a fallu beaucoup ra- 
battre de ces espérances, et à l'heure actuelle nous ne 
voyons même pas la possibilité d'établir la filiation des 
races les unes des autres. Quant au précurseur de l'homme, 
il reste plus que jamais à l'état d'hypothèse; et nous savons 
actuellement que les hommes des âges préhistoriques ne 
se rapprochaient pas davantage des singes que les races 
actuelles. » Léon Laloy, dans V Anthropologie , août 1890. 

La logique demanderait peut-être que l'on renonçât 
une fois pour toutes à appliquer à notre espèce l'hypo- 
thèse darwinienne ; mais alors il faudrait s'incliner devant 
le fait de la création , et cette concession répugne au ra- 
tionalisme moderne. Qu'on n'aille pas du inoins nous 
imposer au nom de la science une théorie que la science 
condamne ! 

Ce n'est pas seulement la paléontologie qui vient à ren- 
contre du système évolutionniste appliqué à notre espèce, 
c'est le principe même du transformisme darwinien. Un 
ami de Darwin, Wallace, l'a reconnu. A elle seule, dit-il, 
la sélection naturelle, qui est la base de ce système, est 
impuissante à expliquer l'origine animale de l'homme. Et 
il le prouve. La sélection explique sans doute le dévelop- 
pement et la conservation des caractères d'une utilité im- 
médiate et personnelle; mais toutes les variations qu'a 
éprouvées l'homme, dans l'hypothèse darwinienne, pour 
passer de l'état simien à l'état actuel, n'étaient pas de cette 
nature. Quelques-uns étaient inutiles ou même nuisibles. 
Quel avantage avait , par exemple , l'anthropopithèque 
qui donna naissance à l'homme à se défaire du tégument 
pileux qui le recouvrait? « Le pelage protège l'individu 
contre le froid et contre la pluie... Il aurait été très utile 
au sauvage d'être protégé de même. Cela est si vrai, que 
les populations infimes ont toutes imaginé quelque vête- 
ment pour se couvrir... La sélection naturelle n'a donc 
pu produire la nudité du corps de l'homme. » Revue 
scientifique, 23 août 1890; cf. de Valroger, La genèse des 
espèces, p. 108-123. 

On en peut dire autant, d'après Wallace, de la main 
et du larynx, qui présentent chez le sauvage une perfec- 
tion qui n'est point en rapport avec le parti qu'il en tire , 
et ne peut dès lors s'expliquer par la sélection naturelle. 
Même observation au sujet de la transformation de la main 
postérieure du singe en pied. Cette transformation est loin 
d'être un progrès. « Il eût été très utile au sauvage de 
conserver cette main postérieure, dont la disparition est 
bien difficile à expliquer par la sélection naturelle. » 

Pour rendre compte de l'acquisition de caractères de 
cette nature , Wallace est obligé de recourir à une sélec- 
tion artificielle, dont l'agent eût été un c être supérieur », 
sur le compte duquel il ne s'explique pas clairement, 
mais qui eût « guidé la marche de l'espèce humaine dans 
une direction définie et pour un but spécial , tout comme 
l'homme guide celle de beaucoup de formes animales et 
végétales. » La sélection naturelle, trad. franc., p. 377. 
C'est reconnaître avec M. de Quatrefages qu'il est impos- 
sible d'expliquer l'apparition de notre espèce « sans sortir 
du domaine exclusivement scientifique, c'est-à-dire en 
s'en tenant à ce qu'enseignent l'expérience et l'observa- 
tion ». L'espèce humaine, p. 65. Quand on en est là, le 
mieux n'est -il pas de revenir à la croyance traditionnelle, 
basée sur le récit biblique de la création? 

II. État social du premier homme. — La science ne 
prouve point que l'homme provient d'une forme inférieure. 
Elle ne prouve pas même, quoi qu'en dise l'école évolu- 
tionniste, que les premiers hommes aient été des sau- 



i89 



ADAM (PALÉONTOLOGIE) 



190 



vages. A l'appui de son assertion cette école invoque : 
4» la grossièreté de l'outillage primitif; 2° la conforma- 
tion plus ou moins simienne des squelettes humains con- 
sidérés comme les plus anciens. Suivons-la sur ce double 
terrain. 

1» Grossièreté de l'outillage primitif. — Il est très vrai 
que l'outillage des premiers habitants de l'Europe occi- 
dentale, les seuls dont il soit ici question, était loin d'être 
à la hauteur du nôtre. Il se réduisait, il n'est plus permis 
d'en douter, à l'usage exclusif de la pierre, de l'os et du 
hois. Nul métal n'était alors connu, ni surtout utilisé. 
Aussi n'en a-t-on jamais découvert une parcelle dans un 
terrain évidemment quaternaire et vierge de tout rema- 
niement. Au contraire, dans un bon nombre de localités, 
sur les bords de la Saône notamment, comme aussi dans 
les grottes de la Charente et du midi de la France, on a 
trouvé le métal nettement superposé à la pierre. Il faut 
<lonc le reconnaître sans hésitation, cette dernière industrie 
fut certainement, du moins dans nos contrées, antérieure 
à la première. En d'autres termes, il y a eu chez nous un 
âge de la pierre. 

Ce qui est contestable , c'est que cet âge de la pierre 
suppose forcément un état de sauvagerie absolue. L'ab- 
sence des métaux n'est point incompatible avec un certain 
■degré de civilisation. L'ethnographie nous offre plus d'un 
exemple d'une pareille association. Elle nous montre chez 
certains peuples, dont l'industrie est des plus rudimen- 
taires, des idées morales et religieuses relativement élevées. 
Nulle peuplade n'est peut-être plus remarquable à cet 
égard que les Mincopies, ces sauvages habitants des îles 
Andaman. Rien de plus rudimentaire que leur industrie, 
laquelle se réduit, nous dit M. de Quatrefages, ies 
pygmées, in-12, 1887, à l'usage exclusif du bois, des 
coquilles recueillies sur la plage, et de la pierre éclatée 
au feu. Infiniment plus barbares à ce point de vue que 
ne l'étaient les habitants de nos contrées à l'époque qua- 
ternaire, ils ne savent ni tailler la pierre ni allumer le 
feu, quand une fois il s'éteint. Et cependant ils ont une 
religion, des principes de moralité et des connaissances 
traditionnelles qui les élèvent bien au-dessus de la plu- 
part des peuples sauvages ou simplement barbares. Loin 
de vivre dans un état de promiscuité toute bestiale, comme 
on l'a prétendu, ils sont monogames et d'une grande sé- 
vérité de mœurs. Quant à leurs croyances par rapport 
à la vie future et à l'origine du monde et de l'homme, 
elles se rapprochent étonnamment de l'enseignement chré- 
tien à cet égard. On en peut dire autant des Négritos de 
la presqu'île de Malacca. Eux aussi savent allier à une 
industrie des plus grossières des connaissances qui em- 
pêchent de confondre leur état avec la véritable sau- 
vagerie. 

S'il en est ainsi de ces populations prises, ce semble, 
au dernier degré de l'échelle sociale, à plus forte raison 
est -il permis de croire que la barbarie de nos prédéces- 
seurs de l'époque quaternaire n'était ni aussi profonde ni 
aussi abjecte qu'on s'est plu à le dire. Leur industrie 
était, en effet, bien supérieure à celle des Mincopies. 
Eux du moins savaient travailler la pierre, et ils la tra- 
vaillaient avec assez d'habileté pour que nous ayons peine 
à faire aussi bien qu'eux, même à l'aide de nos instru- 
ments en métal. D'un rognon de silex ou d'un bloc de 
quartz, ils détachaient à volonté une hache, un couteau, 
une scie, un grattoir, une pointe de lance ou de flèche. 
Avec un os, ils fabriquaient des harpons, des flèches bar- 
belées, des poinçons, même des aiguilles: ce qui prouve 
que l'homme usait dès lors de vêtements. Son industrie 
s'étendait plus loin encore. Au besoin il devenait artiste, 
et artiste de talent. Il nous a laissé en diverses localités, 
notamment dans les grottes du Périgord, des preuves 
manifestes de son habileté comme graveur et comme 
sculpteur. Il a su représenter avec une grande exactitude 
la plupart des animaux qui l'entouraient. Quelques-uns 
de ces portraits révèlent un talent d'imitation dont serait 




Renne, grand ours et mam- 
mouth gravés sur os ou sur pierre 
à l'époque quaternaire. 



fier un artiste de nos jours (flg. 24). Assurément il n'y a 
rien là qui dénote une barbarie très profonde. 

On dira, il est vrai, que ce travail perfectionné date 
seulement de la fin des temps quaternaires, de l'époque 
dite magdalénienne, et qu'il ne faut pas le confondre 
avec l'industiie très rudimentaire de l'époque chelléenne, 
la première des quatre 
subdivisions proposées 
par M. de Mortillet pour 
la période quaternaire. 
A cela nous répondrons 
que les haches ovales 
ou en amande de la 
prétendue époque chel- 
léenne sont déjà très 
supérieures aux outils 
en pierre en usage chez 
certaines peuplades sau- 
vages , telles que les 
Mincopies. De plus, on 
ne parviendra pas â 
nous convaincre que 
l'homme qui les a fa- 
briquées ait été réduit 
à ce seul outil, si outil 
il y a; car on ignore 
encore à quel usage 
elles étaient affectées, 
et l'ethnographie ne si- 
gnale rien de pareil 
dans l'outillage des sau- 
vages de l'époque ac- 
tuelle. Si elles existent 
seules ou presque seules 31 
dans certains gise- 
ments, c'est sans doute 
qu'elles y étaient l'objet 
d'une fabrication spéciale; mais rien n'empêche qu'à la 
même époque on ait travaillé la pierre d'une autre façon 
dans une localité voisine. Il faut même de toute nécessité 
admettre cette contemporanéité au moins de quelques-uns 
des divers types de l'époque quaternaire, si l'on ne veut 
être entraîné à cette conséquence impossible à admettre , 
que l'homme n'a guère eu à la fois qu'un instrument à 
sa disposition : la hache d'abord, le grattoir ensuite, la 
flèche en troisième lieu, et enfin le couteau. Comme s'il 
lui avait fallu traverser trois longues périodes avant de 
découvrir qu'une lame de silex pouvait être utilisée comme 
instrument tranchant ! 

Le mieux est donc de considérer tous les produits de 
l'industrie humaine à l'époque quaternaire comme à peu 
près contemporains. Or, envisagé ainsi dans son ensemble, 
cet outillage laisse bien loin derrière lui celui de la plu- 
part des sauvages de notre temps. Il faut en conclure 
que l'homme de cette époque leur était moralement et 
socialement supérieur. Le fait même que cet homme a 
progressé, qu'il a triomphé dans sa lutte contre les ani- 
maux qui l'entouraient, qu'il a développé son outillage et 
son industrie, prouve à lui seul qu'il n'était point absolu- 
ment sauvage; car, M. Renan l'avoue et l'histoire entière 
l'atteste, on n'a jamais vu un peuple sortir par lui-même 
de l'état sauvage. On peut dire que l'homme primitif était 
un barbare , on ne peut, sans manquer à la vérité, le qua- 
lifier de sauvage. 

Après tout, on ne saurait juger de l'état de l'homme 
véritablement primitif par celui de l'homme quaternaire 
de nos contrées. Ce serait, en effet, aller contre toutes 
les traditions et toutes les vraisemblances , contre les dé- 
ductions même de la linguistique, de l'ethnographie et 
des sciences naturelles, que de prétendre que l'humanité 
a pris naissance en Europe. Il n'est pas douteux qu'elle 
ne vienne d'Asie. Si donc on veut juger de son état social, 
de sa nature et de son industrie dans les temps qui sui- 



191 



ADAM (PALÉONTOLOGIE) 



192 



virent immédiatement son apparition, c'est là qu'il faut 
aller l'étudier. Or, à notre connaissance , une seule fois 
on a constaté sur lé sol asiatique la superposition nette- 
ment maitruée de diverses industries : c'est à Hissarlik, 
sur l'emplacement présumé de l'ancienne Troie. Schlie- 
mann , l'auteur de ces fouilles restées célèbres , nous dit 
y avoir rencontré superposées les ruines de sept Civilisa- 
tions distinctes. Or, bien loin qu'il y ait progrès de la base 
au sommet, c'est le contraire qui a lieu, au moins à partir 
de la seconde couche. Cette découverte, sur laquelle les 
évolutionnistes affectent de fermer les yeux, est cependant 
des plus significatives. A elle seule elle nous donne une 
idée plus vraie de la marche générale de la civilisation 
que toutes les découvertes qui ont été faites dans notre 
Occident, non seulement parce qu'elle nous montre plus 
d'industries superposées , mais aussi parce que, étant plus 
rapprochée du berceau de l'humanité, elle plonge néces- 
sairement plus loin dans le passé, et nous retrace les 
mœurs d'un peuple qu'il est bien permis cette fois de con- 
sidérer comme primitif, à cause de son voisinage du lieu 
qui vit apparaître notre espèce. 

2° Nature des fossiles humains. — La grossièreté de 
l'outillage à l'époque quaternaire ne prouve donc point 
que le premier homme ait été un pur sauvage, encore 
moins qu'il ait eu l'origine animale que l'école darwinienne 
se plaît à lui attribuer. — La nature des débris humains 
fossiles le prouve-t-elle davantage? 

Le nombre des ossements humains qui méritent d'être 
appelés fossiles, c'est-à-dire qui remontent au moins à 
l'époque quaternaire, est loin d'être aussi considérable 
qu'on l'avait prétendu au début des études préhistoriques. 
Ceux mêmes qui prétendent avec M. de Mortillet que 
l'homme, ou plutôt son précurseur, est apparu dès l'époque 
tertiaire, reconnaissent qu'on n'a encore découvert aucun 
débris humain remontant authentiquement à cette époque : 
ce qui ne les a pas empêchés de décrire minutieusement 
et de répartir en espèces distinctes cet ancêtre tertiaire, 
qu'ils ont décoré du nom d'Anlhropopithèque. Pour ceux 
qui, comme nous, s'en tiennent uniquement aux faits, 
l'homme quaternaire est donc seul en cause. 

On pourrait citer au moins une quarantaine de localités 
où l'on a découvert des squelettes ou fragments de sque- 
lettes humains remontant en apparence à l'époque qua- 
ternaire. Malheureusement, la plupart de ces débris hu- 
mains avaient, aux yeux de nos évolutionnistes, le défaut 
de trop ressembler à l'homme actuel. Pour ce motif, M. de 
Mortillet en a éliminé les trois quarts; il n'en a retenu 
que neuf, naturellement ceux qui avaient les formes dé- 
sirées et tendaient à confirmer l'origine animale de notre 
espèce. Les pièces auxquelles il a réservé cet honneur 
comprennent six crânes, deux mâchoires et un squelette 
à peu près entier. Les crânes ont été trouvés à Canstadt 
(Wurtemberg), à Néanderthal (Prusse rhénane), à Eguis- 
heim (Alsace), à Brux (Bohême), à la Denise (près du 
Puy-en-Yelay), et dans la tranchée de l'Olmo (Italie); 
les mâchoires, dans les grottes de la Naulette (Belgique) 
et d'Arcy-sur-Cure (Yonne); enfin le squelette, àLaugerie- 
Basse (Dordogne). Jetons sur chacun de ces précieux dé- 
bris un rapide coup d'œil au point de vue de l'authenticité 
et de la forme. 

Le crâne de Canstadt, le plus anciennement recueilli, 
puisque sa découverte remonte à l'an 1700, fut trouvé 
dans la localité de ce nom, tout près de Stuttgart, associé, 
nous dit -on, à des os d'éléphant, d'ours et d'hyène. Les 
évolutionnistes, qui l'ont acclamé à cause de sa forme 
passablement grossière, sont obligés de reconnaître que 
des doutes sérieux planent sur son authenticité. « On croit 
maintenant à Stuttgart, dit un admirateur de M. de Mor- 
tillet, M. Ph. Salmon, qu'il n'était pas dans le sein du 
gisement quaternaire, et qu'il a été trouvé dans les éboulis 
de la falaise avec de la poterie. » Dictionnaire des sciences 
anthropologiques, art. Races humaines. Or c'est un dogme, 
en préhistoire, que la poterie n'était point encore connue 



à l'époque quaternaire. La conclusion, c'est qu'il faut écarter 
le crâne de Canstadt, puisqu'il est convenu qu'on ne prend 
en considération que ceux dont l'authenticité est hors de 
doute. M. de Mortillet n'était pas loin de le reconnaître, 
lorsque, contrairement à M. de Quatrefages, il a refusé 
d'en faire le type de la race primitive, et qu'il a réservé 
cet honneur au crâne de Néanderthal. 

L'origine quaternaire de ce dernier présente -t- elle 
beaucoup plus de garanties ? Il est permis d'en douter. Il 
fut recueilli, en 1856, auprès de Dusseldorf, dans une allu- 
vion argileuse qui, nous dit-on, a fourni quelques débris 
d'espèces quaternaires. C'est possible, mais il convient 
d'ajouter qu'on a aussi trouvé de la pierre polie dans la 
même alluvion; ce qui tend à la rapporter à l'époque ac- 
tuelle. De plus, rien ne prouve qu'on n'ait pas affaire à 
une sépulture ordinaire. Le cadavre auquel appartenait 
lé crâne en question gisait, régulièrement allongé, à deux 
pieds seulement de profondeur, comme celui d'une per- 
sonne inhumée. Or, s'il s'agit d'une inhumation, l'asso- 
ciation avec les espèces fossiles ne prouve plus rien. Au- 
jourd'hui encore nous enterrons parfois nos morts dans des 
terrains riches en fossiles des diverses époques géolo- 
giques. Le chercheur futur qui constatera cette association 
sera- 1- il donc autorisé à en déduire la contemporanéité de 
l'homme et des espèces animales dont les débris accom- 
pagnent les siens? 

Nous pourrions donc récuser le crâne de Néanderthal 
aussi bien que celui de Canstadt. Mais faisons à nos ad- 
versaires la concession de reconnaître cette authenticité. 
Qu'en faudra- 1- il conclure? Il est vrai que le front est 
étroit, la voûte crânienne surbaissée et très allongée, les 
os fort épais et les arcades sourcilières remarquablement 
proéminentes; mais rien ne prouve que ce crâne ne soit 
pas pathologique, comme on l'avait cru au début. Si au- 
jourd'hui on le 
considère comme 
normal, c'est 
qu'on a trouvé 
les mêmes carac- 
tères chez divers 
personnages his- 
toriques et chez 
Un certain nom- 
bre de nos con- 
temporains dont 
l'intelligence est 
au moins égale à 
la moyenne. Par 
sa capacité , le 
crâne de Néan- 
derthal (fig. 25) 
est supérieur aux 
crânes des Aus- 
traliens, et il at- 
teint presque la 
moyenne des crâ- 
nes féminins. Il 
mesure 1 220 cen- 
timètres cubes , 
alors que le plus 

vaste crâne de singe mesuré jusqu'ici n'atteint que 355 cen- 
timètres. On le voit, quel que soit son âge, le crâne de 
Néanderthal n'a rien de simien, et l'école transformiste 
n'a qu'à chercher ailleurs le trait d'union qu'elle prétend 
exister entre l'homme et la bête. 

Nous passerons rapidement sur les crânes d'Eguisheim, 
de Brux, de la Denise et de l'Olmo. Ils reproduisent, en 
les atténuant , les traits des précédents , et leur authenti- 
cité est presque toujours discutable. Le premier a été 
trouvé, il est vrai, dans un lehm ou alluvion argileuse 
qui semble bien quaternaire. Cependant on a découvert 
dans ce même lehm, et à une profondeur considérable, 
trois cadavres, dont l'un au moins avait dû être inhumé \. 





Crâne de Néanderthal, vu de profil 
et de face. 



193 



ADAM (PALÉONTOLOGIE) 



194 



car il portait sur la poitrine on vase recouvert d'une 
pierre, et près de lui se trouvaient d'autres vases de même 
nature, ainsi qu'une hache en pierre polie. Inhumation, 
poterie et pierre polie sont, d'après l'enseignement de 
l'école, autant d'indices de l'époque actuelle. On pré- 
tendra sans doute que la présence de ces objets à une 
pareille profondeur tient à un remaniement des terres; 
mais pourquoi exclure le crâne d'Eguisheim de ce rema- 
niement? 

Même incertitude au sujet du crâne de Brux. Le rapport 
qui nous l'a fait connaître, et qui date seulement de 1872, 
dit expressément que, dans l'alluvion où il gisait, on a 
trouvé une hache en pierre polie. Comme on ne signale 
d'autre part la présence en cette couche d'aucune espèce 
quaternaire, il est bien permis de révoquer en doute la 
date qu'on lui assigne. 

Le crâne et les autres ossements humains découverts 
dès 1844 dans un tuf volcanique, auprès du Puy, sont 
probablement encore moins anciens que les précédents. 
Personne ne croit plus aujourd'hui qu'ils sont contempo- 
rains du mastodonte, comme on l'avait pensé tout d'abord. 
Le tuf volcanique danu lequel ils étaient comme enchâssés 
est évidemment très récent, puisqu'il surmonte des allu- 
vions quaternaires. Ils peuvent même être postérieurs à 
la formation de ce tuf, et , par suite, aux dernières érup- 
tions volcaniques de la Denise. Deux géologues compétents, 
Hébert et Lartet, qui ont visité la localité en 1857, ont 
cru y reconnaître les traces d'une sépulture. Quelle que 
soit leur nature, ces ossements ne peuvent donc nous 
donner aucune indication utile sur la question de l'origine 
de l'homme. 

Reste le crâne troiwé, en 1863, dans la tranchée de 
l'Olmo, près d'Arezzo (Italie). Cette fois l'authenticité 
n'est pas douteuse, car il a été trouvé à quinze mètres 
de profondeur, et dans le 
voisinage d'ossements d'a- 
nimaux caractéristiques des 
temps quaternaires. Nous 
avons d'autant moins de 
raison de la contester, que, 
de l'aveu de M. de Mortillet, 
ce crâne n'a aucun des 
traits simiens qu'il attribue à 
l'homme primitif. La forme 
est allongée, il est vrai; 
mais cette forme, la doli- 
chocéphalie, s'allie fort bien 
avec une intelligence déve- 
loppée. Voir flg. 26. 

Les caractères simiens, 
si ardemment cherchés par 
nos évolutionnistes, se re- 
trouvent-ils davantage sur 
la mâchoire découverte en 
1865 dans la caverne de la 
Naulette, près de Dinant 
( Belgique ) ? On l'a cru 
longtemps. Nous - même , 
dans une précédente publication, L'âge de la pierre 
et l'homme primitif, p. 145, n'osant méconnaître ni son 
antiquité, que démontrait sa situation au milieu d'es- 
pèces quaternaires, ni son caractère, que tous les an- 
tliropologistes s'accordaient à qualifier de simien, nous 
en étions réduit à invoquer contre les théories auxquelles 
elle servait de base l'adage bien connu : Testis unus, testis 
nullus. Depuis lors, un savant anthropologiste, peu suspect 
de vouloir altérer les faits en faveur de la cause spiritua- 
liste, le docteur Topinard, a fait de cette mâchoire une 
étude approfondie, qui contredit presque sur tous les points 
la description qu'on en avait donnée primitivement. Revue 
d'anthropologie, juillet 1886; cf. La science catholique, 
avril 1887. On avait dit que la mâchoire était dépourvue 
de menton, qu'elle dénotait un prognathisme ou une saillie 
DICT. DE LA BIBLE. 




6. — Exemples de brachycé- 
pballe et de dollchocéphalle 
(crâne court et crâne long). 



des plus accentuées; que les molaires allaient en croissant 
d'avant en arrière, comme chez les singes; enfin, chose 
plus grave, que l'apophyse géni, éminence osseuse sur 
laquelle s'insèrent les muscles de la langue, faisait tota- 
lement défaut ; d'où l'on concluait que l'être auquel elle 
appartenait n'était pas encore pourvu du langage articulé. 
M. Topinard a démontré que tout cela était faux ou gra- 
vement exagéré; que, particulièrement, l'apophyse géni 
existait réellement, et que si on ne l'avait pas vue plus 
tôt, c'était tout simplement faute d'avoir enlevé la terre 
qui la recouvrait. « Ainsi tombe tout un échafaudage datant 
de vingt ans, » conclut le docteur Topinard. Nous ajou- 
terons : Ainsi deviennent évidentes et la témérité de cer- 
tains savants qui se hâtent d'affirmer sans preuves les 
faits favorables à leurs systèmes, et l'excessive docilité du 
troupeau qui les suit. 

Une seconde mâchoire dont l'origine quaternaire ne 
semble pas moins bien établie est celle que le marquis 
de Vibraye trouva, en 1859, dans l'assise inférieure de la 
grotte d'Arcy-sur-Cure (Yonne); mais elle ne saurait nous 
retenir; car, de l'aveu de M. de Mortillet, les caractères 
simiens n'y sont guère accusés. Aussi le chef de l'école 
préhistorique la rattache-t-il, sans nulle autre raison, à la 
dernière partie de l'époque quaternaire. 

La dernière pièce que M. de Mortillet attribue aux temps 
quaternaires est un squelette découvert, en 1872, dans le 
gisement de Laugerie- Basse, sur les bords de la Vézère. 
Cette fois, il a la prudence de n'en rien déduire par rap- 
port à l'homme primitif, et il a raison , car le crâne a été 
complètement écrasé par la chute d'un rocher, et il est 
impossible d'en recomposer la forme. Quant à la capacité, 
un de ses disciples et amis, M. Salmon, admet qu'elle 
« devait être supérieure à la moyenne de nos jours ». 

Nous avons épuisé la liste des ossements humains fos- 
siles reconnus comme tels par le principal représentant 
de la science préhistorique. Il résulte du rapide examen 
que nous en avons fait que l'authenticité du plus grand 
nombre est contestable. S'il en est qui présentent à cet 
égard toutes les garanties désirables, il se trouve précisé- 
ment qu'on n'y rencontre plus les traits quelque peu simiens 
entrevus chez les autres. 

Il ne faut pas oublier en outre que les neuf pièces qui 
précèdent ont été triées arbitrairement parmi plus d'une 
quarantaine. Tout naturellement on a eu soin de laisser 
de côté celles dont la conformation, trop semblable à la 
nôtre , ne s'accordait point avec la doctrine évolutionniste. 

Avait-on du moins pour excuse les conditions de gise- 
ment? L'association avec les espèces quaternaires était- 
elle moins intime, ou les traces de remaniement plus 
apparentes? En aucune façon. Envisagées à ce point de 
vue, les trente ou quarante pièces que M. de Mortillet 
a délaissées ne présentent pas moins de garanties que les 
précédentes. Tous les préhistoriens qui n'ont point sur les 
yeux l'épais bandeau des préjugés évolutionnistes ont pris 
en considération les uns et les autres. M. de Quatrefages, 
qui range dans sa race de Cahstadt les neuf pièces admises 
par M. de Mortillet, a constitué avec celles qu'il rejette 
cinq autres races, également quaternaires à ses yeux : 
celles de Cromagnon, de Grenelle, de la Truchère, et les 
deux de Furfooz (Belgique). M. Hamy, un autre anthro- 
pologiste autorisé et peu suspect, auteur d'un Traité de 
paléontologie humaine, met sur le même pied toutes ces 
pièces au point de vue de l'antiquité. 

Or est -il étonnant que, sur le nombre, il s'en trouve qui 
présentent des traces au moins apparentes d'une réelle 
dégradation ? Nous l'avons dit , même à l'époque actuelle 
et au sein de nos sociétés civilisées, il n'est pas rare de 
rencontrer le prognathisme et la dolichocéphalie (crâne 
allongé), l'étroitesse du crâne et la proéminence des ar- 
cades sourcilières. A plus forte raison, ces caractères d'in- 
fériorité relative devaient -ils se produire aux époques 
de barbarie qui précédèrent notre civilisation. Il n'est 
pas douteux que la misère ne dégrade les traits, et que 

i. — a 



195 



ADAM (PALÉONTOLOGIE) 



196 




27. 



Crâne de Cromagnon. 



Je bien-être et la culture intellectuelle ne les ennoblissent. 
On a fait la remarque, il y a déjà longtemps, que les Ir- 
landais du nord -ouest, qui avaient spécialement souffert 
de la persécution protestante, avaient perdu la noblesse 
de traits de leurs compatriotes moins misérables. Par 
contre, on a observé bien des fois que l'exercice des fa- 
cultés intellectuelles développe le cerveau , notamment la 
région frontale. Il ne serait donc pas étonnant que les 
crânes actuels l'emportassent pour la forme et la capacité 
sur les crânes fossiles ; cependant il s'en faut que cette 
supériorité soit constatée, car s'il est des crânes fossiles 
ou présumés tels qui n'atteignent pas la moyenne actuelle , 
il en est aussi, ceux de Cromagnon (Dordogne) (fig. 27), 
par exemple, qui la dé- 
passent de beaucoup. Nous 
avons vu ci-dessus un an- 
thropologiste de l'école 
avancée, M. Léon Laloy,